Fichier
Nom du fichier
1702, 04
Taille
11.60 Mo
Format
Nombre de pages
459
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur
511th
Sur.5
1702,4
Mercure
<36624505610018
<36624505610018
Bayer. Staatsbibliothek
1
MERCURE
GALANT
DEDIE'AMONSEIGNEUR
LE DA UPNIH.
AVRIL
1702 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET ,Grande Salle
Palais , au M
Gjoncture
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en vean le vendront
dorefnavant trente-hait fols , quant
aux volumes qui feront relez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy d
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres tifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantit
AU LECTEUR
.
de défigurez
, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille
, sil
de n'eft bien écrit. On prie
nouveau
ceux qui en envoyens
d'y prendre
garde,
s'ils veulent
les noms
que
propres foient corrects . On
avertit
encore qu'on neprend
aucun
argent
pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour, pourvu
qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
eux qui les envoyeront
en
ffranchissent
le part.
MERCVRE
GALANT
I
AVRIL , 1702.
E ne commence jamais
aucune de mes
lettres que par quelque
action du Roy ou par quel
que Ouvrage à la gloire de ce
Prince. Je vous en envoye
un qui regarde Sa Majesté.
A iij
6 MERCURE
& le Roy d'Efpagne , & dans
lequel ces deux Monarques
font noblement louez. Je
ne doute point que vous.
' ne demeuriez d'accord de
fa beauté , aprés que vous
vous ferez donné le plaifir
de le lire.
Ce Sonnet eft de Mr Senecé
premier Valet de
Chambre de Feüc la Reine ,
Vous fçavez avec quel empreffement
fes ouvrages font
fouhaitez .
GALANT. 7
SUR LE PASSAGE DU
Roy d'Espagne
..
en Italie .
SONNET ,
DV plus grand des Heros le
\ 'nom s'est étendu,
Par tout où le courage à l'honneur
peut pretendre ;
Iln'a rien attaqué qui nefefeit ren
du ,
Quenefera tilpointpour ce qu'il
veut deffendre ?
2
J
Il commande : & son ordre eft a
peine entendu
Que le bonheur François part du
fond de la Flandre:
La victoire l'escorte , & n'aura
rien perda
A iiij
8 MERCURE
Pour quelques cours momens em-.
ployés à l'attendre.
Philippe cependant ne peut fe retenir
;....
A eux de fon Ayeul fes foudres
vont s'unir ,
Il n'eft point de fierté que fon bras
n'humilie :
S
O vous , unique objet de fes tra
vaux guerriers .
Immortelle Foretpréparez vos lauriers
,
Ceft le fang de Louis qui paße en
Itale.
Le traité que vous allez
lire eft de Mr Melamak , Medecin
à Caftellarrafi . Il eft.
GALANT
୭
fur une matiere tres curieufe
, fur laquelle il ſemble
qu'on n'ait rien encore donné
au public de fi recherché.
RECHERCHE PHISIQUE
des caules de la vieilleffe ,
& de la mort naturelle
'Homme cet illuftre
LHcompofé de deux fubftances
contraires , ce Chefd'oeuvre
de la nature cet
admirable prodîge de l'Univers
; que la fublimité de ſon
efprit éleve fans ceffe à la contemplation
de la haute Sagef
10 MERCURE
fe de fon Grea teur , & les
rend en quelque façon le
Compagnon de fa Gloire ;
cet homme quelque grand
qu'il foit par la Nobleffe de
fon origine, fe voit fujet ( par
le malheur qu'il a d'eſt rè aſſocié
à un corps corruptible):
à une infinité de miferes qui
l'affligent fucceffivement , &
qui ne fe terminent que par
la mort.
Les Anciens Philofophes
fe font contentez de plaindre
le forb de cet illuftre infor.
tuné , fans luy procurer au
cune forte de confolation.
1
GALANT.
II
Les Medecins qui devoient
travailler uniquement à retarder
au moins fa ruine totale,
& à foulager les foiblef.
fes , n'ont encor fçeu rien
trouver pour fon foulagement
, par la néglience avec
laquelle ils ont examiné les
caufes de la vieille ffe & de la
mort naturelle ; fans l'intelli.
gence defquelles on ne peutconnoitre
que tres impar.
faitement une infinité de maladies
qui nous accablent
tour à tour.
Je ne fais pas furpris que
lesAncions ayentpris lechan :
12 MERCURE
ge puifqu'ils ignoroient également
la nature de l'ame , &
celle du Corps dont ils n'avoient
jamais bien connu l'economic
. Ainfi comme ils
raiſonnoient fur des principes
obfcurs qui n'étoient à
yray dire que de purs verbia .
ges , ils ont voulu payer la
pofterité de la monnoye qui
avoit cours chez eux. C'eft
de ces fondemens fi ruineux
qu'ils tiraient les confequen .
ces pour la folution de la dif
ficulté que je cherche ; & que
pour n'eftre jamais courts , ils
avoient toujours à alleguer la
GALANT . TT3
•
confomption de l'humide
rodical , le galimatias de la
diffipation de la chaleur naturelle,
& tous ces autres grands
mots qui ne veulent rien dire
, non plus que leurs fameux
clemens & leurs celebres qua
litez dont les Mifteres ont
envelope fi long temps dans
de profonds tenebres la verité
que je cherche.
Les Modernes ayant puifé
dans de meilleures fources ,
auroient fans doute réuffi
dans leur deffein , fi la précipitation
de leurs jugemens
ne leur euft fait fouvent tirer
14 MERCURE
des conclufions plus étendues
que leurs principesce
qui eft une faute affez ordinaire
aux Phificiens .
La reflexion que j'ay faite
fur les manieres des uns &
des autres m'a porté à faire
un exacte revûë l'a - deffus ,
& defefperant de trouver le
principe de la morr naturelle
fi je ne connoiffois auparavant
les principes de la vie
corporelle ; j'ay recherché
avec foin les caufes du mou.
vement qui dure en nous depuis
la naiffance jufqu'à la
mort ; & quoy qu'en exami,
GALANT. AS
nant les caufes de ce fameux
mouvement je n'en aye pas
fait l'application aux animaux
lorfque j'ay communiqué au
Publicl'idée que javons l'à deffus
dans le Mercure du mois
de Janvier dernier ; je crois en
avoir affez dit pour l'intelli .
gence de la queſtion que je
me fuis propole d'éclaircir .
Tout le monde (çait que
la vie de l'homme qui confil.
te dans l'union de l'ame avec
le corps ne puft souffrir, aucune
alteration par rapport à
la premiere de les parties , qui
na aucune communication
16 MERCURE
avec les autres corps de l'uni .
vers , que par l'entremise de
celui à qui elle est jointe . Ainfi
je ne vois pas qu'on doive
chercher les caufes de la vieilleffe
& de la mort naturelle
dans cette augufte fouveraine
de l'universque nous fçavons
d'ailleurs eftre immortelle .
Il faut donc le retrancher
au corps où nous ne remar
quons , que des parties folides
de differentes figures
& des liqueurs renfermées
dans des tuyaux , & c'est par le
défaut de fonction des autres
, ou de tous les deux à la
GALANT 17
fois que la vieille ffe, & la mort
nous enlevent.
La dépendance mutuelle
des liqueurs ; & des parties
folides de noftre corps pour
l'exercice de fes fonctions &
le fecours mutuel dont elles
nefçauroient le paffer,caufent
l'embaras où l'on eft . de fça .
voir à qui attribuer la deftruc.
tion de cette induftrieuſe machine.
On convient que dés te
premier inftant de la vie d'un
animal ; tous les organes ne
ceffaires à contenir les li-
曲
queurs font en eftat de faire
Avril 1702. B
18 MERCURE
cette fonction :
: que celles.cy
par leur mouvement fermen
tatif, & circulaire portent la
nourriture àtoutes les parties
& fourniffent la matiere des
fermens neceffaires
pour
entretenir la fermentation du
fang & des autres fucs qui
arroſent noftre corps.
fes
On convient auffi que
organes s'entraident recipro
quement , que le coeur coeur par la
contraction de les fibres pouf
fe le fang au cerveau , fans
quoy les efprits animaux fi
neceffaires pour toutes les
fonctions tomberoient dans
ISA
GALANT 19
une Celiple mortelles que le
cerveau envoyant ces mefmes
eſpics qu'il à filorez à travers
les petits tamis de les glandes
au coeur luy donne la force de
faire fa fyftole , & de pouffer
lelang que laveine cave, & la
veinepulmonaire verfent fans
ceffe dans fes caviteza
· De forte que le mouvement
fermentarif & circulaire
du fang dépend abfolument
de l'action de ces deux
Nobles parties qui ont besoin
à leur tour de fon influence
continuelle , les autres vifce.
res auffi comme le foye , la
Bij
20 MERCURE
rate , le panereas , le ventri
cule , le mefentere dont les
fonctions ne sçauroient fe faire
independamment
de l'ac .
tion du coeur , & du cerveau
qui leur fourniffent chacun
les liqueurs qui font la matiere
des fermens : toutes ces
parties rendent aux liqueurss ,
au coeur & au cerveau le même
office qu'elles en ont reçu .
& fi le foye ne fçauroit ſeparer
le ferment biliere les
glandes ftomachales, le fer
ment pour la chilification
fans le fecours des efprits , &
du fang que le cerveau , & le
7
GALANT. 2
coeur leur fourniffent fans interruption
; ces deux dernieres
parties à leur tour feroient
fort incommodées dans leur
action fans le fecours de pre
cedentes .
Cette mültiplicié de cau
fes qui dépendent les unes
des autres fait qu'on ne fçait
à qui eft ce qu'on doit impu
ter les commencemens funeftes
de noftre, décadance ;
& de noftre perte. Pour ne
pas ennuyer les Lecteursje ne
metray icy en ligne de comp
te aucune de ces cauſes occafionnelles
, dont les moindres
22 MERCURE
changemens produiſent en
nous des effets furprenans , &
dont les violentes impreffions
enlevent une infinité de
gens au milieu de leur carriere.
Je fuppoferay même ( ce
qui n'arrive pas ) que l'air
foit toujours agité de vents
benins , & remply de Corpuf
cules favorables pour nouss
que l'on n'ufe que des ali
mens convenables , & unifor
mes ; que l'on foit fi fort
Farbitre de fes paffions ; qu'el
les ne nous portent jamais à
rien qui intereffe noftre fanté
; que la fortune fans nous
2
GALANT 23
embaraffer des chofes fuperflues
, répande fur nous avec
quelque profufion tout ce
qui pult nous eftre utile; q'ue.
Lant nez de parens fains &
vigoureuxdoüez d'unne bon .
ne complexion , & connoiffant
tout ce qui peut l'entretenir
nous ne negligons rien
pour cela , que tout confpire
enfin à nous rendre heu
reux dans un état frextraor.
dinaire , l'homme arrive à ce
point fatal , d'où il ne fait
plus que décheoir juſqu'à la
morc
"
Cesliqueurs fi pures com
24 MERCURE
mencent
peu à
peu
à ·fe
corrompre
, ces fermens
fi
actifs , & fi abondans
ſe diffipent
avec le temps , & per
dent peu à peu leurs forces ;
ces parties
folides
dont la
ferme
confiftence
confervoit
ces tamis fi fins & fr
deliez
fe deffechent
peu à peu
dés qu'elles
ne font plus arroulées
de ce precieux
baume
de nos liqueurs
. Les écou
lemens confiderables
que la
fermentation
de nos fucs
chaffe
continuellement
au
dehors
nous feroit bientoft
trouver
la fource
de la mort
dans
GALANT 25.
dans la fource de la vie
fi Pair & les alimens qui
renouvellent fans ceffe ces
mêmes fucs ; & rétabliſſent
nos pertes à mesure que
nous les faifons , ne travailloient
de leur cofté à nous
immortalifer.
L'homme dont j'ay donné
cy - deffus le portrait doit
toujours garder les forces
entieres , fi l'air, les alimens
& le fang , font les mêmes .
Premierement , les alimens
& l'air font les mêmes , ainfi
que j'ay fuppofé ; le Sang
cft le même , fi la perte qui
Avril 1702
. C
26 MERCURE
s'en fait par la tranſpiration
eft précilement reparée , comme
elle l'eft infalliblement
par la même quantité & qua.
lité du fuc chileux qu'il doit
fermenter ; le fuc chileux eft
le même, parce qu'il eſt fair
par un ferment égal des mê .
mes alimens ; donc l'homme
cy deffus nepût décheoir par
la diffipation de la tranfpi.
rations ny par l'affoiblifement
des fermens comme
je vais le prouver . Tous les
fermens font vigoureux , &
actifs , fi le lang qui en eft
la matiere , & les couloirs
GALANT 27
qui les filtrent font bien dif
pofez, ce qui ne fçauroit eftre
nié. J'ay déja prouvé que le
fang eftoit le même , ce ne
fera donc jamais par la faute
que les fermens commenceront
à fe gâter. Ce fera
donc par la faute des colatoires
& fans cela je ne vois
pas la raifon pour quoy
au premier inftant de la
vieilleffe le ferment ftoma
chal peut avoir diminué en
quancité ou en qualité , puiſque
la même quantité d'un
fang égal doit avoir fourni é
gale matiere de ferment;que
Cij
28 MERCURE
celuy cy a fon tour pro .
duifant égale quantité de
chile doit toujours entretenir
le fang dans la même
difpofition.
Il femble par la que les
Couloirs dont le corps eft el
parfemé s'ulant avec le tems,
font la premiere caufe de
nos malheurs ; mais comme
ces couloirsne fçauroient s'u
fer tandis que les fucs repare.
ront les pertesqu'ils fouffrent
par leur action continuelle ,
& que ces fucs doivent né .
ceffairement reparer
brêches, puifque leur diftri
ces
1
GALANT 29
bution , & leurs forces font
égales , donc ce n'eft pas là
non plus qu'il faut s'adreffer
pour trouver la verité .
Il en eft qui cherchent
la mort dans la vie , & qui
de la fermentation exceffive
du fang , & de l'exaltation
des fermens inferent la diminution
des uns & des autres
par l'atrition mutuelle
de leurs particules , & qui
veulent que la rapidité qui
cours des uns & des autres gâ
te la bonté des couloirs, d'où
s'enfuiventl'impureté desfermens
, la maigreur , l'affoiblif :
C iij
30 MERCURE
fement , & c. D'où il s'enfui
vroit que les gens les plus
robuftes feroient ceux qui
vieilleroient
plutoft & qui vi ;
vroient moins de temps.
Pour la réfolution de la
préfente difficulté , je reconnois
. Prima Dés le premier
inftant de la vie un mouvement
fermentatif
& circu .
laire, Secundo Que ce mou .
vement n'a pû commencer
,
fans qu'il y euft des vaiffeaux
pour contenir les Liqueurs ,
& des routes certaines que,
les fucs duffent parcourir
; &
qu'ainfi dés le premier inf
GALANT 3r
tant de la vie d'un Animal
Tous les organes neceffaires ,
quelques pecics & infenfibles
qu'on les conçoive ont com.
mencé leurs fonctions. Ter
tio. Que re mouvement fermentauf
& circulaire de nos
fucs , qui dependent en quel .
que façon l'un de l'autre ; &
tous deux de la loüable difpofition
des humeurs & des
organes que ce double mouvement
eft la caufe de la
nourriture & de l'accroiffement
des Animaux. Quarto,
Que cette augmentation
ceffe lorfque les petits pores
C iiij
32 MERCURE
des parties folides qui ont
une infinité de figures , ont
efté remplis par les parties
infenfibles des Liqueurs : De
forte que la matiere æthe
rée ne puiffe plus les parcou
rir ſi ailément qu'elle faifoit
auparavant,parce qu'alors les
corps ainfi infinuez dans les
porules des parties folides ,
qui font bien fouvent polyformes,
refferrent fi fort leurs
parties qu'elles ne peuvent
plus enfuite admettre les
nouveaux corpufcules des
Liqueurs, lefquelles n'ayant
que certains degrez de mou
7
GALANT.
33
vement , ne (çauroient furmonter
la reſiſtance que les
parties folides font à leur
action.
C'est ainsi que les os qui
ont dans les premiers mois
de la formation du foetus ,
une moleffe égale à celles des
membranes , durciffent peu
à peu au point que nous
voyons dans l'homme , par
l'introduction des corpufcules
des Liqueurs dans les pe
tits pores de leurs fibrilles ,
qui en chaffent la matiere
ætherée , dont la prefence
entretenoit la moleffe des
34 MERCURE
os , & empêchoit que leurs
fibres ne fuffent continues. -
Cette dureté que les os
à peu
dans
acquierent peu
le foetus , dans les enfans , &
dans les adultes , peut bienarriver
, quoique d'une ma
niere infenfible , dans les
parties folides , & puifque le
foetus & les enfans fouffrent
de fi grands changemens
dans leurs os , quoique leurs
fucs foient dans une grande
pureté, n'a t'on pas raifon de
préfumer que les parties
mufculeules, les viſceres , &
les tamis de noftre corps ·
GALANT: 35
acquierent avec le tems une
dureté qui dérange le bel or
dre que la nature a établi dans
la conftruction de nos corps ,
& c'eſt cette dureté qui em
pêche que l'Animal ne puiffe
croitre en hauteur aprés
fon adolefcence. L'offification
des cartilages de la ma
choire inferieure , & du fter.
num , prouvent invincible
ment la continuation de cer
endurciffement ...
Il y a fujet de s'étonner
que les Anciens qui ont vû
ces derniers progrez de l'olfification
des Cartilages
, &
36 MERCURE
des Membranes , n'ayent pas
tiré de ces obfervations , des
confequences fit naturelles ,
& que les Modernes qui ont
recherché avec tant d'induftrie
l'offification fucceflive
du foetus , n'en ayent pas tire
les avantages qu'ils pou .
voient fe procurer par leurs
découvertes .
Cette dureté des parties foli
des étant une fois établie, les
muſcles perdent peu à peu
la foupleffe fi neceffaire pour
le mouvement des efprits ,
quelque abondans & actifs
que le cerveau les four,
GALANT 37
niffe auront beau couler des
nerfs dans les muſcles : un
peu plus de folidité dansles
parties infenfibles des fibres
de ceux cy , retardera l'acti
vité de leurs mouvemens;un
pareil changement dans le
coeur , empêchera qu'il ne
fe contracte fi aisément , &
qu'il ne pouffe le fang avec
la même force, d'où s'enfuivra
bien- toft la diminution
du mouvement fermentatif
circulaire. Delà les obftrutions
, delà l'embarras des
colatoires , delà les dépravations
des fermens, delà la di
38 MERCURE
minution , & la dépravation
des efprits , & par l'augmentation
& la combinaiſon de
ces matieres morbifiques, la
vieilleffe eft fuivie de la
mort.
C'est une erreur de croire
que les parties folidess'ufent
avec le temps, & caufent par
là la mort naturelle. Ce n'eft
pas le tems qui produit cer
effet. Si la diftribution des
bonnes Liqueurs , & par confequent
la bonne nourriture
pouvoient le faire , ileft ſeur
que les parties fölides ne
suferoient jamais, puis qu'el
GALANT: 39
les rétabliroient par là préci
fément tout ce qu'elles auroient
perdu.
L'adolefcence des Animaux
finit lorfque par l'in
troduction continuelle des
Liqueurs qui circulent dans
les porules des corps folides,
ceux cy acquierent à la fin
un repos refpectif capable
de refifter au mouvement
des Liqueurs.
La vieilleffe commence
précisément lorsque les parties
mufculeufes , & fur tout
les petites fibrilles du coeur
commencent à perdre leur
40 MERCURE
foupleffe , qu'elles ne perdent
que par l'intrufion des corpufculesinfenfibles
dans leur
petits pores, qui ne peuvent
plus enfuite permettre l'entrée
à la matiere ætherée qui
entretenoit leur molefle.
Cette decadence n'arrive
pas d'abord aprés l'adolefcence,
parce que les fermens
du fang ne font pas encore
fuffisamment exaltez pour
produire les corpufcules neceffaires
à remplir les poru ..
les des fibrilles du coeur , &
c'eft la raison pourquoy les
uns vieilliffent plutôt , les au
GALANT 41
tres plus tard , parce que les
fermens s'engendrent & fe
multiplient plus ou moins ,
plutôt ou plus tard , & fuivant
la diverfité de leurs corpuf
cules durciffent certaines
parties plutoft que les autres.
La varieté des fermens ,
& leurs vertus furprenantes
font fi connues que je n'en
dis pas davantage là deffus.
Je paffe à deffein pluſieurs
remarques qu'on pourroit
appliquer icy , de ce qui fe
paffe d'analogique dans la
nourriture , le progrez , la
vieilleffe, & la mort naturel
Avril 1702 .
D
42 MERCURE
le des Plantes , dont les unes
periffent dans le temps que
la terre inte ieure fournit le
plus de fuc à leurs tuyaux , &
que le Soleil contribue le
plus à la vegetation des autres
, comme on remarque.
dans ce Capillaire que les
Botanistes appellent Umbi
licus Veneris. Cette mort
precipitée ne reconnoift
d'autre caufe que la dure .
té que fes fibres ont acquife
par les corpufcules qui
ont remply leurs porules de
la façon que j'ay expliqué
cy deffus . Il eft arrivé de là
GALANT. 43
d'où
que les fucs n'ont pû entrer
en même quantité ,
s'enfuit ppeeuu àà ppeeuu la deca.
dence, & puis la mort.
Je paffe quantité d'obſer.
vations qui prouvent mon
hypothefe ;fi cependant j'ofois
me fater que les remarques
faites par un jeune
Phyficien ne dépluffent pas
au Public , je pourrois avec
le temps defcendre dans le
détail.
En même temps que cet '
enduroiffoment
fatal du
ooeur, commence à jouer le
premier A &te de noftre Tra
Dij
44′ MERCURE
¥
gedie , s autres parties qui
ont efté toutes formées auffi .
toft que luy contractent plutoft
ou plus tard felon la diverfité
des fujets , la même
difpofition. Le Cerveau,
par exemple, perd peu à peu fa
moleffe , & ce changement
quoy qu'infenfible , cauſe la
diminution des fonctions
animales dés que ce retre.
cifferent eft tel , qu'il ne
filtre plus fi commodement
les efprits animaux , d'où
vient la diminution & la dépravation
des fermens , d'où
la maigreur , d'où le coeur
GALANT 45
aura moins de force pour
faire couler les fucs , d'où
vient leur corruption.
Cette dureté infenfible'
que le Cerveau acquiert de
la même façon que le coeur
eft évidente à ceux qui ont
vû difloquer les Cadavres
des Vieillards, dont la Duremere
eft bien ſouvent offeu
fe , & toutes les parties proportionnellement
plusdures.
Que la proportion qui fe
trouve entre les porules
polyformes des parties folides
, & la figure & difpofition
des mechaniques des
46 MERCURE
corpufcules des Liqueurs
( qui fait que celles là acquierent
leur conſiſtance &
leur dureté exceffive à certains
periodes de la vie )
produisent les effets que je
leur ay attribuez ; on en fera
convaincu fi on fait reflexion
aux maladies que nous ob.
fervons precifément à cer.
tains âges dans les perfonnes
qui ont pour cela des
caracteres hereditaires quis
ne sçauroient éviter le terme
fatal de leur malheureuſe
deſtinée, quelque foin qu'on
y aporte , tels que font cer
GALANT
47
tains Pthifiques, qui fans aucun
vice apparent dans leurs -
parties folides , doüez même
des fucs les plus temperez
qu'on puiffe fouhaiter , per
dent fans aucune cauſe évidente
, dés le Printems même
de la vie , cet heureux état,
& periffent fans qu'on y
puiffe donner aucun ordre.
On ne sçauroit attribuer la
cauſe de la mort de ces adolefcens
aux liqueurs qui ne
font pas plus actives que cellesdes
gens de même âge qui
font exempts de ce malheur.
On ne fçauroit non plus la
48 MERCURE
trouver dans le vice fenfible "
de conformation
, qui ne pa
pas dans beaucoup de
Pthifiques . Il faut donc
roiſt
neceffairement recourir à la
difpofition interieure des fi
bres qui compofent les vefi
cules du poumon , dont les
porules ont une configuration
qui ne fçauroit être
remplie que par des corpufcules
proportionnez, ces corpufcules
ne fe trouvant dins
le fang , qu'aprés qu'il a acquis
un mouvement capable
de les produire, & de les infinuer
dans ces porules , &le
fang
GALANT
49
fang n'ayant ce mouvement
que par le fecours des fermens
; ceux -cy devant le filtrer
par certains tamis ; ces
tamis ne pouvant être parfaits
avant l'adolefcence , il
s'enfuit que ces pthifiques
joüiront jufques là d'une parfaite
fanté , mais dés que le
fang eft affez actif pour produire
& introduire dans les
fibrilles des vehicules pulmonaires
les corpufcules qui
ont la proportion requife
pour les remplir, la matiere
atherée n'y coule prefque
plus , d'où ces fibrilles per-
Avril 1702.
E
50 MERCURE
dant peu à peu leur moleffe
& leur ductilité, refiftent da .
vantage à la dilatation de
leurs veficules ; d'où il s'enl'air
& le fang perfuit
que
dant
peu
à peu
le libre
cours
qu'ils
avoient
dans
les poumons
, il
s'y
forme
peu
à peu
des
obftructions
, des
tuber
.
cules
, des
abfces
, &
autres
accidens
qui
moiffonnent
chaque
jour
une
infinité
de
jeunes
gens
.
La vieilleffe retardée des
Peuples Septentrionaux confirme
tres bien mon Syfteme,
& leur longue vie eft
GALANT. ST
l'effet de la lenteur de leurs
fermens qui engendrent
plus tard , & infinuent plus
foiblement dans les petits
pores des parties folides les
corpufcules qui en chaſſent
la matiere ætherée. Par la
raifon du contraire les habi.
tans du Midy dont les fer,
mens font plus acres & plutoſt
exaltez fourniſſant plutoft
ces corpufcules , preci .
pitent la vieilleffe de ces
Peuples.
Ceux qui ufent exceflive.
ment des boiffons ardentes
precipitent
auffi le cours
E ij
52 MERCURE
de leur vie , parce que le ra ·
pide mouvement de ces
boiffons imprime dans le
fang un caractere capable
d'exciter à contre temps les
fermens , & les rends mêmes
capables de produire plutoſt
les corpufcules propres à durcir
les parties folides.Lesmalheureux
accidens de ceux
qui fe gorgent fans ceffe de
vin , & fe procurent ſouvent
par la des Paralyfies , des
Hydropifies, des Apoplexies ,
confirment encore mon Syfteme
; ainfi que je le feray
voir à ceux qui me feGALANT.
33.
ront l'honneur de me demander
des éclairciffemens .
Il eft aifé de conclure furce
que je viens de dire , que le
moyen le plus feur pour vivre
longtemps , eft d'entretenir
tant qu'on peut la ductibilité
des fibrilles du coeur, du cerveau,&
des autres parties foli :
des, ce qu'on ne peut obtenirque
par l'abſtinence de tout
ce qui peut avancer l'exalta
tion des fermens , & ainfi il
eft évident que les alimens
d'un bon fuc , & l'ufage des
adouciffans conviennent
merveilleuſement for tout fi
E iij.
14 MERCURE
on y joint la pratique du pre
cepte des Salernicains conte
nuë dans les Vers ſuivans.
Si vis incolumem fi vis te red
derefanum
Curas colle graves irafci crede
profanum .
Voila les conjectures que
j'avois à donner fur ce fujer,
je m'eftimerois fortheureuxfi
je pouvois exciter parlà quelque
habile Phyficien , à nous
communiquer
les pensées
fur une matiere fi curieufe,
& fi utile à fçavoir. Ceux qui
auront des objections à me
propoſer , n'ont qu'à s'adreſGALANT
SS
fer à moy, je tâcheray de les
fatisfaire.
M'de Cantenac Chanoine
de l'Eglife Cathedrale de Bordeaux
, réuffit dans tout ce
qu'il fait , & ce que vous avez
déja veu de luy vous fera fans
doute lire avec plaifir le petit
ouvrage de fa façon que je
vous envoye .
SUR LE MALHEUR
des Grands .
F
SATYRE.
E plains , avec raifon , l'infor
tune des gens.
Que la mifere attache aufervice des
Grands ;
E iiij
56 MERCURE
Mais le fort de Grands mefme , eft
encorplus à plaindre ;
Ils ontfouvent des gens accoutumez
à feindre ,
Et qui reduits , pour vivre , à leur
faire la Cour ,
Servent par intereft , & non pas par
amour.
Des gens intereßez, le fervice eft à
craindre ,
Si le coeur ne s'y porte , on a beau
By contraindre;
Sans l'amour , il s'oppose à toutaus
tre lien ,
Et quand on n'aime pas , on nefert
jamais bien ,
C'est le malheur des Grands ; ils ont
comme les belles
Grand nombre de fujets , & fort peu
de fidelles.
Souvent trompez
de ceux , qui font
GALANT. 78
lesplus foumis ,
Ils ontpour affidez leursplusgrands
ennemis ,
C'est en vain qu'onfe flate , & que·
Pon s'imagine
De la fidelite , quand l'intereft do
mine ,
Elle paroift en vain , par mille petits
foins
Puifqu'elle ne dépend que du plus
ou du moins ,
Lesprefens répandus , l'intrigue &
les cabales
Vont corrompre la foy de ces ames
venales.
On voit en tous eftats , on voit en
tous pays
De laches Serviteurs , &des Mattres
trahis :
D'où font venis fouvent la perte
des Provinces
18 MERCURE
L'accablement du peuple , & la
chate des Princes ,
Et tant d'autres malheurs queje ne
nomme pas ,
Ce n'est que des fecrets , vendus par
ces ingrats.
Chez les plusgrands Seigneurs , on
voit des domestiques ,
Contre un Maitre abuféformer des
républiques
Le tromper de concert , par de méchans
avis >
Et luy rendre odieux , fes fidelles
amis. [ treme
Erreur pernitieuse, aveuglement ex-
De ne vouloir ouir , ny rien voir par :
foy mefme ,
Pour tacher d'éviter la honte & les
dangers ,
Qu'on trouve en feferesant d'orga
nes étrangers...
GALANT. 59
Avez-vous chez Oronte une impor
tante affaire.
Par quelque beau préſent charmez,
fon Secretaire
Il veut tout , &fon Maistre infenfible
, & muet ,
Approuve avenglement tout ce qu'il
dit & fait.
C'eft ainfi , que des Grands l'indigne
confiance ,
Ebranle leur maison , qui tombe en
décadence ,
Un ***** muni de leur bien
écoulé ,
Groit fon revenu de ce qu'il a
vole.
Cette infidelitéfait qu'en fort pen
de luftres ,
On voit ternir l'éclat des familles
illuftres ,
60 MERCURE
Un facheux Creancier que pouffe
l'intereft
Fait pour avoir leur bien , rendre
Arrest fur Arreft .
L'argent qui fait briller les gran→
deurs de la terre , ·
N'en est pas moins le nerfque celuy
de la guerre.
Fuft-on iffu & Augufte , ou de Char
les le Gros ,
La pauvreté cruelle efface le Heros.
Tel qu'un fleuve groffe dans une
longue courfe
Eft aufi refferre , qu'il l'eftoit à fa
fource ,
Quand on creufe fes bords , & que
par cent canaux ,
Sur des champs éloignez , on détourne
fes eaux ;
L'eclat de la grandeur , & d'une
Noble race
GALANT.. 61
Quand on n'a plus de bien , s'obfcurcit
& s'efface ,
·
Il n'en reftefouvent qu'un triftefouvenir
,
Et l'on déchoit d'un rang qu'on ne
peutfoutenir.
Pour éviter ces maux , un Grand ,
avecprudence ,
De tous fes interefts , doit prendre
connoiffance ,
Comme un Pilote expert , dans la
fureur desflots
Ne met pas le timon aux mains des
Matelots ,
Il doit réglerfa fuite , & s'oppofer
fans ceffe,
A ces zelez voleurs dont on connoift
[ credulité ,
l'adreße,
L'indolance
d'un
Maifire
, & fa
Portent
le Domestique
à l'infidellité
62. MERCURE
Mais quoy , ne voit-onpas celebrer
dans l'Hiftoire ,
Des gens qui de leur maistre ontfait
toute la gloire ,
Qui fans luy demander , & fans
luy prendre rien ,
A leurs propres dépens , ont augmenté
fon bien ?
Victimes d'un amourconftant , rare ,
& fidelle
Quelques uns ont acquis une gloire
immortelle.
Ilsfefont expofez aux traits demil_
le morts,
Ont faitpourle fauver unbouclier
de leur corps.
A la Cour onpeut voir de ces ames
fublimes ,
Qui pourfervirleur Maistre iroient
dans les abimes , [ tenter
Qu'unfordide intereft n'a jamaispû
GALANT. 63
Et qui portentfa gloire ; où l'onpeut
la porter
.
Il est vray qu'on peut voir ce zele
inviolab le.
Pour un Maistre éclairé genereux
équitable
Qui fçait fefaire aimer , & qui
cherit fes gens
Soumis avec plaifirà fes comman
demens .
Qui joignant la douceur à la ma-
[fance gnificence
Tempere la fierté d'une haute naif-
En qui la vertu trouve un ferme
protecteur ,
Qui foutient l'honneste homme &
bannit le flateur :
Mais un tel Maitre eft rare &
la haute Nobleffe
N'exempte pas un Grand d'erreur, ny
de foibleffe
64 MERCURE
Souvent d'unfaux merite il ftpre-
оссире.
Et nefaitjamais rien pour eftre dé
trompé;
Par des refpects outrez , rendus en
apparence ,
Des flateurs affidus gagnent fa
confidence ,
Aveuglent fon efprit , qui ne reconnoit
pas ,
Qu'enfe laiffantguider , ilfait bien
de faux pas.
Pour eftre bienfervis les Grands- doivent
apprendre ,
A bien connoiftre à fond les gens
qu'ils veulent prendre.
Remarquer leurs défauts , leurs
bonnes qualitez,
Sans croire aveuglement des gens
follicitez
GALANT 65
D'une Dame,furtout, on doit craindre
l'intrigue.
Pour un amant fecret quelquefois
elle brigue ,
Et le Maitrefacile , abufèpar tous
deux ,
Prend chez layfon Rival mieuxfait
& plus heureux.
On a vù millefois dés beautez infidelles
Tromper ainfi des Grands qui fou
piroient pour elles.
Par tout regnent l'amour , l'intri
gue,& I interest
Le Monde eft corrompu , laiffons le
comme ilest
Je vous ay entretenu de
plufieurs . Ouvrages de M
de Hautefeülle , qui donne
Avril 1703.
E
...
66 MERCURE
•
de temps en temps au Public
des Découvertes & des
Inventions nouvelles dans
la Phyfique & dans les Mechaniques.
H en paroiſt un
depuis peu intitule , Balance
Magnetique , avec des refle
xions fur une Balance inventée
par Mr Perrault de l'Acade
mie Royale des Sciences , où il
eft parlé d'un Moyen deperfec
tionner le Sens de l'Oüye , &c.
Comme je vous ay déja parlé
de ce Moyen dans ma
Lettre du mois d'Aouft der.
nier , vous ferez bien aife
fans doute de voir ce qu'il
GALANT 67
en dit de nouveau. Voicy fes
paroles.
Mon deffein eftoit de
mettre à la fin de ces Reflexions
le Moyen que j'ay
penſé pour perfectionner le
Sens de l'Oüye , que M ' Perraule
m'a preffe fortement
plufieurs fois de luy com.
muniquer , mais je differerai
encore quelque temps à le
publier. Ce lçavant homme
avoit beaucoup travaillé fur
cette matiere , & illa poffe.
doit à fonds , ainfi qu'il paroiſt
par fon Traité du Bruit.
Le petic Difcours que j'ay
N
Fij
68 MERCURE
publié à la fin de l'Art de
refpirerfous l'Eau,luy avoit extremement
plû . Il avoit admiré
quelques proprietez
que je luy avois dites de cet
Acouſtique , & même celle
de pouvoir entendre le bruit
que fait une Mouche en
marchant.
Il m'avoit écrit far ce fujet
en 1680 lorfque j'étois à Orleans
,& Mr l'Abé de Lanion ,
alors de l'Academie Royale
des Sciences , eftant venu dans
cette Ville, me.preffa en core
de fa part de luy communi
quer cette Invention. Il pria
GALANT 69
même Mr l'Evefque d'Orleans
, aujourd'huy Cardinal
de Coiflin , & Madame la
Ducheffe de Bcüillon qui y
eftoit en ce temps -là , de
m'engager à luy donner cette
fatisfaction , ce qu'ils firent
l'un & l'autre ; mais je
m'en excuſay ,, fur ce que
cette Découverte n'eftant
point dans fon entiere per.
fection , fi l'on venoit à y
ajouter quelque petite, chofe,
ou même à la perfection .
ner confiderablement , je ne
manquerois jamais d'avoir
un different femblable cà
70 MERCURE
celuy qu'ils fçavoient meftre
arrivé avec Mr Hughens de
l'Academic
Royale des
Sciences , à l'occafion des
Pendules portatives ; & en
ne communiquant
point
mes Idées , fi quelqu'un venoir
à en avoir d'aprochantes
ou de plus parfaites , je
n'aurois ni conteſtation , ni
aucun fujet de me plaindre ,
& ces illuftres Perfonnes ap.
prouverent mes raifons.
L'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres à la Section
16 qui a pour Titre ,
Des Inftrumens qu'ils ont in.
GALANT.70
ventez , cite en ces termes,
Diverses fortes d'Orocoufticons
ou Inftrumens pour avantager
·le Sens de l'Ouye ; mais les Sçavans
qui compolent cetre
celebre Academie , n'en
ayant donné , que je ſçache,
aucune explication dans
leurs Tranfactions Philofo .
phiques , ni ailleurs , celuy
que j'ay inventé eft vrai femblablement
autre choſe.
Cet Acouftique me paroît
d'une tres grande confequence
, foit pour
le foula
gement des fourds, foit pour
faire entendre
des fonts in
72 MERCURE
1
perceptibles à ceux qui ont
l'Oüye fort bonne. Je feray
voir par une parfaite Analo
gie avec la maniere dont le
Sens de la Vûë a efté perfec.
tionné , que la fabrique de
cet Inftrument eft le veritable
& le feul chemin pour
-parvenir à donner au Sens
de l'Oüye toute la perfection
dont il eft capable . On
fçait que la Nature a des
bornes au delà defquelles il
eft impoffible à tous les
hommes de pénetrer.
Cette Invention eft tresfimpte
& fondée feulement
fur
GALANT 73
fur la conftruction de l'O .
reille de certains Animaux ,
qui ont l'Oüye fort ſubtile . Si
Mr Perrault & tant d'autres
Sçavans , qui ont beaucoup
plus d'efprit & de connoilfance
que moy, ne l'ont point
trouvée , c'est qu'ils n'y obt
pas fait de reflexion , comme
il est arrivé à une infinité
d'Inventions tres fimples ,
qui font demeurées juſqu'à
prefent inconnues à tous les
hommes , cachées dans leurs
principes & dans la majeſté
de la nature , pour me fervir
de l'expreffion de Pline mais
Avril 1702.
G
74 MERCURE
a
qui fe developeront dans la
fuite des ficcles, ou pluſtoſt,
ou plus tard , felon la manie .
re dont les Sçavans & lesCurieux
s'apliqueront à exami
ner & à imiter la Nature, ou
fuivant qu'il fe trouvera des
Mecenas intelligens , fans
prévention , capables par
cux mêmes de connoiftre
les Genies propres pour perfectionner
les Sciences & les
Arts , & qui , fans attendre
qu'ils en foient follicitez ,
leur procureront le loifir &
les moyens de faire leurs Ex
periences.
GALANT 75
Il feroit fi utile aux perfonnes
incommodées
de la
furdité d'entendre mieux, &
aux autres d'entendre de
plus loin , comme on voit
avec les Lunettes d'appro .
che, que le Public feroit fort
obligé à M ' l'Abbé de Hautefeuille
de ne pas differer
plus longtemps à luy communiquer
ce moyen qu'il
pretend avoir trouvé de perfectionner
le sens de l'Ouye .
Je vous envoye la Liſte de
fes Ouvrages imprimez, vous
trouverez peut eftre
quelques uns qui ne font pas
en
6
Gij
76 MERCURE
venus à voſtre connoiffan
ce.
Explication de l'effet des
Trompettes parlantes , im.
primé en 1673 .
Factum contre Mr Hughens,
touchant les Pendules
de poche , 1675 .
Pendule perpetuelle avec
un nouveau Balancier , & la
maniere d'élever l'Eau parle
moyen de la Poudre à Ca.
non, & autres nouvelles Inventions
, 1678 .
Deſcription d'un Niveau
tres fenfible de nouvelle In
vention & d'une Lunette , &c.
GALANT 77
dans une Lettre à Mr le Duc
de C. 1679.
L'Art de refpirer fousl'eau
, & le moyen d'entretenir
pendant un temps confiderable
la flâme enfermée
dans un petit lieu , 1680. &
1692 .
Reflexions far quelques
Machines à elever les Eaux ,
avec la Defcription d'une
nouvelle Pompe fans frotement
, & le moyen de faire
des Jets d'Eau , fans avoir
befoin de Refervoirs élevez .
1682
Invention nouvelle pour.
Giij
8 MERCURE
fe fervir des plus longues
Lunettes d'aproche , fans
l'embarras des Tuyaux , & c .
1683.
Moyen de diminuer là
longueur des Lunettes d'aproche
, fans diminuer leur
effet , 1697.
Machine
Loxodromique
qui trace fur un Papier en
telle proportion que l'on
veut , le chemin que fait un
Navire , par le
moyen de laquelle
les Pilotes auront
facilement la connoiffance
des Longitudes , avec un
nouveau principe de juſtelle
GALANT. 79
pour les Horloges , &c .
1701.
La Lettre qui fuit eft de
M ' de Guintrandy.
LA
A Ville d'Avignon vient
de faire une perte veritas
ble par la mori de Meffire Bal
tazar François de Merles ,
Seigneur de Beauchamp , mort
le 4. Février , âgé de quaire
vinges ans quatre mois vingtfeptjours
C'eftoit un Gentilbomme
d'une Maifon tres illuftre,
tres noble , tres ancienne,établie
dans cet Elat depuis l'an 1350.
G iiij
80 MERCURE
originaire felon la commune
opinion , de la Principauté de
Dombes , où il y a encore une
Foreft qui s'appelle Lal Foreſt
de Merles du nom de la Mai
fon , quoy que d'autres difent
qu'elle vient du pays de Forest,
on du Beaujolois , Cette Maifon
à donné depuis longtemps des
Chevaliers
à l'Ordre de faint
Fean de Jerufalem , du temps
mesme de leur érabliſſement à
Rhodes , dons quelques uns ont
poffedeles Charges les plus bono .
rables de leur Religion , & des
Prelats à l'Eglife Henry de
Merles oncle de feu Mr de
✓
GALANT. 85
Beauchamp a efté grand Com .
mandeur , grand Prieur de Tou.
louze , General des Galeres ,
Ambußidear vers Innocent X.
& Meffire Jofeph Thomas de
Merles neveu de ce Henry eft
Commandeur de S.Jean d'Aix
Bailly de Mano/que lly
a eu un Jean de Merles Eves.
que de Couftance en Norman
die , un Guido de Merles ,
Archidiacre de Couftance &
Evefque de LiZieux en 1274 .
Comme encore un Chancelier de
France, ainfi quilfe voir en la
Gaule Françoife de Mr Claude
Robert,
82 MERCURE
Meffire Baltazar François
de Merles , Seigneur de Beau
champ , faifoit la dosziéme ge
neration de la branche qui du
Buis en Dauphiné avoir estès
transplantée dans le Comtat
Venaiffin , ayant eu une autre
branche de cette Marfon ; qui
s'est continuée dans le pays de
Forests & du Beaujolais . L'une
& l'autre branche portent pour
Armes trois Merles de fable.
bequetté , & griffonnées de
gueules , fur une bande d'ar
gent au Champ d'azur . Mai
quelque illuftre que fuft Mr de
Beauchamps par l'éclat de fa
CALANT. 83
naiſſance, l'on peut dire qu'il l'é
toit encore davantageparfon pro.
pre merite, autant honneste home.
me qu'il étoit homme de Lettres; il
s'est fait generalement regretter
de tous ceux qui le connoifoient.
Dés fa plus rendre jeuneſſe ilfe
fit une étude de la probité , dont
il a confervé le caractere durant
tout le cours de fa vie ,
pliqua avec ardeur à la recher
che des beaux Arts & des Sciences
qu'il a depuis toujours cultivées
fans relâche & fans dégouft Ses
delices furent la Poësie , la Pein .
ture , la Mufique , les Mathe
matiques, & la lecture des bons
s'ap
84 MERCURE
Livres ,fur tout des anciens qu'il ·
fçavoit parfaitement , & pour
lefquels il avoit toute cette efti.
me qui eft la marque des bons
efprits . Il s'attacha d'abord aux
Humanite ilfit voir , lors
même qu'il eftoit encore dans le
College , combien il y eftoit propre
, par des Declamations Latines
en Profe & en Vers qu'il
avoit luy mefme compofées , &
où l'on remarque toute la foli.
dité du
jugement
tout le feu de l'imagination . Il
a fait voir ces Pieces àfes amis,
avec quelques autres qu'il avoit
faitès dans un âge nn peu plus
GALANT. 85
avancé ils les ont trouvées dignes
de la beauté defongenie ; mais
fa modiftie eftoit fi grande que ce
n'eftoit qu'aprés bien des follicitations
qu'on l'obligeoit à ne pas
cacher ces Quvrages , qu'il ne
faifoit voir qu'avec peine , &
que fous le nom débauchez de
fimples jeux d'un efpris qui cher
che feulement à fe délaffer. La
borieux audelà de tout ce qu'on
pourroit dire , il a fait un nombre
infini de remarques prefque
fur tous les Livres qu'il lifois.
Il a laiffé une nombreuſe Bibliotheque
, qu'il avoit cu grand
foin d'amaffer à beaucoup de
a
86 MERCURE
G
me
frais. On y voit un corps d'Histoire
tres beau, & fourny de
tout ce qu'il y a de plus curieux
en cegenre - là parmi les Anciens
les Modernes. Il a luy_meſ
laiffé un ingement précis &
folide de tous les Hiftoriens qui le
compofent,il a fait la mefme cho
fe des Poetes. Ily en a peu de
connus dont il n'eut les Ouvra .
ges, & qu'il n'euft lûs plus d'une
fois aimant la retraite & lecabinetlla
mené la vie d'un
Philofophe Chrétien , ſimple
dans fes habits & dans ſes mamieres
; il a toujours confervé ie
nefçay quelle candeur d'ame¿qui
GALANT: 87
estoit d'autant plus admirable ,
qu'elle estoit rare dans le fiecle
où il a vécu . Il eftoit d'un abord
facile , d'une converfation
aifee, civil & complaisant pour
Les gens des Lettres dont il faifoit
une eftime toute finguliere.
Il leur communiquoit tout ce
qu'il avoit de plus curieux , &
il·les recevoit avec la plus grande
joye du monde. C'est à luy
que la pofterivéfera'eternellement
redevable des Lettres que le
Cardinal Sadolet a écrites fous
les noms de trois Papes Leon
X. Clement VIII Paul
111. & dont il fauva heureu
88 MERCURE
fement le manuferit original des
mains de l'Epicier. Il avoit
remis une copie de ce manuſcrit
entre les mains de feu Mr de
Graverol , fçavant Avocat de
Nifmes qui devoit faire paroî.
tre cet Ouvrage avec dee Notes
4
quien le dédiant de fa façon
Mr de Beauchamps aroit
refolu d'en couronner la fource ,
fi la mort ne beuft fùrpris dans
Jon projec . L'original deces Lettres
a ofté depuis remis au Pere
de Colonia , Jefuite, d'une
grande erudition , qua uravaille
inceſſamment à le donner an
jour avec des Remarques; Qùtre
GALANT 89
la quantité des beaux Livres
qui font dans la Bibliotheque de
fen Mr de Beauchamp, on y voit
grand nombre de belles Eftamd'Inftrumens
de Mathe- pes,
matiques , en forte que les Cu
rieux des Pays étrangers qui
paffolent par Avignon ont fonvent
trouvé dans le cabinet de
fçavant Gentilhomme , ce qu'ils
n'avoient pû voir dans bien
autres lieux. Auffi fon nom
eftoit il connu de presque tout ce
qu'il y a de Doctes dans les
Academies de France , & d'Ita
lie. L'illuftre Mr Caffini de l'A.
cademie Royale des Sciences ,
Avril 1702
. H.
90 MERCURE
l'eftimoit beaucoup, & luy écrivoit
tres fouvent.Les Journaux
des Sçavans ont fait plufieurs
fois mention de luy , & ont admiré
la juftele de fes Obferva
tions Aftronomiques . Lefameux
Mr.Flechier Evefque de Nif.
mes , Mr l'Abbé de Charnes
Doyen de Villeneuve lez Avi.
gnon , homme d'efprit, connu par
fon merite & par fes Ouvrages,
Mr Galet , Penitencier de Car.
pentras, tres verfé dans la Science.
des Aftres , le Pere Daugieres
Fefaire fçavant Theologien , &
tres habile Poëte Latin ,
quantité d'autres Perfonnes il
GALANT 91
luftres par leur naiffance, & par
teurs belles qualitez font égale.
ment entrez dans les juftes fentimens
de douleur que fa mort
à cauſez à Avignon. Il eftoit
des Conferences Academiques
qu'on afouvent tenuës fous les
Vicelegars qui gouvernent ces
Etat. Il avoit eu beaucoup de
part aux Tables Chronologiques
& Hiftoriques qui ons paru
avec honneur fous le Gouver.
nement de Mr Nicolini qui
fut depuis Nonce en France où
il est mort. Cet illuftre Nonce ,
auffi bien que celuy d'aujour
d buy , Mr. Gualterio , dons
Hij
92 MERCURE
L'efprit l'habilitéfont connus
de tout le monde , & qui eftant
Vicelegat d'Avignou tenoit auſſi
les mefmes Conferences , ont
toujours fait une grande eftime
de Mr de Beauchamp . Quoique
la maladie dont il est mort ait
efté longue & opiniâtre , elle ne
l'a pourtant pas empefché de
s'occuper toûjours à fes lectures
ordinaires : l'on peut dire que
iamais perfonne n'a conduit
plus loin l'amour de l'étude que
Luy
Voicy une piece qui convient
parfaitement à la fain
teré du temps où nous fom-
л
GALANT
93
mes. Les trefors du Ciel font
ouvers pour nous faire éviter
les peines , dont vous trouverez
la peinture dans ce Tableau
de l'Enfer.
SUR LES SUPPLICES
des Damnez .
O D E.
Que
horrible
2
Ve voy - je ? quelle Image .
Frappe lesyeuxde mon efprit !
C'eft l'Enfer , ce lieu fi terrible
Queje veux tracerpar écrit.
Troupe docte , troupe immortelle ,.
Pour enfaire un Tableau fidelle ,
F'ay befoin de tous vos pinceaux :
Je vais marquer chaque fupplice.
Que lafouverainejustice,
94 MERCURE
Exerce en cegoufre de maux.
S
›
Quel affreux ocean de flames !
Qui peut fansfremiryfonger ?
Quel abifme où ces pauvres ames.
Sans fin fe fentent replonger
Quels cris, quels accens pitoyables !
Quels hurlemens épouvantables
Fontretentir ces fombres lieux !
Je vois l'équité vengereße
Qui pourles tourmenter ne ceffe
De fe prefenter à leurs yeux .
2
Sa main accable ces victimes.
De mille chatimens nouveaux
Leurs péchez dans ces noirs abîmes
Sontleurs témoins &leurs boureaux.
L'aigle à leursfibres qui s'attache
Ne leur accorde aucun relâche
Il les déchire nuit & jour
De cruels remords agitée ,
GALANT . 95
Leur confcience eft Promethe
Quifert de pâture au Vautour.
S
Ici c'eft un Tantale avide ,
De la foif de l'or alteré ,
Dont le coeur , dont le foye avide .
Eft par ce Monftre devoré,
Là l'Envie au crin de vipere
Ronge de fa dent meurtriere
L'étique fein d'un Envieux ,
Au haut d'une inconftante rouëë
Plusloin Tifiphone fejouë
De ce Mortel ambitieux.
&
Je voy l'implacable Megere
La torche & lefoüet à la main ·
Pourfuivre un infame Adultere
Qui devant elle fuit en vain.
Ce Blafphemateur , ce Perfide ,
Ce Scelerat , cet Homicide
Sontmis enfang par Aleiton
96 MERCURF
Et dans ce lieu chaque coupable
Voit fon Arrest irrevocable
Ecrit de la main de Pluton .
羅
Ces gens qu'une lache parelle
Tenoit au repos attachez
Ceux qui cheriffent la molleße
Sur des lits de fer font couchez
Ceux qui s'enivroient à plein verre
Des folles douceurs de la terre..
y boivent l'abfinthe & le fiel
Et dans cefleuve d'amertume
La poix , la chaux , & le bitume
Leurfont un breuvage éternel.
2
>
L'on voit les Voleurs , les Fauffai
res
Sur des échafauts étendus ;
L'on voit les Concuffionaires
A d'infames gibets pendus ,
Les Médifans , & les Parjures
A
GALANT 97
Ade rigoureuſes tortures
Y font inceffamment livrez 3
Dans l'huile bouillante trempées
Leurs langues de rouges épées
Paffent par lesfils acerez:
S
Ces Ufurpateurs de's Couronnes,
Ces Rois tyrans de leurs Sujets ,
Y font élevezfur des Trones
Dont lefeu ne s'éteint jamais.
Au milieu de ce fale gouffre
Sur des Tribunauxfaits defouffre
Les mauvais Iugesfont affis ,
Et dans ce dédale de gènes
Chacun voit mefurerfes peines
Surlesforfaits qu'il a commis.
2
Larage , l'horreur , l'épouvante ,
Regnent en ce trifte manoir ,
L'un par une bouche écumante
Semble vomir fon defefpoir
Avril 1702 . I
98 MERCURE
L'autre par d'horribles blafphemes
Quifont tremblerles enfers mêmes
Rugit en ces profonds cachots ,
Là les douleurs fans ceße égales
Ne laiffent aucuns intervalles.
Pourfairepaffage au repos.
paſſage
&
Il faudroit defcendre en ce goufre
Pourfaire aujufte les portraits
Des maux que chaque pécheur
foufre
Afin d'expier fes forfaits.
Que de peintures plus hideufes
Que ces images quoy qu'affreufes
Al'oeil troublé viendroient s'offrir
Si dans l'Averne épouvantable
Des damnez la vuë effroyable
Pouvoit un momentfe fouffrir.
L'Ode que vous venez de lire ,
eft de Mt Maugard de Troyes.
GALANT 99
Je vous envoye ure Réponſe
de M' Hennequin ,
Gouverneur de Mr le Mar.
quis de Chafte , faire à Mr
Lhyrondel , fur ce qui regarde
Mr Antier.
O
.
Uoique Mr Antier ne
faffe point de cas de la
Lettre que Mr Lhyrondel
luy a écrite dans le mois de
Février au fujet de la Perfpective,
j'ay cruncanmoins
eftre obligé , par l'intereft
commun que j'y prens , d'en
donner le vray fens, ce que
je vay faire , pour defabuter
I jj
100 MERCURE
entierement ceux qui pourroient
l'avoir prife en mau-
Voila par où
vaile
part.
commence
la Critique
de Mr
Lhyrondel
.
Je ne feints point , dit il ,
de vous affurer que les Dé.
couvertes de Mr Antier ne
foint point telles que vous
les croyez . Appelez vous enrichir
un Ouvrage que de
luy donner des termes nouveaux
? Il faut vous en aſſurer
mieux en difant , qu'il
pretend que Perspecteur Lignifie
uniquement un bon
Praticien en Perspective ,
GALANT: TO
comme fi le terme de bon
Deffinateur ne valoit pas
bien le fien .
Je répons à cela que Mr
Antier ne s'est jamais fervy
du mot de Perfpecteur pour
enrichir la Perspective , puis
qu'il fçait que cette Science
a toute la perfection dans
elle- même , & que perfonne
ne la peut enrichir , mais
qu'il a bien fait des Décou
vertes pour en fçavoir connoiftre
la beauté , ainfi que
le fçavant Lapidaire fçait
travailler le Diamant , pour
Liiij
102
MERCURE
en découvrir l'éclat fans y
rien enrichir.
Pour eftre pleinement
éclaircy du fait de la que.
ftion , il eft bon de vous dire
que Perſpective le prend ou
pour Science , ou pour Art ; fi
pourScience elle ne peut être
enrichie, parce quelle n'emprunte
rien d'ailleurs ; fi pour
Art , comme la Perspective
dans unTableau , elle le peut
eftre en deux manieres , ou
dans elle mefme par un beau
Chateau ,&par une belle avenuë
que la Peintre y peut
ajoûter, ou en dehors parune
3
GALANT 103
belle bordure , comme auffi
un Portrait par des Diamans.
Cela eftant bien entendu ,
Mr Lhyrondel a eu tort de
dire que le mot de Perspecteur
eftoit pour enrichir cet .
te Science , n'ayant aucun
raport à la choſe.
Puifque nous fommes fur
le mot de Perspecteur , il eſt
bon de vous en donner la
definition avec celle de Delfinateur
, pour faire voir que
Mr. Antier a eu raifon de
s'en fervir pour bien dénommer
ceux qui s'appliquent à
cette Science. Voila leur de--
finition.
I iiij
104 MERCURE
Le fimple Perſpecteur eftceluy
qui voit & connoit la
difpofition des lignes vifuel.
les & les fçait placer dans le
Deffein par connoiſſance de
cauſe.
Le fimple Deffinateur ou
Copifte eft celuy qui voit &
place dans le deffein des li
gnes vifuelles par imitation
& fans connoiflance.
Le Praticien Perfpecteur
eft celuy qui voit , connoit
& trace dans fon Deffein des.
lignes vifuelles par connoif
fance de cauſe .
Le bon Deffinateur eft ce
GALANT. 105
luy qui voit, connoit & trace
dans le Deffein des lignes
vifuelles par connoiffance de
caufe , fçavoir par la Perfpe-
&tive.
Ces Définitions eftant
bien entenduës, Mr Lhirondel
n'a pas dû dire
que Mr
Antier a voulu que le nom de
Perfpecteur fignifie uniquement
un bon Praticien en
Perſpective , puifqu'elle luy
apprend aujourd'huy qu'il
faut eftre bon Praticien Perspecteur
pour entre dit bon
Deffinateur.
Mr Lhyrondel, pour mar
106 MERCURE
pas
quer qu'on ne doit
fe
fervir du mot de Perfpecteur
va jufqu'à en chercher
une
comparaifon
, & dit qu'on ne
peut pas tirer du mot de
de Perspective
Perfpecteur
,
non plus que d'invective
,
Invecteur
, & qu'Invectiveur
·
feroit plus fouffrable
.
Mr Lhyrondel l'aveci .
veur , qui s'eft mis en teſte
de tirer ce mot d'invective
pour eftre mieux dit, s'en fert
pour invectiver Mr Antier ,
& moy pour le deffendre je
prens du nom de Défenſive ,
Défenfeur, & pour être mieux
GALANT 107
1
doc.
inftruit , je le prie d'étudier
ce que veut dire docere ,
trina,Doctor,& Perfpicere, Per-
Spectiva , Perfpector, il apprendra
à dire fans s'écorcher la
langue le nom de Docteur
& de Perfpecteur , que les
Sçavans ont mis au jour
avant qu'il fuft au monde; ce
qu'on luy fera voir quand il
voudra .
Si Mr Lhyrondel s'eft
fcandalifé du mot de Perfpe-
Єteur , il va ce me femble ,
crier bien plus haut quand il
Scaura que je mets moyTc8
MERCURE
meſme en uſage le mot de
Perfpecter, qui vient de perfpeetare,
comme qui diroit , regarder
de tous coftez , par
courir, & developer tout ce
qui peut fervir à mettre un
Deffein au jour & en perpective
par connoiffance de caufe,
d'où eft derivé Perspectiva,
Perspective ; ce qui donne
lieu de demander fi Michel
Ange , Raphaël & autres Sçavans
ou bien perfpecté , c'eſt à
dire s'ils ont fait leurs Ouvrages
dans toutes les reglesde
la Perſpective. J'ay donc
GALANT. 109
mis au jour le verbe de per-
Specter pour le mieux entendre
, & ne pas toûjours fe fervir
de deffiner , & de Deffinateur,
comme d'un Paſſe partout.
"
M' L'hyrondel qui n'a
point d'autre terme que
celay là , & qui fçait neanmoins
que le Verbe defignare
veut dire , de revifibli fignum
dare , d'où eft tiré le nom de
Deffinateur , pour dire celuy
qui travaille de la main
peut il avec raiſon m'apeler
Deffinateur , moy qui n'ay
jamais appris à travailler. Il
10 MERCURE
doit ce me femble , we don
ner le nom de fimple Perf
pecteur & non pas celuy de
Deffinateur
, puifque je ne
fçay que fpeculativement
perfpecter
, c'est à dire que
je fçay feulement
la fcience
de trouver les lignes fon
damentales
du Deffein &
connoiſtre
juíqu'aux moin .
dres fautes qui fe gliffent/
dans les Ouvrages
, ce que
j'ay appris de M ' Antier fans
mettre la main à l'oeuvre pen .
dant qu'il donne des leçons
à M' le Marquis de Chafte
au College d'Harcour ,pour en
faire un Praticien Peripecteur
GALANT. II
& un bon Deflinateur. Vous
voyez par là combien les
noms appropriez juftement
font neceffaires pour faire di .
ſtinction de ceux quifçavent
feulement la Theorie de
cette fcience d'avec ceux
qui la mettent en pratique.
Comme l'on a voulu faire
croire que M' Antier n'avoit
pas d'autres découvertes que
que le feul nom de Perſpec.
teur pour enrichir la Perf
pective , pour vous en defabufer
, je veux vous les ra .
porter , les voila.
1 Il a trouvé un point
112 MERCURE
fondamental d'où dérive tou
te la ſcience.
2 Que de ce point on ſçait
trouver & placer le point de
vuë.
3 Que de ce même point
ou centre on sçait trouver
le point de la Diagonale qui
eft fixé dans la meſure , &
qu'on ne peut pas mettre à.
volonté .
4 Et que de ce mefme
point on fçait déterminer
l'ouverture de l'angle de vifion
pour un deffein .
5 Et enfin que de ces
quatre points fondamentaux
GALANT. 11g
on fçait donner la preuve
de cette fcience qu'il a nouvellement
trouvée , & non
pas inventée , puifque toutes
ces découvertes
font
attachées à cette fcience
comme la lumiere au Soleil.
De ces quatres principes
l'on en tire des effers mer .
veilleux , qui paffent auffi
comme pour des découvertes
que Mr Antier a trouvez
& inventez , premierement.
I On connoit ce que
c'eft qu'un Tableau complet
d'auec celuy qui ne l'eft
pas.
Avril
1702.
K
114 MERCURE
2 On fçair faire des routes
pour aller dans tous les
lieux les plus difficiles , fans
demander le chemin à perfonne.
3 On fçait éviter les
écuëils fur Mer.
4 On fçait faire des
Carres Marines qui fervent
aux Pilotes comme d'un
flambeau pendant la nuit .
S M' Antier fe fert auffi
d'un Cube par lequel on
refout avec facilité toutes les
plus belles difficultez de
cette fcience , & il en uſe
comme le maſſon qui
GALANT. 115
équarrit fa pierre pour mieux
trouver les mesures de fon
Art , & aufli comme le
Sculpteur qui dans une
pierre quarrée trouve plus
facilement les fiennes , ce
qui fait que par le Cube il
eft plus ailé au Peintre de
faire le Portrait parce qu'il
difcerne mieux les lignes
de l'Optique pour aller à
fa perfection. M' Antier
donnera une pleine connoiffance
de toutes ces dé
couvertes quand il en fera
requis & en fera la preuve
mecaniquement dans la na-
Уу
Kij
116 MARCURE
ture , par des demonſtrations<
tres aifées & faciles.
"
en
Mr Lhyrondel qui ne fe
contente pas de critiquer
le nom de Perfpecteur , ofe
bien dire , ce n'eft pas affez.
Mr Antier a tiré de je ne
Ssay où le mot Anoptique
pour dire Perspective
plafons , il apelle Catopti .
que la Perspective orizontale.
Si M' Lhyrondel avoit
apris de M' Antier les Elemens
d'Euclide , & l'uſage
du Compas de proportion
dont il s'eft fervy pour faire
fes belles Decouvertes , il
&
GALANT 117-
parleroit mieux , & ne diroit
pas que Catoptique fignifie
Perſpective Orizontale, puis
qu'il va eftre furpris d'enrendre
à fa confufion parler
autrement le Pere Niceron ,
ce fameux Auteur , qui dans
fon Traité de Perspective
Curieuſe , Livre premier
feüillet 95. dit, qu'il y a plu
fieurs rencontres où l'on
peut fe fervir de ces regles
pour faire des figures & trois
efpeces , que diftingue Calius
Rhodiginus en fon 15.
Livre chapitre 4 où il appelle
fimplement optique par
118 MERCURE
laquelle nous regardons vers
l'Orizon , Lanoptique celle
par laquelle nous regardons
en haut, & Catoptique celle
par laquelle nous regardons
en bas & au deffous de nous .
Je vous diray en paffint que
quelques Sçavans ayant auffi
repris Mr Antier du mot de
Catoptique , luy foutenant
qu'il falloit dire Catoptrique
, pour les de fabufer, je
veux bien encore vous ra
porter le mefme Auteur qui
dans le fecond Livre de la
Catoptrique ou des Miroirs
page 75. dit ,
GALANT 119
Ce vocable de Catoptrique
eft en ufage pour fignifier
la partie de l'Optique ,
qui traite des Reflexions , &
comme il faut faire les Mi.
roirs , pour les renvoyer en
mefme ordre qu'ils les ont
receus.
En voila affez dit fur ces
mots pour contenter les Curieux,
& pour empeſcher de
faire le procez mal à propos à
Mr Antier , qui ne parle qu'a .
prés les plus fçavans Auteurs.
Mr Lhyrondel continuë ,
& dit que Mr Antier , luy
ayant montré un Livre de
120 MERCURE
Perſpective fait par le Pere
Lamy , où il confeffe luymefme
que le Deffein page
136. eſt defectueux , n'a pas
dû le reprendre
, parce que
eeluy qu'il a mis en parallele
a les mefmes défauts -
n'ayant pas gardé les proportions
de l'Architecture.
Le bon homme eft admirable
dans ces belles Idées.
Il veut que Mr Antier ait dû
faire un Ouvrage plus par
fait que celuy du R. P. cû
égard à l'ordre de l'Architecture
pour eftre en droit
de le reprendre , mais il ne
penſe
GALANT 121
penſe pas que le Livre n'eſt
que pour demontrer la Perfpective
, & non pas l'Architecture
, & que là fin que le
R. P. fe propofe dans fon Livre,
eft de déterminer feulement
les Points & Lignes
dans un Plan perfpectif, qui
correfpondent au Plan Geometral
qui nous eft donné
pour mettre en perspective ,
fans fe mettre en peine file
fujer que l'on veut repre
fenter eft dans l'ordre de
l'Architecture
ou non, cè que
Mr Antier s'eft uniquement
appliqué à démontrer par un
Avril 1702.
L
122 MER CURE
"
mefme Deffein mis en pa
rallele avec celuy du R. P.
qu'il a tracé ligne pour li
gne , trait pour trait , fans
rien changer dans le Geometral
, & faire connoiftre
feulement les fautes dans le
Deffein perfpectif , qui eft
le feul fujet de la queftion.
Mr Lhyrondel ajoute
auffi , qu'il a jugé avec raifon
que Mr Antier ne feroit
ni bien, ni mal au Pere Lami,
car chacun fçait que les
erreurs qui fe trouvent dans
les Planches font toûjours
GALANT. 123
attribuées à la negligence
des Ouvriers.
Comme cette negligen
ce eft un peu trop éenduë
pour eftre executée , puis
quelle le trouve prefque
dans toutes les Figures du
Livre & leurs Demonftrations,
Mr Antier qui va dans
une de les premieres Letfe
faire voir par une
fimple figure qui fervira de
decifion pour tout le Livre,
nous contentera là.deffus.
Mr Lhyrondel qui detres
,
mande la maniere de deter-
-miner le Trait des Ceintres
Lij
124 MERCURE
en furbaille , n'a qu'à en faire
un Deffein & Mr Antier
fe fera honneur d'y fatisfaifaire,
& comme cela n'a jamais
apporté de difficulté, le
plus petit de les Ecoliers luy
en pourra donner des leçons.
enef
Les Sçavans qui connoiffent
par cette Réponſe quel
eft le caractere de мr Lhyrondel
en jugeront ce qu'ils
voudront. Je fuis , &c, pe
Je vous ay parle plufieurs
fois dans mes Lettres du
grand Ouvrage de la Chro
J
GALANT 125:
nologie des Ducs auquel Mr
Chevillard , Hiftoriographe
de France & Genealogifte du
Roy travailloit depuis longtemps
. Je vous diray qu'il
vient de l'achever , & qu'il a
eu l'honneur de la prefenter:
au Roy le 25 du mois paffé ,
en preſence de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
Monſeigneur le Duc de Berry
, & d'un grand nombre
de Perfonnes de diftinction .
Le Roy luy fit grace de luy
donner le temps de luy expliquer
toutes les Cartes les
unes aprés les autres , & Du-
Lij
126 MERCURE
ché par Duché , & Sa Majefté
luy en marqua beaucoup
de fatisfaction . Toutes
les Cartes de cet Ouvrage.
eftoient reliées en un grand
Livre comme celuy qu'il
avoit déja eu l'honneur de
prefenter à Sa Majesté le
premier Septembre 1699 .
Dans ce fecond Tome font
compris outre les Ducs , tou
tes les autres Cartes que
l'Auteur a fair graver depuis
ce temps lefquelles font au
nombre de trente- deux
fucilles , ce qui fait avec celles
qu'il a fait graver cy des
GALANT 127
vant foixante deux feüilles .
Ce grand Ouvrage de
J'Hiftoire & de la Chronolo
gie des Ducs depuis leur
origine jufques à prefent eft
difpofé en onze Cartes de
deux feuilles chacune , qui
font vingt deux feüilles,
La premiere comprend le
Plan de tout l'Ouvrage , un
Traité de l'origine des Ducs,
une remarque fur le rang
que les Ducs tiennent tant
en Cour qu'au Parlement ,
deux Tables , l'une par rang
d'érection des Duchez , &
l'autre par lettre Alphabeti-
Liiij
128 MERCURE
que, & les Armes du Roy po
fées fur celles des fix anciennes
Pairies feculieres comme
réunies à la Couronne au bas
defquels eft la Dedicace à.
Sa Majefté , les Armes de
tous les Ducs Pairs vivans
par datte de verification au
Parlement , avec celles des
Ducs non Pairs.
Dans la feconde Carte
font compris tous les Archevefques
de Reims , les Evef
ques de Laon & de Langres,
qui font les trois anciens
Ducs Pairs Ecclefiaftiques
GALANT. 129
depuis Adalberon d'Arden .
ne , qui facra le Roy Hugues
Caper.
La
troifiéme ,
comprend
les Evefques de Beauvais , de
Chaalons , & de Noyon , qui
font les trois anciens
Comres
Pairs
Ecclefiaftiques
aufli
depuis le Roy Hugues Caper.
Dans la quatrième , font
les fix anciens Pairs Seculiers
, fçavoir les Ducs de
Bourgogne , de Normandie,
& de Guyenne , les Comtes ,
de Champagne , de Flandres
& de Toulouze , depuis leur
130 MERCURE
origine jufques à la réunion
à la Couronne , à la referve
du Comté de Flandres , qui
eft jufques au Roy d'Espagne
Philippe V. & VII . du nom
Comte de Flandres.
Dans la cinquième , font
tous les Ducs de Bretagne,
de Bourbon , d'Orleans , de
Bar , d'Anjou , de Berry , de
Touraine, & d'Auvergne,
Dans la fixiéme , font les
Ducs deValois , de Nemours ,
d'Alençon , de Valentinois,
de Longueville , de Vendô
me, de Challefteraut, d'Angouleſme,
& de Guyſc.
GALANT. 131
Dans la feptiéme, font les
Ducs de Chartres , d'Eftou.
teville , d'Estampes, de Montpenfier,
de Nevers, de Beaumont
, de Chevreuſe, d'Aumale
, de Montmorency
d'Albret , de Beaupreau , de
Thouars,& d'Uzez .
Dans la huitiéme , font les
Ducs de Chasteau - Thierry,
de Rohannez , de Penthieure,
de Mercoeur , de Mayende
Saint Fargeau , de Piney
Luxembourg, de Vanta
dour, de Joyeuse, d'Elbeuf ,
d'Epernon , de Rhetel , de
Rez, d'Halluin , de Brienne,
ne ,
132 MERCURE
& de Montbazon .
Dans la neuviéme , font
les Ducs de Beaufort , de Biron,
de Crouy , d'Aiguillon ,
de Bournonville , de Rohan ,
de Sully , de Fronfac ; de
Damville , de Lefdiguieres,
de Briffac , de Chateauroux,
de Luynes, de Bellegarde, de
la Rocheguyon , & de Chau
nespav
- Dans la dixième , font les
Ducs de la Rochefoucault,
de la Valette , de Pondevaux ;
de Villars , de Richelieu , de
Saint Simon , de la Force,
de Cardonne , de la MeilGALANT
133
keraye, de Gramont, de Tref
mesou Gelvres, de Vitry , d'Eftrées
, de Chaftillon , de Na.
vailles, de Noirmoutier, d'Ar
pajon , de Charoft, de Villeroy
de la Vieuville , de Verneuil,
de Roquelaure , & d'Orval .
Dans la onzième , font les
Ducs de Mortemar , de Crequy,
de Villemor , de Cari .
gnan , de Rendan , de Saint
Aignan , de Noailles , de
Coiflin, de Montaufier, d'Au
mont , de Choife ül , de la
Ferté , de Vaujour , de Duras
, d'Aubigny , de Saint
Cloud , du Lude , d'Humice
134 MERCURE
res , de Lorges ,de Lauzun, de
Boufflers , de Chaſtillon , &
d'Harcourt qui eft le dernier
érigé.
Ileft à remarquer que dans
cet Ouvrage tout ce qu'on
peut fouhaiter pour ce qui
regarde les Ducs y eft ob.
fervé , les érections des Du .
chez , les changemens qui
y ont efté faits par les nouvelles
erections en faveur
d'autres perfonnes. Les Du
cheffes y ont leurs places,
parce que dans un Duché,
l'on voit fur une mefme ligne
tous les Dacs & les Du.
GALANT. 35
cheffes leurs Epouſes ,le nom
de leurs Peres & de leurs Me.
res , & fi un Duc à eu plufieurs
Femmes elles y font
toutes avec les Armes des uns
& des autres .
L'Auteur demeure toû.
jours à Paris ruë Neuve Nôtre
Dame.
On a de la peineà renoncer
à une perfonne dont on
en a le coeur veritablement
touché. L'Ouvrage qui fuir
fait la peinture de ce que
fouffre un Amant qui rifque
tout.
36 MERCURE
F
SONNET .
I' heureux jour eft venu que j'ay
tant fouhaité ,
Philis à mes dépens ne feraplus la
vaine ,
Ses mépris outrageux , & fon humeur
hautaine
,
Malgré tous fes appas , m'ont mis
en liberté.
2
Helas ! que nos confeils ontpea de
fermeté
Parmy les doux transports d'avoir
rompu ma chaine ,
To me fens tourmenté d'une fecrette
peine,
Etj'ay prefque regret à ma captivité,
Tonjours ce rare objet qui fit naifre
maflame
GALANT
137
Revient dans ma memoire , & fe
montre à mon ame
Aufi beau qu'il eftoit quandjefuivois
fes loix.
2 :
Refifons luypourtant , gardons nôtre
avantage ,
la raifon qui dit qu'on
Et
croyons
n'est pas fage ,
Lors que contre écueil on fe brife
deux fois.
Voicy d'autres Vers qui
ne vous déplairont pas.
LATROUPE SOLITAIRE
à Madame de C ***
E Soleil a tary nos plus charmans
ruiffeaux
Tout fe reffent icy de l'abfence de
Flore,
Avril
1702.
M
138 MERCURE
Le Zephire amoureux a quitté nos
Côteaux ,
On n'entendplus le doux chant des
oifeaux
Et nos fleurs ne fçauroient éclorre,
Mais la perte de tant d'attraits;
Nous touche moins , Iris , que voſtre
₹
[jamais ,
abfence s
Nous y renoncerions
volontiers
pour
~ Pourjouir de voftre prefence.
Mais le Printemps
Flore & les
doux Zephirs.
A
Ne vous fuivent-ils pas au gré de
vos defirs ?
Revenez, belle Iris , puifqu'on vous ---
en conjure ,
Hatezvous de rendre à ces lieux.
Leur premiere parure ;
Vousy ranimerez les fleurs & la
verdure
Et nos coeurs s'en trouveront mieux.
GALANT: 139
M' Teflon eft Autheur du
Madrigal que j'ajoute icy.
Ris , que vous à fait mon
I
Ris
coeur
Pour le condamner au filence ?
Eft- ce pour avoir trop d'ardeur
Que vous le contraignez à cacher ce
qu'il penfe ,
Ah le tendre aveu de mes feux
Afans doute allarmé votre ame,
Etpourcacher votre naiffante flame
Vous le forcez à ce filence affreux.
Ceffons il en eft temps , Iris , de nous
contraindre ,
De mesfeux innocens vous n'avez
rien à craindre ;
Quant un Amantjoint l'eftime à
Pamour
Doit-on craindre un tendre retour.
M ij
140 MERCURE
.
Je vous envoye des paro
les mifes en Air par un habile
Muficien. Elles ne peuvent
eftre plus de faifon.
AIR NOUVEAU
L'Agreable Printemps va renai .
tre en ces lieux.
Que d'innocens plaifirs fon retour
nous rameine.
Mais belas qu'il eft rigoureux
De les
mene
Jans
l'aimable
Cli-
M'de Kaerdaniel travail-
" le depuis long- temps à l'Hif
toire Genealogique de la Bre..
tagne ancienne & moderne ,
contenant.
1
GALANT. 41
Outes les familles &
maiſons des anciens
T
Rois , Ducs , & Princes de
Bretagne
a. Les droits legitimes des
Rois de France , & leur jufte
poffeffion du Duché de Bretagne.
3. Les Evêques , & Abbéz
de cette Province , depuis
leurs établiſſemens
, avec la
Genealogie de ceux qui occupent
prefentement le Siege .
4 Les Gouverneurs & Lieu.
tenans Generaux de la Province
, les Gouverneurs &
Lieutenans Generaux du
142 MERCURE
Comté Nantois , les Lieute
nans de Ray en la haute &
baffe Bretagne , les Gouverneurs
des Villes & Places par;
ticuliers de cette Province ,
depuis la Reine Anne juſqu'à
prefenc
5. Les Parlemens , Chambre
des Comptes , depuis leurs
Erections jufqu'à prefent ; en
femble la Genealogie de ceux
qui les compofent , & parti .
culierement des premiers Prefidens
& Gens du Roy , &
les Confeillers & Maiftres des
Comptes qui font aujour
d'huy en Charges fatig
GALANT 143.
6. Les Intendang & Com .
miffaires de Sa Majefté qu'ellea
Deputez pour les Eftats de
cette Province.
•
7. Les Prefidiaux , Sieges
Royaux , la Table de Marbre
Maîtriſes des Eaux & Foreſts,
Hôtels des Monoyes , & autres
Jurifdictions confiderables
, les noms de ceux qui fe
font fignalez dans la fonction
de ces Charges , & de ceux
qui les exercent à préſent. --
8. Les Tréforiers Ceneraux
de cette Province.
9. Les anciennes Baronnies
de Bretagne qui ont droit
'44 MERCURE
•
d'Entrée aux Ecars , les Duchez
, Principautez , Marqui
fats , Comtez , Vicomtez , &
autres Terres erigées en titres
confiderables en cette Province
, les familles qui les ont
poffedez & celles qui les pof
fedent à preſent and mold
10. La Genealogie des
Gentilshommes , & Nobles
de cette Province .
. Les Villes & Communautez
qui ont droit de De
putez aux Etats , ce qui s'eft
paffé à ce fujet avec les familles
de ceux qui y ont parû , &
qui font deputez prefentement.
On
GALANT 145.
A
On découvrira en cet
Ouvrage plufieurs remar
ques anciennes , curieuſes ,
& confiderables , à l'honneur
des Familles & Maifons
de cette province , & on
n'en tirera pas peu d'utilité
pour la connoiffance de divers
Evefchez , Abbayes ,
Chapitres , Villes , Baronnies
& Terres confiderables.
On y verra auffi , comme
quelques uns de cette Provin .
ce ont poffedé les principales
Charges du Royaume de
France , tant dans l'Epée que
dans l'Eglife , comme auff ,
Avril 1702. N
146 MERCURE
les actions pieufes qu'ils ont
faites par diverfes fondations
d'Abbayes , d'Eglifes ; & de
Convents dedans & dehors
la Province ; d'ailleurs il fera.
renaiftre quantité de famil
les , & de maifons confide .
rables de cette Province . Il
empefchera que plufieurs fa
milles qui fubfiftent à préfent
, ne paffent en oubly à la
Pofterité , & fervira à la confervation
de celles qui font
mediocres , dont il y a eu des
perfonnes qui fe font figna.
lées par leur merite particu
lier en l'exercice de diverſes
CALANT.
147
charges , & députations : le
tour , juſtifié par Chartres
titre d'Eglifes , d'Abbayes ,
Villes & lieux confiderables ,
Registres des Parlements
Chambres des Comptes , Auteurs
, & autres actes autentiques
que M ' Kaerdaniel a
vus lus & examinez , à ce sujet
depuis vingt- cinq ou trente
ans.
Ceux qui defireront luy
communiquer quelques actes
, titres & memoires , s'a
drefferont à luyà Dinan pendant
la Seance des Etats , &
enfuite à Paris où il demeure
·
Nij
148 MERCURE
ordinairement , Fauxbourg
Saint Germain rue du Chaffe
midy chez M'. Moreau Maiftre
Potier de terre en manufacture
à une porte Cochere
entre les rues de Saint Maur
& de Saint Pierre.
Lorfque Monſeigneur le
Duc de Bourgogne fut nom .
mé pour aller commander
l'Armée du Roy en Flandre ,
le Pere Commire Jefuite dont
les Vers latins font fi eftimez,
ne manqua pas d'invoquer
Apollon fur ce fujet . Je vous
envoye une Traduction de
ce que ce Dieu luy inſpira ...
GALANT 149
L'Amitié , le devoir , la venu
vous appelle ,
Un Bourbon ne fçauroit méconnoitre
leur voix
Allez donc meriter une gloire immortelle
,
En vous foumettant à leurs loix.
Philippe eft menucě ; volez à fa
defence ,
Que le premier de vos exploits ,
Soutienne l'honneur de la France
Et vange le fang de nos Rois.
D'un Pere , d'un Ayeulrapellezla
memoire, [ rent-ilspas,
Pour des Rois Etrangers que ne fi-
Auxyeux de l'Univers retracez leur
Hiftoire ,
Et devenez comme eux l'appuy de's
Potentats..
Mille Heros naiffans déja courent
: .. aux armes ,
Niij
Sto MERCURE
Famais pareille ardeur ne brilla
dans leurs yeux
Le repos, difent-ils ,pournous n'aplus
de charmes
Allons, vaincre ou chercher un trepas
glorieux.
Partez, que rien ne vous retienne
Puiffent nos Alliez furpris .
Qu unfijeune Guerrierfoit un vieux
Capitaine,
Douterfi c'est l'Ayeul, ou le Pere, on
le Fils.
Vous fçavez que dans le
mefme temps que le Roy
déclara Monfeigneur le Duc
de Bourgogne Generalliffime
de fes Troupes en Flandres.
Sa Majesté nomma M'
de Rouhault , Comte de
GALANT †fr
Cayeux , pour eftre toujours
auprés de la perfonne de ce
Prince. Il avoit efté mis par
le Royil y a huit ou dix ans
auprés de Monfieur le Duc
de Chartres , aujourd'huy Duc
d'Orleans , aux appointemens
de Sa Majesté . Elle a esté
fi fatisfaite de la maniere
dont il s'eft comporté auprés
de ce Prince , que fa conduite
luy a procuré l'hon
neur que le Roy luy vient
de faire. Comme vous fou ·
haitez le connoiftre plus particulierement.
Je vous diray
que la Maifon de Rouhault
Niiij.
152 MERCURE
eft originaire de Poitou ;
& qu'elle porte de Sable
à deux Leopards d'or armez &
lampaßez de gueules . On pretend
qu'elle est meſme ori .
ginaire d'Angleterre , &
qu'elle s'établit en Poitou
dans le temps que les An
gloisen eftoient les Maiftres.
On croit auffi que les
Rouhauls pourroient eftre
iffus de quelque puifné de la
Couronne d'Angleterre , qui
conferva dans les Armes les
deux Leopards que l'Angle..
terre portoit en ce temps - là ,
& qui brifa par changement
GALANT 193
.
de Blazon , comme il eft arrivé
à diverfes branches
puifnées . On n'a pû éclaircir
cela par les Titres de cette
Maifon , parce que les branches
de Thiembronne & de
Rion font peries en fille , &
que celle de la Rouffeliere
en Poitou est éteinte ; de for
te qu'il ne reste plus que la
branche des Marquis de Gamaches
.
Comme les Titres de cette
Maiſon le font perdus
dans des Familles étrangeres
, on ne peut remonter
plus haut qu'au douzième
54 MERCURE
*
fiecle , auquel vivoit Pierre
Rouhault qu'on prouve par
les Titres de la Maifon de
Montbourcher eftre mort en
1282. & avoir efté pere de
Jeanne Rouhault Dame de
la Rohaudiere , qui dés l'an
1295. avoit épousé en fecon.
des nôces Renaut de Montbourcher.
On trouve enfuite Cle
ment Rouhault & Thibault
Rouhault, qualifié Chevalier
Seigneur de la Rouffeliere ,
de la Motte, de Tillay , & de
Boifrenard.
Clement Rouhault fcella
GALANT. 155
des Armes pleines qu'il donna
le 2. Octobre 1327. pour
fes Gages & ceux de deux
·Ecuyers qu'il avoit menez
avec luy au ſervice du
Roy aux parties de la Rochelle.
Il laiffa trois fils &
deux filles. Clement dit autrement
Triftan Rouhault,
Vicomte de Thoüan , Comte
de Dreux , Seigneur de l'Ifle
de Ré, de Marans , de Gamaches,
& c . André Seigneur de
Boifmenard,duquel font iffus
les Seigneurs de Gamaches,
& Louis ,dit Bethis , de la po
fterité duquel fortis par fem156
MERCURE
C
mes le Marquis de Sevigné
en Bretagne, le Duc de Gef
vres , Mr Nicolaï Marquis de
Gouffainville , les Barons de
Mouchy le Chaftel, les Bouteillers
de Senlis , Comtes de
Monchy, & c.
La fille aînée de Clement
Rouhault épousa N. de
Breffuire , dont elle eut une
fille unique Jeanne de Bref
fuire mariée par Triſtan fon
oncle à Ingerger d'Amboife ,
Seigneur de la Rochecorbon .
L'autre fille de Clement
Rouhaule , fut Jeanne Rouhault
, laquelle époufa Jean
GALANT 37
du Pleffis , Chevalier , done
elle cut plufieurs enfans,
Triftan Rouhault époufa
Perronnelle d'Amboile fille
de
T
de Louis Vicomte
Thouars , Seigneur de Talmond
, de Mauleon , & de
l'ifle de Ré , & c . & de Jeanne
Comteffe de Dreux, Dame de
S. Valery, de Gamaches , & c .
Princeffe du Sang de Fran
ce , Perronelle d'Amboife
eftoit veuve d'Amaury Sire.
de Craon mort en 1373.lors
qu'elle époufa Triftan Rouhault
, & qu'elle luy apporta
les grands biens de fa mai158.
MERCURE
$
fon, qui le rendirent un des
plus puiffans Seigneurs del
fon temps fous le Regne de
Charles VI . portant le Titre
& la qualité de Comte de
Dreux & de Vicomte de
Thouars. Il fervit le Roy en
qualité de Banneret avec
huit Chevaliers en 1380. &
1381. & l'accompagna au Siege
de Bourbourg en 1383.
avec feize Chevaliers & cent
trente & un Ecuyers qui fi
rent montre & furent receus
à Orleans le 6. Aonft. Il fitſon
Teftament
le 15. Mars 1390 .
& mourut environ 1402 .
GALANT 159
André Rouhault , Chevalier,
Seigneur de Boiſmenard
& de la Rouffcliere qu'il
poffedoit en 1383. fut frere
de Triftan Comte de Dreux
& Vicomte de Thouars. Il
eut deux fils Gilles & André
que leur oncle Triſtan fit fes
heritiers, D'André font iffus.
les Seigneurs de la Rouffeliere
, dont la posterité eft
éteinte dans le fiecle paf.
fé.
Gilles Roubault , Cheva.
lier, fils aîné d'André , Seigneur
de Boifmenard , mou.
rut avant ſon pere, Įl épouſa
160 MERCURE
Catherine Rabaſté dont il
cut un fils unique nommé
Jean . Sa veuve fe remaria à
Jean d'Ancenis , dont elle
eftoit veuve en 1422.
9
Jean Rouhaulr ,Chevalier,
Confeiller & Chambellan du
Roy , le mit avec vingt Ecuyers
& feize Archers au
Siege de Parthenay en 1419 .
Il fut tué à la Bataille de Verneuil
en 1424.Il épouſa Jeanne
du Bellay foeur de Jean
Evefque de Poitiers , & fille
de Jean Sire du Bellay & d'E .
lizabeth de Montigny , dont
il eut Joachim Rouhault,
GALANT. 161
A
fut
Maréchal de France . Jaques
Seigneur du Preffoir & de
Nion , qui laiffa d'Anne de
Chateaubriand fa femme un
autre Jaques mort fans enfans.
Abel Rouhault qui fut
Gouverneur de Valognes .
Joachim Rouhault
fucceffivement Seigneur de
Boilmenard , de Gamaches,
de Hellicourt , du Puy Nôtre
Dame , du Fief Sautereau &
de Chaſtillon. Il fut aufli
Seigneur de Rambures . Par
confifcation le Roy Charles
VII. luy donna la jouïffance
de la Vicomté de Fronfac, ce
Avril
1702.
162 MERCURE
que Louis XI. confirma. Il
fut premier Ecuyer du Corps
& de l'Ecurie , dont il fit la
Charge à l'Entrée de Louis
XI. à Paris aprés fon Sacre
portant fon Epée en écharpe
. Il fut fait Maréchal de
France , Senechal de Poitou
& de Beaucaire , & Connéta
ble de Bourdeaux . Toutes
les Hiftoires
de fon temps
font pleines de fes grands.
Exploits. Affiegeant Challois
& les gens ne voulant point
monter à l'affaut , il prit fon
Enſeigne & fe jetta dans la
Place avec quatre des fiens,
GALANT " 163
ce qui obligea fes Troupes
de le fuivre & de fe rendre
maîtres de la Place. Il défit
l'Avantgarde des Anglois àla
fameufe Journée de Fourmi .
gny, & fit fon Teſtament le
6. Aouft r478. par lequel il
ordonne la fepulture à Saint
François de Thouars auprés
de fa mere.
Hépoula Françoife de
: Volluire fille de Jean Sire de
Ruffec & de Marie Harpeda
ne, dite de Belleville, dont il
cut Aloph &Anne Rouhault,
laquelle épousa Adrien de
Lhofpical Seigneur de Choi
Qiji
164 MERCURE
A
fy, dont font iffus les Comres
de Lhofpital & deSainte Mefme,
& les Ducs de Vitry.t
Aloph Rouhault, Seigneur
de Gamaches, de Hellicourt,
de Boifmenard & de Chatil.
lon en Thouarçois , de Chateauneuf
& de Riou , fut
Chambellan de Louis XII .
& de François La : Il épouſa
Gabrielle de Montreignon ,
dite de Salveft , d'une illuftre
Maiſon d'Auvergne , dont il
eut trois fils Aloph,Thibault
& Louis qui fut Gouverneur
de Heldin , & qui épousa
Jeanne Dame de Saveufe,
GALANT 165
veuve d'Antoine de Crequy ,
Seigneur de Pondormy dont
il eut Barbe Rouhault ,Dame
de Saveufe , femme d'Adrien
Tiercelin , Seigneur de Brof.
fe, Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Mou,
zom , Lieutenant General de
Champagne , dont font iffus
les Marquis de Broffe & de
Saveufe.
Aloph Rouhault fecond
du nom, Chevalier , Seigneur
Chaftellain: de Gamaches, de
Hellicourt , de Boiſmenard,
de Chatillon , la . Guichardiere,
Vauriclet , Rigoval , Bui ,
166 MERCURE
IN
gny , Laleu, Cation , Pendé,
Efpommenil
, Wincourt , & c .
fils aîné d'Aloph I. fe fignala
aux fieges de Metz & de Te
rouenne. Il époufa le 3 Juin
1527. Jaqueline de Moreul ,
dire de Soiffons , fille de Jean
de Soiffons , Sire de Moreul,
Prince de Poix , & de Marie
Bournet , Dame de Thiembronne
& de Beauchamp
,
qui pafferent en la Maiſon
par ce mariage. Il en eut Nicolas
& Barbe Rouhault ,
femme de Nicolas de Montmorency
, Seigneur de Bours ,
dont font iffus les Seigneurs
GALANT 167
de Bours , les Princes d'Efpinoy
, & les Ducs & Princes
de Bournonville .
Nicolas Rouhault , Cheva.
lier de l'Ordre du Roy , Seigneur
Chatelain de Gamaches
, Baton de Thiembron .
ne, Beauchamp , Hellicourt,
Longroy , Sorene , Batinval ,,
Elpinoy , Acheux , Plouy
Preure ,Montigny , Saint Cref
pin, &c. épousa en premieres
nôces Charlotte de Lenon .
court , dont il eut : Gedeon
Seigneur de Gamaches , tué
fans alliance. Il épousa en
fecondes nôces Claude des
168 MERCURE
6
Maricourt , fille de Jean Seigneur
de Maricourt , Baron
de Monchy le Chattel , Che.
valier de l'Ordre & Maiftre
d'Hôtel du Roy , & de Renée
de Quefnel d'Allegre , dont
il eut François Nicolas &
Aloph III . du nom , Baron de
Thiembronne , qui épouſa
Claude Chabot de Jarnac ,
dont il eut Claude femme
en premieres nôces de Hen
ry de Bourdeilles , Comte de
Mata , & en fecondes nôces
de Henry le Veneur, Comte
de Tilliers. Aloph. III . époufaa
en fecondes nôces Marguerite
1
"
GALANT 169
guerite de Theon , dont il
eut Henriette mariée à Fran .
çois de Bullion , Marquis de
Montlouet , premier Ecuyer
commandant la grande Ecu.
rie.
Nicolas Rouhaut II . du nom ,
Marquis de Gamaches ,Baron
de Hellicourt , Longroy , Inf
ville, Seigneur de Beauchamp
d'Acheux , du Plouy , de
Mareuil, &c époufa en 1607.
Françoife Mangor , fille de
Jaques Mangot Avocat General
du Parlement de Pau ,
& Confeiller d'Etat , & de
Marie du Moulinet, & niece
Avril 1703
.
P
170
MERCURE
de Claude Mangot , Garde
des Sceaux de France , dont .
il eut René Rouhault fon fils
aîné qui fe fit Jefuite , François
Marquis de Gamaches
Capitaine des Chevaux Legers
tué en Lorraine fans alliance
en 1635. Nicolas Joa
chim Marquis de Gamaches
dont je vais parler. Ignace
Marquis d'Affi , qui a cuplu .
fieurs enfans de Charlotte
Chriftine de Lorraine fa femme
, Claude qui a époufé
Pierre de Grouches, Marquis
de Griboval.
Nicolas Joachim RouGALANT
171
X
hault troifiéme du nom , Mar.
quis de Gamaches , Seigneur
Chaſtelain , & Gouverneur
de Saint Valery fur Somme ,
Païs & Roc de Cayeux , Baron
de Hellicourt , de Longroy,
d'Infville , Seigneur de
Bourincourt , Mareuil , &c .
Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General
des Armées de Sa Majefté,
" épouſa en 1642. Marie Antoinette
de Lomenie , fille de
Henry Augufte de Lomenie ,
Comte de Brienne & de
Montberon , Miniftre & Premier
Secretaire d'Etat , & de
Pij
-172 MERCURE
Louiſe de Beon du Maffer ,
dont il a eu Nicolas Henry
Joachim morr jeune, Joſeph
Emmanuel Joachim Marquis
de Saint Valery , Hyacinte
Comte de Cayeux , Marie.
Gabrielle Julie Religieufe
Carmelite à Saint Denis ,
Hyacinte Comte de Cayeux ,
qui eft celuy dont je vous
parle a épousé N. de Brienne ,
fa coufine germaine fille du
dernier Comte de Brienne,
Secretaire d'Etat , & de N.
de Chavigny , fille de feu M'
de Chavigny auffi Secretairo
d'Erar.
GALANT. 173
Plufieurs perfonnes auffi
bien que vous , ont demandé
des nouvelles de m ' d'Egri
gny, Intendant des Armées
du Roy en Italie, qui fut pris
à Cremone le jour queles Allémans
én furent chaffez . On
le conduifit à Untiano, où il
a paffé quarante trois jours
avec des peines infinies , foit
que les Ennemis s'imaginaf
lent qu'en le traitant rude .
ment ils en tireroient une
plus forte rançon , foit qu'ils
fatisfiffent en cela leur natu
rel violent & leurs manieres
dures; bien éloignées ce cel-
P iij
174 MERCURE
les des François , qui traitent
leurs prifonniers avec une
douceur qui les charme.
Non feulement ils les plaignent
, mais ils leur font
tous les plaifirs qu'ils peuvent
leur faire dans l'état où
ils fe trouvent. Monfieur le
Duc de Vendofme qui con.
noift, & qui honore de fon
eftime Med'Egrigny, n'a pû
le laiffer fouffrir plus long.
temps , & d'ailleurs inftruit
des intentions de la Cour, il
eft convenu de la rançon, &
l'a fait payer
.
Mr d'Egrigny eft un hom
GALANT. 175
me d'un merite fingulier , &
fert le Roy depuis fort longtemps
avec beaucoup de diftinction
& d'activité.
A
Mr le Maréchal de Catinat
luy rendit juftice à font
retour d'Italie d'une maniere
qui luy fur bien glorieuse .
Ce General dir à Mr de Chá .
millart , qu'il n'avoit jamais
vû perfonne fervir le Roy
avec plus d'honneur & de
defintereffement . Mr le Duc
de Vendoſme dit en partant
à ce miniftre, qu'il eftoit tres,
fâché de ce qu'il ne trouveroit
pas мt d'Egrigny en Ita
P iiij
176 MERCURE
lie , & qu'il fe fouvenoit de
quelle utilité il luy avoit efté
en Catalogne . Feu Mr de
Louvois , qu'il n'eftoit pas
aifé de furprendre par un faux
merite , avoit beaucoup de
confideration pour luy, 11
l'envoya à Cazal lorfque
cette Place fut remiſe aus
Roy , & depuis en Irlande
en qualité d'intendant . M
de Barbezieux l'envoya enfuite
à Bayonne , & le prefenta
au Roy pour aller en
Catalogne en la melme qualité.
Il y a fervy ufqu'à la
fin de la guerre , eftimé des
•
GALANT 177
Generaux , aimé des Troupes
, & mefme de tous les
Peuples de fon Départe
ment. Sur la fin de l'année
1700. lor que le Roy envoya
des Troupes en Italie , Sa
Majesté le choifit elle mef
me pour fon Intendant en ce
Pais là . Mr de Chamillart ,
qui ne precipite point fon
jugement , a toûjours paru
tres content de les fervices,.
& a eu la bonté de luy mar
quer plufieurs fois depuis
l'affaire de Cremone , combien
il eftoit content de luy.
Md'Egrigny a fervi le Roy
178 MERCURE
de plus d'une maniere . Avant
que d'eftre Commiſlaire des
Guerres , il a efté Capitaine
dans leRegiment de la Cou
ronne . Il s'y eft fort diftin
gué, & en porte des marques
tres glorieufes. Le Roy vient
de donner à fon fils aîné ,
quoy qu'il n'ait encore que
dix - neufans, une Compagnie
dans le Regiment de Bourgogne.
Il étoit dés l'âge de'
quinze ans Garde Etendart
de Galere . Il quitta le ſervice
de la mer pour fe trouver à
la tranchée devant Barcelonne
. Il fut bleffé à l'affaire de
GALANT : 179
Chiary eftant Lieutenant
dans le Regiment de Bour .
gogne. Il a un frere qui fert
fur les Galeres. Ainfi l'on
peut dire , que pendant que
le pere fert le Roy dans des
affaires importantes , & qui
demandent un homme vif,
intelligent , & defintereffé ,
fes enfans expofent leur fang
for mer & fur-terro pour le
fervice de Sa Majeſté.
Il y a eu Sentence
renduë
contre le Marquis del Vafto.
Je vous en envoye la Tra
duction comme je vous ay
180 MERCURE
envoyé celle du Monitoire
quicas efté publié contre ce
même Marquis.
L
A Cause ayant eſté aujourd
buy rapportée dans la
Congregation Criminelle parti •
culiere , tenuë par Ordre de Sa
Sainteté , Nous difons , pronon
çons , décernons , déclarons
Sententions le Marquis del Vafto
de Pefcaire comme trouvé
coupable desfaits rapportez dans
le Proces & puniffable de droit
pour n'avoir pas comparu par
devant nous perfonnellement afin
defe purger des chofes dont ilfe
'GALANT. 18:
trouve accusé, en forte qu'il a en-
-couru les peines portées dans le
Monitoire qui a efté fair concre
luy & legitimement executé , &
qu'il doit eftre condamné comrne
nous le condamnons au dernier
fupplice , qui eft d'avoir la Teſte
tranchée avec confifcation de tous
fes biens , applicables à la Cham,
bre Apoftolique. Pour cela nous or,
donnons que s'il eftjamais rencontré
dans aucunes des Places appar.
tenantes au S. Siége aprés qu'on
aurareconnufa perfonne dans les
formes , ilfera conduit au lieu
ordinaire des executions , qu'on
y dreffera une échaffaut , & qu'il
182 MERCURE
y aura la Tefte coupée , afin que
fa punition convienne àfon crime
qu'elle ferve d'exemple aux
autres, ce qui a esté prononcé par
* moy Marc Antoine Venturinus ,
Lieutenant , le 18. Mars 1702.
Jamais rien n'a efté moins
vrai femblable que ce que le
Marquis delVafto a dit, en fup.
pofant qu'on vouloit l'affaffi.
ner. Sa vie ou fa mort importoient
peu aux deux Couronnes.
La Confpiration de Naples
eftoit découverte . Les
Rebelles eftoient ou priſon .
niers , ou en fuite , ou punis.
Tout eftoit calme dans la
GALANT. 182
6
Ville , le Marquis del Vafto
eftoit à Rome , & entierement
hors d'eftat de nuire .
Il ne meritoit pas même dans
la fituation où il fe trouvoit ,
qu'on fift plus d'attention à fa
perfonne qu'à celle d'un fim.
ple particulier , puifqu'il n'avoit
pas plus de pouvoir. ,
Quand il en auroit eu cent fois
davantage , & qu'il auroit pû
liguer une partie de l'Europe
contre le Roy , & qu'il s'en
feroit déclaré ennemi perfonnel
, fa vie n'auroit pas
efté moins en feureté . Toute
>
l'Europe rend justice au Roy
184 MERCURE
là deflus. Elle fçait combien
Sa Majesté a d'horreur pour
de pareilles propofitions , &
le fçait d'une maniere à n'en
pouvoir pas douter.
Aprés que M' de Caillieres
eut fait imprimer le volume
des bons mots qu'il avoit ra.
maffez , le fuccés de cet Ouvrage
donna lieu de croire
que les Livres de cette natu-
-re feroient toujours bien recus
, & comme à force de
chercher à contenter le Public
, on le raffafie de ce qu'il
aime le plus , il parut plufieurs
GALANT 185
>
Volumes qui fe fuivirent de
fort prés ; mais file Public
eut le plaifir d'y lire quantité .
de bons mots il luy falut
effuyer la lecture de plufieurs
autres qui tenoient plutoft
leur place dans ces Volumes
pour les groffir , que pour la
bonté de leur fel. On en a
fait un depuis peu intitulé
Recueil des bons Mots des Anciens
& des Modernes , où l'on
trouve auffi quelques Contes.
Ce Recueil pouvant paffer
pour l'élite de tout ce qui a
efté mis au nombre des bons
mots , doit épargner la lectu-
Avril 1702
. Q
186 MERCURE
A
re de beaucoup de Volumes
à ceux qui fe font un plaifirplaifir
de lire tour ce qui regarde
les reparties vives &
fpirituelles. Il y a dans ce
Volume beaucoup de bons ,
mots qui n'ont été imprimez
dans aucun autre. Il fe vend
au Palais , chez Medard Bru.
net , dans la grande Salle , vis
à vis la Cour des Aides à l'Ef--
perance .
Les avantages que la Garnifon
de Mantoue a rempor
tez pendant tout l'hiver fur
les Troupes Alemandes , ont
efté fi frequens , qu'il s'en eft
4
1
GALANT. 187
trouvê dont nous n'avons eu
aucuns détails , ou du moins
que longtemps aprés. Celle
du 19 Mars a efté de ce nombre
, & l'on n'en a oüi parler
qu'aprés celle du 21. du même
mois dont je vous ai don-.
né une ample Relation fans
rien dire de la precedente.
Voici une Lettre du 25. du :
même mois qui parle de čette.
action. Elle a eftè écrite par
M' l'Ambaffadeur d'Espagne
à Venife à M' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne en France, Je vous
l'envoye de la maniere dont
jel'ay reçuë fans y rien chang
ger.
Qij
188 MERCURE
Mr de Teff continue toujours de
fe conduire à l'avantage des deux
Couronnes , il a eu cette femaine
deux fuccés bien glorieux , l'un
contre le quartier de Château - Mantoüan
qui avoit pour Garnifon un
Regiment de Houßars de fix cens
chevaux. Si on ne put pas les
enleverpar le Party qui les attaquoit
d'autant qu'ils furent avertis
à temps par leurs Gardes avancées;
au moins eut- on la gloire de les mettre
tous enfuite. Ils fe retirerent de
leurpofte tous nudsfur leurs chevaux
àpoil , ils laifferent tous les chevaux
de fuite & de bagage , leurs tentes ,
leurs lits tout leur équipage ;
& toutes leurs proviſions qui étoient
copieufes , en foin , en grains , en
avoine , en pain cuit & enfacs de
farine , avec beaucoup de pieces de
GALANT. 189-
drap qu'on avoit achetées pour habiller
le Regiment. Tout celafut
enlevé & conduit à Mantoüe , &
on brufla tout ce qu'on ne put emporter.
"
Je vous envoye une Prie
re pour le Roy d'Espagne
faite à l'occafion du voyage
de ce Prince en Italie. Elle
eft.de M' Gafchet de Saujon
de Xaintonge . Je ne doute
pas que cet Ouvrage ne vous
plaife auffi bien qu'à vos
Amies , puifque je vous en
ay dêja envoyé plufieurs du
même Auteur qui ont eu cet
avantage. Les Ouvrages de
190 MERCURE
cette nature ont une certai .
ne érudition pieuſe , s'il m'eft
permis de parler ainfi , &
une onction qui penetre le
coeur.
Ꮪ
Eigneur , noftre grand
Dieu & Pere celeste , qui
avez donné des Rois aux
Peuples en voftre benediction
, * afin qu'ils regnaffent
fur eux, & qu'ils les gouvernaffent
en équité & en jufti .
ce. Qu'il vous plaiſe de prendre
en voftre fainte garde &
protection , le grand & ma
goanime Roy, des Efpagnes,
* Proverbe
7.
GALANT 19t™
Prince tres vertueux , doüé
de fageffe , de zele & d'une
pieré veritablement chré
tienne , lequel abandonne
pourun rems la fplendeur de
la Majefté Royale , & defcend
du haut de fon Trône pour
traverser les mers , pour aller
deffendre ſes Sujets & fes
Etats , qu'on luy veut enlever
contre tout droit & toute raifon.
Vous fçavez Dieu des Armées,
qu'il les poffede à jufte
Titre , & que ce n'eft pas
l'ambition d'étendre fa domination,
ni l'avidité d'avoir
le bien d'autruy qui luy fais .
#92 MERCURE
prendre les Armes , & expofer
fa facrée Perfonne à mille
dangers cant par terre que:
par mer, mais bien pour con
ferver fon droit & celuy de
fes Couronnes , que vostre
bonté paternelle luy a mife
fur la tefte . Et puisque vous.
avez voulu que les Rois fuf
fent fur la terre une Image.
vivante de voftre route puiffance,
& un rayon de voſtre.
gloire, affermiffez pour longtemps
en les mains le Sceptre
que vous y avez mis , &
pour jamais en celles de fes
deſcendans Vous avez, Dieu
ના
des
GALANT. 193
des
Batailles
conduit autre
fois Cyrus par la main *, &
avez
affujetty les
Peuples
fous fa
domination , & luy
avez
ouvert la
porte des
Villes,quoique
Prince Payen .
Quel
fecours 'doit
efperer de
voftre bras
puiffant un Roy
Catholique que vous avez
placé fur un des plus émi
nens
Trônes du monde , le
quel a fuccé avec le lait la
piere de David , le zele d'E
zechias, &
auquelvous avez
infus la fagefle, que vous de
manda
autrefois * Salomon.
: *
Ifaye: 45.. 3. Rois. 3.-12.
Avril
1702 . R
194 MERCURE
Qui a une clemence fans
borne , & une bonté heroï
que. Qui comme un aurre
Jule Celar pardonne à fes
propres Sujets qui portent
les Armes , & qui fe font re
belez contre luy C'eft grand
Dieu , un des plus brillans
Portraits de voftre divine
Majeſté qui ait jamais porté
Diademe. Mais puis qu'il eft
vray que les Rois font les
Peres des Peuples , imprimez,
s'il vous plaiſt dans le coeur
de tous les Peuples fujets àla
domination , une obéiſſance
filiale, qu'il ait en eux autant
GALANT. 195
!
>
de Gardes que de Sujets,
autant de Citadelles que de
Coeurs,afin que luy étant auffi
fideles qu'ilsdoivent l'eftre , ils
fe garantifle des fuggeftions
des ennemis de fon regne &
de fa gloire, leur faifant com
prendre que fi les Oyleaux
du Ciel * portent la voix
& font entendre les plus fes
cretres pensées de ceux qui
font mal intentionnez contre
leur Souverain , que les
Oyfeaux celeftes font auffi
comprendre aux Rois la
bonne intention de leurs Su
Ecclef. 10.20
•
Rij
196 MERCURE
jets . Que fi autrefois vous
avez ordonné au Peuple d'If
raël de prier pour la * prof
perité de Nabuchodonozor
fous lequel ils eftoient captifs
& fort opprimez , metrez
d'une maniere particuliere
au coeur des Peuples d'Italie,
Sujets de ce grand Roy ,
de luy eftre fideles , & de ne
point écouter la voix de l'En .
chanteur. Que fes Ennemis
qui fe fient en la multitude
de leurs Troupes , foient con .
fus dans toutes leurs entrepriſes,
pendant que les Sujets
* Jerem. 27.94
GALANT. 197
ร
& les François avec eux ,
n'auront recours qu'à la
puiffante protection du Toutpuiffant.
Prefidez , Dieu de
verité , prefidez au milieu de
fon Confeil , afin qu'il foir
toûjours fidele , & que les
relolutions qui y feront pri
fes ,foient fi bien cachées à
fes ennemis qu'ils n'y puif.
fent en rien penetrer , &
confervez ce Roy legitime
fucceffeur des Etats de fes
Ancestres . Beniſſez , s'il vous
plaift, la Reine fon Epouſe ,
comme auffi noftre triomphant
Monarque , & Mon
Riij
#
198 MERCURE
feigneur le Dauphin , de
l'heureux fang defquels cet
augufte Prince a efté formé
Monfeigneur le Duc & Madame
la Ducheffe de Bourgo
gne , tous les Princes du Sang
& Officiers de la Couronne.
Qu'il vous plaife encore ,
Pere de mifericorde , ouvrir
les yeux aux Princes liguez
afin qu'ils rentrent en euxmelmes
, & qu'ils abandonnent
le deffein qu'ils ont pris
de faire la guerre au Roy des
Rois , penfant la faire à un
Prince de la terre. Qu'ils
confiderent que c'eſt de
*
Prov. 7.
*
GALANT 199
par vous que ce Prince regne,
& que c'ef voftre invincible
bras qui le foutient. Donnezlay
un favorable fuccés dans
fes juftes entreprises , en le
garantiffant de tous les dane
gers qui menacent la ' nacure
humaine , & confervez la
Royale Perfonne en longueurs
de jours, & multitude
de Benedictions , verfant fur
les Couronnes vos plus preticules
in Auences ; afin qu'étant
affermi fur fon Trône ,
& agiffant de concert avec
le Roy Tres - Chreftien
noftre fouverain Seigneur ,
R iiij
200 MERCURE
par leurs grandes puiffances ,
bonne intelligence & autorité
royale , ils maintiennent
la paix & la tranquillité dans
l'Europe , qu'ils rétabliſſent
les brèches de Jeruſalem , en
réüniffant tous les Chreftiens
fous la houlette d'un feul &
même Paſteur , afin qu'à
l'avenir nous n'ayons qu'un
même fentiment au coeur &
qu'une même Confeffion de
Foy à la bouche. Amen .
* Rom, 20. 10 .
M' le Marquis de Raftignac
a époulé Mademoiſelle
GALANT. 201
de Clairmont - Narbonne ,
riche , jeune , & belle , heritere
de l'Agenois , dont la
Nobleffe eft au nombre de
celles que les habiles en
Genealogie appellent du pre
mier ordre. Voicy l'abregé
de fon Hiftoire quine déplai
ra pas aux curieux .
L'Empereur Charlemagne
ayant conquis fur Hunaud
l'ancien Royaume d'Aquitai
ne ,compofé des Maitropoles
de Bourges , de Bordeaux ,
d'Auch , & de Narbonne
le donna à fon fils aîné , qui
fur depuis l'Empereur Louis
202 MERCURE
le Pieux. Comme ce Prince
eftoit encore jeune & que
Empereur fon Pere eftoit
fufflamment occupé à con
ferver la Couronne Imperiale
d'Occident, qu'il s'eftoit mife
par fa valeur fur la tefte , il
établir dans les principales
villes d'Aquitaine desComtes
où Gouverneurs , qui furent:
comme les Tuteurs du jeune
Roy Louis , & qui acquirent
tant d'authorité dans leurs
Comtez , qu ils les rendirent
enfin hereditaires dans leurs
familles.
Humbert fut établi Com
GALANT 203
te de Bourges , Alboüin de
Poitiers , Irier d'Auvergne ,
Guidebaud
de Perigueux
,
Roger de Limoges , Bullaud
du Vellay , Chorffon de Tolofe
, Aymon d'Alby , & enfin
¡Aymery fur créé Comte de
Narbonne l'an 810. en même
temps que les autres. Sa
famille fe divifa depuis en
plufieurs branches , celle des
Vicomtes de Narbonne eft
la plus renommée . Elle a
donné l'origine aux Seigneurs
de Taleyrand Narbonne , &
la branche de ceux - cy a
produit celle de Fiefmarcon204
MERCURE
Narbonne , laquelle enfin a
donné depuis environ un
fiecle le commencement aux
Seigneurs de Clairmont-
Narbonne .
Bernard de Narbonne ,
Baron de Fiefmarcon , époufa
en premieres nopces , An .
toine de Maüleon d'où naquit
entr'autres Jean de Nar
bonne , Marquis de Fiefmarcon
, done la pofterité feminime
eft prefentement
continuée dans la races de
Fiefmarcon - Caffaigner Til
ladet. Le même Bernard ,
prit une feconde Alliance
GALANT. 205
avec Leonor de Bruyeres
Chalabre , d'où naquit entr'autres
Maximilien de
Baron de Narbonne
Clairmont , Ayeul paternel
de la nouvelle Mariée , qui
a donné lieu à cette obſervation
Hiſtorique.
La Famille du jeune
Gentilhomme fon époux ne
fe glorifie pas d'une origine
auffi éclatante que celle de
Narbonne , mais la Nobleffe
dont elle est en poffeflion
depuis plufieurs ficcles
T'honneur qu'elle a d'avoir
produit de tres vaillans Che106
MERCURE
valiers dans les guerres , un
Lieutenant General au Gou!
vernement d'Auvergne en la
perfonne du brave Meffillac .
Raftignac , des Barons aux
Etats de la Province de
Quercy , où ils avoient la
premiere place alternative .
ment avec le Duc d'Uzez ,
le Marechal de Themines
& le Comte de Clairmont-
Lodeve à caufe des quatre
premieres Baronnies de cette
Province , Luzec , Paycor
ner , Gourdon , & Caftelnau ;
Ces avantages , dis - je , l'ont
renduë égale à l'illustre allian
GALANT 207
ce quelle a faite . Ce jeune
Marquis qui a cû l'honneur
d'eftre Page du Roy , eft Fils
de Mr le Comte de Rafti.
gnac , l'un des honneftes &
des plus magnifiques hommes
de ce temps , & de l'une
des filles du renommé Comte
de Clairemont - Vertillac
du nom de Touche Boeuf,
nom auffi Noble & aufli Ancien
qu'il paroit bizarre .
La droite raiſon eft on
trefor important pour qui la
peut aquerir. Non feulement
elle nous fait fouffrir avec
"
208 MERCURE
patience les chofes qui nous
déplaiſent & qui font inévitables
; mais elle nous donne
un efprit docile qui s'accom
mode de tout & qui nous
attire des avantages confide .
rables qui nous feroient écha
pez fans cette docilité. Une
Demoiſelle affez jolie fuc
mariée dans un age où elle
n'eftoit capable que d'envi
fager de beaux habits & une
parure qui éblouit la plupart
des jeunes perfonnes . Elle
n'entroit point dans les devoirs
qu'impofe le Mariage
& ne fentant rien pour fon
GALANT
209
mari dont fon coeur puft eftre
yeritablement touché , elle
pretendoit qu'il luy devoit
plus de complaifance qu'elle
n'en vouloit avoir pour luy
& s'il s'oppofoit à la moindre
chofe qui luy paffoit par la
teste, elle n'estoit point conrente
, comme elle eftoit fort
jeune , il l'a traitoit avec
beaucoup de douceur & dans
l'envie de s'en faire aimer
Il ne la
contrarioit que quand
ce qu'elle tâchoit d'obtenir
de luy ne
s'accordoit pas entierement
avec ce qu'on a
coutume de pratiquer , pour
Avril 1702
. "S
210 MERCURE
vivre en eftime dans le mon
de. C'eftoit cependant affez
pour luy donner du chagrin ,
& fon Pere qui l'aimoit fort
tendrement luy ayant un jour
demande la caufe d'une rêverie
où il l'a trouvoit , elle luy.
répondit comme en confi.
dence , qu'il l'avoit mariée
tropjeune , & qu'elle ne pou.
voit s'empêcher de regretter
fon eftat de fille. Son Pere ,
hommeremply de fageffe luy
réprefenta par de folides raifons
, combien il y alloit de fes
interêts de vivre bien avec fon
Mary , qui avoit d'ailleurs de
1
GALANT 211
tres belles qualitez & qui étoit
en estar de faire une tresgrande
fortune. Il lui fit voir
dans qu'elle vie languiffante
fes chagrins la reduiroient
fi elle ne faifoit pas tous fes
efforts pour vaincre l'indifference
qu'il luy voyoit pour
ce Mari , & qu'enfin il eftoit
toûjours de la prudence de
faire de bonne grace ce qu'il
falloit faire neceffairement.
Cette derniere railon frappa
vivement la jeune perfonne .
Elle avoit l'efprit ſolide , &
perfuadée, qu'il y alloit de
tout fon repos de croire fon
Sij
212 MERCURE
Pere , elle profita de ſes les
çons , & pour plaire à fon -
Mari , elle refolut de ne vou
loir plus que ce qu'il voudroit.
Un des meilleurs Amis
de fon Pere qui la voyoit
quelquefois , la fortifia dans
ces fentimens. C'eftoit un
homme qui avoit déja paſſé
fa cinquantiéme année , &
pour qui tous ceux qui le
connoiffoient avoient une
veritable eftime . Il eftoit fort
riche , d'une probite connuë ,
&comme le mariage lui avoit
toûjours paru un obſtacle à
fe pouvoir perfectionner dans
GALANT 213
*
l'étude de la Sageffe , il en
avoit fuy l'engagement . La
jeune perfonne reçut avec
beaucoup de plaifir les con
feils qu'il luy donna , & l'ha
bitude qu'elle prit de n'avoir
plus d'autres volontez que
celles de fon Mari , la porta
à une tendreffe pour luy , qui
furprit fon Pere , & la furprit
elle-même. Son coeur changea
à mefure que fon efprit
s'affermit dans la refolution
de ne s'appliquer qu'à fes de
voirs. Son Mari en fut touché
tres fenfiblement , & la
trouvant fort aimable , il
214 MERCURE
n'oublia rien pour lui affurer
une partie des grands
biens qu'il acquis en peu
d'années. Leur mariage demeura
fterile , & preferant fa
femme à fes heritiers , il luy
procura tous les avantages
qu'elle pouvoit fouhaiter, Ce
fus la, recompenſe du changement
dont fon bon eſprit
la rendit capable , & le fruit
heureux des fages conſeils de
fon vieil Ami , à qui fon Pere
qui mourut en ce temps là,.
recommanda fortement de la
voir toûjours & de luy con
tinuer les avis fur fa conduite.
GALANT 215
Elle fe trouva toûjours parfai
cement bien de les avoir pris
pour regle , & il admiroit fouvent.
combien elle avoit l'efprit
pliable pour tout ce qui
pouvoit la faire atteindre à
quelque degré nouveau de
perfection . Auffi la nommoit.
il un chef d'oeuvre qu'avoit
formé la raifon aidé d'un
coeur droit qui fe feroit reproché
la moindre foibleffe.
L'union avec laquelle elle
› vécut pendant vinge cinq ans
avec fon Mari,fut toute charmante
, & auroit duré de la
même force , finne fiévre des
216 MERCURE
plus violentes ne l'euft pas
emporté en peu de jours .
Elle le pleura , & on peut dire
que cette mort luy coûta des
larmes ameres. Les deux an.
nées de deuil expirées , on
vint luy faire des propofitions
de tous coftez. Elle avoit
beaucoup de bien , un merite
dont peu de perfonnes de fon
lexe approchoient , & fi elle
n'eftoit pas dans une grande
jeuneffe , on ne pouvoit dire
qu'elle fuft vieille . Elle ne put
voir tant de Prétendans fans
en parler à fon vieil Ami ,
qui luy demanda fi elle fongeoit
CALANT. 217
geoit à un fecond mariage,
Elle répondit qu'elle avoit
toujours fuivi les Confeils
en toutes chofes & qu'elle
eftoit refolue ales fuivre enco
re dans cette rencontre , fans
quoy elle estoit déterminée à
ne rien résoudre, mais qu'il lui
"feroit un fort grand plaifir s'il
vouloit examiner les avanta
ges qu'elle pourroit efperer
avec ceux qui s'empreffojent à
la rechercher, non feulement
du cofté du bien & de la
naiffance ; mais auffi pour les
bonnes qualitez done elle
feroit bien plus de cas que
Avril 1702
. T
118 MERCURE
du refte. Il confentit à ce
qu'elle fouhaita , & s'informa
avec foin de tout ceux qui
luy avoient fait porter parole.
Aprés un examen ferieux
il luy en dit tout le bien
qu'il en connur & en meſme
temps ne luy cacha aucun
des défauts dont ils eftoient
accuſez. Ces effauts l'emportant
fur les vertus , fon
coeur ne fe déclara pour
aucun d'eux , & de nouveaux
Prétendans s'eftant préfentez
il fit le même examen , fans
qu'elle puft le
un choix, cloudre à faire
Six mois àpeu prés
GALANT 49 :
.
s'étant paffez dans ce refus
general ,fon amy luy dit qu'il
voyoit bien qu'abfolument
elle ne vouloit point ſe.rema:
rier , & qu'il ne falloit plus
qu'il perdift du temps à des
informations qui ne devoient
aboutir à rien. Elle répong
dit que fi elle faiſoit tant
de refus , ce n'eftoit point
qu'ellerenonçaft au mariage,
mais qu'elle vouloit un hom.
me à lon gré , la deffus elle
luy fit un détail de toutes les
qualitez qu'elle fouhaitoit
pour prendre un fecond
mary , & ce portrait con-
Tij
to MERCURE
venoit fi bien à ce vieil amy
qu'il luy eftoit prefque impoffible
de ne le pas recon.
noiftre, ne put pourtant
s'imaginer qu'elle fuft capa ,
ble de jetter les yeux fur
luy , & il ne l'auroit jamais
penfé , pour le tirer de
l'embarras où elle le vit elle
ne luy cuft enfin demandé.
Pourquoy il ne s'eftoit pas
mis au nombre de ceux.
qui l'eftimoient affez pour
lavouloir époufer , le
vieil Amy fort furpris,luy die
que fi dans le temps qu'il
eſtoir jeune , il avoir trouvé
*
GALANT 1215
une perfonne qui cuft autant
de merire qu'elle , il n'au
roit point balancé à fe marier
, mais qu'il eftoit trop
vieux pour ofer fe croire
digne d'elle , & que quand
il feroit vray qu'elle parlaft
tout de bon , il l'a détourneroit
d'un pareil deſſein. La
Dame luy dit que la vieilletle
ne luy faifoit nulle peine,
qu'elle devoit à les feuls
confeils toute la fortune dont
on la voyoit joüir , qu'elle
ne pouvoit luy en marquer
mieux fa reconnoiffance
qu'en l'époufant , & que fa
Tiij
122 MERCURE
probité qu'elle connoiffoit ,
Peftime general qu'il s'eftoit
acquis , & le nom qu'il por.
toit dont elle feferoit honneur
dans le monde eftoient des
chofes qui fatisfaifoient affez
fon coeur pour la rendre plainement
contente . lk fc
dirent beaucoup d'autres
chofes qu'il eft aifé de s'ima
giner . Les conditions furent
arreftées de part & d'autre , &
le mariage le fit peu de jours
aprés .
Un jeune Officier d'une
petite Ville de Picardie deve
nu malade de la Jaloufie que
GALANT. 223
luy donoit une Demoiſelle
qu'il aimoit , fit fur le champ
& dans le plus rude accés
de fa fievre , les Vers qui
fuivent..
JALOUSIE
ALA
BELLE PER ONNOISE.
.....Dans
lefort d'une fiévre
ar
denté ,
Cette fievre , Philis , n'eſtpas mon
plus grandmal ,
Un autre plus affreux m'afflige &
me tourmente ;
C'est le bonheur de monrival.
Tij
224 MERCURE
.
&
Dans le temps que la fieure allume .
dans mes veines z ?
Unfeu qui confume man corps
"La noire Jalousie , & fes fougueux
transports
Produifent dans mon coeur de plus.
fenfiblespeines
$
Les accés de ma fieure enfinfe ralen
[ affez bons
tiffent ,
Mon corps a quelquefois
des momens
Mais
ceux que dans mon coeur ex citent
mes foupçons
,
Le rongent nuit &jour , & jamais
ne finiffent.
&
En vainparfes confeils ma prudente
9787 raifon
Veut bannir de mon coeur cet horrible
paifon
GALANT 225
Ses remedes luy font beaucoupplus
inutiles ,
Que nefont à mon corps ceux de mon ·
Medecin
Quoy qu'ilfoit des plus mal-habiles
Etn'aitpourtout talens qu'unfatras
de latin.
e
Rien ne t'excufe auſſi , tout parle
contre toy
Toutfert à redoubler matrifte jalou
fie.
Perfide coeur , fragile foy,
Que n'ay-je en vous perdant , helas!
perdu la vie !
$1814
La mort même la plus cruelle
Eft douce au prix des maux que reffent
un Amant ,
226 MERCURE
Quandilvoitqu'àfesyeuxfa Mat.
treße infidelle
Veutpar defauxfoupirs cacherfom
changement,
2
A tant dilimuler qui vous a ph con
thaindre ?
Pourquoy me trahir ? pourquoyfeindre
?
Pourquoy des beaux dehors d'un
amour affecté
Couvrir voftre infidelite ?
Parlez, que vous a fait l'homme le
plus conftant
Pour for envers luy de tant de perfidie?
Ne m'a t-on pù vous aimer tant?
Quepour vous voir, belas! tout d'un
coup refroidie ?
GALANT. 227
Puifque vous vous fentiez incapable
d'aimer
Avec une égale conftance ,
Vous deviezme le dire , & non examiner
Parvbire tendre complaisance ,
Un malque deformais rien ne pourra
calmer
2
Quand aux voftres mes yeux expri➡
moient leur amour
Ab !fi vous n'aviez eu que de l'indifference.
Faurois fait mes efforts pour en
··prendre à mon tour
Et j'aurois étoufé ma flame enfa
naiſſance.
2
Aujourd buy vieux Captifje nepuis
reprimer
D'un tiraunique amour la violence
extrême,
228 MERCURE
Et plusje fais d'effort pour ne vous ·
plus aimer.
Plus je fens que mon coeur vousaime.
Apparemment votre deffein
Fftoit de me caufer mille & mille
delices
,
Pour me plonger aprés le poignard
dans le fein ,
Et par un retourinhumain
Me caufer vivement mille & mille
fupplices
Pourquoy mes foins ont ils efté
-
[ le Maiftre ? foufferts
Puifque de voftre coeurje n'eftois pas··
Faloit -il me faire connoiftre
Tant
d'appas attirans , tant de
charmes divers ,
Pour les faire à mes yeux tout d'un
coup difparoiftre ,
GALANT 2.29
Si j'ignorais ce que jepers ,
La perte m'en ferait moins,fenfible
peut- cftre.
Mais lors queje ne vois en vous
Qu'un amas pompeux de merveil
les .
Qu'un affemblage vif & doux
D'attraits éblouiffans , de beau
tezfans pareilles ;
Je fuis au defefpoir qu'à mon beureux
Rival
[ faites.
Vous deftiniez
des chofes fi par.
Et plus jefçay ce que vous eftes ,
Plusje fens accroitre
mon mal
Š
De la gène ou mereduifoit
D'incommodes Argus l'exalte vigi.
Lance
Des peines qu'à mes feux chaque
jour oppofoit
230 MERCURE
De voſtre Père altier lafatale deffenfe
އ
Ne fouffrois -je donc pas affez?
Falloit-ilparvoftre inconftance
Mettre le comble à mes malheurs
passez
Vous de quij'attendois le bonheurde
mesjours ,
Philis , vous devenez ma plus dure
ennemie ,
Vous qui deviez enfin couronner mes
amours
Philis , vous m'arrachezcruellement
la vie.
Oùfont tous ces momens quand d'un
coeur transporte ,
Vous me juriez, Philis , une flame
fincere
Où font tous ces aveux dont vous
m'averflatté,
GALANT th
Il ne vous a pas plus coûtě
A les violer qu'à les faire.
$
Quelle perfidie eft la voſtre !
Dans le temps que vostre ferment
Me dit que vous m'aimez toujours
uniquement
Vous recevez les voeux d'un au
tre.
Ne redoutes- tu point la colere du
ciel?
Il bait la perfidie , abhorre leparjure,
Quoiqu'il tarde à punir un objetcriminel
Sa vengeance n'est pas moinsfure.
&
Ou fi tu braves fon couroux
Crains au moins un Amantfurieux
&jaloux
232 MERCURE
¿Quife laiſſe entrainer où le guidefa
rage
Elle me porte à me vanger
Etne veut point que je ménage
Une perfide , une volage
Qui ne craintpointde m'outrager.
2
Quoy donc , on me prendra pour dupe
impunement,
La Coquette à fon gré fe jouëra de
maflame
Un indigne Rival fier de fon changement
Triamphera des maux qui déchirent
mon ame ?
Je le verray s'applaudir en tous
lieux
Du rapide fuccès de fa chere conquefte
,
Qu'ilſe vante qu'àpeine il ent offert
es vatix a
GALANT 233
Qu'à l'écouterl'Infidelle fut prefte.
2 .
Cruel Amour (ors de mon coeur,
Ceffe de me parler en faveur d'une
ingrate,
"
Il faut laiffer éclater ma furen
Puifque fa perfidie éclate.
$
Perdons la mais , quiperdre un
adorable objet.
• Etpourquoy , quoy quefans fujet ,
Ie m'apperçois que mon coeur s'intereffe.
La rage en vain m'anime contre
vous ;
Malgré tout mon dépit je fens que
ma tendresse
Eft plusforte que mon courroux,
S
Quoi que vous me caufiez le plus
cuifant martife.
Avril
1702.
V₁
234 MERCURE
Lors queje crois que je vous hais ;
Vous regnez dans mon ame avecque
plus d'empire
Que vous yregnaftesjamais
S
Malgré votre infidelité
Le conferve pour vous la flame la
plus belle,
·Ingez , jugez par là de ce que c'euft
efté
Si vous m'aviez eftefidelle.
Meffire Michel Colbert
Aumônier du Roy, Abbé de
Premontré, Chef & General
de tout l'Ordre, mourut le 29%
du mois paffé dansfa foixante
& huitième année . Il eftoit
fils de M ' Colbert ControlGALANT.
235
Leur des Baſtimens du Roy.
Mr de Bechamel avoirépoufé
une de fes foeurs , & M
Belloc, premier Prefident de
Rouen fon autre foeur. Avant
que d'eftré élû General , il
avoit paffé dans toutes des
Charges de fon Ordre. D'abard
il anfeigna : la Philofophie
, enfuite la Theologie .
Ceux qui ont eu l'honneur de
le pratiquer ont connu qu'il
effait eres profond en l'une
BoBautre. Sa modeftie & fa
douceur Layanti fuit choific
pour eftre, Maitre des Novices,
al s'acquita fi bien de cet
Vij
236 MERCURE
I
• employ , que te Gênerál le fic
fon Prieur à Premontré.
s'acquit dans cette Place l'eftime
& le coeur de tous les
Religieux , qui rendoient tous
les jours graces à Dieu , d'a
voir à leur Tefte une Perfonne
de ce caractere . Comme
leur Général geftoit accablé
de goutes & hors d'état de
faire les Vifites , tant dans le
Royaume que dehors , il fit
Mr Colbert Vifiteur general
de tout l'Ordre. Il fit endore
mieux paroiftre dans cette
derniere fonction , combien
cftoit dignende tous , les.
༣
"
GALANT. 217
"
1
honneurs qu'on luy deferoit
Male Scellier, fon Predecef
feur, ne pouvant plus ,à caufe
de les incommoditez rem-
Split les fonctions de GeneraÞfe
demiten 1666 , & le Roy
ayant permis aux Religieux
de faire election d'un Sujet ,
-POrdre content de M Colbert
jetta les yeux fur luy, &
l'élut tout d'une voix pour
Abbé de Premontré & pour
General. 11 eft vray qu'il cut
enfuire bien des troubles ,
parce que Mr le Scellier ,
pouffé par quelques elpries
inquiets , reclama contre fa
238 MERCURE
demillion , ce qui fit ungros
Procés à Rome où l'election
faite de M' Colbert fut caffée,
mais en mefme temps le Pa
pe donna des Bulles mogu
proprio , par lesquelles il nom .
me M' Colbert General. On
ne (gait fur quel fondement
T'on caffa à Rome cette Eleetion.
La perfonae de Mª
Colbert n'eftoit pas indigne,
puifque le Pape luy rend
d'une autre maniere la juſtise
que les Religieux avoient
rendue à fon merite. Si toft
que fes Bulles furent obte . }
muës il fe fit bonir. Il a tenu
GALANT. # 39
deux Chapitres generaux ,l'un
en 1690. & l'autre en 1696.
Dans l'un & l'autre il ya toû
jours parlé en homme habile
poffedant toutes les matieres
de fon Ordre à fond, & l'on
fe fentoic entraîné à confen
tir à fes Decifions par la for
ce des raifons dont il les
ap.
puyoit, C'est par les foins
que le College de Premontré
a efté bâty , & fa pieté y a
fait établir un Office regle..
Il a embelly fon Abbaye de
Premontré de plufieurs bâ
timens pour la confolation
des Religieux, il y a fair gars
240
MERCURE
•
2
. ا ی د
nir une Bibliotheque
des Livres
les meilleurs & les plus
curieux fur toutes fortes de
matieres convenables
à des
gens deftinez
à deffervir
quantité de Benefices . Il s'eft
appliqué fur tout à rétablir
les Etudes, & le grand nom .
•bre de Docteurs & de Bacheliers
qui fe trouvent dans fon
Ordre , luy ont l'obligation
du foin qu'il a pris pour le
faire parvenir à ces Degrez .
Depuis plufieurs années com .
me par un preffentiment
fe .
cret , il meditoit fur les devoirs
& fur la neceffité de la
!..
les
mort,
GALANT: 241
mort,&pour ne pas priver fes
Religieux de fes pieufes Me.
ditations , il compofoit des
lettres fur les devoirs en general
& en particulier des Reli
gieux, ainfi que fur la mort &
fur la maniere dont on devoir
s'y preparer. Il fembloit qu'il
prévoyoit ce qui luy cft arri .
vé. Ces picules Meditations
l'ont porté à fe difpofer à ce
paffage terrible, & le jour qu'il
tomba enapoplexie il fe con .
feffa & celebra la mefle , ce
qu'il n'avoit pas manqué de
faire depuis plus de trois ou
quatre ans Le Roy ayant fceu
Avril 1702. X
242 MERCURE
la mort de ce General a eu
la bonté de faire expedier les
Lettres neceflaires aux Religieux
de Premontré pour
pour s'affembler, afin de pro .
ceder à une Election , & le jour
en eft indiqué au quatrième
May prochain. Les Indictions
font envoyées à tous les Religieux
au nombre de cenrafin
qu'ils ayant à fe rendre ce
jour là à Premontré.
Jay encore à vous appren
dre la mort de quelques per.
fonnes diftinguées , dont voi,
cy les noms.
DameLouiſe de Lifle, veu
GALANT 243
ve de Meffire Charles Chalfepor
de Beaumont, Seigneur
de Rubelles , Maistre des
Compres, & Maitre d'Hoftel
de la feue Reine.
Meffire Julien Brodeau ,
Confeiller honoraire de la
Grande Chambre. Il a des
enfans de Dame Magdeleine
Bechefer, fa premiere femme.
Dame Anne Louife de
Tremereuc, époufe de Meffire
Touffaint de Cornulier ,
Seigneur & Marquis de Châteaŭfremont,
Comte de Largoel,
Prefident à Mortier au
Parlement de Bretagne.
x ij
244
MERCURE
M'de ' la Deveze , Lieures
nans de Roy de la Province
de Quercy , & Colonel du
Regiment de Vauges , a ett
permiffion de vendre fon Re
giment à Mr de Moncaut ,
Sous -Lieutenant au Regi
ment du Roy , fils de M de
Moncaut Brigadier des Ar
mées de Sa Majefté , & Gouverneur
de la Citadelle de
Bezançon. La famille de la
Deveze
elten
Quercy
& depuis plus d'un fiecle ,
tient à honneur
d'eftre une
branche
des anciens
Seigneurs
du Château
de LoGALANT
24f
piac , bâty à l'antique fur
la grande riviere de Loth
en Rouergue. La Nobleffe
de cette race eft d'autant
moins fufpecte qu'elle a di
vers caracteres qui luy one
acquis la reputation d'être au
nombre des meilleures de
cette Province. On y a porté
le nom de Lopiac, dés le
temps de l'inftitution de l'u
fage des noms. On Y eftoit
en poffeffion de la Seigneu
rie du mefme nom , lorfque
les premiers Comtes de Rodez
etablirent leur domination
dans la Province de
X iij
246 MBRCURE
Rouergue. On prouve lefait
par les hommages rendus en
divers temps par les Sei,
gneurs de Lopiac à ces Com
tes , & aux Comtes d'Armagnac
fucceffeurs de ceux de
Rodez . Les circonstances
qu'on a obfervées ont donné
à quelques uns, lieu de foupçonner
que le Fondateur de
cettel Famille , eftoit de la
race de Louis premier Duc
des Galcons , & qu'en mes
moire de ce fameux Capitai
il appella fon Chateau
ne ,
*
& la Seigneurie , Lopiac , &
prit un Loup dans fes Armoi
GALANT 247
effective .
ries, que l'on porte
ment encore dans la famille.
Les Aîaez font toûjours , en
poffeffion de la belle Terre
de Lopiac , & ont pris des
alliances avec les Familles anciennes
de Peyneffe, de Cap.
denac , de Monfalais , de Balaguier,
de Salles , de Corn , &
enfin avec celle de Fages .
Sainte Colombe; qui eft une
branche de la famcule Maifon
de Montefquieu en
Guyenne. On foupçonne que
les Seigneurs de la Panouze
établis dans le haut Roüer
gue, & qui ne ſubſiſtent plus
X iiij
248 MERCURE
prefentement , eftoient iffus
de ceux de Lopiac , à cauſe
qu'ils en portoient le nom .
Mrs de Sainte Marthe l'ont
obfervé dans leur Galliá Chriftiana
, en parlant de Guy de
la Panouze , dit de Lopiac,
Archidiacre de Conques dans
l'Eglife Cathedrale de Rodez
Evefque de Mende en 1443.
de Caftres en 1444 & enfin
Archeve que de Damas en
1448. & d'Antoine de la Panouze
, dit auffi de Lopiac,
Evefque de Mende en 1468
La branche de la Deveze à
pour Chef Pierre de Lopiac
*
GALANT. 249
qui prit alliance dans le dernier
ficcle avec Anne de Su
ridame de la Deveze , d'où
nâquirent Jean de Lopiac,
Sieur de la Grenede tué en
duel par le sieur de Pilonez
Gentilhomme
de Quercy ;
Jaques de Lopiac Sieur de
Lauzerte Moufquetaire
du
Roy, mort dans un combat
fait à l'occafion d'une que
relle prife avec quelques uns
de fes Camarades ; Jeanne de
Lopiac mariée avec le Sieur
de la Gibertie & Jean- Pierre
'de Lopiac Sieur de la Deveze
Paîné de ceux qu'on vient de
250 MERCURE
nommer, qui épousa Juliette
de Fontanges - Chambon ,
Dame d'une famille établie
en Limofin , & iffuë d'une ras
ce ancienne , & des plus illu
fres de l'Auvergne. D'elle
font nez Jean de Lopiac fieur
de la Deveze qui perdit la
vie à la Bataille de Senet, à la
refte d'un Bataillon qu'il
commandoit dans le Regi
mene du Roy ; Louis -Charles
de Lopiac , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Je
rufalem , Capitaine au Regiment
du Roy , & qui quiera
depuis la Croix de cette ReGALANT
25t
ligion pour épouſer Jeanne
de la Croix de Caftres en
Limoufin , d'où eft née une
fille unique qui a du merite
& de la beauté ; Emanuel de
Lopiac fieur d'Alguiere , Licutenant
de l'Artillerie de Fran:
ce dans l'Armée du Milanois
& Commandant l'un des Ba
caillons du Regiment Royal
Artillerie , Pierre de Lopia
S'de Lauzerte , Capitaine au
Regiment du Roy mort avec
fon frere aîné à Senef; Louis
de Lopiac de la Deveze Abbé,
& Jean - Pierre de Lopiac
Seigneur de la Deveze, Lieu25
MERCURE
tenant de Roy en Quercy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & cy.devant Colonel
d'un Regiment d'Infanterie,
qui a donné lieu à cet Article.
Vous ferez peut- eftre fur
prife que je vous parle de
l'Entrée de Mr Gualtieri ,
Nonce de Sa Sainteté en
rance , puis qu'il y eft depuis
longtemps que vous avez
dû croire que cette Entrée
eftoit faire, & que j'avois ou
blié de vous en parler. Cé
pendant comme la Cour a
prefquetoujours efté en dueil
GALANT 253
depuis fon arrivée , on a re
culé cette Entrée jufqu'au
fecond de ce mois. Je n'en.
treray point dans le détail
du Ceremonial , puifque je
vous ay déja fair plus de cin
quante defcriptions des Entrées
des Nonces , & des Am;
baffadeurs Extraordinaires, &
qu'elles font toutes les mê
mes quant à ce qui regarde .
le Ceremonial & les Audien
ces. Ainfi toute la difference
qui peut s'y trouver ne con ,
fifte que dans la diverfité &
dans la richeffe des Livrées,
dans le nombre des Garoffes
254 MERCURE
t
Se
& dans leur magnificence.
On peut dire que Mr le
Nonce a excellé en tout cela.
On peut dire auffi que fa
livrée eftoit riche , puifque
les habits de tous ceux qui la
portoient eftoient couverts
d'un Galon de Soye , enfermé
de deux Galons d'argent , ce
qui faifoit une nuance tres
agréable, & produiſoit un effet
beaucoup plus beau que
fi tout le Galon euft été d'ar.
gent. Ily avoit trois Caroffes
magnifiques & une Caleche .
Il fut conduit par Mr le Prin
ce Charles de Lorraine , & reGALANT
275
çur tous les hon neurs , tant
fon Entrée qu'à fesAu diances
qu'on a cou tume de faire
aux Ambaffadeurs des Teftes
Couronnées. Il fut compli:
menté de la part de toute la
Famille Royale , à qui il fit
des prefens dont la fage mai
gnificence convenoit & à ces
prefens & au caractere de ceceluy
qui les faifoit Je ne vous
dis point qu'il fut agréable.
ment reçu , & qu'il s'acquitta
tres bien de toutes les fonctions
de ces jours de Ceremo
nies. Ce n'eft pas une chofe
nouvelle,on fçait qu'il a rout
276 MERCURE
l'efprit qu'on peut avoir. Je
dois ajouter icy , quay que
cela ne regarde pointl'article
de fon entrée , qu'il a un ca.
ractere d'honnefte homme
de fincerité , & de fermeté ,
dont s'il m'eftoit permis, je
pourrois rapporter beaucoup
de preuves. Il foutient avec
éclat la qualité de Miniftre
de Sa Sainteté , & a ſouvent
donné des repas dignes de
fa magnificence aux Minif.
tres étrangers qui font en
cette Cour , ainfi qu'à plu,
fieurs Princes & Seigneurs.
Je ne vous dis rien de M
GALANT 277
Fiefchi , Nonce extraordinaire.
Vous fçavez qu'il eft de
la Maifon de Fiefque , & ce
que T'on peut dire d'avantageux
de cette Maiſon . Il n'a
point encore fait fon entrée
publique Ainfi il n'a cu
jufqu'à préfent que des Aa.
diences fecretes de Sa Ma
jefté. Comme le Pape l'a envoyé
pour travailler à la Paix ,
il dit à Versailles le premier
jour qu'il y alla , qu'il apor .
toit un Rameau d'Olivier.
Il voudroit bien dire vray ,
& qu'il fut au pouvoir de
Sa Sainteté de le faire naiftre
Avril 1702. Y
278 MERCURE
il trovera en France une
terrè propre
à le pro
duire ; mais elle ne le peut
feule , & il faut qu'elle foir
mellée d'une autre qui n'a
pas toutes les difpofitions
requifes pour le faire naître.
Vous fçavez que le Roy
d'Eſpagne a nommé M le
Comte d'Eftrées , Chevalier
de la Toifon d'Or & que ce
Comte a répondu , qu'il falloit
avant que de recevoir cet
Ordre , qu'il en demandaſt la
permiffion au Roy. Je ne vous
parle point prefentement de
ce Comte dont j'auray beau :
GALANT 279
coup à vous entretenir avant
que de finir cette Lettre.
M' le
D
Comte d'Ayen
ayant cccompagné Sa Majesté
Catholique jufqu'en
Elpagne & ayant pris foin
pendant toute la tonte de
beaucoup de chofes qui pouvoient
faire plaifirà ce Mos
narque pour qui, il a toujours
fait voir beaucoup de zele , &
d'atachement , à auffi efté
nommé Chevalier de la Toi
fon d'Or. On a peu vû de
Seigneurs faire une auffi belle
figare dans un âge fi peu avance
puifqu'il n'y a rien qu'il
Y ij
280 MERCURE
ne fçache à fond , ou done
il n'ait quelque teinture.
- Le Roy d'Eſpagne à nom.
mé dans le mefme temps Mr
de Cezane , frere de Mr le
Duc d'Harcour , Chevalier de
la Toifon d'Or . Il fut nommé
pour accompagner ce Prince
en Espagne , & comme ce
Monarque n'eftoit pas enco
re affermy dans la Langue
Elpagnole, & que Mr de Co.
zane la poffede parfaitement ,
il fervit d'Interprete à Sax
Majefté Catholique. Il a
milles bonnes qualitez qui
GALANT 281
lay ont acquis l'eftime , & la
bienveillance du Roy d'Efpagne
, & l'honneur . qu'il
vient de recevoir .
Les deux Regimens Eſpa
gnols, dont l'un porte le nom
de Regiment de Flandre , &
l'autre de Brabant ,font fortis
de Catalogne , il y a déja
quelque temps . Ils doivent
paffer par le Languedoc &
par la Provence. Ils vont en
Piedmont , d'où ils pourfuivront
leur route pour joindre
l'Armée des deux Couronnes.
Ces Regimens tresa
beaux la plufpart de ceux.i
282 MERCURE
qui les compofent ayant déjas
fervy. Les Cavaliers ont des
Chevaux de foixante Louis.
Ces Regimens font fort le ftes,
l'un eft veltu de gris doublé
de bleu , l'autre de bleu
doublé de rouge. La pluſpart
des Cavaliers ont des feconds
Chevaux *i *
On ne peut trop écrire
fur les actions glorieuſes ,
éclatantes & fingulieres.
Ainfi on ne doit pas s'étonner
fila gloire que les
François ont acquile à Cre
mone a fait faire tant de Vers.
En voicy de nouveaux fur le
GALANT 283
melme fujet. Ils font de Mr.
du Puget de Berance.
ODE.
MUfe
,dont
la voix
bautaine
Famais ne fe fit oüir
Pour une louange vaine ,
Defcens , vient nous réjouir ,
Dy ce que la Renommée
De nôtre valeur charmée
Ta conté de nos exploits ;
E:
que
l'Univers s'étonne
En voyant ce qu'à Cremone›
Ofa faire le François ?
284 MERCURE
Déja maistre de fes portes
Eugene victorieux
Faifoit ranger fes cohortes
Dans un Champfartspacieux:
L'ardeur des Chefs
victobre ,
leur nom
La nuit , le filence , & lombre
Secondoient l'évenement.
Les Gardes fur la pouffiere
Avoient perdu la lumiere
Sous lepoignard Allemant ,
Fameux vainqueurs de l'Aulides
Qui priftes les murs Troyens ,
Une rufe moins perfide
Vous livra leur Citoyens ?
QuelSecours pourtant s'avance ?
Pour
GALANT. 285
Pour laffer la refiftance ,
Que d'incroyables efforts ?
Pourmon invincible Maiftre
Les Dieux ont ilfait renaiflre
Les Sarpedons , lesHectors ?
Ouy ,fans doute , j'y contemple
Cent glorieux deffenfeurs ,
Sa voix , fes yeux , fon exemple
Sont gravez dans tous les coeurs,
Revel a tout donne l'ame
Praflin dans l'eau , dans la flame
Coupe un Pont devant leurspas
Finmarcon foutient l'ouvrage ,
Ne leur laiffant pour paſſage
Que les eaux , où le Trepas.
Avril 1702 Z
186 MERCURE
La fous l'armure trompée
Ils fentent percer leurflanc ,
Icy de cent coups d'Epée
L'Irlandois vange fonfang ,
D'autres tombent dans les wagues
,
Redoutant Prefle , d'Entragues ,
Tous Chefs avec Mahony ,
Que quelque bleẞure honore
Et qui difpurent encore
La Victoire de Carpy.
Douze legions infignes
Semant la mort & l'effroy
De nos Vers fe rendent dignes ;
Mais plus encor de mon Roy.
GALANT. 287
Baillantes ,furieufes ,
Et par tout victorieufes
Toutes vont braver la mort ;
Et plein d'une noble envie
Aucun ne regle fa vie.
Quefuivant le communfort
Quoy que fans Chefs fans
·guides
On les a vus s'attrouper,
Et fur ces Geants timides
Ils ne ceffent defrapper..
Chaque guerrier fe fignale.
Et l'Aurore matinale ;
Pour avoit trop attendü ,
A s'ennywier de Carnage ,
Les voit fuir avec outrage
Z ij
288 MERCURE
Dufort le mieux deffendu ."
Eugene , les yeux humides ,
Rapelle en vain leurs Exploits ,
De tant de Chefs intrepides
Aucun n'écoute fa voix.
Au torrent luy même il cede ,
La douleur qui le poffede
Détourne encore les regards,
Sur cette Ville ennemie ,
Où la fuite & l'infamie
Sont le prix de fes hazards.
Placez vous fur le Porphyre,
Mes Vers; dansfi peu de mors
Vous n'avezpas pú d'écrire ,
Les faits de tant de Heros ?
GALANT 289
Mais dites de quelle gloire ,
Louis paya leur victoire ,
Qu'ilsfont sous fes nourriſſons ;
Famais l'Ecole vaillante
Du Monarque que je chance,
Ne déroge àfes leçons.
Et Toy, dont l'ame attendrie,
Prife la noble fureur
De ceux qui pour leur Patrie
Vont à la mort fans terreur ,
Quel augufte témoignage
Ne rens - tu de leur courage ?
Mais quel autre Roy fi bon,
Sous l'un & fous l'autre Pole ,
Merite mieux qu'on s'immole
Pour la gloire de fon Nom.
Z iij
290 MERCURE
$0 20th cen
Pour moy, l'ame encore faiſie A
De les outit tous wanter, al
Une noble jaloufie ,
M'excite à les imiter ,
Et
Valais
quoy que tout mon partage
Soit le fterile avantage
De quelques fons imparfaits,
Que Marsm'ouvre la Carriere,
Et de mon ardear guerrieres A
Mon Roy verra leseffets, mo
Les nouveaux Planiſpheres
celeftes de Mr de la Hite,
Profeffeur Royal & de l'Academie
des Sciences ,viennent
d'eftremis aujour par le Sicur
GALANT 297
de Fer, Les Sçavans & les Curieux
feront fatisfaits de
l'exactitude & du deffein de
cet Ouvrage , auffi bien que
du nouveau Plan de Paris
avec les nouvelles Divifions
que le Sieur de Fer a donné
en meſme temps au Public,
Il doit mettre en vente le
premier de May prochain
fon nouveau Livre des Cartes
, Plans & Vûës pour la
guerre d'Italie , dans lequel
on trouvera les routes que
Sa Majefte Catholique a tenues
de Paris à Madrid , de
Madrid à Barcelone , de Bar-
Z iiij
292 MERCURE
celone à Naples , de Naples
à...... & celle que les Flotes
Angloifes & Hollandoifes
tiennent ordinairement pour
paffer le Détroit & entrer
dans la Mediterranée . La
Carte des Nouvelles Lignes
où les Frontieres des Païs- Bas
Efpagnols & Hollandois, fera
achevée dans le même temps
& mife au jour.'
Tous ces Ouvrages fe di-
Atribueront à Paris chez l'Auteur
dans l'Ile du Palais , fur
le Quay de l'Orloge , à la
Sphere Royale. Mr de Fer
vend aufli les Plans de BonGALANT.
293
-
ne , Juliers , Cologne , &c.
Rien n'eft plus curieux que
toutes ces Cartes dans la fi.
tuation où font aujourd'huy
les affaires de l'Europe.
T
Les Vers qui fuivent font
de Mademoiſelle Lheritier .
ROMANCE
Sur l'Air deJean de Vert.
AMADAME DE P * **
P Vifque mon indolent repos
Chez vous n'a point d'excuſe
Je vais fans chercher de grands mots
294 MERCURE
Faire parler ma Muſe
Mais ne comparez pasfes chants
A ceux qui fe formoient du temps
De Iean de Vert , de Lean de Vert...
S
Ce temps fecond en beaux efprits
Eut cent doftes merveilles.
On y vit les fameux écrits
Des Racans , des Corneilles
It eftoit peu de vers méchants
Mais nous ne sommes plus au
temps
!
De JeandeVert , de Iean de Vert....
S
Auffi les Mufes à la Cour
Alors toujours cheries ,
Avoient banni de ce fejour
Tant de minauderies ,
Ieux d'efprits , plaiſus innocens
Faifoient fes delices au temps
De Leande Vert , de Leande Vert....
GALANT 295-
2
Mais aujourd'huy l'on ne croit pas
Que l'on y puiffe plaire
Aimant les plaifirs délicats
Et la vertu fincere .
On croit que garderles ferments
C'eft vivre en Palatin du temps
De Ieande Vert , de Lean de Vert.
2
A peine lesjeunes Blondins
Cherchent a plaire aux Belles.
On les traiteroit de badins
Defoupirer pour elles
Tendres ardeurs , beaux fentimens
Paffent pour des ragoufts du temps
De Iean de vert , de Iean de Vert...
S
Il n'est plus mefme aucun Heros ,
Quife faße une affaire.
De duper parfourbes propos
La Nymphe & la Bergere.
296 MERCURE
•
Tels qu'on voit braves & vaillans
En amour fe moquent du temps
De Leande Vert , de Iean de Vert...
$
Le grand exemple de Louis
Leurfait chercher la gloire
Mais des qu'ils n'ont plus d'Ennes
mis ,
Ils ne fçavent que boire .
Et tous leurs divertißemens
Sont tels que ceux des Allemans:
De Ieande vert , de Iean de Vert.:
S
Nous voyons d'un autre cofté
Que la plupart des Dames
N'ont plus cette Noble fierté
Qui doit regler leurs ames .
Pourvu qu'on faffe un tas d'Amans
Ont rit des maximes du temps w
De IeandeVert , de Lean de Vert
GALANT 297
Enfin il n'eft prefentement
Perfonne qui fe pique
De reffentir fincerement
La tendreffe berorque .
Le pauvre amour tout confterné
Regrette le temps fortuné
De Iean de Vert , de Jean de Vert..
2
Ceffez dont de me reprocher
Mafroide indifference
Non , je ne veux point m'arracher
D'une heureufe indolence
Et ne veux pour amuſemens
Que ceux qu'on cherißoit du temps
De Jean de Vert , de Iean de Vert..
2
A prefent à vousparler net
Fort peu fçavent me plaire ,
Ni Baffette ni Lanfquenet
Nefontpas mon affaire.
Connoiffoit-on ces maditsjeux
298 MERCURE
Au temps loyal , au temps heureux,
De Leande Vert , de Iean de Vert..
a
Afe barbouiller de Tabac
Trouvoit-on de la gloire ,
Sepiquoit- on d'un eftomat
Qui futfi propre à boire.
Certaines Dames de ce temps
L'emportent pour ces beaux talens
Sur Lean de vert ,furIean de Vert..
Telles Bacchantes ont banni
L'aimable politeße
Le bongoût paroift endormi
Et la delicatefe
Ab qu'on voit peu d'hommes galans:
Excepté ceux qui font du temps
De Iean deVert , de IeandeVert...
Dans les Cercles les mieux choifis
GALANT 299
1
Fort peuje vous affure
Imitentpar leurs tours polis
Sarrafin ou Voiture.
Ie quitterois tous les vivans
Pour tels défunts l'honneur du temps
De Jean de vert , de Jean de Vert...
$
Comme l'onfe retire loin
De la galanterie
Onfuit en fa place avecfoin
La poliffonnerie
On dit des bons mots plus graffiers .
Que les Goujats des Officiers
DeJean deVert, de Jean de Vert..
S
Belles , dont l'efprit gracieux .
Vous fait refter polies ,
Tachez de délivrer ces lieux
De telles barbaries
Pour rappeller les airs galans
Soyez, feveres comme au temps
200 MERCURE
De Jeande Vert, de Jeande Vert
S
Pourpetits-Maitres & Blondins
Soyez noblement fieres.
Ayez de modeftes dédains
Ainfi qu'eurent nos meres.
Aimez l'efprit & les beaux arts
M'imiter point les airs hagars
De Jeande Vert , de Jean de Vert...
S
Pour vous , à qui j'écris ces vers ,
Admirable Artenice ,
Le Ciel vousfit cent dons, divers
A qui l'on rendjustice
Vos actions , vos fentimens
Ont la pure vertu du temps
De Jean de Vert , de Jean de Vert...
S
Afin de vous entretenir
Jagreveilléma Mufe.
Maisje Jens qu'elle veut finir
GALANT. 301
Sa musique eft confufe
Elle rentre dans fon fommeil
Regrettant le temps fans pareil,
De Jean devert de Jeande Vert...
Mr le Cardinal de Noailles
ayant accordé la permiſſion
au Pere Archange d'Ecoffe ,
qui s'eftoit converty à la Foy
en 1694. & fait Capucin en
1698. de recevoir l'Abjuration
de Madame fa mere &
de fon frere , la Ceremonie
s'en fit le 13. Mars dans l'Eglife
des Religieufes Capuci.
nes de Paris , dans la celebra .
tion de fa premiere Meffe ,
aprés une petite Exhortation
Avril 1702. A a
3oz MERCURE
qu'il leur fit en Anglois fur
le fujer prefent mr le Colonel
Græmer fon pere & époux
de cette Dame avoit fait fon
abjuration à la Trappe l'an
1700. entre les mains de Mr
l'Abbé , dans le même tems
qu'un autre de fes enfans y
faifoit Profeffion fous le nom
de Frere Alexis, qui y mourut
fix mois aprés en odeur de
Sainteté. Il s'eftoit converty
l'an 1693 & fait Religieux en
1699.
Toutes les actions des
grands Princes eſtant remar,
quables , je ne puis me dif
GALANT 303
penſer de vous dire que le 6,
de ce mois Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , aprés
avoir quitté le Roy à Nôtre
Dame, fit l'honneur à Mr de
Gaignieres d'aller dans fa
belle & agreable maifon vis
à vis les Incurables. Je ne
parleray point de мr de Gaignieres
, il eft allez connu.
Je me contenteray, de parler
de fa maiſon , d'une partie
de ce que l'on y vit , & de
ce qui s'y paffa fuivant ce
qu'une perlonne qui eut le
bonheur d'accompagner ce
jour là Monseigneur, le Duc
Aa ij
304
MERCURE
de Bourgogne m'en a raporté
Ce qu'il y a de furprenant ,
c'eft qu'encore que la même
perfonne m'ait parlé d'une
infinité de chofes qui meri .
tent qu'on y faffe une attention
particuliere , elle m'a
neanmoins avoué qu'il luy en
eftoit échappé une grande
quantité.
Pour mettre quelque ordre
dans ce que j'ay à vous raconter
, je vous diray que
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
luy ayant fair fçavoir
qu'il luy feroit l'honneur
d'aller chez luy le jour que
GALANT. 30%
je vous ay marqué, il y arriva
un peu aprés midy' , & ayant
traversé une grande cour , il
defcendit de Caroffe & monta
à l'Apartement . Ce Prince
s'arrefta dans le Salon à con .
fiderer un grand nombre de
Portraits originaux des Princes
& des Princeffes des der.
niers fiecles qui font de la
main des meilleurs Maitres .
Il paffa delà dans une
grande chambre à coucher,
qu'il trouva ornée d'un meu.
ble auffi riche qu'il eft de
bon gouft, dans laquelle font
des Portraits de la Maifon
306 MERCURE
Royale. Il y vit le fren , mais
tel qu'il l'avoit donné à Mr
de Gaignieres , lors qu'il luy
fit l'honneur d'aller chez luy
à l'Hôtel de Guife il y a dix
ans , où Mr le Duc de Beauvilliers
de conduific avec
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
aujourd'huy Roy d'Espagne.
Enfuite ce Prince entra
dans un Cabinet des Ta
bleaux qui attirent l'attention
par leur diverſité, & par
leur beauté , & qui font des
originaux du Titien , de Hol.
beins , de Vandeck , de Por.
bus , de Paul Bril , & d'au
GALANT 307
eres Peintres des plus fameux.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aprés avoir confideré
chacun de fes Tableaux
felon fon merite particulier
, en confidera longtemps
un qui luy parut auff
beau que fingulier . C'eft une
Miniature qui peut fans contredit
paffer pour la plus
belle de l'Europe. Elle eft
d'un pied & demy de large
fur un pied de haut. Elle res
prefente l'Entrée du Roy à
Lille en Flandre. On y voit
plus de dix mille Figures ,
308 MERCURE
dont les attitudes font diffe
rentes. Tout y eft d'une
grande correction . Les Tapifferies
y font repreſentées
avec tant d'exactitude & de
delicateffe que l'on y diftingue
les Hiftoires qui les com.
pofent, & mêmes les bordu. :
res.
Ce Prince trouva dans le
même Cabinet plufieursDef
feins à la Plume faits de fa
main , dont il a honoré Mr
de Gaignieres en divers tems ,
& qui marquent fon adreffe,
fon gouft,& l'étenduë de fon
genie . Il en auffi de Meffeigneurs
GALANT. 309
gneurs fes Freres , qu'ils ont
pareillement donnez à Mr de
Gaignieres .
De ce Cabinet Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
paffa , dans un autre beau.
coup plus grand , remply de
plus de quatre cens Portraits
des perfonnes les plus illuftres
de l'un & de l'autre fexe
depuis plus de trois cens ans,
prefque tous Originaux da
temps, parmy lefquels ily en
a grand nombre peints par
par le fameux Janet , & par
Corneille. Là , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , à la
Avril 1702
. Bb
310 MERCURE
י י
veuë de tant de grands Hommes
, fit voir que rien ne
luy eftoit nouveau dans l'Hiftoire
, par les circonstances
que fa memoire luy en fourniffoit
à tous momens , avec
des traits de cet efprit fin &
delicat qu'il içait répandre
fur tout ce qu'il dit. Aprés
avoir longtemps confideré
tous ces Portraits , il regarda
divers Jettons parmi un amas
prodigieux qu'en a Mr de
Gaignieres, & par le jugement
qu'il en fit , il fut aife de remarquer
qu'il connoist tour
le prix de cette curiofiré.
GALANT 311
Une grande Galerie qui fe
prefente à la fortie de ce Cabinet
, attira les regards du '
Prince , foit par les Portraits
des Chevaliers de l'Ordre du
SaintEfprit depuis fon inftitu .
tion juſqu'à preſent, dont мr
de Gaignieres a déjaune gran
de partie, & qu'il continue de
ramaffer tous les jours , foir
par une grande mültitude de
Portefeuilles remplis d'une
fuite de Topographie hiſto .
rique en Taille douce & à la
main , des quatre Parties du
Monde , où font beaucoup
de Portraits de Rois,de Prin
·
Bbij
312 MERCURE
ces & de Perfonnes illuftres
de toutes les Profeffions jul
qu'au nombre de feize mille ,
les Cartes , les Plans, les Vûes,
les Tournois , les Carrouzels,
les Ceremonies , & generalement
toutes les chofes que
l'on a pû affembler qui re
gardent la Topographie , &
Hiftoire.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne trouva auſſi dans
cette Galerie cene Volumes
de Lettres originales de Rois,
Princes, Miniftres , Ambaſſa
deurs , avec des Memoires du
mefme caractere, & des plus
GALANT:
313
confiderables. Ce Prince vou
lut lire luy mefme quelques .
unes de ces Lettres . Il fe plus
for tour à celle que François
Premier écrivit dans fa prifon
aux Grands du Royaume , &
dans laquelle ce genereux
Prince témoigne des fentis
mens dignes de fon, grand
courage,&de fon amour pour
fes Peuples.
Aprés s'eftre longtemps
promené parmi ce riche &
grand amas de curiofitez uti .
les & agreables , il demanda à
voir quelques Portefeuilles
fur lefquels il s'arreſta , faiſant
B bini
34 MERCURE
paroiftre à plufieurs repriſes
la fatisfaction qu'il en rece
voit. Il parcourut auffi divers
anciens Manufcrits curieux
ornez de belles Miniatures
hiftoriques & importantes , &
ce que ce Prince en dit , fie
bien connoiftre qu'il a un
gouft feur & excellent .
Quoy que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne cuft
paffé plus de trois heures entieres
à confiderer tant de
chofes fingulieres , & que l'on
n'auroit pas cru devoir trouver
chez un particulier, il ne
put cependant tout voir , Mr
CALANT.
ཏྭཱ་
de Gaignieres ayant outre
cela un Cabinet qui comprend
entr'autres plus de fix
cens Volumes manufcrits
ious excellens tant anciens
que modernes. Cela donna
hieu à ce Prince de luy dire,
que ce ne feroit pas la der.
niere fois qu'il viendroit chez
luy . I lay marqua plufieurs
fois en fortant qu'il eftoit
tres fatisfait , & l'aifura «qu'il
luy donneroit fon Portrait,
quieftant nouvellementpeint
feroit plus reffemblant que
celuy qu'il luy avoit autrefois
donné, & qu'il remarqua au-
Bb ij
316 MERCURE
prés de celuy du Roy.
Mr le Comte du Fenoit a.
achetté la Charge de maiſtre
des Requeſtes de Mr Pelletier
des Forts. Il eftoit auparavant.
Confeiller au Grand Confeil.
Ce jeune magiftrac eft d'une
des plus anciennes Maifons
du Lyonnois , originaire du
Royaume de Naples. Cette
ancienne Maifon s'eft toûjours
diftingué dans l'Epée.
Celuy dont je parle a fait une
des premieres Campagnes de
l'Arriereban du Lyonnois
dont il eftoit Cornette, Ma
GALANT 317
3
dame fa mere eft de la Maiſon
de Migieu , Maiſon qui eft
fortie du Bugey où elle a de
grands biens , & eſt preſente
ment établie à Dijon . Cette
Dame eft foecur. de мr de мigieu
, Prefident à mortier au
Parlement de Dijon , fille de
feu Meffire Guy de Migieu ,
Prefident aux Requeftes de
ce mefme Parlement , & de
Madame de mongey d'une
des plus anciennes Famille
de cette Ville , & petite fille
de feu Noble Antoine de
Migieu & de Madame de Tricaud
, La Maiſon du Fenoit
118 MERCURE
eft alliée aux plus anciennes
Maiſons du Lyonnois . Mr du
Fenoit dont je parle a une
foeur mariée à мr de Grefoles
Seigneur de Tyranges dans
le Forest. La Majfon de Gre
foles eft tres noble & tres
ancienne ; il avoit un frere
Capitaine d'Infanterie mort
dans le fervice depuis quelques
années. Il en a un dans
l'Ordre de Cifteaux qui eft
tres eftimé dans cet Ordre.
Quoy que dans l'article de
ceux qui ont efté nommezpar
le Royaux Benefices vacans ,
GALANT 314
vous ne trouviez point Mr.
de la Chetardie , Curé de S.
Sulpice , je dois vous dire
pour la gloire de Sa Majefté ,
& pour celle de ce digne Pafreur
, qu'elle l'avoit nommé
à l'Everché de Poitiers, parce
que ce Diocefe , où l'on dit
qu'il y a environ huit cens
Villages à vifiter , dans lefs
quels fe trouvent beaucoup
de nouveaux Convertis , demande
un homme du caratere
de Mr de la Chetardie ,
auffi laborieux , & qui ait
autant d'intelligence & aucant
d'activité pour le falut
320 1
MERCURE
des ames. Ainfi le choix du
Roy convenoit à l'Evefque &
an Dioceſe , & confirme que
ce n'est pointaux folicitations
& aux confiderations humai .
nes quele Roy donne les Be
nefices , mais qu'il s'appli
que à connoistre le merite
pour conferer les Benefices
vacans à ceux à qui ils con
viennent , pour la gloire &
l'avancement
de l'Eglife , &
pour le bien de fes Sujets.
Ce n'eft point icy une loüange
que je donne au Roy, c'eft
un fait dont il refulte un
Eloge que chaque particulier
GALANT 31
que
fait auffitoft en foy meſme
fans qu'il foit neceffaire
je parle. Mr le Curé de Saint
Sulpice s'excufa de recevoir
I'Evefché que le Roy luy
avoit donnè , en difant qu'il
avoit foixante & fept ans,
qu'ily en avoit dix qu'il cher.
choit à connoiftre fa Paroiffe,
qu'il efperoit qu'elle luy feroit
bientoft auffi connue , qu'il
eftoit poffible de connoiſtre
une Paroiffe d'une auffi grande
étenduë , & que dans dix
autres années qu'il n'eftoit
pas affuré de vivre , il ne
connoiftroit pas l'Evelché
322 MERCURE
auquel Sa Majefté avoit la
bonté de le nommer. Le Roy
entra dans les raifons de ce
docte & pieux Pafteur, qui fe
trouva par là déchargé du
fardeau que doivent appre
hender tous les Evefques qui
n'ont en vûë que de s'acquiter
du devoir Epifcopal.
Mr de la Cherardie n'eft
pas feulement confiderable
par fa grande pieté , il eft
d'une Maiſon noble & ancienne
de Poitou , qui a
l'honneur d'eftre alliée à celle
d'Aubigné , l'une des meil
leures de cette Province. Il
GALANT 323
;
a efté afſocié eftant encore
fort jeune à la pieuſe Congregation
de Saint -Sulpice .
Il a efté longtemps Superieur
du Seminaire de Bourges, &
grand Vicaire de ce grand
Diocefe. I rempliffoit les
fonctions de ces deux Digni,
tez lors qu'il fut fait Curé de
Saint Sulpice. Tout cela fait
voir encore que le Roy avoit
fait un bon choix , puifque
Mr de la Chetardie ayant efté
grand Vicaire, ne fçavoit pas
moins bien comment on s'aquitte
des devoirs d'un Evê
que que de ceux d'un Curé.
324 MERCURE
Mr l'Abbé Deſmarets ,
grand Vicaire de Pontoife, &
cy- devant Agent general du
Clergé , a eu l'Evefché de
Saint Malo . Ileft fils de feu
Meflire Jean Defmarets , Intendant
de Juftice à Soiffons ,
& de Dame Marie Colbert ,
foeur de Mr Colbert miniftre
& Secretaire d'Etat , & frere
de M' Defmarets , cy devant
Intendant desFinances , de m'
l'Evefque de Riez , de me
Defmarets de Vaubourg, maitre
des Requeſtes , & qui a
fervi le Roy en diverfes Intendances
, & de Dame ....
GALANT 329
Defmarers , épouse de мeffire
André Lubert de Bouville ,
Confeiller d'Etat . Il fut connu
d'abord dans le monde fous le
nom dem de Voufi , &ſe fitCa
pitaine aux Gardes , mais ayant
fortement compris qu'il n'y
a qu'une feule chofe neceffaire
, il vendit fa Charge , & ne
fongea plus qu'à la retraite,
fe donnant tout entier à
Dieu. Il a mené depuis ce
temps- là une vie tres exem
plaire, & a esté employé avec
beaucoup de fuccés en diverfes
Miffions. Sa pieté a paru
dans toutes les fonctions de
Avril 1705. Cc
"
326 MERCURE
Grand Vicaire de Pontoife ,
& comme ce grand Vicariat
eft d'une étenduë fort confi .
derable , on ne peut douter
que celuy qui a tres- exactes
ment remply toutes les fonc
tions , ne foit tres digne
d'eftre elevé à l'Epifcopat,
Mr Charles Philibert de
Pas de Feuquieres , Abbé de
Cormeil , &grand Vicaire de
Sens , 'a efté nommé à l'Evêché
d'Agde , il eft fils de Feu M
Ifaac de Pas Marquis de Feuquiere
, Confeiller d'Eftat or
dinaire , Lieutenant General
GALANT. 327
des Armées du Roy Gouver
neur de la Ville & Citadelle
de Verdun , mort à Madrid
où il eftoit Ambaffadeur ex
traordinaire de France le 6.
Mars 1688. âgé de 70. ans ,
aprés avoir cfté Ambaffadeur
en plufieursCours & de Dame
Anne Louiſe de Grammont
Soeur du feu Duc de Gram.
mont Maréchal de France ,
& petit Fils du fameux Manaffez
de Par , Marquis de
Feuquieres General des Armées
du Roy mort de les blef.
fure à Thionville en 1640 , &
de Anne Arnault Fille d'Ifaac
Cc ij
328 MERCURE
ya
Arnault Sieur de Corbeille
Intendant des Finances . Il y a
de la valeur , de la pieté &
de l'efprit dans la maifon de
Feuquieres , qui eſt tres Illuftre.
Le choix du Roy répond
du merite de l'Evefque , eftant
certain qu'un grand Vicaire.
qui fçait comment il faut
gouverner un Evefché s'acquitera
parfaitement bien
des fonctions qu'inſpire un
poſte fi élevé.
M' l'Abbé de la Poeppe ,
Comte de Lion , ayant eſté
nommé à l'Eveſché de Poiceux
qui aiment l'E- tiers
GALANT 329
glife obferverent à ce sujet
que celle de Poitiers n'a jamais
efté regie que par des
Saints ou par des hommes
d'un grand mérite , ou d'une
haute naiffance , les plus celebres
font Saint Hilaire le
Grand , Saint Gelais , Saint
Anthéme , Saint Maxence ,
Saint Pience , Fortunat , Fridebert
Archichapelain du
Roy Pepin, Ebroin Archicha .
pelain de l'Empereur Charles
Chauve , Gilbert de la
Porrée, Juan de Melun , Hugues
de Chateau - Roux , les
Cardinaux d'Aux , & de Ma
330 MERCURE
lefec , Bertrand de Maumont,
Simon de Tramaut , Louis
Butard d'Orleans , le Cardinal
de Bar , le Chancelier
Matreuil , Gerard de Monta
gu , Hugues de Combarel de
Noailles , Juvenel des Urfins
Jean du Bellay, Pierre d'Am .
boife , le Cardinal de la Tre .
moille , Claude , & Louis de.
Huffon- Tonnere , les Cardinaux
de Gramont , & de Giu.
ry - Longuy , les deux Charles
d'Efcars , Henry de la Roche
pozay , & autres . M
F'Abbé de la Poeppe eft d'une
maifon Illuftre de la Province
•
GALANT 331
"
de Breffe deja connue dans
le douzième Siecle : Elle a
donné en des temps differens
divers Comtes à l'Eglife de
Lion , & Guillaume de la
Poeppe qui en eftoit Chanoine
Précenteur dans le treifiéme
fiecle eft le plus renommé.
Elle eft Alliée aux plus
Nobles maifons des Provinces
voisines, fçavoir à celle de
la Mortet , Groflée , Rivoire ,
Chandieu Varey , Saint
Priest , Laure , Clairemont ,
Saint Trivier , Gafté Loriol ,
La Balme , Saluffes , Loras
Salins , Difimieu , Grater
1
>
332 MERCURE
Granieü , Montferrand , Alleman
Riccé , la Moutonnie .
re , la Baulme , Malatray , &
Scituner.
Meffire Charles de Alliers
du Rouffer , Docteur de Sorbonne
, Doyen & Grand Vi
caire de Carcaffonne , Dépu
té de la Province de Narbons
ne à l'Affemblée du Clergé,
en 1701. a esté nommé à
l'Evêché de Beziers. Sa nailfance
, fon erudition , & fa
pieté font tres- refpectables.
11 eft de la famille de Sarlis
,
qui tient rang parmy les
plus
GALANT 333
plus qualifiées de la Provin ,
ce Daupihné , où elle est établie.
Son érudition s'eft for
mée dans la celebre Ecole de
Sorbonne où il a efté durant
tout le cours de les études
l'objet de l'approbation publique.
Saint Magloire , où fa
pieté fincere & non fardée fut
bientoft connue porta ceux
qui régiffent ce fameux Seminaire
à luy faire impoſer les
mains fans garder les regles
ordinaires. Ce grand & illuf
tre Prelat eut bientot aprés
la confolation de le voir
regretter de ceux qui ne l'a.
Avril 1702
. Dd
332 MERCURE
Granieü , Montferrand , Alleman
Riccé , la Moutonnie .
re , la Baulme , Malatray , &
Seituner.
Meffire Charles de Alliersdu
Rouffer , Docteur de Sorbonne
, Doyen & Grand Vi
caire de Carcaffonne , Dépu
té de la Province de Narbon
ne à l'Affemblée du Clergé,
en 1701. a esté nommé
l'Evêché de Beziers. Sa naiffance
, fon erudition , & fa
pieté font tres - refpectables .
Il eft de la famille de Sarlis
qui tient rang parmy les
plus
GALANT 333
plus qualifiées de la Provin ,
ce Daupihné , où elle est établie.
Son érudition s'eft for
mée dans la celebre Ecole de
Sorbonne où il a eftè durant
tout le cours de les études
l'objet de l'approbation
publique.
Saint Magloire , où fa
pieté fincere & non fardée fut
bientoft connue porta ceux
qui régiffent ce fameux Seminaire
à luy faire impoſer les
mains fans garder les regles
ordinaires. Ce grand & illuf
tre Prelat eut bientot aprés
la confolation de le voir
regretter de ceux qui ne l'a
Avril 1702
. Dd
34 MERCURE
voient fait Preftre qu'afin de
le propoſer à leur Commu.
nauté pour eftre un modele
d'édification , lorsqu'il fuc
enlevé , s'il m'eft permis de
parler ainfi , par M' l'évêque
de Carcaffonne pour le fecou
rir dans fes Travaux Apof
colique Apeine avoit- il com
mencé d'exercer le miniftere
de fa nouvelle dignité de
Grand Vicaire , que la Province
Ecclefiaftique de Nar
bonne en fit choix comme
du plus excellent des Sujets
de fon fecond ordre , pour
le Députer vers l'affemblé
GALANT. 335
generale du Clergé renuë en
l'année 1701. dans laquelle
il s'eft non feulement acquis
l'eftime des Prelats qui l'a
compofoient , mais encore
la conclufion des matieres
qu'on traitca dans cette picu .
fe Compagnie y fut formée
fur fon avis apres qu'on en
eut connu la folidité , tant .
ce digne Député parut verlé
dans la fcience du Dogme de
l'Hiftoire , & de la Morale
de l'Eglife , des libertez &
desinterefts de celle de France.
Sa Majesté enfin a cou
ronné fon merite & les tra
Ddij
336 MERCURE
vaux par la dignitéEpifcopale
& on peut dire que ce choix a
efté applaudi de tout le pu
blic. Ainfi on ne doute pas
que
fa voix ne foit dans cette
occafion celle de Dieu même.
Tout le monde fçait com
bien eft illuftre l'Eglife de
Beziers . Elle a donné des
Saints. S. Aphrodiſe , Faifon ,
premier Evêque , & faint
Giraud dans le douzième fiecle
eftoient l'ornement de
cette Eglife. Ne doit- on pas .
efperer que le Grand Prelat
que le Roy vient de donner:
à ceux de la même Eglife
GALANT. 337
marchera fur les traces de
< ces faints perſonnages . Gau ;
tier Evefque de Tournay
Legat du Saint Siege , celebra
l'an 1233. un Concile dans
cette Ville contre les Albi .
geois . Ce n'eft pas le feul
qui ait efté affemblé , & on
peut affurer que cette Eglife
eft une des plus celebres du
Royaume, tant par les grands
Prelats qu'elle a eu que par
le Chapitre illuftre dont elle
eft composée. Cet Evêché
eft Suffragant de Narbonne .
On ne doit pas oublier que
cet Abbé ne s'eft pas voulu
338 MERCURE
trouver en cette Ville dans
le temps de la nomination
& qu'il hâta fon départ afin
que la prefence n'arrefta pas
les yeux du Royfur luy , mais
ce grand Prince fçait trouver
les grands Sujets dans le fond
des Provinces.
L'Evêché de Senlis a efté
donné à M l'Evefque de Dol ,
Frere de M de Chamillard
Miniftre & Secretaire d'Eftat
, & Controleur General
des Finances. Comme je
vous ay parlé en plufieurs au.
tres occafions , de ce qui reGALANT
339
garde cette Famille , je ne le
repete point. Je vous diray
feulement que ce Prélat en a
la fageffe , qu'il a gouverné
fon Diocefe d'une maniere
fort édifiante , & qu'il a fair
voir par fon affiduité , qu'il
cheriffoit fon troupeau , &
qu'il luy donnoit les plus
grands foins.
L'Evêché de Dol en Bretagne
a efté donné à Meffire
Elie François de Voyer de
Paulmy d'Argenſon , frere
' de M' d'Argenfon , Lieutenant
General de Police . Il
Dd iiij
340 MERCURE
eft Docteur de Sorbonne .
En 1684. le Chapître de faint
Germain l'Auxerrois l'élut
pour fon Doyen à la place
de M d'Argenfon fon Oncle,
qui aprés avoir vécu comme
un Saint donna fon bien
en mourant aux Miffions
dtrangeres. M d'Argenſon
qui , vient d'eftre nommé à
l'Evêché de Dol a beaucoup
de merite d'efprit & d'eru
dition. Ila toujours efté tresaffidu
au Service de fon Eglife
à remplir fes devoirs , de
maniere que M' le Cardinal
de Noailles connoiffant la.
GALANT . 341
vertu folide avoit mis fous
fa direction les Communautez
de faint Chaumont & de
la Raquette. Je ne vous repete
point ce que je vous
ay dit de la Maiſon de ce Prelat.
Elle eft non feulement
des meilleures & des plus
anciennes du Royaume , mais
d'une Nobleffe titrée il y a
plus de quatre cens ans.
M' l'Abbé de fainte Olere
a efté fait Evêque de Tulles
Capitale du Bas Limofin .
Cette Ville fut dans fon premier
établiffement un Monaftere
fondé en 357. par
ا ع
342 MERCURE
grand faint Martin , Arche
vêque de Tours ; dortée
de grands heritages en 931.
par Raoul , Roy de France
& par Aimard , Comte de
Turenne & de Cahors. Le
Pape Jean XXII . en fic un
Evêché en 1318. & Armand
de faint Aftier , Gentilhomme
du Pays en fut le pres
mier Evêque. Il a eu des
Succeffeurs d'une grande
naiffance , les plus confide
rables font , Ainaud de Clairmont
en Quercy , le Cardi
nal Royer , frere du Pape
Clement VI . Archambaur
A
3
GALANT 343
de Turenne , de la Branche
d'Enac , le Cardinal Fabri ,
Bertrand , & Pierre de Cof.
nac , Bertrand de Maumont ,
Hugues , & Louis d'Aubuffon
Freres du Cardinal decenom ,
Grand Maistre Rodes , François
de Levy de la Branche
de Vantadour , le renommé
Pierre
Aumonier de France fous
François Jean de Fonfeque
de Suryeres , Louis Flotard
& Jean de Genouillac , tous
les trois de la Branche de
Vaillac.
Chatelain , Grand
Les habiles dans la con :
344 MERCURE
noiffance des familles font
d'accord qu'il y en a eu deux
du nom de Beaupoil. La
premiere quia efté longtems
en poffeffion de la Seigneu
rie de la Force en Perigord ,
portoit d'azur , à trois Leopards
d'or , & s'éteignit enfin
de cette forte. Philippe de
Beaupoil , heritier de la Force
, épousa en premieres no
ces le renommé François de
Vivone , Sieur de la Chataigneraye
, tué en duel par M
de Jarnac , & n'en ayant pas
eu d'enfans , elle prit une
lecónde Alliance avec FranGALANT
345-
çois de Caumont auquel elle
porta en mariage la belle ter
re de la Force , & d'eux def.
cend da Maiſon d'apréfent .
La feconde famille de Beau .
poil eft originaire de la Ville
de Limoges. Elle porte de
gueules à trois couples de
chien d'argent & acquit des
Seigneurs de Lygneyrac en :
Limofin , la Seigneurie de
Sainte Olere , qui avoit autre
fois efte le patrimoine de
la famille d'Echarpit , l'une
des plus anciennes du Limo .
Lin. Cette race s'eft depuis .
divifée en plufieurs branches
346 MERCURE
qui portent les noms des
Coutures de Fontenilles
, de
Chabanes , & de Lamaries,
qui eft prelentement
la plus
connue , à caufe du Marquis
de Lamarie , Capitaine, Lieu
tenant d'une Compagnie
de
la Gendarmerie
du Roy , qui
a épousé , à caufe de la bonté
que feu Monfieur le Prin
ce avoit pour Monfieur de
Lamarie
fon pere , Made
moiſelle Peraud , fille du
renommé
Prefident
de ce
nom , & Dame de plus de
deux cens mille écus de bien,
La branche ainée de cette
GALANT 347
famille , s'eft toujours tenuë
en poffeffion de la Seigneurie
de fainte Olere en Limofin
& s'eft alliée avec les maiſons
les plus qualifiées. La p'us il
luftre eft celle que prit Henri
de Beaupoil , Seigneur de
fainte Olere , avec Leonor de
Taleyrant de Chalais qui
defcendoit fans conteftation
de Guidebaud , établi premier
Comte de Perigueux en
810. par l'Empereur Charlemagne.
De cetre Alliance
naquit entre- autres Daniel
de Beaupoil , Baron de fainte
Olere , qui époufa en 1633,
248 MERCURE
Jeanne du Breuil , Dame de
de la Porchérie , & qui prit
une feconde Alliance en
1443. avec Guyone Angeli .
de Blot , fille de Gilbert ,
Seigneur de faint Agoulin
en Auvergne , & de Guicharde
de Veny d'Arbouze
d'où font nez entre - autre
François Jofeph de Beaupoil
Marquis de fainte Olere ,
Lieutenant General au Gouvernement
du Limofin , &
André , Abbé de Sainte
Olere , Grand Vicaire de
M' l'Evêque de Perigueux ,
& auquel les travaux Apof
GALANT 349
i
toliques connus par une
picté & par une charité tres
ardente ont fait meriter la nomination
du Roy à l'Evêché
de Tulles . Ils font neveux
l'un & l'autre de M' l'Archevefque
d'Aix , à cauſe
que Leonor de Chalais leur
Grandmere , fut remariée
avec François , Baron de
Cofnac ; pere de cet Illuftre
Prelat, Commandeur de l'Or.
dre du faint Efprit .
Le revenu de l'Eve fché de
Senlis n'eftant pas confidera .
ble , Sa Majesté a donné l'Evefque
quelle vient d'y nom
Avril 1702
. Ee
350 MERCURE
mer l'Abbaye de la Baulme,
& celle de Ham a efté donnée
à Mr Ancelin , ancien
Evêque de Tulles , qui de fon
propre mouvement , & pour
vivre avec plus de tranquillité
s'eft démis de fon Evêché
´entre les mains du Roy.
L'Abbaye de Sorele a efté
en mefme temps donnée à
Mr l'Abbé de la Tremoille ,
Auditeur de Rote . Il eft fils
de Mr le Duc de Noirmontier,
& frere de Madame la
Princeffe des Urfins , Dame
"d'Honneur de la Reine d'Ef
pagne.
GALANT. 351
Le Roy a auffi donné
l'Abbaye de Vezelay à Mr
l'Abbé Tencin , Prieur de
Sorbonne , fils de Mr Tencin
premier Premier Preſident au
Senat de Chambery pendant
que cette Ville eftoit fous la
domination de laFrance, & au
jourd'hui Prefident à Mortier
au Parlement de Grenoble .
L'Abbaye de Manlieu a
efté donnée à Mr l'Abbé du
Bur,frere du Pere de la Chaife
& de Mr le Comte de la
Chaife Capitaine des Gardes.
de la Porte. Celle de S. Joffe
à M' l'Abbé Hamquemen
;
Ee ij
32 MERCURE
celle de faint Fatur à Mr le
Comte de Manderscheid ,
tous deux Chanoines de Co.
logne & de Strasbourg. Celle
de S. Jean des Prez à Mr.l'Abbé
de Loveftin , frere de madame
la Marquile de Dangeau
, auffi Chanoines des
mêmes Eglifes. Cette Maiſon
cft fi connue, & fi remplie de
Dignitez, qu'il n'eft pas ne .
ceffaire que je vous en dife
davantage.
ر ی ه ا
Le Roy donna dans la mê
me Promotion l'Abbaye de
Graiſtain à Mrl'Abbé de Levy
Aumônier de Madame la
Ducheffe de Bourgogne. Cet
L
GALANT \1353:
illuftre nom , l'un des plus
renommez: de l'Etat , fuffic
feul pour faire l'Eloge de cet
Abbé. Il n'y a aucune mailon
dans l'Europe qui ne tienne
à honneur d'eftre alliée à celle
de Levy de France . On attri
buë communément l'établif
fement de la grandeur de
cette race à Guy, Sire de Levy ,
dont le rang & la valeur
eftoient fi recommandables
dés le douzième fiecle , que
le magnanime Simon, Comte
de Monfort , le choifit avec
Bouchard de Marly- Montmorency
, Bertrand de Car354
MERCURE
•
daillac Rivelle , & le celebre
Martin d'Algais Capitaine
Efpagnol , pour commander
les quatre Corps de l'Armée
des Croifez contre les heretiques
Albigeois ; mais l'expe
rience du Sire de Levy furpaffant
celle de fes Collegues,
le Comte de Montfort le fic
nommer par le Pape , Maréchal
de la Foy, & luy fit dé
ferer le Commandement fu
perieur de toute l'Armée en
fon abfence. L'Hiftoire de
ces temps nous apprend que
ce Seigneur s'établit dans la
belle Terre de Mirepoix en
GALANT. 355
Languedoc , qu'il la laiffa à
Jean , Sire de Levy , Maréchal
de la Foy fon fils ; qui s'allia en
1286. avec la Princeffe Con .
tance de la premiere Maiſon
desComtes de Foix La pokeri.
téde celuy cy s'eft depuis divifée
en plufieurs branches.Celle
des Ducs de Ventadour eft
la plus renommée , elle s'étoit
renduë déja fort connuë avant
que d'eftre honorée du Titre
de Duc & Pair , fous les noms de
Villars & de la Voûte . Celle cy
a donné l'origine aux Comtes
de Levy- Charlus . La branche
de Levy Florenfac s'éteignit
36 MERCURE
7
fous le Regne de Louis XI .
dans la tres noble Maifon de
Cruffol. Celle de Levy Caylus
eft finie depuis un fiecle. Antoine
de Levy , Comte de
Caylus , Chevalier de l'Ordre
du Saint Efprit & Favory
da Roy Henry III étant
mort fans enfans mâles . Le
Cardinal de Levy , Archevêque
d'Auch & d'Arles , mort
a Rome en 1475. eftoit de
cette branche . Enfin on feroit
un Volume fi on entreprenoit
de faire feulement
Analize de toutes les Familles
qui defcendent de l'illuftre
tige
GALANT 317
tige de Mirepoix . Celle de
Levy. Godiez: dans laquelle
l'Abbé dont je vous parle eft
né , luy eft la plus proche pa
rente , à cauſe que l'ayeul du
meſme Abbé eftoit frere de
l'ayeul du Marquis de Mirepoix
d'aprefent. Sa Majefté
nomma Ml'Abbé de Levy
Aumônier de Madame la Du
cheffe de Bourgogne fut le
témoignagne que Mr le Car .
dinal de Noailles porta qu'il
en eftoit tres digne , le Pu .
blic fçait de quel poids eft
l'approbation
de ce grand
Perfonnage ; auffi n'en dira.
Avril
1702
. Ff
358 MERCURE
t'on pas davantage , le feul
trait paroiftra fuffilant pour
donner une belle idée de ce
nouvel Abbé. Je vous en
parlay en ce temps là . Cer
Abbé eft fils du feu Marquis
de Lévy Gaudiez, d'un bran,
che Cadette de la Maiſon de
Mirepoix. Mr l'Abbé de Levy
mene une vie fort reguliere,
il eft toûjours au Seminaire
de Saint Maglaire , lorfqu'il
n'eſt pas en Quartier chez
Madame la Ducheffe de
Bourgogne. Il a deux freres
Chevaliers de malthe , Officiers
de la marine fort efti
GALANT.
359
mez par leurs merites & par
leurs fervices.
Le Roy donna le mefme
jour à мr l'Abbé de Livry
l'Abbaye de ce nom . Il eſt
fils de m' de Livry premier
Maistre d'Hôtel du Roy .
L'Abbaye de la Nouë fur
donnée à m ' l'Abbé Antoine
fils de Mr Antoine Porte , Arquebuze
du Roy,
Celle de Saudras , à Mr
l'Abbé Pocquelin qui a beaucoup
d'érudition , ainſi qu'il
paroift par fes
Ouvrages.
Celle de Senlis à M. l'Abbé
Grofat ,
Chapelain du Roy ,
Ffij
30 MERCURE
frere de M' Crofat , Receveur
General des Finances de Bor
deaux .
Celle de Leroy à m' l'Ab.
bé Madot.
Jeane vous dis point avec
combien d'ardeur & de pieté
chacun tâche icy à gagner le
Jubilé . Quand les François
auroient moins d'empreffement
à remplir tous les devoirs
de leur Religion , l'exemple
du Roy eft fi edifiant,
qu'il feroit capable d'animer
les plus tiedes . Ce Prince eft
venu trois fois à Paris où il a
fait des Stations à pied d'une
GALANT
368
maniere fi picule, & fi modefte
qu'elle devoit le faire
paroistre
auffi grand aux yeux
des Anges qu'il l'eſt à ceux
des hommes. Il avoir choisi
des lieux écartez pour éviter
d'entendre les acclamations
& les louanges des Peuples ,
qui n'ont pas laiffé de tâcher
de deviner où ce Monarque
avoit refolu* d'aller , afin
de le voir pendant quelques
momens , & de jour
par là du plus grand plaifir
qu'ils puiffent avoir Ce Prin .
ce dont on doit admirer tou .
tes les vûes , & qui ne fait
F fiij
362 MERCURE
rien fans reflexion avoit choifi
pour
fes Stations les lieux
qui avoient le plus de befoin
des grandes Aumônes qu'il
avoit deffein de faire . Ainfi
vous jugez bien qu'il a vifité
plufieurs Hôpitaux . Le jour
qu'il fe rendit à l'Eglife des
Invalides , Sa Majesté voulur
bien aller dans l'Hôtel vifiter
toutes les Manufactures que
l'on y a établies par les or
dres de Mr de Chamillart ,
Miniftre & Secretaire d'Etat,
& par les foins de Mr de
Monthiers Commiffaire de
cet Hôtel, pour occuper avec
GALANT
363
fruit des Soldats qui y font
retirez, & dont la plupart ont
ont appris quelque métier.
Ce fut alors que ces pauvres
Soldars touchez des bontez
du Roy & de l'honneur dont
Sa Majesté les combloit ,
jetterent à les pieds pour luy
prefenter ce remerciment ,
qu'Elle récent avec fon hu
manité & les marques de
bonté ordinaires.
O AULROY.
SIREN
fe
Les Officiers & Soldats de
Votre Hôtel Royal des Invalilide's
fe jessent aux pieds de
F fiiij
264 MERCURE
Vôtre Majesté pour luy rendre
leurs tres humbles actions de
graces de la permiffion qu'elle
a en la bonté de leur accorder de
faire chanter en muſique dans
Eglife des Peres Theatins une
Meffefolemnelle pour la precieuſe
confervation de Vôtre Majesté
&pour la profperité de vos ar
mes toujours victorienfes. Ilsfont
fi touchez des bons traitemens
que Mr de Chamillart leur fait
faire dans l'Hôtel par les Or⋅
dres de Vôtre Majefté & par
les foins du Sieur de Monthiers
leur Commiffaire , homme d'une
vigilance & d'une conduite doni
GALANT. 365
ils ne sçauroient trop fe louer
qu'ils proteftent hautement qu'ils
voudroient pouvoir encore verfer
jufqu'à la derniere goutte de leur
fang pour le fervice de Vôtre
Majefté & qu'il ne laisseront
paffer aucun jour jour d'une vie que
vous leur rendez fi heureuſe ,
fans prier le Seigneur de combler
Votre Majefté de graces e de
profperitez.
Monleigneur le Dauphin
eft aufli venu faire ſon Jubilé
à Paris , & toute la Maiſon
Royale à choifi des jours dif
ferens , parce que la foule
d'une groffe Cour incommo .
366 MERCURE
i
de & tient trop de la pompe
dans un temps où l'on
doit avoir un efprit recueilly
& où les Grands doivent edi
fier par leur modeſtie . Celle
de Monfeigneur le Dauphin
fut admirée . Je ne vous en
dis rien , parce que je ne
pourrois affez dire d'un
Prince fi accomply , & dont
l'Eloge eft tous les jours
dans la bouche des Peuples.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne eftant auffi ve
nue à Paris , l'empreffement
a efté grand pour la voir,
mais tout ce grand conGALANT
367
·
cours & toutes les louanges
qu'elle a entenduës ne luy
ont pas caufé un moment de
diſtraction . Elle a foutenu le
caractere de grande Princeffe
, & de veritable Chrétienne
avec une ſage modeftie ,
& fair paroiftre ce qu'elle
eftoit en faisant par qu'el .
le cherchoit à l'oublier.
Enfin fes manieres ont paru
grandes, chrétiennes & charmantes
, & ceux qui ont eu
l'honneur de la voir en faifant
les Stations en ont efte
edifiez .
L'Intendance de la nou368
MERCURE
velle France qu'avoit Mr
Bochard de Champigni ,
nommé à celle du Havre à
a efté donnée par le Roy a
M de Beauharnois qui a
efté employé depuis long.
temps en differentes affaires
pour le fervice de Sa Majefté
, & qui a fait les fonctions
de Commiffaire gene.
ral des Armées Navales , pen .
dant la derniere guerre . Il
eft d'une famille Noble &
ancienne de l'Orleanois , &
Allié à plufieurs Mailons
illuftres. Lorfque M ' le Com.
te de Pontchartrain le préGALANT
369
&
fenta au Roy pour luy faire
re les remercimens. Sa Majefté
luy dit qu'elle l'avoit
nommé avec plaifir à cette
Intendance en confideration
des fervices qu'il luy avoir
rendos dans la Marine en
differentes rencontres
en differens endroits. Il n'y
a point à douter qu'il ne merite
ce grand employ & qu'il
ne s'en acquite parfaitement
bien puifqu'il luy a efte don .
né non feulement fans qu'il
l'ait demandé ; mais melme
fans qu'il penfaft à le demander
, ny qu'il puft deviner
370 MERCURE
pourquoy on le rapalloit du
lieu où il eftoit.
Le mot de l'Enigme du
mois paffe , eftoit les Boucles
d'Oreille , & il a esté trouvé
par le Marquis de Cotenting
Bereau , hôte du Chefneverd
à la Rochelle : Daniel le
Chin , Procureur Fifcal à
Eglegny , proche d'Auxerre ,
& le meilleur de fes amis le
fieur Trebuchet : Siret de
la rue des Noyers , & la belle
Cabaretiere de la rue S. Se
verin : François Holbach ,
chez M Reghat, Marchand
&
GALANT 378
T
Perruquier , rue des Marmou.
zets , & la grande Doris ;
Barbet & la Brebion , fa femme
, Simon François de
Préel de la rue S. Julien des
Meneftriers & Maitre Jean
l'Aîné de la rue Portefoin au
Marais : Demonthiers , Lieutenant
general de Pontoife ,
& Commiffaire de l'Hôtel
Royal des Invalides : Bardet
& fon ami du Pleffis du Mans
Criftalin : Langlois du coin
de la ruë du plaifir à Verfailles
: de Woolhouse , Oculifte
Anglois , au fervice du Roy
d'Angleterre à S. Germain
"
372 MERCURE
en Laye Tamirifte fon
épouſe , ſon fils & fa fille
Angelique : le plus grand
des trois freres de la ruë .
Fourtibour
, le beau Bequier
& fa petite nouvelle épouſe:
le beau Jumeau du Pays de
Caux : l'Abſent malheureux
de l'aimable Cathos C. du
quartier de la Guierche de
Tours tous les Amans des
Demoiselles Gantier & So
$
reau de la rue de la Harpe :
les maris abfens de la même
ruë , & l'Aimable Bois David
: les affairez & la belle
Image du Quay des Auguf
*
GALANT 373
tins : le pus heureux , de tous
les Amans : le Vent du mois
de Février de la rue des peti
s fouliers l'Ancien Sacrif
tain de Belleville fur Sablons:
le petit Gaillard nouvellifte
de Versailles & fa commere la
petite Margot le Chevalier
de la dent fine du quartier du
Palais Royal le beau de
Laiftre de la gallerie des
prifonniers du Palais : les
deux Rivaux de l'incomparable
Blonde de la rue Neuve
S. Euſtache , & la charmante
Brune de la rue de Grenelle :
J'Aimable Mary de la rue
Avril 1708. Gg
374 MERCURE
$
des Bernardins : le Poulet
Pouichonel du Quay de la
Tournelle , & l'Infante aux
blanches mains de S. Nicolas
du Chardonnet : les deux
Amans feparez à la Devize
fe rejoindre ou mourir : .e Cruel:
Levêque de Villepreux : l'Inconnu
du Parvis Notre Da
me , & fa chere Angelique
du Marais : l'Ecuyer fatur ,
&l'Orphelin fortuné fon confrere
: les Clercs de Mr Bilan
Notaire du quartier de l'ancienne
Poſte : les Lorgneurs
de la rue Montorgueil , visà
vis celle de Tireboudin:
GALANT. 375
1
l'Antagoniſte des Avares
du Quay des Auguftins : le
futur Magiftrat de Thiers
en Auvergne du meſme quar
tier: le Docteur Femelle de
Hôtel des Coquilles : le petit
bon.homme de la rue de
l'Atbrefec
, & le Compere
dont on ne dit rien , pour
en avoir trop à dire : Mademoiſelle
Javote , jeune Mu
fe du coin de la rue de Ri
chelieu : Mademoiſelle du
Mouftier la fille de l'Arfenal;
Capitaine du bas de la ruë
de la Harpe : dey B. & Madame
D.: B. de la rue Mon
Ggij
376 MERCURE
confeil : le Prophete Daniel
C. & fes deux Confreres de la
rue de la Truanderie : l'Aima.
ble Janeton de la rue Dauphi
ne: lajeuneBabet de Lormede
Verſailles : l'Aimable Demoi .
felle du Vignor , & fon cher
mary :la Jeune Nimphe. Ita :
lique : la plus aimable Dame
de la rue de la Colombe :
les cinq défolées de la recep
tion de Madame Moreau , du
quartier S. André des Arts :
la Reine des Femmes de la
ruë neuve fainte Genevieve :
les Beaux yeux noirs , & la
Princeffe mignonete de la
GALANT: 377
rue des Poftes.
Je vous envoye à mon or.
dinaire une Enigme nouvelle
Elle vient de fort bon lieu.
Ay
FAY
ENIGME.
certains beaux jours dans
I Année ,
Dont tout le mondefait eftat ,
. Et mon illuftre destinée
Eft d'y paroistre avec éclat,
2
>
Jefuis un temps dans lefilence ,
Pour nepas dire dans l'oubli,
Mais qu'elle eft ma magnificence,
Quandce trifte temps eft fini.
2.
Avec moy tout fe renouvelle,
Tout reprend un air de gayté,
Etmavoix alors eftfi belle,
378 MERCURE
Qu'un chacun en eft enchanté.
Il n'eft Devots , Preftre ni Maine
Qui ne brulent de m'écouter
Et le plus auftere Chanoine
Se plait à m'entendre chanter.
Je vous envoye un Air nouveau
de la compofition de la
jeune Mademoiſelle Bataille.
Les paroles font de Tamirifte.
AIR NOUVEAU.
E ne vous fuivray point redoutables
guerriers
Je ne
Qui cherchez les faveurs de lafière
Bellonne.
Le Pampre deformais me tient lieu
de Lauriers
Etje vous dis adieu du moins jufqu'à
l'Autone , kuu ya dola
Allexje vous laiße courir
GALANT 319
Pour empourpier de fang une étran!
gere terre
Et je ne veux faire rougir
Que les bords de mon verre.
Voicy les noms de quel.
ques perfonnes diftinguées
mortes depuis ma derniere
Lettre.
Meffire Claude Carpelain ,
Preftre, Docteur & Doyen de
la Faculté de Theologie à Pa.
ris , Senieur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , Confeiller
du Roy & Profeffeur
en Langue Hebraïque.
Dame Marie- Magdeleine-
Geneviève Louiſe de Seigliere
380 MERCURE
ceux
de Boisfranc, épouse de Mef.
fire Bernard François Potier,
Marquis de Gefvres , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Elle n'eftoit âgée
que de trente- huins . Tous
qui la connoiffoient demeurent
d'accord qu'elle
avoit tout l'agrément & tout
le merite imaginable , & une
tres grande modeftie, jointe
à des manieres toutes enga
geantes qui l'ont toûjours
fait juger digne du haut rang
où elle eftoit deſtinée. Mr de
Boisfranc fon pere a efté Sur-
Intendant & Chancelier de
Ia
GALANT 381
3
la Maifon de feu S. A. R.
Monfieur. Il est proche pa
rent de feu мr de Bertillac ,
Garde du Trefor Royal.
Meflire Auguftin Nicolas
Cagnyé, Aumônier du Roy..
Il eftoit Abbé Commanda.
taire des Abbayes Royales
de Saint Satur , & de Notre-
Dame de Lorroy.
$
Meffire Camille Bagliani ,
Marquis de Lumes , Gentil
homme de la Chambre de
Son Alteffe Sereniffine Monfieur
le Duc de Mantoüe , mi :
niftre d'Etat , & Ion Envoyé
Extraordinaire auprés du
Avril 1702.
Hh
382 MERCURE
Roy. Il eftoit fort eftimé en
en cette Cour, où il avoit fervi
fidellement pendant un
fort grand nombre d'années
avec toute la dignité que fon
caractere demandoit , & avec
un applaudiffement general,
Monfieur le Duc de Mantoüe
fon Maiftre ea eftoit fort fatisfait
. Il est allé rendre un
grand compte à Dieu dans le
temps qu'il fe preparoit à
partir pour Mantouë, afin de
l'y rendre des affaires que ce
Prince luy avoit commifes.
Dame Gabrielle de Sola .
ges . Elle eftoit veuve de mef
4
GALANT 303%
fire Charles de Montfaulnin
Comte du Montal , Chevalier
des Ordres du Roy, Lieure .
nant General de fes Armées,
Gouverneur de Montroyal.
Dame Louife de Perau ,"
époufe de meffire Albert du
Quefnel , Marquis de Coupi
gni.
Meffire Charles le Gendre,
Sieur de Saint Aubin , & au .
tres lieux , Confeiller du Roy
en fon Grand Confeil. Il avoit
beaucoup de merite , & eft
mort âgé feulement de trente
cinq ans , auffi regreté qu'il
eftoit eftimé.
Hhij
384 MERCURE
Dame Magdeleine Petau ,
Veuve de мellire René Hin .
felin , Seigneur de Haure- ,
court, dont je vous appris la
mort dans ma Lettre du mois
de мay 1705. & auparavant
veuve de Meffire Charles
Briçonnet, Sieur de Glatigni ,
Prefident à Mortier au Parlement
de Metz . Elle eftoit
fille de Mr Perau , mort Con.
feiller de la Grand' Chambre,
& de Dame Madeleine Broé,
& foeur de Mr Petau Con .
feiller au Parlement & Commiffaire
aux Requestes du
Palais.
GALANT. 3 &5
Mr Charpentier , âge de qua .
tre vingt quatre ans , Avocat
au Parlement , Doyen de l'Academie
Françoife où il avoit
eté receu en 1651. Il étoit auffi
del'AcademiedesInfcriptions
& des Medailles. C'eftoit un
-homme d'une profonde eru
dition , & on ne pouvoit l'en.
tendre parler fur une matiere
un peu importante fans en
eftre convaincu . Il a donné
au Public la Traduction de la
Cyropedie de Xenophon , &
a traduit tous les autres Ouvrages
de ce mefme Auteur,
qu'il faut efperer que feshe
Hhiij
386 MERCURE
ritiers , feront imprimer. On
Je preffoit depuis longtemps.
d'en vouloir prendre luy
mefme le foin. Nous avons
encore de luy trois Volumes
de l'excellence de la Langue
Françoife . Il a nommé une
fille Executrice de fon Teftament,
ce qui paroift extraor
dinaire , mais les chofes ex.
traordinaires conviennent à
une Fille d'un auffi grand
merite que celle qu'il a choifie
pour faire executer fes
dernieres volontez , & vous
en tomberez d'accord quand
vous fçaurez que c'eft madeGALANT:
387
1
moifelle des Houlieres . Jas
mais homme n'a rempli les
devoirs d'Academicien plus
ekactement , hi plus long.
temps. Par la mort de M
Charpentier , Mr le Duc de
Coiflin eft devenu Doyen de
l'Academie Françoiſe & Mr
le Cardinal d'Estrées Sous-
Doyen,
On a eu avis d'Italie que
Mr le Comte de Clermonty
eſt morc de la bleffure qu'il
receut le 22. du mois paſſé en
faifant pour la premiere fois
la fonction de maréchal des
Camps & Armées du Roy,
H hiiij
z88 MERCURE
ayant efté nommé cette année
parmi ceux qui ont esté
honorez de cet employ. Il
avoit épousé la fille de Mr le
Marquis de Saint Hilaire,
Lieutenant General de l'Artillerie
qui eut le brastemporté
d'un coup de canon
le jour que Mr le Maréchal
de Turenne fut tué. Les enfans
qu'il laiffe doivent eftre
braves eftant d'un Sang qui
infpire la valeur , foit qu'on
regarde Mr de Clermont ou
Mr de Saint Hilaire.
Meffire Jean de Turmenies
, Seigneur de Nointel,
GALANT 389
Prefles , Boves , Mours, Seney
ville, Nerville, & autres lieux,
Confeiller d'Etat , Garde du
Trefor Royal, cy- devant Tre
forier general de l'Extraordinaire
des Guerres , Receveur
general des Finances de Picardie,
Commandeur & Treforier
general de l'Ordre de
Notre Dame du Mont Car
mel & de Saint Lazare deJe
rufalem, Receveur general de
'Hôtel Royal des Invalides,
eft mort aprés une longue
maladie dans des fentimens
de pieté & de religion , dont
tous ceux qui en ont efté té
$90 MERCURE
moins ont été edifiez . Jamais
homme n'avoit eu plus de
vivacité. Il en avoit cepen
dant fait un facrifice fi parfait
au Seigneur, qu'au milieu
de tous les maux qu'il a reffenri,
il ne luy eft échapé de plaintes
que celles que la nature
humaine ne put pas s'empê
cher de former. Je ne vous dis
rien de la vie , vous en ayant
parlé plus d'une fois , & les
differents emplois qu'il a eus
marquant affez en quelle
confideration il eftoit dans
le monde. 11 laiffe plufieurs
enfans Mr de Nointelſon aîné
GALANT 91
1
qui eft Maistre des Reque
ftes , & qui vient d'exercer
l'Intendance de Moulins
avec un applaudiffement univerfel
luy fuccede dans fa
Charge de Garde du Trefor
Royal, le Roy qui luy en
avoit accordé l'agrément
avant qu'il allaſt en Intendance
, vient encore de luy
accorder des Lettres de Veterance
pour la Charge de maitre
des Requeſtes , avec une
diftinction qui marque affez
combien Sa Majeſté eſt contente
des fervices du pere &
du fils.
·
392 MERCURE
Mr le Comte d'Eftrées
eftant arrivé à Barcelone
dans le temps que je vous
ay déja marqué dans ma der .
niere Lettre , Mr le Bailly de
Lorraine Capitaine du Vaiſ
feau de ce Comte , que le
Roy d'Espagne devoit monter
pour fe rendre à Naples ,
Mr le Bailly de Lorraine.
dis- je , fils de Mr le Comte
> d'Armagnac quitta
fon
Bord pour aller faluer le
Roy & la Reine . Sa Majefté
le fit couvrir devant tous les
Grands
d'Elpagne
qui l'accompagnoient
. Ce Prince le
GALANT 353
fit enfuite entrer feul dans
fon Cabinet où eftoit la Rei
ne . Il a reçu tous ces honneurs
comme Prince de la Maifon
de Lorraine . Sa Majefté Catholique
nomma en mefme
tems deux nouveaux Aides de
Camp , qui font , Mr le Marquis
de Chalais , & Mr le Che,
valier de Francine . Ce Monarque
ayant effé voir le Vailfeau
de Mr leComte d'Eftrées ,
il y fut regalé avec la magnificence
ordinaire à ceux defa
Maiſon, auffi ce Comte avoit
il faittoutesles provifions ne,
ceffaires pour traiter magni394
MERCURE
fiquement Sa Majefté Catho
lique pendant tout le temps
que devoit durer le trajet de
Barcelone à Naples . Rien
n'eft plus lefte que toute fa
Maifon & tous fes Equipages
.
La Reine voulut auffi aller
voir le Vaiffeau de ce Comte ,
& s'y rendit l'apréfdinée du
même jour , fans y eftre at
tendue. Cependant quoy que
rien ne fuft preparé pour rece.
voir S. M. elle ne laiffa pas d'y
magnifiquement
rega
Preo
eftre
lée. Il fit divers prefens à cet
te Princeffe d'une mahieré
fort galante.
1
A
"
GALANT: 395
8
Le Roy d'Epagne s'embar
qua le 8. de ce mois , & fit
voile avant midi . Il n'eut pas
d'abord un vent favorable :
mais il changea bientoft , &
il devint bon . Il continua
pendant toute la nuit. Ceux
qui obfervérent la Flote avec
des lunettes du haut des plus
hautes tours de Barcelone ,
la perdirent de vuë fur les
cinq heures du foir. La Reine
cut de la peine à ſe reſou
dre à cette feparation ; mais
elle avoit déja pris fon party
avec beaucoup de fermeté
& avec une raifon & un efprit & un
396 MERCURE
qui font beaucoup au deffus
de l'âge de cette Princeffe.
Cependant elle ne put voir
partir le Roy fans verfer des
larmes. Ce Prince parut
fenfiblement touché de
1
La
la quitter , quelque ufage
qu'il fe faffe de prendre beau
coup fur luy , ce qui le fair
admirer & fait redoubler
l'amour des Peuples.
Reine partit le lendemain
pour aller paffer la Semaine
fainte à Noftre Dame de
Montfarat. Cette Princeffe
devoit aller enfuite dans le
Royaume d'Arragon pour y
GALANT. 397
tenir les Etats. On ne fçau
roit exprimer jufqu'où va la
tendreffe de toute la Catalo
gne pour Leurs Majeft e
Elles ont gagné tous les.
coeurs pendant le long fejour
qu'elles y ont fait . La Chanfon
qui fuit & qui a efté faite
fur le départ du Roy d'Efpa .
gne pour l'Italie , eft de M
Simart de Sezane . Cette
Chanfon eft fur l'air d'Aimable
Vainqueur.
Almable Heros
Si d'un doux repos
Lefort tefepare,
~ Il te prépare
Avril
1702.
4
ᏞᎥ
398 MERCURE
De nobles
travaux ,
Joins à tes charmes
L'effort de tes Armes
Contre tes Rivaux.
D'un Prince jaloux
L'impuiflante
envie
Porte à l'Italie
*
D'inutiles coups.
De cent Combats ,
Dans tout ces climats
Remplis ton Hiftoire.
Par tout la Victoire
Guidera tes pas.
De tes beaux
jours
Qu'amour
& la gloire
Partagent
le cours.
Je vous parleray avant que
GALANT 399
defermer ma Lettre de l'arrivée
du Roy d'Espagne à Naples.
•
M' le Chevalier de Forbin
eftant entré dans la Mer
Adriatique y a rencontré
plufieurs Barques plates chargées
de bled , & d'autres
munitions , qui estoient for
ties de Trieste , Place qui
appartient à l'Empereur pour
gagner l'embouchure du Pô.
Il fçeut après avoir pris ces
•Barques qu'elles eftoient forties
de Trieste , qu'il y avoit
dans cette Place de gros magafins
, & que les Ennemis
li ij
400 MERCURE
tiroient de la Croatie & des
Etats du Grand Seigneur
toutes les chofes qui eſtoient
dans cette Place . Ses Troupes
y entrerent par adreffe
en contrefaifant les Marchands
, ils brulerent tous
les Magazins , & noyerent.
toutes les munitionsde guerre
qu'ils ne purent emporter ily
en avoit une grande quantité.
Le Roy ayant propofé
dans fon Confeil d'avancer
de quelques jours le départ
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & ayant dit les
raifons qu'il croyoit devoir
GALANT 401
l'obliger à faire partir ce
Prince plutoft qu'il n'avoit
efté réſolu , fon départ fut
arrefté pour le mardy fuivant.
'M' le Duc de Beauvilliers
qui fçavoit l'impatiente ar
deur que ce Prince avoit
depuis longtemps de fe diftinguer
à la tefte des Troupes
de Sa Majefté & de marcher
fur les traces du Roy
& de Monfeigneur le Dau .
phin , cut permiffion de for .
tir du Confeil avant qu'il fut
finy pour luy annoncer ce
qui venoit d'y eftre réfolu . Il
cut à peine prononcé les pre400
MERCURE
.
tiroient de la Croatie & des
Etats du Grand Seigneur
toutes les chofes qui estoient
dans certe Place . Ses Troupes
y entrerent par adreffe
en contrefaifant les Marchands
, ils brulerent tous
les Magazins , & noyerent.
toutes les munitionsde guerre
qu'ils ne purent emporter il y
en avoitune grande quantité.
Le Roy ayant proposé
dans fon Confeil d'avancer
-de quelques jours le départ
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & ayant dit les
eraifons qu'il croyoit devoir
GALANT 401
l'obliger à faire partir ce
Prince plutoft qu'il n'avoit
efté rélolu , fon départ fuc
arrefté pour le mardy fuivant.
'M' le Duc de Beauvilliers
qui fçavoit l'impatiente ar
deur que ce Prince avoit
depuis longtemps de ſe diftinguer
à la tefte des Troupes
de Sa Majefté & de marcher
fur les traces du Roy
& de Monfeigneur le Dau
phin , cut permiffion de fortir
du Confeil avant qu'il fut
finy pour luy annoncer ce
qui venoit d'y eſtre réſolu . Il
cut à peine prononcé les pre402
MERCURE
mieres paroles de ce qu'il
avoit à luy dire que ce Prin
ce fit paroiſtre une fi grande
joye qu'il feroit impoſſible de
l'exprimer. Il courut inconti
nent ou plutoft il vola chez
Madame la Ducheffe de
Bourgogne pour luy en faire
part. On peut dire que la
joye de cette Princefle fut
fort grande quoy qu'elle fuft
combatue pour ſa tendreffe
que cette nouvelle fembla
faire redoubler . Monfeigneur
le Dauphin eftant à Meudon
ce jour là , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne luy écri
GALANT. 403
vit pour luy apprendre l'agreable
nouvelle qu'il avoit
reçue par мr le Duc de Beauvilliers
ne doutant point que
ce Prince ne fut tres- fenfible
à la joye. Cette nouvelle
s'eftant enfuite repandue
dans toute la Cour , on n'eut
pas lieu d'en douter en
voyant Monseigneur le Duc
de Bourgogne , puifqu'on lifoir
dans les yeux tous les
mouvemens de joye , & de
gloire dont ce Prince eftoit
agire. Il fut réfolu qu'il par
tiroit en Pofte , que fa Maifon
ne partiroit que quel
404 MERCUR
E
.
ques jours aprés luy , qu'it
n'auroit que fix Chaifes de
Pofte fçavoir , la fienne , &
celles de M le Marquis de
Sommery , & de Mrs de
Cayeux , de Monteffon , Moreau
, & Bachelier , cftant
tous neceffaires pour le fervicè
de ce Prince . On regla
auffi qu'il ne partiroit en même
temps que vingt petits
Officiers . Mr Morel Aumônier
du Roy fut nommé pour
fervir auprés de ce Prince . Il
fut regle que les maréchaux
des Logis ne marqueroient
point la craye en Flandres :
mais
GALANT 405
د
•
1
mais que les Bourguemel
tres donneroient des Billers
pour le logement de la fuite
de ce Prince. Je ne fçay fi
vous fçavez que fes Aides
de Campfont Mrs Denonvil.
le , de Sanzé , de mimeurs ,
de Prie , de Chabanes , de
Curton & de la Mothed'Enchien.
Il partit Mardy le
vingt cinquiéme de ce mois ,
à cinq heures trois quarts du
matin pour aller coucher à
Peronne. Je ne vous dis tien
de ce qui fe paffa aux adieux
qui fe firent la veille , il eſt
plus aife de fe l'imaginer que
Avril 1702
. Kk
406 MERCURE
de le décrire. La noble fenfibilité
du Roy eft connuë , la
sendreffe de monfeigneur le
Dauphin ne l'eft pas moins ,
& l'on peut aisément deviner
ce que peut reffentir & dire
dans ces tendres momens
une femme tendre , & gene.
reuſe qui aime la gloire , &
qui a tout l'efprit du monde.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne arriva fur les trois
heures du foir à Roye en Picardie.
Ml'Abbé Peyre Doyen &
Chanoine du Chapitre Royal
GALANT 407
de S. Florent s'eftant preſenté
à la tefte de fon Chapitre dans
le temps que ce Prince s'arrefta
un moment fur la Place
pendant que l'on changeoit
de chevaux , ce Prince en le
voyant à la Tefte de fon
Chapitre eut la bonté ďaba .
tre les glaces de fa Chaife , &
luy fit l'honneur d'entendre
le Compliment qui fuit ,
MONSEIGNEUR ,
Le Chapitre de Roye vient
vous rendre fes tres humbles ref.
pects , & vous marquer la joye
que nous avons du choix que le
Kkij
408 MERCURE
le beau
Roy voftre incomparable ayeul a
fait de vostre augufte Perfonne
pour commander fes Armées, vô.
tre prefence qui attire nos respects
noftre admiration fera la ter
reur de vos Ennemis ,
feu qui vous anime pour l'intereft
des deux Empires fait déja pavoiftre
fes éclairs , & nous promet
desfoudres pour écraser la ste
d'une Nation rebelle & orgueilleufe.
Ouy, Monfeigneur, vos piemiers
coups d'effaiferont des coups
de maiftre , toutes vos démarches
& toutes vos entrepriſes feront
beurenfes, parce que le motif qui
GALANT 409
les anime eft tres legitime.
Pendant que vous combattrez
les Ennemis de la France & de
l'Espagne , nous leverons les
mains au Ciel , & pleins de re
connoiffance pour les travaux¿
les fatigues que vous eßuirez,
nous prierons le Dieu des Armées
qu'il protege voftre auguste Per.
Jonne, & qu'il favorife vos glo .
rieux deffeins :Ce font les voeux,
Monseigneur, & c.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne luy fit l'honneur ,
de luy témoigner qu'il eftoit .
content de fon Compliment
.
Tous les Habitans de Roye.
Kk ii
410 MERCURE
eftoient fous les Armes lork
que ce Prince y paffa , мeffieurs
du Baillage eftoient à
la Tefte du Fauxbourg de Paris
, le Maire & les Echevins
à la Porte de la Ville . Comme
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
ne s'arrefta que fur la
Place fans fortir de fa Chaife,
il n'y eut que Mr le Doyen
de Roye qui eut l'honneur
de luy faire Compliment. Ce
Prince eut la bonté de recevoir
des Copies des Complimens
que les autres Corps
luy avoient preparez.
J'efpere vous parler encore
GALANT 411
de ce Prince avant de ferg
mer ma Lettre.
Enfin aprés avoir douté pen
dant plus d'une année fi nous
aurions la guerre avec les
Hollandois ,aprés les pas que
cette Republique a faits en
reconnoiffant Monſeigneur
le Duc d'Anjou pour Roy
d'Efpagne ; aprés les affurances
que le Roy luy a données ,
& qu'il a réiterées plufieurs
fois de fa bienveillance & de
fa protection , à quoy
il a
ajoûté plus d'une fois , que
le Roy d'Eſpagne maing
Kk iiij
412 MERCURE
tiendroit les Traitez faits
avec Elle , qu'il en feroit le
garant, & qu'il eftoit preft de
convenir des chofes raifonnables
qui regarderoient ſa
feureté , cette Republique
en ne parlant que de paix
pendant qu'elle fe preparoit
à la guerre qu'elle avoit for.
tement refolue par des Traitez
fignez avec l'Empereur &
le feu Roy d'Angleterre , dans
lefquels le jour où elle devoir
commencer des Actes
d'hoftilité eftoit marque , les
a enfin commencez
perfuadant toûjours que cou
en
fe
GALANT. 413
te l'Europe fera affez fimple
pour ne pas croire que c'est la
Hollande qui agir.
Le 8 de ce mois , fur
e o ir , deux Escadrons
chargerent & poufferent
la Garde de Dragons François
qui couvroit le Fort
qui eft à l'oppofite de Bonn.
Dans le mefme temps un
Corps de Cavalerie de quatre
cens hommes des melmes
Troupes fabia quarante-quatre
Dragons François que
Mr. de Montrevel envoyoit
à Bruel prés Dodingen . Mr
Barré , Refident de France ,
4'4 MERCURE
alla chez Mr le Penfionnaire
Henfius pour luy demander
l'explication de ces actes
d'hoftilité. Il évita plufieurs
fois de luy parler , n'ayant
point de bonnes raifons à luy
rendre , mais enfin ne pouvane
eſtre toûjours invifible,
il luy dir que cette affai
re regardoit celuy qui eftoit
President de Semaine aux
Etats. M'Barré alla le trouver,
& le Prefident luy répondit,
que veritablement ils avoient
quelques Troupes du cofté
où il difoit que s'eftoient paf.
fées ces deux actions ; mais
GALANT 4T5
que comme elles agiffoient
au nom & fous les Odres
de l'Empereur , il n'eftoit
pas bien informé des actes
d'hoftilité qu'il prétendoit
que leurs Troupes a
voient commis ; qu'au furplus
il ne parleroit point aux Etatsde
ce qu'il luy difoit , parce
qu'ils ne traitoient que par
Memoires, & qu'ils ne répon
doient point à moins qu'on
ne leur en euft prefenté . Com
me ou vouloit engager lä
guerre, on n'en demeura pas
T'à & l'on peut dire que l'hoftilite
qui a ſuivi les deux
416 MERCURE
que je viens de vous marquer
a efté conçue dans le fein
des Etats , & a efté commife
fi prés d'eux qu'elle en pouvoit
estre vue . On n'avoit
pas moins refolu que d'enlever
un quartier , & pour
cet effet treize cens chevaux
& Dragons detachez du
Camp de Rofendal comman .
dez par мr Dompré s'avancerent
jufqu'à Braxgarten ,
à une lieue & demie d'Anvers
; mais n'ayant pas trou
vé ce qu'ils cherchoient , ils
enleverent feulement un
quatre Grena Capitaine
GALANT 4/7
diers qui s'eftoient avancez
pour les reconnoiftre. Quoy
que la proye qu'ils croyoient
tenir fuivant les méchans
avis qu'ils avoient eus , leur
cuſt échappé , il ne crurent
point avoir perdu leurs pas ,
puifque les Prifonniers qu'ils
firent leur fuffifoient pour
avoir lieu de faire la declaration
que vous allez voir, mr
le Comte d'Artagnan qui
qui commandoit à Anvers ,
écrivit à Mr. le Comte d'A .
thlone , General du Camp de
Rofendal pour luy demander
raifon de cette hoftilité . Ce
418 MERCURE
Comte luy répondit par un
autre billet qu'elle avoit
efté commife par les Troupes
Auxiliaires de l'Empereur
dont il avoit commiffion ,
mais que comme il paroiflit
par la demande que jufquelà
il l'avoit ignoré , il vouloit
bien luy renvoyer les Prifon .
niers qu'il avoit faits , parce
qu'il fe faifoit un plaifir d'o
bliger un fi galant homme.
Toutes ces chofes font voir
que le deffein des Hollandois
n'eftoit que de faire fçavoir
qu'ils prétendoient que tous
les actes d'hoftilité que leurs
GALANT. 4¹9
ง
Troupes feroient ne devoient
point eftre regardées par les
deux Rois comme venant de
leur part , & qu'ainfi ils pour
roient faire la guerre à la
France avec toutes leurs for.
ces & la commercer en même
temps avec cette Couronne ,
comme fi les deux Nations
n'eftoient point en guerre.
La Hollande vouloit conferver
ſon commerce
parce
qu'elle y trouve fon compte ,
& fuivant l'événement heu
reux ou malheureux de cette
guerre , elle y feroit entrée
dans quelque tems , où en n'y
420 MERCURE
n'entrant pas elle auroit évite
les maux qu'elle en doit craindre
fi la France avoit efté
triomphante . Mais l'artifice
eft groffier , & il y a de la vi
fion de croire qu'on puiffe
aveugler la France aprés
avoir figné un Traité avec
l'Empereur , où l'on a marqué
le jour qu'on doit entrer en
hoftilité. De plus , a t'on jas
mais oui parler d'une imagi
nation auffi chimerique
que
celle que la France croira que
toutes les Troupes d'un Etat ,
& dont une partie occupe fes
frontieres
, foient Troupes
auxiliaires. Quand on donne
GALANT. 42º
des fecours à un Allié , fe font
de petits fecours ftipulez dans
des Traitez , & qu'on envoye
hors de chez foy , mais une
Republique comme celle de
Hollande , aauurraa,. t'elle levé
jufqu'à cent mille hommes
qu'elle ſe vante d'avoir ſur
pied, aura . t'elle pendant plus
d'une année cabalé dans toutes
les Cours de l'Europe ,
aura t'elle pris à fa folde des
Troupes d'une partie des
Puiffances de cette même
Europe enfin fe fera - t'elle
donne tant & de fi grands
mouvemens , & aura t'elle
Avril 1702. ·LI
422 MERCURE
dépenfé des fommes immen .
fes pour fervir feulement de
Troupes auxiliaires à l'Empe
reur , & cela aprés avoir fait
connoiftre que fi on ne luy
accordoir les demandes in .
foutenables qu'elle a faites ,
elle ne pouvoit s'empécher
d'entrer en guerre pour cher
cher par la voye des armes la
feureré qu'elle prétend qu'on
luy doir donner , & qu'elle
demande , fans qu'il luy ſoit
riea dû, mais feulement parce
qu'elle a peur. Le Roy vou .
lant faire connoiftre qu'il ne
donne pas dans des pieges f
GALANT 423
mal tendus , & ne pouvant
plus fupporter
tous les actes
d'hoftilité qu'on a faits contre
le Roy d'Efpagne depuis
une année xant fur mer que
fur terre , & voyant Keiferf
wort dont je vais vous par
ler affiegé par des Troupes
Hollandoifes
: commandées
par un General Hollandois
,
le Roy, dis je , voyant toutes
ces chofes donna ordre le zz.
-de ce mois à tous fes Sujets
de courre fur les Hollandois
,
comme ayant fait des actes
d'hoftilité contre les Troupes
d'Elpagne
& fur des terres de
Llij
424 MERCURE
Majefté. Stream
de Sa
Pour continuër ces actes ·
d'hoftilité par des actions qui
marquent encore plus des .
Pennemis declarez que des de
clarations de guerre mefme ,
ils inveftirent Keiferswert le
16. de ce mois , & l'on doit
regarder comme une choſe
nouvelle & finguliere que des
Troupes auxiliaires ne font
jointes là aucun Corps de
Troupes du Prince qu'elles fecourent
, & qu'elles reprefentent
en mefme temps & le
Corps d'Armée du Prince
qu'elles veulent fervir , & le
GALANT. 425
i
fecours, enfin le fecours in que
donné par les Hoilandois eft
Rode quatre - vingt mille hommes
plus ou moins , parmi
defquels il ne s'en trouve
point du Prince fecouru . Le
General Dopa , Comman
dant dans Maſtric , eut ordre
du Prince de Nailau Sarbruc.
General des Troupes des
Provinces Unies d'inveftir la
Place. Ce Prince ordonna
auffi qu'on ouvrift la tranchée
la nuit du 17. au 18. Le
mefme jour les Affiegeans tirerent
une ligne jufqu'au
Rhin au deffus de la Ville ,
426 MERCURE
རྩ་
& ya drefferent une batterie
de Canons . Ils avancerent
confiderablement leurs tran .
chées , & travaillerent à paffer
une espece de foffé dans les
terres , & joignirent le travail
à leurs batteries. Ils en
établirent deux de huit pieces
de canon chacune , qui
furent rendues inutiles par la
fuperiorité du canon de la
Place , auffi bien que leur
-batterie de bombes , qui in-
Scommodoit beaucoup les alfiegeans.
Ils travaillerent la
nuit, & le matin , & firent quatre
- vingt toiles de tranchée.
GALANT: 427
La nuit du 20.ils tirerent une
troifiéme ligne de communication.
Le 21. au matin
Mr le Mar
quis
de Blainville
qui comman
de dans
la Place
, ayant
remar
qué que la tranchée
eftoit
mat
fournie
, & que par
confequent
ce travail
feroit
mal
deffendu
,
refolut
de faire
faire
une fortie
,
& commanda
Mr le Marquis
de
Braneas
, Colonel
au Regiment
d'Orleans
, avec
cinq
cens
Gre
nadiers
, & cinq
cens
Fuzilliers
foutenus
du peu
de
Dragons
qui font
dans
la Place
, & qui
eftoient
à pied. Ce
Marquis
chaffa
les ennemis
de l'ouvrage
dont
je viens
de vous
parler
,
& combla
quatre
- vingt
toifes
de tranchées
. Les affiegez
re-
"
428 MERCURE
vinrent à la charge , & furent
repouffez autant de fois avec
une vigueur qui ne fe peut exprimer.
Ils avoient mefme de
nouvelles Troupes lors qu'ils
vinrent charger la feconde fois.
Enfin voyant qu'on s'eftoit ren,
dus maistre d'une batterie , &
que leur Canon alloit eftre
encloué, ils firent marcher la
Tefte de leur Armée. Mr de
Brancas voyant tant de Troupes
en mouvement , & confide
rant qu'elles eftoient fraifches,
que les fiennes eftoient fati
guées d'avoir battu trois fois.
celles qui estoient venues pour
les repouffer , jugea à propos
de faire battre. la retraite, & de
fe retirer dans la Ville , ce qu'il
fit en bon ordre & au petit pas,
Le
GALANT 429
1
Le Roy ayant appris cette nouvelle
loua publiquement Mr de
Brancas . Sa Majeſté ajoûta qu'il
avoit fait des merveilles , & que
Mr de Blainville , dans fa Lettre
, ne pouvoit fe laffer de le
loüer, & fur tout fa valeur , &
fa bonne conduite . 11 eft à remarquer
que c'eſt là premiere
Campagne de ce Marquis , &
que ceux mefme qui ont le plus
de courage n'ont pas toûjours
toute l'intrepidité dans les premieres
occafions , que l'habitude
de fe trouver fouvent dans
le feu leur fait acquerir dans la
fuice , & qu'ils manquent d'une
certaine conduite , qu'il femble
que le temps feul peut donner.
CependantMride Brancas a don
né d'abord des marques de l'une-
Avril 1702, M m
430 MERCURE
s'en
ge
& de l'autre Ilne faut pas
étonner , il n'y a rien de fi
neral qu'il n'ait quelque exce
ption, & les uns, ( mais le nombre
en eft moins grand , ) ont
naturellement ce que les autres
ne peuvent acquerir qu'avec le
temps , & aprés longue habitude.
Cette fortie a couté aux af
fiegeans plus de cent homme
qui ont esté tuez fur la place..
Ôn croit qu'ils en ont eu plus
de deux cens bleffez . Les affiegez
n'ont perduqu'un Capitaine
avec environ huit ou dix
Soldats. Ils en ont eu environ
quarante de bleffez , parmi lef
quels il y a fix Officiers . Le Roy
en parlant le foir à fon foupé à
Monfieur le Duc d'Orleans, luy
fit l'Eloge de fon Regiment.
GALANT. 31
Aufli ce Prince n'oublie t-il
rien pour le mettre en état de
bien fervir . Mr de Blainville eft .
charmé de la valeur des Trou
pes. Il mande qu'elles s'y prennent
de la meilleure grace du
monde , & qu'elles font d'une
intrepidité extreme . Mr le Che-'
valier de Croify fe trouve par
tour, & tâche de feconder Mr.
de Blainville fon coufin . Il ne
faut pas s'étonner de ce qu'ils
font l'un & l'autre . La valeur
eft hereditaire au fang de Colbert.
Il a fouvent coulé pour le
fervice de Sa Majeſté , & deux
Braves de ce nom ont efté tuez
depuis quelques années en fe fignalant
. Quoy que la Place foit
bien munie de toutes chofes , &
que Mr le Marquis de Coignies
M mij
432 MERCUR
E
yait fait entrer de l'argent
pour animer la Garnifon , il n'eft
pas permis de croire qu'elle
puiffe fe deffendre encore longtemps
. On n'y a mis des Troupes
que parce qu'elles auroient
efté obligées d'eftre en Campagne
& de cantonner jufqu'à
l'ouverture de la guerre. Cette
Place ne confifte qu'en un carré
long , & elle n'a qu'une ruë,
elle et au delà du Rhin , ainfi
il est difficile de la fecourir. Elle
a trois baſtions & deux demi
baftions du cofté du Rhin . On
s'y defend feulement pour arrêter
les ennemis pendant quelque
tems , & pour leur faire perdre
quelques Troupes ..
J'apprens en ce moment même
que la fortie dont je viens
GALANT 433
de vous parler a tellement intimidé
les affiegeans , que voulant
éviter les coups de main
avec les François , ils ont réfolu
de ne plus attaquer la Place
par tranchée , mais feulenent
avec du canon & des bombes.
Pour cet effet , ils ont mis cent
pieces de canon en batterie , &
le 26. la Place eftoit toute en
feu . Les affiegeans ont crû
que les affiegez n'ayant point de
fouterrains , & par confequent
de lieux pour fe mettre à couvert
, ils feroient obligez de fe
rendre dés que la Place feroit
ouverte & qu'ils le verroient
accablez de bombes , mais.iſs
ont fait des fouterrains fous les
remparts ayant pris des poutres
pour les foutenir dans des mai-
M.m iij
434 MERCURE
fons qu'ils ont démolies . Les En
nemis ayant attaqué une redoute
qui eft dans une Ifle fur le
Rhin proche de la Place , ou
les affiegez avoient des Troupes
, cette redoute a efté emportée
, les Ennemis ont fait quarante
prifonniers . Le reste de
ceux qui deffendoient cette redoute
s'eft jetté dans une Barque
pour regagner la Ville , mais,
cette barque s'étant enfoncée il
ne s'eft fauve que fept Soldats.
M de Labadie a fait entrer cinq
cens hommes de renfort dans la
Place avec mille moufquets ou
fufils , pour remplacer ceux qui
ont crevé Mr le Chevalier du
Rofel eftant dans le Limbourg
avec quinze cens chevaux ,
détacha Mle Prince de TalGALANT
435
4
}
mond avec cent cinquante
hommes , pour aller à la découverte
, il s'embufqua pendant
ce temps- là . Mile Prince
de Talmond rencontra un
Corps Ennemis de cinq cens
chevaux dont on prétend que
Mrle Chevalier du Rofel avoit
eu avis Mr le Prince de Talmond
feignit de fuir aprés
avoir fait une décharge & fit
volte face lorſqu'il fe trouva
auprés du lieu ou Mr le Chevalier
du Rofet s'eftoit embuſqué.
Les cinq cens chevaux
furent attaquez en même temps,
& he firent aucune deffence , de
maniere que les Ennemis perdirent
quatre cens hommes qui
furent tuez fur la Place , & l'on
fit quarante Prifonniers. Si j'ap-
M m iiij
436 MERCURE
prens encore quelque chofe du
Siége de Keiferfvert , je ne fermeray
point ma Lettre fans vous
en faire part.
Vous m'avez marqué plus
d'une fois que je vous faifois.
plaifir de vous entretenir de
Mr l'Ambaffadeur d'Efpagne ,
perfonne ne s'eft laffé d'entendre
fouvent parler de luy ; mais
je fuis bienfeur que pour la premiere
fois je vais vous faire de
la peine en vous en parlant ,
puifque je fuis obligé de vous.
apprendre qu'ilva bientôt nous
quiter. Son terme finit & le Roy
d'Espagne luy a nommé un tresdigne
Succeffeur . C'eſt Mr
l'Amirante de Caſtille qui vient
en fa place. C'eſt un des plus
dignes hommes que
l'on puiffe
GALANT 437
voir. Il a dans un degré fuperieur
tous les avantages de l'efprit
& du corps , du merite &
de la naiffance. Il eft bienfait
de fa perfonne, & a fur tout un
air infinuant & un art de ga- .
gner les coeurs qui lui eft particulier
, je vous en parleray plus.
au long dans la fuite , mais je
ne puis m'empêcher de vous
dire qu'il n'en falloit pas moins
pour remplacer un homme tel
que M le Marquis de Caftel
dos Rios. L'Espagne eft fertile
en grands hommes ; mais des
hommes faits comme ces deux
Miniftres font des hommes rares
en tout Pays Le Roy d'Efpagne
témoigne bien le cas
qu'il fait & de la perfonne &
de l'employ de Mr l'Ambaſſa
438 MERCURE
plus
deur par le Succeffeur qu'il lui
donne & par les termes dont il
fe fert dans fon Decret pour
exprimer l'importance de cet
Employ. Mr l'Ambaffadeur fera
encore icy quelque temps ,
mais la feule nouvelle de fon
départ à déja couté ici bien des
larmes. Jamais homme n'a eſté
univerfellement aimé &
eftimé que lui. De la maniere
dont il parle de fon Succeffeur ,
on pourroit fe confoler de ce
changement. Il en fait des Portraits
qui previennent bien en
faveur de Mr. l'Amirante . On
a tant de déference pour lui &
on le connoit fi vray & fi fincere
qu'il perfuade & qu'on ne trouve
rien de fufpect dans le témoignage
avantageux qu'il en rend,
GALANT 429
quoy qu'on fçache bien qu'il y
ait entre eux deux une étroite
liaifon d'amitié & de Parenté .
Je vous envoye une traduction
du Decret Efpagnol de Sa Majefté
Catholique par lequel Mr
l'Amirante eft nomméAmbaſſadeur
en France & j'ay ajouté à
cette traduction celle d'une
belle Lettre que Mr l'Amirante
écrivit àMr l'Ambaffadeur pour
le feliciter en ami & en parent
de la Grandeffe . Cette Lettre
vous fera juger des fentimens.
nobles & du tour délicat de Mr
l'Amirante .
LETTRE DE MONSIEUR
l'Amirante de Caftille , à Mr
le Marquis de Caftel dos Rios ,
Ambaffadeur d'Espagne.
MONSIEUR ,
En apprenant la grace qu'il a
4:40 MERCURE
3
plu au Roy , que Dieu garde ,
de faire à Voftre Excellence en luy
accordant la Grandeffe de ces Royaumes
, le transport de joye que j'en
ay marqué a du en eftre une fuite
indifpenfable , voyant récompen
fer par la tous les merites qui concourent
en Voftre. Excellence avec la
fplendeur de fa Maifon. Quoy que
mon eftime s'arrefte avec complaifance
aupremier de ces motifs , mon
obligation fe trouve encore plus ren--
fermée dans les liens da fecond
dont j'ay fçeu faire tout le cas que
je devais dans toutes les occafions
qui ont pu s'offrir , commeje le fais
à l'heure qu'il eft on felicitant
Votre Excellence de ce bonheur. J'ac
compagne cette afſurance d'un empreßementfincere
d'eftre fouvent employé
àfervir Votre Excellence dont
GALANT
44'
Dieu veuille garder l'exellentiline
perfonne bien des années comme je
le defire.
A Madrid le 22. Juillet 1702 .
Voicy le Decret qu'à donné
le Roy d'Efpagne pour nommer
Mr Amirante de Caftille à
l'Ambaffade de France , les De - ¨
crets des Rois d'Espagne font
des explications de leurs volontez
, & on ne doit pas les regar
der comme de fimples nominations
, mais comme des actes qui
font connoiftre les réfolutions
qu'il leur plaift de prendre .
I Es avantages
Es avantages confiderables
qu'on éprouve déja de l'anion de
ma Couronne avec celle de France ,
les liens du fang entre l'une &
442 MERCURE
l'autre eftant aui eftimables qu'ils
font étroits , j'ay crù qui eftoit fort
convenable pour rendre encore plus
publiques toutes ces circonstances &
par raport aux affaires importantes
dont ont aura à conferer dans les
deux Cours , d'avoir auprès du Roy.
Tres Chretien mon Seigneur& mon
Ayeul , an Minifre qui fait de la
plus grande reprefentation par fa
perfonne & parfon nom , & qui ait
par luy mefme les experiences les
plus grandes dans tout ce qui regar
de la guerre & lapolitique ; & tous
ces avantages eftant fi reconnus
dans l' Amirante de Catille , je luy
fais la grace de le choisir pour mon
Ambaffadeur auprés du Roy mon
Ayeul. C'est ainsi qu'on le tiendra
pour entendu dans le Confeil d'Ef
tat ; & on luy donnera les dépefches
•
+
GALANT 443
neceffaires à ce te execution.
A Barcelone le 5. Avril 1702 .
Mr Liebaux , Geographe ,
vient de mettre au jour une
Carte particuliere du Duché de
Mantoüe, avec fes environs , tirez
d'Antonio Magini , où l'on
voit facilement tous les lieux
où font prefentement les Armées.
Cette Carte eft nette &
gravée par l'Auteur d'une maniere
à faire plaifir . Il demeure
rue Boutbrie prés Saint Severin
,chez le Sieur Prignard , Mar
chand Libraire & Maitre Imprimeur.
Nous avons encore perdu ce
mois cy un homme d'un grand
nom , & d'une grande naiffance ,
444 MERCURE
"
c'eft Mr le Marquis de Lhôpi
tal, neveu du feu Maréchal de
cenom. eftoit Gouverneur &
Lieutenant General pour le
Roy des Everchez de Toul &
Verdun. Il avoit époufé la veuve
de Mr Doüilly. Ce nom eft
affez connu .
On vient d'apprendre la mort
de Mrde Chevalier Bart, le Roy
en a efté fort touché , auffi cette
perte eft elle grande .
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
ayant couché le 25. à Peronne
jour de fon départ . Le
26. à Mons , & le 27. à Bruxelles,
ce Prince y a eſté receu avec
tous les honneurs que l'on a
rendus aux Rois d'Espagne qui
y font venus. Il ne voulut point
GALANT. 445
recevoir le Dais, & dit qu'il ne
faifoit que paffer . En effet , il ne
quitta point fa Chaife de pofte.
Les rues eftoient tenduës de riches
Tapifferies , & de tresbeaux
Tableaux. Les Balcons
eftoient magnifiquement décorez,
& remplis de Dames parées.
Toute la Ville eftoit en
Armes , & retentiffoit du Nom
de ce Prince, & d'acclamations
publiques . Toutes les Gardes
ordinaires accompagnerent ee
Prince tefte nue. Il y avoit un
grand nombre de flambeaux al-
Tumez, quoy que le Soleil éclai
raft cette Entrée, fuivant ce qui
fe pratique ordinairement lorfque
l'on reçoit des Souverains
à Bruxelles. Ce Prince recut
des Complimens de tous les
Avril 1702
. Na
446 MERCURE
Corps , remplis de refpect de
zele & d'amour. Il en partit le
29. Je vous en diray davantage
en fermant ma Lettre.
-20%
Le Roy d'Espagne arriva le
Is de ce mois au Port de Baye ,
ou ce Prince a fejourné avant
que de faire fon entrée à Naples
. Cette heureufe nouvelle
ne pouvoit manquer d'eftre ap-
'portée au Roy avec autant de
diligence qu'elle l'a efté , puifque
Sa Majefté Catholique
avoir choifi Mr le Chevalier de
Sommery pour l'apporter en
Frances que Mr le Comte d'Eftrées
avoit nommé Mr Phely .
peaux pour le même fujet , &
que le Viceroy de Naples l'a
écrite au Roy & à Monfeigneur
GALANT. 447
le Dauphin Plufieurs de ceux
qui n'eftoient pas accoutumez
à la merfe font trouvez fort incommodez
pendant ce trajet .
Les premiers mouvemens du
Vaiffeau cauferent quelques
foulevemens de coeur à Sa Majefté
Catholique ; mais ils ne
continuerent pas . Mt le Comte
de Marcin Ambaffadeur de
de France , qui eftoit fur le Bord
de ce Monarque , n'ayant point
encore fait d'entrée n'y eu d'Au
dience publique . il fut convenu
que lors que le Roy d'Efpagne
auroit débarqué & qu'il
feroit monte fur la Capitane de
Galeres de Naples , les Vaiffeaux
qui avoient porré ce Monarque
, reprendroient Pavil-
Ton François, & que MrleComte
Nnij
448 MERCURE
de Marcin aprés en eftré debarqué
recevroit fon Audience
publique de S, M. C. fur la
Galere de ce Monarque , ce qui
a efté executé de cette maniere.
Tous les preparrtifs que les Napolitains
avoient ordonné pour
I'Entrée de leur Souverain
n'eftoient pas encore achevez
& le Palais mefme où il devoit
loger n'eftoit pas encore meublé
lors que ce Prince eft arrivé.au
Port de Baye. On ne pouvoit
fe perfuader à Naples que ce
Monarque y duft venir plu
fieurs Rois d'Espagne ayant
déclaré qu'ils feroient
Voyage , & les Palais où ils
devoient loger aïant eſté meublez
fans qu'ils y foient venus.
La furprife que les Peu-
**
ce
GALANT 449
ples eurent d'apprendre qu'un
fi grand Roy eftoit à leur
portes , fit redoubler l'amour
qu'ils avoient déja conçue pour
luy fur les grandes chofes qu'ils
Jen - ont ouy dire . Jamais acclamations
ne furent plus grandes,
& ne parurent plus cordiales
que lors qu'il fit fon Entrée .
· Ceux qui le mandent difent
qu'ils n'ont point de termes
pour les exprimer , & qu'elles
ont efté audelà de tout ce que
l'on peut s'imaginer.
?
>
Je viens de voir des nouvelles
qui portent que toute la
Nobleffe voyant que le Roy
d'Efpagne eftoit arrivé , & que
le Palais où ce Monarque de
voit loger n'eftoit pas meublé, y
envoya une infinité de meubles
410 MERCURE
4
Precieux & tout ce qu'elle
avoit de plus riche & de plus
rare pour en parer tous les Appartemens
, en forte qu'il sy
trouva en peu de temps plus de
meubles & de richelles qu'il
n'en faloit pour meubler &
orner plufieurs Palais.
Quoi que le temps Pait efté
fort rude pendant ce mois , &
que la terre n'ait produit aucun
fourages qui ayent pu faire
fubfifter les Armées en campagne
, Mr de Vendofme n'a pas
laiffe de trouver les moïens de
marcher avec quarante - huit
Bataillons & cinquante Efcadrons
A peine les Ennemis éurent-
ils efté avertis qu'il avoit
paffè le Pô , qu'ils s'en éloigné-
.
GALANT 451
.
•
reut de dix lieuës , & firent repaffer
toute leur Infanterie par
delà le Taro , & dés le 31. de
Mars ils n'avoient plus de
Troupes en deçà de la Parma ,
Ils abandonnérent les poftes de
Caorfo , Fiorenzuola , Monticello
, Corte-Maggiore & Borgo
- San Donino de maniere
qu'ils furent reduits à fe refferrer
dans les Etats du Duc de
Modene & dans la partie du
Mantoüan qui eft au deçà du
Pô. Ainfi Mr le Duc de Vendôme
a eu l'avantage d'avoir
auffitôt aprés fon arrivée en Italie
chaffé les Allemans du Parmefan
& du Plaifantin , & de tous
·les Poftes qu'ils occupoient le
long du Pô, pour en rendre la
navigation libre jufqu'à Cre-
.
412 MERCURE
mone. Ce Prince voïant queles
fourages manquoient , & que
T'herbe n'eftoit pas encore affez
grande pour eftre fauchée &
fatisfait d'avoir réüffi dans tout
ce qu'il avoit entrepris , prit le
parti de faire cantonner la Cavalerie
jufqu'à l'ouverture de
fa feconde Campagne , ce qu'il
a fait pendant cinq femaines
pouvant paffer pour une Campagne
glorieufe , aprés laquelle
la efte tenir Confeil de guerre
à Lodi , avec les Officiers generaux
, pour concerter les
-moïens d'ouvrir heureuſément
- cette Campagne. Il a travaillé
avec une application inconcevable
à faire preparer toutes les
chofes neceffaires pour cette
auverture. Il a fait conftrui- e
re
GALANT 493
=
re des fours . Il a fait conduire
des Convois en divers endroits
, où il aura befoin de
trouver des munitionsde guerre
& de bouche pour l'execution
des projets qu'il a formez . 11
én a envoyé divers Plans au
Roy fur lefquels ce Monarque
a travaillé . Il eft fur le point
d'agir , & quoi que le temps
ne foit pas devenu plus beau ,'
& que la terre n'ait encore rien
produit qui puiffe faire fubfifter
la Cavalerie , il a mandé qu'il
efperoit marcher le ſecond jour
de May , ainfi les premieres
nouvelles qui viendront de ce
vigilant General , & qui feront
peut- eftre arrivées avant que
vous receviez ma Lettre pourront
nous apprendre de quel
Avril 1702. Oo
414 MERCURE
>
cofté il aura marché. Toute
les Troupes le fuivent & luy
obeiffent avec plaifir il elt
éclairé,il eft actif.il eft heureux,
il eft brave , jamais homme
n'a plus dépenfé en efpions pour
fçavoir ce qui fe paffe , chez les
Ennemis , & il y a lieu d'atten
dre de grandes chofes d'un General
, qui a toutes ces qualitez
fans fafte & fans , oftentation .
Vous avez trouvé dans un
des Articles de ma Lettre que
Mr le Comte de Cezane , frere
de Mr le Duc d'Harcour , avoit
efté nommé par le Roy d'Efpagne
Chevalier de la Toifon
d'or. On affure prefentement
que c'est ce Due qui a reçu cer
honneur. Je vous ayouë que je
fuis encore dans l'incertitude ,
GALANT 455
& que je trouve tant de gens
partagez fur ce qu'ils doivent
croire qu'il est tres difficile de
rien affurer de pofitif la - deffus,
fr ce n'eft qu'il eft conftant que
Mrle Duc d'Harcour a demande
cet Ordre pour le Comte for
frere .
.2115Les Seances publiques de l'Academie
des Sciences & de celle
des Infcriptions ne s'étant faites
que vers la fin du mois , & d'ailleurs
eftant accablé d'une infinité
d'autres articles dont je ne
bus vous entretenir
ce mois
puis
cy, je me trouve obligé de differer
jufqu'au mois prochain à
Vous en parler.
25f
J'ay oublié de vous marquer que lors
que Mr le Comte de Marcin cuft la
premiere Audience du Roy d'Eſpagne,
O o ij
486 MERCURE
ce Comte eftoit accompagné d'un grand
nombre d'Officiers de Marine , dont
tout les juftaucorps eftoient brodez ,
& qu'ainfi il paru avec une fuite auffi
nombreufe , & auffi magnifique que s'il
avoit eu Audience à Madrid. Sa Majefté
Catholique a fait Mr le Comte
d'Etrées Grand d'Espagne , & Madame
la Comteffe fon époule à qui certe Grandeffe
donne ici le rang & les honneurs
de Ducheffe , en reçoit les complimens.
Je n'ay point de nouvelles plus frai
ches de Keiferfwert que celles qui font
déja marquées dans ma Lettre , ce qui
fait voir que cette Place , quand même
elle feroit prefentement prife , fe fera
deffendue plus longtemps qu'il n'y avoit
lieu de l'efperer.
Il y a des Lettres qui portent que Mr
le Prince de Bade qui avoit pallé le
Rhin avec onze mille hommes l'a repaffé.
Chacun raifonne fur cette nouvelle , les
uns croyent que c'eft parce que l'on
befoin d'une partie de fes Troupes pour
envoyer en Italie , & les autres parde
GALANT 497
qu'il apptehende d'eftre attaqué par dixhuit
mille hommes de nos Troupes qui
achevoient de s'aflembler.
1
Je ne puis vous donner de nouvelles
certaines de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, ny de Mr de Boufflers , leur
marche est un miftere auffi bien que les
mouvemens de la plus grande partic
de nos Troupes. On attend ce qui en
doit éclore,.
M l'Abbé de la Poepe a refufé l'Evêche
de Poitiers. Ce qui fait voir
de plus en plus que le Roy ne donne
les Evêchez qu'au merite , & non aux
follicitations . Je fuis Madame & c.
M
و أ
A Paris ce a May 170251
Hollivuon ash & y li'm nowpol
AVIS.
N croit devoit encore marquer que
Obienqu'on n'employe point dans
Mercure , les Articles dont le port
n'eft pas payé , on recevra avec plaifir
O o iij
& on payera le port de toutes les Lettres
qui viendront des Armées du Roy , quelques
éloignées qu'elles foient. On pric
tous ceux qui s'intereffent à la gloire
des Troupes de S. M. & à celle de leurs
parens ou amis particuliers , d'envoyer
tout ce qui les regardera , & même des
Journaux de tout ce qui fe paffera , fur
tout aux Siéges qui fe feront. Enfin de
marquer les actions particulieres auffi
bien que les generales . Si ceux qui ont
des amis à Paris pouvoient les leur adref
fer on les rembourferoit des ports qu'ils
auroient payez . Cette précaution eſt
neceffaire parce que la curiofité fait pren
dre ou du moins décacheter par les cuzieux
de dela .... tous les paquets ou
l'on croit qu'il y a des nouvelles.
こ
1.12
&..
:
C
GALANT. 499
APOSTILLE CURIEUX
qui repare l'équivoque du Paffage
du Rhin.
quon
Les nouvelles fuivantes viennent
d'arriver. La nuit du 28.
au 29. on devoit attaquer le
chemin couvert de Keyferfvert."
Le feu des Ennemis n'a pas continué
de la même force qu'au
commencement . Outre les cinq
cens hommes qui eftoient entrez
dans la Place , il y en eft
encore entré fept cens. Mr de
Blainville ayant mandé à Mr de
Boufflers que fi on pouvoit faire
une Batterie de
Canon de l'autre
cofté du Rhin cela incommoderoit
fort les Attaquans ,
parce que le Rhin n'eftpas lar460
MERCURE
more
ge en cet endroit , Mr de Tallard
a marché avec trente Ef
cadrons & des Dragons , & a
établi une Batterie de vingt
Canons qui a commencé à faire
feu , qui bat les travaux des
Ennemis & enfile leur tranchée,
Le Courier qui a apporté
cette nouvelle eft parti le 30.
aufoir , & l'attaque du chemin,
couvert nn''aavvooiitt point encore
efté faite ce qu'on attribuoit
à l'incommodite que caufe le
qui
feu de noftre Batterie . Le mê
me Courier a apporté , & c'eſt
ce qui a fait croire que les Ennemis
avoient repaffe le Rhin ,
& que c'eftoit les Allemans
d'Alface ; que Mr de Boufflers
ayant appris que douze mille
hommes des Ennemis eftoient
GALANT 460
200 38
campez à l'entrée du Pays de
Cleves , il avoit marché à eux ,
qu'il devoit tomber fur eux à la
pointe du jour , & qu'il ne s'en
feroit fauvé pas un ;
mais que
les Ennnemis en ayant efté aver
tis avoient decampé la nuit avec
beaucoup de precipitation , &
avoient laiffé dans leur Camp
deux mille facs d'avoine , mil
facs de farine , du foin pour leur
Cavalerie pour cinq ou fix
jours , & mefme quelques menus
équipages , de la poudre & de
boulets , que M de Boufflers
eftoit campé dans leur meſme
Camp , qu'ils s'eſtoient retirez
fous Cleves & enfuite avoient
repaffé le Rhin , & avoient laifféle
Duché de Cleves tout dé
"
462 MERCURE
couvert , & à la mercy de nos
Ja
gens.
L
Mr de Pointy eft party pour
aller prendre le Commandement
qu'avoit M le Chevalier
Bart.
TABLE.
P Relude:
Sonnet.
Recherche Phifique des caufes de
la vieilleffe , & de la mort naturelle.
9
Sur le malheur des Grands , Sa-
55 tyre.
Balance Magnetique
où il eft parle
2 d'un moyen de perfectionner
le
fens de l'Ouie
-15
Zettre.
Ode fur les fuplices des
n༩༨ :;
Deffence de Mr Antier. h
65
79
Dam-
733
93
99
Carte Chronologique des Ducs . 124
Sonnet.
· 135
La troupe Solitaire à Madame de
C....
Madrigal
7.137
11 139
TABLE.
Hiftoire genealogique de Bretagne
ancienne & Moderne. 140
Traduction des vers du Pere Com
mire fur le choix que le Roy a
fait de Munfeigneur le Duc de
Bourgogne pour Generalilime de
Afes Armées.
Maifin de Rouhant .
148
150
Retour de Mr d'Egrigny à l'Armée
d'Italie.
373
Traduction
de la Sentence
rendue
contre Mr le Marquis del-
Vafto. 179
Recueil des bons mats des anciens &
des Modernes 184
Lettre de Mr l'Ambaſſadeur d'Ef-
Pagne à Venife , fur le dernier
avantage remporte par la garnifon
de Mantouë,
Priere faite à l'occafion du voyage
186
du Roy d'Espagne en Italie 189
TABLE.
Mariage .
Hiftoire.
2.00 >
207
Jalousie à la belle Peronnoife. 223
L'entrée de Mr le Nonce.
Morts
39234
Regiment
vendu
244
252
NouveauxChevaliers de la Toifon
and
or
279
Régimens Espagnols .
281
Ode. 282
Nouveaux Planifpheres , nouveau
plan de Paris , nouvelles Cartes
& plans pour la guerre relie
,
Romance
dIta
290 .
2.93
301 -Abjuration.
Ce qui s'eft paffé chez Mr de Gaigniers
lorfque Monseigneur le Duc
de Bourgogne lui fit l'honeurd'aller
voir ce qu'il a de curieux & de
rare
302
TABLE.
Charge de Maitre des Requeftes
Xvenduë
315
318 · Benefices donner par le Roy
Stations du Roy & de toute la Famille
Royale pour gagner le Jubi
lé faites à Paris 360
Intendance de la nouvelle France
donnée à Mr. de Beauhar
30s nots.
395
39363
•Enigmes, 370-
"Second article des morts.
79379
Le Roy d'Efpagne fait l'honneur à:
Mr le Bailly de Lorraine de le
faire couvrir.
.s:l
392
Mr le Comte d'Eftrées traitefur fon
Bord Leurs Majeftez Catholiques.
3935
Départ du Roy d'Espagne de Barcétone.
395
Chanfon fur ce départ , fur l'Air
dAimable Vainqueur
.
3975
TABLE..
Provifions pour l'Armée de l'Empereur
en Italie , prifes & diffipées
par Mr le Chevalier de Forbin,
399
Depart de Monfeigneur le Duc de
Bourgognes avec plufieurs circonftances
quiregardent cedépart.
$400
Haranguefaite par le Chapitre de
Roye à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. 407
Actes d'hoftilité commis par les
Troupes Hollandoifes.
Ordre de course fur les Hollandois .
Siege de Keiferfuvert.
411
443
424
Article concernant le rapel de Mr le
Marquis Dos Rios Ambassadeur
d'Espagne, & la nomination de Mr
l'Amirante d'Espagne pour luy Succodex.
427
Nouvelle Cartes du Duché de ManTABLE.
.tone.
Troifiéme article de morts.
A
445
Arrivée de Monseigneur le Duc de
Bourgogne à Bruxelles. 445
Arrivée du Roy d'Espagne à Naples. 447
Affaires d'Italie.
SST
Second articles touchant les nouveaux
Chevaliers dela Toifon d'Or.
454
Nouvelles de divers endroits.
Avis.
455
L'Air qui commence par`,
L'agreable Printemps , page 140.
L'Air qui commence par ,
Je ne vousfuivraypoint , page 378.
511th
Sur.5
1702,4
Mercure
<36624505610018
<36624505610018
Bayer. Staatsbibliothek
1
MERCURE
GALANT
DEDIE'AMONSEIGNEUR
LE DA UPNIH.
AVRIL
1702 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET ,Grande Salle
Palais , au M
Gjoncture
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en vean le vendront
dorefnavant trente-hait fols , quant
aux volumes qui feront relez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq .
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant,
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy d
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y alieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres tifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantit
AU LECTEUR
.
de défigurez
, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille
, sil
de n'eft bien écrit. On prie
nouveau
ceux qui en envoyens
d'y prendre
garde,
s'ils veulent
les noms
que
propres foient corrects . On
avertit
encore qu'on neprend
aucun
argent
pour ces Memoires,
& que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour, pourvu
qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
eux qui les envoyeront
en
ffranchissent
le part.
MERCVRE
GALANT
I
AVRIL , 1702.
E ne commence jamais
aucune de mes
lettres que par quelque
action du Roy ou par quel
que Ouvrage à la gloire de ce
Prince. Je vous en envoye
un qui regarde Sa Majesté.
A iij
6 MERCURE
& le Roy d'Efpagne , & dans
lequel ces deux Monarques
font noblement louez. Je
ne doute point que vous.
' ne demeuriez d'accord de
fa beauté , aprés que vous
vous ferez donné le plaifir
de le lire.
Ce Sonnet eft de Mr Senecé
premier Valet de
Chambre de Feüc la Reine ,
Vous fçavez avec quel empreffement
fes ouvrages font
fouhaitez .
GALANT. 7
SUR LE PASSAGE DU
Roy d'Espagne
..
en Italie .
SONNET ,
DV plus grand des Heros le
\ 'nom s'est étendu,
Par tout où le courage à l'honneur
peut pretendre ;
Iln'a rien attaqué qui nefefeit ren
du ,
Quenefera tilpointpour ce qu'il
veut deffendre ?
2
J
Il commande : & son ordre eft a
peine entendu
Que le bonheur François part du
fond de la Flandre:
La victoire l'escorte , & n'aura
rien perda
A iiij
8 MERCURE
Pour quelques cours momens em-.
ployés à l'attendre.
Philippe cependant ne peut fe retenir
;....
A eux de fon Ayeul fes foudres
vont s'unir ,
Il n'eft point de fierté que fon bras
n'humilie :
S
O vous , unique objet de fes tra
vaux guerriers .
Immortelle Foretpréparez vos lauriers
,
Ceft le fang de Louis qui paße en
Itale.
Le traité que vous allez
lire eft de Mr Melamak , Medecin
à Caftellarrafi . Il eft.
GALANT
୭
fur une matiere tres curieufe
, fur laquelle il ſemble
qu'on n'ait rien encore donné
au public de fi recherché.
RECHERCHE PHISIQUE
des caules de la vieilleffe ,
& de la mort naturelle
'Homme cet illuftre
LHcompofé de deux fubftances
contraires , ce Chefd'oeuvre
de la nature cet
admirable prodîge de l'Univers
; que la fublimité de ſon
efprit éleve fans ceffe à la contemplation
de la haute Sagef
10 MERCURE
fe de fon Grea teur , & les
rend en quelque façon le
Compagnon de fa Gloire ;
cet homme quelque grand
qu'il foit par la Nobleffe de
fon origine, fe voit fujet ( par
le malheur qu'il a d'eſt rè aſſocié
à un corps corruptible):
à une infinité de miferes qui
l'affligent fucceffivement , &
qui ne fe terminent que par
la mort.
Les Anciens Philofophes
fe font contentez de plaindre
le forb de cet illuftre infor.
tuné , fans luy procurer au
cune forte de confolation.
1
GALANT.
II
Les Medecins qui devoient
travailler uniquement à retarder
au moins fa ruine totale,
& à foulager les foiblef.
fes , n'ont encor fçeu rien
trouver pour fon foulagement
, par la néglience avec
laquelle ils ont examiné les
caufes de la vieille ffe & de la
mort naturelle ; fans l'intelli.
gence defquelles on ne peutconnoitre
que tres impar.
faitement une infinité de maladies
qui nous accablent
tour à tour.
Je ne fais pas furpris que
lesAncions ayentpris lechan :
12 MERCURE
ge puifqu'ils ignoroient également
la nature de l'ame , &
celle du Corps dont ils n'avoient
jamais bien connu l'economic
. Ainfi comme ils
raiſonnoient fur des principes
obfcurs qui n'étoient à
yray dire que de purs verbia .
ges , ils ont voulu payer la
pofterité de la monnoye qui
avoit cours chez eux. C'eft
de ces fondemens fi ruineux
qu'ils tiraient les confequen .
ces pour la folution de la dif
ficulté que je cherche ; & que
pour n'eftre jamais courts , ils
avoient toujours à alleguer la
GALANT . TT3
•
confomption de l'humide
rodical , le galimatias de la
diffipation de la chaleur naturelle,
& tous ces autres grands
mots qui ne veulent rien dire
, non plus que leurs fameux
clemens & leurs celebres qua
litez dont les Mifteres ont
envelope fi long temps dans
de profonds tenebres la verité
que je cherche.
Les Modernes ayant puifé
dans de meilleures fources ,
auroient fans doute réuffi
dans leur deffein , fi la précipitation
de leurs jugemens
ne leur euft fait fouvent tirer
14 MERCURE
des conclufions plus étendues
que leurs principesce
qui eft une faute affez ordinaire
aux Phificiens .
La reflexion que j'ay faite
fur les manieres des uns &
des autres m'a porté à faire
un exacte revûë l'a - deffus ,
& defefperant de trouver le
principe de la morr naturelle
fi je ne connoiffois auparavant
les principes de la vie
corporelle ; j'ay recherché
avec foin les caufes du mou.
vement qui dure en nous depuis
la naiffance jufqu'à la
mort ; & quoy qu'en exami,
GALANT. AS
nant les caufes de ce fameux
mouvement je n'en aye pas
fait l'application aux animaux
lorfque j'ay communiqué au
Publicl'idée que javons l'à deffus
dans le Mercure du mois
de Janvier dernier ; je crois en
avoir affez dit pour l'intelli .
gence de la queſtion que je
me fuis propole d'éclaircir .
Tout le monde (çait que
la vie de l'homme qui confil.
te dans l'union de l'ame avec
le corps ne puft souffrir, aucune
alteration par rapport à
la premiere de les parties , qui
na aucune communication
16 MERCURE
avec les autres corps de l'uni .
vers , que par l'entremise de
celui à qui elle est jointe . Ainfi
je ne vois pas qu'on doive
chercher les caufes de la vieilleffe
& de la mort naturelle
dans cette augufte fouveraine
de l'universque nous fçavons
d'ailleurs eftre immortelle .
Il faut donc le retrancher
au corps où nous ne remar
quons , que des parties folides
de differentes figures
& des liqueurs renfermées
dans des tuyaux , & c'est par le
défaut de fonction des autres
, ou de tous les deux à la
GALANT 17
fois que la vieille ffe, & la mort
nous enlevent.
La dépendance mutuelle
des liqueurs ; & des parties
folides de noftre corps pour
l'exercice de fes fonctions &
le fecours mutuel dont elles
nefçauroient le paffer,caufent
l'embaras où l'on eft . de fça .
voir à qui attribuer la deftruc.
tion de cette induftrieuſe machine.
On convient que dés te
premier inftant de la vie d'un
animal ; tous les organes ne
ceffaires à contenir les li-
曲
queurs font en eftat de faire
Avril 1702. B
18 MERCURE
cette fonction :
: que celles.cy
par leur mouvement fermen
tatif, & circulaire portent la
nourriture àtoutes les parties
& fourniffent la matiere des
fermens neceffaires
pour
entretenir la fermentation du
fang & des autres fucs qui
arroſent noftre corps.
fes
On convient auffi que
organes s'entraident recipro
quement , que le coeur coeur par la
contraction de les fibres pouf
fe le fang au cerveau , fans
quoy les efprits animaux fi
neceffaires pour toutes les
fonctions tomberoient dans
ISA
GALANT 19
une Celiple mortelles que le
cerveau envoyant ces mefmes
eſpics qu'il à filorez à travers
les petits tamis de les glandes
au coeur luy donne la force de
faire fa fyftole , & de pouffer
lelang que laveine cave, & la
veinepulmonaire verfent fans
ceffe dans fes caviteza
· De forte que le mouvement
fermentarif & circulaire
du fang dépend abfolument
de l'action de ces deux
Nobles parties qui ont besoin
à leur tour de fon influence
continuelle , les autres vifce.
res auffi comme le foye , la
Bij
20 MERCURE
rate , le panereas , le ventri
cule , le mefentere dont les
fonctions ne sçauroient fe faire
independamment
de l'ac .
tion du coeur , & du cerveau
qui leur fourniffent chacun
les liqueurs qui font la matiere
des fermens : toutes ces
parties rendent aux liqueurss ,
au coeur & au cerveau le même
office qu'elles en ont reçu .
& fi le foye ne fçauroit ſeparer
le ferment biliere les
glandes ftomachales, le fer
ment pour la chilification
fans le fecours des efprits , &
du fang que le cerveau , & le
7
GALANT. 2
coeur leur fourniffent fans interruption
; ces deux dernieres
parties à leur tour feroient
fort incommodées dans leur
action fans le fecours de pre
cedentes .
Cette mültiplicié de cau
fes qui dépendent les unes
des autres fait qu'on ne fçait
à qui eft ce qu'on doit impu
ter les commencemens funeftes
de noftre, décadance ;
& de noftre perte. Pour ne
pas ennuyer les Lecteursje ne
metray icy en ligne de comp
te aucune de ces cauſes occafionnelles
, dont les moindres
22 MERCURE
changemens produiſent en
nous des effets furprenans , &
dont les violentes impreffions
enlevent une infinité de
gens au milieu de leur carriere.
Je fuppoferay même ( ce
qui n'arrive pas ) que l'air
foit toujours agité de vents
benins , & remply de Corpuf
cules favorables pour nouss
que l'on n'ufe que des ali
mens convenables , & unifor
mes ; que l'on foit fi fort
Farbitre de fes paffions ; qu'el
les ne nous portent jamais à
rien qui intereffe noftre fanté
; que la fortune fans nous
2
GALANT 23
embaraffer des chofes fuperflues
, répande fur nous avec
quelque profufion tout ce
qui pult nous eftre utile; q'ue.
Lant nez de parens fains &
vigoureuxdoüez d'unne bon .
ne complexion , & connoiffant
tout ce qui peut l'entretenir
nous ne negligons rien
pour cela , que tout confpire
enfin à nous rendre heu
reux dans un état frextraor.
dinaire , l'homme arrive à ce
point fatal , d'où il ne fait
plus que décheoir juſqu'à la
morc
"
Cesliqueurs fi pures com
24 MERCURE
mencent
peu à
peu
à ·fe
corrompre
, ces fermens
fi
actifs , & fi abondans
ſe diffipent
avec le temps , & per
dent peu à peu leurs forces ;
ces parties
folides
dont la
ferme
confiftence
confervoit
ces tamis fi fins & fr
deliez
fe deffechent
peu à peu
dés qu'elles
ne font plus arroulées
de ce precieux
baume
de nos liqueurs
. Les écou
lemens confiderables
que la
fermentation
de nos fucs
chaffe
continuellement
au
dehors
nous feroit bientoft
trouver
la fource
de la mort
dans
GALANT 25.
dans la fource de la vie
fi Pair & les alimens qui
renouvellent fans ceffe ces
mêmes fucs ; & rétabliſſent
nos pertes à mesure que
nous les faifons , ne travailloient
de leur cofté à nous
immortalifer.
L'homme dont j'ay donné
cy - deffus le portrait doit
toujours garder les forces
entieres , fi l'air, les alimens
& le fang , font les mêmes .
Premierement , les alimens
& l'air font les mêmes , ainfi
que j'ay fuppofé ; le Sang
cft le même , fi la perte qui
Avril 1702
. C
26 MERCURE
s'en fait par la tranſpiration
eft précilement reparée , comme
elle l'eft infalliblement
par la même quantité & qua.
lité du fuc chileux qu'il doit
fermenter ; le fuc chileux eft
le même, parce qu'il eſt fair
par un ferment égal des mê .
mes alimens ; donc l'homme
cy deffus nepût décheoir par
la diffipation de la tranfpi.
rations ny par l'affoiblifement
des fermens comme
je vais le prouver . Tous les
fermens font vigoureux , &
actifs , fi le lang qui en eft
la matiere , & les couloirs
GALANT 27
qui les filtrent font bien dif
pofez, ce qui ne fçauroit eftre
nié. J'ay déja prouvé que le
fang eftoit le même , ce ne
fera donc jamais par la faute
que les fermens commenceront
à fe gâter. Ce fera
donc par la faute des colatoires
& fans cela je ne vois
pas la raifon pour quoy
au premier inftant de la
vieilleffe le ferment ftoma
chal peut avoir diminué en
quancité ou en qualité , puiſque
la même quantité d'un
fang égal doit avoir fourni é
gale matiere de ferment;que
Cij
28 MERCURE
celuy cy a fon tour pro .
duifant égale quantité de
chile doit toujours entretenir
le fang dans la même
difpofition.
Il femble par la que les
Couloirs dont le corps eft el
parfemé s'ulant avec le tems,
font la premiere caufe de
nos malheurs ; mais comme
ces couloirsne fçauroient s'u
fer tandis que les fucs repare.
ront les pertesqu'ils fouffrent
par leur action continuelle ,
& que ces fucs doivent né .
ceffairement reparer
brêches, puifque leur diftri
ces
1
GALANT 29
bution , & leurs forces font
égales , donc ce n'eft pas là
non plus qu'il faut s'adreffer
pour trouver la verité .
Il en eft qui cherchent
la mort dans la vie , & qui
de la fermentation exceffive
du fang , & de l'exaltation
des fermens inferent la diminution
des uns & des autres
par l'atrition mutuelle
de leurs particules , & qui
veulent que la rapidité qui
cours des uns & des autres gâ
te la bonté des couloirs, d'où
s'enfuiventl'impureté desfermens
, la maigreur , l'affoiblif :
C iij
30 MERCURE
fement , & c. D'où il s'enfui
vroit que les gens les plus
robuftes feroient ceux qui
vieilleroient
plutoft & qui vi ;
vroient moins de temps.
Pour la réfolution de la
préfente difficulté , je reconnois
. Prima Dés le premier
inftant de la vie un mouvement
fermentatif
& circu .
laire, Secundo Que ce mou .
vement n'a pû commencer
,
fans qu'il y euft des vaiffeaux
pour contenir les Liqueurs ,
& des routes certaines que,
les fucs duffent parcourir
; &
qu'ainfi dés le premier inf
GALANT 3r
tant de la vie d'un Animal
Tous les organes neceffaires ,
quelques pecics & infenfibles
qu'on les conçoive ont com.
mencé leurs fonctions. Ter
tio. Que re mouvement fermentauf
& circulaire de nos
fucs , qui dependent en quel .
que façon l'un de l'autre ; &
tous deux de la loüable difpofition
des humeurs & des
organes que ce double mouvement
eft la caufe de la
nourriture & de l'accroiffement
des Animaux. Quarto,
Que cette augmentation
ceffe lorfque les petits pores
C iiij
32 MERCURE
des parties folides qui ont
une infinité de figures , ont
efté remplis par les parties
infenfibles des Liqueurs : De
forte que la matiere æthe
rée ne puiffe plus les parcou
rir ſi ailément qu'elle faifoit
auparavant,parce qu'alors les
corps ainfi infinuez dans les
porules des parties folides ,
qui font bien fouvent polyformes,
refferrent fi fort leurs
parties qu'elles ne peuvent
plus enfuite admettre les
nouveaux corpufcules des
Liqueurs, lefquelles n'ayant
que certains degrez de mou
7
GALANT.
33
vement , ne (çauroient furmonter
la reſiſtance que les
parties folides font à leur
action.
C'est ainsi que les os qui
ont dans les premiers mois
de la formation du foetus ,
une moleffe égale à celles des
membranes , durciffent peu
à peu au point que nous
voyons dans l'homme , par
l'introduction des corpufcules
des Liqueurs dans les pe
tits pores de leurs fibrilles ,
qui en chaffent la matiere
ætherée , dont la prefence
entretenoit la moleffe des
34 MERCURE
os , & empêchoit que leurs
fibres ne fuffent continues. -
Cette dureté que les os
à peu
dans
acquierent peu
le foetus , dans les enfans , &
dans les adultes , peut bienarriver
, quoique d'une ma
niere infenfible , dans les
parties folides , & puifque le
foetus & les enfans fouffrent
de fi grands changemens
dans leurs os , quoique leurs
fucs foient dans une grande
pureté, n'a t'on pas raifon de
préfumer que les parties
mufculeules, les viſceres , &
les tamis de noftre corps ·
GALANT: 35
acquierent avec le tems une
dureté qui dérange le bel or
dre que la nature a établi dans
la conftruction de nos corps ,
& c'eſt cette dureté qui em
pêche que l'Animal ne puiffe
croitre en hauteur aprés
fon adolefcence. L'offification
des cartilages de la ma
choire inferieure , & du fter.
num , prouvent invincible
ment la continuation de cer
endurciffement ...
Il y a fujet de s'étonner
que les Anciens qui ont vû
ces derniers progrez de l'olfification
des Cartilages
, &
36 MERCURE
des Membranes , n'ayent pas
tiré de ces obfervations , des
confequences fit naturelles ,
& que les Modernes qui ont
recherché avec tant d'induftrie
l'offification fucceflive
du foetus , n'en ayent pas tire
les avantages qu'ils pou .
voient fe procurer par leurs
découvertes .
Cette dureté des parties foli
des étant une fois établie, les
muſcles perdent peu à peu
la foupleffe fi neceffaire pour
le mouvement des efprits ,
quelque abondans & actifs
que le cerveau les four,
GALANT 37
niffe auront beau couler des
nerfs dans les muſcles : un
peu plus de folidité dansles
parties infenfibles des fibres
de ceux cy , retardera l'acti
vité de leurs mouvemens;un
pareil changement dans le
coeur , empêchera qu'il ne
fe contracte fi aisément , &
qu'il ne pouffe le fang avec
la même force, d'où s'enfuivra
bien- toft la diminution
du mouvement fermentatif
circulaire. Delà les obftrutions
, delà l'embarras des
colatoires , delà les dépravations
des fermens, delà la di
38 MERCURE
minution , & la dépravation
des efprits , & par l'augmentation
& la combinaiſon de
ces matieres morbifiques, la
vieilleffe eft fuivie de la
mort.
C'est une erreur de croire
que les parties folidess'ufent
avec le temps, & caufent par
là la mort naturelle. Ce n'eft
pas le tems qui produit cer
effet. Si la diftribution des
bonnes Liqueurs , & par confequent
la bonne nourriture
pouvoient le faire , ileft ſeur
que les parties fölides ne
suferoient jamais, puis qu'el
GALANT: 39
les rétabliroient par là préci
fément tout ce qu'elles auroient
perdu.
L'adolefcence des Animaux
finit lorfque par l'in
troduction continuelle des
Liqueurs qui circulent dans
les porules des corps folides,
ceux cy acquierent à la fin
un repos refpectif capable
de refifter au mouvement
des Liqueurs.
La vieilleffe commence
précisément lorsque les parties
mufculeufes , & fur tout
les petites fibrilles du coeur
commencent à perdre leur
40 MERCURE
foupleffe , qu'elles ne perdent
que par l'intrufion des corpufculesinfenfibles
dans leur
petits pores, qui ne peuvent
plus enfuite permettre l'entrée
à la matiere ætherée qui
entretenoit leur molefle.
Cette decadence n'arrive
pas d'abord aprés l'adolefcence,
parce que les fermens
du fang ne font pas encore
fuffisamment exaltez pour
produire les corpufcules neceffaires
à remplir les poru ..
les des fibrilles du coeur , &
c'eft la raison pourquoy les
uns vieilliffent plutôt , les au
GALANT 41
tres plus tard , parce que les
fermens s'engendrent & fe
multiplient plus ou moins ,
plutôt ou plus tard , & fuivant
la diverfité de leurs corpuf
cules durciffent certaines
parties plutoft que les autres.
La varieté des fermens ,
& leurs vertus furprenantes
font fi connues que je n'en
dis pas davantage là deffus.
Je paffe à deffein pluſieurs
remarques qu'on pourroit
appliquer icy , de ce qui fe
paffe d'analogique dans la
nourriture , le progrez , la
vieilleffe, & la mort naturel
Avril 1702 .
D
42 MERCURE
le des Plantes , dont les unes
periffent dans le temps que
la terre inte ieure fournit le
plus de fuc à leurs tuyaux , &
que le Soleil contribue le
plus à la vegetation des autres
, comme on remarque.
dans ce Capillaire que les
Botanistes appellent Umbi
licus Veneris. Cette mort
precipitée ne reconnoift
d'autre caufe que la dure .
té que fes fibres ont acquife
par les corpufcules qui
ont remply leurs porules de
la façon que j'ay expliqué
cy deffus . Il eft arrivé de là
GALANT. 43
d'où
que les fucs n'ont pû entrer
en même quantité ,
s'enfuit ppeeuu àà ppeeuu la deca.
dence, & puis la mort.
Je paffe quantité d'obſer.
vations qui prouvent mon
hypothefe ;fi cependant j'ofois
me fater que les remarques
faites par un jeune
Phyficien ne dépluffent pas
au Public , je pourrois avec
le temps defcendre dans le
détail.
En même temps que cet '
enduroiffoment
fatal du
ooeur, commence à jouer le
premier A &te de noftre Tra
Dij
44′ MERCURE
¥
gedie , s autres parties qui
ont efté toutes formées auffi .
toft que luy contractent plutoft
ou plus tard felon la diverfité
des fujets , la même
difpofition. Le Cerveau,
par exemple, perd peu à peu fa
moleffe , & ce changement
quoy qu'infenfible , cauſe la
diminution des fonctions
animales dés que ce retre.
cifferent eft tel , qu'il ne
filtre plus fi commodement
les efprits animaux , d'où
vient la diminution & la dépravation
des fermens , d'où
la maigreur , d'où le coeur
GALANT 45
aura moins de force pour
faire couler les fucs , d'où
vient leur corruption.
Cette dureté infenfible'
que le Cerveau acquiert de
la même façon que le coeur
eft évidente à ceux qui ont
vû difloquer les Cadavres
des Vieillards, dont la Duremere
eft bien ſouvent offeu
fe , & toutes les parties proportionnellement
plusdures.
Que la proportion qui fe
trouve entre les porules
polyformes des parties folides
, & la figure & difpofition
des mechaniques des
46 MERCURE
corpufcules des Liqueurs
( qui fait que celles là acquierent
leur conſiſtance &
leur dureté exceffive à certains
periodes de la vie )
produisent les effets que je
leur ay attribuez ; on en fera
convaincu fi on fait reflexion
aux maladies que nous ob.
fervons precifément à cer.
tains âges dans les perfonnes
qui ont pour cela des
caracteres hereditaires quis
ne sçauroient éviter le terme
fatal de leur malheureuſe
deſtinée, quelque foin qu'on
y aporte , tels que font cer
GALANT
47
tains Pthifiques, qui fans aucun
vice apparent dans leurs -
parties folides , doüez même
des fucs les plus temperez
qu'on puiffe fouhaiter , per
dent fans aucune cauſe évidente
, dés le Printems même
de la vie , cet heureux état,
& periffent fans qu'on y
puiffe donner aucun ordre.
On ne sçauroit attribuer la
cauſe de la mort de ces adolefcens
aux liqueurs qui ne
font pas plus actives que cellesdes
gens de même âge qui
font exempts de ce malheur.
On ne fçauroit non plus la
48 MERCURE
trouver dans le vice fenfible "
de conformation
, qui ne pa
pas dans beaucoup de
Pthifiques . Il faut donc
roiſt
neceffairement recourir à la
difpofition interieure des fi
bres qui compofent les vefi
cules du poumon , dont les
porules ont une configuration
qui ne fçauroit être
remplie que par des corpufcules
proportionnez, ces corpufcules
ne fe trouvant dins
le fang , qu'aprés qu'il a acquis
un mouvement capable
de les produire, & de les infinuer
dans ces porules , &le
fang
GALANT
49
fang n'ayant ce mouvement
que par le fecours des fermens
; ceux -cy devant le filtrer
par certains tamis ; ces
tamis ne pouvant être parfaits
avant l'adolefcence , il
s'enfuit que ces pthifiques
joüiront jufques là d'une parfaite
fanté , mais dés que le
fang eft affez actif pour produire
& introduire dans les
fibrilles des vehicules pulmonaires
les corpufcules qui
ont la proportion requife
pour les remplir, la matiere
atherée n'y coule prefque
plus , d'où ces fibrilles per-
Avril 1702.
E
50 MERCURE
dant peu à peu leur moleffe
& leur ductilité, refiftent da .
vantage à la dilatation de
leurs veficules ; d'où il s'enl'air
& le fang perfuit
que
dant
peu
à peu
le libre
cours
qu'ils
avoient
dans
les poumons
, il
s'y
forme
peu
à peu
des
obftructions
, des
tuber
.
cules
, des
abfces
, &
autres
accidens
qui
moiffonnent
chaque
jour
une
infinité
de
jeunes
gens
.
La vieilleffe retardée des
Peuples Septentrionaux confirme
tres bien mon Syfteme,
& leur longue vie eft
GALANT. ST
l'effet de la lenteur de leurs
fermens qui engendrent
plus tard , & infinuent plus
foiblement dans les petits
pores des parties folides les
corpufcules qui en chaſſent
la matiere ætherée. Par la
raifon du contraire les habi.
tans du Midy dont les fer,
mens font plus acres & plutoſt
exaltez fourniſſant plutoft
ces corpufcules , preci .
pitent la vieilleffe de ces
Peuples.
Ceux qui ufent exceflive.
ment des boiffons ardentes
precipitent
auffi le cours
E ij
52 MERCURE
de leur vie , parce que le ra ·
pide mouvement de ces
boiffons imprime dans le
fang un caractere capable
d'exciter à contre temps les
fermens , & les rends mêmes
capables de produire plutoſt
les corpufcules propres à durcir
les parties folides.Lesmalheureux
accidens de ceux
qui fe gorgent fans ceffe de
vin , & fe procurent ſouvent
par la des Paralyfies , des
Hydropifies, des Apoplexies ,
confirment encore mon Syfteme
; ainfi que je le feray
voir à ceux qui me feGALANT.
33.
ront l'honneur de me demander
des éclairciffemens .
Il eft aifé de conclure furce
que je viens de dire , que le
moyen le plus feur pour vivre
longtemps , eft d'entretenir
tant qu'on peut la ductibilité
des fibrilles du coeur, du cerveau,&
des autres parties foli :
des, ce qu'on ne peut obtenirque
par l'abſtinence de tout
ce qui peut avancer l'exalta
tion des fermens , & ainfi il
eft évident que les alimens
d'un bon fuc , & l'ufage des
adouciffans conviennent
merveilleuſement for tout fi
E iij.
14 MERCURE
on y joint la pratique du pre
cepte des Salernicains conte
nuë dans les Vers ſuivans.
Si vis incolumem fi vis te red
derefanum
Curas colle graves irafci crede
profanum .
Voila les conjectures que
j'avois à donner fur ce fujer,
je m'eftimerois fortheureuxfi
je pouvois exciter parlà quelque
habile Phyficien , à nous
communiquer
les pensées
fur une matiere fi curieufe,
& fi utile à fçavoir. Ceux qui
auront des objections à me
propoſer , n'ont qu'à s'adreſGALANT
SS
fer à moy, je tâcheray de les
fatisfaire.
M'de Cantenac Chanoine
de l'Eglife Cathedrale de Bordeaux
, réuffit dans tout ce
qu'il fait , & ce que vous avez
déja veu de luy vous fera fans
doute lire avec plaifir le petit
ouvrage de fa façon que je
vous envoye .
SUR LE MALHEUR
des Grands .
F
SATYRE.
E plains , avec raifon , l'infor
tune des gens.
Que la mifere attache aufervice des
Grands ;
E iiij
56 MERCURE
Mais le fort de Grands mefme , eft
encorplus à plaindre ;
Ils ontfouvent des gens accoutumez
à feindre ,
Et qui reduits , pour vivre , à leur
faire la Cour ,
Servent par intereft , & non pas par
amour.
Des gens intereßez, le fervice eft à
craindre ,
Si le coeur ne s'y porte , on a beau
By contraindre;
Sans l'amour , il s'oppose à toutaus
tre lien ,
Et quand on n'aime pas , on nefert
jamais bien ,
C'est le malheur des Grands ; ils ont
comme les belles
Grand nombre de fujets , & fort peu
de fidelles.
Souvent trompez
de ceux , qui font
GALANT. 78
lesplus foumis ,
Ils ontpour affidez leursplusgrands
ennemis ,
C'est en vain qu'onfe flate , & que·
Pon s'imagine
De la fidelite , quand l'intereft do
mine ,
Elle paroift en vain , par mille petits
foins
Puifqu'elle ne dépend que du plus
ou du moins ,
Lesprefens répandus , l'intrigue &
les cabales
Vont corrompre la foy de ces ames
venales.
On voit en tous eftats , on voit en
tous pays
De laches Serviteurs , &des Mattres
trahis :
D'où font venis fouvent la perte
des Provinces
18 MERCURE
L'accablement du peuple , & la
chate des Princes ,
Et tant d'autres malheurs queje ne
nomme pas ,
Ce n'est que des fecrets , vendus par
ces ingrats.
Chez les plusgrands Seigneurs , on
voit des domestiques ,
Contre un Maitre abuféformer des
républiques
Le tromper de concert , par de méchans
avis >
Et luy rendre odieux , fes fidelles
amis. [ treme
Erreur pernitieuse, aveuglement ex-
De ne vouloir ouir , ny rien voir par :
foy mefme ,
Pour tacher d'éviter la honte & les
dangers ,
Qu'on trouve en feferesant d'orga
nes étrangers...
GALANT. 59
Avez-vous chez Oronte une impor
tante affaire.
Par quelque beau préſent charmez,
fon Secretaire
Il veut tout , &fon Maistre infenfible
, & muet ,
Approuve avenglement tout ce qu'il
dit & fait.
C'eft ainfi , que des Grands l'indigne
confiance ,
Ebranle leur maison , qui tombe en
décadence ,
Un ***** muni de leur bien
écoulé ,
Groit fon revenu de ce qu'il a
vole.
Cette infidelitéfait qu'en fort pen
de luftres ,
On voit ternir l'éclat des familles
illuftres ,
60 MERCURE
Un facheux Creancier que pouffe
l'intereft
Fait pour avoir leur bien , rendre
Arrest fur Arreft .
L'argent qui fait briller les gran→
deurs de la terre , ·
N'en est pas moins le nerfque celuy
de la guerre.
Fuft-on iffu & Augufte , ou de Char
les le Gros ,
La pauvreté cruelle efface le Heros.
Tel qu'un fleuve groffe dans une
longue courfe
Eft aufi refferre , qu'il l'eftoit à fa
fource ,
Quand on creufe fes bords , & que
par cent canaux ,
Sur des champs éloignez , on détourne
fes eaux ;
L'eclat de la grandeur , & d'une
Noble race
GALANT.. 61
Quand on n'a plus de bien , s'obfcurcit
& s'efface ,
·
Il n'en reftefouvent qu'un triftefouvenir
,
Et l'on déchoit d'un rang qu'on ne
peutfoutenir.
Pour éviter ces maux , un Grand ,
avecprudence ,
De tous fes interefts , doit prendre
connoiffance ,
Comme un Pilote expert , dans la
fureur desflots
Ne met pas le timon aux mains des
Matelots ,
Il doit réglerfa fuite , & s'oppofer
fans ceffe,
A ces zelez voleurs dont on connoift
[ credulité ,
l'adreße,
L'indolance
d'un
Maifire
, & fa
Portent
le Domestique
à l'infidellité
62. MERCURE
Mais quoy , ne voit-onpas celebrer
dans l'Hiftoire ,
Des gens qui de leur maistre ontfait
toute la gloire ,
Qui fans luy demander , & fans
luy prendre rien ,
A leurs propres dépens , ont augmenté
fon bien ?
Victimes d'un amourconftant , rare ,
& fidelle
Quelques uns ont acquis une gloire
immortelle.
Ilsfefont expofez aux traits demil_
le morts,
Ont faitpourle fauver unbouclier
de leur corps.
A la Cour onpeut voir de ces ames
fublimes ,
Qui pourfervirleur Maistre iroient
dans les abimes , [ tenter
Qu'unfordide intereft n'a jamaispû
GALANT. 63
Et qui portentfa gloire ; où l'onpeut
la porter
.
Il est vray qu'on peut voir ce zele
inviolab le.
Pour un Maistre éclairé genereux
équitable
Qui fçait fefaire aimer , & qui
cherit fes gens
Soumis avec plaifirà fes comman
demens .
Qui joignant la douceur à la ma-
[fance gnificence
Tempere la fierté d'une haute naif-
En qui la vertu trouve un ferme
protecteur ,
Qui foutient l'honneste homme &
bannit le flateur :
Mais un tel Maitre eft rare &
la haute Nobleffe
N'exempte pas un Grand d'erreur, ny
de foibleffe
64 MERCURE
Souvent d'unfaux merite il ftpre-
оссире.
Et nefaitjamais rien pour eftre dé
trompé;
Par des refpects outrez , rendus en
apparence ,
Des flateurs affidus gagnent fa
confidence ,
Aveuglent fon efprit , qui ne reconnoit
pas ,
Qu'enfe laiffantguider , ilfait bien
de faux pas.
Pour eftre bienfervis les Grands- doivent
apprendre ,
A bien connoiftre à fond les gens
qu'ils veulent prendre.
Remarquer leurs défauts , leurs
bonnes qualitez,
Sans croire aveuglement des gens
follicitez
GALANT 65
D'une Dame,furtout, on doit craindre
l'intrigue.
Pour un amant fecret quelquefois
elle brigue ,
Et le Maitrefacile , abufèpar tous
deux ,
Prend chez layfon Rival mieuxfait
& plus heureux.
On a vù millefois dés beautez infidelles
Tromper ainfi des Grands qui fou
piroient pour elles.
Par tout regnent l'amour , l'intri
gue,& I interest
Le Monde eft corrompu , laiffons le
comme ilest
Je vous ay entretenu de
plufieurs . Ouvrages de M
de Hautefeülle , qui donne
Avril 1703.
E
...
66 MERCURE
•
de temps en temps au Public
des Découvertes & des
Inventions nouvelles dans
la Phyfique & dans les Mechaniques.
H en paroiſt un
depuis peu intitule , Balance
Magnetique , avec des refle
xions fur une Balance inventée
par Mr Perrault de l'Acade
mie Royale des Sciences , où il
eft parlé d'un Moyen deperfec
tionner le Sens de l'Oüye , &c.
Comme je vous ay déja parlé
de ce Moyen dans ma
Lettre du mois d'Aouft der.
nier , vous ferez bien aife
fans doute de voir ce qu'il
GALANT 67
en dit de nouveau. Voicy fes
paroles.
Mon deffein eftoit de
mettre à la fin de ces Reflexions
le Moyen que j'ay
penſé pour perfectionner le
Sens de l'Oüye , que M ' Perraule
m'a preffe fortement
plufieurs fois de luy com.
muniquer , mais je differerai
encore quelque temps à le
publier. Ce lçavant homme
avoit beaucoup travaillé fur
cette matiere , & illa poffe.
doit à fonds , ainfi qu'il paroiſt
par fon Traité du Bruit.
Le petic Difcours que j'ay
N
Fij
68 MERCURE
publié à la fin de l'Art de
refpirerfous l'Eau,luy avoit extremement
plû . Il avoit admiré
quelques proprietez
que je luy avois dites de cet
Acouſtique , & même celle
de pouvoir entendre le bruit
que fait une Mouche en
marchant.
Il m'avoit écrit far ce fujet
en 1680 lorfque j'étois à Orleans
,& Mr l'Abé de Lanion ,
alors de l'Academie Royale
des Sciences , eftant venu dans
cette Ville, me.preffa en core
de fa part de luy communi
quer cette Invention. Il pria
GALANT 69
même Mr l'Evefque d'Orleans
, aujourd'huy Cardinal
de Coiflin , & Madame la
Ducheffe de Bcüillon qui y
eftoit en ce temps -là , de
m'engager à luy donner cette
fatisfaction , ce qu'ils firent
l'un & l'autre ; mais je
m'en excuſay ,, fur ce que
cette Découverte n'eftant
point dans fon entiere per.
fection , fi l'on venoit à y
ajouter quelque petite, chofe,
ou même à la perfection .
ner confiderablement , je ne
manquerois jamais d'avoir
un different femblable cà
70 MERCURE
celuy qu'ils fçavoient meftre
arrivé avec Mr Hughens de
l'Academic
Royale des
Sciences , à l'occafion des
Pendules portatives ; & en
ne communiquant
point
mes Idées , fi quelqu'un venoir
à en avoir d'aprochantes
ou de plus parfaites , je
n'aurois ni conteſtation , ni
aucun fujet de me plaindre ,
& ces illuftres Perfonnes ap.
prouverent mes raifons.
L'Hiftoire de la Societé
Royale de Londres à la Section
16 qui a pour Titre ,
Des Inftrumens qu'ils ont in.
GALANT.70
ventez , cite en ces termes,
Diverses fortes d'Orocoufticons
ou Inftrumens pour avantager
·le Sens de l'Ouye ; mais les Sçavans
qui compolent cetre
celebre Academie , n'en
ayant donné , que je ſçache,
aucune explication dans
leurs Tranfactions Philofo .
phiques , ni ailleurs , celuy
que j'ay inventé eft vrai femblablement
autre choſe.
Cet Acouftique me paroît
d'une tres grande confequence
, foit pour
le foula
gement des fourds, foit pour
faire entendre
des fonts in
72 MERCURE
1
perceptibles à ceux qui ont
l'Oüye fort bonne. Je feray
voir par une parfaite Analo
gie avec la maniere dont le
Sens de la Vûë a efté perfec.
tionné , que la fabrique de
cet Inftrument eft le veritable
& le feul chemin pour
-parvenir à donner au Sens
de l'Oüye toute la perfection
dont il eft capable . On
fçait que la Nature a des
bornes au delà defquelles il
eft impoffible à tous les
hommes de pénetrer.
Cette Invention eft tresfimpte
& fondée feulement
fur
GALANT 73
fur la conftruction de l'O .
reille de certains Animaux ,
qui ont l'Oüye fort ſubtile . Si
Mr Perrault & tant d'autres
Sçavans , qui ont beaucoup
plus d'efprit & de connoilfance
que moy, ne l'ont point
trouvée , c'est qu'ils n'y obt
pas fait de reflexion , comme
il est arrivé à une infinité
d'Inventions tres fimples ,
qui font demeurées juſqu'à
prefent inconnues à tous les
hommes , cachées dans leurs
principes & dans la majeſté
de la nature , pour me fervir
de l'expreffion de Pline mais
Avril 1702.
G
74 MERCURE
a
qui fe developeront dans la
fuite des ficcles, ou pluſtoſt,
ou plus tard , felon la manie .
re dont les Sçavans & lesCurieux
s'apliqueront à exami
ner & à imiter la Nature, ou
fuivant qu'il fe trouvera des
Mecenas intelligens , fans
prévention , capables par
cux mêmes de connoiftre
les Genies propres pour perfectionner
les Sciences & les
Arts , & qui , fans attendre
qu'ils en foient follicitez ,
leur procureront le loifir &
les moyens de faire leurs Ex
periences.
GALANT 75
Il feroit fi utile aux perfonnes
incommodées
de la
furdité d'entendre mieux, &
aux autres d'entendre de
plus loin , comme on voit
avec les Lunettes d'appro .
che, que le Public feroit fort
obligé à M ' l'Abbé de Hautefeuille
de ne pas differer
plus longtemps à luy communiquer
ce moyen qu'il
pretend avoir trouvé de perfectionner
le sens de l'Ouye .
Je vous envoye la Liſte de
fes Ouvrages imprimez, vous
trouverez peut eftre
quelques uns qui ne font pas
en
6
Gij
76 MERCURE
venus à voſtre connoiffan
ce.
Explication de l'effet des
Trompettes parlantes , im.
primé en 1673 .
Factum contre Mr Hughens,
touchant les Pendules
de poche , 1675 .
Pendule perpetuelle avec
un nouveau Balancier , & la
maniere d'élever l'Eau parle
moyen de la Poudre à Ca.
non, & autres nouvelles Inventions
, 1678 .
Deſcription d'un Niveau
tres fenfible de nouvelle In
vention & d'une Lunette , &c.
GALANT 77
dans une Lettre à Mr le Duc
de C. 1679.
L'Art de refpirer fousl'eau
, & le moyen d'entretenir
pendant un temps confiderable
la flâme enfermée
dans un petit lieu , 1680. &
1692 .
Reflexions far quelques
Machines à elever les Eaux ,
avec la Defcription d'une
nouvelle Pompe fans frotement
, & le moyen de faire
des Jets d'Eau , fans avoir
befoin de Refervoirs élevez .
1682
Invention nouvelle pour.
Giij
8 MERCURE
fe fervir des plus longues
Lunettes d'aproche , fans
l'embarras des Tuyaux , & c .
1683.
Moyen de diminuer là
longueur des Lunettes d'aproche
, fans diminuer leur
effet , 1697.
Machine
Loxodromique
qui trace fur un Papier en
telle proportion que l'on
veut , le chemin que fait un
Navire , par le
moyen de laquelle
les Pilotes auront
facilement la connoiffance
des Longitudes , avec un
nouveau principe de juſtelle
GALANT. 79
pour les Horloges , &c .
1701.
La Lettre qui fuit eft de
M ' de Guintrandy.
LA
A Ville d'Avignon vient
de faire une perte veritas
ble par la mori de Meffire Bal
tazar François de Merles ,
Seigneur de Beauchamp , mort
le 4. Février , âgé de quaire
vinges ans quatre mois vingtfeptjours
C'eftoit un Gentilbomme
d'une Maifon tres illuftre,
tres noble , tres ancienne,établie
dans cet Elat depuis l'an 1350.
G iiij
80 MERCURE
originaire felon la commune
opinion , de la Principauté de
Dombes , où il y a encore une
Foreft qui s'appelle Lal Foreſt
de Merles du nom de la Mai
fon , quoy que d'autres difent
qu'elle vient du pays de Forest,
on du Beaujolois , Cette Maifon
à donné depuis longtemps des
Chevaliers
à l'Ordre de faint
Fean de Jerufalem , du temps
mesme de leur érabliſſement à
Rhodes , dons quelques uns ont
poffedeles Charges les plus bono .
rables de leur Religion , & des
Prelats à l'Eglife Henry de
Merles oncle de feu Mr de
✓
GALANT. 85
Beauchamp a efté grand Com .
mandeur , grand Prieur de Tou.
louze , General des Galeres ,
Ambußidear vers Innocent X.
& Meffire Jofeph Thomas de
Merles neveu de ce Henry eft
Commandeur de S.Jean d'Aix
Bailly de Mano/que lly
a eu un Jean de Merles Eves.
que de Couftance en Norman
die , un Guido de Merles ,
Archidiacre de Couftance &
Evefque de LiZieux en 1274 .
Comme encore un Chancelier de
France, ainfi quilfe voir en la
Gaule Françoife de Mr Claude
Robert,
82 MERCURE
Meffire Baltazar François
de Merles , Seigneur de Beau
champ , faifoit la dosziéme ge
neration de la branche qui du
Buis en Dauphiné avoir estès
transplantée dans le Comtat
Venaiffin , ayant eu une autre
branche de cette Marfon ; qui
s'est continuée dans le pays de
Forests & du Beaujolais . L'une
& l'autre branche portent pour
Armes trois Merles de fable.
bequetté , & griffonnées de
gueules , fur une bande d'ar
gent au Champ d'azur . Mai
quelque illuftre que fuft Mr de
Beauchamps par l'éclat de fa
CALANT. 83
naiſſance, l'on peut dire qu'il l'é
toit encore davantageparfon pro.
pre merite, autant honneste home.
me qu'il étoit homme de Lettres; il
s'est fait generalement regretter
de tous ceux qui le connoifoient.
Dés fa plus rendre jeuneſſe ilfe
fit une étude de la probité , dont
il a confervé le caractere durant
tout le cours de fa vie ,
pliqua avec ardeur à la recher
che des beaux Arts & des Sciences
qu'il a depuis toujours cultivées
fans relâche & fans dégouft Ses
delices furent la Poësie , la Pein .
ture , la Mufique , les Mathe
matiques, & la lecture des bons
s'ap
84 MERCURE
Livres ,fur tout des anciens qu'il ·
fçavoit parfaitement , & pour
lefquels il avoit toute cette efti.
me qui eft la marque des bons
efprits . Il s'attacha d'abord aux
Humanite ilfit voir , lors
même qu'il eftoit encore dans le
College , combien il y eftoit propre
, par des Declamations Latines
en Profe & en Vers qu'il
avoit luy mefme compofées , &
où l'on remarque toute la foli.
dité du
jugement
tout le feu de l'imagination . Il
a fait voir ces Pieces àfes amis,
avec quelques autres qu'il avoit
faitès dans un âge nn peu plus
GALANT. 85
avancé ils les ont trouvées dignes
de la beauté defongenie ; mais
fa modiftie eftoit fi grande que ce
n'eftoit qu'aprés bien des follicitations
qu'on l'obligeoit à ne pas
cacher ces Quvrages , qu'il ne
faifoit voir qu'avec peine , &
que fous le nom débauchez de
fimples jeux d'un efpris qui cher
che feulement à fe délaffer. La
borieux audelà de tout ce qu'on
pourroit dire , il a fait un nombre
infini de remarques prefque
fur tous les Livres qu'il lifois.
Il a laiffé une nombreuſe Bibliotheque
, qu'il avoit cu grand
foin d'amaffer à beaucoup de
a
86 MERCURE
G
me
frais. On y voit un corps d'Histoire
tres beau, & fourny de
tout ce qu'il y a de plus curieux
en cegenre - là parmi les Anciens
les Modernes. Il a luy_meſ
laiffé un ingement précis &
folide de tous les Hiftoriens qui le
compofent,il a fait la mefme cho
fe des Poetes. Ily en a peu de
connus dont il n'eut les Ouvra .
ges, & qu'il n'euft lûs plus d'une
fois aimant la retraite & lecabinetlla
mené la vie d'un
Philofophe Chrétien , ſimple
dans fes habits & dans ſes mamieres
; il a toujours confervé ie
nefçay quelle candeur d'ame¿qui
GALANT: 87
estoit d'autant plus admirable ,
qu'elle estoit rare dans le fiecle
où il a vécu . Il eftoit d'un abord
facile , d'une converfation
aifee, civil & complaisant pour
Les gens des Lettres dont il faifoit
une eftime toute finguliere.
Il leur communiquoit tout ce
qu'il avoit de plus curieux , &
il·les recevoit avec la plus grande
joye du monde. C'est à luy
que la pofterivéfera'eternellement
redevable des Lettres que le
Cardinal Sadolet a écrites fous
les noms de trois Papes Leon
X. Clement VIII Paul
111. & dont il fauva heureu
88 MERCURE
fement le manuferit original des
mains de l'Epicier. Il avoit
remis une copie de ce manuſcrit
entre les mains de feu Mr de
Graverol , fçavant Avocat de
Nifmes qui devoit faire paroî.
tre cet Ouvrage avec dee Notes
4
quien le dédiant de fa façon
Mr de Beauchamps aroit
refolu d'en couronner la fource ,
fi la mort ne beuft fùrpris dans
Jon projec . L'original deces Lettres
a ofté depuis remis au Pere
de Colonia , Jefuite, d'une
grande erudition , qua uravaille
inceſſamment à le donner an
jour avec des Remarques; Qùtre
GALANT 89
la quantité des beaux Livres
qui font dans la Bibliotheque de
fen Mr de Beauchamp, on y voit
grand nombre de belles Eftamd'Inftrumens
de Mathe- pes,
matiques , en forte que les Cu
rieux des Pays étrangers qui
paffolent par Avignon ont fonvent
trouvé dans le cabinet de
fçavant Gentilhomme , ce qu'ils
n'avoient pû voir dans bien
autres lieux. Auffi fon nom
eftoit il connu de presque tout ce
qu'il y a de Doctes dans les
Academies de France , & d'Ita
lie. L'illuftre Mr Caffini de l'A.
cademie Royale des Sciences ,
Avril 1702
. H.
90 MERCURE
l'eftimoit beaucoup, & luy écrivoit
tres fouvent.Les Journaux
des Sçavans ont fait plufieurs
fois mention de luy , & ont admiré
la juftele de fes Obferva
tions Aftronomiques . Lefameux
Mr.Flechier Evefque de Nif.
mes , Mr l'Abbé de Charnes
Doyen de Villeneuve lez Avi.
gnon , homme d'efprit, connu par
fon merite & par fes Ouvrages,
Mr Galet , Penitencier de Car.
pentras, tres verfé dans la Science.
des Aftres , le Pere Daugieres
Fefaire fçavant Theologien , &
tres habile Poëte Latin ,
quantité d'autres Perfonnes il
GALANT 91
luftres par leur naiffance, & par
teurs belles qualitez font égale.
ment entrez dans les juftes fentimens
de douleur que fa mort
à cauſez à Avignon. Il eftoit
des Conferences Academiques
qu'on afouvent tenuës fous les
Vicelegars qui gouvernent ces
Etat. Il avoit eu beaucoup de
part aux Tables Chronologiques
& Hiftoriques qui ons paru
avec honneur fous le Gouver.
nement de Mr Nicolini qui
fut depuis Nonce en France où
il est mort. Cet illuftre Nonce ,
auffi bien que celuy d'aujour
d buy , Mr. Gualterio , dons
Hij
92 MERCURE
L'efprit l'habilitéfont connus
de tout le monde , & qui eftant
Vicelegat d'Avignou tenoit auſſi
les mefmes Conferences , ont
toujours fait une grande eftime
de Mr de Beauchamp . Quoique
la maladie dont il est mort ait
efté longue & opiniâtre , elle ne
l'a pourtant pas empefché de
s'occuper toûjours à fes lectures
ordinaires : l'on peut dire que
iamais perfonne n'a conduit
plus loin l'amour de l'étude que
Luy
Voicy une piece qui convient
parfaitement à la fain
teré du temps où nous fom-
л
GALANT
93
mes. Les trefors du Ciel font
ouvers pour nous faire éviter
les peines , dont vous trouverez
la peinture dans ce Tableau
de l'Enfer.
SUR LES SUPPLICES
des Damnez .
O D E.
Que
horrible
2
Ve voy - je ? quelle Image .
Frappe lesyeuxde mon efprit !
C'eft l'Enfer , ce lieu fi terrible
Queje veux tracerpar écrit.
Troupe docte , troupe immortelle ,.
Pour enfaire un Tableau fidelle ,
F'ay befoin de tous vos pinceaux :
Je vais marquer chaque fupplice.
Que lafouverainejustice,
94 MERCURE
Exerce en cegoufre de maux.
S
›
Quel affreux ocean de flames !
Qui peut fansfremiryfonger ?
Quel abifme où ces pauvres ames.
Sans fin fe fentent replonger
Quels cris, quels accens pitoyables !
Quels hurlemens épouvantables
Fontretentir ces fombres lieux !
Je vois l'équité vengereße
Qui pourles tourmenter ne ceffe
De fe prefenter à leurs yeux .
2
Sa main accable ces victimes.
De mille chatimens nouveaux
Leurs péchez dans ces noirs abîmes
Sontleurs témoins &leurs boureaux.
L'aigle à leursfibres qui s'attache
Ne leur accorde aucun relâche
Il les déchire nuit & jour
De cruels remords agitée ,
GALANT . 95
Leur confcience eft Promethe
Quifert de pâture au Vautour.
S
Ici c'eft un Tantale avide ,
De la foif de l'or alteré ,
Dont le coeur , dont le foye avide .
Eft par ce Monftre devoré,
Là l'Envie au crin de vipere
Ronge de fa dent meurtriere
L'étique fein d'un Envieux ,
Au haut d'une inconftante rouëë
Plusloin Tifiphone fejouë
De ce Mortel ambitieux.
&
Je voy l'implacable Megere
La torche & lefoüet à la main ·
Pourfuivre un infame Adultere
Qui devant elle fuit en vain.
Ce Blafphemateur , ce Perfide ,
Ce Scelerat , cet Homicide
Sontmis enfang par Aleiton
96 MERCURF
Et dans ce lieu chaque coupable
Voit fon Arrest irrevocable
Ecrit de la main de Pluton .
羅
Ces gens qu'une lache parelle
Tenoit au repos attachez
Ceux qui cheriffent la molleße
Sur des lits de fer font couchez
Ceux qui s'enivroient à plein verre
Des folles douceurs de la terre..
y boivent l'abfinthe & le fiel
Et dans cefleuve d'amertume
La poix , la chaux , & le bitume
Leurfont un breuvage éternel.
2
>
L'on voit les Voleurs , les Fauffai
res
Sur des échafauts étendus ;
L'on voit les Concuffionaires
A d'infames gibets pendus ,
Les Médifans , & les Parjures
A
GALANT 97
Ade rigoureuſes tortures
Y font inceffamment livrez 3
Dans l'huile bouillante trempées
Leurs langues de rouges épées
Paffent par lesfils acerez:
S
Ces Ufurpateurs de's Couronnes,
Ces Rois tyrans de leurs Sujets ,
Y font élevezfur des Trones
Dont lefeu ne s'éteint jamais.
Au milieu de ce fale gouffre
Sur des Tribunauxfaits defouffre
Les mauvais Iugesfont affis ,
Et dans ce dédale de gènes
Chacun voit mefurerfes peines
Surlesforfaits qu'il a commis.
2
Larage , l'horreur , l'épouvante ,
Regnent en ce trifte manoir ,
L'un par une bouche écumante
Semble vomir fon defefpoir
Avril 1702 . I
98 MERCURE
L'autre par d'horribles blafphemes
Quifont tremblerles enfers mêmes
Rugit en ces profonds cachots ,
Là les douleurs fans ceße égales
Ne laiffent aucuns intervalles.
Pourfairepaffage au repos.
paſſage
&
Il faudroit defcendre en ce goufre
Pourfaire aujufte les portraits
Des maux que chaque pécheur
foufre
Afin d'expier fes forfaits.
Que de peintures plus hideufes
Que ces images quoy qu'affreufes
Al'oeil troublé viendroient s'offrir
Si dans l'Averne épouvantable
Des damnez la vuë effroyable
Pouvoit un momentfe fouffrir.
L'Ode que vous venez de lire ,
eft de Mt Maugard de Troyes.
GALANT 99
Je vous envoye ure Réponſe
de M' Hennequin ,
Gouverneur de Mr le Mar.
quis de Chafte , faire à Mr
Lhyrondel , fur ce qui regarde
Mr Antier.
O
.
Uoique Mr Antier ne
faffe point de cas de la
Lettre que Mr Lhyrondel
luy a écrite dans le mois de
Février au fujet de la Perfpective,
j'ay cruncanmoins
eftre obligé , par l'intereft
commun que j'y prens , d'en
donner le vray fens, ce que
je vay faire , pour defabuter
I jj
100 MERCURE
entierement ceux qui pourroient
l'avoir prife en mau-
Voila par où
vaile
part.
commence
la Critique
de Mr
Lhyrondel
.
Je ne feints point , dit il ,
de vous affurer que les Dé.
couvertes de Mr Antier ne
foint point telles que vous
les croyez . Appelez vous enrichir
un Ouvrage que de
luy donner des termes nouveaux
? Il faut vous en aſſurer
mieux en difant , qu'il
pretend que Perspecteur Lignifie
uniquement un bon
Praticien en Perspective ,
GALANT: TO
comme fi le terme de bon
Deffinateur ne valoit pas
bien le fien .
Je répons à cela que Mr
Antier ne s'est jamais fervy
du mot de Perfpecteur pour
enrichir la Perspective , puis
qu'il fçait que cette Science
a toute la perfection dans
elle- même , & que perfonne
ne la peut enrichir , mais
qu'il a bien fait des Décou
vertes pour en fçavoir connoiftre
la beauté , ainfi que
le fçavant Lapidaire fçait
travailler le Diamant , pour
Liiij
102
MERCURE
en découvrir l'éclat fans y
rien enrichir.
Pour eftre pleinement
éclaircy du fait de la que.
ftion , il eft bon de vous dire
que Perſpective le prend ou
pour Science , ou pour Art ; fi
pourScience elle ne peut être
enrichie, parce quelle n'emprunte
rien d'ailleurs ; fi pour
Art , comme la Perspective
dans unTableau , elle le peut
eftre en deux manieres , ou
dans elle mefme par un beau
Chateau ,&par une belle avenuë
que la Peintre y peut
ajoûter, ou en dehors parune
3
GALANT 103
belle bordure , comme auffi
un Portrait par des Diamans.
Cela eftant bien entendu ,
Mr Lhyrondel a eu tort de
dire que le mot de Perspecteur
eftoit pour enrichir cet .
te Science , n'ayant aucun
raport à la choſe.
Puifque nous fommes fur
le mot de Perspecteur , il eſt
bon de vous en donner la
definition avec celle de Delfinateur
, pour faire voir que
Mr. Antier a eu raifon de
s'en fervir pour bien dénommer
ceux qui s'appliquent à
cette Science. Voila leur de--
finition.
I iiij
104 MERCURE
Le fimple Perſpecteur eftceluy
qui voit & connoit la
difpofition des lignes vifuel.
les & les fçait placer dans le
Deffein par connoiſſance de
cauſe.
Le fimple Deffinateur ou
Copifte eft celuy qui voit &
place dans le deffein des li
gnes vifuelles par imitation
& fans connoiflance.
Le Praticien Perfpecteur
eft celuy qui voit , connoit
& trace dans fon Deffein des.
lignes vifuelles par connoif
fance de cauſe .
Le bon Deffinateur eft ce
GALANT. 105
luy qui voit, connoit & trace
dans le Deffein des lignes
vifuelles par connoiffance de
caufe , fçavoir par la Perfpe-
&tive.
Ces Définitions eftant
bien entenduës, Mr Lhirondel
n'a pas dû dire
que Mr
Antier a voulu que le nom de
Perfpecteur fignifie uniquement
un bon Praticien en
Perſpective , puifqu'elle luy
apprend aujourd'huy qu'il
faut eftre bon Praticien Perspecteur
pour entre dit bon
Deffinateur.
Mr Lhyrondel, pour mar
106 MERCURE
pas
quer qu'on ne doit
fe
fervir du mot de Perfpecteur
va jufqu'à en chercher
une
comparaifon
, & dit qu'on ne
peut pas tirer du mot de
de Perspective
Perfpecteur
,
non plus que d'invective
,
Invecteur
, & qu'Invectiveur
·
feroit plus fouffrable
.
Mr Lhyrondel l'aveci .
veur , qui s'eft mis en teſte
de tirer ce mot d'invective
pour eftre mieux dit, s'en fert
pour invectiver Mr Antier ,
& moy pour le deffendre je
prens du nom de Défenſive ,
Défenfeur, & pour être mieux
GALANT 107
1
doc.
inftruit , je le prie d'étudier
ce que veut dire docere ,
trina,Doctor,& Perfpicere, Per-
Spectiva , Perfpector, il apprendra
à dire fans s'écorcher la
langue le nom de Docteur
& de Perfpecteur , que les
Sçavans ont mis au jour
avant qu'il fuft au monde; ce
qu'on luy fera voir quand il
voudra .
Si Mr Lhyrondel s'eft
fcandalifé du mot de Perfpe-
Єteur , il va ce me femble ,
crier bien plus haut quand il
Scaura que je mets moyTc8
MERCURE
meſme en uſage le mot de
Perfpecter, qui vient de perfpeetare,
comme qui diroit , regarder
de tous coftez , par
courir, & developer tout ce
qui peut fervir à mettre un
Deffein au jour & en perpective
par connoiffance de caufe,
d'où eft derivé Perspectiva,
Perspective ; ce qui donne
lieu de demander fi Michel
Ange , Raphaël & autres Sçavans
ou bien perfpecté , c'eſt à
dire s'ils ont fait leurs Ouvrages
dans toutes les reglesde
la Perſpective. J'ay donc
GALANT. 109
mis au jour le verbe de per-
Specter pour le mieux entendre
, & ne pas toûjours fe fervir
de deffiner , & de Deffinateur,
comme d'un Paſſe partout.
"
M' L'hyrondel qui n'a
point d'autre terme que
celay là , & qui fçait neanmoins
que le Verbe defignare
veut dire , de revifibli fignum
dare , d'où eft tiré le nom de
Deffinateur , pour dire celuy
qui travaille de la main
peut il avec raiſon m'apeler
Deffinateur , moy qui n'ay
jamais appris à travailler. Il
10 MERCURE
doit ce me femble , we don
ner le nom de fimple Perf
pecteur & non pas celuy de
Deffinateur
, puifque je ne
fçay que fpeculativement
perfpecter
, c'est à dire que
je fçay feulement
la fcience
de trouver les lignes fon
damentales
du Deffein &
connoiſtre
juíqu'aux moin .
dres fautes qui fe gliffent/
dans les Ouvrages
, ce que
j'ay appris de M ' Antier fans
mettre la main à l'oeuvre pen .
dant qu'il donne des leçons
à M' le Marquis de Chafte
au College d'Harcour ,pour en
faire un Praticien Peripecteur
GALANT. II
& un bon Deflinateur. Vous
voyez par là combien les
noms appropriez juftement
font neceffaires pour faire di .
ſtinction de ceux quifçavent
feulement la Theorie de
cette fcience d'avec ceux
qui la mettent en pratique.
Comme l'on a voulu faire
croire que M' Antier n'avoit
pas d'autres découvertes que
que le feul nom de Perſpec.
teur pour enrichir la Perf
pective , pour vous en defabufer
, je veux vous les ra .
porter , les voila.
1 Il a trouvé un point
112 MERCURE
fondamental d'où dérive tou
te la ſcience.
2 Que de ce point on ſçait
trouver & placer le point de
vuë.
3 Que de ce même point
ou centre on sçait trouver
le point de la Diagonale qui
eft fixé dans la meſure , &
qu'on ne peut pas mettre à.
volonté .
4 Et que de ce mefme
point on fçait déterminer
l'ouverture de l'angle de vifion
pour un deffein .
5 Et enfin que de ces
quatre points fondamentaux
GALANT. 11g
on fçait donner la preuve
de cette fcience qu'il a nouvellement
trouvée , & non
pas inventée , puifque toutes
ces découvertes
font
attachées à cette fcience
comme la lumiere au Soleil.
De ces quatres principes
l'on en tire des effers mer .
veilleux , qui paffent auffi
comme pour des découvertes
que Mr Antier a trouvez
& inventez , premierement.
I On connoit ce que
c'eft qu'un Tableau complet
d'auec celuy qui ne l'eft
pas.
Avril
1702.
K
114 MERCURE
2 On fçair faire des routes
pour aller dans tous les
lieux les plus difficiles , fans
demander le chemin à perfonne.
3 On fçait éviter les
écuëils fur Mer.
4 On fçait faire des
Carres Marines qui fervent
aux Pilotes comme d'un
flambeau pendant la nuit .
S M' Antier fe fert auffi
d'un Cube par lequel on
refout avec facilité toutes les
plus belles difficultez de
cette fcience , & il en uſe
comme le maſſon qui
GALANT. 115
équarrit fa pierre pour mieux
trouver les mesures de fon
Art , & aufli comme le
Sculpteur qui dans une
pierre quarrée trouve plus
facilement les fiennes , ce
qui fait que par le Cube il
eft plus ailé au Peintre de
faire le Portrait parce qu'il
difcerne mieux les lignes
de l'Optique pour aller à
fa perfection. M' Antier
donnera une pleine connoiffance
de toutes ces dé
couvertes quand il en fera
requis & en fera la preuve
mecaniquement dans la na-
Уу
Kij
116 MARCURE
ture , par des demonſtrations<
tres aifées & faciles.
"
en
Mr Lhyrondel qui ne fe
contente pas de critiquer
le nom de Perfpecteur , ofe
bien dire , ce n'eft pas affez.
Mr Antier a tiré de je ne
Ssay où le mot Anoptique
pour dire Perspective
plafons , il apelle Catopti .
que la Perspective orizontale.
Si M' Lhyrondel avoit
apris de M' Antier les Elemens
d'Euclide , & l'uſage
du Compas de proportion
dont il s'eft fervy pour faire
fes belles Decouvertes , il
&
GALANT 117-
parleroit mieux , & ne diroit
pas que Catoptique fignifie
Perſpective Orizontale, puis
qu'il va eftre furpris d'enrendre
à fa confufion parler
autrement le Pere Niceron ,
ce fameux Auteur , qui dans
fon Traité de Perspective
Curieuſe , Livre premier
feüillet 95. dit, qu'il y a plu
fieurs rencontres où l'on
peut fe fervir de ces regles
pour faire des figures & trois
efpeces , que diftingue Calius
Rhodiginus en fon 15.
Livre chapitre 4 où il appelle
fimplement optique par
118 MERCURE
laquelle nous regardons vers
l'Orizon , Lanoptique celle
par laquelle nous regardons
en haut, & Catoptique celle
par laquelle nous regardons
en bas & au deffous de nous .
Je vous diray en paffint que
quelques Sçavans ayant auffi
repris Mr Antier du mot de
Catoptique , luy foutenant
qu'il falloit dire Catoptrique
, pour les de fabufer, je
veux bien encore vous ra
porter le mefme Auteur qui
dans le fecond Livre de la
Catoptrique ou des Miroirs
page 75. dit ,
GALANT 119
Ce vocable de Catoptrique
eft en ufage pour fignifier
la partie de l'Optique ,
qui traite des Reflexions , &
comme il faut faire les Mi.
roirs , pour les renvoyer en
mefme ordre qu'ils les ont
receus.
En voila affez dit fur ces
mots pour contenter les Curieux,
& pour empeſcher de
faire le procez mal à propos à
Mr Antier , qui ne parle qu'a .
prés les plus fçavans Auteurs.
Mr Lhyrondel continuë ,
& dit que Mr Antier , luy
ayant montré un Livre de
120 MERCURE
Perſpective fait par le Pere
Lamy , où il confeffe luymefme
que le Deffein page
136. eſt defectueux , n'a pas
dû le reprendre
, parce que
eeluy qu'il a mis en parallele
a les mefmes défauts -
n'ayant pas gardé les proportions
de l'Architecture.
Le bon homme eft admirable
dans ces belles Idées.
Il veut que Mr Antier ait dû
faire un Ouvrage plus par
fait que celuy du R. P. cû
égard à l'ordre de l'Architecture
pour eftre en droit
de le reprendre , mais il ne
penſe
GALANT 121
penſe pas que le Livre n'eſt
que pour demontrer la Perfpective
, & non pas l'Architecture
, & que là fin que le
R. P. fe propofe dans fon Livre,
eft de déterminer feulement
les Points & Lignes
dans un Plan perfpectif, qui
correfpondent au Plan Geometral
qui nous eft donné
pour mettre en perspective ,
fans fe mettre en peine file
fujer que l'on veut repre
fenter eft dans l'ordre de
l'Architecture
ou non, cè que
Mr Antier s'eft uniquement
appliqué à démontrer par un
Avril 1702.
L
122 MER CURE
"
mefme Deffein mis en pa
rallele avec celuy du R. P.
qu'il a tracé ligne pour li
gne , trait pour trait , fans
rien changer dans le Geometral
, & faire connoiftre
feulement les fautes dans le
Deffein perfpectif , qui eft
le feul fujet de la queftion.
Mr Lhyrondel ajoute
auffi , qu'il a jugé avec raifon
que Mr Antier ne feroit
ni bien, ni mal au Pere Lami,
car chacun fçait que les
erreurs qui fe trouvent dans
les Planches font toûjours
GALANT. 123
attribuées à la negligence
des Ouvriers.
Comme cette negligen
ce eft un peu trop éenduë
pour eftre executée , puis
quelle le trouve prefque
dans toutes les Figures du
Livre & leurs Demonftrations,
Mr Antier qui va dans
une de les premieres Letfe
faire voir par une
fimple figure qui fervira de
decifion pour tout le Livre,
nous contentera là.deffus.
Mr Lhyrondel qui detres
,
mande la maniere de deter-
-miner le Trait des Ceintres
Lij
124 MERCURE
en furbaille , n'a qu'à en faire
un Deffein & Mr Antier
fe fera honneur d'y fatisfaifaire,
& comme cela n'a jamais
apporté de difficulté, le
plus petit de les Ecoliers luy
en pourra donner des leçons.
enef
Les Sçavans qui connoiffent
par cette Réponſe quel
eft le caractere de мr Lhyrondel
en jugeront ce qu'ils
voudront. Je fuis , &c, pe
Je vous ay parle plufieurs
fois dans mes Lettres du
grand Ouvrage de la Chro
J
GALANT 125:
nologie des Ducs auquel Mr
Chevillard , Hiftoriographe
de France & Genealogifte du
Roy travailloit depuis longtemps
. Je vous diray qu'il
vient de l'achever , & qu'il a
eu l'honneur de la prefenter:
au Roy le 25 du mois paffé ,
en preſence de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
Monſeigneur le Duc de Berry
, & d'un grand nombre
de Perfonnes de diftinction .
Le Roy luy fit grace de luy
donner le temps de luy expliquer
toutes les Cartes les
unes aprés les autres , & Du-
Lij
126 MERCURE
ché par Duché , & Sa Majefté
luy en marqua beaucoup
de fatisfaction . Toutes
les Cartes de cet Ouvrage.
eftoient reliées en un grand
Livre comme celuy qu'il
avoit déja eu l'honneur de
prefenter à Sa Majesté le
premier Septembre 1699 .
Dans ce fecond Tome font
compris outre les Ducs , tou
tes les autres Cartes que
l'Auteur a fair graver depuis
ce temps lefquelles font au
nombre de trente- deux
fucilles , ce qui fait avec celles
qu'il a fait graver cy des
GALANT 127
vant foixante deux feüilles .
Ce grand Ouvrage de
J'Hiftoire & de la Chronolo
gie des Ducs depuis leur
origine jufques à prefent eft
difpofé en onze Cartes de
deux feuilles chacune , qui
font vingt deux feüilles,
La premiere comprend le
Plan de tout l'Ouvrage , un
Traité de l'origine des Ducs,
une remarque fur le rang
que les Ducs tiennent tant
en Cour qu'au Parlement ,
deux Tables , l'une par rang
d'érection des Duchez , &
l'autre par lettre Alphabeti-
Liiij
128 MERCURE
que, & les Armes du Roy po
fées fur celles des fix anciennes
Pairies feculieres comme
réunies à la Couronne au bas
defquels eft la Dedicace à.
Sa Majefté , les Armes de
tous les Ducs Pairs vivans
par datte de verification au
Parlement , avec celles des
Ducs non Pairs.
Dans la feconde Carte
font compris tous les Archevefques
de Reims , les Evef
ques de Laon & de Langres,
qui font les trois anciens
Ducs Pairs Ecclefiaftiques
GALANT. 129
depuis Adalberon d'Arden .
ne , qui facra le Roy Hugues
Caper.
La
troifiéme ,
comprend
les Evefques de Beauvais , de
Chaalons , & de Noyon , qui
font les trois anciens
Comres
Pairs
Ecclefiaftiques
aufli
depuis le Roy Hugues Caper.
Dans la quatrième , font
les fix anciens Pairs Seculiers
, fçavoir les Ducs de
Bourgogne , de Normandie,
& de Guyenne , les Comtes ,
de Champagne , de Flandres
& de Toulouze , depuis leur
130 MERCURE
origine jufques à la réunion
à la Couronne , à la referve
du Comté de Flandres , qui
eft jufques au Roy d'Espagne
Philippe V. & VII . du nom
Comte de Flandres.
Dans la cinquième , font
tous les Ducs de Bretagne,
de Bourbon , d'Orleans , de
Bar , d'Anjou , de Berry , de
Touraine, & d'Auvergne,
Dans la fixiéme , font les
Ducs deValois , de Nemours ,
d'Alençon , de Valentinois,
de Longueville , de Vendô
me, de Challefteraut, d'Angouleſme,
& de Guyſc.
GALANT. 131
Dans la feptiéme, font les
Ducs de Chartres , d'Eftou.
teville , d'Estampes, de Montpenfier,
de Nevers, de Beaumont
, de Chevreuſe, d'Aumale
, de Montmorency
d'Albret , de Beaupreau , de
Thouars,& d'Uzez .
Dans la huitiéme , font les
Ducs de Chasteau - Thierry,
de Rohannez , de Penthieure,
de Mercoeur , de Mayende
Saint Fargeau , de Piney
Luxembourg, de Vanta
dour, de Joyeuse, d'Elbeuf ,
d'Epernon , de Rhetel , de
Rez, d'Halluin , de Brienne,
ne ,
132 MERCURE
& de Montbazon .
Dans la neuviéme , font
les Ducs de Beaufort , de Biron,
de Crouy , d'Aiguillon ,
de Bournonville , de Rohan ,
de Sully , de Fronfac ; de
Damville , de Lefdiguieres,
de Briffac , de Chateauroux,
de Luynes, de Bellegarde, de
la Rocheguyon , & de Chau
nespav
- Dans la dixième , font les
Ducs de la Rochefoucault,
de la Valette , de Pondevaux ;
de Villars , de Richelieu , de
Saint Simon , de la Force,
de Cardonne , de la MeilGALANT
133
keraye, de Gramont, de Tref
mesou Gelvres, de Vitry , d'Eftrées
, de Chaftillon , de Na.
vailles, de Noirmoutier, d'Ar
pajon , de Charoft, de Villeroy
de la Vieuville , de Verneuil,
de Roquelaure , & d'Orval .
Dans la onzième , font les
Ducs de Mortemar , de Crequy,
de Villemor , de Cari .
gnan , de Rendan , de Saint
Aignan , de Noailles , de
Coiflin, de Montaufier, d'Au
mont , de Choife ül , de la
Ferté , de Vaujour , de Duras
, d'Aubigny , de Saint
Cloud , du Lude , d'Humice
134 MERCURE
res , de Lorges ,de Lauzun, de
Boufflers , de Chaſtillon , &
d'Harcourt qui eft le dernier
érigé.
Ileft à remarquer que dans
cet Ouvrage tout ce qu'on
peut fouhaiter pour ce qui
regarde les Ducs y eft ob.
fervé , les érections des Du .
chez , les changemens qui
y ont efté faits par les nouvelles
erections en faveur
d'autres perfonnes. Les Du
cheffes y ont leurs places,
parce que dans un Duché,
l'on voit fur une mefme ligne
tous les Dacs & les Du.
GALANT. 35
cheffes leurs Epouſes ,le nom
de leurs Peres & de leurs Me.
res , & fi un Duc à eu plufieurs
Femmes elles y font
toutes avec les Armes des uns
& des autres .
L'Auteur demeure toû.
jours à Paris ruë Neuve Nôtre
Dame.
On a de la peineà renoncer
à une perfonne dont on
en a le coeur veritablement
touché. L'Ouvrage qui fuir
fait la peinture de ce que
fouffre un Amant qui rifque
tout.
36 MERCURE
F
SONNET .
I' heureux jour eft venu que j'ay
tant fouhaité ,
Philis à mes dépens ne feraplus la
vaine ,
Ses mépris outrageux , & fon humeur
hautaine
,
Malgré tous fes appas , m'ont mis
en liberté.
2
Helas ! que nos confeils ontpea de
fermeté
Parmy les doux transports d'avoir
rompu ma chaine ,
To me fens tourmenté d'une fecrette
peine,
Etj'ay prefque regret à ma captivité,
Tonjours ce rare objet qui fit naifre
maflame
GALANT
137
Revient dans ma memoire , & fe
montre à mon ame
Aufi beau qu'il eftoit quandjefuivois
fes loix.
2 :
Refifons luypourtant , gardons nôtre
avantage ,
la raifon qui dit qu'on
Et
croyons
n'est pas fage ,
Lors que contre écueil on fe brife
deux fois.
Voicy d'autres Vers qui
ne vous déplairont pas.
LATROUPE SOLITAIRE
à Madame de C ***
E Soleil a tary nos plus charmans
ruiffeaux
Tout fe reffent icy de l'abfence de
Flore,
Avril
1702.
M
138 MERCURE
Le Zephire amoureux a quitté nos
Côteaux ,
On n'entendplus le doux chant des
oifeaux
Et nos fleurs ne fçauroient éclorre,
Mais la perte de tant d'attraits;
Nous touche moins , Iris , que voſtre
₹
[jamais ,
abfence s
Nous y renoncerions
volontiers
pour
~ Pourjouir de voftre prefence.
Mais le Printemps
Flore & les
doux Zephirs.
A
Ne vous fuivent-ils pas au gré de
vos defirs ?
Revenez, belle Iris , puifqu'on vous ---
en conjure ,
Hatezvous de rendre à ces lieux.
Leur premiere parure ;
Vousy ranimerez les fleurs & la
verdure
Et nos coeurs s'en trouveront mieux.
GALANT: 139
M' Teflon eft Autheur du
Madrigal que j'ajoute icy.
Ris , que vous à fait mon
I
Ris
coeur
Pour le condamner au filence ?
Eft- ce pour avoir trop d'ardeur
Que vous le contraignez à cacher ce
qu'il penfe ,
Ah le tendre aveu de mes feux
Afans doute allarmé votre ame,
Etpourcacher votre naiffante flame
Vous le forcez à ce filence affreux.
Ceffons il en eft temps , Iris , de nous
contraindre ,
De mesfeux innocens vous n'avez
rien à craindre ;
Quant un Amantjoint l'eftime à
Pamour
Doit-on craindre un tendre retour.
M ij
140 MERCURE
.
Je vous envoye des paro
les mifes en Air par un habile
Muficien. Elles ne peuvent
eftre plus de faifon.
AIR NOUVEAU
L'Agreable Printemps va renai .
tre en ces lieux.
Que d'innocens plaifirs fon retour
nous rameine.
Mais belas qu'il eft rigoureux
De les
mene
Jans
l'aimable
Cli-
M'de Kaerdaniel travail-
" le depuis long- temps à l'Hif
toire Genealogique de la Bre..
tagne ancienne & moderne ,
contenant.
1
GALANT. 41
Outes les familles &
maiſons des anciens
T
Rois , Ducs , & Princes de
Bretagne
a. Les droits legitimes des
Rois de France , & leur jufte
poffeffion du Duché de Bretagne.
3. Les Evêques , & Abbéz
de cette Province , depuis
leurs établiſſemens
, avec la
Genealogie de ceux qui occupent
prefentement le Siege .
4 Les Gouverneurs & Lieu.
tenans Generaux de la Province
, les Gouverneurs &
Lieutenans Generaux du
142 MERCURE
Comté Nantois , les Lieute
nans de Ray en la haute &
baffe Bretagne , les Gouverneurs
des Villes & Places par;
ticuliers de cette Province ,
depuis la Reine Anne juſqu'à
prefenc
5. Les Parlemens , Chambre
des Comptes , depuis leurs
Erections jufqu'à prefent ; en
femble la Genealogie de ceux
qui les compofent , & parti .
culierement des premiers Prefidens
& Gens du Roy , &
les Confeillers & Maiftres des
Comptes qui font aujour
d'huy en Charges fatig
GALANT 143.
6. Les Intendang & Com .
miffaires de Sa Majefté qu'ellea
Deputez pour les Eftats de
cette Province.
•
7. Les Prefidiaux , Sieges
Royaux , la Table de Marbre
Maîtriſes des Eaux & Foreſts,
Hôtels des Monoyes , & autres
Jurifdictions confiderables
, les noms de ceux qui fe
font fignalez dans la fonction
de ces Charges , & de ceux
qui les exercent à préſent. --
8. Les Tréforiers Ceneraux
de cette Province.
9. Les anciennes Baronnies
de Bretagne qui ont droit
'44 MERCURE
•
d'Entrée aux Ecars , les Duchez
, Principautez , Marqui
fats , Comtez , Vicomtez , &
autres Terres erigées en titres
confiderables en cette Province
, les familles qui les ont
poffedez & celles qui les pof
fedent à preſent and mold
10. La Genealogie des
Gentilshommes , & Nobles
de cette Province .
. Les Villes & Communautez
qui ont droit de De
putez aux Etats , ce qui s'eft
paffé à ce fujet avec les familles
de ceux qui y ont parû , &
qui font deputez prefentement.
On
GALANT 145.
A
On découvrira en cet
Ouvrage plufieurs remar
ques anciennes , curieuſes ,
& confiderables , à l'honneur
des Familles & Maifons
de cette province , & on
n'en tirera pas peu d'utilité
pour la connoiffance de divers
Evefchez , Abbayes ,
Chapitres , Villes , Baronnies
& Terres confiderables.
On y verra auffi , comme
quelques uns de cette Provin .
ce ont poffedé les principales
Charges du Royaume de
France , tant dans l'Epée que
dans l'Eglife , comme auff ,
Avril 1702. N
146 MERCURE
les actions pieufes qu'ils ont
faites par diverfes fondations
d'Abbayes , d'Eglifes ; & de
Convents dedans & dehors
la Province ; d'ailleurs il fera.
renaiftre quantité de famil
les , & de maifons confide .
rables de cette Province . Il
empefchera que plufieurs fa
milles qui fubfiftent à préfent
, ne paffent en oubly à la
Pofterité , & fervira à la confervation
de celles qui font
mediocres , dont il y a eu des
perfonnes qui fe font figna.
lées par leur merite particu
lier en l'exercice de diverſes
CALANT.
147
charges , & députations : le
tour , juſtifié par Chartres
titre d'Eglifes , d'Abbayes ,
Villes & lieux confiderables ,
Registres des Parlements
Chambres des Comptes , Auteurs
, & autres actes autentiques
que M ' Kaerdaniel a
vus lus & examinez , à ce sujet
depuis vingt- cinq ou trente
ans.
Ceux qui defireront luy
communiquer quelques actes
, titres & memoires , s'a
drefferont à luyà Dinan pendant
la Seance des Etats , &
enfuite à Paris où il demeure
·
Nij
148 MERCURE
ordinairement , Fauxbourg
Saint Germain rue du Chaffe
midy chez M'. Moreau Maiftre
Potier de terre en manufacture
à une porte Cochere
entre les rues de Saint Maur
& de Saint Pierre.
Lorfque Monſeigneur le
Duc de Bourgogne fut nom .
mé pour aller commander
l'Armée du Roy en Flandre ,
le Pere Commire Jefuite dont
les Vers latins font fi eftimez,
ne manqua pas d'invoquer
Apollon fur ce fujet . Je vous
envoye une Traduction de
ce que ce Dieu luy inſpira ...
GALANT 149
L'Amitié , le devoir , la venu
vous appelle ,
Un Bourbon ne fçauroit méconnoitre
leur voix
Allez donc meriter une gloire immortelle
,
En vous foumettant à leurs loix.
Philippe eft menucě ; volez à fa
defence ,
Que le premier de vos exploits ,
Soutienne l'honneur de la France
Et vange le fang de nos Rois.
D'un Pere , d'un Ayeulrapellezla
memoire, [ rent-ilspas,
Pour des Rois Etrangers que ne fi-
Auxyeux de l'Univers retracez leur
Hiftoire ,
Et devenez comme eux l'appuy de's
Potentats..
Mille Heros naiffans déja courent
: .. aux armes ,
Niij
Sto MERCURE
Famais pareille ardeur ne brilla
dans leurs yeux
Le repos, difent-ils ,pournous n'aplus
de charmes
Allons, vaincre ou chercher un trepas
glorieux.
Partez, que rien ne vous retienne
Puiffent nos Alliez furpris .
Qu unfijeune Guerrierfoit un vieux
Capitaine,
Douterfi c'est l'Ayeul, ou le Pere, on
le Fils.
Vous fçavez que dans le
mefme temps que le Roy
déclara Monfeigneur le Duc
de Bourgogne Generalliffime
de fes Troupes en Flandres.
Sa Majesté nomma M'
de Rouhault , Comte de
GALANT †fr
Cayeux , pour eftre toujours
auprés de la perfonne de ce
Prince. Il avoit efté mis par
le Royil y a huit ou dix ans
auprés de Monfieur le Duc
de Chartres , aujourd'huy Duc
d'Orleans , aux appointemens
de Sa Majesté . Elle a esté
fi fatisfaite de la maniere
dont il s'eft comporté auprés
de ce Prince , que fa conduite
luy a procuré l'hon
neur que le Roy luy vient
de faire. Comme vous fou ·
haitez le connoiftre plus particulierement.
Je vous diray
que la Maifon de Rouhault
Niiij.
152 MERCURE
eft originaire de Poitou ;
& qu'elle porte de Sable
à deux Leopards d'or armez &
lampaßez de gueules . On pretend
qu'elle est meſme ori .
ginaire d'Angleterre , &
qu'elle s'établit en Poitou
dans le temps que les An
gloisen eftoient les Maiftres.
On croit auffi que les
Rouhauls pourroient eftre
iffus de quelque puifné de la
Couronne d'Angleterre , qui
conferva dans les Armes les
deux Leopards que l'Angle..
terre portoit en ce temps - là ,
& qui brifa par changement
GALANT 193
.
de Blazon , comme il eft arrivé
à diverfes branches
puifnées . On n'a pû éclaircir
cela par les Titres de cette
Maifon , parce que les branches
de Thiembronne & de
Rion font peries en fille , &
que celle de la Rouffeliere
en Poitou est éteinte ; de for
te qu'il ne reste plus que la
branche des Marquis de Gamaches
.
Comme les Titres de cette
Maiſon le font perdus
dans des Familles étrangeres
, on ne peut remonter
plus haut qu'au douzième
54 MERCURE
*
fiecle , auquel vivoit Pierre
Rouhault qu'on prouve par
les Titres de la Maifon de
Montbourcher eftre mort en
1282. & avoir efté pere de
Jeanne Rouhault Dame de
la Rohaudiere , qui dés l'an
1295. avoit épousé en fecon.
des nôces Renaut de Montbourcher.
On trouve enfuite Cle
ment Rouhault & Thibault
Rouhault, qualifié Chevalier
Seigneur de la Rouffeliere ,
de la Motte, de Tillay , & de
Boifrenard.
Clement Rouhault fcella
GALANT. 155
des Armes pleines qu'il donna
le 2. Octobre 1327. pour
fes Gages & ceux de deux
·Ecuyers qu'il avoit menez
avec luy au ſervice du
Roy aux parties de la Rochelle.
Il laiffa trois fils &
deux filles. Clement dit autrement
Triftan Rouhault,
Vicomte de Thoüan , Comte
de Dreux , Seigneur de l'Ifle
de Ré, de Marans , de Gamaches,
& c . André Seigneur de
Boifmenard,duquel font iffus
les Seigneurs de Gamaches,
& Louis ,dit Bethis , de la po
fterité duquel fortis par fem156
MERCURE
C
mes le Marquis de Sevigné
en Bretagne, le Duc de Gef
vres , Mr Nicolaï Marquis de
Gouffainville , les Barons de
Mouchy le Chaftel, les Bouteillers
de Senlis , Comtes de
Monchy, & c.
La fille aînée de Clement
Rouhault épousa N. de
Breffuire , dont elle eut une
fille unique Jeanne de Bref
fuire mariée par Triſtan fon
oncle à Ingerger d'Amboife ,
Seigneur de la Rochecorbon .
L'autre fille de Clement
Rouhaule , fut Jeanne Rouhault
, laquelle époufa Jean
GALANT 37
du Pleffis , Chevalier , done
elle cut plufieurs enfans,
Triftan Rouhault époufa
Perronnelle d'Amboile fille
de
T
de Louis Vicomte
Thouars , Seigneur de Talmond
, de Mauleon , & de
l'ifle de Ré , & c . & de Jeanne
Comteffe de Dreux, Dame de
S. Valery, de Gamaches , & c .
Princeffe du Sang de Fran
ce , Perronelle d'Amboife
eftoit veuve d'Amaury Sire.
de Craon mort en 1373.lors
qu'elle époufa Triftan Rouhault
, & qu'elle luy apporta
les grands biens de fa mai158.
MERCURE
$
fon, qui le rendirent un des
plus puiffans Seigneurs del
fon temps fous le Regne de
Charles VI . portant le Titre
& la qualité de Comte de
Dreux & de Vicomte de
Thouars. Il fervit le Roy en
qualité de Banneret avec
huit Chevaliers en 1380. &
1381. & l'accompagna au Siege
de Bourbourg en 1383.
avec feize Chevaliers & cent
trente & un Ecuyers qui fi
rent montre & furent receus
à Orleans le 6. Aonft. Il fitſon
Teftament
le 15. Mars 1390 .
& mourut environ 1402 .
GALANT 159
André Rouhault , Chevalier,
Seigneur de Boiſmenard
& de la Rouffcliere qu'il
poffedoit en 1383. fut frere
de Triftan Comte de Dreux
& Vicomte de Thouars. Il
eut deux fils Gilles & André
que leur oncle Triſtan fit fes
heritiers, D'André font iffus.
les Seigneurs de la Rouffeliere
, dont la posterité eft
éteinte dans le fiecle paf.
fé.
Gilles Roubault , Cheva.
lier, fils aîné d'André , Seigneur
de Boifmenard , mou.
rut avant ſon pere, Įl épouſa
160 MERCURE
Catherine Rabaſté dont il
cut un fils unique nommé
Jean . Sa veuve fe remaria à
Jean d'Ancenis , dont elle
eftoit veuve en 1422.
9
Jean Rouhaulr ,Chevalier,
Confeiller & Chambellan du
Roy , le mit avec vingt Ecuyers
& feize Archers au
Siege de Parthenay en 1419 .
Il fut tué à la Bataille de Verneuil
en 1424.Il épouſa Jeanne
du Bellay foeur de Jean
Evefque de Poitiers , & fille
de Jean Sire du Bellay & d'E .
lizabeth de Montigny , dont
il eut Joachim Rouhault,
GALANT. 161
A
fut
Maréchal de France . Jaques
Seigneur du Preffoir & de
Nion , qui laiffa d'Anne de
Chateaubriand fa femme un
autre Jaques mort fans enfans.
Abel Rouhault qui fut
Gouverneur de Valognes .
Joachim Rouhault
fucceffivement Seigneur de
Boilmenard , de Gamaches,
de Hellicourt , du Puy Nôtre
Dame , du Fief Sautereau &
de Chaſtillon. Il fut aufli
Seigneur de Rambures . Par
confifcation le Roy Charles
VII. luy donna la jouïffance
de la Vicomté de Fronfac, ce
Avril
1702.
162 MERCURE
que Louis XI. confirma. Il
fut premier Ecuyer du Corps
& de l'Ecurie , dont il fit la
Charge à l'Entrée de Louis
XI. à Paris aprés fon Sacre
portant fon Epée en écharpe
. Il fut fait Maréchal de
France , Senechal de Poitou
& de Beaucaire , & Connéta
ble de Bourdeaux . Toutes
les Hiftoires
de fon temps
font pleines de fes grands.
Exploits. Affiegeant Challois
& les gens ne voulant point
monter à l'affaut , il prit fon
Enſeigne & fe jetta dans la
Place avec quatre des fiens,
GALANT " 163
ce qui obligea fes Troupes
de le fuivre & de fe rendre
maîtres de la Place. Il défit
l'Avantgarde des Anglois àla
fameufe Journée de Fourmi .
gny, & fit fon Teſtament le
6. Aouft r478. par lequel il
ordonne la fepulture à Saint
François de Thouars auprés
de fa mere.
Hépoula Françoife de
: Volluire fille de Jean Sire de
Ruffec & de Marie Harpeda
ne, dite de Belleville, dont il
cut Aloph &Anne Rouhault,
laquelle épousa Adrien de
Lhofpical Seigneur de Choi
Qiji
164 MERCURE
A
fy, dont font iffus les Comres
de Lhofpital & deSainte Mefme,
& les Ducs de Vitry.t
Aloph Rouhault, Seigneur
de Gamaches, de Hellicourt,
de Boifmenard & de Chatil.
lon en Thouarçois , de Chateauneuf
& de Riou , fut
Chambellan de Louis XII .
& de François La : Il épouſa
Gabrielle de Montreignon ,
dite de Salveft , d'une illuftre
Maiſon d'Auvergne , dont il
eut trois fils Aloph,Thibault
& Louis qui fut Gouverneur
de Heldin , & qui épousa
Jeanne Dame de Saveufe,
GALANT 165
veuve d'Antoine de Crequy ,
Seigneur de Pondormy dont
il eut Barbe Rouhault ,Dame
de Saveufe , femme d'Adrien
Tiercelin , Seigneur de Brof.
fe, Chevalier des Ordres du
Roy , Gouverneur de Mou,
zom , Lieutenant General de
Champagne , dont font iffus
les Marquis de Broffe & de
Saveufe.
Aloph Rouhault fecond
du nom, Chevalier , Seigneur
Chaftellain: de Gamaches, de
Hellicourt , de Boiſmenard,
de Chatillon , la . Guichardiere,
Vauriclet , Rigoval , Bui ,
166 MERCURE
IN
gny , Laleu, Cation , Pendé,
Efpommenil
, Wincourt , & c .
fils aîné d'Aloph I. fe fignala
aux fieges de Metz & de Te
rouenne. Il époufa le 3 Juin
1527. Jaqueline de Moreul ,
dire de Soiffons , fille de Jean
de Soiffons , Sire de Moreul,
Prince de Poix , & de Marie
Bournet , Dame de Thiembronne
& de Beauchamp
,
qui pafferent en la Maiſon
par ce mariage. Il en eut Nicolas
& Barbe Rouhault ,
femme de Nicolas de Montmorency
, Seigneur de Bours ,
dont font iffus les Seigneurs
GALANT 167
de Bours , les Princes d'Efpinoy
, & les Ducs & Princes
de Bournonville .
Nicolas Rouhault , Cheva.
lier de l'Ordre du Roy , Seigneur
Chatelain de Gamaches
, Baton de Thiembron .
ne, Beauchamp , Hellicourt,
Longroy , Sorene , Batinval ,,
Elpinoy , Acheux , Plouy
Preure ,Montigny , Saint Cref
pin, &c. épousa en premieres
nôces Charlotte de Lenon .
court , dont il eut : Gedeon
Seigneur de Gamaches , tué
fans alliance. Il épousa en
fecondes nôces Claude des
168 MERCURE
6
Maricourt , fille de Jean Seigneur
de Maricourt , Baron
de Monchy le Chattel , Che.
valier de l'Ordre & Maiftre
d'Hôtel du Roy , & de Renée
de Quefnel d'Allegre , dont
il eut François Nicolas &
Aloph III . du nom , Baron de
Thiembronne , qui épouſa
Claude Chabot de Jarnac ,
dont il eut Claude femme
en premieres nôces de Hen
ry de Bourdeilles , Comte de
Mata , & en fecondes nôces
de Henry le Veneur, Comte
de Tilliers. Aloph. III . époufaa
en fecondes nôces Marguerite
1
"
GALANT 169
guerite de Theon , dont il
eut Henriette mariée à Fran .
çois de Bullion , Marquis de
Montlouet , premier Ecuyer
commandant la grande Ecu.
rie.
Nicolas Rouhaut II . du nom ,
Marquis de Gamaches ,Baron
de Hellicourt , Longroy , Inf
ville, Seigneur de Beauchamp
d'Acheux , du Plouy , de
Mareuil, &c époufa en 1607.
Françoife Mangor , fille de
Jaques Mangot Avocat General
du Parlement de Pau ,
& Confeiller d'Etat , & de
Marie du Moulinet, & niece
Avril 1703
.
P
170
MERCURE
de Claude Mangot , Garde
des Sceaux de France , dont .
il eut René Rouhault fon fils
aîné qui fe fit Jefuite , François
Marquis de Gamaches
Capitaine des Chevaux Legers
tué en Lorraine fans alliance
en 1635. Nicolas Joa
chim Marquis de Gamaches
dont je vais parler. Ignace
Marquis d'Affi , qui a cuplu .
fieurs enfans de Charlotte
Chriftine de Lorraine fa femme
, Claude qui a époufé
Pierre de Grouches, Marquis
de Griboval.
Nicolas Joachim RouGALANT
171
X
hault troifiéme du nom , Mar.
quis de Gamaches , Seigneur
Chaſtelain , & Gouverneur
de Saint Valery fur Somme ,
Païs & Roc de Cayeux , Baron
de Hellicourt , de Longroy,
d'Infville , Seigneur de
Bourincourt , Mareuil , &c .
Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General
des Armées de Sa Majefté,
" épouſa en 1642. Marie Antoinette
de Lomenie , fille de
Henry Augufte de Lomenie ,
Comte de Brienne & de
Montberon , Miniftre & Premier
Secretaire d'Etat , & de
Pij
-172 MERCURE
Louiſe de Beon du Maffer ,
dont il a eu Nicolas Henry
Joachim morr jeune, Joſeph
Emmanuel Joachim Marquis
de Saint Valery , Hyacinte
Comte de Cayeux , Marie.
Gabrielle Julie Religieufe
Carmelite à Saint Denis ,
Hyacinte Comte de Cayeux ,
qui eft celuy dont je vous
parle a épousé N. de Brienne ,
fa coufine germaine fille du
dernier Comte de Brienne,
Secretaire d'Etat , & de N.
de Chavigny , fille de feu M'
de Chavigny auffi Secretairo
d'Erar.
GALANT. 173
Plufieurs perfonnes auffi
bien que vous , ont demandé
des nouvelles de m ' d'Egri
gny, Intendant des Armées
du Roy en Italie, qui fut pris
à Cremone le jour queles Allémans
én furent chaffez . On
le conduifit à Untiano, où il
a paffé quarante trois jours
avec des peines infinies , foit
que les Ennemis s'imaginaf
lent qu'en le traitant rude .
ment ils en tireroient une
plus forte rançon , foit qu'ils
fatisfiffent en cela leur natu
rel violent & leurs manieres
dures; bien éloignées ce cel-
P iij
174 MERCURE
les des François , qui traitent
leurs prifonniers avec une
douceur qui les charme.
Non feulement ils les plaignent
, mais ils leur font
tous les plaifirs qu'ils peuvent
leur faire dans l'état où
ils fe trouvent. Monfieur le
Duc de Vendofme qui con.
noift, & qui honore de fon
eftime Med'Egrigny, n'a pû
le laiffer fouffrir plus long.
temps , & d'ailleurs inftruit
des intentions de la Cour, il
eft convenu de la rançon, &
l'a fait payer
.
Mr d'Egrigny eft un hom
GALANT. 175
me d'un merite fingulier , &
fert le Roy depuis fort longtemps
avec beaucoup de diftinction
& d'activité.
A
Mr le Maréchal de Catinat
luy rendit juftice à font
retour d'Italie d'une maniere
qui luy fur bien glorieuse .
Ce General dir à Mr de Chá .
millart , qu'il n'avoit jamais
vû perfonne fervir le Roy
avec plus d'honneur & de
defintereffement . Mr le Duc
de Vendoſme dit en partant
à ce miniftre, qu'il eftoit tres,
fâché de ce qu'il ne trouveroit
pas мt d'Egrigny en Ita
P iiij
176 MERCURE
lie , & qu'il fe fouvenoit de
quelle utilité il luy avoit efté
en Catalogne . Feu Mr de
Louvois , qu'il n'eftoit pas
aifé de furprendre par un faux
merite , avoit beaucoup de
confideration pour luy, 11
l'envoya à Cazal lorfque
cette Place fut remiſe aus
Roy , & depuis en Irlande
en qualité d'intendant . M
de Barbezieux l'envoya enfuite
à Bayonne , & le prefenta
au Roy pour aller en
Catalogne en la melme qualité.
Il y a fervy ufqu'à la
fin de la guerre , eftimé des
•
GALANT 177
Generaux , aimé des Troupes
, & mefme de tous les
Peuples de fon Départe
ment. Sur la fin de l'année
1700. lor que le Roy envoya
des Troupes en Italie , Sa
Majesté le choifit elle mef
me pour fon Intendant en ce
Pais là . Mr de Chamillart ,
qui ne precipite point fon
jugement , a toûjours paru
tres content de les fervices,.
& a eu la bonté de luy mar
quer plufieurs fois depuis
l'affaire de Cremone , combien
il eftoit content de luy.
Md'Egrigny a fervi le Roy
178 MERCURE
de plus d'une maniere . Avant
que d'eftre Commiſlaire des
Guerres , il a efté Capitaine
dans leRegiment de la Cou
ronne . Il s'y eft fort diftin
gué, & en porte des marques
tres glorieufes. Le Roy vient
de donner à fon fils aîné ,
quoy qu'il n'ait encore que
dix - neufans, une Compagnie
dans le Regiment de Bourgogne.
Il étoit dés l'âge de'
quinze ans Garde Etendart
de Galere . Il quitta le ſervice
de la mer pour fe trouver à
la tranchée devant Barcelonne
. Il fut bleffé à l'affaire de
GALANT : 179
Chiary eftant Lieutenant
dans le Regiment de Bour .
gogne. Il a un frere qui fert
fur les Galeres. Ainfi l'on
peut dire , que pendant que
le pere fert le Roy dans des
affaires importantes , & qui
demandent un homme vif,
intelligent , & defintereffé ,
fes enfans expofent leur fang
for mer & fur-terro pour le
fervice de Sa Majeſté.
Il y a eu Sentence
renduë
contre le Marquis del Vafto.
Je vous en envoye la Tra
duction comme je vous ay
180 MERCURE
envoyé celle du Monitoire
quicas efté publié contre ce
même Marquis.
L
A Cause ayant eſté aujourd
buy rapportée dans la
Congregation Criminelle parti •
culiere , tenuë par Ordre de Sa
Sainteté , Nous difons , pronon
çons , décernons , déclarons
Sententions le Marquis del Vafto
de Pefcaire comme trouvé
coupable desfaits rapportez dans
le Proces & puniffable de droit
pour n'avoir pas comparu par
devant nous perfonnellement afin
defe purger des chofes dont ilfe
'GALANT. 18:
trouve accusé, en forte qu'il a en-
-couru les peines portées dans le
Monitoire qui a efté fair concre
luy & legitimement executé , &
qu'il doit eftre condamné comrne
nous le condamnons au dernier
fupplice , qui eft d'avoir la Teſte
tranchée avec confifcation de tous
fes biens , applicables à la Cham,
bre Apoftolique. Pour cela nous or,
donnons que s'il eftjamais rencontré
dans aucunes des Places appar.
tenantes au S. Siége aprés qu'on
aurareconnufa perfonne dans les
formes , ilfera conduit au lieu
ordinaire des executions , qu'on
y dreffera une échaffaut , & qu'il
182 MERCURE
y aura la Tefte coupée , afin que
fa punition convienne àfon crime
qu'elle ferve d'exemple aux
autres, ce qui a esté prononcé par
* moy Marc Antoine Venturinus ,
Lieutenant , le 18. Mars 1702.
Jamais rien n'a efté moins
vrai femblable que ce que le
Marquis delVafto a dit, en fup.
pofant qu'on vouloit l'affaffi.
ner. Sa vie ou fa mort importoient
peu aux deux Couronnes.
La Confpiration de Naples
eftoit découverte . Les
Rebelles eftoient ou priſon .
niers , ou en fuite , ou punis.
Tout eftoit calme dans la
GALANT. 182
6
Ville , le Marquis del Vafto
eftoit à Rome , & entierement
hors d'eftat de nuire .
Il ne meritoit pas même dans
la fituation où il fe trouvoit ,
qu'on fift plus d'attention à fa
perfonne qu'à celle d'un fim.
ple particulier , puifqu'il n'avoit
pas plus de pouvoir. ,
Quand il en auroit eu cent fois
davantage , & qu'il auroit pû
liguer une partie de l'Europe
contre le Roy , & qu'il s'en
feroit déclaré ennemi perfonnel
, fa vie n'auroit pas
efté moins en feureté . Toute
>
l'Europe rend justice au Roy
184 MERCURE
là deflus. Elle fçait combien
Sa Majesté a d'horreur pour
de pareilles propofitions , &
le fçait d'une maniere à n'en
pouvoir pas douter.
Aprés que M' de Caillieres
eut fait imprimer le volume
des bons mots qu'il avoit ra.
maffez , le fuccés de cet Ouvrage
donna lieu de croire
que les Livres de cette natu-
-re feroient toujours bien recus
, & comme à force de
chercher à contenter le Public
, on le raffafie de ce qu'il
aime le plus , il parut plufieurs
GALANT 185
>
Volumes qui fe fuivirent de
fort prés ; mais file Public
eut le plaifir d'y lire quantité .
de bons mots il luy falut
effuyer la lecture de plufieurs
autres qui tenoient plutoft
leur place dans ces Volumes
pour les groffir , que pour la
bonté de leur fel. On en a
fait un depuis peu intitulé
Recueil des bons Mots des Anciens
& des Modernes , où l'on
trouve auffi quelques Contes.
Ce Recueil pouvant paffer
pour l'élite de tout ce qui a
efté mis au nombre des bons
mots , doit épargner la lectu-
Avril 1702
. Q
186 MERCURE
A
re de beaucoup de Volumes
à ceux qui fe font un plaifirplaifir
de lire tour ce qui regarde
les reparties vives &
fpirituelles. Il y a dans ce
Volume beaucoup de bons ,
mots qui n'ont été imprimez
dans aucun autre. Il fe vend
au Palais , chez Medard Bru.
net , dans la grande Salle , vis
à vis la Cour des Aides à l'Ef--
perance .
Les avantages que la Garnifon
de Mantoue a rempor
tez pendant tout l'hiver fur
les Troupes Alemandes , ont
efté fi frequens , qu'il s'en eft
4
1
GALANT. 187
trouvê dont nous n'avons eu
aucuns détails , ou du moins
que longtemps aprés. Celle
du 19 Mars a efté de ce nombre
, & l'on n'en a oüi parler
qu'aprés celle du 21. du même
mois dont je vous ai don-.
né une ample Relation fans
rien dire de la precedente.
Voici une Lettre du 25. du :
même mois qui parle de čette.
action. Elle a eftè écrite par
M' l'Ambaffadeur d'Espagne
à Venife à M' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne en France, Je vous
l'envoye de la maniere dont
jel'ay reçuë fans y rien chang
ger.
Qij
188 MERCURE
Mr de Teff continue toujours de
fe conduire à l'avantage des deux
Couronnes , il a eu cette femaine
deux fuccés bien glorieux , l'un
contre le quartier de Château - Mantoüan
qui avoit pour Garnifon un
Regiment de Houßars de fix cens
chevaux. Si on ne put pas les
enleverpar le Party qui les attaquoit
d'autant qu'ils furent avertis
à temps par leurs Gardes avancées;
au moins eut- on la gloire de les mettre
tous enfuite. Ils fe retirerent de
leurpofte tous nudsfur leurs chevaux
àpoil , ils laifferent tous les chevaux
de fuite & de bagage , leurs tentes ,
leurs lits tout leur équipage ;
& toutes leurs proviſions qui étoient
copieufes , en foin , en grains , en
avoine , en pain cuit & enfacs de
farine , avec beaucoup de pieces de
GALANT. 189-
drap qu'on avoit achetées pour habiller
le Regiment. Tout celafut
enlevé & conduit à Mantoüe , &
on brufla tout ce qu'on ne put emporter.
"
Je vous envoye une Prie
re pour le Roy d'Espagne
faite à l'occafion du voyage
de ce Prince en Italie. Elle
eft.de M' Gafchet de Saujon
de Xaintonge . Je ne doute
pas que cet Ouvrage ne vous
plaife auffi bien qu'à vos
Amies , puifque je vous en
ay dêja envoyé plufieurs du
même Auteur qui ont eu cet
avantage. Les Ouvrages de
190 MERCURE
cette nature ont une certai .
ne érudition pieuſe , s'il m'eft
permis de parler ainfi , &
une onction qui penetre le
coeur.
Ꮪ
Eigneur , noftre grand
Dieu & Pere celeste , qui
avez donné des Rois aux
Peuples en voftre benediction
, * afin qu'ils regnaffent
fur eux, & qu'ils les gouvernaffent
en équité & en jufti .
ce. Qu'il vous plaiſe de prendre
en voftre fainte garde &
protection , le grand & ma
goanime Roy, des Efpagnes,
* Proverbe
7.
GALANT 19t™
Prince tres vertueux , doüé
de fageffe , de zele & d'une
pieré veritablement chré
tienne , lequel abandonne
pourun rems la fplendeur de
la Majefté Royale , & defcend
du haut de fon Trône pour
traverser les mers , pour aller
deffendre ſes Sujets & fes
Etats , qu'on luy veut enlever
contre tout droit & toute raifon.
Vous fçavez Dieu des Armées,
qu'il les poffede à jufte
Titre , & que ce n'eft pas
l'ambition d'étendre fa domination,
ni l'avidité d'avoir
le bien d'autruy qui luy fais .
#92 MERCURE
prendre les Armes , & expofer
fa facrée Perfonne à mille
dangers cant par terre que:
par mer, mais bien pour con
ferver fon droit & celuy de
fes Couronnes , que vostre
bonté paternelle luy a mife
fur la tefte . Et puisque vous.
avez voulu que les Rois fuf
fent fur la terre une Image.
vivante de voftre route puiffance,
& un rayon de voſtre.
gloire, affermiffez pour longtemps
en les mains le Sceptre
que vous y avez mis , &
pour jamais en celles de fes
deſcendans Vous avez, Dieu
ના
des
GALANT. 193
des
Batailles
conduit autre
fois Cyrus par la main *, &
avez
affujetty les
Peuples
fous fa
domination , & luy
avez
ouvert la
porte des
Villes,quoique
Prince Payen .
Quel
fecours 'doit
efperer de
voftre bras
puiffant un Roy
Catholique que vous avez
placé fur un des plus émi
nens
Trônes du monde , le
quel a fuccé avec le lait la
piere de David , le zele d'E
zechias, &
auquelvous avez
infus la fagefle, que vous de
manda
autrefois * Salomon.
: *
Ifaye: 45.. 3. Rois. 3.-12.
Avril
1702 . R
194 MERCURE
Qui a une clemence fans
borne , & une bonté heroï
que. Qui comme un aurre
Jule Celar pardonne à fes
propres Sujets qui portent
les Armes , & qui fe font re
belez contre luy C'eft grand
Dieu , un des plus brillans
Portraits de voftre divine
Majeſté qui ait jamais porté
Diademe. Mais puis qu'il eft
vray que les Rois font les
Peres des Peuples , imprimez,
s'il vous plaiſt dans le coeur
de tous les Peuples fujets àla
domination , une obéiſſance
filiale, qu'il ait en eux autant
GALANT. 195
!
>
de Gardes que de Sujets,
autant de Citadelles que de
Coeurs,afin que luy étant auffi
fideles qu'ilsdoivent l'eftre , ils
fe garantifle des fuggeftions
des ennemis de fon regne &
de fa gloire, leur faifant com
prendre que fi les Oyleaux
du Ciel * portent la voix
& font entendre les plus fes
cretres pensées de ceux qui
font mal intentionnez contre
leur Souverain , que les
Oyfeaux celeftes font auffi
comprendre aux Rois la
bonne intention de leurs Su
Ecclef. 10.20
•
Rij
196 MERCURE
jets . Que fi autrefois vous
avez ordonné au Peuple d'If
raël de prier pour la * prof
perité de Nabuchodonozor
fous lequel ils eftoient captifs
& fort opprimez , metrez
d'une maniere particuliere
au coeur des Peuples d'Italie,
Sujets de ce grand Roy ,
de luy eftre fideles , & de ne
point écouter la voix de l'En .
chanteur. Que fes Ennemis
qui fe fient en la multitude
de leurs Troupes , foient con .
fus dans toutes leurs entrepriſes,
pendant que les Sujets
* Jerem. 27.94
GALANT. 197
ร
& les François avec eux ,
n'auront recours qu'à la
puiffante protection du Toutpuiffant.
Prefidez , Dieu de
verité , prefidez au milieu de
fon Confeil , afin qu'il foir
toûjours fidele , & que les
relolutions qui y feront pri
fes ,foient fi bien cachées à
fes ennemis qu'ils n'y puif.
fent en rien penetrer , &
confervez ce Roy legitime
fucceffeur des Etats de fes
Ancestres . Beniſſez , s'il vous
plaift, la Reine fon Epouſe ,
comme auffi noftre triomphant
Monarque , & Mon
Riij
#
198 MERCURE
feigneur le Dauphin , de
l'heureux fang defquels cet
augufte Prince a efté formé
Monfeigneur le Duc & Madame
la Ducheffe de Bourgo
gne , tous les Princes du Sang
& Officiers de la Couronne.
Qu'il vous plaife encore ,
Pere de mifericorde , ouvrir
les yeux aux Princes liguez
afin qu'ils rentrent en euxmelmes
, & qu'ils abandonnent
le deffein qu'ils ont pris
de faire la guerre au Roy des
Rois , penfant la faire à un
Prince de la terre. Qu'ils
confiderent que c'eſt de
*
Prov. 7.
*
GALANT 199
par vous que ce Prince regne,
& que c'ef voftre invincible
bras qui le foutient. Donnezlay
un favorable fuccés dans
fes juftes entreprises , en le
garantiffant de tous les dane
gers qui menacent la ' nacure
humaine , & confervez la
Royale Perfonne en longueurs
de jours, & multitude
de Benedictions , verfant fur
les Couronnes vos plus preticules
in Auences ; afin qu'étant
affermi fur fon Trône ,
& agiffant de concert avec
le Roy Tres - Chreftien
noftre fouverain Seigneur ,
R iiij
200 MERCURE
par leurs grandes puiffances ,
bonne intelligence & autorité
royale , ils maintiennent
la paix & la tranquillité dans
l'Europe , qu'ils rétabliſſent
les brèches de Jeruſalem , en
réüniffant tous les Chreftiens
fous la houlette d'un feul &
même Paſteur , afin qu'à
l'avenir nous n'ayons qu'un
même fentiment au coeur &
qu'une même Confeffion de
Foy à la bouche. Amen .
* Rom, 20. 10 .
M' le Marquis de Raftignac
a époulé Mademoiſelle
GALANT. 201
de Clairmont - Narbonne ,
riche , jeune , & belle , heritere
de l'Agenois , dont la
Nobleffe eft au nombre de
celles que les habiles en
Genealogie appellent du pre
mier ordre. Voicy l'abregé
de fon Hiftoire quine déplai
ra pas aux curieux .
L'Empereur Charlemagne
ayant conquis fur Hunaud
l'ancien Royaume d'Aquitai
ne ,compofé des Maitropoles
de Bourges , de Bordeaux ,
d'Auch , & de Narbonne
le donna à fon fils aîné , qui
fur depuis l'Empereur Louis
202 MERCURE
le Pieux. Comme ce Prince
eftoit encore jeune & que
Empereur fon Pere eftoit
fufflamment occupé à con
ferver la Couronne Imperiale
d'Occident, qu'il s'eftoit mife
par fa valeur fur la tefte , il
établir dans les principales
villes d'Aquitaine desComtes
où Gouverneurs , qui furent:
comme les Tuteurs du jeune
Roy Louis , & qui acquirent
tant d'authorité dans leurs
Comtez , qu ils les rendirent
enfin hereditaires dans leurs
familles.
Humbert fut établi Com
GALANT 203
te de Bourges , Alboüin de
Poitiers , Irier d'Auvergne ,
Guidebaud
de Perigueux
,
Roger de Limoges , Bullaud
du Vellay , Chorffon de Tolofe
, Aymon d'Alby , & enfin
¡Aymery fur créé Comte de
Narbonne l'an 810. en même
temps que les autres. Sa
famille fe divifa depuis en
plufieurs branches , celle des
Vicomtes de Narbonne eft
la plus renommée . Elle a
donné l'origine aux Seigneurs
de Taleyrand Narbonne , &
la branche de ceux - cy a
produit celle de Fiefmarcon204
MERCURE
Narbonne , laquelle enfin a
donné depuis environ un
fiecle le commencement aux
Seigneurs de Clairmont-
Narbonne .
Bernard de Narbonne ,
Baron de Fiefmarcon , époufa
en premieres nopces , An .
toine de Maüleon d'où naquit
entr'autres Jean de Nar
bonne , Marquis de Fiefmarcon
, done la pofterité feminime
eft prefentement
continuée dans la races de
Fiefmarcon - Caffaigner Til
ladet. Le même Bernard ,
prit une feconde Alliance
GALANT. 205
avec Leonor de Bruyeres
Chalabre , d'où naquit entr'autres
Maximilien de
Baron de Narbonne
Clairmont , Ayeul paternel
de la nouvelle Mariée , qui
a donné lieu à cette obſervation
Hiſtorique.
La Famille du jeune
Gentilhomme fon époux ne
fe glorifie pas d'une origine
auffi éclatante que celle de
Narbonne , mais la Nobleffe
dont elle est en poffeflion
depuis plufieurs ficcles
T'honneur qu'elle a d'avoir
produit de tres vaillans Che106
MERCURE
valiers dans les guerres , un
Lieutenant General au Gou!
vernement d'Auvergne en la
perfonne du brave Meffillac .
Raftignac , des Barons aux
Etats de la Province de
Quercy , où ils avoient la
premiere place alternative .
ment avec le Duc d'Uzez ,
le Marechal de Themines
& le Comte de Clairmont-
Lodeve à caufe des quatre
premieres Baronnies de cette
Province , Luzec , Paycor
ner , Gourdon , & Caftelnau ;
Ces avantages , dis - je , l'ont
renduë égale à l'illustre allian
GALANT 207
ce quelle a faite . Ce jeune
Marquis qui a cû l'honneur
d'eftre Page du Roy , eft Fils
de Mr le Comte de Rafti.
gnac , l'un des honneftes &
des plus magnifiques hommes
de ce temps , & de l'une
des filles du renommé Comte
de Clairemont - Vertillac
du nom de Touche Boeuf,
nom auffi Noble & aufli Ancien
qu'il paroit bizarre .
La droite raiſon eft on
trefor important pour qui la
peut aquerir. Non feulement
elle nous fait fouffrir avec
"
208 MERCURE
patience les chofes qui nous
déplaiſent & qui font inévitables
; mais elle nous donne
un efprit docile qui s'accom
mode de tout & qui nous
attire des avantages confide .
rables qui nous feroient écha
pez fans cette docilité. Une
Demoiſelle affez jolie fuc
mariée dans un age où elle
n'eftoit capable que d'envi
fager de beaux habits & une
parure qui éblouit la plupart
des jeunes perfonnes . Elle
n'entroit point dans les devoirs
qu'impofe le Mariage
& ne fentant rien pour fon
GALANT
209
mari dont fon coeur puft eftre
yeritablement touché , elle
pretendoit qu'il luy devoit
plus de complaifance qu'elle
n'en vouloit avoir pour luy
& s'il s'oppofoit à la moindre
chofe qui luy paffoit par la
teste, elle n'estoit point conrente
, comme elle eftoit fort
jeune , il l'a traitoit avec
beaucoup de douceur & dans
l'envie de s'en faire aimer
Il ne la
contrarioit que quand
ce qu'elle tâchoit d'obtenir
de luy ne
s'accordoit pas entierement
avec ce qu'on a
coutume de pratiquer , pour
Avril 1702
. "S
210 MERCURE
vivre en eftime dans le mon
de. C'eftoit cependant affez
pour luy donner du chagrin ,
& fon Pere qui l'aimoit fort
tendrement luy ayant un jour
demande la caufe d'une rêverie
où il l'a trouvoit , elle luy.
répondit comme en confi.
dence , qu'il l'avoit mariée
tropjeune , & qu'elle ne pou.
voit s'empêcher de regretter
fon eftat de fille. Son Pere ,
hommeremply de fageffe luy
réprefenta par de folides raifons
, combien il y alloit de fes
interêts de vivre bien avec fon
Mary , qui avoit d'ailleurs de
1
GALANT 211
tres belles qualitez & qui étoit
en estar de faire une tresgrande
fortune. Il lui fit voir
dans qu'elle vie languiffante
fes chagrins la reduiroient
fi elle ne faifoit pas tous fes
efforts pour vaincre l'indifference
qu'il luy voyoit pour
ce Mari , & qu'enfin il eftoit
toûjours de la prudence de
faire de bonne grace ce qu'il
falloit faire neceffairement.
Cette derniere railon frappa
vivement la jeune perfonne .
Elle avoit l'efprit ſolide , &
perfuadée, qu'il y alloit de
tout fon repos de croire fon
Sij
212 MERCURE
Pere , elle profita de ſes les
çons , & pour plaire à fon -
Mari , elle refolut de ne vou
loir plus que ce qu'il voudroit.
Un des meilleurs Amis
de fon Pere qui la voyoit
quelquefois , la fortifia dans
ces fentimens. C'eftoit un
homme qui avoit déja paſſé
fa cinquantiéme année , &
pour qui tous ceux qui le
connoiffoient avoient une
veritable eftime . Il eftoit fort
riche , d'une probite connuë ,
&comme le mariage lui avoit
toûjours paru un obſtacle à
fe pouvoir perfectionner dans
GALANT 213
*
l'étude de la Sageffe , il en
avoit fuy l'engagement . La
jeune perfonne reçut avec
beaucoup de plaifir les con
feils qu'il luy donna , & l'ha
bitude qu'elle prit de n'avoir
plus d'autres volontez que
celles de fon Mari , la porta
à une tendreffe pour luy , qui
furprit fon Pere , & la furprit
elle-même. Son coeur changea
à mefure que fon efprit
s'affermit dans la refolution
de ne s'appliquer qu'à fes de
voirs. Son Mari en fut touché
tres fenfiblement , & la
trouvant fort aimable , il
214 MERCURE
n'oublia rien pour lui affurer
une partie des grands
biens qu'il acquis en peu
d'années. Leur mariage demeura
fterile , & preferant fa
femme à fes heritiers , il luy
procura tous les avantages
qu'elle pouvoit fouhaiter, Ce
fus la, recompenſe du changement
dont fon bon eſprit
la rendit capable , & le fruit
heureux des fages conſeils de
fon vieil Ami , à qui fon Pere
qui mourut en ce temps là,.
recommanda fortement de la
voir toûjours & de luy con
tinuer les avis fur fa conduite.
GALANT 215
Elle fe trouva toûjours parfai
cement bien de les avoir pris
pour regle , & il admiroit fouvent.
combien elle avoit l'efprit
pliable pour tout ce qui
pouvoit la faire atteindre à
quelque degré nouveau de
perfection . Auffi la nommoit.
il un chef d'oeuvre qu'avoit
formé la raifon aidé d'un
coeur droit qui fe feroit reproché
la moindre foibleffe.
L'union avec laquelle elle
› vécut pendant vinge cinq ans
avec fon Mari,fut toute charmante
, & auroit duré de la
même force , finne fiévre des
216 MERCURE
plus violentes ne l'euft pas
emporté en peu de jours .
Elle le pleura , & on peut dire
que cette mort luy coûta des
larmes ameres. Les deux an.
nées de deuil expirées , on
vint luy faire des propofitions
de tous coftez. Elle avoit
beaucoup de bien , un merite
dont peu de perfonnes de fon
lexe approchoient , & fi elle
n'eftoit pas dans une grande
jeuneffe , on ne pouvoit dire
qu'elle fuft vieille . Elle ne put
voir tant de Prétendans fans
en parler à fon vieil Ami ,
qui luy demanda fi elle fongeoit
CALANT. 217
geoit à un fecond mariage,
Elle répondit qu'elle avoit
toujours fuivi les Confeils
en toutes chofes & qu'elle
eftoit refolue ales fuivre enco
re dans cette rencontre , fans
quoy elle estoit déterminée à
ne rien résoudre, mais qu'il lui
"feroit un fort grand plaifir s'il
vouloit examiner les avanta
ges qu'elle pourroit efperer
avec ceux qui s'empreffojent à
la rechercher, non feulement
du cofté du bien & de la
naiffance ; mais auffi pour les
bonnes qualitez done elle
feroit bien plus de cas que
Avril 1702
. T
118 MERCURE
du refte. Il confentit à ce
qu'elle fouhaita , & s'informa
avec foin de tout ceux qui
luy avoient fait porter parole.
Aprés un examen ferieux
il luy en dit tout le bien
qu'il en connur & en meſme
temps ne luy cacha aucun
des défauts dont ils eftoient
accuſez. Ces effauts l'emportant
fur les vertus , fon
coeur ne fe déclara pour
aucun d'eux , & de nouveaux
Prétendans s'eftant préfentez
il fit le même examen , fans
qu'elle puft le
un choix, cloudre à faire
Six mois àpeu prés
GALANT 49 :
.
s'étant paffez dans ce refus
general ,fon amy luy dit qu'il
voyoit bien qu'abfolument
elle ne vouloit point ſe.rema:
rier , & qu'il ne falloit plus
qu'il perdift du temps à des
informations qui ne devoient
aboutir à rien. Elle répong
dit que fi elle faiſoit tant
de refus , ce n'eftoit point
qu'ellerenonçaft au mariage,
mais qu'elle vouloit un hom.
me à lon gré , la deffus elle
luy fit un détail de toutes les
qualitez qu'elle fouhaitoit
pour prendre un fecond
mary , & ce portrait con-
Tij
to MERCURE
venoit fi bien à ce vieil amy
qu'il luy eftoit prefque impoffible
de ne le pas recon.
noiftre, ne put pourtant
s'imaginer qu'elle fuft capa ,
ble de jetter les yeux fur
luy , & il ne l'auroit jamais
penfé , pour le tirer de
l'embarras où elle le vit elle
ne luy cuft enfin demandé.
Pourquoy il ne s'eftoit pas
mis au nombre de ceux.
qui l'eftimoient affez pour
lavouloir époufer , le
vieil Amy fort furpris,luy die
que fi dans le temps qu'il
eſtoir jeune , il avoir trouvé
*
GALANT 1215
une perfonne qui cuft autant
de merire qu'elle , il n'au
roit point balancé à fe marier
, mais qu'il eftoit trop
vieux pour ofer fe croire
digne d'elle , & que quand
il feroit vray qu'elle parlaft
tout de bon , il l'a détourneroit
d'un pareil deſſein. La
Dame luy dit que la vieilletle
ne luy faifoit nulle peine,
qu'elle devoit à les feuls
confeils toute la fortune dont
on la voyoit joüir , qu'elle
ne pouvoit luy en marquer
mieux fa reconnoiffance
qu'en l'époufant , & que fa
Tiij
122 MERCURE
probité qu'elle connoiffoit ,
Peftime general qu'il s'eftoit
acquis , & le nom qu'il por.
toit dont elle feferoit honneur
dans le monde eftoient des
chofes qui fatisfaifoient affez
fon coeur pour la rendre plainement
contente . lk fc
dirent beaucoup d'autres
chofes qu'il eft aifé de s'ima
giner . Les conditions furent
arreftées de part & d'autre , &
le mariage le fit peu de jours
aprés .
Un jeune Officier d'une
petite Ville de Picardie deve
nu malade de la Jaloufie que
GALANT. 223
luy donoit une Demoiſelle
qu'il aimoit , fit fur le champ
& dans le plus rude accés
de fa fievre , les Vers qui
fuivent..
JALOUSIE
ALA
BELLE PER ONNOISE.
.....Dans
lefort d'une fiévre
ar
denté ,
Cette fievre , Philis , n'eſtpas mon
plus grandmal ,
Un autre plus affreux m'afflige &
me tourmente ;
C'est le bonheur de monrival.
Tij
224 MERCURE
.
&
Dans le temps que la fieure allume .
dans mes veines z ?
Unfeu qui confume man corps
"La noire Jalousie , & fes fougueux
transports
Produifent dans mon coeur de plus.
fenfiblespeines
$
Les accés de ma fieure enfinfe ralen
[ affez bons
tiffent ,
Mon corps a quelquefois
des momens
Mais
ceux que dans mon coeur ex citent
mes foupçons
,
Le rongent nuit &jour , & jamais
ne finiffent.
&
En vainparfes confeils ma prudente
9787 raifon
Veut bannir de mon coeur cet horrible
paifon
GALANT 225
Ses remedes luy font beaucoupplus
inutiles ,
Que nefont à mon corps ceux de mon ·
Medecin
Quoy qu'ilfoit des plus mal-habiles
Etn'aitpourtout talens qu'unfatras
de latin.
e
Rien ne t'excufe auſſi , tout parle
contre toy
Toutfert à redoubler matrifte jalou
fie.
Perfide coeur , fragile foy,
Que n'ay-je en vous perdant , helas!
perdu la vie !
$1814
La mort même la plus cruelle
Eft douce au prix des maux que reffent
un Amant ,
226 MERCURE
Quandilvoitqu'àfesyeuxfa Mat.
treße infidelle
Veutpar defauxfoupirs cacherfom
changement,
2
A tant dilimuler qui vous a ph con
thaindre ?
Pourquoy me trahir ? pourquoyfeindre
?
Pourquoy des beaux dehors d'un
amour affecté
Couvrir voftre infidelite ?
Parlez, que vous a fait l'homme le
plus conftant
Pour for envers luy de tant de perfidie?
Ne m'a t-on pù vous aimer tant?
Quepour vous voir, belas! tout d'un
coup refroidie ?
GALANT. 227
Puifque vous vous fentiez incapable
d'aimer
Avec une égale conftance ,
Vous deviezme le dire , & non examiner
Parvbire tendre complaisance ,
Un malque deformais rien ne pourra
calmer
2
Quand aux voftres mes yeux expri➡
moient leur amour
Ab !fi vous n'aviez eu que de l'indifference.
Faurois fait mes efforts pour en
··prendre à mon tour
Et j'aurois étoufé ma flame enfa
naiſſance.
2
Aujourd buy vieux Captifje nepuis
reprimer
D'un tiraunique amour la violence
extrême,
228 MERCURE
Et plusje fais d'effort pour ne vous ·
plus aimer.
Plus je fens que mon coeur vousaime.
Apparemment votre deffein
Fftoit de me caufer mille & mille
delices
,
Pour me plonger aprés le poignard
dans le fein ,
Et par un retourinhumain
Me caufer vivement mille & mille
fupplices
Pourquoy mes foins ont ils efté
-
[ le Maiftre ? foufferts
Puifque de voftre coeurje n'eftois pas··
Faloit -il me faire connoiftre
Tant
d'appas attirans , tant de
charmes divers ,
Pour les faire à mes yeux tout d'un
coup difparoiftre ,
GALANT 2.29
Si j'ignorais ce que jepers ,
La perte m'en ferait moins,fenfible
peut- cftre.
Mais lors queje ne vois en vous
Qu'un amas pompeux de merveil
les .
Qu'un affemblage vif & doux
D'attraits éblouiffans , de beau
tezfans pareilles ;
Je fuis au defefpoir qu'à mon beureux
Rival
[ faites.
Vous deftiniez
des chofes fi par.
Et plus jefçay ce que vous eftes ,
Plusje fens accroitre
mon mal
Š
De la gène ou mereduifoit
D'incommodes Argus l'exalte vigi.
Lance
Des peines qu'à mes feux chaque
jour oppofoit
230 MERCURE
De voſtre Père altier lafatale deffenfe
އ
Ne fouffrois -je donc pas affez?
Falloit-ilparvoftre inconftance
Mettre le comble à mes malheurs
passez
Vous de quij'attendois le bonheurde
mesjours ,
Philis , vous devenez ma plus dure
ennemie ,
Vous qui deviez enfin couronner mes
amours
Philis , vous m'arrachezcruellement
la vie.
Oùfont tous ces momens quand d'un
coeur transporte ,
Vous me juriez, Philis , une flame
fincere
Où font tous ces aveux dont vous
m'averflatté,
GALANT th
Il ne vous a pas plus coûtě
A les violer qu'à les faire.
$
Quelle perfidie eft la voſtre !
Dans le temps que vostre ferment
Me dit que vous m'aimez toujours
uniquement
Vous recevez les voeux d'un au
tre.
Ne redoutes- tu point la colere du
ciel?
Il bait la perfidie , abhorre leparjure,
Quoiqu'il tarde à punir un objetcriminel
Sa vengeance n'est pas moinsfure.
&
Ou fi tu braves fon couroux
Crains au moins un Amantfurieux
&jaloux
232 MERCURE
¿Quife laiſſe entrainer où le guidefa
rage
Elle me porte à me vanger
Etne veut point que je ménage
Une perfide , une volage
Qui ne craintpointde m'outrager.
2
Quoy donc , on me prendra pour dupe
impunement,
La Coquette à fon gré fe jouëra de
maflame
Un indigne Rival fier de fon changement
Triamphera des maux qui déchirent
mon ame ?
Je le verray s'applaudir en tous
lieux
Du rapide fuccès de fa chere conquefte
,
Qu'ilſe vante qu'àpeine il ent offert
es vatix a
GALANT 233
Qu'à l'écouterl'Infidelle fut prefte.
2 .
Cruel Amour (ors de mon coeur,
Ceffe de me parler en faveur d'une
ingrate,
"
Il faut laiffer éclater ma furen
Puifque fa perfidie éclate.
$
Perdons la mais , quiperdre un
adorable objet.
• Etpourquoy , quoy quefans fujet ,
Ie m'apperçois que mon coeur s'intereffe.
La rage en vain m'anime contre
vous ;
Malgré tout mon dépit je fens que
ma tendresse
Eft plusforte que mon courroux,
S
Quoi que vous me caufiez le plus
cuifant martife.
Avril
1702.
V₁
234 MERCURE
Lors queje crois que je vous hais ;
Vous regnez dans mon ame avecque
plus d'empire
Que vous yregnaftesjamais
S
Malgré votre infidelité
Le conferve pour vous la flame la
plus belle,
·Ingez , jugez par là de ce que c'euft
efté
Si vous m'aviez eftefidelle.
Meffire Michel Colbert
Aumônier du Roy, Abbé de
Premontré, Chef & General
de tout l'Ordre, mourut le 29%
du mois paffé dansfa foixante
& huitième année . Il eftoit
fils de M ' Colbert ControlGALANT.
235
Leur des Baſtimens du Roy.
Mr de Bechamel avoirépoufé
une de fes foeurs , & M
Belloc, premier Prefident de
Rouen fon autre foeur. Avant
que d'eftré élû General , il
avoit paffé dans toutes des
Charges de fon Ordre. D'abard
il anfeigna : la Philofophie
, enfuite la Theologie .
Ceux qui ont eu l'honneur de
le pratiquer ont connu qu'il
effait eres profond en l'une
BoBautre. Sa modeftie & fa
douceur Layanti fuit choific
pour eftre, Maitre des Novices,
al s'acquita fi bien de cet
Vij
236 MERCURE
I
• employ , que te Gênerál le fic
fon Prieur à Premontré.
s'acquit dans cette Place l'eftime
& le coeur de tous les
Religieux , qui rendoient tous
les jours graces à Dieu , d'a
voir à leur Tefte une Perfonne
de ce caractere . Comme
leur Général geftoit accablé
de goutes & hors d'état de
faire les Vifites , tant dans le
Royaume que dehors , il fit
Mr Colbert Vifiteur general
de tout l'Ordre. Il fit endore
mieux paroiftre dans cette
derniere fonction , combien
cftoit dignende tous , les.
༣
"
GALANT. 217
"
1
honneurs qu'on luy deferoit
Male Scellier, fon Predecef
feur, ne pouvant plus ,à caufe
de les incommoditez rem-
Split les fonctions de GeneraÞfe
demiten 1666 , & le Roy
ayant permis aux Religieux
de faire election d'un Sujet ,
-POrdre content de M Colbert
jetta les yeux fur luy, &
l'élut tout d'une voix pour
Abbé de Premontré & pour
General. 11 eft vray qu'il cut
enfuire bien des troubles ,
parce que Mr le Scellier ,
pouffé par quelques elpries
inquiets , reclama contre fa
238 MERCURE
demillion , ce qui fit ungros
Procés à Rome où l'election
faite de M' Colbert fut caffée,
mais en mefme temps le Pa
pe donna des Bulles mogu
proprio , par lesquelles il nom .
me M' Colbert General. On
ne (gait fur quel fondement
T'on caffa à Rome cette Eleetion.
La perfonae de Mª
Colbert n'eftoit pas indigne,
puifque le Pape luy rend
d'une autre maniere la juſtise
que les Religieux avoient
rendue à fon merite. Si toft
que fes Bulles furent obte . }
muës il fe fit bonir. Il a tenu
GALANT. # 39
deux Chapitres generaux ,l'un
en 1690. & l'autre en 1696.
Dans l'un & l'autre il ya toû
jours parlé en homme habile
poffedant toutes les matieres
de fon Ordre à fond, & l'on
fe fentoic entraîné à confen
tir à fes Decifions par la for
ce des raifons dont il les
ap.
puyoit, C'est par les foins
que le College de Premontré
a efté bâty , & fa pieté y a
fait établir un Office regle..
Il a embelly fon Abbaye de
Premontré de plufieurs bâ
timens pour la confolation
des Religieux, il y a fair gars
240
MERCURE
•
2
. ا ی د
nir une Bibliotheque
des Livres
les meilleurs & les plus
curieux fur toutes fortes de
matieres convenables
à des
gens deftinez
à deffervir
quantité de Benefices . Il s'eft
appliqué fur tout à rétablir
les Etudes, & le grand nom .
•bre de Docteurs & de Bacheliers
qui fe trouvent dans fon
Ordre , luy ont l'obligation
du foin qu'il a pris pour le
faire parvenir à ces Degrez .
Depuis plufieurs années com .
me par un preffentiment
fe .
cret , il meditoit fur les devoirs
& fur la neceffité de la
!..
les
mort,
GALANT: 241
mort,&pour ne pas priver fes
Religieux de fes pieufes Me.
ditations , il compofoit des
lettres fur les devoirs en general
& en particulier des Reli
gieux, ainfi que fur la mort &
fur la maniere dont on devoir
s'y preparer. Il fembloit qu'il
prévoyoit ce qui luy cft arri .
vé. Ces picules Meditations
l'ont porté à fe difpofer à ce
paffage terrible, & le jour qu'il
tomba enapoplexie il fe con .
feffa & celebra la mefle , ce
qu'il n'avoit pas manqué de
faire depuis plus de trois ou
quatre ans Le Roy ayant fceu
Avril 1702. X
242 MERCURE
la mort de ce General a eu
la bonté de faire expedier les
Lettres neceflaires aux Religieux
de Premontré pour
pour s'affembler, afin de pro .
ceder à une Election , & le jour
en eft indiqué au quatrième
May prochain. Les Indictions
font envoyées à tous les Religieux
au nombre de cenrafin
qu'ils ayant à fe rendre ce
jour là à Premontré.
Jay encore à vous appren
dre la mort de quelques per.
fonnes diftinguées , dont voi,
cy les noms.
DameLouiſe de Lifle, veu
GALANT 243
ve de Meffire Charles Chalfepor
de Beaumont, Seigneur
de Rubelles , Maistre des
Compres, & Maitre d'Hoftel
de la feue Reine.
Meffire Julien Brodeau ,
Confeiller honoraire de la
Grande Chambre. Il a des
enfans de Dame Magdeleine
Bechefer, fa premiere femme.
Dame Anne Louife de
Tremereuc, époufe de Meffire
Touffaint de Cornulier ,
Seigneur & Marquis de Châteaŭfremont,
Comte de Largoel,
Prefident à Mortier au
Parlement de Bretagne.
x ij
244
MERCURE
M'de ' la Deveze , Lieures
nans de Roy de la Province
de Quercy , & Colonel du
Regiment de Vauges , a ett
permiffion de vendre fon Re
giment à Mr de Moncaut ,
Sous -Lieutenant au Regi
ment du Roy , fils de M de
Moncaut Brigadier des Ar
mées de Sa Majefté , & Gouverneur
de la Citadelle de
Bezançon. La famille de la
Deveze
elten
Quercy
& depuis plus d'un fiecle ,
tient à honneur
d'eftre une
branche
des anciens
Seigneurs
du Château
de LoGALANT
24f
piac , bâty à l'antique fur
la grande riviere de Loth
en Rouergue. La Nobleffe
de cette race eft d'autant
moins fufpecte qu'elle a di
vers caracteres qui luy one
acquis la reputation d'être au
nombre des meilleures de
cette Province. On y a porté
le nom de Lopiac, dés le
temps de l'inftitution de l'u
fage des noms. On Y eftoit
en poffeffion de la Seigneu
rie du mefme nom , lorfque
les premiers Comtes de Rodez
etablirent leur domination
dans la Province de
X iij
246 MBRCURE
Rouergue. On prouve lefait
par les hommages rendus en
divers temps par les Sei,
gneurs de Lopiac à ces Com
tes , & aux Comtes d'Armagnac
fucceffeurs de ceux de
Rodez . Les circonstances
qu'on a obfervées ont donné
à quelques uns, lieu de foupçonner
que le Fondateur de
cettel Famille , eftoit de la
race de Louis premier Duc
des Galcons , & qu'en mes
moire de ce fameux Capitai
il appella fon Chateau
ne ,
*
& la Seigneurie , Lopiac , &
prit un Loup dans fes Armoi
GALANT 247
effective .
ries, que l'on porte
ment encore dans la famille.
Les Aîaez font toûjours , en
poffeffion de la belle Terre
de Lopiac , & ont pris des
alliances avec les Familles anciennes
de Peyneffe, de Cap.
denac , de Monfalais , de Balaguier,
de Salles , de Corn , &
enfin avec celle de Fages .
Sainte Colombe; qui eft une
branche de la famcule Maifon
de Montefquieu en
Guyenne. On foupçonne que
les Seigneurs de la Panouze
établis dans le haut Roüer
gue, & qui ne ſubſiſtent plus
X iiij
248 MERCURE
prefentement , eftoient iffus
de ceux de Lopiac , à cauſe
qu'ils en portoient le nom .
Mrs de Sainte Marthe l'ont
obfervé dans leur Galliá Chriftiana
, en parlant de Guy de
la Panouze , dit de Lopiac,
Archidiacre de Conques dans
l'Eglife Cathedrale de Rodez
Evefque de Mende en 1443.
de Caftres en 1444 & enfin
Archeve que de Damas en
1448. & d'Antoine de la Panouze
, dit auffi de Lopiac,
Evefque de Mende en 1468
La branche de la Deveze à
pour Chef Pierre de Lopiac
*
GALANT. 249
qui prit alliance dans le dernier
ficcle avec Anne de Su
ridame de la Deveze , d'où
nâquirent Jean de Lopiac,
Sieur de la Grenede tué en
duel par le sieur de Pilonez
Gentilhomme
de Quercy ;
Jaques de Lopiac Sieur de
Lauzerte Moufquetaire
du
Roy, mort dans un combat
fait à l'occafion d'une que
relle prife avec quelques uns
de fes Camarades ; Jeanne de
Lopiac mariée avec le Sieur
de la Gibertie & Jean- Pierre
'de Lopiac Sieur de la Deveze
Paîné de ceux qu'on vient de
250 MERCURE
nommer, qui épousa Juliette
de Fontanges - Chambon ,
Dame d'une famille établie
en Limofin , & iffuë d'une ras
ce ancienne , & des plus illu
fres de l'Auvergne. D'elle
font nez Jean de Lopiac fieur
de la Deveze qui perdit la
vie à la Bataille de Senet, à la
refte d'un Bataillon qu'il
commandoit dans le Regi
mene du Roy ; Louis -Charles
de Lopiac , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jean de Je
rufalem , Capitaine au Regiment
du Roy , & qui quiera
depuis la Croix de cette ReGALANT
25t
ligion pour épouſer Jeanne
de la Croix de Caftres en
Limoufin , d'où eft née une
fille unique qui a du merite
& de la beauté ; Emanuel de
Lopiac fieur d'Alguiere , Licutenant
de l'Artillerie de Fran:
ce dans l'Armée du Milanois
& Commandant l'un des Ba
caillons du Regiment Royal
Artillerie , Pierre de Lopia
S'de Lauzerte , Capitaine au
Regiment du Roy mort avec
fon frere aîné à Senef; Louis
de Lopiac de la Deveze Abbé,
& Jean - Pierre de Lopiac
Seigneur de la Deveze, Lieu25
MERCURE
tenant de Roy en Quercy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & cy.devant Colonel
d'un Regiment d'Infanterie,
qui a donné lieu à cet Article.
Vous ferez peut- eftre fur
prife que je vous parle de
l'Entrée de Mr Gualtieri ,
Nonce de Sa Sainteté en
rance , puis qu'il y eft depuis
longtemps que vous avez
dû croire que cette Entrée
eftoit faire, & que j'avois ou
blié de vous en parler. Cé
pendant comme la Cour a
prefquetoujours efté en dueil
GALANT 253
depuis fon arrivée , on a re
culé cette Entrée jufqu'au
fecond de ce mois. Je n'en.
treray point dans le détail
du Ceremonial , puifque je
vous ay déja fair plus de cin
quante defcriptions des Entrées
des Nonces , & des Am;
baffadeurs Extraordinaires, &
qu'elles font toutes les mê
mes quant à ce qui regarde .
le Ceremonial & les Audien
ces. Ainfi toute la difference
qui peut s'y trouver ne con ,
fifte que dans la diverfité &
dans la richeffe des Livrées,
dans le nombre des Garoffes
254 MERCURE
t
Se
& dans leur magnificence.
On peut dire que Mr le
Nonce a excellé en tout cela.
On peut dire auffi que fa
livrée eftoit riche , puifque
les habits de tous ceux qui la
portoient eftoient couverts
d'un Galon de Soye , enfermé
de deux Galons d'argent , ce
qui faifoit une nuance tres
agréable, & produiſoit un effet
beaucoup plus beau que
fi tout le Galon euft été d'ar.
gent. Ily avoit trois Caroffes
magnifiques & une Caleche .
Il fut conduit par Mr le Prin
ce Charles de Lorraine , & reGALANT
275
çur tous les hon neurs , tant
fon Entrée qu'à fesAu diances
qu'on a cou tume de faire
aux Ambaffadeurs des Teftes
Couronnées. Il fut compli:
menté de la part de toute la
Famille Royale , à qui il fit
des prefens dont la fage mai
gnificence convenoit & à ces
prefens & au caractere de ceceluy
qui les faifoit Je ne vous
dis point qu'il fut agréable.
ment reçu , & qu'il s'acquitta
tres bien de toutes les fonctions
de ces jours de Ceremo
nies. Ce n'eft pas une chofe
nouvelle,on fçait qu'il a rout
276 MERCURE
l'efprit qu'on peut avoir. Je
dois ajouter icy , quay que
cela ne regarde pointl'article
de fon entrée , qu'il a un ca.
ractere d'honnefte homme
de fincerité , & de fermeté ,
dont s'il m'eftoit permis, je
pourrois rapporter beaucoup
de preuves. Il foutient avec
éclat la qualité de Miniftre
de Sa Sainteté , & a ſouvent
donné des repas dignes de
fa magnificence aux Minif.
tres étrangers qui font en
cette Cour , ainfi qu'à plu,
fieurs Princes & Seigneurs.
Je ne vous dis rien de M
GALANT 277
Fiefchi , Nonce extraordinaire.
Vous fçavez qu'il eft de
la Maifon de Fiefque , & ce
que T'on peut dire d'avantageux
de cette Maiſon . Il n'a
point encore fait fon entrée
publique Ainfi il n'a cu
jufqu'à préfent que des Aa.
diences fecretes de Sa Ma
jefté. Comme le Pape l'a envoyé
pour travailler à la Paix ,
il dit à Versailles le premier
jour qu'il y alla , qu'il apor .
toit un Rameau d'Olivier.
Il voudroit bien dire vray ,
& qu'il fut au pouvoir de
Sa Sainteté de le faire naiftre
Avril 1702. Y
278 MERCURE
il trovera en France une
terrè propre
à le pro
duire ; mais elle ne le peut
feule , & il faut qu'elle foir
mellée d'une autre qui n'a
pas toutes les difpofitions
requifes pour le faire naître.
Vous fçavez que le Roy
d'Eſpagne a nommé M le
Comte d'Eftrées , Chevalier
de la Toifon d'Or & que ce
Comte a répondu , qu'il falloit
avant que de recevoir cet
Ordre , qu'il en demandaſt la
permiffion au Roy. Je ne vous
parle point prefentement de
ce Comte dont j'auray beau :
GALANT 279
coup à vous entretenir avant
que de finir cette Lettre.
M' le
D
Comte d'Ayen
ayant cccompagné Sa Majesté
Catholique jufqu'en
Elpagne & ayant pris foin
pendant toute la tonte de
beaucoup de chofes qui pouvoient
faire plaifirà ce Mos
narque pour qui, il a toujours
fait voir beaucoup de zele , &
d'atachement , à auffi efté
nommé Chevalier de la Toi
fon d'Or. On a peu vû de
Seigneurs faire une auffi belle
figare dans un âge fi peu avance
puifqu'il n'y a rien qu'il
Y ij
280 MERCURE
ne fçache à fond , ou done
il n'ait quelque teinture.
- Le Roy d'Eſpagne à nom.
mé dans le mefme temps Mr
de Cezane , frere de Mr le
Duc d'Harcour , Chevalier de
la Toifon d'Or . Il fut nommé
pour accompagner ce Prince
en Espagne , & comme ce
Monarque n'eftoit pas enco
re affermy dans la Langue
Elpagnole, & que Mr de Co.
zane la poffede parfaitement ,
il fervit d'Interprete à Sax
Majefté Catholique. Il a
milles bonnes qualitez qui
GALANT 281
lay ont acquis l'eftime , & la
bienveillance du Roy d'Efpagne
, & l'honneur . qu'il
vient de recevoir .
Les deux Regimens Eſpa
gnols, dont l'un porte le nom
de Regiment de Flandre , &
l'autre de Brabant ,font fortis
de Catalogne , il y a déja
quelque temps . Ils doivent
paffer par le Languedoc &
par la Provence. Ils vont en
Piedmont , d'où ils pourfuivront
leur route pour joindre
l'Armée des deux Couronnes.
Ces Regimens tresa
beaux la plufpart de ceux.i
282 MERCURE
qui les compofent ayant déjas
fervy. Les Cavaliers ont des
Chevaux de foixante Louis.
Ces Regimens font fort le ftes,
l'un eft veltu de gris doublé
de bleu , l'autre de bleu
doublé de rouge. La pluſpart
des Cavaliers ont des feconds
Chevaux *i *
On ne peut trop écrire
fur les actions glorieuſes ,
éclatantes & fingulieres.
Ainfi on ne doit pas s'étonner
fila gloire que les
François ont acquile à Cre
mone a fait faire tant de Vers.
En voicy de nouveaux fur le
GALANT 283
melme fujet. Ils font de Mr.
du Puget de Berance.
ODE.
MUfe
,dont
la voix
bautaine
Famais ne fe fit oüir
Pour une louange vaine ,
Defcens , vient nous réjouir ,
Dy ce que la Renommée
De nôtre valeur charmée
Ta conté de nos exploits ;
E:
que
l'Univers s'étonne
En voyant ce qu'à Cremone›
Ofa faire le François ?
284 MERCURE
Déja maistre de fes portes
Eugene victorieux
Faifoit ranger fes cohortes
Dans un Champfartspacieux:
L'ardeur des Chefs
victobre ,
leur nom
La nuit , le filence , & lombre
Secondoient l'évenement.
Les Gardes fur la pouffiere
Avoient perdu la lumiere
Sous lepoignard Allemant ,
Fameux vainqueurs de l'Aulides
Qui priftes les murs Troyens ,
Une rufe moins perfide
Vous livra leur Citoyens ?
QuelSecours pourtant s'avance ?
Pour
GALANT. 285
Pour laffer la refiftance ,
Que d'incroyables efforts ?
Pourmon invincible Maiftre
Les Dieux ont ilfait renaiflre
Les Sarpedons , lesHectors ?
Ouy ,fans doute , j'y contemple
Cent glorieux deffenfeurs ,
Sa voix , fes yeux , fon exemple
Sont gravez dans tous les coeurs,
Revel a tout donne l'ame
Praflin dans l'eau , dans la flame
Coupe un Pont devant leurspas
Finmarcon foutient l'ouvrage ,
Ne leur laiffant pour paſſage
Que les eaux , où le Trepas.
Avril 1702 Z
186 MERCURE
La fous l'armure trompée
Ils fentent percer leurflanc ,
Icy de cent coups d'Epée
L'Irlandois vange fonfang ,
D'autres tombent dans les wagues
,
Redoutant Prefle , d'Entragues ,
Tous Chefs avec Mahony ,
Que quelque bleẞure honore
Et qui difpurent encore
La Victoire de Carpy.
Douze legions infignes
Semant la mort & l'effroy
De nos Vers fe rendent dignes ;
Mais plus encor de mon Roy.
GALANT. 287
Baillantes ,furieufes ,
Et par tout victorieufes
Toutes vont braver la mort ;
Et plein d'une noble envie
Aucun ne regle fa vie.
Quefuivant le communfort
Quoy que fans Chefs fans
·guides
On les a vus s'attrouper,
Et fur ces Geants timides
Ils ne ceffent defrapper..
Chaque guerrier fe fignale.
Et l'Aurore matinale ;
Pour avoit trop attendü ,
A s'ennywier de Carnage ,
Les voit fuir avec outrage
Z ij
288 MERCURE
Dufort le mieux deffendu ."
Eugene , les yeux humides ,
Rapelle en vain leurs Exploits ,
De tant de Chefs intrepides
Aucun n'écoute fa voix.
Au torrent luy même il cede ,
La douleur qui le poffede
Détourne encore les regards,
Sur cette Ville ennemie ,
Où la fuite & l'infamie
Sont le prix de fes hazards.
Placez vous fur le Porphyre,
Mes Vers; dansfi peu de mors
Vous n'avezpas pú d'écrire ,
Les faits de tant de Heros ?
GALANT 289
Mais dites de quelle gloire ,
Louis paya leur victoire ,
Qu'ilsfont sous fes nourriſſons ;
Famais l'Ecole vaillante
Du Monarque que je chance,
Ne déroge àfes leçons.
Et Toy, dont l'ame attendrie,
Prife la noble fureur
De ceux qui pour leur Patrie
Vont à la mort fans terreur ,
Quel augufte témoignage
Ne rens - tu de leur courage ?
Mais quel autre Roy fi bon,
Sous l'un & fous l'autre Pole ,
Merite mieux qu'on s'immole
Pour la gloire de fon Nom.
Z iij
290 MERCURE
$0 20th cen
Pour moy, l'ame encore faiſie A
De les outit tous wanter, al
Une noble jaloufie ,
M'excite à les imiter ,
Et
Valais
quoy que tout mon partage
Soit le fterile avantage
De quelques fons imparfaits,
Que Marsm'ouvre la Carriere,
Et de mon ardear guerrieres A
Mon Roy verra leseffets, mo
Les nouveaux Planiſpheres
celeftes de Mr de la Hite,
Profeffeur Royal & de l'Academie
des Sciences ,viennent
d'eftremis aujour par le Sicur
GALANT 297
de Fer, Les Sçavans & les Curieux
feront fatisfaits de
l'exactitude & du deffein de
cet Ouvrage , auffi bien que
du nouveau Plan de Paris
avec les nouvelles Divifions
que le Sieur de Fer a donné
en meſme temps au Public,
Il doit mettre en vente le
premier de May prochain
fon nouveau Livre des Cartes
, Plans & Vûës pour la
guerre d'Italie , dans lequel
on trouvera les routes que
Sa Majefte Catholique a tenues
de Paris à Madrid , de
Madrid à Barcelone , de Bar-
Z iiij
292 MERCURE
celone à Naples , de Naples
à...... & celle que les Flotes
Angloifes & Hollandoifes
tiennent ordinairement pour
paffer le Détroit & entrer
dans la Mediterranée . La
Carte des Nouvelles Lignes
où les Frontieres des Païs- Bas
Efpagnols & Hollandois, fera
achevée dans le même temps
& mife au jour.'
Tous ces Ouvrages fe di-
Atribueront à Paris chez l'Auteur
dans l'Ile du Palais , fur
le Quay de l'Orloge , à la
Sphere Royale. Mr de Fer
vend aufli les Plans de BonGALANT.
293
-
ne , Juliers , Cologne , &c.
Rien n'eft plus curieux que
toutes ces Cartes dans la fi.
tuation où font aujourd'huy
les affaires de l'Europe.
T
Les Vers qui fuivent font
de Mademoiſelle Lheritier .
ROMANCE
Sur l'Air deJean de Vert.
AMADAME DE P * **
P Vifque mon indolent repos
Chez vous n'a point d'excuſe
Je vais fans chercher de grands mots
294 MERCURE
Faire parler ma Muſe
Mais ne comparez pasfes chants
A ceux qui fe formoient du temps
De Iean de Vert , de Lean de Vert...
S
Ce temps fecond en beaux efprits
Eut cent doftes merveilles.
On y vit les fameux écrits
Des Racans , des Corneilles
It eftoit peu de vers méchants
Mais nous ne sommes plus au
temps
!
De JeandeVert , de Iean de Vert....
S
Auffi les Mufes à la Cour
Alors toujours cheries ,
Avoient banni de ce fejour
Tant de minauderies ,
Ieux d'efprits , plaiſus innocens
Faifoient fes delices au temps
De Leande Vert , de Leande Vert....
GALANT 295-
2
Mais aujourd'huy l'on ne croit pas
Que l'on y puiffe plaire
Aimant les plaifirs délicats
Et la vertu fincere .
On croit que garderles ferments
C'eft vivre en Palatin du temps
De Ieande Vert , de Lean de Vert.
2
A peine lesjeunes Blondins
Cherchent a plaire aux Belles.
On les traiteroit de badins
Defoupirer pour elles
Tendres ardeurs , beaux fentimens
Paffent pour des ragoufts du temps
De Iean de vert , de Iean de Vert...
S
Il n'est plus mefme aucun Heros ,
Quife faße une affaire.
De duper parfourbes propos
La Nymphe & la Bergere.
296 MERCURE
•
Tels qu'on voit braves & vaillans
En amour fe moquent du temps
De Leande Vert , de Iean de Vert...
$
Le grand exemple de Louis
Leurfait chercher la gloire
Mais des qu'ils n'ont plus d'Ennes
mis ,
Ils ne fçavent que boire .
Et tous leurs divertißemens
Sont tels que ceux des Allemans:
De Ieande vert , de Iean de Vert.:
S
Nous voyons d'un autre cofté
Que la plupart des Dames
N'ont plus cette Noble fierté
Qui doit regler leurs ames .
Pourvu qu'on faffe un tas d'Amans
Ont rit des maximes du temps w
De IeandeVert , de Lean de Vert
GALANT 297
Enfin il n'eft prefentement
Perfonne qui fe pique
De reffentir fincerement
La tendreffe berorque .
Le pauvre amour tout confterné
Regrette le temps fortuné
De Iean de Vert , de Jean de Vert..
2
Ceffez dont de me reprocher
Mafroide indifference
Non , je ne veux point m'arracher
D'une heureufe indolence
Et ne veux pour amuſemens
Que ceux qu'on cherißoit du temps
De Jean de Vert , de Iean de Vert..
2
A prefent à vousparler net
Fort peu fçavent me plaire ,
Ni Baffette ni Lanfquenet
Nefontpas mon affaire.
Connoiffoit-on ces maditsjeux
298 MERCURE
Au temps loyal , au temps heureux,
De Leande Vert , de Iean de Vert..
a
Afe barbouiller de Tabac
Trouvoit-on de la gloire ,
Sepiquoit- on d'un eftomat
Qui futfi propre à boire.
Certaines Dames de ce temps
L'emportent pour ces beaux talens
Sur Lean de vert ,furIean de Vert..
Telles Bacchantes ont banni
L'aimable politeße
Le bongoût paroift endormi
Et la delicatefe
Ab qu'on voit peu d'hommes galans:
Excepté ceux qui font du temps
De Iean deVert , de IeandeVert...
Dans les Cercles les mieux choifis
GALANT 299
1
Fort peuje vous affure
Imitentpar leurs tours polis
Sarrafin ou Voiture.
Ie quitterois tous les vivans
Pour tels défunts l'honneur du temps
De Jean de vert , de Jean de Vert...
$
Comme l'onfe retire loin
De la galanterie
Onfuit en fa place avecfoin
La poliffonnerie
On dit des bons mots plus graffiers .
Que les Goujats des Officiers
DeJean deVert, de Jean de Vert..
S
Belles , dont l'efprit gracieux .
Vous fait refter polies ,
Tachez de délivrer ces lieux
De telles barbaries
Pour rappeller les airs galans
Soyez, feveres comme au temps
200 MERCURE
De Jeande Vert, de Jeande Vert
S
Pourpetits-Maitres & Blondins
Soyez noblement fieres.
Ayez de modeftes dédains
Ainfi qu'eurent nos meres.
Aimez l'efprit & les beaux arts
M'imiter point les airs hagars
De Jeande Vert , de Jean de Vert...
S
Pour vous , à qui j'écris ces vers ,
Admirable Artenice ,
Le Ciel vousfit cent dons, divers
A qui l'on rendjustice
Vos actions , vos fentimens
Ont la pure vertu du temps
De Jean de Vert , de Jean de Vert...
S
Afin de vous entretenir
Jagreveilléma Mufe.
Maisje Jens qu'elle veut finir
GALANT. 301
Sa musique eft confufe
Elle rentre dans fon fommeil
Regrettant le temps fans pareil,
De Jean devert de Jeande Vert...
Mr le Cardinal de Noailles
ayant accordé la permiſſion
au Pere Archange d'Ecoffe ,
qui s'eftoit converty à la Foy
en 1694. & fait Capucin en
1698. de recevoir l'Abjuration
de Madame fa mere &
de fon frere , la Ceremonie
s'en fit le 13. Mars dans l'Eglife
des Religieufes Capuci.
nes de Paris , dans la celebra .
tion de fa premiere Meffe ,
aprés une petite Exhortation
Avril 1702. A a
3oz MERCURE
qu'il leur fit en Anglois fur
le fujer prefent mr le Colonel
Græmer fon pere & époux
de cette Dame avoit fait fon
abjuration à la Trappe l'an
1700. entre les mains de Mr
l'Abbé , dans le même tems
qu'un autre de fes enfans y
faifoit Profeffion fous le nom
de Frere Alexis, qui y mourut
fix mois aprés en odeur de
Sainteté. Il s'eftoit converty
l'an 1693 & fait Religieux en
1699.
Toutes les actions des
grands Princes eſtant remar,
quables , je ne puis me dif
GALANT 303
penſer de vous dire que le 6,
de ce mois Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , aprés
avoir quitté le Roy à Nôtre
Dame, fit l'honneur à Mr de
Gaignieres d'aller dans fa
belle & agreable maifon vis
à vis les Incurables. Je ne
parleray point de мr de Gaignieres
, il eft allez connu.
Je me contenteray, de parler
de fa maiſon , d'une partie
de ce que l'on y vit , & de
ce qui s'y paffa fuivant ce
qu'une perlonne qui eut le
bonheur d'accompagner ce
jour là Monseigneur, le Duc
Aa ij
304
MERCURE
de Bourgogne m'en a raporté
Ce qu'il y a de furprenant ,
c'eft qu'encore que la même
perfonne m'ait parlé d'une
infinité de chofes qui meri .
tent qu'on y faffe une attention
particuliere , elle m'a
neanmoins avoué qu'il luy en
eftoit échappé une grande
quantité.
Pour mettre quelque ordre
dans ce que j'ay à vous raconter
, je vous diray que
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
luy ayant fair fçavoir
qu'il luy feroit l'honneur
d'aller chez luy le jour que
GALANT. 30%
je vous ay marqué, il y arriva
un peu aprés midy' , & ayant
traversé une grande cour , il
defcendit de Caroffe & monta
à l'Apartement . Ce Prince
s'arrefta dans le Salon à con .
fiderer un grand nombre de
Portraits originaux des Princes
& des Princeffes des der.
niers fiecles qui font de la
main des meilleurs Maitres .
Il paffa delà dans une
grande chambre à coucher,
qu'il trouva ornée d'un meu.
ble auffi riche qu'il eft de
bon gouft, dans laquelle font
des Portraits de la Maifon
306 MERCURE
Royale. Il y vit le fren , mais
tel qu'il l'avoit donné à Mr
de Gaignieres , lors qu'il luy
fit l'honneur d'aller chez luy
à l'Hôtel de Guife il y a dix
ans , où Mr le Duc de Beauvilliers
de conduific avec
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
aujourd'huy Roy d'Espagne.
Enfuite ce Prince entra
dans un Cabinet des Ta
bleaux qui attirent l'attention
par leur diverſité, & par
leur beauté , & qui font des
originaux du Titien , de Hol.
beins , de Vandeck , de Por.
bus , de Paul Bril , & d'au
GALANT 307
eres Peintres des plus fameux.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne aprés avoir confideré
chacun de fes Tableaux
felon fon merite particulier
, en confidera longtemps
un qui luy parut auff
beau que fingulier . C'eft une
Miniature qui peut fans contredit
paffer pour la plus
belle de l'Europe. Elle eft
d'un pied & demy de large
fur un pied de haut. Elle res
prefente l'Entrée du Roy à
Lille en Flandre. On y voit
plus de dix mille Figures ,
308 MERCURE
dont les attitudes font diffe
rentes. Tout y eft d'une
grande correction . Les Tapifferies
y font repreſentées
avec tant d'exactitude & de
delicateffe que l'on y diftingue
les Hiftoires qui les com.
pofent, & mêmes les bordu. :
res.
Ce Prince trouva dans le
même Cabinet plufieursDef
feins à la Plume faits de fa
main , dont il a honoré Mr
de Gaignieres en divers tems ,
& qui marquent fon adreffe,
fon gouft,& l'étenduë de fon
genie . Il en auffi de Meffeigneurs
GALANT. 309
gneurs fes Freres , qu'ils ont
pareillement donnez à Mr de
Gaignieres .
De ce Cabinet Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
paffa , dans un autre beau.
coup plus grand , remply de
plus de quatre cens Portraits
des perfonnes les plus illuftres
de l'un & de l'autre fexe
depuis plus de trois cens ans,
prefque tous Originaux da
temps, parmy lefquels ily en
a grand nombre peints par
par le fameux Janet , & par
Corneille. Là , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , à la
Avril 1702
. Bb
310 MERCURE
י י
veuë de tant de grands Hommes
, fit voir que rien ne
luy eftoit nouveau dans l'Hiftoire
, par les circonstances
que fa memoire luy en fourniffoit
à tous momens , avec
des traits de cet efprit fin &
delicat qu'il içait répandre
fur tout ce qu'il dit. Aprés
avoir longtemps confideré
tous ces Portraits , il regarda
divers Jettons parmi un amas
prodigieux qu'en a Mr de
Gaignieres, & par le jugement
qu'il en fit , il fut aife de remarquer
qu'il connoist tour
le prix de cette curiofiré.
GALANT 311
Une grande Galerie qui fe
prefente à la fortie de ce Cabinet
, attira les regards du '
Prince , foit par les Portraits
des Chevaliers de l'Ordre du
SaintEfprit depuis fon inftitu .
tion juſqu'à preſent, dont мr
de Gaignieres a déjaune gran
de partie, & qu'il continue de
ramaffer tous les jours , foir
par une grande mültitude de
Portefeuilles remplis d'une
fuite de Topographie hiſto .
rique en Taille douce & à la
main , des quatre Parties du
Monde , où font beaucoup
de Portraits de Rois,de Prin
·
Bbij
312 MERCURE
ces & de Perfonnes illuftres
de toutes les Profeffions jul
qu'au nombre de feize mille ,
les Cartes , les Plans, les Vûes,
les Tournois , les Carrouzels,
les Ceremonies , & generalement
toutes les chofes que
l'on a pû affembler qui re
gardent la Topographie , &
Hiftoire.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne trouva auſſi dans
cette Galerie cene Volumes
de Lettres originales de Rois,
Princes, Miniftres , Ambaſſa
deurs , avec des Memoires du
mefme caractere, & des plus
GALANT:
313
confiderables. Ce Prince vou
lut lire luy mefme quelques .
unes de ces Lettres . Il fe plus
for tour à celle que François
Premier écrivit dans fa prifon
aux Grands du Royaume , &
dans laquelle ce genereux
Prince témoigne des fentis
mens dignes de fon, grand
courage,&de fon amour pour
fes Peuples.
Aprés s'eftre longtemps
promené parmi ce riche &
grand amas de curiofitez uti .
les & agreables , il demanda à
voir quelques Portefeuilles
fur lefquels il s'arreſta , faiſant
B bini
34 MERCURE
paroiftre à plufieurs repriſes
la fatisfaction qu'il en rece
voit. Il parcourut auffi divers
anciens Manufcrits curieux
ornez de belles Miniatures
hiftoriques & importantes , &
ce que ce Prince en dit , fie
bien connoiftre qu'il a un
gouft feur & excellent .
Quoy que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne cuft
paffé plus de trois heures entieres
à confiderer tant de
chofes fingulieres , & que l'on
n'auroit pas cru devoir trouver
chez un particulier, il ne
put cependant tout voir , Mr
CALANT.
ཏྭཱ་
de Gaignieres ayant outre
cela un Cabinet qui comprend
entr'autres plus de fix
cens Volumes manufcrits
ious excellens tant anciens
que modernes. Cela donna
hieu à ce Prince de luy dire,
que ce ne feroit pas la der.
niere fois qu'il viendroit chez
luy . I lay marqua plufieurs
fois en fortant qu'il eftoit
tres fatisfait , & l'aifura «qu'il
luy donneroit fon Portrait,
quieftant nouvellementpeint
feroit plus reffemblant que
celuy qu'il luy avoit autrefois
donné, & qu'il remarqua au-
Bb ij
316 MERCURE
prés de celuy du Roy.
Mr le Comte du Fenoit a.
achetté la Charge de maiſtre
des Requeſtes de Mr Pelletier
des Forts. Il eftoit auparavant.
Confeiller au Grand Confeil.
Ce jeune magiftrac eft d'une
des plus anciennes Maifons
du Lyonnois , originaire du
Royaume de Naples. Cette
ancienne Maifon s'eft toûjours
diftingué dans l'Epée.
Celuy dont je parle a fait une
des premieres Campagnes de
l'Arriereban du Lyonnois
dont il eftoit Cornette, Ma
GALANT 317
3
dame fa mere eft de la Maiſon
de Migieu , Maiſon qui eft
fortie du Bugey où elle a de
grands biens , & eſt preſente
ment établie à Dijon . Cette
Dame eft foecur. de мr de мigieu
, Prefident à mortier au
Parlement de Dijon , fille de
feu Meffire Guy de Migieu ,
Prefident aux Requeftes de
ce mefme Parlement , & de
Madame de mongey d'une
des plus anciennes Famille
de cette Ville , & petite fille
de feu Noble Antoine de
Migieu & de Madame de Tricaud
, La Maiſon du Fenoit
118 MERCURE
eft alliée aux plus anciennes
Maiſons du Lyonnois . Mr du
Fenoit dont je parle a une
foeur mariée à мr de Grefoles
Seigneur de Tyranges dans
le Forest. La Majfon de Gre
foles eft tres noble & tres
ancienne ; il avoit un frere
Capitaine d'Infanterie mort
dans le fervice depuis quelques
années. Il en a un dans
l'Ordre de Cifteaux qui eft
tres eftimé dans cet Ordre.
Quoy que dans l'article de
ceux qui ont efté nommezpar
le Royaux Benefices vacans ,
GALANT 314
vous ne trouviez point Mr.
de la Chetardie , Curé de S.
Sulpice , je dois vous dire
pour la gloire de Sa Majefté ,
& pour celle de ce digne Pafreur
, qu'elle l'avoit nommé
à l'Everché de Poitiers, parce
que ce Diocefe , où l'on dit
qu'il y a environ huit cens
Villages à vifiter , dans lefs
quels fe trouvent beaucoup
de nouveaux Convertis , demande
un homme du caratere
de Mr de la Chetardie ,
auffi laborieux , & qui ait
autant d'intelligence & aucant
d'activité pour le falut
320 1
MERCURE
des ames. Ainfi le choix du
Roy convenoit à l'Evefque &
an Dioceſe , & confirme que
ce n'est pointaux folicitations
& aux confiderations humai .
nes quele Roy donne les Be
nefices , mais qu'il s'appli
que à connoistre le merite
pour conferer les Benefices
vacans à ceux à qui ils con
viennent , pour la gloire &
l'avancement
de l'Eglife , &
pour le bien de fes Sujets.
Ce n'eft point icy une loüange
que je donne au Roy, c'eft
un fait dont il refulte un
Eloge que chaque particulier
GALANT 31
que
fait auffitoft en foy meſme
fans qu'il foit neceffaire
je parle. Mr le Curé de Saint
Sulpice s'excufa de recevoir
I'Evefché que le Roy luy
avoit donnè , en difant qu'il
avoit foixante & fept ans,
qu'ily en avoit dix qu'il cher.
choit à connoiftre fa Paroiffe,
qu'il efperoit qu'elle luy feroit
bientoft auffi connue , qu'il
eftoit poffible de connoiſtre
une Paroiffe d'une auffi grande
étenduë , & que dans dix
autres années qu'il n'eftoit
pas affuré de vivre , il ne
connoiftroit pas l'Evelché
322 MERCURE
auquel Sa Majefté avoit la
bonté de le nommer. Le Roy
entra dans les raifons de ce
docte & pieux Pafteur, qui fe
trouva par là déchargé du
fardeau que doivent appre
hender tous les Evefques qui
n'ont en vûë que de s'acquiter
du devoir Epifcopal.
Mr de la Cherardie n'eft
pas feulement confiderable
par fa grande pieté , il eft
d'une Maiſon noble & ancienne
de Poitou , qui a
l'honneur d'eftre alliée à celle
d'Aubigné , l'une des meil
leures de cette Province. Il
GALANT 323
;
a efté afſocié eftant encore
fort jeune à la pieuſe Congregation
de Saint -Sulpice .
Il a efté longtemps Superieur
du Seminaire de Bourges, &
grand Vicaire de ce grand
Diocefe. I rempliffoit les
fonctions de ces deux Digni,
tez lors qu'il fut fait Curé de
Saint Sulpice. Tout cela fait
voir encore que le Roy avoit
fait un bon choix , puifque
Mr de la Chetardie ayant efté
grand Vicaire, ne fçavoit pas
moins bien comment on s'aquitte
des devoirs d'un Evê
que que de ceux d'un Curé.
324 MERCURE
Mr l'Abbé Deſmarets ,
grand Vicaire de Pontoife, &
cy- devant Agent general du
Clergé , a eu l'Evefché de
Saint Malo . Ileft fils de feu
Meflire Jean Defmarets , Intendant
de Juftice à Soiffons ,
& de Dame Marie Colbert ,
foeur de Mr Colbert miniftre
& Secretaire d'Etat , & frere
de M' Defmarets , cy devant
Intendant desFinances , de m'
l'Evefque de Riez , de me
Defmarets de Vaubourg, maitre
des Requeſtes , & qui a
fervi le Roy en diverfes Intendances
, & de Dame ....
GALANT 329
Defmarers , épouse de мeffire
André Lubert de Bouville ,
Confeiller d'Etat . Il fut connu
d'abord dans le monde fous le
nom dem de Voufi , &ſe fitCa
pitaine aux Gardes , mais ayant
fortement compris qu'il n'y
a qu'une feule chofe neceffaire
, il vendit fa Charge , & ne
fongea plus qu'à la retraite,
fe donnant tout entier à
Dieu. Il a mené depuis ce
temps- là une vie tres exem
plaire, & a esté employé avec
beaucoup de fuccés en diverfes
Miffions. Sa pieté a paru
dans toutes les fonctions de
Avril 1705. Cc
"
326 MERCURE
Grand Vicaire de Pontoife ,
& comme ce grand Vicariat
eft d'une étenduë fort confi .
derable , on ne peut douter
que celuy qui a tres- exactes
ment remply toutes les fonc
tions , ne foit tres digne
d'eftre elevé à l'Epifcopat,
Mr Charles Philibert de
Pas de Feuquieres , Abbé de
Cormeil , &grand Vicaire de
Sens , 'a efté nommé à l'Evêché
d'Agde , il eft fils de Feu M
Ifaac de Pas Marquis de Feuquiere
, Confeiller d'Eftat or
dinaire , Lieutenant General
GALANT. 327
des Armées du Roy Gouver
neur de la Ville & Citadelle
de Verdun , mort à Madrid
où il eftoit Ambaffadeur ex
traordinaire de France le 6.
Mars 1688. âgé de 70. ans ,
aprés avoir cfté Ambaffadeur
en plufieursCours & de Dame
Anne Louiſe de Grammont
Soeur du feu Duc de Gram.
mont Maréchal de France ,
& petit Fils du fameux Manaffez
de Par , Marquis de
Feuquieres General des Armées
du Roy mort de les blef.
fure à Thionville en 1640 , &
de Anne Arnault Fille d'Ifaac
Cc ij
328 MERCURE
ya
Arnault Sieur de Corbeille
Intendant des Finances . Il y a
de la valeur , de la pieté &
de l'efprit dans la maifon de
Feuquieres , qui eſt tres Illuftre.
Le choix du Roy répond
du merite de l'Evefque , eftant
certain qu'un grand Vicaire.
qui fçait comment il faut
gouverner un Evefché s'acquitera
parfaitement bien
des fonctions qu'inſpire un
poſte fi élevé.
M' l'Abbé de la Poeppe ,
Comte de Lion , ayant eſté
nommé à l'Eveſché de Poiceux
qui aiment l'E- tiers
GALANT 329
glife obferverent à ce sujet
que celle de Poitiers n'a jamais
efté regie que par des
Saints ou par des hommes
d'un grand mérite , ou d'une
haute naiffance , les plus celebres
font Saint Hilaire le
Grand , Saint Gelais , Saint
Anthéme , Saint Maxence ,
Saint Pience , Fortunat , Fridebert
Archichapelain du
Roy Pepin, Ebroin Archicha .
pelain de l'Empereur Charles
Chauve , Gilbert de la
Porrée, Juan de Melun , Hugues
de Chateau - Roux , les
Cardinaux d'Aux , & de Ma
330 MERCURE
lefec , Bertrand de Maumont,
Simon de Tramaut , Louis
Butard d'Orleans , le Cardinal
de Bar , le Chancelier
Matreuil , Gerard de Monta
gu , Hugues de Combarel de
Noailles , Juvenel des Urfins
Jean du Bellay, Pierre d'Am .
boife , le Cardinal de la Tre .
moille , Claude , & Louis de.
Huffon- Tonnere , les Cardinaux
de Gramont , & de Giu.
ry - Longuy , les deux Charles
d'Efcars , Henry de la Roche
pozay , & autres . M
F'Abbé de la Poeppe eft d'une
maifon Illuftre de la Province
•
GALANT 331
"
de Breffe deja connue dans
le douzième Siecle : Elle a
donné en des temps differens
divers Comtes à l'Eglife de
Lion , & Guillaume de la
Poeppe qui en eftoit Chanoine
Précenteur dans le treifiéme
fiecle eft le plus renommé.
Elle eft Alliée aux plus
Nobles maifons des Provinces
voisines, fçavoir à celle de
la Mortet , Groflée , Rivoire ,
Chandieu Varey , Saint
Priest , Laure , Clairemont ,
Saint Trivier , Gafté Loriol ,
La Balme , Saluffes , Loras
Salins , Difimieu , Grater
1
>
332 MERCURE
Granieü , Montferrand , Alleman
Riccé , la Moutonnie .
re , la Baulme , Malatray , &
Scituner.
Meffire Charles de Alliers
du Rouffer , Docteur de Sorbonne
, Doyen & Grand Vi
caire de Carcaffonne , Dépu
té de la Province de Narbons
ne à l'Affemblée du Clergé,
en 1701. a esté nommé à
l'Evêché de Beziers. Sa nailfance
, fon erudition , & fa
pieté font tres- refpectables.
11 eft de la famille de Sarlis
,
qui tient rang parmy les
plus
GALANT 333
plus qualifiées de la Provin ,
ce Daupihné , où elle est établie.
Son érudition s'eft for
mée dans la celebre Ecole de
Sorbonne où il a efté durant
tout le cours de les études
l'objet de l'approbation publique.
Saint Magloire , où fa
pieté fincere & non fardée fut
bientoft connue porta ceux
qui régiffent ce fameux Seminaire
à luy faire impoſer les
mains fans garder les regles
ordinaires. Ce grand & illuf
tre Prelat eut bientot aprés
la confolation de le voir
regretter de ceux qui ne l'a.
Avril 1702
. Dd
332 MERCURE
Granieü , Montferrand , Alleman
Riccé , la Moutonnie .
re , la Baulme , Malatray , &
Seituner.
Meffire Charles de Alliersdu
Rouffer , Docteur de Sorbonne
, Doyen & Grand Vi
caire de Carcaffonne , Dépu
té de la Province de Narbon
ne à l'Affemblée du Clergé,
en 1701. a esté nommé
l'Evêché de Beziers. Sa naiffance
, fon erudition , & fa
pieté font tres - refpectables .
Il eft de la famille de Sarlis
qui tient rang parmy les
plus
GALANT 333
plus qualifiées de la Provin ,
ce Daupihné , où elle est établie.
Son érudition s'eft for
mée dans la celebre Ecole de
Sorbonne où il a eftè durant
tout le cours de les études
l'objet de l'approbation
publique.
Saint Magloire , où fa
pieté fincere & non fardée fut
bientoft connue porta ceux
qui régiffent ce fameux Seminaire
à luy faire impoſer les
mains fans garder les regles
ordinaires. Ce grand & illuf
tre Prelat eut bientot aprés
la confolation de le voir
regretter de ceux qui ne l'a
Avril 1702
. Dd
34 MERCURE
voient fait Preftre qu'afin de
le propoſer à leur Commu.
nauté pour eftre un modele
d'édification , lorsqu'il fuc
enlevé , s'il m'eft permis de
parler ainfi , par M' l'évêque
de Carcaffonne pour le fecou
rir dans fes Travaux Apof
colique Apeine avoit- il com
mencé d'exercer le miniftere
de fa nouvelle dignité de
Grand Vicaire , que la Province
Ecclefiaftique de Nar
bonne en fit choix comme
du plus excellent des Sujets
de fon fecond ordre , pour
le Députer vers l'affemblé
GALANT. 335
generale du Clergé renuë en
l'année 1701. dans laquelle
il s'eft non feulement acquis
l'eftime des Prelats qui l'a
compofoient , mais encore
la conclufion des matieres
qu'on traitca dans cette picu .
fe Compagnie y fut formée
fur fon avis apres qu'on en
eut connu la folidité , tant .
ce digne Député parut verlé
dans la fcience du Dogme de
l'Hiftoire , & de la Morale
de l'Eglife , des libertez &
desinterefts de celle de France.
Sa Majesté enfin a cou
ronné fon merite & les tra
Ddij
336 MERCURE
vaux par la dignitéEpifcopale
& on peut dire que ce choix a
efté applaudi de tout le pu
blic. Ainfi on ne doute pas
que
fa voix ne foit dans cette
occafion celle de Dieu même.
Tout le monde fçait com
bien eft illuftre l'Eglife de
Beziers . Elle a donné des
Saints. S. Aphrodiſe , Faifon ,
premier Evêque , & faint
Giraud dans le douzième fiecle
eftoient l'ornement de
cette Eglife. Ne doit- on pas .
efperer que le Grand Prelat
que le Roy vient de donner:
à ceux de la même Eglife
GALANT. 337
marchera fur les traces de
< ces faints perſonnages . Gau ;
tier Evefque de Tournay
Legat du Saint Siege , celebra
l'an 1233. un Concile dans
cette Ville contre les Albi .
geois . Ce n'eft pas le feul
qui ait efté affemblé , & on
peut affurer que cette Eglife
eft une des plus celebres du
Royaume, tant par les grands
Prelats qu'elle a eu que par
le Chapitre illuftre dont elle
eft composée. Cet Evêché
eft Suffragant de Narbonne .
On ne doit pas oublier que
cet Abbé ne s'eft pas voulu
338 MERCURE
trouver en cette Ville dans
le temps de la nomination
& qu'il hâta fon départ afin
que la prefence n'arrefta pas
les yeux du Royfur luy , mais
ce grand Prince fçait trouver
les grands Sujets dans le fond
des Provinces.
L'Evêché de Senlis a efté
donné à M l'Evefque de Dol ,
Frere de M de Chamillard
Miniftre & Secretaire d'Eftat
, & Controleur General
des Finances. Comme je
vous ay parlé en plufieurs au.
tres occafions , de ce qui reGALANT
339
garde cette Famille , je ne le
repete point. Je vous diray
feulement que ce Prélat en a
la fageffe , qu'il a gouverné
fon Diocefe d'une maniere
fort édifiante , & qu'il a fair
voir par fon affiduité , qu'il
cheriffoit fon troupeau , &
qu'il luy donnoit les plus
grands foins.
L'Evêché de Dol en Bretagne
a efté donné à Meffire
Elie François de Voyer de
Paulmy d'Argenſon , frere
' de M' d'Argenfon , Lieutenant
General de Police . Il
Dd iiij
340 MERCURE
eft Docteur de Sorbonne .
En 1684. le Chapître de faint
Germain l'Auxerrois l'élut
pour fon Doyen à la place
de M d'Argenfon fon Oncle,
qui aprés avoir vécu comme
un Saint donna fon bien
en mourant aux Miffions
dtrangeres. M d'Argenſon
qui , vient d'eftre nommé à
l'Evêché de Dol a beaucoup
de merite d'efprit & d'eru
dition. Ila toujours efté tresaffidu
au Service de fon Eglife
à remplir fes devoirs , de
maniere que M' le Cardinal
de Noailles connoiffant la.
GALANT . 341
vertu folide avoit mis fous
fa direction les Communautez
de faint Chaumont & de
la Raquette. Je ne vous repete
point ce que je vous
ay dit de la Maiſon de ce Prelat.
Elle eft non feulement
des meilleures & des plus
anciennes du Royaume , mais
d'une Nobleffe titrée il y a
plus de quatre cens ans.
M' l'Abbé de fainte Olere
a efté fait Evêque de Tulles
Capitale du Bas Limofin .
Cette Ville fut dans fon premier
établiffement un Monaftere
fondé en 357. par
ا ع
342 MERCURE
grand faint Martin , Arche
vêque de Tours ; dortée
de grands heritages en 931.
par Raoul , Roy de France
& par Aimard , Comte de
Turenne & de Cahors. Le
Pape Jean XXII . en fic un
Evêché en 1318. & Armand
de faint Aftier , Gentilhomme
du Pays en fut le pres
mier Evêque. Il a eu des
Succeffeurs d'une grande
naiffance , les plus confide
rables font , Ainaud de Clairmont
en Quercy , le Cardi
nal Royer , frere du Pape
Clement VI . Archambaur
A
3
GALANT 343
de Turenne , de la Branche
d'Enac , le Cardinal Fabri ,
Bertrand , & Pierre de Cof.
nac , Bertrand de Maumont ,
Hugues , & Louis d'Aubuffon
Freres du Cardinal decenom ,
Grand Maistre Rodes , François
de Levy de la Branche
de Vantadour , le renommé
Pierre
Aumonier de France fous
François Jean de Fonfeque
de Suryeres , Louis Flotard
& Jean de Genouillac , tous
les trois de la Branche de
Vaillac.
Chatelain , Grand
Les habiles dans la con :
344 MERCURE
noiffance des familles font
d'accord qu'il y en a eu deux
du nom de Beaupoil. La
premiere quia efté longtems
en poffeffion de la Seigneu
rie de la Force en Perigord ,
portoit d'azur , à trois Leopards
d'or , & s'éteignit enfin
de cette forte. Philippe de
Beaupoil , heritier de la Force
, épousa en premieres no
ces le renommé François de
Vivone , Sieur de la Chataigneraye
, tué en duel par M
de Jarnac , & n'en ayant pas
eu d'enfans , elle prit une
lecónde Alliance avec FranGALANT
345-
çois de Caumont auquel elle
porta en mariage la belle ter
re de la Force , & d'eux def.
cend da Maiſon d'apréfent .
La feconde famille de Beau .
poil eft originaire de la Ville
de Limoges. Elle porte de
gueules à trois couples de
chien d'argent & acquit des
Seigneurs de Lygneyrac en :
Limofin , la Seigneurie de
Sainte Olere , qui avoit autre
fois efte le patrimoine de
la famille d'Echarpit , l'une
des plus anciennes du Limo .
Lin. Cette race s'eft depuis .
divifée en plufieurs branches
346 MERCURE
qui portent les noms des
Coutures de Fontenilles
, de
Chabanes , & de Lamaries,
qui eft prelentement
la plus
connue , à caufe du Marquis
de Lamarie , Capitaine, Lieu
tenant d'une Compagnie
de
la Gendarmerie
du Roy , qui
a épousé , à caufe de la bonté
que feu Monfieur le Prin
ce avoit pour Monfieur de
Lamarie
fon pere , Made
moiſelle Peraud , fille du
renommé
Prefident
de ce
nom , & Dame de plus de
deux cens mille écus de bien,
La branche ainée de cette
GALANT 347
famille , s'eft toujours tenuë
en poffeffion de la Seigneurie
de fainte Olere en Limofin
& s'eft alliée avec les maiſons
les plus qualifiées. La p'us il
luftre eft celle que prit Henri
de Beaupoil , Seigneur de
fainte Olere , avec Leonor de
Taleyrant de Chalais qui
defcendoit fans conteftation
de Guidebaud , établi premier
Comte de Perigueux en
810. par l'Empereur Charlemagne.
De cetre Alliance
naquit entre- autres Daniel
de Beaupoil , Baron de fainte
Olere , qui époufa en 1633,
248 MERCURE
Jeanne du Breuil , Dame de
de la Porchérie , & qui prit
une feconde Alliance en
1443. avec Guyone Angeli .
de Blot , fille de Gilbert ,
Seigneur de faint Agoulin
en Auvergne , & de Guicharde
de Veny d'Arbouze
d'où font nez entre - autre
François Jofeph de Beaupoil
Marquis de fainte Olere ,
Lieutenant General au Gouvernement
du Limofin , &
André , Abbé de Sainte
Olere , Grand Vicaire de
M' l'Evêque de Perigueux ,
& auquel les travaux Apof
GALANT 349
i
toliques connus par une
picté & par une charité tres
ardente ont fait meriter la nomination
du Roy à l'Evêché
de Tulles . Ils font neveux
l'un & l'autre de M' l'Archevefque
d'Aix , à cauſe
que Leonor de Chalais leur
Grandmere , fut remariée
avec François , Baron de
Cofnac ; pere de cet Illuftre
Prelat, Commandeur de l'Or.
dre du faint Efprit .
Le revenu de l'Eve fché de
Senlis n'eftant pas confidera .
ble , Sa Majesté a donné l'Evefque
quelle vient d'y nom
Avril 1702
. Ee
350 MERCURE
mer l'Abbaye de la Baulme,
& celle de Ham a efté donnée
à Mr Ancelin , ancien
Evêque de Tulles , qui de fon
propre mouvement , & pour
vivre avec plus de tranquillité
s'eft démis de fon Evêché
´entre les mains du Roy.
L'Abbaye de Sorele a efté
en mefme temps donnée à
Mr l'Abbé de la Tremoille ,
Auditeur de Rote . Il eft fils
de Mr le Duc de Noirmontier,
& frere de Madame la
Princeffe des Urfins , Dame
"d'Honneur de la Reine d'Ef
pagne.
GALANT. 351
Le Roy a auffi donné
l'Abbaye de Vezelay à Mr
l'Abbé Tencin , Prieur de
Sorbonne , fils de Mr Tencin
premier Premier Preſident au
Senat de Chambery pendant
que cette Ville eftoit fous la
domination de laFrance, & au
jourd'hui Prefident à Mortier
au Parlement de Grenoble .
L'Abbaye de Manlieu a
efté donnée à Mr l'Abbé du
Bur,frere du Pere de la Chaife
& de Mr le Comte de la
Chaife Capitaine des Gardes.
de la Porte. Celle de S. Joffe
à M' l'Abbé Hamquemen
;
Ee ij
32 MERCURE
celle de faint Fatur à Mr le
Comte de Manderscheid ,
tous deux Chanoines de Co.
logne & de Strasbourg. Celle
de S. Jean des Prez à Mr.l'Abbé
de Loveftin , frere de madame
la Marquile de Dangeau
, auffi Chanoines des
mêmes Eglifes. Cette Maiſon
cft fi connue, & fi remplie de
Dignitez, qu'il n'eft pas ne .
ceffaire que je vous en dife
davantage.
ر ی ه ا
Le Roy donna dans la mê
me Promotion l'Abbaye de
Graiſtain à Mrl'Abbé de Levy
Aumônier de Madame la
Ducheffe de Bourgogne. Cet
L
GALANT \1353:
illuftre nom , l'un des plus
renommez: de l'Etat , fuffic
feul pour faire l'Eloge de cet
Abbé. Il n'y a aucune mailon
dans l'Europe qui ne tienne
à honneur d'eftre alliée à celle
de Levy de France . On attri
buë communément l'établif
fement de la grandeur de
cette race à Guy, Sire de Levy ,
dont le rang & la valeur
eftoient fi recommandables
dés le douzième fiecle , que
le magnanime Simon, Comte
de Monfort , le choifit avec
Bouchard de Marly- Montmorency
, Bertrand de Car354
MERCURE
•
daillac Rivelle , & le celebre
Martin d'Algais Capitaine
Efpagnol , pour commander
les quatre Corps de l'Armée
des Croifez contre les heretiques
Albigeois ; mais l'expe
rience du Sire de Levy furpaffant
celle de fes Collegues,
le Comte de Montfort le fic
nommer par le Pape , Maréchal
de la Foy, & luy fit dé
ferer le Commandement fu
perieur de toute l'Armée en
fon abfence. L'Hiftoire de
ces temps nous apprend que
ce Seigneur s'établit dans la
belle Terre de Mirepoix en
GALANT. 355
Languedoc , qu'il la laiffa à
Jean , Sire de Levy , Maréchal
de la Foy fon fils ; qui s'allia en
1286. avec la Princeffe Con .
tance de la premiere Maiſon
desComtes de Foix La pokeri.
téde celuy cy s'eft depuis divifée
en plufieurs branches.Celle
des Ducs de Ventadour eft
la plus renommée , elle s'étoit
renduë déja fort connuë avant
que d'eftre honorée du Titre
de Duc & Pair , fous les noms de
Villars & de la Voûte . Celle cy
a donné l'origine aux Comtes
de Levy- Charlus . La branche
de Levy Florenfac s'éteignit
36 MERCURE
7
fous le Regne de Louis XI .
dans la tres noble Maifon de
Cruffol. Celle de Levy Caylus
eft finie depuis un fiecle. Antoine
de Levy , Comte de
Caylus , Chevalier de l'Ordre
du Saint Efprit & Favory
da Roy Henry III étant
mort fans enfans mâles . Le
Cardinal de Levy , Archevêque
d'Auch & d'Arles , mort
a Rome en 1475. eftoit de
cette branche . Enfin on feroit
un Volume fi on entreprenoit
de faire feulement
Analize de toutes les Familles
qui defcendent de l'illuftre
tige
GALANT 317
tige de Mirepoix . Celle de
Levy. Godiez: dans laquelle
l'Abbé dont je vous parle eft
né , luy eft la plus proche pa
rente , à cauſe que l'ayeul du
meſme Abbé eftoit frere de
l'ayeul du Marquis de Mirepoix
d'aprefent. Sa Majefté
nomma Ml'Abbé de Levy
Aumônier de Madame la Du
cheffe de Bourgogne fut le
témoignagne que Mr le Car .
dinal de Noailles porta qu'il
en eftoit tres digne , le Pu .
blic fçait de quel poids eft
l'approbation
de ce grand
Perfonnage ; auffi n'en dira.
Avril
1702
. Ff
358 MERCURE
t'on pas davantage , le feul
trait paroiftra fuffilant pour
donner une belle idée de ce
nouvel Abbé. Je vous en
parlay en ce temps là . Cer
Abbé eft fils du feu Marquis
de Lévy Gaudiez, d'un bran,
che Cadette de la Maiſon de
Mirepoix. Mr l'Abbé de Levy
mene une vie fort reguliere,
il eft toûjours au Seminaire
de Saint Maglaire , lorfqu'il
n'eſt pas en Quartier chez
Madame la Ducheffe de
Bourgogne. Il a deux freres
Chevaliers de malthe , Officiers
de la marine fort efti
GALANT.
359
mez par leurs merites & par
leurs fervices.
Le Roy donna le mefme
jour à мr l'Abbé de Livry
l'Abbaye de ce nom . Il eſt
fils de m' de Livry premier
Maistre d'Hôtel du Roy .
L'Abbaye de la Nouë fur
donnée à m ' l'Abbé Antoine
fils de Mr Antoine Porte , Arquebuze
du Roy,
Celle de Saudras , à Mr
l'Abbé Pocquelin qui a beaucoup
d'érudition , ainſi qu'il
paroift par fes
Ouvrages.
Celle de Senlis à M. l'Abbé
Grofat ,
Chapelain du Roy ,
Ffij
30 MERCURE
frere de M' Crofat , Receveur
General des Finances de Bor
deaux .
Celle de Leroy à m' l'Ab.
bé Madot.
Jeane vous dis point avec
combien d'ardeur & de pieté
chacun tâche icy à gagner le
Jubilé . Quand les François
auroient moins d'empreffement
à remplir tous les devoirs
de leur Religion , l'exemple
du Roy eft fi edifiant,
qu'il feroit capable d'animer
les plus tiedes . Ce Prince eft
venu trois fois à Paris où il a
fait des Stations à pied d'une
GALANT
368
maniere fi picule, & fi modefte
qu'elle devoit le faire
paroistre
auffi grand aux yeux
des Anges qu'il l'eſt à ceux
des hommes. Il avoir choisi
des lieux écartez pour éviter
d'entendre les acclamations
& les louanges des Peuples ,
qui n'ont pas laiffé de tâcher
de deviner où ce Monarque
avoit refolu* d'aller , afin
de le voir pendant quelques
momens , & de jour
par là du plus grand plaifir
qu'ils puiffent avoir Ce Prin .
ce dont on doit admirer tou .
tes les vûes , & qui ne fait
F fiij
362 MERCURE
rien fans reflexion avoit choifi
pour
fes Stations les lieux
qui avoient le plus de befoin
des grandes Aumônes qu'il
avoit deffein de faire . Ainfi
vous jugez bien qu'il a vifité
plufieurs Hôpitaux . Le jour
qu'il fe rendit à l'Eglife des
Invalides , Sa Majesté voulur
bien aller dans l'Hôtel vifiter
toutes les Manufactures que
l'on y a établies par les or
dres de Mr de Chamillart ,
Miniftre & Secretaire d'Etat,
& par les foins de Mr de
Monthiers Commiffaire de
cet Hôtel, pour occuper avec
GALANT
363
fruit des Soldats qui y font
retirez, & dont la plupart ont
ont appris quelque métier.
Ce fut alors que ces pauvres
Soldars touchez des bontez
du Roy & de l'honneur dont
Sa Majesté les combloit ,
jetterent à les pieds pour luy
prefenter ce remerciment ,
qu'Elle récent avec fon hu
manité & les marques de
bonté ordinaires.
O AULROY.
SIREN
fe
Les Officiers & Soldats de
Votre Hôtel Royal des Invalilide's
fe jessent aux pieds de
F fiiij
264 MERCURE
Vôtre Majesté pour luy rendre
leurs tres humbles actions de
graces de la permiffion qu'elle
a en la bonté de leur accorder de
faire chanter en muſique dans
Eglife des Peres Theatins une
Meffefolemnelle pour la precieuſe
confervation de Vôtre Majesté
&pour la profperité de vos ar
mes toujours victorienfes. Ilsfont
fi touchez des bons traitemens
que Mr de Chamillart leur fait
faire dans l'Hôtel par les Or⋅
dres de Vôtre Majefté & par
les foins du Sieur de Monthiers
leur Commiffaire , homme d'une
vigilance & d'une conduite doni
GALANT. 365
ils ne sçauroient trop fe louer
qu'ils proteftent hautement qu'ils
voudroient pouvoir encore verfer
jufqu'à la derniere goutte de leur
fang pour le fervice de Vôtre
Majefté & qu'il ne laisseront
paffer aucun jour jour d'une vie que
vous leur rendez fi heureuſe ,
fans prier le Seigneur de combler
Votre Majefté de graces e de
profperitez.
Monleigneur le Dauphin
eft aufli venu faire ſon Jubilé
à Paris , & toute la Maiſon
Royale à choifi des jours dif
ferens , parce que la foule
d'une groffe Cour incommo .
366 MERCURE
i
de & tient trop de la pompe
dans un temps où l'on
doit avoir un efprit recueilly
& où les Grands doivent edi
fier par leur modeſtie . Celle
de Monfeigneur le Dauphin
fut admirée . Je ne vous en
dis rien , parce que je ne
pourrois affez dire d'un
Prince fi accomply , & dont
l'Eloge eft tous les jours
dans la bouche des Peuples.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne eftant auffi ve
nue à Paris , l'empreffement
a efté grand pour la voir,
mais tout ce grand conGALANT
367
·
cours & toutes les louanges
qu'elle a entenduës ne luy
ont pas caufé un moment de
diſtraction . Elle a foutenu le
caractere de grande Princeffe
, & de veritable Chrétienne
avec une ſage modeftie ,
& fair paroiftre ce qu'elle
eftoit en faisant par qu'el .
le cherchoit à l'oublier.
Enfin fes manieres ont paru
grandes, chrétiennes & charmantes
, & ceux qui ont eu
l'honneur de la voir en faifant
les Stations en ont efte
edifiez .
L'Intendance de la nou368
MERCURE
velle France qu'avoit Mr
Bochard de Champigni ,
nommé à celle du Havre à
a efté donnée par le Roy a
M de Beauharnois qui a
efté employé depuis long.
temps en differentes affaires
pour le fervice de Sa Majefté
, & qui a fait les fonctions
de Commiffaire gene.
ral des Armées Navales , pen .
dant la derniere guerre . Il
eft d'une famille Noble &
ancienne de l'Orleanois , &
Allié à plufieurs Mailons
illuftres. Lorfque M ' le Com.
te de Pontchartrain le préGALANT
369
&
fenta au Roy pour luy faire
re les remercimens. Sa Majefté
luy dit qu'elle l'avoit
nommé avec plaifir à cette
Intendance en confideration
des fervices qu'il luy avoir
rendos dans la Marine en
differentes rencontres
en differens endroits. Il n'y
a point à douter qu'il ne merite
ce grand employ & qu'il
ne s'en acquite parfaitement
bien puifqu'il luy a efte don .
né non feulement fans qu'il
l'ait demandé ; mais melme
fans qu'il penfaft à le demander
, ny qu'il puft deviner
370 MERCURE
pourquoy on le rapalloit du
lieu où il eftoit.
Le mot de l'Enigme du
mois paffe , eftoit les Boucles
d'Oreille , & il a esté trouvé
par le Marquis de Cotenting
Bereau , hôte du Chefneverd
à la Rochelle : Daniel le
Chin , Procureur Fifcal à
Eglegny , proche d'Auxerre ,
& le meilleur de fes amis le
fieur Trebuchet : Siret de
la rue des Noyers , & la belle
Cabaretiere de la rue S. Se
verin : François Holbach ,
chez M Reghat, Marchand
&
GALANT 378
T
Perruquier , rue des Marmou.
zets , & la grande Doris ;
Barbet & la Brebion , fa femme
, Simon François de
Préel de la rue S. Julien des
Meneftriers & Maitre Jean
l'Aîné de la rue Portefoin au
Marais : Demonthiers , Lieutenant
general de Pontoife ,
& Commiffaire de l'Hôtel
Royal des Invalides : Bardet
& fon ami du Pleffis du Mans
Criftalin : Langlois du coin
de la ruë du plaifir à Verfailles
: de Woolhouse , Oculifte
Anglois , au fervice du Roy
d'Angleterre à S. Germain
"
372 MERCURE
en Laye Tamirifte fon
épouſe , ſon fils & fa fille
Angelique : le plus grand
des trois freres de la ruë .
Fourtibour
, le beau Bequier
& fa petite nouvelle épouſe:
le beau Jumeau du Pays de
Caux : l'Abſent malheureux
de l'aimable Cathos C. du
quartier de la Guierche de
Tours tous les Amans des
Demoiselles Gantier & So
$
reau de la rue de la Harpe :
les maris abfens de la même
ruë , & l'Aimable Bois David
: les affairez & la belle
Image du Quay des Auguf
*
GALANT 373
tins : le pus heureux , de tous
les Amans : le Vent du mois
de Février de la rue des peti
s fouliers l'Ancien Sacrif
tain de Belleville fur Sablons:
le petit Gaillard nouvellifte
de Versailles & fa commere la
petite Margot le Chevalier
de la dent fine du quartier du
Palais Royal le beau de
Laiftre de la gallerie des
prifonniers du Palais : les
deux Rivaux de l'incomparable
Blonde de la rue Neuve
S. Euſtache , & la charmante
Brune de la rue de Grenelle :
J'Aimable Mary de la rue
Avril 1708. Gg
374 MERCURE
$
des Bernardins : le Poulet
Pouichonel du Quay de la
Tournelle , & l'Infante aux
blanches mains de S. Nicolas
du Chardonnet : les deux
Amans feparez à la Devize
fe rejoindre ou mourir : .e Cruel:
Levêque de Villepreux : l'Inconnu
du Parvis Notre Da
me , & fa chere Angelique
du Marais : l'Ecuyer fatur ,
&l'Orphelin fortuné fon confrere
: les Clercs de Mr Bilan
Notaire du quartier de l'ancienne
Poſte : les Lorgneurs
de la rue Montorgueil , visà
vis celle de Tireboudin:
GALANT. 375
1
l'Antagoniſte des Avares
du Quay des Auguftins : le
futur Magiftrat de Thiers
en Auvergne du meſme quar
tier: le Docteur Femelle de
Hôtel des Coquilles : le petit
bon.homme de la rue de
l'Atbrefec
, & le Compere
dont on ne dit rien , pour
en avoir trop à dire : Mademoiſelle
Javote , jeune Mu
fe du coin de la rue de Ri
chelieu : Mademoiſelle du
Mouftier la fille de l'Arfenal;
Capitaine du bas de la ruë
de la Harpe : dey B. & Madame
D.: B. de la rue Mon
Ggij
376 MERCURE
confeil : le Prophete Daniel
C. & fes deux Confreres de la
rue de la Truanderie : l'Aima.
ble Janeton de la rue Dauphi
ne: lajeuneBabet de Lormede
Verſailles : l'Aimable Demoi .
felle du Vignor , & fon cher
mary :la Jeune Nimphe. Ita :
lique : la plus aimable Dame
de la rue de la Colombe :
les cinq défolées de la recep
tion de Madame Moreau , du
quartier S. André des Arts :
la Reine des Femmes de la
ruë neuve fainte Genevieve :
les Beaux yeux noirs , & la
Princeffe mignonete de la
GALANT: 377
rue des Poftes.
Je vous envoye à mon or.
dinaire une Enigme nouvelle
Elle vient de fort bon lieu.
Ay
FAY
ENIGME.
certains beaux jours dans
I Année ,
Dont tout le mondefait eftat ,
. Et mon illuftre destinée
Eft d'y paroistre avec éclat,
2
>
Jefuis un temps dans lefilence ,
Pour nepas dire dans l'oubli,
Mais qu'elle eft ma magnificence,
Quandce trifte temps eft fini.
2.
Avec moy tout fe renouvelle,
Tout reprend un air de gayté,
Etmavoix alors eftfi belle,
378 MERCURE
Qu'un chacun en eft enchanté.
Il n'eft Devots , Preftre ni Maine
Qui ne brulent de m'écouter
Et le plus auftere Chanoine
Se plait à m'entendre chanter.
Je vous envoye un Air nouveau
de la compofition de la
jeune Mademoiſelle Bataille.
Les paroles font de Tamirifte.
AIR NOUVEAU.
E ne vous fuivray point redoutables
guerriers
Je ne
Qui cherchez les faveurs de lafière
Bellonne.
Le Pampre deformais me tient lieu
de Lauriers
Etje vous dis adieu du moins jufqu'à
l'Autone , kuu ya dola
Allexje vous laiße courir
GALANT 319
Pour empourpier de fang une étran!
gere terre
Et je ne veux faire rougir
Que les bords de mon verre.
Voicy les noms de quel.
ques perfonnes diftinguées
mortes depuis ma derniere
Lettre.
Meffire Claude Carpelain ,
Preftre, Docteur & Doyen de
la Faculté de Theologie à Pa.
ris , Senieur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , Confeiller
du Roy & Profeffeur
en Langue Hebraïque.
Dame Marie- Magdeleine-
Geneviève Louiſe de Seigliere
380 MERCURE
ceux
de Boisfranc, épouse de Mef.
fire Bernard François Potier,
Marquis de Gefvres , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Elle n'eftoit âgée
que de trente- huins . Tous
qui la connoiffoient demeurent
d'accord qu'elle
avoit tout l'agrément & tout
le merite imaginable , & une
tres grande modeftie, jointe
à des manieres toutes enga
geantes qui l'ont toûjours
fait juger digne du haut rang
où elle eftoit deſtinée. Mr de
Boisfranc fon pere a efté Sur-
Intendant & Chancelier de
Ia
GALANT 381
3
la Maifon de feu S. A. R.
Monfieur. Il est proche pa
rent de feu мr de Bertillac ,
Garde du Trefor Royal.
Meflire Auguftin Nicolas
Cagnyé, Aumônier du Roy..
Il eftoit Abbé Commanda.
taire des Abbayes Royales
de Saint Satur , & de Notre-
Dame de Lorroy.
$
Meffire Camille Bagliani ,
Marquis de Lumes , Gentil
homme de la Chambre de
Son Alteffe Sereniffine Monfieur
le Duc de Mantoüe , mi :
niftre d'Etat , & Ion Envoyé
Extraordinaire auprés du
Avril 1702.
Hh
382 MERCURE
Roy. Il eftoit fort eftimé en
en cette Cour, où il avoit fervi
fidellement pendant un
fort grand nombre d'années
avec toute la dignité que fon
caractere demandoit , & avec
un applaudiffement general,
Monfieur le Duc de Mantoüe
fon Maiftre ea eftoit fort fatisfait
. Il est allé rendre un
grand compte à Dieu dans le
temps qu'il fe preparoit à
partir pour Mantouë, afin de
l'y rendre des affaires que ce
Prince luy avoit commifes.
Dame Gabrielle de Sola .
ges . Elle eftoit veuve de mef
4
GALANT 303%
fire Charles de Montfaulnin
Comte du Montal , Chevalier
des Ordres du Roy, Lieure .
nant General de fes Armées,
Gouverneur de Montroyal.
Dame Louife de Perau ,"
époufe de meffire Albert du
Quefnel , Marquis de Coupi
gni.
Meffire Charles le Gendre,
Sieur de Saint Aubin , & au .
tres lieux , Confeiller du Roy
en fon Grand Confeil. Il avoit
beaucoup de merite , & eft
mort âgé feulement de trente
cinq ans , auffi regreté qu'il
eftoit eftimé.
Hhij
384 MERCURE
Dame Magdeleine Petau ,
Veuve de мellire René Hin .
felin , Seigneur de Haure- ,
court, dont je vous appris la
mort dans ma Lettre du mois
de мay 1705. & auparavant
veuve de Meffire Charles
Briçonnet, Sieur de Glatigni ,
Prefident à Mortier au Parlement
de Metz . Elle eftoit
fille de Mr Perau , mort Con.
feiller de la Grand' Chambre,
& de Dame Madeleine Broé,
& foeur de Mr Petau Con .
feiller au Parlement & Commiffaire
aux Requestes du
Palais.
GALANT. 3 &5
Mr Charpentier , âge de qua .
tre vingt quatre ans , Avocat
au Parlement , Doyen de l'Academie
Françoife où il avoit
eté receu en 1651. Il étoit auffi
del'AcademiedesInfcriptions
& des Medailles. C'eftoit un
-homme d'une profonde eru
dition , & on ne pouvoit l'en.
tendre parler fur une matiere
un peu importante fans en
eftre convaincu . Il a donné
au Public la Traduction de la
Cyropedie de Xenophon , &
a traduit tous les autres Ouvrages
de ce mefme Auteur,
qu'il faut efperer que feshe
Hhiij
386 MERCURE
ritiers , feront imprimer. On
Je preffoit depuis longtemps.
d'en vouloir prendre luy
mefme le foin. Nous avons
encore de luy trois Volumes
de l'excellence de la Langue
Françoife . Il a nommé une
fille Executrice de fon Teftament,
ce qui paroift extraor
dinaire , mais les chofes ex.
traordinaires conviennent à
une Fille d'un auffi grand
merite que celle qu'il a choifie
pour faire executer fes
dernieres volontez , & vous
en tomberez d'accord quand
vous fçaurez que c'eft madeGALANT:
387
1
moifelle des Houlieres . Jas
mais homme n'a rempli les
devoirs d'Academicien plus
ekactement , hi plus long.
temps. Par la mort de M
Charpentier , Mr le Duc de
Coiflin eft devenu Doyen de
l'Academie Françoiſe & Mr
le Cardinal d'Estrées Sous-
Doyen,
On a eu avis d'Italie que
Mr le Comte de Clermonty
eſt morc de la bleffure qu'il
receut le 22. du mois paſſé en
faifant pour la premiere fois
la fonction de maréchal des
Camps & Armées du Roy,
H hiiij
z88 MERCURE
ayant efté nommé cette année
parmi ceux qui ont esté
honorez de cet employ. Il
avoit épousé la fille de Mr le
Marquis de Saint Hilaire,
Lieutenant General de l'Artillerie
qui eut le brastemporté
d'un coup de canon
le jour que Mr le Maréchal
de Turenne fut tué. Les enfans
qu'il laiffe doivent eftre
braves eftant d'un Sang qui
infpire la valeur , foit qu'on
regarde Mr de Clermont ou
Mr de Saint Hilaire.
Meffire Jean de Turmenies
, Seigneur de Nointel,
GALANT 389
Prefles , Boves , Mours, Seney
ville, Nerville, & autres lieux,
Confeiller d'Etat , Garde du
Trefor Royal, cy- devant Tre
forier general de l'Extraordinaire
des Guerres , Receveur
general des Finances de Picardie,
Commandeur & Treforier
general de l'Ordre de
Notre Dame du Mont Car
mel & de Saint Lazare deJe
rufalem, Receveur general de
'Hôtel Royal des Invalides,
eft mort aprés une longue
maladie dans des fentimens
de pieté & de religion , dont
tous ceux qui en ont efté té
$90 MERCURE
moins ont été edifiez . Jamais
homme n'avoit eu plus de
vivacité. Il en avoit cepen
dant fait un facrifice fi parfait
au Seigneur, qu'au milieu
de tous les maux qu'il a reffenri,
il ne luy eft échapé de plaintes
que celles que la nature
humaine ne put pas s'empê
cher de former. Je ne vous dis
rien de la vie , vous en ayant
parlé plus d'une fois , & les
differents emplois qu'il a eus
marquant affez en quelle
confideration il eftoit dans
le monde. 11 laiffe plufieurs
enfans Mr de Nointelſon aîné
GALANT 91
1
qui eft Maistre des Reque
ftes , & qui vient d'exercer
l'Intendance de Moulins
avec un applaudiffement univerfel
luy fuccede dans fa
Charge de Garde du Trefor
Royal, le Roy qui luy en
avoit accordé l'agrément
avant qu'il allaſt en Intendance
, vient encore de luy
accorder des Lettres de Veterance
pour la Charge de maitre
des Requeſtes , avec une
diftinction qui marque affez
combien Sa Majeſté eſt contente
des fervices du pere &
du fils.
·
392 MERCURE
Mr le Comte d'Eftrées
eftant arrivé à Barcelone
dans le temps que je vous
ay déja marqué dans ma der .
niere Lettre , Mr le Bailly de
Lorraine Capitaine du Vaiſ
feau de ce Comte , que le
Roy d'Espagne devoit monter
pour fe rendre à Naples ,
Mr le Bailly de Lorraine.
dis- je , fils de Mr le Comte
> d'Armagnac quitta
fon
Bord pour aller faluer le
Roy & la Reine . Sa Majefté
le fit couvrir devant tous les
Grands
d'Elpagne
qui l'accompagnoient
. Ce Prince le
GALANT 353
fit enfuite entrer feul dans
fon Cabinet où eftoit la Rei
ne . Il a reçu tous ces honneurs
comme Prince de la Maifon
de Lorraine . Sa Majefté Catholique
nomma en mefme
tems deux nouveaux Aides de
Camp , qui font , Mr le Marquis
de Chalais , & Mr le Che,
valier de Francine . Ce Monarque
ayant effé voir le Vailfeau
de Mr leComte d'Eftrées ,
il y fut regalé avec la magnificence
ordinaire à ceux defa
Maiſon, auffi ce Comte avoit
il faittoutesles provifions ne,
ceffaires pour traiter magni394
MERCURE
fiquement Sa Majefté Catho
lique pendant tout le temps
que devoit durer le trajet de
Barcelone à Naples . Rien
n'eft plus lefte que toute fa
Maifon & tous fes Equipages
.
La Reine voulut auffi aller
voir le Vaiffeau de ce Comte ,
& s'y rendit l'apréfdinée du
même jour , fans y eftre at
tendue. Cependant quoy que
rien ne fuft preparé pour rece.
voir S. M. elle ne laiffa pas d'y
magnifiquement
rega
Preo
eftre
lée. Il fit divers prefens à cet
te Princeffe d'une mahieré
fort galante.
1
A
"
GALANT: 395
8
Le Roy d'Epagne s'embar
qua le 8. de ce mois , & fit
voile avant midi . Il n'eut pas
d'abord un vent favorable :
mais il changea bientoft , &
il devint bon . Il continua
pendant toute la nuit. Ceux
qui obfervérent la Flote avec
des lunettes du haut des plus
hautes tours de Barcelone ,
la perdirent de vuë fur les
cinq heures du foir. La Reine
cut de la peine à ſe reſou
dre à cette feparation ; mais
elle avoit déja pris fon party
avec beaucoup de fermeté
& avec une raifon & un efprit & un
396 MERCURE
qui font beaucoup au deffus
de l'âge de cette Princeffe.
Cependant elle ne put voir
partir le Roy fans verfer des
larmes. Ce Prince parut
fenfiblement touché de
1
La
la quitter , quelque ufage
qu'il fe faffe de prendre beau
coup fur luy , ce qui le fair
admirer & fait redoubler
l'amour des Peuples.
Reine partit le lendemain
pour aller paffer la Semaine
fainte à Noftre Dame de
Montfarat. Cette Princeffe
devoit aller enfuite dans le
Royaume d'Arragon pour y
GALANT. 397
tenir les Etats. On ne fçau
roit exprimer jufqu'où va la
tendreffe de toute la Catalo
gne pour Leurs Majeft e
Elles ont gagné tous les.
coeurs pendant le long fejour
qu'elles y ont fait . La Chanfon
qui fuit & qui a efté faite
fur le départ du Roy d'Efpa .
gne pour l'Italie , eft de M
Simart de Sezane . Cette
Chanfon eft fur l'air d'Aimable
Vainqueur.
Almable Heros
Si d'un doux repos
Lefort tefepare,
~ Il te prépare
Avril
1702.
4
ᏞᎥ
398 MERCURE
De nobles
travaux ,
Joins à tes charmes
L'effort de tes Armes
Contre tes Rivaux.
D'un Prince jaloux
L'impuiflante
envie
Porte à l'Italie
*
D'inutiles coups.
De cent Combats ,
Dans tout ces climats
Remplis ton Hiftoire.
Par tout la Victoire
Guidera tes pas.
De tes beaux
jours
Qu'amour
& la gloire
Partagent
le cours.
Je vous parleray avant que
GALANT 399
defermer ma Lettre de l'arrivée
du Roy d'Espagne à Naples.
•
M' le Chevalier de Forbin
eftant entré dans la Mer
Adriatique y a rencontré
plufieurs Barques plates chargées
de bled , & d'autres
munitions , qui estoient for
ties de Trieste , Place qui
appartient à l'Empereur pour
gagner l'embouchure du Pô.
Il fçeut après avoir pris ces
•Barques qu'elles eftoient forties
de Trieste , qu'il y avoit
dans cette Place de gros magafins
, & que les Ennemis
li ij
400 MERCURE
tiroient de la Croatie & des
Etats du Grand Seigneur
toutes les chofes qui eſtoient
dans cette Place . Ses Troupes
y entrerent par adreffe
en contrefaifant les Marchands
, ils brulerent tous
les Magazins , & noyerent.
toutes les munitionsde guerre
qu'ils ne purent emporter ily
en avoit une grande quantité.
Le Roy ayant propofé
dans fon Confeil d'avancer
de quelques jours le départ
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & ayant dit les
raifons qu'il croyoit devoir
GALANT 401
l'obliger à faire partir ce
Prince plutoft qu'il n'avoit
efté réſolu , fon départ fut
arrefté pour le mardy fuivant.
'M' le Duc de Beauvilliers
qui fçavoit l'impatiente ar
deur que ce Prince avoit
depuis longtemps de fe diftinguer
à la tefte des Troupes
de Sa Majefté & de marcher
fur les traces du Roy
& de Monfeigneur le Dau .
phin , cut permiffion de for .
tir du Confeil avant qu'il fut
finy pour luy annoncer ce
qui venoit d'y eftre réfolu . Il
cut à peine prononcé les pre400
MERCURE
.
tiroient de la Croatie & des
Etats du Grand Seigneur
toutes les chofes qui estoient
dans certe Place . Ses Troupes
y entrerent par adreffe
en contrefaifant les Marchands
, ils brulerent tous
les Magazins , & noyerent.
toutes les munitionsde guerre
qu'ils ne purent emporter il y
en avoitune grande quantité.
Le Roy ayant proposé
dans fon Confeil d'avancer
-de quelques jours le départ
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & ayant dit les
eraifons qu'il croyoit devoir
GALANT 401
l'obliger à faire partir ce
Prince plutoft qu'il n'avoit
efté rélolu , fon départ fuc
arrefté pour le mardy fuivant.
'M' le Duc de Beauvilliers
qui fçavoit l'impatiente ar
deur que ce Prince avoit
depuis longtemps de ſe diftinguer
à la tefte des Troupes
de Sa Majefté & de marcher
fur les traces du Roy
& de Monfeigneur le Dau
phin , cut permiffion de fortir
du Confeil avant qu'il fut
finy pour luy annoncer ce
qui venoit d'y eſtre réſolu . Il
cut à peine prononcé les pre402
MERCURE
mieres paroles de ce qu'il
avoit à luy dire que ce Prin
ce fit paroiſtre une fi grande
joye qu'il feroit impoſſible de
l'exprimer. Il courut inconti
nent ou plutoft il vola chez
Madame la Ducheffe de
Bourgogne pour luy en faire
part. On peut dire que la
joye de cette Princefle fut
fort grande quoy qu'elle fuft
combatue pour ſa tendreffe
que cette nouvelle fembla
faire redoubler . Monfeigneur
le Dauphin eftant à Meudon
ce jour là , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne luy écri
GALANT. 403
vit pour luy apprendre l'agreable
nouvelle qu'il avoit
reçue par мr le Duc de Beauvilliers
ne doutant point que
ce Prince ne fut tres- fenfible
à la joye. Cette nouvelle
s'eftant enfuite repandue
dans toute la Cour , on n'eut
pas lieu d'en douter en
voyant Monseigneur le Duc
de Bourgogne , puifqu'on lifoir
dans les yeux tous les
mouvemens de joye , & de
gloire dont ce Prince eftoit
agire. Il fut réfolu qu'il par
tiroit en Pofte , que fa Maifon
ne partiroit que quel
404 MERCUR
E
.
ques jours aprés luy , qu'it
n'auroit que fix Chaifes de
Pofte fçavoir , la fienne , &
celles de M le Marquis de
Sommery , & de Mrs de
Cayeux , de Monteffon , Moreau
, & Bachelier , cftant
tous neceffaires pour le fervicè
de ce Prince . On regla
auffi qu'il ne partiroit en même
temps que vingt petits
Officiers . Mr Morel Aumônier
du Roy fut nommé pour
fervir auprés de ce Prince . Il
fut regle que les maréchaux
des Logis ne marqueroient
point la craye en Flandres :
mais
GALANT 405
د
•
1
mais que les Bourguemel
tres donneroient des Billers
pour le logement de la fuite
de ce Prince. Je ne fçay fi
vous fçavez que fes Aides
de Campfont Mrs Denonvil.
le , de Sanzé , de mimeurs ,
de Prie , de Chabanes , de
Curton & de la Mothed'Enchien.
Il partit Mardy le
vingt cinquiéme de ce mois ,
à cinq heures trois quarts du
matin pour aller coucher à
Peronne. Je ne vous dis tien
de ce qui fe paffa aux adieux
qui fe firent la veille , il eſt
plus aife de fe l'imaginer que
Avril 1702
. Kk
406 MERCURE
de le décrire. La noble fenfibilité
du Roy eft connuë , la
sendreffe de monfeigneur le
Dauphin ne l'eft pas moins ,
& l'on peut aisément deviner
ce que peut reffentir & dire
dans ces tendres momens
une femme tendre , & gene.
reuſe qui aime la gloire , &
qui a tout l'efprit du monde.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne arriva fur les trois
heures du foir à Roye en Picardie.
Ml'Abbé Peyre Doyen &
Chanoine du Chapitre Royal
GALANT 407
de S. Florent s'eftant preſenté
à la tefte de fon Chapitre dans
le temps que ce Prince s'arrefta
un moment fur la Place
pendant que l'on changeoit
de chevaux , ce Prince en le
voyant à la Tefte de fon
Chapitre eut la bonté ďaba .
tre les glaces de fa Chaife , &
luy fit l'honneur d'entendre
le Compliment qui fuit ,
MONSEIGNEUR ,
Le Chapitre de Roye vient
vous rendre fes tres humbles ref.
pects , & vous marquer la joye
que nous avons du choix que le
Kkij
408 MERCURE
le beau
Roy voftre incomparable ayeul a
fait de vostre augufte Perfonne
pour commander fes Armées, vô.
tre prefence qui attire nos respects
noftre admiration fera la ter
reur de vos Ennemis ,
feu qui vous anime pour l'intereft
des deux Empires fait déja pavoiftre
fes éclairs , & nous promet
desfoudres pour écraser la ste
d'une Nation rebelle & orgueilleufe.
Ouy, Monfeigneur, vos piemiers
coups d'effaiferont des coups
de maiftre , toutes vos démarches
& toutes vos entrepriſes feront
beurenfes, parce que le motif qui
GALANT 409
les anime eft tres legitime.
Pendant que vous combattrez
les Ennemis de la France & de
l'Espagne , nous leverons les
mains au Ciel , & pleins de re
connoiffance pour les travaux¿
les fatigues que vous eßuirez,
nous prierons le Dieu des Armées
qu'il protege voftre auguste Per.
Jonne, & qu'il favorife vos glo .
rieux deffeins :Ce font les voeux,
Monseigneur, & c.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne luy fit l'honneur ,
de luy témoigner qu'il eftoit .
content de fon Compliment
.
Tous les Habitans de Roye.
Kk ii
410 MERCURE
eftoient fous les Armes lork
que ce Prince y paffa , мeffieurs
du Baillage eftoient à
la Tefte du Fauxbourg de Paris
, le Maire & les Echevins
à la Porte de la Ville . Comme
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
ne s'arrefta que fur la
Place fans fortir de fa Chaife,
il n'y eut que Mr le Doyen
de Roye qui eut l'honneur
de luy faire Compliment. Ce
Prince eut la bonté de recevoir
des Copies des Complimens
que les autres Corps
luy avoient preparez.
J'efpere vous parler encore
GALANT 411
de ce Prince avant de ferg
mer ma Lettre.
Enfin aprés avoir douté pen
dant plus d'une année fi nous
aurions la guerre avec les
Hollandois ,aprés les pas que
cette Republique a faits en
reconnoiffant Monſeigneur
le Duc d'Anjou pour Roy
d'Efpagne ; aprés les affurances
que le Roy luy a données ,
& qu'il a réiterées plufieurs
fois de fa bienveillance & de
fa protection , à quoy
il a
ajoûté plus d'une fois , que
le Roy d'Eſpagne maing
Kk iiij
412 MERCURE
tiendroit les Traitez faits
avec Elle , qu'il en feroit le
garant, & qu'il eftoit preft de
convenir des chofes raifonnables
qui regarderoient ſa
feureté , cette Republique
en ne parlant que de paix
pendant qu'elle fe preparoit
à la guerre qu'elle avoit for.
tement refolue par des Traitez
fignez avec l'Empereur &
le feu Roy d'Angleterre , dans
lefquels le jour où elle devoir
commencer des Actes
d'hoftilité eftoit marque , les
a enfin commencez
perfuadant toûjours que cou
en
fe
GALANT. 413
te l'Europe fera affez fimple
pour ne pas croire que c'est la
Hollande qui agir.
Le 8 de ce mois , fur
e o ir , deux Escadrons
chargerent & poufferent
la Garde de Dragons François
qui couvroit le Fort
qui eft à l'oppofite de Bonn.
Dans le mefme temps un
Corps de Cavalerie de quatre
cens hommes des melmes
Troupes fabia quarante-quatre
Dragons François que
Mr. de Montrevel envoyoit
à Bruel prés Dodingen . Mr
Barré , Refident de France ,
4'4 MERCURE
alla chez Mr le Penfionnaire
Henfius pour luy demander
l'explication de ces actes
d'hoftilité. Il évita plufieurs
fois de luy parler , n'ayant
point de bonnes raifons à luy
rendre , mais enfin ne pouvane
eſtre toûjours invifible,
il luy dir que cette affai
re regardoit celuy qui eftoit
President de Semaine aux
Etats. M'Barré alla le trouver,
& le Prefident luy répondit,
que veritablement ils avoient
quelques Troupes du cofté
où il difoit que s'eftoient paf.
fées ces deux actions ; mais
GALANT 4T5
que comme elles agiffoient
au nom & fous les Odres
de l'Empereur , il n'eftoit
pas bien informé des actes
d'hoftilité qu'il prétendoit
que leurs Troupes a
voient commis ; qu'au furplus
il ne parleroit point aux Etatsde
ce qu'il luy difoit , parce
qu'ils ne traitoient que par
Memoires, & qu'ils ne répon
doient point à moins qu'on
ne leur en euft prefenté . Com
me ou vouloit engager lä
guerre, on n'en demeura pas
T'à & l'on peut dire que l'hoftilite
qui a ſuivi les deux
416 MERCURE
que je viens de vous marquer
a efté conçue dans le fein
des Etats , & a efté commife
fi prés d'eux qu'elle en pouvoit
estre vue . On n'avoit
pas moins refolu que d'enlever
un quartier , & pour
cet effet treize cens chevaux
& Dragons detachez du
Camp de Rofendal comman .
dez par мr Dompré s'avancerent
jufqu'à Braxgarten ,
à une lieue & demie d'Anvers
; mais n'ayant pas trou
vé ce qu'ils cherchoient , ils
enleverent feulement un
quatre Grena Capitaine
GALANT 4/7
diers qui s'eftoient avancez
pour les reconnoiftre. Quoy
que la proye qu'ils croyoient
tenir fuivant les méchans
avis qu'ils avoient eus , leur
cuſt échappé , il ne crurent
point avoir perdu leurs pas ,
puifque les Prifonniers qu'ils
firent leur fuffifoient pour
avoir lieu de faire la declaration
que vous allez voir, mr
le Comte d'Artagnan qui
qui commandoit à Anvers ,
écrivit à Mr. le Comte d'A .
thlone , General du Camp de
Rofendal pour luy demander
raifon de cette hoftilité . Ce
418 MERCURE
Comte luy répondit par un
autre billet qu'elle avoit
efté commife par les Troupes
Auxiliaires de l'Empereur
dont il avoit commiffion ,
mais que comme il paroiflit
par la demande que jufquelà
il l'avoit ignoré , il vouloit
bien luy renvoyer les Prifon .
niers qu'il avoit faits , parce
qu'il fe faifoit un plaifir d'o
bliger un fi galant homme.
Toutes ces chofes font voir
que le deffein des Hollandois
n'eftoit que de faire fçavoir
qu'ils prétendoient que tous
les actes d'hoftilité que leurs
GALANT. 4¹9
ง
Troupes feroient ne devoient
point eftre regardées par les
deux Rois comme venant de
leur part , & qu'ainfi ils pour
roient faire la guerre à la
France avec toutes leurs for.
ces & la commercer en même
temps avec cette Couronne ,
comme fi les deux Nations
n'eftoient point en guerre.
La Hollande vouloit conferver
ſon commerce
parce
qu'elle y trouve fon compte ,
& fuivant l'événement heu
reux ou malheureux de cette
guerre , elle y feroit entrée
dans quelque tems , où en n'y
420 MERCURE
n'entrant pas elle auroit évite
les maux qu'elle en doit craindre
fi la France avoit efté
triomphante . Mais l'artifice
eft groffier , & il y a de la vi
fion de croire qu'on puiffe
aveugler la France aprés
avoir figné un Traité avec
l'Empereur , où l'on a marqué
le jour qu'on doit entrer en
hoftilité. De plus , a t'on jas
mais oui parler d'une imagi
nation auffi chimerique
que
celle que la France croira que
toutes les Troupes d'un Etat ,
& dont une partie occupe fes
frontieres
, foient Troupes
auxiliaires. Quand on donne
GALANT. 42º
des fecours à un Allié , fe font
de petits fecours ftipulez dans
des Traitez , & qu'on envoye
hors de chez foy , mais une
Republique comme celle de
Hollande , aauurraa,. t'elle levé
jufqu'à cent mille hommes
qu'elle ſe vante d'avoir ſur
pied, aura . t'elle pendant plus
d'une année cabalé dans toutes
les Cours de l'Europe ,
aura t'elle pris à fa folde des
Troupes d'une partie des
Puiffances de cette même
Europe enfin fe fera - t'elle
donne tant & de fi grands
mouvemens , & aura t'elle
Avril 1702. ·LI
422 MERCURE
dépenfé des fommes immen .
fes pour fervir feulement de
Troupes auxiliaires à l'Empe
reur , & cela aprés avoir fait
connoiftre que fi on ne luy
accordoir les demandes in .
foutenables qu'elle a faites ,
elle ne pouvoit s'empécher
d'entrer en guerre pour cher
cher par la voye des armes la
feureré qu'elle prétend qu'on
luy doir donner , & qu'elle
demande , fans qu'il luy ſoit
riea dû, mais feulement parce
qu'elle a peur. Le Roy vou .
lant faire connoiftre qu'il ne
donne pas dans des pieges f
GALANT 423
mal tendus , & ne pouvant
plus fupporter
tous les actes
d'hoftilité qu'on a faits contre
le Roy d'Efpagne depuis
une année xant fur mer que
fur terre , & voyant Keiferf
wort dont je vais vous par
ler affiegé par des Troupes
Hollandoifes
: commandées
par un General Hollandois
,
le Roy, dis je , voyant toutes
ces chofes donna ordre le zz.
-de ce mois à tous fes Sujets
de courre fur les Hollandois
,
comme ayant fait des actes
d'hoftilité contre les Troupes
d'Elpagne
& fur des terres de
Llij
424 MERCURE
Majefté. Stream
de Sa
Pour continuër ces actes ·
d'hoftilité par des actions qui
marquent encore plus des .
Pennemis declarez que des de
clarations de guerre mefme ,
ils inveftirent Keiferswert le
16. de ce mois , & l'on doit
regarder comme une choſe
nouvelle & finguliere que des
Troupes auxiliaires ne font
jointes là aucun Corps de
Troupes du Prince qu'elles fecourent
, & qu'elles reprefentent
en mefme temps & le
Corps d'Armée du Prince
qu'elles veulent fervir , & le
GALANT. 425
i
fecours, enfin le fecours in que
donné par les Hoilandois eft
Rode quatre - vingt mille hommes
plus ou moins , parmi
defquels il ne s'en trouve
point du Prince fecouru . Le
General Dopa , Comman
dant dans Maſtric , eut ordre
du Prince de Nailau Sarbruc.
General des Troupes des
Provinces Unies d'inveftir la
Place. Ce Prince ordonna
auffi qu'on ouvrift la tranchée
la nuit du 17. au 18. Le
mefme jour les Affiegeans tirerent
une ligne jufqu'au
Rhin au deffus de la Ville ,
426 MERCURE
རྩ་
& ya drefferent une batterie
de Canons . Ils avancerent
confiderablement leurs tran .
chées , & travaillerent à paffer
une espece de foffé dans les
terres , & joignirent le travail
à leurs batteries. Ils en
établirent deux de huit pieces
de canon chacune , qui
furent rendues inutiles par la
fuperiorité du canon de la
Place , auffi bien que leur
-batterie de bombes , qui in-
Scommodoit beaucoup les alfiegeans.
Ils travaillerent la
nuit, & le matin , & firent quatre
- vingt toiles de tranchée.
GALANT: 427
La nuit du 20.ils tirerent une
troifiéme ligne de communication.
Le 21. au matin
Mr le Mar
quis
de Blainville
qui comman
de dans
la Place
, ayant
remar
qué que la tranchée
eftoit
mat
fournie
, & que par
confequent
ce travail
feroit
mal
deffendu
,
refolut
de faire
faire
une fortie
,
& commanda
Mr le Marquis
de
Braneas
, Colonel
au Regiment
d'Orleans
, avec
cinq
cens
Gre
nadiers
, & cinq
cens
Fuzilliers
foutenus
du peu
de
Dragons
qui font
dans
la Place
, & qui
eftoient
à pied. Ce
Marquis
chaffa
les ennemis
de l'ouvrage
dont
je viens
de vous
parler
,
& combla
quatre
- vingt
toifes
de tranchées
. Les affiegez
re-
"
428 MERCURE
vinrent à la charge , & furent
repouffez autant de fois avec
une vigueur qui ne fe peut exprimer.
Ils avoient mefme de
nouvelles Troupes lors qu'ils
vinrent charger la feconde fois.
Enfin voyant qu'on s'eftoit ren,
dus maistre d'une batterie , &
que leur Canon alloit eftre
encloué, ils firent marcher la
Tefte de leur Armée. Mr de
Brancas voyant tant de Troupes
en mouvement , & confide
rant qu'elles eftoient fraifches,
que les fiennes eftoient fati
guées d'avoir battu trois fois.
celles qui estoient venues pour
les repouffer , jugea à propos
de faire battre. la retraite, & de
fe retirer dans la Ville , ce qu'il
fit en bon ordre & au petit pas,
Le
GALANT 429
1
Le Roy ayant appris cette nouvelle
loua publiquement Mr de
Brancas . Sa Majeſté ajoûta qu'il
avoit fait des merveilles , & que
Mr de Blainville , dans fa Lettre
, ne pouvoit fe laffer de le
loüer, & fur tout fa valeur , &
fa bonne conduite . 11 eft à remarquer
que c'eſt là premiere
Campagne de ce Marquis , &
que ceux mefme qui ont le plus
de courage n'ont pas toûjours
toute l'intrepidité dans les premieres
occafions , que l'habitude
de fe trouver fouvent dans
le feu leur fait acquerir dans la
fuice , & qu'ils manquent d'une
certaine conduite , qu'il femble
que le temps feul peut donner.
CependantMride Brancas a don
né d'abord des marques de l'une-
Avril 1702, M m
430 MERCURE
s'en
ge
& de l'autre Ilne faut pas
étonner , il n'y a rien de fi
neral qu'il n'ait quelque exce
ption, & les uns, ( mais le nombre
en eft moins grand , ) ont
naturellement ce que les autres
ne peuvent acquerir qu'avec le
temps , & aprés longue habitude.
Cette fortie a couté aux af
fiegeans plus de cent homme
qui ont esté tuez fur la place..
Ôn croit qu'ils en ont eu plus
de deux cens bleffez . Les affiegez
n'ont perduqu'un Capitaine
avec environ huit ou dix
Soldats. Ils en ont eu environ
quarante de bleffez , parmi lef
quels il y a fix Officiers . Le Roy
en parlant le foir à fon foupé à
Monfieur le Duc d'Orleans, luy
fit l'Eloge de fon Regiment.
GALANT. 31
Aufli ce Prince n'oublie t-il
rien pour le mettre en état de
bien fervir . Mr de Blainville eft .
charmé de la valeur des Trou
pes. Il mande qu'elles s'y prennent
de la meilleure grace du
monde , & qu'elles font d'une
intrepidité extreme . Mr le Che-'
valier de Croify fe trouve par
tour, & tâche de feconder Mr.
de Blainville fon coufin . Il ne
faut pas s'étonner de ce qu'ils
font l'un & l'autre . La valeur
eft hereditaire au fang de Colbert.
Il a fouvent coulé pour le
fervice de Sa Majeſté , & deux
Braves de ce nom ont efté tuez
depuis quelques années en fe fignalant
. Quoy que la Place foit
bien munie de toutes chofes , &
que Mr le Marquis de Coignies
M mij
432 MERCUR
E
yait fait entrer de l'argent
pour animer la Garnifon , il n'eft
pas permis de croire qu'elle
puiffe fe deffendre encore longtemps
. On n'y a mis des Troupes
que parce qu'elles auroient
efté obligées d'eftre en Campagne
& de cantonner jufqu'à
l'ouverture de la guerre. Cette
Place ne confifte qu'en un carré
long , & elle n'a qu'une ruë,
elle et au delà du Rhin , ainfi
il est difficile de la fecourir. Elle
a trois baſtions & deux demi
baftions du cofté du Rhin . On
s'y defend feulement pour arrêter
les ennemis pendant quelque
tems , & pour leur faire perdre
quelques Troupes ..
J'apprens en ce moment même
que la fortie dont je viens
GALANT 433
de vous parler a tellement intimidé
les affiegeans , que voulant
éviter les coups de main
avec les François , ils ont réfolu
de ne plus attaquer la Place
par tranchée , mais feulenent
avec du canon & des bombes.
Pour cet effet , ils ont mis cent
pieces de canon en batterie , &
le 26. la Place eftoit toute en
feu . Les affiegeans ont crû
que les affiegez n'ayant point de
fouterrains , & par confequent
de lieux pour fe mettre à couvert
, ils feroient obligez de fe
rendre dés que la Place feroit
ouverte & qu'ils le verroient
accablez de bombes , mais.iſs
ont fait des fouterrains fous les
remparts ayant pris des poutres
pour les foutenir dans des mai-
M.m iij
434 MERCURE
fons qu'ils ont démolies . Les En
nemis ayant attaqué une redoute
qui eft dans une Ifle fur le
Rhin proche de la Place , ou
les affiegez avoient des Troupes
, cette redoute a efté emportée
, les Ennemis ont fait quarante
prifonniers . Le reste de
ceux qui deffendoient cette redoute
s'eft jetté dans une Barque
pour regagner la Ville , mais,
cette barque s'étant enfoncée il
ne s'eft fauve que fept Soldats.
M de Labadie a fait entrer cinq
cens hommes de renfort dans la
Place avec mille moufquets ou
fufils , pour remplacer ceux qui
ont crevé Mr le Chevalier du
Rofel eftant dans le Limbourg
avec quinze cens chevaux ,
détacha Mle Prince de TalGALANT
435
4
}
mond avec cent cinquante
hommes , pour aller à la découverte
, il s'embufqua pendant
ce temps- là . Mile Prince
de Talmond rencontra un
Corps Ennemis de cinq cens
chevaux dont on prétend que
Mrle Chevalier du Rofel avoit
eu avis Mr le Prince de Talmond
feignit de fuir aprés
avoir fait une décharge & fit
volte face lorſqu'il fe trouva
auprés du lieu ou Mr le Chevalier
du Rofet s'eftoit embuſqué.
Les cinq cens chevaux
furent attaquez en même temps,
& he firent aucune deffence , de
maniere que les Ennemis perdirent
quatre cens hommes qui
furent tuez fur la Place , & l'on
fit quarante Prifonniers. Si j'ap-
M m iiij
436 MERCURE
prens encore quelque chofe du
Siége de Keiferfvert , je ne fermeray
point ma Lettre fans vous
en faire part.
Vous m'avez marqué plus
d'une fois que je vous faifois.
plaifir de vous entretenir de
Mr l'Ambaffadeur d'Efpagne ,
perfonne ne s'eft laffé d'entendre
fouvent parler de luy ; mais
je fuis bienfeur que pour la premiere
fois je vais vous faire de
la peine en vous en parlant ,
puifque je fuis obligé de vous.
apprendre qu'ilva bientôt nous
quiter. Son terme finit & le Roy
d'Espagne luy a nommé un tresdigne
Succeffeur . C'eſt Mr
l'Amirante de Caſtille qui vient
en fa place. C'eſt un des plus
dignes hommes que
l'on puiffe
GALANT 437
voir. Il a dans un degré fuperieur
tous les avantages de l'efprit
& du corps , du merite &
de la naiffance. Il eft bienfait
de fa perfonne, & a fur tout un
air infinuant & un art de ga- .
gner les coeurs qui lui eft particulier
, je vous en parleray plus.
au long dans la fuite , mais je
ne puis m'empêcher de vous
dire qu'il n'en falloit pas moins
pour remplacer un homme tel
que M le Marquis de Caftel
dos Rios. L'Espagne eft fertile
en grands hommes ; mais des
hommes faits comme ces deux
Miniftres font des hommes rares
en tout Pays Le Roy d'Efpagne
témoigne bien le cas
qu'il fait & de la perfonne &
de l'employ de Mr l'Ambaſſa
438 MERCURE
plus
deur par le Succeffeur qu'il lui
donne & par les termes dont il
fe fert dans fon Decret pour
exprimer l'importance de cet
Employ. Mr l'Ambaffadeur fera
encore icy quelque temps ,
mais la feule nouvelle de fon
départ à déja couté ici bien des
larmes. Jamais homme n'a eſté
univerfellement aimé &
eftimé que lui. De la maniere
dont il parle de fon Succeffeur ,
on pourroit fe confoler de ce
changement. Il en fait des Portraits
qui previennent bien en
faveur de Mr. l'Amirante . On
a tant de déference pour lui &
on le connoit fi vray & fi fincere
qu'il perfuade & qu'on ne trouve
rien de fufpect dans le témoignage
avantageux qu'il en rend,
GALANT 429
quoy qu'on fçache bien qu'il y
ait entre eux deux une étroite
liaifon d'amitié & de Parenté .
Je vous envoye une traduction
du Decret Efpagnol de Sa Majefté
Catholique par lequel Mr
l'Amirante eft nomméAmbaſſadeur
en France & j'ay ajouté à
cette traduction celle d'une
belle Lettre que Mr l'Amirante
écrivit àMr l'Ambaffadeur pour
le feliciter en ami & en parent
de la Grandeffe . Cette Lettre
vous fera juger des fentimens.
nobles & du tour délicat de Mr
l'Amirante .
LETTRE DE MONSIEUR
l'Amirante de Caftille , à Mr
le Marquis de Caftel dos Rios ,
Ambaffadeur d'Espagne.
MONSIEUR ,
En apprenant la grace qu'il a
4:40 MERCURE
3
plu au Roy , que Dieu garde ,
de faire à Voftre Excellence en luy
accordant la Grandeffe de ces Royaumes
, le transport de joye que j'en
ay marqué a du en eftre une fuite
indifpenfable , voyant récompen
fer par la tous les merites qui concourent
en Voftre. Excellence avec la
fplendeur de fa Maifon. Quoy que
mon eftime s'arrefte avec complaifance
aupremier de ces motifs , mon
obligation fe trouve encore plus ren--
fermée dans les liens da fecond
dont j'ay fçeu faire tout le cas que
je devais dans toutes les occafions
qui ont pu s'offrir , commeje le fais
à l'heure qu'il eft on felicitant
Votre Excellence de ce bonheur. J'ac
compagne cette afſurance d'un empreßementfincere
d'eftre fouvent employé
àfervir Votre Excellence dont
GALANT
44'
Dieu veuille garder l'exellentiline
perfonne bien des années comme je
le defire.
A Madrid le 22. Juillet 1702 .
Voicy le Decret qu'à donné
le Roy d'Efpagne pour nommer
Mr Amirante de Caftille à
l'Ambaffade de France , les De - ¨
crets des Rois d'Espagne font
des explications de leurs volontez
, & on ne doit pas les regar
der comme de fimples nominations
, mais comme des actes qui
font connoiftre les réfolutions
qu'il leur plaift de prendre .
I Es avantages
Es avantages confiderables
qu'on éprouve déja de l'anion de
ma Couronne avec celle de France ,
les liens du fang entre l'une &
442 MERCURE
l'autre eftant aui eftimables qu'ils
font étroits , j'ay crù qui eftoit fort
convenable pour rendre encore plus
publiques toutes ces circonstances &
par raport aux affaires importantes
dont ont aura à conferer dans les
deux Cours , d'avoir auprès du Roy.
Tres Chretien mon Seigneur& mon
Ayeul , an Minifre qui fait de la
plus grande reprefentation par fa
perfonne & parfon nom , & qui ait
par luy mefme les experiences les
plus grandes dans tout ce qui regar
de la guerre & lapolitique ; & tous
ces avantages eftant fi reconnus
dans l' Amirante de Catille , je luy
fais la grace de le choisir pour mon
Ambaffadeur auprés du Roy mon
Ayeul. C'est ainsi qu'on le tiendra
pour entendu dans le Confeil d'Ef
tat ; & on luy donnera les dépefches
•
+
GALANT 443
neceffaires à ce te execution.
A Barcelone le 5. Avril 1702 .
Mr Liebaux , Geographe ,
vient de mettre au jour une
Carte particuliere du Duché de
Mantoüe, avec fes environs , tirez
d'Antonio Magini , où l'on
voit facilement tous les lieux
où font prefentement les Armées.
Cette Carte eft nette &
gravée par l'Auteur d'une maniere
à faire plaifir . Il demeure
rue Boutbrie prés Saint Severin
,chez le Sieur Prignard , Mar
chand Libraire & Maitre Imprimeur.
Nous avons encore perdu ce
mois cy un homme d'un grand
nom , & d'une grande naiffance ,
444 MERCURE
"
c'eft Mr le Marquis de Lhôpi
tal, neveu du feu Maréchal de
cenom. eftoit Gouverneur &
Lieutenant General pour le
Roy des Everchez de Toul &
Verdun. Il avoit époufé la veuve
de Mr Doüilly. Ce nom eft
affez connu .
On vient d'apprendre la mort
de Mrde Chevalier Bart, le Roy
en a efté fort touché , auffi cette
perte eft elle grande .
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
ayant couché le 25. à Peronne
jour de fon départ . Le
26. à Mons , & le 27. à Bruxelles,
ce Prince y a eſté receu avec
tous les honneurs que l'on a
rendus aux Rois d'Espagne qui
y font venus. Il ne voulut point
GALANT. 445
recevoir le Dais, & dit qu'il ne
faifoit que paffer . En effet , il ne
quitta point fa Chaife de pofte.
Les rues eftoient tenduës de riches
Tapifferies , & de tresbeaux
Tableaux. Les Balcons
eftoient magnifiquement décorez,
& remplis de Dames parées.
Toute la Ville eftoit en
Armes , & retentiffoit du Nom
de ce Prince, & d'acclamations
publiques . Toutes les Gardes
ordinaires accompagnerent ee
Prince tefte nue. Il y avoit un
grand nombre de flambeaux al-
Tumez, quoy que le Soleil éclai
raft cette Entrée, fuivant ce qui
fe pratique ordinairement lorfque
l'on reçoit des Souverains
à Bruxelles. Ce Prince recut
des Complimens de tous les
Avril 1702
. Na
446 MERCURE
Corps , remplis de refpect de
zele & d'amour. Il en partit le
29. Je vous en diray davantage
en fermant ma Lettre.
-20%
Le Roy d'Espagne arriva le
Is de ce mois au Port de Baye ,
ou ce Prince a fejourné avant
que de faire fon entrée à Naples
. Cette heureufe nouvelle
ne pouvoit manquer d'eftre ap-
'portée au Roy avec autant de
diligence qu'elle l'a efté , puifque
Sa Majefté Catholique
avoir choifi Mr le Chevalier de
Sommery pour l'apporter en
Frances que Mr le Comte d'Eftrées
avoit nommé Mr Phely .
peaux pour le même fujet , &
que le Viceroy de Naples l'a
écrite au Roy & à Monfeigneur
GALANT. 447
le Dauphin Plufieurs de ceux
qui n'eftoient pas accoutumez
à la merfe font trouvez fort incommodez
pendant ce trajet .
Les premiers mouvemens du
Vaiffeau cauferent quelques
foulevemens de coeur à Sa Majefté
Catholique ; mais ils ne
continuerent pas . Mt le Comte
de Marcin Ambaffadeur de
de France , qui eftoit fur le Bord
de ce Monarque , n'ayant point
encore fait d'entrée n'y eu d'Au
dience publique . il fut convenu
que lors que le Roy d'Efpagne
auroit débarqué & qu'il
feroit monte fur la Capitane de
Galeres de Naples , les Vaiffeaux
qui avoient porré ce Monarque
, reprendroient Pavil-
Ton François, & que MrleComte
Nnij
448 MERCURE
de Marcin aprés en eftré debarqué
recevroit fon Audience
publique de S, M. C. fur la
Galere de ce Monarque , ce qui
a efté executé de cette maniere.
Tous les preparrtifs que les Napolitains
avoient ordonné pour
I'Entrée de leur Souverain
n'eftoient pas encore achevez
& le Palais mefme où il devoit
loger n'eftoit pas encore meublé
lors que ce Prince eft arrivé.au
Port de Baye. On ne pouvoit
fe perfuader à Naples que ce
Monarque y duft venir plu
fieurs Rois d'Espagne ayant
déclaré qu'ils feroient
Voyage , & les Palais où ils
devoient loger aïant eſté meublez
fans qu'ils y foient venus.
La furprife que les Peu-
**
ce
GALANT 449
ples eurent d'apprendre qu'un
fi grand Roy eftoit à leur
portes , fit redoubler l'amour
qu'ils avoient déja conçue pour
luy fur les grandes chofes qu'ils
Jen - ont ouy dire . Jamais acclamations
ne furent plus grandes,
& ne parurent plus cordiales
que lors qu'il fit fon Entrée .
· Ceux qui le mandent difent
qu'ils n'ont point de termes
pour les exprimer , & qu'elles
ont efté audelà de tout ce que
l'on peut s'imaginer.
?
>
Je viens de voir des nouvelles
qui portent que toute la
Nobleffe voyant que le Roy
d'Efpagne eftoit arrivé , & que
le Palais où ce Monarque de
voit loger n'eftoit pas meublé, y
envoya une infinité de meubles
410 MERCURE
4
Precieux & tout ce qu'elle
avoit de plus riche & de plus
rare pour en parer tous les Appartemens
, en forte qu'il sy
trouva en peu de temps plus de
meubles & de richelles qu'il
n'en faloit pour meubler &
orner plufieurs Palais.
Quoi que le temps Pait efté
fort rude pendant ce mois , &
que la terre n'ait produit aucun
fourages qui ayent pu faire
fubfifter les Armées en campagne
, Mr de Vendofme n'a pas
laiffe de trouver les moïens de
marcher avec quarante - huit
Bataillons & cinquante Efcadrons
A peine les Ennemis éurent-
ils efté avertis qu'il avoit
paffè le Pô , qu'ils s'en éloigné-
.
GALANT 451
.
•
reut de dix lieuës , & firent repaffer
toute leur Infanterie par
delà le Taro , & dés le 31. de
Mars ils n'avoient plus de
Troupes en deçà de la Parma ,
Ils abandonnérent les poftes de
Caorfo , Fiorenzuola , Monticello
, Corte-Maggiore & Borgo
- San Donino de maniere
qu'ils furent reduits à fe refferrer
dans les Etats du Duc de
Modene & dans la partie du
Mantoüan qui eft au deçà du
Pô. Ainfi Mr le Duc de Vendôme
a eu l'avantage d'avoir
auffitôt aprés fon arrivée en Italie
chaffé les Allemans du Parmefan
& du Plaifantin , & de tous
·les Poftes qu'ils occupoient le
long du Pô, pour en rendre la
navigation libre jufqu'à Cre-
.
412 MERCURE
mone. Ce Prince voïant queles
fourages manquoient , & que
T'herbe n'eftoit pas encore affez
grande pour eftre fauchée &
fatisfait d'avoir réüffi dans tout
ce qu'il avoit entrepris , prit le
parti de faire cantonner la Cavalerie
jufqu'à l'ouverture de
fa feconde Campagne , ce qu'il
a fait pendant cinq femaines
pouvant paffer pour une Campagne
glorieufe , aprés laquelle
la efte tenir Confeil de guerre
à Lodi , avec les Officiers generaux
, pour concerter les
-moïens d'ouvrir heureuſément
- cette Campagne. Il a travaillé
avec une application inconcevable
à faire preparer toutes les
chofes neceffaires pour cette
auverture. Il a fait conftrui- e
re
GALANT 493
=
re des fours . Il a fait conduire
des Convois en divers endroits
, où il aura befoin de
trouver des munitionsde guerre
& de bouche pour l'execution
des projets qu'il a formez . 11
én a envoyé divers Plans au
Roy fur lefquels ce Monarque
a travaillé . Il eft fur le point
d'agir , & quoi que le temps
ne foit pas devenu plus beau ,'
& que la terre n'ait encore rien
produit qui puiffe faire fubfifter
la Cavalerie , il a mandé qu'il
efperoit marcher le ſecond jour
de May , ainfi les premieres
nouvelles qui viendront de ce
vigilant General , & qui feront
peut- eftre arrivées avant que
vous receviez ma Lettre pourront
nous apprendre de quel
Avril 1702. Oo
414 MERCURE
>
cofté il aura marché. Toute
les Troupes le fuivent & luy
obeiffent avec plaifir il elt
éclairé,il eft actif.il eft heureux,
il eft brave , jamais homme
n'a plus dépenfé en efpions pour
fçavoir ce qui fe paffe , chez les
Ennemis , & il y a lieu d'atten
dre de grandes chofes d'un General
, qui a toutes ces qualitez
fans fafte & fans , oftentation .
Vous avez trouvé dans un
des Articles de ma Lettre que
Mr le Comte de Cezane , frere
de Mr le Duc d'Harcour , avoit
efté nommé par le Roy d'Efpagne
Chevalier de la Toifon
d'or. On affure prefentement
que c'est ce Due qui a reçu cer
honneur. Je vous ayouë que je
fuis encore dans l'incertitude ,
GALANT 455
& que je trouve tant de gens
partagez fur ce qu'ils doivent
croire qu'il est tres difficile de
rien affurer de pofitif la - deffus,
fr ce n'eft qu'il eft conftant que
Mrle Duc d'Harcour a demande
cet Ordre pour le Comte for
frere .
.2115Les Seances publiques de l'Academie
des Sciences & de celle
des Infcriptions ne s'étant faites
que vers la fin du mois , & d'ailleurs
eftant accablé d'une infinité
d'autres articles dont je ne
bus vous entretenir
ce mois
puis
cy, je me trouve obligé de differer
jufqu'au mois prochain à
Vous en parler.
25f
J'ay oublié de vous marquer que lors
que Mr le Comte de Marcin cuft la
premiere Audience du Roy d'Eſpagne,
O o ij
486 MERCURE
ce Comte eftoit accompagné d'un grand
nombre d'Officiers de Marine , dont
tout les juftaucorps eftoient brodez ,
& qu'ainfi il paru avec une fuite auffi
nombreufe , & auffi magnifique que s'il
avoit eu Audience à Madrid. Sa Majefté
Catholique a fait Mr le Comte
d'Etrées Grand d'Espagne , & Madame
la Comteffe fon époule à qui certe Grandeffe
donne ici le rang & les honneurs
de Ducheffe , en reçoit les complimens.
Je n'ay point de nouvelles plus frai
ches de Keiferfwert que celles qui font
déja marquées dans ma Lettre , ce qui
fait voir que cette Place , quand même
elle feroit prefentement prife , fe fera
deffendue plus longtemps qu'il n'y avoit
lieu de l'efperer.
Il y a des Lettres qui portent que Mr
le Prince de Bade qui avoit pallé le
Rhin avec onze mille hommes l'a repaffé.
Chacun raifonne fur cette nouvelle , les
uns croyent que c'eft parce que l'on
befoin d'une partie de fes Troupes pour
envoyer en Italie , & les autres parde
GALANT 497
qu'il apptehende d'eftre attaqué par dixhuit
mille hommes de nos Troupes qui
achevoient de s'aflembler.
1
Je ne puis vous donner de nouvelles
certaines de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, ny de Mr de Boufflers , leur
marche est un miftere auffi bien que les
mouvemens de la plus grande partic
de nos Troupes. On attend ce qui en
doit éclore,.
M l'Abbé de la Poepe a refufé l'Evêche
de Poitiers. Ce qui fait voir
de plus en plus que le Roy ne donne
les Evêchez qu'au merite , & non aux
follicitations . Je fuis Madame & c.
M
و أ
A Paris ce a May 170251
Hollivuon ash & y li'm nowpol
AVIS.
N croit devoit encore marquer que
Obienqu'on n'employe point dans
Mercure , les Articles dont le port
n'eft pas payé , on recevra avec plaifir
O o iij
& on payera le port de toutes les Lettres
qui viendront des Armées du Roy , quelques
éloignées qu'elles foient. On pric
tous ceux qui s'intereffent à la gloire
des Troupes de S. M. & à celle de leurs
parens ou amis particuliers , d'envoyer
tout ce qui les regardera , & même des
Journaux de tout ce qui fe paffera , fur
tout aux Siéges qui fe feront. Enfin de
marquer les actions particulieres auffi
bien que les generales . Si ceux qui ont
des amis à Paris pouvoient les leur adref
fer on les rembourferoit des ports qu'ils
auroient payez . Cette précaution eſt
neceffaire parce que la curiofité fait pren
dre ou du moins décacheter par les cuzieux
de dela .... tous les paquets ou
l'on croit qu'il y a des nouvelles.
こ
1.12
&..
:
C
GALANT. 499
APOSTILLE CURIEUX
qui repare l'équivoque du Paffage
du Rhin.
quon
Les nouvelles fuivantes viennent
d'arriver. La nuit du 28.
au 29. on devoit attaquer le
chemin couvert de Keyferfvert."
Le feu des Ennemis n'a pas continué
de la même force qu'au
commencement . Outre les cinq
cens hommes qui eftoient entrez
dans la Place , il y en eft
encore entré fept cens. Mr de
Blainville ayant mandé à Mr de
Boufflers que fi on pouvoit faire
une Batterie de
Canon de l'autre
cofté du Rhin cela incommoderoit
fort les Attaquans ,
parce que le Rhin n'eftpas lar460
MERCURE
more
ge en cet endroit , Mr de Tallard
a marché avec trente Ef
cadrons & des Dragons , & a
établi une Batterie de vingt
Canons qui a commencé à faire
feu , qui bat les travaux des
Ennemis & enfile leur tranchée,
Le Courier qui a apporté
cette nouvelle eft parti le 30.
aufoir , & l'attaque du chemin,
couvert nn''aavvooiitt point encore
efté faite ce qu'on attribuoit
à l'incommodite que caufe le
qui
feu de noftre Batterie . Le mê
me Courier a apporté , & c'eſt
ce qui a fait croire que les Ennemis
avoient repaffe le Rhin ,
& que c'eftoit les Allemans
d'Alface ; que Mr de Boufflers
ayant appris que douze mille
hommes des Ennemis eftoient
GALANT 460
200 38
campez à l'entrée du Pays de
Cleves , il avoit marché à eux ,
qu'il devoit tomber fur eux à la
pointe du jour , & qu'il ne s'en
feroit fauvé pas un ;
mais que
les Ennnemis en ayant efté aver
tis avoient decampé la nuit avec
beaucoup de precipitation , &
avoient laiffé dans leur Camp
deux mille facs d'avoine , mil
facs de farine , du foin pour leur
Cavalerie pour cinq ou fix
jours , & mefme quelques menus
équipages , de la poudre & de
boulets , que M de Boufflers
eftoit campé dans leur meſme
Camp , qu'ils s'eſtoient retirez
fous Cleves & enfuite avoient
repaffé le Rhin , & avoient laifféle
Duché de Cleves tout dé
"
462 MERCURE
couvert , & à la mercy de nos
Ja
gens.
L
Mr de Pointy eft party pour
aller prendre le Commandement
qu'avoit M le Chevalier
Bart.
TABLE.
P Relude:
Sonnet.
Recherche Phifique des caufes de
la vieilleffe , & de la mort naturelle.
9
Sur le malheur des Grands , Sa-
55 tyre.
Balance Magnetique
où il eft parle
2 d'un moyen de perfectionner
le
fens de l'Ouie
-15
Zettre.
Ode fur les fuplices des
n༩༨ :;
Deffence de Mr Antier. h
65
79
Dam-
733
93
99
Carte Chronologique des Ducs . 124
Sonnet.
· 135
La troupe Solitaire à Madame de
C....
Madrigal
7.137
11 139
TABLE.
Hiftoire genealogique de Bretagne
ancienne & Moderne. 140
Traduction des vers du Pere Com
mire fur le choix que le Roy a
fait de Munfeigneur le Duc de
Bourgogne pour Generalilime de
Afes Armées.
Maifin de Rouhant .
148
150
Retour de Mr d'Egrigny à l'Armée
d'Italie.
373
Traduction
de la Sentence
rendue
contre Mr le Marquis del-
Vafto. 179
Recueil des bons mats des anciens &
des Modernes 184
Lettre de Mr l'Ambaſſadeur d'Ef-
Pagne à Venife , fur le dernier
avantage remporte par la garnifon
de Mantouë,
Priere faite à l'occafion du voyage
186
du Roy d'Espagne en Italie 189
TABLE.
Mariage .
Hiftoire.
2.00 >
207
Jalousie à la belle Peronnoife. 223
L'entrée de Mr le Nonce.
Morts
39234
Regiment
vendu
244
252
NouveauxChevaliers de la Toifon
and
or
279
Régimens Espagnols .
281
Ode. 282
Nouveaux Planifpheres , nouveau
plan de Paris , nouvelles Cartes
& plans pour la guerre relie
,
Romance
dIta
290 .
2.93
301 -Abjuration.
Ce qui s'eft paffé chez Mr de Gaigniers
lorfque Monseigneur le Duc
de Bourgogne lui fit l'honeurd'aller
voir ce qu'il a de curieux & de
rare
302
TABLE.
Charge de Maitre des Requeftes
Xvenduë
315
318 · Benefices donner par le Roy
Stations du Roy & de toute la Famille
Royale pour gagner le Jubi
lé faites à Paris 360
Intendance de la nouvelle France
donnée à Mr. de Beauhar
30s nots.
395
39363
•Enigmes, 370-
"Second article des morts.
79379
Le Roy d'Efpagne fait l'honneur à:
Mr le Bailly de Lorraine de le
faire couvrir.
.s:l
392
Mr le Comte d'Eftrées traitefur fon
Bord Leurs Majeftez Catholiques.
3935
Départ du Roy d'Espagne de Barcétone.
395
Chanfon fur ce départ , fur l'Air
dAimable Vainqueur
.
3975
TABLE..
Provifions pour l'Armée de l'Empereur
en Italie , prifes & diffipées
par Mr le Chevalier de Forbin,
399
Depart de Monfeigneur le Duc de
Bourgognes avec plufieurs circonftances
quiregardent cedépart.
$400
Haranguefaite par le Chapitre de
Roye à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. 407
Actes d'hoftilité commis par les
Troupes Hollandoifes.
Ordre de course fur les Hollandois .
Siege de Keiferfuvert.
411
443
424
Article concernant le rapel de Mr le
Marquis Dos Rios Ambassadeur
d'Espagne, & la nomination de Mr
l'Amirante d'Espagne pour luy Succodex.
427
Nouvelle Cartes du Duché de ManTABLE.
.tone.
Troifiéme article de morts.
A
445
Arrivée de Monseigneur le Duc de
Bourgogne à Bruxelles. 445
Arrivée du Roy d'Espagne à Naples. 447
Affaires d'Italie.
SST
Second articles touchant les nouveaux
Chevaliers dela Toifon d'Or.
454
Nouvelles de divers endroits.
Avis.
455
L'Air qui commence par`,
L'agreable Printemps , page 140.
L'Air qui commence par ,
Je ne vousfuivraypoint , page 378.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères