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1702, 06
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Eur
. 5117m
1702,6
Mercure
<36624505590013
<36624505590013
Bayer. Staatsbibliothek
9



MERCURE
GALANT
DEDIE' AMONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
JUIN. 1702 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant. -
Con
Omme il eſt impoſſible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure , ce qui en augmente confi-.
rablement les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente -huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq.
Les Relations le vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
quemalgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouventdans
"les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impossible.
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiẞent le port.
MERCVRE
GALANT
JUIN 1702 .
fi
A Ville de Lyon Capitale
du Lyonnois , &
renommée par tou
te l'Europe , a crû qu'elle ne
pouvoit mieux marquer le
zele qu'elle a pour fon Augufte
Souverain qu'en lay
A. iij
6 MERCURE
faifant élever une Statuë
Equeftre qui doit estre placée
dans peu de temps , & qui
fera un des plus beaux ornemens
de cette fuperbe Ville.
Le Pere d'Augieres , Jefuite,
& Recteur de la Maifon de
Saint Joseph a fait de fort
beaux Vers Latins far cette
Statuë, & je vous en envoye la
traduction . Elle eft d'un homme
d'un merite diftingué , &
qu'on peut appeller avec raifon
, Favory dés Muſes .
TEl eftoit ce Heros , quand ſeul parfa valeur
D'un torrent d'Ennemis arreftant la
fureur
GALANT 7
Il offroitfes exploits &leurs illuftres
marques
A celuy par qui feul triomphent les
Monarques .
$
Tel encore aujourd'huy par de nonveaux
Combats ,
De fon Augufte Fils il deffend les
Etats.
Dans fesjaloux transports l'Aigle
en eft confondue ,
Et voit en fremiffant fon attente
[ glois déchuë ,
Avec ellefremit le Batave & l'An-
Mais que peut leur couroux mèprifé
tant de fois,
20
Ce fuperbe animal plein d'un noble
courage
Ne femble refpirer que fang & que
carnage ;
A iiij
8 MERCURE
LOUIS fous fes lauriers ne femble
parfes traits
Que refpirer l'amour d'une éternelle
Paix.
S
De ce Sceptre qu'il tient , non moins
qu'avec la Foudre ,
Il mettra , s'il lefaut , les fiers Titans
en poudre i
Il en fera l'appuy des Autels ébranlezi
A ses yeux tomberont les monftres
accablez ,
Tant que prés de fes murs cette fam
meufe Ville
Verra joindre le Rhône à la Sône
tranquille.
Voicy one autre Traduc .
tion des Vers du Pere d'AuGALANT.
9
gieres. On fe fait fouvent un
plaifir de voir quelle eſt la difference
des genies fur une
même matiere.
TEL
.
El a paru LOUIS , quand au
deluge horrible
De cent Peuples liguez , qu'on vit
fondre fur luy,
Pour vaincre il n'oppofoit que fon
bras invincible ,
Du Trône & de l'Eglife unique &
ferme appuy
Tel encor à nos yeux , il paroift aujourd'huy
,
Quandpourfon Petit- Fils fon courage
s'explique ,
Et que dufage Ibere affermiſſant le
choix ,
10 MERCURE
Il enleve la proye à l'Aiglefamelique
;
Laiffant dans le fangfroid d'un dédain
heroïque ,
Menacer le Batave & murmurer
l'Anglois .
Voyez- vous ce Chevalfrapper du
pied la terre ,
S'applaudir de fa charge , & refpirer
la guerre !
Mais l'Art , qui du Heros nous
prefente les traits ,
Sur ce Bronze a gravé fon amour
pour la Paix.
Au milieu des lauriers moiffonnez
par fes armes ,
On connoist que l'Olive a pour luy
plus de charmes
GALANT It
Et l'air doux qui tempereicyfa majefté
,
Y laiße au feul métal toute la dudureté.
B&
Le Sceptre quified bien à cette main
royale
Comme unfoudre aux Titans porte
des coups mortels ,
Mais ilfert àfontourdefoutien aux
Autels.
Aux Monires , àjamais cette image
fatale
Triomphera du Temps qui triomde
tout.
Des Peuples reverèe on la verra debout,
Tant qu'on verra couler dans le rapide
Rhône
Lespareffeufes eaux de la darmante
Sône.
12 MERCURE
,
&
Ce qui s'eft paffé dans le
Dioceſe d'Agen a quelque
chofe de fi fingulier , de fi
édifiant , de fi nouveau
de fi pieux , qu'il merite d'ê
tre fçeu de toute la terre ,
rien n'eflant plus capable de
produire de bons effets que
les bons exemples. Jamais
on n'a parlé d'une pieté fi fer;
vente ny de tant de dépenſe
charitable , puifqu'on n'a
point vû jufques icy des mil
liers d'hommes deffrayez par
de fimples particuliers , &
tour cela par de purs motifs
de Religion , & de charité .
GALANT. 13
Ce qu'il y a de furprenant
c'ell que le Diocele en general
, a fait voir un zele également
ardent , & empreffé .
Enfin jamais il ne fut une fi
grande union de plufieurs
parties differentes , pour travailler
à s'attirer les graces du
Ciel , fans épargner ny fatigues
reiterées ny profufions
confiderables
. Je croy que
vous aurez beaucoup de plaifir
à voir dans la lettre fuivante
les Saints Spectacles
par lesquels les Peuples du
Dioceſe que je viens de vous
nommer , fe font édifiez les
14 MERCURE
uns les autres & ont édifié les
Etrangers & les nouveaux
Convertis qui en ont efté tou.
chez de bonne foy , & en ont
donné des marques , auffi bien
que ceux qui ne font pas encore
tout à fait dans la bonne
voye , où ces grands exemples
de Pieté ont fait entrer
quelques uns.
J
A MONSIEUR
. ***
E fuis ravy , Monfieur , de
vous fatisfaire fur la priere
que vous m'avez faite par vôtre
lettre du 15. May, touchant
GALANT 15
la Relation que vous me demandez
de la maniere auffi
édifiante qu'autentique avec
laquelle les Diocelains de
l'Evêché d'Agen font venus
gagner le Jubilé de l'année
Sainte dans cette Ville. Pour
vous en donner une parfaite
idée , il faut vous dire que
cet Evêché eft composé de
cinq cens bonnes Parroiffes
fans compter un bon nom ,
bre d'Annexes dont tous les
Curez font recommendables
par leur pieté & par leur
Doctrine
& de vingt cinq ou
trente Villes du troifiéme rang
16 MERCURE
affez confiderables.
M'l'Evêque d'Agen n'eut
pas plutoft reçu le Bref de
Nôtre Saint Pere le Pape &
determiné le temps conjointement
avec les venerables
Chanoines & Chapitre de la
Cathedrale pour faire cette
grande oeuvre , qu'il y ajouta
fon Mandement , où il paroift
comme dans tout ce qu'il
fait , une prudence confom .
mée , un zele infatigable , &
une parfaite érudition . I or
donna par ce Mandement que
le Jubilé fe gagneroit dans
la Ville d'Agen a l'inftar de
GALANT
17
celuy de Rome , par la vifite
des quatres Egliles Paroiffiales
plus ou moins reiterée ,
fuivant l'éloignement où la
proximité des Paroiffes , pendant
l'espace de deux mois
qui devoient commencer le
premier Avril , & finir le fecond
de Juin.
La proclamation faite du
Bref & du Mandement au
Profne de la Meffe , dans toutes
les Villes , & dans les Paroiffes
de Campagne , les
Habitans des lieux & des Pároiffes
marquerent tant d'ardeur
, qu'ils allerent en foule
Juin 1702 .
B
18 MERCURE
avec un zele incroyable prier
leurs Paſteurs d'avoir la bonté
de les conduire à cette fainte
action , & de les inftruire ,
pour en retirer tout l'avantage
& tout le fruit , ce que ces
bons Paſteurs executérent à
la premiere Fefte dans la Predication
pleine de pieté qu'ils
leur firent , & donnerent un
temps favorable pour s'y preparer
, offrant même & don .
nant en effet dequoy fubvevir
aux dépenſes à ceux qui
en avoient befoin , car vous
ferez bien furpris de l'ardente
charité avec laquelle les Ha-
1
GALANT 19
bitans d'Agen ont reçu &
traité ces Habitans de Campagne.
Comme le Bref & le Mandement
portoient que les
Confreries pouroient gagner
le Jubilé en Proceffion , par
deux vifites pour ceux qui
eftoient éloignez d'Agen de
trois lieuës & au delà, par trois
vifites pour ceux qui estoient
à deux lieuës , par quatre pour
pour ceux qui estoient à une
lienë , il a esté facile à toutes
les Paroiffes de le gagner en
Proceffions parce que la Confrairie
du Saint Sacrement
Bij
10
MERCURE
auquel tout le Dioceſe à une
particuliere devotion , eſt éta .
blie dans toutes les Villes &
Paroiffes. Dans le peu de
temps que les Paſteurs , ce
qui eft extraordinaire , donnerent
à leurs Paroiffiens , ils
agirent avec tant d'empreffement
& de diligence , que dans
moins de huit ou dix jours ,
la plupart des filles & des
Femmes s'habillerent de
blanc , firent travailler à
des Drapeaux blancs , & à des
Banieres de foye , ou l'on fic
peindre l'Image de la Vierge
ou du Saint Sacrement. Les
GALANT 2
21
Marguilliers ou les Commu
nautez firent auffi travailler
à des Drapeaux de foye bro.
chez d'or , avec des crêpines
de meſme où on a mis les
armes des Seigneurs , de fin
or en relief. Les uns en
avoient quatre , fix , huit , dix ,
avec plufieurs Bannieres de la
même étoffe , chacun s'acheta
dans les Villes les plus voifines
des Cierges d'une grandeur
qui puft fuffire pour leur
Pelerinage ; il y a de ces Drapeaux
qui ont coûté juſques
à deux cens cinquante livres,
comme celuy de Villeneuve ,
22 MERCURE
& celuy du Duché d'Aiguillon
, où brilloient encore les
armes de M' le Duc de Ri .
chelieu . Les armes eftoient
d'un prix égal ou moindre ,
felon la commodité des Villes
& des lieux ,
Le jour du départ eftant
venu , chaque Paroiffe ſe difpofoit
à cette fainte action
par la Meffe du Saint Efprit ,
qu'on celebroit à la petite
pointe du jour , laquelle finie
les Dames & les Demoiselles,
& les Filles de qualité commençoient
la marche , avec
une Croix enrichie & ornée
GALANT 23
de ce qu'elles avoient de plus
precieux ,couverte d'un grand
voile de foye , avec une crêpine
d'or ou d'argent , foutenu
par deux Demoiselles les
plus qualifiées , marchans
auds pieds , auffi bien que
celle qui portoit la Croix , &
chantoient les Litanies de la
fainte Vierge. Aprés celles ci
fuivoit la Croix des Artifanes
& des Payfanes , qui n'eftant
pas de la même richeſſe , avoit
beaucoup de propreté , couverte
d'un voile au deffus de
la plus fine toile , embellie de
Reliquaires , & de beaucoup
24 MERCURE
de rubans , même à fond d'or
& d'argent , portée par la
plus remarquable , nuds pieds
les coins foutenus par deux
Artifanes , les autres chantant
des Cantiques fort devots ,
marchant deux à deux , ou
quatre à quatre , fuivant le
nombre de ceux qui compofoient
la Proceffion . Immediatement
apres paroiffoit la
Croix de la Paroiffe portée
par le Seigneur du lieu , ou
par le plus qualifié , teſte découverte
& nuds pieds , precedé
par un ou plufieurs Drapeaux
, comme je vous les ay
cia
GALANT. 25
ci devant décrits , portez avec
beaucoup
de pieté par d'autres
Gentilshommes
. Lamarche
eftoit formée par le Curé
& par fes Preftres en chape ,
un Cierge allumé à la main ,
les Seigneurs
& les Gentilshommes
fe faifant une gloire
de chanter les Litanies des
Saints , avec une édification
generale .
Le tout ainfi ordonné , on
continuoit la marche jufque
dans Agen , obfervant fort
regulierement le bon ordre
& le rang dans toute la Campagne.
Les uns partoient de
May 17020 C
26 MERCURE
f
dix à douze lieuës & au deffous
, & de differens endroits ;
de forte que la Campagne ,
les plaines , les valons , les
montagnes retentiffoient de
chants d'allegreffe , d'hymnes
, & de cantiques à la loüan.
ge du Seigneur , & à la gloire
de la Religion. On a vû même
que toutes les Paroiffes
d'un Archipreftre , fe joi
gnoient enſemble avec leurs
Croix , leurs Drapeaux , &
leurs Bannieres , & où il
avoit un ſi grand nombre de
Fidelles que leur marche occupoit
un quart de lieuë de
GALANT.
27
terrain . Vous auriez dit à les
voir que c'eftoit une Armée
qui marchoit en bataille
par l'effet éclatant que faifoient
ces Croix , ces Dra
peaux , & ces Bannieres de
differentes couleurs.
Ces Proceffions ainfi étab'ies
arrivoient dans la Ville
dans cet ordre merveilleux ,
les femmes tellement voilées
qu'on ne voyoit le vifage
d'aucune , marchant en un fi .
lence édifiant , & d'une mo
deftie Angelique , entre lef
quels Madame la Comteffe
de Fumel donna des marques
Cij
28 MERCURE
d'une finguliere pieté &
d'une dévotion parfaite , tous
les hommes chapeau bas
Cierge allumé , ce qui tiroit
les larmes des yeux de tous les
habitans qui fe trouvoient
pour les voir paffer , de forte
que nous pouvons dire que
nous avons veu la Religion
dans tout fon éclat & dans
fon triomphe , j'ajouteray
que les fatigues & les peines
d'un long voyage , à pied ,
que tant gens de Qualité de
ont voulu faire ont fi fort tou .
ché nos freres les nouveaux
Convertis , qui habitent pluGALANT
29
J
fieurs Villes de ce Diocese ,
où les Proceffion parties de
plus loin eftoient obligées
de s'arrêter & de coucher ,
qu'ils ont exercé envers nos
fidelles avec beaucoup de
bonté & de complailance
le droit de l'Hopitalité & de
la charité , les ayant reçeus
& traitez chez eux fort hu .
mainement , leur fourniffant
le logement , pain , vin , &
viande gratis , & fans nulle
forte de payement , & les
gens de Qualité parmy eux
s'empreffoient d'avoir chez
cux un ou plufieurs Preftres
C iij
30 MERCURE
qu'ils honoroient comme le
Meffie. Les Villes qui fe font
le plus fignalées par ces bons
traitemens font , Clairac &
Tonneins , de qui en apparence
on ne devoit pas at
tendre ce bon accueil ; cependant
on n'a jamais veu
tant de cordialité.
Ce qui parut de beau & de
grand c'eft que ny l'empreffement
que marquerent
les
habitans d'Agen , ny les acclamations
mille fois reïterées
, ny les louanges qu'on
donnoit , foit à l'ardeur & au
zele avec lequel ces ProcefGALANT
37
fions faifoient leurs Stations ,
ne leur firent rien perdre de
leur bonne contenance , ne
diminuerent rien de leur pieté
, ny de leur modeftie , & la
grande foule des fpectateurs
ne leur caufa pas un moment
de distraction. Il n'y avoit
rien de fi édifiant que de voir
ces Dames qui ayant quitté
tout ce qui tient du fafte & de
la pompe, fimplement habil .
lées marchoient d'un efprit recueilly
, & édifioient tout le
monde par leur modeftie .
Il arriva cependant , &
cela fit quelque peine que
C iiij
32 MERCURE
ces bonnes gens fatiguez d'u
ne marche longue & penible
tomberent dans des deffaillances
d'où ils ne feroient peut
eftre pas revenus , fi plufieurs
des Chanoines de la Cathedrale
par où on commençoit
les Stations , qui font
des hommes de qualité & de
diftinction , mais encore plus
recomandables pour la grande
charité qu'ils ont exer
cée , n'avoient fait preparer
de bonnes liqueurs pour les
faire revenir de leurs pamoi.
fon Ils prenoient la peine
de les diftribuer eux mêmes
GALANT. 33
tous ceux qui le trouvoient
mal , & faifoient porter les
plus foibles chez eux , où ils
trouvoient toute forte de foulagement.
C'eft en cecy que la Ville
d'Agen s'eft acquis une gloi .
re immortelle ; c'eft en cecy
qu'elle a fait revivre la chari.
té des Chreftiens de la primitive
Eglife. Toutes les com
ditez & tous les biens y ont
efté communs. On a fait paroiftre
dans fon entier toutes
les marques d'affection de
l'ancienne fraternité chretienne,&
ce qui eftfurprenant
34 MERCURE
il y a eu plufieurs fois icy juf
ques à vingt & à trente mille
perfonnes, dont les Auberges
n'auroient pû loger le quart .
Cependant il ne s'est trouvé
perfonne qui n'ait efté reçû ,
logé , noury , fans qu'on exigeaft
aucun payement. On
les regardoit commes les propres
freres , & comme les
membres d'un même corps ,
quorum caput Chriftus. Tout
ce qu'il y a dans Agen de
gens de qualité de l'un &
de l'autre Sexe , fe rendoient à
l'Eglife où finiffoient les Sta.
tions , & tres . fouvent à neuf
GALANT
35
& dix heures de nuit , faiſant
porter des flambeaux parleurs
domestiques pour aller prendre
de ces bonnes gens , le
nombre pour lequel ils
avoient préparé le fouper , &
qu'ils pouvoient loger com.
modement , jufques à décendre
leurs tapifferies de leurs
fales & de leurs chambres ,
aprés avoir occupé tous leurs
lits. Les Bourgeois & les Artifans
en faifoient de même
chacun fuivant les commodi
tez . Les Chanoines même en
prenoient chez eux juſques à
trente , quarante , & meſme
36 MERCURE
jufques à cent & ne les laif.
foient manquer de rien . Ces
bons traitemens confoloient
beaucoup ces bons Pelerins
qui fe fentoient d'abord refaits
de leur laffitude & des dé
faillances que leur avoit cauſé
le grand chaud qu'il a fait dus
rant ce temps là . La même
charité continuoit pendant
le fejour , dans lequel on
faifoit fa devotion dans les
quatre Eglifes paroiffiales
dans lesquels la vigilence Paf
torale de M' l'Evêque avoit
étably un grand nombre de
Confeffeurs.
GALANT
37
Je vous ay dit que les nouveaux
Convertis avoient efte
touchez de la ferveur de nos
Catholiques. Ils le furent fi
tellement que ceux de Tonnens
, de Bas ne firent pas
difficulté de fuivre M le
Comte de la Vauguion leur
Seigneur connû par fon merite
perſonnel , par la haute
qualité , par fon zele pour
la Religion , qui voulut
venir avec le Curé de cette
Paroiffe & les Religieux du
tiers Ordre dont il eft fon .
dateur , fans diftinction de
rang ny d'équipages . Une
38 MERCURE
bonne partie de ceux de Clai
rac , Sainte Foy , Pumirol ,
& autres fuivirent leurs Curez
& firent leurs Stations . On
a fait paroistre tant d'édifi
cation , tant de fageffe , tant
de ferveur & de zele que M'
l'Evêque de Lectoure le trou .
vant en vifite chez M' nôtre
Evêque , voulut bien voir
paffer plufieurs de ces Proceffions
entre- autres celle de
la Ville de Marmande , compofée
de quatre ou cinq mille
perfonnes , l'une des plus
propres & des mieux ordonnées
par la quantité de fes
GALANT 39
embeliflemens & par le grand
nombre de la Compagnie des
Penitens bleux qui estoient
tous pieds nuds d'une regularice
& d'une modoftic charmance.
Cet illuftre Prelat ne
put s'empêcher d'en verfer
des larmes de joye , Celle de
Villeneuve , d'Aiguillon , du
Port fainte Marie ,fe font fort
diftinguées , & il a paru dans
toutes les autres , tout ce
qu'on devoit attendre de gens
pleins de foy & d'amour pour
leur Religion .
Comme il n'y a point de
Ville dans le Dioceſe où il n'y
40 MERCURE
ait une ou deux compagnies
de Penitens ou plufieurs Ordres
de Religieux , c'est ce
qui a augmenté beaucoup le
nombre des Proceffions qui
dans leur marche & dans
leurs Stations , ont fait
paroistre avec beaucoup
d'exemple , qu'ils ont fçeu
trouver dans leur vie retirée
& religieufe , l'eftat de la
perfection Evangelique qu'ils
cherchent avec tant de peine ,
& d'aufterité. Ils eftoient fui .
vis d'un grand nombre de
Peuple de toutes qualitez ,
qui marquoient avoir beau
GALANT 4
coup profité de leur bon
exemple , & c'est ce qui a fait
durer ces faints Pelerinages
l'espace d'un mois & demy.
Quoy qu'il n'y cuft point de
de jour où il ne fe trouvaft
dans Agen huit ou dix mille
perfonnes étrangeres ( c'eftoit
là la moindre foule ) les Ha
bitans ne le font ny laffez
de fervir , de careffer , de foulager
, de loger , & de nourin
les derniers de même que les
premiers , il eſt certain que
leur charité augmentoit
àmefure
que le nombre eftoit plus
grand, & que cette fainte par
Juin 1702
.
D
4 MERCURE
rique duroit plus longtemps.
Je croy que je vous en ay dit
affez pour vous pouvoir faire
juger fainement du zele & de
la ferveur des uns & de la
charité des autres.
Je ne vous avois pas dit que
ces devots Etrangers qui le
trouverent icy en grand nombre
dans le temps que les Proceffions
les plus majestueules
faifoient leurs Stations ,furent
extremement & agreablement
furpris de voir tout- àcoup
paroiftre la Proceffion
de la Congregation de la fainte
Vierge, faite parlesEcoliers
GALANT
43
de cette Ville & du College
des Peres Jefuites qui eftoient
bien au nombre de fix cens.
Ils commencerent aprés huir
jours d'une retraite fort regu
liere par les foins & le zele
du Pere Verdilhac , Prefer du
College qui préchoit trois
fois par jour avec beaucoup
d'onction pour les preparer à
gagner leJubilé.
Ces Eftrangers remar
querent qu'ils n'eftoient pas
les feuls qui s'eftoient acqui
tez dignement de leur devoir.
On voyoit d'abord paroiftre
Dij
44 MERCURE
une tres belle croix d'argent
& des plus belles qu'on puiffe
voir , qui eft la croix de cette
maifon portée par un Preftre,
deux Acolites au côté portant
un flambeau d'argent de
prix , chacun accompagné
de vingt quatre furplis , enfuite
les Ecoliers , Claffe
par
Claffe , obſervant régulierement
leur rang , le cierge en
main le moindre d'une livre ,
furprenant tous le monde
par une agréable & fainte
modeftie , chantant les Litanies
de la Sainte Vierge en
trois choeurs en fauxbour-
3
GALANT:
45
don , fi régulierement & fi
mélodieusement
, quoy que
ce ne fuffent que des Ecoliers
que cela valoit autant qu'une
bonne Mufique. Leurs Parens
qui fe trouvoient_toujours
fur leur route verfoient des
larmes qui faifoient connoiftre
leur extreme fatisfaction .
Ces bons Pelerins en furent
tellement touchez , qu'ils les
precedoient par tout dans le
jour de leur fejour , pour en
voir le bon ordre , & pour en
tendre la mélodie de leur
chant. La marche eftoit fermée
par le Pere Lamy , Pro
46 MERCURE
feffeur de Philofophie & Di
recteur de cette Congregation
, portant l'Image de la
Sainte Vierge , avec tant de
devotion , de modeftie , &
d'édification , qu'il attiroit fur
Juy les yeux de tous les fpectateurs
; il eftoit precedé auf
fi d'un grand nombre de furplis.
Je fuis voftre & c .
Puifque nous fommes fur
une matiere fainte , je conti
nuëray , en vous parlant du
Panegyrique des Saints , prêché
à S. Sernin de Toulouſe .
ou plutoft en vous envoyant
*
GALANT. 47
ce Panegyrique entier , parce
qu'il eft rare de trouver un
auffi grand ouvrage qui ne
parle que de Reliques , &
qu'elles en faffent tout le fujet.
Il arrive affez fouvent
qu'on en parle dans quelques
Sermons , mais ce n'est qu'en
peu de mots , fans qu'elles
foient la matiere principale
du Difcours . On ne fait ordinairement
de ces Panegyriques
que dans des Eglifes
toutes remplies de Reliques
comme eft celle que je viens
de vous nommer. Auffi chacun
demeure d'accord qu'il
48 MERCUREA
n'y a peut eftre point de tem
ple en quelque lieu du monde
que ce puiffe eftre , où il y
en ait un auffi grand nombre
que dans S. Sernin de Touloufe
. Le Panegyrique que je
Vous envoye ett du Pere Bergue
, Recolet , qui prêcha devant
le Roy d'Efpagne à fon
paffage à Saintes , avec un
applaudiffement general. Je
vous envoyay en ce temps là
le Compliment qu'il fit à Sa
Majefté Catholique . La reputation
que ce Pere s'eft
acquife , quoy qu'il n'ait pas
encore atteint fa trente- quas
triéme
GALANT . 49
triéme année , l'a fait choifir
par le Chapitre de Saint Sernin
pour le prêcher dans cette
Eglife Abbatiale ; pendant
le Caresme , & voici le Pane
gyrique des Reliques qu'il y
a prononcé avec un tres
grand fuccés , en preſence de
tous les Corps de la Ville de
Touloule , & d'une foule innombrable
de Peuple.
V 1
Idi civitatemfanctam Jeruſalem
novam. J'AY VU UNE
SAINTE CITE', UNE JERUSALEM
NOUVELLE , Apoc. C. 21 .
Ce fut une des plus magnifi .
ques vifions de l'Apôtre Saint
Juin 1702 .
E
TO ༢༠ MERCURE
Jean , lors qu'il apperçut la
gloire fous la figure d'une
Ville . Charmé enlevé
tranſporté , il nous difoit ,
Fay vù une Ville fainte , une Ferufalem
nouvelle. L'or , le jafpe ,
les pierres precieuſes conftruifent
fes maiſons & ſes murs élevéz.
L'Agneau eft fon Soleil ,
elle brille de la clarté de Dieu .
Les Rois & les Princes du monde
viennent ici porter leur dia
dême , & déployer toute leur
gloire . En vérité je crois que
c'eft ici le fejour de Dieu avec
les hommes . Ecce tabernàculum
Dei cum hominibus.
Pour moy , Meffieurs , je l'avouë
. Penetré d'une fainte joye
j'ay fenti mon efprit & mon
coeurpréoccupez , & quand j'ay
GALANT. ་ ་
vula magnificence de vos Eglifes,
la richeffe des ornemens, l'or,
l'argent , le marbre, & le porphire
employez à leur decoration ;
quand j'ay vû les Chapitres fi
venerables , les Communautez
faintes , & de Nazaréens facrez
, & de Penitens humiliez ,
frappé à l'aspect d'une pompe
fi chretienne & fi digne de
Dieu , emporté par le culte exterieur,
j'ay cru avoir une vifion
femblable à celle de S. Jean , &
jeme fuis dit à moy-même , voici
une fainte Cité , une Jerufalem
nouvelle . Vidi Civitatem , & c.
Mais lorsque je fuis entré
dans cet augufte Temple antique
& facré monument de la
pieté de vos Peres , que j'ay
apperçu l'Agneau expofé fur
E ij
$ 22 MERCURE
l'Autel , fon Sanctuaire entourë
des Reliques des Saints , & ce
Peuple nombreux & pieux
profterné devant la Majefté fupréme.
Ah! me ſuis-je écrié , ne
me poffedant plus , voici le Tabernacle
de Dieu avec les hommes
, Ecce tabernaculum Dei cum
hominibus. Ce Peuple heureux
feratoûjours fon Peuple , & ce
grand Dieu fera toûjours leur
Dieu.
Penetré de vostre bonheur .,
portant prefque envie à voftre
gloire , admirant la quantité &
la qualité des trefors que vous
poffedez , je ne puis m'empêcher
de vous dire heureux
Peuple que vous eftes heureux ?
vous poffedez les plus riches
depôts de nôtre Religion . Con-
,
GALANT. 13
fervez , enfans de mon Dieu ,
confervez ce qu'il vous a donné
Dieu eft bien voftre Dieu par
preference à tous les Peuples ,
Ville fainte , heureux Habitans ,
vous eftes donc heureux en ce
que vous poffedez les plus pretieux
depofts de la Religion
chreftienne ; c'eft le premier
Point . Vous eftes encore plus
heureux en ce que vous poffedez
un tres - grand nombre de
ces precieux depofts de la Religion
chreftienne ; c'eft le fecond
Point. Heureuſe Ville
qui poffede les plus precieux depofts
de noftre Religion plus
heureuſe Ville qui poffede un
tres - grand nombre de ces précieux
depofts , depofts de noftre
Religion , prions Marie , la Rei-
E iij
14 MERCURE
ne des Saints d'interceder pour
nous. Ave Maria.
I. POINT . Ouy, Meffieurs, en
poffedant les reliques des Saints ,
vous poffedez les plus précieux
depofts de la Religion , précieux
aux yeux des hommes , encore
plus précieux aux yeux de Dieu.
Pour élever vos efprits , examinons
d'abord cet édifice antique
qui leur fert de défenſe.
Surpris à la vue de cette efpece
de Citadelle d'ancienne ftructure
, je crois voir les Fortifica
tions conftruites par Judas Macabée
pour la confervation du
Temple. Encore plus furpris à
l'afpect de ces groffes colomnes
qui foutiennent certe fuperbe
voûte , je ne puis
m'empêcher
de dire avec les Apôtres à la vue
GALANT. 15
L
du Temple de Salomon, Videte.
quales lapides. & quales ftructura
Voyez quelles monftrueufes
pierres , quel fuperbe édifice.
Penetrant plus avant , un
Maufolée magnifique qui s'éleve
au milieu du Temple s'offre
à mes yeux. Frapé à l'aspect de
cette infcription qui l'entoure ,
je demande comme fit Jofias à la
veuë du Tombeau d'un Prophe
te, quis eft titulus ille quen video ?
Quel eft ce monument que je
vois élevé , entouré de grilles
do fer , deffendu, par des ferrures
& dos portes heriffées, fou
tenu par des ftatuës de marbre
& par des colomnes de porphire
, enrichi de plaques d'argent
& de pierres precicafes. On me
répond comme on fit à ce Roy.
E iiij
$6 MERCURE
Sepulchrum eft Hominis Dei. Hé
quoy , ne le fçavez-vous pas ?
C'est le fepulcre de l'homme de
Dieu qui vint prophetifer dans
ces heureuſes Contrées. C'eſt
le Mauſolée de l'Incomparable
Saturnin ; cet homme preſque
divin par fes paroles , par fes
vertus , parfes miracles . Il verfa
fon fang pour la gloire de la
Religion & la Religion reconnoiffante
a erigé des Arcs de
triomphe à fa gloire. Sepulcrum
eft hominis Dei.
J'avance jufques au Sanctuaire.
Je vois l'Agneau de Dieu
comme mort expofé fur l'Autel ,
environné d'une couronne de
Chaffes élevées fur de magnifiques
Autels , ou brillent le marbre
, le jafpe , l'or , & les pierGALANT.
57
res pretieufes, Le travail furpaffe
la matieres je crois voir le
trône de Dieu entouré desvingtquatre
Trônes de l'Apocalypfe,
& ces vingt- quatre Vieillards
qui les occupoient ; profternez
fur leur face donnant honneur
& gloire à celuy qui eft affis fur
le Trône.
Enfin j'entre dans ces fouterrains
venerables , & je trouve de
toutes parts des Autels , des Se
pulcres , des infcriptions , je vois
un millier de flambeaux dont la
clarté chaſſe la nuit deces obfcures
cavernes. Je cherche les auteurs
de ces édifices . Ce font des.
Saints des Evêques, des Princes ,
& des Rois qui ont conftruit ces.
Monumens pour conferver les
Reliques des Saints , Falloit- il ,
< 8
MERCURE
dis je , pour lors ? falloit - il tant
de foins , tant de
magnificence
pour conferver ces froides cendres
? Duy , me répond-on , ce
font les plus precieux dépofts
de noftre Religion , & par là
nos Peres nous l'ont bien appris.
Ah , Meffieurs , en effet , quand
je n'aurois d'autre témoin de
cette verité que ces objets frappans
, ce feroit pour moy un ti
tre éternel, & j'avouëroi que
les Reliques font precieufes aux
yeux des hommes .
En eft- il de même des reliques
des autres morts ? Non , Meffieurs
, non . Elles font infectes ,
abominables aux yeux des hommes
, & fans égard la mort les
ronge & les fracaffe dans le
fonds d'un fepulcre. Si par has
GALANT. 59
fard on en ouvre quelqu'un , on
fe bouche le nez , on ferme les
yeux , on tourne la tefte , on
s'éloigne , on s'attriſte aprés
l'avoir vû . Pourquoy_helas !
C'eſt que ces triftes Reliques
nous rappellent la malheureufe
condition d'Adam , & les miferes
de la nature humaine .
Tout au contraire dit Saint-
Gregoire de Nice, lorſqu'on entre
dans ces Sous -terrains , riches
cavernes par ces facrez dépofts
qu'elles confervent , nous
concevons une idée augufte de
la gloire des Saints , & nous
fentons le bonheur de l'immortalité.
D'abord ( ah ! Quelle def.
cription ) d'abord la vûë eft enchantée
par la structure de l'édifice
par la richeffe des Autels ,
;
60 MERCURE
par la délicateffe des Peintures
qui nous reprefentent comme un
Livre éloquent la victoire des
Saints , & nous inftruifent de
leur triomphe. Solet etiam pictura
talens in parette loqui .
Nous arreftons - nous à la vûë
de ces magnifiques dehors ? Non
Meffieurs , non , emportez par
noftre pieté , nous tachons d'arprocher
les Chaffes qui renferment
ces precieux reſtes . Cupit
populus ipfo conditorio apropinquare..
Nous croyons que leur attouchement
attirera fur nous la
fantification , la grace & les
benedictions . Nous y faifons
toucher des fleurs , nous emportons
s'il eft poffible un peu
deterre du Sepulchre , nous la
regardons comme un précieux.
GALANT. 61
¡
Trefor. Pro munere pulvis accipitur
& tanquam res magni pretii condenda
terra colligitur. Voila , Meffieurs
, comment parloit Saint
Gregoire de Nice il y a treize
Siecles ; il fembloit avoir devant
les yeux la pratique des Chrêtiens
de nos jours.
Trop heureux, pourfuit- il , fi
on accorde à nos prieres & à
nos voeux l'avantage de laiffer
ces corps fans obftacle. Ah!
pour lors vous voyez toute la
religion qui s'anime , une fainte
ardeur nous faifit , helas , nos
yeux s'attendriffent , nos bras
s'étendent . Nous voyons , nous
touchons nous embraffons >
nous baiſons avec joye ce corps
mort comme s'il eftoit plein
de vie. Nous appliquons fans
62 MERCURE
horreur. Que dis - je , nous appliquons
avec ardeur nos bouches
, nos yeux & nos mains à
fes offements fecs & arrides .
Souvent mêmes nous les arrofons
de nos larmes . Sainte
Religion de mon Dieu , chers
Enfans des Saints , dites - moy
je vous en fuplie , d'où vient
cette difference , ne font- ce pas
des offemens femblables aux
feulement diftinguez
autres ,
par l'Eglife ! Ah ! ouy , mais ce
font les Trefors de l'Eglife , les
précieux reftes de nos Peres
les Temples du Saint Efprit
cela feul nous les rends précieux
.
Comprenez donc , ô ¡ pieux
Citoyens , combien la mort des
Saints , combien leurs ames font
GALANT. 6.3
Į
t
précieuſes aux yeux de Dieu ,
puifque leurs cendres mêmes
font fi prétieufes aux yeux des
hommes , car dites may quels
font les Sepulcres des Rois ,
des Empereurs , des Princes ,
confervez avec tant de magnificence
? montrez moy les Tombeaux
des Cefars & des Alexandres
, les Maufolées de ces
Potentats du fiecle fous lefquels.
le monde fe courboit & la terre
tremblante paroiffoient en ſilence.
Tout a tombé , tout a
paffé , tandis que je vois lubfifter
les Tombeaux des Martirs .
Nous étonnerons- nous aprés
cela , fi les Rois & les Empereurs
& Chreftiens ont ramaflé
ces precieufes Reliques
, s'il
les ont fait tranfporter à grands
64
MERCURE
1
frais des extremitez du monde,
Nous étonnons- nous s'ils lesdonnoient
avec tant de circonfpection
comme une marque de leur
reconnoiffance & comme une
récompenfe magnifique de quelque
fervice fignalé rendu à l'Eglife
de Dieu. Nous étonnonsnous
fi on a donné des Provinces
entieres en échange pour le
Corps d'un Saint , fi les Princes
Captifs les ont engagez quelque
fois comme une caution
feure de leur rançon. Nous
étonnons nous enfin fi ces préticufes
Reliques ne peuvent
s'acheter ny le vendre . Elles
furpaffent tous les prix & je puis
dire d'elles ce que le Saint Efprit
a dit de fa Sageffe , que même
aux yeux des hommes , l'or , l'arGALANT
65
gent & les pierres préticufes ne
font qu'un peu de boue , comparez
aux Saintes Reliques mais
elles font encore bien plus prétieuſes
aux yeux de Dieu .
Ce feroit peu de chofe que les
Reliques des Saints fuffent pré-,
tieuſes aux yeux des hommes .
Tout homme eft menteur &
tout homme peut fe tromper.
Dieu feul , la verité immuable
éternelle qui ne peut ny tromper
ny eftre trompé fçait donner
le veritable prix aux choſes.
Voyons qu'elle cftime il fait des
Reliques des Saints , foit qu'il
agiffe par luy - même ou par
l'organe de l'Eglife.
Agit - il par luy - même , je le
vois , ô qu'elle gloire ! enfevelir
corps de Moife ; & ne croire
Juin 1702 .
le
F
66 MERCURE
pas fe deshonorer
en luy don
nant une fepulture
inconnuë
,
je vois le corps de Sainte Catherine
enfeveli
par le miniftere
des Anges
, & celuy de plufieurs
Saints Anachoretes
par le fecours
des Ours & des Lyons ,
mais toujours
par l'ordre
de
Dieu . Le temps de leur manifeftation
eft- il venu , ce Dieu
Eternel
qui découvre
les fondemens
de la Terre
, revele
, met
aujour les colomnes
de la Religion
, accompagne
leur décou
verte de miracles
, ordonne
à
des Saints vivans
, d'expofer
les
corps morts de ces Juftes à la
veneration
publique
. Sont - ils
expofez
, ils confervent
quelque
fois une incorruption
, fi lon
peut parler ainfi , un brillant
GALANT 67
qui eft une des marques de l'immortalité.
Ils distillent des parfums
, répandent une odeur celeſte
, & ſouvent , Dieu fort,
Dieu puiffant , vous communiquez
à ces morts le pouvoir de
donner la vie à d'autres morts .)
Vous les faites les Arbitres de
la maladie & de la ſanté , vous
enchaînezl Enfer à leur Sepul
chre , & les Demons viennent
rugir , & les poffedez mordre la
pouffiere de leur Tombeau .
Pourquoy Grand Dieu , pourquoy
operez- vous ces merveilles
par la pouffiere & par la cendre
, fi ce n'est pour nous faire,
voir que ces cendres font prétieufes
à vos yeux , & que vous
feul , qui fcavez diftinguer le
précieux d'avec le méprifables
Fij
68 MERCURE
par
voulez diftinguer avec gloire
les cendres de vos ferviteurs .
Agit- il par l'organe de l'Eglife
, cette Eglife conduite
le Saint Efprit ordonne que les.
Reliques des Saints feront placées
fous les Autels quelquesfois
mêmes fur les Autels du
Dieu vivant. N'eft- il pas juftedit
un Saint Concile qu'on place
fous l'Au el les Reliques de
ces Saints qui font morts pourla
gloire de Dieu . Où trouverions
nous un Sepulcre plus
riche que celuy - cy qu'on arrofe
tous les jours du fang de l'Agneau
fans tâche ? N'est- il pas
jufte , dit un autre , que les
Autels foutiennent les Reliques
des Saints dont les travaux &
le martyre ont foutenu & ciGALANT.
69
menté la gloire des Autels.
Dieu rend pour lors aux Saints
la récompenfe de leurs travaux
Ils ont confervé la Religion du
vray-Dieu & le Dieu de la
vraye - Religion , conferve leurs
offemens fur fes Autels , cuftodit
Dominus omnia oßa eorum .
Bien plus elle ordonne cette
fage Eglife , que les Preftres.
portent les Reliques dans les
Proceffions , & que des épaules
facrées ſe chargent de fes venerables
fardeaux . Elle dégrade
ceux qui ne les refpecteront pas
Elle veut qu'on les enveloppe
dans des draps d'or & de foye
qu'onfonde l'or pour gar Chaf
fes , qu'on allume cierges
en leur préfence , qu'on chante
les louanges de Dieu dans les
70 MERCURE
fieux où on les conferve , qu'on
ne confacre point d'Autels fans .
mettre des Reliques des Saints.
Ah Meffieurs , je fuis tranfporté
lorsque je lis ces Saints
Canons & que j'ay pour garant
de cette verité les Siecles les
plus prés des Apôtres & les
plusfortes teftes du monde.
Mais l'estime que l'Eglife .
faifoit des Reliques des Saints
paroiffoit fur tour , lorfqu'elle.
envoyoit de nouveaux Apôtres.
pour étendre l'Empire du Saus
veur , & elle ordonnoit qu'on
leur donnaſt le Saint Livre des
Evangiles & un coffre remply
des offements des Saints . Dans
cet eftar , on voyoit ces Heros
de la Religion femblables à de
nouveaux Moïfes qui en traver !
GALANT 71
>
fant les deferts pour conquerir
la terre de Canaan faifoit
porter devant l'armée , d'un
côté l'Arche d'Alliance & de
l'autre lesoffements de Jofeph ,
comme s'ileut voulu dire , Braves
Hebreux , Illuftres Enfans
d'Abraham il s'agit de deffendre
cette Arche , il faut imiter
cette illuftre Jofeph. De même
ceux-cy fortoient du Pays qu'ils
habitoient pour conquerir une
terre étrangere. Armez de
ces deux Trefors il fe promettoient
tout ils difoient aux
nouveaux Chreftiens , mes enfans
, voila la parole dans l'Evangile
, voicy 'l'exemple dans
ces Reliques écoutez celle ey,
imitez celle -là . C'eft ainfi que
puiffans en oeuvres & en paro
>
72 MERCURE
les ils augmentoient l'Empire
de JESUS - CHRIST.

Ouy , Meffieurs , je l'ofe dire
avec les Saints Conciles , l'Eglife
, aprés le Corps de Jeſus-
Chrift & l'Evangile , n'a rien
de fi pretieux que fes Saintes
Reliques . Encore , ô mon
Dieu , l'Evangile eft écrit fur
des membranes ou du papier
gravé fi vous voulez , Meffieurs
, fur l'airain & fur le mar
bre , & ce mefme Evangile eft
gravé imprimé avec le fer & les
inftrumens de la perfecution fur
le corps des Martirs . L'un eft
un Evangile éloquent , compofé
de paroles faintes
l'autre un
Evangile encore plus éloquent
exprimé par de Saintes actions .
L'un nous dit , pratiquez les
vertus
GALANT 73
vertus évitez les vices , donnez
la vie,facrifiez vous pour foutenir
la Religion . L'autre nous
fait voir , nous montre en effet
ces vertus pratiquées , ces vices
domptez , cette vie facrifiée , la
Religion foutenue . L'un peut
eftre détruit par le temps , &
Dieu fait fouvent des miracles
pour conferver l'autre jufques
à l'éternité. Jugez donc fi dans
l'efprit de l'Eglife les Reliques
font précieuſes .
Enfin tous les Saints Peres en
foule vous disent que ces Corps
Saints font venerables , parce
qu'ils ont efté les Organes des
ames faintes , les ouvriers de
leurs vertus , les inftrumens de
la toute puiffance de Dieu
operer les Miracles. Qu'ilsfont
Juin 1702.
G
pour
74 MERCURE
>
>
plus venerables , parce qu'ils
font les gages de nos Peres , les
dépouilles de nos Amis les
Trophées des Victorieux
qu'ils font tres venerables
ce qu'ils feront un jour les Heritiers
de la gloire & qu'ils font
déja les plus pretieux dépofts
de la Religion au yeux des
hommes & aux yeux de Dieu .
par-
Que vous eftes donc heureufe,
Jerufalem nouvelle , Sainte
Cité , feconde Rome , de poffeder
un Trefor qui fut la gloire
des Nations & qui fera la voftre
juſques à la fin des Siecles . Non
fecit taliter omni nationi. En verité
cet honneur vous eft fingulier
, & je ne fçay par quel bonheur
vous avez merité que Dien
vous confiaft les plus précieux
GALANT. 75
,
děpoſts de noftre Religion, Obededom
s'eftimoit fi heureux
parce que l'Arche d'alliance
avoit repofé chez luy durant
quelque mois. Quelle idée ne
devez - vous pas avoir de voſtre
bonheur , vous chez qui les Arches
du Dieu vivant repofent.
depuis tant de Siecles.
Ne puis- je pas dire de vous
ce que Prudence, Poëte Ghretien
adreffoit au Peuple Romain
O ter quaterque ô fepties , beatus
urbis incola &c. ô trois & quatre
fois heureux , ô fept , ô cent
fois heureux les habitans de
cette Ville qui peuvent approcher
les Sacrez Offemens des
Saints , fe profterner aux pieds
de leurs Tombeaux lesarrofer de
larmes , les baifer ; les faire reten-
Gij
76 MERCURE
tir de leurs voeux , heureux en
ce qu'ils font affurez de poffeder
les plus pretieux dépolts de la
Religion ; plus heureux en ce
qu'ils font affurez de poffeder
un tres grand nombre de ces
prétieux dépofts . Ceft mon
fecond point.
II . POINT . Quand Dieu ne.
vous auroit donné que le corps
d'un Martyr Vous devriez
vous estimer heureux ,
c'est toujours un riche Trefor.
Amafée cette illuftre
Ville fi vantée par Saint Gregoire
de Nice , n'eftoit celebre
que par le feul corps du Martir
Theodore . Les Villes de Siracufe
& de Catane font heureufes
, l'une parce qu'elle poffede
le corps de Sainte Luce , l'auGALANT
177
tre celuy de Sainte Agathe ,, &
vous fçavez quelle gloire n'a
pas la Ville de Compoſtelle par
la poffeffion d'une partie du
corps de l'Apoftre Saint Jacques
. Car rarement dit le
Docte Teodore , avons nous le
corps entier d'un Saint dans une
Eglite non fingula fingulis monumentis
cenduntur. Car les Villes
& les Bourgades les divilent entre
elles & c'est pour nous un
grand bonheur d'en avoir une
Teule partie.
Mais quand aprés cette ré-
Alexion je jette les yeux fur
cette inombrable multitude de
corps Saints que vous poffedez
en tout ou en partie , charmé
de l'éenduë de voſtre bonheur
, je crois voir une vifion
G
jij
78 MERCURE
femblable à celle de Saint Jean ,
& je m'efcrie avecque luy , vidi
turbam magnam quam dinumerare
nemo poterat in omnibus gentibus &
rribubus & populis & linguis. J'ay
veu une Troupe innombrable
de Saints de toutes fortes de
Nations , de Tribus , & de Peuples
; je les ay veu debout en
préfence du Trone de l'Agneau .
J'ay veu des Anges qui les con
fervoient. Qui funt & unde venerunt.
Dites - moy qui font ces.
Saints , & d'où vous les a- t - on
aportez . Un des anciens m'a répondu
ce font des Saints & des
Amis de Dieu qui ont paffé par
les tribulations & lavé leurs
robes dans le fang de l'Agneau
.
De mefme , Meffieurs , à la
GALANT 79
veuë de tant de faintes Reliques
précieuſes & prefque fans nombre
, j'ay confulté les Livres , la
Tradition & les Anciens pour
fçavoir à qui elles eftoient &
d'où elles venoient : Qui funt &
unde venerunt. Toute l'ancienne
Tradition m'apprend que ceuxcy
font les Corps des Apoftres
faint Jacques le majeur & le mineur
, Bartelemy , Simon , Judę
& Barnabé ; des Martirs & George,
Claude , Nicoftrat , Simporien
Caftor , Cirice , Simplíce ,
Edmon , Roy d'Angleterre ; que
ceux-là font les Corps des faintes
Sufanné de l'ancien Teſtament
, Julitte & Victoire Martyres
; qu'icy on trouve les SS.
Evefques Papoul , Hilaire , Silve
, Honore , Exupere Diſciples
G iiij
80 MERCURE
& Succeffeurs de l'incomparable
Saturnin ; que là on honore les
faints Blaife , Chriftophe , Etienededent
. La memoire la plus
heureuſe ne fçauroit retenir le
nom : Quam dinumerare nemo potera.
Enfin , me dit - on , ce font
les glorieux reftes de ces Heros
anciens, qui par l'ordre de Dieu
font venus arborer la Croix fur
noftre Capitale , & détruire
l'empire de Satan .
Ce font donc , ô Toulouſe ,
les Corps de vos Peres & de vos
veritables Pafteurs ; ce font les
Reliques de ces premiers hommes
qui ont érigé dans votre
Ville un Trône plus auguſte
que celuy des premiers Rois qui
Vous habitoient . Ce font vos
Fondateurs , vos Auteurs pour
GALANT. 81
sv.
la Religion . Ils font caufe qu'on
Vous appelle , Ville fainte , &
voftre peuple , un peuple choifi,
une heureuſe Nation . Par eux ,
vous eftes devenue le chef de
ces Provinces , le Siege de la
pieté , la Metropolitaine & le
Trône d'un des plus grands
Prelats des Gaules . C'eſt chez
Vous que par une heureuſe alliance
de l'ancien & du nouveau
Teftament , nous voyons les
cendres des faints de l'un & de
l'autre fexe meflées , affemblées
dans un mefme Temple, figurant
déja la réunion de ces peuples
qui n'auront un jour qu'un même
Paſteur. Voilà quels font ces
Corps Saints : & unde venerunt.
Mais d'où viennent-ils ? efte
que cette terre eſt une terre
82 MERCURE
fainte qui produit les Reliques
des Saints , & eft - il de Toulouſe
comme de Rome , où la terre
eftoit
, pour
pour ainfi dire avec un
grand Saint , pavée des Corps
des Martyrs Non , mais par un
bonheur fans égal les Émpereurs
, les Rois les ont affemblées
dans ce lieu . Ils les ont
ramaffées de toutes les parties
de la Terre, les unes de Rome,
de Judée , des Indes , les autres
d'Afrique , de Grece & des Villes
voilines . Ils ont voulu faire
un riche Trefor , ils ont ramaffé
plufieurs pieces . On en voit fous
les Autels , fur les Autels . Il y
en a de levées fur la terre , il y
en a d'enfevelies fous la terre,
Cette Eglife eft femblable à cettę
miſterieuſe Echelle de Jacob
GALANT 83
occupée en haut & en bas par
les Anges de Dieu , qui portent
nos prieres à fon Trône .
En verité , Meffieurs , je le dis
avec Jacob , ô que ce lieu eft
faint & terrible , & je ne le fçavois
pas ! C'eft icy la Maifon de
Dieu & la Porte du Ciel . O que
ce lieu eft faint ! C'eſt icy le Tabernacle
de Dieu avec les hommes
. Allez - donc , heureux peuples
, allez parcourir toute la
Terre, & fi vous en exceptez Jerufalem
& Rome , les Sepulcres
de Jefus- Chrift & des Apoftres, '
il n'y a point de Sanctuaire plus
riche que le voftre . Non eft in
toto Sanctior orbi locus . Vos Autels
gemiffent fous le poids des faintes
Reliques , & jamais Temple
ne fut plus honoré. L'air qu'on
84 MERCURE
y refpire, les murs qu'on y voit
la terre qu'on y foule aux pieds
tout infpire la pieté , la fainteté,
le refpect , & je crois entendre
une voix qui fortant de ces pierres
, me repete les memorables
paroles que Moiſe entendit for.
tir d'un Buiffon enflammé , ne
apropies buc. Prenez garde , n'approchez
pas d'icy fans refpect
car ce lien que vous foulez aux
pieds eft faint. Locus in quo ftas ,
terra fanita eft. Terre fainte, arrofée
du fang des Martyrs honorée
par les cendres des Apôtres
, cultivée par les travaux de
tant de Confeſſeurs , moüillée
des larmes des penitens fanctifiez
enfin la preſence de
par
Jefus-Chrift , terrafanita eft.
Nous eftonnerons- nous aprés
>
GALANT
85
cela fi les Souverains Pontifes
ont diſtingué un Sanctuaire Gi
venerable , s'ils font venus euxmefmes
en confacrer les Autels ?
Nous étonnerons- nous s'ils ont
diftribué leurs faveurs avec profufion
à ceux qui vifitent ces
lieux , s'ils ont donné de fi grands
Privileges aux Oints du Seigneur
qui les fervent ? Nous
eftonnerons- nous fi les Princes ,
les Rois les Empereurs du
monde font venus fe profterner
aux pieds de ces Tombeaux
s'ils les ont enrichis de leurs
dons , & fi encore aujourd'huy
tout brille de leur magnificence?
Nous eftonnerons - nous , fi les
peuples les plus reculez exaltent
le bonheur d'une Ville fi
ſainte, fi à certains jours de l'an86
MERCUR P
:
née on les voit s'affembler en
foule pour venir dans ce lieu adorer
la Majefté fuprême , &
s'exciter à imiter les Saints ?
Nous étonnerons- nous , enfin ,
fi l'incomparable, le devot faint
Bernard élevant la gloire de
cette Ville , l'appelle dans une
de fes Lettres la tres- precieufe
Vigne du Seigneur Pretiofiffimam
vineam Domini, plantée par
la main de Saturnin , arrofée
par tant de faints Prelats , multipliée
, augmentée , chargée de
fruits par la grace de Dieu , vigne
entourée de la protection
des Saints que Dieu à placée fur
les murailles pour veiller à fa
conſervation. Îl defire ce grand
Saint , il defire , dit - il , venir
encore une fois dans ce lieu :
GALANT 87
Qui dabit mihi ut habeam oportunitatem
iterum veniendi ad vos !
Il vous appelle illuftres Citoyens
, une Nation fainte , un
Peuple choifi , honoré d'un
Royal Sacerdoce . Il exalte vôtre
conftance à foûtenir la Foy ,
voftre zele pour la Religion ,
voſtre charité pour les pauvres.
Ce grand homme fe plaint de
fon peu de fejour , ce temps ,
dit - il , luy a paru bien court.
Enfin il s'épuife en éloges pom
peux ; mais en fçauroit- il dire
trop à la gloire d'une Ville que
Dieu honore , à la gloire d'une
Ville qui honore les Saints .
C'eft uniquement par cet endroit
qu'elle me paroift venerable
. Je pourrois exalter fa gloire
par fon antiquité fi reculéc
88 MERCURE
qu'elle paroift auffi ancienne que
les premiers âges du monde, par
fon étendue immenſe qui cede à
peu de Villes de l'Europe , par
les Edifices fuperbes, par fon integre
Senat , pour fon Clergé ſi
pieux , par fon commerce & par
la multitude de fes Habitans ;
mais en verité , Meffieurs , rien
ne m'enleve que la poffeffion de
ce riche Trefor de Reliques de
Saints . Ce Temple où je prêche
me paroiſt comme une forte Citadelle
inexpugnable , ces Chaſſes
comme de fortes Tours qui
l'environent , ces Corps Saints
comme des Gardes vigilantes,
qui prefident à fa défenſe.
Confiderez ,illuftres Citoyens,
quelle fera un jour la gloire de
ce lieu , lorfque ces morts citez
GALANT 89
}
comparoiftre on verra , ô l'admirable
, le terrible & le confolant
fpectacle ! on verra ces
Corps Saints fortir de leurs Sepulcres
, entr'ouvrir ces Chaffes
précieuſes & s'élever en l'air
brillants de gloire au devant du
Trône de Dieu , portez fur des
nuées éclatantes. O heureuſe
terre qui donnera au Ciel cette
Couronne de fleurs Vous les
verrez porter en triomphe les
marques de la perfecution , &
vous entendrez les tonnerres
bruyans dont le fon s'eft fait entendre
jufques aux extrémitez
de la Terre , pour annoncer la
Religion. Vous verrez ces pieds
évangeliques qui ont parcouru
tout le monde , ces mains qui
ont operé les miracles , tout
Juin 1702.
H
.
W
1
90 MERCURE
cela brillant de gloire fera élevé
jufques au Ciel .
Mais croyez-moy , Meffieurs,
que cette faveur ne nous éleve
pas trop . Jerufalem a eſté favorifée
prefque autant que vostre
Ville. C'eft - là qu'on a vû un
Temple honoré des marques de
l'amour divin , le fejour de la
pieré & de la devotion . Ce
Temple eftoit orné du Sanctuaire
des Cherubins , des Tables
de la Loy, de la Baguette d'Aade
la Manne , de l'Urne
d'or. Là , Dieu parloit par la
bouche de fes Prophetes ou par
des Oracles qu'il rendoit dans
l'Oracle. Ce Temple enfin fi
celebre dont Dieu mefme avoit
infpiré le deffein à David , que
Salomon avoit executé , que
ron ,
GALANT 91
Dieu rempliffoit de fa gloire ;
ce Temple , helas , dit faint
Chryfoftome le chef d'oeuvre
de la Sageffe, tout éclatant d'or
& de pierres precieuſes , fut
ruiné & profané par les Barbares,
parce que les Juifs l'avoient
deshonoré , & Dieu ne le protegea
pas .
pas en
Ne vous abuſez donc
difant , nous poffedons le faint
Temple de Dieu , les Reliques
des Saints ; car fi vous ne recon
noiffez pas ces faveurs en les
honorant , Dieu vous en privera
pour toûjours. Cependant , qui
font ceux qui les honorent ?
Eft-ce vous , Grands du fiecle ,
celebres Juges de la terre ? Eftce
vous , Mefdames , fexe devot
par preference ? Est- ce vous qui
Hij
92 MERCURE
honorez
les Sepulcres des
Saints Trop content d'approcher
de ce faint lieu deux ou
trois fois l'année , vous croyez
remplir tous vos devoirs .
-Ah ! fçachez qu'il viendra des
Namaans , des Étrangers qui fe
laveront dans ce Jourdain qui
coule à vos portes, & gueriront
de leurs infirmitez . Dieu vous
enlevera ce talent précieux , &
le donnera à une Nation plus
digne qui en fera meilleur ufage
: car à voir ce que nous
voyons , dira- t - on que vous poffedez
un fi riche Trefor ? Les
voyes qui conduisent à Sion font
languiffantes , parce que perfonne
ne vient à la folemnité
difoit l'affligé Jeremie . Les
voyes , helas , qui conduiſent à
GALANT.
93
ce faint lieu font defertes, abandonnées
, & je pourois dire de
luy ce que les Livres faints difoient
du Temple , dans le fiecle
des Macabées .
Ils virent le Sanctuaire
profané
, l'Autel abandonné , les
Nafaréens facrez délaiffez , les
herbes, les broffailles , les ronces.
qui croiffoient dans les cours ,
comme dans des Bois efcartez ,
& cette veuë les toucha jufques
aux larmes , & quand ils reflechiffoient
à fa premiere gloire
ils ne pouvoient fe confoler . Eh,
Seigneur , qui nous confolera
de l'abandon où nous voyons ce
faint lieu , fur tout fi nous rappellons
la pieté des Papes , des
Rois ; des Princes , des Potentats
du monde qui venoient fe
94 MERCURE
profterner dans ce lieu ? Qui , ...
nous confolera fi nous rappelons
la pieté de nos Peres , fi nous
reflechiffons à ce concours continuel
que fouvent la nuit ne
pouvoit interrompre ?
Heureufe pieté , qu'eftes vous
devenuë ? Ne viendra-t- il pas
des Efdras , de nouveaux Macabées
. C'eſt à vous , celebre Clergé
, c'eft à vous integre Senat
à qui Dieu a laiffé ce foin Re.
veillez , je vous en conjure , ce
feu facré enfoncé dans cette eau.
bourbeufe ; il fe rallumera aux
rayons du Soleil .
Pour moy , Meffieurs , je vous
le dis en finiffant avec faint Bernard.
Sicftate ficut cepiftis & audiftis.
Soyez fermes dans la vertu
, continuez comme vous avez
}
GALANT
1
commencé , ne vous rendez pas
indignes du bonheur que vous
poffedez . Environnez des plus
precieux , des plus nombreux
dépofts de noftre Religion , concevez
quel est voftre bonheur ,
& tâchez d'eftre faints .
Et vous , ô grands & admirables
Juftes , aux Tombeaux defquels
nous fommes profternez ,
confervez la Vigne du Seigneur.
Que jamais le barbare foldat ne
fouille fes Autels , & que jamais
l'Heretique & l'Impie ne touchent
vos faints Offements. Que
les épines de Satan ne s'élevent
pas au deffus des plantes de l'Eglife
; que la malheureuſe zifanie
femée par l'homme ennemi ,
ne fuffoque pas le bon grain , ô
les plus chers amis de Dieu.
96 MERCURE
Priez pour la confervation de
Louis le Grand , le nouveau Jofias
, le fecond Machabée , le
nouveau Conftantin . Confervez
la famille Royale . Priez
pour ce fameux Clergé , intercedez
pour ce grand peuple &
réüniffez - vous pour demander
à Dieu l'unique Auteur & confommatur
de la gloire , de nous
ponner celle que nous attendons.
Le 7 du mois paffé , les
Dames Religieufes de Belle .
chaffe , Faubourg Saint Germain
, firent une Fefte folemnelle
pour rendre graces à
Dieu de ce que Madame leur
Abbeffe eftoit parvenue à fa
cinGALANT
97
cinquantième année de Profeffion.
Lejour precedent on
fonna les Cloches & le lendemain
elles
Communierent
toutes de la main de M ' l'E .
vêque de Condom . Enfuite
on chanta le Te Deum avec
une excellente Mufique . La
grande Meffe fut celebrée
Pontificalement par M ' l'E
vêque de Quebec, avec la mê..
me Mufique , des violons , des
Autes & l'Orgue .
L'Eglifeétant
parée des plus beaux ornemens.
On chanta Vêpres
de la même forte . Le Salut
fuivit & finit par la Bene .
Juin 1702 .
I
-
98 MERCURE
diction que donna le même
Evêque. Madame l'Abbeſſe
de Bellechaffe meritoit bien
ce qu'on fit pour elle . Jamais
Mere ne fut fi bonne à fes
Enfans , & jamais Soeur ne
vécut avec plus de cordialité
avec fes Soeurs. Elle leur
donne l'exemple , fe trouve
la premiere à tous les Offices
& veut fervir les malades , au
chevet du lit deſquelles on
la voit à tout moment pour
les confoler & pour faire
qu'elles ne manquent de rien.
On luy avoit elevé des manieres
de Trône dans tous.
GALANT 99
les lieux ou elle devoit eftre,
& elle les fit ôter auffi toft
qu'elle le fçût. Au fortir de
de la Meffe , toutes les Reli .
gieufes allerent luy baifer la
main en faifant des voeux
ardens pour fa confervation ,
chacune d'elles mit un préfent
à fes pieds , & comme
elles font plus de foixante ,
tous ces préfens qui eftoient
dignes de luy eftre offerts ,
faifoient un spectacle affez
agreable. Elle n'en voulut
point recevoir des Penfion .
Le lendemain elle naires.
les regala toutes , & le Café,
I ij
100 MERCURE
le Chocolat , & d'autres li
queurs ne furent point épar
gnées en ce repas. Le troifiéme
jour , la Celleriere en
fon particulier luy fit un ve,
ritable feftin , tant il eftoit
magnifique. Tout ce qu'on
avoit pû trouver de plus dé.
licar & de meilleur y fut fer
vy avec des entremets d'un
fort bon gouft. Le Deffert
eftoit de plus de cinquante
Corbeilles , Plats ou Affiet.
tes , & ces Corbeilles ainfi
que les Tables eftoient entourées
de fleurs . La Communauté
fut regalée à proGALANT.
fol
porrion , & chaque Religieu
ſe eut fujet d'eſtre contente .
Elles curent la permiffion
de parler , quoy que l'on
ne rompe point le filence
au Refectoire ; mais elles n'uferent
de cette liberté que
pour loüer Dieu , & pour
fouhaiter encore de longues
années à leur digne Abbeffe.
L'Epitre que vous allez
lire eft de Mademoiſelle l'He.
ritier . Il ne faut rien ajouter
à fon nom pour vous
faire attendre quelque chofe
d'agréable. Il eft parlé des
I iij
102 MERCURE
Chanfons qui compofent
cette Epître dans les Ouvrages
que je vous ay donnez
d'elle dans mes deux dernieres
Lettres.
EN
EPITRE
CHANSONS ,
Sur l'air , Ah ,petite Brunette .
A MADEMOISELLE DE G.
F
Eune & belle G .....y
Voftre lettre obligeante
A rendu mon coeur ravy.
Ab vous eftes éloquente !
charmante
Tout autant que
Te le vois aujourd'huy.
GALANT 103

Dans les lieux pleins d'appas ,
Où j'ay le bonheur d'eftre
Si le fort portoit vos pas·
Dés qu'on vous verroitparoiftre
Iris , vous feriez naiſtre
Un gracieux fracas.
2
>
Le fuis dans un fejour
Champestre & magnifique
C'eft une charmante Cour
C'est un Defert aquatique;
Le pompeux , le ruftique ,
S'y trouvent tour à tour.
25
Sur les bords du M.
Une grande Princeße
Dont le difcernement fin
Egale la politeffe ,
Sefait parfa fageffe
Vn tranquille deftin.
in
104 MERCURE
2
Dans fon riche Palais
Ses Dames engageantes
Par leur air , & par leurs traits
Se montrent toutes charmantes .
Ab qu'elles font touchantes !
Par leurs divers attraits !
2
Prodiguant les douceurs
Des plaifirs du Parnaffe
Minerve & les doctes Saurs.
Toujours icy trouvent place
La Princeffe avec grace
Sçait les combler d'honneurs
S
De cette balle Cour
On a fermé l'entrée
A ce Dieu qu'on nomme Amour
Qui rend une ame égarée ,
Et comme au temps d'Afrée
On file nuit & jour.
GALANT 105
2.
Au pays de Forefts
Les Celadons fidelles
De l'Amourfentoient les traits
En conftantes Tourterelles ,
Sans que Bergers ny Belles
Fuffent contens jamais .
S
Qu'est ce donc aujourd'huy
Où certaine influence
Laiße l'Amour fans appuy
Victime de l'inconftance .
L'aimable Indifference
Seule exempte d'ennuy .
2
On n'a que du chagrin
En filantfa tendreffe.
Au lieu qu'enfilant du lin
Comme on fait chez la Princeffe ,
On bannit la trifteffe
D'un rigoureux deftin .
106 MERCURE
1
2
Un amusant travail ,
Quoy qu'il n'occupe guere
Eft ungrand épouventail
Pour le marmot de Cithere ,
Il s'enfuit vers fa mere
Avec fon attirail.
2
Pleurant fous fon bandeau
La paix des cours tranquilles ,
L'Amour qui fur ce Chafteau
Voit fes efforts inutiles
Fait agirfur les Villes
Ses traits & fon flambeau.
S
On dit que dans Paris
Ilfait de grand ravages.
Dejeunes coeurs y font pris
Parfes feduifans hommages
Et caufent des orages
A Meres & Maris ..
GALANT 107
2
Pendant ce Carnaval
Unejeune Coquette ,
Dans certain celebre Bal
Galoppa tant de fleurette
Qu'elle y fit même emplette
D'un foupirant bannal.
2
Ah Ciel peut- on aimer,
Un Amant mêprifable
Toujours preft à s'enflamer
Pour l'objet le moins aimable
Et qui toujours à table
En buvant croit charmer ? ..
S
Rien ne nourrit lesfeux
En Coquette tendreße.
Coeur dont on previentles voeux
Cheritfortpeu fa Maitreffe.
Meprifant fafoiblefle
Il rompt bien-toft fes noeuds.
108 MERCURE
S
Vous quand vos yeux charmans
Iris caufent desflames ,
Vos vertus de vos Amans
Captivent auffi les ames.
Rien n'orne tant les Dames
Que les grands fentimens.
$
Mais les fades Blondins
Sçavent peu les connoiftre ,
Ils ont de pareils deftins
Dans le coeur d'un petit - Maiftre;
Et font toft difparoiftre
Tous les amours badins ,
2
Ces amours font pitié ,
Meprifons leurfolie ,
Livrons nous à l'amitié.
Ah ! qu'elle eft digne d'envie,
Avec elle la vie
Plait plus de la moitié.
GALANT. 109
2
Que d'un ton enchanteur
Vousfçavez m'en promettre !
Croyezdonc qu'avec ardeur
Je fais beaucoupfans le mettre
Ce qu'au bout d'une Lettre
On fe dit de bon coeur.
Je vous ay déja dit plufieurs
fois que rien n'eftant plus précieux
que la fanté , il n'y avoit
rien qu'on duft preferer à
tout ce qui la regarde, & que
par cette raifon les choles
dont on pourroit tirer quelque
utilité la conferver
pour
pourroient avoir place par
tout,puifq'uelles intereffoient
110 MERCURE
également tout le monde
fans diftinction de rang de
fexe, & d'efprit. C'est pour cela
que je vous envoye des Ob.
fervations faites für plufieurs
maladies. Sices pieces ne font
pas divertiffantes elles font
utiles , & l'utile le doit tou
jours emporter fur l'agreable.
GALANT. 111
OBSERVATIONS ,
Sur une maladie inveterée dans
les reins , dans la veffie
urinaire.
L
&
E Dimanche 20. Novembre
1701. Jean Hurard
, Bourgeois de Paris ,
ågé de trente huit ans , Maî
tre d'Ecole demeurant dans
le Prieuré de faint Barthele
my , proche l'Egliſe de ſaint
Pierre des Arcis , decedé
fur le midy , il fouffroit depuis
huit ou dix ans de gran.
des douleurs dans l'hypogaf
112 MERCURE
tre & dans la region des lom .
bes. Quatre ou cinq mois
avant la mort , on luy avoit
fait l'operation pour la pierre,
mais inutilement , parce
qu'on n'en avoit point trou .
vé dans la veffie urinaire. Le
21. de Novembre qui fut le
lendemain de fa mort , à dix
heures du matin , on fic l'ou .
verture de fon Cadavre . On
trouvale Pericard fort adherant
au coeur par fa partic
concave fuperieure. Cette
adherance continuoit exterieurement
entre les deux
ventricules de la bafe à la
pointe.
GALANT: 113.
Aprés l'ouverture duventricule
droit du coeur, on trouva
un polipe de la groffeur
& de la figure du pouce qui
eft un corps étranger fait de
graiffe, qui paroiffoit ſembla .
ble à d'autre graiffe. Dans
l'orifice & embouchure de
la veine cave , il y avoit auffi
un Polipe de prés de demy
pied de long de matiere fem
blable au précedent , à l'extremité
duquel il y avoit beaucoup
de fang noiraftre , caillé
& adherant . Dans l'embou .
chure de l'Aorte , il y avoit
un polype ſemblable à celay
Juin 1702 .

K
#4 MERCURE
de la veine cave , une veficule
du fiel fort groffe , gonflée,
& remplie de bile.
Pendant fa maladie il étoit
fujet à un grand vomiffe .
ment.
A l'égard des reins , ils
eftoient entierement ulcerez
& n'avoient prefque point:
figure de reins . Dans le
rein gauche , il y avoit plu
fieurs pierres oblongues grof.
fes comme de petites noix
& comme des avelines avec
une matierenoirâtre, fetide , &
purulente, qu'onenexprimoit..
La mêmeulcerationétoit dans
GALANT . 115
le reim gauche. A l'égard de
la Veffie, elle n'avoit preſque
point de forme de veffie
mais feulement d'une forte
membrane redoublée d'une
épaiffeur confiderable.
Aprés qu'elle fut ouverte
on la trouva enduite par le
dedans d'une matiere purulente
, ſemblable à celle des.
reins .
On peut obferver que no
nobftant cette maladie de
huit ou dix ans , il avoit vers
le ventre & vers la poitrine
plus d'un doigt d'épaiffeur
de graiffe , ce qui parut évi-
10
Kij
116 MERCURE
dament aprés l'incifion .
On difoit qu'il avoit eu
autrefois quelques maladies
veneriennes , mais on n'eut
pas affez de temps pour examiner
plus exactement les
parties voisines , afin de connoiftre
auffi certainement
qu'on auroit pû fouhaiter
l'origine de tant de mal .
Il n'avoit point eu d'enfans
depuis longtemps qu'il eſtoit
marié.
GALANT. 117
OBSERVATIONS ,
MEDICO CHIRURGICALES
Faites par Louis Sauré , Chirurgien
de Paris , à l'occafion
d'une Maladie compliquée &
extraordinaire.
LE
E 24. Avril 1700. , Meffire
Michel Colbert ,
Abbé & General de l'Ordre
des Chanoines Reguliers des
Frémontrez , eftant dans fa
Maiſon Abbatiale de cetre
Ville de Paris , le trouva in
commodé d'an engourdiffe118
MERCURE
ment dans tous les doigts
de la main droite , avec une
grande diminution du fentiment
du toucher. 11 fouffroit
en même tems beaucoup
de douleurs dans la region
Lombaire gauche , ce qui
l'obligea à prendre quelques
remedes Emetiques & purga .
tifs , precedez d'une Saignée
du bras , dont il reçut quelque
foulagement, Neanmoins
l'indifpofition de fa
main continua encore plus
d'un mois , en fe diffipant
peu àpeu. De temps en temps
pendant les voyages , il fouf
GALANT
11
froit quelques douleurs , au
mefme lieu de la region des
lombes.
Le 30 du mefme
mois d'A
vril , le malade
fit remarquer
au fieur Sauré , une tumeur
fur l'épine
du dos entre les
deux épaules
, qu'il avoit de .
puis douze ans , dont il fortoit
un pus blanc , depuis
plufieurs
années
au printemps
,ce
qui luy fit conjecturer
, que
cela pouvoit
avoir connexion
avec les autres indiſpoſitions
,
le fieur Sauré aprés avoir exa.
miné cette tumeur
jugea
qu'il eftoit à propos
de procy

120 MERCURE
rer une iffuë à la matiere qui
formoit la tumeur, & qui paroiffoit
eftre renfermée dans
un Kifte. Comme le malade
creut que la chofe eftoit affez
de confequence pour eftre le
fujet d'une confultation de
deux Chirurgiens , il fit venir
-M' Maréchal , qui convint
avec le fieur Sauré qu'il eftoit
neceffaire de procurer l'evacuation
de la matiere qui
eftoit contenue dans cette
tumeur , ce qui fut fait par le
moyen d'un trochique cauf
tique qu'on infinua par
verture on s'écouloit la matiel'ou
re .
GALANT. 121-
Vingt - quatre heures aprés
on leva l'appareil , & on trouva
que le cauftique avoit fait
fon effet. En fuite on fe fervit
d'une lancette pour faire
une incifioa fur l'endroit
qui avoit efté Cauterifé , &
aprés cette Ouverture en
comprimant avec les doigts ,
on fit fortir une matiere
épaiffe femblable à du fuif
& de la groffeur d'un oeuf de
poule. Après cela on appliqua
quelques cauftiques
pour confommer entierement
le Kirt qui eftoit d'une
épaiffeur affez confiderable
Juin 1702.
L
122 MERCURE
& on apliqua enfuite les remedes
neceffaires pour en
procurer la fupuration , ce qui
réuffit & fut conduit à une
parfaite guerilon dans un
mois ou environ .
L'année fuivante eſtant
proche d'Arras , & faiſant ſes
vifites ordinaires dans les
Maifons de fon Ordre , il fut
encore incommodé de dou .
leurs tres violentes , dans la
mefme partie gauche de la
region Lombaire jufqu'à un
tel point qu'il fut obligé de
demeurer pendant deux fois
vingt quatre heures entiere
GALANT.
123
"
ment courbé. Dans cette
conjoncture il jugea à propos
de prendre une prife d'un
purgatif de la
compofition
de
Monfieur le
Chevalier
Mougin dont il fe fervoit de .
puis deux ans , dans le temps
qu'il croyoit en avoir beſoin .
Il fut
tellement foulagé de
cette
indifpofition qu'il partit
peu de jours aprés , pour reve
nir à Paris .
Il faut
obferver que
depuis
ce temps , il luy eft arrivé
deux ou
trois
fois
dans
des
intervalles
confiderables
quelques
défaillances
dont
Lij
124 MERCURE
il est revenu peu de temps
aprés.
Le Dimanche 26. Mars
1702. Il fe trouva enfin in .
commodé d'un engourdiffement
dans la main droite ,
femblable au precedent
avec une douleur dans la partie
gauche de la region lombaire
, ce qui luy donna occafion
d'avoir recours à fon remede
purgatif ordinaire , &
le foir d'ordonner à fon Valet
de Chambre de luy en
donner le lendemain une prife
à cinq heures du matin.
Pendaut la nuit fa main &
GALANT. 125
fon bras droit commencerent
à devenir paralitiques.
Enfuite aprés qu'il paruc
repofer pendant quelques
temps , le Valet de Chambre
luy ayant prefenté une prife
du remede qu'il luy avoit ordonné
le foir précedent de
luy apporter , il témoigna
par figne le refufer. li demeura
en cet eftat comme dans
un tranquile affoupiſſement
jufqu'à huit heures du matin .
Plufieurs perfonnes eftant
venues pour luy rendre viſite
s'étonnerent de ce qu'il ne
paroiffoit point s'eveiller
Liij
726 MERCURE
quoy qu'à fon âge de foixante
& dix ans il euft coutume d'ef
tre levé dés cinq heures du
matin. Lorsqu'on leur cut
appris fon indifpofition ils
creurent qu'il eftoit neceffaire
de fçavoir s'il eftoit éveillé
& en qu'el eftar eftoit fa fanté.
On le trouva encoredans
fon affoupiffement
& aprés
luy avoir parlé , il donna feulement
des marques qu'il ne
ouvoit répondre . Plufieurs
perfonnes de ceux qui
eftoient préfens , furpris d'un
accident
fi fubit , envoyerent
promptement
chercher diGALANT.
127
vers Medecins. Le premier
fut un Medecin qui vint au
lieu de M' Helvetius & de fa
part , lequel eftant arrivé on
remarquaque le malade eſtoir
devenu Paralitique de tout le
cofté droit. En mefme temps
le Medecin ordonna une fai .
gnée du bras qui fut faite par
le fieur Sauré. Enfuite ce
mefme Medecin ordonna
une prife émetique , & fit
une ordonnance particuliere
pour des remedes purgatifs.
Le tout fut executé en deux
heures de temps. Sur les onze
Liiij
128 MERCURE
heures , les remedes ayant fait
peu d'effet , Meffieurs , l'Abbé
, Lecquet , Chauvin , &
Chaumel , Docteurs de la Faculté
de Medecine de Paris.
qu'on avoit priez de venir ,
entrerent dans la chambre du
malade qu'ils vifiterent enfemble,
& apres une exacte re
cherche des fimptomes & des
caufes de la maladie , & des
remedes convenables pour le
foulagement & la guerifon
du malade , ils jugerent à pro.
pos de luy ordonner une faignée
à la jugulaire , ce qui à
l'instant fut executé par le
GALANT. 129
fieur Sauré. Ils ordonnerent
encore plufieurs autres remedes
qu'on mit en ufage fort
exactement. Le refte de la
journée le paffa à prendre ces
remedes. Le foir les mefmes
Medecins eſtant revenus &
ayant remarqué qu'on avoit
fenté inutilement
le foulage
ment du malade , la faignée
& les autres remedes n'ayant
produit aucun effet , ordonnerent
encore une autre faignée
du bras & les caraplames
veficatoires
pour eftre
appliquez fur plufieurs pare
ties du corps qui ne firent
130 MERCUR
E
pareillement aucun effet , la
nuit fuivante le malade eut
une évacation d'excrement
involontaire. Le refte de la
nuit ſe paſſa aſſez tranquillement.
Le Mardy au matin apres
le retour & l'avis des Medecins
, on continua l'uſage des
remedes émetiques , purga
tifs , laxatifs . On y joignit
le remede qu'on appelle goutte
d'Angletere , & plufieurs
autres convenables au malade.
La nuit fuivante il arriva
au malade une évacuation
femblable à la precedente , &
GALANT: 131
Pendant
il parut beaucoup plus foible
qu'à l'ordinaire .
tout ce temps il perdit l'ufage
de la parole & il faifoit feulement
connoiftre fa volonté
par quelques fignes.
Le Mercredy au matin on
le trouva hors d'etat de fupporter
aucune remede. Les
chofes demeulerent en cet
eftar . A midy le meſme jour
le malade mourut .
Le Jeudy 30 Mars aprés
midy , vingt- quatre heures
aprés la mort du malade , le
fieur Sauré fit l'ouverture du
cadavre , & ayant commen-
!
22 MERCURE
cé par l'abdomaine à la ma
niere ordinaire , aprés avoir
examiné toutes les parties
contenuës dans cette cavité ,
il obferva que le rein gauche
luy paroiffoit exterieurement
quatre fois plus gros qu'il n'a
de coutume d'eftre , ce qui
le détermina , à examiner cette
partie avec beaucoup de
foin , & l'ayant detaché de
fes adherance & ofté de fa
place , lors qu'il la remuoit
avec fes doigts , il fe fit une
ouverture à la partie pofterieure
du rein par laquelle il
fortit une matiere épaiffe &
GALANT 133
femblable à de la boüillie de
la quantité de la moitié d'un
demi feptier , meſure de Paris
ou environ , & continuant à
examiner doucement cette
partie , il découvroit une autre
cavité fituée dans la partie
cave du rein à laquelle
s'inferent les vaiffeaux émul .
gens & d'où fort l'uretaire.
Cette deuxième cavité n'eftoit
remplie que d'une matiere
fluide femblable à de l'urine
de couleur de citron .
Aprés la fortie de cette matiere
le fieur Sauré remarqua
que c'eftoit le baffinet du
134 MERCURE
rein qui s'eftoit dilaté d'une
maniere capable de contenir
un oeuf de poule des plus
gros . A la fortie de ce baffi
net du rein dans l'orifice de
l'uretere qui eftoit fort dilaté
il y avoit une pierre de la
groffeur d'un oeuf de pigeon ,
applattie d'une figure triangulaire
, dont un des angles
bouchoit exactement l'uretere
, les deux autres angles di ...
extraordinairement latant
Ce
l'orifice de l'uretere , à la for .
tie du baffinet du rein .
qui donne lieu de croire que.
cette pierre eftoit ſortie du
"
GALANT 135
baffinet du rein , cſtant encore
petite , mais cependant
trop groffe pour pouvoir tom.
ber le long de la cavité de
l'uretere dans la veffie , &
eftant demeurée en cet eftat ,
ſon volume s'eft augmenté
dans la fuite du temps par
l'application de plufieurs
couches d'une matiere propre
à la former.
Al'extremité inferieure du
rein , il s'eft trouvé une troifiéme
cavité dont les membranes
qui la formoient
eftoient d'une force aflez con
fiderable , & aprés avoir ou-
}
136 MERCURE
vert cette cavité avec un inf
trument tranchant , on a remarqué
que la matiere qui y
eftoit contenuë , eftoit d'une
confiftance , & d'une couleur
femblable à celle du miel
commun fans odeur de la
quantité environ plein la coquille
d'un oeuf de poule . A
la partie fuperieure du meſme
rein , il y avoit une quatriéme
cavité qui eftoit la plus
grande de toutes , cette cavité
avoit communication avec
celle qui estoit à la partie pof
terieure du rein dont nous
avons parlé en premier lieu.
GALANT.
137
Ces deux cavitez avoient
communication l'une avec
avec l'autre au travers d'une
efpece de feptum medium par
un trou qui eftoit au milieu
de cette cloifon de l'ouverture
, de la groffeur du petit
doigt , en forte que la matiere
qui estoit contenuë dans cette
quatriéme cavité fuperieure
fortit
conjointement avec
celle qui eftoit contenue dans
la cavité de la partie pofterieure
de ce rein , de laquelle
on a fait mention d'abord .
Il faut encore obferver que
les
membranes de cette der
Juin 1702.
M
138 MERCURE
niere cavité de la partie fupe
rieure du rein , eftoient deve
nues cartilagineuſes , & mel,
me offeufes , de forte que la
partie la plus dure eftoit en .
viron de la grandeur d'un
efcu blanc & de fon épaif.
feur. Il est évident que quand
mefme le malade euft reçeu
quelque foulagement d'ail
leurs , la cavité de la partie
poſterieure du rein & celle
de la partie concave , n'auroient
pas demeuré longtemps
fans s'ouvrir d'elles.
mêmes, puifque les membranes
qui formoient ces deux
GALANT 139
cavitez , estoient dans un tel
état de pourriture , qu'elles
furent déchirées au moindre
attouchement qu'on en fir en
remuant ce rein , pour le tirer
de fa place ordinaire.
Les
matieres contenuës dans ces
cavitez s'eftant épanchées
d'elles mefmes par la ruptu
ture naturelle qui fe feroit
faite de ces membranes , aupeu
cauſer
la fuite
par roient
peu
du temps
beaucoup
de défordres
& fans
doute
la mort
aprés
une
longue
maladie
de
langueur.
Apres avoir fait l'ouvertu
Mij
140 MERCURE
re de la poitrine , on remar
qu'a entre autres chofes ,
une forte adherence du pou .
mon à la pleure dans toute
fa furface du cofté gauche
& à tout le diaphragme du
mefme côté gauche . A la
furface du poumon du coſté
droit , il y avoir un petit abcez
purulent. L'orifice de
l'aorte à la fortie du ventricule
gauche du coeur eftoit
offeux .
A
Toutes ces circonstances
font connoiftre qu'il y avoit
plufieurs années que ce rein
avoit commencé a eftre alteGALANT
141
ré, ce qui paroift par le changement
de fa figure , par la
grandeur de ces cavitez , par
la quantité des matieres qu'el
les contenoient , par les diffe.
rentes couleurs de fes matie .
res , par le nombre des cavitez,
par la force & la folidité
des membranes de quelques
unes de ces cavitez , par
pierre quis'y eftoit formée,
& par la groffeur de cette
pierre.
Pour expliquer Phifice Me
caniquement. Ces chofes , on
peut confiderer qu'il eft conftant
que le lang eft porté
142 MERCURE
-
par les arterres émulgentes
à toutes les petites glandes
des reins pour y eftre feparé
de la cerofité qu'il contient
& qui fait de l'urine , & quaprés
avoir efte ainfi purifié,
il est raporté par les veines
emulgentes dans le trône de
la veine cave , pour circuler
avec le refte de la maffe du
fang. Si on confidere que
par quelques caufes que ce
puiffe eftre , il arrive que des
parties de fang fe coagulent ,
ces parties ainfi coagulées
s'oposent au
cours
ordinaire
du fang & comme
GALANT. $43
l'impulfion de ce fang pour
circuler eft à peuprés toujours
égale , il arrive que les mémbranes
des artériolles dans lef
quelles lesobstructionsſe font
remontrées fe dilatent à mefure
que lesimpulfions ou obf
tructions continuent , de forte
que le gonflement des vaif
feaux où fe rencontre l'obftruction
eftant par la fuite du
temps devenu fort notable ,
ces vaiffeaux ainfi gonflez
compriment à leur tour les
vaiffeaux voifins & les canaux
excreteurs qui condui
fent la ferofité dans le baffi
144 MERCURE
nec du rein. Aprés un long
fejour , le fang contenû dans
ces cavitez ceffant d'avoir li
berté de circuler , fermente
fe corrompt & fe putrefie , &
la plus fubcile ferofité tranfude
par les porofitées de la
membrane dilatée , deforte
qu'il ne refte dans la cavité
où eft l'obſtruction , que la
partie du fang la plus groffiere,
Les liqueurs continue dans
les vaiffeaux où il n'y a point
d'obſtruction comprimées
par le gonflement de ces cavitez
, le vuident parce que
les mêmes liqueurs , ne
trouvent
GALANT 145
trouvant aucun obftacle
pour fortir. Ces vaiffeaux
eftant vuides , les membranes
qui les compofent s'aprocherent
l'une de l'autre & demeurant
longtemps dans cette
fituation elles fe deffechent
interieurement , leurs parties
deviennent adherantes, & enfin
forment des membranes
épaiffes , dures , & qui peuvent
devenir ſolides , comme
des cartillages & mêmes femblables
par la longueur du
temps à de veritables os ; principalement
lorſque ces mem ·
branes font empreintes des
Juin 1702.
N
146 MERCURE
matieres propres à former des
pierres. Mais lorsqu'il le trouve
de ces cavitez dont quelques
unes des parties font
proche la furface du rein , il
arrive que dans cet endroit
la membrane qui forme cette
cavité eft minée à proportion
que la furface du rein s'en
trouve proche , & avec d'autant
plus de raifon que les
glandules conglomerées qui
font difperfées vers la circonference
du rein du rein con .
tinuant d'eftres empreintes
de la même ferofité , fans
s'en pouvoir décharger , à
GALANT 147
cauſe de leur moleffe & de
leur ftructure fpongicufes ,
fouffrent facilement mortifi .
cation par la corroſion de
cette liqueur croupiffante qui
y fejourne, de forte qu'enfin
elles deviennent en pourriture
, ce qui rend les capfules
de ces cavitez d'une
force inégale dans leurs étenduës.
Toutes ces circonftan .
ces femblent fe remontrer
dans le rein dont on vient
de faire la defcription . On
peut ajouter que la multicude
des cavitez , & l'amas des
matieres qui y estoient con.
Nij
148 MERCURE
·
tenuës , ont entierement contribué
à luy faire changer fa
figure naturelle & à le rendre
difforme , il eft à préfu
mer que l'origine de tous
ces maux avoit commencé
dans ce rein , & comme la
ferofité du fang ne fe filtroit
pas en auffi grande abondan .
ce , & avec la même perfection
qu'il eftoit neceffaire
pour la confervation d'une
fanté parfaite , il eſt arrivé
que la maffe du fang par
une fuite de plufieurs années
eft devenuë vitilée , l'autre
rein ne pouvant fupléer affez
GALANT. 149
abondamment aux fonctions
de celuy cy. Ileft arrivé auffi
que les parties fpiritueules
du fangeftant devenuës enſes
velies dans des parties aqueufes
, groffieres , & terreftres
n'ontpû le filtrer dans les glan
des du cerveau & fournir fufifamment
de fuc nerveux ou
d'efprits animaux pour couler
dans les nerfs & continuer
à fervir au fentiment du toucher
& au mouvement des
parties. C'est ce qui a rendu
la plus grande partie du corps
fans action ; ce qui a entierement
diminué les fonctions
N iij
50 MERCURE ९०
des autres fens , ce qui a interceptéle
mouvement circufaire
du fang & enfin le coeur
comme principal muſcle ,
n'ayant point eu affez de force
pour pouffer le fang vers les
parties du corps , la mort a
efté une fuite neceffaire.
Le zele de M' Sauré
pour perfectionner la profef.
fion ne peut meriter que l'eftime
des perfonnes judicieufes,
Tous ceux qui ont occa.
fion d'examiner des faits ex.
traordinaires femblabes à celuy
cy , rendroient un grand
fervice au Public en luy com-
5
GALANT isì
muniquant
leurs obfervations
aprés les avoir faites ,
parce que c'est le moyen le
plus fûr pour connoistre exac
tement la caufe de plufieurs
maladies jufqu'à préfent inconnues
, auíquelles
on ne
peut apporter aucunes précautions
ny aucuns remedes
efficaces , faute d'en avoir une
parfaite intelligence . C'eſt
une recherche que perfonne
ne peut blâmer.
D'ailleurs , tout le monde
y eft intereffé , puifque toft
ou tard les maladies font
inévitables ,outre qu'il y en a
Niiij
12 MERCURE
de certainesqui font comme
heréditaires dans des Famil
les , dont il eft de la derniere
conſequence d'ofter le principe
, & par ce moyen d'en
empêcher toutes les fuites
funeftes qui en peuvent arriver.
On peut ajouter que ces
fortes de maladies extraordi
naires peuvent contribuer
beaucoup à faire connoiſtre
la ftructure de certaines parties
du corps affez inconnuës
, la nature agiffant en
cette occafion , fouvent avec
une délicateffe plus grande
que celle de tous les Anato
miftes enſemble,
GALANT. 153
AUTRES OBSERVATIONS
faites par M Sauré fur
une maladie du poumon , qui
eft devenue mortelle par la
Suite.
A
U commencement du
mois d'Avril 1702 .
Louiſe Bouillot femme de
Philipe d'Ancourt , Bourgeois
de Paris , demeurant
ruë de l'Obfervance , Paroiffe.
de Saint Côme . Se trouva incommodée
d'une oppreffion
de poitrine , accompagnée
d'une toux violente & d'une
petite fiévre.
154 MERCURE
·
Cette indifpofition continuant
, le 9 du mefme mois
la malade fut faignée du bras
dont elle reçut quelques foulagemens
. Elle ufa pour au
tre remede de ptifanne pecto .
rale faite avec les jugubes ,
febeftes , dattes , la racine de
guimauve , chiendent , régliffe
, & pour calmer cette
toux importune qui l'empef
choit de repofer pendant la
nuic , elle prit de temps en
temps de differents firops ,
fçavoir de tuflillage , de capillaire,
de guimauve , nonobftant
tous ces remedes l'inGALANT
iss
difpofition continuant de
plus en plus à devenir plus
opiniâtre , on cruc qu'il
eftoit neceffaire de reiterer la
faignée du bras , pour foula.
ger l'oppreffion que la malade
continuoit de fouffrir dans
fa poitrine. Elle fut encore
foulagée avec efperance de
recouvrer entierement fa fanté.
Mais apparemment
la
malade n'obferva pas le ré
gime de vivre & la continua .
tion des remedes qu'on luy
avoit confeillé de mettre en
ufage , dont elle paroiffoit
s'ennuyer. Cependant l'op16
MERCURE
preffion & la toux n'ayant
pas entierement diſcontinué
la malade fe trouva par la
ſuite dans une indifpofition
plus encore incommode
qu'auparavant.
Le 17. du même mois le
Medecin ordonna une fai
gnée du bras , & aprés qu'el.
fut faite , la malade continua
l'uſage des ptifannes pectorales
ordinaires , fuivant l'avis
du Medecin , le jour fuivant ,
elle mourut fur les cinq heu
res aprés midy.
Le 29. du mefme mois le
fieur Sauré fit l'ouverture du
GALANT 157
cadavre. Après avoir ouvert
l'abdomen à la maniere ordinaire
on trouva dans fa capacité
un peu de ferofitez
épanchées de la quantité
d'environ un demifeptier mefure
de Paris femblable à de
l'urine. Le refte des autres
parties contenuës dans cette
cavité , entre autre l'interieur
du ventricule , & le Durdenum
parurent affez fains ,
le foye , & la ratte parurent
auffi affez fains. A l'égard
du foye il eftoit d'une gran
deur extraordinaire , de forte
qu'il occupoit la partie ſupe
1,8 MERCURE
rieure de l'epigaftre , en ce
terminant de part & d'autre
dans les hippocondres droit
& gauche, de forte que le ven .
tricule au lieu de fa figure
ordinaire avoit une figure oblongue
, de telle maniere que
ce foye obligeoit le diafragme
à eftre fort convexe.

En examinant les parties
contenues dans l'hyipogaftre ,
entre autres celle de la matrice
, on les trouva fort
faines. On apperçut feulement
un petit point rouge
en forme de cicatrice à la
partie laterale & fuperieure
de chaque ovaire du coſté de
GALANT 159
la trompe de Falloppe . Aprés
avoir fait une incifion longitudinale
à chaque ovaire , on
remarqua dans la partie fupe .
rieure interne de l'un & de
l'autre ovaire deux veficules
de la groffeur d'un poids ,
remplies d'une liqueur tranf
parente. On peut conjecturer
que ces veficules eftoient
des oeufs prefts à recevoir
fecondation. Lorſqu'on eut
coupé tranfverfalement les
deux trompes de Falloppe, on
obferva qu'il fortoit une liqueur
blanche & ſemblable
à du lait de la cavité de
160 MERCURE
l'une & rien de la cavité de
l'autre. On conjecture que
cette liqueur blanche n'étoit
autre choſe qu'une matiere
épaifle par le fejour qu'avoit
fait la liqueur feparée de la
maſſe du ſang par les glan .
des qui tapiffent la membrane
interieure de cette trompe
, d'où l'on peut inferer que
cette matiere épaiffe occupant
cette cavité auroit pû
empêcher le cours de la matiere
pour impregner les oeufs.
renfermez dans l'ovaire du
même cofté , ce qui en au
roit peu empefcher l'ufage ,
GALANT 161
l'autre ovaire ayant fupplée
au défaut de celuy cy pour
pour la generation de trois
enfans qu'elle avoit eus.
Aprés avoir fait l'ouverture
de la poitrine , on remar
qua que le lobe droit du
poumon eftoit adherant
dans la partie fuperieure , inferieure
& laterale à la pleure
& au diaphragme. En déta
chant les parties du poumon
adlerantes on obfervoit
des matieres vifqueufes &
gluantes , qui avoient tranf.
piré hors de la fubſtance de
ce lobe du poumon , de forte
Juin 17020
O
162 MERCURE
que la membrane de ce lobe
paroiffoit altcrée & lorf.
que l'on comprimoit legerement
le tout avec les doigts
cette matiere fortoit en plus
grande quantité. Quand on
eut fait diverfes incifions en
cette partie du poumon
on remarqua qu'il fortoie
dans chaque incifion une liqueur
blanche en quelques
endroits , & en d'autres une
liqueur blanchaftre meflée
de fanie purulante.
A l'égard du lobe gauche
du poumon , il n'eftoit aucunement
adherant comme
GALANT. 163
Je précedent , excepté les ad.
herences neceflaires , mais
ce ſecond lobe eftoit fort tu
mefié , & aprés plufieurs incifions
faites dans la fubftance
, on ne remarquoit rien
autre choſe dans ces inci .
fions qu'une abondance de
fang noiraſtre coagulé qui pa
roifloit encore en plus grande
quantité lorfque l'on compri
moit legerement la fubftances
de ce mefme lobe. Le
pericarde & les autres parties
de la poitrine eftoient affez
faines .
On fit l'ouverture du ventri
O ij
164 MERCURE
cule droit du coeur dans le
quel on trouva un polype
d'une grandeur confiderable
qui eftoit adherant à la partie
inferieure du feptum mé
dium du coeur, & fe continuoit
avec un long apendice par
l'orifice de la veine cave afcen
dante dans la cavité de cette
'mefme veine.
Aprés avoir ouvert le ventricule
gauche , il ſe trouva
pareillement un polype d'une
groffeur affez confiderable ,
& plus large que le précédent,
mais qui fe terminoit dans le
yentricule même poſé horiGALANT
165
zontalement , & adherant
vers le milieu du feptum medium.
Enfuite on examina une
tumeur fituée fur la partie anterieure
de la trachée artere
entre larinx & l'extremité du
fternum , fituée fur le deux &
le troifiéme anneau cartalagineux
de la partie anterieure
du larinx. Cette tumeur qu'a,
voit la malade depuis huit
années , eftoit de la groffeur
d'un oeuf de poule , diſtribuée
en deux cellules inegales.
La plus grande , qui eftoit la
fuperieure , eftoi remplic
166 MERCURE
d'une espece de matiere femblable
à du fuif, mollaſſe,grifâ.
tre. Entre les deux tumeures
vers la furface , il y avoit une
efpece de petit os large &
femblable à une arrefte de
poiffon, La partie inférieure
eftoit remplie d'une matiere
plus grifâtre que la précedente
& de même confiftance.
Aprés l'inſpection de ſes chofes
, il paroift qu'il eft facile
de rendre raifon de l'origine ,
du progrez & de la fin de cetmaladie.
Si on confidere une poi
trine étroite à caufe de la
GALANT 167
grandeur énorme du foye ,
un lobe du poumon adherant
, des polippes dans les
ventricules du coeur d'une
grandeur confiderable , il
paroîtra évidemment que les
poumons , n'avoient pas la
liberté de fe dilater autant
qu'il eftoit neceffaire pour la
confervation
& perfection
d'une facile refpiration . Il eft.
encore évident que ces polypes
eftoient un obftacle.
àla liberté du mouvement
circulaite du fang ; de forte
que le moindre embaras ou
la moindre obſtruction qui
168 MERCURE
s'eft rencontrée dans la fubftance
veficulaire des, pou
mons , y a pû caufer par la
fuite beaucoup de defordre .
puifque d'une obftruction
vient par la compreffion des
vaiffeaux voifins une infa.
mation , & enfin le mouvement
du fang qui eftoit lent
& debile à caufe des obſtacles
qu'on vient d'expofer ,
s'arreftant facilement , tendoit
naturellement à une ceffation
entiere de mouvement
, & enfin à la mort
inév tab de la perfonne
en laquelle ces circonftances
GALANT. 169
ces fe font rencontrées.
Ce qui fuit eft une Traduc
tion à laquelle je n'ay rien
changé. Je vous en diray da
vantage à la fin de cette
Relation.
Le lundy 24. d'Avril , la
Reine d'Efpagne arriva à Vil.
lafranca , à quatre lieuës de
Sarragoffe. Elle y fut reçuë
& logée dans un beau & riche
Palais , où l'attendoit l'Arche
vêque de Sarragoffe , le Gouverneur
d'Arragon, & le Juré
en chefde
Sarragoffe accom
P
Juin
1702 .
170 MERCURE
pagné des Nobles & des Ti
trez du Royaume.
Le Mardy 25. Sa Majefté
partit de Villafranca , pour
aller à Sarragoffe. Elle fe mit
en chemin dés qu'elle eut
dîné & y arriva entre quatre
& cinq heures du foir. Elle
arreſta un moment vis à vis
le Convent des Religieufes
de Saint François qui eft hors
les murailles de la Ville. Sa
Majefté y vit avec beaucoup
de plaifir un Arc de triom .
phe bien entendu , entremeflè
d'arbres & de fleurs , terminé
par une figure Equeftre du
GALANT 170
Roy d'Espagne. Les branches
des arbres entrelaffées de
Aeurs luy faifoient une niche
avec beaucoup d'artifice &
d'agrément. C'est là que
commença
l'entrée de Sa
Majefté avec les Grands du
Royaume & avec la grandeur
accoutumée dans de pareilles
ceremonies . S. M. entra dans
un magnifique Caroffe avec
Madame la Princeffe des Urfins
la CamareraMayor , qui
prit la place fur le devant du
Carroffe. Elle fut fuivie des
Caroffes des Dames & des
principaux Officiers de la
Pij
172 MERCURE
Maiſon , & traverfa toute la
Ville ou elle trouva un con
cours prodigieux de Peuples
des environs , qui par leurs
applaudiffemens & par leurs
cris de joye témoignoient
l'extreme plaifir que leur
faifoit fentir la vue & la préfence
de leur nouvelle Rei .
ne. Leur empreflement leur
fit affez connoistre qu'elle
eftoit leur fidelité . Depuis
le Convent des Cordelieres
jufques au Pont qu'ils apppellent
de Tablas , qui eft fur la
fameufe Riviere d'Ebro , en
avoit pratiqué comme un
GALANT 173
grand Bois qui laiffoit une
Belle allée ouverte pour le
paffage . & qui de diſtance
en diſtance formoit des arcades
qui faifoient un agréable
effet à la vue , & qui avoit
quelque rapport aux fameufes
allées d'Aranjuez , de forte
que cet arrengement de
bois ou arbres fe continuan fur
le Pont,en faifoit comme une
espece d'ifle verdoyante ſuſ
penduë fur l'eau .

Aprés avoir paffé le Pont
Sa Majefté fit fon entrée dans
la Ville par la porte qu'ils
apellent la Portaza qui estoic
Piij
74 MERCURE

ornée d'un tres beau frontifpice
& d'un Arc tres beau
Audeffus eftoit un Portrait
du Roy d'Espagne fort refemblant
& bien peint. Les
murailles eftoient ornées de
riches tapifferies à deux rangs
& les rues avoient de beaux
arbres des deux coftées en
forme d'allées , à cauſe que
tout cet espace eft encore au
dehors de la Ville.
C'eſt
par là que
Sa
Majefte
entra
dans
la Ville
de
Saragoffe
. Les
acclamations
continuerent
par
tout
, & la
joye
redoubla
dans
tous
GALANT. 179
les coeurs , qui firent voir des
tranſports finceres de l'amour
des fidelles Sujets d'Arragon
à l'aspect d'une jeuneſſe fi
refpectable , d'une Majefté
fi aimable , d'une vivacité fi
judicieuſe , d'une fleur fibrillante
, & d'une beauté fi parfaite
que n'a pû imiter le pin.
ceau le plus eftimé. On entendoit
de toutes parts les
Peuples en foule crier avec
éclat. Vive la Reine , & vive
le Roy Philipe V. & meſler à
ces acclamations finceres &
tendres des hommages & des
éloges.
Piiij
176 MERCURE
Sa Majesté entra dans la
grande & fameuſe ruë Del
Coffo. Toutes les autres &
les dehors des maifons
eftoient fi richement ornées ,
qu'elles meriteroient une def.
cription particuliere par la
magnificence & la variété des
ornemens qu'on y admiroir,
& c'eft de cette même ma
niere qu'eftoient difpofées
toutes celles par où Sa Ma
jefté devoit paffer jufqu'à
l'entrée du Palais .
A la fortie Del Coffo , &
à l'entrée de la ruë qu'on appelle
la Cedazeria , il y avoit
GALANT $77
un arc de triomphe avec un
portrait en grand de Sa Majefté
, d'un cofté & de l'autre
le Portrait du Roy d'Ef.
pagne à Cheval , avec beaucoup
de Simboles & de Devifes
touchant le triomphe
qu'on efpere de remporter
fur les Ennemis de la Foy &
de l'Etar.
Dans cette ruë Del Coffo
en deux endroits differens
on voyoit deux magnifiques
Theatres , fur l'un defquels
les Comediens exprimoient
par leurs Deviſes & par leurs
jeux , la joye & le bonheur
178 MERCURE
d'une journée fi heureufe : &
fur l'autre les enfans expoſez
donnerent une Fefte & réprefenterent
un divertiffement
qui meritoit l'approba
tion & les applaudiffemens
de la Cour & du Peuple.
De la rue Cedazeria , Sa Majeſté
entra au marché , & par
la porte de Tolede à la ruë
des Orfevres qui eftoit
pleine de grandes richeffes,
Au milieu de cette ruë , s'elevoit
encor un arc de triom.
phe des mieux entendus &
des plus riches qu'on ait encore
veus. Il eftoit chargé
GALANT. 179
avec beaucoup d'art & de
gouft des plus curieufes pieces
d'orfevrerie
. L'affemblage
de tant de bijoux curieux &
rares difpofez avec beaucoup
d'ordre & d'intelligence
, repréfentcir
aux yeux une nouvelle
merveille.
Au milieu de la grande
ruë , à l'entrée de la Coutellerie
, on voyoit un autre arc
de Triomphe fort exaucé
avec les portraits de leurs Ma.
jeftez. C'eftoit un spectacle
qui meriteroit une deſcrip
tion exacte & un éloge particulier.
Au bout de cette
180 MERCURE
mefme ruë , & dans le milieu
de la place de la Cathedrale ,
on avoit élevé un obeliſqué
magnifique avec les Portraits
de leurs Majeftez , cet obelifque
eftoit terminé par une
Renommée avec la trompet
te qui publioit leur gloire &
leurs vertus . Sa Majesté arri
va au Palais Archiepifcopal
dont toutes les cours eftoient
pleines d'unes infinité de per
fonnes choifies qui atten
doient pour recevoir Sa Majefté.
Mile Gouverneur d'Arragon
avec tous les Confeil.
lers & une infinité de Sei
?
GALANT 181
gneurs & de Gentilshommes
qui avoient escorté le Caroffe
de Sa Majefté & qui la fuivi.
rent juſqu'à l'entrée de fon
appartement
, s'y trouverent
auffi . Elle n'y fut pas pluftoft
entrée , qu'elle fe laifla voir
au peuple fur des Balcons
differens qui donnent les uns
fur la riviere d'Ebro , les autres
fur les cours du Palais ,
s'accommodant
ainfi à l'em.
preffement
de ce peuple qui
ne pouvoit fe raffafier de la
voir & de luy adreffer fes
voeux & hommages
.
Toute cette nuit & les
182 MERCURE
trois fuivantes , il y eut des
illuminations continuelles
dans toute la Ville , à toutes
les tours , & à tous les édifi,
ces , avec des feux d'artifice
differens qu'on fit jouër du
cofté de la riviere en face du
balcon du Palais .
Le Mercredy 26. entre onze
& douze heures Sa Majeſ
té alla vifiter l'Eglife du
Saint Pilier , & eftant entrée
dans la Chapelle Angelique
& Apoftolique. Cette fainte
Eglife luy offrit un riche bijou
de ceux que l'Image de la
Vierge avoit pour lors à fon
GALANT: 183
Manteau . Sa Majesté le regeut
avec beaucoup de dévo
tion , & dans le mefme mo
ment , elle demanda à Madame
la Princeffe des Urfins
, fa Dame d'honneur ,
un bijou tres riche de gros
diamans qu'elle portoit avec
elle dans l'intention de l'offrir
à la fainte Vierge pour
la Reine & en préſence de Sa
Majefté on le mit à la meſme
place de celuy qu'on en
avoit ôté pour luy donner.
Le mefme jour fur le foir ,
elle alla à la grande Eglife de
faint Sauveur , ou elle prêta
184 MERCURE
ferment en qualité de Gou
vernante Generale & Lieutenante
du Roy d'Espagne
dans le Royaume d'Arragon.
Cette fonction fur tres folemnelle
, & elle fe fit dans les
ufages & avec les cerémonies
accoutumées- M ' l'Arche
vefque la reçeur à porte de
l'Eglife , en habits Pontifi
Caux . Illuy donna la Croix à
baifer. Il eftoit affifté de fon
chapître & de tout fon Clergé.
M' le Gouverneur d'Aragon
y eftoit avec tous les
Confeils , le Chef de la Juf
tice Mayor y eftoit avec tont
GALANT. 185
"
fon Confeil auffi . Le confiftoire
du Royaume , les Ju
rez de Saragoffe , & tous les
autres Miniftres qui ont quel
ques fonctions Royales , y
eftoient de mefme . Ils pafferent
tous par le Cloiftre en
Proceffion , chacun gardant
fon rang & chantant le Te
Deum.S. M. eftoit fuivie de fa
Dame d'Honneur , & de tou .
tes les Dames de fa maiſon .
Elle monta fur le Trône
qui luy avoit efté préparé
, & y préta le ferment
avec un applaudiffement
univerfel . Sa Majesté
Juin 1702.
Q
186 MERCURE
s'en retournaenſuite au Palais,
Le reste du jour fut em.
ployé à la Ceremonie de don
ner la main à baiſer, à la Vil
le & à fes Confeillers qui
avoient tous de riches
joyaux & de belles chaînes
d'or. Mr le Gouverneur du
Royaume , eftoit à la teſte des
Miniftres des Confeils , tant
du Civil que du Criminel.
Le Jeudy 27.fur le foir , Sa
Majesté paffa de ce même
Palais à la maiſon de la Députation
. Elle alla à la Salle
de faint George , ou les quatre
differens Etats du RoyauGALANT
187
me l'attendoient pour celebrer
ce qu'ils apellent el fo .
lio , & pour faire l'ouverture
des Etats Generaux. Tout
s'y fit dans les formalitez accoutumées
& avec les ceremonies
ordinaires.
Ceux qui font dans les
pincipaux poftes & emplois
de la Ville & du Royaume
continuerent la ceremonie
de baifer la main , & c'est un
honneur que reçurent les De .
purez des Villes , des Eglifes
& des Univerfitez
du Royau
me.
Le Vendredy 28. les Sei-
Qij
188 MERCURE
gneurs
curent
les mêmes
honneurs
& furent tous trai N
tez favorablement de Sa Ma .
jeftè.
Les nuits du Mer credy &
du Samedy on fit joüer deux
feu d'artifice d'une inven
tion particuliere & dont l'e .
xecution fut auffi heureuſe
qu'agréable en face des Bal
cons du Palais.
7
Le Dimanche dernier jour
d'Avril entre trois & quatre
heures aprés midy , arriva le
Courier qui apporta la nou ;
velle de l'heureuſe arrivée du
Roy d'Espagne à Naples. Ce
GALANT. 189
bonheur fut celebré ave c
une tendreffe bien animée de
la part de la Reine & bien
foutenue par le zele de fes
fidelles Sujets. Cette fefte
redoubla la joye publique ,
& fut celebrée au bruit de
PArtillerie & de toutes les
Cloches avec de nouvelles
illuminations & des feux de
joye.
1
Le premier jour de May
eftant le jour de la Fefte du
Roy d'Eſpagne , & le lende
main du jour que l'on apre
noit une fi heureuſe nouvelle
de fon arrivée à Naples , les
190 MERCURE
Corps des Marchands don
nerent une tres- belle fefte
& un fort agreable divertif
fement , ils formerent une
Compagnie de Chevaux avec
tous leurs differens Officiers
qui n'avoient rien épargné
pour leurs habits , ny pour
ajouter à leur zele tout ce
qu'il leur infpira de magnifi
que. Ils allerent dabord dans
les cours du Palais pour ren .
dre leurs hommages à Sa Majefté.
Le reste du jour &
tout le lendemain , ils firent
leur cavalcade par toute la
Ville. Ce qui fic rèkerer tous
GALANT TO
tes les acclamations & les
éloges de leurs Majeftez.
Le cinquième jour les Ouvriers
en laine donnerent une
fekte tres bien entenduë. Ils
firent deux beaux Chars de
Triomphe qu'ils chargerent
l'un de perfonnages ferieux,
& l'autre de comiques. Ils
furent applaudis dans l'un
& dans l'autre genre. Rien
n'eftoit mieux imaginé. La
nuit ſuivante on fit jouer des
feux d'Artifice fur l'Ebre.
Sa Majesté a efté en differentes
Eglifes & en differens
Convens à la Meffe. Elle
192 MERCURE
continuë fes exercices de pie
té & de bonté qui enchantent
tous fes Sujets . Elle a
témoigné qu'elle eftoit fort
fatisfaite du zele & du refpect
de les fidelles Sujets Arragonnois
. Cette Princeffe eft
fort contente en particulier
de cette Ville où elle a gagné
les coeurs de tous ceux qui
l'ont vûë , & elle en a
efté regardée avec une fingu
liere veneration .
Cette Relation a efté traduite
fur celle qu'a envoyée
icy en Espagnol , Dom Fran
cifco de Guaras & Paſquier,
GALANT. 193
à un Gentilhomme de fes
amis. Cet Espagnol vous
eft connu par la grande réputation
qu'il s'eft acquife
icy , puifqu'il y a demeure
longtemps l'année derniere
en qualité d'Envoyé Extraor
dinaire de Sa Majesté Catholique
. Il eft homme d'une
grande naiffance , & d'un merite
diftingué. On luy arendu
icy toute la juftice qu'on
luy rend aujourd'huy en Efpagae.
Il a des qualitez perionnelles
qui le font estimer
& aimer de tous ceux qui
le voyent. Il s'est fait diftin-
Juin 1702.
R
194 MERCURE
guer dans tous les Emplois
qu'il a eus , & il s'en eft acqui .
té d'une maniere qui a toujours
fait honneur à la Na .
tion . De pareils Sujets font
dignes des poftes les plus ele .
vez. La Reine d'Eſpagne luy
a fait à fon retour de France
tout l'accueil qui estoit dû à
fon merite . Il est fort eftimé
en Aragon , ce qui luy don .
ne lieu de faire paroiftre fon
zele pour tout ce qui regarde
les interefts du Roy dans
ce Royaume là .
M' Bion , Ingenieur pour
GALANT 195
les inftrumens de Mathema.
tique , a depuis peu tracé &
fait graver un inftrument de
Mathematique qui de tout
temps a efté tres eftimé des
Sçavants par le grand nombre
d'operations que l'on
peut faire par fon moyen . Il
confifte en plufieurs planches
d'Aftrolabes tant univerfels
que particuliers de neuf à dix
pouces de diametre . Ces Af
trolabes font ceux de Prolomée
, de Gemmafrifon , de
Royas , & de M ' de la Hire ,
Lecteur & Profeffeur Royal
& de l'Academie des Sciences.
Rij
756 MERCURE
ཟླ་༥
M ' Bion à donné en même
temps au Public un Traité
qui en explique la conſtruct
tion & les uſages . Ce livre
eft composé de cinq Chapitres
. Dans le premier il explique
la conftruction de
toutes ces differentes fortes
d'Aftrolabes ; & comme il
cft important qu'ils foient
tracez avec beaucoup d'exactitude
, il a choifi deux me.
thodes auffi fimples que faciles
pour tracer chaque plan .
che, dont l'une qui employe
les nombres correspondants
cordes , aux finus , tan- aux
GALANT: 197
gentes & fecantes des Arcs
peut fervir à verifier l'autre
méthode
qui le fait par d'au
tres moyens
.
2
Le fecond Chapitre expli
que les ufages de l'Aſtrolabe
univerfel de Gemmafrifon &
de celuy de M' de la Hire . Le
troifiéme eft pour les ufages
de l'Aftrolabe univerfel de
Royas . Le quatriéme explique
les ufages de l'Aſtrolabe
équinoxial de Ptolomée , &
le cinquiéme traité des ufages
du quarré & du treillis
Geometrique qui font au dos
de l'Aftrolabe .
R iij
198 MERCURE
Les ufages de ces inftru
ments fe rapportent à l'Aftro
nomie , à la Geografie & à la
Navigation , qui par leur excellence
& leur utilité tiennent
le premier rang entre les
fçiences humaines.
Ce livre fera utile & agreableà
ceux qui aiment ces fçiences
, tant parce qu'ils y trou
veront quelque chofe de nouveau
, que parce qu'il y a peu
de livres en noftre langue qui
traitent de ces matieres avec
le mefme ordre.
On trouve chez ledit fieur
Bion fur le Quay de l'Orloge
GALANT. 199
du Palais au Soleil d'Or, toute
forte d'inftrumens de Mathematique
tracez & diviſez
avec toute l'exactitude poffible
de mefme que ces Aftro.
labes , montez & garnis d'ali
dades & pinules pour fervir
dans les voyages de terre &
de Mer à faire les obfervations
Aftronomiques & Geometriques.
Le fieur Bion avertit les
Curieux qu'il fait réimprimer
fon livre de l'ufage des Globes
qu'il a donné au Public
il y a environ deux ans avec
quelques corrections & auge
R iiij
200 MERCUR E
mentations qui feront plaifir
aux lecteures.
bles
Je vous envoye deux Lettres
écrites par le Roy d'Eſpagne.
Je ne vous dis rien de ce Prince;
tout ce que je vous en man
de tous les mois , fait connoî
tre par des preuves auffi fenfi
qu'éclatantes , qu'il a toutes
les qualitez qu'on peut fou
haiter dans un grand & bon
Roy. Et ce Prince ne dit , &
n'écrit aucun mot qui ne faffe
voir un esprit affi brillane
que folide. Voicy la Lettre de
ce Monarque à Monfieur le
GALANT. 201
Duc de Vendôme . Il s'en eft
fait une fi grande quantité de
copies qu'il y a grande
apparence que vous l'aurez
déja veuë. Ainfi je ne vous
l'envoye que parceque je fçay
que vous l'attendez de moy
comme une piece curieule
qui doit le trouver dans mes
Lettres.
Ge 28. May 1702.
f'dy aprispar voftre Lettre ,
par ce que ma dit le Comte
de Colmenero , les mouvemens
que vous vous donnez pour enrer
en Campagne. Je ne m'en
202 MERCURE
donne pas moins de mon coffe
pour vous aller joindre aupluftoſt,
& fi des affaires Bentielles que
jay icy ne me retenoient , jointes
al arrivée du Legat que j'attends
, je ferois déja party ; car
j'aprehende que vous ne bariez
les Ennemis avant que je fois arrivé.
Je vous permets pour
tant de fecourir Mantouë mais
demeurez en là & attendez moy
pour le reste. Rien ne peut mieux
vous marquer la bonne opinion
que j'ay de vous que de craindre
que vous n'enfaffiez trop pendant
mon abfence Je compte de me
rendre à Finalà la fin de ce mois .
GALANT. 203
Affurez tous les Officiers Fran.
çois de ma part de la joye que
j'auray de me mettre à leur tefte ,
Joyez bien perfuadé , mon
Coufin , de la veritable estime que
j'ay pour vous.
Voicy la copie d'une Lettre
du même Monarque à Son
Alteffe Sereniffime Monfieur
le Duc de Mantoüe.
De Naples le 12, May 1702.
M
ON COUSIN .
Je nesçaurois affez vous exz
204 MERCURE
dus
les
primer combien je ſuis fenfible à
ce que vous faites pour moy,
l'envie quej'ay de vous en témoi .
gner ma reconoiffance , en vous
afsurant queje n'oublierayjamais
lesfervices que vous m'avez ren.
, & que vas interefts me
feront toujours plus chers que
miens propres j'ay voulu vous en ·
donner des aßurances de ma propre
main. Je partiray inceffam .
ment pour me rendre à la tête
demon Armée d'Italie, j'efpe
re que Dieu nous fera la grace de
nous venger de nos Ennemis communs.
Il ne me refle , mon Cou.
fin , qu'à vous affurer de l'envie
GALANT 205
que j'ay de vous témoigner moy
même toute l'estime que j'ay pour
vous. PHILIPPES .
Ces lettres font plus connoiftre
le Roy d'Eſpagne &
le plaifir qu'il y a à le ſervir ,
que tout ce que je pourrois
vous en dire.
Vous ferez bien aiſe ſans
doute que je vous faffe part
des nouvelles qu'on a euës icy
d'Alexandrie & de Perfe.
206 MERCURE
A Alexandrie le 12. Avril 1702.
Na apporté depuis
Opeu au Caire les Têtes
de quelques voleurs Arabes ,
pris par celuy quia foin de leur
donner la Chaffe , qui eft com .
mele grand Prevoſt . Il y avoit
auffi la peau de leur Chef. Elle
eftoit fourée de paille , & .
portée debout fur un Chameau.
Cet homme faifoit
trembler depuis longtemps
les gens aifez de fon voifina .
11 eft mort en brave
ge.
n'ayant pas voulu qu'on luy
GALANT. 207
coupaft la tefte comme on
fait aux gens du commun de
fa profeffion ; mais il a deman.
dé d'eftre écorché vif. On
dit qu'il a fouffert ce fuplice
fans le plaindre.
J'ay vû avant mon départ
du Caire les preparatifs pour
la Caravanne des Pelerins de
la Meque . Elle a dû partir
le 25. du mois dernier , on
compte trente huit jours juſ
qu'a la Meque. C'eſt un
voyage de cent & quelques
jours , en y comprenant le
fejour & le retour. La de
votion du Peuple eft gran de
208 MERCURE
à l'égard des chofes deftinées
pour la maifon de Dieu , où .
le Bey Allah . C'eſt ainſi
qu'ils apellent un petit Ora.
toire bâti au milieu de la
Ville de la Meque , qui eft
le feul fujet de leur Pelerinage
& l'objet de leurs devos
tions , jufque là qu'ils ne croiroient
pas leurs Prieres efficaces
fi elles n'avoient pas eft
faites le vifage tourné vers
ce lieu. Ce n'eft point feulement
une devotion popu
laire mais un precepte general,
Ils difent que tous les
anciens Patriarches qu'ils reGALANT
209
connoiffent auffi bien que les
Juifs & les Chreftiens y ont
adoré Dieu , & que c'eſt Abra;
ham qui l'a bâry. je ne puis
mieux comparer la feste qui
fe fait lorsqu'on porte en
proceffion les tapis & les tentures
deſtinées pourcouvrir
es murailles de cet Oratoire
qu'à celle qui fe fait à Paris
lorfqu'on porte la Chaffe de¸
de Sainte Geneviéve . Il fem.
ble àvoir la
prodigieufe quantité
du Peuple qui eft dans
les rues par où elle paffe &
qui en occupe toutes les maifons
depuis le haut jufqu'en
Juin 1702
S
$
210 MERCURE
bas , que tout le Peuple de
cette grande Ville s'y eft ren
du pour affiſter à cette folemnité
. Les Gens de Loy ou
Chaiks de toutes les Mofquées
y paffent en revûë avec
leurs bannieres , ou étendars..
Ils chantent en choeur leslouanges
de Dieu tirées des
l'Alcoran ; mais cela fe fait
avec une extrême confufion
& tres peu de devotion . Ce
qui m'a le plus frappé , c'eſt
le grand nombre de foux ou
d'enragez , ou bien de gens .
qui les contrefont qui font
les principaux perſonnages
GALANT 2 :1
de cette fefte. Ils vont ridi ,
culement vétus ou à demynuds
, ou tout en lambeaux
les uns d'une façon , les au
tres d'une autre. Ceux qui
font le plus de grimaces ou
qui contrefont mieux les Maniaques
, ne font pas ceux
pour qui le Peuple a le plus
de devotion ; mais elle eft
grande & au delà de l'imagi ,
nation , pour certains imbeciles
qui le font veritable .
ment , & qui marquent un
égarement d'esprit fans mali
ce. Le Peuple oftime ces der
piers de grands Saints , &
212 MERCURE
plufieurs leur viennent baiſer
le main avec beaucoup de
devotion . A l'égard des au
tres qui contrefont les enra
gez , rien n'eft plus effroya .
ble . On les voit heurler & fe
demener de toutes leurs forces
juſqu'a la pamoiſon , rou .
lant les yeux s'agitant & jetrant
l'écume d'une maniere
effroyable , tout cela
par devotion
, & parce qu'ils font
dans ce temps - la , à ce qu'ils
difent , les bonnes gens poffe.
dez de l'esprit de Dieu . On
m'a dit que fi de pareils illuminez
vouloient faire leurs
GALANT 213
extravagances
à Conftantinople
, on trouveroit bien toft
le moyen de les guerir avec
la baſtonnade
, mais dans ce
Pays cy la fuperftition Mahometane
eft pouflée juſqu'à
L'excés. Auff ces Peuples
eftiment peu - les Turcs de
Conftantinople
par rapport
à la Religion , les apellans
par mépris Fils des Chriftiens.
M'eftant un foir trouvé au
Caire à une de ces Feſtes qui
ſe font à l'honneur
de quelqu'un
de leurs Saints , où l'on
ne manques point de trouver
toujours de ces marauts qui
3
214 MERCURE
aprés avoir bien heurlé how
hou qui veut dire luy luy qui
eft un des attributs qu'ils donnent
à Dieu , aprés s'eftre
agité le corps par un tremblement
general & continuel
de tous leurs membres , &
s'eftre demene long temps ,
tombent tout d'un coup fansaucun
fentiment & comme
évanouis , j'aperçeus mòn Va.
let , qui eftoit un jeune Garçon
de la haute Egipte , quie
heurloit & s'agitoit comme
les autres . Lorsque je luy de.
manday le foir ce qu'il eftoit
allé faire là , il me répondit
J
GALANT
21
ingenument qu'il eftoit allé
faire comme les autres. 11
eft vray qu'il eftoit tropjeune
pour continuer le jeu auffi
long temps qu'ils font ordinairement
; car ils demeurent
quelquefois plus de dèmi
heure ou trois quarts
d'heure à heurler & à s'agiter
ainfi. La veneration
que le
Peuple a pour tout ce qui eft
deſtiné pour le Beit Allach de
la Meque , leur fait toucher
de la main qu'ils portent enfuite
à la bouche puis audeffus
de la tefte , les choſes def
tinées pour ce lieu. Jen ay
216 MERCURE
veu plufieurs baifer auffi par
refpect les cordes ou cables
deſtinez pour ſuſpendre les
tapis qui couvrent les murs
de ce fameux Oratoire. Il eft.
vray que je n'ay veu pratiquer
cette dévotion que par le me
nu Peuple , c'est à dire par
des gens ordinairement peu
inftruits , & tout remplis de
fuperftition. Ceux qui ne pou
voient pas les toucher fe con.
tentoient de faire toucher
leurs mouchoirs qu'ils bai- .
foient enfuite. Voilà la dévotion
du Peuple.
Nous n'avons point enco
re
GALANT 217
re eu de pefte icy , Dieu mercy
, & je croy que nous en
fommes quites pour cette an
née. On dit qu'elle eft actuel .
lement à Tripoly de Barbarie.
J'ay fait une remarque
touchant la pluye durant
mon ſejour au Caire qui a eſté
de fept mois entiers , & toute
faputation faite , je trouve
qu'il a plu environ neuf heures
pendant ces fept mois depuis
le 20. Aouft juſquav 20 .
Mars. Quoy qu'il ne faffe
point icy de froid à fe chauf
fer , chacun ne laiffe pas de
fe garnir de robes fourées qui
Juin 1702 .
T
218 MERCURE
& font tres commmunes
j'estois diſtingué des autres
en ce que je n'en avois point.
On n'a pas encore quitté la
fourrure , c'eft ordinairement
vers la fin de ce mois,
Si je n'avois point com .
mencé ma lettre hier au foir
je croy que j'aurois eu de la
peine à la faire aujourd'huy a
caufe de la chaleur étouffante
qu'il fait , qui rend les gens
lourds & pefans , & les met
prefque hors d'etat de rien
faire. Ce n'eft point le So.
leil qui caufe cette chaleur
puifqu'il ne paroiſt preſque.
GALANT. 219
point , & que l'air eft extremement
épais mais ce font
des vents de Sudeft qui ame.
nent cette chaleur. On les
appelle Khamfins , ce qui veut
dire cinquante parce qu'ils
fouflent ordinairement par
intervales dans l'efpace de
cinquante jours , pendant les
mois d'Avril & de May . Le
remede contre ces vents incommode
, eft de ne point
fortir & de fermer toutes les
portes & feneftres des chambres
, & l'on reſpire un air
moins chaud ; mais ce n'eft
rien icy en comparaiſon de
Tij
220 MERCURE
ce que l'on reffent au Caire ,
où l'on aprehende beaucoup
ces Khamfims.
NOUVELLES DE PERSE.
d'Hifpahan le 18. Aoust 1701.
A flote de Portugal com.
polée de cinq Vaiffeaux ,
eft encore à Bandarcondo .
Baffora eft entre les mains des
Turcs , mais non encore toutà
fait en paix à caufe des Ara .
bes qui le bloquent par terre.
Je croy que le General de
cette Flotte y a envoyé pour
1
GALANT 22
5.
J
établir l'ancien Comptoir.
Du 14. Septembre .
On n'entend pas dire que
l'Ambaffadeur
de Hollande
ait encore beaucoup avancé
dans les negociations
, il alla
encore famedy au Mongelez
ou Banquet Royal , & le Sophi
luy donna une taffe
d'or.
Il y a plusde quinze jours
que le Reverend Pere Portugais
, Prieur de Saint Auguf
tin , ſe prepare à partir dans
deux jours pour Bandarcon ,
7
Tiij
222 MERCURE
go par ordre de cetre Cour ;
pour aller porter au Gene
ral de la Flotte Portugaise:
des Traitez favorables pour
fa Nation, difanc que la Perfe
luy accorde de prendre du
fouphre tant qu'il voudra &
que le Sophia nommé Haly
Mordankan pour commander
une Armée Perfienne ,
qui doit attaquer Mafcati
pat terre pendant que les
Portugais l'attaqueront par
Mer.
Du 16. Novembre .
Le Sophy eft à la Chaffe
GALANT 2231
depuis plus d'un mois aux
environs de cette Ville , fur
le chemin de Schyras , &
l'Ambaffadeur Hollandois
attend bien roft fon congé.
Je ne fçay point le Reſultat
de fes Negociations , il traite
tout fort fecretement .
Les Portugais ont pris un
riche vaiffeau des Arabes
Mafcatins.
Je ne vous dis tien le mois
paffé de ce qu'avoit fait Mi
de Marillac , Confeiller d'Etat
, parce que n'en eftant
pas alors affez bien informé ,
T iiij
224 MERCURE
;
je craignois de ne vous pas
parler jufte d'une action qui
fera beaucoup plus admiréc
qu'elle ne fera fouvent imi
tée. Ce genereux Pere ayant
appris que M de Marillac
fon fils , Colonel du Regiment
de Languedoc qui fert
dans Keiferwert , eftoit combé
dans la Tranchée pendant
une fortie où il s'eftoit
diftingué , & qu'il y auroit
efté tué par un Allemand , fi
fon Sergent n'eut paré le
coup en le mettant au devant
de luy , & attaquant l'Allemand
, qu'il fic tomber à fes
GALANT 225
pieds. Ce Pere , dis - je , plein
de reconnoiffance , & tranf
porté de joye d'apprendre
que fon fils avoit fi heureufement
évité la mort , a donné
par Contrat deux cens li .
vres de rente viagere au Sergent
à quiil en a l'obligation
Le Fils y a contribué de fa '
part ayant écrit à fon Pere
pour luy recommander le
le Sergent à qui il eſt redevable
de la vie.
Il me faudroit un Volu .
me pour vous rapporter toutes
les actions dans lesquelles
Mi de Zurlauben s'eft diftin226
MERCURE
gué , mais n'ayant ny affezde
temps ny aflez de place
pour vous en parler dans cette
lettre auffi amplement que
je devrois , je me contente :
ray de vous dire que tant qu'à
duré le Blocus de Mantouë
ila donné des marques de fa
valeur , de fa conduite & de
fon intrepidité , & que le
Roy pour faire connoiftte
combien il en eft fatisfait ,
vient de le nommer Lieutenant
general.
Sa Majesté a fait en même
temps Brigadier M' le Marquis
de Brancas , Colonel du
GALANT 227
12
Regiment d'Orleans. Il a
donné dans Keiferwaert des
preuves d'une valeur intrepi
de , & de fa grande intelligence
dans le meſtier de la guerre.
Tout ceux qui en ont esté
témoins luy ont donné tant
d'éloges , & M' le Marquis
de Blainville en a ecrit au
Roy d'une maniere fi forte
pour confirmer tout ce que la
renommée a publié à fon
avantage , que Sa Majesté
ayant plus d'égard aux marques
éclatantes qu'il a données
de fon courage & de fa
conduite qu'à fon âge qui
228 MERCURE
n'eft pas encore fort avancé ,.
l'a fait Brigadier de fes Armées
, ce qui a esté genera
lement applaudy.
Sa Majefte eftant informée
qu'il y avoit peu de perfonnes
plus capables pour diſcipliner
des Troupes que M Diguluille
, Lieutenant Colonel
du Regiment de Normandie
la envoyé dans cette Province
pour faire faire l'exercice
aux Milices , & luy a en
meſme temps donné une gra
tification .
Plus de foixante perfonnes
ayant demandé à lever de
GALANT. 29
nouveaux Regimens à leurs
dépens , je ne puis vous dire
a combien le Roy a accordé
cette grace : cependant on af
fure qu'on en leve plus de
vingt & qu'ils feront en état
de marcher au mois d'Aouft .
Les Ennemis doivent connoiſtre
par là la Grandeur du
Roy , & l'ardente paffion de
fes fujets pour le fervir , &
pour augmenter la gloire .
Pendant que tant defujets
de Sa Majesté courent au peril
avec tant d'empreffement
,
& que plufieurs meurent dans
le lit d'honneur d'autres fon230
MERCURE
gent à fe marier , c'eft le
moyen d'entretenir
la pepiniere
de braves
qui fe trouvent
en France. M' Bofc
Surintendant
de la maifon de
Madame
la Duchefle
de
Bourgogne vient d'épouſer
Madame la Marquife de
Monpouillan , Veuve de M '
le Marquis de Monpouillan ,
grand Oncle de M' le Duc de
Force , Gouverneur d'Arn -
hem & General de la Ca.
valerie Hollandoife.
M' de Lagaroufte eft fi
accoutumé a donner des ou
vrages extraordinaires , que
GALANT. 231
voicy la quatrième fois qu'il
me fournit des fujets de par-
Jer de luy. L'experience qu'il
fit le 19. du mois paſſe en
préſence de M' le Provost des
Marchands, de Mrs les Eche
vins & d'une grande foule de
gens qui bordoient le Pont
Royal & tous les Quays jufques
au Pont Neuf , merite
bien que le Public fçache
qu'il fit remonter trois batteaux
des plus grands qu'il y
ait fur la Seine , dont le premier,
outre fa charge , portoit
la Machine de fon levier &
& les deux autres eftoient
232 MERCURE
chargez de bois. Tous les
fpectateurs les virent remon
ter avec autant de viteffe
qu'ils auroient pû faire avec
des chevaux & avec fort peu
de manoeuvre , depuis le def
fous du Pont Royal juſquau
prés du pont Neuf. La force
de cette machine eft fi grande
, qu'avec les mêmes hommes
elle euft entraîné fix fois
autant de charge. Cela parut
quand on vit engraver
jufqu'à trois fois les batteaux
d'une maniere à faire crain .
dre qu'on ne les puft retirer.
Cependant cette grande ReGALANT
233
fiftance ceda , ce qui furpric
entierement le pilote qui affeura
que cent chevaux auroient
eu peine & les tirer de
ce mauvais pas. Il est vray
que ces retardements reite
rez donnerent lieu de ne pou
voir arriver au Pont Neuf en
en trois quarts d'heures com
on là déja fait. Il falut en employer
cinq , tout le monde
fuft dans l'admiration de
voir reuffir une entrepriſe
qu'on a tentée inutilement
depuis plufieurs ficcles , &
dans laquelle la pluſpare
croyoient que M Lagarouf
Juin 1702 .
V
234 MERCURE
te auroit le même fort. Ce
pendant il a forcé les incredules
à avoir la Foy , & les a
mis dans la neceffité d'avoüerque
ce qu'ils ont creu impof
fible jusqu'aujourd'huy fera
à l'avenir d'une grande utilité
, fur tout dans des endroits.
rapides , où l'on voit par experience
perir des bateaux ,
cequi ne fçauroit arriver avec
le fecours de cette machine
qui ne relâche jamais quelque
négligence que la mancuvre
puiffe avoir , n'eſtant pas
poffible de craindre aucun
accident quand on voudroit
GALANT. 235
lè faire naiſtre à deffein , parce
qu'on est toujours le maiſ
tre du fardeau & de le relâ .
cher quand on veur . Les
Quays de Paris en pourontretirer
de grands avantages ,
puifque parce moyen on peut
ôter les embaras des chevaux ,
& qu'on évitera par là les accidens
qui arivent tous les jours ,
& le chagrin de voir perir tresfouvent
des gens , avec les
cordes qui arreftent les Carroffes
, le charrettes , les gens
à cheval & à pied , ce qui
caufe une grande confufion
& un fort grand retardement
V ij
236 MERCURE
Ainfi on affeure que M le
Prevost des Marchands &.
Mrs les Echevins ont réfolu
de l'appliquer inceffamment
à cet ufage , dont le Public
feur fera tres redevable . Il
n'est pas furprenant qu'une
choſe fi belle & fi nouvelle
ait donné occafion à tous les
habiles Mathematiciens de
faire de grands raiſonnemens
là . deffus . Mrs de l'Academie
des Sciences ayant eſté
informez , il y a environ
quatre mois que M ' de Lagaroufte
travailloit a trouver des
bateaux chargez pour faire
GALANT 237
fon experience , prierent M²
l'Abbé Bignon qui en eft le
Prefident , & l'un des hommes
du Siecle le plus fçavant
& le plus univerfel , de fe
donner la peine de ſe rendre
au Pont Royal pour voir cet.
machine , ce qu'il fit accom.
pagné de M ' du Vauban dont
le nom eft fi celebre en Europe
, du Pere Gouye de Mrs
les Abbez Galois , & Varignon
qu'on fçait eftre des plus ha.
biles de cette Accademie.
Ces Mrs ne voulurent point
d'experience ; ils fe conten
terent d'en voir feulement la
.
238 MERCURE
conftruction . M' Lagaroufte
n'infifta point la deffus con .
vaincu qu'eftant auffi éclairez
qu'ils font , ils jugeroient
fans peine s'ils y avoit appa
rence de fuccés , comme il
firent tres bien . La fuite
à prouvé qu'ils ont porté un
jugement jufte. Ils renouvelerent
à l'Auteur les Eloges
qu'ils luy avoient donnez une
heure au paravant par la vifi
te de trois autres machines en
grand de fon Levier , l'une
pour l'Artillerie , & l'autre.
pour les bâtimens , avec laquelle
il avoit fait des expe
GALANT 239
riences une année auparavant
, de faire élever en préfence
de M' le Maréchal de
Catinat , de feu M' de Tour
ville , du Pere de la Chaize , du
Pere Tachard , de Mr le Mar.
quis de Seiffac, de M ' le Chevalier
de Luines & d'une infinité
de perſonnes , un poids
d'environ fept milliers par la
feule force d'un homme ce
que quinze n'auroient
fçeu
faire par la voye ordinaire , &
ce qu'il y a de plus furprenant
avec plus de viteffe . Il ne faut
pas eftre furpris fi aprés que
ces Mrs eurent fait leut ra
240 MERCURE
port à l'Académie , elle luy
accorda un certificat qui mar.
que l'eftime qu'elle en fait .
Ce Certificat eft fi avantageux
pour M de Lagarouf
te que je croy le devoir iafe ;
rer , icy tout au long,
Extrait des Regiftres de l'Academie
Royale des Sciences dis
10. May 1702.
M¹ l'Abbé Bignon Préſident
le Pere Gouye & Mrs Galois
& Varignon qui avoient
efté nommez pour examiner
une machine inventée par M²
de
GALANT 241
de Lagaroufte pour élever des
fardeaux , en ayant fait leur
raport à la Compagnie elle a
jugé que cette Machine
pouvoit eftre employée avec
fuccés pour des fardeaux
d'une pefanteur fort extra.
ordinaire qu'on ne peut
mouvoir ou élever par les
machines qui font en ufage.
Mais comme celle - cy eft
de moins de dépense , il
fera plus aifé de s'en fervir
pour les fardeaux ordinaires.
En foy dequoy j'ay figné
le prefent Certificar ,
Juin 1702 .
X
242 MERCURE
à Paris ce onzième May 1702 .
FONTENELLE , Secretaire
de l'Academie Royale
des Sciences.
Avant que de vous parler
de la fuite du Siege de Keiferlwert
, ce que je relerve
pour la fin de certe Lettre ,
je croydevoir,
icy une
Lifté qui vous fera connoître
l'intrepidité
des Troupes
Françoiles
, & de quelle
maniere
elles s'expofent
. Les
Ennemis
ne manqueroient
pas de la cacher
, afin que
leur perte ne fuft pas connuë
.
GALANT. 243
Peut cftre auroient - ils raiſon,
puifqu'il eft certain qu'elle
eft dix fois plus confiderable
que la noftre. Si nous n'avions
ny morts ny bleffez , il y auroit
peu de gloire pour nos
Troupes, & ce feroit une marque
que les Ennemis n'auroient
fait aucune refiftance.
Il n'y a point de honte à faire
connoiftre le nombre des
morts & des bleſſez , puiſ
qu'en faifant le contraire
on leur déroberoit la gloire
qui leur eft duë & qu'il eſt
avantageux aux familles dont
ils font , de pouvoir dans la
X ij
244 MERCURE
}
fuite des temps donner des
preuves que ceux qui font
de leur fang , en ont ré
pandu pour le fervice du Roy,
& pour la gloire de l'Etar.
Je croy que vous ne doutez
pas que parmy un ſi grand
nombre de noms , il n'y en
ait beaucoup de défigurez ;
il est mal - aifé que les Copil.
tes rencontrent toûjours julte
, quand un diſcours fuivy .
n'en fait pas deviner le fens.
Si ceux dont les noms auront
efté mal mis me le font
fçavoir , j'auray foin de repa
rer cette faute,
GALANT 245
ETAT DES OFFICIERS
bleffez aux deux premieres
Sorties qui fe font faites
pendant le Siege de Keiferlwert.
REGIMENT DE TOURAINE .
Capitaines.
Mr de Briffon , Lieutenant
Colonel.
Mr de Baillez , Capitaine des

Grenadiers.
Mr de Sanfis .
Mr d'Ozenne ,
Mr Merin.
Xiij
246 MERCURE
Mr Marcognet , Major.
Mr de Puymorin , Aide-Mas
jor .
Lieutenans.
Mr de Boutet , Lieutenant
des Grenadiers.
Mr Limon.
Mr Beniche.
Mr de Raymond.
Lieutenans réformez.
Mr Broüillard.
Mr le Chevalier Doignon .
Mr de Frefiliere eft Priſon
nier de
guerre.
Mr de la Touchardiere.
Mr de Prariel ,
Mc d'Arbois..
GALANT. 247
REGIMENT D'ORLEANS.
Capitaines.
Mr de Chataillon , Colonel
reformé.
Mr Defondes , Capitaine des
Grenadiers du fecond Bataillon.
Mr de Foresta .
Mr de la Charme , Capitaine
de Grenadiers .
Mr de Bellefontaine.
Mr Dantroche.
Mr de Marcouy.
Mr de Chambellan .
Mr le Chevalier de la Martine.
Mr des Prez Robert .
X iiij
248 MERCURE
Lieutenans .
Mr de Montfort.
Mr de la Marche.
Mr de la Cofme.
Mr de la Salle.
Mr de
Picquer.
Mr de la Benere .
Mr de Saint Pierre.
Mr Gauché .
Mr de Grandmaiſon .
Mr des Prezis .
·
Lieutenans reformez:
Mr Bouillé .
Mr Bonneau .
Mr de Rocagne.
Mr de la Rochette.
Mr de Bru.
GALANT. 149
Mr de Keffe.
Mr du Freine .
Mr d'Espagne.
REGIMENT DE S. SULPICE .
Capitaines.
Mr de Chailleux , Lieutenant
Colonel.
Mr de la Normande.
Mr de Rocquade .
Mr de Lucemont .
Mrle Chevalier de la Porte.
Mr Milon , Lieutenant.
Mr de Lepinay.
Sous lieutenans,
Mr Dhybert.
Mr Desfofles.
Mr de la Porte..
250 MERCURE
REGIMENT DE LANGUEDOC .
Capitaine,
Mr de Sauteux , mort de fa
bleffure.
Lieutenant.
Mr de Fouville.
REGIMENT DE Vexin.
Capitaines.
Mr de la Chatelaife .
Mr Sarrafin .
Mr de la Cypiere.
Mr de Coulanges .
Lieutenans
Mr de
Kertigny.
Mr Deſcarts .
Mr de la Foffe.
GALANT
251
Lieutenans réformez-
Mr
Jordan.
Mr de la Motte.
Mr
Brugnac.
Mr de Grimonville.
Mr de
Mr Marcé.
Mr de la Chillerie .
DETACHEMENT
du Regiment Wrangel
Troupes d'Espagne.
Un Lieutenant bleffé.
REGIMENT DES FUZILIERS.
Un Lieutenant bleffé
252 MERCURE
REGIMENT DE BRANDLAY ,
Suiffe.
Un Lieutenant bleffé.
REGIMENT DE LANNOIS.
Capitaines,
Mr de Geyne .
Mr Desjardins .
REGIMENT D'AUXERROIS.
Mr de Roxindal , Capitaine
bleffé.
ETAT DES OFFICIERS
tuez aux deux premieres
Sorties.
REGIMENT De Touraine .
Capitaine.
Mr de Voulon .
GALANT: 253
Lieutenant,
Mr de la Rinterie.
Lieutenans réformez.
Mr de
Vignier.
Mr Demonne.
REGIMENT D'ORLEANS.
Mr de Juillac , Capitaine .
Mr des Eftangs.
Mr de la Falaife ,
Capitaine
reformé.
REGIMENT DE S. SULPIce .
Capitaines.
Mr de Jailler , Commandant
le fecond Bataillon .
Mr de la Neufville.
Mr de Parfonru.
254 MERCURE
Lieutenans.
Mr le Chevalier de Bideran .
Mr Devos.
REGIMENT DE VEXIN.
Mr de l'Ecluse , Capitaine .
Lieutenans.
Mr de Bournon .
Mr le Comte de Pas.
Colonel de Vrangel.
Un Lieutenant audit Regi..
ment.
ETAT DES OFFICIERS
bleffez aux deux dernieres
"Sorties qui fe font faites le
22. May 1702.
Mr le Chevalier de Croiffi ,
Brigadier.
GALANT. 255
Mr de S. Sulpice , Colonel."
Mr le Févre , Lieutenant Co.
lonel d'Orleans , deſeſperé
des Chirurgiens , & à l'a.
gonie.
Mr Dolive , Lieutenant Colonel
de Languedoc , mort
de fa bleflure.
Mr de mafincour , Major de S.
Sulpice , mort de fa bleſ.
fure.
Mr de Vaucour , Aide- major
d'Orleans, mort de fa bleffure.
Mr de Prailles , Capitaine des
Grenadiers de Touraine ,
bleffé pour une feconde
fois.
256 MERCURE
Mr Defnoyers , Capitaine
d'Orleans , mort .
Mr de Puylaurent , Capitaine
dans Languedoc , mort de
fa bleffure.
Mr Stuart , Capitaine , idem.
мr de Raffan , Capitaine
idem.
Mr de Grave, Capitaine , bleſ
fé.
Mr de Champigny , Capitai
ne , idem .
мr d'Allogne , Capitaine ,
idem.
Mr le Chevalier d'Argelot ,
idem,
Mr de Rocheré , Capitaine ,
idem .
GALANT. 257
Mr de Souville , Capitaine ,
idem.
Mr de marcouville , Capitai--
ne , idem;
Mr de S. Martir , Lieutenant
dans Languedoc , idem.
Mr de la Motte , idem.
Mr de Salibray , idem,
Mr мenou , idem.
Mr de Brazancour , idem:
Mr de Caftelnau , idem .
Mr Dallery ,idem.
Mr de Bluffy , Capitaine des
Grenadiers dans Charoft ,
mort de fa bleſſure .
Mc d'Autefort , Capitaine dans ›
Artois , bleffé.
Juin 1702;
Y
258 MERCURE
Mr de Raymond , Ingenieur
en Chef, mort de fa blef
fure,
Mr de Rouvierre , maiftre
Apotiquaire à Paris & Apotiquaire
ordinaire du Roy , &
des Camps , & Armées de Sa
Majefté , ayant déja fait deux
fois en Public la compofition
de la Theriaque d'Andromaque
avec l'applaudiffement
des médecins de la Faculté
de Paris , qui rendirent en ce
temps là un témoignage authentique
de fon ſcavoir , &
de fon experience , qui fuc
GALANT. 259
fuivy d'un applaudiffement
general de tous ceux qui connoiffent
la bonté de ce merveilleux
remede , dont la ré
putation à toujours efté en
augmentant depuis un grand
nombre de Siecles , мr de
Rouviere , dis je , ayant fait
une troifiéme préparation
des drogues les plus exquifes ,
les plus parfaites , & les plus
rares pour une nouvelle compofitionbeaucoup
plus ample
que les deux précedentes , foit
pour le bon choix , & pour la
bonté des drogues , foit pour
la quantité qui doit aller jus-
Y ij .
260 MERCURE
qu'au poids de plus de deux
mille livres , les fir expofer le
17 du mois paffé dans une des
grandes Sales du Jardin médicinal
des Plantes des maiftres
Apotiquaires de Paris , qui eft
au Faubourg S. Marceau , où il
en fit la démonstration
en préfence
de мr le Lieutenant generalde
Police, de м le Procureur
du Roy , de мr le Doyen
de la Faculté , de plufieurs autres
Medecins, & de deux Profeffeurs
en Pharmacie . Mr.
Boudin, Medecin ordinaire de
Madame la Ducheffe de Bour
gogne , Mr Felix premier
GALANT 261
Chirurgien du Roy & Mr
Gervais Chirurgien ordinaire
de Sa Majesté , & premier
Chirurgien de Feuë la Reine
s'y estoient rendus de Verfailles
avec plufieurs perfonnes
de diftinction. Aprés qu'on
cuft admiré l'ordre, l'arrangement
& la beauté de tant de
drogues differentes
plufieurs par leur prix , & par
leur rareté peuvent paffer
pour précieuses , & que мef.
fieurs les magiftrats le furent
affis , mr de Farcy , Doyen de
la Faculté prit la parole en
donnant des marques de fon
dont
268 MERCURE
éloquence ordinaite & aprés
avoir parlé avantageufement
de мr de Rouviere , de la
beauté , & de la bonté de
fes drogues & de la propreté
avec laquelle il travailloit
fans aucune affectation , il paffa
à l'éloge de mrs les magiftrats
& leur dit que ces fortes ,
de compofitions eftoient le
Chefd'oeuvre de l'Art , qui fai .
foit meriter à M' de Rouviere
la prefence & le témoignage
des Chefs de la Juftice. Lors
qu'il eut ceffé de parler , мr
Poirier , premier Profeffeur
en Pharmarcie , fit un tres
GALANT 263
beau difcours fur l'excellence
de la Theriaque , dont il fi
l'éloge auffi bien que celuy
de Mr de Rouviere , qui par
la enfuite & dit que les deux
premieres fois qu'il avoit entrepris
la compofition de la
Theriaque , il n'avoit pû ſe
difpenfer d'en rechercher l'origine
, & de parler des augmentations
qu'on y avoit fai.
tes quand un Prince indigne
par les actions de gouver .
ner l'Univers , eut recours
à
Andromachus le Pere , pour
avoir un antidote contre les
fecrets attentats dont il
"
2
1
264 MERCURE
croyoit fa vie menacée , que
fes ordres ayant efté heureufement
executez , les Viperes
que l'on ajouta aux anciennes
compofitions avoient impofé
le nom de Theriaque à la
derniere , & que l'on avoit
connu par mille fameufes
épreuves l'excellence de ce
grand remede. Que les Em
pereurs qui avoient efté les
Succefleurs de Neron
toient fervis des plus habiles
Artiſtes pour le preparer
,
mais que l'on avoit bientoft
connu qu'on avoit befoin
d'un homme capable d'en
s'é.
regler
GALANT. 265
f
regler l'uſage , que Marc-
Aurele & Antonin l'avoient
trouvé dans Galien , qui à la
follicitation des deux Empereurs
, s'eftoit rendu en Italie,
Ce futparfes confeils , pourſuívit-
il , qu'ils furent
préſervez
de la peste , dont
Capitolinus
fait mention , & que la Cour
fe retira à Aquilée où elle paffa
deux ans. Les Romains avoneque
rien
n'eftoit
rent
pour lors
plus utile aux Etats que ces hommes
que la
Providence a
remplis
de fageße d'experience pour
la confervation de la vie des
hommes. Enfuite , M ' de Rou-
Juin
1702.
Z.
266 MERCURE
vierre fit connoiftre en peu
de mots les malheurs qu'avoient
caufez dans l'Empire ,
les révolutions arrivées en
Italie , les inondations des
Barbares , le faccagement
des Provinces , la licence des
Soldats , l'alteration de la langue
originale & de l'ancienne
la Theriadifcipline
fans que
que en euft reçu aucun préjudice
, en forte que ce mer .
veilleux Antidote eftoit paffé
tout entier & inalteré dans
tous les Erats , qui s'eftoient
formez du debris de cet Empire
orgueilleux dont la puiſ.
GALANT 267
der
fance avoit donné de l'ombra .
ge à toute la terre , & qu'on
pouvoit le vanter de le poffe
préfentement tel qu'il eft
décrit dans les premiers dif
penfaires & plus parfait mefme
qu'il n'eftoit fous le re.
gne de Neron. Cette verité ,
continua t'il , eftant de celles
qu'on nefcauroit contefter, oferoit-
Meffieurs , expofer aux
on
yeux du Public une fauße dif
penfation , s'attirer l'indignation
des Magiftrats. Mr le
Lieutenant General de Police
& M' le Procureur du Roy ,
Jouffriroient ils le moindre défaut.
Zij
268 MERCURE
/
dans une compofition de cette
importance , eux qui revêtus de
l'autoritéRoyalefont les Difpen .
fateurs des châtimens & des re-
&
compenfes ? Que n'ay je autant
d'élevation d'esprit , qu'ils ont de
fageffe de penetration ! Qu'il
me feroit agreable de celebrer leurs
vertus , les obligations infinies
que nous leur avons , cette gran .
deur d'ame , cette integrité , cette
vigilance qui ne fe démententja .
mais , te concours & l'union de
tant de parties qui compofent la
Capitale du Royaume , l'affiftance
mutuelle qu'elles fe preftent ,
contraventionspunies , l'innocence
les
GALANT. 269
protegée , les Sciences & les Arts
dans leur fplendeur , le repos dans
le tumulte , l'ordre e l'abondance
remontant parmi les Peuples ,
jufques à la fource , je porterois
mes regardsfur le Trône de nos
Rois , où je verrois le plus grand
de tous les Monarques effacer la
gloire des Tites , & des Trajans ,
des Conftantins des Theodofes ,
parfes admirables qualitez auffi
bien que par fes Conqueftes : mais
s'il m'eft permis de le fouhaiter ,
moninfuffifance le respect ne me
permettent pas de l'entreprendre.
M' de Rouviere ajoûta que
la Theriaque qu'il offroit à
Z iij
270 MERCURE
l'Affemblée meritoit l'appro
bation univerfelle , puis qu'elle
fe faifoit fous les ordres de
de la Faculté ; qu'autrefois on
n'avoit pas les
avantages
qu'on a aujourd'huy ; que
pour devenir fçavant , il falloit
s'expofer à de grands.
voyages ; qu'on alloit chercher
les Sages dans les fegions
les plus éloignées , que
Galien luy même avoit pe
netré jufque dans l'Egipte ,
mais que depuis que l'invincible
Monarque des François
qui avoit tranfpotté
l'Empire dans fa Maiſon
·
GALANT . 27
eut établi l'Univerfité de Pa
ris , les Sciences divines &
humaines
, auparavant
dif
perfées , s'eftoient réunies
fous elle , & que la Faculté de
Medecine , la premiere du
monde , attentive à entrete
nir fes exercices & à répandre
l'excelence de fa doctrine ,
avoit produit & produiroit
dans tous les temps des hommes
incomparables
, dont le
merite feroit éternellement
reſpecté ; que c'eſtoir elle
qui avoit donné à la France
Mr le Premier Medecin du
Roy, également recomman-
Ziiij
22 MERCURE
dable par les qualitez de ſon
coeur & de fon efprit élevé à
ce rang fuprême par le choix
de Sa Majefté , qui feul renferme
tous les Eloges , faifant
honneur à fa
dignité par la
maniere noble &
defintereffée
dont il s'en
acquitte , &
dignement
récompensé de
fes foins & de fes veilles par
l'inquietude que fon auguſte
Maiftre avoit
témoignée de
l'évenement de fa maladie.
Il
n'oublia pas l'éloge de M
le Doyen de la Faculté , & de
Mrs les
Profeffeurs en Pharmacie
qui
estoient prefens ,
GALANT 273
& finit en leur diſant , qu'ils
voyoient toutes les drogues
neceffaires pour la compofition
de la Theriaque , choifies
entre les meilleurs , préparées
avec foin , arrangées felon
leur jufte proportion , & exa.
minées par fes Confreres
qu'ainfi il ne luy reftoit plus
qu'à fe foumettre à ce qu'il
plairoit à la Faculté de luy
prefcrire pour leur donner la
derniere perfection .
;
Mr de Rouviere aprés
avoir fini fon difcours , fit la
demonſtration de tous les
fimples , qui entrent dans ce
274 MERCURE
compofé. Mr Paget , l'un des
Gardes , fit enfuite un beau &
fçavant difcours . Aprés que
la compofition eut eſté exa .
minée , мr d'Argenfon parla
d'une maniere qui luy attira
l'applaudiffement & l'admi
ration de toute l'Affemblée .
Il adreffa la parole à Mr de
Rouviere , & luy dit , qu'il poffedoit
la matiere d'une telle forte
qu'on ve pouvoit douter qu'il ne
fust des principaux de la Medecine
, qu'illeur avoitfait le dénom .
brement , de la quantité, & des
qualitez de chacun , comme un
Aspirant , qui n'auroit pas d'anGALANT
279
tre chofe à leur dire , mais qu'enfuite
il avoit passé l'esperance de
l'Auditeur en faifant voir en
Maiftre Artifte de quelle confequence
font les choix , & la con.
noiffance particuliere de chaque
remede ; qu'ilpoffedoit cette Scien
ce comme luy eftant naturelle ,
& qu'ilparloit avec tant de certitude
, que fa reputation établie
depuis un grand nombre d'années
ne pouvoir que faire du bien à la
Republique Heureux¸ajouta ce
grand magiftrat ,font ceux qui
peuvent parvenir à ce genre de
gloire. Vous y eftes , Monfieur.
Ne vous laßez pas de faire du
276 MERCURE
bien , &fur tout aux Pauvres
,que j'ay appris qui ne vous,
font pas indifferens.
Le difcours de Mr d'Argen
fon ne fut pas feulement admiré
, parce qu'il eftoit effectivement
beau , mais parce
que ce Magiftrat dont la prefence
d'efprit va au delà de
tout ce que l'on peut s'imaginer
, répondit à Mr de Rouviere,
fans s'y eftre preparé , &
reprit tous les points de fon
difcours auquel il répondit , ce
qui fit connoiftre combien il
la memoire heureuſe.
Aprés cette réponſe , les
GALANT: 277
Chirurgiens & Medecins de
la Cour , que Mr le Premier
Medecin avoit priez de fe
trouver à cette demonftra .
tion , afin d'en rendre com .
au Roy , qui a la bonté d'entrer
dans tout ce qui eft utile
au Public , retournerent
à
Verfailles , & Mr d'Argenfon:
avec Mr le Procureur du Roy
pafferent dans le Laboratoire
de Chymie nouvellement
conftruit , dont ils admirerent
la beauté , & la grande
quantité de vaiffeaux qui fervent
à ces operations . Ils def.
cendirent enfuite dans le Jar.
278 MERCURE
din des Plantes . Mr d'Argen
fon exhorta la Compagnie de
le cultiver avec foin , comme
eftant une choſe tres utile
pour le foulagement du Pu .
blic.
Le lendemain , M' Biet ,
l'un des Maiſtres de la Com.
pagnie , tres habile , & expe .
rimenté dans l'une & dans
l'une & dans l'autre Pharmacie
, commença le cours de
Chymie , & il le continua au
grand contentement de tous
ceux qui le vont entendre &
voir travailler.
Le 17. du même mois lat
GALANT. 279
difpenfation de la Theriaque
de M' Rouviere fut exposée
au même Jardin où elle demeura
trois jours à portes ou
vertes. Elle fut enfuite expofée
dans fa maiſon pendant
quinze jours , & le 8. de ce
mois M le Doyen , Mrs les
Profeffeurs en Pharmacie &
les trois Gardes des Maiftres
Apotiquaires s'y tranſporterent
, & l'on fit pefer toutes
les drogues à portes ouvertes
. Elles furent en même
temps écrasées dans quatre
mortiers , & meflées enfemble
pour en faire enſuite les
280 MERCURE
poudres & le mélange en leur
préſence. Et pour en achever
la compofition , & la garder
dans un vaſe convenable pour
l'uſage du Public.
Pendant la
quinzaine que
cette compofition
a efté expofée
, plufieurs
perfonnes
diftinguées
de la Cour , & de
la ville , & un grand nombre
de Sçavans & de curieux ,
font venus en foule admirer
rer la beauté & la propreté
des drogues
pour la The--
riaque . On peut dire que
jamais aucun
Apotiquaire ,
non pas même à MontpelGALANT.
281
>
lier & à Venile n'a fait
une plus belle difpenfation
une plus grande quantité
de
Theriaque , ny une plus
grande dépence pour faire
venir des drogues , les plus
rares , & les plus recherchées.
Tant de celles qu'on
aporte de toutes les parties.
du monde , que de celles
qui croiffent en ce Royaume ,
ny rangées avec plus d'ordre
& préparées plus artiſtement.
Cette Theriaque a eſté
composée de la même maniere
qu'Andromaque &
Juin 1702. A a
282 MERCURE
Gallien l'ont préparée , c'eft .
à-dire fans aucune fuccedan ,
ce , toutes les drogues eftant.
originales , quoy qu'il foit
permis d'en fubftituer à la
place de celles qu'on ne peut
trouver , & qu'il y en ait de
marquées pour cela , que
l'on permet de metre en
leur place. Ces drogues
ayant efté exposées pendant
dixhuit jours tant au Jardin
des Apotiquaires , que chez
Mr de Rouvierre , & ayant
efté peſées & mellées en prés
fence du Corps de la Faculté ,
repreſenté par fon Doyen ,
GALANT 293
& par les principaux de ce
Corps , & des Profeffeurs en
Pharmacie , la Theriaque de
Mr de Rouviere , doit eftre
du moins auffi bonne que celle
de Venife , & chacun doit
eftre perfuadé non feulement
de la bonté des drogues
mais auffi que la dofe fe
trouve jufte dans la compo .
fition qui vient d'en eftre
faite.
Je vous envoye un Madri
gal , fait par Mademoiſelle
d'Alerac de la Charffe.
A a ij
284 MERCURE
AUROY ,
SUR LES STATIONS
DU JUBILE' ,
qu'il a fait à pied pendant
l'orage.
OUIS de tous les Rois l'augufte
&faint modele ,
Louis de
Par l'exemple remply de zele
Que ta vertu donna dans ce grand
Fubilé,
L'Eglife reconnoift fon digne Fils
aîné
Malgré le vent , malgré la grèle ,
Heros tu conduifois nos pas
Dans les fentiers étroits de lagloire
éternelle
GALANT 285
Comme tu les guidois dans lesfanglans
combats .
Quand nous vimes tomber cette affreufe
tempefte ,
Malgré tous les lauriers qui confervent
ta tefte ,
Pour le plus grand des Rois que ne
craignions- nous pas .
Nous dimes , ô SEIGNEUR , confervez
fous votre aile
Louis le plus cher de nos biens
Il eft à vos decrets &foumis & fidelle
Il est l'exemple & l'appuy des
Chreftiens ;
Accourciẞez nos jours pour prolonger
les fiens .
Mademoiſelle d'Alerac qui
a fait ce Madrigal , eft cele286
MERCURE
bre par fon efprit , & par
d'autres ouvrages fortis de fa
plume , qui ont fort établi
fa reputation dans le monde .
Sa naiffance eft tres confide.
rable. Son nom eft auffi fort
celebré dans les ouvrages de
Mad . me des Houlieres. L'Epître
chagrine que cette illuftre
Dame écrivit à Made .
moiſelle de la Charfe , Soeur:
de Mademoiſelle d'Alerac ,
eft une de fes meilleures pie .
ces. Elle avoit des relations
fort étroites avec les deux
Soeurs.
GALANT. 287
Ml'Abbé Clement a esté
nommé à l'Evefché de Perigueux.
Cet Abbé eftoit
grand Vicaire du Dioceſe de
Rouën ou fa pieté & fon zele
ont long- temps eftè l'objet
de l'édification publique
: fa
doctrine & fes travaux dans
ce vafte Dioceſe , l'ont élevé
par degrez à l'Epifcopat dont
fon feul mérite & la conduite
conftante & uniforme l'ont
fait juger digne par le Prince
du monde le plus éclairé fur le
choix des fujets qui doivent
gouverner l'Eglife . Ceft la
ville de Befançon , fi feconde
288 MERCURE
en grands & illuftres perfonnages
qui a donné la naiſſan.
ce à ce nouveau Prélat qui a
beaucoup de Parens dans le
Parlement de cete Ville . L'Eglife
de Perigueux qu'il va
gouverner , eft fous le voca .
ble de Saint Etienne . Elle est
ancienne , & reconnoift Saint
Front pour
fon premier Evel
que. Elle éprouva la rage des
Huguenots dans le feizième
Siecle , & elle eut cela de
commun avec bien d'autres
Eglifes du Royaume.
Ces Enfans de colere & de
malediction la ruinerent entierement
GALANT 289
tierement , & y firent des del
ordres épouventables. L'Evefque
de Perigueux eft Suffragant
de Bordeaux . La
Ville de Perigueux eft fituée
fur la Riviere de l'Ile & eft
Capitale du Perigord . Quelques
Auteurs luy ont donné
une origine affez ancienne ,
& reconnoiflent un des fils
de Noé pour fon Fondateur .
Sans entrer dans la difcuffion
de ce point de critique il ſuffit
de dire qu'on y voit de
beaux veftiges d'antiquité.
Les Etrangers y vont encore
voir les reftes d'un ancien
Juin
1702
Bb
290 MERCURE
Ampitheatre. Le Perigord
eft divifé en haut & en bas
qu'on apelle le blanc & le
noir. Le Pays eft monta .
gneux & pierreux , & triſte
par confequent , il y a une
grande abondance de noix
& de chataignes. Quantité
de Pauvres gens ne s'y nour
riffent que de ces fruits . Il
ya -aufli des mines de fer
dans ces Pays dont les habi .
tans font un trafic tres con .
fiderable. Cette Ville à marqué
une grande joye lorf
quelle a apris le choix que le
Roy a fait de M l'Abbé
L
GALANT. 29t
bé Clement pour Evefque de
Perigueux .

Le Roy a donné l'Evêché
de Xaintes à Mr l'Abbé de
Senaux , Chanoine & Grand .
Vicaire d'Autum . Il eft de
Toulouse , fils d'un Conſeil
ler de ce Parlement & Neveu
de Mr l'Evêque d'Autun ,
fous les ordres duquel il travaille
depuis longtemps . Mr.
l'Abbé de Senaux a esté élevé
dans le Seminaire de Saint
Sulpice ; il y a demeuré prés
de dix ans , & c'eft dans cette
fainte Retraite qu'il a pris les
bons principes & les maxi-
Bb ij
292 MERCURE
mes falutaires dont il paroift
penetré. Les Pauvres du Dio
cefe d'Autun feront mieux
fon éloge qu'aucun Hiftorien.
Le bien qu'il leur a fait ,
tant qu'il a efté dans ce Dio.
cefe , fera un Panegyrique
moins fufpect & plus fincere
que tout ce que l'on en pourroit
dire d'ailleurs . Xaintes
eft fitué fur la Charante , &
eft la Capitale de la Xain .
tonge . L'Evefque eft Suffragant
de Bourdeaux . L'Eglife
Cathedrale eft fous l'invocation
de Saint Pierre. Elle fut
entierement ruinée dans le
GALANT. 293
feiziéme Siecle par la fureur
des Huguenots, Saint Eutrope
eft le plus ancien Evêque
dont on ait connoiffance .
Leonce II. Evêque de Bordeaux
, y aſſembla un Concile
dans le fixiéme Siecle pour la
dépofition d'Emerius , quien
eftoit Evêque , & qui n'avoit
pas voulu executer certains
Reglemens qui avoient efté
faits dans le troisième Concile
de Paris. Heraclius fur
mis en fa place dans cette
même Affemblée , & eftant
enfuite allé prier Cherebert
fils de Clotaire , de confir
Bb iij,
294 MERCURE
mer fon élection , ce Prince
le fit mettre dans une charretée
d'épines , & l'envoya en
éxil , condamnant Leonce à
mille écus d'amande. Il y a
eu de grands Prelats dans cet
te Eglife , & des hommes
vrayment Apoftoliques. Que
ne doit on pas efperer de celuy
que le Roy vient de choi
fir pour leur fucceder ? Sa pietà
, ſon zele , & ſon erudition ,
foutenues d'une grande expe
rience dans le
gouvernement
de l'Eglife , font juger à tous
le monde qu'il marchera fur
les pas de fes Predeceſſeurs
GALANT 295
& qu'on verra fous fon adminiftration
revenir les , temps
fortunez
de l'Eglife naiffan
tel.
Me l'Abbé de Sabrans a
efté nommé à l'Evêché de
Glandeves. Cette Egliſe eſt
tres - ancienne , puifque Fra ..
ternus fon premier Evêque ,
foufcrivit avec les autres Evêques
de l'Eglife de France , à
l'Epitre Synodale qu'ils envoyerent
au grand S. Leon
Pape , qui gouverna l'Eglife
Universelle depuis l'an 440 .
jufqu'en
461. Cet Evêché eſt
Suffragant
d'Ambrun
. Il fur
Bb iiij
296
MERCURE
rétab i dans le dixiéme Sieclepar
les Seigneurs de l'illuftre
Mailon de
Glandeves , qui
ont donné leur nom à la Vil.
le , aprés qu'elle eut eſté ruij
née & defolée par les Sarrafins
qui y avoient fait des ra
vages extraordinaires . L'Abbé
de
Sabrans eftoit Grand-
Vicaire de Riez. Il eft de l'il:
luftre Maiſon de
Sabrans en
Provence , qui n'eſt pas moins.
recommandable par le nombre
des Heros qu'elle a pro
duits que par les Perfonnages
d'éminente vertu qui en
font fortis. Saint Eleazar
さ。
GALANT 297
Comte d'Arian , eftoit de cette
Maiſon. Il eftoit fils d'Hermenegaud
de Sabrans , Comte
d'Arian , iffu d'une fort any
cienne & illuftre maison de
Provence , & de Laudune
d'Aubés , Fille du Seigneur
de Roque Martino , qui merita
par fa vertu d'eftre furnommée
la bonne Comteſſe;
Il nâquit l'an 1244
fous le regne
de Philippe le Hardy ,
qui vouloir beaucoup de bien
au Comte d'Arian . Charles II.
Roy de Jerufalem & de Sicile ,
fe trouvant à Marſeille , fit
fianceren fa prefence le jeune
298 MERCURE
ne Comte d'Arian , qui n'avoit
que dix ans , avec Dau
phine de Puymichel , fille
du Seigneur de Puymichel en
Provence , qui n'en auoit que
douze. Ce Prince vouloit
beaucoup de bien aux deux
maiſons , & nommoit ordinairement
Elzear,ſon Neveu.
On fcait que ces deux illuftres
perfonnes vêcurent dans
une perpetuelle chafteté. Le
Comte Elzear cut les plus
beaux emplois de fon temps
& de la Cour dans laquelle il
vivoit , mais il parut toujours
plus Chrétien que Courtisan
GALANT 299
Il fut Ambaffadeur du Roy
Robert à la Cour de France
pour le mariage du Duc Charles
fils du Roi de Naples , avec
une Fille de France. Le Roy
Charles V.qui y régnoit alors
luy accorda tout ce qu'il demanda
eftant charmé de fa
vertu & de fa fage conduite ,
il y mourut fort jeune , &
comme il avoit efté du tiers
Ordre de Saint François il
fut enfevely dans cet habit &
mis en depoft aux Cordeliers
de Paris l'an 1323 Il fut enfuite
transporté dans l'Eglife
Saint François d'Apt. La
300 MERCURE
Comteffe Dauphine qui fue
Gouvernante de la Ducheffe
de Calabre , mourut âgée
de foixante & feize ans en
360. le 26. de Novembre
elle fut enterrée auprés de fon
Epoux. Le nouvel Evêque
de
Glandeves remplira par
faitement les fonctions de
L'Epifcopat , I en a fait un
glorieux aprentiffage dans le
Dioceſe dont il a efté grand
Vicaire fa pieté , fon zele &
fa charité doivent tout faire
efperer de ce nouveau Prélat .
Il demeure dans le feminaire
des Bons enfans , fejour or
(
GALANT 30%
dinaire de ceux qui ne cher .
chent que Dieu & qui font
peu fenfibles pour
de.
le
mon
Sa Majefté donna dans la
même promotion , l'Abbaye
de Treport à M' l'Evêque de
Nantes , celle de Pleinfelve
à Mr l'Abbé de Coeur de
Chefne Aumonier de Madame
, & celle de Neuf chatel
à Madame Doremieux . La
Nomination du Roy fait leur
Eloge puifque ce Prince ne
donne aucun Benefice fans
eftre informé à fond dú me.
rite & de la bonté des moeurs
302 MERCURE
de ceux qu'il choifit parmy
un nombre infiny de Prétendans
.
Sa Majesté donna dans le
même
temps.
Un Canonicat de Roye à
M' Lefquerin Brêche .
Un Canonicar de Salins , à
Mr Bellard de Raze.
Un Canonicat de Senlis à
Mr Malherbe ;
Un Canonicar du Mans à
M' Coufin Brefche..
L'Archidiaconé de Senlis
à Monfieur Margrie :
La Chapelle de Saint Boif
y à Mr de Monthiers.
GALANT 30.2
Le Doyenné de Sarlat à
Mr Cumont.
Le Serment de fidélité de
Dol à Mr Gobiet .
Le ferment de fidelité
de Senlis à Mr le Breton .
La Chapelle de la Salle à
Mr Honné Laurens .
Quoy que ces Benefices
foient moins confiderables
que les Evêchez & les Ab .
bayes , on doit juger auffi
avantageufement
de ceux
qui les ont obrenus , Sa Majefté
prenant une égale pro .
caution pour remplir de dignes
fujets tous les Bene394
MERCURE
fices qu'elle donne .
N'ayez plus d'inquietude
pour la Santé de Monſei
gneur le Dauphin . Ce Prince
le porte parfaitement bien .
Le fievre tierce le prit à Meudon
pendant que le Roy y
eftoit , & comme Sa Majeſté
eftoit venue pour y prendre
pendant quelques jours , le
plaifir de la promenade , qui
fe trouvoit fort interrompue
par le travail continuel , que
demande le grand nombre
d'affaires inportantes quiroulent
fur l'activité de fes foins.
& que leur fuccez peut rens
GALANT 305
dre l'Europe tranquille ,
Monfeigneur qu'il aime trestendrement
, & qui en eft aimé
de même , ne ſongea qu'à
luy épargner de l'inquietude ,
en luy cachant deux accés de
fiévre. Sa Majefté eftant partie
de Meudon , il luy en price
un troifiéme , qui commença
avec un friffon à onze heures
du matin & dura jufqu'à fept
heures du foir , mais fans aucun
accident. On luy donna
du Quinquina, & il revint le
lendemain à Versailles . Ce
Prince n'a reffenti depuis ce
temps là aucune atteinte de
Fuin 17021 C.C
306 MERCURE
7
fiévre , & il femble que le-
Ciel l'ait recompenſé du ſoin
qu'il avoit pris de cacher fon
mal à un Monarque , dont
l'Europe a grand befoin , &
qui peut feul procurer fon
repos . A peine eut on appris
à Paris que Monfeigneur s'étoit
trouvé mal , que tout le
Peuple en témoigna un chagrin
extrême. Il marqua beaucoup
d'inquietude & une
fort grande impatience d'apprendre
le retour de fa fanté.

Mrs les Chevaliers de l'Ar
quebuze d'Eftampes ayant
GALANT. 307
A
obtenu de Sa Majesté plufieurs
beaux Privileges qui
font la gloire de leur Compagnie
, par les bontez & les
foins de Monfieur le Duc de
Vendôme , leur Seigneur &
Protecteur , ont voulu luy
donner des marques fenfibles
d'une fincere reconnoiffance
, en faisant chanter le Lundi
de la Pentecofte , une Meffe
Solemnelle dans l'Eglife de
nôtre Dame de la même Ville
, pour la confervation , &
fanté de Sa Majefté , & pour
la profperité de les Armées
en Italie dont ce Prince eft
Cc ij
308 MERCURE
Generaliffime. Toute la
Compagnie magnifiquement :
vêtue & toute en plumets
blancs affifta à cette Ceremo .
nie , & entra dans l'Eglife au
bruit des Tambours , des grolfes
Cloches , & des fanfares.
de l'Orgue , & au milieu
d'une innombrable foule de.
Peuples , enfuite dequoy ils.
tirerent le Papegault qui ne
fut abbatu que le lendemain
à fept heures du matin par
M Chaudé , troifiéme Sergent
de la Compagnie . On
chanta enfuite le Te Deum ,
avec le Pleaume Exaudiat ,
GALANT 309
dans la même Eglife.
Les pároles que vous allez
lire font de Mr de L. C.
AIR NOUVEAU.
Ous , qui voulezfervir l'Amour,
Pourquoy refusez vous de
boire ?
Vous qui vous enyorez huit où
dix fois le jour ,
De
l'amour
méprifé
pourquoy
faites vous gloire,
Bachus avec Venus ont entreeux
fait la paix
310 MERCURE
Et preferit ce partage étran
ge.
Dans leur commun Empire ils
veulent déformais .
& Del'amour du vin qu'onfaße
un doux mélange ,
Et que par un accord charmant
Il ne fe trouve point d'yvrogne
Qui ne foit
amant
un heureuse
Dont le vin ait rougy la trez
gne.
Il paroift depuis peu un
livre nouveau intitulé l'Art de
GALANT. 311
connoiftre les hommes , l'Auteur
qui ne fe nomme point , ne
perdroit rien s'il vouloit bien
fe faire connoiftre. On en
peut juger par ce qui fuic que
jay tiré de la preface.
Affez d' Auteurs ont traité de
l'a conno ẞince de foy mesme avec
érudition avec fruit , & en.
tre autres le celebre Ababie.
Mais ily en apeu qui ayent entrepris
la connoiffance des autres
hommes en general. Cependant
elle n'eft pas moins neceßaire &
jose mefme dire quelle eft plus
utilepourla Politique . En effet
la connoiffance de foy mesme eft
312 MERCURE
purement Speculative , & con:
duit l'homme à de ferienfes &
continuelles reflexions fur luymesme
, & fur fa conduite
mais de quel ufage peut eftre cet .
tefpeculation dans le commerce
dans les affaires dans lafocieté
civile , finon d'infinuer la droiture
du coeur , de regler les condi
tions , la conduite de l'hom .
me, au lieu que la connoiffance
des autres hommes fait prendre
des conno fances pour agir , &
traiterfeurement avec eux ? elle
fait connoftre leurs differentes
inclinations , demefler les diffe.
rens motifs qui les animent , &
prevenir
GALANT. 313
prevenir les embuches , & les
mauvais partis qu'ils peuvent
dreffer : elle donne les lumieres
neceffaires pour ne fe pas laiffer
éblouir aux apparences trompeu .
fes d'une action d'éclat , pour ne
donner des louanges qu'à la veri.
table vertu. Et enfin elle fert à
_developerfi finement les replis du
coeur humain que malaiſement échape
tilla moindre chose de cette
connoiffance. Vous devez juger
par ce que vous venez de lire
de la beauté de ce livre , qui fe
vend chez Proſper Marchand
& Gabriel Martin , rue S. Jacques
, vis - à- vis la Fontaine
Juin 1702 .
Dd
-
314 MERCURE
Saint Severin , au Phenix .
Le Pere de Saint Bonner ,
fameux par fon érudition
profonde , par les découverces
qu'il avoit faites dans la
Phyfique , & plus que cela par
la connoiffance parfaite qu'il
avoit des Mathematiques
eft mort par un accident tresfunefte.
Il avoit par fes foins
& par l'aide de la bourle ,
auffi bien que de celle de fes
Amis fait dreffer un Ob .
fervatoire dans leur College
de Lyon. Ce Pere qui fçachant
de l'Aftronomie tout
GALANT. 35
ce qu'on peut fçavoir d'une
Science auffi obfcure
avoit la principale direction
de cet Ouvrage , & qui
y alloit fans ceffe pour faire
de nouvelles découvertes ,
fut un jour accablé par le
poids d'une gruë qui tomba
fur luy. Cette mort a répandu
une douleur univerfelle
dans la Ville de Lyon , où ce
Pere eftoit extrêmement efti.
mé , tant à cauſe de ſa pieté
que de fa doctrine . Il a donné
des preuves finceres de la
premiere en quittant dans le
monde des biens confidera-
Dd ij
316 MBRCURE
bles , & une fortune brillante
qui l'y attendoit , pour ſe dé .
vouer à l'inftruction de la
Jeuneffe dans l'Institut des
Jefuites . Il a enfeigné plu .
fieurs cours de Philofophie ,
avec un fuccés étonnant , &
Fil enfeignoit dans le même
temps les Mathematiques ,
fur lesquelles il a pouffé la
préciſion le plus loin qu'elle
pouvoit aller dans une Science
auffi épineufe & dans des
voyes auffi heriffées de diffi .
cultez . Toute la Litterature
de ces Pays - là a pris part à
cet accident déplorable & en
GALANT 374.
a marqué publiquement fon
affliction. Cette perte eft en
effet une perte irreparable
pour tous les Sçavans . Il n'y
en avoit aucun à qui le Pere
de Saint Bonnet ne fit part
de fes lumieres . Il a un frere
parmy les Jefuites dont la
doctrine eft fort connue . Ils
ont cu tous les deux la même .
vocation & le même déra ..
chement pour les biens de la
terre . Ils ont laiffé en quittant
le monde leurs biens &
leurs efperances à une Soeur
qui a fait une alliance tres
confiderable.
Dd iij
348. MERCURE
M' Broffard de Montancy,
Doyen des Confeillers du
Prefidial de Bourg en Breffe ,
& Subdelegué de M' l'Intendanc
de Bourgogne dans la
même Province , eft mort
par un accident tragique. Ik
choit fameux par fon efprit ,
& fur tout le talent qu'il
avoit pour la Poëfie , peu
de perfonnes y réüffiffoient
mieux que luy. Il a fait plu
fieurs Pieces de Theatre qui
ont eftéjoüées avec un grand
fuccés dans la Ville de Bourg.
Ses autres ouvrages poëti
ques luy ont attiré des loüanpar
GALANT: 319
*
ges infinies & il s'eftoit fait
une grande réputation parmi
les plus doctes perfonnages ,
non feulement de la Ville
qu'il habitoit , mais auffi de
tout le Royaume. Il n'y en
avoit aucun en effet qui ne
fit un cas fingulier de M'de
Montaney , & qui ne recherchaft
fon commerce avec un
fort grand empreffement . La
Poëfie ne faifoir pas fes feules
delices . La culture des Fleurs
& des Plantes dont il con .
noiffoit parfaitement
la proprieté
& la nature , faifoit fon
délaffement dans les heures
Dd iiij.
320 MERCURE
qui n'estoient pas deſtinées
aux fonctions ferieufes de la
Magiftrature , & on peut dire
que dans ces agreables mo
mens il en abandonnoit la
gravité incommode pour fe
donner à fes Amis , tel qu'il
eſtoit , c'eſt à dire comme un
des hommes le plus amuſant
& le plus réjoüiffant qui fuft
dans le monde . Les plaifirs
& le gouft qu'il avoit pour la
focieté , ne déroboient rien
aux devoirs de fa Charge ;
jamais Magiftrat n'y fuft plus
attaché ny plus appliqué , il
en faifoit fon occupation efGALANT
321
& fans le détail fentielle
danslequel fes autres emplois
l'obligeoient de defcendre ,
il auroit achevé un ouvrage
fur le Droit Romain dont ib
avoit dreffé le projet depuis
longtemps. L'accablement
où il eftoit & fa mort preci.
pitée ont fait échouer ce beau
deffein . Il a laiſſé des enfans ,
& il a entr'autres Madame
Chambard , épouse de M'de
Chambard , Confeiller au
Prefidial de Bourg , morte
depuis quelques années . C'étoit
une tres belle perſonne
, & dont la beauté a fair:
32* MERCURE
beaucoup de bruit.
Dame Jeanne - Focliffe de-
Turenne , Marquise de Lan
fac , mourut vers le commencement
de ce mois dans fon
Château de Lanfae en Quercy
; âgée feulement de
vingt fix ans. Son bon efprit ,
fa grande douceur , & fa beau
té l'ont fait regretter dans fa
Province . Elle eftoit Fille de
Jean du Turenne , Seigneur
d'Aubepeyre , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie des
Milices d'Armagnac , & de
Catherine de Felzine Montmurat,&
avoit épousé BartheGALANT
323
lemy d'Eftreffes de Gontaut ,
Marquis de Lanſac , heritier
de Barthelemy de Gontaut ,
Marquis de Lanfac , fon On
cle maternel , le feul qui refte
de l'illuftre Maifon de Gontaut
Saint - Geniez , qui n'eſt
pas moins renommée que
celle de Gontaut. Biron , dans
laquelle elle a pris fon origine
ily a plus plus de quatre cens
ans. En voicy la Genealogie
qui ne déplaira pas à ceux
qui ont du gouft pour l'hiſ
toire.
Gaſton de Gontant , que
la Maifon de Gontant Saine324
MERCURE
Geniez reconnoist pour fon
Chef , eut la Seigneurie de
Badefou en partage. leftoit
fils puifné , de Pierre de Gon .
taur premier du nom Sei .
gneur de Biron nommé dans
une Chartre de l'Abbaye de
Cadoüin en Perigord fous
l'an
1284.
Seguin de Gontaut Sei .
gneur de Badefou ,
porta
avec tant de zele , les interefts
de la Couronne d'Angletere
,
que Philipe de Valois qui re
gnoit alors en France ,
donna la confifcation de fon
Château de Badefou , il laifori
GALANT: 325
2
། ་
fa les enfans qui fuivent ;
Dauphine de Gontaut , alliée
à Pierre de Cugnac , Ecuyer
& Pierre qui fuit de Gontaut
Seigneur de Badefou . Ce
dernier fut long temps nom .
mé dans fon Pays Moffun
Peyré , c'est à dire Monfieur a
Pierre . Car c'eftoit l'ufage de
ces temps que les Gentilshommes
qui n'avoient pas de
Seigneurie fe fiffent appeler
par leur nom de Baptême.
Mais le Roy Jean , ayant fait
reftituer à Pierre Gontaut ,
fon Château de Badefou afin
de l'attacherà fon party; il en
326 MERCURE
porta le nom jufqu'en l'année
1376. qui fut celle de fa
mort. I laiffa de Catherine
de Bridoire fon épouſe ; Pier.
re de Gontaut & Catherine
Alliée à Macfred de Chau .
mont Damoiſeau.
à
Pierre de Gontaut , Sei .
gneur de Badefou eu tant
d'inclination pour la Maiſon
Royale d'Angleterre ,
l'exemple de Seguin de Gon
tend fon ayeul , qu'il préfera
le fejour de Londres à la confervation
de fon Château de
Badefou . I laiffa en Perigord
, en partant pour l'AnGALANT
. 307
gleterre , Marie de Bordeille,
Dame de l'Anquais fa Fem
me , enceinte. Elle accou.
cha peu de jours aprés de Richard
de Gontaut , fon fils
unique.
Richard de Gontaut , Seigneur
de Badefoü Gouver .
neur pour les Roys Charles
V. & Charles VI . de la Ville
de Montignac en Perigord ,
reçut une fi bonne éducation
de Marie de Bordeille fa Mere
qu'il fut toujours bon Fran.
çois , malgré les précautions
qu'avoit prifes Pierre de
Gontaut fon Pere pour l'en
328 MERCURE
empêcher. I chaffa le fieur
de Chaumont fon Coufin
germain , du Chafteau de Badefou
dont il s'eftoit emparé ,
fondé fur le Teftament de
Pierre de Gontaut fon Oncle
maternel , qui le luy avoit
donné pour en priver Richard
de Gontaut fon propre
fils , à qui il ne reprochoit
que
le crime d'eftre
grand Serviteur de la Maifon
Royale de France . Il
prit alliance avec Jeanne de
Salagnac , Dame de Saint-
Geniez ..
Jean de Gontaut , Seigneur
GALANT 329-
de Saint Geniez & de Bade- .
fou , Chambellan du Roy
Charles VII . fe fignala dans
les longues guerres que ce
Prince eut contre les Anglois.
Il épousa l'an 1451. Feliffe
d'Aubuffon , Fille de Jean ,
Seigneur de la Borne & premier
Chambellan de Charles
VIII.
Guyon de Gontaur , Seigneur
de Saint - Geniez & de.
Badefou für honoré du Collier
de l'Ordre de S. Michel
par le Roy Louis XI . qui l'inf
titua en 1469. pour le faire.
des Serviteurs fidelles . Il fut
Ee
Juin 17020
330 MERCURE
marié avec Claude d'Eftrier ,
Fille de Jean , Seigneur de Sa.
lagnac , Chambellan de France
, Gouverneur & Sénéchal
de Limofin . Il eut trois enfans
de cette Dame ; Elie de
Gontaut ; Elizabeth de Gon .
taut , mariée avec le Seigneur
d'Ayen en Limofin ; & Pierre .
Elie Recteur des Eglifes de
Nadaillac , de Caumont & de
la Salvetat en Perigord .
Elie de Gontaut , Seigneur
de Saint- Geniez & de Badefou
, fut l'un des huit Preuxdu
Roy Charles VIII . dans
fes guerres d'Italie . Il fut Ca
GALANT. 331
·
pitaine de Cinquante hommes
d'Armes des Ordonnances
de Louis XII . & laiffa de
de fa femme dont le nom
n'est pas connu , Jean Gontaut,
& Jacquette de Gontaus
Dame tres- vertueule , mais
fi prodigieufement laide, que
le Seigneur de Chavagnac ,
fon Epoux , la répudia , pour
enlever la Dame de M ****
Religieufe de l'Abbaye de
Blefle en Auvergne , avec la
quelle il alla profeffer la Religion
de Calvin à Genêve,
Jean de contaut Seigneur
de Saint Geniez & de Bade.
t
Ecij
332 MERCURE
fou , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , Gouver
neur & Senêchal de Perigord,
fut extremement confideré
du Roy François I. à cause de
fon merite fingulier. Jeand'Albret
, & Roy de Navarre ,
qui ne le confideroit pas
moins , luy fit épouser Françoiſe
Dame d'Andaux , riche
heritiere de Bearn , &
de ce Mariage naquit . Armand
de contaut ; Baron de
Saint Geniez & de Badefou ,
Chevalier de l'Ordre de Sain
Michel, Gouverneur & Viceroy
du Royaume de Navarre ,
GALANT 333.
Sénéchal de Bearn , Miniftre
du Roy de Navarre . Henry
d'Albret , & Chambellan de
la Reine Jeanne d'Albret , fa
fille , dont il ménagea l'alliance
avec Antoine de Bour
bon , Duc de Vendôme
Pere de Henry le Grand
Roy de France & de Navarre ,
époufa Jeanne de Foix , fille
de Frederic legitimé de Navarre
, Baron de Fraverol , &
il cuft d'elle , Elie & Armandde
Gontaut , Chef de la Branche
de Lanfac.
Elie de Gontaut , Baron de
Saint Geniez & de Badefou ,
"
334 MERCURE
Gouverneur & Viceroy de
Navarre prit alliance en 1584-
avec Jaquette de Bethune ,
Soeur de Maximilien I. Duc
de Sully , Pair , Marêchal , &
Grand Maistre de l'Artillerie
de France , Favory du Roy
Henry le Grand . Il n'euft
d'elle que deux filles ; Jacqueline
de Gontaut , Dame
de Saint Geniez & de Bade.
fou , morte fans enfans de
Jean de Gontaut , Seigneur
de Saint Blancard , & depuis
Baron de Biron , aprés la
mort fanefte de Charles de
Gontaut , Duc de Biron , Pair,
Amiral , & Maréchal de Fran .
18
GALANT 331
ce , fon frere aîné ; & Judith
de Gontaut , qui devint Da .
me de Saint.Geniez
& de Badefou
, aprés le decés de la
Baronne de Biron fa Soeur.
-Elle fut mariée avec Cirus de
Montault de Benac , Baron
de Navailles , Pere de Philip .
pe Duc de Navailles , Maréchal
de France . Ainfi s'eft
glorieuſement
éteinte la mai .
fon de Gontaut Saint Genicz.
Badefou , Cadette de celle de :
Gontaut Biron,
La Branche de Gontaur
Lanſac à pour Chef Armand
de Gontaut , fils puifné , d'Ar
336 MERCURE
mand , Baron de Saint Ge
niez & de Badefou , Vice .
roy du Royaume de Navare
& de Jeanne de Foix . Ce Gen.
tilhomme fut élevé Page de
Henry le Grand , lorsqu'il
n'eftoit encore que Roy de
Navarre , & il le fervit de.
puis fi utilement contre la li
gue de la Maifon de Guife ,.
que ce Prince cut la bonté de
ménager luy même fon Ma .
riage avec l'heritiere des
Seigneuries de Lanfac en ,
Quercy & de Grolciac en Perigord.
Il eut de cette Dame
Elie de Gontaut Seigneur de
Lanzac
GALANT. 337
Lanzac & de Groleiac , & fuc
marié avec Françoife de Lof.
tange , fille de François Baron
de S. Alvaire en Perigord , &
d'Elizabeth de Cruffol , fille
de Jacques Duc d'Uzez , Pair
de France; & de Françoise de
Clermont -Tonnerre.

-Barthelemy de Gontaut
Marquis de Lanfac , eft prefentement
marié avec Guyon.
ne de Turenne , fille de Flo.
tard , Marquis d'Ainac , & de
Claude de Gourdon Genoüil .
lac , foeur de Jean Paul de
Vaillac , Chevalier de l'Ordre
du Saint Efprit , Lieutenant
Juin
1702 .
Ff
338 MERCURE
general des Armées du Roy ,
premier Ecuyer & Capitaine
des Gardes de Son Alreffe R.
Monfieur , Frere unique de
Sa Majefte. Ce Seigneur dont
la conduite a toûjours esté
proportionnée à la grandeur
de la naiffance , a choisi pour
fon heritier , n'ayant point
d'enfans de fa femme , Barthelemi
d'Estrelles , Seigneur
de Ponac , fon neveu maternel
,à condition qu'il portera
le nom de Lanfac contaut ,
avec les armes de cette illuftre
Famille. Celle d'Eftrelles
eft diſtinguée dans la Proving
GALANT. 319
ce de Limofin , où eft le Château
de ce nom . Il fut ainfi
nommé à caufe de la Bataille
qu'y donna en 1109. Rodolphe
, Roy de Bourgogne , à
Maur , Chef des Brigands de
Normandie qui ravagedient
T'Aquitaine. Les Seigneurs
d'Eftreſſes ont la réputation
d'eftre Braves , Jean d'Eftref.
fe , mort Evefque de Lectoure
en 1646. étoit de cette famille .
It eftoit fils de Gafpard , Seigneur
d'Eftrelles , Chevalier
de l'Ordre de S. Michel , &
a d'Ifabeau de Plas en Limofing
La Maifon d'Aubepeyre
Ffij
340 MERCURE
eft Cade tre de celle d'Aynac ,
qui eft ffue de mâle en mâle
des Vicomtes de Turenne ,
cadets des Vicomtes du Bas
Limofin , de la tres ancienne
Mailon de Comborn , qui fai
foit déja une grande figure
fous Eudes , Roy de France &
Duc d'Aquitaine , qui établit
vers la fin du neuviéme fiecle ,
Archambaut de Comborn ,
Vicomte du Bas Limofin .
La guerre n'empeſche pas
que les belles Lettres ne fleuriffent
en France . Hs'eft for.
méà Amiens une Compagnie
de Perfonnes d'efprit , fous le
GALANT 34
nom de Cabinet de Lettres.
Ces Meffieurs travaillent à
meriter un jour le glorieux
titre d'Academiciens . Ce Cabinet
de Lettres , eft compofé
de M' de l'Etoile , Chanoine
Regulier de Sainte Gene .
viéve , & Abbé de Saint A
cheul , prés d'Amiens . Il eft
la tefte de l'Affemblée . Son
merite , fa delicateffe , & fon
fçavoir , le font beaucoup
eftimer dans la Province . Les
autres font , M ' l'Abbé d'El .
faur , Chanoine de la Cathedrale
d'Amiens , fils de M.
d'Elfaut , Prefident de Soif
Ff iij .
34 MERCURE
fons & de l'Académie de cette
Ville là . L'excellent genie du
Fils , répond à celuy du Pere.
Il fait dans cette Affemblée
la fonction de Secretaire
M' Créton de Wiemville
Prefident du Prefidial d'A
miens , dont le gouft , la délicateffe
& la politeffe , charment
tous ceux qui le connoiffent.
M' de Cadonnay
Conſeiller du Prefidial , qui a
une parfaite connoiffance des .
Medailles . M' Damiens d'He
becourt , Avocat au Parlement
, dont l'efprit vif & jufte -
fait un tres bel ornement
GALANT . 343
dans cette Compagnie. Mrs
Cornet & Petit , Avocats du
Roy au Prefidial d'Amiens ,
qui pour s'acquiter avec éclat
du devoir de leur Profeffion ,
s'appliquent fort à tout ce
qui regarde l'Eloquence.
Tous ces Meffieurs qui for .
ment ce fçavant Corps y ont
reçu depuis peu Mr d'Auvil ,
liers , Directeur des Poftes de
la Province. Ce dernier y
prononça un Difcours en for
me de Remerciment , qui a
efté regardé comme le début
de cette nouvelle Affemblée ;
puifqu'il a efté prononcé à la
Ff iiij
344 MERCURE
premiere reception qui s'y eft
faite. La beauté de ce Dif
cours a fait connoistre que
Mr d'Auvilliers eft infiniment
au deffus de fon Employ.
S'il est beau de tenir fa pa
role lors même qu'on n'eft
point follicité de la violer , il
eft bien glorieux de la garder
avec une fermeté -heroïque ,
lorfque l'on eft preffèd'y man
quer avec les inftancesles
plus
vives , & les offres les plus a
vantageufes
. Le Roy de Por
tugal vient de donner un bel
GALANT. 345
exemple de cette fermeté ge.
nereule , & defintereffée . Mr
Methwin , Chancelier d'Irlande
, & Envoyé d'Angle
terre en Portugal , eftant arri
vé à Liſbonne , a fait agir en
même temps tout ce que les
Puiffances liguées contre la
France & contre l'Efpagne ,
y ont d'Ambaffadeurs , d'En .
voyez , & de Refidens , & n'a
rien oublié , non plus que
tous ces Reprefentans , pour
engager le Roy de Portugal
à rompre le Traité qu'il a fait
avec ces deux Couronnes
ou du moins à prendre le
"
346 MERCURE
!
party de la Neutralité. Ils
ont employé tour à tour les
offres & les menacés ; mais
tout ce qu'ils ont fair n'a tourné
qu'a leur confufion & n'a
fervy qu'à faire briller davan .
tage la vigoureuſe
fermeté
de Sa Majefté Portugaise , &
qu'à faire éclater leur impru
dence , en faisant connoiftre
qu'ils avoient affez mauvaiſe
opinion de ce Monarque ,
pour croire qu'ils le pourroient
engager à manquer à
fa parole , quoy que la parole
des Rois doive eftre inviola
ble. Le Roy de Portugal in,
GALANT 347:
digné d'un femblable proce
dé , leur a parlé en honneſte
homme & en grand Roy , &
ces Miniftres ne ceffant pas ,
pour cela d'agir & de preffer ,
il leur a marqué d'une manie,
re intrepide , qu'il ne crai .
gnoit rien , & pour leur
en donner des preuves , dont
ils ne puffent douter , il a par
un Acre autentique renouvellé
fon Traité avec la France
& avec l'Espagne , & a fair
connoiftre à ces importuns
Miniftres qu'il n'y contreviendroit
jamais , quand mê
me la Couronne feroit en rif
348 MERCURE
que par ce Traite. Ce Mo
narque s'eft attiré par là l'ad
miration
de toute l'Europe
)
& ceux qui cherchoient
à
le feduire ont efté eux- mê
me obligez de l'admirer .
Vous fçavez que
le
Roy
ayant tenu Chapitre de l'Or
dre du Saint Efprit , a nommé
cinq Chevaliers ou Comman .
deurs qui font Espagnols. Ce
font ,
Mile Comte de Benavente.
Il est Pimentel de fon nom ,
& le Chef de tous ceux de
cette Maifon en Espagne.
15
GALANT 149
Elle eft une des douze aufquelles
Charles Quint laiffa
le titre de Grand , quand il ne
voulut
1
pas que tousles Titrez
euffent les honneurs
de la
Grandeffe
. Celuy - cy eftoit
Gentilhomme
de la Chambre
du feu Roy d'Espagne
, & fut
enfuite fon Sommelier
du
Corps. C'eft la Charge qu'il
a encore prefentement
chez
le Roy Philippe
V. Il fut un
de ceux qui furent nommez
par le Teltament
de Charles
II. pour gouverner
l'Espagne
.
M' le Marquis
de Villafranca
. Il porte le nom de
310 MERCURE

'"
de Tolede , & a efté General
des Galeres de Naples & Gouverneur
des Armées de Sicile
dans le temps des guerres de
Meffine . Il eftoit Confeiller
d'Etat, & Gentilhomme de la
Chambre du temps de Charles
II . & il eft à prefent Mayor.
dome Mayor de Philippe V.
M' le Duc de Uzeda . Il
s'appelle Pacheco. La Maiſon
d'Uzeda a la Grandeffe depuis
longtemps. Celuy cy a efté
Viceroy de Galice , & enfuite
de Sicile, Il a efté auffi du
Confeil d'Etat , Gentilhomme
de la Chambre du feu
GALANT 352
Roy , & Ambaffadeur à Rome
, où il eft encore en cette
qualté.
M 'le Duc de Medina Sidonia.
left Guzman de fon
nom. C'est encore une des
douze Maiſons à qui Charles
Quint continua la Grandeffe.
Ce Duc a efté Viceroy
de Catalogne , du Confeil
d'Etat & Mayordome Mayor
de Charles II . Ileft à prefent
grand Ecuyer du Roy d'Elpagne.
Tous ces noms font fi fa :
meux dans l'Europe & leurs
Maifons font fi illuftres , qu'il
352 MERCURE
1
faudroit pour chacune des
Volumes entiers , fi l'on vou.
loit citer tout ce qu'elles ont
d'éclat & de grandeur .
Mile Cardinal Portocarre .
ro , Archevêque de Tolede .
Il eſt de la Maifon des Com.
tes Defpalma , qui dans leur
origine font Bocanegra. Un
Seigneur de la Mailon & du
nom de Portocarrero fonda
celle de Palma & en eft l'Auteur.
C'est ce qui eft cauſe
que les Seigneurs du nom
de Palma ont pris celuy de,
Portocarrero. Ce Cardinal a
efté Viceroy de Sicile & auffi

GALANT. 353
du Confeil d'Etat du vivant
du feu Roy. Il est prefentement
Gouverneur de toutes
les Eſpagnes en l'abſence du
Roy Philippes V.
+
La Naiffance , les grandes
Charges , les grands Emplois
, & le mérite Perfonnel -
de tous ces nouveaux Chevaliers
, ont fait donner de
grands applaudiffemens au
choix du Roy. Ce Monarque
eftoit perfuadé que ce
choix feroit plaifir à Sa Majefté
Gatholique , puifqu'elle
confidere , & qu'elle honore
d'une eftime particuliere .
Juin 1702. Gg
34 MERCURE
tous les Espagnols qu'il a
jugé dignes d'entrer dans
un Ordre que portent les
deux plus grands Rois du
monde.
Tout ce que je vous ay dit
jufqu'icy du mérite , de la
naiffance & de la perfonne
de M le Marquis de Caftel
dos Rios , Ambafladeur d'Efpagne
, à deu vous faire ju
ger que la Grandeffe dont il
a efté honoré , n'eftoit que
le commencement de la récompenſe
qui luy eftoit d'ef
tinée, & j'oferay ajouter, qu
SGALANT 35
elle luy eftoit doë , les fuccez
defonmhoffade n'ont
(
"
A
pas ellé médiocres & les
évenemens en ont efter in
ouis. On luy a veu beaucoup
de courage dans l'adverſité
& beaucoup de modifie
dans le bonheur. Sa con
duite a toujours efté fans
foibleffe & fans foupçon , &
fa vie fans inégalité & fans
reproche. Il a eſté grand
dans tous les temps & per.
fonne ne pouvoit mieux mé
riter que luy d'eftre - Grand
d'Espagne . Ce titre eſt d'un
éclat qui fuppofe de grands
Gg ij
36 MERCURE
biens pour eftre bien foutenu.
Le Roy fon Maiftre qui fçait
par luy même tout ce qu'eft
ce digne Miniftre , & tout
ce qu'il vauc , a voulu join .
dre en fa faveur , les grands
biens aux grands honneurs ,
& ne voulant pas qu'il menquaft
quelque chofe à la fortune
& à la récompenfe quil
a fi bien meritée ; Sa Majefté
Catholique vient de le
faire Viceroy du Perou . C'eſt
là tout ce qu'il pouvoir luy
donner de plus important &
de meilleur. L'ufage eſt établi
en Efpagne que l'orfqu'un
GALANT. 357
-
grand Seigneur obtient la
Grandeffe , car elle ne fe don .
ne pas à d'autres , celuy que
l'on fait Grand eft obligé de
payer une Annate. C'eſt une
fomme confiderable que M
l'Ambaffadeur
ne pouvoit
payer fans s'incommoder
beaucoup aprés les dépenſes
exceffives qu'il vient de faire
en cette Cour , & qu'il fait
depuis trente ans dans les
emplois confiderables qu'il
a toujours eus au fervice des
Rois les Maiftres. Sa Majefté
Catholique y a eu égard ,
& la difpenfe de payer ce
38 MERCURE
droit. Et pour troifiéme grace
Sa Majesté Catholique
accorde à M' le Marquis de
Sentmanat fils aîné de Mr
l'Ambaffadeur , la Penſion de
deux mille efcus que les Rois
d'Espagne ont accoutumé
d'accorder aux fils aînez des
Gran is d'Espagne , lorfqu'ils
fervent , comme fait M le
Marquis de Sentmanat , qui
eft party dés le commencement
de la Campagne pour
aller fervir le Roy fon Maif
tre dans le Milanez .
C'est un digne fils d'un tel
Pere. Il n'a que vingt ans
GALANT: 359
+
mais il a l'efprit , la raifon
& la conduite d'un homme
de fa naiffance & de fon
rang qui auroit le double
de fon âge. Il s'eft acquis
icy l'eftime & l'affection de
la Cour & de la Ville , & cn,
ne peut comparer l'idée qu'il
y a laiffée de luy qu'à celle
qu'on a de M' fon Pere. A
peine ce jeune Seigneur a til
paru à Milan & à l'Armée ,
qu'il y a gagné le coeur de
tout le monde. Il a beaucoup
d'efprit ; il parle François &
Italien comme Efpagnol , fes
manieres font douces & infi360
MERCURE
nuantes. Son air eft noble
& gratieux , Il a l'homeur ac
commodante & docile ; fon
coeur eft genereux & fage
fon ame le porte naturellement
au bien . Rien ne luy
eft plus cher que fes devoirs ,
& les vertus de fon état font
fes inclinations
de preference
. Sans le flater , on n'a
guerre veu d'homme plus ac -l
compli à vingt ans . Ceux qui
l'ont fort pratiqué convien
nent qu'ils luy ont trouvé
mille perfections, & qu'on ne
luia jamais connu aucun vice.
Il a dequoy répondre au mé
rite
GALANT. 361
rite & à l'éclat de fon illuftre
Pere, & il aura un jour tout ce
qu'il luy faudra pour les bien
foutenir & pour le rendre
égal à ſon modele . Ce qu'en
écrivent M' le Prince & Ma.
dame la Princeffe de Vaude.
mont n'eft pas commun . Ils
luy trouverent là toutes les
perfections qu'on luy a veues
icy. Dés que le Blocus de
Mantouë fut levé M❜le Prince
de Vaudemont le choific pour
en porter la nouvelle à Sa
Majefté Catholique. Il eft
bien agreable pour luy , aprés
avoir reçeu tant d'honneurs
Hh
.
Juin 1702.
362 MERCURE
&
en France du Roy fon Mailtre ,
& aprés avoir en le fecond
Efpagnol qui a eu l'honneur de
Juy baifer la main , d'eftre le
premier de fa Nation qui luy
porte une fi bonne nouvelle . H
eft aifé de juger quelle fatis
faction il en reçoit , & quels
honneurs luy reviendront de
l'accueil que luy fera Sa Majefté
C. & par rapport au Fils,
d'un fi digne Fils , & par rapport
au Pere . Mr le Marquis
de Sentmanat , charmé de fa
Commiffion , partit für l'heure
de Final , où il eftoit avec M
le Prince de Vaudemont , & fe
rendit à Livourne , où il trouva -
Mr le grand Duc de Tofcane ,
qui l'accabla d'honneurs &
d'honneftetez . Je vous ay fait
1
GALANT. 363
part plus d'une fois de tout ce
qu'a fait ce Prince de genereux
& d'obligeant pour Ml'Ambaffadeur
d Efpagne . Si vous vous
fouvenez de tant de belles
Lettres dont je vous ay envoyé
des copies , vous comprendrez
fans peine quelle joye a eu Mª
le grand Duc de témoigner au
Fils tout ce qu'il penſe du Pere,
& quel accueil il a fait à ce jeu--
ne Seigneur. Il l'a comblé
d'honneurs & regalé de magnifiques
prefens ; & fa Famille &
fa Cour l'ont traitéavec une dif
tination proportionnée , Mr le
Marquis de Sentmanat s'embar-
' qua, à Livourne , & il n'aura
pas efté longtemps fans voir le
Roy fon Maiftre .
&
Comme vous aimez tout ce
Hhij
34 MERCURY
qui intereffe Ml'Ambaſſadeur,
je vous feray fçavoir ce qui fera
arrivé d'avantageux à M fon
Fils , & je ne doute nullement
que s'il le trouve à quelque occafion
de guerre , il ne me donne
lieu de vous parler de luy
d'une maniere bien avantageufe.
Un Sang comme le fien n'eft
pas fait pour fe démentir & le
qu'il porte n'eft pas moins
fameux dans la Guerre que dans
la Politique. Ma l'Ambaffadeur
fi renommé dans le Miniſtere ,
& firecommandable par le fuccés
de fes Ambaffades , ne s'eft
pas moins diftingué par les Emplois
militaires qu'il a cus ,
&
il eft connu pour bon Soldat &
grand Capitaine avant que d'avoir
paffe pour un grand Minom
GALANT 355
niftre . Puifqu'il eft Viceroy du
Perou , il ne restera pas encore
long - temps en France . Il faut
s'attendre à fon départ ; il ne
fçauroit le differer que de quelques
mois. On ne s'accoutume
pas à cette idée . On s'eftoit fair
une agreable habitude ou de le
voir ou d'entendre parler tous
les jours de luy , & ceux même
qui n'ont jamais eu l'honneur
de l'entretenir , fçavent bien
que perfonne n'a plus de nobleffe
dans le coeur , plus de deficateffe
dans l'efprit , & plus
de grandeur & de bonté dans
l'ame. Il s'eft acquis l'approbation
generale de la Cour & de
la Ville & on
> nous affure
qu'on ne le cite pas moins dans
les Provinces qu'à Paris . Il ne
Hhiij
36% MERCURE
1/
falloit pas moins pour nous dédommager
de cette perte, qu'un
auffi digne & auffi illuftre Sujet
que celuy qui vient prendre la
place. Je vous en ay déja donné
l'idée que nous en donnent
tous ceux qui l'ont vu en Eſpagne
& en Italie. Je ne m'en
tiendray pas là . Mr le Marquis
de Caftel dos Rios eft un fi
grand Peintre , que je tâcheray
de vous donner le vray portrait
qu'il fait de Mr l'Amirante de
Caftille. Il en parle tous les
jours d'une maniere qui préviendroit
feule en faveur de ce
digne Succeffeur , quand même
T'Hiftoire & la Renommée ne
nous auroient rien appris de fa
Maifon , de fa conduite , de fes
emplois , de fon genie , & des
GALANT 367
qualitez perfonnelles qui l'ont
rendu par tout également cher
aux Peuples & aux Perfonnes
du plus haut rang. On attend
des nouvelles de fon départ de
Madrid qui n'a efté retardé que
par le retour de la Reine qu'il
yattendoit. Un homme comme
Tuy ne pouvoit partir fans prèndre
congé de Sa Majefté , &
fans avoir l'honneur de baifer
da main de cette Princeffe .
"
Madame la Comteffe du Vi-
Van mourut en Perigord le 10 .
du mois paffé âgée de quatrevingt
onze ans . Elle eftoit fille
de Melfire Henry Nompar de
Caumont , Duc de la Force ,
mort à l'âge de quatre - vingt-
• quatorze ans , petite fille de
Hhij
$68 MERCURE
t
Jacques Nompar de Caumont
Duc de la Force , Pair & Marêchal
de France , mort à quatrevingt-
dix-fept ans ; niece du
dernier Marêchal Duc de la
Force , mort à quatre- vingtquatorze
ans ,foeur de Madame
la Comteffe de Lauzun , mere
du Duc de ce nom , morte à l'â–
ge de quatre-vingt- deux ans ;
du Marquis de Montpoüillan,
mort à quatre vingt- quatre ans;
de Madame la Marquife de Na
vailles & de Mademoiſelle de la
Force , mortes toutes deux dans
un âge fort avancé. Madame la
Comteffe de Vivan, a eu le bonheur
d'abjurer l'herefie de Calvin
il y a deux ans , & depuis.
ce temps- là elle a vécu d'une
maniere capable de faire honte
GALANT 169
auxplus anciens Catholiques .
M le Marquis de Maduran ,
qui eft mort de fes bleffures
Huy , eſtoit de la Maiſon de
Caumont & le dernier de fa
Branche. Ainfi cette Maifon autrefois
fi nombreuſe , ne confifte
plus que dans M³ le Duc & Mile
Comte de Laufun, qui en font
une Branche , & dans м le Duc
de la Force & fes deux freres ,
qui font l'autre.
b
Vous avez fans doute appris
par les nouvelles publiques
que Mele Marquis de Saint Su
plice , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , eft mort des bleffures
qu'il a reçues dans la derniere
fortie que Mr de Blainville
a faite à Keyferfvvert , où il a
༣༡༠ 270 MERCURE
donné des marques d'une tres--
rare valeur. Ce jeune Gentilhomme
eftoit le Chef de la Maifon
de Saint Suplice , principale
Branche de la tres - noble ,
tres ancienne , & tres- illuftre
race de Cruffol qui a produit
des Perfonnages , fi celebres dans
Thiftoire de cette Monarchie.
Les plus remarquables font
ceux qui fuivent.
"
Louis , Sire de Cruffol fat
comblé d honneurs & de biens .
par le Roy Louis XI. dont il
eftoit Favori. Ce Prince qui aimoit
Cruffol à caufe de fon merite
, luy donna le Collier de
-l'Ordre de S. Michel le même
jour qu'il l'inftitua dans le Château
d'Amboiſe en 1469. Ill'établit
Grand - Maitre de ArGALANT
371
villerie , Grand Pannetier de
France , Gouverneur de Dau.
phiné la Province Favorite , &
luy fit époufer Jeanne Dame de
Florenflac , la plus riche , la
plus noble , & la plus belle he-.
tiere de fa Cour.
Giraud de Cruffol ; frere de
Louis dont je viens de vous parler
,ferendit recommandable par
fa capacité dans les Sciences
Ecclefiaftiques 5 Louis XI. luy
donna à la confiderarion de fon
frere aîné une des quatre Char
ges de Maiftre de fes Requeftes,
luy procura depuis l'Evêché de
Valence , & l'Archevefché de
Tours , avec le Titre de Patriärche
d'Antioche .
Charles de Cruffol , Vicomte
d'Ufés , petit- neyeu de Giraud,
372 MERCURE
fe comporta avec tant de lageffe
à la Cour de François I.
& avec tant de valeur dans les
Batailles qui furent données
durant ce Regne; que le renommé
Jacques Galiot de Genouillac
, Seigneur d'Acier en Quercy
, qui eftoit en même temps
grand Ecuyer & grand Maitre
de l'Artillerie de France , Chevalier
de l'Ordre & Surintendant
des Finances , & qui fut
le Seigneur de fon temps le
plus Brave , & le moins ailé à
eftre feduit par un faux merite ,
choifit le Vicomte d'Ufés pour
fon gendre & pour fon heritier
aprés que François de Genouillac
fon fils unique eut efté tué
à la Bataille de Cerifoles.
Jacques de Cruffol , fecond
GALANT 373
241
Duc de fa Maifon , & fils de
Charles , acquit tant de reputation
fous le nom de Seigneur
d'Acier , parmi ceux de la Religion
prétendue reformée , dont
il eftoit le Chef dans la Province
de Languedoc , que la Reine
Catherine de Medicis n'oublia
rien pour le mettre dans le parti
du Roy fon fils. Cet illuftre Seigneur
qui aimoit fincerement
Etat , fe laiffa féchir par les
prieres réiterées de cette Princeffe
, & abandonna les Huguenots
& les Rebelles . Il fut revêtu
de toutes les dignitez que
venoit de laiffer Antoine de
Cruffol premier Duc d'Ufés ,
fon frere aîné , en mourant , &
le Roy y ajoûta la Commiffion
du Gouverneur de Languedoc ,
374 MERCURE
dont il exerça les fonctions dur
rant le temps que la Cour fut
mécontente de Henri de Montmorenci,
Seigneur de Danville ,
Gouverneur en titre de cette
grande Province . Le nouveau
Duc d'Ufés commanda depuis
l'Armée Royale , avec toute la
prudence & toute la valeur
qu'on peut fouhaiter dans un
homme de ce caractere , & reçut
du Roy Henry III. une marque
éclatante de fa bien- veillance . "
Ce Prince ne luy donna pas feu
lement le Collier de l'Ordre
du S. Efprit en l'inftituant l'année
1578. ainfi que le Roy Louis
XI. avoit donné le fien à Louis,
Sire de Cruffol fon Bifayeul ;
mais encore il le defigna pour le
GALANT 375
recevoir immediatement aprés .
le Prince Philippe - Emanuel
de Lorraine Duc de Mercoeur ,
frere de la Reine Louife fon
Epoufe , avant même les autres
Princes de la Maifon de Lorraine
quieftoient alors en France.
Emmanuel de Cruffol II . de
ce nom , cinquième Duc d'Ufés,
& arriere-petit - fils de Jacques,
a fervi durant fa jeuneffe avec
une exactitude exemplaire , &
s'eft fignalé dans toutes les occafions
où il s'eft trouvé à la
tefte du Regiment de Cruffol
en qualité de Brigadier des Ar-
> mées de S. M. Son grand courage,
fon rang, lui auroient infail,
Tiblement fait obtenir le Bâton
de Maréchal de France , s'il
las
375 MERCURE
n'euft efté obligé pour de tresgrandes
raifons de quitter contre
fon inclination le fervice du
Roy, pour eftre prés de fa perfonne
à la Cour.
-Les Amis de cette éclatante
Maiſon , qui font en grand nombre
, regrettent encore la perte
de Louis de Cruffol , fixième
de fa Famille cejeune Seigneur
perdit la vie à la fleur de fon
age à la bataille de Steinkerque
, après avoir donné des
preuves d'une valeur tres- experimentée
, à la tefte du Regiment
de Cruffol qui y fut taillé
en pieces fous les ordres de
ce brave Colonel . Mr le Duc
d'Ufés d'à- prefent , qui eft le
feptiéme de cette Maiſon , eft
comme luy Colonel du RegiGALANT.
117
ment de Cruffol , & Gouverneur
des Provinces d'Angou .
mois & de Xaintonge . Mr le
Comte d'Ufés fon frere eft Colonel
d'un Regiment de Cava-
Terie , qui fert prefentement
dans le Milanez . On peut dire
que ce jeune Seigneur eft au
gouft de tout le monde , & qu'il
a fuccede à l'eftime que feu
Mi le Duc fon frere s'eft acquife
parmi les gens de ſervice . M¹
l'Abbé d'Ules qui eft leur frere ,
eft au College , & l'un de ceux
qui fera le plus d'honneur à fa
Maifon. Il eft le quatrième Seigneur
Ecclefiaftique de France
qui ait entrepris & réuffi en
même temps à faire fes preuves
de Nobleffe pour eftre Chanoi
ne de l'Eglife de Strasbourg.
-Juin 1702.
li
1
378 MERCURE
On feroit plufieurs volumes fi
on s'attachoit à faire l'éloge de
toutes les perfonnes qui compofent
cette Maifon & celuy
des
Ducheffes illuftres qui s'y
font alliées en divers temps . Il
feroit même inutile de vous envoyer
fa Genealogie , puifqu'elle
n'eft ignorée de perfonne . Le
détail en eft dans le Dictonnaire
de Moreri . Voici celles de la
Maifon de Saint Suplice - Cruffol
, & de la premiere Maiſon
de Saint- Suplice , qui ne vous
déplairont pas ; elles n'ont jamais
efté imprimées.
Guillaume Ebrard , Damoifeau
, qui vivoit l'an 1260. époufa
Sulpicie , Dame de Saint Su
plice au Pays de Quercy , fille
de Guillaume Sr de S. Suplice ,
GALANT 379
-[
& de Guillelme du Puyol . De
sheette alliance nâquirent , Gaillard
; Raimond , Evêque dans
le Royaume de Portugal ; Raiymond
, Chanoine de l'Eglife de
Cahors ; Doulee , mariée avec
Bertrand de Barras , Sr de Be-
Ja doüer.
- 019
Gaillard- Ebrard , St de Saint :
Suplice , fut marié l'an 1281.
avec Bertrande de Capdenac ,
Jade Uxelloduno , qui eft felon l'eftiacmation
de quelques - uns l'Uxellodunum
, cette Place forte , dont :
parle Jules Cefar dans fes Commentaires
Bertrand & Raimond
fortirent de ce mariage .
Bertrand- Ebrard , Side Saint
Suplice époufa Souveraine de
Tournemine , famille noble au
Pays de Quercy - Deux nâqui---
livije
380 MERCURE
rent , Raimond ; Gaillard Abbe
de la Croix , que le Docteur
Frizon a mis mal - à - propos au
nombre des Cardinaux du Pape
Jean XXII. eftant conftant
qu'il ne fut pas honoré de cette
dignité ; Marguerite , Religieu
fe au Convent du Val Paradis
d'Efpagnac , & Peregrine , mariée
avec Bertrand de la Tour ,
Confeigneur de Cambolie , ne--
veu du fçavant Cordelier de cenom
que Jean XXII. fit Cardinal
à caufe de fa haute & profonde
erudition .
Raimond-Ebrard , St de Saint
Suplice, époufa en 1343. Doulce:
de Veyrac Dame d'une tresgrande
naiffance. C'eſt d'elle
que defcendoient Jean , & Carbone
, femme de Gilbert de CaGALANT
8r
zart S de Galiac , au Pays de
Quercy.
Jean- Ebrard , Side Saint-Suplice
, prit alliance l'an 1380 .
avec Margritte de Pellêgry ,.
a
du
Vigan , Patronne du
fameux College de Pelêgry
dans l'Univerfité
de Cahors ,
où il ya grand nombre de Bourfes
pour l'éducation des pauvres
Ecoliers. Cette Dame le fit
pere
d'Arnaud ; de Raimond , Abbé
de Marciliac en Quercy ; de
Jean , Chanoine de Rhodes &
Archipreftre
de Villefranche
;
Souveraine , femme de Bertrand
de Cardaillac , Baron de Saint
Circk , en 1420. Jeanne , mariée
avec Marques , Seigneur de
Themines- Ancien puis de
François de Durfort , S de Chapelle-
Defplaft.
33 2 MERCURE
.C
Arnaud Ebrard , St de Saint--
Suplice , s'allia en 1434. avec
Marguerite de la Popic , famille
tres confiderable au Pays de
Quercy, Les enfans de ce Sei-
Igneur furent , Flotard ; PAînette
, mariée avec Bertrand de
la Roque Thoirac , Sr de la
- Vernhe ; Raimond , Evêque en
Portugal ; Bertrande , femme
-de Pierre de la Dalette , Sr de
Parifor , ayeul du fameux Jean
de la Valette grand Prieur de
Saint Gilles & élu grand Maide
l'Ordre de Saint Jean de Je
rufalem à Malthe , l'an 1557-
Ja Flotard Ebrard , Srde Saint-
Suplice , prit alliance avec Marguerite
de Cardaillac , fille de
Bertrand Baron de Saint Cirk ,
-1& de Souveraine de Saint- Su- :
}
GALANT 383
plice . C'eft d'où prirent naiflance
, Raimond ; Guillaume ,
Abbé de Marciliac ; Jeanne ,
Prieure perpetuelle du Val - Paradis
d'Efpagnac , Marguerite ,
femme d'Olivier de Penne , Sr
de Gourdon en partie ; & Marquette
, femme de Pons de Pen--
ne , Sr de Sennevieres .
Raimond Ebrard , Srde Saint-
Suplice , époufa l'an 1456. Anne
a d'Eftaing , fille de Begon , Sr
d'Estaing , & de Jeanne de Lê--
trange. De ce mariage nâquirent
Jean Raimond , Abbé de
Marcillacs Antoine , Proto Notaire
du Saint Siege Apoftolique,
& Doyen d'Arques ; Guillaume
Archipreftre dans le
Diocefe de Cahors ; Marguerite
, première femme de Jean
284 MERCURE

de Genouillac , furnomme le
Riche , Sr de Vaillac & de
Gourdon en partie ; Souverai
ne , alliée avec Guillaume de
Lofieres , Sr de Themines- Cardaillac
, ayeul du Maréchal de
Themines ; & Ifabeau , mariée
avec Jean d'Aubuffon , Sr de
Villac en Perigord .
Jean- Ebrard , Sr de Saint- Suplice
, époufa l'an 1493. Marie ,
fille de Jean , Sr d'Arpajou
Vicomte de Lautrec , & de
Blanche de Chauvigny - Châreauroux
, d'où fortirent Antoine
; & Jean , Abbé de Marcillac.
Antoine-Ebrard , Sr de Saint-
Suplice , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , fut marié en
1558, avec Jeanne de Levy , fille
de
T
GALANT. 8,
He Guyon de Levy , Baron de
Queylus , &' de Margritte de
Cardaillac , Dame de la Varayte
& de Privalac . De ce mariage
nâquirent , Jean ; Antoine mort
fans pofterité de Jeanne Dame
de Salvagnác Jean , Chevalier
de Malte , Chriftophe , Abbé
de Marciliac , & Archidiacre
Mage dans FEglife de Cahors ,
Perfonnage de merite dont M
Sponde , Evêque de Pamiers
fait l'Eloge dans fon abregé des
Annales de Baronius ; François
tige de la branche de Saint- Suplice
- Vigan , qui fubfifte enco
re en la perfonne de Madame la
Marquile de Saint - Alvaire ,
Dame dont la vertu & le cous
rage font proportionnez à fa
naiffances Madeleine femme de
Die Juin 1702.
Kk
1986 MERCURE
Baltazard Baron de Felziner
de Montmurar , Chevalier de?
Ordre de S. Michel .
Jeanne
,
femme de René des Pins , Sr de
& Montbrun , & Françoiſe , Pricu
d'Efpagnac
.
no Jean Ebrard , St de Saint-
Suplice , Chevalier de l'Ordre
de Saint- Michel , Ambaffadeur
du Roy François I. en Espagne,
& Lieutenant de Roy de Quer
cy , prit alliance en 1351. avec
Claude de Gontaut , foeur d'Armand
, Baron de Biron , Marê
chal de France , d'où nâquirent
Henri , mort fans enfans de Catherine
, Vicomteffe de Negrépeliffe,
Bertrand ; Armand , Enfeigne
Colonelle de l'Infanterie
Françoiſe , mort au Siege de
la Rochelle l'an 1573. Antoine,
GALANT
-
Evêque de Cahors Prolat de
grande pieté de beaucoup d'ofpric
& Royalite durant les prog
bles que caufoir la Ligue des
Princes de la Maifon de Guile ;
& Catherine mariée l'an 187.
avec Pons de Lofieres , Baron
de Themines , Senéchal de
Quercy, & depuis Maréchal de
France .
Bertrand- Ebrard ; Baron de
Saint - Suplice , Chevalier de
l'Ordre du S. Efprit en 1574 , &
Lieutenant de Roy de Quercy .
mourut des bleffures qu'il reçue
à la Bataillede Coutras en 1587.
à la tefte de la Compagnie de
Cent hommes d'Armes des Or-
-donnances de Sa Majesté . Il
époufa Marguerite de Balaguier
, fille unique du Brave
Kkij
MERCURE
Sode Monfalais , Chevalier de
Ordre du Roy , & de Sufanne
d'Eftillac , dont il eut Claude
qui fut fon heritiere . 25 m2 3
Claude - Ebrarde , Baronne
de Saint - Suplice , fut mariée
avec Emanuel de Cruffol I. de
ce nom , Duc d'Ufés , Pair de
France , Chevalier d'honneur
de la Reine Marie de Medicis ,
femme du Roy Henry IV . Plufeurs
enfans nâquirent de cette
alliance , entr'autres , François
de Cruffol , Duc d'Ulés , premier
Pair Laïque de France
qui a continué la pofterité des
Ducs d'Ufés & Jacques - Chriftophe
de Cruffol , Marquis de
Saint- Suplice , tige des Mar
quis de ce nom .
Jacques Chriftophe de Cruf
GALANT 189
fol , Marquis de Saint- Suplice
laiffa une grande pofterité de
Louife d'Amboife , feur & he
ritiere de François - Jaques der-s
nier Comte d'Aubijoux .
N....... de Cruffol, Marquis
de Saint- Suplice , a laiſſé de la
Dame Marquife for Epoufe ,
fille de Mde Ciron , Prefident
à Mortierau Parlement de Touloufe,
plufieurs enfans ; le jeu
ne Marquis , Colonel du Regiment
de Saint- Suplice , qui a
donné lieu à cet Article eftoit
L'aîné 11 laiffe un Frere qui eft
Chevalier de Malte , & qui fou
tiendra dignement la reputa ·
tion de fes illuftres Ayeux , fous
le nom de Marquis de Saint-
Suplice qu'il porte depuis la
mort du Marquis fon frere.
Kk iij
190- MERCURE
M le Marquis de Reynel eff
mort à Liege de la petite Verole.
Il n'avoit pas encore trente
ans , & il avoit acheté le Regiment
de Lagni Cavalerie depuis
quelque mois. Il avoit époufé
l'année derniere une foeur de
de Mule Marquis de Torcy , &
il l'a laiffé groffe de cinq mois.
Il eftoit Gouverneur de Chaumont
en Baffigni , & le Roy con
fervele Regiment & le Gouver.
nement pourl'enfant qui naîtra,
fic'eft un garçon Mile Marquis
Torcy a efté extrêmement tou
ché de la mort de fon Beau-frere:
La tendreffe & l'honnefteté
font aimer , & eftimer un Miniftre
, & par cette raiſon il eft
difficile d'eftre plus aimé que
Mr de Torcy, Jamais hommeGALANT
381
na eu les manieres plus hon
neftes & plus engageantes
Toutes les Cours étrangeres rest
tentiffent des éloges queles Ambaffadeurs
& Envoyez qui font
venus en France en ont fait a
leurs Souverains. Mr.le Mar
quis de Reynel eftoit fils de feu
Mr le Marquis de Reynel , tué
au Siege de Cambray , & mort
Lieutenant general des Armées
du Roy, & Meftré de Camp general
dela Cavalerie de France.
Madame fa mere eft de la maifon
de S. Denis qui eft d'une grande
diftinction dans la Province de
Normandie. Elle eftoit foeur de
fet Madame la Marquise d'Epipay
,mere de Madame la Comtoffe
de Breonne.
Lá Maifon de Clermont Rei-
Kk iiij
* MBR CURE
nel eft d'une tres grande ancien
neté , ce qui joint aux Dignitez
qu'elle a poffedées , aux Heros ·
qu'e
' elle a produits , & aux gran
des Alliances qu'elle a faites la
rend une des plus illuftres da
Royaume L'honneur qu'elle a
d'avoir receu dans fon fein une -
branche de la Maiſon d'Amboife,
& d'avoir efté fubftituée au
nom & aux armes de cette Maifon
, n'eſt pas un des moindres :
avantages dont elle fe glorific.
Les fervices éclatans , le hautrang
& entre les premieres .
Charges de l'Etat des Seigneurs
de la maiſon d'Amboiſe, qui ne
fubfifte plus aujourd'hui que
dans celle de Clermont - Reynel
, doivent beaucoup ajouter
4. Peclat particulier de cette
derniere.
GALANT
st
Mr le Marquis de Reinel qui
vient de mourit defcend d'An
toine de Clermont d'Amboile
tué à la Journée de S. Barthe
lemi 1972. Ce Seigneur eftoit
fils de Renée de Clermont &
de Françoiſe d'Amboife. Ce fut
par le mariage de cette Dame
que les biens & le nom de la
maifon d'Amboife fe confondi
rent dans celle de Clermont ,
& ce n'eftoit pas la premiere
alliance que ces deux Maifons
avoient fait enſemble , puifque
Renée d'Amboife , tante de
Françoife , avoit épousé quel
ques années auparavant Louis
de Clermont , d'où eftoit venu
Jacques de Clermont , pareiltement
fubfiftué au nom & aux
armes de la maifon d'Amboife,
394 MERCURI
Vous eftes fi inftruite des grandeurs
& de l'éclat de la Maifon
de Clermont , que je crois inu
tile de vous en rien dire . Je nev
Vous apprendrois rien de nou---
veau , quand je vous dirois qu'
elle a toujours tenu rang entre
les premieres du Royaume
La Croix du Maine dans fa Bi→ bo
blioteque Françoiſe , fait un
grand éloge de Louis d'Amboife,
Marquis de Reinel , Capitaine
de Cinquante hommes
d'Armes du Roy , Gouverneur
d'Anjou , premier Gentilhom ...
me de la Chambre de Monfieur
Frere du Roy , tué en Anjou le
19. Aouft 19. C'eftoit un Seigneur
d'un merite & d'une va -...
leur proportionnée à ſa naiffan--
ce, & ce n'eft pas un petit avan.!
GALANT
tage pour la maifon de Reinel
de defcendre d'un Seigneur 6
accomply , & qui eftoit le Fa
vori declaré du Prince qu'iller-1
veit.
Vous ferez peur eftre bien
aife de fçavoir quelques parti
cularitez de la maifon d'Amboife
qui a tane fait de bruit en
France , dans le quinziéme &
feizième ficcles, & qui eft auffi
confiderable par la reputation
extraordinaire du grand Cardinal
Georges d'Amboile , & de
tant d'autres grands hommes
qu'elle a produit , que par la nobleſſe
de ſon origine , dont on
ne peut donner de feures Epo ...
ques , tant, elle fe trouve recu
lée dans les premiers ficcles que
les grandes maiſons du Royau
#19626 MERCURE
me le font
formées
.
Ce que fo
puis
vous
en dire en gros , c'eft
que
la branche
aînée
de cette
Maifon
finit
en deux
filles, dont
l'une
épousa
Pierre
II . Duc
de
Bretagne
, & l'autre
un Sei
gneur
de la Maiſon
de la Trimouille
où elle
porta
tous
les
grands
biens
de fes Peres
La
Maifon
d'Amboife
fubfifta
encore
longtemps
dans
les Sei
gneurs
qui en eftoient
fortis
, &
qui
avoient
fait
des branches
particulieres
. Françoife
d'Amé
boife
d'où la Maifon
de Reynel
d'aujourd'huy
defcend
, eftoit
fille
de Jacques
d'Amboiſe
tué
à la bataille
de Marignan
l'an
1515.
Il l'avoit
euë d'Antoineter
te d'Amboife
fa Coufine
. Ce
Jacques
d'Amboife
eftoit
l'aîné
GALANT 399
des neuf fils de Jean d'Amboife
Cham
Side Buffy,
<
I , &
bellan du Roy Louis XI , &
Lieutenant General de la Province
de Normandie , & de Catherine
de Saint Belin , fille &
heritiere de ce fameux: Geofroy
de S. Belin , qu'on apelloit de
fon temps un foudre de guerre,
auffi Chambellan de Louis XI .
& qui fut tué à la bataille de
Montlhery l'an 1463. Les autres
enfans de Jean d'Amboife St de
Buffi , furent ,
Jean Evêque de Langress
par la pieté &
par fa
dans
un fiecle où l'on
ſe piquoit d'une profonde ignorance.
Georges , Cardinal & Archêvêque
de Rouen , aprés la mort
98 MERCURE
ཚད་
du grand Cardinal d'Amboile
fon Oncle.s
Io Geoffroy Abbe de Clugny
qui paffoit pour un Sainte Bog!
73 Charles , mort Colonel d'Infanterie.
Jacques , tué à la bataille de
Pavic. Albatta
Er trois autres qui moururent
jeunes. Il eut auffi trois filles ,
dont Renée, comme je l'ay dit,
2 avoit épousé Louis de Clermont
de la même Maifon & proche
Parent de René de Clermont ,
2tige de la Maifon de Reynel.
Jean d'Amboife St de Buffy ,
aycul de Françoife , épouſe de
ce même René de Clermont ,
Marquis de Reynel , eftoit te
cinquième fils de Pierre d'Amboife
S de Chaumont Cham
GALANM 300
tres
bellan de Rois Charles VIL &
Louis XI . Ce Seigneur fut heureux
par bluy- même , puiſqu'il
poffeda toujours , avec les premieres
Charges de l'Etat , les
bonnes graces des Rois fes Maî
& par neuf fils & neuf filles
qu'il avoit eu d'Annes de
Bueil fon époufe . Tous les enfans
d'une finombreuſe famille
furent placez avec diftinction ,
les uns dans l'Eglife , les autres
dans les plus grands Poftes, foit
du Miniftere , foit de la guerre
Ces neuf Fils furent Charles
d'Amboife qui fut favory déclaré
de Louis XI. Gouverneur
de l'Ile de France , de Champagne
& de Bourgogne. Il mouruc
à Tours l'an 1481 laiffant
de Caterine de Chavigny fon
400 MERCURE
époufe, deux filles & quatre fils.
François Prieur de S. Lazare ,
Louis d'Amboife Cardinal
Guy d'Amboife , & Charles
d'Amboife qui ne laifferent que
des filles qui porterent les bien
de cette Branche dans des Maifons
étrangeres .
"
Jean d'Amboife Evêque de
Langres.
Aymery d'Amboiſe grand
Maitres de Rhodes , éleu par
trois cens quatre - vingt - fept
Chevaliers , le 10 Juillet de l'an
1503 , aprés la mort de Pierre
d'Aubuffon . Il eut de grandes
Guerres à foûtenir contre les
Turcs . Son gouvernement eft
encore aujourd'huy le modele
que l'on propofe à ceux que
les Chevaliers de cette fainte
GALANT 401
Religion mettent à leur tête."
Sa patience & fa douceur furent
fur tout recommandables.
Louis d'AmboifeEvêque d'albi.
Jean d'Amboife S de Buffy
dont on a déja parlé.
-Pierre d'Amboife , Evêque de
Boitiers.
Jacques d'Amboife , Abbe de
Clugny Evêque de Clermont .
Georges d'Amboiſe Cardinal
Archevelque de Rouen , Mi
niftre d'Etat fous Louis XII
C'eft un des plus grands Perfonnages
que la France ait pra
duit , & elle ne doit jamais ou
blier les grands fervices quil
luy a rendus. Il eftoit fi eftimé
dans le Sacré College qu'on ne
"doute pas qu'il n'euft fuccedé à
Alexandre VI . fans l'intrigues
Juin 1702. LI
*401 MERCURE
& la faction du Cardinal de la
Rovere depuis connu fous le
nom de Jules II. qui empêcha
ce coup qui auroit efté fi utile .
à la France. C'eft ce grand Car--
dinal qui par la douceur de fon
Gouvernement, & pour les bons c
fentimens qu'il infpiroit à Louis
XII. fit meriter à ce Prince le
glorieux titre de Pere du Peuple.
On admire de ce grand
homme qu'il fut Cardinal avec
un feul Benefice , chofe bienrare
dans ce fiecle & dans ceuxqui
l'ont fuivy. Ik mourut à
Lyon dans un voyage que Louis
XII.y faifoit , & ce fut dans le
Convent des Celeftins où il
avoit pris fon logement. Il·laiſſa
à ces Peres fon coeur comme un
gage de l'affection qu'il leur
GALANT 403 *
portoit quis eftoit fi grandes
qu'il eut une fois la penfée de
fe retirer parmy eux ; ce qu'il
auroit fait fans les prieres du
Roy qui l'en empêcherent. &
Le dernier des fils de Pierre
d'Amboiſe & d Anne de Bucil
fur Hugues d'Amboife & d'Aubijoux
Senefchal de Baucaire ,
Gouverneur d'Aigues- mortes ,
Lieutenant General du Gouvernement
de Languedoc , tué
à la journée de Pavie..
4
On voit par là que Françoife
d'Amboife , épouse de René de
Clermont Reynel étoit petite
Niece du grand Cardinal d'Am
boife & Niece de Georges aufli
Cardinal & Archevêque de
Rouen aprés fon Oncle
2
Le Marquis de Reynel qu
LI ij
7404 MERCURE
vient de mourir , eftoit frere de
-l'Abbé de Reynel Bachelier
de Sorbonne depuis quelques
mois. Cet illuftre Abbé eft d'u-..
ne pieté exemplaire & l'objec
de l'édification publique . Ce
fera quelque jour un des plus
grands fupports de l'Eglife , sil
arrive qu'elle ne le perde point
par le malheur de la conjonctu
re. Le Marquis de Reynel
avoit des foeurs Religieufes.
En parlant de la Maiſon d'Amboife
, il ne faut pas oublier lebrave
Buffy d'Amboife , favory
de Mr le Duc d'Alençon du
temps de Charles IX. C'étoit
le plus brave Cavalier de la
Cour, qui avoit le plus d'intrepidité,
le plus galant auprés des
Dames & le plus agréable dans
GALANT Ages +465-
ela converfation & dans les Cercles.
Sa fin fue trop malheu
<reufe pour une fi belle vie. Une
femme de qualité avec qui il
seftoit en intrigue luy ayant
donné , un rendez - vous chez
elle , le mary de cette Dame l'y
fit affaliner. Il fit des prodiges
ade valeur dans cette occafion
en fe défendant luy feul contre
tous ceux que cet homme - dequalitéavoit
apofté
. Enfin vaincu
par la laffitude , plûtoft
qu'abandonné de fon courage ,
il refolut de fe jetter par la feneftre
du Chafteau où il eftoit .
En executant ce deffein , qui
peut- eftre luy auroit reuffi , il
cut le malheur en tombant , que
fes habits s'acrocherent aux
pointes des barreaux des fenê
406 MERCURE

tres du premier eſtage , où il
demeura fufpendu. Ce fut alors
que fes ennemis le percerent de
mille coups , & uferent envers
fon corps de toutes les cruautez
que la rage leur pûr-fuggerer.
On prétend que Henry III.
qui en youloie à Buffy d'Amboiffe
, fut la caufe de ce malheur
, puifqu'il avertit le Gentilhomme
du commerce de ga
lanterie que fa femme avoitt
avec Buffy , & qu'il luy dit en -
même temps qu'il ne fe prefentât
jamais à la Cour , s'il ne
vangeoit cet outrage. La haine
de ce Prince venoit de celle que
fes Mignons avoient conçuë
contre Buff , dont le merite
eftoit fort fuperieur au leur qui
n'eftoit que fort fuperficiel.
GALANT: 407.
L'on prétend même que fur la s
fia de fes jours il n'avoit plus la
même part dans la faveur du
Duc d'Alençon fen Maiftre , à
caufe d'un mot trop hardy qu'il
avoit repliqué à une raillerie
fort defobligeante que ce Prine
celuy avoit faite . Cela donna
lieu , au fentiment de ces perfonnes
la , à mettre au jour un
certain Livreintitulé , La For
tune de la Cour , tiré du Cabinet
d'un des Confeillers , & Favo
ris du Duc d'Alençon , remply
de Maximes & de Reflexions
politiques fur le fujet de cette
difgrace , fans le nommer.
Mle Marquis de Mirepoix
eft mort dans les Terres en Languedoc
Le mauvais eſtar de fa
fanté l'avoit obligé d'interrom
;
2
468 MERCURE
prefes fervices , & de s'en aller
dhez lui pour tâcher de fe re
tablir. Il avoit fuccedé à feu Mr
le Marquis de Mirepoix fon
frere aîné , mort fans enfans,
ihy a prés de trois aus. L'aîné
eftoit Gouverneur du Pays de
Foix & des Pays de Donnezan
& d'Andore ... H eftoit auffi
Sous - lieutenant de la feconde
Compagnie des Moufquetaires
, & il avoit époulé la fille
aînée de Mr le Duc de la Ferté ,
& Petite - fille de Madame la
Maréchale de la Motte , Gouvernante
des Enfans de France
& niece de Madame la Duchef
fe d'Aumont , & de Madame
la Ducheffe de Ventadour
Dame d'honneur de Madame.
Je vous ay déja dit plus d'une
fois
J
GALANT 409.
fois que les Seigneurs de Mire
poix font les ainez de l'illuſtre
maifon de Levi ; & par confe
quent aînez de celle de Ventadour
, & de celles de Charlu ,
de Leran & de Gaudiez , qui
font tous Levi de nom & d'ar-
-mes .
P.
Les aînez de la maiſon de
Mirepoix portent depuis Philipe-
Augufte , le titre de Maréchal
de la Foy hereditaire à
Raîné de leur Maifon . Ils portept
auffi deux bâtons de Maréchal
paffez en fautoir derrie
re l'Ecu , femez de croix & de
fleurs de lis , qui à la referve
des croix qui font mêlées avec
les fleurs de lis , font tous pareils
aux Bâtons des Maréchaux
de France, Tout le monde con-
Mm
"Juin 1702 .
40 MERCURE
noit l'éclat & l'antiquité de
cette maiſon, & aprs. ce que j'en
Pay dit en tant d'autres rencon
tres , je me contenterai d'ajoûter
ici qu'elle eft generalement
reconnue pour une des plus illuftres
& des plus éclatantes du
Royaume.
L'embaras & les accidents
que caufe la Carabine à cheval
vont ceffer par l'établiffement
de celle que Mr de la Chaumet.
te de Rochevard a inventée , le
Roy en a commencé l'ufage par
des Chevaux Legers qui ont paffé
en reveuë devant Sa Majefté
, avec ces nouvelles ar
mes , que la plus part prenoient
pour des Piftolets . Effectivement
elles fe placent de même ,
La croffe fe pliant en bas par
10 M4
GALANT 411
ane charniere au lieu de p
por
te- ville , & fe dreffant dans
l'inſtant par un reffort que Sa
Majefté a inventé pour la folidité
de jonction, on en forme Fufil
quand on veut , de mefme
que de deux feuls Piftolets par
la viffe de Culaffe Le tout a
efté enregistré avec applaudiffement
à l'Academie des Sciences
, & Sa Majesté a gratifié
l'Auteur d'une Penfion. Tout
ce qu'il y a de perfonnes qui ont
yeu ces nouvelles armes , en
fouhaitent .
Z
Duc
Mile C de Médina Celi
arriva icy le 22. de ce mois .
Quelques perfonnes de la plus
grande diftinction allerent au
devant de luy. Ce nom eſt ſi
Mmij
42 MERCURE
grand , tant de Grandelles
sant de maifons les plus illuftres
de l'Elpagne font reünies a la
fienne , qu'avec ce qu'il a de
mérite perfonnel & avec fes
longs & fes importans fervices
il fera receu par tout avec tous
tes les diſtinctions qui luy font
duës. Si je voulois entrer dans
le détail de tous fes Privileges ,
de tout ce qu'il y a de grand &
& d'eclatant dans fa maifon , de
fes plus beaux droits dans la
Caftille en Catalogne , & dans
les differents Royaumes d'Efpagne
, & des terres & des biens
innombrables dont il y jouit
un gros Volume n'y fuffiroit
pas. Je me contenteray de dire
qu'il a fept grandeffes réunies
en luy feul & qu'il eft fepe
GALANT 413
fois Grand d'Epagne. If ef
Duc de Médina Celi , Duc de
Segorvé , Duc de Alcala , Due
de Cardona , Duc de Lerma ,
Marquis de Denia , & Adelan
tado Mayor de Caftilla , qui eft
un titre & un rang éclatant
comme celuy de Connêtable
& d'Amirante . Chacun de ces
fept titres le fait Grand d'Ef
pagne , & les fept enſemble le
font un des plus puiffants &
des plus riches particuliers de
l'Europe . Toutes ces grandes
maifons font réunies avec leurs
biens dans la perfonne de Dom
Louis de Lacerdas, Aragon
Henriques , Tolede , Cardone ,
Sandoval , Rojas , & Cordoüas
Eefont les noms que porte мrle
DucdeMédina Celi . Quant à fes
Mmiijul na
414 MERCURE
A
emplois , il a efté General des
Galeres de Naples , Ambaffa
deur à Rome , Viceroy du ,
Royaume de Naples , & Gentilhomme
de la Chambre de Sal
Majefté Catolique. Il eſt aujourd'huy
du Confeil d'Etat
d'Efpagne & Préfident du .
Confeil des Indes : Il avoir eſté
auffi reçu en furvivance de la
Préfidence des Ordres. Il s'eft
conduit dans tous ces emplois
en homme qui eftoir plus que
digne de les avoir , je vous ay
tant parlé de luy dans le temps .
des dernieres affaires de Na -i
ples , que vous devez avoir remarqué
fon attention aux interefts
du Roy fon Mailtre , fon
zele à fon fervice , fa fermeté
dans tout ce qui s'y est oppoſe ,
GALANT 415
fa bonne conduite dans les diffi
cultez , & fon bon efprit dans
les ménagemens & dans la dé ,
couverte d'un confpiration qu'il
a étoufée dés fa naiflance , &
dont il a arrefté les progrés lors
qu'elle a éclaté avec le plus de
violence . Le Roy qui ne manque
a rien n pas oublié auffi
quand il a eu l'honneur de faluër
Sa Majesté de luy donner
les éloges qui luy en font dûs.
Je vous apprendray le détail de
tout ce qui fe paffera icy a fon
égard dans le fejour qu'il y fe--
ra . Ce que je puis vous en dire
par avancer c'eft que le 22. fi
toft qu'il fut arrivé à l'Hoſtel
de Mr l'Ambaffadeur d'Efpa
gne où il eft logé , il dépêcha
un Gentilhomme à Mr le Maré
Mm iiij.
?
416 MERCURE
quis de Torci , Miniftre & Se
cretaire d'Etat , pour lui don
ner avis de fon arrivée , & pour
le prier de lui dire quel temps
il pourroit efperer pour avoir
l'honneur de faluer le Roi Ge
Miniftre répondit qu'il pourroit
voir S M. à Trianon , où elle
eftoit , le Samedi ou le Diman
che fuivant , & qu'il l'attendroit
à Verfailles pour l'y condaire.
Sur cette réponſe Mr le
Duc de Medina - Celi partit le:
Samedi matin de Paris avec Mr
l'Ambaffadeur, & il alla defcendre
chez Mr le Marquis de Tor
ci à Verfailles . Ce Miniftre vint
le recevoir à fa porte , & l'ayant
conduit dans fon appartementɔ
.
aprés les civilitez reciproques
l'heure eftant venuë d'aller
BOADANT 219
Trianonce Miniſtre le meil
dans fon carolle avec MlAm²
balladeur. Le Roi attendoit ee
Due dan's fon Cabinet . Ilyen
tra avec ce Miniſtre & cer Am
baffadeur , conduit par Mr le
Mrill
Baron de Breteuil , Introduc
teur des Ambaffadeurs , & par
Mde Villera , Sous- Introducteur.
Le Duc en entrant fit
trois reverences . Mrl'Ambaffa
deur d'Efpagne dit pour lors au
Roi Sire , Mrle Duc de Medina-
Celi vient jouir du bonheur de fe
mettre aux pieds de Voftre Majeftes
le Duc prit la parole , & dit au
Roi : Sire , depuis quelque temps
Woftre Majesté a vu a fes pieds des
pamats
Sujets du Roy mon Maiftre , mas
par un d'eux ne peutse flater da
vair pu s'yjetter avecplus de gloire
418 MERCURE
*
les
de veneration que moy , par !
circonftances qui concourent en moy
par le nombre des Titres & des
Maifons que je reprefente , & par
Les bontez fingulieres dont. Voftre
Majesté m'a bonnoré en toutes ren
contres auprés du Roy mon Maifare
toutes ces raifons , Sire , m'ont
fait fouhaiter avec empreßement
le moment heureux de jouir downbonheur
fi précieux à tous ceux de
ma Nation. Le Roy luy répon
dit qu'il avoit toujours beaucoup de
plaifir de voir des Sujets du Roy Ca
tholique , fon Petitfils , mais que
c'eftoit une joye qu'il fentoit plus
particulierement dans cette occafion ,
en voyant une perfonne d'une diſtinc
tion aufi finguliere parfa naiffan
ces, par fon mérite & par fes fervices
, fractant d'ailleurs tout co
GALANT 419
qu'il avoitfait d'avamageux dans
Les dernieres occafions de tout ce qui
eftoit arrivé à Naples , qu'il pou
weit aufi s'affarer quien toutes rencontres
il luy donneroit des preuves
certaines du cas qu'il faifoit de fa
perfonne & defon merit , qu'il s'en
apercevroit par la mamere dont it
s'employeroit auprés du Roy Catholique
dans tout ce qui feroit de la
convenance de ce Dac. Mrrede .
Medina-Celi répondit à Sa Majeſté
avec ce refpect & cette reconnoiffance
que Sa Majesté a
le don d'inſpirer aux plus .
grands hommes qui l'appro
chent , & avec ces expreffions -
nobles & finceres qui conviennent
àfon caractere & à fon bon
coeur Le Roy luy fit enfuitequelques
queftions fur fon voya
1
420 MERCURE
S
ge & fur le fejour qu'il ferðið
ICY. Sa Majesté finit en lay
difant que toutes les fois qu'it
voudroit le voir & luy parler
ille recevroit avec plaifiri
Mrle Duc fe retira auffi en
chanté du Roy que l'ont efte
tous les autres Eſpagnols qui
font venus ici. Ce n'eſt pas peu
dire , car rien n'eft égal aux
termes dont ils le font fervis
pour exprimer qu'elle idée le
Roy leur avoir donné de la per
fonne Royale. Ce Duc recoure
na à Verſailles rendre fes de
voirs à Monfeigneur , dont il
fat reçu favorablement . Cel
grand Prince , aprés mille hond
neftetez , l'affura qu'il feroit
ravi de pouvoir lui rendre quel
que fervice, Il fut reçu de mê
GALANT 44
me de Monfeigneur le Duc de
Berry, & Vertailles , & il retourna
à Trianon pour rendre
Les mêmes devoirs à Madame
la Ducheffe de Bourgogne , il
eut l'honneur de la faluer , com
me la faluent en pareilles occafions
les Princes & les Ducs. Il
reçut les mêmes honneurs de
Madame , & S. A R avança
deux ou trois pas pour lui
donner occafion de la faluër
de même. Il alla avec les mêmes
ceremonies chez Madame la
Ducheffe d'Orleans & chez tes
Princes & Princeffes. Madame
la Ducheffe du Lude , chez Ma
Madame la Ducheffe de Bour
gogne , comme la Dame d'hon
neur , & Madame la Ducheſſe
422 MERCURE
de Ventadour chez Madame, en
la même qualité , l'accompagnerent
hors la chambre des
Princeffes , & ce fut là qu'il les
falua auffi . Il s'eft conduie dans
toutes ces ceremonies en homme
de fon rang, de fon efprit , &
de fa naiffance , & on n'eft pas
moins content de luy à la Cour ,
qu'il l'eft des honneurs qu'il y a
reçus. Avec tous les grands
emplois qu'il a eus , il n'a que
quarante & un an. Il est bien
fait de fa perfonne , de belle
taille , & il a les manières auffi
aifées que nobles . Ils fent bien
tout ce qu'il eft . Mr le Marquis
de la Mina dont je vous ay déjà
parlé , eftoit avec Mr le Duc de
Medina Celi , & avec Mr l'Am
baffadeur, & il fut invité à dîner
-
GALANT. 413
avec eux chez Mr le Marquis de
-Torci , auffi bien que Mle
¿ Marquis de Azzolino , qui a eſté
Capitaine des Gardes de S. E.
Mile Duc de Medina Celispendant
qu'il a efté Viceroy à Naples
, & qui l'accompagne. Il a
auffi eu l'honneur de faluer le
Roy & Meffeigneurs les Princes
& Princeſſes de la maifon Royàle.
Je vous en dirai davantage
le mois prochain .
Mr le Comte de Clermont
Maréchal de Camp étant mort
Là Mantouë le 30 Mars dernier .
d'une bleffure glorieufe reçue
en combattant les Ennemis qui
furent battus prés des portes
de la Ville le 31 du même mois.
Le Pere Forty, Jefuite, qui pré424
MERCURE
T
choit le Carême dans l'Eglife
nommée le Dome , le jour qui
fuivic la mort de ce Comte, prie
pour fujet de fa Prédication , le
bonheur & la gloire de la mort
des Juftes. Ill'interompit à peu
prés par ces paroles : Ce n'est par
fans un deffein particulier de la di
vine Providence qu'une telle matiere
fe prefente en un jour où la
-mort d'un illuftre Cavalier , dan
brave Soldat , & d'un grand Capi
taine affligeant tous les coeurs , me→
rite auffi toutes les larmes de nos
Citoyens . Les uns confiderent la
nobleſſe de fan fang déja couronné
par les Lauriers & par les Palmes
queles Anceftres ont cueilli dans les
Guerres anciennes . Les autres ont
Lame tou e occupée des graces de fa
-perfonne & defes manieres , accomGÅLANT.
425
pagnées d'un grand fens & d'un
procede plein de charmes , ce qui
fair que toute l'Italie qui fe réjouif
foit de lespoffeder , s'afflige maintenant
de l'avoir perda. D'autres
efiment encore davantage la bonté
de fon noble coeur , qui compatiffant
aux miferes du peuple afflige des
defordres de la guerre , foulageois
parfa tendre pitié les peines qu'il
plaignoit D'autres marmurent de
la rigueur d'une mort qui enleve un·
Heros lorfqu'il commençoit à gouter
les plus douxfruits des bonnears
militaires qu'on ne peut douter qu'il
weuft meritez , paifque le choix de
Louis le Grand , jufte eftimateur dumerite
, & qui recompenfe magnifi
quement la vertu , eftoit tombéfar
fur luy dans la derniere promotion :
pour lefaire Marefchal de Camp.
Juin 1792.
Nn
426 MERCURE
t
D'autres enfin s'eftonnant defa pro
digieufe fermeté , lorfqu'il fe vit re
trancher une partie de fon corps , la
facrifiant comme une Victime d'honneur
à la gloire de fon Maißre
Pour moy , je loueray fa genereuse
pieté , fon humble refignation aux
Decrets de la Providence les Ac...
tes de folide devotion , & de vertų
Chreftienne qu'il a laiſſez au monde
en mourant , &je ditay qu'il avoit
pris l'babitude de fe confeffer tous les
mois , afin qu'entretenant la paix
avec fon Maifte , il fuft plus en
eftat de refifter aux ennemis de fa
Patrie & de fon Roy Fe celebreray
le merveilleux mépris qu'il
témoignépour toutes les chofes de ce
monde , n'ayant pas creu fe devoir
permettre de regretter nyfa Patrie,
myfa femme qui luy eftoit fi chere ,
A
GALANT 427
nyfes enfans. Il occupoit toute fa
belle ame du Dieu qui la poffedoit
toute entiere. Je reprefenteray avec
eftonnement Pheroique de fer qu'il a
fait
de vivre
encore feule-
& ment pourfouffrir pour faire une
Penitence proportionnée au regres
qu'il avoit defes pechez Mais , b
grande ame , pardonne may de trai
ter avecfi peu d'eftendue , & fans
préparation un fi digne & fi wafte
fujet. Je ne fçaurois finir ce Difcours
fans remarquer qu'une bonne vie
eft legage dane fainte mort , & je
m'acquitteray de la reconnoiffance
que je te dois du nom de mes Ci.
toyens , qui raconteront à leurs fils
nd leurs neveux la gloire de la
mort du grand Comte de Clermont siglorieuse
pour noftre Patrie qui doit
bien s'anorgueillir de ce qu'an fang
Nnij
428 MERCURE
fi precieux fe prodigue pour fa défence
, & glorieuse à Dien puif
qu'elle est une preuve que dans les
perils de la Guerre on peut vivre -
genereux & mourirfaintslinging
Le Pere Dominique Bouhours
de la Compagnie de Jeſus, mourut
à Paris au College de Louis
fe Grand le 27 du mois paffé en.
la foixante & quinzième annéede
fon age. Il étoit né avec un
genie extraordinaire pour écrire
, & avec un gouft merveil-..
leux en matiere de belles Lettres.
Ces deux avantages joints .
à un eſprit juſte & naturellement
poli , à un jugement folide
& à un travail reglé , Vont
mis au rang des plus celebres
Auteurs. C'étoit l'homme de
noftre fiecle qui avoit le mieux.
&
EGALANT 429
.
étudié fa langue . Il en connoif
foit toutes les graces & toutes
les beautez & il a appris aux
Ecrivains François l'art d'unir
enfemble la fimplicité & l'élegance
l'exactitude & le bon
fens. Sa Phyfionomie étoit la
plus heureuſe du monde : Il
tavoit le vifage ferein & modefte
, le front grand , les yeux
fins & fpirituels , leris agréa
ble & naturel , l'abord civil
-les manieres aifées , & dans fon
air toute la bonne grace quiapeut
convenir à un Religieux.
Dés qu'on le voyoit , on avoit
envie de lier amitié avec luy s
afes amis étoient une preuve de
efon merite , & il eft difficile de
aldire s'ils eftimoient plus fes Li-
› vres qu'ils n'aimoient fa per410
MERCURE
fonne Il parloit bien fans af
fectation. Il avoit du feu & e- da
la vivacité autant qu'il vouloid
en avoir , raillant ingenieufes
ment fans bleffer perfonne
loüant volontiers , & ne critiquant
que pour faire plaifir. Same
douceur & fa retenue , fon bon
coeur & fa droiture fon hu
meur égale & fa politeffe formoient
en luy un caractere
d'honnefte homme plus rare. 2
que celuy d'homme habile &
fçavant.
Il n'eft pas furprenant que
tant de belles qualitez luy ayent
acquis l'amitié de plufieurs per
fonnes diftinguées par leur rang.
Me de Longueville voulut fe
l'attacher en le mettant auprés
des Princes fes Fils , Ils herite
GALANT 40
.
rent dela confiance quece Print
ce avoit au P. Bouhours , & M!
le Comte de S. Paul luy en a
donné dans la ſuite des marques
particulieres . Sa conduite fage
& reguliere le fit choifir par M
de Louvois, Secretaire & Miniftre
d'Etat , comme un homme
propre à eftre employé dans
Dunkerque. En effet il n'y
contribua pas peu au bien de la
Religion par fa prudence & fon
zele , par fon application à éta
blir la paix dan la Ville, à confoler
les Catholiques refugiez
d'Angleterre, & à chercher les
occafions de faire plaifir à tout
le monde. Quelques vûës que
fes Superieurs cuffent dés lors
fur luy , ils furent encore obli
gez de l'accorder à Mrs Colbert
7
J
432 MERCURE
pour M le Marquis de Seignet
lay Mais le commerce des
Grands , bien loin de luy faire
oublier les vertus Religieufes
luy apprenoit à méprifer les
monde.
L'humilité , l'exactitude , &
la regularité le rendoient re-t
commandable dans fon Ordre
où il a vécu fans autre diftinction
, que celle qu'il ne pou
voit fuir , c'eft à dire , d'en eftre
un des principaux ornemens , il
aimoit l'étude , il étudioit avec
choix dans le deffein de rendre
fervice à la Religion, à fa Com
pagnie & à fes amis . Ce fut pour
défendre un celebre Archevêque
qu'il mit au jour fa Lettre à
un Seigneur de la Cour . Cette Let
tre auffi - bien que la Relation ,
;
de
GALANT 433
de la mort de Mr le Duc de
donna de luy
A
Longueville
l'idée qu'on en a toûjours euë ,
& qu'il confirma quelque temps
aprés dans les celebres Entretiens
d'Arifte & d'Eugene . Enfuite il
entreprit l'Histoire de Mr d'Aubuffon
fi connue par plufieurs
endroits , & fur tout par la defcription
du fameux Siége de
Rhodes . Sa maniere de bien pen-
Jer, & fes Penfees ingenieufes font
en partie le fruit de fes premieres
études . L'amenité qui eft
répanduë dans ces deux Ouvra
ges
les rendent inimitables.
Il y donne des regles aux gens
des Lettres pour le former le
goût , & il y reduit en Art le
bon fens & la nature même. Il
n'y a que ceux qui ne fe mettent
Juin 1702.
"
434 MERCURE
>
pas en peine de parler élegamment
& avec pureté , qui n'admirent
pas fes Remarques & fes
doutes fur la langue Françoife .
Les Vies de S. Ignace & de S.
François Xavier , où l'Auteur a
fi bien repreſenté le caractere
different de ces deux grands
hommes , font des chefs - d'oeuvres
& peuvent fervir de mo
déle à ceux qui veulent écrire
en ce genre. Il a composé plufieurs
autres Ouvrages , dont
quelques uns n'ont point encore
paru . Ceux qui ont paru font,
la Verité de la Religion , la Vie
de Madame de Bellefons , les
Penfées ingenieufes des Peres de
1'Eglife , les Penſées Chrêtiennes
, les Sentimens Chrêtiens ,
un Tome d'Opufcules.
GALANT 435
Ceux qui n'ont
ru font :
pas encore pa
Le deuxième Tome du Nouveau
Teftament : un fecond
Tome d'Ofpufcules : un Recueil
de paroles tirées de l'Ecriture
, en faveur des perfonnes
qui fouffrent . Quoy qu'il ait
traité des fujets bien differens ,
il eft cependant le même par
tout ; & pour peu qu'on ait de
difcernement , on diftingue fans
peine ce qui eft du Pere Bouhours
d'avec ce qu'on peut lúi
attribuer par envie ou par malignité.
Un homme auffi confommé
dans l'ufage de la langue , d'un
efprit fi éclairé , & d'un coeur
tres attaché aux intereſts de
'Eglife , devoit finir fa vie par
-
Ooij
436 MERCURE
quelque chofe de grand . Ha
fatisfait à ce devoir en fe chargeant
de donner au Public une
Traduction fidelle du Nouveau
Teftament. Il aimoit particulierement
cet ouvrage, parce qu'en
travaillant fur l'Evangile , il en
avoit pratiqué les deux plus celebres
maximes qui regardent
les perfecutions & les fouffran ..
ces. Sa reputation lui a ſuſcité
beaucoup d'ennemis ; mais il fe
faifoit un honneur d'eftre calomnié
pour la Juſtice , & de ne
l'eftre que par ceux qui en vouloient
à la Religion & aux Jefuites
.
Dieu luy avoit donné un temperament
robufte , & un fond
de fanté admirable , afin qu'il
luy en fit un continuel SacrifiGALANT
437
ce. Il a eu dés fes premieres an
nées un mal de tête le plus
étrange qui fut jamais . Ce mat
qui eftoit caufé par les vapeurs
malignes d'une rate échauffée ,
le rendoit incapable de travail
& d'application . Le fommeil
même auquel la nature accablée
fuccomboit enfin , luy
devenoit un nouveau fupplice.
Des inquietudes & des fon
ges triftes l'agitoient pendant
la nuit & le laiffoient à fon
réveil dans une foibleffe , &
dans un épuifemement , qu'il
pouvoit luy feul exprimer ; un
prodige de maladie fi étonnant
étoit au déffus des remedes ordinaires
. Il renaiffoit frequemment
, fe déclarant tout à coup
& fe diffipant de même par une
Qo iij
438 MERCURE
efpece de miracle. Ceux qui :
n'ont pas connu le Pere Bouhours
croyent qu'il a paffé toute
fa vie à travailler ; & ceux
qui l'ont connu fçavent qu'il
n'a prefque fait
fouffrir
,
fur tout pendant les dernieres ,
années de fa vie.
"
que.
Il y avoit prés d'onze mois
qu'il étoit malade , & malgré
fon eftat de langueur il travailloit
à faire imprimer la feconde -
Partie defa Traduction du Nouveau
Teftament , ne voulant
confier à perfonne un ouvrage
qui luy eftoit plus cher & qui
luy avoit plus coûté que les autres
. Il avoit même trouvé le
temps de ramaffer & de traduire
en noftre langue un nombre
confiderable de Paffages tirez
GALANT. 439
de l'Ecriture fainte en faveur des
perfonnes quifouffrent.
Ce fut peu après avoir achevé
ce Recueil que Dieu l'éprouvai
plus rudement qu'il n'avoit encore
fait. La violence d'un mal
tout nouveau , & les operations
douloureufes qu'il fupporta
pendant un mois , fans donner
la moindre marque d'impatience
lui firent endurer tout ce qu'on
peut s'imaginer de fenfible &
d'affligeant. Il conferva jufqu'à
la fin les fentimens d'une rande
ame & d'un coeur veritablement
chreftien . La vue du Crucifix
qu'il tenoit entre fes mains , &
qu'il baifoit tendrement de
temps en temps , animoit fon
courage & fes forces : & ce qui
paroîtra peut- eftre incroyables.
O o iiij.
440 MERCURE
il expira au milieu des douleurs
les plus vives avec toute la prefence
d'efprit , & dans toute la
tranquillité d'un homme qui ne
fouffre rien. Il manque à la gloire
du Pere Bouhours un éloge
digne de lui , mais fes écrits Y
Tuppléeront : & tout ce qu'on
pourroit dire à la louange d'un
homme fi accompli , à moins
que de penfer & de parler comme
lui , feroit toûjours au deffous
de fes vertus & de fon merite.
On ne s'eft pas teù für cette:
mort . Mr Artaud , hoinme d'efprit
& de belles lettres , & Ami
particulier du Pere Bouhours ,
a fait l'Epitaphe que vous allez
fire ,
GALANT 44"
Crgift
le celebre
Bouhours
,
Dont la plume
elegante
&
pure
Fit parler le bon fens & là fimple··
nature.,
Et fut par fes écrits la gloire de nos
jours.
2
Iln'euft point du mourir , fi la Par
que traitreſſe
Epargnoit la vertu , l'esprit , la po
liteffe ,
Le fçavoir , la douceur , la fincere.
amitié :
Mais l'aveugle qu'elle eft ravit
Lout fans pitié.
$
Ilfautfubirfes loix , quelque chofe
qu'on faße
Et de cette immortalité
Qu'on nous vante tant au Par
naffe,
442 MERCURE
Connoiftre enfin la vanité.
&
Bouhours nous laiße des ouvra
ges
Dont la lecture a des appas ;
Quife ferontfentirjufques aux der
niers ages :
Mais , helas ! foibles avantages,
Vous n'avez pû fauver que fon
nom dutrépas.
Mr Aunillon de la Barre , du
College de Louis le Grand eft
l'Auteur des Vers que je joins
à cette Epitaphe..
SUR LA MORT DU PERE
BOUHOURS.
GRaces , les Parques à vos
yeux...
GALANT. 443
Nous raviffent Bouhours , vous
gardez le filence ;.
Vous leur voyez piller tous les dons
precieux
Dont vous ornates fa naißance.
Defonfront , la douceur , la nobleſſe
s'enfuit;
Ses yeux où l'on a vu briller voftre
puißance ,
"Sont couverts d'une épaiße nuit ,
Sa bouche n'a plus d'éloquence.
Quay ? celuy des mortels que vous.
aimez le mieux ,
Graces meurt en vostre prefence
Cheri des mortels & des Dieux ,
Sans que vous en preniez vengeance
!
Foibles Divinitez, helas ,je le vois
bien.
De fecourir Bouhours vainement je
vous presse ..
444 MERCUR
E
Quandon l'a vu languir , vous n'étiez
que foibleffe ,
Etfans luy vous ne pouvez rien :
Mais qui peut s'opposerà ce pouvoir
fuprême
Que laMort a fur les humains ?
Delte , ignorant , boulette, diadêème ,
Tout est moiffonné par ses mains.
Ainfi mourut Cefar , ainfi mourut
Voiture ,
·Dont Bouhours a ſuivi les pas :
L'experience en eft une preuve trop
Sure
Avant que nous marchions , nous
courons au trépa .
Puifque c'est un tribut qu'on doit à.
la
nature ,
Graces , je ne veux plus vous reprocher
la mors
QueBoubours reçoitfans murmu
re
GALANT 4:45
ies livres mouroient , vous auriez
mèmefort.
Voici les noms de quelques
autres perfonnes confiderables
mortes depuis ma derniere Lettre
.
Melfire Henry Coulon
Doyen des Ecuyers de la grande
Ecurie du Roy. Il eft mort
âgé de quatre- vingt - neuf ans ,
aprés en avoir paffé foixante à
élever toute la plus haute Nobleffe
du Royaume , ce qui lui
a fait acquerir toute l'eftime
poffible & une approbation generale
. Toure les Cours étrangeres
parlent de lui avec de
fort grands éloges ; & tout le
monde convient que perfonne
n'a jamais commandé d'Aca446
MERCURE
demie avec plus d'honneur .
Dame Claude Marguerite
Guyet épouse de Melfire Louis
le Boulanger Seigneur d'Acqueville
, Confeiller du Roy
en fes Confeils , Maiftre des
Requeftes ordinaire de fon Hôtel
. Elle est morte en couches
Mans laiffer de Pofterité .
Meffire Jacques Gouffault
Licentié de la Maifon de Sorbonne
& ancien Confeiller au
Parlement. Il a fait plufieurs
ouvrages que le Public a fort
bien reçus & entr'autres le Portrait
de l'honnefte homme &
celuy de l'honnefte femme.
Dame Charlotte de Melfon
Veuve de Meffire André Girard
le Camus , Confeiller du Roy
en fon Confeil d'Etat , cy.de
GALANT. 447
vant Procureur General de Sa
Majefté en la Cour des Aides
dont je vous appris la mort
✨dans ma lettre du mois de Septembre
1698. Madame le Camus
qui vient de mourir eftoit
d'un mérite fingulier. Elle
avoit un feu d'efprit qui n'eft
pas donné à tout le monde , &
& fa converfation faifoit toujours
beaucoup de plaifir. Elle
s'eft divertie fouvent à faire des
petits ouvrages de Poëfie qui
faifoient connoiftre qu'elle
avoit un talent univerfel .
Dame Marie Lionne . Elle
eftoit Veuve de Meffire Charles.
Amelot Marquis de Gournay
, Baron de Brunelles , Confeiller
du Roy en fes Confeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinai448
MERCURP
re de fon Hoftel , & Préfident
en fon grand Confeil..
Meffire Pierre le Mire.
eftoit Grand Audiancier de
France .
Il n'eſt pas extraordinaire que
ceux qui écrivent fur des memoires
qu'on leur envoye , fouvent
peu corrects , faffent des fautes,
& fur tout lorsqu'il s'agit de genealogie.
Ain j'avouerai de
bonne foi que j'en ai fait une
qui pourroit eftre préjudiciable
à une Famille illuftre , &
fuivant ce que j'ai toujours fait
avec plaifir, je vais reparer ma
faute. Je vous dirai donc que je
me fuis trompé dans ma Lettre
du mois d'Avril dernier fur la
genealogie de la Maifon de S.
Aulaire en Limofin , que je faiGALANT
449
fois fortir de Limoge , & que je
diftinguois de la famille de
Beaupoil , fondue dans celle de
la Force .
Aprés les remarques & les
preuves qui ont efté exactement
- verifiées , & celle du Pere Audren
de Kerdres fur la recherche
qu'il fait de l'ancienne Nobleffe
de Bretagne , j'ai reconnu :
que la Maifon de Beaupoil S.
Aulaire eft fortie de Bretagne
par Yves de Beaupoil , qui
aprés la Bataille d'Auray donnée
en 1374. fe retira auprés dú
Roi de France , qui lui donna
des appointemens. Yves de
Beaupoil eut deux fils , Guil
laume & Jean. Guillaume s'établit
en Limofin ( fuivant la
fortune de Jean de Bretagnes
Juin 1702. Pp
450 MERCURE
Comte de Ponthieure de Limo
ge & de Perigord ) où il acheta
plufieurs terres , entre - autres
celle de S. Aulaire . Jean fon
Cadet s'établit en Perigord , où
il époufa l'heritiere de la Force ,
& fut Lieutenant de Roy de la
même Province . Cette branche
a fini en la perfonne de Philippes
de Beaupoil , mariée en --
premieres noces avec François
de Vivonne , fieur de la Chaſtaigneraye
, & en fecondes Noces
à Meffire François de Caumont
pere du premier Maréchal de cenom
.
.
Entre les preuves convain-.
cantes que cette Famille de-
Beaupoil la Force en Perigord ,.
eft la même que celle de Beaupoil
de S. Aulaire en Limofin ›
GALANT 45T
c'eft que Philippe de Beaupoil,
fille de Jean , ayant efté enlevée
par
Mr de *** fut mife entre
les mains du Seigneur de Saint
Aulaire , comme fon proche
Parent , par ordre du Roi François
I. La Commiſſion eſt du 3 .
Novembre 1536. D'aillieurs ,
Jean de Beaupoil de la Force
en Perigord , Pere de Philippe ,
par fon teftament fubftituë le
Seigneur de Beaupoil de Saints
Aulaire en Limofin , l'appelant
fon Coufin , à tous les biens
de Philippe fa fille .
Quant à Guillaume de Beaupoil
, fils aîné d'Yves le premier
forty de Bretagne qui fut
compris dans le Traité de Nantes
du 27 Juin 1448. qui eſt :
dans les Archives de Ponthicu
Ppil
452 MERCURE
-2
re, & permis à luy de rentrer --
dans tous les biens qu'il avoit en
Bretagne à la réserve de la terre
de Noemalet prés la Ville de
Rennes , qui fut confifquée , il
fe retira dans la terre de faint
Aulaire en Limòfin , au nom
de laquelle fes defcendans fe
font infenfiblement attachez-,
de maniere que préfentement
cette mailon eft plus connue :
fous le nom de S. Aulaire que
fous celuy de Beaupoil . Elle a
la gloire de ne s'eftre jamais
mefaliée , & de compter parmi
*fes Alliances celles des Maifons
d'Aubaffon , de Brom Pompadour
, Bourdeil , de Voluire ,
Carbonniere , Talleran , Choffigny
de Blot & en dernier
lieu celle de Fumel , Femme
>
GALANT. 453
de François Jofeph de Beauport
Marquis de Saint Aulaire ,
Lieutenant General pour le
Roy au Gouvernement dụ -
Limofin dernier de ce nom:
Son fecond Frere eft André
Daniel Abbé de Saint Aulaire ,
nommé par le Roi à l'Evêché
de Tulles , à caufe de fes travaux
apoftoliques . Le troifiéme
eft Foucaud de Saint Aulaire ,
Chevalier de Malte , Commandeur
de Villefranche , de Romorantin
, & Major des Armées
Navales de Sa Majefté . Leur
Soeur Marie de Saint Aulaire
a épousé Meffire Armand d'Ay
die Riberac , Seigneur de Vogobert
en Périgord. Heft encore
à remarquer que la maifon de
Lanmary en Perigord , eft for
3
454 12
MERCURE
tie de celle de Beaupoil de Saint
Aulaire , par Pierre de Saint
Aulaire , Seigneur de Couture ,
Scelle , & Bertry , qui époufa
le 7. Juin 1550. Catherine de
Lauriére , Dame de Lanmary ,
& les defcendans de Pierre ont
pris des alliances dans les maifons
d'Aubuffon , de la Roche-
Aymon , d'Alegre, de Gontaut,
Noailles , Sedieres , Saint Geran
, & autres , & en dernier
lieu , la fille du fameux Prefi .
dent Perrault , qui a épousé
Meffire Louis de Beaupoil de
Saint Aulaire , Marquis de Lanmary
, Seigneur de Chabanes ,
Sorges , Coutures , Scelles , Bertry
, & Doudry , Grand & Pre--
mier Echanfon de France , Ca--
pitaine - Lieutenant des GendarGALANT
415
mes de la Reine . Louis Henry
de Beaupoil de Saint - Aulaire ,
fon Frere , eft Chevalier de :
Malte
Mr Sanfon , Geographe du
Roya fait marquer les Campemens
de l'Armée du Roi , commandée
par Monfeigneur les
Duc de Bourgogne , fur la Carte
du Duché de Cleves . Cette-
Carte eft de même Echelle
que les Cartes particulieres de
France , & elle contient tous.
les lieux dont il a efté parlé
dans les Relations de la Journée
de Nimegue . Mr Sanfon a auffi
fait marquer fur la Carte de Brabant
, & fur celle de la Flandre
Orientale , les Campemens du
Corps de l'Armée commandéepar
Mr le Marquis de Bedmar..
4,6 MERCURE
do
Ces
Cartes fe trouvent chez :
Sanfon aux Galleries du
Louvre , vis - à- vis l'Eglife Saint
Nicolas.
Mr du Guerchōis , Capitaine
aux Gardes , ayant eu permiffion
de ſe défaire de fa Compagnie
, le Roi en a donné l'agrément
à Mr Boucher d'Orlay ,
fecond fils de Mr le Prevoſt dés
Marchands Un de fes Ancêtres
a efté fait Gouverneur
de la Ville de Genes pour le
Roy de France ,
tandis que
la Ville eftoit en noſtre poffeffion
. Un autre de fes Anceſtres
a efté Ambaffadeur de la part
de la France , auprés de la Reine
Elizabeth , Reine d'Angleterre.
Il -y ena euauffi un Prevolt
2
GALANT 417
voft des Marchands de la Ville
de Paris , pendant la Ligue , &
plufieurs autres Prefidens , Confeillers
au Parlement , & мaîtres
des Requeftes . Mlon Frere
qui eftoit Chevalier de malce`,
eft mort Officier des Vaiffeaux
du Roy , & depuis peu il a un
de fes enfans auffi Chevalier de
Malte.
Voici des Vers bien propres
à eftre chantez ; je croy que
vous en ferez
contente , puifqu'ils
font de Mademoiſelle
Deshoulieres.
AIR
NOUVEAU,
Dans ces Prezfleuris
Qu'arrofe la Seine
Cherchez qui vous mene 、
Mes cheres Brebis.
Juin 1702 .
0 4
458 MERCURE
Fayfait pour vous rendre
Le Deftin plus dowx
Ce qu'on peut attendre
D'une amitié tendre
Mais fon long courroux
Détruit , empoisonne
Tous mes foins pour vous ,
Et vous abandonne
Auxfureurs des loups .
La Reine d'Eſpagne eftant
allée dans le Royaume d'Arragon
aprés le départ du Roy ,
arriva le 25. d'Avril à la Ville
Imperiale de Saragoffe . C'eſt le
titre que les Espagnols donnent
à la Capitale de ce Royaume .
La Reine y étoit allée pour y tenir
les Etats Generaux , qu'ils
appellent las Cortés . Elle en fit
l'ouverture avec les ceremonies
GALANT. 459
accoûtumées , ce qu'ils appellent
abrir el folio , & fa prefence
outre les autres Perfonnes qui
compofent de droit cette illuftre
Affemblée , y avoit encore attiré
tout ce qu'il y a de plus diftingué
dans ce Royaume . Ces
Cortès font compofée des quatre
differens Etats , qu'ils appellent
bras. Sçavoir , du bras des Nobles
, du bras des Notables ,
qu'ils nomment bijos d'algo , &
du bras des Univerfitez . Tour
fe paffe en differentes ceremonies
les douze premiers jours ,
& on donne ce temps - là aux dif.
ferens Deputez pour fe rendre
au lieu où le tiennent las Cortès
Tous ces Députez font convoquez
par des Lettres expreffess
du Roy. Aprés ce terme de dou
Qq
ij
460 MERCURE
ze jours , on commença de traiter
les matieres les plus importantes
felon la coûtume ; & par
preference , tout ce qui regarde
le fervice du Roi , & la confervation
du Royaume. On continua
à travailler fur ces mêmes
matieres jufqu'au 29. du mois
de May, que la Reine reçut par
un Courier extraordinaire de
Naples , des dépêches par lefquelles
le Roi lui donnoit le
Gouvernement univerfel de la
Monarchie d'Efpagne , & ces
dépêches portoient expreffement
que la Reine iroit à Ma
drid comme au centre de l'Ef
pagne , pour y donner plus com
modement les ordres neceſſaires
La Reine en donna avis
par
écrit à l'Affemblée generale des
GALANT: 461
cn
Etats , & les avertit en même
temps qu'elle ne feroit pas un
long fejour en Arragon , & que
dans peude jours elle prendroit
le chemin de la Caftille. On
commença dés lors à preffer les
affaires & à les abreger ; & on
s'appliqua fur tout à decider
fur le don gratuit que ce Royau
me devoit faire au Roy ,
confideration du voyage qu'il
avoit entrepris & de la guerre
qu'il foutient en perfonne
pour le bien de fes fujets & pour
la confervation des droits de
fa Couronne , mais le tems étant
trop court à caufe du.
prompt
départ de la Reine, & n'y ayant
point de délay pour déliberer
fur les movens proportionnez
au zele & à l'affection des fu-
9%.
Qq iij
42 MERCURE
jets d'Aragon , en attendant
qu'ils pullent fatisfaire leur inclination
fur le don gratuit , on
réfolur, de fupplier la Reine
d'interrompre la tenuë de fon
Trône , c'eft leur maniere de
parler en cette rencontre , &
que les Etats fuffent toûjours
ouverts jufqu'à ce que le Roi
revinſt , pour les continuer &
pour le montrer favorable , સે
des Sujets auffi fidelles & auffi
zelez . La Reine leva donc fon
Trône le 16 de Juin , & le
Royaume de la part de quatre
Etats differens fit un preſent à
la Reine de cent mille écus
pour un Bijou , non pas pour un
don gratuit , ny pour un hommage
, mais comme un tribut ,
& comme un gage de leur ref
GALANT 463.
pect & de leur fidelité pour elle,
jufqu'à ce que l'on ait delibere
fur le don que l'on doit faire au
Roi ; & à cette occafion les
Etats fupplierent la Reine de
n'accorder ny grace ny privilege
, ny en commun ny en particulier
, de peur qu'il ne paruft
que fa bonté ne fuft une reconnoiffance
d'une chofe qui en me
ritoit fi peu ; ne fouhaitant d'au
tre honneur que celui d'obtenir
de la Reine qu'elle vouluſt bien
fe contenter d'un fi petit prefent.
La Reine Faccepta avec
beaucoup de bonté , honorant
par là & fes Sujets d'Arragon
& les témoignages qu'ils lui
donnoient de leur reſpect & de
leur zele . Sa Majefté partit de
Sarragoffe pour aller à Madrid
464 MERCURE
le 17. de Juin , aprés avoir entendu
la Meffe dans la Saintes
Chapelle du Saint Pilier. Elle
a laiffé toute la Ville en larmes ,
qui
a fenti vivement le départ
plus precipité qu'on ne l'avoit
crû , d'une Princeffe qui gagne
les cours de tous ceux qui ont
l'honneur de la voir.
Monfieur le Comte de Touloufe
prévoyant il y a longtemps :
par la fituation des affaires
qu'il feroit impoffible que le
Roy évitaft la guerre que les
jaloux de fa grandeur & de fa
gloire , avoient deffein de rallumer
, pria Sa Majefté avec les
plus forres inftances de fe fou--
venir de luy , & de vouloir bien
luy permettre de fervir fur terGALANT
465
re , fi elle ne jugeoit pas à pro
pos de luy donner une Flote à
commander. Le Roy voyant
les inítances réïterées de ce
Prince , luy dit il y a quelque
temps , qu'il pouvoit fe tenir
preft à monter les Vaiffeaux
qu'il faifoit preparer pour cet
effet. Ce Prince , tout tranfporté
de joye , donna auffi - toft tous
les ordres neceffaires pour paroiftre
en cette occafion en
Prince de fon Sang & en Amiral
de France , & partit pour Toulon
dans le temps que Sa Majeſté
lui marqua pour fon départ.
Il y a efté reçu avec
tous les honneurs dûs à fa
Charge & à fa Naiffance . Le
Canon de la Ville , dont il a
eſté complimenté s'eft fait en466
MERCURE
*
tendre à fon arrivée , & tous
les Vaiffeaux qui font dans la
Port ont fait une double déchar.
ge ; mais ce qui eft digne de remarque
, & qui fait connoiftre
combien ce Prince eft aimé, c'eſt
qu'il n'a point paru dans la Ville
depuis fon arrivée , fans que tout
le Peuple l'ait fuivi avec de
grandes acclamations ; de forte
que fa modeftie en fouffrant
beaucoup , & ne pouvant plus
le permettre , il a efté obligé
d'envoyer querir les Magiftrats,
& les a pricz de faire ceffer, par
des deffenfes publiques , toutes
ces acclamations & tous ces at-›
troupemens . Ce Prince va toujours
à pied dans la Ville . Ileftaffable
à tout le monde , & tous
les Officiers des Vaiffeaux , deGALANT
467
puis le premier juſques au dernier,
en font également enchantez
, & brulent du defir de fe fignaler
fous fes ordres . Ileft auffi
intelligent dans la Marine que
s'il avoit fait un grand nombre
de Campagnes . Ce Prince tient
deux tables magnifiquement fervies
, où tous les Officiers & les
principaux de la Villefont invi
tez , & tres- bien reçûs . Il a fouvent
regale les Dames les plus
diftinguées , & leur a donné des
Concerts ayant mené avec luy
plufieurs bons Muficiens . 11
n'eut pas plutoft apris que Madame
la Ducheffe de Medina-
Celi , Vice - Reine de Naples ,
qui s'en retourne en Espagne .
étoit à Antibes , qu'il fit donner
ordre qu'on luy fourniſt en
468 MERCURE
ce lieu - là , auffi - bien qu'à Toufon
, generalement tout ce qui
luy feroit néceffaire pour fon
trajet pour eellllee && ppoouurr fa fuite ,
& défendit qu'on en reçût aucun
payement ni aucune retri
bution . Il luy envoya faire com
pliment par un homme de qua
lité qui la pria de la part de ce
Prince de venir à Toulon . Il
devoit l'en aller prier luy- même
; mais elle ſe trouva obligée
de profiter du vent favorable
fans attendre ce Prince . Mr le
Duc de Medina- Celi eft penetré
des manieres honneftes dont
Monfieurle Comte de Thouloufe
en a ufé pour Madame fon
époufe. Quoy que le fang dont
il a la gloire d'eftre forti luy
infpire ce qui le diftingue , &
qu'ainfi il trouve en lui-même
tout
GALANT. 469.
כ מ
ce
Ce
Il
ée
-le
le
at
y
tout ce qui le fait agir en grand
Prince & en Prince accomply.
Les leçons d'un Gouverneur de
nailfance, éclaire , fage & prudent
, enfin tel qu'eft Mr le
Marquis d'O , n'ont pas laiffé
de fervir beaucoup à l'entretenir
dans fes bonnes inclinations
qui lay ont toujours attiré aurant
de louanges que fa naiffance
luy attire de refpects . Comme
le Roy a fait l'honneur à ce
Marquis de le nommer Chef
d'Efcadre y a lieu de croire
que l'intelligence qu'il a dans
la Marine , où il a fervi longtemps
, ne fera inutile au
grand Prince qui va commander
pour la premiere fois les
Vaiffeaux du Roy.
pas
Les Etats Generaux ont dé ,
at
Juin 1702.
Rr
470 MERCURE
claré Mr le Comte de Marleboroug
General de toutes leurs
Troupes , aimant mieux prendre
ce party que de confier une
dignité fi importante à Mr E
lecteur de Brandebourg dont le
voifinage leur eft d'autant plus
fufpect, que cet Electeur cherche
à s'approcher davantage de la
Hollande . Ainfi fa grande puiffance
nuit àfon droit . 2010
Vous trouverez dans la Ler
tre qui fuit un détail curieux
d'une affaire affez finguliere.
Elle vient d'Oftende & elle eft
datée du 15. de ce mois.
N OUS fortimes hier à cing
heures du foir pour donner
chaffe à un Vaiffeau qu'on difoit
Hollandois , & que nous trouvame's
Malouin. Nous mouillames
GALANT 473
à l'Ouest de Nieuport , & nous en
fommes partis ce matin à la pointe
dujour Nous faifions route vers
Oftende , lors que la Commandante
à apperçen un Navire au large.
On a réfolu fur le champ de faire
fon pollible pour le joindre, Aprés
ane heure de chaffe, nous avons dé-
-couvert trois autres Navires
ن م
demie bedre aprés toute l'Escadre
Hollandoife qui a toujours croiſé à
cette hauteur. Cela n'a point empefché
Mrde la Paillerie defaire
fa route, il afeulement pris le fentiment
de Mr le Chevalier de Va
lencé qui s'eft trouvé conforme au
fien , c'eftoit d'attaquer le Vaiffeau
le plus au large qui a auli- toftfait
force de voile pourjoindre les autres.
Le vent eftoit pour lors au Nord
uffez frais pour que le Vaißeau
Rij
472 MERCURE
paf portertoutes fes voiles. It's'e
bientot joint à la portée du canon
avec le Vaiffau de l'avantgarde
Hollandoife Pour lors la partie
nous à paru affez inegale . Cependant
comme le temps eftoit affez
beau , & qu'ainfi nous avions ale
prendre ou à le laiffer , Mr le Chevalier
de la Pailletrie a fait lefi
grala Mr de Langeron, à Mrde Le
vy, & à Mr Cheladet d'aller can
nonner l'avantgarde & laComman
dante. La Galere de Mr de Vide
lence & celle de Mr le Chevalier
de Fontet fe font avancées pour canonner
ce vaiffeau qui eftoit le plus
au large. Les Vaiffeaux ont commencé
à nous canonner environ à
neuf heures & nous ne leur avons
répondu que lors que nous avons jugé
eneftre affer pres pour les incommo
}
T
GALANT 473
der confiderablement. Pour lors nous
avons fait un tres grand feu , &
le pea de vent qu'ily avoit nous a
manqué un quart d'heure apres le
commencement du Combat. Mr de
la Pailletrie jugeant tres -prudemment
qu'il falloit profiter de ce cal.
me a fait fignal au trois Galeres
qui canonnoient l'avantgarde de le
Joindre & un moment aprés Pavil
lon d'abordage. Pour lors Mr le
" Chevalier de Valencé qui s'eft
trouvé leplus àportée a faitforce de
Rames & nous avons mis la prože
au milieu du Navire & luy avons
tiré poftre Canon fi à propos que ce
la nous a très fort facilité labor
dage. Je voudrois que vous euliez
pú efire témoin de toute la bonne
volonté qui s'est trouvée generalement
dans tous nos équipages , de
Riij
474 MERCURE
1
la valeur de Mr de la Pailletries
de tous Mrs les Officiers & enparticulier
de celle de Mr de Valencé
qui a manoeuvré avec toute la prudence
& le fangfroid neceffaires en -
pareille occafion. Si- toft que nous
avons efté dans le Navire il nous
a fait foutenir par unſecond déta
chement & cela a eu un fi hea
reux fuccés que le vaiffeau eftoit
rendu lors que les trois autres Gale»
res ont abordé. Mr de Fontet qui
a aborde à proue peu aprés Mr de
la Palletrie à fort contribué a remettre
le Vaiẞeau. Le Neveu de
Mr le Chevalier de Valence, s'eft
extremement diftingué en cette occa
fion. Mr-le Chevalier d'Artignos
Wide Major Neven de Mrle Car
dinal de fanfon à efté tué. Mr de
Lubieres Lieutenant de Mr de
GALANT 475
Fonter à la cuife caffee. Quant au
nombre des Soldats ou Matelots
nous ne le fçavons pas encore mais
certainement nous avons eu ce Na
vire à grand marché. Il eſt percé
pour foixante Canons armé de 561
monté de 250.hommes. Il s'apelle
La Licorne, Noftre Galere a trois
coups de canon asezi confiderables .
fur tout , deux qui nous écornen't nos
mafts: Nous allons maüilier devant
Offender :i
Cette Lettre rend juſtice à
tous ceux que fe font diftinguez
dans cette action , excepté a Me
de Malezien , Lieutenant de la
Galere commandée par M de
Valence , quiqs'eft jette le pre
mien l'épée à la main avec une
valeur une intrepidité qui
furent admirées dans le Vaif
476 MERCURE
feau Hollandois ) qui a efté pris.
Ceux qui ont lû cette Lettre
ont efté furpris du filence
qu'on y a gardé fur cette belle
action de M de Malezicus;
mais on ceffera de s'étonner en
apprenant que cette Lettre a
cfté écrite par luy - même , &
qu'il n'a pas voulu fe donner
les louanges qui luy font duës 3
mais pendant que fa modeftie
qui doit vous faire reconnoiftre
celle de M fon pere , luy a fermé
la bouche fur ce qui le regarde,
Mr le Chevalier de la Pailleterie
à fait fon éloge dans le compte
qu'il a rendu à la Cour de
cette action , & pour faire connoiſtre
autrement que par des
paroles , qu'il eft bien perfuade
de la valeur & de la conduite
GALANT 477
de Made Malezieu , il luy a donné
le commandement du Vail
feau qui a efté pris , jufqu'à ce
que le Roy en ait ordonné ...
Je dois ajouter icy que le
Vaiffeau que les Galeres du Roy
ont enlevé l'épée à la mainfous
le feu du Canon de fon Amiral
eft de l'Efoadre, de Zelande ,
compofée de 12. Vaiffeaux de 59.
69 70, & 80. Canons .
Ce qui fuit merite d'eftre remarqué
left, tiré d'une autre:
Relation de ce Combat..
A dix heures le Vaißeau efloit·
pris, pillé & tiré hors de defous les
ennemis , qui tiroient comme des
diables ables far nous , pour avoir lear
Vaiffeau , mais nous ne les écoutames
feulement pas . Cette action s'eft
paßée à buit lieues d'Oftende par le
J
478 MERCURE
Nord Nous arrivâmes à fix heures
dufoir. Nous avons pris ce Vaiẞeau
au milieu de fon Efcadre , qui avoit
fi bien l'épouvante que les deux
Vaiffeaux plus proches de nous fe
faifoient remorquer par leurs Cha
loupes pour fuir , pendant que noss
eftions à l'abordage .
lac
296
La nouvelle de la prife de ce
Vaiffeau a efté apportée au Roy
par Mr le Chevalier de Marfile
: , ༣.9?
Cette action eft fi éclarante
& figlorieufe aux armes du Roy,
& Mile Chevalier de la Paille
terie s'eft diftingué en tant d'aub
tres occafions que le Roy la
fait Chef d'Efcadre des Gale
res. Sa Majesté a fait en même
temps Capitaine de Vaiffeau .
Me
d'Iberville , qui estoit Ca-
2
GALANT 479.
+
pitaine de Fregate . Il revient
de la riviere de Miffiffipi & eft
depuis peu de retour à la Rochelle
. C'eft un homme dont
les fervices peuvent eftre d'une
grande utilité à l'Etat , & capable
de faire de grandes découvertes
, & de conduire de gran
des entrepriſes .
Mi le Commandeur de Valbelle
qui conduifoit quatre Ga
leres du Roy à Lifbonne ayant
rencontré le 6. Juin deux Galiotes
de Salé , dont il avoit eu
avis de Cadix par Mt le Comte
de Fernand Nunes , il fit faire
dans le moment Pavillon de
chaffe aux Galeres . Il eftoiti
environ deux heures après midi.
Sur les cinq heures la Galere
Ducheffe commandée par M
480 MERCURE
le Chevalier Clement arriva
fur la plus petite , & la prit à
fept heures & demie . M le
Commandeur de Valbelle abor
da la groffe de dix - neuf bancs
& s'en rendit le maitre. On
trouva deux cens Turcs far ces
Galiotes , fans compter ceux
qui avoient efté tuez & hoyez.
Ces Bâtimens avoient déja commencé
à faire beaucoup de mal
fur les Coftes d'Espagne & de
Portugal .
L'Enigme du mois paffé étoit la Cognée.
Voicy les noms de ceux qui on
ont trouvé le veritable mot.
Les deux fideles amis du coin de la
rue aux Ours . L'Ab . G. & Pig . Gogo;
Mrs de la Palette ; Lamicaut de la Saugerie;
Le zelé Chenault ; Des Marchais
& fa fidele époufe ; Les trois Beaniez
de la rue du Chapeau rouge ; Les Da
mes de l'Eternité ; Mademoiſelle la
Mothe
GALANT: 481
Mothe le Vaffeur , & Mademoiſelle
Javotte , jeune Mufe de coin de la ruë
de Richelieu .
L'Enigme qui fuit , eft de Mademoifelle
Cazoy de Tours .
P
ENIGME.
Ar
contrainte & par par violence.
·Fe fors de mon affreux fejours
Et fitoft que je vois le jour
Fe rèpans par tout l'abondance.
Je fais profperer les Etats ,
"
Je fais le bonheur des Provinces ,
Je fait les délices des Princes ,
Et la gloire des Potentats.
Chacun fait piteufe grimace
Si je ne viens àfon fecours ,
Et l'on verroit presque toujours
Sans moy les Rois à la beface .
Je ne m'eftois pas trompé
lorfque je vous ay mandé que le
Juin 1702 .
S
482 MERCURE
Poême intitulé l'Eglife des Invalides
auroit un tres grand
fuccez , il n'y avoit point à
douter que cela n'arrivait . La
beauté des vers ,
l'estime
que
l'on fait de cè Poëme à la Cour
où il a efté admiré , & la magnificence
desornemens jointe au
bon gouft , en rendoient le fuccez
indubitable . Il y a lieu de
croire que l'on ne trouvera bien
toft plus d'exemplaires de la
premiere édition . Ainfi la curiofité
de ceux qui fouhaiteront
trop tard d'en avoir pourra languir
long- temps puifqu'ils feront
obligez d'attendre qu'on
en ait fait une feconde édi
tion .
.
Les Hollandois s'eftoient
vantez à l'ouverture de la CamGALANT
483
pagne qu'ils feroient de grandes
Conqueftes du cofté de la
& peu de temps aprés ils meriba
&
ont eux mefmes aprehendé que
les Troupes de France
d'Efpagne n'affiegaffent l'Eclu
fe , cette place ayant efté longtemps
ferrée par ces troupes .
Mr le Marquis de Bedmard a
vêcu pendant trois femaines à
Ede prés d'Ardenbourg aux dépends
des Hollandois du voifinage
qui ont payé plus de cent
mille livres du fourage que
F'on y a confommé. Il auroit
pu y fubfifter encore plus d'un
mois , mais il eft quelque fois de
la prudence de ne pas étendre
en mefme temps les avantages
par tout où l'on a des Trou
pes. Monfeigneur le Duc de
Ssij
484 MERCURE
Bourgogne ayant fait un gros
détachement pour l'armée
d'Allemagne , il a efté decidé
qu'on ne feroit point d'entreprife
du cofté de la mer & que
le fuperflu des troupes de M
de Bedmard ſerviroit à deux
chofes , fçavoir a remplacer le
détachement que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne a envoyé
en Allemagne, & à conduire un
grand Convoy dans la Gueldre :
Cependant il luy en refte encore
affez pour établir des contri
butions dans les Mairies de Bre
da , & de Bolduc & pour donner
de l'inquietude aux Ennemis
de ce costé là .
a
J'ay encore à vous parler de
cinq où fix avantages rempor
tez de fuite en Italie : mais: il.
GALANT 485
me refte fi peu de place qu'aulieu
de les étendre autant qu'ils
le meriteroient je vais les refr
ferrer.
Le 30. Juin la Cavalerie Ef
pagnole qui eftoit allée du cofte
de Berfelle rencontra fix cent
chevaux des Ennemis qu'elle
défit. Il y en cut beaucoup de
tuez , plufieurs furent faits pri
fonniers , & ceux qui refterent
furent noyez dans le Mincios
ou prirent la fuite.
Le 1. Juillet Mr. le Marquis
d'Ayetonne ayant efté averti
qu'un Parti de cent Maiftres
avoir paffé l'Oglio , détacha
cent cinquante chevaux des
Troupes d'Efpagne , ils rencontrerent
le Parti qu'ils cherchoient
, ils le chargerent & le
Sf iij
486 MERCURE
culbuterent dans l'Oglio , your
plufieurs furent noyez . On leur
prit un Capitaine , un Lieute
nant , un Maréchal des Logis ,
dix-fept Cavaliers , & dix- huit:
chevaux .

xreb
Le 2. du même mois Mr Ja
met Lieutenant Colonel de Cas
valerie commandé avec cent
chevaux & cent hommes de
pied s'eftant embuſqué dans un
bois vit paffer une troupe decinquante
Maiftres des Enne
mis prés de fon embuscade , il
les laiffa paffer croyant que
c'eftoit la tefte d'un gros détas
chement ; mais lorsqu'il fe fur
apperçu que cette Troupe n'é
toit pas fuivie , il marcha aprés
eux, les joignit en peu de temps,
leuratua quatorze ou quinze
ぎ、
GALANT 487
Cavaliers avec un Lieutenant
de Cavalerie . Il amena dix-fept
prifonniers , & dix - huit che
vaux ...
Le même jour un Párti de
deux cens Grenadiers rodant le
long du Pô , prit aux Ennemis
trente- fept Bateaux chargez de
fourages , cent Barques & trois
moulins deftinez pour faire des
poudres.
L'article qui fuit devroit eftre
à la tefte de tous les articles.
d'Italie qui le precedent , puifque
l'affaire dont il parle s'eft
paffée dés le 30 : du mois derniers
mais les particularitez n'en ont
pas efté fçues d'abord . Ce jourla
toute la droite de l'Armée
fit un fourage tout proche les
retranchemens des Ennemis ,
N
488 MERCUR
E
X
Les Fourageurs eftoient eſcor
tez par trois mille Fantaflins
& douze cent chevaux. Comme
l'affaire eftoit confiderable , MƯ
le Duc de Vendofme y faifoit
attention , & ce Prince avoit
refolu d'aller en perfonne vifiter
l'enceinte des Fourageurs ,
cependant ayant eu à travailler
à des affaires fort prellantes
touchant les operations de la
Campagne , & la marche du
Roy d'Elpagne qui devoit pari
tir de Milan pour ſe rendre a
Cremone , il ne put executer
ce qu'il avoit projetté ; mais
comme ce General ne neglige
rien, & qu'une affaire n'empê
che pas qu'il ne penſe à une autre
lorfqu'elle est de confequen.
ce , il dit à M. d'Albergotti
GALANT. 489
i
Lieutenant general de jour de
prendre une partie de l'efcorte
dont il devoit fe fervir , & d'aller
avec trois cens cinquante
Maiftres , deux cens Carabi
niers , & cent cinquante Dragon's
fur le devant de l'enceinte
des Fourageurs . Ce détache
ment n'ala pas loin fans rencontrer
trois cens chevaux , & cinq
cens Grenadiers qui eftoient
fortis des retranchemens de la
Foffa Maeftra , pour découvrir
Tes fourageurs , & voir s'ils les
pourroient attaquer avantageufement.
L'Infanterie eftoit pof.
tée partie dans un Chafteau , &
partie dans des caffines & des
hayes affez loin de là , & la Cavalerie
eftoit derriere en bataille
à droite &. à gauche d'un
490 MERCURE
grand chemin que fuivoient les
Troupes de Mr d'Albergotti .
CeLieutenant general fit mettre
pied à terre aux Dragons , qui
fans perte & avec beaucoup de
vigueur chafferent du Chateau
& des Caffines les troupes qui
les occupoient , ce qui donna
occafion à une troupe de Carabiniers
de prendre à droite du
chemin , & les deux troupes de
Cavalerię prirent à gauche ,
toutes chargerent les Ennemis
& les rompirent . Ils fe retire
rent affez brufquement auprés.
d'un rideau où ils avoient de
l'infanterie cachée . Un peu
trop de vivacité de la part de
nos troupes , qui ne peuvent
fouffrir que rien les arrefte lors
qu'elles ont l'épée à la main à
GALANT: 491
fit perdre en cette occafiony
Mr de Grandelos Lieutenant-
Colonel du Regiment de Ruffé
& Mr le Comte d'Albon Capi
taine de Carabiniers mourut
une heure aprés, d'une bleffure
qu'il reçut. Il perdit un Lieutenant
, il eut deux Carabiniers
tuez , & trois bleffez , & plufieurs
Chevaux. Mr le Marquis
de Bonnaffe qui commandoit
une des troupes de Cavalerie ,fe
diftingua extraordinairement.
Les Ennemis avoient perdu prés
de foixante hommes avant ce
dernier choc , un Capitaine &
plufieurs Officiers. Ils furent
fenfiblement touchez de la mort
du Lieutenant- Colonel du Re
giment du Prince Eugene qui
commandoit quatre cens Che
492 MERCURE
vaux. Outre qu'il étoit d'une
grande diftinction , & que le
Prince Eugene fe confioit en
lui ; les Lieutenans Colonels
font d'une grande confideration
dans les troupes Allemandes,
parce que leurs Regimens font
beaucoup plus forts que les nôtres
, & qu'ils ont un grand
commandement .
Le 6. de Juillet les Ennemis
firent un fourage du cofté du
Mincio qui leur coûta bien
cher , puifqu'avant deux heures
aprés midy il leur étoit déja
deferté quarante- cinq Cavaliers
ou Dragons qui estoient venus
fe rendre tous montez. Les ma
ladies & la mortalité que cau→
fent dans cette faifon les mau
vaiſes exhalaiſons des Marefts
qui
GALANT:
493
qui letrouvent dans leur Camp
les obligent de deferter d
qu'ils en peuvent trouver les
occafions , joint que les troupes
enfermées defertent naturellement
dés qu'elles trouvent
les moyens de s'échaper. Ces
defertions font réelles puifque
nous avons des Regimens formez
de leurs Deferteurs
qu'ils n'en n'ont point des
nôtres .
&
Les Ennemis ont fait grand
bruit d'abord de la hauteur dont
ils fe font emparez auprés de
Mantouë : ce font de ces chofes
d'éclat qui dans le fond font
ruineufes , & que l'on entreprend
par politique afin de les
faire fonner bien haut dans les
Pays éloignez mais on connoî-
Juin 1702 .
To
494 MERCURE
tra pour peu qu'on reflechiffe fur ce faux
avantage que le canon de Mantouč ne
pouvoit les incommoder dans leurs retranchemens
, & que prefentement illes
deföle en battant l'endroit dont ils fe
vantoient de bombarder la Ville. C'eft
encore une autre chimere que ce bombardement,
puifque cecôté de la Ville eft
tout rempli de Jardins ; mais on le fait un
honneur de perdre des bombes & de la
poudre pour publier dans toute l'Europe
que l'on a bombardé Mantouë .
Vous attendez , fans doute , que je
vous parle de Landau , ce que je puis
vous en dire de plus pofitif , eft que les
Ennemis ont perdu deux mois devant
cette Place.
Je m'imagine vous voir récrier d'abord
contre ce que j'avance ; mais écoutez
mes raifons . Les Ennemis n'ayant pas
pris Landau depuis deux mois qu'ils font
devant cette Place , je prétens que le
temps qu'ils y ont demeuré eft un temps
perdu pour eux . Vous m'avoierez que
s'ils ne la prennent pas , ils auront perdu
GALANT 495
Jeur temps , c'eft un fait inconteftable ;
ainfi il ne reste plus qu'à prouver que
s'ils la piennent il eft également perdu
poureux. Ils auront Landau , me direzyous
;il eft vrai , mais fi nous prenons
en même temps des Poftes par delà le
Rhin , & fi nous nous y établiffons , &
que ces Poftes nous foient autant ou plus
avantageux que leur feroit Landau , il
vaudroit mieux qu'ils ne l'euffent point
pris. Ce que je dis n'eftpas fans fondement
, puifque l'on écrit de Strasbourg
du le 10.de ce mois quque Mr de Chamilly
Brigadier d'Infanterie a paffé le Rhin
Huningue avec un Corps de Troupes,
& qu'il fe fortifie dans l'ancien ouvrage
qui eft de l'autre cofté du Pont , où il eft
déja hors d'infulte. On pourroir voir
encore d'autres chofes à pen prés de cet-
Le nature.
Je ne fçay pas fr cette nouvelle variera
comme celle de l'ouverture de la tranchée
devant Landau . Toutes les Lettres
qui font venues de ce cofté-là en
parlent differament. Les unes difent
Tij
196 MERCURE
&
qu'elle a efté ouverte la nute du dait
de Juin , les autres celle du 20 cals
11. d'autres la nuit du 24 aus , diaus
ires celle du 30 au fr , & enfin celle du
premier & au fecond de Juillet , du qua
are au cinq, & du cinq au fix. Cetre va
rieté fait voir qu'on n'en a aucune certirude
, & que l'on a jugé de cette ou
verture de tranchée felon qu'on a ouytirer
le Canon de la Place plus ou moins
fortement. Mais ce qu'il y a d'affuré, eft
que fi Mr le Prince de Bade avoit fait
quelques progrez confiderables contre
a Place , il n'en tiendroit pas les paffi
ges fi étroitement fermez , & qu'il laif .
feroit paffer les nouvelles qui luy feroient
avantageufes.
Si l'on juge de cette entrepriſe par la
caractere & les manieres d'agir du Prin
ce de Bade , ce Siege ne doit pas eftre
fort avancé , jamais General n'ayanteu
plus de peine à fe mettre en mouver
ment. Il fait toujours mille difficultez
avant que de s'embarquer dans une
entreprife, il luy manque toujours quel
que chofe & il s'en faut peu qu'il ne
SCALANT! 497
demande caution à l'Empereur & à fon
Confeil qu'il reuffira dans les expedirians
qu'on luy propofe . Quoiqu'il en
foitoje fuis encore perfuadé qu'il
perdu trop de temps pour que l'entreprife
de Landau foit avantageufe à l'Empereur
car ou la Place fera fecouruë
ou les avantages que le Roy tirera
d'ailleurs feront plus confiderables que
da perte de cette Place ne fera préjudi
ciable aux affaires de Sa Majefté.
Je dois ajouter à ce que je vous ay
déja dit des affaires d'Italie qu'on y doit
avoir préfentement formé deux Armées
égales compofées des troupes dont
voicy le nombre.
80
Troupes du Roy d'Espagne , Bataill. 6
Troupes du Camp. Bataillons .
Troupes de Savoye, Bataillons.
Trompes tirées des Chateaux. Bataill , &
98.
by Escadrons du Roy d'Espagne.
28
Du Camp,
SuDe Savoye .
en lapseg Tij
ILO
498 MERCURL
+
LeRoy d'Espagne commande en pera .
fonne une de fes Armées , il a fous luy
Mr de Vendôme , qui a ordre de ne le :
point quitter.
L'autre Armée qui eft celle des retranchemens
, eft commandée par Mr le
Prince de Vaudemont.
Le Roy d'Espagne eftoit à Cremone
dés le troifiéme de ce mois , où ce
Prince attendoit que toutes chofes falfent
préparées pour entrer en action.
Je ne doute point qu'on ne fçache à:
quoy il fe fera attaché avant que vous
receviez ma Lettre. Je croy même
qu'on peut l'avoir deviné mais quand
un projet n'a pas efté déclaré , il n'eft
pas de la prudence de laffurer , quel-.
que vraye femblance qu'on y trouve.
Je fuis , Madame , voftre , &c.
A Paris , on 15.fuillet 17020
AVIS
OLE
Cfecond que le Libraire ne fepare
Volume eft accompagné d'unts
point parce qu'il fait une ſeconde Par
tie du Mercure. En voicy le Titre
GALANT 499
RELATIONS DIVERSES ,
CONTENANT
La journée de Nimegue , & tout ce qui
s'eftpassé depuis ce jour- là à l'Armée
de Monfeignent le Ducde Bourgogne.
Lafuite du Journal de l'Armée du Roy
en Italie.
La fuite du fournal de tout ce qui s'eft
passé à Naples pendant le fejour de
Sa Majefté Catholique , & depuisfon.
départ pour le Milanez.
DEDIEES
ASMONSEIGNEUR LE DUC
smt
DE

BOURGONE.
Theft aifé dé remarquer que tout ce
que contient ce Volume qui eft tresgros
n'a pû entrer dans le Mercure de
Juin qui eft beaucoup plus gros qu'ài
Pordinaire. Le Lecteur trouvera dans
eefecond Volume une infinité de par
sicularitez touchant les matières dont
ks Titres font cy, deffùs qui ne fontny
500 MERCURE
dans les Nouvelles imprimées ny dans
les Nouvelles manufcrites qui fe pou
blient , & qui font prefque toujours
remplies de fautes , ne pouvant eftre
autrement , parce qu'eftant données
huit fois le mois , elles ne font le plus
Louvent fondées que fur des on dir, &
on doitfaire, & que ce que l'on croit devoir
eftre fait ne le fait fouvent jamais.
On donnera le mois prochain une
Relation complette du Siege de Kefervvert
, ceux qui ont des Memoires touchant
le Siege , font priez de les envoyet
chez Mr Brunet Libraire dans la
Grande Sale du Palais , à l'Enfeigne du
Mercure Galant .
L'abondance de la matiere a rellement
fait grofir ces deux volumes
que l'impreffion n'a pû en eftre achevée
dans le temps ordinaire. Et comme
il y en aura encore deux le mois
prochain , & que le peu de jours qui
reftent de ce mois ne fuffiroit pas
pour les imprimer , on ne les diftribura
que le quinze d'Aouft , mais on
GALANT FOR
avertit en mefme temps qu'au mois
de Septembre prochain on recommen
eera à donner les Mercures dans los
semps ordinaires , c'eft- à-dire le trois
on le quatre de chaque mois.
*
zula si a
Relude.
+
TABLE..
Traductions des Vers latins du Pere
Bond'Augieres Jefuite fur la Statue
Equestre du Roy que la Ville de Lion
à fait faire.
Exemple de pieté données dans le Dia
dece d'Agen.
6
7
It:
Panegiriqueprononce par le Pere Bergue
Recolet
,
49
Rejonifances faites au Convent de
Belle Chaffe
Epitre en Chanfons.
96
101
Obfervations faites fur plufieurs maladies
100.
Arrivée de la Reine d'Espagne à Sar-
Boragoffe 166.
Livre de Mr Bion Ingenieur pour les
Mathematiques qui regardent fa Pras
TABLE.
feffion
201 Lettres du Roy d'Espagne.
Nouvelles d'Alexandrie & de Perfe. 205
Officiers Generaux nouvellement nom→
mez par Sa Majesté. 229
Mr Ďigulville eft envoyé en Nors
mandie.
Régimens nouveaux,
Mariage.
3228
229
89230
Experience nouvellement faite par Mr
de Lagaroufte.
Lifte des morts & des bleff
231
Article tres curieux touchant la compofition
de la Theriaque , & tout ce
qui s'eft paffè à cette occafion avec les
difcours qui ont eftèprononcer. 2581
Madrigalde Mademoif.d' Alerac. 385
Benefices donnez par le Roy. 286-
Entier rétablissement de la fantè de
Monfeigneur le Dauphin.
292046
Réjouiffances faites par les ChevaliersĂ
de l'Arquebufe d'Eftampes
L'Art de connoiftre les hommes,
Morts.
306
..
3102
314
Etabliſſement d'un Cabinet de lettres
TABLE.
Amiens.
304
344
Fermetê Heroique du Roy de Portu
gal.
Espagnols nommez par le Roy Chevaliers
de l'Ordre du Saint Efprit. 349
Mr le Marquis de Caftel Dos Rios eft
nomme par le Roy d'Espagne Vice
roy du Perou.
Autre article de morts.
Nouvelles Carabines.
1354
367
310
Arrivée de Mr le Comte de Medina-
Celi cy devant Viceroy de Naples , &
tout ce qui s'eft paffé le jour qu'il a
eu l'honneur de faluer S. M...
Troifiéme Article des morts.
411
323
455
Faute reparée touchant la Genealogie de
la maifan S. Aulaire en Limofin . 448
Campemens marqués par Mr Sanfon fur
la Carte du Duché de Cleves , & fur
celle de la Flandre Orientale.
Agrément donné à Mr Boucher d'Orsay
d'une Compagnie aux Gardes.
Suite de tout ce qui s'est passé à Saragoffe
pendant que la Reine d'Espa
agne y a demeurè
.
458
458
TABLE.
Honneurs rendus à Toulon à Mr te
Comte de Thouloufe & tout ce qui
s'y eft paffé à l'occafion de l'arrivée de
ce Prince.
Raifons qui ont fait choisir le Comte de
Marlborong Capitaine General des
Troupes des Etats. 470
Détail de la priſe d'un Vaißeau Hollandois
par les Galeres du Roy . 470
Prife de 2. Galioftes de Salé. 479
Articles des Enigmes ,
490
Poëme des Invalides . 481
Nouvelles de Flandres. 432
Plusieurs avantages remportez
en
Italie.
484
Nouvelles d'Alemagne. 494
Suite des nouvelles d'Italie . 497
Avis important. 498
L'Air qui commence par Vous qui
voulez fervir l'amour. page. 309
L'Air qui commence par Dans ces
Prez Fleuris doit regarder la page . 457
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le