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Eur: 511m
1702,12
Mercure
<36624505470018
<36624505470018
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 17022
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-hait fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galanr.
M. DCCII .
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
CALANT
DECEMBRE 1702 .
L
E Roy ayant à faire la
guerre contre l'Empe.
reur , & contre tout
l'Empire , qui contient un
nombre infiny de Puiffances
fouveraines , contre l'Angle.
terre , & contre la Hollande
A iij
6. MERCURE
doit eftre d'autant plus animé
à la foutenir qu'il n'en
eft point l'Auteur , qu'elle
luy a efté declarée injufte.
ment , & que fi fes Armées
n'eftoient fuperieures à celles
qui ont fait triompher la
France dans les dernieres
guerres , fes Sujets feroient
accablez , parce que les for.
ces de fes Ennemis font beau.
coup plus grandes que celles
qu'ils avoient en ce tempslà.
Ce Monarque fe trouvant
dans cette fituation , il
feroit jufte , utile & neceſſaire
pour le bien de fes Peu
CALANT
7
ples qu'il établiſt des fonds ,
non feulement pour foutenir
le poids de cette guerre , mais
auffi pour repouffer les jaloux
Ennemis de la France ; & les
obliger à demander la Paix .
Il feroit , dis je , neceffaire
qu'il établiſt des fonds , tant
fur les affaires qui ont efté
prefentées , que fur celles qui
fe prefentent tous les jours ,
& qui peuvent produire de
l'argent ; mais comme elles
font en quelque maniere à
charge aux sujets de Sa Majefté
, ce Prince par une bonté
genereuſe reſerve ces for
A iiij
8 MERCURE
tes d'affaires extraordinaires
pour ne s'en fervir qu'en cas
que la guerre dure trop longtemps
, & veut prendre fur
luy même , & en s'endettant
les fommes dont il a befoin
pour mettre les Sujets à couvert
des orages dont ils font
menacez de tous coftez .
Dans cette veue il vient de
créer des augmentations de
gages , fur tous les Sujets qui
ont des Charges dans la Ro.
be , & comme ils recevront
la rente de ce qu'ils financeront
au denier feize , c'eft un
gain confiderable
pour eux ,
GALANT
9
puifque les rentes ordinaires
font au denier vingt , & qu'ils
pourront mefme trouver de
l'argent à ce taur là . Ainſi
ils
gagnent
là
deffus ce que
Roy perd & il n'en coute
qu'à Sa Majesté feule , quoy
que tout l'argent doive eftre
employé pour la deffenfe de
la caufe commune.
Je vous ay louvent dit qu'a
vant que mes lettres parvien .
nent jufques à vous , lesnou .
velles qu'elles contiennent
ne font plus nouvelles , &
que je ne pretends pas vous
rien mander , dont vous
10 MERCURE
n'ayez déja ouï parler. Mais
je fuis perfuadé que je vous
a prens fouvent des détails des
choles dont vous ne fçavez
les nouvelles qu'en gros , &
fouvent tres imparfaitement.
Cela ne doit pas vous étonner.
Il fe trouve de certains
faits , dont la verité & les
circonstances
ne peuvent
fouvent eftre éclaircies qu'apres
plufieurs mois , & il y
en a mefme dont il est difficile
que la verité foit bien
developpée qu'aprés plufieurs
années . Un morceau
d'hiftoire bien circonftantié
GALANT If
& dont la verité , eft bien
verifiée ,
paffe
pour
beau
& pour nouveau , & même
pour une chofe rare . Je vous
ay par exemple parlé dans
plufieurs de mes lettres du
débarquement des Anglois ,
& des Hollandois à Cadiz .
Mais tout ce que je vous en
ay dit doit eftre compté pour
rien fi on le compare à ce
que vous allez lire. C'eft une
Traduction que je vous en .
voye de mefme qu'elle m'a
efté donnée .
12 MERCURE
JOURNAL
De tout ce qui s'eſt paſſé
devant Cadiz , depuis
l'arrivée de la Flote Ennemie
, juſques à ſon
départ.
Le Mercredy 23 Aouſt.
Es Habitans de Cadiz
eftoient inutiles
Lau¡qui
dans cette Place pour ſa def.
fenfe , s'en eftoient éloignez
pour leur fureté , fur le bruic
qui avoit déjà couru que les
GALANT
13
Ennemis y devoient venir
avec une Flote formidable ,
mais les nouvelles qu'on avoit
euës de tous coftez que cette
Flote avoit efté contrainte à
deux repriſes de retourner à
Torbay , obligerent ceux qui
eftoient fortis de Cadiz d'y
rentrer. Nous eftions dans
cette tranquillité lorsque le
23. d'Aouft entre huit & neuf
heures du matin , un Vaiffeau
François fort leger qui eftoit
alle le long des Coftes dur
Nord s'approcha , & fit con .
noistre par fon fignal qu'il
avoir découvert des Voiles
14 MERCURE
ennemies. On crut d'abort
que ce feroit quelque Efcadre
de peu de confequence .
D'autres difoient en plaifantant
que c'eftoit la Flote mê .
me ; mais enfin ce Vaiffeau
entra au Port , & le Capitaine
du Vaiffeau alla rendre
compte au Gouverneur
de cette Place de ce qu'il
avoit vû , & à dix heures du
matin tout le monde fut informé
qu'il avoit veu cind
quante à foixante Voiles.
Quelques heures aprés la
Flote approcha & parut en
ligne droite à cinq heures du
GALANT 15
foir. Elle s'étendoit depuis
Saint Sebaftien jufques à .
l'Ile de Leon , où l'on compta
diftinctement les Vaiffeaux
. Les plus confiderables
avoient quatre-vingt dixneuf
pieces de canon , de la
Capitaine , de trois Amiraux ,
& de trois Gouvernants , les
quarante Vaiffeaux eftoient
de foixante à foixante- dix canons
; les trente , de quarante
pieces , avec une quantité
d'autres Vaiffeaux de débar
quement.
Jeudy 24.
L'Armée ennemie parut
14 MERCURE
ennemies. On crut d'abort
que ce feroit quelque Efcadre
de peu de confequence.
D'autres difoient en plaifantant
que c'eftoit la Flote mê.
me ; mais enfin ce Vaiffeau
entra au Port , & le Capitaine
du Vaiffeau alla rendre
compte au Gouverneur
de cette Place de ce qu'il
avoit vû , & à dix heures du
matin tout le monde fut informé
qu'il avoit veu cind
quante à foixante Voiles.
Quelques heures aprés la
Flote approcha & parut en
ligne droite à cinq heures du
GALANT 15
foir. Elle s'étendoit depuis
Saint Sebaftien jufques à
l'lfle de Leon , où l'on compta
diftinctement les Vailfeaux.
Les plus confiderables
avoient quatre -vingt dixneuf
pieces de canon , de la
Capitaine , de trois Amiraux ,
& de trois Gouvernants , les
quarante Vaiffeaux eftoient
de foixante à foixante- dix canons
; les trente , de quarante
pieces , avec une quantité
d'autres Vaiffeaux de débarquement.
Feudy 24:
L'Armée ennemie parut
16 MERCURE
le matin dans la fituation où
elle eftoit restée le jour precedent
Quelques uns de
leurs Bâtimens tâcherent de
fonder la mer du cofté de
Sainte Marie , qui répond à
la Porte de terre. On tâcha
de les éloigner , on fit grand
feu du haut de nos boulevarts
& principalement du haut
d'un terre- plein qui a esté
élevé hors l'enceinte de la
Ville. Ils abandonnerent cette
entrepriſe à une heure
aprés midy. Sur le foir un pe
tit Bâtiment s'avança avec la
Banniere blanche , & avec un
GALANT 17
Trompette qui portoit un -
pacquet de la part du Gene
raliffime ; on le conduifit au
Gouverneur. Ce qu'il écrivoit
fe réduifoit à declarer qu'il
ne venoit point pour inquie
ter le Pays ny les Habitans ,
que fon deffein eftoit ſeule.
ment de les tirer du joug de
la France , qu'il appelloit ti
rannique , & qu'il efperoic
que le Gouverneur le voudroit
feconder dans ce pro
jet , le faifant fouvenir de cer
taines liaiſons qu'ils avoient
eu enſemble ; & que s'il n'en
ufoit pas de même il prenoit
Decembre 1702. B
18 MERCURE
Dieu à témoin que tout le
dommage & les actes d'hofti.
lité qui fe feroient pourroient
luy eftre reprochez.
On luy répondit comme on
devoit ; on renvoya le Trom .
pette. Il ne fut pas plutoft arrivé
à la Flote qu'on vit faire
de grands mouvemens , & on
ne douta plus que les Ennemis
n'entrepriffent le Siege
dans les formes ; mais au
coucher du Soleil on reconnut
qu'ils n'avoient eu aucun
antre deffein que de fe placet
plus
avantageufement , ils
fe mirent en ligne droite
GALANT 19
C
du cofté de Rota
Vendredy 25.
""
Dés le matin deux Bâtimens
voguerent le long de
la mer qui eft depuis Saint
Philippe jufques à los Cafiue .
los , mais hors de portée par
la diftance qu'ils garderent ,
ils firent leurs approches fur
le foir , & on vit fur l'heure
l'Armée ennemie fe divifer
en deux , dont une partie entradans
la Baye , & l'autre le
tint au dehors . On décou
vrit de la Place qu'ils fai
foient paffer beaucoup de
monde dans leurs Bâtimens
Bij
20 MERCURE
de débarquement , & on ju
gea bien déslors qu'ils fe pre
paroient à une defcente
comme ils la firent effet
huit Galeres de France , qui
eltoient dans la Baye , allerent
cette nuit . là comme
elles avoient fait les deux
nuits precedentes obſerver
leurs mouvements , & fe mirent
à couvert à Puntales ou
eftoient allez cinq ou fix Na.
vires de France qui estoient
dans ce Port , quand les Ennemis
qui prirent ce our là
un Bâtiment Catalan y paru
rent , mais loin de faire auGALANT
21
cun acte d'hoftilité à ceux
qui y eftoient , ils les traiterent
en Amis & en Confederez
, ils les regalerent comme
auroient fait les Espagnols
même , ils les chargerent de
beaucoup d'Imprimez qui
rouloient fur ce qui avoit esté
écrit au Gouverneur , mais
l'explication en eftoit plus
étenduë , promettant à tous
ceux qui reconnoiftroient
l'Archiduc Charles pour leur
Roy legitime , de les mainte
nir dans leurs biens , droits ,
honneurs , & Privileges , &
fur tout dans leur Religion ,
22 MERCURE
s'engageant
de ne troubler
en rien les perfonnes Ecclefiaftiques
ou Religieufes
efperant que tout l'Eftat Ec
clefiaftique
fignaleroit
fa fi
delité pour leur Roy , & Maitre
naturel.
Samedy 26 .
Ce jour là on fit la premiere
hoftilité . Ils commencerent
leur débarque
ment du cofté de los Ca :
ñuelos , ils trouverent quelque
réſiſtance à un ou deux
Fortins & au Terre- plein
qu'avoit élevé l'année paffée
noftre Capitaine General.
GALANT 23
Ils s'éforcerent de s'emparer
de quelques Poftes , ce qui
ne leur fut pas mal aifé d'autant
qu'il n'y avoit pour les
deffendre que 25. Chevaux &
quelque Milice de Xerez .
Le Capitaine General l'avoit
prévu dés le foir precedent, &
il avoit demandé le troifiéme
Regiment de vieilles Troupes
qui font icy , mais aprés
avoir tenu Confeil de Guer.
re fur cette demande , on ne
trouva pas à propos de laiffer
fortir des Troupes qui
eſtoient neceffaires à la deffence
& confervation de la
24 MERCURE
Place. Les Ennemis fe faifi-
"
rent donc de ces Poftes &
ils y aborerent l'Etendart de
l'Empereur. Nos gens fe retirerent
fans avoir fait autre
chofe que de leur avoir coupé
l'Aqueduc. Nous perdimes
là , huit ou dix hommes feulement
& entre autre le Lieu .
tenant General de la Cavalerie
, homme de valeur &
d'experience qui estoit fort
eftimé , & quia efté regretté
de tout le monde . Il furvint
une Marée fort violente qui
obligea les Ennemis de choi
fir un lieu plus propre à leur
defcente ,
GALANT 25
defcente , trois de leurs Vail.
feaux furent pouflez julques
à la pointe de los Canuelos
qui font couverts du Château
de Sainte Catherine . Ils firent
jouer de là leur Artillerie
pour chaffer nos gens , &
ils defcendirent fur un fable
qui regne depuis cette pointe
jufques au Chateau de
Sainte Catherine , qui ne
pouvoit pas par l'éloigne .
ment les incommoder avec
fon canon , quoy que les boulets
en approchafſent d'aſſez
prés. Ils fe faifirent enfin
de ce Chafteau. La marée
Decembre
1702.
C
26 MERCURE
de ce Château augmenta ,
beaucoup de leurs gens y fu
rent furpris & y furent noyez .
Quelques uns de leurs petits
Bâtimens y perirent . On en
voit encore plus de vingt ,
outre ceux qu'ils ont brûlez.
Quant au nombre des gens
qui débarquerent , on n'en
convient pas , on croit qu'il
y avoit bien huit mille hommes
, & qu'ils'en avoient en
tout quinze mille de débar .
quement .
Dimanche 27 .
On reconnut ce jour - là
que les Ennemis ne s'eftoient
GALANT 27
pas tant éloignez de los
Canuelos pour garenrir leur
bâtimens que pour le bien.
affurer de Rota où ils allerent
la nuit , & .ils y arriverent
en bon ordre. Sur
les huit heures du matin ils
fommerent les Habitans de
ſe rendre les menaçans de
mettre tout à feu & à lang
s'ils ne ſe rendoient avant
dix heures du matin. La
maniere dont ils le font
conduits d'abord dans ces
lieux n'eftoit pas à charge
aux habitans . Ils vivoient
avec eux avec honnefteté
C ij
28 MERCURE
& juftice achettant à un prix
raisonnable tout ce qui leur
eftoit neceffaire . Les Chefs
y cftablirent une difcipline
fi exacte qu'on publia des
deffenles fur peine de la
vie à leurs Soldats de faire
aucun espece de dommages.
On mit des potences
pour cet effet en divers en .
droits , & ils s'attacherent
à fortifier le plus qu'il fuc
poffible cette fcituation , &
du cofté de la mer , ils y
placerent leurs Vaiffeaux de
la maniere la plus avanta
geule pour eux.
GALANT 29
Lundy 28.
L'artillerie joüa beaucoup
ce jour-là , & on fçut par
des Irlandois Catholiques
qui deferterent quelle é
toit la fituation du Camp
des Ennemis. Jufques là on
ne leur avoit vû aucune cavalerie;
mais ce jour -là on leur
vit environ trois cens chevaux
qui estoient en tres
mauvais eftat. Le Prince
Darmftat parut fur la cô .
te , & il alloit d'un lieu à
un autre pour rapeler les
Habitans de Rota qui s'é .
toient fauvez . Il fe donna
F
C iij
30 MERCURE
beaucoup de
mouvemens
inutiles . Le
Commandeur
du
Convent des
Mercenaires
Dechauffez quieftoit à Xerez
alla le trouver . On ne doute
pas que ce ne fuft par l'ordre
de noftre
Capitaine General.
Les deferteurs dirent
que la plufpart de leurs
Soldats
avoient efté enrol.
lez de force & qu'on les
avoit
enbarquez par violence
, & qu'il en eftoit mort
dans le trajet plus de cinq
cens.
Mardy 29.
C'eſt de ce jour feule
GALANT
31
ment que l'on peut com.
mencer à parler de la valeur
de nos Troupes . Elles
entreprirent une attaque af
fez vigoureuſe ; mais elles fu .
rent repouffées par le grand
nombre. Les nostres eftoient
fi peunombreuſes qu'elles fe
trouverent envelopées dans
un pofte où elles voulurent
fe fortifier , cela n'empêcha
pas un de nos partis de
s'avancer. Ils firent ce jour
là quelques prifonniers fur
nous. Et quatre - vingt Efpagnols
demanderent avec
inſtance à noftre Comman-
C iiij
32 MERCURE
dant la permiffion d'aller
attaquer les Ennemis qui
faifoient eau à los Canue.
los. Noftre General eut de
la peine à leur permettre ;
mais il fe rendit à la perfecution
qu'ils luy en firent.
A peine l'eurent.ils obte
nuë qu'ils coururent fur les
Ennemis vigoureuſement du
cofté melme qu'ils eftoient
en deffenſe & foutenus par
l'artillerie de leurs Vaiffeaux.
Les nostres les obligerent
de quirer leur entrepriſe &
de le retirer. Nous nous ·
faifimes de leur pofte &
GALANT 33
nous n'eumes que deux foldats
de tuez & un bleffé.
Nous leur tuames cinquan
te hommes fur la place fans
quelques autres qui le noyerent
en le fauvant . Nous
ne trouvames pas à propos
de nous opiniatrer à conferver
les poites què nous primes
là fur eux. Nous les
abordames , ils y revinrent
& s'en faifirent une feconde
fois bien mieux foutenus
par mer & par terre que la
premiere. Nous fimes pu .
blier une deffenfe aux no.
ftres d'avoir aucun commer
34 MERCURE
ce fur peine de la vie avec
ceux de Rota , & deux mal
heureux y ayant contreve
nu on les fit pendre . On
en condamna auffi d'autres
pour la mefme chofe qu'on
mit à la rame aux Galeres
de France .
Mercredy 30.
Les Ennemis ne firent
& n'entreprirent rien tout
ce jour là . Leur fufpenfion
donna lieu à ceux de la Pla.
ce de prendre toutes les me
fures & toutes les precautions
que demandoit la certitude
où l'on eftoit d'un
GALANT
35
Siege long & opiniatre.
Fendy 31.
Le jour
commença par
un grand calme fur la mer.
Le Commandant
des Gale .
res de France previt bien
que l'ennemy
tacheroit
d'en
profiter pour jetter quelques
bombes. Il fortit avec qua
tre Galeres
pour les obfer.
ver , & il les troubla
dans
leur deffein ; mais un vent
de Nord fe leva. Les Vaif.
feaux
ennemis
avancerent
en plus grand
nombre.
Le Commandant
fut obligé
de rentrer dans le Port avec
"
36 MERCURE
ies Galeres . Il revint fur le
midy , & quelques heures
aprés les Ennemis commen .
cerent à bombarder le Fort
de fainte Catherine ; mais
fans effet. Les bombes tom .
berent la plus part dans
l'eau , & aucune ne fir de
dommage. La nuic vine ,
& à la faveur de l'obfcurité
ils firent avancer par terre
quelque moufqueterie , &
ils cefferent de jetter des
bombes.
Vendredy 1. Septembre :
Dés le matin les Ennemis
recommencerent de bombarGALANT
37
der ce mefme Fort de fainte
Catherine. Ils jetterent d'a
bord quatre carcafles qui fu .
rent fuivies de vingt quatre
bombes. Mais il n'en entra
pas une feule dans le Château
, elles tomberent tou
tes plus loin. Un vent d'Eſt
fouffla avec quelque violen
ce. Ce bombardement fini ,
le Commandant fortit avec
trois Galeres. Il obferva les
Ennemis qui prirent la route
de fainte Marie. Le peu de
troupes que nous avions ne
fuffifoit pas à garnir nos
coftes. lls entrerent dans
.
38 MERCURE
lainte Marie à onze heures
du matin fans aucune refi
ftance. Tous les Habitans
en eftoient fortis , & le peu
de gens que nous y avions
furent obligez de fe retirer
à Xerez . Les Ennemis fe
virent maiftres de ce petit
Port. Ils travaillerent à s'y
retrancher
. Et ils envoyerent
quelques uns de leurs
Baftimens à l'embouchure
de la riviere de faint Pier
re. Ils prirent deux de nos
Barques avec quelques uns
de nos gens qui paffoient
de Cadiz à ce Port , parmi
GALANT
39
lefquels eftoit le Capitaine
Don Francifco Laro , frere
du Comte de Puerto Blano.
On les mena à leur grande
Armée. On les traita en
amis & on les renvoya à
Cadiz aprés les avoir bien
regalez. Cependant nous fai
fions de noftre mieux dans
la place pour nous diſpoſer
à un veritable Siege. Nous
trouvames à propos de bou .
cher le Canal de la Baye,
entre les deux Forts de Puntalez
& de Matagorda . Nous
y fimes couler à fonds pour
cela quelques uns de nos
a
40 MERCURE
vieux Vaiffeaux. Cette re
folution a fait raiſonner bien
diverlement Les uns convinrent
qu'on bouchoit par
là ce paflage important aux
Ennemis , les autres craignoient
que fi les Ennemis
fe retiroient , ce paffa.
ge fi neceffaire ne demeuraft
toûjours embaraffé. Mais la
prudence vouloit qu'on fon
geât par preference à ſe
mettre à l'abri du mal pre
fent.
Samedy 2.
Dés le point du jour on
entendit un grand bruit
GALANT 41
d'artillerie . On crut que les
noftres avoient repouffé l'en.
nemy du Port dont il s'él
toir faifi. Cela feroit arri
vé ainfi fi nos troupes avoient
efté affez nombreu .
fes. Mais les Ennemis avoient
fait avancer un corps d'infanterie
pour faciliter l'arrivée
de toute leur Armée
à Puerto- real. Ils detache
rent deux
Compagnies pour
aller fe faifir du Port de
fainte Catherine. Ils gagnerent
les boulevards & la
place d'armes. Les nostres
fe retirerent dans la tour
Decembre 1792 D
42 MERCURE
où ils firent une vigoureuſe
reſiſtance. Mais ne pouvant
pas cftre fecourus ils furent
obligez de capituler , voyant
avancer toute l'Infanterie
ennemie , qui crut y eftre
toute neceffaire , quoy qu'il
n'y cuft que vingt - cinq de
nos Soldats dans ce petit
Fort. Les Ennemis fe virent
donc maiſtres ce jour là de
toute la coſte qui eft depuis
Rota jufqu'à ce Port .
Dimanche 3.
Nous fçeumes ce jourlà
que l'ennemy avoit fair
du progrez & qu'il ne paGALANT
43
L
roiffoit pas le difpoſer à rien
entreprendre cette journée.
Il travailloit feulement à fe
maintenir dans le Port Sainte
Maric. Trois cens de nos
vieux Soldats fortirent du
Fort Sainte Caterine pour
joindre noftre Troupe. Mais
les Ennemis les couperent
&
leur boucherent tout paffage.
Nos trois cens Soldats poufferent
d'abord les Ennemis
& arriverent aux premieres
maiſons de Sainte Marie , où
ils fe retrancherent , mais ils
y furent inveftis , & ils fe vi .
rent obligez de ſe rendre
Dij
44 MERCURE
prifonniers de guerre. Ils ne
fçavoient pas que l'Ennemi
eftoit déja maistre de ce
Port.
Lundy24.
Nous cûmes bien à craindre
ce jour là . L'Ennemi s'avança
peu à peu avec toute la
Flote dans noftre Baye , mais
fe tenant toûjours hors de
la portée de noftre Artille
rie. Il ménagea bien fa poudre
, on ne tira pas de leurs
Vaiffeaux un ſeal coup de
canon. Toute leur Flote fe
rangea en forme de demi lug
ne. Ils empelcherent par là
GALANT 45
tous les Bâtimens quieftoient
fortis de noftre Port d'y ren
trer ,fur tout ceux qui étoient
allez du cofté du Détroit pour
obferver ce qui s'y paffoit.
Mardys.
Nous fimes paffer deux
pieces de Campagne du bou
levard de Saint Roch au
Camp de Sainte Catherine.
Les Ennemis en furent fort
incommodez , & ils prirent
le parti de reculer & de sé ,
loigner de ce cofté là ; mais
ils ne purent pas commencer
le bombardement, ny faire
d'autres mouvemens par la
46 MERCURE
violence d'un vent d'Eft qui
s'éleva. Nous apprîmes qu'ils
faccageoient le Port Sainte
Marie. Cela nous fit efperer
d'abord que n'efperant aucun
fuccés ils fongeoient à leur
retraite ; mais nous eûmes
raifon de foupçonner auffi
qu'ils ne vouluffent tourner
tous leurs efforts fur
l'Ifle , n'efperant point de
venirà nous par terre du cofté
du Pont Suazo , gardant toû
jours à leur avantage le de
vant de noftre Port pour em
pêcher que rien ne pult ny
y entrer ny en fortir.
CALANT 47
Mécredy 6.
Un Tambour qu'on avoit
envoyé au Port Sainte Marie
fur une Barque le Dimanche
precedent , revint ce jour.là.
Ce Tambour fut envoyé fur
le pretexte de demander un
Paffeport jufqu'à Seville pour
une Miffion que le Pape envoyoit
à la Chine , qui fe trou
voit dans Cadiz , mais dans
le vray on n'avoit envoyé ce
Tambour qui paroiffoit hom;
me entendu , que pour examiner
en quel eftat estoient
les Ennemis & où eftoient
les noftres , & pour y faire
48 MERCURE
toutes les découvertes qu'il
pourroit. On avoit arrefté ce
Tambour. On l'avoit mis au
Confeil de guerre , & on avoit
refolu de le pendre , mais on
changea d'avis , & on le renvoya
le Mécredy ; mais on retint
la Barque & on le chargea
de dire à ceux qui l'avoient
envoyé , de choifir
mieux leurs Ambaffadeurs.
Feudy 7.
Outre les Vaiffeaux que
l'Ennemy avoit déja dans la
Baye , il y en introduifit plus
de trente autres avec des Ga.
liotes à bombes. Nous nous
aperçûmes
GALANT 49
Eperçumes qu'il en vouloit
tout de bon au Fort de Matagorda
. Nous difpofames
noftre Artillerie à les troubler
dans leur deffein & à
empêcher leurs aproches. La
distance eftoit affez grande
mais quelques uns des boulets
de noftre Canon allerent
juſqu'à leurs Vaiſſeaux ; & ils
furent contraints de reculer.
Le vent ne leur eftoit pas fa
vorable & ils furent obli
gez de remorquer plufieurs
de leurs Bâtimens . Nous
fçeumes ce jour - là qu'ils
avoient fait un grand débars
Decembre
1702
E
50 MERCURE
quement & que leurs Trous
pes exerçoient
des cruau .
tez atroces , & des gran .
des indignitez au Port de
Sainte Marie. Ils feduifirent
l'Alcadé de Rôra qu'ils forcerent
à reconnoiftre l'Archiduc
& ils le firent Marquis
de Rota & Capitaine de Che
vaux , n'oubliant rien de tout
ce qui dépendoit d'eux pour
s'attirer des Partilans
& pour
maltraiter ceux qu'ils trouvoient
oppoſez à leurs idées .
Vendredy. 8
Les Troupes que les Ennemis
embarquerent hier à
GALANT 51
l'embouchure de la riviere de
Saint Pierre ont fait aujourd'huy
un debarquement fur
les deux heures du foir à la
Rade du Port Royal . Elles
s'avancerent à pied jufques
à lept lieues & tous les habitans
ayant deſerté , les Ennemis
y entrerent fans aucun
obftacle. Il eft vray que
nous vimes bien qu'on y ft
quelques décharge de Mouf
queterie , & comme noftre
Armée n'eftoir pas de ce
cofté la , nous crumes qu'il
eftoit forty quelques Tro
pes de Matagorda , ou des
2
E ij
52 MERCURE
Galions pour les inquieter fi
on ne pouvoit par les repouf
fer. La fituation nous eftoit
avantageule par la difficulté
du terrain. Cette précau
tion ne fut pas inutile . Il
nous parut que les Ennemis.
eftoient un peu déconcertez
& fur les fix heures du foir,
ils firent fortir du Port Sainte
Marie pour la riviere de Saint
Pierre plus de vingt Bâti-,
mens. On a reconnu que
leur Galliotes à bombes ne
pouvoient pas arriver juſques
à la riviere de Saint Pierre
pour bombarder le Fort de .
"
GALANT
53
Matagorda par le peu de
fonds qu'il y a de ce coſté
là. Une des plus petites qui
s'en eft aprochée davantage
ne put faire arriver les bombes
jufques à ce Fort . Il faudra
s'il s'obſtinent
dans ce
deffein qu'ils entrent dans le
Canal de la Baye & qu'ils
pretent le cofté de leurs Vaiffeaux
à noftre Artillerie. En .
tre neuf & dix de la nuit on
s'aperceut
qu'un Bâtiment
s'aprochoit
tout prés de
Puntalez , lorfqu'il fut bien
prés on demanda qui c'eftoit ,
on ne répondit rien . A la
E iij
54 MERCURE
troifiéme demande la Sentinelle
tira fon coup de Mouf
quet , on répondit par une
décharge de Moufqueterie.
On tira fur eux quelque pieces
de Campagne , & ils fu.
rent obligez de gagner le lar
ge. Il fit un fi beau clair de
Lune pendant la nuit qu'on
y voyoit auffi clair qu'en plein
jour , rien ne pouvoit apro
cher fans eftre veu . Cette
petite entreprise de l'Ennemy
nous a efté utile par l'at
tention qu'elle a donnée au
Sentinelles, & à bien faire les
rondes.
GALANT 55
Samedy 9.
Nous avons fçeu que l'En-:
nemy eftoit entré dans Puert
to- real , à huit heures du foir
le jour précedent fans la
moindre refiftance , les décharges
qu'on avoit veu de
cette Place que l'on faifoit de
ce cofté là n'eftoient que des
réjouiffances de l'Ennemy
qui croyoit trouver là un
butin confiderable . Mais les
habitans en eftoient tous for.
tis avec leurs meilleurs effets,
Les Ennemis ont envoyé ce
matin quelques Tronpes au
dehors dont une partie a esté
44
E iij
56 MERCURE
occupée à obferver le terrain
du Chateau de Matagorda ,
mais ce Château & les Gallions
qui font dans le Troca .
dero , eftoient en état de les
écarter. Ils ont pourtant fait
avancer deux Galliottes à
bombes des plus petites , qui
ont jetté inutilement quelque
bombes . Les Galleres
de France leur rendent bien
difficile l'attaque de ce Fort.
D'ailleurs le terrain , la fitua .
tion , la bonne Artillerie , les
deffences des dehors & des
dedans , les Galions & les
Galeres , doivent leur faire
THAN
GALANT
57
regarder cette Place comme
imprenable. Nous fçavons
auffi que le Port Suafo eft
bien garni & bien deffendu
& que l'Ennemy n'a rien de
ce cofté là. Il ne nous fait
d'autre mal icy que d'empècher
noftre commerce.
Dimanche
10.
A dix heures du matin on
découvrit du Fort de Matagorda
& de Gaillion un corps
de Gavalerie envoyé avec
quelque Infanterie qui n'eftoient
pas fort loin . On fit
jouer fur eux l'Artillerie &
ils difparurent. Ils nous a paru
58 MERCURE
qu'ils obfervoient avec exactitude
le jour du Dimanche ,
& nous crumes qu'ils eftoient
affemblez pour quelque fonc,
tion de Religion ; mais à dix
heures de nuit nous reconnûmes
qu'ils étoient fortis pour
choifir les lieux propres à fe
retrancher. Ils y vinrent pour
cet effet , mais on leur fit un
fi grand feu de tous coſtez
qu'ils fe trouverent fort embaraffez
. Nos gens ne l'é
toient pas moins dans le Cha
teau , voyant les fuites fâcheufes
qu'il y avoit à craindre
s'ils parvenoient à y faire
GALANT
59
de bons retranchemens. On
y fut dans une grande agitation
toute la nuit..
Lundy 11 .
Dés le point du jour on vit
l'Ennemy retranché à la portée
du canon de Matagorda
du cofté de la Baye. L'Artil
leric redoubla fes efforts du
Chafteau & du Fort de Saint
François , pour tâcher de les
déranger , fans que nos Galions
pour eftre en baſſe mer
puffent les découvrir pour
agir de leur cofté. Sur les onze
heures la mer groffit & les
Galions de France fortirent
60 MERCURE
de la Baye & s'allerent placer
du cofté de l'Ennemy , nos
Galions le trouvant plus haur,
ils chargerent les Ennemis
d'une maniere terrible . On
remarqua qu'ils perdoient
beaucoup du terrain qu'ils
avoient gagné. L'Armée En .
nemie vit en quel danger
eftoient les gens. Elle en
voya à leur fecours trois Na .
vires Anglois & trois Galiotes
qui firent un fi grand feu
que les Galions furent obligez
de reculer un peu , mais
toûjours leur prêtant le cofté,
avec une extrême valeur
GALANT
61
noftre Artillerie les feconda
de nos Boulevards , l'Ennemi
craignit le danger & envoya
encore fur les trois heures du
foir trois Navires Hollandois
& deux Galiotes pour conti
nuer le Combat & pour don.
ner par là
là , à fes gens le
temps de fe fortifier dans
leur travail. Le feu a efté hortible
de part & d'autre , & de
noftre cofté avec tant de con.
cert que le Chateau de Matagorda
ne ceffoit pas de tirer
fur ceux qui s'y retran
cherent , & cela de jour & de
nuit. Les Galeres de France
62 MERCUR
•
fefont conduites avec autant
de prudence que de valeur ,
& ont bien perfuadé toute
cette Place , que ce n'eftoit
pas pour le retirer qu'elles
s'en eftoient allées à Puntalez
, mais pour atten fre une
occafion plus avantageuſe ;
fi ces Gall res eftoient au
nombre de vingt comme elles
ne font qu'au nombre
de huit , l'Ennemy fentiroit
bien à qui il auroit à faire.
Mardy 12
Le feu continuel qu'ont
fait les Ennemis depuis dix
heures de la nuit paffée fur
GALANT 63
nos Galions , fur Matagorda ,
& fur le Fort des François ,
nous perfuada que les Ennemis
eftoient bien établis dans
leurs retranchemens , & qu'ils
les avoient bien avancez ce
jour-là. Quoy que de noftre
cofté le feu ne ceffaft pas
& que les François
> fur
eux
leurs
jetraffent
une
infinité
de bombes
. Nous
ne doutâ
mes
point
que
les
Ennemis
n'euffent
conduit
leur
artillerie
& leurs
mortiers
dans
leur
arraque
, & nous
nous
attendions
à
une
rude
guerre
.
Noftre
Capitaine
General
64 MERCURE
n'avoit pas de Troupes pour
faire des détachemens , & il
n'y en avoit pas dans cette
Place autant qu'il y en cut
fallu , nous n'eſtions occupez
qu'à fonger aux moyens qui
dépendoient de nous pour
noftre deffenfe , & on s'y employa
avec foin.
Mécredy 13 .
Nous içeûmes par un deferteur
Irlandois que le Lun
dy precedent les Ennemis.
avoient perdu beaucoup de
monde , ne fe trouvant pas
retranchez du cofté où les
Galeres les chargerent ; &
CALANT 65
!
foit pour éviter un pareil
choc ou pour prévenir la
fortie que nous devions fairé
dont ils eurent quelque
avis , ils firent avancer ce
jour là trois Bataillons depuis
la riviere du Port jufqu'à leurs
tranchées. Nous le remarquâmes
du haut de nos remparts
, nous vîmes en même
temps un grand nombre de
Bâtimens chargez d'Artille .
rie & de toute forte de municions
qui coftoyoient cette
Plage pour escorter & pour
foutenir cette troupe.
Decembre 1702. F
66 MERCURE
Feudy 14.
Dès le point du jour nous
vîmes que l'Ennemy avoir
achevé les batteries & qu'il
avoit placé fon canon & fes
mortiers. Il fit un feu prodigieux
juſques à midy , nous
y répondîmes de tous coftez ,
& noftre feu continua le reſte
du jour de Matagorda , du
Fort Saint Louis , & des Galions.
Les Ennemis ne firent
pas grand dommage , & leur
interruption nous fit croire
que nous avions démonté
leur canon . Ils ont prévenu
la feconde attaque des Ga
GALANT 67
leres
par des Batteries qu'ils
ont placées fur la Cofte de la
Baye. Ils ont empêché par là
le paffage de nos Bâtimens .
Ils en attaquerent un ce jour
là qui dans fa deffenfe leur
tua deux de leurs Officiers .
Nous eftions refolus de faire
une fortie , & d'aller attaquer
l'Ennemi dans fes retranche .
mens avant la fin du jour ;
mais comme il eftoit à propos
d'agir de concert avec
noftre Capitaine General qui
s'avançoit avec la Cavalerie
de Puerto Real , on trouva
qu'il feroit mieux qu'à la fa-
Fij
68 MERCURE
veur de la nuit noftre Capi
pitaine General s'abouchaft
avec le Gouverneur de cette
Place & avec nos principaux
Chefs . Cela réüffit , mais le
deffein de la fortie changea ,
& on envoya ordre au détachement
qui eftoit déja forti
de la Place , d'y rentrer. Ce
confeil fut pris fort ſagement,
car nous n'avions pas en tout
quatre cens chevaux & fix
cens hommes de pied , & les
Ennemis retranchez eftoient
plus de fix mille .
Vendredy 15.
Nous fçeûmes bien certai
GALANT 69
nement que noftre Artillerie
avoit démonté le jour prece
dent celle des Enemis & nous
dûmes ce fuccés à l'adreffe
d'un fameux Canonnier
François , illuftre dans fon
Art. Le feu que nous fimes
ce jour là fur l'attaque des
Ennemis fur prodigieux &
fans diſcontinuer depuis le
point du jour juſques à la nuit
Les Galeres de France ayant
reconnu que noftre Artillerie
avoit quafi ruiné l'attaque
qu'avoient les Ennemis
du cofté de la Baye , deux de
ces Galeres fortirent avec la
70 MERCURE
pleine mer , vinrent à l'endroit
de Matagorda qui re .
répond au Port & canonne .
rent heureuſement les En.
nemis , & en meſme temps
le Canon de Matagorda
, les
Galions du Fort Saint Louis ,
& des deux autres Galeres
qui estoient à l'embouchure
del Trocadero
joua ſi à propos
que les Ennemis furent
contraints d'abandonner leur
attaque & de prendre la fuite
avec tant de précipitation
que fi leur Cavalerie n'y avoit
couru l'épée à la main , il n'auroit
pas refté un feul hom
GALANT 71
·
me des leurs dans la Campagne.
Nous eumes le plaifir de
cette place en avant de les
voir fuir en confufion les uns
du cofté de leur Camp , &
les autres du cofté de Puerto
real. On ne sçauroit dou
ter qu'ils n'y ayent perdu
beaucoup de monde , nous
n'y avons eu que cinq des
noftres bleffez , les uns par
leur Artillerie , les autres par
une bombe qui tomba dans
Matagorda. Nous cumes
avis de Saint Lucar qu'il
eftoit entré dans ce Port un
Baftiment des Indes venant
72 MERCURE
de Cartagene qui avoit évité
trois Vaiffeaux Anglois qui
arrivoient de nouveau & qui
l'avoient pourſuivy
.
Samedy 16.
Les Ennemis voyant bien
qu'il leur eftoit impoffible
de prendre le Fort de Mata.
gorda choifirent le temps de
la nuit pour abandonner entierement
leur ataque & pour
fe retirer de ce Pofte. Les
noftres s'en eftant aperceus
y coururent pour achever
de ruiner leur travaux & on
y profita de beaucoup de leur
dépouillés , de toutes les Munitions
,
GALANT 73
nitions, qu'ils n'avoient pas cu
le temps d'emporter tout les
habits de ceux qui avoient
efté tucz & de quelques
joyaux qu'ils trouverent fur
plufieurs, la fuite de ceux qui
reftoient ne leur ayant pas
permis d'en profiter. On a
bien reconnu de quelle confequence
nous a efté l'avantage
du terrain . Les Ennemis
ne pouvoient pas éviter
dans leurs attaques d'avoir
de l'eau juſques au genoux
.
Il nous parut auffi qu'ils fongeoient
à abandonner
Puerto
real , puifqu'ils y avoient
Decembre
1702. G
74 MERCURE
embarqué beaucoup de leurs
gens & que beaucoup d'autres
prirent la Campagne .
La maniere dont on les avoit
traitez le jour precedent ne
leur laiffa pas la hardieffe de
faire la moindre infulte à un
corps de nos Troupes compofe
des détachemens qui
eftoient fortis de Matagorda ,
du Fort Saint Louis , des Ga.
lions & des Galeres. Ce
corps de nos Troupes tenoit
la Campagne pour obſerver
tous les mouvemens des En .
nemis . On ne fçavoit pas au
vray ce qu'ils avoient perdu ;
GALANT 75
mais ceux qui en parloient
avec le plus de moderation
convenoient que le nombre
de leurs morts fans leurs blef
fez , paffoit fix cens hommes ,
nous n'avons eu perfonne de
tué , & les cinq bleffez dont
j'ay parlé , n'ont aucune blef
fure mortelle . Le Fort de
Matagorda n'a reçeu auffi
aucun dommage . Il n'y eft
entré en tout qu'une bombe
& cinq boulets de Canon .
Dimanche
17.
Les Ennemis mirent le feu
fur les dix heures du matin
aux magazins que le Roy
Gij
76 MERCURE
d'Espagne avoit au Porto.
real , pour l'Armée , pour la
Flore & pour les Galions.
Ils commencerent auffi à voi
turer tout leur butin vers
l'embouchure de la riviere de
Saint Pierre ; & de là ils le
menoient fur leurs Vaiffeaux
à leur Armée.
Lundy 18
Toute la Cavalerie ennemie
qui estoit à Porto- real
paffa la riviere de Saint Pier
re pour aller au Port Sainte
Marie avec un butin de quelques
troupeaux qu'elle avoit
enlevé dans ces cantons 2
GALANT 77
où elle ſe tenoit encore .
Mardy 19.
L'Ennemy
abandonna
Puerto real. Son Infanterie
repaffa la riviere de Saint
Pierre. C'est là qu'il fit un
Pont de differentes Barques
attachées l'une à l'autre qui
donnerent une fi grande facilité
à ce paffage qu'en
moins d'une heure & demie
quatre mille hommes eurent
paffé , marchant toujours en
bon ordre du Port vers la
riviere où l'on remit le mê .
me Pont, & tout alla ainfi rejoindre
la grande Armée . Ce
G iij
78 MERCURE
même jour cinq cens hommes
de vieilles Troupes fortirent
de cette Place pour aller
fortifier noftre armée ,
qui avec les fecours qui luy
arrivent de toutes parts donna
deflors bien de l'inquietu
de à l'Ennemy. Nous entendimes
ce jour- là d'icy de
continuelles décharges de
Moufqueterie du cofté du
Port.Mais nous fçeumes que
c'eftoit l'exercice de nos
Troupes que noftre Capitaine
General leur faifoit faire
pour les former à la difcipline
militaire.
GALANT
79
Mécredy 20.
On fçeut que les Chefs des
Ennemis
faifoient
tous leurs
efforts
pour reprimer
le pil .
lage & les defordres
de leurs
Soldats
dans Puerto
real. Le
butin
ny pouvoit
pas eftre
confiderable
& nous crumes
que c'estoit
en eux un artifi
ce , voyant
que les habitans
en avoient
emporté
tous leurs
bons
effets
, ils vouloient
perfuader
à d'autres
lieux de
nos coftes dont ils eſperoient
de s'emparer
, qu'ils n'avoient
rien à craindre
& qu'on pour
roit les y attendre
& les y re-
G iiij
80 MERCURE
cevoir fans rien rifquer à
l'exemple de ce qui avoit eſté
fait à Rora . Le Prince d'Armftat
fit Marquis de Puerto.
real , un Artifan , les uns difent
que c'eftoit un Tonnelier
, les autres difent qu'il
travailloit à faire du Tabac .
Ce nouveau Marquis cut le
malheur de tomber entre les
mains de quelques Soldats
de la Compagnie de Don
Rodrigo de Villabizencio .
Il fut mené à Xerez , nous
fçeumes qu'il eftoit déja dans
la Chapelle attendant l'heure
où l'on le feroit mourir. Le
GALANT 81
Prince d'Armftat écrivit une
lettre à Xerez à Don Bartelmi
Leandre d'Avila dans le
fens des imprimez qu'on
avoit deja repandus , ajoutant
que pour éviter tout le
malheur qui eftoit arrivé à
Puerto real , que les habitans
de Xerez ne s'avifaffent pas
de s'enfuir & d'emporter
leurs effets , qu'il leur répon
doit qu'ils feroient en feureté
s'ils faifoient leur devoir.
Et il mettoit encore par A.
poftille qu'on ne s'avilaſt pas
au moins de faire aucune in .
fulte au Porteur de fa lettre
"
82 MERCURE
& que fi l'on le faifoit il fe:
roit égorger tous les Efpa .
gnols qu'on avoit fait Prifonniers.
Ce Meffager arriva à
Xerez , il trouva Don Bar .
thelmy Leandre Davila ; il
luy donna la lettre qu'il avoit
cachée dans fon foulier ,
Dom Barthelmy la lut , & il
luy dit : Venez vous en avec
moy , nous avons quelque diligence
à faire . Ille conduifit
aux prifons & il porta la
lettre à noftre Capitaine General,
qui l'envoya au Confeil.
Le Porteur de la lettre eftoir
de Galice , on n'opina pas à
GALANT 83
le faire mourir de peur que
nos prifonniers
n'euffent
le
même fort chez les Ennemis ,
parmi lesquels nous avons
des gens de quelque confide .
ration . Sur le foir nous enten .
dimes une grande décharge
de Moufqueterie
. Nous jugeames
que les nostres attaquoient
les Ennemis
qui al
loient faire provifion
d'eau .
Ils fouffrent
beaucoup
de
n'en avoir pas ,fur tout au Port
Sainte Marie où elle manque
abfolument , parce que nos
Troupes
ont coupé tous les
conduits par où on y en re
84 MERCURE
çoit. Ils font reduits à boire
de l'eau de Puits & de quelques
méchans refervoirs qui
font des eaux tres mal faines.
Ils ont auffi beaucoup de
malades & ils ont grand befoin
de trouver bientoft des
rafraichiffemens par les cha.
leurs qui leur reviennent de
leur peu de fuccez & de nô .
tre vin dont ils fe remplif
fent .
Feudy 22 .
Nous eumes la confirma:
tion des impietez & des facrileges
affreux qu'avoient
commis les Anglois & les
GALANT 85 .
Hollandois dans Puerto.real.
Ils eftoient entrez dans les
Eglifes , les avoient profa..
nees par toute forte de blafphemes
& d'indignitez , en
avoient enlevée les Saintes
Images,, leur avoient coupé
les bras , les pieds & la tef
te , & les avoient trainées par
derifion. Nous aprimes auffi
qu'à l'attaque de Puertoreal
, un Neveu ou proche
Parent du General Hollandois
avoit efté tué par les
noftres avec quelques autres
Officiers de marque
.
86 MERCURE
Vendredy 22 .
Les Ennemis commence,
rent à s'embarquer du cofté
de la Place du Port Sainte
Marie. Nos Troupes s'en
aperceurent , & avec les fi
gnaux dont nous cftions con
venus , ils nous en donnerent
avis. Noftre Gouverneur fe
prepara à profiter de leur retraite
, & dattaquer leur arrieregarde
. Sur le foir ils firent
joüer deux ou trois fourneaux
pour faire lauter le
Fort de Sainte Catherine •
& ils embarquerent le Mé.
credy les pieces d'ArtilleGALANT
87
rie qu'ils y avoient trouvé.
Samedy
23.
L'Ennemy continua fon
embarquement , & noſtre
Capitaine General qui avoit
grande envie de les faire repentir
de leur entrepriſe temeraire
fe prepara à les char :
ger à fon avantage . Il apro
cha du Port Sainte Marie ,
mais ils s'eftoient deja aperceus
de la vigilance , & ils ne
douterent pas de fon deffein .
Ils n'oublierent rien en le pre.
venant pour en empêcher
l'effet , & fur tout pour faire
en forte que noftre Cavale88
MERCURE
rie ne put avancer. Ils firent
par tout des foffez ou des
barricades , & ils firent terrer
huit ou dix de leurs Navires
fur la Plage du côté qu'ils
s'embarquoient pour repouf
fer nos gens avec leur Artil .
lerie & pour deffendre les
leurs. Les fourneaux qu'ils
avoient fait jouer ne devoient
pas avoir fait un fi
grand effet au Fort Sainte Catherine
puifqu'ils furent obli
gez
le
pic
molir
les
fortifications
qui
à la main de déregardent
los Canuelos .
I
89
GALANT
Si l'embarquement cult
continué de la même manie ,
re ce jour là , les Ennemis
laiffoient leur arriere garde
bien découverte & nos Troupes
auroient pû la charger
facilement
. Ils s'en apperçu
rent , leurs Vaiffeaux eftoient
trop éloignez du Port. Ils firent
avancer fur les quatre
heures du matin cinq cens
hommes , laiffant leurs Tentes
dans leur Camp , & ils allerent
renforcer les Troupes
qu'ils avoient déja à Rota , &
fur les fept heures du matin
nous les vîmes de cette Place
Decembre 1702.
H
90 MERCURE
voguer par l'autre cofté du
Fort Sainte Catherine
pour
aller à los Canuelos . Ils mirent
le feu à la mine qu'ils avoient
preparée pour faire fauter ce
Fort en le quittant . Ils s'avancerent
de ce cofté de la
Baye . Ils avoient de la Caz
valerie
à l'avantgarde
, les
Chariots
& le Bagage au milieu
, & un Corps fuffilant de
Cavalerie , formoit l'arriere .
garde. Ils marcherent
à onze
heures en cet ordre , foutenus
de leurs Vaiffeaux , & ils
arriverent à Rota fur les trois
heures. Noftre Capitaine
Ge-
.
GALANT 91
neral obfervoit leur retraite ,
leur diligence fat grande
fur tout celle que firent leurs
cinq cens hommes , & celle
que nous fîmes ne fut pas
fuffifante pour les empêcher
de joindre leur Armée . Nôtre
Capitaine General voyant
que fes efforts feroient inuti .
les de ce cofté là , tourna fa
marche par les hauteurs du
Chafteau de Sainte Catherine
le long du chemin de
Rota. Cette diligence n'a fervi
qu'à le mettre en vuë de
leur Armée qui estoit fort
prés de la terre , parce que la
Hij
92 MERCURE
mer eftoit fort profonde en
cet endroit. Ils mirent le feu
à une de nos Fregates appel
lée l'Efpagnolette , qui eftoit
dans la Riviere du Port . Nous
jugeames d'icy qué nos Troupes
auroient coupé celles des
Ennemis à leur arrieregarde ,
par les décharges de Moufqueterie
que nous entendîmes.
Mais on fçut que c'eftoit
une de leurs Fregates qui
s'eftoit trouvée à lec pour
avoir voulu entrer trop avant
dans la Riviere du Port , &
que nos gens l'avoient chargée.
Mais on ne luy caufa pas
GALANT
93
un grand dommage à caufe
que la Marée eftant ſurveauë ,
elle s'eftoit mife à la voile &
elle rejoignit la grande Armée.
Lundy 25.
Plufieurs barques ont paffé
aujourd'huy d'icy au Port
& tout le monde en eft reve
nu la larme à l'oeil des defor
dres qu'on y a vus , principa
lement à l'occafion des Sain
tes Images qu'on a trouvéesde
tous coftez mutilées & ren
verfées. On nous affure qu'il
n'y a eu de privilegiée que la
grande Eglife , le Convent
94 MERCURE
de Saint Jean de Dieu &
quinze ou feize maiſons ,
Tout le reste a efté faccagé.
Le Convent de la Victoire où
logeoit le Duc d'Ormont ,
eft celuy qui a le plus ſouffert,
l'Eglife de ce Convent fervoit
d'Ecurie à fes Chevaux ,
& on y avoit commis des facrileges
horibles, plus propres
à faire répandre des larmes
qu'à eftre raportez, Le dom .
mage coutera quelque millions
à reparer Beaucoup
d'Habitans de cette Place en
font au defeſpoir. Ils avoient
porté là leurs meilleurs effets
GALANT
95
croyant qu'ils y feroient plus
en feureté qu'icy. Ils ont
porté leur rage juſques à arracher
les Portes du Convent
où logeoit le Duc Dormont ;
à jetter par les ruës les livres
de la Biblioteque
, en a déchiré
des papiers , & les titres ,
& à jetter de toutes parts
les Habits des Religieufes
.
Quant à l'Eglife qui eft des
plus belles & des mieux bâ.
ties ,ils n'y ont pas fait grand
dommage
, ce qui n'a pas
efté d'une petite confolation
.
Ils ont continué tout le jour
de fe rembarquer
à Rota. Les
96 MERCURE
noftres ont attaqué ceux des
leurs qui faifoient leur provi .
fions d'eau à los Canuelos ,
quoy qu'ils fuffent foutenus
par deux bons Vaiffeaux . Il
y en a eu beaucoup de tuez.
C'eftoit le feul de leurs Vailfeaux
qui reftoit dans la Baye .
Les autres eftoient fortis dés
le matin. Les Ennemis n'ont
ny détruit ny brûlé les édifices
du Port. Cette benignité
femble nous affurer qu'ils
n'ont pas deffein de nous
bombarder.
Mardy 16.
Nous avons fçeu que l'at.
taque
GALANT
97
taque d'hier à los Canuelos fut
faite par les Grenadiers & les
vieux Soldats de cette Place.
fous le commandement
du
Capitaine Don Joan Ibaiſet.
LesEnnemis abandonnerent
leurs tonneaux qui fervirent.
au feu de joye que firent les
noftres à l'entrée de la nuit ,
& fe retirerent à Rota. Nous
avons crû qu'ils avoient ems
barqué toute leur Cavalerie ,
mais comme il a fait en afs
fez grand brouillard tout le
jour , nous n'avons pas bien
pû le démêler. On ne doute
pas qu'ils ne laiffent nos
Decembre 1702. I
98 MERCURE
Prifonniers à Rota pour ne
poine manquer au Traité
quils ont fait avec noſtre Capitaine
General qui pour le
fuivre de fa part leur avoit
envoyé avant qu'ils fortiffent
du Pofte , les Prifonniers qu'il
avoit fait fur eux , comptant
qu'ils y en renvoyeroit un pa
reil nombre des noftres , ce
qu'ils n'ont pas fait , de peur
de groffir nos Troupes. On
affure qu'il arriva au Port un
envoyé du Roy de Miquenez
qui leur offroit trois mille
chevaux & trois mille hom .
mes de pied à condition
,
CALANT
99
qu'ils viendroient l'aider à
prendre Ceuta , ce qui ne
fut pas accepté. Enfin l'En .
a pas nemy fe retira & s'il n'a
déja mis à la voille ic'eſt
que le vent luy eft contraire
.
Mercredy 27.
L'embarquement
de l'Ennemy
s'eft terminé
entiere
ment aujourd'huy
; il ne l'avoit
pas pû finir le jour précedent
à caufe des infultes de
nos Troupes
qui en avoient
fait un vray carnage : quelque
précaution
qu'il ait pris
pour fon embarquement
,
Sal
Iij
100 MERCURE
on n'a pas laiffé de luy tuer
bien des gens fans que nous
ayons eu que cinq ou fix per
fonnes tuées ou bleffées. Sur
les trois heures aprés midy
on nous a donné avis icy que
les noftres eftoient maiftres
de Rota. L'Ennemy a brûlé
en s'embarquant quelques
Barques dont il s'eftoit faifi.
Feudy 28.
Le Capitaine Ennemy arbora
la Banniere du Confeil ,
& toute leur Troupes fe difperferent
en divers Bâtimens
pour eftre diftribuez dans
leurs Vaiffeaux , & pour reGALANT
101 :
connoistre en même temps
le nombre des leurs qui man.
quoient. On n'a pas pû le
fçavoir au vray , mais à nof
tre calcul , ils y doivent avoir
perdu deux ou trois mille
hommes en comptant les
Déferteurs . Ce même jour il
arriva un Bâtiment Portugais
dont le Commandant entra
dans la Capitaine des Ennemis
, ce qui a fait raifon
ner aprés le départ du Prince
d'Armftat , qui estoit
déja parti pour paffer à Lif
bonne comme il y eftoit déja
paffe en venant icy .
·
I iij
102 MERCURE
Vendredy 29
Ce matin fur les fix heures
la Capitaine Ennemie a mis
à la voile avec un petit vent.
Tous les Vaiffeaux en ont fait
autant . Sur les fept heures il
eft furvenu un grand calme
qui les a obligez à meure à
l'ancre. Ils ont tous refté à
noftre vue comme auparavant
, mais un peu plus éloi .
gnez. Sur le foir une de nos
Barques fortit d'ici pour al
ler porter des vivres aux nôtres
qui eftoient à los Canuelos.
Cette Barque n'avoit non
plus d'escorte que fi les EnneGALANT
103
1
mis avoient efté à cent lieuës .
Deux Bâtimens des Enne.
mis qui eftoient à l'emboure
de la Baye , fe détacherent
pour s'en faifir ; nous en fû.
mes témoins oculaires avec
bien du chagrin.
Samedy 30.
Sur les fix heures du matin
l'Armée ennemie remit à la
voile par un petit vent d'Eft.
Elle a pris le large prenant la
route du Nord. Ce départ
nous a laiffé dans une grande
joye. Nous avons vû enfuite
dans la Baye un Bâtiment
avec la Banniere blanche qui
I iiij
104 MERCURE
amenoit nos Prifonniers bien
maltraitez par les Ennemis.
Dimanche 1. Octobre.
Le grand calme qu'il a fait
ce jour cy & qui continuë
nous afflige bien , en abli ,
geant l'Ennemy à fe tenir en
core prés de nous . Sur le foir
toute l'Armée a paru étenduë
juſqu'à cette Ville , mais les
gens entendus difent que le
courant l'a entraînée jufques
là , mais un vent d'Eft qui fe
leve nous fera bientoft juger
fielle prend la route du Nord
ou du Levant.
GALANT 105
Je vous appris la mort de
M' le Comte de Montendre
en vous parlant du Combat
du Luzzara ; mais je ne pus
vous faire part de ce qui fuit ,
parce que je n'en eftois pas
encore informé.
Ifâc Charles de la Roche
foucaud de Fonfecque , Com.
te de Montendre , Brigadier
des Armées du Roy , Colonel
du Regiment Royal des
Vaiffeaux , eft né de la branche
de Montendre , l'une des
plus confiderables branches
de la Maiſon de la Rochefou
caud.
106 MERCURE
Les aînez de la branche de
Montandre portent le nom
de Fonfecque
depuis l'alliance
d'une heritiere
d'une branche
de la Maifon de Fonfecque
, établie en France ; la .
quelle par fon mariage avoit
fait des fubftitutions
, à condition
de joindre fon nom à celuy
de la Rochefoucaud
.
La Maiſon de Fonfecque
eft une des grandes Maiſons
d'Elpagne. L'aîné porte le
nom & titre de Monterey.
M' le Comte de Montendre
avoir fait fes Etudes aux
Jefuites à Paris , & les Exerci ,
GALANT 107
·
ces à l'Académie de M de
Bernardi. Il avoit efté depuis
Moufquetaire dans la Compagnie
commandée par M
de Maupertuis.
Il entra dans le Regiment
du Maine en fortant des
Moufquetaires , & fe trouva au
bombardement de Coblents,
puis au Siege de Mayence ,
où il commença à donner
des marques de fa valeur.
Un Capitaine du Regi
ment du Maine ayant eſté
tué , ' M'd'Uxelles qui commandoit
dans Mayence vour
luc donner la Compagnie
108 MERCURE
vacante à M' le Comte de
Montendre qui s'excufa de la .
prendre fur ce que ce Capi ,
taine avoir un Frere Lieute .
nant dans le Regiment , qui
en eftoit digne. Ce procedé
artira à Mr le Comte de Mon
tendre , l'eftime & l'amitié
de tous les Officiers.
autre Compagnie ayant vacqué
quelque temps aprés , il
en fur pourveu . Ilfe trouva
à la Bataille de Fleurus & au
Siege de Mons. Aprés le
Siege il fut fair Colonel du
Regiment de Medoc ', qui
fervoit en Italie , où il fe
Unc
3
GALANT 109
9
rendit. Il fe trouva à la Bataille
de la Marfaille , il
s'y diftingua beaucoup , car
apres que l'aile droite dont
i eftoit , cuft deffait les
Ennemis , M' de Liancourt
qui commandoiť la Marine
, & M de Montendre
vovant que les Ennemis fe
raffembloient par pelotons ,
les chargerent vigoureuſement
& les defirent. Mr le
Comte de Montendre fervit
enfuite en Catalogne , & ſe
trouva au Siege de Barce
lone , où en plufieurs ren
contres il donna de grandes
110 MERCURE
preuves de fa valeur & de fa
capacité ; mais fur tout il fe
diftingua avec un applaudif
fement general à la prife & à
la confervation
d'un Baftion ;
où il foûtint non feulement
le feu des Ennemis qui l'attaquoient
, mais encore celuy
d'un autre Baftion que nous
n'avions pû conferver , d'où
les Ennemis battoient
à revers
celuy où ce Colonel
commandoit
. Il eut en cette
occafion
fept Capitaines
taez
à fes coftez . Le Siege de Barcelone
fut la derniere action
de la guerre. Mr le Comte de
GALANT III
Y
Montendre y fut donné en
oftage . Ce Comte paffa en
Italie avec fon Regiment au
commencement de la prefen
te guerre , & s'eſtant trouvé
à toutes les occafions où il
avoit de la gloire à acquerir ,
il y donna des marques d'une
valeur & d'une capacité dif
tinguées. Il eut à Chiary une
grande contufion , qui ne
l'empêcha point d'agir , &
dont même il ne parla pas.
Il fe diftingua fort à Cremone
, & l'on pourroit dire fans
exageration quil eut tresgrande
part à l'heureux fuc
112 MERCURE
cés de cette Journée. Tous
les Officiers y admirerent fa
conduite , fa capacité , & fa
valeur , & en ont rendu des
témoignages Publics.
Le Roy aprés la Journée
de Cremone luy donna le Re
giment Royal des Vaiffeaux
avec des marques d'eftime &
de fatisfaction de fes (ervices.
Il venoit d'eſtre fait Briga
dier. Il fut bleffé mortellement
au Combat de Luzzara
le 15. d'Aouſt 1702. en
commandant la Brigade des
Vaiffeaux , & chargeant les
Ennemis , aprés avoir rallié
GALANT 113
pour la troifiéme fois fa bri
gade . On le retira du Combat
, il fe confeffa , & moùrut.
Comme il eftoit generalement
eftimé & aimé , il a
efté extremement
regretté.
Il avoit toute les qualitez effentielles
. Sa probité & fa
doctrine eftoient generale
.
ment reconnuës . Il eftoit fa
ge , doux , & humain , enne .
my du fafte & de l'oftenta .
tion , & difoit qu'il falloit faire
marcher les actions de
vant foy. Il aimoit l'étude &
ne paffoit jamais de jours -
fans lire plus de quatre heu-
Decembre
1702
. K
114 MERCURE
res. Il fçavoit quatre ou cinq
fortes de Langues . Il avoit
une connoiffance . prefque
univerfelle de toutes chofes ,
Il eftoit agreable avec fes
amis , & les aimoit tendrement
Il n'a jamais abufé de
la confiance ny du fecrer de
perfonne . Il avoit de la Foy ,
de la Religion , & une pieté
folide , ce qui le rendoit encore
plus eftimable , & doit
faire la confolation de ceux
qui l'ont perdu .
M' le Chevalier de Montendre
Frere Puifné du défunt
, marche fur les traces
GALANT 115
ap- de ce genereux Frere . Il
porta au Roy la nouvelle de la
retraite des Flores Ennemies
qui eftoient devant Cadiz .
Sa Majesté luy fit donner
deux mille écus pour foa
voyage , & comme elle eftoit
informée , qu'il s'eftoir dif,
tingué à Cadiz, elle luy donna
lieu d'efperer qu'il auroit
bientoft un Regiment
. -
Mi de Creil eft mortfubi
tement âgé d'environ 66. ans,
il avoit épousé Madame la
Prefidente
le Comte , dont
il laifle des Enfans. Il avoit
eſté long temps Capitaine
Kij
116 MERCURE
aux Gardes , & en quittant
le fervcie , le Roy luy avoit
donné une penſion de fix
mille livres , & l'avoit fait
Brigadier de fes Armées .
Son Pere avoit efté Secretai
re du Confeil , Charge fort
confiderable par
fes
prero
gatives. Son Grand Pere ,
dont les richeſſes eftoient
immenfes , maria cinq filles
& donna à chacune cent mil.
le écus de dot . Madame la
Prefidente Amelor , Madame
la Prefidente d'Orieu &
Madame Dargouges eftoient
de ce nombre. Par le moyen
GALANT 117
de fes alliances & de plufieurs
autres de fa Maiſon , il
fe trouvoit allié à tout ce
qu'il y a de confiderable
dans la Robe . Meffieurs de
Nicolaï & de Vaubecour
éroient fes alliez . Un Chartreux
de fon nom , mourut
il y a quelques mois , dans
la Chartreuse de cette Ville.
C'eftoit un Religieux d'un
grand mérite & d'une gran
de Politeffe , & dans la Ce-
Julle duquel on voyoit fou
vent une infinité de perfonnes
diftinguées qui s'y rendoient
pour jouir du plaiſir
118 MERCURE
de la converſation qui eftoir
toute charmante . Madame
Maupcou Tante de M ' de
Creil & une des cinq filles
dont je viens de parler avoit
une fi grande inclination
pour fon neveu , qu'elle luy
avoit voulu faire de grands
avantages , ce qu'il refuſa par
une génerofité dont on voit
peu d'exemples . Il eftoit generalement
eftimé. Auffi atileté
fort regretté & même
pleuré de plufieurs de fes
Amis,
En vous parlant de ceux
dont la mort eft affurée , je
GALANT 119
$
dois vous dire que l'on avoit
cru Mr de la Haye - Monbauc
Capitaine de Vaiffeau , du
nombre des Officiers de la
.
Marine qui font morts à Vic
go. On l'avoit vu aprés avoir
fait des actions plus qu'hag
maines , & aprés la perte de
fon Vaiffeau , fe jetter à la
mer n'ayant point d'autre
-moyen de fe fauver , & com,
me il eft âgé de foixante ans
il y avoit lieu de craindre que
les forces ne luy manquaf
fent ; cependant un Officier
& un Matelot le joignirent
dans l'eau
l'aider à napour
120 MERCURE
ger. Ils fe faifirent tous trois
d'une Barque , mais eſtant
repouffée par le Canon des
Ennemis , elle leur échapa .
L'Officier & le Matelot furent
tuez. Mr de la Haye
Montbaut
ne perdit point
courage. 11 nagea & il joi.
gnit un Rocher où il fe re .
pofa . Un Bâtiment Hollandois
le vit , & le Commandant
connut à ſon air que
c'eftoit un Officier , on le fic
prifonnier. La Flote ennemie
eftant de retour , il écrivit de
Roterdam , où il eftoit pri .
fonnier fur la parole , & fe
loüa
GALANT 121
loua fort des manieres douces
& genereufes du Capitaine
Hollandois qui l'avoit pris.
C'euft efté une perte. C'eſt
un homme d'un vray merite
& d'un grand ſervice.
Pendant que les uns meyrent
, & que l'âge des autres
les approche du Tombeau ,
d'autres par leur fecondité re
parent les pertes que
caufe au genre humain . Ma.
dame Brunet de Montforand
eft de ce nombre , & vient
d'accoucher heureuſement
Decembre 1702. L
pertes que la mort
122 MERCURE
d'une fille dont les attraits
naiffans la font déja paffer
pour bele : ce qui a donné
hieu à Mr Denis , Avocat en
Parlement , de faire les Vers
fuivans.
D
E Life enfin, l'heure eft venue ,
Cet aftre qu'attendoient nos
vxux
A tout à coupforcé la nuë
Qui le déroboit à nos yeux ,
Life en accouchant d'une Fille
Vient de mettre un miracle au jour,
Toutcede aux feux dont elle brille_
Elle eft plus belle que l'Amour.
25
Ce Dieu pour faire l'aßemblage
Des plus vifs traits de la Beauté ,
GALANT 123
Semble avoir dans fon propre ouvra
ge
Surpaffefa Divinité.
Il brûle , il s'eft blessé pour elle
Luy- même de fes propres traits
Et déja la croit immortelle
A voir éclater tant d'attraits.
S
L'ail fixe fans ceffe il admire
Son incomparable Vainqueur ,
Et veut que dans tout fon Empire.
Elle regne ainfi qu'en fon coeur.
Venus de dépit & de honte
Tonne, éclate contre ce Fils ;
Mais , quoy , la flame qui le dompte
S'allume encor plus parfes cris !
2
Contre cettejeune merveille ,
Contre moy, que de vains transports!
D'une ardeur , dit - il , fans pareille ,
Croyez- vous braver les efforts i
Lij
124 MERCURE
Pouvois -je lafaire moins belle
Aidé de deux parfaits Epoux ?
C'est à ce furprenant modele
Que je dois ces furprenans coups .
Ne hazardez point voftre gloire ,
On vous fuit . On luyfait la Cour.
Venus , cedez luy la victoire ,
Et qu'elle triomphe à son tour.
Madame la Maréchale de
Villars eft accouchée d'un
garçon. C'eft fervir l'Etat
que de mettre au monde des
enfins d'un fang fi genereux.
Ce que vous allez lire vient
d'eftre donné au Public .
GALANT 125
PRIX D'ELOQUENCE
ET DE POËSIE .
Pour l'Année M DCCIII.
L
'Academie Françoiſe
fait fçavoir au Public
que l'année prochaine , le
25. jour d'Aoult , Feſte de
faint Louis , Elle donnera
le Prix d'Eloquence fondé
par M. de Balzac , de l'Academie
Françoiſe. Le fujer
fera , Qu'on peut vivre dans
le monde en veritable Chreftien ,
en parfaitement bonneste
Liij
126 MERCURE
homme. Il faudra que le Dif
cours ne foit que de demiheure
de lecture tout au
plus , & qu'il finiffe par une
courte Priere à Jefus Chrift.
On ne recevra aucun Dif
cour's fans une Approbation
fignée de deux Docteurs de
la Faculté de Theologie de
Paris , & y refidant actuellement.
Le mefme jour Elle donnera
le Prix de Poëfie fondé
par M. de Clermont de Ton.
nerre , Evefque & Comte
de Noyon , Pair de France ,
& l'un des quarante de l'AGALANT
127
cademie : Le fujer fera , Les
grandes chofes que le Roy a fai
tes pour la confervation de la
Monarchie d'Espagne. Il fera
permis d'y joindre tel autre
fujet de loüange que cha .
cun voudra , fur quelques
actions particulieres de Sa
Majefté , ou fur toutes enfemble
, pourveu qu'on n'ex
cede point cent vers . Et on
y adjoutera une courte Prie .
re à Dieu pour le Roy , fe
parée du corps de l'Ouvra .
ge , & de telle meſure de
Vers qu'on voudra .
Toutes perfonnes feront
Liiij
128 MERCURE
receues à compofer pour ces
deux prix , hormis les Qua
rante de l'Academie qui doi .
vent en eftre les Juges.
Les Auteurs ne mettront
point leur nom à leurs Ou .
vrages , mais une marque
ou paraphe , avec un paffage
de l'Ecriture Sainte , pour
les Difcours de Profe ; &
telle autre ſentence qu'il leur
plaira , pour les Pieces de
Poëfic.
Ceux qui prétendront aux
Prix feront obligez de mer
tre leurs Ouvrages dans le
dernier May prochain , en-
H
GALANT 129
tre les mains de M. l'Abbé
Regnier , Secretaire perpetuel
de l'Academie Françoi
fe , à l'Hoftel de Crequy ,
fur le Quay Malaqueft.
Et en fon abfence ,
Chez Jean Baptifte Coi
gnard , Imprimeur & Librai
re ordinaire du Roy & de
l'Academie Françoiſe , ruë
faint Jacques , prés S Yves ,
à la Bible d'or .
M' Benoist Prieur Curé
de Saint Germain en Laye ,
fit faire le mois paffé un
132 MERCURE
ce Service folemnel ; mais
eftant témoin de fes dif
pofitions faintes à la mort,
il n'a point crû luy delo .
beir en les rendant publi .
ques au bout de l'année , &
de les faire fçavoir à la po.
fterité par un Difcours auffi
éloquent qu'édifiant , & tel
enfin que celuy qui a esté
prononcé par Mr l'Abbé
Ancelme.
•
"
Mr de Maupertuis a don.
au Roy la demiffion de
fon Gouvernement de faint
Quentin ; & Sa Majesté en
GALANT 133
échange l'a gratifié de la
Lieutenance de Roy de Tou!
en Lorraine , & du Païs qui
en depend. Ces deux emplois
font d'un meime revenu
; & le Roy en reconnoiffance
des fervices importans
de Mr de Mauper
tuis , luy a accordé fur la
Lieutenance qu'il vient de
luy donner un Brevet de
retenue de trente mille écus
en faveur de Madame fa
femme.
Mr de Maupertuis com
mande la premiere Compa
gnie des Moufquetaires , de
134 MERCURE
puis
la mort de Mr de
Fourbin. Il eft parvenu à
ce beau pofte par la naiffance
, & par fes grands
fervices dans ce mefme
Corps. Il y a efté toute
la vie , & il a paffé par
tous les emplois depuis
qu'il y eft entré. Il a eu
part à toutes les actions
qui rendent cette Compaà
gnie fi celebre. Il eft Lieu .
tenant General . Sa naiffance
eft diftinguée puiſqu'il eft
de la Maifon de Meleun ,
dont Mr le Prince d'Efpinoy
eft le Chef. Il eft con,
GALANT 135
ftant qu'il n'y a guere de
Maifons plus illufties ou plus
anciennes.
Le petit Conte qui fuit a
efté envoyé à une perfonne
de confideration , un jour
qu'elle avoit pris Medecine.
LAVARE
ET LE PATISSIER.
U
NHarpagon à court rabat,
Manchette unie & foulier plat
Des plus devots en apparence,
134 MERCURE
puis la mort de Mr de
Four bin. Il eft parvenu à
ce beau pofte par la naif.
fance ,
&
par fes
grands
fervices dans ce melme
Corps. Il
Il y a efté toute
fa vie , & il a paffé
par
tous les emplois
depuis
qu'il y eft entré . Il a eu
part à toutes
les actions
qui rendent
cette Compag
gnie fi celebre
. Il eft Lieu .
tenant
General
. Sa naiffance
eft diftinguée
puiſqu'il
eft
de la Maifon
de Meleun
,
dont Mr le Prince
d'Efpinoy
eft le Chef. Il eft con ,
GALANT 135
ftant qu'il n'y a guere de
Maifons plus illuftres ou plus
ancienne's .
Le petit Conte qui fuit a
efté envoyé à une perfonne
de confideration , un jour
qu'elle avoit pris Medecine.
2
LAVA RE
ET LE PATISSIER.
U
NHarpagon à court rabat ,
Manchette unie & foulier plat
Des plus devotsen apparence,
136 MERCURE
Mais n'ayant d'autre Dieu que
la feule Finance ;
En un mot un avare , ingrat &
fans retour ,
Avoit reçu cent fois maintes
pieces de Four ,
D'un pauvre Patiffier fon Voifin
, fon Compere
;
Pour ne point cependant demeurer
arriere ,
Eſtant devenu Marguillier ,
L'Avare dit au Patiffier ,
Je te veux , cher Amy , faire
avoir la pratique
Des Pains- benits de la Fabrique
,
Ils font païez fort graffement ,
Et je ne veux pour ce fervice
Qu'une Brioche , c'eft juftice
,
Feſte & Dimanche feulement,
GALANT
137
A l'inftant Godard luy replique
,
Monfieur , je vous rends grace,
& toute ma boutique
Eft à votre commandement ..
Aprésfon petit compliment ,
Godard s'en retourne à la .
hàte ,
Affaifonne un Chevreuil & le.
mettant en pâte ,
Y trace en relief les armes & le
nom ,
De fon ladre & vilain Patron
.
Le Pâté fait & cuit foudain il le
lui
porte ,
Le priant d'agréer ce don ,
A l'afpect du preſent , le fordide
Harpagon ,
Feint d'être en colere & s'emporte
:
Decembre 1702 M
136 MERCURE
1
Mais n'ayant d'autre Dieu que
la feule Finance ;
En un mot un avare , ingrat &
fans retour ,
Avoit reçu cent fois maintes
pieces de Four ,
D'un pauvre Patiffier fon Voifin
,fon Compere ;
Pour ne point cependant demeurer
arriere ,
Eftant devenu Marguillier ,
L'Avare dit au Patiffier ,
Je te veux , cher Amy , faire
avoir la pratique
Des Pains- benits de la Fabrique,
Ils font païez fort graffement,
Et je ne veux pour ce fervice
Qu'une Brioche , c'eft juftice
,
Felte & Dimanche feulement,
GALANT
137
A l'inftant Godard luy replique
,
Monfieur , je vous rends
& toute ma boutique
grace ,
Eft à votre commandement ..
Aprés fon petit compliment ,
Godard s'en retourne à la .
hate ,
Affaifonne un Chevreuil & le
mettant en pâte ,
Y trace en relief les armes & le
nom ,
De fon ladre & vilain Patron
.
Le Pâté fait & cuit foudain il le
lui
porte ,
Le priant d'agréer ce don ,
A l'afpect du prefent , le fordide
Harpagon ,
Feint d'être en colere & s'emporte
:
Decembre 1702 M
138 MERCURE
Non , non , dit - il , je ne veux
pas
Recevoir un Pâté de cette confequence
,
On en feroit trente repas,
C'eft une fois trop de dépenfe .
Dis-moy ce qu'il te coûte afin
que là - deffus ....
Monfieur , reprit Godard , c'eſt
une bagatelle ...
Douze écus plus ou moins : Vrai
ment la piece eft belle ,
Repartit Harpagon , il vaut bien
douze écus ,
Un riche & gros Seigneur en feroit
bonne chere ,
Avant que l'on en vift la fin ,
On boiroit plus d'un muid de
vin.
Remporte le, mon cher Compere
;
GALANT 139.
Croi moi , dans ta boutique il
trouvera fon prix ,
Ileft jufte qu'elle en profite,
De douze écus qu'il vaut , Ami ,
donne m'en fix ,
Et pour le refte je t'en quite .
A ce difcours Godard mille fois
plus furpris
Que ne l'eft un fondeur de
cloche ,
Tire fix écus de fa poche ,
Et reprenant fon grand Faté
Remercie Harpagon de , fon
honnefteté. not 1-
Le quitte , mais bientoft le vilain
le rappelle
.
Cher Ami , lui dit - il , je crains
avec raifon
Que ma Femme ne me querelle
,
Elle aime fort la venaiſon ,
Mij
140 MERCURE
Coupe m'en feulement une trans
che pour elle.
Godard pouffant à bout fa liberalité
Saifitfon
Tranchelard , partage
le Pafté
Et laiffe enfin l'Avare au comble
de la joye
De fe voir maiſtre de fa proye .
La Femme d'Harpagon de retour
au logis
3
Trouvant que le Chevreuil
eftoit d'un gouft exquis
Blâma fort fon Mari d'eftre
trop modefte
par
Et comme elle ignoroit qu'il eût
eu fix écus
Envoya demander le refte
Sans crainte d'avoirun refus .
Godard fe doutant de l'affai
re :
•
GALANT 141
01
A l'envoyer fut diligent ;
Et le riche vilain , de fon pauvre
Compere
Eut la marchandife & l'argent.
Cè qui fuit merite beaucoup
d'attention.
Apres avoir compofé les Traitez
de la poffibilité de l'Immortalite
corporelle inferez dans les
Mercures des mois de Novembre
1692. &de Fanvier 1693.
diverſes affaires m'ont fait gar
der le filence fur les ouvrages qui
ont paru depuis ce temps là ayant
raport à ce fujet , ce qui a fait
142 MERCURE
>
coire que l'Auteur de l'Immortalité
corporelle eftoit mort . C'est
peut eftre ce qui a donné lieu a
faire paffer cette immortalité en
Angleterre fous un autre nom
que le mien quoy qu'enterrée wive.
Je lay apris par une lettre
de Mr de Saint Evremont
écrite à un de fes Amis de Paris ,
au mois de Decembre 1700 cet .
te lettre est affez olie . Elle commence
en Profe & finit en Vers.
Fay composé en 1694 une répon.
fe à quelques difficultez qui me
furent faites par un fçavanı Re,
ligieux , homme de condition
& de diftinction dans fon. Or.
GALANT 143
dre. Fay auffi écritque quelques
unes de mes reflexions qui prou.
vent encore cette Immortalité ;
mais ayant lû dans le Mercure
d'Avril dernier , un difcours
tendant à prouver qu'il eft im .
poffible de ne pas viellir
ne pas mourir
2
de
je veux ré
pondre à une propoſition qui me :
paroist entierement contraire à
mon Ouvrage, &je m'èionne fi
on l'alû , que l'on n'ait pas preve
nu la réponse qui s'y pouvoit
faire fuivant mes principes. Fe\
dis done , que ces tamis , ces cou
loirs , ces tuyaux fe peuvent ré
parer à proporsion qu'ils s ufent
144 MERCURE
que c'est le deffaut des esprits qui
caufe le deffaut des couloirs ;
non pas le deffaut des couloirs
qui caufe celuy des efprits. Car
les efprits fe font un paffage par
leursforces jointes à leur fubtilité
N'y ayant plus les efprits
fuffifants , il arrive que ces efprits
manquant , la matiere qui les
contenoit n'est pas affezforte ,
eftant privée de ces efprits , pour
pouvoir entretenir par une action
égale & continuelle , les paf.
fages de ces couloirs. Ainfi ce
n'eft pas felon mon avis , que les
esprits ne puiffent paffer , parce.
que les couloirs , tamis , tuyaux fe
bouch.nt ;
GALANT 145
bouchent ; mais ces couloirs fe
bouchent faute d'efprits pour en
tretenir ces paffages. Al'égard
des liqueurs dont on dit que nos
partiesfont pleines & qui vien
ment à manquer , ce qui caufe la
vicilleffe & la mort , je répond ,
qu'il n'y a point de liqueur qui
ne puiffe eftre continuée , foit
qu'elle foit produite par nature
ou par art. Car la nature produit
toujours des matieresfembla.
bles à celles qui ont produit cette
liqueur fi c'est elle qui l'a produi.
se, l'artpeut produire des liqueursfemblables
à celles qu'il à
produit. Ainfi toutes liqueurs
Decembre 1702. N
146 MERCURE
peuvent eftre toujours continuées,
A l'égard des fermentations
je dis qu'elles peuvent eſtre continuées
, augmentées , em ê bées
& difcontinuées , à volomé &
difcretion ainsi il eft certain que
par un ufage concerté , il eft pof
fable d'empê her tout diffaut de
fermentation &den empêcher
Eexces Enfin sout eftanı naturel,
ies matures
, & leurs effets
;
ou actions ces matieres ne man.
quant jamais dans le monde ;
leur actions pouvant estre facili
rées arreftés , & empêchées :
vien ne s oppofe à la poffibilité de
ne point vieillir de toujours
GALANT 147
vivre Iln'y a qu'à entretenir les
efprits neceffaires dans la quantité
deuë de la quantité deuë, carfi
lesefprus ne manquent ny en qua.
lité ny en quantité , le corpsfera
dansl eftat de force & de vigueur
qu'il doit eftre , s'il eft dans l eftat
qu'il doit eftre , il ne diminura
point , s'ilne diminuë point il ne
vieillira point , s'il ne veillit
point , il ne mourra point ;
j'entens de mort naturelle mala ·
diese vieilleffe Carpour la mort.
accidentelle n'eftant point caufée
par le progrez de la nature , & la
nature ne pouvant fe réparer ¿
Se conferver que par ce progrez : ft
Nij
148 MERCURE
le
ce progreZ eft empêché par l'exè
treme violence ou destruction des
organes, il eft impoffible que
corps fubfifte fans les organes
neceffaires à la confervation de
la vie. Il eft poffible de ne point
mourir , pourvû que les acci.
dents violens contre nature
tels que ceux que cauſent le fer ,
le feu , le poison , chutes , écraſe .
mens &c. ny interompent point
L'ordre égal
puiſſance de Dieu
la
continuel que
a estably
dans le corps . Car de fon cofté ,
fi on luy donne les chofes neceffaires
àfa confervation , en qua
lité en quantité denë : il est
GALANT 149
certain que toutes fes fonctions
ne tendent naturellement qu'à fa
confervation & que du coſté du
monde , à le regarder en general,
ces qualitez ces quantitez
neceffaires ne manquant jamais ;
c'eft feulement en particulier
qu'elles manquent , par noftre
faute & par noftre ignorance .
Je croy que la galanterie
quifuit ne vous déplaira pas.
A
Mour ayant eu connoiffance
Des defordres qu'on voit en
France ;
Sçavoir en matiere d'amours ,
Niij
150 MERCURE
Et qu'ils augmentent tous les
jours.
Que des hommes fexagenaires
Traitent les amoureux miſteres
;
Qué des vieilles à cinquante
ans
Se mêlent d'avoir des galans ;
Voulant regler dans fon Empire
,
[ re ;
A quel âge il faut qu'on foûpi-
Pour en laiffer chacun inftruits
Vient d'ordonner ce qui s'enfuit.
ORDONNANCE
DE L'AMOUR.
Nous
Ous AMOUR , le Souverain
Maistre no MOVI
CALANT 151
De ce qui fut , eft , & peut eftre ,
A tous , à venir prefens ,
A tous jeunes & vieux Amans :
SALUT. Comme les Ordonnances
Sont tout le foutien des Puiffances ,
Sçachant que les vieilles Amours
Depuis quelques temps ont grand
cours
Et jugeant qu'il n'est rien de pire
Contre le bien de noftre Empire ,
Voulons de tout noftre pouvoir ,
Ranger chacun à fon devoir.
Sur lesplaintes qui nous font faites ,
Par nos bien amez les Poëtes ,
Pour les interefts des Soupirs ,
Des Ris , des Jeux , & des Plaifirs
Par qui les Amoursfurannées
Sont publiquement condamnées ;
Nous a femblé que
leur avis
Fftoient dignes d'eftre fuivis.
N iiij
152 MERCURE
Les Soupirs qu'avec moyje mene
Craignentjustement qu'on les prenne
Pour des Soupirs de gens caßez,
Prefts d'aller chez les trépaffez.
Les Ris ont dit avec des larmes ,
Qu'ilsfont tous privez de leurs charmes
Qu'étant tous ridez &fans dents ,
Laids au dehors , laids au de dans ,
Ils ont bien peur qu'on ne les chaffe ,
Comme Ris de mauvaise grace .
Les Jeux devenus Colibets
Méchans mots , fades fobriquets ,
Proposfondez fur l'équivoque ,
Dontle monde poli fe mocque 3
Ne veulent non plus que les Ris
Tomber ainfi dans le mépris.
Les Plaifirs , Bals , & Serenades ,
Feftes , Rendez- vous , Promenades ,
Par quije puis ce que je puis ,
Et qui mefont ce queje fuis ,
GALANT
153
Soutiennent que leur propre uſage .
N'eft pas pourles perfonnes d'age
Qu'au fervice de vieilles
gens
Ilsferont toujours languiffans ,
Et qu'eftant Fils de l'allegreffe
Ils nefont que pour la Ieuneffe.
A ces Caufes , donc , pourfinir
Ces maux à craindre à l'avenir ,
Et pour pleinement fatisfaire
Nos bien amez, fur cette affaire.
Nous deffendons à tous Vieillards
Et mefmes aux plus goguenards ,
De parler jamais de tendreße
Et defaire aucune Maiftreffe ,
Ains , ordonnons auxjeunes gens ,
Pour nos droits un peu negligens ,
De conter promptement fleurettes ,
Et defaire des amourettes ,
Dés qu'ils auront vingt ans paſſez,
Ou bien feulement commencez ;
Que les Filles à quinze ou feize ,
>
154 MERCURE
Scachentfaire un galant bien aife,
Valons qu ' Amantes & qu ' Amans
Ceffent d'aimer à quarante ans ,
Qu'aprés ils n aiment qu'en cachette
,
Comme faifant chofe mal faite.
Nous pourrons permettre à quelqu'un
Qui foit au deffus du commun
D'aimerfans autre confequence ,
Iufqu'à cinquante , avec difpenfe ,
Laquelle nous luy donnerons ,
Sans frais , & quand nous le vou.
drons.
Prétendant que cette Ordonnance,
Soit fur tout obfervée en France ,
Comme au lieu qui nous plaift le
plus ,
Où l'on voit regner ces abus ,
Qui pratiquera le contraire ,
Soit puni de nejamais plaire ,
GALANT 155
Etfoit reputé pour toûjours
Criminel de leges Amours.
On ne peut faire de réjoüiffances
plus éclatantes ,
ny faire de remercimens au
Ciel avec plus d'éclat , & plus
d'oftentation , que l'on a fait
en Angleterre pour les heu.
reux fuccés d'une Campagne
où l'on n'a rien gagné,
Les Troupes Angloifes ont
aidé à prendre Liege , qui
n'a aucunes Fortifications .
Elles en ont mis l'Empereur
en poffeffion , & elles ont pris
pour les Hollandois conjoin .
tement avec les Troupes
156 MERCURE
de cette Republique & de
leurs Alliez , quelques Places
dont les Fortifications ne
font que de terre , & qui
ouvrent ordinairement leurs
Portes à ceux qui mettent les
premiers de fortes Armées
en Campagne . Il en coûte
aux Anglois pour avoir feu .
lement eu part à la gloire de
ces Conqueftes , dont rien
ne leur demeure , l'entretien
d'une Armée de quarante
mille hommes.
Quant aux expeditions de
mer , ces mêmes Peuples ont
dépensé cinquante millions ,
GALANT
157
& ont perdu fix oa fept mille
hommes tant des Troupes de
débarquement que de celles
dont les équipages de leurs
Vaiffeaux font
compofez
pour aller faire échouer toutes
leurs
efperances , &
tout leurs grands projets
devant Cadiz , & pour s'attirer
la haine &
l'indignation
des
Espagnols dont ils
avoient éprouvé la fidelité ,
& la bonne foy dans tous les
temps . Enfuite chagrins d'a
voir fait une fi mauvaiſe manoeuvre
, & d'avoir efté repouffez
, battus , & chaffez
158 MERCURE
par une poignée de monde , i
ils ont efté porter leur depit
devant Vigo , & décharger
leur colere , ſans vanger
leur honte. Leurs cent cinquante
Vaiffeaux qui n'en
ont trouvé que quinze fati .
guez d'un long voyage , &
quelques Galions qui ne font
que des Bâtimens de charge ,
n'ont pas eu l'avantage de
triompher de cette petite
Flote , puifqu'apres s'eftre vigoureulement
défendue , &
leur avoir caufé beaucoup de
dommage , elle s'eft elle .
même brûlée & fait échouers
GALANT 159
de maniere que cette formidable
Flote , n'a profité que
de quelques Bâtimens fans
équipages , qu'elle a relevez
& s'eft retirée fans avoir pû
prendre ny le Chateau ny la
Ville de Vigo , où il reſtoir
quelques millions. Voila ce
que les Anglois , appellent
avoir reparé le malheur de
l'affaire de Cadiz Cependant
ils auroient beaucoup mieux
fait s'ils n'avoient point efté
à Vigo Ils n'avoient point à
Cadiz attaqué directement là
Flote oùils ont quelque part ,
ils avoient feulement fait voir
6
160 MERCURE
leur mauvaiſe volonté. Mais
quoy qu'ils euffent pillé des
Negocians à qui ils avoient
obligation , & qu'ils euffent
commis tout ce qui les pou.
voit faire haïr , par des Peuples
auffi delicats fur le fait
de la Religion que le font
les Espagnols , ils auroient
peur eftre pû elperer qu'on
leur livreroit ce qui leur appartient
fur la Flote , mais
ayant commencé à gâter
leurs affaires devant Cadiz
ils ont achevé de les ruiner
entierement devant Vigo Je
n'en repete point les raifons
GALANT 161
3
parce qu'elles font ample
ment marquées dans ma derniere
Lettre. C'eft aprés ces
exploits imaginaires , ou plu
toft ces mauvais fuccés , &
ces entrepriſes imprudentes ,
qui font un tort confidera .
t ble à la Nation Angloife ,
C qui luy ont coûté des fom .
) mes immenſes , & qui mettent
les Negocians Anglois
& Hollandois au defefpoir ,
qu'on a regardé politiquement
en Angleterre l'arrivée
de la Flote comme le retour
d'une Flote triomphante
, &
que l'on a ordonné d'en ren-
Decembre
1702.
is
O
158 MERCURE
par une poignée de monde , i
ils ont efté porter leur depit
devant Vigo , & décharger
leur colere , fans vanger
leur honte. Leurs cent cinquante
Vaiffeaux qui n'en
ont trouvé que quinze fati .
guez d'un long voyage , &
quelques Galions qui ne font
que des Bâtimens de charge ,
n'ont pas eu l'avantage de
triompher de cette petite
Flote , puiſqu'apres s'eſtre vigoureufement
défendue , &
leur avoir caufé beaucoup de
dommage , elle s'eft elle .
même brûlée & fait échoüer ,
GALANT 159
de maniere que cette formidable
Flote , n'a profité que
de quelques Bâtimens fans
équipages , qu'elle a relevez
& s'eft retirée fans avoir pû
prendre ny le Chateau ny la
Ville de Vigo , où il reſtoir
quelques millions . Voila ce
que les Anglois , appellent
avoir reparé le malheur de
l'affaire de Cadiz Cependant
ils auroient beaucoup mieux
fait s'ils n'avoient point efté
à Vigo. Ils n'avoient point à
Cadiz attaqué directement la
Flote oùils ont quelque part ,
ils avoient feulement fait voir
160 MERCURE
leur mauvaiſe volonté. Mais
quoy qu'ils cuffent pillé des
Negocians à qui ils avoient
obligation , & qu'ils euffent
commis tout ce qui les pou .
voir faire haïr , par des Peuples
auffi delicats fur le fait
de la Religion que le font
les Efpagnols , ils auroient
peur eftre pû efperer qu'on
leur livreroit ce qui leur appartient
fur la Flote , mais
ayant commencé à gâter
leurs affaires devant Cadiz ,
ils ont achevé de les ruiner
entierement devant Vigo Je
n'en repete point les raifons
GALANT 161
parce qu'elles font amplement
marquées dans ma derniere
Lettre. C'eft aprés ces
exploits imaginaires , ou plu
toft ces mauvais fuccés , &
ces entrepriſes imprudentes ,
qui font un tort confidera.
ble à la Nation Angloife ,
qui luy ont coûté des fommes
immenſes , & qui mertent
les Negocians Anglois
& Hollandois au defefpoir ,
qu'on a regardé politiquement
en Angleterre l'arrivée
de la Flote comme le retour
d'une Flote triomphante
, &
l'on a ordonné d'en renque
Decembre 1702. O
162 MERCURE
dre au Ciel des graces publi
ques , mais comme l'on n'a pas
trouvé que les expeditions
faites par cette Flote meritaffent
feule ces actions de
graces , on a ajoûté dans le
Mandement, qu'elles eftoient
auffi rendues pour les grands
avantages remportez par
Alliez en Italie , & en Allemagne.
Je ne croy pas que
l'on ait jamais entendu parler
d'un fait femblable , &
que l'on ait jamais ofé pu .
blier des chofes fi manifeftement
contraires à la verité.
les
Les Allemans qui font en
GALANT 163
Italie ont repaffé au commencement
de la Campagne
cinq ou fix rivieres en fuyant
devant nos Troupes. Ils ont
enfuite abandonné quatre ou
cinq Places avec les Garnifons
les provifions & les
munitions. Les Troupes des
deux Couronnes s'emparerent
aprés cette retraite , de
prefque tout le Modenois , &
quatre des meilleurs Regi
mens de Cavalerie Alleman .
de furent deffaits au combat
de Santa Vittoria. Celuy de
Luzzara , qui peur paffer pour
une Bataille , fut donné en-
O ij
164 MERCURE
fuite , & l'avantage remporté
par les Troupes des deux
Couronnes , fut fi grand , que
la Ville de Luzzara fe rendit.
auffi toft avec la Garnison ,
& remit les magaſins. La
prife de Guastalla qu'on affiegea
quelque temps aprés , fuc
encore le fruit de cette gran
de Victoire . Tant de deffaites
des Ennemis & tant de
Conqueftes , furent accompagnées
de plufieurs autres
avantages dont j'ay déja par
lé , & qui ne font pas affez
confiderables pour en parler
une feconde fois.
GALANT 165
Voila la fituation où eftoient
les affaires d'Italie , lors que
l'on a ordonné à Londres de
rendre graces au Ciel , pour
les heureux fuccez des Alliez
de la Couronne d'Angle
terre en Italie. On ne peut
faire de pareilles publicas
tions , fans avoir pris grand
foin de cacher au peuple An
glois des veritez qui ne font
ignorées d'aucuns des autres
peuples de l'Europe .
Quant à ce qui regarde
les fuccez des armes de l'Empereur
du colté de l'Allema
gne , la prife Landau peut
166 MERCURE
avoir donné occafion d'en
parler en Angleterre , mais fi
on avoit voulu faire attention
à tout ce qui s'eft paffé
depuis , à la Bataille gagnée
par M' le Maréchal de Vil
lars ; aux expeditions faites
par M l'Electeur de Baviere ,
aux avantages remportez par
Mr le Comte de Tallard ,aux
Places dont il s'eft emparé ,
aux Poftes importans qu'il a
pris , aux grandes contribu
tions que Mr le Maréchal de
Villars & ce Comte ont im
pofées , ainfi qu'à tout ce que
l'on a fait pour rendre la prife
GALANT 167
de Landau inutile aux Alle
mans , on n'auroit pas parlé à
Londres des heureux fuccés
de l'Armée de Mr.le Prince
de Bade , puifque fi on en
excepte la prife de Landau ,
ce Prince n'a pas efté plus
heureux cette Campagne que
Mr le Prince Eugene l'a efté
en Italie.
Quoy que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne n'ait
encore que vingt ans & cinq
mois , ce Prince eſtant né le
6. Aouſt 1682. ſon eſprit &
fes lumieres ont tellement
168 MERCURE
devancé fon âge qu'on a peu
veu d'auffi grands Princes
auffi fçavans dans un âge auffi
peu avancé. Toute la Cour
en eftoit perfuadée , mais on
ignoroit qu'en s'appliquant
à l'étude des Sciences & des
Loix , il cuft appris l'Art de
la Guerre , dans le Cabinet
auffi à fond que s'il l'avoit
mis en pratique pendant plu
fieurs années . Il a paru Soldat
& Capitaine dés la premiere .
Campagne , & a fait voir par
les ordres qu'il a donnez , par
fes actions , & par fes Lettres
au Roy , qu'il eft capable
GALANT 169
ble d'agir , de commander ,
& de donner confei !. Le Roy
qui le connoift de plus prés ,
qui a des preuves de la penetration
de l'étendue de fon
efprit , de les lumiers , de fa
fageffe , & de fa prudence , &
qui fçait que l'on peut luy
confier un fecret auffi feure
ment qu'à ſon augufte Pere ,
que ce Prince marche fur fes
traces , qu'il a fait voir autant
de valeur , & de conduite
l'Armée, que Monseigneur le
Dauphin , & qu'il s'est fait
ainfi que ce Prince admirer ,
& aimer de toutes les Trou-
P. Decembre 1702 .
170 MERCURE
pes , le Roy , dis je , fçachang
toutes ces chofes , a crû Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
capable d'entrer dans
tous les Confeils , & Sa Ma .
jefté ayant déclaré que ce
Pince y entre oit à l'avenir ,
toute la Cour en a fait compliment
à Monfeigneur le
Dac de Bourgogne , & a
marqué en metme temps
beaucoup de joye de ce qu'il
eftoit nommé Generaliffime
des Armées du Roy en Fandres
pour la Campagne pro .
chaine. , ce qui fait eſperee
qu'elle fera aufli heureufe que
CALANT 171
glorieufe aux Armes du Roy.
Comme Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , aura ſouvent
entré avant l'ouverture de
la Campagne , dans les Con .
fels d Erar , & de Guerre ,
ce Prince fçura ce qui conviendra
au bien & à la gloire
de l'Etat ainfi qu'à la fituation
des affaires prefentes ,
& s'il tera à propos , fuivant
cette fituation de faire des
Sieges , de donner des Ba
tailles , ou d'arêter ſeulement
TEnnemy pendant qu'il fera
plus important den triompher
ailleurs pour le bien
Pij
168 MERCURE
devancé fon âge qu'on a peu
veu d'auffi grands Princes
auffi fçavans dans un âge auffi
peu avancé. Toute la Cour
en eftoit perfuadée , mais on
ignoroit qu'en s'appliquant
l'étude des Sciences & des
Loix , il cuft appris l'Art de
la Guerre , dans le Cabinet
auffi à fond que s'il l'avoit
mis en pratique pendant plu.
fieurs années. Il a paru Soldat
& Capitaine dés fa premiere .
Campagne , & a fait voir par
les ordres qu'il a donnez , par
Les actions , & par fes Lettres
au Roy , qu'il eft capable
GALANT 169
ble d'agir , de commander ,
& de donner confei !. Le Roy
qui le connoift de plus prés ,
qui a des preuves de la penetration
de l'étendue de fon
efprit , de les lumiers , de fa
fageffe , & de fa prudence , &
qui fçait que l'on peut luy
confier un fecret auffi feure
ment qu'à ſon augufte Pere ,
que ce Prince marche fur fes
traces , qu'il a fait voir autant
de valeur , & de conduite à
l'Armée, que Monſeigneur le
Dauphin , & qu'il s'eft fait
ainfi que ce Prince admirer ,
& aimer de toutes les Trou-
P Decembre 1702.
170 MERCURE
pes , le Roy , dis je , fçachang
toutes ces chofes , a crû Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
capable d'entrer dans
tous les Confeils , & Sa Ma .
jefté ayant déclaré que ce
Pance y entreroit à l'avenir ,
toure la Cour en a fait compliment
à Monfeigneur le
Dac de Bourgogne , & a
marqué en metme temps
beaucoup de joye de ce qu'il
eftoit nommé Generaliffime
des Armées du Roy en Flandres
pour la Campagne pro .
chaine. , ce qui fait efperee
qu'elle fera auf heureufe que
CALANT 171
glorieufe aux Armes du Roy.
Comme Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , aura fouvent
entré avant l'ouverture de
la Campagne , dans les Con
fels d Erar , & de Guerre ,
ce Prince fçura ce qui conviendra
au bien & à la gloire
de l'Etat ainfi qu'à la fituation
des affaires prefentes ,
& s'il fera à propos , fuivant
cette fituation de faire des
Sieges , de donner des Ba
tailles , ou d'arêter feulement
l'Ennemy pendant qu'il fera
plus important den triompher
ailleurs pour le bien
Pij
172 MERCURE
des affaires & de differer les
Conqueftes dont on fe oit
affure d'un cofte , pour en
faire d'autres plus proffées
afin de faciliter celles qu'il
feroit plus tard & de les ren .
dre plus éclantes . Ce Prince
inftruit à fond de toutes ces
choles agira d'abord , s'il eſt
à propos d'affieger des Pla.
ces , ou de donner de Batailles
, & fçaura moderer la
vivacité de la genereufe ar .
deur de fon fang , en reculant
le temps de les Victoires
, & lans combattre ne laif.
fera pas de vaincre puifqu'il
GALANT 173
triomphera de luy même , &
de la noble & genereule impatience
qui luy fait fouhaiter
avec une fi vive , &
fi louable ardeur de fervir le
Roy & l'Etat , en expofant
fa perfonne à tous les perils
que courent les Princes qui
ne refpirent que la gloire
qu'on acquiert en cueillant
des lauriers , & qui conduit
à l'immortalité.
S'il eftoit permis à Monfeigneur
le Duc de Bourgo .
gne de fuivre les mouvemens
qui l'entraînent vers cette
gloire qui fait les Heros , il
Piij
174 MERCURE
marcheroit bien toft fur les
traces d'Alexandre , dont on
vient de graver la fixiémé
Bataille d'aprés Mr le Brun ,
cette Bataille qui n'eſt point
du nombre de celles qui ont
efté gravées par Mr Audran ,
vient de l'eftre par Mr Picault
, qui a gravé les cinq
premieres , qui ſe vendent
chez Mr Picard le Romain .
Le fujet de cette de fixiéme
Bataille et le Combat de
Porus , Roy des Indes . Cette
Eftampe eft de la même gran.
deur que celle du Paffage du
Granique. Elle eft dediée à
GALANT 175
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
par Mr Picault
, dont
je viens de vous parler , & ſe
vend avec Privilege
du Roy
chez Mr de Rais , Mailtre
Peintre
, fur le Pont noftie-
Dame
au Griffon
d'or cou .
ronné. On ne peut jetter les
yeux fur cette Eftampe
fans
la trouver
gracieule
Les Con .
noiffeurs
en admirent
le bu .
fin.
On s'eft apperçu depuis
quelques années que beau
coup de gens vivoient tres
long temps , que les uns approchoient
de la centiémé
Piiij
176 MERCURE
année , que
les
autres
joüiffoient
de
la vie
jufqu'à
cet
âge
, & que
d'autres
le paffoient
de
plufieurs
années
.
On
a remarqué
en
même
temps
, que
ceux
qui
ga .
gnent
leur
vie
par
un
tra
vail
penible
, & qui
ne con
.
noiffent
aucuns
remedes
parviennent
plutôt
à ce grand
âge
que
les
autres
, &
que
pour
un
homme
de diftinc
.
tion
qui
vit
cent
ans
, il s'en
trouve
vingt
qui
font
obligez
de
gagner
leur
vie
à
la
fueur
de
leur
corps
, qui
à ce
grand
âge
fe trouvent
GALANT 177
encore en parfaite fanté..
Vous en avez vû beaucoup
d'exemples dans mes Lettres ,
en voicy encore un
Un Païfan de la Generali.
té de Montauban , nommé
François Ligarre , de la Paroiffe
de Valperionde fut af
fifté à la mort au mois d'Octobre
dernier , par M' Bayet
Vicaire de ce lieu. Ce Payfan
eftoit âgé de cent trois ans .
Il avoit eu deux femmes. Il
s'eftoit remarié aprés cinquante
années de veuvage ,
& avoit paffé trente ans avec
fa derniere femme. Ce bon
178 MERCURE
.homme n'avoit pour tout
bien qu'une petite mailon ,
& deux arpens de terre ; de
forte qu'il ettoit obligé de tra .
vailler beaucoup pour gagner
fa vie , il eftoit fi affidu
à fon travail , que les jeunes
gens les plus robuftes faifoient
beaucoup moins de
travail que luy de maniere
qu'il a vécu affez commodement
tant qu'il a esté en eſtat
d'agir ; mais fes forces eftant
épuifées depuis environ quin .
mois , & ne pouvant plus travailler
que foiblement , il
tomba dans la mendicité.
GALANT 179
Ce pauvre homme fe trouvant
en cet eftat , & ne vou
lant rien negliger de tout ce
qui dépendoit de luy , & qui
pouvoit le faire vivre , alloit
fouvent chercher du pain juf
qu'à trois lieuës de fon habiiation
, ce qu'il fit encore
huit jours avant fa mort que
fes forces luy manquerent
;
ce qui fit connoistre qu'il
n'eft mort que faute d'avoir
pris affez de nourriture pendant
les derniers jours de fa
vie , & par une entiere extinction
de chaleur naturelle ,
n'ayant pas eu la moindre
180 MERCURE
petite fievre. Il eftoit d'un fi
bon temperament
qu'il n'a
efté malade qu'une fois pendant
toute la vie , & depuis
foixante ans qu'il avoit eu
une legere maladie , il s'eftoit
toûjours bien porté jufqu'au
temps de fon decés.
La mort a auffi enlevé
dans le même temps un fameux
Medecin , qui eft mort
dans un âge fort avancé . S'il
avoit vécu auffi long temps
que le Paysan , on ne fe feroit
point étonné de cette lon.
gue vie , puifque ceux qui
croyent fçavoir le fecret de la
GALANT 181
procurer aux autres , doivent
s'en fervir pour eux mêmes.
Ce Medecin , qui eftoit originaire
de Bordeaux , eftoit
Doyen de la Faculte de Medecine
de la même Ville .
Ceste Faculté ett tres celebre.
Mr Emery dont je vous
parle , & quien estou Doyen ,
eft decedé en fa maifon de
Boubes , où il s'eftoit retiré
pour le décharger des fitigues
du penible employ qu'il
exerçoit avec beaucoup de
reputation depuis un grand
nombre d'annees . Comme il
eftoit amateur des belles Let
182 MERCURE
tres où il excelloit , il eftoit
eftimé par tout où il y avoit
d.s Sçavans & des beaux Efprits
Feu M'Sarrazin le cheriffoit
, & avoit lie une étroite
amitié avec luy. Vous jugez
bien
par là que
M
Emery
n'eft pas mort june M'Sar.
razin avoit fait connoiffance
avec luy dans le temps que
Monfieur le Prince de Conti ,
Pere de celuy d'auiourd'huy ,
efto.t à Bordeaux. Ils com.
mencerent en ce temps là un
commerce d'efprit qui a duré
juſqu'à la mort de Mr Sarrazin.
Mr Emery a fait un fort.
GALANT 183
grand nombre de beaux Vers
Latins. I compofa un Poëme
pour Mr le Maréchal d'Albret
, lors que ce Naréchal
eftoit Gouverneur di Guyon.
ne , où il fait entrer tous les
Anceftres de ce Gouverneur ,
& rapporte leurs plus belles
de
actions. Si l'on avoit un recueil
de toutes les Poefies
on y verrou briller beaucoup
genie. Il a couronné tous
fes Ouvrages par des Vers
heroïques qu'il a compofé
pendant fa maladie , fur une
Fontaine de Sablanceaux
chantant , pour ainfi dire ,
184 MERCURE
comme un Cigne avant de
le plonger dans le Tombeau .
L'Epiraphe fuivant a paru
ap és la mort de ce fameux
Medicin
.
JOANNIS EMERY
Burdigalenfis.
EPITAPHIUM.
Emerius fuit emeritus vates
medicuique ,
In Phoebigeminâ floruit arte
fimul .
GALANT 185
TRADUCTION .
Il fut favory d'Apollon ,
Habile Medecin , & celebre
Poëte ,
Il cuëilloit au facré Vallon ,
Lherbe medecinale , & la tendre
Acurette.
"
•
Je vous envoye un . Noël
contre la vanité du monde .
Les paroles font du Pere Raphaël
Imbert , Auguftin dé .
chauffé. Elles ont efté faites
fur l'air d'une Sarabande nouvelle
. Il y a fi peu de temps
que Noël eft paffé , que cet
Decembre
1702 . Q
186 MERCURE
Ouvrage peut estre encore
de failon. On devroit même
le lire & le chanter fouvent ,
puiſqu'on ne peut refléchir
fur les paroles qui compo .
fent ce Noël , fans entrer
dans des fentimens
que tout
Chriftien doit avoir .
R
Etirez- vous Dieux de terre &
de fange
Demons trompeurs > fantômes
odieux.
Je vous connois , je ne prens plus le
change
J'aurois horreur d'adorer de faux
Dieux.
Il n'en est qu'un , & j'aprens par
un Ange
GALANTU 187
Qu'en ce beau jour , il est venu
des Cieux.
S
Riches habits , or , argent , Dieux
du monde
Vains ornemens , modes , retirez
vous >
Le Roy du Ciel de la terre & de
Ponde
.
Maifre de tout méprife tout pour
pour nous :
Pauvre , humble , nu, d'une Vierge.
feconde
Ce grand Dieu naift pour le Salut
de tous.
Jeux , Ris , Plaiſirs , Opera , Comedie
Retirez vous Idoles de ce temps :
Le Fils de Dieu ne confacre fa
vie
Qij
188 MERCURE
Qu'à la fouffrance , à la Croix ;
aux tourmens ;
Par-là , mondains , cet enfant vous
convie
A renoncer aux vrais plaifirs des
fens.
Beauté , moleffe , amour illegiti
me
Honteux Commerce , allez, allez
bien loin ,
Homme charnel pour expier ton
crime
L'amant Divin eft couché fur le
foin
Dés fa naiffance il fe rend ta Victime
Et pour l'aimer tu ne prens aucun
foin
S
Fafte , Grandeur , dignité , rang »
Couronne ,
GALANT 189
Divinitez qui charmez les Humains
;
Retirez - vous , Jeſus vous abandonne
>
Vous foule aux pieds , comme des
honneurs vains.
L'humilité qu'on voit en fa per
Sonne
Convient à ceux qui veulent eftre
Saints.
S
Que voyons - nous en fa fainte
naissance
Etable , Crèche , animaux , nu
dité :
Rien de ce gouft qui flate en appa-.
rence :
Tout y confond , Chreftien , ta vanité
,
De l'imiter il eft de confequence ,
Pour acquerirlheurenfe éternité:
190 MERCURE
Mr de Bouffet Maitre de
Mufique du Roy , pour les
Academies Françoife , des
Sciences , & des Infcrip .
tions , dédia l'année dernie .
re à Madame la Ducheffe de
Bourgogne , un Recüeil gra
vé d'Airs ferieux & à boire ,
& cet ouvrage ayant eu tout
le fuccés qu'il pouvoit en at.
tendre , on acheve de graver
un fécond Recüeil qu'il aura
l'honneur de prefenter à cete
Princeſſe au commence
ment de l'année prochaine .
Ily a lieu de croire que cet
ouvrage aura un auffi grand
GALANT 191
fuccés
que le
premier
, cet
Auteur
s'eftant
acquis
une
fort
grande
reputation
dans
l'Art
dont
il le mêle
. Ses
Ouvrages
fe vendent
chez
Mr
Ballard
, feul
Imprimeur
de la Mufique
du Roy
, chez
Mr.
Brunet
, Marchand
Libraire
au Palais
, & chez
Mr
Foucault
, Marchand
rue
S.
Honoré
à la Regle
d'or.
Il ne doit rien manquer
à a Relation que je vous envoye
, puifqu'elle eft tirée de
deux belles Relations venuës
de Genes.
192 MERCURE
La Republique de Genes
ayant appris que le Roy Ca.
tholique avoit refolu d'hono.
rer les Etats de fa prefence
en s'en retournant en Efpagne
, commença auffi toft à
fonger aux moyens les plus
propres pour faire paroiftre
en cette occafion la veneration
qu'elle avoit pour Sa
Majefté , & afin de les trouver
plus furement , elle dépê .
cha à Milan , mais fans caractere
, le Seigneur Francifco
Mari , avec ordre d'en don .
ner au nom de la Republique
les témoignages qui luy
eltoient
GALANT 193
eft oient dûs , & de penetrer
les fentimens & l'intention
des Miniftres , touchant le
logement & la reception de
Sa Majesté . On fçeut le 7. de
Novembre par la diligence
de cet Envoyé , que Sa Ma .
jesté eftoit partie le jour precedent
, & qu'elle avoit pris
la route d'Alexandrie
. Ainfi il
fut ordonné aux fix Seigneurs
que les Colleges avoient def
tinez pour l'aller compli
menter à l'entrée des Etats
de la Republique , de s'avancer
à Novi , ce qu'ils firent
le
lendemain ,
accompagnez
Decembre 1702. R
194 MERCURE
de loixante Eftafiers & de fix
Pages , avec douze chevaux
de main , & une grande fuite
de Nobleffe à cheval Ces fix
Seigneurs furent Giovanni
Agollino Centurione , Clemente
Doria , Francifco Maria
Balbi , Francifco Maria
Serra , Giacomo Viale , &
Giovanni Giacomo Imperia
le. Ils fe rendirent le
confins de la Republique ,
entre Novi & Alexandrie ,
cù un Bataillon de cinq cens
Corfes s'eftoit étendu , pour
lervir d'Avant -garde en elcortant
le Roy julqu'à Saint
9. aux
GALANT 195
Pierre d'Arenes. Le Marquis
" Michel - Ange Gentile , Sergent
Major de Bataille eftoit
à la tefte de ce Regiment.
Les Envoyez ayant apperçu
· Sa Majeſte mirent pied à terre
, & le Roy fit arrefter fa
Chaife & baiffer les glaces ,
pour écouter le Marquis de
Centurion , qui eftoit le premier
des Envoyez , & qui
luy fit un tres beau difcours ,
par lequel il tâcha de luy exprimer
la joye de la Republique
pour l'honneur que luy
faifoit un
' que , le ſuppliant d'agréer le
grand Monar .
Rij
196 MERCURE
peu que la brieveré du temps
luy avoit permis de preparer
pour le recevoir . Le Roy le
remercia , & témoigna eſtre
fort fatisfait de l'attention de
Ja Republique , donnant des
marques d'une eftime fingu .
liere pour elle & pour les En .
voyez. Les complimens ache.
vez , les Envoyez le rangerent
derriere la Chaiſe du Roy ,
& monterent en Caroffe à fa
fuire . Le Roy dans fa route fa
luoit le Chapeau bas les Officiers
des Troupes & des Mili.
ces , dont les chemins fe trouvoiɛnt
bordez,& arriva àNovi
GALANT 197
fur les trois heures aprés midy.
Le foir , les Envoyez furent
admis à une Audience
particuliere , dans laquelle le
Roy demeura découvert , &
répondit à ce qu'ils luy di
rent en des termes qui mar
quoient que Sa Majefté en
eftoit tres fatisfaite.. Là elle
fe fervit pour la premiere fois
du logement que luy avoic
destiné la Republique , par
l'ordre de laquelle le Sei
gneur Antonio Negrone , &.
le Seigneur Agoftino Viale ,
avoient fait preparer cinq
maiſons des meilleures de ce
Riij
198 MERCURE
lieu là , toutes magnifiquement
meublées & jointes enfemble
avec des Ponts fur les
ruës , en forte qu'elles ne pa-:
roiffoient qu'une mailon leu .
le , mais fi grande qu'on y put
recevoir commodement le
Roy & la Nobleffe la plus
diftinguée de la Cour comme
le Cardinal d'Eftrées , le
Prince de Vaudemont , le
Comte de Marfin , Ambaffadeur
de France , & un grand
nombre de Seigneurs que fuivoient
Sa Majesté avec tous
ceux qu'ils menoient pour:
les fervir. Ils furent traitez
4
GALANT 199
fomptueuſement au nom de
la Republique , & ceux qui
fervoient d'escorte à Sa Ma
jesté , furent pourvus abon.
damment de fourage , & de
toutes les choles neceffaires,
avec défenſe expreſſe à leurs
Hoftes de prendre aucun
payement de la dépenſe qu '
ils pourroient faire. Les prin
cipaux Seigneurs de la Cour
furent fi contens que l'un
d'eux , fçavoir , le Comte de
Benevent , ne pur s'empê
cher de le témoigner au Roy
même le foir à fon deshabil
ler. Sire , luy dit ik , nous avens
R iiij
200 MERCURE
efté traitez à une table où nous
eftions environ foixante perfon
nes. On y a ferry plus de quatre i
cens plats , outre quatre vingt dix
pyramides tres grandes de fruits ,
de confitures , tant à la Françoiſe
qu'à la maniere de Genes .
Je n'ay point de termes pour bien
exprimer à Voftre Majesté la magnificence
de ce fomptueux repas :
Tous les autres n'ont pas efté
moins bien regaleZ que nous, &
l'on peut dire avec verité que la
table de vos Gardes efloit digne
de votre Perfonne , Plufieurs
autres Seigneurs le ſeconde .
rent en donnant de grandes
GALANT 201
louanges au fuperbe traite .
ment qu'ils avoient reçu de
la Republique , & ce difcours
continua jufqu'à ce que le
Roy s'eftant tourné vers les
fix Envoyez qui eftoient prefens
, leur dit , qu'il eftoit obligé
de cette reception à la Republique,
& qu'il fe feroit un grand plaifir
de luy pouvoir donn r des mar·
ques defa bienveillance . Quelqu'un
ayant dit à Sa Majeſté
qu'on avoit emprisonné un
malheureux pour avoir pris ,
contre la deffenſe publiée ,
quelque peu d'argent d'un
Dragon à qui il avoit donné
202 MERCURE
à manger , elle témoigna fou
haiter qu'il fuft mis en liber.
té , ce qui fut executé dans le
moment même pour faire
paroiſtré la foûmiſſion qu'on
avoit pour tout ce qu'il luy
plaifoir d'ordonner
. Le même
traitement
fut fait à tou
te la Cour à Voltaggio
& à
Campomorone
; mais Sa Ma.
jefté ayant voulu eſtre ſervic
à les dépens à Saint Pierre
d'Arenes dans le Palais du
Duc de Saint Pierre , la Republique
y pourveur en la
meilleure forme qu'il luy for
poffible , faifant amaffer une
GALANT 203
grande quantité de foin &
d'avoine , & établir, plufieurs
marchez & boutiques de cho
fes propres à manger. Le
matin du 10. Sa Majesté
partit de Novi , & antiva à
l'heure du dîner à Voltag
gio , où elle s'arresta le rette
du jour. Elle y fut fervie de
la même forte , & auffi magnifiquement
qu'à Novi , par
les Seigneurs Juliano Spinola
& Giovanni Battista Rocca.
Le 11. le Roy partit de bonne
heure , parce qu'il vouloit arriver
le foir à Saint Pierre
d'Arenes. La marche de cette
204 MERCURE
journée devoit eſtre longue.
Ce fut par cette raifon qu'il
fit dire que fon intention
eftoit de ne pas deſcendre à
Campomorone , & qu'il don .
na ordre qu'on luy preparaft
quelque chole de froid à
manger par le chemin. Cela
fut executé , mais enfuite
ayant changé de penlée , &
s'eftant arrefté dans la mai .
fon qu'on luy avoit deftinée
pour fon logement , il y fut
traité auffi fplendidement
qu'il l'avoit eſté à Noví &
Voltaggio , & pour ne point
perdre de temps , on fervit
à
GALANT 205
de grandes tables de gras &
de maigre , par les foins des
Seigneurs Dominico Doria
& Agostino Mari Torreri ,.
qui dans cette incertitude ,
quay que fort preffez du
temps , pourveurent abondamment
à toutes chofes
failant dreffer grand nombre
de sables dans les cours des
Hotelleries , en forte qu'on
trouva fur le chemin & dans
toutes les places affez de vian
de & de pain pour n'en point
manquer , avec des tonneaux
de vin , & autres chofes femblables
, aprés quoy le Roy
206 MERCURE
fe mit de nouveau en marche
du cofté de Saint Pierre
Sur
les
vingt
&
une
heures , le Doge avec les Col.
leges partit du Palais pour fe
do
rendre au même lieu , afin
d'y faluer ' Sa Majesté à fon
arrivée. Les Gardes Alleman .
des en habit de parade marchoient
devant luy , & étoient
fuivies du Seigneur
Stephano Gentile Sergent
general avec quarantejeunes
Cavaliers tres richement vé.
tus & fuperbement montez ,
qui avoient une fuite fort
nombreuſe de belles livrées.
GALANT 207
Derriere eux marchoient les
vingt quatre Pages du Doge.
vérus à l'antique de velours
cramoffi couvert de igalons
d'or , & aptés eux venoit le
Doge dans la chaife magni
fique , ornée toute de brode.
rie d'or , & environnée d'autres
Gardes Allemandes , &
d'Officiers avec la maffe &
l'épée , qui font les marques
accoûtumées de la Principauté
Les Senateurs le fuivoient
dans de tres belles litieres,&
le reste de la Noblef
fe formoit un cortege d'en
viron cinquante caroffes .
208 MERCURE
A l'arrivée du Roy , qui
fut falué avec des falves
Royales par l'Artillerie de
toute la Ville , le Doge fe
trouva à la porte du Palais
où devoit loger Sa Majefté ,
qui l'ayant aperçeu defcen
dit de Cheval , & aprés l'avoir
falué fit couvrir le Doge
& tous les Colleges . Entuire
l'ayant mis à fa gauche ils
monterent l'efcalier enfemble
, & entrerent dans la
chambre du lit. Ils y eurent
un entretien de peu de durée
dans lequel le Roy traira
le Doge d'Alteffe , apres ce
GALANT 209.
a
la il le conduifit à la porte de
la chambre qui eftoit contigue
à celle- là . Le Comte
de Priego, Majordome de Semaine
, alla feulement juſqu'à
l'efcalier , quoy que l'on fut
convenu qu'il le conduiroit
jufques à la porte de la rue ,
& cela faute d'en avoir eu
l'ordre comme on le déclara
au SeigneurFranciſco
Mari,le
Duc Medina Sidonia donna
l'heure pour la vifite du jour
fuivant , & fur l'inftance qui
fut faite de tenir les chofes
dont on eftoit convenu , que le
Comte de Priego , iroit aude-
Decembre 1702. S
210 MERCURE
vant du Doge , & qu'il l'accom
pagneroit , ce Comte s'y op .
pofa avec obftination , par des
raifons aufquelles il y eut de
fortes repliques. Cette contef
ration dura tres longtemps ,
& en fin pour accommoderles
chofes , fans que le ceremo .
nial en fouffrit aucune atteinte,
il fut arrefté d'un commun
confentement qu'on prendroit
un ordre par écrit du Se--
cretaire d'Etat . On expofa
dans cet Ordre que c'eftoit la
volonté de S. M. qu'on allaſt
au.devant du Doge & qu'on
l'accompagnaſt juſques à la
porte.
GALANT 201
•
Le lendemain , fur les trois
heures aprés midy , le Doge
accompagné des Sénateurs ,
fe rendit dans le même or
dre au Palais de Saint Pierre ,
Le Comte de Priego , pre
mier Gentilhomme de la
Chambre , le reçur àla porte
du Palais , &
l'accompagna
juſqu'à la Salle des Audian .
ces , aù Sa Majesté qui estoit
environnée de les Gardes ,
le fit couvrir , aprés quoy
elle monta à fon Trône , s'y
tint debout fous le Dais , appuyée
fur une petite table
& prêta au Doge une at
B
Sij
212 MERCURE
tention tres favorable. La
Doge luy dit , que la Repu
blique regardoit entre fes plus
beureux évenemens le bonheur
qu'elle avoit de rendre dans fes
Etats fes tres humbles refpects
à un fi puiffant Monarque ;
qu'elle avoit beaucoup de confu
fion de ne luy pouvoir exprimer
que fort imparfaitement leplaifir
qu'elle en reffentoit, & queparmy
graces dont il la com .
tint
de
bloir , elle efperoit qu'il luy donen .
roit des occafions où elle pourroit
plusparticulièrement lui marquer
fon zele la veneration qu'elle
qu'elleconferviroit toû. avois
GALANT 213
jours pour fa Perfonne Royale ,
Seflatant que Sa Majesté auroit
la bonté de luy continuer l'hon
neur de fa bien veillance , Le
Roy répondit . Voftre Alieffe
&la Republique ; devez eftre
toûjours bien perfuadées de mon
amitié , & attendre à l'avenir
une plus grande correspondance
en toutes les occafions qui fe pour
ront prefenter. Je remercie la Republique
de ce qu'elle a fait à
mon égard. Le Doge repliqua
en peu de mots par des re
mercimens convenables &
par des augures pour la fanté
& pour la profperité de Sa
214 MERCURE
Majeffé . Enfuite fa Serenité
fe couvrit , & le mit à la gau .
che du Roy qui l'accompagna
hors la porte de la Salle ,
d'où le Comte de Priego le
coaduifit hors du Palais , juf
qu'à ce qu'elle fut montée
dans fa chaife. Aprés les com
plimens ordinaires ce Comte
le retira , & le Doge & les Se
nareurs retournerent dans le
même ordre au Palais Royal.
Le foir on envoya à Sa Ma .
jefté le regale ordonné
dans vngt quatre magnifiques
caiffes de confitures & .
d'eaux de fenteur , couvertes
GALANT 215
de velours & de brocard d'or
& ornées , quelques unes de
galons & de riches franges ,
d'autres bordées avec des pla
ques d'argent maffif gravées
de chiffres & d'Embletmes ,
avec un travail relevé d'or &
d'argent , le dedans accom
modé de telle maniere qu'on
n'y pouvoit rien fouhaiter de
plus & toutes tres bien pein
tres. On les mit dans la Sale
du Palais où logeoit le
Roy qui alla les voir , & les
ayant fair ouvrir , dit aprés
les avoir long temps regar
dées , qu'il n'avoit jamais rien.
216 MERCURE
veu de plus beau . S'eftant
enfuite tourné vers les En,
voyez , il ajouta que la Répu
blique faifoit des chofes qui al.
·loient au plus haut point de per
fection , que ce regale luy eftoit
tres cher , & qu'il en eftoit fort
obligé à la République . Il firen .
fuite la diftribuation de ces
quaiffes dont il en deftina
dix fept pour l'Espagne &
une pour la Cour de Savoye.
Il partagea les fix autres entre
le Cardinal d'Eftrées , le
Prince de Vaudemont , le
Comte de Saint Etienne &
le Comte de Marfin .
Le
GALANT 217
1 Le 13. Sa Majeſté entra
dans Genes , accompagnée
feulement de foixante Mouf
quetaires à cheval , & mit
pied à terre à la porte de l'Eglife
de S. Laurent , où elle
fat reçeuë par l'Archevêque
en habits Pontificaux à la
tefte de fon Clergé qui la
conduifit au Maiftre Autel.
Sa Majesté y fit les prietes, &
alla enfuite honorer les Cendres
de S. Jean Baptifte dans
fa Chapelle. On apprit qu'el
le avoit envie de voir le precieux
Baffin d'Emeraudes ,
mais comme on n'avoit pas
Decembre 1702. T
218 MERCURE
fçeu qu'elle deuft entrer dans
Gennes , le Gardien de ce
baffin ne fe trouva point à
l'Eglife , ce qui fut caufe que
les Envoyez de la Républi .
que eurent l'honneur le len .
demain de luy porter le baffin
à fon Palais . Le Roy en
fut tres content , & admira
cette rare piece. Au fortir de
Saint Laurent il fit le tour de
la Ville & paffant par la
Place de S. Cyr , & par quele
ques autres , il falua chapeau
bas , & avec beaucoup d'honnetteté
la Nob'effe qui fe
trouva dans les Loges , Quoy
9
GALANT 219
qu'il fuft incognito , il ne laiſſa
pas d'eltre precedé par une
Garde de Corfes , & environ .
né des Halle bardiers du Palais.
La Republique efperoit
que le Roy luy feroit la grace
d'agréer le foir une faſte de
Bal & d'Opera. Elle fit preparer
pour cela en Theatre
dans le Palais du Marquis
Eugene Durazzo , & fabri
quer une loge doù Sa Ma
jefté pourroit toüir de ce divertiffement.
Tout eftoit tres
bien orné , & la magnificence
entiere . On y voyoit briller
l'or , l'argent , & les criſtaux ,
Tij
120 MERCURE
les luftres detous côtez , mais
le mauvais temps empêcha le
Roi de s'y trouver, ce qui caufa
beaucoup de chagrin , principalement
au Peuple , qui
efperoit de voir Sa Majesté
fur le foir que toute la Ville
eftoit illuminée , & qu'on ne
voyoit que pompe par tour.
Le 14 on apporta du Palais
un tres abondant regale
de chofes propres à manger,
aux principaux Seigneurs.
de la Cour , fur quoy le Duc
de Medina dit au Roy , en
prefence des Envoyez & de
plufieurs Nobles de la RepuGALANT
121
blique que non contente de
ce qu'elle avoit fait pour ſa
perfonne , elle avoit encore
voulu l'honorer en celle de
les Miniftres , par un fuperbe
prefent qu'elle leur avoit en.
voyé.
Il ne faut pas oublier de
dire que le jour de l'arrivée
du Roy à S. Pierre d'Arenes, le
feu s'eftant mis au Palais du
Marquis Jofeph Doria ; qui
avoit efté preparé pour loger
la Cour , Sa Majefté ordonna
qu'il fuft rétabli à ſes dépens.
Ce Marquis l'en remèrcia , &
luy dit que rien ne luy pou-
T iij
122 MERCURE
voit eftre plus glorieux que
d'avoir fait un feu de joye ,
pour témoigner le plaifir fen.
fible qu'il avoit de fon heureufe
arrivée. Sa Majesté fur
fi fatisfaite d'une fi genereufe
réponſe , qu'elle ordonna
qu'il fult payé de toutes les
rentes qu'il a au Royaume
de Naples , avec les arre
rages échus.
Le 1s le vent frais du jour
precedent s'eftant calmé , le
Commandant des Galeres
de France fortit du Port avec
toutes les Galeres , & vint
dire qu'il eftoit temps de parCALANT
123
1
tir. C'eft pourquoy on embarqua
en grande hâte la
meilleure partie des Equipapes
, mais comme il eftoit
fort tard , le départ fut diffe ,
ré , & les Efcadres s'en re
tournerent en partie aprés
avoir fait une falve.
Le foir le Marquis de Riyao
donna par ordre du Roy
au Seigneur Franceſco Mari
cinq Diamans enchaflez dans
aurant de Bagues , un pour
luy , & les quatre autres pour
les quatre premiers Envoyez ,
difant qu'il n'en avoit point
pour les deux autres , mais
Tiiij
124 MERCURE
qu'ils leurs feroient envoyez
inceffamment. Chaque Dia .
mant valoit environ fept cens
piftoles. Ce Prefent fut accompagné
de vives expreffions
touchant l'eftime tresparticuliere
que le Roy avoit
pour la Republique , & l'envie
qu'il avoit de reconnoître
ce qu'elle avoit fait pour luy
C'est dans ces termes que les
Miniftres de Sa Majesté Catholique
en ont toûjours par.
lé , le Comte de Saint Etienne
ayant dit à la table du Prince
de Vaudemont en prefence
de quelques uns des Envoyez
GALANT 125
de Genes , & de plufieurs
Etrangers , que le Roy n'ou
blieroit jamais la reception
qu'on luy avoit faite . De leur
cofté les Envoyez de la Ré
publique ont fait paroître une
extrême fatisfaction de toutes
les manieres honneftes
que les Seigneurs de la Cour
avoient pour eux.
Le 16 le temps continuant
d'eftre favorable , le Doge
& les Senateurs fe rendi .
rent pour la troifiéme fois
mais avec beaucoup plus de
fuite au Palais de Saint Pier
re , & ils y furent receus
126 MERCURE
avec les mefmes ceremonies.
Sa Majesté s'eftant mife fur
fon Trône , le Doge eut
l'honneur de la complimen
ter & de luy fouhaiter un
heureux voyage au nom de
la Republique , l'afforant
toujours de les tres - humbles
respects & la fuppliant de luy
vouloir conferver les fenti
ment de bonté qu'elle tuy
avoit marquez. Le Roy luy
donna de nouveaux témoi
gnages de fa bien veillance ,
& luy dit qu'il eftoit extremement
fenfible aux foins
qu'avoit pris la Republique
GALANT 127
de luy faire faire une fi agrea.
ble reception , ajoutant qu'il
n'en perdioit jamais la me
moire . Enfuire Sa Majesté
defcendit de fon Trône , &
ayant le Doge couvert à fa
gauche,elle fe rendit au bord
de la mer , jufqu'à un Pont
que la Republique avoit fair
conftruire pour l'embarquement.
Ce Pont eſtoit long
de quatre cens palmes , lar
ge de quarante , garni de
balustrades de chaque cofté
avec des ftatues d'efpace en
espace & tout couvert de
drap rouge . La moitié du
128 MERCURE
Pont eftoit foutenu par de
groffes poutres , & la partie
qui avançoit le plus dans la
mer , eftoit fur un Ponton ,
Ces deux parties eftant join .
tes l'une avec l'autre par un
Pont Aotant qui alloit en
avant & en arriere felon le
mouvement de la mer , mais
la marée s'eftant trouvée ce
jour là plus forte qu'à l'ordi
naire , la Galere Royale ne
put s'approcher affez de l'extremité
du Pont & pendant
que l'on plaçoit les échelles ,
afin que le Roy le puft em.
barquer dans la chaloupe ,
GALANT 129
le Pont flotant qui joignoit
la partie mife fur le Ponton
à celle de terre , fe rompit ,
en forte que l'embarquement
ne fe put faire de ce
cotté là , & la chaloupe qui
alla à terre pour prendre le
Roy , fut repouffée par les
vagues . Ainfi Sa Majefté
fut contrainte de venir à pied
jufques au Port , obfervant
toujours le mefme ordre
dans la marche , paffant au
milieu des Gardes de la Republique
, en haye , les Armes
à la main , & faluant
avec le chapeau les Officiers
130 MERCURE
qui tenoient la pique haute.
Le Roy s'entretenoit toujours
avec le Doge qui luy
témoignoit le fenfible plaifir
qu'il avoit que Sa Majeſté
fuft obligée de fuivre un che
min qui ne luy avoit point
efté preparé Le Roy entra
dans la chaloupe de la Reale
avec les grands Seigneurs de
fa Cour , & comme elle n'étoit
pas aflez fpatieuſe , le
Doge & les Senateurs entre
rent en d'autres , malgré les
inftances que le Roy fit à fa
Serenité de ne pas venir plus
loin. Le Doge eftant arrivé
GALANT 131
à la Galere y fut reçeu par M²
de Forville & Sa Majesté s'a
vança à deux pas hors de la
po pe vers fa Serenité. Elle
y fut introduite ainfi que les
Senateurs , & lors qu'ils parti
rent Sa Majefté les accom .
pagna prefque jufques à l'endroit
par lequel ils defcendirent.
Eftant rentrez dans leurs
Felouques , ils furent falucz
de quatre coups de la Reale,
La ville de Genes fatua pareillement
Sa Majesté avec tou
te fon artillerie , & S. M. ré
pondit à ce falut par trois
coups de canon . Le Seigneur
132 MERCURE
Dominico Spinola , General
des Galeres de la Republi
que , eftoit déja venu s'offrir
à Sa Majefté pour la fuivre
avec fon Efcadre , mais il fut
remercié à cause qu'il falloit
moüller dans plufieurs Ports
qui ne pourroient contenir
un fi grand nombre de Galeres.
Cette réponſe fut fui .
vie de beaucoup d'affurances
pour le Senat que jamais Sa
Majefté n'oublieroit ce qu'il
avoit fait pour elle . Cependant
le General crut qu'il de;
voit l'accompagner
le premier
jour , ce qu'il fit jufqu'à
GALANT 233
Vado , où il la complimenta
de nouveau . Sa Majefté fut
faluée de trois falves de l'Artillerie
de Savone , & le Roy
luy fit rendre le falut par deux
coups de canon de la Reale.
Ce Monarque continua fon
voyage en prenant la route
d'Antibe , & tant à Savone .
qu'en Allafora, il y eut des lo
gemens preparez en cas que
l'on en euft befoin . Lejour du
départ de Sa Majefté , le Prin
ce de Vaudemont partit auſſi
avec les Troupes pour retournerà
Milan , & la Republique
defraya pendant ce Voyage
Decembre 1702 . V
234 MERCURE
avec beaucoup de magnificence
, plus de trois mille
perfonnes ,fans parler de plus
de deux mille cinq cens che,
vaux & mulets .
Madame de Chevri , gran
de Prieure de l'Abbaye Roya
le de faint Pierre de Lyon'
eft morte , elle avoit fait pro
feffion dans l'Abbaye aux
Bois de cette Ville , & Madame
de Chaulnes Abbeffe
de faint Pierre qui l'aimoit
uniquement
, allant
prendre poffeffion de fon
Abbaye l'emmena ave elle ,
& pour l'avoir toûjours auGALANT
235
prés d'elle , elle obtint du
Pape une tranflation de Maifon
pour cette Dame . Son
merite extraordinaire eftoit
2
generalement connu , on ne
pouvoit avoir plus de genie
pour les affaires les plus dif.
ficiles & les plus delicates
qu'elle en avoit. Ses talens
pour les belles Lettres , &
fur tout pour la Poëfie qu'elle
a porté à un grand point
de perfection , font genera.
lement connus.- Madame
l'Abbeffe de faint Pierre l'a
pleurée amerement & a voulu
rendre fa douleur publi-
Vij
236 MERCURE
que & luy donner tout l'él
clat qu'elle pourroit recevoir
en rendant à cette Illuftre
morte tous les honneurs mêmes
qui ne font gueres d'ufa
ge pour des Religieufes . La
ceremonie en effet fut pom
peufe , s'il m'eft permis de me
fervir de ce terme pour une ce.
remonie funebre. L'Eglife é
toit toute drappée , il y avoit
une quantiré prodigicule de
bougies blanches , & le corps
fut mis dans un cercueil de
plomb . Mr. l'Abbé de Ville ,
Grand Vicaire des Religieu
fes dans le Dioceſe de Lyon,
GALANT 237
Chevalier de l'Eglife de faine
Jean fit la ceremonie. Madame
l'Abbeffe s'eftoit reti .
rée dans fa maiſon de la Croix
Rouffe dés que fon luftre
amie & fa plus chere confidente
eut rendu le dernier
foupir,pour pleurer certe per.
te fans interruption , & on
peut dire que cette Dame
pert beaucoup dans cette
mort , puifque Madame de
Chevri eftoit tout fon fe-
Cours & toure fa confola.
tion , que c'eftoit fur elle
qu'elle fe repoloit de la plus
grande partie des affaires de
238. MERCURE
fa maifon qui font comme
l'on fçait d'une grande difcuffion
par le nombre de
Religieules & par les biens
confiderables qui font dans
cette celebre Abbaye , qui
eft un des plus magnifiques
baltimens & un des plus
grands ouvrages d'Architec
ture qu'il y ait en France .
Madame de Chevri eftoit
fille de feu Mr de Chevri
Prefident de la Chambre
des Comptes & Officier
de l'Ordre , perfonnage d'un
grand merite , & de Dame
N ..... Gobelin d'une anGALANT
239
cienne famille de cette Ville.
Mr le Preſident de Chevri
eftoit iffu d'un Maiftre des
Requettes lequel l'eftoit de
Louis Duret ce fameux Medecin
, qui eut le titre de premier
Medecin de Charles
JX . Le nom de la Mailon
eftoit Duret . Le premier
Medecin fut pere du Prefident
de Chevri & un des
ayeuls de Madame de Chevry
dont je vous aprens la
mort. Ce Prefident mourut
en 1637. aprés avoir eſté
taillé de la pierre. 3
Madame de Chevri eftoit
240 MERCURE
auffi foeur de feu Mr de
Chevri Prefident en la Chambre
des Comptes , lequel a
efté pere de Mr de Chevri
qui l'a efté de Madame la
Ducheffe de Noirmoutier.
Ainfi cette Ducheffe eftoit
petite niece de noftre Illutre
Religieufe , de la mort
dé laquelle il doit y avoir
un grand deüil fur le Parnaffe.
Car c'eftoit un des
plus beaux efpits de ce
temps . Les ouvrages de Poëfie
qu'elle a faits de temps
en temps l'ont fait regarder
comme une des merveilles
de
GALANT 241
de fon fiecle. Elle prevoyoit
fa mort il y avoit longtems ;
car elle vivoit depuis quel;
que temps dans une tresz
grande retraite , & ne vou
loit prefque plus fe mêler
des affaires .
Mr l'Abbé de Saint Ro
mhain , Chanoine d'honneur
dans l'Eglife Collegiale d'Aynay
de la ville de Lion , eft
mort fubitement. On peut
dire de cet Ecclefiaftique
que
fi la mort a efté fubite
elle n'a pas efté impreveuë.
La pratique rigoureufe de
toutes les vertus Chreftien-
X Decembre 1702 .
242 MERCURE
nes & fur tout de celles qui
conviennent à l'Etat qu'il
avoit embraffé , un zele extraordinaire
pour le ſoin des
ames & pour le foulagement
des pauvres , & une regularité
de moeurs extraordinaire ,
font de furs garands que cet
Abbé envifageoit il y avoit
long temps , ceterrible paffa.
ge qui en nous faifant perdre
la vie temporelle nous
approche de l'Eternité . Cet
Abbé paffoit une partie de
fa vie à Lion , dont il eſtoit ,
dans les fonctions les plus
édifiantes de fon Minifte .
GALANT 243.
སྐ
re , confeffant , catechifant ,
vifitant , confolant les malades
, les prifonniers & les
affligez Il en paffoit l'autre
dans un Pricaré qu'il avoit
du côté de Provence , là il y
inftruifoit à ſon ordinaire la
jeuneſſe , prêchoit & confeffoit
, donnoit une groffe par.
tie de (on revenu aux pauvres,
ne s'en refervoir qu'une pe
tite. Il employoit une autre
partie de fon temps à vifiter
les Convents de l'Ordre des
Carmelites dans l'étendue de
pays dont il eftoit Superieur
& Vifiteur. Ces bonnes Reli-
Xij
244 MERCURE
gieufes l'ont extrêmement re
gretté . Mr de S. Romain étoit
d'une bonne & ancienne fa.
mille de Lyon alliée à tout ce
qu'il y a dans cette Ville de
nobleffe.Son frere a paru avec
honneur dans le Confulat , &
il eft premier Confeiller au
Prefidial de Lyon , il n'a qu'un
fils, qui fuivant lesinspirations
de fon Oncle , s'eft jetté , tout
fils unique qu'il étoit , dans un
Ordre Religieux. Mrs de S.
Romain avoient une Soeur
mariée à Mr Meyrat de Monferrand
, auffi Officier d'un
grand merite. Il demeuroic
GALANT 245
ordinairement chez fon beau .
frere , avec lequel il eſtoit lié
d'un tendre attachement , &
il est même mort dans une de
les Terres . Cet Abbé a esté
fort regretté à Lyon , où il
eftoit un vray modele d'un
parfait Ecclefiaftique , foit
par la modeftie , par fon zele ,
& par la charité , foit par l'innocence
& l'integrité de fes
moeurs , qui ne pouvoient pas
eftre plus irreprochables.
Dame Louiſe de Compant
veuve de Meffire Nicolas le
Févre , Ecuyer S ' de Bournon .
ville , Premier Ecuyer ordi
X iij
246 MERCURE
naire de la grande Ecurie du
Roy Cette Dame a paffé les
dernieres années de fa vie
dans les exercices de la plus
folide & de la plus fincere
pieté,auffi dégoûtée du grand
monde , qu'attachée aux occupations
effentielles du vray
Chreftien . Son nom eft connu
en France , pour avoir efté
porté par d'illuftres Perfon :
nages dans l'Eglife & dans
l'Epée . Louis de Compans ,
Orateur de l'Ambaffadeur de
France auConcile de Bafle, au
défaut de l'Orateur que cet
Ambaffadeur y avoit mene ,
GALANT 247
& quiy tomba malade , s'y fic
admirer par fon éloquence.
C'efloit un Cordelier arriere
grand Oncle de cette Dame.
Jerôme de Compant autre
grand Oncle , fe diftingua à
la Bataille de Jarnac. Son
Epoux avoit longtemps fervi
avec diftinction à l'Armée &
à la Cour , & il avoir reçu
plufieurs fois des diftinctions
du Roy , par des témoigna
ges avantageux que cet éclai
ré Monarque portoit en la
faveur. Le nom de le Févre
eft affez connu & par fon
étenduë & par la confidera,
X iiij
248 MERCURE
tion dont il eft dans le monde.
Cette branche n'étoit pas uné
des moins confiderables .
Meffire Henry de Paris ,
Seigneur de Pafquiunchaire ,
& autres lieux , Confeiller
Honoraire au Parlement de
Mets , mourut le mois paffé.
C'eftoit un Magiftrat d'un
grand merite & d'une grande
érudition . Sa doctrine & fa
vertu l'avoient rendu fort
confiderable au Parlement de
Mets , où il fut fort regretté
quand il le quitta . Il eſt Pere
de Meffire Nicolas de Pa .
xis , Confeiller au Parlement
GALANT 249
2
de Paris & de Dame N...
de Paris , épouse de Mr Jerôme
le Feron , auffi Confeiller
au Parlement . Le nom de le
Feron eft confiderable dans
la Magiftrature & dans la
Republique des Lettres , &
dans l'un & l'autre il y a eu
d'excellens Perſonnages de
ce nom . Celuy de Paris ne
l'eft pas moins . Il a fourni
au premier Parlement du
Royaume d'excellens Sujets ,
& pour ne pas bleffer la mo
deftie des vivans , il fuffira de
dire qu'il y en a eu de ce nom ,
qui ont efté la terreur des
250 MERCURE
Seditieux & des Rebelles lors
que l'efprit de revolte s'eftoit
même fait fentir dans le
Temple de la Juſtice , & lors
de latranflation
de cet auguste
Senat dans la Ville de Tours.
Dame Marie Carré , veuve
de M Louis de Machault
Chevalier , Seigneur de Bour
fiere , de Bellenave , & autres
lieux , Confeiller du Roy en
fa Cour de Parlement , Cette
Dame eftoit d'une famille
confiderable dans la Robe .
Un de les Ayeux le diftingua
par la fidelité dans ces temps
fâcheux qui defoloient le
GALANT 251
Royaume lors de la mort de
Henry III. Il y a une famil
le de ce nom confiderable
dans le Parlement de Bourgogne
, & qui y poffede de
grandes Charges il y a long
temps. L'ancienneté de la
Maiſon de teu Mr de Machault
eft affez connuë . Cette
Maiſon eft dans la Robe &
dans l'Epée. Mr de Machault
Gentilhomme d'auprés de
Montargis , qui avoit épousé
une Fille de la Maifon d'Auneüil
Barjot , de laquelle je
vous appris la mort au commencement
de cette année ,
252 MERCURE
eft de la même Maifon . Cette
Maiſon a produit de grands
& illuftres Perſonnages . Un
Symphorien de Machault fe
fit fur tout diftinguer dans le
fiecle paffé par fa fainteté
dans l'Ordre de Saint Benoift
, dont il fut une des plus
vives lumieres. Son humilité
l'empêcha de monter
plus grandes Charges de fon
Ordre ; mais elle ne put empêcher
fon merite d'éclater
par toute la terre .
monter aux
Mr de Cotentin qui fer.
voit en Italie , s'eft trouvé du
nombre de ceux qui y font
GALANT 253
morts de maladie . Il eftoit
proche parent de Mr le Mas
réchal de Tourville , dont la
maifon eftoit originaire de
Baffe Normandie , où la Ter
re de Tourville eft fituée .
Cette Terre a efté apportée
en mariage à la maiſon de
Cotentin par le mariage d'un
Seigneur de Cotentin , S ' de
l'Epine , avec Dame N ... le
Cappelin , Dame de Tourville.
La mere de Mr le Maréchal
de Tourville eftoit de la
Maifon de la Rochefoucaud
de la branche de Monten .
dre. Son Pere eftoit premier
254 MERCURE
Gentilhomme de la Cham
bre de feu Monfieur le Prin
ce. Il eut de fon mariage , outre
Mrle Maréchal de Tour.
ville , Dame N.... de Coten.
tin , Veuve de Meffire N...
de la Baitide , Seigneur de
Chafteaumorand.
3
L'ancien
nom de fa maifon eftoit
Joubert , & Dame N ... Veu.
ve de m' le Marquis de Gou .
ville .
Ceux qui excellent dans les
Sciences & dans les Arts , &
fur tout dans ceux dont l'E
tat retire une grande utilité,
& qui fervent à la conſerva;
GALANT 255
C
tion du genre humain , devant
eſtre plus confiderez
que ceux qui n'ont que leur
naiffance qui parle pour eux ,
& ne font profeffion d'aucun
employ qui les diftingue ,
vous ne devez pas vous éronner
fi lorsque j'ay occafion
de vous parler de ces premiers
je m'étens autant fur ce qui
les regarde , que je fais fur la
naiffance & fur les alliances
des autres. Vous jugez bien
que ce Prelude doit regarder
quelqu'un de ces fortes d'ar
ticles , c'est celuy de la mort
de M Geoffroy' , qui a efté
256 MERCURE
·
pendant trente deux ans
Chirurgien fur les Galeres
de France , & pendant les
quatorze dernieres années
qu'il a véca , Chirurgien Real .
Il s'y eftoit attiré l'eftime &
la confiance de toutes les
Troupes qui font fur ces Bâ
timens. Il n'eftoit pas moins
confideré dans la Ville de
Marſeille , où il eft generalement
regretté à caule des
belles cures qu'il y a faites.
On difoit de luy que la gues
rifon eftoit comme attachée
au bout des inftrumens dont
il fe fervoit. Plufieurs HyGALANT
257.
dropiques luy devoient la
vie. L'heureux fuccés des operations
difficiles , des maux
qu'on appelle incurables , &
des maladies defefperées
luy
avoit acquis beaucoup de reputation
. On peut dire qu'il
eftoit né pour la Chirurgie ,
& que le Ciel luy avoit donné
une connoiffance parfaite de
la difpofition du corps humain.
Il eftoit Anatomifte
avant que d'avoir entendu
parler d'anatomie. A peine
cut il atteint l'âge de raiſon
qu'il s'occupa à diffequer
il ouvroit des petits chiens
Decembre
1702.
Y
258 MERCURE
& divers autres petits ani .
maux pour en remarquer les
fituations ainfi que l'oeconomie
des differens refforts . Sa
curiofité s'augmenta avec
fon âge. Il eftoit né dans
un Village nommé Beffe . 11
le quita pour venir à Mar.
feille , de Marfeille , il alla à
Lion , & de Lion à Paris cher
chant toujours à fe perfectionner
dans fon Art. Erant
arrivé à Paris , il trouva
moyen de faire connoiffance
avec les plus habiles Maîtres
& s'appliqua entierement
à l'Anatomie. Il fe fer
GALANT 259
vit d'une infinité de ftrata.
gêmes pour avoir lieu de dif
fequer plufieurs cadavres
& paffa fouvent des nuits
dans l'horreur des tombeaux
qui faifoit les délices. Il s'enfeveliffoit
pour ainfi dire
dans les morts afin de fe rendre
utile aux vivans . Il de .
voit aprendre plus difficilement
qu'un autre, parce qu'il
n'avoit pas appris l'Art qu'il
profeffoit par les degrez d'étude
établis par l'utage &
par la railon ; mais le Talent
que Dieu luy avoit donné
pour cette partie de la Me-
Yij
260 MERCURE
4
decine , & fon application
continuelle luy tenoient lieu
de tout cela. Il a fait des
remarques fur les plus curieu .
fes matieres de fon Art. On
elpere que M Montagnier
fon beau fils . habile Medel
cin de Marſeille en fera part
au Public. Le défunt avoir
joint à la connoiffance parfaite
de tout ce qui regarde
la Chirurgie , & à fa grande
dexterité pour les Opera.
tions Anatomiques , tout ce
qui peut faire un parfait
Chreftien . Sa pieté eftoit
exemplaire , fon exactitude
GALANT 261
à remplir tous fes devoirs al
loit jufqu'au fcrupule . Sa
main exerçoit une double
charité envers les pauvres ,
car elle ne les foulageoit pas
moins dans leur mifere que
dans leurs maux . Il attendoit
la mort dans des difpo
fitions fi heureuſes que l'on
peut dire que la mort fubite
qui l'a enlevé , ne l'a point
furpris . Il vivoit , & il eft
mort comme un Saint.
plufpart des Communautez
de Marſeille ont fait gratui
tement des fervices pour le
repos de fon ame , & les
La
262 MERCURE
Obfervantins ont donné des
marques de l'estime qu'ils en
faifoient , en affittant à fon
Convoy.
Meffire François du Port ,
Confeiller du Roy , Auditeur
Honoraire en la Cham.
bre des Comptes de Paris .
eft décedé. C'eftoit un Mas
giftrat d'une réputation fort
établie dans la Cour Supe,
rieure où il a travaillé pen.
dant plufieurs années , il y
eftoit fort confideré.
n'eft pas le feul Magiftrat
d'une grande réputation que
fa Famille ait produit , les
Ce
GALANT 263
•
autres de fon nom ſe font fait
diftinguer dans la Robe , &
ont merité par leurs longs &
affidus fervices des éloges
même de nos Rois . Un Se.
baftien du Port eftoit un ce.
lebre Avocat dans le feizié
me fiecle , qui refufa plufieurs
fois une Charge de
Maistre des Requeſtes & qui
ne voulut jamais fortir du
rang des Avocats , quoy qu'il
compraft parmy fes Ayeux
des Magiftrats du premier
Senat du monde . Mr du Port
qui vient de mourir , laffe
Meffire Hiacinthe Hierôme
264 MERCURE
du Port , Maiftre des Com:
pres , & Meffire Louis Mat
thieu du Port Confeiller au
Parlement. Laloy que je me
fuis faite de ne pas bleffer la
modeftie des vivans , me fait
paffer legerement fur ces deux
Magiftrats dont le merite reconnu
meriteroit cependant
un éloge dans les formes.
Le Confeil fait une grande
perte par la mort de M' Be
nard de Rezey , Sous Doyen
du Confeil. Il eftoit devenu
Confeiller d'Etat ordinaire
par fon merite , par fa probi.
té, & un tres grand definte.
reffement ,
GALANT 265
*
reffement : Qualitez qui ont
eſté reconnuës en luy , &
qui ne luy ont jamais efté
conteftées. Il eft Pere de Meffire
Benard de Rezey , Prefi .
dent d'une des Chambres
des Enqueftes , Magiftrac
d'une grande reputation &
d'une grande exactitude dans
les fonctions de fa Charge.
Je ne vous dis rien de la maifon
de Benard de Rezey . El
le eft connue pour eſtre tres..
noble & tres- ancienne , il y
à long- temps qu'elle paroist
dans le Parlement de Paris ,
& quelle y exerce les premie .
Decembre 1702. Ꮓ
A
266 MERCURE
res Charges de la Magiſtra
tures. Le Pere de celuy qui
vient de mourir , eftoit un
grand perfonnage , Homme
craint & adoré en même
4
temps du Peuple . Chofe affez
extraordinaire
. Quant à feu
Mr de Rezey, Confeiller d'Etat
, il avoit paffé par toutes les
Charges , avant d'entrer dans
ce Confeil , où l'on approche
fi prés de la perfonne du Sou .
verain.
La mort de Mr Benard de
Rezey a fait monter Mr de
Caumartin à la place de Confeiller
d'Etat ordinaire . Tout
GALANT 267
2.
le monde eft affez inftruit
de la nobleffe & de l'illuftra
tion de la Maifon de le Fé.
vre , il fuffit de
remarquer
que celuy cy eft fils du pre
mier lit de feu Mr de Caumartin
, qu'il eft frere de Mr
de Boifliy , Maistre des Requeftes
, qui a épousé Mademoiſelle
Bernard , cette
riche heritiere de Lyon , de
Mr l'Abbé de Caumartin ,
de Madame d'Argenſon , de
Madame de la Cour , & de
Madame de Thuify. La Maifon
de le Fevre eft fort érendue
dans le Parlement . Tous
Z ij
268 MERCURE
ceux de cette Maiſon ne fori
tent pas du même trone ;
quoy qu'ils foient tous fort
diftingués . Le Fevre Caumartineft
celle qui a toûjours
tenu le plus grand rang dans
le monde , foit par les digni
tez , par les alliances , & par
l'excellence des Sujets qu'elle.
a produit de temps en temps .
Mr de Caumartin qui vient
de monter , eft intendant des
Finances. Je vous en ay déja
parlé plufieurs fois , c'eft pour
quoy je ne vous en dis rien
davantage aujourd'huy.
M' Bouchu , Intendant de
GALANT 269
Jaftice en Dauphiné , & dans
F'Armée d'Italie , eft monté
à la place de Confeiller d'Etat
Semestre Il eft fils de feu
Mr Bouchu qui a eſté Incendant
en Bourgogne pendant
plus de vingt années , & dont
le gouvernement eftoit fort
1
aimé dans ces Provinces.
Geluyrcy eftoit fils de Mr
Bouchu premier Prefident aut
Parlement de Dijon , lequel
outre l'intendant , eut le premierPrefident
du même Parle
ment , aujourd'huy en exerci
ce , qui l'a este de la Chambre
des Comptes aprés avoir eſté
Zziij
270 MERCURE
longtemps Doyen de ce mê
me Parlement , & de m' l'Ab.
bé de Clairvaux . мr l'Inten •
dant de Dauphiné a pour freres
Mr l'Abbé Bouchu Abbé
dAmbronay , & feu Mr Bou .
chu Confeiller au Parlement
de Paris , dont la veuve eft
remariée depuis peu à m'
Boyer Confeiller au Parle
ment de Dijon . Ce nouveau
Confeiller d'Etat eft
beau frere de м le Duc
de Richelieu
, puifque ce
Duc a époulé Dame N.
Rouillé , foeur de Madame
la Ducheffe de Richelieu
GALANT 271
dont il n'a qu'une fille unique.
Il en avoit une autre qui
mourut il y a deux ans.
M ' l'Ambaſſadeur d'Eſpagne
prefenta au Roy le 12. de
ce mois Monfieur le Prince
de Ligne , Grand d'Espagne,
fils aîné de feu Monfieur le
Prince de Ligne , Grand
d'Efpagne de la premiere
Claffe , Doyen des Cheva .
liers de la Toifon d'Or , Ge .
neral de Bataille , Gouver
neur & Lieutenant General
de la Ville , Duché & Pro..
vince de Limbourg , qui
mourut dans fon Château
Z iiij
272 MERCURE
tir
de Beloeil , au mois de Fés
vrier 170 M' le Prince de
Ligne fon fils eftoit à Ma
drid , où des affaires de Fa
mille le retenoient: il en par
le plutoft qu'il luy fue
poffible pour le rendre auprés
du Roy fon Maitre en
Italie , il y a fait la Campa
gne en qualité d'Aide de
Camp de Sa Majesté Catho.
lique , & il est venu icy pour
avoir l'honneur de faluer le
Roy. Il fut conduit dans le
Cabinet de Sa Majefté , par
M ' de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs . S. M. re
*
GALANT
273
çu ce jeune Prince avec ces
témoignages de bonté , dont
elle á áccoûtumé d'honorer
les Perfonnes de cette dif
tinction . Sa Majesté luy par
la d'abord de l'éclat de fa
Maiſon , & elle luy dit qu'il
pouvoit compter qu'elle fe
roir fort portée à luy faire
tous les plaifirs qui dependroient
d'elle dans le fejour
qu'il feroit icy. Aprés qu'il
eut pris congé de Sa Majesté ,
M' de Saintor le pria à dî
ner à la table des miniftres
Etrangers. Ce jeune Seigneur
s'attendoit bien à tout
274 MERCURE
ce qu'il a trouvé de grand &
de prevenant dans le Roy ;
mais il a avoué que tour ce
qu'on luy en avoit dit , n'ap .
prochoir pas de tout ce qu'il
avoit fenti par luy- melme.
Ce jeune Prince eut l'hon .
neur comme Grand d'Elpagne
de falüer Madame la
Ducheffe de Bourgogne
,
Madame & Madame la Du
cheffe d'Orleans I rendit
auffi fes devoirs à Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
& à Monfeigneur le Duc de
Berry de qui il a receu
mille honneurs. Mr. l'Am
GALANT 275
baffadeur le mena enfuite à
Meudon où eftoit Monfei
gneur qui la reçut avec cette
bonté , & ces manieres qui
lay gagnent le coeur des
Etrangers qui ont l'honneur
de le voir. Ce jeune Seigneur
qui cut l'honneus de le fa.
lüer , s'appelle Antoine , Jofeph
, Guillain . Il eſt Prince
de Ligne , & Prince du Sainc
Empire , Marquis de Roubais
& de Ville , Comte de Fouquemberg
, Baron de Werchin
, Beloeil , Antoin , Cifoin
, Villers & du мont ,
Souverain de Faignols , &
276 MERCURE
d'Amblife , Seigneur de Bau
dou , Grand d'Espagne de la
premiere Claffe premier Pair
de Flandres , Pair , Senéchal
& Marechal de Hainault. Il
eft neveu de M' le Marquis
Moüy , Prince de Ligne ,
dont je vous ay fouvent
parlé dans d'autres articles...
Quant à la perfonne de Mr
le Prince de Ligne , je vous
diray qu'il n'a que ving
ansil a l'air prevenant
, &
toutes les manieres nobles
& aimables. Ila l'ame élevée
& genereufe , le coeur bien
faiſant & des mieux placez.
GALANT 277
Ha beaucoup de delicateffe
dans l'efprit , & on ne remarque
en luy aucun desdeffauts
qui fe rencontrent
ordinairement dans les perfonnes
de fon âge . On ne
peut avoir à quarante ans des
fentimens plus judicieux , ny
une conduite plus réglée . On
l'aime dés qu'on le voit , on
l'eftime dés qu'on luy parle,
& on l'honore dés qu'on le
peut connoiftre. C'eft le
jugement qu'ont fait déja de
luy ; & il y a heu de croire
que le fejour qu'il va faire
icy , en fera juger en
278 MERCURE
3
core plus avantageuſement.
Monfieur le Prince Philippes
de Lorraine , Chevalier
des Ordres du Roy ,.
Abbé de Saint Jean des Vi
gnes , de Saint Benoit fur
Loire , de Saint Pere en Valée
& de Tiron , mourut le 8.
de Decembre , àgé de 60 .
ans ; il eftoit fils d'Henry de
Lorraine Comte d Harcourt ,
d'Armagnac & de Briofne,
Vicomte de Marfan , Che.
valier des Ordres du Roy ,
Grand Elcuyer de France ,
Seneschal de Bourgogne
,
& Gouverneur , d'Anjou ,
GALANT 279
un des plus grands Ca
pitaines du ficcle ; & de
Marguerite de Cambout ;
veuve d'Antoine de L'âge ,
Duc de Puylaurent , & fille
de Charles , Baron de Pont-
Chateau , Chevalier des Or .
dres du Roy , & Lieutenant
General dans la Baffe Bretagne.
Feu Mr le Comte d'Arcourt
mourut fubitement à
l'Abbaye de Royaumont ,
l'an 1666 âgé de 66. ans
Il eftoit fecond fils de Char..
les de Lorraine premier du
nom , Duc d'Elbeuf & de Mar.
guerite Chabor. Celuy - cy
280 MERCURE
eftoit Grand Efcuyer &
Grand Veneur de France ; 11
eftoit fils de René de Lor.
raine , Marquis d'Elbeuf , &
de Louiſe de Rieux. 11 fut
le Favory d'Henry III. qui
le fit Duc d'Elbeuf en 1581 ,
En 1588 il fut arrefté , parce
qu'on le foupçonnoit d'avoir
part aux deffeins des Ducs de
Guile. En 1991 , il fut mis en
liberté , & fit fa paix en 1594 .
avec le Roy Henry , auquel
il fut toûjours attaché,
Il mourut en 1605. René de
Lorraine , Marquis d'Elbeuf
fur le huitiéme fils de Clau,
GALANT 281
de de Lorraine , premier Duc
de Guife & d'Antoinette de
Bourbon , fille de François de
Bourbon , Comte de Vendô ..
me , & ce Claude l'eftoit de
Renéll. Due de Lorraine , & :
de Philippes de Gueldres . René
de Lorraine Marquis d'E
Ibeuf, fut le chef de la branche
d'Elbeuf.
Ceux qui ont cru que M
le Chevalier de Lorraine
eftoit Chevalier de Malte ,
ont efté dans l'erreur. Il n'auroit
pas efté Chevalier des
Ordres du Roy , ces deux
Ordres eftant incompatibles.
Decembre 1702. A a
282 MERCURE
On l'appella Chevalier dés
fa plus grande jeuneffe , fans
qu'il fuft dans aucun Ordre
de Chevalerie ; c'eſt un ulage
affez établi dans les grandes
maiſons . Ce Chevalier ayant
efté à Rome y fur fi bien reçû
de Sa Sainteté qu'il en obtint
une grace que les Papes
font rarement , & qu'ils ont
même refolu de ne plus accorder.
Cette grace eftoir de
poffeder des Benefices en
portant l'épée . On l'a appellé
pendant quelque temps Mon-
Geur le Prince de Lorraine
mais comme on le défait malGALANT
283
aifément des habitudes que
L'on a contractées , le nom
de Chevalier luy eft demeu
ré. Ce Prince avoit merité la
confiance de feuS . A.R.Mon
fieur, & avoit cherché à s'en
rendre digne par un grand ac ,
le & par un grand atachement
pour la perfonne de ce Prince.
La Bataille de Caffel luy
acquit beaucoup de gloire ,
Quoy que la perlonne de feu
Monfieur luy fuft chere , &
qu'il euft fait en le perdant
une perte irreparable , il n'envifagea
que la gloire de Son
Altefle Royale , & loin de la
A a ij
284 MERCURE
détourner du deffein qu'elle
avoit pris de livrer Bataillet
au Prince d'Orange , il la foras
tifia dans cette penfée , & luy
reprefenta qu'elle ne trouveroit
jamais une occafion plus
favorable de fe couvrir de
gloire . Quoy que Monfieur
n'euft pas befoin d'eftre exci .
té à faire une chofe à laquel
le il eftoit fortement refolu ,
il ne laiffa pas de fçavoir bon
gré à Mr le Prince de Lorraine
, du confeil qu'il luy
avoit donné.
2
Le Lundy i de ce mois ,
GALANT 285
Mr le Duc de Coiflin , Pair
de France , alla prendre Sean ."
"
ce au Parlement en cette
qualité de Duc & Pair, avec
les ceremonies accoûtumées .
Comme je vous en ay faic
le détail en d'autres occafions
, je ne les repeteray
point. Je me contenteray de
vous dire que l'Affemblée fuc
extrêmement nombreuſe , &
que tous les Princes & Ducs
qui ont rang dans ce Corps
auguste , & qui purent s'y
trouver , y prirent leurs pla
ces .
L'aprefdinee de ce même
286 MERCURE
4
jour M' le Duc de Coiflin
vint prendre Seance à l'Aca
demie Françoife , dans la
quelle it occupe la place que
la mort de Mr le Duc de
Colin fon Pere , y avoit laif
fé vaccante. Je ne fais point
icy fon éloge l'ayant déja fait
dans ma Lettre du mois d'Oc
tobre dernier , lorfque je vous
appris qu'il avoit efté élu
tout d'une voix pour la remplir
. Le remerciment qu'il fit
à Mrs de l'Academie en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Monfieur le Prince de
Conti , & d'un grand nomGALANT
287
>
bre d'autres perfonnes d'une
qualité tres diftinguée , fut
fort applaudi , & il le pro .
nonça avec beaucoup de modeftie
& de dignité. Il ne fitt
que nommer le fameux Car -s
dinal de Richelieu fon grand
Oncle , & M ' le Chancelier
Seguier fon Bifayeul , & die
que la bien feance qui def
fend de louer fes proches ,
l'obligeoit à fe taire fur ces
premiers Miniftres de l'Etat
& de la Justice , aufquels l'A
cademie Royale le recon
noift redevable de fon origie
ne & de fon élevation , & vou288
MERCURE
lant faire l'éloge de cette illuftre
Compagnie , il ajoûta
que rien ne pouvoit faire
mieux connoiftre la préemi..
nence que l'avantage de me..
riter d'avoir pour Protecteur
le plus grand Roy de la terre.
Un Roy , continua til , dont
les plus grandes Couronnes ont
recherché l'appuy. Un Roy en qui
feul font réunies toutes les qualitez,
qui partagées à diverfes
Tefles couronnées , en feroient de
grands Rois ! Us Roy qui eft le
premier mobile des plus importantes
affaires , l'objet principal
de l'attention de toute l Europe ,
l'Invin
GALANT 289
Invincible Défenseur des Puiffances
opprimées , & des droits
attaquez , Ame de la Valeur
Françoife , l'amour des Peuples ,
la force defon Etat , Heros dans
Les Armées , Oracle dans les
Confeils , Intelligence du Gouvernement
, Spectacle d'admira .
tion à tout l'Univers ; un Roy
enfin , qui par tant de prodiges
de puiffance , & de grandeur ,
s'eftant élevé au deffus de l'homme
, s'eft rendu par les vertus de
l'esprit & du coeur le modele de
l'homme parfait . S'adreffant
enfuite à Mrs de l'Academie ,
il finit en difant que
Decembre 1702 .
c'eftoit
Bb
290 MERCURE
parmi eux qu'on fçavoir para)
ler dignement de Louis le
Grand , de ce Prince qui fourniffoit
à leur éloquence , par la
feule expofition du vray , toutes
les idées du merveilleux .
M' l'Abbé de Dangeau
Directeur de FAcademie
répondit à ce Dilcours avec
beaucoup d'éloquence . I fic
un tres- bel Eloge du grand-
Cardinal de Richelieu & du-
Chancelier Seguier , & aprés
avoir parlé avec beaucoup
d'avantage de feu Mr le Duc
de Colin , qui eft mort
Doyen de la Compagnie , il
GALANT 291
dit à Mr le Duc de Coiflin
fon Fils , que ce n'eftoit point
la feule memoire de ces
grands hommes , qui l'avoit
portée à l'élire d'un
confentement unanime pour
remplir la place que fa naif
fance , toute illuftre qu'elle
eft depuis plufieurs ficcles ;
que le courage qu'il avoit
herité de fes Anceftres , que
fes alliances avec des Maifons
Souveraines , avec le
Sang de nos Rois , que les
Dignirez éminentes qui bril
loient dans fa Maiſon , celle
dont il venoit de prendre
Bb ij
292 MERCURE
poffeffion dans le premier
Parlement du Royaume , euf.
fent efté de foibles motifs
pour le faire élire , fi fes ta
lens naturels , le difcerne .
met jufte & delicat avec le
quel il jugeoit fi bien des
ouvrages d'efprit & fon
amour pour les belles Lettres,
ne luy euffent pas donné
tout le merite Academique.
Aprés cela il l'exhorta
à venir fouvent aux Aſſem
blées de l'Academie. Tous nos
travaux , pourſuivit - il , contribuent
à l'embelliſſement de noftre
langue , & en facilitent la conGALANT
293
noiffance aux Etrangers , les
merveilles du regne du Roy l'a.
voient rendue auffi commune
chez nos voisins , que la lan
gue mefme de leur pais : mais
les évenemens de ces dernieres
années , luy font paffer toutes
les Mers , & la rendent comme
neceffaire dans le vieux &
dans lenouveau Monde Tous les
Peuples de la dominationd' Eſpa ·
gne , veulent connoiftre la langue
de leur Deffenfeur , & dans ces
païsimmenfes Il n'eft point de Pro
vinces , prefque point de Villes,
qui n'ayent fenti des effets de la
vigilance de la generofité
Bb iij
294 MERCURE
du Roy. Il leur envoye des
Officiers experimentez & des
Troupes aguerries . Il fait for
rifier leurs Places , il hazarde,
des Flores nombreuſes , pour
mettre leurs richiffes en feureté.
Il fait plus , il fais marcher à
leur fecours ce qu'il a de plus
cher au monde , & pendant que
le jeune Royfe fait admirer à
toute l'Italie , que par fa
prefence il raffeure fes nou.
veaux Sujets . fon Frere pa .
roift en Flandre , & tous deux
à la tefte des Armées , fe couronnant
d'une nouvelle gloire
independante du fuccez , ils
GALANT 295
fe font admirer par tout dans
le Confeil où ils parlent comme
les plus fages , & dans les pe.
rils où ils s'expofent comme les
plus temeraires . Ils font hommes
auffi bien que Heros ; ils com .
patient aux foibleſſes , ils re.
compenfent les bonnes actions ',
ilsfoulagent les miferes ; ils gagnent
les coeurs , par tout
retracent dans l'esprit des Offi.
ciers des Soldats , l'idée
*
du Pere
l'Aycul.
&
& mefme celle de
Ces deux Difcours ayant
efté prononcez avec l'applaudiffement
general de
Bb iiij
296 MERCURE
l'Affemblée, Mr l'Abbé Tallemant
leut un Traité de
l'Ode qu'il a faic fur les
fentimens de
l'Academie ;
il fit voir quel elt te ſujet
qui luy eft propre , marqua
le genre de Vers qui flate
le plus l'oreille , & fit connoître
par plufieurs morceaux
des Odes de nos meilleurs
Poëtes , où doit eftre
le
repos de chaque Strophe.
La Seance fut terminée par
une belle Ode que Mr Per
rault a faite pour le Roy de
Suede , & dont Mr l'Abbé de
Choifi fit la lecture .
GALANT 297
Mr de Fer toûjours atten
tif à tout ce qui peut faire
plaifir au Public, jugeant qu'à
l'occafion de ce qui s'eft
paffé en Galice , on pour
roit fouhaiter une Carte de
ce Royaume , qui est une
des Provinces d'Efpagne ,
vient d'en mettre une au
jour , à laquelle , il a joint
dans un endroit feparé le
Port , & la Rade de Vigo ,
ainſi que la Ville & le Port
de la Corrogne.
Comme on n'a point fait
de promotion dans la marine
298 MERCURE
depuis neuf années , il ne
faut pas s'étonner file nom.
bre de ceux qui eſperoient
de monter
s'eft trouvé fi
grand , qu'il a efté impoffi
ble de les fatisfaire tous . Le
Roy n'a qu'un certain nom .
bre de Vaiffeaux , & ceux
qui afpiroient à les comman .
der , fe trouvant en beaucoup
plus grande quantité , il n'y a
que le temps qui puiffe leur
faire obtenir , ce qui eft dû
à leur experience , à leur va .
leur , & à leurs fervices . Ces
braves font à plaindre ,, fans
que ce foit la faute de perGALANT
299
fonne . Je vous envoye la
Lifte de ceux qui ont monté
, je ne vous réponds pas
qu'il n'y ait point de noms
defigurez . Ces Liſtes ayant
paflé par les mains d'une
infinité de Copiftes , &
les noms propres eſtant dif.
ficiles à déchiffrer , lors qu'ils
ne font pas bien écrits.
300 MERCURE
OFFICIERS DE MARINE
avancez au mois de Decembre
1702 .
LIEUTENANT GENERAL.
Mrle Duc d'Albemarle .
CHEFS D'ESCADRE.
Melieurs
De Belle- Ifle Erard .
Le Commandeur de Bellefontaine.
Le Comte de Sepville.
Le Marquis de la Galiffonniere.
Le Bailly de Lorraine .
GALANT 301
PENSIONS DE 1500. livres ,
Melieurs
Le Chevalier du Palais .
De Chaber.
De Champigny.
De la Roque - Perfin
De Chafteaumorant.
Le Marquis de Rouvroy?
Chapizeau .
PENSIONS DE 100. livres.
Melieurs
Des Herbiers .
De Ribeirelle .
De de Bagneux .
Le Comte de Villars .
Duquefne-Monnier.
Des Augiers.
De Roche-Alard .
302 MERCURE
CAPITAINES A LA HAUTE
PAYE .
Meffieurs
Le Baron de Pallieres.
De Rouffel ,
De Ferville .
De Motheux .
D'Efnots Champmeſlin.
Clavier.
Patoulet.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Montgon .
COMMISSAIRES GENERAUX
D'ARTILLERIE .
Meffieurs
De Combes .
De Logivieres .
GALANT 303
CAPITAINES DE VAISSEAUX
Meffieurs
ClavelPODAC
La Tour- neuville , mort depuis.
De Lilleau .
Le Chevalier de Vatan .
De la Roque.
Du Gemeau.
De la Roche- Vezançay .
Champmorot
Le Chevalier de Courfe de.
Laur.
Le Chevalier de Roche - Allard ,
La Guibougere,
Du Bois de la Roche.
De Roquemadore.
Des Blotierés .
Bruflon...
LeChevalier de
Champagnette,
304 MERCURE
De Martel.
Le Chevalier de Feuquerolle.
Le Chevalier d'O .
Geoffroy .
Le Comte de Moyencourt.
D'Eftienne .
De Marolles .
De Saint-André.
Le Chevalier de Chafteaure→
nault.
De Vauroüy.
De Vigreux du Tertre .
De Bellicourt."
Le Chevalier de Norey .
De Roquefeüille .
De Saint- Hermine .
Le Chevalier de Vefins.
Le Chevalier de Montchevreuil
Le Chevalier de Langon , ›
Le Chevalier de Paule .
Le Chevalier Defcoyeux,
GALANT 305
Le Chevalier de Francine.
Le Chevalier de Saumery .
CAPITAINES D'ARTILLER ,
Melieurs
De la
Sauvagere .
De Saint Meloir.
CAPITAINES DE FREGÁTES
LEGERES .
Melieurs
De Cahouet.
Des Boifclairs.
Defgots .
De Chofeuil ,
Barbeau des Conches .
De la Madelaine ..
Defcoyeux , l'aîné.
D'Egreffin .
Decembre
1702 . Cc
306 MERCURE
De Villeray.
Le Chevalier de Tourouvre.
Le Marquis de Lanquetot .
De Fougis.
Le Chevalier de Laigue.
De Parlan."
Du Vienne ,
De Beffac.
Le Chevalier de Damas de Marillac
.
Le Comte de Mornay.
D'Aunay d'Illiers.
De Gentien .
D'Acqueville.
Le Comte d'Arquian..
Le Comte d'Illiers .
Le Chevalier de Camilly.
Le Vicomte d'Utibie.
Le Marquis de la Vieuville
De Saint Vandrille .
Brodeau de Freſne.
GALANT 307
De Beaucaire .
De Radouay cbrci!
De
Santzay
De Mailly de la Tour Landry .
De Menneville Pont Saint
Pierre .
De Guiefte .
La Mothe - Louvart,
Drognon
Terras ..
Geraldin.
LIEUTEN . DE
VAISSEAUX .
Mellieurs
De Thezut.
Dimonnier .
De Monic.
D'Arcuffia
d'Efparon.
Barentin .
D'Olmont.
Le Fanû.
764
Ccij
308 MERCURE
De Taurins .
Le Chevalier de Chaftrier:
Dofbert.
De Villeneuve de Tran.
Du Chevalier de Bauve.
De Montlaur .
De la Val Montmorancy .
De Monlezum.
De Sainte Jame.
Lambourg.
De
Putigny .
De Perfin .
De
Langon.
De Rambures
.
De
Reignac .
De Xermadec .
De
Fayet .
Des Gouttes la Sale...
De
Deſpins.
De
Jacques.
De Dreuil.
GALANT 309
De Villautrais .
De Chambre.
Elcazard de Sabrans.
De Fricambault.
Le Chevalier d'Entragues,
Du Bocher.
De la Broffe .
D'A lonne .
De Luns .
De Courferac.
D'Arneufe .
Myniac de Gouyon, wen
De Rochemaure.
Marquis de Sainte Catherine.
Le Chevalier de Fontenayl
De Saint Abre.
De Chemiré .
Moreau du Deron.
Le Chev . de Moans de Graffe,
De Kergorlay ...
Le Comte de Tallerand .
310 MERCURE
Charon de Ville - fablons.
Le Chevalier de Gouyon.
De Cicerys !
Le Chevalier de Belfuns .
De GandOTL
De Machault.
De Touchimbert.
De Ravenel.
Defquilles.
Donnery.
Le Chevalier de Ligondez.
De Savonnieres.
De Beaufort .
De la Gardelle .
De Giranton .
De Pasdejeu .
De Monteils .
De
Rampen.
DesJordy Moreau .
Le Chevalier de Maugeron.
Le Chevalier de Feuillans.
" GALANT 311
Le Chevalier de Maroles .
De Sainte Honorine de Raffi .
Joffelin de Marigny.
De Ruyter.
Le
Chevalier de Maupeou .
De Champigny .
Le Chevalier d'Artagnan .
Le Comte du Quefne.
Le Comte de Charellux.let
Le Chevavilier de Nefmond.
De Buſea,
De
d'Avangour.
Le Comte de Chalais.
Le Marquis de Bonnivet.
Dom Pedre de Los Rios.
Dom Joſeph de Los Rios.
AIDES MAJOR S.
Melheurs
Galiffet .
Fondelin.
312 MERCURE
Du Creft de Chigy.
Du Sauzay.
De Valavoir.
Le Chevalier de Vence.
LIEUT . D'ARTILLERIE .
Mellieurs
De la Cour de Roquefort.
De l'Abatut,
CAPITAINES DE BRULOTS ;
De Jamin .
Melieurs
De Marquiefac.
De Chabons.
Du Gué.
Des Moulieres .
Le Chevalier de Gabaret .
De Barailh .
De
GALANT
313
De Rochambault ,
Des Autieux ,
De Bellifle .
De Trogoff.
De Billy.
De Graton .
La Poupeliere .
Qurivilli.
Querquelin.
Cauvet.
Verguin.
Le Clerc du Caval.
De Marquiefan .
Cavel.
Marin .
De Maureveille ..
ENSEIGNES DE VAISSEAU.
De Torcy.
Melieurs
De Gravier .
De Pallas .
Decembre 1702. Dd
314 MERCURE
De Baraudin .
Du Mefnil Saint Georges.
De Kerbernard .
L'Eftuenduére.
Le Chev de Mazerolles , Compagnie
de Toulon .
De Piolens .
De Tourris.
De Danis.
De Coeux .
Du Mont la Brie .
Le Chevalier de Piofins.
De Saint Marc de Monteil. 1
De Kéralio .
Le Chevalier d'Agouſt ,
De Souliers .
De Piedfaucon .
De Saint Germain .
Le Chevalier Fabry.
Clancy.
De la Lande.
GALANT 315
De Benival.
De la Roque Garceval.
Le Chevalier Chafteauneuf de
Thomas.
De Vignoles.
De Bidault de Salnove.
Bordarault .
Le Chevalier de Lanty .
De Tourette.
De Ponteves .
Le Chevalier de Sabran des
Adrets .
De Belle- Ifle.
Briçonnet .
Le Chevalier d'Albertas Dauphin.
'D'Arneufe.
De Beauffon .
Le
Chevalier de Village .
Marandé.
Romain.
Dd ij
316 MERCURE
Du Breüil .
La Jonquieres .
De Belloy de Francieres .
Le Chevalier de Lordat de
Bram , l'aîné .
Choifeul de Beaupré
Le Chevalier de Laigle .
Le Chevalier D'Eftain.
Le Chevalier de Fontager.
Le Chevalier de Parabere .
D'Aftour.
Le Vicomte de Lautrec.
Le Chevalier de Broglio.
Le Marquis de Montgiron.
Le Marquis de Varennes.
Dom Philippes de l'Alcazar.
Yftopindo Doria .
Du Boulay , Compagnie de
Breft .
De la Valette d'Imbleval.
Dauthie.
GALANT 317
Dalida de Vaubourg
De Venieres .
Roffignol Doublemont
.
Mondins de Hougas .
De Kernin .
De Trolong.
De Guiry.
De la Jaille.
De Cabannes.
De Menneville.
La Broffe.
Gautier de Launay .
Coatudavel.
De Sigogne.
D'Affigny.
La Riviere Pontlo .
De Brugnon.
Defloges . Cacqueray.
De Baluet Brillet .
De Borftel.
D'Hervilliers,
D diij
318 MERCURE
De Baudretun
.
De la Gautrais .
Du Port. C
Le Chevalier de Guerfan .
De la Prevalais .
De Montigny.
De Sainte Olmane.
De Vaffan .
De Valaffes .
De Langle de Kermorvant.
Mazieres de Buhart .
La Magnanne.
Soulaigre de Montifnet ..
De Beaujeu
.
D'Eftapes
.
De Serquigny d'Acher .
Du Buiffon de Varennes .
Du Chaftelet de Peffeliéres .
De la Maifonfort .
Le Chevalier de Nangis .
Defplaces , Compagnie de Rochefort.
GALANT
319
De Charmeneuil .
De Saint Amand.
De Geftard d'Uffigny.
Le Chevalier de Laur.
Patreville de Salmon.
Dugaft de Luffan .
De la Heronniere .
Le Chevalier de Sabrevoirs.
De la Ronde Denis.
De la Roche Sainte Hermine .
Du Sault.
De Bremon d'Ars.
Du Pont Sainte Marie .
De Defcours.
De Preaux de Drogne.
Mariani d'Andrea .
De Reals.
Le Chevalier de Torcy ,
De Semerville.
D'Hillerin de Lignieres .
Le Chevalier de la Mirande.
Dd iiij
320 MERCURE
Alexandre de fainte Hermine.
Deſcoyeux de Fouras.
Le Chevalier de Saint Clair,
De Vaffé de la Rochefaton .
Des Augiers .
De Ruty.
Defcoulans des Ormeaux .
Du Deffant de Guabertin.
De la Roque Perfin .
De Nanclars .
De Mandelor .
De Pont .
De Montalambert de Cers '
De la Borrie .
Le Chevalier de la Grange.
De Morans .
De la Maifonfort .
Le Chevalier Perrot .
Begon de la Cour.
De Vallaury.
Le Marquis de Saint Simon .
GALANT 320
De Monterit des Urfins.
Le Chevalier du Bourdet.
Le Chevalier de Martignon.
SOUS- LIEUTENANS D'AR .
Dumée.
TILLERIE.
Le Vaffeur.
Mefieurs
LIEUTENANS DE FREGATES
LEGERESoket oth
Melieurs
Michel.
Menault.
Du Puisjoubert.
D'Ypreville , mort depais .
Chaponay.
Du Pleffis
Moreau.
322 MERCURE
De Brach.
Le Chevalier de Fumée .
De Clancy.
AYDES D'ARTILLERIE ,
De Gaffié.
Meffieurs
De Meirat.
Jolly.
La Teille.
Du Gaffé .
Des Efcures.
De Berneffart.
Du Bois de Villiers .
Borel de Manerbe .
N'ayant pû vous donner de
fuite ce qui s'eft fait dans tous
les lieux où Sa Majeſté Catholique
a paffé en s'en retourGALANT
323
4
nant en Espagne , je vais reprendre
cet article , aprés vous
avoir dit que la Galere Françoife
, commandée par Mr le
Marquis de Forville , dans la
quelle eftoit Sa Majesté Catholique
avoir arboré l'Etendart
Real d'Eſpagne , & mis
les trois Fanaux . Čette Galere
& celles qui l'accompagnoient
eftant parties de Vaye le 17.
de Novembre , deux heures
avant le jour , elles arriverent
devant Final fur les cinq heures
du foir , & le 19. fur le midi
à Antibes , Sa Majeſté Catholique
y trouva Mr le Com .
te de Grignan , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant
General , & Commandant pour
le Roy en Provence . Il y at324
MERCURE
tendoit ce Monarque depuis
quinze jours , accompagné de
la plus grande partie de la Nobleffe
du païs. Sa Majefté Catholique
ayant refolu , fi le temps
le permettoit , de continuer fa
route jufqu'à Marseille fur les
Galeres de France , paffa la nuit
fur fa Galere , avec Mr lc
Comte de Grignan ; mais les
vents contraires eftant furvenus
, ce Prince mit pied à terre ,
& toute la Cour profita du
grand nombre de Voitures de
toutes fortes qui lui avoit
envoyez depuis quelques jours
à Antibes par les ordres de Mr.
le Bret , Premier Prefident , &
Intendant en Provence. Sa
Majefté partit d'Antibes le 21.
fur les deux heures après midi ,
GALANT 325
& alla coucher à Canes , & de
là à Frejus , & le Jeudy 24. au
Luc , où le Comte de ce nom ,
Commandeur de l'Ordre de
Saint Louis , & Lieutenant de
Roy, en Provence , l'attendoit.
Mr l'Evefque de marfeille fon
Frere s'y eftoit rendu • pour
l'aider à recevoir Sa Majesté
Catholique. On ne peut rien
ajoûter à la magnificence des
repas donnez par мr le Comte
du Luc à toute la Cour d'Efpagne
, pendant tout le temps
qu'elle a fejourné au Luc , &
de la maniere que l'on parle de
la reception faite en ce lieu à
Sa Majesté Catholique , elle
meriteroit que le Public en fuft
informé par un long détail , je
yous en feray part , s'il tom ,
226 GALANT
be entre mes mains.
;
Comme on avoit crû que le
Roy d'Espagne prendroit la
route de Brignole , on n'avoit
fait aucuns preparatifs à Toulon
pour la reception de ce mo
narque mais lorsque l'on s'y
attendoit le moins , Mr Defgranges
envoya un Exprés à мr
le Marquis de Chalmafel , pour
lui faire fçavoir que Sa Majesté
avoit changé de deffein
qu'elle viendroit coucher le
lendema
à Toulon ; mais que
fon intention eftoit qu'on ne
tiraft point le canon , & que
l'on ne fift aucune forte de ceremonie
à fon arrivée .
&
Le Vendredi 24. fur les dix
heures du matin un Brigadier,
accompagné de quatre FourGALANT
227
riers vint à l'Hôtel de Ville',
pour demander à мrs les Con
fuls des logemens pour les per
fonnes de la fuite de Sa Majefté
, dont les Billets leur furent
d'abord expediez , parce
qu'en Efpagne on ne fe fert pas
de craye pour marquer les Logis
, comme on fait en Francc.
Surles 4. heures apres midy
, ce Monarque arriva dans
une Caleche , & au lieu d'entrer
par la porte de Saint Lazare
qui eftoit fur fon chemin;
ce Prince paffa fur la contr'efcarpe
, entra par la porte Royale
, & alla defcendre dans la
Maifon de мr de Vauvré qui
eftoit preparée depuis longtemps
pour le recevoir . Un
228 MERCURE
·
moment aprés fon arrivée , il
s'enferma dans fa chambre avec
Mr le Cardinal d'Eftrées , Mr
le Comte de Marcin , мr le Duc
de Medina Sidonia fon major-
Dome , Mr de Vauvré , & les
Officiers Generaux de la мarine
. Il foupa en public fur les
neuf heures du foir. Les Gardes
avoient eu ordre de laiffer
entrer tous les honneftes gens ,
& fur tout les Dames. Il s'en
trouva une fi grande quantité,
que les Officiers
ne purent approcher
de la table ; de maniere
qu'ils furent obligez de
faire paffer la nappe de main
en main , & de laiffer aux Dames
le foin de l'étendre fur la
table , dont elles s'acquitterent
de fort bonne grace . Lorſque
GALANT 229
le Roy s'approcha pour ſe mettre
à table , cette grande foule
fe refferra pour faire place à Sa
Majesté.
Le lendemain 25 ce Prince
aprés avoir entendu la Meffe
aux Jefuites , alla vifiter l'Arfenal
. Il fut falué en y entrant
de toute l'Artillerie des Vaiffeaux.
Les Troupes de la Marine
eftoient en Bataille en dehors
du cofté de la petite porte
par où le Roy entra , & les
Gardes de Marine eftoient en
dedans du cofté de la Corderie .
Ce Prince vifita tous les Atteliers
& monta même à un Vailfeau
qui eft fur le chantier. Il
trouva par tout où il paffa , une
double haye de perfonnes des
mieux faites de l'un & l'au-
Décembre 1792. Ee
230 MERCURE
tre fexe , qui s'empreffant
pour avoir l'honneur de le
voir & qui ne le voyant pas affez
à leur gré couroient à tous
les endroits où ce мonarque devoit
paffer.
L'apreſdinée ce Prince alla
dans un canot voir un Vaiffeau
armé , qui eftoit dans la rade .
Il fit le tour de la Darce neuve ,
& alla defcendre au Jeu de
Mail , où il fe promena jufqu'à
la nuit qu'il fe rendit à l'Arfenal
pour voir jouer un Feu d'Artifice
qui avoit efté dreffé à la
hafte fur un Ponton dans la
Darce neuve , vis à vis de la Corderie
, dans la Galerie de laquelle
on avoit dreffé trois loges
: Elles eftoient magnifiquement
ornées , & tres - bien éclaiGALANT
231 ″
rées ; celle du milieu eftoit pour
le Roy , & les deux autres pour
les Seigneurs de fa fuite , pour
Madame de Vauvré , & pour
quelques Dames . Ce divertiffeinent
eftant fini ce Prince revint
dans fon Palais & fe mit à
table peu de temps aprés . La
foule fut
extraordinaire , parce
que c'eftoit le dernier repas .
Enfin ce Prince partit le 26. à
neuf heures du matin , pour aller
coucher à Aubagne , & de
là à Marseille , ou Mr le Comte
de Grignan s'eftoit rendu pour
avoir le temps de faire préparer
le logement de Sa Majesté.
Pendant tout le temps que ce
Prince a demeuré à Toulon , il
a toujours forty à pied & a fa-
Ee ij
232 MERCURE
"
lué en oftant fon chapeau toutes
les Dames qui fe font trouvées
fur fon paffage; de maniere
qu'on y a nonfeulement efté
charmé de fa perfonne , mais
auffi de fa douceur & de fes
manieres honneftes & engageantes.
Le Peuple ne pouvoit
fe laffer de lui donner des benedictons
& il entendoit de
bonnes femmes dans les ruës
qui lui difoient, Beu Rey la beneaitien
de Dion que vous vengue.
Quoy que l'on ne fuft point
preparé à Toulon pour recevoir
fi bonne compagnie , les
Confuls ont pris de fi juftes
mefures , que loin que rien ait
manqué toutes les chofes neceffaires
fe font trouvées en
abondance.
GALANT 233
Toute la Ville fe louë fort
de l'honnefteté des Seigneurs
Efpagnols qui accompagnoient
le Roy.
Sa Majefté Catholique eftant
arrivée devant Marfeille le
vingt- fept Lundy
onze heures
entre
& midi , Mr.
de Forville , Gouverneur de
Marſeille , Lieutenant de Roy
en Provence , & Commandant
des Galeres , aïant l'honneur
d'eftre à fon cofté , Elle y entra
à cheval au milieu de fa
Cour , compofée de plufieurs
Grands & des principaux Officiers
de fa Couronne. Sa Majefté
eftoit environnée de fes
Gardes & de ceux de Mr le
Comte de Grignan Un Peuple
innombrable , donna des mar234
MERCURE
que de la joye par des acclamations
continuelles
.
Mr le Cardinal d'Eftrées &
Mr le Comte de Marfin , Am-.
baffadeur Extraordinaire de
France , avoient l'honneur d'ac .
compagner Sa Majeſté , qui
avoit à fa fuite Mr le Duc de
Medina Sidonia grand Ecuïer ,
faifant la fonction de grand
Maiftre , Mr le Comte de Benavente
grand Chambellan , Mr
le Comte de S. Iftevan, Miniftre
& Confeiller d'Etat , Mr
le Duc Doffonne Gentilhomme
de la chambre , Dom Garcias
de Gufman , premier Ecuïer ,
Mr le Comte de Pliego majordome
ou premier мaitre d'Hôtel
du Roi Dom Carlos de
Borgia grand Aumônier du Roi
>
GALANT 235
& Patriarche des Indes , Mr le
Marquis de Rivas , Secretaire
d'Etat & des dépêches univerfelles
, Mr le Duc de Gandie ,
Mr le Duc de Becar , Mr le
Comte de Colmerano , мr le
Marquis de Crevecoeur , Mr le
Vicomte de Miral - caffar , Mr
de Monroi & plufieurs autres
Officiers Espagnols , mr le
Marquis de Louville , Gen-
- tilhomme de la Chambre &
Chef de Famille Françoiſe , &
Mr le Marquis de Montviel
ainsi que tous les Officiers qui
compofent la Maifon de ce MOnarque
.
" }
Tout ce qu'il y a de perfonnes
diftinguées dans la Province
& dans Marſeille & quids'ef
toient renduës ru Palais , eu-
"
236 MERCURE
rent l'honneur de baifer la main
à Sa Majefté , qui voulut bien
faire la grace à Madame Lebret
& à Madame la Comteffe
de Montmor de les baifer à la
jouë.
Sa Majefté alla ce jour - là à
la Comedie Italienne , où Meffieurs
les Maire & Echevins
luy avoient fait preparer une
Loge magnifique.
Lorfque le Roy en fut forti,
il donna ordre à un Seigneur
de fa Cour , de dire à Mr le
Comte de Montmor Intendant
General des Galeres , qui avoit
efté avec plufieurs perfonnes
de diftinction au devant de Sa
Majefté jufqu'à Aubagne , qu'il
feroit bien aife de voir tout ce
que la Reyne fon Epoufe avoit
vcu
GALANT
337
veu à fon paffage à Marſeille :
cet Intendant qui eut la confirmation
de cet ordre par Mr.
- le Cardinal d'Eftrées , fe rendit
auffi - toft au Louvre , où
Sa Majesté Catholique l'ayant
aperçu luy fit l'honneur de luy
dire qu'Elle iroit le lendemain
aprés fon diner voir les Galeres
, & fur les fix heures du
foir à la Maiſon du Roy , &
qu'elle vouloit voir la Salle
d'Armes .
Le Mardy 28. Novembre ce
Prince ayant donné Audiance
à Mr le Marquis de Bonnaventure
Commandant des
Troupes du Pape , qui eftoit .
venu d'Avignon pour faire.
compliment à Sa Majesté de
la part de Mr le Vicelegat ,
Decembre
1702. Ff
338 MERCURE
alla à la Meffe aux Carmes ou
la Mufique fut trouvée fort
belle .
.
L'aprefdinée Sa Majefté Catholique
fe rendit fur la Reale,
que Mr de Montmor avoit fait
parer tres magnifiquements
toutes les Galeres firent trois
decharges de tout leur canon .
Le Roy alla enfuite à l'Hôtel
de Ville , Mr de Grignan
eut l'honneur de luy faire voir
en paffant le beau Tableau de
la Famille Royale qu'on avoit
placé dans la Loge .
2
Sa Majefté s'embarqua enfuite
fur le fuperbe Efcampavie
, qui fut fait à l'occafion
de Meffeigneurs les Princes , &
fe promena jufqu'à Tête de
More , d'où elle revint fe dea
GALANT 339
barquer devant l'Hôtel de
Ville
V
Sa Majesté eftant revenuë
dans fon Palais , Elle en fortit
fur les fix heures pour le rendre
dans la Maifon du Roy ( oCcupée
par Mr de Montmor )
qu'Elle trouva toute illuminée.
Les Troupes des Galeres
bordoient en double haie tout
le long de la façade de l'Ar.
fenal aïant leurs Officiers à leur
tefte , le Roy d'Espagne y en
tra au bruit du canon , des
boites , tambours , trompetes ,
& de mille cris de VIVE LE
ROY . Madame la Comteffe
de Montmor , qui s'eftoit rendue
à la porte avec toutes les
Dames les plus confiderables
de la Ville , & qui fut pre-
Ffij ,.
340 MERCURE
›
fentée par Mrale Cardinal d'E
ftrées eut l'honneur de recevoir
Sa Majeftë qui la baiſa ;
Mr de Montmor eut auffi l'honneur
de donner au Roy une colation
magnifique.
Mademoiſelle du Lac , qui
s'y eftoit rendue avec les Dames
, aïant eu l'honneur de
falüer Sa Majesté , le Roi la
reçut fort gracieufement & la
baifa , en luy marquant combien
il eftoit fatisfait de la reception
que Mr fon pere lui
avoit faite au Luc , & de tous
les foins qu'il avoit pris lors
du paffage de la Reine.
Sa Majeſté monta enfuite dans
les apartemens qui eftoient tresmagnifiques
, tres - éclaireż , &
d'ou Elle vit tirer un tres- beau
f
GALANT 341
feu d'artifice , tout le Jardin
eftoit auffi illuminé de la maniere
du monde la plus ingenieufe
& la plus galante .
Le Roi d'Elpagne fe rendit
aprés cela dans la Sale d'Armes
des Galeres , où il y avoit
une infinité d'illuminations encore
plus belles que les precedentes
, il y eut un très beau
Concert & quelques Danfes..
Sa Majesté parut fort contente
de tout ce qu'on avoit
eu l'honneur de lui faire voir ,
& eut la bonté de dire qu'il
n'y avoit rien de mieux , ce
Monarque ajoûta qu'il avoit
déja fçeu par la Reine tout ce
qu'il voioit lui - mefme , & que
le Roi fon ayeul ne pouvoit
aftre fervi avec plus d'atten-
Ffij
342 MERCURE
tion & plus de zele.
Sa Majefté eftant fur le point
de fortir de la мaifon du Roi ,
Mr de Montmor fit allumer un
grand nombre de gros Alambeaux
de cire blanche pour
l'éclairer . Il eut l'honneur
de l'accompagner jufqu'à fon
Palais avec plufieurs perfonnes
de confideration.
Le mercredy 29. Novembre
le Roi d'Espagne entendit la
Meffe aux Jefuites dans leur
Eglife de faint Jaume.
Comme il n'y a point de
Chaffe aux environs de мarfeille
, Sa Majeſté voulut l'a .
prefdiné fe divertir dans le Jardin
du Roi , à tirer à des Perdrix
, Cailles , Pigeons , Canards
, Lievres & Lapins , que
GALANT 343
Mr de Montmor lui envoia en
bon nombre avec toute forte
de Gibier , dont le Roi tua plus
de quatre- vingt pieces , la
plupart à bale feule.
Le Jeudy 30. Novembre Sa
Majefté Catholique entendit la
Meffe dans l'Eglife faint Ferriol
fa Paroiffe , elle tint Confeil
enfuite jufques à midi &
demi.
L'apreldinée le Roi d'Efpa
gne vint pour la feconde fois
chez мr de Montmor qui eur
l'honneur de le recevoir à l'entrée
de la Maiſon du Roi , qui
eftoit bordée d'une double
Haye de Soldats de Galeres
avec leurs Officiers à la tefte ,
Sa Majefté Catholique paffa
au travers des Apartemens.
Ffin
344 MERCURE
d'où Elle entra dans l'ancien
Arfenal , & vifita tous les Bu
reaux , Magafins & Atteliers ,
qu'Elle trouva en tres -bon eſtat
& dans un bel ordre .
Sa Majefté alla enfuite dans
le nouvel Arfenal , on y mit
une Galere à l'eau en fa prefence
au milieu de mille & mille
acclamations. Le Roi entra
dans tous les autres Atteliers
qui eftoient parfaitement bien
rangez , & en fortit au bruit
du canon & des boites dont on
avoit fait plufieurs decharges .
Le Roi d'Espagne voulut bien
marquer la fatisfaction qu'il
avoit ca de voir l'arrengement
& la propreté de tant de cho
fes differentes , & eut la bonté
de le temoigner à мr de MontGALANT
345
mor , en difant que ce qu'il
avoit appris que les Princes
fes freres , & enfuite la Reine
d'Espagne avoient vû ici , lui
paroiffoit tres- fidele dans toutes
fes circonſtances.
Sa Majesté alla enfuite à cette
illuftre Maifon de Saint Vi
&tor , & qui l'eft en effet par
l'ancienneté de fa fondation ;
par l'étenduë de fa Jurifdiction
& par les perfonnes diftinguées,
par leur naiffance , leur merìte
& leur érudition , qui compofent
fon Chapitre , & qui
ont pour Abbé Commandataire
Mr le Grand Prieur de France;
mais il n'eft rien qui la diftingue
davantage que les reftes
precieux d'une infinité de
Corps faints que l'on conferve
*
346 MERCURE
avec foin dans le Trefor de
cette Abbaye , qui eft un des
plus riches du Royaume. On y
remarque fur tout la Croix de
Saint André qui y eft confervée
avec beaucoup de veneration
. Elle est couverte de plaques
d'argent , ornées d'un ouvrage
dorfévrerie d'un tresbon
gouft , par les pieufes liberalitez
d'un Religieux de cette
Maiſon , qui donna en entrant.
dans ce lieu toute fa vaiffelle
d'argent , pour eftre employée
à cet ouvrage. On celebroit
dans cette Abbaye la Fefte de
cet Apôtre le jour que Sa Majefté
Catholique voulut bien la
vifiter. Le Chapitre en ayant
efté averty , s'affembla extraordinairement
, & pour répon
GALANT 347
dre le mieux qui lui feroit poffible
à l'honneur que Sa Majefté
Catholique vouloit lui
faire , refolut ( autant que la
fituation du lieu & le temps qui
eftoit fort court pouvoient le
permettre de ne rien oublier
pour orner l'Eglife des plus ri
ches tapifferies de cette Maifon ,
qui font parfaitement belles ;
l'argenterie qui eft tres - bien
travaillée , & dont il y a beaucoup
dans cette Abbaye , y fut
toute étalée , & on prit fur
tout un foin tout particulier
d'éclairer l'Eglife fuprieure &
inferieure d'une maniere dont
la clarté faifoit un effet fur-
- prenant ; tour cela fut executé
par les ordres du Came
rier de l'Abbaye , qui remplit
348 MERCURE
en cela comme en tout ce qu'il
fait , l'idée qu'il a donnée en
plufieurs rencontres de fon bon
gouft , il le fit éclater par tout,
& ce fut à fes foins & à fon ha
bileté qu'on dût les approbations
que Sa Majefté Catholi
que donna, à l'arrangement de
toute cette Fefte ; & de tous
les pieux monumens qu'on avoit
étalez pour fatisfaire la
pieté de ce Monarque .
Il fut receu par tous les Re,
ligieux en corps , ayant le Prieur
à leur tefte ,, qui ayant prefenté
l'Eau benîte à Sa Majefté
Catholique , l'harangua avec
fon éloquene ordinaire . Le Roy
fut enfuite conduit en ceremonic
au Prie Dieu qui lui avoit
efté preparé , & pendant que
4
GALANT 349
,
1
Sa Majesté Catholique , faifoit
la priere , le Choeur de Mufi .
que de l'Abbaye chanta un fort
beau Motet Aprés que Sa Ma
jefté eût pris plaifir à examiner
tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à voir dans l'Eglife fu
perieure , & qu'on lui cuft expliqué
enquoy conſiſtoient tou
tes les reliques qu'on y avoit
expofees : Elle defcendit dans
l'inferieure où eft confervée la
Croix de Saint André que S.
M. C. voulut voir; cette Eglife
n eſtoit ni moinsornée ni moins
éclairée que la fuperieure , &
l'on y voyoit par tout des mar
ques éclatantes de la reconnoif
fance dont les Religieux s'étoient
penetrez envers Sa Ma→
jefté Catholique , qui vouloie
350 MERCURE
bien les honorer de fa prefen
ce. Ce Prince fut charmé dela
magnificence qui éclatoit par
tout & fut fort touché de
ous les pieux monumens qu'il
vit dans cette Eglife , à laquelle
il laiffa des marques de fa liberalité
; & pour témoigner aux
Religieux la fatisfaction particuliere
qu'il avoit euë , il leur
donna à tous fa main à baifer,
avec cette bonté & avec cette
grace qui accompagnent toutes
les actions.
Le Roy revint dans fon Pa
lais fur les fix heures , & paffa
au milieu des Troupes des Galeres
, qui eftoient en bataille
derriere la Corderie du nouvel
Arfenal .
Meffieurs les Maire & EfcheGALANT
351
vins mortifiez de n'avoir p
remplir tous leurs devoirs dans
une occafion fi glorieufe , ayant
fçu que Sa Majefté Catholique
devoit partir le lendemain , demanderent
en grace de baifer la
main de ce Prince ; Mr le
Comte de Grignan leur procura
cet honneur , quoiqu'ils
n'euffent aucune marque de
leur caractere , à caufe de l'in
cognito qu'on a eu ordre exprés.
de garder fort ſeverement , à
l'occafion du paffage de Sa
Majefté qui n'a voulu fouffrir
aucune ceremonie publique.
Le Vendredy premier Decembre
jour du départ du
Roy d'Espagne ; Sa Majefté
entendit la Meffe à Saint Fer352
MERCURE
riol , & eftant montée dansfa
Chaife , elle paffa au Cours où
elle mit pied à terre pour voir
Jes Troupes
des Galeres , qui
y firent devant elle le nouvel
exercice
que M de Bombelles
a inventé
Le Roy femit enfuite en mar
che pour continuer fa route ,
Sa Majesté devoit aller coucher
le mefme : jour à Aix , où
Mr l'Evefque de Marseille, Mr
Lebret , M de Forville , Mde
Montmor , & un grand nombre
d'autres perfonnes de diftinction
, eurent l'honneur de
l'accompagner
.
L'incognito
qu'on a efté contraint
de garder , comme il a
efté dit cy-deffus , n'a pas empefché
que Mr. le Comte de
GALANTI 353
Grignan n'ait fait des dépentes
extraordinaires , foit en tenant
de grandes Tables ou autres
ment ; Mr l'Evefque de Mar.
feille , Mr Lebret , Mr de For
ville , Mr de Montmor , & Mr
le Commandeur de Rancé Chef
d'Efcadre des Galeres, ont auffi
tenu tous les jours plufieurs
Tables , où tous les Grands
d'Efpagne & les Seigneurs de
la Cour de Sa Majefté Catholiquet
ont efté magnifiquement
traitez .
Pendant le fejour du Roy
d'Efpagne à Marseille , où il a
bien voulu aller toûjours à
pied , afin de répondre en quelque
façon à l'empreffement &
à l'ardeur extrême que chacun
avoit de le voir , Sa Majesté par
Decembre 1702. Gg
354 MERCURE
>
*
fa grande douceur par fon af
fabilité & par l'accez facile
qu'elle donnoit à tous ceux qui
avoient l'honneur de fe jetter
à fes genoux pour luy baifer
la main , s'eft attirée le coeur
de tous les Marſeillois , qui par
leurs tranfports accompagnez
de foûmiffion & de tendreffe ,
faifoient affez connoître d'ailleurs
à Sa Majefté Catholique
& à toute fa Cour , combien
LOUIS LE GRAND eſt
adoré de fes peuples , à quel
point MONSEIGNEUR
en eft
refpectueufement
cheri &
combien Marfeille a de veneration
pour toute la FAMILLE
ROYALE .
"
Jefne dois pas oublier que Sa
Majefté Catholique donna à
GALANT 355
Mr le Marquis de Forville qui
commandoit les Galeres du
Roy, qui l'ont conduit juſqu'à
Antibes , une épée garnie de
Diamans , & des épées d'or aux
Capitaines des Galeres . Il en
referva une des plus riches pour
pour Mr le Chevalier de Forbin,
On fçait les fervices qu'il
arendus . Mr Janet Capitaine
des Gardes de Monfieur le Duc
de Vendofme luy ayant apporté
à Marseille , la nouvelle de la
prife de Borgoforte , il luy
donna un Diamant de cent
Louis . Tous les Peuples
de la Province ont témoi
gné tant de joye de voir ce
Prince, que les acclamations ont
efté continuelles dans tous les
lieux où il a paffé , & la foule a
Gg ij .
356 MERCORE
efté fi grande que plufieurs fem
mes s'eftant emparées de fa
main , s'il m'eſt permis de me
fervir de ce terme , pour expli
quer leur empreſſement , fe la
donnerent les unes aux autres
pour la baifer . Mr Bitton , Curé
de la Madelaine de la . Plaine
d'Aillane , dans le territoire
d'Aix , luy fit un compliments
en luy prefentant plufieurs baf
fins , non pas de fruits de la
faifonmais de ceux dont on
ne trouve que tres- rarement ,
& même point du tout dans la
Saifon où nous fommes . Entre
ces Baffins , ily en avoit un de
raifins qu'on appelle Damas
mufqué de groffe penfe à un
feul pein. Le zele de ce bon
homme ne doit pas eſtre moins
4
GALANT 357
remarqué que les plus fomptueux
repas , donnez par les
plus grands Seigneurs , & a dû
eftre auffi agreable à Sa Majef
té Catholique , que l'offrande
de la bonne Femme de l'Ecritu
re , le fut à Dieu .
Ce Monarque arriva à Aix
le premier Decembre à quas
tre heures aprés midy. Ib
monta à cheval affez proche des
Portes de la Ville , il la traver
fa environné de plufieurs 9eigneurs
tant Efpagnols que Frane
çois. Mr le Comte de Marfia
Ambaffadeur de France , & Mr
le Duc de Medina Sidonia fon
grand Ecuyer étoient àfes côtez.
Mr le Duc de Gandie , & Mrs
les Comtes de San Eftevan & de
Benevent eftoient de ce nom
•
358 MERCURE
•
bre. Tous ces Seigneurs étoient
fort leftes , & tres-bien montez
. Toute cette Cavalcade
eftoit precedée par plufieurs
Trompettes & par les Gardes
de Mr le Comte de Grignan.
Ils marchoient deux à deux , &
avoient l'épée haute. Il y avoit
auffi beaucoup de Hallebardiers
vétus de bleu , avec des
boutonnieres d'argent , & un
parement de velours cramoifi
fur les manches . Cette marche
eftoit fermée par un fort grand
nombre de chaifes roulantes
tant à l'Eſpagnole qu'à la Françoife
Le Roy faluoit toutes les
Dames qui eftoient aux fenef
tres & avoit prefque toujours
le chapeau à la main , ſur
lequel il y aavvooiitt un plumet
GALANT
359
&
blanc . L'habit de Sa Majefté
eftoit d'un drap clair , orné de
grandes boutonnieres d'or . Ce
Prince joua le même foir à
la Baffette avec les Dames.
Toutes celles qui eftoient de
quelque diftinction , & qui fe
prefenterent pour jouer curent
cet honneur. Le Roy foupa dans
le Palais de M l'Archevêque
où il eftoit logé. Mr le Patriarche
des Indes fit à ce fouper la
charge de grand Aumônier. Ce
Prelat eft fort attaché aux fonc
tion de cette charge. Mr le
Duc de Medina Sidonia fit à ce
repas la charge de Grand Maî
tre de la Maifon du Roy . Il y
avoit une fi grande quantité de
monde , que la foule eftoit en
core grande long - temps après
360 MERCURE
le fouper du Roy , de forte que
pour faire fortir ceux qui reftoient
, on fut obligé de dire
que le Roy vouloit fe cou--
cher Les Grands d'Efpagne
& les Seigneurs Efpagnols &
François qui l'accompagnoient,
fouperent chez les perfonnes
les plus diftinguées de la
Ville. M le premier Prefident
eut l'avantage de donner
à fouper au plus grand nombre,
avec la magnificence qui luy
eft ordinaire . Ce fut dans ce
repas que м de Benevent , un
des quatre
quatre
Chevaliers du Saint Efprit , &
que le Roy a fait
dont le nom eft Pimentel , fe
leva , mit l'épée à la main , ſe fit
donner du vin pur dans un verre
qu'il prit de l'autre main , &
que
GALANT 361
que dans cette pofture , il but à
lafanté du Roy Tres - Chreftien
& de toutes les Princeffes &
Dames de la Cour de France .
Il voulut que cette fanté fuft
folemnifée à la ronde de même
qu'il l'avoit buë , & les Dames
mêmes ne furent pas difpenfées
de tenir le verre d'une main , &
cette épée de l'autre , qui fit
ainfi le tour de la table . Le Roy
d'Efpagne eft fi aimé que м le
Duc deGandie quia fuivi ce Monarque,
quoy qu'il n'ait aucune
charge dans la Maifon de cePrince,
dit fouvent qu'il a perdu la liberté
des lepremier moment qu'il a
vi fon Maistre ; qu'il le fuivrapar
toute la terre, parmer , par l'air, &
par lefeus enfin qu'il auroit peche fi
ce Prince avoit eftè femme. Mr le
Desembre
1702 . Hh
362 MERCURE
Comte de San Iftevan dit à la
Compagnie , que Sa Majesté Cals
tholique qui n'entendoit pas un mot | -
d'Espagnol lorfqu'il s'eft agi dela
Couronne d'Espagne , le parloit
affez bien pour corriger les plus habiles
Efpagnols . Ce Monarque
eftant parti d'Aix le ſecond des
Decembre alla coucher à Salon
le 2 & le 3. à -Arles .
Ce Monarque y arriva à trois
heures aprés inidy incognito , &
fans ceremonie , accompagné
de plufieurs Grands d'Espagne ,
& d'une nombreuſe fuite dont
les voitures fe montoient à plus .
de neuf cens chevaux où mulets
. Ce Prince logea à l'Archevêché
qui eftoit magnifiquement
meublé On y avoir .
mis une Garde Bourgeoiſe fous
GALANT 363
Tes armes , cette
compagnie
eftoit
prefques toute de Gentilshommes
, le Roi
renvoya fa
Garde
ordinaire , & confia à
cette compagnie
la Garde de fa
perfonne. Sa Majefté
donna
l'ordre , & on a efté charmé de
cette
diftinction
qu'elle a faite
à l'exemple du Roi fon Aycul
qui en 1660. confia aux Habitans
d'Arles , la garde de fa
Perfonne Sa Majesté
Catholique
partit le Lundi 4. à huit
heures du matin pour aller à
Nifmes après avoir ouï la meſſe
à Saint
Trophime
Toute la
Ville a efté charmée de voir ce
Prince qui a fait
l'honneur aux
Dames de la Ville de jouer
avec elles pendant deux heures .
Mrs les quatre Confuls ont eu
Hhij
364 MERCURE
l'honneur
de luy baifer la
main .
Le 4 le Roy alla coucher à
Nifmes. Il arriva le мardy 5. au
Pont de Caftelnau
, à un quart
de lieuë de Montpelier
. Ilfortit
de fa chaife & monta à cheval ,
precedé des Gardes de Mr le
Duc du Maine . Il eut le chapeau
à la main depuis le Pont
jufqu'au
Palais , & quoy que les
cris de joie fufleut fort grands
les benedictions
qu'on lui donnoit
ne laiffoient
pas de fe faire
entendre
.
Il entra par la
rou , accompagné
de tous les
Grands d'Espagne
, dont je vous
ai déja parle , & de мr le Duc
d'Offone
, premier Getilhomme
de fa Chambre
, dont je ne
la
porte du PeiGALANT
365.
Vous ay encore rien dit . Le
Peuple qui ne pouvoit fe laffer ,
de voir ce Monarque , le fuivoit
en foule.
Mr le premier Prefident , Mr.
le Comte de Calviffon & Mr
l'Intendant le recurent à la
porte du Palais . Il trouva plufeurs
Evêques dans la falle &
parut furpris d'en voir un fi
grand nombre , mais мr de
Montpellier lui dit que l'affemblée
des Etats de la Province;
leur avoit procuré l'honneur
de le voir . Sa Majesté ayant
demeuré environ une demi -heure
dans fon cabinet , entra dans
fa chambre pour tenir Confeil,
avec les Crands d'Efpagne , мr ,
le Cardinal d'Eftrées & мr de
Marfin .
Hhiij
366 MERCURE
Aprés le Confeil , Madame
de Calviffon , Madame de Fortia
, & plufieurs autres Dames
de qualité , eurent l'honneur
de faluer le Roi qui les baifa. Ce
Prince joüa à la Baffette , Madame
de Calviffon joua avec Sa
Majesté. Il fut permis àtoutes
les Dames d'avoir cet honneur.
A 8. heures on commença
à mettre fur table , la foule
eftoit grande dans le lieu où
S. M. foupa . Le grand Aumonier
voyant Mr de Montpellier
luy dit comme à l'Evêque Diocelain
, de benir la table . Le
Roi lui adreffa fouvent la parole
pendant le fouper. Ce Prelat
dit auffi les graces. Le Roi fe
retira enfuite dans fa chambre
avec les Grands d'Eſpagne...
GALANT 367
L
Mrle Comte de Marfin foupa
chez Mr de Calviffon
mMile Cardinal d'Eftrées , Mr
» l'Abbé d'Eftrées , & plufieurs
Evêques fouperent chez Mr
de Montpelier , où il y avoit
deux tables de vingt couverts
chacune Pluſieurs perfonnes de
diſtinction tant François qu'Ef
pagnols , fouperent chez Mr
I'Intendant.
La plupart des Grands d'Ef.
pagne fe trouvant fatiguez mangerent
chez le Roy , ou chez
eux .
Le lendemain , il fut permis
à toutes les perfonnes de diftinction
d'entrer au lever du Roy .
ce Monarque alla à pied à la
Meffe à Saint Pierre , environné
des Grands d'Eſpagne , &
Hhiiij
368 MERCURE
"
appuyé fur Mr de Marfin Sa
Majefté eftoit precedée des
Gardes de Mr le Duc du Mai
ne , & de quelques - uns des
fiens , elle donna fa main à baifer
à tous ceux qui fe prefenterent
pour avoir cet honneur
une femme de peu de confideration
eftant tombée en la
baifant , ce Prince eut la bonté
de luy donner la main pour l'aider
à fe relever.
1
Mr de Montpellier reçut le
Royau Benitier , & le conduifit
jufques à l'Autel , où un Au
mônier de Sa Majefté dit la
Meffe . Le Choeur eftoit plein
des perfonnes de fa fuite , &
d'un grand nombre d'Evêques ,
Le Roy dîna auffi - toft aprés la
мeffe , & monta à cheval avec
GALANT 369
deux Grands d'Efpagne feulement,
le reste de la Cour n'ayant
pas dîné. Ce Prince alla au bois
de Gramont , où il tua huit ou
dix lapins. Il arriva aux flambeaux,
changea d'habit , & alla
à la Comedie au Parterre , out
on lui avoit dteffé une espece
d'Amphitheatre où il fe plaça
avec tousles Grands d'Efpagne .
Mr de Marfin eftoit à un Balcon.
Mesdames de Calviffon , de
Fortia,de Laifieren , & de Fages ,
eftoient à l'autre Balcon . Ma
dame la Nourrice de Sa Majesté
qui s'eftoit renduë à Montpellier
pour voir ce Prince , Mefdames
de Rochemone , Claufel
, la Chaife - Buftelle , fille de
Mr le Baron d'Alets , eftoient
à la premiere Loge. Les au370
MERCURE
tres Loges ' eftoient occuppées
des par femmes de qualité ,
& par quelques hommes Le
Roy avoit demandé Polieucte
& les Vendanges de Surefne.
Mr de Marfin avoit prié le Roy
de permettre que Mr de Calvif
fon luy offrift la collation à la
Comedie , à quoy Sa Majesté
eut la bonté de confentir . On
fervit beaucoup d'eaux glacées
dont le Roy but , & Sa Majesté
mangea beaucoup de raifins La
collation fut enfuite portée à
Madame de Calviffon par or
dre du Roy. Cette Dame en fit
part à toutes les Loges. Le Roy
Loupa aprés la Comedie , il entra
enfuite dans fon Cabinet &
fe coucha demie heure aprés .
Le Jeudi 7. ce monarque alla
GALANT 371
encore à pied à S. Pierre , où il
communia de la main de fon Aumônier.
Il tint Confeil aprés la
Meffe , il dîna enfuite , & monta
à cheval en fortant de table
pour aller à la Verune , quoy
que le temps fuft fort vilain ,
c'eft une maifon de Plaifance de
Mr de Montpellier . S.M.tua des
lapins , & joua au mail pendant
la pluye. Mr de Montpellier
luy fit fervir un grand foupé où
il eut l'honneur de le fervir. Il
y eut deux tables magnifiquement
fervies aprés le foupe du
Roy pour tous ceux qui l'a
voient accompagné. Pendant
qu'ils fouperent S. M. s'entretint
avec Mr de Montpellier , & ,
lui parla comme auroit fait un
Docteur de Sorbonne , à l'occa
372 F
MERCURE
fion d'une Bible qu'il trouva
fur la table du Cabinet où ils
eftoient ,
Rien ne manquoit à la Ve
rune que des cartes pour jouer ,
il fallut en envoyer chercher à
la Ville. On joua à la Baffere ,
& Mr de Montpellier fe retira ,
on arriva à la Ville à onze heures
du foir , le Roy fe mit dans
le Caroffe de M¹ de Montpellier
avec Mr le Duc de Medina-
Sidonia.
Mr de Carcaffone qui fe trouva
le lendemain au lever du
Roy, eut l'honneur du Priédieu .
Le Roi entendit la Meffe de
grand matin dans fon antichambre
& partit à huit heures.
Pendant que Sa Majesté a demeuré
à Montpellier elle a tous
GALANT 373
les foirs donné l'ordre à Mr le
Comte de Calviffon , & aux
Commandant des Sizains de la
Ville qui le gardoient . Ce Prince
a fait de grandes liberalitez
aux domestiques de Mr le premier
Preſident , & à la Mufique
de Saint Pierre . Il n'a pas oublié
les Comediens . On a diſtri
bué par fes ordres beaucoup de
chocolate , & beaucoup de tabac
d'Efpagne. Ceux de la fuite
de ce Prince ont donné fort largement
aux domestiques des
maifons où ils ont logé . Les uns
dix , les autres quinze , & d'autres
vingt louis.
Sa Majefté Catholique a lo
gé chez Mr Bon , premier Pre .
ident de la Cour des Aides ,
& ce Magiftrat l'a reçu avec la
374 MERCURE
>
mefme magnificence qu'il fit ,
paroiftre lorfque la Reine d'Efpagne
, à fon paffage , luy fic do
l'honneur de loger chez luy,
Mr de Montpellier à tenu
deux tables matin & foir
elles ont efté magnifiquement
fervies , tous les Seigneurs Ef
pagnols y ont fouvent mangé ,
& le jour de l'arrivée de SaMajefté
Catholique neuf Efpagnols
des plus qualifiez , Grands
d'Efpagne & autres mangerent
à l'une de ces tables ou eftoitri
Mr le Cardinal d'Eftrées. Mr
de Montpelier eftoit à l'autre
avec un grand nombre de perfonnes
de diftinction .
2
Le 8. Decembre , Sa Majesté
Catholique alla à Pezenas , où
elle dîna en public à l'Eveſché,
GALANT 375"
qui avoit efté préparé pour fon
logement , ce Prince monta à
cheval fur les trois heures aprés
midi , & alla voir les huit Eclufes
du Canal Royal de communication
des mers , qui font acolées
& jointes enfemble à la veuë
des murailles de la Ville ; on y
fit defcendre & monter des Bateaux
, pour lui faire voir l'artifice
de cette Navigation , il
regarda avec plaifir les Cafcades
que font les eaux en tombant
de l'une dans l'autre , de
huit Eclufes ,
Delà Mr de Rouffet , Directeur
des Ouvrages du Canal ,
proche parent de мr Riquet ,
eut l'honneur de le conduire
parterre au lieu dit le Malpas,
qui eft à une lieuë de Beziers.
376 MERCURE
Le Malpas eft une voute creus
fée de main d'homme dans le
tuf ou le Canal paſſe au travers
d'une montagne On nomme
cet endroit le мal Pas , parce
que l'ancien chemin de Nar
bonne eftoit autrefois de ce
cofté - là , où les voleurs faifoient
leurs meurtres , & jetroient
les cadavres dans des
Fondrieres qui font aujour
d'huy couvertes . Le Roy étant
arrivé fur la montagne , mit
pied à terre , & defcendit fous
la voute par un degré taillé
dans le tuf, qui eft du cofté de
Beziers . Il en voulut fçavoir
la longueur , la largeur & la
hauteur. Il traverfa fur la Banquete
qui fert pour le tirage
des Bateaux
, toute
la longueur
GALANT 377-
dui Cal Pas , qui eft de quatre
- vinge dix - neuf toiles ; il
eftoit fuivi de plufieurs Grands
d'Espagne , & de quantité d'autres
Seigneurs , qui dirent à Sa
Majefté que la voute du Mal
Pas eftoit plus curieuſe à voir
que le chemin vouté , creusé
dans la montagne du Pofilipo ,
qu'on voit encore à la fortie de
la Ville de Naples , quand on va
du cofté de la Ville de Pouffolo
, pour voir les beaux lieux
que Virgile a decrits dans
fon fixiéme Livre de l'Encide
.
Sa Majefté après avoir demeuré
un bon quart d'heure en
cet endroit , en fortit par l'autre
bout & remonta fur la
montagne par l'autre degré qui
Decembre 1702. li
>
378 MERCURE
eft du cofté de Touloufe &
rentra à Beziers vers les cinq
heures. Ce Prince parla à fon
retour fi avantageufement du
canal à Mr le Cardinal d'Ef
trées , que cette Eminence y
alla le io au matin , avec Mr
l'Abbé d'Eftrées fon Neveu . Ils
admirerent cet ouvrage , qu'ils
regarderent comme un des plus
grands de la magnificence de
Louis le Grand , & dirent que
les Empereurs Romains n'avoient
rien fait en Italie qui lui
pût eftre comparé.
Le Roy d'Espagne s'informa
de tout le détail du Canal , il
voulut fçavoir ce qu'une Barque
pouvoit porter ; combien coûtoit le
port du poids de cent livres , & quelle
épargne ilyavoit àfaireporter les
GALANT 379
i
梦
marchandifes plutoft par le Canal
que par aucune autre forte de Voiure
Combien de temps il falloit
pour faire le trajet d'une Mer à
l'autre Combien de journées mettoient
les Voyageurs pour aller
delà à la Ville d'Agde , à Tou-
Louſe par le Bateau de Pofte , ce
qu'il lear en coltoit de frais ; il
voulut fçavoir la maniere dont on
recreufoit le Canal quand il eftoit
fable, s'ilfe fabloit fouvent, &pour
quel ufage on avoit fait les Aqueducs
il en demanda le nombre ,
celuy des Eclufes , fi on avoit
efté long-temps à faire le Canal
depuis quel temps il eftoit dans
fa perfection , de quelles eaux on
fe fervoit , & ce qu'il coûtoit pour
l'entretenir. Mr de Rouffet qui
le fuivoit toûjours , l'inftruifie
li ij
380 MERCURE
de toutes ces chofes dont il pa
rut eftre fatisfait , puifqu'il fit
par fon Secretaire cé
qu'il trouva de plus remarquable
.
écrire
Mr le Pul eut l'honneur
d'eftre prefenté à Sa Majefté ,
Mr de Ĉandeau Gentilhomme
de la manche de Monfeigneur
le Duc de Berry qui eftoit parti
de Verſailles exprez pour
voir Sa Majesté Catholique à fon
paffage à Beziers . Mr Pul prefenta
à ce Prince fa Traduction
des Eglogues de Virgile , qu'il
avoit eu l'honneur de prefenter
à Monfeigneur le Duc de Bour
gogne à fon paffage dans la même
Ville. Sa Majesté reçut
avec fa bonté ordinaire l'exemplaire
qui luy fut prefenté.
GALANT 38
Le io, du mefme mois , le
Roi d'Efpagne alla coucher à
Narbonne , le 11, à Salins , &
le 12. à Perpignan. Il n'y a
point à douter que Sa Majefté
Catholique n'ait eſté reçuë
dans toutes les Villes , dont
je ne vous ay rien dit , de
même que dans celles dont je
vous ay parlé. Si j'en reçois
des memoires , je ne laifferay
pas de vous en entretenir le
mois prochain , afin que la pofterité
trouve un jour dans mes
Lettres , ce qui ne fe trouvera
point ailleurs , & que ceux qui
en auront befoin y puiffent
apprendre ce qui fe fera fait
dans les Villes de France
où un Roy d'Espagne aura
paffé .
382 MERCURE
Dans l'article de ma Lettre
du mois paffé , qui regardoit
la mort de feu мr le Marefchal
de Lorge ; je vous dis que ce
Marêchal avoit arrefté avant
fon decez le mariage de мr le
Duc de Quintin fon fils avec
Mademoiſelle Chamillart ; ce
Mariage a efté confommé à l'Etang.
Je n'ay rien à vous en
dire davantage. La mort de мr
le maréchal de Lorge eft encore
reffente , la fageffe regne
dans l'une & dans l'autre Fa
mille
, & vous jugez bien que
tout s'y eft paffé d'une maniere
convenable au deuil de
l'Epoux .
L'Empereur ayant refufé en
dernier lieu d'accorder à MonGALANT
383
heur le Duc de ' Lorraine la
Neutralité qu'il lui avoit inftamment
demandée , & le Roi
fçachant les entreprifes que les
Allemans fe propofoient de
faire dans les Provinces de fon
Royaume , auffi - toft qu'ils fe
feroient emparez de la Ville de
Nancy , il eftoit de la Politique,
& de la prudence de Sa Majeftéde
mettre fes Etats à couvert,
d'autant plus que la Neutralité
refufée par l'Empereur
à мr le Duc de Lorraine , le
mettoit en eftat de le faire
avec juftice. Il ne reftoit plus
que la maniere de le faire , &
c'eft en quoy la fageffe & la
bonté du Roi ont éclaté ; ce
Monarque a fait entendre fes
raifons avant que de faire voir
384 MERCURE
&
les forces , il les a mêmes fait
aprouver , aufi eftoit- il diff
cile qu'elles ne le fuffent pas,"
puis qu'elles eftoient juftes ; il:
a fait entrer des Troupes dans
Nancy, il a choifi un fage Com .
mandant , puis qu'il a nommé
Mr le Comte d'Avejan
toutes chofes fe font paffées.
avec tant d'honnêteté & de
douceur , Monfieur le Duc de
Lorraine eftant toûjours maître
de fes Etats , qu'il ne paroift
pas qu'il y ait aucun changement
dans ce Duché , tant
les Troupes du Roi y obfervent
une exacte difcipline . Le
Roi fait plus encore pour la
tranquilité des Peuples de cet
Etat , Nancy n'eftant point
fortifié, les Allemans pouvoient
eftre
GALANT 385
eftre tentez de troubler le repos
de la Lorraine , S. M. en
faifant fortifier cette Place, garantit
tout cet Etat de la guerre
que fes Ennemis n'auroient
pas manqué d'y allumer ; mais
quand le Roi n'auroit point
fçû leur deffein , il devoit eftre
perfuadé que puis qu'ils avoient
fait entrer des Troupes dans
Cologne , nonobftant la Neutralité
qui venoit d'être fignée,
ils ne manqueroient pas d'en
faire entrer dans un Etat auquel
ils l'avoient refuſée .
Rien n'eft égal aux foins
que le Roy fe donne
pour tout
ce qui regarde
la Campagne
prochaine
Ce laborieux
Monarque
ne ceffe point de travailler
; & il y a lieu de croi
Decembre
1702
. Kk
386 MERCURE
re qu'il reduira bien - toft fes
Ennemis à demander le rétabliffement
de la Paix qu'ils ont
injustement rompuë On vient
de diftribuer des Commiffions
pour dix -fept Regimens , les
Colonels des onze premiers ,
font ,
Meffieurs ,
Le Chevalier de Pifancour .
La Chaux Montauban
La Roche Talon.
Le Chevalier de Saint Sernin..
Saint Gend .
Le Marquis de Montluc.
Liftanges .
De Broffes.
D'Aubuffon.
Clermont.
Houderet.
GALANT 387
La Province de Normandie
leve deux Regimens , & le fils
de мr de Matignon a efté nommé
Colonel d'un de ces Regimens
.
On a donné des Commiffions
pour trois Regimens de Dra
gons. Les Colonels de ces Regimens
font ,
Mr de Chaſtillon , fils de мr le
Comte de Chaſtillon , Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le
Duc d'Orleans.
M le Chevalier momein .
Mr de Verceil .
Mr de Vertilly qui eftoit
Major General de la Gendarmerie
, a eu la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , qu'avoit-
Mr de Lanmarie.
Kk ij
388 MERCURE
Mr Dormoy Major du Regiment
du Roy Cavalerie , a eu
la place de Major General
qu'avoit Mr de Vertilly Mr
Dormoy avoit eu depuis quel
que - temps le titre de Colonel.
Il y a lieu de croire que les
deux Regimens qu'on leve en
Normandie feront parfaitement
bons , puifque la plupart des
Soldats feront tirez des Milices
de cette Province , qui
ont efté difciplinées par Mrde
Moncaut Gouverneur de la Citadelle
de Befançon , où il com
mandoit ci -devant la Compa
gnie des Cadets . Il retourne
en Normandie , non feulement
pour voir l'eftat des milices
mais auffi cinq ou fix cens GenGALANT
289
tilshommes à qui l'on a donné
des maîtres pourles inftruire ; &
qui font obligez d'aller garder
les coftes , lors que les Ennemis
tiennent la mer. On prendra
parmi cette Nobleffe quelques
Officiers pour les deux Regimens
nouveaux , c'eft le moyen
d'avoir de bonnes Troupes ; ce
qu'on fait auffi pour les Recrues
des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , rendroit
ces Compagnies bien confiderables
, fi elles ne l'eftoient déja
par l'honneur qu'elles ont d'approcher
de la Perfonne du
Roy , & d'eftre compofées de
braves gens . Sa Majefté a envoyé
dans les Provinces du
Royaume quatre Exempts &
quatre Brigadiers qui feront
Kk iij
390 MERCURE
des Recruës parmi la Nobleffe
qui a déja efté dans le fervice ,
où l'on fçait que plufieurs Gentishommes
fouhaittent de rentrer.
Mr le Marquis de Gondrin
fils de мr le Marquis d'Antin ,
& d'une foeur de Mr le Duc
d'Ufez , a eu l'agrément du
Roy pour le Regiment de ce
Duc , fa fanté ne luy permettant
plus de fervir . Mr le mar
quis de Gondrin eft fort jeune,
mais à peine la haute Nobleffe
à-t-elle atteint en France l'âge
de raifon , qu'elle brûle de fe
fignaler ; ainfi on ne doit pas
s'étonner fi elle fçait de fi bonne
heure le métier de la guerre.
Mr le Brun , beau- fils de
Mr le Prince de Courtenay , 1
GALANT
39-1
ne refpirant auffi que la gloire,
a acheté la Cornette Blanche
de Mr de Gomadeu . Il eft furprenant
qu'aprés le grand nombre
de Regimens qui ont efté
vendus , & les Commiffions
qui ont efté délivrées pour en
lever , il fe prefente tous les
jours autant de perfonnes qui
en demandent que fi on n'a- i
voit délivré aucunes Commiffions
.
L'augmentation de Troupes
demandant une augmentation
d'Officiers Generaux , le Roy
vient de nommer ceux qui fuivent.
Lieutenants Generaux .
Mr le Comte de Naffau.
Mr de Clairambaut.
Mrle Comte de Laumont Com.
392 MERCURE
mandant à Dunkerque.
Mr le Comte de Quélus. Mul
Mr de Cayeux.
Mr de Grammont Falon . pla
Mr de
мagnac.
Mr du Rofel.
Mr de Raynol.
Mr.de Saint Mauris .
Mr le Comte d'Hautefort .
Mr de Courtebonne .
Mr de Rigouille, des moufquetaires.
Le Marquis de Druis , Lieute
nant des Gardes du Corps .
Mr de Montgon
.
Mr de Phelipeaux Ambaſſadeur
à Turin.
Mr d'Artagnan , des mouſquetaires
Mr de Caraman , Capitaine
aux Gardes.ch
GALANT 393
Le Comte de Rouffi.
Le M. de Surville .
Mr le Duc de Charoft.
Mr le M. d'Antin.
Mr le м. de Liancourt.
Mr le M. de Chemeraut.
Maréchaux de Camp.
Mr le Comte de Chamilly.
Mr. Heffy , Colonel Suiffe.
Mr des Alleurs .
Mr d'Asfeld :
Mr de Foirçat .
Mr Galmois , Colonel Irlan
dois.
Mr de Vaudray, Comtois
Mr de Goifbriand , Breton:
Le Mr de Vibray.
Mr de Berulle.
Mr de Lée Irlandois Colonel.
Mr Doringthon , Irlandois.
394 MERCURE
Mr Julien , Dauphinois.
Mr de Moncaut , Gouverneur
de la Citadelle de Befançon .
Mr le Marquis de Sainte Hermine..
Mr de Manderchet , Colonel
Allemand .
Mr le Comte de Horn .
Mr le Comte de Nogent , Colonel
de Dragons.
Mr de Valfemě , de la Gendarmerie.
Mr de Vaillac .
Mr de Giurodan .
Co-
Mr de Vivan.
lo
Mr du Chaftelet.
Mr de Joffreville.
nels .
Le Prince de Birkenfeld .
Brigadiers.
Mr Le Duc
l'Efdiguieres ,
GALANT
395
Mr de la Connelaye. Capit. aux
Mr de Montgeorge . Gardes.
Mr du Heron Colonel refor
mé de Dragons , Envoyé en
Pologne.
Le M. de Ravetot .
Mr de Scepy.
Mr de Tournon.
Mr de Ranne .
Mr le Comte Choifeuil ,
•
la Reine...
Mr le Comte de Tilliers.
Mr le Comte de Hautefeuille.
Mr du Bordet .
de
Mr du Choifeuil Beaupré.
Mr d'Hautefort, des Moufquetaires
.
Mr Le Chevalier de Sully,
Mr de Saint Second , Piemontois.
Mr de Calvo,
396 MERCURE
Mr le Chevalier Officiers des
de Balivieres . Gardes du
Mr d'Immecour. Corps.
Mr le Marquis de Grancey .
Mr de l'Ifle du Vigier.
Mr de Beauveau , de Rivau.
Mr le Marquis de Montbron.
Mr de Marquefac, d'Hautefort
Mr de Broglio , du Roy .
Mr le Comte d'Eghmont.
Mr le Chevalier de Chamillart
.
Mr de Clodoré , Major General
d'Infanterie .
Mr le Duc de Briffac.
Mr de Monvielle , Gentilhom
me de la Manche.
Mr le Chevalier d'Hautefort ,
des Dragons.
Les Officiers Generaux, hors
GALANT 397
les Brigadiers , ne pouvant garder
de Regimens , cette promotion
yà faire plaifir à tous
ceux qui cherchent à en acheter
.
Toutes les fois que je vous .
ay envoyé des Liftes d'Officiers
Generaux , j'ay ajouté cinq ou
fix lignes à chaque nom afin de
vous les faire mieux connoiſtre
qu'en vous les nommant feulement.
Le peu de temps qui me
refte ne me permet pas de fuivre
aujourd'huy cet ufage;
Mais j'efpere fatisfaire le mois
prochain , voftre curiofité là
deffus , & qu'il me viendra
quelques memoires qui m'aide
ront à parler jufte de ceux dont
je ne fuis pas amplement infor
mé du merite , de la naiffance ,
398 MERCURE
des emplois , & des ſervices.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Crèche ; ceux qui
font deviné font , Mr Colidor :
Bardet & du Pleffis du мMans :
l'Abbé du Flot : de la Houpiniere
: Tourterin : le Petit de la
Couronne de la rue des Bourdonois
: Tamirifte : l'Auteur de l'Amour
defintereffé : l'infortunéPigis
de la rue S. Antoine Meſde .
moifelles Moutier la fille , de
l'Arfenal Amerante de la ruë
Sainte Marguerite : la belle Brune
de devant Saint мederic la
fameufe Devinereffe de la Baf
title Mouget de la rue du
Roulle , & la dixieme: Mufe du
Fauxbourg Saint Germain , fa
Commere.
GALANT
399
L'Enigme que je vous envoye
, eft de mr d'Aubiecour.
ENIGM E.
plais , foit que je fois vêtuë
,
Ou qu'on me voye toute nuë.
Ma figure fur pied réveille les ef
prits s
Plas mon corps a de poids , plus
j'augmente de prix.
Je fuis d'une espece fragile;
Je vomis nuit & jour , &jamais
Medecin
N'a vù fortir de moy Pituite ny
Bile ;
Mais fi de tels efforts mefont tomber
debile ,
Qui me releve avec du Vin ,
Ne mefoulage pointen vain .
400 MERCURE
:
Toutes les Armées eftant de
part & d'autre en quartier d'hi
ver , je dois feulement vous dire
que nos affaires font dans une
affez bonne fituation du cofté
de l'Allemagne , que nous n'avions
point de Ponts fur le
Rhin, pendant la derniere Campagne
, & que nous y en avons
prefentement deux ; que l'Alface
eſt bien gardée ; que nous ne
craignons plus rien du cofté de
la Lorraine que Bonn & Trarback
tirent de grandes contributions
que les Eunemis qui
avoient deffein de les affieger
pendant cet hiver , paroiffent
prefentement fort éloignez d'avoir
cette penfée , que мr l'Electeur
de Baviere donne beaucoup
d'inquietude à l'Empe-
"
GALANT 401
reur , que fon Armement rompt
les projets que Sa Majesté Imperiale
avoit formez fur le Rhin ,
& fur tout en Italie , d'où elle
fait revenir des Troupes lorfqu'il
feroit befoin qu'elle y en
envoyaft ; que l'on commence
dans la Diete de Ratisbonné à
& reconnoiftre la juſtice des armes
de Son Alteffe Elrctorale ,
& que des Deputez des principaux
Membres de l'Empire
l'ont dit affez haut en pleine
Affemblée .
Ce que je dis n'eftant point
un raifonnement , mais un fait
pofitif & public , merite quelque
attention . Le temps en découvrira
davantage . Si plufieurs
Membres de l'Empire ofoient
parler , ou s'ils eftoient en eſtat
Decembre
1702 .
LI
402 MERCURE
de le faire , on verroit de grands
changemens dans les affaires
d'Allemagne . Le temps améne
tout. L'Empire n'eft point obligé
d'entrer dans les démêlez
de l'Empereur , il eſt libre &
non dépendant . Si l'Empereur
reconnoift des Rois , & des
nouveaux Electeurs dans fes
Membres , & que ces Princes
embraffent fon parti par reconnoiffance
, cherchant à l'éle
ver à leur tour, le refte de l'Empire
ne doit pas s'épuifer pour
fe donner un maiftre , qui ne le
gouverne déja que trop arbitrairement.
Si 1 Empereur agit
avec tant de hauteur lorfque fa
Maifon fe trouve fi abaiſſée
que feroit- il s'il mettoit la Cou
ronne d'Eſpagne fur la tefte
GALANT 403
d'un de fes Enfans ? Il feroit
dans peu Souverain de toute
l'Allemagne , & l'Empire ne
reconnoiftroit plus que fes ordres.
Ce n'est que par là que
la Couronne d'Efpagne le touche
; tout ce qui peut l'aider à
la mettre dans fa maiſon , luy
convient . Les Heretiques de
fon parti ont pillé les Eglifes
dans l'Andaloufie . Ils ont abatu
les Autels , ils ont profané les
faintes Hofties , ils ont foulé les
Reliques aux pieds , ils ont
traîné les Images des Saints par
derifion Vienne s'en réjouit ,
& l'on y chante le Te Deum .
Ce font là des faits qui parlent,
& non pas des raifonnemens ,
Ces faits difent tant , & font
tant penfer , que je me tais . Les
:
Lij
404 MERCURE
A
Hollandois ont montré beau
coup de prudence ſur cet arti
cle On avoit fait des Eftampes
de ce pillage , & de ces abominations.
Le fujet de ces Eftampes
eftoit contraire aux mani.
feftes publiez , & à la bonne
guerre , il eftoit barbare , & n'a
rien produit pour l'Etat , les
particuliers ont fait quelqué
butin , & c'est à quoy toute la
dépenfe de leur Armement a
abouti ; ainfi toutes les Eſtampes
qu'ils ont fait fupprimer ,
au lieu de tourner à leur gloire,
ne pouvoient faire dire autre
chofe , finon que c'eftoit une
montagne qui enfantoit une fou
ris. Pendant qu'on se réjoüiffoit
à Madrid de ce que tout l'or &
F'argent de la Flote eftoit fauve,
A
GALANT 405
& qu'il eftoit arrivé dans cette
capitale on faifoit des réjoüif
fances publiques , ou plutoft
politiques , à Vienne & à Londres
, fans avoir d'autres motifs
que celuy d'éblouir les peuples
par ces feux & de les repaiftre
de fumée , puifque c'eſt un fait
conftant & averé , que lorfque
les Flotes ennemies ont paru
devant Vigo , il y avoit huic
jours qu'il ne reftoit plus d'argent
à débarquer.
Revenons à Mr l'Electeur de
Baviere . Ses ennemis le craignent
beaucoup , puifque fur
une legere indifpofition de ce
Prince , ils ont publié qu'il
eftoit dangereufement malade .
Il a eu quatre accés de fiévré
affez legers ; voila toute fa ma
406 MERCURE
ladie. Ceux qui ont lieu de
craindre fes Troupes , & qui fe
les ont attirées en rompant les
Traitez qu'ils avoient avec luy,
en fçavent des nouvelles plus
veritables , & la ville d'Aufbourg
& fon territoire qui luy
payent cinquante mille florins
de contribution , fçavent combien
fes Troupes font à craindre.
Elles embaraffent beaucoup
l'Empereur qui a fait revenir
quatre Regimens de cavalerie
d'Italie , & a retenu les
recrues qu'il y devoit envoyer ,
afin de les faire agir contre Son
Alteffe Electorale . Jugez de la
fituation où le trouve Sa мajefté
Imperiale par celle où font
fes affaires dans le lieu dont elle
fait revenir des Troupes.
GALANT 4.07
J
Je ne vous repete point icy
que depuis l'ouverture de la
Campagne , Monfieur le Duc
Vendôme a toûjours chaffé
Mr le Prince Eugene devant
lui qu'il l'a obligé de repaffer
fix ou fept Rivieres , qu'il
F'a contraint d'abandonner un
grand nombre de Poftes , de
plufieurs defquels il n'avoit retire
ni la Garnifon ni les magafins
: qu'il a défait quatre de
ces meilleurs Regimens de cavalerie
au combat de Santa
Vittoria , qu'il a gagné la Bataille
de Luzzara , qu'il s'eft
enfuite emparé de la Place
qui porte ce nom , qu'il a affiegé
& pris Guaftalla , & qu'il a
tellement refferré les Imperiaux
, qu'ils ont eſté con-
-
408 MERCURE
>
traints d'abandonner Borgoforte
, fans pouvoir en retirer
qu'une partie de la Garnifon.
J'ajouterav à tout cela la prife
de San Benedetto , avec un
gros magafin , & qu'il n'y a
point jour que Mr de Vendô
me n'avance en refferrant
l'Armée Imperiale. M. d'Albergotti
qui commande dans
Modene , fait fortifier plufieurs
Poftes fur le canal & fur le
Panaro , qui couvrent le Païs.
Le premier et Bonporto dans
l'angle que fait le canal de
Modene , en tombant dans
le Panaro. Il a mis quatre
cens hommes dans ce Pofte.
Il en a mis cent cinquante
dans la Baftia. Il en a fait
auffi entrer dans Nonantola ,
dans
GALANT 409
dans Novalla fur le Panaro , &
dans Pontalto fur la Sechia .
Enfin le Prince Eugene eft fi refferré
, qu'il n'y a pas dans l'étendue
du terrain qu'il occupe
affez de Poftes pour mettre fes
Troupes à couvert des injures
de l'air , fes partis n'ofent plus
paroître , & fes Troupes que
T'on trouve en Campagne n'ofent
plus fe deffendre. Un Party
de quatre-vingt hommes de
la Garnifon de мantouë , ayant
rencontré une Compagnie de
Grenadiers Allemans , la défit
entierement , fans qu'il en reftaft
un feul. Il en prit quatorze
, & le refte fut tué.
La Garnifon de Bercello fe
trouve auffi refferrée qu'elle eft
affoiblie. Il ne refte pas cin-
Decembre 1702. Mm
410 MERCURE
quante chevaux dans la Place
Toute la Garnifon a prefque
pery par les maladies , cette
Place eftant fituée dans un lieu
bas , & fort mal fain : de forte
qu'il nous a efté avantageux.
que les Ennemis ayant eu une
Garnifon dans cette Ville - là ,
puis qu'elle y a peri , fans avoir
fait un feul exploit de Guerre
pendant toute la Campagne
c'eft un fait conftant , puifque
les Ennemis , fuivant leurs manieres
accoûtumées n'en ont
pas même publié d'imaginaires.
Les Ennemis ont fait beaucoup
de bruit des petites conqueftes
qu'ils ont faites en Flandres
, je dis petites , car quoy
que la Ville de Liege foit d'un .
grand nom , elle ne peut paffer ,
GALANT 411
pour une Place de guerre; leurs
autres conqueftes n'ont que des
Fortifications de terre . Leurs
Garnifons loin de faire des
courfes , fe trouvent fort refferrées
; ce qui fe paffa le 19 de
ce mois de ce cofté là en eft une
preave. Mr le Marquis de
Blainville qui commande fur la
Frontiere de Namur , ayant eu
avis qu'un Efcadron des Ennemis
avoit efté mis dans un des
Fauxbourgs de Liege , refolut
de le faire enlever , & chargea
de cette Commiffion , Mr le
Marquis du Rozel, qui fe rendit
avec cent- cinquante Chevaux ,
& fix vingt Grenadiers à Huy,
d'où ils marcherent à Liege ,
ils entrerent la nuit dans le
Fauxbourg , où eftoit l'Eſca-
Mmij
412 MERCURE
dron, qu'ils cherchoient; ils en
enleverent 119. chevaux & plufieurs
Cavaliers qui furent conduits
à Huy & à Namur .
A peine ceux qui aſpiroient
de monter au rang de Colonels
, ont ils appris que les
Brigadiers qui avoient des
Regimens , avoient efté nom .
mez Marefchaux de Camp ,
qu'il a paru un fi grand empreffement
pour acheter ces
Regimens , que l'on en a d'a
bord vendu fix.
Mr de Vivan a vendu le fien
au Fils de Mr d'Heudicourt.
Mr le Marquis du Chaſtelet , à
Mr de la Bellarderie , Lieute
nant Colonel de Briffac.
Mr le Comte d'Horn , à Mi
de Meufe , Capitaine dans le
Royal Piémont.
GALANT 413
Mr de Forcaft à Mr de la Baume
fon neveu , Capitaine dans
le Regiment de Forcaft ,
Mr de Joffreville à мr le Prince
de Terente , & мr de Vaillac , à
Mr le Chevalier de Saumery .
Je fuis obligé de remettre au
mois prochain un fort grand
nombre d'articles , tant parce
que je me trouve preffé de finir
ma Lettre › que parce qu'elle
eft déja affez remplie ; ainfi je
ne vous diray rien aujourd'huy
des Benefices donnez , non plus
que de la mort de plufieurs perfonnes
de confideration . Je referve
auffi pour le mois prochain
une des plus belles , & des plus
curieufes relations qui ayent jamais
efté faites , & qui peut paffer
pour un chef d'oeuvre , au
M m iij
414 MERCURE
fentiment de tous les Officiers
de Marine. Cette relation regar
de le combat donné entre Mr
Ducaffe & l'Amiral Bembou.
Dans l'article de ma dernie
re Lettre , où il eft parlé des
Furftemberg , on a confondu
enfemble deux maifons , qui
portent ce nom , & qui neanmoinsfont
differentes , & n'ont
point les mêmes Armes. L'unt
eft de Souabe , & c'eſt celle des
Princes & des Comtes de Furftemberg:
l'autre qui eft Pader
born , eft d'une ancienne No
bleffe de Veftphalie.
Je ne vous dis rien de Gouvernolo
, vous en entendrez parler
avant que de recevoir ma Lectre
. Je fuis , Madame , &c .
A Paris ce 28. Decembre 1702.
TABLE
P
Relude.
Journal de tout ce s'eft paße devant
Cadiz , depuis l'arrivée de la
Flete ennemie , jufqu'à fon départ.
Morts.
Accouchemens.
9
105
121
Prix de l'Eloquence & de la Poefie,
7
pour l'année prochaine.
Service .
Lieutenance de Roy donnée .
Conte.
125
129
132
131
Article touchant les Traitez de la
poffibilité de l'immortalité corpoporelle.
Galanterie.
141
149
TABLE.
Article touchant les Affaires du
155
temps .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
eft nommé par le Roy pour entrer
dans tous les Confeils . 167
Sixieme Bataille gravée d'aprés
Mr le Brun.
Second article de Morts.
174
175
Nouveau recueil d'Airs gravez de
190 Mr de Boußet.
Journal de tout ce que la République
de Genes a fait pour la reception
du Roy d'Espagne dans fes
Etats .
191
234
266
Troisième Article de Morts .
Confeillers d'Etat montez & nommez
par le Roy.
Mr le Prince de Ligne eft prefenté
au Roy par Mr. l'Ambaßadeur
d'Espagne.
Mort de Mr le Chevalier de Lor
271
TABLE.
raine. 278
Réception de Mr le Duc de Coiflin
à l'Academie Françoife. 284
Prelude de la Lifte des Officiers de
Marine. 297
Lifte de tous les Officiers de Marine
avancez au mois de Decembre
1702 .
300
Mariage de Mr le Duc de Quintin
& de Mademoiselle de Chamillart.
Journal de ce qui s'eft paßé dans les
Villes de France par où Sa Majeftè
Catholique apaſſe.
Affaires de Lorraine .
Commiffions delivrées pour la levée
de plufieurs Regimens . Agrément
donné par le Roy pour plufieurs
autres. Manieres nouvelles de
322
382
385. faire des Recrues .
Officiers Generaux nommez par le
TABLE.
Roy.
Articles des Enigmes.
390
398
Etat prefent des affaires de laguer
re .
400
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus,
Articles refervez.
412
413
L'Air doit regarder la page189 ,
TABLE.
Roy.
Articles des
Enigmes.
391
398
Etat prefent des affaires de la guer
re. 400
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus ,
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page189,
TABLE.
Roy.
Articles des Enigmes .
391
398
Etat prefent des affaires de laguerre
. 4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus .
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page 189,
TABLE.
Roy.
Articles des
Enigmes .
391
398
Etatprefent des affaires de laguerre
.
4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus.
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page189,
TABLE .
Roy.
Articles des
Enigmes.
391
398
Etat prefent des affaires de laguerre
.
4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus .
Articles refervez.
412
413
L'Air doit regarder la page189
1702,12
Mercure
<36624505470018
<36624505470018
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 17022
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-hait fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galanr.
M. DCCII .
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
CALANT
DECEMBRE 1702 .
L
E Roy ayant à faire la
guerre contre l'Empe.
reur , & contre tout
l'Empire , qui contient un
nombre infiny de Puiffances
fouveraines , contre l'Angle.
terre , & contre la Hollande
A iij
6. MERCURE
doit eftre d'autant plus animé
à la foutenir qu'il n'en
eft point l'Auteur , qu'elle
luy a efté declarée injufte.
ment , & que fi fes Armées
n'eftoient fuperieures à celles
qui ont fait triompher la
France dans les dernieres
guerres , fes Sujets feroient
accablez , parce que les for.
ces de fes Ennemis font beau.
coup plus grandes que celles
qu'ils avoient en ce tempslà.
Ce Monarque fe trouvant
dans cette fituation , il
feroit jufte , utile & neceſſaire
pour le bien de fes Peu
CALANT
7
ples qu'il établiſt des fonds ,
non feulement pour foutenir
le poids de cette guerre , mais
auffi pour repouffer les jaloux
Ennemis de la France ; & les
obliger à demander la Paix .
Il feroit , dis je , neceffaire
qu'il établiſt des fonds , tant
fur les affaires qui ont efté
prefentées , que fur celles qui
fe prefentent tous les jours ,
& qui peuvent produire de
l'argent ; mais comme elles
font en quelque maniere à
charge aux sujets de Sa Majefté
, ce Prince par une bonté
genereuſe reſerve ces for
A iiij
8 MERCURE
tes d'affaires extraordinaires
pour ne s'en fervir qu'en cas
que la guerre dure trop longtemps
, & veut prendre fur
luy même , & en s'endettant
les fommes dont il a befoin
pour mettre les Sujets à couvert
des orages dont ils font
menacez de tous coftez .
Dans cette veue il vient de
créer des augmentations de
gages , fur tous les Sujets qui
ont des Charges dans la Ro.
be , & comme ils recevront
la rente de ce qu'ils financeront
au denier feize , c'eft un
gain confiderable
pour eux ,
GALANT
9
puifque les rentes ordinaires
font au denier vingt , & qu'ils
pourront mefme trouver de
l'argent à ce taur là . Ainſi
ils
gagnent
là
deffus ce que
Roy perd & il n'en coute
qu'à Sa Majesté feule , quoy
que tout l'argent doive eftre
employé pour la deffenfe de
la caufe commune.
Je vous ay louvent dit qu'a
vant que mes lettres parvien .
nent jufques à vous , lesnou .
velles qu'elles contiennent
ne font plus nouvelles , &
que je ne pretends pas vous
rien mander , dont vous
10 MERCURE
n'ayez déja ouï parler. Mais
je fuis perfuadé que je vous
a prens fouvent des détails des
choles dont vous ne fçavez
les nouvelles qu'en gros , &
fouvent tres imparfaitement.
Cela ne doit pas vous étonner.
Il fe trouve de certains
faits , dont la verité & les
circonstances
ne peuvent
fouvent eftre éclaircies qu'apres
plufieurs mois , & il y
en a mefme dont il est difficile
que la verité foit bien
developpée qu'aprés plufieurs
années . Un morceau
d'hiftoire bien circonftantié
GALANT If
& dont la verité , eft bien
verifiée ,
paffe
pour
beau
& pour nouveau , & même
pour une chofe rare . Je vous
ay par exemple parlé dans
plufieurs de mes lettres du
débarquement des Anglois ,
& des Hollandois à Cadiz .
Mais tout ce que je vous en
ay dit doit eftre compté pour
rien fi on le compare à ce
que vous allez lire. C'eft une
Traduction que je vous en .
voye de mefme qu'elle m'a
efté donnée .
12 MERCURE
JOURNAL
De tout ce qui s'eſt paſſé
devant Cadiz , depuis
l'arrivée de la Flote Ennemie
, juſques à ſon
départ.
Le Mercredy 23 Aouſt.
Es Habitans de Cadiz
eftoient inutiles
Lau¡qui
dans cette Place pour ſa def.
fenfe , s'en eftoient éloignez
pour leur fureté , fur le bruic
qui avoit déjà couru que les
GALANT
13
Ennemis y devoient venir
avec une Flote formidable ,
mais les nouvelles qu'on avoit
euës de tous coftez que cette
Flote avoit efté contrainte à
deux repriſes de retourner à
Torbay , obligerent ceux qui
eftoient fortis de Cadiz d'y
rentrer. Nous eftions dans
cette tranquillité lorsque le
23. d'Aouft entre huit & neuf
heures du matin , un Vaiffeau
François fort leger qui eftoit
alle le long des Coftes dur
Nord s'approcha , & fit con .
noistre par fon fignal qu'il
avoir découvert des Voiles
14 MERCURE
ennemies. On crut d'abort
que ce feroit quelque Efcadre
de peu de confequence .
D'autres difoient en plaifantant
que c'eftoit la Flote mê .
me ; mais enfin ce Vaiffeau
entra au Port , & le Capitaine
du Vaiffeau alla rendre
compte au Gouverneur
de cette Place de ce qu'il
avoit vû , & à dix heures du
matin tout le monde fut informé
qu'il avoit veu cind
quante à foixante Voiles.
Quelques heures aprés la
Flote approcha & parut en
ligne droite à cinq heures du
GALANT 15
foir. Elle s'étendoit depuis
Saint Sebaftien jufques à .
l'Ile de Leon , où l'on compta
diftinctement les Vaiffeaux
. Les plus confiderables
avoient quatre-vingt dixneuf
pieces de canon , de la
Capitaine , de trois Amiraux ,
& de trois Gouvernants , les
quarante Vaiffeaux eftoient
de foixante à foixante- dix canons
; les trente , de quarante
pieces , avec une quantité
d'autres Vaiffeaux de débar
quement.
Jeudy 24.
L'Armée ennemie parut
14 MERCURE
ennemies. On crut d'abort
que ce feroit quelque Efcadre
de peu de confequence.
D'autres difoient en plaifantant
que c'eftoit la Flote mê.
me ; mais enfin ce Vaiffeau
entra au Port , & le Capitaine
du Vaiffeau alla rendre
compte au Gouverneur
de cette Place de ce qu'il
avoit vû , & à dix heures du
matin tout le monde fut informé
qu'il avoit veu cind
quante à foixante Voiles.
Quelques heures aprés la
Flote approcha & parut en
ligne droite à cinq heures du
GALANT 15
foir. Elle s'étendoit depuis
Saint Sebaftien jufques à
l'lfle de Leon , où l'on compta
diftinctement les Vailfeaux.
Les plus confiderables
avoient quatre -vingt dixneuf
pieces de canon , de la
Capitaine , de trois Amiraux ,
& de trois Gouvernants , les
quarante Vaiffeaux eftoient
de foixante à foixante- dix canons
; les trente , de quarante
pieces , avec une quantité
d'autres Vaiffeaux de débarquement.
Feudy 24:
L'Armée ennemie parut
16 MERCURE
le matin dans la fituation où
elle eftoit restée le jour precedent
Quelques uns de
leurs Bâtimens tâcherent de
fonder la mer du cofté de
Sainte Marie , qui répond à
la Porte de terre. On tâcha
de les éloigner , on fit grand
feu du haut de nos boulevarts
& principalement du haut
d'un terre- plein qui a esté
élevé hors l'enceinte de la
Ville. Ils abandonnerent cette
entrepriſe à une heure
aprés midy. Sur le foir un pe
tit Bâtiment s'avança avec la
Banniere blanche , & avec un
GALANT 17
Trompette qui portoit un -
pacquet de la part du Gene
raliffime ; on le conduifit au
Gouverneur. Ce qu'il écrivoit
fe réduifoit à declarer qu'il
ne venoit point pour inquie
ter le Pays ny les Habitans ,
que fon deffein eftoit ſeule.
ment de les tirer du joug de
la France , qu'il appelloit ti
rannique , & qu'il efperoic
que le Gouverneur le voudroit
feconder dans ce pro
jet , le faifant fouvenir de cer
taines liaiſons qu'ils avoient
eu enſemble ; & que s'il n'en
ufoit pas de même il prenoit
Decembre 1702. B
18 MERCURE
Dieu à témoin que tout le
dommage & les actes d'hofti.
lité qui fe feroient pourroient
luy eftre reprochez.
On luy répondit comme on
devoit ; on renvoya le Trom .
pette. Il ne fut pas plutoft arrivé
à la Flote qu'on vit faire
de grands mouvemens , & on
ne douta plus que les Ennemis
n'entrepriffent le Siege
dans les formes ; mais au
coucher du Soleil on reconnut
qu'ils n'avoient eu aucun
antre deffein que de fe placet
plus
avantageufement , ils
fe mirent en ligne droite
GALANT 19
C
du cofté de Rota
Vendredy 25.
""
Dés le matin deux Bâtimens
voguerent le long de
la mer qui eft depuis Saint
Philippe jufques à los Cafiue .
los , mais hors de portée par
la diftance qu'ils garderent ,
ils firent leurs approches fur
le foir , & on vit fur l'heure
l'Armée ennemie fe divifer
en deux , dont une partie entradans
la Baye , & l'autre le
tint au dehors . On décou
vrit de la Place qu'ils fai
foient paffer beaucoup de
monde dans leurs Bâtimens
Bij
20 MERCURE
de débarquement , & on ju
gea bien déslors qu'ils fe pre
paroient à une defcente
comme ils la firent effet
huit Galeres de France , qui
eltoient dans la Baye , allerent
cette nuit . là comme
elles avoient fait les deux
nuits precedentes obſerver
leurs mouvements , & fe mirent
à couvert à Puntales ou
eftoient allez cinq ou fix Na.
vires de France qui estoient
dans ce Port , quand les Ennemis
qui prirent ce our là
un Bâtiment Catalan y paru
rent , mais loin de faire auGALANT
21
cun acte d'hoftilité à ceux
qui y eftoient , ils les traiterent
en Amis & en Confederez
, ils les regalerent comme
auroient fait les Espagnols
même , ils les chargerent de
beaucoup d'Imprimez qui
rouloient fur ce qui avoit esté
écrit au Gouverneur , mais
l'explication en eftoit plus
étenduë , promettant à tous
ceux qui reconnoiftroient
l'Archiduc Charles pour leur
Roy legitime , de les mainte
nir dans leurs biens , droits ,
honneurs , & Privileges , &
fur tout dans leur Religion ,
22 MERCURE
s'engageant
de ne troubler
en rien les perfonnes Ecclefiaftiques
ou Religieufes
efperant que tout l'Eftat Ec
clefiaftique
fignaleroit
fa fi
delité pour leur Roy , & Maitre
naturel.
Samedy 26 .
Ce jour là on fit la premiere
hoftilité . Ils commencerent
leur débarque
ment du cofté de los Ca :
ñuelos , ils trouverent quelque
réſiſtance à un ou deux
Fortins & au Terre- plein
qu'avoit élevé l'année paffée
noftre Capitaine General.
GALANT 23
Ils s'éforcerent de s'emparer
de quelques Poftes , ce qui
ne leur fut pas mal aifé d'autant
qu'il n'y avoit pour les
deffendre que 25. Chevaux &
quelque Milice de Xerez .
Le Capitaine General l'avoit
prévu dés le foir precedent, &
il avoit demandé le troifiéme
Regiment de vieilles Troupes
qui font icy , mais aprés
avoir tenu Confeil de Guer.
re fur cette demande , on ne
trouva pas à propos de laiffer
fortir des Troupes qui
eſtoient neceffaires à la deffence
& confervation de la
24 MERCURE
Place. Les Ennemis fe faifi-
"
rent donc de ces Poftes &
ils y aborerent l'Etendart de
l'Empereur. Nos gens fe retirerent
fans avoir fait autre
chofe que de leur avoir coupé
l'Aqueduc. Nous perdimes
là , huit ou dix hommes feulement
& entre autre le Lieu .
tenant General de la Cavalerie
, homme de valeur &
d'experience qui estoit fort
eftimé , & quia efté regretté
de tout le monde . Il furvint
une Marée fort violente qui
obligea les Ennemis de choi
fir un lieu plus propre à leur
defcente ,
GALANT 25
defcente , trois de leurs Vail.
feaux furent pouflez julques
à la pointe de los Canuelos
qui font couverts du Château
de Sainte Catherine . Ils firent
jouer de là leur Artillerie
pour chaffer nos gens , &
ils defcendirent fur un fable
qui regne depuis cette pointe
jufques au Chateau de
Sainte Catherine , qui ne
pouvoit pas par l'éloigne .
ment les incommoder avec
fon canon , quoy que les boulets
en approchafſent d'aſſez
prés. Ils fe faifirent enfin
de ce Chafteau. La marée
Decembre
1702.
C
26 MERCURE
de ce Château augmenta ,
beaucoup de leurs gens y fu
rent furpris & y furent noyez .
Quelques uns de leurs petits
Bâtimens y perirent . On en
voit encore plus de vingt ,
outre ceux qu'ils ont brûlez.
Quant au nombre des gens
qui débarquerent , on n'en
convient pas , on croit qu'il
y avoit bien huit mille hommes
, & qu'ils'en avoient en
tout quinze mille de débar .
quement .
Dimanche 27 .
On reconnut ce jour - là
que les Ennemis ne s'eftoient
GALANT 27
pas tant éloignez de los
Canuelos pour garenrir leur
bâtimens que pour le bien.
affurer de Rota où ils allerent
la nuit , & .ils y arriverent
en bon ordre. Sur
les huit heures du matin ils
fommerent les Habitans de
ſe rendre les menaçans de
mettre tout à feu & à lang
s'ils ne ſe rendoient avant
dix heures du matin. La
maniere dont ils le font
conduits d'abord dans ces
lieux n'eftoit pas à charge
aux habitans . Ils vivoient
avec eux avec honnefteté
C ij
28 MERCURE
& juftice achettant à un prix
raisonnable tout ce qui leur
eftoit neceffaire . Les Chefs
y cftablirent une difcipline
fi exacte qu'on publia des
deffenles fur peine de la
vie à leurs Soldats de faire
aucun espece de dommages.
On mit des potences
pour cet effet en divers en .
droits , & ils s'attacherent
à fortifier le plus qu'il fuc
poffible cette fcituation , &
du cofté de la mer , ils y
placerent leurs Vaiffeaux de
la maniere la plus avanta
geule pour eux.
GALANT 29
Lundy 28.
L'artillerie joüa beaucoup
ce jour-là , & on fçut par
des Irlandois Catholiques
qui deferterent quelle é
toit la fituation du Camp
des Ennemis. Jufques là on
ne leur avoit vû aucune cavalerie;
mais ce jour -là on leur
vit environ trois cens chevaux
qui estoient en tres
mauvais eftat. Le Prince
Darmftat parut fur la cô .
te , & il alloit d'un lieu à
un autre pour rapeler les
Habitans de Rota qui s'é .
toient fauvez . Il fe donna
F
C iij
30 MERCURE
beaucoup de
mouvemens
inutiles . Le
Commandeur
du
Convent des
Mercenaires
Dechauffez quieftoit à Xerez
alla le trouver . On ne doute
pas que ce ne fuft par l'ordre
de noftre
Capitaine General.
Les deferteurs dirent
que la plufpart de leurs
Soldats
avoient efté enrol.
lez de force & qu'on les
avoit
enbarquez par violence
, & qu'il en eftoit mort
dans le trajet plus de cinq
cens.
Mardy 29.
C'eſt de ce jour feule
GALANT
31
ment que l'on peut com.
mencer à parler de la valeur
de nos Troupes . Elles
entreprirent une attaque af
fez vigoureuſe ; mais elles fu .
rent repouffées par le grand
nombre. Les nostres eftoient
fi peunombreuſes qu'elles fe
trouverent envelopées dans
un pofte où elles voulurent
fe fortifier , cela n'empêcha
pas un de nos partis de
s'avancer. Ils firent ce jour
là quelques prifonniers fur
nous. Et quatre - vingt Efpagnols
demanderent avec
inſtance à noftre Comman-
C iiij
32 MERCURE
dant la permiffion d'aller
attaquer les Ennemis qui
faifoient eau à los Canue.
los. Noftre General eut de
la peine à leur permettre ;
mais il fe rendit à la perfecution
qu'ils luy en firent.
A peine l'eurent.ils obte
nuë qu'ils coururent fur les
Ennemis vigoureuſement du
cofté melme qu'ils eftoient
en deffenſe & foutenus par
l'artillerie de leurs Vaiffeaux.
Les nostres les obligerent
de quirer leur entrepriſe &
de le retirer. Nous nous ·
faifimes de leur pofte &
GALANT 33
nous n'eumes que deux foldats
de tuez & un bleffé.
Nous leur tuames cinquan
te hommes fur la place fans
quelques autres qui le noyerent
en le fauvant . Nous
ne trouvames pas à propos
de nous opiniatrer à conferver
les poites què nous primes
là fur eux. Nous les
abordames , ils y revinrent
& s'en faifirent une feconde
fois bien mieux foutenus
par mer & par terre que la
premiere. Nous fimes pu .
blier une deffenfe aux no.
ftres d'avoir aucun commer
34 MERCURE
ce fur peine de la vie avec
ceux de Rota , & deux mal
heureux y ayant contreve
nu on les fit pendre . On
en condamna auffi d'autres
pour la mefme chofe qu'on
mit à la rame aux Galeres
de France .
Mercredy 30.
Les Ennemis ne firent
& n'entreprirent rien tout
ce jour là . Leur fufpenfion
donna lieu à ceux de la Pla.
ce de prendre toutes les me
fures & toutes les precautions
que demandoit la certitude
où l'on eftoit d'un
GALANT
35
Siege long & opiniatre.
Fendy 31.
Le jour
commença par
un grand calme fur la mer.
Le Commandant
des Gale .
res de France previt bien
que l'ennemy
tacheroit
d'en
profiter pour jetter quelques
bombes. Il fortit avec qua
tre Galeres
pour les obfer.
ver , & il les troubla
dans
leur deffein ; mais un vent
de Nord fe leva. Les Vaif.
feaux
ennemis
avancerent
en plus grand
nombre.
Le Commandant
fut obligé
de rentrer dans le Port avec
"
36 MERCURE
ies Galeres . Il revint fur le
midy , & quelques heures
aprés les Ennemis commen .
cerent à bombarder le Fort
de fainte Catherine ; mais
fans effet. Les bombes tom .
berent la plus part dans
l'eau , & aucune ne fir de
dommage. La nuic vine ,
& à la faveur de l'obfcurité
ils firent avancer par terre
quelque moufqueterie , &
ils cefferent de jetter des
bombes.
Vendredy 1. Septembre :
Dés le matin les Ennemis
recommencerent de bombarGALANT
37
der ce mefme Fort de fainte
Catherine. Ils jetterent d'a
bord quatre carcafles qui fu .
rent fuivies de vingt quatre
bombes. Mais il n'en entra
pas une feule dans le Château
, elles tomberent tou
tes plus loin. Un vent d'Eſt
fouffla avec quelque violen
ce. Ce bombardement fini ,
le Commandant fortit avec
trois Galeres. Il obferva les
Ennemis qui prirent la route
de fainte Marie. Le peu de
troupes que nous avions ne
fuffifoit pas à garnir nos
coftes. lls entrerent dans
.
38 MERCURE
lainte Marie à onze heures
du matin fans aucune refi
ftance. Tous les Habitans
en eftoient fortis , & le peu
de gens que nous y avions
furent obligez de fe retirer
à Xerez . Les Ennemis fe
virent maiftres de ce petit
Port. Ils travaillerent à s'y
retrancher
. Et ils envoyerent
quelques uns de leurs
Baftimens à l'embouchure
de la riviere de faint Pier
re. Ils prirent deux de nos
Barques avec quelques uns
de nos gens qui paffoient
de Cadiz à ce Port , parmi
GALANT
39
lefquels eftoit le Capitaine
Don Francifco Laro , frere
du Comte de Puerto Blano.
On les mena à leur grande
Armée. On les traita en
amis & on les renvoya à
Cadiz aprés les avoir bien
regalez. Cependant nous fai
fions de noftre mieux dans
la place pour nous diſpoſer
à un veritable Siege. Nous
trouvames à propos de bou .
cher le Canal de la Baye,
entre les deux Forts de Puntalez
& de Matagorda . Nous
y fimes couler à fonds pour
cela quelques uns de nos
a
40 MERCURE
vieux Vaiffeaux. Cette re
folution a fait raiſonner bien
diverlement Les uns convinrent
qu'on bouchoit par
là ce paflage important aux
Ennemis , les autres craignoient
que fi les Ennemis
fe retiroient , ce paffa.
ge fi neceffaire ne demeuraft
toûjours embaraffé. Mais la
prudence vouloit qu'on fon
geât par preference à ſe
mettre à l'abri du mal pre
fent.
Samedy 2.
Dés le point du jour on
entendit un grand bruit
GALANT 41
d'artillerie . On crut que les
noftres avoient repouffé l'en.
nemy du Port dont il s'él
toir faifi. Cela feroit arri
vé ainfi fi nos troupes avoient
efté affez nombreu .
fes. Mais les Ennemis avoient
fait avancer un corps d'infanterie
pour faciliter l'arrivée
de toute leur Armée
à Puerto- real. Ils detache
rent deux
Compagnies pour
aller fe faifir du Port de
fainte Catherine. Ils gagnerent
les boulevards & la
place d'armes. Les nostres
fe retirerent dans la tour
Decembre 1792 D
42 MERCURE
où ils firent une vigoureuſe
reſiſtance. Mais ne pouvant
pas cftre fecourus ils furent
obligez de capituler , voyant
avancer toute l'Infanterie
ennemie , qui crut y eftre
toute neceffaire , quoy qu'il
n'y cuft que vingt - cinq de
nos Soldats dans ce petit
Fort. Les Ennemis fe virent
donc maiſtres ce jour là de
toute la coſte qui eft depuis
Rota jufqu'à ce Port .
Dimanche 3.
Nous fçeumes ce jourlà
que l'ennemy avoit fair
du progrez & qu'il ne paGALANT
43
L
roiffoit pas le difpoſer à rien
entreprendre cette journée.
Il travailloit feulement à fe
maintenir dans le Port Sainte
Maric. Trois cens de nos
vieux Soldats fortirent du
Fort Sainte Caterine pour
joindre noftre Troupe. Mais
les Ennemis les couperent
&
leur boucherent tout paffage.
Nos trois cens Soldats poufferent
d'abord les Ennemis
& arriverent aux premieres
maiſons de Sainte Marie , où
ils fe retrancherent , mais ils
y furent inveftis , & ils fe vi .
rent obligez de ſe rendre
Dij
44 MERCURE
prifonniers de guerre. Ils ne
fçavoient pas que l'Ennemi
eftoit déja maistre de ce
Port.
Lundy24.
Nous cûmes bien à craindre
ce jour là . L'Ennemi s'avança
peu à peu avec toute la
Flote dans noftre Baye , mais
fe tenant toûjours hors de
la portée de noftre Artille
rie. Il ménagea bien fa poudre
, on ne tira pas de leurs
Vaiffeaux un ſeal coup de
canon. Toute leur Flote fe
rangea en forme de demi lug
ne. Ils empelcherent par là
GALANT 45
tous les Bâtimens quieftoient
fortis de noftre Port d'y ren
trer ,fur tout ceux qui étoient
allez du cofté du Détroit pour
obferver ce qui s'y paffoit.
Mardys.
Nous fimes paffer deux
pieces de Campagne du bou
levard de Saint Roch au
Camp de Sainte Catherine.
Les Ennemis en furent fort
incommodez , & ils prirent
le parti de reculer & de sé ,
loigner de ce cofté là ; mais
ils ne purent pas commencer
le bombardement, ny faire
d'autres mouvemens par la
46 MERCURE
violence d'un vent d'Eft qui
s'éleva. Nous apprîmes qu'ils
faccageoient le Port Sainte
Marie. Cela nous fit efperer
d'abord que n'efperant aucun
fuccés ils fongeoient à leur
retraite ; mais nous eûmes
raifon de foupçonner auffi
qu'ils ne vouluffent tourner
tous leurs efforts fur
l'Ifle , n'efperant point de
venirà nous par terre du cofté
du Pont Suazo , gardant toû
jours à leur avantage le de
vant de noftre Port pour em
pêcher que rien ne pult ny
y entrer ny en fortir.
CALANT 47
Mécredy 6.
Un Tambour qu'on avoit
envoyé au Port Sainte Marie
fur une Barque le Dimanche
precedent , revint ce jour.là.
Ce Tambour fut envoyé fur
le pretexte de demander un
Paffeport jufqu'à Seville pour
une Miffion que le Pape envoyoit
à la Chine , qui fe trou
voit dans Cadiz , mais dans
le vray on n'avoit envoyé ce
Tambour qui paroiffoit hom;
me entendu , que pour examiner
en quel eftat estoient
les Ennemis & où eftoient
les noftres , & pour y faire
48 MERCURE
toutes les découvertes qu'il
pourroit. On avoit arrefté ce
Tambour. On l'avoit mis au
Confeil de guerre , & on avoit
refolu de le pendre , mais on
changea d'avis , & on le renvoya
le Mécredy ; mais on retint
la Barque & on le chargea
de dire à ceux qui l'avoient
envoyé , de choifir
mieux leurs Ambaffadeurs.
Feudy 7.
Outre les Vaiffeaux que
l'Ennemy avoit déja dans la
Baye , il y en introduifit plus
de trente autres avec des Ga.
liotes à bombes. Nous nous
aperçûmes
GALANT 49
Eperçumes qu'il en vouloit
tout de bon au Fort de Matagorda
. Nous difpofames
noftre Artillerie à les troubler
dans leur deffein & à
empêcher leurs aproches. La
distance eftoit affez grande
mais quelques uns des boulets
de noftre Canon allerent
juſqu'à leurs Vaiſſeaux ; & ils
furent contraints de reculer.
Le vent ne leur eftoit pas fa
vorable & ils furent obli
gez de remorquer plufieurs
de leurs Bâtimens . Nous
fçeumes ce jour - là qu'ils
avoient fait un grand débars
Decembre
1702
E
50 MERCURE
quement & que leurs Trous
pes exerçoient
des cruau .
tez atroces , & des gran .
des indignitez au Port de
Sainte Marie. Ils feduifirent
l'Alcadé de Rôra qu'ils forcerent
à reconnoiftre l'Archiduc
& ils le firent Marquis
de Rota & Capitaine de Che
vaux , n'oubliant rien de tout
ce qui dépendoit d'eux pour
s'attirer des Partilans
& pour
maltraiter ceux qu'ils trouvoient
oppoſez à leurs idées .
Vendredy. 8
Les Troupes que les Ennemis
embarquerent hier à
GALANT 51
l'embouchure de la riviere de
Saint Pierre ont fait aujourd'huy
un debarquement fur
les deux heures du foir à la
Rade du Port Royal . Elles
s'avancerent à pied jufques
à lept lieues & tous les habitans
ayant deſerté , les Ennemis
y entrerent fans aucun
obftacle. Il eft vray que
nous vimes bien qu'on y ft
quelques décharge de Mouf
queterie , & comme noftre
Armée n'eftoir pas de ce
cofté la , nous crumes qu'il
eftoit forty quelques Tro
pes de Matagorda , ou des
2
E ij
52 MERCURE
Galions pour les inquieter fi
on ne pouvoit par les repouf
fer. La fituation nous eftoit
avantageule par la difficulté
du terrain. Cette précau
tion ne fut pas inutile . Il
nous parut que les Ennemis.
eftoient un peu déconcertez
& fur les fix heures du foir,
ils firent fortir du Port Sainte
Marie pour la riviere de Saint
Pierre plus de vingt Bâti-,
mens. On a reconnu que
leur Galliotes à bombes ne
pouvoient pas arriver juſques
à la riviere de Saint Pierre
pour bombarder le Fort de .
"
GALANT
53
Matagorda par le peu de
fonds qu'il y a de ce coſté
là. Une des plus petites qui
s'en eft aprochée davantage
ne put faire arriver les bombes
jufques à ce Fort . Il faudra
s'il s'obſtinent
dans ce
deffein qu'ils entrent dans le
Canal de la Baye & qu'ils
pretent le cofté de leurs Vaiffeaux
à noftre Artillerie. En .
tre neuf & dix de la nuit on
s'aperceut
qu'un Bâtiment
s'aprochoit
tout prés de
Puntalez , lorfqu'il fut bien
prés on demanda qui c'eftoit ,
on ne répondit rien . A la
E iij
54 MERCURE
troifiéme demande la Sentinelle
tira fon coup de Mouf
quet , on répondit par une
décharge de Moufqueterie.
On tira fur eux quelque pieces
de Campagne , & ils fu.
rent obligez de gagner le lar
ge. Il fit un fi beau clair de
Lune pendant la nuit qu'on
y voyoit auffi clair qu'en plein
jour , rien ne pouvoit apro
cher fans eftre veu . Cette
petite entreprise de l'Ennemy
nous a efté utile par l'at
tention qu'elle a donnée au
Sentinelles, & à bien faire les
rondes.
GALANT 55
Samedy 9.
Nous avons fçeu que l'En-:
nemy eftoit entré dans Puert
to- real , à huit heures du foir
le jour précedent fans la
moindre refiftance , les décharges
qu'on avoit veu de
cette Place que l'on faifoit de
ce cofté là n'eftoient que des
réjouiffances de l'Ennemy
qui croyoit trouver là un
butin confiderable . Mais les
habitans en eftoient tous for.
tis avec leurs meilleurs effets,
Les Ennemis ont envoyé ce
matin quelques Tronpes au
dehors dont une partie a esté
44
E iij
56 MERCURE
occupée à obferver le terrain
du Chateau de Matagorda ,
mais ce Château & les Gallions
qui font dans le Troca .
dero , eftoient en état de les
écarter. Ils ont pourtant fait
avancer deux Galliottes à
bombes des plus petites , qui
ont jetté inutilement quelque
bombes . Les Galleres
de France leur rendent bien
difficile l'attaque de ce Fort.
D'ailleurs le terrain , la fitua .
tion , la bonne Artillerie , les
deffences des dehors & des
dedans , les Galions & les
Galeres , doivent leur faire
THAN
GALANT
57
regarder cette Place comme
imprenable. Nous fçavons
auffi que le Port Suafo eft
bien garni & bien deffendu
& que l'Ennemy n'a rien de
ce cofté là. Il ne nous fait
d'autre mal icy que d'empècher
noftre commerce.
Dimanche
10.
A dix heures du matin on
découvrit du Fort de Matagorda
& de Gaillion un corps
de Gavalerie envoyé avec
quelque Infanterie qui n'eftoient
pas fort loin . On fit
jouer fur eux l'Artillerie &
ils difparurent. Ils nous a paru
58 MERCURE
qu'ils obfervoient avec exactitude
le jour du Dimanche ,
& nous crumes qu'ils eftoient
affemblez pour quelque fonc,
tion de Religion ; mais à dix
heures de nuit nous reconnûmes
qu'ils étoient fortis pour
choifir les lieux propres à fe
retrancher. Ils y vinrent pour
cet effet , mais on leur fit un
fi grand feu de tous coſtez
qu'ils fe trouverent fort embaraffez
. Nos gens ne l'é
toient pas moins dans le Cha
teau , voyant les fuites fâcheufes
qu'il y avoit à craindre
s'ils parvenoient à y faire
GALANT
59
de bons retranchemens. On
y fut dans une grande agitation
toute la nuit..
Lundy 11 .
Dés le point du jour on vit
l'Ennemy retranché à la portée
du canon de Matagorda
du cofté de la Baye. L'Artil
leric redoubla fes efforts du
Chafteau & du Fort de Saint
François , pour tâcher de les
déranger , fans que nos Galions
pour eftre en baſſe mer
puffent les découvrir pour
agir de leur cofté. Sur les onze
heures la mer groffit & les
Galions de France fortirent
60 MERCURE
de la Baye & s'allerent placer
du cofté de l'Ennemy , nos
Galions le trouvant plus haur,
ils chargerent les Ennemis
d'une maniere terrible . On
remarqua qu'ils perdoient
beaucoup du terrain qu'ils
avoient gagné. L'Armée En .
nemie vit en quel danger
eftoient les gens. Elle en
voya à leur fecours trois Na .
vires Anglois & trois Galiotes
qui firent un fi grand feu
que les Galions furent obligez
de reculer un peu , mais
toûjours leur prêtant le cofté,
avec une extrême valeur
GALANT
61
noftre Artillerie les feconda
de nos Boulevards , l'Ennemi
craignit le danger & envoya
encore fur les trois heures du
foir trois Navires Hollandois
& deux Galiotes pour conti
nuer le Combat & pour don.
ner par là
là , à fes gens le
temps de fe fortifier dans
leur travail. Le feu a efté hortible
de part & d'autre , & de
noftre cofté avec tant de con.
cert que le Chateau de Matagorda
ne ceffoit pas de tirer
fur ceux qui s'y retran
cherent , & cela de jour & de
nuit. Les Galeres de France
62 MERCUR
•
fefont conduites avec autant
de prudence que de valeur ,
& ont bien perfuadé toute
cette Place , que ce n'eftoit
pas pour le retirer qu'elles
s'en eftoient allées à Puntalez
, mais pour atten fre une
occafion plus avantageuſe ;
fi ces Gall res eftoient au
nombre de vingt comme elles
ne font qu'au nombre
de huit , l'Ennemy fentiroit
bien à qui il auroit à faire.
Mardy 12
Le feu continuel qu'ont
fait les Ennemis depuis dix
heures de la nuit paffée fur
GALANT 63
nos Galions , fur Matagorda ,
& fur le Fort des François ,
nous perfuada que les Ennemis
eftoient bien établis dans
leurs retranchemens , & qu'ils
les avoient bien avancez ce
jour-là. Quoy que de noftre
cofté le feu ne ceffaft pas
& que les François
> fur
eux
leurs
jetraffent
une
infinité
de bombes
. Nous
ne doutâ
mes
point
que
les
Ennemis
n'euffent
conduit
leur
artillerie
& leurs
mortiers
dans
leur
arraque
, & nous
nous
attendions
à
une
rude
guerre
.
Noftre
Capitaine
General
64 MERCURE
n'avoit pas de Troupes pour
faire des détachemens , & il
n'y en avoit pas dans cette
Place autant qu'il y en cut
fallu , nous n'eſtions occupez
qu'à fonger aux moyens qui
dépendoient de nous pour
noftre deffenfe , & on s'y employa
avec foin.
Mécredy 13 .
Nous içeûmes par un deferteur
Irlandois que le Lun
dy precedent les Ennemis.
avoient perdu beaucoup de
monde , ne fe trouvant pas
retranchez du cofté où les
Galeres les chargerent ; &
CALANT 65
!
foit pour éviter un pareil
choc ou pour prévenir la
fortie que nous devions fairé
dont ils eurent quelque
avis , ils firent avancer ce
jour là trois Bataillons depuis
la riviere du Port jufqu'à leurs
tranchées. Nous le remarquâmes
du haut de nos remparts
, nous vîmes en même
temps un grand nombre de
Bâtimens chargez d'Artille .
rie & de toute forte de municions
qui coftoyoient cette
Plage pour escorter & pour
foutenir cette troupe.
Decembre 1702. F
66 MERCURE
Feudy 14.
Dès le point du jour nous
vîmes que l'Ennemy avoir
achevé les batteries & qu'il
avoit placé fon canon & fes
mortiers. Il fit un feu prodigieux
juſques à midy , nous
y répondîmes de tous coftez ,
& noftre feu continua le reſte
du jour de Matagorda , du
Fort Saint Louis , & des Galions.
Les Ennemis ne firent
pas grand dommage , & leur
interruption nous fit croire
que nous avions démonté
leur canon . Ils ont prévenu
la feconde attaque des Ga
GALANT 67
leres
par des Batteries qu'ils
ont placées fur la Cofte de la
Baye. Ils ont empêché par là
le paffage de nos Bâtimens .
Ils en attaquerent un ce jour
là qui dans fa deffenfe leur
tua deux de leurs Officiers .
Nous eftions refolus de faire
une fortie , & d'aller attaquer
l'Ennemi dans fes retranche .
mens avant la fin du jour ;
mais comme il eftoit à propos
d'agir de concert avec
noftre Capitaine General qui
s'avançoit avec la Cavalerie
de Puerto Real , on trouva
qu'il feroit mieux qu'à la fa-
Fij
68 MERCURE
veur de la nuit noftre Capi
pitaine General s'abouchaft
avec le Gouverneur de cette
Place & avec nos principaux
Chefs . Cela réüffit , mais le
deffein de la fortie changea ,
& on envoya ordre au détachement
qui eftoit déja forti
de la Place , d'y rentrer. Ce
confeil fut pris fort ſagement,
car nous n'avions pas en tout
quatre cens chevaux & fix
cens hommes de pied , & les
Ennemis retranchez eftoient
plus de fix mille .
Vendredy 15.
Nous fçeûmes bien certai
GALANT 69
nement que noftre Artillerie
avoit démonté le jour prece
dent celle des Enemis & nous
dûmes ce fuccés à l'adreffe
d'un fameux Canonnier
François , illuftre dans fon
Art. Le feu que nous fimes
ce jour là fur l'attaque des
Ennemis fur prodigieux &
fans diſcontinuer depuis le
point du jour juſques à la nuit
Les Galeres de France ayant
reconnu que noftre Artillerie
avoit quafi ruiné l'attaque
qu'avoient les Ennemis
du cofté de la Baye , deux de
ces Galeres fortirent avec la
70 MERCURE
pleine mer , vinrent à l'endroit
de Matagorda qui re .
répond au Port & canonne .
rent heureuſement les En.
nemis , & en meſme temps
le Canon de Matagorda
, les
Galions du Fort Saint Louis ,
& des deux autres Galeres
qui estoient à l'embouchure
del Trocadero
joua ſi à propos
que les Ennemis furent
contraints d'abandonner leur
attaque & de prendre la fuite
avec tant de précipitation
que fi leur Cavalerie n'y avoit
couru l'épée à la main , il n'auroit
pas refté un feul hom
GALANT 71
·
me des leurs dans la Campagne.
Nous eumes le plaifir de
cette place en avant de les
voir fuir en confufion les uns
du cofté de leur Camp , &
les autres du cofté de Puerto
real. On ne sçauroit dou
ter qu'ils n'y ayent perdu
beaucoup de monde , nous
n'y avons eu que cinq des
noftres bleffez , les uns par
leur Artillerie , les autres par
une bombe qui tomba dans
Matagorda. Nous cumes
avis de Saint Lucar qu'il
eftoit entré dans ce Port un
Baftiment des Indes venant
72 MERCURE
de Cartagene qui avoit évité
trois Vaiffeaux Anglois qui
arrivoient de nouveau & qui
l'avoient pourſuivy
.
Samedy 16.
Les Ennemis voyant bien
qu'il leur eftoit impoffible
de prendre le Fort de Mata.
gorda choifirent le temps de
la nuit pour abandonner entierement
leur ataque & pour
fe retirer de ce Pofte. Les
noftres s'en eftant aperceus
y coururent pour achever
de ruiner leur travaux & on
y profita de beaucoup de leur
dépouillés , de toutes les Munitions
,
GALANT 73
nitions, qu'ils n'avoient pas cu
le temps d'emporter tout les
habits de ceux qui avoient
efté tucz & de quelques
joyaux qu'ils trouverent fur
plufieurs, la fuite de ceux qui
reftoient ne leur ayant pas
permis d'en profiter. On a
bien reconnu de quelle confequence
nous a efté l'avantage
du terrain . Les Ennemis
ne pouvoient pas éviter
dans leurs attaques d'avoir
de l'eau juſques au genoux
.
Il nous parut auffi qu'ils fongeoient
à abandonner
Puerto
real , puifqu'ils y avoient
Decembre
1702. G
74 MERCURE
embarqué beaucoup de leurs
gens & que beaucoup d'autres
prirent la Campagne .
La maniere dont on les avoit
traitez le jour precedent ne
leur laiffa pas la hardieffe de
faire la moindre infulte à un
corps de nos Troupes compofe
des détachemens qui
eftoient fortis de Matagorda ,
du Fort Saint Louis , des Ga.
lions & des Galeres. Ce
corps de nos Troupes tenoit
la Campagne pour obſerver
tous les mouvemens des En .
nemis . On ne fçavoit pas au
vray ce qu'ils avoient perdu ;
GALANT 75
mais ceux qui en parloient
avec le plus de moderation
convenoient que le nombre
de leurs morts fans leurs blef
fez , paffoit fix cens hommes ,
nous n'avons eu perfonne de
tué , & les cinq bleffez dont
j'ay parlé , n'ont aucune blef
fure mortelle . Le Fort de
Matagorda n'a reçeu auffi
aucun dommage . Il n'y eft
entré en tout qu'une bombe
& cinq boulets de Canon .
Dimanche
17.
Les Ennemis mirent le feu
fur les dix heures du matin
aux magazins que le Roy
Gij
76 MERCURE
d'Espagne avoit au Porto.
real , pour l'Armée , pour la
Flore & pour les Galions.
Ils commencerent auffi à voi
turer tout leur butin vers
l'embouchure de la riviere de
Saint Pierre ; & de là ils le
menoient fur leurs Vaiffeaux
à leur Armée.
Lundy 18
Toute la Cavalerie ennemie
qui estoit à Porto- real
paffa la riviere de Saint Pier
re pour aller au Port Sainte
Marie avec un butin de quelques
troupeaux qu'elle avoit
enlevé dans ces cantons 2
GALANT 77
où elle ſe tenoit encore .
Mardy 19.
L'Ennemy
abandonna
Puerto real. Son Infanterie
repaffa la riviere de Saint
Pierre. C'est là qu'il fit un
Pont de differentes Barques
attachées l'une à l'autre qui
donnerent une fi grande facilité
à ce paffage qu'en
moins d'une heure & demie
quatre mille hommes eurent
paffé , marchant toujours en
bon ordre du Port vers la
riviere où l'on remit le mê .
me Pont, & tout alla ainfi rejoindre
la grande Armée . Ce
G iij
78 MERCURE
même jour cinq cens hommes
de vieilles Troupes fortirent
de cette Place pour aller
fortifier noftre armée ,
qui avec les fecours qui luy
arrivent de toutes parts donna
deflors bien de l'inquietu
de à l'Ennemy. Nous entendimes
ce jour- là d'icy de
continuelles décharges de
Moufqueterie du cofté du
Port.Mais nous fçeumes que
c'eftoit l'exercice de nos
Troupes que noftre Capitaine
General leur faifoit faire
pour les former à la difcipline
militaire.
GALANT
79
Mécredy 20.
On fçeut que les Chefs des
Ennemis
faifoient
tous leurs
efforts
pour reprimer
le pil .
lage & les defordres
de leurs
Soldats
dans Puerto
real. Le
butin
ny pouvoit
pas eftre
confiderable
& nous crumes
que c'estoit
en eux un artifi
ce , voyant
que les habitans
en avoient
emporté
tous leurs
bons
effets
, ils vouloient
perfuader
à d'autres
lieux de
nos coftes dont ils eſperoient
de s'emparer
, qu'ils n'avoient
rien à craindre
& qu'on pour
roit les y attendre
& les y re-
G iiij
80 MERCURE
cevoir fans rien rifquer à
l'exemple de ce qui avoit eſté
fait à Rora . Le Prince d'Armftat
fit Marquis de Puerto.
real , un Artifan , les uns difent
que c'eftoit un Tonnelier
, les autres difent qu'il
travailloit à faire du Tabac .
Ce nouveau Marquis cut le
malheur de tomber entre les
mains de quelques Soldats
de la Compagnie de Don
Rodrigo de Villabizencio .
Il fut mené à Xerez , nous
fçeumes qu'il eftoit déja dans
la Chapelle attendant l'heure
où l'on le feroit mourir. Le
GALANT 81
Prince d'Armftat écrivit une
lettre à Xerez à Don Bartelmi
Leandre d'Avila dans le
fens des imprimez qu'on
avoit deja repandus , ajoutant
que pour éviter tout le
malheur qui eftoit arrivé à
Puerto real , que les habitans
de Xerez ne s'avifaffent pas
de s'enfuir & d'emporter
leurs effets , qu'il leur répon
doit qu'ils feroient en feureté
s'ils faifoient leur devoir.
Et il mettoit encore par A.
poftille qu'on ne s'avilaſt pas
au moins de faire aucune in .
fulte au Porteur de fa lettre
"
82 MERCURE
& que fi l'on le faifoit il fe:
roit égorger tous les Efpa .
gnols qu'on avoit fait Prifonniers.
Ce Meffager arriva à
Xerez , il trouva Don Bar .
thelmy Leandre Davila ; il
luy donna la lettre qu'il avoit
cachée dans fon foulier ,
Dom Barthelmy la lut , & il
luy dit : Venez vous en avec
moy , nous avons quelque diligence
à faire . Ille conduifit
aux prifons & il porta la
lettre à noftre Capitaine General,
qui l'envoya au Confeil.
Le Porteur de la lettre eftoir
de Galice , on n'opina pas à
GALANT 83
le faire mourir de peur que
nos prifonniers
n'euffent
le
même fort chez les Ennemis ,
parmi lesquels nous avons
des gens de quelque confide .
ration . Sur le foir nous enten .
dimes une grande décharge
de Moufqueterie
. Nous jugeames
que les nostres attaquoient
les Ennemis
qui al
loient faire provifion
d'eau .
Ils fouffrent
beaucoup
de
n'en avoir pas ,fur tout au Port
Sainte Marie où elle manque
abfolument , parce que nos
Troupes
ont coupé tous les
conduits par où on y en re
84 MERCURE
çoit. Ils font reduits à boire
de l'eau de Puits & de quelques
méchans refervoirs qui
font des eaux tres mal faines.
Ils ont auffi beaucoup de
malades & ils ont grand befoin
de trouver bientoft des
rafraichiffemens par les cha.
leurs qui leur reviennent de
leur peu de fuccez & de nô .
tre vin dont ils fe remplif
fent .
Feudy 22 .
Nous eumes la confirma:
tion des impietez & des facrileges
affreux qu'avoient
commis les Anglois & les
GALANT 85 .
Hollandois dans Puerto.real.
Ils eftoient entrez dans les
Eglifes , les avoient profa..
nees par toute forte de blafphemes
& d'indignitez , en
avoient enlevée les Saintes
Images,, leur avoient coupé
les bras , les pieds & la tef
te , & les avoient trainées par
derifion. Nous aprimes auffi
qu'à l'attaque de Puertoreal
, un Neveu ou proche
Parent du General Hollandois
avoit efté tué par les
noftres avec quelques autres
Officiers de marque
.
86 MERCURE
Vendredy 22 .
Les Ennemis commence,
rent à s'embarquer du cofté
de la Place du Port Sainte
Marie. Nos Troupes s'en
aperceurent , & avec les fi
gnaux dont nous cftions con
venus , ils nous en donnerent
avis. Noftre Gouverneur fe
prepara à profiter de leur retraite
, & dattaquer leur arrieregarde
. Sur le foir ils firent
joüer deux ou trois fourneaux
pour faire lauter le
Fort de Sainte Catherine •
& ils embarquerent le Mé.
credy les pieces d'ArtilleGALANT
87
rie qu'ils y avoient trouvé.
Samedy
23.
L'Ennemy continua fon
embarquement , & noſtre
Capitaine General qui avoit
grande envie de les faire repentir
de leur entrepriſe temeraire
fe prepara à les char :
ger à fon avantage . Il apro
cha du Port Sainte Marie ,
mais ils s'eftoient deja aperceus
de la vigilance , & ils ne
douterent pas de fon deffein .
Ils n'oublierent rien en le pre.
venant pour en empêcher
l'effet , & fur tout pour faire
en forte que noftre Cavale88
MERCURE
rie ne put avancer. Ils firent
par tout des foffez ou des
barricades , & ils firent terrer
huit ou dix de leurs Navires
fur la Plage du côté qu'ils
s'embarquoient pour repouf
fer nos gens avec leur Artil .
lerie & pour deffendre les
leurs. Les fourneaux qu'ils
avoient fait jouer ne devoient
pas avoir fait un fi
grand effet au Fort Sainte Catherine
puifqu'ils furent obli
gez
le
pic
molir
les
fortifications
qui
à la main de déregardent
los Canuelos .
I
89
GALANT
Si l'embarquement cult
continué de la même manie ,
re ce jour là , les Ennemis
laiffoient leur arriere garde
bien découverte & nos Troupes
auroient pû la charger
facilement
. Ils s'en apperçu
rent , leurs Vaiffeaux eftoient
trop éloignez du Port. Ils firent
avancer fur les quatre
heures du matin cinq cens
hommes , laiffant leurs Tentes
dans leur Camp , & ils allerent
renforcer les Troupes
qu'ils avoient déja à Rota , &
fur les fept heures du matin
nous les vîmes de cette Place
Decembre 1702.
H
90 MERCURE
voguer par l'autre cofté du
Fort Sainte Catherine
pour
aller à los Canuelos . Ils mirent
le feu à la mine qu'ils avoient
preparée pour faire fauter ce
Fort en le quittant . Ils s'avancerent
de ce cofté de la
Baye . Ils avoient de la Caz
valerie
à l'avantgarde
, les
Chariots
& le Bagage au milieu
, & un Corps fuffilant de
Cavalerie , formoit l'arriere .
garde. Ils marcherent
à onze
heures en cet ordre , foutenus
de leurs Vaiffeaux , & ils
arriverent à Rota fur les trois
heures. Noftre Capitaine
Ge-
.
GALANT 91
neral obfervoit leur retraite ,
leur diligence fat grande
fur tout celle que firent leurs
cinq cens hommes , & celle
que nous fîmes ne fut pas
fuffifante pour les empêcher
de joindre leur Armée . Nôtre
Capitaine General voyant
que fes efforts feroient inuti .
les de ce cofté là , tourna fa
marche par les hauteurs du
Chafteau de Sainte Catherine
le long du chemin de
Rota. Cette diligence n'a fervi
qu'à le mettre en vuë de
leur Armée qui estoit fort
prés de la terre , parce que la
Hij
92 MERCURE
mer eftoit fort profonde en
cet endroit. Ils mirent le feu
à une de nos Fregates appel
lée l'Efpagnolette , qui eftoit
dans la Riviere du Port . Nous
jugeames d'icy qué nos Troupes
auroient coupé celles des
Ennemis à leur arrieregarde ,
par les décharges de Moufqueterie
que nous entendîmes.
Mais on fçut que c'eftoit
une de leurs Fregates qui
s'eftoit trouvée à lec pour
avoir voulu entrer trop avant
dans la Riviere du Port , &
que nos gens l'avoient chargée.
Mais on ne luy caufa pas
GALANT
93
un grand dommage à caufe
que la Marée eftant ſurveauë ,
elle s'eftoit mife à la voile &
elle rejoignit la grande Armée.
Lundy 25.
Plufieurs barques ont paffé
aujourd'huy d'icy au Port
& tout le monde en eft reve
nu la larme à l'oeil des defor
dres qu'on y a vus , principa
lement à l'occafion des Sain
tes Images qu'on a trouvéesde
tous coftez mutilées & ren
verfées. On nous affure qu'il
n'y a eu de privilegiée que la
grande Eglife , le Convent
94 MERCURE
de Saint Jean de Dieu &
quinze ou feize maiſons ,
Tout le reste a efté faccagé.
Le Convent de la Victoire où
logeoit le Duc d'Ormont ,
eft celuy qui a le plus ſouffert,
l'Eglife de ce Convent fervoit
d'Ecurie à fes Chevaux ,
& on y avoit commis des facrileges
horibles, plus propres
à faire répandre des larmes
qu'à eftre raportez, Le dom .
mage coutera quelque millions
à reparer Beaucoup
d'Habitans de cette Place en
font au defeſpoir. Ils avoient
porté là leurs meilleurs effets
GALANT
95
croyant qu'ils y feroient plus
en feureté qu'icy. Ils ont
porté leur rage juſques à arracher
les Portes du Convent
où logeoit le Duc Dormont ;
à jetter par les ruës les livres
de la Biblioteque
, en a déchiré
des papiers , & les titres ,
& à jetter de toutes parts
les Habits des Religieufes
.
Quant à l'Eglife qui eft des
plus belles & des mieux bâ.
ties ,ils n'y ont pas fait grand
dommage
, ce qui n'a pas
efté d'une petite confolation
.
Ils ont continué tout le jour
de fe rembarquer
à Rota. Les
96 MERCURE
noftres ont attaqué ceux des
leurs qui faifoient leur provi .
fions d'eau à los Canuelos ,
quoy qu'ils fuffent foutenus
par deux bons Vaiffeaux . Il
y en a eu beaucoup de tuez.
C'eftoit le feul de leurs Vailfeaux
qui reftoit dans la Baye .
Les autres eftoient fortis dés
le matin. Les Ennemis n'ont
ny détruit ny brûlé les édifices
du Port. Cette benignité
femble nous affurer qu'ils
n'ont pas deffein de nous
bombarder.
Mardy 16.
Nous avons fçeu que l'at.
taque
GALANT
97
taque d'hier à los Canuelos fut
faite par les Grenadiers & les
vieux Soldats de cette Place.
fous le commandement
du
Capitaine Don Joan Ibaiſet.
LesEnnemis abandonnerent
leurs tonneaux qui fervirent.
au feu de joye que firent les
noftres à l'entrée de la nuit ,
& fe retirerent à Rota. Nous
avons crû qu'ils avoient ems
barqué toute leur Cavalerie ,
mais comme il a fait en afs
fez grand brouillard tout le
jour , nous n'avons pas bien
pû le démêler. On ne doute
pas qu'ils ne laiffent nos
Decembre 1702. I
98 MERCURE
Prifonniers à Rota pour ne
poine manquer au Traité
quils ont fait avec noſtre Capitaine
General qui pour le
fuivre de fa part leur avoit
envoyé avant qu'ils fortiffent
du Pofte , les Prifonniers qu'il
avoit fait fur eux , comptant
qu'ils y en renvoyeroit un pa
reil nombre des noftres , ce
qu'ils n'ont pas fait , de peur
de groffir nos Troupes. On
affure qu'il arriva au Port un
envoyé du Roy de Miquenez
qui leur offroit trois mille
chevaux & trois mille hom .
mes de pied à condition
,
CALANT
99
qu'ils viendroient l'aider à
prendre Ceuta , ce qui ne
fut pas accepté. Enfin l'En .
a pas nemy fe retira & s'il n'a
déja mis à la voille ic'eſt
que le vent luy eft contraire
.
Mercredy 27.
L'embarquement
de l'Ennemy
s'eft terminé
entiere
ment aujourd'huy
; il ne l'avoit
pas pû finir le jour précedent
à caufe des infultes de
nos Troupes
qui en avoient
fait un vray carnage : quelque
précaution
qu'il ait pris
pour fon embarquement
,
Sal
Iij
100 MERCURE
on n'a pas laiffé de luy tuer
bien des gens fans que nous
ayons eu que cinq ou fix per
fonnes tuées ou bleffées. Sur
les trois heures aprés midy
on nous a donné avis icy que
les noftres eftoient maiftres
de Rota. L'Ennemy a brûlé
en s'embarquant quelques
Barques dont il s'eftoit faifi.
Feudy 28.
Le Capitaine Ennemy arbora
la Banniere du Confeil ,
& toute leur Troupes fe difperferent
en divers Bâtimens
pour eftre diftribuez dans
leurs Vaiffeaux , & pour reGALANT
101 :
connoistre en même temps
le nombre des leurs qui man.
quoient. On n'a pas pû le
fçavoir au vray , mais à nof
tre calcul , ils y doivent avoir
perdu deux ou trois mille
hommes en comptant les
Déferteurs . Ce même jour il
arriva un Bâtiment Portugais
dont le Commandant entra
dans la Capitaine des Ennemis
, ce qui a fait raifon
ner aprés le départ du Prince
d'Armftat , qui estoit
déja parti pour paffer à Lif
bonne comme il y eftoit déja
paffe en venant icy .
·
I iij
102 MERCURE
Vendredy 29
Ce matin fur les fix heures
la Capitaine Ennemie a mis
à la voile avec un petit vent.
Tous les Vaiffeaux en ont fait
autant . Sur les fept heures il
eft furvenu un grand calme
qui les a obligez à meure à
l'ancre. Ils ont tous refté à
noftre vue comme auparavant
, mais un peu plus éloi .
gnez. Sur le foir une de nos
Barques fortit d'ici pour al
ler porter des vivres aux nôtres
qui eftoient à los Canuelos.
Cette Barque n'avoit non
plus d'escorte que fi les EnneGALANT
103
1
mis avoient efté à cent lieuës .
Deux Bâtimens des Enne.
mis qui eftoient à l'emboure
de la Baye , fe détacherent
pour s'en faifir ; nous en fû.
mes témoins oculaires avec
bien du chagrin.
Samedy 30.
Sur les fix heures du matin
l'Armée ennemie remit à la
voile par un petit vent d'Eft.
Elle a pris le large prenant la
route du Nord. Ce départ
nous a laiffé dans une grande
joye. Nous avons vû enfuite
dans la Baye un Bâtiment
avec la Banniere blanche qui
I iiij
104 MERCURE
amenoit nos Prifonniers bien
maltraitez par les Ennemis.
Dimanche 1. Octobre.
Le grand calme qu'il a fait
ce jour cy & qui continuë
nous afflige bien , en abli ,
geant l'Ennemy à fe tenir en
core prés de nous . Sur le foir
toute l'Armée a paru étenduë
juſqu'à cette Ville , mais les
gens entendus difent que le
courant l'a entraînée jufques
là , mais un vent d'Eft qui fe
leve nous fera bientoft juger
fielle prend la route du Nord
ou du Levant.
GALANT 105
Je vous appris la mort de
M' le Comte de Montendre
en vous parlant du Combat
du Luzzara ; mais je ne pus
vous faire part de ce qui fuit ,
parce que je n'en eftois pas
encore informé.
Ifâc Charles de la Roche
foucaud de Fonfecque , Com.
te de Montendre , Brigadier
des Armées du Roy , Colonel
du Regiment Royal des
Vaiffeaux , eft né de la branche
de Montendre , l'une des
plus confiderables branches
de la Maiſon de la Rochefou
caud.
106 MERCURE
Les aînez de la branche de
Montandre portent le nom
de Fonfecque
depuis l'alliance
d'une heritiere
d'une branche
de la Maifon de Fonfecque
, établie en France ; la .
quelle par fon mariage avoit
fait des fubftitutions
, à condition
de joindre fon nom à celuy
de la Rochefoucaud
.
La Maiſon de Fonfecque
eft une des grandes Maiſons
d'Elpagne. L'aîné porte le
nom & titre de Monterey.
M' le Comte de Montendre
avoir fait fes Etudes aux
Jefuites à Paris , & les Exerci ,
GALANT 107
·
ces à l'Académie de M de
Bernardi. Il avoit efté depuis
Moufquetaire dans la Compagnie
commandée par M
de Maupertuis.
Il entra dans le Regiment
du Maine en fortant des
Moufquetaires , & fe trouva au
bombardement de Coblents,
puis au Siege de Mayence ,
où il commença à donner
des marques de fa valeur.
Un Capitaine du Regi
ment du Maine ayant eſté
tué , ' M'd'Uxelles qui commandoit
dans Mayence vour
luc donner la Compagnie
108 MERCURE
vacante à M' le Comte de
Montendre qui s'excufa de la .
prendre fur ce que ce Capi ,
taine avoir un Frere Lieute .
nant dans le Regiment , qui
en eftoit digne. Ce procedé
artira à Mr le Comte de Mon
tendre , l'eftime & l'amitié
de tous les Officiers.
autre Compagnie ayant vacqué
quelque temps aprés , il
en fur pourveu . Ilfe trouva
à la Bataille de Fleurus & au
Siege de Mons. Aprés le
Siege il fut fair Colonel du
Regiment de Medoc ', qui
fervoit en Italie , où il fe
Unc
3
GALANT 109
9
rendit. Il fe trouva à la Bataille
de la Marfaille , il
s'y diftingua beaucoup , car
apres que l'aile droite dont
i eftoit , cuft deffait les
Ennemis , M' de Liancourt
qui commandoiť la Marine
, & M de Montendre
vovant que les Ennemis fe
raffembloient par pelotons ,
les chargerent vigoureuſement
& les defirent. Mr le
Comte de Montendre fervit
enfuite en Catalogne , & ſe
trouva au Siege de Barce
lone , où en plufieurs ren
contres il donna de grandes
110 MERCURE
preuves de fa valeur & de fa
capacité ; mais fur tout il fe
diftingua avec un applaudif
fement general à la prife & à
la confervation
d'un Baftion ;
où il foûtint non feulement
le feu des Ennemis qui l'attaquoient
, mais encore celuy
d'un autre Baftion que nous
n'avions pû conferver , d'où
les Ennemis battoient
à revers
celuy où ce Colonel
commandoit
. Il eut en cette
occafion
fept Capitaines
taez
à fes coftez . Le Siege de Barcelone
fut la derniere action
de la guerre. Mr le Comte de
GALANT III
Y
Montendre y fut donné en
oftage . Ce Comte paffa en
Italie avec fon Regiment au
commencement de la prefen
te guerre , & s'eſtant trouvé
à toutes les occafions où il
avoit de la gloire à acquerir ,
il y donna des marques d'une
valeur & d'une capacité dif
tinguées. Il eut à Chiary une
grande contufion , qui ne
l'empêcha point d'agir , &
dont même il ne parla pas.
Il fe diftingua fort à Cremone
, & l'on pourroit dire fans
exageration quil eut tresgrande
part à l'heureux fuc
112 MERCURE
cés de cette Journée. Tous
les Officiers y admirerent fa
conduite , fa capacité , & fa
valeur , & en ont rendu des
témoignages Publics.
Le Roy aprés la Journée
de Cremone luy donna le Re
giment Royal des Vaiffeaux
avec des marques d'eftime &
de fatisfaction de fes (ervices.
Il venoit d'eſtre fait Briga
dier. Il fut bleffé mortellement
au Combat de Luzzara
le 15. d'Aouſt 1702. en
commandant la Brigade des
Vaiffeaux , & chargeant les
Ennemis , aprés avoir rallié
GALANT 113
pour la troifiéme fois fa bri
gade . On le retira du Combat
, il fe confeffa , & moùrut.
Comme il eftoit generalement
eftimé & aimé , il a
efté extremement
regretté.
Il avoit toute les qualitez effentielles
. Sa probité & fa
doctrine eftoient generale
.
ment reconnuës . Il eftoit fa
ge , doux , & humain , enne .
my du fafte & de l'oftenta .
tion , & difoit qu'il falloit faire
marcher les actions de
vant foy. Il aimoit l'étude &
ne paffoit jamais de jours -
fans lire plus de quatre heu-
Decembre
1702
. K
114 MERCURE
res. Il fçavoit quatre ou cinq
fortes de Langues . Il avoit
une connoiffance . prefque
univerfelle de toutes chofes ,
Il eftoit agreable avec fes
amis , & les aimoit tendrement
Il n'a jamais abufé de
la confiance ny du fecrer de
perfonne . Il avoit de la Foy ,
de la Religion , & une pieté
folide , ce qui le rendoit encore
plus eftimable , & doit
faire la confolation de ceux
qui l'ont perdu .
M' le Chevalier de Montendre
Frere Puifné du défunt
, marche fur les traces
GALANT 115
ap- de ce genereux Frere . Il
porta au Roy la nouvelle de la
retraite des Flores Ennemies
qui eftoient devant Cadiz .
Sa Majesté luy fit donner
deux mille écus pour foa
voyage , & comme elle eftoit
informée , qu'il s'eftoir dif,
tingué à Cadiz, elle luy donna
lieu d'efperer qu'il auroit
bientoft un Regiment
. -
Mi de Creil eft mortfubi
tement âgé d'environ 66. ans,
il avoit épousé Madame la
Prefidente
le Comte , dont
il laifle des Enfans. Il avoit
eſté long temps Capitaine
Kij
116 MERCURE
aux Gardes , & en quittant
le fervcie , le Roy luy avoit
donné une penſion de fix
mille livres , & l'avoit fait
Brigadier de fes Armées .
Son Pere avoit efté Secretai
re du Confeil , Charge fort
confiderable par
fes
prero
gatives. Son Grand Pere ,
dont les richeſſes eftoient
immenfes , maria cinq filles
& donna à chacune cent mil.
le écus de dot . Madame la
Prefidente Amelor , Madame
la Prefidente d'Orieu &
Madame Dargouges eftoient
de ce nombre. Par le moyen
GALANT 117
de fes alliances & de plufieurs
autres de fa Maiſon , il
fe trouvoit allié à tout ce
qu'il y a de confiderable
dans la Robe . Meffieurs de
Nicolaï & de Vaubecour
éroient fes alliez . Un Chartreux
de fon nom , mourut
il y a quelques mois , dans
la Chartreuse de cette Ville.
C'eftoit un Religieux d'un
grand mérite & d'une gran
de Politeffe , & dans la Ce-
Julle duquel on voyoit fou
vent une infinité de perfonnes
diftinguées qui s'y rendoient
pour jouir du plaiſir
118 MERCURE
de la converſation qui eftoir
toute charmante . Madame
Maupcou Tante de M ' de
Creil & une des cinq filles
dont je viens de parler avoit
une fi grande inclination
pour fon neveu , qu'elle luy
avoit voulu faire de grands
avantages , ce qu'il refuſa par
une génerofité dont on voit
peu d'exemples . Il eftoit generalement
eftimé. Auffi atileté
fort regretté & même
pleuré de plufieurs de fes
Amis,
En vous parlant de ceux
dont la mort eft affurée , je
GALANT 119
$
dois vous dire que l'on avoit
cru Mr de la Haye - Monbauc
Capitaine de Vaiffeau , du
nombre des Officiers de la
.
Marine qui font morts à Vic
go. On l'avoit vu aprés avoir
fait des actions plus qu'hag
maines , & aprés la perte de
fon Vaiffeau , fe jetter à la
mer n'ayant point d'autre
-moyen de fe fauver , & com,
me il eft âgé de foixante ans
il y avoit lieu de craindre que
les forces ne luy manquaf
fent ; cependant un Officier
& un Matelot le joignirent
dans l'eau
l'aider à napour
120 MERCURE
ger. Ils fe faifirent tous trois
d'une Barque , mais eſtant
repouffée par le Canon des
Ennemis , elle leur échapa .
L'Officier & le Matelot furent
tuez. Mr de la Haye
Montbaut
ne perdit point
courage. 11 nagea & il joi.
gnit un Rocher où il fe re .
pofa . Un Bâtiment Hollandois
le vit , & le Commandant
connut à ſon air que
c'eftoit un Officier , on le fic
prifonnier. La Flote ennemie
eftant de retour , il écrivit de
Roterdam , où il eftoit pri .
fonnier fur la parole , & fe
loüa
GALANT 121
loua fort des manieres douces
& genereufes du Capitaine
Hollandois qui l'avoit pris.
C'euft efté une perte. C'eſt
un homme d'un vray merite
& d'un grand ſervice.
Pendant que les uns meyrent
, & que l'âge des autres
les approche du Tombeau ,
d'autres par leur fecondité re
parent les pertes que
caufe au genre humain . Ma.
dame Brunet de Montforand
eft de ce nombre , & vient
d'accoucher heureuſement
Decembre 1702. L
pertes que la mort
122 MERCURE
d'une fille dont les attraits
naiffans la font déja paffer
pour bele : ce qui a donné
hieu à Mr Denis , Avocat en
Parlement , de faire les Vers
fuivans.
D
E Life enfin, l'heure eft venue ,
Cet aftre qu'attendoient nos
vxux
A tout à coupforcé la nuë
Qui le déroboit à nos yeux ,
Life en accouchant d'une Fille
Vient de mettre un miracle au jour,
Toutcede aux feux dont elle brille_
Elle eft plus belle que l'Amour.
25
Ce Dieu pour faire l'aßemblage
Des plus vifs traits de la Beauté ,
GALANT 123
Semble avoir dans fon propre ouvra
ge
Surpaffefa Divinité.
Il brûle , il s'eft blessé pour elle
Luy- même de fes propres traits
Et déja la croit immortelle
A voir éclater tant d'attraits.
S
L'ail fixe fans ceffe il admire
Son incomparable Vainqueur ,
Et veut que dans tout fon Empire.
Elle regne ainfi qu'en fon coeur.
Venus de dépit & de honte
Tonne, éclate contre ce Fils ;
Mais , quoy , la flame qui le dompte
S'allume encor plus parfes cris !
2
Contre cettejeune merveille ,
Contre moy, que de vains transports!
D'une ardeur , dit - il , fans pareille ,
Croyez- vous braver les efforts i
Lij
124 MERCURE
Pouvois -je lafaire moins belle
Aidé de deux parfaits Epoux ?
C'est à ce furprenant modele
Que je dois ces furprenans coups .
Ne hazardez point voftre gloire ,
On vous fuit . On luyfait la Cour.
Venus , cedez luy la victoire ,
Et qu'elle triomphe à son tour.
Madame la Maréchale de
Villars eft accouchée d'un
garçon. C'eft fervir l'Etat
que de mettre au monde des
enfins d'un fang fi genereux.
Ce que vous allez lire vient
d'eftre donné au Public .
GALANT 125
PRIX D'ELOQUENCE
ET DE POËSIE .
Pour l'Année M DCCIII.
L
'Academie Françoiſe
fait fçavoir au Public
que l'année prochaine , le
25. jour d'Aoult , Feſte de
faint Louis , Elle donnera
le Prix d'Eloquence fondé
par M. de Balzac , de l'Academie
Françoiſe. Le fujer
fera , Qu'on peut vivre dans
le monde en veritable Chreftien ,
en parfaitement bonneste
Liij
126 MERCURE
homme. Il faudra que le Dif
cours ne foit que de demiheure
de lecture tout au
plus , & qu'il finiffe par une
courte Priere à Jefus Chrift.
On ne recevra aucun Dif
cour's fans une Approbation
fignée de deux Docteurs de
la Faculté de Theologie de
Paris , & y refidant actuellement.
Le mefme jour Elle donnera
le Prix de Poëfie fondé
par M. de Clermont de Ton.
nerre , Evefque & Comte
de Noyon , Pair de France ,
& l'un des quarante de l'AGALANT
127
cademie : Le fujer fera , Les
grandes chofes que le Roy a fai
tes pour la confervation de la
Monarchie d'Espagne. Il fera
permis d'y joindre tel autre
fujet de loüange que cha .
cun voudra , fur quelques
actions particulieres de Sa
Majefté , ou fur toutes enfemble
, pourveu qu'on n'ex
cede point cent vers . Et on
y adjoutera une courte Prie .
re à Dieu pour le Roy , fe
parée du corps de l'Ouvra .
ge , & de telle meſure de
Vers qu'on voudra .
Toutes perfonnes feront
Liiij
128 MERCURE
receues à compofer pour ces
deux prix , hormis les Qua
rante de l'Academie qui doi .
vent en eftre les Juges.
Les Auteurs ne mettront
point leur nom à leurs Ou .
vrages , mais une marque
ou paraphe , avec un paffage
de l'Ecriture Sainte , pour
les Difcours de Profe ; &
telle autre ſentence qu'il leur
plaira , pour les Pieces de
Poëfic.
Ceux qui prétendront aux
Prix feront obligez de mer
tre leurs Ouvrages dans le
dernier May prochain , en-
H
GALANT 129
tre les mains de M. l'Abbé
Regnier , Secretaire perpetuel
de l'Academie Françoi
fe , à l'Hoftel de Crequy ,
fur le Quay Malaqueft.
Et en fon abfence ,
Chez Jean Baptifte Coi
gnard , Imprimeur & Librai
re ordinaire du Roy & de
l'Academie Françoiſe , ruë
faint Jacques , prés S Yves ,
à la Bible d'or .
M' Benoist Prieur Curé
de Saint Germain en Laye ,
fit faire le mois paffé un
132 MERCURE
ce Service folemnel ; mais
eftant témoin de fes dif
pofitions faintes à la mort,
il n'a point crû luy delo .
beir en les rendant publi .
ques au bout de l'année , &
de les faire fçavoir à la po.
fterité par un Difcours auffi
éloquent qu'édifiant , & tel
enfin que celuy qui a esté
prononcé par Mr l'Abbé
Ancelme.
•
"
Mr de Maupertuis a don.
au Roy la demiffion de
fon Gouvernement de faint
Quentin ; & Sa Majesté en
GALANT 133
échange l'a gratifié de la
Lieutenance de Roy de Tou!
en Lorraine , & du Païs qui
en depend. Ces deux emplois
font d'un meime revenu
; & le Roy en reconnoiffance
des fervices importans
de Mr de Mauper
tuis , luy a accordé fur la
Lieutenance qu'il vient de
luy donner un Brevet de
retenue de trente mille écus
en faveur de Madame fa
femme.
Mr de Maupertuis com
mande la premiere Compa
gnie des Moufquetaires , de
134 MERCURE
puis
la mort de Mr de
Fourbin. Il eft parvenu à
ce beau pofte par la naiffance
, & par fes grands
fervices dans ce mefme
Corps. Il y a efté toute
la vie , & il a paffé par
tous les emplois depuis
qu'il y eft entré. Il a eu
part à toutes les actions
qui rendent cette Compaà
gnie fi celebre. Il eft Lieu .
tenant General . Sa naiffance
eft diftinguée puiſqu'il eft
de la Maifon de Meleun ,
dont Mr le Prince d'Efpinoy
eft le Chef. Il eft con,
GALANT 135
ftant qu'il n'y a guere de
Maifons plus illufties ou plus
anciennes.
Le petit Conte qui fuit a
efté envoyé à une perfonne
de confideration , un jour
qu'elle avoit pris Medecine.
LAVARE
ET LE PATISSIER.
U
NHarpagon à court rabat,
Manchette unie & foulier plat
Des plus devots en apparence,
134 MERCURE
puis la mort de Mr de
Four bin. Il eft parvenu à
ce beau pofte par la naif.
fance ,
&
par fes
grands
fervices dans ce melme
Corps. Il
Il y a efté toute
fa vie , & il a paffé
par
tous les emplois
depuis
qu'il y eft entré . Il a eu
part à toutes
les actions
qui rendent
cette Compag
gnie fi celebre
. Il eft Lieu .
tenant
General
. Sa naiffance
eft diftinguée
puiſqu'il
eft
de la Maifon
de Meleun
,
dont Mr le Prince
d'Efpinoy
eft le Chef. Il eft con ,
GALANT 135
ftant qu'il n'y a guere de
Maifons plus illuftres ou plus
ancienne's .
Le petit Conte qui fuit a
efté envoyé à une perfonne
de confideration , un jour
qu'elle avoit pris Medecine.
2
LAVA RE
ET LE PATISSIER.
U
NHarpagon à court rabat ,
Manchette unie & foulier plat
Des plus devotsen apparence,
136 MERCURE
Mais n'ayant d'autre Dieu que
la feule Finance ;
En un mot un avare , ingrat &
fans retour ,
Avoit reçu cent fois maintes
pieces de Four ,
D'un pauvre Patiffier fon Voifin
, fon Compere
;
Pour ne point cependant demeurer
arriere ,
Eſtant devenu Marguillier ,
L'Avare dit au Patiffier ,
Je te veux , cher Amy , faire
avoir la pratique
Des Pains- benits de la Fabrique
,
Ils font païez fort graffement ,
Et je ne veux pour ce fervice
Qu'une Brioche , c'eft juftice
,
Feſte & Dimanche feulement,
GALANT
137
A l'inftant Godard luy replique
,
Monfieur , je vous rends grace,
& toute ma boutique
Eft à votre commandement ..
Aprésfon petit compliment ,
Godard s'en retourne à la .
hàte ,
Affaifonne un Chevreuil & le.
mettant en pâte ,
Y trace en relief les armes & le
nom ,
De fon ladre & vilain Patron
.
Le Pâté fait & cuit foudain il le
lui
porte ,
Le priant d'agréer ce don ,
A l'afpect du preſent , le fordide
Harpagon ,
Feint d'être en colere & s'emporte
:
Decembre 1702 M
136 MERCURE
1
Mais n'ayant d'autre Dieu que
la feule Finance ;
En un mot un avare , ingrat &
fans retour ,
Avoit reçu cent fois maintes
pieces de Four ,
D'un pauvre Patiffier fon Voifin
,fon Compere ;
Pour ne point cependant demeurer
arriere ,
Eftant devenu Marguillier ,
L'Avare dit au Patiffier ,
Je te veux , cher Amy , faire
avoir la pratique
Des Pains- benits de la Fabrique,
Ils font païez fort graffement,
Et je ne veux pour ce fervice
Qu'une Brioche , c'eft juftice
,
Felte & Dimanche feulement,
GALANT
137
A l'inftant Godard luy replique
,
Monfieur , je vous rends
& toute ma boutique
grace ,
Eft à votre commandement ..
Aprés fon petit compliment ,
Godard s'en retourne à la .
hate ,
Affaifonne un Chevreuil & le
mettant en pâte ,
Y trace en relief les armes & le
nom ,
De fon ladre & vilain Patron
.
Le Pâté fait & cuit foudain il le
lui
porte ,
Le priant d'agréer ce don ,
A l'afpect du prefent , le fordide
Harpagon ,
Feint d'être en colere & s'emporte
:
Decembre 1702 M
138 MERCURE
Non , non , dit - il , je ne veux
pas
Recevoir un Pâté de cette confequence
,
On en feroit trente repas,
C'eft une fois trop de dépenfe .
Dis-moy ce qu'il te coûte afin
que là - deffus ....
Monfieur , reprit Godard , c'eſt
une bagatelle ...
Douze écus plus ou moins : Vrai
ment la piece eft belle ,
Repartit Harpagon , il vaut bien
douze écus ,
Un riche & gros Seigneur en feroit
bonne chere ,
Avant que l'on en vift la fin ,
On boiroit plus d'un muid de
vin.
Remporte le, mon cher Compere
;
GALANT 139.
Croi moi , dans ta boutique il
trouvera fon prix ,
Ileft jufte qu'elle en profite,
De douze écus qu'il vaut , Ami ,
donne m'en fix ,
Et pour le refte je t'en quite .
A ce difcours Godard mille fois
plus furpris
Que ne l'eft un fondeur de
cloche ,
Tire fix écus de fa poche ,
Et reprenant fon grand Faté
Remercie Harpagon de , fon
honnefteté. not 1-
Le quitte , mais bientoft le vilain
le rappelle
.
Cher Ami , lui dit - il , je crains
avec raifon
Que ma Femme ne me querelle
,
Elle aime fort la venaiſon ,
Mij
140 MERCURE
Coupe m'en feulement une trans
che pour elle.
Godard pouffant à bout fa liberalité
Saifitfon
Tranchelard , partage
le Pafté
Et laiffe enfin l'Avare au comble
de la joye
De fe voir maiſtre de fa proye .
La Femme d'Harpagon de retour
au logis
3
Trouvant que le Chevreuil
eftoit d'un gouft exquis
Blâma fort fon Mari d'eftre
trop modefte
par
Et comme elle ignoroit qu'il eût
eu fix écus
Envoya demander le refte
Sans crainte d'avoirun refus .
Godard fe doutant de l'affai
re :
•
GALANT 141
01
A l'envoyer fut diligent ;
Et le riche vilain , de fon pauvre
Compere
Eut la marchandife & l'argent.
Cè qui fuit merite beaucoup
d'attention.
Apres avoir compofé les Traitez
de la poffibilité de l'Immortalite
corporelle inferez dans les
Mercures des mois de Novembre
1692. &de Fanvier 1693.
diverſes affaires m'ont fait gar
der le filence fur les ouvrages qui
ont paru depuis ce temps là ayant
raport à ce fujet , ce qui a fait
142 MERCURE
>
coire que l'Auteur de l'Immortalité
corporelle eftoit mort . C'est
peut eftre ce qui a donné lieu a
faire paffer cette immortalité en
Angleterre fous un autre nom
que le mien quoy qu'enterrée wive.
Je lay apris par une lettre
de Mr de Saint Evremont
écrite à un de fes Amis de Paris ,
au mois de Decembre 1700 cet .
te lettre est affez olie . Elle commence
en Profe & finit en Vers.
Fay composé en 1694 une répon.
fe à quelques difficultez qui me
furent faites par un fçavanı Re,
ligieux , homme de condition
& de diftinction dans fon. Or.
GALANT 143
dre. Fay auffi écritque quelques
unes de mes reflexions qui prou.
vent encore cette Immortalité ;
mais ayant lû dans le Mercure
d'Avril dernier , un difcours
tendant à prouver qu'il eft im .
poffible de ne pas viellir
ne pas mourir
2
de
je veux ré
pondre à une propoſition qui me :
paroist entierement contraire à
mon Ouvrage, &je m'èionne fi
on l'alû , que l'on n'ait pas preve
nu la réponse qui s'y pouvoit
faire fuivant mes principes. Fe\
dis done , que ces tamis , ces cou
loirs , ces tuyaux fe peuvent ré
parer à proporsion qu'ils s ufent
144 MERCURE
que c'est le deffaut des esprits qui
caufe le deffaut des couloirs ;
non pas le deffaut des couloirs
qui caufe celuy des efprits. Car
les efprits fe font un paffage par
leursforces jointes à leur fubtilité
N'y ayant plus les efprits
fuffifants , il arrive que ces efprits
manquant , la matiere qui les
contenoit n'est pas affezforte ,
eftant privée de ces efprits , pour
pouvoir entretenir par une action
égale & continuelle , les paf.
fages de ces couloirs. Ainfi ce
n'eft pas felon mon avis , que les
esprits ne puiffent paffer , parce.
que les couloirs , tamis , tuyaux fe
bouch.nt ;
GALANT 145
bouchent ; mais ces couloirs fe
bouchent faute d'efprits pour en
tretenir ces paffages. Al'égard
des liqueurs dont on dit que nos
partiesfont pleines & qui vien
ment à manquer , ce qui caufe la
vicilleffe & la mort , je répond ,
qu'il n'y a point de liqueur qui
ne puiffe eftre continuée , foit
qu'elle foit produite par nature
ou par art. Car la nature produit
toujours des matieresfembla.
bles à celles qui ont produit cette
liqueur fi c'est elle qui l'a produi.
se, l'artpeut produire des liqueursfemblables
à celles qu'il à
produit. Ainfi toutes liqueurs
Decembre 1702. N
146 MERCURE
peuvent eftre toujours continuées,
A l'égard des fermentations
je dis qu'elles peuvent eſtre continuées
, augmentées , em ê bées
& difcontinuées , à volomé &
difcretion ainsi il eft certain que
par un ufage concerté , il eft pof
fable d'empê her tout diffaut de
fermentation &den empêcher
Eexces Enfin sout eftanı naturel,
ies matures
, & leurs effets
;
ou actions ces matieres ne man.
quant jamais dans le monde ;
leur actions pouvant estre facili
rées arreftés , & empêchées :
vien ne s oppofe à la poffibilité de
ne point vieillir de toujours
GALANT 147
vivre Iln'y a qu'à entretenir les
efprits neceffaires dans la quantité
deuë de la quantité deuë, carfi
lesefprus ne manquent ny en qua.
lité ny en quantité , le corpsfera
dansl eftat de force & de vigueur
qu'il doit eftre , s'il eft dans l eftat
qu'il doit eftre , il ne diminura
point , s'ilne diminuë point il ne
vieillira point , s'il ne veillit
point , il ne mourra point ;
j'entens de mort naturelle mala ·
diese vieilleffe Carpour la mort.
accidentelle n'eftant point caufée
par le progrez de la nature , & la
nature ne pouvant fe réparer ¿
Se conferver que par ce progrez : ft
Nij
148 MERCURE
le
ce progreZ eft empêché par l'exè
treme violence ou destruction des
organes, il eft impoffible que
corps fubfifte fans les organes
neceffaires à la confervation de
la vie. Il eft poffible de ne point
mourir , pourvû que les acci.
dents violens contre nature
tels que ceux que cauſent le fer ,
le feu , le poison , chutes , écraſe .
mens &c. ny interompent point
L'ordre égal
puiſſance de Dieu
la
continuel que
a estably
dans le corps . Car de fon cofté ,
fi on luy donne les chofes neceffaires
àfa confervation , en qua
lité en quantité denë : il est
GALANT 149
certain que toutes fes fonctions
ne tendent naturellement qu'à fa
confervation & que du coſté du
monde , à le regarder en general,
ces qualitez ces quantitez
neceffaires ne manquant jamais ;
c'eft feulement en particulier
qu'elles manquent , par noftre
faute & par noftre ignorance .
Je croy que la galanterie
quifuit ne vous déplaira pas.
A
Mour ayant eu connoiffance
Des defordres qu'on voit en
France ;
Sçavoir en matiere d'amours ,
Niij
150 MERCURE
Et qu'ils augmentent tous les
jours.
Que des hommes fexagenaires
Traitent les amoureux miſteres
;
Qué des vieilles à cinquante
ans
Se mêlent d'avoir des galans ;
Voulant regler dans fon Empire
,
[ re ;
A quel âge il faut qu'on foûpi-
Pour en laiffer chacun inftruits
Vient d'ordonner ce qui s'enfuit.
ORDONNANCE
DE L'AMOUR.
Nous
Ous AMOUR , le Souverain
Maistre no MOVI
CALANT 151
De ce qui fut , eft , & peut eftre ,
A tous , à venir prefens ,
A tous jeunes & vieux Amans :
SALUT. Comme les Ordonnances
Sont tout le foutien des Puiffances ,
Sçachant que les vieilles Amours
Depuis quelques temps ont grand
cours
Et jugeant qu'il n'est rien de pire
Contre le bien de noftre Empire ,
Voulons de tout noftre pouvoir ,
Ranger chacun à fon devoir.
Sur lesplaintes qui nous font faites ,
Par nos bien amez les Poëtes ,
Pour les interefts des Soupirs ,
Des Ris , des Jeux , & des Plaifirs
Par qui les Amoursfurannées
Sont publiquement condamnées ;
Nous a femblé que
leur avis
Fftoient dignes d'eftre fuivis.
N iiij
152 MERCURE
Les Soupirs qu'avec moyje mene
Craignentjustement qu'on les prenne
Pour des Soupirs de gens caßez,
Prefts d'aller chez les trépaffez.
Les Ris ont dit avec des larmes ,
Qu'ilsfont tous privez de leurs charmes
Qu'étant tous ridez &fans dents ,
Laids au dehors , laids au de dans ,
Ils ont bien peur qu'on ne les chaffe ,
Comme Ris de mauvaise grace .
Les Jeux devenus Colibets
Méchans mots , fades fobriquets ,
Proposfondez fur l'équivoque ,
Dontle monde poli fe mocque 3
Ne veulent non plus que les Ris
Tomber ainfi dans le mépris.
Les Plaifirs , Bals , & Serenades ,
Feftes , Rendez- vous , Promenades ,
Par quije puis ce que je puis ,
Et qui mefont ce queje fuis ,
GALANT
153
Soutiennent que leur propre uſage .
N'eft pas pourles perfonnes d'age
Qu'au fervice de vieilles
gens
Ilsferont toujours languiffans ,
Et qu'eftant Fils de l'allegreffe
Ils nefont que pour la Ieuneffe.
A ces Caufes , donc , pourfinir
Ces maux à craindre à l'avenir ,
Et pour pleinement fatisfaire
Nos bien amez, fur cette affaire.
Nous deffendons à tous Vieillards
Et mefmes aux plus goguenards ,
De parler jamais de tendreße
Et defaire aucune Maiftreffe ,
Ains , ordonnons auxjeunes gens ,
Pour nos droits un peu negligens ,
De conter promptement fleurettes ,
Et defaire des amourettes ,
Dés qu'ils auront vingt ans paſſez,
Ou bien feulement commencez ;
Que les Filles à quinze ou feize ,
>
154 MERCURE
Scachentfaire un galant bien aife,
Valons qu ' Amantes & qu ' Amans
Ceffent d'aimer à quarante ans ,
Qu'aprés ils n aiment qu'en cachette
,
Comme faifant chofe mal faite.
Nous pourrons permettre à quelqu'un
Qui foit au deffus du commun
D'aimerfans autre confequence ,
Iufqu'à cinquante , avec difpenfe ,
Laquelle nous luy donnerons ,
Sans frais , & quand nous le vou.
drons.
Prétendant que cette Ordonnance,
Soit fur tout obfervée en France ,
Comme au lieu qui nous plaift le
plus ,
Où l'on voit regner ces abus ,
Qui pratiquera le contraire ,
Soit puni de nejamais plaire ,
GALANT 155
Etfoit reputé pour toûjours
Criminel de leges Amours.
On ne peut faire de réjoüiffances
plus éclatantes ,
ny faire de remercimens au
Ciel avec plus d'éclat , & plus
d'oftentation , que l'on a fait
en Angleterre pour les heu.
reux fuccés d'une Campagne
où l'on n'a rien gagné,
Les Troupes Angloifes ont
aidé à prendre Liege , qui
n'a aucunes Fortifications .
Elles en ont mis l'Empereur
en poffeffion , & elles ont pris
pour les Hollandois conjoin .
tement avec les Troupes
156 MERCURE
de cette Republique & de
leurs Alliez , quelques Places
dont les Fortifications ne
font que de terre , & qui
ouvrent ordinairement leurs
Portes à ceux qui mettent les
premiers de fortes Armées
en Campagne . Il en coûte
aux Anglois pour avoir feu .
lement eu part à la gloire de
ces Conqueftes , dont rien
ne leur demeure , l'entretien
d'une Armée de quarante
mille hommes.
Quant aux expeditions de
mer , ces mêmes Peuples ont
dépensé cinquante millions ,
GALANT
157
& ont perdu fix oa fept mille
hommes tant des Troupes de
débarquement que de celles
dont les équipages de leurs
Vaiffeaux font
compofez
pour aller faire échouer toutes
leurs
efperances , &
tout leurs grands projets
devant Cadiz , & pour s'attirer
la haine &
l'indignation
des
Espagnols dont ils
avoient éprouvé la fidelité ,
& la bonne foy dans tous les
temps . Enfuite chagrins d'a
voir fait une fi mauvaiſe manoeuvre
, & d'avoir efté repouffez
, battus , & chaffez
158 MERCURE
par une poignée de monde , i
ils ont efté porter leur depit
devant Vigo , & décharger
leur colere , ſans vanger
leur honte. Leurs cent cinquante
Vaiffeaux qui n'en
ont trouvé que quinze fati .
guez d'un long voyage , &
quelques Galions qui ne font
que des Bâtimens de charge ,
n'ont pas eu l'avantage de
triompher de cette petite
Flote , puifqu'apres s'eftre vigoureulement
défendue , &
leur avoir caufé beaucoup de
dommage , elle s'eft elle .
même brûlée & fait échouers
GALANT 159
de maniere que cette formidable
Flote , n'a profité que
de quelques Bâtimens fans
équipages , qu'elle a relevez
& s'eft retirée fans avoir pû
prendre ny le Chateau ny la
Ville de Vigo , où il reſtoir
quelques millions. Voila ce
que les Anglois , appellent
avoir reparé le malheur de
l'affaire de Cadiz Cependant
ils auroient beaucoup mieux
fait s'ils n'avoient point efté
à Vigo Ils n'avoient point à
Cadiz attaqué directement là
Flote oùils ont quelque part ,
ils avoient feulement fait voir
6
160 MERCURE
leur mauvaiſe volonté. Mais
quoy qu'ils euffent pillé des
Negocians à qui ils avoient
obligation , & qu'ils euffent
commis tout ce qui les pou.
voit faire haïr , par des Peuples
auffi delicats fur le fait
de la Religion que le font
les Espagnols , ils auroient
peur eftre pû elperer qu'on
leur livreroit ce qui leur appartient
fur la Flote , mais
ayant commencé à gâter
leurs affaires devant Cadiz
ils ont achevé de les ruiner
entierement devant Vigo Je
n'en repete point les raifons
GALANT 161
3
parce qu'elles font ample
ment marquées dans ma derniere
Lettre. C'eft aprés ces
exploits imaginaires , ou plu
toft ces mauvais fuccés , &
ces entrepriſes imprudentes ,
qui font un tort confidera .
t ble à la Nation Angloife ,
C qui luy ont coûté des fom .
) mes immenſes , & qui mettent
les Negocians Anglois
& Hollandois au defefpoir ,
qu'on a regardé politiquement
en Angleterre l'arrivée
de la Flote comme le retour
d'une Flote triomphante
, &
que l'on a ordonné d'en ren-
Decembre
1702.
is
O
158 MERCURE
par une poignée de monde , i
ils ont efté porter leur depit
devant Vigo , & décharger
leur colere , fans vanger
leur honte. Leurs cent cinquante
Vaiffeaux qui n'en
ont trouvé que quinze fati .
guez d'un long voyage , &
quelques Galions qui ne font
que des Bâtimens de charge ,
n'ont pas eu l'avantage de
triompher de cette petite
Flote , puiſqu'apres s'eſtre vigoureufement
défendue , &
leur avoir caufé beaucoup de
dommage , elle s'eft elle .
même brûlée & fait échoüer ,
GALANT 159
de maniere que cette formidable
Flote , n'a profité que
de quelques Bâtimens fans
équipages , qu'elle a relevez
& s'eft retirée fans avoir pû
prendre ny le Chateau ny la
Ville de Vigo , où il reſtoir
quelques millions . Voila ce
que les Anglois , appellent
avoir reparé le malheur de
l'affaire de Cadiz Cependant
ils auroient beaucoup mieux
fait s'ils n'avoient point efté
à Vigo. Ils n'avoient point à
Cadiz attaqué directement la
Flote oùils ont quelque part ,
ils avoient feulement fait voir
160 MERCURE
leur mauvaiſe volonté. Mais
quoy qu'ils cuffent pillé des
Negocians à qui ils avoient
obligation , & qu'ils euffent
commis tout ce qui les pou .
voir faire haïr , par des Peuples
auffi delicats fur le fait
de la Religion que le font
les Efpagnols , ils auroient
peur eftre pû efperer qu'on
leur livreroit ce qui leur appartient
fur la Flote , mais
ayant commencé à gâter
leurs affaires devant Cadiz ,
ils ont achevé de les ruiner
entierement devant Vigo Je
n'en repete point les raifons
GALANT 161
parce qu'elles font amplement
marquées dans ma derniere
Lettre. C'eft aprés ces
exploits imaginaires , ou plu
toft ces mauvais fuccés , &
ces entrepriſes imprudentes ,
qui font un tort confidera.
ble à la Nation Angloife ,
qui luy ont coûté des fommes
immenſes , & qui mertent
les Negocians Anglois
& Hollandois au defefpoir ,
qu'on a regardé politiquement
en Angleterre l'arrivée
de la Flote comme le retour
d'une Flote triomphante
, &
l'on a ordonné d'en renque
Decembre 1702. O
162 MERCURE
dre au Ciel des graces publi
ques , mais comme l'on n'a pas
trouvé que les expeditions
faites par cette Flote meritaffent
feule ces actions de
graces , on a ajoûté dans le
Mandement, qu'elles eftoient
auffi rendues pour les grands
avantages remportez par
Alliez en Italie , & en Allemagne.
Je ne croy pas que
l'on ait jamais entendu parler
d'un fait femblable , &
que l'on ait jamais ofé pu .
blier des chofes fi manifeftement
contraires à la verité.
les
Les Allemans qui font en
GALANT 163
Italie ont repaffé au commencement
de la Campagne
cinq ou fix rivieres en fuyant
devant nos Troupes. Ils ont
enfuite abandonné quatre ou
cinq Places avec les Garnifons
les provifions & les
munitions. Les Troupes des
deux Couronnes s'emparerent
aprés cette retraite , de
prefque tout le Modenois , &
quatre des meilleurs Regi
mens de Cavalerie Alleman .
de furent deffaits au combat
de Santa Vittoria. Celuy de
Luzzara , qui peur paffer pour
une Bataille , fut donné en-
O ij
164 MERCURE
fuite , & l'avantage remporté
par les Troupes des deux
Couronnes , fut fi grand , que
la Ville de Luzzara fe rendit.
auffi toft avec la Garnison ,
& remit les magaſins. La
prife de Guastalla qu'on affiegea
quelque temps aprés , fuc
encore le fruit de cette gran
de Victoire . Tant de deffaites
des Ennemis & tant de
Conqueftes , furent accompagnées
de plufieurs autres
avantages dont j'ay déja par
lé , & qui ne font pas affez
confiderables pour en parler
une feconde fois.
GALANT 165
Voila la fituation où eftoient
les affaires d'Italie , lors que
l'on a ordonné à Londres de
rendre graces au Ciel , pour
les heureux fuccez des Alliez
de la Couronne d'Angle
terre en Italie. On ne peut
faire de pareilles publicas
tions , fans avoir pris grand
foin de cacher au peuple An
glois des veritez qui ne font
ignorées d'aucuns des autres
peuples de l'Europe .
Quant à ce qui regarde
les fuccez des armes de l'Empereur
du colté de l'Allema
gne , la prife Landau peut
166 MERCURE
avoir donné occafion d'en
parler en Angleterre , mais fi
on avoit voulu faire attention
à tout ce qui s'eft paffé
depuis , à la Bataille gagnée
par M' le Maréchal de Vil
lars ; aux expeditions faites
par M l'Electeur de Baviere ,
aux avantages remportez par
Mr le Comte de Tallard ,aux
Places dont il s'eft emparé ,
aux Poftes importans qu'il a
pris , aux grandes contribu
tions que Mr le Maréchal de
Villars & ce Comte ont im
pofées , ainfi qu'à tout ce que
l'on a fait pour rendre la prife
GALANT 167
de Landau inutile aux Alle
mans , on n'auroit pas parlé à
Londres des heureux fuccés
de l'Armée de Mr.le Prince
de Bade , puifque fi on en
excepte la prife de Landau ,
ce Prince n'a pas efté plus
heureux cette Campagne que
Mr le Prince Eugene l'a efté
en Italie.
Quoy que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne n'ait
encore que vingt ans & cinq
mois , ce Prince eſtant né le
6. Aouſt 1682. ſon eſprit &
fes lumieres ont tellement
168 MERCURE
devancé fon âge qu'on a peu
veu d'auffi grands Princes
auffi fçavans dans un âge auffi
peu avancé. Toute la Cour
en eftoit perfuadée , mais on
ignoroit qu'en s'appliquant
à l'étude des Sciences & des
Loix , il cuft appris l'Art de
la Guerre , dans le Cabinet
auffi à fond que s'il l'avoit
mis en pratique pendant plu
fieurs années . Il a paru Soldat
& Capitaine dés la premiere .
Campagne , & a fait voir par
les ordres qu'il a donnez , par
fes actions , & par fes Lettres
au Roy , qu'il eft capable
GALANT 169
ble d'agir , de commander ,
& de donner confei !. Le Roy
qui le connoift de plus prés ,
qui a des preuves de la penetration
de l'étendue de fon
efprit , de les lumiers , de fa
fageffe , & de fa prudence , &
qui fçait que l'on peut luy
confier un fecret auffi feure
ment qu'à ſon augufte Pere ,
que ce Prince marche fur fes
traces , qu'il a fait voir autant
de valeur , & de conduite
l'Armée, que Monseigneur le
Dauphin , & qu'il s'est fait
ainfi que ce Prince admirer ,
& aimer de toutes les Trou-
P. Decembre 1702 .
170 MERCURE
pes , le Roy , dis je , fçachang
toutes ces chofes , a crû Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
capable d'entrer dans
tous les Confeils , & Sa Ma .
jefté ayant déclaré que ce
Pince y entre oit à l'avenir ,
toute la Cour en a fait compliment
à Monfeigneur le
Dac de Bourgogne , & a
marqué en metme temps
beaucoup de joye de ce qu'il
eftoit nommé Generaliffime
des Armées du Roy en Fandres
pour la Campagne pro .
chaine. , ce qui fait eſperee
qu'elle fera aufli heureufe que
CALANT 171
glorieufe aux Armes du Roy.
Comme Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , aura ſouvent
entré avant l'ouverture de
la Campagne , dans les Con .
fels d Erar , & de Guerre ,
ce Prince fçura ce qui conviendra
au bien & à la gloire
de l'Etat ainfi qu'à la fituation
des affaires prefentes ,
& s'il tera à propos , fuivant
cette fituation de faire des
Sieges , de donner des Ba
tailles , ou d'arêter ſeulement
TEnnemy pendant qu'il fera
plus important den triompher
ailleurs pour le bien
Pij
168 MERCURE
devancé fon âge qu'on a peu
veu d'auffi grands Princes
auffi fçavans dans un âge auffi
peu avancé. Toute la Cour
en eftoit perfuadée , mais on
ignoroit qu'en s'appliquant
l'étude des Sciences & des
Loix , il cuft appris l'Art de
la Guerre , dans le Cabinet
auffi à fond que s'il l'avoit
mis en pratique pendant plu.
fieurs années. Il a paru Soldat
& Capitaine dés fa premiere .
Campagne , & a fait voir par
les ordres qu'il a donnez , par
Les actions , & par fes Lettres
au Roy , qu'il eft capable
GALANT 169
ble d'agir , de commander ,
& de donner confei !. Le Roy
qui le connoift de plus prés ,
qui a des preuves de la penetration
de l'étendue de fon
efprit , de les lumiers , de fa
fageffe , & de fa prudence , &
qui fçait que l'on peut luy
confier un fecret auffi feure
ment qu'à ſon augufte Pere ,
que ce Prince marche fur fes
traces , qu'il a fait voir autant
de valeur , & de conduite à
l'Armée, que Monſeigneur le
Dauphin , & qu'il s'eft fait
ainfi que ce Prince admirer ,
& aimer de toutes les Trou-
P Decembre 1702.
170 MERCURE
pes , le Roy , dis je , fçachang
toutes ces chofes , a crû Mon.
feigneur le Duc de Bourgogne
capable d'entrer dans
tous les Confeils , & Sa Ma .
jefté ayant déclaré que ce
Pance y entreroit à l'avenir ,
toure la Cour en a fait compliment
à Monfeigneur le
Dac de Bourgogne , & a
marqué en metme temps
beaucoup de joye de ce qu'il
eftoit nommé Generaliffime
des Armées du Roy en Flandres
pour la Campagne pro .
chaine. , ce qui fait efperee
qu'elle fera auf heureufe que
CALANT 171
glorieufe aux Armes du Roy.
Comme Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , aura fouvent
entré avant l'ouverture de
la Campagne , dans les Con
fels d Erar , & de Guerre ,
ce Prince fçura ce qui conviendra
au bien & à la gloire
de l'Etat ainfi qu'à la fituation
des affaires prefentes ,
& s'il fera à propos , fuivant
cette fituation de faire des
Sieges , de donner des Ba
tailles , ou d'arêter feulement
l'Ennemy pendant qu'il fera
plus important den triompher
ailleurs pour le bien
Pij
172 MERCURE
des affaires & de differer les
Conqueftes dont on fe oit
affure d'un cofte , pour en
faire d'autres plus proffées
afin de faciliter celles qu'il
feroit plus tard & de les ren .
dre plus éclantes . Ce Prince
inftruit à fond de toutes ces
choles agira d'abord , s'il eſt
à propos d'affieger des Pla.
ces , ou de donner de Batailles
, & fçaura moderer la
vivacité de la genereufe ar .
deur de fon fang , en reculant
le temps de les Victoires
, & lans combattre ne laif.
fera pas de vaincre puifqu'il
GALANT 173
triomphera de luy même , &
de la noble & genereule impatience
qui luy fait fouhaiter
avec une fi vive , &
fi louable ardeur de fervir le
Roy & l'Etat , en expofant
fa perfonne à tous les perils
que courent les Princes qui
ne refpirent que la gloire
qu'on acquiert en cueillant
des lauriers , & qui conduit
à l'immortalité.
S'il eftoit permis à Monfeigneur
le Duc de Bourgo .
gne de fuivre les mouvemens
qui l'entraînent vers cette
gloire qui fait les Heros , il
Piij
174 MERCURE
marcheroit bien toft fur les
traces d'Alexandre , dont on
vient de graver la fixiémé
Bataille d'aprés Mr le Brun ,
cette Bataille qui n'eſt point
du nombre de celles qui ont
efté gravées par Mr Audran ,
vient de l'eftre par Mr Picault
, qui a gravé les cinq
premieres , qui ſe vendent
chez Mr Picard le Romain .
Le fujet de cette de fixiéme
Bataille et le Combat de
Porus , Roy des Indes . Cette
Eftampe eft de la même gran.
deur que celle du Paffage du
Granique. Elle eft dediée à
GALANT 175
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
par Mr Picault
, dont
je viens de vous parler , & ſe
vend avec Privilege
du Roy
chez Mr de Rais , Mailtre
Peintre
, fur le Pont noftie-
Dame
au Griffon
d'or cou .
ronné. On ne peut jetter les
yeux fur cette Eftampe
fans
la trouver
gracieule
Les Con .
noiffeurs
en admirent
le bu .
fin.
On s'eft apperçu depuis
quelques années que beau
coup de gens vivoient tres
long temps , que les uns approchoient
de la centiémé
Piiij
176 MERCURE
année , que
les
autres
joüiffoient
de
la vie
jufqu'à
cet
âge
, & que
d'autres
le paffoient
de
plufieurs
années
.
On
a remarqué
en
même
temps
, que
ceux
qui
ga .
gnent
leur
vie
par
un
tra
vail
penible
, & qui
ne con
.
noiffent
aucuns
remedes
parviennent
plutôt
à ce grand
âge
que
les
autres
, &
que
pour
un
homme
de diftinc
.
tion
qui
vit
cent
ans
, il s'en
trouve
vingt
qui
font
obligez
de
gagner
leur
vie
à
la
fueur
de
leur
corps
, qui
à ce
grand
âge
fe trouvent
GALANT 177
encore en parfaite fanté..
Vous en avez vû beaucoup
d'exemples dans mes Lettres ,
en voicy encore un
Un Païfan de la Generali.
té de Montauban , nommé
François Ligarre , de la Paroiffe
de Valperionde fut af
fifté à la mort au mois d'Octobre
dernier , par M' Bayet
Vicaire de ce lieu. Ce Payfan
eftoit âgé de cent trois ans .
Il avoit eu deux femmes. Il
s'eftoit remarié aprés cinquante
années de veuvage ,
& avoit paffé trente ans avec
fa derniere femme. Ce bon
178 MERCURE
.homme n'avoit pour tout
bien qu'une petite mailon ,
& deux arpens de terre ; de
forte qu'il ettoit obligé de tra .
vailler beaucoup pour gagner
fa vie , il eftoit fi affidu
à fon travail , que les jeunes
gens les plus robuftes faifoient
beaucoup moins de
travail que luy de maniere
qu'il a vécu affez commodement
tant qu'il a esté en eſtat
d'agir ; mais fes forces eftant
épuifées depuis environ quin .
mois , & ne pouvant plus travailler
que foiblement , il
tomba dans la mendicité.
GALANT 179
Ce pauvre homme fe trouvant
en cet eftat , & ne vou
lant rien negliger de tout ce
qui dépendoit de luy , & qui
pouvoit le faire vivre , alloit
fouvent chercher du pain juf
qu'à trois lieuës de fon habiiation
, ce qu'il fit encore
huit jours avant fa mort que
fes forces luy manquerent
;
ce qui fit connoistre qu'il
n'eft mort que faute d'avoir
pris affez de nourriture pendant
les derniers jours de fa
vie , & par une entiere extinction
de chaleur naturelle ,
n'ayant pas eu la moindre
180 MERCURE
petite fievre. Il eftoit d'un fi
bon temperament
qu'il n'a
efté malade qu'une fois pendant
toute la vie , & depuis
foixante ans qu'il avoit eu
une legere maladie , il s'eftoit
toûjours bien porté jufqu'au
temps de fon decés.
La mort a auffi enlevé
dans le même temps un fameux
Medecin , qui eft mort
dans un âge fort avancé . S'il
avoit vécu auffi long temps
que le Paysan , on ne fe feroit
point étonné de cette lon.
gue vie , puifque ceux qui
croyent fçavoir le fecret de la
GALANT 181
procurer aux autres , doivent
s'en fervir pour eux mêmes.
Ce Medecin , qui eftoit originaire
de Bordeaux , eftoit
Doyen de la Faculte de Medecine
de la même Ville .
Ceste Faculté ett tres celebre.
Mr Emery dont je vous
parle , & quien estou Doyen ,
eft decedé en fa maifon de
Boubes , où il s'eftoit retiré
pour le décharger des fitigues
du penible employ qu'il
exerçoit avec beaucoup de
reputation depuis un grand
nombre d'annees . Comme il
eftoit amateur des belles Let
182 MERCURE
tres où il excelloit , il eftoit
eftimé par tout où il y avoit
d.s Sçavans & des beaux Efprits
Feu M'Sarrazin le cheriffoit
, & avoit lie une étroite
amitié avec luy. Vous jugez
bien
par là que
M
Emery
n'eft pas mort june M'Sar.
razin avoit fait connoiffance
avec luy dans le temps que
Monfieur le Prince de Conti ,
Pere de celuy d'auiourd'huy ,
efto.t à Bordeaux. Ils com.
mencerent en ce temps là un
commerce d'efprit qui a duré
juſqu'à la mort de Mr Sarrazin.
Mr Emery a fait un fort.
GALANT 183
grand nombre de beaux Vers
Latins. I compofa un Poëme
pour Mr le Maréchal d'Albret
, lors que ce Naréchal
eftoit Gouverneur di Guyon.
ne , où il fait entrer tous les
Anceftres de ce Gouverneur ,
& rapporte leurs plus belles
de
actions. Si l'on avoit un recueil
de toutes les Poefies
on y verrou briller beaucoup
genie. Il a couronné tous
fes Ouvrages par des Vers
heroïques qu'il a compofé
pendant fa maladie , fur une
Fontaine de Sablanceaux
chantant , pour ainfi dire ,
184 MERCURE
comme un Cigne avant de
le plonger dans le Tombeau .
L'Epiraphe fuivant a paru
ap és la mort de ce fameux
Medicin
.
JOANNIS EMERY
Burdigalenfis.
EPITAPHIUM.
Emerius fuit emeritus vates
medicuique ,
In Phoebigeminâ floruit arte
fimul .
GALANT 185
TRADUCTION .
Il fut favory d'Apollon ,
Habile Medecin , & celebre
Poëte ,
Il cuëilloit au facré Vallon ,
Lherbe medecinale , & la tendre
Acurette.
"
•
Je vous envoye un . Noël
contre la vanité du monde .
Les paroles font du Pere Raphaël
Imbert , Auguftin dé .
chauffé. Elles ont efté faites
fur l'air d'une Sarabande nouvelle
. Il y a fi peu de temps
que Noël eft paffé , que cet
Decembre
1702 . Q
186 MERCURE
Ouvrage peut estre encore
de failon. On devroit même
le lire & le chanter fouvent ,
puiſqu'on ne peut refléchir
fur les paroles qui compo .
fent ce Noël , fans entrer
dans des fentimens
que tout
Chriftien doit avoir .
R
Etirez- vous Dieux de terre &
de fange
Demons trompeurs > fantômes
odieux.
Je vous connois , je ne prens plus le
change
J'aurois horreur d'adorer de faux
Dieux.
Il n'en est qu'un , & j'aprens par
un Ange
GALANTU 187
Qu'en ce beau jour , il est venu
des Cieux.
S
Riches habits , or , argent , Dieux
du monde
Vains ornemens , modes , retirez
vous >
Le Roy du Ciel de la terre & de
Ponde
.
Maifre de tout méprife tout pour
pour nous :
Pauvre , humble , nu, d'une Vierge.
feconde
Ce grand Dieu naift pour le Salut
de tous.
Jeux , Ris , Plaiſirs , Opera , Comedie
Retirez vous Idoles de ce temps :
Le Fils de Dieu ne confacre fa
vie
Qij
188 MERCURE
Qu'à la fouffrance , à la Croix ;
aux tourmens ;
Par-là , mondains , cet enfant vous
convie
A renoncer aux vrais plaifirs des
fens.
Beauté , moleffe , amour illegiti
me
Honteux Commerce , allez, allez
bien loin ,
Homme charnel pour expier ton
crime
L'amant Divin eft couché fur le
foin
Dés fa naiffance il fe rend ta Victime
Et pour l'aimer tu ne prens aucun
foin
S
Fafte , Grandeur , dignité , rang »
Couronne ,
GALANT 189
Divinitez qui charmez les Humains
;
Retirez - vous , Jeſus vous abandonne
>
Vous foule aux pieds , comme des
honneurs vains.
L'humilité qu'on voit en fa per
Sonne
Convient à ceux qui veulent eftre
Saints.
S
Que voyons - nous en fa fainte
naissance
Etable , Crèche , animaux , nu
dité :
Rien de ce gouft qui flate en appa-.
rence :
Tout y confond , Chreftien , ta vanité
,
De l'imiter il eft de confequence ,
Pour acquerirlheurenfe éternité:
190 MERCURE
Mr de Bouffet Maitre de
Mufique du Roy , pour les
Academies Françoife , des
Sciences , & des Infcrip .
tions , dédia l'année dernie .
re à Madame la Ducheffe de
Bourgogne , un Recüeil gra
vé d'Airs ferieux & à boire ,
& cet ouvrage ayant eu tout
le fuccés qu'il pouvoit en at.
tendre , on acheve de graver
un fécond Recüeil qu'il aura
l'honneur de prefenter à cete
Princeſſe au commence
ment de l'année prochaine .
Ily a lieu de croire que cet
ouvrage aura un auffi grand
GALANT 191
fuccés
que le
premier
, cet
Auteur
s'eftant
acquis
une
fort
grande
reputation
dans
l'Art
dont
il le mêle
. Ses
Ouvrages
fe vendent
chez
Mr
Ballard
, feul
Imprimeur
de la Mufique
du Roy
, chez
Mr.
Brunet
, Marchand
Libraire
au Palais
, & chez
Mr
Foucault
, Marchand
rue
S.
Honoré
à la Regle
d'or.
Il ne doit rien manquer
à a Relation que je vous envoye
, puifqu'elle eft tirée de
deux belles Relations venuës
de Genes.
192 MERCURE
La Republique de Genes
ayant appris que le Roy Ca.
tholique avoit refolu d'hono.
rer les Etats de fa prefence
en s'en retournant en Efpagne
, commença auffi toft à
fonger aux moyens les plus
propres pour faire paroiftre
en cette occafion la veneration
qu'elle avoit pour Sa
Majefté , & afin de les trouver
plus furement , elle dépê .
cha à Milan , mais fans caractere
, le Seigneur Francifco
Mari , avec ordre d'en don .
ner au nom de la Republique
les témoignages qui luy
eltoient
GALANT 193
eft oient dûs , & de penetrer
les fentimens & l'intention
des Miniftres , touchant le
logement & la reception de
Sa Majesté . On fçeut le 7. de
Novembre par la diligence
de cet Envoyé , que Sa Ma .
jesté eftoit partie le jour precedent
, & qu'elle avoit pris
la route d'Alexandrie
. Ainfi il
fut ordonné aux fix Seigneurs
que les Colleges avoient def
tinez pour l'aller compli
menter à l'entrée des Etats
de la Republique , de s'avancer
à Novi , ce qu'ils firent
le
lendemain ,
accompagnez
Decembre 1702. R
194 MERCURE
de loixante Eftafiers & de fix
Pages , avec douze chevaux
de main , & une grande fuite
de Nobleffe à cheval Ces fix
Seigneurs furent Giovanni
Agollino Centurione , Clemente
Doria , Francifco Maria
Balbi , Francifco Maria
Serra , Giacomo Viale , &
Giovanni Giacomo Imperia
le. Ils fe rendirent le
confins de la Republique ,
entre Novi & Alexandrie ,
cù un Bataillon de cinq cens
Corfes s'eftoit étendu , pour
lervir d'Avant -garde en elcortant
le Roy julqu'à Saint
9. aux
GALANT 195
Pierre d'Arenes. Le Marquis
" Michel - Ange Gentile , Sergent
Major de Bataille eftoit
à la tefte de ce Regiment.
Les Envoyez ayant apperçu
· Sa Majeſte mirent pied à terre
, & le Roy fit arrefter fa
Chaife & baiffer les glaces ,
pour écouter le Marquis de
Centurion , qui eftoit le premier
des Envoyez , & qui
luy fit un tres beau difcours ,
par lequel il tâcha de luy exprimer
la joye de la Republique
pour l'honneur que luy
faifoit un
' que , le ſuppliant d'agréer le
grand Monar .
Rij
196 MERCURE
peu que la brieveré du temps
luy avoit permis de preparer
pour le recevoir . Le Roy le
remercia , & témoigna eſtre
fort fatisfait de l'attention de
Ja Republique , donnant des
marques d'une eftime fingu .
liere pour elle & pour les En .
voyez. Les complimens ache.
vez , les Envoyez le rangerent
derriere la Chaiſe du Roy ,
& monterent en Caroffe à fa
fuire . Le Roy dans fa route fa
luoit le Chapeau bas les Officiers
des Troupes & des Mili.
ces , dont les chemins fe trouvoiɛnt
bordez,& arriva àNovi
GALANT 197
fur les trois heures aprés midy.
Le foir , les Envoyez furent
admis à une Audience
particuliere , dans laquelle le
Roy demeura découvert , &
répondit à ce qu'ils luy di
rent en des termes qui mar
quoient que Sa Majefté en
eftoit tres fatisfaite.. Là elle
fe fervit pour la premiere fois
du logement que luy avoic
destiné la Republique , par
l'ordre de laquelle le Sei
gneur Antonio Negrone , &.
le Seigneur Agoftino Viale ,
avoient fait preparer cinq
maiſons des meilleures de ce
Riij
198 MERCURE
lieu là , toutes magnifiquement
meublées & jointes enfemble
avec des Ponts fur les
ruës , en forte qu'elles ne pa-:
roiffoient qu'une mailon leu .
le , mais fi grande qu'on y put
recevoir commodement le
Roy & la Nobleffe la plus
diftinguée de la Cour comme
le Cardinal d'Eftrées , le
Prince de Vaudemont , le
Comte de Marfin , Ambaffadeur
de France , & un grand
nombre de Seigneurs que fuivoient
Sa Majesté avec tous
ceux qu'ils menoient pour:
les fervir. Ils furent traitez
4
GALANT 199
fomptueuſement au nom de
la Republique , & ceux qui
fervoient d'escorte à Sa Ma
jesté , furent pourvus abon.
damment de fourage , & de
toutes les choles neceffaires,
avec défenſe expreſſe à leurs
Hoftes de prendre aucun
payement de la dépenſe qu '
ils pourroient faire. Les prin
cipaux Seigneurs de la Cour
furent fi contens que l'un
d'eux , fçavoir , le Comte de
Benevent , ne pur s'empê
cher de le témoigner au Roy
même le foir à fon deshabil
ler. Sire , luy dit ik , nous avens
R iiij
200 MERCURE
efté traitez à une table où nous
eftions environ foixante perfon
nes. On y a ferry plus de quatre i
cens plats , outre quatre vingt dix
pyramides tres grandes de fruits ,
de confitures , tant à la Françoiſe
qu'à la maniere de Genes .
Je n'ay point de termes pour bien
exprimer à Voftre Majesté la magnificence
de ce fomptueux repas :
Tous les autres n'ont pas efté
moins bien regaleZ que nous, &
l'on peut dire avec verité que la
table de vos Gardes efloit digne
de votre Perfonne , Plufieurs
autres Seigneurs le ſeconde .
rent en donnant de grandes
GALANT 201
louanges au fuperbe traite .
ment qu'ils avoient reçu de
la Republique , & ce difcours
continua jufqu'à ce que le
Roy s'eftant tourné vers les
fix Envoyez qui eftoient prefens
, leur dit , qu'il eftoit obligé
de cette reception à la Republique,
& qu'il fe feroit un grand plaifir
de luy pouvoir donn r des mar·
ques defa bienveillance . Quelqu'un
ayant dit à Sa Majeſté
qu'on avoit emprisonné un
malheureux pour avoir pris ,
contre la deffenſe publiée ,
quelque peu d'argent d'un
Dragon à qui il avoit donné
202 MERCURE
à manger , elle témoigna fou
haiter qu'il fuft mis en liber.
té , ce qui fut executé dans le
moment même pour faire
paroiſtré la foûmiſſion qu'on
avoit pour tout ce qu'il luy
plaifoir d'ordonner
. Le même
traitement
fut fait à tou
te la Cour à Voltaggio
& à
Campomorone
; mais Sa Ma.
jefté ayant voulu eſtre ſervic
à les dépens à Saint Pierre
d'Arenes dans le Palais du
Duc de Saint Pierre , la Republique
y pourveur en la
meilleure forme qu'il luy for
poffible , faifant amaffer une
GALANT 203
grande quantité de foin &
d'avoine , & établir, plufieurs
marchez & boutiques de cho
fes propres à manger. Le
matin du 10. Sa Majesté
partit de Novi , & antiva à
l'heure du dîner à Voltag
gio , où elle s'arresta le rette
du jour. Elle y fut fervie de
la même forte , & auffi magnifiquement
qu'à Novi , par
les Seigneurs Juliano Spinola
& Giovanni Battista Rocca.
Le 11. le Roy partit de bonne
heure , parce qu'il vouloit arriver
le foir à Saint Pierre
d'Arenes. La marche de cette
204 MERCURE
journée devoit eſtre longue.
Ce fut par cette raifon qu'il
fit dire que fon intention
eftoit de ne pas deſcendre à
Campomorone , & qu'il don .
na ordre qu'on luy preparaft
quelque chole de froid à
manger par le chemin. Cela
fut executé , mais enfuite
ayant changé de penlée , &
s'eftant arrefté dans la mai .
fon qu'on luy avoit deftinée
pour fon logement , il y fut
traité auffi fplendidement
qu'il l'avoit eſté à Noví &
Voltaggio , & pour ne point
perdre de temps , on fervit
à
GALANT 205
de grandes tables de gras &
de maigre , par les foins des
Seigneurs Dominico Doria
& Agostino Mari Torreri ,.
qui dans cette incertitude ,
quay que fort preffez du
temps , pourveurent abondamment
à toutes chofes
failant dreffer grand nombre
de sables dans les cours des
Hotelleries , en forte qu'on
trouva fur le chemin & dans
toutes les places affez de vian
de & de pain pour n'en point
manquer , avec des tonneaux
de vin , & autres chofes femblables
, aprés quoy le Roy
206 MERCURE
fe mit de nouveau en marche
du cofté de Saint Pierre
Sur
les
vingt
&
une
heures , le Doge avec les Col.
leges partit du Palais pour fe
do
rendre au même lieu , afin
d'y faluer ' Sa Majesté à fon
arrivée. Les Gardes Alleman .
des en habit de parade marchoient
devant luy , & étoient
fuivies du Seigneur
Stephano Gentile Sergent
general avec quarantejeunes
Cavaliers tres richement vé.
tus & fuperbement montez ,
qui avoient une fuite fort
nombreuſe de belles livrées.
GALANT 207
Derriere eux marchoient les
vingt quatre Pages du Doge.
vérus à l'antique de velours
cramoffi couvert de igalons
d'or , & aptés eux venoit le
Doge dans la chaife magni
fique , ornée toute de brode.
rie d'or , & environnée d'autres
Gardes Allemandes , &
d'Officiers avec la maffe &
l'épée , qui font les marques
accoûtumées de la Principauté
Les Senateurs le fuivoient
dans de tres belles litieres,&
le reste de la Noblef
fe formoit un cortege d'en
viron cinquante caroffes .
208 MERCURE
A l'arrivée du Roy , qui
fut falué avec des falves
Royales par l'Artillerie de
toute la Ville , le Doge fe
trouva à la porte du Palais
où devoit loger Sa Majefté ,
qui l'ayant aperçeu defcen
dit de Cheval , & aprés l'avoir
falué fit couvrir le Doge
& tous les Colleges . Entuire
l'ayant mis à fa gauche ils
monterent l'efcalier enfemble
, & entrerent dans la
chambre du lit. Ils y eurent
un entretien de peu de durée
dans lequel le Roy traira
le Doge d'Alteffe , apres ce
GALANT 209.
a
la il le conduifit à la porte de
la chambre qui eftoit contigue
à celle- là . Le Comte
de Priego, Majordome de Semaine
, alla feulement juſqu'à
l'efcalier , quoy que l'on fut
convenu qu'il le conduiroit
jufques à la porte de la rue ,
& cela faute d'en avoir eu
l'ordre comme on le déclara
au SeigneurFranciſco
Mari,le
Duc Medina Sidonia donna
l'heure pour la vifite du jour
fuivant , & fur l'inftance qui
fut faite de tenir les chofes
dont on eftoit convenu , que le
Comte de Priego , iroit aude-
Decembre 1702. S
210 MERCURE
vant du Doge , & qu'il l'accom
pagneroit , ce Comte s'y op .
pofa avec obftination , par des
raifons aufquelles il y eut de
fortes repliques. Cette contef
ration dura tres longtemps ,
& en fin pour accommoderles
chofes , fans que le ceremo .
nial en fouffrit aucune atteinte,
il fut arrefté d'un commun
confentement qu'on prendroit
un ordre par écrit du Se--
cretaire d'Etat . On expofa
dans cet Ordre que c'eftoit la
volonté de S. M. qu'on allaſt
au.devant du Doge & qu'on
l'accompagnaſt juſques à la
porte.
GALANT 201
•
Le lendemain , fur les trois
heures aprés midy , le Doge
accompagné des Sénateurs ,
fe rendit dans le même or
dre au Palais de Saint Pierre ,
Le Comte de Priego , pre
mier Gentilhomme de la
Chambre , le reçur àla porte
du Palais , &
l'accompagna
juſqu'à la Salle des Audian .
ces , aù Sa Majesté qui estoit
environnée de les Gardes ,
le fit couvrir , aprés quoy
elle monta à fon Trône , s'y
tint debout fous le Dais , appuyée
fur une petite table
& prêta au Doge une at
B
Sij
212 MERCURE
tention tres favorable. La
Doge luy dit , que la Repu
blique regardoit entre fes plus
beureux évenemens le bonheur
qu'elle avoit de rendre dans fes
Etats fes tres humbles refpects
à un fi puiffant Monarque ;
qu'elle avoit beaucoup de confu
fion de ne luy pouvoir exprimer
que fort imparfaitement leplaifir
qu'elle en reffentoit, & queparmy
graces dont il la com .
tint
de
bloir , elle efperoit qu'il luy donen .
roit des occafions où elle pourroit
plusparticulièrement lui marquer
fon zele la veneration qu'elle
qu'elleconferviroit toû. avois
GALANT 213
jours pour fa Perfonne Royale ,
Seflatant que Sa Majesté auroit
la bonté de luy continuer l'hon
neur de fa bien veillance , Le
Roy répondit . Voftre Alieffe
&la Republique ; devez eftre
toûjours bien perfuadées de mon
amitié , & attendre à l'avenir
une plus grande correspondance
en toutes les occafions qui fe pour
ront prefenter. Je remercie la Republique
de ce qu'elle a fait à
mon égard. Le Doge repliqua
en peu de mots par des re
mercimens convenables &
par des augures pour la fanté
& pour la profperité de Sa
214 MERCURE
Majeffé . Enfuite fa Serenité
fe couvrit , & le mit à la gau .
che du Roy qui l'accompagna
hors la porte de la Salle ,
d'où le Comte de Priego le
coaduifit hors du Palais , juf
qu'à ce qu'elle fut montée
dans fa chaife. Aprés les com
plimens ordinaires ce Comte
le retira , & le Doge & les Se
nareurs retournerent dans le
même ordre au Palais Royal.
Le foir on envoya à Sa Ma .
jefté le regale ordonné
dans vngt quatre magnifiques
caiffes de confitures & .
d'eaux de fenteur , couvertes
GALANT 215
de velours & de brocard d'or
& ornées , quelques unes de
galons & de riches franges ,
d'autres bordées avec des pla
ques d'argent maffif gravées
de chiffres & d'Embletmes ,
avec un travail relevé d'or &
d'argent , le dedans accom
modé de telle maniere qu'on
n'y pouvoit rien fouhaiter de
plus & toutes tres bien pein
tres. On les mit dans la Sale
du Palais où logeoit le
Roy qui alla les voir , & les
ayant fair ouvrir , dit aprés
les avoir long temps regar
dées , qu'il n'avoit jamais rien.
216 MERCURE
veu de plus beau . S'eftant
enfuite tourné vers les En,
voyez , il ajouta que la Répu
blique faifoit des chofes qui al.
·loient au plus haut point de per
fection , que ce regale luy eftoit
tres cher , & qu'il en eftoit fort
obligé à la République . Il firen .
fuite la diftribuation de ces
quaiffes dont il en deftina
dix fept pour l'Espagne &
une pour la Cour de Savoye.
Il partagea les fix autres entre
le Cardinal d'Eftrées , le
Prince de Vaudemont , le
Comte de Saint Etienne &
le Comte de Marfin .
Le
GALANT 217
1 Le 13. Sa Majeſté entra
dans Genes , accompagnée
feulement de foixante Mouf
quetaires à cheval , & mit
pied à terre à la porte de l'Eglife
de S. Laurent , où elle
fat reçeuë par l'Archevêque
en habits Pontificaux à la
tefte de fon Clergé qui la
conduifit au Maiftre Autel.
Sa Majesté y fit les prietes, &
alla enfuite honorer les Cendres
de S. Jean Baptifte dans
fa Chapelle. On apprit qu'el
le avoit envie de voir le precieux
Baffin d'Emeraudes ,
mais comme on n'avoit pas
Decembre 1702. T
218 MERCURE
fçeu qu'elle deuft entrer dans
Gennes , le Gardien de ce
baffin ne fe trouva point à
l'Eglife , ce qui fut caufe que
les Envoyez de la Républi .
que eurent l'honneur le len .
demain de luy porter le baffin
à fon Palais . Le Roy en
fut tres content , & admira
cette rare piece. Au fortir de
Saint Laurent il fit le tour de
la Ville & paffant par la
Place de S. Cyr , & par quele
ques autres , il falua chapeau
bas , & avec beaucoup d'honnetteté
la Nob'effe qui fe
trouva dans les Loges , Quoy
9
GALANT 219
qu'il fuft incognito , il ne laiſſa
pas d'eltre precedé par une
Garde de Corfes , & environ .
né des Halle bardiers du Palais.
La Republique efperoit
que le Roy luy feroit la grace
d'agréer le foir une faſte de
Bal & d'Opera. Elle fit preparer
pour cela en Theatre
dans le Palais du Marquis
Eugene Durazzo , & fabri
quer une loge doù Sa Ma
jefté pourroit toüir de ce divertiffement.
Tout eftoit tres
bien orné , & la magnificence
entiere . On y voyoit briller
l'or , l'argent , & les criſtaux ,
Tij
120 MERCURE
les luftres detous côtez , mais
le mauvais temps empêcha le
Roi de s'y trouver, ce qui caufa
beaucoup de chagrin , principalement
au Peuple , qui
efperoit de voir Sa Majesté
fur le foir que toute la Ville
eftoit illuminée , & qu'on ne
voyoit que pompe par tour.
Le 14 on apporta du Palais
un tres abondant regale
de chofes propres à manger,
aux principaux Seigneurs.
de la Cour , fur quoy le Duc
de Medina dit au Roy , en
prefence des Envoyez & de
plufieurs Nobles de la RepuGALANT
121
blique que non contente de
ce qu'elle avoit fait pour ſa
perfonne , elle avoit encore
voulu l'honorer en celle de
les Miniftres , par un fuperbe
prefent qu'elle leur avoit en.
voyé.
Il ne faut pas oublier de
dire que le jour de l'arrivée
du Roy à S. Pierre d'Arenes, le
feu s'eftant mis au Palais du
Marquis Jofeph Doria ; qui
avoit efté preparé pour loger
la Cour , Sa Majefté ordonna
qu'il fuft rétabli à ſes dépens.
Ce Marquis l'en remèrcia , &
luy dit que rien ne luy pou-
T iij
122 MERCURE
voit eftre plus glorieux que
d'avoir fait un feu de joye ,
pour témoigner le plaifir fen.
fible qu'il avoit de fon heureufe
arrivée. Sa Majesté fur
fi fatisfaite d'une fi genereufe
réponſe , qu'elle ordonna
qu'il fult payé de toutes les
rentes qu'il a au Royaume
de Naples , avec les arre
rages échus.
Le 1s le vent frais du jour
precedent s'eftant calmé , le
Commandant des Galeres
de France fortit du Port avec
toutes les Galeres , & vint
dire qu'il eftoit temps de parCALANT
123
1
tir. C'eft pourquoy on embarqua
en grande hâte la
meilleure partie des Equipapes
, mais comme il eftoit
fort tard , le départ fut diffe ,
ré , & les Efcadres s'en re
tournerent en partie aprés
avoir fait une falve.
Le foir le Marquis de Riyao
donna par ordre du Roy
au Seigneur Franceſco Mari
cinq Diamans enchaflez dans
aurant de Bagues , un pour
luy , & les quatre autres pour
les quatre premiers Envoyez ,
difant qu'il n'en avoit point
pour les deux autres , mais
Tiiij
124 MERCURE
qu'ils leurs feroient envoyez
inceffamment. Chaque Dia .
mant valoit environ fept cens
piftoles. Ce Prefent fut accompagné
de vives expreffions
touchant l'eftime tresparticuliere
que le Roy avoit
pour la Republique , & l'envie
qu'il avoit de reconnoître
ce qu'elle avoit fait pour luy
C'est dans ces termes que les
Miniftres de Sa Majesté Catholique
en ont toûjours par.
lé , le Comte de Saint Etienne
ayant dit à la table du Prince
de Vaudemont en prefence
de quelques uns des Envoyez
GALANT 125
de Genes , & de plufieurs
Etrangers , que le Roy n'ou
blieroit jamais la reception
qu'on luy avoit faite . De leur
cofté les Envoyez de la Ré
publique ont fait paroître une
extrême fatisfaction de toutes
les manieres honneftes
que les Seigneurs de la Cour
avoient pour eux.
Le 16 le temps continuant
d'eftre favorable , le Doge
& les Senateurs fe rendi .
rent pour la troifiéme fois
mais avec beaucoup plus de
fuite au Palais de Saint Pier
re , & ils y furent receus
126 MERCURE
avec les mefmes ceremonies.
Sa Majesté s'eftant mife fur
fon Trône , le Doge eut
l'honneur de la complimen
ter & de luy fouhaiter un
heureux voyage au nom de
la Republique , l'afforant
toujours de les tres - humbles
respects & la fuppliant de luy
vouloir conferver les fenti
ment de bonté qu'elle tuy
avoit marquez. Le Roy luy
donna de nouveaux témoi
gnages de fa bien veillance ,
& luy dit qu'il eftoit extremement
fenfible aux foins
qu'avoit pris la Republique
GALANT 127
de luy faire faire une fi agrea.
ble reception , ajoutant qu'il
n'en perdioit jamais la me
moire . Enfuire Sa Majesté
defcendit de fon Trône , &
ayant le Doge couvert à fa
gauche,elle fe rendit au bord
de la mer , jufqu'à un Pont
que la Republique avoit fair
conftruire pour l'embarquement.
Ce Pont eſtoit long
de quatre cens palmes , lar
ge de quarante , garni de
balustrades de chaque cofté
avec des ftatues d'efpace en
espace & tout couvert de
drap rouge . La moitié du
128 MERCURE
Pont eftoit foutenu par de
groffes poutres , & la partie
qui avançoit le plus dans la
mer , eftoit fur un Ponton ,
Ces deux parties eftant join .
tes l'une avec l'autre par un
Pont Aotant qui alloit en
avant & en arriere felon le
mouvement de la mer , mais
la marée s'eftant trouvée ce
jour là plus forte qu'à l'ordi
naire , la Galere Royale ne
put s'approcher affez de l'extremité
du Pont & pendant
que l'on plaçoit les échelles ,
afin que le Roy le puft em.
barquer dans la chaloupe ,
GALANT 129
le Pont flotant qui joignoit
la partie mife fur le Ponton
à celle de terre , fe rompit ,
en forte que l'embarquement
ne fe put faire de ce
cotté là , & la chaloupe qui
alla à terre pour prendre le
Roy , fut repouffée par les
vagues . Ainfi Sa Majefté
fut contrainte de venir à pied
jufques au Port , obfervant
toujours le mefme ordre
dans la marche , paffant au
milieu des Gardes de la Republique
, en haye , les Armes
à la main , & faluant
avec le chapeau les Officiers
130 MERCURE
qui tenoient la pique haute.
Le Roy s'entretenoit toujours
avec le Doge qui luy
témoignoit le fenfible plaifir
qu'il avoit que Sa Majeſté
fuft obligée de fuivre un che
min qui ne luy avoit point
efté preparé Le Roy entra
dans la chaloupe de la Reale
avec les grands Seigneurs de
fa Cour , & comme elle n'étoit
pas aflez fpatieuſe , le
Doge & les Senateurs entre
rent en d'autres , malgré les
inftances que le Roy fit à fa
Serenité de ne pas venir plus
loin. Le Doge eftant arrivé
GALANT 131
à la Galere y fut reçeu par M²
de Forville & Sa Majesté s'a
vança à deux pas hors de la
po pe vers fa Serenité. Elle
y fut introduite ainfi que les
Senateurs , & lors qu'ils parti
rent Sa Majefté les accom .
pagna prefque jufques à l'endroit
par lequel ils defcendirent.
Eftant rentrez dans leurs
Felouques , ils furent falucz
de quatre coups de la Reale,
La ville de Genes fatua pareillement
Sa Majesté avec tou
te fon artillerie , & S. M. ré
pondit à ce falut par trois
coups de canon . Le Seigneur
132 MERCURE
Dominico Spinola , General
des Galeres de la Republi
que , eftoit déja venu s'offrir
à Sa Majefté pour la fuivre
avec fon Efcadre , mais il fut
remercié à cause qu'il falloit
moüller dans plufieurs Ports
qui ne pourroient contenir
un fi grand nombre de Galeres.
Cette réponſe fut fui .
vie de beaucoup d'affurances
pour le Senat que jamais Sa
Majefté n'oublieroit ce qu'il
avoit fait pour elle . Cependant
le General crut qu'il de;
voit l'accompagner
le premier
jour , ce qu'il fit jufqu'à
GALANT 233
Vado , où il la complimenta
de nouveau . Sa Majefté fut
faluée de trois falves de l'Artillerie
de Savone , & le Roy
luy fit rendre le falut par deux
coups de canon de la Reale.
Ce Monarque continua fon
voyage en prenant la route
d'Antibe , & tant à Savone .
qu'en Allafora, il y eut des lo
gemens preparez en cas que
l'on en euft befoin . Lejour du
départ de Sa Majefté , le Prin
ce de Vaudemont partit auſſi
avec les Troupes pour retournerà
Milan , & la Republique
defraya pendant ce Voyage
Decembre 1702 . V
234 MERCURE
avec beaucoup de magnificence
, plus de trois mille
perfonnes ,fans parler de plus
de deux mille cinq cens che,
vaux & mulets .
Madame de Chevri , gran
de Prieure de l'Abbaye Roya
le de faint Pierre de Lyon'
eft morte , elle avoit fait pro
feffion dans l'Abbaye aux
Bois de cette Ville , & Madame
de Chaulnes Abbeffe
de faint Pierre qui l'aimoit
uniquement
, allant
prendre poffeffion de fon
Abbaye l'emmena ave elle ,
& pour l'avoir toûjours auGALANT
235
prés d'elle , elle obtint du
Pape une tranflation de Maifon
pour cette Dame . Son
merite extraordinaire eftoit
2
generalement connu , on ne
pouvoit avoir plus de genie
pour les affaires les plus dif.
ficiles & les plus delicates
qu'elle en avoit. Ses talens
pour les belles Lettres , &
fur tout pour la Poëfie qu'elle
a porté à un grand point
de perfection , font genera.
lement connus.- Madame
l'Abbeffe de faint Pierre l'a
pleurée amerement & a voulu
rendre fa douleur publi-
Vij
236 MERCURE
que & luy donner tout l'él
clat qu'elle pourroit recevoir
en rendant à cette Illuftre
morte tous les honneurs mêmes
qui ne font gueres d'ufa
ge pour des Religieufes . La
ceremonie en effet fut pom
peufe , s'il m'eft permis de me
fervir de ce terme pour une ce.
remonie funebre. L'Eglife é
toit toute drappée , il y avoit
une quantiré prodigicule de
bougies blanches , & le corps
fut mis dans un cercueil de
plomb . Mr. l'Abbé de Ville ,
Grand Vicaire des Religieu
fes dans le Dioceſe de Lyon,
GALANT 237
Chevalier de l'Eglife de faine
Jean fit la ceremonie. Madame
l'Abbeffe s'eftoit reti .
rée dans fa maiſon de la Croix
Rouffe dés que fon luftre
amie & fa plus chere confidente
eut rendu le dernier
foupir,pour pleurer certe per.
te fans interruption , & on
peut dire que cette Dame
pert beaucoup dans cette
mort , puifque Madame de
Chevri eftoit tout fon fe-
Cours & toure fa confola.
tion , que c'eftoit fur elle
qu'elle fe repoloit de la plus
grande partie des affaires de
238. MERCURE
fa maifon qui font comme
l'on fçait d'une grande difcuffion
par le nombre de
Religieules & par les biens
confiderables qui font dans
cette celebre Abbaye , qui
eft un des plus magnifiques
baltimens & un des plus
grands ouvrages d'Architec
ture qu'il y ait en France .
Madame de Chevri eftoit
fille de feu Mr de Chevri
Prefident de la Chambre
des Comptes & Officier
de l'Ordre , perfonnage d'un
grand merite , & de Dame
N ..... Gobelin d'une anGALANT
239
cienne famille de cette Ville.
Mr le Preſident de Chevri
eftoit iffu d'un Maiftre des
Requettes lequel l'eftoit de
Louis Duret ce fameux Medecin
, qui eut le titre de premier
Medecin de Charles
JX . Le nom de la Mailon
eftoit Duret . Le premier
Medecin fut pere du Prefident
de Chevri & un des
ayeuls de Madame de Chevry
dont je vous aprens la
mort. Ce Prefident mourut
en 1637. aprés avoir eſté
taillé de la pierre. 3
Madame de Chevri eftoit
240 MERCURE
auffi foeur de feu Mr de
Chevri Prefident en la Chambre
des Comptes , lequel a
efté pere de Mr de Chevri
qui l'a efté de Madame la
Ducheffe de Noirmoutier.
Ainfi cette Ducheffe eftoit
petite niece de noftre Illutre
Religieufe , de la mort
dé laquelle il doit y avoir
un grand deüil fur le Parnaffe.
Car c'eftoit un des
plus beaux efpits de ce
temps . Les ouvrages de Poëfie
qu'elle a faits de temps
en temps l'ont fait regarder
comme une des merveilles
de
GALANT 241
de fon fiecle. Elle prevoyoit
fa mort il y avoit longtems ;
car elle vivoit depuis quel;
que temps dans une tresz
grande retraite , & ne vou
loit prefque plus fe mêler
des affaires .
Mr l'Abbé de Saint Ro
mhain , Chanoine d'honneur
dans l'Eglife Collegiale d'Aynay
de la ville de Lion , eft
mort fubitement. On peut
dire de cet Ecclefiaftique
que
fi la mort a efté fubite
elle n'a pas efté impreveuë.
La pratique rigoureufe de
toutes les vertus Chreftien-
X Decembre 1702 .
242 MERCURE
nes & fur tout de celles qui
conviennent à l'Etat qu'il
avoit embraffé , un zele extraordinaire
pour le ſoin des
ames & pour le foulagement
des pauvres , & une regularité
de moeurs extraordinaire ,
font de furs garands que cet
Abbé envifageoit il y avoit
long temps , ceterrible paffa.
ge qui en nous faifant perdre
la vie temporelle nous
approche de l'Eternité . Cet
Abbé paffoit une partie de
fa vie à Lion , dont il eſtoit ,
dans les fonctions les plus
édifiantes de fon Minifte .
GALANT 243.
སྐ
re , confeffant , catechifant ,
vifitant , confolant les malades
, les prifonniers & les
affligez Il en paffoit l'autre
dans un Pricaré qu'il avoit
du côté de Provence , là il y
inftruifoit à ſon ordinaire la
jeuneſſe , prêchoit & confeffoit
, donnoit une groffe par.
tie de (on revenu aux pauvres,
ne s'en refervoir qu'une pe
tite. Il employoit une autre
partie de fon temps à vifiter
les Convents de l'Ordre des
Carmelites dans l'étendue de
pays dont il eftoit Superieur
& Vifiteur. Ces bonnes Reli-
Xij
244 MERCURE
gieufes l'ont extrêmement re
gretté . Mr de S. Romain étoit
d'une bonne & ancienne fa.
mille de Lyon alliée à tout ce
qu'il y a dans cette Ville de
nobleffe.Son frere a paru avec
honneur dans le Confulat , &
il eft premier Confeiller au
Prefidial de Lyon , il n'a qu'un
fils, qui fuivant lesinspirations
de fon Oncle , s'eft jetté , tout
fils unique qu'il étoit , dans un
Ordre Religieux. Mrs de S.
Romain avoient une Soeur
mariée à Mr Meyrat de Monferrand
, auffi Officier d'un
grand merite. Il demeuroic
GALANT 245
ordinairement chez fon beau .
frere , avec lequel il eſtoit lié
d'un tendre attachement , &
il est même mort dans une de
les Terres . Cet Abbé a esté
fort regretté à Lyon , où il
eftoit un vray modele d'un
parfait Ecclefiaftique , foit
par la modeftie , par fon zele ,
& par la charité , foit par l'innocence
& l'integrité de fes
moeurs , qui ne pouvoient pas
eftre plus irreprochables.
Dame Louiſe de Compant
veuve de Meffire Nicolas le
Févre , Ecuyer S ' de Bournon .
ville , Premier Ecuyer ordi
X iij
246 MERCURE
naire de la grande Ecurie du
Roy Cette Dame a paffé les
dernieres années de fa vie
dans les exercices de la plus
folide & de la plus fincere
pieté,auffi dégoûtée du grand
monde , qu'attachée aux occupations
effentielles du vray
Chreftien . Son nom eft connu
en France , pour avoir efté
porté par d'illuftres Perfon :
nages dans l'Eglife & dans
l'Epée . Louis de Compans ,
Orateur de l'Ambaffadeur de
France auConcile de Bafle, au
défaut de l'Orateur que cet
Ambaffadeur y avoit mene ,
GALANT 247
& quiy tomba malade , s'y fic
admirer par fon éloquence.
C'efloit un Cordelier arriere
grand Oncle de cette Dame.
Jerôme de Compant autre
grand Oncle , fe diftingua à
la Bataille de Jarnac. Son
Epoux avoit longtemps fervi
avec diftinction à l'Armée &
à la Cour , & il avoir reçu
plufieurs fois des diftinctions
du Roy , par des témoigna
ges avantageux que cet éclai
ré Monarque portoit en la
faveur. Le nom de le Févre
eft affez connu & par fon
étenduë & par la confidera,
X iiij
248 MERCURE
tion dont il eft dans le monde.
Cette branche n'étoit pas uné
des moins confiderables .
Meffire Henry de Paris ,
Seigneur de Pafquiunchaire ,
& autres lieux , Confeiller
Honoraire au Parlement de
Mets , mourut le mois paffé.
C'eftoit un Magiftrat d'un
grand merite & d'une grande
érudition . Sa doctrine & fa
vertu l'avoient rendu fort
confiderable au Parlement de
Mets , où il fut fort regretté
quand il le quitta . Il eſt Pere
de Meffire Nicolas de Pa .
xis , Confeiller au Parlement
GALANT 249
2
de Paris & de Dame N...
de Paris , épouse de Mr Jerôme
le Feron , auffi Confeiller
au Parlement . Le nom de le
Feron eft confiderable dans
la Magiftrature & dans la
Republique des Lettres , &
dans l'un & l'autre il y a eu
d'excellens Perſonnages de
ce nom . Celuy de Paris ne
l'eft pas moins . Il a fourni
au premier Parlement du
Royaume d'excellens Sujets ,
& pour ne pas bleffer la mo
deftie des vivans , il fuffira de
dire qu'il y en a eu de ce nom ,
qui ont efté la terreur des
250 MERCURE
Seditieux & des Rebelles lors
que l'efprit de revolte s'eftoit
même fait fentir dans le
Temple de la Juſtice , & lors
de latranflation
de cet auguste
Senat dans la Ville de Tours.
Dame Marie Carré , veuve
de M Louis de Machault
Chevalier , Seigneur de Bour
fiere , de Bellenave , & autres
lieux , Confeiller du Roy en
fa Cour de Parlement , Cette
Dame eftoit d'une famille
confiderable dans la Robe .
Un de les Ayeux le diftingua
par la fidelité dans ces temps
fâcheux qui defoloient le
GALANT 251
Royaume lors de la mort de
Henry III. Il y a une famil
le de ce nom confiderable
dans le Parlement de Bourgogne
, & qui y poffede de
grandes Charges il y a long
temps. L'ancienneté de la
Maiſon de teu Mr de Machault
eft affez connuë . Cette
Maiſon eft dans la Robe &
dans l'Epée. Mr de Machault
Gentilhomme d'auprés de
Montargis , qui avoit épousé
une Fille de la Maifon d'Auneüil
Barjot , de laquelle je
vous appris la mort au commencement
de cette année ,
252 MERCURE
eft de la même Maifon . Cette
Maiſon a produit de grands
& illuftres Perſonnages . Un
Symphorien de Machault fe
fit fur tout diftinguer dans le
fiecle paffé par fa fainteté
dans l'Ordre de Saint Benoift
, dont il fut une des plus
vives lumieres. Son humilité
l'empêcha de monter
plus grandes Charges de fon
Ordre ; mais elle ne put empêcher
fon merite d'éclater
par toute la terre .
monter aux
Mr de Cotentin qui fer.
voit en Italie , s'eft trouvé du
nombre de ceux qui y font
GALANT 253
morts de maladie . Il eftoit
proche parent de Mr le Mas
réchal de Tourville , dont la
maifon eftoit originaire de
Baffe Normandie , où la Ter
re de Tourville eft fituée .
Cette Terre a efté apportée
en mariage à la maiſon de
Cotentin par le mariage d'un
Seigneur de Cotentin , S ' de
l'Epine , avec Dame N ... le
Cappelin , Dame de Tourville.
La mere de Mr le Maréchal
de Tourville eftoit de la
Maifon de la Rochefoucaud
de la branche de Monten .
dre. Son Pere eftoit premier
254 MERCURE
Gentilhomme de la Cham
bre de feu Monfieur le Prin
ce. Il eut de fon mariage , outre
Mrle Maréchal de Tour.
ville , Dame N.... de Coten.
tin , Veuve de Meffire N...
de la Baitide , Seigneur de
Chafteaumorand.
3
L'ancien
nom de fa maifon eftoit
Joubert , & Dame N ... Veu.
ve de m' le Marquis de Gou .
ville .
Ceux qui excellent dans les
Sciences & dans les Arts , &
fur tout dans ceux dont l'E
tat retire une grande utilité,
& qui fervent à la conſerva;
GALANT 255
C
tion du genre humain , devant
eſtre plus confiderez
que ceux qui n'ont que leur
naiffance qui parle pour eux ,
& ne font profeffion d'aucun
employ qui les diftingue ,
vous ne devez pas vous éronner
fi lorsque j'ay occafion
de vous parler de ces premiers
je m'étens autant fur ce qui
les regarde , que je fais fur la
naiffance & fur les alliances
des autres. Vous jugez bien
que ce Prelude doit regarder
quelqu'un de ces fortes d'ar
ticles , c'est celuy de la mort
de M Geoffroy' , qui a efté
256 MERCURE
·
pendant trente deux ans
Chirurgien fur les Galeres
de France , & pendant les
quatorze dernieres années
qu'il a véca , Chirurgien Real .
Il s'y eftoit attiré l'eftime &
la confiance de toutes les
Troupes qui font fur ces Bâ
timens. Il n'eftoit pas moins
confideré dans la Ville de
Marſeille , où il eft generalement
regretté à caule des
belles cures qu'il y a faites.
On difoit de luy que la gues
rifon eftoit comme attachée
au bout des inftrumens dont
il fe fervoit. Plufieurs HyGALANT
257.
dropiques luy devoient la
vie. L'heureux fuccés des operations
difficiles , des maux
qu'on appelle incurables , &
des maladies defefperées
luy
avoit acquis beaucoup de reputation
. On peut dire qu'il
eftoit né pour la Chirurgie ,
& que le Ciel luy avoit donné
une connoiffance parfaite de
la difpofition du corps humain.
Il eftoit Anatomifte
avant que d'avoir entendu
parler d'anatomie. A peine
cut il atteint l'âge de raiſon
qu'il s'occupa à diffequer
il ouvroit des petits chiens
Decembre
1702.
Y
258 MERCURE
& divers autres petits ani .
maux pour en remarquer les
fituations ainfi que l'oeconomie
des differens refforts . Sa
curiofité s'augmenta avec
fon âge. Il eftoit né dans
un Village nommé Beffe . 11
le quita pour venir à Mar.
feille , de Marfeille , il alla à
Lion , & de Lion à Paris cher
chant toujours à fe perfectionner
dans fon Art. Erant
arrivé à Paris , il trouva
moyen de faire connoiffance
avec les plus habiles Maîtres
& s'appliqua entierement
à l'Anatomie. Il fe fer
GALANT 259
vit d'une infinité de ftrata.
gêmes pour avoir lieu de dif
fequer plufieurs cadavres
& paffa fouvent des nuits
dans l'horreur des tombeaux
qui faifoit les délices. Il s'enfeveliffoit
pour ainfi dire
dans les morts afin de fe rendre
utile aux vivans . Il de .
voit aprendre plus difficilement
qu'un autre, parce qu'il
n'avoit pas appris l'Art qu'il
profeffoit par les degrez d'étude
établis par l'utage &
par la railon ; mais le Talent
que Dieu luy avoit donné
pour cette partie de la Me-
Yij
260 MERCURE
4
decine , & fon application
continuelle luy tenoient lieu
de tout cela. Il a fait des
remarques fur les plus curieu .
fes matieres de fon Art. On
elpere que M Montagnier
fon beau fils . habile Medel
cin de Marſeille en fera part
au Public. Le défunt avoir
joint à la connoiffance parfaite
de tout ce qui regarde
la Chirurgie , & à fa grande
dexterité pour les Opera.
tions Anatomiques , tout ce
qui peut faire un parfait
Chreftien . Sa pieté eftoit
exemplaire , fon exactitude
GALANT 261
à remplir tous fes devoirs al
loit jufqu'au fcrupule . Sa
main exerçoit une double
charité envers les pauvres ,
car elle ne les foulageoit pas
moins dans leur mifere que
dans leurs maux . Il attendoit
la mort dans des difpo
fitions fi heureuſes que l'on
peut dire que la mort fubite
qui l'a enlevé , ne l'a point
furpris . Il vivoit , & il eft
mort comme un Saint.
plufpart des Communautez
de Marſeille ont fait gratui
tement des fervices pour le
repos de fon ame , & les
La
262 MERCURE
Obfervantins ont donné des
marques de l'estime qu'ils en
faifoient , en affittant à fon
Convoy.
Meffire François du Port ,
Confeiller du Roy , Auditeur
Honoraire en la Cham.
bre des Comptes de Paris .
eft décedé. C'eftoit un Mas
giftrat d'une réputation fort
établie dans la Cour Supe,
rieure où il a travaillé pen.
dant plufieurs années , il y
eftoit fort confideré.
n'eft pas le feul Magiftrat
d'une grande réputation que
fa Famille ait produit , les
Ce
GALANT 263
•
autres de fon nom ſe font fait
diftinguer dans la Robe , &
ont merité par leurs longs &
affidus fervices des éloges
même de nos Rois . Un Se.
baftien du Port eftoit un ce.
lebre Avocat dans le feizié
me fiecle , qui refufa plufieurs
fois une Charge de
Maistre des Requeſtes & qui
ne voulut jamais fortir du
rang des Avocats , quoy qu'il
compraft parmy fes Ayeux
des Magiftrats du premier
Senat du monde . Mr du Port
qui vient de mourir , laffe
Meffire Hiacinthe Hierôme
264 MERCURE
du Port , Maiftre des Com:
pres , & Meffire Louis Mat
thieu du Port Confeiller au
Parlement. Laloy que je me
fuis faite de ne pas bleffer la
modeftie des vivans , me fait
paffer legerement fur ces deux
Magiftrats dont le merite reconnu
meriteroit cependant
un éloge dans les formes.
Le Confeil fait une grande
perte par la mort de M' Be
nard de Rezey , Sous Doyen
du Confeil. Il eftoit devenu
Confeiller d'Etat ordinaire
par fon merite , par fa probi.
té, & un tres grand definte.
reffement ,
GALANT 265
*
reffement : Qualitez qui ont
eſté reconnuës en luy , &
qui ne luy ont jamais efté
conteftées. Il eft Pere de Meffire
Benard de Rezey , Prefi .
dent d'une des Chambres
des Enqueftes , Magiftrac
d'une grande reputation &
d'une grande exactitude dans
les fonctions de fa Charge.
Je ne vous dis rien de la maifon
de Benard de Rezey . El
le eft connue pour eſtre tres..
noble & tres- ancienne , il y
à long- temps qu'elle paroist
dans le Parlement de Paris ,
& quelle y exerce les premie .
Decembre 1702. Ꮓ
A
266 MERCURE
res Charges de la Magiſtra
tures. Le Pere de celuy qui
vient de mourir , eftoit un
grand perfonnage , Homme
craint & adoré en même
4
temps du Peuple . Chofe affez
extraordinaire
. Quant à feu
Mr de Rezey, Confeiller d'Etat
, il avoit paffé par toutes les
Charges , avant d'entrer dans
ce Confeil , où l'on approche
fi prés de la perfonne du Sou .
verain.
La mort de Mr Benard de
Rezey a fait monter Mr de
Caumartin à la place de Confeiller
d'Etat ordinaire . Tout
GALANT 267
2.
le monde eft affez inftruit
de la nobleffe & de l'illuftra
tion de la Maifon de le Fé.
vre , il fuffit de
remarquer
que celuy cy eft fils du pre
mier lit de feu Mr de Caumartin
, qu'il eft frere de Mr
de Boifliy , Maistre des Requeftes
, qui a épousé Mademoiſelle
Bernard , cette
riche heritiere de Lyon , de
Mr l'Abbé de Caumartin ,
de Madame d'Argenſon , de
Madame de la Cour , & de
Madame de Thuify. La Maifon
de le Fevre eft fort érendue
dans le Parlement . Tous
Z ij
268 MERCURE
ceux de cette Maiſon ne fori
tent pas du même trone ;
quoy qu'ils foient tous fort
diftingués . Le Fevre Caumartineft
celle qui a toûjours
tenu le plus grand rang dans
le monde , foit par les digni
tez , par les alliances , & par
l'excellence des Sujets qu'elle.
a produit de temps en temps .
Mr de Caumartin qui vient
de monter , eft intendant des
Finances. Je vous en ay déja
parlé plufieurs fois , c'eft pour
quoy je ne vous en dis rien
davantage aujourd'huy.
M' Bouchu , Intendant de
GALANT 269
Jaftice en Dauphiné , & dans
F'Armée d'Italie , eft monté
à la place de Confeiller d'Etat
Semestre Il eft fils de feu
Mr Bouchu qui a eſté Incendant
en Bourgogne pendant
plus de vingt années , & dont
le gouvernement eftoit fort
1
aimé dans ces Provinces.
Geluyrcy eftoit fils de Mr
Bouchu premier Prefident aut
Parlement de Dijon , lequel
outre l'intendant , eut le premierPrefident
du même Parle
ment , aujourd'huy en exerci
ce , qui l'a este de la Chambre
des Comptes aprés avoir eſté
Zziij
270 MERCURE
longtemps Doyen de ce mê
me Parlement , & de m' l'Ab.
bé de Clairvaux . мr l'Inten •
dant de Dauphiné a pour freres
Mr l'Abbé Bouchu Abbé
dAmbronay , & feu Mr Bou .
chu Confeiller au Parlement
de Paris , dont la veuve eft
remariée depuis peu à m'
Boyer Confeiller au Parle
ment de Dijon . Ce nouveau
Confeiller d'Etat eft
beau frere de м le Duc
de Richelieu
, puifque ce
Duc a époulé Dame N.
Rouillé , foeur de Madame
la Ducheffe de Richelieu
GALANT 271
dont il n'a qu'une fille unique.
Il en avoit une autre qui
mourut il y a deux ans.
M ' l'Ambaſſadeur d'Eſpagne
prefenta au Roy le 12. de
ce mois Monfieur le Prince
de Ligne , Grand d'Espagne,
fils aîné de feu Monfieur le
Prince de Ligne , Grand
d'Efpagne de la premiere
Claffe , Doyen des Cheva .
liers de la Toifon d'Or , Ge .
neral de Bataille , Gouver
neur & Lieutenant General
de la Ville , Duché & Pro..
vince de Limbourg , qui
mourut dans fon Château
Z iiij
272 MERCURE
tir
de Beloeil , au mois de Fés
vrier 170 M' le Prince de
Ligne fon fils eftoit à Ma
drid , où des affaires de Fa
mille le retenoient: il en par
le plutoft qu'il luy fue
poffible pour le rendre auprés
du Roy fon Maitre en
Italie , il y a fait la Campa
gne en qualité d'Aide de
Camp de Sa Majesté Catho.
lique , & il est venu icy pour
avoir l'honneur de faluer le
Roy. Il fut conduit dans le
Cabinet de Sa Majefté , par
M ' de Saintot , Introducteur
des Ambaffadeurs . S. M. re
*
GALANT
273
çu ce jeune Prince avec ces
témoignages de bonté , dont
elle á áccoûtumé d'honorer
les Perfonnes de cette dif
tinction . Sa Majesté luy par
la d'abord de l'éclat de fa
Maiſon , & elle luy dit qu'il
pouvoit compter qu'elle fe
roir fort portée à luy faire
tous les plaifirs qui dependroient
d'elle dans le fejour
qu'il feroit icy. Aprés qu'il
eut pris congé de Sa Majesté ,
M' de Saintor le pria à dî
ner à la table des miniftres
Etrangers. Ce jeune Seigneur
s'attendoit bien à tout
274 MERCURE
ce qu'il a trouvé de grand &
de prevenant dans le Roy ;
mais il a avoué que tour ce
qu'on luy en avoit dit , n'ap .
prochoir pas de tout ce qu'il
avoit fenti par luy- melme.
Ce jeune Prince eut l'hon .
neur comme Grand d'Elpagne
de falüer Madame la
Ducheffe de Bourgogne
,
Madame & Madame la Du
cheffe d'Orleans I rendit
auffi fes devoirs à Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
& à Monfeigneur le Duc de
Berry de qui il a receu
mille honneurs. Mr. l'Am
GALANT 275
baffadeur le mena enfuite à
Meudon où eftoit Monfei
gneur qui la reçut avec cette
bonté , & ces manieres qui
lay gagnent le coeur des
Etrangers qui ont l'honneur
de le voir. Ce jeune Seigneur
qui cut l'honneus de le fa.
lüer , s'appelle Antoine , Jofeph
, Guillain . Il eſt Prince
de Ligne , & Prince du Sainc
Empire , Marquis de Roubais
& de Ville , Comte de Fouquemberg
, Baron de Werchin
, Beloeil , Antoin , Cifoin
, Villers & du мont ,
Souverain de Faignols , &
276 MERCURE
d'Amblife , Seigneur de Bau
dou , Grand d'Espagne de la
premiere Claffe premier Pair
de Flandres , Pair , Senéchal
& Marechal de Hainault. Il
eft neveu de M' le Marquis
Moüy , Prince de Ligne ,
dont je vous ay fouvent
parlé dans d'autres articles...
Quant à la perfonne de Mr
le Prince de Ligne , je vous
diray qu'il n'a que ving
ansil a l'air prevenant
, &
toutes les manieres nobles
& aimables. Ila l'ame élevée
& genereufe , le coeur bien
faiſant & des mieux placez.
GALANT 277
Ha beaucoup de delicateffe
dans l'efprit , & on ne remarque
en luy aucun desdeffauts
qui fe rencontrent
ordinairement dans les perfonnes
de fon âge . On ne
peut avoir à quarante ans des
fentimens plus judicieux , ny
une conduite plus réglée . On
l'aime dés qu'on le voit , on
l'eftime dés qu'on luy parle,
& on l'honore dés qu'on le
peut connoiftre. C'eft le
jugement qu'ont fait déja de
luy ; & il y a heu de croire
que le fejour qu'il va faire
icy , en fera juger en
278 MERCURE
3
core plus avantageuſement.
Monfieur le Prince Philippes
de Lorraine , Chevalier
des Ordres du Roy ,.
Abbé de Saint Jean des Vi
gnes , de Saint Benoit fur
Loire , de Saint Pere en Valée
& de Tiron , mourut le 8.
de Decembre , àgé de 60 .
ans ; il eftoit fils d'Henry de
Lorraine Comte d Harcourt ,
d'Armagnac & de Briofne,
Vicomte de Marfan , Che.
valier des Ordres du Roy ,
Grand Elcuyer de France ,
Seneschal de Bourgogne
,
& Gouverneur , d'Anjou ,
GALANT 279
un des plus grands Ca
pitaines du ficcle ; & de
Marguerite de Cambout ;
veuve d'Antoine de L'âge ,
Duc de Puylaurent , & fille
de Charles , Baron de Pont-
Chateau , Chevalier des Or .
dres du Roy , & Lieutenant
General dans la Baffe Bretagne.
Feu Mr le Comte d'Arcourt
mourut fubitement à
l'Abbaye de Royaumont ,
l'an 1666 âgé de 66. ans
Il eftoit fecond fils de Char..
les de Lorraine premier du
nom , Duc d'Elbeuf & de Mar.
guerite Chabor. Celuy - cy
280 MERCURE
eftoit Grand Efcuyer &
Grand Veneur de France ; 11
eftoit fils de René de Lor.
raine , Marquis d'Elbeuf , &
de Louiſe de Rieux. 11 fut
le Favory d'Henry III. qui
le fit Duc d'Elbeuf en 1581 ,
En 1588 il fut arrefté , parce
qu'on le foupçonnoit d'avoir
part aux deffeins des Ducs de
Guile. En 1991 , il fut mis en
liberté , & fit fa paix en 1594 .
avec le Roy Henry , auquel
il fut toûjours attaché,
Il mourut en 1605. René de
Lorraine , Marquis d'Elbeuf
fur le huitiéme fils de Clau,
GALANT 281
de de Lorraine , premier Duc
de Guife & d'Antoinette de
Bourbon , fille de François de
Bourbon , Comte de Vendô ..
me , & ce Claude l'eftoit de
Renéll. Due de Lorraine , & :
de Philippes de Gueldres . René
de Lorraine Marquis d'E
Ibeuf, fut le chef de la branche
d'Elbeuf.
Ceux qui ont cru que M
le Chevalier de Lorraine
eftoit Chevalier de Malte ,
ont efté dans l'erreur. Il n'auroit
pas efté Chevalier des
Ordres du Roy , ces deux
Ordres eftant incompatibles.
Decembre 1702. A a
282 MERCURE
On l'appella Chevalier dés
fa plus grande jeuneffe , fans
qu'il fuft dans aucun Ordre
de Chevalerie ; c'eſt un ulage
affez établi dans les grandes
maiſons . Ce Chevalier ayant
efté à Rome y fur fi bien reçû
de Sa Sainteté qu'il en obtint
une grace que les Papes
font rarement , & qu'ils ont
même refolu de ne plus accorder.
Cette grace eftoir de
poffeder des Benefices en
portant l'épée . On l'a appellé
pendant quelque temps Mon-
Geur le Prince de Lorraine
mais comme on le défait malGALANT
283
aifément des habitudes que
L'on a contractées , le nom
de Chevalier luy eft demeu
ré. Ce Prince avoit merité la
confiance de feuS . A.R.Mon
fieur, & avoit cherché à s'en
rendre digne par un grand ac ,
le & par un grand atachement
pour la perfonne de ce Prince.
La Bataille de Caffel luy
acquit beaucoup de gloire ,
Quoy que la perlonne de feu
Monfieur luy fuft chere , &
qu'il euft fait en le perdant
une perte irreparable , il n'envifagea
que la gloire de Son
Altefle Royale , & loin de la
A a ij
284 MERCURE
détourner du deffein qu'elle
avoit pris de livrer Bataillet
au Prince d'Orange , il la foras
tifia dans cette penfée , & luy
reprefenta qu'elle ne trouveroit
jamais une occafion plus
favorable de fe couvrir de
gloire . Quoy que Monfieur
n'euft pas befoin d'eftre exci .
té à faire une chofe à laquel
le il eftoit fortement refolu ,
il ne laiffa pas de fçavoir bon
gré à Mr le Prince de Lorraine
, du confeil qu'il luy
avoit donné.
2
Le Lundy i de ce mois ,
GALANT 285
Mr le Duc de Coiflin , Pair
de France , alla prendre Sean ."
"
ce au Parlement en cette
qualité de Duc & Pair, avec
les ceremonies accoûtumées .
Comme je vous en ay faic
le détail en d'autres occafions
, je ne les repeteray
point. Je me contenteray de
vous dire que l'Affemblée fuc
extrêmement nombreuſe , &
que tous les Princes & Ducs
qui ont rang dans ce Corps
auguste , & qui purent s'y
trouver , y prirent leurs pla
ces .
L'aprefdinee de ce même
286 MERCURE
4
jour M' le Duc de Coiflin
vint prendre Seance à l'Aca
demie Françoife , dans la
quelle it occupe la place que
la mort de Mr le Duc de
Colin fon Pere , y avoit laif
fé vaccante. Je ne fais point
icy fon éloge l'ayant déja fait
dans ma Lettre du mois d'Oc
tobre dernier , lorfque je vous
appris qu'il avoit efté élu
tout d'une voix pour la remplir
. Le remerciment qu'il fit
à Mrs de l'Academie en prefence
de Monfieur le Duc ,
de Monfieur le Prince de
Conti , & d'un grand nomGALANT
287
>
bre d'autres perfonnes d'une
qualité tres diftinguée , fut
fort applaudi , & il le pro .
nonça avec beaucoup de modeftie
& de dignité. Il ne fitt
que nommer le fameux Car -s
dinal de Richelieu fon grand
Oncle , & M ' le Chancelier
Seguier fon Bifayeul , & die
que la bien feance qui def
fend de louer fes proches ,
l'obligeoit à fe taire fur ces
premiers Miniftres de l'Etat
& de la Justice , aufquels l'A
cademie Royale le recon
noift redevable de fon origie
ne & de fon élevation , & vou288
MERCURE
lant faire l'éloge de cette illuftre
Compagnie , il ajoûta
que rien ne pouvoit faire
mieux connoiftre la préemi..
nence que l'avantage de me..
riter d'avoir pour Protecteur
le plus grand Roy de la terre.
Un Roy , continua til , dont
les plus grandes Couronnes ont
recherché l'appuy. Un Roy en qui
feul font réunies toutes les qualitez,
qui partagées à diverfes
Tefles couronnées , en feroient de
grands Rois ! Us Roy qui eft le
premier mobile des plus importantes
affaires , l'objet principal
de l'attention de toute l Europe ,
l'Invin
GALANT 289
Invincible Défenseur des Puiffances
opprimées , & des droits
attaquez , Ame de la Valeur
Françoife , l'amour des Peuples ,
la force defon Etat , Heros dans
Les Armées , Oracle dans les
Confeils , Intelligence du Gouvernement
, Spectacle d'admira .
tion à tout l'Univers ; un Roy
enfin , qui par tant de prodiges
de puiffance , & de grandeur ,
s'eftant élevé au deffus de l'homme
, s'eft rendu par les vertus de
l'esprit & du coeur le modele de
l'homme parfait . S'adreffant
enfuite à Mrs de l'Academie ,
il finit en difant que
Decembre 1702 .
c'eftoit
Bb
290 MERCURE
parmi eux qu'on fçavoir para)
ler dignement de Louis le
Grand , de ce Prince qui fourniffoit
à leur éloquence , par la
feule expofition du vray , toutes
les idées du merveilleux .
M' l'Abbé de Dangeau
Directeur de FAcademie
répondit à ce Dilcours avec
beaucoup d'éloquence . I fic
un tres- bel Eloge du grand-
Cardinal de Richelieu & du-
Chancelier Seguier , & aprés
avoir parlé avec beaucoup
d'avantage de feu Mr le Duc
de Colin , qui eft mort
Doyen de la Compagnie , il
GALANT 291
dit à Mr le Duc de Coiflin
fon Fils , que ce n'eftoit point
la feule memoire de ces
grands hommes , qui l'avoit
portée à l'élire d'un
confentement unanime pour
remplir la place que fa naif
fance , toute illuftre qu'elle
eft depuis plufieurs ficcles ;
que le courage qu'il avoit
herité de fes Anceftres , que
fes alliances avec des Maifons
Souveraines , avec le
Sang de nos Rois , que les
Dignirez éminentes qui bril
loient dans fa Maiſon , celle
dont il venoit de prendre
Bb ij
292 MERCURE
poffeffion dans le premier
Parlement du Royaume , euf.
fent efté de foibles motifs
pour le faire élire , fi fes ta
lens naturels , le difcerne .
met jufte & delicat avec le
quel il jugeoit fi bien des
ouvrages d'efprit & fon
amour pour les belles Lettres,
ne luy euffent pas donné
tout le merite Academique.
Aprés cela il l'exhorta
à venir fouvent aux Aſſem
blées de l'Academie. Tous nos
travaux , pourſuivit - il , contribuent
à l'embelliſſement de noftre
langue , & en facilitent la conGALANT
293
noiffance aux Etrangers , les
merveilles du regne du Roy l'a.
voient rendue auffi commune
chez nos voisins , que la lan
gue mefme de leur pais : mais
les évenemens de ces dernieres
années , luy font paffer toutes
les Mers , & la rendent comme
neceffaire dans le vieux &
dans lenouveau Monde Tous les
Peuples de la dominationd' Eſpa ·
gne , veulent connoiftre la langue
de leur Deffenfeur , & dans ces
païsimmenfes Il n'eft point de Pro
vinces , prefque point de Villes,
qui n'ayent fenti des effets de la
vigilance de la generofité
Bb iij
294 MERCURE
du Roy. Il leur envoye des
Officiers experimentez & des
Troupes aguerries . Il fait for
rifier leurs Places , il hazarde,
des Flores nombreuſes , pour
mettre leurs richiffes en feureté.
Il fait plus , il fais marcher à
leur fecours ce qu'il a de plus
cher au monde , & pendant que
le jeune Royfe fait admirer à
toute l'Italie , que par fa
prefence il raffeure fes nou.
veaux Sujets . fon Frere pa .
roift en Flandre , & tous deux
à la tefte des Armées , fe couronnant
d'une nouvelle gloire
independante du fuccez , ils
GALANT 295
fe font admirer par tout dans
le Confeil où ils parlent comme
les plus fages , & dans les pe.
rils où ils s'expofent comme les
plus temeraires . Ils font hommes
auffi bien que Heros ; ils com .
patient aux foibleſſes , ils re.
compenfent les bonnes actions ',
ilsfoulagent les miferes ; ils gagnent
les coeurs , par tout
retracent dans l'esprit des Offi.
ciers des Soldats , l'idée
*
du Pere
l'Aycul.
&
& mefme celle de
Ces deux Difcours ayant
efté prononcez avec l'applaudiffement
general de
Bb iiij
296 MERCURE
l'Affemblée, Mr l'Abbé Tallemant
leut un Traité de
l'Ode qu'il a faic fur les
fentimens de
l'Academie ;
il fit voir quel elt te ſujet
qui luy eft propre , marqua
le genre de Vers qui flate
le plus l'oreille , & fit connoître
par plufieurs morceaux
des Odes de nos meilleurs
Poëtes , où doit eftre
le
repos de chaque Strophe.
La Seance fut terminée par
une belle Ode que Mr Per
rault a faite pour le Roy de
Suede , & dont Mr l'Abbé de
Choifi fit la lecture .
GALANT 297
Mr de Fer toûjours atten
tif à tout ce qui peut faire
plaifir au Public, jugeant qu'à
l'occafion de ce qui s'eft
paffé en Galice , on pour
roit fouhaiter une Carte de
ce Royaume , qui est une
des Provinces d'Efpagne ,
vient d'en mettre une au
jour , à laquelle , il a joint
dans un endroit feparé le
Port , & la Rade de Vigo ,
ainſi que la Ville & le Port
de la Corrogne.
Comme on n'a point fait
de promotion dans la marine
298 MERCURE
depuis neuf années , il ne
faut pas s'étonner file nom.
bre de ceux qui eſperoient
de monter
s'eft trouvé fi
grand , qu'il a efté impoffi
ble de les fatisfaire tous . Le
Roy n'a qu'un certain nom .
bre de Vaiffeaux , & ceux
qui afpiroient à les comman .
der , fe trouvant en beaucoup
plus grande quantité , il n'y a
que le temps qui puiffe leur
faire obtenir , ce qui eft dû
à leur experience , à leur va .
leur , & à leurs fervices . Ces
braves font à plaindre ,, fans
que ce foit la faute de perGALANT
299
fonne . Je vous envoye la
Lifte de ceux qui ont monté
, je ne vous réponds pas
qu'il n'y ait point de noms
defigurez . Ces Liſtes ayant
paflé par les mains d'une
infinité de Copiftes , &
les noms propres eſtant dif.
ficiles à déchiffrer , lors qu'ils
ne font pas bien écrits.
300 MERCURE
OFFICIERS DE MARINE
avancez au mois de Decembre
1702 .
LIEUTENANT GENERAL.
Mrle Duc d'Albemarle .
CHEFS D'ESCADRE.
Melieurs
De Belle- Ifle Erard .
Le Commandeur de Bellefontaine.
Le Comte de Sepville.
Le Marquis de la Galiffonniere.
Le Bailly de Lorraine .
GALANT 301
PENSIONS DE 1500. livres ,
Melieurs
Le Chevalier du Palais .
De Chaber.
De Champigny.
De la Roque - Perfin
De Chafteaumorant.
Le Marquis de Rouvroy?
Chapizeau .
PENSIONS DE 100. livres.
Melieurs
Des Herbiers .
De Ribeirelle .
De de Bagneux .
Le Comte de Villars .
Duquefne-Monnier.
Des Augiers.
De Roche-Alard .
302 MERCURE
CAPITAINES A LA HAUTE
PAYE .
Meffieurs
Le Baron de Pallieres.
De Rouffel ,
De Ferville .
De Motheux .
D'Efnots Champmeſlin.
Clavier.
Patoulet.
Le Chevalier de Lanion .
Le Chevalier de Montgon .
COMMISSAIRES GENERAUX
D'ARTILLERIE .
Meffieurs
De Combes .
De Logivieres .
GALANT 303
CAPITAINES DE VAISSEAUX
Meffieurs
ClavelPODAC
La Tour- neuville , mort depuis.
De Lilleau .
Le Chevalier de Vatan .
De la Roque.
Du Gemeau.
De la Roche- Vezançay .
Champmorot
Le Chevalier de Courfe de.
Laur.
Le Chevalier de Roche - Allard ,
La Guibougere,
Du Bois de la Roche.
De Roquemadore.
Des Blotierés .
Bruflon...
LeChevalier de
Champagnette,
304 MERCURE
De Martel.
Le Chevalier de Feuquerolle.
Le Chevalier d'O .
Geoffroy .
Le Comte de Moyencourt.
D'Eftienne .
De Marolles .
De Saint-André.
Le Chevalier de Chafteaure→
nault.
De Vauroüy.
De Vigreux du Tertre .
De Bellicourt."
Le Chevalier de Norey .
De Roquefeüille .
De Saint- Hermine .
Le Chevalier de Vefins.
Le Chevalier de Montchevreuil
Le Chevalier de Langon , ›
Le Chevalier de Paule .
Le Chevalier Defcoyeux,
GALANT 305
Le Chevalier de Francine.
Le Chevalier de Saumery .
CAPITAINES D'ARTILLER ,
Melieurs
De la
Sauvagere .
De Saint Meloir.
CAPITAINES DE FREGÁTES
LEGERES .
Melieurs
De Cahouet.
Des Boifclairs.
Defgots .
De Chofeuil ,
Barbeau des Conches .
De la Madelaine ..
Defcoyeux , l'aîné.
D'Egreffin .
Decembre
1702 . Cc
306 MERCURE
De Villeray.
Le Chevalier de Tourouvre.
Le Marquis de Lanquetot .
De Fougis.
Le Chevalier de Laigue.
De Parlan."
Du Vienne ,
De Beffac.
Le Chevalier de Damas de Marillac
.
Le Comte de Mornay.
D'Aunay d'Illiers.
De Gentien .
D'Acqueville.
Le Comte d'Arquian..
Le Comte d'Illiers .
Le Chevalier de Camilly.
Le Vicomte d'Utibie.
Le Marquis de la Vieuville
De Saint Vandrille .
Brodeau de Freſne.
GALANT 307
De Beaucaire .
De Radouay cbrci!
De
Santzay
De Mailly de la Tour Landry .
De Menneville Pont Saint
Pierre .
De Guiefte .
La Mothe - Louvart,
Drognon
Terras ..
Geraldin.
LIEUTEN . DE
VAISSEAUX .
Mellieurs
De Thezut.
Dimonnier .
De Monic.
D'Arcuffia
d'Efparon.
Barentin .
D'Olmont.
Le Fanû.
764
Ccij
308 MERCURE
De Taurins .
Le Chevalier de Chaftrier:
Dofbert.
De Villeneuve de Tran.
Du Chevalier de Bauve.
De Montlaur .
De la Val Montmorancy .
De Monlezum.
De Sainte Jame.
Lambourg.
De
Putigny .
De Perfin .
De
Langon.
De Rambures
.
De
Reignac .
De Xermadec .
De
Fayet .
Des Gouttes la Sale...
De
Deſpins.
De
Jacques.
De Dreuil.
GALANT 309
De Villautrais .
De Chambre.
Elcazard de Sabrans.
De Fricambault.
Le Chevalier d'Entragues,
Du Bocher.
De la Broffe .
D'A lonne .
De Luns .
De Courferac.
D'Arneufe .
Myniac de Gouyon, wen
De Rochemaure.
Marquis de Sainte Catherine.
Le Chevalier de Fontenayl
De Saint Abre.
De Chemiré .
Moreau du Deron.
Le Chev . de Moans de Graffe,
De Kergorlay ...
Le Comte de Tallerand .
310 MERCURE
Charon de Ville - fablons.
Le Chevalier de Gouyon.
De Cicerys !
Le Chevalier de Belfuns .
De GandOTL
De Machault.
De Touchimbert.
De Ravenel.
Defquilles.
Donnery.
Le Chevalier de Ligondez.
De Savonnieres.
De Beaufort .
De la Gardelle .
De Giranton .
De Pasdejeu .
De Monteils .
De
Rampen.
DesJordy Moreau .
Le Chevalier de Maugeron.
Le Chevalier de Feuillans.
" GALANT 311
Le Chevalier de Maroles .
De Sainte Honorine de Raffi .
Joffelin de Marigny.
De Ruyter.
Le
Chevalier de Maupeou .
De Champigny .
Le Chevalier d'Artagnan .
Le Comte du Quefne.
Le Comte de Charellux.let
Le Chevavilier de Nefmond.
De Buſea,
De
d'Avangour.
Le Comte de Chalais.
Le Marquis de Bonnivet.
Dom Pedre de Los Rios.
Dom Joſeph de Los Rios.
AIDES MAJOR S.
Melheurs
Galiffet .
Fondelin.
312 MERCURE
Du Creft de Chigy.
Du Sauzay.
De Valavoir.
Le Chevalier de Vence.
LIEUT . D'ARTILLERIE .
Mellieurs
De la Cour de Roquefort.
De l'Abatut,
CAPITAINES DE BRULOTS ;
De Jamin .
Melieurs
De Marquiefac.
De Chabons.
Du Gué.
Des Moulieres .
Le Chevalier de Gabaret .
De Barailh .
De
GALANT
313
De Rochambault ,
Des Autieux ,
De Bellifle .
De Trogoff.
De Billy.
De Graton .
La Poupeliere .
Qurivilli.
Querquelin.
Cauvet.
Verguin.
Le Clerc du Caval.
De Marquiefan .
Cavel.
Marin .
De Maureveille ..
ENSEIGNES DE VAISSEAU.
De Torcy.
Melieurs
De Gravier .
De Pallas .
Decembre 1702. Dd
314 MERCURE
De Baraudin .
Du Mefnil Saint Georges.
De Kerbernard .
L'Eftuenduére.
Le Chev de Mazerolles , Compagnie
de Toulon .
De Piolens .
De Tourris.
De Danis.
De Coeux .
Du Mont la Brie .
Le Chevalier de Piofins.
De Saint Marc de Monteil. 1
De Kéralio .
Le Chevalier d'Agouſt ,
De Souliers .
De Piedfaucon .
De Saint Germain .
Le Chevalier Fabry.
Clancy.
De la Lande.
GALANT 315
De Benival.
De la Roque Garceval.
Le Chevalier Chafteauneuf de
Thomas.
De Vignoles.
De Bidault de Salnove.
Bordarault .
Le Chevalier de Lanty .
De Tourette.
De Ponteves .
Le Chevalier de Sabran des
Adrets .
De Belle- Ifle.
Briçonnet .
Le Chevalier d'Albertas Dauphin.
'D'Arneufe.
De Beauffon .
Le
Chevalier de Village .
Marandé.
Romain.
Dd ij
316 MERCURE
Du Breüil .
La Jonquieres .
De Belloy de Francieres .
Le Chevalier de Lordat de
Bram , l'aîné .
Choifeul de Beaupré
Le Chevalier de Laigle .
Le Chevalier D'Eftain.
Le Chevalier de Fontager.
Le Chevalier de Parabere .
D'Aftour.
Le Vicomte de Lautrec.
Le Chevalier de Broglio.
Le Marquis de Montgiron.
Le Marquis de Varennes.
Dom Philippes de l'Alcazar.
Yftopindo Doria .
Du Boulay , Compagnie de
Breft .
De la Valette d'Imbleval.
Dauthie.
GALANT 317
Dalida de Vaubourg
De Venieres .
Roffignol Doublemont
.
Mondins de Hougas .
De Kernin .
De Trolong.
De Guiry.
De la Jaille.
De Cabannes.
De Menneville.
La Broffe.
Gautier de Launay .
Coatudavel.
De Sigogne.
D'Affigny.
La Riviere Pontlo .
De Brugnon.
Defloges . Cacqueray.
De Baluet Brillet .
De Borftel.
D'Hervilliers,
D diij
318 MERCURE
De Baudretun
.
De la Gautrais .
Du Port. C
Le Chevalier de Guerfan .
De la Prevalais .
De Montigny.
De Sainte Olmane.
De Vaffan .
De Valaffes .
De Langle de Kermorvant.
Mazieres de Buhart .
La Magnanne.
Soulaigre de Montifnet ..
De Beaujeu
.
D'Eftapes
.
De Serquigny d'Acher .
Du Buiffon de Varennes .
Du Chaftelet de Peffeliéres .
De la Maifonfort .
Le Chevalier de Nangis .
Defplaces , Compagnie de Rochefort.
GALANT
319
De Charmeneuil .
De Saint Amand.
De Geftard d'Uffigny.
Le Chevalier de Laur.
Patreville de Salmon.
Dugaft de Luffan .
De la Heronniere .
Le Chevalier de Sabrevoirs.
De la Ronde Denis.
De la Roche Sainte Hermine .
Du Sault.
De Bremon d'Ars.
Du Pont Sainte Marie .
De Defcours.
De Preaux de Drogne.
Mariani d'Andrea .
De Reals.
Le Chevalier de Torcy ,
De Semerville.
D'Hillerin de Lignieres .
Le Chevalier de la Mirande.
Dd iiij
320 MERCURE
Alexandre de fainte Hermine.
Deſcoyeux de Fouras.
Le Chevalier de Saint Clair,
De Vaffé de la Rochefaton .
Des Augiers .
De Ruty.
Defcoulans des Ormeaux .
Du Deffant de Guabertin.
De la Roque Perfin .
De Nanclars .
De Mandelor .
De Pont .
De Montalambert de Cers '
De la Borrie .
Le Chevalier de la Grange.
De Morans .
De la Maifonfort .
Le Chevalier Perrot .
Begon de la Cour.
De Vallaury.
Le Marquis de Saint Simon .
GALANT 320
De Monterit des Urfins.
Le Chevalier du Bourdet.
Le Chevalier de Martignon.
SOUS- LIEUTENANS D'AR .
Dumée.
TILLERIE.
Le Vaffeur.
Mefieurs
LIEUTENANS DE FREGATES
LEGERESoket oth
Melieurs
Michel.
Menault.
Du Puisjoubert.
D'Ypreville , mort depais .
Chaponay.
Du Pleffis
Moreau.
322 MERCURE
De Brach.
Le Chevalier de Fumée .
De Clancy.
AYDES D'ARTILLERIE ,
De Gaffié.
Meffieurs
De Meirat.
Jolly.
La Teille.
Du Gaffé .
Des Efcures.
De Berneffart.
Du Bois de Villiers .
Borel de Manerbe .
N'ayant pû vous donner de
fuite ce qui s'eft fait dans tous
les lieux où Sa Majeſté Catholique
a paffé en s'en retourGALANT
323
4
nant en Espagne , je vais reprendre
cet article , aprés vous
avoir dit que la Galere Françoife
, commandée par Mr le
Marquis de Forville , dans la
quelle eftoit Sa Majesté Catholique
avoir arboré l'Etendart
Real d'Eſpagne , & mis
les trois Fanaux . Čette Galere
& celles qui l'accompagnoient
eftant parties de Vaye le 17.
de Novembre , deux heures
avant le jour , elles arriverent
devant Final fur les cinq heures
du foir , & le 19. fur le midi
à Antibes , Sa Majeſté Catholique
y trouva Mr le Com .
te de Grignan , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant
General , & Commandant pour
le Roy en Provence . Il y at324
MERCURE
tendoit ce Monarque depuis
quinze jours , accompagné de
la plus grande partie de la Nobleffe
du païs. Sa Majefté Catholique
ayant refolu , fi le temps
le permettoit , de continuer fa
route jufqu'à Marseille fur les
Galeres de France , paffa la nuit
fur fa Galere , avec Mr lc
Comte de Grignan ; mais les
vents contraires eftant furvenus
, ce Prince mit pied à terre ,
& toute la Cour profita du
grand nombre de Voitures de
toutes fortes qui lui avoit
envoyez depuis quelques jours
à Antibes par les ordres de Mr.
le Bret , Premier Prefident , &
Intendant en Provence. Sa
Majefté partit d'Antibes le 21.
fur les deux heures après midi ,
GALANT 325
& alla coucher à Canes , & de
là à Frejus , & le Jeudy 24. au
Luc , où le Comte de ce nom ,
Commandeur de l'Ordre de
Saint Louis , & Lieutenant de
Roy, en Provence , l'attendoit.
Mr l'Evefque de marfeille fon
Frere s'y eftoit rendu • pour
l'aider à recevoir Sa Majesté
Catholique. On ne peut rien
ajoûter à la magnificence des
repas donnez par мr le Comte
du Luc à toute la Cour d'Efpagne
, pendant tout le temps
qu'elle a fejourné au Luc , &
de la maniere que l'on parle de
la reception faite en ce lieu à
Sa Majesté Catholique , elle
meriteroit que le Public en fuft
informé par un long détail , je
yous en feray part , s'il tom ,
226 GALANT
be entre mes mains.
;
Comme on avoit crû que le
Roy d'Espagne prendroit la
route de Brignole , on n'avoit
fait aucuns preparatifs à Toulon
pour la reception de ce mo
narque mais lorsque l'on s'y
attendoit le moins , Mr Defgranges
envoya un Exprés à мr
le Marquis de Chalmafel , pour
lui faire fçavoir que Sa Majesté
avoit changé de deffein
qu'elle viendroit coucher le
lendema
à Toulon ; mais que
fon intention eftoit qu'on ne
tiraft point le canon , & que
l'on ne fift aucune forte de ceremonie
à fon arrivée .
&
Le Vendredi 24. fur les dix
heures du matin un Brigadier,
accompagné de quatre FourGALANT
227
riers vint à l'Hôtel de Ville',
pour demander à мrs les Con
fuls des logemens pour les per
fonnes de la fuite de Sa Majefté
, dont les Billets leur furent
d'abord expediez , parce
qu'en Efpagne on ne fe fert pas
de craye pour marquer les Logis
, comme on fait en Francc.
Surles 4. heures apres midy
, ce Monarque arriva dans
une Caleche , & au lieu d'entrer
par la porte de Saint Lazare
qui eftoit fur fon chemin;
ce Prince paffa fur la contr'efcarpe
, entra par la porte Royale
, & alla defcendre dans la
Maifon de мr de Vauvré qui
eftoit preparée depuis longtemps
pour le recevoir . Un
228 MERCURE
·
moment aprés fon arrivée , il
s'enferma dans fa chambre avec
Mr le Cardinal d'Eftrées , Mr
le Comte de Marcin , мr le Duc
de Medina Sidonia fon major-
Dome , Mr de Vauvré , & les
Officiers Generaux de la мarine
. Il foupa en public fur les
neuf heures du foir. Les Gardes
avoient eu ordre de laiffer
entrer tous les honneftes gens ,
& fur tout les Dames. Il s'en
trouva une fi grande quantité,
que les Officiers
ne purent approcher
de la table ; de maniere
qu'ils furent obligez de
faire paffer la nappe de main
en main , & de laiffer aux Dames
le foin de l'étendre fur la
table , dont elles s'acquitterent
de fort bonne grace . Lorſque
GALANT 229
le Roy s'approcha pour ſe mettre
à table , cette grande foule
fe refferra pour faire place à Sa
Majesté.
Le lendemain 25 ce Prince
aprés avoir entendu la Meffe
aux Jefuites , alla vifiter l'Arfenal
. Il fut falué en y entrant
de toute l'Artillerie des Vaiffeaux.
Les Troupes de la Marine
eftoient en Bataille en dehors
du cofté de la petite porte
par où le Roy entra , & les
Gardes de Marine eftoient en
dedans du cofté de la Corderie .
Ce Prince vifita tous les Atteliers
& monta même à un Vailfeau
qui eft fur le chantier. Il
trouva par tout où il paffa , une
double haye de perfonnes des
mieux faites de l'un & l'au-
Décembre 1792. Ee
230 MERCURE
tre fexe , qui s'empreffant
pour avoir l'honneur de le
voir & qui ne le voyant pas affez
à leur gré couroient à tous
les endroits où ce мonarque devoit
paffer.
L'apreſdinée ce Prince alla
dans un canot voir un Vaiffeau
armé , qui eftoit dans la rade .
Il fit le tour de la Darce neuve ,
& alla defcendre au Jeu de
Mail , où il fe promena jufqu'à
la nuit qu'il fe rendit à l'Arfenal
pour voir jouer un Feu d'Artifice
qui avoit efté dreffé à la
hafte fur un Ponton dans la
Darce neuve , vis à vis de la Corderie
, dans la Galerie de laquelle
on avoit dreffé trois loges
: Elles eftoient magnifiquement
ornées , & tres - bien éclaiGALANT
231 ″
rées ; celle du milieu eftoit pour
le Roy , & les deux autres pour
les Seigneurs de fa fuite , pour
Madame de Vauvré , & pour
quelques Dames . Ce divertiffeinent
eftant fini ce Prince revint
dans fon Palais & fe mit à
table peu de temps aprés . La
foule fut
extraordinaire , parce
que c'eftoit le dernier repas .
Enfin ce Prince partit le 26. à
neuf heures du matin , pour aller
coucher à Aubagne , & de
là à Marseille , ou Mr le Comte
de Grignan s'eftoit rendu pour
avoir le temps de faire préparer
le logement de Sa Majesté.
Pendant tout le temps que ce
Prince a demeuré à Toulon , il
a toujours forty à pied & a fa-
Ee ij
232 MERCURE
"
lué en oftant fon chapeau toutes
les Dames qui fe font trouvées
fur fon paffage; de maniere
qu'on y a nonfeulement efté
charmé de fa perfonne , mais
auffi de fa douceur & de fes
manieres honneftes & engageantes.
Le Peuple ne pouvoit
fe laffer de lui donner des benedictons
& il entendoit de
bonnes femmes dans les ruës
qui lui difoient, Beu Rey la beneaitien
de Dion que vous vengue.
Quoy que l'on ne fuft point
preparé à Toulon pour recevoir
fi bonne compagnie , les
Confuls ont pris de fi juftes
mefures , que loin que rien ait
manqué toutes les chofes neceffaires
fe font trouvées en
abondance.
GALANT 233
Toute la Ville fe louë fort
de l'honnefteté des Seigneurs
Efpagnols qui accompagnoient
le Roy.
Sa Majefté Catholique eftant
arrivée devant Marfeille le
vingt- fept Lundy
onze heures
entre
& midi , Mr.
de Forville , Gouverneur de
Marſeille , Lieutenant de Roy
en Provence , & Commandant
des Galeres , aïant l'honneur
d'eftre à fon cofté , Elle y entra
à cheval au milieu de fa
Cour , compofée de plufieurs
Grands & des principaux Officiers
de fa Couronne. Sa Majefté
eftoit environnée de fes
Gardes & de ceux de Mr le
Comte de Grignan Un Peuple
innombrable , donna des mar234
MERCURE
que de la joye par des acclamations
continuelles
.
Mr le Cardinal d'Eftrées &
Mr le Comte de Marfin , Am-.
baffadeur Extraordinaire de
France , avoient l'honneur d'ac .
compagner Sa Majeſté , qui
avoit à fa fuite Mr le Duc de
Medina Sidonia grand Ecuïer ,
faifant la fonction de grand
Maiftre , Mr le Comte de Benavente
grand Chambellan , Mr
le Comte de S. Iftevan, Miniftre
& Confeiller d'Etat , Mr
le Duc Doffonne Gentilhomme
de la chambre , Dom Garcias
de Gufman , premier Ecuïer ,
Mr le Comte de Pliego majordome
ou premier мaitre d'Hôtel
du Roi Dom Carlos de
Borgia grand Aumônier du Roi
>
GALANT 235
& Patriarche des Indes , Mr le
Marquis de Rivas , Secretaire
d'Etat & des dépêches univerfelles
, Mr le Duc de Gandie ,
Mr le Duc de Becar , Mr le
Comte de Colmerano , мr le
Marquis de Crevecoeur , Mr le
Vicomte de Miral - caffar , Mr
de Monroi & plufieurs autres
Officiers Espagnols , mr le
Marquis de Louville , Gen-
- tilhomme de la Chambre &
Chef de Famille Françoiſe , &
Mr le Marquis de Montviel
ainsi que tous les Officiers qui
compofent la Maifon de ce MOnarque
.
" }
Tout ce qu'il y a de perfonnes
diftinguées dans la Province
& dans Marſeille & quids'ef
toient renduës ru Palais , eu-
"
236 MERCURE
rent l'honneur de baifer la main
à Sa Majefté , qui voulut bien
faire la grace à Madame Lebret
& à Madame la Comteffe
de Montmor de les baifer à la
jouë.
Sa Majefté alla ce jour - là à
la Comedie Italienne , où Meffieurs
les Maire & Echevins
luy avoient fait preparer une
Loge magnifique.
Lorfque le Roy en fut forti,
il donna ordre à un Seigneur
de fa Cour , de dire à Mr le
Comte de Montmor Intendant
General des Galeres , qui avoit
efté avec plufieurs perfonnes
de diftinction au devant de Sa
Majefté jufqu'à Aubagne , qu'il
feroit bien aife de voir tout ce
que la Reyne fon Epoufe avoit
vcu
GALANT
337
veu à fon paffage à Marſeille :
cet Intendant qui eut la confirmation
de cet ordre par Mr.
- le Cardinal d'Eftrées , fe rendit
auffi - toft au Louvre , où
Sa Majesté Catholique l'ayant
aperçu luy fit l'honneur de luy
dire qu'Elle iroit le lendemain
aprés fon diner voir les Galeres
, & fur les fix heures du
foir à la Maiſon du Roy , &
qu'elle vouloit voir la Salle
d'Armes .
Le Mardy 28. Novembre ce
Prince ayant donné Audiance
à Mr le Marquis de Bonnaventure
Commandant des
Troupes du Pape , qui eftoit .
venu d'Avignon pour faire.
compliment à Sa Majesté de
la part de Mr le Vicelegat ,
Decembre
1702. Ff
338 MERCURE
alla à la Meffe aux Carmes ou
la Mufique fut trouvée fort
belle .
.
L'aprefdinée Sa Majefté Catholique
fe rendit fur la Reale,
que Mr de Montmor avoit fait
parer tres magnifiquements
toutes les Galeres firent trois
decharges de tout leur canon .
Le Roy alla enfuite à l'Hôtel
de Ville , Mr de Grignan
eut l'honneur de luy faire voir
en paffant le beau Tableau de
la Famille Royale qu'on avoit
placé dans la Loge .
2
Sa Majefté s'embarqua enfuite
fur le fuperbe Efcampavie
, qui fut fait à l'occafion
de Meffeigneurs les Princes , &
fe promena jufqu'à Tête de
More , d'où elle revint fe dea
GALANT 339
barquer devant l'Hôtel de
Ville
V
Sa Majesté eftant revenuë
dans fon Palais , Elle en fortit
fur les fix heures pour le rendre
dans la Maifon du Roy ( oCcupée
par Mr de Montmor )
qu'Elle trouva toute illuminée.
Les Troupes des Galeres
bordoient en double haie tout
le long de la façade de l'Ar.
fenal aïant leurs Officiers à leur
tefte , le Roy d'Espagne y en
tra au bruit du canon , des
boites , tambours , trompetes ,
& de mille cris de VIVE LE
ROY . Madame la Comteffe
de Montmor , qui s'eftoit rendue
à la porte avec toutes les
Dames les plus confiderables
de la Ville , & qui fut pre-
Ffij ,.
340 MERCURE
›
fentée par Mrale Cardinal d'E
ftrées eut l'honneur de recevoir
Sa Majeftë qui la baiſa ;
Mr de Montmor eut auffi l'honneur
de donner au Roy une colation
magnifique.
Mademoiſelle du Lac , qui
s'y eftoit rendue avec les Dames
, aïant eu l'honneur de
falüer Sa Majesté , le Roi la
reçut fort gracieufement & la
baifa , en luy marquant combien
il eftoit fatisfait de la reception
que Mr fon pere lui
avoit faite au Luc , & de tous
les foins qu'il avoit pris lors
du paffage de la Reine.
Sa Majeſté monta enfuite dans
les apartemens qui eftoient tresmagnifiques
, tres - éclaireż , &
d'ou Elle vit tirer un tres- beau
f
GALANT 341
feu d'artifice , tout le Jardin
eftoit auffi illuminé de la maniere
du monde la plus ingenieufe
& la plus galante .
Le Roi d'Elpagne fe rendit
aprés cela dans la Sale d'Armes
des Galeres , où il y avoit
une infinité d'illuminations encore
plus belles que les precedentes
, il y eut un très beau
Concert & quelques Danfes..
Sa Majesté parut fort contente
de tout ce qu'on avoit
eu l'honneur de lui faire voir ,
& eut la bonté de dire qu'il
n'y avoit rien de mieux , ce
Monarque ajoûta qu'il avoit
déja fçeu par la Reine tout ce
qu'il voioit lui - mefme , & que
le Roi fon ayeul ne pouvoit
aftre fervi avec plus d'atten-
Ffij
342 MERCURE
tion & plus de zele.
Sa Majefté eftant fur le point
de fortir de la мaifon du Roi ,
Mr de Montmor fit allumer un
grand nombre de gros Alambeaux
de cire blanche pour
l'éclairer . Il eut l'honneur
de l'accompagner jufqu'à fon
Palais avec plufieurs perfonnes
de confideration.
Le mercredy 29. Novembre
le Roi d'Espagne entendit la
Meffe aux Jefuites dans leur
Eglife de faint Jaume.
Comme il n'y a point de
Chaffe aux environs de мarfeille
, Sa Majeſté voulut l'a .
prefdiné fe divertir dans le Jardin
du Roi , à tirer à des Perdrix
, Cailles , Pigeons , Canards
, Lievres & Lapins , que
GALANT 343
Mr de Montmor lui envoia en
bon nombre avec toute forte
de Gibier , dont le Roi tua plus
de quatre- vingt pieces , la
plupart à bale feule.
Le Jeudy 30. Novembre Sa
Majefté Catholique entendit la
Meffe dans l'Eglife faint Ferriol
fa Paroiffe , elle tint Confeil
enfuite jufques à midi &
demi.
L'apreldinée le Roi d'Efpa
gne vint pour la feconde fois
chez мr de Montmor qui eur
l'honneur de le recevoir à l'entrée
de la Maiſon du Roi , qui
eftoit bordée d'une double
Haye de Soldats de Galeres
avec leurs Officiers à la tefte ,
Sa Majefté Catholique paffa
au travers des Apartemens.
Ffin
344 MERCURE
d'où Elle entra dans l'ancien
Arfenal , & vifita tous les Bu
reaux , Magafins & Atteliers ,
qu'Elle trouva en tres -bon eſtat
& dans un bel ordre .
Sa Majefté alla enfuite dans
le nouvel Arfenal , on y mit
une Galere à l'eau en fa prefence
au milieu de mille & mille
acclamations. Le Roi entra
dans tous les autres Atteliers
qui eftoient parfaitement bien
rangez , & en fortit au bruit
du canon & des boites dont on
avoit fait plufieurs decharges .
Le Roi d'Espagne voulut bien
marquer la fatisfaction qu'il
avoit ca de voir l'arrengement
& la propreté de tant de cho
fes differentes , & eut la bonté
de le temoigner à мr de MontGALANT
345
mor , en difant que ce qu'il
avoit appris que les Princes
fes freres , & enfuite la Reine
d'Espagne avoient vû ici , lui
paroiffoit tres- fidele dans toutes
fes circonſtances.
Sa Majesté alla enfuite à cette
illuftre Maifon de Saint Vi
&tor , & qui l'eft en effet par
l'ancienneté de fa fondation ;
par l'étenduë de fa Jurifdiction
& par les perfonnes diftinguées,
par leur naiffance , leur merìte
& leur érudition , qui compofent
fon Chapitre , & qui
ont pour Abbé Commandataire
Mr le Grand Prieur de France;
mais il n'eft rien qui la diftingue
davantage que les reftes
precieux d'une infinité de
Corps faints que l'on conferve
*
346 MERCURE
avec foin dans le Trefor de
cette Abbaye , qui eft un des
plus riches du Royaume. On y
remarque fur tout la Croix de
Saint André qui y eft confervée
avec beaucoup de veneration
. Elle est couverte de plaques
d'argent , ornées d'un ouvrage
dorfévrerie d'un tresbon
gouft , par les pieufes liberalitez
d'un Religieux de cette
Maiſon , qui donna en entrant.
dans ce lieu toute fa vaiffelle
d'argent , pour eftre employée
à cet ouvrage. On celebroit
dans cette Abbaye la Fefte de
cet Apôtre le jour que Sa Majefté
Catholique voulut bien la
vifiter. Le Chapitre en ayant
efté averty , s'affembla extraordinairement
, & pour répon
GALANT 347
dre le mieux qui lui feroit poffible
à l'honneur que Sa Majefté
Catholique vouloit lui
faire , refolut ( autant que la
fituation du lieu & le temps qui
eftoit fort court pouvoient le
permettre de ne rien oublier
pour orner l'Eglife des plus ri
ches tapifferies de cette Maifon ,
qui font parfaitement belles ;
l'argenterie qui eft tres - bien
travaillée , & dont il y a beaucoup
dans cette Abbaye , y fut
toute étalée , & on prit fur
tout un foin tout particulier
d'éclairer l'Eglife fuprieure &
inferieure d'une maniere dont
la clarté faifoit un effet fur-
- prenant ; tour cela fut executé
par les ordres du Came
rier de l'Abbaye , qui remplit
348 MERCURE
en cela comme en tout ce qu'il
fait , l'idée qu'il a donnée en
plufieurs rencontres de fon bon
gouft , il le fit éclater par tout,
& ce fut à fes foins & à fon ha
bileté qu'on dût les approbations
que Sa Majefté Catholi
que donna, à l'arrangement de
toute cette Fefte ; & de tous
les pieux monumens qu'on avoit
étalez pour fatisfaire la
pieté de ce Monarque .
Il fut receu par tous les Re,
ligieux en corps , ayant le Prieur
à leur tefte ,, qui ayant prefenté
l'Eau benîte à Sa Majefté
Catholique , l'harangua avec
fon éloquene ordinaire . Le Roy
fut enfuite conduit en ceremonic
au Prie Dieu qui lui avoit
efté preparé , & pendant que
4
GALANT 349
,
1
Sa Majesté Catholique , faifoit
la priere , le Choeur de Mufi .
que de l'Abbaye chanta un fort
beau Motet Aprés que Sa Ma
jefté eût pris plaifir à examiner
tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à voir dans l'Eglife fu
perieure , & qu'on lui cuft expliqué
enquoy conſiſtoient tou
tes les reliques qu'on y avoit
expofees : Elle defcendit dans
l'inferieure où eft confervée la
Croix de Saint André que S.
M. C. voulut voir; cette Eglife
n eſtoit ni moinsornée ni moins
éclairée que la fuperieure , &
l'on y voyoit par tout des mar
ques éclatantes de la reconnoif
fance dont les Religieux s'étoient
penetrez envers Sa Ma→
jefté Catholique , qui vouloie
350 MERCURE
bien les honorer de fa prefen
ce. Ce Prince fut charmé dela
magnificence qui éclatoit par
tout & fut fort touché de
ous les pieux monumens qu'il
vit dans cette Eglife , à laquelle
il laiffa des marques de fa liberalité
; & pour témoigner aux
Religieux la fatisfaction particuliere
qu'il avoit euë , il leur
donna à tous fa main à baifer,
avec cette bonté & avec cette
grace qui accompagnent toutes
les actions.
Le Roy revint dans fon Pa
lais fur les fix heures , & paffa
au milieu des Troupes des Galeres
, qui eftoient en bataille
derriere la Corderie du nouvel
Arfenal .
Meffieurs les Maire & EfcheGALANT
351
vins mortifiez de n'avoir p
remplir tous leurs devoirs dans
une occafion fi glorieufe , ayant
fçu que Sa Majefté Catholique
devoit partir le lendemain , demanderent
en grace de baifer la
main de ce Prince ; Mr le
Comte de Grignan leur procura
cet honneur , quoiqu'ils
n'euffent aucune marque de
leur caractere , à caufe de l'in
cognito qu'on a eu ordre exprés.
de garder fort ſeverement , à
l'occafion du paffage de Sa
Majefté qui n'a voulu fouffrir
aucune ceremonie publique.
Le Vendredy premier Decembre
jour du départ du
Roy d'Espagne ; Sa Majefté
entendit la Meffe à Saint Fer352
MERCURE
riol , & eftant montée dansfa
Chaife , elle paffa au Cours où
elle mit pied à terre pour voir
Jes Troupes
des Galeres , qui
y firent devant elle le nouvel
exercice
que M de Bombelles
a inventé
Le Roy femit enfuite en mar
che pour continuer fa route ,
Sa Majesté devoit aller coucher
le mefme : jour à Aix , où
Mr l'Evefque de Marseille, Mr
Lebret , M de Forville , Mde
Montmor , & un grand nombre
d'autres perfonnes de diftinction
, eurent l'honneur de
l'accompagner
.
L'incognito
qu'on a efté contraint
de garder , comme il a
efté dit cy-deffus , n'a pas empefché
que Mr. le Comte de
GALANTI 353
Grignan n'ait fait des dépentes
extraordinaires , foit en tenant
de grandes Tables ou autres
ment ; Mr l'Evefque de Mar.
feille , Mr Lebret , Mr de For
ville , Mr de Montmor , & Mr
le Commandeur de Rancé Chef
d'Efcadre des Galeres, ont auffi
tenu tous les jours plufieurs
Tables , où tous les Grands
d'Efpagne & les Seigneurs de
la Cour de Sa Majefté Catholiquet
ont efté magnifiquement
traitez .
Pendant le fejour du Roy
d'Efpagne à Marseille , où il a
bien voulu aller toûjours à
pied , afin de répondre en quelque
façon à l'empreffement &
à l'ardeur extrême que chacun
avoit de le voir , Sa Majesté par
Decembre 1702. Gg
354 MERCURE
>
*
fa grande douceur par fon af
fabilité & par l'accez facile
qu'elle donnoit à tous ceux qui
avoient l'honneur de fe jetter
à fes genoux pour luy baifer
la main , s'eft attirée le coeur
de tous les Marſeillois , qui par
leurs tranfports accompagnez
de foûmiffion & de tendreffe ,
faifoient affez connoître d'ailleurs
à Sa Majefté Catholique
& à toute fa Cour , combien
LOUIS LE GRAND eſt
adoré de fes peuples , à quel
point MONSEIGNEUR
en eft
refpectueufement
cheri &
combien Marfeille a de veneration
pour toute la FAMILLE
ROYALE .
"
Jefne dois pas oublier que Sa
Majefté Catholique donna à
GALANT 355
Mr le Marquis de Forville qui
commandoit les Galeres du
Roy, qui l'ont conduit juſqu'à
Antibes , une épée garnie de
Diamans , & des épées d'or aux
Capitaines des Galeres . Il en
referva une des plus riches pour
pour Mr le Chevalier de Forbin,
On fçait les fervices qu'il
arendus . Mr Janet Capitaine
des Gardes de Monfieur le Duc
de Vendofme luy ayant apporté
à Marseille , la nouvelle de la
prife de Borgoforte , il luy
donna un Diamant de cent
Louis . Tous les Peuples
de la Province ont témoi
gné tant de joye de voir ce
Prince, que les acclamations ont
efté continuelles dans tous les
lieux où il a paffé , & la foule a
Gg ij .
356 MERCORE
efté fi grande que plufieurs fem
mes s'eftant emparées de fa
main , s'il m'eſt permis de me
fervir de ce terme , pour expli
quer leur empreſſement , fe la
donnerent les unes aux autres
pour la baifer . Mr Bitton , Curé
de la Madelaine de la . Plaine
d'Aillane , dans le territoire
d'Aix , luy fit un compliments
en luy prefentant plufieurs baf
fins , non pas de fruits de la
faifonmais de ceux dont on
ne trouve que tres- rarement ,
& même point du tout dans la
Saifon où nous fommes . Entre
ces Baffins , ily en avoit un de
raifins qu'on appelle Damas
mufqué de groffe penfe à un
feul pein. Le zele de ce bon
homme ne doit pas eſtre moins
4
GALANT 357
remarqué que les plus fomptueux
repas , donnez par les
plus grands Seigneurs , & a dû
eftre auffi agreable à Sa Majef
té Catholique , que l'offrande
de la bonne Femme de l'Ecritu
re , le fut à Dieu .
Ce Monarque arriva à Aix
le premier Decembre à quas
tre heures aprés midy. Ib
monta à cheval affez proche des
Portes de la Ville , il la traver
fa environné de plufieurs 9eigneurs
tant Efpagnols que Frane
çois. Mr le Comte de Marfia
Ambaffadeur de France , & Mr
le Duc de Medina Sidonia fon
grand Ecuyer étoient àfes côtez.
Mr le Duc de Gandie , & Mrs
les Comtes de San Eftevan & de
Benevent eftoient de ce nom
•
358 MERCURE
•
bre. Tous ces Seigneurs étoient
fort leftes , & tres-bien montez
. Toute cette Cavalcade
eftoit precedée par plufieurs
Trompettes & par les Gardes
de Mr le Comte de Grignan.
Ils marchoient deux à deux , &
avoient l'épée haute. Il y avoit
auffi beaucoup de Hallebardiers
vétus de bleu , avec des
boutonnieres d'argent , & un
parement de velours cramoifi
fur les manches . Cette marche
eftoit fermée par un fort grand
nombre de chaifes roulantes
tant à l'Eſpagnole qu'à la Françoife
Le Roy faluoit toutes les
Dames qui eftoient aux fenef
tres & avoit prefque toujours
le chapeau à la main , ſur
lequel il y aavvooiitt un plumet
GALANT
359
&
blanc . L'habit de Sa Majefté
eftoit d'un drap clair , orné de
grandes boutonnieres d'or . Ce
Prince joua le même foir à
la Baffette avec les Dames.
Toutes celles qui eftoient de
quelque diftinction , & qui fe
prefenterent pour jouer curent
cet honneur. Le Roy foupa dans
le Palais de M l'Archevêque
où il eftoit logé. Mr le Patriarche
des Indes fit à ce fouper la
charge de grand Aumônier. Ce
Prelat eft fort attaché aux fonc
tion de cette charge. Mr le
Duc de Medina Sidonia fit à ce
repas la charge de Grand Maî
tre de la Maifon du Roy . Il y
avoit une fi grande quantité de
monde , que la foule eftoit en
core grande long - temps après
360 MERCURE
le fouper du Roy , de forte que
pour faire fortir ceux qui reftoient
, on fut obligé de dire
que le Roy vouloit fe cou--
cher Les Grands d'Efpagne
& les Seigneurs Efpagnols &
François qui l'accompagnoient,
fouperent chez les perfonnes
les plus diftinguées de la
Ville. M le premier Prefident
eut l'avantage de donner
à fouper au plus grand nombre,
avec la magnificence qui luy
eft ordinaire . Ce fut dans ce
repas que м de Benevent , un
des quatre
quatre
Chevaliers du Saint Efprit , &
que le Roy a fait
dont le nom eft Pimentel , fe
leva , mit l'épée à la main , ſe fit
donner du vin pur dans un verre
qu'il prit de l'autre main , &
que
GALANT 361
que dans cette pofture , il but à
lafanté du Roy Tres - Chreftien
& de toutes les Princeffes &
Dames de la Cour de France .
Il voulut que cette fanté fuft
folemnifée à la ronde de même
qu'il l'avoit buë , & les Dames
mêmes ne furent pas difpenfées
de tenir le verre d'une main , &
cette épée de l'autre , qui fit
ainfi le tour de la table . Le Roy
d'Efpagne eft fi aimé que м le
Duc deGandie quia fuivi ce Monarque,
quoy qu'il n'ait aucune
charge dans la Maifon de cePrince,
dit fouvent qu'il a perdu la liberté
des lepremier moment qu'il a
vi fon Maistre ; qu'il le fuivrapar
toute la terre, parmer , par l'air, &
par lefeus enfin qu'il auroit peche fi
ce Prince avoit eftè femme. Mr le
Desembre
1702 . Hh
362 MERCURE
Comte de San Iftevan dit à la
Compagnie , que Sa Majesté Cals
tholique qui n'entendoit pas un mot | -
d'Espagnol lorfqu'il s'eft agi dela
Couronne d'Espagne , le parloit
affez bien pour corriger les plus habiles
Efpagnols . Ce Monarque
eftant parti d'Aix le ſecond des
Decembre alla coucher à Salon
le 2 & le 3. à -Arles .
Ce Monarque y arriva à trois
heures aprés inidy incognito , &
fans ceremonie , accompagné
de plufieurs Grands d'Espagne ,
& d'une nombreuſe fuite dont
les voitures fe montoient à plus .
de neuf cens chevaux où mulets
. Ce Prince logea à l'Archevêché
qui eftoit magnifiquement
meublé On y avoir .
mis une Garde Bourgeoiſe fous
GALANT 363
Tes armes , cette
compagnie
eftoit
prefques toute de Gentilshommes
, le Roi
renvoya fa
Garde
ordinaire , & confia à
cette compagnie
la Garde de fa
perfonne. Sa Majefté
donna
l'ordre , & on a efté charmé de
cette
diftinction
qu'elle a faite
à l'exemple du Roi fon Aycul
qui en 1660. confia aux Habitans
d'Arles , la garde de fa
Perfonne Sa Majesté
Catholique
partit le Lundi 4. à huit
heures du matin pour aller à
Nifmes après avoir ouï la meſſe
à Saint
Trophime
Toute la
Ville a efté charmée de voir ce
Prince qui a fait
l'honneur aux
Dames de la Ville de jouer
avec elles pendant deux heures .
Mrs les quatre Confuls ont eu
Hhij
364 MERCURE
l'honneur
de luy baifer la
main .
Le 4 le Roy alla coucher à
Nifmes. Il arriva le мardy 5. au
Pont de Caftelnau
, à un quart
de lieuë de Montpelier
. Ilfortit
de fa chaife & monta à cheval ,
precedé des Gardes de Mr le
Duc du Maine . Il eut le chapeau
à la main depuis le Pont
jufqu'au
Palais , & quoy que les
cris de joie fufleut fort grands
les benedictions
qu'on lui donnoit
ne laiffoient
pas de fe faire
entendre
.
Il entra par la
rou , accompagné
de tous les
Grands d'Espagne
, dont je vous
ai déja parle , & de мr le Duc
d'Offone
, premier Getilhomme
de fa Chambre
, dont je ne
la
porte du PeiGALANT
365.
Vous ay encore rien dit . Le
Peuple qui ne pouvoit fe laffer ,
de voir ce Monarque , le fuivoit
en foule.
Mr le premier Prefident , Mr.
le Comte de Calviffon & Mr
l'Intendant le recurent à la
porte du Palais . Il trouva plufeurs
Evêques dans la falle &
parut furpris d'en voir un fi
grand nombre , mais мr de
Montpellier lui dit que l'affemblée
des Etats de la Province;
leur avoit procuré l'honneur
de le voir . Sa Majesté ayant
demeuré environ une demi -heure
dans fon cabinet , entra dans
fa chambre pour tenir Confeil,
avec les Crands d'Efpagne , мr ,
le Cardinal d'Eftrées & мr de
Marfin .
Hhiij
366 MERCURE
Aprés le Confeil , Madame
de Calviffon , Madame de Fortia
, & plufieurs autres Dames
de qualité , eurent l'honneur
de faluer le Roi qui les baifa. Ce
Prince joüa à la Baffette , Madame
de Calviffon joua avec Sa
Majesté. Il fut permis àtoutes
les Dames d'avoir cet honneur.
A 8. heures on commença
à mettre fur table , la foule
eftoit grande dans le lieu où
S. M. foupa . Le grand Aumonier
voyant Mr de Montpellier
luy dit comme à l'Evêque Diocelain
, de benir la table . Le
Roi lui adreffa fouvent la parole
pendant le fouper. Ce Prelat
dit auffi les graces. Le Roi fe
retira enfuite dans fa chambre
avec les Grands d'Eſpagne...
GALANT 367
L
Mrle Comte de Marfin foupa
chez Mr de Calviffon
mMile Cardinal d'Eftrées , Mr
» l'Abbé d'Eftrées , & plufieurs
Evêques fouperent chez Mr
de Montpelier , où il y avoit
deux tables de vingt couverts
chacune Pluſieurs perfonnes de
diſtinction tant François qu'Ef
pagnols , fouperent chez Mr
I'Intendant.
La plupart des Grands d'Ef.
pagne fe trouvant fatiguez mangerent
chez le Roy , ou chez
eux .
Le lendemain , il fut permis
à toutes les perfonnes de diftinction
d'entrer au lever du Roy .
ce Monarque alla à pied à la
Meffe à Saint Pierre , environné
des Grands d'Eſpagne , &
Hhiiij
368 MERCURE
"
appuyé fur Mr de Marfin Sa
Majefté eftoit precedée des
Gardes de Mr le Duc du Mai
ne , & de quelques - uns des
fiens , elle donna fa main à baifer
à tous ceux qui fe prefenterent
pour avoir cet honneur
une femme de peu de confideration
eftant tombée en la
baifant , ce Prince eut la bonté
de luy donner la main pour l'aider
à fe relever.
1
Mr de Montpellier reçut le
Royau Benitier , & le conduifit
jufques à l'Autel , où un Au
mônier de Sa Majefté dit la
Meffe . Le Choeur eftoit plein
des perfonnes de fa fuite , &
d'un grand nombre d'Evêques ,
Le Roy dîna auffi - toft aprés la
мeffe , & monta à cheval avec
GALANT 369
deux Grands d'Efpagne feulement,
le reste de la Cour n'ayant
pas dîné. Ce Prince alla au bois
de Gramont , où il tua huit ou
dix lapins. Il arriva aux flambeaux,
changea d'habit , & alla
à la Comedie au Parterre , out
on lui avoit dteffé une espece
d'Amphitheatre où il fe plaça
avec tousles Grands d'Efpagne .
Mr de Marfin eftoit à un Balcon.
Mesdames de Calviffon , de
Fortia,de Laifieren , & de Fages ,
eftoient à l'autre Balcon . Ma
dame la Nourrice de Sa Majesté
qui s'eftoit renduë à Montpellier
pour voir ce Prince , Mefdames
de Rochemone , Claufel
, la Chaife - Buftelle , fille de
Mr le Baron d'Alets , eftoient
à la premiere Loge. Les au370
MERCURE
tres Loges ' eftoient occuppées
des par femmes de qualité ,
& par quelques hommes Le
Roy avoit demandé Polieucte
& les Vendanges de Surefne.
Mr de Marfin avoit prié le Roy
de permettre que Mr de Calvif
fon luy offrift la collation à la
Comedie , à quoy Sa Majesté
eut la bonté de confentir . On
fervit beaucoup d'eaux glacées
dont le Roy but , & Sa Majesté
mangea beaucoup de raifins La
collation fut enfuite portée à
Madame de Calviffon par or
dre du Roy. Cette Dame en fit
part à toutes les Loges. Le Roy
Loupa aprés la Comedie , il entra
enfuite dans fon Cabinet &
fe coucha demie heure aprés .
Le Jeudi 7. ce monarque alla
GALANT 371
encore à pied à S. Pierre , où il
communia de la main de fon Aumônier.
Il tint Confeil aprés la
Meffe , il dîna enfuite , & monta
à cheval en fortant de table
pour aller à la Verune , quoy
que le temps fuft fort vilain ,
c'eft une maifon de Plaifance de
Mr de Montpellier . S.M.tua des
lapins , & joua au mail pendant
la pluye. Mr de Montpellier
luy fit fervir un grand foupé où
il eut l'honneur de le fervir. Il
y eut deux tables magnifiquement
fervies aprés le foupe du
Roy pour tous ceux qui l'a
voient accompagné. Pendant
qu'ils fouperent S. M. s'entretint
avec Mr de Montpellier , & ,
lui parla comme auroit fait un
Docteur de Sorbonne , à l'occa
372 F
MERCURE
fion d'une Bible qu'il trouva
fur la table du Cabinet où ils
eftoient ,
Rien ne manquoit à la Ve
rune que des cartes pour jouer ,
il fallut en envoyer chercher à
la Ville. On joua à la Baffere ,
& Mr de Montpellier fe retira ,
on arriva à la Ville à onze heures
du foir , le Roy fe mit dans
le Caroffe de M¹ de Montpellier
avec Mr le Duc de Medina-
Sidonia.
Mr de Carcaffone qui fe trouva
le lendemain au lever du
Roy, eut l'honneur du Priédieu .
Le Roi entendit la Meffe de
grand matin dans fon antichambre
& partit à huit heures.
Pendant que Sa Majesté a demeuré
à Montpellier elle a tous
GALANT 373
les foirs donné l'ordre à Mr le
Comte de Calviffon , & aux
Commandant des Sizains de la
Ville qui le gardoient . Ce Prince
a fait de grandes liberalitez
aux domestiques de Mr le premier
Preſident , & à la Mufique
de Saint Pierre . Il n'a pas oublié
les Comediens . On a diſtri
bué par fes ordres beaucoup de
chocolate , & beaucoup de tabac
d'Efpagne. Ceux de la fuite
de ce Prince ont donné fort largement
aux domestiques des
maifons où ils ont logé . Les uns
dix , les autres quinze , & d'autres
vingt louis.
Sa Majefté Catholique a lo
gé chez Mr Bon , premier Pre .
ident de la Cour des Aides ,
& ce Magiftrat l'a reçu avec la
374 MERCURE
>
mefme magnificence qu'il fit ,
paroiftre lorfque la Reine d'Efpagne
, à fon paffage , luy fic do
l'honneur de loger chez luy,
Mr de Montpellier à tenu
deux tables matin & foir
elles ont efté magnifiquement
fervies , tous les Seigneurs Ef
pagnols y ont fouvent mangé ,
& le jour de l'arrivée de SaMajefté
Catholique neuf Efpagnols
des plus qualifiez , Grands
d'Efpagne & autres mangerent
à l'une de ces tables ou eftoitri
Mr le Cardinal d'Eftrées. Mr
de Montpelier eftoit à l'autre
avec un grand nombre de perfonnes
de diftinction .
2
Le 8. Decembre , Sa Majesté
Catholique alla à Pezenas , où
elle dîna en public à l'Eveſché,
GALANT 375"
qui avoit efté préparé pour fon
logement , ce Prince monta à
cheval fur les trois heures aprés
midi , & alla voir les huit Eclufes
du Canal Royal de communication
des mers , qui font acolées
& jointes enfemble à la veuë
des murailles de la Ville ; on y
fit defcendre & monter des Bateaux
, pour lui faire voir l'artifice
de cette Navigation , il
regarda avec plaifir les Cafcades
que font les eaux en tombant
de l'une dans l'autre , de
huit Eclufes ,
Delà Mr de Rouffet , Directeur
des Ouvrages du Canal ,
proche parent de мr Riquet ,
eut l'honneur de le conduire
parterre au lieu dit le Malpas,
qui eft à une lieuë de Beziers.
376 MERCURE
Le Malpas eft une voute creus
fée de main d'homme dans le
tuf ou le Canal paſſe au travers
d'une montagne On nomme
cet endroit le мal Pas , parce
que l'ancien chemin de Nar
bonne eftoit autrefois de ce
cofté - là , où les voleurs faifoient
leurs meurtres , & jetroient
les cadavres dans des
Fondrieres qui font aujour
d'huy couvertes . Le Roy étant
arrivé fur la montagne , mit
pied à terre , & defcendit fous
la voute par un degré taillé
dans le tuf, qui eft du cofté de
Beziers . Il en voulut fçavoir
la longueur , la largeur & la
hauteur. Il traverfa fur la Banquete
qui fert pour le tirage
des Bateaux
, toute
la longueur
GALANT 377-
dui Cal Pas , qui eft de quatre
- vinge dix - neuf toiles ; il
eftoit fuivi de plufieurs Grands
d'Espagne , & de quantité d'autres
Seigneurs , qui dirent à Sa
Majefté que la voute du Mal
Pas eftoit plus curieuſe à voir
que le chemin vouté , creusé
dans la montagne du Pofilipo ,
qu'on voit encore à la fortie de
la Ville de Naples , quand on va
du cofté de la Ville de Pouffolo
, pour voir les beaux lieux
que Virgile a decrits dans
fon fixiéme Livre de l'Encide
.
Sa Majefté après avoir demeuré
un bon quart d'heure en
cet endroit , en fortit par l'autre
bout & remonta fur la
montagne par l'autre degré qui
Decembre 1702. li
>
378 MERCURE
eft du cofté de Touloufe &
rentra à Beziers vers les cinq
heures. Ce Prince parla à fon
retour fi avantageufement du
canal à Mr le Cardinal d'Ef
trées , que cette Eminence y
alla le io au matin , avec Mr
l'Abbé d'Eftrées fon Neveu . Ils
admirerent cet ouvrage , qu'ils
regarderent comme un des plus
grands de la magnificence de
Louis le Grand , & dirent que
les Empereurs Romains n'avoient
rien fait en Italie qui lui
pût eftre comparé.
Le Roy d'Espagne s'informa
de tout le détail du Canal , il
voulut fçavoir ce qu'une Barque
pouvoit porter ; combien coûtoit le
port du poids de cent livres , & quelle
épargne ilyavoit àfaireporter les
GALANT 379
i
梦
marchandifes plutoft par le Canal
que par aucune autre forte de Voiure
Combien de temps il falloit
pour faire le trajet d'une Mer à
l'autre Combien de journées mettoient
les Voyageurs pour aller
delà à la Ville d'Agde , à Tou-
Louſe par le Bateau de Pofte , ce
qu'il lear en coltoit de frais ; il
voulut fçavoir la maniere dont on
recreufoit le Canal quand il eftoit
fable, s'ilfe fabloit fouvent, &pour
quel ufage on avoit fait les Aqueducs
il en demanda le nombre ,
celuy des Eclufes , fi on avoit
efté long-temps à faire le Canal
depuis quel temps il eftoit dans
fa perfection , de quelles eaux on
fe fervoit , & ce qu'il coûtoit pour
l'entretenir. Mr de Rouffet qui
le fuivoit toûjours , l'inftruifie
li ij
380 MERCURE
de toutes ces chofes dont il pa
rut eftre fatisfait , puifqu'il fit
par fon Secretaire cé
qu'il trouva de plus remarquable
.
écrire
Mr le Pul eut l'honneur
d'eftre prefenté à Sa Majefté ,
Mr de Ĉandeau Gentilhomme
de la manche de Monfeigneur
le Duc de Berry qui eftoit parti
de Verſailles exprez pour
voir Sa Majesté Catholique à fon
paffage à Beziers . Mr Pul prefenta
à ce Prince fa Traduction
des Eglogues de Virgile , qu'il
avoit eu l'honneur de prefenter
à Monfeigneur le Duc de Bour
gogne à fon paffage dans la même
Ville. Sa Majesté reçut
avec fa bonté ordinaire l'exemplaire
qui luy fut prefenté.
GALANT 38
Le io, du mefme mois , le
Roi d'Efpagne alla coucher à
Narbonne , le 11, à Salins , &
le 12. à Perpignan. Il n'y a
point à douter que Sa Majefté
Catholique n'ait eſté reçuë
dans toutes les Villes , dont
je ne vous ay rien dit , de
même que dans celles dont je
vous ay parlé. Si j'en reçois
des memoires , je ne laifferay
pas de vous en entretenir le
mois prochain , afin que la pofterité
trouve un jour dans mes
Lettres , ce qui ne fe trouvera
point ailleurs , & que ceux qui
en auront befoin y puiffent
apprendre ce qui fe fera fait
dans les Villes de France
où un Roy d'Espagne aura
paffé .
382 MERCURE
Dans l'article de ma Lettre
du mois paffé , qui regardoit
la mort de feu мr le Marefchal
de Lorge ; je vous dis que ce
Marêchal avoit arrefté avant
fon decez le mariage de мr le
Duc de Quintin fon fils avec
Mademoiſelle Chamillart ; ce
Mariage a efté confommé à l'Etang.
Je n'ay rien à vous en
dire davantage. La mort de мr
le maréchal de Lorge eft encore
reffente , la fageffe regne
dans l'une & dans l'autre Fa
mille
, & vous jugez bien que
tout s'y eft paffé d'une maniere
convenable au deuil de
l'Epoux .
L'Empereur ayant refufé en
dernier lieu d'accorder à MonGALANT
383
heur le Duc de ' Lorraine la
Neutralité qu'il lui avoit inftamment
demandée , & le Roi
fçachant les entreprifes que les
Allemans fe propofoient de
faire dans les Provinces de fon
Royaume , auffi - toft qu'ils fe
feroient emparez de la Ville de
Nancy , il eftoit de la Politique,
& de la prudence de Sa Majeftéde
mettre fes Etats à couvert,
d'autant plus que la Neutralité
refufée par l'Empereur
à мr le Duc de Lorraine , le
mettoit en eftat de le faire
avec juftice. Il ne reftoit plus
que la maniere de le faire , &
c'eft en quoy la fageffe & la
bonté du Roi ont éclaté ; ce
Monarque a fait entendre fes
raifons avant que de faire voir
384 MERCURE
&
les forces , il les a mêmes fait
aprouver , aufi eftoit- il diff
cile qu'elles ne le fuffent pas,"
puis qu'elles eftoient juftes ; il:
a fait entrer des Troupes dans
Nancy, il a choifi un fage Com .
mandant , puis qu'il a nommé
Mr le Comte d'Avejan
toutes chofes fe font paffées.
avec tant d'honnêteté & de
douceur , Monfieur le Duc de
Lorraine eftant toûjours maître
de fes Etats , qu'il ne paroift
pas qu'il y ait aucun changement
dans ce Duché , tant
les Troupes du Roi y obfervent
une exacte difcipline . Le
Roi fait plus encore pour la
tranquilité des Peuples de cet
Etat , Nancy n'eftant point
fortifié, les Allemans pouvoient
eftre
GALANT 385
eftre tentez de troubler le repos
de la Lorraine , S. M. en
faifant fortifier cette Place, garantit
tout cet Etat de la guerre
que fes Ennemis n'auroient
pas manqué d'y allumer ; mais
quand le Roi n'auroit point
fçû leur deffein , il devoit eftre
perfuadé que puis qu'ils avoient
fait entrer des Troupes dans
Cologne , nonobftant la Neutralité
qui venoit d'être fignée,
ils ne manqueroient pas d'en
faire entrer dans un Etat auquel
ils l'avoient refuſée .
Rien n'eft égal aux foins
que le Roy fe donne
pour tout
ce qui regarde
la Campagne
prochaine
Ce laborieux
Monarque
ne ceffe point de travailler
; & il y a lieu de croi
Decembre
1702
. Kk
386 MERCURE
re qu'il reduira bien - toft fes
Ennemis à demander le rétabliffement
de la Paix qu'ils ont
injustement rompuë On vient
de diftribuer des Commiffions
pour dix -fept Regimens , les
Colonels des onze premiers ,
font ,
Meffieurs ,
Le Chevalier de Pifancour .
La Chaux Montauban
La Roche Talon.
Le Chevalier de Saint Sernin..
Saint Gend .
Le Marquis de Montluc.
Liftanges .
De Broffes.
D'Aubuffon.
Clermont.
Houderet.
GALANT 387
La Province de Normandie
leve deux Regimens , & le fils
de мr de Matignon a efté nommé
Colonel d'un de ces Regimens
.
On a donné des Commiffions
pour trois Regimens de Dra
gons. Les Colonels de ces Regimens
font ,
Mr de Chaſtillon , fils de мr le
Comte de Chaſtillon , Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le
Duc d'Orleans.
M le Chevalier momein .
Mr de Verceil .
Mr de Vertilly qui eftoit
Major General de la Gendarmerie
, a eu la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , qu'avoit-
Mr de Lanmarie.
Kk ij
388 MERCURE
Mr Dormoy Major du Regiment
du Roy Cavalerie , a eu
la place de Major General
qu'avoit Mr de Vertilly Mr
Dormoy avoit eu depuis quel
que - temps le titre de Colonel.
Il y a lieu de croire que les
deux Regimens qu'on leve en
Normandie feront parfaitement
bons , puifque la plupart des
Soldats feront tirez des Milices
de cette Province , qui
ont efté difciplinées par Mrde
Moncaut Gouverneur de la Citadelle
de Befançon , où il com
mandoit ci -devant la Compa
gnie des Cadets . Il retourne
en Normandie , non feulement
pour voir l'eftat des milices
mais auffi cinq ou fix cens GenGALANT
289
tilshommes à qui l'on a donné
des maîtres pourles inftruire ; &
qui font obligez d'aller garder
les coftes , lors que les Ennemis
tiennent la mer. On prendra
parmi cette Nobleffe quelques
Officiers pour les deux Regimens
nouveaux , c'eft le moyen
d'avoir de bonnes Troupes ; ce
qu'on fait auffi pour les Recrues
des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , rendroit
ces Compagnies bien confiderables
, fi elles ne l'eftoient déja
par l'honneur qu'elles ont d'approcher
de la Perfonne du
Roy , & d'eftre compofées de
braves gens . Sa Majefté a envoyé
dans les Provinces du
Royaume quatre Exempts &
quatre Brigadiers qui feront
Kk iij
390 MERCURE
des Recruës parmi la Nobleffe
qui a déja efté dans le fervice ,
où l'on fçait que plufieurs Gentishommes
fouhaittent de rentrer.
Mr le Marquis de Gondrin
fils de мr le Marquis d'Antin ,
& d'une foeur de Mr le Duc
d'Ufez , a eu l'agrément du
Roy pour le Regiment de ce
Duc , fa fanté ne luy permettant
plus de fervir . Mr le mar
quis de Gondrin eft fort jeune,
mais à peine la haute Nobleffe
à-t-elle atteint en France l'âge
de raifon , qu'elle brûle de fe
fignaler ; ainfi on ne doit pas
s'étonner fi elle fçait de fi bonne
heure le métier de la guerre.
Mr le Brun , beau- fils de
Mr le Prince de Courtenay , 1
GALANT
39-1
ne refpirant auffi que la gloire,
a acheté la Cornette Blanche
de Mr de Gomadeu . Il eft furprenant
qu'aprés le grand nombre
de Regimens qui ont efté
vendus , & les Commiffions
qui ont efté délivrées pour en
lever , il fe prefente tous les
jours autant de perfonnes qui
en demandent que fi on n'a- i
voit délivré aucunes Commiffions
.
L'augmentation de Troupes
demandant une augmentation
d'Officiers Generaux , le Roy
vient de nommer ceux qui fuivent.
Lieutenants Generaux .
Mr le Comte de Naffau.
Mr de Clairambaut.
Mrle Comte de Laumont Com.
392 MERCURE
mandant à Dunkerque.
Mr le Comte de Quélus. Mul
Mr de Cayeux.
Mr de Grammont Falon . pla
Mr de
мagnac.
Mr du Rofel.
Mr de Raynol.
Mr.de Saint Mauris .
Mr le Comte d'Hautefort .
Mr de Courtebonne .
Mr de Rigouille, des moufquetaires.
Le Marquis de Druis , Lieute
nant des Gardes du Corps .
Mr de Montgon
.
Mr de Phelipeaux Ambaſſadeur
à Turin.
Mr d'Artagnan , des mouſquetaires
Mr de Caraman , Capitaine
aux Gardes.ch
GALANT 393
Le Comte de Rouffi.
Le M. de Surville .
Mr le Duc de Charoft.
Mr le M. d'Antin.
Mr le м. de Liancourt.
Mr le M. de Chemeraut.
Maréchaux de Camp.
Mr le Comte de Chamilly.
Mr. Heffy , Colonel Suiffe.
Mr des Alleurs .
Mr d'Asfeld :
Mr de Foirçat .
Mr Galmois , Colonel Irlan
dois.
Mr de Vaudray, Comtois
Mr de Goifbriand , Breton:
Le Mr de Vibray.
Mr de Berulle.
Mr de Lée Irlandois Colonel.
Mr Doringthon , Irlandois.
394 MERCURE
Mr Julien , Dauphinois.
Mr de Moncaut , Gouverneur
de la Citadelle de Befançon .
Mr le Marquis de Sainte Hermine..
Mr de Manderchet , Colonel
Allemand .
Mr le Comte de Horn .
Mr le Comte de Nogent , Colonel
de Dragons.
Mr de Valfemě , de la Gendarmerie.
Mr de Vaillac .
Mr de Giurodan .
Co-
Mr de Vivan.
lo
Mr du Chaftelet.
Mr de Joffreville.
nels .
Le Prince de Birkenfeld .
Brigadiers.
Mr Le Duc
l'Efdiguieres ,
GALANT
395
Mr de la Connelaye. Capit. aux
Mr de Montgeorge . Gardes.
Mr du Heron Colonel refor
mé de Dragons , Envoyé en
Pologne.
Le M. de Ravetot .
Mr de Scepy.
Mr de Tournon.
Mr de Ranne .
Mr le Comte Choifeuil ,
•
la Reine...
Mr le Comte de Tilliers.
Mr le Comte de Hautefeuille.
Mr du Bordet .
de
Mr du Choifeuil Beaupré.
Mr d'Hautefort, des Moufquetaires
.
Mr Le Chevalier de Sully,
Mr de Saint Second , Piemontois.
Mr de Calvo,
396 MERCURE
Mr le Chevalier Officiers des
de Balivieres . Gardes du
Mr d'Immecour. Corps.
Mr le Marquis de Grancey .
Mr de l'Ifle du Vigier.
Mr de Beauveau , de Rivau.
Mr le Marquis de Montbron.
Mr de Marquefac, d'Hautefort
Mr de Broglio , du Roy .
Mr le Comte d'Eghmont.
Mr le Chevalier de Chamillart
.
Mr de Clodoré , Major General
d'Infanterie .
Mr le Duc de Briffac.
Mr de Monvielle , Gentilhom
me de la Manche.
Mr le Chevalier d'Hautefort ,
des Dragons.
Les Officiers Generaux, hors
GALANT 397
les Brigadiers , ne pouvant garder
de Regimens , cette promotion
yà faire plaifir à tous
ceux qui cherchent à en acheter
.
Toutes les fois que je vous .
ay envoyé des Liftes d'Officiers
Generaux , j'ay ajouté cinq ou
fix lignes à chaque nom afin de
vous les faire mieux connoiſtre
qu'en vous les nommant feulement.
Le peu de temps qui me
refte ne me permet pas de fuivre
aujourd'huy cet ufage;
Mais j'efpere fatisfaire le mois
prochain , voftre curiofité là
deffus , & qu'il me viendra
quelques memoires qui m'aide
ront à parler jufte de ceux dont
je ne fuis pas amplement infor
mé du merite , de la naiffance ,
398 MERCURE
des emplois , & des ſervices.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Crèche ; ceux qui
font deviné font , Mr Colidor :
Bardet & du Pleffis du мMans :
l'Abbé du Flot : de la Houpiniere
: Tourterin : le Petit de la
Couronne de la rue des Bourdonois
: Tamirifte : l'Auteur de l'Amour
defintereffé : l'infortunéPigis
de la rue S. Antoine Meſde .
moifelles Moutier la fille , de
l'Arfenal Amerante de la ruë
Sainte Marguerite : la belle Brune
de devant Saint мederic la
fameufe Devinereffe de la Baf
title Mouget de la rue du
Roulle , & la dixieme: Mufe du
Fauxbourg Saint Germain , fa
Commere.
GALANT
399
L'Enigme que je vous envoye
, eft de mr d'Aubiecour.
ENIGM E.
plais , foit que je fois vêtuë
,
Ou qu'on me voye toute nuë.
Ma figure fur pied réveille les ef
prits s
Plas mon corps a de poids , plus
j'augmente de prix.
Je fuis d'une espece fragile;
Je vomis nuit & jour , &jamais
Medecin
N'a vù fortir de moy Pituite ny
Bile ;
Mais fi de tels efforts mefont tomber
debile ,
Qui me releve avec du Vin ,
Ne mefoulage pointen vain .
400 MERCURE
:
Toutes les Armées eftant de
part & d'autre en quartier d'hi
ver , je dois feulement vous dire
que nos affaires font dans une
affez bonne fituation du cofté
de l'Allemagne , que nous n'avions
point de Ponts fur le
Rhin, pendant la derniere Campagne
, & que nous y en avons
prefentement deux ; que l'Alface
eſt bien gardée ; que nous ne
craignons plus rien du cofté de
la Lorraine que Bonn & Trarback
tirent de grandes contributions
que les Eunemis qui
avoient deffein de les affieger
pendant cet hiver , paroiffent
prefentement fort éloignez d'avoir
cette penfée , que мr l'Electeur
de Baviere donne beaucoup
d'inquietude à l'Empe-
"
GALANT 401
reur , que fon Armement rompt
les projets que Sa Majesté Imperiale
avoit formez fur le Rhin ,
& fur tout en Italie , d'où elle
fait revenir des Troupes lorfqu'il
feroit befoin qu'elle y en
envoyaft ; que l'on commence
dans la Diete de Ratisbonné à
& reconnoiftre la juſtice des armes
de Son Alteffe Elrctorale ,
& que des Deputez des principaux
Membres de l'Empire
l'ont dit affez haut en pleine
Affemblée .
Ce que je dis n'eftant point
un raifonnement , mais un fait
pofitif & public , merite quelque
attention . Le temps en découvrira
davantage . Si plufieurs
Membres de l'Empire ofoient
parler , ou s'ils eftoient en eſtat
Decembre
1702 .
LI
402 MERCURE
de le faire , on verroit de grands
changemens dans les affaires
d'Allemagne . Le temps améne
tout. L'Empire n'eft point obligé
d'entrer dans les démêlez
de l'Empereur , il eſt libre &
non dépendant . Si l'Empereur
reconnoift des Rois , & des
nouveaux Electeurs dans fes
Membres , & que ces Princes
embraffent fon parti par reconnoiffance
, cherchant à l'éle
ver à leur tour, le refte de l'Empire
ne doit pas s'épuifer pour
fe donner un maiftre , qui ne le
gouverne déja que trop arbitrairement.
Si 1 Empereur agit
avec tant de hauteur lorfque fa
Maifon fe trouve fi abaiſſée
que feroit- il s'il mettoit la Cou
ronne d'Eſpagne fur la tefte
GALANT 403
d'un de fes Enfans ? Il feroit
dans peu Souverain de toute
l'Allemagne , & l'Empire ne
reconnoiftroit plus que fes ordres.
Ce n'est que par là que
la Couronne d'Efpagne le touche
; tout ce qui peut l'aider à
la mettre dans fa maiſon , luy
convient . Les Heretiques de
fon parti ont pillé les Eglifes
dans l'Andaloufie . Ils ont abatu
les Autels , ils ont profané les
faintes Hofties , ils ont foulé les
Reliques aux pieds , ils ont
traîné les Images des Saints par
derifion Vienne s'en réjouit ,
& l'on y chante le Te Deum .
Ce font là des faits qui parlent,
& non pas des raifonnemens ,
Ces faits difent tant , & font
tant penfer , que je me tais . Les
:
Lij
404 MERCURE
A
Hollandois ont montré beau
coup de prudence ſur cet arti
cle On avoit fait des Eftampes
de ce pillage , & de ces abominations.
Le fujet de ces Eftampes
eftoit contraire aux mani.
feftes publiez , & à la bonne
guerre , il eftoit barbare , & n'a
rien produit pour l'Etat , les
particuliers ont fait quelqué
butin , & c'est à quoy toute la
dépenfe de leur Armement a
abouti ; ainfi toutes les Eſtampes
qu'ils ont fait fupprimer ,
au lieu de tourner à leur gloire,
ne pouvoient faire dire autre
chofe , finon que c'eftoit une
montagne qui enfantoit une fou
ris. Pendant qu'on se réjoüiffoit
à Madrid de ce que tout l'or &
F'argent de la Flote eftoit fauve,
A
GALANT 405
& qu'il eftoit arrivé dans cette
capitale on faifoit des réjoüif
fances publiques , ou plutoft
politiques , à Vienne & à Londres
, fans avoir d'autres motifs
que celuy d'éblouir les peuples
par ces feux & de les repaiftre
de fumée , puifque c'eſt un fait
conftant & averé , que lorfque
les Flotes ennemies ont paru
devant Vigo , il y avoit huic
jours qu'il ne reftoit plus d'argent
à débarquer.
Revenons à Mr l'Electeur de
Baviere . Ses ennemis le craignent
beaucoup , puifque fur
une legere indifpofition de ce
Prince , ils ont publié qu'il
eftoit dangereufement malade .
Il a eu quatre accés de fiévré
affez legers ; voila toute fa ma
406 MERCURE
ladie. Ceux qui ont lieu de
craindre fes Troupes , & qui fe
les ont attirées en rompant les
Traitez qu'ils avoient avec luy,
en fçavent des nouvelles plus
veritables , & la ville d'Aufbourg
& fon territoire qui luy
payent cinquante mille florins
de contribution , fçavent combien
fes Troupes font à craindre.
Elles embaraffent beaucoup
l'Empereur qui a fait revenir
quatre Regimens de cavalerie
d'Italie , & a retenu les
recrues qu'il y devoit envoyer ,
afin de les faire agir contre Son
Alteffe Electorale . Jugez de la
fituation où le trouve Sa мajefté
Imperiale par celle où font
fes affaires dans le lieu dont elle
fait revenir des Troupes.
GALANT 4.07
J
Je ne vous repete point icy
que depuis l'ouverture de la
Campagne , Monfieur le Duc
Vendôme a toûjours chaffé
Mr le Prince Eugene devant
lui qu'il l'a obligé de repaffer
fix ou fept Rivieres , qu'il
F'a contraint d'abandonner un
grand nombre de Poftes , de
plufieurs defquels il n'avoit retire
ni la Garnifon ni les magafins
: qu'il a défait quatre de
ces meilleurs Regimens de cavalerie
au combat de Santa
Vittoria , qu'il a gagné la Bataille
de Luzzara , qu'il s'eft
enfuite emparé de la Place
qui porte ce nom , qu'il a affiegé
& pris Guaftalla , & qu'il a
tellement refferré les Imperiaux
, qu'ils ont eſté con-
-
408 MERCURE
>
traints d'abandonner Borgoforte
, fans pouvoir en retirer
qu'une partie de la Garnifon.
J'ajouterav à tout cela la prife
de San Benedetto , avec un
gros magafin , & qu'il n'y a
point jour que Mr de Vendô
me n'avance en refferrant
l'Armée Imperiale. M. d'Albergotti
qui commande dans
Modene , fait fortifier plufieurs
Poftes fur le canal & fur le
Panaro , qui couvrent le Païs.
Le premier et Bonporto dans
l'angle que fait le canal de
Modene , en tombant dans
le Panaro. Il a mis quatre
cens hommes dans ce Pofte.
Il en a mis cent cinquante
dans la Baftia. Il en a fait
auffi entrer dans Nonantola ,
dans
GALANT 409
dans Novalla fur le Panaro , &
dans Pontalto fur la Sechia .
Enfin le Prince Eugene eft fi refferré
, qu'il n'y a pas dans l'étendue
du terrain qu'il occupe
affez de Poftes pour mettre fes
Troupes à couvert des injures
de l'air , fes partis n'ofent plus
paroître , & fes Troupes que
T'on trouve en Campagne n'ofent
plus fe deffendre. Un Party
de quatre-vingt hommes de
la Garnifon de мantouë , ayant
rencontré une Compagnie de
Grenadiers Allemans , la défit
entierement , fans qu'il en reftaft
un feul. Il en prit quatorze
, & le refte fut tué.
La Garnifon de Bercello fe
trouve auffi refferrée qu'elle eft
affoiblie. Il ne refte pas cin-
Decembre 1702. Mm
410 MERCURE
quante chevaux dans la Place
Toute la Garnifon a prefque
pery par les maladies , cette
Place eftant fituée dans un lieu
bas , & fort mal fain : de forte
qu'il nous a efté avantageux.
que les Ennemis ayant eu une
Garnifon dans cette Ville - là ,
puis qu'elle y a peri , fans avoir
fait un feul exploit de Guerre
pendant toute la Campagne
c'eft un fait conftant , puifque
les Ennemis , fuivant leurs manieres
accoûtumées n'en ont
pas même publié d'imaginaires.
Les Ennemis ont fait beaucoup
de bruit des petites conqueftes
qu'ils ont faites en Flandres
, je dis petites , car quoy
que la Ville de Liege foit d'un .
grand nom , elle ne peut paffer ,
GALANT 411
pour une Place de guerre; leurs
autres conqueftes n'ont que des
Fortifications de terre . Leurs
Garnifons loin de faire des
courfes , fe trouvent fort refferrées
; ce qui fe paffa le 19 de
ce mois de ce cofté là en eft une
preave. Mr le Marquis de
Blainville qui commande fur la
Frontiere de Namur , ayant eu
avis qu'un Efcadron des Ennemis
avoit efté mis dans un des
Fauxbourgs de Liege , refolut
de le faire enlever , & chargea
de cette Commiffion , Mr le
Marquis du Rozel, qui fe rendit
avec cent- cinquante Chevaux ,
& fix vingt Grenadiers à Huy,
d'où ils marcherent à Liege ,
ils entrerent la nuit dans le
Fauxbourg , où eftoit l'Eſca-
Mmij
412 MERCURE
dron, qu'ils cherchoient; ils en
enleverent 119. chevaux & plufieurs
Cavaliers qui furent conduits
à Huy & à Namur .
A peine ceux qui aſpiroient
de monter au rang de Colonels
, ont ils appris que les
Brigadiers qui avoient des
Regimens , avoient efté nom .
mez Marefchaux de Camp ,
qu'il a paru un fi grand empreffement
pour acheter ces
Regimens , que l'on en a d'a
bord vendu fix.
Mr de Vivan a vendu le fien
au Fils de Mr d'Heudicourt.
Mr le Marquis du Chaſtelet , à
Mr de la Bellarderie , Lieute
nant Colonel de Briffac.
Mr le Comte d'Horn , à Mi
de Meufe , Capitaine dans le
Royal Piémont.
GALANT 413
Mr de Forcaft à Mr de la Baume
fon neveu , Capitaine dans
le Regiment de Forcaft ,
Mr de Joffreville à мr le Prince
de Terente , & мr de Vaillac , à
Mr le Chevalier de Saumery .
Je fuis obligé de remettre au
mois prochain un fort grand
nombre d'articles , tant parce
que je me trouve preffé de finir
ma Lettre › que parce qu'elle
eft déja affez remplie ; ainfi je
ne vous diray rien aujourd'huy
des Benefices donnez , non plus
que de la mort de plufieurs perfonnes
de confideration . Je referve
auffi pour le mois prochain
une des plus belles , & des plus
curieufes relations qui ayent jamais
efté faites , & qui peut paffer
pour un chef d'oeuvre , au
M m iij
414 MERCURE
fentiment de tous les Officiers
de Marine. Cette relation regar
de le combat donné entre Mr
Ducaffe & l'Amiral Bembou.
Dans l'article de ma dernie
re Lettre , où il eft parlé des
Furftemberg , on a confondu
enfemble deux maifons , qui
portent ce nom , & qui neanmoinsfont
differentes , & n'ont
point les mêmes Armes. L'unt
eft de Souabe , & c'eſt celle des
Princes & des Comtes de Furftemberg:
l'autre qui eft Pader
born , eft d'une ancienne No
bleffe de Veftphalie.
Je ne vous dis rien de Gouvernolo
, vous en entendrez parler
avant que de recevoir ma Lectre
. Je fuis , Madame , &c .
A Paris ce 28. Decembre 1702.
TABLE
P
Relude.
Journal de tout ce s'eft paße devant
Cadiz , depuis l'arrivée de la
Flete ennemie , jufqu'à fon départ.
Morts.
Accouchemens.
9
105
121
Prix de l'Eloquence & de la Poefie,
7
pour l'année prochaine.
Service .
Lieutenance de Roy donnée .
Conte.
125
129
132
131
Article touchant les Traitez de la
poffibilité de l'immortalité corpoporelle.
Galanterie.
141
149
TABLE.
Article touchant les Affaires du
155
temps .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
eft nommé par le Roy pour entrer
dans tous les Confeils . 167
Sixieme Bataille gravée d'aprés
Mr le Brun.
Second article de Morts.
174
175
Nouveau recueil d'Airs gravez de
190 Mr de Boußet.
Journal de tout ce que la République
de Genes a fait pour la reception
du Roy d'Espagne dans fes
Etats .
191
234
266
Troisième Article de Morts .
Confeillers d'Etat montez & nommez
par le Roy.
Mr le Prince de Ligne eft prefenté
au Roy par Mr. l'Ambaßadeur
d'Espagne.
Mort de Mr le Chevalier de Lor
271
TABLE.
raine. 278
Réception de Mr le Duc de Coiflin
à l'Academie Françoife. 284
Prelude de la Lifte des Officiers de
Marine. 297
Lifte de tous les Officiers de Marine
avancez au mois de Decembre
1702 .
300
Mariage de Mr le Duc de Quintin
& de Mademoiselle de Chamillart.
Journal de ce qui s'eft paßé dans les
Villes de France par où Sa Majeftè
Catholique apaſſe.
Affaires de Lorraine .
Commiffions delivrées pour la levée
de plufieurs Regimens . Agrément
donné par le Roy pour plufieurs
autres. Manieres nouvelles de
322
382
385. faire des Recrues .
Officiers Generaux nommez par le
TABLE.
Roy.
Articles des Enigmes.
390
398
Etat prefent des affaires de laguer
re .
400
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus,
Articles refervez.
412
413
L'Air doit regarder la page189 ,
TABLE.
Roy.
Articles des
Enigmes.
391
398
Etat prefent des affaires de la guer
re. 400
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus ,
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page189,
TABLE.
Roy.
Articles des Enigmes .
391
398
Etat prefent des affaires de laguerre
. 4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus .
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page 189,
TABLE.
Roy.
Articles des
Enigmes .
391
398
Etatprefent des affaires de laguerre
.
4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus.
Articles refervez
412
413
L'Air doit regarder la page189,
TABLE .
Roy.
Articles des
Enigmes.
391
398
Etat prefent des affaires de laguerre
.
4.00
Plufieurs Regimens des nouveaux
Maréchaux de Camp , vendus .
Articles refervez.
412
413
L'Air doit regarder la page189
Qualité de la reconnaissance optique de caractères