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MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LYON
LE DAUPHIN.
JUILLET , 1702.
FATIA MAD
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais, au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confirablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege duRoy.
AU LECTEUR.
IL y a lieude croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
poureftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , sil
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encorequ'on neprend
aucun
argent
pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, 5 que
ceux qui les envoyeront
en
affranchißent
le port.
LA
VILLE
MERCVRE
CALANT
JUILLET , 1702 .
LYON
*1893
Es grandes & furpre
nantes actions du Roy
donnent toujours une
jufte occupation aux Muſes .
Ce Monarque eft le premier
qu'on ait appellé le Heros de
toutes les faifons . Lui pouvoit
A iij
6 MERCURE
on refufer ce titre, aprés qu'on
luy a veu foumetre en huit
jours une Province toute entiere
pendant les plus fortes
rigueurs de l'Hiver ? On peut
ajouter à cet Eloge qu'il
fera le Heros de tous les Siecles
, puifqu'il eft tres - vray
femblable que les Siecles à
venir ne produiront
aucun
Souverain affez accomply. Je
ne dis pas pour aller au de là
de ce que l'amour de la Gloire
a fait entreprendre
à ce
Monarque
, mais meſme
pour l'égaler dans ce qu'il a
fait d'extraordinaire
. Et juf.
GALANT
7
qu'où n'auroit il pas pû porter
les projets , s'il n'avoit
efté toujours également modere
& genereux . Vous trou
verez l'idée de cette glorieufe
verité dans le Sonnet que
vous allez lire .
AU ROY.
HEEros dont la grandeur eft le
Suport des Rois..
Monarque que distingue un merite
fublime s
Azile où la vertu regne & détruit
le crime.
Conquerantfans égal dont on aime
les Lois .
S
Lajalousie en vain te difpute des
droits
A iiij
8 MERCURE
Qu'autorife le Ciel d'un aveu iigitime
!
Tes envieux feront à jamais la
Victime
[ fois :
De ce bras quiles a diffipez tant de
&
Sous tes ordres , Grand Roy , l'on
verra ta Milice
Vaincre tous les efforts , l'audace
& l'injustice
Du Belge , du Germain , de l'Iſle
d'Albion ;
ន
Ils ont beau fe liguer pour obscurcir
ta gloire ,
Rien ne peut faire obftacle au cours
و
de ta Victoire
[ tion.
Que peut feul arrefter ta modera-
Ce Sonner eft de Mr Daubicourt.
Vous ne ferez pas
GALANT. 9
fâchée d'en voir d'autres à lá
gloire de Sa Majesté. Voicy
ce que Mrs de l'Academie
des Lanterniftes de Toulouſe
ont fait publier touchant celuy
qui a remporté le prix
cette année.
Le Public aura fans doute du
plaifir de voir avec quel fuccés
on remplit nos Bouts Rimez, &
combien on fe perfectionne dans
cette agreable exercice. On en
pourra juger par le Sonnet qui a
remporté le prix Cet ouvrage
eft de la compofition de Mr de
Nolet Cadhillac , qui eft né .
10
MERCURE
pour ainfi dire , dans le fein des
Mufes. Son illuftre Famille les
a toujours cultevées , & c'est là
particulierement qu'elles aiment
à faire entendre leurs charmants
Concerts. Voicy le Sonnet victorieux
; Nous y en avons ajouté
plufieurs autres , où la beauté
des pensées & le feu de Poëfie
fe font également fentir. On
laiffe aux Connoiffeurs à en déci
der , & c'eſt devant leur Tri.
bunal équitable que nous renvoyons
certains Auteurs mécontens
, qni tâchent à nous décrier ,
parce que
leurs
ouvrages
n'ont
pas eu le bonheur de réuffir.
GALANT.
II
On a averti plufieurs fois
que les Sonnets à Rime com
pofée ne feroient point reçeus.
Cependant on n'a pû
le difpenler de faire imprimer
le feptiéme , à caufe de
fes grandes beautez.
AU ROY.
Premier Sonnet qui a remporté le Prix.
Quelfpectacle terrible à mes yeux
déploye !
J'entens de toutes de toutes parts de
concerts ;
foudroyans
Bellone eft en courroux , Mars trouble
nos
deferts ,
Et d'une Paix charmante il interrompt
la
$
joye.
12 MERCURE
On vit moins de Guerriers s'affembler
contre Troye.
Poarqui prepares - tu , Fortune , tes
revers ?
C'eſt pour nos Ennemis , qui de honte
Couverts
Bien toft du grand LOUIS vont devenir
la
proye .
Ainfi par les hauts faits deux fiecles
embellis
Feront briller toujours la fplendeur
de nos
Lis ,
Aux plus loingtains climats leur
gloire eft
S
répanduë.
Que pourra des jaloux l'inutile fureur
?
Tapuiffance , Grand Prince , en tous
lieux étenduë ,
Dans les coeurs les plus fiers va porter
lä
terreur.
GALANI .
13
PRIERE POUR LE ROY .
Confervez noftre Augufte Maiftre,
Ce Heros que nous vous devons ,
SEIGNEUR , Vous pouvezfeul
connoiftre
Le befoin que nous en avons
IL SONNET.
MUSES
, qu'en ce beau jour
toutvoftre artfe déploye
;
Que d'objets éclatans s'offrent à vos
concerts !
deferts
LOUIS comble nos voeux , & dans
nos champs
Rétablit , Entretient l'abondance &
la
S
joye.
Tel , & plus fage encorque le Vain
queurde
Du fort capricieux il prévient les
Trove ,
revers ;
14 MERCURE
Ses auguftes vertus , & fes deffeins
couvers
Forcent l'Aigle orguëilleuse à luy
rendrefa
2
Par toy
lieux
proye.
les bords du Tage , en tous
embellis ,
Brillent moins de leur or que de l'éclat
des
Lis ,
De l'Aurore au Couchant fa gloire
eft
ශ් රී .
répanduë.
D'une Ligue nouvelle il dompte la
fureur
Sur cent Peuples diversfa puiffance
étenduë
Le rend du monde entier l'amour &
la
terreur.
PRIERE POUR LE ROY.
SEIGNEUR , dugrand Louis
GALANT
IS
beniffez les travaux :
Que tout fuive fes loix qu'on aime
fon Empire ,
Qu'il regne fur nos coeurs , qu'il
dompte fes Rivaux ,
Qu'il vive longtemps , c'est tout
dire.
III. SONNET.
EN vain de Mars en feu l'Etendartfe
déploye ,
Rien ne trouble en ces lieux nosjeux
& nos concerts ;
Tranquilles comme aufonds des plus
vaftes
deferts ,
Nous ne fommes fujets qu'à des
transports de
S
joye.
CREMONE alloit fubir l'affreux
deftin de
Troye :
Mais le Germain chaßé par unjuſte
revers,
16 MERCURE
De gloire & de fonfang nous a laif-
Sez
couvers ,
Et de LOUIS vainqueur eft devenu
la
S
proye .
D'eternels monumens de ces faits
embellis ,
Vont redoubler l'éclat du Monarque
des Lis
Sa Victoire incroyable eft par tout
répanduë.
Ce Heros met aux fers l'Envie &
la Fureur,
Sur la terre & lesflotsfa puißance
étenduë
Le rend de l'Univers l'amour & la
terréur.
PRIERE POUR LE ROY .
Dieu des combats , appuy du facre
Diademe,
J
GALANT 17
Daignez rendre LOUIS toujours
victorieux ,
En faisant triompher un Heros fi
pieux ,
SEIGNEUR ,
vous- même.
vous triomphez
IV. SONNET.
Le Berger du Bord du Lignon ,
AU ROY.
Aigle en vain en ce jour fon
L'Aigle
Etendart
déploye;
Que rien ne trouble icy nos jeux &
concerts !
Malgre Mars en courroux , nos painos
fibles
deferts
Conferveront toujours & la paix &
la
Juillet 1702 .
joye.
B
18 MERCURE
S
Unit- on contre nous tous les Heros
de Troye ,
Pendant que LOUIS regne il n'eft
point de
revers :
Nos Ennemis vaincus & de bonte
couvers ,
Verront bien-toft leur Camp devenir
noftre
proye.
Ainfi par tes hauts faits , nos faftes
embellis ,
GRAND ROY, font que tout cede
à la fplendeur des
Lis
Dont l'odeur en tous lieux eft par
tour
&&
répanduë .
De cent Peuples unis quepourra la
fureur?
Aux plus loingtains climats tapuiſ-
Jance
étenduë ,
GALANT 19
Va porter loin de nous la guerre &
la
PRIERE .
terreur,
SEIGNEUR confervez le Heros,
A qui l'on doit le doux repos
Que goûtent de Lignon les paifibles
rivages ,
Il porte loin de nous la guerre &fes
ravages ,
Portez fesjoursfilez defoye & d'or
Auli loinque ceux de Neftor.
Ce quatriéme Sonnet eft encore
de Mr de Nolet Cadhilhac
.
V. SONNET.
ΗEros , pour qui le Ciel fes ri-
HE
cheßes déploye
Bij
20 MERCURE
Que tes auguftes foins animent nos
concerts ,
Bellone veut en vain rendre nos
champs
deferts :
Tafageffe y répand l'abondance &
la
&
joye .
Plus heureux , plus prudent que le
Vainqueur de
Tes progrés glorieux n'ont jamais de
Troye ,
revers ,
Mille & mille ennemis declarez ou
couvers
A ta fiere valeurfe font livrez en
proye.
Cent climats fortunez par ta main
embellis
Reffentent les douceurs de l'Empire
des
Lisi
Surla terre & les flots ta gloire eft
répanduë.
GALANT
21
S
Paifible tu combas la Difcorde en
fureur ,
De ton vafte pouvoir tout connoift
1 étenduë
Le feul bruit de ton nom exprime la
PRIER E..
terreur .
SEIGNEUR , dontla main adorable
Du Monarque des Lis a formé le
grand coeur ,
Fais qu'il vive longtemps , craint 、
aimé, redoutable ,
Il regne pour ta gloire & pour notre
bonheur.
VI. SONNET.
Qve
Ve la Ligue , Grand Roy , de
nouveaufe déploye ,
22 MERCURE
Que troublant de la Paix les plus
Sacrez
concerts ,
Elle veuille changer nos Villes en
deferts ,
Ses efforts ne sçauroient fufpendre
noftre
2
joye.
Plus fage , plus vaillant que les
Heros de Troye ,
Tu maiftrifes lefort , tu braves fes
revers ,
Déja tes fiers Rivaux de honte font
couvérs
D'une rage inutile ils deviennentla
S
proye.
De tes rares vertus tes Neveux
embellis.
Sur le Rhin , fur le Pô , font respecter
les
Liss
Et montrent en tous lieux ta gloire
répanduë,
GALANT
23
ន
Mais fi de leurcourroux approuvant
la fureur ,
Tu donnes à leur fougue une libre
étenduë ,
De l'Vnivers entier ils feront la
terreur .
VII. SONNET.
Tan
Andis
que
dart fe
de Louis l'étendéploye,
De millefons guerriers on entend les
concerts
deferts
Les champs des fiers Germains feront
bientoft
On pouffera les tris celebres de Mont-
S
joyc.
Ce glorieux Heros illu du fang de
Troye
24 MERCURE
Leur fera du Deftin éprouver les
revers ,
Il ne marchera point par des che -
mins. couvers ,
Et l'Aigle audacieux fera fa riche
proye.
De fes faits éclatans nos faftes embellis
Parfument l'Vnivers de l'odeur de
fes
Lis
Sa gloire eft à bon droit en tous lieux
}
répanduë.
Son grand coeur defon bras furmontant
la fureur.
Fera de fonpouvoir reffentir l'éten
duë
En infpirant l'amour ainfi que la
terreur
Et
GALANT 52
Et dominabitur à mari ufque ad
mare , & à flumine ufque ad
terminos orbis terrarum. Pf.
71. v . 15.
Sa domination un jourſera ſi belle
Qu'elle ira s'étendant de l'une à
l'autre Mer ,
Et fous un Empirefi cher
Sera la Terre univerfelle .
Meffire François Armand
de Rohan , connu fous le
nom de M' le Prince de
Montbafon , Fils de Charles
de Rohan , Duc de Montba.
fon , Prince de Guemené >
-Pair de France , reçeut le
du mois paffé l'agrément du
・Fuilles 1702 .
C
5.
26 MERCURE
Roy pour eftre Colonel du
Regiment
de Picardie. Sa
Majefté
fic connoiftre
pour
lors l'estime qu'elle a toujours
euë pour cette illuftre Maiſon
alliée depuis bien des Siecles
à prefque tous les Souverains
de l'Europe : M' le Prince de
Guemene
parla long temps
en particulier
au Roy qui luy
donna
de grandes marques
d'eftime , en difant qu'il ne.
doutoit pas que Mile Prince
de Montbafon
ne fe diftin .
guaft , à quoy Sa Majesté
ajouta en propres termes que
fon Regiment
le fuivroit par
GALANT 27
tout. C'eſt à l'occafion de
ces paroles qu'on a fait cette
Epigramme.
A M. LE PRINCE
DE MONTBASON ,
Colonel du Regiment
de Picardie .
P.
Artez , Prince , joignez
vos genereux Soldats ,
Ils attendent pour vaincre à
marcher fur vos pas ;
Ils vous fuivront par tout.
C'est l'auguste prefage.
Qu'a formé devant vous l'ing
vincible Louis.
C ij
28 MERCURE
Pour efperer de vous des explois
inouïs ?
Digne fangdes Robans , enfaut
il davantage ?
Comme ce Regiment eft
un des plus confiderables de
toute l'armée du Roy , apres
celuy des gardes de Sa Majeſté
, je ne crois pas qu'il foit
inutile de dire ce qui le com.
pofe.
Il a trois bataillon , dont
chacun eft de treize Compagnies
commandées par autant
de Capitaines , excepté la
premiere qui n'en a que dou .
GALANT
29
ze . Voicy l'ordre & les noms
des Officiers.
REGIMENT
DE
PICARDIE
.
Premier Bataillon.
CAPITAINES ,
Mr de Ver bois. Gen.
Mr de Selve , Lieutenant Colonel.
De Château Bourg.
De Saint Pé.
De Cretot.
Du Four.
De Faulieu.
De Lanefpede.
C iij
30 MERCURE
De Baſtide .
Brocher.
De la
Pommeraye.
Puget.
LIEUTENANS ,
Mrs de Rouviere.
De Selve.
De la Gardette.
De la Barthe.
De la Bourdonniere.
De
Bequin.
de Gairin .
De Caffan.
De Lovanne .
Vincent .
Bouquetro,
De la Boiffiere.
GALANT
31
Lieutenans
reformez
qui doivent
remplir les premieres
Lieutenances
qui viendront
à
vacquer.
Mrs de Talmont .
De Gaucourt Enfegne,
Duparc.
De Monier.
De Saint Cyr
Barthelemy.
Du Plez.
De Solignac.
Barbier.
de Verbois.
De Pignan.
D iiij
32 MERCUR
E
Second Bataillon.
CAPITAINES.
Mrs de
Bagneaux gen.
De Grand. Maiſon.
Du Quefnoy.
De
Maynac.
De Montchoify
.
De la Dueze .
De Beaulieu .
Du Parc.
De Chambray.
Dubuiffon .
De Boifmarfal ,
De Villers.
De Pognan.
LIEUTENANS.
Mrs
d'Alberaye .
GALANT
33 .
Du Chenay.
Dantriere .
De la Foreſt.
Quelmon .
Du Buvier.
De Belleroche.
De la Barthe .
De Condat .
De Bufqueur.
De Méricourt.
Des Landes.
De Guergrous,
LIEUTENANS REFORMEZ .
Mrs Charin .
Des Noyers de Bruffi .
De Viteffe .
De Creffonniere.
·
34 MERCURE
De Morfontaine.
De Saint Martin .
Dolly.
Dubal.
De Clinchamps.
D'Eftival.
D'Orgemont.
De Brulard.
De la Mofelle.
Troifiéme Bataillon.
LIEUTENANS .
Mrs de
Chavaille gen
De Ricourt.
D'Ornaifon .
De Chailly.
Du Tronchet.
De
Maupas.
GALANT 35
De Juranve.
De Jouillard.
De Boullais.
Pepin .
De Rouville.
De la Cofte.
De Chavaille .
LIEUTENANS.
Mrs de Villebrun
De Bernard .
De Beauchamp.
De Bord .
Saint Hilaire .
Des Vareftre.
De Pronville .
De Serviere.
De Carre.
36 MERCURE
De Verdun .
De la Haute Maiſon .
De
l'Elpine.
Ducin.
LIEUTENANS REFORMEZ .
Mrs de
Verpré.
De Fericourt.
De Saint Aubin.
Dublefel .
De
Broquigny.
De Guirn .
Chatelain.
De la Fin.
De la Filotiere!
De Vidal.
Foucault.
De
Cartagnac.
GALANT '37
ETAT MAJOR.
Mrs , des Pies , Major.
Du Parc , Aide Major.
Brulard.
De Dampierre.
De Vernon Marechal des
Logis.
Du Caronne , Prevost.
De la roue Lieutenant.
Bonne foy , Greffier.
Le Pere Fort , Aumonier.
Le Prince , Chirurgien .
L'article qui fuit a efté tiré
d'une lettre qu'on a receuë
de Guienne. Une partie des
18 MERCURE
Payfans de ce quartier one
pris les armes pour exterminer
des beftes qui y paroiffent
, fans qu'on fçache d'où
elles viennent. C'eft une efpece
de loup de la part des
Levriers d'attache. On en
a veu plufieurs dans la partie
d'entre deux mers fituée en.
tre la Garonne , & la Dordogne
, à deux & trois lieues
de Bordeaux : Elles courent
la Campagne & ont attaqué ,
& bleffé un grand nombre de
perfonnes de tous âges . Le
Courier de la Rochelle paffant
dans ce pays là courant
GALANT
39
feul , un de ces animaux ſe
jetta fur fon Cheval qu'il mor
dit à la croupe & à la cuiffe . &
attaqua mefme le Courier
qui le deffendit avec ſon fabre.
Des Payfans attroupez
ont tué deux de ces animaux ,
dont l'un auroit devoré une
Bergere fans le fecours qui
luy fut donné.
Je vous envoye les obfervations
qui ont efté faites par
le Sieur Louis Sauré Chirur
gien, en préſence de Mr Solinier
, Docteur en Medecine
,
fur l'ouverture
du Cadavre
40 MERCURE
d'un homme mort fubite.
ment. Les morts fubites font.
toujours terribles , & l'on ne
peut prendre des précautions
trop fortes pour les éviter s'il
eft poffible , puifqu'ils font
ordinairement plus à redon .
ter pour l'ame que pour le
corps.
Le 26. du mois paſſé à huit
heures & démy aprés midy
un Domestique du College
du Pleffis , nommé le Cocq ,
natifde Normandie , fut faifi
d'une foibleffe qui le fit chanceler
quelques pas , & enfin il
GALANT 14
L
fe laiffa tomber . On courut
à luy , & auffi.coft on le porta
fur fon lit. On luy fit une
legere faignée , & prendre de
l'Emetique , mais le tout inu.
tilement. Il ne vêcut plus
qu'une demi heure , pendant
laquelle il perdit l'ufage de
la parolle & devint paralitique
de tout le cofté gauche
du corps
.
•
Le 27. aprés midy on fit
l'ouverture du Cadavre . Aprés
l'infpection des parties
contenues dans l'abdomen
on trouva toutes chofes en
bon état. On y
remarqua
D
Juillet 1702 .
42 MERCURE
feulement une dilatation fort
confiderable dans toute l'étenduë
de l'arc de l'inteftin
Colum , & un grand retreffif
fement du mefme inteftin
dans la partie lombaire gauche
dans toute l'efpace où fe
forme l'effe romaine, on trou
va le pancreas comme ſchir
reux ou rempli de petites duretez.
On remarqua auffi une
dilatation fi confiderable de.
puis la bifurcation de la veine
cave afcendante depuis
l'hypogaftre jufqu'à l'orifice
de l'aurcillet droite du
coeur , que la groffeur de cetGALANT
43
te veine ne differoit point de
celle de l'inteftin Jejunum ou
de l'Ileum .
A l'ouverture de la poitrine
on remarqua une adherence
du poumon dans toute
la capacité & ſurface interieure
de cette cavité. Cette
adherence eftoit mefme con
tinuée dans toute la furface
de la partie Muſculeuſe du
Diafragme.
Aprés avoir ouvert le coeur
on le trouva entierement vui.
de de fang dans l'un & dans
l'autre de fes Ventricules ,
fans aucun polype , quoy que
Dij
44 MERCURE
"
ce nommé le Cocq fuft d'une
conftitution affez replete ,
avec de la graiffe en affez bonne
quantité. On ouvrit la fubftance
des poumons & on les
trouva affez fains à la referve
d'un leger abcés qui paroiffoit
dans quelques incifions
faites en la partie moyenne
du lobe gauche. On ouvrit
auffi la tefte , & on trouva
le cerveau affez fain , excepté
que dans le Ventricule anterieur
fuperieur du lobe gau
che , il y avoit prefque gros
comme le poing de fang
nouvellement épanché qui
GALANT
45
y eftoit coagulé.
Il faut obferver que ce ma
lade eftoit convalefcent d'u .
ne maladie de poitrine ,
qu'on avoit attribuée à une
efpece de pleurefie , quoy que
dans cette ouverture on n'en
ait trouvé aucun veftige en
toute l'étenduë de la pleuvre.
On trouva feulement dans le
lobe gauche du poumon une
matiere liquide écumeufe , &
qui paroiffoit enquelque ma .
niere purulente. Pendant
cette maladie , le Malade
avoit eu une espece de leger
tranfport au cerveau . Le jour
45 MERCURE
mefme qu'il mourut , il avoit
fait une espece de petit régale
avec un de fes amis qui eftoit
venu le voir. Il eſt à préſumer
que le peu de vin qu'il
avoit bû eftoit capable de
mettre fon fang en fufion , de
le rarefier , & de le mettre en
un mouvement extraordinai
re ; ce qui fut cauſe que ce
fang par fon mouvement circulaire
eftant porté avec precipitation
dans les parties du
corps , & principalement dans
la fubftance du Cerveau , qui
eft affez tendre , & dont les
membranes ettoient déja à
GALANT 47
moitié déchirées par les grandes
douleurs de tefte qu'il
avoit , & par le tranfport qu'il
avoit eû , contribua par fa
rapidité à la rupture de quelques
venales ou arterioles
dans ce lobe du Cerveau , &
cela donna lieu à cette extravafation
de fon fang extraor
dinaire , de forte que ce fang
ainfi extravafé comprima en
écartant violemment les parties
du Cerveau du lieu où
s'eft fait ce dépoft , ce qui eft
facile à comprendre , puifque
l'experience fait voir qu'une
liqueur paffant d'un petit ca48
MERCUR E
nal dans une capacité plus
grande , quoi que la force qui
pouffe cette liqueur ne foit
que mediocre , cette mefme
liqueur ne laiffe pas de faire'
un effort confiderable pour
écarter de toutes parts l'interieur
de cette capacité plus
grande à l'occafion de cette
compreffion qui s'eft faite à la
dilation du ventricule où s'eft
fait cet épanchement , il eſt
arrivé que le cours des efprits
animaux qui fe filtrent dans
la fubftance cendrée du Cerveau
a efté interompu , de
forte que les ſubſtances.ſpi
ritucufes
1-
GALANT 49
ritueuſes ne ſe portant point
affez abondamment aux au
tres parties du corps du mef
me cofté où s'eft fait cet épanchement
, eft devenuë pas
ralitique , & enfin que les
fonctions de l'ame ont entierement
eſté interompuës
,
dont la mort inévitable a rendu
un témoignage funefte.
L'experience fait connoiſtre
qu'une compreffion du Cerveau
un peu forte eſt capable
de caufer la mort . Lorsqu'on
preffe la tefte d'un Pigeon ,
en appliquant le pouce fur le
fommet & le doigt indice par
Fuillet 1702. E
10 MERCURE
le deffous , cette compreffion
caule la mort en peu de
temps , cela fe fait ordinai .
rement lorsqu'on fait mourir
des petits Oiseaux . On peut
juger de la meſme maniere
des autres animaux à proportion
.
Mr l'Abbé Anfelme , fi celebre
par fes excellentes Predications
, a fait en Latin l'Epitaphe
du Roy d'Angleterre
Jacques II. & tous ceux qui
l'ont lûë , l'ont admirée. Mr
le Ch . G. en a fait la Paraphraſe
, & l'on y a trouvé des
beautez qui ne vous échape,
rons pas.
GALANT
PARAPHRASE
DE L'EPITAPHE
DU ROY D'ANGLETERRE.
Regi Regum , felicique Memoriæ
Jacobi II. Majoris Britanniæ Regis .
Au Roy quifals regner tous les Rois
de la terre
Et pour tranfmettre auxfiecles &
venir
Le precieux dépoft de l'heureux fouvenir
DugrandRoy JACQUES d'Angleterre.
Quifua hic vifcera condi voluit ,"
Conditus Ipfe in vifceribus Chriſti.
Ce lieufaint, eft l'azile , ainfi qu'il
l'a preferit ,
E ij
j² MERCURE
1
De fes Entrailles venerables :
Et lui- même goûte le fruit ,
De fes vertus incomparables ,
Dans l'azile éternel du ſein de J ■-
SUS-CHRIST.
Fortitudine bellicâ nulli fecundus ,
Fide Chriftianâ cui non par ?
Nulne porta plus haut la gloire
Quifuit la parfaite valeur ;
Et
par
la
pure Foi qui regna dans
fon coeur,
A qui ne peut-on pas comparer fa
memoire ?
Per alteram quid non aufus ?
Propter alteram quid non paffus ?
Eft- il quelque chemin aux grandes
actions
Où ne l'ait pas conduit l'ardeur de
・fon courage ?
GALANT 53
Eft-il de coup affreux de revolutions.
Qui defa Pieten'ait efté lepartager
Illâ plufquam Heros ,
Iftâ propè Martyr.
Ilremplit d'un Heros lesplus vaftes
defirs
Tandis qu'ilfut guide parfa verta
morale :
Et dans ce qu'il fouffrit , fa Foifu
prefque égale
Ala Foi même des Martyrs.
Fide fortis , accenfus periculis ,
Erectus adverfis .
Fort de cette force fublime
Son coeurfans relâche agité
Parut dans les perils toûjours plus
magnanime ,
Et plus grand dans l'adverfité,
E iij
54 MERCURE
Nemo Rex magis cui Regna quatuor ,
Anglia , Scotia, Hibernia . Ubi quarum ?
Ipfe fibi,
Vraimentgrand Roi ! dont le pouvoirfuprême
Eutquatre Empirefous fes loix ;
L'Angleterre, & l'Ecoffe , & l'Ira
lande à la fois ;
Etquel eftoit quatrième ?
Celui qui le rendit fage entre les
grands Rois ,
L'empire qu'il eutfurfoi-même.
Tria eripi potuere , Quartum inta&tum
manfit.
Priorum defenfio Exercitus , qui defecerunt
,
Poftremi tutela Virtutes , nunquam
transfuga.
Des trois premiersfanspeine onap
le privre
GALANT
SS
Lorfqu'on vitfes Troupes rebelles,
Loin de perir pour les fauver ,
Poußer leurs attentats juſqu'à ſe
foulever
Mais du dernier les Gardes ima
mortelles
Ses Vertus , dans la paix fçeurens
le conferver ,
Et luy furent toujours fidelles.
Quin necilla tria erepta omninò.
Inftar Reguorum eft Ludovicus hofpes.
Sarcit amicitia talis tantæ facrilegia perfidiæ.
Impesat adhuc qui fic exulat.
Encor ceux-là , quoyqu'envahis
Ne luyfurentpas même entierement
ravis :
Etdansfon coeur , malgré la facrile.
ge audace
De tant de crimes inouis
E iiij
16 MERCURE
L'Hofpitalité de Louis
Remplit abondamment laplace
Des droitsfacrez duTrône indignement
trahis
Les auguftes liens d'une amitiéfî
forte
Dans la grandeur Royale ont foutenu
fes jours :
Eftre exile de laforte
N'est- cepas regner toûjours ?
Moritur , ut vixit , Fide plenus
Eòque advolat , quò Fides ducit,
Ubi nihil perfidia poteſt.
Enfin fa vive Foy fanctifiafa vie ,
Confomma par fa mort fa tendre
Pieté ,
Et l'enleva dans la felicité ,
De noftre celefte Patrie ,
Inaccefible aux traits de l'Infide
lité,
GALANT 57
Non fletibus hic , Canticis locus eft ,
Aut fi Alendam , flenda Anglia.
Que de Cantiques faints ce Tom
beau retentiffe
Et que toujours on en banniffe
Et les larmes & les douleurs :
Ou s'ily fautpleurer , s'ilfaut qu'on
ygemiffe,
1
Pour Angleterrefeule , ilfaut ver
fer des pleurs.
Je vous ay parlé plufieurs
fois de M'l'Abbé Richard en
vous donnant avis des livres
qu'il a fait . Vous ferez bien
aife d'apprendre que dans le
temps qu'il alloit faire imprimer
l'hiftoire de toutes les
18 MERCURE
Academies du Royaume
avec les noms , les qualitez
& un abregé de la vie des
Academiciens , il a efté prié
de travailler à la vie de l'illuf
tre Pere Jofeph Capucin , Ré .
formateur de l'Ordre de Fon .
tevrault, Inftituteur des Filles
du Calvaire , employé par le
Roy dans les plus importantes
affaires de l'Eftat nommé
au Cardinalat. Cette vie paroift
en deux volumes . Le
Public y trouvera des traits
d'Histoire tres curieux ,
qu'il n'a veus dans aucun autre
endroit. On peut dire
&
GALANT
59
que ce livre est l'Hiftoire Anecdote
du Cardinal de Richelieu
depuis 1617. jufqu'en
1628. Tout le monde parle
de ce fameux Capucin , mais
peu de gens le Connoiffent à
fond comme M' l'Abbé Richard.
D'abord , il fait voir
un jeune homme de qualité
bien élevé , qui facrifie tout
pour entrer malgré les parens
dans l'Ordre des Capucins
oùle Pere Ange Duc de Joyeu
fe luy donna l'habir. Il y remplit
toutes les premieres charges
avec diftinction . Son ze
le, fa pieté & la fcience paru60
MERCURE
7
rent dans les Miffions & dans
les ouvrages qu'il fit impri
mer. Il eut par là occafion
de connoiftre l'Abbeffe de
Fontevrault , de réformer ce
grand Ordre , & d'établir la
Congregation des Filles du
Calvaire avec Madame Antoinette
d'Orleans. Il lia
pendant fes Miffions en Poitou
, une étroite amitié avec
l'Evefque de Luçon , devenu
depuis Cardinal de Richelieu
par l'intrigue de ce Gapucin ,
comme il eft juftifié dans cet
te vie , il fe rendit fi recommandable
à la Cour par le
GALANT 61
traicé de Loudun & par les
Negotiations qu'il fit auprés
de la Reine à Angouleme &
à Angers que le Cardinal devenu
Miniftre , l'affocia dans
le Gouvernement des affaires
d'Eftat les plus fecrettes & les
plus importantes .
Mais le fait qui intereſſe le
plus , c'eft un éclairciffement
fervant d'Apologie au Pere
Jofeph contre une affreuſe
calomnic qui fe trouve dans
une lettre latine de Morifot.
On prétend que le Pere Joſeph
fit venir chez luy
Docteur Richer pour luy exle
62 MERCURE
torquer par le moyen de quatre
Scelerats armez de poignards
, une retractation de
fon livre. De la puissance Ecle
fiaftique & Politique qu'il figna,
& qu'il mourur depuis deux
jours aprés. L'Auteur develo
pe cette importante affaire
qui a fait tant de huit autre
fois, ce qui eft encore aujour
d'huy regardé differemment
par tous les gens de lettres qui
prennent tous parti pour ou
contre Richer. Ce livre fe
trouve chez Jacques le Fevre
Libraire rue Saint Severin ,
au Soleil d'or & fe vend trois
livres feze fols.
GALANT 63
Mr l'Abbé Richard eft
celuy qui a fait le choix d'un
bon Directeur .
La Vie de Mr le Vachet.
Le Traité des Penfions.
Royales.
L'Hiftoie des Fondations
Royales.
L'Hiftoire des Academies.
Il paroit un livre nouveau ,
qui fera d'un grand fecours
pour ceux qui voudront apprendre
en peu de temps à re.
nir les livres de comptes à
parties doubles & fimples par
débit & crédit . C'eft un in.
64 MERCURE
folio qui a pour titre le Com
merce en fon Four. M' Gobain,
Sindic des Écrivains Jurez de
la Ville de Bordeaux , en eft
l'Auteur. Il l'a divifé en trois
parties. La première eft un
Traité nouveau touchant les
changes des Pays Etrangers ,
orné de plufieurs traits d'hiftoire
auffi curieux qu'utiles.
La feconde renferme les
queſtions les plus délicates
du Commerce avec leur folu.
tions , & la troifiéme eft un
modelle brief d'un Brouillard
, Journal & grand livre ,
le tout appuyé fur les loix &
GALANT: 65
les Ordonnances , & tiré des
meilleurs Auteurs , tant Anciens
que Modernes . Ce livre
eft Imprimé à Bordeaux ,
& fe vend à Paris chez le S
Jean Guignard , quë Saine
Jacques , à l'Image S. Jean.
fur
ce
MrdeVertron dont je vous
ay parlé tant de fois , a fait le
Dialogue fuivant
qu'une aimable Demoiſelle
à laquelle il donne le nom de
Silvie , difoit , que fielle avoic
du goût pour le Sacrement
de Mariage , elle ne voudroie
le marier avec un homme
Fuillet 170
pas
F
*
MERCURE 66
qui fift des Vers , fuffent- ils
de la derniere beauté , & futil
d'ailleurs pourveu des plus
belles qualitez , tant elle
avoit d'averfion pour celle
de Poëte !
DIALOGUE
DE LA PROSE
ET DE LA POESLE
I
LA PROSE..
E ne fçay , d'où vient ta fierté ,
Ma foeur.
LA POESIE .
&je ne fcay moy- mefme ;
·
GALANT 67
D'où te vient cette audace extrê
me ?
Tu m'appelles ta foeur qu'elle eft
ta vanité ?
Moy ta foeur ! moy foeur de la
Profe !
LA PROSE..
Vrayement voici bien autre che
!
fe
Quoy tu n'eft pas ma foeur ?
LA POESIE .
non , je ne la fuis pas
Penfe-tu , que mon fang jusqu'à
toyfe ravale ?
ab fi j'étois ta foeur , tu ferois
mon égale ;
LA PROSE ..
Par cette égalité , qui t'alarme fi
fort,
Je nefçay, qui de nous feroit mieux
partagée j
Bij
68 MERCURE
Toutes deux , en naiffant , nous
avons même fort
,
Et tu n'ès tout auplus , qu'un pea
micux arrangée.
LA POESIE.
Non , ma naiẞance vient des
Cieux ;
[ jaloufie ,
Je me voy tous les jours , malgré ta
Alife à la table des Dieux ,
Comme eux , je me nourris de Neetar
, d'Ambrofie >
Et ma gloire eft assez reconnuë en
tous lieux,
LA PROSE .
Ne reviendras - tu point de cette
phrenefie
Car enfin tu me fais pitié
Et je voudrois te rendre fage
Par un trait de bonne amitié.
Tu voeux des Immortels affecter le
langage ,
GALANT: 69
C'est un entêtementfatal ,
Et tu l'entens fi pea , tu le parle fi
mal ,
Qu'auxfiflets du Public ta fottife
t'expoſe :
LA POESIE.
Si je le parle mal , je n'enfuis par
la caufe
Certains méchans Auteurs m'habillent
de travers :
Mais écoute , entre nous , s'il eft
de méchans vers :·
Il est bien de méchante Profe.
LA PROSE.
J'en conviens , comme toy ; je me
plains des Auteurs ,
Ils me rendentfouvent d'affez man
vais offices ;
Je parle de certains novices z
Qui prennent le nom de Docteurs
70 MERCURE
Dés qu'ils font fortis du College
:
Chacun pour fon argent obtient un
Privilege
в
On trouve au même prix des Marchans
, des Lecteurs >
Et parfois des Approbateurs ;
Mais ne fortons pals de la Thefe
Tous ces Auteurs , ne t'en déplaife
Ne font ni pour ni contre nous ;
N'examinons icy , que noftre feul
merite.
Pourquoy traites-tu dejaloux
Desfentimens d'amie , où la pitie
m'invite ?
[ Soni
Qui de nous parle mieux rai-
Tu fçais , que ton langage eft taxé
defolie.
Qu'on n'entend prefque rien dans ce
pompeuxjargon 5
GALANT
71
Que la fombre mélancolie ,
Ou ton ame eft ensevelie ,
Tefaitprendre un efforfouuent hors
de faifon >:
Ah pourparler aux Dieux , ferstoy
de ce langage
J:
Vante en termes guinde l'honneur
de leurs Autels ;
Mais pour parler à des Mortels
Ne montre qu'un éclat , qui foit à
Leur ufage.
LA POESIE.
Fet'ay long -temps laißé parler
Pour voir , jufqu'où pourroit aller
Ce langage plein d'infolence ?
Mais fije differois à t'impoferfilen
ce
Tes outrages iroient trop loin.
Tu me dis , en fidèle amie
Que la pitié t'invite à guerir ma
folie
72 MERCURE
Tupourrois t'épargner cefoin,
Et tel , qui de folle me traite ,
Voudroit devenirfou , pour devenir
Poëte ,
La folie eft noble à ceprix ;
Combien en connois -je à Paris ,
Qui voudroient renoncerà leurfroide
fageße
Pour cette docte & fainte yvreffe ,
Qui prendfon eßorvers les Cieux,
Dont elle tient fon origine ?
Car ils fçavent qu'elle eft divinej
Mais ne pouvant s'approprier
Un langage qui les furpaße ,
Ils prennent après leur difgrace
Le parti de me décrier 5
Cependant comme le plus fage
A des foibleßes quelquefois ;
Si- toft qu'ils font rangez fous d'a
moureufes loix ,
GALANT 73
Ils ont recours à ce langage ,
Dont tu dis que l'éclat n'eft pas
leur ufage.
LA PROSE.
Il est vray , j'en conviens , tu fais
rage en amour ,
Je te cede cet avantage ;
Etpour t'infinuer , tu prens un certain
tour,
Queje n'attrape qu'avecpeine ;
Et c'eft apparemment ce qui te rend
fi vaine :
Mais fije te parlois avecfincerité,
Tu rabattrois beaucoup de cette vanité
,
Etje n'aurois pour te confondre .
LA POESIE.
Et quepourrois - tu me répondre a
LA PROSE .
Je dirois que l'Amourfimpatife avec
toy ,
Juillet 1702 .
G
74 MERCURE
Que vous eftes tous deux dans une
même école ;
Et que fi dans le monde on te traite
de folle ,
Il eft en même odeur que toy.
En effet , pourparler de langueurs ,
defclavage,
Pour favoir en Soleils transformer
deux beauxyeux ,
Il ne peutrien faire de mieux ,
Que de parler toûjours ton bifarre
langage :
Pour moy , loin d'emprunter un fi
vain ornement ,
Je parle naturellement ,
Etje fuis en amour d'une difette extrême
;
Car enfin tel eft mon deftin ,
Qu'après avoirdit , je vous aime
,
Jefuis aubout de mon latin.
GALANT
75
LA POESIE .
Ainfi donc tu conviens , que fur toy
je l'emporte,
Du moins en a mour;
LA PROSE.
que m'impore
Je trouve bien ailleurs à me dédommager:
LA POESI.E
Cependant hors l'Amour tout languit
dans la vie ;
Tu devrois moins le negliger.
LA PROSE.
Il a befoin de moy , quand il m'en
prend envie ,
LA POESIE.
En quoy ?
LA PRO S E.
L'ignore- tu , toy qui defcens des
Cieux?
Peax-tu méconnoître les Dieux ?
Gij
76
MERCURE
L'Hymen eft il banni de leur brillant
Empire ?
LA POESIE .
Non ; mais Là par que veux ta
dire ,
Et de tous ces grands mots quel est le
refultat ?
LA PROSE.
Moy ! je ne ne veux dire autre
chofe .
Sinon , que pour l'Hymen , ilfaut
un bon Contrat ,
Et qu'un Contrat fefait en Profe.
LA POESIE .
Quoy ! toute tapußance au Contrat
fe réduit ?
Va , je n'y porte point d'envie ,
Fuft -ce avec l'aimable Silvie ;
Etfi de laSageffe il n'eſt point das
tre fruit ,
a ime mieux garder m afolie,
GALANT. 77
Un Contrat ce feul nom , la terrear
des Amans ,
Leurva glacer le coeur , fi toft qu'on
le prononce 3
de-
Et leurs plus rigoureux tourmens
Sont moins durs,que cette réponse :
L'Hymen , tu le fçais bien
truit en unfeuljour
Tous les agrémens de l'amour,
LA PROSE.
Pourfoutenir tes avantages ,
Ton babil importun ne tariroit jam
mai's .
LA POESIE.
Fe ne dis plus qu'un mot, aprés quog
je me tais ;
Il est beaucoup de fous , il eft
bienpeu de fages ;
Ergò je l'emportefur toy ,
Puifque j'auray toujours pour moy
La pluralité des fuffrages .
Giij
78 MERCURE
Une Dame d'efprit , qui prend
le nom de Doris , a fait les Vers
que vous allez lire .
SONNET.
MA plume , il eft tems de vous
taire ,
Faites ce généreux éfort ,
En vous représentant le tort
Que vous euftes de vouloirplaire,
Une femme fexagénaire
Ne doit plus penfer, qu'à la mort
Laiffez-moy prendre mon effor
Pour ce grandpas queje doisfaire.
S
Vous m'avez fait paffer des jours
A produire de vains diſcours ,
Qui font voir aujourd'huy ma
honte :
GALANT 79
ន
Je veux vous perdre pourjamais ,
Afin d'examiner le compte
Des pechez qu'avec vousj'ayfaits;
Un galant homme , qui ne
veut paroître que fous le nom
de Coridon , fait une réponse
à la fage & fçavante Doris.
Dori
SONNET.
Oris aux plaifirs innocens
Qu'excitoient en nous Vers &
Profe "
Renonce , & veut pour autre choſe
Garder le refte de fes ans.
2
La Grace & fes attraits puiffans
Ont fait cette métamorphofe ;
Mon coeur , adorons - en la caufe ,
Giiij
80 MERCURE
Et quitons ces amusemens.
2
Je vois , que fon ame touchée
Aux vanitezs'eft arrachée ;
Imitons fon faint repentir :
S
C'est un exemplefür àfuivre ;
Si pour Dorisje ne puis vivre ,
Je ne dois fonger qu'à mourir.
ge
La Republique des Lettres
va eftre enrichie d'un Ouvra
confiderable par fon pro
jet & qui ne le fera pas moins
par l'execution , fi la fuite répond
aux premiers effais qui
ont paru vers le 15 de Juillet
1702. C'eftune espece de Journal
pour les gens de Lettres
,
GALANT . &
mais l'Auteur ne prétend pas
pour cela déroger aux Journaux
des Sçavans qui fe fons
en France , dans la Souveraineté
de Dombes & dans les
Pays étrangers , le deffein de
ceux- cy n'eft que d'informer
le public de tout ce qui paroift
chaque année de plus
important dans les Sciences
& dans les beaux Arts , à mefure
que les Sçavans & les habiles
mettent au jour les nou
velles productions de leurs
elprits ; le deffein de noftre
nouvel Auteur est tout different.
Il ne s'attache pas à la
82 MERCURE
fuite des années , mais à celle
des découvertes qu'il fait en
ce genre de litterature qui
regarde particulierement la
connoiffance des bons Auteurs,
& des bonnes Editions.
Son genie & fon inclination
L'ont porté à cette forte d'étude
depuis quelques années,
& il n'a pas crû déplaire au
public en luy failant part du
fruit de les veilles , & de fon
travail, moins pour l'inftruire
que pour en eftre inftruit luy
mefme. Mais s'il arrive quel
quefois qu'il vienne à parler
des mefmes Ouvrages dont
GALANT 83
parlent quelques uns de ces
Journaux , il fupplie dés à
préfent leurs illuftres Auteurs
qu'il regardera toujours com,
me fes Peres & ſes Maiſtres
de ne pas prendre en mauvaife
part une telle liberté
qui femble eftre autorifée par
le droit du voifinage , à peu
prés de mefme qu'en de cer
taines Provinces de ce Royau
me où c'eft un ufage eftably
parmy la Nobleffe de pouvoir
chaffer fur les Terres les
uns des autres quand les Seigneurs
ont leurs Terres con
tiguës , & qu'ils ont recipro84
MERCURE
quement droit de rendre ;
pour me fervir de leurs termes
, au lieu que les fimples
Gentilshommes
qui n'ont .
pas de quoy rendre ne peuvent
pas non plus chaffer fur
les Terres de leurs voifins
mais fi cette comparaiſon
tirée
de la Coûtume de Champagne
, paroift un peu trop
orgueillufe , l'Auteur de ces
Ellais déclare qu'il ne prétend
pas par- là entrer en pa ,
rallele avec ceux desJournaux
.
Il leur eft trop inferiur pour
cela , & par rapport à eux qui
font de juftes Ouvrages
, &
GALANT 85
d'abondantes Moiffons , il ne
fe regarde que comme ceux
quivont glaner dans le Champ
d'autruy , & en ce fens il ne
confidere fon Ouvrage que
comme une ſpicilege ou des
Analectes , s'il eftoit permis
d'adapter au fien les titres
confacrez, pour ainfi dire
l'ufage qu'en ont fait les fçavans
Peres Dom Luc d'Achery
& Dom Mabillon .
par
Au refte l'Auteur de ces
Effais a donné à fon Recueil
le titre le moins flateux & le
moins pompeux qu'il a pû ,
de crainte de rendre le fron86
MERCURE
tifpice plus beau que le bâtis
ment entier , & s'il n'a pas le
bonheur de devenir tant ſoit
peu utile au public , il efpere
du moins avoir celuy de les
convaincre de ſa bonne foy
en ne luy promettant pas plus
qu'il ne sçauroit tenir . Si fa
retenuë n'euft pas fait le motif
du titre qui parciſt , il auroit
pû en choifir d'autres
plus heureux peut eftre pour
le débit de fon Ouvrage , &
pour s'accrediter
celuy de Bibliotheque choifie
à l'exemple de Mr Colomiez
, ou de Bibliotheque an
, il
comme
GALANT 87
cienne & nouvelie à l'imitation
de Mr Koning ; mais
outre qu'il n'a pas l'humeur
plagiaire , il n'a garde d'apparier,
pour ainsi dire , par des
titres fi reffemblans , fes productions
à celles de ces deux
grands hommes , du premier
defquels on a dit auffi - bien
que de Mr Gueret , avec autant
de verité que d'efprit ,
que c'étoit le grand Auteur
des petits Livres.
Perfuadé qu'eft l'Auteur
de ces Effays que pour faire
une Bibliotheque , on doit
avoir moins d'égard au nom,
88 MERCURE
bre qu'à la qualité des Livres
que l'on achete , comme faifoit
l'illuftre feu Mr de With
Neveu du fameux Penfionnaire
de ce nom , dont la Bibliotheque
& le Cabinet de
raretez & de Medailles fe
vendirent à Dordrecht en
Hollande fur la fin de l'an .
née derniere , & dont on a
les Catalogues imprimez qui
font des pieces forts curieus
fes & fort inftructives pour la
connoiffance des bons Livres ,
comme l'eftoit dans fon tems
le Catalogue de la Bibliothe
que de Mr de Thou , impri ,
GALANT 89
mé en deux Volumes in octa
eft intitulé Bibliotheca Vo
Thuanea.
Perfuadé , dis- je , de cette
verité il s'eft refferré dans de
certaines bornes pour ne pass
tomber dans l'inconvenien
de ceux qui ne mettent point
de fin aux amas de Livres &
de qui on pourroit dire en ne
changeant qu'un mot ce que
le divin Auteur de l'Imitation
de Jefus Chrift , dit fi fage
ment : Faciendi Libros nulluss
eft finis.
Il m'a paru par la Lecture
de fes Effais , que l'Auteur
H Juillet 1702.
90 MERCURE
nous y donne le précis de
quantité de Livres tres - rares
en chaque genre , fur tout des
anciennes Editions , dont il
paroift qu'il eft fort curieux .
Il nous apprend d'ailleurs
beaucoup de faits anecdotes
de litterature qui non feulement
ne font pas du reffort
du vulgaire , & des demy fça .
vans ; mais aufli qui peuvent
fouvent échapper à la diligence
des veritables fçavans ,
& des plus profonds, tel qu'eſt
celuy qui regarde le traité des
Medailles d'Hautin dont
l'article fe trouve à la page 9.
GALANT 91
& dans la page quarante de
ce Recueil.
D'ailleurs s'il eft vray que
la brieveté contribue au merite
d'un Ouvrage , les articles
de celuy cy n'eftans pas trop
étendus , & ce premier Re
cueil n'eftant que de 61 pa
ge , je puis dire que je n'ay
rien lû en ce genre , de plus
profitable
ny de moins ennuyeux
. Ces Effais de littera
tur pour la connoiffance
des
Livres fe vendent chez le
Sieur Jean Moreau , ruë faint
Jacques vis-à- vis S. Yves , à la
Toifon d'or. L'Auteur fe pro
Hij
92 MERCURE
poſe d'en donner un pareil
Volume tous les mois.
L'Ouvrage qui fuit eft de
Madame de Malenfant , Préfidente
Douairiere de Pamiers
, & a efté préſentée
aux Jeux Floraux de Touloufe
, où elle a reçeu beau
coup d'approbation .
ODE ,
SUR LA FOUDRE
Où vient cet aſſemblage hor
rible
, D'où
D'abfcurité , de vents , d'éclairs !
GALANT 93
Quel trouble regne dans les airs z
Que m'annonce ce bruit terrible !
Tifiphonne aux brilans cheveux
Avecfes redoutables feux
A-t- elle embrafe ce nuage ?
Dieudu jour ainfi qu'autrefois
Vos Courfiers écumans de rage ,
D'unMortelfuivroient- ils les loix ?
S
Miniftre du Dieu des tempeftes ,
Foudre meurtriere , c'eft toy
Quej'entens & que j'apperçoy:
Prête d'eclaterfur nos teftes.
Fille des mouvemens jaloux
De deux Elemens en courroux
Tu romps déja ta fóible digue.
Ces Sillons de feu , ces horreurs
Qu'affemble une funefte ligue
Sont le fignal de tes fureurs.
S
Suivant la route qu'elle trace
94 MERCURE
L'attrait d'une douce chaleur.
Lafeche & l'humide vapeur
Font des airs ufurper la place.
Le feu fe hatant d'écarter
L'Ennemy qui l'ofe affronter,
Le repouffe avec violence !
Glaive ardent , terreur des mortels ,
Trifefoudre , tu prens naißance
De ces divorces Eternels.
2
Epris d'une force inconnue
Spectateur d'un hideux fracas.
Perçant le fejour des Frimats
Fe vole au deffus de la nuë ;
Je les vois , ces deux fiers Rivaux ,
Se livrer de rudes affauts
Dont mugit la voute azurée
Dieux , avec quel choc & quel bruit
Séchappe uneflame enfouffrée
Du fein d'une effroyable nuit !
GALANT.
و
Flame fubtile & penetrante »
Tourbillon , Orage fumant ,
A ton affreux mugiffement
La Terre s'ement s'épouvante.
Tout fremit , un effroi foudain
Se répandfur le front d'Airain
Du Monarque du noir Cocite.
Nep une preffant fes Chevaux
Plein de lafrayeur qui l'agite
Cherche un azile au fond des flots.
$
Ce Nourriffon des Eumenides
Artifan d'un projet fatal
L'orgueil parfon fouffle infernal
Excita tes traits homicides ;
Ouy , c'eft ce Monftre quijadis
Arma ces mortels trop hardis
Que vit tomber la Theßalie
Et de qui la rebellion
Par une éclatante folie
Fit voir Offa fur Pelion .
96 MERCURE
Si la Prudence ne l'anime
Que peut la fougueufe Valeur
D'une capricieufe ardeur
Elle eft la fuperbe victime :
Déja ces Titans infenfez
Du haut de leurs Monts entaffer
Voyent le Ciel comme leurproye ,
Quand d'un efort impetueux
Le Carreau s'élance , & Foudroyer
Ces Coloffès prefomptueux.
2
O trois fois heureux ce bel age.
Où fur les charmes , trop puiſſans
Du Flateur empire des fens.
La raifon avoit lavantage !
Avec les Dieux l'homme d'accord™
Jouiffoit d'un paifible fort
Et ne craignoit point le Tonnere :
Rien ne troubloit fes doux plaifirs
Et fur la face de la Terre
GALANT
97
Ne regnoient que les feuls Zephirs.
2
Mais belas ! il n'eft plus d'obstacles
Qui brident les vents mutinez ,
Etles Elemens déchainez
N'enfantent que de noirs
fpectacles.
Roulant fur le nuage épais
Armée & deflame & de traits
La foudre enfonce fa barriere
Et brifant les plus durs Rochers
Son ardeur
dévorante & fiere
Des Forefts fait d'affreux buchers .
S
Ab ! quel defordre
épouvantable ,
Quel
renversement , quel débris ;
Allarment mes regards furpris !
Arrefte , Foudre
impitoyable.
Mais
quoy , tu redoubles tes coups ?
Et laffe d'éclaterfur nous
Tuvoles fur les Autels même ,
Ton feu promptà tout
ravager
Juillet
1702 : I
98 MERCURE
Tourne ainfi fa fureur extreme
Contre les Dieux qu'il doit vanger.
On parle icy de force mor.
fures de chiens enragez
.
C'est ce qui m'engage à vous
faire part de ce qui eft arrivé
depuis fix femaines .
Jean Verdure , Charbonnier
, âgé de quarante ans ou
environ , demeurant rue Saint
Jacques , attenant la porte
de l'Eglife des Jacobins
fut mordu d'un chien , vers
le douzième d'Avril , de
la prefente année 1702. Ce
THÈQUE
REEL
DITTE
LYON
1093*
DE
ཕྱོག
GALANT
•BL ...
THEQUE
199
&
BE
LA
VILLE
chien avoit une tumètr
groffe loupe au deffous de la
gorge , qui paroiffoit luy faire
beaucoup de mal , ce qui
fembloit l'irriter & l'obliger à
mordre les autres chiens ;
mefme à mordre quelques
perfonnes voisines par leurs
habits. Ceux qui remarquerent
cela , crurent que le
chien eftoit enragé , & pour
éviter un plus grand mal , le
nommé Verdure voulutjetter
ce mefme chien dans les lieux
communs de fa maiſon , mais
comme il ne l'y jettoit pas la
teſte devant , ce chien enco:
Įij
100 MERCURE
re plus irrité & épouvanté
s'élança , & luy mordit la
levre fuperieure.
ce
Vers la feconde ſemaine
du mois de May , quelqu'un
par querelle jetta avec violence
le nommé Verdure fur le
timon d'une Charette , dont
il rencontra le crochet ,
qui luy rompit trois coftes
vrayes du côté droit affez proches
des vertebres. Il en fut
toujours incommodé jusqu'à
la mort quoy que pendant
quinze jours ou trois ſemaines
il eut fait tout ce qui
eftoit en fon pouvoir pour y
GALANT IOI
apporter les remedes neceffaires
; mais comme fon travail
le faifoit fubfifter , il continua
enfuite de travailler à
fon ordinaire autant qu'il luy
fut poffible. De forte que le
premier de Juin veille du jour
qu'il fut faifi de fa derniere
maladie
, il tranfporta encore
lui feul plus de dixhuit falourdes
à un quatrième étage chés
un particulier. Le z . de Juin
aprés midy il commença d'ef
tre incommodé
d'une dou ..
leur de tefte avec un mal de.
gorge & une douleur de cofté
, du cofté mefme où il
I iij
102 MERCURE
eftoit bleffé. Le foir du même
jour il fut faigné du bras .
Le jour fuivant on pria M
l'Abbé , Medecin , qui paffoit
alors par la rue de voir ce
malade , ce qu'il fit , & ap .
prouva encore une faignée du
bras qui fut faite , & ne fut
point d'avis de le ſaigner encore
au pied , le jour ſuivant
comme le propoſoit le Sicur
Poncet Chirurgien. Ce malade
, à force de fe contraindre
, prit une fois du bouillon
qu'il vômit à l'inſtant. On
luy fit auffi prendre de l'Emetique
qu'il vômit pareille .
GALANT
10}
Il faut ob- ment auffitoft
.
ferver qu'à caufe que le malade
eftoit toujours
en agitation
, il avoit fait relacher
les
ligatures
des bras où il avoit
efté faigné ce qui luy fit en
core perdre
beaucoup
de
fang. Le3 M Thomaffeau
Medecin
, approuva
la faig
gnée du pied qui fut faite
au malade par le Sieur Poncet
Chirurgien
, le mefme
jour à cinq heures du foir.
Aprés environ
deux jours de
Maladie
, le malade mourut
affez tranquillement peu de
temps aprés cette faignée du
pied.
1 iiij
104 MERCURE
Pendant la maladie on obferva
qu'il arrivoit à ce malade
des convulfions à la gorge
lorfqu'on luy préfentoit à
boire , ou chofe ſemblable ,
& qu'il avoit une averfion
generale pour tous les liquides,
& qu'au commencement
de cette maladie il étoit ſujet
à quelques vomiffemens , ce
qui eft conforme à ce qu'on
a remarqué à l'occafion du
nommé Pierre la Porte de la
Ville d'Arras qu'on croit être
mort de la meſme maladie ;
dont l'ouverture fut faite
dans la rue de la Harpe de
GALANT
105
cette Ville de Paris par Mr
Tauvry , Docteur en Medecine
, & de l'Academie des
Sciences , le z de Decembre
1699. prés le College d'Harcourt.
2
Cette averfion pour les li.
quides eft encore conforme
à la maladie d'une femme
âgée de vingt cinq ans qui
eft morte de la rage, & dont
l'ouverture fut faite au Fauxbourg
de faint Germain ruë
des Cannettes le troifieme
de Decembre 1700 , par Mr
de Littre Docteur en Mede
cine de la Faculté de Paris &
106 MERCURE
de l'Academie des Sciences,
en préſence de Mr Reneaume
, & de Mr Poupart auffi de
l'Academie des Sciences &
de plufieurs autres . Cette
femme mourut de la rage
aprés avoir efté merdue à
l'extremité du nez par un
Chien enragé , & la ſemaine
précedente fon frere âgé de
vingt- trois ans eftoit mort de
la mefme maladie , le tout
aprés avoir fait un voyage à
Dieppe pour eftre plongez
dans la mer , & aprés deux ou
trois jours d'une maladie tresviolente.
GALANT
107
,
Lorſqu'à ce dernier Malade
on offroit quelque chofe
à boire , il le refufoit avec
horreur & avec exclamations
comme fi ç'avoit efté un fup.
plice qu'on luy eût voulu faire
Louffric
ce qui eft encore
conforme à la maladie du
nommé de la Porte. Quand
on luy offroit de l'eau & qu'on
luy difoit que c'eftoit de
l'Eau-benifte , il en prenoit
legerement
avec le bout de
fon doigt , & il en touchoit
fon front ; cependant
il témoignoit
qu'il fouffroit beau .
coup. Il faut obferver que
108 MERCURE
malgré la violence de la me
ladic , ce malade eut toujours
quelque ufage de raiſon Son
pouls eftoit fort regle , même
foible , quoique la maladie
paruft l'incommoder beaucoup.
Ce qui eft encore conforme
au fimprofme qui fut
obfervé dans la maladie du
nommé de la Porte. Outre la
douleur fixe vers l'hypocondre
droit , il avoit des douleurs
vers le Larinx & l'Efophage
, où il difoit luy re.
monter quelque chofe , qui
l'empefchoit de pouvoir rien
boire ny manger , ce qui eft
GALANT 109
-
encore conforme à ce que
fouffroit le nommé la Porte.
Il avertiffoit qu'on ſe retiraſt
de luy , & qu'il n'eftoit pas
maiftre de fes mouvemens
quoi qu'il n'euft intention de
faire de mal à perfonne . Malgré
la violence du malle malade
eut affez l'ufage de la
raiſon , pendant cette maladie.
Le nommé de la Porte
avoit l'efprit libre pendant
des intervalles feulement .
L'ouverture du Cadavre du
nommé Verdure fut faite par
Mr Petit Maiſtre Chirurgien
de Paris , aidé par Mr Sauré
4
110 MERCURE
auffi Chirurgien , en préſence
de Mr Reneauve Docteur en
Medecine de la Faculté de
Paris & de l'Academie Royale
des Sciences , & en préfence
auffi de Mr de la Salle Apoticaire
& de plufieurs autres .
Al'ouverture de l'abdomen ,
remarquas qu'auffi toft
qu'on eut fait une petite ouverture
au peritoine , comme
pour paffer le ponce , il fortit
par cette ouverture une gran
de quantité d'air , qui y étoit
retenu comprimé , ce qui fit
du bruit en fortant avec un
on
ſoufle aſſez impetueux , qui
GALANT
111
infecta un peu la Chambre.
Et examinant les inteftins on
trouva le pilore & le duodenum
fort dilatez . On trouva
auffi vers la partie lombaire.
gauche un petit retreffiffement
confiderable du colum
de la longueur d'un demy
pied , lequel eftoit reduit à la
groffeur d'un pouce mediocre.
On trouva encore les
deux ventriculés du coeur en
tierement vuides de fang , &
trois coftes vrayes rompues
au cofte droit de la poitrine.
Le cerveau eftoit dans la con.
ſiſtance , cftat & moleſſe or112
MERCURE
dinaire , à l'exception qu'il
paroiffoit un peu deffeché , &
de mefme des autres parties
du corps , à proportion , apparament
à force du fang
qu'on luy avoit tiré.
A l'égard de l'interieur de
.ce duodenum dilaté & des
autres parties on n'en fit
point l'ouverture à cauſe des
Occupations de Mr Petit qui
ne luy permirent pas de faire
une recherche plus ample ;
outre que M' Poncet faifoit
tout ce qu'il pouvoit pour
prouver qu'on ne trouveroit
rien d'extraordinaire
,
GALANT
113
quelque recherche qu'on fift,
cependant on auroit peuteftre
trouvé dans les inteftins
& dans le ventricule, quelques
vers ou autres animaux extraordinaires
comme il eft
arrivé en d'autres occafions ,
ce qui auroit pû encore faire
mieux connoiftre la caufe &
& la nature de cette mala.
die.
On ne doit point accelerer
la mort des perfonnes qu'on
fçait veritablement eſtre attaquées
de la rage. C'eft um
homicide des plus évidens
on doit pluftost teater tou-
Fuilles
17021
K
114 MERCURE
tes fortes de remedes. Il n'y a
qu'à feuilleter les Livres de
Medecine , on y en trouve
abondamment
. Tout le mon
de fçait qu'à la Campagne ,
ces fortes de maladies font
affez frequentes , & que cependant
il eft fort rare qu'on
en meure , parce qu'on y a
de bons remèdes prefervatifs
qu'on met en uſage , & dont
la préparation
eft tres-fimple.
On fçait que la fureur de
ces fortes de maladies eft incapable
de nuire à perfonne,
lorfqu'on a eu la précaution
de lier ou attacher adroite,
GALANT
115
-
ment les malades qui en ont
eu des accés . Au refte ils ont
par intervalles de la raifon
fuffilamment pour obeïr à ce
qu'on fouhaite d'eux , & pour
avoir toute la retenue poffi
ble pour furmonter la vio
lence de la maladie , en prenant
les remedes qu'on leur
offre , & qu'on croit capables
de les guerir ou du moins de
les foulager,
A l'égard de la caufe de
cette maladie on peut dire en
general que c'eft le princi
pe des nerfs qui eft attaqué ,
le principal lieu de la
&
que
Kij
116 MERCURE
rage eft dans les efprits animaux
, ce qui y cauſe un dé
rangement
terrible , & une
diffipation
tres grande ; &
enfin aprés un épuiſement
preſque univerfel de la ſub .
ftance fpiritueule
, les orga .
nes du corps fe trouvent hors
d'eftat de faire leurs fonctions
, ce qui rend la mort
inévitable.
M' Cheron eft l'Auteur du
petit Ouvrage que vous allez
lire .
GALANT 17
STANCES
IRREGULIERES
A UNE VEUVE.
C
Harmante Veuve l'on m'accufe
D'avoir mal à propos paru dans
L'embaras ,
Lors que chez une Aimable
·
Muſe
Fe vis briller en vous les plus par
faits apas.
Ilfaut de monfilence apporter quel
que excufe ,
Il'eft jufte , mais jerefuſe.
De vous en donner une autrement
qu'en écrit.
118 MERCURE
Le plaifir de vus voir nairoit à
mon efprit ,
D'ailleurs quand on a lieu de craindre
d'en trop dire ,
Il est beaucoup plus feur d'écrire,
On y peut penser à loifir ;
La plus rare beauté ne perd rien à
ce change ,
Au contraire elle a le plaifir
De faire repeter une jufte louange
Mille fois felon fon defir.
On veut pourpeine de mafaute,
Qu'ilfaut avouer la plus haute ,
Que l'on puiffe commettre auprés
d'un bel objet
4
Queje découvre fans miftere
A quoy je refvois en fecret ,
On le veut , & de plus ilfaut eftre
fincere ,
Ne vous armez donc point d'une ins
jufte colere
GALANT 1 :9
Je ne vous l'apprend qu'a regret,
Et mefme en le faifantje fuis encor
difcret.
2
Ne pouvant vous croire un Ven
ve ,
Qu'à la fombre couleur de votre
trifte habit,
J'en cherchois ailleurs une preuve ,
Et ne la trouvant point , je reftois
interdit .
Les plus doux agremens de la ten
drejeuneſſe ,
ཐྭ་
Certain air fi piquant , tant de
délicateffe,
La taille fine un bras à faire cent
jaloux ,
Une gorge d'albatre
, une luifante
,
A
treffe ,
Un teint de lys , des yeux aula
brillans
que doux ,
120 MERCUR E
Enfin de mille attraits , l'admirable
affemblage ,
Dont les Veuves n'ont point le
touchant avantage
,
M'obligoient à penfer tout autrement
de vous.
S
Je nepouvois alors qu'admirer & me .
taire
;
Deux charmes nouveaux en dès
lieux
Où dėjadefigrandsfe trouventd'or
dinaire ,
Occupoient mon efprit dans ce temps
precieux.
Voftre fçavante Mere éclatoit à
merveille
Par fes difcours polis , fa douceur
fans pareille ,
Et vous , vous enchantezparvoſtre
air gracieux,
GALANT 121
A l'une je prétois l'oreille
Sur l'autrej'attachois mesyeux.
2.
Mais Ciel ! vit- on jamais erreur
plus finguliere ,
Comme j'ai pu longtemps réver
Je cherche à m'excufer de la mème
maniere ,
Que fais-je. Vous allez trouver
Que cette excufe choque , encor plus
que l'offence ,
Pour demander pardon d'un peut
trop de filence
Je vous romps la tefte aujourd'buy's
Finiffons , taifons nous
d rude
>
penitence ,
Encor deux mats en ma deffenſe ,
Mon ftile va changer pour caufer
moins d'ennui,
2
Juillet 1702 .
L.
122 MERCURE
Neparlez point de moy
railleufe,
d'une façon
Carfi vous m'appellez rèveur ,
Je vous appelleray trompeufe ,
Jugez qui de nous deux auroit le plus
d'honneur.
On blameroit marêverie ,
Mais on vous blameroit bien
plus.
Veuve pafferpour Fillea h , quelle
tromperie !
Il n'appartient qu'à vous de former
cet abus
S
Cependant pourparoiftre au vray ce
que vous eftes ,
Ne changezrien de bonne foy ,
Il eft doux de tromper de même que
vousfaites ,
Et d'eftre trompé comme moy.
GALANT 231
Que de Dames voudroient donner un
pareil doute
De leur eftat& de leurs ans.
Abfi quelqu'une le redoute ,
C'eft de ppeeuurr qquuee l'erreur n'en dure
pas longtemps.
Alafin vous demandez tréve ;
Pardon , depatience , ilfalloit vous
manir.
Quand onparle de vous ou lors
l'ony rêve >
On nefçauroitjamais finir.
que
Je croy que l'on chantera
avec plaifir dans voſtre Province
les paroles que je vous envoye
notées. Chacun eft intereſſé
aux ſouhaits qu'elles contiennent.
Lij
124 MERCURE
AIR NOUVEAU.
SEigneur, foyez nous favo
rable.
En faveur de Louis , écoutez.
noftre voix.
Et qu'il puiffe long temps , ce
Monarque équitable ,
Faire , & proteger d'autres
Rois.
M'Fleury Profeffeur de Philofophie
au College des Graf
fins fondé dans l'Univerfité
de Paris , n'a pas voulu terminer
fon cours de Philofo
tell H
BIBLIOTH
LYON
*
183 *
TREQUE
DELA VILLE
Liij
GALANT 125
phie fans donner au Public
des témoignages de fon travail
& du zele qui l'anime
perfectionner la Profef. pour
·
fion. Dans le mois de Juin
dernier & dans celuy cy , ila
fait foutenir à fes Ecoliers des
Theſes de
Mathematiques ,
& entre autres exercices , il
les a fait expliquer pendant
plufieurs femaines un grand
nombre d'experiences fort
curieufes & tres utiles pour
l'intelligence de la bonne
Phifique. Pour ne pas blef
fer la modeftie de ce Profef
feur , on le contentera d'en
Liij
#26 MERCURE
entendre faire les éloges par
la voix publique : mais comme
la chofe eft finguliere
dans plufieurs de fes circonftances
, on ne peut s'empefcher
d'y faire quelques ré
flexions.
Premierement les Statuts
de l'Univerfité énoncez dans
la réformation de la Faculté
des Arts qui fut faite par Arreft
de la Cour de Parlement
en 1598 & en 1600. prefcrivent
en termes formels Article
40. que dans les Ecolles
de Philofophie on doit en
feigner les Elemens de MaGALANT
127
thematiques & les principes
d'Aftronomie. M' Fleury a
donné des preuves publiques
qu'il a pleinement ſatisfait à
cet article du Statut ; mefme
on peut dire qu'il eft prefque
le feul Profeffeur de Philofo .
phie dans l'Univerfité qu'on
feache avoir mis des Ecoliers
en état de demontrer publi
quement les Elemens de Geo.
metrie. Cependant l'inten
tion de la Cour eft formellement
déclarée fur cet article
dans la remontrance qui fut
faite au Recteur de l'Univer .
fité par Meffire Louis Ser
L iiij
128 MERCURE
Par
vin , alors Avocat du Roy ;
fignée par Meffire Jacques
Augufte de Thou Confeiller
du Roy en fes Confeils d'Etat
& Privé. Préfident en la
Cour de Parlement.
Lazare Coqueley & par
Edouard Molé Confeiller du
Roy en cette meſme Cour
Commis & Députez pour la
réformation de l'Univerfité .
Cette remonstrance eft inferée
au commencement de
l'Appendice de la réformation
de la Faculté des Arts
faire en l'année 1600. Aprés
avoir exposé l'ordre que les
>
GALANT 129
•
Facultez fuperieures de l'Univerfité
doivent obferver
dans leurs Leçons publi
ques , M' Sevin s'applique
principalement à la fplendeur
de la Faculté des Arts
Il parle des Profeffeurs de
Mathematiques en ces ter
mes. Le Mathematicien fera
fa démonstration fans babil, le
Rheteur difant felon le fujet ,
chacun des autres fuivant fa ma
tiere , & par une Encyclopedie
de toutes Sciences on montera des
Facultez bales aux éminen .
tes.
Dans l'article 118 , des Sta130
MERCURE
tuts de la Faculté des Arts il
eft preferit que depuis la S.
Remy jufqu'à Pâques on doit
enfeigner depuis fix heures
du matin jufqu'à fept. Ce qui
elt encore enjoint expreffement
dans l'article troiſième
de l'Appendice de la refor
mation de la mefme Faculté ,
& que depuis Pâques juſqu'à
la faint Remy on doit enfei
gner depuis cinq heures du
matin jufqu'à fix. Enfin par
le mefme Article on doit enfeigner
depuis midy juſqu'à
une heure , excepté le Mardy
& le Jeudy . Cet Article du
+
{
GALANT IZT
Statut n'eftant point executé
dans les anciens Colleges de
l'Univerfité
& ces Leçons
extraordinaires eftant defti
nées pour les Mathemati
ques , c'eft ce qui a déterminé
M' Fleury à y fupléer avec
toute l'ardeur poffible , &
avec d'autant plus de raifon
qu'il y a au College Mazarin
un Profeffeur de Mathema
tique & un au College de
Louis le Grand , & qu'il n'y
en a point au College des
Graffins , ny aux autres Colleges
de l'Univerfité , ce qui
leur eft fort deſavantageux.
132. MERCURE
Secondement pour ce qui
regarde l'étude de l'Aftrono .
mie , prefcrit par les Statuts
de l'Univerfité , les Ecoliers
de M' Fleury n'ont pas moins
bien reuffi ; mais comme chacun
fe pique de fatisfaire aux
Statuts fur cet Article en expliquant
quelques Syftemes
on n'y fera point d'attention
particuliere.
Troifiémement , les autres
exercices publics ont fervy
de preuves certaines pour
montrer que les Difciples
n'ont pas fait un moindre
progrez dans le reste de la
GALANT 133
Philofophie , & particulierement
dans la Phyfique . De
peur d'en dire trop ou trop
peu on ne dira point de
quelle maniere M ' Fleury a
traité ces questions vagues ,
chimeriques , infructueuses
& qui font tout le fuplice &
le degouft des jeunes gens
qui étudient en Philofophie.
Voicy de la maniere qu'on
parle de ces fortes de quef
tions dans les Statuts de l'U .
niverfité touchant la Faculté
des Arts Article 41. Quas ·
( quæftiones ) olim Barbari in.
wexerant,& ab humaniore poli
134 MERCURE
tiorevefæculo,explefas afperi durique
homines non ita pridem refricare
& redintegrare funt conati.
On dira feulement que les
Difcours préliminaires de
chaque exercice , qui furent
faits par les Ecoliers de M
Fleury , furent tres- bien reçus
de la Compagnie qui y
affiftoit. Il y eut entre autres
un jeune Gentilhomme de la
Ville de Sens , Penfionnaire
dans ce mefme College des
Graffins , qui eut l'avantage
de furpaffer tous les autres.
Comme il poffede fort bien
les belles Lettres , on n'en
GALANT 135
efperoit pas moins de luy.
La préſence de M' Pinſonnat,
Docteur de Sorbonne , Principal
de ce College & Profeffeur
Royal en langue Hebraïque
, & celles des autres
Profeffeurs , ne contribuerent
pas peu à mettre ces exercices
dans une grande exactitude
, outre que le tout fut
accompagné des reflexions
fçavantes & judicieuſes d'un
grand nombre de perfonnes
fort verfées dans l'étude des
Sciences.
On a encore fait des expe
riences au College de Beau136
MERCURE
vais prefque toutes les fe
maines depuis la premiere de
Carefme jufqu'à la derniere
du mois de Juiller. On en a
fait auffi au College d'Harcour.
A l'égard des autres
Colleges , on ne croit pas
qu'on y en ait fait , excepté
au College de Montaigu où
l'on dit qu'on en fit quelquesunes
pendant les Claffes du
matin & du foir du mefme
jour qui furent executées par
le fieur de Ville , Marchand
Fayencier & Emailleur , qui a
beaucoup de dexterité pour
ces fortes de chofes , & à qui
GALANT 137
la plupart des Profeffeurs ont
de coûtume , par honneur
de ceder leur place pour les
expliquer.
On travaille actuellement
à la reforme & à la vifite generale
des Colleges de l'Univerfité
en execution de
l'Arreft de la Cour de Parlement
du 7. de Septembre
1701. II y a déja plus de fix
mois qu'on eft en mouve
ment dans le College d'Har
cour pour ce fujet.
Juillet 1702.
M
128 MERCURE
Voici une Traduction de
l'Ode feptiéme du quatrième
Livre d'Horace , qui commence
par Diffugêre nives .
I neige difparoift & déja de .
verdure
Les bois , les champs font embellis
,
La terre ouvre fonſein & change de
parure ,
Les fleuves coulent dans leurs
lits.
2
Les Nymphes de retour , les Graces
toutes nuës
Au fon des airs reglent leurspas,
Chaque faifon nous dit , nous fommes
revenues ,
Vos beaux jours ne reviendront
pas.
2
GALANT 139
Le Printemps fuit l'Hiver , l'Eté
prévient l'Automne ,
Et l'un par l'autre eft reparé
L'ame qui nous foûtient ne ranime
perfonne ,
Quand le corps en eft feparé
S
Alors on eft plus rien , Tullus
Ancus , Enée ,
Ontfubi le même deftin ;
Eh ; qui fçaitfi pour toy laprochaine
journée
Fera luire un nouveau matin ?
S
Pendant qu'il eft permis , avant
l'heure fatale
Donne à qui t'a le plus aimé;
Lefeul que peut choquer ton humeur
liberale
C'est ton Succeffeur affamé,
12
Mij
140 MERCURE
A la mort, quand Minos l'aura
parfa Sentence
Condamnéfouverainement ,
Il n'eft point de vertu , de rang , &
d'éloquence
Qui te tirent du monument ,
ន
Diane en vain tacha que fon chafte
Hyppolite
Luy fuft rendu par les Enfers ,
Et Thefée arrivé fur le bord du Cocyte
Laiffa fon Ami dans lesfers.
Les Vers de cette Traduction
font de la même meſure que
ceux d'Horace , & en pareil
nombre. Elle a efté faite par M
de le Pul , Viguier Royal à Beziers
, qui eut l'honneur de prefenter
& Monſeigneur le Duc de
GALANT. 14
Bourgogne , lorfque ce Prince
y paffa , la Traduction des Eglogues
de Virgile , qu'on a beaucoup
eftimée.
Je crois , Madame , que vous
ne ferez point fâchée d'entendre
de quelle maniere Mr Moreau
de Mautour a fait parler
un Echo merveilleux qui fe
trouve dans le Parc d'une Terre
appartenance à un des plus
illuſtres Magiſtrats de la Robe.
L'ECHO DE BEAUVOIR
A M. L. P. D.
Depuis qu'un Magiftrat , digne
de fa naiffance ,
Faitfes delices de ces lieux
142 MERCURE
Où dufameux * Givry connu parfa
vaillance
Le temps respecte encorles reftes prétieux
:
Jeprefere auxrochers , aux antres les
plus fombres ,
Cette noble retraite & l'aimablefo
Chreft
Où ce grand Magiftrat fe plaift
chercher le repos , lefilence , & les
ombres.
ន
Je fus Nymphe , & l'amour me
fit fentir les coups ,
Fadis je foupiray pour le charmant
Narciffe ,
Et j'éprouve en tous lieux de Junon
en courroux
René d'Anglure de Givry eftoit Seigneur
de ce lieu , & l'on y voit fon
Monument en marbre.
GALANT: 143
Le bizarre &jaloux caprice.
Depuis mon changement on ne me
voitjamais ,
Ma voixfeule comprend tout ce que
j'ay d'attraits.
2
Dans ce brillant fejour , audeffaut
des Nayades
Qui n'yfont pointoüir leurs bruyantes
* Cafcades ,
Mes accens redoublez font retentir
les airs ,
Lorfqu'on m'entendredire
Les plaintes d'un Amant qui conte
fon martyré
Ou lorfque je répons à mille fons di
vers.
S
Il n'y a aucunes eaux dans les Jar
dins.
144 MERCURE
Là , Pomone & Vertamne
nent leur Empire ,
да tien-
Florey regne à fon tour avec ledoux
Zephire.
Des Nymphes , des Sylvains , des
Faunes amoureux,
Ou voit la troupe éparfe errer en mil
le lieux ,
Et la blonde Cerés vient offrir à la
veuë
De fes fertiles champs une vafte
étendue.
ន
O vous , dans qui le ciel & la nature
ont mis ,
Des vertus , des honneurs , des biens
hereditaires
,
[ mis
Qui fûtes élevé dans le fein de The-
Pour marcher
fur les pas de vos il-
Lustrez
Peres >
Etfidelles à fes juftes loix
Rem
GALANT 145
Rempliffez dignementfes plus vaftes
emplois ,
Si pour vous délaffer de vos veilles
penibles ,
Vous venezgoûter quelquefois
La douceur de ces lieux paisibles,
Daignezfavorifer les charmes invifibles
,
Qui font tout l'ornement & le prix
de ma voix.
Loin des foins de la Cour , & du
bruit de la ville ,
Foüiffez desplaifirs de cefejour tranquille.
$
Pour moy preft de répondre & la nuit
& le jour,.
A qui me parle ou qui m'appel-
·le ,
Je fuis l'Echo le plus fidelle ,
De tous les Echos d'alentour.
Juillet 1702.
N
146 MERCURE
Vous remarquerez que
toute la Fable de la Nymphe
Echo du troifiéme Livre des
Metamorphofes
d'Ovide , eft
compriſe dans les fix Vers
de la feconde Stance.
Le 19. Decembre 1701. les
Religieux de Terre- Sainte ,
qui font les Obfervantins , les
Recolets , & les Religieux du
tiers Ordre , folemniferent
la naiffance de Philippe V.
Roy d'Espagne . Cette folem
nité commença par le grand
Convent de Jerufalem , où le
Pere Raphaël Ventaiol , Ef,
GALANT: 147
pagnol de naiffance ; mais
qui depuis vingt - cinq ans
qu'il gouverne le temporel de
la Terre fainte a toujours fort
favorifé les François , fe diftin ,
gua pour témoigner la joye
de l'élevation de ce jeune
Prince à la Couronne d'ELpagne.
Il chanta la Méſſe en
action de graces de ſa naiffance,
affifté des Religieux de
toutes les Nations du monde
qui firent un concert de Mu .
fique en la maniere la plus
jufte qui leur fut poffible.
Les cinq Autels de l'Eglife
du grand Convent de laint
Nij
148 MERCURE
Sauveur eftoient garnis de
Tableaux , de Cierges , & de
Bouquets de fleurs comme
aux Fettes les plus folemnelles
de l'année . L'Eglife fut
auffi remplie des parfums les
plus precieux du Levant .Tous
les Religieux Preftres appliquerent
la Meffe ce jour là
pour la confervation de Sa
Majefté Catholique , & tous
les Freres eurent ordre du
Superieur , d'appliquer de
meime leur Communion .
De pareilles folemnitez fu
rent faites en Bethleem , au
faint Sepulchre , à faint Jean
GALANT 14.9
& à Nazareth , & le Gardien
de Jerufalem , Cuftode , &
Superieur des vingt - quatre
Convens ou Hofpices de
Terre- Sainte , ordonna par
une Lettre Circulaire , que
tous les Religieux Preftres de
toute la Cuftodie applique ..
roient leurs Meffes pour Sa
Majefté Catholique au même
jour , qu'on celebreroit une
grande Meffe en action de
graces de la naiffance de ce
Grand Monarque ,
demander à Dieu fa confervation
, & la protection par
ticuliere de fa perfonne fas
&
pour
Niij
150 MERCURE
C
crée. Aprés la Meffe folemnelle
,l'on chanta le Te Deum
qui fut fuivi des Oraiſons ordinaires.
La folemnité finie
le Pere Procureur regala cous
les Pauvres Catholiques de
Jerufalem leur donnant des
aumônes de pain plus confiderables
que celles qu'on a
couftume de leur donner
tous les Dimanches de l'année
, & les exhortant à prier
Dieu pour la confervation de
Sa Majefté Catholique. La
folemnité finie dans l'Eglife,
les Religieux allerent au Refectoire
, où quoique jamais
GALANT xSx
on ne rompe le filence pour
quelque folemnité que ce
foir ,afin de ne pas interrom
pre la lecture fpirituelle , le
Superieur néanmoins qui
eftoit pour lors le Vicaire ;
François de Nation , en dif.
penfa ce jour- là aprés la premiere
lecture qui eft celle de
la Bible , & fit un petit Difcours
fur l'avantage que res
çoit la Terre - Sainte de l'u
nion des deux Nations les
plus eftenduës de l'Europe ,
par l'élevation du petit fils de
Louis le Grand à la Couronne
d'Espagne. Et tous les Fran-
Niiij
itz MERCURE
çois , Espagnols , Italiens , Ir
landois , Portugais , Savoyards
& autres burent à la fanté de
Sa Majesté Catholique , luy
fouhaittant un regne aufli
heureux & auffi long que celuy
du Roy de France fon
grand Pere. Le Pere Procureur
fit fçavoir aux Armeniens
, Siriens , Maronites &
autres Nations de Jerufalem,
qu'on folemnifoit ce jour là
la naiffance du Roy d'Efpagne
, ce qui obligea les prin
cipaux Marchands des Nations
differentes de Jerufalem
de venir feliciter les ReGALANT
153
ligieux. Ils fouhaitterent , fuivant
la maniere dés Orien
mille benedictions à taux
Sa Majesté Catholique , au
Dauphin fon Pere , au Roy
Tres- Chreftien fon grand
Pere , & aux deux Familles
Royales.
Le fecond jour du mois
d'Aouft 1701 , la nouvelle de
la mort de Monfieur Duc
d'Orleans eftant arrrivée en
Jerufalem , le Pere Gardien ,
Cuftode de Terre- Sainte , dé
figna le jour fuivant pour faire
un Service folemnel pour le
repos de l'ame de ce Prince.
154 MERCURE
Il ordonna qu'on dreffaft
une Chapelle ardente ; qu'on
garnift de Cierges toute l'Es
glife du grand Convent de
S. Sauveur , & nomma tous
les Officiers pour le Pontifi
cal du jour ſuivant , qui fe fit
avec toute la gravité& toute
la devotion poffible . Le Pere
Vicaire fit l'Office de premier
Diacre & un autre François
celuy de premier Soufdiacre.
Tous les Preftres eurent ordre
, non feulement à faint
Sauveur , mais encore dans
tous les Convents , Hofpices
& Miffions de Terre-fainte
GALANT ISS
d'appliquer leurs Meffes trois
jours confecutifs pour le res
pos de l'ame de ce grand
Prince. Les Freres eurent auffi
ordre d'appliquer leur Com
munion , & de dire encore
trois cens Pater , & trois cens
Ave , pour le melme fujet.
La veille on chanta le grand
Office des Morts , & le jour
fuivant on fit , felon la couftu
me , des aumofnes de pain
aux Pauvres , à qui l'on en ,
joignit de prier Dieu pour
l'ame de Son Alteffe Royale.
La nouvelle de la mort de
Jacques II . Roy d'Angleterre
16 MERCURE
eftant arrivée trop tard en
Jerufalem , à caufe que plu
fieurs Lettres ont efté pera
dues , le Service qu'on a fait
pour le repos de l'ame de ce
Prince a efté differé jusqu'au
20. Janvier , auquel jour le
Pere Gardien de Jerufalem ,
Cuftode de Terre Sainte , Officia
Pontificalement dans
l'Eglife de faint Sauveur , ayant
pour Diacre , Soudiacre & -
autres Officiers les Irlandois
qui fe trouverent en Jerufalem
. On chanta la veille le
grand Office des Morts ; on
drefla à faint Sauveur unc
GALANT 157
Chapelle ardente , & on diftribua
des Cierges à tous les
Religieux qui eftoient préfens.
Par l'ordre du Superieur
tous les Preftres appliquerent
leur Meffe , & les Freres leur
Communion pour le repos de
l'ame de Sa Majefté Britani
que ; l'on fit les mefmes Prieres
& Offices en Bethleem ,
au S. Sepulchre , à ſaint Jean ,
à Nazareth & dans tous les
Convents , Hofpices , & Miſfions
qui dépendent du Superieur
de Terre- Sainte.
On n'a receu ces nouvelles
que fort tard , parce que deux
258 MERCURE
Barques Grecques , ou Saïcques
, qui les apportoient la
premiere fois , le font per
dues en venant de Japha à
Chypre.
Vous fçavez que Mr le
Comte d'Albon , Capitaine
de Carabiniers , a eſté tué en
Italie. Il fuffit de vous nommer
la Maiſon d'Albon pour
vous faire concevoir l'idée
d'une des plus illuftres Maifons
du Royaume ; les grandes
alliances , les grandes dignitez
, une antiquité dont
on ne trouve aucune époque
certaine , & plas que cela , la
*
GALANT
159
Souveraineté dont les anciens
Seigneurs de ce nom
d'Albon ont joüy , font des
preuves autentiques de ce
que j'avance.
L'an 1298 Guy , Seigneur
de S. Trivier en Dombes ,
ayant fait baftir le Chasteau
de Beauregard fur la Saonne ,
en fit hommage à Guichard ,
Seigneur de Beaujeu . Henry
de Villars , Archevefque de
Lyon , s'offença de ce procedé
, parce qu'il foutenoit
que ce Chateau avoit eſté
conftruit dans le Fief de l'E
glife de Lion . Cette raison
150 MERCURE
jointe à d'autres démeЛleż
qu'il avoit avec le Seigneur
de Beaujeu , excita entr'eux
un grand démellé qui auroit
mefme pû aller fort loin , fi
Guillaume , Archevefque de-
Vienne , Humbert Comte
d'Albon , Dauphin de Viennois
, Humbett Sire de Thoire
& de Villars fiere du Sei .
gneur de Beaujeu , & Guil .
Jaume de Marzé , Senechal
de Toulouſe , Arbitres nommez
n'avoient reglé leurs
differens & ordonné que le
cens , à caule du Broleau fe
payeroit par les fojets de
?
GALANT
161
l'Archevefque de Lyon à ce
Seigneur de Beaujeu , & que
le criminel pendu aux Fourches
de S. Sebaftien , feroit
rétably aux Fourches de la
Ville de Lyon par les Officiers
de l'Archevefque , &
que file corps ne fe trouvoit
pas , on mettroit un fantôme
à la place.
Albon eft une Terre du
Dauphiné dans le Viennois,
les Comtes de Graifivodan
qui ont auffi porté le titre de
Princes de Grenoble , ayant
efté chaffez de leur Comté
par les Maures , vinrent s'é
Fuilles 17.02.
162 MERCURE
tablir à Albon où ils demen
rerent deux cens ans . Le plus
ancien dont on ait connoif.
fance , eft Guigues I. qui en
880 fe trouva à l'Affemblée
qu'Hermengarde , veuve de
Bozon , fit de tous les Sei
gneurs de fon Etat à Varennes
, pour conferver la Couronne
d'Arles & de Bourgogne
à Louis Bozon fon fils.
Le nom & la qualité de Com
te d'Albon furent fi chers
aux Seigneurs de cette Mais
fon , qu'ils la préfererent à
à celuy de Comtes de Graifivaudan
, & ils le mirent en
GALANT. 1 163
cet
paralelle avec celuy de Comtes
de Vienne qu'ils eurent
dans la fuite. Un de ces Seigneurs
ayant commencé à fe
faire appeller Dauphin , ſes
Succeffeurs fuivirent
exemple & aimerent mieux
porter le Titre de Dauphins
de Viennois , que celuy de
Comtes . Tout le monde fçait
que les Comtes d'Albon
ont formé la premiere race
des Dauphins de Viennois .
Jean d'Albon , Seigneur
de Saint Forgeux & de Saint
Andrè , defcendant de ces
Anciens Comtes de Vien
O ij
164 MERCURE
nois , laiffa de Guillemette de
Laire fon Epouſe Guillaume
d'Albon , Sieur de Saint Forgeux
; il fut Pere d'Antoine ,
Archevêque de Lion , l'un
des plus grands Prelats de fon
Siecle , fameux par la connoiffance
qu'il avoit des langues
Orientales , & des Sciences
fpeculatives. C'eſt de ce
Guillaume que defcendent
Mrs d'Albon d'aujourd'huy
Celuy dont la mort donne
lieu à cet article , eftoit Frere
de M' le Marquis d'Albon
qui avoit épousé l'Heritiere
d'une branche de l'illuftre
GALANT 165
•
dont
Maiſon de Crevant , dans laquelle
elle eftoit fonduë. La
branche de la Maiſon du
Bellay qui y avoit porté le
Royaume d'Yvetot
jouit aujourd'huy la fille unique
de Mr le Marquis d'Albon
. En effet, Charles, Prince
d'Yvetot , Marquis de Tovarré
mourut fans lignée
d'Helene de Rieux la Femme
, dans le commencement
du dernier Siecle.
Guillaume d'Albon , dont
on a parlé , eut encore Gilles
Sr de Saint André qui d'An
ne de la Paliffe laiffa Gui
166 MERCURE
chard. Ce dernier époufa
Jeanne de Semur , & il en
eut Jean d'Albon , Chevalier
de l'Ordre & Gouverneur du
Lionnois , Jean d'Albon prit
alliance avec Charlote de la
Roche , & de ce Mariage
naquit le fameux Marefchal
de Saint André , Favory
d'Henry II . qui fut pris & tuéde
fang froid par Bobigny
Mezieres , Huguenot , à la
Bataille de Dreux. L'Eglife
de Lion , outre le grand Prélat
dont je viens de vous par?
ler à eu dix fept Comtes de
cette Maiſon › parmy lef
GALANT 167
quels il y a deux Doyens ,
Antoine decedé l'an 1525 , &
Guillaume en 1650 , & fix
Abbez de Savigny. M' le
Comte d'Albon , Archidiacre
de l'Eglife de Lyon ,
homme d'un grand merite
& qui foûtient avec honneur
cette grande dignité , eft
frere de celuy qui eft mort
en Italie.
La Seigneurie d'Yvetot fut
érigée en Royaume par Clotaire
I. qui avoit tué de ſa
main un jour de Vendredy
Saint , un Seigneur d'Yvetot
dans l'Eglife, Ce Prince fic
168 MERCURE
certe erection en faveur des
enfans de Gautier , qu'il avoit
poignardé luy-mefme.
gnet
>
Meffire Gabriël de Caſſa.
de Tilladet , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
Commandeur de
Maupas , du Mont de Soiffons
, & de Pieton en Hainault,
Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gooverneur
d'Aire. Il avoit pour
freres M' l'Evefque de Maf
con & feu M' le Marquis de
Tillader , Chevalier des Or
dres du Roy , Capitaine des
Cent- Suiffes Gouverneur
d'Arras
GALANT 169.
A
!
d'Arras & Lieutenant General
des Armées du Roy
mort de la bleffure qu'il reçût
au combat de Steinkerque
1692. & de Madame la
Marquife de Roque pine
mere de M le Marquis de
Roquefpine , tué la derniere
Campagne dans le Milanez,
& de M l'Abbé de Roquelpi !
ne Grand. Vicaire de Mafcon .
Ce Chevalier étoit fils de feu
Male Marquis de Tillader
Lieutenant General des Ar.
mée du Roy & Gouverneur
de
Bapaume & de Dame
Madelaine le Tellier , foeur
Fuilles
1702.
>*
P
170 MERCURE
de feu M le Chancelier le
Tellier. Tout le monde fçait
l'antiquité de la Maiſon de
Caffagnet de Tillader , elle
a paru avec éclat dans le
Royaume depuis plufieurs
fiécles. Le Languedoc , où
cetre illuftre Maiſon a de
grandes Terres & des mo .
numens de fa Nobleffe & de
fa valeur, La maiſon de Fief,
marcon qui porte le mefme
nom & les mefmes Armes ,
y a de grands établiſſemens ,
& de grands biens. Ceux de
cette Maifon ont toûjours .
porté les Armes avec gloire
GALANT I7I
pour le fervice de nos Rois.
Ils ont eu dans les troupes
des Commandemens confiderables.
M' le Chevalier de
Tilladet qui vient de mourir
s'eft diftingué en plufieurs occafions
pour fervir fon Ordre.
C'étoit un Gentilhomme qui
failoit de grands biens aux
pauvres , auffi en eſt- il extremement
regreté. La Maiſon
de Caffagnet eft connuë en
France dés le temps de Phia
lippe Augufte . L'un deux lorfque
l'on donna la bataille de
Bouvines , eut la gloire de
contribuer beaucoup
à la prife
Pij .
172 MERCURE
1
du Comte de Flandres. Cette
Maiſon a fervy glorieuſement
fous les Rois de Naples Com.
tes de Provence , & a eu des
emplois confiderables dans
les troupes de ces Princes , & .
dans les temps fâcheux de la
Ligue , les Seigneurs de cette
Maiſon retinrent plufieurs
fois le peuple de leurs Terres,
dans l'obeiffance dûë au le
gitime Souverain.
M' de Beduci de Loftans
ge , Capitaine dans le Regiment
de Vaillac , Cavalerie ,
a efté tué dans le grand fourage
qui fe fit en Flandre fur
GALANT 373
la fin du mois paffé . C'étoit
un jeune homme d'une grande
valeur , & elle luy a couté
la vie dans cette occafion ,
où il aima mieux perir les
armes à la main , que de rendre
fon épée . Sa bravoure fit
beaucoup de bruit . On en
parla fort le lendemain chez
Monfeigneur le Duc de Bour
gogne , qui loüa beaucoup .
le mort . Il eftoit fils de feu
M' le Marquis de Beduci ,
Gentilhomme
des plus qualifiez
de la Province de Quer- .
cy où cette Maifon à roû .
jours tenu un rang diftingué,
26.
Pij
174 MERCURE
& de Dame :..... de Champré
de Menardeau d'une des
plus anciennes & des plus con
fiderables Maifons de cette
Ville , où elle a poffedé des
Charges fort importantes .
Les Officiers du Regiment
de Vaillac ont envoyé icy une
Relation où la bravoure de
ce jeune Gentilhomme paroiſt
dans tout fon éclat. Ce
jeune Officier eftoit le fecond
fils de Madame la Marquife
de Beduei qui après la mort
de M' le Marquis de Beduei ,
fon mary ; s'elt retirée chez
les Dames Cordelieres de la
GALANT 175
ruë de Grenelle où elle vic
dans une pratique rigoureuſe
des vertus Chreftiennes. El
le a encore deux fils dans le
fervice.
M le Duc de Medina .
Celi eft parti d'icy pour con
tinuer fon voyage juſqu'à Ma
drid. Ha pris congé du Roy ,
de Monfeigneur & destoure
la Famille Royale , & il a efté
aufli contené des diftinctions
qu'on a eues pour luy qu'on
la etté de fa perfonne & des
manieres Nobless & polies
avec lefquels il foutient toug
Puj
176 MERCURE
ce qu'il a d'éclat & de grandeur.
Cette grandeur eft tellément
née avec luy qu'il la
répand dans tout ce qu'il fait ,
& quelque poli qu'il foit on.
la demefle dans tout ce qu'il
dit. Il a fait icy des liberali
rez confiderables à tous ceux
qui ont eu le bonheur de luy
rendre le moindre fervice &
il a accoutumé d'en ufer à proportion
de même par tout où
il paffe. M l'Ambaffa deur.
d'Eſpagne la logé dans fon
Hôtel & l'a régalé tous les
jours avec une magnificence
digne de l'un & de l'autre.
GALANT 177
Jamais table n'a efté n'y plus
fomptueulement ny plus délicatement
fervie que celle de
M l'Ambaffadeur pendant
tout ce temps là . Il a donné
plufieurs Feftes chez luy ou
les Dames du premier rang
&de la plus grande beauté ſe
font trouvées , mais le Di-.
manche 16. de Juillet , M
l'Ambaffadeur donna un des
plus grands & des plus exquis
repas qu'on ait encore veus .
Il y invita Meffieurs les deux
Nonces. M' l'Ambaffadeur
de Savoye , MlAmbaſſa .
deur de Venile , M. l'Abbé
3
178 MERCURE
de Polignac Mr l'Abbé de
Pomponno
2
* M' le Baron
de Breteuil & M de Saintot
Introducteurs des . Ambaffaz
deurs & d'autres perfonnes
diftinction. Ce rèpas fut à
quatre fervices de huir grands
plats & de douze mediocres
chacun , outre les hors d'oeu
vre. On n'a guere veu d'entre
mets plus rares ny plus recher.
chez. Si- toft qu'on l'eut def
fervi , on changea de nape &
de couvers. On fervit enfuite
le fruit le plus fuperpe le plus
exquis & le plus galant
qu'on le puiffe imaginer. M
GALANT 179
de
le Duc de Medina Celi &
tous ces Miniftres avouerent
qu'ils n'avoient rien veu de
plus beau , de meilleur , ny
plus curieux que ce deffert.
Les vins , & les liqueurs y
répondirent à tout le refte .
En fortant de table on eut un
petit Concert de fort bon
gouft & on fervit du Thé ,
du Caffé , & du Chocolate.
C'eſt ainfi à peu prés qu'en a
ufé M l'Ambasadeur d'E
pagne à l'égard de toutes les
perfonnes diftinguées de fa
Nation qui font venuës en
France en fi grand nombre
180 MERCURE
depuis que Philippe V. eft
Roy d'Espagne.
Don Francifco , Bernardo
de
Quiros , Ambaffadeur
d'Eſpagne
en Hollande
, eſt
venu
icy au retour
de fon Am .
baffade
. M'
l'Ambaffadeur
l'a préſenté
au Roy , & aux
Princes
& Princefes
de la Fa
mille
Royale
. C'eft
un hom
de
naiſſance
& de
beaucoup
d'efprit
, il eft affez
connu
&.
eftimé
par les fervices
.
M' le Marquis de la mina ,
dont je vous ay déja parlé , a
pris conge auf du Roy , de
la Famille Royale & de tout
GALANT
18
ย
ce qu'il y a de perfonnes diftinguées
à la Cour & à Paris
Il eft parti aprés y avoit fait
un affez long fejour avec Don
Jaimé de Gulman , d'Avalos
fon fils . Le Roy fit l'honneur
au pere & au fils , de leur
parler dans les termes les plus
obligeans & les plus remplis
de bonté. M' le Marquis
de la Mina s'eft trouvé bien
dédommagé en cette Cour de
tout ce qu'il avoit fouffert par
la part qu'il a veu qu'on y
prenoit. Monfeigneur , Madame
la Ducheffe de Bour
gne Monfeigneur le Duc de
182 MERCURE
Berry , Mr & Madame la
Ducheffe d'Orleans
ne luy
ont pas témogné moins de
bonté , mais rien ne peut égader
les honneurs
qu'il a reçeus
de Madame. Son Alteffe
Royale ne s'eft point laffée de
s'intereffer pour luy. Don Jaimé
de Gufman eftoit , regardé
avec toute la diftinction
imaginable à la Cour de cet.
te augufte Princeffe , & lorfqu'il
a pris congé d'elle , Soa
Alteffe Royale luy a donné
mille témoignages
d'une
bonté & d'une protection
qui
feules feroient capables de
GALANT 183
confoler M ' le Marquis de la
Mina de rous fes malheurs
paffez. Le Roy fit l'honneur
auffi à Don - Jaimé , de luy de
manders'il reſtoit icy , ce jeune
Seigneur qui parle bien
François comme je vous l'ay
déja dit , répondit à Sa Majesté
qu'il fuivoit fon Pere
mais qu'il reviendroit dans
peu de temps. Le Pere & le
fils font partis penetrez d'une
vive reconnoiffance .
Voicy la Traduction de la
lettre écrite par M ' le Grand
Duc de Tofcane à мr l'Am
184 MERCURE
baffadeur d'Eſpagne pour ré
ponle à l'avis que ce Miniftre
avoit donné à ce Prince que
·le Roy fon maitre l'avoit honoré
de la Viceroyauté du
Perou.
M
ONSIEUR ,
La Majefte Catholique du Roy
en qui resplendiffent éminement la
benignité & la justice , difpenfe les
graces les emplois les plus confiderables
à qui abonde le plus en
merite. Votre Excellence en eft plus
remplie que perfonne , Elle eft douée
d'une fageffe & d'une penetration
qui luy fontfoutenir avec applaudiffe
ment les Minifteres les plus relevez
de la Couronne. Je ne fuis nulleGALANT
185
ment furpris & ce n'est pas une
nouveauté pour moy d'entendre
que
Voftre Excellence a pour récompenfe
la Viceroyauté du Perou ; & qu'on
La confie fi dignement à fa fage
conduite à fan experience con
fommée. Je reçois comme une finguliere
faveur , lavis que m'en
donne Votre Excellence en termes fi
obligeans. Je la vois par la bien
perfuadée de mon amitiéveritable
de la paſſion fincere avec laquelle
je m'intereffe à fa fortune. Faffure
aufi Votre Excellence que j'en tire
un veritable engagement d'avoir
une forte reconnoiffance de la bonté
qu'elle me témoigne par la pleine
fatisfaction qui me revient de la
voir elever avec cette diftinction.
J'euffe bien fouhaite que Mr le
Marquis voftre fils m'eut donné
Juillet. 1702
3
1
186 MERCURE
quelque occafion de luy rendre fervice
comme je le fouhaitois quand il a
paßè à Livourne avec le Roy
mais fa modeftie & fon entiere
attention au fervice de Sa Majesté
m'ontfeulement permis d'avoir le
plaifir de luy faire voir les fentimens
de mon affection & d'admirer
tout ce qu'il a de raifon , d'efprit &
de qualiter Nobles & diftinguées.
Il ne degenere en rien de fes Anceftres.
Jen felicite Veftre Excellence
, & je me réjouis avec elle de
voir qu'il avance ft bien dans un
chemin qui peut le conduire à la
fortune la plus élevée . C'est ce que
je luy fouhaite auffi avec toate forte
d'affection . Je prie Votre Excellen
ce de me conferver toute la fienne
& deftre tres perfuadée de la maniere
doutj'y fçauray toujours répon
GALANT 187
dé's par le cas queje fais de tant
de grandes qualiter qui la diftin
guent; & toujours preft & difpofé à
buy rendre fervice. Il ne me refte
qu'à baifer les mains à Veftre Ex
cellence.
De Votre Excellence..
Son Serviteur ,
Le Grand Duc de Toſcanuy
De Florence le 14 Juillet 17027 :
La lecture de ce qui fuië
doit vous faire beaucoup de
plaifir , cell la Copie d'une
lettre de Monteigneur le Duc
de Bourgogne à M ' l'Ambaf.
fade ur d'Elpagne écrite de la
main de ce Prince.
2010
188 MERCURE
MON
ON COUSIN , jag
receu la lettre que vous m'ave
écrite le 16 du mois dernier.
Je n'ay jamais douté que
Le Roy
Catholique Monfieur mon Frere ne
fift une jufte attention aux fervices
diftinguez que vous luy avez rendus.
Il vous donne une marque bien certaine
defon eftime de fa confiance
en vous nommant Viceroy du Rerou.
Je fuis perfuadé que vous aug.
menterez l'une & l'autre dans les
fonctions de cet employ , & que vous
eftes affez informé de mes fentimens
fur ce qui vous regarde pour juger de
l'intereft que je prens à vos avant
tages par la bien- veillance particu
liere que je vous ayfait connoiftre
en d'autres occafions : Je fuis au
Campde Haffum le 9. Juillet, 1702,
Voftre bien bon Confin
LOUIS,
GALANT 189
de.
La fufcription de la lettre
eftoit de la main du Secretaire.
des Commandemans
Monſeigneur le Duc de Bour.
gogne. La Voicy, or d
A MON COUSIN
Monfieur le Marquis de Caf
tel dos Rias , Ambaſſadent
Extraordinaire d'Espagne ,
auprés du Roy Monfei
A. gneur.
Madame la Princeffe Darcourt
& Madame la Duchef
fe de Brancas ont préſenté au
Roy , le Pere Brancaccio
190 MERCURE
Theatin , que le Roy d'Ef
pagne à nommé à l'Archevéché
de Reggio , fon Frere
eft Gouverneur de Cadix , &
M ' le Duc de Brancaccio fon
Neveu a une Compagnie de
cent Gentilshommes dans
le nouveau Régiment Napolitain
de la Garde de Sa
Majesté Catholique. La maifon
de Brancas eft fi illuftre
& fi connuë que je ne vous en
dis rien d'avantage
.
Ce qui fuir eft affez cuy
rieux pour vous faire plaifir.
Brat des Troupes Espagnoles qu
GALANT.gr
fervent dans l'Etat de Milan,
INFANTERIE .
Terce de Lombardie 600
Terce de Savoye. 700*
Teree de Naples. 700
Terce de Lisboa. 600
Terce de Caracholo
460
400
Terce de Charles Caracholo.
Terce du Comte de Bonchan .
Arriaga Allemand
, on
Gii Allemand .
1200
600
600 .
Douze Compagnies de Gri
fons. 1000
La Compagnie du Gouvergeur
de Como ,
Total.
200.
7060
192 MERCURE
CAVALERIE .
Regiment de Marquis de Los
Balbazes .
450
Regiment du Prince Trivul
ce.
4.50%
Regiment de Valde fuentes
300-
Regiment d'Aguillard de
Flandres.
SSO.
Regiment de Copolla, ssa.
Regiment de Brabant
S5.0.
Dragons de Monroy. 650
2. Compagnies des Gardes de.
Mle Prince de Vaudemont..
Total.
150
3650
Esat
GALANT
193
isz
ΕΤ ΑΤ
Des Troupes de Savoye, envoyées
dans le Milanez.
LIEUTENANT GENERAL
Mr des Hais.
Marechaux de Camp .
M' le Comte de Prila .
M ' du Coudray.
Brigadier de Cavalerie.
M ' de Monafterol .
M ' d'Alary.
Brigadier d'Infanterie.
M' de la
Roque.
Mr de Palaviciny.
INFANTERIE ,
Bataillons.
Gardes.
Fuilles
17029
R
194 MERCURE
Savoye.
Saluces.
La Croix Blanche.
Monferat.
Challais .
1
I
Total fix Bataillons 3600. h .
CAVALERIE .
Gardes.
150
Cavaillac. 600
Dragons de S. R. 600
Dragons
de Prala.
450
Total. 1800 , hommes.
En 12. Elcadrons l'Escadron à
150. hommes
.
Ε ΤΑ Τ
Des Troupes Françoifes quifont
dans le Duché de Milan.
GALANT 155
86. Bataillons à 585. hommes
font.
50300
110. Elcadrons à 140. hommes
font.
Total.
15400
65700. hommes
.
Sa
Le Roy a eu la bonté d'accorder
des Lettres de Prèfi
denr Honoraire au Grand
Confeil à M' Roullier , Ambaffadeur
en Portugal . Je ne
dis rien de fes fervices .
Majefté en eft auffi contente ,
que les Ennemis en font chagrins
: Elle a donné en même
temps l'agrément de la même
Charge à Mr Bailly Préfident
Rij
196 MERCURE
6
au Grand Confeil , qui a
épousé depuis peu Mademoifelle
le Tellier fille de Mr le
Tellier Seigneur de Richebourg.
On fçait que Mr Bailli
eft d'une des plus anciennes
Famille de la Robe & que fes
ancêtres ontpoffedé les Char
ges les plus confiderables de
l'Etat , & entre autre Meffire
Guillaume Bailly fon Trifayeul
, Chevalier des Ordres
du Roy , Chancelier de Monfieur
le Duc d'Alençon , &
Surintendant des Armées d'I .
talie. La memoire de Mellire
Guillaume Bailly , Avocat
J
GALANT. 197
7
General & Confeiller d'hon .
neur au Grand Confeil , Abbé
de Saint Thiery , eft encore
toute recente , toute illuf
tre dans le Public.
J'oubliay la derniere fois de
vous apprendre la mort de
Dame Marie Elifabeth Berthelot
, arrivée dés le mois
de Juin dernier Elle avoit
épousé Meffire Charles Augufte
de Matignon , Comte de
Gace , Lieutenant
General
des Armées du Roy , Gouver
neur General de la Provinces
d'Auxois , la Rochelle ,
Broüages , Rhé , Oleron ,
Riij
198 MERCURE
Terres & Illes adjacentes.
que
La douleur que la mort de
Mr de la Bruneriere , Evelde
Saintes , a caufé dans
tous les lieux de ce Diocefe
, a efté fort grande , &
on en a donné des marques
dans toutes les Oraifons
Funebres qu'on a faites , à la
memoire de cet illuftre Prés
lat . Vous ne ferez peut eftre
pas fâchée d'aprendre ? la ma
niere dont s'eft fervi un de
ces Orateurs nommé Louis
Garrau , Curé de Villars prés
Pont , Docteur en Theolo.
BILLIO
LYON
DE
на шива
GALANT
DE POST ALQUE
YON
403
gir , pour
exprimer
fa doular
fon
texte
fut
, Magnus
au
fletus
factus
eft omnium
, maxime
quod
faciem
ejus
amplius
non. effent
vituri
, Act
. 20.
Ils fon- dirent
tous
en larmes
, vive
ment
laifis
de douleur
, de ce
qu'ils
ne le veroient
plus
.
S.I les Peuples
&' Epheſe
& de Mi- let , qui avoient
goûté
la douceur
des entretiens
de l'Apoftre
, & reffenti
les effets
de fa charité
; furent
f vivement
penetrez
de douleur
à la
vue de fon départ
& defa feparation
, Chreftiens
affemblez
icy , par une
des plus triftes
, des plus lugubres
, mais
des plus falutaires
ceremonies
de l'Eglife
quels
doivent
eftre nos
Riuj
200 MERCURE
fentimens, à la vuë d'uneféparation
fifunefte , d'une mort cruelle ; qui
nous vient d'enlever , un Pafteur ,
un Prélat qui eftant , à noftre égard
ce qet Apoftre eftoit à ces Peuples ,
à fon exemple nous a fait fifouvent
reffentir les effets de fon zele , defa.
douceur , & de fa charité.
Ce feroit un foulagement à nôtre
douleur , Meffieurs fi ce n'eftoit qu'
une fimple feparation , ou éloignement.
Nous facrifierions nos interefts.
en fongeant que d'autres profitaffent
des mefmes avantages , que nous
avons eupar un fentiment de reconnoiſſance
, pourveu que ce cher Pafteur.
cet illuftre Prélat , joüift encore
de la lumiere du jour , & de fon
élevation. Mais rien ne nousfçauroit
confoler. Helas ! il n'eft plus
ce Prélat admirable , ce cher Paf
GALANT 201
tear eft mort , la perte eft geuerale ,
la perte eft commune . Que tous
foient donc fenfibles à la douleur,
Magnus autem fletus factus eft
omnium .
Rachel , vouspleurez vos enfans ,
vous faites retentir vos gemiffemens ,
vous eftes inconfolable . Enfans ,
Peuples de Saintonge , vous per
dez votre Pere commun ; ce Paf
teur fi debonnaire , fi affable , fi ac
celible à tous momens pour vos be-
'foins , Eglife de Saintes vous perdez
votre Pafteur, voftre époux . Laif
fez donc couler vos pleurs
retentir vos
gemißemens :
Filles de Sion
Religieufes , ames devôtes , noutries
dans les douceurs de la vie piri
tuelle , outre tous ces motifs communs
daffliction , vous y perdez un
faites
Communautez
203 MERCURE
des plus éclairez , des plus habiles ,
des plus charirables directeurs de
la vie fpirituelle.
Vafte & grand Diocefe ; fi fouvent
parcouru au travers de toutes
les rigueurs des faifons , vous ne
le verrez plus cette illuftre Prélat
Peuples , qui accouriez en foule
avec tant d'ardeur pour recevoir les
Sacremens des mains de ce Pafteur
, arreftez votre courſe , arreftez .
vos empreffemens , il n'est plus , il
eft mort , & ce qui vous doit penetrer
d'une vive douleur , c'est que c'eftoit
pour vous donner les dernieres marques
defon zele & de la charité d'un
bon exemple , & pour courir à vos,
plus preffans befoins , & qu'il nous
en a privépourjamais .
Prêtres , Miniftres des Autels .
Curez, fifouvent animez par fon:
GALANT
202
exemple , & parfesfalutaires avis
à tous les devoirs de voftre Miniftere ,
& à tous lesfoins imaginables pourvos
troupeaux , affemblez dans vos
Sinodes , vous ne jouirez plus des
douceurs de fes entretiens & de fes
difcours , charmez de fon éloquence
& de fon fçavoir , il n'est plus cet
illuftre Prélat ; ce Pasteur admirable
eft mort , la perte eft generale
. Que tous foient doncfenfibles
à la douleur, Magnus autem fletus
eft omnium.
Si un Payen prenoit pour une in
fulte , qu'on luy demandaft le fujet
de fa douleur aprés luy avoir enlevé
fes Dieux , Deos meos abftuliftis
& petitis mihi , quid tibi eft !
Fe crains trop qu'en voulant icy
vous retracer l'idée de noftre grand
Evèque & vous enfaisant connoiftre
204 MERCURE
La perte , je n'augmente voftre afflic
tion Mais non , c'eft affez donner à:
noftre amour propre & à noftre reffentiment;
ilfaut changer noftre trifteffe
en joye , triſtia veftra vertetur in
gaudium , & que la pieté Chreftienne
regle les fentimens de nos
coeurs. Elle ne nous permet pas de
nous affliger comme les infideles ,
fans onfolation & fans esperance.
de voir revivre dans le Ciel , ceux.
que nous avons veu mourir far la
terre , puifque les vertus Heroiques ,
& les qual: tez éminentes de noftre
grand Evèque , nous font des garans
qu'il eft paffe du temps , à une éternité
beureufe & dune élevation
caduque & perißable , à un Tròne
de gloire , qui ne finira jamais . Le
fouvenir nous en doit eftre cher , fur
tour de cette Foy vive & ortodoxe.
GALANT 205
accompagnée de ce profond fçavoir,
qui en a fait un des plus illuftres
Evêques de l'Eglife de France , &
de cette charité pleine de douceur ‚ ·
qui en a fait un des Pafteurs de
l'Eglife de J. C. des plus accomplis .
C'est l'hommage que nous devons à
Ja memoire de l'éloge Funebre de
Ill- ftriffime & Reverendiffime
Guillaume de la Brunetiere du Plef
fis de Gefté , Evefque de Saintes .
Cette Oraifonfunebre dans laquelle
aprés ce Prélude l'Orateur s'étendit
d'une maniere fine & délicate , fur
tous fes avantages naturels & fur
toutes les vertus heroique de ce fage
& digne Prelat , fut prononcée
avec un tres grand applaudiffement
le
23. Juin dernier dans l'Eglife de
Saint Eutrope lez Saintes , en préfence
du Chapitre , du Préfidial &
206 MERCURE
de tous les Corps de la Ville, & de
toutce qui'ly avoit de gens de diftin
Etion , d'efprit & de bon gouft.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes confi
derables mortes depuis ma
derniere lettre .
Dame Deniſe de Heére.
Elle eftoit Veuve de Meffire
Hilaire Bordier Piéfident de
la Cour des Aides , & auparavant
Confeiller au Parle
ment.
Dame Marie Anne du Ver.
ger de la Roche Jaquelin ,
Veuve de Meffire Louis de
Meulles Chabor Marquis du
Freine & de la Durbeliere.
GALANT 207
Gafpart Thaumas de la Thaumaffiere
Seigneur Vicomte
de l'Efteuf & de Geriffa. Il
eftoit Docteur & Profeffeur
du Droit François en l'Uni.
verfité de Bourges & Avocat
fort employé au Préfidial de
la même Ville , & a donné au
Public plufieurs ouvrages fur
la Coutume , & l'Hiftoire de
la Province de Berri. 11 eft
mort en fa foixante & dou
ziéme année.
Dame Marie de Camper
de Saujon. Elle eftoit Fem
me de Meffire Jacques de
Beauveau , Marquis du Ri208
MERCURE
veau , Marefchal des Camps
& Armées du Roy , cy devant
Capitaine Colonel des Suiffes
de la Garde du Corps de мonfeur
le Duc d'Orleans ; Frere
Unique du Feu Roy Louis
XIII. C'eft en faveur de ce
Seigneur , que le Roy à prés
fent régnant à érigé la terre
du Rivau en Marquifat fous
le nom de Beauveau , pour
la confervation de cet illuftre
nom , & à caule de l'alienation
de la terre de Beauveau
venduë au Marquis de Jarzé ,
par Henry de Beauveau , Sei.
gacur de Freville , en faveur
GALANT. 209
duquel le feu Roy l'avoit éri.
gée en Marquifat.
Madame la marquife du
Rivau eft fortie d'une bonne
& ancienne Maifon de foitou.
De fon mariage font if
fus plufieurs Enfans parmy
lefquels l'on compte M ' l'E,
vêque de Bayonne , Madame
la Marquife de Barville , deux
autres Fils , dont l'aîné eſt
Capitaine de Dragons , & le
fecond , Souslieutenant dans
la Gendarmerie , & Mademoifelle
du Rivau , qui eft
d'une pieté & d'une charité
exemplaire.
Fuilles 1702.
S
210 MERCURE
Je ne vous donneray point
icy une une Genealogie de
l'illuftre & ancienne Maifon
de Beauveau , aprés celle
que мrs de Sainte Marthe ont
mife au jour depuis fi longtemps.
Je vous diray feulement
que мr le Marquis du
Riveau eft le Chef de la Branche
puifnée de cette illuftre
Maifon. Il defcend de mathieu
de Beauveau , Frere Puif.
né de Jean qui forma la Branche
des ainez. Un fixiémé
ou feptiéme degré à l'hon
neur que poffede cette mai
fon de Beauveau d'eftre alliée
GALANT
211
avec la maiſon Royale , puifque
mr le Marquis du Riveau
defcend médiatement du mas
riage de René de Bauveau
fon cinquiéme Ayeul Paternel
avec Alix de Beauveau ,
Soeur Paternelle d'lfabeau
de Beauveau , fixiéme Ayeule
de Louis le grand. Le Pere:
de ce marquis eftoit mcffire
Jacques de Beauveau fecond !
du nom , Seigneur du Riveau
& de la Beffieres , Baron de:
Saint Gaflien . Maréchal des
Camps & Armées du Roy
Capitaine des Gendarmes de
la deffunte Reine Mere ,
Sij
212 MERCURE
Lieutenant General pour le
Roy , au Gouvernement du
Haut Poitou , Chaftelraudois
& Laudunois. Il fut extremement
favorisé des graces & de
la confiance du Feu Roy.
Louis le Jufte , lorfque Sa
Majefté luy déclarant le deffein
qu'elle avoit de s'affurer
de la perfonne de Monfieur
le Duc d'Orleans , avant qu'il
paffaft en Poitou & Chaf
telleraut , le chargea de l'execution
de ce deffein : & ce
Seigneur ne témoigna pas
moins de refpect & d'amour
que de fidelité , l'orfque fe
GALANT 21:3
jettant aux pieds du même
Roy, en présence du Cardinal
de Richelieu
, il luy dit ,
Sire , Voftre Majesté a trop bonne
opinion de moy Elle a auffi
raifon de croire que je feray
'aveuglement ce qu'elle mardon .
nera ; mais je ·la fuplio de fe
fouvenir que Monfieur eft (on
Frere. Son Alteffe Royale en
a depuis témoigné de la gratitude
à ce Seigneur du Ri
vau , honorant fon fils de la
Charge de Capitaine des
Gardes Suiffes de lon Corps,
Ce même Jacques de Beau
veau , Seigneur du Riveau ,
214 MERCURE
Epoufa en premiere Noces
René d'Apchon , & en ſecon
de Ifabelle de Clermont Tonnere.
C'eft de ce dernier mariage
qu'eft iffu de Mr le mar
quis du Riveau.
La Maiſon de Beauveau
porte en Baniere fuivant l'His
ftoire d'Anjou, qui remarque
que lorsque les troupes de
cette Province ont marché
pour le fervice de nos Rois ,
c'eftoit fous les Banieres des
Seigneurs de Beauveau & de
Buel , l'Ecu eft d'argent à qua
tre Lions cantonnez degueu
less. couronnez , armez , &
GALANT 15
lampaffezd'or, cimier,une hu
re de Sanglier au naturel , Supports
deux Sauvages armez de
maffuës , le tout en naturel ..
le cri de guerre de cette Maifon
eft Beauveau , & la devife
eft composée de deux troncs
d'arbres , liez l'un avec l'autre
par deux pointes de fer , avec
ces paroles , Sans départir . Les
armes de мr le Marquis du
Rivau fon brifez d'un trond
d'arbre d'azur pery en Bande ,
que portent les Seigneurs de
Beffiere & du Rivau en Tou
raine.
Le P. Saccuci , General des
216 MERCURE
Barnabites , ft mort à Vien
ne en Autriche dans le cours.
de fes vifites , le 13. de Juillet..
Il eftoit Italien, des premieres
familles de Peruge. Il a enfei
gné la Philofophie , & la Theo,
logie dans fon Ordre avec.
beaucoup de fuccés. Aprés
avoir efté Superieur , Provin
cial , Vifiteur , & Procureur
General , il fut enfin élu Su
perieur General de toute la
Congregation dans un Chapitre
que l'on rint à milan en
1698. fon merite le fit confir
mer dans la même Charge
en 1701 Le Pape qui le confideroit
GALANT
217
Lideroit
beaucoup , ne le
voyoit jamais , qu'il ne luy
dift de le fouvenir toûjours
de leur
ancienne amitié . Il
eftoit à peu prés du même âge
que Sa Sainteté, Quoy qu'il
fuft devenu fort infirme , il
s'acquittoit
néanmoins
toûjours
de tous les devoirs d'un
vrai Religieux & d'un parfait
General.
Il mourut le 8: du prefent
mois de Juillet le fils cadet de
M' Denizor , Procureur du
Roy de l'Election du Maine ,
& de Dame Louile de Becde- ,
hévre fon épouse , iffuë d'une
Fuilles 1702 ,
I
218-MERCURE
des bonnes familles de Bretagne
. Il n'avoit
Il que dix ans.
C'efloit
un enfant
admiré
de
tout
le monde
, tant par fa
beauté
, fa taille , que pour la
force de fon efprit
; auffi atil
efté fort regretté
de toute
fa famille
, d'autant
qu'il
efloit
extraordinaire
de voir
un enfant
à fon âge railonner
de toutes
chofes
avec tant de
délicateffe
& d'efprit
. Le jour
que cet enfant
mourut
,il y eut
de leurs Amis qui obligerent
M' & Me Denizot
de manger
chez
eux
. On trouva
une
chofe
qui eft tres - extraordi
•
GALANT: 219
maire , c'est que leur ayant
fervi une couple d'oeufs frais ,
ils le trouverent au lieu de
jaune & de blanc remplis de
fang , tout le monde à attri
bué cela à differentes choſes ,
joint à plufieurs autres prefa.
ges de cette nature qui leur
font arrivez devant que cet
enfant deuft mourir.
Il n'y a point d'emplois
qui exemptent de la mort.
eft icy fujet dans ous
On y
les
Etats
& dans
tous
les
:
âges de la vie . Mr du Breuil
quieftoit le plus ancien Lieu .
tenant du Régiment Royal,
I ij
220 MERCURE
fon âge ne permettant pas
qu'il fuft encore élevé aux
emplois où le petit fils d'un
Lieutenant General des Armées
du Roy avoit lieu de
pretendre, vient d'eſtre tué en
Flandres. Ce jeune Officier ,
qui fervoit dans l'Armée de
Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
efcortoit un
Convoy par l'ordre de ce
Prince , cette eſcorte fut attaquée
par les Ennemis la
nuit du 25. de Juillet , & quoy
que les attaquants fuffent
de beaucoup fuperieurs en
nombre , ils petdirent neanGALANT
221
moins dix Cavaliers , ils en
eurent deux fois autant de
bleffez , & furent obligez
de le retirer honteufement.
Mais Mr de Martrait du
Breuil , aprés avoir combatu
vaillamment & avec diftinction
pour la deffence de ce
Convoy, fut tué avec quarie
Soldats feulement. Il eftoit
petit fils de Feu Mr le Marquis
de Breuil Lieutenant
General des Armées du Roy,
Gouverneur de Biche & de
Mircourt, qui eft mort dans
le fervice , où il n'a épargné
ny fon lang ny fon bien ,
Tiij
222 MERCURE
tous les enfans y ont auffi
efte tucz, ainfi que deux de
fes petits fils . Il ne refte
plus de mâles de cette Famille
qu'un petit fils du Lieutenant
General qui fere de .
puis dix fept ans , & dont les
bloffures ont donné de glorieuſes
marques de fes fervices.
Mr Bailleux Ingenieur
dans le Milanez , a levé une
nouvelle Carte fur les lieux ,
qui comprend les Duchez de
Milan , Parme , Plaisance
Modene , & Mautouë ; le
Cremonois , les Républiques
GALANT. 223
de Venile & de Genes , partie
de l'Etat de l'Eglife & de
l'Evêché de Trente , le Pie
mont & c. Dans cetre Carte
eft marqué le commence.
ment des Marches & contremarches
des Armées de
France , d'Eſpagne , & de
dernier
l'Empire jufqu'au
mouvemennt qui s'eft fait.
Tout y eft diftinctement
remarqué , même les lieux
où l'on a donné bataille , les
Curieux auront lieu d'en eftre
contens , puifque c'eft une
des plus exactes Cartes qui
ait encore paru . Elle est dé ,
Tiiij
224 MERCURE
diée à Mr le.Duc de la Feuil
lade. Cette Carte n'eft point
embaraffante n'eftant que de
deux grandes feuilles. Elle fe
vend chez Mr Bailleux Inge
nieur du Roy , fur le Quay de
l'Horloge du Palais au Neptune
François , où l'on trou
vera auffi la grande Carte du
Milanez de fix feuilles dont
le mefme Mr Bailleux eft
l'Auteur , & toutes fortes de
Cartes des Sieurs Sanlon , du
Val , & autres , trois Tables
Geographiques pour connoiftre
la distance d'une Ville
à l'autre ,
T'une
pour
les
GALANT 225
Pays bas l'autre pour le Rhin ,
& la troifiéme pour le Gouvernement
de l'Ile de Fran .
ce ; & toutes fortes de Plans
tres.réguliers.
C'eft une chole furprenan- .
te que l'application des François
à tout ce qui peut faire
plaifir au Public . Les Cartes
eftant d'une grande utilité
pour faire comprendre ce
que les Relations apprenent
des Armées du Roy & pour
en connoitre les campemens
ainfi que ceux des Ennemis ,
chacun fait tous les jours des
recherches nouvelles , pour
225 MERCURE
en donner de plus amples &
de plus correctes que celles
qui ont paru jufques icy . Le
Pere Placide Auguftin De .
chauffé , qui a déja donné au
Public plufieurs beaux ouvrages
de cette nature , vient
de donner une nouvelle Car
te des Duchez de Mantouë ,
de Modene , & de Parme.
Cette Carte qu'il a dediée au
Roy fe vend chez le Sieur
Berey Graveur, rue Saint Jacques
devant la Fontaine Saint
Severin , à la Princeffe de Savoye
. Mr Sanfon dont je
vous ay parlé le dernier mois ,
GALANT 227
&dont la réputation en faitde
Cartes eft depuis long temps
affermie dans toute l'Europe
, vient de donner auffi au
Public les campemens des
Armées du Roy & de Sa Majefté
Catholique dans le Duché
de Mantouë & dans les
Pays circonvoifins depuis le
mois de May 1701. juſqu'à
préfent.
Les Cadrans Solaires que
fait & vend le Sieur Bar,
be , dont je vous ay parlé autrefois
font plus en vogue que
jamais . Ces Cadrans font ho
228 MERCURE
rifontaux & fe placent dans
les Jardins , il font gravez fur
des tables d'ardoife fine
épaiffe d'un pouce , auffi noire
& luifante que le marbre ;
il fe pofent fur des piede ftaux
ou pilliers à telle place que
l'on veut choifir , ils fervent
en tout temps ayant autant
d'heures que le Soleil en peut
luire fur l'Horifon dans les
plus longs jours. Ils ont le
cercle de longitude divifé
dans tous les degrez avec les
noms des Capitales du mon
de pour en connoitre les heures
differentes , On y trouve
GALANT 229
les Arcs des douze Signes du
Zodiaque avec leurs figures ,
le lever & le coucher du Soleil
, les longueurs des jours &
des nuits & l'heure qu'il eft de
nuit à la faveur de la clairté
de la Lune. Leurs Grandeurs
font depuis un pied & demy
jufqu'à trois pieds de taille
Octogone . Ceux qui font
plus petits font moins historiez
& font à meilleur marché
, les perfonnes qui ont
des tables d'ardoize peuvent
s'accommoder avec le Sieur
Barbe pour leur en faire des
Cadrans , les premiers que
230 MERCURE
l'on a faits ont efté préſentez
à pluſieurs perfonnes de
la Cour par deffant M ' Thie
ry qui en eftoit l'Inventeur ,
& qui a donné lon fecret à
celuy dont je vous parle.
Mr Thiery qui eftoit Curé
& eft decedé
de
Rocroy
Chanoine
à Mezieres
, mais
comme
il y a plufieurs
années
& que les graveures
peuvent
eftre
endommagées
, le
Sieur Barbe
s'offre en quelque
état qu'elles
foient de les
rétablir
fans les lever de leur
place , dans leur premiere perfection
, & affure qu'elles
GALANT 231
•
que
rendront autant de fervices
fi elles n'avoient jamais
efté endomagées . Il demeure
ruë du Cimetiere Saint Ni.
colas des Champs vis - à vis
le mur du Cimetiere.
Ce que je vous ay appris.
touchant la nouvelle Theriaque
de M' de Rouviere , & ce
que vous fçavez avec toute la
terre , des effets merveilleux
de cet incomparable remede ,
fi vanté depuis un grand
nombre de fiecles , vous a
déja fait demander plufieurs
fois quand vous pourriez
232 MERCURE
·
avoir de celui qui vient d'ês
tte fait avec tant d'éclat , &
tant d'applaudiffement du
cofté des Connoiffeurs . Ainfi
je ne doute point que vous
n'appreniez avec plaifir que
certe nouvelle Theriaque faite
fans aucune fubftitution
des drogues qui y doivent
entrer , fe debite prefentement
chez le même M de
de Rouviere. Il n'eft pas neceflaire
de vous dire qu'il loge
auprés de l'Eglife Saint Roch.
Il eft ficonnu qu'il fuffit d'ap .
prendre qu'il commence à
debiter cet excellent & rare
GALANT 233
remede , pour fçavoir où i
ſe vend .
M' Audifret , Envoyé Extraordinaire
de France , auprés
des Ducs de Mantouë ,
de Parme , & de Modene ,
s'eftant rendu à la Cour par
par ordre exprés du Roy
aprés avoir fervi pendant le
blocus de Mantoue , avec au
tant de zele & de fuccès que
de capacité , Sa Majesté l'a
nommé fon Envoyé Extraor
dinaire à la Cour de Lorraine ,
& luy ayant donné ordre de
s'y rendre inceffamment
, il
Fuilles 1702.
V
234 MERCURE
ya plus de quinze jours qu'il
eft parti. Le Roy a nommé
pour remplir les poftes qu'il
occupoit , M' de Gergé , Gentilhomme
ordinaire de fa
Maifon , qui a efté pendant
plufieurs années Envoyé Extraordinaire
auprés du Duc
de Virtembe g
3.
Sa Majesté a donné en même
temps le Gouvernement
des Ifles à M' de Machault
ancien Capitaine de Vaiffeau .
Il a reçu cette nouvelle avec
d'autant plus de joye qu'il
n'avoit point demandé ce
Gouvernement , ce qui fait
GALANT
235
connoiftre qu'il fuffit de bien
fervir le Roy pour ſe voir un
jour récompenfé , quoy qu'-
abfent , & fans avoir befoin
de folliciter.
Je remets à vous parler de
cinq Vaiffeaux arrivez des Indes
Orientales , lorsque je
vous envoyeray leur cargai
fon.
M'l'Abbé de Senaux , nom!
mé à l'Evelché de Saintes , a
efté transferé à celuy d'Autun
,vaccant par la démiffion
volontaire de M' l'Evefque
d'Autun , qui ne pouvant
plus à caule de fon grand â
Vij
236 MERCURE
ge , & de fes infirmitez , veiller
par lui- mefme fur fon
Troupeau auffi ſouvent , &
d'auffi prés qu'il le fouhaitoit ,
a efté bien aile de s'en déchar
ger fur un auffi digne fujer
que l'eft M ' l'Abbé Senaux ,
que l'on a fort regretté à Sain
tes , quand on y a fçu ce chan .
gement. Le Roy qui l'avoit
déja nommé à l'Epifcopat ,
n'eut pas de peine à y confentir.
Au contraire Sa Majefté
a cru qu'ayant toutes
les qualitez requifes pour un
Evefque , car elle n'en nomme
aucun fans avoir pris cou
GALANT 237
tes les précautions neceffaires
pour en eftre informée ,
Sa Majefté , dis je , a cru que
M' l'Abbé Senaux ayant déja
toutes les lumieres requi
I'Ea
fes pour bien
gouverner
vefché d'Autun , il s'en acquitteroit
mieux qu'un autre
qui ne le connoiftroit pas à
fond comme luy , & qui n'y
auroit peut - eftre meſme ja .
mais efté. En vous parlant de
ce nouvel Evefque , je ne dois
pas oublier à vous dire une
chofe qui ne vous paroiftra
pas nouvelle , mais que je ne
dois pas laiffer de vous rapi
238 MERCURE
porter ici , ne vous en ayant
point parlé en fon temps.
C'eft que M'l'Eveíque d'Au
tun , qu'on peut nommer prefentement
l'ancien Evelque
d'Autun, fit un diſcours trespatherique
à l'ouverture de la
derniere Affemblée du Clergé.
Il prefcha fur la Paix , &
la fit confiderer fur trois faces,
& fous trois rapports diffe
rens , par rapport à Dieu , par
rapport à l'Eglife , & par rapport
à l'Etat
. Il remplit parfaitement
bien fon deffein ,
& on fur furpris qu'une per
fonne de fon âge prefchaf
GALANT 239
encore avec autant de force.
Ileft vray qu'il a efté un des
plus grands Orateurs de fon
temps. Comme ce Sermon
fera peut eftre le dernier de
cer Evêque , j'ay cru que j'en
devois parler ici , quoy qu'il ne
foit pas nouveau . J'ajouteray
qu'Autun eft fur la riviere de
l'Arroux. Augufte cheriffoit
fort cette Ville , & c'est d'où
luy eft venu le furnom latin ,
Auguſtodunum. Elle a culong.
temps des Comtes particu,
liers fameux dans l'Hiftoire.
L'Eglife d'Autun eft fort
celebre , fon Chapitre eft
4
240 MERCURE
nombreux & confiderable ;
Saint Amateur en a efté le
premier Evèque. L'an 670 .
Saint Leger affembla un Con.
cile à Autun , dont on a en;
core quinze Canons dans la
Biblioteque des Peres . On
affembla un Concile à Autun
en 1094 où Hugues Archevefque
de Lyon , prefida . On
y agita fort l'affaire du Mariage
inceftueux de Philippes I..
Roy de France qui ayant répudié
Berthe , Fille de Florent
, Comte de Hollande ,
avoit épousé Bertrade de
Montfort fa Parente , du
vivant
GALANT 241
vivant mefme de Fougues le
Rechin , Comte d'Anjou , fon
Mari. L'Evefque d'Autun eft
Prefident né des Etats de
Bourgogne. On voit dans
l'ancienne Hiftoire que Camonius
prononçant un Panégyrique
de l'Empereur
Conftance , Pere du grand
Conftantin , en prefence du
mefme Empereur , fit un
grand Eloge de la Ville d'Aurun
la Patrie , ce qui plut
beaucoup à Conftance qui ai ,
moit fort la
Bourgogne , &
fur tout la Ville d'Autun.
Juillet 1702
X
242 MERCURE
Depuis que les Allemans
ont affiegé Landau , les nouveles
de cette Place ont
efte auffi rares qu'incertaines
.
Voici ce que j'en ay appris
depuis environ un mois .
Le 8. ou 10. de Juillet Mr
de Melac fit attaquer une
Garde de Cavalerie des Ennemis
qui foutenoient la tranchée
, par un détachement du
Regiment de Sforfa , qui
pouffa cette Garde jufques
dans leur Camp , & qui leur
tua environ vingt Cavaliers.
Mr le Prince de Bade fit arrefter
plufieurs Officiers qui
GALANT 243
commandoient ce jour - là à
la tranchée , dans le deffein
d'en faire punir quelquesuns
. Environ dans le mefme
temps les Houffars prirent
dix chevaux de l'Armée de
M' de Catinat qui estoient
en pâture. Peu de jours aprés
un party de cinquante Fantafins
de la mefme Armée eut
fa revanche . Il s'embuſqua
dans un Bois ou quarante
Houffars qui s'en croyoient
éloignez , mirent pied à terre
pour faire paiftre leurs che
vaux , mais le party embus
qués'eftant levé en criant tue
X ij
244 MERCURE
tue, les Ennemis prirent une
telle épouvante qu'ils abandonnerent
presque tous leurs
chevaux, que les nostres ame;
nerent. Plufieurs Houffarts
furent tuez de ce premier feu ,
& le refte fe fauva pendant
toute la nuit du 12. au 13. de
Juillet , M' de Melac fit faire
un grand feu de fon Artillerie.
Jamais Canonnade n'a
fait un plus grand dommage
dans un Camp ny causé plus
de perte. Le 15. M ' de Melac
fit faire une fortie où les
Ennemis perdirent encore
beaucoup de monde. Ceux
*
Ⓡ
GALANT 245
qui parurent furent repouffez
dans leur Camp avec une ex,
treme vigueur. On apric
qu'il y avoit peu d'union parmy
les Commandans des
Troupes qui formoient ce
Siege.
Le 19 Juillet l'Armée que
commande M' de Catinat
decampa pour la commodité
des Fourages qu'il falloit aller
chercher fort loing. Elle ne
s'éloigna que de trois lieues
de fon premier Camp , &
marcha fur le chemin de
Strasbourg. On n'entendoit
plus tirer à Landau , & l'on
X iij
546 MERCURE
en ignoroit la cauſe. On ap
prit par une lettre qu'écrivit
un Officier de l'Armée En
nemie à un Officier de fes
Parens qui fert dans celle de
M'de Catinat , que M' de
Mélac avoit fait faire une for
tis le Vendredy 14. dans laquelle
les Ennemis avoient
perdu cinquanre huit hommes.
On fçeut peu de temps
aprés par d'autres voyes que
les ennemis qui n'avoient en
core rien pris , n'avoient dans
leur Armée que quatre Ba
taillons de vieilles Troupes.
qui allaffent de bonne grace
GALANT 247
L
à la Tranchée que le refte
Y eftoit mené à coups de baton
, & que M' de Melac
avoit foixante pieces de Canon
qui ne pouvoient eſtre
démontées . On apprit quelque
temps aprés que M' le
Prince de Bade ne pouvant
faire aller les Milices à la
Tranché , s'eftoit trouvé obli
gé de la faire monter , par
tous les Grenadiers de fon
Armée , qui eftoient au nom .
bre de fix cens , & que de fix
jours ces Grenadiers n'en
avoient qu'un pour le repo-
On feeut en meſme fer.
X iiij
248 MERCURE
ce
temps Que les mauvaifes
Troupes qui compoſent l'Armée
que commande
ce Prinne
l'empefchoient
pas
feulement
d'avancer
le Siege
de Landau
, mais que les
pluyes qui avoient inondé les
Tranchées
, avoient rompu
toutes les mesures ; qu'il faifoit
travailler à des Galleries
pour chercher les Fourneaux
que Mr de Mélac avoit fait
faire , le but de ce Prince
eftant de faire fauter le che-
& le releve. min couvert
ment du Foffé . Les choles
eftoient en cet état le 22. Juil,
GALANT 249
let Mr de Catinat fit faire un
Fourage ce jour là pour plus
de huit jours. Par les lettres
du 23. du Siege de Landau ,
les Ennemis n'avoient point
avancé leurs travaux exte
rieurs depuis fept ou hut
jours , & l'on ne fçavoit pas
les Progrez qu'ils faifoient
Ils manquoient
fous terre.
depuis
cinq ou fix jours
de
munitiens
pour
fervir
leur
canon
; ils ne tiroient
pref
que plus , & faifoient
ramaffer
avec grand
foin les bou
lets de la place
pour s'en fera
vir , ils
s'eftoient
emparez
250 MERCURE
d'un petit ouvrage avancé.
Mais M de Melac , aprés
avoir fait jouer un Fourneau
qui avoit eu tout le fuccez
qu'il s'en eftoit promis, les en
avoit chaffez , & Mr le Baron
de Berly , premier Adjus
dent de Mr le Prince de Bade
y avoit efté tué avec un
Capitaine , & vingt Soldats
Cet Ajudant avoit efté fort,
regretté. On aprit deux jours
aprés , que Mr le Comte de
Tunghen continuoit avec vi
gueur fon attaque vers l'ouvrage
couronné , comptant
que fa prife feroit d'un tres
•
GALANT 251
grand avantage par les revers
que cela leur donneroit fur
les ouvrages de la Porte de
France. Mr Robert , Inge
nieur fut pris en voulant fe
jetter dans Landau . Il fut
mené au Comte de Tunghen
qui luy parla d'une maniere
indigne d'un honneſte hom
me , & d'un homme de naif.
fance , l'Ingenieur luy repliqua
avec une fageffe qui fut
admirée & luy remontra le
respect qu'il devoit aux teſtes
Couronnées. Ce Comte irrité
leva la cane fur luy. Mr
Robert luy repliqua comme
252 MERCURE
il devoit , & en homme de
coeur , & le Comte eur la làcheté
de le fraper aprés l'avoir
fait defarmer. Les En
nemis mefmes out fort condamné
ce procedé qui le fera
de toute la terre , & Mr le
Prince de Bade quieft l'homme
du monde le plus honnêre,
qui fçait le mieux vivre , &
le reſpect qui eft dû aux Sou
verains , aufli bien que les ma
nieres dont un homme de
coeur en doit uſer avec toutes
fortes de perfonnes , a efté vi
vement touché du procedé
du Comte de Tunghen.
GALANT 253
On affure qu'il est entré
dans Landau plus de trois
cens Deferteurs , fur la promeffe
que M' de Melac a
faite , par des billets qu'il a
fait courir dans l'Armée des
Ennemis , de pardonner à
ceux qui voudront le rendre
dans cette Place.
Les
Ennemis
regrettent.
fort trois hommes de marque
qu'ils ont perdus à ce
Siege. L'Adjudant
General
Bibo , M' Hanffen , Colonel
de l'Artillerie
Palatine , qui a
efté tué d'un coup de fauconneau,&
le Colonel des Gardes
254 MERCURE
de Virtemberg , homme de
diftinction & de fervice , &
dont la valeur eftoit connuë .
La levée des nouveaux Re
gimens avance fort. Il y a
déja un fort grand nombre
de Compagnies complettes
,
& l'on prétend que dans la
fin de ce mois la levée de
plufieurs de ces Regimens
fera entierement achevée.On
ne doit point douter qu'elle
ne fe faſſe avec fuccés, puif
que l'on a encore depuis peu
délivré des Commiffions
pour en lever de nouveaux .
Ces nouvelles Troupes ne feGALANT
255
ront pas moins utiles au Roy
que fi elles avoient déja fervi
, puifqu'on les mettra en
garnifon dans les Places les
moins avancées , d'où l'on
fera marcher les vieilles troug
pes dans les Armées de Sa
Majefté. Mrs les Princes Eu
gene , & de Bade font bien
moins affurez d'avoir les fe;
cours qu'ils demandent depuis
fi longtemps. Ils ont accablé
le Conſeil de Vienne
de lours prieres fouvent réiterées
, ils ont fait des remon
trances vives & preffantes.
Ils ont demandé tous deux
256 MERCURE
avec des empreffemens ex :
traordinaires les huit mille
Saxons que le Roy de Pologne
devoit donner à l'Empereur
; chacun d'eux comptoit
fur ce fecours , & Sa Majesté
Imperiale s'en tenoit affurée.
Cependant Sa Majesté Polo
noiſe avoit du moins autant
de beſoin d'eftre fecouruë par
l'Empereur , que Sa Majesté
Imperiale avoit befoin de fes
Troupes. Il n'y a rien qu'elle
n'ait mis en ufage pour em.
prunter de l'argent , afin d'en
envoyer à fes Generaux , &
d'en avoir pour faire de nou-
籀
GALANT 257
yelles levées , & même pour
envoyerau Roy des Romains,
qui n'a marché fi lentement
pour le rendre devant Land
dau , que parce que l'argent
luy manquoit , & qu'il ne
pouvoit paroistre dans un
Camp où il y avoit difette de
toutes choles fans y porter
l'abondance . L'Empereur a
envoyé àHambourg, en Hot
lande , & en Angleterre pour
emprunter de l'argent à trend
te -fix pour cent , mais ce qui
paroiffoit luy en devoir faire
trouver beaucoup a fait fers
mer toutes les bourfes pour
Juillet 1702 Y
258 MERCURE
luy. Le trop grand intereft
qu'il a offert a fait voir l'impoffibilité
du rembourſement.
En effet , il luy auroit:
efté impoffible de le faire ;
n'ayant plus rien dont il puif
fe tirer dequoy s'acquitter de
cet emprunt. Les dernieres
guerres l'ont épuiſé ; il a ven
du toutes les Terres & les
Principautez qu'il a pu ven.
dre & engager , il a fait argent
de tour. Les Hollandois
ne peuvent qu'à peine en
trouver pour eux mêmes , &
le Roy Guillaume qui luy en
envoyoit, n'eft plus. Ilavois
GALANT: 259
promis de fournir aux frais
du voyage du Roy des Ro
mains , & avoit fait dire à
l'Empereur un peu avant fa
mort , qu'il devoit appuyer
de la force les Negociations
qu'il faifoit avec les Princes
& avec les Cercles de l'Empi
re , afin d'abreger par la vio
lence la longueur des Negociations.
Il s'eft embarqué
dans cette affaire ; mais le Pilote
qui la conduifoit ne vivant
plus , il y a apparencequ'il
aura d'autant plus de
peine à réüffir , que les Prin
ces de l'Empire voyant que
Y ij
260 MERCURE
cette guerre oùils n'ont point
d'intereft , ne le pourroit plus
faire qu'à leurs dépens , pourront
ouvrir les yeux , pour ne
pas la foûtenir imprudemment
à leurs frais . En effet ,
elle ne peut eftre qu'infruc
tueuse pour eux , & le mauvais
fuccés qu'elle peut avoir
à leur égard pourroit leur
coûter quelque partie de
leurs Etats , aprés les avoir
ruinez , & épuifez d'homs
mes & d'argent. Cependant
les Generaux de l'Empereur
ayant befoin de nouvelles
Troupes , & plus encore d'ar
GALANT 261
C₁
gent pour payer celles qu'ils
ont prefentement
, attaquent
le Comte de Mansfeld
, pre
mier Miniſtre
de Sa Majeſté
Imperiale
. Ils fe plaignent
qu'ils manquent
de tout , &
le preffent
de leur envoyer
toutes les choſes dont ils ont
befoin. M le Prince Eugene
eft celuy qui a le plus crié
contre luy. On prétend
que
ce Miniftre n'eft pas fon ami.
Cependant
l'Empereur
fe des
clare pour le Comte , & dit
avec le Miniftre
qu'il a eu
des Troupes fuffiſamment
, &
que s'il les avoit expofées plus
262 MERCURE
à propos, il fe trouveroit dans
une meilleure fituation . C'eft
ainfi que chacun fe plaint
dans le malheur , fans qu'on
puiffe fçavoir qui a le plus de
droit de fe plaindre
Pendant que le chagrin
regne à Vienne , tout retentit
de joye à Madrid , oû les Peuples
font charmez de leur
nouvelle Reine. Ce qui fuit
vous le fera connoiftre.
GALANT 253
EXTRAIT
d'une Lettre de Madrid
du 22. Juillet 1702.
V
OUS aurez appris tour
ce qui s'eft paffé à l'Entrée
de la Reine dans cette Ville , ainft
je ne m'attacheray point à vous
le marquer. Il mefuffira de vous
dire que l'on eft charmé de voir
que cette Princeffe ait à son âge
tant de conduite , de vivacité ,
de penetration Elle ſurprend
tous les jours par quelque chofe
de rare , dans le Confeil où elle ne
manque point d'affifter. Sa prefence
afait des miracles dans tout
264 MERCURE
le Royaume , ce qui fait un bon
effet pour nous. Vous ferezfur.
pris connoissant l'étiquette d'Efpagne
, d'apprendre qu'elle l'obferve
tres regulierement . Elle ne
fort querarement. Les hommes ne
l'approchent point , à l'exception
de Mr le Cardinal , du Preſident
de Caftille & du Confeilordinai-
Te. Pour nous , nous avons l'hon.
neur de la voir lofqu'elle fort ou
qu'elle va a là Paffau , qui eft la
Promenade de Rio , qui n'eft pas
defagreable. Je ne puis taire ce
qu'elle for il y a quelques jours .
Eftant tourmentée des Mar.
chands de pierreries , qui appa- 200
,
remment
·
GALANT 265
tomment lui en vouloient vendre
ou peut eftre offrir , elle en admira
la beauté, & en même temps elle
fit apporter lesfiennes , difant qu'
elle voudroit trouver à les vendre
afin defaire de l'argent qu'elle puft
envoyer àfon Coufin , qui eft Sa
Majefté Catholique , pour luy
aider à vaincre fes Ennemis . Jugez
de l'effer que fit cette propofition
. Tous les prefens qu'on luy a
offerts ont efté refufez , & comme
elle s'estfait une habitude de continuer
cette maniere , elle refuſa
des fruits du Retiro , qui fe trouverent
dans la foule des preſens ,
qui auroient efté remportez
*
Juillet 1702 . ZᏃ
266 MERCURE
fans Mrle Cardinal Porto Car
rero , qui luy dit que c'estoit de fon
bien. Ainfi l'on les garda & Sa
Majeſté en fit regaler la Compa- .
gnie
1
l'on
Il est arrivé il y a deux jours
un Courierde Ceuta , qui a rap .
porté que les Maures ont efté repouffez
dans deux Aßauts gene
raux qu'ils avoient donnez avec
une perte fi confiderable , que
croit que cet échec les obligera de
lever le Siege de huit annees , qui
nelaiffe pus defaire tort àl Etat ,
puifqu'il occupe de bonnes Troupes
en ces quartiers- là .
La Reinefit partir hier anſoir
GALANT 267
En Courier pour le Milanez ;
avec avis que l'on a trouvé ſur
les Coftes de Galice , un Vaiffean
abandonné de toutes perfonnes ,
chargé de vin & d'eau de vie.
On ne fçait encore que juger de
cette affaire. Pour moy , je croy
qu'ila efté abordé par des Salesins
qui n'ont pas preferé les bonnes
boiffons aux hommes . Ce qui
étonne , c'est que ce Vaisseau n'eft
nullement endommagé
contraire il eft en fort bon estat.
On ne fçait pas encore de quelle
Nation il peur eftre.
qu'au
Je ne puis vous dire de qui
Z iij
268 MERCURE
eft cette Lettre . On la croit
d'un Italien , Officier de la
Reine d'Espagne. Elle m'a
paru fort naturellement écri .
te , c'est pourquoy je vous
l'envoye fans y rien changer.
Je ne vous dis rien de M
de Beaulieu de Bethomas ;
Chevalier , Grand Croix de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, & Chef d'Eſcadre des
Galeres du Roy , qui mouruc
en cette Ville le premier jour
de ce mois. Je vous en entretiendray
plus au long , lors
queje feray mieux informé de
GALANT 269
toutes les chofes que j'ay befoin
de fçavoir pour cet Arg
ticle.
Les hommes diftinguez
dans les Arts & dans les Sciences
ne doivent pas eftre moins
confiderez que ceux qui font
élevez par leur naiffance. M'
le Begue , Organiſte de Saint
Mederic eftoit de ce nombre.
La diftinction avec laquelle il
exerçoit l'Art dont il fe mêloit
, fa charité envers les
Pauvres , & fa pieté luy ont
fait meriter cette Epitaphe
fuivante.
Z iij
2-0 MERCURE
CY - DEVAL
1
-DEVANT , attendant la
Refurrection des morts , & la vie du
fiecle à venir, figurée par l'Immortalité
, repofe le corps d'honorable
homme NICOLAS LE BEGUE,
natif de la Ville de Laon , vivant
Organifte de la Chapelle du Roy &
de cette Eglife , qu'il a deffervie
pendant plus de quarante années
avecautant d'édification que d'efti
me ; une probite de vie fuffifamment
connuë lui attira autant d'admirateurs
de la vertu que fon grand
merite lai en fit naiftre . Il facrifia
tout à Dieu dés qu'il fe fentit en
eftat de pouvoir remplir fa fainte
volonté , par des oeuvres de pieté.
Il confidera toûjours les Amis & fes
Proches , dans un efprit de bien - veil-·
lance & d'attachement , que fageGALANT
271
nerofitè lui rendit un fujet de la plus
tendre reconnoiffance . Il aima les
Pauvres qu'il fit les premiers heritiers
de fes épargnes , eftant luymême
le vrai miroir de la Pauvreté
Evangelique , par fon propre dé
pouillement. Il contribua à l'embelliffement
de quelques lieux Saints ,
où il donna des marques de fa liberalité
dota l'Epouse de Jesus-
Christ par des Prieres & des Sacrifices
qu'il yfonda . Devenu l'amour
des Peuples , le charme & l'ornemont
de fon Art , les délices de fon
Prince qui l'honora tant de fois d'une
particuliere diftinction . Religieux
dins fa conduite , rigoureux & vigilant
dansfes devoirs , & toûjours
fevere à lui- même , ennemi du fafte,
& des applaudiffemens , il ne s'étadia
qu'à chercher le Royaume de
Z
iiij
27 MERCURE
Dieu , & fa Justice , afin que rien
ne lui manquaft pour l'Eternité,
Enfin , aprés de longues & rudes
épreuves d'une patience confommée ,
muni de tous fes Sacremens , efperant
fans ceffe en fa mifericorde
qu'il reclama jufqu'au dernier foupir,
plein de refignation , d'amour
& de foy en Fefus - Chrift , univerfellement
aimé , regreté , & pleuré .
Il renditfon ame en paix au Seigneur
le 6. Juillet de l'année
agé de foixante & douze ans.
1702.
Cette Epitaphe , ou Eloge
hiftorique a esté faire par s
Mr Robert . Mr l'Abbé le
Houx en a fait trois ou qua
tre en Vers latins , remplis de
ce feu qui luy eft fi naturel ,
GALANT 273
& avec le genie qui l'a fouvent
fait admirer . Il a paru
auffi plufieurs autres pieces
de Vers à la gloire d'un homme
fi illuftre dans fa Profeffion
, ce qui fait voir que les
Mufes fe plaifent fingulierement
à celebrer le merite.
J'ay laiffé le Roy d'Eſpa
gne à Final dans ma derniere
Lettre. Je devrois , pour continuer
à vous en parler de la
maniere que j'ai commencé ,
vous donner un Journal de
ce que ce Prince a fait depuis
fon débarquement jufqu'au
274 MERCURE
jour que je fermeray ma Let.
tte , mais il me refte tant de
choles à vous dire , que je
me contenteray de vous rapporter
les faits principaux.
Sa Majesté Catholique étant
partie de Final pour fe
rendre à Milan , Son, Alteffe
Royale de Savoye fe rendit
le 14. de Juin à Acqui pour
faluer Sa Majefté , qui devoir
y coucher. Ce Monarque le
raita d'Alteffe ainfi que Ma.
dame Royale , & Madame la
Ducheffe Royale , qui ferendirent
le 1. à Alexandrie , où
Sa Majefté Catholique cou
GALANT .275
cha. Il ne fe peur rien ajoûter
aux bontez qu'il témoi
gna à ces Princeffes. Il s'eng
tretint avec elles avec la me
me ouverture de coeur , & la
mefme familiarité que s'ils
avoient toûjours vécu enfemble.
Il leur rendit la vifite
le lendemain . Les Espagnols
dirent que cela n'avoit point
d'exemple. Ce Prince eft af.
fez éclairé pour en donner
& pour autorifer ceux qu'il
donne. Il partit le jour de la
Fefte Dieu , aprés avoir entendu
la Mefle , pour ſe rendre
à Pavie , où Son Alteffe
276 MERCURE
.
Royale prit congé de luy
Ce Monarque arriva le 18. à
Milan dans les Caroffes de
Mr le Prince de Vaudemont,
qui en avoit fourni à toute
Ja Cour. Ce Prince fait les
choſes avec une Nobleſſe
qui paffe tout ce que l'on
peur s'imaginer . Sa Majefté
Catholique entra dans Mi-
Jan fur les cinq heures du foir
par la Porte du Teffin , & fut
complimentée par le Confeil
General , des foixante Decurions
, & de toute la Nobleffe.
Le Vicaire de la Promiffion ,
qui eft le Chef de la Ville
GALANT. 277
harangua Sa Majesté , &
luy prefenta les Clefs dans
un Baffin de vermeil doré.
Sa Majefté les luy rendit en
difant
que la confiance quelle
avoit dans la fidelité de la No.
bleffe , & des Habitans de cet .
te Ville luy eftant connuë , elle
leur laißoit le foin de les garder
ainsi qu'ils ont fait jufqu'à cette
heure. Dans le mefme inftant
le Peuple que l'envie de voir
fon Souverain , avoit attiré
en cet endroit en grande.
foule , fit retentir l'air de fes
acclamations , & ne ceffa
point de crier Vive le Roy ,
278 MERCURE
Vive le Roy Philippe V. noftre
Duc. Il entra dans la Ville
´à cheval ,accompagné de toute
la Nobleffe qui estoit allée
à la rencontre. On ne fit
point de Cavalcade tant
â caufe que les équipages que
la Nobleffe avoit ordonné
de faire , & les autres préparatifs
pourune entrée Solem ,
nelle n'estoient pas prêts
que parce que Sa Majesté
avoit fait fçavoir qu'elle ne
vouloit pas qu'on fiſt pour
lors aucune démonftration
publique , remettant cette
ceremonie au retour de la
GALANT 279
Campagne , ce qui n'empel
cha pas que les rues de fon
paffage ne fuffeut tapiffees &
embellies de Tableaux & de
décorations. Sa Majefté alla
defcendre à l'Eglife Metropolitaine
, au grand Portail
de laquelle elle fut reçue par
Mr le Cardinal Archinto ,
Archevêque de Milan , à la
tefte de fon Clergé. Son Excellence
entonna le Te Deum
qui fut chanté par la Mufique
au bruit d'une triple fali
ve du canon . Le Roi fe rendit
enfuite au Palais Ducal que
Mrle Prince de Vaudemont
280 MERCURE
avoit fait meubler magnifi
quement.
Le Lundy 19. il fut com²
plimenté par les foixante Decurions
du Confeil General
qu'il admit , chacun felon
fon rang, luy baiſer la main .
Il fit la mefme faveur à toute
la Nobleffe qui s'y eftoit ren .
duë, aprés quoy il alla entendre
la Meffe dans l'Eglife
Metropolitaine , toujours aux
acclamations redoublées du
peuple qui rempliffoit les
ruës , & les places Publiques
ce qui continua mefme dans
l'Eglife. A fon retour au Pal
GALANT: 281
Jais il dina en public , ce qu'il
fit aufli les jours fuivans pour
l'empieffement
- contenter
que toute la Ville , la No.
bleffe & le Peuple des environs
témoignoient de le voir.
Mr le Cardinal Archinto fir
la fonction de benir la Table.
Le foir il affifta à la repréſensation
d'un Opera , compofé
par trois differens Muficiens
J'un eft Milanois , l'autre Par
mefan & l'autre Venitien .
Il y avoit de grandes beautez
dans l'Ouvrage de chacun de
ces Maillies de Mufique.
Les Actrices de cet Opera
Juillet 1702.
A a
28 MERCURE
eftoient gr tieufes , les hab
bits de bon gouft , & les
Decorations & les Machines
au delà de tout ce
qu'on en peut dire. Ce grand
fpectacle eftoit l'effet des
foins de Mr le Duc de Saint
Pierre. On fit trois jours de
fuite des illuminations par
toute la Ville , & au Chateau.
Il y eut par tout des feux de
joye , au bruit de l'Artille ;
rie , & au ton des cloches .
Le 21. aprés midi le Roy
alla voir le Chasteau .
Le 22 il alla faire fes de
votions à S. Jean , & l'apréfGALANT
287
dinée à la Proceffion du Corpus
Domini , dans laquelle M
le Cardinal Archinto eftoir
affifté de tout le Clergé Secu .
lier & Regulier , & de tous
les Tribunaux .
Sa Majesté Catholique vit
avant que de partir une partie
des Equipages qu'on luy
avoit fait preparer à Milan .
Il y avoit feize chariots , vingt.
quatre fourgons , douze furtout
& tente fix Mulets .
Il y avoit autre cela cent
Mulets qu'on luy avoit fait
venir de Montpellier . Tout
cela fans compter les Equi-
A a ij
284 MERCURE
pages qui estoient fur des
Brulots qui ne purent arriver
auffi toft que les Galeres . Cel
Prince donna avant que de
partir de Milan le Gouverne
ment de Final à Dom Balta
zard d'Amenzaga
, un Terce
d'Infanterie
à Don Fernando
Fuiguiera
, & à Don Michel
Dolmo , Grand Chancelier
de Milan , une penfion de
deux mille écus , & une place
dans le Confeil d'Italie.
Outre les Aides de Camp
François qui avoient déja efté
nommez par ce Prince , il
nomma encore plufieurs jeu
-*
GALANT 285
nes Seigneurs Espagnols pour
le fervir en la même qualité.
En voici les noms,
Mr le Marquis de Sentma
nat , fils aîné de Mr le Mar
quis de Caftel dos Rios ;
Grand d'Efpagne ; Ambaſſa
deur de cette Couronne en
France , nommé à la Viceroyauté
du Perou-
Mr le Duc de Bejar , Duc
de Placentia , Duc de Mandas
, Duc de Villanueva, Che
valier de la Toifon d'or , &
Grand d'Espagne .
Mr le Marquis de Torrecuſa
, Grand d'Eſpagne , Ita ,
286 MERCURE
lien & du Royaume de Nas
ples.
Le fils unique de Mr ie
Marquis de Villena , Duc de
Efcalona, Viceroy de Naples,
& qui a efté Viceroy de Na
varre , enfuite de Catalogne
& puis de Sicile , & qui l'eft à
prefent de Naples.
Mr le Vicomte de Miral
cazar , Chevalier de l'Ordre
d'Alcantara , fils aîné de Mr
le Marquis de Montreal , Envoyé
de Sa Majesté Catholi
que à Gennes , Gentilhom .
me de la Chambre , & Che.
valier de l'Ordre de Saint Jac
ques,
GALANT 287
Avant que le Roy d'Eſpa
gne partiſt de Milan , on par
la de lever une impofition
fur toute la Ville , afin de luy
faire preſent d'une fomme
confiderable . Ce Prince declara
qu'il ne vouloit point
que l'on fit cette levée , &
dit que
la guerre avoit fait
affez fouffrir l'Etat , ce qui
acheva de charmer tous les
Sujets de ce Pays - là . Ce Momarque
partie de Milan le
premier de Juillet , & alla
coucher à Lodi . Le 2. il vint
à Picighitone , & le 3. il arriv
Cremone au bruit de troa
288 MERCURE
falves generales de toute l'Ar
tillerie & des acclamations
des Peuples qui firent des
feux de joye & des illuminations
plufieurs jours de fuite.
Le même jour Mr le Duc
Parme fe rendit dans la mê.
me Ville , avec un équipage
des plus faperbes , Ce Prince
alla le même jour chez le
Roy à l'iffue du dîner de Sa
Majefté, Ce Monarque vint
au devant de luy jufque dans
fon Antichambre
, & le conduifit
dans fon Cabinet , où
la converſation dura environ
une demi heure. Ce Duc de
manda
GALANT 289
manda au Roy l'honneur de
fa protection & de fa bien .
veillance , & affura Sa Majefté
de fon dévouement &
de fa fidelité . Ce Prince ren .
dit encore vifite au Roy les
deux jours fuivans . Dans la
premiere il eut l'honneur de
jouer à la Baffette avec ce
Monarque , & dans la feconde
, il prit congé de Sa Majeſté.
Mr le Cardinal Delphino
qui a efté Nonce en France ,
& qui eft prefentement Evêque
de Breffe dans l'Etat Ve
nitien , vint auffi faluer Sa
Bb
Juillet 1702.
#90 MERCURE
Majefté Catholique à Cres
mone. Cette Eminence en
eut audience à la maniere or
dinaire : Elle alla le lende
main au diner de Sa Majefté
pour faire la Cour, Comce
Cardinal s'eft acquis
beaucoup d'estime pendant.
tout le temps qu'il a demeu
ré Nonce en France , il eut
lieu d'eftre content des mat
nieres honneftes avec lef
quelles le Roy le traita . Cet. -
te Eminence s'en retournale
jour fuivant dans le lieunde
fa Réfidance. Le Roy eftoit
logé à l'Hôtel de Ville que
3
GALANT zgn
l'on avoit fait meubler maq
gnifiquement & dont on
avoit fait dorer toutes les
croifées, all w
J
Y
Ley. Sa Majesté Cathod
lique fe promena à cheval
dans les rues & fe fit mong
trer tous les endroits où l'on
combatit le premier Fevrier
dernier, lorfque les Allemans
furent challez de la Ville
qu'ils avoient furpriſe. Ce
Prince a fouvent tiré aux
oifeaux par les feneftres de
fon apartement. Il aprit dés
les premiers jours dè fon lejour
à Crémone , par les nou,
B b ij
292 MERCURE
velles qu'il reçut de Mantouë
, qu'il y venoit chaque
jour beaucoup de Déferteurs
Allemans , & melme des Of.
ficiers ; qu'ils ne faifoient
point de fourages fans en perdre
; qu'ils en avoient fait.
deux au delà du Mincio ; que
pendant le premier quarante
deux Cavaliers s'eftoiens venus
rendre avec leurs Officiers
leurs chevaux ; & leurs
Armes , & que durant le fe
cond , il en eftoit venu qua
rante cinq. Aprés l'arrivée
de Sa Majesté Catholique à
Mantouë , M' le Prince de
GALANT 293
Vaudemont alla à Bozzuolo
pour conferer avec Mr le
Duc de Vendofme fur les
projets de la Campagne , &
en revint le 8. de Juillet rendre
compte à Sa Majeſté. Il
fut réfolu que l'on formeroit
deux Armées de toutes les
Troupes , ce qui fut fait de
la maniere fuivante .
PREMIERE ARME'E.
LE ROY D'ESPAGNE
M' le Duc de Vendofme.
Lieutenaps Generaux.
MESSIEURS ,
D'Aguillar.
Bb iij
294 MERCURE
De Bezons .
De Crequi.
De Pracontal.
De las Torres.
D'Albergotty.
De Marfin.
De Vaubecourt.
De Revel,
De Praflin.
hamidfot
Maréchaux de Camp..
MESSIEURS,
De
Mongon.
De Langallerie.
Deftain.
De Rouffy.
D'Aubeterre.
¿De Murcé,
GALANT 291
ī
De Villeroy ,
De Flamanville.
De la Feüillade .
INFANTERIE.
Bataillons.
Lombardie , Eſpagnols.
Piémont.
La Marine,
Auvergne.
Sault.
Lionnois.
Anjou.
Les Vaiffeaux.
L'Ile de France:
Bretagne.
Bourak.
Dillon
B b iüj
296 MERCURE
Barwick..
Albemarle.
Galmoy,
Vendofme .
Bourgogne.
Medoc.
Tierarche.
Roüerge.
Cotentin .'
Cambrefis.
Baffigni.
Querci .
Royal Artillerie.
Savoyards.
Gardes de Savoye.
Montferrat,
Chablais,
I
I
1
I
I
I
GALANT 297
Savoye.
Saluces.
La Croix blanche .
CAVALERIE.
Efcadrons.
Efpa: 5 Brabant.
gnols. Flandres .
Gendarmerie.
Carabiniers.
Colonel general.
Royal Rouffillon.
42
I
4
8
3
3
2
Broglio.
Villeroy.
Bourbon.
Vandeüil.
Defclots.
2
2
298 MERCURE
Mauroy.
Ulez
Anjou.
Ruffé.
Montperoux.
Le Bordage.
Dauphin.
Sully.
Piémont Royal , Savoyard.
Dragons.
Dauphin.
Leftrade .
Du Heron.
Lautrec .
Senneterre.
Languedoc.
REQUE
BIBLIO
DEDB
44
LYON
* 189
*
3
4
GALANT 299
Dragons Savoyards. M
Savoye.
Genevois.
BIBLIOTHE
LYON
$ On réſolut de mettre des
Troupes dans les lieux fui
vans : fçavoir ,
A Sabionette.
Lefecond Bataill, de Solre. î
Le 2 Bataill. de Morangis. Į
A Bobio
Le 2º Bataill. de Dauphiné.
A Bozzuolo.
Le Royal Montferrat.
A Tortonne.
Le 2 Bataill de Blaifois. L
300 MERCURE
A Cremone.
Le 2 Bataill. de Mirabeau. I
6 .
SECONDE ARMEE.
M' le Prince de Vaudemont.
Lieutenans Generaux,
か
MESSIEURS ,
D'Ayetonne.
Colmenero .
De Teffé .
De Saint Fremont.
Del Sefto.
De Zurlauben.
De Barbezieres..
De Médavy .
GALANT 301
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS ,
De Villepion .
D'Asfeld.
De Billy.
De Cavois .
De Chemerault.
De
Bouligneux
INFANTERIE.
Bataillons.
Spinola.
Efpa . Lisboa.
gnols . Bonefan .
I
I
¡
Gy .
Artillerie
d'Espagne
.
Normandie.
La Sarre .
1
3
I
30 MERCURE
La Fere.
La Marine Royale .
Royal Comtois.
Maulevrier.
Flandres-
Angoumois,
Perigord.
Foreft.
Tournefis.
Grancey.
Vivarêts.
Ponthieu .
Beaujollois.
Miromefnil
Solre.
Croüy.
Bragelone.
で
3
1
GALANT 303
Labour.
Vauge.
Albigeois.
Perche .
33
CAVALERIE.
Efcadrons.
Dragons d'Efpagne. 4
Espa .SDel Sefto,
gnols, Copolla.
Trivulce.
Commiffaire general.
• Cuirafliers.
La Reine.
Narbonne.
Renepont.
3
Raflé.
304 MERCURE
Efclainvillers.
Vienne.
Bartillac.
Montauban.
Wiltz.
2
2
Billy.
2
Elpinchals.
2
Villiers. 2
Simiane . 2
Courlandon.
Melun.
Dourche.
Sckelton .
Fimarcon .
3
Verac.
Rolelly.
Houflars. I
63
GALANT 305
On mit dans Mantouë pour
commander .
M' de Chartogne , Maréchal
de Camp.
Voicy les Troupes qu'on
mit dans cette Place,
Bataillons.
Leuville .
Limofin.
Sourches. I
Mirabeau ,
I
Morangis
Beauce.
Gaftinois .
1
I
Bugey .
Soiffonnois.
Breffe.
Juillet 17.020
Cc
3.
I
I
306 MERCURE
Bigorre
Savoye Elpagnol.
14
On mit à GoitolaVolta,
Le fecond Bataillon de
Thierarche...
A Caftiglione & Caftel Giufré
I
Le fecond Bataillon de
Gaftinois.
A Marcaria , Canetta , &
Rodolefcost
Le fecond Bataillon d'Albigeois
.
A Vefcovato & Uftiano.
Le fecond Bataillon de Bra
gelone,
GALANT 307
Il avoit efté réfolu d'abord
que M' le Comte de Teffé
commanderoit l'Armée de
Mile Prince de Vaudemont ,
mais il fut enfuite trouvé à
propos que M' de Teflé demeureroit
auprés du Roi d'Ef.
pagne , & que M' le Prince
de Vaudemont commandaft
la feconde Armée . de s
0 M' de Cré , Lieutenant
General d'Artillerie , parrig
le 10. au matin pour fe rend
dre à Cremone afin de met?
tre en mouvement toutes les
chofes qui regardoient fom
Miniftere. Il y avoit deus
Ccij
3c8 MERCURE
Galiotes fur le Pô montées
de dix Canons chacune : Ela
les eftoient commandées par
Mrs les Chevaliers de Caumartin
& de Laubepin. Ily as
voit fur la mefme riviere cin.
quante grandes barqueschar
gées de canon &de mortiers ,
& de toutes fortes de provi
fions &de Munitions de guere.
+
Le 12 M le Duc de Vendôme
arriva à Cremone fur
les cinq heures du foir. Il al.
la d'abord faluer Sa Majeſté
Catholique qui le reçut avec
tous les agrémens imaginables
Il en eut une audience pu
GALANT 309
blique ,aprés laquelle il en eut
une dans fon cabinet , ils de
meurerent enfermez pendant
un temps confiderable S. M.
lui dic qu'elle n'avoitpoint encore
l'experience de la guerre , mais que
la confiance qu'elle avoit en luy
luy faifoir défirer ardamant de
voir les Ennemis & qu'il efperoit
qu'il les luy feroit voir de
prés que fon Frere le Duc de
Bourgogne avoit bien commencé
& qu'il efperoit le fui ure.
Mr le Duc de мantouë ara .
riva fur le foir. Le Roy d'Ef
pagne avoit envoyé deux de
fes caroffes au devant de ce
3to MERCURE
Prince & il fut reçu au bruie
de toute l'Artillerie & de la
Moufqueterie de la garniſon
rangée fous les Armes dans
les ruës. Sa Majeſté les traita
de la mefme maniere qu'elle
avoit fait Mr le Duc de
Parme , & luy donna tous les
témoignages poffibles d'eſti .
me, d'amitié , & de bien veil.
lance. Ce Monarque fir le 15.
au matin hors la Porte du Po,
la revue de cinq Regimens
de Cavalerie qui eftoient ar
rivez la veille. Il arriva l'aprefdinée
du même jour neuf
Bataillons & un Regimens
3
GALANT 31
de Dragons , dont le Roy fit
la revue le 16. au matin dans
le même endroit. Monfieur
le Duc de Mantouë accom.
pagna S. M. à ces deux re
vuës. Toutes ces Troupes dé
filérent le 18. par deſſus le
Pont fous les ordres de Mr
le Marquis de Crequi , pour
aller camper au delà du Pô à
Caſtelvetro , à deux lieues de
Cremone. Cette Armée , à laquelle
eftoit Monfieur le Duc
de Vendofme , continua fa
marche le 19. & le o , & pen
dant ces trois jours elle paffa
le Pô , le Stirone , & la Parola,
312 MERCURE
de maniere que le 20. elle
eftoit à San Secondo fur le
Taro , prés de Cazal maggio.
re , où en moins de vingtquatre
heures on conftruifit
le 21. un nouveau Pont fur le
Pô. Le Roy d'Eſpagne ' qui
eftoit parti le mefme jour de
Cremone arriva le 21. à Cazal
Maggiore , où le refte de l'Armée
eftoit arrivée.
Le 23. les Troupes de Savoye
qui estoient demeurées
en delà du Pô le pafférent
avec les Regimens de Senec
terre , de Languedoc , de
Broglio , & du Bordage , eeux
de
GALANT
jiz
de Lionnois , & des Fufiliers.
Le 24 le Roy d'Espagne
paffa le Pô avec la Gendarmerie
, les Carabiniers & les
Efpagnols , pour marcher fur
la Lenza , que le Prince Eua
gene avoit témoigné vouloir
défendre avec tant d'autres
rivieres qu'il a toûjours aban
données à l'approche de nos
Troupes. En effet , dés que ce
Prince cut appris leur marche
, il retira celles qu'il avoit
fait avancer vers la Palma. Il
fit brûler le Pont de Bateaux
qu'il avoit fait construire fur
la Lenza , & alla camper au
Dd
Juilles 1702.
314 MERCURE
delà de Croftollo , fur les avis
qu'en eut m ' le Duc de Vendofme
, il prit encore le 22 .
les devans avec un Corps de
Cavalerie & de Dragons ,
paffa le Taro , & alla couper
le Pont de pierre qui eft fur
la Palma à Colorno , où il campa
. Le reste de l'Armée le
fuivit for deux colomnes ,
dont la premiere paſſa à gué ,
& l'autre fur un Pont que Με
de Cray , Lieutenant general
de l'Artillerie , avoit fait dreffer
à une demi lieuë au def
fous . Il y eat à peine fept Bataillons
de paffez , avec M
GALANT
3'5
de Cray & Mr Bouchu , que le
refte fut arrefté tout d'un
coup par les cris des Payfans.
qui couroient fur les bords
pour avertir les Troupes de
prendre garde à elles , ce qui
les fit arrefter de l'autre cofté ,
& preffer celles qui estoient
dans la riviere , de gagner le
haut de la rive , ce qu'elles
firent heureuſement , car en
même temps il vint une montagne
d'eau qui rouloit fur la
fuperficie du courant ordinaire
, de plus de douze pieds
de hauteur , avec un bruit
épouventable , & en un inf-:
Ddij
36 MERCURE
41
tant le lit de la riviere qui eft
affez large , & dont les bords
font fort élevez , fut remply ,
& l'eau monta de vingt trois
pieds . Ce torrent ne fut pas
long temps fans arriver au
Pont , & fans les Payfans qui
accoururent pour avertir les
Troupes , on auroit perdu
plufieurs pieces de Canon
qui alloient enfourner le
Pont. Les deux lignes de la
gauche de la Cavallerie
eftoient paffées & l'Artillerie
les fuivoit , mais par bonheur
il n'y avoit qu'une feule cha
rette fur le Pont , le canon
GALANT 317
(
ayant fait alte au cry des Paifans
. La chatette fut empor
tée avec le Pont quoy qu'elle
fut bien attachée avec des an
cres dans la riviére , & a un
gros cordage qui la traver
foit qu'on apelle finguennelle ,
mais rien ne refifte à l'impetuofité
d'un torrent fi violent.
Il n'y eut pas un homme
de noyé , quoy qu'il n'y cuft
qu'une partie de l'Armée de
paffée , & que le reste fuft de
l'autre cofté du Taro. Si les
Ennemis euffent efté à por
tée de profiter de ce contretemps
, ils auroient ruiné nos
Dd iij
318 MERCURE
projets , mais bien loin de ce
la , ils avoient fait retirer leurs
Troupes , & brûler leurs
Ponts . Les eaux eftant un peu
écoulées , le lendemain fur
les dix heures du matin , Mr
de Cré fit travailler avec tant
de diligence
, qu'en quatorze
heures il fit faire un nouveau
Pont , où les Troupes , l'Ar
tillerie & les Bagages paffe.
rent le 22. L'Armée marcha
le 23. fur trois colomnes , &
paffa la Parma fur le Pont de
pierre , & fur deux av
qu'on avoir conſtr
alla carnper
GALANT , 319
Lenza , où Sa Majefté Catho
lique fe rendit le même jour
de Cazal Maggiore
.
Le 26. l'Armée paffa la Lena
za fans aucune oppofition
de
Ja part du Prince Eugene , &
alla camper à Caftel - novo
prés de Croftolo . Mr le Duc
de Vendofme
y apprit que le
General
Annibal
Vifconti
eftoit à Santa Vittoria , audelà
du Croftolo , avec trois
Regimens
de Cavalerie
, &
un de Dragons , & partit du
Camp à deux heures aprés
midy avec vingt- cinq Elcadrons
, & quatorze
Compa
Dd iiij
320 # MERCURE
gnies de Grenadiers. Il paſſa
le Croftolo , a un gué où les
Ennemis n'avoient point de
garde, & les attaqua avec tant
de vigueur qu'ils furent en
tierement défaits avec peu de
reſiſtance. Voici ce que le Roi
d'Espagne écrivit au Roy du
Camp de Caftel- novo le 27.
touchant cette action . Com.
me on a fait une infinité de
copies de cette Lettre , & qu'-
elles ne nefe trouvent pas conformes
je ne vous affure
qu'il n'y ait rien de changé
dans celle que je vous envoye
& qu'elle foit entiere
ment correcte.
pas
GALANT 32L
F
Envoye à Voftre Majefté la Relation
que Mr de Vendofme a
faite de l'affaire qui nous arriva
hier. Elle eft auffi complette , à ce
que j'ai ouy dire à des gens qui en
ont veu beaucoup , qu'une affaire
de Cavalerie peut l'eftre : J'ay eu
beaucoup d'envie de m'y trouver,
mais malgré toute la diligence que
que je fis , qui fût extrême , je ne
pus m'y rencontrer que fur la fin ,
parce queje fus avertifort tard,&
que les Ennemis tinrent peu. Je
Paffay le Croftolo avec neuf Efca
drons , & quittay la Colomne que
je menois pourfaire plus de diligen
ce. Il n'a tenu qu'aux Ennemis de
nous difputer le paffage de cette riviere
qui eft tres - difficile ; ils l'auroient
pu fairefacilement , mais ils
322 MERCURE
駿
n'y ont pas fongé , comptant appa
remment que nous nous arrefterions
à faire le fiege de Bercel , ou que
nous ne pouvions pas faire une fi
grande diligence , ce qui a donné le
temps à nos troupes de les furprendre
prefque dans leur Camp , qui eftoit
compofe des Regimens de Commer
cy , de Darmftat , de Vifconty , &
des Dragons d'Herbeviler Ce corps
eftoit commandé par Visconty , qui
auroit efté de quatre mille Chevaux
s'il euft cfté complet ; mais je croy
qu'ily en avoit aumoins trois mille.
Il s'eftoit fort bien campé contre le
Prince Eugene , mais fort mal contre
mon Armée , ayant un ruiffeau
derriere lui dans lequel fes troupes fe
font jettées prefqu'en bataille. Il
eftoit comblé de corps morts & de
Chevaux lorfque j'y arrivay , &
GALANT 323
les
les Grenadiers le paſſerent à pied
fec comme fur un Pont, quoy que
bords en foient fort efcarpez. Le
Camp des Ennemis a efté entierement
pillé , aufi- bien que leurs
équipages & bagages. J'y ay trouvé
toutes leurs tentes tendues , ce qui
marque qu'ils ne nous y attendoient
pas , & nos troupes ont profité de
leurs dépouilles & ont bu leur vin
qui nous a efté d'un grand fecours
aprés unefi longue marche. Les fix
cens Grenadiers qui eftoient détachez
fe font montez& font devenus
en mefme inftant Grenadiers à Cheval,
prefque tous leurs Chevaux ont
efté pris , & ceux quife font fauvez
fe font fauvez à pied , & fe font
jettez dans les bois , enforte que
Votre Majesté peut compter qu'ils
ne nous feront pas grand mal pen324
MERCURE
fie
dant le refte de la Campagne. Mon
Regiment de Cavalerie d'Anjou
a pris d'eux Eftendarts, & le Marquis
de faint Germain Beaupré qui
y eft Capitaine, une paire de Timballes
. Le Regiment Dauphin de
Dragons à pris auffi deux Eftendarts
& une paire de Timballes.
VVartigny qui le commande , y a
confiderablemeut bleffé , & s'y
eft fort diftingué. Mr de Vendofme
a chargé d'abord avec un feul Ef
cadron de Gendarmerie que commandoit
Mezieres , le Regiment de
Dragons , d'Eftrades & fix cens
Grenadiers , les deux Efcadrons de
Carabiniers qui s'y font trouvez, y
ont fait des merveilles
ainfi que
les Gendarmes , à qui les Prifon .
niers des Ennemis ont dit qu'ils en
vouloient principalement. Tay ac-
>
厝
GALANT
: 325
>
tuellement buit Eftendarts & trois
paires de Timballes , dont deux ont
efte prifes en marchant. Valfemé
qui commande la Cavalerie
chargé à la tefte de trois Efcadrons
& a fait des merveilles. Le Marquis
de Crequy a combattu à pied
& à Cheval , & s'eft trouvé par
tout ainfi que Mrs de Befons , de
Marcin , & d'Albergoty . Skelton
a efté fort bleffé & a fort bienfait,
auli -bien que Marcillac & Jannet.
Je prie Voftre Majefté d'avoir
égard à leur fervice . Enfin Voftre
Majefte peut compter que l'affaire
a efté des plus complettes . La peur
des Ennemis a eftèfi grande , que
je luy repete encore qu'ils fe font
jettez prefque en bataille d'auli
haut dans le Teflonne que l'on fe
jetteroit de la Terraffe de Saint
126 MERCURE
Germaindans la Seine , & qu'ily
en a beaucoup plus de noyez que de
tuez. On dit que nous nous batterons
encore demain , & qu'ils ont
fait paffer buit à dix mille hommes
pour s'opposer à noftre marche Je le
fouhaittei car ilferoit fort agreable
de les défaire en détail . Le Sereuiffime
, ( c'eft ainfi qu'on appelle
Mr de Mantoüe ) m'a fuivi par -
tout , ainfi que les Espagnols. Ils
me paroiffent fort aifes de cette avanture.
Je n'écris point à Monfeigneur
non plus qu'à mes freres ,
parce queje nepourrois que leur repeter
la mefme chofe , & queje fuis
fi las que je ne fçaurois efcrire. Je
vous prie de leurfaire part de ce que
je vous mande , & de leur envoyer
la Relation. Ne fyez pas furpris
fije Life à Mr de Vendofme le foin
GALANT 227
de vous euvoyer un Courier , je ne
veux point me faire honneur d'une
action dont il a tout le merite , &
quand j'envoyeray à Votre Majeftè
quelqu'un de ma part , je veux
que ce foit une action decifive , afin
que Voftre Majesté n'ait pas une
fauffe joye. Noftre Cavalerie
- a conçu par cette action fort peu
d'estime pour celle de l'Empereur ,
j'efpere qu Voftre Majefte en
fera auffi contente qu'elle doit l'eftre
de fon Infanterie. Je finis en affurant
Votre Majefe de la continuation
de mon attachement & de
ma tendreffe ; Signé PHILIPPE .
Comme cette Lettre parle
de la Relation de Mr le Duc
de Vendofme , je croy ne l'en
devoir pas feparer , & qu'elle
$28 MERCURE
la doit accompagner icy , quoi
que toute la France , & j'oze
même dire toute l'Europe
foient préfentement remplies
du grand nombre de copies qui
en courent ; mais je fçay que
vous eftes toujours bien aiſe de
trouver dans mes Lettres les
pieces volantes qui s'égarent
ordinairement , fe preftent &
fe perdent , de forte que lorf
que la curiofité les fait chercher
au bout de quelques années
ou que l'on a beſoin , elles
ne fe retrouvent plus , au lieu
que mes Lettres gardent fidelement
ces pretieux dépots pour
l'Hiftoire , & qu'on peut toû
jours les y trouver..
Voicy la Relation de Monfieur
le Duc de Vendofme , elle
GALANT: $ 29
eft du 27. Juillet du Camp de
Sorbolo.
N
Ouspartimes hierde Sorbolo. Le
Roy ne marcha qu'à onze heures ,
parce que la marche dujourprecedent
avoit efte fort longue . Pour moy , je
partis à huit heures avec la Brigade
du Colonel general des Dragon's
Dauphins , d'Eftrades , & de Lautrec,
& quatorze Compagnies di
Grenadiers , à deffein de m'avancer
fur le Croftolo , pourfçavoir des
nouvelles des Ennemis . Je fis une
heure de halte ici , pour laiffer repofer
mes Troupes , aprés quoyje me mis en
marche , & je paffai le Crofto o , qui
eft tres - difficile. Quand je fus de
l'autre coſté , je trouvay un Preftre
qui me dit que les Ennemis eftoient
campezau deça du Taſſon , où il fe
Juillet 1702 .
Ee
330 MERCURE
jette dans le Croftolo , avec quatre
Regimens de Cavalerie , &
point d'Infanterie . Deux Rendus
me confirmérent la même chofe ; ce
qui me fit båter ma marche par le
grand chemin, & mes Grenadiers à
droite & à gauche . Quand nous fùmes
à la vûë de leur Camp , je vis
qu'il y avoit encore beaucoup de leurs
chevaux en pâture , & qu'ils couvoient
monter à cheval. Sur cela je
pris le parti de les faire attaquer.
Mr d'Albergotti & Mrs de Murfay
& de Beaujeu marchoient à magauche
avec les Dragons Dauphins ,
ceux d'Eftrades , & deux Efcadrons
de Carabiniers. Nous les attaquames
des deux coftez en même temps ,
lofqu'ils acheverent de fe mettre en
bataille. Ils firent d'abord quel
refiftance à une maison qui
GALANT 331
dugrand chemin ; mais nos Grenadiers
les forcérent , & ayant trouvè
un endroit àfaire paffer noftre Cavalerie
dans la Plaine qui eftoit a
noftre droite , je fis mettre en bataille
le plus vifte que je pus huit Efcadrons
qui attaquerent la gauche de
leur Camp , dans le temps que Mr
d'Albergotti tomba fur leur droite ,
& que je fis attaquer leur centrepar
Le grand chemin . Ils firent tres -peu
de refiftance , & fe culbutérent dans
le Taffon , dont les bords font fort
hauts , & fort efcarpez . Ily en tomba
une fi grande quantité que vingt
hommes de front auroient marché
deux cens pas durant fur les hommes
& fur les chevaux fans fe mouiller
le pied. Je n'ay jamais vu une dé
route pareille. Nous avons prisfix
Etendarts , deuxpaires de timbales ,
E e ij
332 MERCURE
tous leurs bagages & leur Camp
Nous avons prés de quatre cens Prifonniers
, parmi lesquels il y a un
Lieutenant Colonel , cinq Capitaines
, & deux autres Officiers . Ily a
plus de fix cens hommes tuezfur le
Champ de Bataille , beaucoup de
noyez plus de mille chevaux pris ,
& quatre cens au moins de tuez où
noyez. Nous n'avons eu que fix .
vingts hommes tuez ou bleffez , Wartigny
& Skelton font bleffez , mais
fans aucun danger. Vous pouvez
compterqu'il n'y ajamais eu une déroute
de Cavalerie plus complette .
Il y avoit quatre Regimens , fçavoir
, Commercy , Darmftat , Vifconti
, & Herbeviller. Le bon
homme Annibal Visconti s'eftoit mis
en deça du Taffon , au lieu de fe
mettre en dela. Il y avoit pourtant
GALANT 337
fait marquer un Camp , mais il ne
l'a pas occupé affez toft , & ily a un
tiers de l'Armée qui a campé fur le
Champ de Bataille , & demain le
Roy y marchera à la tefte de l'Armee
. Sa Majesté arriva en perfonne
au Camp des Ennemis , dans le
temps que l'affaire finißoit & a eftè
bien fachée de n'avoir pas efté au
commencement. Dans le temps que
j'écrivois ceste Lettre , on m'a apporté
fix Etendarts. Je crois qu'on
en pêchera encore dans la riviere .
Les Officiers Generaux qui étoient
au combat du Taßon étoient Mrs de
las Torrés , de Revél , de Teflé , de
Crequy , de Vaubecourt , de Marfin,
de Bezons , d'Albergotti , de Montgon
& de Murfay. Le Major general
Valfemé , Chavigny , & Mauroy
y estoient auli. Ily avoit encore
334 MERCURE
un Efcadron de Gendarmerie , com
mande parMrde Mezieres. Mr de
la Meßeliére eft du même Efcadron.
Les Troupes y ontfait des merveil
les , & les Grenadiers ont pris tous
les Etendarts . C'eftoit Mrs de Carcado
, de Chamillard & de Broglio,
qui commandoient les Grenadiers.
Des Rendus qui viennent d'arriver
m'aßurent que ce qui s'eftfauvé
de ces quatre Regimens , n'eft arrivé
que ce matin á Guastalla , deux
d'un coftè , & trois de l'autre.
On trouvera dans la Relation
qui fuit des détails qui regardent
les Troupes & des faits
qui ne font point dans la précedente
. Elle contient auffi
tous les noms des Officiers qui
ont efté bleffez & tout ce qu'on
GALANT: 334
•
vient de lire n'empefchera pas
qu'elle ne paroiffe nouvelle , &
qu'elle ne faffe beaucoup de
plaifir.
E 15 Juillet l'Armée du Roy
yant décampé de Colorno pour
venircamper au Pont de Sorbolo.le
Roy d'Espagne , qui eftoit à Cazalmagiore
, joignit l'Armée dans fa
marche. Comme la journée fut longue
& pluvieufe , l'Arriere -garde
& les Bagages arriverent fort tard
à Sorbollo ; ce qui obligea Mr le
Duc de Vendofme à ne partir qu'à
neufheures du matin le 26. de Sor
bollo avec feize Efcadrons , fçavoir
trois de Dragons Dauphin , trois de
Lautrech , trois d'Eftrades , trois du
Colonel General de Cavalerie, deux
de Villeroy , deux de Montperoux ,
L
&15.
Juillet
1.
38 MERCURE
comme
& quatorze Compagnies commandées
par Mr de Carcado
Brigadier , & Mrle Comte de Chamillart
, comme Colonel , le tout
précedé par fix Gardes ordinaires ,
à la fuite defquels eftoit un Efcadron
compofe des Gendarmes Anglois
, & des Chevaux - Legers de
Bourgogne , commandez par Mr de
Mezieres : Sa Majesté Catholique,
& le refte de l'Armée devant fuivre
à trois heures de là . Mr le Duc
de Vendofme eftant arrivé à Caftel
novo , où l'Armée devoit camper,
pendant qu'on marquoit le Camp ,
reçut la confirmation de l'avis qu'il
avoit eu , que les Ennemis eftoient
derriere le Croftolo ; c'est un torrent
dont les bords font fort élevez à deux
mille de Caftelnovo
. Aprés que fes
Troupes farent repofées pendant
deux
GALANT
339
deux heures , il manda au Roy.
d'Espagne , qu'il s'avançoit à portée
des Ennemis , & qu'il attendoit
fes ordres Sa Majefté lui fit
réponſe , qu'il pouvoit marcher en
avant , & qu'il allait marcher
avec le reste de l'Armée pour le
foutenir. Avant que d'arriver à
Croftolo , & en eftant à une grande
portée de Fufil , nous apperçumes.
deux Cavaliers qui s'enfuirent à
toute jambe du côté de ce lieu ; nouš
marchamesfur le haut de la chauf
fee dudit Croftolo , pour découvrir le
Camp des Ennemis , mais ne voyant
rien , nos Troupes pafferent à
un gué du côté de Reggio , trois
mille au deffus de Sancta Vittoria
, Mr le Duc de Vendofme ne
trouvant pas cette Riviere deffen-
Juillet 1702 .
Ff
340 MERCUR
E
dae , fut pafferfes Troupes au de-là
in à un, tant les rives font diffi
ciles , outre qu'elles avoient eſté re-
Levées par les Ennemis , & envoya
au Camp Mr Roydot Major des
Carabiniers les chercher , & la
Brigade de Sully Cavalerie compofée
de deux Efcadrons d'Anjou, deux
de Sully, & deux de Defclos. Mr
le Duc de Vendofme eftant arrivé
de l'autre cofté du Croftolo , apprit
par une Vedette qui deferta , que le
Camp des Ennemis eftoit compofe
des Regimens de Cavalerie de Cos
mercy, Darmeftat, & de Visconty ,
& de celui de Dragons d'Herbeviller
, faifant environ trois mille che
vaux effectifs , le tout commandé
par le General Annibal Viscon
ty, & qu'il n'y avoit aucune In
fanteries fur quoy Mr le Duc de
GALANT 341
Vendofme prit le chemin qui va à
la Riviere nommée Taffon , laquel
le vient de Reddezio , & retombe
dans le Croftolo à Sancta Victo
ria. Nous aperçûmes une Troupe
de Cavalerie qui fe prefenta de
fort bonne grate . Mr de Vendofme
ordonna á un Marefchal des Logis
de la Gendarmerie , qui commandoit
vingt Gendarmes & Avantgarde
de pouffer la Troupe des En
nemis , ce quifut tres- bien execute.
Ce Prince marcha fur deux colonnes
, l'une à droite , à la tête de la
quelle il fe mit enperfonne , accom
pagné de Mrs de Revel , de Teffe ,
de Laftores , de Crequi , de Vaubecourt
, de Marfin , de Befons ,
de Montgon , d' Arrene Major Ge
neral , de Mauroy Marechal des
Logis de la Cavalerie, & de Cha
Ffij
342 MERCURE
vigny Maréchal des Logis de l'Ar
mée , & détacha Mi d'Albergoty,
avec Mr de Murfay pour conduire
la Colonne de la gauche compofée
des deux Compagnies de Grenadiers
d'Auvergne , des Regimens de Dragons
Dauphin & Lautrech , qui
combatirent à pied , & des quatre
Efcadrons de Carabiniers qui avoient
joint. Le furplus des Troupes
formoit la Colonne de la droite.
On marcha en cet ordre à même
hauteur à un mille d'une Colonne
à l'autre , la droite par un grand
chemin , & lagauche par une chauf
fée le long du Croftolo . Les Ennemis
fe trouverent campez , la droite
appuyée à Sancta Vittoria fur le
-Croftolo , ayant derriere eux le Taf
fon fur lequel ils n'avoient que deux
Pents , l'un à Sancta Vittoria ,
GALANT 343
&l'autre à leurgauche , tous deux
fort étroits Leurs Gardes s'avan
cerentfur nos deux Colonnes , pen
dant que le reste de leurs Troupes
montoit à Cheval ; Elles feformerent
en même temps , & ſe preſenterent
en bonne contenance aux te
tes des deux Colonnes , où aprés
quelque refiftance de la part des
Ennemis ils furent renverfez, & ne
fangerent plus qu'à la retraite qui
ne fe pouvoitfaire que par les deux
Ponts dont il a efté parlé, & dont
on s'empara le plutôt qu'il fut pof-
~jinie. Ainfo ils furent necefitex da
fe jetter dans la Riviere dont les
bards étant fort relevez , &y ayant
-beaucoup de vafe dans le fonds il
en fut tué , ou noyé fix ou fept cens.
Le Roy d'Espagne trouvant, que les
Troupes qui le fuivoient , ne mar
Ff j
344 MERCURE
choient pas affez vite , fe porta de
fa Perfonne au lieu du combat , of
il arriva avant qu'il fût fini , accompagné
de Mr le Duc de Mantote.
› Lieutenaut
Les Ennemis ont perdu fix cens
Enirafiers tuezfur la place , & il
en a eu quatre cens de noyez.
On a fait prifonnier le Comte d'A
remberg Allemand
Colonel du Regiment Darmflats
fept Capitaines des Cuiraffiers , &
・trois à quatre cens Cuirafiers ; les
trais paires de Timbales des trois
Regimens de Cavalerie des Ennemis
ont efte prifes , une paire par
te Regiment de Dragons Dauphin,
une autre par le Regiment de Cavalerie
d'Anjou . Il y a buit Eten
darts pris jufques-icy , & toutes les
Cuiraffes ont efté abandonnées.
GALANT 345
Il a efté pris environ mille Che
& les Grenadiers font reve
uus au camp tous montez, & beau
coup ayant des Chevaux en main.
Le Roy d'Efpagne les a tous fait
paffer devant lui , & a fait donner
dix Lous à chacun de ceux qui ont
pris les Etendarts, & autant à ceux
qui ont pris les Timbales . Le Ba
gage des Ennemis a eftè pris entie❤
rement , leurs Tentes s'étant encore
trouvées tenduës . Cette affaire leur
coute du moins quinze cens Cuiraf
fiers , & on peut compter ces Regi
mens bors d'étatde fervit de toute la
Campagne
.
Nous avons eu en cette actionfix
vingts hommes tuez ou bleſſez ; en
tr'autres Mr de St Aurin Chef de
Brigade des Carabiniers , bleffe
dangereusement àla tête , Mr. de la
Ff iiij
346 MERCURE
> &
Roque Capitaine bleße aux reins
MrleChevalier de Premont , & Mr
Defaunais , tous deux Capitaines
Aydes- Majors de ce même Corps &
bleßez , quatre _Lieutenans
Mrla Roque auli Lieutenant tué,
Mrde Mauria Capitaine de Carabiniers
a eu trois contufions , Mr
de Vvartigny Brigadier Colonel de
Dragons , bleßé au bras , Milord
Skelton Ayde de Camp de Mr
le Duc de Vendofme la cuiße percée,
Mrde Maranbat Major du Regi
ment de Cavalerie d'Anjou la cuif
fe percée , Mr. de Nouilley Capi
taine dans le Regiment de Dra
gons d'Eftrade tué , Mr de Monteil
Capitaine de Grenadiers de Quercy
tué, Mrs de Montperoux, & de Goas
Brigadiersde Cavalerie & de Dra
gons ont eu chacun leur cheval tué yo
GALANT 347
en chargeant à la tète de leur Bri
gade.
Depuis la Relation écrite , on a
encore apporté quatre Etendars .
Lorfqu'un Combat eſt confiderable
, & que la meflée a eſté
grande , il eft impoffible qu'on
puiffe s'avoir à fond tout ce qui
s'y eft paffé, à moins qu'on n'en
voye plufieurs Relations diffe
rantes , faites par ceux mefmes
qui fe font trouvez à l'action .
On a mefme beaucoup de peine
avec tout cela à fe le bien repréfenter
, fi ce n'eft qu'on s'y
applique avec un attention &un
receuillement dont peu de perfonnes
font capables . Lorfqu'il
fe paffe quelqu'une de ces actions
d'éclat , vives & fanglan
348 MERCURE
& de
tes , je tâche auffi - toft de ras
maffer tout ce qui s'en eft écrit
& tout ce qui s'en eft dit. Je
crojs aprés cela qu'il n'y a point
d'homme qui en foit mieux inf
truit que moy, mon efprit eftant
remply de tant de faits
tant de circoftances qu'il me
femble que rien n'eft échappé à
l'exactitude de mes recherches
mais lorsque je veux travailler ,
& que j'examine avec attention
tout ce que j'ay ramaffé , je
trouve plufieurs Relations dont
ies unes font deffectueufes en
beaucoup d'endroits & les au
tres obfcures , les circonftances
des faits font d'ailleurs fi diffe
rentes , que voulant ne rien
écrire dont je ne fois affuré , je
me trouve dans un tres grand
GALANT: $ 49
embaras fur ce que je dois écrire.
Ainfi vous devez compter
que lorfque je ne compofe pas
une Relation fur toutes celles
que j'ay ramaffées celles que je
Vous envoye font les plus feures
, & les plus correctes qu'elles
viennent de perfonnes éclairées
& fur lesquelles on peut
saffurer , & enfin que les faits
qui font contenus dans les Relations
que vous trouvez dans
mes lettres font rapportez dans
beaucoup d'autres dont je me
difpenfe de vous faire part , ne
voulant vous envoyer aucunes
de celles qui feules raportent
des chofes dont plufieurs autres
ne parlent point & qui paroif
fent douteuſes : cependant
aprés toutes ces précautions
350 MERCURE
je ne vous garantis pas que je
ne puiffe eftre trompé , que
ceux qui ont écrit ne l'ayent
efté eux - mêmes , & qu'à force
de copier des Relations on
n'ait pas fait de fautes dans cel
les qui tombent entre mes
mains . Je vais vous faire encore
part de deux . L'une eft écrite
par un Colonel qui n'a pas
moins d'efprit que de valeur
& d'experience , elle eft d'un
ftile ferré , & en trente ou
quarante lignes elle donne une
idée diftincte & parfaite du gros
de l'action. L'autre entre dans
un détail dont il ne fe trouve
rien dans tout ce que vous venez
de lire , par ce que l'Oncier
qui l'a faite , eft de l'Efcadron
des Gendarmes Anglois ,
1
GALANT 351
qui
de
&
qui s'eft trouvé par tout ,
a entamé l'affaire . Il parle
qui s'eft paffé dans le Village
de Victoria dont les autres
ne font point mention .
Ainfi je croy que vous trouverez
dans les cinq pieces que je
5 Vous envoye tout ce qui s'eft
paffé dans le Combat dont il
s'agit , fans qu'il y ait plus de
vingt lignes repetées ; encore
le font elles avec beaucoup de
varieté & d'un tour tout different
, n'eftant pas écrites par
les mefmes perfonnes . Voicy la
Relation du Colonel dont je
viens de vous parler.
Monfieur
le Ducde Vendofme
n'avoit que l'Escadron de
Gendarmes Anglois qui devoit
35 MERCURE
monter la garde auprés du Roy
d'Espagne , la Brigade de Monperoux
& le Regiment de Dragons
d'Eftrade , lorsqu'il paffa le Crofto
lo. 14fçavoit que le Comte Annibal
Vifconty eftoit campé au delà fans
fçavoiroù. Il s'avança environ deux
milles dans le pays fans rien trou
ver , lorsqu'il fut averty que le
Camp des Allemans étoit proche
Mr de Vendofme envoya chercher
les reftes des troupes de la premiere
·ligne avec feize Compagnies de
Grenadiers , & s'avança toûjours,
Il avoit devant luy un Marefchal
des Logis de Gendarmerie qui trou
va la Garde des Ennemis & la
poula . Eile fut foutenue de leurs
Piquets , à qui il avoit efté ordonnépar
Visconty , croyant que ce qui
paroiftroit neferoit qu'un party ,
de
GALANT 353
Pattirer. Ce manege donna le tems
à nos troupes d'arriver. On marcha
deux avec grand bruit. Mr de Vif
conty fit monter à Cheval & paſſer
le Naviglio avec cinq cens Chevaux
qu'il étendit pied à terre le
long du bord , pourfavoriser le paffage
defes troupes qui fe trouverent
refferrées par plufieurs charges , de
maniere que ce qui ne put paffer le
Pont , fe jetta dans le Naviglio ,
dont les bords efcarpez ne permettoient
pas aux Chevaux de paffer,
de forte qu'il s'en trouva plus de
cinq cens dans l'eau quand nos troupes
y arriverent. Le Roy d'Espagne
fuivit , & vit avec plufieurs lafin
de t Action,
Mr le Marquis de Crequy a
chargé plufieurs fois à la tefte de la
Cavalerie & de la Gendarmerie
374 MPRCURE
avec une valeur digne de lui . Il mit
pied à terre, & mena les Grenadiers.
à la charge toutes les fois qu'ilsfu
rent à portée de charger , & tout le
monde convient qu'il a une tresgrande
part à la realite de cette
action , qui a eftè menée fi bruſquement
que les Ennemis n'ontpufauverleur
bagage, ny leurs tenies .
{
La Relation qui fuit eft celle
de l'Officier des Gendarmes.
Nous paflames le Pb le 25 á Cdfalmaggiore
avec le Roy d'Ef
pagne apres deux murches tres - precipitées
, mais cependant tres - utiles
fans voir nos Equipages , ce qui
nous arrive quelque fois . Nous allames
camper à Caftelnovo. Comme
le foin de garder le Roy defpagne
GALANT 355
eft confié à la Gendarmerie , ilfe
trouva par le plus grand bonheur du
monde , que le tour venoit à noftre
Compagnie de Gendarmes Anglois á
montercejour-la lagarde chez le Roy,
nous avions quitté par conſequent le
refte du Corps de la Gendarmerie qui
eftoit à la tefte de la Colonne droite,
& noftre Efcadron eftoit à la tefte de
La Colonne gauche à cause que le
C Roy y eftoit. Monfieur de Vendofma:
dans la marche eut des nouvelles
certaines du nombre des troupes qui
eftoient à Vittoria , par de la le.
Croftolo , ilfut averty auffi qu'il y
avoit un autre Ruiffeau nommé le
Taffon , sulle difficile que le Cro-
Bolo , où ils devoient fe retrancher
comme ils avoient fait à la Foffamaestra
le Pofte eftant auffi- bon.
Il avoient en ce lieu- là , outre um
Juillet 1702 Gg
36 MERCURE
1
Regiment de Dragons , trois Regi
mens de Cavaleries fçavoir de Vif
conty , Darmftat & de Commercy,
fous les ordres de Mr Annibal Vif
conty. Mr de Vendofme prit da
bord noftre Escadron , fuivi de quel
ques Regimens de Dragons , com
me du Dauphin commandé par Mr
d'Ovartigny , de celuy de Lautrec ,
de celuy d'Eftrade , & d'une Bri
gade de Cavalerie , le reste de las
Colonne gauche fuivoit d'affer prés
& eftoit menée par le Roy d'Espa
gne. MrdeVendofme avec les trou
pes que l'on vient de nommer, paſſa
Le Croftolo. Nous gagnafmes un
grand chemin qui mene à Vittoria
On détacha de noftre Escadron vingt
Gendarmes qui allerent aux Cou
reurs & qui entrerent dans le Vil
lage deVittoria, Les Ennemis qui
GALANT: 37
y estoient ne pouvoient s'imaginer
que nous puillions venir à eux à
caufe de la difficulté des paffages
que nous avions à effuyer. Ils eftoient
en grand repos , cependant dés que
leur Garde qui estoit à l'entrée du
Village , nous aperçut , elle fit un
fortgrandfeufur nos vingt Gendar
mes Les Compagnies des Grenadiers
que nous avions avec nous , forcerent.
cette entrée du Village , & ilsy
entrerent avec les Gendarmes quis
nous reftoient de ces vingt & qui
eftoient les moins bleffez, Les En
nemis voyant qu'il n'y avoit plus
defalut pour eux dans le Village ,
toutes nos troupes s'eftantjettées de
dans ,fongerent à nous attaquer en
flanc dans le chemin, & nousy culbater,
venant à nous avec quelques
feadrons defront &fuivis de plu
Ggij
58 MERCURE
fieurs autres mais Mr de Mezieres
Comme un bon Officier , & tres
capable , fejetta hors du chemin
avec l'Escadron , & alla droit à
eux. Mr de Marfin envoya quel
ques troupes de Cavalerie pour
faire dans la Plaine un front
égal à eux ; mais les Ennemis
pour ne les pas attendre , vinrent
a nous avec beaucoup d'audace ,
avant que nos Troupes faffent for
meées & firent une décharge fur
noftre Efcadron. Comme nous eftions
dans un endroit élevé & qu'il tiroient
bas , il n'y eut de cette décharge
que des chevaux des Gendar
mes tuez. Nous fimes la noftre enfuite
, & allames a eux l'épée à
la main fans attendre les autres
Troupes qu'on nous envoyoit. Cela
les troubla tellement qu'ils pri
GALANT 39
>
rent la fuite & comme on les pour
fuivoit vivement , ils fe jetterent
dans une efpec de Naviglio , nom
mé le Taffon , dont le fond eftoit
auli bourbeux qu'un Marais
duquel ils ne purent fe retirer. On
fit pour lors jetter & répandre de ce
coflé là tous nos Grenadiers qui
eftoient dans le Village pour tirer
fur ces gens lá , & ils les canarderent
tous en ce lieu fans qu'il s'en
fauvaft aucun, Les Grenadiers tire-
Tent enfuite leur chevaux avec des
cordes , & revinrent tous au Camp
bien montez. On dit qu'on y en prit
bien trois mille car leurs Regimens
eftoient de mille hommes chacun , ce
quifait 4000 , mais ily en eut plu
fieurs de ceux- là de tuez ou noyez
On a pris beaucoup d'equipage , &
sous leurs chariots . qui estoient atte
360 MERCURE
bez. On ne fçauroit exprimer l'ar
deur & la bonne volonté de nos
Troupes . L'Infanterie y a fait
des chofes furprenantes . Une Com
pagnie de nos Grenadiers a estefeu
le attaquer en pleine Campagne
un Efcadron des Ennemis qui eftoit
détaché des autres Mr le Marquis
de Créquy a attaqué le Village
pied a terre , à la tefte de l'Infanterie.
Mr d'Ovartigny a efté bleffé
legerement , Mr de Skelton Anglois
L'eft auli. Je ne vous parleray pas
du détail des Gendarmes Anglois
menezpar Mr de Mefieres, j'aurois
trop de choses à vous en dire & j'y
ait trop d'intereft pour vous en par
ler , mais il est bien beureux poser
nous d'avoir eftéféparez du reste du
Corps de la Gendarmerie ,
car la
Colonne droite n'a rien veu de se
GALANT ·33660
• combat là , ny comment on a embarqué
l'affaire dans le chemin , ny
comment on l'a finie dans la Plai
ne. Je vous avoueray que je n'ay
• point efté faché de m'y trouver
eftant à la tefte d'une Troupe feure
& avec laquelle il n'eft pas poffible
de mal faire. On a fait demeurer
des Troupes far ce Champ de Ba-
- taille pour garder ce pofte.
Cette action devient tous les
jours plus grande . Les dernie.
res lettres portent qu'on a pris
feize étendarts cinq paires de
timbales & deux mille chea
aux qu'on a trouvé deux mille.
Cuiraffes & que Mr de Vifconty
eft bleffe dangereuſement.
Mr le Prince Eugene avoit dé
taché fes meilleures Troupes
752 MERCURE
dans la penfée qu'il pouroit y
avoir une action , & rien ne marquee
mieux qu'il en eftoit perfuadé
, & qu'il fe repofoit fur
la bonté de fes Troupes , que
l'ordre qu'il leur avoit donné ,
de chercher la Gendarmerie ,
& de la combatre . Ce qu'il
n'auroit
pas fait s'il ne s'en
eftoit pas tenu affeuré puisqu'il
fçavoit , la valeur , & la répa
tation de la Gendarmerie de
France Elle a bien fait voir
en cette occafion qu'elle eſt digne
de la haute eftime quelle
seft acquife dans le monde , un
feul Efcadron ayant foûtenų
l'honneur de tout le Corps,
& n'ayant pas moins infpiré la
terreur que fi le Corps s'y eftoit
trouvé entier, Aufli ne peut- on
trop
GALANT 3631
·
trop louer tous ceux qui compofent
cet Efcadron , tant Of
ficiers que Gendarmes . Mr le
Marquis de Flamarin , Guidon
de cet Efcadron commandé par
Mr le Marquis Mezieres , s'eft
acquis beaucou de gloire dans
ce Combat où il s'eft extremement
diftingué. On a appellé
cette espece de Bataille , le :
Combat de la Victoire parce qu'il
s'eft donné au Village de Vitto
ria. Tout cela eft d'un bon augure
pour le Roy d'Eſpagne qui
a triomphé la premiere fois qu'il
a eu les armes à la main . Ce
Prince ne parut point furpris
lorfqu'il fe trouva à la fin de
l'action le feu ne l'étonna
point Il parut feulement touche
, comme le doit eftre une
Hh
Juillet 1702.
364 MERCURE
belle ame , lorfqu'il vit la riviere
comblée de morts & de mourans
.
Pendant que Mr le Duc de.
Vendofme marchoit d'un coſté,
il eftoit convenu avec Mr le
Prince de Vaudemont d'occuper
les Ennemis de l'autre , en
failant attaquer les retranchemens
de Mr le Prince Eugene ,
& en envoyant fouvent des Partis
pour l'inquieter. Il l'eftoit
fouvent , puifqu'il n'y avoit que
deux jours que Mrs les Marquis
de Leffart & de Vaucocourt , &
Mr de Bertillat le fils , avoient
entierement défait un parti de
quatre cens chevaux forti du Se.
raglio, dont il y cut cent trente
tuez & quinze faits prifonniers,
avec quatre vingts chevaux pris.
GALANT 355
2?
Le Dimanche 6. Aouft Monfeigneur
arriva à fix heures &
demie du foir à S. Maur , & y
fut reçû par Monfieur le Duc
& par Monfieur le Prince de
Conty. Madame la Ducheffe
n'arriva qu'aprés Monſeigneur,
IT y eut promenade dans les
Jardins. L'on le mit au jeu enfuite
, on foupa à dix heures
& on fe remit au jeu jufqu'à
miquit .
3 Le Lundy Monfeigneur fe leva
a fept heures & demie , fit
un déjeuner fort leger , & alla
à Villeneuve S. Georges. II
courut un Loup dans la Foreft
de Sena . Madame la Princeſſe
de Conti arriva pour le fouper,
que l'on fervit à fept heures
& lors qu'il fut fini , il y eut
Hhij
356 MERCURE
une Mufique executée par les
fieurs Cocherot & Thévenart
de l'Opera , & par les Damoifelles
Couperin & Maupin . La
premiere eft de la Mulique du
Roy & Niece du fieur Couperin
Organiſte de Sa Majefté , qui
accompagna avec une Epinette .
Les fieurs Vifée, Forcroy , Philbert
, des Cottaux & quelques
Violons furent auffi de ce Conqui
recommença aprés
cert
4
une repriſe de Lanfquener.
Monfeigneur fe coucha à minuit
. Le Mardy Mefdemoiselles
Couperin & Maupin chanterent
un Motet à la Meſſe de
Monfeigneur , accompagnées
par le fieur Couperin avec l'Epinette
. Le dîner fut fervi à
une heure.Madame la Ducheffe
GALANT 367
de Bourgogne arriva à trois &
demie avec fes Dames , & s'arrefta
prés du Chateau , à voir
une Machine qui a paru déja
aux Foires , où quatre perfonnes
montées fur de petits Chevaux
de bois , courent la bague
avec beaucoup de viteffe . Monfeigneur,
& les Princes & Princeffes
s'y rendirent un moment
aprés , & Madame la Ducheffle
de Bourgogne courut la Bague
avec d'autres Dames. Ce diver
tiffement dura trois quarts
d'heure , aprés lefquels la Compagnie
entra au Chafteau Madame
la Ducheffe de Bourgogne
vifita d'abort l'Appartement
de Monfeigneur , qui eft
magnifiquement meublé
&
dont la vûë eft fort belle. Or
Hhiij
68 MERCURE
la conduifit enfuite dans d'autres
qui font encore plus , heureufement
expofez . On fe mit
au jeu fur les quatre heures , &
il furvint un Orage confiderable
demi heure aprés . Il ceffa
fur les fix heures, & l'on monta
dans des Caleches pour aller à
la nouvelle Maifon qui appartenoit
ci - devant à Mr de la
Toüanne . On fervit dans le
Sallon une tres - belle & abondante
Colation. Ce furent les
Officiers de Monfieur le Duc
qui la fervirent. Lors qu'elle fut
finie l'on alla voir l'Orangerie,
& l'Appartement des Bains
qu'on trouva tres - beaux . Enfuite
on traverfa le Jardin & la
Teraffe qui font admirables
pour la vûë & pour la propre 2
GALANT. 369
té. L'on trouva au haut du Pont té les deux Jardins , des
qui
Calefches de Monfeigneur & de
Monfieur le Duc. On monta
dedans , & on fe promena dans
les grands Jardins jufqu'à l'en- ·
trée de la nuit . Lorfqu'on fuc
rentré dans la Maifon , on joüa
jufqu'à dix heures , & les Officiers
du Roy fervirent le fouper
fur deux grandes Tables , com
me il fe pratique à Marli , Monfieur
le Duc en fit auffi fervir
d'autres tres-delicates pour
toutes les perſonnes de la Cour,
ainfi qu'il avoit fait les jours
précedens. On fe mit au jeu
aprés le fouper , pendant lequel
Mademoiſelle Couperin
chanta quelques recits des
vieux Opera accompagnée des
370 MERCURE
fieurs Couperin & Forcroy . Le
jeu dura jufqu'à prés de quatre
heures, & Madame la Ducheffe
de Bourgogne monta en caroffe
pour retourner à Marly par une
pluye effroyable qui continuoit
depuis dix heures du foir . Elle
changea de chevaux à la Porte
S. Antoine , ainfi qu'elle avoit
fait la veille . Elle alla entendre
la Meffe à S. Euftache , & fortit
par la Porte de S. Honoré, changea
de chevaux à Neuilly & !
arriva avant huit heures à Marly.
Monfeigneur ne revint de S.
Maur que le Mércredy fuivant ,
& ce Prince fe rendit ce jour- là
à Marly
Le Roy d'Espagne eftant fort
fatisfait des fervices que luy
rend Mr le Duc de Vendofmey
GALANT 371
}
& connoiffant d'ailleurs l'efprit
, la penetration , & le zele
de ce Prince pour luy , Sa Ma
jesté lui a donné une place dans
fon Confeil d'Etat , où comme
Prince de ſon fang , il a pris
féance avant les Confeillers d'Etat
qui compofent ce Confeil ,
S. M. C. affifte à tous les Confeils
qui fe tiennent . Elle fe couche
de bonne heure , parce qu'il
n'y a pas ordinairement d'action
de guerre le foir , & elle fe
leve à trois heures du matin
pour travailler.
Monfieur le Comte de Touloufe
a cru que paroiffant devant
Civitavecchia , il devoit
non - feulement envoyer faire
compliment au Pape, mais choifir
pour cette fonction un hom372
MERCURE
me auffi diftingué par la fageffe
que par fa naiffance , & par fes
emplois. Il n'eut pas de peine à
en trouver un , puifqu'il avoit
avec luy Mr le Marquis d'O . I
l'y envoya avec Mr le Chevalier
de Comminges , & Mr de
Valincourt . Sa Sainteté leur
fit tout l'accueil que devoient
attendre des Envoyez d'un fi
grand Prince,
2
Ceux qui ont trouvé le mot
de l'Enigme du mois paffé , qui
eftoit lor , font Meffieurs :
Barder & fon ami du Pleflis
du Mans ; Bonet Brulatou de
Rion en Auvergne Bayle &
Gallior. Tamirifte le beau
Marquis de devant Saint Mederic
, & fon Ami ; le fameux
GALANT 373
Enilezam G. C. II . l'Infortuné
Pigis de la ruë S. Antoine ; le
Fils de My My , & la petite
Catherine. Mademoiſelle Javote
, jeune Mufe du coin de
la rue de Richelieu ; l'aimable
Maman & fon fidelle fils ; la
belle parente de la Bastille &
fon petit coufin de la ruë de
Savoye ; Mademoiſelle Fourniere
, ruë S. Jean de Latran.
ENIGME.
D Ans la fleur de mes jours on
me tenoit pour belle.
L'éclat & la fraicheur me donnoient
des a pas.
Belle , ou non , ce feroit une chofe
nouvelle.
Si dans le cours des ans je ne
vieilliffois pas .
374 MERCURE
S
Ce temps qui me vieillit fais que
jefuis feconde ,
Fay formé des petits qui plairont
en tous lienx ,
Je les retiens captifs dans ma grotte
profonde
Pour les livrer un jour à la Table
des Dieux.
2
Fe fuis feiche à vos yeux , cependant
jefuis bonne >
Fay le nom d'un Auteur d'un affez
grand renom ,
Dans les fureurs de Mars on fait
voler ce nom ,
Un Royaume en eft digne , & moy
d'une Couronne.
Vous lirez avec plaifir les Vers
de l'Air que vous trouverez icy
gravé .
AIR
375
U.
Balent
reux.
es.bel
Siedle
nous .
prerace
BIBLIO
THERE
DE
LYON
1893
#
VILLE
de fi
affe
Tou
37
C
La
Je
P
Je
F
D
GALANT 179
AIR NOUVEAU,
P Rince , dont les vertus égalent
la
naiffance ,
Et la grandeur de vos Ayeux.
Vous eftes des François la plus bel
Jale esperance
Et vous nous promettez un Siecle
glorieux.
Le nom que vous portez , pour nous
de bon augure ,
Nous rappelle le fang de nos premiers
Dauphins
,
Mais on attend de vous une race
future
De plus grands Souverains :
On n'a jamais rien vû de fi
furprenant que ce qui fe paffe
devant Landau , & il eſt inoüi
Juillet 1702 .
Ii
376 MERCURE
qu'aprés deux mois & demi de
Siege , une grande Armée n'ait
encore pris aucun des dehors de
cette Place. Il paroift même
par les baftimens qu'on a conftruits
pour loger le Roy des
Romains , & toute la Maiſon
que l'on ne s'eft pas attendu
que fa prefence avançaft beaucoup
le Siege de cette Place.
L'arrivée de ce Prince a efté
celebrée par un grand nombre
de coups de canon tirez contre
la Place , & par quantité de
bombes qui n'ont fervi qu'à fai
re connoiſtre aux Affiegez que
le Camp des Ennemis eftoit
groffi , & qu'ils avoient un Generaliffime
dont l'experience ne
leur promettoit pas une prompte
victoire , auffi ne luy avoit
GALANT 377
elle pas prefté fes aîles pour venir
puifque jamais Prince n'a
marché fi lentement , lorfqu'il
a efté queſtion de courir à la
gloire . S'il n'a pas imité en cela
nos Princes qui volent lorsqu'il
s'agit d'aller expofer leur vie ,
mais il a fuivi leur exemple en
faifant diftribuer de l'argent
aux Soldats de la tranchée , cependant
il faut des exemples
plus forts
pour engager les troupes
à affronter le perit. Comme
il eft prefque impoffible de les
faire approcher de la Place ,
parce que le bruit s'est répandu
que Mr de Melac a fait miner
même le chemin couvert , Mr
le Prince de Bade , a fait faire
des travaux foûterrains que le
Roy des Romains a efté voir
Ii ij
278 MERCURE
སྒྲ་
On dit que ce Prince a fait fom
mer Mr de Melac , & qu'il luy
a fait dire que s'il vouloit fe rendre
, il le laiffoit maiftre de la
Capitulation , & que la réponſe
de ce Gouverneur a efté que le
Roy luy ayant donné pour fa
vie le Gouvernement de Landau
, il défendroit cette Place
jufqu'à la derniere goute de fon
fang. On fait parler le Roy des
Romains de beaucoup d'autres
manieres, & l'on fait faire beaucoup
d'autres réponſes par Mr
de Melac , mais je n'ofe rien affurer.
S'il eft permis de ne pas
parler jufte en fait de nouvelles
, c'eft lorfqu'on parle d'une
Place fi refferrée qu'ils sich
échape rarement , & que ceux
qui en rapportent ont des rai
GALANT 379
fons pour les déguifer , ou font
mal informez de ce qu'ils difent,
c'eſt par cette raison que je ne
parleray point de la fortie que.
Fon prétend que Mr de Melac
ait fait faire avec des Troupes
vétuës de noir. Il faut que l'on
s'explique mal , ou que l'on foit
mal informé cependant il eft
cerrain que les forties que fait
faire ce Gouverneur font frequentes
, qu'elles font toûjours
avantageules , & que nos troupes
infpirent une telle terreur
aux ennemis , que ce n'eft qu'a
vec une extreme violence qu'on
les oblige d'aller à la tranchée ,
& qu'elles prennent toûjours la
fuite lorfque Fon fait quelque
fortie de la Place . On dit que
le General des troupes de Fran
I i iij
380 MERCURE
conia a efté bleſſé à mort par
l'éclat d'une bombe , & que nous
avons perdu le Lieutenant Colonel
du Regiment de Sforce . H
eft certain queele canon de la
Place defole d'autant plus les
Ennemis , que Mr de Melac
a trouvé le moyen de le leur
cacher des qu'il a fait une dé
charge , & qu'il les faits tranf
porter où il ne leur paroift point
de batterie , de maniere qu'ils
en font accablez avant que d'avoir
fçeu qu'il y en ait en cet
endroir- là ce qui eft caufe qu'
ils ne le peuvent démonter. Mr
de Melac les chagrine auffi
beaucoup par deux batteries ,
dont l'une eft toûjours chargée
ascartouche , & leur tuë beaut
coup de monde lors qu'ils ap.
GALANT 381
prochent de trop prés , l'autre
batterie eft de Canons qui portent
fort loin , enforte que perfonne
n'en eft à couvert dans
le Camp des Ennemis , & que
ces pieces portent jufques dans
le lieu que l'on a fait conftruire
pour loger le Roy des Romains ,
Sijaprends encore quelque
chofe de Landau avant que ma
Lettre foit fermée , je vous en
feray part.
#
-Plus les Hollandois tâchent
à diminuer les avantages rem
portez par le Roy de Suede fur
le Roy de Pologne , plus ces
avantages groffiffent. Je n'entreray
point icy dans le détail
d'un Combat dont les particu
laritez ne font pas encore bien
feures , je diray feulement deux
381 MERCURE
choſes qui font dignes d'être
remarquées , l'une que le Grand
General Sapieha , ayant eu fon
Cheval tué dans la mêlée , le
Roy de Suede l'obligea de
monter fur le fien , & s'en fit
donner un autre . Quand on fait
de pareilles actions au milieu
du peril , on ne le craint guerre.
La feconde action remarquable
que fit ce Monarque , fut de fe
jetter à genoux & de remercier
Dieu de la Victoire qu'il venoit
de remporter , auffi - toft qu'il
eut gagné la bataille On die
que cette action fe fit dans la
Tente du Roy de Pologne , Sa
Majefté Suedoife y étant entrée
aprés avoir pris poffeffion du
Camp . On prétend qu'outre
L'Artillerie & les Bagages on a
י כ
GALANTI 383
ཏི ?
auffi pris la Chancelerie du Roy
de Pologne , avec tous fes Pa
piers & les Titres de la Couronne.
Je ne puis vous donner
de nouvelles certaines de fa
perfonne , mais il
que vous n'en
aimpoffible
pas d'ailleurs
avant que vous receviez
ma Lettre. Les Hollandois
font extrêmement chagrins des
grands avantages que le Roy de
Suede vient de remporter ,
parce que ce Prince eſt un des
Garans de la Paix de Rilvick
qu'ils viennent de rompre. Ils
lui avoient demandé huit mille
hommes comme garant de ce
Traité , dans le temps qu'il's
avoient cru qu'ils aigriroient
tellement le Roy de France ,
qu'ils l'obligeroient à leur dé
384 MERCURE
clarer la guerre ; mais connoiffant
que fa prudence l'emporteroit
toûjours fur leur mauvaife
conduite & pouffez par de mauvais
confeils qui les ont obligez
à déclarer la guerre qu'ils vou
loient qu'on leur déclaraft
c'eft à la France que le Roy de
Suede doit donner le fecours
qu'ils ont demandé , puifque ce
fecours doit eftre donné aux
agreffeurs , & que leur Déclaration
de Guerre les condamne,
& fait voir qu'ils le font dans
toutes les formes . Sila Victoire
du Roy de Suede inquiette
beaucoup les Hollandois , les
continuels avantages que les
François remportent en Italie
ne leur caufe pas moins d'inquietude
. On apprend tous les
GALANT 385
>
jours que les Fnnemis ont beaucoup
plus perdu au Combat de
Vittoria qu'on n'avoit publié
d'abord . On affure qu'il y a plus
de quinze cens hommes tuez ou
noyez . Les principaux
Officiers
de du Regiment
Darmstat
Commercy
& de Viſconti font
du nombre des premiers. Les
Officiers prifonniers
, & les
Trompettes
des Ennemis en
ont reconnu plufieurs entre les
morts. On a trouvé parmi le
butin beaucoup
de vaiffelle
d'argent & d'argent monnoyé.
On a pris auffi des Carroffes ,
Chaifes , des Chariots
&
plufieurs beaux Attelages .
Le 27 Juillet le Roy d'Efpagne
, & Monfieur
le Duc de
Vendofme
vinrent camper
да
386 MERCURE
Vittoria. La puanteur y eftoit
fort grande parce que l'on n'avoit
pas encore retiré les cada- .
vres des hommes , & des Chevaux
qui y avoient efté tuez la
veille , & que la Riviere du
Croftolo en eftoit toute remplie.
Les troupes qui eftoient
reftées à Caftelnovo joignirent
le 28. Les Maraudeurs de l'armée
fe préfenterent ce jour - là
devant Reggio. Le Gouverneut
fut obligé de fe fervir de fon
canon pour les faire retirer 11
envoya un Trompette avec une
Lettre d'excufe à Mr de Vendofme
. Le Roy d'Efpagne luy
écrivit le 29. Qu'il eftoit venu en
Italie pour conferver , & défendre
Les Etats & la tranquilité du Pays ,
que fon intention eftoit qu'il reçut
fes
GALANT 387
Jes troupes dans fa Ville dont
prendroit la protection , & que s'il
refufoit de le faire ,fa perfonne &
La Villeferoient traitées felon les
rigueurs de la guerre. Mr d'Albergotti
y fut envoyé le même jour
avec mille chevaux , & quatre
pieces de Canon . Il fut fuivy le
lendemain par Mr d'Immecour
les trois Bataillons de la Maripę
& celui du Cottentin . Cette
Place fe rendit à diſcretion à la
premiere fommarion . Il y avoit
dedans quatre cens fantaffins ,
& cent cinquante chevaux des
troupes de Modene . On trouva
dans la Place vingt Canons
avec une grande quantité de
grain , & de poudre , & l'on y
établit des Fours , & un Hô-
蠱
>
pital . On y laiffa Mr d'Imme-
Juillet 1702 .
Kk
388 MERCURE
cour en qualité de Commandant
. Quelques Lettres portent
que Guaftalla fut invefti en
même temps ; mais on avoit encore
lieu d'en douter parce que
d'autres Lettres de l'Armée
n'en parloient pas .
Le 30. Mr de Vendofme détacha
Mr d'Albergotti avec
mille chevaux , fuivis de Mr
d'Orgemont , & des Regimens
de Vendofme & de Tournefis
pour aller à Modene , qui fuivit
l'exemple de Reggio , & fe
rendit auffi bien que la Citadelle
, dés qu'elle eut vû paroître
les Troupes . Le Roy
d'Efpagne avoit fait fçavoir
Monfieur le Duc de Modene
que s'il ne faifoit ouvrir les por
tes de cette Place , il entreroit
GALANT 189
en Vainqueur dans le Pays , &
Mr de Modene s'eftima fort
heureux d'avoir trouvé le moïen
d'éviter le facq de fon Pays ,
qu'il avoit lieu d'apprehender.
Ce Prince fe retira à Bologne.
Mr d'Orgemont fut mis dans
Modene pour y commander.
Monfieur le Duc de Vendofme
fit baiffer le Pont qu'il
avoit à Cazal- maggiore , audeffous
de Guastalla , où Mr
de Laubepin s'eftoit déja avancé
avec les deux Galiotes , &
s'eftoit rendu maistre de la navigation
du Pô.
Le 31. l'Armée alla camper
à Novellara où elle fejourna le
premier d'Aouft pour artendre
du pain Elle marcha le lendemain
, & fe rendit à Tefta
Kk ij
390
MERCURE
fur la Parmegiana , où les Ennemis
avoient rompu & brûlé
tous leurs Ponts Pendant que
nous avancions vers eux , &
que nous mettions des Troupes
dans Modene , & dans Reggio
ils quittoient les Poftes quils
avoient devant Mantouë à
Courtotone , à la Porte Pradelle
, & à Cerefe , & Mr le
Prince de Vaudemont les faifoit
démolir leurs Fortifications:
& les retranchemens qu'ils.
avoient faits.
Voicy la fituation des Armées
felon les lettres dus de ce mois .
Mr le Prince Eugene eft à la
droite du Po qu'il avoit paffé ;
il y a devant lui le Zero . Cette
Riviere , ou Canal a affez de
profondeur. Quelques - uns diGALANT
391
fent même, qu'elle eft d'une
largeur raisonnable. L'Armée
Allemande a la droite du côté
de Guastalla. Mr le Prince Eugene
avoit laiffé dans Borgoforte
, les Troupes qu'il croyoit
neceffaires pour la deffenſe de
ce Pofte. On a de la peine à pe
netrer fon deffein. Il ne met devant
lui qu'une petite Riviere ,
pendant qu'il en a une confiderable
derriere luy , dans laquelle
fes Troupes pourroient eftre
renversées s'il eftoit preffé .
L'Armée des deux Couronnes ,
qui a paffé la Parmegiana à Te.
fta , n'eft pas à trois lieuës de
luy , & fait face au Zero. L'Armée
de Mr le Prince de Vaudemont
, qui n'eft plus neceffaire
auprés de Mantouë, a ordre d'a-
"
KK iij
391 MERCURE
vancer, & de joindre. Sa mar
che , doit eftre de cinq jours , &
il peut y avoir une action avant
qu'il ait joint . On a tenu confeil
dans l'Armée des deux Couronnes
, pour fçavoir fi on attaqueroit
, les avis fe font trou
vez partagez , quoique l'on ne
doute prefque pas du fuccez
mais la Perfonne du Roy d'Efpagne
devant eftre precieuſe ,
on a crû devoir attendre l'Armée
de Mr le Prince de Vaudemont
voilà en quelle fitua
tion eftoient les Armées le 5. de
ce mois , lorfqu'on a ouy batre'
au champs dans l'Armée du
Prince Eugene. Je ne fçay pas
ce qui eft arrivé depuis , fi je
l'apprens avant que ma lettre
foit fermée , je vous en feray
GALANT 303
39%
part . Bien des gens fe perfuadent
que pendant que le Prince:
Eugene tenoit cette bonne contenance
, il faifoit paffer derriere
luy, tous les équipages
, &
fon gros canon pour le conduire
à Oftiglia , & qu'il fe retireroit
enfuite
; je croy que vous
en fçaurez des nouvelles
avant
que vous receviez ma lettre .
Je dois ajoûter icy que l'on a
trouvé 30 pieces de Canon dans
Modene , & qu'on les a fait conduire
dans la Citadelle afin
qu'elle fût plus en eftat de fe
défendre. On s'eft emparé de
Corregio , & de Carpi . Ces
deux petites Places appartiennent
à Monfieur le Duc de Modene
; ainfi le Roy d'Espagne
eft à prefent Maistre de tout le
394 MERCURE
Modenois , à la referve de Ber
celle. On a mis dans Corregio
qui n'eft fermé que d'une fimple
muraille, deux Compagnies
de Grenadiers pour la garder.
Ona defarmé les peuples de ces
deux Places pour plus de fureté.
Ce n'eft pas qu'on n'ait lieu
d'eftre tres content du Peuple
& de la Nobleffe de Modene
qui a temoigné beaucoup de
joye de voir arriver les troupes
des deux Couronnes , fe voyant
par là délivrée des mortelles
inquietudes où eftoit ce Duché.
On parle diverſement de la fituation
des Ennemis . On dit
qu'ils ont leur droite à Borgoforte
, & que leur gauche s'étend
vers Revero. On affure
qu'ils font un Pont à Revero ,
GALANT
395
& un autre à Oftiglia . Mr le
Prince Eugene cherchant à
profiter de la feparation des
deux Armées fait aplanir tous
les chemins par les Payfans , &
couper les hayes & les buiffons .
Cependant la terreur eft dans
fon Armée depuis le combat du
25 , & Mr du Gua s'eftant mis en
marche avec fix cens chevaux ,
a rencontré un gros corps de
Cuiraffiers qui pour fair plus
aiſement ont abandonné leur
cuiraffes . Ainfi il y a peu d'apparence
que le Prince Eugene
rifque une bataille . Jefuis , Madame
, voftre & c ..
A Paris.ce 4 Aouft 1702..
14.
AVIS ..
E
Volume eft
accompa-
Cgné d'unfecond, qui a pour
Titre.
396 MERCURE
Affaires de la Guerre , contenant
le Journal du Blocus de Mantouë ,
& la fuite du Journal de l'Armée
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Je ne croy pas qu'il ayt pa
ru de nos jours , & peut - eſtre
jamais un morceau d'Hiftoire
touchant la Guerre , fi exact
que le Journal du Blocus de
Mantouë . On en fera aifément
convaincu , lorſqu'on fera réflexion
, que ce Blocus a duré
fix mois entiers , & qu'on parle
dans ce Journal de ce qui s'eft
paffé chaque jour, tant dedans ,
que dehors la Ville , & de plus
de cent combats , dans lefquels
les Partis de la Garnifon de
Mahtouë ont fait des chofes
prodigieufes en combattant ,
pour tirer de la Campagne deGALANT
397
quoy fubfifter. Il eſt à remarquer
que ces Partis avoient af
faire à toute une Armée qui
n'avoit d'autre but que d'empêcher
qu'il entrật rien dans
Mantouë ; au lieu que nos Partis
, lorfqu'ils faifoient des forties
, avoient à combattre des
Ennemis vingt fois auffi forts
qu'eux , une Garniſon eftant
moins forte qu'ane groffe Armée
, & à ramener dans la Ville
, dans le même temps qu'ils
deffendoient leur vie , dequoy
faire fubfifter tous les Habitans ,
la Garniſon & les Chevaux .
Les Fourages & le bois n'étoient
des chofes aifées à remporde
petits Partis , devant
toute une Armée Ennemie , &
uniquement attentive à empef
pas
ter par
08 MERCURE
cher qu'aucune chofe n'entrat
dans la Place . Tout cela s'eft
fait heureuſement & glorieufement
, & l'on peut dire que
ce'n'a pû eftre fans miracle , &
qu'avec des prodiges de valeur.
On n'en peut eftre perfuade
qu'en lifant le Journal du Blocus
de Mantouë , qui fert de
feconde partie du Mercure de
Juillet. On voit auffi dans ce
Journal quantité de Faits hiſtoriques
, tres- curieux , & d'autres
ou l'érudition à part.
Ces fecondes parties du Mercure
font toûjours d'un fi grand
travail , & remplies de chofes
recherchées avec tant de foin
& d'exactitude , & qui feroient
perdues tant pour la gloire de
ceux qui les ont faites, que pour
la
GALANT 399
la curiofité de ceux qui fouhaits
tent d'eftre inftruits de tous les
faits dont ces volumes parlent,
qu'on ne doit pas s'étonner file
public leur fait un accueil fi fa
vorable ; & s'il les recherche
avec autant d'empreffement ,
qu'il a fait le volume du mois
dernier qui fert de feconde partie
au Mercure de Juin , & qui
commence par la Relation de la
Journée de Nimegue. Auffi doiton
avoüer, qu'avant que ce Volume
eût efté rendu public , on
n'avoit pas vû trente lignes de
ce qui s'eft paffé dans cette memorable
Journée , que ce Volume
eftoit neceffaire pour la fai.
re connoître à toute la Terre
& qu'un nombre infini d'actions
heroïques auroient efté igno-
LI
400 MERCURE
rées de la pofterité , fi ce volu
me n'eût jamais paru . Tous
ceux qui ont combattu dans cette
fameufe Journée , doivent
laiffer ce Livre dans leur Famille
, afin que leurs Defcendans
apprennent un jour de
quelle maniere ils s'y font diftinguez
.
On avoit promis de donner un
Journal du Siege de Keyferverts
mais il ne paroîtra pas fi- tôt ,
parce qu'on n'a pas encore tous
les memoires neceffaires pour
donner un Journal auffi exact ,
que celui du Blocus de Mantouë.
De pareils ouvrages font
toûjours bons & toûjours nouveaux
, quand même ils paroîtroient
des années aprés l'exe
cution des grandes chofes qu'ils
GALANT 401
;
S
pas
contiennent ; puifqu'ils ne font
faits pour aprendre des nouvelles
, mais pour inftruire l'avenir
des grands évenemens .
On donnera le Mercure
d Aouft avant le huitiéme de
Septembre , afin que ceux , qui
vont en campagne pendant les
vacances , le puiffent avoir
avant leur départ.
APOSTILLE
.
Vous trouverez dans la feconde
Partie de cette Lettre un
Journal de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
qui commence au 13. du mois
paffé , j'ajouteray feulement ich
fon décampement du Camp de
Bringhen , dont je vous donne-
Lij
402 MERCURE
ray le détail dans ma Lettre du
du mois prochain. Il y a peu
d'exemples d'une marche auffi
belle & auffi hardie Ce Prince
a encore prêté le flanc aux Ennemis
pour leur faire naiſtre le
de defir de donner Bataille ;
mais ils ont mieux aimé le laiffer
paffer pour aller camper audeffus
d'eux , & qu'il leur cou- .
paft leurs vivres & leur Pays
que de rifquer une Bataille .
Ce Prince eſt entre Bolduc &
leur Camp , dans un Pays qui
n'eft point mangé , & les Ennemis
font auffi confus qu'ils fe
trouvent embaraffez . Je me tais
le
parce que
me manquent.
temps & la place
La Flote Angloife qui eftoit
à Torbay a efté diminuée de
GALANT: 403
quelques Vaiffeaux qui ont por
té une partie de fes Troupes eu
Hollande ;
La fortie des Troupes vêtuës
de noir de Landau eft vericable
. Tous ceux qui en eftoient
avoient noircy leur vifage ,
L'Armée d'Italie n'a point
paffé la Parmegiana ainfi qu'il
$ eft marqué ci - deffus ou du
moins les nouvelles n'en font
pas encore arrivées dans le moment
que je ferme ma Lettre :
Elle eftoit encore à Tefta & à
Fabico : Les Ennemis qui ont
leur Pont de Borgoforte der
riere eux , & qui font au devant
du Zero, le förtifient : Ils ont mis»
dix huit Bataillons dans Borgo.
forte. Lorfque l'on parlemen--
Llij
4°4 MERCURE
ta avec le Gouverneur de Reggio
, il demanda qu'on luy tiraſt
feulement un coup de Canon ,
& qu'on le fommaft , aprés quoy
il promit d'ouvrir fes Portes ;
ce qui fut executé un moment
aprés , & on entra dans la Ville
, qui est belle & grande .
2
On n'a pris que trois paires
de Timbales , & non cinq comme
on a marqué dans cette Lettre
THERES
BIBLIOT
LYON
*
1093
*
******
TABLE .
P
Relude
Sonnet. 7
Divers Sonnetsfur les Bouts- rimez
propofez par l'Academie des
Lanterniftes de Toulouſe. 9
Agrément donné par le Roy. 5 Bil
Loups nouveaux. 37
Nouvelles Obfervations de Chirurgie.
Paraphrafe.
Vie du Pere Jofeph , Capucin,
Le Commerce en fonjour.
39
SL
57
63
Dialogue de la Profe & de la Poën
fie
Sonnets .
Effade Litterature,
66
78
80
TABLE .
Ode fur la Foudre.
Autres Obfervations de Chirurgie.
Stances.
Thefes de Mathematiques.
92:
98
117
125
Traduction de l'Ode 7. du4 Livre
d'Ovide.
338
L'Echo de Beauvoir. 141
Nouvelles de la Terre- Sainte. 146
Morts.
150
Particularitez concernant le départ
de Mrle Duc de Medina -Céli. 17.
Grand repas donné par Mr l'Ambaffadeur
d'Espagne.
Article concernant Dom Francifca
Bernardo de Quiros , & Mr le
Marquis de la Mina.
T
177
180
Traduction d'une Lettre écrite par
Mrle Grand Duc Toscane à Mr
183 l'Ambaffadeur d'Espagne
Copie d'une Lettre de Monfeigneur
TABLE.
les Duc de Bourgogne à Mr
Ambaffadeur d'Epigne. 187
Le Pere Branccio eft prefenté au
89
Roy
Etat des Troupes d'Espagne & de
Savoye , qui fervent dans l'Etat
de Milan. 191
Le Roy accorde en même temps des
Lettres de Prefident honoraire
duGrand Confeil , à Mr Rouillé,
& l'agrément de la méme
Charge à Mr Bailly.
Mariage de Mr Bailly.
Aurre Article de Morts .
195
196
197
Oraifon funebre de Mr l'Evêque de
Saintes.
Cares nouvelles,
199
222
Cadrans Solaires d'une nouvelle
invention.
Suite de l'Article de la Theriaque.
227
234
TABLE.
Mr Audifret eft nomme Envoyé Extraordinaire
en Lorraine . 233
Gouvernement donné par le Roy.
234
Mr Senaux Evefque de Saintes eft
nommé à l'Evefché d'Autun. 235
Nouvelles du Siege de Landau ,
242
Nouvelles levées .
254
Embarras de l'Empereur & du
Confeil de Vienne . 255 .
Article de Morts.
Extrait d'une Lettre de Madrid.
Journal de ce qu'a fait le Roy d'Ef
263
268
pagne depuis qu'il a débarqué à
Final , jufqu'au jour du Combat
de la Victoire .
273
Belle altion de Mr deVaucocour.
364
Fefte de S. Maur.
365
TABLE .
Mr de Vendofme eft nommé Confeiller
d'Etat par Sa Majesté
Catholique. 376
Mr le Comte de
Thoulouse envoye
complimenterfa Sainteté,
371
Article des Enigmes . 372
375
Nouvelles du Siege de Landau.
Belles actions du Roy de Suede . de
Suede. 381
395
Suite des affaires d'Italie. 384
Avis important,
Décampement de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne.
Nouvelles de divers endroits ,
AG
DE
YON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui
commence par ,
Seigneurfoyez nousfavorable , doit
regarder la page 224.
L'Air qui
commence par ,
Prince dont les vertus égalent la
naiſſance , doit regarder la page
375.
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LYON
LE DAUPHIN.
JUILLET , 1702.
FATIA MAD
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais, au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la con
joncture prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confirablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau ſe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege duRoy.
AU LECTEUR.
IL y a lieude croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
poureftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR
.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , sil
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres
foient
corrects
. On
avertit encorequ'on neprend
aucun
argent
pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, 5 que
ceux qui les envoyeront
en
affranchißent
le port.
LA
VILLE
MERCVRE
CALANT
JUILLET , 1702 .
LYON
*1893
Es grandes & furpre
nantes actions du Roy
donnent toujours une
jufte occupation aux Muſes .
Ce Monarque eft le premier
qu'on ait appellé le Heros de
toutes les faifons . Lui pouvoit
A iij
6 MERCURE
on refufer ce titre, aprés qu'on
luy a veu foumetre en huit
jours une Province toute entiere
pendant les plus fortes
rigueurs de l'Hiver ? On peut
ajouter à cet Eloge qu'il
fera le Heros de tous les Siecles
, puifqu'il eft tres - vray
femblable que les Siecles à
venir ne produiront
aucun
Souverain affez accomply. Je
ne dis pas pour aller au de là
de ce que l'amour de la Gloire
a fait entreprendre
à ce
Monarque
, mais meſme
pour l'égaler dans ce qu'il a
fait d'extraordinaire
. Et juf.
GALANT
7
qu'où n'auroit il pas pû porter
les projets , s'il n'avoit
efté toujours également modere
& genereux . Vous trou
verez l'idée de cette glorieufe
verité dans le Sonnet que
vous allez lire .
AU ROY.
HEEros dont la grandeur eft le
Suport des Rois..
Monarque que distingue un merite
fublime s
Azile où la vertu regne & détruit
le crime.
Conquerantfans égal dont on aime
les Lois .
S
Lajalousie en vain te difpute des
droits
A iiij
8 MERCURE
Qu'autorife le Ciel d'un aveu iigitime
!
Tes envieux feront à jamais la
Victime
[ fois :
De ce bras quiles a diffipez tant de
&
Sous tes ordres , Grand Roy , l'on
verra ta Milice
Vaincre tous les efforts , l'audace
& l'injustice
Du Belge , du Germain , de l'Iſle
d'Albion ;
ន
Ils ont beau fe liguer pour obscurcir
ta gloire ,
Rien ne peut faire obftacle au cours
و
de ta Victoire
[ tion.
Que peut feul arrefter ta modera-
Ce Sonner eft de Mr Daubicourt.
Vous ne ferez pas
GALANT. 9
fâchée d'en voir d'autres à lá
gloire de Sa Majesté. Voicy
ce que Mrs de l'Academie
des Lanterniftes de Toulouſe
ont fait publier touchant celuy
qui a remporté le prix
cette année.
Le Public aura fans doute du
plaifir de voir avec quel fuccés
on remplit nos Bouts Rimez, &
combien on fe perfectionne dans
cette agreable exercice. On en
pourra juger par le Sonnet qui a
remporté le prix Cet ouvrage
eft de la compofition de Mr de
Nolet Cadhillac , qui eft né .
10
MERCURE
pour ainfi dire , dans le fein des
Mufes. Son illuftre Famille les
a toujours cultevées , & c'est là
particulierement qu'elles aiment
à faire entendre leurs charmants
Concerts. Voicy le Sonnet victorieux
; Nous y en avons ajouté
plufieurs autres , où la beauté
des pensées & le feu de Poëfie
fe font également fentir. On
laiffe aux Connoiffeurs à en déci
der , & c'eſt devant leur Tri.
bunal équitable que nous renvoyons
certains Auteurs mécontens
, qni tâchent à nous décrier ,
parce que
leurs
ouvrages
n'ont
pas eu le bonheur de réuffir.
GALANT.
II
On a averti plufieurs fois
que les Sonnets à Rime com
pofée ne feroient point reçeus.
Cependant on n'a pû
le difpenler de faire imprimer
le feptiéme , à caufe de
fes grandes beautez.
AU ROY.
Premier Sonnet qui a remporté le Prix.
Quelfpectacle terrible à mes yeux
déploye !
J'entens de toutes de toutes parts de
concerts ;
foudroyans
Bellone eft en courroux , Mars trouble
nos
deferts ,
Et d'une Paix charmante il interrompt
la
$
joye.
12 MERCURE
On vit moins de Guerriers s'affembler
contre Troye.
Poarqui prepares - tu , Fortune , tes
revers ?
C'eſt pour nos Ennemis , qui de honte
Couverts
Bien toft du grand LOUIS vont devenir
la
proye .
Ainfi par les hauts faits deux fiecles
embellis
Feront briller toujours la fplendeur
de nos
Lis ,
Aux plus loingtains climats leur
gloire eft
S
répanduë.
Que pourra des jaloux l'inutile fureur
?
Tapuiffance , Grand Prince , en tous
lieux étenduë ,
Dans les coeurs les plus fiers va porter
lä
terreur.
GALANI .
13
PRIERE POUR LE ROY .
Confervez noftre Augufte Maiftre,
Ce Heros que nous vous devons ,
SEIGNEUR , Vous pouvezfeul
connoiftre
Le befoin que nous en avons
IL SONNET.
MUSES
, qu'en ce beau jour
toutvoftre artfe déploye
;
Que d'objets éclatans s'offrent à vos
concerts !
deferts
LOUIS comble nos voeux , & dans
nos champs
Rétablit , Entretient l'abondance &
la
S
joye.
Tel , & plus fage encorque le Vain
queurde
Du fort capricieux il prévient les
Trove ,
revers ;
14 MERCURE
Ses auguftes vertus , & fes deffeins
couvers
Forcent l'Aigle orguëilleuse à luy
rendrefa
2
Par toy
lieux
proye.
les bords du Tage , en tous
embellis ,
Brillent moins de leur or que de l'éclat
des
Lis ,
De l'Aurore au Couchant fa gloire
eft
ශ් රී .
répanduë.
D'une Ligue nouvelle il dompte la
fureur
Sur cent Peuples diversfa puiffance
étenduë
Le rend du monde entier l'amour &
la
terreur.
PRIERE POUR LE ROY.
SEIGNEUR , dugrand Louis
GALANT
IS
beniffez les travaux :
Que tout fuive fes loix qu'on aime
fon Empire ,
Qu'il regne fur nos coeurs , qu'il
dompte fes Rivaux ,
Qu'il vive longtemps , c'est tout
dire.
III. SONNET.
EN vain de Mars en feu l'Etendartfe
déploye ,
Rien ne trouble en ces lieux nosjeux
& nos concerts ;
Tranquilles comme aufonds des plus
vaftes
deferts ,
Nous ne fommes fujets qu'à des
transports de
S
joye.
CREMONE alloit fubir l'affreux
deftin de
Troye :
Mais le Germain chaßé par unjuſte
revers,
16 MERCURE
De gloire & de fonfang nous a laif-
Sez
couvers ,
Et de LOUIS vainqueur eft devenu
la
S
proye .
D'eternels monumens de ces faits
embellis ,
Vont redoubler l'éclat du Monarque
des Lis
Sa Victoire incroyable eft par tout
répanduë.
Ce Heros met aux fers l'Envie &
la Fureur,
Sur la terre & lesflotsfa puißance
étenduë
Le rend de l'Univers l'amour & la
terréur.
PRIERE POUR LE ROY .
Dieu des combats , appuy du facre
Diademe,
J
GALANT 17
Daignez rendre LOUIS toujours
victorieux ,
En faisant triompher un Heros fi
pieux ,
SEIGNEUR ,
vous- même.
vous triomphez
IV. SONNET.
Le Berger du Bord du Lignon ,
AU ROY.
Aigle en vain en ce jour fon
L'Aigle
Etendart
déploye;
Que rien ne trouble icy nos jeux &
concerts !
Malgre Mars en courroux , nos painos
fibles
deferts
Conferveront toujours & la paix &
la
Juillet 1702 .
joye.
B
18 MERCURE
S
Unit- on contre nous tous les Heros
de Troye ,
Pendant que LOUIS regne il n'eft
point de
revers :
Nos Ennemis vaincus & de bonte
couvers ,
Verront bien-toft leur Camp devenir
noftre
proye.
Ainfi par tes hauts faits , nos faftes
embellis ,
GRAND ROY, font que tout cede
à la fplendeur des
Lis
Dont l'odeur en tous lieux eft par
tour
&&
répanduë .
De cent Peuples unis quepourra la
fureur?
Aux plus loingtains climats tapuiſ-
Jance
étenduë ,
GALANT 19
Va porter loin de nous la guerre &
la
PRIERE .
terreur,
SEIGNEUR confervez le Heros,
A qui l'on doit le doux repos
Que goûtent de Lignon les paifibles
rivages ,
Il porte loin de nous la guerre &fes
ravages ,
Portez fesjoursfilez defoye & d'or
Auli loinque ceux de Neftor.
Ce quatriéme Sonnet eft encore
de Mr de Nolet Cadhilhac
.
V. SONNET.
ΗEros , pour qui le Ciel fes ri-
HE
cheßes déploye
Bij
20 MERCURE
Que tes auguftes foins animent nos
concerts ,
Bellone veut en vain rendre nos
champs
deferts :
Tafageffe y répand l'abondance &
la
&
joye .
Plus heureux , plus prudent que le
Vainqueur de
Tes progrés glorieux n'ont jamais de
Troye ,
revers ,
Mille & mille ennemis declarez ou
couvers
A ta fiere valeurfe font livrez en
proye.
Cent climats fortunez par ta main
embellis
Reffentent les douceurs de l'Empire
des
Lisi
Surla terre & les flots ta gloire eft
répanduë.
GALANT
21
S
Paifible tu combas la Difcorde en
fureur ,
De ton vafte pouvoir tout connoift
1 étenduë
Le feul bruit de ton nom exprime la
PRIER E..
terreur .
SEIGNEUR , dontla main adorable
Du Monarque des Lis a formé le
grand coeur ,
Fais qu'il vive longtemps , craint 、
aimé, redoutable ,
Il regne pour ta gloire & pour notre
bonheur.
VI. SONNET.
Qve
Ve la Ligue , Grand Roy , de
nouveaufe déploye ,
22 MERCURE
Que troublant de la Paix les plus
Sacrez
concerts ,
Elle veuille changer nos Villes en
deferts ,
Ses efforts ne sçauroient fufpendre
noftre
2
joye.
Plus fage , plus vaillant que les
Heros de Troye ,
Tu maiftrifes lefort , tu braves fes
revers ,
Déja tes fiers Rivaux de honte font
couvérs
D'une rage inutile ils deviennentla
S
proye.
De tes rares vertus tes Neveux
embellis.
Sur le Rhin , fur le Pô , font respecter
les
Liss
Et montrent en tous lieux ta gloire
répanduë,
GALANT
23
ន
Mais fi de leurcourroux approuvant
la fureur ,
Tu donnes à leur fougue une libre
étenduë ,
De l'Vnivers entier ils feront la
terreur .
VII. SONNET.
Tan
Andis
que
dart fe
de Louis l'étendéploye,
De millefons guerriers on entend les
concerts
deferts
Les champs des fiers Germains feront
bientoft
On pouffera les tris celebres de Mont-
S
joyc.
Ce glorieux Heros illu du fang de
Troye
24 MERCURE
Leur fera du Deftin éprouver les
revers ,
Il ne marchera point par des che -
mins. couvers ,
Et l'Aigle audacieux fera fa riche
proye.
De fes faits éclatans nos faftes embellis
Parfument l'Vnivers de l'odeur de
fes
Lis
Sa gloire eft à bon droit en tous lieux
}
répanduë.
Son grand coeur defon bras furmontant
la fureur.
Fera de fonpouvoir reffentir l'éten
duë
En infpirant l'amour ainfi que la
terreur
Et
GALANT 52
Et dominabitur à mari ufque ad
mare , & à flumine ufque ad
terminos orbis terrarum. Pf.
71. v . 15.
Sa domination un jourſera ſi belle
Qu'elle ira s'étendant de l'une à
l'autre Mer ,
Et fous un Empirefi cher
Sera la Terre univerfelle .
Meffire François Armand
de Rohan , connu fous le
nom de M' le Prince de
Montbafon , Fils de Charles
de Rohan , Duc de Montba.
fon , Prince de Guemené >
-Pair de France , reçeut le
du mois paffé l'agrément du
・Fuilles 1702 .
C
5.
26 MERCURE
Roy pour eftre Colonel du
Regiment
de Picardie. Sa
Majefté
fic connoiftre
pour
lors l'estime qu'elle a toujours
euë pour cette illuftre Maiſon
alliée depuis bien des Siecles
à prefque tous les Souverains
de l'Europe : M' le Prince de
Guemene
parla long temps
en particulier
au Roy qui luy
donna
de grandes marques
d'eftime , en difant qu'il ne.
doutoit pas que Mile Prince
de Montbafon
ne fe diftin .
guaft , à quoy Sa Majesté
ajouta en propres termes que
fon Regiment
le fuivroit par
GALANT 27
tout. C'eſt à l'occafion de
ces paroles qu'on a fait cette
Epigramme.
A M. LE PRINCE
DE MONTBASON ,
Colonel du Regiment
de Picardie .
P.
Artez , Prince , joignez
vos genereux Soldats ,
Ils attendent pour vaincre à
marcher fur vos pas ;
Ils vous fuivront par tout.
C'est l'auguste prefage.
Qu'a formé devant vous l'ing
vincible Louis.
C ij
28 MERCURE
Pour efperer de vous des explois
inouïs ?
Digne fangdes Robans , enfaut
il davantage ?
Comme ce Regiment eft
un des plus confiderables de
toute l'armée du Roy , apres
celuy des gardes de Sa Majeſté
, je ne crois pas qu'il foit
inutile de dire ce qui le com.
pofe.
Il a trois bataillon , dont
chacun eft de treize Compagnies
commandées par autant
de Capitaines , excepté la
premiere qui n'en a que dou .
GALANT
29
ze . Voicy l'ordre & les noms
des Officiers.
REGIMENT
DE
PICARDIE
.
Premier Bataillon.
CAPITAINES ,
Mr de Ver bois. Gen.
Mr de Selve , Lieutenant Colonel.
De Château Bourg.
De Saint Pé.
De Cretot.
Du Four.
De Faulieu.
De Lanefpede.
C iij
30 MERCURE
De Baſtide .
Brocher.
De la
Pommeraye.
Puget.
LIEUTENANS ,
Mrs de Rouviere.
De Selve.
De la Gardette.
De la Barthe.
De la Bourdonniere.
De
Bequin.
de Gairin .
De Caffan.
De Lovanne .
Vincent .
Bouquetro,
De la Boiffiere.
GALANT
31
Lieutenans
reformez
qui doivent
remplir les premieres
Lieutenances
qui viendront
à
vacquer.
Mrs de Talmont .
De Gaucourt Enfegne,
Duparc.
De Monier.
De Saint Cyr
Barthelemy.
Du Plez.
De Solignac.
Barbier.
de Verbois.
De Pignan.
D iiij
32 MERCUR
E
Second Bataillon.
CAPITAINES.
Mrs de
Bagneaux gen.
De Grand. Maiſon.
Du Quefnoy.
De
Maynac.
De Montchoify
.
De la Dueze .
De Beaulieu .
Du Parc.
De Chambray.
Dubuiffon .
De Boifmarfal ,
De Villers.
De Pognan.
LIEUTENANS.
Mrs
d'Alberaye .
GALANT
33 .
Du Chenay.
Dantriere .
De la Foreſt.
Quelmon .
Du Buvier.
De Belleroche.
De la Barthe .
De Condat .
De Bufqueur.
De Méricourt.
Des Landes.
De Guergrous,
LIEUTENANS REFORMEZ .
Mrs Charin .
Des Noyers de Bruffi .
De Viteffe .
De Creffonniere.
·
34 MERCURE
De Morfontaine.
De Saint Martin .
Dolly.
Dubal.
De Clinchamps.
D'Eftival.
D'Orgemont.
De Brulard.
De la Mofelle.
Troifiéme Bataillon.
LIEUTENANS .
Mrs de
Chavaille gen
De Ricourt.
D'Ornaifon .
De Chailly.
Du Tronchet.
De
Maupas.
GALANT 35
De Juranve.
De Jouillard.
De Boullais.
Pepin .
De Rouville.
De la Cofte.
De Chavaille .
LIEUTENANS.
Mrs de Villebrun
De Bernard .
De Beauchamp.
De Bord .
Saint Hilaire .
Des Vareftre.
De Pronville .
De Serviere.
De Carre.
36 MERCURE
De Verdun .
De la Haute Maiſon .
De
l'Elpine.
Ducin.
LIEUTENANS REFORMEZ .
Mrs de
Verpré.
De Fericourt.
De Saint Aubin.
Dublefel .
De
Broquigny.
De Guirn .
Chatelain.
De la Fin.
De la Filotiere!
De Vidal.
Foucault.
De
Cartagnac.
GALANT '37
ETAT MAJOR.
Mrs , des Pies , Major.
Du Parc , Aide Major.
Brulard.
De Dampierre.
De Vernon Marechal des
Logis.
Du Caronne , Prevost.
De la roue Lieutenant.
Bonne foy , Greffier.
Le Pere Fort , Aumonier.
Le Prince , Chirurgien .
L'article qui fuit a efté tiré
d'une lettre qu'on a receuë
de Guienne. Une partie des
18 MERCURE
Payfans de ce quartier one
pris les armes pour exterminer
des beftes qui y paroiffent
, fans qu'on fçache d'où
elles viennent. C'eft une efpece
de loup de la part des
Levriers d'attache. On en
a veu plufieurs dans la partie
d'entre deux mers fituée en.
tre la Garonne , & la Dordogne
, à deux & trois lieues
de Bordeaux : Elles courent
la Campagne & ont attaqué ,
& bleffé un grand nombre de
perfonnes de tous âges . Le
Courier de la Rochelle paffant
dans ce pays là courant
GALANT
39
feul , un de ces animaux ſe
jetta fur fon Cheval qu'il mor
dit à la croupe & à la cuiffe . &
attaqua mefme le Courier
qui le deffendit avec ſon fabre.
Des Payfans attroupez
ont tué deux de ces animaux ,
dont l'un auroit devoré une
Bergere fans le fecours qui
luy fut donné.
Je vous envoye les obfervations
qui ont efté faites par
le Sieur Louis Sauré Chirur
gien, en préſence de Mr Solinier
, Docteur en Medecine
,
fur l'ouverture
du Cadavre
40 MERCURE
d'un homme mort fubite.
ment. Les morts fubites font.
toujours terribles , & l'on ne
peut prendre des précautions
trop fortes pour les éviter s'il
eft poffible , puifqu'ils font
ordinairement plus à redon .
ter pour l'ame que pour le
corps.
Le 26. du mois paſſé à huit
heures & démy aprés midy
un Domestique du College
du Pleffis , nommé le Cocq ,
natifde Normandie , fut faifi
d'une foibleffe qui le fit chanceler
quelques pas , & enfin il
GALANT 14
L
fe laiffa tomber . On courut
à luy , & auffi.coft on le porta
fur fon lit. On luy fit une
legere faignée , & prendre de
l'Emetique , mais le tout inu.
tilement. Il ne vêcut plus
qu'une demi heure , pendant
laquelle il perdit l'ufage de
la parolle & devint paralitique
de tout le cofté gauche
du corps
.
•
Le 27. aprés midy on fit
l'ouverture du Cadavre . Aprés
l'infpection des parties
contenues dans l'abdomen
on trouva toutes chofes en
bon état. On y
remarqua
D
Juillet 1702 .
42 MERCURE
feulement une dilatation fort
confiderable dans toute l'étenduë
de l'arc de l'inteftin
Colum , & un grand retreffif
fement du mefme inteftin
dans la partie lombaire gauche
dans toute l'efpace où fe
forme l'effe romaine, on trou
va le pancreas comme ſchir
reux ou rempli de petites duretez.
On remarqua auffi une
dilatation fi confiderable de.
puis la bifurcation de la veine
cave afcendante depuis
l'hypogaftre jufqu'à l'orifice
de l'aurcillet droite du
coeur , que la groffeur de cetGALANT
43
te veine ne differoit point de
celle de l'inteftin Jejunum ou
de l'Ileum .
A l'ouverture de la poitrine
on remarqua une adherence
du poumon dans toute
la capacité & ſurface interieure
de cette cavité. Cette
adherence eftoit mefme con
tinuée dans toute la furface
de la partie Muſculeuſe du
Diafragme.
Aprés avoir ouvert le coeur
on le trouva entierement vui.
de de fang dans l'un & dans
l'autre de fes Ventricules ,
fans aucun polype , quoy que
Dij
44 MERCURE
"
ce nommé le Cocq fuft d'une
conftitution affez replete ,
avec de la graiffe en affez bonne
quantité. On ouvrit la fubftance
des poumons & on les
trouva affez fains à la referve
d'un leger abcés qui paroiffoit
dans quelques incifions
faites en la partie moyenne
du lobe gauche. On ouvrit
auffi la tefte , & on trouva
le cerveau affez fain , excepté
que dans le Ventricule anterieur
fuperieur du lobe gau
che , il y avoit prefque gros
comme le poing de fang
nouvellement épanché qui
GALANT
45
y eftoit coagulé.
Il faut obferver que ce ma
lade eftoit convalefcent d'u .
ne maladie de poitrine ,
qu'on avoit attribuée à une
efpece de pleurefie , quoy que
dans cette ouverture on n'en
ait trouvé aucun veftige en
toute l'étenduë de la pleuvre.
On trouva feulement dans le
lobe gauche du poumon une
matiere liquide écumeufe , &
qui paroiffoit enquelque ma .
niere purulente. Pendant
cette maladie , le Malade
avoit eu une espece de leger
tranfport au cerveau . Le jour
45 MERCURE
mefme qu'il mourut , il avoit
fait une espece de petit régale
avec un de fes amis qui eftoit
venu le voir. Il eſt à préſumer
que le peu de vin qu'il
avoit bû eftoit capable de
mettre fon fang en fufion , de
le rarefier , & de le mettre en
un mouvement extraordinai
re ; ce qui fut cauſe que ce
fang par fon mouvement circulaire
eftant porté avec precipitation
dans les parties du
corps , & principalement dans
la fubftance du Cerveau , qui
eft affez tendre , & dont les
membranes ettoient déja à
GALANT 47
moitié déchirées par les grandes
douleurs de tefte qu'il
avoit , & par le tranfport qu'il
avoit eû , contribua par fa
rapidité à la rupture de quelques
venales ou arterioles
dans ce lobe du Cerveau , &
cela donna lieu à cette extravafation
de fon fang extraor
dinaire , de forte que ce fang
ainfi extravafé comprima en
écartant violemment les parties
du Cerveau du lieu où
s'eft fait ce dépoft , ce qui eft
facile à comprendre , puifque
l'experience fait voir qu'une
liqueur paffant d'un petit ca48
MERCUR E
nal dans une capacité plus
grande , quoi que la force qui
pouffe cette liqueur ne foit
que mediocre , cette mefme
liqueur ne laiffe pas de faire'
un effort confiderable pour
écarter de toutes parts l'interieur
de cette capacité plus
grande à l'occafion de cette
compreffion qui s'eft faite à la
dilation du ventricule où s'eft
fait cet épanchement , il eſt
arrivé que le cours des efprits
animaux qui fe filtrent dans
la fubftance cendrée du Cerveau
a efté interompu , de
forte que les ſubſtances.ſpi
ritucufes
1-
GALANT 49
ritueuſes ne ſe portant point
affez abondamment aux au
tres parties du corps du mef
me cofté où s'eft fait cet épanchement
, eft devenuë pas
ralitique , & enfin que les
fonctions de l'ame ont entierement
eſté interompuës
,
dont la mort inévitable a rendu
un témoignage funefte.
L'experience fait connoiſtre
qu'une compreffion du Cerveau
un peu forte eſt capable
de caufer la mort . Lorsqu'on
preffe la tefte d'un Pigeon ,
en appliquant le pouce fur le
fommet & le doigt indice par
Fuillet 1702. E
10 MERCURE
le deffous , cette compreffion
caule la mort en peu de
temps , cela fe fait ordinai .
rement lorsqu'on fait mourir
des petits Oiseaux . On peut
juger de la meſme maniere
des autres animaux à proportion
.
Mr l'Abbé Anfelme , fi celebre
par fes excellentes Predications
, a fait en Latin l'Epitaphe
du Roy d'Angleterre
Jacques II. & tous ceux qui
l'ont lûë , l'ont admirée. Mr
le Ch . G. en a fait la Paraphraſe
, & l'on y a trouvé des
beautez qui ne vous échape,
rons pas.
GALANT
PARAPHRASE
DE L'EPITAPHE
DU ROY D'ANGLETERRE.
Regi Regum , felicique Memoriæ
Jacobi II. Majoris Britanniæ Regis .
Au Roy quifals regner tous les Rois
de la terre
Et pour tranfmettre auxfiecles &
venir
Le precieux dépoft de l'heureux fouvenir
DugrandRoy JACQUES d'Angleterre.
Quifua hic vifcera condi voluit ,"
Conditus Ipfe in vifceribus Chriſti.
Ce lieufaint, eft l'azile , ainfi qu'il
l'a preferit ,
E ij
j² MERCURE
1
De fes Entrailles venerables :
Et lui- même goûte le fruit ,
De fes vertus incomparables ,
Dans l'azile éternel du ſein de J ■-
SUS-CHRIST.
Fortitudine bellicâ nulli fecundus ,
Fide Chriftianâ cui non par ?
Nulne porta plus haut la gloire
Quifuit la parfaite valeur ;
Et
par
la
pure Foi qui regna dans
fon coeur,
A qui ne peut-on pas comparer fa
memoire ?
Per alteram quid non aufus ?
Propter alteram quid non paffus ?
Eft- il quelque chemin aux grandes
actions
Où ne l'ait pas conduit l'ardeur de
・fon courage ?
GALANT 53
Eft-il de coup affreux de revolutions.
Qui defa Pieten'ait efté lepartager
Illâ plufquam Heros ,
Iftâ propè Martyr.
Ilremplit d'un Heros lesplus vaftes
defirs
Tandis qu'ilfut guide parfa verta
morale :
Et dans ce qu'il fouffrit , fa Foifu
prefque égale
Ala Foi même des Martyrs.
Fide fortis , accenfus periculis ,
Erectus adverfis .
Fort de cette force fublime
Son coeurfans relâche agité
Parut dans les perils toûjours plus
magnanime ,
Et plus grand dans l'adverfité,
E iij
54 MERCURE
Nemo Rex magis cui Regna quatuor ,
Anglia , Scotia, Hibernia . Ubi quarum ?
Ipfe fibi,
Vraimentgrand Roi ! dont le pouvoirfuprême
Eutquatre Empirefous fes loix ;
L'Angleterre, & l'Ecoffe , & l'Ira
lande à la fois ;
Etquel eftoit quatrième ?
Celui qui le rendit fage entre les
grands Rois ,
L'empire qu'il eutfurfoi-même.
Tria eripi potuere , Quartum inta&tum
manfit.
Priorum defenfio Exercitus , qui defecerunt
,
Poftremi tutela Virtutes , nunquam
transfuga.
Des trois premiersfanspeine onap
le privre
GALANT
SS
Lorfqu'on vitfes Troupes rebelles,
Loin de perir pour les fauver ,
Poußer leurs attentats juſqu'à ſe
foulever
Mais du dernier les Gardes ima
mortelles
Ses Vertus , dans la paix fçeurens
le conferver ,
Et luy furent toujours fidelles.
Quin necilla tria erepta omninò.
Inftar Reguorum eft Ludovicus hofpes.
Sarcit amicitia talis tantæ facrilegia perfidiæ.
Impesat adhuc qui fic exulat.
Encor ceux-là , quoyqu'envahis
Ne luyfurentpas même entierement
ravis :
Etdansfon coeur , malgré la facrile.
ge audace
De tant de crimes inouis
E iiij
16 MERCURE
L'Hofpitalité de Louis
Remplit abondamment laplace
Des droitsfacrez duTrône indignement
trahis
Les auguftes liens d'une amitiéfî
forte
Dans la grandeur Royale ont foutenu
fes jours :
Eftre exile de laforte
N'est- cepas regner toûjours ?
Moritur , ut vixit , Fide plenus
Eòque advolat , quò Fides ducit,
Ubi nihil perfidia poteſt.
Enfin fa vive Foy fanctifiafa vie ,
Confomma par fa mort fa tendre
Pieté ,
Et l'enleva dans la felicité ,
De noftre celefte Patrie ,
Inaccefible aux traits de l'Infide
lité,
GALANT 57
Non fletibus hic , Canticis locus eft ,
Aut fi Alendam , flenda Anglia.
Que de Cantiques faints ce Tom
beau retentiffe
Et que toujours on en banniffe
Et les larmes & les douleurs :
Ou s'ily fautpleurer , s'ilfaut qu'on
ygemiffe,
1
Pour Angleterrefeule , ilfaut ver
fer des pleurs.
Je vous ay parlé plufieurs
fois de M'l'Abbé Richard en
vous donnant avis des livres
qu'il a fait . Vous ferez bien
aife d'apprendre que dans le
temps qu'il alloit faire imprimer
l'hiftoire de toutes les
18 MERCURE
Academies du Royaume
avec les noms , les qualitez
& un abregé de la vie des
Academiciens , il a efté prié
de travailler à la vie de l'illuf
tre Pere Jofeph Capucin , Ré .
formateur de l'Ordre de Fon .
tevrault, Inftituteur des Filles
du Calvaire , employé par le
Roy dans les plus importantes
affaires de l'Eftat nommé
au Cardinalat. Cette vie paroift
en deux volumes . Le
Public y trouvera des traits
d'Histoire tres curieux ,
qu'il n'a veus dans aucun autre
endroit. On peut dire
&
GALANT
59
que ce livre est l'Hiftoire Anecdote
du Cardinal de Richelieu
depuis 1617. jufqu'en
1628. Tout le monde parle
de ce fameux Capucin , mais
peu de gens le Connoiffent à
fond comme M' l'Abbé Richard.
D'abord , il fait voir
un jeune homme de qualité
bien élevé , qui facrifie tout
pour entrer malgré les parens
dans l'Ordre des Capucins
oùle Pere Ange Duc de Joyeu
fe luy donna l'habir. Il y remplit
toutes les premieres charges
avec diftinction . Son ze
le, fa pieté & la fcience paru60
MERCURE
7
rent dans les Miffions & dans
les ouvrages qu'il fit impri
mer. Il eut par là occafion
de connoiftre l'Abbeffe de
Fontevrault , de réformer ce
grand Ordre , & d'établir la
Congregation des Filles du
Calvaire avec Madame Antoinette
d'Orleans. Il lia
pendant fes Miffions en Poitou
, une étroite amitié avec
l'Evefque de Luçon , devenu
depuis Cardinal de Richelieu
par l'intrigue de ce Gapucin ,
comme il eft juftifié dans cet
te vie , il fe rendit fi recommandable
à la Cour par le
GALANT 61
traicé de Loudun & par les
Negotiations qu'il fit auprés
de la Reine à Angouleme &
à Angers que le Cardinal devenu
Miniftre , l'affocia dans
le Gouvernement des affaires
d'Eftat les plus fecrettes & les
plus importantes .
Mais le fait qui intereſſe le
plus , c'eft un éclairciffement
fervant d'Apologie au Pere
Jofeph contre une affreuſe
calomnic qui fe trouve dans
une lettre latine de Morifot.
On prétend que le Pere Joſeph
fit venir chez luy
Docteur Richer pour luy exle
62 MERCURE
torquer par le moyen de quatre
Scelerats armez de poignards
, une retractation de
fon livre. De la puissance Ecle
fiaftique & Politique qu'il figna,
& qu'il mourur depuis deux
jours aprés. L'Auteur develo
pe cette importante affaire
qui a fait tant de huit autre
fois, ce qui eft encore aujour
d'huy regardé differemment
par tous les gens de lettres qui
prennent tous parti pour ou
contre Richer. Ce livre fe
trouve chez Jacques le Fevre
Libraire rue Saint Severin ,
au Soleil d'or & fe vend trois
livres feze fols.
GALANT 63
Mr l'Abbé Richard eft
celuy qui a fait le choix d'un
bon Directeur .
La Vie de Mr le Vachet.
Le Traité des Penfions.
Royales.
L'Hiftoie des Fondations
Royales.
L'Hiftoire des Academies.
Il paroit un livre nouveau ,
qui fera d'un grand fecours
pour ceux qui voudront apprendre
en peu de temps à re.
nir les livres de comptes à
parties doubles & fimples par
débit & crédit . C'eft un in.
64 MERCURE
folio qui a pour titre le Com
merce en fon Four. M' Gobain,
Sindic des Écrivains Jurez de
la Ville de Bordeaux , en eft
l'Auteur. Il l'a divifé en trois
parties. La première eft un
Traité nouveau touchant les
changes des Pays Etrangers ,
orné de plufieurs traits d'hiftoire
auffi curieux qu'utiles.
La feconde renferme les
queſtions les plus délicates
du Commerce avec leur folu.
tions , & la troifiéme eft un
modelle brief d'un Brouillard
, Journal & grand livre ,
le tout appuyé fur les loix &
GALANT: 65
les Ordonnances , & tiré des
meilleurs Auteurs , tant Anciens
que Modernes . Ce livre
eft Imprimé à Bordeaux ,
& fe vend à Paris chez le S
Jean Guignard , quë Saine
Jacques , à l'Image S. Jean.
fur
ce
MrdeVertron dont je vous
ay parlé tant de fois , a fait le
Dialogue fuivant
qu'une aimable Demoiſelle
à laquelle il donne le nom de
Silvie , difoit , que fielle avoic
du goût pour le Sacrement
de Mariage , elle ne voudroie
le marier avec un homme
Fuillet 170
pas
F
*
MERCURE 66
qui fift des Vers , fuffent- ils
de la derniere beauté , & futil
d'ailleurs pourveu des plus
belles qualitez , tant elle
avoit d'averfion pour celle
de Poëte !
DIALOGUE
DE LA PROSE
ET DE LA POESLE
I
LA PROSE..
E ne fçay , d'où vient ta fierté ,
Ma foeur.
LA POESIE .
&je ne fcay moy- mefme ;
·
GALANT 67
D'où te vient cette audace extrê
me ?
Tu m'appelles ta foeur qu'elle eft
ta vanité ?
Moy ta foeur ! moy foeur de la
Profe !
LA PROSE..
Vrayement voici bien autre che
!
fe
Quoy tu n'eft pas ma foeur ?
LA POESIE .
non , je ne la fuis pas
Penfe-tu , que mon fang jusqu'à
toyfe ravale ?
ab fi j'étois ta foeur , tu ferois
mon égale ;
LA PROSE ..
Par cette égalité , qui t'alarme fi
fort,
Je nefçay, qui de nous feroit mieux
partagée j
Bij
68 MERCURE
Toutes deux , en naiffant , nous
avons même fort
,
Et tu n'ès tout auplus , qu'un pea
micux arrangée.
LA POESIE.
Non , ma naiẞance vient des
Cieux ;
[ jaloufie ,
Je me voy tous les jours , malgré ta
Alife à la table des Dieux ,
Comme eux , je me nourris de Neetar
, d'Ambrofie >
Et ma gloire eft assez reconnuë en
tous lieux,
LA PROSE .
Ne reviendras - tu point de cette
phrenefie
Car enfin tu me fais pitié
Et je voudrois te rendre fage
Par un trait de bonne amitié.
Tu voeux des Immortels affecter le
langage ,
GALANT: 69
C'est un entêtementfatal ,
Et tu l'entens fi pea , tu le parle fi
mal ,
Qu'auxfiflets du Public ta fottife
t'expoſe :
LA POESIE.
Si je le parle mal , je n'enfuis par
la caufe
Certains méchans Auteurs m'habillent
de travers :
Mais écoute , entre nous , s'il eft
de méchans vers :·
Il est bien de méchante Profe.
LA PROSE.
J'en conviens , comme toy ; je me
plains des Auteurs ,
Ils me rendentfouvent d'affez man
vais offices ;
Je parle de certains novices z
Qui prennent le nom de Docteurs
70 MERCURE
Dés qu'ils font fortis du College
:
Chacun pour fon argent obtient un
Privilege
в
On trouve au même prix des Marchans
, des Lecteurs >
Et parfois des Approbateurs ;
Mais ne fortons pals de la Thefe
Tous ces Auteurs , ne t'en déplaife
Ne font ni pour ni contre nous ;
N'examinons icy , que noftre feul
merite.
Pourquoy traites-tu dejaloux
Desfentimens d'amie , où la pitie
m'invite ?
[ Soni
Qui de nous parle mieux rai-
Tu fçais , que ton langage eft taxé
defolie.
Qu'on n'entend prefque rien dans ce
pompeuxjargon 5
GALANT
71
Que la fombre mélancolie ,
Ou ton ame eft ensevelie ,
Tefaitprendre un efforfouuent hors
de faifon >:
Ah pourparler aux Dieux , ferstoy
de ce langage
J:
Vante en termes guinde l'honneur
de leurs Autels ;
Mais pour parler à des Mortels
Ne montre qu'un éclat , qui foit à
Leur ufage.
LA POESIE.
Fet'ay long -temps laißé parler
Pour voir , jufqu'où pourroit aller
Ce langage plein d'infolence ?
Mais fije differois à t'impoferfilen
ce
Tes outrages iroient trop loin.
Tu me dis , en fidèle amie
Que la pitié t'invite à guerir ma
folie
72 MERCURE
Tupourrois t'épargner cefoin,
Et tel , qui de folle me traite ,
Voudroit devenirfou , pour devenir
Poëte ,
La folie eft noble à ceprix ;
Combien en connois -je à Paris ,
Qui voudroient renoncerà leurfroide
fageße
Pour cette docte & fainte yvreffe ,
Qui prendfon eßorvers les Cieux,
Dont elle tient fon origine ?
Car ils fçavent qu'elle eft divinej
Mais ne pouvant s'approprier
Un langage qui les furpaße ,
Ils prennent après leur difgrace
Le parti de me décrier 5
Cependant comme le plus fage
A des foibleßes quelquefois ;
Si- toft qu'ils font rangez fous d'a
moureufes loix ,
GALANT 73
Ils ont recours à ce langage ,
Dont tu dis que l'éclat n'eft pas
leur ufage.
LA PROSE.
Il est vray , j'en conviens , tu fais
rage en amour ,
Je te cede cet avantage ;
Etpour t'infinuer , tu prens un certain
tour,
Queje n'attrape qu'avecpeine ;
Et c'eft apparemment ce qui te rend
fi vaine :
Mais fije te parlois avecfincerité,
Tu rabattrois beaucoup de cette vanité
,
Etje n'aurois pour te confondre .
LA POESIE.
Et quepourrois - tu me répondre a
LA PROSE .
Je dirois que l'Amourfimpatife avec
toy ,
Juillet 1702 .
G
74 MERCURE
Que vous eftes tous deux dans une
même école ;
Et que fi dans le monde on te traite
de folle ,
Il eft en même odeur que toy.
En effet , pourparler de langueurs ,
defclavage,
Pour favoir en Soleils transformer
deux beauxyeux ,
Il ne peutrien faire de mieux ,
Que de parler toûjours ton bifarre
langage :
Pour moy , loin d'emprunter un fi
vain ornement ,
Je parle naturellement ,
Etje fuis en amour d'une difette extrême
;
Car enfin tel eft mon deftin ,
Qu'après avoirdit , je vous aime
,
Jefuis aubout de mon latin.
GALANT
75
LA POESIE .
Ainfi donc tu conviens , que fur toy
je l'emporte,
Du moins en a mour;
LA PROSE.
que m'impore
Je trouve bien ailleurs à me dédommager:
LA POESI.E
Cependant hors l'Amour tout languit
dans la vie ;
Tu devrois moins le negliger.
LA PROSE.
Il a befoin de moy , quand il m'en
prend envie ,
LA POESIE.
En quoy ?
LA PRO S E.
L'ignore- tu , toy qui defcens des
Cieux?
Peax-tu méconnoître les Dieux ?
Gij
76
MERCURE
L'Hymen eft il banni de leur brillant
Empire ?
LA POESIE .
Non ; mais Là par que veux ta
dire ,
Et de tous ces grands mots quel est le
refultat ?
LA PROSE.
Moy ! je ne ne veux dire autre
chofe .
Sinon , que pour l'Hymen , ilfaut
un bon Contrat ,
Et qu'un Contrat fefait en Profe.
LA POESIE .
Quoy ! toute tapußance au Contrat
fe réduit ?
Va , je n'y porte point d'envie ,
Fuft -ce avec l'aimable Silvie ;
Etfi de laSageffe il n'eſt point das
tre fruit ,
a ime mieux garder m afolie,
GALANT. 77
Un Contrat ce feul nom , la terrear
des Amans ,
Leurva glacer le coeur , fi toft qu'on
le prononce 3
de-
Et leurs plus rigoureux tourmens
Sont moins durs,que cette réponse :
L'Hymen , tu le fçais bien
truit en unfeuljour
Tous les agrémens de l'amour,
LA PROSE.
Pourfoutenir tes avantages ,
Ton babil importun ne tariroit jam
mai's .
LA POESIE.
Fe ne dis plus qu'un mot, aprés quog
je me tais ;
Il est beaucoup de fous , il eft
bienpeu de fages ;
Ergò je l'emportefur toy ,
Puifque j'auray toujours pour moy
La pluralité des fuffrages .
Giij
78 MERCURE
Une Dame d'efprit , qui prend
le nom de Doris , a fait les Vers
que vous allez lire .
SONNET.
MA plume , il eft tems de vous
taire ,
Faites ce généreux éfort ,
En vous représentant le tort
Que vous euftes de vouloirplaire,
Une femme fexagénaire
Ne doit plus penfer, qu'à la mort
Laiffez-moy prendre mon effor
Pour ce grandpas queje doisfaire.
S
Vous m'avez fait paffer des jours
A produire de vains diſcours ,
Qui font voir aujourd'huy ma
honte :
GALANT 79
ន
Je veux vous perdre pourjamais ,
Afin d'examiner le compte
Des pechez qu'avec vousj'ayfaits;
Un galant homme , qui ne
veut paroître que fous le nom
de Coridon , fait une réponse
à la fage & fçavante Doris.
Dori
SONNET.
Oris aux plaifirs innocens
Qu'excitoient en nous Vers &
Profe "
Renonce , & veut pour autre choſe
Garder le refte de fes ans.
2
La Grace & fes attraits puiffans
Ont fait cette métamorphofe ;
Mon coeur , adorons - en la caufe ,
Giiij
80 MERCURE
Et quitons ces amusemens.
2
Je vois , que fon ame touchée
Aux vanitezs'eft arrachée ;
Imitons fon faint repentir :
S
C'est un exemplefür àfuivre ;
Si pour Dorisje ne puis vivre ,
Je ne dois fonger qu'à mourir.
ge
La Republique des Lettres
va eftre enrichie d'un Ouvra
confiderable par fon pro
jet & qui ne le fera pas moins
par l'execution , fi la fuite répond
aux premiers effais qui
ont paru vers le 15 de Juillet
1702. C'eftune espece de Journal
pour les gens de Lettres
,
GALANT . &
mais l'Auteur ne prétend pas
pour cela déroger aux Journaux
des Sçavans qui fe fons
en France , dans la Souveraineté
de Dombes & dans les
Pays étrangers , le deffein de
ceux- cy n'eft que d'informer
le public de tout ce qui paroift
chaque année de plus
important dans les Sciences
& dans les beaux Arts , à mefure
que les Sçavans & les habiles
mettent au jour les nou
velles productions de leurs
elprits ; le deffein de noftre
nouvel Auteur est tout different.
Il ne s'attache pas à la
82 MERCURE
fuite des années , mais à celle
des découvertes qu'il fait en
ce genre de litterature qui
regarde particulierement la
connoiffance des bons Auteurs,
& des bonnes Editions.
Son genie & fon inclination
L'ont porté à cette forte d'étude
depuis quelques années,
& il n'a pas crû déplaire au
public en luy failant part du
fruit de les veilles , & de fon
travail, moins pour l'inftruire
que pour en eftre inftruit luy
mefme. Mais s'il arrive quel
quefois qu'il vienne à parler
des mefmes Ouvrages dont
GALANT 83
parlent quelques uns de ces
Journaux , il fupplie dés à
préfent leurs illuftres Auteurs
qu'il regardera toujours com,
me fes Peres & ſes Maiſtres
de ne pas prendre en mauvaife
part une telle liberté
qui femble eftre autorifée par
le droit du voifinage , à peu
prés de mefme qu'en de cer
taines Provinces de ce Royau
me où c'eft un ufage eftably
parmy la Nobleffe de pouvoir
chaffer fur les Terres les
uns des autres quand les Seigneurs
ont leurs Terres con
tiguës , & qu'ils ont recipro84
MERCURE
quement droit de rendre ;
pour me fervir de leurs termes
, au lieu que les fimples
Gentilshommes
qui n'ont .
pas de quoy rendre ne peuvent
pas non plus chaffer fur
les Terres de leurs voifins
mais fi cette comparaiſon
tirée
de la Coûtume de Champagne
, paroift un peu trop
orgueillufe , l'Auteur de ces
Ellais déclare qu'il ne prétend
pas par- là entrer en pa ,
rallele avec ceux desJournaux
.
Il leur eft trop inferiur pour
cela , & par rapport à eux qui
font de juftes Ouvrages
, &
GALANT 85
d'abondantes Moiffons , il ne
fe regarde que comme ceux
quivont glaner dans le Champ
d'autruy , & en ce fens il ne
confidere fon Ouvrage que
comme une ſpicilege ou des
Analectes , s'il eftoit permis
d'adapter au fien les titres
confacrez, pour ainfi dire
l'ufage qu'en ont fait les fçavans
Peres Dom Luc d'Achery
& Dom Mabillon .
par
Au refte l'Auteur de ces
Effais a donné à fon Recueil
le titre le moins flateux & le
moins pompeux qu'il a pû ,
de crainte de rendre le fron86
MERCURE
tifpice plus beau que le bâtis
ment entier , & s'il n'a pas le
bonheur de devenir tant ſoit
peu utile au public , il efpere
du moins avoir celuy de les
convaincre de ſa bonne foy
en ne luy promettant pas plus
qu'il ne sçauroit tenir . Si fa
retenuë n'euft pas fait le motif
du titre qui parciſt , il auroit
pû en choifir d'autres
plus heureux peut eftre pour
le débit de fon Ouvrage , &
pour s'accrediter
celuy de Bibliotheque choifie
à l'exemple de Mr Colomiez
, ou de Bibliotheque an
, il
comme
GALANT 87
cienne & nouvelie à l'imitation
de Mr Koning ; mais
outre qu'il n'a pas l'humeur
plagiaire , il n'a garde d'apparier,
pour ainsi dire , par des
titres fi reffemblans , fes productions
à celles de ces deux
grands hommes , du premier
defquels on a dit auffi - bien
que de Mr Gueret , avec autant
de verité que d'efprit ,
que c'étoit le grand Auteur
des petits Livres.
Perfuadé qu'eft l'Auteur
de ces Effays que pour faire
une Bibliotheque , on doit
avoir moins d'égard au nom,
88 MERCURE
bre qu'à la qualité des Livres
que l'on achete , comme faifoit
l'illuftre feu Mr de With
Neveu du fameux Penfionnaire
de ce nom , dont la Bibliotheque
& le Cabinet de
raretez & de Medailles fe
vendirent à Dordrecht en
Hollande fur la fin de l'an .
née derniere , & dont on a
les Catalogues imprimez qui
font des pieces forts curieus
fes & fort inftructives pour la
connoiffance des bons Livres ,
comme l'eftoit dans fon tems
le Catalogue de la Bibliothe
que de Mr de Thou , impri ,
GALANT 89
mé en deux Volumes in octa
eft intitulé Bibliotheca Vo
Thuanea.
Perfuadé , dis- je , de cette
verité il s'eft refferré dans de
certaines bornes pour ne pass
tomber dans l'inconvenien
de ceux qui ne mettent point
de fin aux amas de Livres &
de qui on pourroit dire en ne
changeant qu'un mot ce que
le divin Auteur de l'Imitation
de Jefus Chrift , dit fi fage
ment : Faciendi Libros nulluss
eft finis.
Il m'a paru par la Lecture
de fes Effais , que l'Auteur
H Juillet 1702.
90 MERCURE
nous y donne le précis de
quantité de Livres tres - rares
en chaque genre , fur tout des
anciennes Editions , dont il
paroift qu'il eft fort curieux .
Il nous apprend d'ailleurs
beaucoup de faits anecdotes
de litterature qui non feulement
ne font pas du reffort
du vulgaire , & des demy fça .
vans ; mais aufli qui peuvent
fouvent échapper à la diligence
des veritables fçavans ,
& des plus profonds, tel qu'eſt
celuy qui regarde le traité des
Medailles d'Hautin dont
l'article fe trouve à la page 9.
GALANT 91
& dans la page quarante de
ce Recueil.
D'ailleurs s'il eft vray que
la brieveté contribue au merite
d'un Ouvrage , les articles
de celuy cy n'eftans pas trop
étendus , & ce premier Re
cueil n'eftant que de 61 pa
ge , je puis dire que je n'ay
rien lû en ce genre , de plus
profitable
ny de moins ennuyeux
. Ces Effais de littera
tur pour la connoiffance
des
Livres fe vendent chez le
Sieur Jean Moreau , ruë faint
Jacques vis-à- vis S. Yves , à la
Toifon d'or. L'Auteur fe pro
Hij
92 MERCURE
poſe d'en donner un pareil
Volume tous les mois.
L'Ouvrage qui fuit eft de
Madame de Malenfant , Préfidente
Douairiere de Pamiers
, & a efté préſentée
aux Jeux Floraux de Touloufe
, où elle a reçeu beau
coup d'approbation .
ODE ,
SUR LA FOUDRE
Où vient cet aſſemblage hor
rible
, D'où
D'abfcurité , de vents , d'éclairs !
GALANT 93
Quel trouble regne dans les airs z
Que m'annonce ce bruit terrible !
Tifiphonne aux brilans cheveux
Avecfes redoutables feux
A-t- elle embrafe ce nuage ?
Dieudu jour ainfi qu'autrefois
Vos Courfiers écumans de rage ,
D'unMortelfuivroient- ils les loix ?
S
Miniftre du Dieu des tempeftes ,
Foudre meurtriere , c'eft toy
Quej'entens & que j'apperçoy:
Prête d'eclaterfur nos teftes.
Fille des mouvemens jaloux
De deux Elemens en courroux
Tu romps déja ta fóible digue.
Ces Sillons de feu , ces horreurs
Qu'affemble une funefte ligue
Sont le fignal de tes fureurs.
S
Suivant la route qu'elle trace
94 MERCURE
L'attrait d'une douce chaleur.
Lafeche & l'humide vapeur
Font des airs ufurper la place.
Le feu fe hatant d'écarter
L'Ennemy qui l'ofe affronter,
Le repouffe avec violence !
Glaive ardent , terreur des mortels ,
Trifefoudre , tu prens naißance
De ces divorces Eternels.
2
Epris d'une force inconnue
Spectateur d'un hideux fracas.
Perçant le fejour des Frimats
Fe vole au deffus de la nuë ;
Je les vois , ces deux fiers Rivaux ,
Se livrer de rudes affauts
Dont mugit la voute azurée
Dieux , avec quel choc & quel bruit
Séchappe uneflame enfouffrée
Du fein d'une effroyable nuit !
GALANT.
و
Flame fubtile & penetrante »
Tourbillon , Orage fumant ,
A ton affreux mugiffement
La Terre s'ement s'épouvante.
Tout fremit , un effroi foudain
Se répandfur le front d'Airain
Du Monarque du noir Cocite.
Nep une preffant fes Chevaux
Plein de lafrayeur qui l'agite
Cherche un azile au fond des flots.
$
Ce Nourriffon des Eumenides
Artifan d'un projet fatal
L'orgueil parfon fouffle infernal
Excita tes traits homicides ;
Ouy , c'eft ce Monftre quijadis
Arma ces mortels trop hardis
Que vit tomber la Theßalie
Et de qui la rebellion
Par une éclatante folie
Fit voir Offa fur Pelion .
96 MERCURE
Si la Prudence ne l'anime
Que peut la fougueufe Valeur
D'une capricieufe ardeur
Elle eft la fuperbe victime :
Déja ces Titans infenfez
Du haut de leurs Monts entaffer
Voyent le Ciel comme leurproye ,
Quand d'un efort impetueux
Le Carreau s'élance , & Foudroyer
Ces Coloffès prefomptueux.
2
O trois fois heureux ce bel age.
Où fur les charmes , trop puiſſans
Du Flateur empire des fens.
La raifon avoit lavantage !
Avec les Dieux l'homme d'accord™
Jouiffoit d'un paifible fort
Et ne craignoit point le Tonnere :
Rien ne troubloit fes doux plaifirs
Et fur la face de la Terre
GALANT
97
Ne regnoient que les feuls Zephirs.
2
Mais belas ! il n'eft plus d'obstacles
Qui brident les vents mutinez ,
Etles Elemens déchainez
N'enfantent que de noirs
fpectacles.
Roulant fur le nuage épais
Armée & deflame & de traits
La foudre enfonce fa barriere
Et brifant les plus durs Rochers
Son ardeur
dévorante & fiere
Des Forefts fait d'affreux buchers .
S
Ab ! quel defordre
épouvantable ,
Quel
renversement , quel débris ;
Allarment mes regards furpris !
Arrefte , Foudre
impitoyable.
Mais
quoy , tu redoubles tes coups ?
Et laffe d'éclaterfur nous
Tuvoles fur les Autels même ,
Ton feu promptà tout
ravager
Juillet
1702 : I
98 MERCURE
Tourne ainfi fa fureur extreme
Contre les Dieux qu'il doit vanger.
On parle icy de force mor.
fures de chiens enragez
.
C'est ce qui m'engage à vous
faire part de ce qui eft arrivé
depuis fix femaines .
Jean Verdure , Charbonnier
, âgé de quarante ans ou
environ , demeurant rue Saint
Jacques , attenant la porte
de l'Eglife des Jacobins
fut mordu d'un chien , vers
le douzième d'Avril , de
la prefente année 1702. Ce
THÈQUE
REEL
DITTE
LYON
1093*
DE
ཕྱོག
GALANT
•BL ...
THEQUE
199
&
BE
LA
VILLE
chien avoit une tumètr
groffe loupe au deffous de la
gorge , qui paroiffoit luy faire
beaucoup de mal , ce qui
fembloit l'irriter & l'obliger à
mordre les autres chiens ;
mefme à mordre quelques
perfonnes voisines par leurs
habits. Ceux qui remarquerent
cela , crurent que le
chien eftoit enragé , & pour
éviter un plus grand mal , le
nommé Verdure voulutjetter
ce mefme chien dans les lieux
communs de fa maiſon , mais
comme il ne l'y jettoit pas la
teſte devant , ce chien enco:
Įij
100 MERCURE
re plus irrité & épouvanté
s'élança , & luy mordit la
levre fuperieure.
ce
Vers la feconde ſemaine
du mois de May , quelqu'un
par querelle jetta avec violence
le nommé Verdure fur le
timon d'une Charette , dont
il rencontra le crochet ,
qui luy rompit trois coftes
vrayes du côté droit affez proches
des vertebres. Il en fut
toujours incommodé jusqu'à
la mort quoy que pendant
quinze jours ou trois ſemaines
il eut fait tout ce qui
eftoit en fon pouvoir pour y
GALANT IOI
apporter les remedes neceffaires
; mais comme fon travail
le faifoit fubfifter , il continua
enfuite de travailler à
fon ordinaire autant qu'il luy
fut poffible. De forte que le
premier de Juin veille du jour
qu'il fut faifi de fa derniere
maladie
, il tranfporta encore
lui feul plus de dixhuit falourdes
à un quatrième étage chés
un particulier. Le z . de Juin
aprés midy il commença d'ef
tre incommodé
d'une dou ..
leur de tefte avec un mal de.
gorge & une douleur de cofté
, du cofté mefme où il
I iij
102 MERCURE
eftoit bleffé. Le foir du même
jour il fut faigné du bras .
Le jour fuivant on pria M
l'Abbé , Medecin , qui paffoit
alors par la rue de voir ce
malade , ce qu'il fit , & ap .
prouva encore une faignée du
bras qui fut faite , & ne fut
point d'avis de le ſaigner encore
au pied , le jour ſuivant
comme le propoſoit le Sicur
Poncet Chirurgien. Ce malade
, à force de fe contraindre
, prit une fois du bouillon
qu'il vômit à l'inſtant. On
luy fit auffi prendre de l'Emetique
qu'il vômit pareille .
GALANT
10}
Il faut ob- ment auffitoft
.
ferver qu'à caufe que le malade
eftoit toujours
en agitation
, il avoit fait relacher
les
ligatures
des bras où il avoit
efté faigné ce qui luy fit en
core perdre
beaucoup
de
fang. Le3 M Thomaffeau
Medecin
, approuva
la faig
gnée du pied qui fut faite
au malade par le Sieur Poncet
Chirurgien
, le mefme
jour à cinq heures du foir.
Aprés environ
deux jours de
Maladie
, le malade mourut
affez tranquillement peu de
temps aprés cette faignée du
pied.
1 iiij
104 MERCURE
Pendant la maladie on obferva
qu'il arrivoit à ce malade
des convulfions à la gorge
lorfqu'on luy préfentoit à
boire , ou chofe ſemblable ,
& qu'il avoit une averfion
generale pour tous les liquides,
& qu'au commencement
de cette maladie il étoit ſujet
à quelques vomiffemens , ce
qui eft conforme à ce qu'on
a remarqué à l'occafion du
nommé Pierre la Porte de la
Ville d'Arras qu'on croit être
mort de la meſme maladie ;
dont l'ouverture fut faite
dans la rue de la Harpe de
GALANT
105
cette Ville de Paris par Mr
Tauvry , Docteur en Medecine
, & de l'Academie des
Sciences , le z de Decembre
1699. prés le College d'Harcourt.
2
Cette averfion pour les li.
quides eft encore conforme
à la maladie d'une femme
âgée de vingt cinq ans qui
eft morte de la rage, & dont
l'ouverture fut faite au Fauxbourg
de faint Germain ruë
des Cannettes le troifieme
de Decembre 1700 , par Mr
de Littre Docteur en Mede
cine de la Faculté de Paris &
106 MERCURE
de l'Academie des Sciences,
en préſence de Mr Reneaume
, & de Mr Poupart auffi de
l'Academie des Sciences &
de plufieurs autres . Cette
femme mourut de la rage
aprés avoir efté merdue à
l'extremité du nez par un
Chien enragé , & la ſemaine
précedente fon frere âgé de
vingt- trois ans eftoit mort de
la mefme maladie , le tout
aprés avoir fait un voyage à
Dieppe pour eftre plongez
dans la mer , & aprés deux ou
trois jours d'une maladie tresviolente.
GALANT
107
,
Lorſqu'à ce dernier Malade
on offroit quelque chofe
à boire , il le refufoit avec
horreur & avec exclamations
comme fi ç'avoit efté un fup.
plice qu'on luy eût voulu faire
Louffric
ce qui eft encore
conforme à la maladie du
nommé de la Porte. Quand
on luy offroit de l'eau & qu'on
luy difoit que c'eftoit de
l'Eau-benifte , il en prenoit
legerement
avec le bout de
fon doigt , & il en touchoit
fon front ; cependant
il témoignoit
qu'il fouffroit beau .
coup. Il faut obferver que
108 MERCURE
malgré la violence de la me
ladic , ce malade eut toujours
quelque ufage de raiſon Son
pouls eftoit fort regle , même
foible , quoique la maladie
paruft l'incommoder beaucoup.
Ce qui eft encore conforme
au fimprofme qui fut
obfervé dans la maladie du
nommé de la Porte. Outre la
douleur fixe vers l'hypocondre
droit , il avoit des douleurs
vers le Larinx & l'Efophage
, où il difoit luy re.
monter quelque chofe , qui
l'empefchoit de pouvoir rien
boire ny manger , ce qui eft
GALANT 109
-
encore conforme à ce que
fouffroit le nommé la Porte.
Il avertiffoit qu'on ſe retiraſt
de luy , & qu'il n'eftoit pas
maiftre de fes mouvemens
quoi qu'il n'euft intention de
faire de mal à perfonne . Malgré
la violence du malle malade
eut affez l'ufage de la
raiſon , pendant cette maladie.
Le nommé de la Porte
avoit l'efprit libre pendant
des intervalles feulement .
L'ouverture du Cadavre du
nommé Verdure fut faite par
Mr Petit Maiſtre Chirurgien
de Paris , aidé par Mr Sauré
4
110 MERCURE
auffi Chirurgien , en préſence
de Mr Reneauve Docteur en
Medecine de la Faculté de
Paris & de l'Academie Royale
des Sciences , & en préfence
auffi de Mr de la Salle Apoticaire
& de plufieurs autres .
Al'ouverture de l'abdomen ,
remarquas qu'auffi toft
qu'on eut fait une petite ouverture
au peritoine , comme
pour paffer le ponce , il fortit
par cette ouverture une gran
de quantité d'air , qui y étoit
retenu comprimé , ce qui fit
du bruit en fortant avec un
on
ſoufle aſſez impetueux , qui
GALANT
111
infecta un peu la Chambre.
Et examinant les inteftins on
trouva le pilore & le duodenum
fort dilatez . On trouva
auffi vers la partie lombaire.
gauche un petit retreffiffement
confiderable du colum
de la longueur d'un demy
pied , lequel eftoit reduit à la
groffeur d'un pouce mediocre.
On trouva encore les
deux ventriculés du coeur en
tierement vuides de fang , &
trois coftes vrayes rompues
au cofte droit de la poitrine.
Le cerveau eftoit dans la con.
ſiſtance , cftat & moleſſe or112
MERCURE
dinaire , à l'exception qu'il
paroiffoit un peu deffeché , &
de mefme des autres parties
du corps , à proportion , apparament
à force du fang
qu'on luy avoit tiré.
A l'égard de l'interieur de
.ce duodenum dilaté & des
autres parties on n'en fit
point l'ouverture à cauſe des
Occupations de Mr Petit qui
ne luy permirent pas de faire
une recherche plus ample ;
outre que M' Poncet faifoit
tout ce qu'il pouvoit pour
prouver qu'on ne trouveroit
rien d'extraordinaire
,
GALANT
113
quelque recherche qu'on fift,
cependant on auroit peuteftre
trouvé dans les inteftins
& dans le ventricule, quelques
vers ou autres animaux extraordinaires
comme il eft
arrivé en d'autres occafions ,
ce qui auroit pû encore faire
mieux connoiftre la caufe &
& la nature de cette mala.
die.
On ne doit point accelerer
la mort des perfonnes qu'on
fçait veritablement eſtre attaquées
de la rage. C'eft um
homicide des plus évidens
on doit pluftost teater tou-
Fuilles
17021
K
114 MERCURE
tes fortes de remedes. Il n'y a
qu'à feuilleter les Livres de
Medecine , on y en trouve
abondamment
. Tout le mon
de fçait qu'à la Campagne ,
ces fortes de maladies font
affez frequentes , & que cependant
il eft fort rare qu'on
en meure , parce qu'on y a
de bons remèdes prefervatifs
qu'on met en uſage , & dont
la préparation
eft tres-fimple.
On fçait que la fureur de
ces fortes de maladies eft incapable
de nuire à perfonne,
lorfqu'on a eu la précaution
de lier ou attacher adroite,
GALANT
115
-
ment les malades qui en ont
eu des accés . Au refte ils ont
par intervalles de la raifon
fuffilamment pour obeïr à ce
qu'on fouhaite d'eux , & pour
avoir toute la retenue poffi
ble pour furmonter la vio
lence de la maladie , en prenant
les remedes qu'on leur
offre , & qu'on croit capables
de les guerir ou du moins de
les foulager,
A l'égard de la caufe de
cette maladie on peut dire en
general que c'eft le princi
pe des nerfs qui eft attaqué ,
le principal lieu de la
&
que
Kij
116 MERCURE
rage eft dans les efprits animaux
, ce qui y cauſe un dé
rangement
terrible , & une
diffipation
tres grande ; &
enfin aprés un épuiſement
preſque univerfel de la ſub .
ftance fpiritueule
, les orga .
nes du corps fe trouvent hors
d'eftat de faire leurs fonctions
, ce qui rend la mort
inévitable.
M' Cheron eft l'Auteur du
petit Ouvrage que vous allez
lire .
GALANT 17
STANCES
IRREGULIERES
A UNE VEUVE.
C
Harmante Veuve l'on m'accufe
D'avoir mal à propos paru dans
L'embaras ,
Lors que chez une Aimable
·
Muſe
Fe vis briller en vous les plus par
faits apas.
Ilfaut de monfilence apporter quel
que excufe ,
Il'eft jufte , mais jerefuſe.
De vous en donner une autrement
qu'en écrit.
118 MERCURE
Le plaifir de vus voir nairoit à
mon efprit ,
D'ailleurs quand on a lieu de craindre
d'en trop dire ,
Il est beaucoup plus feur d'écrire,
On y peut penser à loifir ;
La plus rare beauté ne perd rien à
ce change ,
Au contraire elle a le plaifir
De faire repeter une jufte louange
Mille fois felon fon defir.
On veut pourpeine de mafaute,
Qu'ilfaut avouer la plus haute ,
Que l'on puiffe commettre auprés
d'un bel objet
4
Queje découvre fans miftere
A quoy je refvois en fecret ,
On le veut , & de plus ilfaut eftre
fincere ,
Ne vous armez donc point d'une ins
jufte colere
GALANT 1 :9
Je ne vous l'apprend qu'a regret,
Et mefme en le faifantje fuis encor
difcret.
2
Ne pouvant vous croire un Ven
ve ,
Qu'à la fombre couleur de votre
trifte habit,
J'en cherchois ailleurs une preuve ,
Et ne la trouvant point , je reftois
interdit .
Les plus doux agremens de la ten
drejeuneſſe ,
ཐྭ་
Certain air fi piquant , tant de
délicateffe,
La taille fine un bras à faire cent
jaloux ,
Une gorge d'albatre
, une luifante
,
A
treffe ,
Un teint de lys , des yeux aula
brillans
que doux ,
120 MERCUR E
Enfin de mille attraits , l'admirable
affemblage ,
Dont les Veuves n'ont point le
touchant avantage
,
M'obligoient à penfer tout autrement
de vous.
S
Je nepouvois alors qu'admirer & me .
taire
;
Deux charmes nouveaux en dès
lieux
Où dėjadefigrandsfe trouventd'or
dinaire ,
Occupoient mon efprit dans ce temps
precieux.
Voftre fçavante Mere éclatoit à
merveille
Par fes difcours polis , fa douceur
fans pareille ,
Et vous , vous enchantezparvoſtre
air gracieux,
GALANT 121
A l'une je prétois l'oreille
Sur l'autrej'attachois mesyeux.
2.
Mais Ciel ! vit- on jamais erreur
plus finguliere ,
Comme j'ai pu longtemps réver
Je cherche à m'excufer de la mème
maniere ,
Que fais-je. Vous allez trouver
Que cette excufe choque , encor plus
que l'offence ,
Pour demander pardon d'un peut
trop de filence
Je vous romps la tefte aujourd'buy's
Finiffons , taifons nous
d rude
>
penitence ,
Encor deux mats en ma deffenſe ,
Mon ftile va changer pour caufer
moins d'ennui,
2
Juillet 1702 .
L.
122 MERCURE
Neparlez point de moy
railleufe,
d'une façon
Carfi vous m'appellez rèveur ,
Je vous appelleray trompeufe ,
Jugez qui de nous deux auroit le plus
d'honneur.
On blameroit marêverie ,
Mais on vous blameroit bien
plus.
Veuve pafferpour Fillea h , quelle
tromperie !
Il n'appartient qu'à vous de former
cet abus
S
Cependant pourparoiftre au vray ce
que vous eftes ,
Ne changezrien de bonne foy ,
Il eft doux de tromper de même que
vousfaites ,
Et d'eftre trompé comme moy.
GALANT 231
Que de Dames voudroient donner un
pareil doute
De leur eftat& de leurs ans.
Abfi quelqu'une le redoute ,
C'eft de ppeeuurr qquuee l'erreur n'en dure
pas longtemps.
Alafin vous demandez tréve ;
Pardon , depatience , ilfalloit vous
manir.
Quand onparle de vous ou lors
l'ony rêve >
On nefçauroitjamais finir.
que
Je croy que l'on chantera
avec plaifir dans voſtre Province
les paroles que je vous envoye
notées. Chacun eft intereſſé
aux ſouhaits qu'elles contiennent.
Lij
124 MERCURE
AIR NOUVEAU.
SEigneur, foyez nous favo
rable.
En faveur de Louis , écoutez.
noftre voix.
Et qu'il puiffe long temps , ce
Monarque équitable ,
Faire , & proteger d'autres
Rois.
M'Fleury Profeffeur de Philofophie
au College des Graf
fins fondé dans l'Univerfité
de Paris , n'a pas voulu terminer
fon cours de Philofo
tell H
BIBLIOTH
LYON
*
183 *
TREQUE
DELA VILLE
Liij
GALANT 125
phie fans donner au Public
des témoignages de fon travail
& du zele qui l'anime
perfectionner la Profef. pour
·
fion. Dans le mois de Juin
dernier & dans celuy cy , ila
fait foutenir à fes Ecoliers des
Theſes de
Mathematiques ,
& entre autres exercices , il
les a fait expliquer pendant
plufieurs femaines un grand
nombre d'experiences fort
curieufes & tres utiles pour
l'intelligence de la bonne
Phifique. Pour ne pas blef
fer la modeftie de ce Profef
feur , on le contentera d'en
Liij
#26 MERCURE
entendre faire les éloges par
la voix publique : mais comme
la chofe eft finguliere
dans plufieurs de fes circonftances
, on ne peut s'empefcher
d'y faire quelques ré
flexions.
Premierement les Statuts
de l'Univerfité énoncez dans
la réformation de la Faculté
des Arts qui fut faite par Arreft
de la Cour de Parlement
en 1598 & en 1600. prefcrivent
en termes formels Article
40. que dans les Ecolles
de Philofophie on doit en
feigner les Elemens de MaGALANT
127
thematiques & les principes
d'Aftronomie. M' Fleury a
donné des preuves publiques
qu'il a pleinement ſatisfait à
cet article du Statut ; mefme
on peut dire qu'il eft prefque
le feul Profeffeur de Philofo .
phie dans l'Univerfité qu'on
feache avoir mis des Ecoliers
en état de demontrer publi
quement les Elemens de Geo.
metrie. Cependant l'inten
tion de la Cour eft formellement
déclarée fur cet article
dans la remontrance qui fut
faite au Recteur de l'Univer .
fité par Meffire Louis Ser
L iiij
128 MERCURE
Par
vin , alors Avocat du Roy ;
fignée par Meffire Jacques
Augufte de Thou Confeiller
du Roy en fes Confeils d'Etat
& Privé. Préfident en la
Cour de Parlement.
Lazare Coqueley & par
Edouard Molé Confeiller du
Roy en cette meſme Cour
Commis & Députez pour la
réformation de l'Univerfité .
Cette remonstrance eft inferée
au commencement de
l'Appendice de la réformation
de la Faculté des Arts
faire en l'année 1600. Aprés
avoir exposé l'ordre que les
>
GALANT 129
•
Facultez fuperieures de l'Univerfité
doivent obferver
dans leurs Leçons publi
ques , M' Sevin s'applique
principalement à la fplendeur
de la Faculté des Arts
Il parle des Profeffeurs de
Mathematiques en ces ter
mes. Le Mathematicien fera
fa démonstration fans babil, le
Rheteur difant felon le fujet ,
chacun des autres fuivant fa ma
tiere , & par une Encyclopedie
de toutes Sciences on montera des
Facultez bales aux éminen .
tes.
Dans l'article 118 , des Sta130
MERCURE
tuts de la Faculté des Arts il
eft preferit que depuis la S.
Remy jufqu'à Pâques on doit
enfeigner depuis fix heures
du matin jufqu'à fept. Ce qui
elt encore enjoint expreffement
dans l'article troiſième
de l'Appendice de la refor
mation de la mefme Faculté ,
& que depuis Pâques juſqu'à
la faint Remy on doit enfei
gner depuis cinq heures du
matin jufqu'à fix. Enfin par
le mefme Article on doit enfeigner
depuis midy juſqu'à
une heure , excepté le Mardy
& le Jeudy . Cet Article du
+
{
GALANT IZT
Statut n'eftant point executé
dans les anciens Colleges de
l'Univerfité
& ces Leçons
extraordinaires eftant defti
nées pour les Mathemati
ques , c'eft ce qui a déterminé
M' Fleury à y fupléer avec
toute l'ardeur poffible , &
avec d'autant plus de raifon
qu'il y a au College Mazarin
un Profeffeur de Mathema
tique & un au College de
Louis le Grand , & qu'il n'y
en a point au College des
Graffins , ny aux autres Colleges
de l'Univerfité , ce qui
leur eft fort deſavantageux.
132. MERCURE
Secondement pour ce qui
regarde l'étude de l'Aftrono .
mie , prefcrit par les Statuts
de l'Univerfité , les Ecoliers
de M' Fleury n'ont pas moins
bien reuffi ; mais comme chacun
fe pique de fatisfaire aux
Statuts fur cet Article en expliquant
quelques Syftemes
on n'y fera point d'attention
particuliere.
Troifiémement , les autres
exercices publics ont fervy
de preuves certaines pour
montrer que les Difciples
n'ont pas fait un moindre
progrez dans le reste de la
GALANT 133
Philofophie , & particulierement
dans la Phyfique . De
peur d'en dire trop ou trop
peu on ne dira point de
quelle maniere M ' Fleury a
traité ces questions vagues ,
chimeriques , infructueuses
& qui font tout le fuplice &
le degouft des jeunes gens
qui étudient en Philofophie.
Voicy de la maniere qu'on
parle de ces fortes de quef
tions dans les Statuts de l'U .
niverfité touchant la Faculté
des Arts Article 41. Quas ·
( quæftiones ) olim Barbari in.
wexerant,& ab humaniore poli
134 MERCURE
tiorevefæculo,explefas afperi durique
homines non ita pridem refricare
& redintegrare funt conati.
On dira feulement que les
Difcours préliminaires de
chaque exercice , qui furent
faits par les Ecoliers de M
Fleury , furent tres- bien reçus
de la Compagnie qui y
affiftoit. Il y eut entre autres
un jeune Gentilhomme de la
Ville de Sens , Penfionnaire
dans ce mefme College des
Graffins , qui eut l'avantage
de furpaffer tous les autres.
Comme il poffede fort bien
les belles Lettres , on n'en
GALANT 135
efperoit pas moins de luy.
La préſence de M' Pinſonnat,
Docteur de Sorbonne , Principal
de ce College & Profeffeur
Royal en langue Hebraïque
, & celles des autres
Profeffeurs , ne contribuerent
pas peu à mettre ces exercices
dans une grande exactitude
, outre que le tout fut
accompagné des reflexions
fçavantes & judicieuſes d'un
grand nombre de perfonnes
fort verfées dans l'étude des
Sciences.
On a encore fait des expe
riences au College de Beau136
MERCURE
vais prefque toutes les fe
maines depuis la premiere de
Carefme jufqu'à la derniere
du mois de Juiller. On en a
fait auffi au College d'Harcour.
A l'égard des autres
Colleges , on ne croit pas
qu'on y en ait fait , excepté
au College de Montaigu où
l'on dit qu'on en fit quelquesunes
pendant les Claffes du
matin & du foir du mefme
jour qui furent executées par
le fieur de Ville , Marchand
Fayencier & Emailleur , qui a
beaucoup de dexterité pour
ces fortes de chofes , & à qui
GALANT 137
la plupart des Profeffeurs ont
de coûtume , par honneur
de ceder leur place pour les
expliquer.
On travaille actuellement
à la reforme & à la vifite generale
des Colleges de l'Univerfité
en execution de
l'Arreft de la Cour de Parlement
du 7. de Septembre
1701. II y a déja plus de fix
mois qu'on eft en mouve
ment dans le College d'Har
cour pour ce fujet.
Juillet 1702.
M
128 MERCURE
Voici une Traduction de
l'Ode feptiéme du quatrième
Livre d'Horace , qui commence
par Diffugêre nives .
I neige difparoift & déja de .
verdure
Les bois , les champs font embellis
,
La terre ouvre fonſein & change de
parure ,
Les fleuves coulent dans leurs
lits.
2
Les Nymphes de retour , les Graces
toutes nuës
Au fon des airs reglent leurspas,
Chaque faifon nous dit , nous fommes
revenues ,
Vos beaux jours ne reviendront
pas.
2
GALANT 139
Le Printemps fuit l'Hiver , l'Eté
prévient l'Automne ,
Et l'un par l'autre eft reparé
L'ame qui nous foûtient ne ranime
perfonne ,
Quand le corps en eft feparé
S
Alors on eft plus rien , Tullus
Ancus , Enée ,
Ontfubi le même deftin ;
Eh ; qui fçaitfi pour toy laprochaine
journée
Fera luire un nouveau matin ?
S
Pendant qu'il eft permis , avant
l'heure fatale
Donne à qui t'a le plus aimé;
Lefeul que peut choquer ton humeur
liberale
C'est ton Succeffeur affamé,
12
Mij
140 MERCURE
A la mort, quand Minos l'aura
parfa Sentence
Condamnéfouverainement ,
Il n'eft point de vertu , de rang , &
d'éloquence
Qui te tirent du monument ,
ន
Diane en vain tacha que fon chafte
Hyppolite
Luy fuft rendu par les Enfers ,
Et Thefée arrivé fur le bord du Cocyte
Laiffa fon Ami dans lesfers.
Les Vers de cette Traduction
font de la même meſure que
ceux d'Horace , & en pareil
nombre. Elle a efté faite par M
de le Pul , Viguier Royal à Beziers
, qui eut l'honneur de prefenter
& Monſeigneur le Duc de
GALANT. 14
Bourgogne , lorfque ce Prince
y paffa , la Traduction des Eglogues
de Virgile , qu'on a beaucoup
eftimée.
Je crois , Madame , que vous
ne ferez point fâchée d'entendre
de quelle maniere Mr Moreau
de Mautour a fait parler
un Echo merveilleux qui fe
trouve dans le Parc d'une Terre
appartenance à un des plus
illuſtres Magiſtrats de la Robe.
L'ECHO DE BEAUVOIR
A M. L. P. D.
Depuis qu'un Magiftrat , digne
de fa naiffance ,
Faitfes delices de ces lieux
142 MERCURE
Où dufameux * Givry connu parfa
vaillance
Le temps respecte encorles reftes prétieux
:
Jeprefere auxrochers , aux antres les
plus fombres ,
Cette noble retraite & l'aimablefo
Chreft
Où ce grand Magiftrat fe plaift
chercher le repos , lefilence , & les
ombres.
ន
Je fus Nymphe , & l'amour me
fit fentir les coups ,
Fadis je foupiray pour le charmant
Narciffe ,
Et j'éprouve en tous lieux de Junon
en courroux
René d'Anglure de Givry eftoit Seigneur
de ce lieu , & l'on y voit fon
Monument en marbre.
GALANT: 143
Le bizarre &jaloux caprice.
Depuis mon changement on ne me
voitjamais ,
Ma voixfeule comprend tout ce que
j'ay d'attraits.
2
Dans ce brillant fejour , audeffaut
des Nayades
Qui n'yfont pointoüir leurs bruyantes
* Cafcades ,
Mes accens redoublez font retentir
les airs ,
Lorfqu'on m'entendredire
Les plaintes d'un Amant qui conte
fon martyré
Ou lorfque je répons à mille fons di
vers.
S
Il n'y a aucunes eaux dans les Jar
dins.
144 MERCURE
Là , Pomone & Vertamne
nent leur Empire ,
да tien-
Florey regne à fon tour avec ledoux
Zephire.
Des Nymphes , des Sylvains , des
Faunes amoureux,
Ou voit la troupe éparfe errer en mil
le lieux ,
Et la blonde Cerés vient offrir à la
veuë
De fes fertiles champs une vafte
étendue.
ន
O vous , dans qui le ciel & la nature
ont mis ,
Des vertus , des honneurs , des biens
hereditaires
,
[ mis
Qui fûtes élevé dans le fein de The-
Pour marcher
fur les pas de vos il-
Lustrez
Peres >
Etfidelles à fes juftes loix
Rem
GALANT 145
Rempliffez dignementfes plus vaftes
emplois ,
Si pour vous délaffer de vos veilles
penibles ,
Vous venezgoûter quelquefois
La douceur de ces lieux paisibles,
Daignezfavorifer les charmes invifibles
,
Qui font tout l'ornement & le prix
de ma voix.
Loin des foins de la Cour , & du
bruit de la ville ,
Foüiffez desplaifirs de cefejour tranquille.
$
Pour moy preft de répondre & la nuit
& le jour,.
A qui me parle ou qui m'appel-
·le ,
Je fuis l'Echo le plus fidelle ,
De tous les Echos d'alentour.
Juillet 1702.
N
146 MERCURE
Vous remarquerez que
toute la Fable de la Nymphe
Echo du troifiéme Livre des
Metamorphofes
d'Ovide , eft
compriſe dans les fix Vers
de la feconde Stance.
Le 19. Decembre 1701. les
Religieux de Terre- Sainte ,
qui font les Obfervantins , les
Recolets , & les Religieux du
tiers Ordre , folemniferent
la naiffance de Philippe V.
Roy d'Espagne . Cette folem
nité commença par le grand
Convent de Jerufalem , où le
Pere Raphaël Ventaiol , Ef,
GALANT: 147
pagnol de naiffance ; mais
qui depuis vingt - cinq ans
qu'il gouverne le temporel de
la Terre fainte a toujours fort
favorifé les François , fe diftin ,
gua pour témoigner la joye
de l'élevation de ce jeune
Prince à la Couronne d'ELpagne.
Il chanta la Méſſe en
action de graces de ſa naiffance,
affifté des Religieux de
toutes les Nations du monde
qui firent un concert de Mu .
fique en la maniere la plus
jufte qui leur fut poffible.
Les cinq Autels de l'Eglife
du grand Convent de laint
Nij
148 MERCURE
Sauveur eftoient garnis de
Tableaux , de Cierges , & de
Bouquets de fleurs comme
aux Fettes les plus folemnelles
de l'année . L'Eglife fut
auffi remplie des parfums les
plus precieux du Levant .Tous
les Religieux Preftres appliquerent
la Meffe ce jour là
pour la confervation de Sa
Majefté Catholique , & tous
les Freres eurent ordre du
Superieur , d'appliquer de
meime leur Communion .
De pareilles folemnitez fu
rent faites en Bethleem , au
faint Sepulchre , à faint Jean
GALANT 14.9
& à Nazareth , & le Gardien
de Jerufalem , Cuftode , &
Superieur des vingt - quatre
Convens ou Hofpices de
Terre- Sainte , ordonna par
une Lettre Circulaire , que
tous les Religieux Preftres de
toute la Cuftodie applique ..
roient leurs Meffes pour Sa
Majefté Catholique au même
jour , qu'on celebreroit une
grande Meffe en action de
graces de la naiffance de ce
Grand Monarque ,
demander à Dieu fa confervation
, & la protection par
ticuliere de fa perfonne fas
&
pour
Niij
150 MERCURE
C
crée. Aprés la Meffe folemnelle
,l'on chanta le Te Deum
qui fut fuivi des Oraiſons ordinaires.
La folemnité finie
le Pere Procureur regala cous
les Pauvres Catholiques de
Jerufalem leur donnant des
aumônes de pain plus confiderables
que celles qu'on a
couftume de leur donner
tous les Dimanches de l'année
, & les exhortant à prier
Dieu pour la confervation de
Sa Majefté Catholique. La
folemnité finie dans l'Eglife,
les Religieux allerent au Refectoire
, où quoique jamais
GALANT xSx
on ne rompe le filence pour
quelque folemnité que ce
foir ,afin de ne pas interrom
pre la lecture fpirituelle , le
Superieur néanmoins qui
eftoit pour lors le Vicaire ;
François de Nation , en dif.
penfa ce jour- là aprés la premiere
lecture qui eft celle de
la Bible , & fit un petit Difcours
fur l'avantage que res
çoit la Terre - Sainte de l'u
nion des deux Nations les
plus eftenduës de l'Europe ,
par l'élevation du petit fils de
Louis le Grand à la Couronne
d'Espagne. Et tous les Fran-
Niiij
itz MERCURE
çois , Espagnols , Italiens , Ir
landois , Portugais , Savoyards
& autres burent à la fanté de
Sa Majesté Catholique , luy
fouhaittant un regne aufli
heureux & auffi long que celuy
du Roy de France fon
grand Pere. Le Pere Procureur
fit fçavoir aux Armeniens
, Siriens , Maronites &
autres Nations de Jerufalem,
qu'on folemnifoit ce jour là
la naiffance du Roy d'Efpagne
, ce qui obligea les prin
cipaux Marchands des Nations
differentes de Jerufalem
de venir feliciter les ReGALANT
153
ligieux. Ils fouhaitterent , fuivant
la maniere dés Orien
mille benedictions à taux
Sa Majesté Catholique , au
Dauphin fon Pere , au Roy
Tres- Chreftien fon grand
Pere , & aux deux Familles
Royales.
Le fecond jour du mois
d'Aouft 1701 , la nouvelle de
la mort de Monfieur Duc
d'Orleans eftant arrrivée en
Jerufalem , le Pere Gardien ,
Cuftode de Terre- Sainte , dé
figna le jour fuivant pour faire
un Service folemnel pour le
repos de l'ame de ce Prince.
154 MERCURE
Il ordonna qu'on dreffaft
une Chapelle ardente ; qu'on
garnift de Cierges toute l'Es
glife du grand Convent de
S. Sauveur , & nomma tous
les Officiers pour le Pontifi
cal du jour ſuivant , qui fe fit
avec toute la gravité& toute
la devotion poffible . Le Pere
Vicaire fit l'Office de premier
Diacre & un autre François
celuy de premier Soufdiacre.
Tous les Preftres eurent ordre
, non feulement à faint
Sauveur , mais encore dans
tous les Convents , Hofpices
& Miffions de Terre-fainte
GALANT ISS
d'appliquer leurs Meffes trois
jours confecutifs pour le res
pos de l'ame de ce grand
Prince. Les Freres eurent auffi
ordre d'appliquer leur Com
munion , & de dire encore
trois cens Pater , & trois cens
Ave , pour le melme fujet.
La veille on chanta le grand
Office des Morts , & le jour
fuivant on fit , felon la couftu
me , des aumofnes de pain
aux Pauvres , à qui l'on en ,
joignit de prier Dieu pour
l'ame de Son Alteffe Royale.
La nouvelle de la mort de
Jacques II . Roy d'Angleterre
16 MERCURE
eftant arrivée trop tard en
Jerufalem , à caufe que plu
fieurs Lettres ont efté pera
dues , le Service qu'on a fait
pour le repos de l'ame de ce
Prince a efté differé jusqu'au
20. Janvier , auquel jour le
Pere Gardien de Jerufalem ,
Cuftode de Terre Sainte , Officia
Pontificalement dans
l'Eglife de faint Sauveur , ayant
pour Diacre , Soudiacre & -
autres Officiers les Irlandois
qui fe trouverent en Jerufalem
. On chanta la veille le
grand Office des Morts ; on
drefla à faint Sauveur unc
GALANT 157
Chapelle ardente , & on diftribua
des Cierges à tous les
Religieux qui eftoient préfens.
Par l'ordre du Superieur
tous les Preftres appliquerent
leur Meffe , & les Freres leur
Communion pour le repos de
l'ame de Sa Majefté Britani
que ; l'on fit les mefmes Prieres
& Offices en Bethleem ,
au S. Sepulchre , à ſaint Jean ,
à Nazareth & dans tous les
Convents , Hofpices , & Miſfions
qui dépendent du Superieur
de Terre- Sainte.
On n'a receu ces nouvelles
que fort tard , parce que deux
258 MERCURE
Barques Grecques , ou Saïcques
, qui les apportoient la
premiere fois , le font per
dues en venant de Japha à
Chypre.
Vous fçavez que Mr le
Comte d'Albon , Capitaine
de Carabiniers , a eſté tué en
Italie. Il fuffit de vous nommer
la Maiſon d'Albon pour
vous faire concevoir l'idée
d'une des plus illuftres Maifons
du Royaume ; les grandes
alliances , les grandes dignitez
, une antiquité dont
on ne trouve aucune époque
certaine , & plas que cela , la
*
GALANT
159
Souveraineté dont les anciens
Seigneurs de ce nom
d'Albon ont joüy , font des
preuves autentiques de ce
que j'avance.
L'an 1298 Guy , Seigneur
de S. Trivier en Dombes ,
ayant fait baftir le Chasteau
de Beauregard fur la Saonne ,
en fit hommage à Guichard ,
Seigneur de Beaujeu . Henry
de Villars , Archevefque de
Lyon , s'offença de ce procedé
, parce qu'il foutenoit
que ce Chateau avoit eſté
conftruit dans le Fief de l'E
glife de Lion . Cette raison
150 MERCURE
jointe à d'autres démeЛleż
qu'il avoit avec le Seigneur
de Beaujeu , excita entr'eux
un grand démellé qui auroit
mefme pû aller fort loin , fi
Guillaume , Archevefque de-
Vienne , Humbert Comte
d'Albon , Dauphin de Viennois
, Humbett Sire de Thoire
& de Villars fiere du Sei .
gneur de Beaujeu , & Guil .
Jaume de Marzé , Senechal
de Toulouſe , Arbitres nommez
n'avoient reglé leurs
differens & ordonné que le
cens , à caule du Broleau fe
payeroit par les fojets de
?
GALANT
161
l'Archevefque de Lyon à ce
Seigneur de Beaujeu , & que
le criminel pendu aux Fourches
de S. Sebaftien , feroit
rétably aux Fourches de la
Ville de Lyon par les Officiers
de l'Archevefque , &
que file corps ne fe trouvoit
pas , on mettroit un fantôme
à la place.
Albon eft une Terre du
Dauphiné dans le Viennois,
les Comtes de Graifivodan
qui ont auffi porté le titre de
Princes de Grenoble , ayant
efté chaffez de leur Comté
par les Maures , vinrent s'é
Fuilles 17.02.
162 MERCURE
tablir à Albon où ils demen
rerent deux cens ans . Le plus
ancien dont on ait connoif.
fance , eft Guigues I. qui en
880 fe trouva à l'Affemblée
qu'Hermengarde , veuve de
Bozon , fit de tous les Sei
gneurs de fon Etat à Varennes
, pour conferver la Couronne
d'Arles & de Bourgogne
à Louis Bozon fon fils.
Le nom & la qualité de Com
te d'Albon furent fi chers
aux Seigneurs de cette Mais
fon , qu'ils la préfererent à
à celuy de Comtes de Graifivaudan
, & ils le mirent en
GALANT. 1 163
cet
paralelle avec celuy de Comtes
de Vienne qu'ils eurent
dans la fuite. Un de ces Seigneurs
ayant commencé à fe
faire appeller Dauphin , ſes
Succeffeurs fuivirent
exemple & aimerent mieux
porter le Titre de Dauphins
de Viennois , que celuy de
Comtes . Tout le monde fçait
que les Comtes d'Albon
ont formé la premiere race
des Dauphins de Viennois .
Jean d'Albon , Seigneur
de Saint Forgeux & de Saint
Andrè , defcendant de ces
Anciens Comtes de Vien
O ij
164 MERCURE
nois , laiffa de Guillemette de
Laire fon Epouſe Guillaume
d'Albon , Sieur de Saint Forgeux
; il fut Pere d'Antoine ,
Archevêque de Lion , l'un
des plus grands Prelats de fon
Siecle , fameux par la connoiffance
qu'il avoit des langues
Orientales , & des Sciences
fpeculatives. C'eſt de ce
Guillaume que defcendent
Mrs d'Albon d'aujourd'huy
Celuy dont la mort donne
lieu à cet article , eftoit Frere
de M' le Marquis d'Albon
qui avoit épousé l'Heritiere
d'une branche de l'illuftre
GALANT 165
•
dont
Maiſon de Crevant , dans laquelle
elle eftoit fonduë. La
branche de la Maiſon du
Bellay qui y avoit porté le
Royaume d'Yvetot
jouit aujourd'huy la fille unique
de Mr le Marquis d'Albon
. En effet, Charles, Prince
d'Yvetot , Marquis de Tovarré
mourut fans lignée
d'Helene de Rieux la Femme
, dans le commencement
du dernier Siecle.
Guillaume d'Albon , dont
on a parlé , eut encore Gilles
Sr de Saint André qui d'An
ne de la Paliffe laiffa Gui
166 MERCURE
chard. Ce dernier époufa
Jeanne de Semur , & il en
eut Jean d'Albon , Chevalier
de l'Ordre & Gouverneur du
Lionnois , Jean d'Albon prit
alliance avec Charlote de la
Roche , & de ce Mariage
naquit le fameux Marefchal
de Saint André , Favory
d'Henry II . qui fut pris & tuéde
fang froid par Bobigny
Mezieres , Huguenot , à la
Bataille de Dreux. L'Eglife
de Lion , outre le grand Prélat
dont je viens de vous par?
ler à eu dix fept Comtes de
cette Maiſon › parmy lef
GALANT 167
quels il y a deux Doyens ,
Antoine decedé l'an 1525 , &
Guillaume en 1650 , & fix
Abbez de Savigny. M' le
Comte d'Albon , Archidiacre
de l'Eglife de Lyon ,
homme d'un grand merite
& qui foûtient avec honneur
cette grande dignité , eft
frere de celuy qui eft mort
en Italie.
La Seigneurie d'Yvetot fut
érigée en Royaume par Clotaire
I. qui avoit tué de ſa
main un jour de Vendredy
Saint , un Seigneur d'Yvetot
dans l'Eglife, Ce Prince fic
168 MERCURE
certe erection en faveur des
enfans de Gautier , qu'il avoit
poignardé luy-mefme.
gnet
>
Meffire Gabriël de Caſſa.
de Tilladet , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
Commandeur de
Maupas , du Mont de Soiffons
, & de Pieton en Hainault,
Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gooverneur
d'Aire. Il avoit pour
freres M' l'Evefque de Maf
con & feu M' le Marquis de
Tillader , Chevalier des Or
dres du Roy , Capitaine des
Cent- Suiffes Gouverneur
d'Arras
GALANT 169.
A
!
d'Arras & Lieutenant General
des Armées du Roy
mort de la bleffure qu'il reçût
au combat de Steinkerque
1692. & de Madame la
Marquife de Roque pine
mere de M le Marquis de
Roquefpine , tué la derniere
Campagne dans le Milanez,
& de M l'Abbé de Roquelpi !
ne Grand. Vicaire de Mafcon .
Ce Chevalier étoit fils de feu
Male Marquis de Tillader
Lieutenant General des Ar.
mée du Roy & Gouverneur
de
Bapaume & de Dame
Madelaine le Tellier , foeur
Fuilles
1702.
>*
P
170 MERCURE
de feu M le Chancelier le
Tellier. Tout le monde fçait
l'antiquité de la Maiſon de
Caffagnet de Tillader , elle
a paru avec éclat dans le
Royaume depuis plufieurs
fiécles. Le Languedoc , où
cetre illuftre Maiſon a de
grandes Terres & des mo .
numens de fa Nobleffe & de
fa valeur, La maiſon de Fief,
marcon qui porte le mefme
nom & les mefmes Armes ,
y a de grands établiſſemens ,
& de grands biens. Ceux de
cette Maifon ont toûjours .
porté les Armes avec gloire
GALANT I7I
pour le fervice de nos Rois.
Ils ont eu dans les troupes
des Commandemens confiderables.
M' le Chevalier de
Tilladet qui vient de mourir
s'eft diftingué en plufieurs occafions
pour fervir fon Ordre.
C'étoit un Gentilhomme qui
failoit de grands biens aux
pauvres , auffi en eſt- il extremement
regreté. La Maiſon
de Caffagnet eft connuë en
France dés le temps de Phia
lippe Augufte . L'un deux lorfque
l'on donna la bataille de
Bouvines , eut la gloire de
contribuer beaucoup
à la prife
Pij .
172 MERCURE
1
du Comte de Flandres. Cette
Maiſon a fervy glorieuſement
fous les Rois de Naples Com.
tes de Provence , & a eu des
emplois confiderables dans
les troupes de ces Princes , & .
dans les temps fâcheux de la
Ligue , les Seigneurs de cette
Maiſon retinrent plufieurs
fois le peuple de leurs Terres,
dans l'obeiffance dûë au le
gitime Souverain.
M' de Beduci de Loftans
ge , Capitaine dans le Regiment
de Vaillac , Cavalerie ,
a efté tué dans le grand fourage
qui fe fit en Flandre fur
GALANT 373
la fin du mois paffé . C'étoit
un jeune homme d'une grande
valeur , & elle luy a couté
la vie dans cette occafion ,
où il aima mieux perir les
armes à la main , que de rendre
fon épée . Sa bravoure fit
beaucoup de bruit . On en
parla fort le lendemain chez
Monfeigneur le Duc de Bour
gogne , qui loüa beaucoup .
le mort . Il eftoit fils de feu
M' le Marquis de Beduci ,
Gentilhomme
des plus qualifiez
de la Province de Quer- .
cy où cette Maifon à roû .
jours tenu un rang diftingué,
26.
Pij
174 MERCURE
& de Dame :..... de Champré
de Menardeau d'une des
plus anciennes & des plus con
fiderables Maifons de cette
Ville , où elle a poffedé des
Charges fort importantes .
Les Officiers du Regiment
de Vaillac ont envoyé icy une
Relation où la bravoure de
ce jeune Gentilhomme paroiſt
dans tout fon éclat. Ce
jeune Officier eftoit le fecond
fils de Madame la Marquife
de Beduei qui après la mort
de M' le Marquis de Beduei ,
fon mary ; s'elt retirée chez
les Dames Cordelieres de la
GALANT 175
ruë de Grenelle où elle vic
dans une pratique rigoureuſe
des vertus Chreftiennes. El
le a encore deux fils dans le
fervice.
M le Duc de Medina .
Celi eft parti d'icy pour con
tinuer fon voyage juſqu'à Ma
drid. Ha pris congé du Roy ,
de Monfeigneur & destoure
la Famille Royale , & il a efté
aufli contené des diftinctions
qu'on a eues pour luy qu'on
la etté de fa perfonne & des
manieres Nobless & polies
avec lefquels il foutient toug
Puj
176 MERCURE
ce qu'il a d'éclat & de grandeur.
Cette grandeur eft tellément
née avec luy qu'il la
répand dans tout ce qu'il fait ,
& quelque poli qu'il foit on.
la demefle dans tout ce qu'il
dit. Il a fait icy des liberali
rez confiderables à tous ceux
qui ont eu le bonheur de luy
rendre le moindre fervice &
il a accoutumé d'en ufer à proportion
de même par tout où
il paffe. M l'Ambaffa deur.
d'Eſpagne la logé dans fon
Hôtel & l'a régalé tous les
jours avec une magnificence
digne de l'un & de l'autre.
GALANT 177
Jamais table n'a efté n'y plus
fomptueulement ny plus délicatement
fervie que celle de
M l'Ambaffadeur pendant
tout ce temps là . Il a donné
plufieurs Feftes chez luy ou
les Dames du premier rang
&de la plus grande beauté ſe
font trouvées , mais le Di-.
manche 16. de Juillet , M
l'Ambaffadeur donna un des
plus grands & des plus exquis
repas qu'on ait encore veus .
Il y invita Meffieurs les deux
Nonces. M' l'Ambaffadeur
de Savoye , MlAmbaſſa .
deur de Venile , M. l'Abbé
3
178 MERCURE
de Polignac Mr l'Abbé de
Pomponno
2
* M' le Baron
de Breteuil & M de Saintot
Introducteurs des . Ambaffaz
deurs & d'autres perfonnes
diftinction. Ce rèpas fut à
quatre fervices de huir grands
plats & de douze mediocres
chacun , outre les hors d'oeu
vre. On n'a guere veu d'entre
mets plus rares ny plus recher.
chez. Si- toft qu'on l'eut def
fervi , on changea de nape &
de couvers. On fervit enfuite
le fruit le plus fuperpe le plus
exquis & le plus galant
qu'on le puiffe imaginer. M
GALANT 179
de
le Duc de Medina Celi &
tous ces Miniftres avouerent
qu'ils n'avoient rien veu de
plus beau , de meilleur , ny
plus curieux que ce deffert.
Les vins , & les liqueurs y
répondirent à tout le refte .
En fortant de table on eut un
petit Concert de fort bon
gouft & on fervit du Thé ,
du Caffé , & du Chocolate.
C'eſt ainfi à peu prés qu'en a
ufé M l'Ambasadeur d'E
pagne à l'égard de toutes les
perfonnes diftinguées de fa
Nation qui font venuës en
France en fi grand nombre
180 MERCURE
depuis que Philippe V. eft
Roy d'Espagne.
Don Francifco , Bernardo
de
Quiros , Ambaffadeur
d'Eſpagne
en Hollande
, eſt
venu
icy au retour
de fon Am .
baffade
. M'
l'Ambaffadeur
l'a préſenté
au Roy , & aux
Princes
& Princefes
de la Fa
mille
Royale
. C'eft
un hom
de
naiſſance
& de
beaucoup
d'efprit
, il eft affez
connu
&.
eftimé
par les fervices
.
M' le Marquis de la mina ,
dont je vous ay déja parlé , a
pris conge auf du Roy , de
la Famille Royale & de tout
GALANT
18
ย
ce qu'il y a de perfonnes diftinguées
à la Cour & à Paris
Il eft parti aprés y avoit fait
un affez long fejour avec Don
Jaimé de Gulman , d'Avalos
fon fils . Le Roy fit l'honneur
au pere & au fils , de leur
parler dans les termes les plus
obligeans & les plus remplis
de bonté. M' le Marquis
de la Mina s'eft trouvé bien
dédommagé en cette Cour de
tout ce qu'il avoit fouffert par
la part qu'il a veu qu'on y
prenoit. Monfeigneur , Madame
la Ducheffe de Bour
gne Monfeigneur le Duc de
182 MERCURE
Berry , Mr & Madame la
Ducheffe d'Orleans
ne luy
ont pas témogné moins de
bonté , mais rien ne peut égader
les honneurs
qu'il a reçeus
de Madame. Son Alteffe
Royale ne s'eft point laffée de
s'intereffer pour luy. Don Jaimé
de Gufman eftoit , regardé
avec toute la diftinction
imaginable à la Cour de cet.
te augufte Princeffe , & lorfqu'il
a pris congé d'elle , Soa
Alteffe Royale luy a donné
mille témoignages
d'une
bonté & d'une protection
qui
feules feroient capables de
GALANT 183
confoler M ' le Marquis de la
Mina de rous fes malheurs
paffez. Le Roy fit l'honneur
auffi à Don - Jaimé , de luy de
manders'il reſtoit icy , ce jeune
Seigneur qui parle bien
François comme je vous l'ay
déja dit , répondit à Sa Majesté
qu'il fuivoit fon Pere
mais qu'il reviendroit dans
peu de temps. Le Pere & le
fils font partis penetrez d'une
vive reconnoiffance .
Voicy la Traduction de la
lettre écrite par M ' le Grand
Duc de Tofcane à мr l'Am
184 MERCURE
baffadeur d'Eſpagne pour ré
ponle à l'avis que ce Miniftre
avoit donné à ce Prince que
·le Roy fon maitre l'avoit honoré
de la Viceroyauté du
Perou.
M
ONSIEUR ,
La Majefte Catholique du Roy
en qui resplendiffent éminement la
benignité & la justice , difpenfe les
graces les emplois les plus confiderables
à qui abonde le plus en
merite. Votre Excellence en eft plus
remplie que perfonne , Elle eft douée
d'une fageffe & d'une penetration
qui luy fontfoutenir avec applaudiffe
ment les Minifteres les plus relevez
de la Couronne. Je ne fuis nulleGALANT
185
ment furpris & ce n'est pas une
nouveauté pour moy d'entendre
que
Voftre Excellence a pour récompenfe
la Viceroyauté du Perou ; & qu'on
La confie fi dignement à fa fage
conduite à fan experience con
fommée. Je reçois comme une finguliere
faveur , lavis que m'en
donne Votre Excellence en termes fi
obligeans. Je la vois par la bien
perfuadée de mon amitiéveritable
de la paſſion fincere avec laquelle
je m'intereffe à fa fortune. Faffure
aufi Votre Excellence que j'en tire
un veritable engagement d'avoir
une forte reconnoiffance de la bonté
qu'elle me témoigne par la pleine
fatisfaction qui me revient de la
voir elever avec cette diftinction.
J'euffe bien fouhaite que Mr le
Marquis voftre fils m'eut donné
Juillet. 1702
3
1
186 MERCURE
quelque occafion de luy rendre fervice
comme je le fouhaitois quand il a
paßè à Livourne avec le Roy
mais fa modeftie & fon entiere
attention au fervice de Sa Majesté
m'ontfeulement permis d'avoir le
plaifir de luy faire voir les fentimens
de mon affection & d'admirer
tout ce qu'il a de raifon , d'efprit &
de qualiter Nobles & diftinguées.
Il ne degenere en rien de fes Anceftres.
Jen felicite Veftre Excellence
, & je me réjouis avec elle de
voir qu'il avance ft bien dans un
chemin qui peut le conduire à la
fortune la plus élevée . C'est ce que
je luy fouhaite auffi avec toate forte
d'affection . Je prie Votre Excellen
ce de me conferver toute la fienne
& deftre tres perfuadée de la maniere
doutj'y fçauray toujours répon
GALANT 187
dé's par le cas queje fais de tant
de grandes qualiter qui la diftin
guent; & toujours preft & difpofé à
buy rendre fervice. Il ne me refte
qu'à baifer les mains à Veftre Ex
cellence.
De Votre Excellence..
Son Serviteur ,
Le Grand Duc de Toſcanuy
De Florence le 14 Juillet 17027 :
La lecture de ce qui fuië
doit vous faire beaucoup de
plaifir , cell la Copie d'une
lettre de Monteigneur le Duc
de Bourgogne à M ' l'Ambaf.
fade ur d'Elpagne écrite de la
main de ce Prince.
2010
188 MERCURE
MON
ON COUSIN , jag
receu la lettre que vous m'ave
écrite le 16 du mois dernier.
Je n'ay jamais douté que
Le Roy
Catholique Monfieur mon Frere ne
fift une jufte attention aux fervices
diftinguez que vous luy avez rendus.
Il vous donne une marque bien certaine
defon eftime de fa confiance
en vous nommant Viceroy du Rerou.
Je fuis perfuadé que vous aug.
menterez l'une & l'autre dans les
fonctions de cet employ , & que vous
eftes affez informé de mes fentimens
fur ce qui vous regarde pour juger de
l'intereft que je prens à vos avant
tages par la bien- veillance particu
liere que je vous ayfait connoiftre
en d'autres occafions : Je fuis au
Campde Haffum le 9. Juillet, 1702,
Voftre bien bon Confin
LOUIS,
GALANT 189
de.
La fufcription de la lettre
eftoit de la main du Secretaire.
des Commandemans
Monſeigneur le Duc de Bour.
gogne. La Voicy, or d
A MON COUSIN
Monfieur le Marquis de Caf
tel dos Rias , Ambaſſadent
Extraordinaire d'Espagne ,
auprés du Roy Monfei
A. gneur.
Madame la Princeffe Darcourt
& Madame la Duchef
fe de Brancas ont préſenté au
Roy , le Pere Brancaccio
190 MERCURE
Theatin , que le Roy d'Ef
pagne à nommé à l'Archevéché
de Reggio , fon Frere
eft Gouverneur de Cadix , &
M ' le Duc de Brancaccio fon
Neveu a une Compagnie de
cent Gentilshommes dans
le nouveau Régiment Napolitain
de la Garde de Sa
Majesté Catholique. La maifon
de Brancas eft fi illuftre
& fi connuë que je ne vous en
dis rien d'avantage
.
Ce qui fuir eft affez cuy
rieux pour vous faire plaifir.
Brat des Troupes Espagnoles qu
GALANT.gr
fervent dans l'Etat de Milan,
INFANTERIE .
Terce de Lombardie 600
Terce de Savoye. 700*
Teree de Naples. 700
Terce de Lisboa. 600
Terce de Caracholo
460
400
Terce de Charles Caracholo.
Terce du Comte de Bonchan .
Arriaga Allemand
, on
Gii Allemand .
1200
600
600 .
Douze Compagnies de Gri
fons. 1000
La Compagnie du Gouvergeur
de Como ,
Total.
200.
7060
192 MERCURE
CAVALERIE .
Regiment de Marquis de Los
Balbazes .
450
Regiment du Prince Trivul
ce.
4.50%
Regiment de Valde fuentes
300-
Regiment d'Aguillard de
Flandres.
SSO.
Regiment de Copolla, ssa.
Regiment de Brabant
S5.0.
Dragons de Monroy. 650
2. Compagnies des Gardes de.
Mle Prince de Vaudemont..
Total.
150
3650
Esat
GALANT
193
isz
ΕΤ ΑΤ
Des Troupes de Savoye, envoyées
dans le Milanez.
LIEUTENANT GENERAL
Mr des Hais.
Marechaux de Camp .
M' le Comte de Prila .
M ' du Coudray.
Brigadier de Cavalerie.
M ' de Monafterol .
M ' d'Alary.
Brigadier d'Infanterie.
M' de la
Roque.
Mr de Palaviciny.
INFANTERIE ,
Bataillons.
Gardes.
Fuilles
17029
R
194 MERCURE
Savoye.
Saluces.
La Croix Blanche.
Monferat.
Challais .
1
I
Total fix Bataillons 3600. h .
CAVALERIE .
Gardes.
150
Cavaillac. 600
Dragons de S. R. 600
Dragons
de Prala.
450
Total. 1800 , hommes.
En 12. Elcadrons l'Escadron à
150. hommes
.
Ε ΤΑ Τ
Des Troupes Françoifes quifont
dans le Duché de Milan.
GALANT 155
86. Bataillons à 585. hommes
font.
50300
110. Elcadrons à 140. hommes
font.
Total.
15400
65700. hommes
.
Sa
Le Roy a eu la bonté d'accorder
des Lettres de Prèfi
denr Honoraire au Grand
Confeil à M' Roullier , Ambaffadeur
en Portugal . Je ne
dis rien de fes fervices .
Majefté en eft auffi contente ,
que les Ennemis en font chagrins
: Elle a donné en même
temps l'agrément de la même
Charge à Mr Bailly Préfident
Rij
196 MERCURE
6
au Grand Confeil , qui a
épousé depuis peu Mademoifelle
le Tellier fille de Mr le
Tellier Seigneur de Richebourg.
On fçait que Mr Bailli
eft d'une des plus anciennes
Famille de la Robe & que fes
ancêtres ontpoffedé les Char
ges les plus confiderables de
l'Etat , & entre autre Meffire
Guillaume Bailly fon Trifayeul
, Chevalier des Ordres
du Roy , Chancelier de Monfieur
le Duc d'Alençon , &
Surintendant des Armées d'I .
talie. La memoire de Mellire
Guillaume Bailly , Avocat
J
GALANT. 197
7
General & Confeiller d'hon .
neur au Grand Confeil , Abbé
de Saint Thiery , eft encore
toute recente , toute illuf
tre dans le Public.
J'oubliay la derniere fois de
vous apprendre la mort de
Dame Marie Elifabeth Berthelot
, arrivée dés le mois
de Juin dernier Elle avoit
épousé Meffire Charles Augufte
de Matignon , Comte de
Gace , Lieutenant
General
des Armées du Roy , Gouver
neur General de la Provinces
d'Auxois , la Rochelle ,
Broüages , Rhé , Oleron ,
Riij
198 MERCURE
Terres & Illes adjacentes.
que
La douleur que la mort de
Mr de la Bruneriere , Evelde
Saintes , a caufé dans
tous les lieux de ce Diocefe
, a efté fort grande , &
on en a donné des marques
dans toutes les Oraifons
Funebres qu'on a faites , à la
memoire de cet illuftre Prés
lat . Vous ne ferez peut eftre
pas fâchée d'aprendre ? la ma
niere dont s'eft fervi un de
ces Orateurs nommé Louis
Garrau , Curé de Villars prés
Pont , Docteur en Theolo.
BILLIO
LYON
DE
на шива
GALANT
DE POST ALQUE
YON
403
gir , pour
exprimer
fa doular
fon
texte
fut
, Magnus
au
fletus
factus
eft omnium
, maxime
quod
faciem
ejus
amplius
non. effent
vituri
, Act
. 20.
Ils fon- dirent
tous
en larmes
, vive
ment
laifis
de douleur
, de ce
qu'ils
ne le veroient
plus
.
S.I les Peuples
&' Epheſe
& de Mi- let , qui avoient
goûté
la douceur
des entretiens
de l'Apoftre
, & reffenti
les effets
de fa charité
; furent
f vivement
penetrez
de douleur
à la
vue de fon départ
& defa feparation
, Chreftiens
affemblez
icy , par une
des plus triftes
, des plus lugubres
, mais
des plus falutaires
ceremonies
de l'Eglife
quels
doivent
eftre nos
Riuj
200 MERCURE
fentimens, à la vuë d'uneféparation
fifunefte , d'une mort cruelle ; qui
nous vient d'enlever , un Pafteur ,
un Prélat qui eftant , à noftre égard
ce qet Apoftre eftoit à ces Peuples ,
à fon exemple nous a fait fifouvent
reffentir les effets de fon zele , defa.
douceur , & de fa charité.
Ce feroit un foulagement à nôtre
douleur , Meffieurs fi ce n'eftoit qu'
une fimple feparation , ou éloignement.
Nous facrifierions nos interefts.
en fongeant que d'autres profitaffent
des mefmes avantages , que nous
avons eupar un fentiment de reconnoiſſance
, pourveu que ce cher Pafteur.
cet illuftre Prélat , joüift encore
de la lumiere du jour , & de fon
élevation. Mais rien ne nousfçauroit
confoler. Helas ! il n'eft plus
ce Prélat admirable , ce cher Paf
GALANT 201
tear eft mort , la perte eft geuerale ,
la perte eft commune . Que tous
foient donc fenfibles à la douleur,
Magnus autem fletus factus eft
omnium .
Rachel , vouspleurez vos enfans ,
vous faites retentir vos gemiffemens ,
vous eftes inconfolable . Enfans ,
Peuples de Saintonge , vous per
dez votre Pere commun ; ce Paf
teur fi debonnaire , fi affable , fi ac
celible à tous momens pour vos be-
'foins , Eglife de Saintes vous perdez
votre Pafteur, voftre époux . Laif
fez donc couler vos pleurs
retentir vos
gemißemens :
Filles de Sion
Religieufes , ames devôtes , noutries
dans les douceurs de la vie piri
tuelle , outre tous ces motifs communs
daffliction , vous y perdez un
faites
Communautez
203 MERCURE
des plus éclairez , des plus habiles ,
des plus charirables directeurs de
la vie fpirituelle.
Vafte & grand Diocefe ; fi fouvent
parcouru au travers de toutes
les rigueurs des faifons , vous ne
le verrez plus cette illuftre Prélat
Peuples , qui accouriez en foule
avec tant d'ardeur pour recevoir les
Sacremens des mains de ce Pafteur
, arreftez votre courſe , arreftez .
vos empreffemens , il n'est plus , il
eft mort , & ce qui vous doit penetrer
d'une vive douleur , c'est que c'eftoit
pour vous donner les dernieres marques
defon zele & de la charité d'un
bon exemple , & pour courir à vos,
plus preffans befoins , & qu'il nous
en a privépourjamais .
Prêtres , Miniftres des Autels .
Curez, fifouvent animez par fon:
GALANT
202
exemple , & parfesfalutaires avis
à tous les devoirs de voftre Miniftere ,
& à tous lesfoins imaginables pourvos
troupeaux , affemblez dans vos
Sinodes , vous ne jouirez plus des
douceurs de fes entretiens & de fes
difcours , charmez de fon éloquence
& de fon fçavoir , il n'est plus cet
illuftre Prélat ; ce Pasteur admirable
eft mort , la perte eft generale
. Que tous foient doncfenfibles
à la douleur, Magnus autem fletus
eft omnium.
Si un Payen prenoit pour une in
fulte , qu'on luy demandaft le fujet
de fa douleur aprés luy avoir enlevé
fes Dieux , Deos meos abftuliftis
& petitis mihi , quid tibi eft !
Fe crains trop qu'en voulant icy
vous retracer l'idée de noftre grand
Evèque & vous enfaisant connoiftre
204 MERCURE
La perte , je n'augmente voftre afflic
tion Mais non , c'eft affez donner à:
noftre amour propre & à noftre reffentiment;
ilfaut changer noftre trifteffe
en joye , triſtia veftra vertetur in
gaudium , & que la pieté Chreftienne
regle les fentimens de nos
coeurs. Elle ne nous permet pas de
nous affliger comme les infideles ,
fans onfolation & fans esperance.
de voir revivre dans le Ciel , ceux.
que nous avons veu mourir far la
terre , puifque les vertus Heroiques ,
& les qual: tez éminentes de noftre
grand Evèque , nous font des garans
qu'il eft paffe du temps , à une éternité
beureufe & dune élevation
caduque & perißable , à un Tròne
de gloire , qui ne finira jamais . Le
fouvenir nous en doit eftre cher , fur
tour de cette Foy vive & ortodoxe.
GALANT 205
accompagnée de ce profond fçavoir,
qui en a fait un des plus illuftres
Evêques de l'Eglife de France , &
de cette charité pleine de douceur ‚ ·
qui en a fait un des Pafteurs de
l'Eglife de J. C. des plus accomplis .
C'est l'hommage que nous devons à
Ja memoire de l'éloge Funebre de
Ill- ftriffime & Reverendiffime
Guillaume de la Brunetiere du Plef
fis de Gefté , Evefque de Saintes .
Cette Oraifonfunebre dans laquelle
aprés ce Prélude l'Orateur s'étendit
d'une maniere fine & délicate , fur
tous fes avantages naturels & fur
toutes les vertus heroique de ce fage
& digne Prelat , fut prononcée
avec un tres grand applaudiffement
le
23. Juin dernier dans l'Eglife de
Saint Eutrope lez Saintes , en préfence
du Chapitre , du Préfidial &
206 MERCURE
de tous les Corps de la Ville, & de
toutce qui'ly avoit de gens de diftin
Etion , d'efprit & de bon gouft.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes confi
derables mortes depuis ma
derniere lettre .
Dame Deniſe de Heére.
Elle eftoit Veuve de Meffire
Hilaire Bordier Piéfident de
la Cour des Aides , & auparavant
Confeiller au Parle
ment.
Dame Marie Anne du Ver.
ger de la Roche Jaquelin ,
Veuve de Meffire Louis de
Meulles Chabor Marquis du
Freine & de la Durbeliere.
GALANT 207
Gafpart Thaumas de la Thaumaffiere
Seigneur Vicomte
de l'Efteuf & de Geriffa. Il
eftoit Docteur & Profeffeur
du Droit François en l'Uni.
verfité de Bourges & Avocat
fort employé au Préfidial de
la même Ville , & a donné au
Public plufieurs ouvrages fur
la Coutume , & l'Hiftoire de
la Province de Berri. 11 eft
mort en fa foixante & dou
ziéme année.
Dame Marie de Camper
de Saujon. Elle eftoit Fem
me de Meffire Jacques de
Beauveau , Marquis du Ri208
MERCURE
veau , Marefchal des Camps
& Armées du Roy , cy devant
Capitaine Colonel des Suiffes
de la Garde du Corps de мonfeur
le Duc d'Orleans ; Frere
Unique du Feu Roy Louis
XIII. C'eft en faveur de ce
Seigneur , que le Roy à prés
fent régnant à érigé la terre
du Rivau en Marquifat fous
le nom de Beauveau , pour
la confervation de cet illuftre
nom , & à caule de l'alienation
de la terre de Beauveau
venduë au Marquis de Jarzé ,
par Henry de Beauveau , Sei.
gacur de Freville , en faveur
GALANT. 209
duquel le feu Roy l'avoit éri.
gée en Marquifat.
Madame la marquife du
Rivau eft fortie d'une bonne
& ancienne Maifon de foitou.
De fon mariage font if
fus plufieurs Enfans parmy
lefquels l'on compte M ' l'E,
vêque de Bayonne , Madame
la Marquife de Barville , deux
autres Fils , dont l'aîné eſt
Capitaine de Dragons , & le
fecond , Souslieutenant dans
la Gendarmerie , & Mademoifelle
du Rivau , qui eft
d'une pieté & d'une charité
exemplaire.
Fuilles 1702.
S
210 MERCURE
Je ne vous donneray point
icy une une Genealogie de
l'illuftre & ancienne Maifon
de Beauveau , aprés celle
que мrs de Sainte Marthe ont
mife au jour depuis fi longtemps.
Je vous diray feulement
que мr le Marquis du
Riveau eft le Chef de la Branche
puifnée de cette illuftre
Maifon. Il defcend de mathieu
de Beauveau , Frere Puif.
né de Jean qui forma la Branche
des ainez. Un fixiémé
ou feptiéme degré à l'hon
neur que poffede cette mai
fon de Beauveau d'eftre alliée
GALANT
211
avec la maiſon Royale , puifque
mr le Marquis du Riveau
defcend médiatement du mas
riage de René de Bauveau
fon cinquiéme Ayeul Paternel
avec Alix de Beauveau ,
Soeur Paternelle d'lfabeau
de Beauveau , fixiéme Ayeule
de Louis le grand. Le Pere:
de ce marquis eftoit mcffire
Jacques de Beauveau fecond !
du nom , Seigneur du Riveau
& de la Beffieres , Baron de:
Saint Gaflien . Maréchal des
Camps & Armées du Roy
Capitaine des Gendarmes de
la deffunte Reine Mere ,
Sij
212 MERCURE
Lieutenant General pour le
Roy , au Gouvernement du
Haut Poitou , Chaftelraudois
& Laudunois. Il fut extremement
favorisé des graces & de
la confiance du Feu Roy.
Louis le Jufte , lorfque Sa
Majefté luy déclarant le deffein
qu'elle avoit de s'affurer
de la perfonne de Monfieur
le Duc d'Orleans , avant qu'il
paffaft en Poitou & Chaf
telleraut , le chargea de l'execution
de ce deffein : & ce
Seigneur ne témoigna pas
moins de refpect & d'amour
que de fidelité , l'orfque fe
GALANT 21:3
jettant aux pieds du même
Roy, en présence du Cardinal
de Richelieu
, il luy dit ,
Sire , Voftre Majesté a trop bonne
opinion de moy Elle a auffi
raifon de croire que je feray
'aveuglement ce qu'elle mardon .
nera ; mais je ·la fuplio de fe
fouvenir que Monfieur eft (on
Frere. Son Alteffe Royale en
a depuis témoigné de la gratitude
à ce Seigneur du Ri
vau , honorant fon fils de la
Charge de Capitaine des
Gardes Suiffes de lon Corps,
Ce même Jacques de Beau
veau , Seigneur du Riveau ,
214 MERCURE
Epoufa en premiere Noces
René d'Apchon , & en ſecon
de Ifabelle de Clermont Tonnere.
C'eft de ce dernier mariage
qu'eft iffu de Mr le mar
quis du Riveau.
La Maiſon de Beauveau
porte en Baniere fuivant l'His
ftoire d'Anjou, qui remarque
que lorsque les troupes de
cette Province ont marché
pour le fervice de nos Rois ,
c'eftoit fous les Banieres des
Seigneurs de Beauveau & de
Buel , l'Ecu eft d'argent à qua
tre Lions cantonnez degueu
less. couronnez , armez , &
GALANT 15
lampaffezd'or, cimier,une hu
re de Sanglier au naturel , Supports
deux Sauvages armez de
maffuës , le tout en naturel ..
le cri de guerre de cette Maifon
eft Beauveau , & la devife
eft composée de deux troncs
d'arbres , liez l'un avec l'autre
par deux pointes de fer , avec
ces paroles , Sans départir . Les
armes de мr le Marquis du
Rivau fon brifez d'un trond
d'arbre d'azur pery en Bande ,
que portent les Seigneurs de
Beffiere & du Rivau en Tou
raine.
Le P. Saccuci , General des
216 MERCURE
Barnabites , ft mort à Vien
ne en Autriche dans le cours.
de fes vifites , le 13. de Juillet..
Il eftoit Italien, des premieres
familles de Peruge. Il a enfei
gné la Philofophie , & la Theo,
logie dans fon Ordre avec.
beaucoup de fuccés. Aprés
avoir efté Superieur , Provin
cial , Vifiteur , & Procureur
General , il fut enfin élu Su
perieur General de toute la
Congregation dans un Chapitre
que l'on rint à milan en
1698. fon merite le fit confir
mer dans la même Charge
en 1701 Le Pape qui le confideroit
GALANT
217
Lideroit
beaucoup , ne le
voyoit jamais , qu'il ne luy
dift de le fouvenir toûjours
de leur
ancienne amitié . Il
eftoit à peu prés du même âge
que Sa Sainteté, Quoy qu'il
fuft devenu fort infirme , il
s'acquittoit
néanmoins
toûjours
de tous les devoirs d'un
vrai Religieux & d'un parfait
General.
Il mourut le 8: du prefent
mois de Juillet le fils cadet de
M' Denizor , Procureur du
Roy de l'Election du Maine ,
& de Dame Louile de Becde- ,
hévre fon épouse , iffuë d'une
Fuilles 1702 ,
I
218-MERCURE
des bonnes familles de Bretagne
. Il n'avoit
Il que dix ans.
C'efloit
un enfant
admiré
de
tout
le monde
, tant par fa
beauté
, fa taille , que pour la
force de fon efprit
; auffi atil
efté fort regretté
de toute
fa famille
, d'autant
qu'il
efloit
extraordinaire
de voir
un enfant
à fon âge railonner
de toutes
chofes
avec tant de
délicateffe
& d'efprit
. Le jour
que cet enfant
mourut
,il y eut
de leurs Amis qui obligerent
M' & Me Denizot
de manger
chez
eux
. On trouva
une
chofe
qui eft tres - extraordi
•
GALANT: 219
maire , c'est que leur ayant
fervi une couple d'oeufs frais ,
ils le trouverent au lieu de
jaune & de blanc remplis de
fang , tout le monde à attri
bué cela à differentes choſes ,
joint à plufieurs autres prefa.
ges de cette nature qui leur
font arrivez devant que cet
enfant deuft mourir.
Il n'y a point d'emplois
qui exemptent de la mort.
eft icy fujet dans ous
On y
les
Etats
& dans
tous
les
:
âges de la vie . Mr du Breuil
quieftoit le plus ancien Lieu .
tenant du Régiment Royal,
I ij
220 MERCURE
fon âge ne permettant pas
qu'il fuft encore élevé aux
emplois où le petit fils d'un
Lieutenant General des Armées
du Roy avoit lieu de
pretendre, vient d'eſtre tué en
Flandres. Ce jeune Officier ,
qui fervoit dans l'Armée de
Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
efcortoit un
Convoy par l'ordre de ce
Prince , cette eſcorte fut attaquée
par les Ennemis la
nuit du 25. de Juillet , & quoy
que les attaquants fuffent
de beaucoup fuperieurs en
nombre , ils petdirent neanGALANT
221
moins dix Cavaliers , ils en
eurent deux fois autant de
bleffez , & furent obligez
de le retirer honteufement.
Mais Mr de Martrait du
Breuil , aprés avoir combatu
vaillamment & avec diftinction
pour la deffence de ce
Convoy, fut tué avec quarie
Soldats feulement. Il eftoit
petit fils de Feu Mr le Marquis
de Breuil Lieutenant
General des Armées du Roy,
Gouverneur de Biche & de
Mircourt, qui eft mort dans
le fervice , où il n'a épargné
ny fon lang ny fon bien ,
Tiij
222 MERCURE
tous les enfans y ont auffi
efte tucz, ainfi que deux de
fes petits fils . Il ne refte
plus de mâles de cette Famille
qu'un petit fils du Lieutenant
General qui fere de .
puis dix fept ans , & dont les
bloffures ont donné de glorieuſes
marques de fes fervices.
Mr Bailleux Ingenieur
dans le Milanez , a levé une
nouvelle Carte fur les lieux ,
qui comprend les Duchez de
Milan , Parme , Plaisance
Modene , & Mautouë ; le
Cremonois , les Républiques
GALANT. 223
de Venile & de Genes , partie
de l'Etat de l'Eglife & de
l'Evêché de Trente , le Pie
mont & c. Dans cetre Carte
eft marqué le commence.
ment des Marches & contremarches
des Armées de
France , d'Eſpagne , & de
dernier
l'Empire jufqu'au
mouvemennt qui s'eft fait.
Tout y eft diftinctement
remarqué , même les lieux
où l'on a donné bataille , les
Curieux auront lieu d'en eftre
contens , puifque c'eft une
des plus exactes Cartes qui
ait encore paru . Elle est dé ,
Tiiij
224 MERCURE
diée à Mr le.Duc de la Feuil
lade. Cette Carte n'eft point
embaraffante n'eftant que de
deux grandes feuilles. Elle fe
vend chez Mr Bailleux Inge
nieur du Roy , fur le Quay de
l'Horloge du Palais au Neptune
François , où l'on trou
vera auffi la grande Carte du
Milanez de fix feuilles dont
le mefme Mr Bailleux eft
l'Auteur , & toutes fortes de
Cartes des Sieurs Sanlon , du
Val , & autres , trois Tables
Geographiques pour connoiftre
la distance d'une Ville
à l'autre ,
T'une
pour
les
GALANT 225
Pays bas l'autre pour le Rhin ,
& la troifiéme pour le Gouvernement
de l'Ile de Fran .
ce ; & toutes fortes de Plans
tres.réguliers.
C'eft une chole furprenan- .
te que l'application des François
à tout ce qui peut faire
plaifir au Public . Les Cartes
eftant d'une grande utilité
pour faire comprendre ce
que les Relations apprenent
des Armées du Roy & pour
en connoitre les campemens
ainfi que ceux des Ennemis ,
chacun fait tous les jours des
recherches nouvelles , pour
225 MERCURE
en donner de plus amples &
de plus correctes que celles
qui ont paru jufques icy . Le
Pere Placide Auguftin De .
chauffé , qui a déja donné au
Public plufieurs beaux ouvrages
de cette nature , vient
de donner une nouvelle Car
te des Duchez de Mantouë ,
de Modene , & de Parme.
Cette Carte qu'il a dediée au
Roy fe vend chez le Sieur
Berey Graveur, rue Saint Jacques
devant la Fontaine Saint
Severin , à la Princeffe de Savoye
. Mr Sanfon dont je
vous ay parlé le dernier mois ,
GALANT 227
&dont la réputation en faitde
Cartes eft depuis long temps
affermie dans toute l'Europe
, vient de donner auffi au
Public les campemens des
Armées du Roy & de Sa Majefté
Catholique dans le Duché
de Mantouë & dans les
Pays circonvoifins depuis le
mois de May 1701. juſqu'à
préfent.
Les Cadrans Solaires que
fait & vend le Sieur Bar,
be , dont je vous ay parlé autrefois
font plus en vogue que
jamais . Ces Cadrans font ho
228 MERCURE
rifontaux & fe placent dans
les Jardins , il font gravez fur
des tables d'ardoife fine
épaiffe d'un pouce , auffi noire
& luifante que le marbre ;
il fe pofent fur des piede ftaux
ou pilliers à telle place que
l'on veut choifir , ils fervent
en tout temps ayant autant
d'heures que le Soleil en peut
luire fur l'Horifon dans les
plus longs jours. Ils ont le
cercle de longitude divifé
dans tous les degrez avec les
noms des Capitales du mon
de pour en connoitre les heures
differentes , On y trouve
GALANT 229
les Arcs des douze Signes du
Zodiaque avec leurs figures ,
le lever & le coucher du Soleil
, les longueurs des jours &
des nuits & l'heure qu'il eft de
nuit à la faveur de la clairté
de la Lune. Leurs Grandeurs
font depuis un pied & demy
jufqu'à trois pieds de taille
Octogone . Ceux qui font
plus petits font moins historiez
& font à meilleur marché
, les perfonnes qui ont
des tables d'ardoize peuvent
s'accommoder avec le Sieur
Barbe pour leur en faire des
Cadrans , les premiers que
230 MERCURE
l'on a faits ont efté préſentez
à pluſieurs perfonnes de
la Cour par deffant M ' Thie
ry qui en eftoit l'Inventeur ,
& qui a donné lon fecret à
celuy dont je vous parle.
Mr Thiery qui eftoit Curé
& eft decedé
de
Rocroy
Chanoine
à Mezieres
, mais
comme
il y a plufieurs
années
& que les graveures
peuvent
eftre
endommagées
, le
Sieur Barbe
s'offre en quelque
état qu'elles
foient de les
rétablir
fans les lever de leur
place , dans leur premiere perfection
, & affure qu'elles
GALANT 231
•
que
rendront autant de fervices
fi elles n'avoient jamais
efté endomagées . Il demeure
ruë du Cimetiere Saint Ni.
colas des Champs vis - à vis
le mur du Cimetiere.
Ce que je vous ay appris.
touchant la nouvelle Theriaque
de M' de Rouviere , & ce
que vous fçavez avec toute la
terre , des effets merveilleux
de cet incomparable remede ,
fi vanté depuis un grand
nombre de fiecles , vous a
déja fait demander plufieurs
fois quand vous pourriez
232 MERCURE
·
avoir de celui qui vient d'ês
tte fait avec tant d'éclat , &
tant d'applaudiffement du
cofté des Connoiffeurs . Ainfi
je ne doute point que vous
n'appreniez avec plaifir que
certe nouvelle Theriaque faite
fans aucune fubftitution
des drogues qui y doivent
entrer , fe debite prefentement
chez le même M de
de Rouviere. Il n'eft pas neceflaire
de vous dire qu'il loge
auprés de l'Eglife Saint Roch.
Il eft ficonnu qu'il fuffit d'ap .
prendre qu'il commence à
debiter cet excellent & rare
GALANT 233
remede , pour fçavoir où i
ſe vend .
M' Audifret , Envoyé Extraordinaire
de France , auprés
des Ducs de Mantouë ,
de Parme , & de Modene ,
s'eftant rendu à la Cour par
par ordre exprés du Roy
aprés avoir fervi pendant le
blocus de Mantoue , avec au
tant de zele & de fuccès que
de capacité , Sa Majesté l'a
nommé fon Envoyé Extraor
dinaire à la Cour de Lorraine ,
& luy ayant donné ordre de
s'y rendre inceffamment
, il
Fuilles 1702.
V
234 MERCURE
ya plus de quinze jours qu'il
eft parti. Le Roy a nommé
pour remplir les poftes qu'il
occupoit , M' de Gergé , Gentilhomme
ordinaire de fa
Maifon , qui a efté pendant
plufieurs années Envoyé Extraordinaire
auprés du Duc
de Virtembe g
3.
Sa Majesté a donné en même
temps le Gouvernement
des Ifles à M' de Machault
ancien Capitaine de Vaiffeau .
Il a reçu cette nouvelle avec
d'autant plus de joye qu'il
n'avoit point demandé ce
Gouvernement , ce qui fait
GALANT
235
connoiftre qu'il fuffit de bien
fervir le Roy pour ſe voir un
jour récompenfé , quoy qu'-
abfent , & fans avoir befoin
de folliciter.
Je remets à vous parler de
cinq Vaiffeaux arrivez des Indes
Orientales , lorsque je
vous envoyeray leur cargai
fon.
M'l'Abbé de Senaux , nom!
mé à l'Evelché de Saintes , a
efté transferé à celuy d'Autun
,vaccant par la démiffion
volontaire de M' l'Evefque
d'Autun , qui ne pouvant
plus à caule de fon grand â
Vij
236 MERCURE
ge , & de fes infirmitez , veiller
par lui- mefme fur fon
Troupeau auffi ſouvent , &
d'auffi prés qu'il le fouhaitoit ,
a efté bien aile de s'en déchar
ger fur un auffi digne fujer
que l'eft M ' l'Abbé Senaux ,
que l'on a fort regretté à Sain
tes , quand on y a fçu ce chan .
gement. Le Roy qui l'avoit
déja nommé à l'Epifcopat ,
n'eut pas de peine à y confentir.
Au contraire Sa Majefté
a cru qu'ayant toutes
les qualitez requifes pour un
Evefque , car elle n'en nomme
aucun fans avoir pris cou
GALANT 237
tes les précautions neceffaires
pour en eftre informée ,
Sa Majefté , dis je , a cru que
M' l'Abbé Senaux ayant déja
toutes les lumieres requi
I'Ea
fes pour bien
gouverner
vefché d'Autun , il s'en acquitteroit
mieux qu'un autre
qui ne le connoiftroit pas à
fond comme luy , & qui n'y
auroit peut - eftre meſme ja .
mais efté. En vous parlant de
ce nouvel Evefque , je ne dois
pas oublier à vous dire une
chofe qui ne vous paroiftra
pas nouvelle , mais que je ne
dois pas laiffer de vous rapi
238 MERCURE
porter ici , ne vous en ayant
point parlé en fon temps.
C'eft que M'l'Eveíque d'Au
tun , qu'on peut nommer prefentement
l'ancien Evelque
d'Autun, fit un diſcours trespatherique
à l'ouverture de la
derniere Affemblée du Clergé.
Il prefcha fur la Paix , &
la fit confiderer fur trois faces,
& fous trois rapports diffe
rens , par rapport à Dieu , par
rapport à l'Eglife , & par rapport
à l'Etat
. Il remplit parfaitement
bien fon deffein ,
& on fur furpris qu'une per
fonne de fon âge prefchaf
GALANT 239
encore avec autant de force.
Ileft vray qu'il a efté un des
plus grands Orateurs de fon
temps. Comme ce Sermon
fera peut eftre le dernier de
cer Evêque , j'ay cru que j'en
devois parler ici , quoy qu'il ne
foit pas nouveau . J'ajouteray
qu'Autun eft fur la riviere de
l'Arroux. Augufte cheriffoit
fort cette Ville , & c'est d'où
luy eft venu le furnom latin ,
Auguſtodunum. Elle a culong.
temps des Comtes particu,
liers fameux dans l'Hiftoire.
L'Eglife d'Autun eft fort
celebre , fon Chapitre eft
4
240 MERCURE
nombreux & confiderable ;
Saint Amateur en a efté le
premier Evèque. L'an 670 .
Saint Leger affembla un Con.
cile à Autun , dont on a en;
core quinze Canons dans la
Biblioteque des Peres . On
affembla un Concile à Autun
en 1094 où Hugues Archevefque
de Lyon , prefida . On
y agita fort l'affaire du Mariage
inceftueux de Philippes I..
Roy de France qui ayant répudié
Berthe , Fille de Florent
, Comte de Hollande ,
avoit épousé Bertrade de
Montfort fa Parente , du
vivant
GALANT 241
vivant mefme de Fougues le
Rechin , Comte d'Anjou , fon
Mari. L'Evefque d'Autun eft
Prefident né des Etats de
Bourgogne. On voit dans
l'ancienne Hiftoire que Camonius
prononçant un Panégyrique
de l'Empereur
Conftance , Pere du grand
Conftantin , en prefence du
mefme Empereur , fit un
grand Eloge de la Ville d'Aurun
la Patrie , ce qui plut
beaucoup à Conftance qui ai ,
moit fort la
Bourgogne , &
fur tout la Ville d'Autun.
Juillet 1702
X
242 MERCURE
Depuis que les Allemans
ont affiegé Landau , les nouveles
de cette Place ont
efte auffi rares qu'incertaines
.
Voici ce que j'en ay appris
depuis environ un mois .
Le 8. ou 10. de Juillet Mr
de Melac fit attaquer une
Garde de Cavalerie des Ennemis
qui foutenoient la tranchée
, par un détachement du
Regiment de Sforfa , qui
pouffa cette Garde jufques
dans leur Camp , & qui leur
tua environ vingt Cavaliers.
Mr le Prince de Bade fit arrefter
plufieurs Officiers qui
GALANT 243
commandoient ce jour - là à
la tranchée , dans le deffein
d'en faire punir quelquesuns
. Environ dans le mefme
temps les Houffars prirent
dix chevaux de l'Armée de
M' de Catinat qui estoient
en pâture. Peu de jours aprés
un party de cinquante Fantafins
de la mefme Armée eut
fa revanche . Il s'embuſqua
dans un Bois ou quarante
Houffars qui s'en croyoient
éloignez , mirent pied à terre
pour faire paiftre leurs che
vaux , mais le party embus
qués'eftant levé en criant tue
X ij
244 MERCURE
tue, les Ennemis prirent une
telle épouvante qu'ils abandonnerent
presque tous leurs
chevaux, que les nostres ame;
nerent. Plufieurs Houffarts
furent tuez de ce premier feu ,
& le refte fe fauva pendant
toute la nuit du 12. au 13. de
Juillet , M' de Melac fit faire
un grand feu de fon Artillerie.
Jamais Canonnade n'a
fait un plus grand dommage
dans un Camp ny causé plus
de perte. Le 15. M ' de Melac
fit faire une fortie où les
Ennemis perdirent encore
beaucoup de monde. Ceux
*
Ⓡ
GALANT 245
qui parurent furent repouffez
dans leur Camp avec une ex,
treme vigueur. On apric
qu'il y avoit peu d'union parmy
les Commandans des
Troupes qui formoient ce
Siege.
Le 19 Juillet l'Armée que
commande M' de Catinat
decampa pour la commodité
des Fourages qu'il falloit aller
chercher fort loing. Elle ne
s'éloigna que de trois lieues
de fon premier Camp , &
marcha fur le chemin de
Strasbourg. On n'entendoit
plus tirer à Landau , & l'on
X iij
546 MERCURE
en ignoroit la cauſe. On ap
prit par une lettre qu'écrivit
un Officier de l'Armée En
nemie à un Officier de fes
Parens qui fert dans celle de
M'de Catinat , que M' de
Mélac avoit fait faire une for
tis le Vendredy 14. dans laquelle
les Ennemis avoient
perdu cinquanre huit hommes.
On fçeut peu de temps
aprés par d'autres voyes que
les ennemis qui n'avoient en
core rien pris , n'avoient dans
leur Armée que quatre Ba
taillons de vieilles Troupes.
qui allaffent de bonne grace
GALANT 247
L
à la Tranchée que le refte
Y eftoit mené à coups de baton
, & que M' de Melac
avoit foixante pieces de Canon
qui ne pouvoient eſtre
démontées . On apprit quelque
temps aprés que M' le
Prince de Bade ne pouvant
faire aller les Milices à la
Tranché , s'eftoit trouvé obli
gé de la faire monter , par
tous les Grenadiers de fon
Armée , qui eftoient au nom .
bre de fix cens , & que de fix
jours ces Grenadiers n'en
avoient qu'un pour le repo-
On feeut en meſme fer.
X iiij
248 MERCURE
ce
temps Que les mauvaifes
Troupes qui compoſent l'Armée
que commande
ce Prinne
l'empefchoient
pas
feulement
d'avancer
le Siege
de Landau
, mais que les
pluyes qui avoient inondé les
Tranchées
, avoient rompu
toutes les mesures ; qu'il faifoit
travailler à des Galleries
pour chercher les Fourneaux
que Mr de Mélac avoit fait
faire , le but de ce Prince
eftant de faire fauter le che-
& le releve. min couvert
ment du Foffé . Les choles
eftoient en cet état le 22. Juil,
GALANT 249
let Mr de Catinat fit faire un
Fourage ce jour là pour plus
de huit jours. Par les lettres
du 23. du Siege de Landau ,
les Ennemis n'avoient point
avancé leurs travaux exte
rieurs depuis fept ou hut
jours , & l'on ne fçavoit pas
les Progrez qu'ils faifoient
Ils manquoient
fous terre.
depuis
cinq ou fix jours
de
munitiens
pour
fervir
leur
canon
; ils ne tiroient
pref
que plus , & faifoient
ramaffer
avec grand
foin les bou
lets de la place
pour s'en fera
vir , ils
s'eftoient
emparez
250 MERCURE
d'un petit ouvrage avancé.
Mais M de Melac , aprés
avoir fait jouer un Fourneau
qui avoit eu tout le fuccez
qu'il s'en eftoit promis, les en
avoit chaffez , & Mr le Baron
de Berly , premier Adjus
dent de Mr le Prince de Bade
y avoit efté tué avec un
Capitaine , & vingt Soldats
Cet Ajudant avoit efté fort,
regretté. On aprit deux jours
aprés , que Mr le Comte de
Tunghen continuoit avec vi
gueur fon attaque vers l'ouvrage
couronné , comptant
que fa prife feroit d'un tres
•
GALANT 251
grand avantage par les revers
que cela leur donneroit fur
les ouvrages de la Porte de
France. Mr Robert , Inge
nieur fut pris en voulant fe
jetter dans Landau . Il fut
mené au Comte de Tunghen
qui luy parla d'une maniere
indigne d'un honneſte hom
me , & d'un homme de naif.
fance , l'Ingenieur luy repliqua
avec une fageffe qui fut
admirée & luy remontra le
respect qu'il devoit aux teſtes
Couronnées. Ce Comte irrité
leva la cane fur luy. Mr
Robert luy repliqua comme
252 MERCURE
il devoit , & en homme de
coeur , & le Comte eur la làcheté
de le fraper aprés l'avoir
fait defarmer. Les En
nemis mefmes out fort condamné
ce procedé qui le fera
de toute la terre , & Mr le
Prince de Bade quieft l'homme
du monde le plus honnêre,
qui fçait le mieux vivre , &
le reſpect qui eft dû aux Sou
verains , aufli bien que les ma
nieres dont un homme de
coeur en doit uſer avec toutes
fortes de perfonnes , a efté vi
vement touché du procedé
du Comte de Tunghen.
GALANT 253
On affure qu'il est entré
dans Landau plus de trois
cens Deferteurs , fur la promeffe
que M' de Melac a
faite , par des billets qu'il a
fait courir dans l'Armée des
Ennemis , de pardonner à
ceux qui voudront le rendre
dans cette Place.
Les
Ennemis
regrettent.
fort trois hommes de marque
qu'ils ont perdus à ce
Siege. L'Adjudant
General
Bibo , M' Hanffen , Colonel
de l'Artillerie
Palatine , qui a
efté tué d'un coup de fauconneau,&
le Colonel des Gardes
254 MERCURE
de Virtemberg , homme de
diftinction & de fervice , &
dont la valeur eftoit connuë .
La levée des nouveaux Re
gimens avance fort. Il y a
déja un fort grand nombre
de Compagnies complettes
,
& l'on prétend que dans la
fin de ce mois la levée de
plufieurs de ces Regimens
fera entierement achevée.On
ne doit point douter qu'elle
ne fe faſſe avec fuccés, puif
que l'on a encore depuis peu
délivré des Commiffions
pour en lever de nouveaux .
Ces nouvelles Troupes ne feGALANT
255
ront pas moins utiles au Roy
que fi elles avoient déja fervi
, puifqu'on les mettra en
garnifon dans les Places les
moins avancées , d'où l'on
fera marcher les vieilles troug
pes dans les Armées de Sa
Majefté. Mrs les Princes Eu
gene , & de Bade font bien
moins affurez d'avoir les fe;
cours qu'ils demandent depuis
fi longtemps. Ils ont accablé
le Conſeil de Vienne
de lours prieres fouvent réiterées
, ils ont fait des remon
trances vives & preffantes.
Ils ont demandé tous deux
256 MERCURE
avec des empreffemens ex :
traordinaires les huit mille
Saxons que le Roy de Pologne
devoit donner à l'Empereur
; chacun d'eux comptoit
fur ce fecours , & Sa Majesté
Imperiale s'en tenoit affurée.
Cependant Sa Majesté Polo
noiſe avoit du moins autant
de beſoin d'eftre fecouruë par
l'Empereur , que Sa Majesté
Imperiale avoit befoin de fes
Troupes. Il n'y a rien qu'elle
n'ait mis en ufage pour em.
prunter de l'argent , afin d'en
envoyer à fes Generaux , &
d'en avoir pour faire de nou-
籀
GALANT 257
yelles levées , & même pour
envoyerau Roy des Romains,
qui n'a marché fi lentement
pour le rendre devant Land
dau , que parce que l'argent
luy manquoit , & qu'il ne
pouvoit paroistre dans un
Camp où il y avoit difette de
toutes choles fans y porter
l'abondance . L'Empereur a
envoyé àHambourg, en Hot
lande , & en Angleterre pour
emprunter de l'argent à trend
te -fix pour cent , mais ce qui
paroiffoit luy en devoir faire
trouver beaucoup a fait fers
mer toutes les bourfes pour
Juillet 1702 Y
258 MERCURE
luy. Le trop grand intereft
qu'il a offert a fait voir l'impoffibilité
du rembourſement.
En effet , il luy auroit:
efté impoffible de le faire ;
n'ayant plus rien dont il puif
fe tirer dequoy s'acquitter de
cet emprunt. Les dernieres
guerres l'ont épuiſé ; il a ven
du toutes les Terres & les
Principautez qu'il a pu ven.
dre & engager , il a fait argent
de tour. Les Hollandois
ne peuvent qu'à peine en
trouver pour eux mêmes , &
le Roy Guillaume qui luy en
envoyoit, n'eft plus. Ilavois
GALANT: 259
promis de fournir aux frais
du voyage du Roy des Ro
mains , & avoit fait dire à
l'Empereur un peu avant fa
mort , qu'il devoit appuyer
de la force les Negociations
qu'il faifoit avec les Princes
& avec les Cercles de l'Empi
re , afin d'abreger par la vio
lence la longueur des Negociations.
Il s'eft embarqué
dans cette affaire ; mais le Pilote
qui la conduifoit ne vivant
plus , il y a apparencequ'il
aura d'autant plus de
peine à réüffir , que les Prin
ces de l'Empire voyant que
Y ij
260 MERCURE
cette guerre oùils n'ont point
d'intereft , ne le pourroit plus
faire qu'à leurs dépens , pourront
ouvrir les yeux , pour ne
pas la foûtenir imprudemment
à leurs frais . En effet ,
elle ne peut eftre qu'infruc
tueuse pour eux , & le mauvais
fuccés qu'elle peut avoir
à leur égard pourroit leur
coûter quelque partie de
leurs Etats , aprés les avoir
ruinez , & épuifez d'homs
mes & d'argent. Cependant
les Generaux de l'Empereur
ayant befoin de nouvelles
Troupes , & plus encore d'ar
GALANT 261
C₁
gent pour payer celles qu'ils
ont prefentement
, attaquent
le Comte de Mansfeld
, pre
mier Miniſtre
de Sa Majeſté
Imperiale
. Ils fe plaignent
qu'ils manquent
de tout , &
le preffent
de leur envoyer
toutes les choſes dont ils ont
befoin. M le Prince Eugene
eft celuy qui a le plus crié
contre luy. On prétend
que
ce Miniftre n'eft pas fon ami.
Cependant
l'Empereur
fe des
clare pour le Comte , & dit
avec le Miniftre
qu'il a eu
des Troupes fuffiſamment
, &
que s'il les avoit expofées plus
262 MERCURE
à propos, il fe trouveroit dans
une meilleure fituation . C'eft
ainfi que chacun fe plaint
dans le malheur , fans qu'on
puiffe fçavoir qui a le plus de
droit de fe plaindre
Pendant que le chagrin
regne à Vienne , tout retentit
de joye à Madrid , oû les Peuples
font charmez de leur
nouvelle Reine. Ce qui fuit
vous le fera connoiftre.
GALANT 253
EXTRAIT
d'une Lettre de Madrid
du 22. Juillet 1702.
V
OUS aurez appris tour
ce qui s'eft paffé à l'Entrée
de la Reine dans cette Ville , ainft
je ne m'attacheray point à vous
le marquer. Il mefuffira de vous
dire que l'on eft charmé de voir
que cette Princeffe ait à son âge
tant de conduite , de vivacité ,
de penetration Elle ſurprend
tous les jours par quelque chofe
de rare , dans le Confeil où elle ne
manque point d'affifter. Sa prefence
afait des miracles dans tout
264 MERCURE
le Royaume , ce qui fait un bon
effet pour nous. Vous ferezfur.
pris connoissant l'étiquette d'Efpagne
, d'apprendre qu'elle l'obferve
tres regulierement . Elle ne
fort querarement. Les hommes ne
l'approchent point , à l'exception
de Mr le Cardinal , du Preſident
de Caftille & du Confeilordinai-
Te. Pour nous , nous avons l'hon.
neur de la voir lofqu'elle fort ou
qu'elle va a là Paffau , qui eft la
Promenade de Rio , qui n'eft pas
defagreable. Je ne puis taire ce
qu'elle for il y a quelques jours .
Eftant tourmentée des Mar.
chands de pierreries , qui appa- 200
,
remment
·
GALANT 265
tomment lui en vouloient vendre
ou peut eftre offrir , elle en admira
la beauté, & en même temps elle
fit apporter lesfiennes , difant qu'
elle voudroit trouver à les vendre
afin defaire de l'argent qu'elle puft
envoyer àfon Coufin , qui eft Sa
Majefté Catholique , pour luy
aider à vaincre fes Ennemis . Jugez
de l'effer que fit cette propofition
. Tous les prefens qu'on luy a
offerts ont efté refufez , & comme
elle s'estfait une habitude de continuer
cette maniere , elle refuſa
des fruits du Retiro , qui fe trouverent
dans la foule des preſens ,
qui auroient efté remportez
*
Juillet 1702 . ZᏃ
266 MERCURE
fans Mrle Cardinal Porto Car
rero , qui luy dit que c'estoit de fon
bien. Ainfi l'on les garda & Sa
Majeſté en fit regaler la Compa- .
gnie
1
l'on
Il est arrivé il y a deux jours
un Courierde Ceuta , qui a rap .
porté que les Maures ont efté repouffez
dans deux Aßauts gene
raux qu'ils avoient donnez avec
une perte fi confiderable , que
croit que cet échec les obligera de
lever le Siege de huit annees , qui
nelaiffe pus defaire tort àl Etat ,
puifqu'il occupe de bonnes Troupes
en ces quartiers- là .
La Reinefit partir hier anſoir
GALANT 267
En Courier pour le Milanez ;
avec avis que l'on a trouvé ſur
les Coftes de Galice , un Vaiffean
abandonné de toutes perfonnes ,
chargé de vin & d'eau de vie.
On ne fçait encore que juger de
cette affaire. Pour moy , je croy
qu'ila efté abordé par des Salesins
qui n'ont pas preferé les bonnes
boiffons aux hommes . Ce qui
étonne , c'est que ce Vaisseau n'eft
nullement endommagé
contraire il eft en fort bon estat.
On ne fçait pas encore de quelle
Nation il peur eftre.
qu'au
Je ne puis vous dire de qui
Z iij
268 MERCURE
eft cette Lettre . On la croit
d'un Italien , Officier de la
Reine d'Espagne. Elle m'a
paru fort naturellement écri .
te , c'est pourquoy je vous
l'envoye fans y rien changer.
Je ne vous dis rien de M
de Beaulieu de Bethomas ;
Chevalier , Grand Croix de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, & Chef d'Eſcadre des
Galeres du Roy , qui mouruc
en cette Ville le premier jour
de ce mois. Je vous en entretiendray
plus au long , lors
queje feray mieux informé de
GALANT 269
toutes les chofes que j'ay befoin
de fçavoir pour cet Arg
ticle.
Les hommes diftinguez
dans les Arts & dans les Sciences
ne doivent pas eftre moins
confiderez que ceux qui font
élevez par leur naiffance. M'
le Begue , Organiſte de Saint
Mederic eftoit de ce nombre.
La diftinction avec laquelle il
exerçoit l'Art dont il fe mêloit
, fa charité envers les
Pauvres , & fa pieté luy ont
fait meriter cette Epitaphe
fuivante.
Z iij
2-0 MERCURE
CY - DEVAL
1
-DEVANT , attendant la
Refurrection des morts , & la vie du
fiecle à venir, figurée par l'Immortalité
, repofe le corps d'honorable
homme NICOLAS LE BEGUE,
natif de la Ville de Laon , vivant
Organifte de la Chapelle du Roy &
de cette Eglife , qu'il a deffervie
pendant plus de quarante années
avecautant d'édification que d'efti
me ; une probite de vie fuffifamment
connuë lui attira autant d'admirateurs
de la vertu que fon grand
merite lai en fit naiftre . Il facrifia
tout à Dieu dés qu'il fe fentit en
eftat de pouvoir remplir fa fainte
volonté , par des oeuvres de pieté.
Il confidera toûjours les Amis & fes
Proches , dans un efprit de bien - veil-·
lance & d'attachement , que fageGALANT
271
nerofitè lui rendit un fujet de la plus
tendre reconnoiffance . Il aima les
Pauvres qu'il fit les premiers heritiers
de fes épargnes , eftant luymême
le vrai miroir de la Pauvreté
Evangelique , par fon propre dé
pouillement. Il contribua à l'embelliffement
de quelques lieux Saints ,
où il donna des marques de fa liberalité
dota l'Epouse de Jesus-
Christ par des Prieres & des Sacrifices
qu'il yfonda . Devenu l'amour
des Peuples , le charme & l'ornemont
de fon Art , les délices de fon
Prince qui l'honora tant de fois d'une
particuliere diftinction . Religieux
dins fa conduite , rigoureux & vigilant
dansfes devoirs , & toûjours
fevere à lui- même , ennemi du fafte,
& des applaudiffemens , il ne s'étadia
qu'à chercher le Royaume de
Z
iiij
27 MERCURE
Dieu , & fa Justice , afin que rien
ne lui manquaft pour l'Eternité,
Enfin , aprés de longues & rudes
épreuves d'une patience confommée ,
muni de tous fes Sacremens , efperant
fans ceffe en fa mifericorde
qu'il reclama jufqu'au dernier foupir,
plein de refignation , d'amour
& de foy en Fefus - Chrift , univerfellement
aimé , regreté , & pleuré .
Il renditfon ame en paix au Seigneur
le 6. Juillet de l'année
agé de foixante & douze ans.
1702.
Cette Epitaphe , ou Eloge
hiftorique a esté faire par s
Mr Robert . Mr l'Abbé le
Houx en a fait trois ou qua
tre en Vers latins , remplis de
ce feu qui luy eft fi naturel ,
GALANT 273
& avec le genie qui l'a fouvent
fait admirer . Il a paru
auffi plufieurs autres pieces
de Vers à la gloire d'un homme
fi illuftre dans fa Profeffion
, ce qui fait voir que les
Mufes fe plaifent fingulierement
à celebrer le merite.
J'ay laiffé le Roy d'Eſpa
gne à Final dans ma derniere
Lettre. Je devrois , pour continuer
à vous en parler de la
maniere que j'ai commencé ,
vous donner un Journal de
ce que ce Prince a fait depuis
fon débarquement jufqu'au
274 MERCURE
jour que je fermeray ma Let.
tte , mais il me refte tant de
choles à vous dire , que je
me contenteray de vous rapporter
les faits principaux.
Sa Majesté Catholique étant
partie de Final pour fe
rendre à Milan , Son, Alteffe
Royale de Savoye fe rendit
le 14. de Juin à Acqui pour
faluer Sa Majefté , qui devoir
y coucher. Ce Monarque le
raita d'Alteffe ainfi que Ma.
dame Royale , & Madame la
Ducheffe Royale , qui ferendirent
le 1. à Alexandrie , où
Sa Majefté Catholique cou
GALANT .275
cha. Il ne fe peur rien ajoûter
aux bontez qu'il témoi
gna à ces Princeffes. Il s'eng
tretint avec elles avec la me
me ouverture de coeur , & la
mefme familiarité que s'ils
avoient toûjours vécu enfemble.
Il leur rendit la vifite
le lendemain . Les Espagnols
dirent que cela n'avoit point
d'exemple. Ce Prince eft af.
fez éclairé pour en donner
& pour autorifer ceux qu'il
donne. Il partit le jour de la
Fefte Dieu , aprés avoir entendu
la Mefle , pour ſe rendre
à Pavie , où Son Alteffe
276 MERCURE
.
Royale prit congé de luy
Ce Monarque arriva le 18. à
Milan dans les Caroffes de
Mr le Prince de Vaudemont,
qui en avoit fourni à toute
Ja Cour. Ce Prince fait les
choſes avec une Nobleſſe
qui paffe tout ce que l'on
peur s'imaginer . Sa Majefté
Catholique entra dans Mi-
Jan fur les cinq heures du foir
par la Porte du Teffin , & fut
complimentée par le Confeil
General , des foixante Decurions
, & de toute la Nobleffe.
Le Vicaire de la Promiffion ,
qui eft le Chef de la Ville
GALANT. 277
harangua Sa Majesté , &
luy prefenta les Clefs dans
un Baffin de vermeil doré.
Sa Majefté les luy rendit en
difant
que la confiance quelle
avoit dans la fidelité de la No.
bleffe , & des Habitans de cet .
te Ville luy eftant connuë , elle
leur laißoit le foin de les garder
ainsi qu'ils ont fait jufqu'à cette
heure. Dans le mefme inftant
le Peuple que l'envie de voir
fon Souverain , avoit attiré
en cet endroit en grande.
foule , fit retentir l'air de fes
acclamations , & ne ceffa
point de crier Vive le Roy ,
278 MERCURE
Vive le Roy Philippe V. noftre
Duc. Il entra dans la Ville
´à cheval ,accompagné de toute
la Nobleffe qui estoit allée
à la rencontre. On ne fit
point de Cavalcade tant
â caufe que les équipages que
la Nobleffe avoit ordonné
de faire , & les autres préparatifs
pourune entrée Solem ,
nelle n'estoient pas prêts
que parce que Sa Majesté
avoit fait fçavoir qu'elle ne
vouloit pas qu'on fiſt pour
lors aucune démonftration
publique , remettant cette
ceremonie au retour de la
GALANT 279
Campagne , ce qui n'empel
cha pas que les rues de fon
paffage ne fuffeut tapiffees &
embellies de Tableaux & de
décorations. Sa Majefté alla
defcendre à l'Eglife Metropolitaine
, au grand Portail
de laquelle elle fut reçue par
Mr le Cardinal Archinto ,
Archevêque de Milan , à la
tefte de fon Clergé. Son Excellence
entonna le Te Deum
qui fut chanté par la Mufique
au bruit d'une triple fali
ve du canon . Le Roi fe rendit
enfuite au Palais Ducal que
Mrle Prince de Vaudemont
280 MERCURE
avoit fait meubler magnifi
quement.
Le Lundy 19. il fut com²
plimenté par les foixante Decurions
du Confeil General
qu'il admit , chacun felon
fon rang, luy baiſer la main .
Il fit la mefme faveur à toute
la Nobleffe qui s'y eftoit ren .
duë, aprés quoy il alla entendre
la Meffe dans l'Eglife
Metropolitaine , toujours aux
acclamations redoublées du
peuple qui rempliffoit les
ruës , & les places Publiques
ce qui continua mefme dans
l'Eglife. A fon retour au Pal
GALANT: 281
Jais il dina en public , ce qu'il
fit aufli les jours fuivans pour
l'empieffement
- contenter
que toute la Ville , la No.
bleffe & le Peuple des environs
témoignoient de le voir.
Mr le Cardinal Archinto fir
la fonction de benir la Table.
Le foir il affifta à la repréſensation
d'un Opera , compofé
par trois differens Muficiens
J'un eft Milanois , l'autre Par
mefan & l'autre Venitien .
Il y avoit de grandes beautez
dans l'Ouvrage de chacun de
ces Maillies de Mufique.
Les Actrices de cet Opera
Juillet 1702.
A a
28 MERCURE
eftoient gr tieufes , les hab
bits de bon gouft , & les
Decorations & les Machines
au delà de tout ce
qu'on en peut dire. Ce grand
fpectacle eftoit l'effet des
foins de Mr le Duc de Saint
Pierre. On fit trois jours de
fuite des illuminations par
toute la Ville , & au Chateau.
Il y eut par tout des feux de
joye , au bruit de l'Artille ;
rie , & au ton des cloches .
Le 21. aprés midi le Roy
alla voir le Chasteau .
Le 22 il alla faire fes de
votions à S. Jean , & l'apréfGALANT
287
dinée à la Proceffion du Corpus
Domini , dans laquelle M
le Cardinal Archinto eftoir
affifté de tout le Clergé Secu .
lier & Regulier , & de tous
les Tribunaux .
Sa Majesté Catholique vit
avant que de partir une partie
des Equipages qu'on luy
avoit fait preparer à Milan .
Il y avoit feize chariots , vingt.
quatre fourgons , douze furtout
& tente fix Mulets .
Il y avoit autre cela cent
Mulets qu'on luy avoit fait
venir de Montpellier . Tout
cela fans compter les Equi-
A a ij
284 MERCURE
pages qui estoient fur des
Brulots qui ne purent arriver
auffi toft que les Galeres . Cel
Prince donna avant que de
partir de Milan le Gouverne
ment de Final à Dom Balta
zard d'Amenzaga
, un Terce
d'Infanterie
à Don Fernando
Fuiguiera
, & à Don Michel
Dolmo , Grand Chancelier
de Milan , une penfion de
deux mille écus , & une place
dans le Confeil d'Italie.
Outre les Aides de Camp
François qui avoient déja efté
nommez par ce Prince , il
nomma encore plufieurs jeu
-*
GALANT 285
nes Seigneurs Espagnols pour
le fervir en la même qualité.
En voici les noms,
Mr le Marquis de Sentma
nat , fils aîné de Mr le Mar
quis de Caftel dos Rios ;
Grand d'Efpagne ; Ambaſſa
deur de cette Couronne en
France , nommé à la Viceroyauté
du Perou-
Mr le Duc de Bejar , Duc
de Placentia , Duc de Mandas
, Duc de Villanueva, Che
valier de la Toifon d'or , &
Grand d'Espagne .
Mr le Marquis de Torrecuſa
, Grand d'Eſpagne , Ita ,
286 MERCURE
lien & du Royaume de Nas
ples.
Le fils unique de Mr ie
Marquis de Villena , Duc de
Efcalona, Viceroy de Naples,
& qui a efté Viceroy de Na
varre , enfuite de Catalogne
& puis de Sicile , & qui l'eft à
prefent de Naples.
Mr le Vicomte de Miral
cazar , Chevalier de l'Ordre
d'Alcantara , fils aîné de Mr
le Marquis de Montreal , Envoyé
de Sa Majesté Catholi
que à Gennes , Gentilhom .
me de la Chambre , & Che.
valier de l'Ordre de Saint Jac
ques,
GALANT 287
Avant que le Roy d'Eſpa
gne partiſt de Milan , on par
la de lever une impofition
fur toute la Ville , afin de luy
faire preſent d'une fomme
confiderable . Ce Prince declara
qu'il ne vouloit point
que l'on fit cette levée , &
dit que
la guerre avoit fait
affez fouffrir l'Etat , ce qui
acheva de charmer tous les
Sujets de ce Pays - là . Ce Momarque
partie de Milan le
premier de Juillet , & alla
coucher à Lodi . Le 2. il vint
à Picighitone , & le 3. il arriv
Cremone au bruit de troa
288 MERCURE
falves generales de toute l'Ar
tillerie & des acclamations
des Peuples qui firent des
feux de joye & des illuminations
plufieurs jours de fuite.
Le même jour Mr le Duc
Parme fe rendit dans la mê.
me Ville , avec un équipage
des plus faperbes , Ce Prince
alla le même jour chez le
Roy à l'iffue du dîner de Sa
Majefté, Ce Monarque vint
au devant de luy jufque dans
fon Antichambre
, & le conduifit
dans fon Cabinet , où
la converſation dura environ
une demi heure. Ce Duc de
manda
GALANT 289
manda au Roy l'honneur de
fa protection & de fa bien .
veillance , & affura Sa Majefté
de fon dévouement &
de fa fidelité . Ce Prince ren .
dit encore vifite au Roy les
deux jours fuivans . Dans la
premiere il eut l'honneur de
jouer à la Baffette avec ce
Monarque , & dans la feconde
, il prit congé de Sa Majeſté.
Mr le Cardinal Delphino
qui a efté Nonce en France ,
& qui eft prefentement Evêque
de Breffe dans l'Etat Ve
nitien , vint auffi faluer Sa
Bb
Juillet 1702.
#90 MERCURE
Majefté Catholique à Cres
mone. Cette Eminence en
eut audience à la maniere or
dinaire : Elle alla le lende
main au diner de Sa Majefté
pour faire la Cour, Comce
Cardinal s'eft acquis
beaucoup d'estime pendant.
tout le temps qu'il a demeu
ré Nonce en France , il eut
lieu d'eftre content des mat
nieres honneftes avec lef
quelles le Roy le traita . Cet. -
te Eminence s'en retournale
jour fuivant dans le lieunde
fa Réfidance. Le Roy eftoit
logé à l'Hôtel de Ville que
3
GALANT zgn
l'on avoit fait meubler maq
gnifiquement & dont on
avoit fait dorer toutes les
croifées, all w
J
Y
Ley. Sa Majesté Cathod
lique fe promena à cheval
dans les rues & fe fit mong
trer tous les endroits où l'on
combatit le premier Fevrier
dernier, lorfque les Allemans
furent challez de la Ville
qu'ils avoient furpriſe. Ce
Prince a fouvent tiré aux
oifeaux par les feneftres de
fon apartement. Il aprit dés
les premiers jours dè fon lejour
à Crémone , par les nou,
B b ij
292 MERCURE
velles qu'il reçut de Mantouë
, qu'il y venoit chaque
jour beaucoup de Déferteurs
Allemans , & melme des Of.
ficiers ; qu'ils ne faifoient
point de fourages fans en perdre
; qu'ils en avoient fait.
deux au delà du Mincio ; que
pendant le premier quarante
deux Cavaliers s'eftoiens venus
rendre avec leurs Officiers
leurs chevaux ; & leurs
Armes , & que durant le fe
cond , il en eftoit venu qua
rante cinq. Aprés l'arrivée
de Sa Majesté Catholique à
Mantouë , M' le Prince de
GALANT 293
Vaudemont alla à Bozzuolo
pour conferer avec Mr le
Duc de Vendofme fur les
projets de la Campagne , &
en revint le 8. de Juillet rendre
compte à Sa Majeſté. Il
fut réfolu que l'on formeroit
deux Armées de toutes les
Troupes , ce qui fut fait de
la maniere fuivante .
PREMIERE ARME'E.
LE ROY D'ESPAGNE
M' le Duc de Vendofme.
Lieutenaps Generaux.
MESSIEURS ,
D'Aguillar.
Bb iij
294 MERCURE
De Bezons .
De Crequi.
De Pracontal.
De las Torres.
D'Albergotty.
De Marfin.
De Vaubecourt.
De Revel,
De Praflin.
hamidfot
Maréchaux de Camp..
MESSIEURS,
De
Mongon.
De Langallerie.
Deftain.
De Rouffy.
D'Aubeterre.
¿De Murcé,
GALANT 291
ī
De Villeroy ,
De Flamanville.
De la Feüillade .
INFANTERIE.
Bataillons.
Lombardie , Eſpagnols.
Piémont.
La Marine,
Auvergne.
Sault.
Lionnois.
Anjou.
Les Vaiffeaux.
L'Ile de France:
Bretagne.
Bourak.
Dillon
B b iüj
296 MERCURE
Barwick..
Albemarle.
Galmoy,
Vendofme .
Bourgogne.
Medoc.
Tierarche.
Roüerge.
Cotentin .'
Cambrefis.
Baffigni.
Querci .
Royal Artillerie.
Savoyards.
Gardes de Savoye.
Montferrat,
Chablais,
I
I
1
I
I
I
GALANT 297
Savoye.
Saluces.
La Croix blanche .
CAVALERIE.
Efcadrons.
Efpa: 5 Brabant.
gnols. Flandres .
Gendarmerie.
Carabiniers.
Colonel general.
Royal Rouffillon.
42
I
4
8
3
3
2
Broglio.
Villeroy.
Bourbon.
Vandeüil.
Defclots.
2
2
298 MERCURE
Mauroy.
Ulez
Anjou.
Ruffé.
Montperoux.
Le Bordage.
Dauphin.
Sully.
Piémont Royal , Savoyard.
Dragons.
Dauphin.
Leftrade .
Du Heron.
Lautrec .
Senneterre.
Languedoc.
REQUE
BIBLIO
DEDB
44
LYON
* 189
*
3
4
GALANT 299
Dragons Savoyards. M
Savoye.
Genevois.
BIBLIOTHE
LYON
$ On réſolut de mettre des
Troupes dans les lieux fui
vans : fçavoir ,
A Sabionette.
Lefecond Bataill, de Solre. î
Le 2 Bataill. de Morangis. Į
A Bobio
Le 2º Bataill. de Dauphiné.
A Bozzuolo.
Le Royal Montferrat.
A Tortonne.
Le 2 Bataill de Blaifois. L
300 MERCURE
A Cremone.
Le 2 Bataill. de Mirabeau. I
6 .
SECONDE ARMEE.
M' le Prince de Vaudemont.
Lieutenans Generaux,
か
MESSIEURS ,
D'Ayetonne.
Colmenero .
De Teffé .
De Saint Fremont.
Del Sefto.
De Zurlauben.
De Barbezieres..
De Médavy .
GALANT 301
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS ,
De Villepion .
D'Asfeld.
De Billy.
De Cavois .
De Chemerault.
De
Bouligneux
INFANTERIE.
Bataillons.
Spinola.
Efpa . Lisboa.
gnols . Bonefan .
I
I
¡
Gy .
Artillerie
d'Espagne
.
Normandie.
La Sarre .
1
3
I
30 MERCURE
La Fere.
La Marine Royale .
Royal Comtois.
Maulevrier.
Flandres-
Angoumois,
Perigord.
Foreft.
Tournefis.
Grancey.
Vivarêts.
Ponthieu .
Beaujollois.
Miromefnil
Solre.
Croüy.
Bragelone.
で
3
1
GALANT 303
Labour.
Vauge.
Albigeois.
Perche .
33
CAVALERIE.
Efcadrons.
Dragons d'Efpagne. 4
Espa .SDel Sefto,
gnols, Copolla.
Trivulce.
Commiffaire general.
• Cuirafliers.
La Reine.
Narbonne.
Renepont.
3
Raflé.
304 MERCURE
Efclainvillers.
Vienne.
Bartillac.
Montauban.
Wiltz.
2
2
Billy.
2
Elpinchals.
2
Villiers. 2
Simiane . 2
Courlandon.
Melun.
Dourche.
Sckelton .
Fimarcon .
3
Verac.
Rolelly.
Houflars. I
63
GALANT 305
On mit dans Mantouë pour
commander .
M' de Chartogne , Maréchal
de Camp.
Voicy les Troupes qu'on
mit dans cette Place,
Bataillons.
Leuville .
Limofin.
Sourches. I
Mirabeau ,
I
Morangis
Beauce.
Gaftinois .
1
I
Bugey .
Soiffonnois.
Breffe.
Juillet 17.020
Cc
3.
I
I
306 MERCURE
Bigorre
Savoye Elpagnol.
14
On mit à GoitolaVolta,
Le fecond Bataillon de
Thierarche...
A Caftiglione & Caftel Giufré
I
Le fecond Bataillon de
Gaftinois.
A Marcaria , Canetta , &
Rodolefcost
Le fecond Bataillon d'Albigeois
.
A Vefcovato & Uftiano.
Le fecond Bataillon de Bra
gelone,
GALANT 307
Il avoit efté réfolu d'abord
que M' le Comte de Teffé
commanderoit l'Armée de
Mile Prince de Vaudemont ,
mais il fut enfuite trouvé à
propos que M' de Teflé demeureroit
auprés du Roi d'Ef.
pagne , & que M' le Prince
de Vaudemont commandaft
la feconde Armée . de s
0 M' de Cré , Lieutenant
General d'Artillerie , parrig
le 10. au matin pour fe rend
dre à Cremone afin de met?
tre en mouvement toutes les
chofes qui regardoient fom
Miniftere. Il y avoit deus
Ccij
3c8 MERCURE
Galiotes fur le Pô montées
de dix Canons chacune : Ela
les eftoient commandées par
Mrs les Chevaliers de Caumartin
& de Laubepin. Ily as
voit fur la mefme riviere cin.
quante grandes barqueschar
gées de canon &de mortiers ,
& de toutes fortes de provi
fions &de Munitions de guere.
+
Le 12 M le Duc de Vendôme
arriva à Cremone fur
les cinq heures du foir. Il al.
la d'abord faluer Sa Majeſté
Catholique qui le reçut avec
tous les agrémens imaginables
Il en eut une audience pu
GALANT 309
blique ,aprés laquelle il en eut
une dans fon cabinet , ils de
meurerent enfermez pendant
un temps confiderable S. M.
lui dic qu'elle n'avoitpoint encore
l'experience de la guerre , mais que
la confiance qu'elle avoit en luy
luy faifoir défirer ardamant de
voir les Ennemis & qu'il efperoit
qu'il les luy feroit voir de
prés que fon Frere le Duc de
Bourgogne avoit bien commencé
& qu'il efperoit le fui ure.
Mr le Duc de мantouë ara .
riva fur le foir. Le Roy d'Ef
pagne avoit envoyé deux de
fes caroffes au devant de ce
3to MERCURE
Prince & il fut reçu au bruie
de toute l'Artillerie & de la
Moufqueterie de la garniſon
rangée fous les Armes dans
les ruës. Sa Majeſté les traita
de la mefme maniere qu'elle
avoit fait Mr le Duc de
Parme , & luy donna tous les
témoignages poffibles d'eſti .
me, d'amitié , & de bien veil.
lance. Ce Monarque fir le 15.
au matin hors la Porte du Po,
la revue de cinq Regimens
de Cavalerie qui eftoient ar
rivez la veille. Il arriva l'aprefdinée
du même jour neuf
Bataillons & un Regimens
3
GALANT 31
de Dragons , dont le Roy fit
la revue le 16. au matin dans
le même endroit. Monfieur
le Duc de Mantouë accom.
pagna S. M. à ces deux re
vuës. Toutes ces Troupes dé
filérent le 18. par deſſus le
Pont fous les ordres de Mr
le Marquis de Crequi , pour
aller camper au delà du Pô à
Caſtelvetro , à deux lieues de
Cremone. Cette Armée , à laquelle
eftoit Monfieur le Duc
de Vendofme , continua fa
marche le 19. & le o , & pen
dant ces trois jours elle paffa
le Pô , le Stirone , & la Parola,
312 MERCURE
de maniere que le 20. elle
eftoit à San Secondo fur le
Taro , prés de Cazal maggio.
re , où en moins de vingtquatre
heures on conftruifit
le 21. un nouveau Pont fur le
Pô. Le Roy d'Eſpagne ' qui
eftoit parti le mefme jour de
Cremone arriva le 21. à Cazal
Maggiore , où le refte de l'Armée
eftoit arrivée.
Le 23. les Troupes de Savoye
qui estoient demeurées
en delà du Pô le pafférent
avec les Regimens de Senec
terre , de Languedoc , de
Broglio , & du Bordage , eeux
de
GALANT
jiz
de Lionnois , & des Fufiliers.
Le 24 le Roy d'Espagne
paffa le Pô avec la Gendarmerie
, les Carabiniers & les
Efpagnols , pour marcher fur
la Lenza , que le Prince Eua
gene avoit témoigné vouloir
défendre avec tant d'autres
rivieres qu'il a toûjours aban
données à l'approche de nos
Troupes. En effet , dés que ce
Prince cut appris leur marche
, il retira celles qu'il avoit
fait avancer vers la Palma. Il
fit brûler le Pont de Bateaux
qu'il avoit fait construire fur
la Lenza , & alla camper au
Dd
Juilles 1702.
314 MERCURE
delà de Croftollo , fur les avis
qu'en eut m ' le Duc de Vendofme
, il prit encore le 22 .
les devans avec un Corps de
Cavalerie & de Dragons ,
paffa le Taro , & alla couper
le Pont de pierre qui eft fur
la Palma à Colorno , où il campa
. Le reste de l'Armée le
fuivit for deux colomnes ,
dont la premiere paſſa à gué ,
& l'autre fur un Pont que Με
de Cray , Lieutenant general
de l'Artillerie , avoit fait dreffer
à une demi lieuë au def
fous . Il y eat à peine fept Bataillons
de paffez , avec M
GALANT
3'5
de Cray & Mr Bouchu , que le
refte fut arrefté tout d'un
coup par les cris des Payfans.
qui couroient fur les bords
pour avertir les Troupes de
prendre garde à elles , ce qui
les fit arrefter de l'autre cofté ,
& preffer celles qui estoient
dans la riviere , de gagner le
haut de la rive , ce qu'elles
firent heureuſement , car en
même temps il vint une montagne
d'eau qui rouloit fur la
fuperficie du courant ordinaire
, de plus de douze pieds
de hauteur , avec un bruit
épouventable , & en un inf-:
Ddij
36 MERCURE
41
tant le lit de la riviere qui eft
affez large , & dont les bords
font fort élevez , fut remply ,
& l'eau monta de vingt trois
pieds . Ce torrent ne fut pas
long temps fans arriver au
Pont , & fans les Payfans qui
accoururent pour avertir les
Troupes , on auroit perdu
plufieurs pieces de Canon
qui alloient enfourner le
Pont. Les deux lignes de la
gauche de la Cavallerie
eftoient paffées & l'Artillerie
les fuivoit , mais par bonheur
il n'y avoit qu'une feule cha
rette fur le Pont , le canon
GALANT 317
(
ayant fait alte au cry des Paifans
. La chatette fut empor
tée avec le Pont quoy qu'elle
fut bien attachée avec des an
cres dans la riviére , & a un
gros cordage qui la traver
foit qu'on apelle finguennelle ,
mais rien ne refifte à l'impetuofité
d'un torrent fi violent.
Il n'y eut pas un homme
de noyé , quoy qu'il n'y cuft
qu'une partie de l'Armée de
paffée , & que le reste fuft de
l'autre cofté du Taro. Si les
Ennemis euffent efté à por
tée de profiter de ce contretemps
, ils auroient ruiné nos
Dd iij
318 MERCURE
projets , mais bien loin de ce
la , ils avoient fait retirer leurs
Troupes , & brûler leurs
Ponts . Les eaux eftant un peu
écoulées , le lendemain fur
les dix heures du matin , Mr
de Cré fit travailler avec tant
de diligence
, qu'en quatorze
heures il fit faire un nouveau
Pont , où les Troupes , l'Ar
tillerie & les Bagages paffe.
rent le 22. L'Armée marcha
le 23. fur trois colomnes , &
paffa la Parma fur le Pont de
pierre , & fur deux av
qu'on avoir conſtr
alla carnper
GALANT , 319
Lenza , où Sa Majefté Catho
lique fe rendit le même jour
de Cazal Maggiore
.
Le 26. l'Armée paffa la Lena
za fans aucune oppofition
de
Ja part du Prince Eugene , &
alla camper à Caftel - novo
prés de Croftolo . Mr le Duc
de Vendofme
y apprit que le
General
Annibal
Vifconti
eftoit à Santa Vittoria , audelà
du Croftolo , avec trois
Regimens
de Cavalerie
, &
un de Dragons , & partit du
Camp à deux heures aprés
midy avec vingt- cinq Elcadrons
, & quatorze
Compa
Dd iiij
320 # MERCURE
gnies de Grenadiers. Il paſſa
le Croftolo , a un gué où les
Ennemis n'avoient point de
garde, & les attaqua avec tant
de vigueur qu'ils furent en
tierement défaits avec peu de
reſiſtance. Voici ce que le Roi
d'Espagne écrivit au Roy du
Camp de Caftel- novo le 27.
touchant cette action . Com.
me on a fait une infinité de
copies de cette Lettre , & qu'-
elles ne nefe trouvent pas conformes
je ne vous affure
qu'il n'y ait rien de changé
dans celle que je vous envoye
& qu'elle foit entiere
ment correcte.
pas
GALANT 32L
F
Envoye à Voftre Majefté la Relation
que Mr de Vendofme a
faite de l'affaire qui nous arriva
hier. Elle eft auffi complette , à ce
que j'ai ouy dire à des gens qui en
ont veu beaucoup , qu'une affaire
de Cavalerie peut l'eftre : J'ay eu
beaucoup d'envie de m'y trouver,
mais malgré toute la diligence que
que je fis , qui fût extrême , je ne
pus m'y rencontrer que fur la fin ,
parce queje fus avertifort tard,&
que les Ennemis tinrent peu. Je
Paffay le Croftolo avec neuf Efca
drons , & quittay la Colomne que
je menois pourfaire plus de diligen
ce. Il n'a tenu qu'aux Ennemis de
nous difputer le paffage de cette riviere
qui eft tres - difficile ; ils l'auroient
pu fairefacilement , mais ils
322 MERCURE
駿
n'y ont pas fongé , comptant appa
remment que nous nous arrefterions
à faire le fiege de Bercel , ou que
nous ne pouvions pas faire une fi
grande diligence , ce qui a donné le
temps à nos troupes de les furprendre
prefque dans leur Camp , qui eftoit
compofe des Regimens de Commer
cy , de Darmftat , de Vifconty , &
des Dragons d'Herbeviler Ce corps
eftoit commandé par Visconty , qui
auroit efté de quatre mille Chevaux
s'il euft cfté complet ; mais je croy
qu'ily en avoit aumoins trois mille.
Il s'eftoit fort bien campé contre le
Prince Eugene , mais fort mal contre
mon Armée , ayant un ruiffeau
derriere lui dans lequel fes troupes fe
font jettées prefqu'en bataille. Il
eftoit comblé de corps morts & de
Chevaux lorfque j'y arrivay , &
GALANT 323
les
les Grenadiers le paſſerent à pied
fec comme fur un Pont, quoy que
bords en foient fort efcarpez. Le
Camp des Ennemis a efté entierement
pillé , aufi- bien que leurs
équipages & bagages. J'y ay trouvé
toutes leurs tentes tendues , ce qui
marque qu'ils ne nous y attendoient
pas , & nos troupes ont profité de
leurs dépouilles & ont bu leur vin
qui nous a efté d'un grand fecours
aprés unefi longue marche. Les fix
cens Grenadiers qui eftoient détachez
fe font montez& font devenus
en mefme inftant Grenadiers à Cheval,
prefque tous leurs Chevaux ont
efté pris , & ceux quife font fauvez
fe font fauvez à pied , & fe font
jettez dans les bois , enforte que
Votre Majesté peut compter qu'ils
ne nous feront pas grand mal pen324
MERCURE
fie
dant le refte de la Campagne. Mon
Regiment de Cavalerie d'Anjou
a pris d'eux Eftendarts, & le Marquis
de faint Germain Beaupré qui
y eft Capitaine, une paire de Timballes
. Le Regiment Dauphin de
Dragons à pris auffi deux Eftendarts
& une paire de Timballes.
VVartigny qui le commande , y a
confiderablemeut bleffé , & s'y
eft fort diftingué. Mr de Vendofme
a chargé d'abord avec un feul Ef
cadron de Gendarmerie que commandoit
Mezieres , le Regiment de
Dragons , d'Eftrades & fix cens
Grenadiers , les deux Efcadrons de
Carabiniers qui s'y font trouvez, y
ont fait des merveilles
ainfi que
les Gendarmes , à qui les Prifon .
niers des Ennemis ont dit qu'ils en
vouloient principalement. Tay ac-
>
厝
GALANT
: 325
>
tuellement buit Eftendarts & trois
paires de Timballes , dont deux ont
efte prifes en marchant. Valfemé
qui commande la Cavalerie
chargé à la tefte de trois Efcadrons
& a fait des merveilles. Le Marquis
de Crequy a combattu à pied
& à Cheval , & s'eft trouvé par
tout ainfi que Mrs de Befons , de
Marcin , & d'Albergoty . Skelton
a efté fort bleffé & a fort bienfait,
auli -bien que Marcillac & Jannet.
Je prie Voftre Majefté d'avoir
égard à leur fervice . Enfin Voftre
Majefte peut compter que l'affaire
a efté des plus complettes . La peur
des Ennemis a eftèfi grande , que
je luy repete encore qu'ils fe font
jettez prefque en bataille d'auli
haut dans le Teflonne que l'on fe
jetteroit de la Terraffe de Saint
126 MERCURE
Germaindans la Seine , & qu'ily
en a beaucoup plus de noyez que de
tuez. On dit que nous nous batterons
encore demain , & qu'ils ont
fait paffer buit à dix mille hommes
pour s'opposer à noftre marche Je le
fouhaittei car ilferoit fort agreable
de les défaire en détail . Le Sereuiffime
, ( c'eft ainfi qu'on appelle
Mr de Mantoüe ) m'a fuivi par -
tout , ainfi que les Espagnols. Ils
me paroiffent fort aifes de cette avanture.
Je n'écris point à Monfeigneur
non plus qu'à mes freres ,
parce queje nepourrois que leur repeter
la mefme chofe , & queje fuis
fi las que je ne fçaurois efcrire. Je
vous prie de leurfaire part de ce que
je vous mande , & de leur envoyer
la Relation. Ne fyez pas furpris
fije Life à Mr de Vendofme le foin
GALANT 227
de vous euvoyer un Courier , je ne
veux point me faire honneur d'une
action dont il a tout le merite , &
quand j'envoyeray à Votre Majeftè
quelqu'un de ma part , je veux
que ce foit une action decifive , afin
que Voftre Majesté n'ait pas une
fauffe joye. Noftre Cavalerie
- a conçu par cette action fort peu
d'estime pour celle de l'Empereur ,
j'efpere qu Voftre Majefte en
fera auffi contente qu'elle doit l'eftre
de fon Infanterie. Je finis en affurant
Votre Majefe de la continuation
de mon attachement & de
ma tendreffe ; Signé PHILIPPE .
Comme cette Lettre parle
de la Relation de Mr le Duc
de Vendofme , je croy ne l'en
devoir pas feparer , & qu'elle
$28 MERCURE
la doit accompagner icy , quoi
que toute la France , & j'oze
même dire toute l'Europe
foient préfentement remplies
du grand nombre de copies qui
en courent ; mais je fçay que
vous eftes toujours bien aiſe de
trouver dans mes Lettres les
pieces volantes qui s'égarent
ordinairement , fe preftent &
fe perdent , de forte que lorf
que la curiofité les fait chercher
au bout de quelques années
ou que l'on a beſoin , elles
ne fe retrouvent plus , au lieu
que mes Lettres gardent fidelement
ces pretieux dépots pour
l'Hiftoire , & qu'on peut toû
jours les y trouver..
Voicy la Relation de Monfieur
le Duc de Vendofme , elle
GALANT: $ 29
eft du 27. Juillet du Camp de
Sorbolo.
N
Ouspartimes hierde Sorbolo. Le
Roy ne marcha qu'à onze heures ,
parce que la marche dujourprecedent
avoit efte fort longue . Pour moy , je
partis à huit heures avec la Brigade
du Colonel general des Dragon's
Dauphins , d'Eftrades , & de Lautrec,
& quatorze Compagnies di
Grenadiers , à deffein de m'avancer
fur le Croftolo , pourfçavoir des
nouvelles des Ennemis . Je fis une
heure de halte ici , pour laiffer repofer
mes Troupes , aprés quoyje me mis en
marche , & je paffai le Crofto o , qui
eft tres - difficile. Quand je fus de
l'autre coſté , je trouvay un Preftre
qui me dit que les Ennemis eftoient
campezau deça du Taſſon , où il fe
Juillet 1702 .
Ee
330 MERCURE
jette dans le Croftolo , avec quatre
Regimens de Cavalerie , &
point d'Infanterie . Deux Rendus
me confirmérent la même chofe ; ce
qui me fit båter ma marche par le
grand chemin, & mes Grenadiers à
droite & à gauche . Quand nous fùmes
à la vûë de leur Camp , je vis
qu'il y avoit encore beaucoup de leurs
chevaux en pâture , & qu'ils couvoient
monter à cheval. Sur cela je
pris le parti de les faire attaquer.
Mr d'Albergotti & Mrs de Murfay
& de Beaujeu marchoient à magauche
avec les Dragons Dauphins ,
ceux d'Eftrades , & deux Efcadrons
de Carabiniers. Nous les attaquames
des deux coftez en même temps ,
lofqu'ils acheverent de fe mettre en
bataille. Ils firent d'abord quel
refiftance à une maison qui
GALANT 331
dugrand chemin ; mais nos Grenadiers
les forcérent , & ayant trouvè
un endroit àfaire paffer noftre Cavalerie
dans la Plaine qui eftoit a
noftre droite , je fis mettre en bataille
le plus vifte que je pus huit Efcadrons
qui attaquerent la gauche de
leur Camp , dans le temps que Mr
d'Albergotti tomba fur leur droite ,
& que je fis attaquer leur centrepar
Le grand chemin . Ils firent tres -peu
de refiftance , & fe culbutérent dans
le Taffon , dont les bords font fort
hauts , & fort efcarpez . Ily en tomba
une fi grande quantité que vingt
hommes de front auroient marché
deux cens pas durant fur les hommes
& fur les chevaux fans fe mouiller
le pied. Je n'ay jamais vu une dé
route pareille. Nous avons prisfix
Etendarts , deuxpaires de timbales ,
E e ij
332 MERCURE
tous leurs bagages & leur Camp
Nous avons prés de quatre cens Prifonniers
, parmi lesquels il y a un
Lieutenant Colonel , cinq Capitaines
, & deux autres Officiers . Ily a
plus de fix cens hommes tuezfur le
Champ de Bataille , beaucoup de
noyez plus de mille chevaux pris ,
& quatre cens au moins de tuez où
noyez. Nous n'avons eu que fix .
vingts hommes tuez ou bleffez , Wartigny
& Skelton font bleffez , mais
fans aucun danger. Vous pouvez
compterqu'il n'y ajamais eu une déroute
de Cavalerie plus complette .
Il y avoit quatre Regimens , fçavoir
, Commercy , Darmftat , Vifconti
, & Herbeviller. Le bon
homme Annibal Visconti s'eftoit mis
en deça du Taffon , au lieu de fe
mettre en dela. Il y avoit pourtant
GALANT 337
fait marquer un Camp , mais il ne
l'a pas occupé affez toft , & ily a un
tiers de l'Armée qui a campé fur le
Champ de Bataille , & demain le
Roy y marchera à la tefte de l'Armee
. Sa Majesté arriva en perfonne
au Camp des Ennemis , dans le
temps que l'affaire finißoit & a eftè
bien fachée de n'avoir pas efté au
commencement. Dans le temps que
j'écrivois ceste Lettre , on m'a apporté
fix Etendarts. Je crois qu'on
en pêchera encore dans la riviere .
Les Officiers Generaux qui étoient
au combat du Taßon étoient Mrs de
las Torrés , de Revél , de Teflé , de
Crequy , de Vaubecourt , de Marfin,
de Bezons , d'Albergotti , de Montgon
& de Murfay. Le Major general
Valfemé , Chavigny , & Mauroy
y estoient auli. Ily avoit encore
334 MERCURE
un Efcadron de Gendarmerie , com
mande parMrde Mezieres. Mr de
la Meßeliére eft du même Efcadron.
Les Troupes y ontfait des merveil
les , & les Grenadiers ont pris tous
les Etendarts . C'eftoit Mrs de Carcado
, de Chamillard & de Broglio,
qui commandoient les Grenadiers.
Des Rendus qui viennent d'arriver
m'aßurent que ce qui s'eftfauvé
de ces quatre Regimens , n'eft arrivé
que ce matin á Guastalla , deux
d'un coftè , & trois de l'autre.
On trouvera dans la Relation
qui fuit des détails qui regardent
les Troupes & des faits
qui ne font point dans la précedente
. Elle contient auffi
tous les noms des Officiers qui
ont efté bleffez & tout ce qu'on
GALANT: 334
•
vient de lire n'empefchera pas
qu'elle ne paroiffe nouvelle , &
qu'elle ne faffe beaucoup de
plaifir.
E 15 Juillet l'Armée du Roy
yant décampé de Colorno pour
venircamper au Pont de Sorbolo.le
Roy d'Espagne , qui eftoit à Cazalmagiore
, joignit l'Armée dans fa
marche. Comme la journée fut longue
& pluvieufe , l'Arriere -garde
& les Bagages arriverent fort tard
à Sorbollo ; ce qui obligea Mr le
Duc de Vendofme à ne partir qu'à
neufheures du matin le 26. de Sor
bollo avec feize Efcadrons , fçavoir
trois de Dragons Dauphin , trois de
Lautrech , trois d'Eftrades , trois du
Colonel General de Cavalerie, deux
de Villeroy , deux de Montperoux ,
L
&15.
Juillet
1.
38 MERCURE
comme
& quatorze Compagnies commandées
par Mr de Carcado
Brigadier , & Mrle Comte de Chamillart
, comme Colonel , le tout
précedé par fix Gardes ordinaires ,
à la fuite defquels eftoit un Efcadron
compofe des Gendarmes Anglois
, & des Chevaux - Legers de
Bourgogne , commandez par Mr de
Mezieres : Sa Majesté Catholique,
& le refte de l'Armée devant fuivre
à trois heures de là . Mr le Duc
de Vendofme eftant arrivé à Caftel
novo , où l'Armée devoit camper,
pendant qu'on marquoit le Camp ,
reçut la confirmation de l'avis qu'il
avoit eu , que les Ennemis eftoient
derriere le Croftolo ; c'est un torrent
dont les bords font fort élevez à deux
mille de Caftelnovo
. Aprés que fes
Troupes farent repofées pendant
deux
GALANT
339
deux heures , il manda au Roy.
d'Espagne , qu'il s'avançoit à portée
des Ennemis , & qu'il attendoit
fes ordres Sa Majefté lui fit
réponſe , qu'il pouvoit marcher en
avant , & qu'il allait marcher
avec le reste de l'Armée pour le
foutenir. Avant que d'arriver à
Croftolo , & en eftant à une grande
portée de Fufil , nous apperçumes.
deux Cavaliers qui s'enfuirent à
toute jambe du côté de ce lieu ; nouš
marchamesfur le haut de la chauf
fee dudit Croftolo , pour découvrir le
Camp des Ennemis , mais ne voyant
rien , nos Troupes pafferent à
un gué du côté de Reggio , trois
mille au deffus de Sancta Vittoria
, Mr le Duc de Vendofme ne
trouvant pas cette Riviere deffen-
Juillet 1702 .
Ff
340 MERCUR
E
dae , fut pafferfes Troupes au de-là
in à un, tant les rives font diffi
ciles , outre qu'elles avoient eſté re-
Levées par les Ennemis , & envoya
au Camp Mr Roydot Major des
Carabiniers les chercher , & la
Brigade de Sully Cavalerie compofée
de deux Efcadrons d'Anjou, deux
de Sully, & deux de Defclos. Mr
le Duc de Vendofme eftant arrivé
de l'autre cofté du Croftolo , apprit
par une Vedette qui deferta , que le
Camp des Ennemis eftoit compofe
des Regimens de Cavalerie de Cos
mercy, Darmeftat, & de Visconty ,
& de celui de Dragons d'Herbeviller
, faifant environ trois mille che
vaux effectifs , le tout commandé
par le General Annibal Viscon
ty, & qu'il n'y avoit aucune In
fanteries fur quoy Mr le Duc de
GALANT 341
Vendofme prit le chemin qui va à
la Riviere nommée Taffon , laquel
le vient de Reddezio , & retombe
dans le Croftolo à Sancta Victo
ria. Nous aperçûmes une Troupe
de Cavalerie qui fe prefenta de
fort bonne grate . Mr de Vendofme
ordonna á un Marefchal des Logis
de la Gendarmerie , qui commandoit
vingt Gendarmes & Avantgarde
de pouffer la Troupe des En
nemis , ce quifut tres- bien execute.
Ce Prince marcha fur deux colonnes
, l'une à droite , à la tête de la
quelle il fe mit enperfonne , accom
pagné de Mrs de Revel , de Teffe ,
de Laftores , de Crequi , de Vaubecourt
, de Marfin , de Befons ,
de Montgon , d' Arrene Major Ge
neral , de Mauroy Marechal des
Logis de la Cavalerie, & de Cha
Ffij
342 MERCURE
vigny Maréchal des Logis de l'Ar
mée , & détacha Mi d'Albergoty,
avec Mr de Murfay pour conduire
la Colonne de la gauche compofée
des deux Compagnies de Grenadiers
d'Auvergne , des Regimens de Dragons
Dauphin & Lautrech , qui
combatirent à pied , & des quatre
Efcadrons de Carabiniers qui avoient
joint. Le furplus des Troupes
formoit la Colonne de la droite.
On marcha en cet ordre à même
hauteur à un mille d'une Colonne
à l'autre , la droite par un grand
chemin , & lagauche par une chauf
fée le long du Croftolo . Les Ennemis
fe trouverent campez , la droite
appuyée à Sancta Vittoria fur le
-Croftolo , ayant derriere eux le Taf
fon fur lequel ils n'avoient que deux
Pents , l'un à Sancta Vittoria ,
GALANT 343
&l'autre à leurgauche , tous deux
fort étroits Leurs Gardes s'avan
cerentfur nos deux Colonnes , pen
dant que le reste de leurs Troupes
montoit à Cheval ; Elles feformerent
en même temps , & ſe preſenterent
en bonne contenance aux te
tes des deux Colonnes , où aprés
quelque refiftance de la part des
Ennemis ils furent renverfez, & ne
fangerent plus qu'à la retraite qui
ne fe pouvoitfaire que par les deux
Ponts dont il a efté parlé, & dont
on s'empara le plutôt qu'il fut pof-
~jinie. Ainfo ils furent necefitex da
fe jetter dans la Riviere dont les
bards étant fort relevez , &y ayant
-beaucoup de vafe dans le fonds il
en fut tué , ou noyé fix ou fept cens.
Le Roy d'Espagne trouvant, que les
Troupes qui le fuivoient , ne mar
Ff j
344 MERCURE
choient pas affez vite , fe porta de
fa Perfonne au lieu du combat , of
il arriva avant qu'il fût fini , accompagné
de Mr le Duc de Mantote.
› Lieutenaut
Les Ennemis ont perdu fix cens
Enirafiers tuezfur la place , & il
en a eu quatre cens de noyez.
On a fait prifonnier le Comte d'A
remberg Allemand
Colonel du Regiment Darmflats
fept Capitaines des Cuiraffiers , &
・trois à quatre cens Cuirafiers ; les
trais paires de Timbales des trois
Regimens de Cavalerie des Ennemis
ont efte prifes , une paire par
te Regiment de Dragons Dauphin,
une autre par le Regiment de Cavalerie
d'Anjou . Il y a buit Eten
darts pris jufques-icy , & toutes les
Cuiraffes ont efté abandonnées.
GALANT 345
Il a efté pris environ mille Che
& les Grenadiers font reve
uus au camp tous montez, & beau
coup ayant des Chevaux en main.
Le Roy d'Efpagne les a tous fait
paffer devant lui , & a fait donner
dix Lous à chacun de ceux qui ont
pris les Etendarts, & autant à ceux
qui ont pris les Timbales . Le Ba
gage des Ennemis a eftè pris entie❤
rement , leurs Tentes s'étant encore
trouvées tenduës . Cette affaire leur
coute du moins quinze cens Cuiraf
fiers , & on peut compter ces Regi
mens bors d'étatde fervit de toute la
Campagne
.
Nous avons eu en cette actionfix
vingts hommes tuez ou bleſſez ; en
tr'autres Mr de St Aurin Chef de
Brigade des Carabiniers , bleffe
dangereusement àla tête , Mr. de la
Ff iiij
346 MERCURE
> &
Roque Capitaine bleße aux reins
MrleChevalier de Premont , & Mr
Defaunais , tous deux Capitaines
Aydes- Majors de ce même Corps &
bleßez , quatre _Lieutenans
Mrla Roque auli Lieutenant tué,
Mrde Mauria Capitaine de Carabiniers
a eu trois contufions , Mr
de Vvartigny Brigadier Colonel de
Dragons , bleßé au bras , Milord
Skelton Ayde de Camp de Mr
le Duc de Vendofme la cuiße percée,
Mrde Maranbat Major du Regi
ment de Cavalerie d'Anjou la cuif
fe percée , Mr. de Nouilley Capi
taine dans le Regiment de Dra
gons d'Eftrade tué , Mr de Monteil
Capitaine de Grenadiers de Quercy
tué, Mrs de Montperoux, & de Goas
Brigadiersde Cavalerie & de Dra
gons ont eu chacun leur cheval tué yo
GALANT 347
en chargeant à la tète de leur Bri
gade.
Depuis la Relation écrite , on a
encore apporté quatre Etendars .
Lorfqu'un Combat eſt confiderable
, & que la meflée a eſté
grande , il eft impoffible qu'on
puiffe s'avoir à fond tout ce qui
s'y eft paffé, à moins qu'on n'en
voye plufieurs Relations diffe
rantes , faites par ceux mefmes
qui fe font trouvez à l'action .
On a mefme beaucoup de peine
avec tout cela à fe le bien repréfenter
, fi ce n'eft qu'on s'y
applique avec un attention &un
receuillement dont peu de perfonnes
font capables . Lorfqu'il
fe paffe quelqu'une de ces actions
d'éclat , vives & fanglan
348 MERCURE
& de
tes , je tâche auffi - toft de ras
maffer tout ce qui s'en eft écrit
& tout ce qui s'en eft dit. Je
crojs aprés cela qu'il n'y a point
d'homme qui en foit mieux inf
truit que moy, mon efprit eftant
remply de tant de faits
tant de circoftances qu'il me
femble que rien n'eft échappé à
l'exactitude de mes recherches
mais lorsque je veux travailler ,
& que j'examine avec attention
tout ce que j'ay ramaffé , je
trouve plufieurs Relations dont
ies unes font deffectueufes en
beaucoup d'endroits & les au
tres obfcures , les circonftances
des faits font d'ailleurs fi diffe
rentes , que voulant ne rien
écrire dont je ne fois affuré , je
me trouve dans un tres grand
GALANT: $ 49
embaras fur ce que je dois écrire.
Ainfi vous devez compter
que lorfque je ne compofe pas
une Relation fur toutes celles
que j'ay ramaffées celles que je
Vous envoye font les plus feures
, & les plus correctes qu'elles
viennent de perfonnes éclairées
& fur lesquelles on peut
saffurer , & enfin que les faits
qui font contenus dans les Relations
que vous trouvez dans
mes lettres font rapportez dans
beaucoup d'autres dont je me
difpenfe de vous faire part , ne
voulant vous envoyer aucunes
de celles qui feules raportent
des chofes dont plufieurs autres
ne parlent point & qui paroif
fent douteuſes : cependant
aprés toutes ces précautions
350 MERCURE
je ne vous garantis pas que je
ne puiffe eftre trompé , que
ceux qui ont écrit ne l'ayent
efté eux - mêmes , & qu'à force
de copier des Relations on
n'ait pas fait de fautes dans cel
les qui tombent entre mes
mains . Je vais vous faire encore
part de deux . L'une eft écrite
par un Colonel qui n'a pas
moins d'efprit que de valeur
& d'experience , elle eft d'un
ftile ferré , & en trente ou
quarante lignes elle donne une
idée diftincte & parfaite du gros
de l'action. L'autre entre dans
un détail dont il ne fe trouve
rien dans tout ce que vous venez
de lire , par ce que l'Oncier
qui l'a faite , eft de l'Efcadron
des Gendarmes Anglois ,
1
GALANT 351
qui
de
&
qui s'eft trouvé par tout ,
a entamé l'affaire . Il parle
qui s'eft paffé dans le Village
de Victoria dont les autres
ne font point mention .
Ainfi je croy que vous trouverez
dans les cinq pieces que je
5 Vous envoye tout ce qui s'eft
paffé dans le Combat dont il
s'agit , fans qu'il y ait plus de
vingt lignes repetées ; encore
le font elles avec beaucoup de
varieté & d'un tour tout different
, n'eftant pas écrites par
les mefmes perfonnes . Voicy la
Relation du Colonel dont je
viens de vous parler.
Monfieur
le Ducde Vendofme
n'avoit que l'Escadron de
Gendarmes Anglois qui devoit
35 MERCURE
monter la garde auprés du Roy
d'Espagne , la Brigade de Monperoux
& le Regiment de Dragons
d'Eftrade , lorsqu'il paffa le Crofto
lo. 14fçavoit que le Comte Annibal
Vifconty eftoit campé au delà fans
fçavoiroù. Il s'avança environ deux
milles dans le pays fans rien trou
ver , lorsqu'il fut averty que le
Camp des Allemans étoit proche
Mr de Vendofme envoya chercher
les reftes des troupes de la premiere
·ligne avec feize Compagnies de
Grenadiers , & s'avança toûjours,
Il avoit devant luy un Marefchal
des Logis de Gendarmerie qui trou
va la Garde des Ennemis & la
poula . Eile fut foutenue de leurs
Piquets , à qui il avoit efté ordonnépar
Visconty , croyant que ce qui
paroiftroit neferoit qu'un party ,
de
GALANT 353
Pattirer. Ce manege donna le tems
à nos troupes d'arriver. On marcha
deux avec grand bruit. Mr de Vif
conty fit monter à Cheval & paſſer
le Naviglio avec cinq cens Chevaux
qu'il étendit pied à terre le
long du bord , pourfavoriser le paffage
defes troupes qui fe trouverent
refferrées par plufieurs charges , de
maniere que ce qui ne put paffer le
Pont , fe jetta dans le Naviglio ,
dont les bords efcarpez ne permettoient
pas aux Chevaux de paffer,
de forte qu'il s'en trouva plus de
cinq cens dans l'eau quand nos troupes
y arriverent. Le Roy d'Espagne
fuivit , & vit avec plufieurs lafin
de t Action,
Mr le Marquis de Crequy a
chargé plufieurs fois à la tefte de la
Cavalerie & de la Gendarmerie
374 MPRCURE
avec une valeur digne de lui . Il mit
pied à terre, & mena les Grenadiers.
à la charge toutes les fois qu'ilsfu
rent à portée de charger , & tout le
monde convient qu'il a une tresgrande
part à la realite de cette
action , qui a eftè menée fi bruſquement
que les Ennemis n'ontpufauverleur
bagage, ny leurs tenies .
{
La Relation qui fuit eft celle
de l'Officier des Gendarmes.
Nous paflames le Pb le 25 á Cdfalmaggiore
avec le Roy d'Ef
pagne apres deux murches tres - precipitées
, mais cependant tres - utiles
fans voir nos Equipages , ce qui
nous arrive quelque fois . Nous allames
camper à Caftelnovo. Comme
le foin de garder le Roy defpagne
GALANT 355
eft confié à la Gendarmerie , ilfe
trouva par le plus grand bonheur du
monde , que le tour venoit à noftre
Compagnie de Gendarmes Anglois á
montercejour-la lagarde chez le Roy,
nous avions quitté par conſequent le
refte du Corps de la Gendarmerie qui
eftoit à la tefte de la Colonne droite,
& noftre Efcadron eftoit à la tefte de
La Colonne gauche à cause que le
C Roy y eftoit. Monfieur de Vendofma:
dans la marche eut des nouvelles
certaines du nombre des troupes qui
eftoient à Vittoria , par de la le.
Croftolo , ilfut averty auffi qu'il y
avoit un autre Ruiffeau nommé le
Taffon , sulle difficile que le Cro-
Bolo , où ils devoient fe retrancher
comme ils avoient fait à la Foffamaestra
le Pofte eftant auffi- bon.
Il avoient en ce lieu- là , outre um
Juillet 1702 Gg
36 MERCURE
1
Regiment de Dragons , trois Regi
mens de Cavaleries fçavoir de Vif
conty , Darmftat & de Commercy,
fous les ordres de Mr Annibal Vif
conty. Mr de Vendofme prit da
bord noftre Escadron , fuivi de quel
ques Regimens de Dragons , com
me du Dauphin commandé par Mr
d'Ovartigny , de celuy de Lautrec ,
de celuy d'Eftrade , & d'une Bri
gade de Cavalerie , le reste de las
Colonne gauche fuivoit d'affer prés
& eftoit menée par le Roy d'Espa
gne. MrdeVendofme avec les trou
pes que l'on vient de nommer, paſſa
Le Croftolo. Nous gagnafmes un
grand chemin qui mene à Vittoria
On détacha de noftre Escadron vingt
Gendarmes qui allerent aux Cou
reurs & qui entrerent dans le Vil
lage deVittoria, Les Ennemis qui
GALANT: 37
y estoient ne pouvoient s'imaginer
que nous puillions venir à eux à
caufe de la difficulté des paffages
que nous avions à effuyer. Ils eftoient
en grand repos , cependant dés que
leur Garde qui estoit à l'entrée du
Village , nous aperçut , elle fit un
fortgrandfeufur nos vingt Gendar
mes Les Compagnies des Grenadiers
que nous avions avec nous , forcerent.
cette entrée du Village , & ilsy
entrerent avec les Gendarmes quis
nous reftoient de ces vingt & qui
eftoient les moins bleffez, Les En
nemis voyant qu'il n'y avoit plus
defalut pour eux dans le Village ,
toutes nos troupes s'eftantjettées de
dans ,fongerent à nous attaquer en
flanc dans le chemin, & nousy culbater,
venant à nous avec quelques
feadrons defront &fuivis de plu
Ggij
58 MERCURE
fieurs autres mais Mr de Mezieres
Comme un bon Officier , & tres
capable , fejetta hors du chemin
avec l'Escadron , & alla droit à
eux. Mr de Marfin envoya quel
ques troupes de Cavalerie pour
faire dans la Plaine un front
égal à eux ; mais les Ennemis
pour ne les pas attendre , vinrent
a nous avec beaucoup d'audace ,
avant que nos Troupes faffent for
meées & firent une décharge fur
noftre Efcadron. Comme nous eftions
dans un endroit élevé & qu'il tiroient
bas , il n'y eut de cette décharge
que des chevaux des Gendar
mes tuez. Nous fimes la noftre enfuite
, & allames a eux l'épée à
la main fans attendre les autres
Troupes qu'on nous envoyoit. Cela
les troubla tellement qu'ils pri
GALANT 39
>
rent la fuite & comme on les pour
fuivoit vivement , ils fe jetterent
dans une efpec de Naviglio , nom
mé le Taffon , dont le fond eftoit
auli bourbeux qu'un Marais
duquel ils ne purent fe retirer. On
fit pour lors jetter & répandre de ce
coflé là tous nos Grenadiers qui
eftoient dans le Village pour tirer
fur ces gens lá , & ils les canarderent
tous en ce lieu fans qu'il s'en
fauvaft aucun, Les Grenadiers tire-
Tent enfuite leur chevaux avec des
cordes , & revinrent tous au Camp
bien montez. On dit qu'on y en prit
bien trois mille car leurs Regimens
eftoient de mille hommes chacun , ce
quifait 4000 , mais ily en eut plu
fieurs de ceux- là de tuez ou noyez
On a pris beaucoup d'equipage , &
sous leurs chariots . qui estoient atte
360 MERCURE
bez. On ne fçauroit exprimer l'ar
deur & la bonne volonté de nos
Troupes . L'Infanterie y a fait
des chofes furprenantes . Une Com
pagnie de nos Grenadiers a estefeu
le attaquer en pleine Campagne
un Efcadron des Ennemis qui eftoit
détaché des autres Mr le Marquis
de Créquy a attaqué le Village
pied a terre , à la tefte de l'Infanterie.
Mr d'Ovartigny a efté bleffé
legerement , Mr de Skelton Anglois
L'eft auli. Je ne vous parleray pas
du détail des Gendarmes Anglois
menezpar Mr de Mefieres, j'aurois
trop de choses à vous en dire & j'y
ait trop d'intereft pour vous en par
ler , mais il est bien beureux poser
nous d'avoir eftéféparez du reste du
Corps de la Gendarmerie ,
car la
Colonne droite n'a rien veu de se
GALANT ·33660
• combat là , ny comment on a embarqué
l'affaire dans le chemin , ny
comment on l'a finie dans la Plai
ne. Je vous avoueray que je n'ay
• point efté faché de m'y trouver
eftant à la tefte d'une Troupe feure
& avec laquelle il n'eft pas poffible
de mal faire. On a fait demeurer
des Troupes far ce Champ de Ba-
- taille pour garder ce pofte.
Cette action devient tous les
jours plus grande . Les dernie.
res lettres portent qu'on a pris
feize étendarts cinq paires de
timbales & deux mille chea
aux qu'on a trouvé deux mille.
Cuiraffes & que Mr de Vifconty
eft bleffe dangereuſement.
Mr le Prince Eugene avoit dé
taché fes meilleures Troupes
752 MERCURE
dans la penfée qu'il pouroit y
avoir une action , & rien ne marquee
mieux qu'il en eftoit perfuadé
, & qu'il fe repofoit fur
la bonté de fes Troupes , que
l'ordre qu'il leur avoit donné ,
de chercher la Gendarmerie ,
& de la combatre . Ce qu'il
n'auroit
pas fait s'il ne s'en
eftoit pas tenu affeuré puisqu'il
fçavoit , la valeur , & la répa
tation de la Gendarmerie de
France Elle a bien fait voir
en cette occafion qu'elle eſt digne
de la haute eftime quelle
seft acquife dans le monde , un
feul Efcadron ayant foûtenų
l'honneur de tout le Corps,
& n'ayant pas moins infpiré la
terreur que fi le Corps s'y eftoit
trouvé entier, Aufli ne peut- on
trop
GALANT 3631
·
trop louer tous ceux qui compofent
cet Efcadron , tant Of
ficiers que Gendarmes . Mr le
Marquis de Flamarin , Guidon
de cet Efcadron commandé par
Mr le Marquis Mezieres , s'eft
acquis beaucou de gloire dans
ce Combat où il s'eft extremement
diftingué. On a appellé
cette espece de Bataille , le :
Combat de la Victoire parce qu'il
s'eft donné au Village de Vitto
ria. Tout cela eft d'un bon augure
pour le Roy d'Eſpagne qui
a triomphé la premiere fois qu'il
a eu les armes à la main . Ce
Prince ne parut point furpris
lorfqu'il fe trouva à la fin de
l'action le feu ne l'étonna
point Il parut feulement touche
, comme le doit eftre une
Hh
Juillet 1702.
364 MERCURE
belle ame , lorfqu'il vit la riviere
comblée de morts & de mourans
.
Pendant que Mr le Duc de.
Vendofme marchoit d'un coſté,
il eftoit convenu avec Mr le
Prince de Vaudemont d'occuper
les Ennemis de l'autre , en
failant attaquer les retranchemens
de Mr le Prince Eugene ,
& en envoyant fouvent des Partis
pour l'inquieter. Il l'eftoit
fouvent , puifqu'il n'y avoit que
deux jours que Mrs les Marquis
de Leffart & de Vaucocourt , &
Mr de Bertillat le fils , avoient
entierement défait un parti de
quatre cens chevaux forti du Se.
raglio, dont il y cut cent trente
tuez & quinze faits prifonniers,
avec quatre vingts chevaux pris.
GALANT 355
2?
Le Dimanche 6. Aouft Monfeigneur
arriva à fix heures &
demie du foir à S. Maur , & y
fut reçû par Monfieur le Duc
& par Monfieur le Prince de
Conty. Madame la Ducheffe
n'arriva qu'aprés Monſeigneur,
IT y eut promenade dans les
Jardins. L'on le mit au jeu enfuite
, on foupa à dix heures
& on fe remit au jeu jufqu'à
miquit .
3 Le Lundy Monfeigneur fe leva
a fept heures & demie , fit
un déjeuner fort leger , & alla
à Villeneuve S. Georges. II
courut un Loup dans la Foreft
de Sena . Madame la Princeſſe
de Conti arriva pour le fouper,
que l'on fervit à fept heures
& lors qu'il fut fini , il y eut
Hhij
356 MERCURE
une Mufique executée par les
fieurs Cocherot & Thévenart
de l'Opera , & par les Damoifelles
Couperin & Maupin . La
premiere eft de la Mulique du
Roy & Niece du fieur Couperin
Organiſte de Sa Majefté , qui
accompagna avec une Epinette .
Les fieurs Vifée, Forcroy , Philbert
, des Cottaux & quelques
Violons furent auffi de ce Conqui
recommença aprés
cert
4
une repriſe de Lanfquener.
Monfeigneur fe coucha à minuit
. Le Mardy Mefdemoiselles
Couperin & Maupin chanterent
un Motet à la Meſſe de
Monfeigneur , accompagnées
par le fieur Couperin avec l'Epinette
. Le dîner fut fervi à
une heure.Madame la Ducheffe
GALANT 367
de Bourgogne arriva à trois &
demie avec fes Dames , & s'arrefta
prés du Chateau , à voir
une Machine qui a paru déja
aux Foires , où quatre perfonnes
montées fur de petits Chevaux
de bois , courent la bague
avec beaucoup de viteffe . Monfeigneur,
& les Princes & Princeffes
s'y rendirent un moment
aprés , & Madame la Ducheffle
de Bourgogne courut la Bague
avec d'autres Dames. Ce diver
tiffement dura trois quarts
d'heure , aprés lefquels la Compagnie
entra au Chafteau Madame
la Ducheffe de Bourgogne
vifita d'abort l'Appartement
de Monfeigneur , qui eft
magnifiquement meublé
&
dont la vûë eft fort belle. Or
Hhiij
68 MERCURE
la conduifit enfuite dans d'autres
qui font encore plus , heureufement
expofez . On fe mit
au jeu fur les quatre heures , &
il furvint un Orage confiderable
demi heure aprés . Il ceffa
fur les fix heures, & l'on monta
dans des Caleches pour aller à
la nouvelle Maifon qui appartenoit
ci - devant à Mr de la
Toüanne . On fervit dans le
Sallon une tres - belle & abondante
Colation. Ce furent les
Officiers de Monfieur le Duc
qui la fervirent. Lors qu'elle fut
finie l'on alla voir l'Orangerie,
& l'Appartement des Bains
qu'on trouva tres - beaux . Enfuite
on traverfa le Jardin & la
Teraffe qui font admirables
pour la vûë & pour la propre 2
GALANT. 369
té. L'on trouva au haut du Pont té les deux Jardins , des
qui
Calefches de Monfeigneur & de
Monfieur le Duc. On monta
dedans , & on fe promena dans
les grands Jardins jufqu'à l'en- ·
trée de la nuit . Lorfqu'on fuc
rentré dans la Maifon , on joüa
jufqu'à dix heures , & les Officiers
du Roy fervirent le fouper
fur deux grandes Tables , com
me il fe pratique à Marli , Monfieur
le Duc en fit auffi fervir
d'autres tres-delicates pour
toutes les perſonnes de la Cour,
ainfi qu'il avoit fait les jours
précedens. On fe mit au jeu
aprés le fouper , pendant lequel
Mademoiſelle Couperin
chanta quelques recits des
vieux Opera accompagnée des
370 MERCURE
fieurs Couperin & Forcroy . Le
jeu dura jufqu'à prés de quatre
heures, & Madame la Ducheffe
de Bourgogne monta en caroffe
pour retourner à Marly par une
pluye effroyable qui continuoit
depuis dix heures du foir . Elle
changea de chevaux à la Porte
S. Antoine , ainfi qu'elle avoit
fait la veille . Elle alla entendre
la Meffe à S. Euftache , & fortit
par la Porte de S. Honoré, changea
de chevaux à Neuilly & !
arriva avant huit heures à Marly.
Monfeigneur ne revint de S.
Maur que le Mércredy fuivant ,
& ce Prince fe rendit ce jour- là
à Marly
Le Roy d'Espagne eftant fort
fatisfait des fervices que luy
rend Mr le Duc de Vendofmey
GALANT 371
}
& connoiffant d'ailleurs l'efprit
, la penetration , & le zele
de ce Prince pour luy , Sa Ma
jesté lui a donné une place dans
fon Confeil d'Etat , où comme
Prince de ſon fang , il a pris
féance avant les Confeillers d'Etat
qui compofent ce Confeil ,
S. M. C. affifte à tous les Confeils
qui fe tiennent . Elle fe couche
de bonne heure , parce qu'il
n'y a pas ordinairement d'action
de guerre le foir , & elle fe
leve à trois heures du matin
pour travailler.
Monfieur le Comte de Touloufe
a cru que paroiffant devant
Civitavecchia , il devoit
non - feulement envoyer faire
compliment au Pape, mais choifir
pour cette fonction un hom372
MERCURE
me auffi diftingué par la fageffe
que par fa naiffance , & par fes
emplois. Il n'eut pas de peine à
en trouver un , puifqu'il avoit
avec luy Mr le Marquis d'O . I
l'y envoya avec Mr le Chevalier
de Comminges , & Mr de
Valincourt . Sa Sainteté leur
fit tout l'accueil que devoient
attendre des Envoyez d'un fi
grand Prince,
2
Ceux qui ont trouvé le mot
de l'Enigme du mois paffé , qui
eftoit lor , font Meffieurs :
Barder & fon ami du Pleflis
du Mans ; Bonet Brulatou de
Rion en Auvergne Bayle &
Gallior. Tamirifte le beau
Marquis de devant Saint Mederic
, & fon Ami ; le fameux
GALANT 373
Enilezam G. C. II . l'Infortuné
Pigis de la ruë S. Antoine ; le
Fils de My My , & la petite
Catherine. Mademoiſelle Javote
, jeune Mufe du coin de
la rue de Richelieu ; l'aimable
Maman & fon fidelle fils ; la
belle parente de la Bastille &
fon petit coufin de la ruë de
Savoye ; Mademoiſelle Fourniere
, ruë S. Jean de Latran.
ENIGME.
D Ans la fleur de mes jours on
me tenoit pour belle.
L'éclat & la fraicheur me donnoient
des a pas.
Belle , ou non , ce feroit une chofe
nouvelle.
Si dans le cours des ans je ne
vieilliffois pas .
374 MERCURE
S
Ce temps qui me vieillit fais que
jefuis feconde ,
Fay formé des petits qui plairont
en tous lienx ,
Je les retiens captifs dans ma grotte
profonde
Pour les livrer un jour à la Table
des Dieux.
2
Fe fuis feiche à vos yeux , cependant
jefuis bonne >
Fay le nom d'un Auteur d'un affez
grand renom ,
Dans les fureurs de Mars on fait
voler ce nom ,
Un Royaume en eft digne , & moy
d'une Couronne.
Vous lirez avec plaifir les Vers
de l'Air que vous trouverez icy
gravé .
AIR
375
U.
Balent
reux.
es.bel
Siedle
nous .
prerace
BIBLIO
THERE
DE
LYON
1893
#
VILLE
de fi
affe
Tou
37
C
La
Je
P
Je
F
D
GALANT 179
AIR NOUVEAU,
P Rince , dont les vertus égalent
la
naiffance ,
Et la grandeur de vos Ayeux.
Vous eftes des François la plus bel
Jale esperance
Et vous nous promettez un Siecle
glorieux.
Le nom que vous portez , pour nous
de bon augure ,
Nous rappelle le fang de nos premiers
Dauphins
,
Mais on attend de vous une race
future
De plus grands Souverains :
On n'a jamais rien vû de fi
furprenant que ce qui fe paffe
devant Landau , & il eſt inoüi
Juillet 1702 .
Ii
376 MERCURE
qu'aprés deux mois & demi de
Siege , une grande Armée n'ait
encore pris aucun des dehors de
cette Place. Il paroift même
par les baftimens qu'on a conftruits
pour loger le Roy des
Romains , & toute la Maiſon
que l'on ne s'eft pas attendu
que fa prefence avançaft beaucoup
le Siege de cette Place.
L'arrivée de ce Prince a efté
celebrée par un grand nombre
de coups de canon tirez contre
la Place , & par quantité de
bombes qui n'ont fervi qu'à fai
re connoiſtre aux Affiegez que
le Camp des Ennemis eftoit
groffi , & qu'ils avoient un Generaliffime
dont l'experience ne
leur promettoit pas une prompte
victoire , auffi ne luy avoit
GALANT 377
elle pas prefté fes aîles pour venir
puifque jamais Prince n'a
marché fi lentement , lorfqu'il
a efté queſtion de courir à la
gloire . S'il n'a pas imité en cela
nos Princes qui volent lorsqu'il
s'agit d'aller expofer leur vie ,
mais il a fuivi leur exemple en
faifant diftribuer de l'argent
aux Soldats de la tranchée , cependant
il faut des exemples
plus forts
pour engager les troupes
à affronter le perit. Comme
il eft prefque impoffible de les
faire approcher de la Place ,
parce que le bruit s'est répandu
que Mr de Melac a fait miner
même le chemin couvert , Mr
le Prince de Bade , a fait faire
des travaux foûterrains que le
Roy des Romains a efté voir
Ii ij
278 MERCURE
སྒྲ་
On dit que ce Prince a fait fom
mer Mr de Melac , & qu'il luy
a fait dire que s'il vouloit fe rendre
, il le laiffoit maiftre de la
Capitulation , & que la réponſe
de ce Gouverneur a efté que le
Roy luy ayant donné pour fa
vie le Gouvernement de Landau
, il défendroit cette Place
jufqu'à la derniere goute de fon
fang. On fait parler le Roy des
Romains de beaucoup d'autres
manieres, & l'on fait faire beaucoup
d'autres réponſes par Mr
de Melac , mais je n'ofe rien affurer.
S'il eft permis de ne pas
parler jufte en fait de nouvelles
, c'eft lorfqu'on parle d'une
Place fi refferrée qu'ils sich
échape rarement , & que ceux
qui en rapportent ont des rai
GALANT 379
fons pour les déguifer , ou font
mal informez de ce qu'ils difent,
c'eſt par cette raison que je ne
parleray point de la fortie que.
Fon prétend que Mr de Melac
ait fait faire avec des Troupes
vétuës de noir. Il faut que l'on
s'explique mal , ou que l'on foit
mal informé cependant il eft
cerrain que les forties que fait
faire ce Gouverneur font frequentes
, qu'elles font toûjours
avantageules , & que nos troupes
infpirent une telle terreur
aux ennemis , que ce n'eft qu'a
vec une extreme violence qu'on
les oblige d'aller à la tranchée ,
& qu'elles prennent toûjours la
fuite lorfque Fon fait quelque
fortie de la Place . On dit que
le General des troupes de Fran
I i iij
380 MERCURE
conia a efté bleſſé à mort par
l'éclat d'une bombe , & que nous
avons perdu le Lieutenant Colonel
du Regiment de Sforce . H
eft certain queele canon de la
Place defole d'autant plus les
Ennemis , que Mr de Melac
a trouvé le moyen de le leur
cacher des qu'il a fait une dé
charge , & qu'il les faits tranf
porter où il ne leur paroift point
de batterie , de maniere qu'ils
en font accablez avant que d'avoir
fçeu qu'il y en ait en cet
endroir- là ce qui eft caufe qu'
ils ne le peuvent démonter. Mr
de Melac les chagrine auffi
beaucoup par deux batteries ,
dont l'une eft toûjours chargée
ascartouche , & leur tuë beaut
coup de monde lors qu'ils ap.
GALANT 381
prochent de trop prés , l'autre
batterie eft de Canons qui portent
fort loin , enforte que perfonne
n'en eft à couvert dans
le Camp des Ennemis , & que
ces pieces portent jufques dans
le lieu que l'on a fait conftruire
pour loger le Roy des Romains ,
Sijaprends encore quelque
chofe de Landau avant que ma
Lettre foit fermée , je vous en
feray part.
#
-Plus les Hollandois tâchent
à diminuer les avantages rem
portez par le Roy de Suede fur
le Roy de Pologne , plus ces
avantages groffiffent. Je n'entreray
point icy dans le détail
d'un Combat dont les particu
laritez ne font pas encore bien
feures , je diray feulement deux
381 MERCURE
choſes qui font dignes d'être
remarquées , l'une que le Grand
General Sapieha , ayant eu fon
Cheval tué dans la mêlée , le
Roy de Suede l'obligea de
monter fur le fien , & s'en fit
donner un autre . Quand on fait
de pareilles actions au milieu
du peril , on ne le craint guerre.
La feconde action remarquable
que fit ce Monarque , fut de fe
jetter à genoux & de remercier
Dieu de la Victoire qu'il venoit
de remporter , auffi - toft qu'il
eut gagné la bataille On die
que cette action fe fit dans la
Tente du Roy de Pologne , Sa
Majefté Suedoife y étant entrée
aprés avoir pris poffeffion du
Camp . On prétend qu'outre
L'Artillerie & les Bagages on a
י כ
GALANTI 383
ཏི ?
auffi pris la Chancelerie du Roy
de Pologne , avec tous fes Pa
piers & les Titres de la Couronne.
Je ne puis vous donner
de nouvelles certaines de fa
perfonne , mais il
que vous n'en
aimpoffible
pas d'ailleurs
avant que vous receviez
ma Lettre. Les Hollandois
font extrêmement chagrins des
grands avantages que le Roy de
Suede vient de remporter ,
parce que ce Prince eſt un des
Garans de la Paix de Rilvick
qu'ils viennent de rompre. Ils
lui avoient demandé huit mille
hommes comme garant de ce
Traité , dans le temps qu'il's
avoient cru qu'ils aigriroient
tellement le Roy de France ,
qu'ils l'obligeroient à leur dé
384 MERCURE
clarer la guerre ; mais connoiffant
que fa prudence l'emporteroit
toûjours fur leur mauvaife
conduite & pouffez par de mauvais
confeils qui les ont obligez
à déclarer la guerre qu'ils vou
loient qu'on leur déclaraft
c'eft à la France que le Roy de
Suede doit donner le fecours
qu'ils ont demandé , puifque ce
fecours doit eftre donné aux
agreffeurs , & que leur Déclaration
de Guerre les condamne,
& fait voir qu'ils le font dans
toutes les formes . Sila Victoire
du Roy de Suede inquiette
beaucoup les Hollandois , les
continuels avantages que les
François remportent en Italie
ne leur caufe pas moins d'inquietude
. On apprend tous les
GALANT 385
>
jours que les Fnnemis ont beaucoup
plus perdu au Combat de
Vittoria qu'on n'avoit publié
d'abord . On affure qu'il y a plus
de quinze cens hommes tuez ou
noyez . Les principaux
Officiers
de du Regiment
Darmstat
Commercy
& de Viſconti font
du nombre des premiers. Les
Officiers prifonniers
, & les
Trompettes
des Ennemis en
ont reconnu plufieurs entre les
morts. On a trouvé parmi le
butin beaucoup
de vaiffelle
d'argent & d'argent monnoyé.
On a pris auffi des Carroffes ,
Chaifes , des Chariots
&
plufieurs beaux Attelages .
Le 27 Juillet le Roy d'Efpagne
, & Monfieur
le Duc de
Vendofme
vinrent camper
да
386 MERCURE
Vittoria. La puanteur y eftoit
fort grande parce que l'on n'avoit
pas encore retiré les cada- .
vres des hommes , & des Chevaux
qui y avoient efté tuez la
veille , & que la Riviere du
Croftolo en eftoit toute remplie.
Les troupes qui eftoient
reftées à Caftelnovo joignirent
le 28. Les Maraudeurs de l'armée
fe préfenterent ce jour - là
devant Reggio. Le Gouverneut
fut obligé de fe fervir de fon
canon pour les faire retirer 11
envoya un Trompette avec une
Lettre d'excufe à Mr de Vendofme
. Le Roy d'Efpagne luy
écrivit le 29. Qu'il eftoit venu en
Italie pour conferver , & défendre
Les Etats & la tranquilité du Pays ,
que fon intention eftoit qu'il reçut
fes
GALANT 387
Jes troupes dans fa Ville dont
prendroit la protection , & que s'il
refufoit de le faire ,fa perfonne &
La Villeferoient traitées felon les
rigueurs de la guerre. Mr d'Albergotti
y fut envoyé le même jour
avec mille chevaux , & quatre
pieces de Canon . Il fut fuivy le
lendemain par Mr d'Immecour
les trois Bataillons de la Maripę
& celui du Cottentin . Cette
Place fe rendit à diſcretion à la
premiere fommarion . Il y avoit
dedans quatre cens fantaffins ,
& cent cinquante chevaux des
troupes de Modene . On trouva
dans la Place vingt Canons
avec une grande quantité de
grain , & de poudre , & l'on y
établit des Fours , & un Hô-
蠱
>
pital . On y laiffa Mr d'Imme-
Juillet 1702 .
Kk
388 MERCURE
cour en qualité de Commandant
. Quelques Lettres portent
que Guaftalla fut invefti en
même temps ; mais on avoit encore
lieu d'en douter parce que
d'autres Lettres de l'Armée
n'en parloient pas .
Le 30. Mr de Vendofme détacha
Mr d'Albergotti avec
mille chevaux , fuivis de Mr
d'Orgemont , & des Regimens
de Vendofme & de Tournefis
pour aller à Modene , qui fuivit
l'exemple de Reggio , & fe
rendit auffi bien que la Citadelle
, dés qu'elle eut vû paroître
les Troupes . Le Roy
d'Efpagne avoit fait fçavoir
Monfieur le Duc de Modene
que s'il ne faifoit ouvrir les por
tes de cette Place , il entreroit
GALANT 189
en Vainqueur dans le Pays , &
Mr de Modene s'eftima fort
heureux d'avoir trouvé le moïen
d'éviter le facq de fon Pays ,
qu'il avoit lieu d'apprehender.
Ce Prince fe retira à Bologne.
Mr d'Orgemont fut mis dans
Modene pour y commander.
Monfieur le Duc de Vendofme
fit baiffer le Pont qu'il
avoit à Cazal- maggiore , audeffous
de Guastalla , où Mr
de Laubepin s'eftoit déja avancé
avec les deux Galiotes , &
s'eftoit rendu maistre de la navigation
du Pô.
Le 31. l'Armée alla camper
à Novellara où elle fejourna le
premier d'Aouft pour artendre
du pain Elle marcha le lendemain
, & fe rendit à Tefta
Kk ij
390
MERCURE
fur la Parmegiana , où les Ennemis
avoient rompu & brûlé
tous leurs Ponts Pendant que
nous avancions vers eux , &
que nous mettions des Troupes
dans Modene , & dans Reggio
ils quittoient les Poftes quils
avoient devant Mantouë à
Courtotone , à la Porte Pradelle
, & à Cerefe , & Mr le
Prince de Vaudemont les faifoit
démolir leurs Fortifications:
& les retranchemens qu'ils.
avoient faits.
Voicy la fituation des Armées
felon les lettres dus de ce mois .
Mr le Prince Eugene eft à la
droite du Po qu'il avoit paffé ;
il y a devant lui le Zero . Cette
Riviere , ou Canal a affez de
profondeur. Quelques - uns diGALANT
391
fent même, qu'elle eft d'une
largeur raisonnable. L'Armée
Allemande a la droite du côté
de Guastalla. Mr le Prince Eugene
avoit laiffé dans Borgoforte
, les Troupes qu'il croyoit
neceffaires pour la deffenſe de
ce Pofte. On a de la peine à pe
netrer fon deffein. Il ne met devant
lui qu'une petite Riviere ,
pendant qu'il en a une confiderable
derriere luy , dans laquelle
fes Troupes pourroient eftre
renversées s'il eftoit preffé .
L'Armée des deux Couronnes ,
qui a paffé la Parmegiana à Te.
fta , n'eft pas à trois lieuës de
luy , & fait face au Zero. L'Armée
de Mr le Prince de Vaudemont
, qui n'eft plus neceffaire
auprés de Mantouë, a ordre d'a-
"
KK iij
391 MERCURE
vancer, & de joindre. Sa mar
che , doit eftre de cinq jours , &
il peut y avoir une action avant
qu'il ait joint . On a tenu confeil
dans l'Armée des deux Couronnes
, pour fçavoir fi on attaqueroit
, les avis fe font trou
vez partagez , quoique l'on ne
doute prefque pas du fuccez
mais la Perfonne du Roy d'Efpagne
devant eftre precieuſe ,
on a crû devoir attendre l'Armée
de Mr le Prince de Vaudemont
voilà en quelle fitua
tion eftoient les Armées le 5. de
ce mois , lorfqu'on a ouy batre'
au champs dans l'Armée du
Prince Eugene. Je ne fçay pas
ce qui eft arrivé depuis , fi je
l'apprens avant que ma lettre
foit fermée , je vous en feray
GALANT 303
39%
part . Bien des gens fe perfuadent
que pendant que le Prince:
Eugene tenoit cette bonne contenance
, il faifoit paffer derriere
luy, tous les équipages
, &
fon gros canon pour le conduire
à Oftiglia , & qu'il fe retireroit
enfuite
; je croy que vous
en fçaurez des nouvelles
avant
que vous receviez ma lettre .
Je dois ajoûter icy que l'on a
trouvé 30 pieces de Canon dans
Modene , & qu'on les a fait conduire
dans la Citadelle afin
qu'elle fût plus en eftat de fe
défendre. On s'eft emparé de
Corregio , & de Carpi . Ces
deux petites Places appartiennent
à Monfieur le Duc de Modene
; ainfi le Roy d'Espagne
eft à prefent Maistre de tout le
394 MERCURE
Modenois , à la referve de Ber
celle. On a mis dans Corregio
qui n'eft fermé que d'une fimple
muraille, deux Compagnies
de Grenadiers pour la garder.
Ona defarmé les peuples de ces
deux Places pour plus de fureté.
Ce n'eft pas qu'on n'ait lieu
d'eftre tres content du Peuple
& de la Nobleffe de Modene
qui a temoigné beaucoup de
joye de voir arriver les troupes
des deux Couronnes , fe voyant
par là délivrée des mortelles
inquietudes où eftoit ce Duché.
On parle diverſement de la fituation
des Ennemis . On dit
qu'ils ont leur droite à Borgoforte
, & que leur gauche s'étend
vers Revero. On affure
qu'ils font un Pont à Revero ,
GALANT
395
& un autre à Oftiglia . Mr le
Prince Eugene cherchant à
profiter de la feparation des
deux Armées fait aplanir tous
les chemins par les Payfans , &
couper les hayes & les buiffons .
Cependant la terreur eft dans
fon Armée depuis le combat du
25 , & Mr du Gua s'eftant mis en
marche avec fix cens chevaux ,
a rencontré un gros corps de
Cuiraffiers qui pour fair plus
aiſement ont abandonné leur
cuiraffes . Ainfi il y a peu d'apparence
que le Prince Eugene
rifque une bataille . Jefuis , Madame
, voftre & c ..
A Paris.ce 4 Aouft 1702..
14.
AVIS ..
E
Volume eft
accompa-
Cgné d'unfecond, qui a pour
Titre.
396 MERCURE
Affaires de la Guerre , contenant
le Journal du Blocus de Mantouë ,
& la fuite du Journal de l'Armée
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. Je ne croy pas qu'il ayt pa
ru de nos jours , & peut - eſtre
jamais un morceau d'Hiftoire
touchant la Guerre , fi exact
que le Journal du Blocus de
Mantouë . On en fera aifément
convaincu , lorſqu'on fera réflexion
, que ce Blocus a duré
fix mois entiers , & qu'on parle
dans ce Journal de ce qui s'eft
paffé chaque jour, tant dedans ,
que dehors la Ville , & de plus
de cent combats , dans lefquels
les Partis de la Garnifon de
Mahtouë ont fait des chofes
prodigieufes en combattant ,
pour tirer de la Campagne deGALANT
397
quoy fubfifter. Il eſt à remarquer
que ces Partis avoient af
faire à toute une Armée qui
n'avoit d'autre but que d'empêcher
qu'il entrật rien dans
Mantouë ; au lieu que nos Partis
, lorfqu'ils faifoient des forties
, avoient à combattre des
Ennemis vingt fois auffi forts
qu'eux , une Garniſon eftant
moins forte qu'ane groffe Armée
, & à ramener dans la Ville
, dans le même temps qu'ils
deffendoient leur vie , dequoy
faire fubfifter tous les Habitans ,
la Garniſon & les Chevaux .
Les Fourages & le bois n'étoient
des chofes aifées à remporde
petits Partis , devant
toute une Armée Ennemie , &
uniquement attentive à empef
pas
ter par
08 MERCURE
cher qu'aucune chofe n'entrat
dans la Place . Tout cela s'eft
fait heureuſement & glorieufement
, & l'on peut dire que
ce'n'a pû eftre fans miracle , &
qu'avec des prodiges de valeur.
On n'en peut eftre perfuade
qu'en lifant le Journal du Blocus
de Mantouë , qui fert de
feconde partie du Mercure de
Juillet. On voit auffi dans ce
Journal quantité de Faits hiſtoriques
, tres- curieux , & d'autres
ou l'érudition à part.
Ces fecondes parties du Mercure
font toûjours d'un fi grand
travail , & remplies de chofes
recherchées avec tant de foin
& d'exactitude , & qui feroient
perdues tant pour la gloire de
ceux qui les ont faites, que pour
la
GALANT 399
la curiofité de ceux qui fouhaits
tent d'eftre inftruits de tous les
faits dont ces volumes parlent,
qu'on ne doit pas s'étonner file
public leur fait un accueil fi fa
vorable ; & s'il les recherche
avec autant d'empreffement ,
qu'il a fait le volume du mois
dernier qui fert de feconde partie
au Mercure de Juin , & qui
commence par la Relation de la
Journée de Nimegue. Auffi doiton
avoüer, qu'avant que ce Volume
eût efté rendu public , on
n'avoit pas vû trente lignes de
ce qui s'eft paffé dans cette memorable
Journée , que ce Volume
eftoit neceffaire pour la fai.
re connoître à toute la Terre
& qu'un nombre infini d'actions
heroïques auroient efté igno-
LI
400 MERCURE
rées de la pofterité , fi ce volu
me n'eût jamais paru . Tous
ceux qui ont combattu dans cette
fameufe Journée , doivent
laiffer ce Livre dans leur Famille
, afin que leurs Defcendans
apprennent un jour de
quelle maniere ils s'y font diftinguez
.
On avoit promis de donner un
Journal du Siege de Keyferverts
mais il ne paroîtra pas fi- tôt ,
parce qu'on n'a pas encore tous
les memoires neceffaires pour
donner un Journal auffi exact ,
que celui du Blocus de Mantouë.
De pareils ouvrages font
toûjours bons & toûjours nouveaux
, quand même ils paroîtroient
des années aprés l'exe
cution des grandes chofes qu'ils
GALANT 401
;
S
pas
contiennent ; puifqu'ils ne font
faits pour aprendre des nouvelles
, mais pour inftruire l'avenir
des grands évenemens .
On donnera le Mercure
d Aouft avant le huitiéme de
Septembre , afin que ceux , qui
vont en campagne pendant les
vacances , le puiffent avoir
avant leur départ.
APOSTILLE
.
Vous trouverez dans la feconde
Partie de cette Lettre un
Journal de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
qui commence au 13. du mois
paffé , j'ajouteray feulement ich
fon décampement du Camp de
Bringhen , dont je vous donne-
Lij
402 MERCURE
ray le détail dans ma Lettre du
du mois prochain. Il y a peu
d'exemples d'une marche auffi
belle & auffi hardie Ce Prince
a encore prêté le flanc aux Ennemis
pour leur faire naiſtre le
de defir de donner Bataille ;
mais ils ont mieux aimé le laiffer
paffer pour aller camper audeffus
d'eux , & qu'il leur cou- .
paft leurs vivres & leur Pays
que de rifquer une Bataille .
Ce Prince eſt entre Bolduc &
leur Camp , dans un Pays qui
n'eft point mangé , & les Ennemis
font auffi confus qu'ils fe
trouvent embaraffez . Je me tais
le
parce que
me manquent.
temps & la place
La Flote Angloife qui eftoit
à Torbay a efté diminuée de
GALANT: 403
quelques Vaiffeaux qui ont por
té une partie de fes Troupes eu
Hollande ;
La fortie des Troupes vêtuës
de noir de Landau eft vericable
. Tous ceux qui en eftoient
avoient noircy leur vifage ,
L'Armée d'Italie n'a point
paffé la Parmegiana ainfi qu'il
$ eft marqué ci - deffus ou du
moins les nouvelles n'en font
pas encore arrivées dans le moment
que je ferme ma Lettre :
Elle eftoit encore à Tefta & à
Fabico : Les Ennemis qui ont
leur Pont de Borgoforte der
riere eux , & qui font au devant
du Zero, le förtifient : Ils ont mis»
dix huit Bataillons dans Borgo.
forte. Lorfque l'on parlemen--
Llij
4°4 MERCURE
ta avec le Gouverneur de Reggio
, il demanda qu'on luy tiraſt
feulement un coup de Canon ,
& qu'on le fommaft , aprés quoy
il promit d'ouvrir fes Portes ;
ce qui fut executé un moment
aprés , & on entra dans la Ville
, qui est belle & grande .
2
On n'a pris que trois paires
de Timbales , & non cinq comme
on a marqué dans cette Lettre
THERES
BIBLIOT
LYON
*
1093
*
******
TABLE .
P
Relude
Sonnet. 7
Divers Sonnetsfur les Bouts- rimez
propofez par l'Academie des
Lanterniftes de Toulouſe. 9
Agrément donné par le Roy. 5 Bil
Loups nouveaux. 37
Nouvelles Obfervations de Chirurgie.
Paraphrafe.
Vie du Pere Jofeph , Capucin,
Le Commerce en fonjour.
39
SL
57
63
Dialogue de la Profe & de la Poën
fie
Sonnets .
Effade Litterature,
66
78
80
TABLE .
Ode fur la Foudre.
Autres Obfervations de Chirurgie.
Stances.
Thefes de Mathematiques.
92:
98
117
125
Traduction de l'Ode 7. du4 Livre
d'Ovide.
338
L'Echo de Beauvoir. 141
Nouvelles de la Terre- Sainte. 146
Morts.
150
Particularitez concernant le départ
de Mrle Duc de Medina -Céli. 17.
Grand repas donné par Mr l'Ambaffadeur
d'Espagne.
Article concernant Dom Francifca
Bernardo de Quiros , & Mr le
Marquis de la Mina.
T
177
180
Traduction d'une Lettre écrite par
Mrle Grand Duc Toscane à Mr
183 l'Ambaffadeur d'Espagne
Copie d'une Lettre de Monfeigneur
TABLE.
les Duc de Bourgogne à Mr
Ambaffadeur d'Epigne. 187
Le Pere Branccio eft prefenté au
89
Roy
Etat des Troupes d'Espagne & de
Savoye , qui fervent dans l'Etat
de Milan. 191
Le Roy accorde en même temps des
Lettres de Prefident honoraire
duGrand Confeil , à Mr Rouillé,
& l'agrément de la méme
Charge à Mr Bailly.
Mariage de Mr Bailly.
Aurre Article de Morts .
195
196
197
Oraifon funebre de Mr l'Evêque de
Saintes.
Cares nouvelles,
199
222
Cadrans Solaires d'une nouvelle
invention.
Suite de l'Article de la Theriaque.
227
234
TABLE.
Mr Audifret eft nomme Envoyé Extraordinaire
en Lorraine . 233
Gouvernement donné par le Roy.
234
Mr Senaux Evefque de Saintes eft
nommé à l'Evefché d'Autun. 235
Nouvelles du Siege de Landau ,
242
Nouvelles levées .
254
Embarras de l'Empereur & du
Confeil de Vienne . 255 .
Article de Morts.
Extrait d'une Lettre de Madrid.
Journal de ce qu'a fait le Roy d'Ef
263
268
pagne depuis qu'il a débarqué à
Final , jufqu'au jour du Combat
de la Victoire .
273
Belle altion de Mr deVaucocour.
364
Fefte de S. Maur.
365
TABLE .
Mr de Vendofme eft nommé Confeiller
d'Etat par Sa Majesté
Catholique. 376
Mr le Comte de
Thoulouse envoye
complimenterfa Sainteté,
371
Article des Enigmes . 372
375
Nouvelles du Siege de Landau.
Belles actions du Roy de Suede . de
Suede. 381
395
Suite des affaires d'Italie. 384
Avis important,
Décampement de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne.
Nouvelles de divers endroits ,
AG
DE
YON
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui
commence par ,
Seigneurfoyez nousfavorable , doit
regarder la page 224.
L'Air qui
commence par ,
Prince dont les vertus égalent la
naiſſance , doit regarder la page
375.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères