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1702, 03
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Eur.
Mercure
511m
1702,3
< 36605020360014
<36605020360014
Bayer. Staatsbibliothek
"

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
MARS 1702 ,
A
PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
u Palais , au Mercure Gilant.
207
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffir
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les.
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
les Mercures.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Mãe shen
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté misdepuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , stil
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
MARS , 1702 .
E vous envoye un nou
veau Portrait de Roy.
Je fçay que vous en avez
déjavûpluſieurs, mais les yeux
n'ont ils pas toûjours (ujet
d'eftre contens quand la reffemblance
s'y trouve parfai
A iij
6
MERCURE
te , & le peut on ennuyer de
voir l'éloge d'un Prince qui
fait l'admiration de toute la
terre , & que les merveilleufes
qualitez n'élevent pas
moins au deffus des hommes ,
que la majefté du Trône
dont il foûtient la fuprême.
autorité avec tant de gloire.
LE PORTRAIT DU ROY.
SONNET .
Stre grand par merite autant
que par naiffance,
Du vifé lat des Lis rehaußer la
flendeur;
GALANT 7
Eftre un Tite en bienfaits , un Augufte
en clemence ,
UnUliffe enfageße , un Achille en
valeur.

Attacher tous fes foins au bonheur,
de la France ,
Du perfide Calvin aneantir l'erreur.
Punir l'impieté , diffiper l'ignorance
,
Du Trône & des Autels fe montrer
Protecteur.
2
AThemis , aux beaux Arts fervir
defeur azile ,
Au fort des embaras avoir l'ame
tranquile .
Dans la Paix , dans la Guerre effacerfes
rivaux.
2
A iiij
४ MERCURE
Offrirfa gloire à Dieu , luyconfacrer
des Temples ,
De toutes les vertus donnerde grands
exemples.
C'est le Portrait d'un Roy qui n'eut
jamais d'égaux.
Ce Sonnet eft de M' Mau .
gard de Troyes.
Je ne vous apprendrois rien
quand je vous dirois que rien
n'eft égal au zele de noftre
Saint Pere le Pape dans fes
fonctions Apoftoliques. Vous
avez vû l'Homelie qu'il fit
dans l'Eglife de Saint Pierre ,
le jour de la Fefte de ce Prince
des Apoftres . En voici une
GALANT. 9
qu'il a faite encore dans la
mefme Eglife. Il la prononça
en Latin , & vous en allez voir.
la Traduction .
HOMELIE
Frononcé par Sa Sainteté
à la Meffe folemnelle , le
jour de la Nativité de no
tre- Seigneur.
Es voeux des Nations
Lfont remplis. Les Oracles
des Prophetes font accomplis.
Le Createur le Seigneur éternel
de toutes chofes , cachant
。MERCURE
fous le voile l'éclat de la Ma.
jefté divine , a pris la forme
d'un Efclave pour rendre la liberté.
tant defirée à ceux qui gemif
foient depuis fi longtemps fous
le jougpefant de l'ancienne fervitude
du peché. Dieu a envoyé
fon fils né d'unefemme, & affus
jetti à la Loy , afin de racheter
ceux qui estoient fous la Loy,
L'Ancien des jours eft devenu.
enfant afin que par l'abaiffe.
ment d'un Dieu jufqu'à la nature
humaine , l'homme foit élevéjusqu'à
la nature divine : La
force eft devenuefoible , pour don
ner de la force à la foibleffe . La.
GALANT. H:
mifericorde eft defcendue du Ciel
& s'eft communiquée aux pecheurs
lafanté aux malades , la
verité à ceux qui fons dans l'égarement
, la lumiere aux aveu
gles , la vie aux morts pour
ne point employer icy d'autre expreffion
que celle de l'Evangile
mefme que nous venons d'enten
dre, le Verbe s'est fait chair, & à
demeuré parmi nous . Grand my .
fterefans doute, prodige étonnant
de l'amour d'un Dieu , Sacre .
ment ineffable de noftre reconci
liation Courage donc, mesFreres ,
vous à qui je ne puis maintemant
donner des qualitez plus
12 MERCURE
convenables qu'en vous appellant
avec le Prince des Apoftres,
Race chofie , affemblée , qui joi .
gnez le Sacerdoce à la Royauté;
Nationfainte , Peuple gagné par
conquefte. Courage , celebrons
avec joye ce jour facré où les
campagnes du defert ont produit
le germe odoriferant d'Ifraël , où
la verité eftfortie de la terre ; &
la justice a regardé du baut du
Ciel , où un Enfant nous eft né,
où un Fils nous a efté donné;
mais un Enfant qui ne peut eftre
renfermé dans l'enceinte des
Cieux ; mais un Fils qui eft Fils
unique du Pere & qui a voulu
t
GALANT 13
devenir Fils de l'homme pour
nous faire Enfans de Dieu . Réjouißons
nous dans ce jour defalut
, & puifque nous avons l'avantage
d'avoir esté faits participans
de la nature divine ,
que la bonté d'un Dieu qui veut
bien nous adopter pourses enfans,
nous rempliffe d'une fainte allegreffe
, que nos bouches chantent
les louanges du Seigneur & que
toute chair beniffe le faint Nom
de celuy qui eftant riche s'est
fait pauvre pour nous , afin de
nous enrichir par fa pauvreté,
Penfons ferienfement à la gran.
deur inefable de cet ouvrage.
da
14 MERCURE
Tres haut, & reconnoiffons avec
humilité combien eft excellente
la grace que Dieu nous conferve
dans ce myftere.
Les Anges cértes le reconnoiffent
, puifque felon la remarque
de faint Gregoire depuis la naiffance
du Sauveur , ils ne fauffrent
plus que les hommes les
adorent & qu'ils veulent bien
maintenant regarder comme leurs
·égaux ceux quils mépriſoient auparavant
comme de foibles &
de viles creatures . Les démons ,
le reconnoiffent , & jaloux du
bonheur de notre Redamption , ils
s'affligent de voir par l'Incar.
GALANT 15
bu- . nation du Verbe , le genre
main delivré de la puiffance des
tenebres , eux qui fe glorifioient'
auparavant
de nous avoir feduits
par leurs artifices & de
nous avoir exclus de l'heritage
celefte.
Reconnoiẞons donc auffi nous
mefmes les fublimes · avantages
de noftre nature, & renonçant
à toutes les baffeffes du viel
bomme , ne fouffrons plus qu'
une nature que l'homme nouveau
a purifiée de toutesfes taches
qu'il a elevée d'une maniere admirable
à unſi haut degré d'honneur
s'abaiffe deformais
s'aviliffe.
16 MERCURE
Que la confideration du myftere
ferve à l'édification de nos
moeurs , en forte que le Sacrement
de la reparation des hommes
paſſe juſqu'à la pratique, &
Je manifefte dans noftre conduite.
Un Dien eft couché dans une
creche , que l'ambition n'eleve
plus deformais nos efprits : l'Auteur
de la nature n'a pourfe cou
vrir que des langes pauvres &
déchirez
, que la convoitife des
biens terreftres ne tyrannife plus
nos coeurs : Le Mediateur de
Dieu des hommes , le Pere
du fiecle à venir , le Prince de
la paix. JESUSCHRIST eft con-
1
GALANT ..++ 17:
çûnaift d'une Vierges ne
nous laiffons plus corrompre. par
l'attrait de la volupté , ni em.
porter par la colere , ny déchirer.
par l'envie , ny fouiller enfin par
quelque vice ou quelque taches
que ce puiffe eftre. Ainfi le jour.
de la naiffance du Sauveur fera
pour nous un jour de paix , mais
de cette paix veritable , de cestel
paix route celefte fans laquelle la
paix d'icy bas que nous fouhai.
tons avec tant d'empreſſement
pour apporter le remede à nos
maux, ne peut fubfifter. Er afin
- mefme que cette paix qui eft pra
pre de la terre nous foit accordée
Mars 1702.
B
18 MERCURE
par celuy qui tient tout en paix
dans le haut des Cieux , & qui
place les Rois fur le Trone ,
commençons par obtenir la paix
avec Dien cette paix que le monlemonde
ne peut donner, & que les
Anges ont annoncée cette nuit.
mefme aux hommes de bonne·
volonté. Cherchons la , deman.
dons la , confervons la , car celuy
qui de deux peuples n'en a
fait qu'un & qui eft capable d'éfacer
nos pechés de perfection.
ner en nousfes dons , c'eſt celuyla
mesme qui eft noftre veritas
ble
paix.
14
GALANT : 19
Rien ne convient mieux
au temps de penitence oùnous
fommes , que le petit
Poëme que vous allez lire.
Il eft de la Compofition de
M' Raimond Fargues , de la
petite Ville de Puylaurens en
Languedoc.
SUR LE JOUR
DU JUGEMENT.
F
E chante ce grand Lour , ou le
feu doit réfoudre
Iufques aux Elemens_tout l'Univers
en poudre.
Vivans preftez l'oreille à mes
graves difcours !
20 MERCURE
Et vous , Morts , écoutez , & ne
Soyez pas fourds ?
Et vous , Pécheurs , tremblezen ce
jour redoutable.
Tremblez, fi le Seigneur ne vous est
fecourable :
Mais non , il ne vient pas , Pécheurs
, pour pardonner ,
Ildefcend , ô Mechans , pour vous
exterminer
Dés que ce jour viendra pour embrafer
la Terre,
Par tout retentiront des bruits af--
freux de guere ,
On n'entendra parler que de fédi- -
tions
> [ tions .
Que de foulévemens entre les Na- zens
D'abord divers Pays montreront
teurs ruines
Par de promts tremblemens & de
longues famines:
GALANT. 214
Les Peftes auffi -tôt régneront en
tous lieux ,
Des fignes tout- à - coup paroiftront
dans les Cieux ,
On n'y verra briller que prodiges
funebres :
[ bres
Le Soleilchangerafalumiere en tené-
La Lune en mefme - tems fera changée
en fang ,
Les Etoiles du Ciel tomberont de
leur
rang ,
Et toutes les Vertus en feront ébranlées.
Les tributs de la terre alors feront
troublées,
Et foudain on verra paroistre dans
les airs
Le figne du Seigneur , effroi de l'O
nivers ,
Toute la terre alors fera dans l'épouvante
22 MERCURE
A l'aspect imprevi de la Croix.
triomphante.
Dès lors tous les humains pleureront
leur malheur ,
Etferont confternez de crainte de
douleur.
Le Seigneur à l'inftant dans un
Trône effroyable ,
Apparoiftra luy- mefme en Iuge re-..
doutable:
La foudre , les éclairs , le feu , les
tourbillons
Marcheront devant luy , comme fes
bataillons .
Maisle voicy qui vient , aſſis
Jur une nuë.
Ces Tonneres bruyans annoncentfa
venue ,
Et les Anges du Ciel deja de toutes
parts
Affemblent devant luy tous fes Elûs
épars
GALANT.
23
L'entends déja leurs voix la Trompette
derniere
Fait penetrer ces mots dans chaque
Cimetiere :
O morts , réveillez- vous , fortez du
monument ,
Et venez comparoiftre à ce grand Iugement
A cette affreufe voix , les tombeaux
rétentißent ,
Les morts dans leurs cercueils horriblement
fremiffent ,
Sur la terre on n'entend que grincemens
de dents
Et tout l'air n'eft rempli que degémiffemens.
A cette même voix toute la terre
's'ouvre >
L'Abime des Demons auli - toft fe
découvre ;
Et ces Efprits damnez , du profond
des Enfers,
24 MERCURE
Font par leurs burlemens trembler
`tout l'Univers..
Quelle confufion le Ciel & l'En .
fer tonne ,
Avec un bruit confus toute la mer
refonne,
Tout rentre en un moment dans le
premier cahos ,
Se voit tout embrazě , l Air , la
Terre & les Flots ;
Ah ! quel troublefoudain ! la Mort
eft étonnée Enée ,
La Nature frémit la vie eft confter-
Que voi-je? En un clin d'ail les vi- Et
les
tombent
morts
.
Et les morts à l'inftant reßufcitent™
en corps .
Ojour rempli d'horreur ! jour couvert
de mifere !
Plufieurs trainant encor la moitié
dufuaire ,
Si toft
CALANT 25
Si- tôt qu'ils ont oùi ce terrible fignal,
En fortant du cercueil , courent au
Tribunal.
Ils s'affemblent foudain dans la
grandeVallée;
6
Par le bruit de leurs pieds la terre
eft ébranlée:
Mais par le feul régard deleur Iuge
en furcur ,
Leur coeur même s'ébranle ; & tout
faifis d'horreur,
Collines couvrez nous de vôtre
lourde maffe ;
Vous autres , difent- ils , cachez
nous à fa face ,
Vous , Montagnes , Rochers
crouilez vîte fur nous
Tombez , & nous ôtez de devant
fon couroux ;
C'eft icy le grand jour de fa
grande colere ,
Mars 1702. C
26 MERCURE
Voicy ce jour fatal d'angoiffe&
de mifere ,
Qui pourra foutenir ſes regards
aujourd'huy ?
Qui pourra dans ce jour fubfifter
devant luy :
Voilà ce qu'ils diront à l'aspect de
leur juge…….
Mais où trouveront- ils un affuré
refuge ?
Où fe cacheront ils ? Ce juge rigou-
Breux
Entrera fur le champ enjuftice avec
eux ;
D'abordils'armera de fa juftè colere,
Et preft à les punir comme un juge
Severe,
Il viendra feparer les Elus des maudits
,
Comme un Pafteurdes Boucs , fepare
Les brebis.
GALANT. 27
Alors il ouvrira le grand Livre de
vie ,
Où l'on verra gravez tous les faits
de l'impie :
Les méchans à ce coup pleins de con-
,
fufion
Recevront cet arreft de malédiction .
Allez , leur dira - t-il , Maudits
Pecheurs infâmes ,
Allez , retirez-vous aux éternelles
flâmes .
Eloignez- vous de moy , malheureux
Criminels ;
Allez courez, brûlez en des feux
étérnels .
Ace commandement , les Demons
obéiffent,
-De tous ces Corps damnez d'abord
ils fe faififfent,
Ils les trainent foudain dans l'horreur
des tourmens ;
Cij
28 MERCURE
Là l'on n'entend que pleurs , que
grincemens de dents
Les Els cependant remplis de
confiance ,
Attendront fans efroy leur derniere
fentence,

Et l'aspect raviffant du glorieux
Sauveur , [ coeur.
D'une joie inefable animera leur
Pour lors ils écriront d'une voix
d'allegreffe
C'eſt icy nôtre Dieu , nous
l'attendions fans ceffe,
C'eft ici l'Eternel , c'eſt ici nôtre
Roy ;
Como.0
Venez , Seigneur JESUS , Couronner
nôtre Foy.
Le Seigneur à fon tour , comme un
Roy debonnaire,
Venez , leur dira- t-il les Benits
de mon Pere :
GALANT
29.
De mon Regne éternel prenez
poffeffion ,
Il vous eft préparé dés fa fondation
.
Vous avez combatu pour prix
de la victoire
Venez donc recevoir là Couronne
de gloire?
Il dit, incontinentfesfidelles Enfans
Sont conduits dans le Ciel pompeux
& triomphans.
Charles II . Roy d'Espagne,
mort le premier de Novem
bré 1700, ayant fait fon Tefta.
ment le s. Octobre de la mê .
me année , par lequel en conformité
des loix fondamenta
les de la Couronne , il inftitua
le Sereniffime Prince
Ciij
30 MERCURE
Philippe Duc d'Anjou
fecond Fils de Monfeigneur
le Dauphin pour heritier univerfel
de tous les Royaumes
& Etats de la Monarchie
d'Espagne , ce Prince monta
fur le Trône , avec l'applau
diffement des Grands & des
Peuples , aprés quoy il fut proclamé
dans tous les Royau- ..
mes , Provinces & Etats qui
luy ont efté remis , & qui lui
ont prefté ferment de fidelité
dans les formes ordinaires .
M' le Marquis de Bedmar
Commands
General en
Flandre a eu ordre depuis
GALANT.
30
peu de Sa Majesté Catholi
que de faire la Ceremonie de
fon Inauguration
en qualité
de Duc de Brabant & de
Limbourg , & le 21. du mois
paffe jour de Saint Pepin ,
premier Duc de Brabant , fut
choisi pour cette ceremonie ,
qui s'est faite à Bruxelles , &
dont la Lettre fuivante vous
apprendra le détail,
A MONSIEUR ***
A Bruxelles le 22. Février 1701.
Uilque vous fouhaitez
P
Monfieur
que j'aye
C iiij
32 MERCURE
l'honneur de vous écrire tout
ce qui fe paffe dans cette Vil
le , je ne dois pas oublier de
Vous envoyer les nouvelles
fuivantes . Elles ne font pas
écrites avec tant
d'éloquence
& de
delicateffe que vos ouvrages
; mais j'ofe vous affu
rer auffi . qu'elles font moins
Alteufes. C'est une Relation
exacte de tout ce qui s'eft
paffé icy le 21. & le 22 à l'inauguration
de Sa Majefté Catholique
au Duché de Brabant
, en preſence de Mle
Marquis de Bedmar , Com .
mandant General des PaysGALANT.
3 F
bas en l'abfence de Son Altef
felectorale Monfieur le
Duc de Baviere .
Quoy que l'on foit vives
ment perfuadé que la còn
fcience engage tous les Chré
tiens à obeïr à leurs Rois , je
dirai encoreen faveur des Flamans
, qu'ils ont enchéri fur
ce Precepte dans toutes les
occafions où il a efté necef
faire de prouver à leur Souve
rain l'amour tendre & refpectueux
qu'ils luy ont toûjours
confervé. Cette veriré fe confirma
hier dans toute fon
étendue à l'inauguration de
34 MERCURE
Sa Majesté Catholique au
Duché de Brabant. En effet ,
M' le Marquis de Bedmar ,
auffi illuftre par les grandes
qualitez que par
l'ancienneté
de la Maifon de la Cueva ,
dont il eft defcendu , ne fut
pas plutoft forti de fon Hoftequ'on
vit une multitude in.
nombrable de Peuple sémoi
gher par mille & mille accla
mations de joye, l'impatience
où elle eftoit de voir le commencement
de cette Fefte.
Le Regiment de Cavalerie
de Talmont , qui eft en gara
nifon dans cette Ville , & la
GALANT. ક
Compagnie des Gardes de
Cent hommes que le Marquis
tight ici en qualité de General
des Armes , l'ont conduit à
l'Eglife Cathedrale de Sainte
Gudule avec un cortege de
plus de cent Caroffes . D'abord
qu'il y fut arrivé , on
commença la Meffe , & on
chanta le Te Deum en Mufique.
L'Archevefque
de Mali
nes s'avança enfuite vers ce
Seigneur , & lui fit promettre
au nom du Roy de maintenir
dans fes Etats la Foy Catho
lique , & d'y conſerver tous
les Privileges des Braban36
MERCURE
çons. Cette coûtume en ge
neral eft tres ancienne , & elle
n'a efté introduite que pour
la feureté des Contrats des
Sujets avec leurs Princes , &
pour empêcher la Religion
de retomber dans les mêmes
malheurs où elle avoit efté
expolée fous Conftance ,
Julien l'Apoftat, & quelques
autres heretiques ou perfecu .
teurs . Nous fifons dans l'Hif.
toire que les Empereurs Anaf
tale , Phocas & Leon Ifaurique
, ont eſté les premiers
qui nous ont donné cet
exemple.
9
GALANT 37
M'de Bedmar eftant forti
de Sainte Gudule , s'en eft retourné
avec fon même corté :
ge au Palais des anciens Ducs
de Brabant , qu'on appelle
la Cour. Il y a monté fur un
Theatre des plus grands &
des plus magnifiques. Il s'eft
mis dans un Fauteuil élevé
de fix marches , qu'on luy
avoit preparé fous un Dais où
eftoit le Portrait du Roy. 11
avoit devant luy le Roy d'Ar.
mes , & les quatre Herauts
vétus de leurs Cottes , qui
eftoient de la derniere propreté.
Le Comte de Grof,
·
28 MERCURE
38
*
baudon eftoit debout à la
droite , & tenoit , l'Epée , en
-qualité de Maréchal Hereditaire
de Brabant. Le Marquis
d'Arque eftoit à la gauche ,
portant l'Etendart comme
eftant Grand Gonfalonnier.
Les Deputez de ces Etats
au nombre de plus de cin
quante , avoient leurs Chapeaux
fur leurs teftes , &
eftoient affis fur des tabourets
fuivant l'ancienneté des Terres
qui leur donnent entrée
aux Etats . Tout le monde
eftant placé dans un tres bon
ordre ; le Marquis de LaverGALANT
39
gne Grand Audiancier , a leu
la Procuration du Roy. Elle
contenoit en fubftance que
les affaires de Sa Majefte Catholique
l'empêchant de ve
nir à Bruxelles , il avoit donné
commiffion au Marquis de
Bedmar de prêter & de recevoir
en fon nom tous les fermens
qu'on avoit coutume
de faire dans une pareille
ceremonic. La lecture en
eftant faite , un des Deputéz
l'a harangué avec autant d'ef
prit que de bonne grace , il
Jui a fait lire par trois perfonnes
les Privileges du Pays
40 MERCURE
en Flamand , en Latin , & en
>François. Vous me demanderez
fans doute pourquoy
on les a lus en ces trois lan-
•gues , je vous répondrayque
c'eft afin qu'ils foient micux
entendus des Affiftans , qui
felon la Ville ou la Campagne
où ils demeurent , n'entendent
fouvent que le François
ou le Flamand. Ces trois
perfonnes ayant achevé cette
lecture , l'Archevêque de malines
eft allé à Mr le Marquis
de Bedmar , qui a mis la main
fur l'Evangile , & a fait au
nom du Roy fon maiſtre , le
GALANT
45
ferment de la joyeuſe, En .
trée .
Vous allez encore me quef

tionner fur la nouveauté de
ce terme , mais je ne fçais
point me rebuter , quand il
eft question de contenter
voltre curiofité. Vous fçaurez
donc qu'autrefois les Ducs
de Brabant & les Rois d'Ef.
pagne leurs Succeffeurs jufqu'à
Philippe I. venoient euxmêmes
à la preftation de ce
ferment; ils entroient à cheval
dans Louvain ou dans Bruxelles
, & ferendoient ainfi dans
Mars 1702 7
D
42 MERCURE
leur Palais , où le faifoit cette
ceremonie ; mais la grande
diftance de ces Villes à Madrid
, & les grandes occupations
de ces Rois les ayant
obligez d'en donner la commiflion
à leurs Gouverneurs
Generaux , les Brabançons fe
font contentez du ferment
que ces Miniftres font pour
eux . Voila ce qu'on nomme
le Serment de Joyeufe Entrée
.
Revenons à noftre fujet :les
Deputeza présce Sermentfont
venus chacun felon fon rang
faire à M de Bedmar le SerGALANT
43
ment de fidelité , & de vivre
& mourir dans la Religion,
Catholique , Apoftolique , &
Romaine. On a entendu enfuite
dans la Cour du Palais,.
des Trompettes , & des Timbales
, au fon defquelles le
Peuple a fait retentir des cris
de Vive le Roy. Un moment
aprés, on luy a diftribué dans
une autre Cour des Medail
les d'or & d'argent , où eftoir
d'un cofté l'Effigie du Roy, &
de l'autre un Soleil levant
avec ces mots Latins , Rerum
bine nafcitur ordo. Je dois vous
dire, qu'avant cette diffribudesi
Dij
44 MERCURE
avec
tion on avoit donné des Me
dailles d'or aux Dames de la
premiere qualité affemblées
les Comtes d'Egmont,
& la marquife de Bedmar
dans les Appartemens
du
Palais . Comme il eftoit prés
de quatre heures quand cet .
te Felte a fini , on a jugé à
propos d'aller difner. La table
eftoit d'une ftructure fort
finguliere. Elle reprefentoit
un Fer à cheval, & contenoit
prés de cent trente couverts.
On ne l'a fervie que d'un côté.
Je ne vous diray point
que tout s'eft paffé avec
GALANT 45
autant de propreté que de
delicateffe. Je vous appren
dray feulement qu'on a bû:
à la fanté du Roy tres refpec
tueufement ; chaque fois que
cela arrivoit , trois perfonnes
eftoient debout ; celuy qui
venoit de boire , celuy qui bu
voit , & celuy à qui l'on por
toit cette fante M de Bedmar
fe levoit alors , & remer
cioir avec toutes les demon
ftrations de la derniere hon
nefteté Les Dames ne furent
point de ce repas , mais deux
heures aprés elles fe rendirent
chez Madame de Bed
45 MERCURE
mar , où aprés avoir fait une
collation des plus magnifi-"
ques , on leur donna un Bal
qui n'a fini qu'à fept heures -
du matin. Pendant toute
cette nuit il y a eu des illu
minations de Flambeaux
blancs devant les Hôtels des
grands Seigneurs , des chan .
delles devant les maisons des
Bourgeois , & un grand Feu
devant l'Hôtel de Ville qui
n'a eſté qu'un préliminaire à
celuy d'artifice qui vient de
fe tirer à las fatisfaction de
de tous les affiftans , qui lans
compter tous les Sermens ou
GALANT 47-
ou Conffaires , eftoient fans
contredit au nombre de plusde
cinquante mille perlonnes.
Ce Feu d'artifice a efté
precedé d'un difner que deux
cent cinquante perfonnes
ont trouvé fi delicieuſement
fervi , qu'elles ont dit tout
d'une voix , qu'il ne s'eft jamais
vû un repas auffi beau
que celuy là . On en doit le
bon ordre au fieur d'Aragon
Contrôleur du Comte d'Egmont.
Ce difner a efté ſuivi
d'une bonne collation pour
les Dames , & d'un Bal qui a
duré jufqu'au jour.
48 MERCURE
Le bon coeur des Flamansa
plutoft que leur fuperftition ,
leur a fait remarquer deux
chofes dont ils ont tiré
d'heureufes confequences, &
que vous ferez bien aile de
fçavoir. La premiere eft, que
les deux fois que M. de Bedmar
a parlé pour Roy, le
Soleil n'ayant point paru de
toute la journée,s'eft fait voir
dans ces momens mêmes
malgré la pluye & la multitude
des nuages dont le Ciel
eftoit couvert. Hinc rerum
nefcitur ordo. La feconde eft,
que dans la diftribution des
Medailles,
GALANT: 49.
>
Medailles , de dix mille perfonnes
qui y eftoient , il n'y
en a eu aucune tuée ou blef.
fée ; quoy que dans les autres
Festes depuis prés de cent
cinquante ans & fur tout
à celle du feu Roy Charles
11. il y a toûjours eu huic ou
dix perfonnes écrasées . Je
pafferai fous filence que dans
ces deux grandes Feftes , il
n'y a pas eu la moindre cho .
fe perduë.
Veülle le Ciel que de fi
juftes conjectares s'accordent
avec nos defirs , & qu'il
comble à jamais de fes prof-
Mars
1701.
E
ད50༠
MERCURE
peritez l'invincible
RoyTres
Chrêtien , à qui les Pays Bas
font obligez de la conferva
tion de leurs Privileges
, auffi
bien que du choix de leur
tres judicieux & tres auguſte
Monarque
.
On a oublié dans cette
Lettre quelques circonftan .
ces que vous ne ferez pas fâ .
ché de fçavoir Mrs les Etats
du Duché de Brabant, & de
Limbourg s'eftans rendus le
jour de cette Ceremonie
dans leurs Caroffes avec des
Equipages magnifiques
l'Hôtel de Mr le Marquis de
à
GALANT .
Bedmar pour l'accompagner
en la fonction qu'il devoit
faire , la Marche commença
à dix heures du matin au fon
de la groffe Cloche de la
Collegiale de fainte Gudule .
Un détachement des Gardes
de fon Excellence eftoit à la
tefte avec les Trompettes &
fes Timbale's Les Officiers &
les Membres des Etars des
deux Duchez fuivoient dans
leurs Caroffes en cet ordre.
Les Deputez de Limbourg &
d'outre Menfe.
M' Delvaux Mayeur du Banc
E ij
42 MERCURE
de Spirmont avec le Pen
fionnaire.
M' de Tiege Mayeur de la
Ville & Banc d'Hervé.
M 'le Comte de Hoon.
M ' le Baron de Groote.
M' le Baron de Woeftenraedt
.
M ' l'Abbé de Rolduc .
Les Receveurs des Etats.
Le Receveur du Quartier
d'Anvers .
Le Receдeur du Quartier de
Bruxelles.
Le Receveur du Quartier de
Louvain.
Deux Greffiers des Etats.
GALANT
53
Les Deputez des trois Chefs
Villes de Brabant.
Les Deputez de la Ville
d'Anvers .
Les Deputez de la Ville de
Bruxelles .
Les Deputez de la Ville de
Louvain.
Les Nobles.
Meffieurs le Comte d'Urfet
comme Baron d'Hoboke.
Le Baron de Spangen & Herent.
Le Baron de fainte Marie
Waure.
Le Comte de Dion le mont ;
Le Baron de Noirmont.
E iij.
54 MERCURE
Le Baron de Limalle.
Le Baron de Kiefecum.
Le Marquis de Deynſe com.
me Baron Duffel.
Le Baron d'Ittre.
Le Baron de Carloo .
Le Baron de Bauterfem .
Le Baron de Cumptich.
Le Baron de Willebroeck .
Le Comte
de Cruyckemborgh
.
Le Comte de Haudion de
Weyneghem.
Le Comte de Couroy - le-
Chafteau .
Le Comte d'Erps .
Le Comte de Grobbendonck
GALANT
.
55
Maréchal hereditaire de
Brabant.
Le Comte de Coppignies
Chevalier de l'Ordre de la
Toifon d'or.
Le Marquis de Wefterloo
Chevalier de l'Ordre de la
Toifon d'or.
Le Marquis Daffche Guidon
hereditaire de Brabant .
M'le Prince deRubembré &
d'Everberghe Chevalier de
l'Ordre de la Toifon d'or ,
& grand Veneur du Roy,
M'le Prince deBerghes Chevalier
de l'Ordre de la
Toifon d'or & Gouver-
E ij
16 MERCURE
neur de Bruxelles .
M'le Prelat & Comte deGem
blours
Les Prelats.
Meffieurs l'Abbé de Sainte.
Gertrude .
L'Abbé
Dilegem .
L'Abbé de
Tongerloo.
L'Abbé
d'Everbode .
L'Abbé
d'Heyliffem .
L'Abbé de Parck,
L'Abbé de
Grimberghe .
L'Abbé de Saint Michel.
L'Abbé de Saint Bernard.
L'Abbé de Villers .
Mr l'Abbé de wilerbeck.
M' l'Evefque d'Anvers ..
Mrl'Archevelque de malines,
GALANT 57
Quatre Rois d'Armes reveftus
de Cotes d'Armes , de
Lothier, Brabant, Limbourg,
& Marquifat du Saint Empi .
re fuivoient les Prelats.
9
Lefieur Vander- Leene premier
Roy d'Armes qui marchoit
enfuite eftoit revêtu
de la Cotte d'Armes pleines
des Royaumes & Provinces
de Sa Majefté, avec le Cadųcée
en main . Deux Caroffes
à fix Chevaux precedoient
celuy de м le Marquis de
Bedmar qui eftoit tres ma
gnifique. Ses Valets de pied
& fes Pages marchoient des
58 MERCURE
deux coftez avec la Garde
Royale des Hallebardiers , elle
des Archers marchant derriere
la Caroffe de fon Excellence
, les Gardes à cheval
avec leurs Trompettes &
leurs Timbales fermoient la:
marche .
On avoit dreffé avec beaucoup
de magnificence un
Autel dans la Nef de l'Eglife
Collegiale de Sainte Gudule,
au milieu de la croisée . Son
Excellence y ayant pris fa
place , & Mrs les Etats celles
qui leurs eftoient preparées ,
Mr l'Evefque d'Anvers affifté
GALANT:
59
des Abbez de Whierbeck ,
Villers , & Saint Bernard , y
celebra Pontificalement la
Mefle Votive de la Trinité,
chantée par la Mufique de la
Cour , aprés laquelle ce Prelat
donna la Benediction avec
le Saint Sacrement des miracles.
Immediatement aprés ,
Mr l'Archevelque de Mali .
nes s'approcha de мr le мarquis
de Bedmar qui jura entre
fes mains au Nom de Sa
Majesté Catholique de con .
ferver les Droits & Immuni
tez des Eglifes de la Province,
ce qui eftant fait , мr de
60 MERCURE
Mayere , Doyen de cette Eglife,
à la tefte des Chanoines ;
s'approcha pareillement de
fon Excellence , laquelle fic
auffi le Serment entre fes
mains pour la conſervation
& maintien des Droits , Pri
vileges & Libertez de cette
Eglife , & des autres du Diſ
trict de la Ville de Bruxel
les.
2
Ces Ceremonies achevées
on remonta en Caroffe, & la
marche fut continuée par les
principales rues jufqu'à la
grande Place , où les cinq
Compagnies Bourgeoiles du
GALANT. 61
Serment estoient rangées
fous les Armes . On alla de
là au Palais : Toutes les ruës
eftoient embellies de decolations,
& particulierement
ra grande Place où il y avoit
quatre grands Feux de joye
dreffez , au milieu defquels
Mrs les Etats avoient fait
preparer un tres beau Feu
d'artifice en forme de Château
avec diverſes Infcriptions
, & les Cronographes
fuivans. FIDEM polll. Cor.
FIDEM paCIs Cor. FIDeM
regl. ConfeCro. FIDĒLIS
regeM Colo.
62 MERCURE
En
arrivdans
la Cour
du Palais Mrs les Etats monterent
fur le fuperbe Theatre
qui y eftoit dreffé , embelli
d'Infcriptions & de Cronographes
, & fe rangerent de
chaque cofté de part & d'autre.
Mr le Marquis de Bedmar
y monta auffi & s'afflit au
milieu dans un Fauteuil ſous
le riche Dais de l'Empereur
Charles V. Aprés la Harangue
faire par le Greffier des
Etats fur le fujet de la Ceremonie
, on fit la lecture des
anciens Privileges des Duchez
de Brabant & de Lim.
GALANT. 63
bourg nommez La joyeufe
Entrée , laquelle eftant ache.
vée , Mr l'Archevefque de
Malines s'approcha du Marquis
de Bedmar, luy prefenta
& donna à baiſer les Saints
Evangiles , & receut les Sermens
par lefquels il promit
& jura folemnellement au
Nom de Majefté Catholique
de conferver & de maintenir
tous les Privileges , Franchifes
& Droits contenus dans
cette joyeuſe entrée ; aprés
quoy Mrs les Etats de Brabant
jurerent tant en leur
propre Nom qu'en celuy de
τους
94 MERCURE
tous les Peuples , obéiffance,
vaffelage & fidelité à S. M. C.
Alors les Rois d'armes firent
les acclamations accoutumées
de Vive le Roy Philippe
V. Duc de Lothier, de Brabant,
& Marquis du Saint Empire.
Enfuite les Deputez de Limbourg
s'approcherent du
Trône avec leur Penfionnaire
, reçurent les Sermens de
M.le Marquis de Bedmar, &
prefterent le leur . On fit de
nouveau les acclamations de
Vive le Roy Philippe V· Duc
de Limbourg , ce que toute
l'affemblée & la foule du peu·
GALANT 65
ple repeterent à diverſes reprifesavec
des demonſtrations
d'une joye extraordinaire
. Il
y eut trois fontaines de vin
qui coulerent dans la plaine
du Parc.
Le lendemain 22. fur le
midy, M. le Marquis de Bed,
mar fe rendit avec un fuperberbe
Cortege à l'Hôtel de
Ville , où Mrs les Etats fe
trouverent à un Feftin ma.
gnifique dans le grand Salon
tendu de riches Tapifleries,
avec tant de fplendeur & de
fomptuofité , qu'on ne pou
voit rien ajoûter à ce témoi
Mars
17.02. E
66 MERCURE
gnage de leur joye. Le foircet
Hoftel & les Chambres
des métiers furent illuminées
comme le jour precedent .
Les cinq Compagnies
Bour
geoiles du Serment rangées
dans la Place firent des
falves continuelles de leur
moufqueterie au fon de la
groffe Cloche du Triom
phe , aux fanfares des Trompettes
& Timbales, & au bruit
de l'Artillerie des remparts .
On fit jaüer le grand Feu
d'artifice qui réuſſit admira.
blement bien , & on alluma
enfuite les Feux de joye . Mrs
GALANT 67
les Etats terminerent cette
grande Fefte, pendant laquel
le toutes les Boutiques furent
fermées par le divertiſſement
d'un Bal où les Seigneurs &
les Dames parurent
tout l'éclat poffible.
avec
Le matin du mefme jour
Mr l'Abbé de Wlierbeck celebra
la Meffe folennelle à
l'Autel du Saint Sacrement
des Miracles dans l'Eglife
Collegiale ; ce qui fut continué
les quatré iours fuivans
par d'autres Abbez des Etats
de la Province , afin d'implo
rer la benediction du Ciel
Fij
68 MERCURE
fur la Perfonne Royale de Sa
Maiefté Catholique , pour la
profperité de la monarchie ,
& pour le bien des Sujets que ·
Dieu à mis fous la puiffance.
Toutes les pieces qui ont
porté le nom de M ' l'Abbé
de Cantenac vous ont toujours
extremement plû. Ainfi je ne
doute point que vous ne liſiez
avec plaifir ce qu'il vient
d'écrire contre l'avarice . Vous
fçavez qu'il eft Chanoine de
l'Eglife Cathedrale de Bor
deaux.
GALANT. 69.
SA TYRE .
Source des plus grands maux
avarice inhumaine
Qui cours après des biens qui caufent
tant de peine ,
Dont le charme fecret flate moins
qu'il ne nuit
Et ronge inceffament le coeur qui le
pourfuit ,
C'eft toy qui fais regner l'amour illegitime
Qui fous l'eclat de l'or caches l'horreur
du crime.
Et qui fais qu'une Belle en perdant
Sa pudeur
Prefere indignement l'intereft
l'honneur.
Onen a vu jadis chanceler , &fe
rendre
1
H
70 MERCURE
Aux douceurs de l'Amour quifçavoit
les furprendre :"
Dont le coeur genereux fe laiſſant
enflamer ,
Ne cherchoit dans l'amour , que le
plaifir d'aimer
Mais des amours fi doux ne font
plus à la mode ,
Un Amantfans dépenfe eft un homme
incommode.
Fut-iljeune , vaillant noble_riche “
& bienfait ,
S'il n'eft pas liberal , il eft fade il
eft laid. [familles ,
A la honte du Siecle , on trouve des
Où l'Epoux vendfa Femme , & la
Mere fesfilles ;
La foy nyla vertu ne leur femblent
plus rien:
Et l'on hazarde tout pour acquerir
du bien,
GALANT . 70
Ce motif danger eux efteint fouvent:
les flames ,
Qu'un amour légitime allume an
coeur des Dames ,
Elles veulent briller par des vainsornemens
2 [ leur tems :
Avoir de quoyjouer, & paffer mieux
Un amant liberal leur devient neceffaire,
Et leurfait des plaifirs , qu'un Efpoux
ne peut faire ,
Mais ce honteux commerce engendre
avec mépris ,
Le divorce fatal des corps, & des
Efprits.
La rupture qu'on fait de ces nauds
légitimes ,
Eft aux fexe , un moyen de faire
d'autres crimes
C'est commeun criminel quifuit de
fa prifon
72 MERCURE
Et qui pour s'arrefter n'entend plus
de raifon
Malgré tou es les loix n'est-ce pas
l'avarice
Qui fçait adroitement détourner la
juftice.
Quandpar defaux Ecrits lavide
C
De la Chicane affreuse exerce lafu
reur ;
Animé des préfents , & feur dun
Secretaire ,
Ilfait gagnerfans peine , une mé- .
chante affaires
Lorfqu'un Fuge eftfacile ,
pas toujours,
nevoit
Le bon droit égaré par d'injuftes détours
[ P'innocence,
Plus d'une fois Themis opprimant
Afous le poids de l'orfait pancherja
balance
Pour
GALANT 73
Pour fe recompenfer d'un Arrest
odieux ,
N'a-t-ellepas ouvert & la main
& les yeux?
Ce vice a quelquefois des effetsplus .
finiftres ,
·Il-va jusqu'à l'Antel corromprefes
Miniftres , [ donnez
Quicontre leur devoit au lucre aban-..
Font trop payer des biens que le ciel
a donnez
"On a vû des Pasteurs , trop indignes
de l'eftre ,
Des loups qu'ils rançonnoient , chercher
à fe repaiſtre ,
Et malgré noftre Prince , &fesjuftes
Projets ,
Vendre nos Sacremens à d'indignes
Sujets
Dans les Siecles paffez lesHeros
de l'Hiftoire
Mars
1702.
G
74.MERCURE
N'avoient - ils d'autre but que™
d'augmenter leur gloire ?
L'avarice & l'orgueil en eux fe confondoient
,
Pour groffir leurs Trefors du fang
qu'ils répandoient.
Elle fait chaque jour de nouveaux_
homicides ,
Et desplus chers enfans , d'infames
parricides , [foeurs
Elle rend ennemis les freres & les
Et des plus grands , amis fait des
perfecuteurs ,
D'où vient qu'un Médecin en rif➡
quant notre vie.
Souventdefonremede aigrit lu maladie
Qu'il expofe un malade aux terieurs
de la mort.
Il gagneroit trop peu s'il gueriffoit
d'abord,
GALANT. 75
Ce beau naud dont le Ciel joint les
corps & les ames,
Où l'amourdoit borner la douceur de
fesflames
>
L'hymen ne dépend plus que du
bien qu'on pourfuit ,
Et lefeulintereft le regle où le détruit.
En vainjeunes beautez vous étalez
vos charmes,
Pourgagneruue épouse , il vous faut
d'autres armes ,
Une dot opulente a des attraits plus
grands,
Et la beautéfans bien , nefait que
des galans.
Cet avare motiffouvent dans le
commerce ,
Inspiré l'injustice à celuy qui l'exerce
,
Et fait que le marchand par des
perils divers ,
Gij
76 MERCURE
De fa mauvaisefoy va remplir la
nivers.
Il achette á vil prix, & vend ave
ufure ,
Ala fraude il craint peu de joindre
le parjure.
Et mauvais debiteur de l'argent
•qu'ilreçoit
1
Par une banqueroute , il acquiert ce
qu'il doit. [ nelle.
C'est cette paffion fi fouvent crimi-
Qui fait qu'on trouve à peine , un
artifan fi delle <
Il manque d'ordinaire à tout ce qu'il
promet ,
Il trompe en ce qu'il donne , &furvend
ce qu'ilfait ,
Heureux le Siecle d'Or ou l'onpaffoitfa
vie
Exempt d'ambition , d'intereft, &
d'envie,
GALANT 77
Ou tous les biens communs s'augmentant
chaque jour
Faifoient regnerpar tout l'innocence
& l'amour.
Lefoin de la fortune , & les douleurs
cruelles.
N'imprimoient pas au coeur leurs
atteintes mortelles ;
Chacun vivoit en paix & content
defon fort , [ la mort.
Attendoit fans effroy les rigueurs de
La terrre abondammant produifoit -
fans culture ,
Tous lesfruits les plus beaux , que
forme la Nature.
Ils eftoient à couvert desfureurs des
Soldats
Affafins & uoleurs ne s'y connoiffoient
pas.
Mais à ton jamais vù ce Siecle
incomparable ?
Giij
78 MERCURE
L'homme comme à preſent injuhe &
miferable.
Toujours fujet au vice à la peine
aux douleurs
Aoû regner la guerre , & les autres.
malheurs.
On finiroit plustoft l'inconftance de
l'onde
Que de guerir les maux & les er
reurs du monde.
Supportons nos douleurs , vivons
bien, & tachons
Qee la vertu fupplée aux biens que
nous cherchons.
Il ne faut pas eftre avare
mais l'argent
eft neceffaire
pour vivre heureux
. C'eſt ce
qui a donné lieu de direà un
GALANT. 79
homme qui ne paye que d'a
parence.
Oftre argent n'est jamais de
mife
Vous fçavez ufer de remife
L'Esperance en vostre maison
Y déborde à confufion

L
Si fans l'agreablefinance
On pouvoit vivre d'efperance
Chez les perfonnes de bon fens
Vous meriteriez de l'encens
La Piece qui fuit eſt de M²
de la Tronche de Rouen. La
diverſité des matieres qu'il y
traite , fait un mélange tres
agréable.
G iiij
8 MERCURE
LE CERCLE GALANT
LE
E nombre des perfonnes
qui compofent ce
Cercle eft le nombre de fept.
Elles le prirent comme celuy
qui de tous les nombres eft
le plus myfterieux, & qui renferme
plus de merveilles. Le
Chef de cette illuftre Compagnie
est l'aimable Amin .
tas , fort diftingué par ſa naiſ.
fance & par fon merite . Il fe
fait honneur d'avoir toûjours
chez luy des perfonnes fça .
vantes de divers fexes , afin
GALANT. 81
que la converfation foit plus
vive & plus enjoüée ; car fans
cet agréable mélange de focieté
les plaifirs font comme
infipides. C'est là que l'on
trouve un fel qui pique , qui
travaille , & qui donne tout
l'agrément de la converfation
, mais non pas de ce fel
Atique , qui pour eftre trop
piquant devient amer, ny de
ce fel trop doux qui en débauchant
l'efprit ,amolit le coeur.
Celuy d'Amintas tenant de
l'un & de l'autre fait un
agréable temperament , fa fageffe
s'en fert pour donner

82 MERCURE
de l'agrément en toutes cho.
fes . Cela fe voit même dans
fa phifionomie qui ne mar
que pas moins d'efprit que
de prudence , & qui ne pré
vient jamais injuftement au--
cune perfonne en la faveur.
Ce fut luy qui entama la
converfation , & qui infinua.
à cette noble Compagnie de
parler tour à tour des matieres
qui feroient felon leur
goult ,fans qu'on fi oppofaft:
par des railonnemens con.
traires, parce que la differen
ce des fentimens eft prefque
toûjours fuivie de quelque
altercation ,
GALANT
83
Il dit qu'on aime autant , &prefque
davantage ,
Ce que l'amourpropre produit
Sur tous les ouvrages d'efprit
Que les enfans que donne un fe.
i cond mariage.
nos
Ilfit voir que l'amour propre
nous rend en quelque
maniere idolatres de
penlées , & que nous n'en revenons
prefque jamais fans
chagrin, & que pour l'éviter,
il feroit à propos d'en ufer
comme il l'avoit propofé , fi
on le trouvoit agréable.Tout
le monde applaudit à fon
fentiment , & l'on demeura
84 MERCURE
d'accord que les matieres mið
fes fur le tapis ne feroient
point conteſtées.
Alcidamie qui parla enfuite
eftoit une Dame fort me
lancolique, dont les grandsyeux
noirs & languiffans marquoient
affez le caractere de
fon efprit. Sa melancolie , ce
pendant , toute dominante
qu'elle étoit, ne la rendoit pas
impraticable lors qu'elle fe
retiroit des Compagnies , ce
n'eftoit que pour la faire
converfer avec les morts, afin
de la rendre plus fociable par
mi-les vivans. Elle étoit toû
GALANT.
jours prefte de parler fur tou,
tes fortes de matieres avec au
tant de prefence d'efprit que
de folidité de jugement. Elle
dit que le jour precedent elle
s'eftoit trouvée dans une
Compagnie où l'on avoit
parlé de la vertu , mais que
chacun en faifoit un phan.,
tôme felonfon caprice, qu'on
l'habilloit de toutes fortes de
manieres pour luy faire joüer
divers perfonnages que les,
uns la logeoient dans la fo
·litude comme quelque chofe
de farouche, & que les autres
tout au contraire la faifoient
ཟླ་
86 MERCURE
voir en certains tems avec
éclar, fous pretexte de donner
bon exemple. Que d'un
cofté on luy donnoit un vi
fage trifte & des yeux baiffez
pour ne voir que la terre , &
de l'autre un vifage gay & les
yeux élevez pour ne regarder
que le Cielicy dans la joye
contente d'elle mefme , & la
dans les pleurs jamais fatis .
faite. Qu'il n'y avoit perfonne
qui felon fon temperament
ne luy donnaft divers points
de vûë , & qu'enfin ce n'ècoit
rien moins que ce qu'elle eft
à caufe des differens traits
GALANT 87
qu'on faifoit entrer dans fon
portrait , les uns effaçant ce
que les autres avoient tracé.
La vertu, reprit elle , d'un ton
grave, eft toujours elle même .
Elle eft de tout temps , & de
tous lieux ; elle doit eftre à
prefent ce qu'elle eftoit du
temps de nos peres ; on la
doit voir dans la Campagne
comme dans la Ville , fur le
Trône comme dans les
Chaumieres. En un mot la
vertu ne fe doit trouver que .
dans la pratique des maximes
chrétiennes & des Loix du
Prince , & on ne fe montre
$88 MERCURE
vertueux qu'en faisant du
bien à tout le monde , en
domptant les paffions , en ſe
pardonnant moins fes fautes
que celles des autres ; en
faifant profeffion d'une fainte
indifference de recevoir le
bien & le mal , fans s'abatre
dans la pauvreté , ny s'enor.
gueillir dans l'abondance ;
enfin en fe refignant entie
rement aux ordres de la
Providence .
De la vertu voicy le caractere.
Tous ceux qui s'en éloigneront ,
·Croyant l'avoir , n'embraſſeroit
Rien que fumée que chimere. 3
GALANT.
€89
Alcidamie n'eut pas plutolt
fini que Clidamon parla
enfuite de la maniere qu'il
faut vivre pour ſe conſerver
la fanté. C'eftoit un homme
à faire plaifir à voir. Il eftoit
bien fait , de tres bonne mi
ne & fort revenant . Son temperament
fanguin luy donnoit
toujours un teint vermeil,
Ses yeux petillans de joye
marquoient affez la vivacité
de fon genie. On découvroic
dans fon heureuſe phifiono.
mietoutle fond de foncoeur; il
eftoit libre , franc, fans aucun
guiſement , fe donnant tour
Mars 1702. H
go MERCURE
à tour aux differens plaifirs;
& c'est ce qui l'obligea
d'en parler comme de veri
tables moyens pour la confervation
de la fanté pourvû
qu'ils foient pris avec moderation.
I dit que la plus
grande partie du monde ne
les gouftoit pas fans amertume
pour ne fçavoir pas fe
ménager ; que pour luy , il
avoit trouvé la maniere d'entrer
avec joye dans tous ceux
qui fe prefentoient , fans en
fortir avec degouft , n'en
ayant jamais uſé qu'avec
frugalilé,& que par ce moyen
GALANT 94
il avoit joui d'une fanté
parfaite. Il fit voir que tout
le monde en devoit ufer de
la forte pour ne pas charger
une vieilleffe d'infirmitez par
des débauches outrées qui
font toûjours fuivies de lan
gueurs & de miferes . Il dit
qu'on avoit beau donner fur
ce fujet des leçons aux jeunes
gens , qu'ils n'en devenoient
pas plus moderez , qu'il traittoient
de reveries les fages
confeils qu'on leur donnoit
n'en voulant croire la verité
que par leurs facheufes experiences.
Hij
42 MERCURE
Sur les déreglements de lá follë -
jeuneffe
On à beau donner des leçons
A la bien écouter perſonne ne
s'empreffe
Au contraire , l'on dit en ſe mocquant
, chansons.
Arthemife parla enſuite ,
& aprés avoir parcouru fçavamment
les divers caracte
res d'efprit. Elle fit voir qu'il
y a des perfonnes de condi
rions médiocres qui ne laiffent
pas d'avoir l'ame grande
de ces ames qui fentent en
elles mêmes - des inclinations
toutes Royales , qui les porte
GALANT
'93"
roient à de hautes entrepriſes
fr elles avoient le pouvoir de
les executer. On voit dit elle;
dans leurs manieres , malgré
la baffeffe de leur origine
un certain je ne fçay quoy
qui les fait diftinguer parmy
leurs femblables. C'eft ce
qui me fait dire , ajouta telle
qu'il y a des ames de divers
ordres , comme il y a des
corps plus ou moins parfaits
felon qu'ils font bien ou mal
organilez. Ainfi lorfqu'une
ame d'un ordre fuperieur eft
unie en un corps mal difpo
fé à recevoir les nobles mou
94 MERCURE
vemens qu'elle luy donne
elle ſe ſent comme refferrée
dáns elle mème & incapable
de faire toute feule ce qu'elle
feroit élegamment , s'il faut
ainfi dire , dans un corps qui
répondroit efficacement à les
vives impulfions . Il en arrive
de même de ces corps par
faits & bien difpofez qui ne
répondent pas aux efperances
qu'ils donnent, parce qu'ils logentdes
ames mediocres mais
au contraire , lorſqu'une belle
ame loge dans un beau corps,
que ne doit- on pas attendre a
Rien que de grand , que de
GALANT. 95
fublime , & d'heroïque , com
me on a vû , & comme
on voit encore heureuſement
en la perfonne de nôtre
incomparable Monarque
Louis le Grand , la terreur de
ſes ennemis .
Famais la profe nyla rime
Avec leur ftile propre à celebrer
les.Dieux ,
N'arriveront à ce point glorieuse
De quadrerjufte à noftre estime.
Aprés ce difcours , Clidafur
les rangs. La
mis
parut
grande
application
qu'il
avoit
l'étude le rendoit melancolique.
Cependant il eftoit.
9 MERCURE
d'une agreable converſations
It parloits admirablement
bien de toutes choſes , mais
principalement
de l'Histoire
dont il faifoit fon capital. Il
dit que c'estoit par
elle qu'on
fe rendoit le paffé prefent ,
en remontant
dans les fiecles
les plus reculez. Il fit voir
que c'eftoit par Hiftoire quon
apprenoit
les plus fubtils
refforts de la plus fine Politi .
tique , & que fur les bonnes
ou méchantes
moeurs de
ceux qui nous ont devancez
on apprenoit
à les imiter ou
à éviter les fautes dont ils
s'eftoient
GALANT 97
s'eftoient rendus coupables .
Aprés cela il montra qu'il
falloit joindre à la fcience de
l'Hiftoire celle des Medailles ;
que celle cy fert de preuve à
à l'autre , & que celle - là ſert à
fon tour bien fouvent de
Commentaire pour décou .
vrir le fens des infcriptions
misterieuſes qui fe rencontrent
fur les Medailles ; que
ce fecours reciproque oblige
preſque toujours les Sçavams
de joindre à leurs Biblioreques
des cabinets de Medail
les qui font comme autant
d'illuftres monumens de l'an-
1
Mars
1702,
98 MERCURE
&
tiquité. C'est par elles qu'on
voit en quel tems où fous
quels regnes des Confuls où
des Empereurs , ont efté conftruits
les Temples magnifi .
ques des faux Dieux , les beaux
Arts de triomphes & ces
fuperbes colifées qui ont fait
l'amiration de tout le monde
& qui ne ſubſiſtent preſque
plus , puifqu'à peine en aperçoit
on quelques morceaux
au milieu de leurs ruines ;
c'est encore par elles que l'on
conferve la memoire de ces
hommes illuftres , qui ont
-pris le foin de faire bâtir des
GALANT. 99
Aqueducs & autres édifices ,
'non moins confiderables
pour l'embelliffement des
Villes que pour leur utilité.
Les actions des braves Sol·
dats qui combatoient genereufement
pour leur Patrie y
font marquées , comme cel
les des Heros , l'on y voit la
Couronne Triomphale , la
Civique , la Murale , Navale
l'Obfidionale , & plufieurs
autres dont on récompenfoit
Je merite de ceux qui fe
fignaloient dans les combats
tant fur mer que fur
terre.
I ij
100 MERCURE
Vive la memoire de ceux
Qui combattent pour leur parie.
Quandpour elle ils perdent la vie
Learfort paroît fi glorieux
Que tout le monde y porte envie .
Clidamis n'eut pas plutoft
ceffé de parler , qu'Uranie
prit la parole. Je fuis obligée,
dit-elle , à l'infidelle Arcas,
de l'honneur que j'ay de me
trouver parmi une fi honorable
Compagnie , qui fe di
Alingue fi glorieuſement dans
la Republique des Lettres .
Sans fon infidelité , je ne fe
rois plus à moy, je me ferois
donnée tout à fait aux deGALANT
. Οι
voirs du mariage , qui demandent
fans referve tous
les foins d'une honnefte
femme , pour l'education
de fa famille. Vous fçavez
qu'une telle occupation ne
laiffe guere de temps à l'étu
de ; que l'une ou l'autre
demande une perfonne
toute entiere. Enfin pour
revenir à mon infidele
it fçut me gagner par
fes beaux dehors. Il eftoir
bien fait, & d'une taille bien
degagée. Il avoit l'efprit
doux , infinuant , & tel qu'il
faut l'avoir pour le rendre ai-
I. iij.
102 MERCURE
;
mable. Quand il parloit de:
moy, il fembloit qu'il faifoit .
fon portrait ; je m'aimois dans
luy meſme de la maniere
agréable que je recevois fes
vifites , il remarqua qu'outre
mon eſtime il gagnoit peu à
peu mon coeur , & pour eſtre
plus convaincu du progrés .
qu'il y faifoit , il voulut un ,
aveu fincere de mes plus ten-.
dres fentimens , il ne fut pas .
content d'en avoir vû , quel .
que chofe dans mes yeux ( car
je croy qu'ils me trahirent .
plufieurs fois ) il voulut l'apprendre
de ma bouche . J'a
CALANT. 103
le Sacrement
vouë ma foibleffe , j'eus la
complaifance de luy dire qu'il
ne m'eftoit pas indifferent :;
je crûs que cette complai
fance eftoit bien due à la fin.
cerité apparente de fon
amour ; mais le perfide n'eur
pas plutoft appris que je l'aimois
, & que
nous pourroit rendre heureux
, qu'il fe retira tout vain
qu'il eftoit de s'eftre fait aimer.
Ses belles qualitez fembloient
mettre ma tendreffe.
à couvert du moindre reproche.
Je crus que nous eftions
nez l'un pour l'autre , & que
I' iiij,
04 MERCURE
fans me flatter , ma bonté
eftoit bien digne de fon me.
rite ébloüiffant , auffi en fus.
je ſurpriſe ; fans faire reflexion .
qu'il faut qu'une fille foit tou
jours fort refervée àne pasdire
ce qui fe paffe dans fon coeur.
Qu'un Amant faſſe des avances
tant qu'il voudra , qu'il
metre melme en ufage des
empreffemens amoureux , des
foupirs enflammez & de fermens
fans nombre pour
prouver fon amour , une fille
peut bien l'écouter , mais c'eft,
toujoursaux parensàrépondre.
Profite qui voudra de mon
GALANT 105
experience ; pour moy , jen
fuis fortfatisfaite , elle ma renduë
exempte des chagrins qui
accompagnent toujours les
foins du mariage, & m'a procuré
les moyens de penſer à
l'étude dont je fais tout mon
plaifir , & den tirer toute ma
gloire.
Avec ſes plus douces amorces
L'amour s'eftoit gliffé jusqu'au
fond de mon coeur ,
Mais par bonheur
D'un infidele Amant j'ay feeu
tirer des forces ,
Pour vaincre le plus grand.
vainqueur.
166 MERCURE

Polemon parla aprés Uranie.
Il dit que le difcours de Clidamais
luy donnoit lieu de parler
de la Peinture , puifque c'eft
par les Medailles que les Peintres
s'inftruisent des habillemens
des Grecs & desRomains
pour ne les pas confondre
dans les Tableaux d'Hiftoires
en donnant aux uns ce que
les autres doivent avoir. Ik
loua grandement les Peintres ,
& dit qu'ils eftoient comme
autant de petits Createurs ?
Ne forment ils pas , continua
t'il, le ciel , la terre , les
hommes, les animaux ? Enun
1
GALANT 107.
mot, tout ce que le Mondevifible
renferme
Rien n'é-,
chape à leur pinceau , on peut
dire que par fon moyen ils
font de tous Métiers : Les
Palais les plus magnifiques ,
ne leur coutent pas davanta
ge à faire
à faire que les Chaumieres
les plus chetives , & les
plus riches habits que les
plus delabrez. L'Art de la-
Peinture eft fi charmant , qu'il
peut encore comme il fit
autrefois tromper les hom
mes & les beſtes. Si cet Art
ne peut pas regaler l'eftomac .
d'excellens mets , il peut du
108 MERCURE
moins en regaler les yeux ,
qui charmez agréablement
de ce qu'ils voyent, excitent
l'envie de le prendre. Il n'y
a point d'Art plus merveilleux
que celuy là. Il a le pouvoir
de mettre en mouvement lespaflions
. Une Didon bien
peinte & bien mourante du
coup qu'elle le donne , n'excite
t'elle pas de la compaffion
pour elle , & de l'indi .
gnation pour fon perfide
La repreſentation Enée
d'une fille Romaine , qui au
défaut de toute nourriture
prefente fon fein à fon pere,
GALANT 109
afin qu'il puiffe tirer d'elle,la
vie qu'elle en a receuë , n'infpire
t'elle pas de la tendreſſe
& de la pitié Un combat
bien peint réveille lecourage
& anime le coeur. Un beau
Portrait d'une maitreſſe ne
confole t'il pas un Amant de
l'abſence de ce qu'il aime?
Enfin , un naufrage où l'on
voit plufieurs gens qui lutent
contre les flots , & d'autres
qui mettent leur falur fur le
debris d'un vaiffeau, ne fait- il
pas frayeur , & n'en détourne.
t'on pas la veuë pour perdre
l'idée d'un fi horrible (pects .
TOI MERURE
cle? Je ne finirois jamais fije
voulois vous entretenir de
tous lesfurprenans effetsde la
peinture, du belarrengement
-de fes couleurs, de leur charmante
union , qui comme une
douce& charmante harmonie
ne donne pas moins de fatisfaction
à la veuë , que celle
d'un Inftrument bien d'accord
en donne à l'oreille . Si
je ne craignois pas de vous
ennuier , je vous dirois que
pour faire un Peintre parfaic ,
il faudroit qu'il fceuft partfai-
* rement la Perſpective & la
Degradation des couleurs ,
GALANT:
1711
*
qu'il euft le deffein correct
de Raphael , qu'il n'ignoraſt
pas l'admirable Coloris du
Titien , qu'il fceuft manier
comme il faut les Demiteinres
da Guide , & qu'il cuſt la
belle & jufte ordonnance du
Pouffin , qui pofoit fi admirablement
bien les groupes ,
mais il eft temps de finir , &
de dire
Que rien n'eft fi charmant que
Artde la Peinture,
Ilfçait corriger la Nature ,
Donner des Rofes & des Lys
Au Portrait de Climene, ou bien
d'Amarilis.
12 MERCURE
3. On repreſenté l'Efté dernier
un Opera ſous le nom
de Scylla. Il a esté fort estimé,
& leluccés qu'ila eu a efte d'au.
tant plus glorieux à M' Theo .
baldo Gatti qui l'a compofé,
qu'il a paru au mois de Sep.
tembre , faifon tres defavantageufe
pour les Pieces de
Theatre , puifqu'alors Paris
eft dégarni du beau monde
& fur tour des perſonnes de
diftinction qui vont ſouvent
à l'Opera . Celuy dont je vous
parle a efté gravé par le Geur
de Bauffen , & fe vend chez
l'Auteur , ruë de Richelieu ,
GALANT 113
vis-à vis du S' Fouhet Limonadier
, à la Porte de l'Opera,
chez le fieur Foucaut , Marchand
rue Saint Honoré à la
Regle d'or , & chez la Veuve
Landry , rue Saint Jacques , à
Saint François de Sales.
J'ay crû que je vous ferois
plaifir de vous envoyer l'ex
trait d'une Lettre écrite par
un Capitaine de l'Efcadre de
Mr le Chevalier de Coëtlogon
, Lieutenant General des
Armées Navales de S. M. fur
le voyage que ce Chevalier
vient de faire. Il n'y a rien de
plus glorieux que ce qu'elle
Mars 1702. K
*
3
114 MERCURE
porte , pour la Marine
de,
France , & pour ceux qui en
ont le foin.
J
A MONSIEUR
***
A Breft ce
Amais Campagne n'a esté
plus heureuse , par rapport aux.
Equipages. Elle a efté de dix.
mois quelquesjours dans un Pays ,
chaud. On a fait manger auxs
Equipages pendant deux mois
du Mays on bled de Turquie,
& de la Caffave , qui eft le
pain fait de Racines dont fe fer
vent les Sauvages d'entre les
313
GALANT. 115
Tropiques , & ils s'en font bien
trouvés, Chacun a payé la Bas
un efpece de Tribut , qui a efle
de cinq à fix jours de maladie ,
mais perfonne n'en eft mort &
des trois plus gros Vaiffeaux qui
font arrivez , on n'a fait décen
dre que trenie malades que le feul
air de la terre rétablira. Quant à
la navigation jamais elle ne fur
faite avec tant tant de jufteffe au
grand étonnement de trois Ef
pagnols dont l'un eft Capitaine
de Vaiffeau & un homme enten
du & de merite. Son Vaiffean
fur bruflé par les François en
1677 , aux Côtes d'Espagne, aprés
K ij
16 MERCURE
s'eftre bien deffendu Je dis cecy.
pour marquer que c'eſt un ancien
Marin. Il fut fort furpris de
ne voir pas une difference de
vingt lieuës entre le point des
Cartes Marines de tous nos Pilotes
C'est à dire l'endroit de la
Mer , où ils croyent effre , tant
eft grande la précifion qui réfulte
de leur parfaite intelligence en
l'Art de la navigation , & de
trouver l'Onde le jour mefme
qu'ils affeurérentqu'on la trouve ,
roit . Effectivement nos Vaiffeaux
fe font trouvez à couvertde cette
Rade aprés une traverfée de plus :
dix buit cens lieues . Comme
GALANT . 117
l'en
s'ils avoient navigé entre des
boués , qui font des tonneaux
flottants & poißez , attachez
à des ancres pour marquer.
trée des Ports de Mer. Auffi
Mr de Coëtlogon eft il General
babile & confommé dans le metier
, auffi bien que les Capitaitaines
defon Efcadre.
Vous dire que M l'Abbé
Boutard fait excellemment
des Odes Latines , c'eft ne
vous apprendre rien . Il en a
fait une depuis peu de temps
qu'il a adreffée au Roy comme
Protecteur des Mules . Je
48 MERCURE
Vous en envoye la Traduction
faite en Vers François par M
Moreau de Mautour dont
l'heureux talent pour la Poëfie
vous eft connu par beaucoup
Vous fçavez
3
d'Ouvrages.
qu'il eft de l'Academie
des
Infcriptions
& des Medailles
aufli bien que M. l'Abbé
Boutard.
ODE.
MALyre , fi jadis par mille
fons divers ,
Des Peuples & des Roys tu charmas
les oreilles ? [ veilles ,
Fais retentir encer d'éclatantes metGALANT
. 129 :
Au bout de l'Univers .
LOUIS offre à tes chants de plus
amples fujets ,
Les Mufes aujourd'huy ne fontplus
negligées ,
De fes dons pretieux elles font partagées,
Tout flates leurs fouhaits:
2
Déja furle Parnaffe Apollon liberal
Répand le doux espoir de fes moiffons
dorées.
Et le riche Permee en fes ondes fa
crées ,
Roule un brillant métal
S
On voit fuir le Chagrin , le deverant
Soucy >
Tropfouvent des neufs Saurs trifte
&facheuse fuite ›
120 MERCURE
Et parmy les fçavans l'Indigence
proferite ,
Rend leur fort adoucy
R
Le tranquille Repos fruit de l'ai
mable Paix ,
Ramene les Plaisirs , la Foye &¬¬
l'Abondance ,
Et le Dieu des beaux Arts rétablisdans
la France
Voitfes voeux fatisfaits.
>
Moy-même qui partage avec d'heureux
rivaux
Lagloire deparoiftre auTemple de
Minerve ,
Ie moiffonne comme euxles lauriers .
qu'on referve
Pourprix de leurs travaux.
Quand
GALANT 1214
Quand tout fier des faveurs du
Heros bienfaifant.
L'obtins de fon eftime un brillant
témoignage ,
Son difcours gratieux me charma
davantage ,
Que fonriche prefent .
S
Vous enfûtes témoins Divinitez des
eaux >
Qui formés dansMarly millefources
fecondes ,
Quandfur le ton de l'Ode , au doux
bruit de vos ondes
Je chantay ce Heros.
2
Nymphes qui pour ornerfon plus
digneféjour ,
Surpaffez à fes yeux & l'art & la
nature ,
A mes chants empreßßez , joignez-
Mars
1702.
L
122 MERCURE
Sur votre murmure
Faites- luy voftre Cour.
224
S
Toy qui d'une eau rapide & non
Toin de tes bords
Arrofes de Marly la Colline riante
Seine , pour animer ce beau lieu qui
t'enchante
Redouble res efforts :
ន :
Sur tout quand le Monarque avec
un air ferein ,
Dépofant fon tonnerre aux pieds de
tes Cafcades
Vient goûter la fraicheur des
bruyantes Nayades
Qui naiffent de ton fein.
Cependant à l'abry de tes fameux
lauriers ,
Sije n'ofe , Grand Roy , chanter tes
deftinées ,
GALANT. 123
Zaiffe-moypreferer les Mufes Fortu
nées ,
A tes Exploits guerriers.
Affez d'autres fans moy , publiant
tes hauts faits ,
Te diront en tous lieux le Vainqueur
de la terre
Le Protecteur des Rois le Foudre
de la guerre
L'Arbitre de la paix .
$91 S
Ma Mufe en taurant le titre glorieux
,
De Pere des beaux Arts , d'Apol
lon de la France ,
Confacre ta memoire & ma reconnoiffance,
A nos derniers neveux.
Mr Moreau de Mautour a
joint à fa Traduction ce Ma-
Lij
124 MERCURE
drigal pour le Roy.
2015
REçois mes hommages
Grand
Roy
Ma Mufe encorefoible & timide,
Pourparvenir jufques à toy
Suit les traces d'
fit pour guide.
autre & la choi
Plus d'une fois Boutard , inspiré
d'Apollon ,
Publiates verius danslefacrévallon
®
Mais s'il parle fi bien le langage
d'Auguste
Répandu par delà les Mers ,
Moy qui parles , Grand Roy , ton
langage en mes vers ,
Fefens que par un droitplusjufte ,
Il eft comme le bruit de tes Exploits
divers ,
Répandu dans l'Europe &par tout
l'Univers, azio
GALANT 125
Quoy que les vers que vous
trouverez icy doivent faire
trembler ceux qui attendent à
fe convertir dans leur vieilleffe,
ils font fi beaux qu'il eft impoffible
de ne les pas lire avec plaifir.
JE
Ene le fçay que trop , dans le
cours du bel agé ,
Quandla nature ardente échauffant
nos defirs
Nousrendfipropres aux plaifirs
Il eft mal-aife d'eftre fages.
Cependant malgré tant d'attraits
On ne peut trop le dire , & le faire
connoiftre ,
Ence temps-là même ilfaut l'eftre,
Ou l'on court grand danger de ne
Peftre jamais.
S
Liij
126 MERCURE
353
Il n'eft pas vray que la vieilleffe
Ramene chez nous le bon fens
Ce que l'on y voit de fageffe
N'est que l'effet de la foibleſſe
Qui rend les defirs impuiffans.
En vain elle paroift renoncer aux
delices
,
Quifirent autrefois fon crime &fon
erreur ,
Rendez à tous les fens leurpremiere
vigueur ,
Vous verrez aula - toft revivre tous..
les vices.
S
C'eft à tort qu'un vieux débauché ,
Sur quelques vains projets fondefon
efperance.
Leremords dont il eft touché,
N'eft qu'une fauffe penitence
Quifans expierfon offence
Nefert qu'à punirfonpeche.
GALANT. 127
Dans les pleurs qu'on luy voit répandre
,
Pour les crimes , qu'il a commis ,
Qui fait s'il fe repent des plaifirs
qu'il a pris f
On s'il regrette ceux qu'il nefçantoit
plus prendre?

S
Le Pecheur qui tranquillement
Attendpourrevenir de fon égarement .
Qu'ilfoit au bout de fa carriere
Se trompe malheurenfement ;
C'est une grace finguliere ,
Que Dieu nefait que rarement.
Vos Amies me pardonneront
fi elles trouvent dans
cette Lettre une Epigramme
Latine. Elle n'eft que de
quatre Vers , & faite fur
Liiij
128 MERCURE
Pre-
Je
rétabliffement de la fanic
de Mr Fagon
mier
Medecins du Roy.
C'est un homme fi neceffaire
à Sa Majesté que l'on doit
fe réjouir en route forte de
langues , de ce qu'il s'eft ti .
ré fi
heureufement du peril
qu'il a couru dans l'operation
qu'il a foufferte.
Fagonium , Rex Magne , tibifacra
numina fervant ,
Orbi jam multo temporejura dabis.
Incolumi Medico falvum dic, Gal.
quale lia , Regem , ©.
Te quoque , cum Medici vita fit
una tribus ,
Voicy ce que Mrs de l'A
GALANT
129.
cademie des Lanterniftes de
Toulouze ont publié cette
année touchant le Prix qu'ils
doivent donner le jour de la.
Fefte de Saint Jean.
BOUTS RIMEZ.
Os Bouts - Rimez ont
toûjours en veüe l'é .
No
loge de Lours LE GRAND :
L'unique aplication de ce
Genereux Monarque eft de
maintenir le repos qu'il a
procuré à toute l'Europe ,
pendant que des Puiffances.
jaloufes de fa grandeur , ne
cherchent qu'à traverfer de fi
beaux deffeins. C'est ce qui
130 MERCURE
nous a decerminez à choiſir
des Rimes qui fuffent également
propres & pour la Paix
la Guerre ..
&
pour
Déploye
Concers.
Défers.
Foye
Troye
Revers
Convers
Proye.
Embelis.
Lys.
Répandue.
Fureur.
Etenduë.
Terreur.
GALANT 131
Les Auteurs mettront leur
feing couvert & cacheté ; &
feront remettre leurs paquets
francs de port , huit jours
avant la Saint Jean , chez M
Seré prés la place de Rouaix,
à Toulouſe .
La Lettre qui fuit a efté
écrite à M' le Duc de Sully
fur la mort de Madame laDu.
cheffe de Sully fa mere. On
ne fçauroit trop parler d'une
mort dont l'exemple peutêtre
utile à tous ceux qui feront
reflexion fur la manière toute
chrétienne dont cette Du
cheffe s'y eft préparée.
132 MERCURE
CONSIEUR ,
Je me fuis plufieurs fois donné
l'honneur d'aller chez vous ,
fans avoir eu le bonheur de vous
rencontrer . On m'a mesme dit
que
vos
affaires
I
vostre afflic
tion vous mettoient hors d'état.
de voir perfonne . Il est difficile
en effet de ne pas s'abandonner à
la douleur , quand on pert autant
que vous. Si la nature vous
rendoit chere la perfonne que
vous regrettez fon merite vous
faifoit augmenter de beaucoup la
veneration que vous aviez poar
elle . Il mefemble la voir encore
GALANT
dont elle
avec cet air aisé auffi fimple que
majestueux fe gagner d'un coups
d'ail sous les coeurs , dons
Sçavoit fe retenir l'estime parfa
vertu Kous en connoiffie mieux
que may le fond, Monfieur , qui
en portez toute lafubftance dans
le fang que vous avez recen
d'elle. L'effort que ie ferois icy
pour vous la peindre ne contri
buëroit peut eftre qu'à l'affaiblir.
Maisfurquey pourtant je ne me
puis taire , c'eft fur la force toute
chrétienne que cette excellente
femme a montré. Ily avoit déja
longtemps qu'elle estoit en langueur.
Elle voyait chaque jour
132 MERCURE
3
tomber quelques unes de fes gra. »
ces, & quoy qu'il luy en demen...
raft affex , le coup luy en efloit
pourtant bien rude , mais quand
on entreprenoit de la confoler
Croit- on , difoit elle , ques jep
me croye immortelle : Cense
qui l'ont entendu s'en fonvien
dront soujours cee antres paroles
qu'elle repesoit fans ceffe au plus &
fort de fon mal, Helas ! mond
Dieu , que je fouffre , mais
vous avez bien plus fouffert.
Je fuis pechereffe , & vous!
eftes Dieu. Seigneur, que mes
fouffrances appaifent voftres.
juftice. Et , Monfieur , vous
GALANT 135
M
woadricz encore pelarer , quand
de fi beaux fentimens en la bonche
d'une mourante publient
deia an Ciel fon triomphe. Le
denil ne fied point à prendre de
ceux qui n'attendent que le cou
ronnement. Je ne m'en remets
plus qu'à votre courage pour vous
faire achever de prendre voftre
refolntion Les marques que vous
en avez ſouvent donnees m' affurent
que vousfaurez icy vous
foutenir Une ame vericable.
ment grande fe montre la même
par tout. En voyant finir vos
pleurs, je cefferay d'eftre afflige.
L'interest qu'on prend fair fui16
MERCURE
vre le mesme party. Jefuis avec
un tres profond respect Hoftre,
CO.C. brod sinadinfl
Le 12. du mois paſſé Monfieur
le Duc de Mantoüelac
compagné de Madame la
Ducheffe des Miniftres ecran
gers de toute la Nobleſſe &
d'un grand Concours de Peus
ples fit chanter le Te Deum.
par fa Mufique dans l'Eglife
de Saint Piere , de la Ville de
Mantoüe , en action de grace
de ce que les Allemans
avoient efté chaffez de Cre
mone par la valeur des croup
pes du Roy aprés onze heu-
1
GALANT. 137
4.
res de Combat. Toute la
garnifon eftoit fous les armes,
.F'Infanterie bordoit les rempars
de la Ville & la Cavalerie
occupoit les places . Le fi
- gnal étant donné aprés que la
• fonction de l'Eglife , fut finie ,
ilfe foune ample décharge de
toute l'artillerie tant de la ville
que de la Citadelle , en fuite de
quoy le Palais de M' d'Audifret
Envoyé de France , pa.
ruten feu par la grande quantité
de gros flambeaux de cire
blanche, de bougies & de lampions
, dont toutes les fenef
tres , les entre deux de fenef-
Mars 1702. M.
38 4.
MERCURE
tres & les balcons eftoient
-remplis. La régularité du Palais
contribua beaucoup au
bel ordre qu'on y avoit obfervé.
Ce Palais à deux façades
qui forment un triangle, dont
chaque face à trois rangs de
feneftres , & chaque rang vint
cinq croiféces , fur chacune
defquelles on avoir mis cinq
lanternes ou fanaux aux armes
du Roy. Monfieur l'Envoyé
fit défoncer des tonneaux de
vin fous la porte de fon Palais
&diftribuer un grand nombre
de pains aux Pauvres. Ilfitauffi
jetterde l'argent par les fenef
GALANT 39
tres à une infinité de Peuple
qui fit retentir l'air durant
plus de deux heures des cris
continuels de Vive le Roy,
auíquels répondojent huit
• Trompettes & quatre Tim .
bales qu'on avoit placées aux
deux bouts du Palais fur deux
• balcons éclairez de gros flambeaux
. Les
Appartemens
a eftoient pleins de rafraichilfemens
, de toutes fortes de
vins & de liqueurs , de ma.
a : niere que cette fefe fut une
des plus , Galantes qui fe foit
veue dans le Pays, Tout ce
qu'il y avoit dans Mantoüe de
Mij
1140 MERCURE
gens de diftinction s'y trou
va , & les Italiens y parurentauffi
empreffez à honnorer le
Roy que les François mefme.
On peut dire de M ' d'Au .
difret qu'il eft magnifique
,
& qu'il ne fait pas moins bien
par la les honneurs de la France
, qu'il fçait s'acquiter avec -
dignité par fon efprit des affaires
dont il eft chargé.
y
Voicy ce que Mile Roy de
la Poterie Controlleur de la
Marine & des Fortifications
de la Nouvelle France a mandé
à un Capitaine des Vaif*
GALANT
41
é
feaux du Roy du départe
ment de Toulon , au fujet de
la paix faite avec les Iroquois
en 1701opna maksjal
*
Il n'y a point eu de Gouver
neur General de la nouvelle Fram
ce qui ait foutenú la gloire du
Roy avecplus d'éclat dans ce vaf
Le Pays que Few Mr le Comte
de Frontenac qui en faifoit l'a
les délices , ny qui ait
la plus remour
plus bumilié les Iroquois , Nasion
la plus fiere
doutable de toute l'Amerique. Il
a portéle fer , le feu chez
&
eux , & quelques efforts qu'ils
142 MERCURE
ayent pu faire illesa enfin forcez
à luy venir demander la paix,
Fous les troubles cefferent en 1698.
depuis la perte de leur grand Chef
nommé la Chaudiere noire. Ce
coup lear fut d'autant plus fenfible
qu'ils furent battus par un
party d'Algenkins , dont le plus
âgé n'avoit que vingt ans : auffi
ce Chef qui eftoit la terreur
de toutes les Nations nos AL.
liées ne put s'empefcher en
mourant de s'écrier. Faur il que
moy qui ay fait trembler toure
la terre je meure de la main
d'un enfant Les Iroquois fe determinerent
de conclure la paix
GALANT 54-3
༢༣
avec Mr le Comte de Frontenac
qu'il auroit faise plufieurs années
auparavant s'il n'avois pas vou-
Aluy comprendre sous les fauvages
Alliez mais il contraignit dans
cesse conjoncture les Iroquois a le
faire. Ils cefferent tout acted bos
tilité , le Canada commença
a gouver ce repos qui avoit efté
troublépendant des 10, années ; de
forte que les François alloient en
soute fearesé d'une babiration à
L'autre. Mr de Frontenac mourus
à la fin de 1698, quand les
Iroquois apprirent fa mort , ils
ne purèns s'empeſcher de le negre.
ter; mais ils convinrent auffi toft
144 MERCURE
6
qu'il ne faloit pas fe preffer d'en.
voyer à Montreal des Ambaffa .
deurs des cing Nations comme
ils l'avoient promis. Ils tempo,
rizerent donc jufques en 1701,
envoyant cependant des Députez
'de temps à autre pour ne pas
donner ombrage à Mr de Cal.
lieres qui avou pris la place de
Mrle Comie de Frontenac
tomberent d'accor › davec luy que
nos Alliez emmeneroient tous
·les Prifonniers Iroquois qu'ils
avoient faits pendant la guerre
& qu'ils en feroient de même
des leurs . Le Pere Anfelme Je-
Suite qui connoit parfaitement
Is
le:
GALANT . 145
"le caractere, des Sauvages , fir
Lay même ceste Négociation à
Micheli Makinak quis eftale
centre de sous les mouvemens de
nos Alliez Il engagéa tous ces
Peuples de defcendre à Montreal
avec les prifonniers Iroquois . Le
cortege fut de plus de buit cens
hommes composé de trente une
Nations differentes, Mr de
Callieres envoya au Pays des
Iroquois leMr de Maricourt Ca
pitaine d'un detachement de la
Marine qui eut la précaution
d'emmener quelques François.
On tint au mois d'Aonft de
l'année 1701. plufieurs Confeils
Mars 1702. N
146 MERCURE
Generaux . Nos Alliezfurent
extremement furpris de ne point
appercevoir leurs gens qui étoient
demeurez chez les Iroquois . Le
Rat , Chef des Hurons de Michilimakinak
ſur qui roulent les
affaires de toutes les Nations
Alliées , renverfa les mesures que
l'on voulut prendre pour pacifier
toutes chofes. Il mourut fur
ces entrefaites. Les Alliez qui
n'avoient perfonne capable de
prendre le maniement des affaires
communes avec autant defermeté
que ce Chef , remirent les Iro -
quois entre les mains de Mr de
Callieres pour en faire ce qu'il
GALANT.
147
Jugeroit à propos. La Paix ne
laiffa pas de fe conclure. " L'on
shanta e l'on danfa le Calumet
dans lequel tous les Députez des
Alliez des Iroquois y fumerent.
La ceremonie du Serment
de fidelité prefté au Roy
d'Espagne Philippe V. a eſté
faite au commencement de
ce mois par la Province de
Luxembourg. Ce furent les
trois Corps des Etats de ce
Duché & du Comté de Chini
qui le prefterent entre les
mains de m' le Comte d'Ho-
Nij
148 MERCURE
Itel Gouverneur de la Provin
ce, qui auparavant avoit promis
de la part de Sa Majesté
Catholique la confervation
defes Privileges.Cela fe fit au
Gouvernement , en preſence
d'une infinité de monde de
toutes forte de conditions . Le
Portrait du Roy eftoit placé
un Dais fort magnifique.
Le Serment eftant prefté , &
toute la Bourgeoifie ainfi
que la Garnifon eftant fous
lés Armes , Mrs les Etats , le
Magiftrat , & tout le Confeil
en Corps , precedé de tous
leurs Huiffiers , fé rendirent
GALANT 149°
en l'Eglife des Recollets ,fuivis
de m' le Gouverneur , à qui
l'on avoit preparé un Prié ,
Dieu du colté de l'Evangile,
Il y demeura pendant la
Meffe à laquelle affifterent
Mrs les Abbez d'Echternach .
& d'Owac avec les Depu
tez des Etats , & plufieurs
perfonnes diftin ,
autres
guées , comme Mr le Prince
de Morbach, & м le Grand
Doyen de Treves , fur les
grandes formes du cofté de
de l'Epiftre. Mrs du magiftrat
& d'autres perfonnes confi .
Liij..
150 MERCURE
derables, eftoient fur les baf
fes. Mrs les Confeillers tous
en Robes de Confeil avec
plufieurs perfonnes de qua
lité occupoient les hautes
formes du coſté de l'Evangile
, & les Dames les plus
diftinguées furent placées
fur les baffes . Six des
meilleurs Chantres d'entre

les Religieux eftoient de
vant le grand Pupître au
milieu du Choeur revetus.
de Chapes , & il y en avoit
douze entr'autres dans les
dernieres places des hautes
formes , en nombre égal de
GALANT
151
chaque cofté. Aprés que la
Meffe euft efté dite , on en
ronna le Te Deum , pendant
lequel il y eut trois falves du
Canon & de la Moufqueterie;
l'une fitoft qu'on le commença
une autre au milieu ,
& la troifiéme à la fin. Ce.
la eftant fait , on retourna
au Gouvernement , ou fuc
donné un Regale magnifique
, tant au Difner qu'au
Souper. Onfervit trois grandes
Tables , ce qui fut fuivi
d'un Bal qui dura toute la
nuit , avec des illuminations
Niiij
252 MERCURE
de tous coftez . Le vin cou
loit en trois differents endroits
de la Place . J'ay oublié
de vous dire que ce Chronographe
eftoit fous le Portrait
du Roy d'Espagne. L'année
prefente 1702. eft marquée
dans chaque ligne en chiffres
Romains.
LoDolCo Magno, nepotla proLesm.
horbonIDa proLes , Deo DILeCta
hifpaniæ CoronaM DeCorans .
hic rebeLLes DoMabIt :
perfi Dos MaCtans hæreticos .
eCCLesIe CathoLICa Corde DeCor
Hifpaniæ MonarCha DebeLLans hoftes
phILIppo Monarche LætanDa
regl hoMagla ConCe Dant.
GALANT 153
Chronicon triplex .
In gaLLô hifpano
gaLLo- hispanIs Læta MeDeLá.
hispano-gaLLIS.
philippo
sVa eXVLtando VoVent LVXeMbVrgenfes,
Le 24. de Janvier, on fit à
Rome des Obfeques folemnelles
pour le feu Roy d'Angleterre
Jaques 11. dans la
Chapelle du Vatican . Le
Cardinal Barberin celebra la
Meffe , à laquelle le Pape af
fifta . Don Annibal Albani ,
Neveu de Sa Sainteté prononça
l'Oraiſon funebre . On
14 MERCURE
ne peut rien ajouter aux ap
plaudiffemens qu'il receut.
Il dit d'abord que comme le
Saint Siege avoit donné aux
Rois d'Angleterre le glo.
rieux Titre de Defenfeur de
la Foy, le lieu où cette lugubre
ceremonie ſe faifoit , ne
pouvoit faire paroistre de
trop grandes marques de
deuil , lors qu'il s'agiffoit
dès Funerailles d'un Roy
qui avoit foutenu. ce Titre
avec une grandeur de
Saint , qui estoit plus qu'au
deffus de l'homme. Il fit
voir que ce Prince n'ayant
GALANT.
55
encore que heuf ans , voyanc
fon Père mis hors du Trône
par les factions de l'Angle
terre, avoir pris les Armes , &
s'eftoit exposé à tous les perils
d'un fanglant Combat
pour la défenfe , que l'Here
fie ayant commencé deflors
à craindre la verité qu'il fai
foit briller, mefme dans fes
plus tendres années , il s'eftoit
appliqué entierement
à l'abatre
, avant qu'elle s'accruft
pour la perte que de là
eftoient venues toutes les entreprifes
qu'on avoit formées
contre le Roy. Quels horribles
3
156 MERCURE
facrileges , s'écria t'il , quel épou
ventable parricide ! l'horreur que
J'en ay m'empêche de l'exprimer ,
dites le vous tout bas à vousmême.
Enfuite il parcourut tout ce
qui eſt arrivé à ce jeune Prince
jufqu'à ce que le Roy fon
Frere Charles II . fut rappellé
far le Trône. Il dit qu'ayant
eu le commandement de la
Flote , il avoit gagné autant
de Victoires qu'il avoit eu de
Combats à effuyer , & qu'a.
prés avoir dompté les ennemis
étrangers, il eut un nou
veau combat à foutenir
d'autant plus fâcheux , qu'il
"
GALANT 157
*
fut attaqué par des ennemis
domestiques qui ne fe dé.
couvroient point . La haine
que l'on avoit pour la Reli
gion Catholique qu'il profeffoit,
les portoit à faire tous
leurs efforts pour le rendre
fufpect au Roy fon Frere, &
le faire declarer incapable de
luy fucceder , ce qui ne put
empêcher qu'aprés la mort
il ne fut mis fur le Trône',
fans qu'il cherchaft à cacher
qu'il faifoit profeſſion des veritez
Catholiques , Lerefte de
ce Difcours fut employé à
faire connoiftre , qu'aprés
158 MERCURE
qu'il eut rétably la liberté du
Culte Orthodoxe , il fut obligé
par un changement funefte
d'abandonner
l'Angleter
.
re pour paffer en France . Il
peignit avec de vives couleurs
fa patience admirable
dans les malheurs , fa refignation
toute chrétienne aux
volontez du Tres Haut, & la
fermeté avec laquelle il en
vilagea la mort , ayant re.
commandé tres particulierement
au jeune Prince fon
Fils de défendre avec courage
la Religion dans laquelle
il avoit eu foin de l'elever
GALANT. 159
Faffe le Dieu des mifericordes,
dic. il en finiffant fon Difcours,
que ce digne Roy protege
du haut du Ciel, où il y a tout
fujet de croire qu'il eft placé, la
Sainte Religion qu'il a mainte.
nuë avec tant d'ardeur & tant
de Zele , pendant qu'il eftoitparmi
les honneurs.
Le 27. du mefme mois , le
Gardinal Barberin Protecteur
des affaires des Catholiques
d'Angleterre , voulant faire
connoiftre à toute l'Europe
le refpect qu'il a pour la me
moire de ce même RoyJaques
II. luy fit faire un Service
160 MERCURE
folemnel dans l'Eglife de
Saint Laurent in Lucina , Elle
fe trouvoit petite pour une
pompe auffi magnifique ,
mais le fieur Cipriani , Archirecte
de ceite Eminence fuppléa
à ce défaut par fon adref
fe & par fon habileté.

La face exterieure de l'Eglife
eftoit tenduë de noir ,
& cet ornement qui paroiffoit
entre les colonnes faifoit
une agréable fimetrie . Au milieu
l'on avoit placé un grand
Ecuffon haut de trente palpalmes
& la ge de vingt ou
environ , où eftoient repre
GALANT: 16t
fentées les Armes d'Angles
terre. Deux Figures deux fois
plus grandes que le naturel,
& dont l'une repreſentoit la
Force & l'autre l'Esperance ,
fervoient de fupports . Sur la
baſe qui foutenoit l'Ecuffon .
On voyoit une tefte de mort
allée , aux quatre coins ilily
avoit des trophées d'armes ,
au milieu defquels une mort
paroiffoit armée de toutes
• pieces & loûtenuë d'une baſe
de marbre blanc , les trophées
eftoient accompagnez
de flambeaux & de lampes
fepulcrales , avec differentes
Mars
1702.
162 MERCURE
1
bandes de drap noir. Surlune
eftoient ces paroles . Jacobo
11. MagnaBritanniæ Regi,
Au deffus du Portique, qui
eftoit auffi tendu de noir , on
voyoit quatre Medaillons.
Dans l'un on avoit reprefen.
té le Confeil fous la figure
d'un venerable Vieillard qui
tient un livre fermé. Dans
les autres on voyoit la Crainte
de Dieu , la Patience & la
Majefte. Ces Figures eftoient
d'un clair obfcur fait de blanc
& de jaune. Ces Medaillons
eftoient acompagnez de differens
ornemens qui conGALANT.
1631
viennent aux Pompes funebres
, & avoient au deffous
une tefte de mortaîlée ,
Au milieu de l'Eglife étoit
le Tombeau qui occupoit environ
trente palmes en quar.
rreé fur foixante & dix de
haut. Il eftoit,placé fous un
ouvrage de quatre colonnes
feintes de bronze , d'Ordre
Corinthien , torfes & cane.
lées , autour defquelles il y
avoit des branches de Laurier
, de Ciprés , & de Palmes.
Les Colonnes qui é
roient hautes de trente palmes
eftoient placées aux qua-
O ij
164 MERCURE
tre coins de l'ouvrage fur des
Piedeftaux & des Socles de
marbre , & de chaque coſté
il y avoit quatre marches
pour monter au Tombeau.
La Couronne Royale qui ter
minoit l'ouvrage , eftoit foûstenuë
de quatre ceintres qui
naiffoient de la corniche , &
fe réüniffoient au milieu . Its
eftoient chargez de toutes
fortes d'Armes & d'Inftrumens
de guerre. bala
Le Piedestal des Colonnes
eftoit feint d'un marbre
jaune antique. Sur la face exrerieure
il y avoit une mort de
GALANT. 165
Bronze couronnée qui tenoit
d'une main un Sceptre d'ar.
gent avec une draperie d'or;
de l'autre elle portoit un Medaillon
où eftoient les Armes
d'un des quatreRoyaumesqui
compofent dans l'Ecu des Armes
des Rois d'Angleterre.La
face interieure eftoit chargée
de branches de Laurier, d'O.
livier, & de Ciprés de bronze
doré , attachées fur un fond
de marbre vert antique. La
Bafe & le Chapiteau des Colonnes
eftoit de bronze doré,
la Frife au deffus des Colon.
nes eftoit ornée de Couron
"
166 MERCURE
nes , de Sceptres , & de bran
ches de Laurier , & la Cou
ronne qui eftoit au deffus de
tout l'ouvrage , s'élevoit juf
qu'au foffeze de l'Eglife . Elle
eftoit d'or. Le Cercle eftoic
orné de Croix & de Lys , & les
ceintres eftoient chargées de
pierreries.
Au milieu de tout l'ouvrage
& entre les quatre Colonnes ,,
on voyoit le tombeau foûtenu
d'un piedestal rond de
marbre de couleur jaune. A
chacun des quatre coins il you
avoit un Genie dans une atcitude
trifte tenant un flam,
CALANT . 167

beau éteint. Sur les quatre
faces du Tombeau
eftoient
des Trophées
d'Armes
terminez
par des Couronnes
accompagnez
de branches
de
Ciprés . Tout cela eftoit de
bronze fur un fond de marbre
verd antique. Sur le tom.
beau , dont les quatre faces
alloient en diminution
par
en haut felon la coûtume ,
on avoit placé le corps qui
eſtoit
accompagné de quatre
Squelettes
d'argent
couronnez.
Ils avoient des aîles do .
rées & dans les mains une
Urae d'or. De deffous
leur
$
168 MERCURE
pieds fortoient des volutes
terminées par des cornes d'a
bondance qui jettoient des
-rayons de lumiere , & qui
portoient une perite colonne
fur laquelle on avoit mis une
Urne . Sur le Sol de l'efpace
qui eftoit entre les quatre
Colonnes & le Tombeau , il
y avoit des gueridons & plu.
fieurs vafes foutenus de piedeftaux
. Sur la face d'un des
piédeſtaux , on voyoit la Ve.
-ricé enluminée d'or , ayant le
corps à demi nud & tenant
d'une main un Soleil , & de
l'autre careffant une Licorne ,
pour
GALANT. 169
"
pour marquer que la Verité
n'eft jamais envelopée comme
le menfonge , & qu'elle
eft toûjours éclairée du Soleil
de Juftice . Au deffous de
la Verite on lifoit ces paroles.
qui conviennent au feu Roy
d'Angleterre. Lux veritatis
fuit ita ore ejus , & iniquitas non
eft inventa in manibus ejus :
Dans la face du ſecond
piedestal on voyoit un ferpent
qui enfermoit un Soleil
dans le cercle qu'il formoit
de fon corps. Autour du feri
pent le champ eftoit femé
d'étoiles. Ces fimboles qui
Mars
1702.
P
170 MERCURE
marquent la prudence , é
toient expliquez par ces paroles
, Fato prudentia major, out
Dans la face du troifiéme
piedestal eftoit un Lion qui
écrafoit des herbes en les
foulant de les pieds , avec ces
paroles , Virefcit vulnere virsus
, pour montrer que la
vertu du Roy d'Angleterre
n'a jamais plus éclaté que
dans la mauvaiſe fortune.
Dans la face du quatrième
Piédeftail il y avoit un Lau
rier entouré de foudres , qui
ne pouvoient le confumer.
Ces paroles qu'on lifoit Vir
GALANT 171
*tus undique tuta, faifoient con
noiftre que la mauvaiſe for:
tune n'a jamais pû ébranler
la conftance & la fermeté du
Roy d'Angleterre.
De deffous chaque coin
du grand Voile qui fourenoit
le Piédeftail du Tombeau
, on voyoit fortir un
Leopard qui portoit fur fon
dos une grande Urne , furmontée
d'une Mort qui te
noit d'une main pendante un
Sceptre , & de l'autre un Ecri.
teau où eftoient ces paroles,
Jacobus 11. Anglia, Scotia
Hibernia Rex, Defenfor Fidei.
Pij
17. MERCURE
Audeffus de chaque Squelette
, on avoit attaché un
Medaillon où l'on voyoit le
Portrait du feu Roy d'Angleterre
, porté par la Religion
& par la renommée .
La Religion avoit la Thiare
fur la tefte , & elle tenoit d'une
main la Croix Papale &
les Clefs.
tenoit une Trompette d'une
main. La Draperie de ces
deux Figures eftoit d'azur femée
de Fleurs d'or.
La Renommée
L'Eglife autour de l'Autel
eftoit tendue de Drap Violet
& l'Autel eftoit couverr
GALANT 173
de Velours de cette mefme
couleur. Dans le Choeur, on
avoit placé fur la Tenture
trois Medaillons à la loüange
du Roy d'Angleterre. Celuy
du milieu reprefentoit la
naiffance de ce Prince, & une
veuë de Londres Audeffus du
Chaftedu où il nâquit , on
lifoit ce mot Withthall , &
audeffus de la Ville on lifoit
celuy- cy Londinum . Dans le
mefme Medaillon on voyoit
un Soleil naiffant couronné
parun Genie ailéavec cesmots
Emergit nitidiffimus . Dans le
Medaillon qui eftoit du cofté
P iij
174 MERCURE
droit on avoit reprefenté la
Ville de Paris & le Chafteau
de Saint Germain avec ces
mots audeffas de Paris , Lu.
etia Parifiorum , & ceux- cy
audeffus de Saint Germain,
Sanctum Sangermani en Laye.
On voyoit dans ce Medaillon
un Soleil couchant couronné
par un autre Genie aîlé
avec ces paroles Mergiter
& fulger.
Dans le Medaillon qui
eftoit du cofté gauche eftoit
repreſenté un Soleil de Midy
placé dans le milieu du
Zodiaque avec ces mots Per
GALANT. 175
gens fervet & clarefcit fub me.
ridie fplendentiffimo. Audelfous
de ce fimbole , on avoir
la yûë de Saint Pierre de Rome
, du Palais Pontifical , &
de ce qu'on appelle dans
l'antique , Moles Adriani,, &
aujourd'huy le Chateau Saint
Ange. Cela eftoit accompagné
de deux Anges en l'air
qui portoient la Thiare & les
Clefs. Audeffus du Vatican
on lifoit ces paroles. Fidei
Magiftra Roma. Ces Medail.
lons eftoient ornés de Tro
phées , & audeffus il y avoit
une tefte de Mort aîlée.
P iiij
176 MERCURE
L'Eglife eftoit toute ten
duë de noir & ornée d'une
maniere conforme à la Cere-
Elle eftoit remplie monie.
d'une infinité de Flambeaux
fort bien placez pour faire .
voir la beauté de la Decoration
. Ce qui attiroit le plus .
les yeux eftoit dix grands fanaux
placez entre les Pilaftres
des Chapelles . Ils avoient
fix faces , & portoient chacun
cinquante cinq bougies , &
cela faifoit un tres bel effet.
Le Piédeftail qui fourenoic
chaque fanal , eftoit chargé
d'une Mort tenant une Cou
GALANT 177″
ronne & un Sceptre.
Il y avoit de chaque coftéde
l'Eglife quatre grands Ta
bleaux à la loüange du Roy
du cofté de l'Evangile. Le
premier reprefentoit la Foy,
ayant un Soleil fur la poitrine
& une Croix dans la
main droite. Ces paroles fervoient
à expliquer l'Emblê
me. In fide fua probatus eft &
cognitus eft in Urbis ejus fidelis.
Dans le fecond Tableau on
voyoit un Trône d'Olivier
fec, & au pied fortoit un rejetton
avec un Soleil audeffus.
Le mot renovabitur fer178
MERCURE
voit d'ame âla Devife. Dans
le troifiéme eftoit l'Arche de
Noé fotant au milieu des
éaux du Deluge , avec la Colombe
qui tenoit une branche
d'Olivier . Audeffus de las
Colombe on lifoit ces mots,
Spernit impavida fluctus, Le
quatriéme Tableau reprefentoit
un grand Chefne battu
des vents, avec ces mots Im
motus manet.
Du cofté de l'Epiftre , dans
le premier Tableau on voyoit
une figure reprefentant le
Zele tenant une hache d'une
main & de l'autre un flam
GALANT. 179
beau avec ces mots , Zelando
Zelum Dei accepit reftamentum
aternum. Le fecond Tableau
reprefentoit une Licorne qui
plongeoit fa corne dans la
Tamife. Ces paroles fervoient
d'ame à la Devife Venena.
pello. Dans le troifiéme il y
avoir une patte de Lion qui
tenoit une Epée avec ce mot
Grec APLANOS. Dans le
quatriéme on voyoit une
branche de Palmier cou.
chée , à laquelle on avoit attaché
une Harpe avec ces
mots Inalinuta refurgit.
Enfin audeffus de la porte
180 MERCURE
& au dedans de l'Eglife , on
avoit placé un grandTableau
en forme de Médaillon orné
de Trophées comme les autres
. On y voyoit un Soleil .
prefque tout couvert de nua .
ges , & dans le haut un Ro
cher battu des flots de la
Mer. Au deffus du Rocher
on lifoit ces paroles , Perftat
immotus ;
& audeffus du So
leil celle - cy ,Sua luminaſervas.
Ce Tableau eftoit accompagné
de deux grandes figures ,,
dontl'unereprefentoitla Con .
ftance & l'autre l'Eternité, Au
deffous on lifoit une Infcrip :
48 MERCURE
tion , qui commençoit par fes
mors .
Jacobo 1 1. Magna Britan.
nia Regi Jure fuo Roma Parentat
& c.
ي ف
La Meffe fut chantée en
Mufique , elle eſtoit de la
compofition de M' Angelo
Olivieri , Muficien de M' le
Cardinal Charle Barberin .
La plus part des Cardinanx
de trouverent à cette Ceremonie
auffi bien que lesAu .
ditcuts de la Rotte , les Votans
de la fignature , & les
Referendaires avec la No.
bleffe & les perfonnes de
182 MERCURE
-
qualité en fort grand nombre.
M l'Evefque de Galles
celebra la Meffe , & le Reverend
Pere Charles d'Aquin
Jefuite , Profeffeur de la
Rhetorique dans le Seminaire
Romain prononça l'O.
raifon funebre. La Ceremonie
fe termina par les Abfoutes
ordinaires qui furent
faites par M. Montreal Ar
chevefque de Reggio dans
la Calabre. M' Gozzadini ,
Archevêque de Theodofia ,
M Zondedani Archevefque
de Damas & M' Vallemany
GALANT. 183
F
Archevefque d'Athenes .
C
On laiffa cette appareil
exposé pendant plufieurs
jours , afin de donner au Peu .
ple la fatisfaction de voir ce
que M' le Cardinal Barberin
avoit fait à l'honneur d'un
fi grand Roy à qui la Religion
avoit donné la force de
fupporter en vray Chreftien ,
les adverfitez de la fortune ,
& d'ajouter à les autres vertus
, fi dignes de louange &
d'admiration , une fermeté
& une patience vrayment
heroïque.
184 MERCURE
A
Le Sonner qui fuit eft fair
fur ce que Diogene tenant
autrefois en plein jour un
flambeau
allumé , difoit Vi
vum probum querro . Je cher
che un homme de bien. Il
eft de M Heffant qui avoit
fait celuy qui parut dans ma
Lettre de Février pour Mon
Lieur le Duc du Maine.

SONNET. +3
Eluy que tu cherchois en plein
jour dans la Grece ,
Une lampe à la main , Cinique.
audacieux , [ en des lieux
N'eftoit pas destiné pour paroistre
GALANT 185
Où l'on ne connoiffoit qu'une fauffe
fagefe.
$
La nature à la fin qui pour nous
s'intereße,
Après avoir conçu cet eftre précieux,
Longtemps aprés ta mort le produit
à nos yeux,
Et le fait admirer dés fa tendre
jeuneſſe ,
S
Il est l'unique objet de ce Vau folemnel
Qui pour noftre bonheur fçeut fléchir
Eternel ,
Pendantque les deftins nous paroiffoient
contraires,
Par fon propre mérite il est tout à la
fois ,
L'homme le plus parfait , & leplus
grand des Rois,
Ms 1702. Q
186 MERCURE
Peut-on le méconnoistre à ces deux
caracteres ?
Voicy une Lettre écrite fur
trois Antiquitez de Bor
deaux .
A MONSIEUR ***.
A Bordeaux , ce 8. Mars 1702.
JF
E me donnay l'honneur
l'autre femaine d'aller voir
Mr le Premier Preſident qui
n'a pas un moindre rang dans.
la Republique des Lettres
que dans le Palais deThemis ,
GALANT 187
4
On y parla dans la converfa.
tion des trois fameufes An
tiquitez de Bordeaux. Cela
me donna lieu d'alleguer fur
leur fujer , le celebre M.
Spon , ce grand Connoiffeur
en fait de Médailles , d'Infcriptions
, de Bas reliefs , &
de toutes fortes de curieux
monumens . A fon retour
de Grece & d'Italie , où il
eftoit allé faite des recherches
rares , ilvint à Bordeaux.
J'eus d'abord l'avantage de
le voir chez moy , & il me
pria de le mener fans perdre
de temps aux endroits de la
Qij
188 MERCURE
Ville où il y avoir quelque
Antique à obferver . Nous
n'eftions pasloin d'une vieille
Porte , que l'on nomme vul.
gairement la Porte baffe , qu'il
sarrefta pour la contempler,
Ce fut pour luy un grand
objet auquel il donna toute
l'attention de fes yeux & de
fon efprit & aprés l'avoir
admirée avec un étonnement
furprenant Quelle Porterdit il?
bâtie de Rochers . C'est ainsi qu'au
fiecle d'Auguste on batiſſoit pour
l'éternité En effet , les Gots,
les Vandales , les Sarafins ,
les Normans , lorqu'ils défos
GALANT 189
lerent la Ville par le fer &
par le feu , ont refpecté cette
Porte , & n'y ont fait aucun
dommage L'exemple de M²
Spon m'ayant excité , & me
fentantun inftinct d'Apollon ,
je fis auffi une exclamation
avec ce vers.
Virgine vel pulcrâ pulchrior
hæcranus eft .
Ses rides plaifent plus que de
jeunes attraits
Autrement figure à part
.
Cet Antique l'emporte au deſſus
du Moderne.
To MERCURE
J'ay fait depuis ces autresvers.
Burdigalam attolit , quæ dicitur
infima Porta.
Tempore fic prifco condita Ro :
∙ma fuit ,
Ingens ille lapis , juncturâ quiv
fine junctus ,
Aurato dura limine nobilior.
S
Bordeaux vante ton monument
,
Tel de la vieille Rome eftoit le fon.
dement .
Plus augufte eft ta Porte baffe
Que le haut Portail d'un Pa-
Mlais ,
Son antique fuperbe maffe
GALANT. ISD
.
· Voit les fiecles couler fans s'ébranler
jamais.
J'accompagnay enfuite
M Spon au lieu où eftoient
auparavant les Piliers de Tu .
telle. Lors qu'il vit cet endroit
defolé , les larmes luy
vinrent aux yeux , mais de
groffes larmes , comme les
flots de la Garonne. J'effayay
de le confoler en luy di
fant ,
Olim
ubi
Pila
fuit
,
campus
manet
ufque
verendus
.
Ce
trifte
Champ
fera
remarquable
à
jamais
.
192. MERCURE
Voicy encore une Epigram
me fur ce fujet.
Cur monumenta ruunt infignibus
alta Columnis ,
Urbis Palladium , Cafar euf
que labor?
Ara novajamfurgit Civis tutela .
decufque ,
Nec focium patitur nobile .
Regis Opus
Pourquoy démolit on ces Colon .
nes des Dieux
Ouvrage des Cefars , Monument
Tutelaire.
Depuis plus de mille ans que le
Temps les revere
Elle s
GALANT 193
Elles s'élevoient juſqu'aux
Cieux.
Il faut que leur orgueil cede à la
Fortereffe , gal goa
Où Mars pour nous veille fans
ceffe.
Son redoutable Mur¸ Edifice
LA
Royal ,
4
Ne doitpointfouffrir de rival.
Enfin , voulant faire voir
à M Spon la troisième Ahriquité
de Bordeaux , fçavoir
le Palais Galien, il fe contenta
de le regarder de toin , de
peur qu'eftant prés de fes ruines
qui s'augmentent tous
les jours , ce ne fuffent pour
Mars
1702. THOMAS R
195 MERCURE
*
luy des douleurs nouvelles.
Pour moy de prés comme de
loin , je n'en aurois pas efté
trop afflige , parce qu'il s'eft
répandu là autrefois beau
coup de fang dans les com.
bats des Gladiateurs & des
Efclaves avec des Lions , &
d'autres Beftes G
bloit rendre ce Cirque cou .
pable c'eft la penſée de ma
Mufe.
qui fem.
Gallieni in Circo fora quot cer.
taminafacta:
Indè reus poenas ufque cadendo
Subit.
Ce Cirque fi cruel, antique Ma.
numental
GALANT
194
Par le Temps qui l'abbat eft
puni julement, or
L'âge ne peut rien fur les
efprits pleins de feu . Vous
Fallez voir par cette Lettre
de l'illuftre M ' de Saint Evre.
mont, qui eſt dans la quatre .
vingt- quatorziéme année.
A M LE COMTE
DE GRAMONT,
Ay
4y appris avec beaucoup de
douleur voftrefeconde mort,
avec beaucoup de joye voftre feconde
refurrection. F'écris coû.
jours à mon Heros d'un file
Poëtique. Je vous ditay donc en
Rij
196 MERCURE
Poëte que vous avez trouvé un
gué au Cocyte que vous paſſez
repaffez avec plus de facilite
que je neferois un Ruiffeau. La
difficulté que j'aurois à revenir
de l'autre monde me tient atta.
ché, autant que puis à celuy cy.
Heureux qui de bonne heure
â pû fonger aux Cieux ,,
C'est là qu'on peut trouver la
felicité feure ,
Le bien toujours égal & toûjours
precieux ,
Je trouve cependant une choſe
affez dure ;
C'eſt qu'on ne revient point au
fejour glorieux ,
Sans paffer par la fepultures
Une autre route feroit mieux.
GALANT 197
L'Article qui fuit vous
fera voir que des Evenemens
pareils à ce qu'il contient ,
font particuliers au Regne
du Roy , & que les manières
de ce Monarque ont toûjours
charmé ceux qui ont eu
l'honneur de l'approcher . Les
Deputez de Dantzic eftoient
venus pour ſupplier le Roy
d'oublier qu'ils avoient eu
le malheur de s'attirer jufte
ment la colere de S. M. en
pillant les Equipages d'un
Prince de fon Sang. Ils font
venus faire leurs foumiffions
& ils s'en font retournez ❤
"
Riij
198 MERCURE
charmez comme vous le pou
vez voir par ce qui fuit . Ces
Deputez le lendemain de
leur retour en leur Ville fe
fentirent fi penetrez de la
grandeur de Sa Majesté & du
bon accueil qu'ils avoient
receu à la Cour de France ,
qu'eftant alors affemblez en
la Maifon de Ville pour y fai- ,
re le raport de leur Députa
tion , on leur vint dire qu'il
paroifloit un Navire Fran .
çois & quoi que Marchand
, le Prefident & les
Bourgeois le trouverent fi
contens du fuccés de leur
GALANT
199 :
Deputation
, & fi remplis
d'étonnement
pour la grandeur
de Sa Malefté par le
recit qu'ils venoient d'enténdre,
que pour témoigner: au
Roy & à la Nation Françoiſe
la fatisfaction
de leur accom .
modement , & la reconnoif.
ce qu'ils en avoient , il fut
ordonné qu'on faluëroit le
Navire François . de neuf
coups de Carron , ce qui ayant
efté executé , fur ce que le
Capitaine ne répondoit pas
au falut ne croyant pas que
cela le regardaft , on luy envoyadire
qu'on tiroit pourlui ,
7
3
Rij
200 MERCURE
furquoy le Capitaine Brignon
de Saint Malo , dont le Nash
vire eftoit de dixhuic Canons
rendit coup pour coup , & le
Chasteau ayant remercié de
cinq coups , le Capitaine les
rendit incontinent . Le Capitaine
du Chateau fe rendit
à fon bord pour luy faire
compliment , & l'affeurer qu'il
eftoit le bien venu ; qu'ils luy
feroient le meilleur paffage
qu'il leur feroit poffible , &
que fi toft qu'ilferoit à terre
le Prefident iroit luy rendre
vifite à fon Auberge , ce qu'il
n'auroit pas manqué de faire .
GALANT. 2011
s'il n'eut efté prevenu par
le Capitaine qui fut regalé
enfuite par le Prefident avec
mille témoignages
d'amitié.
le fut auffi regalé par les De-1
putez , & on luy fit quelque
compofution
fur le droit de
fes Vins , & paffer de malguer
qu'il y déchargea.
Je vous ay déja mandé
que le lendemain della Quafimodo
prochaine , 24. d'A
vril ,on procederoit
dans le
Palais Royal à la vente de
tous les Diamans brillans & !
à facettes , Rubis d'Orient ,
2oz MERCURE
Emeraudes , & Pierres de
couleur , de Feu Son Alteffel
Royale MONSIEUR
;
mais puifque vous ſouhaitez
un détail plus particulier fur
cet article, je vais vous marquer
quelles fonceces Pier
reries !
C
certe
Uatre vingt huit Dia
mans brillans & à fachacun
dans fon cha.
ton pun pelant 1560 grains ,
d'autres 130. grains , 120 . grains
100. grains , le refte dimis
nuant à proportion juſqu'à
15. & 12. grains .
GALANT. 201 :
Plufieurs parures de Diamans
, tant brillans que pierres
épaifes , & à facette , compofées
chacune de ſept attaches
, tant grandes que
moyennes ; d'un noeud de
derriere , de cinquante bou.
tons & cinquante - boutonnieres
; de boucles d'oreilles
& de ceinture.
Plufieurs parures de Per
les & de Diamans , compor
fées chacune de fept attaches
tant grandes que petites ,
d'un noeud de derriere ; cinquante
boutons & cinquante
boutonnieres ; des boucles .
204 MERCURE
d'oreilles , des pendans & de
tres belles Perles en poire
au nombre de plus de vingt :
plufieurs filets de Perles .
Une parure de Rubis d'O.
rient , & de Diamans bril- .
lans & à facette , compolée
de quatre attaches de qua
rante trois boutons , quarante
agrémens . & de dous
ze pieces de chaînes.
Une parure d'Emeraudes
& de Diamans , compofées
de trois attaches de dix Emeraudes
tres grandes ; de vingt
neuf boutons , & de dix huit
agrémens de Diamans ,
GALANT. 205
མ་
Une parure de toute pierre
& de Diamans compolée
d'attaches , boutons , agre.
table de bracelets ,
mens ,
7
boucles , & autres. A
Plufieurs. Croix de l'Or
dre du S. Efpritnetha nyira
Une Croix de Diamans.
Une Croix de Porles & de
Diamans .
t
Une Croix de Rubis d'O .
rieut & de Diamans.
Une Croix d'Emeraude &
a de Diamans.: nol to bl
Plufieurs boucles de Cha.
peau & de Souliers. ::un
Quantité de Bagues; plu
206 MERCURE
*
fieurs autres boutons ; agré.
mens de toutes fortes de fa-
Cons; des Couteaux ou Epée,
& un grand nombre de petits
Diamans. Le tout fera adjugé
au plus offrant & dernier
encheriffeur .
L'arrest donné le 25. de
Fevrier dernier en faveur des
Pierreries , & qui les permet
comme auparavant , doit faire
rechercher avec d'autant plus
d'empreffement toutes cellés
qui font marquées dans
ce Memoire qu'elles font
toutes parfaites venant d'un
Prince aui neɛvonloir rien
GALANT
207
que de tres beau , & qui y
connoiffoit mieux que perfonne.
96.17
Meflire Armand Jean de
Rotondy de Bifcaras , Evel
que & Seigneur de Befiers ,
mourut la nuit du 15. dụ mois
paffé aprés une longue mala.
die M les
Evelques de
Mirepoix & de Carcaffonne
s'eftant rendus depuis quelques
jours auprés de luy pour
le
fecourir dans ces
derniers
momens luy rendirent tout
ce qu'on peut attendre d'une
amitié tres fincere, M JE ;
208 MERCURE
vefque de Mirepoix luy adminiftra
les Sacremens qu'il receut
avec de tres grands fentimens
de Religion . Ce mef.
me Prélat luy rendit les derniers
devoirs enfaiſant POMce
à la cerémonie de fa fepul-
7 ture , dans laquelle il celebra
Pontificalement la Meffe
• M de Carcaffonne aflifta à
fes obfeques non feulement
à l'Eglife , mais encore par.
toute la Ville. La Ceremonie
ades funerailles fut faite avec
toure la pompe que put permettre
le temps qu'onleur à
s'y preparerpour profiter dela
GALANT 20
"
prefence de ces Prélats quin
voulurent pas partir. Mr d
Befiersa gouverné ce Dioceſe
trente années pendant lef
quelles il a édifié l'Epifcopat
& fon Clergé par une conduite
tres réguliere. Il a toujours
faitparoiftre une grande
vigilance & one finguliere ap
plication à fes devoirs n'ayant
jamais fouffert ny nouveauté
ny querelles. Il a eftably
un Seminaire & un Hofpital
General. La juftice temporelle
de fon Evefché qu'il a
fait parfaitement bien baſtir,
& auquel il a procuré plu- -
Mars
17.02.
S
210 MERCURE
fieurs avantages , il eftoit Fils
de Meffire Jacques de Roton .
dy de Bifcaras , Gouverneur
de Charleville
& Monto .
limpe , & Colonel d'un Ré.
giment d'Infanterie frere de
feu Meffire Jules de Bifcaras,
Maréchal de Camp des Ar.
mées du Roy & Comman.
dant des Chevaux Legers.
Le Frere Marin de la Vil .
lette , Jefuite , mourut à Paris
à la Maifon Profeffe le 26. du
mois paffé agé de quatre vingt
dixneuf ans fix mois aprés en
avoir paffé foixante & quatre
GALANT 211
dans la fonction de Sacriftain
de l'Eglife de cette Maiſon .
Il commença à l'exercer lorfqu'on
ouvrit la nouvelleEglife
bâtie par la liberalité de Louis
XIII. & que le Cardinal de
Richelieu vint dire la Meffe
au grand Autel , qu'il avoit
fait elever. Le Frere Marin
a toujours vécu avec beaucoup
de vertu & d'une maniere
tres édifiante , & eft
mort en odeur de Sainteté.
Voicy quelques Vers fus
ce qui s'eſt paſſé à Cremone.
Sij
212 MERCURE
SL. Par les Allemans
Cremone
fut
furprise
,
Ils font de bons Soldats dans le
temps du fommeil ;
Maisfi dés qu'il futjour les Frans
çois l'ontreprife ,
L'Aigle comme un Hibou fuit les
traits du Soleil.
Sur Mr le Prince Eugene.
DEVISE.
L'undesplusfameux Capitaines
Quifefoient fignalezfous les Aigles .
Romaines
Prit la Devife que voici
Veni , Vidi , Vici ,
Sous le Prince Eugene en perfonne
Qui l'Aigle Imperiale arbora dans
Cremone ,
CALANT 21:3
Trois mots font fa Devife auffis
Veni , Vidi , Fugi.
Ces deux Pieces font de
M ' Daubicourt .
Le Madrigal qui fuit eft
fur l'air des Triolets . On
fçait que l'Eridan & le Pa
ne font qu'une mefme choſe.
Vous n'aurez Naplesný Milan,
Portrait dufameux Encelade
Qu'avez vous fait depuis unan, 35
Kous n'aurez Naples ny Milan: 3
Ce fut au bord de l'Eridan
Que Phaetonfitfa cascade.
Vous n'aurez Naples ny Milan,
Portrait dufameux Encelade
314 MERCURE
Il n'y a point d'Etats où il
ne fe fafle quelquefois des
Banqueroutes , mais comme
elles font fouvent frauduleu
les , elles ne doivent pas tirer
à confequence
pour la
mauvaiſe ou bonne fituation :
des affaires d'un Etat , quoy
que ceux qui en font de frau
duleufes ayent fouvent l'adreffe
de les faire dans des
temps difficiles , afin qu'on
attribue aux malheurs des
temps , ce qui ne doit eftre
imputé qu'à leur mauvaife
foy. Le Roy ayant fceu
il y a déja quelque temps la
3
2
GALANT: 215
fameufe banqueroute que le
fieur Levi, Juif de la Ville de
Mets avoit faite , ordonna à
la Sinagogue de le repreſen .
ter dans trois jours ou de re
parer folidairement cette
banqueroute . Le fieur Levy
fut reprefente le jour mefme
à dix heures du foir à m' le
Premier Prefident du Parlement
de Mets . Il a demandé
du tems pour s'accommoder,
ce qui luy a efté accordé.
Comme je tâche de ne
vous rien envoyer, qui ne
puiffe convenir en quelque
216 MERCURE
forte à la fainteté des temps
où nous lommes , je vous fais
part d'une Paraphraſe du
Pleaume qui commence par
Lauda anima mea Dominum,
pfallam Domino quamdiufuero.
Il y en la moitié du fameux..
Malherbe , Il feroit à fouhai .
ter qu'il l'eut achevée . Pour
· contenter ceux qui le plai .
gnent qu'il l'ait laiffé imparfaite
, M l'Abbé Bruzen de
Dieppe a tâché de faire ce que
ce grand homme n'a point
fait. Le fuccés de ce petit Ou
vrage a eu dans quelques Af
femblées de gens de bon goût
donne
61
217
e le
Your
lai .
que
ɔm.
aux
aux
fache
IHS
N'esperons plusverre &tsafaueur un
onde , Que toujous ces vanités lasson's
葵O
Жа
nous de les suure aut aimer,
Mars ,1702.
GALANT. 217
donné lieu de croire que le
Public en fera content . Pour
le faire lire avec plus de plaifir
, on y a joint un Air que
Mr l'Abbé du Mefni a compofé
, & qui a fort pleu aux
Connoiffeurs .
PARAPHRASE
du
Pfeaume 145.
N'Efperons plus mon ame aux
promeffes du monde,
Sa lumiere eft un verre , & fa faveur
une onde;
Que toujours quelque vent empefche
de calmer.
Quittons ces vanitez : lafſons nous
de les fuivre :
Mars
1702.
T
218 MERCURE
C'eftDieu qui nousfait vivre ,
C'est Dieu qu'ilfaut aimer.
2 .
Envain pourfatisfaire à nos laches
envies ,
Nous paffons prés des Grands tout
le temps de nos vies ,
A fouffrir des mépris à ployer les
genoux.
Ce qu'ils peuvent n'eft rien ; ils font
comme nous hommes ,
Veritablement hommes,
Et meurent comme nous.
Ont-ils renda l'esprit : ce n'est plus
que poulliere
Que cetteMajefté fi pompeuſe ſi
fiere
Dont l'éclat orgueilleux étonna
l'Univers ,
Et dans les grands Tombeaux , où
leurs ames hastaines
GALANT 219
Font encore les vaines ,
Ilsfont rongez de vers.
S
L'à fe perdent ces noms de Maiftres
de la Terre ,
D'Arbitres de la Paix , de foudres
de la guerre ,
Comme ils n'ont plus de Sceptre ils
n'ont plus de flateurs .
Et tombent avec- eux d'une cheute
commune
Tous ceux que leurfortune
Rendoit leurs ferviteurs
Ce qui fuit n'eft point de
M' de Malherbe. L'Auteur
déclare qu'il fe tiendra bien
récompenfé fi l'on trouve
qu'il l'air imité ou fuivi, quoy
Tij
220 MERCURE
que de fort loin. Il s'eſt re
tranché dans les bornes de
la Paraphrafe fans s'écarterde
fon texte. Ainfi ceux qui
voudront confronter la Tra
duction avec l'Original y
remarqueront beaucoup de
fidelité.
Heureux qui met en Dieu toute fa
confiance,
Plus heureux dont ce Dieu prend
en vain la deffence ;
Son coeur fous cet appuy doit n'aprebender
rien:
Non , il ne craindra point, quélque
mal qui l'affiege ,
Le bras qui le protege
Du monde eft lefoutien .
GALANT. 221
S
Le Seigneur à pitié du Pauvre en
fa mifere ,
Il a foin de celuy qui prendfoin de
luy plaire ,>
En faveur du fidelle , il défarme la
faim:
Aux coins les plus cachez de tout ce
vafte monde
Sa fagelle profonde
Luy difpenfe le pain.
S
Il brize les liens du captifqui l'adore,
Il éclaire les yeux du jufte qui l'im
plore,
Si quelque Saint d'ailleurs n'a påfe
conferver.
De fa chûte auffi toft le Monarqne
Supreme
Saint & fufteluy-même
Tiij
222 MERCURE
Laide àfe relever.
Il eft des Etrangers le refuge &.
l'azile ;
Sa juftice deffend la veuve & le pupile
;
Et perdra les mortels qu'aveuglent
leurs plaifirs ,
Pecheurs il vient un jour funefte &
redoutable
Que ce Fuge équitable
Confondra vos défirs
2
N'efperezpoint alors adoucirfa vengeance
Parquelques pleursforcez ,par quelque
penitence ,
Vous n'aurez déja plus de reffource à
vos maux ;
Tandis que le fidelle heureux parfa
victoire
GALANT 223
Foüira dans la gloire
Du fruit de fes travaux.
Puißant Dicu de Sion , unis avec
les Anges ,
Nous chanterons alors tes divines
Louanges ;
> Tu regneras fur nous nous feront
tes Sujets ?
Mais avant mon trépas je veux
que ma trompette
Inceffamment repette
Tes infinis bienfaits.
On a eu avis de Rome
qu'on y avoit publié , & affi .
che le Monitoire par lequel
il eft ordonné au Marquis
del Vaſto , de ſe repreſenter
Tiiij
204 MERCURE
trois jours dans
*
faute
de quoy il est condamné à .
perdre la tefte , avec confifcation
de tous les biens ,
comme convaincu des cas
exprimez dans le Procés , &
de la publication de la calomnie
atroce par laquelle
il a tâché de noircir la réputation
de M' le Cardinal de
Janfon Vous ne ferez pas
fâchée de voir en noftre langue
ce que ce Monitoire
contient en latin .
J
GALANT 229
RAINU TÌUS
PALLAVICINUS
Referendaire des Signatures ·
de Nôtre Saint Pere le Pape,
Gouverneur de Rome , & de
fon District General.
AY
Vous ,Cefar MichelAnge
d'Avalos d'Aquin,
Marquis del Vafto & de Pef.
cara , de l'autorité de nôtre
Office , & à l'inftance d'illuftre
& excellent Seigneur
François de Gambis , Procureur
Fifcal General de noftre
S Pere le Pape, Nous vous or
226 MERCURE
donnons par la teneur des
Prefentes , nous vous citons
& avertiffons, que dans trois
jours à compter depuis celuy
de leur fignification , Vous
ayez à comparoiftre devant
Nous ou devant le Lieutenant
Criminel, en perſonne,
& non point par Procureur ,
pour vous excufer , purger &
défendre des crimes cy def
fous mentionnez, éxcés & delits
par vons commis , & cela
lous peine de tenir pour con
fcffez tous ceux dont on vous
accuſe , & d'avoir la tefte
tranchée , avec confiſcation
GALANT . 227
de tous vos biens applicables
à la Chambre Apoftolique.
Nous voulons que ce prefent
Monitoire vous foit fignifié
perfonnellement , s'il eſt aiſé
de trouver votre perfonne ,
finon après avoir fait par la
Ville les diligences requifes
pour vous trouver, & nevous
trouvant point,il vous fera fignifié
par Affiches aux portes
de noftre Cour , & de la Maifon
que vous avez juſqu'icy
occupée à Rome . Donné
au Palais de noftre refidence
ordinaire le 27 Février 1702.
On vous pourfuit nom228
MERCURE
mement fur ce qu'ayant receu
le foir du Lundy 9 .
Janvier paffé, un certain Billet
que vous avoit envoyé
un grand Seigneur , connu
de la Cour & de vous, par
les mains de Charle Antoine
Baron , voltre Domestique,
dans lequel entre autres cho
fés on vous donnoit avis de
penfer à vous , parce qu'un
Valet qui couchoit dans vôtte
chambre vous devoit af
faffiner , fecondé d'un autre
Valet qui couchoit auprés ,
tous deux gagnez par M' le
Cardinal de Janfon ,vous avez
GALANT 229
foupçonné que ce Valet dont
le Billet faifoit mention , ne
pouvoit eftre autre que Jean
Cardonne de мortara , autre.
fois furnommé Giovanelli
parmi les Dalmates, qui cou
choit ordinairement dans un
Cabinet prés de voſtre
Chambre , & auffi- toft vous
avez tâché à main armée ,
avec Nicolas Coppa , d'arracher
cet aveu de luy ,fous le
pretexte que revenant auprés
de vous vers la feconde
heure de la nuit,il paffoit par
l'endroit où il avoit accousumé
de coucher. Quoi qu'il
230 MERCURE
:
23
ait protefte qu'il ne fçavoit
rien , & qu'il eftoit innocent
de tout ce qu'on luy impu.
toit,neanmoins vous luy avez
lû le Billet , & vous avez fait
ce que vous avez pû pour l'o .
bliger à vous nommer fes
complices. Sur ce qu'il a repliqué,
que non feulement il
eftoit tres - innocent , mais
que perfonne ne l'avoit folli .
cité d'attenter fur voſtre vie,
loin d'acquiefcer à cette réponſe,
vous avez fait appeller
deux devos Ecuyers , l'un nommoit
Abbas Cefar , & l'autre
Néron , pour arracher de ce
GALANT ´231
malheureux la confeffion du
pretendu ordre. Ils l'ont dé- .
pouillé de fes habits par vo
tre ordre, luy ont lié les mains
& les pieds ; aprés quoy vous
-avez pris un foüet dont on fe
fert à cheval , ayant un
manche de bois, & long d'un
palme & demi , & vous l'en
avez frappé plufieurs fois de
route vôtre force fur le dos &
fur les épaules , aprés l'avoir
fait renverfer par terre couché
fur le ventre. Enfuire
vous luy avez fait donner par
Abbas Celar , quantité de
coups de ce mefme fouer ,
"
232 MERCURE

tandis que vous le fouliez aux
pieds avec une cruauté exceffive
en diverfes parties de
fon corps . Ce traitement ri
goureux n'empêchant point
ce Valet de dire toujours
qu'on l'accufoit fauffement ,
& que fi vous l'aviez jamais
trouvé en faute vous le filfiez
tailler en morceaux, vous
avez fait allumer un fambeau
, dont vous avez fait
long temps degouter la cire
boullante fur fa tefte , fur fon
cou , & fur les oreilles . Enfin
defefperant d'obtenir la confeffion
que vous croyiez le
916
GALANT 233
"
pouvoir forcer à faire , vous
avez pris un grand vale
d'argent qui eftoit plein
d'eau dans le lieu où il cou.
choit , & vous l'avez versée
fur fon dos, en forte que ces
differens tourmens l'ont laiffe
prefque fans vie . Enfin ,
l'ayant fait porter dans un
endroit retiré de voſtre logis,
vous l'avez fait garder, quoy
que le lendemain Mardy plufieurs
de vos Domestiques
ayent efté luy parler au lieu
où il eftoit deténu , & qu'ils
l'ayent preffé longtemps de
declarer les complices du
Mars 1702.
V
234 MERCURE
pretendu crime ; que le Pere
Maitre de Rubeis , & fon
› appellé
le
Compagnon
Pere Jerôme Ceccarel , luy
ayent loutenu en face , fauife.
ment & contre la verité, que
le Dimanche precedent ils
l'avoient vû dans le lieu qu'on
nomme la Barcaccia , prenant
fon chemin vers la ruë d'Ef
pagne, & enfuite allant en la
compagnie d'un autre vers le
Palais de M' le Cardinal de
Janfon , toutefoisil efttoujours
demeuré ferme àproteſterque
cela n'eftoit pas vray ,& leur a
dit mefme par reproche , Eftes
vous des Preftres ? Aprés ceGALANT.
235
la , diverfes menaces réïterées
luy ayant efté faites par plufieurs
de vos Domestiques
,
dont l'un s'appelle Mathieu
des Comtes , & un autre Noël
Pedrinus , que s'il ne difoit
la verité il fe difpoſaſt à mou.
rir, ou montat en haut pour
y eftre tourmenté tout de
nouveau , quoy qu'il euft efté
conftant à affeurer jufqueslà,
qu'il n'y avoit rien de vrai
dans tous ce qu'on luy difoit,
toutefois épouvanté de
l'image de la mort , aprés que
les Gardes luy eurent lié les ,
deux mains , pour le remener
Vij
236 MERCURE
au mefme lieu où il avoit
dėja tant fouffert , voyant
qu'on luy refufoit un Confef
leur qu'il avoit demandé
avec inſtance , il a fuppofé
fauffement que Dominique
Braccio Valet Florentin , arrefté
auffi par voſtre ordre ,
l'avoit follicité de la part
Mile Cardinal de Janfon , de
vous affaffiner , ce que Do ..
minique ayant nié , quoique ..
ces chofes luy euffent efté
foutenues en face par Giova
nelli dans le cabinet d'enhaut
de
où ilavoitefté mené pour cela ,
GALANT 237
1
cependant ayant eftéremené
en bas , & craignant d'être
exposé aux mefmes fupplices
que l'on avoit fait
fouffrirà Giovanelli, ila inven
té que quelques jours auparavant
ce Giovanelli luy avoit
donné deux Billets pour les
rendre , comme il les a rendus
à un certain Inconnu qui l'actendoit
dans la ruë de Saint
Marc , dans laquelle eft le
Palais de M' le Cardinal .
Vous avez invente enfuite
contre le mefme Cardinal
une chofe qui n'a nulle vraifemblance
, & que ceux qui
238 MERCURE
ont un peu de prudence ne
croiront jamais , fçavoir que
M ' le Cardinal de Janfon ait
ordonné par Ecrit à un Valet
, homme de neant , d'aller
vous affaffiner. Ainfi vous
avez commandé à un de vos
Domestiques de tâcher de
tirer de Giovanelli les Billets
en queſtion , ce qu'il tâcha
en effet de faire , mais Giovanelli
ayant répondu , que bien
loin d'avoir rendu des Billets
à qui que ce foit, il n'en avoit
receu de perfonne, qnoy que
Dominique lui ait été amené
pour confirmer que les Billets
GALANT 239
avoient paffé des mains de
Giovanelli dans les fiennes , il
a retracté par un remors de
confcience ce qu'il avoit
fuppofé de Dominique , declarant
que ni M' le Cardinal,
ni aucune autre perfonne ne
l'avoit fait folliciter de vous
tuer, ce qu'ayant appris,vous
avez donné ordre à Abbas
Cefar & à Neron de faire
monter Giovanelli , & vous
avez tâché, l'épée nuë à la
main , de tirer de luy les Billets
que vous fuppofez que
M' le Cardinal lui avoit don.
nez, mais comme il a prote340
MERCURE
té toûjours qu'il n'eftoit
coupable en aucune chole,
& qu'il a demandé un Confeffeur
, vous avez fait venir
le Pere Maitre de Rubeis , &
ayant fceu que ce Religieux
n'avoit pas le pouvoir de luy
adminiftrer le Sacrement de
Penitence , vous avez fait
garder Giovanelli les pieds &
les mains liées. Quoy que les
chofes que l'on fuppofoit
contre M. le Cardinal de
Janfon n'euffent aucune ap .
parence de verité , qu'elles
euffent efté arrachées de Giovanelli
par la crainte de la
conGALANT
241
continuation des tourmens ,
& qu'il les euft retractées
eftant encore en vostre pou .
voir, & en vostre prison particuliere,
toutefois la nuit du
Mardi au Mercredi 11 Janvier
ne craignant ni Dieu , nila Ju .
ftice, fans aucun respect pour
la dignité de Cardinal , ni pour
le caractere d'Evefque , & fans
mettre en confideration que
les Cardinaux font comme
attachez aux coftez du Pontife
Souverain , jettant fur M
le Cardinal de Janfon la tache
honteule d'un homicide en
voltre perſonne , vous avez oſé
Mars
1702. X
242 MERCURE
attenter fur fa reputation , &
dicter au Preftre Thomas Tri
vellius, qui eft prefentement
en la puiffance de la Cour ,
Libelle diffammatoire
un
conceu euces termes. Le Car
dinal de Fanfon Fourbin ayant
tramé une machine auffi inbu
maine qu'infame ,pour faire tuer
la nuit le Marquis de Pefeara
par un Esclave , fecondé d'un
autre qui couchoit dans fon an .
tichambre , Dieu à permis qu'on
ait découvert un fibarbare atten
tat deux heures avant qu'il fe
mift au lit. C'est pourquoy on
fait fçavoir à chacun que pour
GALANT 243
X
cela ily aura expofition du S. Sa
crement ,pendant trois jours dans
l'Eglife de S. André de la Vialle.
Plufieurs Copies de ce (candaleux
écrit ayant efté faites ,
vous les avez fait afficher en
plufieurs lieux de la Ville &
particulierement au bout de
la rue du Pellerin vers la
pointe du Champ de Flore,
& ce qui eft beaucoup plus
à condamner aux Portes des
Eglife de faint André della
Valle & de la Sainte Trinité ,
& mefme aux murs de l'Egli
fe S. Jacques des Espagnols ,
& du College Romain , où le
7
X ij
244 MERCURE
matin du mercredy ces Co
pies ont efté trouvées &
leües au grand ſcandale du
Peuple. Ayant cependant
continué à retenir Giovanelli
le mercredy dans le meſme
lieu avec bonne garde fans
luy avoir rien fait donner à
manger depuis fa détention,
vous eftes venu à luy vers
les dix fept heures tenant en
vos mains voftre épée dans
le foureau , & vous luy avez
demandé aigrement pourquoy
il avoit formé le deffein
devous tuer. Enfuite , luy
parlant avec douceur , vous
-luy avez promis que pour
GALANT 245
veu qu'il vous mift entre les
mains les billets que vous
fuppofiez qu'il avoit cus de
M le Cardinal de Janfon ,
& qu'il déclaraft quels
étoient les complices daus
l'attentat conçu contre vous ,
vous luy laifferiez la vie , &
luy fourniriez de quoy fubfifter.
Malgré vos promeffes ,
il a perfifté dans la negative,
& vous vous eftes retiré.
Une heure aprés Mathieu
des Compres , envoyé par
vous , luy ayant reiteré les
mêmes promeffes , Giovanelli
, voulant s'affranchir
>
X iij
246 MERCURE
des fupplices qu'il crai
gnoit encore , & dans l'efpes
rance qu'on effectueroic les
chofes qu'on luy promettoit,
a fuppofé contre toute veri
té que peu de jours avant
les Festes de Noelde l'année
derniere , il avoit efté follici .
té par un Inconnu appellé
François , de vous poignar
der , que cet Inconnu affeuroit
que ceftoit par l'or
dre de M le Cardinal de
Janfon , avec promeffe de
luy donner mille écus ; que
luy Giovanelli l'avoit trouvé
par hazard lorfque marchant
GALANT 247
par la Ville il paffoit devant
L'Eglife de S. Charles qu'on
appelle ad Catenarios . Ce
pendant , vous , Marquis de
Peſcara , ayant eké requis
par le Tribunal du Gouver
nement de la Ville , de luy
remettre Giovanelli& Domi.
nique , qu'il fçavoit que vours
teniez enfermez , afin qu'en .
nuyez d'eftre detenus , &
craignant les tourmens dont
ils eftoient menacez, ils décla
raffent ce que la verité ne leur
permettoit pas de depofer ,
fongeant à voftre feureté par
ticuliere, pour empêcher Gio .
X iiij
248 MERCURE
vanelli de retracter ce qu'il
avoit fuppofé fauffement en
dernier lieu , aprés l'avoir exhorté
de dire la verité dans
l'Interrogatoire qu'il fubiroit,
& d'avoir bon courage, parce
qu'il feroit bientoft renvoyé ,
VOUS avez eu foin que le
Chanoine Michel Urfus demeurant
chez vous , luy air
fait écrire de fa propre main,
avant qu'il ait efté livré à la
Cour, tout ce qu'il avoit die
de bouche , & qu'il l'ait figné
aprés qu'il a efté lû devant
des Temoins . Giovanelli &
Dominique ayant efté traGALANT
499
duits à la Cour , interrogez
par deux Lieutenans , ils ont
depolé que tout ce qu'ils
avoient dit eftoit faux , &
avoit efté inventé pour éviter
de plus grands tourmens ,
ce qu'ils ont confirmé à la
queſtion en preſence de M
le General Fifcal . Cependant
le foir du Jeudy fuivant , preffé
par le remords du crime
commis , vous vous eftes retiré
dans le Palais du Sei
gneur dont on a déja parlé ,
croyant y eftre à couvert des
Miniftres de la Cour , furquoi
pefant l'énormité de la ca250
MERCURE
lomnie renfermée dans le Libelle
affiché contre l'Eminentiffime
Cardinal de Janfon
, homme auffi confidera .
ble par fa naiffance que par
les Dignitez de Cardinal &
d'Evefque , d'une tres grande
reputation & respecté de
toutes manieres , que vous
avez diffamé contre la forme
des Conftitutions Apoftoli .
ques , & particulierement de
Pie V. qui ordonne contre
ceux qui ofent attaquer les
Princes & les Prelats par de
femblables Libelles , les peines
du Droit comman & des
GALANT. açı
Canons , & mefme le dernier
fupplice , & la confiſcation
des biens felon la qualité du
delit & des perfonnes , Nous,
&c.
Mr Symart de Sezanne
en Brie , a fait les deux Madrigaux
fuivans.
Sur l'entreprife de Cremone-
V Liffe par un Stratageme
Surprit autrefois les Troyens .
Eugene ufe aujourduy de fmblables
moyens ,
Etfurprend Cremone de mefme.
Si la fortune du premier.
22 MERCURE
Afavorisé l'entrepriſe ,
Elle refufe a ce dernier
La gloire qu'il s'etoit promife .
furprend , mais envain : il at
taque , on le bat.
Il
Il cede la victoire aprés un long ·
combat :
La valeur des François confondfon
Artifice ,
Et ce Prince eft contraint d'avoüer
anjourd bay ,
Que s'il eft auffi fin qu'uliffe ,
Il est plus malheureux que luy.
Autre fur le mefme fujet .
F
Eugene, au defefpeir reduit
Prend le party de la retraitfe
Sort de Cremone a petit buit
Et fous les voiles de la nuit
Cache fa hone & ſa défaite.
GALANT. 253
Villeroy par un coupfatal.
au pouvoir de ec General ,
L'avoit envain flat
conquefle.
d'une fure
Vaincus par le François en cent &
cent combats ,
Fiers Germains , ne fcaviez vous
pas.
Qu'ils ne manquent jamais ny de
coeur ny de tefte :
Ce troifiéme Madrigal eft
de мr de Grananvile , de
Riom .
P Ralin va droit au pont , s'en
faifit & l'abat.
Etfemblable au rapide Rône.
Joint fi vite Revel. Dans le ort
du combat ,
254 MERCURE
Que l'Ennemifort de Cremone .
La valeur des François fous de tels
Generaux
Rend inutile tout obftacle;
Au milieu des perils , au milieu des
travaux
Leurs fucceztiennent du miracle ;
Et la victoire fuit la force de leurs
bras.
Ceft là le bonheur de France
Que fe tirant par tout des plus
grands embaras ,
Elle a le Ciel pourfa deffenfe
Puifqu'enfin fesjuftes deffeins,
Luy fourniront toujours des fecours
plus qu'humains
Je ne vous ay point envoye
la Fable que мr de Mal
lement de Meffange a faite
GALANT. 255
fur le Milan & fur l'Aigle . Vos
Amis la trouveront imprimée
chez le S Jean Moreau , ruë
S. Jaques , à la Toifon d'Or .
Vous avez fceu que dés
le jour qu'on a commencé
à parler de la Journée de
Crémone , on a agité la quef
tion fçavoir,fi M le Marquis
de Mongon , Maréchal des
Camps & Armées du Roy à
Cremone eftoit prifonnier ou non.
Je vous envoyé tout ce qui
a efté fait , dit & écrit là
deſſus , & je croy ce détail
affez curieux pour devoir vous
256 MERCURE
faire beaucoup de plaifir.
Comme cette affaire eft importante
, je ne change rien
à la Relacion que j'en ay
reçuë de crainte qu'un mot
changé ou alterré ne chan .
geaft le fait..
Le premier de Février , jour
de l'action qui s'eſt paſſée à
Cremone, M' le Marquis de
Montgon fortant de la maifon
fur le bruit qu'il enten .
doit , trouva fur la porte
un Garde de M' le Maréchal
de Villeroy qui luy apprit
que les Ennemis eftoient
2
GALANT. 257
dans la Ville , & que M' le
Maréchal eftoit à cheval .
Ayant auffitoft ramaffé ce
qu'il put trouver d'Officiers
de Cavalerie & de Soldats , il
fe jetta fur le premier cheval
qu'il trouva preft, & qui étoit
à un de fes gens , afin de l'aller
joindre . Il rencontra dans
la rue une Troupe d'Ennemis
dont il fut vigoureufement
attaqué , & il eut fon cheval
tué à la premiere décharge
qu'ils firent. Non feulement
ce cheval tomba fur luy ,
mais tous les allas & les ve
mans luy pafferent fur le
Y ' Mars
1702.
2,8 MERCURE
>
ou
corps , ce qui le mit dans un
fi pitoyable
état qu'on le raporta
dans fa maifon
à demi
morr. Cela donna lieu aux
premieres
Relations
, de marquer
qu'il eftoit mort
tres dangereuſement
bleffé .
Ses Domestiques
le voyant
de cette maniere
, & craignant
qu'il ne fuft affaffiné
par
Ennemis
qui en eftoient
fi
prés, & meſme jufqu'à la porte,
écrivirent
à Mr Lodi chez
qui il logeoit , & qui eftoit
alors chez M ' le Prince
de
Comercy
à la Maiſon
de Vila
les
le, pour le prier d'envoyer un
GALANT: 259
Officier. Ils eftoient telle.
ment troublez , qu'ils n'ont
pû dire depuis ce qu'ils
avoient mandé , mais vraifemblablement
ce ne put être
que fur le Billet dont il eft
parlé dans le Memoire de M²
Vifconti qui commande à
Voliano , qu'on envoya un
Officier avec fix Soldats. Cet
Officier trouva M le Marquis
de Montgon fur fon lit
qui à peine pouvoit parler.
D'abord il luy demanda ſon
épée que ce Marquis luy fit
donner, & voulant l'emmener
à M ' le Prince Eugene , il eut.
Y ij
260 MERCURE
la précaution auparavant
d'envoyer un de fes Soldats
pour reconnoiftre les endroits
par où ils devoient paffer, mais
ce Soldat ayant raporté que
les avenues eftoient occupées.
par les François , & qu'il étoit
impoffible de fortir , l'Officier
fut obligé de demander la
protection de Mr le Marquis
de Montgon pour la feureté
de fes Soldats , que l'on fit
entrer dans un paffage prés
de la chambre , & pour luy
il demeura dans la chambre ,
offrant fon épée à M' de
Montgon,& fe reconnoiffant
GALANT. * 261
fon prifonnier. A la pointe
du jour des Officiers François
eftans venus chez ce
Marquis ils y trouverent cet
te Garde qu'ils defarmerent ,
mais attendu qu'elle eftoit
fur la bonne foy , on renvoya
ces Soldats à leur Armée le
4. du mois par un Trompet .
te , avec une Lettre que Mr
le Marquis de Montgon écri
voit à Mr le Prince Eugene.
En voicy les termes.
MONSEIGNEUR ,

Valmerod que je renvoye
262 MERCURE
à V. Alteffe avec fes Soldats ,
aura l'honneur de luy rendre
compte de ce qui s'eft passe de luy
àmoy du commencement juſqu'à
la fin, & que je luy ay efté à mon
tour auffi neceffaire qu'il me l'a
fü eftre d'abord en luy donnant
protection & àfes Soldats. Com
me il me paroift honnefte bom.
me , je ne doute point qu'il ne
vous dife la verité, & que j'ay
efté repris par nos Troupes , fans
avoir aucun engagement avec
luy. Fefuis , & c.
Il eft à premarquer que
pendant que cer Officier alGALANT
263
loit joindre l'Armée des Ennemis
M ' de Montgon receur
de la part de Mide Vifconti
le Mémoire dont il eft
déja fait mention , dans les
termes qui s'enfuivent.

Mr le General Montgon fit
prier Mr le Prince de Commercy
par un Biller qui refta prés le
General Visconti eftant blessé, de
luy envoyer un Garde. Ce Prin
ce envoya incontinent le Commandant
Valmerod , Capitaine
d'Infanterie avec fix hommes.
L'on prie Mr leGeneral Montgon
de vouloir faire renvoyer ce
264 MERCURE
Capitaine avec les fix Fantaf
fins , eftant permis à Mrle General
Montgon de rester à Gremone
jufqu'à fa guerifon entie
re :
Voici la réponse que fic
Mile Prince Eugene à la Let.
tre de Mr de Mongon.
MONST ONSIEUR ,
Fay receu par ce Capitaine
qu'on avoit envoyé pour vostre
Jeureté la Lettre que vous m'avezfait
l'honneur de m'écrire:
Je voudrois pouvoir vous fervir
dans cette occafion ; mais on ne
peut
GALANT 265
peut prendre aucun Arbitre
lors qu'il s'agit du fervice du
Maifire. Ce Capitaine a eû votre
parole, & je n'ay pas voulu
vous faire emmener fçachant
que vous eftiez bleßé. Ainsi ,
Monfieur,je ne doutepas que d'abord
que vôtrefanté lepermestra ,
vous ne vous rendiez à Uftiano,
où je me feray un fort grand
plaifir de vous faire connoifre.
l'eftime particuliere & la paßion
avec laquelle ie fuis voftre tres .
bumble ferviteur
,
4
EUGENE DE SAVOYE
Dés que Mr le Marquis de .
Mars
1702.

266 MERCURE
Montgon cut receu le Me.
moire du General Visconti ,
& la réponſe de Mr le Prince
Eugene , il eut l'honneur
d'écrire au Roy, & de luy en
voyer la Relation de ce que
je viens de dire avec le Memoire
, & la Reponſe de Mr
le Prince Eugene ; Sa Majefté
trouva beaucoup de difficul
té dans cette Decifion , ce
qui l'obligea d'en parler à
Mrs les Marechaux de France
, qui fe font affemblez làdeffus
, & qui ont donné par
écrit chacun feparement leur
Avis à Sa Majesté.
GALANT 269
Réponse de M' de Montgon
à la Lettre de M' le
Prince Eugene.
MONSEIGNE ONSEIGNEUR,
Je meflatte d avoirl'honneur
d'estre encore affez connu de V.
A pour esperer qu'elle voudra
bien me rendre la iuftice de croi
re quefi j'avois donné ma parole,
rien ne feroit capable de my
faire manquer , mais j'ofe vous
affarer tres pofitivement qu'il
n'en a jamais efté fait mention
entre le Capitaine de voftre Ar .
mée & moy. Je vous fupplie
ares humblement
de me permet
Z ij
268 MERCURE
tre de vous faire le détail de tour
ce qui s'est paffé entre nous .
Aprés quoy autant que je puis
en cecy , dépendre de moy- mef
me , je vous rends entierement
le maistre d'en decider.
Mr de Valmerod eft entré
dans ma Chambre. Je luyfis re
mettre mon épée, difant que ié.
tois fon prifonnier, pour me
le rendre favorable , que i'avois
l'honneur d'eftre fort connu de
vous. Ayant voulu m'emmener,
il envoya un Soldat reconnoiftre
s'il pouvoir me faire fortir. Ce
Soldat luy eftant venu raporter
que toutes les avenuës de ma
GALANT 269
maiſon jusqu'à la porte eftoient .
occupées par de nos Troupes , ilme
fis demander de pourvoir à mon
tour àla feureté defes Soldats , que
l'on fit entrer dans une chambre de
mamaiſon , & lay , Il demeura
dans la mienne , où de nos Of
ficiers eftant entrez en foule au
petit du iour , les Soldats furent
arreftez & defarmez & luy meſme
vini offrir son épée ſe diſant
mon prifonnier. Voila , Monfeigneur,
ce qui s'eft paßé
faits dont Mr de Valmerod ne
fçauroit difconvenir. Je fuisper-.
fuadé que vous eftes trop infte
pour vouloir fur cela former un'
des
Z iiij
270 MERCURE 1
Procez à un de vos plus anciens
ferviteurs , vous proteftant qu'il
n'y a rien que de tres vrag à tout
ce que l'ayl honneur de vous dire,
& que perfonne dans le monde.
ne sçauroit estre avec plus de
refpect que ie fuis , &c .
tion de
gens
Je prens la liberté de ioindre
icy , Monfeigneur
, une Attefta .
de condition
& defintereffez
chez qui ie me trouve
logé, qui ont esté témoins de tour
ce qui s'est paffé entre l'Officier
de vostre Armée moy. Je ne
Sçaurois me perfuader que cela
ne faffe quelque impreßion ſur
vostre efpris.
GALANT · 271
L'atteftation fe rapporte
entierement à la Lettre.
M' le marquis de Montgon
eftant repeté tous les
jours par les Ennemis , fut
encore obligé d'avoir l'hon
neur d'en écrire à Sa Majefté
en luy envoyant la Copie
de la feconde Lettre qu'il
avoit écrite à Mr le Prince
Eugene, par laquelle il fe foumer
à fa decifion , ce qui fait
que le Roy, aprés avoir examiné
toutes chofes, luy a fait
l'honneur de lui mander qu'il
eftoit maitre de la destinée ;
de forte qu'il eft à prefumer
Z iiij
272 MERCURE
que dés qu'il fera guery & en
état de monter à cheval il
fe rendra auprés de Mr le
Prince Eugene , ce.qui fait
bien voir par cette foumiffion,
que quoy qu'il ne ſe foir
jamais crû prifonnier, & que
toutes les apparences foient
pour luy , comme Mr le Prin
ce Eugene perfiſte à croire
le contraire , il fe foumettra
à la volonté , bien loin de
vouloir manquer de parole ,
on ne peut fçavoir fi toft
cette decifion , mème aprés
qu'il aura receu les ordres
du Roy , qu'il doit avoir
GALANT .
273
il y a déja quelque temps.
Je ne vous envoye pas auffi
fouvent des Vers de Made.
moiſelle des
Houlieres que
vous fouhaitez en recevoir,
parce qu'elle fuic la maxime
de feuë Madame fa Mere
qui ne laiffoit échaper aucun
de fes Ouvrages pour eftre
veu du Public fans l'avoir
lû plufieurs fois avec de nouveaux
yeux , aprés l'avoir
achevé & fans l'avoir fait
voir à ceux de ſes amis qui
eftoient les plus capables
d'enjuger ; & quels amis n'avoit
elle point. Ainfi on
·
274 MERCURE
ne doit pas s'étonner fi on
n'a rien vû d'elle qui ne méritat
l'approbation de tout .
le monde.
Mademoiſelle des Houlieres
n'a pas moins heureu
ſement travaillé. Vous n'en
douterez pas quand vous au .
appris le fuccez des Vers
fuivans.
AU ROY.
Eros , dont les vertus , les gran-
HEros des actions
Ont porté dans les coeurs ce te ardeur
vive & pure ,
Qui foumet à tonfang les fieres nations
,
CALANT. 275
Daigne écouter mon aventure.
Feftois encor dans les bras du
Sommeil
Lorfque le Dieu du jour , dans la
nuit la plus noire >
Vint précipiter mon réveil ,
Pour montrer à mes yeux cette brillante
Hiftoire
Qu'au gré de fes défirs , fes plus
chers nouriffons
Viennent de tracer à ta gloire
Et dont les faits d'éternelle memoire
Seront pour nos neveux déclatantes
Leçons,
Leve toy me dit- il , cours , vole , &:
qu'à ton zele .
Louis reconnoife tes chants;
Demande luy pour prix de ton ardeur
fidelle
256 MERCURE
Ces Faftes précieux où fa gloire
immortelle
Triomphera de l'envie &du temps
Va, ne crains pas de luy déplaire,
Quelque préfent que puiſſe eſtre à
fesyeux,
Tout ce qu'à ce Heros l'univers a
vù faire
Et de grand & de glorieux ,
Ce Livre à tes travaux eft encor
neceffaire
Et fa bonté pour toyfuffe tu temeraire
,
·Obtiendra de Louis ce dépoftprecieux
Comme cette illuftre Fille
a beaucoup d'amis d'un merice
diftingué. Voicy ce
qu'un homme de qualité de
ce nombre luy envoya auffi
GALANT
275
toft aprés qu'il eut appris
l'honneur que le Roy lui avoit
fait.
DIxième & digne foeur des filles
de
memoire,
Dont le nom refpecté retentit juſqu'aux
Cieux ,
Tu l'as donc obtenu ce dépoft prétieux
Qui des faits de Louis éternife la
gloire ?
S
C'eft de fa main que tu reçois ,
Cette faveurfi peu commune ,
Louis eftjufte il voit tes droits
Sur la gloire & fur la fortune .
2.
Il ne laiffe rien
d'imparfait ,
Il finit tout ce qu'ilcommence.
278 MERCOKË
Et meriter fa préference ,
C'eft obtenir plus d'un bienfait,
2
Mais tu n'és pas intereffée ;
La gloire à ton merite eft un prix
fuffifant
Et ta mere auroit cri fe voir recompenféc
Recevant de LOUIS un femblable
prefent.
Le Roy a voulu voir en
femble tout ce qu'il y a icy
d'Officiers de la Compagnie
des Moufquetaires Flamans
de S. M. C. avec leurs habits
d'Ordonnance . Il y avoit Mr
le Comte d'Urfel qui doit
commander cette CompaGALANT.
279
un
gnie , un Enſeigne frere de
Mr de Louville , un maréchal
des Logis , un Brigadier
,
Sousbrigadier , & un Mouf
quetaire. Vous fçavez que ces
cinq derniers font François,
& ont efté détachez des
Moufquetaires du Roy afin
d'inftruire
les autres , & de
rendre cette Compagnie
en
tout conforme à celle de Sa
Majefté Tres Chreftienne ,
Le Galon de tous les Officiers
a quelque chofe de different
& de plus riche felon les degrez
qu'ils tiennent dans la
Compagnie. Ils ont aux Cu.
280 MERCUNE
ftodes des Piftolets un Chif
fre avec ces trois Lettics P.
V. R. & la Couronne fermée
, & à la Croix des Croix
de Bourgogne avec une Cou .
ronne , le tout brodé d'or. La
Cafaque eft bleuë doublée
de rouge avec un petit Galon'
d'or femblable à celuy des
Moufquetaires du Roy qui
eft d'argent . La Croix eft
rouge de Bourgogne , aux
melmes endroits que les
Moufquetaires du Roy : Leurs
plumes font blanches & leurs
Cocardes bleuës . Les Hautbois
& les Tambours de la
GALANT. 281
Chambre du Roy joüerent
la marche qui eft d'une compofition
nouvelle , fiere &
gaye .
Le Roy d'Efpagne fe porte
parfaitement bien , & il
femble que l'extrême paffion
qu'il a de fe voir à la tefte
de fes Troupes pour rétablir
l'ancienne fplendeur de la
Monarchie d'Espagne , luy
donne des forces pour le recouvrement
de fa fanté.
Voicy des Vers qui ont
efté prefentez par M' Huby
à M l'Ambaſſadeur d'Elpa
Mars 1702. A a
282 MERCURE
gne , fur la fanté rétablie de
ce Monarque Au deffus du
Titre il y avoit un Soleil qui
répandoit également
fes
rayons fur cinq Tiges de lis
qui décendoient
de degré
en degré , & qui fortoient
toutes d'un mefme pied avec
ces deux Infcriptions Latines ,
l'une audeffus du Soleil en
ces termes , Ex fole lumen , &
l'autre audeffous des lis. Cette
derniere contenoit
ces mots ,
Ex radice vita.
PHILIPPE enfin ſe porte
;
Le Ciel en à fait son affaire ;
GALANT 283
Son bras puiffant qui conferva le
pere :
N'avoit garde de perdre unfils fi
prétieux,
2
L'Espagne s'allarmoit en vain,
Pour des jours que le Ciel prenoit
enfa deffence.
Le deftin n'a point de Puiffance ,
Sur un fang que Lovis a rendu
tout divin
&
Queje vois de Peuplesjoyeux ,
D'apprendrefes cheres nouvelles ;
Que degraces univerfelless
Que de prieres, que de voeux.
2
Vousfeuls , orgueilleux Ennemis ,
Devez refter dans le filence ,.
Les Parques font pour vous une
vaine efperance ,
A a ij
284 MERCURE
Le fuccés de vos voeux ne leur eftpas
permis
Miniftre d'un des plus grands
Rois ,
Apprenezauxsujets de ces deux Hémifpheres
Combien ces nouvellesfont cheres
Et nos voeux répondront à votre aimable
voix
Le Roy d'Espagne a tellement
gagné les coeurs de
tous fes Sujets par le verita .
ble attachement
qu'ils remarquent
en luy pour tout
ce qui regarde leur gloire , &
leur repos , qu'ils n'ont pû
s'empêcher de luy témoigner
GALANT. 289
le chagrin qu'ils reffentent
de le voir s'eloigner d'eux ,
ce qui les a obligez de luy
demander qu'il leur laiffaft
une autre partie de luy mef
me , & qu'il ne menaft pas la
Reine à Naples. Mr le Car
dinal Portocarrero ayant
écrit à Sa Majefté fur ce fujet
, voicy la réponſe qu'il a
recevë.

On Couſin,j'ay receu la
Lettre que vous m'avez
écrit , ie prens en bonne part les
reprefentations que vous m'avez
fait faire tant fur mon départ ,
286 MERCURE
que fur celuy de la Reine , ie ne
puis vous en donner une meil .
leure marque qu'en me feparant
d'Elle , la laiffant en Espagne
pour fatisfaire mes Peuples , que
vous m'assurez le defixer ainsi,
c'eft le plus grand facrifice que le
leur puiffe faire , & i'efpere qu'ils
fentiront par là que i'ay plus
d'égard à leur fatisfaction qu'à
la mienne propre. Je crois qu'il
eft inutile que je vous la recom
mande. Lamitié que vous avez
pour moy me répond du foin que
vous aurez d'elle . Il eft inutile
auffi que je vous recommande de
prendre foin de mes affaires penGALANT
287
&
dant mon abfence , car vôtre zele
m'eft connu , la confiance que
jay en vous estfans referve. Fe
Sçay que l'état present des affaires
ne vous permet pas de faire de
grands efforts pour me fecourir ,
je conte que mon épargne fera ma
plus grande reffource. Faites en
fortefeulement que ce que vous
me pourrez fournir me foit donné
regulierement , & que ma
Maiſon , qui eft tres petite auffi
bien que celle de la Reine , foit
payée avec exactitude ; & pour
les dépenfes extraordinaires , je
ne vous demande que ce qui fe
pourra faire fans que je fois à
288 MERCURE
me
charge à mes Peuples .Jefuis feur
que vous ferez tout le mieux
qu'il vous fera poffible , & cela
·Suffic. Fe
plus que mes autres Miniftres ne
fecondent vos bonnes intentions,
& que pendant que je verferay
jufqu'à la derniere gouse de mon
fang , s'il est neceffaire, pour em
pêcher le demembrement de cette
Monarchie , & que je feray ious
mes efforts pour porter fa gloire
au plus baut où elle air jamais
efté , vous n'agiffiez tous de concert
pour maintenir dans les Pro
vinces la tranquillité qui eft fi
neceſſaire. Je vous enjoint fur
ne doute point non
toules
GALANT
289
Toutes chofes de veiller àla defen
fe des Coftes & à la feureté de
Madrid
¿ Au reste qu'il ne foit plus que .
fion de mefaire aucune remon
trance fur mon voyage d'Itàlię ,
le party que j'ay pris eft trop glo.
rieux trop & neceffaire pour que
je fois capable d'y rien changer.
Faitesfaire à Madrid auffibien
que par toute l'Espagne des Prie
res publiques pendant mon abfence
pour demander à Dieu qu'il
luy plaife de proteger la juftice de
ma caufe, & qu'il preferve mes
Etats de l'invafion des Hereti .
ques qui fe font liguez contre
Mars 1702. B b
290 MERCURE
moy Voila, mon Cousin , ce que
j'avois à vous recommander. Il
ne me reste plus qu'à vous affuver
de l'eftime que l'ay pour vous
auffi bien que de mon amitié,
que vous meritezde plus en plus
par tous les fervices que vous me
rendez
Cette Lettre qui a eft
rendue publique dans toute
l'Espagne , a redoublé l'amour
de tous les pagnols pour
ce Prince. I font charmez
du facrifice qu'il a la bonté
de leur faire , en leur laiffant
la Reine qu'il aime avec paffion,
& qu'il a tout ſujet d'ai-
J
GALANT 201
mer autant qu'il fait , non
feulement parce que cette
Princeffe l'aime infiniment ,
mais parce qu'elle merice
d'eftre aimée de mefme. Il y
a quelque temps qu'elle fuc
faignée pour une legere indifpofition.
Le Roy , fuivant
Page d'Efpagne d'envoyer
des prefens lorfque l'on a efté
faigné , luy envoya mille Pifolles.
Cette Princeffe les re.
ceut fort agreablement , &
les luy renvoya enfuite, en luy
marquant que dans la fituation
où fe trouvoient fes affaires , il les
emploiroit beaucoupmieux qu'elle.:
Bb ij
292 MERCURE
Pendant que ce Prince fe
prepare à défendre les Etats,
le Roy noftre Maitre nou
blie rien de fon cofté de tout
ce qui peut contribuer à la
mefme defenfe. Les nouveaux
Regimens d'Infanterie que
S. M. a donné permillion co
lever font déja fur pied
ont leurs Quartiers d'affeblée
en Normandie.
Ce Prince a donné à M'
le Marquis de la Beaume, fils
de Mle Comte de Talard
l'agrément pour achetter le
Regiment de Savine Cavalerie.
M Colandre a eu l'agré
1 .
GALANT. 293
ment de celuy de Flandres
qu'il achette de Mr le Mar
quis de Taur, parent de Mr
de la Rochefoucault, qui doit
acheter une Lieutenance de
Roy de Province.
Le Roy a donné à мrle mar .
quis de Carman le fils , Capi
taine , de Cavalerie & iffu de
Illuftre Maifon de Maille,le
Regiment d'Infanterie , compofé
de deux Bataillons que la
Province de Bretagne a levé
pour le ſervice de S. M. Ce
Princesa Adonné en même
temps à Mode Tournemine ,
Exempt de fes Gardes , le Re-
B biij
294 MERCURE
>
giment de Dragons que leve
cette melme Province .
Mr de Serignan , Aide Ma
jor des Gardes, eftant chargé
d'un grand nombre d'années ,
& nouvellement d'un fardeau
qui n'eft guere moins
pefant , quoy que louvent
tres agreable , & jugeant qu'il
n'eftoit plus en état de fer.
vir le Roy avec la mefme vigueur
, & le mefme attache
ment a demandé às Mila per
miffion de fe retirer du fervi
ce , & luy a remis l'Aide Majo
rité qu'il a exercée avec diftins
tion pendant un grand nom
bre d'années . Le Roy voulant
GALANT 295
que ce Pofte qui demande
des foins & de l'activité fuft
occupé par un homme de
merite, & qui euft toutes les
qualirez neceffaires pour le
remplir dignement, a nommé
Mr d'Avignon , Enfeigne des
Gardes du Corps , aprés l'avoir
honoré d'un Brevet de
Lieutenant dans les memes
Gardes. Son Enſeigne a efté
donnée à Mr de Savines qui
vend fon Regiment ainsi que
je vous l'ay déja marqué. Mr
Taft ayant auffi quitté dans
le mefme temps l'Aide Majorité
des Gardes avec une
Bb iiij
296 MERCURE
penfion digne de la grandeur
du Monarque qu'il a fervi
avec beaucoup d'application
& de zele . Sa place d'Aide
Major a efté donnée à Mrde
Brufac , Major des Carabiniers.
left bien digne de la
remplir & d'un fang connu , &
eftimé dans leCorps.Pendant
que les uns quittent le ſervice
& que les autres s'élevent par
degrez, la jeune Nobleffe tâ
che en s'exerçant à tout ce
qui convient aux gens de
guerre, de fe rendre digne de
parvenir un jour à tous les
Emplois militaires . Mr de
GALANT 297
la Vallée , frere de feu Mr du
Pleffis , & Mr du Gard Ecuyer
chez le Roy, tâchent d'y contribuer
de leur cofté , & pour
celails ont étably depuis peu
une Academie pour monter
à cheval dans la rue de l'U.
niverfité, au Faubourg Saint
Germain , & le font attachez
à donner à lajeune Noble ffe
les plus excellens Maiftres
tant pour l'exercice du corps
que pour les Langues & pour
les Mathematiques. Je ne
doute point que les perfonnes
de qualité qui connoiffent
la reputation de ces deux
298 MERCURE
Ecuyers n'apprennent cet
établiffement avec joye.
A
Le Roy vient d'anoblir M
de Cofte Intendant des Batimens
de Sa Majesté & beau
Frere de M Manfard, Sur Intendant
& Ordonnateur dés
mefmes Bâtimens , Jardins,
Arts &
Maiſons Royales . Voicy de
quelle maniere le Roy parle
dans les Lettres de Nobleffe
dont Sa Majesté a eu la bonté
de l'honorer. Le defir que
nous avons toujours eu de fairefleurir
les Sciences les Arts nous
partant àdonner des marqués pú-
Manufactures des
GALANT 299
bliques de noftre eftime à ceux qui
excellent dans leur profeſſion,
qui par des Talens extraordinai.
res ont merité le témoignage de.
noftre bienveillance , nous aurions
fait choix de la perfonne de notre
bien amé Robert de Cofte pour
en qualité de noftre Architecte
ordinaire ,
de noftre Academie Royaled Architecture
& noftre Intendant
Ordonnateur general de nos
Bâtimens , Jardins , Arts &
Manufactures Royales , avoir le
foin de nos Maifons Royales
fous les Ordres de noftre amé
feal le fieur Jules Hardouin
ayant la direction
300 MERCURE
Manfard fon beaufrere , Surin
tendant de nos Bâtimens
dautant
D
que
dans l'exercice de
Les
•fes Emplow & Charges depuis
28 années dont il fait les fonc.
tions avec une ires grande ca
pacité , il s'eft rendu recommans
dable à la poſterité , tant par
fuperbes edifices qu'il a condures
fous ledit fieur Manfard dans
toutes nos Maifons Royales , fine,
gulièrement à Versailles ,Trianon,
Clagny , Marly, l'Eglife de
L'Hôtel des Invalides , les Pla-
A
cès desVictoires , de Vendô
me, qu'autres Edifices publics
particuliers qu'il a elevé &praGALANT.
zar
duit de fon genie en divers en
droits de noftre Royaume qui fe .
ront des marques de fa grande.
experience dans 1 Architecture.
Confiderant d'ailleurs que les
Ancefires dudit Robert de Cofte
ont profßé cet Art avec diftinc.
tion notamment Fremin de Cofte
fan ayeul, lequel a ferui en qualité
d'Ingenieur au Siege de la
Rochelle où il fur bleße , er d. Architecte
ordinaire fous le Regne,
de Louis XII noftre tres hangrè
Pere Seigneur , & qu'ainfi
l'inclination l'habileté dans les
plusbeaux Arts en eftdevenuë ane
verta hereditaire dans fa famil
302 MERCURE
le , nous avons bien voulu luy
faire connoiftre combien les fers
vices qu'il nous a rendus
qu'il nous rend encore tous les
jours nousfont agreables , & ne
pouvantprefentement lay en don..
ner des marques plus glorieufes
pour luy & pour fes enfans
fucceffeurs qu'en l' bonorant di
Titre & Dignité de Noble &
d'Ecuyer. Pour ces cauſes, &c.
avons ledit fieur de Cofte & fes
fes enfans nez à naiſtre en
loyal mariage, Anobly, &c.
Je ne doute point que
vous n'ayez appris avec joye
GALANT: 303
que le Roy a nommé Monfeigneur
le Duc de Bourgo.
gne Generaliffime de fon ar.
mée de Flandres , & des Trou
pes de Sa Majesté qui font
dans la Gueldre Efpagnoleg
& dans l'Electorat de Colo .
gne. Vous fçavez que toutes
les premieres Campagnes
des Princes de la Maifon de
Bourbon leur ont toujours
efté glorieuses
, & que tous
leurs coups d'effay ont efte
des coups de Maitre . L'impatiente
ardeur que Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
.
fait voir de fe fignaler
304 MERCURE
.
en doit faire attendre de
grandes chofes . Vous vous
fouvenez que ce jeune Prin
ce ayant fceu l'Eté der
nier , qu'il avoit eſté nommé
par le Roy pour commander
en Flandres , pendant qu'il
vifitoit quelques Provinces
de France , aprés avoir conduit
le Roy d'Espagne fur la
Frontiere , il précipita de luymême
for retour , & fe priva
des plaifirs qu'on cherchoit
à luy procurer , & des gran.
des Feftes qu'on luy donnoir ,
perfuadé qu'il ne feroit ja
mais auffitoft qu'il le ſouhai
GALANT 305
toit à la tefte des Troupes ;
mais les affaires tournerent de
maniere , que la Campagne
ne s'ouvrit point de ce cofté.
là , l'Efté dernier , quoy
quelle cuft pû nous eftre glo.
rieuſe , le Roy aimant mieux
faire voir fa moderation à
toute l'Europe & le priver
de quelques avantages , que
d'attaquer ceux qui vouloient
eftre fes Ennemis , & qui ne
cherchoient qu'à eſtre atra .
quez,bangtomatedaba
Le Roy a nommé en même
temps M' le Maréchal
Doc de Boufflers pout Gene-
Mars
4
17020
4
Cc
306 MERCURE
"
ral fous Monfeigneur le Duc
de Bourgogne. On ne peut
rien ajouter à la vigilance &
à ſon activité infatigable , il
porte , fesfoins partout , & fe
prive fouvent du repos pour
en procurer aux Troupes.
Sa Majesté aprés avoir
nommé M' de Catinat pour
scommander en Allemagne
fit l'éloge de fa modeftie , &
dit qu'il ne luy échappoit aucune
parole qui ne fuft digne
d'eftre remarquée . Tous
·les Officiers qui fe trouverent
à Verſailles , s'empreſſerent
à luy témoigner leur
GALANT 307
7
joye. Toutes les fois qu'il eft
parvenu à quelque degré militaire,
fa fageffe & fon merite
l'y ont toujours élevé. Sa vie
eft une fuite continuelle d'actions
de valeur aufquelles la
prudence a toujours eu part.
Monfeigneur qui connoilt les
veritables Braves fur qui l'on
peut faire fond , parla de luy
avantageufement au Roy
dans lerecit qu'il fit à S. M. du
Siége de Philifbourg Quand
Toccafion eft favorable , ce
Maréchal eſt toujours preft
'd'agir & ne la laiffe jamais
échapper. Cela s'eſt vû à la
Ccij
308 MERCURE
Bataille de Stafarde qu'il don
na fans perdre de temps en
deliberations & qu'il gagna .
Quant à celle de la Marfaille
, ce fut un coup de fon
fçavoir faire , & de fon experience
dans le metier de la
guerre . Il réfolut d'amener les
Ennemis au point oùil ſouhaitoit
, pour les engager dans
une Bataille. Il manda pendant
quelque temps au Roy
chaque jour d'ordinaire les
progrez qu'il faifoit dans fes
deffeins , & prit fi bien fes
mefures , qu'enfin il manda
jufte à Sa Majesté le jour
GALANT. 309
qu'il donneroit la Bataille.
Ces deux affaires dont l'une
marque la valeur & fon habileté
dans un jour de combat
, & l'autre , qu'il n'eſt
pas moins grand Capitaine
que Soldat , font connoiftre
M' de Catinat tout entier &
font donner des louanges aux
empreffemens des Officiers
qui le fouhaitoient pour leur
General.
Celuy qui a écrit la Lettre
fuivante eft d'une fi haute diſ.
tinction qu'il vous eft permis
de croire qu'il n'y à prefque
310 MERCURE
perfonne audeffus de luy dans
Manroue. Cette Lettre eft
adreffée à M' le Prince de
Vaudemont à Milan ,
A Mantoüe ce 14. Mars 1702.
Sur la nouvelle que nous avons
requë que la Garnison de laMarmirole
devoit estre relevée , Zurlaube
attentif à ce qui fe paffoit fortit
avec fix cens chevaux & dix Compagnies
de Grenadiers , commandez
par le Marquis de Morange , avec
intention de les charger ; mais ce
changement de Garnison fe fit de
nait , en deça de Caftel- Mantouan ,
c'est à dire en deça de tous les quartiers
des Ennemis . Cependant l'envie
de faire quelque chose d'avanGALANT
it
tageux obligea Zurlaube de marcher
aprés eux. Nos Houßars ayant penetre
le derriere de la marche des
Ennemis , firent quarante prifonniers
, & prirentune partie des équipages
des Officiers , quelques cha-
-riots chargez de leur bagage , fur
Lequel il s'est trouvé de l'argent ,
& nous avons feu que c'eftoit le
payement de cette Garnifon . Le tout
fut pris , pille & ramené avec vingt
-baufs & beaucoup de butin.
Il y a quelque temps que nous
avions faitfonder les foffez du pofte
d'Offo , dans lequelil y avoit cinq
grands pieds d'eau , Zurlaube le fit
inveftir, & ilfit fommer l'Officier ,
Capitaine du vieux Regiment de
Lateftin qui gardoit ce Pofte , ayant
avec luy cinquante Grenadiers au
moins , avecquelque's Payfans, Ce
312 MERCURE
.
Capitaine répondit à coups de fufil.
Le Marquis de Moranges s'avança
jufqu'au premier retranchement ,
& le Marquis de Leuville qui y
eftoit allé Volontaire , ayant fait
Le tour de ce Pofte , le fit attaquer
en même temps d'un colté , & Zurlaube
de l'autre. Les Grenadiers fe
jetterent dans lefoffé de toutes parts
malgré fa profondeur & malgré le
feu des ennemis . La première envelope
de la Courfut bravement emportée
, & la Garnifon fe jetta dans
le Colombier & dans la Caline ,
où on la fit encore fommer inutilement
de fe rendre. Le Marquis de
Moranges , malgré un coup defufil
qui luyperce le pied d'un cofté à l'autre
qui luy prend au deffous du cou
dupied & qui luy fortfous la plante
du pied, marcha en cet eftat à la
parte
GALANT. 313
Porte qui fe trouva trop bonne pour
pouvoir eftre enfoncée . Zurlaube ordonna
qu'on y mit le feu . Leuville
de fon cofte eftoit auffi entré dans
cette premiere cour. Le feu fut mis à
la porte& ce fut un spectacle horrible
de voir les ennemis , qui par
leur obftination s'eftoient ofté la liberté
& la poffibilité de fortir
criant mifericorde , &fe jettant par
les feneftres .
Plufieurs Payfans eftoient avec
·ces Troupes , & quantité de femmes
Allemandes , qui pareillement fe
jettoient par lesfeneftres pourfe garantir
du feu. On leur jetta des cordes
pour leur aider à defcendre. Parmy
ces Payfans buit fe font diftingnez
dans cette défenfe . Ils font Sujets
de Mr le Duc de Mantoüe &
ils feront pendus dans deux heures,
Mars 1702
. Dd
314 MERCURE
Enfin le Poftefut pris , pillé & briclé.
Un Officier du nombre de ceux qui
voulurent fe jetter par lesfeneftres,
voulantfe jetterpar une ouverture ,
eut le ventre trop gros pour y paffer.
Il fallut l'en arracher avec violence
& avec beaucoup de difficulté.
Le tout fut ramené à Mantoue,
de forte qu'outre le pillage qui fut
fort confiderable , on ramena hier
quatre- vingtfept prifonniersprefque
tous Grenadiers avec un Officer , les
autres vray - femblablement ayant
eftè tous tuez ou brulez, L'on ramena
auli quarante boeufs. Les
quartiers des Ennemis , d'Efpinoule,
de Caftel Mantoüan , de Marmi -
rolle & du Pont Merlan , voulurent
fe raffembler. Le Comte de Clair,
mont marcha à eux d'un cofté & les
mit en fuite. Zurlaube courut d'un
GALANT
315
autre cofté & lesmit en fuite pareillament
. Mr de la Bretonniere , Colone
I dans le Bordage & M de
Vienneles poufferent auffi de leur
cofté. Enfin ceste affaire fut complette
& hardiment executée . Nous
ne perdimes que le Lieutenant Co-
·lonel de Limoufin dont un Capitaine
nommé la Valterie , fe diftingua
auffi bien que la Lande , Capitaine
du mefme Limousin , & pareillement
les Officiers de Leuville , dont
il n'y eut que quatre Grenadiers tuez
& vingt bleffez.
Au furplus, Mrle Comte de Teffé
aprés avoirbien grondé le Marquis
de Bouligneux , Mrs de Leuville
de Monfereau , de Mirabeaux ,
be Chevalier de Sourches & le Marquis
de Tefféfonfils , qui étoient à cette
action Volontaires , les embraffa
D dij
316 MERCURE
& les aßura bien qu'il ne les laiſſeroient
pas aller car tous ces genslà
& beaucoup d'autres Officiers
qui s'y trouverent Volontaires , fe
jetterent à l'eau comme des barbets ,
Zurlaubefit de même
L'on ne fçauroit exprimer lajoye
de Mr le Duc de Mantoue qui vint
au devant des Troupes chargées de
butin . Le Pofte eftoitgarni de toutes
chofes, & principalement de ris.
Il ne faut pas s'étonner
de l'intrepidité que les Troupes
du Roy font paroitre
tous les jours dans
les occafions les plus peril.
leufes , puis qu'outre les recompenfes
que ce Monarque
GALANT 347
donne à ceux qui ont fait de
belles actions , il étend fes
ſoins juſques fur les anciens
Soldats que leur âge ou leurs
bleffures ont mis hors d'état
de fervir. Ayant efté informé
par M Chamillart qu'il y
avoit quelque ordre àmettre
dans fon Hôtel Royal des
Invalides , dont l'établiffement
fuffiroit feul pour rendre
fon Nom immortel , Sa
Majefte approuva fort les
vûes de ce Miniftre , & luy
recommanda fur tout de faire
choix d'un Commiffaire
fur la droiture & l'habileté
D diij
318 MERCURE
duquel on puft ſeurement
ſe
repofer. M' de Chamillart
,
dont les foins font vigilans ,
& les intentions
toujours ju .
ftes , crut ne pouvoir rien faire
de plus en entrant dans
l'adminiſtration
de tout ce
qui regarde l'Hôtel des Inva.
lides, que de donner aux Soldats
qui y font logez & entretenus
, & que leurs bleffules
rendent dignes des graces
que le Roy leur fait , toutes
les marques
de protection
que leurs fervices femblent
meriter , & dans le deffein
qu'il avoit de de leur choisir
GALANT. 319
pourCommiffaire un homme
de qualité & de merite pour
qui ils euffent du refpect , &
qui cuft pour eux de l'attention&
la bonté,il jetta les yeux
fur M' de Monthiers , Lieute
nant General de Pontoiſe
dont la naiffance , " la probité,
& les lumieres luy estoient depuis
longtems parfaitement
connues. Jamais choix n'a été
juftifié par un plus promt ni
plus heureux fuccés. C'eft
une approbation fi fincere en
fa faveur , & un contentement
fi general de tous les
Officiers & de tous les Sol-
Dd iiij ..
320 MERCURE
3
dats , que charmez d'avoir.
affaire à un homme de condition
, & beaucoup plus de
la grande attention qu'à Mr
de Chamillart & des bons
traitemens qu'il leur fait faire
par l'ordre & par la bonté
du Roy à qui ils font premie.
rement redevables , & qui eft
l'unique auteur de leur repos ,
refolurent tous le mois paffé
d'en témoigner à Sa Majesté
leur vive reconnoiffance par
quelque action d'éclat .
A cet effet ils firent chanter
en Mufique une Meſſe
folennelle pour la conferva-
1
GALANT. 3:21
tion de la fanté de ce Monarque
qui leur doit eftre fi
precieuſe, & pour la profperité
de fes Armes, & ils choi
firent l'Eglife des Peres Theatins
, qu'ils firent orner juf
qu'en haut de fomptueufes
Tapifleries. La Meffe fut celebrée
avec beaucoup de fo
lennité par M. l'Evefque de
Coutances , & la Mufique
de la Compoſition de l'illu
ftre M de Campra fut executée
par tout ce qu'il y a
deplus habiles Muficiens.
L'Exaudiat fur tour, à la fin,
où M de Campra fit entrer
des Trompettes & des Tim.
322 MERCURE
6
bales , qu'il mêla avec beau .
coup d'art au rèfte de ſa Simphonie
, fut generalement .
admiré , & finit une fi belle
& fi touchante Ceremonie.
Je vous envoye une Lettre
qui vous dira plus que je ne
pourrois vous dire fur la mort
de M ' l'Evefque de Poitiers.
A MONSIEUR
DE ***
A. Poitiers ce 18. Mars 1702.
E vous apprens , Monfieur , la
FF
Diocefe & la Ville de Poitiers, dans
GALANT 323
la perfonne de Meire Antoine Gi
rard , noftre Evefque , que la mort
nous a enlevé à la fleur de fon age ,
aprés trois ans & à peine trois
mois d'Epifcopat , & de travaux
Apoftoliques. Dieu , dont les fecrets
font toujours cachez & impenetra◄
bles , ne nous a pas jugez dignes de
le poffeder plus longtemps . Une mort
prématurée , mais non imprévuë ,
nous l'enleva , le Mécredy huitième
de ce mais , après fept jours d'une
maladie , qui d'abord ne parut que
tres-legere , mais qui s'aigriffant
tout à coup nous a brufquement privez
de ce Pafteur zelé , pieux &
fçavant , humble , patient , doux,
vigilant , charitable , & tres - cheri
de fon Troupeau. Faffe le Ciel , que
fes defolees & triftes brebis foient
bien- toft confolées , par celuy que la
324 MERCURE
Providence deftine à ſa place , pour.
gouverner ce grand & vafte Diocefe,
il fut
Le lendemain de fa mort,
porté dans l'Eglife Cathedrale &
expofe dans la Chapelle des Evêques,
Lieu de leurfepulture ,jufqu'au
Samedy 11. du prefent mois , jour
marqué pour la folemnité de fes funerailles.
Melieurs du Chapitre
de Saint Pierre y convoquerent par
un Mandement tous les Corps de la
Ville , tant Ecclefiaftiques que Seculiers
,& ordonnérent que la veille
au foir , depuis fept jufqu'à huit
heures , on fonnaft dans toutes les
Eglifes , au fi- toft que les cloches de
la Cathedrale auroient commencé
pour annoncer à tout le Peuple la
ceremonie lugubre du lendemain.
Le Corps de cet illuftre & tantre ·
GALANT .
325
2
gretté défunt fut mis au milieu de la
Nef de l'Eglife fimplement fous une
Chapelle ardente , avec les marques
de fa dignité Epifcopale , mais
pendant tout le Service & la Meffe ,
qui fut chantée par une belle , quoy
que trifte Mufique , l'air modefte &
recueilly , & en même temps affligé
de tous les Ecclefiaftiques& Religieux
qui prioient des lèvres & du cocu
les fanglots , les larmes & les foupirs
redoublez de tous les affiftans ,
tenoient lieu de toute autre pompe
exterieure qu'on n'avoit obmis que
pour fe conformer à l'intention du
deffunt.
<
Après la Meẞe onfit les abfolutions
& les encenfemens . Mrs du
Prefidial & tous les autres Corps
dela Ville allerent jetter de
l'eau bentie fur le corps , & furent
J
326 MERCURE
remerciez par les parens les amis &
les Officiers du deffunt rangez en
haye à laporte de l'Eglife . Les abfeques
finies , tous les Chapitres
les Paroiffes , & les Convents de
l'un & de l'autre fexe , ontfait dans.
leurs Eglifes des prieres particulieres
&publiques ,par des Servicesfolem
nelspour lereposde l'Ame de ce digne
Evéque , chacun felon fon pouvoir,
&la commoditédu temps & du lieu.
Mais entre tous ceux qui fe font
aquitez de leur devoir > & qui
ont rendu à la memoire de noftre
Prelat des bonneurs funebres , la

Paroiße de Saint Didiers'eft diftin.
guée comme la premiere de la
Ville & de tout le Diocefe.
Ce fut le Lundy treizième dumois
quifut choift pour cette Ceremonie
Chreftienne. Mr le Cure l'indi
GALANT 327
tqua
4 3
le Dimanche à fon Prone en
invitant fes Paroiens à prier
Dieu pour notre Prelat , par unpetit
difcours touchant & pathetique, La
veille fur les fept heures du foir
les Cloches l'anoncerent au Peuple.
On parà l'Eglife avec autant de
foin & depropreté que l'on put. On
garnit tous les Autels de noir ,
particulierement le grand & les
deux qui l'accompagnent & quifont
face au milieu de l'Eglife,la façade
de fes trois Autels eftoit couverte
de noir. De zelez Ecclefiaftiques
eurent le foin de faire
élever au milieu du choeur une eftrade
de trois ou quatre pieds de hauteur
au tour de laquelle regnoient trois
marches ougradins , proprement ornez&
couverts de poëles ou drap mor,
tuaires de velour noir croiſez de Sa328
MERCURE
tin blanc. Ces degrez furent remplis
& éclairez avec beaucoup d'ordre &
de fimetrie , de quantité de cerges
de cire blanchefur des chandeliers &
des flambeaux d'argent. Sur cette
eftrade eftoit élevée la Préfentation
ornée d'un riche poële de velours noir
fur laquelle eftoit couchée une Croße
avec une Mitre du côté de la
tefte , couverte d'un grandcre/pe . Sur
le tout s'élevoit un Dais de douze
pieds de hauteur garny d'un tapis
noir fait en forme de lit d'Ange &
par feftons , femé de larmes feintes
d'argent comme les colomnes qui le
foutenoient. L'illuminationfutbril
lante , tout les Autels au nombre de
dix furent éclairez, fur tout legrand
qui eftoit chargé de beauxchandeliers
d'argent, ce quifut trouvé tres- agreable
, & bien entendu & de box
gour.
GALANT:
329
A dix heures on commença les
Vigiles , aprés lefquelles on celebra
la Meffe avec tous les Officiers
&les Ceremonies ordinaires , le Plain
chant y fut chanté d'un air pieux &
modefte , qui infpiroit à tous les
afiftans une tendre dévotion. Outre
ungrand Peuple qui fe trouva à ce
fervice Mle Lieutenant General,
qui eft Paroiffien de faint Didier ,
voulut bien y affifter , avec plufieurs
autres perfonnes de diftinétion de
l'un & de l'autre fexe , qui toutes
parurent fort fatisfaites de la ceremonie
& du bon ordre qui regnoit
par tout
La Meffefinie on fit les abfolutions
& les encenfemens autour du
Maufolée, dont tout le monde loua la
propreté , Je fuis &c.
Mars
1702. ´Ee '
30 MERCURE
On ne peut rendre trop
d'honneur à la Memoire
d'un fi digne Prelat n'y tes
moigner trop de regret de fa
mort. Sa pieté eftoit exem
plaire , il travailloit avec un
zele infatiguable à la Conver
fion Heretiques & fes charitez
fe rependoient fur tous
ceux qui en avoient befoin .
Ce qui marque le bon choix
que le Roy avoit fait en le
nommant à l'Evêché de Poitlers
.
La mort a enlevé přefque
dans le mefme temps à l'Eglife
Meffire Sebaſtien de
GALANT 331
Guemadeuc , Abbé de Saint
Jean des Prez & de Noftre .
Dame de la Nouë , Evefque
de Saint Malo. Il eftoit de
l'ancienne Maiſon de Gue.
madeuc en Bretagne , dont
la Genealogie eft raportée
dans l'Hiftoire du Maréchal
de Guebriant par M ' le Laboureur.
Il fut nommé à l'Evefché
de Saint Malo du vi
vant de la feuë Reine Mere
du Roy dont il eftoit Aumônier
ordinaire . Son attachement
pour cette Princeffe
eftoit fi grand , que
tant qu'elle a vécu il a
E e ij '
332 MERCURE
confervé fa Charge d'Aumô
nier ordinaire .
La mort de Meffire San .
guin , Abbé de Noftre Dame
de Livry , Evefque de Senlis
en 165+. Doyen des Prelats de
France a fuivi celle de ces
deux Prelats. Il eftoit frere
de feu Meflite Jaques Sanguin
, Seigneur de Livry du
Genitoy , Premier Maiſtre
d'Hôtel de Sa Majefté , qui
de Dame Marie de Bordeaux
fille de Guillaume de Bordeaux
Intendant des Finan .
ces , a laiffé Meffire Louis
Sanguin Marquis de Livry ,
GALANT 333
Premier Maiftre d'Hôtel du
Roy , qui a plufieurs enfans
de Dame Antoinette de
Beauvilliers , fille de feu
François de Saint Aignan ,
Pair de Prance , Chevalier
des Ordres du Roy , & de
Dame Antoinette Servien fa
premiere femme.
Voicy les Noms de quel
ques autres perfonnes qui
font auffi decedées dans le
mefme mois .
Melfire Charles Hurault ,
Comte du Marais , Seigneur
de Roinville , de Chasteau .
pers, Veuil , & c . Maréchal
334 MERCURE
des Camps &Armées du Roy,
& cy- devant Guidon Commandant
la Compagnie des
Gendarmes. Il laiffe plufieurs
enfans de Dame Anne Ber
ger morte en 1683 .
Meffire François Pierre de
la Foreft d'Armaillé Seigneur
des Montis , Confeiller au
Parlement de Bretagne. Il
eftoit frere de M' d'Armail
lé Confeiller au Parlement
de Paris.
M' de Rotrou , Secretaire
du Roy dés l'an 1645. ou 46 .
Il eftoit Secretaire de m' le
Maréchal de cucbriant qui
GALANT
335
eft mort en ce temps là.
Pendant que les uns parviennent
à une grande vieilleffe,
les autres meurent avant
qu'ils ayent encore eu le tems
de fe bien mettre dans l'efprit
qu'il n'y a perfonne qui puiffe
s'en exempter. Madame Da
voux, femme de Mr Davoux ,
Treforier de Madame eft de
ce nombre. Elle n'eftoit qu'à
peine dans fa dixneufiéme an .
née , & poffedoit toutes les
graces & tous les agrémens
de la jeuneffe, qui n'ont pû
l'empêcher de mourir fubi .
tement dans le moment où
336 MERCURE
elle penfoit le moins à quiter
la vie.
M' Durand, Chanoine de
Saint Benoift eft auffi mort
fubitement dans le même
temps . J'apprens par les
Lettres de differentes Provinces
que les morts fubites
y font frequentes
, & que
l'apoplexie eft fort en regne
. Cet avis
parmi les nouvelles les plus
importantes , & peut eftre
d'une grande utilité foit pour
engager à chercher les
moyens de parer de pareils
coups , foit pour faire fonger
peut
tenir
rang
à
GALANT 337
à fe mettre en état de les recevoir.
Lebeau lien que M' le Duc
'de Richelieu vient de pren.
dre doit l'attacher de plus
en plus à la vie. Il a épousé
en troifiémes nopces Dame
Therefe Rouillé , veuve de
Jean François Marquis de
Noailles, Lieutenant general
pour Sa Majesté dans la haute
Auvergne , & Maréchal de
Camp de fes Armées mort
en 1696 Elle eft fille de Meffire
Jean Rouillé , Baron de
Mellay, Confeiller d'Etat or
dinaire & de Dame Mariede
Ff
Mars
1702.
338 MERCURE
Comans . Le bien que l'on dit
de la mere & de la fille va
beaucoup audelà de tout ce
que l'on peut s'imaginer.
Mi le Duc de Richelieu
avoit épousé en premieres
nopces Mademoiſelle du Vigean
, dont la bonne conduite
, & l'efprit luy procu
rerent le glorieux avantage
d'eftre Dame d'Honneur de
la Reine , pofte qui n'eſt jamais
occupé que par des perfonnes
d'une fageffe, & d'une
prudence confommée. }
La feconde femme de Mr
le Duc de Richelieu eftoit
CALANT. 339
Mademoiſelle d'Affigny de
Bretagne , dont M ' le Duc de
Richelieu a eu M' le Duc de
Fronfac. Il est encore fort
jeune , & doit épouser la fille
aînée de Madame la Marquife
de Noailles , & en cas que
~cette aînée vienne à mourir
il époufera la cadette .
Mademoiſelle de Sourdis
fille de Meffire François d'Ef
coubleau de Sourdis , Baron
de Gaujac & d'Eftillac , Lieutenant
General des Armées
du Roy , & Commandant
pour Sa Majefté en Guyenne
, a épousé M' le Marquis
d
Ffij
40 MERCURE
1
de Saint Poüange , Colonel
du Regiment du même nom,
& fils de M'de Saint Poüange,
Treforier des Ordres , &
Lecteur de Sa Majesté, & qui
pendant un fort grand nom
bre d'années luy a rendu des
fervices confiderables en qua.
lité d'Intendant general de fes
" Armées. Mademoiſelle de
Sourdis à tous les agrémens
poffibles. Elle est tres bien
faite ; elle a efté élevée dans
un Convent à Paris, n'ayant
point de mere, & мr fon pere
faifant ordinairement fon
fejour à Bordeaux. Il luy a
GALANT 441
"
donné en mariage la Principauté
de Chabanas. Ce mariage
c'eft fait à Paris , avec un
éclat proportionné
au rang
de fes deux familles.
Mr Molé de Champlaftreux ,
Confeiller au Parlement, fils
de Mr Molé , Prefident à
Mortier , petit fils de мr Molé
Garde des Sceaux de Fran .
ce , a épousé Mademoifelle
de Drouilly riche heritiere de
Champagne. La Ceremonie
fur faite à Chaalons par Mr
l'Abbé de la Motte oncle de
l'épouſe.
Je ne dois pas oublier à
F f iij
342 MERCURE
• £
vous parler d'un autre maž
riage qui fe fit le 27 du mois
paffé. C'eft celuy de мr le
Marquis de Blanchefort avec
Mademoiſelle de Sillery , fille
de Mr le Marquis de Puyfieux
, Ambaffadeur de France
en Suiffe. Leurs deux Mai .
fons font fi connuës que vous
vous direz vous mefme tout
ce que je pourois vous dire
fi je m'étendois plus au long
fur cet article.
Je ne vous ay poine parlé
jufte dans ma Lettre du mois
paffé, quand à l'occafion du
GALANT. 343
bruit qui avoit couru du ma
Fiage de Mademoiſelle de la
Chenelaye avec M' le Vidame
d'Amiens , je vous aydit
que feu Mr le Marquis de
Soyecourt n'avoit laiffé qu'u ,
ne fille unique avec deux fils
qui furent tuez à la Bataille
de Fleurus. Cette fille qui eft
mere de Mademoiſelle de la
Chenelaye , n'eft que la ca
dette d'une premiere fille qui
eft aujourd'huy veuve de Mrr
de Boisfranc , Maitre des
Requeftes , Surintendant des
Finances & depuis Chancelier
de feuë Son Alteffe Mon-
Ff iiij
344 MERCURE
heur. Cette Dame a eu de
fon mariage avec m² de Boisfranc
un fils & une fille , &
c'eſt elle , qui felon la Coutu
me de Picardie où toutes les
Terres de la Maiſon de Soye;
court font fituées , a les quatre
quints pour fon droit
d'aîneffe. Le revenu de ces.
Terres eft tres confiderable,
& elle en a efté remife en
poffeffion par un Arreſt celebre
, avec reftitution de dix
années de ce revenu .
La Chanfon que je vous
envoye convient parfaite
9
!
Public , vient de luy donner
ERCURE
Mas
disgraceser ce queje vous aimeme: &t
6
dans votre severi Et dans votre Severi =
76
te vous mefaites une douceur extreme me Et

o
voye convient parfaite
GALANT : 345
ment à la Sainteté du temps
ou nous ſommes.
AIR NOUVEAU.
MEs
Es difgraces , Seigneur ne
m'ontpoint rebuté,
Fe fouffre avec plaisir , parce que
je vous aime ,
Et dans voftrefeverité
Vous mefaites trouver une dou
seur extrême.
M de Fer ayant toujours
efté au devant de tout ce qui
fatisfaire la curiofité du
Public , vient de luy donnet
peut
346 MERCURE
un plan de Cremone & des
environs de cette Place . Les
grands foins qu'il a apportez
pour le rendre parfait font
cauſe qu'il n'a pû eftre de bité
pluftoft.
Bite L'action qui s'y eft paffée
eftant toure brillante il s'eft
trouvé du brillant , & de l'ef.
prit jufque dans les moindres
pieces qui ont efté faites fur
ce fujer. Je vous envoye une
nouvelle Elle eft de Mademoiſelle
Itier , qui fit fur la
prife de Mons. La chanfon
qui commençoit parin zna,
Tour du longde la Riviere &c.
:
GALANT. 347 .
qui a cfté trouvée fi agreable.
que toute la France la chantée
avec plaifir. Le Roy n'a
point remporté d'avantage
confiderable qu'elle ne l'ait
celebré par quelque ouvrage
tout remplyd'efprit. Voi .
cy le dernier qu'elle a fait.
Omme un grand General Eugenevintfans
bruit ,
Par un lieu fouterrain au milieu de
la nuit ,
Croyant prendre aisément les Fran
çois & Cremone ;
Mais de fon beau deffein qui d'abord
lesfurprit
Il a bientoft perdu lefruit
Par leur valeur que rien n'étonne,
348 MERCURE
Ilvouloit imiter ces Heros d'autres
fois ,
Dont lefameux chevalde bois ,
Fit que les Phrigiens des Grecs furent
la pro e.
So attente eft trompée , il connoift
aujourd'huy ,
Qu'Agamemnon n'euft pas pris
Troye
Si des François avoient combatta
contre luy.
Les Ver qui fuivent font
fur le même fujet. Celuy qui
les a faits doit avoir beaucoup
d'imagination. Je ne doute
point que tous ceux qui fçavent
le Jeu de l'Hombre ne
les apprennent par coeur.
GALANT. 949
Fugene
joue à l'Hombre , il a
beau jeu , Manille
Bafte , Pounte & Valet de coeur.
Ala rentrée ilprend Spadilles
Mais ébloui de fon bonheur
Ilfait la befte. Il perd. Revel gagne
Codille.
La Charge de Garde du
Cabinet des Livres de Sa Majefté
, qui eft dans le Louvre ,
eftant demeurée vacante depuis
le decés de M ' l'Abbé de
Lavau qui mourut il y a fept
ou huit ans , le Roy a depuis
quelques jours jugé à propos
de la remplir. Sa Majesté fe
fic apporrer la lifte de tous
vyo MERCURE
ceux qui la luy avoient demandée
, & y ayant trouvé
le nom de M' Dacier , elle ne
balança pas à le choiſir. Ainfi
fon merite feul luy tint lieu
de recommandation . Il eft
de l'Academie Françoiſe , &
de celle des Inſcriptions
, &
comme on ne peut avoir plus
d'erudition qu'il en a la
Charge dont le Roy vient de
le gratifier luy convient par .
fairement. Je vous ay mar.
qué autrefois la difference
qu'il y a entre cette Charge
& celle de Bibliothecaire du
Roy, La Bibliotheque de Sa
GALANT SI
Majesté eft à la ruë Vivienne.
On a appris par une Lettre
de Bordeaux , que le 16.
de ce mois à onze heures du
matin , ily parut une Etoile
prés du Soleil venant du
Nord , & qu'elle dura juſques
au Soleil couchant. Toute la
Ville la remarqua. Les Poliriques
direntauffi toſt que ce
Phenomene extraordinaire
prefageoit la mort du Roy
d'Angleterre Guillaume ,
Prince d'Orange. D'autres
creurent qu'elle devoit faire
entendre la rapidité des Con352
MERCURE
queftes du jeune Roy de
Suede.
Je vous parlay le mois paflé
de la mort de мeffire François
du Gard , Seigneur de
Lompré, & Chevalier de l'Or .
dre de Saint Michel. Jay ap
pris depuis qu'il eftoit Chef
de fa famille , qui eft originai
re de Picardie , où il s'eft alliée
depuis quatre Siecles aux
plus illuftres Maiſons de la
Province.
Ila fi bien rempli pendant
quarante années qu'il a tenu
Academie à Paris , tous les
devoirs d'une Profeffion auff
GALANT 393
diftinguée que la fienne , qu'
on peut dire qu'il eftoit ge
neralement eftimé & aimé
de tous ceux qui le connoif
foient , il ne poffedoit pas
feulement l'Art d'enſeigner
à monter à cheval , il avoit
encore un talent fingulier
pour former la jeune Nobleffe
, au bien & à la vertu . Il
faifois fon plus grand plaifir .
d'eftre avec elle , il fçavoit
mefler dans fes entretiens fa
miliers des confeils tres-falu
taires. Il joignoit à la connoiffance
de l'Hiftoire celle
des Médailles , dont il a laiffé
Mars 1702. Gg
34 MERCURE
une tres belle fuite. Je vous
ay quelquefois envoyé de fes
ouvrages , & fi le pofte qu'il
occupoit luy avoit laiflé le
temps de cultiver les belles
Lettres , il y a lieu de croire
qu'il fe feroit attiré beaucoup
d'applaudiffemens dans ce
fterile champ de gloire. Il
eftoit naturellement brave &
avoit reçu des bleffures qui
Juy eftoient glorieuſes. Le
Public ne laifle pas d'avoir
dequoy fe confoler dans la
perte qu'il vient de faire, puifque
Mr de Lompré a pris
foin de former pendant fa
+
GALANT 355
T
vic Mrs fes Fils dans fa Profeffion
, & de les mettre en
eftat de foutenir fon Academie
avec honneur , comme
ils ont fait de fon vivant , &
comme ils font actuellement
avec une approbation gene
rale.bun
30 Madame de Pontcarré
femme de M de Pontcarré
Maistre des Requeſte , & fils
aîné de m' de Pont carré Con
feiller d'Honneur au Parle
ment eft morte en couches.
Ceftoit une femme d'une 1
bun p'dsaa
grande vertu & d'un vray
merite. Elle eftoit fille de Mr
·
Gg ij
356 MERCURE
le Prefident Boulanger, c'eft
une véritable perte , Mr de
Pontcarré fçait auffi auffi tout
ce qu'il perd, Vous fçavez
avec quelle diftinction il eft
regardé au Confeil . Son ef
prit & fon équite luy one
déja établi une grande réputation.
On le regarde tout
jeune qu'il eft comme un
Magiftrat des plus éclairez, &
des plus integres . Il eſt digne
fils d'un fi digne pere.
Prefentement que la Cam
pagne d'Hiver eft finie en
Italie , voyons ce qui s'y eft
GALANT. 357
la
paffé , & fi les Imperiaux y
ont profité de la fuperiorité
que les conjonctures que je
vous ay marquées dans ma
Lettre leur ont fait avoir
pendant cette fâcheufe fai .
fon. Tout roule fur quatre
chofes, fçavoir fur leur entrée
dans Bercel & dans
Mirandolle , fur l'affaire de
Cremone , & fur le Blocus
de Mantoüe. Les deux premieres
ne leur ont procuré
ny profit , ny gloire , & leur
valeur n'y a eu aucune part.
L'Entrée de leurs Troupes
dans Bercel eftoit concertée
3
358 MERCURE
avec Mile Duc de Modene. Il
eftoit en pouvoir de livrer une
Place qui luy appartenoit , &
que les Alliez auroient pû forcer
s'ils n'avoient mieux aimé
manquer ce coup que d'égards&
d'honnefteté pour ce
Prince , qui a fait tout le contraire
de ce qu'il avoit promis
avant l'ouverture de la
Campagne derniere . Quant
à l'affaire de la Mirandole ,
la trahison feule l'a fait réuffir.
Il n'y a perfonne qui ne
puiffe eftre furpris lorfqu'il
n'eft point attaqué à décou
vert , & les ames genereuſes
*
GALANT 339
of
a
eftans moins foupçonneufes
que les autres parent plus diffi .
cilement de femblablescoups.
Quand on eft furpris dans une
Place dont on eft abfo
lument le maiftre , on peut
eftre accufé de n'avoir pas
eu toute la vigilence poffi
ble & neceffaire ; mais il ne
s'est rien trouvé de pareil·
dans la furpriſe de lá Miran
dole. Le Souverain eftoir
dans la Place où il avoit
bien vouu faire entrer ceux
qu'il n'y vouloir plus fouffrir.
Il luy eftoit plus ailé qu'à
d'autres , de s'entendre avec
360 MERCURE
fes Sujets aprés avoir changé
de refolution. Ainfi il n'y
a point eu de honte pour
les Alliez dans l'abandonnement
qu'ils ont fait de cette
Place. Voila le fcond effet de
leur fuperiorité
, pour lequel
ils n'ont pas tiré un feul
coup , ils pouvoient entrer
dans ces deux Places de la
1
maniere qu'ils
ont
fait
quand ils auroient efté beau.
coup moins forts.
L'affaire de Cremone avoit
quelque chofe de plus relevé
dans fon projet & dans l'exe .
cution
GALANT. 361
cution ; mais quant à la va
leur des Troupes , celle des
François l'a emporté . Le plus .
petit nombre en defor
dre, & prefque fans Officiers,
a batu le plus grand , & ce
plus grand nombre eftoit dé
Troupes d'elite , & d'Officiers
choifis & doublez, ce qui eft
une perte prefque irrepara
ble pour l'Armée Imperiale.
Enfin , le quatriéme effet
de la fuperiorité des Troupes
Allemandes , a efté le blocus
de мantoüe , mais d'un cofté
feulement. Il ne s'est peut
Mats 1702.
Hh
362 MERCURE
eftre jamais rien vâ de pareil
dans une femblable conjon .
cture , aux effets que ce blo
cus a produits. On bloque
une place pour l'incommo.
der,&quelquefois mêmepour
l'obliger de fe rendre faute de
fubfiftance aprés un long blocus
.Les Allemans au contraire
fe font aprochez de мantoüe .
Ils y ont pris des Quartiers ,
pour le faire battre plus de
trente fois pendant tout le
cours de l'Hiver , fans qu'ils
ayent remporté le moindre
avantage feulement une fois
contre les frequens Partis
GALANT 363
A
qui les ont attaquez dans ce
blocus ; on auroit efté obligé
de les aller chercher plus loin
pour les battre, & peut eftre
auroient ils efté moins fouvent
batus. Les prifes réiterées
que l'on a faites ſur eux,
non feulement ont efté caufe
que rien n'a manqué dans
Mantoüe , mais mefme que
toutes les chofes neceffaires
à la vie s'y font trouvées en
abondance. On a vu dans la
Ville jufqu'à trois mille Chevaux
à la fois pris fur les En ..
nemis en differens temps,
dont la pluſpart ont eſté def.
Hhij .
364 MERCURE
tinez pour remonter noftre
Cavalerie. Il est aisé de juger
que l'on a fait des prifonniers
à proportion, & que le grand
nombre de Combats en détail
nous a efté plus avantageux
qu'une groffe action
dans laquelle les Ennemis
auroient perdu bien du mon .
de, mais beaucoup moins , &
peut eftre mefme point du
tout de fourage , & de bétail,
On ne peut donner trop de
loüanges à Mr le Comte le
Teffé , qui a toujours efté
caufe de tous ces Partis , &
qui s'eft louvent trouvé à la
GALANT . 369
·
refte. Mr de Surlaube s'y eft
auffi acquis beaucoup de
gloire , & malgré le bon
exemple qu'il a donné , on
n'a pas laiffé de ſe plaindre
de ce qu'il s'est trop expofé.
Ces avantages continuels ont
efté fi connus de toute l'Ita
lie qu'aucun de ceux qui écri
vent favorablement pour
les Ennemis , n'a ofé les contefter
dans leurs Nouvelles
publiques . On peut dire que
les Ennemiş , fc font donné
beaucoup de mouvemens , &
ſe font extremement fatiguez
pendant tout l'Hiver
Hh iij.
66 MERCURE
pour le faire battre , & qu'ils
ont amaffé dans une grande
partie de l'Italie pour la fubfittance
de Mantoüe , toutes
les chofes dont cette Ville
auroit pû manquer
.
Quantité de leurs Houffars
ont deferté , & la pluſpart de
ces Deferteurs fe font jettez
dans Mantoüe , ce qui fait
voir,fans qu'il foit befoin de
raifonnemens
pour le prou .
ver , que la diferte n'eftoit
pas dans Mantoüe ainſi que
les Allemans l'ont publié.
Le nombre de ces Houffars.
y eftoit affez grand pour for
mer des Corps capables d'alGALANT
367
ler en Party. Ils ont deman
dé qu'on leur permift d'y aller.
On a d'abord hefité ,
parce qu'ils pouvoient retourner
parmi les Ennemis.
aprés avoir vû en partie l'état
de la Place ; mais comme
on n'aprehendoit rien , on
leur a enfin accordé l'effet
de leurs demandes . Ils ont
efté fi charmez de la confiance
que les François te
moignoient avoir en eux
qu'ils ont remporté plufieurs
avantages, quoy qu'en nom .
bre inferieur , comme il eft
marqué dans toutes les Nou
Hhijij
368. MERCURE
velles
publiques.
Les Enne misont auffi perdu
beat coup de Danois qui ont
deferté, & qui defertent enco
re tous les jours , Ils font fi
mal fatisfaits des Allemans.
qu'ils affurent qu'ils ne confeilleront
pas à ceux de leur
Nation de paffer enttalie.
Les Peuples du Modenois &
du Parmeſan fe font tres mal
trouvez de leurcôtédelesavoir
eus pour hoftes . Leurs manieres
de piller & d'emporter juf
ques aux portes des maiſons ,
lesontpourtantmoinstouchez
que ce que je vais vous dire.
GALANT. 379
Leurs Troupes Allemandes
font remplies de fem
mes , & l'Empereur donne la
demie
- paye
aux enfans
mâles de celles qui accouchent.
Ils l'ont jusqu'à un
certain âge , aprés quoy ils
ont la paye toute entiere . Les
femmes Allemandes qui font
accouchées dans les Etats de
Modene & de Parme , &
qui ont eu des filles , les ont
la ffées aux Payfans de ces
deux Etats , & ont enlevé
leurs Garçons de mefme âge.
Il est aisé de juger fi par ces
manieres d'agir les Allemans
370 MERCURE
fe font fait aimer en ce Pays .
là .J'efpere vous en dire encore
quelque chofe avant que
de fermer cette Lettre .
M l'Ambaffadeur d'Efpagne
prefenta au Roy au
commencement de ce mois
Don Diego de los Rios , Gouverneur
de Cartagene. C'eſt
un homme d'un vray merite.
Sa Majesté l'a receu auffi avec
cette bonté qu'elle témoigne
à tous ceux de cette Nation,
& fur tout à ceux que la Nation
eſtime. Don Diego de
los Rios eft de ce nombre . Il
GALANT 371
s'eft toujours conduit en
homme qui merite tous les
fentimens d'eftime que l'on a
pour luy.
Son Excellence a auffi prefenté
au Roy, & à toute la
Maiſon Royale Don Pedro
deGufman d'Abalos , Marquis
de la Mina, Seigneur de Santaren
, General de l'Artillerie
des Armées du Roy Catholi
que en Europe , Preſident de
la Audiencia de Panama , &
Capitaine General de cette
Province dans le Royaume.
de terre ferme aux Indes. Le
nom de Guſman fait voir qu'il
י
372 MERCURE
eft de la Maifon des Ducs de
Medina Sidonia , & c'eft de
cette mêmeMailon que Saint
Dominique , Fondateur des
Jacobins , tiroit fon origine.
Il a paffé par tous les Emplois
militaires. Il a esté Capitaine
d'Infanterie & de Cavalerie ,
Meſtre de Camp , & Amiral
de Galions . Il eft revenu des
Indes avec l'Eſcadre de Mr
de Coetlogon , & a debarqué
à Rochefort.
heureufement en France avec
Don Jaime de Gufman &
Spinola fon fils aîné , il a
fouhaité d'avoir l'honneur de
Eftant arrivé
GALANT 37{
faluer le Roy , honneur qui
flatte tous ceux de fa Nation
qui ont pû fe le procurer. 11
a laiffé , une de les filles à
Bordeaux dans un Convent
de Religieufes Benedicti
nes. Με l'Ambaffadeur
d'Espagne le prefenta avec
M' fon fils , à Sa Majesté , à
Monſeigneur , & à tous les
Princes & Princeffes de la
Maiſon Royale,qui les receurent
avec des diftinctions
qui les ont charmez. Le
Roy luy fit l'honneur de
luy dire , qu'il le connoif
foit par fon merite perfonnel
174 MERCURE
par fa bonne conduite ; qu'il
fçavoir les foupçons qu'on avoit
voulu donner de luy , &la manie
re avantageufe dont il s'en eftoit
justifié. Sa Majesté luy dit
enluite quelques mots Efpa .
gnols , & luy promit fa protection
dans tout ce qui pourroit
dépendre d'elle.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne & Madame , firent
l'honneur à M ' fon fils de luy
adreffer fouvent la parole
pendant le fouper du Roy, en
prefence de Sa Majefté. On
luy fit mille queftions , où il
répondit avec efprit ; il parla
GALANT. 375
tonjoursFrançois . Il n'a pourtant
apris noftre Langue que
pendant le temps qu'ils ont
efté ſur mer pour venir à
Rochefort. On fut furpris
que ce jeune Seigneur qui
n'a que douze ans , cût pû
faire un fi grand progrez
dans la Langue Françoife
dans l'efpace de trente cinq
jours que ce trajet a duré. Sa
phifionomic marque tout l'ef
prit qu'il a . ll est bien fait, il
a les manieres nobles & aifées
, & promet beaucoup .
M' fon pere donne bien l'idée
de tout ce qu'il eft fi toft
qu'on le voit. Avec mille
376 MERCURE
autres qualitez diſtinguées il
a ce fond d'honneur & de
probité qui entre toûjours
dans le caractere d'un veri .
table Eſpagnol. Les vertus
les plus éminentes font com .
me naturelles à tous ceux
de la Maifon de Medina Sidonia.
Le Duc de ce nom eft
du Confeil d'Etat de Sa Majefté
Catholique, & fon grand
Ecuyer. Ceux qui fçavent
l'Espagnol à la Cour , & qui
le font entretenus avec Mile
Marquis de la Mina luy ont
trouvé , malgré la retenuë,
toute l'elevation que fon
GALANT 377
coeur tire de fa nàiffance &
de. fon merite , & ont avoüé
qu'il eftoit tres digne de tous
les Emplois qu'il avoit eus, &
de tous ceux qu'il pourra
avoir encore.
bin
Le 26. du mois paffé , Dimanche
du Carnaval , la Reine
Doüairiere d'Espagne re.
gala d'une maniere
Royale & digne de Sa majeſté ,
les perfonnes les plus diftin .
guées de la maiſon. Elle alla
à la promenade avec toute fa
fuite, & à fon retour elle fit
donner une magnifique col-
Mars
1702'
li
8 MERCURE
lation , où l'on fervit une
Corbeille bien precieufe. Il
y avoit des Bijoux d'un grand
prix que cette Prince diftribua.
Je vous ay déja dit que
toutes les Dames de la Cour
d'Efpagne portoient le Cordon
bleu , & fe font faites
Chevalieres de l'Ordre du
Saint Efprit. La Reine Douairiere
voulut que fes Filles
d'Honneur euffent auffi cet
Ordre. Elle prit donc dans
cette Corbeille , des Cordons
bleus avec des Croix du Saint
Efprit enrichies de beauxDia
mans, & leur en mit àchacuGALANT
379
ne , de fa propre main . Elle
donna à la Camerera Mayor,
à fon Mayordome мayor , &
à toutes les Dames d'Honneur,
le Portrait du Roy Philippe
V. enrichi de gros Diamans
. La Camerera мayor eft
Madame la Ducheffe de Frias,
& fon Mayordome , M' le
Comte de Alba .
Le Roy vient encore de
donner l'agrément à cinq
perfonnes de diftinction , &
qui brûlent de fe fignaler ,
pour lever cinq nouveaux
Regimens. Ce font
Ii ij
380 MERCURE
Mrs le Comte de Bran
cas Villars.
Le Chevalier de Froulay
De Broglio .
S. Hilaire , Lieutenant general
d'Angoumois .
De Scoane , Irlandois , ce
dernier fur le pied étranger.
Le Roy a donné en mê.
me temps à M' Moncaur
l'agrément pour acheter le
Regiment
qu'avoit M' le Comte du Luc.
S. M fit il y a quelques jours
la Revue des Gardes duCorps,
des deux Compagnies de
d'Angoumois
GALANT 381
;
Moufquetaires , & des Grenadiers
de fa Maiſon Les
Gardes du Corps formoient
huit Escadrons les deux
Compagnies de Moufque:
taires , quatres ; & les Grenade
diers un . I eft impoffible
de voir des Troupes plus
belles , & plus leftes . Le
grand nombres d'Officiers
qui font dans ces Corps &
qul font incapables de recu .
ler , doivent les rendre inébranlables.
L'Armée du Roy d'Efpagne
en Italie fe fortifie tous
les jours , & il part de tous
382 MERCURE
coftez des Troupes pour s'y
rendre . Ce Prince y envoye
Les Regimens de Brabant &
de Flandres qui font de
douze cens chevaux chacun.
Ha envoyé ordre à M' le Che
valier de Caylus qui comman
deen Italie le RegimentElpa.
gnol des Dragons Jaunes , de
vifiter toutes les Troupes
qu'il a dans l'Etat de Milan
, & dans le Royaume
de Naples , afin de luy en
rendre compte dans le mo
ment qu'il débarquera en
Italie . Ce Chevalier eft nonfeulement
generalement efti
.
GALANT 383
mé pour fa valeur ; mais il
a une intelligence fi grande
& fi parfaite de tout ce qui
regarde la guerre , que les
Generaux fous lesquels il a
fervy,dilent hautement qu'il
eft capable d'executer les
plus grandes entrepriſes.-
Mr le Comte d'Eftrées fe
devoit mettre en rade le 21.
de ce mois , efperant faire
voile cinq ou fix jours aprés,
& lorfqu'il s'y feroit mis , it
devoit envoyer à Barcelone:
Mr le Chevalier de faint
Pierre, Capitaine de Vaiſſeau ,
"
384 MERCURE
afin d'y regler toutes les cho.
fes neceffaires pour l'embarquement
du Roy d'Eſpagne.
Je croy que tout cela le fera
executé en cas que les voeux
fe foient trouvez favorables.
Ce Vice Amiral doit tenir
table pour Sa Majesté Catholique
& pour toute fa
Suite pendant le Trajet . Voi
cy la Lifte des Vaiffeaux &
des Bâtimens qui le doivent
faire avec les Noms des
Commandans , & l'état des
Equipages.
>
Le
GALANT 1385
70
Le Foudroyant.
'M ' le Comte d'Eftrées.
Hommes
930
Canons
208
L'Admirable.
M' le Marquis de Langeron ,
Lieutenant general .
Hommes.
700
Canons
98
Le Fortuné.
Hommes
390
Ganons
$8
Le Content.
M' le Bailly de Lorraine.
Hommes
420
Canons бо
Mars
1702.
Kk
386 MERCURE
L'Hirondelle.
Mr de Phlypeaux.oðsí
Hommes
Canons 37
Brulors.
L'Eclair. 2%
Mr Giraldin Capitaine de
Brulot.
Hommes
Canons
Le Lion.
Mr Benoist .
Hommes:
Canons
Corvettes.
La Dorade,
Mr Ginette.
66
12
60
GALANT. 387
Hommes
Canons
La Sainte Anne .
Mr de Vence , Enfeigne de
Vaiffeau.b
Hommes
Canons
Le Saint Jean.
Mr Cabre de мonvert,
Hommes
Canons
L'Entreprenante.
18
4
18
Mr Keralio Sousbrigadier des
Gardes Marines .
Hommes
Canons
15
Kk
98 MERCURE
Hommes
Canons
Total
2902
400
Le Brulot le Lion portera
la poudre du Foudroyant ,
lors que Sa Majesté Catholique
fera embarqueée . Le
parfait eft party pour Cadix
où il est allé porter des Canons
. Il a efté fuivy du Fleuron
qui eft auffi allé en porter
à Liſbonne.....
Je vous ay deja envoyé des
vers qui font voir quelque ra.
portentre l'affaire de Cremo.
ne , & le Jeu de l'Ombre . On
pretend que ceux qui fuivent
GALANT 189
foient les originaux. On ne
laiffe pas de faire quelque fois
de jolies chofes fur ce que
d'autres ont inventé.
gene avoit le Baffe , la Ma
nille
,
Le Roy , la Dame & le trois de
Carreaus SLA D
Il eft aßez heureux pour prendre
Efpadille :
Cependant dans Crémone avec un
jen fi beau ,
Faute de Ponte , il a perdu Co.
dille,
On avoit d'abord publié
que le Roy des Romains iroit
commander fur le Rhin , mais
Kk iij.
30 MERCURE
ce déffein s'eftoit infenfiblement
evanouy enforte qu'il
avoit efté réfolu qu'il n'iroit
pas. Cependant lorſqu'on a
eu une certitude entiere que
le Roy d'Efpagne devoit aller
commander en Italie & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
en Flandres , on n'a pas
cru q'uil fuft glorieux au Roy
des Romains de demeurer à
Vienne.
Je vous ay déja marqué
dans ma lettre que les morts.
d'Apoplexie font auffi , (frequentes
qu'elles éftoient l'ang
née derniere, Mr.Colbert
GALANT 391
Abbé General de l'Ordre de
Prémontre vient de mourir
de ce mal. Il ne merefte n'y
affez de temps ny affez de
place pour vous parler de
cette mort & je remets au
mois prochain à vous en en
tretenir.
971
3
Male Bailly d'Auvergne
Fils aîné de Mr le Comte
d'Auvergne & qui avoit cedé
fon droit d'aineffe à fon Cadet
vient de mourir plus jeunein
best decedé à Bergop.
zom. Commeil avoit infini
3001 na
ment de l'efprit , & que dans
Les derniers momens de fa
Kk iiij
192 MERCURE
vie , il en a fait tout l'ufagequ'un
bon & veritable Chré
tien en doit faire , il eft mort
avec des fentimens , & une refi
gnation qui ont edifié tous ceux
qui en ont efté témoins.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé qui eftoit le Vent a efte
trouvé par Meffieurs
De Woolhouſe Medecin Oculifte
Anglois à Saint Germain
en Laye : De Courcy Commif
faire des Guerres de Vire , &
l'aimable Virginie fa voifine :
Joli Perrere Hutil Procureur
au Chaftelet , de la rue Saint
Bon Tamirifte fon époule &&
fes enfans : Les Vents du Pont
Saint Michel : Le Sournois de
la rue S. Jaques : Partiſan du
GALANT. 393
Billart : Lambrelin de l'Eftoile
rue desAuguftins : Le Moineaufranc
de la ruë de Bievre : Le
Marquis des Machines : Le Pe
dit Debonnaire du College de
Boncourt : Lobligeant Seigneur
Venitien T *** & le Voïageur
Avanturier de Roſette en
>
Egipte : Le Richard & fa Pru
de du Quai des Auguftins : Le
Chevalier d'Argencourt & le
Partilán des beautez du Theatre
François , fon Ami du Quai
des Augüftins Le nouveau
Commis ou Chef du Gardenottes
volfin du grand Bureau des
Pauvres Place de Grève : Le
fucceffeur du **** Benoiſt ſes
Eleves rue S? Antoine : L'Abbe
Lorre rue de Richelieu , & l'A
mant des quatre - vingts mille
$94 MERCURE
Liv. de la mefme rue: Mademoi
felle du Mouftier fa fille del'Ar
fenal , MademoiselleJavote jeune
Mufe de la rue de Richelieu: La
petite Mimie de la ruë deSavoie,
& les belles Dents du Quai des
Auguftins: La Demoiſelle qui
n'en a jamais deviné : La belle
Chapeliere du bas de la rue
de la Harpe : La charmante
Brunette Catin Salomon La
plus aimable Brune de la rue S
Jaques & fon nouveau Voifin
& le Vacher de la rue Fromen,
C
L'Enigme que je vous envoye
a été faite par uneDame d'efprit
& de merite , connue par plu
feurs perfonnes confiderables,
& diftinguées par leur efprit,
fous lenom de la grande Doris.
GALANT. 395
ENIGME.
FNguife de Serpent nous cherchons
ane route s
Que l'on a preparée adroitement
pour nous ,
Nous devons occuper des lieux tendres
& doux ,
Aux dépens de leur fang même,
quoi qu'il en coufte.
Nous eftions autrefois Signe de noble
race ,
Aprefent, fans fcrupule , on tache
a nous avoirga PecoreN DE
Nous sommes en tout temps agréa
bles à voir ,
"Quand la beauté , fur tout , tient
entre nousfa plate :
3609
D'un endroit exhauffe d'où l'on
peut tout entendre,
-10
196 MERCURE
On nous defcend la nait pour nous
mettre en repos ,
Pour dire noftre nom ou prononce
deux mots ,
Qui pent trouver un fens , pourra
bien nous comprendre.
La mort du Roi d'Angleterre,
Stathouder de Hollande a fait
affez de bruit , pour que je ne
doute point que vous n'en ayez
appris la nouvelle prefque dans
le mefme temps que moi. Je ne
Vous repete point tout ce qui
regarde fa maladie , & tout ce
qu'il a dit en mourant , mourant qui fe
trouve imprimé dans les Nouvelles
publiques. Il fe peut
qu'il ait tenu le langage qu'on
lui fait parler. Mais il ſe peut
auffi que ceux qui avoient intereft
qu'il parlaft de cette forte
publient ce qui les accom-
113
GALANT 397
mode. Ce font de ces chofes que
le temps a coutume d'éclaircir.
Je dois fuivant ma coutume.
vous parler de la naiffance & des
principaux évenemens de la vie
de ce Prince , mais comme beaucoup
de raiſons pourroient faire
croire que j'en parle avec
paffion, je ne dirai rien de moi
mefme , mais je raporterai feulement
quelques morceaux des
Hiftoires de Hollande
qui
traitent des choſes dont j'ai à
vous entretenir. En voici un
qui parle du mariage du Prince
Guillaume fon pere , qui fe fit
en 1641 .
L-
,
Henry Frideric de Naffau
Frere du Prince Maurice mort
fans avoir efte marié , voyant
Espagnols occuper des affaires que
leurs donnoient les François & les
398 MERCURE
Portugais , & n'ayant rien à apprehender
des entreprifes du Cardinal
Infant , voulut employer ces favo
rables conjonctures pour travailler
à l'établiffement de la Maifon
Dans cette vuë ilfit demander à la
Courd Angleterre Henriette Marie,
d'Angleterre , Fille du Roy Charles
I. pourfon Fils unique Quillaume
qui n'eftoit encore alors tigé que de
quinze ans. Le party parut d'abord
affez inégal , & l'on trouva un pen
étrange à Londres , qu'un petit
Prince , qui eftoit au fervice dan
truy & qui avoit àpeine quittéle
titre d' Excellencepourceluy & Alsef
fe , recherchaft une Princeffe qui
pouvoit eftre heritiere de trois Royau
mes , & qui eftoit Peritefille de
Henry le Grand Roy de France
mais la ReineMaryMarie de ME
GALANT
399
dicis , qui eftoit encore à Londres fe
fouvenant des bons traitemens qu'el
le avoit reçus du Prince & de la
Princeffe d'Orange à la Haye,
difpofa la Reine d'Angleterre fa
Fille à ce mariage. Kerckové ,
fieur de Hennervliet que le Princes
d'Orange avoit envoyé pour mêna-.
ger toute l'affaire auprés du Roy
Charles , reprefenta fi bien laglorre
de la Maifon de Naffau , qui avoit
déja eu l'honneur de l'alliance de l'a
Maifon de Bourbon , que la Prin .
ceffefutaccordéeau Prince Guillau
me. Ilfe rendit enfuite à Londres,
on il l'épousa le r . de May avec
des ceremonies ani pompenfes qu'a
voient effe celles du Mariage de la
fille du RoyFacques F. avec l'Electeur
Palatin Elle demeura encore un
an entier auprés du Roy jufqu'd ce
400 MERCURE

que la Reine fa mere l'amena elle
même en Hollande , où l'on fit des
depenfes exceffives pour les recevoir.
Cette Princeffe eftoit four
de feue Madame, premiere fem
me de feu S. A. R. Monfieur.
C'eft de ce mariage d'Henriette
Marie Stuart, qu'eft iffu le Prin
ce dont la mort fait aujourd'hui
l'attention de toute l'Europe.
Son Pere mourut en 1650. le 6.
Novembre , & le Prince fon fils
vint au monde le 13. du même
mois feptjours après la mort de
fon pere . L'ambition de Guillaume
II. l'avoit porté à vouloir ſe
faire Souverain , & il avoit ofé
en venir jufqu'à la force ouverte
, en afficgeant Amfterdam ;
ce qui fut caufe qu'aprés fa
mort cette Ville- la fit frapper
GALANG 401
une Medaille qui marquoit que
L'année de la mort de ce Prince eftoit
la premiere année de la liberté de la
Republique. L'ambition du Pere
empêcha que le Fils ne fuft élevé
aux Charges de fes Ancêtres
. C'eftoit aux Etatsoa fe
charger deb fon éducation , ils
s'en chargerent , & pour luifais
re oublier qui il eftoit , ils ne
lui donnérent qu'un Valet de
Chambre , & un Gouverneur
affez obfcur nommé Chapufeaus
qui fut depuis Gouverneur des
Pages du Ducde Hannover. Son
ambition naturelle lui fit ouvrir
les yeux & lui donna de l'esprit,
de forte qu'il ne doit point à fon
éducation ce qu'il en a fait voir
depuis ce temps la Commel
l'ambition de fon grand Oncle
Mars 1702. Li
402 MERCURE
cle Maurice & de fon Pere avoit
caufé de grandes frayeurs à la
Republique , elle voulut empê
sher en 1657 que ce jeune Prince
ne parvinſt aux Dignitez de
Les Ancêtres
rapporté fur coici ce qui eft
l'Hif
toire de Hollande , dont je vous
ay déja parlé.
On fit plus pour l'affermiffement
de l'Etat dont on faifoit dépendre le
falut de la continuation du Gouver–
nement prafent. Dans l'Affembléetenue
à la Hayeleis. d'Auft on
dreffa cette fameufe Declaration ,
quifut appellée Edit perpetuel &
Loy eternelle pour le foutien
de la liberté & pour la confer
vacion del'unité & du repos de
la Hollande & de VVeftphrife.
Lemoifiëme Articla de cet Ediscon
AQTISM
GALANT 403
tendis Que la Charge de Stathouder
ou Gouverneur d'une ou de
plufieurs Provinces , ne feroit
jamais conferée à qui que ce.
fuft. On le fit figner & jurer à tous
ceux qui eftoient employez dans les
Charges & le fervice de la Republique
pour les engager à ne point
traderferla refolution que les Etats
avoient prife de ne point changer le
Gouvernement prefent Le Prince
d'Oringe & Guillaumes:IIIup jura
compEdit, saame nous les Max
giftmats: des pirties parece ferment
Į les. Etuis còmbarent s'affurer
1 de laBoumiben de ce jaune Prince
dont les grandes efferances fai
ferent peurà la fa Elion des Seigneurs
di] Douvefteins da Penfionnaire
With barsgouvernait la Repu
blique onfeforvenoir qu' an 1865.
L' ij
404 MERCURE
*
le Roy Louis le Grandavoit rendu à
ce Prince la Ville & le Chastea
d'Oranges, dont il s'eftoit faife cinq
ans auparavant ; & l'on apprehen
doit que la bienveillance que le
Roy avoit pour luy ne luy inspiraft les
deffein de vouloir rentrer dans les
Charges defon Pere, & d'entrepren
dre comme luy fur la liberte publis
que.
5
3
Ce morceau d'Hiftoire marə
que qu'il avoit déslors obliga
tion au Roy de France , & que
la Republique craignoit qu'il
n'attentaft für fa liberté. Il dif
fimula fon reffentiments & vViid
bien qu'il ne pourroit parvenir
aux Charges de fes Ancestres ,
à moins que les Etats embaraf
fez dans quelque grande guerre
ne creuffent avoir befoin de lui,
GALANT 204
& il fe promit qu'alors il les
forceroited changer de fenti
mens, & à l'élever encore plus
haut que fes Peres La guerre
de 1672. & la fituation déplora
ble ou fe trouvérent les Etars
luy donnérent lieu de faire agir
fes creaturess Voicy ce qui fe
paffa à cette occaſion , tiré de
la même Hiftoire dont je viens
de vous donner deux extraits .
Is Les defordres caufez dans les
Villes des Provinces de Hollande
& de Zelande par les feditions populaires
, ne purent eftre appaifez
que parla promeße de donnerproms
prement un Statouder ou Gouverneur
au Pays Les Magiftrass, dont ha
plupart n'ofoient plus fe montrer
hers de leurs marfans de peur d'eftre
lapidez virent bien qu'ils feroient
*06 MERCURE
contraints defasisfaire à ce point.
Les feditieux & les mécontens , exaitez
par les Partiſans du Prince
&Orange ; mais ils eftoient retenus
par l'Edit perpetuel qu'ils avoient
figné & juré en 1667 ; auquel le
Princes eftoit mêmesengagé par fer
ments Mais les peuples staiffant
aux Etats lefoin de caffer oá de res
farmer l'Edit , voulurent proceder à
la nomination du Prince › mulgré
leurs Maiftres,& fans fe foncier
des formaliter ordinaires 3 Vez hal
bitans de la ville de Dort qui paßse
pour la capitale de Hollande, &
qui a la premiere voix\_|_aux Etals
dalur Premince; An erste qualitàfu
rant les premiers qui commencérent..
Its allerent en troupe infulser la
maiſon du vieux deWith leur ancien
Bourgwemaſure,peres dugrandDailly
GALANT 209
de Putten , & du Penfionnaire de
Hollande, qu'ils accufoient d'estre
les auteurs de tous les malheurs du
Pays. Ils prirent dans la Maifon
de Ville le Tableau du grand
Bailly qu'ils pendirent à un gibet
Ils mirent Etendart Orangé fur
la Tour avec cette defeription ,
Orange deffus, VVith deffous :
Que la foudre terraffe celui
qui penfera autrement . Ils contraignirent
le Magiftrat de dreffer
un Acte pour je relever, & le Prin
ce d'Orange avec eux , du ferment
fait fur Edit perpetuels de de..
puter vers fon Alteffe pour l'invi
ter à venir prendre poſſeſſion de fon.
nouveau Gouvernement , & difter
bes Magazins & les Fortifications,
de la Ville Le Prince s'y rendet
be 29. Juin 3 mais il ne aut pas
J
408 MERCURE
devoir accepter le Stathouderatjufqu'à
ce que les Etats l'euffent abfous
duferment folennel qu'il avoit
fait de nejamais le recevoir, lors meme
qu'ilenferoit follicité. Cette modeftie
ne fervit qu'a augmenter encore
l'impatience du Peuple , & à
l'irriter contre le Magiftrat , qu'ils
accuferent de favorifer la faction
de Louveftein , il fallut pour l'appaifer
que les Bourgmaifires Nueld
VVick & Halling choifißent deux
Miniftres du Temple pour diſpenſer
le Prince defon ferment , & qu'ils
fissent dreſſfer un Altefous le nom des
Regens de La Ville, par lequel ils
zenonçoient entierement & pour
toujours à l'Edit perpetuel , declaroin
the Prince Gouvernent & Ge
ral des Armées parmer & par ter
relay deferoient tous les droits
GALANT 409

tout le pouvoir qu'avoient eu
fes Anceftres. On porta auli toft
Alte à figner au grand Bailly de
Putten , comme à un ancien Bourgmaiftre.
Il tenoit encore la chambre
pour l'indifpofition qu'il avoit contraitée
fur la flotte . Il refufa longtemps
de figner ce que l'on fouhai-
-toit de lay; mais les larmes de fa
femme & de fes enfans , & la
crainte de le voir massacrerpar la
populace qui vint toute furieufe
Lalieger dans fa maison , luy arra
eberent enfin cette fignature.
-La meme chofe arriva des le
mefmejour à Roterdam, & le lendemain
qui eftoit le dernier de Juin
Harlem , à Leyde, à Goude , & à
Delft , enfaveur du Prince d'Orange
, dont les creatures réullif-
3
Mars 17.02
Mm
210 MERCURE
Boient extraordinairement à détruire
le party des de VVith dans l'efprit
du peuple. Les Magiftrats n'o
foient plus parler d'attendre fur
ce fujet les ordres & la decifion des .
Etats de la Province ; fans paffer
pour traitres à la Patrie , & pour
ennemis da Prince, & fans s'expo
fer à faire brifer leurs portes
leurs feneftres. Chaque Ville prioit
à l'envy le Prince de venir chez elle
ou d'y envoyerprendre poffeßion defa
nouvelle Dignité.
Ces premiers feux étant un peu
Talentis, les Magiflrats trurent devoirfaire
de bonne grace ce qu'ils
n'avoient accordé d'abord qu'à la
violence & aux menaces des peu
ples, & rectifier tout ce qui s'eftoit
commis d'irregulier dans ces nominations
particulieres du Prince au
GALANT. 411
3
Stathouderat ; de forte que fur leurs
avis , les Villes envoyerent pref
•qu'en même temps leur Deputez
celle de Hollaude à la Haye , &
celle de Zelande à Midelbourgfai
re leurs propofitions aux Etats de
ces Provinces & comme tous les
Membres qui les compofotent alors
avoient les mefmes inftructions,
l'affaire fut bientoft refolue , les
Etats de Hollande & VVeftfrife
affemblez le 3. de Juillet avant que
de proceder à l'erection folennelle du
Prince , prononcerent labrogation
de l'Edit perpetuel & irrevocable
qu'on avoit declaré Loy fondamentale
de l'Etat. On delivra tout le
monde du ferment avec lequel on
avoit juré fon obfervation, quoique
les Etats mefmes fe fußent afté le
Bouvoir d'en dispenser pour quelque
あな
Mmij
44 MERCURE
raifon que ce puft eftre. On dreffa
te mefme jour un fecond Alte pour
conferer au Prince la Dignité de
Stathouder de Hollande & VVeftfrife
, avec celle de Capitaine ge
neral & d'Amiral general de la
Milice de cette Province , parce
que Son Alteffe n'avoit efté revètue
des deux dernieres Charges que
par provifion. On luy deputa auffi .
toft dix Membres de ce Corps pour
luy porter la difpenfe de fon ferment.
Le lendemain il recent les
Expeditions de fes Charges , & le 8,
du mois toute cette affaire fat terminée
dans l'Affemblée des Etats
Generaux , avec une approbation
qui parut eftre generale , parce que
les deux de VVith estoient abfens,
& les principaux de leur faltion.
Le Prince d'Orange eftant
GALANT: 413
parvenu au but qu'il s'eftoit
propofé par le moien de fes intrigues
, & de fes creatures ,
n'oublia rien pour étendre le
pouvoir que lui donnoient les
Charges dont il fe vit en poffeffion
Il y réuffit , & prit des
mefures fi juftes , que la nomination
des Magiftrats aïant dé-
-pendu de lui , fes creatures ont
toûjours rempli tous ces poftes ,
ainfi que
les premiers Emplois
dans les Troupes ; de forte que
fans eftre Souverain , il en a
toûjours eu l'autorité toute
entjere , les uns fe foumettant
par crainte à fes volontez , &
les autres flatez de l'efperance
de monter aux Dignitez , foit
de Juftice, foit Militaire."
Comme il eftoit neceffaire
Mm iij
414 MERCURE
que la guerre duraft pour faire.
fubfifter fon pouvoir , il s'eft.
toûjours appliqué à chercher
les moyens de l'éternifer .
Il paffaenAngleterre en1677.
&il y époula laPrinceffe d'York
fa couline germaine, Son amour
Tavoit moins engagé à entreprendre
ce voiage que fa poli.
tique. Voici ce que l'Hiftoire
de Hollande dit dans le meſme
article où elle parle de fon mariage,
mais lors que Pon apprit d
la Haye le refus que le Prince
avoitfait au Roy & au DucdYorch
de parler de la paixfuivant les me
fures que la Cour d'Angleterre avoit
prifes avec la France pour conclu
re le Traité de Nimegue , onjugea
deflors qu'il ftoit d'intelligence
avec le Parlement contre la FranGALANT
SAYS
le Roy fe laifferait bien ceer que &
M
soft entrainer , puis qu'il n'avait
pù refuser fa niéce au Prince
malgré la refolution qu'il avoit
prife de ne la luy accorder qu'apiés
quil feroit convenu de la Paix de
Nimegue avec luy.
point La France qui ne
ceffoitende
faire des conqueftes , fe rendit
fi formidable aux Anglois
par la prife de Gand qu'il luy
fur impoffible d'empêcher la
conclufion de ce Traité , qu'il
crut rendre nul par le Combat
orde S. Denis , mais il fut heureufement
trompé pour le repos de
l'Europe. Depuis ce jour- là
jufqu'à celuy de fon paffage en
Angleterre , il travailla à romitpre
cette Paix , & n'oublia rien
de ce qu'il put pour engager
Mm iiij
416 MBR CURE
la France à la rompre , afin que
les Hollandois qui eftoient fatiguez
de la guerre , ne luy imputaffent
pas la rupture d'une
Paix dont leur Etat avoit un
befoin extrême , mais le Roy
prudent & fage détourna les
coups que l'on vouloit luy por
ter , pour ne point replonger
l'Europe dans une guerre dont
il venoit de la délivrer. Ainfi
le Prince d'Orange tourna fes
vuës d'un autre colté & penfa à
l'affaire d'Angleterre. Il n'eut
pas besoin de tout fon efprit
pour la faire réüffir , ny de verfer
une feule goute de fang.
Deux chofes le portérent pour
- ainsi dire , plus vifte qu'il ne
I vouloit aller , & ce fuccés qui
a efté élevé comme quelque
GALANT 417
"
2
C
.
shofe de merveilleux par fes admirateurs
, & par tous les Pro-
> teftans de l'Europe , ne fut qu '
un effet de fon bonheur , deš
conjonctures du zele des Proteftans
pour leur Religion , de
la trop grande facilité du Roy
d'Angleterre à croire que l'orage
ne devoit pas tomber fur luy,
& de l'envie qu'excitoit la trop
grande gloire du Roy Tres-
Chreftien dans les cours de la
plufpart des Souverains de l'Eu
rope. Lezele que ce Monarque
fit voir pour la Religion en fup .
primant l'Edit de Nantes , au
hafard de tout ce qu'un coup fi
hardi devoit lui faire craindre ,
le couvrit d'une gloire fi jufte
& fi pure , qu'il fe trouva des
Princes Catholiques , qui , à la
418 MERCURE
t
honte de leur Religion , n'en
purent fupporter l'éclat , de
maniere que tous les Proteftans
de l'Europe & la plupart des
Princes Catholiques contribuérent
à Félevation du Prince
d'Orange au Trône d'Angleterre
, pour laquelle il n'y eur
pas unfeul coup tiré . Ainfi nulle
gloire pour le Prince qui fe
fit couronner , ny pour ceux
qui le favoriférent. I femble
qu'il ne fit que le préter à la
fortune , qui par l'amas des con
jonctures qui fe prefenterent
ne pouvoit s'empêcher de produire
ce fameux événement. La
guerre qu'il fit naiftre , & qui
dura jufqu'à la Paix de Rifvick
ne fut pas glorieufe au Prince
d'Orange. Elle accabla l'Anleterre
qui fe trouve encore
1
1 •
CALANT. 419
2
aujourd'huy redevable de prés
de cent millions pour les frais
qu'elle fut obligée de faire.
Cette guerre a auffi fort
alteré le commerce de Hollande
, & épuifé fes finances
fans qu'elle ait conquis un feul
-Village. Voila l'obligation que
Sces deux Etats ont au Prince
d'Orange Cette guerre a duré
jufqu'à la Paix de Riſvick , dont
ils avoient un entier beſoin . Il
pluc au Roy de la donner , parce
qu'elle accommodoit les affai-
-res en defarmant l'Europe , ce
Monarque ne voulant pas la
trouver armée lorsque le Roy
d'Efpagne viendroit à mourir.
Le Prince d'Orange cherchoit
à la rallumer quand il eft mort
quoy que felon toutes les appa
rences elle ne duft pas eftre plus
420 MERCURE
avantageufe à l'Angleterre & a
la Hollande , que les deux dernieres
guerres pendant lef
quelles les Anglois & les Hollandois
ont eu beaucoup plus
dAlliez qu'ils n'en ont prefentement
, mais il fe regardoit
feul , & comme il nepouvoit regner
arbitrairement fur l'un &
fur l'autre Etat que pendant la
guerre , fon unique application
eftoit de l'allumer , & de I entretenir.
Chacun fe demande fi
les Hollandois rempliront les
grandes Charges que ce Prince
poffedoit . Je ne penetre
point dans leurs fentimens ;
mais ces demi Souverains , à qui
-on ne donne d'abord qu'une autorité
limitée , ne peuvent eftre
que des hommes , & par confequent
des ambitieux qui ne
-
GALANT 429
cherchent qu'à s'élevér , & une
Republique doit estre toûjours
en garde contre leur ambition .
Ils trouvent des moyens pour
augmenter peu à peu leur autorité
, ce qui leur donne lieu de
faire des graces, & des liberalitez
, & les liberalitez font des
creatures. Par là les Citoyens
prennent differens partis . Vrais
Republicains periffent comme
les Barnaveliſtes & les
VViths. Le Pere du Roy
Stathouder n'a pû fe faire Souverain
de la Hollande , fon fils ,
au nom prés , eft parvenu à la eſt
Souveraineté . Le Stathouder
que les Etats nommeront , en
cas qu'ils en nomment un , aura
ces deux exemples devant les
yeux. Il croira qu'en imitant le
C₁ > -
422 MERCURE
ๆๆ
fecond , & entretenant la guer
te en Hollande , on aura befoin.
de luy & qu'il parviendra peu à
pea à l'autorité fuprême. Ainfi
pour l'intereft d'un particuliers
fla Hollande fe donne un de
ces demi - Maiſtres , elle ne joži
ra jamais du repos fi neceſſaire
à un Etat , dont le commerce
fait tout le revenu . S'ils nom →
ment un Etranger , il joindra
des forces étrangeres aux leurs,
fuppofant qu'ils en auront befoin
Les guerres inteftines fe
joindront à celles du dehors .
Les veritables Republicains fe
fe plaindront de feurs Concitoyens
qui fe feront laiffez gagner
, par des Charges & par
des récompenfes , & l'Etat ne
fe verra point dans la crane
}
GALANT 423
quillité qu'il doit fouhaiter,
Si toft qu'on fuc afluré en
Hollande de la mort du Roi
d'Angleterre Guillaume III.
les Etats de la Province fe rendirent
en Corps aux Etats Generaux
, afin de leur donner
eux-mêmes communication des
refolutions qu'ils venoient de
prendre dans leur Affemblée.
Elles eftoient de leur reprefen
ter que dans la conjoncture
prefente rien n'eftoit capable.
de conferver la Republique
qu'une parfaite union entre les
les Provinces , qui les fift concourir
enſemble à tout ce qui
pourroit contribuer au bien de
Etat, & qu'ils recommandoient
avec inſtance cette union qui é
toitfi neceffaire entr'eux. MI Dis
414 MERCURF
vel, Deputé d'Utreck , fit rou
ler fon Difcours fur les paroles
fuivantes , Concordia Res parvæ
crefcent. 11 pria les Deputez
d'écrire à leurs Superieurs pour
avoir des ordres conformes aux
intentions qu'ils remarquoient
dans l'Affemblée . Les Etats
Generaux prirent toute l'autorité
n'ayant ni Stathouder , nî
Capitaine general , & refolurent
de faire prefter un nouveau
ferment à tous les Officiers
entre les mains des Deputez
qu'ils envoyerent pour cela.
Les mefmes Deputez eurent ordre
de demander aux Commandans
ce qu'ils fçavoient des projers
du feu Guillaume Roy, &
les ordres fecrets qu'ils ont de
ce Prince! Les chofes eftant en

GALANT 425
cet état,il n'eftoit pas aifé d'ouvrir
la Campagne , & les difficultez
font encore devenuësplus
grandes , puifque fuppofé que la
Republique vouluft entrer en
guerre comme le Roy d'Angleterre
l'avoit refolu , ce Monarque
devoit venir commander en
perfonne, & alors tous les Commandans
des Troupes des Alliez
luy auroient cedé , le Com.
mandement que leurs Maiftres
ne difputoient pas à un Prince
honoré de la qualité de
Roy, mais ce n'eſt plus aujour
d'huy la même chofe , & perfonne
ne voudra obéir à fon
égal ou à fon inferieur .
La Princeffe de Dannemarck
aujourd'huy Reine d'Angleterre
, jugeant que dans la con-
Mars 1702. obe Nn
426 MERCURE
Sa
sjoncture prefente elle avoit befoin
d un Miniftre en Hollande ,
aznommé pour fon Envoyé extraordinaire
auprés des Etats-
Generaux le Comte Maleboroug
, aprés l'avoir honoré de
l'Ordre de la Jartiere.
Commiffion porte qu'il notifiera
la mort du Roy d'Angleterre
& l'Avenement de cette
Princeffe à la Couronne . Ce
Comte qui eftoit autrefois Mylord
Churchil doit fa fortune
au feu Roy Jaques II . qui
l'avoit élevé aux premieres Dignitez
, & l'avoit fait fon Capitaine
des Gardes . Il s'attacha
des premiers au Prince d'Orango,
lorfque la Fortune ſe rangea
de ce parti. Sa femme eft dans
confidence de la Reine , & paffe
pour avoir beaucoup d'efprit ,
GALANT 427
Certe Princeffe a fait debar-
¿ quer deux Regimens de Cava-
Ferie & deux de Dragons qui
weftoient fur le point de faire
voile pour la Hollande, Elle
veut auffi conferver toutes les
Troupes qui font demeurées en
Angleterre & en Irlande , pretendant
que dans la conjonciture
prefente elles font neceffaires
à l'Etat, & qu'elle en a
elle mêmes befoin pour bien
s'affermir dans fa Dignité nouvelle.
Il y a auffi des nouvelles affurées
d'Angleterre , qui portent
9que la Flote ne pourra eftre fi
toft équipée Il y a grande apparence
que ce retardement
Tera encore plus long qu'on ne
croit , & qu'on n'aura pas beau-
Nnij
428 MERCURE
coup de chaleur à avancer de
Fargent fur les nouveaux fonds
du Parlement faits & à faire
puifque loin qu'on ait rien porté
à la Banque d'Angleterre
depuis la mort du Roy , chacun
retire fon argent , & que fi l'on
continue à le retirer avec le
même empreffement , il y a fujet
de craindre que cette Banque
S ne manque cela vient de l'alnlarme
ou font ces Peuples depuis
la mort du Roy d'Angleterre.
Ils fçavent mieux ce qui
fe paffe que nous dans l'interieur
du Royaume , & peuvent
avoir des raifons de s'allarmer
que nous ne fçavons pas. La
Reine a envoyé ordre au Comte
d'Albemarle , Hollandois , Favory
du feu Roy d'Angleterre ,
GALANT 429
f & connu ci - devant fous le nom
de Milord Kepel , de fe retirer
de la Cour Le Duc de Schomberg
ayant fait voir qu'il eftoit
né en Angleterre , eft le feul
Etranger qui ait eſté conſervé
dans fes Charges Milord Gallouay
, François , dont le nom
eft Ruvigny , & Mr le Marquis
de Miremont , Neveu de Mile
Maréchal de Duras & de Mrle
Maréchal de Lorges , ont efté
démis de leurs emplois . Tous
les Hollandois qui avoient quelques
emplois , n'ont pas trouvé
plus de grace auprés de la Reine
, & le Comte d'Athlone feul
a confervé fes. titres , ce qui a
efté regardé comme une grande
faveur , c'eſt un bon Officier.
Tous ces changemens deman430
MERCURE
dentdegrandes reflexions , & l'on
dit déja que les
Troupes
des deux
Nations ne feront pas commandées
par un même Chef. Enfin
il est à croire que l'union eftant
rompue pour une chofe , elle le
fera pour beaucoup d'autres.
Mr Spanheim a demandé de la
part de l'Electeur de Brandebourg
, d'affilter à l'ouverture
du Teftament du Roy d'Angleterre
, & qu'on ne détournaſt
rien . Il a envoyé quatre Commiffaires
qui ont tout inventorié
à Loo. L'Angleterre & la
Hollande paroiffent étourdies
de ce coupelles voudroient
bien ménager ce Prince dont
elles ont befoin , cependant il
n'a pas lieu d'eftre content des
manieres , dont fes demandes
GALANT 431
Pont efté reçuës tant en Angleterre
qu'en Hollande .
Mole Comte d'Eftrées ppar
title 25. de Mars de Toulon
par un fi bon vent qu'il n'y
avoit point à craindre qu 'qu'il
fuft arrefté dans fa route , les
Matelots appellant ce vent
là un ventfait . Si les vents ſe
font trouvez dans la fuite auffi
favorables pour fortir du Port
de Barcelone , le Roy d'Efpagne
doit eftre parti pour Naples,
il y a déja quelques jours . L'ardeur
que ce Prince a fait voir
pour ce voyage , & le défir qu'il
a de combatre pour empêcher
Te démembrement de fes Royaumes
, & pour donner à fes Peuples
une Paix durable & glorieufe
ont augmenté l'impa432
MERCURE
les Napolitains tience que
avoient
le devoir.
Mle Comte de Toulouſe
montre tous les jours un nouvel
empreffement de faire voit en
fe fignalant que le fang de Bourbon
coule dans fes veines. Quay
que la charge d'Amiral de France
ne l'oblige à s'expofer aux
perils de la guerre que lors
qu'ils doit monter une Flote ,
ce Prince n'a pu attendre juflà
à donner des marques de
fon courage & de fon intrepidité.
Il a fait plufieurs Campa- →
gnes avec le Roy & reçut au
fiege de Namur une groffe contufion
auprés de S. M.Il demandoit
toutes les années à fervir,
mais le Roy ne jugeoit pas à
propos de lui accorder fa demande.
que
.
GALANT 463
"
mande. Rien ne fut égal à fa
joye lorfque Sa Majefte loy annonça
qu'il commanderoit cette
année. Il n'a point ceffé depuis
ce temps -là de s'y préparer ,
pour paroire fur la Flote avec
tout l'éclat d'un Amiral dé
France , & d'un Prince de fon
Sang. Je ne vous dis point de
combien de Bâtimens cette
Flote fera compofée , ny quel
le eft fa deftination , le fecret
des grandes entreprifes
qui fe font faites en France fous
le Regne du Roy ayant toujours
efte fi bien gardé par ce
Prince , qu'il n'a pas même efte
poffible d'en rien deviner. C'eft
a ce Secret que font dûs plu-
Geursgrands fuccés .
On a des nouvelles de Mª de
Mars 1702. Oo
464 MERCURE
Chateaurenaut par des lettres
de la Martinique , datées du 12 ,
de Février . Le Vaiffeau le Mercure
commandé par M le Chevalier
de Rochefort , que l'on
croyoit perdu , l'a joint , & eft
prefentement en fort bon eftat.
Mr de Chafteaurenaut ayant fçu
que M de Coëtlogon n'avoit
pas amené la Flote de la Nouvelle
Efpagne , a refolu d'aller
à la Havane avec vingt Vaiffeaux
feulement , & il en renvoye
dix en France.
Mide Hemskerke ayant laiffé
ici fon Secretaire pour y refider
au nom des Etats Generaux,
il a donné part en leur nom de
la mort de leur Stathouder. Le
Roi en doit prendre le deüil .
On affure que le Comte de
GALANT 468
Marleboroug doit preffer les
Etats de la part de la Reine
d'Angleterre , de nommer le
Prince de Danemarck , fon Epoux
, Capitaine General des
Troupes de Hollande , de même
qu'elle l'a nommé Generaliffime
de celles d'Angleterre :
ce qui n'eft pas fans difficulté.
La defertion eft grande parmi
les Troupes Angloifes qui font
en Hollande. Elles fe jettent
dans nos lignes , & refufent de
prêter ferment aux Hollandois .
Les actions font baiffées de
50. en Hollande.
Je fuis , Madame , voſtre , & c,
A Paris ce 3.
Avril 1702 .
Je reçois dans ce moment la
Lettre que je vous envoye.
Ooij
436 MERCURE
A Mantoue ce 24. Mars 1702
D Epuis l'affaire de Castiglion
Mantouandu 19 de ce mois, les
Ennemis s'affemblèrent le 21 à Gar
zędolo , fous les ordres du General
Tranfmantroff, au nombre de 300.
hommes , ayant jugé que la Garnifon
de Mantoue, ne manqueroit pas
de fortir à fon ordinaire , le deuxiéme
ou troifiéme jour, pour aller xamaffer
des fourages ; mais ayant
fceu qu'aucun corps de Troupes n'avoit
reçu ordrepour fortir de la Vil
le , ils s'avancerent la nuit duaa.
dans le grand chemin entre
Caftiglion Mantouan & cette Vil
le , où ce détachement fut encore renforce
de fept cens hommes du Regiment
de Liftenftegen , qui occupe le
pofte de spinofe , détaché de celuy de
Marmirolo. Les Ennemis joignirent
44,231
GALANT 437
encore cent Cuiraiers aux trois
mille fept cens hommes marquez
ci - deffus. Le hazaid voulut qu'un
de nos Partis commandé par Mr de
la Pomelle , Lieutenant dans Limofin
, les découvrit à la pointe du
jour. Ilfe retira en bon Partifan ,
& donna autot avis à Mr le
Comte de Teffé de ce qui fe paffoit.
Ce Comte monta auffitoft a cheval
Galla les reconnoitre avec le piquet·
de la Cavalerie, & cent Grenadiers
feulement qui fe trouvérent enfemble,
& qui estoient deftinez pour·
aller couper du bois pour l'Arcenal.
Mele Comte de Teßé ordonna dans
le même temps à Mr le Comte de
Clermont , Maréchal de Camp de
jour pour la premiere fois , de faire
commander deux cens chevaux. Il
trouva les ennemis au de- là de S
Oo iij
438 MERCURE
Antoine à un quart de lienë de la
Ville , dont la Cavalerie rempliffois
le grandchemin & occupait de grandes
Callines à dro te & à gauche
avec de l'Infanterie Les ayans
ainfi reconnus , ilne voulut pas donner
le chagrin aux Troupes de la:
garnifon de fe retirer pour la premiere
fois de devant les Ennemis ,.
fans fe battre Il ordonna defaire
marcher ce qui reftoit des dix Compagnies
, de Grenadiers & toute la
Cavalarie, & à Mr. Dallar , Com
mandant l'Artillerie pour le Roya
Mantoue , d'amener deux pieces de
Canon , ce qu'il executa avec une
diligence extréme
C
Les Grenadiers , toute la Cava-.
lerie , & les deux pieces de Canonarrivées
, la difpofition faite par
la droite & la gauche du grand
GALANT:
439
chemin moyennant des communica
tions aufquelles Mr Soupa , àprefent
Major de la Citadelle , fit travailler
diligemment, cette Artillerie
à la tefte de noftre Cavalerie , remplißant
le grand chemin , les deux
premiers coups de canon tirez , la
Compagnie des Grenadiers Epagnals
, avecle détachement que com
mandoit Mr de la Pomelle , attaquétent
& chaẞérent deux ou trois
cens hommes qui s'eftoient gliffer
dans un foßé. Cette charge & les
deux premiers coups de canon firent
retirer la, tefte de leurs Troupes de:
plus de cent pas. Mr le Comte de
Tellé toujours a la tefte & attentif
pour profiter de leurs moindres mou
vemens , fit avancer los Troupes:
fur eux deplusprés ainfi que le Canon
» ce qui donna lieu àungras fea
44° MERCURE
&Infanterie, & au canon d'uferfa
manition qui n'eftoit pas confidera
ble Le feu paroiffant s'opiniâtrer
&paroiffant même fuperieur de la
part des Ennemis par plus de deux
mille hommes d'Infanterie dont ce
corps eftoit compofe , Mr le Comte de
Tefféenvoya chercher les Piquets de
chaque Bataillon, & jugea apropos
en mefme temps d'ordonner à Mrde
Zurlauben de prendre trois cens
Chevaux commandez par Mr de
Vienne , deux cens hommes d'Infanterie
qui arrivoient de S. George
commandez par Mr de S. Eftienne
, un des bons & actifs Officiers
& Infanterie , de marcherpar noftre
droite , pour tacher d'attaquer la
gauche par le flanc , & d'envoyer
auffi Mr de la Bretonniere avec
daux cens Chevaux& un Piquet dus
T

GALANT 44°
C
Regiment de Bugé, qui eft engar
nifon à la Citadelle par noftre
gauche entre le Pofte de Marmirolo &
Le chemin de Veronne pour la mefme
Maneuvre. Ces Troupes n'arriverentpasfans
de grandes difficultez à .
caufe d'une infinité de foffez , dont
les Plaines font coupées. Pendant
ce temps -là le feu de l'Infanterie
continua toûjours , nos Grenadiers
gagnant toujours du terrain fur
eux, r le Comte de Teffé à la tefte,
Mr le Comte de Clermont , Mr le
Marquis de Teffé, Mr de Plufar,
Mrle Comte de Monforeau , Mrde
Nogent, & Mr Guedon à la
gauche.
Mr le Marquis de Bouligneux
eftoit à celle des Grenadiers avec une
diftribution, ainfi que mr le Marquis
de Leuville , Mr de Mirabeau
Mr. le Chevalier de Sourches fuivi
442 MERCURE
de tous. Il n'avoit pas encore eftt
blessé. La Cavalerie voyant approcher
des Troupes pour la prendre
en flancfe retira en defordre , &
abandonna plus de fix cens hommes
qui occupoient les caines, &
qui furent taillez en pieces &
faits prifonniers , felon le rapport
des Tambours & Trompettes que
nous voyons arriver de tous coftez ,
& des Deferteurs qui difent que
cette journée leur coute plus de fix
cens hommes , & onze tant hauts que
bas Officiers du Regiment de Corbil
ly feul. Ils ajoutent qu'ils ne fçavoient
pas encore la perte des autres
Regimens. Nous avons parmi nos
prifonniers un Capi aine de la Marine
Danoife . On verra parla Lifte
faivante les Officiers que nous
avons perdus & ceux qui ont efte blef
GALANT. 443
fez Nous n'avons eu que cing
ou fix Grenadiers tuez , quarante
bleffez, & environ une quinzaine
de Chevaux dans la Cavalerie,
& cinq ou fix Houfars . Jamais
conduite ny bon exemple n'ont mieux
fervi que l'une & l'autre de noftre
aimable General dans la prefente
action qui eft certainement tres -glorieufe
, & tres - avantageuſe , tant
spour les Armes du Roy, que pourla
Garnifon de Mantoue
LISTE DES OFFICIERS,
snez , on bleßez.
11.
Mr le Comte de Teffé , trois
contufions dont une confiderable
au poignet de la main droi-
DinAD T
444 MERCURE
Mr le Comte de Clermont
bleffé à la jambe.
Mr le Comte de Teffé bleffe
dans les chairs de la hanche
droite , fon ceinturon lui ayant
fauvé la vie.
Mr le Marquis de Luffar , une
contufion .
Mr de Cannet , Major du
Regiment de **** bleffé à
mort.
4
CT
Mr de Soullie,Capitaine dans
Limofin , bleffé à l'Epaule.
Mr Olivier Major de Bauffé ,
bleffé à mort.
Mr de Fergatte Major de Bu
gé bleffé.
Mrde Reye , Lieutenant dans
Bragelone , bleffe dangereufement.
Mr d'Artic , Aide- Major de
Man
GALANT 445

Mantoüe , bleffé legerement.
Mr de Quiterici , auffi Aide-
Major de Mantoüe , une groffe
contufione SAX
Mr Laurier , Lieutenant des
Grenadiers , bleſſé .
Mr de la Roche , Sous- Lieutenant
des Grenadiers de Neuville
, les deux jambes caffées .

Mr Fils Aide de Camp de
Mr le Comte de Zurlauben
une contufion & fon cheval
tué,
queMr de Maubeuge , bleffé à la
main .
Mr Offange qui faifoit la charge
de Major General de la Cavalerie,
bleffé à la main .
Mr de Chaffes , Capitaine dans
Fimarcon , une contufion à la
jambe Amon & onwol
Pp Mars
1702.
410
MERCURE
Mr Dashé, Major de Sourches,
mort.
Mr d'Hauteroche , Lieutenant
dans Clermont , tué.
Mr de Courdubau , Lieutenant
au Regiment d'Infanterie d'Ar-
"

tillerie , a eu fon cheval tué
ainfi que Mr de Nogent.
Ileft à remarquer qu'il n'y
a eu què quatre Officiers & un
Volontaire tuez . Si je ne vous
envoyois la Lifte , vous croiriez
que dans une auffi groffe action
nous aurious perdu beaucoup
plus de monde .
On a mis Mr le Comte de Tellé bleffé
à là hanche i c'eſt Mr le Marquis.
Ce n'eft point le Prince de
Danemark que la Reine d'Angleterre
a nommé Capitaine
GALANT. 45t
general des Troupes Angloifes ;
mais le Comte Maleboroug.
Ce n'eft point aux Etats que
les Troupes Angloifes qui font
en Hollande , ont refufé de
prêter ferment ; mais à la Reine
d'Angleterre .
A VIS .
Eux qui fe plaignent de n'avoir pas
efté nomméz dans la Relation de
Cremone ne doivent s'en prendre qu'à
leur negligence ou à celle de leurs Amis
qui nont point envoyé de memoires.
On prend foin de donner place à tout
ce qui peut etre rendu public , & non
faulement on n'exige rien pour cela,
mais l'on refuſe tout ce qui eft prefente,
On prie feulement que les ports de lettre
foient affranchis, fans quoy les artienvoyez
courent rifque de n'eftre
pas employez. On ne feroit pas cetra
cles
Pp ij
452 MERCURE
priere fi tout ce que l'on reçoit pouvoit
fervir ; mais il s'y trouve tant de choſes
inutiles que le port des lettres accable.
Ceux qui envoyent des memoires continuent
à mal former les lettres , des
noms propres , de forte qu'il eft prefque
impoffible de les deviner. Ce que l'on
écrit avec de l'ancre trop blanche ou fur
-du papier qui boit demeure auffi tres fouvent
inutile faute de pouvoir eftre lu.
S'il fe fait quelque Siege pendant la
Campage , s'il le donne quelque batail
le où s'il fe paffe quelque groffè action ,
ce que ceux qui en feront amplement
informez voudront envoyer fera reçû
avec plaifir , & quand les détails feront
grands , & qu'ils ne regarderont pas feu
lement leurs actions particulieres , on
ne fera point de dificulté d'en payer la
port.
43 63 63 63634S
P
Relude.
TABLE.
Portrait du Roy.
Homelic prononcé par fa Sainteté
19
Poefmefur le jour du Jugement. 19
Inauguration de Sa Majesté Catholique
en qualité de Duc de
Brabant & de Limbourg.
Satire contre l'avarice.
Madrigal.
Le Cercle galant.
31
69
79
80
Lettre de Breft touchant la Marine
de France.
Opera de Scylla.
103
I IZ
Traduction d'une Qde de M² l'Abbé
Boutard. 17
Pp iij
TABLE.
1
Madrigaux. 124
127
Epigramme fur le retour de la fanté
de Mr Fagon.
Bouts-rimez publiez par Mrs de
Toulouſe. 129
140
Te Deum chanté à Mantoue. 136
Lettre au fujet de la Paix faite
avec les Iroquois.
Ceremonie du ferment de fidelité
prêté à Sa Majesté Catholique ;
par la Province de Luxembourg.
247
Obfeques folemnelles pour le feu
Roy d'Angleterre Jacques . II
faites à Rome,
Sonnet.
153~
184
Lettre fur les Antiquitez de Bor-
186 deaux.
Lettre de Mrde S. Evrémont. 194
Article Dantzic qui fait connoiftre
lagrandeur&la bonté du Roy.197
TABLE.
i
Detail des Pierreries qui doivent
eftre vendues au Palais Royal
Le lendemain de la Quasimodo.
Morts.
207
212
Madrigaux & Devifes fur l'affaire
de Cremone.
Banqueroute frauduleufe empêchée
parle Roy.
Traduction du Monitoire contre Mr
le Marquis Del Valto 223
Autres Madrigaux fur l'affaire de
Cremone.
214
251
Pieces fur lefquelles on peutjuger
fi Mr le Marquis de Mongon
eft prifonnier ou non. 255
Songe de Mademoiselle des Houliers
tout ce qui a regardé ce fonge.
274
Le Roy voit les Officiers de la Compagnie
des Moufquetaires de
Sa Majesté Catholique. 78 3278
TABLE.
Ouvrage prefenté à Mrl Ambaſſa.
deur d'Espagnefar la gueriſon de
S. M. C. 281
Lettre du Roy d'Espagne à Mr le
Cardinal Portocarrero.
284
Agrémens de Regimens & Regimens
donnez, ainfi que plufieurs places
dans les Gardes du Corps de S.
M.
292
Etablissement d'une nouvelle Academie
pour monter à cheval. 297
Lettres d'anoblißement données à
Mr de Cofte Intendant des Bà.
timens.
298
Le Roy nomme Monseigneur le Duc
de Bourgogne Generaliffime defon
Armée en Flandres.
303
Generaux & Armée nommez par le
305
le
Roy.
Lettre de Mantoüe dattée du 14
Mars
TABLET
Prieresfaites pour le Roy aux In
valides.
316
Autre article des Morts.
322
Mariages. 337
Nouveau Plan de Cremone & nouveaux
Madrigauxfur ce fujet.
345
Charge de Garde du Cabinet des
Livres donnée à Mr Dacier. 349
Phenomene.
"
351
· 352
Troisième Article des Marts .
Détail de la Campagne d'Hiver
faite en Italie.
356
Plufieurs Espagnols d'une haute di-
Stinction presentez au Roy par Mr
Ambaffadeur d'Espagne. 379
Galanterie de la Reine Doüairiere
Efpagne.
Agrément donné par le Roy pour la
levée de cing nouveau Regimens
, &pour en achetter d'au
MX
20.377
TABLE.
tres.
379
381
Ordres donnez par le Roy d'Efpagne
pourl'Italie
Lifte des Vaiffeaux qui doivent
conduire S. M.C. en Italie , avec
les noms des Commandans &
Vétat des équipages.
Madrigal
385
389
·Raifans qui obligent le Roy des
Romains de commander l'Armée
du Rhin .
389
394
Quatrième article des Morts. 394
Enigmes.
Abregé de la Fiede Guillaume III.
du nom Roy d'Angleterre . 396
Ce qui s'eft paffe en Angleterre &
en Hollandes aprés la mort du ·
Roy Guillaume III. 420
Depart de Toulon de Mr le Comte
d'Eftrées pour Barcelone .
Mr le Comte de Toulouſeſe prépare
431
TABLE.
à monter la Flote que le Roy luy
432 deftine.
Nouvelles de la Martinique. 463
Nouvelles de Hollande .
464
Lettre de Mantoue du 24. Mars,
où l'on voit le détail de la derniere
défaite des Ennemis , par
Mr le Comtede Teßé.
"
466
*
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commencé par ,
N'efperons plus mon ame aux pro ,
meffes du monde , doit regarder
la page . 217 .
L'Air qui commence par ,
Mes difgraces , Seigneur , ne
m'ont point rebuté ,
der la page 345.
doit
regarF.
X.BEER Kgl. Hofbuchbinder
MUNCHEN
Weinstrasse N 18/m

F.X.BEER Kgl.Hofbuchbinder
MUNCHEN
Weinstrasse NP18 /1
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le