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m
•Eur
511-
1702,5
Mercure
<36624505580011
<36624505580011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' AMONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY
. 17020
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpender
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
. on n'en payera que trente -cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU
LECTEUR.
7
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR .
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
MAY, 1702 .
L y a longtemps que
vous me demandez le
Bref que le Pape en
voya au Roy lorfque ce Mo.
narque reconnut Monfieur
le Prince de Gales pour l'he
A iij
6 MERCURE
ritier legitime du Feu Roy
Jacques II & de la Couronne
d'Angleterre. Cette piece
que je n'avois pas alors étant
heureuſement tombée depuis
peu entre mes mains , je
vous en envoye une Traduction
.
·
A Nôtre tres cher Fils en
JESUS CHRIST
le Roy
Tres Chreftien
CLEMENT XI.
NJESUS -
CHRIST ,
Oftre tres cher Fils en
JESUS - CHRIST , Salut.
Lorſque la douleur extraordinaire
GALANT 7
que nous avons reffenti avec
justice de la mort du tres pieux
Prince fi zelé Catholique
Jacques 11. Roy de la Grande
Bretagne , efloit d'une nature
à ne nous laißer efperer aucune
confolation , nous en avons reçû·
une tres fenfible dans le même
temps par le témoignage que.
nous avons eu de la pieté , &
de la generofité de Voſtre Majeſté.
dans cette occafion ; Vertus qu'on·
ne (gauroit affez louer puiſqu'aprés
avoir donné à ce Roy affligé
des marques fi éclatantes de
voftre bien veillance depuis tant
d'années , vous venez enfin de
A j
8 MERCURE
luy en donner des preuves fiïlluſtres
dans les derniers momens de
ſa vie , vous avez remply les.
voeux & les fouhaits de ce
Roy mourant , dont l'ame eftoit,
ornée de tant de rares qualitez ,
dont la vertu a eftééprouvée par
tant de difgraces qui ne l'one
jamais abbatu , quoy qu'il ais
effuyé pendant ſa vie tous les
orages & toutes les tempeftes qui
menacent ia tefte des Grands de
la terre , & aprés l'avoir reçû
dans vos Etats avec une magnificence
Royale , aprés luy avoir
donné avec tant de generofité tous
les fecours que la tendre amitié
"
GALANT
9
ges
2
qui vous unißoit fembloit exiger
de vous , vous avez mis le comble
à fes deſirs , dans le ' moment
qu'ilalloitfaire un heureux échan:
des biens paflagers & incertains
de cette vie avec les biens
éternels & folides de l'autre ,
lorfque vous avez affure & convaincu
ce tendre Pere dans la
follicitude dont il eftoit justement
rempli , non pas tantpour lafor
tune & les interefts temporels
que pour l'éducation chretienne
les fentimens de religion qu'il
vouloit qu'on donnaft afon Fils,
Prince d'une fi grande esperan
ce , que vous ne continueriez
10
MERCURE
pas feulement à ce jeune Prince
les mêmes fecours & la même
protection ; mais que vous lug
rendriez auffi les honneurs dús
à la dignité Royale en le reconnoißant
pour l'heritier legitime
de la Couronne d'Angleterre
,
pourveu toutesfois qu'il fuivift
les grands exemples de vertu
& qu'il imitaft le zele du Roy
Jon Pere dans le culte de la vraye
Religion ; ce trait de generofité
de Voftre Majeftè , qui ne peut
fortir que d'un coeur veritable.
ment chretien , nous a paru d'un
fi grand poids , lorfque dans une
conjoncture où toutes les raifons
GALANT: IF
de l'Etat vous perſuadoient le
contraire , vous n'avez confuliè
que vôtre Zele & que l'amour
de la justice er de la religion
que dans une occafion où nous
ne devrions eftre occupez qu'à
pleurer la perte d'un Roy dont
la memoire doit estre fi chere
à tous les gens de bien , noftre
amour paternel ne nous engage
pas moins à vous lower dans le
Seigneur & à luy demander pour
vous la jufte rècompenfe d'une
action fi chrefiienne : nous prions
donc dans l'abondance de noftre
coeur , le Difpenfateur de tous les
biens , de reconnoistre par leffu.
12 MERCURE
fion de fes graces , cette nouvelle
preuve que vous venez de donner
de vostre zele de voſtre amour
pour fon Eglife ; nous croyons
inutile de vous inviter à tenir
lieu d'un bon Pere à ce jeune
Roy , dont le naturel paroit fi
porté à la vertu , puifqu'il ne
nous refte rien à defirer ny à vous
demander; ayantfigenereufement
prevenu tous nos fouhaits par
tout ce que vous avezfait juſqu'aprèſent
deforte que le nom,
bre d'evenemens éclatans & merveilleux
qui font arrivez dans
cette conjoncture ne meritant
pas feulement d'eftre transmis à
GALANT .
23
·la pofterité , mais auffi d'eftre con.
facrez à l'Immortalité,nous vous
affurons que tout ce que nous en
a écrit par un Courier Extraordinaire
noftre Venerable Frere
Philippe Antoine Archevefque
d'Athenes , ne fortira jamais
de nôire coeur paternel , du pro .
fond duquel nous donnons avec
toute forte de cordialité à Voftre
Majesté noftre benediction Apoffolique.
Donné à Rome le
Novembre 1701 .
4.
Je vous ai dit dans ma der,
niere Lettre que le Pere Ar.
change d'Ecoffe Capucin ,
14 MERCURE
avoit reçu l'abjuration de fa
mere & de fon frere . Je vous
envoye le Difcours rempli
d'onction qu'il fit à ces nouveaux
Convertis le jour que
cette abjuration fut faire.
FECIT MIHI MAGNA
QUI
POTENS
EST , ET SANCTUM
NOMEN EJUS .
Celuy qui eft puiffant a fait de
grandes chofes en moy, &fon
Nom eft Saint, Luc 1 .
Sie
I c'est pour un Chrétien
le plus grand malheur
qui luy puiffe arriver que de
perdre Dieu en tombant dans
Therefie , on peut dire que le
GALANT 15
plus grand bonheur d'un Pro.
teftant, c'eft de trouver ce même
Dieu par une veritable &
fincere converfion
. Vous avez
eû tous deux , ma chere Mere,
& mon cher Frere , le malheur
d'eftre nez & élevez dans cette
Secte ennemie de toute
verité , & vous venez aujourd'huy
à la face de ces Saints
Autels , eftant éclairez de celuy
qui éclaire tout homme
venant au monde, pour eftre
folemnellement
incorporezà
l'Eglife Catholique
, Apoftolique
, & Romaine , qui eft
celle du Dieu vivant , la co
16 MERCURE
lomne, & le fondement de la
verité , Columna & firmamen .
tum veritatis . * Vous venez en
ce jour où Dieu me fait la
grace de luy offrir pour la
premiere fois cette victime
innocente , cet Agneau fans
tache qui ofte le peché du
monde . Vous venez , dis je,
facrifier vos erreurs à la veri .
té. Quelle confolation pour
moy ! mais quel bonheur
pour vous , n'avons nous pas
fujet de nous écrier tous en-
'femble par un tranſport de
joye pareil à celuy de la fain
te Vierge ; Fecit nobis magna
I. ad Thim.
*
30
GALANT 17
quipotens eft , &fanctum Nomen
ejus. Celuy qui eft puiffant
a fait de grandes chofes
en nous ,& fon Nom eft Saint.
Il a efté un temps que
vous & moy nous eftions des
vales de colere , & cependant
nous nous croyons des vafes
d'élection
, nous eſtions les
objets de l'indignation
de
Dieu , & nous nous imagi
nions eftre les objets de fon
plus tendré amour . Tel eft
l'état déplorable où le trouvent
les meilleurs
des Prote-
Rans.
*
Luc I...
May 1702.
B*
>
18 MERCURE
Préoccupez d'une fauffe
Doctrine qu'ils ont fuccé
avec le laict , ils font le fujet
de leurjoye de ce qui devroit
faire le motifde leur douleur,
& attachez aux erreurs de
leurs fectes comme à des veritez
réelles, ils ont attiré fur
leurs teftes cette imprécation
terrible du Prophete
, Va qui
dicitis malum bonum & bonum
malum , ponentes tenebras lucem »
lucem tenebras . * Malheur .
à vous qui donnez le nom de
mal au bien, & celuy de bienau
mal , & qui prenez les tenebres
pour la lumiere , & la
* Ifaye
5.
GALANT. 9
lumiere pour des tenebres.
En effet,combien de fois leur
avons nous entendu dire , que
leurs dogmes impies eftoient
conformes à la Doctrine des
Apôtres, & que les plus faintes
veritez de la Religion Catholique
n'eftoient que fa .
bles ? Vaqui dicitis ,&c Come
bien de fois nous ont- ils dit :
que leur Eglife qui a efté prés
de douze cens ans inviſible,
eft cette fainte Cité bâtie fur
une montagne qui ne peut ètre
cachée, que l'Eglife Romaine,
cette Epoufe glorieufe de J.C.
contre laquelle les portes
de
Bij
20 MERCURE
*
l'Enfer ne prévaudront jamais
n'eft qu'une Sinago
gue de Sathan & une proftituée.
Ponentes tenebras lucem
lucem tenebras . En niant la..
realité de Jefus Chriſt dans
l'adorable Euchariftie , ne les ..
voit on pas traiter nôtre culte
pour ce grand mistere de.
fuperftition & d'idolatrie ? ou
plutoft n'ont- ils pas reproché
au Fils de Dieu même d'eftre
un impofteur, luy qui nous a
dit en termes fi precis & fi
clairs : Cecy eft mon Corps ,
Cecy eft mon Sang, & fi vous
ne mangez la chair du Fils
*. Math. S
GALANT. 20
de l'homme, & ne buvez fon
fang , vous n'aurez pas la vie
en vous ? * N'ont ils pas en fin ,
par le mépris qu'ils font des
Sacremens , ces facrées fontaines
de grace qui rejaliſſent
jufqu'à la vie eternelle , &
fubftituent à leur place des
Ceremonies profanes & ſte .
riles N'ont ils pas , dis - je , tiré
de la bouche de Dieu même
cette plainte amere qu'il fairpar
fon Prophete Jeremie.
Fremiflez , ô Cieux , fremiffez
d'étonnement , pleurez , portes
du Ciel, parce que mon peu.
ple a fait des maux , ils m'ont
* Math. 26. Ioan. 6..
22: MERCURE
abandonné, moy qui fuis une
fource d'eau vive , & ils fe font
creusé des Cifternes entr'ou
vertes , qui ne peuvent retenir
l'eau .
Cruelle herefie ! de quel defordre
, de quel aveuglement
n'eft tu pas fuivie ? aveuglement
qui fait tout à la fois le
châtiment de ceux qui font
infectez de ton poiſon : Ils
marcheroni, dit Saint Jerôme ,
comme des aveugles , parce
qu'ils ont abandonné la lumiere
qui les conduiſoit , &
que cherchant le Seigneur,
ils ne le trouveront pas . Am
bulabunt us coeci quia domino pecGALANT
23
caverunt : que ces effets font
terribles ?
Des Sacremens avilis , la
la Confirmation , réduite a
une pure Ceremonie , la Con.
feflion a un fimple aveû interieur
fait à Dieu de fes
pechez
, l'Extreme onction à
une Priere indifferente , l'Or .
dre a une ordination qui ne
confere ny grace ny caracte
re. Le Mariage à un pur con.
tract civil , le pain des Anges
en un mot , le dirai.je , reduit
à un banquet d'iniquité ,
font des preuves plus que fuffilantes
pour convaincre d'er24:
MERCURE
reur nos adverfaires , & leur
faire comprendre combien il
eft amer pour eux d'avoir ain .
fi abandonné
le Seigneur leur
Dieu , & l'Eglife leur veritable
Mere pour s'attacher aux
dogmes d'un Calvin fi oppolé
aux Saintes Ecritures &
aux Traditions apoftoliques .
vide quia durum &
Scito
amarum eft dereliquiffe te Domiz
num Deum tuum .
Et cependant,ô mon Dieu ;
où voit on de ces infortunez
ouvrir les yeux aux veritez
connuës ? Que le nombre en
eft petic , & qu'il eft rare de
leur :
GALANT. 25
leur voir faire ces Saints efforts
fur eux mefmes ! mais ne
nous en étonnons pas , puifque
c'eft leur malice qui les
a aveuglez comme parle le
Saint Elprit. Excæcavir * enim
illos malitia corum, Avouë- t - ils
de bonne foy leur malheueux
eftat , helas ! trop (enfi
bles à un vain point d'honneur
, c'en eft affez pour les
yretenir ? font ils convaincus
des veritez les plus Catholi
ques , l'embaras & l'intrigue
qu'il faut foutenir pour fe menager
la jouiffance & la con-
*
Sap. 2.
Avril
1902.
C
26 MERCURE
fervation d'une fortune qui
fouvent n'exifte qu'en Idée ,
eft plus que fuffifante pour les
empêcher de s'en déclarer les
profefleurs , & il eft vray de
dire à les voir que beaucoup
font appellez à la Catholicite
mais qu'il y en a peu d'élus.
Multi funt vocati pauci vero
Electi *
Pour vous , machere Mere ,
& mon chere Frere , la grace
-que Dieu vous fait aujour.
d'huy eft une de ces graces
particulieres
qu'il n'accorde
pas à tout le monde. Nonfecit
* Math . 20.
GALANT. 27
Vous
taliter * omni
nationi ,
avez
reconnu
l'iniquité
de
voſtre
herefie , & vous voilà
prefts d'y renoncer ; vous avez
trouvé la vraie Eglife , & je
vous vois impatient d'y entrer
; ce font de grandes faveurs
mais prenez garde &
faites reflexion à celle que
Dieu par une Providence
toute Paternelle a bien voulu
vous faire d'une maniere toute
particuliere , il a fait preceder
voftre Converfion par
celle de voſtre Mary & de
vos Enfans , de peur qu'à
* Pf.
147.
Cij
28 MERCURE
fur
l'exemple
de Loth vous ne
regardaſſiez
en arriere ,
ceux que la nature vous a ren
dus fi chers .
du
Rejoüiffez
vous donc &
rendez
au Seigneur
des actions
de graces
immortelles
,
luy qui fans tenir compre
nombre
des années
que vous
avez employé
au ſervice
de
Ton plus cruel Ennemy
, veut
bien aujourd'huy
vous recevoir
parmy fes plus fidels Ser
viteurs
, & vous procurer
par
là le moyen
de participer
un
jour à la felicité
éternelle
de
fes Elus dans le Ciel , Rendez
GALANT
2.9
donc encor un coup , rendez
graces à Dieu qui fans
avoir eu befoin de vous , &
fans que vous l'ayez merité
vous a arraché de la puiffance
des tenebres pour vous
faire entrer dans le Royaume
defon fils , à Dieu , dis je ,
qui feul a fait de grandes
chofes en vous . Fecit mihi ,
&.c.
En effet ma tres - chere Me.
re & mon tres- chere Frere, fi
vous confiderez ce que vous
avez eſté juſqu'à prefent
& ce que vous allés devenir
C iij
30 MERCURE
par la grace de voftre converfion
, vous avouërez que
Dieu a veritablement fait
de grandes chofes en vous .
Avant voftre Converfion
vous étiez fous la puiffance
de Sathan , & par voftre converfion
vous allez en eftre delivré
. Vous étiez exclus du
Royaume du Ciel , auquel
vous aviez droit par voſtre
Baptême , & vous allez ren .
trer dans tous vos anciens
privileges Vous allez rache
ter cet heritage du Pere celefte
dont vous étiez dépoüillez
par voftre herefie . Enfin,
GALANT
31.
vous étiez ensevelis dans les
tenebres épaiffes de l'erreur ,
couverts de la confufion du
peché , & vous allez eftre
éclairez de lumieres toutes
divines , & remplis de graces.
Non seulement vous allez
devenir libres , mais Saints ;
non feulement Saints , mais
enfans de Dieu , & coheritiers
de Jeſus - Chrift.
Aprés des changemens fi
heureux, aprés des avantages
fi confiderables, pouvez vous
balancer encore un moment
à vous déterminer à l'action
que vous elles prefts de fai
C iiij
32 MERCURE
re ?Pouvez vous hefiter d'embraffer
avec joye la verité qui
fe prefente à vous, & detefter
vos anciennes erreurs ? Pouvez
vous craindre de vous
perdre dans la Religion dont
vous allez faire une profef
fion folemnelle à la face de
ces Autels , & fur tout dans
un Royaume où la verité
connue fe prêche avec force,
l'erreur perfecutée le cache
avec adreffe , la vertu feule recompensée
triomphe , & le
vice profcrit eft contraint de
fe maſquer ou de fe confondre
?Comment vous perdriezGALANT.
33
vous icy à la fuite d'une Cour
dépofitaire fidelle de la Religion
? vous auriez honte de
ne pas tout faire pour votre
falut , animez que vous devez
eftre par la foy d'un Prince
qui nonobftant le défaut des
années , la vivacité des paffions,
le feu de l'âge , foumet
l'intereft à la Religion , &
fçait preferer comme Moïse
l'honneur de fouffrir en fer
vant Dieu parmi fon Peuple
afflige , au plaifir qu'il y a de
joüir en le méconnoiffant de
la gloire duTrône.Comment
vous perdriez vous dans une
34 MERCURE
Cour où vous eftes foutenus
par l'exemple d'une Reine
plus digne encore de l'Empi
re du monde par la Foy qu'elle
maintient dans une occa❤
fion fi gliffante , que par les
qualitez heroïques qui la diftinguent.
Car fi l'un & l'autre
tout fenfibles qu'ils font à
l'injure , confervent par cette
fermeté d'ame, qui eft la ver
tu des Rois , toute leur tranquillité
au milieu de la perfecution
la plus affreufe , c'eft
parce qu'ils ne s'arreftent
pas au Semeï qui les maudit ,
mais à la bienfaifante main
GALANT 35
de Diea qui les frappe , ils
trouvent affez dequoy fe
confoler dans leur difgrace ,
quand ils penfent qu'ils immolent
un Empire à la gloire
, & s'eftiment encore trop
heureux de pouvoir jetter
trois Couronnes au pied de
fon Trône.
moyens
Quel exemple pour vous,
ma chere Mere & mon cher
Frere ? Le moyen de fe perdre
à la fource de tant de
de ſe fauver ? car l'exemple
eft le grand reffort de la grace
, il excite puiffamment à la
vertu , & refrene merveilleu16
MERCURE
fement le vice ; mais quand
l'exemple nous eft donné par
des perfonnes qu'on fait
gloire d'imiter, on ne peut
difpenfer de les fuivre . N'allez
donc pas chercher plus
loin à vous former fur d'autres
modeles , & quoy qu'il
vous en doive couter em
braffez genereufement la Foy
de l'Eglife Catholique, foyez
toûjours fidels aux promeffes
que vous allez faire à Dieu
en vous confacrant à luy par
voſtre converfion. Converfion
, ô heureux retour
eftes accompagnez de fi noqui
GALANT
37
bles prérogatives ! Quoy
donc avoir efté jusqu'à prefent
dans les tenebres de l'erreur,
& eſtre en un moment
exposé au plein jour de la ve
rité. Tel eft voftre heureux
fort. Autrefois vous étiez des
tenebres , Eratis aliquando te
nebra. Maintenant vous eftes
devenus toute lumiere dans
le Seigneur. Nunc autem lux
in Domino. Autrefois vous
étiez des brebis égarées , Era.
tis ficut oves errantes , mais à
-prefent vous voila revenus
auprés de votre Paſteur &
1. Petr. 2
*
38 MERCURE
de l'Evefque de vos ames.
Sedconverfi estisnunc ad Pastorem
& Epifcopum animarum
erarum .
C'est vous feul , ô mon
Dieu ! qui avez opere de fi
grandes chofes , c'eſt à voſtre
feule mifericordè que nous
fommes redevables de fi merveilleux
effets ; c'est vous qui
avez fait lever cette lumiere
falutaire fur la tefte de ceux
qui prenoient tout leur repos
dans les tenebres , & à l'ombre
de la mort . " Graces immortelles
vous en foient renduës
! aprés m'avoir exaucé,
GALANT
39
Seigneur, en convertiffant ces
perfonnes que je vois icy pro.
fternées aux pieds de ces facrez
Autels , j'ay encore une
priere à vous faire, accordezleur
le precieux don de perfeverance,
& puiſque vous ne
faites jamais rien à demy ,
conduifez à fa
perfection
l'ouvrage de leur predeſtination
que vous avez fi heureuſement
commencé , que la
fainteté de leur vie réponde
à la fainteté de leur foy, qu'ils
vous fervent & vous adorent
en efprit & en verité dans
l'union d'une même créance !
40 MERCUKE
Recevez auffi , Seigneur, nos
voeux pour le Roy , la Reine ,
& la Princeffe, verfez lur eux
une rofée de vos benedicon
tions , & fic'eft pour vôtre
gloire & leur bien, rétabliffezles
fur leur trône, commandez
aux maux & aux maladies de
refpecter leurs Perfonnes au .
guftes , & laiffez nous joüir
long temps d'eux avant qu'ils
aillent jouir de vous . Regardez
d'un oeil de compaffion
leurs infortunez Sujets, qu u.
ne fatale feparation d'avec
l'Eglife a feparez de vous .
Deffillez enfin leuds yeuxen .
ན,ལོཝཏཱ
GALANT.
41
velopez des tenebres de l'i
gnorance de vos veritez , &
S'ils entendent aujourd'huy
voftre voix , faites s'il vous
plaift , qu'ils n'y endurciffent
pas leur coeur. Répandez en
fin fur nous tous les facrées
influences
de voſtre grace,
afin qu'ayant travaillé unanimement
à voftre gloire , & à
noſtre ſalut ſur la terre , nous
puiffions un jour tous enfemble
jouir de la recompenfe
eternelle que vous promettez
à ceux qui vous aiment . C'eft
ce que je vous fouhaite au
nom du Pere , & du Fils , & du
May 1702.
D
42 MERCURE
Saint Eſprit. Ainfi ſoit - il.
L'Ouvrage qui fuit eft de
Mademoiſelle Lheritier. II
vous fera connoiſtre ce qui
luy avoit donné lieu de faire
celuy que je vous envoyay le
mois paffé de cette ípirituelle
Perfonne ; vous y trouverez
l'Hiftoire de Jean de
Vert , dont la lecture fera
plaifir à ceux qui parlent fou
vent de ce grand Capitaine
fans le connoiſtre.
GALANT
43
A MADAME
LACOMTESSE DU M ***
V
Ous , que la brillante jeuneſſe
Les attraits , le vif agrement:
L'efprit , l'aimable politeffe
Rendent un objet tout charmant.
Je vais vous apprendre Comteffe ,
Qu'Apollon & les Doctes Soeurs
Sentent une joye infinie ,
De vous voir tant aimer les tou--
chantes douceurs
De leur gracieuſe Harmonie.
Moy , qui vous cheris fort , mon
coeur eft enchanté.
En vous voyant unir cemérite à vos
charmes
,
Quand l'efprit & le gouft foutiennent
la beauté,
Dij
44 MERCURE
Tout luy cede & luy rend les armes
.
L'indolente infipidité
D'un efprit fans lumiere & fans
vivacité
Eteint bien toft l'ardeur qu'allume
un beau vifage :
Mais fur tout , quand on veut perdre
fa liberté.
Dans les noeuds ou l'hymen engage
,
Nauds , ou le fol Amour , par fa
malignité ,
Refte rarement arrefté ,
Si de l'efprit fouvent on ne fait
grand ufage
Le coeur est bien toft rebuté
Quoy quà plus d'un égard lefiecle
foit gafte.
La beautéfans l'esprit ne pourajamais
plaire
GALANT
49
"Qu'aux ames dun ordre vulguaire
:
L'exemple chaque jour le prouve
clairement
,
Soit que l'amour affecte un ardeur
heroique
Ou que le fripon neſe pique ,
Que de coqueterfeulement ,
Si l'esprit ne l'eveille avec rafinement
,
Le tendre enfant s'endort d'un fommeil
letargique.
MaisComteffe ,ceffons deparler dans
mesvers.
De l'Amour & de fe's travers.
Je ne veux pas icy médire
De ce Dieu ny defan Empire.
Ce n'eft point du tout mon projet,
J'ajoutefeulement que l'on en pourroit
dire ,
46 MERCURE
Ce que Voiture a dit fur un autrefujet.
Heureux qui ne le connoift gueres
Plus heureux qui n'en a que faire.
Et qui paffant de doux momens
Loin de fes vains amuſemens
Ne prend que la raison pour gui➡
de ,
Et cherche la vertu folide.
C'eft la fituation où vous
eftes , Comteffe charmante ,
aimant le noeud où la raifon
& la vertu vous ont engagée ,
vous vous faites une loy de
remplir avec une délicate
exactitude tous les foins divers
qu'il preferit , foins qui
s'étendent loin , quand il
GALANT
47
plaift à la fortune de faire naî
tre certains embaras , qui forcent
d'avoir recours au Tribunal
de Themis. Cependanc
les occupations importantes
, où vous.eftes fi fouvent
livrée , ne dérobent jamais
rien à l'agrément de vô.
tre converſation & à l'enjoument
de voſtre humeur , c'eft
fur la foy de cette enjouë.
ment que je vous envoye au
jourd'huy les badines chanfons
que vous m'avez deman .
dées . Il faut aimer autant la
Poëfie que vous faites , &
cftre d'une gayeré auſſi indul .
48 MERCURE
gente que
4
la vostre pour les
louhaiter ; & eftre auffi peu
attentive que je le fuis aux
interefts de ma Mufe pour
vous les envoyer . Si j'aimois
fa gloire , je me garderois
bien de laiffer paroistre au
jour des bagatelles qu'elle ne
fait qu'en badinant & puis
qu'elle a produit quelquefois
des Odes ; des Idilles & des
Elegies , qui ont eu le bonheur
de ne pas déplaire aux
Connoiffeurs
, je ne confenti
rois point qu'elle avoue quelle
s'abaiffe jufqu'au ftile des
Epiftres en Chanfons , mais
comme
GALANT. 49
comme dans les productions
e cherche plus ce qui me
peut divertir , que je ne regar.
de de quel genre elles doivent
eftre , quand des chan .
fons me réjouiffent , j'en fais
fi l'occafion s'en préfente
& dans le mefme efprit qui
m'a fait m'en amufer , je crois
enfuite qu'elles peuvent amu.
fer auffi qu'elqu'uns de mes
amis d'un certain caractere ,
& fur cette croyance je leur
-donne ces bagatelles fans fa
çon lors qu'ils me les deman
dent.
·May, 1702.
E
50 MERCURE
Quand on veutfepiquer de n'aller
au Parnaße ,
Qu'en marchantfur les pas d'Ho
race >
Qu'onprétendueformer que defubli.
mes fons ,
Onfe garde avec foin d'avouer des
chanfons.
Mais lorsque comme moy l'on n'ècoute
fa Mufe ,
Qu'aux momens qu'elle plaist
qu'aux moments qu'elle amuse;
Et lors que l'on ne cherche en penfant
à rimer,
Qu'un plaifir innocent fans prétendre
charmer,
On prend dans certains tems la
bruyante trompette.
On fe fert quelque fois de la douce
Mufette
GALANT $ t
Et l'on fe divertit a des tons variez
Tantoft tous naturels , tantoft etudiez.
Si du grand nom d'Auteur j'eftois
ambitieufe ,
On ne me verroit pas fipeu mifterieuſe
:
A qui veut s'en parer , fouvent il
eft fatal.
De laiſſer échaper un joli Madrigal.
Quand vous auriez vingt fois dans
la pompe d'une Ode ,
Eut-elle de Malherbe & l'art &
la methode
Pour ternir vos talens , vos adroits
envieux ,
Dirontparlant de vous d'un airtout
gracieux,
Que dites vous d'un tel , il estjoly
Poëte,
E ij
52 MERCURE
Il fait tres galament Madrigal ,
Chansonnette ,
Puis il difent aprés d'un enphatique
ton ,
L'enjoué Madrigal , la folatre
Chanfon
Et ne parlent jamais de l'heroique
-
ouvrage ,
Qui du monde éclairé vous donna le
fuffrage.
Par l'artifice adroit d'unſemblable
Adebort
Ils fçavent impofer à l'Ignorant
vulgaire ,
Qui croit que c'est là tout l'effort.
Que l'Auteur qu'on nomme peut
faire.
Car il ne comprend point qu'on ait
divers talents :
Des exemples fameuxprouvent bien
le contraire
.
GALANT
53
Voiture & Sarrafin , ceshomme ex-
...... cellens ,
De qui l'elegant badinage ,
Fait encoraujourd'huy l'ornement de
noftre age ,
Après avoircharmé parles heureux
ac cens >
Du vifenjoument de leurrime ,
Ne chantoient pas d'un ton moins
grand ny mains fublime ,
Le celebre vainqueur de Norlingue
& de Lens.
Lorfquel'ingenieux &galant Benferade
,
Après avoir dépeint auſſi naïvement
,
Que d'un tour rempli d'agrement ,
Les illuftres acteurs de quelque
mafcarade ,
Venoit à celebrer les merveilleux
exploits ,
E iij
54 MERCURE
Les vertus , l'auguſte puiſſance
Du Heros glorieux qui gouverne la
France ,
Celebroit-il moins bien ce modele
des Rois.
Quand un Poëte ne rafine
Qu'à faire une chanfon badine.
Que fes talens les plus fameux ,
Ne vont qu'à compofer pour Iris ou
Corine ,
Quelque Madrigal doucereux ,
Où quelque Epigrame mutine ,
Pleine du noir chagrin d'un esprit
dangereux ,
Quay que la pointe en paroiſſe aßez
Je tour en fait affez heu- Quoy que
reux .
[ fine ,
De fi foibles talens donnent for
peu de gloire ,
Ilfaut produire au jour des ouvra
ges pompeux ,.
GALANT 55
Dignes de plaire encor à nos derniers
neveux ,
Pour avoir quelque place au Temde
memoire.
Mais trop heureux l'Auteur , dont le
ftile charmant
Ravit dans le fublime , &plaist
dans l'enjoument ,
Comme les Sarrafins , ainfi que les
Voitures ,
Il brillera d'honneurs chez les races
futures .
Quand il n'y auroit pas des
exemples fi grands, qui prou
veroient qu'on voit quelque
fois le pompeux fublime , &
l'ingenieux badinage réünis
dans un mefme efprit , je ne
E iiij
56 MERCURE
m'amuferois pas moins de
mes Chanfonnettes dans l'oc
cafion . Comme je fuis entie
rement éloignée d'avoir au
cun des heureux talens des
illuftres Auteurs que je viens
de nommer , je n'ay nul mé
nagement à avoir fur ce fujet;
& pourvû que mes bagatel
les me divertiffent , & quel.
ques Amis avec moy , c'eſt
rout ce que j'en pretends..
Tout m'inspiroit la joye ,
quand j'écrivis celles que je
vous envoye.
dans le Carnaval , & j'étois
dans un magnifique Château
Nous étions
GALANT : 17
auprés d'une grandePrinceſſe ,
dont la charmante converfa.
tion donne tous les jours de
nouveaux plaifirs ; & j'écrivois
àl'agreable Mademoiſelle de
G... qui eftoit alors à Or....
auprés de M le Marquis
d'Or.... fon pere , chez lequel
il y avoit tres bonne
Compagnie. Ainfi tout m'invitoit
à prendre le ton enjoüé
que vous remarquerez dans
ces Chanfons.
Telles qu'elles font , elles fi
firent alors tout l'effet que je
voulois. Elles eurent le bonheur
de divertir beaucoup l'é58
MERCURE
clairée Princeffe chez qui j'a
vois l'honneur d'eftre , & réjoüirent
plus qu'elles ne le
meritoient l'aimable Mademofelle
de G ... vous m'affurez
qu'elles auront le même
fort auprés de vous. Jugez
aprés cela fi je ne feray pas
fort confolée fi j'apprens qu'-
elles ne font pas du gouft de
certaines perfonnes , dont la
gravité ne peut s'accommoder
que du ferieux le plus ||
guindé. Auffi pour vous té
moigner que je ne fais pas
beaucoup d'attention au goût
de ces fortes de Cenfeurs , &
GALANT 59
que je me feray toûjours un
extrême plaifir de fatisfaire
le vôtre , comme j'ay remar
qué qu'effectivement vous
aimez ces petits Ouvrages
enjoüez ,je vous envoye d'autres
Chanfons que j'ay faites
beaucoup de temps avant
celles que j'ay écrites à Mademoiſelle
de G....elles font
fur l'Air de Jean de Vert , &
c'est une espece de Critique
de quelques manieres extraordinaires
qu'on a priſes dans
ce fiecle. Je vous affure que
pour ces Chansons à refrain ,
je voulois qu'elles ne fuffent
60 MERCURE
vûës que de la feule Amie, à
qui je les écrivois.
C'est une Dame d'une -
vertu peu commune, & qui a
beaucoup d'efprit & de fçavoir
. Fâchée un jour de ce
que je ne luy avois pas
fait part d'un de mes Ouvrages
, dont on luy avoir
parlé avantageulement, aprés
m'avoir fait divers reproches
fort tendres , elle finit en
difant , qu'elle voyoit cepen
dant qu'elle n'avoit pas raifon
de fe plaindre , & qu'il
n'eftoit point étonnant qu'une
perfonne de mon âge neGALANT
-6.
gligeaft une bonne femme
comme elle qui eftoit du
J
temps de Jean de Vert . Je
répondis fort vivement à ces
X..
"
dernieres paroles , & luy dis,
que quand il feroit vray
qu'elle feroit du temps qu'elle
venoit de citer , ce feroic une
raiſon pour moy de l'aimer
encore davantage. Ce temps
-heureux , pourfuivis - je , eftoit
le temps de la bonne foy , de
la probité exacte , de l'amitié
fidele & genereufe , & même
de l'amour conftant , delicat
&
veritablement heroïque ,
au lieu que ce qu'on appelle
62 MERCURE
aujourd'huy les perfonnes da
temps, & les gens du bel air,
font fourbes dans le procedé,
perfides dans l'amitié, & coquets
dans l'amour. Je dis
encore plufieurs chofes fur
la compara fon des deux
temps dont il eftoit queſtion;
& puis j'ajoutay, Jugez donc,
fi je n'aimerois
mieux avoir vefcu dans le
temps de Jean de Vert , que
de vivre dans celuy cy, mais
puifque cet inurile fouhait
ne peut eftre fatisfait , vous
ne devez pas douter du moins
que je n'aye une forte incli .
pas bien
GALANT 63
nation pour les perfonnes ,
qui comme vous , fuivent les
maximes de ce temps plein
de candeur . Voila bien d'a .
greables douceurs que vous
me dites , me répondit mon
Amie en riant . Mais cependant
tout cela ne me donne
point les Vers dont vous
m'avez fi impitoyablement
efté avare , je les envoyray
querir demain chez vous ,
mais fi vous voulez que je
fois perfuadée de tout ce que
Vous venez de me dire de
flateur pour moy, faites à ma
confideration des Vers fur le
64 MERCURE
fur le chant de Jean de Vert,
où vous ferez , comme vous
venez de le faire en Profe ,un
paralelle de ce temps cy avec
celuy de ce fameux , priſonnier
des François .
Il falut me rendre aux fouhaits
de ma fpirituelle Amie,
& je luy envoyay le lendemain
les Couplets que e
Vous envoye icy. Son amitié
pour moy, les luy fit trouver
mille fois plus remplis d'agrément
, qu'ils ne font en
effet ; & en venant m'en faire
cent remercimens flateurs ,
elle me dit qu'elle les avoit
4
GALANT. 65
fait voir à un Amy illuftre ,
qui les avoit beaucoup ap
prouvez. Je me plaignis fort
de' ce qu'elle montroit des
bagatelles , qui n'eſtoient
bonnes que d'elle à moy , &
j'exigeay qu'elle ne les feroit
plus voir à perfonne . Elle me
le promir & me tint exactes
ment parole , quoy qu'elle
grondaft beaucoup de la referve
que je l'obligeois d'avoir
à det égard,viou
Comme Madame de P.
& moy furent également
exactes à ne point faire part
de ces Chanfonnettes à per
May 1702 .
F...
66 MERCURE
deftine
ne
fonne : elles demeurent dans
l'oubly qu'elles me paroif.
foient meriter . Cependant
par je ne fçay quel capricieux
deftin , plus d'une année aprés
qu'elles ont efté compoſées ,
une jeune Demoiſelle , qui a
une fort belle voix , fe trou
vant à la campagne, chez une
Dame d'un merite & d'une
qualité diftinguée , chanta
ces Chanfonnettes comme
toutes nouvelles , & dit qu'elles
eftoient de moy. Elles eurent
le bonheur de plairebeaucoup
à toutes les Dames
qui eftoient prefentes , & il
}
GALANT. 67
s'en répandit en un moment
quantité de Copies, fans que
je fceuffe rien de toute cette
avanture.
Enfin une perfonne de mes
Amies me dit un jour , qu'il
eftoit bien étrange , que lors
que je faifois des chanfons
qui amuſoient tout Paris , il
falloit que mes amis fuffent
reduits à les avoir par les
mains du Public, & non pas
par les miennes , moy qui de ,
puis plus d'une année avoir
parfaitement oublié mes bagatelles
de Jean de Vert , je
répondis tres- ferieuſemene
Fij
68 MERCURE
en
qu'on le méprenoir
m'attribuant les chanfons
qu'elle m'annonçoit qui couroient
dans le monde , parce
qu'effectivement , je n'en
avois point fait depuis peu .
Ah ! s'écria t'elle, c'eft un peu
trop voſtre ſtile , pour qu'on
puiffe s'y méprendre,aprés ces
mots elle me chanta les chan
fons dont ils'agiffoit. J'avouë ,
luy dis -je alors , qu'elles font
de moy , mais comme elles
ne font pas nouvelles , ainfi
qu'on vous l'a affuré ; & qu'au
contraire , il y a long temps
qu'elles font faites , je les
GALANT. 69
·
avois oubliées , & je n'avois
garde de penfer que ce fûr
d'elles que vous me voulusfiés
parler. Mais puifqu'on les
a mifes au grand jour , & que
le public les trouve bonnes ,
j'en ay bien de la joye,je n'au
rois jamais ofé efperer qu'el
les cuffent eu un deftin fi favorable,&
c'eft fur cette idée
qu'à ma priere , la Dame à qui
e les écrivis , ne les a jamais
données qu'a une feule per
fonne. C'est cependant affés
ajoutais je pour les rendre auf
fi répandues , que vous m'af
furezqu'elles font aujourd'uy
70 MERCURE
mais ce qui me furprend eft
qu'on ne s'avife de les publier
ainfi qu'aprés un fi longtems.
Depuis ce jour beaucoup de
gens fort éclairez me firent
compliment fur cette baga .
telle , & je ne pourois affés
m'étonner de la voir approu.
vée de tant de perfonnes de
bon gouft , c'eft fur leur paro
le aimable Comteffe , que je
me hazarde à vous l'envoyer
en vous contant par quelle
deftinée elle est devenue publique.
Mais comme le bel âge
oùvous eftes vous rend étrang
gement éloignée de celuy de
GALANT. 71
·
•
Jean de Vert , vous n'eftes
peut eftre guere informée
du caractere & de la fortune
de ce celebre Avanturier.Ce .
pendant il eft vray que lors
qu'on a quelque connoiffan
ce de fon fort , on trouve plusplus
de plaifir àmes chanfons.
Comme j'ay envie qu'elles
vous divertiffent autant qu'el
les font capables de le faire ,
je vais vous raconter en peu
de mots l'hiftoire du fameux
Guerrier , dont il s'agit qui
doit le trouver fort glorieux.
de voir fon nom employé à
marquer une Epoque qu'oo
Tevere.
72 MERCURE
9
2. Jean de Vert eftoit un AI
mand d'une naiffance obfcu .
re , qui fe mit fort jeune au
fervice de l'Empereur , en
qualité de fimple Soldat.
Commeil eftoit brave & entreprenant
de degréen degré,
il parvint au pofte de Capi
raine en affez peu de temps ,
& conferva fon nom de Jean
de Vert dans ce pofte. Il en
eut bien toft de plus confi
derables fans quiter jamais
de nom vulgaire, dans quel
qui place elevée qu'il parvinyl
brilla beaucoup dans
cele de General des Troupes
GALANT 73
de l'Empereur , & eftant auffi
infatigable & auſſi plein de
conduite qu'il eftoit brave ,
& ayant avec toutes ces qua.
litez un bonheur extrême ,
il fit beaucoup de mal à la
France, quoy qu'elle fuftgou .
vernée par le feu Roy , qui
eftoit un tres grand Prince ,
& qu'elle euft pour Miniftre
le Gardinal de Richelieu , qui
a efté un des plus habilesMiniftres
qu'elle ait jamais eu .
Elle fe vit en proye aux rava
ges des Allemands. Il n'y a
que fous le regne de Louis le
Grand , où par la fuperiorité
May, 1702.
G
74 MERCURE
du genie de ce Monarque
ad.
mirable , elle ſe voit toujours
Victorieuse
de tous les Ennemis
qui ofent fe liguer contre
elle. Comme dans le temps
de Jean de Vert , elle ne jouiffoit
pas encor de cette glorieufe
deftinée , ce General
fit des progrez étonnans
&
pric plufieurs
Places dans la
Picardie , qui le mirent en ef
tat de venir porter la terreur
juſqu'aux
portes d'Amiens
par les troupes qu'il envoyoit
en party. Cette terreur le ré
pandit mefme juſques dans
Paris , & comme le Peuple
GALANT . 75
groffit toujours les objets , le
feul nom de Jean de Vert , y
infpiroit l'effroy , ce nom de.
vint fi terible , qu'il ne falloit
que le prononcer pour
épouvanter les enfans.
Mais enfin la fortune changea
les armes du feu Roy , &
l'habileté du Cardinal de Richelieu
reprirent l'afcendant
qui leur eftoit ordinaire , non
feulement on chaffa les Ennemis
de toutes les Places
dont ils
s'eftoient emparez ,
mais encore le Duc de Veimar
, qui fervit fi utilement
la France en tant d'occafions,
G ij
6 MERCURE
.
gagna une bataille
auprés
de
Rhinsfels
,dans laquelle
Jean
de Vert fut pris prifonnier
: le
Peuple
de Paris eut à cette
nouvelle
des tranſports
de
joye qu'il feroit difficile
d'exprimer
la Mufe du Pont neuf
celebra
la henne
fur un air de
Trompette
qui couroit
alors ,
elle y étaloit
le triomphe
des
François
, & difcit
qu'ils
avoient
battu les Allemands
& Jean de Vert. Elle contoit
qu'ils avoient
pris beaucoup
de Drapeaux
, beaucoup
d'Etendarts
, & Jean de Vert,
qu'ils avoient
pris un tel nomGALANT
77
Bre de Prifonniers & Jean de
Vert. Enfin tous ces couplets
de certe Muſe du Savoyart ,
couplets qui eftoient tres
nombreux , finiffoient tous
par ce refrain , & Jean de
Veit. Comme il y avoir dans
ces chanfons une certaine
naïveté groffiere , qui ne laiffoit
pas d'avoir quelque chofe
de réjouiffant , la Cour & la
Ville les chanterenr , & Jean
de Vert & les chansons eftoient
fi à la mode , qu'on ne
parloit plus d'autre chofe.:
On logea ce fameux priſonnier
au Chafteau de Vincen-
G iij
78 MERCURE
nes , & dés qu'il eut donné
fa parole , ou fe fit un plaifir
de luy laiffer une entiere liberté,
il alla faire fa Cour au Roy,
quiluy fit mille careffes , il fuc
regalé par les Seigneurs les
plus confiderables
, & alla à
tous les fpectacles. Quand ile
reftoit à Vincennes , on lùdùy
faifoit une chere magnifique
& les Dames les plus qualifiées
de Paris , le faifoient un
divertiffement
de l'aller voir
manger, Il leur faifoit à tou
tes mille honnefterez , qui ce.
pendant fe reffentoient
toujours
de l'Allemand & du Sol
GALANT
79
dat , mais du moins il avoit à
leur égard , toutes les manieres
polies dont il eftoit capable.
Il buvoit admirablement
bien , & n'excelloit pas moins
a prendre du Tabac en poudre
, en cordon & en fuméee.
Il eftoit accompagné de plufieurs
Officiers Allemands
qui tous avoient les mefmes
talents. Cet ufage de Tabac
donnoit beaucoup de dégouft
à nos Dames , qui avoient tou
tes en ce temps là une averfion
mortelle pour ce défa.
gréable feuillage Indien . La
G iiij
80 MERCURE
liteffe eftoit fi fort en regne
au temps dont nous parlons,
que fiJean de Vert euft resté
quelques mois en France
tout Allemand qu'il eftoit , il
auroit quitté lon Tabac , par
la crainte de déplaire à un ſexe
pour qui il faifoit profeffion
d'avoir une complaifance extrême.
Mais s'il eut vefcu de
nos jours , il n'euſt pas efté
obligé de quiter cette habitude
en faveur de toutes les Dames
generalement . Quelques
unes s'accommodent
aujour
d'huy affez du Tabac.
•
Enfin Jean de Vert s'en re
GALANT 81
tourna en Allemagne charme
des bontez du Roy & extremement
content de tous fes
Peuples. Ce vaillant General ,
dont le nom avoit fait un
bruit fi éclatant , laiffa en
France une memoire immortelle
de fa Prifon , & l'on nom
ma le temps où elle eftoit arrivée
le temps de Jean de Vert.
Je ne vous repete point tout
ce que nos Grands - Meres
nous racontent de la candeur
& de la politeffe de ce temps
fameux , vous en trouverez
une Idée dans mes chanfons ,
je vous diray feulement qu'on
82 MERCURE
•
nomma l'air de Trompette ,
dont je vous ay tantoft parlé
l'air de Jean de Vert : & que
bien des gens d'eſprit de la
Cour & de la Ville , firent
aprés le Pont - neuf diverfes
jolies chanfons fur cet air , qui
toutes avoient raport à Jeande
Vert ; qui enfin aimmortalifé
fon air auffi bien queluy
, puifque depuis fon temps
il ne s'eft point paffé de dixai .
ne d'années qu'on n'ait fait
d'agréables chanſons fur cer
air.
**
Que ne pouvons - nous
rapeller la politeffe de ce
GALANT
83
temps heureux ! Auffi bien
que nous en rapellons
les
airs ! Helas nous avons perdu
la plus illuftre image qui
nous en fuft restée . Quand la
mort nous a enlevé la (çavante
Mademoiſelle
de Scudery,
Dés que je fonge à la perte
de cette incomparable
fille ,
je fens tout mon enjoüment
s'évanouir
, l'eftime , l'admi
ration , & l'amitié , en me la
rendant
chere , m'avoient
donné une connoiffance
fi
vive & fi étenduë de fon rare
merite , que je pense que
perfonne ne l'a jamais mieux
84 MERCURE
fenti que moy. Ainfi malgré
tout ce que j'en ay dir
dans la piece que ma tendreffe
m'a fait confacrer à
la memoire de cette illuftre
Amie , il me femble que
je n'ay pas encor énonce
la moitié de fes admirables
qualitez . Mais du moins
j'en rempliray éternellemon
, ſouvenir ment &
m'écriray inceffamment en
parlant de cette heroïque per
fonne , quelle grandeur d'a
me , qu'elle probité exacte ,
quels talens merveilleux , &
dans tout le temps de ma vie.
GALANT &
Je diray dans mes Vers ,je diray
dans ma Profe.
Ainfi queje lay dit dans mom Apotheofe
.
Que le grand nom de Scudery
Doit de tous les mortels eftre àjamais
chery.
Il eft reveré aujourd'huy
comme il merite de l'eftre ,
& je ne doute pas que ce ne
foit le nom fameux de cette
admirable fille qui a fait ré
pandre fur l'Aporheole que
jay faite pour elle , l'approba
tion dont beaucoup d'illuf
tres Sçavans l'ont honorée .
Vous favez bien, belle Com
8% MERCURE
teffe , que la voltre ne m'eſt
pas des moins precieuſe ,
mais je fçay bien auffi que
par rapport à Mademoiſelle
de Scudery , vous eftes tou
jours difpofée à approuver
les ouvrages qui font à fa
loüange . Leftime infinie
que vous aviez pour cette
illuftre Fille , & la tendre
liaiſon que l'amitié avoit for.
mée entre elle & voftre aimable
Tante , toutes ces
chofes , dis je , vous ont don
né pour elle de vifs fentimens
de veneration qui vous font
prendre un delicat intereft
GALANT. 87
à tous les ouvrages qui font
faits à fa gloire.
Elle a éternifé celle de
voftre fpirituelle Tante dans
fon beau Roman de Clelic-
Tout le monde eft charmé
du Portrait que fait la fçavante
main de Sapho de cette
gracieufe fille , fi devouée à
l'amitié & fi indifferente
pour l'amour. L'agreable Sarrafin
luy- même , peint dans
Cielie fous le nom d'Amilcar,
l'agreable Sarrafin , dis je ,
tout galant qu'il eftoit ne
pourroit l'en blamer , &
eftoit obligé de convenir
88 MERCURE
qu'elle avoit beaucoup de
prudence de conferver une
heureufe tranquillité qui luy
faifoit paffer de fi beaux
jours.
Mademoiſelle
de F ***
A
avoit bien raiſon de fe def.
fendre de l'amour , c'eſt un
veritable trouble fefte. Si
nous voulons vivre en repos
il faut toujours éviter fon
Empire. Malgré tous les foins
que vos charmes luy ont fait
prendre pour vous affujettir
à fes loix , vous avez fçû
toujours vous garentir de fa
puiffance. Pour moy , je n'ay
GALANT 89
point d'affaire à démefler
avec luy.
:
L'amour qui prend plaifir à caufer
de
l'ennuy
Me laiſſe en paixjuſqu'aujour–
db
uy.
Quelque deftin quefoit le nostre
Nous ne penfons point l'une
l'autre ,
Et l'on doit s'en étonner peu,
Je ne court nifefte nijeu.
Le folatre Dieu de Cithere
A bien d'autres chofes à faire
Que defongerà m'enchainer.
Mais quand mêmefonfeu voudroit
m'environner
J'efpere toujours m'en deffendre
Je fuisfort infenfible à l'honneurd'en
donner.
May 1702.
H&
90 MERCURE
Et megarde beaucoup d'enprendre.-
Minerve & les neufSoeurs m'occu→.
pent tour à tour.
Qui s'occupefaitfuirl'Amour.
Les Vers qui fuivent fontde
M' Baratet de Seriniac -
qui a remporté le prix de l'Elegie
à Toulouſe à l'Acade
mie , cy, devant connuë fous .
le nom des Jeux Floreaux .
Le mefme a difputé le dernier
prix de Vers qui a eſté
donné à l'Academie Fran
coile.
GALANT 91
ISMENE ENDORMIE.
DE!
ELEGIE.
Elices de nos Prez, doux & tendres
Zephirs .
Plaignez mon trifte fort , redoublez
vos foupirs ,
Agreables Ruiffeaux , confidens de
mapeine ,
Murmurez des douleurs que je fens
pour Ifmene :
Et vous , petits Oiseaux , par vos
concerts charmans
Rappellez dans fon coeur lafoy defes
fermens
Dans ces ruftiques lieuxfans defirs ,
fans foibleffe ,
Je paffois les beauxjours d'une aimable
jeunesse.
Hij
92 MERCURE
Des Belles de nos champs je mépri
fois les coups,
Je craignois moins l'Amour , que
l'infulte des loups ;
Je voyois fans frayeur, ce Dieu fur
nos fougeres ,
Bleffer les Daims peureux , & les
Chevres legeres ,
Mon Troupeau quelquefois courir
mêmes dangers ,
Succomber tour à tour, Mille & mille
Bergers.
Ma boulette , mon chien , mon trou………
peau , ma mufette,
Eftoient l'unique objet des foins de
ma retraite ;
Defirable repos , que vous eftiez
charmant !
Mais belas ! pour vous perdre il ne:
・faut qu'un moment ,
GALANT.
93
Sur la fin d'un beau jourj'apperçus
dans la Plaine
Ma plus chere Brebis dans le Troupeau
d'Ifmene ;
Je m'avance , & je voy fur le bord.
d'un Ruiffeau
La Bergere endormie au murmure de
l'eau :
Les Ris &les Amours qui dormoient
avec elle
7
La rendoient à mesyeuxficharmante
& fi belle ,
Etmon coeurdécouvrit tant d'attraits
inconnus ,
Qu'il douta fi c'eftoit la Bergere ou
Venus.
L'heure , le temps , le lieu , tout la
rendoit aimable ,
L'air n'eftoit agité que d'unfoufle
agreable ,
94 MERCURE
Qui faifoit àfon gré fløter de toutes
parts
Sur un teint vif & frais de blonds
cheveux épars.
Que mon coeur reffentit de fecrettes
alarmes !
Ah! qu'Ifmene endormie avoit pour
moy de charmes !
Agreable Sommeil , quand tu fermois
fes yeux ,
L'Amour ouvroit les miens dans ces
aimables lieux .
Mille transports nouveaux d'un
coeur deja fenfible
M'infpiroient de troubler un repos fi
paifible:
Mais bientoft devenu plus fage &
plus foumis ,
Je craignois d'éveiller les Amours
endormis
,
Zephire s'arrefta, l'ondefut attentive
GALANT
$5
As divers mouvemens de mon ame :
craintive ,
Et quandmon coeur fe livre àfesflo
tans defers ,
La Bergere s'éveille au bruit de
mes foupirs.
Que de coups imprévus ! qu'Ifmene
fut furprise !
Je tremblay des frayeurs dont elle
eftoit éprife ,
Mais elle fe raffüre , & je vis ſä
[ gueur. pudeur
Combatre foiblement une douce lan-
Je lifois dans fes yeux ce qu'elle.
n'ofort dire ,
Ma bouche à mes tranſports avoit
peine àfuffire ,
Trifte & cher Souvenir des plus aimables
nauds ;
Apeine fuis-je Amant , qu'on ré--
pond à mes voeux.
96 MERCURE
4
Saules , Gafon fleury , Canaux ,
Ondes brillantes ,
Beaux lieux , fages témoins de nos
flames naiffantes.
Que ne vites vous point fous ces
ombrages frais ,.
Quand l'Amour nous bleffoit tous
deux des mêmes traits ?
·La nuit nous feparant , je laiſſe à
ma Bergere
Pourgage de ma foy , cette brebis
fichere ;
Mais d'abord que l'Aurore éclaira
nos hameaux
>
On nous vit dans les champs condutre
nos troupeaux.,
Les mener fur ces bords & les gar
der enfemble ,
Quel bonheur pour deux coeurs qu'un
tendre amour affemble ?
Nous
GALANT.
97
Nous goûtions l'un & l'autre un
bien delicieux
De nous voir , nous aimer , & nous
fuivre en tous lieux .
Des jeux les plus charmans la tranquille
innocence
Nourriffoit de nos coeurs l'heureuse
intelligence ,
Que le paßage eft doux de l'amour
aux plaifirs!
Mais qu'onpaffe aisément de lajoye
aux foupirs !
Ie connois , tout me dit qu'Ifmene
fe partage.
Elle vient dans les champs , elle
monte au Village.
Ses defirs chancelans & fes voeux
incertains
Ne m'affurent que trop du malheur
queje crains ; [ contraire ,
voy tour à tour favorable &
May 1702 .
Je
la
I
48 MERCURE
+
Un jour me promet tout , l'autre me
defefpere ,
Son Troupeau vient encor paiftre
avec mes brebis ,
Je la voy, je l'entens , mais que je
crains Daphnis !
Son chien vient tous les jours careffer
ma Bergere
Tandiss que ce Berger couchefur la
fougere
Faifant desplus beaux airs retèntir
nos Valons
Mefle le nom d'Ifmène à fes tendres
chanfans
Que Daphnis eft adroit ! quefa voix
eft touchante !
Ah ! qu'il exprime bien une flame
naiffante ;
Il aime , ilfait aimer. Que fçay je
[voix ? quelquefois ,
S'ilemprunte toujours lefecours dela
GALANT. 99
Si tandis que mon coeur loin d'Ifmene
foupire ,
Il nefe livrepas au charme qui l'attire
.
-Tout m'en aßure helas ! & je n'en
doute plus ,
Infortuné Damon , que de foins fuperflus
!
Cette chere brebis qu'Ïfmene prit
pourgage,
D'un retour amoureux doux , mais
foible prefage , [ moy
A quitté la Bergere & bêlant aprés
M'apprend à tous momens qu'elle a
manqué de foy`;
Enfaut-il davantage ? Ifmena est
infidelle ,
"Ellefentpour Daphnis ce que jefens
pour elle.
Amour , Transports jaloux , qui me
faitesfouffrir,
1 ij
100 MERCURE
Helas ! laiffez- moy vivre oufaites
moy mourir.
Je ne doute point que
dans la fituation ou fe trouvent
prefentement les affaires
, l'Article qui fuit ne doive
faire beaucoup de plaifir ,
puifqu'on peut y apprendre
quantité de chofes par une
-courte lecture.
ABREGE' DE L'HISTOIRE
DU DUCHE' DE MILAN .
L
A Ville de Milan s'eft
longtemps confervée
independante & en grande
GALANT. ION
liberté. Conrad 11. dit le
Salique , Empereur en 1027 .
allant à Rome pour le faire
v
couronner , trouva les Ha .
bitans de cette Ville , en
réfolution de luy en refuferl'entrée.
Il voulut les forcer
& les abandonner au pillage,
mais il ſe laiſſa appaiſer par
leurs prieres
.
Ils en uferent de même
lorfque Frederic Barberouſſe ,
Empereur en 1152. le prepa .
ra pour un ſemblable fujer , I
afliegea vivement la Ville ,
& lorsqu'ils fe virent en dan .
ger d'etre forcez , ils deman-
Iiij
102. MERCURE
derent pardon , ce qui leur
fut accordé.
*
Ils fe revolterent, une fois
fous la conduite du nommé
Gualfagne leur Chef Fredes
ric s'eftant rendu Maistre de
la Ville les traitra avec une
extreme rigueur. Illagenverfa
de fond en comble, & emmer
11a leur Chef Prifonnier.
Pendant que cet Empereurfejourna
en Allemagne , les
Bourgeois raffemblez travail .
lerent à rebâtir une nouvelle..
Ville,& ce qui paroiſt incroya
bles , ils en vinrent à bout
en deux ans , en forte que
GALANT 103
Frederic eftant entré encore
une fois en Lombardie , ils
luy en fermerent les Portes
& en vinrent à une Bataille.
où l'Empereur fut vaincu &
caché parmi les morts ,
n'ayant paru que cinq jours
aprés.
4
Othon IV. Empereur fut
la feul qui y futreçu avec amitié.
209
Frederic II . veņu quelques
années aprés , fut obligé
d'effuyer une forte Bataille
, en laquelle Trepolo , Venitien
, fut pris & executé
avec plufieurs autres .
Į iiij
104 MERCURE
L'an 1039. que
l'Empereur
Henry de
Luxembourg VII.
du nom s'y preſenta , il y avoit
deux puiflantes factions dans
la Ville , fçavoir Mathieu Viſ
conti , qui avoit Jean fon Frere
, Evêque , & Guy Turrian.
Chacun d'eux pour avoir l'ap- ..
puy de l'Empereur , donna
lien à fon entrée . Auffi les
gratifia t il tous deux , mais .
bientoft aprés Mathieu fupplanta
fon
Competiteur.
Mathieu eut
plufieurs Enfans
, entr'autres Galeas &
Barnabo , qui
partagerent cequ'avoit
leur Pere . L'an 1314 .
GALANT 105
Louis de Baviere V. du nom ,
Succeffeur de Henri , fit emprifonner
Galeas fur quelque
loupçon . Jean Galeas Vifconti
, Fils de Galeas , ne pouvant
louffrir de
partage , prit fi
bien fon temps , qu'il fe faifit
de Barnabo
fon Oncle , &
fon Beaupere , & pour poffeder
le tout , ille fit mourir
de
poifon en 1385.
Il fe fervir d'une divifion
qui cftoir entre Can de Laf.
calli , Seigneur de Tyronne
& de Vincenfe , & François
Cartavo , Seigneur de Padoue
pour les devorer tous deux
106. MERCURE
appuyant l'un pour chaffer
fon Concurent , & enfuitte
ayant détruit l'autre , il ob
tint en 1385 de l'Empereur
Venceflas le titre de Duc de
Milan.
Ce Jean Galeas , n'eut pas
de moindres pretentions que
de fe faire Roy d'Italie. Il
prit le nom de Comte de
Vertus , aprés avoir épousé -
Ifabelle , Fille de Jean , Roy
de France , & fut fi puiffantqu'il
commandoit à vingtneuf
Villes clofes qu'il partagea
en mourant entre fes
deux fils , Jean Marie
82
GALANT. 107
Philippe Marie en 1402. Va.
lentine leur Soeur , fut mariée
à Louis , Duc d'Orleans qui
fur affaffiné à Paris en 1407.
& fut Pere de Charles , pris
à la Bataille d'Azincourt , en
1415, Pere de Louis XII.
Roy de France.
Lemauvais Gouvernement
de Jean Marie , Fils aîné de
Jean Galeas , luy attira la
haine de fes Sujets . Il fut tué
par ceux qui l'approchoient
familierement, & qui appellerent
Aftorges & les autres
enfans . de Barnabo pour les
gouverner , mais Philippe
108 MERCURE
par
Marie fon jeune frere venu
en âge , n'eut pas moins de
vigueur que Galeas pere pour
recouvrer les Etats . Ilépoufa
la veuve de Facin Cane , &
joüit du Duché de Milan
trente deux ans , laiffant
fon Teftament Alphonse V..
Roy d'Aragon , dit Le Ma.
gnanime, pour fon heritier.
Aprés la mort de Philippe
Marie , il ſe trouva plufieurs
afpirans à ce Duché , fçavoir
cet Alphonfe V. adopté par
Philippe Marie , Louis Duc..
d'Orleans , à caufe du Traité
fait pour Valentine fon ayeu
GALANT. Toy
Me. Frederic III . Empereur en
1447. le demanda comme
un Fief de l'Empire , mais
François Sforce , grand Capi .
taine , qui avoit épousé Blanche
, baftarde de Philippe
Marie les prévint tous. Il
eftoit baftard du fameux
Arendulo Sforce , & joüit
affez paifiblement de ce Duché
pendant fa vie . Il laiffa
pour fucceffeurs Galeas Ma
rie , Ludovic dit le More , &
Alcagne qui fut Cardinal.
L'aîné fut affaffiné dans une
Eglife, parce qu'il eftoit trop
fujet à fes plaiſirs . I laiffa
110 MERCURE
*
un fils âgé de neuf , appellé
Jean Galeas , dont fon oncle
Ludovic prit le Gouvernement
, & fe de fit enfuite de
lay pour fe rendre Maistre du
Duché. Cependant comme
il fe vit menacé par les Rois
de Naples , qui vouloient
vanger la mort du Mineur fil
s'avila d'appeller Charles
VIII. Roy de France à la conquefte
de Naples, donvil fe
repentit enfuite , & entra dans
la Ligue qui fut faite pour
empêcher le retour de ce
Roy en France en 1495 .
Le Roy Louis XII . fuccef
GALANT. I
feur de Charles VIII. & perit
fils de Valentine , eftant paffé
en Italie , Ludovic qui'y regnoit
depuis vingt deux ans ,
ne fe voyant pas capable de
luy refifter prit le parti de
s'enfuir en Allemagne en
1499 vers l'Empereur Maximilien
I. avec fon frere ALcagne
, & Maximilien & Fran .
çois fes deux fils.
Ludovic
temps aprés en Lombardie
avec fon frere. Il y avoit esté
appellé par quelques Amis ,
mais il fut trahi parles Suiffes,
& livré au Roy de France
rentra peu de
112 MERCURE
avec fon frere , menez &
enfermez , l'un dans la Tour
de Loches , & l'autre à Bourges
.
1.
De nouvelles broüilleries
s'étant élevées en 1512. entre
l'Empereur Maximilien &
Louis XII. Maximilien fils
ainé de Ludovic , Duc de Milan
fut rétabli dans ce Duché
par les Suiffes . Il le poffeda
fort peu de temps . François .
I. ayant fuccedé à Louis XII .
en isis. renouvella la guerre
en Lombardie. Maximilien
Sforce ne fe voyant pas en
état de refifter, s'accommoda
"
GALANT 143
avec le Roy François I qui
l'envoya en France finir fes
jours avec une honnefte penfion
; mais la fortune ayanc
efté contraire à ce Roy devant
Pavie , Charles Quint
s'en empara au préjudice de
la promeffe qu'il avoit faite
en 1530 au Roy de France à
Paris , de l'en inveftir , au lieu
dequoy il eninveftit Philippefon
fils en 1549. depuis Roy
d'Efpagne fous le nom de
Philippe II . pour le poffeder,
luy & tous fes defcendans
aînez mafl's legitimes , & au
défaut d'enfans males dans
May 1702,
K
144 MERCURE
toute la Famille , à la fille aînée
deſcenduë de Philippe, &
fortie de l'ailné de fa Famille
, de laquelle l'aîné mafle
iffy feroit le fucceffeur , aux ,
charges & conditions par cux
d'en prendre l'Inveftiture des
Empereurs à chaque mucation
des Ducs de Milan.
Cecy fait voir le droit le
gitime que Monſeigneur le
Dauphin a non feulement .
par le Teftameor du feu
Roy d'Eſpagne , mais encore
par fa naiffance fur toute
la fucceffion des Royaumes
d'Eſpagne , ainfi que du Du
1
*
GALANT 15
che de Milan , puifqu'il eft
forti de la foeur aînée du feu
Roy Charles II. fon heritiere
legitime , & par confequent
Monseigneur le Dauphin
ayant de fon vivant cedé fon
droit à Philippe fon ſecond
fils , & Monfeigneur de Duc
de Bourgogne y ayant renon
cé en fa faveur pour fucceder
à la Couronne de France
c'eſt à juste titre que Philippe
V. Roy d'Espagne à prefent
regnant , doit jouir de tous
les Etais , Terres & Seigneuries
dont Charles II. Ion Prede,
ceffeur eftoit en poffeffon.
;
Kij
116. MERCURE
Le bon choix que Sa Majef.
té fait de ceux qu'elle nomme
aux Eveſchez , le connoift par
la maniere édifiante dont ils
s'acquirent des devoirs Epif
copaux . M ' l'Evefque de Blois
a fait depuis peu la vifite de la
plus grande partie de fon
Dioceſe avec un zele tout
particulier & un concours extraordinaire
des Peuples qui
fe fouvenoient à peine d'y
avoir jamais vû leur Evefque,
la pieté de ce digne Prélat eft
d'un grand exemple . Il entreprend
, & il execute tout . Il
a prefché l'Avent dernier
6
GALANT. 117
dans fa Cathedrale , & pendant
le Carème il a donné la
Confirmation a plufieurs mil
liers de perfonnes dans cha
cune des Paroifles de Blois ,
prefchant trois ou quatre fois
par jour , & ne mangeant que..
le foir. Il a fait en mefme
temps la vifite des Communautez
Religieufes
où il paffoit
les journées entieres à par
ler & a exhorter : ce qui n'a
rien diminué de fon application
continuelle à reünir les
efprits alienez les uns des autres
, à entrer dans des difcuf
fions infinies des droits , des
113 MERCURE
intereſts & des pretentions
de chacun , avec un fuccés
qu'on ne peut attribuer qu'à
la fagefle de les ménagemens
à fa penetration , à fa patien.
ce , & fur tout aux voyes plei.:
nes d'équité & de douceur ,
qu'il fçait prendre , & faire
goûter mieux que perfonne
du monde. C'est ce qu'il pas
roift que M' Frotté , Prieur de
la Paroiffe nombreufe qui fe...
trouve dans l'Eglife Cathe
drale , avoit bien compris lorf
que M ' l'Evelque de Blois y
vint faire fa vifite , & donna .
Sac remen's de Confirma..
GALANT 119
tion à prés de quatre mille
perfonnes. Ce Paſteur le reçut
à l'entrée de cette Eglife
avec les Ceremonies ordinai
res & parlant felon l'efprit de
toutes les perfonnes qui con
noiffent les qualitez admirables
d'un Prélat fi accomply
illuy dit.
MONSEIGNEUR .
No
TOUS le fçavons. Il ef.
toit de mon devoir d'en
inftruire sous ce Peuple ;
voftre Grandeur 4 pourvûpar les
vivesparoles defon mandement.
120 MERCURE
dans la vifite dont vous nous
honorez , Succeffeur des hommes
Apoftoliques de leurs dons ,
vous venez pour noftre avantage
in ædificationem , exercer l'au
torité que Dieu vous a donnéeſur
nous ; vous venez jetter lesyeux
de plus prés fur les befoins de cet .
teParoiffe, vous venez nous com
muniquer les biens fpirituels qui
accompagnent cette inspection
favorable. Lesgraces folidesfont
attachées à voftre.divin Minifter
re.Vous répandez l'efprit du Sei .
gneur par le Sacrement de force::
mais au lieu qu'ilfefaifoit préce...
der autrefois par des Tourbillons
impetueux
1
GALANT 120
impetueux, par des tremblemens
de terre, par des feux &par des
flames , il s'infinue icy par Les
charmes de vostre douceur ; ∙il
entrepar les paroles remplies d'a.
grément quifortent de vestrebou
che avec abondance. C'eft ainfi
que ce foufle divin toûjours égal
en luy mefme, ne laiße pas defe
diverfifier par les dons finguliers
de noftre illuftre Prèlat , qui pof
fede tous les meilleurs dans fon
partage . Charifmata meliora,
En effet Monseigneur , en com.
bien de manieres excellentes vous
Sçavez vous transformer pour
Suivre la differencedes efprits , &
May 1702 .
L
22 MERCURE
les chemins particuliers de rous
les cours ; vous afforblir parcon ,
defcendance pour les foibles ; vous
élever , vous foutenir au def
fus desforts ; brûler d'un zele
ardent pour prévenir les chutes,
les feandales , ce qui faifoit
la gloire de l'Apoftre des Na
sions ? Mais quel vravail im
menfe eft le vostre , de toutes les
heures , de tous les momens de
voftre vie , dont on ne doit pas
mefme excepter ceux de ces converfations
agreables où was filers
Apoftoliques imperceptiblement
tendus , prennent , en tes remplif
fant de vos Saintes maximes ,
#
GALANT 1:2
tous ceux que ce commerce aiſe
conduit auprés de vous ? chez les
fains , chez les malades , pour
fortifier , pour guerir , avec les
gens du monde , dans les Commu
~nautez Sainies , avec le riche ,
·avec le pauvre , par tout la m ‹fme
charité s'exerce , & reüffit en
diverfes manieres . Tout le monde
ne fçaitpeut eftre pas dimifl.r
·cespieux artifices ; mais j'en con ·
nois quelques uns , Monfeigneur ,
l'admiration attache particu
lierement à vous fuivre , qui ne
s'y méprennent pas , &qui ont
le plaifir de n'en rien laißer écha
per. Le Public , qui pour l'ordi
que
Lij
124 MERCURE
naire eft fans reflexion , ne laiffe
pas de lefentir , & d'en eftre entraifné.
Le concours eft furpre .
nant par tout où vous portez vos
pas . On vous voit cent fois , cent
fois on yous entend , & l'on aug.
mente en défirs de vous voir
de vous entendre . Toutes vos
actions celles qui paroiftroient indifferentes
en tout autre , fontrecueilllies
comme des trefors . Elles
fignifient elles tirent un prix
ineflimable de la perfonne qui les
fait , defes manieres , de fa droi -
ture. Pardonnez moy , Monſei.
gneur, que vostre modeftie
Jouffre,que j'ayepris avec avidi ·
GALANT 125
de
sécette unique occafion , que vous
ne pouvez éviter , pendant que
vousfuyez toutes les autres ;
marquer publiquement les ſentimens
de mon coeur pour voftre- illuftre
Perfonnne de dévouement,
d'attachement ; de veneration ;
de tendreße. Ce mot m'échape
Monfeigneur , c'est le profond
respect que je voulois dire. · Il
n'eft point en mon pouvoir , à la
verité , dene pasfentir les impref
fions de l'un de l'autre ; mais
je n'ay du parlerquede la foumiffion
parfaite qui vous eft duë ,&
avec laquelle nous vous recevons
tous au nom du Seigneur.
L. iije.
126 MERCURE
Je vous envoye un Difcours
que M' Montozon de la Cha
banne , Premier Avocat du
Roi au Prefidial de Perigueux
prononça avec beaucoup .
d'applaudiffement , à la derniere
ouverture du Prefidial
de cette Ville là. Comme fon
Collegue en avoit fait un fur
la Parole l'année precedente
M de Montozon choifit le
Silence pour la matiere du
fien Cet Ouvrage
a reçu
d'autant plus d'applaudiffe
ment qu'on a remarqué que
Mide Montozon ne s'eft rencontré
qu'en tres pen diendroits
avec Mr de la Fevre :
GALANT 127
rie qui avoit fait l'éloge du
Silence dans ma Lettre du
mois de Septembre 1700.
Quoy que le dernier ait dit
des chofes fi admirables. fur
cette matiere , qu'il femble
l'avoir épuilée , le Difcours
de Mr de Montozon n'a pas
laiffé d'eftre remply de penfée
differentes , tres.curieules
& tres recherchées. Il ne
quite point fon fujet , il dir
tout ce que l'on peut dire
d'agreable fur la matiere
qu'il traite. Ce Difcours eft
tout brillant d'érudition.
mais d'une érudition gracieus
· "
Liiij
#28 MERCURE
fe qui fait plaifir , tant elle
vient naturelement àfon ſujet,
dejforte que ces citations font
faites fi à propos qu'il femble
qu'il n'ait pû s'empêcher de
les faire . Ce Difcours m'a fair
un plaifir extreme en le lifant
& je ne puis m'empêcher de
vous le marquer , mais fans
prétendre vous obliger à être
de mon fentiment. Je ne
parle que pour moy & ce
qui me plaift infiniment
peut ne plaire que mediocre
crement à un autre , lans que
je croye eftre endroit d'y
trouver à redire . On ne doit
•
GALANT 129
pas s'étonner de la beauté
de ce Difcours. L'éloquence
eft hereditaire dans la famille
de celuy qui l'a fair . Mr de
Montozon de la Chabane ,
fon perequirempliffoit la mê.
me Charge d'Avocat.du Roy
eltoit un prodige de fcience
& s'attiroit autrefois l'admiration
de toute la Province
dans tous les Difcours qu'il
prononçoir .
DISCOURS
SUR LE SILENCE.
MESSIEURS ,
Le Difcours que mon Col
10 MERCURE
legue eut l'honneur de vous
faire fur la Parole à la der.
niere ouverture du Palais ,
fuc fi remply d'érudition , &
foutenu de tant d'éloquence
qu'il ne me laiffa que le Si
lence en partage : effet ordinaire
de l'admiration .
Vous prevoyez déja Mef
fieurs que puifque mon Col
legue rendit les hommages
à la Parole , je vais rendre
les miegs, au Silence . Mais
en le rompant pour fatisfaire
au devoir que la Coutume
m'impofe , je vais vous en
faire connoiftre l'excellence ,
GALANT 131
& la neceffité. L'excellence
en ce qu'il regne dans tout
ce qu'il ya de plus grand , &
de plus mifterieux ; la neceſſi
té,en ce qu'il faut qu'il fetrou .
ve dans tous les tems, en tous
lieux , & dans tous les Etats .
Le Silence que vous ob
fervez, Meffieurs , me paroift
fi admirable qu'il m'infpire
le deffein de vous imiter
& de rendre par là à l'Augufte
Déc ffe qui réfide dans tous
vos jugemens , le veritable.
culte qu'on luy doit , cultus
Juftitia filentium. En effet le
filence que je garderois fur
132 MERCURE
le Silence , fi je puis parler
de même , vous exprimeroit
infiniment mieux que mon
Difcours ,fon excellence & fa
necefficé. N'importe , il faut
parler , puifque la Parole n'a
efté faite que pour expliquer
les effets merveilleux du filence
& luifervir de truchement.
Pour vous donner , Meffieurs,
une idée parfaite du Silence
, permettez moy d'en
rechercher la définition parmi
les Philofophes & les
Theologiens. Le fentiment
eft fort controversé ſur cette
définition. Les Anciens pré
·
GALANT 133
tendent que ce foit une ef
pece de repos , de quietude ,
de fommeil , parmi eux il y
en a qui le confondent avec
la Paix , parce que par tout
où eft le Silence la Paix y
regne , & par tout où regne
la Paix le Silence y domine.
Les Modernes nous le dé
finiffent une reprefentation
qui refte dans noftre imagi ,
nation fans eftre mise au dehors
,
par
voix .
le fecours de la
Si nous confultons la
Theologie profane , nous apprendrons
que le Silence a
134 MERCURE
elté reconnu chez les Payens.
comme une Divinité , qu'ils
Juy ont bâti des Temples
élevé des Autels , fait des fa
crifices , & leurs hiftoires nous
fourniffent des exemples des
peines rigoureufes qu'ils faifoient
fubir à ceux qui prota
noient fes Temples .
Ces Payens eftant privez
des lumieres de la Foy , n'avoient
ils point raifon de ren.
dre leurs hommages au Silen .
ce , puifqu'il eft de tout temps
& toûjours à la mode , de tous
les âges , & toûjours agreable
, qu'il n'eft particulier à
1
GALANT 139
perfonne ,
, que c'est un bien
public que tout le monde
peut avoir & que perfonne
ne peut ravir . Il n'eft non plus
à celuy qui l'a connu le premier
qu'à celuy qui le poffede
le dernier : il ne s'ule point ,
& la Pofterité pourra le rece
voir de même que la lumiere,
fans aucune diminution.
Non- feulement ils le re-
-connoiffoient comme une
Divinité , mais comme la
ſource & l'origine de leurs
Dieux , & un Auteur pour
nous le prouver nous fait
voir que toutes les Divinitez
↑
136 MERCURE
des Payens eftoient filencieufes.
Les befoins , dit ce même
Auteur , ont inventé les Dieux,
& les Dieux le Silence. Ce font
les hommes , dit un Sage Payen ,
qui nous apprennent à parler
mais ce font les Dieux qui nous
enfeignent à nous taire.
?
Auffi la Theologie Sacrée
nous définit le Silence , le
Sanctuaire de la Prudence &
de la Sageffe . En effet , Meffieurs
, le Silence eft le fimbole
de la Sageffe & fa con .
dition eft toure divine ; les
hommes , parlent les Dieux
fe taifent. Loquendi homines
GALANT 137
tacendi Deas.
Le Silence eft fi venerable
& fi digne d'admiration que
Dieu l'a confacré en luy mê
me : de toute éternité , fon
Trône fe trouve placé dans
le fein de la Divinité , & Sa
Majefte fuprême l'a choifi
pour eftre fon Panegirifte
comme nous l'enſeigne l'E
criture , Te decet Hymnus in
Sion , c'est à vous à qui on
doit rendre les louanges .en
Sion , & la Verſion porte , le
Silence en Sion , parce qu'en
effet on ne peut mieux ad
mirer fa puiffance que la bou,
May 17020
M
138 MERCURE
che fermée & par un entiero ·
foumiffion d'efprin
2
Les Bienheureux nous
confirment cette verité , puis
qu'ils renferment dans leur
filence toutes les louanges
qu'ils luy donnent dans le
Ciel. La terre s'en fert pour
témoigner fa reconnoiffance
& fon refpect à fon Createur ,,
Silvit terra in confpectu ejus, La
mer & les vents l'employent
pour luy marquer leur obéiffance
, Silvit ventus infermone
jus. Les Cieux les Aftres
n'ont point de bouche ny de
langue pour le loüer , mais
GALANT. 139
le
leur lumiere , leur éclat , &
leur filence annoncent fa
puiffance & fa gloire.
S'il faut , Meffieurs , quelque
chofe de plus pour
triomphe du Silence , pou .
vons nous trouver un plus
grand argument de la gloire
que les effets qu'il produit,
Quand l'Auteur de la Nature
voulut créer ce vafte Univers,
il ne fit aucun bruit ; deux
paroles luy fuffirent pour
créer la lumiere ; lorsqu'il fit :
l'homme , le plus parfait de
fes ouvrages , fon image , il
ne fe fervit que de fon foufle ;
i
:
{
Mij
140 MERCURE
& il ne fit la premiere de tou
tes les femmes , que pendant
le filence mifterieux de noftre
premier Pere.
La Loy fut donnée à Moïse
fous l'épaiffeur des nuës &
non pas par l'éclat du Soleil,
Le Temple de Salomon , mer.
veille du monde , fut bâti
dans le filence , & fans qu'on
youit un feul coup de marteau.
L'Incarnation du Verbe
, le plus grand de nos Mifteres
fut commencée & confommée
dans le filence . Ec
lors que le Fils du Tout puiffant
voulut prendre naiffance
GALANT. 141
il choifit non feulement le
temps du Silence , dum medium
filentium tenerent omnia venit :
mais encore il voulut que ce
fuft dans le plus profond fr
lence de la nuit, & il falut que
les Anges annonçaffent aux
hommes qu'il leur eftoit né
un Roy . -1
Toutes les productions de
la nature font filencieuſes ,
les Plantes croiffent dans le
Silence , les Métaux , les Per
les , les Pierres precieuſes fe
forment dans le fein de la terre
& de la mer au milieu du
filence , & fe produisent de
142 MERCURE
même . De maniere que nous
pouvons dire avec verité que
tout ce que Dieu & la Natu .
re ont fait de grand & de mi.
fterieux ,font des effets du Si .
lence .
Le Silence eft au Ciel l'entretien
de la Divinité , le langage
des Elprits bien heureux
. Aumonde il eſt l'Ecole
de la Sageffe & de la Vertu ,
la plus folide nourriture de la
Prudence , la fource du Souverain
bien , la Loy fondamentale
des Cloiftres , leur
ornement , & le fommeil des -
Sages qui y veillent.
GALANT. 149
On peut dire dans la Morale
que de toutes les habitu …
des de l'ame , le Silence comme
la plus noble , eft celle qui
l'éleve le plus haut , & qui
fait le mieux appercevoir
fa
veritable grandeur. Ceux qui
fçavent le poffeder y trou
vent leur gloire & leur bonheur.
Hinfpire àl'homme ces
hautes & ces divines connoiffances
qui luy fervent à produire
les plus nobles & meilleures
penſées ; en un mot ,
il luy eft neceffaire en tour
temps , en tous lieux , de quel
que âge & de quelque pro-
2
144 MERCURE
fellion qu'il foir , dans l'élevation
& dans la baffeffe.
Auff Dieu & la Nature
pour nous perfuader cette
neceffitè nous ont plucoſt ap .
pris à nous caire qu'à parler ,
& pour nous y fortifier , ont
mis une double barriere à
noftre langue o qual sub v
27 Ilfaut avouer encore que
fr le Silence doit regner ch
quelque lieu , ce doit eftre ,
fans doute dans le Temple
de la Justice , & il y eft fine .
ceffaire que les Jugemens que
vous prononcez , Meffieurs ,
font toûjours precedez du
Silence .
GALANT 145
Silence. On y voit des Mi.
niftres pour le faire obſerver
& les premières paroles qu'ils
prononcent auffi bien que
les Heraults à la Proclamation
des Rois , font , Paix ,
Silence. Parce que la Paix eft
l'ouvrage de la Juſtice , opus
Juftitia Pax , & le Silence ,
-celuy de la Paix .
La Paix & le Silence font
deux Divinitez unies enfemble
, & leur union par une
heureuſe necefficé entraîne
avec elle celle de la Justice ,
Juftitia & Pax ofculata funt.
La Juftice & la Paix eftant
N
May 1702 .
146 MERCURE
unies, ne les defuniſſons pas,
Meffieurs , imitons les Ro
mains , ces Maitres du monde ,
lefquels immoloient fur les
Autels deſtinez à laJuftice , les
victimes confacrées au Silence.
Si le Silence , Meffieurs
,
doit triompher
avec la fuftice
dans le Palais , il ne doit pas
avoir moins de puiſſance
fur
l'efprit des Juges , puis qu'il
leur enfeigne
à rendre à un
chacun ce qui luy appartient
,
à diftribuer
les recompenfes
,
ordonner
les peines , diftinguer
le vray du faux , le vice
GALANT 147
de la vertu , l'innocence du
crime. Il n'eft point d'enchantement
que le Juge ne détruife
par le Silence , point de
nuages qu'il ne diffipe , il
vainc fes paffions, il triomphe
de l'Eloquence . Le Silence
enfin par la fimplicité confond
les fubtilitez de la paro.
le , & fans fraper l'oreille il
enleve le coeur.
Mais fi le Silence eft neceffaire
à la Justice dont il eft
infeparable , s'il eft utile à fes
Miniftres,il ne l'eft pas moins
aux Empereurs & aux Rois,
puis qu'il eft la Colonne fon-
་
Nij
48 MERCURE
damentale des Empires , & le
foutien des Royaumes par la
fubordination & le bel ordre
qu'il y établit, fans lequel tout
feroit dans le dérangement
& la confufion.
En un mot c'eſt le reffort
des Machines guerieres &
pacifiques , c'est une vertu qui
fait les Rois, & fans laquelle
ils ne font Rois , parce que
leur politique ayant paffé par
le creufet du filence , c'eft de
l'or épuré fept fois & rafiné
au feu de la verité.
Cette vertu admirable forme
les magiftrats & les
GALANT 149
1
Grands de la Terre , & le Silence
que leur prefence &
leur élevation impofent , eft la
premiere marque de leur
grandeur. C'eſt par fon canal
qu'on acquiert les grandes
reputations qu'on merite l'e
time & la confiance des Sou
verains, qu'on a part aux in .
trigues du Cabinet , & qu'on
le rend digne d'occuper les
premieres Charges de l'Etat.
C'est une espece de Sou :
veraineté de tenir les penfées
& fes refolutions fecret
il n'appartient qu'aux
Genies fublimes & propres à
tes ;
Niij
150 MERCURE
commander , de penetrer les
deffeins des autres, & fçavoir
cacher les fiens , & comme
c'est le caractere d'une ame
noble de fçavoir fe taire; par
la regle des contraires c'eft
une chofe , honteuſe & le caractere
d'une ame baffe de ne
pouvoir fe taire. Quelque
talent , quelque bonne qualité
que puiffe poffeder un
homine , il n'eft propre à rien
s'il n'a le don du Silence.
Point d'affaires qu'il ne gâte ,
point de converfations qu'il
ne trouble : It laffe les plus
patiens , en un mot il chan
ge de Sexe .
GALANT
151
"
A la verité il n'est rien qui
rende les hommes plus mé .
prifables qu'une abondance
de paroles , lefquelles le plus
fouvent font comme des mines
éventées qui ne produi
fent aucun effet . Au contraireil
n'eft rien de plus utile à
l'homme que le Silence , nihil
·Silentio utilius , dit Horace ny
qui le rende plus confiderable
ny qui luy attire davantage
l'eftime publique que de polfeder
cette vertu , auffi excepte
tan toujours les taciturnes
du nombre des fots.
Non , Meffieurs , il n'eft
Niiij
152 MERCURE
point de plus violent poiſon
pour l'ame que la Parole im
moderée , & le Sage ne trou
ve point de plus fortes armes.
pour la conferver dans fa pureté
que celles qu'il tire du
Silence.
C'eft auffi dans cet efprit ,
que fe Prophete demandoit
à Dieu avec tant d'inftance
de mettre des Gardes à fes
levres , & un frein à la bouche
vox miffe reverti nequit ; c'eſt
ee qui a déterminé tant de
Saints Peres à fe retirer dans
les folitudes pour y pratiquer
les leçons du Sage , lequel
GALANT 153
nous enſeigae que les paroles
des fols font font au dehors
& celle des prudens dans le
Silence.
Que ces Saints folitaires ,
Meffieurs , ont bien acquis
plus de gloire par leurs Meditations
, que , que les plus habi,
les Orateurs par leurs Difcours
eloquens. Le Silence
des premiers entretient un
facré commerce avec le Ciel,
tandis que les autres épuifent
leur genies à imaginer des
tours d'éloquence pour dé
guifer la verité , & flater la
vanité des hommes.
154 MERCURE
© La gloire du Silence ne confifte
pas feulement à perfectionner
les vertus , à corriger
les vices , à dompter les paffions
, à confoler les malheureux
, à eftre utile en tous lieux a
& à tous les hommes , elle fair
encore revivre les morts par
kurs Ouvrages & leur ac
quiert des honneurs qui ne
finiffent qu'avec le monde.
Que ces converſations fi
lencieufes que nous avons
avec les morts nous donnent
de penetration : Nous y apre
Ronsà connoiftre l'Auteur de
la nature & fes ouvrages . Par
GALANT. 155
le Silence nous nous commu .
niquons à Dieu , & cet Eftre
fouverain nous y revele ſa volonté.
Si vous défirez quelque
chofe de plus , Meffieurs , que.
les biens & les avantages que
toutes les Creatures reçoi
vent du Silence , pour prou
ver fon Excellence & fa neceffité
, il faut recouvrir à
l'exemple que l'Orateur appelle
l'Argument fans repart.
Mais il ne faut pas vous pro
poſer des exemples, medio.
cres ;on ne peut eftre trop dé
licat fur le choix des origi
1,6 MERCURE
naux , il faut toujours s'atta
cher aux plus parfaits , &
comme il n'y à de perfection
que dans la Divinité ; il y fauc
avoir recours pour vous fatisfaire
, & vous reprefenter que
Dieu pour nous convaincre
de la neceffite du Silence a
bien voulu nous en donner le
premier exemple comme
nous enfeigne l'Ecriture , ſemel
locutus eft Deus. Et un des
plus grands Interpretes nous
la Trinité affemallure
que
blée
pour
la création
de
l'homme
ne
prononça
qu'une
parole
qu'il
appelle
, veneran
1
ར
GALANT: 157
dum Trinitatis foliloquium
Le Tout- pufflant femble
encore nous prouver la neceffité
du Silence par la peine
qu'il fit fubir au premier des
Anges , lequel pour avoir
troublé le Silence qui regnoit
dans le Ciel fut condamné
à refter éternellement dans
un lieu plein d'horreur & de
cris , & où il ny aura jamais
repos ny filence.
"
Aprés vous avoir porté
l'exemple de Dieu pour vous
prouver l'excellence & la
neceffité du Silence , il ne me
refte , Meffieurs qu'à deſcen158
MERCURE
aux Divinitez terreftres , &
vous offrir l'exemple de
LOUIS LE GRAND ,
qui fert de modele à tout
Univers . Sa Prudence at
elle efté moins admirée que
fa valeur.
Examinez , Meffieurs ; tout
ce que ce Monarque invin .
cible a executé de grand ,&
vous verrez que ce font des
effers du Silence.
Je n'ay pas befoin pour
vous convaincre de cette verité
de vous faire reflouvenir
que les premiers caracteres
de la main impoferent Silen .
GALANT. g
•
ce aux Blafphemateurs : que
·
l'ayant impofé aux Heretiques
& à leurs Temples , il
a élevé par là la Religion &
fon nom au plus haut faifte
de gloire où ils puiffent monter.
Je n'ay pas besoin de
vous parler de tant de Villes
prifes avant que les Ennemis
en feeuffent les Siéges , ny de
tant d'actions éclatantes fui .
vies de Victoire continuelles
dont le nombre eft auffi in .
fini que celuy des Etoiles , que
nous admirons mais que
nous ne fçaurions.compter.
160 MERCURE
Tant de filentieufes circonftances
accompagnent
toujours fes deffeins & fortifient
fes entrepriſes , qu'il
n'eft pas poffible aux autres
Monarques de porter leur
gloire au fommet où le Silence
a élevé la fienne : le
défir eft tout ce qu'il peuvent
en avoir.
L'avenement de Philippe V.
à la Couronne d'Espagne, ouy,
Meffieurs , cet avenement
d'un Fils de France à l'une
des plus éclatantes Couronnes
du monde! ce fuccés heureux,
ce fruit inefpere de la Paix
GALANT. 16t
de Rifwik ; qui a mis toute
l'Europe dans l'étonnement
& dans l'admiration , eft un
effet du filence de noftre
grand Roy.
L'union de deux Peuples
aufli antipatiques que le feu
& l'eau , que la lumiere & les
tenebres , & dont la haine
alloit jufqu'à la fureur , cet
ouvrage eftoit reſervé au filence
de Louis le Grand & à
la vertu de Philippe V. fon
digne Pétit Fils.
C'eft à prefent , Meffieurs,
qu'il faut le caire, puifque tout
ce que les plus habiles Ora
May 1792.
O
162 MERCURE
teur de ce temps , non plus
que ceux qui viendront
aprés nous , n'ont pû , ny ne
feauront rien dire fur ce fujet
, en comparaiſon de ce
qu'il devroient dire , s'ils pou
voient le fçavoir dire ainfi
ne pouvant fçavoir dire , ce
que je voudrois dire touchant
incomparables Monarques
, je renfermeray leur élo .
ge dans le Silence , & l'admiration
; & offriray mes voeux
au Ciel , afin que toujours vic.
torieux ils rendent leurs Ennemis
confus & leurs peuples
ces
contens.
ד
GALANT 163
•
J'ay oublié de vous apprendre
la mort de Meffire
Julien Brodeau , Seigneur de
Moncharville , Oileville
Frefne , & autres lieux ; &
Confeiller honoraire en la
Grand'Chambre
, arrivée le
26. Mars dernier . Il eftoit
-Fils de M' Brodeau , ce celebre
Avocat au Parlement
qui preferant toûjours fa
fonction aux plus élevées de
la Robe , voulut y mourir , &
de Dame Marie Merault ,
Tante de Mrs Merault , Confeillers
au Parlement ; Petit-
Fils de Mellire Charles Bro-
O ij
164 MERCURE
deau , Avocat General de
Henry le Grand , pour lors
Roy de Navarre , & de Dame
Ambroise le Pelletier , grande
Tante de M' le Pelletier ,
Miniftre d'Etat , & de M' le
Pelletier , Confeiller d'Etat
ordinaire , & Surintendant
des Fortifications de France ,
arriere Petit- Fils de Meffire
François Brodeau , Confeiller
d'Etat & Maistre des Requef
res d'Antoine de Bourbon.c
Roy de Navarre.
Cette Famille originaire de
Touraine , a pour aîné Meffi
re Jean Brodeau , Marquis de
GALANT 165
Chatres & de Cande , cy de
vant Grand Maistre des Eaux
& Forests de France , & dont
les alliances avec plufieurs
grandes Maifons du Royaume
, font confiderables . 11
garde les Titres originaires
de fa . Maiſon , dont le luftre
a commencé par Victor Brodeau
, ennobli par Philippe
Augufte , au Camp devant
Acre en Egypte , à caufe des
belles actions de fon Pere &
des fiennes Ce Titre original
en latin , porte cecy .
PHILIPPES par la
grace de Dien , Roy de France ,
166 MERCURE
Salut. Leprincipalfoin des Princes
eftant de récompenser le me.
rite des Hommes illuftres nous le
faifons en accordant la Nobleffe
à Victor Brodean , dont le Pere a
fait des Actions éclatantes dans
la guerrefacrée , & nous voulons
qu'il porte fur fon Ecu , trois pal .
mes en cheffur la croix recroife.
tée. Donnée à Paris l'an 1191 .
Ces Lettres en parchemin
ont un petit Sceau de cire
jaune pendant au bas. Il y a
eu dans la Maifon de Bro.
deau des Miniftres d'Etat du
nom , des Cardinaux & des
Generaux de terre & de mer, ?
GALANT. 167
dans les alliances les plus pro.
ches. Ceux de cette Maifon
ont depuis paffé des Armes
aux Lettres , dans lesquelles
ils fe font particulierement
diftinguez. Victor Brodeau ,
mort fous le regne de François
I. Jean Brodeau , celebre
par les ouvrages qu'il a laiffez
, mort à Tours en 1563. &
le celebre Julien Brodeau
dont on a parlé. Le nom de
Brodeau eft auffi allié à celuy
de Sainte- Marthe , dont il
refte Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Petit Fils de l'Illuf
tre Scevole de Sainte - Mar168
MERCURE
the , chery d'Henry III. &
recommandable par les Eloges
des Hommes illuftres , &
par fa Foedotrophie.
4
La branche de feu M¹ Brodeau
a des alliances tres- con .
fiderables dans le Miniftere ,
dans le Confeil d'Etat , &
dans les Parlemens , princi.
palement en celuy de Paris ,
trop étendues pour les rap
porter icy. Il avoit deux
Soeurs , dont une a épousé
M' Lallemant , mort Maiftre;
des Requeſtes , & Intendant
de Rouen , & l'autre M' de
Montanglos , Seigneur de:
FranGALANT.
169
Francheville , mort Confeil.
ler au Parlement,
"
M' Brodeau laiffe quatre en .
fans,fçavoir Pierre Julien Bro
deau , Seigneur de Mon.
charville non marié , Julien
Brodeau , Seigneur d'Oife.
ville , Lieutenant General de
Tours ; Madelaine Catheri
ne Brodeau , mariée à François
René de la Corbenaye,
Comte de Bourgon , d'an
cienne Chevalerie de Breta.
gne ; & qui compte des
Souverains dans la Maifon
Alliée prefentement à beau
coup de grandes Maiſons du
·May 1702.
P
170 MERCURE
Royaume. Le quatrième eft
Claude Julien Brodeau , Sei.
gneur de Frefne , Lieutenant
de Vaiffeau , & qui a depuis
peu couru de grands risques
fur le Vaiffeau de M le
Comte de Hautefort. Ils ont
eu pour mere , feue Dame
Madelaine Bechfer , d'an
cienne Nobleffe de Cham
pagne , & dont la Maiſon
qui s'y est étenduë par beau .
coup d'Alliances eft originai.
re d'Allemagne.
Mr Brodeau de Moncharville
, dont il eft parlé dans
cet Article , a donné depuis
GALANT 171
peu au Public un nouveau
Sifteme de l'Univers . Ce livre
fait tant de bruit qu'il eft bon
de vous en donner une cour.
te idée . Cette Piece eft en
Vers heroïques élevez , forts,
naturels
& pompeux
, d'un
ftile net, tres.concis , & tout
s'y foûtient également . Le
projet n'eft pas moins étonnant
par fon étenduë qu'il
l'eft par la nouveauté. L'Au .
teur y renverſe generalement
toutes les opinions des Phi ,
lofophes anciens & moder .
nes. Le Plan de fon Sisteme
eft en Eftampe à la tefte de {
Pij
17 MERCURE
fon livre , & comprend fix
Propofitions fondamenta .
les.
Dans la premiere qu'il divife
en deux parties , il nie
dans l'une le plein corporel
& contenu qu'établiffent Pla
ton , Ariftote , Defcartes , &
leurs Sectateurs . Et dans l'au .
tre , il nie le vuide inanimé
qu'admettent Democrite
Epicure , Gaffendi , & ceux
de leur Secte . Il foutient le
Mouvement principe de tou .
te generation , & de toute
deftruction. Que s'il fe trou .
ve dans la nature un plein
GALANT. 173
corporel & contenu , le Mouvement
ne peut avoir lieu ;
donc plus de generation ny
de corruption . Que file vuide
eft inanime , la Nature
tombe dans la même privation
, les atomes ne pouvant
agir d'eux mêmes , parce
qu'ils font matiere , & par confequent
incapables d'un mou .
vement propre & naturel en
eux. Il admet donc les atomes
libres & vaguans dans
l'Univers , non pas à l'aven .
ture , mais déterminez par
un mouvement tout animé ,
qui remplie tout , qui les tra-
14
Piij
174 MERCURE
verle qui les environne, & qui
part du premier Principe , &
de cette hypothefe fuit neceffairement
la rare découverte
des operations infinies de la
Nature .
La feconde admet la plaralité
des Soleils & de leurs
Mondes , qu'il établit dans
un nombre indéfini , mais
cependant terminé,
La troifiéme contre tous les
Phyficiens & autres anciens
& modernes , établit la gloire
celefte au lieu le plus bas ,
c'eft à dire , au centre , principe
de ce grand & general
GALANT. 175
mouvement
de la Nature
d'où dépendent
tous les au
tres.
La quatriéme nie que les
influences divines & le mouvement
foient naturellement
directs , & admet ces influences
fous une idée fpirale & le
mouvement des corps naturellement
circulaire. Ces
deux dernieres propofitions
font la fource & le fondement
de fan nouveau Siftême . Par
catre idée fpirale , tout palle
du centre à la circonference,
& tout retourne de la circon .
ference au centre , & toû
Piiij.
176 MERCURE
jours alternativement de mê
me ,, par une vifciffitude continuelle
& déterminée . 2 11
fait à l'occafion dn mouve
ment une difference bien
effencielle de mouvemens ,
toute naturelle , & qui cepen .
dant n'a jamais encore efté
bien remarquée jufques .
icy.
Il y a donc , dit- il , deux
fortes de mouvemens bien diffe .
rens , l'un eft animé parcequ'il
part d'un principe animé, c'eft te
mouvement general qui fait ion .
res les operations de la nature ,
c'est proprement elle même , d'où ,
I
GALÁNT. 177
s'émanant du premier Eftre , il
fuit fa determination à circuler ,
& forme tous les coeps vifibles
fuivant cette détermination. De
là on les voir naturellement porsez
à la figure ronde, L'autre
mouvement eft bien different , il
eft mortparcequ'il part d'un prin.
cipe fans ame , c'est la matiere.
Ainfi ce mouvement , ne circule
pas , mais il eſt direct ; par ce
qu'il fuit la matiere qui tend
par fon poids à fe rejoindre à la
·matiere comme de même nature ,
ce mouvement, eft propremens
la pente des corps . Par ces deux
mouvemens fi differens il 4
178 MERCURE
prétend clairement prouver
generalement tout ce qui fe
paffe dans la nature dans une
Philofophie expliquée , mais
concife , qu'il nous promet
fondée fur fon nouveau fifte
me où les vertus diftin&tes &
fpecifiques de chaque Eftre
different feront developées
dans toute leur étendue.
Sa cinquième propofition
nie la matiere divifible àl'infini
, d'où par confequens
l'Univers materiel eft terminé.
Cette propofition n'est
pas moins confiderable que
les quatres autres , ny moins
1
GALANT . 179
contraire à celles qui ont
paru julqui.cy.
Enfin fa fixiéme prouve
que tout corps eft air condencé
fous differentes for
mes par les circulations continuelles
de la nature ; que
chaques corps à fon feu cena
tral , & que ce feu n'eft autre
qu'une émanation du mouve
ment general.
Telles font les opinions . Il
les appuye par des raisons fi
precifes , fi naturelles & fi
convainquantes qu'il femble
qu'il ny à pas lieu de douter
des nouveautez qu'il
180 MERCURE
avance. Il confirme par la
Sainte Ecriture tout ce qu'il
dit , & les Paffages fur cha
que propofition font rapor.
tez à la fin de la piece avec
les renvois.
Cette ' premiere piece eſt
fuivie d'une autre qui n'eft
guerre moins confiderable
C'est un Poëme fur Dieu, fur
l'Ame , & fur l'Eternité, Lés
Vers font du même genie ;
& par confequent également
beaux. Ce Poëme finit par
un abregé de toute la Reli
gion Chreftienne , & les Paf- -
fages de la Sainte Ecriture
1
".
GALANT. 181
fur tout ce qu'il avance en
ce Poëme ,font enſuite.
Ces deux Pieces font fui.
vies de Stances fort élevées,
& qui partent d'un efprit penetré.
Il y a de plus deux
Plaintes des Mufes , l'une d'un
ftile pompeux , où l'origine
de la Societé eft raportée aux
Mufes. L'autre eft d'un ftile
fort enjoüé. Quelques pe
tites Pieces détachées s'y
trouvent auffi . Enfuite on
voit les Lamentations du
Prophete Jeremie en Ele .
gies, & la deftruction de Tyr
du Prophete Ezechiel en
1
182 MERCURE
Poëme Epique , dont la " traduction
fidele , le naturel , l'energique
, & l'élevation des
Vers font fort goûtez,
Aprés ces Ouvrages , il
donne une Lifte de ceux qu'il
promet de donner encore , &
qu'il dit fort avancez . La premiere
Lifte contient l'abrer
gé de tous les Theologiens
facrez & profanes , de tous les
Philofophes anciens & mo.
dernes , des Aftronomes , des
Geometres , des Mathemati
ciens , des Medecins & des
Philofophes Hermetiques, où
toutes leurs opinions & leurs
GALANT 183
principales raisons font rapor
tées dans le même ordre
qu'ils ont faivi, & fuivant les
temps qu'ils ont écrit,
La feconde Lifte comprend
une Hiſtoire d'une
prodigieufe étenduë , & qui
n'a jamais encore paru. C'eft
l'Histoire generale de la Mer ,
dont il établit fix Divifions
principales, & qui felon l'idée
qu'il en donne pourra bien
contenir douze à quatorze
Volumes partie in quarto ,
partie in octavo , avec plus de
quatre cens Planches en
Tailles douces de tous les
184 MERCURE
Vaiffeaux anciens & moder
nes des Nations maritimes &
des plus grandes Actions ma
ritimes qui le font parlées
depuis la premiere Antiquitéjusqu'à
prefent.
Les deux Averriſſemens
qui font à lateſte de chaque
Lifte, & tout ce Livre dont je
vous donne le concis , mar.
quent un Efprit d'une très
grande force, & d'une ſcience
& d'une lecture consommées .
Cependant l'Auteur ne pa
roift pas paffer trente cinq
ans. Il en a employé douze ou
treize à fervir fur Mer ,où il a
GALANT: 185
.
&
fait autant de Campagnes en
qualité de Commiffaire Ordonnateur.
Il s'eft trouvé
dans plufieurs actions differentes
& efté bleffé dans
quelques unes , entre autres
dans le Combat que M' le
Maréchal de Tourville livrа...
contre Papachin , Vice. Amiral
d'Espagne, où M' Brodeau
fe diftingua particulierement.
On le vit par tout. Il fut con .
fiderablement bleffé dans le
fort du Combat , & ne voulut
jamais quitter que l'action ne
fuft finie , quoy que ſon Employ
le difpenfaft de s'y trou
May
17020- Q
186 MERCURE
ver. Il y a quelques années
qu'il a quitté la Marine pour
s'adonner aux Lettres. Lepremier
deffein qu'il ait formé
a été cette belle & grande-
Hiftoire generale de la Mer
dont il parle à la fin de fon Livre.
Ily travailloit avec autant
-de dépense que d'aplication ,
lorfque la Fortune renverfa
fes deffeins par une banqueroute
qui luy enleva la plus
grande partie de fon bien , &
qui l'ayant obligé de ceffer
ce grand & curieux travail , il
en a fait un autre , dont la
dépenfe fera beaucoup moins
ن م
GALANT 187
.
ཆུ
confiderable , mais qui fera
d'une égale ou plus grande
utilité pour les Scavans .
C'est le prodigieux Abregé
de tous les Philofophes ,
dont il donne la Lifte dans
le même Livre, La perte de
fon bien , loin de l'abar
tre , n'a fervi qu'à l'élever
davantage. Son efprit trouva
de nouvelles forces. Il parut
toûjours, le même , & c'eſt
dans le temps où il a fait de
grandes pertes qu'il a le plus
partagé fa vie entre lesScienaces
& le beau Monde . On l'a
fourenti preffé de le donner
Q ij
788 MERCURE
粒
au Public , mais ça été tou
Jours inutilement. Cependant
le dernier Ouvrage qu'il vient e
de faire , & qui pare d'une
Science infinie , je veux dire
fon nouveau Sisteme, a fi fort
furpris ceux qui l'ont lû qu'il :
n'a pu fe deffendre de le faire
paroiftre & ce premier debic
eft rout ce que l'on auroit
-pû arrendre des Auteurs les
-plus confommez qui n'ont
jamais produit une hypotcfe
fifublime ,fi profonde, ſi ſuivie,
ni- fi prouvée par des rai .
fons fi convainquantes . On
croiroit, à voir la Lifte de fes
3
GALANT 1899
Ouvrages , qui font effecti
vement prefque faits , que la
vie de quatre autres n'y fuffi
roit pas ou du moins qu'il
feroit dans une grande vieil-
Jeffe. Cependant
c'eſt un jeune
homme qui jufques icy a
palle une bonne partie de fa
vie dans un Métier où l'on fe
pique beaucoup plus de bravoure
que de Science, & dans
lequel on ne peut s'appliquer
à l'Etude faure de Livres ra ..
res, & detemps pour les bien
connoiftres
Coonieft auffi que depuis
fept onhuit ans qu'il a quis ,
4
6
190 MERCURE
té la Marine , que tous ces
prodiges font partis de luy,
lors même qu'on l'a vu le
plus répandu dans le monde.
-Ceux qui le connoiflent nen
font pas furpris , rien n'étanc
égal à la vivacité avec laquel,
desil travaille , quoy que dans
une jufteffe & une elegance
bien prouvée dans le Livre
qu'il vient de donner , où l'on
voit,pour ainfi dire, plus de
pemfées que de mous , & routeslchofes
nouvelles,dans une~
Poëfie fublime , aifée , noble
paturelle . Ses inclinations
ne font pas moins belles que
-7
GALANT 191
*
3
fon Genie . Il eft dans une eftis.
me generale , & il vient à
bout de tout ce qu'il a entrepris
, il peut efperer d'eftre
mis au jour au nombre des
Hommes illuftres. Son Livredu
nouveau Sisteme de l'Univers
fe vend chez Jacques
Joffe Libraire & Imprimeur,
à la Colombe Royale, rue S.
Jaques prés Saint Ÿves.
Meffire Julien Simon Bro
deau , Lieutenant General de
Tours , cy devant Confeiller
au Parlement de Metz, fils de
feu M Brodeau Confeiller en
Ja Grand Chambre, dont je
3
192 MERCURE
viens de vous apprendre la
mort , épouſa le 24 du mois
paffé Damoiselle Marie Phi
lippe Rancher , Dame de
Montauger, Monceaux, & c.
fille de Meffire Jean Baptifte
de Rancher,Seigneur du mar
dreau , Pezé, & c. Cette famil
Je éft confiderable . M. de
Rancher pere de Madame
Brodeau avoit pour bifayeul
Julien de Rancher , qui fut e
Gouverneur de la Bastille , &
qui commanda l'Artillerie
pendant plus de trente ans
en qualité de Lieutenant General
pour les Provinces de
l'ife:
GALANT 193
rifle de France , Languedoc
& Bretagne. Ce Julien avoit
pour frere Antoine de Ran .
cher , Maitre des Requeftes ,
qui fe rendit recommandable
par plufieurs Negocia
tions importantes , & l'un &
l'autre rendirent des ſervices
confiderables à l'Etat , fous
les Regnes de Charles IX: &
de Henry III . comme il pa
roift par l'Eloge qu'en fait
Mezeray dans fon Hiftoire de
France. Ils deſcendoient de
René de Rancher tué au Sie .
ge de la Rochelle en is.
ayant un Commandement de
May 1702.
R
15 ..
194 MERCURE
diftinction , ainsi qu'on le peut
voir dans les Hiftoires de la
Popeliniere,de Thou, & d'Au .
bigné qui en font mention
comme d'un Gentilhomme
d'ancienne & noble extraction.
L'on peut voir encore
les Livres des Genealogies
des Maitres des Requeftes &
des Prefidens au Parlement
de Paris , pour voir un dérail
plus ample & plus precis de
cette Famille.
Vous fçavez , Madame
que les anciens Romains
aprés avoir triomphé de leurs
GALANT 195
' ennemis , venoient dans leurs
Mailons de campagne fe délaffer
de leurs glorieufes fati .
gues en cultivant leurs Jardins.
M'le Maréchal de Catinat
les a imitez dans cette
agréable occupation , & c'eſt¸
ce qui a donné lieu à ces Vers
qui ont efté extrémement approuvez
de tous ceux qui les
ont lûs. Ils font de M' de
Varenne , Frere du Pere Ber.
nard Theatin , connu par di..
vers ouvrages qu'il a donnez
au Public , avec beaucoup de
fuccés .
Rij
1,6 MERCURE
SUR LES PALIER
DE S. GRATIEN ,
PLANTE ET CULTIVE
PAR M LE MARE CHAL
DE CATINAT.
I DY L L E.
Eanes
JE
Eunes Plans croiſſez à loifir,
Fleuriez fous d'heureux aufpices ;
D'un Heros , infenfible à tout autre
plaifir ,
Vous devez eftre les delices .
Les foins où pour vos jours fa tendreffe
defcend ,
Attendent de vos dons le tribut inpocent
?
GALANT : 197
Croiffer fous un Ciebfalutaire';
Et que vostre fecondité
Lui rende , pour l'honneur qu'il a
daigné vous faire ,
L'hommage
qu'il a merité,
$
Voyez autour de vous ces Plaines
fortunées ,
De mille arbresfeconds en tout temps
couronnées ,
> Ces arbres fi chargez de fruits
Ne peuven toutefois qu'étaller leur
richelle :
Et la ruftique main , qui nous les a
produits ,
De leur vile origine annonce la baf
feffe.
D'autres bois, plus audacieux ,
Portant leur cime jufqu'aux cieux
Eteriles ornemens de quelque Foreft
Sombre,
.30
Riij.
798 MERCURE
Semblent s'évanouir dans leur pro- –
pre hauteur,
Un épais feuillage & de l'ombre ,
C'est tout ce qu'on attend de leurvainegrandeur.
Arbriffeaux , voftre fort eft plus digne
d'envie.
D'un plus noble Artifan vous recevezla
vie.
Sa main accoûtumée à cueillir des
lauriers ,
S'occupe de votre culture. i
Et changez tout à coup en riches efpa
liers ,
D'un lieu déja riant il vous rend la
parure .
L'Aurore , & le Midi , redoutez des
frimats,
Derabent votre enfance à leurs noirs
attentats.
GALANT
199
Ce Héros fi terrible à Staffarde , à
Marfaille ,
Qui ne craignit jamais le choc des
Bataillons ;
Fait voir , en vous couvrant d'une
utile muraille
Qu'il craint pour vous les Aqui--
Lons.
· Mais ce qu'on aura peine à croire,
Pour vous montrer son coeur , & combler
voftre gloire .
7
-Sans ceffe il s'entretient de vous :
des Couriers la lenteur
Et croit que
importune
Retarde le plaifirfi doux ,
D'apprendre promptement qu'elle ef
voftrefortune.
S'il combat vaillamment pour des
droits conteftez:
Oufilefort,jaloux defes profperitez
R iiij
200 MERCURE
A d'autres ennemis l'ofe livrer en
proye :
Dans fes momens heureux , dansfes
triftes momens ,
Vous eftes fon unique joye
Vous faites fes amuſemens .
&
Croiffez donc , jeunes Plans , & que
voftre abondance.
Acquite auprés de luy voftre recon--
noiffance .
Que dans vos tendres rejettons
Ilait d'un fruit naiffant les premices
flateufes.
Vos trefors aujourd'huy l'honneur de
ces cantons ,
Enrichiront bientoft fes tablesfomptueuses.
Entre les mets les plus exquis
De fa main liberale on les verra
Servis
GALANT. 201
Aces Amis de choix , quefon merite
touche.
Oui , de votre bonheur les Arbres
envieux ,
Verront vos fruits divins , refervez
pour la bouche
Des Cefars , & des demi- Dieux.
S
Que de motifs pour vous de croiftre,
Et de faire les vains , s'il vous fied
bien de l'eftre ,
-Eẞais d'un modefte Heros !
Taifez- vous ilfçaura , content de
Jon ouvrage ,
Le goûterà plaifir , le vanter à propos.
Alors dans ces beaux traits , où le
repas l'engage ,
Vos éloges mélez détournant le dif
cours ,
Enfufpendrontfouvent le cours.
202 MERCURE
Que les Bois les plusfiers abaiffent
donc leurs teftes ,
Et confeffent icy , devenus moins altiers
Que parmi leurs pareils vous
eftes ,
Ce que vostre Heros eft parmi les
Guerriers.
Je vous envoye un Air
nouveau de la compofition
de M' Guilain , fameux Or
ganifte.
NAIR NOUVEAU.
C'Eſt à toy divin Baccus.
107
Que nous devons noftre gloire.
GALANT 203
Quand on eft plein de ton Fus,
On eftfeur de la Victoire.
Avant que de vous entretenir
de ce qui s'eſt paſſé en
Italie pendant ce mois , dont
ne vous parleray que vers la
fin de ma Lettre , je croy vous
devoir envoyer l'ordre de Ba
taille de M' le Duc de Ven
dofme , afin que vous voyiez
le nombre de Troupes avec
lequel ce Prince a commen
cé à marcher. Ces Troupes
doivent eſtre groffies par les
Garnifons de plufieurs Places
felon le befoin qu'il en aura
204 MERCURE
les noms des Brigadiers font
au deffus des Troupes qui
compofent chaque Brigade.
Il fe peut trouver quelques
noms pour d'autres ; d'autres
peuvent avoir efté mal écrits ,
& quelques Officiers Generaux
peuvent n'eftre pas placez
en leur rang , mais je
vous puis affurer qu'il y a peu
de ces fautes , & quand mêmeil
y en auroit davantage ,
ce n'eſt pas une choſe confiderable
parmi un fi grand
nombre de noms & de troupes
. Tous les ordres de Baraille
qui ont couru , ne fe
a
GALANT 205
font pas trouvez femblables ,
les uns ayant quelques Efca .
drons & Bataillons de plus ,
& les autres de moins ; mais
tout cela va à peu de chofe ..
ORDRE DE BATAILLE
DE L'ARME'E D'ITALIE .
M'le Duc de Vendofme , General.
Lieutenans Generaux de la
premiere Ligne.
M' le Marquis de Crequi .
M' le Comte de Médavy .
M'de Saint Fremont .
M' de Pracontal
2c6 MERCURE
M ' le Comte de Revel.
Maréchauxde Camp .
Mr le Marquis de Mongon .
Mr d'Aubeterre.
Mr de Langallerie.
Mr le Duc de Villeroy.
Mr de Gavois .
Mr le Comte de Rouffi.
Mr de
Vilpion.
PREMIERE LIGNE .
Brigadier.
'M' M. de Ganges .
Efcadrons.
Dragons d'Espagne , 3
Dragons de Senecterre.3
GALANT
207
Brigadier.
Mr de Vallemé.
Gendarmerie.
Brigadier,
8 ) 8
Mr le M. de
Montperoux.
Royal Rouffillon ,
Montperoux ,
Bourbon ,
Commiflaire general , 3
Brigadier.
10
Mr le Chevalier de Luxembourg.
Bataillons.
Piémont , 3
Barouk ,
La Marine ,
Galmoy ,
1
3
} }\
208 MERCURE
Brigadier.
Mr le Comte de Vaudray.
Sault ,
Flandres ,
Brigadier.
Mr de S. Pater .
Anjou ,
Cambrefis ,
Bourk ,
Brigadier.
2
1 }-3
2
3
Mr le Comte de Cezane.
Albermale ,
Perigord ,
Bretagne ,
Brigadier.
Mr du Gua.
}}
3
GALANT 209
Daillon ,
Foreft ;
Grancey ,
I
1
Brigadier.
Mrle Chevalier de Carcado.
Breffe ,
Lionncis ,
Brigadier.
Mr le Chevalier de
Chavigny.
Quercy ,,
Auvergne ,
Brigadier.
Mr de Berule.
Beaujoulois ;
Normandie , 3
May 1702:
S
3
4
210 MERCURE
ESCADRONS.
Brigadier.
Mr de Villiers.
Cuiraffiers ,
Villiers ,
Villeroy ,
Brigadier
2
2}}
Mr le Comte d'Imecourt.
Carabiniers ,
Brigadier.
Mr d'Efclainvillers ,
Efclainvillers,
Narbonne ,
Colonel general ,
Brigadier.
Mr de Wartigny.
3
4) 4
2 &
· GALANT 211
Dragons de Verac
Dragons Dauphins ,
3
6
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Mr de Bézons ,
Mr
Albergotti
Mrle Comte de Vaubecourt.
Mr le Marquis de Praflin .
Mr le Marquis de Barbefie-
'; res.
Maréchaux de Camp.
Mr le Marquis de Flamanvil
ville.
Mrle M. de Bill.
Mr le C. de Múrlay.
Sij
2/2 MERCURE
"
Mr de Chemeraut .
Mr d'Asfeld..
Mrle C. d'Eftain .
SECONDE LIGNE.
Brigadier.
Mr le Comte de Goas .
ESCADRONS.
3 Dragons d'Eftrade
Dragons de Lautrec , 3 S
Brigadier.
Mr Dourches.
Dauphin Cavalerie ,
6
Melungeo
Ourches ,
Montauban ,
2
2
Brigadiers
Mr le M. de Choifeüil
GALANT 213
Des Clos ,
Wiltz ,
La Reine ,
E
2
:}
7
BATAILLONS
.
Brigadier
Mr le Marquis de Lignerac.
Perche ,
Bigorre ,
2
Salre ,
Crouy ,
Brigadier,
4
Mrle Marquis de Guerchy.
La Fere ;
Albigeois ,
Ponthieu ,
Thierarche
,
214 MERCURE
Brigadier.
Mr d'Imecourt.
Royal la Marine.
Baffigny,
Cotentin ,
Brigadier.
Mr le Marquis de Vergetot.
Vauges ,
Royal Comtois ,
Angoulmois ,
Maulevrier ,
Brigadier.
Mr
Dorgemont.
Soiffonnois ,
Tournefis ,
Miromefnil ,
Vendofme ,
1
!}
}
4
I
GALANT. 215.
ESCADRONS.
Brigadier.
Mr le Chevalier de Sully.
Sully ,
Sibourg ,
Mauroy ,
Uſez ,
Brigadier.
Mr. de Vandeüil .
Biffi
Broglio ,
Vandeüil ,
Anjou ,
?
25
2
2
Brigadier.
Mr le Comte de Fimarcon..
Dragons de Fimarcon , 3
Dragons du Heron , 35
6
216 MERCURE
CORPS DE RESERVE.
Mr le Duc de la Feüillade .
BATAILLONS.
&
Mrle Comte de Dreux .
Bourgogne ,
3
Medoc ,
ESCADRONS.
Mr de Ruffé.
Raffé ,
Simiane ,
Roffe,
2
Dragons de Languedoc, 3 S
Artillerie
de France.
Royal Artillerie , 1 , Bataillon .
Artillerie d'Efpagne. 1. Bataill.
Total de l'Infanterie
t 60. Bataillons:
Total
GALANT 217
Total de la Cavalerie ,
101. Efcadrons
.
Outre ces Troupes , Mr le
Comte de Teffè a dans Mán .
toüe , dix fept Bataillons &
douze Escadrons.
Ce qui fuit vous apprendra
en quoy confiftent les Troupes
de l'Empereur .
ETAT DES TROUPES
Imperiales en Italie ,
Infanterie Imperiale.
Bataillons.
Migielly ,
4
Thau Naſſau ,
May 1702.
T
218 MERCURE
$
Vieux Staremberg ,
4
Man ,
Pagny,
4
Guy Staremberg , 4.
Dermerſtein .
Goutenetrein ,
Lorraine ,
Longueval ,
4
Luhkenſtein ,
CAVALERIE
.
Eferadrons.
Commercy ,
6
Vilcony,
Vaudemont,
Lorraine ,
Corbelly ,
Neubourg,
6
6
6
·6
GALANT 219
Darmeftat ,
6
Dragons de l'Empereur .....
De Briftetein , 6
Serigny , 61
Savoye ,
6
Vaubonne , 6
Houffars.
Evergeny ,
800 : hommes ,
qu'on peut compter pour
fix.
Paul Diak.
Total de la Cavalerie ,
85 Efcadrons!
Les Regimens de Cavalerie
d'Herbeville & de Cronfeld , -
chacun de fix Efcadrons , doi
vent eftre prefentement arri
vet . Tij
220 MERCURE
* Ce qui fuit vous appren .
dra en quoy confiftent les
Troupes dont le Roy de Dannemarck
s'eft accommodé
avec l'Empereur.
ETAT DES TROUPES
Danoifes , en Italie .
Infanterie Danoife.
Bataillons,
La Reine ,
1
Prince Charles ,
Prince Georges ,
Prince Chrithan ,
Sutzland ,
I
Zeland ,
GALANT 2272
:
Total des Bataillons qui
doivent compofer l'Armée
Imperiale ,
54
Les Regimens de Kuent &
Solary ont eu ordre de mar
cher .
Dragons Danois ,
Kottenstein ,
Jouen ,
2
Je croy devoir joindre l'Etat
fuivant aux precedens.
ETAT DES TROUPES
que la Republique de Ve
nife a fur pied."
Infanterie.
Quatre vieux Regimens de
Tiij
222 MERCURE
4000
mille hommes chacun , s'ils
eftoient complets ,
Quatre nouveaux Regimens
fur le même pied , 4000
Dix mille Eſclavoms , 10000 .
Cinquante Compagnies de
cent hommes chacune sooo
Surquoy il s'en manque
quatre cens hommes que les
Troupes ne foient complet
tes , 400
Quatre mille Vieillards ou
Enfans incapables de fervir
, 4000 .
Le Senat, a outre cela les
Cernides qui eft uue efpece
de Milice dont il fait monter
GALANT. 223
·
le nombre fort haut . Cependant
il ne s'en leva l'année
derniere que sooo , dont on a
déja efté obligé de renvoyer
les trois quarts chez eux , parce
qu'ils mouroient de langueur.
Cavalerics
Dix huit Compagnies de
Cuiraffiers fans Cuiraffe , de
so, hommes chacune , 900
Dix - huit d'Esclavons ou
Caplets ,
Six de Dragons ,
900
900
Total de la Cavalerie , dont
. ilyen aun quart de Valets &
de Paffe volans, 2700.
Tiiij
224 MERCURE
1
Je vous envoye le Tefta .
ment de Guillaume III. Roy
de la grande Bretagne en artendant
que je vous parle des
effets que ce Teftament aura
produits.
YUR
TESTAMENT
fait & figné par S. M.
GUILLAUME III.
ROY DE LA G. BRETAGNE ,
Prince d'Orange , & c .
Le 18. Oftobre 1696.
Au nom du Seigneur , Amen.
N
OUS Guillaume par
la Grace de DieuRoy de
GALANT: 225
la Grande Bretagne , Prince
d'Orange & c.
Confiderant l'infirmité & la
mortalité de l'homme , la certitu
de de la mort , & l'incertitude
du temps de l'heure d'icelle , ég
avons trouvé à propos , & réfo
lu , avant que fortir de ce Val
Terreftre , de noftre volonte
dafir , de difpofer des biens.tem
porels qu'il a plu à Dieu de nous
donner , sant feodeaux , qu'allo
diaux , en vertu de l'Octroy de
Meffieurs les Etats de Hollande
de Weftfrife , en datte du 15.
Juin 1673. recommandant premie.
rement noftre ame immortelle en226
MERCURE
tre les mains mifericordienfes del
Dieu , & de noftre Sauveur Fe
fus Chrift & noftre corps mortelà
la terre?
Revoquant , caßint , &an.:
mulant par les prefentes tous Tef
tamens, Codicilles ou autres difpofitions
que nous aurions pújamais ›
avoirfaits ou paffez , ne voulant
pas qu'iceux & aucun d'eux
fois fuivy ou execute en aucun
point ; & ainfi difpofant de noueau
, nous déclarons avoir nom ··
inftitué mé comme nous nom·
mons & inftituons par ces prefentes
noftre heritier unique
GALANT. 227
univerfel dans tous nos biens tant
fordeaux qu'allodiaux , que nous
aurons délaißez en mourant ,
noftre Coufin , le Prince Frifon
de Naßau , Fils aifné du Prince
Cafimir de Naffau , à présent
Stadthouder de Frife , refervant
de luy inftituer sels Tuteurs ,
que nous difpoferons cy aprés.
De plus nous déclarons de nous
referver la puiffance de pouvoir
fous noftre main & fignature pri
vée faire tels legs particuliers ,
telles difpofitions , que nous pour
rons cy aprés, trouver à propos ,
woulans & défirant que quoy
228 MERCURE
›
qu'ils foient écrits par nous few ?
lement & fignez de nous ou écrits
par un autre &fignez de nous
ils foient de mefme force & va.
leur , que s'ils eftoientfpecialement
infpirez exprimez dans ce
noftre Teftament. Nous décla
rons tout ce que deffus eftre noftre
Teftament & derniere volonté ,
defirant qu'ilait forte fonplein
effer ,foir comme Testament , co
dieile , donnation à cause de mort ,
ou de quelque maniere qu'il poura
le mieux avoir ou fortirfon effet,
nonobftant aucuns deffauts ou negligence
qui pouroient y avoir efté
commifes , aufquels nous prions.
1.
GALANT 229
que l'onfupplée en la meilleure ma
niere quefe pourra
Nommant & inftituant pour
Executeurs de ce Testament &
derniere volonté les Etats Genevaux
des Provinces Unies , les
Y
fupliant qu'il leur plaiſe de l'accepter
, & de faire executer ce
noftre Teftament ou derniere vo-
Lonté En foi dequoy nous avons
fait écrire les prefentes , & les
avons fignées de noftre main &
fignature , & fcelées de noftre cachet
. A la Haye le 19. Octòbre
1695. Etout figne ,
GUILLAUME , Roy.
Le Caches de Sa Majesté
30 MERCURE
estant imprimé , à costé en Cire
noire.
La Sufcription eftoit ainſi
Aujourd hay 19. Octobie
1695. Pardevant moy , Adrian
Vanstervelt , Notaire public
admis par la Cour de Hollande
& réſidant à la Haye , en préfence
des Témoins fous nommez ,
Comparut Guillamme II 1. par
la Grace de Dieu , Roy de la
Grande Bretagne , Prince d'O
range & c. de moy , Notaire
connu , fain & difpós de corps
lequel exhiba à moy , Notaire
ce préfent Papier Cacheté en
quatre endroits du Cacher deSa
GALANT
31
&
'Majesté , coufu de foye noire ,
dedans estoit contenu le
dit
que
Teftament
derniere
volonté
de
Sa
Majesté
, &
que
Sa
Ma
.
jefté
défiroit
qu'il
fortist
ainfi
ſon
effer
, quand
même
toutes
les
folemnitez
requifes
, pourroient
n'y
eftre
pas
obfervez
.
ist
Cefut fait & paffe àla Haye
en préfence des Sicurs Guillaume ,
Comte de Portland , Guil
laume de Schuylenbourg,Témoins
à ce requis , lefquels avec Sa
Majefe moy Notaire , ont
figné ces Prefentes , jour & an
#
comme deffus eftoir figné
GUILLAUME , ROY,
232 MERCURE
1.
PORTLAND , GUILLAUME V.
SCHUYLEMBOURG
& plus
has en préfence de moy . ADRIEN
VANSTERVELT , Notaire,
S'accorde avec fon principal.
Signé , P. Van Assendelft .
Le 30. Mars dernier мr le
Comte de Simiani fut baptifé
à Paris . C'est un jeune Turc
du Royaume de Boſnie , qui
deſcend des anciens Comtes
de Simiani autrefois Chré .
tiens ; mais la Providence
ayant permis que ce pays foit
tombé fous la tyrannie des
GALANT 233
Turcs , les ancestres de ce
nouveau Chrétien fuivirent
le torrent , & preferant leur
fortune temporelle à celle de
·Teur falut , renoncerent à la
Foy , & attirerent par leur
exemple une infinité de perfonnes
au Mahometifme.Eux
& leurs defcendans ont juf
qu'à prefent esté honorez des
premieres Charges & Dignitez
du Royaume , & l'oncle
de M' de Simiani eft actuelle.
lement Bacha ou Viceroy de
Bofnie Ce jeune homme qui
neft âgé de vingt un ou vinge
deux ans , ayant oüy dire par
May 17020
V
#34 MERCURE
hazard que les ancestres
avoient efté Chrétiens , con.
çur le defir de fçavoir en quoi
confiftoit cetteReligion dont
à peine connoifloit il le nom.
Il en vint à bout par le moyen .
de quelques gens du Pays qui
connoiffoient les Miniflion .
naires . Quoi qu'il ne la con-
Duft que tres imparfaitement,
il en fut d'abord charmé , il la
trouva plus conforme à la
taifon que toutes les autres.
Il comprit qu'elle n'avoit rien
que de grand , de relevé & de
faint .Enfin il en conçut une fi
haute idée , qu'il fut perfuadé
GALANT 235
qu'une Religion fi lainte ne
pouvoit eftre l'ouvrage des
hommes , mais uniquement
de l'Auteur de toute Sainteté.
Il n'en demeura pas là.
De l'eftime il paffa bientoft
au defir de l'embraffer , il recela
de renoncer à folut
pour
tous les biens & à fes hautes
efperances , & perdre la vie
s'il le falloit , pour executer
un deffein que Dieu feul luy
avoit infpiré. Il comprit bien
qu'il falloit pour cela quitter
fon pays, & le mettre dans un
état bien rude à une perfonne
accoutumée comme luy à
Vij
236 MERCURE
&
eftre le Maiftre partout . Rien
ne fut capable de l'ébranler .
Il eftoit difficile de paffer en
Europe, fans queles Turcs &
le Bacha fon oncle le fceuffent.
Il ne l'euft peut- eftre
pû faire, fi fon confident, Armenien
de nation par le confeil
de quelque Miffronnaire
de la Compagnie de Jefus,
ne luy euft confeillé de com
muniquer fon deffein à m'de
Feriol , Ambaffadeur du Roy
à la Porte du Grand Seigneur.
Il le fit , & luy demanda fon
avis . M' l'Ambaffadeur admira
la puiffance de Dieu , qui
GALANT 237
peut quand il luy plaift, des
pierres mêmes en faire des
enfans d'Abraham , & aprés
luy avoir donné toutes les
marques imaginables de bon
té , il chargea Mr Blondel fon
Secretaire qu'il envoyoit en
France , d'y mener le jeune
Bacha , & de le mettre entre
les mains de M' de Pontchatrain.
Ce Miniftre toûjours
rempli de zele pour l'avance .
ment de la Religion & pour
la gloire du Roy , le vit avec
plaifir , & le preſenta à Sa
Majefté qui ea eut un tresgrand
de le voir dans les fen238
MERCURE
2.
timens où il eftoit . Elle le re
ceus avec une bonté tresgrande
, & luy fit l'honneur
de luy dire , qu'il devoit bien
remercier Dieu de la grace
qu'il luy faifoit de luy faire
connoiftre la verité , & de le
tirer du Mahometilme pour
embraffer la Religion Catholique
. Sa Majesté voulut enfuite
qu'il allaft au College
des Jeluites pour y eftre inf.
truit par eux de tout ce qui
regarde la Religion . Ces Peres
ont eu le plaifir de voir
ce jeune Turc recevoir leurs
Inftructions avec une dociGALANT.
239
..
lité charmante, & en profiter
fi bien qu'en peu de temps il
fut capable de recevoir le
Baptême . Son Eminence M²
le Cardinal de Noailles , Ar .
chevefque de Paris , voulut
luy même prendre la peine
de l'interroger , & en fut fi
content qu'il crut qu'on pou
voit luy conferer ce Sacrement.
Il en eut fait luy- mê
me la Ceremonie , files grandes
affaires luy en euffent
laiffe le temps . Il nomma M'
Pirot,fon grand Vicaire, pour
le faire en fa place . Sa Majef
sé voulut bien luy faire l'hon240
MERCURE
Le
neur d'eftre fon Parrain . Ma..
dame la Ducheffe de Bourgogne
fur la Marraine .
Roy nomma Mr le Marquis
de Dangeau pour tenir fa
place , & Madame de Dangeau
pour tenir celle de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
. La Ceremonie fe fir,
non pas dans la Cathedrale ä
caufe des Proceffions & des
Stations du Jubilé, mais dans
la Chapelle de m' l'Archevê .
que , où il y eut quantité dè
gens choifis .Tout le monde y
fat touché de la modeftie & de
la devotion du Catecumene;
&
+
GALANT 2441
I
& du beau Difcours que prononça
м' Pirot . La Ceremonie
eftant faite felon ce qu'il
fe pratique en femblables
Occafions, м ' Pirot le mena
au grand Autel de la Cathedrale
, & delà à celuy de la
Vierge, où il y avoit une gran
de affluence de peuple qui
cftoit accouru dans l'efperance
de voir la Ceremonie
.
Il y parut avec la Robbe
blanche pardeffus les habits
de Turc , avec une modeftie
qui fit répandre des larmes
de devotion à une infinité de
gens . Il eftoit fuivi d'un grand
May 1702.
•
X
242 MERCURE
"
nombre de Jefuites & des
plus diftinguez de leurs Penfionnaires
, fur tout des jeunes
Armeniens que le Roy a
mis & entretient dans le Col.
lege de ces Peres . Leurs habits
les faifoient remarquer.
Sa Majesté a ordonné que m'
le Comte de Simiani a qui
élle a donné mille livres de
penfion , & une Lieutenance
dans fon Regiment , allaft
paſſer trois mois à l'Academie,
aprés quoy il retournera
au College de Louis le Grand
où il a déja fait la premiere
Communion pour ſe preparer
GALANT. 243
à recevoir le Sacrement de la
Confirmation . Sa Majesté
charmée de la converfion fincere
de ce jeune Comte, luy a
promis une Croix de Saint
Lazare .
Meffire Jean de Turmenyes ,
de Nointel , Baron de Bo .
ves , Seigneur de Nointel ,
Profles , Mours , Nerville ,
Courcelles, Nantouillet, l'Iflo
Montigny , Maistre des Requestes
, & cy devant Inten ..
dant en Bourbonnois , fut
reçu le 3 .
de Mars à la Chambre
des Comptes , en la Charge
de Confeiller d'Etat ,
x ij
1 244 MERCURE
-
Garde du Trefor Royal de
feu M ' de Turmenyes fon
pere , dont je vous appris la
mort le mois paffé. Mr de
Nointel eft apliqué , habile ,
gracieux & tres effentiel . Il
a beaucoup de penetration
& de folidité. On ne peut
mieux remplir les fonctions
d'Intendant qu'il l'a fait pen .
danc prés de trois années , &
il y a fait executer les Ordres
du Roy d'une maniere également
avantageufe à Sa
Majefté & agréable aux
Peuples de fon département.
Il n'y en a point qui ne
GALANT. 245
l'ayent regreté , auffi y fervoit
-il avec beaucoup de
Nobleffe , Moulins et un
fort grand paffage fur tout
en ce temps cy , & Bourbon
n'en eftant pas éloigne , il
y avoit toujours un grand
nombre de perfonnes de dif
tinction qui estoient témoins
de la maniere honorable avec
laquelle M de Nointel vi
voit. Le Roy deffunt d'An
gleterre , & la Reine fon
époule en forent tres - con ·
tens l'année derniere , & ne
purent s'empêcher d'en marquer
au Roy leur fatisfaction ,
"
X iij .
246 MERCURE
autli a t il reçu des compli
mens de condoleance fur la
mort de Mr fon pere de la part
de Leurs Majeftez Britanniques
, qui envoyerent pour
cela Mrs Ployden & Striklan
de , & il y a peu de Prince & de
Grands Seigneurs qui n'en
ayent ufé de même à fon
égard .
Vous ne ferez pas fachée
de lire la piece qui fuit. Elle
eft d'un caractere à ne vous
déplaira pas .
GALANT 247
PLAINTE
DE LA FRANCE .
AUX FEMMES
DE CE SIECLE.
D
Ans un Temple confa ...
cré à la Paix , au milieu
d'un boccage , dont le filence
n'eft jamais troublé , que par
le bruit des Zephirs , ou par
le doux ramage des oifeaux ,
la France fit un Diſcours au
fujet des femmes de ce fiecle ,
en prefence d'une Compa
248 MERCURE
gnie compofée d'une troupe
de Décffes , & des plus rares
Beautez de la Cour de Louis.
LE GRAND . La fage Mi.
nerve tenoit parmi ces Dames
une des premieres places.
Aftrée dans le fimple appareil
où elle fe fait voir aux hommes,
venoit d'abord aprés elle
La Victoire & la Renommée ,
parées avec autant de foinque
pour le jour de leur
Triomphe , occupoient enfuire
les fieges éclatans qui leur
choient preparez . Plufieurs .
autres Divinitez eftoient
ainfi placées , felon leur rang,
GALANT. 249
& felon la dignité de leurs
fonctions. D'un autre cofté
la Paix qu'on avoit veuë def
cendre du Ciel , fur un char
couvert de deüil eftoit nonchalamment
aflife. Une trif
teffe majeftucule eftoit im.
primée fur fon viſage , & répandue
fur fes ajuſtemens.
Elle n'eftoit plus couronnée ,
ny des rofes , ny des feuilles
d'olivier , comme dans le
temps de fon regne. Cependant
à la vue de cette nombreuſe
Affemblée qui dans
cette ceremonie n'avoit choiffon
Temple , que pour la
250 MERCURE
venir conſoler de ſon exil' ,
elle reprenoit de temps en
temps un certain air de feverité
, qui temperoit au dehors
le reffentiment qu'elle nour
riffois dans fon coeur.
On voyoit à la droite ,
une fuite de ces Divinitez
bien faifantes , qui font fes
Compagnes inféparables . La
tranquille Felicité s'y faifoit
aifément remarquer à fon air
noble & modefte . L'abondance
, la Liberté , & la Fortune
, y tenoient auffi des plai
ces fort diftinguées . Le refte
enfin de cet auguſte cercle
GALANT 25-1
2་
eftoit formé par ce qu'il y a
de plus poli & de plus galant ,
parmi le beau Sexe de la premiere
Cour du monde , com.
me j'ay déja dit. La France
parla à ces Dames , & fe fervit
de ces termes.
Je ne viens pas dans ce
Temple , ô Déeffe , Fille du
Ciel , dit elle , en s'adreſſant à
Ja Paix, pour exciter mal à
propos , ny redoublǝr ſes ennuis
que mes nouvelles guerres
vous ont déja cauſez.
Vous pouvez juger au contraire
par mes foins & par
mes efforts , du defir fincere
242- MERCURE
que j'ay de vous revoir dans
mes Etats. J'ofe même direque
le fujet qui nous raſſem.
ble icy eft une preuve éviden
te , de la pureté de mes intentions
; puifque je ne viens
que pour vous annoncer , &'
pour vous convaincre que je
voudrois avoir dans mes Vil
les , ou dans mes Provinces ,
autant de Femmes genereu .
fes , que je trouve par tout
d'hommes prefts à porter de
l'un à l'autre bout du monde
la gloire & la terreur de mes
armes , pour vous faire regner
éternellement avec moy.
GALANT 25.3
Voyez , aimable Déeffe ,
l'étenduë de mes fouhaits , &
l'excés de mon amour , Je ne
doute pas que vous n'en foyez
d'abord furprife , & que
mon fexe n'en foit allarmé ;
mais le Heros , que le Ciel
m'a donné , & qui ne travail.
qu'à vous maintenir , en vous
facrifiant mefme les plus
beaux lauriers , demande de
vous & de moy les juftes
plaintes que je fais en ce
jour.
Je vous en fais les Arbîtres
, ô Puiflantes Divinitez ,
qui m'honorez d'une atten
254 MERCURE
tion fi favorable. Au milieu
des prodiges étonnans qui
ont paru durant le regne de ce
Heros ; parmi ces hommes
extraordinaires , & ces Femmes
illuftres , qu'on n'a vû
naiftre , pour ainfi dire , que
pour l'embeliffement de fon
fiecle , ne devois je pas croi
re que le Ciel pourroit fufci .
ter en fa faveur , des Femmes
Heroïques , qui euffent de la
fermeté & du courage au delà
de toutes celles de leur fexe,
pour élever ma Nation au
dernier comble de la gloire ?
J'avois lieu fans doute de l'el-
·
GALANT. 255
perer , & tout fembloit me
le promettre . Déja les beaux
Arts & les Sciences les plus
épineuſes , cultivées par les
Dames , deja le prix qu'elle
ont remporté , dans mes
plus floriffantes Academies ,
tous ces nouveaux miracles ,
eftoit pour moy d'heureux
préfages , & je pouvois me
perfuader que mon attente
ne feroit pas inutile , mais
les Dieux m'ont refufé cette
joye. Je n'ay fait au Ciel
que des prieres perduës ; &
sil a fouvent permis que le
beau fexe triomphalt de l'ef
256 MERCURE
prit comme il triomphe des
coeurs des hommes , helas !
je n'ay jamais eu le plaifir
de voir , qu'il imitaſt la va .
leur & l'intrepidité de mes
Heros. Aufli avois je moins
fondé mes efperances fur l'i .
dée de ce premier bonheur
que fur l'exemple des fiecles
paffez .Une Femme guerriere
ne me fembloit pas fi difficile
àtrouver , lorfque j'en voyois
quelqu'une prefque dans
tous les temps. Combien de
fois me fuis je reprefenté
cette fameuſe Souveraine.
qui parut la premiere à la
-
GALANT.
• 257
tefte des Armées ? Qu'il m'étoit
doux de la confiderer ,
le fer à la main dans une
Bataille , difpofant de tout
avec prudence , faiſant front
de toutes parts , & rempor.
tant une victoire qui fut d'aurant
plus belle que le General
des Ennemis fur glorieufement
mis à mort par les
mains d'une autre Femme.
Mais quelle foule de Reines ,
de Veuves , & de jeunes Filles
, fe prefente tout à coup
à mon fouvenir , lefquelles
ont donné des preuves de
leur courage par des actions
May 1702 .
Y
258 MERCURE
qui auroient fait honneur aux
plus vaillans hommes ? Paflons
toutefois fous filence
l'exemple de ces Femmes que
l'Inde a vues autrefois com .
batre , pour la conſervation
de fes interefts , & de fa liberté.
Difpenfez moy de vous
parler auffi de ces illuftres
Romaines , qui ont merité
des Couronnes dignes des
Cefars , & des Auguftes. Are
reftons nous , fi vous voulez ,
fur ces rivages heureux , où
cette nation choiſie d'Amazones
regne depuis fi longtemps
; & dont la valeur fut
GALANT 259
toûjours regardée par les pre.
miers Conquerans du monde
, avec relpect & avec éton
nement. Je devrois icy vous
retracer leur hiſtoire , & vous
faire la peinture de leur gou.
vernement , & de leurs moeurs ,
mais il faudroit pour cela , à
la honte du fexe François
vous entretenir de leur édu .
cation , de leur fagefle , & fur
tout de leur in difference pour
le plaifir & pour l'amour
tentation commune , attraits
également invincibles pour.
le refte de toutes les Fem
mes.
Y ij
260 MERCURE
Mais pourquoy remonter
fi haut : Les Femmes ne peuvent
elles avoir du courage
que fous un Ciel étranger, &
en des Climats barbares ?
N'aton pas vû des jeunes
Heroïnes dans le fein même
de mes Etats , fe preſenter à
mes ennemis, repouffer leurs
affauts , & triompher de leur
refiftance ? Je n'aurois jamais
fair, ô Saintes Divinitez, ſi je
voulois étaler tous les exemples
que je pourrois raporter
à ce propos. Mais n'en dou
tons point. La Valeur, cette
vertu magnanime, que le Ciel
GALANT 261
n'a , ce femble accordé, qu'aux
hommes , feroit propre aux
Femmes de nos jours ,fi cette
molleffe, & cette timidité af
fectée qu'elles font paroître
ne les rendoient auffi foibles
qu'elles veulent qu'on les
croye, ou qu'elles le font en
effet . De là vient , qu'elles fe
bornent à de plus douce's conqueftes
, qu'à celles des Villes
& des guains des Batailles . La
victoire d'un coeur qu'elles
ont affujetti , ou par le pou
voir des yeux, ou par le charme
de la parole , et le feul
triomphe où elles afpirent ;
262 MERCURE
ou pour mieux dire , elles n'ai
ment prefque toujours qu'à
briguer le fer d'un Vainqueur ,
& à voir leur propre défaite.
C'est à vous , ô juftes Dieux,
à me vanger. Serez vous toûjours
lourds à mes plaintes ?
Que Mars & Bellone travaillent
fans ceffe à nous former
des Heroines , comme Apollon
& Minerve ont déja fçu
nous donner des Mufes ! Que
l'un & l'autre fexe contribuë
maintenant à ma felicité à
la gloire de mon Héros.
A peine la France acheve
ces dernieres paroles , d'un
•
GALANT 263
ton plein de confiance qu'un
bruit harmonieux & raviffant
Le fait entendre de tous cô.
tez. Les voûtes du Temple,.
& les Echos du bois en retentiffent.
Une lumiere vive
& brillante fe répand tour à
coup,& les Divinitez enchantées
ne fe reffouviennent
plus des plaintes de la France;
les portes du Temple s'ouvrent
d'elles mêmes. Venus
enfin paroift , on la reçoit
d'abord , on la careffe , & on
l'écoute. Elle parle avec eloge
du Zele toujours nouveau
que la France témoignoit
264 MERCURE
pour fon Invincible Mo..
narque , & femble juftifier
l'ambitieux
projet qu'elle
venoit de former ; mais
elle prend auffi à fon tourle
parti des Dames , & parle
éloquemment
en leur
faveur. Elle fe plaint qu'un
tres grand nombre des Fem.
mes confiderables
dans le
monde par leur naiffance &
par leur efprit ; avoit abandonné
le culte de fes Autels ,
pour aller offrir leur encens
uniquement
à ce grand Roy ;
que leurs voix ne chantoient
plus que fes louanges & celles
GALANT 265
Jes du jeune Heros de fon
Sang; que leurs mains ne fça.
voient plus tracer que l'Image
de fes Triomphes , & que
les Villes & les Provinces fe.
roient entierement dépoüillées
de leurs plus beaux agrémens
, fi les Femmes qui leroient
d'ailleurs d'inutiles fardeaux
dans les Armées , devoient
fuivre la deftinée des
Hommes. Si la chofe arrivoit
, je jure par le nom de
mon Fils , s'écrie-t- elle en fi .
niffant , j'en jure par les Armes
victorieufes de vanger
bientoft la querelle des Da
May 1702.
Ꮓ
266 MERCURE
mes , & de femer par tout le
trouble , l'horreur & la confufion
. La caufe des Dames fut
ainfi ſoutenue avec tant de
grace , & avec tant de vivaci .
té , que cette Troupe de
Deeffes , donna fans une plus
longue deliberation , dans les
nouveaux fentimens de Ve.
nus ; & ce jour folennel alloit
finir par une agréable Fête, fi
Ton cut permis l'entrée du
Temple aux Graces ,
•
Faux
Plaiſirs , & aux Amours ; mais
tel fut l'ordre des Dieux ;
quoique la Déeffe fuft partie
de Cythere eftant accompaGALANT
267
gnée de cette Cour , & que
Ton Char attelé de Colombes,
fuft conduit ce jour là par
fon Adonis ; elle avoit expreffement
ordonné à la jeu .
ne & charmante Hebé de ne
laiffer pas avancer vers le
Temple , ni les Ris , ni les
Jeux, ni les Amours.
tendres Concerts éftoient
hors de faifon , en des lieux
où l'on ne parloit que de la
Guerre , & leurs Divertiffe.
mens auroient fans doute dé.
plu aux yeux de la Paix exilée
, & aux yeux même de la
France , dans un temps où
Leurs
Z ij
268 MERCURÈ
cette aimable Divinité neregnoit
plus avec elle.
Le Mardy 25. du mois paffé
l'Academie des Infcriptions ,
& des Médailles , recommen .
ça les Seances d'aprés Pâques
par une Affemblée publique
dont M' l'Abbé de Tilladct
fit louverure par un Diſcours
rempli d'éloquence . Il fit
voir que quoy que cette Aca
demie ait pour objet prin .
cipal l'Hiltoire des Rois de
France , à commencer en
retrogradant par le Regne
du Fou Roy XIII . & qu'elle
doive s'appliquer à la recher.
1
GALANT. 269
che des Infcriptions & des
Monumens publics , elle ne
Jaiffe pas d'embraffer les bel...
les Lettres & toute forte d'érudition
& de litterature , ce
qu'il fit connoiftre en parlans
des differens ouvrages , que
chaque particulier avoit entrepris
felon fon genie , fans
que la Compagnie y doive
avoir d'autre part que d'en
dire fon avis quand ils feront
achevez. Les matieres fur
leſquelles doivent rouler ces
Ouvrages donnerent
grandes idées des excellens
Ouvriers qui ont entrepris
de
Z iij
270 MERCURE
de les mettre en ceuure , &
les Auditeurs en parurent fort:
contens .
Enfuite M l'Abbé Boutard
, fi celebre par les belles
Odes Latines qu'il donne au
Public de temps en temps .
en lut deux nouvelles qui le
firent trouver digne de la ré-.
putation qu'il s'eft acquife
L'une eftoit fur le départ de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
L'autre s'adreffoit au
jeune Roy d'Agleterre Jac-
III . pour l'exhorter à demeu
rer ferme dans la Religion Ca.
tholique , fur l'ézemple du
GALANT. 271
Feu Roy fon Pere , & a profiter
des fages & picules inf
tructions de la Reine fa me:
re.
La lecture de ces deux
Odes fut fuivie de celle d'un
tres beau & tres- curieux Trai,
té du Pere Mabillon , Bene
dicin fi connu dans toute
l'Europe par un grand nom
bre de Scavans Ouvrages
qu'il nous a donnez.Ce Traité.
faifoit connoître quels ont été™
Jes tombeaux de nos premiers
Rois.Comme de Pharamond,
de Chilperic I. de Chilperic II,
de Carloman , de Childe:
›
Z.iiij
27½ MERCURE
ric & autres , & en quels lieux
ont les a trouvez. Quantité
de chofes dignes d'eſtre
fçues eftoient renfermés dans
cette differtation , & l'attention
qu'on luy preſta , marqua
le plaifir que l'on prenoir
à l'entendre .
.
ASA M' Couture , Profeffeur
Royal en Eloquence , & cy.
devant Recteur de l'Univerfité
de Paris , donna des preu .
ves de fa profonde érudition
par un excellent Traité qu'il
lut fur les Loix Romaines , &
fur- les Ceremonies qui s'ob
fervoient pour les établir . Ce
{
GALANT: 237
Traité reçut de grandes ap
plaudiffemens , & quoy qu'il
fuft long, M. l'Abbé Bignon ,
Prefident de l'Academie , en
fit I Analyſe avec une jufteffe
& une vivacité d'efprit admitable.
Ce fut ce qui finit la
Seance .
Le lendemain Mécredi 26.
du même mois , l'Academie.
des Sciences , tint fon Affem .
blee publique d'aprés Paf
ques , & fut honorée de la pre.
fence de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , qui étend
les lumieres de fon efprit juf
ques fur les matieres qui fe
274 MERCURE
traitent dans cette Academie,
M' Caffini parla d'abord fur
une Comete , dont M' Maraldi,
ſon Neveu , avoit fait quelques
obfervations à Rome ,
& il prouva qu'elle entroit
dans le Siftême qu'il a déja .
propofé , que les Cometes
pourroient bien eftre des Aſtres
reguliers auffi bien que
les Planetes , & avoir des res
tours reglez , quoy que juf.
qu'à prefent on ne fe foit pas
apperçu de cette regularité.
On entendit avec forpriſe &
avec plaifir que celle dont il
eftoir queſtion , pouvoit eftte
GALANT 275
par la regularité de fes retours
une Comete dont Ariſtote a
parlé.
Enfuite M' Carré quieftant
monté à la place d'Affocié ,
devoit par les regles de cette
Academie , parler à la premie
re Affemblée publique , lut
un Diſcours ſur la refraction
de la lumiere , quia efté une
chole inconnue aux anciens
Philofophes , & que Mr Def
cartes a dévelopée le premier.
Son fentiment a efté fort atraqué
par d'illuftres Adver
faires , & Mr Carré entreprit
de le défendre par de nou
velles raifons .
276 MERCURE
a
A cela fucceda un Diſcours
de Mr de la Hire où il ex ?
pliquoit la Construction & la
Mechanique des Fulées volantes
, car les Philofophes
trouvent beaucoup de refle .
xions à faire fur la Pratique
& fur les operations des Arts.
Mr de la Hire prouva qu'on
ne pouvoit prefque rien ima..
giner qui manquaft à la per
tection de celuy là , horfmis
un petit changement qu'on
pouvoit faire à la Baguette
de la Fufée , qui eft ce qui la
tient droite en l'air.
Enfin , Mr du Verney ex
GALANT. 277
i
!
?
pliqua la Refpiration des
Poiffons. Elle eft foit fingu .
liere en ce que ces Animaux
ne refpirent fenfiblement
que de l'eau , mais ils tirent
Fair enveloppé dans cette eau ,
& pour cela ils ont des vaif.
feaux d'une ftructure tres par
ticuliere , & dont la Mechai
nique ne reffemble point à
celle de tous les autres Animaux
. Cela le jetta dans un
détail tres curieux , & qui tint
toute l'Affemblée attentive
beaucoup au delà du temps
où l'on auroit dû le feparer.
Pendant ce Difcours Mr Cha.
278 MERCURE
ftillon , Deffinateur de l'Aca.
demie , faifoit remarquer de
temps en temps dans de gran.
des Cartes étendues les cho
fes qu'expliqua Mr du Ver.
nay , & les rendoit plus fenfi
bles. Il feroit inutile devous
dire que tout cela fut femé à
l'ordinaire des recapitulations
agréables & des ingenieufes
reflexions de Mr l'Abbé
Bignon, Prefident.
Le Madrigal qui fuit eft
d'une Perfonne dont l'efprit
brillant s'eft fouvent fair
remarquer.
GALANT 279
MADRIGAL.
lie aux noirs cheveux , a l'air
touchant & tendre , Julie
Sur mille pots fleuris laiffoit courir
·Jes yeux
Lorfque voyant Licas elle voulut
apprendre
Laquelle de ces fleurs luy reviendroit
le mieux
Licas ditfroidement qu'il aimoit
la Jonquille
7
Et moy, jecrois dit la charmante
Fille
Qu'il en eft de ces fleurs ainfi que
l'amour ,
de
La plus durable eft la plus belle ,
"Ets'ilm'eftoitpermis de choisir à mon
tour
Je voudrois choisir l'Immortelle.
180 MERCURE
Ceux qui font nommez
Maréchaux de Camp , comme
je vous l'ay déja marque
dans une de mes Lettres , ne
pouvant fervir en cette qua
lité , & conferver leurs Regimens
, n'ont pas efté en
peine de trouver des acheteurs
, puifqu'il s'en est beau
coup plus prefenté que de
Régimens , quoy que le nom .
bre en foit tres grand. Cela
marque l'ardeur non feule.
ment de toute la Nobleffe
de France pour ſe diſtinguer
au peril de fa vie , & acquerir
de la gloire , mais aufſi
GALANT: 281
des perfonnes les plus titrées
& des plus grands Seigneurs
de la Cour .
Mle Prince de Rhoan
a acheté le Régiment de
Picardie qu'avoit M' le Prin
ced Epinoy..
M' le Marquis de Cotten .
tin a auffi acheté le Régiment
de Mr de Murcey , & Mr
du Guerchois celuy de la
vicille Matine de Mr de Tal-.
lerande.
! Jamais cette ardeur de fe dif
tinguer, & de à courir la for
tune par le chemin de la gloi
re n'a cité fruniverfelle. Plus
A a
May 17020
182 MERCURE
de foixante Officiers ont de
mandé à lever des Régimens
d'Infanterie à leurs dépens ,
ce que Sa Majesté a accorde
a dix , qui font.
Mr de Blacon , Lieutenant
Colonel de Cavalerie.
Mr le Comte de la Phare,
Capitaine de Cavalerie dans
le Roy.
Mr le Marquis de Gordes,
Capitaine de Cavalerie.
Mr Desfougerais , Capitaine
de Dragons.
Mr de Turbily , Capitaine
dans Piemont.
Mr de Sainfandoux , Capi
GALANT. 283-
taine de Cavalerie dans le
Cravates
Mr de Nupces , Lieutenant
dans le Régiment du Roy.
De Guitaut , Lieutenant
dans le même Régiment.
Mr de Brious , Capitaine.
de Cavalerie .
Le Roy a permis en même
temps à Mr de S. Cernin ,
de lever à fes dépens un Régiment
de Dragons . Ce Ré
gimens fera bientoft en état,
puifque Mr de S. Cernin a
trouvé neuf Officiers qui
levent autant de Compagnies
à leurs dépens , & à qui pour
A a ij
284 MEK CURE
récompenfe on donne ces
Compagnies . Si la guerre
dure , les Ennemis pouront
fe repentir de l'avoir declaréeà
la France , puifque ce
Royaume eft une pepiniere
de gens courageux & braves ,
qui augmentera toujours fous
le Regne du Prince qui gou .
verne aujourd'huy ce grand
Etat , qui ne connoiffoit pas
fes forces avant le Regne de
ce Monarque.
Il paroift dupuis peu une
Carte nouvelle de M'de Fer.
Elle eft intitulée le Theatre de
GALANT 285
la guerre fur les Frontieres des
Pays bas Espagnols & Hol·
landois , où les nouvelles lignes
font tres exactement marquees ,
partie du bas Rhin , où se trouvent
l'Archeveſché , & l'Electorat
de Cologne la Seigneurie de
l'Evéché de Liege & les Duchez
de Fuliers , de Cleves , & partie
de celuy de Berg Cette Carte
fait d'autant plus de plaifir
qu'on ne peut jetter les yeuxdeffus
, fans voir en mefme
temps ce qui fe paffe du cofté
du Bas Rhin & du cofté des
Lignes , & qu'on voit en mesmetemps
aux deux bouts de
286 MERCURE
la Carte; Oftende , & Keyferlwert
, & tous les endroits où
les deux Couronnes & leurs
Ennemis ont des Troupes de
ces coftéz là . Cela eft cauſe
qu'on recherche cette Carte
avec empreffement.
Les lettres arrivées de la
nouvelle France portent que
le Frere Feuville , Jefuite , efte
mort au College de Quebec
âgé de plus de cent fept ans.
Il a vu les trois derniers Siecles
; & 15 jours avant la mort
il marchoit encore fans baton
, faifoit fon lit fans nulle
aide , balayoit fa chambre ,
GALANT. 287
3
& le lévoit reguliérement
tous les jours à quatre heures
du matin . Rien ne fembloit:
nuire à fa fanté. On l'a vû
ſouvent fouper d'une falade
& de deux pommes crues fans .
prendre de vin , dont il ne bu
voit que rarement , & le lende
main il en eftoit moins inco
modé qu'un jeune homme.
Plufieurs perfonnes luy donnoient
plus de ceat dix ans .
Ce qui eft tres certain , c'eſt
qu'il eftoit déja Sorgent d'Infantrie
au Siege de la Rochelle.
Il a toujours vefcu d'une
maniere tres dure. Et a paffé
288 MERCURE
cinquante ans dans le Canas
da fervant les Peres Miffio.
naires chez toutes fortes de
Sauvages . Eftant âgé de plus
de cent ans il tomba du haut
dun degré de piere juſqu'en
bas , fe fit quatre grands
trous à la Tefte , il le guerit
fans vouloir eftre couché un
moment, nyfouffir qu'on luy
mist aucune emplaftre , ne
voulant point difoit il s'ac
coutumer, à ces fortes de
délicateffes
. Il a efté empor
té d'une maladie populaire &
a refifté plus longtemps &
avec plus de force que n'au-
.
roit
GALANT 289
' roit fait un homme de quarante
ans. Il eftoit natif de
Bretagne fur les confins du
Pays du Maine . On n'a guere
d'exemple d'un âge fi avancé
non feulement fans reffentir
aucune incomodité de Vicil .
leffe , mais joint à tant de for
ce & de vigueur.
Dame Marie Ferrand Veu.
ve de Meffire Philippes Sanguin
, Seigneur de Roquen,
cour , & autres lieux ,Confeil.
ler du Roy & Sous Doyen en
fa Cour des Aides de Paris,
mourut le 7. de ce mois âgée
de quatrevingt cinq ans . Elle
May 1702.
Bb
290 MERCURE
avoit pour Neveux & Nieces
M Ferrand Premier Pre ..
fident des Requeftes du Pa
lais ; M Ferrand Maistre des
Réqueftes Intendant , de
Bourgogne. M'Ferrand Con.
feiller au Parlement en la
quarriéme Chambre des Enqueftes
, Madame la premiere
Prefidente du Parlement de
Bretagne , & Madame la
Comteffe de Canillac , bize
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftinguées
mortes depuis ma lettre d'Avril.
Meffire Charles Charet ,
GALANT 291
d'Allo, Freftre Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne,
Procureur du College Ma.
zarin .
Dame Louife Henriette
Gruyn , Veuve de Meffire
Jean le Clerc de GrandMaifon
S. de Liffe , Beaurepaire ,
Riberpré &c.
Dame Marie Anne le Page
Epoule de Meffire François
Bazin Seigneur de Bandeville
Confeiller du Roy en fes Con .
fejls Maistre des Requeſtes
ordinaire de fon Hoftel & cy··
devant Ambaffadeur en Suede
Elle avoit épousé en pre-
Bb ij
292 MERCURE
miere noces Meffire François
Salon , Treforier Provincial
de l'Extraordinaire des guer.
res de Picardie , & Pays nouveaux
Conquis ,
h
Mellire Guillaume de la
Brunetiere du Ple flis du Geſ
té Evefqne de Saintes,
Meffire Charles de Villeneu .
ve de Vence Evefque de Glan .
déves . Je vous parleray de
ces deux Evefques en vous
aprenant quels auront efte
leurs Succefleurs dans ces
EvefchezHab
M le Comte de Carlos
Broglia Marquis de Dormans
GALANT 293
Ancien des Lieute
le plus
à
nans Generaux & Gouver.
neur d'Avelne . Il eft mort
Paris dans un âge fort avancé.
Il eftoit Oncle Paternel
de M' le Comte de Broglia ,
qui commande en Languedoc
, de M le Marquis de Revel
, fi fameux par l'affaire
de Cremone , de M ' l'Abbé &
de M' le Chevalier de Broglia
Colonel fort connu par fa va
leur. Ces quatre Freres font
fils du Frere aîné de celuy qui
vient de mourir . Leur Pere
avoit rendu de grands fervices
au Roy. Il eftoi s
Gouver
Bb iij
294 MERCURE
neur de la Baffée . Mle Comte
Carlos avoit époufé Mademoifelle
d'Aumont Soeur de
M' le Duc d'Aumont Fille de
feu Marechal Duc de ce nom ,
elle eft Veuve aprés quarante
deux ans de mariage . Mada
me la Princeffe de Ligne Mar
quife de Moy eftoit leur Fille
unique . Elle a laiffé un Fils
& trois Filles . Ce Fils s'a
pelle le Prince de Ligne, il he
rite des biens de fon grand
Pere Maternel qui vient de
mourir. Il eft à l'Academie
d'où il doit fortir bientoft
pour entrer aux Moufquetai ,
GALANT 295
res & dans le monde , M ' le
Prince de Ligne ( on Pere porte
le nom de Marquis de
Moy , parceque Feu M le
Marquis de Moy premier
Prince ; du fang de Lorraine ,
Ayeul de M le Marquis de
Moy ne luy a laillé des biens
fi confiderables qu'aux conditions
expreffes de porer fon
nom , couleurs & armes . Je
vous ay tant de fois parle de
l'illuftre maison de Ligne que
je ne vous diray rien de fon
eclat & de fon antiquité . La
Maiſon de Broglia , appelée
Broglia dans tous les Tires ,
Bb iiij
2,96 MERCURE
eft
une des
plus
anciennes
du….
Piedmont
&
elle
y eft
alliée
aux
maiſons
les
plus
illuftres
...
La
valeur
a cfté
une
vertu
hereditaire
dans
cette
maifon
..
Sans
rapeller
l'affaire
de
Cremone
on a veu
dans
mille
au
tres
rencontres
que
tous
ceux
qui
s'apellent
.
Broglio
en
France
fe
font
fignalez
par
leur
intrepidité
&
par
leur
zele
au
fervice
du
Roy.
M'le
Marquis
de
Revel
n'eſt
pas
marié
, M
le
Comte
de
Broglio
fon
frere
aîné
qui
com
mandeen
Languedoca
épousé
Mademoiſelle
de la
Moignon
་
GALANT 297
Soeur de Mr le Prefident de
ce nom , & de Mr de Baville
Intendant en Languedoc, Fil
le de Feu Mr le Premier Prefi
dent de la Moignon.
Meffire Guillaume de Villeneuve
Seigneur de Saince
Camelles,en Languedoc.lleft
mort âgé de quatrevingt - dixhuit
ans , & avoit vefcu depuis
qu'il eftoit né dans une grande
picté , il eftoit confideré
de tous ceux qui le connoiffoient
, Feu Mr le Prince de
Conty,Gouverneur de la Pro.
vince de Languedoc l'honnoroit
de fon eftime. Et le
·
ShURE
choififfoit
pour
terminer
toutes
les
conteftations
de
fes
voifins
qui
le
faifoient
vo
lontairement
Arbitres
de
leurs
Procés
.
Il
a etté
Capi
.
raine
des
Gardes
de
Feu
Mr
de
Mirepoix
Pere
du
dernier
mort
,
qui
estoit
auffi
Gou
verneur
, de
la
Province
de
Foix
&
Sous
- Lieutenant
des
Moufquetaires
du
Roy
.
Il
eftoit
Ayeul
de
Madame
la
Marquise
de
Chalabre
.
Mr
de
Chalabre
s'apelle
de
Brugeres
.
Il
eft
d'une
ancienne
&
illuftre
Maifon
, allié
a tour
ce
qu'il
y
a de
plus
grand
en
GALANT 299
France ; & il a partagé une
partie de la Succeffion de Feu
Mademoiſelle de Montpenfier
, avec Feu Monfieur le
Duc d'Orleans. Sa Grand-
Mere eftoir de Joyeuse.
anwal
Mr de la Haye a efté gratis
fié d'une penfion de deux mil.
le écus , par Sa Majefté. Mr
de la Haye fon Pere fut envoyé
l'an 1538. par le Roy
Louis XIII. fon Ambaffadeur
à Conſtantinople , où il
demeura vingt deux ans. M
de la Haye fon Fils , aprés
avoir fervi dans les armées de
300 MERCURE
Suede , en Allemagne , enfuit
te dans le Regiment des Gar
des du Roy , fut envoyé par
Sa Majefté à la place de Mr
Son Pere , Ambaffadeur
Conftantinople , où il demeu
ra dix ans , & d'où eftant re .
venu en France , il plut à Sa
Majefté de l'envoyer auprés
de M' l'Electeur de Baviere ,
à la place de Mr le Duc de
Vitry Apres avoir eſté dix
ans en Baviere , il paffa pour
Ambaffadeur de Sa Majefte
à Venise , où il a efté dix fept
ans Ambaffadeur.
GALANT got
Avant que d'entrer dans
les affaires d'Italie dont le dés
tail fera peut eftre fort long ,
je vous diray que les Alle .
mans n'ont point changé
leurs manieres de détruire
tous les lieux où ils habitent.
Als les ruinent de fond en
comble , en forte qu'ils n'y
Aaiffent le plus fouvent que les
pierres parce qu'il ne les peuvent
emporter. Il y en avoit
beaucoup de logez dans le
Chafteau de Marmirolo. I
softerent au commencement
de ce mois , toutes les Ferrares
302 MERCURE
de ce Chafteau , & fur tour
d'une grande Galerie, & com
me ils ne fe contenterent pas
des ferures ordinaires qui ferventaux
portes ; & aux feneſ
tres ils en arracherent auff
qui fervoient à l'appuy de la
voute , fur quoy dans l'avididité
de voler ils ne firent aucune
reflexion , s'ils en
avoient fait, ils auroient re
fervé ce vol pour lejour qu'ils
auroient deu déloger de ce
Chasteau. Il y en avoir environe
quatre vingt couchez
dans cette mefme Galerie
lors qu'un vent impetueux
GALANT 303
.
eftant furvenu la nuit en fit
tomber la voûte für eux , iils
farent tous écrafez, & le Ciel
fe fervit pour la punition de
leurs vols eternels de la même
voute qu'ils avoient endommagée.
Dans le meſme
me temps la garnison de
Mantouë , faifant fes courfes
avec les fuccéz ordinaires , &
avantageux enleva plus de
cent boeufs aux Imperiaux,
prés de Borgoforte Mr le
Comte de Teffé recompenfa
largement ceux qui avoient
fait cette prife.. Jamais Ville
bloquée n'a eu unefi grande
304 MERCURE
さ
abondance de toutes chofes
à l'exception des Fourages ,
dont elle n'a pourtant pas
manqué par ce qu'on les a
ménagez. Il y avoit dan's
Mantouë au commencement
de ce mois douze cent Chevaux
pris fur les Ennemis pendanttout
l'hiver , & deux mille
Deferteurs ou Prifonniers ,
& comme on commençoit
a eftre furchargé de ce grand
nombre il fut refolu qu'on
n'y recevroit plus de Deferteurs.
Mr de Zurlauben en a
forme , en yjoignant les Prifonniers
qu'on avoit , deux
-GALANT 305
nouveaux bataillons , fçavoir
un fecond bataillon pour
pour fon
Regiment , & un pour le Régiment
de Greder . On ne
trouve point d'exemple
qu'une Place bloquée ait tenu
en echec pendant tout un
hiver , une armée , tres confiderable
. Enfin de la maniere
que les chofes fe font paffees
on pouroit dire que les
Allemans ont moins bloqué
Mantoue pour l'affamer , que
pour luy fournir toutes les
chofes dont elle auroit pu
avoir befoin , & mefme juf-
2.0
ques à des Troupes pour
May
1702.
Cc
306 MERCURE
groffir fa garnifon & pour les
batre aux mefmes , ce qui eft...
arrivé prefque toutes les femaines
, depuis le commencement
de l'hiver jufque.
bien avant dans le mois de
May.
Vous m'avez fouvent demandé
des ouvrages de мr de
Belloc depuis que vous avez
vû la Satire des petits maiftres
qu'il fit il a quelques an
nées. Le Succez de cette Satyre
fut fi grand à la Cour & à
la Ville , dans les Provinces
& dans les Pays Etrangers ,
qu'on ne ſe ſouvient point
GALANT 307
d'avoir vû d'Ouvrage qui en
ait eu un plus grand . Vous
avez en raison de croire avec
tous ceux qui ont admiré le
beau genie de l'Auteur qu'il
eftoit capable de faire un
Poeme achevé , s'il en entreprenoit
en plus fericux. C'eft
ce qu'il vient de faire. Le fujec
de ce Poefme qu'il a devifé
en plufieurs chants eft
Eglife des Invalides. Cet
ouvrage a fait un fi grand bruit
, à la Cour
, & a telle
.
a
ment
charmé
,
ceux
qui
long
entendu
lire
avant
que
qu'il
a efte
imprimé
, que
les
Cc ij
308 MERCURE
louanges qu'on luy a données
eftant parvenues
juſqu'aux
oreilles du Roy , Sa Majefté
a voulu le voir & la lû entier
, ce Prince partageant
fi
bien fon temps que les grandes
& importantes
affaires
qui l'occupent
& aufquelles
il donne la plus grande par .
tie des journées, n'empêchent
pas qu'il ne luy en refte encore
pour donner aux choles
pour lefquelles il juge à propos
de l'employer . Rien ne
marque plus la beauté du
Poëme dont je vous parle
que le temps que Sa Majefté
GALANT 309
3༠9
a bien voulu donner à le lire.
Je dois ajouter qu'une des
grandes preuvers de fa beauté
aprés celle que je viens de '
raporter , eft la dépence qu'on
à faite pour le donner au
Public , puifqu'il paroistra ac
compagné d'onze figures en
taille douce , gravées par le
fameux M le Pautre. Le
frontispice reprefente le bâtiment
des Invalides ainfi
qu'il dois eftre felon les nouveaux
deffeins qui furent
monttez au Roy par Mr Manfard
le jour que Sa Majesté
alla voir cet Hôtel Royal qui
340 MERCURE
fait l'admiration de tous ceux
qui l'ont vû , & fur tout d'un
grand nombre d'Etrangers
qui en ont parlé dans toute
l'Europe, d'une maniere qui
marquoit leur étonnement ,
& fur tout de l'Eglife . On
voit auff dans ce frontispice
l'arrivée du Roy la derniere
fois que Sa Majefté alla vifiter
ce fuperbe édifice , qui
marque fa magnificence , la
charité & fa religion , auffi
bien que le profond fçavoir
de Mr Manfard dans le grand
Art de l'Architecture. Je ne
vous dis rien des autres tailles
GALANT. 310
ر م ع
douces.Elles conviennentàcer
édifice & au fujer du Poëme.
It fe débitera dans quelques
jours , chez Michel Brunet , à
l'Enfeigne du Mercure Galant,
dans la Grande Salle du Palais.
La piece qui fuit für Timmaculée
Conception de la
Vierge , a remporté le prix de
la Ballade , au Palinod de
Caën . Elle a efté faite fur ce
que les Dieux voulans punir
la temerité de Promethée
qui avoit derobé le feu du
Ciel , il fut attaché à un Ro ,
32 MERGURE
cher fur le Mont Caucafe
où un Vautour venoit tous
les jours luy ronger le coeur
fans pouvoir le faire moutir
, & le fang qui coulois
de ce coeur , arrofant la terre
en faifoir fortir une fleur
qui ne le pouvoit ternir.
BALLADE.
Our avoirpris le fendes Cieux,
Ton fupplice eft infuportable:
Et de tes cris , & miferable,
En vain tufatigues les Dieux ;
Mais s'ils n'écoutent pas tes veux ,
Ils fontdans ce tourment terrible
Naiftre de ton fang glorieux ,
L'unique fleur incorruptible.
Sit oft
"
GALANT 313
Si-toft que ce autour affreux ,
Qui déchire ton coeur
coupable,
En tire unfang inépuisable
Pourpanir ton crime odieux33091
Ne fort- ilpas devant tesyeux, &: 2
O prodige incomprehensible !
Du lieu le plus infructueux
L'uniquefleur incoruptible.
0%
Spot.
Bog
Qu'ilfale un vent impetueux , g
Qu'il tombe une grefle effroyables.
Où que du Ciel même implacable ;
La foudre tombe dans ces lieux;
Toujours ce germe pretieux
Sans éprouver rien de nuisible
Sera malgré ces tempsfacheux
L'unique fleur incoruptible. ALLUSION.02
LA
Ce Criminel audacieux.
Dont le fort fut fe déplorable,
May 1702.
374 MERCURE
Nous tre
aujourd buy fon fem.
Dans le premierde nosayeux :
Mais tan portraitmiraculeux
Vierge , en cette plainte eft viſible,
Tufors d'entre les vicieux
L'uniquefleur incoruptible.
x Il y a des noms heureux
pour la fuccez des ouvra
ges. Celuy de M'de S. Evremont
eft de ce nombre . Il
n'a jamais paru de livres fous
ce nom qui n'ait efté recherché
avec empreffement.
C'est par cette saiſon qu'on
vient d'Imprimer pour la feconde
fois celuy qui a pour
GALANT. Î
titre les Memoires de la vie du
Comte de avant fa retraite,
contenant divers avantures qui
peuvent fervir d'inftruction
ceux qui ont a viure dans le
grand monde redigez par Mr de:
Saint Evremont. Ce livre qui
ſe vend chez le Geur Michel.
Brunet dans la grande Salle
du Palais au Mercure galant ,
& qui eft divifé en deux To .
mes , a bien merité tout le
bien qu'on en a dir , & l'on ne
doit pas s'étonner du grand
débit d'un ouvrage qui diver
uit , qui inftruit , & qui arta
che tellement que lorsqu'on
Ddij
316 MERCURE
a une fois commencé à lé
lire il malaifé de s'arracherau
plaifir que donne la continua
tion de cette lecture.b
M' Beffon , Geographe du
Roy qui a donné au Public
pour la guerre d'Italie , la
Carte du Milanez & Pays
circonvoisins , en fix feuil .
les , l'a augmentée de deux
autres feuilles pour la rendre
plus parfaite , à la folli
citation des plus eclairez en
cette fcience , de forte quelle
contient à prefent les Etats
de Milan , Parme , Plaifance,
Modene,Mantoue, les Repu
GALANT 317
bliques de Venile & de Gene
, le Boulonnois , partie de
l'Erar de l'Eglife & du graud
Duc & de l'Evêché de Trente .
Elle eft de 3 pieds de lange fur
3 & demi de haut. Les Cam.
pemens , marches & contremarches
des Armées y font
exactement marquées & del.
fignées par un des plus babi .
les Ingenieurs du Roy , fervant
actuellement en Italie.
Cette Carte fe vend en Carte
& en: Livre , chez ledit
freur Beflon , fur le Quay de
Horloge du Palais , au coin
de la rue du Harlay à l'ancien
Dd iij
2
Buys , à Paris.
38 MERCURE
Mellire Louis Demenou, ..
Seigneur de Bouffay, Genilly ,
Chambons & autres lieux ,âgé -
de foixante & quatoze ans
“quatre mois , eſt mort dans
Mon Chateau de Bouffay en
Touraine , où il s'eftoit retiré
après avoir fervi le Roy
dansfes anciens Corps , eftanc
devenu veuf , il s'eftoit fair
Diacre & a vefcu tres exemplairement.
Sa finarépondu
àla Sainteté de fa vie. Il eftoit
l'arbitre de fon voifinage
, & le Chef de la Maifon
\ de Menou , l'une des plus an
ciennes de la Province. Ilya
GALANT 319
.
prés de quatre cent ans qu'el.
le eft en poffeffion de la Ter-
Je de Bouflay & plufieurs
de ceux qui font fortis de cer
te mailon one efté au lervice
de nos Rois , Elle a cul'honneur
de poffeder les plus belles
Charges de la Couronne,
comme celles de Gouver
meur des Enfans de France ,
d'Amiral , d'Ambaſſadeur en
Efpagne , & plufieurs autres ,.
- poutes de tres grande conſe.
equcate. Je vous en ay déja
entretenues dans quelques
abnes de mes lettres. Celuy
¿ dont je vous parle prefense,
Dd
iij
320 MERCURE
·
ment eft le Fondateur de
l'Abbaye de la Bourdilliere
dans la Paroiffe de Genilly ,
d'où il eftoit le Seigneur .
C'eft luy quien a remis la nomination
de L'Abbeffe au Roi.
McClopied Preftre , aprés
avoir édifié par la Sainteté de
La vie la Paroiffe de Sainc
Gervais de Paris , luy a enco
redonne en mourant un
grand exemple de charité
en laiffant toutfon bien pour
fubfiftances des. Pauvres
écoliers , par le miniftere de
Mr Durieux , Docteur de
Sorbonne , fi connu ) daas
GALANT
321
cette Univerfité
.
M5 de Forval Envoyé de
France auprés des Grifons , &
quia fervy Sa Majesté pen
dant 40, ans en plufieurs af
faires importantes & épineufes
vient auffi de déceder . Le
Roy a nommé pour remplir
fa place M le Chevalier de
Graville , qui s'eſt acquis dans
les Emplois dont il a efté
chargé une experience & des
lumieres au deffus de fon âge.
L'impatiente ardeur qu'a
voit Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , l'ayant fait
voleri plutoft que marcher,
322 の
MERCURE
*
pour ſe rendre aux lieux où
Armée étoit affemblée
, cetbe
diligence a efté cauſe qu'on
aceu des nouvelles de fon
arrivée à la telle des Trou-
• pes auflitoft que du lieu où
ce Prince a couché en parstancode
Verſailles. Ce fut
så Borbone , il y arriva fur les
afix à lept heures du foir au
sbruit de toute l'Artillerie &
ides cloches. Il fut reçu à la
Porte de la Ville par M' de
là Brové, Lieutenant de Roy
accompagné de l'Etat Ma.
jor & de Mr Frafier Majeur
milli accompagné de l'Eche.
S
GALANT. 323
vinage qui luy préfenterent
chacun les clefs de la Ville.
Ce Prince paffa entre deux
Hayes de la Bourgeoifie qui
eftoit fous les armes en Corps
de Regiment , avec un air
propre & guerrier , ayant à
Lefte Mr Aube , fon Colo
nel. Ce Prince fut reçu à
la defcente de fa chaife , à
Ja porte de Mr Eude , Préfudent
de l'Election , oùbil
coucha , par Mr Bignon , Intendant
de la Province qui le
traicta avec toute la magni .
ficence poffible , & le fervit
à cable . Les plats furent por-
"
*
324 MERCURE
tez par douze perfonnes choi
fies Mr Aubé monta la
Garde à la porte du lieu où
logea Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , avec un dérachement
de 120 , hommes
choifis , deux Capitaines
>
trois Lieutenans & deux
"Enfeignes avec le Drapeau
Colonel , dit , de la Pucelle , &
tout fe paffa avec tant d'ordre
que ce Prince témoigna
en eftre tres fatisfait. Il parla
de la fidelité de la Ville de
Peronne au Colonel , qui répondit
que les Habitans fui .
volent l'exemple de leurs
GALANT 335 .
peres & qu'ils eftoient prefts
tous de répandre comme
cux , jufqu'à la derniere gou.
te de leur fang pour le fervice
du Roy.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne dîna à Pont faint
Maxence , chez Mr Criſtal ,
Receveur des Aides de ce
lieu, quieur l'honneur de luy
préfenter un Impromptu
que ce Prince reçue agréa
blement,
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut reçu à l'armée
avec les démonftrations de
joye qu'il eft aile de s'imagi
326 MERCURE
ner. Sa Maifon n'eftant
point encore arrivée , il fue
regale ainfi quetoutefaCoer
,
par Mr le Marechal de Bou
Alers. Ce Prince s'atrachay
d'abord à voir les Troupes.
S'eftant mis un jour à la têtes
de l'Aifle gauche , & le len -
demain à la tefte de l'Aifte
droite. Il fic tout ce qu'il
put pour attirer dans la Plai
ne les Ennemis qui eftoients
derriere Cleves , afin de les
combatre. Il détacha Me le
Comte de Coignies , avec
trois cent Gardes du Corps
& deux mille fept cens - cheGALANT
327
vaux pour les exominer , mais
les mouvemens que firemes
les Ennemis marquerent plus
de crainte que d'ardeur pour
en venir aux mains. Monfeier
gneur le Duc de Bourgogne
a fait faire de grands Fouras
ges , où il s'eft trouvé en per.
lonne. J'efpere vous parler
encore de l'Armée qu'il com
mande , avant que de fermer
cette Lettre, imonad as an
Avant que de vous faire
un détail de l'entrée des Trou.
pes Hollandoifes dans la Vil
le d'Huy , & de la maniera
328 MERCURE
2
dont ces Troupes en ont efte
chaffées , je vay vous entretenir
des intelligences que
les Hollandois avoient for.
mées pour furprendre le
Ghafteau de Namur. Ils
avoient gagné un Gentil
homme du vo figage , Lieu .
tenant du Majeur , & deux
Bourgeois qui pour l'execu
tion de leur projet , s'eftoient
adreffez à un Capitaine Elpa .
gnol à qui ils promirent dix
mille pistoles avec un Regiment
d'Infanterie . Ce Capitaine
feignit de donner dans
leur projet , mais comme la
GALANT 229
fidelité eft naturelle aux Ef
pagnols , celuy cy avertit le
Gouverneur de la propofition
qui luy avoit efte faire . , Le
Gouverneur luy dit de con .
tinuer de feindie , & mefme
de tirer de ces tranſtres le plus
d'argent qu'il pourroit , &
aprés avoir reçu du Gentilhomme
une lettre de Change
confiderable fur Amfterdam,
& en avoir touche l'argent , il
Juy dir qu'il ſeroit de Garde
Je 10.de ce mois , & qu'il livreroit
le Chafteau pendant la
nuit aux Troupes que les
-Hollandais envoyroient , &
May 1702.
E e
30 MERCURE
n'y
que pour cette effet il n'avoit
qu'à venir coucher chez luy
dans le Chasteau à l'entrée de :
ta mefme nuit. Ce Gentil
homme le crut , mais il n'
far pas pluftoft entié que le
Gouverneur
le fit arreſter.
On le faifte en mefme temps.
du Lieutenant
du Majeur, &
des deux Bourgeois , de forte
queles Troupes Hollandoifes
au nombre de quatorze Bataillons
& de dix fept Efcadrons
qui eftoient forties , de
Maftric & de Boifleduc , ac
tendirent inutilement
juf
lefir
arrefter
.
६
qu'au jour , qu'elles reconnu,
GALANT 334
rent que leur coup eftois man ,
qué , ce qui les fit refoudre de
confer enis an retournane de
prendre de la Ville d'Huy
dona elles fçavoient que l'on
ne gardeit que le Chasteau
quay qu'il y cuft une Garnifon
dans la Valle. Ces Troupesy
envoyerenc ún, detachement
qui entra dans la Ville , &
paffà le Pont de la Meule fur
les anze heures du matin ,
fans trouver aucune oppofiti
tion jufqu'à l'Hopital qui
neft : guerre éloigné de la
premiere Barriere du Châ
ceau . Cendétachement y fue
Ecij
332 MERCURE
& arreſté par un Lieutenant
par trente Maistres que
hazard y avoit fait loger cette
nuic là I'sy eftoient venus de
Liege le jour precedent pour
y escorter le bagage de Me
de Chamarance . Illeftocera!
tain que les Hollandois au
roient furpris le Château , fans
la vigoureufe résistance de
cette petite Troupe qui dɔn .
pale temps d'enlever le Pont
levis
Pendant que les chofes fe
paffoient ainfi à Hoya мrled
Prince Serclas de Tilly, Mof-
Le de Camp General desse
GALANT 33
Troupes de Sa Majefté Catho
lique , & Commandant celles
du Cercle de Bourgogne dans
Je Pays de Liege , oblervoir
avec la Cavalerie , & une partie
de la Garnifon de Liege ,
le gros des Hollandois , qui
eftoit demeure dans le vo fi
nage. Sur les trois heures ?
aprés midy , il reçat la nouvelle
furprenante de l'entrée
des Hollandois dans la Ville
de Huy. Son Excellence déta
cha auffitoft M de Baravy ,
Lieutenant Colonel du Regi
ment Orleanois avec deux
censFantaffins & trente Che
384 MERCURE
vaux. Iluy donna ordre de
tâcher de s'emparer du Forc
Picard , afin de pouvoir pafferonfuite
au Chateau par le
chemin de communication
,
& de là au Fort Joſeph Clement;
mais cet Officier trouva
à fon arrivée , qui fut le n.
fur les onze heures du matin ,
que les Hollandois s'eftoient
sendus maiftres de ces Forts.
Il pricle party de los anaquér
dans le Fort Picard , & la for
tune fecondant la valeur , il
les en chaffa en peu de temps.
Lo defordre ou il les vit luy
fic prendre le party, deles
GALANT . +5
chaffer auffi de la Ville. Quoy
qu'ils fuflent infiniment fu-
-perieurs en nombre , ily reüffit
, fecondé d'une partie de la..
Garnifon , & fic quarantedeux
prifonniers parmy lef
quelles le trouverent un major
quie fout bleffé , un Capilainé
, & un Enſeigne. m ' le
Marquis de maduran , Brigadier
de Cavalerie au fervice
des Provinces Unies , demeura
auffi dans la Ville où il eft
mort de fes bleffures. Rien
n'eft plus glorieux que cette
action , dans laquelle les Ennemis,
ont perdu deux cens
346: MERCURE
hommes . Mr le Prince Séra
clas ayant efté informé de
leur retraite fur les trois heures
aprés midy, fe mit auffitoft
à la tefte de la Cavalerie , &
de douze cens Fantaffins
-pour tâcher de les charger en
queue mais ayant appris
qu'ils avoient pris leur route
fur le Hanner , & qu'ils s'étoient
couverts de la riviere
de Geer , il retourna à Liege
fur les neufheures du foir.
Le lendemain 12 vers le
foir,Son Excellence ayant efté
informée qu'un détachement
de cinq cens Hollandois qui
avoit
GALANT 337
"
avoit efté envoyé de Maſtric
pour joindre les Troupes
Hollandoifes qu'on croyoit
encore dans Huy , s'eftoit fair
voir au Village de Floine,une'
lieue endeça de Huy détacha
Mr le Comte de Lanion , &
M le Marquis du Boulay
Colonel du Regiment Orlea.
nois avec un affez gros corps
de Troupes pour leur donner
la chaffe , & leur couper la re
traite vers Maftric. Ce dé
tachement s'avança en Hef
baye & à la pointe du jour ,
il atteignit les Hollandois qui
fe renfermerent dans le Châ
Ff
May 1702 .
538 MERCURE
teau d'Horion , dont la baffe
Cour fur forcée par M' le
Marquis du Boulay M le
Comte de Lanion en fit auffi .
toft donner avis à Mile Prin .
ce Serclas . Ce Prince partit
le matin du 13 pour joindre
M ' le Comte de Lanion
mais ayant reconnu que ce
Chateau que l'on avoit ruiné
pendant la derniere guerre ,
avoit efté retably , & revêtu
bonne maffonnerie d'une
avec des crenaux , & qu'outre
ces defiences il y avoit de
bonnes voutes , il ne voulut
point perdre de temps inutiGALANT
339
lement & donna ordre aux
Troupes de fe retirer . Si l'on a
repris la Ville de Huy,ce bon
heur eft dû à la vigilance que
ce Prince fait voir pour
tout ce qui regarde la gloire
Troupes qu'il commande ,
ainfi qu'à la valeur des Troupes
Françoifes. Quoy qu'on
foit accoutumé aux grandes
actions qu'elles font tous les
jours , on ne peut apprendre
fans étonnement que deux
cens hommes ayant repris en
peu d'heures deux Chasteaux
& chaffé huit cens hommes
d'une Ville dont ils eftoient
Efij
340 MERCURE
1
Maiftres , & où ils eftoient en
bataille lorfqu'ils y furent
attaquez . M ' Baravi qui fit
cette action merite de gran
des loüanges , auffi bien que
le Lieutenant dont je ne fçay
pas le nom , & qui empêcha
avec trente Maiſtres la prife
du Château On parle auffi
avantageulement de Mr
le Marquis du Boulay , fils
de feu Mr l'Avocat general
Talon . Et l'on dit de ce Marquis
qu'il eft toujours preft
à affronter le peril .
fort
En commençant l'article
du Siége de Keyferfwert il y
4
GALANT. 341
apréfentementun mois , que
je vous dis que je ne croyois
pas fermer ma Lettre fansvous
parler de la prife de
cette Place , parce qu'il n'étoit
pasvray femblable qu'elle
puft tenir plus de huit jours.
Je vous en dis les raifons ,
& vous expliquay pourquoy
nous l'avions occupée. Il eft
affez ſurprenant qu'au bout
d'un mois je ne tienne plus
le même langage , & que je
vous dife que je doute que
dette Place it prife quand
je fermeray ma Lettre dans
fort peu de jours. Je vais vous
Afii
342 MERCURE
parler de ce Siege , non pas
mon ordinaire , en vous en
envoyant un Journal Il fau
droit un détail de ce qui s'eft
paffé chaque jour de tranchée,
ce que les ennemis ne donneront
pas , & ce qu'on ne
peut avoir regulierement que
de ceux qui font dans une
Place affiegée , qui ne font
pas toûjours bien informez
de ce qui fe paffe dans le
Camp des Affiegeans , & de
la perte que la Garnifon leur
caufe par fes forties & par fon
Canon . Cependant comme
temps dévelope tout , fi le
GALANT. 345
je puis un jour en avoir un
edeles
Journal tel
j'en feray une Lettre particu
liere aufli étendue que mes
ordinaires ; cependant en actendant
je vais vous faire part
de plufieurs chofes que j'ay
ramaffées. Aprés la fortie que
fit le Regiment d'Orleans au
commencement de ce Siege ,
& qui acquit tant de gloire à
ce Regiment , & à M' de
de Brancas fon Colonel , les
Ennemis pafferent plus de
deux heures fans ofer entrer
dans la Tranchée , tant
ils eftoient faifis de frayeur
F f iiij
344 MERCURE
de maniere que les Soldats
de la Garnifon curent le
temps d'y retourner , & d'enlever
quelques uns de leurs
bleffez qui y eftoient demeu
rez.Cette fortiedont ils furenc
épouvantez au de - là de tout
ce que l'on peur s'imaginer ,
fit qu'ils ne s'occuperent enfuite
qu'à fortifier leurs , travaux
par des gabions , & par
des chevaux de frize. Quelques
jours aprés , Mrle Marquis
de Blainville reçut un
fecours de cinq cens Fantaffins
qui portoient deux mouf
quets chacun , Ce fecours fur
GALANT 345
fuivi d'un autre de fept cens
hommes commandez par M
de Marillac. Il eftoit compo
fé de deux Bataillons de Languedoc
, & d'un Bataillon de
Saint Sulpice Ufés , ci- devant
la Chaftre , & de vingt- cinq
milliers de poudre. M de
Blainville ayant jugé à propos
d'abandonner une Re
doute , appellée la Redoute
du Cemetiere , parce qu'elle
aftoit trop éloignée de la
Place , il en retira les Troupes
, & y fit demeurer quel
ques Sentinelles , afin que les
Ennemis trompez par le feu
346 MERCURE
des méches , cruffen : qu'elle
eftoit toûjours garnic de
monde. Ils le crurent en effet,
& refolurent de l'attaquer
fix jours après que Mr de
Blainville en eut retiré les
Troupes qui eftoient dedans.
Mr le Prince de Naffau Sar.
bruc eut beaucoup de peine
à faire refoudre fon Infante
rie à cette attaque , parce
qu'elle ne vouloit point en
venir aux mains avec nos
gens , & elle n'auroit point
marché pour cette attaque ,
fi l'on n'euft fait monter la
Cavalerie à cheval pour la
TGALANT . 347
foutenir. Les Ennemis furent
fort furpris de n'y trou
ver perfonne . L'approche de
Mr de Tallard donna tant de
frayeur aux Affiegeans , qu'ils
firent auffitoft rompre leur
pont. Mr de Blainville écria
vit le 27. du mois paffé qu'il
eftoit ravi d'avoir reçu les fe
cours qu'on luy avoit end
voyez , mais qu'il ne s'en ferviroit
que pour la deffenſe
du chemin couvert. Il demanda
des arbres & d'autres bois ,
pour faire un épaulement
pour oppoſer à un Cavalier
1
que les Ennemis élevoient
348 MERCURE
parce qu'ils prétendoient s'en
s'en fervir pour découvrir le
pied de fes Baftions jufques
au fond des Foffez . Les Affie .
geans changerent feur attaque
, les eaux du Rhin ayant
ruinéles Travaux de la droite,
& de la gauche. Ils fe trouverent
alors fi fort refferrez
dans l'endroit le plus fort de
la Place , que les Afliegez
avoient un plus grand front
qu'eux , ce qui s'eft trouvéfort
avantageux pour les forties
qu'on a fait. Les Grena.
diers en firent une quelques
jours aprés , & nettoyerent
GALANT 349
les
la Tranchée. On apprit icy
par les Lettres du 12 , que
Ennemis ne tiroient plus , &
qu'ils avoient fait entendre
aux Etats Generaux qu'ils nè
pouvoient fe difpenfer de
lever le Siege ; que les Etats
en avoient paru fort furpris ;
qu'ilsavoient dit que quaran
te mille hommes avec cent
pieces de Canon & vingr
cinq Mortiers n'eftoient pas
venus devant une Place pour
brüler feulement des mai .
fons . Mrle Comte de Tallard
envoya icy quelque temps al
prés unLettre de Mele Prince
350 MERCURE
de Naffau Sarbruc aux Etats
qui avoit esté interceptée ,
& qui portoit que s'ils vouloient
continuer le Siége ,
falloit qu'ils envoyaffent une
nouvelle armée , parce que les
Troupes qui étoient devant la
Place ne vouloient obeïr ny
aux prieres ny aux Commandemens
, ny aux menaces des
Generaux & qu'elles eftcient
tellement rebutées que les
coups de canne , & mêmes les
coups d'épée ne pouvoient les
faire marcher. Les Lettres que
l'on reçut enfuite portoient
que la nuit du 12. au 13. on
GALANTHU
S
4
avoir fait deux forties , l'une
à onze heures , & l'autre
deux heures aprés , il y avoit
fix Compagnies de Grena.
diers avec un détachement
de huit hommes par Compagnie
. On renverfa dans
cette derniere fortie , toute
la tefte de la Tranché des
Ennemis , & on les pouffa
avec vigueur , la Bayonnette
au bout du Fufil fans tirer ,
de maniere qu'on leur tua
beaucoup de monde . Cette
Lettre ajoutoit que les Ennemis
paroiffoient fort embaraffez
, & que quoy qu'ils
352 MERCURE
cuffent un grand nombre de
Canons , il ne pouvoient ba
tre en biêche que fept à
huit pieds audeffous du
Cordon , & qu'il en reſtoit
plus de dix ou onze audeffus
de la fuperficie de l'eau , ce
qui les obligeoir à changer
leurs batteries , travail affez
difficile , & fort perilleux ,
le foffé ayant plus de quinze
toifes de largeur , & fix
à fept pieds d'eau. On apprit
en même temps par un De.
ferteur une chofe qui parut
impoffible , qui eft &qu'ils
prétendoient venir à la Con.
4
GALANT 313
trefcarpe par deffous terre &
qu'ils feroient dans peu jouer
quelques Mines . On n'a vû
aucuns effets de toutes ces
paroles.
Un Lieutenant Colonel
des Ennemis ayant efté fait
Prifonnier , & conduit dans
la Place , Mr le le Marquis
de Blainville le régala magnifiquement.
Il luy fitv or
enfuite toute la garniſon &
rous les travaux qu'il a fait
faire pour deffendre la Place
afin qu il en rendift
compte à fon General , aprés
quoy il luy donna la liberté
May 17.02. Gg
354 MERCURE
condition qu'il ne ferviroit
point contre le Roy pendant
le refte de la Campagne . Je
ne doit pas oublier de vous
rapporter un fait qui vous
furprendra & qui vous paroiltra
fort extraordinaire,
C'eſt qu'on envoye de la
Place au Camp qui eft par de
là le Rhin , & qui incommo.
de tant les Ennemis , les Boulets
qui ont efté tirez par les
Hollandois & que c'eſt avec
les mêmes Boulets qui vien .
nent d'eux qu'on les defole
dans leur Camp.
Il y avoit déja quelques
GALANT 355
jours que la Tranchée
eftoit
ouverte devant la Place ,lors
que Mr l'Electeur
Palatin fe
plaignit de la longueur
de
ce Siege , & dit qu'il ne luy
paroiffoit
pas que la Place
duft eftre fi toft prife . Mr le
Prince de Naffau Sarbruc qui
commande
l'Armée qui en
fait le Siege , foutint le contraite
& affura qu'elle ne
tiendroit
pas encore huit
jours. La difpute s'échauffa
;
& Mr l'Electeur
Palatin gagea
mille piſtoles contre Mr
le Prince de Naffau Sarbruc
que certé conqueſte
ne fe
Gg ij
36 MERCURE
feroit pas dans le temps qu'il
l'affuroit . Cette gageure étanc
faite dans toutes les formes ,
Mele Prince de Naffau redou .
bla fes efforts contre la Places
mais n'ayant pû venir à bouc
de la réduire , il a perdu la
gageure fans pouvoir dire
autre chofe , finon que les
François ne font pas des hom.
mes , mais des diables . La
longue & vigoureuſe deffenſe .
de ceux qui font dans cette
mauvaife Place chagrinant.
les Etats Generaux , ils or
donnerent il y a environ
quinze jours aux Deputez
2
,
GALANT. 357
qu'ils avoient nommez pour
aller conferer avec Mr l'Elec
teur de Brandebourg à Veſel ,
de le rendre de cette Ville.
là au quartier general de Mr
le Prince de Naffau devant
Keyſerwert. Ils s'y font renrendus
deux fois , & l'on y
a tenu deux Confeil de guer
re avec les Officiers Gene .
raux devant Mr l'Evefque de
Raab , Envoyé de l'Empe
reur. On y examina toutes
les chofes qui pouvoient vraifemblablement
eftre caufe
du peu de fuccés de ce Siege
& l'on y chercha tous les
"
358 MERCURE
moyens par lefquels on pourroit
le faire avancer. Les .
moins habiles de ce Confeil ,
& ceux qui s'y trouverent,
& qui n'entendent pas le
mêtier de la guerre , parce
que ce n'eft pas leur profef
fion , dirent qu'il falloit con
tinuer ce Siége quoy qu'il ,
en puft couter , & qu'avec
le
temps on ne pouvoit man -
quer de réduire cette Place,
mais es gens du mêțier fou
tinrent au contraire qu'on
ne pourroit l'emporter tant
que les Alliez ne formeroient
pas de l'autre cofté du Rhin
GALANT. 319
un Camp capable d'ôter
aux François le pouvoir d'y
jetter des renforts de Trou
pes & de munitions , & ils :
conclurent que les Alliez ne
pouvant rifquer de prendre ce
party fans rifquer d'eftre forcez
, plus ils demeureroient
devant cette Place , plus ils .
perdroient de monde . Je ne
doute point qu'elle ne me
donne lieu de faire encore
un Article avant que de finir
cette Letre. Si les Ennemis
la prennent ils ne laifferont
pas d'eftre fâchez de l'avoir
afficgée , puifque cette prife
360 MERCURE
leur coutera au moins dix
millions & quatre ou cinq
mille hommes , & qu'ils ne
tireront pas de cette Conquê
te l'utilité qu'ils s'eftoient propolée
. Ils comproient qu'ils
l'emporteroient en dix ou
douze jours au plus , &
qu'elle leur faciliteroit la
prife de Rhimberg , mais
toutes leurs mefures fe trou
vent rompues par la longueur
de cel Siége , & l'armée de
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne mange toutes les
provifions qu'ils avoient defti
nées pour celuy de Rhimberg.
t
GALANT 331
Vous attendez que je vous
parle de l'arrivée du Roy
d'Efpagne , à Naples , & ce
que vous en avez ouy-- dire
d'avantageux pour ce Prin
ce redouble voftre curiofité.
Je vais tâcher de la faris- Te.
part faire aprés vous avoir fair
des Vers fuivans qui furent
faits fur ce voyage par une
jeune Mufe de Tours ,
FN vain la Fableaufibien que EN l'Histoire
Nous vante de l'Antiquité
L'Illuftre & brillante memoire ,
Les Heros de ces temps avec toute
Leurgloire .
May 1702.
H -h
362 MERCURE
Manquoient pour leu leurs deffeins for
vent de fermete,
Toujours ils attendoient , foit en
Paix foit en Guerre
Pour executer leurs projets ,
Que la belle Saifon de retour fur la
Tanterre
Fuft favorable à leurs fouhaits.
· Les perils de la mer fembloient de
leur courages
Ralentir la noble vigueur ,
Et ces hommes fameux ne fentoient
dans leur ceur
Pour la Gloire une vive ardeur
Que quand tout confpiroit à de feurs
avantages.
Les lauriers que l'on ceuille au milieu
du danger lieu
deux
bien mains de
Avoient pour
charmes
[ mes
Qu'une victoire aifte & fans allar.
1J
GALANT
. 3kg
Dont ils trouvoient à l'alfe à fe dedommager.
Il n'en eft pas ainfi dafecond de nos
Princes.
Faut-il dans Naples même aller
donner des Loix
Affermirfon pouvoir dans toutes fes
Provinces ,
Ranimerfon ardeur pour le fang de
fes Rois
Etfaire voirque la Couronne
Que le droit que lefang luy donne
Eft un Prix également du
Afa valeur, à fa vert ;
Alors la mer, les vents , Porage
Nefont qu'irriter fon courage
D'un trajethazardeux les écueils les
plus grands
Pour arrefterfes pas nefontpasfuffifans
Hhij
354 MERCURE
Quand il s'agit d'aller où la Gloire
l'appelle
D'un perfide Element au milieu des
hazards ,
Ce genereux & nouveau Mars,
Guide de cette ardeur à ſonfang naturelle
Voit des chemins ouverts de toutes
parts.
Je vous ay déja parlé dans
ma derniere lettre de l'arrivée
de Sa Majesté Catholique à
Baya , & de l'Audience que
ce Prince y donna à M' le
Comte de Marcin . Pour ne
point interrompre le fournal
que je vais vous donner
prefque entier de tout ce que
GALANT. 365
ce Monarque a fair à Naples
depuis fon arrivée & de tout
cequi s'y eft pallé. Je vous di
ray deux choles qui vous feront
fans doute plaifir , par
ce qu'elles continueront à
faire voir combien le Sang
de Bourbon eft reconnoif
fant , & avec quelles bonté
& quelle magnificence il
récompenfe proportionne
ment au merite & à la qualité
ceux qui luy rendent quelque
fervice. Le Roy d'Elpagne
ne fut pas plutoft arrivé à
Naples qu'il divà Mile Com
te d'Eftrées qu'il eftoit f
Hhiij
366 MERCURE
fatisfait de fon prompt , &
heureux paffage , & de la ma
gnificence de la table de ce
Comte , ainfi que de rour co
qu'il avoit fait pour foutenie
l'éclat de fon Employ , qu'il
le faifoit Grand d'Efpagne.
On s'eftoit mépris en lifant
qu'il avoit efté fait Chevalier
deda Toifon d'Or. Ce Prin
cè fit en même temps préfent
de plufieurs beaux Diamans
à tous les Capitaines
des Vaiffeaux qui l'avoient
accompagné dans fon paffa.
ge à Naples. Voicy les noms
de ces Capitaines & la valeur
des Diamans.
GALANT. 367
gallo doüis. !
A Mr de Langeron un Dia
mant de
A Mrde Lorraine un de 600.
A Mr Dherbaut un de $450.
A Mr de Château Moran , um
ide jutro sb.400.
A Mr Phelippeaux un de 350 ,
A Mr de Bagneux , un de 300 ,
AMP de la Varenne , un de
1300.
A Mr. Monnier , un de
200
Sa Majesté Catholique fit
diftribuer un grand nombre
de louis d'or , fçavoir au Ca
pitaine du premier Brulor.100
Au Capitaine du fecond 1002
Hh iiij b
68 MERCURE
Au Capitaine de la Corvette
1961, 200
$50.
A celuy de la première Tarta
-ne :: 50.
Au Capitaine de la feconde.
50.
Au Marechal des Logis, 50.
Aux Brigadiers
A l'Equipage da Foudroyant
25.
400.
A celuy de l'Admirable
A celuy du Fortuné.
200.
150.
A celuy de l'Hirondelle , 100.
A ceux des Brulors , & des
Corvettes.
Aax Domestiques .
jad H
15.0.
450
GALANT: 369
Total cant de la valeur des
Diamans que des louis d'or
delivrez en eſpece , monte à
5830, louis .
MIS DA
Sa Majefté Catholique
écrivit outre cela au Roy en
faveur de plufieurs Officiers
dont elle eftoit tres contente
& marqua à Sa Majellé Tres
Chreftienne que fa recommandation
n'eftoit pas de
Roy à Roy , mais d'un petit
Fils qui prie fon grand Pere.
Le bruit fut à peine répan .
du à Naples que ce, Prince
eftoic arrivé à Baia , qu'on
370 MERCURE
s'empreffa à meubler le Pa
lais où Sa Majesté dévoit
léger. Comme le temps
preffoit fort les plus grands ?
Seigneurs fe chargerent du
foin de meubler chacuno
une Chambre , & chacun y
ayant fait porter ce qu'il avoir
de plus précieux foit pour
meubler , foit pour orner la
Chambre de l'ameublement
de laquelle il s'eftoit chargé,
tous les Appartemens du Pa .
lais fe trouverent fuperbe.
ment meublez en tres - peude
temps. On remarqua qu'il
y avoit quelques chambres
GALANT 371.
•
dans lesquelles il fe trouvoit
pour plus de dix mille
écus de Tableaux , & pour
de groffes fommes d'Argen
terie , de maniere que tout
cela joint à la richeffe des
meubles , avoir quelque cho
fo de fi brillant , & de fi fuperbe
, qu'on ne peut qu'à peine
felimaginer .
Le 17. d'Avril , le Roy
étant paffé fur les Galeres de
l'Escadre de Naples qui
éroient venues audevant de
luy entra dans la Ville fur les
cinq heures aprés midy au
bruit de l'Artillerie des Vaif.
vau
372 MERCURE
feaux , & des Chafteaux , &
aux acclamations d'une foule
incroyable de Peuple. Le
Cardinal Cantelmi , Arche
vefque de Naples , donna la
main à Sa Majefté lorfqu->
elle fortir de la Galere &
cee Prince la baifa felon
qu'il fe pratique en Espagne.
Ce Cardinal le jetta à les ges
noux pour luy faire compli
ment , mais fes larmes quiin
terompirent fon difcours , luy
firent beaucoup plus entendre
qu'il n'auroit fait par les
termes les plus élogens , & le
perfuaderent davantage . Le
GALANT 573
Roy s'eftant rendu au Palais
fe mit à une des feneftres qui
regardent fur la grande Pla.
ce afin de le montrer au Peuple
, dont les cris redoublez
fembloient demander la préfence
en marquant l'impaaience
qu'il avoit de le voir.
Ce Prince ayant remarqué
que la place n'eftoit pas feulement
remplie de Peuple.
mais auffi d'un grand nombre
de Perfonnes de diftinction
-de tous les Etats , & mefme
de Dames , dont toutes les Feneftres
eftoient bordées , &
paroiffoient partir plus du
374 MERCURE
coeur que de la voix , quoy
qu'elles fuffent fort éclatantes
, ofta trois fois fon chapeau
en ſaluant de trois cof
tés afin que toute l'affemblée
eut part à ſes remercimens.
Ces manieres honneftes &
engageantes dont tous les
affiftans furent penetrezacheverent,
deluy gagnerules
que fa preſence avoir
coeurs
7
commencé à toucher en leur
donnant une admiration qui
les préparoit au plus tendre
amour que des Peuples puif.
fentreffentir pour leur Souverain.
Le Duc d'Escalona ,
GALANT. 375
Viceroy de Naples , preſenta
enfuire à Sa Majesté les Dépurez
de la Ville qui luy en
offrirent les Clefs , & qui fu.
- rent fi furpris de trouver tant
de douceur & tant d'affabilité
avectant de marques de grandeur
, qu'ils en parurent enchantez
ainſi que les Seigneurs
Napolitains , qui vinrent
baifer la main de Sa Ma.
jefté. Le foir , tout le Peuple
remply de la joye qu'il avoit
d'avoir vû fon Roy & de l'avoir
trouvé fi charmant , &
fi bon qu'il avoit lieu d'efpe.
< rer de jouir de tous les bon.
376 MERCURE
heurs qu'ils pouroient fouhalter
fous fon regne , fic des
feux , & des illuminations
,
La façade de la pluſpart des
-maifons fut embellie de divers
ornemens & de por .
traits , & les bougies n'y farent
pas oubliées .
Le 13. le Roy alla faire les
prieres à l'Eglife , Metropoli .
taine , où l'on aprocha devant
Sa Majefté , le fang de Saint
Janvier qui eft petrifié dans
une phiole proche de la Tefte
de ce Saint qui eft dans une
Chaffe. Ce fang fe liquefie
aprés qu'on a dt beaucoup
GALANT 77
de prieres left vray que ce
miracle ne fe fit qu'une demyheure
, aprés le retour du Roy
au Palais. Sa Majesté y res
tourna fur les quatre heures
aprés midy , & baifa la phiole
dans laquelle tout le monde
vir le foir le fang liquefié lorfque
le Roy fut retourné au
Palais , il y eut apartement)
jufqu'à l'heure de fon fouper ,
& plufieurs Seigneurs Napolitains
eurent Thonneur de
jouer avec Sa Majefté..
Le 19: le Roy alla à la Mef,
fe aux Carmes , & vifita l'E
glife de Saint Dominique , &
May 1702.
li
378 MERCURE
la Cellule de Saint Thomas
d'Aquin. Ce Princes prip le
divertiſſement de la chaffer
aux lapins , & fit remarqueri
fon adreffe à tirer au fufil, I
Le 20. la Secretairerie d'E-.
rat & de la Guerre ,& celle de
Juftice du Duc d'Eſcalona, Vi
ceroy de Naples , qui avoient
ceffé de travailler depuis l'ar
rivée du Roy , reprirent leurs
fonctions, & Sa Majefte aprés
fon Confeil alla à la Meffe
aux Jeſuites , & de là vifiter
plufieurs Eglifes. Ce Prince
s'eftant mis l'apreldinée fur
fon Balcon , tua des pigeons ,
GALANT . 379
des perdrix , & des hirondel ;
les qu'on luy lâcha , & fit ad.
miter fon adreffe par le grand
nombre de ces oileaux qu'il
tua . Le vent eſtoit fi grand
ce jour là , qu'il ne put aller à
la promenade
, lly eut le foir
Apartement
où les Seigneurs
Napolitains
curent l'honneur
de jouer avec Sa Majeſté.
Le 21. ce Prince donna au
dience au Cardinal de Bena
vente , & au Cardinal de Can
telmi , Archevêque
de Naples
, & frere du Duc de Popoli
. Sa Majesté tine Confeil
aprés avoir donné ces au
I i ij
380 MERCURE
diences , & alla enfuite à la
Mefle aux Jefuites Ce Prince
trouva l'Eglife & fes peintu
res tres bellesa supr
L'Apreldinée il alla voit unegrotte
faite par les Anciens
fous une montagne qu'ils ont
percée pour aller de Naples à
Pouffoles . Gette Grotte a douze
cens pas de long tur feize
de large , & quarante pieds
de haut. On prétend qu'elle
a efté faite en quatre jours.
Le dedans eft pavé de quar--
reaux qui reflemblent fort à
ceux de nos Jeux de Paulme.
lly cut le foir Muſique
f
GALANT . 336
aux
Appartemens.
Lezi le Royalla a la Mefle
aux Theatins. Ces Peres remarquerent
la bonté , & coute
la Ville la loüa & l'admira.
Je ne croy pas en devoir di
re davantage. L'apreldinée ce
Prince alla à la chaffe, Il trou-1
va des cailles , des pigeons ,
des perdrix , des hirondelles ,
& des paons que les Bourgeois
luy avoient portez 11
eft fi univerfelement , & fi
tendrement aimé , qu'ils ap.
portent de chez eux ce qu'ils
eftiment le plus afin qu'il ait
le plaifir de le tirer . Quelqu'un
382 MERCURE
leur ayant parle de la grande
bonté du Roy, & en mêmes
temps de leur revolte , ils ré.
pondirent trois paroles Efpagnoles
qui fermerent labou.
che à ceux qui leur en avoient
parlé. Ces trois paroles font ,
San Pedro renego y lloro ; c'eft
à dire , Saint Pierre renia , &
pleura. Il y eut le foir appartement
à l'ordinaire.
Le 23 qui eftoit le Dimans
che de Quafimodo , le Roy
fit la Communion Pafchale
par les mains du Cardinal
Cantelmi dans l'Eglife Metropolitaine
, & tous ceux qui
GALANT 383
furent témoins de la manieres
humble & pieufe dont il s'ace ti
quita de ce devoir en furent
tellement charmez , que plu
fieurs verferent des larmes de
joye. Ce Prince alla l'apref
dinée à Vefpres dans la même q
Eglife. Les Napolitains ont ?
lieu d'en eftre charmez de i
plus d'une forte . Sa Majefté
voulant eftrem informée des
tout ce qui le traite dans le
Confeil collateral qui fe tient
devant le Viceroy , a formé
une Jonte d'Etat , compofée
du Comte de San Eftevan ,
qui a cfté autrefois Viceroy
334 MERCURE
de Naples , & qui a une parfaite
connoiffance des affai
rés de ce Royaume là ; du
Duc d'Elcalona , qui en
eft prefentement Viceroy ;
du Duc de Medina Sidonia ,
& du Comte de Marcin Am.
baffadeur de France , Dom
Antonio d'Ubilla , Secretaire
des Depefches univerfelles ,
en eft Secretaire , & il a deux
Officiers Majors fous luy. Le
Roy eftant informé par ce
moyen de l'eftat de la Nation
, examinant les manieres :
de fon gouvernement , & files
plaintes qu'elle a faites quelquefois
GALANT 385
quefois contre les Vicerois &
qu'elle peut faire encore, font
bien fondées. Enfin connoif
fant par luy- même tous les
grands Seigneurs de cet Etat
& leur caractere , il fera difficile
qu'on impoſe à l'avenir
au Confeil de Madrid cout
chant les affaires de ce Royau:
me -là , & ce Monarque qui
en aura une parfaite connoif.
fance poura rendre juſtice aux
oprimez & condamner ceux
qui fe plaindront mal à propos....
Le 24. ce Prince dîna à
onze heures & alla à la Chaffe
Kk
May 1702 .
386 MERCURE
&
à deux lieues de la Ville dans
la Garenne de Madame la
Marquife de Fufcali . Sa Ma
jefé eftoit accompagnée de
beaucoup de Seigneurs , & de
doux Compagnies de Gardes
du Corps à Cheval. Je ne
dis point qu'elle fic admirer
fon adreffe dans cette Chaffe
comme dans toutes les autres.
Il n'eft plus neceffaire de parler
d'une chofe fi connuë.
Sa Majesté avoit tué deųx
Sangliers de fa main quelques
jours auparavant , & fit l'hon
neur à Madame la Marquife
de Fufcali de recevoir le ra,
GALANT $ 87
fraichiffement qu'elle luy
avoit fait
preparer. Il y
eur le foir Apartement &
'on joua au Pharaons Ceux
qui fe trouvent à ces Apartemens
font ordinairement ap
pelez au Palais par le Comte
de San Eftevan.
·
!
Le 25. le Roy donna Au
dience au Nonce du Pape.
qui eftoit accompagné de
cent cinquante Eclefiafti
que. Sa Majesté la donna
enfuite au Conneftable Co.
lanne comme Grand d'Ef.
pagne. Ce Conneftable s'étoit
rendu à Rome avec une
Kkij
388 MERCURE
livrée magnifique, & plufieurs
Caifles remplies de Préfens
pourcouse la Cour d'Espagne.
LeRoy alla le même jour à la
Meffe aux Jefuites.
Il ne faut pas s'étonner
les Napolitains ont eſté
charmez de ce Monarque ,
puifqu'ils ont trouvé en luy
toutes les qualitez d'un Prisce
accomply fans y avoir pû
remarquer aucun défaut .
Aufli M le Duc de Beau
villiersa til fouvent dit en
parlant de ce Prince qu'il n'a.
vait jamais feu trouver en luy
où placer une réprimande. Ses.
GALANT 389
9
manieres honneftes & enga.
geantes , en confervant neanmoins
ce qu'il doit à la
Majefté Royale , les ont d'au
bord enchantez . Sa pieté
& nde qu'ils luy ont vu pratiquer
toutes les fois qu'il
s'eft acquité des devoirs d'un
veritable Chreftien ont re
doublé auffi toft aprés leur
amour & leur admiration ,
tant de fageffe & trant de
verau n'eftam pas ordinaire
mentle partage d'une figran !
dejeuneffe. La maniere done
il aseft communiqué aux
Seigneurs › Napolitains ; &
Kk iij
* MERCURE
à la Nobleffe a efté un en
chantement pour eux. Il a
fait affeoir fur des Tabourets
tous ceux qui ont eu l'hone
neur de jouer avec luy fans.
aller de plus que d'une piſtole
chaque fois , afin que perfon,
ne ne fe piquant au jeu , les
Joueurs ne puffent par là faire
aucun tort à leurs affaires. It
a permis à la Nobleſſe d'affif«
ter à fon coucher. Enfin il
a gagné les coeurs de tout
le monde , en donnant Audience
aux Perfonnes de
qualité aux Particuliers ;
& aux Pauvres , en fe mon
"
GALANT 397
trant à toute heure , en écourant
à toute heure , & en parlant
à toute heure Il a fait die
minuerle prix du pain dans le
même tems qui l'a fait groffir.
Ha ordonné que pour fou
tenir les Banques dont le cre
dit eftoit preft à tomber on
y appliquant les biens confif
quez du Marquis del Vaſto-
& des autres condamnezpour
la cebellion. Ha prolongé
pour une vie les inveftitures.
des Riefs qui devoient eſtre
renouvellez à la quatrieſme
generation. Il a aboly le Ce
dùlaire qui eft le refultat con
Kk iiij
J
1
392 MERCURE
tre les Feudataires pour ton
te l'années 1702. Plla res
mis trois millions fept cens
quatre vinge trois mille du
cas qui reste du décours des
Provinces du Royaume , &
as donné un pardon general
de tout le paffé. Il fan fait
mettre en liberté la pluſpare
de ceux qui estoient prifon
niers pour dertes en faisant
payer leurs Creanciers de fes
propress deniers.. Il mange
en public matin , & foir , &
plus les Peuples le voyent
plus ils font voir d'indigna
tions contre ceux qui avoient
GALANT 393
voulu les furprendre en leur
faifant des Portraits de leur
Souverain entierement contraires
à ce qu'ils remarquent
eux-mêmes , ils ne voyent ,
t
difenu , ils Squeal dignité?
bonté , fageffeodouceur
prudence
majefté jogran
deur d'ame. Enfin ce Prin
ceseftant
devenu leur délices
ils promettent
de
facrifier tous leurs biens &
leurs vies pour Philippe V
Ce ne font qu'acclamations
de joye , que feftes publiques
qu'éloges
, & quefeftins pour
marquer leur jaye !...
394 MERCURE
Ce Prince ayane trouvé les
dix Compagnies decent
Maitres chacune , & formées
par les grands Seigneurs de
Naples , parfaitement belles ,
& ayant fçeu que mefme les
Officiers Subalternes eftoient
de la plus haute qualité , Sa
Majeſté aprés en avoir fait
pluſieurs fois da reveue , refa
at d'en faire un Regiment
de mille schevaux pour la
Gardes Le broit le répanauffi
coft aprés que le Roy
vouloit jetter les yeux fur
un homme plus diftingué
par la valeur , que parisfa
>
GALANT 395
naiffance , ce Prince fçeut
que ce choix feroit de la
peine à quelques Seigneurs
Napolitains , quoy qu'ils fuffent
pourtant réfolus d'obeir
fans repliqué à fes volontez ,
il n'en témoigna tien ; mais
ayant pris confeil de fa Sagefs
feil fit affembler les principaux
Officiers de ce Corps ,
& leur dit que voulant leur
confier la Garde de fa Perſon.
ne, il avoir befoin d'un Co
lonel , d'un Lieutenant Colo .
nel , & d'un Major , & qu'il
leuren abandonnoit le choix.
Ceux qui avoient murmuré
.
396 MERCURE
furent fi furpris de cette bonté
qu'ils prierent inſtamment
le Roy de nommer luy même
ces Officiers , à quoy Sa Ma
jefte repliqua , aprés avoir
efté long temps preffée de
faire tels choix qu'il luy plai-
Loir, que puifqu'elle fe fioit à
eux pour la confervation de
fa vie , elle eftoit perfuadée
que connoiffant le merite des
fujets de leunNation, ils ne lut
en donneroient que de capa
blés , zelez & fidelles . Ils
fe deffendirent long temps
den hommer , mais enfin , le
Roy leur ordonna de nomGALANT
3-7
mer trois Sujets du premier
rang , autant du ſecond , &
autant du troifiéme , & ils
obeïrent. La prudence , & la
bonté de Sa Majefte furent
admirées. Elle choifit M' lė
Prince de Montefalcone pour
Colonel , Mr le Duc de So
ra pour Lieutenant Colonel,
& Mr le Comte de Tito Ca
raccioli pour Major, Ce
Corps doit fuivre le Roy dans
le Milanez. Sa Majeſté fut à
peine arrivée à Naples , que
fon premier foin fut d'écrire
au Pape , pour luy erdonner
la nouvelle . Mrle Marquis de
398 MERCURE
a
Louville fut chargéde porter
falettre , & il fut reçu à Rome
avec d'autant plus de diftines
sion , que ce qui ſe paſſa à ſon
égard ne fe trouve point dans
le Ceremonial Il fut admis à
l'Audience du Pape , avec
l'épée au cofté , ce qui ne fe
pratique point lors qu'on n'a
pas la qualité de Miniftrere
.
prefentant. Il fut regalé le
même jour de vingt baffins
d'ouvrages
de devotion , de
quantité de confitures feches,
& d'autres chofes à manger ,
& de deux brancards chargez
de vip . To cela porté par
GALANT. 399
.
un grand nombre d'Eftafiers .
Ces preſens vont beaucoup
au delà de ce que l'on a ac.
coutumé de faire en de pareilles
occafions . Il y cut de
grandes illuminations à Rome
pour marquer la joye
qu'on y reffentoit de l'arri.
vée du Roy Catholique à
Naples , & les trois Cardi.
naux. Chefs d'Ordre firent
illuminer leurs Palas , ce qui
eft d'autant plus remarqua
.
ble qu'ils reprefentent tout
le College des Cardinaux.
Quay que le Papé foſt incertain
fi Sa Majesté Catholique
400 MERCURE
viendroit à Rome , Sa Sain :
teté ne laiſſa pas de nommér
le Cardinal Panciatici , pour
donner les ordres de meubler
l'Appartement dit de Borgia
dans le Palais Vatican , &
de faire divers autres prepas
ratifs pour recevoir ce Mo
narque , Plufieurs Princes &
Seigneurs qui ont des Fiefs
dans le Royaume de Naples
& qui en font Feudataires ;
firent ôterles Armes de l'Empereur
de deflus leur porte ,
& le Conneftable Colonna ,
le Prince de Palefrina , de
Picmbino , de Roffanno , &
GALANT 401
Borghefe , partirent pour
Naples. Ils furent fuivis d'un
grand nombre de gens ntrez ,
de Cavaliers & de Dames ,
ainfi que de perſonnes de
toutesfortes d'eftats , de forte
que ceux qui furent les moins
diligens à partir ne trouve
rent plus de Chevaux . Le
Papertémoigna qu'il avoit
deffein idyl envoyer le Car
dinab Charles Barberin en
qualité de Legar à Latere.
Le Cardinal Grimani qui eft
dans les interefts de l'Empe
reutas ficousinle bruit que
file Pape nommoir un Legats
"May 1702 .
LI
402 MERCURE
pour aller à Naples , il s'y opi
poferoit. Sa Sainteté l'ayant
appris luy fit fçavoir que s'il
avoir quelque chofe à luy di
ze comme Miniftre de l'Emperour
, le Confittoire n'étoit
pas le lieu de luy pare
ler , & que s'il vouloit com
mé Cardinal luy faire des remontrances
& des menaces ,
il cut à fe taire. Le Pape fro
connoiftreten becucoup
moins de paroles ce que je
viens de vousmanquer, & dit.
Si loqueris ut Miniſter , non
aft hic locus & fint Cardinalis ,
face, Le Comte Lamberg
GALANT 403
Amballadeur de
l'Empereur
a déclaré que Sa Majefté Imperiale
ayant fujet de fe plain
dre de la condamnation
du
Marquis del Vafto , elle de
mandoit que S. S. demiſt de
fon employ de Secrétaire d'Etat
le Cardinal Paloufi, qu'elle
calfaft fous ceux qui ont
jugé de Marquis , & qu'elle
lay envoyaltà Viennele Gou
verneur de Rome pour luy
faire
fatisfaction , Le Pape a
réfuté toutes ces demandes
& a répondu qu'il n'avoit rien
fais qu'il n'èuſt pû , & qu'il
n'caft dû faire. L'Ambaffa
Lo Lij
404 MERCURE
deur n'eftant pas fatisfait de
cette réponſe ny de la nom.
tion du Cardinal Charles Bar
beria pour Legat à Latere.
auprés du Roy d'Espagne ,
sleft retiré à¿San Quirico,
Cependant tout eft en mou .
vement en Italie pour les
grands & fuperbes Equipages
que font faire ceux qui font
fur le point de partir pour.
aller à Naples complimenter:
Sa Majefté Catholique de la
part de Sa Sainteté, du grand
Duc de la Republique des
Venife, & celle de Gennes. Le
Grand Duc a envoyé le CarGALANT
405
dinal de Medicis ,fon Frere
& toutes les autres Puiffan
ces des gens diftinguez , ac
compagnez des premieres
perfonnes de l'Etat .
Mr. le Duc de Vandôme
donna de fi bons ordres en
arrivant en Italie afin que tou
telle's : chofes neceffaires.fe
trouvaffent en estat pour
commencer lav Campagne
lorfque la faiſon le permettroit
que de 12 de ce mois à
huit heures idu foir , ce Prins
ce quitta de Camp de fund
Jean , in croce & rejoignit le
4:06 MERCURE
1 à quaire heures du matin
à Bordolano
fur l'Oglio les
cinquante
deur Compagnies
de Grenadiers
, & les fix Ré.
gimens de Dragons
qui
eftoient partis la veille avec
Milé Marquis
de Crequi ,
pour tacher de donner le
change aur Ennemis en fais
ghanr de vouloir repafler le
Poà Cremone. Afin d'ydon
ner plus de vray femblance
M' d'Albergon
avoit fairembarquer
inutilement
du Canon
fur le Po faifant coutimi
le bruit qu'on iroit attaquer
Brefel Il avoit fait avertir les
GALANT
407
h
amis particuliers dans le Par
meſan qu ' caufe du paffage
diun gros corps , ils euffent à
venir prendre des Sauve gar
des. On diftribua de l'eau de
vie aux Grenadiers en paffane
à Cremone , & à midy M ' le
Duc de Vendôme arriva à la
Tefte de tout fur l'Oglio. En
paffant par Rebaco , perires
place appartenante aux Venitiens
vis à vis Ponte Vigo, il fit
demander par m² d'Albergoti
le paffage fur le pont. Ce
paffage luy fur refufé. Mais
avec beaucoup d'excufes &
d'honneftetez , ſous pretexte
408 MERCURE
de la Neutralité que la Repu
blique avoit reſolu de garder
tres exactement envers l'un
& l'autre party , "quoy que fe."
lon les regles ordinaires dé
lar Neutralité les paffages
foient permis ; mais non pas
les fejours. Cette réponſe dé
tertnina M'de Vendôme à re ,
monter jufqu'a Bordolano , où
ily à un Bac vis à vis Quinzano
, oll trouva les Paifans:
armez de l'autre cofté qui di-,
rent avoir efté arop maltrai
gal'année derniere pour pers
metuelle paſſage de bon gré.
&, que fi on les forgoin ; la
République
GALANT. 409
Republique s'en feroit faire raifon.
Comme le refte des Trou
pes eftoit encore bien loin , &
que l'on attendoit ce jour là 14.
du mois un Convoy de pain &
de bifcuit pour fix jours . Mr de
Vendôme ne jugea pas à propos
de paffer l'Oglio . Cependant
il profita de la fituation d'un
vieux Château , & d'une hauteur
favorable pour placer du Ca
non en cas que les Ennemis cuf
fent paru de l'autre côté . Lorfque
lon Infanterie fut arrivée ,
il fit paffer dans le Bac cinquan
te Fuziliers qui dirent aux Payfans
de fe retirer , ou qu'on les
chargeroit Le Seigneur de
Quinzana avec un Officier des
Troupes de la Republique ,
vint demander excufe à Mr le
May 1702.
Mm
410 MERCURE
de
Duc de Vendôme , de l'infolence
que les Payfans avoient euë
attrouper avec des armes
,
& la protection en même temps .
Ce Prince la leur promit & écri,
vit un compliment au Provediteur
de Brefcia . Ce convoy que
l'on attendoit de Pizzighitone ,
eftant arrivé , on diftribua du
pain & du biſcuit à l'Armée
pour fix jours , & on fit marcher
trois cens Dragons , & cent
Gendarmes au delà de l'Oglio ,
pour apprendre des nouvelles
des Ennnemis.
La nuit du 14 au 15. Mr le
Duc de Vendôme détacha Mr
le Marquis de Monperoux avec
cinq cens Chevaux , & cing
cens Fantaffins pour aller à la
découverte. L'Armée continua
GALANT: 41 2414
>
fa marche à la pointe du jour,
Monfieur le Duc de Vendôme
avec tous les Grenadiers , & les
Dragons & vingt pieces de Canon
traverfa plufieurs gros
Villages appartenans aux Venitiens
, fermez de barrieres , &
gardez non-feulement par des
Payfans armez , mais par des
Troupes d'Infanterie & de Cavalerie
, mais en petit nombre.
On fut obligé de rompre la pre
miere barriere qui fe prefenta ,
fans pourtant aucune oppofition
de la part de ceux qui
eftoient dedans , & toutes les
autres fe trouverent ouvertes,
Monfieur le Duc de Vendôme
établit fon quartier general
Baffano ; mais il s'affura du paf,
fag i la Mela qui n'en eft
Mm ij
412 MERCURE
qu'à deux milles par deux
Ponts , & plufieurs Guays qu'it
fit occuper par les Grenadiers ,
& les Dragons vis- à - vis de Minerbio.
Mrs les Princes Eugene
& de Commercy n'en eftoient
qu'à deux milles . Mr le Marquis
de Monperoux qu'il avoit envoyé
la nuit precedente avec
cinq cens Chevaux, & cinq cens
Fufiliers vifiter cette riviere, y
arriva prefqu'en même temps
qu'un détachement que les Ennemis
y avoient envoyé pour en
rompre les Ponts , ce qu'ils
avoient deja commencé d'executer
; mais ce détachement ne
l'attendit point & prit la fuite
en le voyant approcher , fans
que Mr de Vendofme puft le
joindre. Ce Prince marcha de
#1 1.4
GALANT. 413
fon cofté avec tant de diligence
que ce jour - là quinziéme , il
avoit paffé la Mela , avec les
Dragons , les Grenadiers, & les
vingt pieces de Canon , & occupé
un paffage dont toute
l'Armée ennemie n'auroit pu
le chaffer. Il fut obligé d'y fejourner
le 16. parce que l'Artillerie
, & une partie de l'Infanterie
de la feconde ligne ne
purent arriver que ce jour là .
Mr le Duc de Vendofme partit
de Baffano à la petite pointe
du jour pour venir camper à
Pra- Alboino , où il arriva à
fept heures du matin avec la
tefte de la Referve , qui faifoit
l'avantgarde. Ayant appris en
chemin que les Ennemis avoient
abandonné Uftiano, il y marcha
Mm iij
414 MERCURE
auffi-toft. A peine fur- il à un
quart de lieuë qu'il rencontra
deux cens Chevaux des Enneinis
, qu'il fit pouffer , mais ils
prirent la fuite avec tant de
promptitude que l'on n'en put
prendre aucun. Ils pafferent
fur lepont d'Uftiano avec beaucoup
de precipitation . Leur deffein
eftoit de rompre ce Pont ;
mais ils n'eurent le temps que
de rompre la corde d'un Ponton
qui eft à l'entrée du Pont . On
Je reprit à deux cens pas de là ,
& on le remit auffi - toft en fa
place ; de forte que ce Pont fut
rétabli en moins d'un heure . Mr
le Prince Eugene & Mr de Commercy
voyant les paffages de la
Mela occupez , prirent le partide
décamper d'Uftiano la nuit
GALANT 415
du 16 avec leur Armée & leur
Canon's ce qu'ils firent avec
tant de precipitation qu'ils
n'eurent pas le temps d'en démolit
les fortifications , ny d'en
rompre le Pont . On trouva dans
ce Chafteau douze Fours rem
plis de pain, avec tous les inftrumens
pour le faire . On trouva
auffi beaucoup d'armes , de mu.
nitions , & de balots d'habits
pour les Soldats , avec un tresgrand
nombre de bateaux , fans
compter ceux qui formoient le
Pont , qui eft tres- confiderable.
Les Ennemis fe retirerent à
Campitello , entre Marcaria &
Tordoglio , & prirent enfuite
la route de Borgoforte
eftoit leur Pont fur le Pô . Mr
le Duc de Vendofme marcha le
Mm iiij
ou
416 MERCURE
18, au matin pour paffer la
Chiefe Jevous manderay avant
que de fermer ma Lettre ce que
ce Prince aura fait. Sa vigilance
eft tres- grande , & ſes précautions
ne le font pas moins . Dans
la crainte qu'il eut qu'en faifant
une marche diligente , les Ennemis
ne vouluffent prendre
leur revanche en attaquant la
tefte du Pont de Cremone , il
envoya ordre à Mr de Pracontal
d'y jetter en diligence les
fix bataillons qui eſtoient avec
luy,
"
pas
Je croy que vous ne ferez
fâchée de lire la Lettre qui fuit.
Elle eft du 15. du Camp de Baf
fano.
GALANT 4¹7
IL eft arrivé icy trente-fix de nos
Prifonniers des centfoixante -fept
qne Mrle Prince Eugene avoitfait
partir de Trente avec une escorté de
deux Officiers & de quinze hommes
pour les conduire dans le Tirol. Ils
ont fi bien pris leur temps fur le
Lac de Garde , qu'ils ont fait l'ef
corte mefmeprifonniere , & ils l'au
roient ramenée avec eux juſques ici,
fi enpaffantfur les terres des Veni
tiens , on ne les cuft obligez de la re
lacher , comme un acte contraire d
la neutralité qu'ils obfervent. Le
refte joint bande par bande. Mr de
Vendofme donne un écu à chaque
Soldat , & les renvoye, chacun dans
leur Regiment. Ily avoit plufieurs
de nos Officiers auffi prifonniers fur
une autre barque . Nos Soldats ont
voulu les ramener avec eux , mais
48 MERCURE
ces Officiers eftant prifonniers fur
leur parole , n'ont pas voulu revenir.
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit l'Alleluya , qui
fe chante dans le temps de Pafques
. Ceux qui l'ont trouvé
font ,
Mrs Simon & François Prefle
, rue Saint Julien des Menef
triers : Jean Lainé , ruë Portefoin
au Marais : l'infortuné Pigis
: l'Abfent mal vû de l'aima
ble Cathos , du quartier de la
Guerche de Tours : le grandoccupé
du Palais : les Clercs de
Mr du Pont , Noraire au Fauxbourg
Saint Germain : La Dulcinée
de Touloufe : Dom Grander
Grillord , de la ruë de Condé
, & la belle au beau teint de
GALANT 419
la même ruë , & Mademoifelle
Baboulot , de la rue des maffons
: Mademoiſelle Javotte
Ogier , jeune Muſe du coin de
de la ruede Richelieu : la petite
Soeur de Saint François : l'Oifelette
de la ruë de Saint Severin
: la petite Niphine de la Baftille
: la belle Baber de la ruë
Saint Jacques , proche la ruë de
la Parchemineric .
L'enigme nouvelle que je
vous envoye eft de Ms Danfonville.
LES
ENIGME .
Es humains de mes coups , pref
que toujours mortels ,
N'ont aucun fujet de fe plaindre
420 MERCURE
Sije ne frapois plus , il feraitfort
à craindre
Qu'on ne vift plus un jour de Temples
n'y d'Autels..
2
En coupant une tefte ou tranchan
mille bras
Je feay l'art dy donner la vie.
Les maifons où je fers n'attire ..
S point l'envie ,
Et je n'agis jamais fans faire un
grand fracas
Je fouffre volonti
le dos
qu'on me touche
Mais quandil faut qu'un temeraire
Eprouve ce que je fçayfaire ,
To ne respecte plus ny la chair ny les
as
GALANT. 425
Voicy des paroles qui ont efte
mifes en air par Mr l'Abbé Ma-
Simphonie
& fans S
420
MERCURE
Sije ne
frapois plus , il feraitfort
à
craindre
May 2702.
Convenons que chanter, incomparable Amain
teD'accord avec on tour:Etpour nous engager
a luyfaire da pinte. Etpour nous_enga -
ger , a luyfairlir la pinte . Et &c .
GALANT. 425
Voicy des paroles qui ont efte
mifes en air par мr l'Abbé Ma
felin .
AIR NOUVEAU
Onvenons que l'Ile d'Amour
Eft un delicieux fejour,
・Conver
Dans ces lieux enchantez l'incomparable
Aminte
D'accord avec Baccus veut qu'il re
gne à fon tour;
I
Et pour nous engager à lui faire
la
cour,
Sa belle main fe plaift à nous remplir
la pinte.
Le Sieur Claude Rouffel dorne
avis au Public qu'il a mis au
jour un Livre de Motets à une ,
deux , & trois parties , avec
Simphonie & fans Simphonie.
422 MERCURE
!
Ce Livre contient des Motets
pour tous les Mifteres de Notre
Seigneur , & de la Vierge
, pour les Festes des Apôtres
, Martyrs , Confefleurs ,
& Vierges. Il a auffi mis au
jour un Livre de Pieces de
Claveffin de M Clerambaud ,
Organiſte , dedié à Monfieur
le Duc d'Orleans . On trouve
chez lay toute forte de Mufique
Vocale & Inftrumentale .
Ceux qui en voudront faire
graver , s'adrefferont dans la
rue Saint Jacques au deffus des
Mathurins .
Mr de Bouffet , Maiftre de
Mulique de l'Academie Françoife
, & des Academies des
Sciences & des Infcriptions , a
donné au Public un recuëil
GALANT: 423
d'airs ferieux, & à boire , dedica
Madame la Ducheffe de Bour
gogne. Il contient trente deux
Airs gravez par Claude Rouffel.
Le même M de Bouffet continuëra
d'en donner au Public un
pareil recueil , qui le vendra
chez le fieur Rouffel , Marchand
Graveur , ruë faint Jacques au
deffus des Mathurins,
Dame Magdelaine de la Mo
thehaudancourt Prieure du
Prieuré de Saint Nicolas de
Compiegne , eft morte le 22. de
ce mois , âgée de quatre- vingt
dix ans. Xans. Elle eftoit Soeur de
feu M l'Archevêques d'Auch,
& du Maréchal de la Mothe.
Elle est entrée Religieufe tresjeune
dans ce. Prieuré de Saine
424 MERCUR E
Nicolas , où font des Dames ,
Chanoineffes de Saint Auguftin,
qu'elle a toujours tres édifiées
par fes vertus & par fa
grande exactitude à remplir les
devoirs de fon eftat . Ce fut fa
modeftie & fon efprit de Religion
qui luy firent remettre
entre les mains du Roy le Brevet
de l'Abbaye d'Argenfole ,
de l'Ordre de Saint Bernard
mais elle ne put refifter à l'élection
qui fe fit unanimement
de fa perfonne , par les Dames
Religieufes de fa mailon ,
pour eftre leur Prieure perpetuelle.
Elle les a gouvernées
avec toute la fageffe & toute
la douceur poffible , de forte
qu'elle eft regrettée non - feulement
de toutes les Religieufes
GALANT. 425
-
defon Monaftere ; mais de toute
la Ville de Compiegne. Tous
les Religieux & Ecclefiaftiques
de la Ville fe trouverent à fon
Enterrement dont la Ceremo .
nie fe fit par le Pere Dom Guil·
laume Camufet , grand Prieur
de l'Abbaye de Saint Corneil
accompagné de toute fa Communauté.
Toute la Ville s'eft
empreffée d'honorer la memoire
de cette Illuftre Prieure .
Ona
fait pour elle dans l'Eglife principale
, qui eft celle de l'Abbaye
de faint Corneil de Compiegne,
un Service tres- folemnel , où
tout les corps de la Ville le font
trouvez Toutes les autres
Communautez les unes aprés
les autres ont fait auffi un fervice
dans l'Eglife du Prieuré de
May1702 .
Nn
t
426 MERCURE
Saint Nicolas ou fon corps repoſe.
Je vous ay promis un nouvel
Article de Keiferlvert , & je
vous tiens parole .
Les Ennemis ayant pouffé
depuis quelques jours leur
grande ligne de communication,
& cette ligne n'eftant foutenuë
de rien , & par confequent tresaifée
à renverfer . Mr de Blainville
ne trouvoit aucun obſtacle
au deffein qu'il avoit formé de
faire que le rideau qui occupé
depuis la redoute du Cemetiere
Julqu'à la flaque d'eau , & qui
eftant fort efcarpe obligeoit à
défiler fort prés d'eux par les
deux ſeuls chemins qui le coupent
, ce qui donnoit un grand
avantage en les attaquant it.
GALANT 427
eftoit question d'abattre će rideau
pour pouvoir enfuite marcher
en bataille à eux : voici ce
que ft Mr de Blainville pour y
réüffir. Il fic fortir le z1 ; à minuit
quatre cens hommes & cinquante
travailleurs. Deux cens
de ces quatre cens hommes ,
avoient ordre de fe couler le
long des bleds qui font entre le
logement du chemin creux , &
enfuite de replier le long de lat
Tranchée des Ennemis , & de
ła renverfer. Il avoit efté ordonné
aux deux cens autres de
s'aller mettre à la gauche de la
Baque d'eau , couverts d'un rideau
, jufqu'à ce que les premiers
fuffent aux mains , enfuite
de quoy ils devoient fe lever ,
marcher droit à la ligne des En-
Na iiij
428 MERCURE
15 :
gne
nemis , & mettre ainfi cette li
entre deux feux . Pendant
ce temps- là les cinquante travailleurs
devoient abattre le rideau
, & quinze Grenadiers
avec deux Canoniers , aller enclouer
la Batterie de deux picces.
Tout cela reüffit . Les Ennemis
prirent la fuite de tous
coftez ; on abattit le rideau , &
on fe rendit maiftre de leur Canon
, dont les Canoniers emporterent
les armes ; mais ils ne
purent les enclouër , quoy qu'ils
euffent mis cinq cloux dans chaque
lumiere. Elles fe trouverent
fi grandes qu'on y auroit
mis les cinq doigts de la main.
On tua beaucoup de monde , &
on fit un Officier & deux Soldats
Prifonniers. Après avoir
GALANT 429
fait ce que defiroit Mr de Blainville
les Troupes fe retirerent .
avec tout l'ordre poffible par
l'endroit qu'il leur avoit marqué
, c'est à dire , le long de la
fappe des Ennemis , que l'épou
vante empêcha de rentrer dans
leurs Tranchées que plus d'une
demie heure aprés l'action . Les
chofes ainfi difpofées pour la
grande fortie
que Mr de Blainville
meditoit , mais qu'il ne
vouloit faire que de jour , fçachant
combien les actions . de
nuit font dangereufes . Sur les
quatre heures du matin il fit
fortir huit cens hommes qui déboucherent
tout à la fois par
plufieurs ouvertures qu'il avoit
fait faire dans le chemin cou
yert, & qui marcherent droit au
430 MERCURE
rideau qu'on avoit applany
dans la premiere fortie , & aux
Tranchées des Ennemis , qui
prirent la fuite de tous coftez.
Les feuls Officiers ayant
fait ferme , & s'eftant tous fait
tuer , on netoya toute l'efpace
de tranchée qui eft entre la redouce
& la flaque d'eau , & on
commmença à détruire leurs
travaux , mais on n'euſt pas le
temps que Mrde Blainville aufoit
fouhaité pour les bien combler
, parceque fur ces entrefaites
, ilfortit deux bataillons de
derriere la redoute duCimetiere
foutenus de deux Gardes de Cavalerie
qui firent plier nos gens
& les obligerent de fe retirer
avec un peu de précipitation.
On combia ving - cinq à trente
GALANT. 431
toiles de leur premier Boyau.
Mr le Chevalier de Croffi fur
bleffé au bras : mais peu dangereufement
en faifant tout ce
qu'on pouvoit attendre d'un
tres brave homme , & d'un fort
bon Officier. C'eftoit luy qui
commmandoit la feconde forrie
.
Mr le Marquis de Saint Suplice
a eu un doigt caffé & deux
groffes contufions . C'eftoit luy
qui commandoit la premiere
fortie , & il y a fait paroiftre toute
la valeur imaginable ; Mr de
Treffeffon a efte bleffé legerement
& Male Fevre Lieutenant
Colonel d'Orleans l'a efté dán- ;
gereufement de deux coups , it
commandoit la gauche de la
premiere fortie & a fait tout ce a¨
432 MERCURE
Mr
qu'on peut attendre d'un vieil
Officier experimenté & plein de
courage . MrDolive , Lieutenants
Colonel de Languedoc , a efté
bleffe dangereufement
.
Remond , Ingenieur en Chef ,
bleffé à mort, douze Capitaines
bleflez , deux Officiers tuez ,
onze bleffez , cinquante Soldars .
tuez & cent bleffez .:
*
Il eſt aifé de s'imaginer , que.
les choſes s'eſtant paffées dans
ces deux forties , comme je viens
de vous marquer , les Ennemis
doivent avoir fait une groffe
perte, & fur tout d'Officiers ,
mais je doute qu'ils foient auffi
finceres que ceux qui ont écrie
la noftre de Keyferfvert même ,
& qui l'ont mandée , felon
l'eftat qui en a efté dreffé. J'ay.
3154
vu
GALANT 433.
Jay vû des Lettre de Cologne
qui portent que l'un des deux
Bataillons dont il eft parlé dans
cet Article , & qui eft Hollandois
, avoit été fi maltraité qu'on
ne le devoit plus compter les
Ennemis ayant effuyé ces deux
forties aprés avoir abandonné
leur attaque du haut Rhin , ne
ne doivent pas cftre encore fort
avancez.
Vous me demandez comment
les Etats Generaux fe tireront
d'affaire avec avec M l'Electeur
de Brandebourg , touchant
le Teftament du feu Roy d'Angleterre
, & qu'ils doivent eſtre
embaraffez dans la conjoncture
préfente. Ils ont déclaré qu'ils
eftoient auffi Executeurs du
Teftament du Prince Frederic
May 1702.
Oo
434 MERCURE
Henry , qui eft en faveur de Aft
1'Electeur de Brandebourg. Ce
menagement empêche que le
Prince de Naffaune foit mis en
poffeffion des biens que S. M.
Britannique luy a laiffez, & l'on
dit fourdement que les Etatsent
deffein d'accommoder cette
affaire , moyennant une fomme
confiderable qu'ils feront offrir
à M³ l'Electeur de Brandebourg
,
pour l'engager à renoncer à les
prétentions , & qu'on prendra
cette fomme pendant trois ou
quatre annéesfur les revenus de .
cette fucceffion .
Je ne puis m'empefcher de
Vous parler de nouveau du
Roy d'Espagne. J'ai encore mil
le chofes à vous en dire que
je reſerve pour le mois proGALANT
435
chain. Je vous diray feulement
que la Nobleffe du Royaume de
Naples , voyant qu'il avoit la
bonté de fe communiquer fouvent
au Peuple , & en ayant
temoigné du chagrin , parce que
cette bonté eftoit- cauſe qu'elle
joüiffoit moins fouvent du plaifir
de le voir en particulier,
ce Monarqué l'ayant fçû , dit ,
qu'il eftoit également Roy de la
Nobleffe & du Peuple. Comme
on luy donne fouvent la Mufique
pendant fon dîner , il dit un
jour en écoutant ceux qui chantoient
fans les voir , qu'il y
avoit parmy eux une voix plus
claire qu'à l'ordinaire , & qu'il
n'avoit pas accoutumé d'entendre.
Ce Prince ne fe trompoit
pas , & il fe trouva une fille
O o ij
436 MERCURE
.
feule parmy un grand nombre
d'hommes. Ildeffendit que cela
arrivaft à l'avenir , ce qui luý
attira de grandes louanges.d
Le premier jour de ce mois
on luy fit préfent de fleurs &
de fruits que l'on ne voit en
plufieurs Etats que quelques
mois plus tard , & ily avoit même
des melons . Il dit en les
confiderant qu'il auroit vou
lu les pouvoir envoyer au Roy
fon Grand - Pere , afin qu'il connuft
par la ce que c'eft que Na→
ples . Comme il marquoit par
ces paroles qu'il eftimoit beaucoup
ce Royaume , elles reçue
rent de grands applaudiffemens.
Ce Prince dit chaque jour quelque
chofe de nouveau qui luy
en attire & fa reputation eft
200
GALANT: 437
tellement établie dans toute
'Italies que les Etrangers ne
peuvent plus trouver à Naples
où fe loger, & qu'on manque
de voitures , quelque prix que
l'on en veüille donner , pour s'y
rendre de toutes les Villes d'L
Jalies snom na að khu sosuut
22Ƒay peu de nouvelles à vous
apprendre du haut du Rhin :
des habitans de Kel ont demandé
le rétabliſſement du Pont de
Strasbourg , ce que Mule , Ma
rechal de Cacinat deur a refufé,
en difant que puiſqu'ils avoient
commencé à rompre le Com
merce , il n'en vouloit plus.
avoir avec eux , rerefonach ,
Midu Gafquér , Brigadier ,
& M de Nectancour ayant leur
Regimens dans Landau , réfo
O o iij
438 MERCURE
lurent de s'y jetter. On leur
donna trente Grenadiers pour
les eſcorter , & deux guides.
Lorfqu'ils fe virent à vingt pas
de la Place , & qu'ils crurent
n'avoir plus rien à craindre
ils renvoyerent leur eſcorte , &
furent pris un moment aprés ,
par un Party de l'Armée de M&
le Prince de Bade . Un Grena
dier qui avoit deſerté dans la
route , avoit averti les Enne-
-mis , qui l'avoient auffi efté par
un des Guides. Mr le Prince de
Bade, qui ne fait pas moins la
guerre en galant homme qu'en
grand General , leur fit mille
honneftetez , & leur offrit toutes
les chofes dont ils pouvoient
Savoir befoin. Plufieurs Officiers
de fon Armée firent la
GALANT. 439
-
même chofe à fon imitation.
L'Armée que commande Mr.
le Maréchal de Catinat , eft
déja de vingt - quatre mille
hommes , & il y arrive tous les
jours de nouvelles Troupes.
Elle campa le 1. en front de
bandiere , en s'étendant vers
Haguenau.
La grande diverfion que le
General Coëhorn prétendoit
‹ faire , n'a abouti qu'à la prife
du petit Fort de Saint Donat ,
qui n'eft que de terre , & dont
on avoit retiré la garniſon .
Dans le même temps Mr le Marquis
de Thoy prit un petit Fort
à la gauche de Hulft , & le rafa .
Mr de Verboom attaqua auffi
dans le même temps & prit le
- Fort de Kei - kuith fitué à la droi
O o iiij
440 MERCURE
te de Hulft La prife de ces deux
Forts à la gauche & à la droite
de cette Ville- là , fit craindre
"aux Ennemis qu'elle ne fuft ataraquée
& voyant que nous,
avions déja pris noftre revanche
de la prife du Fort de Saint
2 Donat par celle de deux de
leurs Forts. Ils apprehenderent
que la Ville de Hulft n'euft le
même fort. Cette raiſon & quelques
autres qui n'eftoient pas.
moins- preffantes , leur fit redemander
fept Regimens des
Troupes qui compofent la petite
Armée de Mr de Coëhorn .
Deux de ces Regimens devoient
eftre jetez dans Hulft. On en
idevoit embarquer un, & les quaire
autres devoient renforcer
-l'Armée de Mr le Comte d'AtlGALANT:
441
hone, que celle de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne inquiéte
fi fort qu'elle coucha dernierement
deux jours & deux nuits .
fous les armes ; la deſertion y eft
fort grande. Deux de nos Ga-
Jeres ont porté des fecours au
Fort Ifabelle , & Mr de Coëhorn
doit eftre prefentement réduit
à fe deffendre .
Les Partis de la Garnifon de
Maftric font fouvent malheureux.
Ils ont manqué Namur s
ils ont efté chaffez de Huy avec
une perte confiderable , & Mr
le Commandeur de Courcelles
en vient de battre un qu'il a
pouffe jufqu'à la Barriere de
Yndolen , en leur tuant & bleffant
beaucoup de monde , fans
avoir eu qu'un Cornette de Fe442
MERCURE
rar tué & fix Dragons bleffez:
Ce Party fe fauva du cofté dé
Boifleduc avec tant d'épouvan
te que ceux qui le compofoient
rompirent aprés eux les Ponts
fur le Domel .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
eft tonjours dans fon-
Camp . de Santen , au milieu
de l'abondance , qui s'y confer
ve aux dépens des Ennemis.
Toute la Cavalerie eft dans le
meilleur eſtar qu'il foit poffible
de fouhaiter , loin qu'on manque
de quelque chofe dans ce
Camp , tout s'y trouve en fi
grande quantité que l'on mande
qu'il ne fera pas poffible aux
Troupes de confommer tou
tes les provifions qui y font.
Monfeigneur le Duc de Bour
GALANT 44$
gogne les charme par fes may
nieres honneftes , & fait voir
par fa vigilance & par fon activité
ce qu'il feroit dans l'occafon.
Il-inquiete fort les Ennemis
& fon Camp eft exempt d'a
Jarmes. Il y arrive tous les jours
un grand nombre de Deferteurs
dont la plupart font Anglois. Ce
-Prince attend avec beaucoup
d'impatience fa maifon, fes équi
pages , fa groffe Artillerie , &
quantité de munitions de guer
retout cela doit être préfente
ment arrivé,, ce qui fait que les
Ennemis craignent pour toutes
leurs plus fortes Places , & fait
murmurer lepeuple d'Hollande
de la Déclaration de la guerre.
Ben parleray en fon temps auffi
bien que de celles des Anglois.
444 MERCURE
Cependant nous faifons beau
doup de prifes fur l'une & fur
l'autre Nation , ce qui les chagrine-
fort, som han en bait
Nous avons laiffé Mr le Duc
de Vendofme le 18 à la pourfulte
des Ennemis. Voyons de
que ce Prince a fait depuis cetemps
- là . I envoya le 19. Mr
de Villiers avec fix cens Chevaux
ou Dragons pour fommer
Canetto & en cas de refus ,
pour Pinveſtirudes cofter Le
Commandant répondit qu'il ne
voyoit ny Infanterie ny Canon ;
2& que lors qu'il en verroit , il
fongeroit à fa réponſe. Mr le
Dud de Vendofme by envoya le
mêmefoir deax Brigades d'Infanterie
& quatre pieces de
Canon Elles arriverent le 20 au
GALANT. 445
matin , & ce Prince s'approcha,
lui- même de la Place . Il fit offrir .
aux Affiegez la capitulation
qu'avoit euë Mr le Chevalier,
de Maulevrier , qui demeura,
Prifonnier de guerre avec toute
la Garniſon . Ils répondirent,
qu'il y avoit de la difference ,
que ce Chevalier avoit tiré fur
les Troupe's Imperiales , & qu'ils
n'avoiont point tiré fur celles,
de France. On demeura ferme,
à vouloir qu'ils fuffent Prifonniers
de guerre , & ne voyant
point d'autre grace à efperer, ils
y confentirent. Il y avoit dans la
Place quatre cens quatre hommes
, un Ordonnateur , un Lieu .
tenant Colonel , quelques Officiers
, & des provifions de farine.,
Le 20.au matin Mr le Mar445
MERCURE
-
quis de Villiers envoya un par
ty de cinquante Maiſtres au del
lá de la Chiefa. Il- en trouva›
un de 30. Maiſtres prés d ' Aquanegra
, qui prirent auffi - toft la
fuite. Il y en eut un de tué &
trois furent faits Prifonniers.
Ils affurerent que leur armée
cftoit à Borgoforte. On apprit
par d'autres nouvelles qu'ils
eftoient encore plus loin , &
d'autres dirent qu'ils qu'ils rompoient
leur Pont de Borgoforte.
Monfieur le Duc de Vendôme
fe préfenta devant la Chiefa ,
& la paffa fans aucune oppofition
. Il dépêcha auffitoft Mr
le Marquis de Crequi avec un
gros Corps de Troupes qu'il
envoya à Mantoüe
renforcer la Garnifon.
à
Mantoue , pour en
GALANT 449
1
Les grandes chofes qui fe.
font paffées en Italie & au Siege
de Keyferlvert , eſtant arrivées
fur la fin du mois , auffi
bien que d'autres nouvelles
curieufes , lorfque ma Lettre
eftoit déja remplie , m'ont me
né fi loin que je fuis obligé de
remettre plufieurs articles au
mois prochain , n'ayant pas même
le temps de vous parler de
l'ouverture de l'Affemblée du
Clergé.
La nuit du 24. au 25. Mr Filet
Ingenieur , entra dans Keyſerfvert
, avec des Armuriers , deux
Mortiers , & quelques pieces de
Canon .
On dit que le Prince Eugene
a feparé fon Armée en trois
Corps pour ramaffer les Trou443
MERCURE
pes qu'il a en differens Poftes
qu'il ne peut garder , & pour
s'éloigner plus aifément de celle
de Mr de Vendofme. Je fuiss
Madame , voftre , & c .
A Paris , ce 31. May 17020
TABLE.
Seance publique de l'Academie
des Médailles & des Infcrip
tions.
268
Seance publique de l'Académie des
Sciences.
Madrigal
227
A
279
Noms de ceux à qui le Roy a per
mis de leverde nouveaux- Regi
t men's .
Carie nouvelle:
Morts.
Penfion donnée par le Roy.
Nouvelles de Mantouë.
180-
284
286
299 .
301
•l'Eglife des Invalides Poëme. 307
зн Ballade.
Memoires du Comte de avantfa retraite
redigez par Mr de Saint
Evremont.
315
Augmentationsfaites à la carte du
Milanez.
316
Troifiéme article de Morts. 318
Ppij
TABLE.
R
Mr le Chevalier de Graville eft
nommé pour remplir la place de
Mr de Forval auprès des Gri-
Sons. A sh
9780525
Suite de la Marche de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne 321
Confpiration de Namur & affaire
327 dHuy
Suite du Siege de Keyferfvert. 303
Tout ce qui s'eft paffe à Naples depuis
arrivée du Roy d'Espavogne.
Nouvelles de Rome.
T
361
398
Suite des Nouvelles d'Italie. 405
Articles des Enigmes. Bol 1418
Livre de Motets mitov 421
Recueil d'airs ferieux de Mx du
IsBouffet.
Troifiéme article de morts.com -423
Sorties faites par la Garnifan de
& Keyferfvert , do futóra, a
422
416
TABLE.
Expedient trouvé par les Etats Graux
pour donnerfatisfaction à
Mr Electeur de Brandebourg
furla Succeffion dufeu Roy d'Angleterre.
Suite de l' Article de Naples. 434
-Nouvelles du haut Rhin.
с
434
437
Nouvelles des Armées de Flandres
.
!
-
439
Partis de Maftric mal reçus , &
Stomaltraitez un pennor 441
Nouvelles de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. 442
Suite des affaires d'Italie. 444
Nouvelles de divers endroits. 447.
Avis pourplacer les Figures .
L'Air qui commence par
C'est à toy divin ‹ Bacchus , doit
- regarder la page 202 .
L'Air qui commence par ,
Convenons que l'Ile d'Amour doit
regarder la page 411 .
•Eur
511-
1702,5
Mercure
<36624505580011
<36624505580011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' AMONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY
. 17020
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure galant.
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpender
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
. on n'en payera que trente -cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU
LECTEUR.
7
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR .
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
MAY, 1702 .
L y a longtemps que
vous me demandez le
Bref que le Pape en
voya au Roy lorfque ce Mo.
narque reconnut Monfieur
le Prince de Gales pour l'he
A iij
6 MERCURE
ritier legitime du Feu Roy
Jacques II & de la Couronne
d'Angleterre. Cette piece
que je n'avois pas alors étant
heureuſement tombée depuis
peu entre mes mains , je
vous en envoye une Traduction
.
·
A Nôtre tres cher Fils en
JESUS CHRIST
le Roy
Tres Chreftien
CLEMENT XI.
NJESUS -
CHRIST ,
Oftre tres cher Fils en
JESUS - CHRIST , Salut.
Lorſque la douleur extraordinaire
GALANT 7
que nous avons reffenti avec
justice de la mort du tres pieux
Prince fi zelé Catholique
Jacques 11. Roy de la Grande
Bretagne , efloit d'une nature
à ne nous laißer efperer aucune
confolation , nous en avons reçû·
une tres fenfible dans le même
temps par le témoignage que.
nous avons eu de la pieté , &
de la generofité de Voſtre Majeſté.
dans cette occafion ; Vertus qu'on·
ne (gauroit affez louer puiſqu'aprés
avoir donné à ce Roy affligé
des marques fi éclatantes de
voftre bien veillance depuis tant
d'années , vous venez enfin de
A j
8 MERCURE
luy en donner des preuves fiïlluſtres
dans les derniers momens de
ſa vie , vous avez remply les.
voeux & les fouhaits de ce
Roy mourant , dont l'ame eftoit,
ornée de tant de rares qualitez ,
dont la vertu a eftééprouvée par
tant de difgraces qui ne l'one
jamais abbatu , quoy qu'il ais
effuyé pendant ſa vie tous les
orages & toutes les tempeftes qui
menacent ia tefte des Grands de
la terre , & aprés l'avoir reçû
dans vos Etats avec une magnificence
Royale , aprés luy avoir
donné avec tant de generofité tous
les fecours que la tendre amitié
"
GALANT
9
ges
2
qui vous unißoit fembloit exiger
de vous , vous avez mis le comble
à fes deſirs , dans le ' moment
qu'ilalloitfaire un heureux échan:
des biens paflagers & incertains
de cette vie avec les biens
éternels & folides de l'autre ,
lorfque vous avez affure & convaincu
ce tendre Pere dans la
follicitude dont il eftoit justement
rempli , non pas tantpour lafor
tune & les interefts temporels
que pour l'éducation chretienne
les fentimens de religion qu'il
vouloit qu'on donnaft afon Fils,
Prince d'une fi grande esperan
ce , que vous ne continueriez
10
MERCURE
pas feulement à ce jeune Prince
les mêmes fecours & la même
protection ; mais que vous lug
rendriez auffi les honneurs dús
à la dignité Royale en le reconnoißant
pour l'heritier legitime
de la Couronne d'Angleterre
,
pourveu toutesfois qu'il fuivift
les grands exemples de vertu
& qu'il imitaft le zele du Roy
Jon Pere dans le culte de la vraye
Religion ; ce trait de generofité
de Voftre Majeftè , qui ne peut
fortir que d'un coeur veritable.
ment chretien , nous a paru d'un
fi grand poids , lorfque dans une
conjoncture où toutes les raifons
GALANT: IF
de l'Etat vous perſuadoient le
contraire , vous n'avez confuliè
que vôtre Zele & que l'amour
de la justice er de la religion
que dans une occafion où nous
ne devrions eftre occupez qu'à
pleurer la perte d'un Roy dont
la memoire doit estre fi chere
à tous les gens de bien , noftre
amour paternel ne nous engage
pas moins à vous lower dans le
Seigneur & à luy demander pour
vous la jufte rècompenfe d'une
action fi chrefiienne : nous prions
donc dans l'abondance de noftre
coeur , le Difpenfateur de tous les
biens , de reconnoistre par leffu.
12 MERCURE
fion de fes graces , cette nouvelle
preuve que vous venez de donner
de vostre zele de voſtre amour
pour fon Eglife ; nous croyons
inutile de vous inviter à tenir
lieu d'un bon Pere à ce jeune
Roy , dont le naturel paroit fi
porté à la vertu , puifqu'il ne
nous refte rien à defirer ny à vous
demander; ayantfigenereufement
prevenu tous nos fouhaits par
tout ce que vous avezfait juſqu'aprèſent
deforte que le nom,
bre d'evenemens éclatans & merveilleux
qui font arrivez dans
cette conjoncture ne meritant
pas feulement d'eftre transmis à
GALANT .
23
·la pofterité , mais auffi d'eftre con.
facrez à l'Immortalité,nous vous
affurons que tout ce que nous en
a écrit par un Courier Extraordinaire
noftre Venerable Frere
Philippe Antoine Archevefque
d'Athenes , ne fortira jamais
de nôire coeur paternel , du pro .
fond duquel nous donnons avec
toute forte de cordialité à Voftre
Majesté noftre benediction Apoffolique.
Donné à Rome le
Novembre 1701 .
4.
Je vous ai dit dans ma der,
niere Lettre que le Pere Ar.
change d'Ecoffe Capucin ,
14 MERCURE
avoit reçu l'abjuration de fa
mere & de fon frere . Je vous
envoye le Difcours rempli
d'onction qu'il fit à ces nouveaux
Convertis le jour que
cette abjuration fut faire.
FECIT MIHI MAGNA
QUI
POTENS
EST , ET SANCTUM
NOMEN EJUS .
Celuy qui eft puiffant a fait de
grandes chofes en moy, &fon
Nom eft Saint, Luc 1 .
Sie
I c'est pour un Chrétien
le plus grand malheur
qui luy puiffe arriver que de
perdre Dieu en tombant dans
Therefie , on peut dire que le
GALANT 15
plus grand bonheur d'un Pro.
teftant, c'eft de trouver ce même
Dieu par une veritable &
fincere converfion
. Vous avez
eû tous deux , ma chere Mere,
& mon cher Frere , le malheur
d'eftre nez & élevez dans cette
Secte ennemie de toute
verité , & vous venez aujourd'huy
à la face de ces Saints
Autels , eftant éclairez de celuy
qui éclaire tout homme
venant au monde, pour eftre
folemnellement
incorporezà
l'Eglife Catholique
, Apoftolique
, & Romaine , qui eft
celle du Dieu vivant , la co
16 MERCURE
lomne, & le fondement de la
verité , Columna & firmamen .
tum veritatis . * Vous venez en
ce jour où Dieu me fait la
grace de luy offrir pour la
premiere fois cette victime
innocente , cet Agneau fans
tache qui ofte le peché du
monde . Vous venez , dis je,
facrifier vos erreurs à la veri .
té. Quelle confolation pour
moy ! mais quel bonheur
pour vous , n'avons nous pas
fujet de nous écrier tous en-
'femble par un tranſport de
joye pareil à celuy de la fain
te Vierge ; Fecit nobis magna
I. ad Thim.
*
30
GALANT 17
quipotens eft , &fanctum Nomen
ejus. Celuy qui eft puiffant
a fait de grandes chofes
en nous ,& fon Nom eft Saint.
Il a efté un temps que
vous & moy nous eftions des
vales de colere , & cependant
nous nous croyons des vafes
d'élection
, nous eſtions les
objets de l'indignation
de
Dieu , & nous nous imagi
nions eftre les objets de fon
plus tendré amour . Tel eft
l'état déplorable où le trouvent
les meilleurs
des Prote-
Rans.
*
Luc I...
May 1702.
B*
>
18 MERCURE
Préoccupez d'une fauffe
Doctrine qu'ils ont fuccé
avec le laict , ils font le fujet
de leurjoye de ce qui devroit
faire le motifde leur douleur,
& attachez aux erreurs de
leurs fectes comme à des veritez
réelles, ils ont attiré fur
leurs teftes cette imprécation
terrible du Prophete
, Va qui
dicitis malum bonum & bonum
malum , ponentes tenebras lucem »
lucem tenebras . * Malheur .
à vous qui donnez le nom de
mal au bien, & celuy de bienau
mal , & qui prenez les tenebres
pour la lumiere , & la
* Ifaye
5.
GALANT. 9
lumiere pour des tenebres.
En effet,combien de fois leur
avons nous entendu dire , que
leurs dogmes impies eftoient
conformes à la Doctrine des
Apôtres, & que les plus faintes
veritez de la Religion Catholique
n'eftoient que fa .
bles ? Vaqui dicitis ,&c Come
bien de fois nous ont- ils dit :
que leur Eglife qui a efté prés
de douze cens ans inviſible,
eft cette fainte Cité bâtie fur
une montagne qui ne peut ètre
cachée, que l'Eglife Romaine,
cette Epoufe glorieufe de J.C.
contre laquelle les portes
de
Bij
20 MERCURE
*
l'Enfer ne prévaudront jamais
n'eft qu'une Sinago
gue de Sathan & une proftituée.
Ponentes tenebras lucem
lucem tenebras . En niant la..
realité de Jefus Chriſt dans
l'adorable Euchariftie , ne les ..
voit on pas traiter nôtre culte
pour ce grand mistere de.
fuperftition & d'idolatrie ? ou
plutoft n'ont- ils pas reproché
au Fils de Dieu même d'eftre
un impofteur, luy qui nous a
dit en termes fi precis & fi
clairs : Cecy eft mon Corps ,
Cecy eft mon Sang, & fi vous
ne mangez la chair du Fils
*. Math. S
GALANT. 20
de l'homme, & ne buvez fon
fang , vous n'aurez pas la vie
en vous ? * N'ont ils pas en fin ,
par le mépris qu'ils font des
Sacremens , ces facrées fontaines
de grace qui rejaliſſent
jufqu'à la vie eternelle , &
fubftituent à leur place des
Ceremonies profanes & ſte .
riles N'ont ils pas , dis - je , tiré
de la bouche de Dieu même
cette plainte amere qu'il fairpar
fon Prophete Jeremie.
Fremiflez , ô Cieux , fremiffez
d'étonnement , pleurez , portes
du Ciel, parce que mon peu.
ple a fait des maux , ils m'ont
* Math. 26. Ioan. 6..
22: MERCURE
abandonné, moy qui fuis une
fource d'eau vive , & ils fe font
creusé des Cifternes entr'ou
vertes , qui ne peuvent retenir
l'eau .
Cruelle herefie ! de quel defordre
, de quel aveuglement
n'eft tu pas fuivie ? aveuglement
qui fait tout à la fois le
châtiment de ceux qui font
infectez de ton poiſon : Ils
marcheroni, dit Saint Jerôme ,
comme des aveugles , parce
qu'ils ont abandonné la lumiere
qui les conduiſoit , &
que cherchant le Seigneur,
ils ne le trouveront pas . Am
bulabunt us coeci quia domino pecGALANT
23
caverunt : que ces effets font
terribles ?
Des Sacremens avilis , la
la Confirmation , réduite a
une pure Ceremonie , la Con.
feflion a un fimple aveû interieur
fait à Dieu de fes
pechez
, l'Extreme onction à
une Priere indifferente , l'Or .
dre a une ordination qui ne
confere ny grace ny caracte
re. Le Mariage à un pur con.
tract civil , le pain des Anges
en un mot , le dirai.je , reduit
à un banquet d'iniquité ,
font des preuves plus que fuffilantes
pour convaincre d'er24:
MERCURE
reur nos adverfaires , & leur
faire comprendre combien il
eft amer pour eux d'avoir ain .
fi abandonné
le Seigneur leur
Dieu , & l'Eglife leur veritable
Mere pour s'attacher aux
dogmes d'un Calvin fi oppolé
aux Saintes Ecritures &
aux Traditions apoftoliques .
vide quia durum &
Scito
amarum eft dereliquiffe te Domiz
num Deum tuum .
Et cependant,ô mon Dieu ;
où voit on de ces infortunez
ouvrir les yeux aux veritez
connuës ? Que le nombre en
eft petic , & qu'il eft rare de
leur :
GALANT. 25
leur voir faire ces Saints efforts
fur eux mefmes ! mais ne
nous en étonnons pas , puifque
c'eft leur malice qui les
a aveuglez comme parle le
Saint Elprit. Excæcavir * enim
illos malitia corum, Avouë- t - ils
de bonne foy leur malheueux
eftat , helas ! trop (enfi
bles à un vain point d'honneur
, c'en eft affez pour les
yretenir ? font ils convaincus
des veritez les plus Catholi
ques , l'embaras & l'intrigue
qu'il faut foutenir pour fe menager
la jouiffance & la con-
*
Sap. 2.
Avril
1902.
C
26 MERCURE
fervation d'une fortune qui
fouvent n'exifte qu'en Idée ,
eft plus que fuffifante pour les
empêcher de s'en déclarer les
profefleurs , & il eft vray de
dire à les voir que beaucoup
font appellez à la Catholicite
mais qu'il y en a peu d'élus.
Multi funt vocati pauci vero
Electi *
Pour vous , machere Mere ,
& mon chere Frere , la grace
-que Dieu vous fait aujour.
d'huy eft une de ces graces
particulieres
qu'il n'accorde
pas à tout le monde. Nonfecit
* Math . 20.
GALANT. 27
Vous
taliter * omni
nationi ,
avez
reconnu
l'iniquité
de
voſtre
herefie , & vous voilà
prefts d'y renoncer ; vous avez
trouvé la vraie Eglife , & je
vous vois impatient d'y entrer
; ce font de grandes faveurs
mais prenez garde &
faites reflexion à celle que
Dieu par une Providence
toute Paternelle a bien voulu
vous faire d'une maniere toute
particuliere , il a fait preceder
voftre Converfion par
celle de voſtre Mary & de
vos Enfans , de peur qu'à
* Pf.
147.
Cij
28 MERCURE
fur
l'exemple
de Loth vous ne
regardaſſiez
en arriere ,
ceux que la nature vous a ren
dus fi chers .
du
Rejoüiffez
vous donc &
rendez
au Seigneur
des actions
de graces
immortelles
,
luy qui fans tenir compre
nombre
des années
que vous
avez employé
au ſervice
de
Ton plus cruel Ennemy
, veut
bien aujourd'huy
vous recevoir
parmy fes plus fidels Ser
viteurs
, & vous procurer
par
là le moyen
de participer
un
jour à la felicité
éternelle
de
fes Elus dans le Ciel , Rendez
GALANT
2.9
donc encor un coup , rendez
graces à Dieu qui fans
avoir eu befoin de vous , &
fans que vous l'ayez merité
vous a arraché de la puiffance
des tenebres pour vous
faire entrer dans le Royaume
defon fils , à Dieu , dis je ,
qui feul a fait de grandes
chofes en vous . Fecit mihi ,
&.c.
En effet ma tres - chere Me.
re & mon tres- chere Frere, fi
vous confiderez ce que vous
avez eſté juſqu'à prefent
& ce que vous allés devenir
C iij
30 MERCURE
par la grace de voftre converfion
, vous avouërez que
Dieu a veritablement fait
de grandes chofes en vous .
Avant voftre Converfion
vous étiez fous la puiffance
de Sathan , & par voftre converfion
vous allez en eftre delivré
. Vous étiez exclus du
Royaume du Ciel , auquel
vous aviez droit par voſtre
Baptême , & vous allez ren .
trer dans tous vos anciens
privileges Vous allez rache
ter cet heritage du Pere celefte
dont vous étiez dépoüillez
par voftre herefie . Enfin,
GALANT
31.
vous étiez ensevelis dans les
tenebres épaiffes de l'erreur ,
couverts de la confufion du
peché , & vous allez eftre
éclairez de lumieres toutes
divines , & remplis de graces.
Non seulement vous allez
devenir libres , mais Saints ;
non feulement Saints , mais
enfans de Dieu , & coheritiers
de Jeſus - Chrift.
Aprés des changemens fi
heureux, aprés des avantages
fi confiderables, pouvez vous
balancer encore un moment
à vous déterminer à l'action
que vous elles prefts de fai
C iiij
32 MERCURE
re ?Pouvez vous hefiter d'embraffer
avec joye la verité qui
fe prefente à vous, & detefter
vos anciennes erreurs ? Pouvez
vous craindre de vous
perdre dans la Religion dont
vous allez faire une profef
fion folemnelle à la face de
ces Autels , & fur tout dans
un Royaume où la verité
connue fe prêche avec force,
l'erreur perfecutée le cache
avec adreffe , la vertu feule recompensée
triomphe , & le
vice profcrit eft contraint de
fe maſquer ou de fe confondre
?Comment vous perdriezGALANT.
33
vous icy à la fuite d'une Cour
dépofitaire fidelle de la Religion
? vous auriez honte de
ne pas tout faire pour votre
falut , animez que vous devez
eftre par la foy d'un Prince
qui nonobftant le défaut des
années , la vivacité des paffions,
le feu de l'âge , foumet
l'intereft à la Religion , &
fçait preferer comme Moïse
l'honneur de fouffrir en fer
vant Dieu parmi fon Peuple
afflige , au plaifir qu'il y a de
joüir en le méconnoiffant de
la gloire duTrône.Comment
vous perdriez vous dans une
34 MERCURE
Cour où vous eftes foutenus
par l'exemple d'une Reine
plus digne encore de l'Empi
re du monde par la Foy qu'elle
maintient dans une occa❤
fion fi gliffante , que par les
qualitez heroïques qui la diftinguent.
Car fi l'un & l'autre
tout fenfibles qu'ils font à
l'injure , confervent par cette
fermeté d'ame, qui eft la ver
tu des Rois , toute leur tranquillité
au milieu de la perfecution
la plus affreufe , c'eft
parce qu'ils ne s'arreftent
pas au Semeï qui les maudit ,
mais à la bienfaifante main
GALANT 35
de Diea qui les frappe , ils
trouvent affez dequoy fe
confoler dans leur difgrace ,
quand ils penfent qu'ils immolent
un Empire à la gloire
, & s'eftiment encore trop
heureux de pouvoir jetter
trois Couronnes au pied de
fon Trône.
moyens
Quel exemple pour vous,
ma chere Mere & mon cher
Frere ? Le moyen de fe perdre
à la fource de tant de
de ſe fauver ? car l'exemple
eft le grand reffort de la grace
, il excite puiffamment à la
vertu , & refrene merveilleu16
MERCURE
fement le vice ; mais quand
l'exemple nous eft donné par
des perfonnes qu'on fait
gloire d'imiter, on ne peut
difpenfer de les fuivre . N'allez
donc pas chercher plus
loin à vous former fur d'autres
modeles , & quoy qu'il
vous en doive couter em
braffez genereufement la Foy
de l'Eglife Catholique, foyez
toûjours fidels aux promeffes
que vous allez faire à Dieu
en vous confacrant à luy par
voſtre converfion. Converfion
, ô heureux retour
eftes accompagnez de fi noqui
GALANT
37
bles prérogatives ! Quoy
donc avoir efté jusqu'à prefent
dans les tenebres de l'erreur,
& eſtre en un moment
exposé au plein jour de la ve
rité. Tel eft voftre heureux
fort. Autrefois vous étiez des
tenebres , Eratis aliquando te
nebra. Maintenant vous eftes
devenus toute lumiere dans
le Seigneur. Nunc autem lux
in Domino. Autrefois vous
étiez des brebis égarées , Era.
tis ficut oves errantes , mais à
-prefent vous voila revenus
auprés de votre Paſteur &
1. Petr. 2
*
38 MERCURE
de l'Evefque de vos ames.
Sedconverfi estisnunc ad Pastorem
& Epifcopum animarum
erarum .
C'est vous feul , ô mon
Dieu ! qui avez opere de fi
grandes chofes , c'eſt à voſtre
feule mifericordè que nous
fommes redevables de fi merveilleux
effets ; c'est vous qui
avez fait lever cette lumiere
falutaire fur la tefte de ceux
qui prenoient tout leur repos
dans les tenebres , & à l'ombre
de la mort . " Graces immortelles
vous en foient renduës
! aprés m'avoir exaucé,
GALANT
39
Seigneur, en convertiffant ces
perfonnes que je vois icy pro.
fternées aux pieds de ces facrez
Autels , j'ay encore une
priere à vous faire, accordezleur
le precieux don de perfeverance,
& puiſque vous ne
faites jamais rien à demy ,
conduifez à fa
perfection
l'ouvrage de leur predeſtination
que vous avez fi heureuſement
commencé , que la
fainteté de leur vie réponde
à la fainteté de leur foy, qu'ils
vous fervent & vous adorent
en efprit & en verité dans
l'union d'une même créance !
40 MERCUKE
Recevez auffi , Seigneur, nos
voeux pour le Roy , la Reine ,
& la Princeffe, verfez lur eux
une rofée de vos benedicon
tions , & fic'eft pour vôtre
gloire & leur bien, rétabliffezles
fur leur trône, commandez
aux maux & aux maladies de
refpecter leurs Perfonnes au .
guftes , & laiffez nous joüir
long temps d'eux avant qu'ils
aillent jouir de vous . Regardez
d'un oeil de compaffion
leurs infortunez Sujets, qu u.
ne fatale feparation d'avec
l'Eglife a feparez de vous .
Deffillez enfin leuds yeuxen .
ན,ལོཝཏཱ
GALANT.
41
velopez des tenebres de l'i
gnorance de vos veritez , &
S'ils entendent aujourd'huy
voftre voix , faites s'il vous
plaift , qu'ils n'y endurciffent
pas leur coeur. Répandez en
fin fur nous tous les facrées
influences
de voſtre grace,
afin qu'ayant travaillé unanimement
à voftre gloire , & à
noſtre ſalut ſur la terre , nous
puiffions un jour tous enfemble
jouir de la recompenfe
eternelle que vous promettez
à ceux qui vous aiment . C'eft
ce que je vous fouhaite au
nom du Pere , & du Fils , & du
May 1702.
D
42 MERCURE
Saint Eſprit. Ainfi ſoit - il.
L'Ouvrage qui fuit eft de
Mademoiſelle Lheritier. II
vous fera connoiſtre ce qui
luy avoit donné lieu de faire
celuy que je vous envoyay le
mois paffé de cette ípirituelle
Perfonne ; vous y trouverez
l'Hiftoire de Jean de
Vert , dont la lecture fera
plaifir à ceux qui parlent fou
vent de ce grand Capitaine
fans le connoiſtre.
GALANT
43
A MADAME
LACOMTESSE DU M ***
V
Ous , que la brillante jeuneſſe
Les attraits , le vif agrement:
L'efprit , l'aimable politeffe
Rendent un objet tout charmant.
Je vais vous apprendre Comteffe ,
Qu'Apollon & les Doctes Soeurs
Sentent une joye infinie ,
De vous voir tant aimer les tou--
chantes douceurs
De leur gracieuſe Harmonie.
Moy , qui vous cheris fort , mon
coeur eft enchanté.
En vous voyant unir cemérite à vos
charmes
,
Quand l'efprit & le gouft foutiennent
la beauté,
Dij
44 MERCURE
Tout luy cede & luy rend les armes
.
L'indolente infipidité
D'un efprit fans lumiere & fans
vivacité
Eteint bien toft l'ardeur qu'allume
un beau vifage :
Mais fur tout , quand on veut perdre
fa liberté.
Dans les noeuds ou l'hymen engage
,
Nauds , ou le fol Amour , par fa
malignité ,
Refte rarement arrefté ,
Si de l'efprit fouvent on ne fait
grand ufage
Le coeur est bien toft rebuté
Quoy quà plus d'un égard lefiecle
foit gafte.
La beautéfans l'esprit ne pourajamais
plaire
GALANT
49
"Qu'aux ames dun ordre vulguaire
:
L'exemple chaque jour le prouve
clairement
,
Soit que l'amour affecte un ardeur
heroique
Ou que le fripon neſe pique ,
Que de coqueterfeulement ,
Si l'esprit ne l'eveille avec rafinement
,
Le tendre enfant s'endort d'un fommeil
letargique.
MaisComteffe ,ceffons deparler dans
mesvers.
De l'Amour & de fe's travers.
Je ne veux pas icy médire
De ce Dieu ny defan Empire.
Ce n'eft point du tout mon projet,
J'ajoutefeulement que l'on en pourroit
dire ,
46 MERCURE
Ce que Voiture a dit fur un autrefujet.
Heureux qui ne le connoift gueres
Plus heureux qui n'en a que faire.
Et qui paffant de doux momens
Loin de fes vains amuſemens
Ne prend que la raison pour gui➡
de ,
Et cherche la vertu folide.
C'eft la fituation où vous
eftes , Comteffe charmante ,
aimant le noeud où la raifon
& la vertu vous ont engagée ,
vous vous faites une loy de
remplir avec une délicate
exactitude tous les foins divers
qu'il preferit , foins qui
s'étendent loin , quand il
GALANT
47
plaift à la fortune de faire naî
tre certains embaras , qui forcent
d'avoir recours au Tribunal
de Themis. Cependanc
les occupations importantes
, où vous.eftes fi fouvent
livrée , ne dérobent jamais
rien à l'agrément de vô.
tre converſation & à l'enjoument
de voſtre humeur , c'eft
fur la foy de cette enjouë.
ment que je vous envoye au
jourd'huy les badines chanfons
que vous m'avez deman .
dées . Il faut aimer autant la
Poëfie que vous faites , &
cftre d'une gayeré auſſi indul .
48 MERCURE
gente que
4
la vostre pour les
louhaiter ; & eftre auffi peu
attentive que je le fuis aux
interefts de ma Mufe pour
vous les envoyer . Si j'aimois
fa gloire , je me garderois
bien de laiffer paroistre au
jour des bagatelles qu'elle ne
fait qu'en badinant & puis
qu'elle a produit quelquefois
des Odes ; des Idilles & des
Elegies , qui ont eu le bonheur
de ne pas déplaire aux
Connoiffeurs
, je ne confenti
rois point qu'elle avoue quelle
s'abaiffe jufqu'au ftile des
Epiftres en Chanfons , mais
comme
GALANT. 49
comme dans les productions
e cherche plus ce qui me
peut divertir , que je ne regar.
de de quel genre elles doivent
eftre , quand des chan .
fons me réjouiffent , j'en fais
fi l'occafion s'en préfente
& dans le mefme efprit qui
m'a fait m'en amufer , je crois
enfuite qu'elles peuvent amu.
fer auffi qu'elqu'uns de mes
amis d'un certain caractere ,
& fur cette croyance je leur
-donne ces bagatelles fans fa
çon lors qu'ils me les deman
dent.
·May, 1702.
E
50 MERCURE
Quand on veutfepiquer de n'aller
au Parnaße ,
Qu'en marchantfur les pas d'Ho
race >
Qu'onprétendueformer que defubli.
mes fons ,
Onfe garde avec foin d'avouer des
chanfons.
Mais lorsque comme moy l'on n'ècoute
fa Mufe ,
Qu'aux momens qu'elle plaist
qu'aux moments qu'elle amuse;
Et lors que l'on ne cherche en penfant
à rimer,
Qu'un plaifir innocent fans prétendre
charmer,
On prend dans certains tems la
bruyante trompette.
On fe fert quelque fois de la douce
Mufette
GALANT $ t
Et l'on fe divertit a des tons variez
Tantoft tous naturels , tantoft etudiez.
Si du grand nom d'Auteur j'eftois
ambitieufe ,
On ne me verroit pas fipeu mifterieuſe
:
A qui veut s'en parer , fouvent il
eft fatal.
De laiſſer échaper un joli Madrigal.
Quand vous auriez vingt fois dans
la pompe d'une Ode ,
Eut-elle de Malherbe & l'art &
la methode
Pour ternir vos talens , vos adroits
envieux ,
Dirontparlant de vous d'un airtout
gracieux,
Que dites vous d'un tel , il estjoly
Poëte,
E ij
52 MERCURE
Il fait tres galament Madrigal ,
Chansonnette ,
Puis il difent aprés d'un enphatique
ton ,
L'enjoué Madrigal , la folatre
Chanfon
Et ne parlent jamais de l'heroique
-
ouvrage ,
Qui du monde éclairé vous donna le
fuffrage.
Par l'artifice adroit d'unſemblable
Adebort
Ils fçavent impofer à l'Ignorant
vulgaire ,
Qui croit que c'est là tout l'effort.
Que l'Auteur qu'on nomme peut
faire.
Car il ne comprend point qu'on ait
divers talents :
Des exemples fameuxprouvent bien
le contraire
.
GALANT
53
Voiture & Sarrafin , ceshomme ex-
...... cellens ,
De qui l'elegant badinage ,
Fait encoraujourd'huy l'ornement de
noftre age ,
Après avoircharmé parles heureux
ac cens >
Du vifenjoument de leurrime ,
Ne chantoient pas d'un ton moins
grand ny mains fublime ,
Le celebre vainqueur de Norlingue
& de Lens.
Lorfquel'ingenieux &galant Benferade
,
Après avoir dépeint auſſi naïvement
,
Que d'un tour rempli d'agrement ,
Les illuftres acteurs de quelque
mafcarade ,
Venoit à celebrer les merveilleux
exploits ,
E iij
54 MERCURE
Les vertus , l'auguſte puiſſance
Du Heros glorieux qui gouverne la
France ,
Celebroit-il moins bien ce modele
des Rois.
Quand un Poëte ne rafine
Qu'à faire une chanfon badine.
Que fes talens les plus fameux ,
Ne vont qu'à compofer pour Iris ou
Corine ,
Quelque Madrigal doucereux ,
Où quelque Epigrame mutine ,
Pleine du noir chagrin d'un esprit
dangereux ,
Quay que la pointe en paroiſſe aßez
Je tour en fait affez heu- Quoy que
reux .
[ fine ,
De fi foibles talens donnent for
peu de gloire ,
Ilfaut produire au jour des ouvra
ges pompeux ,.
GALANT 55
Dignes de plaire encor à nos derniers
neveux ,
Pour avoir quelque place au Temde
memoire.
Mais trop heureux l'Auteur , dont le
ftile charmant
Ravit dans le fublime , &plaist
dans l'enjoument ,
Comme les Sarrafins , ainfi que les
Voitures ,
Il brillera d'honneurs chez les races
futures .
Quand il n'y auroit pas des
exemples fi grands, qui prou
veroient qu'on voit quelque
fois le pompeux fublime , &
l'ingenieux badinage réünis
dans un mefme efprit , je ne
E iiij
56 MERCURE
m'amuferois pas moins de
mes Chanfonnettes dans l'oc
cafion . Comme je fuis entie
rement éloignée d'avoir au
cun des heureux talens des
illuftres Auteurs que je viens
de nommer , je n'ay nul mé
nagement à avoir fur ce fujet;
& pourvû que mes bagatel
les me divertiffent , & quel.
ques Amis avec moy , c'eſt
rout ce que j'en pretends..
Tout m'inspiroit la joye ,
quand j'écrivis celles que je
vous envoye.
dans le Carnaval , & j'étois
dans un magnifique Château
Nous étions
GALANT : 17
auprés d'une grandePrinceſſe ,
dont la charmante converfa.
tion donne tous les jours de
nouveaux plaifirs ; & j'écrivois
àl'agreable Mademoiſelle de
G... qui eftoit alors à Or....
auprés de M le Marquis
d'Or.... fon pere , chez lequel
il y avoit tres bonne
Compagnie. Ainfi tout m'invitoit
à prendre le ton enjoüé
que vous remarquerez dans
ces Chanfons.
Telles qu'elles font , elles fi
firent alors tout l'effet que je
voulois. Elles eurent le bonheur
de divertir beaucoup l'é58
MERCURE
clairée Princeffe chez qui j'a
vois l'honneur d'eftre , & réjoüirent
plus qu'elles ne le
meritoient l'aimable Mademofelle
de G ... vous m'affurez
qu'elles auront le même
fort auprés de vous. Jugez
aprés cela fi je ne feray pas
fort confolée fi j'apprens qu'-
elles ne font pas du gouft de
certaines perfonnes , dont la
gravité ne peut s'accommoder
que du ferieux le plus ||
guindé. Auffi pour vous té
moigner que je ne fais pas
beaucoup d'attention au goût
de ces fortes de Cenfeurs , &
GALANT 59
que je me feray toûjours un
extrême plaifir de fatisfaire
le vôtre , comme j'ay remar
qué qu'effectivement vous
aimez ces petits Ouvrages
enjoüez ,je vous envoye d'autres
Chanfons que j'ay faites
beaucoup de temps avant
celles que j'ay écrites à Mademoiſelle
de G....elles font
fur l'Air de Jean de Vert , &
c'est une espece de Critique
de quelques manieres extraordinaires
qu'on a priſes dans
ce fiecle. Je vous affure que
pour ces Chansons à refrain ,
je voulois qu'elles ne fuffent
60 MERCURE
vûës que de la feule Amie, à
qui je les écrivois.
C'est une Dame d'une -
vertu peu commune, & qui a
beaucoup d'efprit & de fçavoir
. Fâchée un jour de ce
que je ne luy avois pas
fait part d'un de mes Ouvrages
, dont on luy avoir
parlé avantageulement, aprés
m'avoir fait divers reproches
fort tendres , elle finit en
difant , qu'elle voyoit cepen
dant qu'elle n'avoit pas raifon
de fe plaindre , & qu'il
n'eftoit point étonnant qu'une
perfonne de mon âge neGALANT
-6.
gligeaft une bonne femme
comme elle qui eftoit du
J
temps de Jean de Vert . Je
répondis fort vivement à ces
X..
"
dernieres paroles , & luy dis,
que quand il feroit vray
qu'elle feroit du temps qu'elle
venoit de citer , ce feroic une
raiſon pour moy de l'aimer
encore davantage. Ce temps
-heureux , pourfuivis - je , eftoit
le temps de la bonne foy , de
la probité exacte , de l'amitié
fidele & genereufe , & même
de l'amour conftant , delicat
&
veritablement heroïque ,
au lieu que ce qu'on appelle
62 MERCURE
aujourd'huy les perfonnes da
temps, & les gens du bel air,
font fourbes dans le procedé,
perfides dans l'amitié, & coquets
dans l'amour. Je dis
encore plufieurs chofes fur
la compara fon des deux
temps dont il eftoit queſtion;
& puis j'ajoutay, Jugez donc,
fi je n'aimerois
mieux avoir vefcu dans le
temps de Jean de Vert , que
de vivre dans celuy cy, mais
puifque cet inurile fouhait
ne peut eftre fatisfait , vous
ne devez pas douter du moins
que je n'aye une forte incli .
pas bien
GALANT 63
nation pour les perfonnes ,
qui comme vous , fuivent les
maximes de ce temps plein
de candeur . Voila bien d'a .
greables douceurs que vous
me dites , me répondit mon
Amie en riant . Mais cependant
tout cela ne me donne
point les Vers dont vous
m'avez fi impitoyablement
efté avare , je les envoyray
querir demain chez vous ,
mais fi vous voulez que je
fois perfuadée de tout ce que
Vous venez de me dire de
flateur pour moy, faites à ma
confideration des Vers fur le
64 MERCURE
fur le chant de Jean de Vert,
où vous ferez , comme vous
venez de le faire en Profe ,un
paralelle de ce temps cy avec
celuy de ce fameux , priſonnier
des François .
Il falut me rendre aux fouhaits
de ma fpirituelle Amie,
& je luy envoyay le lendemain
les Couplets que e
Vous envoye icy. Son amitié
pour moy, les luy fit trouver
mille fois plus remplis d'agrément
, qu'ils ne font en
effet ; & en venant m'en faire
cent remercimens flateurs ,
elle me dit qu'elle les avoit
4
GALANT. 65
fait voir à un Amy illuftre ,
qui les avoit beaucoup ap
prouvez. Je me plaignis fort
de' ce qu'elle montroit des
bagatelles , qui n'eſtoient
bonnes que d'elle à moy , &
j'exigeay qu'elle ne les feroit
plus voir à perfonne . Elle me
le promir & me tint exactes
ment parole , quoy qu'elle
grondaft beaucoup de la referve
que je l'obligeois d'avoir
à det égard,viou
Comme Madame de P.
& moy furent également
exactes à ne point faire part
de ces Chanfonnettes à per
May 1702 .
F...
66 MERCURE
deftine
ne
fonne : elles demeurent dans
l'oubly qu'elles me paroif.
foient meriter . Cependant
par je ne fçay quel capricieux
deftin , plus d'une année aprés
qu'elles ont efté compoſées ,
une jeune Demoiſelle , qui a
une fort belle voix , fe trou
vant à la campagne, chez une
Dame d'un merite & d'une
qualité diftinguée , chanta
ces Chanfonnettes comme
toutes nouvelles , & dit qu'elles
eftoient de moy. Elles eurent
le bonheur de plairebeaucoup
à toutes les Dames
qui eftoient prefentes , & il
}
GALANT. 67
s'en répandit en un moment
quantité de Copies, fans que
je fceuffe rien de toute cette
avanture.
Enfin une perfonne de mes
Amies me dit un jour , qu'il
eftoit bien étrange , que lors
que je faifois des chanfons
qui amuſoient tout Paris , il
falloit que mes amis fuffent
reduits à les avoir par les
mains du Public, & non pas
par les miennes , moy qui de ,
puis plus d'une année avoir
parfaitement oublié mes bagatelles
de Jean de Vert , je
répondis tres- ferieuſemene
Fij
68 MERCURE
en
qu'on le méprenoir
m'attribuant les chanfons
qu'elle m'annonçoit qui couroient
dans le monde , parce
qu'effectivement , je n'en
avois point fait depuis peu .
Ah ! s'écria t'elle, c'eft un peu
trop voſtre ſtile , pour qu'on
puiffe s'y méprendre,aprés ces
mots elle me chanta les chan
fons dont ils'agiffoit. J'avouë ,
luy dis -je alors , qu'elles font
de moy , mais comme elles
ne font pas nouvelles , ainfi
qu'on vous l'a affuré ; & qu'au
contraire , il y a long temps
qu'elles font faites , je les
GALANT. 69
·
avois oubliées , & je n'avois
garde de penfer que ce fûr
d'elles que vous me voulusfiés
parler. Mais puifqu'on les
a mifes au grand jour , & que
le public les trouve bonnes ,
j'en ay bien de la joye,je n'au
rois jamais ofé efperer qu'el
les cuffent eu un deftin fi favorable,&
c'eft fur cette idée
qu'à ma priere , la Dame à qui
e les écrivis , ne les a jamais
données qu'a une feule per
fonne. C'est cependant affés
ajoutais je pour les rendre auf
fi répandues , que vous m'af
furezqu'elles font aujourd'uy
70 MERCURE
mais ce qui me furprend eft
qu'on ne s'avife de les publier
ainfi qu'aprés un fi longtems.
Depuis ce jour beaucoup de
gens fort éclairez me firent
compliment fur cette baga .
telle , & je ne pourois affés
m'étonner de la voir approu.
vée de tant de perfonnes de
bon gouft , c'eft fur leur paro
le aimable Comteffe , que je
me hazarde à vous l'envoyer
en vous contant par quelle
deftinée elle est devenue publique.
Mais comme le bel âge
oùvous eftes vous rend étrang
gement éloignée de celuy de
GALANT. 71
·
•
Jean de Vert , vous n'eftes
peut eftre guere informée
du caractere & de la fortune
de ce celebre Avanturier.Ce .
pendant il eft vray que lors
qu'on a quelque connoiffan
ce de fon fort , on trouve plusplus
de plaifir àmes chanfons.
Comme j'ay envie qu'elles
vous divertiffent autant qu'el
les font capables de le faire ,
je vais vous raconter en peu
de mots l'hiftoire du fameux
Guerrier , dont il s'agit qui
doit le trouver fort glorieux.
de voir fon nom employé à
marquer une Epoque qu'oo
Tevere.
72 MERCURE
9
2. Jean de Vert eftoit un AI
mand d'une naiffance obfcu .
re , qui fe mit fort jeune au
fervice de l'Empereur , en
qualité de fimple Soldat.
Commeil eftoit brave & entreprenant
de degréen degré,
il parvint au pofte de Capi
raine en affez peu de temps ,
& conferva fon nom de Jean
de Vert dans ce pofte. Il en
eut bien toft de plus confi
derables fans quiter jamais
de nom vulgaire, dans quel
qui place elevée qu'il parvinyl
brilla beaucoup dans
cele de General des Troupes
GALANT 73
de l'Empereur , & eftant auffi
infatigable & auſſi plein de
conduite qu'il eftoit brave ,
& ayant avec toutes ces qua.
litez un bonheur extrême ,
il fit beaucoup de mal à la
France, quoy qu'elle fuftgou .
vernée par le feu Roy , qui
eftoit un tres grand Prince ,
& qu'elle euft pour Miniftre
le Gardinal de Richelieu , qui
a efté un des plus habilesMiniftres
qu'elle ait jamais eu .
Elle fe vit en proye aux rava
ges des Allemands. Il n'y a
que fous le regne de Louis le
Grand , où par la fuperiorité
May, 1702.
G
74 MERCURE
du genie de ce Monarque
ad.
mirable , elle ſe voit toujours
Victorieuse
de tous les Ennemis
qui ofent fe liguer contre
elle. Comme dans le temps
de Jean de Vert , elle ne jouiffoit
pas encor de cette glorieufe
deftinée , ce General
fit des progrez étonnans
&
pric plufieurs
Places dans la
Picardie , qui le mirent en ef
tat de venir porter la terreur
juſqu'aux
portes d'Amiens
par les troupes qu'il envoyoit
en party. Cette terreur le ré
pandit mefme juſques dans
Paris , & comme le Peuple
GALANT . 75
groffit toujours les objets , le
feul nom de Jean de Vert , y
infpiroit l'effroy , ce nom de.
vint fi terible , qu'il ne falloit
que le prononcer pour
épouvanter les enfans.
Mais enfin la fortune changea
les armes du feu Roy , &
l'habileté du Cardinal de Richelieu
reprirent l'afcendant
qui leur eftoit ordinaire , non
feulement on chaffa les Ennemis
de toutes les Places
dont ils
s'eftoient emparez ,
mais encore le Duc de Veimar
, qui fervit fi utilement
la France en tant d'occafions,
G ij
6 MERCURE
.
gagna une bataille
auprés
de
Rhinsfels
,dans laquelle
Jean
de Vert fut pris prifonnier
: le
Peuple
de Paris eut à cette
nouvelle
des tranſports
de
joye qu'il feroit difficile
d'exprimer
la Mufe du Pont neuf
celebra
la henne
fur un air de
Trompette
qui couroit
alors ,
elle y étaloit
le triomphe
des
François
, & difcit
qu'ils
avoient
battu les Allemands
& Jean de Vert. Elle contoit
qu'ils avoient
pris beaucoup
de Drapeaux
, beaucoup
d'Etendarts
, & Jean de Vert,
qu'ils avoient
pris un tel nomGALANT
77
Bre de Prifonniers & Jean de
Vert. Enfin tous ces couplets
de certe Muſe du Savoyart ,
couplets qui eftoient tres
nombreux , finiffoient tous
par ce refrain , & Jean de
Veit. Comme il y avoir dans
ces chanfons une certaine
naïveté groffiere , qui ne laiffoit
pas d'avoir quelque chofe
de réjouiffant , la Cour & la
Ville les chanterenr , & Jean
de Vert & les chansons eftoient
fi à la mode , qu'on ne
parloit plus d'autre chofe.:
On logea ce fameux priſonnier
au Chafteau de Vincen-
G iij
78 MERCURE
nes , & dés qu'il eut donné
fa parole , ou fe fit un plaifir
de luy laiffer une entiere liberté,
il alla faire fa Cour au Roy,
quiluy fit mille careffes , il fuc
regalé par les Seigneurs les
plus confiderables
, & alla à
tous les fpectacles. Quand ile
reftoit à Vincennes , on lùdùy
faifoit une chere magnifique
& les Dames les plus qualifiées
de Paris , le faifoient un
divertiffement
de l'aller voir
manger, Il leur faifoit à tou
tes mille honnefterez , qui ce.
pendant fe reffentoient
toujours
de l'Allemand & du Sol
GALANT
79
dat , mais du moins il avoit à
leur égard , toutes les manieres
polies dont il eftoit capable.
Il buvoit admirablement
bien , & n'excelloit pas moins
a prendre du Tabac en poudre
, en cordon & en fuméee.
Il eftoit accompagné de plufieurs
Officiers Allemands
qui tous avoient les mefmes
talents. Cet ufage de Tabac
donnoit beaucoup de dégouft
à nos Dames , qui avoient tou
tes en ce temps là une averfion
mortelle pour ce défa.
gréable feuillage Indien . La
G iiij
80 MERCURE
liteffe eftoit fi fort en regne
au temps dont nous parlons,
que fiJean de Vert euft resté
quelques mois en France
tout Allemand qu'il eftoit , il
auroit quitté lon Tabac , par
la crainte de déplaire à un ſexe
pour qui il faifoit profeffion
d'avoir une complaifance extrême.
Mais s'il eut vefcu de
nos jours , il n'euſt pas efté
obligé de quiter cette habitude
en faveur de toutes les Dames
generalement . Quelques
unes s'accommodent
aujour
d'huy affez du Tabac.
•
Enfin Jean de Vert s'en re
GALANT 81
tourna en Allemagne charme
des bontez du Roy & extremement
content de tous fes
Peuples. Ce vaillant General ,
dont le nom avoit fait un
bruit fi éclatant , laiffa en
France une memoire immortelle
de fa Prifon , & l'on nom
ma le temps où elle eftoit arrivée
le temps de Jean de Vert.
Je ne vous repete point tout
ce que nos Grands - Meres
nous racontent de la candeur
& de la politeffe de ce temps
fameux , vous en trouverez
une Idée dans mes chanfons ,
je vous diray feulement qu'on
82 MERCURE
•
nomma l'air de Trompette ,
dont je vous ay tantoft parlé
l'air de Jean de Vert : & que
bien des gens d'eſprit de la
Cour & de la Ville , firent
aprés le Pont - neuf diverfes
jolies chanfons fur cet air , qui
toutes avoient raport à Jeande
Vert ; qui enfin aimmortalifé
fon air auffi bien queluy
, puifque depuis fon temps
il ne s'eft point paffé de dixai .
ne d'années qu'on n'ait fait
d'agréables chanſons fur cer
air.
**
Que ne pouvons - nous
rapeller la politeffe de ce
GALANT
83
temps heureux ! Auffi bien
que nous en rapellons
les
airs ! Helas nous avons perdu
la plus illuftre image qui
nous en fuft restée . Quand la
mort nous a enlevé la (çavante
Mademoiſelle
de Scudery,
Dés que je fonge à la perte
de cette incomparable
fille ,
je fens tout mon enjoüment
s'évanouir
, l'eftime , l'admi
ration , & l'amitié , en me la
rendant
chere , m'avoient
donné une connoiffance
fi
vive & fi étenduë de fon rare
merite , que je pense que
perfonne ne l'a jamais mieux
84 MERCURE
fenti que moy. Ainfi malgré
tout ce que j'en ay dir
dans la piece que ma tendreffe
m'a fait confacrer à
la memoire de cette illuftre
Amie , il me femble que
je n'ay pas encor énonce
la moitié de fes admirables
qualitez . Mais du moins
j'en rempliray éternellemon
, ſouvenir ment &
m'écriray inceffamment en
parlant de cette heroïque per
fonne , quelle grandeur d'a
me , qu'elle probité exacte ,
quels talens merveilleux , &
dans tout le temps de ma vie.
GALANT &
Je diray dans mes Vers ,je diray
dans ma Profe.
Ainfi queje lay dit dans mom Apotheofe
.
Que le grand nom de Scudery
Doit de tous les mortels eftre àjamais
chery.
Il eft reveré aujourd'huy
comme il merite de l'eftre ,
& je ne doute pas que ce ne
foit le nom fameux de cette
admirable fille qui a fait ré
pandre fur l'Aporheole que
jay faite pour elle , l'approba
tion dont beaucoup d'illuf
tres Sçavans l'ont honorée .
Vous favez bien, belle Com
8% MERCURE
teffe , que la voltre ne m'eſt
pas des moins precieuſe ,
mais je fçay bien auffi que
par rapport à Mademoiſelle
de Scudery , vous eftes tou
jours difpofée à approuver
les ouvrages qui font à fa
loüange . Leftime infinie
que vous aviez pour cette
illuftre Fille , & la tendre
liaiſon que l'amitié avoit for.
mée entre elle & voftre aimable
Tante , toutes ces
chofes , dis je , vous ont don
né pour elle de vifs fentimens
de veneration qui vous font
prendre un delicat intereft
GALANT. 87
à tous les ouvrages qui font
faits à fa gloire.
Elle a éternifé celle de
voftre fpirituelle Tante dans
fon beau Roman de Clelic-
Tout le monde eft charmé
du Portrait que fait la fçavante
main de Sapho de cette
gracieufe fille , fi devouée à
l'amitié & fi indifferente
pour l'amour. L'agreable Sarrafin
luy- même , peint dans
Cielie fous le nom d'Amilcar,
l'agreable Sarrafin , dis je ,
tout galant qu'il eftoit ne
pourroit l'en blamer , &
eftoit obligé de convenir
88 MERCURE
qu'elle avoit beaucoup de
prudence de conferver une
heureufe tranquillité qui luy
faifoit paffer de fi beaux
jours.
Mademoiſelle
de F ***
A
avoit bien raiſon de fe def.
fendre de l'amour , c'eſt un
veritable trouble fefte. Si
nous voulons vivre en repos
il faut toujours éviter fon
Empire. Malgré tous les foins
que vos charmes luy ont fait
prendre pour vous affujettir
à fes loix , vous avez fçû
toujours vous garentir de fa
puiffance. Pour moy , je n'ay
GALANT 89
point d'affaire à démefler
avec luy.
:
L'amour qui prend plaifir à caufer
de
l'ennuy
Me laiſſe en paixjuſqu'aujour–
db
uy.
Quelque deftin quefoit le nostre
Nous ne penfons point l'une
l'autre ,
Et l'on doit s'en étonner peu,
Je ne court nifefte nijeu.
Le folatre Dieu de Cithere
A bien d'autres chofes à faire
Que defongerà m'enchainer.
Mais quand mêmefonfeu voudroit
m'environner
J'efpere toujours m'en deffendre
Je fuisfort infenfible à l'honneurd'en
donner.
May 1702.
H&
90 MERCURE
Et megarde beaucoup d'enprendre.-
Minerve & les neufSoeurs m'occu→.
pent tour à tour.
Qui s'occupefaitfuirl'Amour.
Les Vers qui fuivent fontde
M' Baratet de Seriniac -
qui a remporté le prix de l'Elegie
à Toulouſe à l'Acade
mie , cy, devant connuë fous .
le nom des Jeux Floreaux .
Le mefme a difputé le dernier
prix de Vers qui a eſté
donné à l'Academie Fran
coile.
GALANT 91
ISMENE ENDORMIE.
DE!
ELEGIE.
Elices de nos Prez, doux & tendres
Zephirs .
Plaignez mon trifte fort , redoublez
vos foupirs ,
Agreables Ruiffeaux , confidens de
mapeine ,
Murmurez des douleurs que je fens
pour Ifmene :
Et vous , petits Oiseaux , par vos
concerts charmans
Rappellez dans fon coeur lafoy defes
fermens
Dans ces ruftiques lieuxfans defirs ,
fans foibleffe ,
Je paffois les beauxjours d'une aimable
jeunesse.
Hij
92 MERCURE
Des Belles de nos champs je mépri
fois les coups,
Je craignois moins l'Amour , que
l'infulte des loups ;
Je voyois fans frayeur, ce Dieu fur
nos fougeres ,
Bleffer les Daims peureux , & les
Chevres legeres ,
Mon Troupeau quelquefois courir
mêmes dangers ,
Succomber tour à tour, Mille & mille
Bergers.
Ma boulette , mon chien , mon trou………
peau , ma mufette,
Eftoient l'unique objet des foins de
ma retraite ;
Defirable repos , que vous eftiez
charmant !
Mais belas ! pour vous perdre il ne:
・faut qu'un moment ,
GALANT.
93
Sur la fin d'un beau jourj'apperçus
dans la Plaine
Ma plus chere Brebis dans le Troupeau
d'Ifmene ;
Je m'avance , & je voy fur le bord.
d'un Ruiffeau
La Bergere endormie au murmure de
l'eau :
Les Ris &les Amours qui dormoient
avec elle
7
La rendoient à mesyeuxficharmante
& fi belle ,
Etmon coeurdécouvrit tant d'attraits
inconnus ,
Qu'il douta fi c'eftoit la Bergere ou
Venus.
L'heure , le temps , le lieu , tout la
rendoit aimable ,
L'air n'eftoit agité que d'unfoufle
agreable ,
94 MERCURE
Qui faifoit àfon gré fløter de toutes
parts
Sur un teint vif & frais de blonds
cheveux épars.
Que mon coeur reffentit de fecrettes
alarmes !
Ah! qu'Ifmene endormie avoit pour
moy de charmes !
Agreable Sommeil , quand tu fermois
fes yeux ,
L'Amour ouvroit les miens dans ces
aimables lieux .
Mille transports nouveaux d'un
coeur deja fenfible
M'infpiroient de troubler un repos fi
paifible:
Mais bientoft devenu plus fage &
plus foumis ,
Je craignois d'éveiller les Amours
endormis
,
Zephire s'arrefta, l'ondefut attentive
GALANT
$5
As divers mouvemens de mon ame :
craintive ,
Et quandmon coeur fe livre àfesflo
tans defers ,
La Bergere s'éveille au bruit de
mes foupirs.
Que de coups imprévus ! qu'Ifmene
fut furprise !
Je tremblay des frayeurs dont elle
eftoit éprife ,
Mais elle fe raffüre , & je vis ſä
[ gueur. pudeur
Combatre foiblement une douce lan-
Je lifois dans fes yeux ce qu'elle.
n'ofort dire ,
Ma bouche à mes tranſports avoit
peine àfuffire ,
Trifte & cher Souvenir des plus aimables
nauds ;
Apeine fuis-je Amant , qu'on ré--
pond à mes voeux.
96 MERCURE
4
Saules , Gafon fleury , Canaux ,
Ondes brillantes ,
Beaux lieux , fages témoins de nos
flames naiffantes.
Que ne vites vous point fous ces
ombrages frais ,.
Quand l'Amour nous bleffoit tous
deux des mêmes traits ?
·La nuit nous feparant , je laiſſe à
ma Bergere
Pourgage de ma foy , cette brebis
fichere ;
Mais d'abord que l'Aurore éclaira
nos hameaux
>
On nous vit dans les champs condutre
nos troupeaux.,
Les mener fur ces bords & les gar
der enfemble ,
Quel bonheur pour deux coeurs qu'un
tendre amour affemble ?
Nous
GALANT.
97
Nous goûtions l'un & l'autre un
bien delicieux
De nous voir , nous aimer , & nous
fuivre en tous lieux .
Des jeux les plus charmans la tranquille
innocence
Nourriffoit de nos coeurs l'heureuse
intelligence ,
Que le paßage eft doux de l'amour
aux plaifirs!
Mais qu'onpaffe aisément de lajoye
aux foupirs !
Ie connois , tout me dit qu'Ifmene
fe partage.
Elle vient dans les champs , elle
monte au Village.
Ses defirs chancelans & fes voeux
incertains
Ne m'affurent que trop du malheur
queje crains ; [ contraire ,
voy tour à tour favorable &
May 1702 .
Je
la
I
48 MERCURE
+
Un jour me promet tout , l'autre me
defefpere ,
Son Troupeau vient encor paiftre
avec mes brebis ,
Je la voy, je l'entens , mais que je
crains Daphnis !
Son chien vient tous les jours careffer
ma Bergere
Tandiss que ce Berger couchefur la
fougere
Faifant desplus beaux airs retèntir
nos Valons
Mefle le nom d'Ifmène à fes tendres
chanfans
Que Daphnis eft adroit ! quefa voix
eft touchante !
Ah ! qu'il exprime bien une flame
naiffante ;
Il aime , ilfait aimer. Que fçay je
[voix ? quelquefois ,
S'ilemprunte toujours lefecours dela
GALANT. 99
Si tandis que mon coeur loin d'Ifmene
foupire ,
Il nefe livrepas au charme qui l'attire
.
-Tout m'en aßure helas ! & je n'en
doute plus ,
Infortuné Damon , que de foins fuperflus
!
Cette chere brebis qu'Ïfmene prit
pourgage,
D'un retour amoureux doux , mais
foible prefage , [ moy
A quitté la Bergere & bêlant aprés
M'apprend à tous momens qu'elle a
manqué de foy`;
Enfaut-il davantage ? Ifmena est
infidelle ,
"Ellefentpour Daphnis ce que jefens
pour elle.
Amour , Transports jaloux , qui me
faitesfouffrir,
1 ij
100 MERCURE
Helas ! laiffez- moy vivre oufaites
moy mourir.
Je ne doute point que
dans la fituation ou fe trouvent
prefentement les affaires
, l'Article qui fuit ne doive
faire beaucoup de plaifir ,
puifqu'on peut y apprendre
quantité de chofes par une
-courte lecture.
ABREGE' DE L'HISTOIRE
DU DUCHE' DE MILAN .
L
A Ville de Milan s'eft
longtemps confervée
independante & en grande
GALANT. ION
liberté. Conrad 11. dit le
Salique , Empereur en 1027 .
allant à Rome pour le faire
v
couronner , trouva les Ha .
bitans de cette Ville , en
réfolution de luy en refuferl'entrée.
Il voulut les forcer
& les abandonner au pillage,
mais il ſe laiſſa appaiſer par
leurs prieres
.
Ils en uferent de même
lorfque Frederic Barberouſſe ,
Empereur en 1152. le prepa .
ra pour un ſemblable fujer , I
afliegea vivement la Ville ,
& lorsqu'ils fe virent en dan .
ger d'etre forcez , ils deman-
Iiij
102. MERCURE
derent pardon , ce qui leur
fut accordé.
*
Ils fe revolterent, une fois
fous la conduite du nommé
Gualfagne leur Chef Fredes
ric s'eftant rendu Maistre de
la Ville les traitra avec une
extreme rigueur. Illagenverfa
de fond en comble, & emmer
11a leur Chef Prifonnier.
Pendant que cet Empereurfejourna
en Allemagne , les
Bourgeois raffemblez travail .
lerent à rebâtir une nouvelle..
Ville,& ce qui paroiſt incroya
bles , ils en vinrent à bout
en deux ans , en forte que
GALANT 103
Frederic eftant entré encore
une fois en Lombardie , ils
luy en fermerent les Portes
& en vinrent à une Bataille.
où l'Empereur fut vaincu &
caché parmi les morts ,
n'ayant paru que cinq jours
aprés.
4
Othon IV. Empereur fut
la feul qui y futreçu avec amitié.
209
Frederic II . veņu quelques
années aprés , fut obligé
d'effuyer une forte Bataille
, en laquelle Trepolo , Venitien
, fut pris & executé
avec plufieurs autres .
Į iiij
104 MERCURE
L'an 1039. que
l'Empereur
Henry de
Luxembourg VII.
du nom s'y preſenta , il y avoit
deux puiflantes factions dans
la Ville , fçavoir Mathieu Viſ
conti , qui avoit Jean fon Frere
, Evêque , & Guy Turrian.
Chacun d'eux pour avoir l'ap- ..
puy de l'Empereur , donna
lien à fon entrée . Auffi les
gratifia t il tous deux , mais .
bientoft aprés Mathieu fupplanta
fon
Competiteur.
Mathieu eut
plufieurs Enfans
, entr'autres Galeas &
Barnabo , qui
partagerent cequ'avoit
leur Pere . L'an 1314 .
GALANT 105
Louis de Baviere V. du nom ,
Succeffeur de Henri , fit emprifonner
Galeas fur quelque
loupçon . Jean Galeas Vifconti
, Fils de Galeas , ne pouvant
louffrir de
partage , prit fi
bien fon temps , qu'il fe faifit
de Barnabo
fon Oncle , &
fon Beaupere , & pour poffeder
le tout , ille fit mourir
de
poifon en 1385.
Il fe fervir d'une divifion
qui cftoir entre Can de Laf.
calli , Seigneur de Tyronne
& de Vincenfe , & François
Cartavo , Seigneur de Padoue
pour les devorer tous deux
106. MERCURE
appuyant l'un pour chaffer
fon Concurent , & enfuitte
ayant détruit l'autre , il ob
tint en 1385 de l'Empereur
Venceflas le titre de Duc de
Milan.
Ce Jean Galeas , n'eut pas
de moindres pretentions que
de fe faire Roy d'Italie. Il
prit le nom de Comte de
Vertus , aprés avoir épousé -
Ifabelle , Fille de Jean , Roy
de France , & fut fi puiffantqu'il
commandoit à vingtneuf
Villes clofes qu'il partagea
en mourant entre fes
deux fils , Jean Marie
82
GALANT. 107
Philippe Marie en 1402. Va.
lentine leur Soeur , fut mariée
à Louis , Duc d'Orleans qui
fur affaffiné à Paris en 1407.
& fut Pere de Charles , pris
à la Bataille d'Azincourt , en
1415, Pere de Louis XII.
Roy de France.
Lemauvais Gouvernement
de Jean Marie , Fils aîné de
Jean Galeas , luy attira la
haine de fes Sujets . Il fut tué
par ceux qui l'approchoient
familierement, & qui appellerent
Aftorges & les autres
enfans . de Barnabo pour les
gouverner , mais Philippe
108 MERCURE
par
Marie fon jeune frere venu
en âge , n'eut pas moins de
vigueur que Galeas pere pour
recouvrer les Etats . Ilépoufa
la veuve de Facin Cane , &
joüit du Duché de Milan
trente deux ans , laiffant
fon Teftament Alphonse V..
Roy d'Aragon , dit Le Ma.
gnanime, pour fon heritier.
Aprés la mort de Philippe
Marie , il ſe trouva plufieurs
afpirans à ce Duché , fçavoir
cet Alphonfe V. adopté par
Philippe Marie , Louis Duc..
d'Orleans , à caufe du Traité
fait pour Valentine fon ayeu
GALANT. Toy
Me. Frederic III . Empereur en
1447. le demanda comme
un Fief de l'Empire , mais
François Sforce , grand Capi .
taine , qui avoit épousé Blanche
, baftarde de Philippe
Marie les prévint tous. Il
eftoit baftard du fameux
Arendulo Sforce , & joüit
affez paifiblement de ce Duché
pendant fa vie . Il laiffa
pour fucceffeurs Galeas Ma
rie , Ludovic dit le More , &
Alcagne qui fut Cardinal.
L'aîné fut affaffiné dans une
Eglife, parce qu'il eftoit trop
fujet à fes plaiſirs . I laiffa
110 MERCURE
*
un fils âgé de neuf , appellé
Jean Galeas , dont fon oncle
Ludovic prit le Gouvernement
, & fe de fit enfuite de
lay pour fe rendre Maistre du
Duché. Cependant comme
il fe vit menacé par les Rois
de Naples , qui vouloient
vanger la mort du Mineur fil
s'avila d'appeller Charles
VIII. Roy de France à la conquefte
de Naples, donvil fe
repentit enfuite , & entra dans
la Ligue qui fut faite pour
empêcher le retour de ce
Roy en France en 1495 .
Le Roy Louis XII . fuccef
GALANT. I
feur de Charles VIII. & perit
fils de Valentine , eftant paffé
en Italie , Ludovic qui'y regnoit
depuis vingt deux ans ,
ne fe voyant pas capable de
luy refifter prit le parti de
s'enfuir en Allemagne en
1499 vers l'Empereur Maximilien
I. avec fon frere ALcagne
, & Maximilien & Fran .
çois fes deux fils.
Ludovic
temps aprés en Lombardie
avec fon frere. Il y avoit esté
appellé par quelques Amis ,
mais il fut trahi parles Suiffes,
& livré au Roy de France
rentra peu de
112 MERCURE
avec fon frere , menez &
enfermez , l'un dans la Tour
de Loches , & l'autre à Bourges
.
1.
De nouvelles broüilleries
s'étant élevées en 1512. entre
l'Empereur Maximilien &
Louis XII. Maximilien fils
ainé de Ludovic , Duc de Milan
fut rétabli dans ce Duché
par les Suiffes . Il le poffeda
fort peu de temps . François .
I. ayant fuccedé à Louis XII .
en isis. renouvella la guerre
en Lombardie. Maximilien
Sforce ne fe voyant pas en
état de refifter, s'accommoda
"
GALANT 143
avec le Roy François I qui
l'envoya en France finir fes
jours avec une honnefte penfion
; mais la fortune ayanc
efté contraire à ce Roy devant
Pavie , Charles Quint
s'en empara au préjudice de
la promeffe qu'il avoit faite
en 1530 au Roy de France à
Paris , de l'en inveftir , au lieu
dequoy il eninveftit Philippefon
fils en 1549. depuis Roy
d'Efpagne fous le nom de
Philippe II . pour le poffeder,
luy & tous fes defcendans
aînez mafl's legitimes , & au
défaut d'enfans males dans
May 1702,
K
144 MERCURE
toute la Famille , à la fille aînée
deſcenduë de Philippe, &
fortie de l'ailné de fa Famille
, de laquelle l'aîné mafle
iffy feroit le fucceffeur , aux ,
charges & conditions par cux
d'en prendre l'Inveftiture des
Empereurs à chaque mucation
des Ducs de Milan.
Cecy fait voir le droit le
gitime que Monſeigneur le
Dauphin a non feulement .
par le Teftameor du feu
Roy d'Eſpagne , mais encore
par fa naiffance fur toute
la fucceffion des Royaumes
d'Eſpagne , ainfi que du Du
1
*
GALANT 15
che de Milan , puifqu'il eft
forti de la foeur aînée du feu
Roy Charles II. fon heritiere
legitime , & par confequent
Monseigneur le Dauphin
ayant de fon vivant cedé fon
droit à Philippe fon ſecond
fils , & Monfeigneur de Duc
de Bourgogne y ayant renon
cé en fa faveur pour fucceder
à la Couronne de France
c'eſt à juste titre que Philippe
V. Roy d'Espagne à prefent
regnant , doit jouir de tous
les Etais , Terres & Seigneuries
dont Charles II. Ion Prede,
ceffeur eftoit en poffeffon.
;
Kij
116. MERCURE
Le bon choix que Sa Majef.
té fait de ceux qu'elle nomme
aux Eveſchez , le connoift par
la maniere édifiante dont ils
s'acquirent des devoirs Epif
copaux . M ' l'Evefque de Blois
a fait depuis peu la vifite de la
plus grande partie de fon
Dioceſe avec un zele tout
particulier & un concours extraordinaire
des Peuples qui
fe fouvenoient à peine d'y
avoir jamais vû leur Evefque,
la pieté de ce digne Prélat eft
d'un grand exemple . Il entreprend
, & il execute tout . Il
a prefché l'Avent dernier
6
GALANT. 117
dans fa Cathedrale , & pendant
le Carème il a donné la
Confirmation a plufieurs mil
liers de perfonnes dans cha
cune des Paroifles de Blois ,
prefchant trois ou quatre fois
par jour , & ne mangeant que..
le foir. Il a fait en mefme
temps la vifite des Communautez
Religieufes
où il paffoit
les journées entieres à par
ler & a exhorter : ce qui n'a
rien diminué de fon application
continuelle à reünir les
efprits alienez les uns des autres
, à entrer dans des difcuf
fions infinies des droits , des
113 MERCURE
intereſts & des pretentions
de chacun , avec un fuccés
qu'on ne peut attribuer qu'à
la fagefle de les ménagemens
à fa penetration , à fa patien.
ce , & fur tout aux voyes plei.:
nes d'équité & de douceur ,
qu'il fçait prendre , & faire
goûter mieux que perfonne
du monde. C'est ce qu'il pas
roift que M' Frotté , Prieur de
la Paroiffe nombreufe qui fe...
trouve dans l'Eglife Cathe
drale , avoit bien compris lorf
que M ' l'Evelque de Blois y
vint faire fa vifite , & donna .
Sac remen's de Confirma..
GALANT 119
tion à prés de quatre mille
perfonnes. Ce Paſteur le reçut
à l'entrée de cette Eglife
avec les Ceremonies ordinai
res & parlant felon l'efprit de
toutes les perfonnes qui con
noiffent les qualitez admirables
d'un Prélat fi accomply
illuy dit.
MONSEIGNEUR .
No
TOUS le fçavons. Il ef.
toit de mon devoir d'en
inftruire sous ce Peuple ;
voftre Grandeur 4 pourvûpar les
vivesparoles defon mandement.
120 MERCURE
dans la vifite dont vous nous
honorez , Succeffeur des hommes
Apoftoliques de leurs dons ,
vous venez pour noftre avantage
in ædificationem , exercer l'au
torité que Dieu vous a donnéeſur
nous ; vous venez jetter lesyeux
de plus prés fur les befoins de cet .
teParoiffe, vous venez nous com
muniquer les biens fpirituels qui
accompagnent cette inspection
favorable. Lesgraces folidesfont
attachées à voftre.divin Minifter
re.Vous répandez l'efprit du Sei .
gneur par le Sacrement de force::
mais au lieu qu'ilfefaifoit préce...
der autrefois par des Tourbillons
impetueux
1
GALANT 120
impetueux, par des tremblemens
de terre, par des feux &par des
flames , il s'infinue icy par Les
charmes de vostre douceur ; ∙il
entrepar les paroles remplies d'a.
grément quifortent de vestrebou
che avec abondance. C'eft ainfi
que ce foufle divin toûjours égal
en luy mefme, ne laiße pas defe
diverfifier par les dons finguliers
de noftre illuftre Prèlat , qui pof
fede tous les meilleurs dans fon
partage . Charifmata meliora,
En effet Monseigneur , en com.
bien de manieres excellentes vous
Sçavez vous transformer pour
Suivre la differencedes efprits , &
May 1702 .
L
22 MERCURE
les chemins particuliers de rous
les cours ; vous afforblir parcon ,
defcendance pour les foibles ; vous
élever , vous foutenir au def
fus desforts ; brûler d'un zele
ardent pour prévenir les chutes,
les feandales , ce qui faifoit
la gloire de l'Apoftre des Na
sions ? Mais quel vravail im
menfe eft le vostre , de toutes les
heures , de tous les momens de
voftre vie , dont on ne doit pas
mefme excepter ceux de ces converfations
agreables où was filers
Apoftoliques imperceptiblement
tendus , prennent , en tes remplif
fant de vos Saintes maximes ,
#
GALANT 1:2
tous ceux que ce commerce aiſe
conduit auprés de vous ? chez les
fains , chez les malades , pour
fortifier , pour guerir , avec les
gens du monde , dans les Commu
~nautez Sainies , avec le riche ,
·avec le pauvre , par tout la m ‹fme
charité s'exerce , & reüffit en
diverfes manieres . Tout le monde
ne fçaitpeut eftre pas dimifl.r
·cespieux artifices ; mais j'en con ·
nois quelques uns , Monfeigneur ,
l'admiration attache particu
lierement à vous fuivre , qui ne
s'y méprennent pas , &qui ont
le plaifir de n'en rien laißer écha
per. Le Public , qui pour l'ordi
que
Lij
124 MERCURE
naire eft fans reflexion , ne laiffe
pas de lefentir , & d'en eftre entraifné.
Le concours eft furpre .
nant par tout où vous portez vos
pas . On vous voit cent fois , cent
fois on yous entend , & l'on aug.
mente en défirs de vous voir
de vous entendre . Toutes vos
actions celles qui paroiftroient indifferentes
en tout autre , fontrecueilllies
comme des trefors . Elles
fignifient elles tirent un prix
ineflimable de la perfonne qui les
fait , defes manieres , de fa droi -
ture. Pardonnez moy , Monſei.
gneur, que vostre modeftie
Jouffre,que j'ayepris avec avidi ·
GALANT 125
de
sécette unique occafion , que vous
ne pouvez éviter , pendant que
vousfuyez toutes les autres ;
marquer publiquement les ſentimens
de mon coeur pour voftre- illuftre
Perfonnne de dévouement,
d'attachement ; de veneration ;
de tendreße. Ce mot m'échape
Monfeigneur , c'est le profond
respect que je voulois dire. · Il
n'eft point en mon pouvoir , à la
verité , dene pasfentir les impref
fions de l'un de l'autre ; mais
je n'ay du parlerquede la foumiffion
parfaite qui vous eft duë ,&
avec laquelle nous vous recevons
tous au nom du Seigneur.
L. iije.
126 MERCURE
Je vous envoye un Difcours
que M' Montozon de la Cha
banne , Premier Avocat du
Roi au Prefidial de Perigueux
prononça avec beaucoup .
d'applaudiffement , à la derniere
ouverture du Prefidial
de cette Ville là. Comme fon
Collegue en avoit fait un fur
la Parole l'année precedente
M de Montozon choifit le
Silence pour la matiere du
fien Cet Ouvrage
a reçu
d'autant plus d'applaudiffe
ment qu'on a remarqué que
Mide Montozon ne s'eft rencontré
qu'en tres pen diendroits
avec Mr de la Fevre :
GALANT 127
rie qui avoit fait l'éloge du
Silence dans ma Lettre du
mois de Septembre 1700.
Quoy que le dernier ait dit
des chofes fi admirables. fur
cette matiere , qu'il femble
l'avoir épuilée , le Difcours
de Mr de Montozon n'a pas
laiffé d'eftre remply de penfée
differentes , tres.curieules
& tres recherchées. Il ne
quite point fon fujet , il dir
tout ce que l'on peut dire
d'agreable fur la matiere
qu'il traite. Ce Difcours eft
tout brillant d'érudition.
mais d'une érudition gracieus
· "
Liiij
#28 MERCURE
fe qui fait plaifir , tant elle
vient naturelement àfon ſujet,
dejforte que ces citations font
faites fi à propos qu'il femble
qu'il n'ait pû s'empêcher de
les faire . Ce Difcours m'a fair
un plaifir extreme en le lifant
& je ne puis m'empêcher de
vous le marquer , mais fans
prétendre vous obliger à être
de mon fentiment. Je ne
parle que pour moy & ce
qui me plaift infiniment
peut ne plaire que mediocre
crement à un autre , lans que
je croye eftre endroit d'y
trouver à redire . On ne doit
•
GALANT 129
pas s'étonner de la beauté
de ce Difcours. L'éloquence
eft hereditaire dans la famille
de celuy qui l'a fair . Mr de
Montozon de la Chabane ,
fon perequirempliffoit la mê.
me Charge d'Avocat.du Roy
eltoit un prodige de fcience
& s'attiroit autrefois l'admiration
de toute la Province
dans tous les Difcours qu'il
prononçoir .
DISCOURS
SUR LE SILENCE.
MESSIEURS ,
Le Difcours que mon Col
10 MERCURE
legue eut l'honneur de vous
faire fur la Parole à la der.
niere ouverture du Palais ,
fuc fi remply d'érudition , &
foutenu de tant d'éloquence
qu'il ne me laiffa que le Si
lence en partage : effet ordinaire
de l'admiration .
Vous prevoyez déja Mef
fieurs que puifque mon Col
legue rendit les hommages
à la Parole , je vais rendre
les miegs, au Silence . Mais
en le rompant pour fatisfaire
au devoir que la Coutume
m'impofe , je vais vous en
faire connoiftre l'excellence ,
GALANT 131
& la neceffité. L'excellence
en ce qu'il regne dans tout
ce qu'il ya de plus grand , &
de plus mifterieux ; la neceſſi
té,en ce qu'il faut qu'il fetrou .
ve dans tous les tems, en tous
lieux , & dans tous les Etats .
Le Silence que vous ob
fervez, Meffieurs , me paroift
fi admirable qu'il m'infpire
le deffein de vous imiter
& de rendre par là à l'Augufte
Déc ffe qui réfide dans tous
vos jugemens , le veritable.
culte qu'on luy doit , cultus
Juftitia filentium. En effet le
filence que je garderois fur
132 MERCURE
le Silence , fi je puis parler
de même , vous exprimeroit
infiniment mieux que mon
Difcours ,fon excellence & fa
necefficé. N'importe , il faut
parler , puifque la Parole n'a
efté faite que pour expliquer
les effets merveilleux du filence
& luifervir de truchement.
Pour vous donner , Meffieurs,
une idée parfaite du Silence
, permettez moy d'en
rechercher la définition parmi
les Philofophes & les
Theologiens. Le fentiment
eft fort controversé ſur cette
définition. Les Anciens pré
·
GALANT 133
tendent que ce foit une ef
pece de repos , de quietude ,
de fommeil , parmi eux il y
en a qui le confondent avec
la Paix , parce que par tout
où eft le Silence la Paix y
regne , & par tout où regne
la Paix le Silence y domine.
Les Modernes nous le dé
finiffent une reprefentation
qui refte dans noftre imagi ,
nation fans eftre mise au dehors
,
par
voix .
le fecours de la
Si nous confultons la
Theologie profane , nous apprendrons
que le Silence a
134 MERCURE
elté reconnu chez les Payens.
comme une Divinité , qu'ils
Juy ont bâti des Temples
élevé des Autels , fait des fa
crifices , & leurs hiftoires nous
fourniffent des exemples des
peines rigoureufes qu'ils faifoient
fubir à ceux qui prota
noient fes Temples .
Ces Payens eftant privez
des lumieres de la Foy , n'avoient
ils point raifon de ren.
dre leurs hommages au Silen .
ce , puifqu'il eft de tout temps
& toûjours à la mode , de tous
les âges , & toûjours agreable
, qu'il n'eft particulier à
1
GALANT 139
perfonne ,
, que c'est un bien
public que tout le monde
peut avoir & que perfonne
ne peut ravir . Il n'eft non plus
à celuy qui l'a connu le premier
qu'à celuy qui le poffede
le dernier : il ne s'ule point ,
& la Pofterité pourra le rece
voir de même que la lumiere,
fans aucune diminution.
Non- feulement ils le re-
-connoiffoient comme une
Divinité , mais comme la
ſource & l'origine de leurs
Dieux , & un Auteur pour
nous le prouver nous fait
voir que toutes les Divinitez
↑
136 MERCURE
des Payens eftoient filencieufes.
Les befoins , dit ce même
Auteur , ont inventé les Dieux,
& les Dieux le Silence. Ce font
les hommes , dit un Sage Payen ,
qui nous apprennent à parler
mais ce font les Dieux qui nous
enfeignent à nous taire.
?
Auffi la Theologie Sacrée
nous définit le Silence , le
Sanctuaire de la Prudence &
de la Sageffe . En effet , Meffieurs
, le Silence eft le fimbole
de la Sageffe & fa con .
dition eft toure divine ; les
hommes , parlent les Dieux
fe taifent. Loquendi homines
GALANT 137
tacendi Deas.
Le Silence eft fi venerable
& fi digne d'admiration que
Dieu l'a confacré en luy mê
me : de toute éternité , fon
Trône fe trouve placé dans
le fein de la Divinité , & Sa
Majefte fuprême l'a choifi
pour eftre fon Panegirifte
comme nous l'enſeigne l'E
criture , Te decet Hymnus in
Sion , c'est à vous à qui on
doit rendre les louanges .en
Sion , & la Verſion porte , le
Silence en Sion , parce qu'en
effet on ne peut mieux ad
mirer fa puiffance que la bou,
May 17020
M
138 MERCURE
che fermée & par un entiero ·
foumiffion d'efprin
2
Les Bienheureux nous
confirment cette verité , puis
qu'ils renferment dans leur
filence toutes les louanges
qu'ils luy donnent dans le
Ciel. La terre s'en fert pour
témoigner fa reconnoiffance
& fon refpect à fon Createur ,,
Silvit terra in confpectu ejus, La
mer & les vents l'employent
pour luy marquer leur obéiffance
, Silvit ventus infermone
jus. Les Cieux les Aftres
n'ont point de bouche ny de
langue pour le loüer , mais
GALANT. 139
le
leur lumiere , leur éclat , &
leur filence annoncent fa
puiffance & fa gloire.
S'il faut , Meffieurs , quelque
chofe de plus pour
triomphe du Silence , pou .
vons nous trouver un plus
grand argument de la gloire
que les effets qu'il produit,
Quand l'Auteur de la Nature
voulut créer ce vafte Univers,
il ne fit aucun bruit ; deux
paroles luy fuffirent pour
créer la lumiere ; lorsqu'il fit :
l'homme , le plus parfait de
fes ouvrages , fon image , il
ne fe fervit que de fon foufle ;
i
:
{
Mij
140 MERCURE
& il ne fit la premiere de tou
tes les femmes , que pendant
le filence mifterieux de noftre
premier Pere.
La Loy fut donnée à Moïse
fous l'épaiffeur des nuës &
non pas par l'éclat du Soleil,
Le Temple de Salomon , mer.
veille du monde , fut bâti
dans le filence , & fans qu'on
youit un feul coup de marteau.
L'Incarnation du Verbe
, le plus grand de nos Mifteres
fut commencée & confommée
dans le filence . Ec
lors que le Fils du Tout puiffant
voulut prendre naiffance
GALANT. 141
il choifit non feulement le
temps du Silence , dum medium
filentium tenerent omnia venit :
mais encore il voulut que ce
fuft dans le plus profond fr
lence de la nuit, & il falut que
les Anges annonçaffent aux
hommes qu'il leur eftoit né
un Roy . -1
Toutes les productions de
la nature font filencieuſes ,
les Plantes croiffent dans le
Silence , les Métaux , les Per
les , les Pierres precieuſes fe
forment dans le fein de la terre
& de la mer au milieu du
filence , & fe produisent de
142 MERCURE
même . De maniere que nous
pouvons dire avec verité que
tout ce que Dieu & la Natu .
re ont fait de grand & de mi.
fterieux ,font des effets du Si .
lence .
Le Silence eft au Ciel l'entretien
de la Divinité , le langage
des Elprits bien heureux
. Aumonde il eſt l'Ecole
de la Sageffe & de la Vertu ,
la plus folide nourriture de la
Prudence , la fource du Souverain
bien , la Loy fondamentale
des Cloiftres , leur
ornement , & le fommeil des -
Sages qui y veillent.
GALANT. 149
On peut dire dans la Morale
que de toutes les habitu …
des de l'ame , le Silence comme
la plus noble , eft celle qui
l'éleve le plus haut , & qui
fait le mieux appercevoir
fa
veritable grandeur. Ceux qui
fçavent le poffeder y trou
vent leur gloire & leur bonheur.
Hinfpire àl'homme ces
hautes & ces divines connoiffances
qui luy fervent à produire
les plus nobles & meilleures
penſées ; en un mot ,
il luy eft neceffaire en tour
temps , en tous lieux , de quel
que âge & de quelque pro-
2
144 MERCURE
fellion qu'il foir , dans l'élevation
& dans la baffeffe.
Auff Dieu & la Nature
pour nous perfuader cette
neceffitè nous ont plucoſt ap .
pris à nous caire qu'à parler ,
& pour nous y fortifier , ont
mis une double barriere à
noftre langue o qual sub v
27 Ilfaut avouer encore que
fr le Silence doit regner ch
quelque lieu , ce doit eftre ,
fans doute dans le Temple
de la Justice , & il y eft fine .
ceffaire que les Jugemens que
vous prononcez , Meffieurs ,
font toûjours precedez du
Silence .
GALANT 145
Silence. On y voit des Mi.
niftres pour le faire obſerver
& les premières paroles qu'ils
prononcent auffi bien que
les Heraults à la Proclamation
des Rois , font , Paix ,
Silence. Parce que la Paix eft
l'ouvrage de la Juſtice , opus
Juftitia Pax , & le Silence ,
-celuy de la Paix .
La Paix & le Silence font
deux Divinitez unies enfemble
, & leur union par une
heureuſe necefficé entraîne
avec elle celle de la Justice ,
Juftitia & Pax ofculata funt.
La Juftice & la Paix eftant
N
May 1702 .
146 MERCURE
unies, ne les defuniſſons pas,
Meffieurs , imitons les Ro
mains , ces Maitres du monde ,
lefquels immoloient fur les
Autels deſtinez à laJuftice , les
victimes confacrées au Silence.
Si le Silence , Meffieurs
,
doit triompher
avec la fuftice
dans le Palais , il ne doit pas
avoir moins de puiſſance
fur
l'efprit des Juges , puis qu'il
leur enfeigne
à rendre à un
chacun ce qui luy appartient
,
à diftribuer
les recompenfes
,
ordonner
les peines , diftinguer
le vray du faux , le vice
GALANT 147
de la vertu , l'innocence du
crime. Il n'eft point d'enchantement
que le Juge ne détruife
par le Silence , point de
nuages qu'il ne diffipe , il
vainc fes paffions, il triomphe
de l'Eloquence . Le Silence
enfin par la fimplicité confond
les fubtilitez de la paro.
le , & fans fraper l'oreille il
enleve le coeur.
Mais fi le Silence eft neceffaire
à la Justice dont il eft
infeparable , s'il eft utile à fes
Miniftres,il ne l'eft pas moins
aux Empereurs & aux Rois,
puis qu'il eft la Colonne fon-
་
Nij
48 MERCURE
damentale des Empires , & le
foutien des Royaumes par la
fubordination & le bel ordre
qu'il y établit, fans lequel tout
feroit dans le dérangement
& la confufion.
En un mot c'eſt le reffort
des Machines guerieres &
pacifiques , c'est une vertu qui
fait les Rois, & fans laquelle
ils ne font Rois , parce que
leur politique ayant paffé par
le creufet du filence , c'eft de
l'or épuré fept fois & rafiné
au feu de la verité.
Cette vertu admirable forme
les magiftrats & les
GALANT 149
1
Grands de la Terre , & le Silence
que leur prefence &
leur élevation impofent , eft la
premiere marque de leur
grandeur. C'eſt par fon canal
qu'on acquiert les grandes
reputations qu'on merite l'e
time & la confiance des Sou
verains, qu'on a part aux in .
trigues du Cabinet , & qu'on
le rend digne d'occuper les
premieres Charges de l'Etat.
C'est une espece de Sou :
veraineté de tenir les penfées
& fes refolutions fecret
il n'appartient qu'aux
Genies fublimes & propres à
tes ;
Niij
150 MERCURE
commander , de penetrer les
deffeins des autres, & fçavoir
cacher les fiens , & comme
c'est le caractere d'une ame
noble de fçavoir fe taire; par
la regle des contraires c'eft
une chofe , honteuſe & le caractere
d'une ame baffe de ne
pouvoir fe taire. Quelque
talent , quelque bonne qualité
que puiffe poffeder un
homine , il n'eft propre à rien
s'il n'a le don du Silence.
Point d'affaires qu'il ne gâte ,
point de converfations qu'il
ne trouble : It laffe les plus
patiens , en un mot il chan
ge de Sexe .
GALANT
151
"
A la verité il n'est rien qui
rende les hommes plus mé .
prifables qu'une abondance
de paroles , lefquelles le plus
fouvent font comme des mines
éventées qui ne produi
fent aucun effet . Au contraireil
n'eft rien de plus utile à
l'homme que le Silence , nihil
·Silentio utilius , dit Horace ny
qui le rende plus confiderable
ny qui luy attire davantage
l'eftime publique que de polfeder
cette vertu , auffi excepte
tan toujours les taciturnes
du nombre des fots.
Non , Meffieurs , il n'eft
Niiij
152 MERCURE
point de plus violent poiſon
pour l'ame que la Parole im
moderée , & le Sage ne trou
ve point de plus fortes armes.
pour la conferver dans fa pureté
que celles qu'il tire du
Silence.
C'eft auffi dans cet efprit ,
que fe Prophete demandoit
à Dieu avec tant d'inftance
de mettre des Gardes à fes
levres , & un frein à la bouche
vox miffe reverti nequit ; c'eſt
ee qui a déterminé tant de
Saints Peres à fe retirer dans
les folitudes pour y pratiquer
les leçons du Sage , lequel
GALANT 153
nous enſeigae que les paroles
des fols font font au dehors
& celle des prudens dans le
Silence.
Que ces Saints folitaires ,
Meffieurs , ont bien acquis
plus de gloire par leurs Meditations
, que , que les plus habi,
les Orateurs par leurs Difcours
eloquens. Le Silence
des premiers entretient un
facré commerce avec le Ciel,
tandis que les autres épuifent
leur genies à imaginer des
tours d'éloquence pour dé
guifer la verité , & flater la
vanité des hommes.
154 MERCURE
© La gloire du Silence ne confifte
pas feulement à perfectionner
les vertus , à corriger
les vices , à dompter les paffions
, à confoler les malheureux
, à eftre utile en tous lieux a
& à tous les hommes , elle fair
encore revivre les morts par
kurs Ouvrages & leur ac
quiert des honneurs qui ne
finiffent qu'avec le monde.
Que ces converſations fi
lencieufes que nous avons
avec les morts nous donnent
de penetration : Nous y apre
Ronsà connoiftre l'Auteur de
la nature & fes ouvrages . Par
GALANT. 155
le Silence nous nous commu .
niquons à Dieu , & cet Eftre
fouverain nous y revele ſa volonté.
Si vous défirez quelque
chofe de plus , Meffieurs , que.
les biens & les avantages que
toutes les Creatures reçoi
vent du Silence , pour prou
ver fon Excellence & fa neceffité
, il faut recouvrir à
l'exemple que l'Orateur appelle
l'Argument fans repart.
Mais il ne faut pas vous pro
poſer des exemples, medio.
cres ;on ne peut eftre trop dé
licat fur le choix des origi
1,6 MERCURE
naux , il faut toujours s'atta
cher aux plus parfaits , &
comme il n'y à de perfection
que dans la Divinité ; il y fauc
avoir recours pour vous fatisfaire
, & vous reprefenter que
Dieu pour nous convaincre
de la neceffite du Silence a
bien voulu nous en donner le
premier exemple comme
nous enfeigne l'Ecriture , ſemel
locutus eft Deus. Et un des
plus grands Interpretes nous
la Trinité affemallure
que
blée
pour
la création
de
l'homme
ne
prononça
qu'une
parole
qu'il
appelle
, veneran
1
ར
GALANT: 157
dum Trinitatis foliloquium
Le Tout- pufflant femble
encore nous prouver la neceffité
du Silence par la peine
qu'il fit fubir au premier des
Anges , lequel pour avoir
troublé le Silence qui regnoit
dans le Ciel fut condamné
à refter éternellement dans
un lieu plein d'horreur & de
cris , & où il ny aura jamais
repos ny filence.
"
Aprés vous avoir porté
l'exemple de Dieu pour vous
prouver l'excellence & la
neceffité du Silence , il ne me
refte , Meffieurs qu'à deſcen158
MERCURE
aux Divinitez terreftres , &
vous offrir l'exemple de
LOUIS LE GRAND ,
qui fert de modele à tout
Univers . Sa Prudence at
elle efté moins admirée que
fa valeur.
Examinez , Meffieurs ; tout
ce que ce Monarque invin .
cible a executé de grand ,&
vous verrez que ce font des
effers du Silence.
Je n'ay pas befoin pour
vous convaincre de cette verité
de vous faire reflouvenir
que les premiers caracteres
de la main impoferent Silen .
GALANT. g
•
ce aux Blafphemateurs : que
·
l'ayant impofé aux Heretiques
& à leurs Temples , il
a élevé par là la Religion &
fon nom au plus haut faifte
de gloire où ils puiffent monter.
Je n'ay pas besoin de
vous parler de tant de Villes
prifes avant que les Ennemis
en feeuffent les Siéges , ny de
tant d'actions éclatantes fui .
vies de Victoire continuelles
dont le nombre eft auffi in .
fini que celuy des Etoiles , que
nous admirons mais que
nous ne fçaurions.compter.
160 MERCURE
Tant de filentieufes circonftances
accompagnent
toujours fes deffeins & fortifient
fes entrepriſes , qu'il
n'eft pas poffible aux autres
Monarques de porter leur
gloire au fommet où le Silence
a élevé la fienne : le
défir eft tout ce qu'il peuvent
en avoir.
L'avenement de Philippe V.
à la Couronne d'Espagne, ouy,
Meffieurs , cet avenement
d'un Fils de France à l'une
des plus éclatantes Couronnes
du monde! ce fuccés heureux,
ce fruit inefpere de la Paix
GALANT. 16t
de Rifwik ; qui a mis toute
l'Europe dans l'étonnement
& dans l'admiration , eft un
effet du filence de noftre
grand Roy.
L'union de deux Peuples
aufli antipatiques que le feu
& l'eau , que la lumiere & les
tenebres , & dont la haine
alloit jufqu'à la fureur , cet
ouvrage eftoit reſervé au filence
de Louis le Grand & à
la vertu de Philippe V. fon
digne Pétit Fils.
C'eft à prefent , Meffieurs,
qu'il faut le caire, puifque tout
ce que les plus habiles Ora
May 1792.
O
162 MERCURE
teur de ce temps , non plus
que ceux qui viendront
aprés nous , n'ont pû , ny ne
feauront rien dire fur ce fujet
, en comparaiſon de ce
qu'il devroient dire , s'ils pou
voient le fçavoir dire ainfi
ne pouvant fçavoir dire , ce
que je voudrois dire touchant
incomparables Monarques
, je renfermeray leur élo .
ge dans le Silence , & l'admiration
; & offriray mes voeux
au Ciel , afin que toujours vic.
torieux ils rendent leurs Ennemis
confus & leurs peuples
ces
contens.
ד
GALANT 163
•
J'ay oublié de vous apprendre
la mort de Meffire
Julien Brodeau , Seigneur de
Moncharville , Oileville
Frefne , & autres lieux ; &
Confeiller honoraire en la
Grand'Chambre
, arrivée le
26. Mars dernier . Il eftoit
-Fils de M' Brodeau , ce celebre
Avocat au Parlement
qui preferant toûjours fa
fonction aux plus élevées de
la Robe , voulut y mourir , &
de Dame Marie Merault ,
Tante de Mrs Merault , Confeillers
au Parlement ; Petit-
Fils de Mellire Charles Bro-
O ij
164 MERCURE
deau , Avocat General de
Henry le Grand , pour lors
Roy de Navarre , & de Dame
Ambroise le Pelletier , grande
Tante de M' le Pelletier ,
Miniftre d'Etat , & de M' le
Pelletier , Confeiller d'Etat
ordinaire , & Surintendant
des Fortifications de France ,
arriere Petit- Fils de Meffire
François Brodeau , Confeiller
d'Etat & Maistre des Requef
res d'Antoine de Bourbon.c
Roy de Navarre.
Cette Famille originaire de
Touraine , a pour aîné Meffi
re Jean Brodeau , Marquis de
GALANT 165
Chatres & de Cande , cy de
vant Grand Maistre des Eaux
& Forests de France , & dont
les alliances avec plufieurs
grandes Maifons du Royaume
, font confiderables . 11
garde les Titres originaires
de fa . Maiſon , dont le luftre
a commencé par Victor Brodeau
, ennobli par Philippe
Augufte , au Camp devant
Acre en Egypte , à caufe des
belles actions de fon Pere &
des fiennes Ce Titre original
en latin , porte cecy .
PHILIPPES par la
grace de Dien , Roy de France ,
166 MERCURE
Salut. Leprincipalfoin des Princes
eftant de récompenser le me.
rite des Hommes illuftres nous le
faifons en accordant la Nobleffe
à Victor Brodean , dont le Pere a
fait des Actions éclatantes dans
la guerrefacrée , & nous voulons
qu'il porte fur fon Ecu , trois pal .
mes en cheffur la croix recroife.
tée. Donnée à Paris l'an 1191 .
Ces Lettres en parchemin
ont un petit Sceau de cire
jaune pendant au bas. Il y a
eu dans la Maifon de Bro.
deau des Miniftres d'Etat du
nom , des Cardinaux & des
Generaux de terre & de mer, ?
GALANT. 167
dans les alliances les plus pro.
ches. Ceux de cette Maifon
ont depuis paffé des Armes
aux Lettres , dans lesquelles
ils fe font particulierement
diftinguez. Victor Brodeau ,
mort fous le regne de François
I. Jean Brodeau , celebre
par les ouvrages qu'il a laiffez
, mort à Tours en 1563. &
le celebre Julien Brodeau
dont on a parlé. Le nom de
Brodeau eft auffi allié à celuy
de Sainte- Marthe , dont il
refte Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Petit Fils de l'Illuf
tre Scevole de Sainte - Mar168
MERCURE
the , chery d'Henry III. &
recommandable par les Eloges
des Hommes illuftres , &
par fa Foedotrophie.
4
La branche de feu M¹ Brodeau
a des alliances tres- con .
fiderables dans le Miniftere ,
dans le Confeil d'Etat , &
dans les Parlemens , princi.
palement en celuy de Paris ,
trop étendues pour les rap
porter icy. Il avoit deux
Soeurs , dont une a épousé
M' Lallemant , mort Maiftre;
des Requeſtes , & Intendant
de Rouen , & l'autre M' de
Montanglos , Seigneur de:
FranGALANT.
169
Francheville , mort Confeil.
ler au Parlement,
"
M' Brodeau laiffe quatre en .
fans,fçavoir Pierre Julien Bro
deau , Seigneur de Mon.
charville non marié , Julien
Brodeau , Seigneur d'Oife.
ville , Lieutenant General de
Tours ; Madelaine Catheri
ne Brodeau , mariée à François
René de la Corbenaye,
Comte de Bourgon , d'an
cienne Chevalerie de Breta.
gne ; & qui compte des
Souverains dans la Maifon
Alliée prefentement à beau
coup de grandes Maiſons du
·May 1702.
P
170 MERCURE
Royaume. Le quatrième eft
Claude Julien Brodeau , Sei.
gneur de Frefne , Lieutenant
de Vaiffeau , & qui a depuis
peu couru de grands risques
fur le Vaiffeau de M le
Comte de Hautefort. Ils ont
eu pour mere , feue Dame
Madelaine Bechfer , d'an
cienne Nobleffe de Cham
pagne , & dont la Maiſon
qui s'y est étenduë par beau .
coup d'Alliances eft originai.
re d'Allemagne.
Mr Brodeau de Moncharville
, dont il eft parlé dans
cet Article , a donné depuis
GALANT 171
peu au Public un nouveau
Sifteme de l'Univers . Ce livre
fait tant de bruit qu'il eft bon
de vous en donner une cour.
te idée . Cette Piece eft en
Vers heroïques élevez , forts,
naturels
& pompeux
, d'un
ftile net, tres.concis , & tout
s'y foûtient également . Le
projet n'eft pas moins étonnant
par fon étenduë qu'il
l'eft par la nouveauté. L'Au .
teur y renverſe generalement
toutes les opinions des Phi ,
lofophes anciens & moder .
nes. Le Plan de fon Sisteme
eft en Eftampe à la tefte de {
Pij
17 MERCURE
fon livre , & comprend fix
Propofitions fondamenta .
les.
Dans la premiere qu'il divife
en deux parties , il nie
dans l'une le plein corporel
& contenu qu'établiffent Pla
ton , Ariftote , Defcartes , &
leurs Sectateurs . Et dans l'au .
tre , il nie le vuide inanimé
qu'admettent Democrite
Epicure , Gaffendi , & ceux
de leur Secte . Il foutient le
Mouvement principe de tou .
te generation , & de toute
deftruction. Que s'il fe trou .
ve dans la nature un plein
GALANT. 173
corporel & contenu , le Mouvement
ne peut avoir lieu ;
donc plus de generation ny
de corruption . Que file vuide
eft inanime , la Nature
tombe dans la même privation
, les atomes ne pouvant
agir d'eux mêmes , parce
qu'ils font matiere , & par confequent
incapables d'un mou .
vement propre & naturel en
eux. Il admet donc les atomes
libres & vaguans dans
l'Univers , non pas à l'aven .
ture , mais déterminez par
un mouvement tout animé ,
qui remplie tout , qui les tra-
14
Piij
174 MERCURE
verle qui les environne, & qui
part du premier Principe , &
de cette hypothefe fuit neceffairement
la rare découverte
des operations infinies de la
Nature .
La feconde admet la plaralité
des Soleils & de leurs
Mondes , qu'il établit dans
un nombre indéfini , mais
cependant terminé,
La troifiéme contre tous les
Phyficiens & autres anciens
& modernes , établit la gloire
celefte au lieu le plus bas ,
c'eft à dire , au centre , principe
de ce grand & general
GALANT. 175
mouvement
de la Nature
d'où dépendent
tous les au
tres.
La quatriéme nie que les
influences divines & le mouvement
foient naturellement
directs , & admet ces influences
fous une idée fpirale & le
mouvement des corps naturellement
circulaire. Ces
deux dernieres propofitions
font la fource & le fondement
de fan nouveau Siftême . Par
catre idée fpirale , tout palle
du centre à la circonference,
& tout retourne de la circon .
ference au centre , & toû
Piiij.
176 MERCURE
jours alternativement de mê
me ,, par une vifciffitude continuelle
& déterminée . 2 11
fait à l'occafion dn mouve
ment une difference bien
effencielle de mouvemens ,
toute naturelle , & qui cepen .
dant n'a jamais encore efté
bien remarquée jufques .
icy.
Il y a donc , dit- il , deux
fortes de mouvemens bien diffe .
rens , l'un eft animé parcequ'il
part d'un principe animé, c'eft te
mouvement general qui fait ion .
res les operations de la nature ,
c'est proprement elle même , d'où ,
I
GALÁNT. 177
s'émanant du premier Eftre , il
fuit fa determination à circuler ,
& forme tous les coeps vifibles
fuivant cette détermination. De
là on les voir naturellement porsez
à la figure ronde, L'autre
mouvement eft bien different , il
eft mortparcequ'il part d'un prin.
cipe fans ame , c'est la matiere.
Ainfi ce mouvement , ne circule
pas , mais il eſt direct ; par ce
qu'il fuit la matiere qui tend
par fon poids à fe rejoindre à la
·matiere comme de même nature ,
ce mouvement, eft propremens
la pente des corps . Par ces deux
mouvemens fi differens il 4
178 MERCURE
prétend clairement prouver
generalement tout ce qui fe
paffe dans la nature dans une
Philofophie expliquée , mais
concife , qu'il nous promet
fondée fur fon nouveau fifte
me où les vertus diftin&tes &
fpecifiques de chaque Eftre
different feront developées
dans toute leur étendue.
Sa cinquième propofition
nie la matiere divifible àl'infini
, d'où par confequens
l'Univers materiel eft terminé.
Cette propofition n'est
pas moins confiderable que
les quatres autres , ny moins
1
GALANT . 179
contraire à celles qui ont
paru julqui.cy.
Enfin fa fixiéme prouve
que tout corps eft air condencé
fous differentes for
mes par les circulations continuelles
de la nature ; que
chaques corps à fon feu cena
tral , & que ce feu n'eft autre
qu'une émanation du mouve
ment general.
Telles font les opinions . Il
les appuye par des raisons fi
precifes , fi naturelles & fi
convainquantes qu'il femble
qu'il ny à pas lieu de douter
des nouveautez qu'il
180 MERCURE
avance. Il confirme par la
Sainte Ecriture tout ce qu'il
dit , & les Paffages fur cha
que propofition font rapor.
tez à la fin de la piece avec
les renvois.
Cette ' premiere piece eſt
fuivie d'une autre qui n'eft
guerre moins confiderable
C'est un Poëme fur Dieu, fur
l'Ame , & fur l'Eternité, Lés
Vers font du même genie ;
& par confequent également
beaux. Ce Poëme finit par
un abregé de toute la Reli
gion Chreftienne , & les Paf- -
fages de la Sainte Ecriture
1
".
GALANT. 181
fur tout ce qu'il avance en
ce Poëme ,font enſuite.
Ces deux Pieces font fui.
vies de Stances fort élevées,
& qui partent d'un efprit penetré.
Il y a de plus deux
Plaintes des Mufes , l'une d'un
ftile pompeux , où l'origine
de la Societé eft raportée aux
Mufes. L'autre eft d'un ftile
fort enjoüé. Quelques pe
tites Pieces détachées s'y
trouvent auffi . Enfuite on
voit les Lamentations du
Prophete Jeremie en Ele .
gies, & la deftruction de Tyr
du Prophete Ezechiel en
1
182 MERCURE
Poëme Epique , dont la " traduction
fidele , le naturel , l'energique
, & l'élevation des
Vers font fort goûtez,
Aprés ces Ouvrages , il
donne une Lifte de ceux qu'il
promet de donner encore , &
qu'il dit fort avancez . La premiere
Lifte contient l'abrer
gé de tous les Theologiens
facrez & profanes , de tous les
Philofophes anciens & mo.
dernes , des Aftronomes , des
Geometres , des Mathemati
ciens , des Medecins & des
Philofophes Hermetiques, où
toutes leurs opinions & leurs
GALANT 183
principales raisons font rapor
tées dans le même ordre
qu'ils ont faivi, & fuivant les
temps qu'ils ont écrit,
La feconde Lifte comprend
une Hiſtoire d'une
prodigieufe étenduë , & qui
n'a jamais encore paru. C'eft
l'Histoire generale de la Mer ,
dont il établit fix Divifions
principales, & qui felon l'idée
qu'il en donne pourra bien
contenir douze à quatorze
Volumes partie in quarto ,
partie in octavo , avec plus de
quatre cens Planches en
Tailles douces de tous les
184 MERCURE
Vaiffeaux anciens & moder
nes des Nations maritimes &
des plus grandes Actions ma
ritimes qui le font parlées
depuis la premiere Antiquitéjusqu'à
prefent.
Les deux Averriſſemens
qui font à lateſte de chaque
Lifte, & tout ce Livre dont je
vous donne le concis , mar.
quent un Efprit d'une très
grande force, & d'une ſcience
& d'une lecture consommées .
Cependant l'Auteur ne pa
roift pas paffer trente cinq
ans. Il en a employé douze ou
treize à fervir fur Mer ,où il a
GALANT: 185
.
&
fait autant de Campagnes en
qualité de Commiffaire Ordonnateur.
Il s'eft trouvé
dans plufieurs actions differentes
& efté bleffé dans
quelques unes , entre autres
dans le Combat que M' le
Maréchal de Tourville livrа...
contre Papachin , Vice. Amiral
d'Espagne, où M' Brodeau
fe diftingua particulierement.
On le vit par tout. Il fut con .
fiderablement bleffé dans le
fort du Combat , & ne voulut
jamais quitter que l'action ne
fuft finie , quoy que ſon Employ
le difpenfaft de s'y trou
May
17020- Q
186 MERCURE
ver. Il y a quelques années
qu'il a quitté la Marine pour
s'adonner aux Lettres. Lepremier
deffein qu'il ait formé
a été cette belle & grande-
Hiftoire generale de la Mer
dont il parle à la fin de fon Livre.
Ily travailloit avec autant
-de dépense que d'aplication ,
lorfque la Fortune renverfa
fes deffeins par une banqueroute
qui luy enleva la plus
grande partie de fon bien , &
qui l'ayant obligé de ceffer
ce grand & curieux travail , il
en a fait un autre , dont la
dépenfe fera beaucoup moins
ن م
GALANT 187
.
ཆུ
confiderable , mais qui fera
d'une égale ou plus grande
utilité pour les Scavans .
C'est le prodigieux Abregé
de tous les Philofophes ,
dont il donne la Lifte dans
le même Livre, La perte de
fon bien , loin de l'abar
tre , n'a fervi qu'à l'élever
davantage. Son efprit trouva
de nouvelles forces. Il parut
toûjours, le même , & c'eſt
dans le temps où il a fait de
grandes pertes qu'il a le plus
partagé fa vie entre lesScienaces
& le beau Monde . On l'a
fourenti preffé de le donner
Q ij
788 MERCURE
粒
au Public , mais ça été tou
Jours inutilement. Cependant
le dernier Ouvrage qu'il vient e
de faire , & qui pare d'une
Science infinie , je veux dire
fon nouveau Sisteme, a fi fort
furpris ceux qui l'ont lû qu'il :
n'a pu fe deffendre de le faire
paroiftre & ce premier debic
eft rout ce que l'on auroit
-pû arrendre des Auteurs les
-plus confommez qui n'ont
jamais produit une hypotcfe
fifublime ,fi profonde, ſi ſuivie,
ni- fi prouvée par des rai .
fons fi convainquantes . On
croiroit, à voir la Lifte de fes
3
GALANT 1899
Ouvrages , qui font effecti
vement prefque faits , que la
vie de quatre autres n'y fuffi
roit pas ou du moins qu'il
feroit dans une grande vieil-
Jeffe. Cependant
c'eſt un jeune
homme qui jufques icy a
palle une bonne partie de fa
vie dans un Métier où l'on fe
pique beaucoup plus de bravoure
que de Science, & dans
lequel on ne peut s'appliquer
à l'Etude faure de Livres ra ..
res, & detemps pour les bien
connoiftres
Coonieft auffi que depuis
fept onhuit ans qu'il a quis ,
4
6
190 MERCURE
té la Marine , que tous ces
prodiges font partis de luy,
lors même qu'on l'a vu le
plus répandu dans le monde.
-Ceux qui le connoiflent nen
font pas furpris , rien n'étanc
égal à la vivacité avec laquel,
desil travaille , quoy que dans
une jufteffe & une elegance
bien prouvée dans le Livre
qu'il vient de donner , où l'on
voit,pour ainfi dire, plus de
pemfées que de mous , & routeslchofes
nouvelles,dans une~
Poëfie fublime , aifée , noble
paturelle . Ses inclinations
ne font pas moins belles que
-7
GALANT 191
*
3
fon Genie . Il eft dans une eftis.
me generale , & il vient à
bout de tout ce qu'il a entrepris
, il peut efperer d'eftre
mis au jour au nombre des
Hommes illuftres. Son Livredu
nouveau Sisteme de l'Univers
fe vend chez Jacques
Joffe Libraire & Imprimeur,
à la Colombe Royale, rue S.
Jaques prés Saint Ÿves.
Meffire Julien Simon Bro
deau , Lieutenant General de
Tours , cy devant Confeiller
au Parlement de Metz, fils de
feu M Brodeau Confeiller en
Ja Grand Chambre, dont je
3
192 MERCURE
viens de vous apprendre la
mort , épouſa le 24 du mois
paffé Damoiselle Marie Phi
lippe Rancher , Dame de
Montauger, Monceaux, & c.
fille de Meffire Jean Baptifte
de Rancher,Seigneur du mar
dreau , Pezé, & c. Cette famil
Je éft confiderable . M. de
Rancher pere de Madame
Brodeau avoit pour bifayeul
Julien de Rancher , qui fut e
Gouverneur de la Bastille , &
qui commanda l'Artillerie
pendant plus de trente ans
en qualité de Lieutenant General
pour les Provinces de
l'ife:
GALANT 193
rifle de France , Languedoc
& Bretagne. Ce Julien avoit
pour frere Antoine de Ran .
cher , Maitre des Requeftes ,
qui fe rendit recommandable
par plufieurs Negocia
tions importantes , & l'un &
l'autre rendirent des ſervices
confiderables à l'Etat , fous
les Regnes de Charles IX: &
de Henry III . comme il pa
roift par l'Eloge qu'en fait
Mezeray dans fon Hiftoire de
France. Ils deſcendoient de
René de Rancher tué au Sie .
ge de la Rochelle en is.
ayant un Commandement de
May 1702.
R
15 ..
194 MERCURE
diftinction , ainsi qu'on le peut
voir dans les Hiftoires de la
Popeliniere,de Thou, & d'Au .
bigné qui en font mention
comme d'un Gentilhomme
d'ancienne & noble extraction.
L'on peut voir encore
les Livres des Genealogies
des Maitres des Requeftes &
des Prefidens au Parlement
de Paris , pour voir un dérail
plus ample & plus precis de
cette Famille.
Vous fçavez , Madame
que les anciens Romains
aprés avoir triomphé de leurs
GALANT 195
' ennemis , venoient dans leurs
Mailons de campagne fe délaffer
de leurs glorieufes fati .
gues en cultivant leurs Jardins.
M'le Maréchal de Catinat
les a imitez dans cette
agréable occupation , & c'eſt¸
ce qui a donné lieu à ces Vers
qui ont efté extrémement approuvez
de tous ceux qui les
ont lûs. Ils font de M' de
Varenne , Frere du Pere Ber.
nard Theatin , connu par di..
vers ouvrages qu'il a donnez
au Public , avec beaucoup de
fuccés .
Rij
1,6 MERCURE
SUR LES PALIER
DE S. GRATIEN ,
PLANTE ET CULTIVE
PAR M LE MARE CHAL
DE CATINAT.
I DY L L E.
Eanes
JE
Eunes Plans croiſſez à loifir,
Fleuriez fous d'heureux aufpices ;
D'un Heros , infenfible à tout autre
plaifir ,
Vous devez eftre les delices .
Les foins où pour vos jours fa tendreffe
defcend ,
Attendent de vos dons le tribut inpocent
?
GALANT : 197
Croiffer fous un Ciebfalutaire';
Et que vostre fecondité
Lui rende , pour l'honneur qu'il a
daigné vous faire ,
L'hommage
qu'il a merité,
$
Voyez autour de vous ces Plaines
fortunées ,
De mille arbresfeconds en tout temps
couronnées ,
> Ces arbres fi chargez de fruits
Ne peuven toutefois qu'étaller leur
richelle :
Et la ruftique main , qui nous les a
produits ,
De leur vile origine annonce la baf
feffe.
D'autres bois, plus audacieux ,
Portant leur cime jufqu'aux cieux
Eteriles ornemens de quelque Foreft
Sombre,
.30
Riij.
798 MERCURE
Semblent s'évanouir dans leur pro- –
pre hauteur,
Un épais feuillage & de l'ombre ,
C'est tout ce qu'on attend de leurvainegrandeur.
Arbriffeaux , voftre fort eft plus digne
d'envie.
D'un plus noble Artifan vous recevezla
vie.
Sa main accoûtumée à cueillir des
lauriers ,
S'occupe de votre culture. i
Et changez tout à coup en riches efpa
liers ,
D'un lieu déja riant il vous rend la
parure .
L'Aurore , & le Midi , redoutez des
frimats,
Derabent votre enfance à leurs noirs
attentats.
GALANT
199
Ce Héros fi terrible à Staffarde , à
Marfaille ,
Qui ne craignit jamais le choc des
Bataillons ;
Fait voir , en vous couvrant d'une
utile muraille
Qu'il craint pour vous les Aqui--
Lons.
· Mais ce qu'on aura peine à croire,
Pour vous montrer son coeur , & combler
voftre gloire .
7
-Sans ceffe il s'entretient de vous :
des Couriers la lenteur
Et croit que
importune
Retarde le plaifirfi doux ,
D'apprendre promptement qu'elle ef
voftrefortune.
S'il combat vaillamment pour des
droits conteftez:
Oufilefort,jaloux defes profperitez
R iiij
200 MERCURE
A d'autres ennemis l'ofe livrer en
proye :
Dans fes momens heureux , dansfes
triftes momens ,
Vous eftes fon unique joye
Vous faites fes amuſemens .
&
Croiffez donc , jeunes Plans , & que
voftre abondance.
Acquite auprés de luy voftre recon--
noiffance .
Que dans vos tendres rejettons
Ilait d'un fruit naiffant les premices
flateufes.
Vos trefors aujourd'huy l'honneur de
ces cantons ,
Enrichiront bientoft fes tablesfomptueuses.
Entre les mets les plus exquis
De fa main liberale on les verra
Servis
GALANT. 201
Aces Amis de choix , quefon merite
touche.
Oui , de votre bonheur les Arbres
envieux ,
Verront vos fruits divins , refervez
pour la bouche
Des Cefars , & des demi- Dieux.
S
Que de motifs pour vous de croiftre,
Et de faire les vains , s'il vous fied
bien de l'eftre ,
-Eẞais d'un modefte Heros !
Taifez- vous ilfçaura , content de
Jon ouvrage ,
Le goûterà plaifir , le vanter à propos.
Alors dans ces beaux traits , où le
repas l'engage ,
Vos éloges mélez détournant le dif
cours ,
Enfufpendrontfouvent le cours.
202 MERCURE
Que les Bois les plusfiers abaiffent
donc leurs teftes ,
Et confeffent icy , devenus moins altiers
Que parmi leurs pareils vous
eftes ,
Ce que vostre Heros eft parmi les
Guerriers.
Je vous envoye un Air
nouveau de la compofition
de M' Guilain , fameux Or
ganifte.
NAIR NOUVEAU.
C'Eſt à toy divin Baccus.
107
Que nous devons noftre gloire.
GALANT 203
Quand on eft plein de ton Fus,
On eftfeur de la Victoire.
Avant que de vous entretenir
de ce qui s'eſt paſſé en
Italie pendant ce mois , dont
ne vous parleray que vers la
fin de ma Lettre , je croy vous
devoir envoyer l'ordre de Ba
taille de M' le Duc de Ven
dofme , afin que vous voyiez
le nombre de Troupes avec
lequel ce Prince a commen
cé à marcher. Ces Troupes
doivent eſtre groffies par les
Garnifons de plufieurs Places
felon le befoin qu'il en aura
204 MERCURE
les noms des Brigadiers font
au deffus des Troupes qui
compofent chaque Brigade.
Il fe peut trouver quelques
noms pour d'autres ; d'autres
peuvent avoir efté mal écrits ,
& quelques Officiers Generaux
peuvent n'eftre pas placez
en leur rang , mais je
vous puis affurer qu'il y a peu
de ces fautes , & quand mêmeil
y en auroit davantage ,
ce n'eſt pas une choſe confiderable
parmi un fi grand
nombre de noms & de troupes
. Tous les ordres de Baraille
qui ont couru , ne fe
a
GALANT 205
font pas trouvez femblables ,
les uns ayant quelques Efca .
drons & Bataillons de plus ,
& les autres de moins ; mais
tout cela va à peu de chofe ..
ORDRE DE BATAILLE
DE L'ARME'E D'ITALIE .
M'le Duc de Vendofme , General.
Lieutenans Generaux de la
premiere Ligne.
M' le Marquis de Crequi .
M' le Comte de Médavy .
M'de Saint Fremont .
M' de Pracontal
2c6 MERCURE
M ' le Comte de Revel.
Maréchauxde Camp .
Mr le Marquis de Mongon .
Mr d'Aubeterre.
Mr de Langallerie.
Mr le Duc de Villeroy.
Mr de Gavois .
Mr le Comte de Rouffi.
Mr de
Vilpion.
PREMIERE LIGNE .
Brigadier.
'M' M. de Ganges .
Efcadrons.
Dragons d'Espagne , 3
Dragons de Senecterre.3
GALANT
207
Brigadier.
Mr de Vallemé.
Gendarmerie.
Brigadier,
8 ) 8
Mr le M. de
Montperoux.
Royal Rouffillon ,
Montperoux ,
Bourbon ,
Commiflaire general , 3
Brigadier.
10
Mr le Chevalier de Luxembourg.
Bataillons.
Piémont , 3
Barouk ,
La Marine ,
Galmoy ,
1
3
} }\
208 MERCURE
Brigadier.
Mr le Comte de Vaudray.
Sault ,
Flandres ,
Brigadier.
Mr de S. Pater .
Anjou ,
Cambrefis ,
Bourk ,
Brigadier.
2
1 }-3
2
3
Mr le Comte de Cezane.
Albermale ,
Perigord ,
Bretagne ,
Brigadier.
Mr du Gua.
}}
3
GALANT 209
Daillon ,
Foreft ;
Grancey ,
I
1
Brigadier.
Mrle Chevalier de Carcado.
Breffe ,
Lionncis ,
Brigadier.
Mr le Chevalier de
Chavigny.
Quercy ,,
Auvergne ,
Brigadier.
Mr de Berule.
Beaujoulois ;
Normandie , 3
May 1702:
S
3
4
210 MERCURE
ESCADRONS.
Brigadier.
Mr de Villiers.
Cuiraffiers ,
Villiers ,
Villeroy ,
Brigadier
2
2}}
Mr le Comte d'Imecourt.
Carabiniers ,
Brigadier.
Mr d'Efclainvillers ,
Efclainvillers,
Narbonne ,
Colonel general ,
Brigadier.
Mr de Wartigny.
3
4) 4
2 &
· GALANT 211
Dragons de Verac
Dragons Dauphins ,
3
6
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Mr de Bézons ,
Mr
Albergotti
Mrle Comte de Vaubecourt.
Mr le Marquis de Praflin .
Mr le Marquis de Barbefie-
'; res.
Maréchaux de Camp.
Mr le Marquis de Flamanvil
ville.
Mrle M. de Bill.
Mr le C. de Múrlay.
Sij
2/2 MERCURE
"
Mr de Chemeraut .
Mr d'Asfeld..
Mrle C. d'Eftain .
SECONDE LIGNE.
Brigadier.
Mr le Comte de Goas .
ESCADRONS.
3 Dragons d'Eftrade
Dragons de Lautrec , 3 S
Brigadier.
Mr Dourches.
Dauphin Cavalerie ,
6
Melungeo
Ourches ,
Montauban ,
2
2
Brigadiers
Mr le M. de Choifeüil
GALANT 213
Des Clos ,
Wiltz ,
La Reine ,
E
2
:}
7
BATAILLONS
.
Brigadier
Mr le Marquis de Lignerac.
Perche ,
Bigorre ,
2
Salre ,
Crouy ,
Brigadier,
4
Mrle Marquis de Guerchy.
La Fere ;
Albigeois ,
Ponthieu ,
Thierarche
,
214 MERCURE
Brigadier.
Mr d'Imecourt.
Royal la Marine.
Baffigny,
Cotentin ,
Brigadier.
Mr le Marquis de Vergetot.
Vauges ,
Royal Comtois ,
Angoulmois ,
Maulevrier ,
Brigadier.
Mr
Dorgemont.
Soiffonnois ,
Tournefis ,
Miromefnil ,
Vendofme ,
1
!}
}
4
I
GALANT. 215.
ESCADRONS.
Brigadier.
Mr le Chevalier de Sully.
Sully ,
Sibourg ,
Mauroy ,
Uſez ,
Brigadier.
Mr. de Vandeüil .
Biffi
Broglio ,
Vandeüil ,
Anjou ,
?
25
2
2
Brigadier.
Mr le Comte de Fimarcon..
Dragons de Fimarcon , 3
Dragons du Heron , 35
6
216 MERCURE
CORPS DE RESERVE.
Mr le Duc de la Feüillade .
BATAILLONS.
&
Mrle Comte de Dreux .
Bourgogne ,
3
Medoc ,
ESCADRONS.
Mr de Ruffé.
Raffé ,
Simiane ,
Roffe,
2
Dragons de Languedoc, 3 S
Artillerie
de France.
Royal Artillerie , 1 , Bataillon .
Artillerie d'Efpagne. 1. Bataill.
Total de l'Infanterie
t 60. Bataillons:
Total
GALANT 217
Total de la Cavalerie ,
101. Efcadrons
.
Outre ces Troupes , Mr le
Comte de Teffè a dans Mán .
toüe , dix fept Bataillons &
douze Escadrons.
Ce qui fuit vous apprendra
en quoy confiftent les Troupes
de l'Empereur .
ETAT DES TROUPES
Imperiales en Italie ,
Infanterie Imperiale.
Bataillons.
Migielly ,
4
Thau Naſſau ,
May 1702.
T
218 MERCURE
$
Vieux Staremberg ,
4
Man ,
Pagny,
4
Guy Staremberg , 4.
Dermerſtein .
Goutenetrein ,
Lorraine ,
Longueval ,
4
Luhkenſtein ,
CAVALERIE
.
Eferadrons.
Commercy ,
6
Vilcony,
Vaudemont,
Lorraine ,
Corbelly ,
Neubourg,
6
6
6
·6
GALANT 219
Darmeftat ,
6
Dragons de l'Empereur .....
De Briftetein , 6
Serigny , 61
Savoye ,
6
Vaubonne , 6
Houffars.
Evergeny ,
800 : hommes ,
qu'on peut compter pour
fix.
Paul Diak.
Total de la Cavalerie ,
85 Efcadrons!
Les Regimens de Cavalerie
d'Herbeville & de Cronfeld , -
chacun de fix Efcadrons , doi
vent eftre prefentement arri
vet . Tij
220 MERCURE
* Ce qui fuit vous appren .
dra en quoy confiftent les
Troupes dont le Roy de Dannemarck
s'eft accommodé
avec l'Empereur.
ETAT DES TROUPES
Danoifes , en Italie .
Infanterie Danoife.
Bataillons,
La Reine ,
1
Prince Charles ,
Prince Georges ,
Prince Chrithan ,
Sutzland ,
I
Zeland ,
GALANT 2272
:
Total des Bataillons qui
doivent compofer l'Armée
Imperiale ,
54
Les Regimens de Kuent &
Solary ont eu ordre de mar
cher .
Dragons Danois ,
Kottenstein ,
Jouen ,
2
Je croy devoir joindre l'Etat
fuivant aux precedens.
ETAT DES TROUPES
que la Republique de Ve
nife a fur pied."
Infanterie.
Quatre vieux Regimens de
Tiij
222 MERCURE
4000
mille hommes chacun , s'ils
eftoient complets ,
Quatre nouveaux Regimens
fur le même pied , 4000
Dix mille Eſclavoms , 10000 .
Cinquante Compagnies de
cent hommes chacune sooo
Surquoy il s'en manque
quatre cens hommes que les
Troupes ne foient complet
tes , 400
Quatre mille Vieillards ou
Enfans incapables de fervir
, 4000 .
Le Senat, a outre cela les
Cernides qui eft uue efpece
de Milice dont il fait monter
GALANT. 223
·
le nombre fort haut . Cependant
il ne s'en leva l'année
derniere que sooo , dont on a
déja efté obligé de renvoyer
les trois quarts chez eux , parce
qu'ils mouroient de langueur.
Cavalerics
Dix huit Compagnies de
Cuiraffiers fans Cuiraffe , de
so, hommes chacune , 900
Dix - huit d'Esclavons ou
Caplets ,
Six de Dragons ,
900
900
Total de la Cavalerie , dont
. ilyen aun quart de Valets &
de Paffe volans, 2700.
Tiiij
224 MERCURE
1
Je vous envoye le Tefta .
ment de Guillaume III. Roy
de la grande Bretagne en artendant
que je vous parle des
effets que ce Teftament aura
produits.
YUR
TESTAMENT
fait & figné par S. M.
GUILLAUME III.
ROY DE LA G. BRETAGNE ,
Prince d'Orange , & c .
Le 18. Oftobre 1696.
Au nom du Seigneur , Amen.
N
OUS Guillaume par
la Grace de DieuRoy de
GALANT: 225
la Grande Bretagne , Prince
d'Orange & c.
Confiderant l'infirmité & la
mortalité de l'homme , la certitu
de de la mort , & l'incertitude
du temps de l'heure d'icelle , ég
avons trouvé à propos , & réfo
lu , avant que fortir de ce Val
Terreftre , de noftre volonte
dafir , de difpofer des biens.tem
porels qu'il a plu à Dieu de nous
donner , sant feodeaux , qu'allo
diaux , en vertu de l'Octroy de
Meffieurs les Etats de Hollande
de Weftfrife , en datte du 15.
Juin 1673. recommandant premie.
rement noftre ame immortelle en226
MERCURE
tre les mains mifericordienfes del
Dieu , & de noftre Sauveur Fe
fus Chrift & noftre corps mortelà
la terre?
Revoquant , caßint , &an.:
mulant par les prefentes tous Tef
tamens, Codicilles ou autres difpofitions
que nous aurions pújamais ›
avoirfaits ou paffez , ne voulant
pas qu'iceux & aucun d'eux
fois fuivy ou execute en aucun
point ; & ainfi difpofant de noueau
, nous déclarons avoir nom ··
inftitué mé comme nous nom·
mons & inftituons par ces prefentes
noftre heritier unique
GALANT. 227
univerfel dans tous nos biens tant
fordeaux qu'allodiaux , que nous
aurons délaißez en mourant ,
noftre Coufin , le Prince Frifon
de Naßau , Fils aifné du Prince
Cafimir de Naffau , à présent
Stadthouder de Frife , refervant
de luy inftituer sels Tuteurs ,
que nous difpoferons cy aprés.
De plus nous déclarons de nous
referver la puiffance de pouvoir
fous noftre main & fignature pri
vée faire tels legs particuliers ,
telles difpofitions , que nous pour
rons cy aprés, trouver à propos ,
woulans & défirant que quoy
228 MERCURE
›
qu'ils foient écrits par nous few ?
lement & fignez de nous ou écrits
par un autre &fignez de nous
ils foient de mefme force & va.
leur , que s'ils eftoientfpecialement
infpirez exprimez dans ce
noftre Teftament. Nous décla
rons tout ce que deffus eftre noftre
Teftament & derniere volonté ,
defirant qu'ilait forte fonplein
effer ,foir comme Testament , co
dieile , donnation à cause de mort ,
ou de quelque maniere qu'il poura
le mieux avoir ou fortirfon effet,
nonobftant aucuns deffauts ou negligence
qui pouroient y avoir efté
commifes , aufquels nous prions.
1.
GALANT 229
que l'onfupplée en la meilleure ma
niere quefe pourra
Nommant & inftituant pour
Executeurs de ce Testament &
derniere volonté les Etats Genevaux
des Provinces Unies , les
Y
fupliant qu'il leur plaiſe de l'accepter
, & de faire executer ce
noftre Teftament ou derniere vo-
Lonté En foi dequoy nous avons
fait écrire les prefentes , & les
avons fignées de noftre main &
fignature , & fcelées de noftre cachet
. A la Haye le 19. Octòbre
1695. Etout figne ,
GUILLAUME , Roy.
Le Caches de Sa Majesté
30 MERCURE
estant imprimé , à costé en Cire
noire.
La Sufcription eftoit ainſi
Aujourd hay 19. Octobie
1695. Pardevant moy , Adrian
Vanstervelt , Notaire public
admis par la Cour de Hollande
& réſidant à la Haye , en préfence
des Témoins fous nommez ,
Comparut Guillamme II 1. par
la Grace de Dieu , Roy de la
Grande Bretagne , Prince d'O
range & c. de moy , Notaire
connu , fain & difpós de corps
lequel exhiba à moy , Notaire
ce préfent Papier Cacheté en
quatre endroits du Cacher deSa
GALANT
31
&
'Majesté , coufu de foye noire ,
dedans estoit contenu le
dit
que
Teftament
derniere
volonté
de
Sa
Majesté
, &
que
Sa
Ma
.
jefté
défiroit
qu'il
fortist
ainfi
ſon
effer
, quand
même
toutes
les
folemnitez
requifes
, pourroient
n'y
eftre
pas
obfervez
.
ist
Cefut fait & paffe àla Haye
en préfence des Sicurs Guillaume ,
Comte de Portland , Guil
laume de Schuylenbourg,Témoins
à ce requis , lefquels avec Sa
Majefe moy Notaire , ont
figné ces Prefentes , jour & an
#
comme deffus eftoir figné
GUILLAUME , ROY,
232 MERCURE
1.
PORTLAND , GUILLAUME V.
SCHUYLEMBOURG
& plus
has en préfence de moy . ADRIEN
VANSTERVELT , Notaire,
S'accorde avec fon principal.
Signé , P. Van Assendelft .
Le 30. Mars dernier мr le
Comte de Simiani fut baptifé
à Paris . C'est un jeune Turc
du Royaume de Boſnie , qui
deſcend des anciens Comtes
de Simiani autrefois Chré .
tiens ; mais la Providence
ayant permis que ce pays foit
tombé fous la tyrannie des
GALANT 233
Turcs , les ancestres de ce
nouveau Chrétien fuivirent
le torrent , & preferant leur
fortune temporelle à celle de
·Teur falut , renoncerent à la
Foy , & attirerent par leur
exemple une infinité de perfonnes
au Mahometifme.Eux
& leurs defcendans ont juf
qu'à prefent esté honorez des
premieres Charges & Dignitez
du Royaume , & l'oncle
de M' de Simiani eft actuelle.
lement Bacha ou Viceroy de
Bofnie Ce jeune homme qui
neft âgé de vingt un ou vinge
deux ans , ayant oüy dire par
May 17020
V
#34 MERCURE
hazard que les ancestres
avoient efté Chrétiens , con.
çur le defir de fçavoir en quoi
confiftoit cetteReligion dont
à peine connoifloit il le nom.
Il en vint à bout par le moyen .
de quelques gens du Pays qui
connoiffoient les Miniflion .
naires . Quoi qu'il ne la con-
Duft que tres imparfaitement,
il en fut d'abord charmé , il la
trouva plus conforme à la
taifon que toutes les autres.
Il comprit qu'elle n'avoit rien
que de grand , de relevé & de
faint .Enfin il en conçut une fi
haute idée , qu'il fut perfuadé
GALANT 235
qu'une Religion fi lainte ne
pouvoit eftre l'ouvrage des
hommes , mais uniquement
de l'Auteur de toute Sainteté.
Il n'en demeura pas là.
De l'eftime il paffa bientoft
au defir de l'embraffer , il recela
de renoncer à folut
pour
tous les biens & à fes hautes
efperances , & perdre la vie
s'il le falloit , pour executer
un deffein que Dieu feul luy
avoit infpiré. Il comprit bien
qu'il falloit pour cela quitter
fon pays, & le mettre dans un
état bien rude à une perfonne
accoutumée comme luy à
Vij
236 MERCURE
&
eftre le Maiftre partout . Rien
ne fut capable de l'ébranler .
Il eftoit difficile de paffer en
Europe, fans queles Turcs &
le Bacha fon oncle le fceuffent.
Il ne l'euft peut- eftre
pû faire, fi fon confident, Armenien
de nation par le confeil
de quelque Miffronnaire
de la Compagnie de Jefus,
ne luy euft confeillé de com
muniquer fon deffein à m'de
Feriol , Ambaffadeur du Roy
à la Porte du Grand Seigneur.
Il le fit , & luy demanda fon
avis . M' l'Ambaffadeur admira
la puiffance de Dieu , qui
GALANT 237
peut quand il luy plaift, des
pierres mêmes en faire des
enfans d'Abraham , & aprés
luy avoir donné toutes les
marques imaginables de bon
té , il chargea Mr Blondel fon
Secretaire qu'il envoyoit en
France , d'y mener le jeune
Bacha , & de le mettre entre
les mains de M' de Pontchatrain.
Ce Miniftre toûjours
rempli de zele pour l'avance .
ment de la Religion & pour
la gloire du Roy , le vit avec
plaifir , & le preſenta à Sa
Majefté qui ea eut un tresgrand
de le voir dans les fen238
MERCURE
2.
timens où il eftoit . Elle le re
ceus avec une bonté tresgrande
, & luy fit l'honneur
de luy dire , qu'il devoit bien
remercier Dieu de la grace
qu'il luy faifoit de luy faire
connoiftre la verité , & de le
tirer du Mahometilme pour
embraffer la Religion Catholique
. Sa Majesté voulut enfuite
qu'il allaft au College
des Jeluites pour y eftre inf.
truit par eux de tout ce qui
regarde la Religion . Ces Peres
ont eu le plaifir de voir
ce jeune Turc recevoir leurs
Inftructions avec une dociGALANT.
239
..
lité charmante, & en profiter
fi bien qu'en peu de temps il
fut capable de recevoir le
Baptême . Son Eminence M²
le Cardinal de Noailles , Ar .
chevefque de Paris , voulut
luy même prendre la peine
de l'interroger , & en fut fi
content qu'il crut qu'on pou
voit luy conferer ce Sacrement.
Il en eut fait luy- mê
me la Ceremonie , files grandes
affaires luy en euffent
laiffe le temps . Il nomma M'
Pirot,fon grand Vicaire, pour
le faire en fa place . Sa Majef
sé voulut bien luy faire l'hon240
MERCURE
Le
neur d'eftre fon Parrain . Ma..
dame la Ducheffe de Bourgogne
fur la Marraine .
Roy nomma Mr le Marquis
de Dangeau pour tenir fa
place , & Madame de Dangeau
pour tenir celle de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
. La Ceremonie fe fir,
non pas dans la Cathedrale ä
caufe des Proceffions & des
Stations du Jubilé, mais dans
la Chapelle de m' l'Archevê .
que , où il y eut quantité dè
gens choifis .Tout le monde y
fat touché de la modeftie & de
la devotion du Catecumene;
&
+
GALANT 2441
I
& du beau Difcours que prononça
м' Pirot . La Ceremonie
eftant faite felon ce qu'il
fe pratique en femblables
Occafions, м ' Pirot le mena
au grand Autel de la Cathedrale
, & delà à celuy de la
Vierge, où il y avoit une gran
de affluence de peuple qui
cftoit accouru dans l'efperance
de voir la Ceremonie
.
Il y parut avec la Robbe
blanche pardeffus les habits
de Turc , avec une modeftie
qui fit répandre des larmes
de devotion à une infinité de
gens . Il eftoit fuivi d'un grand
May 1702.
•
X
242 MERCURE
"
nombre de Jefuites & des
plus diftinguez de leurs Penfionnaires
, fur tout des jeunes
Armeniens que le Roy a
mis & entretient dans le Col.
lege de ces Peres . Leurs habits
les faifoient remarquer.
Sa Majesté a ordonné que m'
le Comte de Simiani a qui
élle a donné mille livres de
penfion , & une Lieutenance
dans fon Regiment , allaft
paſſer trois mois à l'Academie,
aprés quoy il retournera
au College de Louis le Grand
où il a déja fait la premiere
Communion pour ſe preparer
GALANT. 243
à recevoir le Sacrement de la
Confirmation . Sa Majesté
charmée de la converfion fincere
de ce jeune Comte, luy a
promis une Croix de Saint
Lazare .
Meffire Jean de Turmenyes ,
de Nointel , Baron de Bo .
ves , Seigneur de Nointel ,
Profles , Mours , Nerville ,
Courcelles, Nantouillet, l'Iflo
Montigny , Maistre des Requestes
, & cy devant Inten ..
dant en Bourbonnois , fut
reçu le 3 .
de Mars à la Chambre
des Comptes , en la Charge
de Confeiller d'Etat ,
x ij
1 244 MERCURE
-
Garde du Trefor Royal de
feu M ' de Turmenyes fon
pere , dont je vous appris la
mort le mois paffé. Mr de
Nointel eft apliqué , habile ,
gracieux & tres effentiel . Il
a beaucoup de penetration
& de folidité. On ne peut
mieux remplir les fonctions
d'Intendant qu'il l'a fait pen .
danc prés de trois années , &
il y a fait executer les Ordres
du Roy d'une maniere également
avantageufe à Sa
Majefté & agréable aux
Peuples de fon département.
Il n'y en a point qui ne
GALANT. 245
l'ayent regreté , auffi y fervoit
-il avec beaucoup de
Nobleffe , Moulins et un
fort grand paffage fur tout
en ce temps cy , & Bourbon
n'en eftant pas éloigne , il
y avoit toujours un grand
nombre de perfonnes de dif
tinction qui estoient témoins
de la maniere honorable avec
laquelle M de Nointel vi
voit. Le Roy deffunt d'An
gleterre , & la Reine fon
époule en forent tres - con ·
tens l'année derniere , & ne
purent s'empêcher d'en marquer
au Roy leur fatisfaction ,
"
X iij .
246 MERCURE
autli a t il reçu des compli
mens de condoleance fur la
mort de Mr fon pere de la part
de Leurs Majeftez Britanniques
, qui envoyerent pour
cela Mrs Ployden & Striklan
de , & il y a peu de Prince & de
Grands Seigneurs qui n'en
ayent ufé de même à fon
égard .
Vous ne ferez pas fachée
de lire la piece qui fuit. Elle
eft d'un caractere à ne vous
déplaira pas .
GALANT 247
PLAINTE
DE LA FRANCE .
AUX FEMMES
DE CE SIECLE.
D
Ans un Temple confa ...
cré à la Paix , au milieu
d'un boccage , dont le filence
n'eft jamais troublé , que par
le bruit des Zephirs , ou par
le doux ramage des oifeaux ,
la France fit un Diſcours au
fujet des femmes de ce fiecle ,
en prefence d'une Compa
248 MERCURE
gnie compofée d'une troupe
de Décffes , & des plus rares
Beautez de la Cour de Louis.
LE GRAND . La fage Mi.
nerve tenoit parmi ces Dames
une des premieres places.
Aftrée dans le fimple appareil
où elle fe fait voir aux hommes,
venoit d'abord aprés elle
La Victoire & la Renommée ,
parées avec autant de foinque
pour le jour de leur
Triomphe , occupoient enfuire
les fieges éclatans qui leur
choient preparez . Plufieurs .
autres Divinitez eftoient
ainfi placées , felon leur rang,
GALANT. 249
& felon la dignité de leurs
fonctions. D'un autre cofté
la Paix qu'on avoit veuë def
cendre du Ciel , fur un char
couvert de deüil eftoit nonchalamment
aflife. Une trif
teffe majeftucule eftoit im.
primée fur fon viſage , & répandue
fur fes ajuſtemens.
Elle n'eftoit plus couronnée ,
ny des rofes , ny des feuilles
d'olivier , comme dans le
temps de fon regne. Cependant
à la vue de cette nombreuſe
Affemblée qui dans
cette ceremonie n'avoit choiffon
Temple , que pour la
250 MERCURE
venir conſoler de ſon exil' ,
elle reprenoit de temps en
temps un certain air de feverité
, qui temperoit au dehors
le reffentiment qu'elle nour
riffois dans fon coeur.
On voyoit à la droite ,
une fuite de ces Divinitez
bien faifantes , qui font fes
Compagnes inféparables . La
tranquille Felicité s'y faifoit
aifément remarquer à fon air
noble & modefte . L'abondance
, la Liberté , & la Fortune
, y tenoient auffi des plai
ces fort diftinguées . Le refte
enfin de cet auguſte cercle
GALANT 25-1
2་
eftoit formé par ce qu'il y a
de plus poli & de plus galant ,
parmi le beau Sexe de la premiere
Cour du monde , com.
me j'ay déja dit. La France
parla à ces Dames , & fe fervit
de ces termes.
Je ne viens pas dans ce
Temple , ô Déeffe , Fille du
Ciel , dit elle , en s'adreſſant à
Ja Paix, pour exciter mal à
propos , ny redoublǝr ſes ennuis
que mes nouvelles guerres
vous ont déja cauſez.
Vous pouvez juger au contraire
par mes foins & par
mes efforts , du defir fincere
242- MERCURE
que j'ay de vous revoir dans
mes Etats. J'ofe même direque
le fujet qui nous raſſem.
ble icy eft une preuve éviden
te , de la pureté de mes intentions
; puifque je ne viens
que pour vous annoncer , &'
pour vous convaincre que je
voudrois avoir dans mes Vil
les , ou dans mes Provinces ,
autant de Femmes genereu .
fes , que je trouve par tout
d'hommes prefts à porter de
l'un à l'autre bout du monde
la gloire & la terreur de mes
armes , pour vous faire regner
éternellement avec moy.
GALANT 25.3
Voyez , aimable Déeffe ,
l'étenduë de mes fouhaits , &
l'excés de mon amour , Je ne
doute pas que vous n'en foyez
d'abord furprife , & que
mon fexe n'en foit allarmé ;
mais le Heros , que le Ciel
m'a donné , & qui ne travail.
qu'à vous maintenir , en vous
facrifiant mefme les plus
beaux lauriers , demande de
vous & de moy les juftes
plaintes que je fais en ce
jour.
Je vous en fais les Arbîtres
, ô Puiflantes Divinitez ,
qui m'honorez d'une atten
254 MERCURE
tion fi favorable. Au milieu
des prodiges étonnans qui
ont paru durant le regne de ce
Heros ; parmi ces hommes
extraordinaires , & ces Femmes
illuftres , qu'on n'a vû
naiftre , pour ainfi dire , que
pour l'embeliffement de fon
fiecle , ne devois je pas croi
re que le Ciel pourroit fufci .
ter en fa faveur , des Femmes
Heroïques , qui euffent de la
fermeté & du courage au delà
de toutes celles de leur fexe,
pour élever ma Nation au
dernier comble de la gloire ?
J'avois lieu fans doute de l'el-
·
GALANT. 255
perer , & tout fembloit me
le promettre . Déja les beaux
Arts & les Sciences les plus
épineuſes , cultivées par les
Dames , deja le prix qu'elle
ont remporté , dans mes
plus floriffantes Academies ,
tous ces nouveaux miracles ,
eftoit pour moy d'heureux
préfages , & je pouvois me
perfuader que mon attente
ne feroit pas inutile , mais
les Dieux m'ont refufé cette
joye. Je n'ay fait au Ciel
que des prieres perduës ; &
sil a fouvent permis que le
beau fexe triomphalt de l'ef
256 MERCURE
prit comme il triomphe des
coeurs des hommes , helas !
je n'ay jamais eu le plaifir
de voir , qu'il imitaſt la va .
leur & l'intrepidité de mes
Heros. Aufli avois je moins
fondé mes efperances fur l'i .
dée de ce premier bonheur
que fur l'exemple des fiecles
paffez .Une Femme guerriere
ne me fembloit pas fi difficile
àtrouver , lorfque j'en voyois
quelqu'une prefque dans
tous les temps. Combien de
fois me fuis je reprefenté
cette fameuſe Souveraine.
qui parut la premiere à la
-
GALANT.
• 257
tefte des Armées ? Qu'il m'étoit
doux de la confiderer ,
le fer à la main dans une
Bataille , difpofant de tout
avec prudence , faiſant front
de toutes parts , & rempor.
tant une victoire qui fut d'aurant
plus belle que le General
des Ennemis fur glorieufement
mis à mort par les
mains d'une autre Femme.
Mais quelle foule de Reines ,
de Veuves , & de jeunes Filles
, fe prefente tout à coup
à mon fouvenir , lefquelles
ont donné des preuves de
leur courage par des actions
May 1702 .
Y
258 MERCURE
qui auroient fait honneur aux
plus vaillans hommes ? Paflons
toutefois fous filence
l'exemple de ces Femmes que
l'Inde a vues autrefois com .
batre , pour la conſervation
de fes interefts , & de fa liberté.
Difpenfez moy de vous
parler auffi de ces illuftres
Romaines , qui ont merité
des Couronnes dignes des
Cefars , & des Auguftes. Are
reftons nous , fi vous voulez ,
fur ces rivages heureux , où
cette nation choiſie d'Amazones
regne depuis fi longtemps
; & dont la valeur fut
GALANT 259
toûjours regardée par les pre.
miers Conquerans du monde
, avec relpect & avec éton
nement. Je devrois icy vous
retracer leur hiſtoire , & vous
faire la peinture de leur gou.
vernement , & de leurs moeurs ,
mais il faudroit pour cela , à
la honte du fexe François
vous entretenir de leur édu .
cation , de leur fagefle , & fur
tout de leur in difference pour
le plaifir & pour l'amour
tentation commune , attraits
également invincibles pour.
le refte de toutes les Fem
mes.
Y ij
260 MERCURE
Mais pourquoy remonter
fi haut : Les Femmes ne peuvent
elles avoir du courage
que fous un Ciel étranger, &
en des Climats barbares ?
N'aton pas vû des jeunes
Heroïnes dans le fein même
de mes Etats , fe preſenter à
mes ennemis, repouffer leurs
affauts , & triompher de leur
refiftance ? Je n'aurois jamais
fair, ô Saintes Divinitez, ſi je
voulois étaler tous les exemples
que je pourrois raporter
à ce propos. Mais n'en dou
tons point. La Valeur, cette
vertu magnanime, que le Ciel
GALANT 261
n'a , ce femble accordé, qu'aux
hommes , feroit propre aux
Femmes de nos jours ,fi cette
molleffe, & cette timidité af
fectée qu'elles font paroître
ne les rendoient auffi foibles
qu'elles veulent qu'on les
croye, ou qu'elles le font en
effet . De là vient , qu'elles fe
bornent à de plus douce's conqueftes
, qu'à celles des Villes
& des guains des Batailles . La
victoire d'un coeur qu'elles
ont affujetti , ou par le pou
voir des yeux, ou par le charme
de la parole , et le feul
triomphe où elles afpirent ;
262 MERCURE
ou pour mieux dire , elles n'ai
ment prefque toujours qu'à
briguer le fer d'un Vainqueur ,
& à voir leur propre défaite.
C'est à vous , ô juftes Dieux,
à me vanger. Serez vous toûjours
lourds à mes plaintes ?
Que Mars & Bellone travaillent
fans ceffe à nous former
des Heroines , comme Apollon
& Minerve ont déja fçu
nous donner des Mufes ! Que
l'un & l'autre fexe contribuë
maintenant à ma felicité à
la gloire de mon Héros.
A peine la France acheve
ces dernieres paroles , d'un
•
GALANT 263
ton plein de confiance qu'un
bruit harmonieux & raviffant
Le fait entendre de tous cô.
tez. Les voûtes du Temple,.
& les Echos du bois en retentiffent.
Une lumiere vive
& brillante fe répand tour à
coup,& les Divinitez enchantées
ne fe reffouviennent
plus des plaintes de la France;
les portes du Temple s'ouvrent
d'elles mêmes. Venus
enfin paroift , on la reçoit
d'abord , on la careffe , & on
l'écoute. Elle parle avec eloge
du Zele toujours nouveau
que la France témoignoit
264 MERCURE
pour fon Invincible Mo..
narque , & femble juftifier
l'ambitieux
projet qu'elle
venoit de former ; mais
elle prend auffi à fon tourle
parti des Dames , & parle
éloquemment
en leur
faveur. Elle fe plaint qu'un
tres grand nombre des Fem.
mes confiderables
dans le
monde par leur naiffance &
par leur efprit ; avoit abandonné
le culte de fes Autels ,
pour aller offrir leur encens
uniquement
à ce grand Roy ;
que leurs voix ne chantoient
plus que fes louanges & celles
GALANT 265
Jes du jeune Heros de fon
Sang; que leurs mains ne fça.
voient plus tracer que l'Image
de fes Triomphes , & que
les Villes & les Provinces fe.
roient entierement dépoüillées
de leurs plus beaux agrémens
, fi les Femmes qui leroient
d'ailleurs d'inutiles fardeaux
dans les Armées , devoient
fuivre la deftinée des
Hommes. Si la chofe arrivoit
, je jure par le nom de
mon Fils , s'écrie-t- elle en fi .
niffant , j'en jure par les Armes
victorieufes de vanger
bientoft la querelle des Da
May 1702.
Ꮓ
266 MERCURE
mes , & de femer par tout le
trouble , l'horreur & la confufion
. La caufe des Dames fut
ainfi ſoutenue avec tant de
grace , & avec tant de vivaci .
té , que cette Troupe de
Deeffes , donna fans une plus
longue deliberation , dans les
nouveaux fentimens de Ve.
nus ; & ce jour folennel alloit
finir par une agréable Fête, fi
Ton cut permis l'entrée du
Temple aux Graces ,
•
Faux
Plaiſirs , & aux Amours ; mais
tel fut l'ordre des Dieux ;
quoique la Déeffe fuft partie
de Cythere eftant accompaGALANT
267
gnée de cette Cour , & que
Ton Char attelé de Colombes,
fuft conduit ce jour là par
fon Adonis ; elle avoit expreffement
ordonné à la jeu .
ne & charmante Hebé de ne
laiffer pas avancer vers le
Temple , ni les Ris , ni les
Jeux, ni les Amours.
tendres Concerts éftoient
hors de faifon , en des lieux
où l'on ne parloit que de la
Guerre , & leurs Divertiffe.
mens auroient fans doute dé.
plu aux yeux de la Paix exilée
, & aux yeux même de la
France , dans un temps où
Leurs
Z ij
268 MERCURÈ
cette aimable Divinité neregnoit
plus avec elle.
Le Mardy 25. du mois paffé
l'Academie des Infcriptions ,
& des Médailles , recommen .
ça les Seances d'aprés Pâques
par une Affemblée publique
dont M' l'Abbé de Tilladct
fit louverure par un Diſcours
rempli d'éloquence . Il fit
voir que quoy que cette Aca
demie ait pour objet prin .
cipal l'Hiltoire des Rois de
France , à commencer en
retrogradant par le Regne
du Fou Roy XIII . & qu'elle
doive s'appliquer à la recher.
1
GALANT. 269
che des Infcriptions & des
Monumens publics , elle ne
Jaiffe pas d'embraffer les bel...
les Lettres & toute forte d'érudition
& de litterature , ce
qu'il fit connoiftre en parlans
des differens ouvrages , que
chaque particulier avoit entrepris
felon fon genie , fans
que la Compagnie y doive
avoir d'autre part que d'en
dire fon avis quand ils feront
achevez. Les matieres fur
leſquelles doivent rouler ces
Ouvrages donnerent
grandes idées des excellens
Ouvriers qui ont entrepris
de
Z iij
270 MERCURE
de les mettre en ceuure , &
les Auditeurs en parurent fort:
contens .
Enfuite M l'Abbé Boutard
, fi celebre par les belles
Odes Latines qu'il donne au
Public de temps en temps .
en lut deux nouvelles qui le
firent trouver digne de la ré-.
putation qu'il s'eft acquife
L'une eftoit fur le départ de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
L'autre s'adreffoit au
jeune Roy d'Agleterre Jac-
III . pour l'exhorter à demeu
rer ferme dans la Religion Ca.
tholique , fur l'ézemple du
GALANT. 271
Feu Roy fon Pere , & a profiter
des fages & picules inf
tructions de la Reine fa me:
re.
La lecture de ces deux
Odes fut fuivie de celle d'un
tres beau & tres- curieux Trai,
té du Pere Mabillon , Bene
dicin fi connu dans toute
l'Europe par un grand nom
bre de Scavans Ouvrages
qu'il nous a donnez.Ce Traité.
faifoit connoître quels ont été™
Jes tombeaux de nos premiers
Rois.Comme de Pharamond,
de Chilperic I. de Chilperic II,
de Carloman , de Childe:
›
Z.iiij
27½ MERCURE
ric & autres , & en quels lieux
ont les a trouvez. Quantité
de chofes dignes d'eſtre
fçues eftoient renfermés dans
cette differtation , & l'attention
qu'on luy preſta , marqua
le plaifir que l'on prenoir
à l'entendre .
.
ASA M' Couture , Profeffeur
Royal en Eloquence , & cy.
devant Recteur de l'Univerfité
de Paris , donna des preu .
ves de fa profonde érudition
par un excellent Traité qu'il
lut fur les Loix Romaines , &
fur- les Ceremonies qui s'ob
fervoient pour les établir . Ce
{
GALANT: 237
Traité reçut de grandes ap
plaudiffemens , & quoy qu'il
fuft long, M. l'Abbé Bignon ,
Prefident de l'Academie , en
fit I Analyſe avec une jufteffe
& une vivacité d'efprit admitable.
Ce fut ce qui finit la
Seance .
Le lendemain Mécredi 26.
du même mois , l'Academie.
des Sciences , tint fon Affem .
blee publique d'aprés Paf
ques , & fut honorée de la pre.
fence de S. A. R. Monfieur
le Duc d'Orleans , qui étend
les lumieres de fon efprit juf
ques fur les matieres qui fe
274 MERCURE
traitent dans cette Academie,
M' Caffini parla d'abord fur
une Comete , dont M' Maraldi,
ſon Neveu , avoit fait quelques
obfervations à Rome ,
& il prouva qu'elle entroit
dans le Siftême qu'il a déja .
propofé , que les Cometes
pourroient bien eftre des Aſtres
reguliers auffi bien que
les Planetes , & avoir des res
tours reglez , quoy que juf.
qu'à prefent on ne fe foit pas
apperçu de cette regularité.
On entendit avec forpriſe &
avec plaifir que celle dont il
eftoir queſtion , pouvoit eftte
GALANT 275
par la regularité de fes retours
une Comete dont Ariſtote a
parlé.
Enfuite M' Carré quieftant
monté à la place d'Affocié ,
devoit par les regles de cette
Academie , parler à la premie
re Affemblée publique , lut
un Diſcours ſur la refraction
de la lumiere , quia efté une
chole inconnue aux anciens
Philofophes , & que Mr Def
cartes a dévelopée le premier.
Son fentiment a efté fort atraqué
par d'illuftres Adver
faires , & Mr Carré entreprit
de le défendre par de nou
velles raifons .
276 MERCURE
a
A cela fucceda un Diſcours
de Mr de la Hire où il ex ?
pliquoit la Construction & la
Mechanique des Fulées volantes
, car les Philofophes
trouvent beaucoup de refle .
xions à faire fur la Pratique
& fur les operations des Arts.
Mr de la Hire prouva qu'on
ne pouvoit prefque rien ima..
giner qui manquaft à la per
tection de celuy là , horfmis
un petit changement qu'on
pouvoit faire à la Baguette
de la Fufée , qui eft ce qui la
tient droite en l'air.
Enfin , Mr du Verney ex
GALANT. 277
i
!
?
pliqua la Refpiration des
Poiffons. Elle eft foit fingu .
liere en ce que ces Animaux
ne refpirent fenfiblement
que de l'eau , mais ils tirent
Fair enveloppé dans cette eau ,
& pour cela ils ont des vaif.
feaux d'une ftructure tres par
ticuliere , & dont la Mechai
nique ne reffemble point à
celle de tous les autres Animaux
. Cela le jetta dans un
détail tres curieux , & qui tint
toute l'Affemblée attentive
beaucoup au delà du temps
où l'on auroit dû le feparer.
Pendant ce Difcours Mr Cha.
278 MERCURE
ftillon , Deffinateur de l'Aca.
demie , faifoit remarquer de
temps en temps dans de gran.
des Cartes étendues les cho
fes qu'expliqua Mr du Ver.
nay , & les rendoit plus fenfi
bles. Il feroit inutile devous
dire que tout cela fut femé à
l'ordinaire des recapitulations
agréables & des ingenieufes
reflexions de Mr l'Abbé
Bignon, Prefident.
Le Madrigal qui fuit eft
d'une Perfonne dont l'efprit
brillant s'eft fouvent fair
remarquer.
GALANT 279
MADRIGAL.
lie aux noirs cheveux , a l'air
touchant & tendre , Julie
Sur mille pots fleuris laiffoit courir
·Jes yeux
Lorfque voyant Licas elle voulut
apprendre
Laquelle de ces fleurs luy reviendroit
le mieux
Licas ditfroidement qu'il aimoit
la Jonquille
7
Et moy, jecrois dit la charmante
Fille
Qu'il en eft de ces fleurs ainfi que
l'amour ,
de
La plus durable eft la plus belle ,
"Ets'ilm'eftoitpermis de choisir à mon
tour
Je voudrois choisir l'Immortelle.
180 MERCURE
Ceux qui font nommez
Maréchaux de Camp , comme
je vous l'ay déja marque
dans une de mes Lettres , ne
pouvant fervir en cette qua
lité , & conferver leurs Regimens
, n'ont pas efté en
peine de trouver des acheteurs
, puifqu'il s'en est beau
coup plus prefenté que de
Régimens , quoy que le nom .
bre en foit tres grand. Cela
marque l'ardeur non feule.
ment de toute la Nobleffe
de France pour ſe diſtinguer
au peril de fa vie , & acquerir
de la gloire , mais aufſi
GALANT: 281
des perfonnes les plus titrées
& des plus grands Seigneurs
de la Cour .
Mle Prince de Rhoan
a acheté le Régiment de
Picardie qu'avoit M' le Prin
ced Epinoy..
M' le Marquis de Cotten .
tin a auffi acheté le Régiment
de Mr de Murcey , & Mr
du Guerchois celuy de la
vicille Matine de Mr de Tal-.
lerande.
! Jamais cette ardeur de fe dif
tinguer, & de à courir la for
tune par le chemin de la gloi
re n'a cité fruniverfelle. Plus
A a
May 17020
182 MERCURE
de foixante Officiers ont de
mandé à lever des Régimens
d'Infanterie à leurs dépens ,
ce que Sa Majesté a accorde
a dix , qui font.
Mr de Blacon , Lieutenant
Colonel de Cavalerie.
Mr le Comte de la Phare,
Capitaine de Cavalerie dans
le Roy.
Mr le Marquis de Gordes,
Capitaine de Cavalerie.
Mr Desfougerais , Capitaine
de Dragons.
Mr de Turbily , Capitaine
dans Piemont.
Mr de Sainfandoux , Capi
GALANT. 283-
taine de Cavalerie dans le
Cravates
Mr de Nupces , Lieutenant
dans le Régiment du Roy.
De Guitaut , Lieutenant
dans le même Régiment.
Mr de Brious , Capitaine.
de Cavalerie .
Le Roy a permis en même
temps à Mr de S. Cernin ,
de lever à fes dépens un Régiment
de Dragons . Ce Ré
gimens fera bientoft en état,
puifque Mr de S. Cernin a
trouvé neuf Officiers qui
levent autant de Compagnies
à leurs dépens , & à qui pour
A a ij
284 MEK CURE
récompenfe on donne ces
Compagnies . Si la guerre
dure , les Ennemis pouront
fe repentir de l'avoir declaréeà
la France , puifque ce
Royaume eft une pepiniere
de gens courageux & braves ,
qui augmentera toujours fous
le Regne du Prince qui gou .
verne aujourd'huy ce grand
Etat , qui ne connoiffoit pas
fes forces avant le Regne de
ce Monarque.
Il paroift dupuis peu une
Carte nouvelle de M'de Fer.
Elle eft intitulée le Theatre de
GALANT 285
la guerre fur les Frontieres des
Pays bas Espagnols & Hol·
landois , où les nouvelles lignes
font tres exactement marquees ,
partie du bas Rhin , où se trouvent
l'Archeveſché , & l'Electorat
de Cologne la Seigneurie de
l'Evéché de Liege & les Duchez
de Fuliers , de Cleves , & partie
de celuy de Berg Cette Carte
fait d'autant plus de plaifir
qu'on ne peut jetter les yeuxdeffus
, fans voir en mefme
temps ce qui fe paffe du cofté
du Bas Rhin & du cofté des
Lignes , & qu'on voit en mesmetemps
aux deux bouts de
286 MERCURE
la Carte; Oftende , & Keyferlwert
, & tous les endroits où
les deux Couronnes & leurs
Ennemis ont des Troupes de
ces coftéz là . Cela eft cauſe
qu'on recherche cette Carte
avec empreffement.
Les lettres arrivées de la
nouvelle France portent que
le Frere Feuville , Jefuite , efte
mort au College de Quebec
âgé de plus de cent fept ans.
Il a vu les trois derniers Siecles
; & 15 jours avant la mort
il marchoit encore fans baton
, faifoit fon lit fans nulle
aide , balayoit fa chambre ,
GALANT. 287
3
& le lévoit reguliérement
tous les jours à quatre heures
du matin . Rien ne fembloit:
nuire à fa fanté. On l'a vû
ſouvent fouper d'une falade
& de deux pommes crues fans .
prendre de vin , dont il ne bu
voit que rarement , & le lende
main il en eftoit moins inco
modé qu'un jeune homme.
Plufieurs perfonnes luy donnoient
plus de ceat dix ans .
Ce qui eft tres certain , c'eſt
qu'il eftoit déja Sorgent d'Infantrie
au Siege de la Rochelle.
Il a toujours vefcu d'une
maniere tres dure. Et a paffé
288 MERCURE
cinquante ans dans le Canas
da fervant les Peres Miffio.
naires chez toutes fortes de
Sauvages . Eftant âgé de plus
de cent ans il tomba du haut
dun degré de piere juſqu'en
bas , fe fit quatre grands
trous à la Tefte , il le guerit
fans vouloir eftre couché un
moment, nyfouffir qu'on luy
mist aucune emplaftre , ne
voulant point difoit il s'ac
coutumer, à ces fortes de
délicateffes
. Il a efté empor
té d'une maladie populaire &
a refifté plus longtemps &
avec plus de force que n'au-
.
roit
GALANT 289
' roit fait un homme de quarante
ans. Il eftoit natif de
Bretagne fur les confins du
Pays du Maine . On n'a guere
d'exemple d'un âge fi avancé
non feulement fans reffentir
aucune incomodité de Vicil .
leffe , mais joint à tant de for
ce & de vigueur.
Dame Marie Ferrand Veu.
ve de Meffire Philippes Sanguin
, Seigneur de Roquen,
cour , & autres lieux ,Confeil.
ler du Roy & Sous Doyen en
fa Cour des Aides de Paris,
mourut le 7. de ce mois âgée
de quatrevingt cinq ans . Elle
May 1702.
Bb
290 MERCURE
avoit pour Neveux & Nieces
M Ferrand Premier Pre ..
fident des Requeftes du Pa
lais ; M Ferrand Maistre des
Réqueftes Intendant , de
Bourgogne. M'Ferrand Con.
feiller au Parlement en la
quarriéme Chambre des Enqueftes
, Madame la premiere
Prefidente du Parlement de
Bretagne , & Madame la
Comteffe de Canillac , bize
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftinguées
mortes depuis ma lettre d'Avril.
Meffire Charles Charet ,
GALANT 291
d'Allo, Freftre Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne,
Procureur du College Ma.
zarin .
Dame Louife Henriette
Gruyn , Veuve de Meffire
Jean le Clerc de GrandMaifon
S. de Liffe , Beaurepaire ,
Riberpré &c.
Dame Marie Anne le Page
Epoule de Meffire François
Bazin Seigneur de Bandeville
Confeiller du Roy en fes Con .
fejls Maistre des Requeſtes
ordinaire de fon Hoftel & cy··
devant Ambaffadeur en Suede
Elle avoit épousé en pre-
Bb ij
292 MERCURE
miere noces Meffire François
Salon , Treforier Provincial
de l'Extraordinaire des guer.
res de Picardie , & Pays nouveaux
Conquis ,
h
Mellire Guillaume de la
Brunetiere du Ple flis du Geſ
té Evefqne de Saintes,
Meffire Charles de Villeneu .
ve de Vence Evefque de Glan .
déves . Je vous parleray de
ces deux Evefques en vous
aprenant quels auront efte
leurs Succefleurs dans ces
EvefchezHab
M le Comte de Carlos
Broglia Marquis de Dormans
GALANT 293
Ancien des Lieute
le plus
à
nans Generaux & Gouver.
neur d'Avelne . Il eft mort
Paris dans un âge fort avancé.
Il eftoit Oncle Paternel
de M' le Comte de Broglia ,
qui commande en Languedoc
, de M le Marquis de Revel
, fi fameux par l'affaire
de Cremone , de M ' l'Abbé &
de M' le Chevalier de Broglia
Colonel fort connu par fa va
leur. Ces quatre Freres font
fils du Frere aîné de celuy qui
vient de mourir . Leur Pere
avoit rendu de grands fervices
au Roy. Il eftoi s
Gouver
Bb iij
294 MERCURE
neur de la Baffée . Mle Comte
Carlos avoit époufé Mademoifelle
d'Aumont Soeur de
M' le Duc d'Aumont Fille de
feu Marechal Duc de ce nom ,
elle eft Veuve aprés quarante
deux ans de mariage . Mada
me la Princeffe de Ligne Mar
quife de Moy eftoit leur Fille
unique . Elle a laiffé un Fils
& trois Filles . Ce Fils s'a
pelle le Prince de Ligne, il he
rite des biens de fon grand
Pere Maternel qui vient de
mourir. Il eft à l'Academie
d'où il doit fortir bientoft
pour entrer aux Moufquetai ,
GALANT 295
res & dans le monde , M ' le
Prince de Ligne ( on Pere porte
le nom de Marquis de
Moy , parceque Feu M le
Marquis de Moy premier
Prince ; du fang de Lorraine ,
Ayeul de M le Marquis de
Moy ne luy a laillé des biens
fi confiderables qu'aux conditions
expreffes de porer fon
nom , couleurs & armes . Je
vous ay tant de fois parle de
l'illuftre maison de Ligne que
je ne vous diray rien de fon
eclat & de fon antiquité . La
Maiſon de Broglia , appelée
Broglia dans tous les Tires ,
Bb iiij
2,96 MERCURE
eft
une des
plus
anciennes
du….
Piedmont
&
elle
y eft
alliée
aux
maiſons
les
plus
illuftres
...
La
valeur
a cfté
une
vertu
hereditaire
dans
cette
maifon
..
Sans
rapeller
l'affaire
de
Cremone
on a veu
dans
mille
au
tres
rencontres
que
tous
ceux
qui
s'apellent
.
Broglio
en
France
fe
font
fignalez
par
leur
intrepidité
&
par
leur
zele
au
fervice
du
Roy.
M'le
Marquis
de
Revel
n'eſt
pas
marié
, M
le
Comte
de
Broglio
fon
frere
aîné
qui
com
mandeen
Languedoca
épousé
Mademoiſelle
de la
Moignon
་
GALANT 297
Soeur de Mr le Prefident de
ce nom , & de Mr de Baville
Intendant en Languedoc, Fil
le de Feu Mr le Premier Prefi
dent de la Moignon.
Meffire Guillaume de Villeneuve
Seigneur de Saince
Camelles,en Languedoc.lleft
mort âgé de quatrevingt - dixhuit
ans , & avoit vefcu depuis
qu'il eftoit né dans une grande
picté , il eftoit confideré
de tous ceux qui le connoiffoient
, Feu Mr le Prince de
Conty,Gouverneur de la Pro.
vince de Languedoc l'honnoroit
de fon eftime. Et le
·
ShURE
choififfoit
pour
terminer
toutes
les
conteftations
de
fes
voifins
qui
le
faifoient
vo
lontairement
Arbitres
de
leurs
Procés
.
Il
a etté
Capi
.
raine
des
Gardes
de
Feu
Mr
de
Mirepoix
Pere
du
dernier
mort
,
qui
estoit
auffi
Gou
verneur
, de
la
Province
de
Foix
&
Sous
- Lieutenant
des
Moufquetaires
du
Roy
.
Il
eftoit
Ayeul
de
Madame
la
Marquise
de
Chalabre
.
Mr
de
Chalabre
s'apelle
de
Brugeres
.
Il
eft
d'une
ancienne
&
illuftre
Maifon
, allié
a tour
ce
qu'il
y
a de
plus
grand
en
GALANT 299
France ; & il a partagé une
partie de la Succeffion de Feu
Mademoiſelle de Montpenfier
, avec Feu Monfieur le
Duc d'Orleans. Sa Grand-
Mere eftoir de Joyeuse.
anwal
Mr de la Haye a efté gratis
fié d'une penfion de deux mil.
le écus , par Sa Majefté. Mr
de la Haye fon Pere fut envoyé
l'an 1538. par le Roy
Louis XIII. fon Ambaffadeur
à Conſtantinople , où il
demeura vingt deux ans. M
de la Haye fon Fils , aprés
avoir fervi dans les armées de
300 MERCURE
Suede , en Allemagne , enfuit
te dans le Regiment des Gar
des du Roy , fut envoyé par
Sa Majefté à la place de Mr
Son Pere , Ambaffadeur
Conftantinople , où il demeu
ra dix ans , & d'où eftant re .
venu en France , il plut à Sa
Majefté de l'envoyer auprés
de M' l'Electeur de Baviere ,
à la place de Mr le Duc de
Vitry Apres avoir eſté dix
ans en Baviere , il paffa pour
Ambaffadeur de Sa Majefte
à Venise , où il a efté dix fept
ans Ambaffadeur.
GALANT got
Avant que d'entrer dans
les affaires d'Italie dont le dés
tail fera peut eftre fort long ,
je vous diray que les Alle .
mans n'ont point changé
leurs manieres de détruire
tous les lieux où ils habitent.
Als les ruinent de fond en
comble , en forte qu'ils n'y
Aaiffent le plus fouvent que les
pierres parce qu'il ne les peuvent
emporter. Il y en avoit
beaucoup de logez dans le
Chafteau de Marmirolo. I
softerent au commencement
de ce mois , toutes les Ferrares
302 MERCURE
de ce Chafteau , & fur tour
d'une grande Galerie, & com
me ils ne fe contenterent pas
des ferures ordinaires qui ferventaux
portes ; & aux feneſ
tres ils en arracherent auff
qui fervoient à l'appuy de la
voute , fur quoy dans l'avididité
de voler ils ne firent aucune
reflexion , s'ils en
avoient fait, ils auroient re
fervé ce vol pour lejour qu'ils
auroient deu déloger de ce
Chasteau. Il y en avoir environe
quatre vingt couchez
dans cette mefme Galerie
lors qu'un vent impetueux
GALANT 303
.
eftant furvenu la nuit en fit
tomber la voûte für eux , iils
farent tous écrafez, & le Ciel
fe fervit pour la punition de
leurs vols eternels de la même
voute qu'ils avoient endommagée.
Dans le meſme
me temps la garnison de
Mantouë , faifant fes courfes
avec les fuccéz ordinaires , &
avantageux enleva plus de
cent boeufs aux Imperiaux,
prés de Borgoforte Mr le
Comte de Teffé recompenfa
largement ceux qui avoient
fait cette prife.. Jamais Ville
bloquée n'a eu unefi grande
304 MERCURE
さ
abondance de toutes chofes
à l'exception des Fourages ,
dont elle n'a pourtant pas
manqué par ce qu'on les a
ménagez. Il y avoit dan's
Mantouë au commencement
de ce mois douze cent Chevaux
pris fur les Ennemis pendanttout
l'hiver , & deux mille
Deferteurs ou Prifonniers ,
& comme on commençoit
a eftre furchargé de ce grand
nombre il fut refolu qu'on
n'y recevroit plus de Deferteurs.
Mr de Zurlauben en a
forme , en yjoignant les Prifonniers
qu'on avoit , deux
-GALANT 305
nouveaux bataillons , fçavoir
un fecond bataillon pour
pour fon
Regiment , & un pour le Régiment
de Greder . On ne
trouve point d'exemple
qu'une Place bloquée ait tenu
en echec pendant tout un
hiver , une armée , tres confiderable
. Enfin de la maniere
que les chofes fe font paffees
on pouroit dire que les
Allemans ont moins bloqué
Mantoue pour l'affamer , que
pour luy fournir toutes les
chofes dont elle auroit pu
avoir befoin , & mefme juf-
2.0
ques à des Troupes pour
May
1702.
Cc
306 MERCURE
groffir fa garnifon & pour les
batre aux mefmes , ce qui eft...
arrivé prefque toutes les femaines
, depuis le commencement
de l'hiver jufque.
bien avant dans le mois de
May.
Vous m'avez fouvent demandé
des ouvrages de мr de
Belloc depuis que vous avez
vû la Satire des petits maiftres
qu'il fit il a quelques an
nées. Le Succez de cette Satyre
fut fi grand à la Cour & à
la Ville , dans les Provinces
& dans les Pays Etrangers ,
qu'on ne ſe ſouvient point
GALANT 307
d'avoir vû d'Ouvrage qui en
ait eu un plus grand . Vous
avez en raison de croire avec
tous ceux qui ont admiré le
beau genie de l'Auteur qu'il
eftoit capable de faire un
Poeme achevé , s'il en entreprenoit
en plus fericux. C'eft
ce qu'il vient de faire. Le fujec
de ce Poefme qu'il a devifé
en plufieurs chants eft
Eglife des Invalides. Cet
ouvrage a fait un fi grand bruit
, à la Cour
, & a telle
.
a
ment
charmé
,
ceux
qui
long
entendu
lire
avant
que
qu'il
a efte
imprimé
, que
les
Cc ij
308 MERCURE
louanges qu'on luy a données
eftant parvenues
juſqu'aux
oreilles du Roy , Sa Majefté
a voulu le voir & la lû entier
, ce Prince partageant
fi
bien fon temps que les grandes
& importantes
affaires
qui l'occupent
& aufquelles
il donne la plus grande par .
tie des journées, n'empêchent
pas qu'il ne luy en refte encore
pour donner aux choles
pour lefquelles il juge à propos
de l'employer . Rien ne
marque plus la beauté du
Poëme dont je vous parle
que le temps que Sa Majefté
GALANT 309
3༠9
a bien voulu donner à le lire.
Je dois ajouter qu'une des
grandes preuvers de fa beauté
aprés celle que je viens de '
raporter , eft la dépence qu'on
à faite pour le donner au
Public , puifqu'il paroistra ac
compagné d'onze figures en
taille douce , gravées par le
fameux M le Pautre. Le
frontispice reprefente le bâtiment
des Invalides ainfi
qu'il dois eftre felon les nouveaux
deffeins qui furent
monttez au Roy par Mr Manfard
le jour que Sa Majesté
alla voir cet Hôtel Royal qui
340 MERCURE
fait l'admiration de tous ceux
qui l'ont vû , & fur tout d'un
grand nombre d'Etrangers
qui en ont parlé dans toute
l'Europe, d'une maniere qui
marquoit leur étonnement ,
& fur tout de l'Eglife . On
voit auff dans ce frontispice
l'arrivée du Roy la derniere
fois que Sa Majefté alla vifiter
ce fuperbe édifice , qui
marque fa magnificence , la
charité & fa religion , auffi
bien que le profond fçavoir
de Mr Manfard dans le grand
Art de l'Architecture. Je ne
vous dis rien des autres tailles
GALANT. 310
ر م ع
douces.Elles conviennentàcer
édifice & au fujer du Poëme.
It fe débitera dans quelques
jours , chez Michel Brunet , à
l'Enfeigne du Mercure Galant,
dans la Grande Salle du Palais.
La piece qui fuit für Timmaculée
Conception de la
Vierge , a remporté le prix de
la Ballade , au Palinod de
Caën . Elle a efté faite fur ce
que les Dieux voulans punir
la temerité de Promethée
qui avoit derobé le feu du
Ciel , il fut attaché à un Ro ,
32 MERGURE
cher fur le Mont Caucafe
où un Vautour venoit tous
les jours luy ronger le coeur
fans pouvoir le faire moutir
, & le fang qui coulois
de ce coeur , arrofant la terre
en faifoir fortir une fleur
qui ne le pouvoit ternir.
BALLADE.
Our avoirpris le fendes Cieux,
Ton fupplice eft infuportable:
Et de tes cris , & miferable,
En vain tufatigues les Dieux ;
Mais s'ils n'écoutent pas tes veux ,
Ils fontdans ce tourment terrible
Naiftre de ton fang glorieux ,
L'unique fleur incorruptible.
Sit oft
"
GALANT 313
Si-toft que ce autour affreux ,
Qui déchire ton coeur
coupable,
En tire unfang inépuisable
Pourpanir ton crime odieux33091
Ne fort- ilpas devant tesyeux, &: 2
O prodige incomprehensible !
Du lieu le plus infructueux
L'uniquefleur incoruptible.
0%
Spot.
Bog
Qu'ilfale un vent impetueux , g
Qu'il tombe une grefle effroyables.
Où que du Ciel même implacable ;
La foudre tombe dans ces lieux;
Toujours ce germe pretieux
Sans éprouver rien de nuisible
Sera malgré ces tempsfacheux
L'unique fleur incoruptible. ALLUSION.02
LA
Ce Criminel audacieux.
Dont le fort fut fe déplorable,
May 1702.
374 MERCURE
Nous tre
aujourd buy fon fem.
Dans le premierde nosayeux :
Mais tan portraitmiraculeux
Vierge , en cette plainte eft viſible,
Tufors d'entre les vicieux
L'uniquefleur incoruptible.
x Il y a des noms heureux
pour la fuccez des ouvra
ges. Celuy de M'de S. Evremont
eft de ce nombre . Il
n'a jamais paru de livres fous
ce nom qui n'ait efté recherché
avec empreffement.
C'est par cette saiſon qu'on
vient d'Imprimer pour la feconde
fois celuy qui a pour
GALANT. Î
titre les Memoires de la vie du
Comte de avant fa retraite,
contenant divers avantures qui
peuvent fervir d'inftruction
ceux qui ont a viure dans le
grand monde redigez par Mr de:
Saint Evremont. Ce livre qui
ſe vend chez le Geur Michel.
Brunet dans la grande Salle
du Palais au Mercure galant ,
& qui eft divifé en deux To .
mes , a bien merité tout le
bien qu'on en a dir , & l'on ne
doit pas s'étonner du grand
débit d'un ouvrage qui diver
uit , qui inftruit , & qui arta
che tellement que lorsqu'on
Ddij
316 MERCURE
a une fois commencé à lé
lire il malaifé de s'arracherau
plaifir que donne la continua
tion de cette lecture.b
M' Beffon , Geographe du
Roy qui a donné au Public
pour la guerre d'Italie , la
Carte du Milanez & Pays
circonvoisins , en fix feuil .
les , l'a augmentée de deux
autres feuilles pour la rendre
plus parfaite , à la folli
citation des plus eclairez en
cette fcience , de forte quelle
contient à prefent les Etats
de Milan , Parme , Plaifance,
Modene,Mantoue, les Repu
GALANT 317
bliques de Venile & de Gene
, le Boulonnois , partie de
l'Erar de l'Eglife & du graud
Duc & de l'Evêché de Trente .
Elle eft de 3 pieds de lange fur
3 & demi de haut. Les Cam.
pemens , marches & contremarches
des Armées y font
exactement marquées & del.
fignées par un des plus babi .
les Ingenieurs du Roy , fervant
actuellement en Italie.
Cette Carte fe vend en Carte
& en: Livre , chez ledit
freur Beflon , fur le Quay de
Horloge du Palais , au coin
de la rue du Harlay à l'ancien
Dd iij
2
Buys , à Paris.
38 MERCURE
Mellire Louis Demenou, ..
Seigneur de Bouffay, Genilly ,
Chambons & autres lieux ,âgé -
de foixante & quatoze ans
“quatre mois , eſt mort dans
Mon Chateau de Bouffay en
Touraine , où il s'eftoit retiré
après avoir fervi le Roy
dansfes anciens Corps , eftanc
devenu veuf , il s'eftoit fair
Diacre & a vefcu tres exemplairement.
Sa finarépondu
àla Sainteté de fa vie. Il eftoit
l'arbitre de fon voifinage
, & le Chef de la Maifon
\ de Menou , l'une des plus an
ciennes de la Province. Ilya
GALANT 319
.
prés de quatre cent ans qu'el.
le eft en poffeffion de la Ter-
Je de Bouflay & plufieurs
de ceux qui font fortis de cer
te mailon one efté au lervice
de nos Rois , Elle a cul'honneur
de poffeder les plus belles
Charges de la Couronne,
comme celles de Gouver
meur des Enfans de France ,
d'Amiral , d'Ambaſſadeur en
Efpagne , & plufieurs autres ,.
- poutes de tres grande conſe.
equcate. Je vous en ay déja
entretenues dans quelques
abnes de mes lettres. Celuy
¿ dont je vous parle prefense,
Dd
iij
320 MERCURE
·
ment eft le Fondateur de
l'Abbaye de la Bourdilliere
dans la Paroiffe de Genilly ,
d'où il eftoit le Seigneur .
C'eft luy quien a remis la nomination
de L'Abbeffe au Roi.
McClopied Preftre , aprés
avoir édifié par la Sainteté de
La vie la Paroiffe de Sainc
Gervais de Paris , luy a enco
redonne en mourant un
grand exemple de charité
en laiffant toutfon bien pour
fubfiftances des. Pauvres
écoliers , par le miniftere de
Mr Durieux , Docteur de
Sorbonne , fi connu ) daas
GALANT
321
cette Univerfité
.
M5 de Forval Envoyé de
France auprés des Grifons , &
quia fervy Sa Majesté pen
dant 40, ans en plufieurs af
faires importantes & épineufes
vient auffi de déceder . Le
Roy a nommé pour remplir
fa place M le Chevalier de
Graville , qui s'eſt acquis dans
les Emplois dont il a efté
chargé une experience & des
lumieres au deffus de fon âge.
L'impatiente ardeur qu'a
voit Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , l'ayant fait
voleri plutoft que marcher,
322 の
MERCURE
*
pour ſe rendre aux lieux où
Armée étoit affemblée
, cetbe
diligence a efté cauſe qu'on
aceu des nouvelles de fon
arrivée à la telle des Trou-
• pes auflitoft que du lieu où
ce Prince a couché en parstancode
Verſailles. Ce fut
så Borbone , il y arriva fur les
afix à lept heures du foir au
sbruit de toute l'Artillerie &
ides cloches. Il fut reçu à la
Porte de la Ville par M' de
là Brové, Lieutenant de Roy
accompagné de l'Etat Ma.
jor & de Mr Frafier Majeur
milli accompagné de l'Eche.
S
GALANT. 323
vinage qui luy préfenterent
chacun les clefs de la Ville.
Ce Prince paffa entre deux
Hayes de la Bourgeoifie qui
eftoit fous les armes en Corps
de Regiment , avec un air
propre & guerrier , ayant à
Lefte Mr Aube , fon Colo
nel. Ce Prince fut reçu à
la defcente de fa chaife , à
Ja porte de Mr Eude , Préfudent
de l'Election , oùbil
coucha , par Mr Bignon , Intendant
de la Province qui le
traicta avec toute la magni .
ficence poffible , & le fervit
à cable . Les plats furent por-
"
*
324 MERCURE
tez par douze perfonnes choi
fies Mr Aubé monta la
Garde à la porte du lieu où
logea Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , avec un dérachement
de 120 , hommes
choifis , deux Capitaines
>
trois Lieutenans & deux
"Enfeignes avec le Drapeau
Colonel , dit , de la Pucelle , &
tout fe paffa avec tant d'ordre
que ce Prince témoigna
en eftre tres fatisfait. Il parla
de la fidelité de la Ville de
Peronne au Colonel , qui répondit
que les Habitans fui .
volent l'exemple de leurs
GALANT 335 .
peres & qu'ils eftoient prefts
tous de répandre comme
cux , jufqu'à la derniere gou.
te de leur fang pour le fervice
du Roy.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne dîna à Pont faint
Maxence , chez Mr Criſtal ,
Receveur des Aides de ce
lieu, quieur l'honneur de luy
préfenter un Impromptu
que ce Prince reçue agréa
blement,
Monseigneur le Duc de
Bourgogne fut reçu à l'armée
avec les démonftrations de
joye qu'il eft aile de s'imagi
326 MERCURE
ner. Sa Maifon n'eftant
point encore arrivée , il fue
regale ainfi quetoutefaCoer
,
par Mr le Marechal de Bou
Alers. Ce Prince s'atrachay
d'abord à voir les Troupes.
S'eftant mis un jour à la têtes
de l'Aifle gauche , & le len -
demain à la tefte de l'Aifte
droite. Il fic tout ce qu'il
put pour attirer dans la Plai
ne les Ennemis qui eftoients
derriere Cleves , afin de les
combatre. Il détacha Me le
Comte de Coignies , avec
trois cent Gardes du Corps
& deux mille fept cens - cheGALANT
327
vaux pour les exominer , mais
les mouvemens que firemes
les Ennemis marquerent plus
de crainte que d'ardeur pour
en venir aux mains. Monfeier
gneur le Duc de Bourgogne
a fait faire de grands Fouras
ges , où il s'eft trouvé en per.
lonne. J'efpere vous parler
encore de l'Armée qu'il com
mande , avant que de fermer
cette Lettre, imonad as an
Avant que de vous faire
un détail de l'entrée des Trou.
pes Hollandoifes dans la Vil
le d'Huy , & de la maniera
328 MERCURE
2
dont ces Troupes en ont efte
chaffées , je vay vous entretenir
des intelligences que
les Hollandois avoient for.
mées pour furprendre le
Ghafteau de Namur. Ils
avoient gagné un Gentil
homme du vo figage , Lieu .
tenant du Majeur , & deux
Bourgeois qui pour l'execu
tion de leur projet , s'eftoient
adreffez à un Capitaine Elpa .
gnol à qui ils promirent dix
mille pistoles avec un Regiment
d'Infanterie . Ce Capitaine
feignit de donner dans
leur projet , mais comme la
GALANT 229
fidelité eft naturelle aux Ef
pagnols , celuy cy avertit le
Gouverneur de la propofition
qui luy avoit efte faire . , Le
Gouverneur luy dit de con .
tinuer de feindie , & mefme
de tirer de ces tranſtres le plus
d'argent qu'il pourroit , &
aprés avoir reçu du Gentilhomme
une lettre de Change
confiderable fur Amfterdam,
& en avoir touche l'argent , il
Juy dir qu'il ſeroit de Garde
Je 10.de ce mois , & qu'il livreroit
le Chafteau pendant la
nuit aux Troupes que les
-Hollandais envoyroient , &
May 1702.
E e
30 MERCURE
n'y
que pour cette effet il n'avoit
qu'à venir coucher chez luy
dans le Chasteau à l'entrée de :
ta mefme nuit. Ce Gentil
homme le crut , mais il n'
far pas pluftoft entié que le
Gouverneur
le fit arreſter.
On le faifte en mefme temps.
du Lieutenant
du Majeur, &
des deux Bourgeois , de forte
queles Troupes Hollandoifes
au nombre de quatorze Bataillons
& de dix fept Efcadrons
qui eftoient forties , de
Maftric & de Boifleduc , ac
tendirent inutilement
juf
lefir
arrefter
.
६
qu'au jour , qu'elles reconnu,
GALANT 334
rent que leur coup eftois man ,
qué , ce qui les fit refoudre de
confer enis an retournane de
prendre de la Ville d'Huy
dona elles fçavoient que l'on
ne gardeit que le Chasteau
quay qu'il y cuft une Garnifon
dans la Valle. Ces Troupesy
envoyerenc ún, detachement
qui entra dans la Ville , &
paffà le Pont de la Meule fur
les anze heures du matin ,
fans trouver aucune oppofiti
tion jufqu'à l'Hopital qui
neft : guerre éloigné de la
premiere Barriere du Châ
ceau . Cendétachement y fue
Ecij
332 MERCURE
& arreſté par un Lieutenant
par trente Maistres que
hazard y avoit fait loger cette
nuic là I'sy eftoient venus de
Liege le jour precedent pour
y escorter le bagage de Me
de Chamarance . Illeftocera!
tain que les Hollandois au
roient furpris le Château , fans
la vigoureufe résistance de
cette petite Troupe qui dɔn .
pale temps d'enlever le Pont
levis
Pendant que les chofes fe
paffoient ainfi à Hoya мrled
Prince Serclas de Tilly, Mof-
Le de Camp General desse
GALANT 33
Troupes de Sa Majefté Catho
lique , & Commandant celles
du Cercle de Bourgogne dans
Je Pays de Liege , oblervoir
avec la Cavalerie , & une partie
de la Garnifon de Liege ,
le gros des Hollandois , qui
eftoit demeure dans le vo fi
nage. Sur les trois heures ?
aprés midy , il reçat la nouvelle
furprenante de l'entrée
des Hollandois dans la Ville
de Huy. Son Excellence déta
cha auffitoft M de Baravy ,
Lieutenant Colonel du Regi
ment Orleanois avec deux
censFantaffins & trente Che
384 MERCURE
vaux. Iluy donna ordre de
tâcher de s'emparer du Forc
Picard , afin de pouvoir pafferonfuite
au Chateau par le
chemin de communication
,
& de là au Fort Joſeph Clement;
mais cet Officier trouva
à fon arrivée , qui fut le n.
fur les onze heures du matin ,
que les Hollandois s'eftoient
sendus maiftres de ces Forts.
Il pricle party de los anaquér
dans le Fort Picard , & la for
tune fecondant la valeur , il
les en chaffa en peu de temps.
Lo defordre ou il les vit luy
fic prendre le party, deles
GALANT . +5
chaffer auffi de la Ville. Quoy
qu'ils fuflent infiniment fu-
-perieurs en nombre , ily reüffit
, fecondé d'une partie de la..
Garnifon , & fic quarantedeux
prifonniers parmy lef
quelles le trouverent un major
quie fout bleffé , un Capilainé
, & un Enſeigne. m ' le
Marquis de maduran , Brigadier
de Cavalerie au fervice
des Provinces Unies , demeura
auffi dans la Ville où il eft
mort de fes bleffures. Rien
n'eft plus glorieux que cette
action , dans laquelle les Ennemis,
ont perdu deux cens
346: MERCURE
hommes . Mr le Prince Séra
clas ayant efté informé de
leur retraite fur les trois heures
aprés midy, fe mit auffitoft
à la tefte de la Cavalerie , &
de douze cens Fantaffins
-pour tâcher de les charger en
queue mais ayant appris
qu'ils avoient pris leur route
fur le Hanner , & qu'ils s'étoient
couverts de la riviere
de Geer , il retourna à Liege
fur les neufheures du foir.
Le lendemain 12 vers le
foir,Son Excellence ayant efté
informée qu'un détachement
de cinq cens Hollandois qui
avoit
GALANT 337
"
avoit efté envoyé de Maſtric
pour joindre les Troupes
Hollandoifes qu'on croyoit
encore dans Huy , s'eftoit fair
voir au Village de Floine,une'
lieue endeça de Huy détacha
Mr le Comte de Lanion , &
M le Marquis du Boulay
Colonel du Regiment Orlea.
nois avec un affez gros corps
de Troupes pour leur donner
la chaffe , & leur couper la re
traite vers Maftric. Ce dé
tachement s'avança en Hef
baye & à la pointe du jour ,
il atteignit les Hollandois qui
fe renfermerent dans le Châ
Ff
May 1702 .
538 MERCURE
teau d'Horion , dont la baffe
Cour fur forcée par M' le
Marquis du Boulay M le
Comte de Lanion en fit auffi .
toft donner avis à Mile Prin .
ce Serclas . Ce Prince partit
le matin du 13 pour joindre
M ' le Comte de Lanion
mais ayant reconnu que ce
Chateau que l'on avoit ruiné
pendant la derniere guerre ,
avoit efté retably , & revêtu
bonne maffonnerie d'une
avec des crenaux , & qu'outre
ces defiences il y avoit de
bonnes voutes , il ne voulut
point perdre de temps inutiGALANT
339
lement & donna ordre aux
Troupes de fe retirer . Si l'on a
repris la Ville de Huy,ce bon
heur eft dû à la vigilance que
ce Prince fait voir pour
tout ce qui regarde la gloire
Troupes qu'il commande ,
ainfi qu'à la valeur des Troupes
Françoifes. Quoy qu'on
foit accoutumé aux grandes
actions qu'elles font tous les
jours , on ne peut apprendre
fans étonnement que deux
cens hommes ayant repris en
peu d'heures deux Chasteaux
& chaffé huit cens hommes
d'une Ville dont ils eftoient
Efij
340 MERCURE
1
Maiftres , & où ils eftoient en
bataille lorfqu'ils y furent
attaquez . M ' Baravi qui fit
cette action merite de gran
des loüanges , auffi bien que
le Lieutenant dont je ne fçay
pas le nom , & qui empêcha
avec trente Maiſtres la prife
du Château On parle auffi
avantageulement de Mr
le Marquis du Boulay , fils
de feu Mr l'Avocat general
Talon . Et l'on dit de ce Marquis
qu'il eft toujours preft
à affronter le peril .
fort
En commençant l'article
du Siége de Keyferfwert il y
4
GALANT. 341
apréfentementun mois , que
je vous dis que je ne croyois
pas fermer ma Lettre fansvous
parler de la prife de
cette Place , parce qu'il n'étoit
pasvray femblable qu'elle
puft tenir plus de huit jours.
Je vous en dis les raifons ,
& vous expliquay pourquoy
nous l'avions occupée. Il eft
affez ſurprenant qu'au bout
d'un mois je ne tienne plus
le même langage , & que je
vous dife que je doute que
dette Place it prife quand
je fermeray ma Lettre dans
fort peu de jours. Je vais vous
Afii
342 MERCURE
parler de ce Siege , non pas
mon ordinaire , en vous en
envoyant un Journal Il fau
droit un détail de ce qui s'eft
paffé chaque jour de tranchée,
ce que les ennemis ne donneront
pas , & ce qu'on ne
peut avoir regulierement que
de ceux qui font dans une
Place affiegée , qui ne font
pas toûjours bien informez
de ce qui fe paffe dans le
Camp des Affiegeans , & de
la perte que la Garnifon leur
caufe par fes forties & par fon
Canon . Cependant comme
temps dévelope tout , fi le
GALANT. 345
je puis un jour en avoir un
edeles
Journal tel
j'en feray une Lettre particu
liere aufli étendue que mes
ordinaires ; cependant en actendant
je vais vous faire part
de plufieurs chofes que j'ay
ramaffées. Aprés la fortie que
fit le Regiment d'Orleans au
commencement de ce Siege ,
& qui acquit tant de gloire à
ce Regiment , & à M' de
de Brancas fon Colonel , les
Ennemis pafferent plus de
deux heures fans ofer entrer
dans la Tranchée , tant
ils eftoient faifis de frayeur
F f iiij
344 MERCURE
de maniere que les Soldats
de la Garnifon curent le
temps d'y retourner , & d'enlever
quelques uns de leurs
bleffez qui y eftoient demeu
rez.Cette fortiedont ils furenc
épouvantez au de - là de tout
ce que l'on peur s'imaginer ,
fit qu'ils ne s'occuperent enfuite
qu'à fortifier leurs , travaux
par des gabions , & par
des chevaux de frize. Quelques
jours aprés , Mrle Marquis
de Blainville reçut un
fecours de cinq cens Fantaffins
qui portoient deux mouf
quets chacun , Ce fecours fur
GALANT 345
fuivi d'un autre de fept cens
hommes commandez par M
de Marillac. Il eftoit compo
fé de deux Bataillons de Languedoc
, & d'un Bataillon de
Saint Sulpice Ufés , ci- devant
la Chaftre , & de vingt- cinq
milliers de poudre. M de
Blainville ayant jugé à propos
d'abandonner une Re
doute , appellée la Redoute
du Cemetiere , parce qu'elle
aftoit trop éloignée de la
Place , il en retira les Troupes
, & y fit demeurer quel
ques Sentinelles , afin que les
Ennemis trompez par le feu
346 MERCURE
des méches , cruffen : qu'elle
eftoit toûjours garnic de
monde. Ils le crurent en effet,
& refolurent de l'attaquer
fix jours après que Mr de
Blainville en eut retiré les
Troupes qui eftoient dedans.
Mr le Prince de Naffau Sar.
bruc eut beaucoup de peine
à faire refoudre fon Infante
rie à cette attaque , parce
qu'elle ne vouloit point en
venir aux mains avec nos
gens , & elle n'auroit point
marché pour cette attaque ,
fi l'on n'euft fait monter la
Cavalerie à cheval pour la
TGALANT . 347
foutenir. Les Ennemis furent
fort furpris de n'y trou
ver perfonne . L'approche de
Mr de Tallard donna tant de
frayeur aux Affiegeans , qu'ils
firent auffitoft rompre leur
pont. Mr de Blainville écria
vit le 27. du mois paffé qu'il
eftoit ravi d'avoir reçu les fe
cours qu'on luy avoit end
voyez , mais qu'il ne s'en ferviroit
que pour la deffenſe
du chemin couvert. Il demanda
des arbres & d'autres bois ,
pour faire un épaulement
pour oppoſer à un Cavalier
1
que les Ennemis élevoient
348 MERCURE
parce qu'ils prétendoient s'en
s'en fervir pour découvrir le
pied de fes Baftions jufques
au fond des Foffez . Les Affie .
geans changerent feur attaque
, les eaux du Rhin ayant
ruinéles Travaux de la droite,
& de la gauche. Ils fe trouverent
alors fi fort refferrez
dans l'endroit le plus fort de
la Place , que les Afliegez
avoient un plus grand front
qu'eux , ce qui s'eft trouvéfort
avantageux pour les forties
qu'on a fait. Les Grena.
diers en firent une quelques
jours aprés , & nettoyerent
GALANT 349
les
la Tranchée. On apprit icy
par les Lettres du 12 , que
Ennemis ne tiroient plus , &
qu'ils avoient fait entendre
aux Etats Generaux qu'ils nè
pouvoient fe difpenfer de
lever le Siege ; que les Etats
en avoient paru fort furpris ;
qu'ilsavoient dit que quaran
te mille hommes avec cent
pieces de Canon & vingr
cinq Mortiers n'eftoient pas
venus devant une Place pour
brüler feulement des mai .
fons . Mrle Comte de Tallard
envoya icy quelque temps al
prés unLettre de Mele Prince
350 MERCURE
de Naffau Sarbruc aux Etats
qui avoit esté interceptée ,
& qui portoit que s'ils vouloient
continuer le Siége ,
falloit qu'ils envoyaffent une
nouvelle armée , parce que les
Troupes qui étoient devant la
Place ne vouloient obeïr ny
aux prieres ny aux Commandemens
, ny aux menaces des
Generaux & qu'elles eftcient
tellement rebutées que les
coups de canne , & mêmes les
coups d'épée ne pouvoient les
faire marcher. Les Lettres que
l'on reçut enfuite portoient
que la nuit du 12. au 13. on
GALANTHU
S
4
avoir fait deux forties , l'une
à onze heures , & l'autre
deux heures aprés , il y avoit
fix Compagnies de Grena.
diers avec un détachement
de huit hommes par Compagnie
. On renverfa dans
cette derniere fortie , toute
la tefte de la Tranché des
Ennemis , & on les pouffa
avec vigueur , la Bayonnette
au bout du Fufil fans tirer ,
de maniere qu'on leur tua
beaucoup de monde . Cette
Lettre ajoutoit que les Ennemis
paroiffoient fort embaraffez
, & que quoy qu'ils
352 MERCURE
cuffent un grand nombre de
Canons , il ne pouvoient ba
tre en biêche que fept à
huit pieds audeffous du
Cordon , & qu'il en reſtoit
plus de dix ou onze audeffus
de la fuperficie de l'eau , ce
qui les obligeoir à changer
leurs batteries , travail affez
difficile , & fort perilleux ,
le foffé ayant plus de quinze
toifes de largeur , & fix
à fept pieds d'eau. On apprit
en même temps par un De.
ferteur une chofe qui parut
impoffible , qui eft &qu'ils
prétendoient venir à la Con.
4
GALANT 313
trefcarpe par deffous terre &
qu'ils feroient dans peu jouer
quelques Mines . On n'a vû
aucuns effets de toutes ces
paroles.
Un Lieutenant Colonel
des Ennemis ayant efté fait
Prifonnier , & conduit dans
la Place , Mr le le Marquis
de Blainville le régala magnifiquement.
Il luy fitv or
enfuite toute la garniſon &
rous les travaux qu'il a fait
faire pour deffendre la Place
afin qu il en rendift
compte à fon General , aprés
quoy il luy donna la liberté
May 17.02. Gg
354 MERCURE
condition qu'il ne ferviroit
point contre le Roy pendant
le refte de la Campagne . Je
ne doit pas oublier de vous
rapporter un fait qui vous
furprendra & qui vous paroiltra
fort extraordinaire,
C'eſt qu'on envoye de la
Place au Camp qui eft par de
là le Rhin , & qui incommo.
de tant les Ennemis , les Boulets
qui ont efté tirez par les
Hollandois & que c'eſt avec
les mêmes Boulets qui vien .
nent d'eux qu'on les defole
dans leur Camp.
Il y avoit déja quelques
GALANT 355
jours que la Tranchée
eftoit
ouverte devant la Place ,lors
que Mr l'Electeur
Palatin fe
plaignit de la longueur
de
ce Siege , & dit qu'il ne luy
paroiffoit
pas que la Place
duft eftre fi toft prife . Mr le
Prince de Naffau Sarbruc qui
commande
l'Armée qui en
fait le Siege , foutint le contraite
& affura qu'elle ne
tiendroit
pas encore huit
jours. La difpute s'échauffa
;
& Mr l'Electeur
Palatin gagea
mille piſtoles contre Mr
le Prince de Naffau Sarbruc
que certé conqueſte
ne fe
Gg ij
36 MERCURE
feroit pas dans le temps qu'il
l'affuroit . Cette gageure étanc
faite dans toutes les formes ,
Mele Prince de Naffau redou .
bla fes efforts contre la Places
mais n'ayant pû venir à bouc
de la réduire , il a perdu la
gageure fans pouvoir dire
autre chofe , finon que les
François ne font pas des hom.
mes , mais des diables . La
longue & vigoureuſe deffenſe .
de ceux qui font dans cette
mauvaife Place chagrinant.
les Etats Generaux , ils or
donnerent il y a environ
quinze jours aux Deputez
2
,
GALANT. 357
qu'ils avoient nommez pour
aller conferer avec Mr l'Elec
teur de Brandebourg à Veſel ,
de le rendre de cette Ville.
là au quartier general de Mr
le Prince de Naffau devant
Keyſerwert. Ils s'y font renrendus
deux fois , & l'on y
a tenu deux Confeil de guer
re avec les Officiers Gene .
raux devant Mr l'Evefque de
Raab , Envoyé de l'Empe
reur. On y examina toutes
les chofes qui pouvoient vraifemblablement
eftre caufe
du peu de fuccés de ce Siege
& l'on y chercha tous les
"
358 MERCURE
moyens par lefquels on pourroit
le faire avancer. Les .
moins habiles de ce Confeil ,
& ceux qui s'y trouverent,
& qui n'entendent pas le
mêtier de la guerre , parce
que ce n'eft pas leur profef
fion , dirent qu'il falloit con
tinuer ce Siége quoy qu'il ,
en puft couter , & qu'avec
le
temps on ne pouvoit man -
quer de réduire cette Place,
mais es gens du mêțier fou
tinrent au contraire qu'on
ne pourroit l'emporter tant
que les Alliez ne formeroient
pas de l'autre cofté du Rhin
GALANT. 319
un Camp capable d'ôter
aux François le pouvoir d'y
jetter des renforts de Trou
pes & de munitions , & ils :
conclurent que les Alliez ne
pouvant rifquer de prendre ce
party fans rifquer d'eftre forcez
, plus ils demeureroient
devant cette Place , plus ils .
perdroient de monde . Je ne
doute point qu'elle ne me
donne lieu de faire encore
un Article avant que de finir
cette Letre. Si les Ennemis
la prennent ils ne laifferont
pas d'eftre fâchez de l'avoir
afficgée , puifque cette prife
360 MERCURE
leur coutera au moins dix
millions & quatre ou cinq
mille hommes , & qu'ils ne
tireront pas de cette Conquê
te l'utilité qu'ils s'eftoient propolée
. Ils comproient qu'ils
l'emporteroient en dix ou
douze jours au plus , &
qu'elle leur faciliteroit la
prife de Rhimberg , mais
toutes leurs mefures fe trou
vent rompues par la longueur
de cel Siége , & l'armée de
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne mange toutes les
provifions qu'ils avoient defti
nées pour celuy de Rhimberg.
t
GALANT 331
Vous attendez que je vous
parle de l'arrivée du Roy
d'Efpagne , à Naples , & ce
que vous en avez ouy-- dire
d'avantageux pour ce Prin
ce redouble voftre curiofité.
Je vais tâcher de la faris- Te.
part faire aprés vous avoir fair
des Vers fuivans qui furent
faits fur ce voyage par une
jeune Mufe de Tours ,
FN vain la Fableaufibien que EN l'Histoire
Nous vante de l'Antiquité
L'Illuftre & brillante memoire ,
Les Heros de ces temps avec toute
Leurgloire .
May 1702.
H -h
362 MERCURE
Manquoient pour leu leurs deffeins for
vent de fermete,
Toujours ils attendoient , foit en
Paix foit en Guerre
Pour executer leurs projets ,
Que la belle Saifon de retour fur la
Tanterre
Fuft favorable à leurs fouhaits.
· Les perils de la mer fembloient de
leur courages
Ralentir la noble vigueur ,
Et ces hommes fameux ne fentoient
dans leur ceur
Pour la Gloire une vive ardeur
Que quand tout confpiroit à de feurs
avantages.
Les lauriers que l'on ceuille au milieu
du danger lieu
deux
bien mains de
Avoient pour
charmes
[ mes
Qu'une victoire aifte & fans allar.
1J
GALANT
. 3kg
Dont ils trouvoient à l'alfe à fe dedommager.
Il n'en eft pas ainfi dafecond de nos
Princes.
Faut-il dans Naples même aller
donner des Loix
Affermirfon pouvoir dans toutes fes
Provinces ,
Ranimerfon ardeur pour le fang de
fes Rois
Etfaire voirque la Couronne
Que le droit que lefang luy donne
Eft un Prix également du
Afa valeur, à fa vert ;
Alors la mer, les vents , Porage
Nefont qu'irriter fon courage
D'un trajethazardeux les écueils les
plus grands
Pour arrefterfes pas nefontpasfuffifans
Hhij
354 MERCURE
Quand il s'agit d'aller où la Gloire
l'appelle
D'un perfide Element au milieu des
hazards ,
Ce genereux & nouveau Mars,
Guide de cette ardeur à ſonfang naturelle
Voit des chemins ouverts de toutes
parts.
Je vous ay déja parlé dans
ma derniere lettre de l'arrivée
de Sa Majesté Catholique à
Baya , & de l'Audience que
ce Prince y donna à M' le
Comte de Marcin . Pour ne
point interrompre le fournal
que je vais vous donner
prefque entier de tout ce que
GALANT. 365
ce Monarque a fair à Naples
depuis fon arrivée & de tout
cequi s'y eft pallé. Je vous di
ray deux choles qui vous feront
fans doute plaifir , par
ce qu'elles continueront à
faire voir combien le Sang
de Bourbon eft reconnoif
fant , & avec quelles bonté
& quelle magnificence il
récompenfe proportionne
ment au merite & à la qualité
ceux qui luy rendent quelque
fervice. Le Roy d'Elpagne
ne fut pas plutoft arrivé à
Naples qu'il divà Mile Com
te d'Eftrées qu'il eftoit f
Hhiij
366 MERCURE
fatisfait de fon prompt , &
heureux paffage , & de la ma
gnificence de la table de ce
Comte , ainfi que de rour co
qu'il avoit fait pour foutenie
l'éclat de fon Employ , qu'il
le faifoit Grand d'Efpagne.
On s'eftoit mépris en lifant
qu'il avoit efté fait Chevalier
deda Toifon d'Or. Ce Prin
cè fit en même temps préfent
de plufieurs beaux Diamans
à tous les Capitaines
des Vaiffeaux qui l'avoient
accompagné dans fon paffa.
ge à Naples. Voicy les noms
de ces Capitaines & la valeur
des Diamans.
GALANT. 367
gallo doüis. !
A Mr de Langeron un Dia
mant de
A Mrde Lorraine un de 600.
A Mr Dherbaut un de $450.
A Mr de Château Moran , um
ide jutro sb.400.
A Mr Phelippeaux un de 350 ,
A Mr de Bagneux , un de 300 ,
AMP de la Varenne , un de
1300.
A Mr. Monnier , un de
200
Sa Majesté Catholique fit
diftribuer un grand nombre
de louis d'or , fçavoir au Ca
pitaine du premier Brulor.100
Au Capitaine du fecond 1002
Hh iiij b
68 MERCURE
Au Capitaine de la Corvette
1961, 200
$50.
A celuy de la première Tarta
-ne :: 50.
Au Capitaine de la feconde.
50.
Au Marechal des Logis, 50.
Aux Brigadiers
A l'Equipage da Foudroyant
25.
400.
A celuy de l'Admirable
A celuy du Fortuné.
200.
150.
A celuy de l'Hirondelle , 100.
A ceux des Brulors , & des
Corvettes.
Aax Domestiques .
jad H
15.0.
450
GALANT: 369
Total cant de la valeur des
Diamans que des louis d'or
delivrez en eſpece , monte à
5830, louis .
MIS DA
Sa Majefté Catholique
écrivit outre cela au Roy en
faveur de plufieurs Officiers
dont elle eftoit tres contente
& marqua à Sa Majellé Tres
Chreftienne que fa recommandation
n'eftoit pas de
Roy à Roy , mais d'un petit
Fils qui prie fon grand Pere.
Le bruit fut à peine répan .
du à Naples que ce, Prince
eftoic arrivé à Baia , qu'on
370 MERCURE
s'empreffa à meubler le Pa
lais où Sa Majesté dévoit
léger. Comme le temps
preffoit fort les plus grands ?
Seigneurs fe chargerent du
foin de meubler chacuno
une Chambre , & chacun y
ayant fait porter ce qu'il avoir
de plus précieux foit pour
meubler , foit pour orner la
Chambre de l'ameublement
de laquelle il s'eftoit chargé,
tous les Appartemens du Pa .
lais fe trouverent fuperbe.
ment meublez en tres - peude
temps. On remarqua qu'il
y avoit quelques chambres
GALANT 371.
•
dans lesquelles il fe trouvoit
pour plus de dix mille
écus de Tableaux , & pour
de groffes fommes d'Argen
terie , de maniere que tout
cela joint à la richeffe des
meubles , avoir quelque cho
fo de fi brillant , & de fi fuperbe
, qu'on ne peut qu'à peine
felimaginer .
Le 17. d'Avril , le Roy
étant paffé fur les Galeres de
l'Escadre de Naples qui
éroient venues audevant de
luy entra dans la Ville fur les
cinq heures aprés midy au
bruit de l'Artillerie des Vaif.
vau
372 MERCURE
feaux , & des Chafteaux , &
aux acclamations d'une foule
incroyable de Peuple. Le
Cardinal Cantelmi , Arche
vefque de Naples , donna la
main à Sa Majefté lorfqu->
elle fortir de la Galere &
cee Prince la baifa felon
qu'il fe pratique en Espagne.
Ce Cardinal le jetta à les ges
noux pour luy faire compli
ment , mais fes larmes quiin
terompirent fon difcours , luy
firent beaucoup plus entendre
qu'il n'auroit fait par les
termes les plus élogens , & le
perfuaderent davantage . Le
GALANT 573
Roy s'eftant rendu au Palais
fe mit à une des feneftres qui
regardent fur la grande Pla.
ce afin de le montrer au Peuple
, dont les cris redoublez
fembloient demander la préfence
en marquant l'impaaience
qu'il avoit de le voir.
Ce Prince ayant remarqué
que la place n'eftoit pas feulement
remplie de Peuple.
mais auffi d'un grand nombre
de Perfonnes de diftinction
-de tous les Etats , & mefme
de Dames , dont toutes les Feneftres
eftoient bordées , &
paroiffoient partir plus du
374 MERCURE
coeur que de la voix , quoy
qu'elles fuffent fort éclatantes
, ofta trois fois fon chapeau
en ſaluant de trois cof
tés afin que toute l'affemblée
eut part à ſes remercimens.
Ces manieres honneftes &
engageantes dont tous les
affiftans furent penetrezacheverent,
deluy gagnerules
que fa preſence avoir
coeurs
7
commencé à toucher en leur
donnant une admiration qui
les préparoit au plus tendre
amour que des Peuples puif.
fentreffentir pour leur Souverain.
Le Duc d'Escalona ,
GALANT. 375
Viceroy de Naples , preſenta
enfuire à Sa Majesté les Dépurez
de la Ville qui luy en
offrirent les Clefs , & qui fu.
- rent fi furpris de trouver tant
de douceur & tant d'affabilité
avectant de marques de grandeur
, qu'ils en parurent enchantez
ainſi que les Seigneurs
Napolitains , qui vinrent
baifer la main de Sa Ma.
jefté. Le foir , tout le Peuple
remply de la joye qu'il avoit
d'avoir vû fon Roy & de l'avoir
trouvé fi charmant , &
fi bon qu'il avoit lieu d'efpe.
< rer de jouir de tous les bon.
376 MERCURE
heurs qu'ils pouroient fouhalter
fous fon regne , fic des
feux , & des illuminations
,
La façade de la pluſpart des
-maifons fut embellie de divers
ornemens & de por .
traits , & les bougies n'y farent
pas oubliées .
Le 13. le Roy alla faire les
prieres à l'Eglife , Metropoli .
taine , où l'on aprocha devant
Sa Majefté , le fang de Saint
Janvier qui eft petrifié dans
une phiole proche de la Tefte
de ce Saint qui eft dans une
Chaffe. Ce fang fe liquefie
aprés qu'on a dt beaucoup
GALANT 77
de prieres left vray que ce
miracle ne fe fit qu'une demyheure
, aprés le retour du Roy
au Palais. Sa Majesté y res
tourna fur les quatre heures
aprés midy , & baifa la phiole
dans laquelle tout le monde
vir le foir le fang liquefié lorfque
le Roy fut retourné au
Palais , il y eut apartement)
jufqu'à l'heure de fon fouper ,
& plufieurs Seigneurs Napolitains
eurent Thonneur de
jouer avec Sa Majefté..
Le 19: le Roy alla à la Mef,
fe aux Carmes , & vifita l'E
glife de Saint Dominique , &
May 1702.
li
378 MERCURE
la Cellule de Saint Thomas
d'Aquin. Ce Princes prip le
divertiſſement de la chaffer
aux lapins , & fit remarqueri
fon adreffe à tirer au fufil, I
Le 20. la Secretairerie d'E-.
rat & de la Guerre ,& celle de
Juftice du Duc d'Eſcalona, Vi
ceroy de Naples , qui avoient
ceffé de travailler depuis l'ar
rivée du Roy , reprirent leurs
fonctions, & Sa Majefte aprés
fon Confeil alla à la Meffe
aux Jeſuites , & de là vifiter
plufieurs Eglifes. Ce Prince
s'eftant mis l'apreldinée fur
fon Balcon , tua des pigeons ,
GALANT . 379
des perdrix , & des hirondel ;
les qu'on luy lâcha , & fit ad.
miter fon adreffe par le grand
nombre de ces oileaux qu'il
tua . Le vent eſtoit fi grand
ce jour là , qu'il ne put aller à
la promenade
, lly eut le foir
Apartement
où les Seigneurs
Napolitains
curent l'honneur
de jouer avec Sa Majeſté.
Le 21. ce Prince donna au
dience au Cardinal de Bena
vente , & au Cardinal de Can
telmi , Archevêque
de Naples
, & frere du Duc de Popoli
. Sa Majesté tine Confeil
aprés avoir donné ces au
I i ij
380 MERCURE
diences , & alla enfuite à la
Mefle aux Jefuites Ce Prince
trouva l'Eglife & fes peintu
res tres bellesa supr
L'Apreldinée il alla voit unegrotte
faite par les Anciens
fous une montagne qu'ils ont
percée pour aller de Naples à
Pouffoles . Gette Grotte a douze
cens pas de long tur feize
de large , & quarante pieds
de haut. On prétend qu'elle
a efté faite en quatre jours.
Le dedans eft pavé de quar--
reaux qui reflemblent fort à
ceux de nos Jeux de Paulme.
lly cut le foir Muſique
f
GALANT . 336
aux
Appartemens.
Lezi le Royalla a la Mefle
aux Theatins. Ces Peres remarquerent
la bonté , & coute
la Ville la loüa & l'admira.
Je ne croy pas en devoir di
re davantage. L'apreldinée ce
Prince alla à la chaffe, Il trou-1
va des cailles , des pigeons ,
des perdrix , des hirondelles ,
& des paons que les Bourgeois
luy avoient portez 11
eft fi univerfelement , & fi
tendrement aimé , qu'ils ap.
portent de chez eux ce qu'ils
eftiment le plus afin qu'il ait
le plaifir de le tirer . Quelqu'un
382 MERCURE
leur ayant parle de la grande
bonté du Roy, & en mêmes
temps de leur revolte , ils ré.
pondirent trois paroles Efpagnoles
qui fermerent labou.
che à ceux qui leur en avoient
parlé. Ces trois paroles font ,
San Pedro renego y lloro ; c'eft
à dire , Saint Pierre renia , &
pleura. Il y eut le foir appartement
à l'ordinaire.
Le 23 qui eftoit le Dimans
che de Quafimodo , le Roy
fit la Communion Pafchale
par les mains du Cardinal
Cantelmi dans l'Eglife Metropolitaine
, & tous ceux qui
GALANT 383
furent témoins de la manieres
humble & pieufe dont il s'ace ti
quita de ce devoir en furent
tellement charmez , que plu
fieurs verferent des larmes de
joye. Ce Prince alla l'apref
dinée à Vefpres dans la même q
Eglife. Les Napolitains ont ?
lieu d'en eftre charmez de i
plus d'une forte . Sa Majefté
voulant eftrem informée des
tout ce qui le traite dans le
Confeil collateral qui fe tient
devant le Viceroy , a formé
une Jonte d'Etat , compofée
du Comte de San Eftevan ,
qui a cfté autrefois Viceroy
334 MERCURE
de Naples , & qui a une parfaite
connoiffance des affai
rés de ce Royaume là ; du
Duc d'Elcalona , qui en
eft prefentement Viceroy ;
du Duc de Medina Sidonia ,
& du Comte de Marcin Am.
baffadeur de France , Dom
Antonio d'Ubilla , Secretaire
des Depefches univerfelles ,
en eft Secretaire , & il a deux
Officiers Majors fous luy. Le
Roy eftant informé par ce
moyen de l'eftat de la Nation
, examinant les manieres :
de fon gouvernement , & files
plaintes qu'elle a faites quelquefois
GALANT 385
quefois contre les Vicerois &
qu'elle peut faire encore, font
bien fondées. Enfin connoif
fant par luy- même tous les
grands Seigneurs de cet Etat
& leur caractere , il fera difficile
qu'on impoſe à l'avenir
au Confeil de Madrid cout
chant les affaires de ce Royau:
me -là , & ce Monarque qui
en aura une parfaite connoif.
fance poura rendre juſtice aux
oprimez & condamner ceux
qui fe plaindront mal à propos....
Le 24. ce Prince dîna à
onze heures & alla à la Chaffe
Kk
May 1702 .
386 MERCURE
&
à deux lieues de la Ville dans
la Garenne de Madame la
Marquife de Fufcali . Sa Ma
jefé eftoit accompagnée de
beaucoup de Seigneurs , & de
doux Compagnies de Gardes
du Corps à Cheval. Je ne
dis point qu'elle fic admirer
fon adreffe dans cette Chaffe
comme dans toutes les autres.
Il n'eft plus neceffaire de parler
d'une chofe fi connuë.
Sa Majesté avoit tué deųx
Sangliers de fa main quelques
jours auparavant , & fit l'hon
neur à Madame la Marquife
de Fufcali de recevoir le ra,
GALANT $ 87
fraichiffement qu'elle luy
avoit fait
preparer. Il y
eur le foir Apartement &
'on joua au Pharaons Ceux
qui fe trouvent à ces Apartemens
font ordinairement ap
pelez au Palais par le Comte
de San Eftevan.
·
!
Le 25. le Roy donna Au
dience au Nonce du Pape.
qui eftoit accompagné de
cent cinquante Eclefiafti
que. Sa Majesté la donna
enfuite au Conneftable Co.
lanne comme Grand d'Ef.
pagne. Ce Conneftable s'étoit
rendu à Rome avec une
Kkij
388 MERCURE
livrée magnifique, & plufieurs
Caifles remplies de Préfens
pourcouse la Cour d'Espagne.
LeRoy alla le même jour à la
Meffe aux Jefuites.
Il ne faut pas s'étonner
les Napolitains ont eſté
charmez de ce Monarque ,
puifqu'ils ont trouvé en luy
toutes les qualitez d'un Prisce
accomply fans y avoir pû
remarquer aucun défaut .
Aufli M le Duc de Beau
villiersa til fouvent dit en
parlant de ce Prince qu'il n'a.
vait jamais feu trouver en luy
où placer une réprimande. Ses.
GALANT 389
9
manieres honneftes & enga.
geantes , en confervant neanmoins
ce qu'il doit à la
Majefté Royale , les ont d'au
bord enchantez . Sa pieté
& nde qu'ils luy ont vu pratiquer
toutes les fois qu'il
s'eft acquité des devoirs d'un
veritable Chreftien ont re
doublé auffi toft aprés leur
amour & leur admiration ,
tant de fageffe & trant de
verau n'eftam pas ordinaire
mentle partage d'une figran !
dejeuneffe. La maniere done
il aseft communiqué aux
Seigneurs › Napolitains ; &
Kk iij
* MERCURE
à la Nobleffe a efté un en
chantement pour eux. Il a
fait affeoir fur des Tabourets
tous ceux qui ont eu l'hone
neur de jouer avec luy fans.
aller de plus que d'une piſtole
chaque fois , afin que perfon,
ne ne fe piquant au jeu , les
Joueurs ne puffent par là faire
aucun tort à leurs affaires. It
a permis à la Nobleſſe d'affif«
ter à fon coucher. Enfin il
a gagné les coeurs de tout
le monde , en donnant Audience
aux Perfonnes de
qualité aux Particuliers ;
& aux Pauvres , en fe mon
"
GALANT 397
trant à toute heure , en écourant
à toute heure , & en parlant
à toute heure Il a fait die
minuerle prix du pain dans le
même tems qui l'a fait groffir.
Ha ordonné que pour fou
tenir les Banques dont le cre
dit eftoit preft à tomber on
y appliquant les biens confif
quez du Marquis del Vaſto-
& des autres condamnezpour
la cebellion. Ha prolongé
pour une vie les inveftitures.
des Riefs qui devoient eſtre
renouvellez à la quatrieſme
generation. Il a aboly le Ce
dùlaire qui eft le refultat con
Kk iiij
J
1
392 MERCURE
tre les Feudataires pour ton
te l'années 1702. Plla res
mis trois millions fept cens
quatre vinge trois mille du
cas qui reste du décours des
Provinces du Royaume , &
as donné un pardon general
de tout le paffé. Il fan fait
mettre en liberté la pluſpare
de ceux qui estoient prifon
niers pour dertes en faisant
payer leurs Creanciers de fes
propress deniers.. Il mange
en public matin , & foir , &
plus les Peuples le voyent
plus ils font voir d'indigna
tions contre ceux qui avoient
GALANT 393
voulu les furprendre en leur
faifant des Portraits de leur
Souverain entierement contraires
à ce qu'ils remarquent
eux-mêmes , ils ne voyent ,
t
difenu , ils Squeal dignité?
bonté , fageffeodouceur
prudence
majefté jogran
deur d'ame. Enfin ce Prin
ceseftant
devenu leur délices
ils promettent
de
facrifier tous leurs biens &
leurs vies pour Philippe V
Ce ne font qu'acclamations
de joye , que feftes publiques
qu'éloges
, & quefeftins pour
marquer leur jaye !...
394 MERCURE
Ce Prince ayane trouvé les
dix Compagnies decent
Maitres chacune , & formées
par les grands Seigneurs de
Naples , parfaitement belles ,
& ayant fçeu que mefme les
Officiers Subalternes eftoient
de la plus haute qualité , Sa
Majeſté aprés en avoir fait
pluſieurs fois da reveue , refa
at d'en faire un Regiment
de mille schevaux pour la
Gardes Le broit le répanauffi
coft aprés que le Roy
vouloit jetter les yeux fur
un homme plus diftingué
par la valeur , que parisfa
>
GALANT 395
naiffance , ce Prince fçeut
que ce choix feroit de la
peine à quelques Seigneurs
Napolitains , quoy qu'ils fuffent
pourtant réfolus d'obeir
fans repliqué à fes volontez ,
il n'en témoigna tien ; mais
ayant pris confeil de fa Sagefs
feil fit affembler les principaux
Officiers de ce Corps ,
& leur dit que voulant leur
confier la Garde de fa Perſon.
ne, il avoir befoin d'un Co
lonel , d'un Lieutenant Colo .
nel , & d'un Major , & qu'il
leuren abandonnoit le choix.
Ceux qui avoient murmuré
.
396 MERCURE
furent fi furpris de cette bonté
qu'ils prierent inſtamment
le Roy de nommer luy même
ces Officiers , à quoy Sa Ma
jefte repliqua , aprés avoir
efté long temps preffée de
faire tels choix qu'il luy plai-
Loir, que puifqu'elle fe fioit à
eux pour la confervation de
fa vie , elle eftoit perfuadée
que connoiffant le merite des
fujets de leunNation, ils ne lut
en donneroient que de capa
blés , zelez & fidelles . Ils
fe deffendirent long temps
den hommer , mais enfin , le
Roy leur ordonna de nomGALANT
3-7
mer trois Sujets du premier
rang , autant du ſecond , &
autant du troifiéme , & ils
obeïrent. La prudence , & la
bonté de Sa Majefte furent
admirées. Elle choifit M' lė
Prince de Montefalcone pour
Colonel , Mr le Duc de So
ra pour Lieutenant Colonel,
& Mr le Comte de Tito Ca
raccioli pour Major, Ce
Corps doit fuivre le Roy dans
le Milanez. Sa Majeſté fut à
peine arrivée à Naples , que
fon premier foin fut d'écrire
au Pape , pour luy erdonner
la nouvelle . Mrle Marquis de
398 MERCURE
a
Louville fut chargéde porter
falettre , & il fut reçu à Rome
avec d'autant plus de diftines
sion , que ce qui ſe paſſa à ſon
égard ne fe trouve point dans
le Ceremonial Il fut admis à
l'Audience du Pape , avec
l'épée au cofté , ce qui ne fe
pratique point lors qu'on n'a
pas la qualité de Miniftrere
.
prefentant. Il fut regalé le
même jour de vingt baffins
d'ouvrages
de devotion , de
quantité de confitures feches,
& d'autres chofes à manger ,
& de deux brancards chargez
de vip . To cela porté par
GALANT. 399
.
un grand nombre d'Eftafiers .
Ces preſens vont beaucoup
au delà de ce que l'on a ac.
coutumé de faire en de pareilles
occafions . Il y cut de
grandes illuminations à Rome
pour marquer la joye
qu'on y reffentoit de l'arri.
vée du Roy Catholique à
Naples , & les trois Cardi.
naux. Chefs d'Ordre firent
illuminer leurs Palas , ce qui
eft d'autant plus remarqua
.
ble qu'ils reprefentent tout
le College des Cardinaux.
Quay que le Papé foſt incertain
fi Sa Majesté Catholique
400 MERCURE
viendroit à Rome , Sa Sain :
teté ne laiſſa pas de nommér
le Cardinal Panciatici , pour
donner les ordres de meubler
l'Appartement dit de Borgia
dans le Palais Vatican , &
de faire divers autres prepas
ratifs pour recevoir ce Mo
narque , Plufieurs Princes &
Seigneurs qui ont des Fiefs
dans le Royaume de Naples
& qui en font Feudataires ;
firent ôterles Armes de l'Empereur
de deflus leur porte ,
& le Conneftable Colonna ,
le Prince de Palefrina , de
Picmbino , de Roffanno , &
GALANT 401
Borghefe , partirent pour
Naples. Ils furent fuivis d'un
grand nombre de gens ntrez ,
de Cavaliers & de Dames ,
ainfi que de perſonnes de
toutesfortes d'eftats , de forte
que ceux qui furent les moins
diligens à partir ne trouve
rent plus de Chevaux . Le
Papertémoigna qu'il avoit
deffein idyl envoyer le Car
dinab Charles Barberin en
qualité de Legar à Latere.
Le Cardinal Grimani qui eft
dans les interefts de l'Empe
reutas ficousinle bruit que
file Pape nommoir un Legats
"May 1702 .
LI
402 MERCURE
pour aller à Naples , il s'y opi
poferoit. Sa Sainteté l'ayant
appris luy fit fçavoir que s'il
avoir quelque chofe à luy di
ze comme Miniftre de l'Emperour
, le Confittoire n'étoit
pas le lieu de luy pare
ler , & que s'il vouloit com
mé Cardinal luy faire des remontrances
& des menaces ,
il cut à fe taire. Le Pape fro
connoiftreten becucoup
moins de paroles ce que je
viens de vousmanquer, & dit.
Si loqueris ut Miniſter , non
aft hic locus & fint Cardinalis ,
face, Le Comte Lamberg
GALANT 403
Amballadeur de
l'Empereur
a déclaré que Sa Majefté Imperiale
ayant fujet de fe plain
dre de la condamnation
du
Marquis del Vafto , elle de
mandoit que S. S. demiſt de
fon employ de Secrétaire d'Etat
le Cardinal Paloufi, qu'elle
calfaft fous ceux qui ont
jugé de Marquis , & qu'elle
lay envoyaltà Viennele Gou
verneur de Rome pour luy
faire
fatisfaction , Le Pape a
réfuté toutes ces demandes
& a répondu qu'il n'avoit rien
fais qu'il n'èuſt pû , & qu'il
n'caft dû faire. L'Ambaffa
Lo Lij
404 MERCURE
deur n'eftant pas fatisfait de
cette réponſe ny de la nom.
tion du Cardinal Charles Bar
beria pour Legat à Latere.
auprés du Roy d'Espagne ,
sleft retiré à¿San Quirico,
Cependant tout eft en mou .
vement en Italie pour les
grands & fuperbes Equipages
que font faire ceux qui font
fur le point de partir pour.
aller à Naples complimenter:
Sa Majefté Catholique de la
part de Sa Sainteté, du grand
Duc de la Republique des
Venife, & celle de Gennes. Le
Grand Duc a envoyé le CarGALANT
405
dinal de Medicis ,fon Frere
& toutes les autres Puiffan
ces des gens diftinguez , ac
compagnez des premieres
perfonnes de l'Etat .
Mr. le Duc de Vandôme
donna de fi bons ordres en
arrivant en Italie afin que tou
telle's : chofes neceffaires.fe
trouvaffent en estat pour
commencer lav Campagne
lorfque la faiſon le permettroit
que de 12 de ce mois à
huit heures idu foir , ce Prins
ce quitta de Camp de fund
Jean , in croce & rejoignit le
4:06 MERCURE
1 à quaire heures du matin
à Bordolano
fur l'Oglio les
cinquante
deur Compagnies
de Grenadiers
, & les fix Ré.
gimens de Dragons
qui
eftoient partis la veille avec
Milé Marquis
de Crequi ,
pour tacher de donner le
change aur Ennemis en fais
ghanr de vouloir repafler le
Poà Cremone. Afin d'ydon
ner plus de vray femblance
M' d'Albergon
avoit fairembarquer
inutilement
du Canon
fur le Po faifant coutimi
le bruit qu'on iroit attaquer
Brefel Il avoit fait avertir les
GALANT
407
h
amis particuliers dans le Par
meſan qu ' caufe du paffage
diun gros corps , ils euffent à
venir prendre des Sauve gar
des. On diftribua de l'eau de
vie aux Grenadiers en paffane
à Cremone , & à midy M ' le
Duc de Vendôme arriva à la
Tefte de tout fur l'Oglio. En
paffant par Rebaco , perires
place appartenante aux Venitiens
vis à vis Ponte Vigo, il fit
demander par m² d'Albergoti
le paffage fur le pont. Ce
paffage luy fur refufé. Mais
avec beaucoup d'excufes &
d'honneftetez , ſous pretexte
408 MERCURE
de la Neutralité que la Repu
blique avoit reſolu de garder
tres exactement envers l'un
& l'autre party , "quoy que fe."
lon les regles ordinaires dé
lar Neutralité les paffages
foient permis ; mais non pas
les fejours. Cette réponſe dé
tertnina M'de Vendôme à re ,
monter jufqu'a Bordolano , où
ily à un Bac vis à vis Quinzano
, oll trouva les Paifans:
armez de l'autre cofté qui di-,
rent avoir efté arop maltrai
gal'année derniere pour pers
metuelle paſſage de bon gré.
&, que fi on les forgoin ; la
République
GALANT. 409
Republique s'en feroit faire raifon.
Comme le refte des Trou
pes eftoit encore bien loin , &
que l'on attendoit ce jour là 14.
du mois un Convoy de pain &
de bifcuit pour fix jours . Mr de
Vendôme ne jugea pas à propos
de paffer l'Oglio . Cependant
il profita de la fituation d'un
vieux Château , & d'une hauteur
favorable pour placer du Ca
non en cas que les Ennemis cuf
fent paru de l'autre côté . Lorfque
lon Infanterie fut arrivée ,
il fit paffer dans le Bac cinquan
te Fuziliers qui dirent aux Payfans
de fe retirer , ou qu'on les
chargeroit Le Seigneur de
Quinzana avec un Officier des
Troupes de la Republique ,
vint demander excufe à Mr le
May 1702.
Mm
410 MERCURE
de
Duc de Vendôme , de l'infolence
que les Payfans avoient euë
attrouper avec des armes
,
& la protection en même temps .
Ce Prince la leur promit & écri,
vit un compliment au Provediteur
de Brefcia . Ce convoy que
l'on attendoit de Pizzighitone ,
eftant arrivé , on diftribua du
pain & du biſcuit à l'Armée
pour fix jours , & on fit marcher
trois cens Dragons , & cent
Gendarmes au delà de l'Oglio ,
pour apprendre des nouvelles
des Ennnemis.
La nuit du 14 au 15. Mr le
Duc de Vendôme détacha Mr
le Marquis de Monperoux avec
cinq cens Chevaux , & cing
cens Fantaffins pour aller à la
découverte. L'Armée continua
GALANT: 41 2414
>
fa marche à la pointe du jour,
Monfieur le Duc de Vendôme
avec tous les Grenadiers , & les
Dragons & vingt pieces de Canon
traverfa plufieurs gros
Villages appartenans aux Venitiens
, fermez de barrieres , &
gardez non-feulement par des
Payfans armez , mais par des
Troupes d'Infanterie & de Cavalerie
, mais en petit nombre.
On fut obligé de rompre la pre
miere barriere qui fe prefenta ,
fans pourtant aucune oppofition
de la part de ceux qui
eftoient dedans , & toutes les
autres fe trouverent ouvertes,
Monfieur le Duc de Vendôme
établit fon quartier general
Baffano ; mais il s'affura du paf,
fag i la Mela qui n'en eft
Mm ij
412 MERCURE
qu'à deux milles par deux
Ponts , & plufieurs Guays qu'it
fit occuper par les Grenadiers ,
& les Dragons vis- à - vis de Minerbio.
Mrs les Princes Eugene
& de Commercy n'en eftoient
qu'à deux milles . Mr le Marquis
de Monperoux qu'il avoit envoyé
la nuit precedente avec
cinq cens Chevaux, & cinq cens
Fufiliers vifiter cette riviere, y
arriva prefqu'en même temps
qu'un détachement que les Ennemis
y avoient envoyé pour en
rompre les Ponts , ce qu'ils
avoient deja commencé d'executer
; mais ce détachement ne
l'attendit point & prit la fuite
en le voyant approcher , fans
que Mr de Vendofme puft le
joindre. Ce Prince marcha de
#1 1.4
GALANT. 413
fon cofté avec tant de diligence
que ce jour - là quinziéme , il
avoit paffé la Mela , avec les
Dragons , les Grenadiers, & les
vingt pieces de Canon , & occupé
un paffage dont toute
l'Armée ennemie n'auroit pu
le chaffer. Il fut obligé d'y fejourner
le 16. parce que l'Artillerie
, & une partie de l'Infanterie
de la feconde ligne ne
purent arriver que ce jour là .
Mr le Duc de Vendofme partit
de Baffano à la petite pointe
du jour pour venir camper à
Pra- Alboino , où il arriva à
fept heures du matin avec la
tefte de la Referve , qui faifoit
l'avantgarde. Ayant appris en
chemin que les Ennemis avoient
abandonné Uftiano, il y marcha
Mm iij
414 MERCURE
auffi-toft. A peine fur- il à un
quart de lieuë qu'il rencontra
deux cens Chevaux des Enneinis
, qu'il fit pouffer , mais ils
prirent la fuite avec tant de
promptitude que l'on n'en put
prendre aucun. Ils pafferent
fur lepont d'Uftiano avec beaucoup
de precipitation . Leur deffein
eftoit de rompre ce Pont ;
mais ils n'eurent le temps que
de rompre la corde d'un Ponton
qui eft à l'entrée du Pont . On
Je reprit à deux cens pas de là ,
& on le remit auffi - toft en fa
place ; de forte que ce Pont fut
rétabli en moins d'un heure . Mr
le Prince Eugene & Mr de Commercy
voyant les paffages de la
Mela occupez , prirent le partide
décamper d'Uftiano la nuit
GALANT 415
du 16 avec leur Armée & leur
Canon's ce qu'ils firent avec
tant de precipitation qu'ils
n'eurent pas le temps d'en démolit
les fortifications , ny d'en
rompre le Pont . On trouva dans
ce Chafteau douze Fours rem
plis de pain, avec tous les inftrumens
pour le faire . On trouva
auffi beaucoup d'armes , de mu.
nitions , & de balots d'habits
pour les Soldats , avec un tresgrand
nombre de bateaux , fans
compter ceux qui formoient le
Pont , qui eft tres- confiderable.
Les Ennemis fe retirerent à
Campitello , entre Marcaria &
Tordoglio , & prirent enfuite
la route de Borgoforte
eftoit leur Pont fur le Pô . Mr
le Duc de Vendofme marcha le
Mm iiij
ou
416 MERCURE
18, au matin pour paffer la
Chiefe Jevous manderay avant
que de fermer ma Lettre ce que
ce Prince aura fait. Sa vigilance
eft tres- grande , & ſes précautions
ne le font pas moins . Dans
la crainte qu'il eut qu'en faifant
une marche diligente , les Ennemis
ne vouluffent prendre
leur revanche en attaquant la
tefte du Pont de Cremone , il
envoya ordre à Mr de Pracontal
d'y jetter en diligence les
fix bataillons qui eſtoient avec
luy,
"
pas
Je croy que vous ne ferez
fâchée de lire la Lettre qui fuit.
Elle eft du 15. du Camp de Baf
fano.
GALANT 4¹7
IL eft arrivé icy trente-fix de nos
Prifonniers des centfoixante -fept
qne Mrle Prince Eugene avoitfait
partir de Trente avec une escorté de
deux Officiers & de quinze hommes
pour les conduire dans le Tirol. Ils
ont fi bien pris leur temps fur le
Lac de Garde , qu'ils ont fait l'ef
corte mefmeprifonniere , & ils l'au
roient ramenée avec eux juſques ici,
fi enpaffantfur les terres des Veni
tiens , on ne les cuft obligez de la re
lacher , comme un acte contraire d
la neutralité qu'ils obfervent. Le
refte joint bande par bande. Mr de
Vendofme donne un écu à chaque
Soldat , & les renvoye, chacun dans
leur Regiment. Ily avoit plufieurs
de nos Officiers auffi prifonniers fur
une autre barque . Nos Soldats ont
voulu les ramener avec eux , mais
48 MERCURE
ces Officiers eftant prifonniers fur
leur parole , n'ont pas voulu revenir.
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit l'Alleluya , qui
fe chante dans le temps de Pafques
. Ceux qui l'ont trouvé
font ,
Mrs Simon & François Prefle
, rue Saint Julien des Menef
triers : Jean Lainé , ruë Portefoin
au Marais : l'infortuné Pigis
: l'Abfent mal vû de l'aima
ble Cathos , du quartier de la
Guerche de Tours : le grandoccupé
du Palais : les Clercs de
Mr du Pont , Noraire au Fauxbourg
Saint Germain : La Dulcinée
de Touloufe : Dom Grander
Grillord , de la ruë de Condé
, & la belle au beau teint de
GALANT 419
la même ruë , & Mademoifelle
Baboulot , de la rue des maffons
: Mademoiſelle Javotte
Ogier , jeune Muſe du coin de
de la ruede Richelieu : la petite
Soeur de Saint François : l'Oifelette
de la ruë de Saint Severin
: la petite Niphine de la Baftille
: la belle Baber de la ruë
Saint Jacques , proche la ruë de
la Parchemineric .
L'enigme nouvelle que je
vous envoye eft de Ms Danfonville.
LES
ENIGME .
Es humains de mes coups , pref
que toujours mortels ,
N'ont aucun fujet de fe plaindre
420 MERCURE
Sije ne frapois plus , il feraitfort
à craindre
Qu'on ne vift plus un jour de Temples
n'y d'Autels..
2
En coupant une tefte ou tranchan
mille bras
Je feay l'art dy donner la vie.
Les maifons où je fers n'attire ..
S point l'envie ,
Et je n'agis jamais fans faire un
grand fracas
Je fouffre volonti
le dos
qu'on me touche
Mais quandil faut qu'un temeraire
Eprouve ce que je fçayfaire ,
To ne respecte plus ny la chair ny les
as
GALANT. 425
Voicy des paroles qui ont efte
mifes en air par Mr l'Abbé Ma-
Simphonie
& fans S
420
MERCURE
Sije ne
frapois plus , il feraitfort
à
craindre
May 2702.
Convenons que chanter, incomparable Amain
teD'accord avec on tour:Etpour nous engager
a luyfaire da pinte. Etpour nous_enga -
ger , a luyfairlir la pinte . Et &c .
GALANT. 425
Voicy des paroles qui ont efte
mifes en air par мr l'Abbé Ma
felin .
AIR NOUVEAU
Onvenons que l'Ile d'Amour
Eft un delicieux fejour,
・Conver
Dans ces lieux enchantez l'incomparable
Aminte
D'accord avec Baccus veut qu'il re
gne à fon tour;
I
Et pour nous engager à lui faire
la
cour,
Sa belle main fe plaift à nous remplir
la pinte.
Le Sieur Claude Rouffel dorne
avis au Public qu'il a mis au
jour un Livre de Motets à une ,
deux , & trois parties , avec
Simphonie & fans Simphonie.
422 MERCURE
!
Ce Livre contient des Motets
pour tous les Mifteres de Notre
Seigneur , & de la Vierge
, pour les Festes des Apôtres
, Martyrs , Confefleurs ,
& Vierges. Il a auffi mis au
jour un Livre de Pieces de
Claveffin de M Clerambaud ,
Organiſte , dedié à Monfieur
le Duc d'Orleans . On trouve
chez lay toute forte de Mufique
Vocale & Inftrumentale .
Ceux qui en voudront faire
graver , s'adrefferont dans la
rue Saint Jacques au deffus des
Mathurins .
Mr de Bouffet , Maiftre de
Mulique de l'Academie Françoife
, & des Academies des
Sciences & des Infcriptions , a
donné au Public un recuëil
GALANT: 423
d'airs ferieux, & à boire , dedica
Madame la Ducheffe de Bour
gogne. Il contient trente deux
Airs gravez par Claude Rouffel.
Le même M de Bouffet continuëra
d'en donner au Public un
pareil recueil , qui le vendra
chez le fieur Rouffel , Marchand
Graveur , ruë faint Jacques au
deffus des Mathurins,
Dame Magdelaine de la Mo
thehaudancourt Prieure du
Prieuré de Saint Nicolas de
Compiegne , eft morte le 22. de
ce mois , âgée de quatre- vingt
dix ans. Xans. Elle eftoit Soeur de
feu M l'Archevêques d'Auch,
& du Maréchal de la Mothe.
Elle est entrée Religieufe tresjeune
dans ce. Prieuré de Saine
424 MERCUR E
Nicolas , où font des Dames ,
Chanoineffes de Saint Auguftin,
qu'elle a toujours tres édifiées
par fes vertus & par fa
grande exactitude à remplir les
devoirs de fon eftat . Ce fut fa
modeftie & fon efprit de Religion
qui luy firent remettre
entre les mains du Roy le Brevet
de l'Abbaye d'Argenfole ,
de l'Ordre de Saint Bernard
mais elle ne put refifter à l'élection
qui fe fit unanimement
de fa perfonne , par les Dames
Religieufes de fa mailon ,
pour eftre leur Prieure perpetuelle.
Elle les a gouvernées
avec toute la fageffe & toute
la douceur poffible , de forte
qu'elle eft regrettée non - feulement
de toutes les Religieufes
GALANT. 425
-
defon Monaftere ; mais de toute
la Ville de Compiegne. Tous
les Religieux & Ecclefiaftiques
de la Ville fe trouverent à fon
Enterrement dont la Ceremo .
nie fe fit par le Pere Dom Guil·
laume Camufet , grand Prieur
de l'Abbaye de Saint Corneil
accompagné de toute fa Communauté.
Toute la Ville s'eft
empreffée d'honorer la memoire
de cette Illuftre Prieure .
Ona
fait pour elle dans l'Eglife principale
, qui eft celle de l'Abbaye
de faint Corneil de Compiegne,
un Service tres- folemnel , où
tout les corps de la Ville le font
trouvez Toutes les autres
Communautez les unes aprés
les autres ont fait auffi un fervice
dans l'Eglife du Prieuré de
May1702 .
Nn
t
426 MERCURE
Saint Nicolas ou fon corps repoſe.
Je vous ay promis un nouvel
Article de Keiferlvert , & je
vous tiens parole .
Les Ennemis ayant pouffé
depuis quelques jours leur
grande ligne de communication,
& cette ligne n'eftant foutenuë
de rien , & par confequent tresaifée
à renverfer . Mr de Blainville
ne trouvoit aucun obſtacle
au deffein qu'il avoit formé de
faire que le rideau qui occupé
depuis la redoute du Cemetiere
Julqu'à la flaque d'eau , & qui
eftant fort efcarpe obligeoit à
défiler fort prés d'eux par les
deux ſeuls chemins qui le coupent
, ce qui donnoit un grand
avantage en les attaquant it.
GALANT 427
eftoit question d'abattre će rideau
pour pouvoir enfuite marcher
en bataille à eux : voici ce
que ft Mr de Blainville pour y
réüffir. Il fic fortir le z1 ; à minuit
quatre cens hommes & cinquante
travailleurs. Deux cens
de ces quatre cens hommes ,
avoient ordre de fe couler le
long des bleds qui font entre le
logement du chemin creux , &
enfuite de replier le long de lat
Tranchée des Ennemis , & de
ła renverfer. Il avoit efté ordonné
aux deux cens autres de
s'aller mettre à la gauche de la
Baque d'eau , couverts d'un rideau
, jufqu'à ce que les premiers
fuffent aux mains , enfuite
de quoy ils devoient fe lever ,
marcher droit à la ligne des En-
Na iiij
428 MERCURE
15 :
gne
nemis , & mettre ainfi cette li
entre deux feux . Pendant
ce temps- là les cinquante travailleurs
devoient abattre le rideau
, & quinze Grenadiers
avec deux Canoniers , aller enclouer
la Batterie de deux picces.
Tout cela reüffit . Les Ennemis
prirent la fuite de tous
coftez ; on abattit le rideau , &
on fe rendit maiftre de leur Canon
, dont les Canoniers emporterent
les armes ; mais ils ne
purent les enclouër , quoy qu'ils
euffent mis cinq cloux dans chaque
lumiere. Elles fe trouverent
fi grandes qu'on y auroit
mis les cinq doigts de la main.
On tua beaucoup de monde , &
on fit un Officier & deux Soldats
Prifonniers. Après avoir
GALANT 429
fait ce que defiroit Mr de Blainville
les Troupes fe retirerent .
avec tout l'ordre poffible par
l'endroit qu'il leur avoit marqué
, c'est à dire , le long de la
fappe des Ennemis , que l'épou
vante empêcha de rentrer dans
leurs Tranchées que plus d'une
demie heure aprés l'action . Les
chofes ainfi difpofées pour la
grande fortie
que Mr de Blainville
meditoit , mais qu'il ne
vouloit faire que de jour , fçachant
combien les actions . de
nuit font dangereufes . Sur les
quatre heures du matin il fit
fortir huit cens hommes qui déboucherent
tout à la fois par
plufieurs ouvertures qu'il avoit
fait faire dans le chemin cou
yert, & qui marcherent droit au
430 MERCURE
rideau qu'on avoit applany
dans la premiere fortie , & aux
Tranchées des Ennemis , qui
prirent la fuite de tous coftez.
Les feuls Officiers ayant
fait ferme , & s'eftant tous fait
tuer , on netoya toute l'efpace
de tranchée qui eft entre la redouce
& la flaque d'eau , & on
commmença à détruire leurs
travaux , mais on n'euſt pas le
temps que Mrde Blainville aufoit
fouhaité pour les bien combler
, parceque fur ces entrefaites
, ilfortit deux bataillons de
derriere la redoute duCimetiere
foutenus de deux Gardes de Cavalerie
qui firent plier nos gens
& les obligerent de fe retirer
avec un peu de précipitation.
On combia ving - cinq à trente
GALANT. 431
toiles de leur premier Boyau.
Mr le Chevalier de Croffi fur
bleffé au bras : mais peu dangereufement
en faifant tout ce
qu'on pouvoit attendre d'un
tres brave homme , & d'un fort
bon Officier. C'eftoit luy qui
commmandoit la feconde forrie
.
Mr le Marquis de Saint Suplice
a eu un doigt caffé & deux
groffes contufions . C'eftoit luy
qui commandoit la premiere
fortie , & il y a fait paroiftre toute
la valeur imaginable ; Mr de
Treffeffon a efte bleffé legerement
& Male Fevre Lieutenant
Colonel d'Orleans l'a efté dán- ;
gereufement de deux coups , it
commandoit la gauche de la
premiere fortie & a fait tout ce a¨
432 MERCURE
Mr
qu'on peut attendre d'un vieil
Officier experimenté & plein de
courage . MrDolive , Lieutenants
Colonel de Languedoc , a efté
bleffe dangereufement
.
Remond , Ingenieur en Chef ,
bleffé à mort, douze Capitaines
bleflez , deux Officiers tuez ,
onze bleffez , cinquante Soldars .
tuez & cent bleffez .:
*
Il eſt aifé de s'imaginer , que.
les choſes s'eſtant paffées dans
ces deux forties , comme je viens
de vous marquer , les Ennemis
doivent avoir fait une groffe
perte, & fur tout d'Officiers ,
mais je doute qu'ils foient auffi
finceres que ceux qui ont écrie
la noftre de Keyferfvert même ,
& qui l'ont mandée , felon
l'eftat qui en a efté dreffé. J'ay.
3154
vu
GALANT 433.
Jay vû des Lettre de Cologne
qui portent que l'un des deux
Bataillons dont il eft parlé dans
cet Article , & qui eft Hollandois
, avoit été fi maltraité qu'on
ne le devoit plus compter les
Ennemis ayant effuyé ces deux
forties aprés avoir abandonné
leur attaque du haut Rhin , ne
ne doivent pas cftre encore fort
avancez.
Vous me demandez comment
les Etats Generaux fe tireront
d'affaire avec avec M l'Electeur
de Brandebourg , touchant
le Teftament du feu Roy d'Angleterre
, & qu'ils doivent eſtre
embaraffez dans la conjoncture
préfente. Ils ont déclaré qu'ils
eftoient auffi Executeurs du
Teftament du Prince Frederic
May 1702.
Oo
434 MERCURE
Henry , qui eft en faveur de Aft
1'Electeur de Brandebourg. Ce
menagement empêche que le
Prince de Naffaune foit mis en
poffeffion des biens que S. M.
Britannique luy a laiffez, & l'on
dit fourdement que les Etatsent
deffein d'accommoder cette
affaire , moyennant une fomme
confiderable qu'ils feront offrir
à M³ l'Electeur de Brandebourg
,
pour l'engager à renoncer à les
prétentions , & qu'on prendra
cette fomme pendant trois ou
quatre annéesfur les revenus de .
cette fucceffion .
Je ne puis m'empefcher de
Vous parler de nouveau du
Roy d'Espagne. J'ai encore mil
le chofes à vous en dire que
je reſerve pour le mois proGALANT
435
chain. Je vous diray feulement
que la Nobleffe du Royaume de
Naples , voyant qu'il avoit la
bonté de fe communiquer fouvent
au Peuple , & en ayant
temoigné du chagrin , parce que
cette bonté eftoit- cauſe qu'elle
joüiffoit moins fouvent du plaifir
de le voir en particulier,
ce Monarqué l'ayant fçû , dit ,
qu'il eftoit également Roy de la
Nobleffe & du Peuple. Comme
on luy donne fouvent la Mufique
pendant fon dîner , il dit un
jour en écoutant ceux qui chantoient
fans les voir , qu'il y
avoit parmy eux une voix plus
claire qu'à l'ordinaire , & qu'il
n'avoit pas accoutumé d'entendre.
Ce Prince ne fe trompoit
pas , & il fe trouva une fille
O o ij
436 MERCURE
.
feule parmy un grand nombre
d'hommes. Ildeffendit que cela
arrivaft à l'avenir , ce qui luý
attira de grandes louanges.d
Le premier jour de ce mois
on luy fit préfent de fleurs &
de fruits que l'on ne voit en
plufieurs Etats que quelques
mois plus tard , & ily avoit même
des melons . Il dit en les
confiderant qu'il auroit vou
lu les pouvoir envoyer au Roy
fon Grand - Pere , afin qu'il connuft
par la ce que c'eft que Na→
ples . Comme il marquoit par
ces paroles qu'il eftimoit beaucoup
ce Royaume , elles reçue
rent de grands applaudiffemens.
Ce Prince dit chaque jour quelque
chofe de nouveau qui luy
en attire & fa reputation eft
200
GALANT: 437
tellement établie dans toute
'Italies que les Etrangers ne
peuvent plus trouver à Naples
où fe loger, & qu'on manque
de voitures , quelque prix que
l'on en veüille donner , pour s'y
rendre de toutes les Villes d'L
Jalies snom na að khu sosuut
22Ƒay peu de nouvelles à vous
apprendre du haut du Rhin :
des habitans de Kel ont demandé
le rétabliſſement du Pont de
Strasbourg , ce que Mule , Ma
rechal de Cacinat deur a refufé,
en difant que puiſqu'ils avoient
commencé à rompre le Com
merce , il n'en vouloit plus.
avoir avec eux , rerefonach ,
Midu Gafquér , Brigadier ,
& M de Nectancour ayant leur
Regimens dans Landau , réfo
O o iij
438 MERCURE
lurent de s'y jetter. On leur
donna trente Grenadiers pour
les eſcorter , & deux guides.
Lorfqu'ils fe virent à vingt pas
de la Place , & qu'ils crurent
n'avoir plus rien à craindre
ils renvoyerent leur eſcorte , &
furent pris un moment aprés ,
par un Party de l'Armée de M&
le Prince de Bade . Un Grena
dier qui avoit deſerté dans la
route , avoit averti les Enne-
-mis , qui l'avoient auffi efté par
un des Guides. Mr le Prince de
Bade, qui ne fait pas moins la
guerre en galant homme qu'en
grand General , leur fit mille
honneftetez , & leur offrit toutes
les chofes dont ils pouvoient
Savoir befoin. Plufieurs Officiers
de fon Armée firent la
GALANT. 439
-
même chofe à fon imitation.
L'Armée que commande Mr.
le Maréchal de Catinat , eft
déja de vingt - quatre mille
hommes , & il y arrive tous les
jours de nouvelles Troupes.
Elle campa le 1. en front de
bandiere , en s'étendant vers
Haguenau.
La grande diverfion que le
General Coëhorn prétendoit
‹ faire , n'a abouti qu'à la prife
du petit Fort de Saint Donat ,
qui n'eft que de terre , & dont
on avoit retiré la garniſon .
Dans le même temps Mr le Marquis
de Thoy prit un petit Fort
à la gauche de Hulft , & le rafa .
Mr de Verboom attaqua auffi
dans le même temps & prit le
- Fort de Kei - kuith fitué à la droi
O o iiij
440 MERCURE
te de Hulft La prife de ces deux
Forts à la gauche & à la droite
de cette Ville- là , fit craindre
"aux Ennemis qu'elle ne fuft ataraquée
& voyant que nous,
avions déja pris noftre revanche
de la prife du Fort de Saint
2 Donat par celle de deux de
leurs Forts. Ils apprehenderent
que la Ville de Hulft n'euft le
même fort. Cette raiſon & quelques
autres qui n'eftoient pas.
moins- preffantes , leur fit redemander
fept Regimens des
Troupes qui compofent la petite
Armée de Mr de Coëhorn .
Deux de ces Regimens devoient
eftre jetez dans Hulft. On en
idevoit embarquer un, & les quaire
autres devoient renforcer
-l'Armée de Mr le Comte d'AtlGALANT:
441
hone, que celle de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne inquiéte
fi fort qu'elle coucha dernierement
deux jours & deux nuits .
fous les armes ; la deſertion y eft
fort grande. Deux de nos Ga-
Jeres ont porté des fecours au
Fort Ifabelle , & Mr de Coëhorn
doit eftre prefentement réduit
à fe deffendre .
Les Partis de la Garnifon de
Maftric font fouvent malheureux.
Ils ont manqué Namur s
ils ont efté chaffez de Huy avec
une perte confiderable , & Mr
le Commandeur de Courcelles
en vient de battre un qu'il a
pouffe jufqu'à la Barriere de
Yndolen , en leur tuant & bleffant
beaucoup de monde , fans
avoir eu qu'un Cornette de Fe442
MERCURE
rar tué & fix Dragons bleffez:
Ce Party fe fauva du cofté dé
Boifleduc avec tant d'épouvan
te que ceux qui le compofoient
rompirent aprés eux les Ponts
fur le Domel .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
eft tonjours dans fon-
Camp . de Santen , au milieu
de l'abondance , qui s'y confer
ve aux dépens des Ennemis.
Toute la Cavalerie eft dans le
meilleur eſtar qu'il foit poffible
de fouhaiter , loin qu'on manque
de quelque chofe dans ce
Camp , tout s'y trouve en fi
grande quantité que l'on mande
qu'il ne fera pas poffible aux
Troupes de confommer tou
tes les provifions qui y font.
Monfeigneur le Duc de Bour
GALANT 44$
gogne les charme par fes may
nieres honneftes , & fait voir
par fa vigilance & par fon activité
ce qu'il feroit dans l'occafon.
Il-inquiete fort les Ennemis
& fon Camp eft exempt d'a
Jarmes. Il y arrive tous les jours
un grand nombre de Deferteurs
dont la plupart font Anglois. Ce
-Prince attend avec beaucoup
d'impatience fa maifon, fes équi
pages , fa groffe Artillerie , &
quantité de munitions de guer
retout cela doit être préfente
ment arrivé,, ce qui fait que les
Ennemis craignent pour toutes
leurs plus fortes Places , & fait
murmurer lepeuple d'Hollande
de la Déclaration de la guerre.
Ben parleray en fon temps auffi
bien que de celles des Anglois.
444 MERCURE
Cependant nous faifons beau
doup de prifes fur l'une & fur
l'autre Nation , ce qui les chagrine-
fort, som han en bait
Nous avons laiffé Mr le Duc
de Vendofme le 18 à la pourfulte
des Ennemis. Voyons de
que ce Prince a fait depuis cetemps
- là . I envoya le 19. Mr
de Villiers avec fix cens Chevaux
ou Dragons pour fommer
Canetto & en cas de refus ,
pour Pinveſtirudes cofter Le
Commandant répondit qu'il ne
voyoit ny Infanterie ny Canon ;
2& que lors qu'il en verroit , il
fongeroit à fa réponſe. Mr le
Dud de Vendofme by envoya le
mêmefoir deax Brigades d'Infanterie
& quatre pieces de
Canon Elles arriverent le 20 au
GALANT. 445
matin , & ce Prince s'approcha,
lui- même de la Place . Il fit offrir .
aux Affiegez la capitulation
qu'avoit euë Mr le Chevalier,
de Maulevrier , qui demeura,
Prifonnier de guerre avec toute
la Garniſon . Ils répondirent,
qu'il y avoit de la difference ,
que ce Chevalier avoit tiré fur
les Troupe's Imperiales , & qu'ils
n'avoiont point tiré fur celles,
de France. On demeura ferme,
à vouloir qu'ils fuffent Prifonniers
de guerre , & ne voyant
point d'autre grace à efperer, ils
y confentirent. Il y avoit dans la
Place quatre cens quatre hommes
, un Ordonnateur , un Lieu .
tenant Colonel , quelques Officiers
, & des provifions de farine.,
Le 20.au matin Mr le Mar445
MERCURE
-
quis de Villiers envoya un par
ty de cinquante Maiſtres au del
lá de la Chiefa. Il- en trouva›
un de 30. Maiſtres prés d ' Aquanegra
, qui prirent auffi - toft la
fuite. Il y en eut un de tué &
trois furent faits Prifonniers.
Ils affurerent que leur armée
cftoit à Borgoforte. On apprit
par d'autres nouvelles qu'ils
eftoient encore plus loin , &
d'autres dirent qu'ils qu'ils rompoient
leur Pont de Borgoforte.
Monfieur le Duc de Vendôme
fe préfenta devant la Chiefa ,
& la paffa fans aucune oppofition
. Il dépêcha auffitoft Mr
le Marquis de Crequi avec un
gros Corps de Troupes qu'il
envoya à Mantoüe
renforcer la Garnifon.
à
Mantoue , pour en
GALANT 449
1
Les grandes chofes qui fe.
font paffées en Italie & au Siege
de Keyferlvert , eſtant arrivées
fur la fin du mois , auffi
bien que d'autres nouvelles
curieufes , lorfque ma Lettre
eftoit déja remplie , m'ont me
né fi loin que je fuis obligé de
remettre plufieurs articles au
mois prochain , n'ayant pas même
le temps de vous parler de
l'ouverture de l'Affemblée du
Clergé.
La nuit du 24. au 25. Mr Filet
Ingenieur , entra dans Keyſerfvert
, avec des Armuriers , deux
Mortiers , & quelques pieces de
Canon .
On dit que le Prince Eugene
a feparé fon Armée en trois
Corps pour ramaffer les Trou443
MERCURE
pes qu'il a en differens Poftes
qu'il ne peut garder , & pour
s'éloigner plus aifément de celle
de Mr de Vendofme. Je fuiss
Madame , voftre , & c .
A Paris , ce 31. May 17020
TABLE.
Seance publique de l'Academie
des Médailles & des Infcrip
tions.
268
Seance publique de l'Académie des
Sciences.
Madrigal
227
A
279
Noms de ceux à qui le Roy a per
mis de leverde nouveaux- Regi
t men's .
Carie nouvelle:
Morts.
Penfion donnée par le Roy.
Nouvelles de Mantouë.
180-
284
286
299 .
301
•l'Eglife des Invalides Poëme. 307
зн Ballade.
Memoires du Comte de avantfa retraite
redigez par Mr de Saint
Evremont.
315
Augmentationsfaites à la carte du
Milanez.
316
Troifiéme article de Morts. 318
Ppij
TABLE.
R
Mr le Chevalier de Graville eft
nommé pour remplir la place de
Mr de Forval auprès des Gri-
Sons. A sh
9780525
Suite de la Marche de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne 321
Confpiration de Namur & affaire
327 dHuy
Suite du Siege de Keyferfvert. 303
Tout ce qui s'eft paffe à Naples depuis
arrivée du Roy d'Espavogne.
Nouvelles de Rome.
T
361
398
Suite des Nouvelles d'Italie. 405
Articles des Enigmes. Bol 1418
Livre de Motets mitov 421
Recueil d'airs ferieux de Mx du
IsBouffet.
Troifiéme article de morts.com -423
Sorties faites par la Garnifan de
& Keyferfvert , do futóra, a
422
416
TABLE.
Expedient trouvé par les Etats Graux
pour donnerfatisfaction à
Mr Electeur de Brandebourg
furla Succeffion dufeu Roy d'Angleterre.
Suite de l' Article de Naples. 434
-Nouvelles du haut Rhin.
с
434
437
Nouvelles des Armées de Flandres
.
!
-
439
Partis de Maftric mal reçus , &
Stomaltraitez un pennor 441
Nouvelles de l'Armée de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. 442
Suite des affaires d'Italie. 444
Nouvelles de divers endroits. 447.
Avis pourplacer les Figures .
L'Air qui commence par
C'est à toy divin ‹ Bacchus , doit
- regarder la page 202 .
L'Air qui commence par ,
Convenons que l'Ile d'Amour doit
regarder la page 411 .
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