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1702, 08
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MERCURE
THEQUE
LYON
GALANTO
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AOUST , 1702.
1893
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Omme il eft impoffible dans la con-
Cjoncture prefente de ne pas groffic
le Mercure , ce qui en augmente confirablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII .
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
IL y alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoſſiblede
de viner le nom d'une Terou
d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie des
re ,.
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
1
touslesbonsOuvrages
à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
HELUE
THA
DE
MERCVRE
GALANT LYON
#
1893
AO
UST, 1702.
VILLE
ES Sonnets for les
Rimes de Mrs les
Lanternistes de Toulouſe
, ayant este proposez à
t
la gloire du Roy. Ils ont effé
remplis par une infinité de
A iij
6 MERCURE
Perfonnes , chacun fe faifant
un plaifir extrême de publier
les loüanges de cet Augufte
Monarque. Je vous en ay déja
envoyé quelques uns , & j'ef
pere que vous ne ferez pas
fâchée de voir encore ces
trois autres.
AU
L
ROY.
AVictoire pour toy tous fes char
mes
déploye
On n'entend en tous lieux que
clatans
d'éconcerts
deferts ,
Dans les Villes , aux champs ,jufqu'auxfombres
De tes heureux fuccés , tout retentit
de joye.
GALANT 7
$
CREMONE euteuyé le mêmefort
que Troye
revers ,
Si les fiers Allemans n'euffent en
du
Mais fe voyant vaincus & de bonte
Couverts
Ils quittent aux François leur importante
S
proye
Tous les travaux ainfi font de gloi
re
embellis ,
Rien ne peut égaler la puiffance des
lis ,
Tu l'as de l'Occident au Levant ré-
&
pandue.
Auli tes Ennemis transportez de
fureur
Voudroient de ton pouvoir limiter
l'étendue ,
A iiij
8 MERCURE
Mais ta valeur , GRAND ROY,
les remplit de
PRIERE.
terreur.
Protege cette Race en tant de Rois
feconde ,
SEIGNEUR , declare - toy toûjours
en fa faveur,
Et fais toujours regner ton amour
dans le coeur
De Louis , que tu rens le plus
grand Roy du monde.
Ce Sonnet eft de M' Ro.
bert , de Saint Laurent de
Muffidan , en Perigord , &
celui qui fuit eft de Madame
de Regis , Dame d'un merite
fort connu. Elle excelle dans
GALANT
9
&
tous les ouvrages d'efprit ,
demeure à Manfouville en
Gascogne.
PLAINTE
DES HOLLANDOIS.
MAR
ARS heriffe des traits que
fon bras nous déploye ,
Fait retentir nos bords , de ces triftes
concerts
Qui répandant l'effroy jusqu'au
fonds des
deferts,
Font un climat de pleurs des climats
de la
2
joye .
Ce Dieu , tel qu'on le vit autrefois
devant
Troye,
Menaçant nos remparts de funeftes
revers ,
10
MERCURE
Et par ces Efcadrons dont nos
champsfont couverts !
Bien-toft à nos malheurs nous va
livrer en
2
proye.
De mille & mille &mille droits nos
Etats embellis
lis .
Vont pafferparfes mains à l'Empire
des
Jufqu'ici noftre gloire en tous lieux
2
répanduë
Sembloit avoir dés temps furmonté
la fureur :
Mais Louis à ce point voit la
étenduë ;
fienne
Qu'à fon éclat la noftre expire de
terreur .
Ce troifiéme Sonnet fur les
mêmes Rimes , m'a efté envoyé
GALANT
II
fous le noin de Tamirifte.
SUR LA RETRAITE
des Troupes Imperiales.
EN vain contre un Milan voftre
Aigle fe
Changez vos cris vainqueurs en lugubres
déploye ,
concerts ,
Fiers Allemans , fuyez au fond de
VOS
deferts ,
Portez-y vôtre honte , annoncez notre
2
joye.
CREMONE alloit par vousfubir
le fort de Troye,
Mais le Cocq vigilant , par un trifte
revers ,
Renverfe vos deßeins que la nuit à
Couverts
Vous perdez un Etat , en perdant
cette
proye
12 MERCURE
S
Par des charmes nouveaux [es
champs font
embellis
L'abondance y renaist , à la faveur
des
lis ,
La gloire de PHILIPPE eft par
tout
2
répanduë
Il approche , &fon bras , malgré
votre
fureur ,
tenduë
De vos vaftes projets refferrant ré-
Va ramener le calme , où regnoit
la
terreur .
Je vous ay quelquefois
envoyé des Extraits de Let .
tres de Smirne , qui ne vous
ont pas déplu. Voicy ce que
porte la derniere qu'on a
GALANT
13
reçûë de ce Pays - là .
JE
A Smirne le 8. Juin 1702 .
vous ay écrit d'Alexandrie
le 12. Avril Jay peu de chofes
à vous mander depuis ce tempslà
. Fay effé vingt -fept jours à
paffer d' Alexandrie en cette Ville
, où j'espere trouver dans peu
un embarquementpour Conftan .
tinople . Fay touche en paffant à
Stanchio autrefois l'Ifle de Côs ,
patrie d'Hipocrate. Nous n'y
avons rien vú de curieux qu'un
fort gros arbre qu'on m'a dit eftre
un Platane , on Plane , qui oc14
MERCURE
cupe une place de la Ville dans
laquelle il forme un fort beau
couvert . Son tronc eft court ,
mais fi gros que fix hommes auroient
de la peine à l'embraffer
.
Les branches qui fortent de ce
maiftre Arbre au lieu de s'élever,
fe jettent de tous coſtez droit à
Horifon , & comme elles font
proportionnées
au tronc
efté obligé de les foûtenir en plu .
fieurs endroits avec de groffes
Colonnes de Marbre , reftées de
quelque ancien Edifice de l'Ifle.
La circonference
du couvert de
cet Arbre eft de cent cinquante
pas . Son ombrage eft d'autant
on a
GALANT
IS'

plus agreable , qu'il y a deſſous
une fort belle Fontaine d'une
tres- bonne eau , dont les Vaiffeaux
qui viennent moüiller´ à
cette Rade , ont coutume de fe
pourvoir. Nous avons enfuite
efté moüiller à Scala Nuova ,
nous avons demeuré deux jours.
Cette Ville n'eft pas éloignée des
ruines de la famenfe Ephefe.
Quelque envie que nous euffions
d'y aller , car j'estois de compagnie
avec Mr VVorfley , Gentilhomme
Anglois , grand ama.
teur des antiquitez , & verita •
blement curieux , nous n'avons
pú nousfatisfaire la deffus , les
16 MERCURE
gens du lieu aufquels nous nous
fommes adreffez sy eftant oppofez
à caufe des voleurs dont ils
dirent que tout ce quartier eftoit
rempli . De Scala Nuova , nous
avons efté à Chio où nous avons
demeuré neufjours. Nous avons
efté voir les Arts de Maftic,
ils ne jettent cette precieuſe
Gomme que dans le mois de Septerbre.
Les Anglois en ont pris
la Ferme pour cinq années , &
ils en payent au Grand Seigneur
buit mille Piaftres tous les mois .
Ce que j'ay de plus rare à vous
mander , eft la Relation cyjointe
que j'ay cru meriter voftre curio
GALANT
17
fulé. Cette Relation fait icy du
bruit , & eft recherchée avec em
preffement. Comme elle est Ita.
lienne , je vous en envoye une
Traduction .
François Huppazzoli fuc
fils de Jean - Antoine Secardi
Hongo , qui avoit le furnom ,
de Huppazzoli . Sa mere étoit
Anne Marie fille du Comte
Jules Cezar de Sainte Marie.
Il nâquit dans la Ville de
Cazal du Monferat le is de
Mars 1987 , fous le Pontificar
de Sixte V. felon les marques
qu'on voit de fa propre main
Aoust 1702. B
18 MERCURE
en plufieurs de fes Livres
avec l'atteftation , & la def
cription de la Foy de fon
Baptême, qu'il emporta avec
luy de Cazal où il avoit esté
baprizé , & qu'il conſerva
avec foin jufqu'à l'an 1646,
que fa femme Orieta les brû.
la avec d'autres papiers , afin
d'empêcher qu'ils ne combaflent
entre les mains des
Turcs . Il paffa fon enfance
dans le Seminaire d'Adohe,
fous le gouvernement de
Monseigneur Pedachd , Archevéfque
de cette Ville.
Quand il fut un peu plus
GALANT 19
avancé en âge , il s'en alla à
Minſena Chateau peu éloi
gné de Caftel , Fic f& Comté
de la Maiſon , où lon pere
exerçoit la Charge de Podef.
ta au nom du grand Ferdi.
nand Gonzague , Duc de
Mantone , fon Souverain-
Lorfqu'il fut encore dans un
âge plus avancé , fes Parens
l'envoyerent étudier à Rome,
où fous le Pontificat de Paut
V. & d Urbain VIII, il demeura
quelque temps en
habit d'Ecclefiaftique , dans
F'intention de fe rendre plus
parfait dans les études , & de
Bij
20 MERCURE
"
s'appliquer à ce qui regarde
l'Eglife . Mais comme il étoit
jeune , & avoit beaucoup
d'efprit , Fenvie de voir le
monde l'obligea de partir de
Rome avec M. l'Archevêque
Gilli Vicaire Patriarchal , Su
jet d'Urbain VIII . pour aller
à Conftantinople. Etant ar
rivez à Scio ils trouverent
des obstacles fur la continuation
de leur voyage. Hup
Pazzoli demeura à Scio , &
s'y maria deux ans aprés avec
la fille du Seigneur Jean Carpra
appellée Angiolla , & le
14 Avril 1626 , fon fils aîné
1
GALANT 20
nâquit . Il s'appeloit Charle ,
& mourut le 16 Juin 1701 ,
huit mois avant fon pere. Il
eut huit enfans avec cette
premiere femme , & quand
elle fur morte , il prit la feconde
appellée Oriete Vel
lafte l'an 1640 , & il en eut fix
fils . Cette feconde femme
eftant auffi morte en 1665 ,il
épousa une de fes Efclaves
appellée Anne , dont il eut
quatre fils . Elle ne vêcut que
jufqu'à l'année 1677 , & le
maria pour la quatrième fois
avec une autre de les Efcla
ves nommée Marie , dont il
22. MERCURE
cy eur deux fils , & celle
eftant morte trois ans aprés,
il prit pour la cinquième
femme la Signora Caſſandra
Smirniota , qui eſt encore
aujourd'hui vivante . Il en a
eu quatre enfans , le dernier
defquels eft un fils qu'on
appele Orieta , & qui elt né
en 1682 le 22. d'Avril,
François Huppazzoli étoie
d'une taille mediocre , fec &
délicat il étoit blanc , il avoi
les cheveux noirs & plats , le
front large & grand , le nez
aquilain , les traits du viſage
fort bien faits , le teint beau
1
1
GALANT
2 }
& les yeux forts vifs . Il ne
beuvoit ni Vin , ni Sorber, ni
Café, ni aucune autre liqueur,
s'étant contenté de l'eau feule
depuis fon enfance jufqu'à
la fin de fa vie. Il n'a jamais
pris de Tabac d'aucune forte,
& il ne prenoit qu'une nourriture
médiocre , mais deli
cate, & fans aucune épicerie.
Il ne mangeoit que du potage
, & un peu de rôti, qu'il
aimoit fort , & fur tout le
Gibier. Il aimoit auffi route
forte de fruits , qu'il man.
geoit avec du pain ; ce qui
Thume&toit fi fort , qu'il paf
24 MERCURE
foit fouvent des mois entiers
fans boire d'eau . Il beuvoit
pourtant affez ſouvent de
F'eau de Scorzonaire , ce qui
contribuoit beaucoup à fa
fanté . Il n'a jamais voulu fe
trouver à aucun feſtin pour
ne point rompre fon regime
de vivre. Il fe retiroit chez
Juy avant le coucher du So
leil, foupoir de bonne heure,
& aprés avoir paffé une demi
heure avec fa femme , qui
étoit le feul de fes plaifirs , il
s'alloit coucher , & il fe levois
de grand matin : Il ne s'eft
jamais fervi d'aucun Do.
mestique
GALANT 25
, ayant
meftique pour le faire has
biller , coûtume qu'il a gardée
jufqu'à la mort. Il en
tendoit tous les jours la premiere
Meffe , & aprés s'étre
un peu promené , il ſe retiroit
dans fon Cabinet pour
écrire fes Lettres
des correfpondences
prefque
dans toute la Chrêtienté,
Quand il n'avoit rien à faire ,
il faifoit des remarques
fur
ce qui luy eftoit arrivé dans
le jour pour éviter l'oifivité ;
de forte qu'ayant fait durant
fa vie un grand nombre de
recüeils il en compoſa
Aoust 1672.
C
25 MERCURE
vingt- deux Volumes .
Il n'a jamais eu de fievre ,
ni uſé d'aucune faignée , ni
pris de medecines ou d'autres
medicamens. Son feul remede
étoit la diete ; il étoit d'un
temperement robuſte , de
forte qu'il n'a eu aucune maladie
habituelle, foit vapeurs ,
foit goute , ou azthme ou au
tres maux de cette nature ;
il vivoit d'un grand regime ,
ce qui eftoit caufe que les
fonctions de fon corps fe
faifoient tres
regulierement,
for rout vers la fin de fa vie.
Le grand nombre des années
GALANT 27
ne luy apeſantifſoit point le
corps . Ses yeux eftoient clairs
& vifs , & il conſerva la vuë
& l'oüie jufques à la fin dans
toute la perfection de ces
fens. I conferva auffi une
grande & heureuſe memoire ,
c'est ce qui contribuoit à le
faire parler jufte , & à raconter
des chofes arrivées depuis
prés d'un fiecle avec la même
préfence d'efprit que fi
elles fuffent arrivées depuis
peu de temps.
2
Il fut revestu du Confulat
de Venize à l'âge de quatre
vingt-deux ans , & en joüit
Cij
28 MERCURE
l'efpace de trente - deux fans
compter le temps , que la
guerre qui furvint , l'empècha
de faire l'exercice dans
cetre Charge. Tout âgé qu'il
eftoit , il faifoit par jour qua.
tre lieuës à pied , & à jeun ,
& mefme dans un Pays de
Montagnes & de Rochers.
Enfin il retourna à Smirne le
premier Decembre de l'an
1699 , quoiqu'il eut cent dou
ze ans & il rentra en fa
Charge. Il vêcut encore un
an dans cette Ville , où il
s'acquittoit tres - exactement
de toutes les Fonctions du
1
GALANT 29
Confulat . Il recevoit chez
luy les Confuls des autres
Nations , & d'autres Miniftres
, aufquels il rendoit reguliérement
la vifite. Dans
ce temps là il marchoit aiſé.
ment , & ne portoit une Canne
que par bienfeance , &
fans aucune neceffité .
Son agilité eftoit auffi
grande , qu'elle avoit pû
l'eftre à l'âge de trente ans ,
ce qui eftonnoit tout le
monde .
On fut encore bien plus
furpris , quand on s'apperçut
que les cheveux commen.
Cij
30 MERCURE
çoient à devenir noirs de
blancs qu'ils eftoient à l'âge
de cent ans. L'on obferva la
même choſe deux ans avant
fa mort, à l'égard des fourcils
& de la barbe . Deux groffes
dents luy percerent à la machoire
d'enhaut du cofté
droit un an avant qu'il mouruft
, & quatre ans aprés que
toutes les autres dents luy
eftoient tombées .
Dans ce
commencement ,
il ne fe
nourriffoit que de
boüillie , mais avec le temps
fes gencives fe fortifierent
en
forte qu'il caffoit les os des
GALANT 31
paulets & des poulardes ,
qu'il mangeoit avec un grand
appetit , & qui lui fervirent
de nourriture jufqu'à la fin ,
faifant deux repas par jour.
Il dormoit la nuit fort tran
quillement , & même plufieurs
heures pendant la jour
née , & il ne le réveilloit jar
mais , fi ce n'eftoit pour quelques
befoins de la nature.
Ayant toûjours joüi d'une
fanté fi heureuſe il fut attaqué
le fecond Fevrien de
l'année 1701 , für: les fept
heures du foir , d'une groffe
fievre , qui le rendit fort ma
Dij
32 MERCURE
de
lade
pendant quinze jours!
Aubout de ce temps il recou
vra fa fanté , & il ne luy reſta
aucune
incommodité de cette
maladie que la perte
l'ouie , qui fut auffi
entierement
rétablie au bout de
trois mois. Il continua dans
dans
l'exercice de fa
Charge
jufqu'à la fin
d'Octobre
qu'il fut
contraint par les
grands froids à garder le lit.
Quelques
temps aprés , fon
ancienne
évacuation de fang
par les urines qui fe faifoit
une fois dans le mois depuis
trente ans 2 venant à
GALANT
33
ceffer , il eut la gravelle.
Ges douleurs le tourmen
menterent fort jufques à ce
qu'il eut jetté par les urines
trente à quarante pierres de
la groffeur d'une petite féve , a
mêlees de fang. Cette malag
die jointe à un grand rhume ,
quoique fans atteinte de fiévre
, luy caufa la mort , qui
arriva le 27. Janvier , ce qui
vint plutoft d'un manque
ment de chaleur naturelle ,
que de la violence du mal .
Ön ne le reconnut mort qu'-
au changement de vifage , &
il y eut encore cela de parti .
34 MERCURE
-
culier , qu'avant qu'il rendift
le dernier foupir , il s'accom
moda dans fon lit , & fe ferma
luy même les yeux. La
chaleur de fon corps ne s'éteignit
qu'onze heures aprés
fa mort , & les mains luy de.
meurerent auffi Alexibles que
s'il euft efté en vie.
Telle fut la mort & la vie
de François Zuppazzoli. 11
eut l'avantage de voir trois
fiecles , & de vivre pendant
tout ce temps là en parfaire
fanté. Pendant la jeuneffe il
connut le Pere Cotoni , Jefuite
, & Confeffeur de Henri
GALANT
འད
IV. & il fervit la Meffe à S.
François de Sales. Il fut tou
jours bon Catholique , & eut
une pieté fincere. Il aimoit
fort la justice , & l'équité; &
quoi que pendant la vie il
euft beaucoup d'argent à fa
difpofition , il fut toujours
pauvre , fans pourtant manquer
du neceffaire . 11 eftoit
doux , & complaifant , & n'a
jamais fait de déplaifir à perfonne.
Le feul défaut qu'on
luy a trouvé a efté fon penchant
trop peu reglé pourles
femmes. Ce qui lui a fait
avoir vingt - cinq bâtards ,
36 MERCURE
outre vingt - quatre enfans legitimes
qu'il a eus avec les
cinq femmes.
Je vous envoye une Epitre
à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Elle a efté faite
avant le départ de ce Prince
pour l'Armée.
DE QUELQUES FAITS
D'ALEXANDRE. ·
Alexandre pleuroit , quand
Philippe fon pere .
Avoit de fon cofté la fortune pròfpere.
GALANT
37
Il craignoit que ce Roy toujours Victorieux
Ne le rendift oifif avant que d'eftre
vieux.
Son grand coeur aſpiroit à la grandeurfupreme.
Il vouloit meriter un nouveau Diadème
,
Il vouloit plus encor ; fon courage
na fant ,

L'élevoit au deffus d'un Prince
Adolefcent ,
toire i
Il languiffoit par tout , éloigné de
la gloire :
Il brafloit de voler ou voloit la vic-
Ze deftin & le Temps d'accord en
fa faveur.
Le mirent en eftat d'avancer fon
bonheur.
Ce bonheur furprenant , diffcile à
comprendre ,
38 MERCURE
Foignit le nom de Grand à celuy.
d'Alexande ,
Mais que n'a-t-il point fait pour
conferver ce nom.
Qui ne foit audeffous de celuy de
Bourbon ;
-
Regardons y de prés , & rendons
luy juflice ,
Dés fon commencement pouſſepar
le
caprice
[ Pays
Il a vaincu
des Rois
, ravage
leurs
Avant mefme qu'il euft connu des
Ennemis.
Vouloit il affieger ou ſurprendre une
Place ,
Ses coups précipitez prévenoient la
menace.
Etles vaincus furpris voyoient tomberfur
eux

De's fers dont les chargoit an impru
dent heureux.
GALANT
39
Comme d'un cours rapide , ilpouffoit
fes conqueftes
Sans fe juftifier , fes armes toujours
preft s
Luy rendoient les chemins libres de
tous coftez
[ arreftez:
Tant qu'enfin fes progrez fe virent
Ilrencontre Porus , grand Prince
redoutable
Et fans le redouter , il l'attaque ,
il l'accable
Mais voyant fon pouvoir pleinement
affermi ,
Maistre de fes Etats , il le. traite
en Ami.
De fon malheureux fort , il efface
la bonte
Le vaincu s'humilie , & le dompteur
fe dompte.
L'amitié les unit & l'honneur fait
entre eux
40 MERCURE
Un concert de vertus qui plaift aux
envieux ;
Darius plus puiffant fefait voir
en Campagne
,
Ainfi que la valeur la fierté l'accompagne
Il cherche l'Ennemi flatté du doux,
eſpoir
De le remplir d'effroy dés qu'il fe
fera voir.
Il voit autour de luy des cohortes
armées
Par fa fuperbe voix au Combat
animées.
Des chariots garnis de fersforts &
tranchants
Des machines de guerre , efcadrons
d'Elephans.
Tout cela préparé pour combatre
Alexandre.
GALANT 41
Qui ne luy donne pas le loifir de
l'attendre.
Lejeune Conquerant agit de fon
cofté,
[ pidité ,
Et marchantfur les pas de l'intre-
Il avertitfes gens , il diſpoſe, il ordonne
Et commence un combat dont Da-
Serius s'eftonne ,
Apeine peut-on voir d'ou les coups
font partis
Que l'on voit terraſſez des chefs des
deux partis.
Les Soldats pour leurs Rois appellent
la Victoire
Et du fuccez heureux chacun prétend
la gloire
Cependant cesgrands Rois , s'expa
fent aux dangers.
De leurfang de leursjours tous deux
peu ménagera
Aouſt 1702. D
42 MERCURE
Et dans l'infant fatal marquépour
les furprendre
La Victoire fe rend dans les bras
d'Alexandre.
Darius tombe mort , & le vainqueur
luy rend.
Tous les honneurs qu'on doit aux
Prince de fon rang.
Il répand fes bontez fur toute fa
Famille.
Il appaife fa Mere, &fa femme ,
&få fille , [ verfité
Ils les traite fi bien que leur ad-
Rend leur fort plus heureux que leur
Profperité.
C'eft à lors qu'il paroift plus grand,
plus magnanime
Et qu'on ne peut trop lain pouffer
pour luy l'eftime
Comme ilreftoit encor quelque vui
de en fon coeur
GALANT 43
L'amour pour le remplir , yjettefon
ardeur ;
D'une jeune Princeffe , il adore les
charmes
Ilprend foin d'arrefter ,fes douleurs
& fes Larmes
Et pour mettre le comble àfa feli
cite
Ilpartage avec elleun trône merité;
Voilà des actions qu'on ne pouvoit
attendre
,
Que d'un coeur auſſigrand que celuy
d'Alexandre.
Nefit ikrien deplus ne s'écarta-t-il
pas.
Duchemin où l'honneur avoitporté
pas,
But il toujours égal fans tache &
fans foibleffe
Autant que de valeur cuſt- il de la
Sugelfe
Dij
44 MERCURE
S
Ilfut , me dira-t-on , le plus grand
des Mortels
Digne de leur encens digne de leurs
Autels.
Mais n'en difons plus rien , épargnons
fa mémoire
Et cherchons autre part , la verita
ble gloire.
Grand Prince vous ſcavezfans dou
te mieux que moy.
Le bon & le mauvais de ce fuperbe
Roy,
C'eſt à vous d'enjuger ; & c'eſt à
vous d'en prendre
Ce qui peut convenir à votre âge encor
tendre ,
Prenez en dont le bon ; mais pour
réulir mieux
>
Imitez feulement › vos illuftres
Ayeuls
GALANT
45
Formez vous fur celuy , qui vous
fert de modele
A ces enfeignemens appliquez voftré
zele ,
Car , quoy que du paffé , l'on puiffe
concevoir :
Les exemples vivans ont bien
plus de pouvoir.
Cette Maxime eftjufte autant qu'elle
est heureuſe ,
Quand on peut s'enpromettre une fin
glorieuses
Il ne vous manque plus que les oc-
[ tions , cafions
De remplir dignement vos inclina-
Vous êtes déja preft , & vostre con
tenance ,
Eft un charmant témoin de votre impatience.
Partez, PRINCE ,, partez, & revenez
vainqueur
46 MERCURE
La Gloire, vous attend au Temple
de l'Honneur.
Cette Epitre eft de Mr Boucher
, qui a fait auffi les deux
petites Pieces fuivantes.
SAUF - CONDUIT
POUR MONSEIGNEUR
LEDUC DE BOURGOGNE
dans le temps de fon départ.
DE
E la part du Tres baut , le
grand Dieu des Armées ,
Marche le jeune Prince au devant
des Combats.
Que les Nations allarmées
Sentent bien- teft parluy ce que peut
notre bras ;
GALANT
47
Qu'il travaille pour noftre gloire
Toûjours aidé de la Vertu;
Et content d'avoircombatu
Il revienne avec la Victoire.
OUVERTURE
de la premiere
Campagne
DE MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
D'Une démarche fiere , & d'un
air intrepide
Ayant à fes coftez la victoire pour
guide ,
Pour la premiere fois entrer aux
Champs de Mars
Aufront d'une Bataille affronter
les hazards
48 MERCURE
Vaincre des Nations au combat
préparées
Les réduire à l'eftroit dans des Villes
murées
Maistre de la campagne en recueillir
les fruits
Pafferfous la Cuiraffe, & les jours
& les nuits ›
Veiller inceffamment , eftre toujours
en garde.
Prevoir, & prevenir , ce qui nuit ou
retarde ,
[ raffer,
Agir avec justeße , & fans s'emba-
Trouverdans fes travaux de quayfe
délaßer ,
C'est ce que vient de faire , & fans.
crainte , & fans peine
Noftrejeune heros deja grand Capitaine
,
Heureux commencement , que.
nous prome, tez vous
D'un
GALANT 49
D'un Prince que le Ciel afait naiire
pour nous ?
Ah ! que vous marquez bien ce
qu'on en doit attendre
Quoy qu'il n'ait fait encor , rien
qui deuft nousfurprendre.
Nous le verrons aller , fecondé de
nos voeux ر
Etnous ne verrons rien que de grand
& d'heureux .
Aouft 1702.
E
So MERCURE
Les Obfervations qui fui
vent , ont efté faites par M
Louis Sauré Chirugien , en
préſence de M' Pierre Polynier
, Docteur en Medecine ,
fur l'ouverture du cadavre
d'une femme morte d'une ma
ladie qui a efté attribuée à
une espece de Pleurefie , & de
Aluxion de poitrine .
L
E 19. Juin 1702. Marie-
Madelaine
Bonnefoy
,
âgee de feize ans ou environ ,
femme de Mr Delingette
,
Marchand
de Vin , Bourgeois
de Paris , demeurant
tuë de
GALANT
SI
la Harpe , fut
attaquée pendant
la nuit du 18 au 19, d'une
fiévre
violente qui ne fut
precedée
d'aucun
friffon ,
mais
feulement d'un rheume
dont elle eftoit incom .
modée depuis pluſieurs jours .
Cette fievre fut
accompagnée
d'une douleur dans tout
le cofté droit de la
poitrine .
Ce mefme jour la Malade fuc
faignée du bras la fievre
continuant avec la douleur
du cofté le jour fuivant , on
confulta Mr Labbé , Medecin
, qui ordonna une faignée
le matin , & une autre le foir ,
;
E ij
52 MERCURE
du mefme bras droit , avec
deux lavemens faits de miel
violat , & l'ufage de la tizanne
ordinaire .
Le 21 la malade fut encore
faignée du bras droit , fuivant
l'avis du mefme Medecin .
Le 22 elle fut faignée pour
la cinquième fois au bras
dr oit .
Le 23 le Medecin vint vo'r
la Malade à fon ordinaire à
huit heures du matin , &
l'ayant trouvée diſpoſée .à
fuer , il jugea que c'eftoit
une crife , & dit que fi certe
fueur n'eftoit pas abondante
GALANT
53
& univerfelle , comme ce ne
feroit qu'une crife imparfai
te , il faudroit faire une faignée
du pied . A onze heures
du matin , cette fueur n'ayant
point efté comme on l'elperoit
, on faigna la Malade au .
pied . Il faut obferver qu'elle
avoit alors le ventre un peu
plus tendre & plus élevé qu'à
l'ordinaire.
Le-24. la Malade prit une
purgation avec de la Caffe
mondée qui luy caufa une
évacuation confiderable
dont elle eut quelque foulagement
de la tenfion du
ventre.
E iij
54 MERCURE
Le as elle fut encore faignée
du bras droit , à cauſe
de la continuation de la fievre
& d'un redoublement
qu'elle avoit eu qui avoit
efté affez violent.
Le 26 elle continua de fouffrir
une fievre violente avec
un redoublement pendat
la nuit .
Le 27 la fievre ayant un
peu diminué , le Medecin luy
ordonna une potion laxative
avec la Caffe mondée & la
Rheubarbe en poudre.
Le 28 la fievre qui avoit
paruë eftre diminuée le jour
precedent continua comme
GALANT
55
les autres jours dans fa violence
ordinaire , & la Malade
parut beaucoup affoiblie
ayant de la repugnance à
prendre quelques alimens ,
& mefme les remedes qu'on
luy preparoit , ce qu'elle ne
faifoit pas auparavant
.
Le 29 la fieve eflant toi .
joujours tres violente fans
que la Malade cuft aucune
alienation d'efprit , le Medecin
luy trouva encore affez
de forces pour ſupporter une
faignée du bras ; mais les Pa
rens s'y eftant oppofez cela
ne fut point executé La nuit
E iiij
56 MERCURE
fuivante , elle mourut à onze
heures & demie .
Le 30 de Juin l'ouverture
de fon Cadavre fut faite par
le fieur Sauré. Aprés l'ou .
verture de l'abdomen on
trouva beaucoup de ferofité
épanchée dans fa capacité ,
femblable à de l'urine , lors
qu'on eut examiné les autres
viſceres contenues dans la
même capacité,on remarqua
feulement quelques inflamations
au Duodenum , à
l'endroit du Canal Cholidoque
ou le Canal Pancreatique
dechargent leurs liqueurs
GALANT 57
cette inflammation eft fans
doute furvenue à l'occasion
de l'acreté de la bile .. Toutes
les autres parties paroiffoient
affez faines . On trouva dans
les trompes de fallopes une
liqueur blanche épaiffe ,
femblable à du lait qu'on ex.
primoit facilement des cavi .
tez de ces trompes . Les ovaires
d'une groffeur & allonge .
ment confiderables qui leurs
paroiffoient eftre naturels
dans la cavité defquelles ily
avoit plufieurs vefficules rondes
, & de la groffeur de petits
pois , remplies d'une li18
MERCURE
queur transparente
.
Aprés avoir ouvert la Poitrine
, on remarqua une adherance
du lobe droit du
Poumon à la pleure dans
toute l'étendue de ce même
cofté. On remarqua enfuite
que dans plufieurs incifions
qui furent faites à ce lobe
droit , particulierement à la
partie fuperieure , il fe rencontra
une abondance de
matiere grifatre purulente ,
de forte que cette partie
eftoit mortifiée & en pouriture
dans fa partie fuperieure
& moyenne . La partie infe.
GALANT 59
rieure n'eftant pas fi corrompuë
. Le lobe gauche n'eftoit
point adherant à la pleure
ny au diaphragme , mais un
peu alteré & hors de fon
eftat naturel . Il y avoit des
ferofitez épanchées dans la
Poitrine beaucoup plus du
côté droit que du côté gau.
che de la quantité d'environ
un demi feptier mefure de
Paris.
A l'ouverture du Pericarde
on l'a trouvé remply de la
moitié d'un demi- feptier de
ferofité femblable à de l'urine
un peu verdatre , fembla60
MERCURE
ble à celle de la Poitrine.
On a trouvé l'oreillette
droite du coeur fort dilatée ,
en forte qu'elle avoit quatre
travers de doigts de longueur
& plus de deux travers de
doigts d'épaiffeur . Aprés en
avoir fait l'ouverture on la
trouvée remplie d'un polype
d'une groffeur confiderable
qui rempliffoit presque toute
la capacité de cette oreillette
& fe continuoit dans la veine .
cave defcendante & fuperieure
de la longeur de qua
tre travers de doigt , & dans
la veine cave inferieure &
GALANT 61
guer
afcendante. Ce mefme polipe
avoit un autre appendice.
qui fe continuoit de la londe
douze à treize pou
ces , qu'on a tiré fans aucune
rupture. Ce polype fe continuoit
pareillement dans le
ventricule droit de la groffeur
& de la longueur du
tit doigt où il eftoit adhe
rant .
pe.
Dans l'artere Pulmonaire
îl y avoit un autre polype de
la longueur de cinq à fix tra
vers de doigts , qui prenoit
fon origine dans le ventri
cule droit du coeur , auquel
62 MERCURE
il eftoit adherant par une de
fes parties , & formoit une figure
platte & large , fembia .
ble à une crête Coq.
Dans le ventricule gauche
il ſe trouva un autre polype
qui avoit quatre appendices
dont trois de la longueur
d'environ quatre travers de
doigts chacunes s'étendoient
dans les troncs & dans les
branches de la veine pulmomonaire.
Le quatrième appendice
s'étendoit dans l'aor
te de la longueur de treize à
quatorze pouces & de la grof.
feur d'un tuyau d'une plume
GALANT
63
d'oye des plus gros & le corps
de ce polype eftoit dans ce
mefme ventricule gauche ad ·
herant par un de ces côtez
& de la largeur d'un pouce
applaty.
L'ouverture de la tefte
ayant efte faite , on trouva
dans le finus longitudinal ſuperieur
un corps étranger
femblable à un ver de terre
& qui paroiffoit de la meſme
nature que les polypes trou
vez dans les ventricules du
coeur. Il eftoit de la meſme
longueur que le finus , occupant
prefque la moitié de
64 MERCURE
fa capacité. On trouva beau
coup de ferofitez dans les cavitez
& ventricules du cer
veau. Il faut obferver que
cette femme n'avoit jamais
eu les purgations de fon
fexe. La couleur de fon vifage
eftoit toujours tres pâle .
mefme dans la plus parfaite
fanté. Il faut encor obferver
que dans toutes les faignées
qu'on luy a faites ; on a trouvé
un fang tres . aqueux , de
forte qu'aprés l'avoir laiffé
reffroidir , il n'y reftoit de
fang que de la groffeur d'un
ceuf de pigeon , le refte n'éGALANT
65
tant que de la ferofité.
A la trois ou quatrième
faignée la douleur du coſté
ceffa . La toux quelle avoit
avant cette maladie , a toujours
continué jufqu'à fa
mort.
A l'égard des polypes , it
eft évident que ce font des
corps particuliers & étrangers
qui fe rencontrent dans les
principaux receptacles du
fang. Ceux qui foutiennent
le contraire , & qui prétendent
que ce n'est qu'un fang
coagulé , donnent par là des
preuves certaines qu'ils n'en
Loust 1702.
F
66 MERCURE
ont jamais veu ny examiné ;
puifque leur ftructure , leur
figure , l'adherence de leurs
parties font fort fingulieres &
que la couleur de leur fubftan
ce eft femblables aux autres
parties charnues & graiffeufes
, ce qui fait manifeftement
connoiftre que ce font
des verirables excrefcences ,
telles qu'il en arrive aux autres
parties du corps , dont
la matiere ſe trouve dans la
maffe du fang .
Comme il arrive que dans
ces grandes cavitez , le fang
ne circule pas avec la mefme
1 67 GALANT
rapidité que dans les autres
vaiffeaux , mais beaucoup
plus lentement , les parties
du fang propres à former ces
molecules , ont quelques facilité
à s'accrocher les unes
aux autres , & forment enfin
par une longue fuitte de
temps , ces corps extraordinaires.
que
On peut même conjecturer
les maladies qui arrivent
au poumon , peuvent contribuer
à la formation de ces
polypes dans le ventricule
droit , le fang ne pouvant à
lots circuler dans le poumon
Fij
68 MERCURE
¿
avec la même facilité qu'avant
la maladie , n'y ayant
que les parties les plus fubtiles
du fang qui continüent
leur mouvement circulaire ,
& les parties les plus groffieres
ne fuivant pas le melme
chemin à caufe de la lenteur
de la circulation ; il arrive
que par une espece de ſejour
elles s'uniffent tellement les
unes aux autres qu'elles forment
un corps étranger , &
& cela paroift fi vrai temblable
, que ceux qui ſont attaquez
des maladies du poumon
, en ont ordinairement ,
GALANT 69
:
comme on la remarqué dans
plufieurs. Cependant de
peur d'établir une regle gene.
rale , il eft bon de remarquer
qu'à l'ouverture qui fut faite
le 27. du mefme mois de Juin
du cadavre d'un jeune hom .
me mort fubitement , on ne
trouva point de polypes dans
les ventricules du coeur , quoy
quoy qu'il fuft convalefcent
d'une maladie de poitrine.
A l'égard des polipes qui fe
rrouvent dans le ventriculegauche
du coeur & dans l'orifice
de laorte , & c . c'eft encore
un effet de la lenteur de
70 MERCURE
la circulation du fang.
Pour confondre davanta
ge ceux qui nient opiniarrement
que les polypes foient
autre chofe qu'un fang coagulé
, il n'y a qu'à faire une attention
particuliere à l'obfervation
préfente. Dans tout
ce cadavre dont on fait mention
, il ne s'eft trouvé qu'un
fang tres fluide & tires fereux,
fans aucune coagulation ,
excepté dans les finus latereaux
du cerveau , où il s'en eft
trouvé quelque peu.
Ces polypes embaraffant
confiderablement
. La circu
GALANT 71
lation en diminuant du mouvement
du fang par la lenteur
& fejour où il s'est trouvé
dans le poumon , s'enpreignant
de plus en plus du nitre
aërien par le moyen de la refpiration
, a contracté une
âcreté capable d'irriter le fentiment
des membranes de la
fubftance du
poumon &
d'exciter la toux , & enfin par
une espece de corrofion continuée
, il eft arrivé qu'il s'eft
fait quelques ruptures de
quelques veficules ou arterioles
ce qui a produit quel .
ques legers épanchemens de
72 MERCURE
fang , qui a occafionné par
la compreffion des vaiffeaux
voifins quelque lejour d'une
partie du reste du fang , &
enfuite caulé inflammation ,
& enfin abcés . Ce fang arrefté
s'eftant attenué par la
fermentation arrivée pendant
fon fejour , une partie
coulé avec le reste de la
maffe du fang , dans laquelle
il a porté un ferment capable
d'en déranger les princi
pes , & d'y caufer une fermen
tation extraordinaire qui a
efté le principe & le foyer:
de la fièvre , & cela eft d'autant
GALANT
73
tant plus de facilité que les
parties de ce fang eftoient
noyées dans une abondance
de flegmes , cette fufion extraordinaire
du fang ayant
pû eftre caufée par l'agitation
extraordinaire que la
Malade a eurë avant la maladie
, pendant la grande cha~
leur de la Saifon prefente.
Il ne faut pas s'étonner
fi tant de perfonnes on
peur du tonnerre , puifqu'on
en voit tous les jours des ef
fets funeftes & prefque in.
croyables. Ce que vous al-
Aoust 1702.
G
74 MERCURE
lez lire vous furprendra . C'eſt
l'extrait d'ane Lettre écrite
par un Benedictin du Convent
de Sorefe à un autre Be
nedictin de Toulouſe.
A Sorefe ce 22.Juin 1702 .
1
Le 16. de ce mois fur les
quatre heures aprés midy , il
fe forma une nuée fi épaiffe
fur la Ville de Sorefe , qu'elle
Couvroit entierement la Paroiffe.
Mr le Cure de Revel
m'a affuré qu'allant donner
Ja Benediction en fon Eglife ,
il apperçût dans cette nuée
*
GALANT
75
J.
une espece de Comete , perpendiculairement
courbée
fur noftre Abbaye . L'orage
fut fi fárieux , & la pluye tom .
ba en telle abondance , que
tout le Monaftere fe trouva
prefque fubmergé, fans qu'on
puſt meſme le mettre à l'abri
dans nos Chambres. La Maifon
auroit efté infailliblement
emportée , & nous au .
rions eu tous le mefme fort,
fi la riviere n'euſt changé
heureusement de lit. En fe
retirant elle nous a privez
des fources que nous avions
dans noftre Jardin. Ce qui
Gij
76 MERCURE
nous a garantis des degafts
horribles qu'elle a caulez à
Duffort où elle a emporté
cinq ou fix Maifons , & fablé
tous les Moulins à Cuivre , à
Clous & à bled. Les noftres y
font auffi compris , le Village
de Soval a efté le plus
maltraité. De quatre vingt
Maiſons , il n'en reste pas
dix fur pied. Le temps de
Complies eftant arrivé , ne
pouvant ny remedier au déluge
, ny nous affeurer contre
les coups de Tonnerre
qui nous menaçoient depuis
deux heures de la colere du
GALANT 77
Ciel nous difmes l'Office
à l'ordinaire , tout étourdis
de l'épouvantable bruit que
nous entendions & plus
éclairez de la lueur des éclairs
que de la lumiere du Soleil.
Enfin à peine la Benediction
fut elle donnée , & le Saint
Sacrement enfermé , que
tant de menaces furent fui ,
vie du coup fatal de la fou.
dre qui tombant fur noftre
Clocher , arracha deux plaques
de plomb qui tenoient
les tuiles. La foudre fuivit
toute la muraille par le de
hors y faifant une égrati
G iij
78 MERCURE
gneure tres confiderable.
Elle entra enfuite dans le
Clocher, & defcendit vis à vis
du reveil qui eft au bout du
Dortoir. Ce fut là que l'exha
laifon fe divifa en deux parties
. L'une alla fondre fur la
feneftre qui est au repos de
4
l'escalier , perça la muraille ,
ſerpenta deux ou trois fois
autour des vitres fans caffer
aucun careau , fit tomber les
barretes de fer & brifa le coin
du chaffis , qui foutient les
vitres L'autre partie de l'exhalaifon
, aprés avoir fracaffé
la Montre , en jetta une par
1
GALANT 79
tie au fond du Dortoir , def
cendit le long du fil d'archal
qui fait aller le reveil qu'ella
arracha , fit plufieurs ouvert
tures à la muraille , la perça
enfuite au deffous du reveil,
entra dans la Chambre com.
mune, alla fondre fur la porte
du Cloiſtre , brûla le chaſſis
de la feneftre qui eft fur la
porte , & par un malheur que
nous déplorons encore , Mr
le Maire qui le trouva fous
ecute feneftre , en fut écraſé.
La foudre luy donnant dans
la refle , luy fortit par lagor
ge, & aprés avoir fait le tour
Giiij
80
MERCURE
,
de fon cou , elle le fuivit en
ligne droite de l'eftomac au
bas. Mr de la
Cappelle qui
eftoit au meſme endroit en
fut étouffé ; mais ce qui marque
la protection
particuliere
• du Ciel pour nous , Frere Barthelemy
l'Apoticaire , qui fe
trouva au milieu de ces deux
morts , fut renversé avec plufieurs
autres qui avoient pris
le devant. La foudre , aprés
luy avoir brûlé un quartier de
foulier , & toute la
couture
d'un bas d'un bout à l'autre ,
luy fit une courroye langlan .
te de
brufleure depuis le pied
GALANT 81
2
&
jufqu'à la poitrine , fans endommager
ny percer aucune
partie de fon corps. Enfuite
s'eftant encore divifée tout
de nouveau , une partie s'en .
fonça dans le Cloiftre
une autre proche du degré ,
où elles ont laiffe un grand
trou . Le refte entra dans la
Sacriftie où les Officiers qui
avoient fervi à la Benedi-
&ion , & une foule d'enfans
du Seminaire eftoient encore
avec leurs Directeurs.
On les vit tous jettez par
terre , foit par l'effet du feu ,
foit que la peur les cuft ren82
MERCURE
verfez. Le ſpectacle eftoit
fort trifte. Les uns pouffaient
de hauts cris , & les autres,
demandoient à fe confeffer.
De là , l'exhalaifon entra dans
le Choeur , brûla trois Nap-.
pes , éteignit. vingt cierges
fans faire aucun mal au Sa
criftain qui fe preparoit à les
éteindre , & éclara au pied
de l'Autel avec un bruit épouvantable
, aucun de ceux
qui s'y trouverent n'en ayant
efté bleffé. La confternation
fut univerfelle , & je vous
avouë que j'avois peine à me
connoiftre moi-mefme. Ce
1
GALANT 85
qui nous tenoit toujours dans
une extreme frayeur , c'eſt
que les éclairs continuoient,
& qu'on entendoir gronder
le Tonnerre plus qu'il n'avoit
encore fait. Nous nous mif
mes au milieu du Chour ,
entourez de gens qui ne cef
foient point de faire les plus
triftes lamentations. Nous
chantâmes les Litanies aprés
avoir expofé de nouveau le
Saint Sacrement , & nous
difmes enfuite Matines . Ce
qui nous vient d'arriver doit
faire connoiftre à tout le
monde combien il eft ne
84 MERCURE
ceffaire de fe tenir tou
jours preft pour l'éternité.
Toutes les chofes extraor.
dinaires méritent l'attention
des Curieux . C'est ce qui
m'oblige à vous faire part ,
de ce qui a efté écrit de
Breft .
Le Vendredy 7. de Juil.
let dernier aprés minuit , une
Femme accoucha au Couvent
des Repenties à Brest ,
de deux jamelles unies enfemble
depuis les mamelles
feulement jufques au nombril.
Toutes les parties de
GALANT &
leurs corps eftoient féparées .
Chaque fille avoit fa tefte
bien formée , & un bec de
lievre plus grand que l'autre ,
il n'y paroiffoit que deux
dents au devant & point du
tout dans l'inferieure .
Leurs coftes , leurs épau
les , leurs bras , & leurs mains
eftoient fans défaut , & elles
s'embraffoient l'une l'autre.
Chacune avoit deux feffes
& lanus où il doit eftre placé ,
deux cuiffes , deux jambes
& deux pieds , auffi bien formez
que les parties fuperieu86
MERCURE
res en forte qu'à confiderer
toutes les parties exterieures
de ces deux jumelles , on remarquoit
deux filles diftinctes
, leparées feulement
depuis
les mamelles juſques au
nombril , dont le cordon
eftoit unique
.
Si tot quelles furent ve ,
nues au monde , on les baptifa
léparément & elles ne vécurent
qu'une heure aprés
leur naiffance , ce que j'aſfure
eftre veritable , moy ,,
Salafe
,
Majors entretenus dans la
Marine au Port de Breft ,
un des Chirugiens
GALANT 87
choisi pour la distribution des
remedes néceffaires au maladies
ordinaires aux filles renfermées
dans ce Couvent ;
ayant fait l'ouverture de ce
petit cadavre en préſence du
Sieur le Bon Chirugien de M'
le Maréchal d'Eftrees Com.
mandant des Armées de Sa
Majefté en Bretagne , du Sieur
Jean Voifin , Maitre Chiru:
gien de la Ville de Breft , du
Sieur Jean Courtois du Clos ,
Maistre Chirugien de faint
Malo & Chirugien Major
fur les Vaiffeaux du Roy , du
SieurJean Penifort de la rivie.
88 MERCURE
re , Maistre Apotiquaire à
Breft & de la Marine , entretenu
de Sa Majefté pour les
Arcenaux & Officiers de Marine.
Ils ont efté préfent
pendant la diffection des ca.
davres , auffi bien que Mr
de Bouridal Intendant des
Fortifications , Meffire de
Ricouart Commiflaire
Marine. Le Sieur Molar ,.
Ingenieur en Chef, ne trouva
que les Lobes ordinaires
des poumons qui fe rencontroient
dans une feule poitrine
, un coeur unique
feul ventricule , un feul grand
de
un
GALANT 89
foye qui s'étendoit depuis
l'ypocondre droit juſque tout
proche la rate qui eftoit auffi
feule , mais il y avoit quatré
tre roignons , deux veffies ,
& deux matrices avec leurs
conduits & canaux qui s'ou
vroient lau deffous du Pubis ,
dans les lieux ou elles fe doi
vent manifefter. Le feul
boyau Rectum eftoit double
pour fe rendre à l'endroit ou
il doit aboutir.coolaroot
La production des deux
jumelles jointes enfembles.
n'eft pas fans exemple , puif
que Ambroise Paré rappor
Aoust 1702.
H
90 MERCURE
a
te qu'en l'année 1572. une
Femme acoucha de deux jumelles
qui font reprefentées
dans fon livre , & qui font
prefque mefme chofe que
celles cy , excepté qu'elles
n'ont point de dents ,& qu'un
doigt manquoit à la main
d'une de ces filles , ce quiet
rapporté.
Mrs les Phificiens ontune
belle matiere de faire brillen
leurs lumieres & leurs doctes
raifonnemens fur la Combinaifon
de ces deux jumelles ,
commentil eft poffible qu'un
coeur , un ventricule, un foye
GALANT
91
une race , & les boyaux or.
dinaires puiffent fuffire dans
deux corps dont les autres
parties , tant internes qu'externes
, font doubles & telles
qu'elles fe doivent trouver
dans un animal parfaic.
Si ces deux conjointes fona
un en deux individus, fi la nature
qui en a commencé la
formation par un coeur uni
que qu'on dit eftre le premier
vivant & le dernier mou
rant , a eu deffein dans cet
Ouvrage de faire deux filles
au lieu d'une , qui cftoit ce
femble la premiere intens
Hij
tion.
92 MERCURE
t
Si deux ames peuvent
avoir au même moment dans
un coeur unique divers fentimens
puifque l'on croit qu'il
eft le centre de leurs paffions ,
fi l'efprit animal qui eft formé
du vital produit dans le
coeur , peut avoir dans les
teftes de ces deux conjointes
des mouvemens contraires
en fortant d'une fource
qui luy fournit la matiere
dont il eft formé.
Enfin fi ces deux jumelles ,
fuivant l'opinion nouvelle
font produites de deux oeufs
qui ſe joignent par un cofte
GALANT 93
l'un à lautre , n'ont formée
par défaut de matiere propre
à cela , que les feules parties
vitales & nourricieres , & fi
par la fuffifance d'une autre
matiere auffi propre à ce
à quoy elle est destinée . Ils
ont produit toutes les autres
parties qui s'y trouvent doubles
, à un chefne qui d'un
feul coeur & fouvent de deux
troncs, fait fortir des Branches
hautes & baſſes , quoy
qu'il ne foit qu'un feule chefne
dans fon principe.
Les Vers qui fuivent font de
Mr.Dader.
94 MERCURE
A MADAME
LA MARQUISE
DE ***
MADRIGAL.
Ce Madrigal a efté fait pour
mettre au bas du Portrait de
cette Marquife ; elle eft repre
fentée armée d'un carquois rempli
de fléches .
FNtre vous & l'Amour voici la
differences
On luy refifte quelquefois,
Iris , vous ne trouvez jamais de rea
fiftance:
Laiffez donc à ce Dieu fes flèches
fen carquois
GALANT 95
Il ne peut triompherfans le fecours
des armes.
Tandis quepar vos charmes
Vous rangez les coeursfous vos loix.
MADRIGAL A IRIS.

'I vous m'aimiez , Iris , autant
que je vous aime ,
Vous n'auriez jamais d'autre
Epoux ;
Et bientoft mon bonheur extrême
Me feroit des jaloux.
Mon coeur vous fembleroitfait exprés
pour le voftre
Et loin de refuſer le prefent de ma
foy
Vous trouveriez toujours en moy
Bien plus d'amour que dans un
´autre.
96 MERCURE
Mr l'Abbé de Poifly dont
les ouvrages reçoivent tous
les jours de grands applaudif
femens ayant efté nommé
par Mrs de la compagnie des
Lanternistes de Touloufe ,
pour remplir une place dans
leurs Corps , aprés avoir rem.
porté fept Prix en differentes
Academies
, je vous envoye
fes Lettres de
reception
.
P
Endant
que l'Academie
Françoife
, l'ornement
de la Capita
le du premier
Royaume
du monde
employe
fesfameux
talens
à perfectionner
l'Eloquence
& la
Poëfie
pendant
qu'elle
fait
paroistre
fon zele
pour
fon
incomparable
Monarque
GALANT. 57
que la Compagnie des Lanterniftes
excitée par unfi bel exemple ,
s'applaudit d'eftre particulierement
confacrée à l'honneur de LOUIS
LE GRAND , Protecteur des Rois
& de la Religion , luy par qui les
Sciences & les beaux Arts fleurif-
Jent même dans le fein de la guerre
toujours entreprise avecjustice ,fottenue
avec fuccés , & finie avec
gloire.
C'est dans cette vuë qu'on s'applique
à affembler des Perfonnes capables
de contribuer à l'execution
d'un fi glorieux deffein ; & comme
on eft très -perfuadé que Mr l'Abbé
de Poilly , natifde Caën & Academicien
de la même Ville , poffede
toutes les qualitez neceffaires , une
droiture de coeur parfaite , une érudition
profonde , une grande politef
Aouft 1702 . I
98 MERCURE
Le , & plufieurs autres talens qui le
diftinguent dans les beaux Arts
cette Compagnie le reçoit aujourd'huy
quatorzieme du mois de Novembre
mil fept cens , pour eftre reconnu
du nombre de ceux qui la compofent
, efperant que le titre de Lan.
ternifte acquerrera un jour dequoy
mieux répondre à la dignité du fujet
qui va remplir la place adjugée , en
vertu des prefentes Lettres données à
Touloufe , l'an , jour , & mots qu'on
vient de marquer.
ARNAUD LABORIE ,
Secretaire.
Mrl'Abbé de Poiffy ayant reçu
cette Lettre envoya à Tou-
Toufele Remerciment fuivant .
BLIOTHEE
LYON
DE
LA
GALANT TH
MESSIEURS ,
BIBLIO
LYON
DE
LA
VILLE
Si le remerciment doit eftre proportionné
à la faveur qu'on reçoit ,
je cherche en vain des termes pour
exprimer la grandeur de ma reconnoiffance
.
Me taire dans cette glorieufe conjoncture
, c'est m'expofer peut eftre à
pafferpourinfenfible . Ilfaut parler:
mais que dire qui ne foit au deffous
de l'honneur que vous m'avez
fait.
Je ne fçais par quel endroitj'occupe
une place dans vostre illuftre
Corps : plus je m'étudie & moins je
le découvre.
Auriez- vous conça que'que idée
avantageuse de mon peu de merite ?
Non , je vous crois trap judicieux j
I ij
100 MERCURE
c'est donc à vos bontez que je dois
le titre d'Academicien .
:
Heureux, fijepouvois affifter à
vos celebres affemblées ! j'y verrois
de parfaits modeles de fcience & de
vertu mais puifque mon éloignement
ne me permet pas de goûter
les douceurs de vos doctes entretiens ,
je fçauray bien me dédommager par
la lecture de vos belles productions.
C'est là qu'on trouve ce carattere de
perfection qui doit regner dans tous
les ouvrages qu'on met au jour.
Ouy ; Meffieurs , vous excellez
en tous les genres d'écrire.
La matiere que vous traitez
veut- elle de la grandeur ; tout frape
, tout emporte , tout ravit. Le
merveilleux eft accompagné d'un
ménagement d'efprit que regle le bon
Sens. Vous dites plus de chofes que !
GALANT 101
2
de mots , & fans rien outrer , vous
vous renfermez dans les bornes de
la nature.
Si voftre fujet n'exige point des
penfées fublimes ; vous avez recours
à l'agrément. Alors vous répandez
par tout l'air du monde , vous tournezgalamment
les chofes , on voit
des petits traits de Satire & des
Peintures de caractere. Quelle politeffe
! quel fel ! quel enjoûment !
tout plaift , tout pique , tout divertit.
La délicateffe ne regne pas moins
en vos ouvrages , point de raffinement.
Vos pensées ne renferment
unfens caché , que pour donner le
plaifir de le developer aux Connoif
feurs.
Que ne puis -je , Meffieurs , vous
caracterifer chacun en particulier
I iij
102 MERCURE
& vous donner des portraits d'aprés
nature !
Je l'avoue , Melieurs , mes couleurs
font trop fombres & mon peinceau
eft trop groffier pour faire une
peinture délitate de vos rares Qualitez.
nis >
Mais je deviens ennuyeux ;
je ne fuis pas affez fpirituel pour
vons entretenir long- temps. Fe fi-
Mefieurs en vous difant
quefi mon respect eft capable de me
conferver voftre eftime , je vous protefte
que vous n'aurezjamais fujet
de me défavouer pour vostre &c.
M' l'Abbé de Poiffi envoya
auffi à la mefme Compagnie
le remerciement qui
fuit au fujet du Prix propofé
GALANT 103L
à la gloire du Roy , que cet
Abbe avoit remporté.
MESSIEURS
,
La Couronne que je remporte a
des charmes pour moy : mais la recevoir
des mains d'une Academie celebre
, c'est le comble de la gloire.
Un Prix donné avec éclat exige un
remerciment public .
Pour ne point démentir
la legitime
ardeur
Qui regne dans mon coeur ,
Eclatez ma reconnoiffan
cej
>
Et ne demeurez pas dans un honteux
filence .
I iiij
104
MERCURE
Il est bienjufte , Meffieurs , que l'on
connoiffe quel est l'illustre Corps dont
je tiens l'honneur de mon triomphe .
En vain voftre modeftie voudroit
m'empêcher de parler , elle ne peut
m'impofer le filence fur les vertus
que vous poffedez, qu'elle ne m'engage
àfaire uniquement fon éloge.
Après tout , Mefieurs , fi vous
eftes modeftes , faut- il que je fois
méconnoißant.
>
Vous me deffendriez inutilement
de vous rendre ce que je vous dois
je fuivray l'exemple de ces Amans
qui ne croyent pas eftre rebelles aux
ordres de leurs Maitreffes , lorsqu'ils
les aiment fans leur aveu .
Mais par où commencer , que de
vertus ! que de talens ! que de perfections
dans votre fameuse Affemblée.
GALANT
108
105
.
Parmi le nombre des grands hommes
qui la compofent ,
Les uns montrent une Science reflechie
, ils approfondiffent les fujets
qu'ils traitent , & capables d'une
infinité de belles connoiffances fe
rendent maiftres de tous les efprits.
L'Hiftoire fait les delices des
autres , ils femblent eſtre de tous les
fiecles.
La Philofophie & les Mathematiques
occupent plufieurs de vos
Illuftres. Elles n'ont point d'Enigmes
dont chacun ne foit l'Oedipe.
Ceux qui donnent dans la Poësie,
font briller un genie qui plaift , ils
joignent au bon fens une imaginatiou
claire & une intelligence lumineufe
, & fe jouent de leur matiere,
106 MERCURE
Il faut en fait d'écrits que la raifon
nous guide
On doit à la jeuneffe allier le
folide .
Outre la verité qui ſert de fondement
,
On veut du merveilleux , on
yeut de l'agrément ,
De la délicateffe ,
Et de la politeffe ,
Du naturel , de la clarté ,
Un certain tour de nouveauté,
Une aimable fecondité
Qui coule d'une heureuſe veine.
Il faut tout à la fois
L'atticifme des Grecs , l'urbanité
Romaine ,
Et l'élegance des François
GALANT 107
Ces qualitez differentes regnent
dans tous vos ouvrages.
Tant de perfections de l'efprit ac
compagnées de celles de l'ame , &
l'on peut dire que vostre Academie
eft moins une Ecole de fcience , que
de vertu .
Il ne me reste plus , Melfieurs ,
qu'à vous témoigner que je fuis vivement
touché de votre politeffe.
Telefcille , cette fameuse Academicienne
, dont vous honorez particulierement
le merite , m'a fait
voir une Lettre que je loüerois davantage
fi elle ne me loüoit pas
tant.
Quoy, Meffieurs , non contens de
me couronner , vous demandez encor
mon Portrait pour eftre placé dans
La Salle de vos Affemblées.
Je m'étudieray à me rendre digne
108 MERCURE
de la faveur que vous me faites , &
fije fuis affez heureux pour meriter
quelque place dans vostre eftime , je
regarde cet honneur comme le plus
folide & le plus éclatant dont ma
vanité puiffe eftreflatée .
Je fuis avec une respectueuse reconnoiffance
, Melfieurs , voftre ,
&c .
Les Vers qui fuivent font du
même Auteur .
་ ༑
GALANT 109
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME
LA DUCHESSE
DE SAVO YE ,
REINE DE CYPRE .
Vous quiplusgrandepar vous
même
Que par le facré Diademe
Qu'on voitfurvoftre auguftefront.
Vous dont la conduite répond
A voftre fupreme puissance.
Vous en qui la vertu regle toujours
le coeur
Et qui mettezla bonté , la douceur
Au niveau de voftre naiſſance ,
Belle Princeße , efprit charmant ,
110 MERCURE
Permettez que ma Mufe , en cet
beureux moment ,
Vous prefente un encens & pur &
legitime
,
Que l'on ne doit offrir qu'au merite
fublime.
Pourquoy ne fçaurois-je imiter
L'heureux & fertile genie
Du grand Chantre de Méonie !
Ou qu'Apollon ne veut- il me prèter
Les fons harmonieux de fa divine
lyre ,
Pleins de cette ardeur qu'elle inf
pire
Sur des tons plus pompeux on m'eniendroit
chanter.
G&
Telle qu'on voit briller l'Aurore,
Zors qu'elle vient d'ouvrir d'un air
frais &riant ,
Les barrieres de l'Orient ,
GALANT
Pour annoncer lejour &pour careffer
Flore :
Telle & cent fois plus adorable
encore
Princeffe on vous voit chaque jour
Briller dans votre augufte Cour.
&
On nous fait croire en vain qu'ilfut
une Deeffe
Qui dans Cyprefitfon féjour
Pourinfpirerl'amoureufe tendreffe .
Tout ce qu'on dit de les appas
Des jeux & des plaifirs qui marchent
furfes pas
Eftune
Fable:
Mais chez vous tout eft veritable.
Votre fang eft lefang des Dieux,
Votre beauté charme les yeux ,
Des coeurs de vos Sujets on vous voit
Souveraine ,
Et de Cypre vous eftes Reine.
112 MERCURE
Le 22. Avril dernier Ma
rie Lembertie mourut âgée
de cent trois ans , dans la
Terre de Monpon en Perigord,
appartenante à Mademoiſelle
de Foix. Elle eftoit
née le 28. Fevrier 1599. fe
maria le 27. Fevrier 1621 &
demeura foixante & dix ans
avec fon Mary. Elle a laiffé
un fils âgé de foixante & dix
huit ans , & alla de ſon pied
ces dernieres Festes de Pâ.
ques à fon Eglife Paroiffial .
le, quoy qu'éloignée d'une
lieuë de fa maifon . Elle gar.
doit les brebis la veille de fa
GALANT 113
mort.
On peut dire d'elle
ce qui eſt tres rare , qu'elle a
veu trois fiecles.
On à fait une
remarque
fort ingenieufe
fur le Portrait
de la Reine d'Espagne . Vous
la trouverez
dans ce billet.
A MONSIEUR
***
J
E me trouvay derniere
ment dans une Maifon ,
où l'on regardoit un beau
Portrait de la Reine d'Eſpagne.
Après avoir parle de la
Aouſt 1672.
K
114 MERCURE
Majefté charmante de cette
Princeffe ; je remarquay une
fingularité pour elle. C'eſt
qu'elle eft la feconde fille de
Monfieur le Duc de Savoye ;
que ce Prince fon Pere fe
nomme Victor Amedée Se.
cond : & qu'elle a épousé le
Roy d'Elpagne , fecond fils de
Monfieur le Dauphin . Une
Mule peut donner du relief
à cette remarque. Car en La.
tin , Secundus , fecunda , fecun .
dare font des termes d'un fens
heureux & favorable. L'ufage
en eft frequent dans Virgile.
Tantumfortunafecunda ,
GALANT
TIS
3.
Eneid. 9 Dii inceptafecundent.
Aneid. 7. Spiratefecundi. Æneid.
Et en François Secon
der ,fe prend pour aider , fa
vorifer. Voici l'obfervation
mise en oeuvre dans des Vers
Latins ; & les Vers François
qui les imitent autant que la
Langue le peut fouffrir.
PRO HISPANIA REGINA.
Illa fecunda extat Victoris nata -
fecundi ,
Delphini natus , quamque
fecundus haber.
Augurium felix ! Expetit fats
fecunda
Kij
116 MERCURE
Nunc Iber : hec Regis
bellica gefta dabunt.
POUR LA REINE
D'ESPAGNE . 1
Seconde Infante de Savoye ,
Dont le Pere eft Victor Second,
D'unfecond fils de France , &
Epoufe , & la joye.
Quel prefage d'un nom de cet
augustefront !
PHILIPPE en Triomphant ,
vafeconder l'augure ,
Etformer pour l'Espagne unfort
beureux qui dure,
GALANT 117
Le fils aifné de Mr Del
vaus de Frias , Confeiller du
Confeil de Guerre de Sa Majefté
Catholique , & Contador
General de fes Armées
en Flandres , foûtint au com
mencement du mois paffé ,
avec un applaudiffement general
, dans le College des
Jefuites de Reims une Thefe
dediée au Roy d'Espagne.
Tous les Corps y affifterent.
La Sale eftoit magnifiquement
parée , & il y eut plufieurs
decharges d'Artillerie.
Les deux Nations eftoient
déja unies par les armes puif
118 MERCURE
qu'elles combatent enfemble
contre leurs Ennemis
communs ; elles le font par
les Ordres de Chevalerie , &
par les dignitez qui eſtoient
autrefois particulieres à chaque
Nation , puifque l'on
voit aujourd hui des François
Grands d'Espagne , & Chevaliers
de la Toifon d'or , &
qu'il y a plufieurs Eſpagnols
Chevaliers de l'Ordre du S.
Eſprit. La Theſe que l'on
vient de foûtenir à Reims ,
marque une union dans les
Sciences . Les deux Nations
font unies dans des CompaGALANT
19
gnies de Commerce , il ne
refte plus que les liens d'Himenée
, pour rendre toutes
ces unions plus parfaites &
plus durables , afin qu'eftant
confondues par le fang, elles
ne faffent plus qu'une Nation
, dont les deux plus
grands & plus puiffans Princes
du monde commande
ront chacun une partie.
J'oubliay de vous parler le
mois paffé d'une Theſe fou
tenuë au College de Loüis
le Grand , par Mr de Breteüil
Trefigny . L'Affemblée
auffi nombreufe qu'illuftre ,
120 MERCURE
la jufteffe des réponses du
Soutenant , les applaudiffemens
, rien ne manqua de
tout ce qui fait diftinguer
ces Actes publics . On ne doit
pas s'en eftonner , tous ceux
qui portent le nom de Bre
teuil s'acquitant avec diftin
Ation de tout ce qui regarde
les grandes Charges qu'ils
poffedent.
Ceux qui fe plaifent aux
nouvelles de Guerre , & qui
s'y font attachez
ont fans
doute entendu parler d'un
fameux Partifan qui s'eftoit
fait Hermite aux environs de
Mets
GALANT 121
Mets depuis plufieurs années
.On l'a arraché à fa Soli,
tude, & on l'a mené en triomphe
à Mets : à peine y a -t- il
été arrivé qu'on l'a conduit
chez le plus fameux Tailleur
de la Ville . On l'a habillé , on
n'a coupée de fa barbe ,qu'on
luy a laiffé que dequoy luy
faire deux crochets , & on l'a
mis à la tête des troupes pour
battre la Campagne
.
Les Vers fuivans qui ont été
préfentez au Roy , font de
M' Leger. Ils ont été faits fur
la Statuë qui a efté polée à
Aoust 1702.
L
122 MERCURE
Marly & qui reprefente Mercure
fur le Cheval Pegafe."
Ve nous dis de Mifterieux
Ce Noble Meffager des
Dieux
Qu'on voitfendre les airs d'une ardeurfans
feconde ;
N'eft ce pas luy Crand Roys tandis
que ta valeur
Sçait de tes Ennemis te rendre le
Vainqueur,
Qui prendfoin d'anoncerfur la terre
&fur l'onde
Que tu n'eft pas moins grand aux
yeux de tout le monde
Quand tu fais fleurir les beaux
Arts ,
Que redoutable au champ de
Mars
GALANT 123
AUTRES.
Sur la Satuë repréſentant
R enommée fur le Cheval
Pegale fans frein.
Quel Art ingenieux à l'aide du
Cifeau
Peut nous rien offrir de plus
beau
Que ce Pegafe , & cette Renomméer
Tout y parle de toy Louis ;
Cette Déeffe accoutumée
A porter en tous lieux tes exploits
inoüis ;
A ce Chevalfans frein qui s'anime
, & qui vole
Difent affez , combien on doit te
redoute ?,
Et qu'ainsi que ton bras que l'on
vit tout dompter,.
Lij
124 MERCURE
Quand ilfaut en inftruire & Pun ,
& l'autre Pole ,
Rien ne fçauroit les arrèter.
Ces deux grands morceaux
de fculpture qui font faits
chacun d'un feul bloc de
marbre font de M' Coeffevox
fameux Sculteur qui vient
d'eftre nommé Directeur de
l'Academie de Peinture & de
Sculpture, ce qu'il ne doit qu'à
fon grand fçavoir dans l'Art
qu'il Profefle. Jamais Sculp
teur n'a manié le marbre
avec plus de hardieffe n'y
travaille avec plus de diligen
ce.
GALANT 125
Le petit Ouvrage que vous
allez lire , m'a efté envoyé
de Riom . Il eft de Mr de
Granville .
*
A MADAME D. B. D.R.
MADAME ,
Quelques épaiffes que
foient les tenebres des Philofophes
Payens à l'égard de
la fouveraine felicité , on apperçoit
dans leurs écrits des
rayons de lumiere capables
d'éclairer l'efprit , & de former
le jugement. Ils regles
roient même le coeur , fi cette
1
Liij
126
MERCURE
noble vertu qui agit efficacement
en vous pouvoit
fubfifter fans la Foi , je veux
dire , cette vertu qui eft l'ame
de toutes les vertus Chrétiennes
. La voici peinte avec
fes couleurs , finon les plus
vives , au moins les plus na
turelles.
Nous affurons , que c'est la charité
qui donne
Le merite à nos actions
Et que toutes les fois que le Seigneur
pardonne ,
Il veut bien couronner fes dons .
Loin donc des Proteftan sl Erreur
folle & damnable
GALANT 127
Quefon prixobfcurcit celui de Jefus-
Chrift
Au contraire , il le rend auffi recommandable
Que l'eft un Arbre parfonfruit.
Parmi ces Sages du Paganifme
, il n'y en a point qui
ait jetté des rayons de lu
miere plus vifs que Lucrece.
C'est ce qu'on peut ailément
remarquer dans les trentetrois
premiers Vers de fon
quatriéme Livre , avec cette
circonftance , que pour con .
tinuer l'antithefe qui y regne,
il m'a paru en les mettang
en noftre Langue , devoir
Liiij
128 MERCURE
ajouter celui- cy.
Dum volucres mulcent ipforum can-
Aatibus oves .
On reffent je nefçai quelle dow
ce & fecrete joye à regarder du
bord d'une côte Maritime , des
Vaiffeaux en pleine mer , batus
de la tempête , non qu'on fe rejouiffe
de la trifte & dangereuſe
fituation d'autrui , mais párce
qu'on fe trouve hors du danger :
C'est encore eftre touché d'une pareille
joye que d'observer fans
courir aucun rifque , deux groffes
Armées rangées en bataille ,
fe livrer le combat en raſe camGALANT
129
la
de
pagne ; mais il n'en eft point de
comparable à celle de s'aplaudir
en fecret d'avoir en partage
fageffe par laquelle on voit comme
de haut en bas & avec mepris
les hommes errans dans le monde,
agitez de differentes paffions ; les
uns dans un perpetuel mouvement
à fe procurer un genre
vie qui rempliffe le vuide de leur
coeur qu'ils ne doivent jamais
remplir , les autrès dans des efforts
vains fatigans à qui
l'emportera en naiffance , en nobleffe
, en efprit , en merite , en
reputation ; ceux- là appliqueZ
jour& nuit à rendre un Ouvra
"
130 MERCURE
ge achevé ; ceux- cy fans ceffe
attentifs à amaffer de grands
biens des richeffes immenfes ,
pour s'élever aux Charges , aux
dignitez , aux honneurs , pourfe
faire des établiffemens confiderables
, pour contenter leur inclination
, en un mot pour raffafier
leur cupiditéinfatiable.
A confiderer les hommes en
cet état , leur aveuglement eft
d'autant plus digne de compaffion
qu'ils paffent leur vie , toute
courte qu'elle eft , dans des éga .
remens continuels , & marchens
au milieu des perils toujours inévitables
, au lieu qu'ils devroient
1
GALANT gr
faire reflexion que la nature ne
demande autre chose d'eux fi ce
n'eft de ne rien fouffrir dans le
corps , d'ufer de ce qui peut luy
plaire utilement , & de poffeder
leur ame toute entiere fans chagrin
fans crainte . De là il eft
vifible que I homme n'a pas be.
foin , par rapport à fon corps ,
de beaucoup de chofes pour l'exempter
de la douleur , & que
celles qui ne luy cauſent augun
plaifir font en tres-petit nombre.
Il luy cft même quelquefois plus
• doux de goufter celuy qui fe prefente
naturellement
• que d'en
rechercher d'étrangers ; enforte
132 MERCURE
quefi ceux d'un âge àfe divertir
n'ont pas leur Sales ornées de
Luftres magnifiques pour les
éclairer pendant leur repas du
foir ,filor & l'argent n'y bril
lent point de toutes parts , & fi
elles ne retentiffent point des Con
certs de voix de fons d'inftru
mens ; au moins ils font mollement
couchez fur un tapis verb
formé par les mains de la nature,
là prenant le frais prés d'un
Ruiffeau fous les Chefnes tou.
fus qui les défendent des coups du
soleil ; ils ont l'avantage defe
regaler agreablement fans beaucoup
de dépenfe , en même temps:
GALANTM 133
qu'ils ont celuy d'entendre le mer .
veilleux chant de differens Oi
feaux fur tout dans la faifon
de l'année , où les fleurs dont les
arbres font embellis les Prai
ries émaillées , femblent donner)
à la terre dans fon renouvellement
une face toute riante.
Vous la communiquez
Madame , cette face riante à
tout ce qui eft prés de vous .
En effet , vivacité d'efprit ,
folidité de jugement , élevation
d'ame , douceur de
moeurs, charme de la beauté,
agrément de la jeuneffe , enjoûment
, airs ailez & natu .
134 MERCURE
rels , qualitez tres rares mais
heureuſement reunies en vôtre
perfonne , & foutenuës
des graces du Ciel , compofent
ce riche fond de lumiere
qui éclaire , égaye & embel
lit tous les endroits où vous
paroiffez Ce font auffi ces
mêmes qualitez qui font nai
tre dans ceux qui ont l'hon .
neur de vous approcher , des
fentimens d'eftime
miration , & de respect . Je
fuis , & c .
d'ad .
Le Roy a donné l'Evêché
de Saintes à Mr l'Abbé de
GALANT 135
Saint Mauris Prevolt de faint
Pierre de Mâcon. On peut
dire de cet Abbé que fi jamais
perfonne n'a mieux merité
cette haute dignité , perfonne
auffi ne la moins re
cherchée & ( ce qui eft rare)
ne l'a jamais moins defirée ,
& que par confequent jamais
Prelat ne juftifiera mieux le
defir qu'à toujours eu Sa Majefté
de remplir l'Eglife de
dignes Miniftres. Né avec
toutes les qualitez qui peuvent
faire un grand Evêque.
Mr.l'Abbé de Saint Mauris
ne fongeoit à rien moins
735 136
MERCURE
qu'à le devenir , & pendant
que tous les amis l'appel.
loient à l'Epifcopat dont il
eftoit fi digne , luy ſeul s'en
excluoit en s'éloignant & en
abandonnant les routes or
dinaires qui y conduiſent , je
veux dire en ne ſe montrant
point , & en fe cachant dans
de fond de fa Province ; mais
le Roy à qui il n'eftoit pas in.
connu malgré fa modeftie ,
a jugé qu'un homme d'un
merite fi diftingué , d'une
pieté fi folide & fi édifiante ,,
d'une érudition fi vaſte , &
enfin d'une naiffance fi di-
I
GALANT 37
1
ftinguée ne devoir pas eftre
caché plus long temps , &
qu'il devoit eftre élevé à l'E
pifcopat, Le merite de cer
illuftre Abbé eft connu de
tous ceux qui ont eu quelques
relations avec luy , foit
dans le cours des affaires
que perfonne n'a jamais me ;
nagés avec plus de prudence
& de delicateffe , foit dans le
commerce de la vie , où les
hommes fe découvrent bientoft
tels qu'ils font. Sa piete
fincere a éclaté dans fa Province
& dans les fonctions de
fon miniftere aufquelles i
Louft 1702 .
M
18 MERCURE
s'eft toujours attaché avec la
plus fcrupuleufe exactitude.
Il a esté l'objet de l'édification
du Clergé de Mâcon
aprés avoir efté un Modelle
de vertu dans le cours de fes
études à Paris. Son érudition
cft affez connuë , le fuccés
qu'il a eu dans le cours de fa
Licence , le talent admirable
qu'il a pour la parole ,
talent fi effenciel à un Evêque
, & que faint Paul luy
recommande tant , font plus
fon éloge que tout ce que
nous pourrions dire. Il s'eft
fait admirer à Mâcon , où il a
GALANT
139
prêché plufieurs fois ; jamais
Orateur n'a parlé avec plus
de force & plus de délicareffe
: chofes que les Predicateurs
raffemblent rarement
.
M' l'Abbé de faint Mauris
avoit esté nommé par le Roy
depuis quelques mois à la
Prevofté de l'Eglife Colle
giale de faint Pierre de Mâ
con aprés en avoir efté Treforier
pendant plufieurs an
nées . Tout le monde a fceu
J'accueil obligeant que luy
fit Sa Majefté lorfqu'il la vint
remercier de l'avoir nomme
Mij
140 MERCURE
à cette dignité , & les termes
fi fatisfaifans & fi propres à
reveiller l'efperance d'un
homme qui auroit efté plus
ambitieux , dont le Roy ſe
fervit en luy parlant.
Le Chapitre de faint Pierre
dont ce prudent Prelat eftoit
le Chef, eft tres illuftre. On
y fait preuve de Nobleſſe ,
comme à Lion , & il a tous
jours efté d'une grande confideration
dans les Provinces
voifines . Mi l'Abbé de Changy
frere de M' l'Abbé de S.
Mauris leur frere aîné , &
Gentilhomme d'un grand
GALANT 141
3
merite , eft mort depuis fort
peu de temps. Il a laiſé un
fils de Dame N ... du Soleil.
Mile Commandeur de faint
Mauris à prefent Treforier
de l'Ordre de Malthe à Lyon ,
eft auffi leur frere . Ce Commandeur
s'eft acquis beaucoup
de gloire dans le fervice
de la Religion. Il a longtemps
commandé une Galere
, & il a merité par fes longs
fervices , & par la confideration
qu'ont eu pour luy les
Grands Maiftres d'avoir une
Commanderie
de grace outre
celle qu'il a de droit..
142 MERCURE
ae
Enfin Madame de Saint
Mauris Prieure perpetuelle
des Dames Chanoineffes de
Neufville en Breffe , eft leur
foeur. Son gouvernement
dans cette illuftre Commu
nauté eft fort eftimé. Ils font
tous enfans de feu Meffire
Honoré de Chevriers , Chevalier
Comte de S. Mauris
Vicomte du Til , & de Claudine
de Damas , fille de François
de Damas , Chevalier
Seigneur de Colombettes , &
d'Anne de Gafparo Dame du
Breuil , d'Arbain & du Buif.
fon . La Maiſon de Chevriers
GALAN 143
#
eft d'un fi grand luftre dans
le monde , & y a toujours
tenu un rang fi diftingué
que j'ay cru que les curieux
en verroient avec plaifir undétail
Genealogique que je
feray toutefois le plus fuccint
que je pourray.
La Maiſon de Chevriers
eft une de ces Maifons donc
l'Origine fe perd dans les
fiecles les plus reculez , &
qui n'a d'autre commencement
que cette antiquité venerable
dans laquelle les plus
illuftres Familles du Royaume,
même de l'Europe , trous
144 MERCURE
vent leur commencement
par la diftinction des Noms
& des Armoiries qui aupara
vant n'eftoient pas fixes &
eftoient fouvent confondus
.
La Maiſon de Chevriers
eft fortie, felon la plus commune
opinion , des Comtes
de Mâcon, Jean de Che.
vriers , Chevalier fleuriffoit
dans le douzième Siecle c'ét
toit un des plus grands Capi.
taine de ce temps - là il fit un
voyage dans la Paleſtine où
il demeurafix ans entiers , &
où il fervit utilement lesCroi
Lez
GALANT 145
fez. Il époufa en 1170. Marie
de Baugé Soeur de Bernard
, & fille de Renaud
Comte de Baugé . On peut juger
par cette alliance de quel,
le confideration eftoit alors
la Maiſon du Cheuvriers.
Henry fecond fils de Jean
fut Gouverneur de tout le
Languedoc . Raoul , Evêque
d'Evreux & fait Cardinal par
le Pape Urbain 4. en 1261. &
nommé Legat en 1267. pour
le Couronnement de Charles
1. Roy de Naples & de
Sicile , fut le troifiéme fils de
Jean. Ce grand Prélat mou-
Aouft 1702 .
N
1
146 MERCURE
rut de pefte dans le fecond
voyage que fit le Roy Saint
Louis dela la mer en 1270. Enfin
Gui de Chevriers fils aifné
de Jean , continua la li
gnée , il fut Gouverneur du
Languedoc avec fon Frere , &
époufa Arimberge de Vienne
dont il eut Pierre qui accompagna
en 1270. le Roy
Saint Louis en Affrique qui
le fit Comte de Bergedine .
Il s'allia avec Bernarde de
Fleurs fille du Comte de Foreft.
Celuy cy fut Seigneur
de Sain Mauris & de Seno .
zan . Il eut de fon Mariage
GALANT 147
Berthelemy de Cheuvriers
qui fut Echanfon des Rois
Philippe le Bel & de fes trois-
Enfans. Ce Guy épouſa
Jeanne de Salara Soeur de
Jean Archevêque de Lion:
Il en eut Humbert de Cheuvriers.
Mathieu Prieur de
Saint Pierre de Mâcon. Le
I. fut Favory déclaré de Philippes
de Valois . Il époufa
Sibille d'Albon qui s'enfer
ma avec fon époux dans la
Ville de Tournay affiegée par
les Anglois en 1340. Ils eu
rent Henry de Chevriers qui
eut un commandement prin.
Nij
148 MERCURE
cipal à la Bataille de Poitiers
où il fut bleffé à mort auprés
du Roy. Il fut mefme longtemps
parmy les morts & refta
une année Priſonnier à
Londres , où il eut une avanture
qui luy valut la liberté .
Il épousa Cecile de Groflé
dont il eut André de Cheuvriers
Lieutenant de Jean de
Vienne Amiral de France au
voyage d'Ecoffe , dont il fit
une Relation de ce voyage
qui doit eftre encore confervée
manufcrite dans les ti
tres de la Maifon de Saint
Mauris. lépoufa Jeanne de
GALANT 149
Bletteray qui eftoit une des
plus belles perfonnes de la
Cour de France. Il en eut ce
brave Louis de Chevriers
Seigneur de Saint Mauris
qui commandoit la Nobleffe
du Mâconnois au Combat
de Rupelmonde contre
les Flamans en 1452. Il y fic
des prodiges de valeur , il fut
Favory de Philippe le Bon
Duc de Bourgogne qui lui fit
de grands biens . Il eut.de
Claudine de Minée , fi celebre
par fon efprit , & fur tout
par le talent quelle avoit pour
la Poëfie , Philippe de Cheus
Niij
150 MERCURE
vriers Gouverneur de Novare
fous le Roy Louis XII. q'uil
avoit fuivy dans les guerres
d'Italie avec le mefme attachement
qu'il avoit eu pour
le fervice de fon predeceffeur
Charles VIII. Celuy.cy cut
de Philiperie de Lugni plus
recommandable par fa haute
pieté & par la vertu fincere
que par la beauté Philibert
de Chevriers , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel.
C'eft le mefme qui à la refte
de so. Lances fauva la vie au
Duc d'Anghuien à la bataille
de Cerifoles en 1544. Le Roy
GALANT KI
François I. l'aimoit beaucoup
& l'on remarque qu'il eftoit
fi familieravec Henry II.qu'il
coucha plufieurs fois dans le
mefme lit que ce Prince dans
les voyages qu'ils faifoient.
Il époufa Claudine de Jarler
celebre par la connoiffance.
qu'elleavoit des belles lettres.
Il en eut Gabriel François fi
connu dans les ouvrages de
Papire Mallon.
Philibert
Sieur de la Saugere qui fit une
branche dont eftoit fortie
feuë de Madame Montu
ran. Gabriel de Cheuvriers
eftoit Capitaine de Chevaux
N
152 MERCURE
Legers au Siege de la Ro .
chelle en 1573. Il eut de Françoile
de Nagu Laurent de
Chevriers S' de Saint Mauris
& du Til , qui s'eft diftingué
dans fon fiecle par ſa fidelité
& fon zele pour le fervice de
Henry IV. Il eut de Claudine
, Fille du Baron de Cornos,
de l'illuftre Maiſon de Seglurier
, Honoré Pere da nouvel
Evêque de Xaintes , Leonard
Chanoine de Saint Pierre de
Mâcon , François , Chevalier
de Malte , Philibert Officier
dans le Regiment de Normandie.
GALANT 153
La naiffance de Mrs de
Saint Mauris n'eft pas moins
illuftre du cofté de Madame
leur Mere : Elle eftoit comme
nous l'avons dit , de l'il
luftre Maifon de Damas &
Soeur de Meffire Claude de
Damas , Comte du Breüil ,
d'Anſigny , & du Buiffon ,
Gouverneur de Dombes
Pere de M' le Marquis d'Anfigny
, aujourd'huy Gouver
neur de Dombes , & de M²
le Comte de Ruffé , qui a un
Regiment dans les Troupes.
de Sa Majefté . Madame de
Saint Mauris avoit encore
154 MERCURE
une Soeur Religieuſe à Lanticaille
à Lion , qui eftoit une
Dame d'un grand merite &
d'une grande vertu . François
de Damas leur Pere eftoit
Frere d'Antoine de Damas ,
Seigneur de la Batie , qui en
1697. épousa la Niece de Martel
, dont il ne laiffa que trois
Filles . De Georges de Damas
Seigneur de Rouffet , dont
eft iffu M ' le Doyen de Saint
Jean de Lyon , & de Clau
de de Damas , Seigneur de
la Batie Chanoine de
l'Eglife Comte de Lyon . Ils
eftoient tous Fils de François

GALANT 155
de Damas , Seigneur de la
Batie du Rouffet de la Pilonniere
& Colombettes , qui
époufa en 1573. Melchione
de Nagu . Celuy.cy eftoit
Fils de Georges de Damas ,
Seigneur de la Batie , qui en
1546. épouſa Madeleine de
Sugny. Ce Gentilhomme s'étoit
trouvé deux ans aupara
vant la Bataille de Cerifoles ,
où il bleffa de fa main le Ge
neral de l'Armée Ennemie.
Il eftoit Fils de Claude de
Damas , Seigneur de Verpré ,
la Batie & Saint Bonnet ; &
de fa feconde Femme Fran16
MERCURE
çoiſe de Changy ( Terre qui
par ce Mariage eft entrée
dans la Maifon de Damas ,
& de celle - là dans celle de
Chevriers , où elle est aujour
d'huy ) Claude Damas , Chanoine
de l'Eglife Collegiale .
de Saint Pierre de Mâcon ,
excellent Poëte Latin , eftoit
encore Fils du Seigneur de la
Batie , lequel l'eftoit luymême
de Jean de Damas ,
Seigneur de Verpré & de
Claudine de Lavieu , qu'il
époufa en 1479 .
M' le Marquis de Thianges
, Pere de Madame la Du.
GALANT 157
cheffe de Nevers , eftoit de
la même Mai fon de Dama
Il
defcendoit aprés quatorze
generations de Guy de Damas
, Chevalier , Seigneur de
Coufan , & de Marfilly , Vi
comte de Chalon , vivant l'an
1240. & de Dauphine de Lac
vie, Dame de Saint Bonnet
le Chasteau . La Maifon de
Damas Thianges a eu de
grandes Charges , & a fait
d'illuftres alliances , telles que
font celles des Maifons de
Montagu ) fortie d'un puifné
de la Maifon de Bourgogne )
1 Crux , Montigny , Avenieres
1
158, MERCURE
Mello , Digoine , Thiange ;
Rochechouart , Chandenier ,
Orge du deffend Dyo , la
Chambre ,
Vivonne .
Rochechouart-
Le Roy a donné l'Abbaye
d'Yvernaux à M' l'Abbé
d'Entragues Frere de M ' le
Marquis d'Entragues Colo .
nel du Regiment des Vaiffeaux
, & Brigadier des Ar
mées du Roy tué à la Journée
de Crémone à l'âge de
30. ans , ce Marquis prometoit
beaucoup . Il eftoit actif
intrepide , vigilant & enne .
GALANT 159
mi de la vie molle & délicieale.
Cette Abbé eft auffi
Frere de M' le Comte d'Entragues
Capitaine au Régiment
des Gardes & de M
le Chevalier d'Entragues Ca
pitaine au Régiment du Roy.
Il fait fa licence en Sorbon.
ne avec beaucoup de fuccez ,
& on peut dire que c'eft un
excellent fujet qui fe forme
pour l'Eglife. Il a pris les
maximes & les fentimens de
fon Etat dans le feminaire de
Saint Magloire où il a de .
meure. Cer Abbé eft de la
Maiſon de Monvalat dans le
160 MERCURE
Rouergue . Elle y eft d'une
grande diftinction , & elle y
a fon antiquité , qui eſt d'un
temps immemorial , & ne luy
a jamais efté conteftée , &
fes grandes Alliances la rendent
fans difficulté une des
plus confiderables
de cette
Province. Le Pere de cet Illuftre
Abbé a esté Capitaine
des Gardes de feu Gaston de
France Oncle du Roy. Il eut
beaucoup de
part à fa confiance
, & il luy fit éviter fou
vent par fa prudence les extremitez
facheufes où ce Prins
ce fe vouloit jetter. Auffi
GALANT
i61
eftoit il le Gentilhomme du
Royaume le plus prudent &
le plusjudicieux . Ce Prince
l'eftimoit infiniment , & n'a
jamais rien eu de caché pour
luy .
Ce que je vous manday le
mois paffé touchant la Ville
de Mantouë , vous en à fair
fouhaiter autant touchant la
Ville , & l'Etat de Modene.
Il faut vous fatisfaire.
Modene eft fcitué entre
les rivieres de Sechia & de
Panaro. C'est une Ville Epif
Aout 17.02.
162 MERCURE
copale . L'Eveſché eft Sufra
gant de Bologne : Cette Ville
eft affez grande , les ruës
font un peut trop étroites :
Elle a efté autrefois Colonie
Romaine. Aprés le maffacre
de Jules Cefar , Brutus le
Chef des Conjurez s'y refu
gia & y foutint les efforts du
Triumvir Marc Antoine qui
l'affiegea inutilement pendant
trois mois. L'an 710. de
Rome. Les enfans , & les
Succeffeurs
de Charlemagne
la rétablirent , & réparerent
les dommages caufez par les
Gots & les Lombards defGALANT
163
quels elle avoit efté le Jouet
pendant plufieurs années .
Ce fut fous les murailles de
cette Ville,& une année aprés
le Siege qu'y avoit mis Marc
Antoine ( c'eft à dire l'an
711. ) Qu'Hirtius & Panfa Generaux
de la Republique Romaine
perdirent la fanglante
bataille que leur donna le mê.
me Marc Antoine . Ainfi ce
fut dans cet endroit qu'on vit
expirer la liberté de la Répu
blique qui doit compter la
perte de fon authorité dés ce
jour là . Il y a à Modene un
Clocher d'un élevation fur-
O ij
164 MERCURE
prenante qui fait apercevoir
la Ville de loin . Le Palais des
Ducs eft fuperbe & d'une
tres belle Architecture. On
fait dans ce lieu là les meilleurs
mafques de toute l'Italie
, & on ne fçauroit croire
le Comerce qui s'en fait. Le
Modenois a le Parmefan au
Couchant quelques terres du
Grand Duc de Toſcane & la
petite Republique de Luc .
ques avec celles des Marquis
de Malefpine au Midy , le
Bolonois une partie du Ferrarois
au Levant & les Duchez
de Mantonë & de la MiranGALANT
165
dole au Septentrion . L'Empereur
Frederic 3 érigea Modene
en Duché l'an 1452. en
faveur de Borſo d'Eft qu'il ai.
moit avecune tendreffe éton
nante. On dit que ce Prince
luy ayant fauvé la vie à la
chaffe il l'en récompenfa par
cette création. La Ville de
Modene eft celebre pour
avoir donné naiffance à plu
fieurs grands hommes. Let
Cardinal Sadolet y eftoit né.
Ce grand Prélat ne doit jamais
mourir dans le fouvenir
des Doctes . Il fut un des
plus grands ornemens de l'I .
166 MERCURE
the
talie dans le 16. Siecle . Il
joua un grand role par la faveur
où il eftoit prés de Leon
X. & par la protection qu'il
accordoit à tous les Sçavans.
Il eftoit Evêque de Carpen.
tras où il n'alloit jamais qu'il
ne paffaft à Genève pour y
vifiter Calvin qu'il eftimoit ,
& avec qui il avoit toujours
cu un grand commerce de
Litterature : peut eftre verrat
on les lettres qu'il en a receuës
& celles qu'il luy à écri.
tes dans un recuel qu'on dit
qu'en veut donner au Public
un Profeffeur de Rhetorique
GALANT 167
Ce
du College de Lion.
grand Cardinal a fait plu
fieurs ouvrages : Les trois li
vres de commentaires fur les
Epîtres de Saint Paul & ce
qu'il a fait fur les Pfeaumes
paffent pour les meilleurs de
fes ouvrages. Sa latinité auf,
fi bien que celle du Cardinal
Bembo dont il eftoit contemporain
eft digne du Siecle
d'Augufte. Sigenius & Fallopius
, ces grandes lumieres
de l'Italie eftoient auffi de
Modene qu'ils ont rendu recommandable
par leur vafte
érudition. Le principale
158 MERCURE
Seigneurie des Ducs eft Reg.
gio , Duché avec l'Evêché
Suffragant de Bologne . Cet
te Ville eft la feconde Ville
de l'Etat . Elle eft fort grande
& tres bien fortifiée .
Charlemagne répara cette
Ville qui avoit efté ruinée par
diverfes courſes des Gots &
des Barbares . Ce Prince s'y
plaifoit , & y a paffé fouvent
des mois entiers . Les autres
Places qui appartiennent au
Duc de Modene font , Carpi
& Corregio Principautez ,
Frignan , Saffücil , la Vallée
de Carfagnane en partie
&
GALANT
169
& le Comté de Roli .
La Maiſon d'Eft , qui re?
gne à Modene , eft fans contredit
une plus illuftres de
toute l'Italie : elle a tiré fon
nom de la Ville d'Eft où Atef
te dans le Padouan . On près
tend que cette Maiſon defcend
d'Actius Roy d'Albe.
Je ne croy pas qu'on puiffe
bien prouver cette defcendance
par Teftament & Con.
tracts de Mariage . Jean Bap
tifte Pigna à écrit en Italien
l'hiſtoire de cette Maiſon , &
Jean Beroni l'a traduite en latin
: ainfi on y peut
renvoyer
Aouſt 1702. P. ·
170 MERCURE
les curieux . Certains Genealogiftes
qui n'aiment pas à
creufer dans l'antiquité, commencent
la Genealogie de
cette illuftre maifon à Azon
Comté d'Eft , Vicaire de
l'Empire en Italie qui mourut
l'an 970. Les Princes de cette
Maiſon ont long- temps jouy
de la Souveraineté de Ferrare
que Clement VIII. jugea à
propos de leur ofter, & Cefat
aprés de longues conteftations
luy en ceda enfin la propriete
en 1598. & fe contenta
de Modene & de Reggio.
On prétend que ce pauvre
GALANT 171
Prince en mourut de déplai
fir. Il laiffa de Virginie de
Médicis Alphonse III . mort
en 1644. Celuy.cy fut Pere.
de François I. mort en 1658 .
& de Renaud fait Cardinal
en 1641 par le Pape Urbain
VIII. dont il eftoit l'amy
de confiance , ayant tous
les deux le mefme talent
& le mefme gouft pour
la Poëfie. Nous avons des
Memoires de la Vie de ce
Cardinal qui font fort curieux.
François 1. eut Alphonfe
IV . mort en 1662. Pere
de François II. né en 1660.
Pij
172 MERCURE
& mort depuis quelques an
nées , du Duc de Modene
d'aujourd'huy qui a eſté reveftu
de la pourpre Romais
ne , & de la Reine d'Angleterre
. Alfonce IV . avoit eu
cette belle famille de Dame
N... Martinozzi , Niece du
Cardinal Mazarin . Cette Maifon
a donné plufieurs Cardinaux
au facré College . Le Cardinal
de Ferrare, Archevêque
d'Auch eftoit fils d'Hercules
fecond Duc de Ferrare & de
Renée de France , Fille de
Louis XII. Cette Princeffe
fit ce qu'elle put pour intro
GALANT 173
'duire le Calvinifme dans les
Etats de fon époux ; mais il
s'oppofa toujours à fes deffeins.
Age de dix ans Paul
III . fit ce jeune Prince Coadjuteur
de Ferrare . Henry II.
'le nomma Archevêque
d'Auch , & Paul IV. l'éléva
à la Pourpre en 1561. Il fut
un grand Miniftre & vint
deux fois Legat en France
fous le regne de Charles IX.
& de Henry III. Il mourut
à Rome en 1506. Hippolite
d'Eft Cardinal de Ferrare, Ar;
chevêque de Milan , d'Auch ,
d'Arles & de Lion , Evêque
Piij
174 MERCURE
d'Autun , Abbé de Flevigny
eftoit fils d'Alphonfe I. Duc
de Ferrare & de Lucrece Borgia
. Il naquit l'an 1509. il ſe
trouva au Colloque de Poiffi ,
où il voulut jetter par les feneftres
Beze qui y répandoit
fon venin contre le facrifice
de la Meffe. La Reine arrefta .
la fougue de ce Cardinal en
luy dilant qu'il convenoit
plus à fon caractere de convaincre
les Herefiarques que
de les tuer. François I. faifoit
beaucoup de cas de ce
Prélat. Il le nomma au Cardinalat
& Paul III . à la res
GALANT. 175
commandatiou de ce Prince
luy donna le Chapeau qui
luy manquoit pour couronner
tous les titres Ecclefiafti :
ques dont on ne parloit pas
alors contre la multiplicité
de la maniere que l'on fait
aujourd'huy. Ce que ce Car.
dinal avoit de meilleur eftoit
la protection qu'il accorda
toujours aux Sçavans dont il
fut le Mecene. Muret qui
prononça fon Oraifon funebre
, Paul Manuel & Doflat
en firent une douce experience.
Ce Cardinal mourut l'an
1172.
Pii
176 MERCURE
Le Sonnet fuivant fut fait
pour le Roy d'Espagne , dans
le temps que ce Monarque
paffa de Naples dans le Mi.
lanez.
I Es troublesfont finis , ton augufte
préfence
Grand Prince a répandu le calme en
tes Etats
Les mutins font rangez fous ton
obeiffance.
Sans avoir éprouvé la force de ton
bras
2
Mais pour d'autres Exploits ta fuprême
vaillance
Au noble Champ de Mars precipite
tes
pas
Dans tes regards déja brille l'impatience
GALANT 177
De pouvoir en perfonne animer tes
Soldats.
S
Suivant de ton Ayeul les traces
glorieufes,
Tu traverfes des Mers , les routes
perillenfes
Pour cueillir de Lauriers les penibles
moiffons.
25
Va! cours ; tes Ennemis vont tomber
dans tes chaines
Z'on attend tout d'un Roy qui mefle
dans fes veines .
Le fang des Charlequins , à celuy
des Bourbons
Ce Sonnet eft de Mr de
la Terraffe qui a donné au
Public une Traduction en
18 MERCURE
vers du Poëme de Catule fur
les Nopces de Pelée , & de
Thetis avec des remarques
.
La Paraphrafe qui fuit eft
de M' Maugard de Troye ,
elle eft fur le Pleaume Exau.
diat , & convient parfaite .
ment bien autemps
.
AU ROY D'ESPAGNE .
Que
Ve le Seigneur fus qui_tremble
la terre entiere
Exauce les défirs de votre Majeftés
Qu'il maintienne vos jours dans un
regne profpere
Au plus fort de l'adverfité.
2
GALANT 179
Que le Dieu de Jacob qui couvré de
fes ailes.
Celuy qui fur fon bras veut bien fe
confier
Que le nom dece Dieu qui punit les
rebelles
Vous foit un puiſſant bouclier.
33
Que de fon Trone faintfans ceffe il
vous regarde ;
Qu'il dépêche vers vous le fecours
de Sion [ garde
Qu'il envoye icy baspour votrefure
Une invincible Legion ,
2
Qu'il ait dans fa mémoire une
image recente
Des biens que vous offrezaux pieds
de fa grandeur ;
Que ce que vostre coeur par vos mains
luy préfente.
180 7
MERCURE
Luyfoit d'une agreable odeur :
S
Que fa bonté fur vous jette un ail
favorable ,
Que fes immenfes dons furpaffent
vos fouhaits.
Qu'ildeffende vos droits : qu'un fuccez
mémorable
Réponde à vosjufte projets .
S
C'est alors que voyant nos guerres
étouffées
Par des Himnes joyeux nous loüerons
le Seigneur ,
Alors dans mille endroits de celebres
trofées
Seront dreffez en fon honneur.
S
Quels voeux ne feront point pour
vous , pour vostre gloire
Tous ceux qui pour leur Roy ne
GALANT 181
vous avotoient point ?
Ils verront éclairez des yeux de la
Victoire .
Que Dieu vous choisit pour fon
oingt,
,
2
C'eftfon Dieu diront - ils , fur luy
feul il fe fie:
Ce Dieu reçoit fa plainte au milieu
de fes Saints ,
Etfa dextre fur qui l'homme foible
s'appuye
Eft le falut des Souverains .
2
Qu'a fervi , dirons nous , la folle
confiance.
Qu'ils fondoient fur leurs chars , &
leurs chevaux nombreux :
Pour nous nous avons mis toute nof
tre esperance ,
Surle Protecteur des Hebreux !
18 MERCURE
Auli nos Ennemis ont mordu la
pouliere ,
Sur les fillons fumans leurs corps
font etendus .
Leurs Chefs font dans les fers ; une
défaite entiere
Nous rendles Maiftres des vaincus.
S
Nous prions le Seigneur qu'une
beureufe carriere.
Conferve vostre vie en étende le
cours.
>
Tant que vous régnerez cette ardenpriere
,
Dans nos coeurs régnera toujours
Quoy que vostre curiofité
doive eftre fatisfaite de tout
GALANT 183
ce que je vous ay envoyé fur
le combat Della Vittoria , je
fuis affuré que vous ne laiſſerez
pas de lire encore avec
plaifir la nouvelle Relation
que je vous envoye : elle a
reçu icy de tres - grands applaudiffemens
, & elle a parû
nouvelle , quoy que dans le
fond elle ne raporte rien de
nouveau que quelques faits
particuliers ; mais elle s'explique
avec tant de netteté , &
fait voir fi fenfiblement les
chofes qu'elle contient qu'on
lira toujours avec plaifir de
pareils morceaux d'hiſtoire .
184 MERCURE
D'ailleurs ce qui s'écrit avec
reflexion , & long - temps
aprés une action , eft toujours
beaucoup plus fidelle , & plus
circonftantié & l'on y doit
ajouter plus de foy qu'à tout
ce qui s'écrit d'abord & avant
qu'on ait eu le temps de déve
lopper la verité.
Le 26. Juillet noftre armée
que le Roy d'Espagne eftoit
venu joindre la veille à Sorbolo
fur les confins du Parmefan
, en partit le lendemainà
neufheures du matin
pour venir camper auprés
GALANT 185
d'un Bourg Modenois apellé
Caftelnuovo , où le quartier
du Roy fut étably . Tandis que
l'on marquoit le camp Mile
Duc de Vendôme emmena
avec luy quelques Troupes
pour connoiftre le Croftolo à
deux mille de Castelnuovo ,
c'est une petite riviere dont
les eaux eftoient alors tresbaffes
, mais qui enflent quelquefois
par les pluyes , & par
les neiges fondues , ce qui a
obligé d'y faire des rivages
tres élevez pour empefcher
fes débordemens .
M' de Vendôme ne trou-
Aouſt 1672.
186 MERCURE
vant point d'Ennemis qui fe
préfentaffent pour la luy dif
puter la paffà à la tefte de
fes troupes , & il n'en eftoit
pas éloigné d'un mille , lors
qu'il aprit par une Vedette
des Allemans , qui deferta ,
qu'i's eftoient campez à qua.
tre mille plus loin , au nom.
bre de trois Regimens de Cavalerie
, fous les ordres du
Comte Annibal Viſconry
ayant leur droite à Santa Victoria
, & leur gauche à une
Caffine , fur le chemin de
Reggio à Guastalla , qu'ils
avoient devant eux . Derriere
GALANT 187
leur Camp ils avoient une
petite Riviere nommée le
Taffon , dont les eaux & les
bords eftoient comme ceux
du Croftollo , & fur laquelle
il y a deux Ponts de bois , l'un
à Santa Vittoria , & l'autre à
une portée de fufil vers leur
droite. Ces trois Regimens
de Cavalerie eftoient Darmftat
, Commercy , & Vilconty.
On luy apprit auffi qu'au
delà du Taffon ils avoient
le Regiment de Dragons
d'Herbeviller , & en effet ,
ce Regiment accourut pour
les foutenir aux premiers
Qij
188 MERCURE
coups qu'il entendit .
M' le Duc de Vendofme
refolut auffi toft de les aller
atcaquer , & envoya ordre à
la gauche de la premiere ligne
de le venir joindre , mais
elle n'arriva que lorsque l'affaire
fut finie , & le tout fut
executé , par trois Regimens
de Dragons , fçavoir , Dauphin
, Lautrec , & Leftrade ,
par quatorze Compagnies de
Grenadiers , par le Regiment
Colonel , celuy de Villeroy ,
celuy de Montperoux , un
Escadron de la Gendarmerie
,
& les Compagnies de CaraGALANT
189
biniers , tout cela enfemble
ne faisant pas plus de dix huit
cens hommes ; d'autres difent
encore moins parce que
l'on en avoit tiré plufieurs
détachemens occupez ailleurs
, & les trois Regimens
de Dragons , par exemple ,
ne formoient pas tout enfemble
, plus de deux cens hom
mes.
Mr le Duc de Vendofme
partagea ces Troupes en trois
colonnes , & le mit à lateſte
de la droite , plaça Mr d'Albergotty
à la gauche , Mr le
Marquis de Crequi conduifit
190 MERCURE

celle du centre. La dicite
eftoit formée d'un Efcadron
de Gendarmerie , & de la Bri
gade du Colonel , composée
de fept Efcadrons . A la gauche
estoient les Regimens
du Dauphin & de Lautrec ,
& celle du centre confiftoit
en quatorze Compagnies de
Grenadiers , & du Regiment
de Leftrade. Après avoir mar
ché quelque temps en cet
ordre , Mr Danou Maréchal
des Logis des Gendarmes
Anglois , qui eftoit à la droine
de tout avec vingt Cavaliers ,
rencontra la Garde des Enne
GALANT 141
mis qu'il attaqua & pouffa .
Elle fut foûtenue par le Pi
quet des Ennemis , à qui Mr
de Viſconty avoit ordonné ,
croyant que ces Troupes
n'ettoient qu'un fimple détachement
, qui ignorant le
nombre des fiennes venoit
imprudemment fe livrer dans
les mains , de les attirer juf
qu'à luy Mr Daunou fe con :
tenta de fe maintenir où il
s'eftoit avancé jufqu'à ce que
Mr de Vendofme le vint
foutenir avec la Cavalerie , &
pouffer la Garde & ce Piquet
jufqu'à une Caffine qui cftoit
192 MERCURE
5
par
à la gauche de leur Camp
Les Ennemis , de fabulez
le nombre des Troupes
qui venoient les attaquer , de
l'opinion où ils eftoient , que
ce ne fuft qu'un petit détachement
, jetterent dans cette
Caffine des Troupes qui
arrefterent quelque temps
noftre Cavalerie .
Mr le Marquis de Crequy
y arriva à la tefte des Grenadiers
& des Dragons de Lef
trade , & aprés un combat affez
long où fon Ecuyer &
l'un de les Pages furent blef
fez derriere luy , il leur fic
abandonner
GALANT 193
abandonner cette Caffine ,
derriere laquelle il trouva
huit Eſcadrons de Cuiraffiers
rangez en bataille dans leur
Camp , faifant face à cette
Caffine. Il vit encore un autre
Eſcadron dans le chemin
par lequel il marchoit , &
deux fur la droite , qui fem?
bloient vouloir prendre en
flanc tout ce qui s'avanceroit
dans le chemin , & s'oppofer
aux Troupes qui marchoient
fur la gauche. Auffi
toft Mr le Marquis de Crequy
prit le parti de faire couler
quelques compagnies de
Aonft 1702.
R
1
192 MERCURE
Grenadiers le long d'une pe
tite digue qui alloit au canal
du Taffon : Elles firent un feu
fi violent fur les huit Efcadrons
qu'elles les obligerent
de fe replier en arriere , donnant
à l'Escadron de la Gendarmerie
& à la Brigade du
Colonel , commandez par
Mr le Duc de Vendofme la
facilité de les fuivre , & de les
refferrer dans leur terrain ;
cependant Mr le Marquis de
Crequy continuant avec fes
Grenadiers & les Dragons de
Leftrade à fuivre le grand
chemin , pouffa devant lui
GALANT
195
tout ce qu'il rencontra &
donna lieu à Mr d'Albergot
ti de s'avancer le long du
Croftolo avec les Dragons
Dauphins , & de Lautrec à
Santa Vittoria , où ils fe joi
gnirenr & où ils chafferent
enfemble les Troupes des
Ennemis qui estoient poftées
dans les maifons voisines
aprés un combat opiniâtré.
Alors la terreur & la confufion
fut generale parmy les
Imperiaux , & chacun ne fongea
plus qu'à fauver la vie ,
en fuyant comme ils purent .
De ceux qui fuyoient par les
L.
Rij
194 MERCURE
deux Ponts , les uns fe preffoient
avec tant de précipi
tation & de défordre qu'on
les voyoit inceffamment
tomber dans ce Canal entraî
nez les uns par les autres avec
leurs chevaux . D'autres fe
trouvant trop éloignez des
Ponts quitterent leurs che
vaux , & leurs cuiraffes pour
fe jetter dans le Taffon qui
fut bien toft couvert de leur
foule , à tel point que l'eau
difparut fous eux pour un
temps , & que l'on eut pris
fon lit pour le fond d'une
vallée feche. Arrivez au pied
GALANT 197
de l'autre bord qui eft fort
haut & a peu de penchant ;
ils tachoient à fe guinder au
deffus en s'aidant de leurs
mains de leurs moufquets &
tandis que
de leurs pieds
nos Grenadiers
fur le bord de
ce cofté cy , choififfant
& mirant
à loifir ceux qu'ils vouloient
tuer en faifoient
rej
tomber à coups de fufil une
grande
partie dans le Canal.
D'autres
trouvant
la fuite
trop difficile , & quelques
uns trop honteule
aimerent
mieux fe rendre à la difcre.
tion du vainqueur
. L'on fit
R iij
198 MERCURE
environ quatre cens Priſonniers
, & fur le raport mefme
de leurs Officiers qui furent
du nombre, il eft certain qu'ils
ont perdu la moitié de leur
monde en ce combat tant en
morts , bleffez , que Prifonniers.
Il faut pourtant l'avoüer
à leur gloire que ceux qui purent
paffer le Canal fe rallierent
de l'autre cofté en braves
gens , & fe partagerent
dans des maifons qu'ils def
fendirent quelque temps
avec beaucoup de courage
contre M' le Marquis de Cre
YON
7893
THEQUE
BIBLIO
THE
GALANTE
quy qui avoit paffé apre
DE
500
le Pont à Sancta Vittoria , &
contre M' d'Albergotti qui
alla les pourſuivre par l'autre
Pont. Ils furent chaffez de
ce dernier azile , & fe rallierent
encore & foutinrent
quelques charges fans eftre
rompus. On ne jugea pas
à propos de les fuivre bien
loin parce que l'on eftoit fatigué
tant d'une longue mar
che qu'on avoit faite pour les
ateindre que du combat & de
la chaleur qui eftoit exceffive
& parce qu'auffi on n'eftoit
point paffé en affez grand
R iiij
200 MERCURE
nombre pour s'engager dans
un Pays tres couvert , & que
l'on ne connoifſoit pas , fur
tout la nuit s'aprochant .
Mais je ne puis oublier la
hardieffe outrée d'un de leurs
Cavaliers qui de deux cens
pas fortit de fon Eſcadron lâ
chant la bride à fon cheval ,
& vint à bout portant tirer
fon Pistolet dans le corps
d'un Lieutenant de Lautrec ,
& le renverfa mort de fon
cheval. Il romba auffi . toft
luy même tout percé de
coups par nos Dragons qui
l'environnerent , mais il eut
GALANT 201
encore la force en mourant
de couper d'un coup de fa.
bre les jarrets à un cheval
de l'un des Dragons qui l'avoient
bleffez .
Tandis que l'on combata
toit , le Roy d'Espagne qui en
avoit efté averty à fon quartier
Caftelnouovo monta au
plus vîte à cheval , impatient
de fe trouver dans l'action ;
mais le temps qu'il avoit fallu
pour luy porter cet avis &
celuy qu'il falloit pour le rendre
au lieu où elle fe faifoit
fut caufe que quelque diligence
qu'il pût faire , il luy
202 MERCURE
il
fut impoffible d'y arriver que
lorfque l'on tiroit les derniers
coups. Pour adoucir le cha .
grin qu'il en témoigna ,
eu le plaifir de voir les Ennemis
fuyans & difpercez
que c'eftoit le premier jour
de fa vie qu'il fe trouvoit à
la guerre. On ne put l'em.
pefcher de paffer le Canal ,
& ce ne fut qu'avec toutes les
peines du monde qu'on l'empècha
de s'engager à les pourfuivre.
On remarqua avecune
extrême joye quand il
rentra dans le camp , celle
qu'il eut de fe voir parmy
de
GALANT 203
fi braves Troupes & fur tout
quand il paffa devant nos
Grenadiers montez fur les
chevaux qu'ils avoient pris
aux Ennemis & rangez fierement
en Eſcadrons comme
des Cavaliers . Il leur en témoigna
fa fatisfaction par la
liberalité & tout le Camp à
plufieurs repriſe cria vive le
Roy. Aprés quoy il retourna
à Castelnuovo accompagné
de la Cour & de M' le Duc
de Vendofme qui laiſſa à M
le Marquis de Créquy l'honneur
de choifir fon logement
dans le Champ de Ba204
MERCURE
taille qu'il avoit fi bien ga
gné.
Ainfi fe paffa cette action
fi glorieufe pour nos Troupes
, dans laquelle les Ennemis
ont perdu outre le nom
bre d'hommes dont j'ay déja
parlé tous leurs équipages
feize étendarts , trois paires de
Timbales , & une tres grande
quantité de chevaux dont il
y en a eu plufieurs de tuez
& plus encore de pris , fans
compter de grands amas de
fourages ny tant de Cuira
fes , dont ou en mourant ou
en fuyant ils ont couvert leur
GALANT **
4
205
Camp , les bords du Canal
& les champs par où ils ont
paffé. Ce qu'il y a de plus
doux dans cette victoire c'eft
qu'aprés avoir efté difputée
pendant une heure & demie ,
elle ne nous a coufté , rant en
morts que bleffez que cent
vingt hommes tout au plus .
Enfin pour faire comprendre
en peu de mots quelle a efté
la valeur des Chefs & des Soldats
dans cette action , il ne
faut que dire qu'ils ont combattu
& deffait à nombre
moitié inferieur
quatre mille
hommes des meilleurs Régi
206. MERCURE
mens Imperiaux & qui fe
vantoient de n'avoir jamais
efté battus .
On ne fçauroit donner.
trop de Relations de cette
grande action pour convains
cre les Etrangers de la verité ;
j'entens de ces Relations qui.
expofent les faits dont elles
font remplies , d'une maniere
fi fenfible qu'il eft impoffible
d'en douter , & qui pour ainfi
dire , portent leurs preuves
avec elles . Rien n'eft plus
aifé que d'avancer une chofe
directement contraire à la
GALANT 207.

verité; mais pour peu que l'on
veüille raifonner , & entrer
dans des détails aprés cette
fuppofition , on perd tout le
fruit que l'on s'eft propofé de
tirer , d'une hardieffe foute .
nue avec plus de chaleur &
de politique que de raifon .
Quelques Ecrivains zelez
pour leur Patrie & pour leurs
Alliez , ou excitez par d'autres
motifs , ont publié qu'au
Combat de la Victoire , les
Allemans n'avoient que trois
mille hommes contre quinze
mille , quoi que cela foit abſo .
lument faux, il n'eft pourtant
208 MERCURE
<
pas impoffible que deux corps
dont l'un eft quatre fois auffi
fort que l'autre , ſe rencontrent
, mais on ne fera pas facilement
croire , quoy que
les Ecrivains dont je viens de
parler , tâchent à le perfuader
, qu'un Corps quatre fois
aufli fort que celuy qu'il a
rencontre , en ait efté batu ,
c'eſt à dire , que les trois mille
Allemans ayant eſté attaquez
par quinze mille hom.
en ayent tué deux mil .
le ; mais fuppofé que cela
puiffe arriver , & mème qu'il
foit arrivé , feroit - il aifé de
mes ,
GALANT 209
faire croire que ceux qui auroient
perdu prefque tous
leurs Etendarts , leurs Tentes,
leurs Bagages, & qui auroient
vû le cours d'une Riviere arrefté
par des monceaux de
Corps de leurs camarades
tuez dans le combat euffent
tué deux mille hommes . On
n'a ofé nier ces faits parce
qu'ils font de notorieté pu
blique , mais il falloit prendre
garde qu'ils ne s'accordent
pas avec ce que l'on
avance d'abord , & qu'un
corps qui a efté entierement
défait , & qui a tout aban ,
Aouſt
1702. S
216 MERCURE
donné & tout perdu , ne peut
eftre regardé comme vainqueur,
& que la perte des
hommes , & des équipages
ne marquent pas une victoire.
Quand on parle ainſi , on
fait voir feulement qu'on tâche
à furprendre la credulite
du public , mais on n'impoſe
qu'à ceux qui veulent
bien eftre dupes , parce que
leur intereft leur fait fouhaiter
que ce que l'on veut leur
faire croire foit veritable :
mais ce qu'il y a de plus extraordinaire
, & de plus furprenant
dans cet article , eft
cen
GALANT 2TI
que l'on prétend que les Allemans
ayent tué deux mille
hommes quoy qu'ils n'ayent
eſté attaquez & batus que
par dixhuit cens.
Vous trouverez les Vers
qui fuivent affez naturelle .
ment placez aprés cette défaite
. Ils font de Mr l'Abbé
Charlet , qui nous a déja don.
né divers Odes latines , que
d'habiles Traducteurs ont
renduës en Vers François : cer
Abbé en a fait une nouvelle
fur la guerre que les Allemans,
les Anglois , & les Hollandois
ont declarée à la France & à
S ij
212 MERCURE
l'Espagne . La Traduction en
a efté faite par Mr l'Abbé
Mauguin , & je vous l'ens
voye.
SUR LA GUERRE

Ούτ
PRESENTE .
OD E.
U vous entraîne encore une arz
deur
infenfée ?
Quoy !Germains vous ofez irriter les
François s
De ces Peuples Vainqueurs de vous
de tant de Rois
La memoire chez vous feroit - elle
effacée.
GALANT
212
La rufe eft inutile , & la furpriſe
eft vaine
Contre de fiers Guerriers que lagloire
conduit ,
La nuit comme le jour la Victoire
les fuit ,
Fuis , fage Eugene ,fuis , ou taperte
eft certaine.
Quand fans ceffe à rufer ton efprit
s'abandonne
Tucrains un Ennemi toûjours vilto
rieux ,
Mais fi de tels moyens te femblent
glorieux
Tu peux quand tu voudras retourner
à Cremone.
2
Voy pourfurcroift de trouble à ton
ame allarmée
PHILIPPE Contre toy conduire les
François
214 MERCURE
Ce Heros glorieux fort du fang de
nos Rois
Et luyfeul en valeur égale fon Armée.

Quoy les Villes , les Forts , tout cede
fans deffenfe ,
Fuis , Eugene , ou te rens ; Mars
qui t'enfait la loy
Ne veut pas qu'elle ait rien quifoit
honteux pour toy
Puifque tout doit ceder aux forces
de la France.
2
Sarmates , & Danois , vous Bataves
rebelles ,
Accourez au fecours des Germains
vos amis ;
Plus contre les François vous ferez
d'ennemis ,
Plus ils moiffonneront de Palmes
immortelles.
GALANT
215
25
Couvrez de vos Vaiffeaux la mer &
·le rivage ,
Fiers Bretons , à vos Rois ***
Sujets ,
Mais n'attendez pour prix de vos
vaßes projets ,
Que toutes les horreurs d'un funefte
naufrage
2
D'une valeur , François , à vous
feuls naturelle ,
Bravez comme autrefois ce guerrier
appareil
C'est un nuage épais qui s'oppofe au
Soleil
Et qu'il difipera d'unefeule étincelle.
$
Ainfi , Brave François , arme - toy
de la Foudre
216 MERCURE
Chez tous ces Roisjaloux , Va , cours
porter l'effroy,
Que ces fiers ennemis fe rangentfous
ta loy
Ou qu'ils foient de nouveau par toj
réduits enpoudre.

C'eft un Arreft rendu par le Dieu de
la
guerre
n faveur du plus fage & du plu
grand des Rois ;
Que l'Univers , dit - il ,foitfoumis
fes loix ;
C'eft à luy de calmer ou de troubler la
terre:
L'Air qui a efté fait ſur le
paroles que je vous envoye
eft de Mr de la Belliaire de
Chartres.
AIR
DELA VILLA
...
HÈQUE
LYON
1893

GALANT
217
L
AIR NOUVEAU.
Pourquoy
me flatez- vous d'une
efperance vaine ,
Pour me faire éprouver de fi cruels
tourmens ,
Ingrate , vous brifez une fi belle
chaîne,
Je voy que les Zephirs emportent vos
fermens ,
Vous craignezmes regards , maprefence
vous gefne.
Lieux écartez, Deferts charmans
Faut- il que vous foyez les témoins
de ma peine
Aprés l'avoir efté de mes contente
mens.
Aout 1702 T
218 MERCURE
P
L'action que Mr de la Peroufe
Lieutenant Colonel du
Regiment de Sforce fit à Landau
au commencement de
ce mois eftant des plus remarquables
, & des plus vives ,
j'ay cru qu'elle méritoit l'arti
cle particulier que vous allez
lire. Ce Lieutenant Colonel,
dont le bruit de la mort s'eftoit
répandu quelques jours
auparavant , ayant efté détaché
avec cent hommes pour
aller à la queuë de la Tran- .
chée charger la Garde des
Ennemis ; il l'attaqua avec
une fi grande intrépidité , &
GALANT 219
la pouffa fi vivement qu'il la
mena batant jufques dans le
Camp , le Commandant de
cette Garde auffi honteux
que chagrin de ſe voir ainſi
pouffé parceque les Troupes.
qu'il avoit avec luy estoient
regardées dans l'Armée comme
de bonnes Troupes , les
rallia à la faveur des Tentes ,
& marcha au trot pour rejoin
dre M' de la Perouſe qui fit
volte face avec une contenance
qui fit craindre aux
Ennemis que ce choc ne
leur fuft pas plus avantageux
que le premier , ils ne fe trom
Tij
220 MERCURE
perent point , & toute la va
leur que leur Commandant
fit paroistre ne fervit qu'à faire
briller davantage
celle de
Mr de la Peroufe , & ils furent
pouffez & battus une fecon
de fois . Ces deux actions durerent
affez de temps , pour
en donner aux piquets voifins
de monter à cheval . Ils formerent
trois Eſcadrons , à qui
il fut aifé parce qu'il avoient
des chevaux
frais de couper
celuy que commandoit
Mr
de la Perouſe . Il auroit pû
fe rendre en fe voyant ainfi
coupé , & il paroiffoit mef;
GALANT 221
me qu'il auroit pû le faire ,
fans qu'on duft l'accufer d'avoir
manqué de courage :
cependant il prit le parti de
léparer la Trouppe en trois
pour s'opposer aux trois Elcadrons
des Ennemis , il marcha
à eux en bon ordre , &
avec une contenance qui les
étonna . Il les attaqua , les
rompit , & les obligea à fuivre
l'exemple des premiers ,
& à rentrer dans leur Camp
en défordre , aprés quoy il fe
retira dans la Place au grand
étonnement des afficgez &
des affiegeans , dont les uns
Tiij
222 MERCURE
admirerent ſa valeur , & fon
intrepidité avec joye , & les
autres avec chagrin & con ;
fufion .
En vous parlant de la re
ception qui a efté faite à
Toulon à S. A. S. Monfieur
le Comte de Toulouſe , je ne
vous dis rien de la Harangue
qui fut faite à ce Prince au
nom de cette Ville- là. Je
yous en envoye une copie .
MONSEIGNEUR,
Nous sommes trop fenfibles
à
l'honneur que nous recevons
aujourd'hui pour nous
GALANT 223
contenter de vous admirer avec
un respectueux filence . Les cris
de joye & les aclamations populaires
ne marquent que foiblement
les fentimens de respect , &
d'obeiffance , fi je l'ofe dire ,
de tendreffe dont nous fommes
penetreZ. Voflre illuftre Nom eft
plus profondement gravé dans
nos coeurs que fur le Bronze.
Toutes les vertus heroïques dont
le Seigneur a pris foin d'embel
lir vostre ame , & qui font que
toute la France l'admire , aug
mentoient tous les jours l'ardent
defir que nous avions de voir vâ
tre auguste Perfonne que les gra !
•T iiij
224 MERCURE
ces même ont formée. Nos fou
haits font fatisfaits , & l'arrivée
de Votre Alteffe Sereniffime
en cette Ville , ne nous laiffe plus
rien à defirer.
Louis le Grand vous envoye
pour remplir les fonctions
d'Amiral
de France . Cet invincible
Monarque
vous confie ce qu'il a
de plus cher , & de plus grand.
Vous
venez
Monseigneur
prendre poffeffion de l'Empire de
vous faire reconnoiſtre ;
Ta
mer
admirer , & reverer de toutes
les Nations de la terre , du Ciel
é des Vents.
L'habilité des Generaux qui
GALANT . `225
doivent marcher fous vos ordres ,
nos voeux particuliers , & les
prieres de tout le peuple , nous
promettent une heureuſe naviga .
tion ; vous trouverez une route
affurée fur un Element incon-
·ftant . La mer qui ne reconnoift
que le doigt de Dieu , apaifera
fon couroux devant un Prince
qui en a reçu l'Empire . L'on
verrafes flots orgueilleux venir
fe courber comme baiser par
refpect le Foudroyant qui portera
Voftre Alteffe. Cette Ville
qui renferme dans fon Port ce
que le Roy a de plus magnifique
fur la mer , eft aujourd hui au
226 MERCURE
comble de fa joye & de fa gloire.
Elle fe void dans l'impuiffance
de remplir fes devoirs en cette
occafion . Mais ne daignez pas,
grand Prince , examiner nos obli .
gations , fondez feulement les
mouvemens de nos coeurs &
Soyez perfuadé , Monseigneur ,
qu'on ne peut rien ajouter au
respect , au zele , ny à la fidelité
que ma langue interprete desfen.
timens & des volontez que rout
ce peuple vient jurer aujourd'hui
aux pieds de V. A. S.
Les Deputez des Etats de
Languedoc qui font M's Ta
GALANT 227
fourau , des Fontaines , Evefque
d'Alet pour le Clergé ,
Mr le Marquis de la Fare
Tournac pour la Nobleſſe ,
M' Didier Conful de Nifmes,
& M' de la Valette Maire de
Pezenas pour le tiers Etat ,
avec M' Royer Syndic General
, curent audience du Roy
le 22 de ce mois , & préſenterent
à Sa Majefté , le Cahier
des Etats ; M' l'Evefque d'Alet
porta la parole. Ils curent
enfuite audience de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& de Monfeigneur le Duc
de Berry , & le lendemain de
228 MERCURE
Monseigneur le Dauphin
parce que ce Prince eftoit à
Meudon le jour precedent .
Ils y furent conduits par Με
des Granges Maiſtre des Ce .
remonies. Tous ceux qui
entendirent les Difcours qui
ont efté prononcez par M
l'Evefque d'Alet , en furent
charmez , & firent auffi toft .
retentir dans tout Verfailles
le bruit des loüanges qu'ils
leur donnerent. Ces Difcours
parurent remplis d'un jugement
folide , d'une éloquence
Chreftienne & d'une politeffe
extrême ; on trouva
GALANT 229
beaucoup de fineffe dans les
penſées & de delicatefle
dans les expreffions . Ce Prelat
cache une infinité de
beaux talens fous une grande
modeftie . Il eftoit Grand Vicaire
de M' l'Archevefque
de Sens , & la maniere édi
fiante dont il s'eft acquité de
cet Employ , ainfi que fes
doctes Predications
, & rem ,
plies d'onction , luy ont fait
meriter l'Evefché dont il eft
pourveu fans qu'il ait recherché
cette dignité. Je ne vous
parle point du merite des autres
Deputez. Quand on eft
230 MERCURE
nommé par des Corps , il eſt
impoffible que l'on n'en ait
pas beaucoup , puifqu'ils s'attachent
toûjours à nommer ,
& fur tout pour de pareilles
Deputations , ceux qui en
ont le plus , & qui fe font
diftinguez dans leurs em-
-plois.
Mr Liebaux Geographe ,
qui a donné au commen .
cement de cette Campagne
une Carte du Duché
de Mantoue avec fes envi.
rons , dont le public a eſté
tres fatisfait , & qu'il a recherchée
avec empreffement,
t
GALANT
231
non feulement à caufe de la
bonté de cette Carte qui eft
exacte , & fidele , mais auffi
parce qu'elle est tres bien
gravée. M Liebaux ,
dis je ,
vient de mettre au jour une
Carte de Lorraine , & de
l'Alface qui ne plait pas
moins , puifqu'elle n'a pas
moins de debit . On pourra
y voir tous les lieux où les
Armées pouront camper en
Alface. On y voit auffi les
limites qui appartiennent au
Roy , à Monfieur le Duc de
Lorraine & à quelques au
tres Princes , felon le Traité
232 MERCURE
teur ,
de Rifvyck . Ces Cartes fe
trouvent à Paris chez l'Auqui
loge fur le petit
Pont , attenant le petit Châ,
telet , à la Geographie
Hiſtorique.
Il travaille actuelle .
ment au Duché de Ferrare
où le trouve le Polefino , de
Rovigo , partie du Padoüan
& du Vicentin , avec les em
bouchures du Pô . Cette Carte
pourra fe joindre au Duché
de Mantoüe par les re
clames qu'il a obfervées .
Je ne vous ay point en.
core parlé à fond de la Vic
GALANT
233
toire remportée par le Roy
de Suede , contre le Roy de
Pologne parce qu'il n'y avoit
point encore icy de Relation
dans les formes. Je vous envoye
le premier détail qui ait
paru .
Extrait d'une Lettre du
Camp du Roy de Suede du 23
Juillet 1702.
LE 18: de ce mois le General
Morner nous joignit prés
d'Obyzée , à une grande lienë du
Camp du Roy de Pologne . Da's
bord le Roy luy fit fçavoir qu'il
Aoult 1702. V
234 MERCURE
iroit le lendemain à l'Ennemy
qui nous attendoit tranquillement
dans fon Camp , ne croyant
pas que nous enffions l'affurance
de l'y aller attaquer. Le 19 àfix
heures du matin nous fortîmes
de noftre Camp d'Obizée , &
l'armée fe rangea en bataille,
L'Ennemy nous voyant , donna
auffi toftlefignal avec deux coups
de Canon . Nous avançâmes affez
lentement , & en bon ordre .
Le Roy devoit commander l'aile
droite , & Mr le Duc de Hol
ftein la gauche. La Cavalerie
eftoit fur les deux aîles , & l'infanterie
dans le Corps de Bataille
GALANT 235
commandée par Mr le Lieute .
nant General Lierven, Rhenif
hild commandoit fous le Roy ,
Velling fous Mr le Duc. Le
Camp de l'Ennemi étoit couvert
de trois coffez , d'un Marais . Il
attendoit que nous entrepriffions
de lepaffer ; mais le Roy prit un
autre parti , & fit avancer fon
aile gauche auffi loing qu'il fe
pouvoir , pour prendre en flanc
l'aile droite de l'Ennemi ; ce qui
fut executé malgré le Canon de
l'Ennemi , qui emportoit quelque
peu de monde , & n'auroit point
caufe de perte confiderable fans
le coupfatal qui nous enleva Mr
V jj
236 MERCURE
le Duc un peu avant la mêlée.
Il fut martellement bleßé dans
les reins expira une heure
demi aprés avec beaucoup de fermeté.
Les Polonnois chargerent
les premiers noftre aifle gauche ,
où le Roy eftoit accouru , mais
aprés ce premier effort ils prirent
lafuite , & ne voulurent jamais
revenir à une feconde charge ;
tellement que la défaite de l'afle
droite des Ennemis fut un ou.
orage de peu
lonnois entraînant les Saxons
dans leur deroute , Cependant
l'aifle gauche de l'Ennemi prit le
parti de remplir le Marais de
de momens, les Po .
GALANT 237.
Fafcines & de le paffer , venant
fondre fur noftre aifle droite ; ce
fut là cù fefit le plus grand car .
nage ; nos Escadrons tinrent fer:
me , & furent ſi bien fecondez
par l'infanterie qui eftoit cou .
verte d'un Vilage & de hayes
qu'aprés quelques décharges l'En .
nemi fut repouẞé au delà du Ma.
rais. Nous trouvâmes là une
nouvelle refiftance , l'infanterie
Saxonne nous faisant tefte derriere
fes chevaux de frife ; mais
n'y purent tenir. Le Regiment
de Steinau batit la chamade co
fe rendit à compofition Lerefte
de l'infanteriefut taillé enpieces,
ils
238 MERCURE
fe fauva dans le Marais
où la plus part perirent . Le
bagage s'y eftant jetté en mes.
me temps fut entierement
pris ,
mefme jusqu'aux équipages du
Roy de Pologne . Ainfi la fituation
de leur Camp fervoit de
piege pour arrefter tout leur ca
non , & leur bagage. La Ca.
valerie eut encore le temps defe
fauver l'action dura depuis deux
heures aprés midy juſqu'à cinq.
Le Roy qui s'eftoit toujours trouvé
dans leplus grandfeu revint
fain & fauve àl'aîle droite aprés
le combat . Nous avons fore
peude morts ; mais le nombre des
GALANT 239
bleez paffe buit cens la plupart
affez legerement. La perte des
Ennemis paffe trois mille. Nous
avons jufqu'à deux mille prifonniers
outre un nombre prodigieux
de femmes & d'enfans que nous
avons tire du Marais où ils
eftoient enfoncez jufqu'au col.
Nous avons trouvéfur le Champ
de bataille quarante fix pieces de
canon toutes tres belles , avec
beaucoup de poudre , &de Mu
nition de guerre. Les prifonniers
tombent d'acord
que
les
Troupes
Saxonnes eftoient fortes de feize
mille Combatans , les Polonnois
de fix mille, noftre arméefai
240 MERCURE
foit à peine le nombre de dix
mille. Et eftoit de plus fort fatiguée
de la longue marche & de
la difette des vivres. Le Dicu
des armées a combatu pour nous .
Le butin a efté fort confiderable.
Le combat fut extremement vi
goureux & l'ardeur du Soldat fi
extraordinaire
que la plus grande
peine des Officiers eftoit de les
retenir. Nous entrâmes victorieux
dans le camp des Ennemis
vers les cing beures du foir . Le
Roy envoye aujourd'huy l'Artil
lerie que nous avons prife à un
Château appellé Pintchau , où il
laißera auffiles bleffez avec quel.
ques
GALANT 241
que Troupes pour la Garde du
Chasteau
. On affure que le Roy
de Pologne eft bleffé , mais nous
n'en croyons rien. Patkul le trai ,
ftre a eftéfur le point d'eſtre pris.
Le Roy de Suede a eſté ſi
touché de la mort du Duc
de Holſtein , fon beaufrere ,
que cette Victoire ne luy a
point efté fenfible .
Le Mardi 22. Madame la
Ducheffe de Bourgogne fuivie
de plufieurs Dames , partit
à trois heures & demie de
Verfailles , pour aller à Paffy
Aouſt 1702 , X
*
242 MERCURE
chez Mr le Duc de Lauzun ,
dont elle avoit fouhaité voir
la mailon , qui appartenoit
ci devant à Mr Carelle , Receveur
general des Finances
de la Generalité de Paris , &
auparavant à Mr Berthelot ,
Secretaire des Commandemens
de Madame la Dau
phine. Cette Princeffe fut
reçue à la porte grillée fur le
bord de la riviere par Mr le
Duc & Madame la Ducheffe
de Lauzun , Madame la
Ducheffe de Saint Simon
foeur de Madame la Ducheffe
de Lauzun , & par Madame
GALANT 243
la Marquife de Biron , niéce
de Mr le Duc de Lauzun .
Elle fut d'abord conduite
dans le Sallon qui en occupe
le milieu . Elle admira la vuë
de cette façade , dont la gau
che regarde Paris , & la droite
Ifly , Meudon , & S. Cloud ,
fans compter les Invalides ,
qui font prefque vis à - vis.
Si toft qu'elle fut entrée dans
les pieces qui font aux coftez
du Sallon , l'on tira un fort
grand nombre de Boeftes
que l'on avoit difpofées dans
une Allée au bas du Partere.
Madame la Ducheffe de
x ij
244 MERCURE
1
Bourgogne monta dans l'é
tagé au deffus , & trouva les
Appartemens
de Mr le Duc
& de Madame la Ducheffe
de Lauzun fort propres
, &
fort galans, Mr le Duc de
Lauzun avoit fait placer dans
une allée au bas de la Terraffe
du cofté de Chaillot une
Machine
à courir la Bague ,
qui avoit diverty Madame la
Ducheffe
de Bourgogne
quelques
jours auparavant
રે
Elle y courut Saint Maur.
pendant trois quarts d'heure
avec une adreffe & une gra,
ce merveilleufe. Elle fut con ;
GALANT 245
: ble
a
;
"
'duite enfuite dans la Pavillon
qui eft à l'extremité du
Jardin du cofté d'Aureüil , &
elle fit une repriſe d'Hombre
dans un Cabinet fort agrea-
& les Boeftes recommencerent
à tirer , quand elle
fe mit au Jeu . L'on fervic
à fept heures & demie dans
le Sallon la Collation , quieſtoit
un ambigu . Le repas
fut tres propre , tres - delicat ,
& fort abondant . Mr le Duc
de Lauzun y fervit Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
Toute la fuite jufqu'aux Gardes
& à la Livrée fat fort bien
X iij
246 MERCURE
regalée , & M ' le Duc de Lau
zun avec la politeffe ordinai
re donna des ordres pour que
tout le monde fuft content
& ces ordres furent parfaite .
ment executez . Les Boeftes
tirerent encor pour la troifiéme
fois , avant que Madame
la Ducheffe de Bourgogne
fortift de table. Un Joueur de
Gobelets l'amufa enfuite durant
une demie heure , & a
prés avoir remercié M ' le Duc
& Madame la Ducheffe de
Lauzun de leur galante Fefte,
elle monta en Caroffe à neuf
heures , & arriva à dix à VerGALANT
247
failles affez tôt pour le fouper
du Roy, Elle, parla à Sa
Majefté de M de Lauzun
en termes fort obligeans , &
luy en die des choles tres
avantageufes.
Mr de Quinfon Lieute ..
nant General des Armées du
Roy & Commandant en
Rouffillon ayant eu avis que
Mr le Duc de Medina. Celi
devoit paffer par cette Pro
vince en retournant en Ef.
pagne . Se prépara felon les
ordres qu'il avoit reçus de la
Cour à faire rendre à ce Duc,
X j
248 MERCURE
des l'entrée de la Province ;
tous les honneurs qui font
dus au rang , & à la naiffance
de ce Seigneur . Il en fit
avertir Mr de Laborie de la
Barde Capitaine d'une Compagnie
franche en Garniſon
au Chaſteau de Salfes , le
Lieutenant de Roy eftant
fort malade. Mr. de Labo
rie le rendit , en execution de
fes ordres , avec un détachement
de fa Compagnie & le
drapeau déployé au lieu où м
le Duc de Medina . Celi eftoit
logé. Ce Duc fut fi content
des honneurs que luy rendic

GALANT 249
čet Officier que pour luy
donner des marques de fa
fatisfaction , & de la liberali
té , il luy fit prefenter une
bague de cent louis dor que
Mr de Laborie refufa genereuſement
, difant qu'ayant
l'honneur d'eftre Officier
d'un grand Roy , il croyoit
pouvoir s'excufer d'accepter
ce préfent : ce que voyant
Mr le Duc de Medina Celi ,
il envoya vingt cinq louis dor
aux Soldats qui eftoient de
Garde auprés de luy , & of
frit à Mr de Laborie de le
fervir en tout ce qu'il pour
250 MERCURE
roit , lorsque l'occaſion s'en
préfenteroit , ce que ce Duc
a fait depuis ayant efté audevant
de l'occafion . S'il fut
fatisfait des premiers honneurs
que Mr de Quinfon
lay fit rendre à l'entrée de la
Province de Rouffillon , il ne
le fut pas moins en arrivant
à Perpignan , Capitale de la
mefme Province où réfide ce
Commandant
qui le reçut
au bruit des décharges de
douze pieces de canon , &
luy rendit tous les honneurs
qu'il avoit ordre de luy ren
dre , ce qu'il fit d'une manie .
GALANT 251
re fi noble , & avec tant de
magnificence de fa part ,
que ce Duc en fut charmé.
Il voulut voir la Citadelle ,
& il y fut reçu , par Mr de
Chapuy qui y commande, au
bruit d'autant de décharges
de canon qu'il l'ayoit eſté en
entrant dans la Ville. Mr de
Quinfon l'accompagnoit , &
ne la point quitté pendant
tout le temps qu'il a demeu
ré à Perpignan . Tous les
grands Seigneurs Espagnols
qui y ont paffé depuis que
Philippe V. eft fur le Trône
d'Efpagne , fe loüent extre
252 MERCURE
mement des receptions qu'il
leur a faites . Celle qu'il fit il
n'y a que huit mois à la Reine
d'Espagne fut fi éclatante ,
& fi fomptueufe , que le Roy
eut la bonté de luy en marquer
fa fatisfaction par une
Lettre que Sa Majeſté lui fit
écrire , & par une gratification
confiderable qu'elle luy
fit donner.
Le fixiéme de ce mois M'
le Marquis de la Poujade de
la Maiſon de la Goutte ,
Fiança Mademoiſelle de
Cours , fa Coufine germaine,
GALANT 253
fille de feu M' le Comte de
la Poujade .
Ce mariage avoit efté ar
refté entre les deux freres ;
& tres expreffement recommandé
par les dernieres dif
pofitions du Comte de la
Poujade pour foutenir leur
nom , prévenir les procez ,
& conferver le bien dans leur
famille , qui a efté toujours
ttes confiderable dans la
Province de Guienne , & dans
la Province de Forest d'où ils
fortirent l'an mille trois cens
quarante deux pour venir
s'établir en Guienne . La Mai

254 MERCURE
fon de la Goutte , & celle de
Saint Chaumont étoient regardées
dans ce temps - là ,
comme les plus diftinguées
de la Province de Forest.
Celle de la Goutre n'a pas
efté moins confiderable dans
la Province de Guienne depuis
qu'elle y a fait fouche.
Les Seigneurs de la Poujade
ayant fouvent pris des filles
qui leur ont donné des allian
ces avec plufieurs Mailons
des plus élevées du Royaume ;
deux de leurs devanciers ont
tenu rang à la Cour de nos
Rois dans les anciennes Af
GALANT 255
femblées generales des Etats
de France avec les plus grands
Seigneurs du Royaume ,
comme les Montmorencis ,
les Rochefoucauts , les Laufuns
, les Gramons & les Du .
reforts. La Terre de Cours
dont ils font en poffeffion
depuis plufieurs fiècles , fur
en ce temps là erigée en Vicomté.
Il y a eu dans cette
Maifon divers Chevaliers de
l'Etoile , & de faint Michel,
dans le temps que ces Ordres
eftoient les plus floriffins en
France . Un la Poujade fut
Capitaine de cent hommes
256 MERCURE
d'Armes d'Ordonnance de
François I. & Gentilhomme
ordinaire de fa Chambre , &
le bilayeul de M ' le Comtede
la Poujade d'aprefent , '
mourut Commandant d'une
Compagnie de Gendarmes ,
& Marefchal de Camp des
Armées du Roy . Le jeune
Marquis de la Poujade promet
beaucoup , il eſt bien
fait de fa perfonue , & a beaucoup
d'efprit.
Mi le Marquis Davernay
a époufé dans le même temps .
Mademoiſelle Carbonet fille
GALANT 257
& unique heritiere de M' le
Marquis de Carbonet Montreüil.
Les perfonnes de diftinction
qui font mortes pendant
ce mois , font ,

Eleonor de Beaulieu de
Bethomas Chevalier , Bailly ,
Grand Croix de l'Ordre de
faint Jean de Jerufalem , Com .
mandeur de Fontaine fous
Mondidier , & du Paraclet
de la Feüillée , ci devant pres
mier Chef d'Efcadre des Ga
leres de Sa Majesté.
Alexandre de Crequy ,Che
Moust 1672. Y
258 MERCURE
valier Seigneur de Clery.
Maurepas , Marquis en partic
du Marquifat de Lunebourg ,
Seigneur du Chateau du
Champ de Bataille , & autres
lieux.
Dame Anne de Monfigot
veuve de Me Nicolas de
Bourlon , Confeiller de la
Grande Chambre .
**
Philippe de Boran Cheva
lier Marquis de Caſtilly.
Dame Marguerite de Ri
faucourt épouse de Meffire
Louis Lavocat , Seigneur de
Sauveterre Confeiller du
Roy en fon Grand Confeil.
GALANT 259
Meffire Thomas Huë Sicur
de la Roque de Miromenil ,
Maistre des Requeſtes honoraire
, & Prefident au Grand
Confeil. Il a efté Intendant
en Champagne , & en Tou
raine.
Enfin l'Hiftoire de Phi
lippe, augufte que vous fouhaittez
depuis fi long temps
& que le public demande
avec tant dempreffement ,
vient d'eftre imprimée. Ce
Monarque qui a regné depuis
l'année 1179,jufqu'en 1223
a été le Prince le plus heureux
Y ij
260 MERCURE
& le plus habile de fon fieale:
Ila jetcé les fondemens de la
grandeur où nous voyons
aujourd'hui la France. Il a
efté furnommé Dieu donné ,
le Conquerant & Augufle, Ce
Royaume luy doit , foit par
les alliances & les negotias.
tions , foit par la force de fes
Armes victorieufes une partie
de la Flandres , les Provinces
d'Artois , de Vermany
dois , de Valois , de Normandie
, du Maine , du Perche ,
d'Anjou , de Touraine , .de
Poitou & d'Auvergne . Ce fut
fous fon Regne que les Fran
GALANT
261
François conquirent l'Empi
re d'Orient. La France efto t
en ce temps là , comme nous
voyons aujourd'hui , l'Ema
pire d'Allemagne . Une infi .
nité de Princes y comman.
doient qui ne devoient au
Roy que l'hommage , & leurcontingent
lorsqu'il s'agiffoit
d'une entrepriſe pour le fervi
ce de l'Etat : en toute autre cc.
cafion ils agiffoient indépendament,
& file Roy entrepre
noir quelque guerre pour fes
interefts particuliers , ils les
luy laiffoient diſcuter avec
fes forces feules. Les princi
262 MERCURE
paux de ces Princes , outre
le Roy d'Angleterre qui pol
fedoit fous l'hommage de la
France les Duchez de Normandie
& de Guyenne , & les .
Comtez du Maine , d'Anjou ,
de Touraine , & de Poitou ,
eftoient les Ducs de Bourgo
gne , & de Bretagne , les
Comtes de Flandres , de
Champagne , & de Toulouſe .
Il eft aifé de s'imaginer
que
tant de grandes Provinces
n'ont pas efté unies à la Couronne
de France , fans qu'il
y ait eu beaucoup d'intrigues
de Cabinet , de fanglantes
3
;
GALANT 263
guerres , & de grands mou .
vemens dans tout l'Etat . Enfin
Philippe Augufte ayant
eu trois femmes , ce qui fournit
beaucoup de matière à
un Hiftorien , & le long regne
de ce Prince eftant rempli
d'un nombre infini de grands
évenemens , il eft conftant
que l'Hiftoire de ce Monar.
que doit eftre auffi curieufe
que belle , & fur tout eftant
traitée par un habile homme.
C'est ce qui doit perfuader
que celle que Mr Bruner de
bite au Palais , à l'Enſeigne du
Mercure galant , doit eftres
264 MERCURE
parfaitement belle , puifqu'
elle eft d'un Auteur qui a de
grands talens pour ces fortes
d'ouvrages , ce que l'on a remarqué
dans l'Hiftoire de
Charles VII. que cet Auteur
donna au Public il y a quelques
années. Le fuccés de
cet Ouvragefut fi grand, qu'à
peine eut-il paru , que tous les
exemplaires furent vendus .
La Carte des Duchez de
Mantouë de Modene , & de
Parme
, faite par le Reverend
P. Placide Auguftin Déchauffé
, Geographe du Roy ,
dont
GALANT 265
dont je vous ay parlé eft fi
univerfellement eftimée que
je crois vous faire plaifir en
Vous aprenant que le deffein
de l'Auteur eft de donner au
Public la Lombardie entiere ,
avec la melme exactitude &
la mefme difpofition , fuivant
des memoires tres
exacts qu'il a des principales
rivieres d'Italie , des territoi
res particuliers , & des plans
qui n'ont point encore efte
donnez au Public , comme
on le peut voir dans le Plan
de la Ville de Mantoüe , le
Seraglio , les canaux . Tous les
Aouſt 1702.
Z
256 MERCURE
Plans qui ont paru cy devant
ne nous avoient point encore
fait voir le paffage du
Mincio dans la Ville de Mantouë
, non plus que la juke
fituation de l'Ile du Thé , &
la veritable démonftration du
/ Lac de Mantouë. Ce Perea
fuivy dans fa Carte tout ce
qu'on à coutume d'obferver
dans une Carte Topographique.
La Foffa Maeftra & lés
autres canaux qui avec le fô,
le Mencio , & le Lac de Mantouë
forment le Seraglio
font d'une maniere fi particu .
liere dans la Carte que l'on
GALANT 267
juge aisément de la bonté
des memoires dont il ont efté
tirez auffi bien que de la pro
fonde étude de l'Auteur pour
les donner d'une maniere fi
exacte . Les Canaux y font
non feulement diftinguez
des rivieres : mais on voit
encore d'un coup d'oeil la
difference de ceux qui ne
font dus qu'à l'Art , d'avec
les autres qui font en partie
dela Nature & de l'Art . Les
premiers font avec des traits
noirs ; & les feconds font re
prefentez par deux petits
traits tres fins contournez au
Z ij
268 MERCURE
tour du ruiffeau qui y coule
On y aperçoit aisément les
rivieres & la difference des
principales d'avec les moyennes
& celles ci , d'avec les petites
, non feulement par la
diftinction de la groffeur des
traits qui les reprefentent :
mais auffi par les caracteres
de leurs noms . Le Pô qui
eft un fleuve y eft en groffe
Capitale . Les rivieres qui s'y
rendent y font en Capitales
moyennes ; celles qu'elles reçoivent
, en lettres romaines :
& les petites rivieres en petites
lettres ce que l'on n'a
GALANT 269
point obfervé juſqu'à pré .
fent , & ce qui ofte la peine
qu'on avoit à chercher leurs
noms . La mefme difference
eft obfervée pour les Villes ,
Bourgs , & petits lieux. Ony
trouvera auffi pluſieurs pofitions
differentes de ce que
l'on voit ailleurs : d'où on
doit conjcturer la grande ap .
plication avec laquelle le Reverend
Pere Placide à compolé
cette Carte , ce qui fait
attendre avec impatience la
fuite qui paroitra au plûroft.
Cette Carte ſe trouve ruë
Saint Jacques vis à vis la
Z iij
270 MERCURE
Fontaine de S. Severin chez
Mr Berey , fi celebre par la
beauté de fa gravure qu'il eft
eftime mefme de ceux de fa
Profeffion pour un des plus
habiles dans fon Art , non
feulement en France mais
dans toute l'Europe . Ainfi ,
on peut juger par la beauté
de la graveure de cette Carte
, ce que doivent eftre les
autres qu'il grave actuelle
ment.
J'ay oublié à vous dire qu'il
y a de trois fortes de points :
les longs qui font voir les féparations
des Etats : les ronds,
GALANT 278
la féparation des Souveraine ;
tez qui font dans un Etat ,
& les petits , les fubdivifions ,
mais cela fe verra dans la
Carte du Pô, dans le Milanez.
La fituation des affaires de
la Mirandole vous ayant fait
fouhaiter de fçavoir ce que
c'eft que ce Duché , je vais
fatisfaire vostre curiofité.
La Mirandola eft fous le
gouvernement d'un Prince
particulier . La Ville eft petite
& affez bien fortifiée , avec
une bonne Citadelle. Elle eft
éloignée de vingt - deux milles
de Modene du cofté du
Z iiij
272 MSRCURE
Septentrion , & de dix du Pô
du cofté du Midi. Le Pays
de la Mirandole , ( en Italien
lo ftato della Mirandola ) eft
une petite étenduë de Pays
dans la Lombardie inferieu .
re , avec titre de Duché , qui
a le Duché de Mantouë ` au
Septentrion , & celuy de Modene
au Midi. Il tire fon nom
de la Ville principale , & eft
fous la domination
des Pics ,
qui ont encore le petit Com.
té de la Concorde . Cette
Maiſon eft des plus illuftres
d'Italie mais elle tire encore
plus de gloire des grands.
;
GALANT 273.
Hommes qu'elle a produit
que de fon antiquité . Il fuffit
pour eftre convaincu de
cette verité de nommer jean
Pic , Comte de la Mirandole ,
qui fut fi célebre dans fon
fiecle , & qui foutint à l'âge
de vingt deux ans à Rome
de fi fameufes Theles com .
polées de neuf cens Pofitions
fur toutes fortes de Sciences.
Son Apologie pour Origene
luy attira de puiffans adverfaires
, auffi bien que l'Aftrologie
judiciaire , dont on
peut dire qu'il fappa les fon .
demens , de l'aveu même de
274 MERCURE
tous ceux qui s'attachoient
à cet Art . On croit que ce
jeune Prince fut leur victime ,
& que honteux de leur défai
te ils l'immolerent à leur ra .
ge. Quoy qu'il en foir , il
mourut à l'âge de trente trois
ans à Florence le même jour
que Charles VIII. y entra .
On prétend que Lucius Bellancius
de Sienne luy avoit
prédit qu'il mourroit à cet
âge là . Sans entrer dans la
difcuffion de ce point d'Hiftoire
qui fait defcendre les
Pics de Manfred
, qui ayant
débauché Euride , Fille de
GALANT 275
l'Empereur Conftance , la
mena en Italie , où elle accoucha
de trois Fils , & que
pour laiffer un monument
éternel de la fecondité de leur
Mere, ils firent bâtir la Miranda
; fans entrer , dis je , dans la
difcuffion de ce fait , qui paroît
pourtant avoir quelque
fondement dans l'Hiftoire
il eft certain que les Pics font
établis dans ce lieu depuis
plus de fix cens ans . François
Pic fut honoré du Titre de
Vicaire de l'Empire par l'Em .
pereur Louis IV . Jean Pic ,
dont je viens de parler , en276
MERCURE
tretint toute la vie une étroite
relation avec la Comteffe
de Beaujeu , Soeur du Roy
Charles VIII . il luy écrivoit
fouvent , & il en recevoit
des lettres qu'on peut encor
voir dans le Cabinet des Cu
rieux .
Vous attendez que je vous
parle du Siege de Landau ,
dont la vigoureuſe reſiſtance
fait aujourd'huy l'étonnement
de toute l'Europe . Je
vais prefentement vous fatisfaire
, me reſervant à vous
mander les dernieres nouvelles
que j'en apprendray
GALANT 277
lorfque je fermeray ma Let
tre . Les Ennemis.ont publié ,
& l'on a même fait publier
dans la plupart des Nouvelles
publiques des Pays appartenans
aux Alliez , que les
Allemans avoient pris la
Contrefcarpe la nuit du 16 .
au 17. de ce mois , qu'elle ne
leur avoit coûte que trois
cens hommes , que M' le
Comte Soiffons avoit efté
bleffé à cette attaque à la
cuiffe & au bras , que le fils
du Margraff de Bareith , le
Prince de Dourlach , & le
Comte de Coninglech y
278 MERCURE
avoient efté bleffez , & que
le Major des Grenadiers de
Darmftat , avec le Lieutenant
Colonel de ce Regiment
& l'Adjudant du Comte
de Frife y avoient efté
tuez. On ne doute point qu'
ils ne parlent jufte à l'égard
de leurs morts & de leurs
bleffez , mais pour ce qui regare
la Contrefcarpe , ils ne
la prirent point le jour qu'ils
marquent qu'ils s'en font ren .
dus maiftres, & elle n'étoit pas
même prife plufieurs jours
aprés . L'Ouvrage auquel ils
ontdonné le nom de Contref.
GALANT 279
carpe eft un Ouvrage de terre
que Mr de Melac avoit fait
faire au devant de la Contr'-
efcarpe au delà du Glacis .
Quand ils n'auroient fait que
la perte dont ils conviennent ,
elle eft grande pour un ou
vrage fi peu confiderable.
Mr de Melac le reprit le
& ne jugea pas à propos de
l'occuper , eftant fatisfait que
cet ouvrage cuft fait perdre
plus de mille hommes aux
Ennemis . parmy lefquels il
y a un grand nombre de
perſonnes de confideration .
Le 18. les Ennemis fe loge
17.
280 MERCURE
rent furun grand angle de la
paliffade. Ils drefferent deux
nouvelles batteries affez prés
du Glacis , l'une de vingt
cinq , & l'autre de fix canons
qu'ils retirerent des premie-
-res batteries parce qu'ils
manquoient de Canon en
ayant renvoyé au Parc de
l'Artillerie plus de vingt cinq
pieces qui n'eftoient plus
en état de fervir. Ils n'avoient
plus alors que trois
mortiers dont ils puffent ietter
des bombes les autres
eſtant ſur le cofté , & les affuts
eftant brifez.
>

GALANT 281
Il est arrivé icy un hom
me de qualité du Perou , il a
debarqué au Port Louis , &
il a voulu avoir le bonheur ,
en allant en Eſpagne , de paffer
icy pour y faluer le Roy ,
& pour eftre le premier de
tout le Royaume du Perou
qui reconnoift pour Viceroy
Mr le Marquis de Caftel dos
rios Ambaſſadeur d'Eſpagne.
Son Excellence l'a prefenté
au Roy , & l'a reçû en fon
particulier avec ces manieres
qui luy gagnent le coeur
de tous ceux qui l'approchent.
Cet homme de qua,
Aoust 1702.
A a
282 MERCURE
1
lité eft fils de Mr le grand
Chancelier de Lima Capitale
du Perou . Il s'appelle
Dom Jaime Sanctos de Caravajal
, Les expreffions dont
il s'eft fervi pour témoigner
à Monfieur l'Ambaffadeur fa
joye de l'avoir pour Viceroy
doivent bien perfuader à Son
Excellence avec quels fehti
mens d'amour & de refpect
il est attendu & fera reçû
dans ce vafte Royaume. Ce
Seigneur qui vient du Perou
à donné à Mr l'Ambaſſadeur
une belle & ample Relation
des Feftes magnifiques qu'on
GALANT 283
a faites à Lima pour la pro .
clamation de Philippe V.
Roy des Elpagnes . Je tâcheray
de l'avoir pour vous en
en envoyer un Extrait le
mois prochain.
Il est temps de vous par
ler du Combat de Luzzara .
Je commence par la Relation
d'un Lieutenant general qui
commandoit l'aile gauche.
On en a fait tant de copies
que je ne doute point qu'elle
ne foit parvenuë juſqu'à vous ;
mais plus elle elt publique
moins je dois manquer de
A a ij
284 MERCURE
vous l'envoyer . Je dois mettre
dans mes Lettres toutes les
pieces qui peuvent fervir à
l'Hiftoire , afin qu'elles s'y
trouvent un jour , & quoy
que les copies de la Relation
que je vous envoye foient
communes , la plupart des
pieces volantes qui font recherchées
aujourd'huy avec
empreffement , deviennent
fouvent firares peu de temps
aprés , qu'elles font diffici .
les à trouver. Ainfi la Relation
que je vous envoye n'eſt
pas pour ceux qui l'ont luë ,
ou qui en ont des copies
GALANT 285
mais pour la mettre en depoft
dans mes Lettres pour la
Pofterité. J'ay cru pour plu .
fieurs raifons ne devoir rien
changer au ftile. S'il y à des
fautes , on les doit plutoft im.
puter au Copiſte qu'à l'Auteur.
Au Camp de Luzzara
če 17. Aouft 1702 .
Otre General partit le
NO
jour de Noftre Dame
à une heure apres minuit de
fon Camp de Tefta , pour
s'approcher des Ennemis,
286 MERCURE
Le Roy d'Eſpagne
marcha
par la gauche que je conduifois
; mais Monfieur
de Ven .
dofme
avec vingt - quatre
Compagnies
de Grenadiers
,
les Gardes ordinaires
, deux
Regimens
de Dragons , & les
Officiers
de jour , nous precedoit.
Cette tefte arriva
avant huit heures du matin à
Luzzara où les Ennemis , qui
n'y avoient que cent hommes
le jour d'auparavant
avoient envoyé la nuit une
Garnifon
plus confiderable
,
qui s'y trouva enfermée
, par
l'incroyable
diligence
de nôj
GALANT 289
tre General , qui n'avoit fait
battre ny la Generale , ny
l'Affemblée ny fonner le Bou.
te.felle . Il y a de l'apparence
que les Ennemis n'avoient
augmenté la Garnifon de
certe Place qué pour en retirer
leurs Magazins . Luz .
zára ne vaut rien , mais il y a
un petit Chateau dans lequel
la Garniton fe retira . Sezanne
frere de Mr le Duc d'Hir.
court , qui commandoit les
Grenadiers , reçût un coup
de moufquet au bras , dont
j'efpere qu'il n'aura que le
mal ; à l'aproche de la Ville
288 MERCURE
qui fut prife & occupée le
foir. Sezanne en arrivant :
trouva trois charettes chargées
de tentes & de felles
neuves que cent chevaux qui
fe jetterent audit Luzzara , &.
qui n'en ont pû fortic , conduifoient.
Noftre General ,
ordonna fon Camp qu'on
marquoit pour placer fes
troupes à m fure qu'elles are
rivoient ; mais fur le midy on
vit les Ennemis en pleine
marche avec leur Canon à
leur tefte , & leur marche
temoignoit qu'ils en vou
loient a oltre gauche qui
tenoit
GALANT 289
tenoit le bord du Pô , où
l'on veut faire le Pont de
communication . Monfieur
de Vendofme envoya les Brigades
de Piedmont , les
Vaiffeaux , l'Ile de France ;
les Irlandois , Perche , la Bri4
gade de Grancé & de Sault ;
& Monfieur d'Albergotti ,
prit la peine de placer cette
importante gauche qui fe retrancha
diligemment à la
faveur d'un bois & d'un petit
rideau qui fe trouva au bord
du Pô , le tout foutenu des
Regimens de Cavalerie du
Colonel General , de Mon-
Aoust 1702.
Bb
290 MERCURE
peroux , d'Uzés , du Bordage ,
de Bourbon , d'Anjou , de
Cavaillac
, des Dragons de
Savoyé & de quelques autres
Regimens que Mr de Bezons
plaçoit à mesure qu'ils arri
voient. Les Dragons de Ses
pecterre , & un Elcadron des
Dragons d'Espagne joigni
rent Piedmont . Monfieur de
Vendofme envoya diligemment
du Canon que l'on mit
d'abord fur la digue qui faifoit
prefque le centre d'entre
la droite & la gauche , lequel
canon nous n'eufmes pas le
temps de conduire à noftre
GALANT 291
gauche. Le Roy d'Espagne ,
& Mr de Vendoime alloient
& venoient , donnant
leurs ordres par tout. La Gen
darmerie , les Carabiniers
& d'autres Regimens , que
le Marquis de Crequy qui
eftoit de jour avec le Comte
d'Eftin , plaçoient comme
ils pouvoient faifoient cette
droite : Cependant les Enne
mis le formoient & le grof.
fiffoient au point qu'il fut
ailé de connoiftre que c'étoit
toute leur armée celle du
Roy qui marchoit fur deux
colomnes n'avoit pû encore
;
Bb ij
292 MERCURE
totallement arriver depuis
environ midy , jufqu'à quatre
heures & un quart . Chacun
fe prepara à le bien défendre.
Les Ennemis fe determines
rent à marcher à nous ; je ne
parle que de noftre gauche ,
quoique la droite fuft vivement
attaquée en mefme
temps . Le Comte de Medavy
& Langallerie eftoient venus
par curiofité nous vifiter , &
je leur montrois noftre dif.
pofition quand l'attaque
commença ; je les priay de
demeurer ,ce qu'ils firent avec
une volonté merveilleufe de
GALANT. 293
fe fignaler. Les Ennemis vinrent
donc en bataille , leur
infanterie à leur tefte , foutenuë
de leur Cavalerie &
marcherent à nous qui n'avions
point de feconde ligne
d'infanterie , car outre qu'elle
n'avoit pû arriver route , le
terrain qu'il falloit occuper
ne nous avoit pû permettre
d'en avoir. On laiffa venir les
Ennemis que l'on attendit ,
à moins que de la demie portée
du fufil. La difpofition :
du terrain eſtoit caufe qu'en
marchant à nous ils prêtoient
Bb iij
7
294 MERCURE
le flanc à Piedmont & à la
Brigade des Vaiffeaux qui ne
les épargnoient pas . Le premier
effort des Ennemis de .
vint inutile au point que Senectere
les pouffa , & la terre
demeura affez couverte de
morts . Demie heure aprés ils
recommencerent le mème
manege qui ne leur reuffic
pas mieux , mais ils augmenterent
leur feu par le nombre
de Bataillons qu'ils mirent
en avant , & jufqu'à trois fois
ils firent inutilement la mê .
me chofe; enfin la quatrième ,
ils firent perdre un peu de
GALANT 295
2
terrain aux Irlandois , à Perche
& à Sault qui avoient
beaucoup perdu. Le Marquis
de Lignerac reçût un coup
qui lui perça l'épaule.Le Marquis
de Renel & le Lieutenant
Colonel de Piedmonty
furent bleffez. Mr le Duc de
Lefdiguieres qui y fit des mer..
veilles y reçut un coup au
haut du nez qui ne s'eſt pas
trouvé dangereux . Le Marquis
de Montendre fut tué.
Le Colonel General d'Ourche
, Monperoux & Bourbon
chargerent les Ennemis . Mr
de Bezons les mena plufieurs
Bb ij
296 MERCURE
fois à la charge. Monperoux
fut bleflé de deux coups.
Saint Micaut Colonel de
Bourbon , fe diftingua fort ;
mais dans tout ce feu l'on ne
pût trouver lieu de charger.
la Cavalerie des Ennemis qui
ſe tenoit derriere toute leur
Infanterie qui eftoit en avant.
Le Marquis de Grancé y regut
un coup de moufquer
qui luy fracaffa la main , &
comme fon Regiment , qui
fouffroit beaucoup , avoit de
la peine à foutenir le feu des
Ennemis , il retourna dés
que fa main fut bandée , &
GALANT
297
sy tint avec beaucoup de
fermeté. Mr de Vandeüil
eut la main emportée d'un
coup de canon & eft mort.
Mr d'Ourche fur bleffé. Ce
peu de terrain que je vous ay
dit que nous perdifmes , nous
fepara totalement de la Brigade
de Piémont , des Vaiffeaux,
& de l'Ile de France,que com,
mande le Comte de Broglio,
dont on ne peut dire affez de
bien. Il n'y eut plus moyen
de les rejoindre , car les Ennemis
eftoient entre eux &
nous , Mrs d'Albergotti & de
Médavi prirent le bon parti.
298 MERCURE
Langallerie refta avec eux ;
Piémont malgré les efforts
des Ennemis le foutint dans
fon pofte , & l'on eftoit fi prés
d'eux qu'ils prierent qu'on
leur laiffât la liberté de retirer
le corps d'un homme de confideration
, ce qui leur fut ac
cordé. Tout cela ne fut que
l'effet des décharges offroya .
bles de l'Infanterie , qui du .
rerent plus de quatre heures
& jufques à une heure de nuit .
Ceux qui ont vu la Bataille de
Nerwinde difent que le fu
d'Infanterie qui y fur effroya.
kle , ne fut ny fi long , ny ſi
BIBLIO
TH
LYON
7
AIBLIO
7
GALANT
confiderable
que ce
crone
cette action . Pour vous dire
la verité les Ennemis ne fça .
voient plus ce qu'ils faifoient ,
& comme la nuit avoit com.
mencé à nous prendre , on
ne le fçavoit guere davanta .
ge du cofté où jeftois . Mr de
Bezons fit tres à propos reti
rer deux de nos pieces de canon
par le Regiment de Miromefnil
, & la nuit eftoit fi
obfcure que Pracontal &
moy penfâmes nous jetter
dans les Ennemis croyant
que c'eftoient les Regimens
´d'Anjou , d'Ulez , & de Vien300
MERCUR
E
ne , que je voulois faire re
paffer un foffé , qu'en effet ils
repafferent. Chacun refta la
nuit comme il eftoit . J'ay eu
l'honneur
de vous dire que
jes ne vous rendrois point
compte de la droite que je ne
vis point du tout , & où il fe
fic des actions étonnantes
. Le
Comte d'Eſtrade
prit un Etendart
des Ennemis . Les
Dragons Dauphins , les Dragons
de Lautrec & de Languedoc
firent des merveilles ,
ils prirent deux pieces de
canon . Le pauvre Marquis
de Crequy for terriblement
GALANT 30 %
bleffé fans espoir d'en reve
nir , en agiffant par tout en
Officier & en Soldat . Un de
mes étonnemens , c'est que
noſtre General foit encore
envie aprés la peine effroya.
ble qu'il n'a point ceffé de fe
donner , & le feu qu'il a ef
fuyé. Mongon & les Comtes
de Rouffy & de Marcin
eftoient de ce cofté- là , avec
Praflain & Mr le Duc de Vil
leroy qui fe diftingua fort.
Une action auffi longue &
auffi grande n'a pû fe paffer
fans perte. Je ne fçaurois
dire le nombre des Officiers :
302 MERCURE
tuez , mais je compte que
nous avons plus de deux mille
hommes tuez ou bleffez . Les
Deferteurs des Ennemis di .
fent qu'ils ont perdu le tiers
de leur Infanterie . Il eft im .
poffible qu'ils n'ayent perdu ,
à bon marché , cinq mille
hommes. Le lendemain dés
le matin on
recommença de
fe canonner . Les Ennemis fe
retrancherent tout le jour ,
& nous filmes la mefme
chole. Je croi que le princi
pal objet du Prince Eugene ,
eftoit de tout risquer pour
retirer la Garnifon de Luz
GALANT
303
Ou
zara , où l'on dit qu'il y a des
Magazins confiderables ,
bien pour le faifir du bord
du Pô à la hauteur d'une ifle,
qui eft le feul endroit où
nous puiflions mettre le Pont
que nous attendons , que
dorénavant ils ne peuvent
nous empêcher de faire , &
qui fera la jonction des trous
pes . Albergotty à fait mettre
hier cette gauche auprés du
bord du Pô , dans un eftag
qu'il ne craint rien . Voilà où
nous en lommes le 17 au foir
continuant de faire ce que
nous filmes hier , c'est -à - dire
304 MERCURE
de fe retrancher de part &
d'autre , & de fe canonner ,
excepté que l'on est maiſtre
du Chateau de Luzzara , que
le Comte de Marfin qui étoit
de jour a fait rendre , & où
on a pris quatre cens hommes
de pied & cent cinquan
re chevaux avec tout leurs
équipages , & que l'on a déja
trouvé beaucoup de bled &
des farines , d'eau de vie &
de vin. Le Duc de la Feüilla.
de qui eft fort foible & convalefcent
, fe fift tenir à che
val pendant toute l'action .
GALANT 305 .
Je croy devoir ajoûter icy
l'extrait d'une Lettre écrite
par un homme de qualité ,
attaché au Roy d'Espagne ,
& qui n'a point quitté ce Prince
pendant le combat , ayant
toujours esté auprés de fa
Perfonne . Je retranche de
cette Lettre , afin d'éviter les
repetitions , beaucoup de
chofes qui font conformes à
la Relation que vous venez
de lire. J'ay crû devoir laiffer
dans cet extrait les loüanges
que vous y trouverez de
M' le Prince Eugene , puif-
Aouſt 1672 .
Cc
306 MERCURE
*
que l'habileté & la valeur de
ce General relevent la gloire
de ceux qui ont l'avantage
de le battre . Voici l'extrait
dont je viens de vous par
ler.
Le Roy a efté quarante buit
beures à cheval fans prefque
manger ny dormir , il a fluyé
de grandes fangues & couru de
grands riques. Le Prince Eu.
gene nous a attaqué avec tant
defurie , & tant d'adr⋅ffe qu'il
s'en eft per falu qu'il ne nous ait
Jurpris Famais combiɩ n'a efté
fi violent , mais comme la nuit
GALANT 307
nous a féparez il s'eft tiré d'affai.
res ,fans quoy nous l'aurions bien
batu . Ses Troupes font excellen
tes : mais noftre Infanterie à une
valeur fifurprenante que ce que
l'on en peut dire eft incroyable.
Nous avons eu en deux heures
de temps , prés de deux mille cinq
cens hommes tuez ou bleffez les
Ennemis en ont eu plus de cinq
mille , & nous avons fait cinq
àfix cens prifonniers . Le champ
de bataille nous est resté avec
quelques pieces de canon étendants
Drapeaux Le Roy s'eft expofé
pendant tout le combat , &
s'eft trouvé aux poftes avance
Cc ij
308 MERCURE

toujours exposé au canon . Il
s'eft porté par tout , & on n'a
feen où le prendre . Le Prin .
ce Eugene eft un General rufé.
Mais il luy faut rendre juſtice ,
quand la peau du renard luy
manque il prend celle du lion
c'est un grand Capitaine , &
brave Soldat . Il nous à attaquez
avec une valeur & une
furie au delà de toute expreffion .
Il faut compter qu'il veut vain .
cre ou mourir ; mais nous avons
des Troupes qu'on ne sçauroit
battre. Ilfaut luy rendre juftia
ce , quoy qu'il ait esté batu , en
cetteoccafion, cette action luy fair
d.
GALANT 309
un honneur infiny Il avoir fait
enyorer fes Soldats d'eau de
les nostres estoient à vie
jeun. Mais tous laßez & exte
nuez qu'ils eftoient par une chas
leur exceffive dans un Camp où
il n'y avoit point d'eau, il n'a pas
eu l'avantage de gagner un
pouce de terrain , & nous avons
couchéfur le Champ de bataille .
Il eft fi vray que le Roy
d'Espagne s'est donné de
grands mouvemens pendant
tout le temps que le combat
à duré , & que fon courage
l'a porté ou pluftoft l'a
310 MERCURE
fait voler dans tous les lieux ,
où le peril luy a paru le plus
évident pour y donner les
ordres , que tous les Aides
de Camp dont je vous envoyay
la Lifte le mois dernier
, ont efté occupez à les
porter , on n'en peut difconvenir
puifque Mr le Marquis
de Sanmanat fils de Mr l'Am .
baffadeur d'Espagne qui eft
un des plus jeunes & qui à
Thonneur de faire fa premiere
Campagne auprés du Roy
fon Maistre en a porté juſ.
qu'à fept ce qui fait voir que
ceux de fes Camarades qui
GALANT
311
ont plus d'experience que
luy en ont porté beaucoup
plus. Cejeune Marquis por ..
ia des ordres pour l'attaque
de Luzzara qui commença
dés le matin , & alla deux
fois en aporter à l'aile gauche
parce que le Roy d'Ef
pagne s'eftoit aperçu que les
ennemis s'efforçoient d'inveftir
nos Troupes , Dés que
l'action fut finie Sa Majesté
Catholique envoya ce jeune
Seigneur à Mr le Prince Pio
pour luy dire d'avancer au
Chateau de Luzzara avec fon
Regiment. Il profita de cette
1
312 MERCURE
occafion , & fupplia Sa Ma
jesté Catholique de luy permettre
de fuivre ce Corps ,
comme Volontaire , tant pour
avoir l'avantage d'agir dans
cette action , que pour eftre
à portée de venir rendre
compte à ce Monarque de ce.
qui fe pafferoit. Sa Majeſté
luy accorda fa demande .
Elle marque beaucoup de
courage , un extréme defir
de fe fignaler , & une grande
prefence d'efprit . Ce Marquis
avoit demeuré quarantehuit
heures à cheval , & il
eftoit plus naturel qu'il fongeaft
GALANTži ?
geaft à aller prendre le repos
dont il avoit un grand befoin
: cependant il paffa cette
feconde nuit fans fe repoler
La priſe du Chasteau de Luzzara
, qui s'eft rendu à difcre
tion , n'a coûté qu'un Grena
dier ; les Enemis n'ont blef
fé que deux Soldats . Mais
pour reprendre la choſe de
de plus haut , & vous donner
enfemble tout ce qui regarde
la Ville & le Chafteau de Luzzara
, je dois vous faire part
de ce qui fuir.
Un détachement de l'Armée
Ennemie qui conduifoit
Dd
Aoust 1702
314 MERCURE
quelques Chariots chargez
d'armes & de munitions à
Quiſtello , voyant noftre Armée
qui avoit marché toute
la nuit , fe jetta dans la Ville
de Luzzara , & entra enfuite
dans le Chateau . Le Roy
d'Eſpagne fit fommer l'un &
l'autre de fe rendre ; mais le
Gouverneur au lieu de repondre
fit tirer fur l'Officier ,
& fur le Tambour
, parce
qu'ayant fait donner avis au
Prince Eugene de ce qui fe
paffoit , il luy avoit mandé
qu'il alloit à fon fecours avec
toute fon Armée . On fit
GALANT 315
avancer vingt
Compagnies
de Grenadiers qui l'inveftirent
, & on balança fi on les
feroit marcher droit aux por
tes pour tâcher de les enfoncer
, mais comme on avoit
déja fait tirer quelques pie .
ces de campagne contre le
Chateau qui
n'avoient produit
aucun effet , Mr de
Vendofme reconnut le tout ,
& ce Prince jugea que cetre
Place eftoit
meilleure que
l'on ne penfoit , & difficile à
emporter d'emblée , ce qui le
fit
refoudre de ne
l'attaquer
que dans les formes , & pour
Dd ij
315 MERCURE
cet effet de camper dans cet
endroit . A peine avoit on
tracé le Camp , & déchargé
les équipages que l'on vit paroiftre
vis à vis de l'aile gaache
, quelques Troupes ennemies
. On crut d'abord
que ce n'eftoit que quelques
Partis , parce que ces Troupes
n'avoient ny Drapeaux ,
ny Etendats ; mais on fut
fort furpris de voir peu de
temps après toute la tefte de
leur Armée. Vous fçavez ce
qui fe paffa au Combar qui
fe donna enfuite , & comment
le Chasteau de Luzza.
GALANT
317
ra fe rendit le lendemain du
Combat. On ne peut donner
trop de louanges aux
Troupes , jamais elles n'ont
efté animées d'une ardeur
plus vive , & aprés ce qui
s'eft paffe dans ce Combat
où on a tiré fept à huit mille
coups de canon ' , on peut
dire qu'elles fontinvincibles,
& il eft inoüy qu'une feule
ligne , car ny le temps ny
terrain ne permirent d'en former
une feconde , ait jamais
foutenu un fi furieux choc.
On fit tout ce que l'on put
pour paffer quelques Elca-
D'd iij
le
218 MERCURE
drons un homme aprés l'au
tre , ce qui fut impoffible , à
cauſe que le terrain eftoit iné .
gal , couvert & coupé , ce qui
fait que l'avantage qu'on a
remporté n'eft du qu'à la valeur
& à l'intrepidité des
Troupes , elles n'ont pas laif.
fé d'avancer à force malgré
les obftacles que la nature
oppofoit à leur valeur , mais
dés que les Ennemis ont
commencé à craindre qu'elles
ne forçaffent ces obftacles
,& qu'elles ont vû mettre
la bayonnette dans le fufil, ils
fe font jettez dans des raviGALANT
219

nes remplies de corps morts.
Ils commencerent à plier fur
les huit heures du foir , & la
nuit favorifa leur retraite.
Outre la valeur & l'intrépidité
naturelles à nos Troupes,
l'exemple du Roy d'Espagne
eftoit bien capable de les a
nimer. Ce Prince brûloit de
faire voir qu'il ne dément
point le fang dont il est forty,
I fic direla Meffe par le Pes
re d'Aubanton , Jefuite , fon
Confeffeur dans le moment
que minuit fonna. Il avoit
une fi grande impatience de
l'entendre pour monter à
Dd iiij
320 MERCUR E
cheval qu'il voulut plufieurs
fois la faire commencer
avant que minuit fuft fon .
né . Ce Prince s'eft trouvé
4.
par tout
ne craignant ny
le moufquet ny le Canon ,
& volant dans tous les lieux
où le peril eftoit le plus apparant
pour y donner des ordres
qui puffent ou réparer
ce qu'il y eftoit arrivé de mal ,
ou empefcher celuy dont on
fembloit y eftre menacé.
M de Vendofme fut fort
furpris de le trouver dans les
endroits où le peril eftoit le
plus éminent & ce General à
GALANT 321
écrit qu'il avoit trouvé ce
Prince dans un auffi grand
fang froid que s'il eult efté
dans fon Cabinet . Rien ne
marque mieux les dangers
où il s'eft trouvé que la perten
des deux chevaux de
M' de Marcin , qui ont eſté
tuez fous luy pendant qu'il
eftoit à coſté de cet intrepi
de Monarque. Il ne faut pas
eftonner fi ce Prince loüe
la valeur de Mr. de Marcin
dans ce qu'il a écrit au Roy
touchant ce combat . len
eftoit témoin d'affez prés
pour l'avoir bien remarquée ,
4
322 MERCURE
Sa Majefté Catholique don
ne auffi de grandes loüanges .
à tous les Officiers en general
. Il est conſtant que ce
Prince s'eft trop expofé.
C'est pourquoy l'Ambaſſa .
deur d'Elpagne qui parle
toujours avec beaucoup de
juſteffe & d'esprit , dit au Roy ,
en luy faifant compliment.
fur l'avantage remporcé par
les deux Couronnes à la jour..
née de Luzzara , que le Roy
fon Maiftre , avoit donné affez
de credit à fa valeur , & quil
en devoir dorefnavant donner
à fa prudence. On peut dire
GALANT 323
que la valeur qu'il vient de
faire paroiltre , & que l'activité
avec laquelle il s'eft
transporté dans tous les endroits
où il a jugé fa présence
neceffaire ,
foit pour
aflurer
& avancer la Victoire , foir
pour remedier , par les ordres ,
aux chofes qui pouvoient la
faire balancer ; ce Prince
s'eft garanty du grand peril
dont il eftoit menacé , & a
fauvé la Perfonne à laquelle
on en vouloit particulierement
. Les Ennemis avoient
ordre de porter tous leurs
efforts du cofté où feroit ce
324 MERCURE
Monarque ; mais comme il
eftoit par tout , & qu'il y eftoit
en Soldat pluftoft qu'en Roy,
ils le font trouvez embaraffez
, & n'ont içû où fixer
leurs coups L'extrême valeur
de Sa Majefté Catholique
& fon activité à porter lui .
même le remede dans tous
les lieux où il auroit pû n'envoyer
que des ordres , n'ong
pas compu feules les mefures
que Mr le Prince Eugene
croyoit luy devoir faire rem .
porter une pleine Victoire.
Il s'étoit imaginé , & même
avec quelque fondement ,
GALANT
325
>
que les troupes des deux
Couronnes
au lieu de fe
mettre en bataille perdroient
un temps confiderable
&
qui leur devoit eftre cher , à
l'attaque de Luzzara , il
comptoit même qu'il les feroit
harceler par beaucoup
de petits partis , & qu'en les
amulant de tous coftez , il
les empefcheroit
de faire at
tention à la marche qu'il fit
pour cet effet , avec le moins
d'éclat , & le moins de bruit
qu'il luy fut poffible , & fans
que les Drapeaux fuffent déployez
ny que les Tambours
326 MERCURE
& les Trompettes de fon
Armée fe fiffent entendre ;
mais quoique Mr le Prince
Eugene cuft raiſonné fur
d'allez bons fondemens , il y
avoit peu d'apparence que ce
qu'il avoit imaginé pût avoir
un ſuccés aufli favorable qu'il
l'attendoit ayant affaire à un
General auffi clairvoyant &
auffi actif que Mr le Duc de
Vendofme , qui cho fit d'abord
le bon party fans fe laif--
fer ébloüir par l'efpoir de la
prife de Luzzara dont il avoit
fujet de fe flater . Au lieu de
s'attacher au Siege de cette
GALANT 327
Place , il fit mettre l'Armée
en bataille avec toute la di .
ligence imaginable , & rendit
par là inutiles toutes les
melures du Prince Eugene
pour furprendre nos troupes
deplacées & avant qu'elles
fuffent en colomne , & pour
fe rendre maiftre des bords
du Pô avant que le grand
fecours que Mr le Prince de
Vaudemont devoit amener ,
fut arrivée , & empefcher de
faire des Ponts pour le paffa
ge de ce fecours.
Si le Roy d'Espagne , par
tout ce que je viens de mar ;
528 MERCURE
quer que ce Prince a fait , &
fi Monfieur
de Vendofme
par le party qu'il a pris heureufement
, promptement
&
à propos , ont fauvé l'Armée,
& fait perir une partie de
celle du Prince Eugene
en
deconcertant
fes projets
; il
faut demeurer
d'accord
qu'ils
ont efté bien fecondez
par
tous les Officiers
, & par tou .
tes les troupes
en general.
On ne peut donner trop de
loüanges
au zele & à la va .
leur de Mr le Duc de la Feüil.
lade qui n'eftant
encore
qu'à peine convalefcent
, s'eft
1
GALANT
329
fait mettre à cheval , où il
n'avoit pas la force de fe lou.
tenir , y a démeuré pendant
tout le combat , & eft tombé
en foibleffe de mal & de
laffitude lorfque l'action a
fini.
Mr de Pracontal & Mr de
Murcé qui eftoient malades
à Reggio , ont voulu avoir
part à une action qu'ils fçavoient
devoir eftre fanglante.
Ils font arrivez avant que
combat fut commencé , &
s'y font tellement diftinguez,
que toutes les Relations font
remplies de leurs loüanges.
Aoust 1702 E e
tho
330 MERCURE
On ne peut s'expoſer da?
vantage qu'à faic Mr le Duc
de Leldiguieres , ſa bleſſure
ne l'a point empefché de
combatre , fon Ecuyer a efté
bleffé dangereulement
auprés
de luy , & un de ſes Valets
de Chambre y a eſté
tué.
Mr le Comte d'Eſtrade a fait
voir une intrepidité digne de
la valeur attachée à tous ceux
de fon fang , en arrachant un
Etandart aux Ennemis au milieu
d'un feu terrible.
Mr d'Obterre voyant que
les Carabiniers ne pouvoient
GALANT
& a
charger à cheval , leur a fair
mettre pied à terre
combatu à leur tefte . Quand
on fait de foi mefme de ces
fortes d'actions , & que l'on
court au devant des perils
que l'on pouroit éviter , on
ne les apprehende gueres ,
On compte parmy ceux
qui font morts en le diftinguant
, Mr de Bragelone Colonel
de Dragons , Mr de
Vandeüil Colonel , Mr Talbot
Irlandois Colonel refor
mé , Mr du Colombier Aide
Major , & Mr de la Foffe.
Mr le Marquis de Crequy
Ee ij
332 MERCURE
voulut encore agir aprés
avoir reçû deux bleffures , &
toutes les Lettres portent
qu'il a beaucoup contribué à
l'avantage que l'on a rema
porté. Voicy quatre Vers qui
ont efté faits par Mr de Canaple
à la gloire de ce Marquis
.
Crequy meurt en Heros les armes
à la main.
Et choifit pour Tombeau le fein de
la Victoire
>
Né dans le Champ de Mars il s'y
couvre de gloire ,
Seur que par cette mort ,
vivre fansfin
il dois
GALANT ´ 333
C
Mr de Selve , Chevalier ,
Seigneur des deux Broffes ,
& en partie de Girolles en
Gaftinois , épousa le 20. Juilet
dernier Damoiſelle Marie
Loüife Teftard.
Jean de Selve , Seigneur de
Cromieres , de Villiers le Châtel
, & de Dhuyfon , Cheva
lier , Premier Prefident au
Parlement de Paris , épouſa
Cecile de Buxis , de laquelle
il eut entr'autres enfans La.
zare de Selve , Seigneur de
Cromieres , qui époufa par
* Contrat du 15. Aouft 1534.
Catherine Pignard , fille de
334 MERCURE
Guy Pignard , Secretaire du
Roy & Bailly de Langres ,
de laquelle il eut quatre fils ,
Georges de Selve , Seigneur
de Cromieres , Bilaveul de
deffunt Meffire Jean Baptiſte
de . Selve , Seigneur de Cro .
mieres , Procureur General
en la Cour des Monnoyes
.
Lazare de Selve , Seigneur de
Villiers le Chattel ; Charles
de Selve , Seigneur des Saillies
; & Pierre de Selve , Seigneur
de Boifrond , qui fut
marié par Contrat du7 . Avril
1584 avec Dame de Dampne ,
mois de Girolles & des deux
GALANT
335
Broffes , de laquelle il eut Antoine
de Selve , Seigneur de
Boirond , de la Brofle & de
Zeilles , né le 7. Fevrier 1586 .
& marié par Contrat du premier
Juillet 1612. avec Françoile
Defprez , fille de Jean
Delprez , Ecuyer , Seigneur
de Prefontaines , & d'Edme
d'Aultruy , qui fut pere de
Baptifte François de Selv ,
Ecuyer , Seigneur de la Brof
fe , de Girolles , & de Zeilles ,
né le 23 Septembre 1619. &
marié deux fois , la premiere
par Contrat du 20. Aouſt
1646. avec Antoinette Cor
336 MERCURE
delle , fille de Claude Cordel
le , Avocat au Parlement , &
de Charlotte de Boulainvil
liers. La feconde par Contrat
du 20. Février 1651. avec
Elifabeth de Brunes , deces
dée le 11. Novembre 1685.
fille de Claude de Brunes
Ecuyer Sieur de Dimont &
de Charlotte de Vaulfin . Il a
eu du premier lit François
Baptifte de Selve , & Jean
Baptifte de Selve , Officiers
dans le Regiment du Pleffis
Praflin , morts fans avoir efté
mariez ; & du fecond lit font
iffus Pierre de Selve , Chevalier
,
GALANT 337
15.
lier , Seigneur des deux Brof
fes , & en partie de Girolles ,
qui avoit efté marié le
Janvier 1680, avec Dame Ma
delaine de la Roche , morte
fans enfans le 7. Janvier 1702.
fille de Charles de la Roche ,
fieurde la Senandiere , & de
Françoife Pezard , & qui a
eſté marié le 20. Juillet 1708.
avec Marie Louiſe Teftard ,
& Marthe de Selve , femme
de Louis Gafton Lofficial ,
Ecuyer , Seigneur de la Roche.
Le Mot de l'Enigme du
Aoust
1702.
Ff
33 MERCURE
mois paflé eftoit la Grenade;
ceux qui l'ont trouvé font;
Madu Menil Ballan
Theologal de Mortain , Frangois
Auguſte Blanchard
Sieur de Marays , l'Abbé
Gueriner de Vendôme; Das
niel le Chin , Procureur Filcal
à Egligny proche d'Auxerre
, & le meilleur de fes
Amis , le Sieur Trebuchet :
Barder & fon Amy du Pleſ,
fis du Mans ; Jean Maury Im.
primeur de Roüen ; le jeune
de Plancher qui n'a pas dix
ans accomplis , du cul de fac
de l'Hoſtel de Conty ; des
074
GALANT 319
Genets de la rue Neuve Saint
Mederic ; de Preel de la ruë
Saint Julien des Meneftriers ,
& la Maiftreffe de la melme
ruë, Tamirifte & fa Famille ,
l'Amant du bois de Vincenes
& le Parifien Normaniſé
de la rue Saint Julien , & fa
charmante Commere , jeune
Mufe du Cloiftre des Bernar
dins ; l'homme aux trois fem
mes de la rue du Crucifix
Saint Jacques , & l'afſocié de
de la grande Ligue de la ruë
de Savoye. Mademoifelle Ja.
vote jeune Mufe du coin de
la rue de Richelieu. Made
Ef ij
340 MERCURE
moifelle du Mouſtier de l'Ar
fenal , la fille , des Cajeul de
Hocquinghen de l'Hostel &
rue Serpente l'incomparable
Tonton d'Amiens , les
plus belles & les plus aimables
Demoiselles de la ruë
de l'arbre fecq , & leur nou-
⚫veau yoifin.
+
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr Durey de Poligny.
ENIGME.
LA Mere qui m'engendre , eft
transformée en mey,
674
GALANT 346
341€
Je fais changer fon nom , fa forme,
& La figure
" Cependant elle garde enJoy,
Et fa premiere effence , & fa mes
me Nature.
2
Fe ne parois qu'un temps pour les
gouts du Vulgaire »
Les plus riches Seigneurs me retirent
chez eux ;
Mais dans le mefme inftant , où je
les rends heureux ,
Monfort fragile comme verre
Se dilippe à leursyeux.
2
Lecteur ; qui te mets en cervelle
- Pour apprendre àc que je fuis ,
Sans te dire ce queje puiss
Crains de trouver mon nom dans le
coeur de ta Belle.
I
Ffiij
342 MERCURE
Je vous envoye des paro
les dont l'Air a efté fait par
Mr le Camus.
S Ansypenfer à Tircisjay fçen
plaire.
Sans y penfer Tircis m'a (çeu chars
I mer.
Amour prends foin de cette affai-
-
fe
Il pouroit
bienſe dégager fans
y penfer
somug0508
700) al'up
ass
Si l'on en croit les
nouvel
Camp
de Landau
, les Ennemis
ont enfin
pris le Che.
min
couvert
, mais
quoy que
če ne foit pas une
chofe
imdu
ce
GALANT
343
poffible , aprés quatre mois
de Siege , & les grandes pertes
qu'ils ont faites , on doit
convenir qu'ils s'attachent
avec un foin extréme à dé.
un verité ,
guifer la verité , puifqu'ils ont
fait de grandes réjouiſſances
dans leur Camp , fur la Vicpoite
remportée en Italie par
Ar de Viſconty fur l'Armée
des deux Couronnes On cait
affez qu'ils font accoûtumez
à perdre de la poudre. J'aurois
beaucoup de chofes à
vous dire fur des aff. ctations
fi groffieres
; mais comme la
verité éclate trop aux yeux
Ff j
la
344 MERCURE
de tout le monde pour eftre
ignorée , il n'eft pas befoin
de raiſonnemens pour détruire
des chofes fi manifeftement
fauffes. Ce qui fuit res
garde le Combat de Luzzara ,
& fait voir que l'on n'oublie
rien pour déguiſer la verité
aux Alliez, & à leurs Sujets.
GALANT 345
Du
LETTRE
dance
Eugene
au
Comte
de Goes , Envoyé Extraor
dinaire de Sa Majesté Impe
riale à la Haye , écrite du
Camp de Luzzara le 16 ,
Aouft 1702. & imprimée à la
Haye.
Omme le dernier Journal que je
vous ay envoyé portoit entre - au-
Comn
13.
tres , que le de ce mois l'Ennemi
avoitfait diftribuer dans fon Armée
des munitions , & qu'il avoit même
publié , que le lendemain il mars
cheroit infailliblement & que
j'avois jugé que par une telle
>
346 MERCURE
marche on pourrait bien en venir à
une action , cela s'eft enfuivi en effet.
Car ayant le quinzième à dix
beures du matin appris par mes Ef
pions qu'il s'avançoit de ce cofté cia
& qu'il eftoit déja proche de Luzara,
je fis auffi- toft mettre l'Armée fous
les armes , &je m'avançay jufque's
ici , où je la rangeay en bataille ,
enfuite de quoy je difpofay toutes
chofes pourfaire une vigoureuſe res
fiftance ; mais comme nous avions eu
peudetemps pourfaire cette marche
pendant que je mettois l'Armée en
bataille , l'Ennemi approcha toujours
de plus en plus ,fi bien que l'on
en vint à un combat general qui ne
fe termina qu'à la confufion de l'En,
nemi , à l'avantage de Sa Majelé
Imperiale, & à la gloire de fes ar
mes . La brieveté du temps m'erGALANT
347
pêche de vousfaire une longue déduc
tion de ce qui s'eft paffe , mais commej'envoye
le Comte de Vellen Að
judant General au Roy des Romains
devant Landau , je l'ay charge de
vous la faire fçavoir par un Exprés
ou d'Infpruck , ou d'Ausbourg,
& vous prie d'envoyer ma
lettre au Comte de Wratislau , &
tous ceux qui font aux environs 3.
vous affurant que par le premier or-.
dinaire je vous envoyeray une ample
relation de cette Victoire , qui eft
fi glorieuse & fi avantageuse aux
armes de Sa Majesté Imperiale ;
fy infereray aufli ponctuellementles
morts & les bleẞez que nous avons
eu de noftre cofté , entre les premiers
defquels , outre plufieurs autres Offi
ciers , fe trouve Mr le Prince de
Commercy, dont la perte eft d'aus
348 MERCURE
tantplus àregretter que fa bravou
re & fa valeur eftoient connues a
toute la terre; & qu'en fa perfonne
Sa Majesté Imperiale perd un General
, qui avoit dans toutes les occafions
donné des marques de fa
fermeté& defon courage aux dépens
de l'Ennemi. Cependant je vous
dirai enfubftance , que cette grande
& glorieufe action commença ervron
fur les cinq heures du foir par le
canons que vers les fix heures , c'est
à dire environ une heure après , l'on
fe mela , & qu'enfuite du cofté de
noftre aile droite au milieu d'un
feu qui ne fe peut exprimer , on attaqua
l' Ennemi avec une tellefarie,
& une telle intrepidité , que fans
flatterje fuis obligé d'avouer , & de
dire en toute verité , que de ma vie
je n'ay vu de Troupes , j'entens
GALANT 349
Officiers & fimples Soldats , tant
àpied qu'à cheval , combattre avec
unefigrande refolution , & une bravoure
fi extraordinaire , qu'ont fait
celles de Sa Majesté Imperiale , qui
font ici fous mon commandement.
Tout le monde fçait les forces de
l'Ennemi & combien nous leurfommes
inferieurs : nonobstant cela nous
n'avons pas laiffé de l'attaquer
dans fon pofte malgré l'avantage
du lieu, & nous avons non- feulement
gagné le Champ de Bataille
avec tous fes morts & fes bleffez ,
que l'on porte actuellement dans
noftre Camp , & qui font en noftre
pouvoir , & n'avons pas feulement
repouffel Ennemi à mille pas du lieu
du Combat , premierement à noftre
aile droite , & enfuite de tous coffez
par quatre fois : mais ce qu'ily a
to MERCURE
vantage
deplus glorieux dans cette action ,
c'est que l'Ennemi avoit tout l'a
du terrain , ayant devant
buy un pays tout coupé : & que ce
pendantfes Troupes au moyen def
quelles il avoit jufques icyfait les
efforts,& fur lesquelles il s'appuyoit,
●nt efté chargées & batuës,
Mais fur touton doit admirer la
bravoure de noftre aile gauche , où
la Cavalerie de même que l'Infan
terie a efté obligée de combatre avec
Infanterie Ennemie
comme
elle ne pouvoit fe fervir de l'épée,
elle s'eftfervie de fes armes à fem
avec un fi heureux fuccés qu'elle a
challe l'Ennemi de fes retranchemens
maisfur tout la Gendarme .
rie qui en a efté entierement renver
fee. Je continue encore tout le jour à
le canonner , attendu que nous ne
GALANT
351
fommes qu'à la portée de moufquet
L'unde l'autre ; & l'on auroit encore
pu venir à unfecond Combat , fi la
nuit, à la faveur de laquelle l'Ennemi
s'eft encore éloigné , & a abandonné
plufieurs de fes Poftes , en
laiſſant tout ce qui y eftoit , comme
je l'ay déja dit , n'euft fini le Com
bat; & que l'Ennemi ne fe fuftfervi
de cette occafion pour fe retran
cher, en forte qu'il eſt impoſſible de
l'attaqueraguas
hat dyrk
Fay refolu de faire chanter fo
lemnellement le Te Deum , pous
remercier Dieu d'une Victoire fifi
gnalée, & qui rend confus un En
nemi fier & fanfaron ; c'eſt à quoy
je fuis prefentement occupé. Je finis
& demeure , &c.
352 MERCURE
Il faut que ceux qui ajou
teront foy à cette lettre
n'ayent aucun commerce
dans le monde , qu'ils ignorent
abfolument ce qui s'y
paffe , & qu'ils n'ayent pas
la moindre teinture des af
faires. Il ne faut que faire
reflexion , fur le lieu dont
cette lettre eft dattée , pour
eftre perfuadé que fi le reste
y répond on n'y lira rien
de veritable. Nous eftions
maiftres de Luzzara le jour
que le Prince Eugene a
daté fa lettre de ce lieu là ,
& le Camp des deux CouGALANT
958:
ronnes s'étendoit par delà ,
cette Place , c'eft un fait fi,
connu qu'au lieu de répondre
à ceux qui croyentele con
traire , on doit les regarder en
pitié , puifqu'il faut eftre imbecile
pour ſe laiſſer tromper
fi groffieremente à 15
Le Prince Eugene dit au
commencement de fa Lettre,
Pendant que je mettois l'Armée,
en bataille l'Ennemi s'approcha
toujours de plus en plus , fi bien
que l'on en vint à un combat general.
Comme fes projets ,
quoy que bien concertez
Aouſt 1674.
Gg.ba
314 MERCURE
n'ont pas reuffi , & qu'il a
eſté battu , il nous fait un
honneur qui ne nous eſtoir
pas dû , puifque l'on n'avoit
pas encore achevé de mettre
noftre Armée en bataille lors
qu'il eft venu l'attaquer. II
eft fi vray , que quelques li
gnes enfuite ce Prince ou
bliant ce qu'il venoit d'avancer
, dit , Tout le monde ſçais
combien nous leur fommes infévicars
, nonobftant cela nous n'a.
vons pas laißé de l'attaquer dans
fon Pofte , malgré l'avantage du
Lieu. Il n'y a qu'à lire ces deux
endroits que je vous envoye
GALANT 356
em propre termes , pour vou
la contradiction , elle est ma
nifefte , & il n'y a ny équivo
que , ny obſcurité. Dans l'un
nous fommes les premiers en
bataille , & nous approchons
de plus en plus pendant que
le Prince Eugene y met fon
Armée ; & dans l'autre , quoi
qu'il foir inferieur , c'eſt luy
qui marche & qui vient atta
quer l'Armée des deux Couronnes
dans leur Poſte mal
gré l'avantage du lieu . Il faut
avouer que l'on eft bien emy
barafle lors qu'on veur des
guifer la verité , & que l'on
Gg ij
56 MERCURE
'dit fouvent , ce que l'on në
veut pas , & que l'on ne croit
pas dire.
Il eft à remarquer que le
Prince Eugene dit dans le
même endroit , Tout le monde
fçait les forces de l'Ennemi , &
combien nous leur fommes inferieurs.
Il y a une diſtinction
à faire. A regarder les forces
des Ennemis en general , il
n'y a point de doute que celle
des deux Couronnes eft fu .
perieure en nombre , mais il
eft conftant que dans le com
bat dont il s'agit , nous n'avons
pas combatu à forces
GALANT 357 ľ
.
égales , puifque la gauche
feule de noftre Armée a com.
batu contre toute l'Armée
Allemande , & que cette
gauche n'avoit qu'une ligne :
Heft vray que Mr de Teflé
llet
a dit dans la Relation , qu'il
s'eftoit fait des actions de
vigueur à la droite , où il
n'eftoit pas , mais la choſe
s'eft éclaircie depuis . Il ne fe
paffa prefque rien à la droite ;
mais il eft vray que quelques
Corps pafferent de la droite
à la gauche , où ils le diftin,
guerent.
Mr le Prince Eugene die
$58 MERCURE
en propres termes dans un
autre endroit de la Lertre
L'on fe mêle , & quelques lignes
plus bas il dit , en fe
contrariant
, Mais on doit →
fur tout , admirer la bravoure de
noftre aîle gauche , où la Cava.
lerie , de même que l'Infanterie
a efté obligée de combatre avec
l'Infanterie Ennemie , & comme
elle ne pouvoitfefervir de l'épée,
elle s'eft fervie des armes à feu ,
☛c. Si on n'a pû fe fervir de
l'épée , on ne s'eft donc point
mêlé ; & par confequent
la
contradiction
eft manifefte.
Le Prince Eugene parle auffi
་་
GALANT $59 .
contre luy , & à l'avantage
de l'Armée des deux Cou
ronnes , lors qu'il dit , où la
Cavalerie , de même que [In .
fanterie , a efté obligée de combattre
avec l'Infanterie Enne
mies Il doit fçavoir fi la Cavalerie
a combatu , ou non ,
& il faut qu'elle foit entrée
en action parce qu'il le dir ;
ainfi il avoir un grand avan
tage fur l'Armée des deux
Couronnes dont il devoit
mieux profitér , en confer
vant le Champ de bataille
dans lequel il a laiffé cou
cher l'Armée des deux Cou

360 MERCURE
S
ronnes. Ce Prince dit que
nous avions l'avantage du
terrain , parce que nous avions
devant nous un Pays tout
*
coupe cet avantage eftoit
bien pluftoft pour eux que
pour nous , puifque cè ter
rain coupe empêchoit nons
feulement noftre Cavalerie
d'agir ainfi que la fienne
mais qu'il étoit auffi caufe que
nous n'avionspoint de fecon :
de ligne , & que nous ne pou
vions nous fervir ny de l'épée ,
ny de la bayonette dans le fu
fil , ce qui vraisemblablement
auroit augmenté l'avantage
que
GALANT $361
que nous avons remporté.
Le Prince Eugene qui de
voit mieux fçavoir qu'un au
tre le nombre de fes morts
& de fes bleflez , à cauſe du
compte qu'on en rend à tous
less Generaux , n'a pas jugé à
propose de s'expliquer làdeffus
, dans fa Lettre , craigrant
d'eftre dementy par la
voixs publique. Les Hollandois
ont efté plus hardis , &
perfuadez qu'il eft à propos
de tromper leurs peuples qui
fouffrent impatiament la
guerre où ils fe trouvent en
gagez , ont fait mettre dans .
Aoust 1702. Hh
382 MERCURE
leurs Nouvelles pub'iques ,
que nous avions eu fix mille
hommes de tuez , que les
Imperiaux n'avoient pas pas cu
deux mille hommes tuez ou
bleflez , qu'ils avoient gagné
le Champ de bataille , qu'ils
avoient fait
arre mille pris
fonniers, & pris tous les Equipages
& tout le canon . Il ne
s'eft peut eftre jamais rien dit
de fi vifiblement contraire à
la verité. Je ne réponds rien
à l'égard du Champp de ba
taille s'ils l'avoient gagné
Luzzara leur feroit demeure;
c'eſt un fait conftant & re
&
GALANT 363
connu , Il n'eft pas moins de
notorieté publique , que l'on
n'a fait de prifonniers de part
ny d'autre , hors les cinq cens
cinquante de Luzzara , qui
marquent l'avantage plein &
entier que nous avons remporté.
Il n'y a que le Party
vainqueur qui s'étende aprés
une action , & qui fiffe des
conqueftes. C'est la preuve.
de la Victoire. Si les Imperiaux
avoient feulement fait
cinquante prifoniers , & que
L'on le fût mélé & approché
pour en faire , on ne s'efton .
neroit pas qu'on en groffit le
Hh ij
384 MERCURE
mon nombre , & qu'on le fift mo
ter à vingt fais autant ; mais
lors auf
qu'il ne s'en est fait de
part ny d'autre , & que c'eſt
une chofe averée , on détruit
de foi- même tout ce que l'on
veût faire croire , & l'on s'attire
le mépris du Public qui
fe trouve offenfé de ce qu'on
lev
le croit capable de donner
dans des pieges fi groffiers
.
Le Canon & le Bagage pris ,
font des fuppofitions
de la
même nature
le tout s'eft
duit à deux pieces qui nous
font demeurées
. Quant au
Bagage il auroit falu pour le
GALANT 365
prendre , que l'on ſe full
mêlé , qu'un Party euft paflé
fur le ventre de l'autre , ou ule
du moins que celuy dont on
auroit pris le Bagage , cut
reculé bien loin du Champ
de bataille , & rien de rour
cela n'eft arrivé , la nuit à feparé
les combatans , & au
lieu que les Imperiaux font
retournez , aprés le combat ,
dans leur Camp proche du
Zero , il auroit falu que pour
fe faifir dy Bagage de l'Armée
des deux Couronnes , ils
euffent penetré dans leur
Carop,& qu'il ne leur euffent
Hhi
366 MERCURE
pas tourné le dos aprés le
combat , comme ils ont fait
en fe tretirant . Ainfi toutes
ces Relations ne peuvent furprendre
que le menu peuple
de Hollande à qui l'on ca.
che la verité , pour luy faire
fupporter pariament la depenfe
à laquelle il eſt obligé
de contribuer pour les frais
de la guerre prefente.. uns.
De quelque éclat que les
Rois foient reveftus , ils font
comme le refte des hommes ,
plus ou moins eftimez
lon qu'ils fe
diftinguent par
fe
GALANT 167
leurs qualicez perfonnelles, &
lesPublic équitable dans les
furnoms qu'il leur donnej
fçait fouvent , avec un feul
nots, faire connoiftre à la
Pofterité leurs vertus ; ou
leurs de ffauts . Elle admirela
cette , Pofterité , la fermeté
heroïque avec laquelle le
Roy de Portugal continuë à
tenir la parole aux deux
Couronnes. Il n'y a point de
moyens qu'on n'ait mis en
ufage pour l'obliger d'en
manquer. On l'a faté , on
l'a menacé , on luy a fait des
offres avantageufes ; mais ce
368 MERCURE
*8
Prince n'a efté ébranlé ny
par la crainte ny par l'intereſt.
On ne s'eſt point laffé
de le fatiguer, & Mr le Prince
Darmitat ayant efté à Lif
bonne pour faire un dernier
effort , & ayant obtenu l'Audiance
qu'il avoit demandée ,
le Roy de Portugal luy dir
d'abord , qu'il fçavoir qu'il
avoit fait un Traité avec les
deux Couronnes , & qu'il
eftoit refolu de le maintenir,
que fi cela l'accommodoit
pouvoit refter à la Cour ,
finon qu'il pouvoit le reti
rer. L'Audiance ne dura pas
a
GALANT 369
plus
de
tem de
temps
qu'il
en
faloc pour
faire
cette
réponſe
. On
a fçû
depuis
que
le
Roy
de
Portugal
l'avoit
envoyé
prier
de fe retirer . Faites vos rai
fonnemens.
*********************
SUITE DU JOURNAL
25 DE L'ARM'EE 210VB
DEMONSEIGNEUROD
LE DUC DE BOURGOGNE
E
LLE décampa le 9 à
deux heures du matin ,
& Monfeigneur le Duc de
179 MERCURE
&
Bourgogne alla coucher à un
petit Hameau appellé Ballen .
La Maifon de ce Prince
, &
tous les équipages demeure
rent fur la Bruyere de Mool.
Mr. le Prince de Tlerclas la
commandoit. Il arriva à
oit arriva àl'Armée
trois Bataillons Suifles ,
qui venoient de Liege.
Le 10. les Equipages paffe.
rent à Mool , & enſuite par
Berkay .
L'Armée campa à
Rithoven , la gauche prés
d'Hindhoven , la droite à Erfell.
Le foir du même
même jour M
a
le · Marquis du Roſel qui
GALANT 271
9901
avoit efté détaché avec trois
cens Carabiniers & cinq cens
Grenadiers , fe faifit de la
petite Ville d'Eindhoven à
cinq lieues de Boleduc , &
à une pareille dittance du
Camp des Ennemis , dont il
ne parut aucune Troupe pen
dant cette marche de deu
jours. Ils eftoient encore (
furpris de la marche de Mon
feigneur le Duc de Bourgo
gne , qu'ils ne pouvoient re
venir de leur étonnement . I
y a peu d'exemples d'une
marche m
auffi belle , & aufli
hardielce ayant
prête
372 MERCURE
le flanc à une Armée plus
nombreuſe que la fienne afin
de leur faire näiftre le déſir de
donner bataille , mais ils ont
mieux aimé le laiffer paffer
pour aller camper audeffus
d'eux & qu'il leur coupaft
leurs vivres , & leur Pays que
detifquer une bataille . Ainfi
ils le virent tranquillement
entre Bolduc & leur Camp
dans un Pays qu'ils n'avoient
point mangé , & par lequel
ils faifoient venir leurs vi
vres . Ce Prince ne far
pas plufioft dans le milieu
de la Marie de Bolduc qu'il
trouva
GALANT 373
trouva des vivres , & des fourages
avec d'autant plus d'abondance
, que les Habitans
ayant efté furpris par une
marche fi diligente , & à la .
quelle ils ne s'attendoient pas
n'avoient pû (auver aucune
chole. On ne put retenir les
Maraudeurs qui fe trouvant
dans un fi bon Pays fe répan.
dirent par tout. On amena
au Camp dés le fecond jour
plus de quarante mille boeufs,
ou vaches , un grand nombre
de Chevaux , des mou
tons & de toute forte de bu
tin , & les Bourguemeftres
Aouſt 1702.
I i
374 MERCURE
·
vinrent de tous coltez pour
convenir & payer les contri
butions . On demeura dans
ce Camp d'où l'on examina
les mouvemens des Ennė .
mis pour regler ceux que l'on
jugeroit , à propos de fai .
re. Chacun refta dans fon
Camp. Les Ennemis firent
beaucoup de mouvemens
juſqu'au treize qui n'abouti
rent à rien . Ce jour là Monfeigneur
le Duc de Bourgo .
gne envoya à Eindoven Mr
le Duc de Bervik avec deux
Brigades d'Infanterie une
Brigade de Cavalerie , & dix
GALANT 379
pieces de Canon . Le mefme
jour treize les Ennemis vinrent
camper à Hamont , ils
étendirent leur droite le long
du petit Aa qu'ils avoient.
derriere eux jufqu'à Hoefen à
deux lieues d'Eindhoven.
Le14 Monfeigneur le Duc
de Bourgogne monta à che
val à une heure aprés midy
pour aller à Eindhoven
vifiter un poste que nous y avions
du cofté de noftre gauche
.Ce Prince paffa un peu au
delà fur la bruyere qui eft du
coté du Becir Aa , il remar
de l'autre côté à deux por
qua
Li
376 MERCURE
tées de Carabine une Colonne
de Cavalerie & quelques
Chariots qui paroiffoient au
de là. Il demanda à Mr le
Maréchal ce que c'eftoit
qu'on voyoit , l'on fit un détachement
pour en avoir des
nouvelles , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , repaſſa
à Eindhoven , & donna ordre
qu'on refift des Ponts fur
le Dommel , il fit dire à tous
les Officiers Generaux de la
gauche de ne fe point efcar .
ter. Le bruit fe répandit le
15. qu'il y avoit de l'autre côté
du petit Aa à Tougeren fr
GALANT 377
mille chevaux commandez
par M de Tilly. Mile May
réchal de Bouffers vint à qua
tre heures en donner avis à
Monseigneur le Duc de Bour
gogne qui le botra auſſi coſt
i entendit la Meffe , fit les
devotions & monta à cheval .
Il n'eftoit pas fix heures. L'on
fic marcher toute la Cavas
lerie de l'aile gauche , & la
Cavalerie de la feconde ligne
de la droite paffà pour rem.
placer les intervalles. L'on fit
des détachemens de Grena
diers & d'Infanterie de la
gauche qui marcherent auffi
Li. iij.
378 MERCURE
au de là. Quand tout fut
ainfi pofté , Milord Berwik
manda à M' le Maréchal que
tout eftoit en bataille , & en
eftat de combatre ; mais
Monfeigneur le Duc de Bour .
gogne , qui efloit près de
Gueldorp , reçut des nouvel
les par M le Maréchal de
Bouflers qui firent connoiftre
Fimpoffibilité qu'il y avoit
d'attaquer lesEnnemis , on fit
retirer les Troupes , & on don
na l'ordre à M' de la Motte un
des Ailes de Camp de Mon.
feigneur le Duc de Bourgo.
gne , d'aller du cofté de Berg
GALANT 379:
kay , & même au delà , pour
empêcher M de Tallard de
donner ; car il devoit du cofté
de la droite attaquer l'Ar
mée des Ennemis .
Le 16 M' le Comte de Coignies
qui avoit eſté détaché
du Camp de Rithoven avec
deux mille chevaux ou Dragons
, revint au Camp. Il
avoit esté camper entre Bol .
duc & Breda , d'où il avoit
envoyé des detachemens
jufqu'à Gertrudenberg pour
établir les contributions auf,
quelles tous les Pays d'endeçà
de la Meufe s'eftoient
380 MERCURE
foumis , un feul Bourg ayant
payé vingt ſept mille écus
& outre cela lept mois d'avance
de contribution. On
avoit étably en mefme temps
des contributions prefque
dans tout le Brabant Hollandois
, qui eftoit regardé com .
me la principale reffource des
Ennemis pour leurs quartiers
d'hiver. Pendant qu'on eftoit
ainfi dans le Camp de Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , le pain coûtoit douze
fols la livre dans l'Armée
Ennemie , ce qui caufoit une
grande defertion
GALANT 381
Lei7 .Monfeigneur le Duc
de Bourgogne monta à dix
heures à cheval & alla à la
droite voir faire la revûë à
Monfieur le Duc du Maine
d'un Regiment Suiffe.
Le 18 Monfeigneur le Duc
de Bourgogne donna la grace
de deux Maraudeurs qu'on
alloit pendre
.
Le 19 ce Prince envoya
cent Louis d'or à Mr de Curly
à Nimegue , pour payer les
Chirurgiens qui l'avoient
penlé & gueri de fes bleffu .
res. Il luy envoya auffi un
Cheval de ton Ecurie , à cauſe
382 MERCURE
que le fien avoit efté tué dans
l'action dont je vous ay envoyé
le détail .
Le 20 , au foir l'ordre fut
donné que l'on cinft les équi
pages prefts , & que le lendemain
avant cinq heures
tous les Majors fuffent à che
val pour recevoir l'ordre. II
vint ce jour là une bande de
vingt -cinq Deferteurs , &
en eftoit venu jufqu'à foixante
à la fois.
Un Parti revint l'apref
dinée du 21 avec vingtcinq
chevaux & treize Maî
tres . Le même jour on fit
GALANT 383
tirer dix - neuf Maraudeurs
au billet , ceux qui eurent
les deux billets noirs
eftoient fur le point d'eftre
pendus , lorsque le Capitaine
à qui eftoit l'un de ces Cavaliers
vint de mander ſa gra ,
ce , c'eftoit un jeune homme
du Régiment de Toulouse ,
qui paroiffoit plus touché
que le Cavalier meime.
Monfeigneur le Duc de Bour
gogne luy dit qu'il luy demandoit
une chole d'autant
plus difficile qu'il venoit de
faire la grace à deux , qu'ils
avoient tiré dix neuf & qu'il
384 MERCURE
;
falloit de l'exemple , que ce
pendant il la luy accordoit ;
mais que puifque cela eftoit
il falloit donc auffi faire gra
ce à l'autre. Un moment
aprés Mr de Grignan vint
demander auffi la grace de
l'autre mais ce Prince le
laiffa quelque temps en fuf
pends , en luy difant qu'il
eftoit venu trop tard , & qu'il
ne pouvoit plus luy accorder
ce qu'il luy demandoit . Mon.
feigneur le Duc de Bourgo
gne avoit fur le champ envoyé
Mr de la Motte , l'un
de fes Aides de Camp , avec
le
GALANT 385
le Capitaine de Toulouſe ,
leur grace
.
leur
porter
Sur la nouvelle qu'eut Mr
le Marefchal de Bouflers le
22. à huit heures du matin ,
que les Ennemis décam .
poient d'Achel , il fit marcher
l'Armée qui vint de
Rytoven coucher en bataille
fur la Bruyere qui eft entre
Loëmen & Peer. Les Ennemis
arriverent le mefme foir
dans leur ancien Camp de
Peer Le 21. au matin on traverla
tout le reste de la mef
me Bruyere dans la marche
Aouft 1702.
Kk
386 MERCURE
on apprit que Mylord Marl .
boroug marchoit fur Hckteren
& Beringhen , & qu'il
paroiffoit qu'il vouloit aller
di côté d'Haffelt . Noftre
Armée arriva à un quart de
licuë d'Echtel à dix heures du
matin . Mr de Bouflers prit
le party de faire mettre l'Armée
en bataille , & de marcher
aux Ennemis . On fe mit
en marche environ fur midy,
& on arriva fur la Bruyere
de Peer à une heure & demie.
On rangea toute l'Armée
, & tout fut diſpoſé pour
une bataille . Les Ennemis
1
GALANT 387
qui estoient reftez au haut
de la Bruyere firent paroiftre
quelques troupes dés qu'ils
nous virent débouchez du
Village d'Echtel , les hauteurs
contre lefquelles ils eftoient
appuyez ,
voir leurs tentes qui avoient
déja elé tenduës . La maneuvre
que l'on fit ne leur
laiffa plus lieu de douter
qu'on ne voulut les attaquer,
ils le rangerent en bataille
auprés des petites éminences
qui couvroient leur Camp.
ITs fe contenterent de fairedéfiler
de l'Infanterie fur leur
empefcherent de
Kk ij.
388 MERCURE
droite le long des hayes ,
comme s'ils avoient fait une
contre marche vers Peer. Mr
le Marefchal de Bouffers qui
avoit reconnu toute la Bruye
re fit avancer les troupes , it
appuya
få droite à trois ou
quatre buttes fur le bord de
de la Bruyere prés d'Echtel ,
il pofta la gauche au bord de
la mefme Bruyere du coſté
de Peer.
Mr de Tallard étoit à la
droite prés des buttes , où
eftoit appuyé la droite. Il y a
deux Cences où commence
le Ruiffeau de Beringhen ,
GALANT 339
4
lequel forme , dans cet en
droit , un Marais impraticable
pour la Cavalerie , jufqu'au
Village qui n'eft qu'à
la portée du Canon . On jugea
à propos d'occuper ce
Village , on detacha deux
Regimens de Dragons , M
d'Hautefort y trouva les En
nemis qui estoient allez fou
rager & qui firent feu . On
fongea à placer les batteries,
on pofta fix pieces de canon
de l'Armée de Mr de Tallard:
aufdites deux Cenfes, & vingt
à la gauche , parce que celuy
de noftre Armée n'eftoit pas
Kk iij
390 MERCURE
1
encore arrivé . Les Ennemis
drefferent auffi une batterie
l'affaire commença de ce
cofté- là par la décharge qu'il
nous firent , la noftre ne tarda
point à tirer , mais le feu
des Ennemiseftoit fuperieur,
& leur canon parfaitement
bien fervi Les batteries de
la gauche ne furent pas fi
toft en eftat , mais quand
elles eurent commencé elles
furent tres bien fervies , &
beaucoup mieux que celles
des Ennemis . L'affaire commença
à trois heures trois
quarts , & dura jufqu'à la nuit.
GALANT zgł
Il n'y eut que du Canon tiré,
& pas un coup de moufquet.
Les Ennemis ne bougerent
point de l'endroit où ils
avoient efté d'abord en bar
raille. S'ils avoient fair un peu
de chemin l'affaire eftoit en:
gagée , il ne voulurent point
perdre l'avantage de ce lieu .
On les a fait reconnoif
cette nuit ou plustoft
pointe du jour , on a t
qu'il n'eftoit pas pof
les attaquer , il fallo
un chemin fort
affez eftroit , un
& enfuite un efp
392 MERCURE
qui rend le terrain fort ma
récageux. On a fait infenfiblement
retirer les troupes
& on a efté toute la journée
fur la Bruyère. Les Ennemis
one tiré quelques coups de:
canon & quelques bombes .
avec peu d'effet : Cependant
Mr le Marefchal a couru
rand danger , il s'eft feparé
ja troope de Monfeigneur
uc de Bourgogne , & a
connoiftre le Marais,
oite , les Ennemis ont
lecharge 3 ou 4 bou .
t
on & deux bombes
re de terre ,
il eft
GALANT 303
revenu fans avoir efté bleſſe.
Voici un autre détail de
ce qui s'eft paffé pendant les
quatre jours dont je viens
de vous parler , fçavoir le 22 .
23. 24 & 25 que vous trou
verez fort curieux , & bien
glorieux pour Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Vous
y remarquerez avec combien
d'attention il a chr
ché toutes les occafions de
donner bataille , les fatigues
qu'il a effuyées , l'amour des
Troupes pour ce Prince , &
leur zele pour la gloire du
Roy.
394 MERCURE
L
E 22. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval à
neuf heures du matin , & mena
fon Armée camper fur les Bruyeres
de Péer Il n'y ariva que tard &
coucha fur cette Bruyere enveloppé
de fon manteau
. Comme il furvint
un orage l'on mit audeffas de
ee Prince , une petite Canoniere
qu'un Officier de fes Gardes du
Corps avoit fait porter pour luy.
Le 23. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne monta à cheval à la
pointe du jour , & mena fon Armée
du cofté de la fource du Domel ayant
Péer du cofté de fa gauche , & la
rangea en bataille , les Ennemis.
marchant le long du Dommel , eftant
a veuë , & côtoyant les hauteurs ::
Lls fe mirent au en bataille, & on
GALANT 393
rut qu'ily auroit une affairegenera
le, mais ilfe trouva que les Ennemis
avoient un Marais fur leur gauche ,
qui regnoit jufque vers le centre de
leur droite du coflé de Péer. Noftre
gauche eftoit à l'oppofite de leur
droite & noftre droite vis - à - vis
leur gauche ayant de groffes Cences
qui l'appuyoient , & derniere
le
Village d' Echtel. L'on fit beaucoup
de batteries de canon dans ces Cences
bordées de bayes , & à la gauche
& l'on commença à tirer à trois heures
trois quarts. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne mangea pendant
ce temps un morceau , & heureufement
il ne fut pas long- temps
à table ; car au mefme endroit où
il eftoit , un boulet de canon des
batteries de la gauche des Ennemis
emporta la tefte d'un Valet de
396 MERCURE
Chambre de Mr le Chevalier de
Croili qui eftoit venu là , pourmangér
un morceau. Monseigneur le
Duc de Bourgogne paffant du même
cofte de noftre droite , un Garde eut
à trois pas de luy fon cheval tué d'un
boulet de canon. Ce Prince courut
de grands rifques pendant cette
journée. Les Ennemis furent bien
bien heureux que nous ne pusmes
les joindre. ; car la joye que les
Soldats montrerent ce jour là ,
voyant Monfeigneur le Duc de
Bourgogne à leu tefte , & allant de
rang en rang pour les encourager , eft
une chofe que l'on ne peut exprimer.
On ceffu la nuit de tirer , fur tout
voyant les Ennemis fe retirer à mycoftéfur
les montagnes qui cftoient
derriere eux. On ne defefperoit pas
encore le 24. d'attaquer les Enneen
mis.
GALANT
197
"
ཧ་
sinis. Monfeigneur le Duc de Bour
gogne fe confeffa le matin aprés
la Meffe ; mais par tous les ràports
qui furent faits , on apprit
que les Ennemis avoient à leurgauche
un Marais impraticable , & a
leur droite une flaque d'eau , de forte
que pour nefe point engager dan
une affaire trop difficile , on refolut
de prendre la route pour pouvoir
recevoir un convoy qu'on attendoit .
1 al Armée. Onfit doncpartir vers les
quatre heures du foir l'Artillerie &
la feconde ligne de noftre gauche ,
& tout défila enfuite vers les fept
heures .
Monfeigneur le Duc de
-Bourgogne fit l'arriere-garde. Il
n'arriva fur la Bruyere de Mool
qu'à minuit. Il ne voulutpoint manger
& coucher autrement que fes
Compagnons. Ilfit fon repas d'un
Aouſt 1702 .
#
LI
348 MERCURE
30
,
peu de pain & devin . Il coucha enveloppé
de fon manteau fur la bruyere
qui luy fervit de lit. Il decampa
a la pointe du jour ou plutoft il fis
marcher le 25 fes Troupes , & etablitfon
Quartier general a Baffen.
La canonnade coûte fept à huit cens
å ?
hommes aux Ennemis Le nombre
de nos bleſſez se monte à quatrea
vingt , & celuy des morts a foixante
& dix.
51
109 %
L'Armée fejourna le 26 à
Balen. Le 27 Monfeigneur le
Duc de Bourgogne ayant apris
que les Ennemis marchoient , les
côtoya , & vint camper à Melbeghe
où il fejourna le 28. Mr
de Cerclas eut ordre à midy de
faire marcher fon Armée du
cofté de Dixte pour couvrir les
Convois .
Hon
GALANT 999
YON
DE
VILLE',
On croyoit décamper le 23.
mais l'ordre fur changé. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
devoit monter à cheval a fept
heures du matin pour aller vifiter
la gauche. Mais il reçût
des nouvelles qui luy firent
changer de deffen.
que
J'ay oublié de marquer que
le 23 les Gardes avancées prirent
un Milord , & que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
luy fit l'honneur de le faire
manger avec luy , & le 25.
un Cavalier amena à ce Prince
un tres- beau cheval richement
harnaché à la Turque , dont il
avoit tué le Maitre eftant en
détachement
Vous eftes perfuadée que je
Li
400 MERCURE
ne fermeray pas ma Lettrefans
vous faire part de ce qui s'eſt
paffé en Italie depuis le grand
avantage que nous y avons rem
portés Tout ce qui s'y eft fáit
& tout ce qui s'y fait actuelle
ment prouve que les Ennemis y
ont efté barus puifqu'ils ne font
occupez qu'à fe défendre , au
lieu que s'ils avoient tué fept
mille hommes , fait quatre mille
prifonniers , & pris tout noſtre
canon , ils nous feroient recu
ler prefentement , au lieu que
nous avançons tous les jours!
für eux La chofe leur feroit
bien facile, puifque nous n'aurions
plus de canon , & que
nous n'avons pas derriere nous
des Poftes auffi avantageux
que
ceux qu'ils occupent ; mais il
GALANT 40º
eff auffi faux qu'ils ayent ren
verle toute noftre Gendarme
rie ainsi que le Prince Eugene
le marque dans fa Lettre , puif
que cette Gendarmerie n'a pu
combatre. Si ce redoutable
Corps avoit pû eftre de la par
tie l'Armée de l'Empereur
feroit prefentement bien foibles
Si elle eftoit aufli victorieufe
que le publient le Prince Eus
gene , & tous les imprimez de
Hollande , elle ne devoir pass
fouffrir que Luzzara ouvric fes
portes , & livrer la Garnifon
& fes Magazins , fans avoir fouf
fert de Siege. Mais dés que le
jour parut , & qu'elle eut re
connu le Vainqueur celle pera
dit toute la fierté qu'elle avoie
fait voir avant le combat. Elle
Lliij,
46 MERCURE

1
connut bien que fes chofes
n'eftoient plus dans la même
fituation qu'elles eftoient und
jour auparavant , & qu'elle her
pourroit fe défendre . Il n'y a
pas d'apparence que le Prince
Eugene eut fouffert la perte
d'une Place , d'une Garniſon &
de plufieurs Magafins , s'il avoit
efte auffi triomphant qu'il le
vent paroiftre dans fa Lettres
& il n'auroit pas vu conduire à
Cremone les fix cens Prifonniers
faits dans Luzzara . Jamais
canon n'a tant incommodé une
Armée que fait prefentement
celle du Prince Eugene , ce caus
non que l'on publie en Hollande
que nous avons perdu
qui nous eft pourtant demeuré.
C'eſt avec une batterie dence
A
&
GALANT 401
canon que Monfieur le Duc de
Vendofme a fait élever às la
hauteur de Luzzara qu'on an
tellement defolé les Ennemis
dans leur Camp, & endommagé
leur gauche qu'ils ont efté obli
gez de faire filer une partie de
leur Infanterie pour le joindre,
à leur droite , ce qui les obliga ,
à fe tenir fort preffez & en pe
loton , pendant que Monfieur.
le Duc de Vendofme a étendu
fa droite qui, referre leur gauche
, & leur a ofté la liberté de
communiquer avec la Sechia le,
long du Zero . Ce General
aufli fait faire un fecond Pont
fur le Pô qui a rendu la communication
des deux Armées
plus facile Mr de Saint Fremont
eft campé , & retranché
a
494 MERCURE
fur le bord du Pô , & bat em
ruine le Pont de Borgoforte
pendant que Mr de Barbefieres
attaque une redoute qui doir
couper la communication de
cette Fortereffe avec le Pont.
Il n'y a point à douter que tout
cela ne foit fini avant que vous
receviez ma Lettre . Monfieur
de Vendofme reçût dés le 20 .
vingt Bataillons & huit Efca
drons qui pafferent le Pô fur le
Pont que ce Prince ya faic
faire. 310
Il s'eft passé une affez groffe
affaire dans un Fourage où nous
avions quelques Gendarmes
& foixante Maiftres. Ils furent
pouffez par trois cens chevaux
qu'ils repoufferent enfuite.
L'affaire fur fort opiniâtrée
GALANTI
405
malgré la grande fuperiorité
des Ennemis ; mais enfin le terrain
nous demeura , & par con-1
ſequent Pavantage du combat.
Mr de la Meffeliere y a ente
bleffé à la tefte , d'un coup de
fabre trois Marefchaux des
Legis & debt Gendarmes y
ont efté tuez. On ne trouva à la
fin du combat que le cheval de
Mr. le Marquis de Flamarin,"
Guidon des Gendarmes Anglois,
& ce Cheval eftant tout en
fanglanté , fit juger ou que fon
Maitre avoit efté tué , ou qu'il
eftoit prifonnier . Les Ennemis
ont eu en cette occafion plus de
quarante hommes tuez ou blef
fez ; mais comme ils continuent
à déguifer leurs pertes , il n'y
a que le temps qui en develop205
MERCURE
·
N
pe la verité . Un Trompette qui
avoit efté envoyé dans leur
Camp, a rapporté qu'ils avoient
perdu quatre Officiers Gene
raux au combat de Luzzara , ‹&
qu'ils avoient eu fix à fept mille
hommes tuez dans ce combat.
Ceux d'entr'eux qui ont dit da
verité , car les particuliers la
difent ordinairement , & n'entrent
point dans la politique
des Generaux , & toutes les Re.
lations qui font venuës de nôtre
Camp , ont tenu le mefme
langage , & depuis vingt- cinq
années que je vous écrits des
Lettres remplies de Nouvelles ,
il ne s'eft paffé aucune action ,
dont toutes les Relations ayent
efté auffi conformes , ayant pref
que toutes parlé également de
GALANT 407
!
Go
la perte des Ennemis & de la
noftrensbyowns of icvs
3n LevRoy a donné la direction
generale de l'Infanterie qu'avoit
feu Monfieur le Marquis de
Crequi à M¹ de Chartogne , qui
s'eft extrêmement diftingué
pendant tout le temps qu'à duré
le Blocus de Mantoue , & ce
choix a efté generalement applaudi.
Sa Majesté a donné en
même temps le Regiment des
Vaiffeaux qu'avoit Mr de Mon
tendre à Mr du Guerchois , &
Mr Denizas , Colonel refermé,
a eu le Regiment de Thierar
che qu'avoit Mr du Guerchois::
outre que le Roy leur rend jufice
en les faifant monter à leur
leur tour , leur valeur avoit merité
ce que l'on donne à la juf
408 MERCURE
=
tice qu'il y avoit de les faire
monter en leur rang
Le Regiment de Renel a été
donné à Mr Dubiez : Mr de
Carpi Lieutenant Colonel du
Regiment de Cavalerie de
Vandeuil a obtenu ce Regi.
ment Mr le Comte de Chaviguy
Colonel d Auvergne , a cu
l'inspection qu'avoit Mr de
Chartogne avant qu'il fut nommé
à l'infpection generale..
Mr le Marquis de la Force ,
frere du Duc de ce nom , &
A de de Camp de Monfieur de
Vendofme a efté tué de la
Bafcule du Pont de Viadana
la chaîne qui le tenoit ayant
efte rompue .
?
GALANT 409
Il y a prés d'un mois que les
Ennemis le vantent qu'ils vont
faire le Siege de Venlo , & l'on
commence à dire que cette Place
eft invettie . Nous n'avons
point publié que nous ferions
le Siege de Hulft , & le Siege
de cette Place eft fort avancé ,
puifque l'on a pris fix Redoutes
qui l'environnent
, que
l'on a jugé affez bien fortifiées
pour leur donner le nom de
Forts . La plupart des Garnifons
de ces Forts ont efté faites
Prifonieres de guerre C'eft.
Mr le Marquis de Bedmar qui
fait ce Siege. Les Officiers Generaux
qui font fous ce Marquis
fout Mr le Comte de la
Motte , Mr de Courtebonne
Mr de Vauban en qualité de
Aouſt 1672.
M m
410 MERCURE
.
Lieutenant
general , & Mr le
Marquis de Thouy, Mr de Laparat
conduit les Travaux , Les
Ennemis avoient refolu de faire
entrer dans cette Place un Bataillon
tiré de l'Eclufe ; mais
ils n'ont pû executer ce deffein.
Ils y ont de grands Magazins ,
parce qu'elle eft fort avancée .
Elle eft à la hauteur du Sas de
Gand , & au delà les lignes .
Mile Chevalier de Forbin a
brûlé tous les Bâtimens qui
eftoient dans le Port de Triefte .
Il a bombardé tous les Magafins
, & brûlé une partie de la
Ville . Il s'eft enfuite retiré
pour aller faire la même chofe à
Fiumé. Ces Places appartenant
à l'Empereur
, ces actions font
de bonne guerre , & perfonne
GALANT
4πT
>
n'eft en droit de s'en plaindre.
Vous avez fçu que ce même
Chevalier avoit brûlé quelques
jours auparavant proche
de Venife un Vaiffeau qui
avoit chargé plufieurs fois des
vivres & des
munitions pour
l'Armée Imperiale , malgré les
défenſes que les
Venitiens
difent qu'ils avoient fouvent
réïterées. S'il eft ainsi , les Venftiens
ont obligation à Mr le
Chevalier de Forbin de les
avoir vengez de cette defobeïffance
, & luy en doivent un remerciment.
On écrit de Landau que Mr
le Comte de
Soiffons ayant été.
bleffé au bras & à la cuiffe d'un
éclat de bombe on avoit efté
obligé de luy couper le bras ,
M m ij
412 MERCURE
& qu'il eftoit mort le neuvième
jour de fa bleffure . On mande
du même lieu , que le 25. cinq
mille hommes, foûtenus de cinq
mille autres , avoient attaqué
la grande Demie - lune qui eft
entre les deux Contrefcarpes ,
& qu'après trois heures de combat
ils avoient efté repouffez
avec perte de deux mille hommes.
Les mêmes Lettres portent,
que le 26 fix mille Impefoûtenus
de fix mille
avoient attaqué le mêriaux
,
Currec
me Ouvrage , & qu'ils avoient
perdu trois mille hommes à
cette attaque..
D'autres Lettres difent que
les Ennemis eftoient retournez
à la charge le 27. pour la troifième
fois , & que l'on avoit reGALANT
413
marqué de deffus une hauteur
qa'ils avoient encore efté repouffez
. Mr de Catinat marche
au fecours de la Place avec
quarante fix Efcadrons & quatre
- vingt- feize Bataillons ;
l'affaire fera fort avancée avant
que vous receviez ma Lettre :
Je fuis , & c.
A Paris , ce 1 Septembre 1702.
A VIS.
Nadonné depuis le moisde
Janvier trois Volumes
feparez du Mercure .
ON
Le premier a pour titre ,
Relation de la Fournée de Cremone ,
& de la défaite des troupes Imperiales
avec la fuite des affaires
d'Italie.
M'm i
LYOK
1998
414 MERCURE
Le fecond eft intitulé ,
Relations diverfes , contenant la
journée de Nimegue , & tout cequi
s'eft paẞé depuis ce jour- là
à l'Armée de Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
La fuite du fournal de l'Armée du
Roy en Italie.
La fuite de tout ce qui s'eft passé à
Naples pendant le fejour de Sa
Majesté Catholique , & depuis
fon départ pour le Milanez,
Le troifiéme a paru fous le titre
d'Affaires de la Guerre , conte ..
nant le fournal du Blocus de
Mantoüe , &la fuite du Journal
de l'Armée de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne:
Comme on a plus d'étenduë
dans des Volumes particuliers
pour détailler les grandes ac
GALANT 415
tions qu'on y rapporte , que
dans le Mercure ou elles font:
plus refferées , le Public qui a
vû le grand fuccés de ces Ouvrages
, & qui a lû avec plaifir
les longs & curieux details qu'ils.
contiennent demande des Volumes
feparez dés qu'il fe paffe
quelque action memorable, mais
ce travail étant trop grand , on
ne peut le fatisfaire que lorf
qu'il fe fera donné quelque ba--
taille generale , ou qu'on aura
affez de Memoires pour faire :
le Journal exact d'un Siege con
fiderable..
29
TABLE .
P
Relude.
Divers Sonnets à la gloire du Roy..
Nouvelles de Smirne:
6
13
Hiftoire tres- curieufe dans laquelle
on trouvera les moyens de viare
long- temps
Epitre à Monfeigneur le Duc de·
Bourgogne.
Obfervations de Chirurgie:
Effets du Tonnerre .
Naiffance de deux jumelles
enfemble.
Madrigaux.
36
50
73™™
unies
84-
94
Ouvrages de Mr l'Abbé de Poiff
tant en Vers qu'en Profe. 96
TABLE.
Mort d'unefemme âgée de cent trois
A
ans
112
Remarques Ingenieufes fur le Portrait
de la Reine d'Espagne. 113
Thefes foutenus tant à Paris qu'à
Reims .
117
120 Le Partifan Hermite.
Madrigaux furles Statues equeftres
placées nouvellement à Marly . 121
Ouvrage mèle de Profe de Vers,
de Sience & de Galanterie . 125
Benefices donnez par le Roy. 134
Remarques
touchant la Ville &
l'Etat de Modene . 161
176. Sonnet au Roy d'Espagne..
Paraphrafe convenable au temps .
178
Nouvelle Relation du combat Del
283 la Vittoria
Ode für la guerre préfente. 211
Belle Action faite au Siege de.
TABLE.
Landau 278
Harangue faite à S. A. S. Mr le
Comte de Toulouse.
2:22
Audiances donnée aux Députez de
Languedoc.
Cartes Nouvelles.
226
230
232
Relation de la Victoire remportée
par le Roy de Suede.
Fefte donnée par Mr le Duc de
Lauzun à Madame la Ducheffe
de Bourgogne. 245
Receptions faites à Mr le Duc de
Medina - Celi dans le Rouillon.
Mariages.
Morts .
Hiftoire de Philipe Augufte
Cartes du Pere Placide.
247
252
T
257
252
264
Remarques fur le Duché de la Mirandola.
271
Nouvelles du Siege de Landau, 276
TABLE.
Arrivée d'un Homme de Qualité
du Perou,
281
Combat de Luzzara , avec un grand
nombre de faits , & de chofes cu
rieufes quiregardent cette action.
Mariage.
Article des Enigmes .
284
333
337
Second Article du Siege de Landau.
342
Lettre du Prince Eugene touchant
le combat de Luzzara.
345
354
Replique à cettre lettre.
Fermeté du Roy de Portugal. 366
Suite du Journal de l'Armée de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
369
Suite des affaires d'Italie , & de
la Replique à la lettre de Mr
le Prince Eugene , & Regimens
donnez
399
TABLE .
409
Siége de Hulft.
Batimens & Magazins brulez par
Mr le Chevalier de Forbin. 410
Troifieme Article du siege de Lan.
dan,
Avis .
PREADE
411
413
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Pourquoy meflatez vous d'une eſperance
vaine, doit regarder la page
. 217 ..
L'Air qui
commence par ,
Sans y penfer a Tircis icy fçen plai.
re , doit regarder la page 342
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le