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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1072/
QUE
LYON
1893
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
Gafais jau Mucure Galante
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roj.
AU LECTEUR.
TL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réitenees
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour ftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
dedéfigurez, eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils
veulent que ·les
noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'onneprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
aous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
QUE
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1702
BIBL
LYON
TELA
VILLE
E- Pere Menefrier , Je
faire , celebre par tant
de fçavans Ouvrages
qu'il a donnez au Public , a
prefentéune fort belle Devile
au Roy , comme Fondateur
& Protecteur de l'Academie.
A j
6 MERCURE
Royale des Medailles & des
Infcriptions. Le corps de cette
Deviſe eft un Cabinet de Me .
dailles antiques , rangées felon
l'ordre des temps en differentes
tablettes , & ce Vers
tiré de la quatriéme Eglogue.
de Virgile fuy fert d'ame .
Magnus ab integro faclorum
nafcitur ordo,
Il l'a expliquée par ce Madrigal.
Ce précieux amas de Medailles
antiques ,
Dont les faces & les revers ,
Sous des figures fymboliques
Exposent à nos yeux l'ordre de
l'Univers,
GALANT. 7
Nous vade fiecle enfiecle, en preuwes
authentiques
Donner un corps entier de mille:
faits divers.
Ce Madrigal eft accompagné
du Sonnet fuivant , compolé
fur le même fujet par le
même Pere.
1.
AU ROY.
AvgusteInstituteur d uneTrou .
pefçavance ,
Qui tire du tombeau nos Rois en-
Levelis ,
Et qui pour relever fous l'Empiredes
Lis
La gloire de leurs noms , va fe
rendre éclatante.
A iiij
8 MERCURE
Protegez , ô grand Roy, la France ·
renaiſſante
En cet heureux projet où les Arts
embellis
Sur tant de Nations vont luy
donner le prix ,
Et des temps à venir remplir toute
l'attente,
L'or , l'argent & le bronze en oesvre
par fes foins ,
Seront de vos travaux les fidelles
témoins
,
Et nos Neveux un joury, verront
voftre Hiftoire.
CALANT
9
Ainfi Louis le Grand des ans vis
Florieux ,
Aura droit d'occuper des Filles de
Memoire
Aux fiecles qui fuivront , & la
Langue & lesyeux.
Il n'y a perfonne qui ne de
meure d'accord que le Pere
Meneftrier a beaucoup d'invention
, & qu'il la foutient
par une érudition profonde ,
ce qui rend les chofes qu'il in .
vente utiles & agreables à l'ef
prit ,auffi bien qu'aux yeux.
M' Gobert , cy- devant Intendant
des Baftimens de Sa
Majefté , luy a preſenté dans
10 MERCURE
"
le mefme temps un Ouvrager
tres- curieux qu'il luy a dédié,
C'eft un Traité pour la prati
que des forces mouvantes , qui
fait connoifre l'impoffibilité
du mouvement perperuel par
la neceffité de l'équilibre , &
une fupputation de la peſanteur
du Globe de la terre, avec
un moyen pour le foutenir par
demonſtration . Ce Traité eft
précedé d'un Difcours fur las
certitude , l'étendue , & l'uti
lité des mathematiques . L'Au
teur a mis à la fin du mefme
Traité la figure d'un niveau
qu'il a inventé , & un récit de
GALANT it
la maniere dont il s'en eft fervi
pour affembler & pour conduire
les eaux des plaines de
Saclay à Versailles. Cet Ou
vrage doit eftre d'une grande
utilité pour ceux qui auront à
conduire ou à faire conduire
des Eaux. Il fe vend chez Jean-
Baptifte de Lepine , rue Saint
Jacques , à l'Image Saint Paul,
proche la Fontaine S. Severin .
Le mefme M' Gobert pre-
磕
fenta en mefme temps au Roy.
une nouvelle Eftampe de plufieurs
pieds de long , où l'on
voit la défaite de Porus par
Alexandre. Cette Eftampe eft
MERCURE
gravée par M Picard fur - lesdeffeins
de l'Auteur. Elle eft
remplie de feu & d'expreffions
vives ; & quoy que l'illuftre M
Le Brun fe foit furpaffé dans un
Ouvrage de cette nature , on
ne laiffe pas de trouver en celuy
- cy beaucoup de chofes
nouvelles qui font admirer l'é
tendue du genie inventif &
plein de feu de M ' Gobert.
Certe Eftampe eft dediée au
Roy ,on y voit une infinité de
grouppes & d'attitudes differentes
;l'expreffion & le jeu du
clair obfcur larendtres agreas
ble.
GALANT. 3
Je vous envoye la derniere
Lettre que l'Auteur de la Phyfique
Mecanique a écrite à fon
Ami . Il luy montre dans cette
Lettre comment il baftit l'é.
difice de fa Phyfique Mecanis
que , fur le fondement qu'il a
pofé , fur les principes qu'il a
établis , fur les loix & les regles .
du mouvement qu'il a com
pofées , & fur l'Hiftoire du
fyfteme du monde qu'il a
donnée.
A MONSIEUR
***
Ous voicy enfin arrivez
, Monfieur , au ter- , Nou
mede la promeffe que je vous
14 MERCURE
ay faite de vous montrer que
la Phyfique contenue dans
mon Traité , qui a pour titre
Hiftoire dela Machine du monde
defon mouvement , eft veri .
tablement mecanique , parce
que j'y explique les phenomenes
de la Nature , comme l'on
explique les effets & pheno
menes d'une machine artifi
cielle. Pour arriver à ce terme,
j'ay d'abord pofé pour fondement
de la Phyfique , que le
monde eftune machine .
Dans ma feconde Lettre jay
établi pour Principes , que la
Machine du Monde a esté
GALANT. 15
faite ; que fa matiere eft l'étenduë,
& fa forme les cinq
modes ou manieres d'eftre é
tendu ; qu'elle a des pieces
fimples , par lefquelles elle
a commencé , que tant ces
pieces fimples que les compofées
, different ou convien
nent par leurs modes effentiels
& accidentels , qu'elles
ne changent que dans lès accidentels,
& que tout change
ment dépend de quelque
mouvement . Enfin que dans
la Machine du monde , comme
dans toute autre Machine,
il y a neceffairement une pie.
16 MERCURE
ce mouvante , ou Resort , lequel
eft le Feu.
Je vous ay dit dans ma troifiéme
Lettre , que les Loix du .
mouvement de la Machine
font la force que le reflort a de
fe débander , & que les Regles
font la réfiftance que les au-
Tres pieces font à fon déban :
dement. Et parce qu'un reffort
ne peut le débander qu'il n'ait
efté bandé , je vous ay montre
dans ma quatriéme Lettre ,
comment le Feu , qui eft le
reffort de la Machine du mon .
de , a efté bandé dans le mélange
des quatre Elemens , &
GALANT. 17
dans la formation des corps
mixtes. 3
Il ne me refte plus qu'à
vous montrer comment ce
reffort le débands , c'est à dire
comment le feu fe produit
luy mefme en s'élançant hors
des corps mixtes , & comment
le feu ainfi produit , pouffe &
fait mouvoir diverfement les
autres corps , qui font comme
luy les pieces de la Machine du
monde, Je commence
par la
production du feu , que j'ay dic
n'eftre qu'un débandement de
ce reffort . parce qu'effective..
ment nous n'avons pas d'autre
Fanvier 17.02.
18 MERCURE
idée de la production du feu
que celle que nous avons du
débandement du reffort de
l'Horloge ; car tout de même
que lereffort de l'horloge ne fait
paroiftre qu'il eft reffort qu'en
fe débandant luy mefme ; ainfi
nous n'appercevons ny le feu
ny les effets du feu que lors
qu'il fe débande , c'est à dire ,
qu'il s'élance en fe détachant
& fortant du corps mixte , où
il eftoit retenu , & où il fe
mouvoit en rond fur luymefme.
Voulez - vous donc fçavoir,
Monfieur , comment le feu
GALANT. 19
s'élance. Souvenez vous de
ce que j'ay dit de la forma .
tiondes corps mixtes. Le feu fe
mefla avec les autres trois Ele .
mens en des veficules , dont
chacune les contient tous >
quatre; ce fut de ces veficules
que Dieu compofa , & forma
chaque corps mixte ; le
feu contenu & enfermé, preffé
, & comme bandé dans
chaque corps mixte le débande
donc en deux manieres . I.
que
les
Nud & découvert , lors
veficules eftant caffées ou crevées
, il en fort & s'élance en
ligne droite. 2. Couvers & en-
Bij
20 MERCURE
ferme, lors que les veficules :
où il eft enfermé eftant feule ,
ment detachées , il les em,
porte.
Je ne crois pas neceffaire
de m'étendre beaucoup à vous
montrer la grande difference
qui eft entre ces deux fortes
de feux , par rapport à l'effet
du feu comme reffort , qui eft
de pouffer les autres corps . &
leur faire changer de place :
car vous voyez d'abord que le
Feu découvert eftant libre , pe
netre facilement & vite ; il divife
donc plus qu'il ne pouffe ,
& s'il fait changer de place à
GALANT. 21:
un corps , ce n'eft qu'aprés
l'avoir divifé en de tres petites
particules , comme il paroift
en l'évaporation de l'eau d'un
baffin , faite
par les rayons du
Soleil , ou par le feu du foyer.
Au lieu que le Feu contenu dans
Les efprits , ne pouvant entrer
qu'avec les trois envelopes ,
ne penetre pas fi facilement
ny fivîte , il pouffe plus qu'il
ne divife , & en pouffant, parce
qu'il le reflechit , il fait changer
de place à un corps fans le
divifer , ainfi queje l'expliqueray
en fon lieu , & comme il
paroift en la projection d'une
22: MERCURE
pierre par la force ou par les
efprits du bras d'un homme.
C'eft pour ce fujet qu'une in .
fluence ou concours de feu , qui a
beaucoup plus de particules
de feu nuës que d'efprit , retient
le nom de feu , ou prend
celuy de chaleur & de lumiere ,
ou d'influence lumineufe , &
qu'au contraire une influence
qui a beaucoup plus d'efprits
que de particules de feu nuës ,
eft appellée influence fpiritueufe
ou force.
Or avez vous jamais pris
garde , Monfieur • que
le
reffort de l'Horloge fe débande
GALANT: 23
autrement pour faire marquer
les heures fur le Cadran , que
pour faire fonner les heures ?
N'eft il pas vray que pour
faire montrer les heures il fe
débande doucement & lente.
ment mais également , & que
pour faire que le marteau
frappe contre le timbre il fe
débande brufquement & fort
vîte ? Il en eft de mefme du }
feu produit où découvert où
enfermez dans les efprits ; il
s'élance quelque fois lentement
& avec uniformité pendant.
longtemps comme il arrive
lors qu'un corps chaud exha
200
MERCURE
le les particules de feu qui
font la chaleur , ou lors que
le mufc exhale les efprits qui
font fon odeur. Il s'élance ou
fe débande & le produit d'autre
fois bien vite & brufque.
ment , comme il arrive , lorfque
la poudre à canon prend
feu tout à coup parce que
prefque toutes les velicules
font en mefme temps caffées ;
ou comme il arrive lorſque
les efprits fort preffez en un
certain endroit & ayant changé
leur figure ronde en une
figure plate & longue fe remettent
tous à la fois dans
leur...
GALANT. 25
leur figure naturelle & ronde
par la force du feu qui roule
dans chacun d'eux dés que
ce feu eft plus fort que celuy
qui les preffe) & ils s'élancene
rous enſemble , ce reßort des
efprits paroît en tout mouvement
local , encor plus ma.
nifeftement dans l'experience
du moufquet à vent & au.
tres femblables. Ces experien
'ce curieufes touchant le mouvement
Local me donnent lieu
de vous faire remarquer
Monfieur , une derniere con
venance qui eft entre la machine
artificielle & la machi-
C
Fanvier 1702.
26 MERCURE
ne du monde ; c'eft que tout
de mefme qu'aprés que le
reffort de la montre par exemples'eft
tout a fait débandé on
le bande derechef en le ramaſſant
& le preflant fortement
contre luy mefme par
la force du bras aidée de la
clef ou autre levier : ainfi
dans la machine du monde ,
le reffort qui eft le feu aprés s'el·
tre débandé en quelque endroic
où il a produit un mouvement,
peut derechef être bandé
c'eft à - dire ramaffé & preffé,
par la force du bras feule ou
par cette mefme force augGALANT
27
7
mentée par le levier ou par
vis , ou par tout autre moyen
que l'art fuggere. Avec cette
feule difference, qu'au lieu que
la force qui bande derechef le
reffort de l'horloge , eft exterieure
à l'horloge , celle qui
bande le reffort eft contenue
dans la machine du monde
meſme , & en eft une pieces
mais parce que dans l'un &
dans l'autre cas la force qui
bande eft un autre feu bandé
auparavant , & agiffant en fe
débandant , les efprits du bras
d'un homme , par exemple , il
fuit de là manifeftement que
Cij
28 MERCURE
la Machine du monde eſt la Machine
univerſelle qui comprend
toutes les autres machines , même
les artificielles , comme fes
mouvemens & les rouages
particuliers , qui n'ont tous
qu'un mefme reffort , qui eft le
feu , ou découvert ou enfermé
dans les efprits ; ce qui confir
me merveilleufement la verité
& la folidité de la Phyfique
Mecanique que je propoſe .
Nous voicy bien prés du
terme où nous allons : car a‹
prés vous avoir nettement expliqué
, Monfieur , les deux
fortes de débandement du reffort
GALANT 29
de la Machine du monde , qui
eſt le feu , & les deux fortes de
mouvemens que le feu ainfi pro.
duit cauſe aux autres corps ,
que me refte til à faire
pour vous convaincre que
je vous ay donne en general
la raifon mécanique de tous les
Phænomenes de la nature ?
Il me femble que je n'ay plus
qu'à yous faire toucher au
doit que tous les changemens
qui arrivent dans le monde
font ou la production du feu en
particules , ou la production du
feu en efprits ; ou quelque
mouvement des Particules imper-
C iij
30 MERCURE
ceptibles d'un corps autre que
le feu , ou le mouvement Local
&
apparent de tout un tor
de tout un corps
grof.
fier & vifible. Il faut encore
que je vous montre évidem
ment que chacun de ces chan .
gemens , & Phenomenes eft
l'effet d'un feu deja produir en
l'une ou en l'autre de ces
deux manieres , c'eſt àdire ou
découvert ou enfermé dans
les efprits .
Or c'eft de quoy vous fe
rez amplement convaincu par
la lecture que vous ferez de
mon ouvrage enter ; mais
parce qu'eflant long je ne puis
pas de quelque temps acheGALANT
31
ver de le mettre au net , je
vous en envoye cependant
un plan en abrégé , le voicy.
J'intitule mon ouvrage Hiftoire
de la Machine du monde
de fon mouvement pour les raifons
que je vous ay dit dans
ma premiere lettre . Je com
mence cette hiftoire par le
recir de la conftruction de cette
vafte machine , je ne redis
pas icy l'abbregé de cette
hiftoire de la creation parce
que je vous l'ay donné dans
ma précedente lettre ; je me
contente de vous faire remar
quer une feconde fois quedans
Criiij
32 MERCURE
cette premiere partie de mon.
Ouvrage je jette comme je
vous ay déja dir le fondemens.
de la Phifique Mécanique ,
j'en établis les principes & les
loix & regles du mouvement , &
je tire toutes ces connoiffan .
ces generales de la feule &
fimple hiftoire de là Creation
laquelle fe termine à la formation
des corps mixtes , je veux
dire des Aftres , des plantes &
des animaux , dans chacun def.
quels comme dans un barillet
de l'orloge , Dieu a placé , &
mefme preffé , & bandé le feu
qui eft le reßort de la machi
ne du monde.
GALANT. 33
Dans tout le refte de l'ou
vrage je ne fais que d'écrire
tous les cas aufquels ce reffort
s'eſt débandé & fe débande tous
les jours , & les differens mou
vemens que ce reffort en ce
débandant caufe aux autres pies
ces de la machine ; c'eft à dire.
que je décris par ordre de
fucceffion les diverfes produc
sions du feu & les effets de ce
feu ainfi produit qui font les
productions & les changemens
des autres corps.
Je commence dans la
deuxième partie de mon ou
vragel hiftoire des productions,"
2
1.
34 MERCURE
par celle de la lumiere & du
cours des astres , je dis quelle
fut une fuite de la formation
que Dieu en fit : car dés que
les veficules qui compofoient
chaque tourbillon furent tela
lement ferrées entre elles ,
•que les exterieures
ne purent
plus ceder au choc des af
tres voifins , elles en furent
écrafées , ou crevées & le feu
qui en fortit en détacha d'autres
dont il creva la plus part
& le feu de celles cy en détacha
& ereva encore d'autres;
ce qui continue encor à prefent
, les particules de feu ..
GALANT
.
35
nues , & les veficules
éntieres
qui fe répandenr
fans ceffe de
tous les coftez autour , de l'af
tre étant la lumieres
& fon
influence
, qui le tient écarté
de tous les autres , des Aftres
inferieurs
ou planetes , il n'y
cut que le Soleil d'allumé
,
Savurne ,Jupiter, Mars Venus,
Mercure & la Lune nele furent
point à cauſe qu'elles étoient
faites de veficules
groffieres
& fort entremeflées
de beau .
coup de particules
d'eau &
de terrel
Toutes ces influences luminew?
fes du Soleil & des étoiles , aly
36 MERCURE
ferent d'abord comme les
Aftres d'Occident en Orient ;
elles n'en formérent donc
qu'une commune , qui allant
vers les eaux fuperieures s'af
foibliffoit par la difperfion de
fes rayons , & ferendoit tou- -
jours plus fpirituenfe , les parti
cules de feu nuës fe couvrant
d'air , en roulant long temps
dans cette vafte étendue des
cicux . n'eftant done plus fi
penetrante lors qu'elle arriva
à la furface concave de ces
eaux , elle en fut renvoyée
vers le milieu du monde avec
sette mefme détermination
GALANT. 37
d'Occident en Orient c'eft
ainfi , que commence ce feul
& grand Tourbillon qui conti,
nuë d'entrainer tous les aftres
d'Occident en Orient autour
d'un axe commun , excepté
Saturne,Jupiter, & Mars Venus
& Mercure qui tournent au.
tour du Soleil pour la raifon
queje diray enfon lieu . Cette
mefme influence commune
refflechie des eaux fuperieu
res fait tourner chaque astre
fur luy mefme , & rencontrant
enfin le globe terreftre
proche le centre du monde
elle le fait auffi tourner avec
28 MERCURE
T'air qui le couvre d'Occident
en Orient en forte , qu'il
acheve fon tour en bien moins
de temps que les aftres n'achevent
leurs cours. C'eſt
enfin cette mefme influence
generale qui pouffe les corps
vers le centre du
pefants
monde.
Ayant ainfi expliqué le
cours des aftres & la cheute
des corps pefants , je viens
à l'explication des Phænome .
nes ou apparences des cieux , je
fait remarquer d'abord que
comme nous qui obfervons
les aftres fommes fur le globe
MERCURE 39
terreftre , la connoiffance de
la raifon de la plupart des
Phænomenes dépend de la
fituation de ce globe , & ce
qui me porte à en faire l'hiftoire
, qui eft que le feu du
troifième jour qui découvrit la
terre fit paffer ce globe ter.
refte dans le region feptentrionale
du ciel , & que l'eau du
déluge , le raprocha du centre
du monde , le fit fortir de
deffus l'axe , autour duquel
les aftres roulent , & le fit mê.
me biaiſer en forte que depuis
alors il tournent d'Occident
en Orient fur deux
堂
40 MERCURE
poles diftans de ceux de l'axe
fur lequel les aftres tournent
& c'est ce qui donna com.
mencement à l'obliquiré apparenté
de ecliptique , aux éclipfes
à la diverfité des faifons ,
& aux pluyes qui font depuis
alors tombées fur tous les endroits
de la terre .
Le deuxième effet confi.
derable du déluge univerfel
fut le renversement des bords
de la grande fontaine qui fortoit
du milieu de la terre dé.
couverte, & qui caufa la diverfité
des terrains & des mers ,
&c. Cette hiftoire du Syf
tême
GALANT. 4!
tême du monde & de ce grand
changement arrivée au glo .
be terreftre par le Deluge me
fuffit pour donner la raifon
de toutes les apparences ordinaires
des Aftres.
Je paffe de là aux effets de
l'influence lumineuse de chacun
d'eux & fur tout aux effets
de l'influence lumineuſe du Soleil.
Je dis que les rayons de cet
Aftre luifant donnant fur chaque
planette , & fur le globe
terreftre , & s'y croifant
détachent & enlevent
des particules , qui font la
matiere des Metcores , fçaén
D
42 MERCURE
voir celles que ces rayons en.
levent du corps de Saturne
& de celuy de Jupiter , & qui
comme des particules de nei
ge font la matiere du cercle.
qui eft autour de Saturne
celle de fes fatellites , & de
ceux de Jupiter , auffi bien
que des Cometes , les particules
que les mefmes rayons du So
leil enlevent du globe terrefte
& qu'on appelle vapeurs &
exhalaifons font avec quelque
particules de feu & quelques
efprits des corps mixtes , la
matiere de tous les Metcores
de l'air inferieur.
GALANT 43
"
Les plus confiderables de
ces meteores font la nuée &
la pluye. La nuée retient les ef
prits des Aftres & ceux qui
montent du globe terreftre ,
& tombant en pluye , ainfi feconde
en efprits , elle les
faiffe dans la terre , où les
rayons du foleil les agittane
leur donnant occafion de fe
joindre plufieurs enfemble ,
& de compofer des grains mi-,
neraux , pierreux , ou falins , ou
fulpuréux , ou mercuriels , c'eftà
dire metalliques , fuivant que
ces efprits en ſe joignant engagent
avec eux des parti-
Dij
44 MERCURE
3
cules de terre , ou d'eau ou
d'air ou de, feules particules
de feu . L'lnegalité des ter
reins introduits par le Délu ·
ge contribue à cette diverfité
de: mineraux comme caufe
occafionelle .
Les melmes rayons du So
leilagitant ces grains ainfi
formées dans la terre , & les
amenuifant & adoucifant par
les chocs qu'ils fe donnent
les font entrer dans les raci .
nes de la plante d'où elle
montent par leur corps fpon.
gieux jufqu'a l'endroit où les
racines finiffent & ou le trou
GALANT 45
commence. Là ce fuc fpiritueux
entre dans les fibres ligneufes
tant des racines que du tronc
& des branches ; & va par
fibres dans toute la plante
pour pourir & faire croiftre
chaque partie en y laiffant
quelques grains fpiritueux ,
pendant que le refte revient
par le corps fpongieux au bas
de la plante pour eftre de
nouveau diftribue par les fibres
ligneufes,
Ce font proprement.les
grains fpiritueux contenus
dans les petits facs du corps,
Spongieux de la plante qui fer46
MERCUR
vent d'aliment à l'Animal':
voicy comment. L'animal
par la force de fes efprits ,
cherche , choifit & prend la
plante , fucculante , la mache
la fait defcendre dans l'eftomac
, où par la force de fes
mefmes efprits animaux & des
particules de feu où chateur ,
cet aliment eft divifé en de
plus petites pieces . Cette di .
vifion fe fait encore plus exactement
dans les boyaux où
ces mêmes efprits & particules
de feu crevent les petits facs
du corpsfpongieux , en font for.
tir les grains fpiritueux qui en
GALANT. 47
filant les veines lactées y for
ment le chyle ; ce chyle ce mé
lant avec la malje du fang
entre avec elle dans le coeur
& du coeur dans le poulmon
où il fe mêle avec l'air &
par le moyen de cet air il fermente
dans le coeur & les arteres
, les efprits & les particules
de feu le divifant encor en
des plus petits grains donc plu.
fieurs font caffez & donnent
leur feu qui augmente la cha
leur du fang , comme leurs
fragmens concaves en font la
rougeur & la partie craße. Quelques
uns de ces petits grains
48 MERCURE
1
adoucis & ramollis par les
chocs de la fermentation
s'arreftent à chaque partie
pour la nourir & la faire croiftre
, pendant que le reste du
fang revient au coeur par les
veines tant rouges que lym.
phatiques.
Durant ce cours de l'ali
ment , ce qu'il a de plus aqueux
& de plus fubtil & chaud paffe
à travers les membranes
de l'eftomac & des boyaux
à travers les tuniques des veines
& les extremitez des arteres
, & courant dans les cavi
tées des trois ventres & fous
la
GALANT: 49
peau y forme une influence va.
poreufe , laquelle eft la matiere
de la bile , de la pituite , de la
mélancolie , des urines & des
fueurs , & celle des efprits animaux
, fuivant que les differentes
parties font receuës
dans le foye , dans les glandes ,
dans la rate, dans les urines , &
dans la peau , & meſme dans
le cerveau , comme dans tout
autant d'éponges de differente
texture .
Les efprits de cette influence
qui ont enfilé les petits
tuyaux qui forment la fubftance
du cerveau
Fanvier 1702 .
courant
E
50 MERCURE
enfuite par les nerfs dans les
organes des fens , & dans ceux
du mouvement , font appellez
efprits animaux , parce qu'ils
font la caule efficiente des
fenfations & des motions , auf
quelles on peut réduire toutes
les autres fonctions du corps de
l'animal , tant vitales que na .
turelles.
de ces
C'est
par le
moyen
fenfations
& motions
, caufées
par
les
efprits
, que
l'homme
fait
toutes
les
experiences
qu'on
appelle
les
ouvrages
de l'art
, en
dirigeant
diverſement
, 1. La
Flame
dans
la
Chimie
, 2. La
GALANT, SI
Lumiere dans l'Optique, 3. L'influence
des efprits dans la Mecanique
, & dans les experiences
curieufes qu'on attribuoit à la
crainte du vuide.. 4. Les grains
Spiritueux, ou efprits des mixtes
dans les autres arts , & dans
les experiences particulieres qu'
on attribuoit à la fympathie
ou à l'antipathie , ou à quelque
qualité occulte.
Aprés avoir ainfi faie l'Hif
toire des Ouvrages de Dieu , de
ceux de la nature & de l'art , &
montré que toutes leurs produ
tions dépendent du feu ou dé
couvert ou enfermédansles efprits ,
E ij
2 MERCURE
je paffe à l'explication deseffets
que ces mefmes ouvrages font
fur le corpsde l'animal par lefeu
ou découvert , ou enfermé dans
les efprits & grains fpiritueux,
qui vient d'eux par émiſſion ,
ou par reflexion . Les principaux
& les plus frequens de
ces effers font les fenfations ,
par lesquelles l'animal apperçoit
tous les autres corps à
l'occafion du feu qui vient
d'eux , & qui frape les organes
de ces fens. Ce feu ou cette
occafion eft appellée qualité
fenfible. Ainfi le feu nud eft cha.
leur , ou lumiere & couleur fuiGALANT.
53
vant qu'il frape l'organe de
l'attouchement , ou celuy de la
vene; le feu contenu dans les
efprits en la dureté & pefanteur,
ou bien fon & bruit , fuivant
qu'il frape l'organe de l'attouchement
ou celuy de l'ouye , le
feu contenu dans les grains
fpiritueux , ou efprits des mixtes
, eft ou odeur ou faveur , fuivant
qu'il frape les organes de
l'odorat ou du goust , ou ceux
des appetits & des paffions, qui
font les membranes des vif.
ceres & les tuniques des vaiffeaux.
Les autres effets de ce feu
E iij
14 MERCURE $ 4
des corps exterieurs contre
celuy de l'Animal , font les
maladies , qui ne font autre
chofe que les differentes fola -
tions de continuité , tant des parties
dures & molles , que des
humeurs & des efprits Les maladies
les plus fimples & les plus
connues font celles des parties
dures , la diflocation , lafracture
& la carie. J'explique fur celles
de la tumeur la plage & l'ulcere
des parties molles ; l'extra.
wafation , l'interception & la
trop forte agitation des humeurs
; la convulfion , la paralyfie
, & le delire , qui font les
GALANT. 55
maladies des efprits .
la
En effet toutes les maladies
fe gueriffent , comme la diflocation
, par une feparation des
parties divifées , laquelle eft
fuivie de leur réunion . Cette
réunion cft toujours faite par
nature , je veux dire par la force
des efprits & des particules
du feu du malade ; mais fouvent
cette nature ne peut pas
faire la feparation qui doir
préceder la réunion , & en ce
cas la Medecine vient à fon fecours
par les remedes qui tendent
tout à feparer pour re
joindre.
E iiij
56 MERCURE
Sur cette idée je range les
remedes dans fix claffes . La pre.
miere en des inftrumens de
Chirurgie qui divifent manifeftement.
La feconde , des cau
fties & des veficans . La troifiéme
, des irritans , tels que
font les rubifians , les purgatifs
& les vomitifs . La quatrié
me , des réfolutions , diuretiques
& fudorifiques. La cinquiéme
, des échauffans internes
& externes , cardiaques &
contre- venins . La fixiéme enfin
, des rafraîchiffans , repercuffifs
, anodins & fomniferes,
tant externes qu'internes.
>
GALANT: 57
Ce plan de mon ouvrage ,
tout court qu'il eft , fuffit pourtant
, comme je le croy , pour
vous faire comprendre, Monfieur
,, que tous les changemens.
qui arrivent dans la Machine
du monde aux corps qui la
compofent , dépendent de fon
resort , qui eft lefeu ou découvert
ou enfermé dans les efprits
, de meſme maniere que
tous les phenomenes & effets
du mouvement de l'Horloge
dépendent de fon reffort qui le
débande , & qu'ainfi la Phyfi.
que que je donne expliquant
le mouvement d'une machine
58 MERCURE
fur des principes qui font les
connoiffances generales qu'on
a d'une machine automate , &
par les loix & les regles du mouvement
de la machine , c'eft à
dire par le débandement du
reſſort , qui pouffe diverſement
lesautres pieces , & merite avec
justice le nom d'une Phyfique
veritablement
&
proprement
Mecanique , & c'eft ce que j'ay
d'abord promis de vous montrer.
S'il vous reste encore
quelque difficulté , vous n'a .
vez qu'à me la propoſer , & je
tâcheray de la réfoudre. Je fuis
&c. AMarfeille le 16. May 1701.
GALANT:
$9
Il y a déjalongtemps qu'on
m'a envoyé la Piece que vous
allez lire . Elle eft de M' de
Vertron, &contient un abregé
de la Vie de Mademoiſelle de
Scudery, mais comme depuis.
la mort de cette admirable
Fille , j'ay en quantité d'Ou ;
vrages faits à la gloire , que
j'ay répandus dans la pluſpart
de mes Lettres , j'ay refervé
celuy- cy pour en former fon
tombeau. On a remarqué une
chole qui eft bien à l'avantage
du veritable merite & du bon
efprit eftimé de tout le mon
de. C'est qu'on n'a jamais
60 MERCURE
*
compoſe plus d'Ouvrages àla
gloire d'aucune perfonne , mê.
me des plus grandes Puiffances
& des Souverains , qu'il en
a paru pour l'illuftre Mademoiſelle
de Scudery , depuis
fa mort. Il faut pour cela que
l'efprit & le merite foient generalement
reconnus , & fans.
contredit .
GALANT. 61
TOMBEAU
DE L'ILLUSTRE
MADEMOISELLE
DE SCUDERY,
Del'Academie des Ricovrati
de Padouë.
OV
APOTHEOSE DE SAPHO .
Ovi pourra me fournir d'aßez
triftes couleurs ,
Qri
Pourpeindre le fujet des plus vives
douleurs ?
Sapho n'eft plus , helas ! la Parque
inexorable
62 MERCURĖ
Caufe d'un bien fans prix la perte
irreparable .
Et plonge pour jamais dans la nuit
dutombeau
Ce
que les Immortels ont formé de
plus beau.
Ovous , fçavantes Saurs , Hofteffes
du Parnaffe ,
Qui donnez à nos chants &laforce&
la grace
,
[ fecours,
Ne me refuſez pas voftre puiſſant
Eternifonsfa gloire au defaut de fes
jours.
Qu'à jamais parmy nous Sapho fe
renouvelleو
Faifons , malgre sa mort
foit immortelle ,
› qu'elle
Que bravant le pouvoir de fes traits
Elle
meurtriers ›
porte fon cours jufqu'auxfieces
derniers.
GALANT. 63
-
Et vous qui l'adorez , vous , auguftes
Licées ,
Quifous uneforêt de palmes entaßées,
L'avez parun beau choix receue entre
vos bras.
Au ravage des ans ne l'abandonnez
pas:
C'eft voftre Fille , il faut que vos
foins , que vos veilles
Se confacrentfans ceffe à chanter fes
merveilles;
Faites voirqu'à Sapho mille Ouvrages
parfaits
Avoient acquis le droit de ne mourir
jamais.
Mais quoy , Padoue icy ne m'offre
que fes larmes
C'est là l'unique foin quipour elle a
des charmes ,
Arles n'ofe à fon pour répondre à mes
defirs
64 MERCURE
Et fes plus doux accens font changez
enfoupirs.
Je ne reconnois plus ces Colleges cele-
[preftsfunebres,
bres :
Ils n'offrent à mes yeux que des ap-
Et lorfque ma douleur y cherche du
Secours,
Vn filencefunefte y tient lieu de difcours
,
Ofilence éloquent il m'en dit davaistage
Que ne ferajamais le plus pompeux
langage ,
Quand la douleur enfin arrive au
plus haut point ,
Ellefe faitfentir , & ne s'exprime
point.
"Seray-je donc le feul àrompre lefilence?
Est-ce que ma douleur a moins de
violence ?
GALANT
. 65
Ah ! d'un trefor perdu connoiffons
mieux leprix ,
Des regrets trop communs pafferoient
pour mépris.
Taifons - nous : c'est ainsi qu'un tel
malheur s'exprime.
Mais luy refuferayje un encens legitime
?
Non , faifons fur nous - même un ga
nereux effort,
Oublions , s'il fe peut , noftre peing
&fa mort
Rejettons loin de nous une image fi
noire ; [ gloire ,
Et parlonsfeulement pour celebrerfa
Rome , tu me fournis un exemple fi
beau .
En vain tes Empereurs defcendent au_
tombeau
Tufçais par un fecret que ton amour
t'infpire ,
Janvier 1702.
F
66 MERCURE
Elever ces Heros jufqu'au celefte
Empire,
Et pour éternifer Sapho dans ces bas
lieux
,
Je prétens à mon tour la placer dans
les Cieux.
Je fçay que c'est un foin qu'elle a pris
elle- même
Ses écrits font garants de fa gloire
Supreme :
Je nefais rien pour elle , & fa Profe
&fes Vers
Volent fans mon fecours aux bouts de
Vnivers;
Et quand de fes Vertus je retracel'image
,
C'est moins pour les chanter, que pour
leur rendre hommage :
A qui pourrois-je mieux adreſſer mon
encens?
Mais quelle fainte horreur vient faifir
tous mes fens !
GALANT. 67
Je ne voy plus Sapho que comme une
immortelle ,
Et dés le premier pas je fens que je
chancelle :
Quel éclat tout à coup vient fraper
mes regards ?
o Ciel! que
de rayons naiffent
de
toutes parts !
Je ne puis foutenir cette fplendeur divine
,
Elle éblouit mes jeux , lors qu'elle
m'illumine.
Ah ! c'est pour nous donner un jour
cent fois plus beau ,
Que Sapho fe derobe à la nuit du
tombeau.
Tel Phebus fe cachant fous un nuage
fombre,
Laiffe pour quelque temps regner
Phorreur&l'ombre,
Etdilipant enfin ce voile imperieux,
Fij
68 MERCURE
Remplit de fa lumiere &la terre & les
Cieux.
Telle est mon Heroine , & telleen fa
lumiere :
L'envisage en tremblantfa brillante
carriere
,
Dans ce champ perilleuxje crains de
m'égarer ,
[ mirer,
Et ce n'est que de loin que j'ofe l'ad-
Que d'écrits
immortels
! quelle moif-
Jon de gloire !
Lesfiecles à venir auront peine à le
croire
Et diront à l'aspect de ces riches trefors
,
Que toutes les neufSoeurs animerent
fon corps.
Qu'Apollon prit le foin defaire un tel
miracle ,
Qu'elle fut fon Echo , qu'elle futfon
Oracle
GALANT . 69
熟食: Et que pour les beaux Arts nous
prefcrivant des loix,
Au refte des Mortels ilparla par fa
voix.
Elle a tous les talens de Rome &
de la Grece.
Quelle folidité! quelfeu! quelle juftesse
!
Quel brillant quel fublime ! elle
n'ignore rien:
Quel Genie a - t-on vù plus vafte que
le fien ?
Les Sciences , les Arts , & la Fable
& l'Histoire.
Occupent fon. efprit , remplißent fa
memoire .
Tout cede à fes efforts , la Nature
ny l'art
[ rempart
A fes regards perçans n'opposent nul
Quelle rapidité ! nos plus fertiles
Plumes
70 MERCURE
Ont- elles mis au jour de plus nombreux
volumes ?
Quels lieux ne brillent pas du nom
de Scudery !
C'est un calme profond , qui jamais
n'a tary ,
Et quiconque lefuit dans fa fuperbe
courfe ,
Admire également & ſa fin & fa
fource.
Retraceray-je ici cesglorieux débats,
Où l'on ne voit germer , que palmes
fousfes pas ??
La gloire de combattre une telle
adverfaire ,
Afes fameux Rivauxtenoit lieu de
falaire ,
C'eftoit vaincre pour lors , que d'ofer
refifter ,
Et meriter le prix , que de le dispater.
GALANT.
78
Mais voyons cette Mufe en prodiges
feconde
Attirer les bien-faits du plus grand
Roy du monde :
Louis du vray mérite augufte Protecteur
,
En découvre l'éclat du haut de fa
grandeur,
Et fe chargeant du foin de luy rendre
justice ,
Du fort ingenieux corrige le caprice ,
Louis regne , ilfuffit : il protege en
autruy
Cette mesme vertu , que l'on révé
re en luy.
Tel jadis aux beaux Arts ouvrant:
un un champ fertile ,
Des Mufes d'Aufonie Augufte fut
l'azile ,
Et pour les animerà d'illuftres
efforts >
72 MERCURE
Sur Maron & Flaccus répanditfes
trefors.
Louis fuit fon exemplé , & fes faveurs
infignes ,
Entre mille fujets choififfent les plus
dignes ;
Les auvres de Sapho font comme
autant de voix ,
Qui d'un Herosfigrand déterminent
le choix ;
[ me :
Ilfçait ce qu'elle vaut , & fon coeur
magnanime
Ajoûte à fes prefens fa precieuſe efti-
Aprés de tels honneurs que peut - on
defirer ?
Le Ciel eft lefeul bien , où l'on doive
afpirer ,
Toute affreufe qu'elle eft , la mort
nous paroift belle ,
Qui nous ouvre un chemin à la gloire
immortelle ,
Sapho,
GALANT.
73
Sapho , fans balancer , en brave la
rigueur,
Et la palme à la main , luy prefente
fon coeur.
Mais que vois -je ? la Mort interdite
, tremblante ,
Laiffe tomber Sapho de fa main
chancelante ,
Et dans un fang divin craignant
de la
tremper.
Jufqu'au vingtiéme luftre elle attend
à fraper.
Ah !fans doute la Parque autrefois
implacable,
Au fiecle renaiffant veut eftre favorable....
[ gler lefort ,
Deuxfiecles , de Sapho , devoient re-i
L'un a vûfa naißance , & l'autre
voit fa mort.
Et ceux qui les fuivront , confacrant
fa memoire,
Janvier
1702. G
74 MERCURE
Dreſſeront à jamais des autels à fa
gloire.
Voici l'extrait d'une Lettre
écrite de Canada . Vous y trou
verez des chofes fort glorieu
fes pour voftre Sexe.
Mi le Roy de la Potherye ,
Controlleur de la Marine &
des Fortifications de la Nouvelle
France, Neveu de feu M
de la Potherye , Sous Doyen
des Confeillers d'Etat , & de
M ' Damour , Grand Croix &
& Grand Bailly de la Morée ,
prenant connoiffance des affaires
du Roy dans l'étenduë
GALANT. 75
du Pays il y a trois ans , vifita
tous les Forts où il y avoir
Garrnifon. Il y apprit une
action heroïque qu'une jeune
Canadienne de vingt - deux
ans nommée Mademoiselle .
Maglon Vercheres avoit faite
contre des Iroquois pendant
ces dernieres guerres . Il en in
ftruifit M le Comte de Ponte
chartrain , & il obligea certe
Demoiſelle d'en expliquer.
elle mefme par écrit à Madame
la Comteffe de Pontchar
train toutes les circonstances ,
cequ'elle fit avec beaucoup de
modeftie. M' de la Potherye
*
Gijad
56 MERCURE
en a écrit le détail en ces ter
mes.
Tout le Canada eftoit dans des
allarmes continuelles des irruptions
frequentes que les Iroquos fai
Joient dans le Gouvernement
de
Montreal. Il y eut un party de
quarante à cinquante des leurs
qui entourérent le Fort Vercheres,
Ils eftoient cachez dans des buif.
fons aux environs. Ils n'eurent pas
platoft fait leurs Saffakouez , qui
font leurs cris de guerre , qu ils
donnerent précipitamment
fur
vingt deux Habitans qui tra .
wailloient à la Campagne . Cere
Demoiſelle qui n'eftoit qu'à deux
GALANT. 77
eens pas du Fort fur le bord du
Fleuve
Saint Laurent
voulur
s'enfuir. Deux Iroquois
urerent
fur elle , & la manquerent
. Ily
en cut un autre qui la poursuivie
jusques
à l'entrée
du Fort , où
croyant l'avoir
arreftée ”,fon mouchoir
de sol luy demeura
dans les
mains . Elle conferva
affez de
prefence
d'esprit pour fermer
la
porte du Fort fur l'Iroquois
qui
n'osa rifquer d'y entrer par le tumulte
qu'il y entendoit
. Toutes
les femmes
qui voyoient
enlever
leurs maris fans efperance
qu'on
puft les fauver , faifoient
des cris
pitoyables
,penetrées
de douleur de
Giij
78 MERCURE
ce qu'ils feroient infailliblement
brûlez à leur arrivée chez ces
Barbares . Il eft vray qu'il n'y en
avoit que deux qui en furent
exempts Mademoifelle de Vercheres
prévoyant que toutes ces
lamentations pourroientfaire con
noistre aux Iroquois qu'il n'y avoit
perfonne pour garder le Fort , car
il n'y avoit pour lors qu'un Sol.
dat , renferma toutes ces femmes.
Elle monia auffi toft fur un Baf.
tion où eftoit le Soldas . Elle ofta
fes coeffures & mit un Chapeau
Sur ſa tefte , un fufilfur l'épaule ,
fe montrant ainst aux Iroquois ,&
leur donnant à entendre par là
CALANT: 79
que l'on eftois fur la défenſive ,
même fir feu fur eux. Mais com.
me elle vit qu'ils perfiftoient à en
tourer le Fort , & rangeoient les
palliẞades pendant la nuit , elle
chargea elle même un Canon de
quatre livres de bale , s'effantfervie
d'une ferviette pour tapon.
Elle le tirafur eux. Ce coup rompit
toutes leurs mesures , donna
occafion à tous les Forts du Nord
& Sud du fleuve depuis Mont.
real , dont le circuit eft de plus de
vingt lieuës , de fe tenir fur leurs
gardes Chaque Fortſe répondant
de l'un à l'autre au premier fignal
de celuydel ercheresjufquà Mont-
G iij
80 MERCURE
real on détacha cent hommes pour
luy donner dufecours, ce fecours
arriva peu de temps après que les
Iroquois fe furent retirez dans les
Bois.
Je ne puis paffer fous filence
l'action quefit Madame ſå Mere
deux ans auparavant . Les Iroquois
caufant de grands defordres.
à la Cofte du Sud du Gouverne.
ment de Montreal
Vercheres Cette
vinrent a
Dame
nuyant
de fevoir
inveftie dans
~fon Fort , fe jetta dans une Redoute
qui en eft feparée
de plus
de cinquante
pas . La mort d'an
nommé
l'Esperance
qui fut tué
2
GALANT
. 81
1
d'un coup defufil par un Iroquois,
l'obligea de ne pas perdre de temps
parce qu'il n'y restais plus que
de deux ou trois perfonnes . Elle
prit fon fufil , de la poudre & des
bales ,fe rendit à la Redoute à la
faveard'un chemin couvert. Elle
n'y fut pas plutoft qu'elle fe battic
avec toute l'intrepidité que le
plus aguerri Soldat auroir pufaire.
Le choc duradeuxfois vinge quatre
heures , & le Marquis de
Cryfalfy qui vint à fon fecours ,
manqua d'un moment les Iroquois
qui avoient quitté prife.
Je manday ily a deux ans
L'action de Mademoifelle fa Fille
82 MERCURE
1
à Monfieur le Comte de Pontchartrain
qui cft le Protecteur des
Canadiens , il eftoit jufte qu'elle
sadreffaft à Madame la Comteße
pour lafupplier de l'eftre auffs des
Canadiennes . Cette action parur
trop belle & trop extraordinaire
pour unefille qui n'avoit que qua.
forze ans , pour ne pas juger
qu'elle pourroit efperer quelque
grace de Sa Majefte , & pour
ne pas entrer , dans un détail de
toutes les circonstances qu'il fallut
encor donner depuis à la Cour
pour confirmer une chose que
l'on avoit cachée jufqu'alors , je
vous diray , Monfieur , que MaGALANT.
83
dame la Comteffe de Ponteh artrain
a pris les interefts de cette
Demoiselle avec tant de generofité
qu'elle luy a procuré pour toute fa
vieune penfion de quatre cens cinquante
livres.
Madame la Ducheffe d'Or.
leans a donné trois mille livres
de penfion à Madame la Comteffe
de Saint Pierre. Les ma.
nieres obligeantes dont elle
a bien voulu accompagner ce
prefent , en augmentent infiniment
le prix . Vous fçavez
qu'elle trouve dans fon Sang
le fecret d'affaifonner les biens
84 MERCURE
faits de telle forte qu'ils femblent
doublez. Madame la
Comteffe de Saint Pierre eft
depuis plufieurs années attachée
à cetre Princeſſe . Elle eſt
Fille unique de feu Meffire
Gabriel de Kerven , Capitaine
de Vaiffeau , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel , d'une
des plus anciennes Maiſons &
des mieux alliées de Baffe Bre
tagne , l'Arreft de maintenue
qu'il a obtenu marque qu'il
avoit prouvé plus de trois cens
ans de poffeffion de Nobleffe .
Je vous ay parlé le mois de
Novembre dernier , de M' le
GALANY. 85
Comte de Saint Pierre , j'ajou
teray feulement icy que fon
qui eft Caftel , eft d'une
nom
Nobleffe tres ancienne & tres.
illuftrée , puis qu'il y avoit un
Baron du nom de Caftel , l'un
des foixante Barons Pairs du
Royaume, qui vivoit du temps
de Philippe Augufte , & plufieurs
années aprés fous le re
gne de Saint Louis , fon Petit.
fils , comme on le voit dans
un ancien Rôle qui eft au Trea
for des Chartes & quia pour
titre , Duces , Comites , Barones ,
Caftellani & Vavaffores tempore
Philippi Augufti. On voit en-
3
86 MERCURE
core plufieurs Chevaliers du
nom de Caftel au nombre des
plus grands Seigneurs du
Royaume dans un autre dé
nombrement
du temps de
Philippe Augufte , qui eft auffi
au Trefor des Chartes , & qui
a pour titre , Milites qui tenent
de Domino Rege, & habentfexa.
ginta libratas redditus , Jean Ca.
ftel Chevalier eft nommé dans
un vieux Rouleau en parche .
min de la Chambre des Com
ptes , qui a pour titre , Com .
potusThefaurariorum Lupara de
Termino Sancti Johannis 1296.
Gilles Caftel , Chevalier , eft
GALANT. 87
employé dans une montre de
Gens de guerre en 1320. Andrieu
Caftel , Ecuyer , dansun
autre compte du Treforier des
guerres de l'an 1359. Morelet
Caftel , Ecuyer , dans un autre
compte de la Chambre des
Comptes du Treforier des
guerres de l'an 1390. Jean Caftel
fecond du nom , qui vivoir
l'an 1462 , employé dans la Recherche
de Nobleffe de Montfaux
dans les plus anciennes
copies. Je vous ay dit les raifons
qui avoient empêché M
le Comte de Saint Pierre de
prouver la Filiation au delà de
88 MERCURE
deux cens foixante & dix ans ,
&tout le monde fçait que c'eft
un malheur qui luy eft commun
avec la plupart de ceuxqui
font des plus grandes &
des plus illuftres Maifons de
France , qui ne laiffent pas de
paffer pour eftre defcendus de
ceux de leur nom qui vivoient :
du temps de Saint Louis & de
Philippe Augufte , quoy qu'ils
foient dans
l'impoffibilité de
prouver des delcentes fi an
ciennes , à caufe des malheurs
des Guerres Civiles & des in
cendies ; & parce que les Aif
nez des meilleures Mailons ne
?
GALANT 89
laiffent fouvent que des Filles
, les titres de Nobleffe &
les Actes qui pourroient prouver
les Filiations , font negli
gez , & peu à peu égarez , perdus
& rongez par le temps.
Ceux qui connoiffent un
-peullees Familles de Normandie,
fçavent que M le Comte
de Saint Pierre éft allié au
meilleures Maifons de la Province
& du Royaume , c'eft
par la Mere de
Bellefont
qu'il
5
aux
eftoit Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame la Ducheffe
de Vantadour Douai .
riere , & de feue Madame la
"Fanvier 1702..
90 %
MERCURE
Coufin Ger-
Maréchale de Schomberg ,
iffu de Germain de M' le Duc
de Vanradour & de Madame
la Maréchale de Duras . C'eft
de ce cofte là qu'il eftoit proche
parent de M' le Comte de
Saint Geran , & C
main du M' le Maréchal de
Bellefond , & de Meffieurs
les marquis de Sebeville
d'Amfreville , & de Villars.
C'estpar fa Grand'mere Jeanne
de Couvert , Femme de
Nicolas Caftel, qu'il eft parent
de la Luthumiere , Matignon,
& de Carbonnel Canifi . C'eft
par fa Biſaycule Jeanne d'AGALANT
gr
cher , Femme de Richard Caftel
, qu'il eft parent de la maifor
de Pellevé Flers , de mont .
morency , de Mathan & de
Thieuville . C'eft d'une Caſtel,
Soeur de Richard , qu'eft defcendu
M' le Marquis d'Harcour
de la Gendarmerie , bran
che aifnée de l'illuftre Maifon
d'Harcour. Sa Bifayeule eftoit
Jeanne de Praël , Fille du Ba .
ron de la Hougue , Femme
de Guillaume Caftel . Sa quatrifayeule
eftoit de la malon
de Gruchy , Femme de Raoul
Caftel! Sa Quintayeule eftoir
Trouffeauville , Femme de
Hij
92 MERCURE
Jean Caftel fecond du nom.
Sa Sextayeule d'Amours, Fem
me de Morelet Caftel , Maifons
anciennes , & toutes des
meilleures de Normandie Au
rette , dans l'article du mois de
Novembre , qui regarde M'le
Comte de Saint Pierre , au lieu
de 1473. il faut lire 1433. & au
lieu de l'Echiquier de Normandie
, il faut lire , du Parle
ment de Normandie.
#2
Je vous fais part d'une Lettre
qui contient un Pheno .
mene fur lequel une perfonne
de voftre Sexe fouhaite d'eftre
éclaircie.
BOTT
GALANT.
9:3
AUX PHILOSOPHES
Cartefiens.
M
ESSIEURS ,
Une Dame autant diftinguée
dans le monde par la
vivacité de fon efprit , & par
la droiture de fon coeur , que
par le brillant de les traits , &
par les charmes de toute fa
perfonne , a remarqué depi
one une chofe affez ordinaire ,
peu
qui cependant ne paroift
point encore avoir efté expli .
quée. Un jour , allant à fa toilette
pour décharger la felte
Pia
94 MERCURE
a
de ce poids inutile d'orpemens
qui n'ont point etté inventez
pour elle , mais que la
bienfeance & la mode ne per
mettent pas de negliger à une
perfonne de fon rang & de
fon âge , elle apperçut que la
flame de la bougie qu'elle tenoit
en main ,
paroiffoir plufieurs
fois dans fon miroir
lorfqu'elle s'en trouvoit à une
certaine diftance, Ce Phenomene
qu'elle n'avoit point encore
obfervé , la furprit && la
fit refver quelque temps pour
en découvrir la caufe, Incer.
taine de ce qui l'occupoit , &
ofen
GALANT. 95
voulant en juger fans précipitation
elle fe prefenta
tour à tour devant plufieurs
autres miroirs , & avec la mef
me bougie allumée. La flame
parut roûjours le multiplier ,
tant à l'égard du nombre que
de l'ordre des flames . Son attention
ne luy laiffa rien à
defirer. Elle prit le miroir en
fa main , les flames alors luy
parurent plus diftinctes , mais
elle en fut moins éclairée pour
decider fur cette matiere.
Comme cette Dame aime
uniquement l'étude , & qu'un
Philophe eft reçu chez elle
96 MERCURE
28
plus volontiers qu'un Amant ,
elle fut ravie d'avoir trouvé
une difficulté qui l'embaraf
foit , & qu'elle croyoir affez
grande pour pouvoir embaraffer
trois de fes Amis , tous troisbons
Cartefiens , qui viennent
de temps en temps fe délaffer
dans la converſation de cette
belle & fpirituelle perfonne
du travail de leurs meditations
metaphyfiques. Elle
leur propoſa donc ce qu'-
elle avoit remarqué. On re
commença en leur prefence
tout ce qui avoit eſté déja
faic . La flamme parut mul.
2
tipliée
GALANT. 93
tipliée à l'ordinaire . Une feule
chofe les jetta tous dans un
nouvel embarras . Les uns
voyoient dans le même miroir
& à la même diſtance , en
effet , un plus grand nombre
de flames que les autres . Quel .
ques- uns n'en voyoient qu'u
ne où les autres en voyoient
trois diſtinctes , & il y en cut
qui en voyoient quatre où
ceux . là n'en voyoient que
trois .
Les fentimens des Philofophes
furent tous differens
fur ce fujet. Les uns,
croyoient que cette multi
Fanvier 1702 .
I
98 MERCURE
plication de flâme eftoit cau-
Tée par l'épaiffeur de la glace .
D'autres prétendoient
qu'elle
venoit de la reflection de la
Alâme qui fe fair fur la furface
des yeux , & d'autres
crurent que cette multiplica
tion pouvoit eftre caufée par
l'inégalité du vif argent qui
eft appliqué derriere la gla
ce. Tout cela ne fatisfaifant
point , & fe trouvanr toujours
quelques circonftances
quidétruifoie
, ce que chacun d'eux
prétendoit établir , on réfolut
de propofer ce Phenomene
aux Sçavans & je fut chargé
THÈQUE
SLOTHERLE
BIBLIOT
LYON
*1893*
DE
THE
Ver
DE
LA
VILLY
GALANT
:
du foin de le faire
au public. Ceux qui vou
fe donner la peine de faire
ces experiences
, remarqueront
plus de diverfité que l'on
ne peut icy en décrire.
Voyez , Madame , fi vous
pourriez vous accommoder
d'un Ami qui eut de fa
fonne tout le foin que
perfait
remarquer
cette Satire . Elle
eft de M de Villemont
de
Roüen.
I ij
100 MERCURE
NARCISSE ,
OU LE RIDICULE
DE L'AMOUR PROPRE.
N
Arciffe l'autre jour eſtant
à fa toilette
Je fus fort étonné qu'une odeur
de Civette
Me faifit l'odorat en arrivant
chez luy ;
Je le fus encor plus quand j'apperçus
l'étuy
Qui fert toutes les nuits pendant
que l'hiver dure
A garentir fon nez de la moindre
froidure.
Helas ! dis-je auffi - toft que ce
fecret eft beau ,
GALANT 101
L'ufage m'en paroît furprenant
& nouveau ;
Cela s'appelle aimer , comme il
faut fa perfonne ?
Peu de chofe , Monfieur , reprit
- il , vous étonne a
Et pour me conferver j'ay bien
d'autres fecrets ..
Par exemple , dit- il , pour avoir
le teint frais ,
Voici dans mes quarrez dix fortes
de pommades ,
Et lorfque j'ay les yeux échauf
fez ou malades ,
J'ay des eaux dont l'effet eft de
les embellir , [ dormir .
Et qui fervent encor à me faire-
Je conferve mes dents avec un
foin extrême .
Voicy d'une opiate , & je la
fais moy- mefme
I iij
102 MERCURE
Rare
par fa bonté , douce , par
fon odeur
J'ay pour les mains auffi des paftes
de fenteur ;
Effayez-en , Monfieur , & vous.
verrez fur l'heure
Qu'on ne fçauroit jamais en
trouver de meilleure .
Ma main , dis - je au pluſtoſt
ne le mérite pas ,
Je croy fans l'éprouver qu'on
en doit faire cas.
Mais à quoy fert ' , Monfieur.
cette poudre écarlate ?
Que je vois icy là , prés de
voftre opiate ?
Eft - ce quelque remede
dans ce papier fin ?
où ?
Un remede , Monfieur , comment
? c'eſt du carmin
Qui fait par fa beauté honte au
rouge d'Espagne .
GALANT 103
Il faut eftfe , Monfieur , nourry
dans la campagne
Où dans quelque autre lieu du
moins auffi défert
Pour n'eftre pas inftruit
à quoy
le carmin fert ?
Etonné d'un difcours fi plein
d'extravagance
J'en méprife l'auteur , en gardant
le filence ,
Et fans luy témoigner la moindre
émotion
[ tention
Je regarde & j'écoute avec at-
Tout ce que fait & dir cette
tefte legere .
Il appelle à l'inſtant Doris , fa
ménagere .
Elle entre & luy prefente un
bouillon fucculent
Qu'il avale auffi - toft , & qu'il
trouvent excellent ...
1 inj
104 MERCURE
Il lave aprés fes mains , lës
effuye & fe mouche ,
Nettoye auffi fes dents , lave fes
yeux , fa bouche
En grimallant tres - fort devant
un grand miroir.
Enfuite fe fervant d'un coin dè
fon mouchoir ,
Il s'en frotte long- temps tout le
bas du vilage ,
Et puis de ce carmin dont j'ignorois
l'ufage
Je le vois qu'il s'en peint en
cinq ou fix endroits
Sur les levres , la jouë & jufqu'au
bout des doits,
Quand cela fut finy , fon Valet,
nommé Bafque ,
Luy met au mefme inſtant fur le
vifage un mafque
Et dépapillotant aprés tous fes
cheveux .
GALANT 105 .
Ile peigne, l'effence & le poudre
des mieux. [ carlate .
Narciffe met enfin un habit d'é-
Dont la magnificence étonne ,
enleve , éclate
Par la quantité d'or dont on le
voit couvert
Et prenant fon chapeau garny
d'un plumet verd ,
Il faut bien -toft
dit il
j'aille à la toilette
que
Ou jefçay que m'attend l'adorable
Lyfette
Voicy l'heure à peu près , Mone
fieur , que je m'y rens ;
Je fuis chargé du foin de noüer
fes rubans.
C'eft moy tous les matins qui
fait tout auprés d'elle ,
Je la fers beaucoup mieux qu'au
cune Demoiſelle :
106 MERCURE
*
Je chauffe fa chemife & troulle
fon manteau
,
Je luy donne moy-mefme un
bouillon de gruau :
A mon intention je luy place
une mouche ,
J'accompagne le luth de quelque
air qui la touche ,
Et j'obtiens un baifer pour mon
remerciment
Dont le feul fouvenir caufe un
plaifir charmant ,
Souvent en cet eftat je ne me
fens pas d'aife ,
Pour m'y rendre au plûtoft , je
vais me metre en chaife ,
Adieu mais à propos j'oubliois
mon mouchoir ?
•
Ay-je des curdents , des mouches
, un miroir?
Et mes gands , je les vois , là
fur ce Canapée ,
GALANT. 107
Je fortirois cent fois pluftoft
fans mon épée ,
Que de ne pas avoir avec moy
tout cela.
Il va jufqu'à fa chaife en chantant
la , la , la ,
Et me laiffant témoin de fon
ample folie ,
Du moins pour m'en vanger
faut- il qu'on la public.
L'Ouvrage qui fuit eft de M
Maugard de Troye , dont je
vous ay déja envoyé plufieurs.
ouvrages.
104 MERCURE
QUELLE DISTINCTION
il faut admettre entre les
degeez Metaphyfiques.
pour bien réfoudre cette quer
ftion , il faut fçavoir auparavant
ce qquuee l'on entend
par
les
degrez de Metaphyfique , & d'où
vient qu'on les nomme ainfi
L'on entend ordinairement par
degrez metaphyfiques , certaines
proprietez effentielles à une chofe.
Par exemple , la divifibilité &
l'impenetrabilité dans la matiere ,
font des degrez metaphyfiques ,
parce que ces attributs luy font
GALANT. leg
A
propres dépendent d'elle. On
les appelte degrez par la reffemblance
qu'ils ont à une échelle ; car
de même que dans une échelle , ily
a des degre plus élevez les uns
que les autres de même chaque
choſe afes attributs fuperieurs &
inferieurs. Ainfi lafubftance dans
la matiere estfuperieure à la divifibilité
, à
ce qu'elle a plus d'étendue qu'elles
car le mot de fubftance , of plûraft
cette motion ne convient pas feul--.
ment au corps , mais encore
l'efprit , qui eft une autre fubftan.
ce. L'idée d'animalité dans l'hom
l'impenetrabilité, en
me s'étend plus loin que celle de la
110 MERCURE
rationalité , en ce que celle là convient
encore à la beste , au lieu que
celle·
cy ne paffe pas hors de l'idée
de l'homme. On les nomme Metaphyfiques
, d'autant qu'on les con
fidere commefeparez de leur cauſe
& abftraits , pour ainsi dire , de
leur individu
.
On demande à preſent fi ces
degrez dont nous parlons ,font diftinguez
entre eux , fi cette diftin
ction eft formelle , comme le pre..
tendent les Scotiftes , en forte qu'ils
foient diftincts naturellement l'un
de l'autre. Si cette diftinction eft
virtuelle , intrinfecùs , tomme
difent les Thomiftes , de maniere
GALANT
H
que l'on puiffe concevoir un degré
fans concevoir l'autres ou fi cette
diftinction eft feulement extrinfe
que
connotative tellement
que l'on ne puiffe concevoir un
degré fans concevoir l'autre , du
moins confufement , comme le veulent
les Nominaux . Voicy quel eft
monfentiment. Je dis qu'une diftinction
fimple e virtuelle entre
les degrez Metaphyfiques , fuffic
en tant que l'esprit les conçoit
distinguez les uns des autres ,
caufe de leurs differens effets , quoy
qu'ils foient toujours les mêmes
par rapport à leur cause. Par
exemple , la mifericorde de Dieu
à
112 MERCURE
eft conçue differente de fa Fuftice ,
quant al operation , parce qu'au
tre chofe eft de pardonner , autre
chofe de punir; mais elle n'en eft
pas differente quant au principe;
car c'est le méme Dieu qui pardonne
, & le même Dieu qui punit.
Mais quoy , m'objecterez vous
l'animalité & la rationalité
dans l'homme ne font elles pas
diftinguées lune de l'autre ? Car
T'animalité eft ce qui conftituë la
beste, & la rationalité ce qui conftitue
l'homme. Or l'homme la
•befte font tout à fait differens l'un
de l'autre , donc l'animal & la
rationalité font diftinguez l'une
GALANT 113
W
de l'autre , donc il faut neceffai
rement admettre une diftinction.
réelle , ou du moins formelle , entre
les degrez Metaphyfiques d'un
même fujer. L'on peut confiderer.
en deux manieres la rationalité
l'animalité. La rationalité & l'a.
nimalisé confiderées , en elles mêmes
, conftituant chacune leur individu
,font diftinguées réellemens
l'une de l'autre , mais elles ne
font plus alors des degrez Metaphyfiques
mais Phyſiques.
Or en tant que Metaphyfiques
réunies dans un mefme
fujer , elles ne font point diftin .
guées réellement, Ileft vray que
Janvier 1702.
K
"
114 MERCURE
leurs productions font differentes,
mais leur principe est toujours le
le mefme. C'est pourquoy l'on peut
confiderer une mefme choſe fous
differentes formes , luy donner
differens noms , par rapport aux
differens effets qu'elle produit . Par
exemple , le Soleil , en tant qu'il
fait bien aux uns , & qu'il endommage
les autres , eft regardé differemment
, felon fes differens
effets , il reçoit differentes défini
tions , quoy que ce foit toujours le
mefme Soleil; ainfi l'on peut dire
du point diametral du cercle , qu'il
eft le principe des lignesqui fe tirent
du centre à la circonference , & le
GALANT. lis
mefme point peut estre regardé
comme la fin des lignes qui fe tirent
de la circonference au centre.
Ainfi le mefme cercle peut eftre
conçu differemment , & recevoir
differens noms , à caufe des differentes
proprietez que l'efprit lug
attribue. Ainfi une mesme chofe ,
comme je viens de dire , peut efire
envisagée fous differentes faces ,
Sans ceffer d'eftre ce qu'elle eft. Voi .
la tout le noeud toute la folu.
tion de cette difficulié que l'on agite
dans l'Ecole. Les principales ob
jections que l'onpeut fairefur cette.
Thefe ,fe rapportent preſque touses
à cette folution , comme les
Kij
16. MERCURE
1
canaux à leurfource. Je Suis vo .
fire tres humble . C.
Je vous fais part d'un Traité
fur lequel les Phyficiens de
voltre Province pourront rais
fonner.
EXPLICATION
DE QUELQUES
PHENOMENES
qui dépendent de la
Fermentation.
Avant
ant de donner au public un
petit Traitéfur cette matiere ?
jay eru qu'il eftoit neceßaire à un
GALANT 17
homme auf peu experimenté que
moy , de fonder le fentiment des Scavans
, au jugement de qui je foùmettray
toûjours mes penfees. Dans
cette vûëj'ay détaché le difcoursfuivant
du refte du livre. Jefais perfua
dé que tous les Phyficiens font con
vaincus de l'importance de cette re
cherche , que je ne m'amuferay pas
ici à prouver une chofe generalement
reconnue & pour entrer d'abord en
matiere : je dis que par Fermentation
je conçois ce mouvementfi celebre que
les Phyficiens & les Chymiftes ont
remarqué dans certaines parties de
l'étendue , aprés le mélange de plufieurs
de leurs parties ; avec d'autres.
L'experience des uns & des autres
nous a fait obferver que ce mélange
eft toujoursfuivi d'une rarefaction des
118 MERCURE
liqueurs ou des corps mols qui enfont
lefujet ; qu'il arrive des changemens
confiderables par ce mouvement , tels
que fontle renversement de leur tiffure
, & le changement de leurs principales
vertus. Quelquefois on y voit
un bouillonnement confiderable , un
bruit plus ou moins fenfible . Tantoft
ces corps deviennent chauds , quelquefois
nous voyons arriver le contraire..
Il s'en éleve meme d'épaiffesfumées,
felon la differente difpofition des
corps fermentatifs , & desfujets fermentez,
3
On ne fçauroit difconvenir que le
mouvement ne foit le principe de tous
ces changemens , ny que toutes les determinations
de ce mouvement ne
foient vortiqueufes 3 puifque c'est par
là feulement qu'on peut rendre raifon
de plufieurs difficultez qu'on ne
GALANT: 119
peut refoudre par aucune autre espece
de mouvement commeje vais tâcher de
le faire voir:
Pour trouver le noeud de la queftion
, ilfaut voir de combien d'efpeces
de mouvemens locaux les corps naturels
font capables . Leurs determi
nations qui enfont toute la difference,
•font oufimples ou compofées or com →
me il ne fçauroit y avoir de contrarieté
que dans les déterminations des
mouvemens , il faut que le combat
qui fe paffe entre les corpsfermentatifs
foit l'effet d'une détermination
oppofée de mouvemens fimples ou compofez.
Quant aux mouvemens fimples
, ils fuivent la ligne droite ou
oblique . Or il eft évident que fi les
corps fermentatifs partent de points
·oppofez avec l'un ou l'autre de ces
determinations fimples au point de
·
120 MERCURE
rencontre , s'ils font inégaux, en maf
fe , en groffear & en figure le plus
fort changera la détermination du
plusfoible fans aucune resistance fenfible.
S'ils font égaux , ils feront
auffe- toft repouffez vers l'endroit d'où
ils viennent , ainfi la fermentation
n'arrivera qu'au point d'attouche
ment ne durera qu'un moment , &•
fera continuellement interrompue &
même infenfible , ce qui eft contre l'experience.
Si on veut que ces corps décrivent
plufieurs lignes compofées de droites ou
d'obliques , la fermentation n'arrivera
pas non plus , parce que ces
·lignes droites compofées fouffrent chacune
la même difficulté , que nous
avons remarqué dans celle qui eft
Simple , & pour les lignes courbes
compofées , cette détermination de
.
mouvement :
GALANT.
mouvement ne sçauroit arriver dans
aucan corps qu'elle ne degenere auffitoft
en vortiqueufe comme nous
voyons qu'il arrive tous les jours
dans les determinations contraires
que plufieurs corps impriment à l'air
ou à l'eau , d'où viennent ces tourbillons
fi impetueu
qu'on remarque
dans ces deux liquides.
Il ne refte donc plus que la détermination
vortiqueufe , qui d'ailleurs
ft feule capable d'introduire cette
foudaine & extraordinaire rarefaction
qu'on voit toujours & le grand
chaud qu'on voit furvenirquelquefois
dans les corps fermentez, Le point de
l'affaire eft prefentement de trouver
la caufe de ce mouvement fifameux
dont nous avons determiné l'efpece.
Les fens , ces efpions fidelles & furveillans
que la nature nous a donnez
Janvier 1702. L
722 MERCURE
pour découvrir ce qui peut nuire , 018
profiter à nos corps , nous font ici fort
inutiles. Si nous les confultons làdeßus
, ils nous apprendront que les
raifins qu'on a par exemple foulez
dans un tonneau , fouffrent bien- toft
aprés des alterations dont la caufe
leur est tout- à -fait inconnue, Larai
fon peut feule nous donner de fes
nouvelles & fatisfaire nos juftes
defirs. Elle nous dicte auli - toft que
nous nous prefentons à elle que ce
mouvement impetueux qui agitent
Les raifins foulez , & produit en
même temps ce changement fi utile
du mouft en vin ne peut avoir aucun
principe interieur qui foit contenu
dans cette liqueur , que le repos dont
le mouft joüiffoit d'abord ne peut en
eftre la caufe , & qu'ainfi ce mouve
ment doit venir d'ailleurs , & comme
*
GALANT. 123
il fegliffe peu àpeu dans cette liqueur
fans qu'on yprenne garde , il ne peut
venir que de la matière ætherée
(dont Mr Defcartes afifçavamment
expliquéles proprieteż ) qui par
la petiteffe indefinie de fes parties ,
peut s'infinuer dans les plus petits
recoins des corps , fans qu'on s'en apperçoive
, & dont le mouvement tresrapide
eft capable de bouleverser les
corps les plus folides , & de divifer
la tiffure des plus unis .
Ce Phenomene fi curieux que les
Anciens ont tellement negligé , &
dont l'explication a fait tant de
peine aux plus célèbres de nos Mo-.
dernes , ne reconnoift d'autre caufe
premiere que la matiere ætherée qui
agite diverfement les parties des
corps mols ou liquides felon qu'elle les
trouve difpofezfavorifer , ou à retar
Lij
224 MERCURE
der fon paffage. Je crois donc que
cette matiere agit fur les corps qui
fermentent lorsqu'ils ont en eux - mêmes
la difpofition qui détermine cette
matiete à agir fur eux. Je fais confifter
cette difpofition dans la facilité
que certains carps fourniſſent à la
matiere etherée de les parcourirfans
perdre que tres-peu defon mouvement,
dont la confervation luy est tres chere
ce qui fait qu'elle tâche lorfqu'elle en
trouve de tels , de fe mouvoir en eux
tant qu'elle peut , ce qu'elle feroit
auffi fi elle n'eftoit continuellement
pouffée , & contrainte d'avancer par
L'autre matiere de fon genre qui la
fuit fans ceffe . De forte que pourfa
tisfaire à ces deux caufes , la matiere
atherée au fortir d'un corps où elle
peut fe mouvoir plus aisément que
dans les corps voisins , coule fur la
GALANT #25
furface du premier , où elle communique
beaucoup moins de fon mouvement
que fi elle le quittoit tout-àfait,
& où elle refifte moins à l'action
de l'autre matiere qui la pouffe , &
ainfi cette matiere eftant fuivie d'une
Longue trainée de corpufcules de fon
efpeces compofe bien- toft un tourbillon
autour de ce corps.
Lors donc que dans une liqueur
ou dans un corps mol, ily a plusieurs
corps dont la difpofition eft telle
que la matiere ætherée les parcourt
plus commodement , & communique
ainfi moins de fon mouvement , quelle
ne feroit aux corps voifins , it
fe forme bientoft dans ces liqueurs ou
corps mols plufieurs petits tourbillons
de matiere atherée que font plus on
moins grands , plus ou moins rapides
, felon que lafacilité , qu'à cette
Liij
126
MERCURE
leur
matiere de fe
mouvoir dans les corps
eft plus ou moins grande , & que
maffe eftplus ou moins
confiderable.
Il ne faut donc pas eftre
fnrpris
fi ces
tourbillons qui
entrainent
avec eux les corps
fermentatifs
& dont les
determinations font
oppofées ; caufent un trouble univer
fel dans le corps où ils font, s'ils
Se choquent entre - eux , & s'ils produifent
tantoft fa chaleur , tantoft
des fumées. Et s'ils
caufent de fi
grandes
rarefactions , dans lefujet
où ilsfont. La force de la matiere
atherée eft figrande , & l'effort que
font tous les corps pour ſe conſerver
chacun dans fon état , fi naturel
que cette matiere pour fe perpetuer
dans fon
mouvement cherche toujours
où elle en
communique
les corps
moins.
GALANT.
127
doute
Et pour empêcher qu'on ne
que cette facilité de fe mouvoir ne
foit l'unique caufe qui porte la matiere
etherée à faire de fi grands
efforts , on n'a qu'à prendre garde
que dans la fermentation du moust
qui eft la feule que j'allegue icy
pour exemple , ce mouvement commence
dés que les parties qui ont
la difpofition que je fuppofe , font
aßez développées & flotantes dans
la liqueur : parce qu'alors la matiere
atherée communiquant beaucoup
moins de fon mouvement lorfqu'elle
fe meut dans les corpufcules
fermentatifs qui nagent dans le
mouft , qu'aux parties aqueufes de
cette liqueur , forme peu à peu les
tourbillons dont ay parlé cy- def
fus.
•
Si on demande la raison pour-
Liiij
228 MERCURE
"
quoy la matiere ætherée communique
moins de fon mouvement lorf
qu'elle fe roule autour de ces corpufcules
fermentatifs , qu'aux autres
Parties du liquide , je répons que
La folidité de ces corpufcules , en eft
l'unique caufe , qu'il eft conftant que
le mouvement fe conferve d'autant
plus qu'il fe diffipe moins ; dans
un corps folide , & que par confe
quent il fe conferve beaucoup plus
dans ces corpufculesfermentatifs que
nous fçavons eftre tres -folides , puifqu'ils
refiftent bien fouvent à l'action
du feu , & du foleil qui font
fans contredit les plus forts agens
de la nature , & que d'ailleurs ils
font tres-pefans ; & ce font les corpufcules
de cette nature ; qui fe precipitent
aux parois du tonneau en
tres-groffes quantiee..
GALANT. 129.
Si l'on nie que ces corpufcules ainfi
precipitez en coagulum , que nous.
appellons du tartre , ayant efté les
feuls , à déterminer Paction de la
matiere etherée comme j'ay expliqué
cy-deffus , & qu'on pretende que
ces corps ainfi coagulez n'y ont eu:
que la moindre part , que puifqu'ils .
ont efté precipitez , c'est une marque
que la matiere atherée les a chaf-
Sex comme des obftacles à fon mou
vement , que l'action de cette ma
tiere à ceffé aprés que plufieurs de¸
fes corps heterogenes ont efté dillipez
en forme de fumée , & qu'ainfi c³ẻ--
toit des corps fi fubtils , dont la préfence
déterminoit la matiere athe--
rée à agir, & que la legereté de ces
corps renverse mon hypotefe ; je répons
que nous connoiffons la nature
de ces corps qui fe font diffipez, en
10 MERCURE
A
fumée , ou en parties infenfibles pendant
la tranfmutation du mouft , par
l'analyfe que nous avons faite de
celles qui nous reflent . Elle nous
apprend cette analyfe que celles - cy
font falines & fulphureufes , d'où
il est évident que celles qui fefont
évaportes eftoit de la mefme nature :
& l'on doit préfumer qu'elles n'ont
ainft pris l'essor , que lorſque par la
rencontre des tourbillons , plufieurs
parties ont efté brifées , & réduites
en des molecules rares , qu'étant
plus legeres in fpecie que d'égales
maffes des parties aériennes , elles
ont moins refifté à l'action de la matiere
ætherée que les maffes aëriennes
, & fe fontpar la levées au deffus
de la liqueur.
Je crois aufli que lafermentation
na ceffé que par Lemelange qui
GALANT, 132
s'eft fait de plufieursparties terreftres
avec les falines , parce qu'alors la
difpofition de celles - cy ne fubfiftant
plus la matiere ætherée à rallenty
peu à peu fes efforts .
• Les coagulums qui fe font par
l'union dufel de tartre , & de l'efprit
de vitriol, de nitre & c . de l'esprit de
vin avec l'esprit d'urine qui font
connus de tout le monde , furvien
nent toujours à l'action mutuelle de
rès liqueurs , qui perdent la difpofi
tion qu'elles avoient pour obliger la
matiere fubtile à agir & à compo-.
fer les tourbillons , par le mélange
de plufieurs corps heterogenes qui
bouchent les pores de molecules falines
, ce qui prouve invinciblement.
que la fermentation du mouft ne
ceffe que par l'introduction de femblables
imparetez dans la fubf122
MERCURE
tance des corps fermentatifs , ce qui
ôte à peu prés à la matiere ætherée
la facilité qu'elle avoit de les parcourir
de la mefme maniére que nous
voyons que plufieurs corps infenfibles
, & quelquefois mefmes vifibles
font perdre à l'ambre & à la cire
d'Espagne leur vertu cletrique , &
qu'on leur redonne cette proprieté
dés qu'on chaffe ces corps étrangeres 3
en frottant ces corps électriques avec
un drap , ou une autre étoffe capable
de décraffir leur furface.
De plus fi on fait reflexion à la
nature de la faye , on ne çauroit
nier que les corptfcules du mouft qui
s'élevent dans les airs pendant la
fermentation ne foit falins , & fulpureux
, fi on fait reflexion que la
fuye qui est à l'égard de la fumée ,
ce qu'est le tartre , à l'égard des vaGALANT.
433
peurs du vin , que la fuye , dis - ie ,
eft de la mefme nature de la fumée
la plus fubtile , qui perdant peu
peu de fon agitation ; s'arrefte au
tuyau de la cheminée , & s'y figent
en petites concretions or cette fuye
contient beaucoup de fel , & defoufres
auffi bien que cette mefme fumées
qui n'excite en nous la toux
la difficulté de respirer que par
unprincipe fulphureux, &falin, on
ne sçauroit douter du rapport des
vapeurs du mouft avec la fumée du
charbon du bois &c. Si on fait re-
Hexion à la vertu narcotique des
uns & des autres .
Lors donc qu'aprés la diffipation
de plufieurs vapeurs : on voit ceffer
la fermentation on peut vray-f.m.
blablement attribuer ce changement
au métange des parties terreftres
ན
134 MERCURE
avec les falines ; auffi bien qu'à la
diffipation de plufieurs molecules
falines & fulphureufes qui ont
cfté diffipées où portées dans les
airs.
L'experience des Chymiftes confirme
encore mon hypotefe ; & en
effet n'obfervent- il pas chaque jour
que d'autant plus qu'un fel eft fixe.
d'autant plus impetueufe eft la fermentation
qu'il excite or comme
cette fixité marque une plus grande
folidité; cela prouve naturelle ,
ment mon hypotese.
Il me semble que la plupart des
Phenomenes peuvent s'expliquer
par cefifteme comme j'efpere le faire
voir dans un petit traité que j'ay
fait là deffus mais commeje l'ay déja
infinué à l'entrée de mon difcours
je fouhaiterois auparavant que les
GALANT.
$35 F
Phificiens me fiffent l'honneur de
m'avertir des erreurs ou je crains
d'eftre tombé, ou que quelqu'un entreprift
d'éclaircir les doutes ou re
fuis là deffus. Les Medecins furtout
qui ont encore plus d'intereft
en cela que les autres auront fans
doute la bonté d'enrichir le public
de leurs experiences . Mon age ne
me permet pas d'en avoir fait beaucoup;
& les bornes on ie fuis renfermé
font fi étroites d'ailleurs
qu'elles m'obligent de finir une dif.
fertation qui n'à deia efté que trop
longue.
La Piece qui fuit contient
un avis dout peu de jolies perfonnes
paroiffent avoir befoin
.
136 MERCURE
CONSEIL !
A la plus infenfible des Bergeres.
J Eune &belle Aminte
Au coeur indolent ,
Sans efpoir ny crainte
Dans ce lieu charmant,
Voulez -vous fans ceffe
Aux triftes plaiſirs ,
D'un coeur fans tendreſſe
Borner vos defirs ?
Quoy ! toujours rêveuſe
Sans eftre amoureuſe ,
Faudra t il vous voir?
Et toujours fevere ,
Du Fils de Cithere
GALANT. 137
Braver le pouvoir ?
Ah ! craignez les armes
De ce Dieu vangeur;
Le moins tendre coeur
En vain de fes charmes
Brave la douceur ;
Quand pour nous furprendre
Il marque le jour ;
Aucun vain détour
Ne peut nous défendre.
Le devoir fe tait
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Noftre ame s'empare .
C'est alors qu'en vain
On cache fa flâme ,
Les regards foudain
Fanvier 1702.
M
138 MERCURE
Expliquent de l'ame
Les troubles naiffans,
Qui flacent les fens.
Ouy , jeune Bergere ,
Vous avez beau faire ,
Malgré vous un jour
Viendra voftre tour.
Toft ou tard fenfible
Aux foins amoureux
,
Ce coeur inflexible ,
Formera des voeux .
Que fera.ce , Aminte ;
Quand pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Par force ou par feinte, -
Vous éviterez
La charmante atteinte
GALANT. 139
Des amoureux traits ?
Sans inquietude ,
Sans foins , fans foucy ,
Sans plaifirs auffi ,
Dans la folitude ,
De vos jeunes ans
L'ennuyeux Printemps
Finira fa courfe .
Alors fans reffource ,
De pouvoir charmer ,-
Vous voudrez aimer.
Ah ! puis que vos charmes
Regnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos Bergers ,
D'un retour funefte
Mij
$40 MERCURE
Fuyez les dangers ,
Et je vous protefte ,
Que fi voftre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ;
Vous éprouverez
Et vous conviendrez
Contre votre attente..
Que fi les defirs.
Que l'amour infpire.
Coutent des foupirs ,
Il ne les attire .
Que pour nos plaifirs..
M' Aliſon eft Autheur de
ces Vers , auffi bien que du
Rondeau que vous allez lire.
GALANT! 141
Il le fit à l'occafion d'une
Dame qui fuyoit le commer
ce des hommes , & qu'on
accufoit cependant d'avoir
beaucoup de penchant pour
un Cavalier qui l'aimoit paf
fionnément. Il fait parler. la
Dame.
RONDE A U..
Endres Defirs naiſſentfansqu'on
ypenſe ;
Ecoutal - on long- temps fans prefe--
rence
De maints Amans les plaintes &
douceurs :
L'Amour fouvent fe gliffe dans les
coeurs
Par le fecours d'une telle indolence.
742 MERCURE
S
Aufi le mien , crainte de dépendan-
Ce
De tels eßais ne fait experience.
Ainfi ne craint , loin des hommes
trompeurs ,
Tendres Defirs..
S
Mais fi Damon dont je plains la
fouffrance
Me furprenoit , malgré ma prévoyance
,
Dans un lieu propre aux timides ar
deurs ;
Au deux recit de fes triftes langueurs
Pourrois -je bien vous faire refiftance
,
Tendres Defirs ?
GALANT 143
Je ne puis vous dire qui eft
l'Autheur de la piece que vous
allez lire . La Poëfie en eft
aifée & fait plaifir au Lecteur
Il y décrit agréablement les
effets du Quinquina pour
arrefter la fiévre continuë ,
la fiévre tierce , la double tier .
ce , & la quarte.
ODE.
Que de bon coeur je t'embraffe
,
Dans cet embonpoint refleuri ,
Si ta fiévre a quitté la place.
Amis c'est moi qui t'ai gueri .
Ton corps en proye à l'ordon
nance ,
144 MERCURE
Contre la manne & l'abftinence.
Par mes confeils fe mutina ,
Et de cent friffons homicides
Tu rendis tes planchers humides
Pour recourir au Quinquina.
2
Je me moque de la colere
De ces honnêtes affaffins
Que l'ignorance populaire .
Ofe ériger en Medecins
L'avarice qui les poffede
Leur fait fronder ce grand remede
,
Que je fais gloire de chanter .
De quel martire il nous délivre !
Eftre malade , n'eft pas vivre ,
Mais vivre c'eft fe bien porter.
S
Quel noble employ divine dro
gue
Dans
GALANT. 145
Dans la France t'a donné cours?
Quelle fanté t'a miſe en vogue ?
De qui te devons nous les jours ?
D'un Heros , l'amour de la terre ,
Qui dans la Paix & dans la guerre
S'eft fait un renom éclatant ,
Du plus grand Roy , du plus
grand homme.
Qu'eft - il befoin que je le nomme
?
L'un & l'autre monde m'entend.
S
On vous quitte , Indes fortunées
;
;
De vos perles & de voftre or
Prolongez fes belles anées
Autant que celles de Neftor .
Pour luy fournir cette antidote
Vous verrez courir noftre flote
Au dernier bout de l'Ocean
Fanvier 1702 .
N
246 MERCURE
Noftre zele pour fon fervice .
Ira plus loin que l'avarice
Braver le fougueux ouragan .
2
Heureuſes les rives du Gange.
Où , quand Jupiter l'ordonna
Un Metamorphofe étrange
Changea Pandore en Quinquina
!
Il voulut que fa meffagere:
Pût fous cette écorce legere ,
Guerir le mal qu'elle avoit fait ,
Et que l'Efperance restée
Au fond de fa boefte empeſtée
Répondit le plus prompt effet .
2
Peut- on plaindre fon aventures
Qui luy fait recevoir du fort
Un tel pouvoir fur la nature
Un tel empire fur la mort ?
La fiévre ennemie échauffée ,
GALANT. 147
Lay cede un glorieux trophée
En quittant priſe à tous mo
mens ,
De fon attaque continuë
Cette rebelle diminuë
A tout coups les redoublemens ,
&
Soit que le combat & la Tréve,
S'entre
-fuccédant
tour- à- tour
En un jour le combat
s'acheve
,
Et la Tréve
expire
en un jour ;
Soit que la Guerre
eftant
plus
vive .
Une Tréve courte & tardive
Suive deux affauts furieux ;
Un peu de pouffiere avalée
De cette inconftance mêlée
Nous fait fortir victorieux.
S
Quand une frilleufe maudite
Nij
148 MERCURE
Trainant une incendie affreux
De deux en deux jours nous vi
fite
Sous le fcorpion dangereux ;
Contre elle eft - il d'autre refuge
Qu'en ce fouverain Febrifuge
Qui la chaffe de nos maiſons ,
Bien qu'elle eut retenu fa place
Pour fe chauffer durant la glace
A la braife de nos tifons ?
S
Que du tonnerre on nous réponde
Et du fil des glaives tranchans ;
Comme au premier âge du mon
de
Nous allons vivre neuf cens
ans .
Pour peu que noftre fang s'altere
Sur cette poudre falutaire
Ses bouillons fe viennent brifer,
·
GALANT. 149
Comme les vagues que l'orage,
Pouffe fur les.grains du rivage
S'applaniffent pour les baiſer .
S
Mais j'entens une injufte plainte
Au retour de quelques accés
Qui fuivent une fiévre éteinte
Où fufpendue avec fuccés.
La nourriture empêche- t- elle
Que la faim ne fe renouvelle?
Et l'ufage en eft - il mauvais ?
Heureux termes de nos allarmes
Par une fufpenfion d'armes
Tu-nous prépares à la Paix.
2
Ton inftinct te porte à droiture
Au foyer ardent & glaçant
Ou fe ramaffe la pâture
D'un feu mourant & renaiffant.
Tu détruis les caufes fatales.
Niij
O MERCURE
Qui vont reglant les intervalles
Des periodiques friffons ,
Dont l'impenetrable miſtere
Réduit Galien à fe faire
Pour n'y pas perdre fes leçons .
2
De la lancette infatiable ,
Que tu fauves de bras heureux !
Que ton amertume agreable
Bannit de poiſons doucereux .
Avec elles tu congedies
Ceux qui flatent nos maladies :
Qui peut dire ce que tu vaux
Ta rare puiffance extermine
Nos maux avec la Medecine
Qui fait le comble de nos maux.
Mais ô l'agreable merveille va
Brave Alcandre , l'ignores - tu ?
Sans le nectar de la Bouteille
Ce remede a peu de vertu
GALANT. 155
Garde toy de paroiftre indigne
Du jour que tu dois à le vigne ,
Son jus t'a tiré du tombeau
Tiens- t-en à l'ufage d'en boire ,
Ton ombre cuft paffé l'onde
noire
Si le fort t'euft fait beuveur
d'eau ,
Voici une Ode qui ne vous
la preplaira
pas moins que
miere . Elle eft du même Auteur.
Niiij
152 MERCURE
LES
DESIRS.
L
OD E.
'Heureux , s'il en eftoit au
monde ,
Ce feroit l'homme fans defirs ;
Dans le fein d'une Paix profonde
Jl goûteroit de vrais plaifirs .
Mais la cupidité fans ceffe
L'aiguillon à la main nous preffe
,
Et nous met tous en
mouvement ,
En
courant nous
quittons la
fource
D'un
bonheur qu'au bout de -·
la courfe
Nous nous
promettons vainement.
2nu
GALANT. 153
Pour un fouhait que
tente
l'on con-
Quand on eft cheri des def
tins ,
On en fent éclore cinquante
Plus irritez & plus mutins .
Le mal s'aigrit par le remede ,
On compte tout ce qu'on poffe
de
Ou pour peu de chofe ou pour
rien ,
Et les mortels toujours avidės
Se trouvent toujours les mains
vuidés
Quand même ils regorgent de
bien
&
Cent chimeres ébloüiffantes-
Enfâment un Ambitieux
Par des manieres attirantes
Propres à féduire les yeux..
154 MERCURE
Dans leur beau cercle qui l'en
toure
Il ne fçait à laquelle courre
Ni de laquelle s'éloigner ,
Tour- à-tour elles le cajolent
Et tour- à tour elle s'envolent
Quand fon coeur s'eft laiffé gagner
,
S
Malheureux qui lâche la bride
A fes défirs immoderez
Qui vont à l'aveugle & fans
guide
De la droite voye égarez
Ah qu'il feroit bien plus facile
D'empêcher
leur foule indocile
D'ouvrir la porte & de fortir ,
Que du milieu de la carriere
Les faire tourner en arriere
Quand on les a laiffé partir !
S
GALANT :
155
Alors par mille intrigues vaines
,
Par mille bizarres projets
Des plus réjouiffantes Scenes.
On aime à fournir les fujets .
Tel croit qu'enfoncé dans la
bouë
La fortune au haut de fa
rouë
Le va produire inceffamment,
Tel fait des voeux , né fous le
chaume ,
Qui demanderoient un Royaume
,
Pour eftre affouvis pleinement ,
S
Qu'as - tu pardeffus tes fembla
bles
Pour te tirer de.leur niveau ?
Veux- tu d'aprés celuy des Ea
bles,
156 MERCURE
.
Nous peindre un Icare nouveau
,
Je veux que ton aile aſſezforte
Jufqu'au fein des grandeurs te
porte ,
Plus grand , tuferas moins heureux
.
L'honneur faftueux qui t'amor
ce ,
Et le plaifir , on fait divorce ,
C'est à toy de choifir entre- eux.
$
La raifon n'eft guerre écoutée
Parmi les agitations
D'unemultitude emportée,
D'impétueufes paffions .
Quand les vents débouchent
leur grotte
Aquoy te fert , trifte Pilotes
Et ton genie & ton travail a
GALANT ¹57
L'effroyable orage qui gronde
A la violence de l'onde
Fait obéir ton gouvernail .
S
Alexandre , Foudre de guerre ,
Quel foin vous déchire le coeur?
Chaque Planete eftune Terre ,
M'a dit un celebre Docteur.
Et qui vous empêche d'en rire ,
Grand Conquerant ? Ah ! j'en
joupire ,
Tant des terres ! malheur à moy !
Apeine en ai-je conquis une 3 .
Quand verrai-je que ma Fortune
Les range toutes fous ma loi ?
S
Adieu , feul charme de la vie
Sacrifié mal à propos ,
Adieu feul bien digne d'envie
Repos , fouhaitable le repos .
En te cherchant on t'abandonne
1,8 MERCURE
•
Par les mouvemens qu'on fe
donne
Pour joüir d'un tranquille fort ,
On t'a trouvé dés qu'on s'arrête:
Pour ne plus craindre de tempê
te
Que ne fe tient-on dans le Port ?
S
Cleon , fais fonner la retraite ,
Ramene au Camp tes Etendars
Avec la milice inquiéte
De tes bien faits trop loin épars,
Tant de tentatives les laffent
Et tant d'objets les embaraffent ;
Rien ne contente en ce bas lieu.
Montre - leur hors de nôtre
ſphere
Tout ce qui peut les fatisfaire :
Leur paifible centre eft en Dieu .
GALANT 159
que
la
Je vous ay déja dit plus
d'une fois que ce que l'on n'a
point vû eft toûjours nouveau
quand on le reçoit . Com.
me le Pape d'aujourd'quy a
eſté élu jeune , au lieu
plufpart de ceux qui ont efté
affis avant luy dans la Chaire
de Saint Pierre , n'y ont efté
placez que dans un âge extrémement
avancé , où ils
ne pouvoient plus agir ny
prefque parler , Sa Sainteté a
refolu de parler , d'agir & de
s'acquitter de toutes les fonc .
tions attachées à la dignité
de Souverain Pontife. Ainfi
160 MERCURE
je tâcheray de vous donner
tous les Difcours qu'elle aura
prononcez , & je commence ,
par celuy qu'elle prononça
aprés l'Evangile dans l'Eglife
de Saint Pierre le jour de la
Fefte de ce Prince des Apôtres.
་་ས་ ་ ”
DIS COURS
DE NOSTRE S. PERE
LE PAPE CLEMENT XI.
Nousfolemnifons aujourd'huy un
jour qui eftant consacré par le
fang de deux Saints Apoftres , doit
GALANT: 161
Paroltre bien glorieux pournous , digne
de la veneration de tout l'Uninivers
, & fource d'une grande joye
pour cette Ville. C'est dans ce jour ,.
en effet , mes Venerables Freres , mes
chers Enfans , que Saint Pierre eft
mort par le fupplice de la Croix , &
que Saint Paul a perdu la tefte.
Nous avons comme eux recüilli le
fruit de leurs fouffrances ; ils en ont
eu le prix , il nous en est resté l'exemple.
Voila le fujet de la folemnité
de cejour , voila auffi celuy de noftre
joye. Rome a l'obligation à ses grands
Saints d'avoir diffipé les tenebres de
fon ancienne idolatrie par les lumieres
de l'Evangile dont ils l'ont éclairée,
& de cequ'après avoir efté livrée
aux erreurs de toutes les Nations impies,
elle les ait toutes conduites dans
le fein de la veritable Foy . C'est par
Janvier 1702 .
•
162 MERCURE
les folides fondemens du Sang du
Sauveur fur lefquels ils ont appuyé
l'Eglife, qu'ils l'ont renduefuperieure
auxpuiffances de l'Enfer . La Puif
Jance Pontificale qui a efté accordée à
P'un , le Miniftere divin de la Parole
de Dieu qui a efté confié à l'autre ,
le fang de tous les deux dont cette
Eglife a esté arrofée , en font les Colomnes
inebranlables . Portons noftre
joye , mes chers Enfans , jufqu'au
pied du Trône de Dieu , portons l'y.
d'une maniere toate ſpirituelle , en
luy offrant cet hommage de loüanges.
que nous luy devons pour la gloire
dont il a couronnné nos maiſtres , &
nos Peres qui nous ont donné , pår
l'Evangile qu'ils nous ont annoncé
une naiffance nouvelle , & de ce que
par l'élevation où il les a mis il les
a fait les deux yeux de ce corps dont
GALANT. 163
F.C.eft la tefte . Ce font deux hommes
qu'un même éclat unit d'un lieu indiffoluble.
Ce font deux hommes de
mifericorde, dont la memoire né perirajamais
dans la memoire des hommes
, deux Oliviers placez à droite &
àgauche du chandelier , deux enfans
de benedictien , toujours profternez
auxpieds du Maistre du monde . Qui
a ea plus de gloire que Pierre , qui
encore détenu dans un corps mortel >
>
en fortant par un divin effort
éclairé d'un rayon de la divinitè
découvrit & publia le grand Miſtere
de la Majesté eternelle , lorfque répondant
à la question que luy faifoit
le Sauveur pour favoir pour
qui on le prenoit dans le monde
comme nous l'a appris l'Evangile
de ce jour ) il luy dit , vous etes
le Chrift Fils du Dieu vivant.
Oii
164 MERCURE
Déclaration authentique , par la .
quelle il annonça & découvrit lepremier
à tous les hommes. Ce Dieu
qui fe cachoit fous le voile de
l'humanité , dont il s'eftoit re
vétu , & aprit alors cette union
admirable des deux natures auparavant
inconnues à tout le
monde. Qui eft plus beureux que
Paul; qui encore chargé d'une chair
mortelle par une grace finguliere de
la divine bonté , monta au Ciel ,
Een découvrit toute la beauté , pour
apprendre de la bouche mefme deš
Anges ce qu'il devoit prêcher aux
hommes en qualité de Docteur des
Nations Le Saint Prélat Chrifoftome
eftoit bien remply de fes vcritez
, lorfque prononçant ce bel éloge
de nos deux Apoftres , it marqua
une fi fainte curiofité d'honorer le
GALANT 165
lieu qui cachoit leurs pretieufes cen "
dres. J'ay une veneration & une
tendreffe extraordinaire pour
Rome, difoit ce grand Evêque ,.
non pour les Trefors immenfes
, non pour fes fuperbes édifices,
ny pour ces éclatans Monumens
de fa magnificence , mais
pour ces deux celebres Colom ,
nes de l'Eglife qui font dans fon
enceinte . Je voudrois vifiter ce
tombeau qui renferme ces armes
de juftice , ces armes de lumiere.
Ces membres à préfent
pleins de vie , & prefque détruits
tant qu'ils ont été fur la terre ,
ne recevant du mouvement que
par JESUS CHRIST . Quime
procurera la grace de pouvoir
m'attacher au corps de Paul ,
& de pouvoir me profterner fur
-
1
166 MERCURE
le Tombeau de celuy qui couronna
le facrifice du Sauveur
en achevant ce qui y manquoit
& en portant les ftigmates fur
fon corps . Nous avons en noftre
puiffance ce que Saint Jean Chrifoftome
fouhaitoit de voir avec tant
d'ardeur. Nous en pouvons jouir par
une grace particuliere du Ciel , lorfque
devotement & dans l'humilité
de noftre coeur nous nous profternons
auprés du Sepulchre de ces deux
Apoftres pour honorer leurs Saintes
Reliques ; grace d'autant plus pretieufe
que les Peuples à qui Dieu
n'en a pas fait une pareille , nous.
l'envient avecjustice . Ce n'eft pas
toutesfois , mes chers enfans en publiant
les faintes actions de ces
Apoftres que nous devons feulement
honorer leur memoire , le culte que
GALANT 16
nous leur rendons doit auſſi eftre fon=
dé fur l'imitation de fi pieux exem
pless car quoy que l'Eglife répandue
dans toutes les parties de la
terve › pour employer les termes de
Saint Leon , doive briller de toutes
les vertus ; vous devez toutesfois par
excellence fur tous les Peuples du
monde faire remarquer dans vous
un plus grand éclat de vertus , vous
qui ayant recouvré votre liberté.
avec tous les autres Peuples , par·
le prix du Sang d'un Dieu , avez.
eu l'avantage paiticulier d'avoir
pour fondement inébranlable la piere
Apoftolique , & d'avoir reçu de S.
Pierre mefme les premieres leçons
du Chriftianifme. Demandons avec
une fure sperance de l'obtenir , la
protection de ces denx venerables Patrons
, dans la fàcheufe conjoncture
4
168 MERCURE
ou fe trouvent également aujourd'huy
& l'Eglife & l'Etat , afin que par
leurs interceffioms , le bras de Dieu,
dont nous fommes menacez eftant
retiré , nous recevions les biensfaits
de fa mifericorde , nous qui ne devions
attendre que les traits de fa
colere. Adreffons, nous au Sauveur
dont la bonté eft fuperieure à la malice
des hommes , afin que ce Dieu
de mifericorde accepte en odeur de
fuavité le facrifice de nos coeurs brifez
de douleur , ranime le coeur de ce
Peuple conftant & fidelle dans fon
fervice , de ce peuple abbatu par les
frayeurs de la colere divine & qu'il
luy rende le calme par les prieres &
les merites de ces grands Saints , G
que le zele de Davidfonfidelle Servi.
teur , & d'Aaron fon faint Sacrificateur
procure à cette Ville fa divine
protection.
Je
GALANT. 169
1
Je vous ay déja appris la
mort de Meffire Anne de
THofpital Comte de Sainte-
Meſme Seigneur Chatelain
de Bretheucourt Pontevrard
, Ville manoche , Sor.
bonne,Ouques,Ville Mefle , le
Breau ,Boinville Chambourcy,
& autres lieux , Lieutenant General
des armées du Roy,Gou
verneur , Bailly, Maiſtre particulier
des Eaux & , Foreſt du
Comté de Dourdan , premier
Efcuyer de Feüe S.A.R. M'Gal
ton fils de France , Duc d'Orleans
Oncle du Roy , Chevalier
d'honneur & premier Ef
Fanvier 1702 .
Р
170 MERCURE
cuyer de Feue S. A. R. Madame
, Ducheffe Doüairiere.
d'Orleans . Et enfuite de Madame
la grande Ducheffe de
Tofcane leur fille:
"
A
Cette
mort eſt arrivée le 4. du mois
paffé , & quoy que j'en aye
fait un article dans ma lettre
de Decembre , comme j'en
reçois un beaucoup plus cor
rect & plus étendu , je croy
devoir vous en faire part. M
le Comte de Sainte- Mefme
eftoit de la maifon de l'Hofpital
, Maifon beaucoup plus
illuftre par elle mefme ( puifque
l'Origine s'en perd dans
GALANT 171
des familles Royales & Confulaires
) que celebre par les
grandes Charges & par les
eclatantes Dignitez qu'elle a
poffedées en France depuis
plus de quatre cens ans qu'elle
eft venue s'y établir . Elle eft
originaire de Naples & portoit
le nom de Gallucy , qu'elle
quitta pour en prendre un
François qui fut celuy de la
terre de l'Hofpital qu'un Gal.
lucy chef de cette Maiſon en
France acheta en y arrivant.
Ceux de cette Maifon fe font
toujours diftinguez par une
grande valeur , une fage con .
Pij
172 MERCURE
duite , une fidelité inviolable ,
& par un attachement invincible
pour la Religion Catho
lique , pour le bien de l'Etat,
& pour la perfonne facrée de
nos Rois.
M' le Comte de S. Meſme
dernier mort avoit réuni en
fa perfonne toutes ces grandes
qualitez . On ne peut pas
avoir plus de bravoure qu'il en
avoit ; mais de cette bravoure
fage , conftante , veritable ,
toûjours le même , fans often ,
tation , autant éloignée de
fureur & d'aveuglement, quaccompagnée
d'intrepidité &
GALANT . 173
de bonne conduite . Il en a
donné une infinité de marques
pendant la vie par des
actions qui en eftoient toutes
remplies.
Il a commandé des Armées
en Catalogne , donné
des Combats & pris des Places
où il a fait remarquer autant
de valeur que de fageffe ,
entre autres la Ville d'Urgel ,
& le Pont de Camaras , au
bout duquel les Ennemis s'étoient
retranchez, & qu'il défic
entierement , aprés avoir for
cé le Pont & leurs retranchemens.
Piij
174 MERCURE
Il eftoit reconnu fi brave &
en même temps fi fage , que
feu Monfieur le Prince , vou
lant par l'ordre du Roy exa.
miner de quelle façon on re
primeroit la fureur des Duels,
appella M' de Sainte Mefme
& fe fervit de fes fages avis
fur nue matiere fi delicate &
de fi grande importance , eu
égard au Point d'honneur qui
y paroiffoit intereffé & à la
neceffité indifpenfable qu'il y
avoit de bien démêler la ve
ritable d'avec la fauffe valeur .
De forte que M' le Comte de
Sainte Mefme a contribué à
GALANT. 178
cet Edit , dont l'execution eft
fi glorieufe à Sa Majefté ,
qu'elle luy attirera des louan.
ges & benedictions
jufques à
la fin du monde .
Feu Monfieur le Duc de
Guile , dernier mort , voulut
faire la premiere Campagne ,
& pour cela fuivre le Roy à la
Conquefte que Sa Majefté fit
de la Franche- Comté pendant
l'hiver. Madame la
Douairiere qui venoit de marier
fa derniere Fille à ce jeune
Prince , ne put fe confoler
de fa refolution , qu'apres
avoir obtenu de M' le Comte
Liiij
176 MERCURE
deSainte Mefme qu'il accom
pagneroit M' de Guife
tant elle avoit de confiance
en fa vertu . Il
accompagna
donc Monfieur de Guize dans
ce voyage , mais ce ne fut
que pour le faire marcher fur
les pas des Heros par fes confeils
& par fon exemple. La
tranchée fut ouverte devant
Dole. Il y mena ce jeune
Prince , M'de Sainte -Mefme
pour luy en montrer le chemin
paffa le premier & recut
un coup de moufquet à
la tefte qui le mit par terre ,
mais qui ne l'empêcha pas
GALANT. 177
de crier à M de Guile de
paffer outre fans s'arreſter à
luy . Cette bleffure ne fut
pas fi con derable qu'elle
avoit parû d'abord , & les
Princes qui l'avoient vû tomber.&
l'avoient regretté, com
me il le meritoit , eurent auretour
la fatisfaction de le
voir relevé & de luy en marquer
leur joye.
Le Roy a fouvent donné
à feu M'le Comte de Sainte
Mefme de glorieux témoignages
de fon eftime & de
fa confiance . II le choifit
pour la négociation des ma178
MERCURE
riages des Princeffcs les coufines
germaines avec le Duc
de Savoye , & le grand Duc
de Tofcane & ne confia qu'à
luy la conduite de ces Princeffes
auprés de leurs Epoux.
On ne peut auffi avoir plus
de religion & de pieté qu'en
avoit M' de Saint Meſme. Il
en a rempli tous les devoirs
pendant toute fa vie avec
édification. Et pour les vertus
domeftiques , perfonne
ne les à jamais mieux connues
n'y mieux mifes en pratique
que luy,équité, probité, charité
maderation , égalité , attache
GALANT. 179
ment au foin de fa famille , &
à l'éducation
de fes enfans
*
affection pour les proches,
fidelité conftante & empref
fement pour ses amis , abord
toûjours gracieux , envie de
faire toujours plaifir & de
fervir tout le monde , mefme
les plus petits , applica
tion à fes affaires , tout cela
eftoit en luy dans le fuprême
degré.
De fon Mariage avec
Dame Elifabeth Gobelin, fille
de Feu M' Gobelin Confeiller
d'Eftat Intendant des Ar- .
mées , d'une famille des plus
•
180 MERCURE
·
y
anciennes & illuitres dans la
Robe , laiffe deux fils . L'ainé
eft Mile Marquis del Hofpital
connu de tous les Sçavants
, tant de ces pays cy,
que des étrangers , & le cader
eft M' le Comte de l'Hospital ,
qni tient prés S. A. R. Madame
la Grand Ducheffe la
place de Feu Monfieur fon
Pere .
Je fuis obligé d'ajouter icy
qu'il y avoit quelques fautes
dans l'article de la mefme
mort , inferé dans ma Lettre
de Decembre. C'eft de Dame
Claire Barillon & non pas de
GALANT
18 :
2
Dame Elizabeth Barillon que
feu M le Comte de Saint
Meſme eftoit ffls . Ce n'eft
pas non plus M' le Marquis
de l'Hofpital l'aifné , mais Mr
le Comte de l'Hoſpital fon
frere, cadet qui eft auprés de
Son Alteffe Royale Madame
la Grand Ducheffe en la place
de Mr leur Pere. On
s'eft trompé fur cela auffi
bien que fur Madame la Mar.
quife de l'Hofpital qui n'eft
point Montbel
d'Entremont ;
mais s'appelle Marie Charlo
te de Rommilly de la Mai
fon de Rommilly dela Chaif
182 MERCURE
nelaye Ancienne & Illuftre
Maiſon de Bretagne . C'étoit
Madame fa Mere qui eftoit
Montbel d'Entremont..
Nous avons perdu le mois
paffé Mr le Marquis de Gou .
ville de la Maifon Dargouge.
Il s'eftoit attaché dans fa jeu.
neffe à Armand de Bourbon
Prince de Conty qui luy donna
la Lieutenance de fes Gen.
darmes & il fut enfuite Lieu .
tenant General des Armées
de Sa Majesté. Il est mort
âgé de prés de quetre- vingt
huit ans à fa terre de Gouvile
en Baffe. Normandie où il
GALANT 183
s'eftoit retiré , ayant joui tou
te fa vie d'une parfaite fanté
jufques la maladie dont il eſt
mort. Il avoit époufé la foeur
de Mrle Comte , & Maréchal
de Tourville laquelle eft encore
vivante.
Voicy les noms de quel ..
ques autres perfonnes confiderables
, mortes depuis ma
derniere lettre .
Dame Magdelaine de Bourdeaux
, veuve de Mr Antoine
de Bordeaux Seigneur de
Neuville Maiftre des Requef
tes , Preſident au Grand Con
feil , Chancelier de la Reine,
184 MERCURE
& Ambaffadeur extraordinai .
re en Angletere. Elle laiffe
pour fille unique Madame la
Comteffe de Fontaine Mar.
tel.
Mr Denis le Breton Preftre
Docteur & Profeffeur en
Theologie en la Maifon de
Navarre.
Philippe de Moufli Seigneur
de la Cour Reine & de
Mignault , ancien Procureur
du Roy au Bureau des finances
en la Generalité de Paris.
M' Hamelin , Ecuyer , Sei-.
gneur de Chaiges , l'un des
quarantes Fermiers GeneGALANT.
185
raux de Sa Majefté
Mr de la Chauffée a efté'
nommé pour remplir la place
de Fermier General.
Don GaëtanoJulio Zumbo
Gentilhomme de la Ville de
Siracufe ' en Sicile. Il mourut
ici le 22. de l'autre mois dans
fa quarante quatrième année,
aprés une maladie de quelques
mois. C'étoit un homme
d'un merite extraordinaire
, & d'un excellent genie
pour les beaux Ars , & principalement
pour la Sculpture
à laquelle il joignoit une
connoiffance parfaite de l'AFanvier
1702 a
186 MERCURE
natomie tant du dehors que
du dedans du corps humain,
qu'il reprefentoit au naturel
avecun Art furprenant & ini
mitable.
.
Dans ma Lettre de Juin
1701. j'ay fairune defcription
de fa Tefte anatomique , &
dans celle de Septembre j'ay
parlé de les autres merveilleux
Ouvrages de Sculpture.
J'ajouteray feulement que
cet illuftre Etranger avoit
deffein de s'établir à Paris , &
d'y faire l'Anatomie entiere
du corps humain & de toutes
fes parties feparément avec
GALANT. 187
la mefme precifion & le mef,
me détail dont il avoit fait
cette admirable Tefte de laquelle
j'ay déja parlé.
Ce chef.d'oeuvre de l'Art,
que perfonne jufqu'icy n'avoit
pas mefme imaginė, au .
roit efté fi utile, que l'on ne
fçauroit trop regretter la perte
irreparable d'un homme fi
rare.
Vous apprendrez fans doute
avec plaifir l'établiſſement
d'une Verrerie en la Ville
de la Charité fur Sône. La
fcituation qui eft une des plus
belles du Royaume & qui
Qij
188 MERCURE
fea
engage les Etrangeres à y
journer preferablement
à cel
les de la route , reçoit un nouvel
agrément dans cette Manufacture
où le fabriquent
toutes fortes d'ouvragesde ver
rerie , Criftaux, Agathes dans
toute la perfection de l'Art
qui eft encore aidé des plus
beaux fecrets qui puiffent
contribuer à faire admirer
ces fortes d'Ouvrages
.
Le Sr de l'Aftellan de Ro
ze qui en a fait l'entrepriſe ,
eft connu dans le Nivernois
depuis plufieurs années qu'une
habileté exacte dans le
GALANT 841
travail , fait regarder comme
aurant de chef doeuvres toutes
les pieccs qui fortent
de fes mains . l imite parfaitement
fon Pere & fes
Ayeuls qui ont acquis une
grande réputation dans leur
profeffion , & il ajoute dans
fes compoficions des fecrets
qui leur ont efté inconnus &
dont perfonne dans le Royaume
ne poffede l'ufage & la
compofition. Ses fourneaux
furent benits le neuviéme de
ce mois par le Prieur des Benedictins
en Châppes , affifté
de la Communauté en la pré190
MERCURE
fence des Officiers & des Magiftrats
de la Ville , & des
perfonnes les plus diftinguez
qui furent témoins des premiers
Ouvrages & heureux
fuccés de cet érabliffement.
Comme j'ayaccoutumé de
vous faire part des nouvelles
de Perfe toutes les fois qu'il
en vient , je vous envoye celles
qui ont efté apportées par
le dernier Ordinaire.
A Hifpahan le 27 Juillet 1701
ble à vous
mander
de
l'Etat
de
CALANT: 19t
Perfe, Les Arabes de Mafcaryfe
font faits tellement puiffans par
terre& par mer avec trenteVaiffeaux
que le Commerce des Indes
eft prefque interrompu , ils font
tous les jours de nouvelles prifes,
ont mefmes pris depuis peu
trois Vaiffeaux Anglois ,
La Flotte Portugaife appellée
Larmata , composée de trois on
quatre Vaiffeaux eſt enfin arrivée
à Bandar , Congo, & tant s'en
faut que ces Corfaires en ayent
peur , qu'au contraire on dit qu'ils
arment pour venir l'attaquer. Ils
ne fe jouent pas encore aux Hol-
Landois nyaux François,mais on
192 MERCURE
dit qu'un Vaiffeau Danois a eu
bien de la peine à échaper de leurs
mains . Ils l'ont voulu prendre à
la Rade mefme de Bandar à
Baffi.
* Le mois paffé arriva icy avec
une grandefuite un Ambasadeur
Hollandois appellé Mr Hoc
cambr Ila apporte au Sophy de
riches prefens des Indes e de la
Chine avec quelques Elephans.
On croit qu'il vient demander
derechefla permiffion d'élever à
Congo le PavillonHollandois que
les Portugais luy firent abbatre
ily a fept on huit ans , s'obli
geant à maintenir le Commerce
*
des
GALANT. 193
des Indes, & à humilier les Mafcatins,
Les affaires du Commerce An:
glois aux Indes ne vont pas trop
bien , leur defunion leurs Corfaires
les ruinant. On dit que leur
ancienne Compagnie inquietée,
par la nouvelle , a quelque quarante
millions de dettes.
Les
Mogontins ont depuis peu
fait arrester à Suratte lear Ge
neral de Bombain , qui y eftoit
venu pour quelque affaire.
On a fait depuis quelques
jours aux Jefuites Anglois de
faint Omer un Service folem-
R
Fanvier 1702 .
194
MERCURE
nel pour le feu Roy Jacques
11. qui furpaffe en magnifi.
cence tout ce qu'on a encore
vû en ce pays là. Il feroit dif.
ficile de vous exprimer toutes
les beautez de cette lugubre
ceremonie. L'Eglife eftoit
renduë de noir depuis la voû
te jufqu'au bas , &, elle eftoic
éclairée que par la lumiere
des Cierges , & des Flambeaux.
Le grand Autel paroif
foit orné de divers Ecuflons ,
dont un foutenu de fix Anges
rempliffoit toute la place
du grand Tableau. Audeffus
de celuy- cy on voyoit trois
GALANT. 195
autres Anges, dont le premier
tenoit en fa main une bande
dans laquelle eftoit marqué
l'année de la mort du Roy
d'Angleterre. Deux autres
Anges placez un peu au def
fous, tenoient la Devile de ce
Monarque, Dica eft mon droit .
Il y avoit fur l'Autel huic
grands Chandeliers d'argent ,
& fur le grand Tabernacle un
grand Crucifix auffi d'argent .
La Meffe fut chantée Pontificalement
par M' l'Abbé de
Saint Bertin affifté de fes Re .
ligieux La Mufique eftoit
compofée des meilleures voix
•
Rij
196 MERCURE
& des plus rares Inftrumens
qu'on puft trouver dans le
pays . & l'Oraifon funebre fut
prononcée par un P. Jefuite
du College Vvallon . La cere .
monic commença vers les
neuf heures & ne finit qu'à
midy. L'Auditoire eftoit
compofée de tout ce qu'il y
avoit de plus confiderable
dans le pays, & les Gardes qui
eftoient à la porte , ne permettoient
qu'aux perfonnes
invitées par billet d'entrer
dans l'Eglife.
Le мaufolée eftoit dreffé
fur trois matches au milieu
GALANT. 197
77
de l'Eglife vis - à vis la Chaire
du Predicateur ; La premiere
de ces marches avoit onze
pieds de largeur , & dix fept de
longueur. Le corps du Maufolée
eftoit long environ de
quinze pieds & large de huit.
Il avoit differens étages , dont
le plus bas eftoit élevé à huit
pieds de terre & à trois des
marches fur lesquelles il éroit
pofé, Ledeuxième étage pou
voit avoir dix pieds de haut
teur. Il eftoit couvert d'un lit
funebre foutenu par quatre
piliers entrelaffez . Le troi
fiéme avoit auffi dix pieds de
Riij
198 MERCURE
hauteur avec une espece de
Dôme par deffus. Au haut du
Dôme un Lion d'un cofte &
une Licorne de l'autre foutenoient
une Couronne de deux
pieds de diametre. On voyoit
fous la Couronne une touffe de
Rofes d'un cofté , & de l'autre
des Chardons , & des De .
wifes des Maifons Royales
d'Yorch & de Stuart .
La Couronne & les Supots
pouvoient avoir cinq pieds
de hauteur, & toute la machine
eftoit élevée de terre d'environ
trence huit pieds . Je ne
vous dis rien des embeliffeTHEQUE
GALANT.
VILLE
mens de chaque eftage du
Maufolée ; je vous diray
pendant ce qui fuffira pour en
former une idée generale.
La Couronne eftoit toute
couverte de perles & de diamans
qui brilloient admirablement
par la lumiere des
Cierges. Le Dôme au deffous
eftoit percé à jour & tres bien
éclairé par quatre vingt ſeize
flambeaux placez par eftage
les uns fur les autres .
Le troifiéme eftage du
Maufolée immediatement au
deffous du Dôme , eftoit foutenu
de quatre grands pillfers
R iiij
200 MERCURE
quarrez avec leurs chapiteaux
fort larges & bien travaillez
Devant chaque pillier con
voyoit un fquelette d'environ
fix pieds ; t'on montroit un
Quadran qui marquoit l'heu
re de la mort da Roy, l'autre.
tenoit à la main un fable , le
troifiéme une faux , & let qua
criéme avoit un carquois au
cofté , & tenoit en une main
un Arc , & avoit la tefte
ap.
puyée fur l'autre . Au deffus
des chapiteaux on voyoit
quantité de teftes de mort , &
au deffus il y avoit un grand
& large , quadre fibien peint,
GALANT. 201
que ceux mefmes qui fçavoient
que ce n'eftoit qu'une
planche toute unie , avoient
de la peine de fe le perfuader.
A chaque coin de ce quadre
on avoit placé une tette de
mort. Dans cet eftage on
avoit placé une Urnes ou
eftoient les entrailles du Roy.
L'Urne eftoit couverte de
velours noir & de drap d'ar
gent en forme de croix Ily
avoit autour de cette Reprefentation
cinq grands chan
deliers d'argent, deux de chaque
cofté, & un au bout vers
l'Autel. A l'autre bout il y
202 MERCURE
avoit trois cierges placez
fur un grand coeur d'argent ,
d'où fortoient trois branches
qui fervoient de chandelier.
Sur Urne immediatement 1
au deffous du Dôme pendoit
dediatement
une belle Lampe d'argent , &
dedans un cierge allumé.
Le fecond etage eftoit
foutenu auffi de quatre pilliers
, mais d'un ouvrage tout
different des premiers. Les
deux bouts eftoient frifez
mêléz de noir & d'Hermine.
Le milieu eftoit d'un ouvrage
plus commun , le fond eftoit
noir parfemé de roſes rouges
GALANT: 203
& blanches , & il eftoit feparé
des frifures des piliers par
une Couronne couleur d'or ,
comme auffi les piliers de
leurs chapiteaux. Les Couronnes
qui eftoient chargées
de diamans faifoient untres
bel effet. H •
y avoit
fur les chapiteaux
une pante
couverte
de palmes
mifes
en fautoir
, & de reftes
de
Lions
d'où
pendoient
des
guirlandes
de feuilles
de chefne
dont
plufieurs
eftoient
ar
gentées
& au haut
de l'étage
il
y avoit
un grand
quadre
auffi
bien
peint
que
celuy
dont
204 MERCURE
3
on a déja parlé. Au bas des
piliers fur de grands piedef
taux , il y avoit deux lions
& deux licornes qui foule
voient l'étendart Royal avec
les armes du Roy des deux
coftez. Dans cet eftage fur
un beau lit de parade on
avoit placé la répreſentation
du Roy . Le lic eftoit couvert
de noir bordé d'hermine &
un écuffon de chaque cofté
A la tefte du lit il y avoit deux
grands chandeliers d'argent
bien dorez avecdeux banquet :
tes de velours noir de chaque
cofté couvert d'un carreau de
GALANT 205
velours fur l'un defquels étoit
l'épée & le fceptre , & fur l'au ,
tre une belle & grande Couronne
d'argent. Le corps étoit
couché fur, le lit habillé à
·l'antique d'un velours cou
leur de pourpre tout brillant
d'or & de pierreries , fur le
corps paroiffoit le Manteau
Royal , & la tefte eftoit cou
verte d'une perruque . Les
deux mains eftoient jointes &
élevées un peu au deffusde fa
poitrine. Six belles Lampes
d'argent pendoient d'entre les
guirlandes fur le corps . Le ciel
du lit eftoit orné de Couron
206 MRECURE
nes d'hermine & de fceptres .
Aux quatre coins on voyoit
les chifres du Roy & au milieu
fes armes ..
Le dernier & plus bas eéta .
ge eftoit une espece de table ,
d'Autel qui foutenoit le refte
du Maufolée , les bords eftoient
de marbre blanc & au
deffus il y avoit une large corniche
, le fonds eftoit noir ,
mais prefque entierement caché
par plufieurs grands cableaux
qui pendoient des quatre
coftez. Au haut on voyoit
la ville de Londres avec les armées
dans le coin d'embas ,
GALANT: 207
& au deffas des armes de tout
le Royaume. Edimbourg étoit
placé de la mefme maniere
du cofté de l'Evangile.
Vers l'Autel il y avoit un
grand Ecuffon qui remplif
foit toute cette face. Les mar.
ches auffi bien que les pavez
eftoient couvertes d'un drap
noir , & fur les marches il y
quarante fept grands chandeliers
d'argent.
Outre tout ce que je viens
de vous dire on avoit élevé
de chaque coin de la derniere
marche un grand pilier de 23.
2c8 MERCURE
pieds de hauteur les piédef.
taux eftoient de forme triangulaire
& pouvoient avoit quatrepieds
de profondeur & deux
de largeur. Ils eftoient couverts
d'un drap noir , & à
chaque colté il y avoit un
grand Ecuffon des Armes entieres
. Chaque pilier avoit
huit branches entortillées à
égales diftances l'une de l'au.
tre . Sur chaque branche il
avoit cinq flambeaux placez
en rond , de forte que fur les
quatres piliers il y avoit cent
by
foixante flambeaux . Au haut
de chaque pilier eftoit un
GALANT. 209.
grand globe qui pouvoit avoit
deux pieds de diamettre . On
voyoit fur les globes les principales
parties d'Angleterre
d'Ecoffe , d'Irlande . Sur deux
de ces globes il y avoit un
lion , fur les deux autres une
licorne qui fuportoient
l'étendart
Royal avec les Armes .
Tout le long de l'Eglife
on avoit pofé des luftres de
forte qu'en tout y avoit
trois
cens
cinquante
huit
luminaires
de cire , foixante
deux
chandeliers
d'argent
,
fept
lampes
d'argent
, & un
grand
coeur
d'argent
à trois
Fanvier
1702
.
S
210 MERCURE
branches . Il y avoit pour le
moins cent Ecuffons.
Le fervice eftant achevé.
1 fallut laiffer entrer le peuple
qui ne pouvoit fe laffer
d'admire la ftructurre du Mau
folée. On le laiffa depuis le
Jeady jufqu'au Mardy fuivant
& on peut dire qu'il y avoit
une proceffion continuelle
des gens qui venoient le voir
de tous coltez.
Je vous envoye des Vers
donnez pour Etrennes à Mademoiſelle
d'Elbeuf. Ils font
de Mademoiſelle de la Force.
GALANT. 211
ETRENNES.
E vous ay reçue en naiſſant ,
Et je vous aimois dans vos lan- JE
ges ,
Je dois m'intereffer à toutes les
louanges
Dopt on va vous aplaudiffant.
2
Mais je juge par moy plus je
vous examine ,
Plus je vois que vous répondez
Au noble fang à l'illuftre origine
Des Heros dont vous defcendez.
Vous répondez encor aux foins
dont vôtre Mere
Vous façonne fi prudemment ,
De fi bonnes leçons ne peuvent
que vous faire
Sij
22 MARCURE
Dumonde l'entier ornement .
2
Je penetre, je fçay tout ce qu'elle
defire .
Oferois - je entre nous vous pare
ler librement ?
Jeune Princeffe , affurément ,
Mes confeils feront tels que
vous pourez les lire.
2
La Cour eft un pays qu'autrefois
j'habité ,
A mes propres perils j'en parle
avec fcience ;
Dans ces lieux gliffans , l'innocence
Ne peut que rarement marcher
en feureté .
Voicy comme à peu près une
fille bien née
GALANT. ziz 213
Devroit regler fa deſtinée ..
$
Mais , oh me dira - t'on , de quoi
vous mêlez vous ?
Eft- ce à vous à tenir un auſtere
langage ?
De preceptes , de moeurs , connoiffez
vous l'ufage
Sans nous abufer pouvons nous
Entendre vos avis , les fuivre.
Ouy,l'on le peut, je vais pour
fuivre.
2.
Le Ciel gouverne tout , il a pû
voir en moy
Les longs égaaemens de la folle
jeuneffe ;
Mais dans tous ces dangers le
fecours de ma foy
A delié le joug plein d'horreur
&, d'effroy ,
214 MERCURE
Qui me tenant captive fous fa
loi
A mon coeur agité caufoit tant:
de trifteffe.
2
Le Toutpuiffant par la bonté,
Pour un humble pecheur eft
remply de tendreffe ,
Et fi- tôt qu'on l'a merité
On goûte le doux fruit de fa
fainte promeffe.
S
Princeffe, écoutez donc, écoutez
mes avis ,
Heureufe quelque jour de les
avoir fuivis !
Heureufe en un âge fi tendre!
Si vous pouvez les bien comprendre.
Le monde eft femblable à la mer,
GALANT: 215
On y reffent d'impetueux orages
Le fragile vaiffeau , qui far fon
flot amer ,
Vogue toûjours loin des rivages
,
Eft fujet à perir, fi le fage No.
cher
Ne regarde le Ciel pour fuivre
fa carriere ;
C'eft- là qu'il puife une lumie-.
re
Qui des bords defirez le peut
faire approcher
.
S
Il faut ainfi que vôtre coeur
s'éleve
Vers l'Etre tout - puiffant qui
gouverne icy bas ,
Qu'il conduife vôtre ame ,
qu'il guide vos pas ;
&
216 MERCURE
Sa pieté fincere acheve
De rendre le Chrétien en rout
tems, en tout lieu
Digne des faveurs de fon Dieu,
S
Suivez cette regle certaine ,
Avec la pieté tout vous fuc
cedera
Vous pourrez foutenir la plus
cruelle peine
Son fecours la diffipera
Je fçay par mon experience
Les biens
que l'on reçoit de fa
feure affiftance .
$
Lorfque vôtre premier réveil.
A fait évanoüir les erreurs du
fommeil ,
Que de vos fens feduits vous reprenez
l'ufage ,
Offrez vous entiere au Seigneur ,
Avec
GALANT . 217
Avec le jour naiffant rendez -lui
vôtre hommage,
Que d'une bouche pure un fincere
langage
Luy prefente tout vôtre coeur.
Quand vous ferez l'honneur des
plus fuperbes Fêtes,
Ou que vous brillerez aux divertiffemens
,
Et que de tous les coeurs vous
ferez des conquêtés ,
Tour vous donner à Dieu pre .
nez quelques momens .
C'eft ainfi que faifoit en France
Une Dame dans la
regence ,
*
Qui foumit un Heros à l'aſpec
de la Cour ,
* Madame de Saujon.
Fanvier 1702
T
218 MERCURE
- Ses yeux allumerent l'amour,
Sa vertu luy fit reſiſtance .
S
Vous avez des attraits qui peuvent
tout charmer ;
Princeffe, on vous dira qu'il eſt
bien doux d'aimer,
D'un difcours fuborneur évitez
la pourfuite ,
Il enflâme les fens d'un dangereux
poifon :
Si l'on n'eft foutenu de toute fa
raiſon ,
Que l'on doit en craiadre la
fuite.
Quels dégouts en amour ne font
point effuvez ?
Ses tourmens font cachez fous
un voile funefte .
Fuyez,
GALANT 219
C'eft le feule party qui vous
refte .
Dans les jeux pleins d'efprit on
s'amufe fouvent ,
La jeune Cour de la Princeffe,
Faites voir de la politeffe
Dans un caractere brillant-
S
Imitez s'il fe peut , cette Princeffe
aimable ,
S'il fe peut rendez - vous comme
elle inimitable ,
Dérobe de fon feu quelque éclat
precieux.
Sans apprehender fa colere
La Fable nous apprend qu'un
autre temeraire
Fit un vol bien moins glorieux ..
28
Egayez vos plaifirs jufques aux
Tij
220 MERCURE
moindres chofes,;
Que pourtant la pudeur en arrête
le frein ,
Cette aimable pudeur eft fur un
jeune tein ,
Ce que l'incarnat eft aux rofes.
$
N'enviez jamais rien , excufez
les défauts
Qui fe rencontrent dans les
autres,
Penfez en même tems aux vôtres
;
Ayez des fentimens honnêtes,
nobles , haurs ;
$
Modeftement tâchez de plaire ,
D'une exacte droiture obſervez
bien la loy,
Il faut être pour tous comme
l'on eft pour foy ,
GALANT 221
Pefez fans preference au poids
du San&uaire ,
Et faites qu'en vos mains tout
foit de bon aloy .
S
Vous avez devant vous le plus
parfait modele ;
Mais qui peut imiter cette illuftre
mortelle ?
L'Eternel n'a formé qu'un Soleil
pour les Cieux,
Et la terre n'a qu'elle à montrer
à nos yeux.
ន
Princeffe , vous voyez de bien
prés ces merveilles ,
Vous pouvez vous former fur de
grandes leçons .
De ces recits les divins tons
Frappent de bien loin mes
oreilles ,
T iij
222 MERCUKE
Mais je ne vois pas moins d'icy
vôtre bonheur,
Vous commencez vôtre carriere
Sous le regne pieux d'un Roy
plein de fplendeur ,
De la vertu le digne poffeffeur;
Suivez ces traces de lumiere:
Comme vous aurez fans
doute appris la mort de Mademoiſelle
d'Elbeuf, arrivée
le mois paffé au Convent des
Filles de Sainte Marie , où elle
2307
eftoit , vous ferez peut- eftre
furprile de voir qu'on envoye
des Etrennès ce mois cy à Ma.
demoiſelle d'Elbeuf. Pour
faire ceffer cet embarras , je
GALANT, 243
vous diray que Mademoiſelle
d'Elbeuf à qui Mademoiſelle
de la Force donne des avis fi
judicieux & fi dignes d'eftre
lus par toutes les jeunes perfonnes
qui entrent à la Cour ,
eft une jeune Princeffe dont
la beauté & l'efprit naiflant
promettent beaucoup , Fillede
feu M le Duc d'Elbeuf, Pere
de M le Duc d'Elbeuf d'aujourd'huy
, qui avoit épousé
Mademoiſelle
de Navailles ,
Fille du Maréchal
de ce nom ,
en troifiémes Noces . Mademoiſelle
d'Elbeuf qui mourut
le mois paffé âgée feulement
Tiij
224 MERCURE
de dix fept à dix . huit ans
eftoit Fille de M' le Duc d'Elbeuf
d'aujourd'huy & de Mademoiſelle
de
Vivonne , Fille
de M' le
Maréchal Duc de
Vivonne , & d'une Soeur de
Mile
Prefident de Meíme .
L'Epiltre fuivante a efté
adreffée à
Mademoiſelle de
la Force , fur les Vers qu'elle
a faits pour Mademoiſelle
d'Elbeuf.
2
EPITRE.
U'on ne s'étonneplus dans le fiecle
où nousfommes ,
GALANT 225
De voir que le beau Sexe égale les
grands hommes ;
Nous vante qui voudra les ouvrages
nombreux
Qu'ont produit de nosjours les Poe
tes fameux ;
La Force & Scudery , Bernard &
Deshoulieres
Aprochentfans flatter des Boileaux;
des Molieres ;
Les Vers ,fçavante Iris, que tu viens
de chanter ,
vanter.
avec honneur le beau Sexe
Feront avec
Plus on lit ton ouvrage , & plus il
force à dire
Que du Ciel en naiſſant tu reçus
l'art d'écrire ;
Et qu'il raffemble en toy les dons &
les faveurs
Dont ilfut enrichir chacune des neuf
Soeurs ,
226 MERCURE
La politeffe & l'art , la force & l'é
nergie
Sont les graces qu'on voit dans cette
Poefie's
Ileft vrayque tufçais parmille nouveaux
traits
Expofer à nos yeux de fidelles portraits
.
Rien n'égale ton tour , ton file , tes
maximes,
Tu connois les bons mots , tu poffedes
les rimes ,
Ta lyre enfin , Iris , eftant toujours
d'accord ,
Fait que tu te foûtiens fans faire
aucun effort.
Les preceptes choifis , qu'en habile
maistreffe , [ Princeffe
Tu donnes pour former une jeune
Font bien voir que tu fçais ce que
caufe l'amour.
GALANT 227
Et comme ilfaut agir pour bien vi
vre à la Cour.
Ie fçay que la vertu , l'esprit & la
prudence
"Sont des dons naturels aux gens de
fa naissance ,
Qu'une Fille qui fort du fang des
Demi dieux
Nepeutjamais manquer en marchant
aprés eux
Cependant lesconfeils d'unefçavan
te Amie
La rendent plus parfaite & Prin
Neceffe accomplie
Ton coeur à découvert fçait luy tracer
unplan
Pour foutenir par tout l'éclat d'unj
[ adreffe baut rang ›
Tes charmantes leçonsfont voir avec
Que i poßedes l'art d'inftruire une
Princeffe
218 MERCURE
En fuivant tes avis , en pratiquant
tes loix:
Elle eft feure de plaire au pluspar
fait des Rois
Mais pourquoy nous furprend un fi
noblegenie ?
N'as - tu pas à la Courpaffé toute ta
vie ,
Ne fçait- on pas quelest ton rang &
ta maifon !
Tes Ayeux n'ont- ils pas fait refpecter
leur nom ?
Nourrie auprés des Rois , tu dois bien
ètre inftruite
[fuite
Des maximes de Cour & de toute fa
Plus qu'aucune autre , enfin , penetrant
fes fecrets
Tu peux nous en inftruire avec d'heureux
fuccès , tes
Etpar tes beaux avis qu'un Courti,
fan doitfuivre
GALANT 229
Nous tracer le chemin d'y briller
d'y vivre ;
Mais à prefent , Iris , hors de cet
embaras
[ appas.
D'un estat plus heureux tu goute's
les
Dans le Vallon facré du Pere des
neuf Mufes
Aluy faire ta Cour maintenant ta
t'amufes .
C'est là que ton efprit fçaitjoüir des
douceurs
Qu'on goûte à fe mêler au choeur de
ces neuf Soeurs ,
Qu'en paffant tes beaux jours aux
charmes de l'Hiftoire
Tu fais graver ton nom au Temple
de Memoire ,
Et que par les beaux Vers que tu
fais aujourd'huy,
Du Sexe , tu deviens l'ornement &
Гарриу.
230 MERCURE
5+
if
M' de Fer dont je vous an
nonce prfeque tous les mois
quelques nouveautez , tant
prend de fein d'aller au devant
de tout ce que le Public
peut fouhaiter , vient de luy
donner une Carte nouvelle
des Duchez de Mantouë , &
de la Mirandole , avec la plus
grande partie des territoires
de Verone , Breſcia , & de Cremone.
Il a joint à cette Carte
un Plan de la Ville de Mans
touë , ce qui eſt d'autant plus
nouveau & curieux, qu'il n'yen
avoit point encore eu de
gravé.
GALANT.
# 31
Vous ferez bien aife d'apprendre
qu'à Toulouſe chez
la Veuve J. J. Boude on debite
un livre qui a pour titre DiffertationHiftorique
Polemiquefur
les foixante - dix Semaines du
Prophete Daniel, Compelé par
le Pere Bouges , Profeffeur en
Théologiedans le grand Convent
des Auguftins de la mefme
Ville . On y donne des
preuves de la venue du Meffie
, avec un nouveau calcul,
de ces melmes Semaines.
L'ordreque l'Auteur tientpour
traiter à fonds une matiere fi
difficilefait croire qu'il fera d'u
23 MERCURE
2
negrandeutilité pourle Public ,
& que non feulement les Sça-
-vans , mais encore ceux qui
n'ont qu'une legere connoiffance
des Ecritures & des An
tiquitez des Juifs , entreront
facilement dans une queftion
quon avoit regardée jufques
a prefent comme impenetra .
ble , & fur laqu'elle un Sçavant
prélat de noftre France
a crû , qu'on ne pouvoit rien
dire du nouveau : ou de pluscertain
, que ce qu'on en avoit
déja dit , novum vero novum vero aliquid as
certius afferre longe etiam operofius.
Vous en jugerez vous
GALANT. 233
même par la Table des Chapitres
que je vous envoye ,
qui vous donnera une idée generale
de cet ouvrage & de
l'erudition de fon Auteur,
Chap 1 Où l'on explique en
general , la Prophetie de Daniel
qui fert de Préface à cet On
urage.
Chap. 11. Du principal fu
jet de la Prophetie 1. Dans
cette Prophetie , Danielparle conf
tament du Meſſie, 11. Sept Ob.
jections des Juifs anciens & m
dernes , avec les Réponses
Chap. III. Oul'on fait voir
que tout ce que Daniel dit du
Fanvier 1702.
V
234 MERCURE
Meffie , convient à Jefus de
Nazareth. I. Les Caracteres du
Meffie 11. Les emplois du Meffie.
III. Le tems de fa venuër
Chap . IV . De la nature
des femaines de Daniel. I.
Cing efpeces defemaines II . Celles
dono parle Daniel , nefont point
des femaines de jours . 111. Elles
ne font point encore jubilaires ,
decenaires oufeculaires . IV. Mais
de fept années chacune. V Elles
font fixes & determinées . VI . Par
on doit on les fixer ? Trois années
constamment fabatiques qui les
fixent: VIO Si ces femaines font
compofées dianpées folaires conclup
GALANT 2'35
naires . VIII. Explication du
terme abbreviatæ de la Vulgate,
Chap . V. Du commencement
des LXX . femaines .I.
Differences Opinions . II . Abregë
chronologique des Rois de Perfe
III . Les trois premieres Opinions
ne peuvent pas eftre foutenues.
IV. La quatrième , quoy que la
plus probable eft faule. V. L'af.
fociation d'Artaxerxés avec ſon
pere , n'eft ni veritable ni d'aucun
uſage, VI. La vingrićme année
d Artaxerxés doit fe prendre depuis
la mort de Xerxés
Chap. VI . Qù l'on répondaux
Objections les plus difficiles.
1
Vij
236 MERCURE
Chap . VII . Où l'on donne
la maniere de compter les
LXX. femaines. 1. Quel eft
noftre Systeme . II . En quel fens
~nous diſons que la premiere ſemai.
ne commence depuis la vingtiéme
année d' Artaxerxés Longuemain.
III. Le trmps de la mort de fefus
Christ IV En quel tems
doit on fixer la foixante dixième
femaine. V. Que devons nous en
tendre par la ceßation des Hofties
& des Sacrifices VI. Explica .
tion de la Prophetic de Jefus Chrift
en S. Matthieu chap. 24.
Chap . VIII. Où l'on répond
à quelquee Objections . Thefe qui
GALANT 237
a donné occafion à ce Livre.
Les Vers qui fuivent ont
faits par M Diéreville , dans
le temps que l'on fe préparoit
à railler Mr Fagon .
Vel bruit ! quel trifße bruit tout
à coupfe répand!
Quoy , du plus grand des Rois qui
regnent fur la terre ,
Le Premier Medecineft atteint de la
pierre ,
Et l'on va le tailler dans ce danger
preffant !
Nous implorons ton aſſiſtance
Ah! Seigneur , conduis bien la main
de Maréchal,
Dans cettefunefte occurrence ,
238 MERCURE
Qu'il acheve par toy de guerir ce
grand mal
La fanté de Fagon , Seigneur , t'est
précieufe ,
Il entretient celle d'un Roy
Qui faitfuivre ta fainte loy
Malgré l'herefie odieufe
Qui cent fais à voulu s'élever contre
toy.
En confervant l'Auteur d'une fanté
fichere ;
De tes facrez Autels tu foutiendras
L'appuy
Et tu feras enfin sexauçant ma prie
re
Plus pour toy mefme , que pour
lay.
Quoy que . Mr Fagon foit
connu pour un des plus IçaGALANT.
239.
vans hommes qui ayent jul
qu'icy profeffé la Medecine ,
& que cette verité ne puiffe
eftre combatue , puifqu'il eft
impoffible que tout homme
qui a infiniment de l'efprit &
qui s'applique uniquement à
une chole fans eftre diffipé
par aucuns plaifirs , & par au
cune autre occupation , ne des
vienne pas le premier homme
du monde dans les connoif
fances qu'il cherche à acque
riran dof :
au !
Quoy que fon-grand defin
tereffement leuft fait admirer
même dans le temps qu'il au
sin
240 MERCURE
roit dû eftre plus intereffé .
ainfi que la prudence & la
raifon fe demandent d'un
homme qui n'epargnoit rien .
pour fe rendre parfait dans
fon art.
Quoy qu'enfin il le fuft
diftingué par toutes les qua .
litez qui peuvent faire efti
mer un homme d'une profon
de érudition & d'un merite
perfonnel generalement reconnu
, la fermeté dont il
eftoit capable eftoit encore
inconnuë , & il la peut eftre
ignorée, luy mefme jufqu'à ce
qu'il ait eu l'occafion d'en
faire
GALANT. 245
*
faire paroiſtre des marques.
On n'en peut donner de plus
fortes que celles qu'il a fait
voir rant qu'à duré l'operation
de la taille. Cette operation
eft aufli perilleuse que
douloureuſe. Cependant le
lens froid qu'il a confervé
doit caufer uu étonnement
qui ne luy peut eftre que glo .
rieux , s'eftant entretenu avec
Mr Marechal pendant tout ce
temps fans laiffer échaper le
moindre mot qui marquaft
ce qu'il fouffroit , n'y donner
melme aucun figne qui le puft
faire connoiftre. Ceux qui re
Fanvier 1702 .
X
242 MERCURE
fufent leur eftime , & leur admiration
à tout ce qui na
point efté fait par les anciens,
auroiens de la peine à faire
voir dans l'antiquité un exem ,
ple de fermeté plus remar
quable dans toutes les circonftances.
Quoy qu'on fuft perfuadé
de l'eftime , & mefme de la
tendreffe que le Roy avoit
pour M' Fagon , s'il peut mê.
tre permis de me fervir da
mot de tendreffe , l'eftat ou
il s'eft trouvé a fait voir qu'elle
alloit audelà de tout ce qu'on
peut s'imaginer , ce qui a pa..
GALANT. 243
2
г
ru par tout ce que ce Monarque
a fait pour luy & pour
fa famille , je ne le repete
point , je diray ſeulement que
M Maréchal ayanr refufé
trois cens louis d'or que M
Fagon luy avoit envoyez , cet
habile Chirurgien le trouvant
trop recompenfé du plaifir
d'avoir fervy l'Etat en
atribuant
au retour de la fanté
de M Fagon , le Roy qui le
fceut , dit , que c'eftoit fon
affaire & que M' Maréchal ne
le refuferoit pas , deforte que
Sa Majesté luy envoya quatre
cens louis au lieu des trois
r
Xij
244.MERCURE
cens qu'il n'avoit pas voulu
accepter.
***
Enfin l'état où s'eft trouvé
M' Fagon a fait voir dans
qu'elle haute confideration
il efteit à la Cour , & même
dans toute la France , où chacun
a donné des marques de
la crainte qu'il avoit que le
Roy ne perdift un homme fi
rare , qui eftant utile à fa fanté
, eftoit par confequent tresneceffaire
à l'Etat .
Voicy des Vers faits par
le mefme M Diéreville dont
je vous ay parlé au commencement
de cet article. Ils font
CALANT
45
fur le rétabliffement de la
fanté de M' Fagon .
Ma Mufe banniſſon's
noſtre douleur
muete ,
Chantons , nos veux font accomplis,
ی ت ی ک
ے ک
ے ھ ک ی د
Le premier Medecin du Monarque
des Lys
N'aplusrien qui les inquiete
Le mal qui menaçoit fes jours ,
Vient defe terminer au gré de notre
envies
Le Ciel n'a pas voulufitoft finir le
cours.
D'une fi precieufe vie.
Rendons luy des graces fans fin.
De tant de lonté qu'il nous marque
,
En confervaut le Medecin ,
Il nous affure le Monarque.
X iij
246 MERCURE
Je vous ay deja dit que le
Roy étant fatisfait desfervices
de M le Duc de Montfort,
avoir confenty que Mle
Duc de Chevreufe fon pere
fe demir en fa faveur de la
Charge de Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de
la Garde . Mr. le Duc de
Montfort a pris poffeffion de
cette Charge, Le Roy fe rendit
pour cet effet dans la plaine
de Sartoris , où ſa Majeſté
monta à cheval . Elle trouva
ce que l'on appelle le Guer ,
ou autrement la Brigade de
quartier efcadronnée , les Of
C
GALANT 247
د م ح م
ficiers eftoient à la teſte ainſi
que les timbales , & les trompettes
, le Roy fe mit à leur
tefte, & leur dit de reconnoitre
M ' le Duc de Montfort pour
leur Capitaine Lieutenant , &
ordonna qu'ils euffent à obeir
à fes ordres . M' le Maréchal
d'Etrées qui avoit attendu le
Roy à cheval & qui repre.
fentoit le Conneftable de
France s'approcha fitoft que
S. M. fe fut retirée. Il mit fon
chapeaufur fa tefte , M ' le Duc
de Montfort demeura décou
vert. Les Officiers eftoient
auffi découverts , & avoient
X iiij
248 MERCURE
le fabre haut. Le chapeau de
Mr le Duc de Montfort eftoit
fous fon bras gauche . Il tenoit
fon fabre haut du même
cofté , & avoit l'autre main
levée pour faire le ferment
que M ' le Maréchal d'Eftrées
lut à haute voix , aprés
quoy on joua plufieurs fan .
fares . Ces Troupes firent pa
roistre beaucoup de joye d'a.
voir un Chef intrepide qui
avoit donné en plufieurs ocou
il s'eftoit diftingué de
grandes preuves de valeur ,
& de bravoure..
On a eu avis de la mort de
GALANT 249
Monfieur le Comtede Lignerac
arrivée dans une de fes
Terres en Auvergne. Il defcendoit,
ce que l'on ' pretend
incontestable , d'Aftier de
Mure Chevalier dés l'an 1000 ,
& pere de Robert de Mure qui
fe rendit fi celebre par les ex.
ploits de Chevalerie que Timard
fon fils quitta le nom
de Mure prit celuy de Robert
& voulut qu'il fut celuy de fa
famille en memoire de la valeur
de fon Pere . Cette Maie
fon a efté divifée en deux
Branches prefque des fon origine,
Celle de faint Jal qui
eftoit L'aînée eft éteinte elle
2jo MERCURE
a donné prefque dans le mê
me fiecle divers perfonnages
illuftres à l'Etat & à l'Eglife de
France. Ce font Jean Robert,
Maistre des Requeftes de
樂
l'Hôtel du Roy & l'un des
douze Confeillers du Parlement
de Paris fous Philippe
le Bel en 1289. Guillaume
Robert , premier Evêque de
Montauban, & à qui le Pape
Jean XXII. adreffà quelques
Chapitres de fes Extravagan
tes , Adhemart Robert , Evêque
de Lifieux , puis Archevê
que de Sens , & élevé enfin
au Cardinalat par Clement
GALANT yk 251
VI. en 1342. beaucoup moins
à caufe de l'honneur qu'il
avoit d'eftre parent de ce
grand Pape, que pour fon habileté
dans la fcience des Canons
de l'Eglife. Et Pierre
Robert , Doyen de l'Eglife
Collegiale de Saint Germain
de l'Auxerrois , Chanoine de
Notre Dame de Paris ,Maitre
des Requeſtes de l'Hôtel du
Ray & Treforier des finances
de Charles VI. Les Curieux
trouveront fon Epitaphe dans
le Chatur de l'Eglife de faint
Germain de l'Auxerrois , où
elle fur mife fur la tombe en
252 MERCURE
1396. qui fur celle de fa mort
La branche de Lignerac a
produic auffi des hommes de
confideration. Bertrand Ro .
bert Evêque de Maguelone
en 1433 pouvoit estre grand
oncle de Pierre Robert fieur
de Lignerac & de Noailles en
partie , qui laiffa de Marguerite
de Cofnac fon époufe
Charles Robert l'aîné, Jaques
Robert Prefident aux Enqueftes
au Parlement de Bordeaux
, puis Maitre des Requeftes
du Roy & Confeillet
d'Etat , mort en 1571. Charles
Robert Seigneur de Lignerac
GALANT. 253
& de Noailles en partie, épou .
fa Philippe de Pellegrüe Dame
du Puy Genflac & fut pe
re de François Robert l'ainé
de Gilbert Robert Sieur de
Marcez, & de Pantaleon Robert
Seigneur de Monteil,
Jeanne Robert femme du St
de Cardaillac de Vegene ,
François Robert Seigneur de
Lignerac, Chevalier de l'Ordre
du Roy en 1571. Capitaine
des Gardes de la Reine
Ifabeau d'Auftriche , Gouver.
neur d'Orillac en Auvergne :
vendit fa portion de la Seigneurie
de Noailles en Limo.
254 MERCURE
fin au celebre François de
Noailles , Evêque d'Ax en
Gafcogne arriere grand oncle
des trois illuftres freres
qui font prefentement diſtinguez
dans l'Eglife & dans la
Cour. Il époula Françoiſe de
Scoraille puis Catherine
d'Autefort , & laiffa de la prémiere
Gilbert Taîné , Gilles
Robert fieur de Bazanez le
Gentilhomme de fon temps,
le plus déterminé & mort fans
enfans de Galpare de laRoue
Pierrefort , Jeanne Robert
femme de François de Caillac
fieur de Sedages Philippe
3
GALANT 295
10
Robert femme de Louis
d'Anjony Baron de Merdoine.
Ses enfans du fecond lic
furent Edme Robert l'aîné ,
Role Robert femme de François
de Boffier Baron d'Orele ,
puis d'Antoine Raffin fieur de
Puycalvaire en Agenois , Catherine
Robert femme de
Charles Louis fieur de Belonzac.
Gilles Robert , fils aî .
né du premier mariage fut
furnommé le jeune Signerac.
Il eftoit Colonel au fervice
side la Ligue , & aufli attaché
que le vieux Lignerac fon pere
au Duc de Mayenne . Il fut
to
256 MERCURE
despremiers bons François qui
luy tournerent calaque pour
s'attacher au Roy , & mourut.
avant fon pere , laiffant de
Jeanne , fille du premier Maréchal
de la Chaftre , Jeanne
Françoife Robert mariée
avec Annet Seigneur de Plas,
& premier Baron du Vicomté
de Turenne.
*
Edme Robert , l'aîné du fe .
cond lit, continua fa pofterité.
Il fervit en qualité de maréchal
de Camp de l'Armée de Lan .
guedoc , & il épousa Gabrielle
de Levis Ventadour , Fille de
Claude Comte de Charlus.
6 GALANT 257
De cette alliance nâquirent
Prançois Robert l'ainé , Charles
Robert , Prieur de Pleaux
Catherine Robert , femme de
Georges de Palamourgues , S
de Chaud four. François Robert
, Seigneur de Lignerac ,
époufa Marie Fille de Jacques
Baron d'Elpinchal , d'où font
venus entr'autres M' l'Abbé
de Lignerac & м le Comte
qui vient de mouri . Ila laiffé
de Jeanne Fille de Jacques Baron
de Reilhac , Bailly des
Montagnes d'Auvergne , qui
a l'honneur d'eftre Petite Fille
de Marthe de Noailles , Dame
Fanvier 1702 .
Y
•
258 MERCURE
de Sedieres , M le Marquis de
Lignerac , Colonel du Regiment
du Perche , & marié
avec Mademoiſelle de Caylus
& Armande Robert , mariéeavec
м'le Comte de Soudheilles
, Lieutenant de Roy du
Bas- Limofin.
Gilbert Robert de Lignerac
, Chef de la Branche
de Marcez fut Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel ,
& Gouverneur du Chafteau
de Carlat en Auvergne en
1603. Il époufa Claude d'Uffel
Fille de Claude , Seigneur de
la Garde , d'où vint Jean RoGALANT:
259
電飯
bert Seigneur de marcez , qui
de Louife de Felzine , Fille de
Chriftophe , Seigneur de
Montmurat en Auvergne , &
premier Baron de Quercy ,
laiffa François Robert mort
jeune , & Jeanne Robert , Dame
de Marcez , femme du S
de Saint Julien , puis de Thomas
de la Tour S d'Alaignat ,
& Gilberte Robert , mariée
avec Martin de la Tour , Frere
de Thomas. Pantaleon Robert
de Lignerac , Chef de la
Branche de Monteil ,fut ma.
rié avec Louife de Cambon ,
d'où nâquit Louis mort en
Y ij
260 MERCURE
bas âge Madeleine Robert ,
Femme de Jean de Mealet ',
Seigneur de Fargues & de
Rouffiac . Larbre . Catherine
Robert Dame de Monteil ,
fut mariée avec le Seigneur de
Deillan.
Dame Marie Amelot veu .
ve de Charles de Luxembourg
de Beon , eft morte le quin .
ziéme de ce mois , regrettée
de tous les Pauvres qui
la regardoient comme leur
Protectrice & leur Mere . Elle
eftoit née au mois de Mars
1602. Ainfi il ne s'en falloit
que deux mois qu'elle n'euſt
GALANT. 26
cent ans accomplis . Elle eftoit
Fille de Meffire 'Denis Amelot
, mort Doyen du Confeil
des Maistres des Requeftes
& des Confeillers d'honneur
au Parlement , aprés avoir efté
en plufieurs Intendances dans
les Provinces du Royaume.
On a vû au fiecle paffé & à
prefent dans les premieres
Charges de Robe & en plu
ficurs Ambaffades
, ceux qui
portent le nom d'Amelot ,
& ce font des poftes qu'ils
ont remplis avec tant d'honneur
que le Roy & l'Etat en
ont tiré de tres utiles fervi
ces.
262 MERCURE
Quant à Charles de Lu
xembourg de Beon , il eftoit
fils de Louife de Luxembourg
& petit fils de Jean Comte
de Brienne & de Ligny aîné
de fes Freres & de la branche
qui a fair fouche avec
la fienne , & qui fubfifte en
la perfonne de Luxembourg
de Beon fon petit fils . Il feroit
inutile de faire la genea.
logie des Maifons de Luxem
bourg & de Beon dont l'une
eft Imperiale & l'autre tresilluftre
par fon ancienneté &
par fon affinité avec les Rois
de France de la premiere MaiGALANT
26
fon de Foix , appanagez.comme
proches parens en certains
domains & heritages , avec
la qualité de Sire de Beon &
toutes les alliances des meil .
leurs Maifons de Guyenne , de
Navarre & d'Arragon.
to Antoine de Luxembourg
Comte de Brienne , & de
Rouffy , fils puifné de Louis
Conneftable de Saint Paul ,
eut de Françoiſe de Croy fa
feconde femme , Charles de
Luxembourg auffi Comte de
Brienne,de Ligny & de Rouffy
, duquel & de Charlotte
264 MERCURE
d'Eftoureville vint Antoine
de Luxembourg Comte de
Brienne & de Ligny , Baron
de Rameru , & de Piney Seigneur
de Tingry , époux de
Marguerite de Savoye de Vil
lars , Pair de France , Cadec
& de Jean de Luxembourg
Comte de Brienne & de Ligny
qui a eu de Guillemette de
la Marck Charles de Luxembourg
aufli Comte de Brienne
mort fans enfans d'Anne
de la Vallete , Soeur du Duc
d'Efpernon , & Louife de Lu
xembourg Femme de Bernard
de Beon Seigneurs de Maſſeys
de
GALANT 269
Gouverneur d'Ang oumois
la Rochelle , & Pays d'Aunis,
dont eft venue Louiſe de
Beon Comteffe de Brienne
alliée à Henry Augufte de
Lomenie Secretaire d'Etat.
Le 13. de Juin 1701. Sanfon
Cadot âgé de cent quatre an
nées mourut dans la Paroiffe
de Marfolan au Dioceſe de
Letour.
Le 28. du mois paffé Me
Gilles Doazan Ancien Curé
de Saint George au Dioceſe
de Letours dit fa feconde
Meffe nouvelle , âgé de qua.
trevingt ans , ayant le meſme
Janvier 1702.
Z
1
166 MERCURE
Parrain de fa premiere Meffe
un des Preftres affiftans auffi
de fa premiere Meffe , & dou .
ze de fes Neveux qui affifte.
ront à l'Autel du meſme
nom .
M'l'Abbé Boutard faifant
attention à toutes les occa
fions qui peuvent fournir à
fa Mufe Latine de favorables
fujets de s'exercer , a fait une
Ode en cette Langue qu'il a
adreffée au Roy : Elle eft fur
l'établiffement de l'Academic
Royale des Infcriptions , & des
Medailles . Cette Ode a efté
traduire par Mr Moreau de
4
.
GALANT 267
1
Mautour . Je vous ay parlé de
luy tant de fois, que vous devez
fçavoir fon merite & fes
qualitez fans que je vous les
repete. a cu l'honneur de
preſenter fa traduction au
Roy , & de la lire dans une
Seance publique de l'Académie
des Inferiptions , ayant
l'avantage d'être de ce Corps .
Voicy cette Traduction .
ODE
N'En doutezpoint, Races futu-
Yes ,
C'est la vertu des Conquerans
Z ij
268 MERCURE
Qui les garentit des injures
Et de l'affreuxoubli des ans.
Pour rendre leurs noms memorables.
Les monumens les plus durables
Nefont pas les doctes écrits ;
Mais le marbre& le bronze antique,
Qui porte leurfront heroique
Et dont le temps fait tout le prix.
2
Le rare métal de Corinte
Se conferve entier à nos yeux
Lors que nous y voyons empreinte
L'image de ces demy- Dieux ,
De la Grece , de la Syrie ,
De l'Egipte , de l'Italie ,
Reftes facrezdes premiers temps :
Ou des Cefars la longue fuite ,
Dont Louis renferme l'élite
Parmifes trefors éclatans.
2
De leurs vertus toute ame éprife
GALANT: 269
Grand Roy , par un louable choix
Veut que le Bronze immortalife
Les vertus des Heros François.
Tufçais ecompenfer speines
De ceux qui de Rome& d'Athénes
Deterrentjufqu'aux fondemens :
Tu combles de biens de gloire
Ceux qui confac ent noftre hifto re
Par de celelves monumens .
S
Ta race en dim - Dieuxfertile
Anime le marbre & l'airain ,
Leur dureté devient docile
Par l'effort fçavant du burn.
Dans ce travail où l'Artfe live
Chaque Heros fe voit revivre ,
Et paffe à la pofterité.
Par les chefs d'oeuvres metalliques ,
A leursfaits , à leurs noms antiques
Tu donnes l'immortalité.
ន
Z iij
270 MERCURE
•
Quandtu confacres les Conqueftes
De nos Rois pieux & guerriers:
On voit briller parmi leurs teftes
La tienne ceinte de lauriers .
Tel avec cette noble audace
Qui tout autre Heros efface ,
Te forment nos fidelles mains :
Nous gravons tes faits admirables.
Tes triomphes plus memorables
Que ceux des Grecs & des Romains.
2
90
Voy ce type qui reprefente
L'Herefie aux derniers abois
Et la verité triomphante
Par l'autorité de tes Loix.
Voy la Paix au rameau d'olive
Qui tient la Difcorde captive :
Icy le Duel aboly,
La Impieté reprimée ,
Themis partes foins reformée ,
Et l'honneur des Arts rétably.
GALANT. 271
$
Dans un autre brillant Ouvrage
Le Rhin dompté s'offre à tes yeux:
L'Escaut , que ta foudre ravage.
Soumet fes flots imperieux,
La Meufe d'effroy fe retire ,
Le Doux rentre fous ton empire
Aprés avoir brifefes fers :
La terre onore fon fein aride
Par un travail digne d'Alcide
Tu fçais reja ndr. les deux mers ,
包
Il s'offre encore à notre veie .
Undigne objet de nos travaux:
Lors que tu reprens ta mafuë
Pourvaincre des monfires nouvaux :
Tu domptes l'Hydre Batavique ,
Tu braves l'Aigle Germanique
Qui du Po menace les bords :
Et le Leopard infidelle
Auteur d'un ligue r. belle
Z iiij
172 MERCURE
Tentd'inutile s efforts .
2
Ilfaut de nouvelles guirlandes
Orner ton front majestueux ,
Et par de pompeufes légendes
Exprimer tesfaits Vertueux.
Que les Temples , que les Portiques
Sur Lurfaçades magnifiques
Retracent tesfameux exploits
Qu'on life fur les pyramides
Sur les métaux les plus folides
LOUIS eft l'Hercule François.
2
Aut
GALANT. 273
Quoy que tout ce que fait
M' l'Abbé Boutard merite un
applaudiffement
general , je
croy qu'il voudra bien me
permettre de luy dire , que la
plus grande partie de ceux
qui ont lû fon Ode ne font
pas d'accord de ce qu'il avan
ce dans fa premiere Strophe ,
que je crois devoir repeter
icy.
N'en doutez point, Races futures;
C'eft la vertu ds Conquêrans ,
Qui les garentit des injures
Et de l'affreux oubly des ans .
Pour rendre leurs noms memorables,
Les monumens les plus durables
Ne font pas Is doctes écrits ;
274 MERCUKE
.
Mais le Bronze& le Marbre antitique
,
Qui porte leurfront héroïque ,
Et dont le temps fait tout le prix.
Je demeure d'accord que
les Marbres , & les Bronzes
font de plus de durée que
l'impreffion , mais lors qu'une
fois uneHiftoire, un Poëme où
quelques autres Ouvrages ont
efté imprimés, l'impreffionen
eft fi fouvent renouvellée , &
mlutipliée que l'Univers en
fourmille , s'il eft permis de
parler ainfi , ce qui n'arrive
pas des Medailles , qui ne font
point renouvellées , perſonne
GALANT. 275
ne s'eftant encore imaginé de
faire des Coins nouveaux
pour fraper des Medailles antiques.
Ainfi fuppofé, comme
on le dit affirmativement, que
le temps détruiſe tout , il eft
hors de doute qu'on ceffera
avec le temps de trouver les
plus anciennes Medailles , &
qu'elles feront détruites les
unes aprés les autres. Elles
finiront de deux manieres ,
l'une parce qu'un grand nom
bre de fiecles effacera ce qu'-
elles reprefentent , & mefme
que peu à peu les métaux dont
on fe fert pour les faire fe276
MERCURE
ront fondus , fans que le cuis
vre mefme, qui eft celuy de
ces métaux fur lequel l'avarice
à le moins de prife foit
épargné.
L'Impreffion ne peut ja .
mais eftre fujette au mefme
fort puifque de fiecle en frecle
la beauté des Caracteres qui
la forment , va en augmen
tant. On pouroit me dire
qu'il en eft de mefme de la
beauté des Médailles , &
qu'on en voit prefentement
que l'Arc a renduë plus parfaires
, mais il y a cette diffe
rence que ce ne font point :
GALANT.
277
les anciennes Médailles qui
jouiffent de cette avantage ,
puifqu'elles ne font point re .
nouvellées ; au lieu que ce
font les livres les plus anciens
qui fe fentent de l'étude que
chaque fiecle a faite pour per.
fectionner les Arts. Ces faits
font inconteftables & les Thu.
cidides, les Xenophons , les Ta
cites , les Virgiles & les Horaces
font aujourduy d'une impref
fion bien plus belle que ces
ouvrages n'ont efté lorsqu'on
en a fait les premieres édi
tions. On doit ajouter à cela
que la terre eft remplie d'un
278 MERCURE
nombre inombrables d'exemplaires
de ces Hiftoriens & de
ces Poetes & que l'on en
ve même en toutes fortes
de langues , au lieu que l'on
ne voir qu'à peine quelques
Médailles de celles qui ont
efté frapées dans le temps
que ces Hiftoriens , & ces
Poëtes ont travaillé à leurs
Ouvrages , de forte qu'on
ne peut douter que ce qui
s'imprime ne dure plus que
les medailles. Il eft conftant
·
d'ailleurs que
exemplaires
augmente
, & que
l'on en trouve
de traduits
en
plufieurs
Langues
, pendant
le nombre des
GALANT. 279
que le temps anneantit les
Medailles , & il eft enfin encore
plus conftant que la
beauté de l'impreffion
augmente
de jour en jour, & que
les Editions que l'on a faites
des Livres les plus anciens
ſurpaſſent infiniment
celles
qui en ont efté faites dans les
fiecles precedens . J'ajouterai
que pour un Curieux qui a
des Medailles
, il y aun nom .
bre infini de gens qui ont des
Hiftoires imprimées
, parce
que l'Hiftoire d'un Prince
coûtera quelquefois
moins
qu'une feule Medaille de fa
280 MERCURE
1
vie , dont il faudroit amaffer
deux ou trois cens pour en
avoir une fuite . Ainfi tout le
monde peut avoir l'Hiftoire
de la vie d'un Souverain, mais
il n'y a que ceux qui font extremement
riches qui puiffent
avoir une longue fuite de Medailles.
Il ne reste plus quà
faire voir le grand & entier
avantage que lesHiftoires ont
fur les Medailles. Il ne faut
point perdre de temps en raifonnemens
qui feroient inutiles
pour une choſe qui faute
aux yeux,& qui prend d'abord
l'efprit. Les plus belles Me
GALANT
281
dailles font les plus fimples,
parce que fielles eftoient trop
hiftoriées , & par confequent
trop remplies de figures elles
jetterbient une confuſion , &
un embarras dans l'efprit , ce
qui feroit caule qu'on auroit
de la peine à dem fler le
fujer pour lequel elles auroient
efté frapées , les Medailles
n'eftant point accom
pagnées d'un Difcours qui
les explique. Et mefme on
ignore aujourd'huy le verita
ble fajet de la plupart des
Medailles antiques . Les uns
les expliquent d'une maniere
Janvier 1702 .
A a
284. MERCURE
& les autres d'une autre ; &
commeperfonne ne peut decider
, & que les explications
que chacun donne font au
hazard, & font plus voit l'éru
dition de ceux qui cherchent
à les expliquer qu'une verité
conftante , on peut dire que
le public en voyant tant
de differens partis , demeure.
dans l'incertitude de ce qu'il
en doit penfer. Ainfi pour
éviter ces inconveniens , il
faut que les Medailles foient
fimples. Ce n'est pas que lors
qu'elles font frapées dans le
temps mefme que tout reGALANT.
283
tentit de bruit des actions
qui en font le fujet , ou du
moins peu de temps aprés, on
ne demeflalt aifément tout
ce qu'on auroit voulu faire
entendre quand elles auroient
efté un peu trophchargées ,
mais àdmeſure que le temps
fair perdre l'idée de des actions
l'explication en devient
difficile, de maniere qu'aprés
un fiecle (chacuni explique à
fa fanaifie & fans certitude
les Medailles qui ne font pas
dans la plus grande fimplici
té. Cela fait que de toutes
les differentes explications
A a ij
284 MERCURE
qu'on leur donne, il n'y en a
fouvent pas une de veritable.
Il faut donc neceffairement
que les Medailles ſoient toutes
fimples pour paffer à la
pofterité; c'est à dire pour que
dans les fiecles avenir cha
cun en trouver d'abord le
veritable ſujet fans donner la
torture à fon efprit . Mais fi
les Medailles font dans tou .
te la fimplicité où elles doivent
eftre , elles ne ferviront
qu'à marquer les dattes des
actions qu'elles reprefente.
ront fans en faire voir la
beauté, quine peut eſtre conGALANT,
283
nuë que par les circonstan
ces qui ont accompagné ces
actions , les conjonctures où
elles ont efté faites , & une
infinité d'autres parties qui en
dépendent & qui n'apartiennent
qu'à l'Histoire ; & comme
avec tout cela il eft bien
difficile de faire paffer les plus
belles actions à la pofterité ,
pour auffibellesqu'ellesle font
eneffer,parce que l'envie tâche
toûjours à diminuer de la
beauté de ce qu'elle trouve
de trop parfait , il eft bien
malaifé
, mal aifé, pour ne pas dire im
poffible, qu'une Medaillé qui
286 MERCURE
parle fi peu qu'elle pourroit
paffer pour muette , faffe voir
à fond routes les veritez &
2 &
toute la grandeur de certaines
aactions , dans lesquelles.
à melure qu'on les develope
on découvre tous les
jours des beautez nouvelles.
Ainfi tourfait voir&cout prou,
ve que l'Histoire eft plus du
rable que les medailles, & peut
penetrer dans plus de fiecles,
qu'elle peut fe multiplier par
des éditions toujours renouvelleées
dans tous les Etats
où l'impreffion eft en uſage
& mefme en plufieurs lanGALANT:
289 .
guest ce qui n'arrive point
aux Médailles qui ne font ja.
mais multipliées , & qu'enfin
toute la beauté d'une action
le découvre dans l'Hiftoire
au lieu qu'il faut la deviner
dans une Médaille , & que,
cette Médaille ne peut fub
fifter qu'un temps , au lieu que
l'Impreffion fubfiltera tou
jours fuivant les raifons de
fait & inconteſtables
qui
viennent d'eftre alleguées neb
Je ne prétens pas que ce que
je viens de dire à l'avantage
de l'Hiftoire diminuë en rien
de l'estime que l'on doit avoir
288 MERCURE
pour les Medailles , on ne fçau
roit trop les admirer , non feulement
elles font glorieufes
pour le Prince en faveur de
qui on les a frappées ; mais
elles font paroiftre l'efprit de
ceux qui én deux ou trois pa
roles , & avec deux ou trois
figures font comprendre tou
te une belle action & c'eft par
là que Pon eft convaincu
que les beaux Arts fleuriffent
dans leftat où l'on s'eft donné
le foin de les fairecultivet ..
Avoir pendant la paix le
foin des Finances d'un auffi
puiſſane Etat que celuy de
12
France ,
GALANT. 289
France , c'est un travail im
menfe , en avoir foin pendant
la guerre en eft un incomprehenfible.
Se mêler de tout ce
qui regarde les Troupes pendant
la Paix demande un détail
, & une application qui ne
laiffent aucun repos , s'en
mefler pendant
la guerre
quand on eft chargé des Finances
, c'eſt le comble de
tous les travaux , & il eft im .
poffible d'avoir plus d'occupas
tion . Mr de Chamillart eft
chargé de tous ces foins .
Cependant
au milieu des
grandes & continuelles occu .
Fanvier
1072.
Bb
290 MERCURE
pations que luy donnent tant
d'affaires d'une fi haute impor
ance , il a trouvé le temps
d'examiner avec toute l'attention
& l'application poffi
ble les comptes de ce qu'il
faut , pour l'entretien des Invalides
, & de tout ce qui en
dépend , de maniere qu'ayant
trouvé quarante mille livres
de revenant bon tous les ans ,
il l'a dit au Roy. Ce Prince
deftina auffi -toft cette fomme
pour donner des penſions aux
Officiers de guerre qu'il en
jugera les plus dignes.
Je vous envoye les Jetcons
S
JI
VINCAT
THEQUE
BIBLIOT
LYON
* 1893*
?
730
VILLE
C
A
PPI
qu
ne
la
GALANT 291
qui ont efté frapez cette année.
Le portrait de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
devoit eftre à l'endroit où
vous trouverez une place vuide
, mais le Graveur n'ayant
pu faire reffembler affez bien
cette Princeffe , & le temps
preffant beaucoup , j'ay cru
que je devois le faire effacer
plutoft que de vous en en- *
voyer un qui ne luy reffemble
pas.
La Devife qui fuit la place
vuide eft au revers du por
trait de cette Princeffe.
Voici un Sonnet que vous
B'b ij
292 MERCURE
ferez bien aife de voir . 11
eft adreffé à Monfieur le Duc
du Maine.
PRn
SONNE T.
Rince fur qui les fens n'ontjamais
eu d'empire
Qui tout jeune guidé par la droite
raifon
Vous eftes prefervé de ce fubtil poifon
Qu'on ne reçoitjamais que la vertu
n'expire.
2
Que la pofteritéprendra plaifir à lire
Qu'un Heros plus fameux que ceux
de la Toifon ,
Dans l'âge où les plaifirs font toûjours
defaifon
GALANT 293
Ait fuivi les confeils que la fageßè
infpire.
S
Rigide obfervateur de la plusfainte
loy ,
L'on vous voit reverer les dogmes de
la
Foy
Avec un caur foumis ainfi que Dieu
L'ordonne ,
Charitable & rempli de fentimens
humains ,
Chaque jour les bienfaits font les
fruits de vos mains
Sans
que la gauche fcache à qui la
droite donne.
Il paroift depuis peu un
livre intitulé Petit Manuel Ce
lefte ou Nouveau Calendrier
Bb iij
294 MERCURE
approprié pour chaque année
des deux fiécles de 1700. &
1800. fuivant & le Calendrier
Gregorien , redigé dans un
ordre fuccint & fort intelligible
; avec une nouvelle Tablette
de Cabinet pour la prefente
année 1072. C'eſt un
ouvrage curieux compofé de
plus de cinquance Tables , ou
l'on connoift les veritables.
principes de ce Calendrier ,
& la facilité d'en compofer
foy même pour quelque année
que ce foir à perpetuité ,
ce qui n'a point encor efté
découvert jufqu'à preſent . Ce
•
GALANT. 295
livre eft tres - utile & indifpen .
fablement neceffaire pour tou
tes fortes de profeffions tant
fur terre que fur mer.
Le Rondeau que vous trouverez
icy a efté envoyé à Madame
le Gendre , Intendante
de Montauban fur un Sifflet
qu'elle a envoyé le premier
jour de l'année .
D
RONDEAU.
E mon Sifflet , belle Intendante
La voixjadis trop éclatante
Charme aujourd'huy tout le Ha
meau.
La Mufette , le Chalumeau
Cedent à fa douceur naiſſante
Bb iiij
296 MERCURE
D'Apollon la Lyre touchante ,
Un Cigne prés de fon tombeau
N'approchent point du fon nouveau .
Demon Sifflet.
2
Pardonnez moy fije levante
C'est vous , c'eft vos attraits qu'il
chante ,
Eux qui troublent plus d'un cerveau
C'eft ce qui rend fon chantfi beau
Je croy que vous ferez contente
Demon Sifflet.
Dame Marie Antoinette de-
Servien , Fille d'Abel de Servien
Miniftre d'Eftat & Sur
Intendant des Finances , Veuve
de Maximilien de Bethune
IV. du nom , Duc de Sully .
GALANT: 237
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Prince d'Enrichemont
& de Boifbelle
mourut en fon Hoftel à Paris
le 16. de ce mois , âgée de
cinquante fept ans. M le
Duc & M le Chevalier de
Sully font les deux Fils qu'elle
laiffe. Ils ont deux Soeurs Religieufes
à la Vifitation de
Saint Denis en France , où
elles vivent avec beaucoup de
Sainteté , Feu M le Duc de
Sully leur Pere eftoit fils de
Madame la Princeffe de Ver
neuil , & Frere de Madame
la Ducheffe du Lude , Dame
298 MERCURE
d'honneur de Madame Ta
Ducheffe de Bourgogne
Madame la Ducheffe de Sully
qui vient de mourir eftoit
Soeur de M le Marquis de
Sablé , & de Mr l'Abbé Servien.
Leur Mere eftoit d'une
fort bonne maifon de Poitou .
Elle s'appelloit la Roche des
Aubiers , & avoit épousé en
premiers nopces M le Comte
Donfin de la Maiſon de Haraut
, M' le Marquis de Vibrayvint
de ce Mariage . Ainfi
il eftoit frere de Mere de Ma.
dame la Ducheffe de Sully ,
M' le Marquis de Vibray le fils
THEQUE
GALANT.
BIBLI
a époufé Mademoiſelle
gnan , fille de Mt le Comte
de Grignan , Chevalier de l'Or .
dre du Saint Eſprit & feul
Lieutenant de Roy en Provence
.
Madame la Ducheffe de
Sully eft regretté de tout le
monde. Elle avoit toutes les
vertus & tous les agrémens
de fon Sexe . Perfonne ne l'approchoit
, qui ne s'en revinft
& plus content d'elle & plus
content de foy - même. Elle
eftoit obligeante & genereuſe
& avec beaucoup de
beauté & des manieres ailées ,
300 MERCURE
Elle a toujours vécu en fem
me qui faifoit cas de tous fes
devoirs & qui aimoit fort à
les remplir. Elle a efté enterrée
à Saint Paul , on luy a fair un
Service folemnel où ſe font
trouvez les gens de la plus.
grande diftinction , de la Cour
& de la Ville.
M' l'Abbé de Saint Heran
eft mort à Paris. Il eftoit
fils de feu Mr le Marquis de
Saint Heran qui eft mort depuis
quelques mois , & Frere
de Mr le Marquis de Mon.
morin & de Madame la Marquife
Douairiere de Paloiſeau,
GALANT 301
L'Abbé qui vient de mourir
eftoit l'aîné & tout jeune. Il
voulut entrer dans l'Etat
Ecclefiaftique , & il ceda fon
droit d'aînefle à fon frere
quoy qu'il eut déja la furvi .
vance du Gouvernement de
Fontainebleau qu'a aujourd'huy
Mr le Marquis de Monmorin
& que Mr le Marquis
de Saint Heran leur Pere , a
eu jufqu'à fa mort . Le Roy a
donné depuis peu mille écus
de penfion à celuy qui refte .
Cette Maiſon eft illuftre &
ancienne. Elle eft d'Auvergne
& le nom de Monmorin eft
302 MERCURE
i connu , que perfonne ne
doute de fon éclat & de fon
ancienneté.
On a expolé le Portrait du
Roy dans le grand Appartement
de Verfailles . Il eft en
pied avec l'Habit Royal . Cet
Ouvrage eft de M' Rigault .
Jamais Portrait n'a efté mieux
peint ni plus reffemblant.
Toute la Cour la vû , & tout,
l'a admiré. Il faut qu'un Ouvrage
foit bien beau & bien
parfait pour fatirer un applaudiffement
general dans
un lieu où le bon gouft regne,
& où l'on n'eft pas proGALANT
303
5
digue de loüanges . Sa Majefté
ayant promis fon Portrait
au Roy d'Efpagne veut tenir
fa parole en luy donnant l'o .
riginal, & M' Rigault en doit
faire une copie qui eft fouhaitée
de toute la Cour, Quoi
qu'on voye avec regret partir
l'Original , on en auroit
bien plus de chagrin , s'il n'e .
ftoit pas deftiné au Roy d'Ef
pagne.
་
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans a non - feulement
accordé une penfion de dou .
ze mille livres à M' le Mar.
quis de Chatillon premier
11
304 MERCURE
a
Gentilhomme de fa Cham?
bre , mais ce Prince l'a fait
d'une maniere qui montre
combien il fe plaift à faire du
bien . Ce Marquis dit à S. A..
R. en la remerciant , que s'il
ozoit il la fuppliroit de vouloir
bien partager cette penfion
avec fa femme . Ce Prince
répondit qu'il y confentoit,
& qu'il ne faifoit point les
graces à demy. Ce Prince ſe
diftingue parun fi grand nom
bre d'endroits qui font qu'on
l'admire , & j'auray fouvenc
occafion de vous en parler.
Le Roy qui ne cherche
4
GALANT. 305
qu'a faire plaifir à fes Sujets,
a permis à la Province d'Artois
, la fortie de cinquante
mille facs de bled pour les
pays du Roy d'Eſpagne . Les
uns & les autres y trouveront
leur compte , le bled fera plaifir
aux Sujets du Roy Catho
lique, & l'argent n'incommo
dera pas ceux Roy.
La mort à caulé de grands
mouvemens parmy les Offi
ciers des Gardes du Roy.
Quelques uns font montez
d'autres fe font retirez à caufe
de leurs bleffures ou de
leurs infirmitez. Quelques
Fanvier 1702 .
Cc
306 MERCURE
Officiers qui ont beaucoup
de fervice & qui le font diftinguez
parmy les Troupes
ont efté nommez pour remplir
quelques unes de ces pla
ces. Ces mouvemens fe font
faits parmy les Lieutenans ,
les Enfeignes , les Exempts , &
les Brigadiers. J'ay pris foin
de m'en informer autant qu'il
m'a efté poffible. Mais comme
il eft aifé que quelques
circonftances échapent lors
lors que l'on en a tant à rapporter
, & que ceux à qui l'on
s'adreffe peuvent fe méprendre
ou eftre mal informez
GALANT . 307
ra
eux- mefmes , vous ne devez
pas m'imputer ce qu'on pour
trouver dans cet Arti .
cle, qui ne fera pas entierement
conforme à la verite.
* M* du Caſe , Enſeigne des
Gardes du Corps dans Lorge
& parent de Mi le Duc de la
Rochefoucaut , ayant laiffé
par la mort le Gouvernement
de Coignac vacant , ce Gou
vernement a esté donné à M
de Saint Viance , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy , Lieutenant des Gardes
du Corps. Il eſt d'une des
C cij
308 MERCURE
meilleures Maifons du Li..
moufin. Ils eft fignalé en
plufieurs occafions & donna
de grandes marques de fava.
leur à Cogkberg où il fur
bleffé. Comme il ne fe trou
vé plus en état fervir avec la
vigueur neceffaire dans une
guerre pareille à celle qui
femble fe'preparer , il c'eft
démis de fa Lieutenance des
Gardes. Le Roy dit des chofes
fi obligeantes far cette
feparation , qu'il fondit en
larmes pendant tout le temps
que Sa Majesté luy parla. Ce
Prince par une bonté finguGALANT:
309
10
liere pour les Creanciers de
Mr de la Caze a ordonné que
pour les payer on en retiendroit
cinq mille livres tous
les ans pendant quatre an
nées fur les appointemens
du
Gouvernement
de Coignac
mais Sa Majefté a déclaré
en mefme temps qu'elle laif.
foit à Mr de Saint Viance les
quatre mille cinq cens livres
de penfion qu'il avoit déja .
Le Cordon rouge de l'Or
dre de Saint Louis qu'avoit
Feu M' de la Caze & qui vaut
quatre mille livres tous les
ans a efté donné a Mr de la
༢༠ MERCCURE
Barre , Lieutenant de la Colonelle.
Il a en cette qualité
Commiffion
de Capitaine
aux Gardes.
La Brigade de Mr de faint
Viance , a efté donnée à Mr
d'Alipont d'Imécour comme
plus ancien Mestre de Camp .
Il vend fon Regiment
qui
eft en marche pour l'Italie .
Ils font fept freres. Il y en a
un d'Eglife , les fix autres ont
pris le party de l'épée , & ſervent
le Roy avec diftinction .
M ' de Caftan , Enſeigne,
devoit montrer , mais fes infirmitez
l'obligent à fe reti
GALANT: 311
Le
rer. I eft eftimé pour fa
valeur , & pour la conduite.
Lors qu'il entra dans les Gardes
il fut tiré du Regiment
de la Reine Cavalerie où il
fervoit avec diftinction .
Roy luydonne fix mille livres
de penfion .
La Brigade de мr de Caftan
a efté donné â мr de Chelader
qui eftoit Lieutenant Colonel
du Regiment de Noailles
Cavalerie, & avoit un
Brevet de Mestre de Camp.
мr de мacqueville , Enfei
gne quitte auffi le fervice à
caufe de fes infirmitez. Le
31 MERCURE
Roy luy donne quatre mille
livres de penfion.
La Brigade de Mr deмacqueville
a efté donnée à мr le
Vicomte de Suzy qui eft le
plus ancien Exemt du Corps.
Mr de la Motte
Brigadier
des Armées du Roy Lieute
nant dans Noailles eftimé par
fa valeur , & par fa probité
eftant mort aprés cinq jours
de maladie fa Brigade a
efté donnée à Mr Chapilot
qui eftoit fecond Exempt . "
>
Par ces mouvemens мr de
Saint Po eft devenu premier
Exempt, Le Roy en a nommé
trois
GALANT 313
trois nouveaux qui font
Mr de Segonzac qui eſtoir
Capitaine de Regiment de
Noailles Cavalerie .
7.
Mr de Mongon qui eftoit
Capitaine de Dargons .
*
Mr de la Baulme qui eftoit
plus ancien Brigadier.
La Compagnie de Dragons
qu'avoir мr de mongon a efté
donnée à Mr du Bordet.
Le Roy a donné le Regi
ment de Wils Cavalerie à
Mr Dandefi , & la Compagnie
de Cavalerie dont Mr
de Saint Heran Gouverneur
de Fontainebleau s'eft dé .
·Janvier 1702.
D
314 MERCURE
mis à Mr le Prince de Tarante
Fils de Monfieur le Duc de la
Trimouille. Sa majeſté a don !
né en mefme temps , une
Penfion de mille écus à мr de
Saint Heran . Je vous ay dis
de quelle maniere la Cour a
efté fatisfaite de luy pendant
le fejour quelle a faite à Fontainebleau.
Mr de Bournonville rend
fon Regiment , Colonel Ge
neral de Dragons
.
Mr de Salis Colonel Suiſſe
& Brigadier d'Infanterie vient
de läiffer le fien vacant .
Vous ne ferez pas fâché de
GALANT. 3'S
fçavoir quelle a efté la veritable
inftitution de l'Academie
des Medailles . Le 3. Fév .
1663. feu M' Colbert affembla
Mi l'Abbé de Bourzey , M
Chapelain , M Chaffaigne &
M' Perraut, & leur dit que le
Roy luy ayant fait l'honneur
de le choifir pour Surinten .
dant des Baftimens , ce qui ne
feroit declaré que le r ' jour
de Janvier de l'année fuivante,
il avoit fongé qu'il ne fuffiroit
pas pour un Surintendant
des Baftimens de mettre pierre
fur pierre, qu'il falloit fonger
aux Arcs de triomphe, & à
Ddij
16 MERCURE
tous les Monumens qui pou
voient éternifer la gloire du
Roy , chercher des deffeins
de Tapiflerie , travailler à des
Medailles & à des Infcriptions ,
& enfin ne rien oublier de tout
ce que pourroit mettre la
France dans un eftat de perfection
du cofté des Arts &
des Sciences , qu'il feroit bien
aife d'avoir leurs avis fur tou .
tes ces chofes, & qu'il fouhaitoit
pour cela qu'ils s'affemblaffent
deux fois la Semaine,
& qu'ils devoient commencer
par une Medaille fur le renou
vellement de l'Alliance que
les Suiffes qui arrivoient ve
GALANT. 317
noient faire avec le Roy.
Ce fut là le premier établiſfement
de l'Academie des
Medailles. Elle n'eftoit compófée
que de ces quatre per
fonnes, quitravaillerent feul es
pendant quatre ou cinq an
nées , & ce fut en ce temps.
là que fe firent aux Gobelins
les belles Tapifferies des quatre
Saifons & des Elemens .
M' Charpentier , aujourd'huy
Doyen de l'Academie Françoife
y fut admis pour cinquiéme
vers l'an 1667. & M"
de Bourzey , Chapelain &
Chaffaigne eftant morts , on
Dd iij
118 MERCURE
choifit deux nouveaux Aca
demiciens pour mettre en leur
place, fçavoir M' l'Abbé Tallement
le jeune , & M' Quis
naut. Ils ont travaillé avec
Mr Charpentier & Mr Perraut
jufqu'à la mort de Mr
Colbert arrivée en 1683. &
Mr de Louvois ayant fuccedé
à Mr Colbert dans la Charge
de Surintendant des Baftimens
, ne put eftre perfuadé
que Mr Perraut fut de cette
Academie à caufe des autres
Emplois qu'il avoit auprés de
Mr Colbert , & Mr Felibien .
occupa fa place.
GALANT. 319
C
Mr de la Chapelle & Mr
Reynffant , tous deux morts
depuis peu d'années , furent
enfuite admis dans la mefme
Academie, & peu de temps
aprés elle fe trouva compofée
de huit perfonnes. Tous ceux
qui eurent l'honneur d'eftre
nommez pour remplir les
places eurent des penfions
confiderables. Mr Defpreaux,
& feu Mr Racine, eurent une
efpece d'ordre de fe trouver
aux Affemblées fans qu'on
leur donnaſt d'autres penfions
que celles qu'ils avoient dé
ja , parce qu'elles fe trou-
D dij
LO MERCURE
voient plus fortes que celles
qu'on donnoit aux Academi.
ciens.
Aprés la mort de Mr de
Louvois , l'infpection genera.
le de cette Academie fut re
miſe au Secretaire d'Etat dé
la Maifon du Roy, & c'est par
cette raifon que мr de Pont..
chartrain aujourd'huy Chan
celier de France, aremply cinq
places vacantes qu'il a don
nées à мs de Tourreil , Renaudot,
de la Loubere , d'Acier
& Pavillon ; de forte que
depuis le mois de Février 1663.
il fe trouve que dix - huit per
GALANT: 32Ī
fonnes ont remply les places
de cette Academie , & que
par confequent le Livre qui
vient d'eftre prefenté auRoy
fur les principaux évenemens
de fa Vie des Marquez par
aurant de Medailles , a efté
compofé par dix huit perfon
nes qui ont efté regardées
comme les plus fçavans Hom
mes du Royaume.
Voicy de quelle maniere.
cet ouvrage a cfte fait , chacun
a pris le fujet , ou l'explication
d'une médaille à la.
quelle il a travaillé en fon par
ticulier. Tous les autres Aca
22 MERCURE
demiciens ont eu Communication
de fon travail . Chacun
l'a leu
feparement pour y fair
re des Annotations , & chaque
ſujet a efté aprouvé de la
Compagnie apres que les
changemens ordonnez ont
efté fairs. Il feroit difficile de
trouver un autre moyen pour
faire un ouvrage accom
ply à la gloire duquel il fuft
permis à chacun de prendre
part. Tous ceux qui ont contribué
à l'embelliſſement de
ce grand Ouvrage , par touc
ce qui regarde les arts dont
ils font profeffion non feule
GALANT: 323
ment ont fait voir leur pro
fond fçavoir & leur zele pour
la gloire de notre Augufte мo .
narque , mais ils ont aufli fait
connoiftre que la France ne
cede point aujourd'huy a d'au
tres nations les avantages
quelles avoient autrefois fur
elle. Monfieur le Chancelier
ayant choify des perſonnes
d'une érudition confommée ,
& reconnue pour y travailler
, & Mr le Comte de Pontchartrain
, animé du mefme
zele qui faifoit agir Mr le
Chancelier les ayant animez
au travail auſſi bien que Mr
324 MERCURE
l'Abbé Bignon qui s'eftoit
chargé de tout le détail neceffaire
pour venir à bout de
cette entreprife , ontréufidans
ce qu'ils avoient en vûë, puifqué
ce grand Ouvrage a paru .
Lerefte regarde ceux qui ont
efté chargez du travail. Vous
connoiffez leur efprit, vous en
jugerez quand vous l'aurez
vû. Mais lorfque la matiere
eft belle, que les Ouvriers font
habiles , & qu'un Ouvrage eft
revû par differentes perfonnes
, auffi éclairées que celles
que je viens de vous le marquer
; il eft difficile qu'il n'ait
GALANT, 325
la perfection qu'on luy peut
donner.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Meffire Anne
Leonard Bouchu , Marquis
de Leffart , Baron de Loigny
Confeiller au Parlement. 11
eftoit fils puifné de feu Mr
Bouchu , Confeiller d'Etat
ordinaire & de Dame Louife
Guerin dont je vous appris
la mort dans ma Lettre du
mois de Decembre 1699.
Cette mort a efté fuivie
de celle de Meffire Chriftophe
Sibourg , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie , &
26 MERCURE
Brigadier des Armées du
Roy.
Madame de Goury eft
morte dans le mefme temps
en fon Chafteau de Goury
prés d'Orleans . Elle eftoit
Veuve de Mr de Goury , Intendant
de Catalogne . Coufin
Germain de Madame la
Chanceliere le Tellier , leurs
Meres estoient Soeurs . Illaif.
fa en mourant un Garçon &
deux Filles. Ce Garçon mou
rút avant que d'eftre marié.
La fille aîné époufa Mr de
Vertamon de la Ville aux
Clercs , qui en fecondes No.
GALANT 327
ces époufa la Veuve de Mr
le Comte de Monime ,jeune,
belle avec tout l'efprit &
tout le merite , poffible : Ela
le eft de la maifon d'Aubuffon
, proche Parente de
Mr le Duc de la Feuillade
comme je vous l'ay expliqué
dane une de mes Lettres.
Mr de la Ville aux Clercs.
a trois enfans du premier lic ,
un fils & deux filles , le Garçon
eft tout jeune , & pro
met beaucoup. Les deux filles
joignent à tout l'éclat de
leur jeuneffe un vray merite ,
perfonnel. Elles ne fcaus
328 MERCURE
roient eftre en meilleure
école & elles profitent bien
de l'efprit des vertus & des
manieres de Madame leur
Belle Mere . La feconde fille
de Madame de Goury a
époufé Mr le Marquis de Jar.
zé , Chevalier de l'Ordre de
Saint Louis , qui s'eft fort dif
tingué à l'armée par fa valeur
& qui eft fort eftimé dans le
monde
par
mille
autres
qua.
litez
. Il eft d'une
fort
bonne
Maiſon d'Anjou .
Mr le Comte d'Aguillar
dont je vous ay déja parlé
ouit bien icy de fon merite
GALANT. 329
& de fa reputation . Il fe fait
admirer par mille qualitez
qui le diftinguent autant que
fon rang & fes plus beaux titres
. Il parle des Arts & des
Sciences comme ceux qui
en font profeffion . Il don
ne uue bonne partie du
tems qu'il n'employe pas à
faire fa Cour , à voir tout
ce que Paris a de beau & de
curieux , la fur rout exa
miné avec foin toutes nos
Academies , dont il a voulu
fçavoir les ufages & deman
dé les Statuts.
Je détail où le Roy veut bien
Fanvier 1702.
#
•
I admire
Ee
330 MERCURE
entrer pour tout ce qui peut
contribuer à l'avantage ou à la
gloire de fes Sujets,& il dit il y
a quelques jours à un de fes
amis qui l'accompagnoit dans
nu lieu qui meritoit cette refle
xion . Vous eftes peut - eftre furpris
, Monfieur, que je ne me récrie
pas fur tout ce que je vois d'admirable
; mais je vous avoně
qu'aprés avoir vu le Roy rien de
de tout ce qu'il a qu'il fair
de grand ne sçauroit plus mefur.
prendre,
Voicy ce que portent les
Lettres de Barcelone du 17.
Decembre 1701,
GALANT. 331
Samedy paffé , les Etats
de Catalogne qu'on appelle
·icy las Cortes , finirent dans
toutes les formes , ce qui
n'eftoit pas arrivé il y a plus
de cent ans. Le Trône avoit
efté dreffé dans le Convent
des Religieux de Saint François
, où il a demeuré . Le
Roy & la Reine d'Eſpagne
y affifterent en perfone , & ce
jour fut un des plus heureux
dont cette Province ait joüy
depuis long temps . Il ne fetoit
pas facile d'exprimer
quel fut le concours du peu
* Exe ij
32 MERCURE
ple, & qu'elle fut fa fatisfac
tion. Tous les Catalans pu
blient qu'ils ne font pas feu ..
lement les fideles Sujets d'un
fi parfait Monarque , mais
qu'il fe feront encore un bonheur
d'en eftre les Efclaves .
& qu'ils font perfuadez que
le Ciel ne pouvoit pas leur
donner une plus viſible preu
ve de fa bonté & de fa prote
tion, qu'en leur donnant un
Maitre auffi accomply.
Ces Etats ont accordé à Sa
Majefté Catholique un Don
d'un million & demy, d'Ecus
payables en fept années,
GALANT. 333
en l'acquittant par portion
tous les trois mois.
Madame la Princeffe des
Urfins , Dame d'Honneur de
la Reine d'Espagne , a receu
des honneurs fort diftinguez
dans ces Etats . On luy cons
tinuë comme dans toute l'Ef
pagne , les honneurs dont el
le joüiffoit à Rome , & on luy
a permis d'affifter au Trône.
Ce font leurs termes ; c'eſt un
honneur que les Etats de cetre
Province refuferent autre
fois à un petit fils de ce grand
Roy Don Fernando qu'ils honorent
comme un Saint. Maa
*
334 MERCURE
dame la Princeffe des Urfins
fe fait aimer de tout le monde
, & charme toute l'Efpagne
par fon efprit & par fesmanieres.
Le mefme jour Sa Majeſté
s'eftant retirée au Palais au
travers des acclamations publiques
, declara les honneurs
& les Titres fuivans qu'il ve
noit d'accorder.
Le Titre de Marquis à Don
Juan de Lupian y Agullo ,
Gouverneur de toute la Cata
logne , neveu de Mr le Mar.
quis de Caſtel dos Rios Am
baffadeur du Roy d'Eſpagne
en France.
GALANT 335
2
Le Titre de Marquis à Don
Pedro de Cartella y Desbach
, beaufrere de ce mefme
Ambaffadeur.
Le Titre de Marquis à Don
Pepro de Sentmanat du mef.
me nom que cette Excellen,
oc .
Le Titre de Marquis à Don
Jofeph de Agullo.
Le Titre de Marquis à Don
Jofeph de Pinos.
Le Titre de Marquis à Don
Bernard de Aijmerich .
Et le mefme Titre à Don
Carlos de Lupia , à Don Jofeph
Mecca , & à Don Gero .
336 MERCURE
•
nimo de Rocabertt.
L'ufage eft que le Roy d'Ef
pagne quand il écrit aux
Marquis qui ont ce Titre
en Catalogne leur donne la
qualité d'Illuftre & de Mon
Coufin
Le Roy d'Eſpagne a accor
dé outre cela beaucoup d'autres
graces à divers particu
liers, & beaucoup de Lettres
de Nobleffe à ceux qui les
avoient meritées . Leurs Ma.
jeftez Catholiques ont fur
tout diftingué par mille bontez
tous les parens de mr le
Marquis de Caftel dos Rios.
Jamais
3
GALANT
33.7
Jamais il ne s'eft vû une
ardeur pareille à celle des
François lorsqu'il s'agit de
fervir le Roy , & de fignaler
leur valeur & leur courage.
Mr le Marquis de Pefeux Francomtois
, neveu de мr le ma
réchal de Choifeüil , ayant.
demandéà faire un Regiment
à fes depens , & fupplié en
mefme temps le Roy de luy
laiſſer la nomination des Officiers,
plus de cinquanteper
.
fonnes de diftinction ont de
mandé à Sa Majesté qu'il luy
pluft de leur faire la melme
grace, Sa Majefté l'a accordée
Janvier 1702 .
Ff
$38 MERCURE
à neuf, en affurant en mefme
temps les autres , que lors
qu'Elle auroit befoin d'un
plus grand nombre de Regimens
, Elle fe fouviendroit ,
& de leur demande, & de leur
zele. Ceux qui ont eu le bonheur
d'eftre nommez pour
faire ces nouveaux Regimens
doivent les lever dans les
lieux de leur naiffance , dans
leurs Terres , & par tout ou
ceux de leur maiſon ont quel .
ques Charges ou Gouvernement,
en cas qu'ils en ayent.
Ceux à qui le Roy a accordé
la levée de ces nouvelles
GALANT 339
·
Troupes font
Mr le Marquis de Pefeux
dont je vous ay parlé le mois
paffé .
M' le Duc de la Force , de
l'ancienne Maifon de Caumont-
la Force . I eft frere de
Madame la Comteffe duRourre,
& leve ſon Regiment en
Guyenne.
Mr de Hautefort Beaufin ,
frere de мr de Hautefort & $
de Mr de Surville , qui commande
le Regiment du Roy.
Son Regiment doit eftre levé
en Champagne.
Mr de Villemaure , qui a
F fij
140 MERCURE
eu depuis peu une penfion du
Roy. Il eft frere de madame
la Comteffe des Marets, veuve,
de Mr le Comte des мarets ,
Grand Fauconnier de Fran .
ce , & autrefois Fille d'Honneur
de Madame . Les Troupes
de fon Regiment doivent
eftre levées en Poitou.
M'de Laffé , fils de M' de
M ' de Laffé Montatere , l'un
des Lieutenans de Roy en
Bourgogne , où feront levées
les Soldats qui doivent compofer
ce Regiment.
M'le Chevalier de Gaffion
fils cadet de M' de Gaflion
GALANT. 341
Prefident au Parlement de
Pau. Gascogne luy fournira
tous les Soldats dont il aura
befoin.
M' le Marquis de Montboiffier
Canillac d'une des
meilleures maifons d'Auvergne
où il levera fon Regi .
ment.
Mr de Franquieres Exempe
dans Noailles à qui le Roy
donne cinq cens écus de pen.
fion . Son Regiment fera les
vé en Dauphiné.
M' le Chevalier de Saint
Germain Beaupré , fils de M
le Marquis de Saint Germain
Ff iij
342 MERCURE
Beaupré Gouverneur de la
haure & baffe Marche. O
fon Regiment fera levé .
M' de Saint Second leve
un fecond Bataillon pour fon
Regiment ainfi on ne le met
point du nombre de ceux qui
levent des Regimens nou.
veaux quoy que la levée qu'il
fait foit auffi confiderable,
Mr Segur, Capitaine Lieutenant
des Chevaux . Legers
d'Anjou , achette le Gouvernement
de Foix que le Roy
donna à Mr le Comte de Tallard
aprés la mort de мr le
Marquis de Mirpoix , мr le
Marquis de Lignieres fils de
GALANT 343
13 'de feu Mr Colbert Secretaire,
& Miniftre d'Etat , & gendre
de мr le Marquis de Sourches ,
Grand Prevolt de l'Hôtel ,
achette fa Compagnie. мr de
Soudé Guidon achette la
Sous- lieutenance , & un Gen.
tilhomme de Normandie ,
dont le nom n'eft pas encore.
venu à ma connoiffance, ache ,
te le Guidon .
Mr de Rouvray , Lieutenant
Colonel de Traffy a eu
l'agrément du Roy pour
achetter le mefme Regi
ment.
Le Roy a donné à мr de
F fiiij
344 MERCURE
Vagner , Colonel de fon Re
giment des Gardes Suiffes , la
penfion de fix mille livres
qu'avoit feu Mr Stoupp .
Pendant que tous les Bra
ves s'empreffent à fervir le
Roy & l'Etat , ceux qui ont
pris le party de l'Eglife , & qui
cherchent à fe rendre fçavans
pour la foutenir un jour
contre lès Infideles & les He.
retiques , fe diftinguent tous
les jours en Sorbonne . J'oub'iay
il ya quelque temps de
vous parler de мr l'Abbé de
Villeroy , qui y foutint des
GALANT 345
Thefes avec les applaudiffemens
qu'il a de coutume de
recevoir. Mr l'Abbé de la
Vieuville en foutint auffi une
au commencement de ce
mois , fon nom marque fa
naiffance , & fon efprit fe fit
connoiftre par l'action qu'il
fit.
3
Je ne doute point que je
ne vous faffe plaifir en vous
parlant d'un livre nouveau de
M' l'Abbé de Bellegarde , &
quevousnevous
difiez d'abord
àvous- même que je vous an
nonce un ouvrage qui fera
bien reçu du Public , cet Ab ,
346 MERCURE
bé n'en ayant fait aucun dont
on n'ait fait trois ou quatre
éditions. Ce grand fuccés
vient fans doute de ce que
connoiffant parfaitement le
monde , ilimite parfaitement
la nature dans tout ce qu'il
fait , & ne choifit que des matieres
qui divertiffent en inf
truifant. Son dernier ouvrage
qui eft celuy qui vient de pas
roiftre , a pour titre Lettres cu
rieufes de Litterature é de Mo
rale. Les Lettres qu'il contient
font ,
Sur le bon gouft.
Sur l'Hiftoire.
CALANT
347
Sur la difference des moeurs
des Anciens & des Moder
nes.
#
*
Si les femmesfont inferieu
res aux hommes pour le mes
rite de l'efprit .
Sur les Pieces de Theatre
Quoy que les fujets de ces let
tres doive exciter beaucoup de
curiofité , le nom de l'Auteur
l'augmente encore parce qu'il
nelaiffe rien à defirer fur les
matieres qu'il traite , & qu'il les
enrichit toûjours de beaucoup
d'erudition.
Ce livre eft dedié à Madame
la Ducheffe du Maine.
348 MERCURE
Cette Princeffe ayant beau
coup de gouft pour les ouvra
ges d'efprit , & donnant au
milieu de la Cour beaucoup
de temps à la lecture de tous
ceux qui ont quelque reputa
tion , M'P'Abbé de Bellegarde
a fait voir en mettant fon
nom à la tefte de fon Livre
qu'il ne fçait pas faire un choix
moins heureux des perfonnes
à qui il dédie fes Ouvrages
que des fujers fur lesquels il
travaille . Ce livre fe vend
chez Jean & Michel Guignard
rue Saint Jacques devant la
ruë du Plâtre à l'Image S. Jean.
GALANT 349
On a vû paroistre dans le
mefme temps un autre livre
intitulé Critique contre la préwention.
Cet ouvrage eft de Madame
de Pringy , & juftifie ce
que M' l'Abbé de Bellegarde
a dit d'avantageux
pour les
Femmes , dans fa Lettre où il
répond à la demande quel'on
luy a faite , Si les Femmesfont
inferieures aux hommes par le merite
de l'esprit. Les Ouvrages
de
Madame de Pringy font voir
le contraire , elle n'en a point
donné qui n'ayent efté favo
rablement
reçus du public .
350 MERCURE
& l'on peut dire fans aucune
prevention qu'on y trouve
autant de folidité que d'a
grement , & qu'ils font hone
neur au Sexe. Elle commence
celuy cy par une defcri.
ption de la prevention & de
l'efprit du monde . Elle faic
connoiftre neuf fortes de pre
vention qui font celles d'Or,
gueil , d'Intereft , de Senfualiré
, d'habitude , de malice
d'humeur , d'efprit ; du coeur
de juftice , & de vertu. Cet
Ouvrage eft dedié à M. le
Duc du Mayne , de maniere
que l'on a donné en meſme
GALANT. 352
4
temps au Public deux Ouvrages
dediez , l'un au Prince
& l'autre à la Princeffe qui fe
font aujourdhuy
le plus de
plaifir d'aimer les Lettres &
de les proreger. La Critique
contre la prevention ſe vend
chez Jean Mufier , au bas de
la rue Saint Jacques vis à vis
la rue Galande à Image
Saint Antoine,
Quoy que les nouvelles
qui regardent l'Armée doi
vent eſtre fteriles lorſque les
Troupes font en Quartier
d'Hyver, je ne laifferay pas de
vous entretenir de celles d'
352 MERCURE
眷
talie . Les Allemans font dans
a mirandole , & dans Bercel ;
l'on ne peut dire qu'il fe
foient emparez de ces deux
Places , n'y qu'ils les ayent
conquifes. Comment des
Troupes qui n'ont ofé affieger
Goitro, auroient elles ofé
attaquer Bercel . La Trahifon
d'un cofté , & l'alliance de
l'autre , leur ont fait remet
tre ces deux Places, fans qu'ils
ayent eu d'autre peine que
d'entrer dans des lieux dont
on leur ouvroit les portes. H
ne faut pas effuyer bien des
perils pour faire de pareilles
GALANT: 353
•
pen
conqueftes, & comme ce qui
s'acquiert fans danger s'ac
quiert fans gloire , les Alle
mands n'en eftoient pas
beaucoup chargez lors qu'ils
font entrez dans ces deux
Places. Elles ferviront à les
mettre à couvert
dant l'hyver. Des bons ,
& grands Villages auroient
efté pour eux de la meſme
utilité ; car vous vous perfuadez
bien qu'avec la fuperiorité
dont nous ferons au commencement
de la Campagne,
ces. Poftes tiendroient peu
devant les Troupes des deux
Janvier 1072. Gg
354 MERCURE
Couronnes s'il leur plaifoit
de les attaquer. Bercel qui
paffe pour une Fortereffe n'a
point de dehors , les ruës en
font fort étroites ; il n'y a aucune
place pour mettre des
Troupes en bataille , toutes
les maiſons font à peu prés
conftruites comme le lieu que
l'on nomme les Piliers des
Halles à Paris , & les piliers
qui les foutiennent eftant de
bois , il faudroit peu de Bom .
bes pour les reduire en cendre.
La Place eftant petite ne
peut fervir de retraite à beaucoup
de Troupes, & l'on n'y
GALANT
355
peut faire de Magazins pour
l'Armée Allemande . Ainfi je
n'ay pas avancé fans raifon
que cette place ne fervira
que pour donner le couvert
pendant cet hyverà quelques
Troupes de l'Empereur .D'ail
leurs il faudra bien que leur
Armée s'en éloigne fi elle
veut faire quelques conqueftes
. Ce ne fera pas en demeurant
dans le Modenois qu'elle
prendra le Milanez , & ileft
aifé de s'imaginer qu'une pareille
place n'eftant plus cou
verte d'une Armée , ne feroit
guère en état de fe défendre
1
Gg ij
356 MERCURE
contre les Troupes des Alliez
qui feroient en droit , fi les
deux Couronnes le jugeoient
à propos,de vivre à difcretion
dans tout le Modenois , cette
place n'ayant pu eftre l'entrée
dans les formes aux Allemans
fans que la Neutralité foit
rompuë ; de forte que lavantage
que les Troupes des Alliez
en tireroient pendant
l'Efté , feroit beaucoup plus .
confiderable que celuy que
les Allemans en auroient tiré
pendant l'Hyver. Je ne dis pas
qu'on fe fervira de tous les
avantages qu'on fera en pou
GALANT. 317
voir de tirer à l'ouverture de
la Campagne , mais je puis
bien affurer que la fuperiorité
mettra les Alliez en étas
de le faire , & qu'ils ne feroient
rien qu'ils ne fuffent
en état de faire , & dont ils
puffent justement eftre blâmez.
Les Italiens ont manqué
de politique pour en vouloir
trop avoir,& pour avoir voulu
eftre trop fages , & ne déplaire
à aucune des Puiflances.
Ils devoient fe liguer
pour empêcher qu'aucunes
Troupes étrangeres n'entraf
fent en Italie , & pour ne l'a358
MERCURE
Voir pas fait ils font caufe de
tout le fang qui a efté répandu
jufques à prefent . Ils
n'ont pas confideré que les
François ne portent aucuns
droits en Italie , ou du moins
qu'ils n'en veulent faire va
loir aucun, que les Allemans
yen portent, & que le nom de
Roy des Romains devoit les
inquiéter, qu'ils en regardent
les Souverains comme Feudataires,
que l'Empereur n'en
vouloit point faire fortir fes
Troupes aprés la derniere
guerre , qu'il en exigea des
Tommes immenfes , & que
GALANT 359
pour les payer , l'un fut obligé
de vendre fon Buffet , &
l'autre de mettre fes Pierrerie ,
en gage. Ce fut ainfi qu'is
traita fes amis qui avoient
entretenu
fes Troupes , & qu'il
fe fit payer pour les retirer ,
au lieu qu'il devoit les rembourfer
pour les avoir entretenuës.
Les Princes Italiens doi
vent juger par ce procedé de
ce que feroit l'Empereur s'il
eftoit en poffeffion du Mila.
nez, & des autres Etats du Roy
d'Espagne en Italie , il eft à
prefumer, ( car perſonné n'en
360 MERCURE
doute ) qu'il ne fouffrircit
point d'autres Souverains en
ce pays là , & quand il au .
roit joint les plus petits Etats
il entreroit des forces pour
accabler les plus grandes
Puiffances , qu'il luy feroic
facile d'attaquer de plas d'un
cofté, Ainfi toute l'Italie doit
reffentir beaucoup de joye,
du grand nombre de Trou .
pes que le Roy a la bonté d'y
envoyer pour luy donner
moyen d'éviter l'esclavage
dont elle eft menacée , &
dans lequel elle tomberoit
infailliblement, les troupes de
deux
GALANT . 361
deux Couronnes qui feront
dans peu fort nombreuſes ,
ne peuvent manquer de luy
rendre ce fervice . Il fera grand
car quoy qu'il foit abfolument
impoffible queles Imperiaux
s'emparent du Milanez ,
& qu'il y ait de l'imagina
tion à s'en former feulement
la moindre idée, les Allemans
ne laifferoient pas peut eftre
de ravager encore longtems
l'Italie , puifqu'ils n'épargnent
pas plus leurs amis que leurs
ennemis. Ils y demeureroient
longtemps parce qu'ils font
les dupes des Anglois , &
ᎻᏂ .
Fanvier 1702 ,
362 MERCURE
1001
des
Hollandois qui ne les y aub
ont envoyez qu'afin que la jup
France fe trouvant obligée ob
dy envoyer beaucoup
de
Troupes , il luy en reftaft
moins pour
s'opposer aux at
Hollandois
loriqu'ils commenceront
la guerre qu'ils
ont réfolu de faire à l'EL
pagne. Les mefmes
raifons
les engageront à ne
fournir aux Imperiaux que
les fecours
neceffaires pour
faire durer la guerre
non pour s'emparer
du
Milanez , parce que fi une
fois ils sen eftoient ren-
&
GALANT 363
dus maitres les François
qui feroient obligez d'abandonner
l'Italie retomberoient
fur leurs bras.
20
Ceux qui jugent lainement
des chofes en Italie ont tou
jours dit , que fi une fois les
Allemans y mettoient le pied,
la Religion Catholique eftoit
perdue. Il eft certain qu'il y
à dans leurs Troupes un tresgrand
nombre de Proteftans,
& de Lutheriens , qui les
haiffent plus que les autres
Catholiques , parce qu'ils font
dans un lieu ou il femble
que la Religion Catholique
Hh ij
364 MERCURE
•
doive eftre mieux établie , &
plus reverée , & qu'ils croiroient
avoir plus de merite
de la detruire en ce Pays là
que dans un autre . Les Italiens
ont lieu de craindre d'y voir.
auffi bientoft des Anglois fi
la guerre dure. Ce feroit alors
que joints aux Allemans , ils
ne reconnoiftroient d'amis
dans aucun Italien.
Voicy les noms des Officiers
Generaux qui doivent
paffer l'hiver en Italie , & des
lieux où les Troupes doivent
hiverner.
A Cremone
Mr le Marechal de Villeroy ,
GALANT. 365
S
Mr de Renel Lieutenant Ge-
1019neral
.
Mr de Crenan Lieutenant
al &
General .
Mr d'Albergoti , Marechal
Ovde Camp
.
Mr le Duc de Villeroy , M.
20 de
Camp
.
Mr de Montgon M. de Camp.
S Mr de Praſlin, Commandant
la Cavalerie.
Mr Darennes Commandant
l'Infanterie ,
L'Eftat Major de l'Armée
compofée du Major general
& du Marechal des Logis de
la Cavalerie , & du Mare;
Hh iij
356 MERCUREchal
des Logis general de :
l'Armée .
Entre l'Oglio le Pô
Mr le Marquis de Crequi ,
Lieutenant general ,
Mr de Cavois Marechal de
Camp.
誓
Mr de Villiers Commandant
la Cavalerie .
A Milan
Mr le Prince de Vaudemont.
Mr de S. Fremond,Marechal
de
Camp.
Mr Dugua Brigadier, avant
Dans le Monferrat,
Mr de Barbeziers Lieutenant
General.
ཀྱ
LAGALANT. 367
ab Mroid Asfeld Marechal de
Camp .
Dans Alexandrie
Mr de Murcé commandant
la Cavalerie .
Mr de Vaubecourt Lieute
nant general. CUR
Mr de Billy commandant la
Cavalerie ,
ETAT DES LIEUX
OU LA CAVALERIE DOIT
PASSER L'HIVER.
Dans le Monferat 30. Elcadrons.
A Cremone. 12. Eſcadrons.
Dans l'Alexandrie. 14. Eſca
drons.
Hh iiij
348 MERCURE
Dans le Mantouan. 12. Efca
drons .
Entre le Pô & l'Oglio . 12. Efcadrons.
Total 85. Efcadrons .
INFANTERIE.
A Cremone. 12. Bataillons.
A Pavie
A Lody.
Dans le Mantouan .
Entre le Pâ & l'Oglio.
A Pifighiton.
7
19
23
A Soncino .
Le long de l'Adda .
Total.
3
71. Bataillons
GALANT. 369
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit le Vif argent.
Ceux qui l'ont trouvé font :
Mrs Linterel : de la Loge Commiffaire
des Grenadiers à che
val du Roy : Bardet & fon amy
du Pleffis du Mans : Boury, Avocat
en Parlement , de la ruë &
devant l'Eglife de S. Honoré :
D. de Blois : Guillaume Aymable
Belard de Rouen : la Brie de
la ruë de la Juffienne : Volhoufe
, Oculifte Anglois demeurant
à S. Germain en Laye , & la fpirituelle
Angloife Galaera du
même lieu ; l'Abbé Neüillac :
du Rey Buillon de l'Hoftel des
Vertus , cul de fac de la Porté
S. Jacques proche le petit Marché
: l'Ecuyer Regidoctal & fa
Soeur René Stolph Mandarin
370 MERCURE
SP
Chinois: Tamirifte & fa famille ::
le petit Acteon de la grande Bar
be : le Phenix des Femmes de la
ruë de la Chanverrerie : le feul
indépendant de la Montagne
d'or : l'heureux Coufin Lucida--
mor & fon Ange d'or des Galle
ries du Louvre les deux Freres
F. M. D. C. du College de Boiffy:
les cinq juftes Maitres des
Requestes de la Bazoche du Par
lement de Paris : les parjures du
Jeu de l'Ombre de la rue Saint-
Martin Rigolet & fon aimable
Brune du grand Faubourg : & le
Philofophe de Gerolle de la ruë
des petits Champs : l'Intendant
du petit Marquis d'Haraucourt
& le petit Greffier : les Officiers
de la Police de la Fere en Picardie
le Patriarche de l'Ile :
GALANT..5371
610
Mademoiſelle Cuffet : la Prin--
ceffe de Trebizonde le beau
Commandeur de Saint Louis : la
Triomphante & fon Triomphant
, & M Ligni , tous de l'Ifle ·
noftre - Dame l'aimable Gogol
de la rue des Lombards , & l'Ŏrfévre
Gentilhomme de la ruë S.
André Mademoiſelle Javotte
Ogier,jeune Mufe du coin de la
ruë de Richelieu : Mefdemoifelles
de la Mignonnerie & Mr de
Buffi la Princeffe Jacobine : la
plus genereufe des Amies ; la
charmante de la rue du Batoir ,
& fon Voifin : la jolie femme de
la rue de Bufi & fon Mary : la
petite Gouvernante des Philofophes
de la rue Montmartre la
grande Doris la charmante
Maman de la rue de l'Hiron .
372 MERCURE
delle & fa belle famille : la veritable
Mademoiſelle de Loucele
les : la petite boere à l'efprit de la
ruë des Lombards.
L'Enigme fuivante fera ce moisle
divertiffement de vos Acy
mies.
F
ENIGM E.
E fuis fille de la terre ;
Nyfemence , nygrain ne me produifent
pas.
Un vil animal me déterre ;
Et l'on peut me porter aux plus lointains
climats:
fe fuis quelquefois blanche & fou
ventje fuis noire >
Qui pourra cependant le croire.
Je fuis toujours au goût des petits &
des grands
GALANT 373
Mais je ne puis pas naitre en tous
lieux , en tous temps
On ne me trouve point dans les terroirs
fertiles ,
On me voit rarement dans les plus
belles Villes :
Qu'on mefaffe fecher aux rayons du
Toleil
Je n'en fuis pas pourtant moins bonne
où moins aimable ,
Et rien peut- eftre n'est pareil ,
Au plaifir queje fais dans la meil
leure table.
Vous attend
fans doute ,
que je vous parle des affaires
d'Angleterre , il me faudroit un
Volume pour ce feul Article ,
fi je répondois à tout ce qui eft
venu d'invectives de ce côté là ,
mais outre que je n'ay pas ac374
MERCURED
3
coûtumé d'en ufer ainfi , on par - a.
le en France avec tant d'honnefteté
& de circonfpection
dans les nouvelles Publiques , Y
qu'on n'y daigne pas mefme faire
attention à ceux qui déchirent
les perfonnes Royales , ils fe dé- t
crient affez eux - mefmes par des
manieres fi baffes , & de pareils
procedez à découver , ont eſté
inconnus dans tous les fiecles
precedens. Ceux qui permettent
qu'on attaque les perfonnes facrées
ne paroiffent pas nez pour
ce rang & ils n'en ont pas le
caractere . Les belles ames qui '
ont des demelez ont recours à
des raiſons & non pas des injures
, on ne voit point fes inju
res repetées par ceux qu'elles
flatent ceux qui fe fervent de
GALANT. 374
ces indignes moyens, pour renf
fir dans les chofes qu'ils fe font
propofées font connoiftre qu'il
ya peu de Juftice dans ces qu'ils
veulent entreprendre que la
gloire des Ennemis qu'ils cherchent
à avoir les bleffe , que
l'envie le gouverne ,, & que
leurs interefts particuliers les
font agir . Lecontraire arrive lors
que celuy qui fouffre patiemment
des invectives ne daigne
pas les faire fupprimer dans les
lieux où il eft le Maiftre , il detruit
par là tout ce que l'envie
vomit contre luy & fait voir
qu'il eft audeffus de toutes les
faufferez qu'on publies qu'il eft
perfuadé qu'elles ne porteront
aucune atteinte à fa reputation ,
que les perfonnes éclairées n'y
378 MERCURE
ajoûteroit pas de foy • que ce
que l'on fait pour les dechirer.
eft ce qui les juftifie , & ne fert
qu'à faire voir fa moderation ,
qu'enfin e'eft fe laiffer bien emporter
aux defirs de dire du
mal que de parler contre des
faits manifeftement contraires
& de dire des chofes là - deffus
dont on eft démenti par les faits
meſme , & par tout le public ..
>
Pour venir aux affaires prefentes
, fur lesquelles je m'étendray
icy beaucoup moins aujourd'huy
que lors que les affaires
auront affez, meuri pour donner
lieu d'en difcourir plus à fonds ,
je parleray fuccintement de ce
qui eft un peu plus éloigné.
Le Prince qui poffede aujour
d'huy la Couronne d'AngleterGALANT
377
re n'ayant point encore regné
pendant la paix avant qu'on
euft conclu celle de Rifvvyck ,
avoit une extrême impatiance
de gouter les douceurs dont il
croyoit qu'un Roy doit jouir
lors qu'il eft fans guerre , dans'
la penſée qu'il avoit qu'il gouverneroit
l'Angleterre , arbitrairement.
Le Roy Tres Chrétien
de fon côté qui avoit une
grande fupériorité fur fes Ennemis
qui n'avoit point ceffé
d'emporter les plus fortes Places
, & dont les affaires de la
Guerre eftoient difpofées , d'une
maniere qu'il pouvoit fe rendremaistre
de Bruxelles , jugea à¹
propos pour des raifons particulieres
de faire voir encore
des marques de la moderation ,
Fanvier 1702 .
li
978 MERCURE
qui l'avoit fait admirer plu
fieurs fois dans de femblables
occafions, de donner encore une
fois la Paix à l'Europe , & d'en
regler les conditions . Il voulut
par une politique auffi fage que
digne & fa prudence laiffer par
cette Paix plus de Places sa
l'Espagne , qu'elle n'auroit ofé
en pretendre , ainfi qu'elle la
avoué depuis . Ce Prince eftoit
perfuadé que cette generofité
ne porteroit aucun prejudice à
fes affaires , il eftoit maiſtre
de faire la deffus ce qu'il luy
plairoit fans que perfonne euft
droit d'y trouver à redire , &
de l'en blamer . Cette Paix
aux conditions que le Roy la fic
pour les Espagnols , fut le plus
grand coup d'Etat , de Politih
GALANT. | 379
que & d'efprit qui ait jamais
efté fait. Les Sujets du Roy qui
eftoient perfuadez que ce Monarque
eftoit en pouvoir d'étendre
fes Conqueftes n'entrerent
pas d'abord dans fes veuës
& ne témoignerent pas toute la
joye que la paix a de contume
de faire reffentir aux Peuples
mais ils ont reconnu dans la
fuite que ce Monarque , en fçavoit
plas que tous les Princes
de l'Europe puifque la moderas
tion qu'il avoir fait paroiftre
à la Paix de Rifvvyck, à Pégard
des Efpagnols avoir beau
coup
orcontribué au faire renv
dre juftice aux legitimes heritiers
de la Couronne d'Elpa
gne. Ainfi Pona en tort de dire
dans des Adreffes prefentées de
Hi ij
380 MERCURE
puis peu au Roy d'Angleterre ÿ .
que Sa Majefté Britanique avoit
forcé le Roy de France à faire
la Paix concluë Ryfvvik . l'An-t
gleterre eftoit alors aux abois.
C'eft un fait de notorieté Publique.
La France eftoit dans la
glorieufe fituation où je viens
de la faire voir. Si cela n'avoit
pás efté veritable , toute l'Europe
auroit efté moins furpriſede
ce que le Roy vouloit bienconfentir
à la Paix. Cet étonnement
fit alors lefujet des cone
verfations de toute l'Europe ,
il n'y a perſonne qui ne s'en fou
vienne encore aujourd'huy.
l'Angleterre dévoit plus de cent
millions , elle eftoit remplie de
gens qui mandioient leur vie, ce
que l'on n'avoit vu en ce PaysGALANT
. 38 .
là fous aucun regne , & fi elle
euft eu le bonheur de faire quelques
conqueftes pendant la
guerre , elle auroit efté forcée
de les facrifier à la Paix . Mais
il eſt à remarquer quelle ne peut
dans aucune guerre faire la con
quefte d'aucune place dont elle
puiffe demeurer en poffeffion ,
de mefme qu'elle ne peut perdre
aucune place qui puiffe demeurer
à fes ennemis . On n'en peut
garder par de là les mers dans
des Etats où l'on n'a ny terrain ,
ny fujets. On feroit des dépen
fes immenfes pour les conferver,
& l'on feroit dans d'éternelles
alarmes. Ainfi la guerre ne
peut jamais manquer d'eftre
onereufe à l'Angleterre , & elle
ne doit jamais l'entreprendre à
:
382 MERCURE
moins que ce ne foit pour ſe défendre
chez elle en cas qu'on
l'attaque autrement elle confumera
fans efperance d'aucun
profit & fans en tirer jamais ,
des millions par centaines , &
des milliers de Soldats & de
Matelots . Elle perdra une infinité
de vaiffeaux , elle altera
fon commerce , elle manquera
à gagner, la guerre finira , &
loin quelle en tire aucun fruit
il faudra des fecles pour réparer
la diffipation de l'argent , la
diminution du commerce , & la
perte des hommes , & des vaiffeaux
. Il eft abfolument impoffible
que la fin d'une guerre
puiffe tourner autrement pour
elle à caufe de fa fituation Ou
bien il faudrois qu'on s'empa
>
GALANT. 283
raft de toute l'Ile qui la formes
ou qu'elle fift la conquefte
entiere des, Royaumes ,
qu'elle iroit attaquer au de - là
des mers , & l'un & l'autre ne
paroiffent pas poffibles. Ainfi
ceux qui veulent engager l'Angleterre
à entreprendre la guer
re contre la France , & contre
l'Efpagne en même temps. feront
caufe qu'elle achevera de s'épui
fer, & fi elle foutient encore une
guerre comme la derniere , elle
n'en peut fortir qu'elle ne foit
entierement épuifée . Tout ce
qu'on luy fait entendre des deffeins
de la France , font des chi
meres inventées par ceux qui
veulent la guerre , parce qu'elle
les accommode . La France &
l'Eſpagne n'attaqueront jamais
384 MERCURE
l'Angleterre par les raifons qur
viennent d'eftré rapportées , & fi
l'Angleterre connoift fes verita
bles interefts , elle n'attaquera '
jamais la France & l'Espagne
par les mêmes raifons que l'on as
déduites Cette guerre n'abou
tiroit qu'à la confommation de
fes finances , & à la perte de fes
Sujets , à moins que de faire .
l'entiere conquefte des Pays- bas
& de la France , ce qui n'eft pas
poffible. Cependant elle ne
pourrroit fans cela conferver aucunc
conquefte en deçà des
mers . Si laFrance n'eft pas auffi
formidable qu'on la luy dépeint ,
il eft mathonnefte & injufte de
l'attaquer fous ce prétexte , bien
qu'il n'y euft pas de juftice de
lui faire la guerre feulement par-
CO
GALANT 387
ce qu'elle feroit trop puiffante .
Si elle l'eft en effet autant que
ceux qui veulent la guerre tâchent
à le perfuader aux Anglois
, il y auroit de l'imprudence
à l'Angleterre de l'attaquer
pour fe faire battre , ou bien
elle croit eftre encore plus puiffante
que la France , & en ce
cas fuivant la Politique des Anglois
, il faudroit que la France
& l'Efpagne attaquaffent l'Angleterre
, parce que ce lui feroit
un crime d'eftre trop puiffante ,
mais tout ce qu'on allegue aux
Anglois pout les obliger à faire
la guerre , n'eft que pour leur
cacher les veritables raiſons
pour lesquelles on la veut entreprendre
Voici le fait.
Le Roy d'Angleterre voyang
Kk
Fanvier 1702.
રી
388 MERCURE
qu'il ne regnoit pas aufli ab auffi abfo
lument pendant la paix qu'il fe
l'eftoit imaginé , qu'on luy demandoit
des comptes des dépenfes
faites
pendant la guerre qui
avoit precedé cette paix , qu'on
attaquoit
fes creatures
, qu'on
les vouloit
rendre
refponfables
de ce qu'il faifoit contre le gre
de la Nation
& que pour ne
le pas attaquer
luy - même , quoy
que ce fuft un degré pour y parvenir
, on les accufoit
de luy
avoir donné de mauvais
confeils ,
ce Monarque
, dis - je , fe voyantdans
un embarras fi chagrinant
,
& fi honteux pour luy , s'apperçut
que les Anglois
entendoient
trop bien leurs affaires , qu'il ne oit jamais
heureux tant que
la Paix regnetoit en Angleterre,
GALANT. 389
& qu'il devoit engager la Nation
dans une nouvelle guerre
& tacher de la faire durer autant
qu'il regneroit afin d'avoir
toujours la difpofition des fonds ,
& le commandement des Troupes
, ce qui rend les Parlemens
fouples , parce qu'ils n'olent jamais
chagrinerun Roy puiffamment
armé , à qui toutes les
Troupes obéiffent , & dont la
plufpart des Officiers qu'il a
nommez font à fa devotion . Le
Roi d'Angleterre confidera auffi
que par le moyen de cette guerre
dans laquelle il comproit d'engager
les Hollandois , il continuroit
de difpofer des Charges
militaires de Hollande , comme
il avoit toûjours fait , & des
fonds de la guerre de la même
Kkij
390 MERCURE
Republique , où fon autorité
commençoit à diminuer de
forte qu'il ne fongea plus qu'à
ehercher des pretextes pour rallumer
la guerre . Il eftoit occupé
à en imaginer , lorfque le
Teftament du Roi d'Eſpagne
lui en fournit de plaufibles. If
perfuada aux Hollandois qu'ils
devoient rentrer en guerre , afin
de ne pas laiffer à l'Efpagne le
temps de rétablir la Monarchie ;
il les engagea pour aigrir la
France & l'Espagne à délivrer
des propofitions ridicules , & en
fit faire de pareilles au nom de
l'Angleterre Elles eftoient fi
extravagantes que ceux qui les
firent en rougirent eux- mêmes ,
& ceux qui estoient dans le parti
de l'Angleterre & de la HolGALANT
391
fande , ne les ayant pas trouvée
foutenables , on n'a ofé en parler
depuis .
Sa Majefté Britannique voulut
enfuite engager le Parlement
qu'elle a caffé depuis , à fe declarer
pour la guerre contre la France,
Ce fage Corps parfaitement
inftruit de l'intereft de la Nation
, & connoiffant tout ce que
je viens de marquer , tint ferme
, & fa fermeté a efté cauſe
qu'il a efté caffé , le Roi d'Angleterre
comptant qu'il feroit
de fi fortes brigues pour
rendre favorables les Membres
qui en formeroient un nouveau ,
qu'il viendroit à bout de rallumer
la guerre. Il s'eft fort recrié
dans ce nouveau Parlement fur
ce que le Roi de France avoit
fe
Kk iij
934 MERCURE
น
reconnu que Monfieur le Prince
de Galles avoit les mêmes droits
à la Couronne d'Angleterre
,
qu'avoit le feu Roi fon Pere:
On ne peut pas dire que fi cet
incident ne fuft pa furvenu il
n'auroit point demandé à cenouveau
Parlement de fe décla
rer pour la guerre , , puifqu'il
avoit fait les plus fortes inftances
auprés du precedent pour
l'engager à la renouveller , mais
ce pretexte ne fuffit pas pour
mettre l'Europe en feu , & faire
entrer l'Angleterre dans une
guerre capable de l'accabler de
toutes manieres fans efperance :
de tirer aucun fruit de cette
guerre aprés que le Roi a decla
ré que quoy qu'il euft reconnu
le Prince de Galles , il ne feroit
GALANT. 393
rien qui puſt porter atteinte à
ce qu'il avoit fait en reconnoiffant
le Prince d'Orange pour
Roi d'Angleterre . Il n'eft pas
au pouvoir du Roj de faire que
le Prince de Galles ne foit pa
pas
Roi de droit , pendant que le
Prince d'Orange l'eft de fait ,
& le Ciel même ne peut faire
que ce qu'il a refolu qu'il fe fift
n'ait pas efté lorsqu'il a eu fon
effet. Le Roy d'Angleterre
ayant donc cabalé pour avoir
des Membres à fa devotion dans
le nouveau Parlement , eft en
partie venu à bout de les enga--
ger à la guerre , & l'on y parle,
quoy que fans aucune vray- fem
blance , comme fi la victoire de
voit indubitablement fuivre le
party que l'Angleterre prendra,
Hhiiij
394 M &RCURE
quoy que pendant la derniere
guerre elle n'ait fcu avec beau
coup plus d'Alliez qu'elle n'en
a prefentement, arrefter la rapidité
des Conqueſtes de Sa
Majesté. Comment les arrefterat
elle prefentement , fi elle ne
l'a pû lors qu'elle avoit un plus
grand nombre d'Alliez , qu'elle
eftoit plus floriffante & plus
abondante en hommes & en
argent , & que l'Espagne qui pof
fede toutes les Places deFlandres
qui auroient efté d'un grand fecours
à la France dans la derniere
guerre, eft unie avec cette Cou
ronne : Comme ces deux grandes
Puiffances ne demandent rien ,
& que le Roy veut feulement
conferver les Etats de fon petit
Fils , il faudroit avoir beaucoup
*
GALANT. 365
3
plus de forces que ces deux
Puiffancess n'en ont pour leur
enlever des Places , & comme til
n'eft pas poffible , & que d'ailleurs
il faudroit que les Troupes
qu'on leur oppoferoit fuffent
auffi aguerries que les Fran
çois l'entrepriſe de cette guerre
fait pitié. Cependant elle ne
laiffera pas d'eftre avantageufe
au Roy d'Angleterre , puifque
dans le temps mefme qu'il
perdroit des Places , & des Batailles,
il ne laifferoit pas de regner
arbitrairement en Angle
terre & en Hollande. Ainfi les
Peuples de ces deux Nations feront
les dupes de cette guerre,
qui eft plutoft entrepriſe contre
eux que contre la France , &
contre l'Espagne.
3,6 MERCURE
it
remarquer
une
chofe
On
qui n'eft pas à la gloire des Anglois
& des Hollandois , c'eft
qu'après avoir reconnu dans les
formes , Monfeigneur le Duc
d'Anjou pour legitime Roy
d'Espagne, ils demandent que ce
Monarque rende tous fes Etatsl'Empereur
comme appartenans
à Sa Majefté Imperiale, ce
procedé ne fe pPeut juftifier , &
fera blâmé dans tous les fiecles
comme il l'eft aujourd'huy , des
Sujets melmes de ceux qui font
des chofes fi contraires au bon
fens pour engager la guerre.
On a vu icy plufieurs lettres
de Rome qui portent que Mr
le Prince Eugene avoit fecretement
amaffe affez d'Armes ,
pour armer , huit ou neuf mille
Soldats , & que dans cette mel
GALANT. 397
4 me Ville ou aux environs , il
en avoit enrollé environ deux
mille avec le mefme fecret , ce
qui avoit obligé Sa Sainteté a
faire entrer trois à quatre mille
hommes dans Rome , que l'on
s'y eftoit faifi des armes , & que
l'on y avoit arrêté la plus grande
partie de ceux qui avoient
confenti qu'on les enrollaft.
Cette decouverte a obligé le-
Pape à faire fermer toutes les
Portes par lesquelles on entre
à Rome, à la referve de quatre ,
à chacune defquelles on a mis
un gros Corps de troupes . Sa
Sainteté à fait dire en mefme
temps à Mr le Prince Eugene
qui luy avoit fait demander le
paffage par l'Etat Ecclefiaftique
pour dix mille hommes qu'il
vouloit envoyer à Naples , qu'il
2
398 MERCURE
s'y oppoferoit avec toute les
forces temporelles , & fpirituelles
left tres conftant que
Sa Sainteté a envoyé dire à
Mr Davia fon Nonce à Vienne ,
de dire la même chofe à l'Empereur.
Mr de Serigny , Aide Major
des Gardes du Corps , âgé de
plus de foixante & douze ans
époufe la Veuve de feu Mr
d'Eclufeaux , Intendant de la
Marine à Breft ; elle eft bien
faite & tres riche , & n'a pas
plus de quarante ans .
Mr Fedeau de Marville , qui
n'en a que foixante & cinq ,
fe marie auffi avec une Fille de
Mr Courtin Picard , Maître
des Requeſtes qui a efté Avocat
general au Parlement de
Rouën.
THOUT
REQUE
DE
GALANT
peu de tem
Il me refte fi
293
& tant dequoy vous entretenir,
que je remets au mois prochain
à vous parler du mariage de
Mr le Marquis de Villars , &
de Mademoiſelle de Varengeville
.
Mr le Maréchal de Catinat
eft de retour d'Italie , il a eu
l'honneur de faluer le Roy qui
luy a fait tout le bon accueil
imaginable. Quoy que Sa Majefte
eût pris medecine , elle ne
laiffa pas de le faire entrer fitoft
qu elle eur apris qu'il eftoit
dans fon Antichambre . Ce
Prince luy parle fouvent , &
par les manieres obligeantes
dont il lui adreſſe la parole fait
conoiftre l'estime qu'il a pour lui.
Enfin le Roy d'Efpagne va
VILLE
"
400 MERCURE
jouir du bonheur qu'il avoit fi
ardemment fouhaité , d'aller
par fa prefence & par la valeur
hereditaire aux Bourbons, animer
fon armée d'Italie , il devoit
aller tenir les Etats d'Aragon
mais fon volage pour l'Italie
eft caufe qu'il ne les tiendra
point cette année. Ceux de
Catalogne luy ont accordé
quinze cens mille écus en plufeurs
payemens ainfi que je
vous l'ay déja marqué ; mais je
ne vous ay pas dit qu'il s'eft trouvé
des particuliers qui moyennant
quelque renife luy
cent cette fomme . Outre les
quinze cens mille écus accordez
par les Etats de Catalogne , la
Ville de Barcelonne luy fait
prefent de quarante mille écus.
Mr Davey , Maréchal de
avan
GALANT 401
Camp , doit fe rendre à Naples .
Il aura fous luy pour Brigadiers
, Mr de Muret , Colonel
de Beauvoifis , Mr de Guebriant
Colonel de Berry , Mr de Ker-
Kados Colonel de Dauphiné ,
& Mr de Montmorency Colo
nel de Foreſt
Le Roy d'Efpagne s'embarquera
fur le Philippe , qui eft
un vaiffeau de cent canons , dont
le Roy luy a fait prefent.
Je ne vous ay point parlé des
affaires de Hollande , & je n'ay
rien à vous en dire , lorfque le
Parlement d'Angleterre eft affemble
, puifque fes refolutions
decident de leurs affaires , qu'ils
font fiers ou abattus , fuivant
que ce Parlement contente ou
402 MERCURE
chagrine le Roy d'Angleterre.
Ils font aveuglez fur leurs interefts
, & croyent que ceux de ce
Prince doivent eftre les leurs ,
quoy qu'ils foient bien differens.
Ceux du Roy d'Angleterre font
d'eftre toûjours en guerre pour
regner avec authorité & le faire
craindre des Anglois , ceux des
Hollandois font de bien vivre
avec leurs voifins & de cultiver
la Paix afin de faire fleurir leur
commerce & de ne pas dépenfer
en quelques années de guerre
ce qu'ils ont acquis en cinquante
ans de travail . Il y a beaucoup
de bons fens dans cette
gens
République qui s'apperçoivent
des fautes qu'ils font , mais leurs
fuperieurs font dévouez au Roy
d'Angleterre, les uns par crainte
de
GALANT. 403
de
& les autres par intereft . Ainfi
il en faut demeurer à ce qui eſt
e fait , qui eft que la Hollande
n'a point d'autre volonté que
celle du Roy d'Angleterre . Ce
Monarque tâche aujourd'huy.
de
dane entrer
toute
l'Europe
dans fes intereſts , & prétend que
tous les Souverains & les Anglois
mefmes foyent fes dupes ,
& que tous ceux qui n'ont rien
à démêler avec la France &
avec l'Efpagne , attaquent ces
deux Couronnes, parce qu'elles
font trop puiffantes J'avoue que
c'eft un fujet de chagrin pour un
Prince ambitieux qui voudroit
gouverner toute l'Europe , & qui
fe trouve obligé d'eftre foumis
aux volontez de fes Peuples ;
mais ce n'eft pas un crime pour
LI
·Janvier 1702.
5
*
404 MERCURE
les Rois de France , & d'Eſpagned'eftre
unis par le fang , &
d'être Souverains des deux
plus beaux Royaumes du monde.
Cependant c'eft là tout ce
que leur impute le Roy d'An
gleterre. Il a déja mis quelques
Puiffances de l'Europe dans fon
parti , & pour y engager les
autres en leur faifant croire que·
ce Party fera le plus fort. Il fait
courir des Liftes dans lefquelles
on voit une eftat des forces.
fuivantes.
Armée de l'Empereur.
Infanterie , 66000,
Cavalerie & Dragons , 24000.
Armée des Etats Generaux.
Infanterie ,
Cavalerie .
Infanterie ,
7
Armée
d'Angleterre
80000.
22000,
33000.
GALANT 405
•
Cavalerie ,
Total 232000,
7000 .
fans compter les Troupes des Electeurs
de Brandebourg , &
Palatin , ny celles du Cercle
de Veftphalie,
Le papier fouffre tout , mais
la grande affaire eft que ces
Troupes , foient effectives &
de trouver dequoy les payer. La
quotte- part d'Angleterre dont
on fait un fi grand bruit eft peu
confiderable , puifque quarante
mille hommes fur cent trentedeux
font peu de chofe. Suppofé
que l'Empereur ait autant de
Troupes qu'on luy en donne
dans cette Lifte , ce ne fera pas
Jay qui les payera , c'eft un fort
grand Prince parfon titre d'Em
pereur , mais il n'a que dix - neuf
millions de revenu . Il faudra
406 MERCURE
donc , fuppofé que la Lifte foit
vraye, que prés de deux cens mil
le hommes foient payez par les
Hollandois. Il feroit à fouhaiter
qu'ils les payaffent ils feroient
bientoft abîmez .
Enfin s'ils payent prés de deux
eent mille hommes ils rnineront
leur Etat , & s'ils ne les payent
pas ils foutiendront mal lá guerre
On doit remarquer touchant les
Troupes que lesAnglois doivent.
fournir , qu'elles confiftent en
Dix mille Anglois qui font
déja en Hollande.
o
Six mille Danois qui y font .
Trois mille Brandebourgois .
Dix mille cinq cens hommes
des Troupes de Heffe - Caffel .
Ainfi il ne refte plus aux
Anglois à lever que dix mille
cing cens hommes , mais comme
GALANT 407
toutes ces Troupes, hors celles
de ce dernier Article , font déja
comptées parmy les Troupes des
Hollandois , elles ne foulageront
la Republique qu'en ce qu'elles
feront payes par les Anglois;
mais elles ne donneront pas de
nouvelles forces auxHollandois . "
Enfin , il eft hors de vrai- femblance,
que la France ayant beaucoup
moins de Puiffances à combattre
dans la guerre qui fe
prepare , oqu'elle n'en avoit dans
la derniere , elle ne puiffe pas
la foutenir encore plus glorieufement
qu'elle a fait tant d'autres
guerres contre un plus
grand nombre d'ennemis .
Tout ce que j'ay dit dans cet
Article ne confifte point en raifonnemens,
mais en faits incon.
teſtables.
408 MERCURE
Il s'eft d'abord répandu taner
de Copies de la Lifte des Offi
ciers Generaux nouvellement
nommez par le Roy , que je ne
dois pas vous l'envoyer pour en
aprendre les noms, puifque vous
avez dû les fçavoir peu de temps
aprés que les Officiers ont efte
nommez. Il s'agit donc de dire ;
quelque chofe de chacun qui en
donne un peu plus de connoiffance
, que ce que l'on en apprend
par la fimple lecture des
leurs noms ; mais j'aurois befoin
de plus de temps qu'il ne m'en
refte pour fatisfaire la curiofité
de ceux qui fouhaitent ces for
tet de détails . Il ya dans cette
Lifte des Officiers fi connus ou,
par leurs grands noms ou par
leurs fervices, qu'il ne feroit pas
7
GALANT. 409
neceffaire d'en parler , & dont
je ne pourray dire affez , parce
que cela me meneroit trop loin.
Hy en d'autres dont je n'auray
pas le temps de m'informer ,
& qui font plus connus par
leurs fervices que par leurs
Maifons , quoy qu'ils foient
peut- eltre des meilleures Maifons
du Royaume . Il y en a
beaucoup dans ce nombre qui fe
font plus attachez à briller à
l'Armée qu'à la Cour , & qui ont
prefque toûjours demeuré dans
les lieux où leurs Corps ont efé
envoyez & dans leurs Provinces
plutoft qu'à Paris ou à la Cour;
ainfi il fe trouve , que bien que
leurs longs fervices ayent fait
retentir leur nom pendant quan
tité de Campagnes , on n'en
1
4:0 MERCURE
2
#
fçait pas davantage de forte
que ceux dont je diray peu de
chofe ne font pas de ceux qui fe
font le moins diftinguez . Il y a
d'ailleurs tant de perſonnes d'un
mefme nom qui ne font point
d'une mefme Maiſon , que je ne
fçay fi je ne vous parleray point
d'une Maifon , croyant vous
parler d'une autre , & mefme fi
en vous parlant d'une mefme
famille je n'ofteray pas un fils à
un homme pour luy donner un
neveu, & enfin fije ne feray pas
quelque autre faute à peu près
de cette nature . Je pourray auffi
ofter des Regimens à ceux qui.
en ont pour les donner à d'autres
Il faudroit un temps infini
pour parler jufte de prés de cent
cinquante Officiers . Souvenez-
Vous
GALANT. 41
vous que j'ay receu la Lifte
prefque dans le temps que j'allois
finir ma Lettre , & que je
ne vous mande que ce que ma
memoire, qui a pû me tromper,
ma fourny dans le moment . Vos
amis me feront plaifir de m'apprendre
les erreurs où je ferai
tombé dans cet Article , je me
retracteray avec plaisir , & j'ajouteray
avec joye dans ma Lettre
fuivante ce que j'auray oublié .
Lieutenans Generaux.
Mr Desbordes . C'est un ancien
Officier qui a commandé à Philifbourg:
Mr De Laubanie. Il est entré
fort jeune dans le fervice , &
s'eft elevé par fon propre merite
, fa bonne conduite & fa
Mm
Fanvier 1702.
412 MERCURE
valeur. Il a efté Gouverneur
de Mons & a commandé à Neuf-
Brifac.
Mr le Comte de Lanion . Il .
eft de Bretagne. Il a fervi dans
la Gendarmerie . Il eſt frere du
fcavant Abbé de Lanion.
Mr le Marquis de Varenne . Il
eft parent de Mr de Beringhen .
Le Roy luy a donné depuis peu
pour le recompenfer de fes fervices
, le commandement de
Mets , Thoul & Verdun , &
pays Meffin qu'avoit feu Mr le
Comte de Biffy.
Mr le Marquis de Loemaria.
Il y aa fi long-temps.qu'il fert
avec diftinction , & il s'eft
trouvé en tant d'occafions qu'il
n'y a perfonne qui ne fe fouvienne
d'en avoir oüy parler.
GALANT.
413
Mr le Comte de Bezons . Il eft
fils de Mr de Bezons Confeiller
d'Etat , frere de Mr l'Archevêque
de Bordeaux .
Mr le Comte de Mothe- Houdanc
urt. Il eft frere de Madame
la Ducheffe de la Vieuville ,
neveu du feu Marechal de la
Mothe-
Houdancour , coufin germain
de Meſdames les Ducheffes
d'Aumont , de Vantadour & de
la Ferté.
Mr le Marquis Vandeüil. Il
eft Lieutenant des Gardes du
Corps. Il a commandé la maifon
du Roy , & la Cavalerie
fous Monfieur le Duc du Mayne .
Mr le Comte de Medavy. Il eft
petit Fils de feu Mr le Maréchal
de Grancey & s'eft diftingué
en plufieurs occafions avec
Mm ij
414 MERCURE
beaucoup de valeur .
Mr le Comte de Solre. Il eſt
Flamand Chevalier des Ordres
du Roy. Il a épousé la foeur de
Mr le Prince de Bournonville.
Mr le Comte Davejan. Il eſt
Lieut. Colonel du Regiment des
Gardes , où il eft parvenu par
fes fervices . Il n'a pas moins de
fageffe que de valeur, & fa conduite
peut
fervir d'exemple.
Mr le Marquis de Pracontal.
Il eft Lyonnois , & neveu de
feu Mr.l'Abbé de Saint Romain
, qui s'eft diftingué dans
plufieurs Ambaffades . Mr de
Pracontal eft connu par fes
grands & longs fervices . Il s'eft
diftingué en mille occafions, il
eft parfaitement bon Officier, &
il fuffit de le nommer pour le
GALANT. 415
faire connoiftre.
Mr le Comte du Bourg. Il n'eft
pas moins diftingué par toutes
les qualitez perfonnelles qui le
font eftimer que par fa valeur
.& fes fervices.
Mr le Marquis d'Alegre. Il eft
d'une des meilleures Maifons
d'Auvergne. Il eſt dans une
eftime generale . Je ne dis rien
de fa valeur. On ne peut eftre
nommé Lieutenant General
qu'aprés de grands longs & fervices.
Il eft pere de Madame de
Barbezieux.
Mr le Comte de S. Fremond, Il
joint beaucoup d'efprit à beaucoup
de valeur. Il a fait voir
1
*
fon intrepidité à l'affaire de
Carpi . Il écrit bien, & combat
de même .
Mm iij
416 MERCURE
Mr le Duc de Luxembourg . II
eft fils aîné de feu Mr le Duc
de Luxembourg , Maréchal de
France . Ileft Gouverneur de.
Normandie , & du nombre de
ceux qu'il fuffit de nommer
pour les faire connoiftre , puifque
l'on fe trouve auffi - toft
l'efprit tout remply de la grandeur
de leur Maifon , & de leur
valeur.
Mr Albergoti Il eft neveu
de Mr dede Magaloti
Gouverneur
de Valenciennes . L'Employ
où le Royle vient de nommer
marque fes fervices dont
les nouvelles publiques font:
tous les jours remplies
Mr Asfeld. Ceux de ce nom
ont fervy le Roy dans fes Armées,
& dans le Cabinet, & ont
GALANT: 417
défendu fes Places . Mr d'Asfeld
a époufé une Niece de M¹ de Catinat
, Fille de Mr le Premier
Prefident de Grenoble .
MARECHAUX DE CAMP ,
Mr le Marquis de Torfy la Tour:
Il eft premier Sous - Lieutenant
des Chevaux . Legers , & gendre
de feu Mr le Duc de Vitry.
Mr le Marquis de Chevilly. II
a commandé à Ypres , & a efté
Colonel , & Brigadier de Dragons
11 eft fils de M² le Comte
des Marets Chevalier des Or
dres du Roy , frere de Mr le
Comte des Marets dernier mort
& a époufé Mademoiſelle de
Monforeau fille de Mr de Sou
ches Grand Prevoft de l'Hôtel
Mm iiij
149 MERCURE
Mr le Comte de Marivaux.
Mr le Marquis de Bify. Il eft
fils de celuy dont je vous ay depuis
peu appris la mort & à qui
Mr le Marquis de Varennes a
fuccedé dans le Commandement
qu'il avoit. Mr le Comte de
Biffy , Meftre de Camp , & Mr
l'Evêque de Toul font de cette
Maiſon.
8
Mr le Marquis de Raffan. Il a
eſté elevé Page de la Chambre
du Roy. Il a époufé Mademoifelle
Borell fille de Mr Borell
autrefois Ambaffadeur de Hollande
en France .
Mr le Marquis de Flamanville
de Normandie . Il eft Officier
dans la Gendarmerie , frere de
de Mr. l'Evêque de Perpignan ,
& Gendre de Mr le Premier
GALANT 419
Prefident le Camus.
Mr le Marquis de Langallerie,
Il a épousé Madame de Simiane
. Son pere, eftoit Lieutenant
general . Il y a peu de noms plus
connus dans les Troupes & peu
d'Officiers qui ayent efté plus
fouvent employez.
Mr de Legall. Il eft Alleman .
Mr de Serignan. Il eſt Aide-
Major des Gardes du Corps .
Mr Eftrades d'une bonne
Maifon de Gascogne . Il fert
depuis longtemps dans les
Gardes du Corps ou il comman
de une Brigade . Il fut nommé
pour conduire les Gardes du
Corps qui fuivirent le feu Roy
d'Angleterre en Irlande. Il eft
eftimé par fon merite perfonnel,
par favaleur , & par fes fervices.
4:20 MERCURE
Mrde la Tafte Aide- Major des
Gardes du Corps .
Mr le Marquis d'Imecour. Il
eft Officier de la Gendarmerie ..
Feu fon pere eftoit Gouverneur
du Montmedy . Ils font d'une
bonne Nobleffe de Champagne
.
Mr Scheldon . Ileft Sujet de Sa
Majefté Britannique . Il avoit
efté envoyé en France par le feu
Roy d'Angleterre . If a commandé
un Regiment Irlandois .
Mrle Marquis de Praflin , Colonel
. Il y a eu un Maréchal de
France de ce nom , & il eft de
cette Maifon .
12
Mr le Comte de Monteßon. Il eft
Lieutenant des
Corps.
Gardes du
Mr le Marquis de Murcey, de PoiGALANT
421
tou. Il eft fils de Mr le Marquis
de Villette , fi connu dans les
Armées Navales de Sa Majefté
, dont il eft le plus ancien
Lieutenant general . Il a com
mandé avec diftinction . Il eft .
Frere de Madame de Caylus.
Je pourrois ajoûter qu'il eft
Neveu d'une perfonne d'un merite
fi grand , & fi generalement
reconnu . qu'il vaut mieux
le taire
fe que d'en parler , parce
qu'il feroit impoffible d'en dire
tout le bien qui fe prefente à
l'imagination lorſque l'on y
penfe feulement.
.
Mr le Comte Defting. Il eft d'une
ancienne Maifon qui a le privi
lege de porter la livrée & les armes
du Roy , ce qui luy fut accordé
parce qu'un de leurs An
422 MERCURE
ceftres donna ſon cheval au Roy
à la Bataille de Bovines , ce qui
empêcha que ce Monarque ne
fuft pris .
Mr Davarey. Il eft Colonel de
Dragons , & fils du fecond mary
de Madame Millet , qui avoit
époufé en troifiiemes Noces Mr
Millet , Sous- Gouverneur de
Meffeigneurs les Enfans de
France. Mr Davarey cft Beaufrere
de M Foucaut , Intendant
à Caen.
" Mrde Cheladet. Il eft Colonel
du Regiment du Maine.
Mr le Comte de Soufternon. Il eft
Neveu du Reverend Pere de la
Chaife. 11 commande le Regiment
de Touloufe:
Mr le Comte de Clermont. Il
Y
2 plufieurs Maifons de Cler-
.
GALANT . 421
mont , mais comme il eft conf
tant qu'elles font toutes tresbonnes
, il ne peut eſtre que d'une
naiffance diftinguée , & d'une
valeur éprouvée , puifqu'il eft
nommé Maréchal de Camp .
Monfieur le Prince Camille de
Lorraine . Il eft Fils de Mr le
Comte d'Armagnac , Grand Ecuyer
de France, Il a un
Regiment de Cavalerie qu'il
donne au Prince Charles fon
frere .
Monfieur le Marquis de Ville.
quier. Il eft fils de Mr le Duc
d'Aumont, premier Gentilhom
me de la Chambre , & petit - fils
du Maréchal de ce nom .
Mr le Prince de Rohan , Fils aîné
de Mr le Prince de Soubife
qui commande les Gendarmes, &
422 MERCURE
Frere & de M le Coadjuteur de
Strafbourg . Il fort d'un beau
fang. Il a époufé l'heritiere de
Vantadour .
Mrle Chevalier du Rofel. Il eft
de Touraine . Il y a longtemps
que fes fervices parlent pour lui.
Mrle Chevalier de Courcelles . Il
commandoit une Brigade de Carabiniers
. Il eft parent de м le
Máréchal de Villeroy . ,
Mrle Duc de Monfort , fils de m
le Duc de Chevreuſe . C'eft le
même à qui le Roy vient de donner
le commandement des Che-
Vaux- legers , & dont je vous ay
amplement parlé dans cette Lettre
.
Mr le Marquis d'Aubeterre . Il
commandoit une Brigade de Carabiniers
. Il eft fils de мr le мarGALANT
423
་ .
quis d'Aubeterre , & neveu de
M le Chevalier d'Aubeterre ,
Gouverneur de Collioure.
Mr le Marquis de Blainville , fils
de м Colbert , Miniftre & Secretaire
d'Etat , Controleur general
des Finances . Tous ceux
de cette famille qui ont pris le
party des armes , ont fait voir
beaucoup de valeur , & d'intrepidité
, & ont facrifié leur vie
fans aucun ménagement
.
Mr le Marquis de Bouligneux. Il
eft de la maifon de la Paluë . Il
a eſté élevé auprés de мonfeigneur
le Dauphin .
Ms le Marquis de la Chaftre. Il
eft petit fils du Maréchal de la
Chaftre, Favory de Louis XIII .
Capitaine des Gardes du Corps,
& Colonel general des Suiffes .
424 MERCURE
Il y a eu fept Capitaines des
Gardes du Corps de fuite dans
leurmaiſon. Il eft neveu de Madame
la Maréchale de Humieres
. Il a épousé la fille de feu Ma
leMarquis de Lavardin .
Mrle Marquis deThianges . Il eft
fils de Mi le Marquis de Thianges
de la maifon de Damas , &
d'une fille deMr le Duc de Mortemar.
Il eſt neveu de feu Mr
le Maréchal Duc de Vivonne ,
& de Madame deMontefpan. La
maifon de Damas eft fort ancienne
, & vient des Vicomtes de
Couferans.
Mr le Marquis de Blanzar. Il eft
fils de feuMr le Comte de Roye ,
Chevalier de l'Ordre de l'Elephant
en Dannemarck , Frere
de feu мr le Comte de Rouffi
GALANT 425
qui commande la Gendarmerie ,
neveu de Mrs les Maréchaux de ·
Duras & de Lorge. Il porte le
nom & les armes de la Rochefoucault.
Il a épousé la fille unique
de Madame la Maréchale
de Rochefort .
Mr le Marquis de Chamarande.
Il eft d'une ancienne Nobleffe
du Lionnois , fils de feu Mr de
Chamarande qui a efté premier
Valet de Chambre du Roy. Il a
époufé la fille de Mr le Marquis
de Bourlemont d'Anglurre
d'une ancienne maifon de Lorraine
.
>
MrVaguener. Il eſt Colonel du
Regiment des Gardes Suiffes.
Mr de Vigny. Il fert depuis
longtemps dans l'Artillerie avec
une grande reputation , & les
Nn
Fanvier 1072.
425 MERCURE
A
Places qui fe font reffenties du
dommage que leur ont fait nos,
Bombes connoiffent: de quelle
tilité il eft dans une armée qui
eveut fervir de ces machines.
Mrde Chartogne. C'eſt un Gentilhomme
de Champagne, d'une
bravoure diftinguée . Il commande
dans Goito. Les Allemans :
avoient deffein d'affieger cette
Place ; mais fçachant qu'il avoit
refolu de s'y défendre jufqu'à la
derniere extremité , ils n'ont ofé
pourfuivre leur deffein .
Mr du Puy Vauban. Il eſt ne .
veu de Mr de Vauban , & c'eſt
tout dire.
Mr le Marquis de S. Hilaire,
Il eſt de la maiſon de Jaucour , &#
fils de Mr de Saint Hilaire Lieutenant
General de l'Artillerie,
·
CALANT 427
qui eut le bras emporté du mef
me coup de Canon qui tua Mr.
de Turenne.:
Mr de Crey. Il eft d'une bon
).
ne Nobleffe de Touraine . Il fert
depuis l'âge de vingt ans. Il eft
Lieutenant General de l'Artillerie.
Mr d'Andigné du Hallay.
: Mr le Comte de Saillans de la
Maiſon Defting . Il eft Capital
ne d'une Compagnie de Grena
diers du Regiment des Gardes
& frere de Mr du Terrail , & de
Mr l'Evêqué de S. Flour .
Mr de la Badie Iba merité par
de longs & agreables fervices le
rang où le Roy le vient d'éle
ver.
Mr le Comte de Guiche, IT eft fils
aîné deMaleDucdeGramont. It
Nn ij
428 MERCURE
époufé la fille aînée de Mr le Machal
de Noailles . Mr le Maréchal
de Bouflers a épousé la four
de Mr le Duc de Guiche,
Mr le Prince d'Epinoy . Il eft originaire
de Flandres . Il a époula
fille de Mr le Comte de
'Iflebonne . La mere de Mr le
Prince d'Epinoy eftoit foeur de
Mr le Duc de Rohan , foeur de
Madame la Princeffe de Soubi - ´
ze, & de Madame de Coetquin
doüairiere .
Mr le Comte Mornay. Il eft fils
de мr le Marquis de Moncheureüil
, Chevalier desOrdres du
Roy , Gouverneur de S. Germain
en Laye.
M. le Duc de Humicres . Il eſt
fecond fils de мr le Duc d'Aumont.
Il a épousé la fille de Mr
GALANT. 429
le Maréchal de Humieres , à
condition d'en porter le Nom &
les Armes, & il a eu le Duché à
cette condition.
1
Mr le Marquis de Biron , 11 eft
d'une branche de la maifon de
Biron dont il y a deux maréchaux
de France. Il a époufé
Mademoiſelle de Nogaret four
du Comte de ce nom , niéce de
Mr le Duc de Lauzun & de
Madame la Ducheffe de Montaufier.
Il eft aîné de fa famille
, & neveu de Mademoiſelle de
Biron , Fille d'Honneur de мa-`
dame la Dauphine , de Madame
de Nogaret veuve , & Dame du
Palais de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & de Madame
Durfé.
Mr de Puyfegur eft un Gentil430
MERCURE
homme de Gascogne . Il eft eftimé
par fon efprit & par fa valeur
. Il eft Infpecteur de l'Infanterie
en Flandres:
Brigadiers deCavalerie.
Mr le Duc de la Feuillade . Son :
nom fuffit pour le faire connoître.
Il a beaucoup d'efprit & de
valeur. Il fouhaite avec paffion
de trouver des occafions de fe
fignaler. I eft homme d'honneur,
& l'on fe peut fier à fa pa.
role. I eft Colonel du Regiment
de la Feüillade , & gendre
de Mr de Chamillart.
Mr le Marquis de vartigny.
Il est de Picardie & de la maifon
de Brouilly de Piennes . It
commande le Regiment Dauphin
.
Mr le Comte d. Goar, Ileft CoGALANT
. 4 } "
lonel des Dragons de Languedoc.
Mr le Marquis de Grignan. Il
eft fils unique de Mr le Comte
de Grignan, Sous - Lieutenant
de Roy en Provence . Je vous en
dirois beaucoup de choſes fi j'avois
affez de place pour m'étendre
fur fes louanges.
Mr le Marquis de Levy. Il eft
fils de мr le Comte de Charlus ,
Cadet de la maiſon de Vantadour.
Mr le Marquis de Levy a
époufé Mademoiſelle de Chevreufe
foeur de Madame la Mar
quife de Saffenage.
Mr de Mauroy, Il s'eft diftingué
par beaucoup d'actions écla
tantes
Mr le Marquis de Fiennes . Ila
merité le rang que le Roy luy
432 MERCURE
vient de donner par tous les
endroits qui peuvent y conduire
.
Mr le Marquis de Plancy . Capitaine
aux Gardes . La maiſon
de Guenegaut dont il fort eft
fort connue , & fes fervices le
font auffi .
Mr le Marquis de Cnaillac. Ileft
d'Auvergne, de la maifon de
Montboiffier , l'une des plus anciennes
maiſons d'Auvergne . Il
eft un des premiers Officiers de
la fecondeCompagnie des Moufquétaires
.
Mr le Marquis de Bouzols , Il
eft de Perigord , & d'une tresbonne
maifon de Perigord. Il a
époufé Mademoiſelle de Croiffy,
foeur de мr le Marquis de Torfy,
GALANT. 43 >
fy, Secretaire & Miniftre d'Etat .
Mr le Fonboifard. Il eſt Colonel
de Dragons . On ne parvient
point à commander des
Dragons fans eftre d'une valeur
fort hardie.
Mr de Conflans frere de Mr le
Marquis de Conflans , Chevalier
de la Toifon d'Or .
Mr le Marquis de Coigny , de
baffe Normandie . Il eft fils de мr
le Comte de Coigny Lieutenant
general , qui a efté Gouverneur
de Barcelone . La mere de ce
Marquis eft matignon . Il a épou
fé Mademoiſelle du Bordage.
Mr d'Efpinac. Il eft plus connu
des Troupes & des ennemis
que de moy
.
Mr le Marquis de Monperoux de
Languedoc , il eft Colonel . Il
Oo
Fanvier 1702 .
434 MERCURE
fert depuis long - temps. Il a
époufé Mademoiſelle de Harleville
Palaiſeau .
Mr d'Avignon. Il eft Enfeigne
des Gardes du Corps , & fort
eftimé par ſa valeur, fon merite
& fa probité.
Mr de Serizy. Il eft de baffe
Normandie & parent.de Mr
de Beringhen.
Mr le Marquis de Sepville. 11,
eft de baffe Normandie. Il eft
parent de feu мr le Maréchal
de Belfond & frere de мr le
Marquis de Sepville Envoyé extraordinaire
à Vienne .
Mr de Curlandon . Il eſt Colonel
, & Anglois .
Mr le Marquis de Baliviere, Ileft
Lieutenant des gardes du Corps.
Mr de Villemur. Il eft Officier
GALANT 435
des Grenadiers de la Maifon du
Roy , & parent de Mrs Riotords
.
Mr le Marquis de la Valliere ,
Gouverneur du Bourbonnois .
Il eft frere de feuë мadame la
Ducheffe de Choifeuil . Il a
époufé une des filles de mr le
Maréchal Duc de Noailles .
Mr de Longuerue. Il y a longtemps
qu'il fert avec diftinction .
I eft frere du fçavant Abbé
qui porte le mefme nom .
Il
Mr de la Meffeliere . Il a efté
Exempt des Gardes du Corps.
11 eft prefentement Officier
dans la Gendarmerie , il eft de
Poitou fa mere eftoit foeur de
Mr l'Abbé de l'Avau , Garde du
Cabinet des livres de Sa Majesté .
Mrle Marquis de Montplaifir. Il eſt
O o ij
436 MERCURE
1
parent de feu Mr le Maréchal de
Crequi. Il y a autant d'efprit que
de valeur dans cette maifon .
Mr le Marquis de la Luzerne . Ce
nom n'eſt pas inconnu , & ceux
de ce Sang fçavent bien élever
les Princes .
Mr. le Prince de Bournonville, Il
eft beau frere de мr le Duc de
Chevreuse & proche parent de
Madame laMaréchale de Noail
les. Il commande dans la Gen
darmerie . J'aurois trop à vous
dire fi j'entreprenois de vous
parler ici de tout ce qui rend
la maiſon de Bournonville recommandable.
Mr le Marquis d Janfon , Fils.
de Mr le Marquis de Janfon
Sous - Lieutenant de la premiere
Compagnie des moufque-
[
GALANT . 437
On
taires. Il eſt neveu du Cardinal
de ce nom .
Mr le Marquis de Gouffier , de la
maifon de Roüanéz . Il a épousé
une fille de Mr de Chevreuſe ..
Mr de Villiers le Mortier , fort
eftimé pour fa conduite, & pour
fes fervices. Il eft frere delMr de
VilliersMaîtres des Comptes
Mr le Prince Talmond. Je
dis tout ce que l'on peut dire
de grand pour la naiſſance , en
difant qu'il eft frere de мr le
Duc de la Trimoüille .
Mr de Silly . Il n'a que 42. ans
Il a 30. années de fervice . Il
a efté ſept ans Exempt des Gardu
Corps. Il eſt Colonel de
Dragons .
Mrde Renepont , Lieutenant de
des Gardes du Corps ;
Oo iij
438 MERCURE
Mr Dourches.
Mr de Vandeuil.
Le nom qu'il porte doit faire
croire qu'il eft parent du Lieutenant
General.
Mr Streff, Irlandois
Mrle Comte d'Ayen fils de Mrle
Maréchal de Noailles s'il joint :
à la valeur que doit avoir un
homme de guerre la valeur de
fon pere & la fageffe de fon grana
pere , l'exemple qu'il montrera
aux braves & honneftes gens ,
meritera d'eftre ſuivy..
Mr le Marquis de Ruffey.
Brigadiers d Infanterie
Mr le Marquis de Polignac fils
de M le Vicomte de Polignac
Chevalier des Ordres du Roy
qui a la feconde Place aux Etats
de Languedoc . Le Marquis a
GALANT. 439
époufé Mademoiſelle de Rambures
Soeur de Madame la Ducheffe
de Caderoufe . Il eft frere
de м l'Abbé de Polignac qui a
efté Ambaffadeur en Pologne.
Mr de la Barre. C'eft le mefme
à qui le Roy a donné depuis
peu le Cordon Rouge de l'Ordre
de Saint Louis. Il eft Lieu.
tenant Colonel des Gardes
Françoifes .
Mr le Chevalier de Breteuil. 11
eft Chevalier de malthe & Capitaine
aux Gardes & Frere de
Mr le Baron de Breteuil Introducteur
des Ambaffadeurs,
Mr d'Argigny.
Mr de Pery Colonel ,
Mr de Vieuxpont . Il eft de Nor
mandie. Ce nom eft connu auffi
Bien que celuy de Raré. Il eſt
440 MERCURE
de cette мaifon.
Mr le Chevalier de Chamilly
Tous ceux qui porte ce nom fe
font toujours diftinguez par
leur valeur , & par leur efprit .
Mr le Comte de Monforeau . Il eft fils
de Mr Souches grand Prevoft de
l'Hôtel. Ileft fort attaché au fervice,
& vit en homme de qualité.
Mr le Marquis de Lignerac. II
eft frere de Mr l'Abbé de Lignerac.
Je viens de vous parler de.
cette maifon . Mr le Marquis de
Lignerac a époufé Mademoiſelle
de Caylus dont la mere eft fille
de feu Mr le Maréchal Fabert ,
& foeur de Mefdames de Bevron
& de Meraude .
Mrle Marquis deMontendre. Il eft
de la maifon de la Rochefoucaut.
Mr le Prince d: Robec. Colo
GALANT.
441
•
nel . Il eft Flamand & de la maifon
de
мonmorency
.
Mr de Canillac Ingenieur.
Mr de Vergetet
MrdeChavigny petit fils du Secretaire
d'Etat .
Mr le Comte d Evreux . Colonel
. Il eft fils de Mr de Bouillon
, & n'eft pas moins diftingué
par fa fageffe que par fa
grande naiffance . Il eft frere
Mr d'Albret qui a épouſé mademoiſelle
de la Trimoüille .
Mr de Guerchy. Il est d'une
bonne maifon de Bourgogne.
Mr de l'Ifle. Il eft fils de Mr le
· Procureur general au Parlement
de Bordeaux . Il a un Regiment .
Mr deMuret. Colonel de Beauvoifis.
Mr le Chevalier de Croiffi . Il eft
442 MERCURE
frere de Mr de Torcy Secretaire ·
& Miniftre d'Etat . Tout le fang
de Colbert réüffit dans tout ce
qu'il entreprend pour le fervice
du Roy foit dans fes armées foit:
dans les affaires du Cabinet , &
n'épargne ny fon fang ny fess
veilles.
Mrd Imercour Colonel . Je vous
ay déja dit qu'ils font fix freres
dans le fervice & un dans l'E--
glife.
Mr le Chevalier de Luxembourg..
Ileft frere du Duc de ce nom.
Mr de Gennes.
Mr Spaar. Il eft Suedois .
Mrle Chevalier de Caulevrier, Il
eft fils de Mr de Maulevrier-
Colbert , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant general , &.
Gouverneur de Tournay ,
GALANT.
4.43
w
د ا
Mr le Chevalier d'Entragues . Ce
nom eft grand & connu . Il y a
trois Officiers de ce nom dans le
fervice .
Mr le Marquis de Sezanne . Frere.
de Mr le Duc d'Harcourt.
Mr le Marquis de Dreux , Colo
nel , Grand- maiſtre des Cerenies
de France , & Gendre de
Mr de Chamillart , Miniftre &
ec.retaire d'Ecat.
Mr de Brandeley , Suiffe .
Mrde Tournain.
Mr de la Geriniere.
Mr d'Amigny.
Mr de Seignier.
Mr du Montet.
Mr de Chavagne;
Mr de Bar. Il est petit - fils de
Mr de Bar Gouverneur de la citadolle
d'Amiens.
444 MERCURE
Mr Plauque.
Mr Caftelus. Il eft.neveu de.MI
Mathieu Gouvern . deHaguenau.
Mr Valory.
Mr Rouffelot. x
Mr de la Frezeliere , Lieutenant
general de l'artillerie , & fils de
Mr de la Frezeliere auffi Lieutenant
general , & c.
Mr Ferrandde Coffé. Il a efté autrefois
Capitaine aux Gardes . II
avoit quitté le fervice où il cft
rentré. Il a fervi de major d'Infanterie
pendant la derniere
guerre.
Mr de Silly. Il eſt Colonel du
Regiment de Cotentin.
Les amis de ceux dont je n'ai
rien dit , de ceux dont j'ay dit
peu de chofe , & de ceux dont
je n'ay pas parlé jufte,me feront
GALANT.
445
3.0
plaifir de m'envoyer des мemoires,
je repareray mes fautes.
Les Maréchaux de Camp
eftant fur le pied des Lieutenans
Generaux qui ne peuvent garder
de Regimens , la promotion
qui vient d'eftre faite a esté
caufe que plufieurs Meſtre de
Camp , & Colonels ont déja
trouvé à vendre ceux qu'ils
commandoient . Rien n'égale
l'ardeur qui fait voir la Nobleffe
de France de fe fignaler en
fervant le Roy & l'Etat . Vous
venez de voir l'empreffement
qu'elle a témoigné pour lever
des nouveaux Regimens , & vous
ne remarquerez pas une moindre
ardeur dans celuy qu'elle
marque pour acheter ceux qui
font à vendre .
• 446 MERCURE
Je dois vous dire que les Regimens
Royaux ne changent
point de nom, mais feulement de
Colonels , & que ces Colonels
ne portent jamais le nom de ces
Regimens lors qu'ils en font
pourvûs. Quoique plufieurs de
ces Regimens portent les noms
de quelques Princes , ils n'en
font que Colonels honoraires ,
s'il m'eft permis de parler ainfi,
& dans un jour de bataille ces
Princes ſe mettent à la tefte de
ces Regimens en cas qu'ils le
jugent à propos.
Meffieurs de Chelader & de
Soufternon eftoient Colonels des
Regimens du Mayne & de Toulouze
. Ils ont efté faits Maréchaux
de Camp, & pourroient
vendre ces Regimens , mais
GALANT. 447
C
Monfieur le Duc du Mayne , &
Monfieur le Comte de Toulou.
ze viennent de faire une action
digne du Sang dont ils font for
tis, & ont recompenfé Mrs de
Chelader & de Soufternon , afin
d'avoir lieu de faire prefent de
ces Regimens.
Monfieur le Duc du Mayne
a donné le fien que commandoit
Mr de Cheladet à Mr de Cler..
mont, qui a efté Lieutenant Colonel
du Regiment de Horn Cavalerie
.
Monfieur le Comte de Tous
louze a gratifié en même temps
du Regiment qui porte fon nom
à Mr le Comte de Torigny , fils
de Mr de Gaffé ,
Le Roy a trouvébon que Mr
de Chamarande donnaft'à fon
458 MERCURE
fils celuy de la Reine qu'il commandoit.
Le Roy a donné en même
temps l'agrément à Mr de Blainville
de vendre celuy de Champagne
qu'il commandoit à Mrle
Marquis de Seignelay fon neveu .
Mr le Comte de Quintin fils
de Mr le Maréchal de Lorge ,
achette le Regiment de Rohan.
Mr de Mortemart celui de
Thiange .
Mr de Mortin Lieutenant Colonel
de Villequier , celuy de
Villequier.
Mr de Bartillat dont le pere
eft Gouverneur de Rocroy , celui
de мr de Clermont
Mr de Saint Criftaut celui de
Mr de Mariaux .
Mr de Seve, Capitaine de CaraGALANT.
451
biniers , celui de мrde Raffan.
Mr de Fouquereux Lieutenant
Colonel , celui de мr de Legall.
Mr de Biffy , donne le fien à
fon Fils.
Mr de Langallerie donne celui
qu'il commandoit à Mr de
Simiane fon beau Fils.
Plufieurs perfonnes de fervice
& de qualité s'empreſſent
pour acheter dautres Regimens ,
afin d'être plûtot en état d'être
nommez Officiers generaux ,
Le defir de fervir dans des
troupes auffi bonnes , auffi bien
difciplinées , & auffi aguerries &
acoutumées à vaincre que les
troupes de France , ayant porté
Mr le Comte de Schaque Dannois
, Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant à venir demander de
Fanvier 1702 .
PP
412 MERCURE
l'employ dans les Armées du Roy , ce
Comte a efte prefenté à Sa Majefté
par Mr le Marquis de Torfy. Il en a
cfté reçu avec tout l'agrément que
merite un homme de fa naiffance ',
& la preference qu'il donne à ; la
France fur tant d'autres Nations pour
faire voir dans les Troupes de cette -
Couronne des marques dun defir qu'il a
d'acquerir de la gloire..
Mi de Pracontal eft venu rendre
compte au Roy des affaires d'Italie ,.
& il a eu l'honneur d'eftre longtemps
enfermé avec Sa Majeſté. R
Les troupes qui vont en ce pays là
arrivent continuellement à Toulon ;.
on a commencé à les embarquer par le
Regiment de Monferat .
-Les dernieres troupes de la Cavaletie
qui va en Italie , eft arrivée à Grenoble ,,
ainfi il y a lieu de croire que toutes les ›
troupes que le Roy , yenvoye tant pour
les recrues que pour un nouveau renfort
y arriveront bientot.
Mr le Comte d'Entrées eft de retour .
[
GALANT
453'
à Toulon , il a laiffé toute la Ville de
Naples en joye dans l'efperance qu'elle
verra bientoft fon legitime fouverain.
Tout eft calme au dedans du Royaume ,
& l'on y a pris toutes les precautions
neceffaires pour empecher que les Allemans
ny abordent par aucun endroit.
Mele Prince de Robec, & Mr le Comte
de la Marck ont eu penfion du Roy.
Onoy que fes ennemis publient , les
affaires de France vont toujours leur
mefme train's on y trouve plus de troupes
qu'on n'en veut lever , elle font payées ,
& le Roy donne à fon ordinaire des
gtatifications & des penfions aux perfonnes
qui fe diftinguent & qui fervent
bien l'Etat.
Mr de Molé Confeiller au Parlement
fils de Mr deMolé Prefidént au Mortier,
époufe la fille unique de Mt le Marquis
de Nefmond , Lieutenant general des
armées du Roy.
Mr de Thuifi Confeiller au Parle
ment , fils de Mr de Thuifi Maiftre des
Requestes fe marie avec Mademoiſelle de
:
Pp. ij
454 MERCURE
•
Čaumartin. Le tems me manque pour
vous entretenir de ces deux grands
mariages.
Depuis que les Regimens dont je vous
ay parlé ont été vendus Mr pelot a vendu
le Regiment de Bigore à Mr de Guiraut.
On compte déja à Toulon trente deux
mille hommes des troupes qui doivent
y eftre embarquées pour l'Italie. Les
Regimens de Montferat de Forets , d'Al
bermale & quelques autres, ont fait voile
& l'on affure qu'il y a déja huit Bataillons
de debarquez. le fuis & c.
O
APOSTILLE.
N ne doit pas eftre furpris des fautes
qui fe trouvent fouvent dans
les Mercures , Ceux qui envoient des
Memoires n'en envoyent pas toûjours de
juftes . L'Auteur du Mercure avoue qu'il
peut fe tromper comme tout le refte des
hommes , & qu'il y en a de plus habiles
que lui,&fi l'Imprimeur vouloit avouër la
verité, il demeureroit d'acord que la plus
grande partie des fautes viennent de luy.
Dans le dernier volume page 248 on
•
GALANT. 415
mis Gouverneur de Naples , au lieu de
Viceroy .
A la page 280 on a mis Mr le Comte
d'Eftrées au lieu de Mr des Nots Gouverneur
& Lieutenant General pour lc
Roy au Ifles de l'Amerique. Cette faute
eft confiderable , parce que l'on a tué un
homme qui fe porte bien,
On a mis à la page 385 Brigades de
Gendarmerie , il faut mettre huit. Efcadrons
de Gendarmerie , chaque Escadron
eft compofé des feize Compagnies qui
compofent toute la Gendarmerie.
Il faut mettre à la mefme page au lieu
de Brigades de Carabiniers de Villeroy
& de Člainvilliers , Bataillons .
A la page 386 il faut mettre les deux
Brigades deVivans & de laFeronaye , chaque
Brigadier ne commandant qu'une
Brigade, & non deux Brigades comme il
paroift en cet endroit , chaque Brigade
de Cavalerie eftant compofée de plu
fieurs Regimens
.
LYSK
456 MERCURE
Evifes.
TABLE
Draité pour la pratique des forces
mouvantes ·
Estampes nonvelles
99
Derniere Lettrefur la Phifique mecani-
"
que.
།
134
Le Tombeau de Mademoiselle Scudery 61
Extrait d'une Lettre de Canada. 47:
Penfion donnée par Madame la Ducheffe
d'Orleans.
83
Lettre adreffée aux Philofophes Cartefiens.
>
938
99
T04
Narciffe, oule ridicule de l'amour propre,
Satire.
Quelles diftinction il faut admettre entre
lesdegrez methaphifiques. ,
Explications de quelques Phenomenes
qui dépendent de lafermentation . 116 ~
Confeil. 136 Rondeau . 141 Ode. 143°
Autre Ode.
1.
IS2
Difcours prononcépar Sa Sainteté. 159°
169 Morts.
Etabliffement d'une Verrerie à la Charitè
furSine. 1878
TABLE
Nouvelles de Perfe..
Etrennes, 21 Epitre en vers .
Carte nouvelle..
1903
224
241 :
234
Service folemnel fait à S. Omer. $220
Retour de la fanté de Mr Fagon .
Mrle Duc de Montfortprete ferment de
la Charge de Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde
Second article des morts ..
245
264
Meffe celebrée quatre vingt ans aprés la
premiere du mesme Prestre.
Traduction d'une Ode de Mr
Boutard..
2699
l'Abbê
166
Diverses penfions données par le Royaux
Officiers de fes armées fur unfondtronvépar
Mrde Chamillart ..
288
Sonnet à S.AS. Mrle Duc du Maine. 192 .
Manuel celefte on nouveau Calendr. 293
Rondeau,
Troifiéme article de mort. :
295
2.96
Penfion donnée par S. A. R. Mr le Duc
d'Orleans.. 303
Changemens dans les Gardes du Corps.305
Principaux évenemens de la vie du Roy
marquez par aurant de Medailles, 314
TIRQUEDE
TABLE.
Quatrième article des morts. 326
Nouvelle article touchant Mr le Comte
d'Aguilart .
Nouvelles de Barcelone.
328
330
Noms de ceux à qui le Roy a donné la
permiffion de lever de nouveaux Regimens.
337
Thefes foutenues en Sörbonne . 344
´Lettres curieufes & de litterature. 345
Critique contre laprevention. 349
Nouvelles d'Italie.
351
Articles des Enigmes. 369
Affaires d'Angleterre. 378
Nouvelles de Rome . 369 Mariages . 308
Voyage du Roy d'Espagne:
Retour du Maréchal de Catinat.
Nouvelles de Hollande
Noms naiffance & fervice des nouveaux
Officiers, Generaux.
Regimens vendus.
Mr le Comte de Schaque eft prefenté au
Roy. 451
Plufieurs articles qu'on ne nomme point icy
fautede place.
Les Jettons doivent regarder la page 290
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1072/
QUE
LYON
1893
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
Gafais jau Mucure Galante
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffic
le Mercure , ce qui en augmente confiderablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix. Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols, quant
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente-cing.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCII.
Avec Privilege du Roj.
AU LECTEUR.
TL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réitenees
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour ftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
dedéfigurez, eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils
veulent que ·les
noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'onneprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
aous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
QUE
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1702
BIBL
LYON
TELA
VILLE
E- Pere Menefrier , Je
faire , celebre par tant
de fçavans Ouvrages
qu'il a donnez au Public , a
prefentéune fort belle Devile
au Roy , comme Fondateur
& Protecteur de l'Academie.
A j
6 MERCURE
Royale des Medailles & des
Infcriptions. Le corps de cette
Deviſe eft un Cabinet de Me .
dailles antiques , rangées felon
l'ordre des temps en differentes
tablettes , & ce Vers
tiré de la quatriéme Eglogue.
de Virgile fuy fert d'ame .
Magnus ab integro faclorum
nafcitur ordo,
Il l'a expliquée par ce Madrigal.
Ce précieux amas de Medailles
antiques ,
Dont les faces & les revers ,
Sous des figures fymboliques
Exposent à nos yeux l'ordre de
l'Univers,
GALANT. 7
Nous vade fiecle enfiecle, en preuwes
authentiques
Donner un corps entier de mille:
faits divers.
Ce Madrigal eft accompagné
du Sonnet fuivant , compolé
fur le même fujet par le
même Pere.
1.
AU ROY.
AvgusteInstituteur d uneTrou .
pefçavance ,
Qui tire du tombeau nos Rois en-
Levelis ,
Et qui pour relever fous l'Empiredes
Lis
La gloire de leurs noms , va fe
rendre éclatante.
A iiij
8 MERCURE
Protegez , ô grand Roy, la France ·
renaiſſante
En cet heureux projet où les Arts
embellis
Sur tant de Nations vont luy
donner le prix ,
Et des temps à venir remplir toute
l'attente,
L'or , l'argent & le bronze en oesvre
par fes foins ,
Seront de vos travaux les fidelles
témoins
,
Et nos Neveux un joury, verront
voftre Hiftoire.
CALANT
9
Ainfi Louis le Grand des ans vis
Florieux ,
Aura droit d'occuper des Filles de
Memoire
Aux fiecles qui fuivront , & la
Langue & lesyeux.
Il n'y a perfonne qui ne de
meure d'accord que le Pere
Meneftrier a beaucoup d'invention
, & qu'il la foutient
par une érudition profonde ,
ce qui rend les chofes qu'il in .
vente utiles & agreables à l'ef
prit ,auffi bien qu'aux yeux.
M' Gobert , cy- devant Intendant
des Baftimens de Sa
Majefté , luy a preſenté dans
10 MERCURE
"
le mefme temps un Ouvrager
tres- curieux qu'il luy a dédié,
C'eft un Traité pour la prati
que des forces mouvantes , qui
fait connoifre l'impoffibilité
du mouvement perperuel par
la neceffité de l'équilibre , &
une fupputation de la peſanteur
du Globe de la terre, avec
un moyen pour le foutenir par
demonſtration . Ce Traité eft
précedé d'un Difcours fur las
certitude , l'étendue , & l'uti
lité des mathematiques . L'Au
teur a mis à la fin du mefme
Traité la figure d'un niveau
qu'il a inventé , & un récit de
GALANT it
la maniere dont il s'en eft fervi
pour affembler & pour conduire
les eaux des plaines de
Saclay à Versailles. Cet Ou
vrage doit eftre d'une grande
utilité pour ceux qui auront à
conduire ou à faire conduire
des Eaux. Il fe vend chez Jean-
Baptifte de Lepine , rue Saint
Jacques , à l'Image Saint Paul,
proche la Fontaine S. Severin .
Le mefme M' Gobert pre-
磕
fenta en mefme temps au Roy.
une nouvelle Eftampe de plufieurs
pieds de long , où l'on
voit la défaite de Porus par
Alexandre. Cette Eftampe eft
MERCURE
gravée par M Picard fur - lesdeffeins
de l'Auteur. Elle eft
remplie de feu & d'expreffions
vives ; & quoy que l'illuftre M
Le Brun fe foit furpaffé dans un
Ouvrage de cette nature , on
ne laiffe pas de trouver en celuy
- cy beaucoup de chofes
nouvelles qui font admirer l'é
tendue du genie inventif &
plein de feu de M ' Gobert.
Certe Eftampe eft dediée au
Roy ,on y voit une infinité de
grouppes & d'attitudes differentes
;l'expreffion & le jeu du
clair obfcur larendtres agreas
ble.
GALANT. 3
Je vous envoye la derniere
Lettre que l'Auteur de la Phyfique
Mecanique a écrite à fon
Ami . Il luy montre dans cette
Lettre comment il baftit l'é.
difice de fa Phyfique Mecanis
que , fur le fondement qu'il a
pofé , fur les principes qu'il a
établis , fur les loix & les regles .
du mouvement qu'il a com
pofées , & fur l'Hiftoire du
fyfteme du monde qu'il a
donnée.
A MONSIEUR
***
Ous voicy enfin arrivez
, Monfieur , au ter- , Nou
mede la promeffe que je vous
14 MERCURE
ay faite de vous montrer que
la Phyfique contenue dans
mon Traité , qui a pour titre
Hiftoire dela Machine du monde
defon mouvement , eft veri .
tablement mecanique , parce
que j'y explique les phenomenes
de la Nature , comme l'on
explique les effets & pheno
menes d'une machine artifi
cielle. Pour arriver à ce terme,
j'ay d'abord pofé pour fondement
de la Phyfique , que le
monde eftune machine .
Dans ma feconde Lettre jay
établi pour Principes , que la
Machine du Monde a esté
GALANT. 15
faite ; que fa matiere eft l'étenduë,
& fa forme les cinq
modes ou manieres d'eftre é
tendu ; qu'elle a des pieces
fimples , par lefquelles elle
a commencé , que tant ces
pieces fimples que les compofées
, different ou convien
nent par leurs modes effentiels
& accidentels , qu'elles
ne changent que dans lès accidentels,
& que tout change
ment dépend de quelque
mouvement . Enfin que dans
la Machine du monde , comme
dans toute autre Machine,
il y a neceffairement une pie.
16 MERCURE
ce mouvante , ou Resort , lequel
eft le Feu.
Je vous ay dit dans ma troifiéme
Lettre , que les Loix du .
mouvement de la Machine
font la force que le reflort a de
fe débander , & que les Regles
font la réfiftance que les au-
Tres pieces font à fon déban :
dement. Et parce qu'un reffort
ne peut le débander qu'il n'ait
efté bandé , je vous ay montre
dans ma quatriéme Lettre ,
comment le Feu , qui eft le
reffort de la Machine du mon .
de , a efté bandé dans le mélange
des quatre Elemens , &
GALANT. 17
dans la formation des corps
mixtes. 3
Il ne me refte plus qu'à
vous montrer comment ce
reffort le débands , c'est à dire
comment le feu fe produit
luy mefme en s'élançant hors
des corps mixtes , & comment
le feu ainfi produit , pouffe &
fait mouvoir diverfement les
autres corps , qui font comme
luy les pieces de la Machine du
monde, Je commence
par la
production du feu , que j'ay dic
n'eftre qu'un débandement de
ce reffort . parce qu'effective..
ment nous n'avons pas d'autre
Fanvier 17.02.
18 MERCURE
idée de la production du feu
que celle que nous avons du
débandement du reffort de
l'Horloge ; car tout de même
que lereffort de l'horloge ne fait
paroiftre qu'il eft reffort qu'en
fe débandant luy mefme ; ainfi
nous n'appercevons ny le feu
ny les effets du feu que lors
qu'il fe débande , c'est à dire ,
qu'il s'élance en fe détachant
& fortant du corps mixte , où
il eftoit retenu , & où il fe
mouvoit en rond fur luymefme.
Voulez - vous donc fçavoir,
Monfieur , comment le feu
GALANT. 19
s'élance. Souvenez vous de
ce que j'ay dit de la forma .
tiondes corps mixtes. Le feu fe
mefla avec les autres trois Ele .
mens en des veficules , dont
chacune les contient tous >
quatre; ce fut de ces veficules
que Dieu compofa , & forma
chaque corps mixte ; le
feu contenu & enfermé, preffé
, & comme bandé dans
chaque corps mixte le débande
donc en deux manieres . I.
que
les
Nud & découvert , lors
veficules eftant caffées ou crevées
, il en fort & s'élance en
ligne droite. 2. Couvers & en-
Bij
20 MERCURE
ferme, lors que les veficules :
où il eft enfermé eftant feule ,
ment detachées , il les em,
porte.
Je ne crois pas neceffaire
de m'étendre beaucoup à vous
montrer la grande difference
qui eft entre ces deux fortes
de feux , par rapport à l'effet
du feu comme reffort , qui eft
de pouffer les autres corps . &
leur faire changer de place :
car vous voyez d'abord que le
Feu découvert eftant libre , pe
netre facilement & vite ; il divife
donc plus qu'il ne pouffe ,
& s'il fait changer de place à
GALANT. 21:
un corps , ce n'eft qu'aprés
l'avoir divifé en de tres petites
particules , comme il paroift
en l'évaporation de l'eau d'un
baffin , faite
par les rayons du
Soleil , ou par le feu du foyer.
Au lieu que le Feu contenu dans
Les efprits , ne pouvant entrer
qu'avec les trois envelopes ,
ne penetre pas fi facilement
ny fivîte , il pouffe plus qu'il
ne divife , & en pouffant, parce
qu'il le reflechit , il fait changer
de place à un corps fans le
divifer , ainfi queje l'expliqueray
en fon lieu , & comme il
paroift en la projection d'une
22: MERCURE
pierre par la force ou par les
efprits du bras d'un homme.
C'eft pour ce fujet qu'une in .
fluence ou concours de feu , qui a
beaucoup plus de particules
de feu nuës que d'efprit , retient
le nom de feu , ou prend
celuy de chaleur & de lumiere ,
ou d'influence lumineufe , &
qu'au contraire une influence
qui a beaucoup plus d'efprits
que de particules de feu nuës ,
eft appellée influence fpiritueufe
ou force.
Or avez vous jamais pris
garde , Monfieur • que
le
reffort de l'Horloge fe débande
GALANT: 23
autrement pour faire marquer
les heures fur le Cadran , que
pour faire fonner les heures ?
N'eft il pas vray que pour
faire montrer les heures il fe
débande doucement & lente.
ment mais également , & que
pour faire que le marteau
frappe contre le timbre il fe
débande brufquement & fort
vîte ? Il en eft de mefme du }
feu produit où découvert où
enfermez dans les efprits ; il
s'élance quelque fois lentement
& avec uniformité pendant.
longtemps comme il arrive
lors qu'un corps chaud exha
200
MERCURE
le les particules de feu qui
font la chaleur , ou lors que
le mufc exhale les efprits qui
font fon odeur. Il s'élance ou
fe débande & le produit d'autre
fois bien vite & brufque.
ment , comme il arrive , lorfque
la poudre à canon prend
feu tout à coup parce que
prefque toutes les velicules
font en mefme temps caffées ;
ou comme il arrive lorſque
les efprits fort preffez en un
certain endroit & ayant changé
leur figure ronde en une
figure plate & longue fe remettent
tous à la fois dans
leur...
GALANT. 25
leur figure naturelle & ronde
par la force du feu qui roule
dans chacun d'eux dés que
ce feu eft plus fort que celuy
qui les preffe) & ils s'élancene
rous enſemble , ce reßort des
efprits paroît en tout mouvement
local , encor plus ma.
nifeftement dans l'experience
du moufquet à vent & au.
tres femblables. Ces experien
'ce curieufes touchant le mouvement
Local me donnent lieu
de vous faire remarquer
Monfieur , une derniere con
venance qui eft entre la machine
artificielle & la machi-
C
Fanvier 1702.
26 MERCURE
ne du monde ; c'eft que tout
de mefme qu'aprés que le
reffort de la montre par exemples'eft
tout a fait débandé on
le bande derechef en le ramaſſant
& le preflant fortement
contre luy mefme par
la force du bras aidée de la
clef ou autre levier : ainfi
dans la machine du monde ,
le reffort qui eft le feu aprés s'el·
tre débandé en quelque endroic
où il a produit un mouvement,
peut derechef être bandé
c'eft à - dire ramaffé & preffé,
par la force du bras feule ou
par cette mefme force augGALANT
27
7
mentée par le levier ou par
vis , ou par tout autre moyen
que l'art fuggere. Avec cette
feule difference, qu'au lieu que
la force qui bande derechef le
reffort de l'horloge , eft exterieure
à l'horloge , celle qui
bande le reffort eft contenue
dans la machine du monde
meſme , & en eft une pieces
mais parce que dans l'un &
dans l'autre cas la force qui
bande eft un autre feu bandé
auparavant , & agiffant en fe
débandant , les efprits du bras
d'un homme , par exemple , il
fuit de là manifeftement que
Cij
28 MERCURE
la Machine du monde eſt la Machine
univerſelle qui comprend
toutes les autres machines , même
les artificielles , comme fes
mouvemens & les rouages
particuliers , qui n'ont tous
qu'un mefme reffort , qui eft le
feu , ou découvert ou enfermé
dans les efprits ; ce qui confir
me merveilleufement la verité
& la folidité de la Phyfique
Mecanique que je propoſe .
Nous voicy bien prés du
terme où nous allons : car a‹
prés vous avoir nettement expliqué
, Monfieur , les deux
fortes de débandement du reffort
GALANT 29
de la Machine du monde , qui
eſt le feu , & les deux fortes de
mouvemens que le feu ainfi pro.
duit cauſe aux autres corps ,
que me refte til à faire
pour vous convaincre que
je vous ay donne en general
la raifon mécanique de tous les
Phænomenes de la nature ?
Il me femble que je n'ay plus
qu'à yous faire toucher au
doit que tous les changemens
qui arrivent dans le monde
font ou la production du feu en
particules , ou la production du
feu en efprits ; ou quelque
mouvement des Particules imper-
C iij
30 MERCURE
ceptibles d'un corps autre que
le feu , ou le mouvement Local
&
apparent de tout un tor
de tout un corps
grof.
fier & vifible. Il faut encore
que je vous montre évidem
ment que chacun de ces chan .
gemens , & Phenomenes eft
l'effet d'un feu deja produir en
l'une ou en l'autre de ces
deux manieres , c'eſt àdire ou
découvert ou enfermé dans
les efprits .
Or c'eft de quoy vous fe
rez amplement convaincu par
la lecture que vous ferez de
mon ouvrage enter ; mais
parce qu'eflant long je ne puis
pas de quelque temps acheGALANT
31
ver de le mettre au net , je
vous en envoye cependant
un plan en abrégé , le voicy.
J'intitule mon ouvrage Hiftoire
de la Machine du monde
de fon mouvement pour les raifons
que je vous ay dit dans
ma premiere lettre . Je com
mence cette hiftoire par le
recir de la conftruction de cette
vafte machine , je ne redis
pas icy l'abbregé de cette
hiftoire de la creation parce
que je vous l'ay donné dans
ma précedente lettre ; je me
contente de vous faire remar
quer une feconde fois quedans
Criiij
32 MERCURE
cette premiere partie de mon.
Ouvrage je jette comme je
vous ay déja dir le fondemens.
de la Phifique Mécanique ,
j'en établis les principes & les
loix & regles du mouvement , &
je tire toutes ces connoiffan .
ces generales de la feule &
fimple hiftoire de là Creation
laquelle fe termine à la formation
des corps mixtes , je veux
dire des Aftres , des plantes &
des animaux , dans chacun def.
quels comme dans un barillet
de l'orloge , Dieu a placé , &
mefme preffé , & bandé le feu
qui eft le reßort de la machi
ne du monde.
GALANT. 33
Dans tout le refte de l'ou
vrage je ne fais que d'écrire
tous les cas aufquels ce reffort
s'eſt débandé & fe débande tous
les jours , & les differens mou
vemens que ce reffort en ce
débandant caufe aux autres pies
ces de la machine ; c'eft à dire.
que je décris par ordre de
fucceffion les diverfes produc
sions du feu & les effets de ce
feu ainfi produit qui font les
productions & les changemens
des autres corps.
Je commence dans la
deuxième partie de mon ou
vragel hiftoire des productions,"
2
1.
34 MERCURE
par celle de la lumiere & du
cours des astres , je dis quelle
fut une fuite de la formation
que Dieu en fit : car dés que
les veficules qui compofoient
chaque tourbillon furent tela
lement ferrées entre elles ,
•que les exterieures
ne purent
plus ceder au choc des af
tres voifins , elles en furent
écrafées , ou crevées & le feu
qui en fortit en détacha d'autres
dont il creva la plus part
& le feu de celles cy en détacha
& ereva encore d'autres;
ce qui continue encor à prefent
, les particules de feu ..
GALANT
.
35
nues , & les veficules
éntieres
qui fe répandenr
fans ceffe de
tous les coftez autour , de l'af
tre étant la lumieres
& fon
influence
, qui le tient écarté
de tous les autres , des Aftres
inferieurs
ou planetes , il n'y
cut que le Soleil d'allumé
,
Savurne ,Jupiter, Mars Venus,
Mercure & la Lune nele furent
point à cauſe qu'elles étoient
faites de veficules
groffieres
& fort entremeflées
de beau .
coup de particules
d'eau &
de terrel
Toutes ces influences luminew?
fes du Soleil & des étoiles , aly
36 MERCURE
ferent d'abord comme les
Aftres d'Occident en Orient ;
elles n'en formérent donc
qu'une commune , qui allant
vers les eaux fuperieures s'af
foibliffoit par la difperfion de
fes rayons , & ferendoit tou- -
jours plus fpirituenfe , les parti
cules de feu nuës fe couvrant
d'air , en roulant long temps
dans cette vafte étendue des
cicux . n'eftant done plus fi
penetrante lors qu'elle arriva
à la furface concave de ces
eaux , elle en fut renvoyée
vers le milieu du monde avec
sette mefme détermination
GALANT. 37
d'Occident en Orient c'eft
ainfi , que commence ce feul
& grand Tourbillon qui conti,
nuë d'entrainer tous les aftres
d'Occident en Orient autour
d'un axe commun , excepté
Saturne,Jupiter, & Mars Venus
& Mercure qui tournent au.
tour du Soleil pour la raifon
queje diray enfon lieu . Cette
mefme influence commune
refflechie des eaux fuperieu
res fait tourner chaque astre
fur luy mefme , & rencontrant
enfin le globe terreftre
proche le centre du monde
elle le fait auffi tourner avec
28 MERCURE
T'air qui le couvre d'Occident
en Orient en forte , qu'il
acheve fon tour en bien moins
de temps que les aftres n'achevent
leurs cours. C'eſt
enfin cette mefme influence
generale qui pouffe les corps
vers le centre du
pefants
monde.
Ayant ainfi expliqué le
cours des aftres & la cheute
des corps pefants , je viens
à l'explication des Phænome .
nes ou apparences des cieux , je
fait remarquer d'abord que
comme nous qui obfervons
les aftres fommes fur le globe
MERCURE 39
terreftre , la connoiffance de
la raifon de la plupart des
Phænomenes dépend de la
fituation de ce globe , & ce
qui me porte à en faire l'hiftoire
, qui eft que le feu du
troifième jour qui découvrit la
terre fit paffer ce globe ter.
refte dans le region feptentrionale
du ciel , & que l'eau du
déluge , le raprocha du centre
du monde , le fit fortir de
deffus l'axe , autour duquel
les aftres roulent , & le fit mê.
me biaiſer en forte que depuis
alors il tournent d'Occident
en Orient fur deux
堂
40 MERCURE
poles diftans de ceux de l'axe
fur lequel les aftres tournent
& c'est ce qui donna com.
mencement à l'obliquiré apparenté
de ecliptique , aux éclipfes
à la diverfité des faifons ,
& aux pluyes qui font depuis
alors tombées fur tous les endroits
de la terre .
Le deuxième effet confi.
derable du déluge univerfel
fut le renversement des bords
de la grande fontaine qui fortoit
du milieu de la terre dé.
couverte, & qui caufa la diverfité
des terrains & des mers ,
&c. Cette hiftoire du Syf
tême
GALANT. 4!
tême du monde & de ce grand
changement arrivée au glo .
be terreftre par le Deluge me
fuffit pour donner la raifon
de toutes les apparences ordinaires
des Aftres.
Je paffe de là aux effets de
l'influence lumineuse de chacun
d'eux & fur tout aux effets
de l'influence lumineuſe du Soleil.
Je dis que les rayons de cet
Aftre luifant donnant fur chaque
planette , & fur le globe
terreftre , & s'y croifant
détachent & enlevent
des particules , qui font la
matiere des Metcores , fçaén
D
42 MERCURE
voir celles que ces rayons en.
levent du corps de Saturne
& de celuy de Jupiter , & qui
comme des particules de nei
ge font la matiere du cercle.
qui eft autour de Saturne
celle de fes fatellites , & de
ceux de Jupiter , auffi bien
que des Cometes , les particules
que les mefmes rayons du So
leil enlevent du globe terrefte
& qu'on appelle vapeurs &
exhalaifons font avec quelque
particules de feu & quelques
efprits des corps mixtes , la
matiere de tous les Metcores
de l'air inferieur.
GALANT 43
"
Les plus confiderables de
ces meteores font la nuée &
la pluye. La nuée retient les ef
prits des Aftres & ceux qui
montent du globe terreftre ,
& tombant en pluye , ainfi feconde
en efprits , elle les
faiffe dans la terre , où les
rayons du foleil les agittane
leur donnant occafion de fe
joindre plufieurs enfemble ,
& de compofer des grains mi-,
neraux , pierreux , ou falins , ou
fulpuréux , ou mercuriels , c'eftà
dire metalliques , fuivant que
ces efprits en ſe joignant engagent
avec eux des parti-
Dij
44 MERCURE
3
cules de terre , ou d'eau ou
d'air ou de, feules particules
de feu . L'lnegalité des ter
reins introduits par le Délu ·
ge contribue à cette diverfité
de: mineraux comme caufe
occafionelle .
Les melmes rayons du So
leilagitant ces grains ainfi
formées dans la terre , & les
amenuifant & adoucifant par
les chocs qu'ils fe donnent
les font entrer dans les raci .
nes de la plante d'où elle
montent par leur corps fpon.
gieux jufqu'a l'endroit où les
racines finiffent & ou le trou
GALANT 45
commence. Là ce fuc fpiritueux
entre dans les fibres ligneufes
tant des racines que du tronc
& des branches ; & va par
fibres dans toute la plante
pour pourir & faire croiftre
chaque partie en y laiffant
quelques grains fpiritueux ,
pendant que le refte revient
par le corps fpongieux au bas
de la plante pour eftre de
nouveau diftribue par les fibres
ligneufes,
Ce font proprement.les
grains fpiritueux contenus
dans les petits facs du corps,
Spongieux de la plante qui fer46
MERCUR
vent d'aliment à l'Animal':
voicy comment. L'animal
par la force de fes efprits ,
cherche , choifit & prend la
plante , fucculante , la mache
la fait defcendre dans l'eftomac
, où par la force de fes
mefmes efprits animaux & des
particules de feu où chateur ,
cet aliment eft divifé en de
plus petites pieces . Cette di .
vifion fe fait encore plus exactement
dans les boyaux où
ces mêmes efprits & particules
de feu crevent les petits facs
du corpsfpongieux , en font for.
tir les grains fpiritueux qui en
GALANT. 47
filant les veines lactées y for
ment le chyle ; ce chyle ce mé
lant avec la malje du fang
entre avec elle dans le coeur
& du coeur dans le poulmon
où il fe mêle avec l'air &
par le moyen de cet air il fermente
dans le coeur & les arteres
, les efprits & les particules
de feu le divifant encor en
des plus petits grains donc plu.
fieurs font caffez & donnent
leur feu qui augmente la cha
leur du fang , comme leurs
fragmens concaves en font la
rougeur & la partie craße. Quelques
uns de ces petits grains
48 MERCURE
1
adoucis & ramollis par les
chocs de la fermentation
s'arreftent à chaque partie
pour la nourir & la faire croiftre
, pendant que le reste du
fang revient au coeur par les
veines tant rouges que lym.
phatiques.
Durant ce cours de l'ali
ment , ce qu'il a de plus aqueux
& de plus fubtil & chaud paffe
à travers les membranes
de l'eftomac & des boyaux
à travers les tuniques des veines
& les extremitez des arteres
, & courant dans les cavi
tées des trois ventres & fous
la
GALANT: 49
peau y forme une influence va.
poreufe , laquelle eft la matiere
de la bile , de la pituite , de la
mélancolie , des urines & des
fueurs , & celle des efprits animaux
, fuivant que les differentes
parties font receuës
dans le foye , dans les glandes ,
dans la rate, dans les urines , &
dans la peau , & meſme dans
le cerveau , comme dans tout
autant d'éponges de differente
texture .
Les efprits de cette influence
qui ont enfilé les petits
tuyaux qui forment la fubftance
du cerveau
Fanvier 1702 .
courant
E
50 MERCURE
enfuite par les nerfs dans les
organes des fens , & dans ceux
du mouvement , font appellez
efprits animaux , parce qu'ils
font la caule efficiente des
fenfations & des motions , auf
quelles on peut réduire toutes
les autres fonctions du corps de
l'animal , tant vitales que na .
turelles.
de ces
C'est
par le
moyen
fenfations
& motions
, caufées
par
les
efprits
, que
l'homme
fait
toutes
les
experiences
qu'on
appelle
les
ouvrages
de l'art
, en
dirigeant
diverſement
, 1. La
Flame
dans
la
Chimie
, 2. La
GALANT, SI
Lumiere dans l'Optique, 3. L'influence
des efprits dans la Mecanique
, & dans les experiences
curieufes qu'on attribuoit à la
crainte du vuide.. 4. Les grains
Spiritueux, ou efprits des mixtes
dans les autres arts , & dans
les experiences particulieres qu'
on attribuoit à la fympathie
ou à l'antipathie , ou à quelque
qualité occulte.
Aprés avoir ainfi faie l'Hif
toire des Ouvrages de Dieu , de
ceux de la nature & de l'art , &
montré que toutes leurs produ
tions dépendent du feu ou dé
couvert ou enfermédansles efprits ,
E ij
2 MERCURE
je paffe à l'explication deseffets
que ces mefmes ouvrages font
fur le corpsde l'animal par lefeu
ou découvert , ou enfermé dans
les efprits & grains fpiritueux,
qui vient d'eux par émiſſion ,
ou par reflexion . Les principaux
& les plus frequens de
ces effers font les fenfations ,
par lesquelles l'animal apperçoit
tous les autres corps à
l'occafion du feu qui vient
d'eux , & qui frape les organes
de ces fens. Ce feu ou cette
occafion eft appellée qualité
fenfible. Ainfi le feu nud eft cha.
leur , ou lumiere & couleur fuiGALANT.
53
vant qu'il frape l'organe de
l'attouchement , ou celuy de la
vene; le feu contenu dans les
efprits en la dureté & pefanteur,
ou bien fon & bruit , fuivant
qu'il frape l'organe de l'attouchement
ou celuy de l'ouye , le
feu contenu dans les grains
fpiritueux , ou efprits des mixtes
, eft ou odeur ou faveur , fuivant
qu'il frape les organes de
l'odorat ou du goust , ou ceux
des appetits & des paffions, qui
font les membranes des vif.
ceres & les tuniques des vaiffeaux.
Les autres effets de ce feu
E iij
14 MERCURE $ 4
des corps exterieurs contre
celuy de l'Animal , font les
maladies , qui ne font autre
chofe que les differentes fola -
tions de continuité , tant des parties
dures & molles , que des
humeurs & des efprits Les maladies
les plus fimples & les plus
connues font celles des parties
dures , la diflocation , lafracture
& la carie. J'explique fur celles
de la tumeur la plage & l'ulcere
des parties molles ; l'extra.
wafation , l'interception & la
trop forte agitation des humeurs
; la convulfion , la paralyfie
, & le delire , qui font les
GALANT. 55
maladies des efprits .
la
En effet toutes les maladies
fe gueriffent , comme la diflocation
, par une feparation des
parties divifées , laquelle eft
fuivie de leur réunion . Cette
réunion cft toujours faite par
nature , je veux dire par la force
des efprits & des particules
du feu du malade ; mais fouvent
cette nature ne peut pas
faire la feparation qui doir
préceder la réunion , & en ce
cas la Medecine vient à fon fecours
par les remedes qui tendent
tout à feparer pour re
joindre.
E iiij
56 MERCURE
Sur cette idée je range les
remedes dans fix claffes . La pre.
miere en des inftrumens de
Chirurgie qui divifent manifeftement.
La feconde , des cau
fties & des veficans . La troifiéme
, des irritans , tels que
font les rubifians , les purgatifs
& les vomitifs . La quatrié
me , des réfolutions , diuretiques
& fudorifiques. La cinquiéme
, des échauffans internes
& externes , cardiaques &
contre- venins . La fixiéme enfin
, des rafraîchiffans , repercuffifs
, anodins & fomniferes,
tant externes qu'internes.
>
GALANT: 57
Ce plan de mon ouvrage ,
tout court qu'il eft , fuffit pourtant
, comme je le croy , pour
vous faire comprendre, Monfieur
,, que tous les changemens.
qui arrivent dans la Machine
du monde aux corps qui la
compofent , dépendent de fon
resort , qui eft lefeu ou découvert
ou enfermé dans les efprits
, de meſme maniere que
tous les phenomenes & effets
du mouvement de l'Horloge
dépendent de fon reffort qui le
débande , & qu'ainfi la Phyfi.
que que je donne expliquant
le mouvement d'une machine
58 MERCURE
fur des principes qui font les
connoiffances generales qu'on
a d'une machine automate , &
par les loix & les regles du mouvement
de la machine , c'eft à
dire par le débandement du
reſſort , qui pouffe diverſement
lesautres pieces , & merite avec
justice le nom d'une Phyfique
veritablement
&
proprement
Mecanique , & c'eft ce que j'ay
d'abord promis de vous montrer.
S'il vous reste encore
quelque difficulté , vous n'a .
vez qu'à me la propoſer , & je
tâcheray de la réfoudre. Je fuis
&c. AMarfeille le 16. May 1701.
GALANT:
$9
Il y a déjalongtemps qu'on
m'a envoyé la Piece que vous
allez lire . Elle eft de M' de
Vertron, &contient un abregé
de la Vie de Mademoiſelle de
Scudery, mais comme depuis.
la mort de cette admirable
Fille , j'ay en quantité d'Ou ;
vrages faits à la gloire , que
j'ay répandus dans la pluſpart
de mes Lettres , j'ay refervé
celuy- cy pour en former fon
tombeau. On a remarqué une
chole qui eft bien à l'avantage
du veritable merite & du bon
efprit eftimé de tout le mon
de. C'est qu'on n'a jamais
60 MERCURE
*
compoſe plus d'Ouvrages àla
gloire d'aucune perfonne , mê.
me des plus grandes Puiffances
& des Souverains , qu'il en
a paru pour l'illuftre Mademoiſelle
de Scudery , depuis
fa mort. Il faut pour cela que
l'efprit & le merite foient generalement
reconnus , & fans.
contredit .
GALANT. 61
TOMBEAU
DE L'ILLUSTRE
MADEMOISELLE
DE SCUDERY,
Del'Academie des Ricovrati
de Padouë.
OV
APOTHEOSE DE SAPHO .
Ovi pourra me fournir d'aßez
triftes couleurs ,
Qri
Pourpeindre le fujet des plus vives
douleurs ?
Sapho n'eft plus , helas ! la Parque
inexorable
62 MERCURĖ
Caufe d'un bien fans prix la perte
irreparable .
Et plonge pour jamais dans la nuit
dutombeau
Ce
que les Immortels ont formé de
plus beau.
Ovous , fçavantes Saurs , Hofteffes
du Parnaffe ,
Qui donnez à nos chants &laforce&
la grace
,
[ fecours,
Ne me refuſez pas voftre puiſſant
Eternifonsfa gloire au defaut de fes
jours.
Qu'à jamais parmy nous Sapho fe
renouvelleو
Faifons , malgre sa mort
foit immortelle ,
› qu'elle
Que bravant le pouvoir de fes traits
Elle
meurtriers ›
porte fon cours jufqu'auxfieces
derniers.
GALANT. 63
-
Et vous qui l'adorez , vous , auguftes
Licées ,
Quifous uneforêt de palmes entaßées,
L'avez parun beau choix receue entre
vos bras.
Au ravage des ans ne l'abandonnez
pas:
C'eft voftre Fille , il faut que vos
foins , que vos veilles
Se confacrentfans ceffe à chanter fes
merveilles;
Faites voirqu'à Sapho mille Ouvrages
parfaits
Avoient acquis le droit de ne mourir
jamais.
Mais quoy , Padoue icy ne m'offre
que fes larmes
C'est là l'unique foin quipour elle a
des charmes ,
Arles n'ofe à fon pour répondre à mes
defirs
64 MERCURE
Et fes plus doux accens font changez
enfoupirs.
Je ne reconnois plus ces Colleges cele-
[preftsfunebres,
bres :
Ils n'offrent à mes yeux que des ap-
Et lorfque ma douleur y cherche du
Secours,
Vn filencefunefte y tient lieu de difcours
,
Ofilence éloquent il m'en dit davaistage
Que ne ferajamais le plus pompeux
langage ,
Quand la douleur enfin arrive au
plus haut point ,
Ellefe faitfentir , & ne s'exprime
point.
"Seray-je donc le feul àrompre lefilence?
Est-ce que ma douleur a moins de
violence ?
GALANT
. 65
Ah ! d'un trefor perdu connoiffons
mieux leprix ,
Des regrets trop communs pafferoient
pour mépris.
Taifons - nous : c'est ainsi qu'un tel
malheur s'exprime.
Mais luy refuferayje un encens legitime
?
Non , faifons fur nous - même un ga
nereux effort,
Oublions , s'il fe peut , noftre peing
&fa mort
Rejettons loin de nous une image fi
noire ; [ gloire ,
Et parlonsfeulement pour celebrerfa
Rome , tu me fournis un exemple fi
beau .
En vain tes Empereurs defcendent au_
tombeau
Tufçais par un fecret que ton amour
t'infpire ,
Janvier 1702.
F
66 MERCURE
Elever ces Heros jufqu'au celefte
Empire,
Et pour éternifer Sapho dans ces bas
lieux
,
Je prétens à mon tour la placer dans
les Cieux.
Je fçay que c'est un foin qu'elle a pris
elle- même
Ses écrits font garants de fa gloire
Supreme :
Je nefais rien pour elle , & fa Profe
&fes Vers
Volent fans mon fecours aux bouts de
Vnivers;
Et quand de fes Vertus je retracel'image
,
C'est moins pour les chanter, que pour
leur rendre hommage :
A qui pourrois-je mieux adreſſer mon
encens?
Mais quelle fainte horreur vient faifir
tous mes fens !
GALANT. 67
Je ne voy plus Sapho que comme une
immortelle ,
Et dés le premier pas je fens que je
chancelle :
Quel éclat tout à coup vient fraper
mes regards ?
o Ciel! que
de rayons naiffent
de
toutes parts !
Je ne puis foutenir cette fplendeur divine
,
Elle éblouit mes jeux , lors qu'elle
m'illumine.
Ah ! c'est pour nous donner un jour
cent fois plus beau ,
Que Sapho fe derobe à la nuit du
tombeau.
Tel Phebus fe cachant fous un nuage
fombre,
Laiffe pour quelque temps regner
Phorreur&l'ombre,
Etdilipant enfin ce voile imperieux,
Fij
68 MERCURE
Remplit de fa lumiere &la terre & les
Cieux.
Telle est mon Heroine , & telleen fa
lumiere :
L'envisage en tremblantfa brillante
carriere
,
Dans ce champ perilleuxje crains de
m'égarer ,
[ mirer,
Et ce n'est que de loin que j'ofe l'ad-
Que d'écrits
immortels
! quelle moif-
Jon de gloire !
Lesfiecles à venir auront peine à le
croire
Et diront à l'aspect de ces riches trefors
,
Que toutes les neufSoeurs animerent
fon corps.
Qu'Apollon prit le foin defaire un tel
miracle ,
Qu'elle fut fon Echo , qu'elle futfon
Oracle
GALANT . 69
熟食: Et que pour les beaux Arts nous
prefcrivant des loix,
Au refte des Mortels ilparla par fa
voix.
Elle a tous les talens de Rome &
de la Grece.
Quelle folidité! quelfeu! quelle juftesse
!
Quel brillant quel fublime ! elle
n'ignore rien:
Quel Genie a - t-on vù plus vafte que
le fien ?
Les Sciences , les Arts , & la Fable
& l'Histoire.
Occupent fon. efprit , remplißent fa
memoire .
Tout cede à fes efforts , la Nature
ny l'art
[ rempart
A fes regards perçans n'opposent nul
Quelle rapidité ! nos plus fertiles
Plumes
70 MERCURE
Ont- elles mis au jour de plus nombreux
volumes ?
Quels lieux ne brillent pas du nom
de Scudery !
C'est un calme profond , qui jamais
n'a tary ,
Et quiconque lefuit dans fa fuperbe
courfe ,
Admire également & ſa fin & fa
fource.
Retraceray-je ici cesglorieux débats,
Où l'on ne voit germer , que palmes
fousfes pas ??
La gloire de combattre une telle
adverfaire ,
Afes fameux Rivauxtenoit lieu de
falaire ,
C'eftoit vaincre pour lors , que d'ofer
refifter ,
Et meriter le prix , que de le dispater.
GALANT.
78
Mais voyons cette Mufe en prodiges
feconde
Attirer les bien-faits du plus grand
Roy du monde :
Louis du vray mérite augufte Protecteur
,
En découvre l'éclat du haut de fa
grandeur,
Et fe chargeant du foin de luy rendre
justice ,
Du fort ingenieux corrige le caprice ,
Louis regne , ilfuffit : il protege en
autruy
Cette mesme vertu , que l'on révé
re en luy.
Tel jadis aux beaux Arts ouvrant:
un un champ fertile ,
Des Mufes d'Aufonie Augufte fut
l'azile ,
Et pour les animerà d'illuftres
efforts >
72 MERCURE
Sur Maron & Flaccus répanditfes
trefors.
Louis fuit fon exemplé , & fes faveurs
infignes ,
Entre mille fujets choififfent les plus
dignes ;
Les auvres de Sapho font comme
autant de voix ,
Qui d'un Herosfigrand déterminent
le choix ;
[ me :
Ilfçait ce qu'elle vaut , & fon coeur
magnanime
Ajoûte à fes prefens fa precieuſe efti-
Aprés de tels honneurs que peut - on
defirer ?
Le Ciel eft lefeul bien , où l'on doive
afpirer ,
Toute affreufe qu'elle eft , la mort
nous paroift belle ,
Qui nous ouvre un chemin à la gloire
immortelle ,
Sapho,
GALANT.
73
Sapho , fans balancer , en brave la
rigueur,
Et la palme à la main , luy prefente
fon coeur.
Mais que vois -je ? la Mort interdite
, tremblante ,
Laiffe tomber Sapho de fa main
chancelante ,
Et dans un fang divin craignant
de la
tremper.
Jufqu'au vingtiéme luftre elle attend
à fraper.
Ah !fans doute la Parque autrefois
implacable,
Au fiecle renaiffant veut eftre favorable....
[ gler lefort ,
Deuxfiecles , de Sapho , devoient re-i
L'un a vûfa naißance , & l'autre
voit fa mort.
Et ceux qui les fuivront , confacrant
fa memoire,
Janvier
1702. G
74 MERCURE
Dreſſeront à jamais des autels à fa
gloire.
Voici l'extrait d'une Lettre
écrite de Canada . Vous y trou
verez des chofes fort glorieu
fes pour voftre Sexe.
Mi le Roy de la Potherye ,
Controlleur de la Marine &
des Fortifications de la Nouvelle
France, Neveu de feu M
de la Potherye , Sous Doyen
des Confeillers d'Etat , & de
M ' Damour , Grand Croix &
& Grand Bailly de la Morée ,
prenant connoiffance des affaires
du Roy dans l'étenduë
GALANT. 75
du Pays il y a trois ans , vifita
tous les Forts où il y avoir
Garrnifon. Il y apprit une
action heroïque qu'une jeune
Canadienne de vingt - deux
ans nommée Mademoiselle .
Maglon Vercheres avoit faite
contre des Iroquois pendant
ces dernieres guerres . Il en in
ftruifit M le Comte de Ponte
chartrain , & il obligea certe
Demoiſelle d'en expliquer.
elle mefme par écrit à Madame
la Comteffe de Pontchar
train toutes les circonstances ,
cequ'elle fit avec beaucoup de
modeftie. M' de la Potherye
*
Gijad
56 MERCURE
en a écrit le détail en ces ter
mes.
Tout le Canada eftoit dans des
allarmes continuelles des irruptions
frequentes que les Iroquos fai
Joient dans le Gouvernement
de
Montreal. Il y eut un party de
quarante à cinquante des leurs
qui entourérent le Fort Vercheres,
Ils eftoient cachez dans des buif.
fons aux environs. Ils n'eurent pas
platoft fait leurs Saffakouez , qui
font leurs cris de guerre , qu ils
donnerent précipitamment
fur
vingt deux Habitans qui tra .
wailloient à la Campagne . Cere
Demoiſelle qui n'eftoit qu'à deux
GALANT. 77
eens pas du Fort fur le bord du
Fleuve
Saint Laurent
voulur
s'enfuir. Deux Iroquois
urerent
fur elle , & la manquerent
. Ily
en cut un autre qui la poursuivie
jusques
à l'entrée
du Fort , où
croyant l'avoir
arreftée ”,fon mouchoir
de sol luy demeura
dans les
mains . Elle conferva
affez de
prefence
d'esprit pour fermer
la
porte du Fort fur l'Iroquois
qui
n'osa rifquer d'y entrer par le tumulte
qu'il y entendoit
. Toutes
les femmes
qui voyoient
enlever
leurs maris fans efperance
qu'on
puft les fauver , faifoient
des cris
pitoyables
,penetrées
de douleur de
Giij
78 MERCURE
ce qu'ils feroient infailliblement
brûlez à leur arrivée chez ces
Barbares . Il eft vray qu'il n'y en
avoit que deux qui en furent
exempts Mademoifelle de Vercheres
prévoyant que toutes ces
lamentations pourroientfaire con
noistre aux Iroquois qu'il n'y avoit
perfonne pour garder le Fort , car
il n'y avoit pour lors qu'un Sol.
dat , renferma toutes ces femmes.
Elle monia auffi toft fur un Baf.
tion où eftoit le Soldas . Elle ofta
fes coeffures & mit un Chapeau
Sur ſa tefte , un fufilfur l'épaule ,
fe montrant ainst aux Iroquois ,&
leur donnant à entendre par là
CALANT: 79
que l'on eftois fur la défenſive ,
même fir feu fur eux. Mais com.
me elle vit qu'ils perfiftoient à en
tourer le Fort , & rangeoient les
palliẞades pendant la nuit , elle
chargea elle même un Canon de
quatre livres de bale , s'effantfervie
d'une ferviette pour tapon.
Elle le tirafur eux. Ce coup rompit
toutes leurs mesures , donna
occafion à tous les Forts du Nord
& Sud du fleuve depuis Mont.
real , dont le circuit eft de plus de
vingt lieuës , de fe tenir fur leurs
gardes Chaque Fortſe répondant
de l'un à l'autre au premier fignal
de celuydel ercheresjufquà Mont-
G iij
80 MERCURE
real on détacha cent hommes pour
luy donner dufecours, ce fecours
arriva peu de temps après que les
Iroquois fe furent retirez dans les
Bois.
Je ne puis paffer fous filence
l'action quefit Madame ſå Mere
deux ans auparavant . Les Iroquois
caufant de grands defordres.
à la Cofte du Sud du Gouverne.
ment de Montreal
Vercheres Cette
vinrent a
Dame
nuyant
de fevoir
inveftie dans
~fon Fort , fe jetta dans une Redoute
qui en eft feparée
de plus
de cinquante
pas . La mort d'an
nommé
l'Esperance
qui fut tué
2
GALANT
. 81
1
d'un coup defufil par un Iroquois,
l'obligea de ne pas perdre de temps
parce qu'il n'y restais plus que
de deux ou trois perfonnes . Elle
prit fon fufil , de la poudre & des
bales ,fe rendit à la Redoute à la
faveard'un chemin couvert. Elle
n'y fut pas plutoft qu'elle fe battic
avec toute l'intrepidité que le
plus aguerri Soldat auroir pufaire.
Le choc duradeuxfois vinge quatre
heures , & le Marquis de
Cryfalfy qui vint à fon fecours ,
manqua d'un moment les Iroquois
qui avoient quitté prife.
Je manday ily a deux ans
L'action de Mademoifelle fa Fille
82 MERCURE
1
à Monfieur le Comte de Pontchartrain
qui cft le Protecteur des
Canadiens , il eftoit jufte qu'elle
sadreffaft à Madame la Comteße
pour lafupplier de l'eftre auffs des
Canadiennes . Cette action parur
trop belle & trop extraordinaire
pour unefille qui n'avoit que qua.
forze ans , pour ne pas juger
qu'elle pourroit efperer quelque
grace de Sa Majefte , & pour
ne pas entrer , dans un détail de
toutes les circonstances qu'il fallut
encor donner depuis à la Cour
pour confirmer une chose que
l'on avoit cachée jufqu'alors , je
vous diray , Monfieur , que MaGALANT.
83
dame la Comteffe de Ponteh artrain
a pris les interefts de cette
Demoiselle avec tant de generofité
qu'elle luy a procuré pour toute fa
vieune penfion de quatre cens cinquante
livres.
Madame la Ducheffe d'Or.
leans a donné trois mille livres
de penfion à Madame la Comteffe
de Saint Pierre. Les ma.
nieres obligeantes dont elle
a bien voulu accompagner ce
prefent , en augmentent infiniment
le prix . Vous fçavez
qu'elle trouve dans fon Sang
le fecret d'affaifonner les biens
84 MERCURE
faits de telle forte qu'ils femblent
doublez. Madame la
Comteffe de Saint Pierre eft
depuis plufieurs années attachée
à cetre Princeſſe . Elle eſt
Fille unique de feu Meffire
Gabriel de Kerven , Capitaine
de Vaiffeau , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel , d'une
des plus anciennes Maiſons &
des mieux alliées de Baffe Bre
tagne , l'Arreft de maintenue
qu'il a obtenu marque qu'il
avoit prouvé plus de trois cens
ans de poffeffion de Nobleffe .
Je vous ay parlé le mois de
Novembre dernier , de M' le
GALANY. 85
Comte de Saint Pierre , j'ajou
teray feulement icy que fon
qui eft Caftel , eft d'une
nom
Nobleffe tres ancienne & tres.
illuftrée , puis qu'il y avoit un
Baron du nom de Caftel , l'un
des foixante Barons Pairs du
Royaume, qui vivoit du temps
de Philippe Augufte , & plufieurs
années aprés fous le re
gne de Saint Louis , fon Petit.
fils , comme on le voit dans
un ancien Rôle qui eft au Trea
for des Chartes & quia pour
titre , Duces , Comites , Barones ,
Caftellani & Vavaffores tempore
Philippi Augufti. On voit en-
3
86 MERCURE
core plufieurs Chevaliers du
nom de Caftel au nombre des
plus grands Seigneurs du
Royaume dans un autre dé
nombrement
du temps de
Philippe Augufte , qui eft auffi
au Trefor des Chartes , & qui
a pour titre , Milites qui tenent
de Domino Rege, & habentfexa.
ginta libratas redditus , Jean Ca.
ftel Chevalier eft nommé dans
un vieux Rouleau en parche .
min de la Chambre des Com
ptes , qui a pour titre , Com .
potusThefaurariorum Lupara de
Termino Sancti Johannis 1296.
Gilles Caftel , Chevalier , eft
GALANT. 87
employé dans une montre de
Gens de guerre en 1320. Andrieu
Caftel , Ecuyer , dansun
autre compte du Treforier des
guerres de l'an 1359. Morelet
Caftel , Ecuyer , dans un autre
compte de la Chambre des
Comptes du Treforier des
guerres de l'an 1390. Jean Caftel
fecond du nom , qui vivoir
l'an 1462 , employé dans la Recherche
de Nobleffe de Montfaux
dans les plus anciennes
copies. Je vous ay dit les raifons
qui avoient empêché M
le Comte de Saint Pierre de
prouver la Filiation au delà de
88 MERCURE
deux cens foixante & dix ans ,
&tout le monde fçait que c'eft
un malheur qui luy eft commun
avec la plupart de ceuxqui
font des plus grandes &
des plus illuftres Maifons de
France , qui ne laiffent pas de
paffer pour eftre defcendus de
ceux de leur nom qui vivoient :
du temps de Saint Louis & de
Philippe Augufte , quoy qu'ils
foient dans
l'impoffibilité de
prouver des delcentes fi an
ciennes , à caufe des malheurs
des Guerres Civiles & des in
cendies ; & parce que les Aif
nez des meilleures Mailons ne
?
GALANT 89
laiffent fouvent que des Filles
, les titres de Nobleffe &
les Actes qui pourroient prouver
les Filiations , font negli
gez , & peu à peu égarez , perdus
& rongez par le temps.
Ceux qui connoiffent un
-peullees Familles de Normandie,
fçavent que M le Comte
de Saint Pierre éft allié au
meilleures Maifons de la Province
& du Royaume , c'eft
par la Mere de
Bellefont
qu'il
5
aux
eftoit Neveu à la mode de Bretagne
de feue Madame la Ducheffe
de Vantadour Douai .
riere , & de feue Madame la
"Fanvier 1702..
90 %
MERCURE
Coufin Ger-
Maréchale de Schomberg ,
iffu de Germain de M' le Duc
de Vanradour & de Madame
la Maréchale de Duras . C'eft
de ce cofte là qu'il eftoit proche
parent de M' le Comte de
Saint Geran , & C
main du M' le Maréchal de
Bellefond , & de Meffieurs
les marquis de Sebeville
d'Amfreville , & de Villars.
C'estpar fa Grand'mere Jeanne
de Couvert , Femme de
Nicolas Caftel, qu'il eft parent
de la Luthumiere , Matignon,
& de Carbonnel Canifi . C'eft
par fa Biſaycule Jeanne d'AGALANT
gr
cher , Femme de Richard Caftel
, qu'il eft parent de la maifor
de Pellevé Flers , de mont .
morency , de Mathan & de
Thieuville . C'eft d'une Caſtel,
Soeur de Richard , qu'eft defcendu
M' le Marquis d'Harcour
de la Gendarmerie , bran
che aifnée de l'illuftre Maifon
d'Harcour. Sa Bifayeule eftoit
Jeanne de Praël , Fille du Ba .
ron de la Hougue , Femme
de Guillaume Caftel . Sa quatrifayeule
eftoit de la malon
de Gruchy , Femme de Raoul
Caftel! Sa Quintayeule eftoir
Trouffeauville , Femme de
Hij
92 MERCURE
Jean Caftel fecond du nom.
Sa Sextayeule d'Amours, Fem
me de Morelet Caftel , Maifons
anciennes , & toutes des
meilleures de Normandie Au
rette , dans l'article du mois de
Novembre , qui regarde M'le
Comte de Saint Pierre , au lieu
de 1473. il faut lire 1433. & au
lieu de l'Echiquier de Normandie
, il faut lire , du Parle
ment de Normandie.
#2
Je vous fais part d'une Lettre
qui contient un Pheno .
mene fur lequel une perfonne
de voftre Sexe fouhaite d'eftre
éclaircie.
BOTT
GALANT.
9:3
AUX PHILOSOPHES
Cartefiens.
M
ESSIEURS ,
Une Dame autant diftinguée
dans le monde par la
vivacité de fon efprit , & par
la droiture de fon coeur , que
par le brillant de les traits , &
par les charmes de toute fa
perfonne , a remarqué depi
one une chofe affez ordinaire ,
peu
qui cependant ne paroift
point encore avoir efté expli .
quée. Un jour , allant à fa toilette
pour décharger la felte
Pia
94 MERCURE
a
de ce poids inutile d'orpemens
qui n'ont point etté inventez
pour elle , mais que la
bienfeance & la mode ne per
mettent pas de negliger à une
perfonne de fon rang & de
fon âge , elle apperçut que la
flame de la bougie qu'elle tenoit
en main ,
paroiffoir plufieurs
fois dans fon miroir
lorfqu'elle s'en trouvoit à une
certaine diftance, Ce Phenomene
qu'elle n'avoit point encore
obfervé , la furprit && la
fit refver quelque temps pour
en découvrir la caufe, Incer.
taine de ce qui l'occupoit , &
ofen
GALANT. 95
voulant en juger fans précipitation
elle fe prefenta
tour à tour devant plufieurs
autres miroirs , & avec la mef
me bougie allumée. La flame
parut roûjours le multiplier ,
tant à l'égard du nombre que
de l'ordre des flames . Son attention
ne luy laiffa rien à
defirer. Elle prit le miroir en
fa main , les flames alors luy
parurent plus diftinctes , mais
elle en fut moins éclairée pour
decider fur cette matiere.
Comme cette Dame aime
uniquement l'étude , & qu'un
Philophe eft reçu chez elle
96 MERCURE
28
plus volontiers qu'un Amant ,
elle fut ravie d'avoir trouvé
une difficulté qui l'embaraf
foit , & qu'elle croyoir affez
grande pour pouvoir embaraffer
trois de fes Amis , tous troisbons
Cartefiens , qui viennent
de temps en temps fe délaffer
dans la converſation de cette
belle & fpirituelle perfonne
du travail de leurs meditations
metaphyfiques. Elle
leur propoſa donc ce qu'-
elle avoit remarqué. On re
commença en leur prefence
tout ce qui avoit eſté déja
faic . La flamme parut mul.
2
tipliée
GALANT. 93
tipliée à l'ordinaire . Une feule
chofe les jetta tous dans un
nouvel embarras . Les uns
voyoient dans le même miroir
& à la même diſtance , en
effet , un plus grand nombre
de flames que les autres . Quel .
ques- uns n'en voyoient qu'u
ne où les autres en voyoient
trois diſtinctes , & il y en cut
qui en voyoient quatre où
ceux . là n'en voyoient que
trois .
Les fentimens des Philofophes
furent tous differens
fur ce fujet. Les uns,
croyoient que cette multi
Fanvier 1702 .
I
98 MERCURE
plication de flâme eftoit cau-
Tée par l'épaiffeur de la glace .
D'autres prétendoient
qu'elle
venoit de la reflection de la
Alâme qui fe fair fur la furface
des yeux , & d'autres
crurent que cette multiplica
tion pouvoit eftre caufée par
l'inégalité du vif argent qui
eft appliqué derriere la gla
ce. Tout cela ne fatisfaifant
point , & fe trouvanr toujours
quelques circonftances
quidétruifoie
, ce que chacun d'eux
prétendoit établir , on réfolut
de propofer ce Phenomene
aux Sçavans & je fut chargé
THÈQUE
SLOTHERLE
BIBLIOT
LYON
*1893*
DE
THE
Ver
DE
LA
VILLY
GALANT
:
du foin de le faire
au public. Ceux qui vou
fe donner la peine de faire
ces experiences
, remarqueront
plus de diverfité que l'on
ne peut icy en décrire.
Voyez , Madame , fi vous
pourriez vous accommoder
d'un Ami qui eut de fa
fonne tout le foin que
perfait
remarquer
cette Satire . Elle
eft de M de Villemont
de
Roüen.
I ij
100 MERCURE
NARCISSE ,
OU LE RIDICULE
DE L'AMOUR PROPRE.
N
Arciffe l'autre jour eſtant
à fa toilette
Je fus fort étonné qu'une odeur
de Civette
Me faifit l'odorat en arrivant
chez luy ;
Je le fus encor plus quand j'apperçus
l'étuy
Qui fert toutes les nuits pendant
que l'hiver dure
A garentir fon nez de la moindre
froidure.
Helas ! dis-je auffi - toft que ce
fecret eft beau ,
GALANT 101
L'ufage m'en paroît furprenant
& nouveau ;
Cela s'appelle aimer , comme il
faut fa perfonne ?
Peu de chofe , Monfieur , reprit
- il , vous étonne a
Et pour me conferver j'ay bien
d'autres fecrets ..
Par exemple , dit- il , pour avoir
le teint frais ,
Voici dans mes quarrez dix fortes
de pommades ,
Et lorfque j'ay les yeux échauf
fez ou malades ,
J'ay des eaux dont l'effet eft de
les embellir , [ dormir .
Et qui fervent encor à me faire-
Je conferve mes dents avec un
foin extrême .
Voicy d'une opiate , & je la
fais moy- mefme
I iij
102 MERCURE
Rare
par fa bonté , douce , par
fon odeur
J'ay pour les mains auffi des paftes
de fenteur ;
Effayez-en , Monfieur , & vous.
verrez fur l'heure
Qu'on ne fçauroit jamais en
trouver de meilleure .
Ma main , dis - je au pluſtoſt
ne le mérite pas ,
Je croy fans l'éprouver qu'on
en doit faire cas.
Mais à quoy fert ' , Monfieur.
cette poudre écarlate ?
Que je vois icy là , prés de
voftre opiate ?
Eft - ce quelque remede
dans ce papier fin ?
où ?
Un remede , Monfieur , comment
? c'eſt du carmin
Qui fait par fa beauté honte au
rouge d'Espagne .
GALANT 103
Il faut eftfe , Monfieur , nourry
dans la campagne
Où dans quelque autre lieu du
moins auffi défert
Pour n'eftre pas inftruit
à quoy
le carmin fert ?
Etonné d'un difcours fi plein
d'extravagance
J'en méprife l'auteur , en gardant
le filence ,
Et fans luy témoigner la moindre
émotion
[ tention
Je regarde & j'écoute avec at-
Tout ce que fait & dir cette
tefte legere .
Il appelle à l'inſtant Doris , fa
ménagere .
Elle entre & luy prefente un
bouillon fucculent
Qu'il avale auffi - toft , & qu'il
trouvent excellent ...
1 inj
104 MERCURE
Il lave aprés fes mains , lës
effuye & fe mouche ,
Nettoye auffi fes dents , lave fes
yeux , fa bouche
En grimallant tres - fort devant
un grand miroir.
Enfuite fe fervant d'un coin dè
fon mouchoir ,
Il s'en frotte long- temps tout le
bas du vilage ,
Et puis de ce carmin dont j'ignorois
l'ufage
Je le vois qu'il s'en peint en
cinq ou fix endroits
Sur les levres , la jouë & jufqu'au
bout des doits,
Quand cela fut finy , fon Valet,
nommé Bafque ,
Luy met au mefme inſtant fur le
vifage un mafque
Et dépapillotant aprés tous fes
cheveux .
GALANT 105 .
Ile peigne, l'effence & le poudre
des mieux. [ carlate .
Narciffe met enfin un habit d'é-
Dont la magnificence étonne ,
enleve , éclate
Par la quantité d'or dont on le
voit couvert
Et prenant fon chapeau garny
d'un plumet verd ,
Il faut bien -toft
dit il
j'aille à la toilette
que
Ou jefçay que m'attend l'adorable
Lyfette
Voicy l'heure à peu près , Mone
fieur , que je m'y rens ;
Je fuis chargé du foin de noüer
fes rubans.
C'eft moy tous les matins qui
fait tout auprés d'elle ,
Je la fers beaucoup mieux qu'au
cune Demoiſelle :
106 MERCURE
*
Je chauffe fa chemife & troulle
fon manteau
,
Je luy donne moy-mefme un
bouillon de gruau :
A mon intention je luy place
une mouche ,
J'accompagne le luth de quelque
air qui la touche ,
Et j'obtiens un baifer pour mon
remerciment
Dont le feul fouvenir caufe un
plaifir charmant ,
Souvent en cet eftat je ne me
fens pas d'aife ,
Pour m'y rendre au plûtoft , je
vais me metre en chaife ,
Adieu mais à propos j'oubliois
mon mouchoir ?
•
Ay-je des curdents , des mouches
, un miroir?
Et mes gands , je les vois , là
fur ce Canapée ,
GALANT. 107
Je fortirois cent fois pluftoft
fans mon épée ,
Que de ne pas avoir avec moy
tout cela.
Il va jufqu'à fa chaife en chantant
la , la , la ,
Et me laiffant témoin de fon
ample folie ,
Du moins pour m'en vanger
faut- il qu'on la public.
L'Ouvrage qui fuit eft de M
Maugard de Troye , dont je
vous ay déja envoyé plufieurs.
ouvrages.
104 MERCURE
QUELLE DISTINCTION
il faut admettre entre les
degeez Metaphyfiques.
pour bien réfoudre cette quer
ftion , il faut fçavoir auparavant
ce qquuee l'on entend
par
les
degrez de Metaphyfique , & d'où
vient qu'on les nomme ainfi
L'on entend ordinairement par
degrez metaphyfiques , certaines
proprietez effentielles à une chofe.
Par exemple , la divifibilité &
l'impenetrabilité dans la matiere ,
font des degrez metaphyfiques ,
parce que ces attributs luy font
GALANT. leg
A
propres dépendent d'elle. On
les appelte degrez par la reffemblance
qu'ils ont à une échelle ; car
de même que dans une échelle , ily
a des degre plus élevez les uns
que les autres de même chaque
choſe afes attributs fuperieurs &
inferieurs. Ainfi lafubftance dans
la matiere estfuperieure à la divifibilité
, à
ce qu'elle a plus d'étendue qu'elles
car le mot de fubftance , of plûraft
cette motion ne convient pas feul--.
ment au corps , mais encore
l'efprit , qui eft une autre fubftan.
ce. L'idée d'animalité dans l'hom
l'impenetrabilité, en
me s'étend plus loin que celle de la
110 MERCURE
rationalité , en ce que celle là convient
encore à la beste , au lieu que
celle·
cy ne paffe pas hors de l'idée
de l'homme. On les nomme Metaphyfiques
, d'autant qu'on les con
fidere commefeparez de leur cauſe
& abftraits , pour ainsi dire , de
leur individu
.
On demande à preſent fi ces
degrez dont nous parlons ,font diftinguez
entre eux , fi cette diftin
ction eft formelle , comme le pre..
tendent les Scotiftes , en forte qu'ils
foient diftincts naturellement l'un
de l'autre. Si cette diftinction eft
virtuelle , intrinfecùs , tomme
difent les Thomiftes , de maniere
GALANT
H
que l'on puiffe concevoir un degré
fans concevoir l'autres ou fi cette
diftinction eft feulement extrinfe
que
connotative tellement
que l'on ne puiffe concevoir un
degré fans concevoir l'autre , du
moins confufement , comme le veulent
les Nominaux . Voicy quel eft
monfentiment. Je dis qu'une diftinction
fimple e virtuelle entre
les degrez Metaphyfiques , fuffic
en tant que l'esprit les conçoit
distinguez les uns des autres ,
caufe de leurs differens effets , quoy
qu'ils foient toujours les mêmes
par rapport à leur cause. Par
exemple , la mifericorde de Dieu
à
112 MERCURE
eft conçue differente de fa Fuftice ,
quant al operation , parce qu'au
tre chofe eft de pardonner , autre
chofe de punir; mais elle n'en eft
pas differente quant au principe;
car c'est le méme Dieu qui pardonne
, & le même Dieu qui punit.
Mais quoy , m'objecterez vous
l'animalité & la rationalité
dans l'homme ne font elles pas
diftinguées lune de l'autre ? Car
T'animalité eft ce qui conftituë la
beste, & la rationalité ce qui conftitue
l'homme. Or l'homme la
•befte font tout à fait differens l'un
de l'autre , donc l'animal & la
rationalité font diftinguez l'une
GALANT 113
W
de l'autre , donc il faut neceffai
rement admettre une diftinction.
réelle , ou du moins formelle , entre
les degrez Metaphyfiques d'un
même fujer. L'on peut confiderer.
en deux manieres la rationalité
l'animalité. La rationalité & l'a.
nimalisé confiderées , en elles mêmes
, conftituant chacune leur individu
,font diftinguées réellemens
l'une de l'autre , mais elles ne
font plus alors des degrez Metaphyfiques
mais Phyſiques.
Or en tant que Metaphyfiques
réunies dans un mefme
fujer , elles ne font point diftin .
guées réellement, Ileft vray que
Janvier 1702.
K
"
114 MERCURE
leurs productions font differentes,
mais leur principe est toujours le
le mefme. C'est pourquoy l'on peut
confiderer une mefme choſe fous
differentes formes , luy donner
differens noms , par rapport aux
differens effets qu'elle produit . Par
exemple , le Soleil , en tant qu'il
fait bien aux uns , & qu'il endommage
les autres , eft regardé differemment
, felon fes differens
effets , il reçoit differentes défini
tions , quoy que ce foit toujours le
mefme Soleil; ainfi l'on peut dire
du point diametral du cercle , qu'il
eft le principe des lignesqui fe tirent
du centre à la circonference , & le
GALANT. lis
mefme point peut estre regardé
comme la fin des lignes qui fe tirent
de la circonference au centre.
Ainfi le mefme cercle peut eftre
conçu differemment , & recevoir
differens noms , à caufe des differentes
proprietez que l'efprit lug
attribue. Ainfi une mesme chofe ,
comme je viens de dire , peut efire
envisagée fous differentes faces ,
Sans ceffer d'eftre ce qu'elle eft. Voi .
la tout le noeud toute la folu.
tion de cette difficulié que l'on agite
dans l'Ecole. Les principales ob
jections que l'onpeut fairefur cette.
Thefe ,fe rapportent preſque touses
à cette folution , comme les
Kij
16. MERCURE
1
canaux à leurfource. Je Suis vo .
fire tres humble . C.
Je vous fais part d'un Traité
fur lequel les Phyficiens de
voltre Province pourront rais
fonner.
EXPLICATION
DE QUELQUES
PHENOMENES
qui dépendent de la
Fermentation.
Avant
ant de donner au public un
petit Traitéfur cette matiere ?
jay eru qu'il eftoit neceßaire à un
GALANT 17
homme auf peu experimenté que
moy , de fonder le fentiment des Scavans
, au jugement de qui je foùmettray
toûjours mes penfees. Dans
cette vûëj'ay détaché le difcoursfuivant
du refte du livre. Jefais perfua
dé que tous les Phyficiens font con
vaincus de l'importance de cette re
cherche , que je ne m'amuferay pas
ici à prouver une chofe generalement
reconnue & pour entrer d'abord en
matiere : je dis que par Fermentation
je conçois ce mouvementfi celebre que
les Phyficiens & les Chymiftes ont
remarqué dans certaines parties de
l'étendue , aprés le mélange de plufieurs
de leurs parties ; avec d'autres.
L'experience des uns & des autres
nous a fait obferver que ce mélange
eft toujoursfuivi d'une rarefaction des
118 MERCURE
liqueurs ou des corps mols qui enfont
lefujet ; qu'il arrive des changemens
confiderables par ce mouvement , tels
que fontle renversement de leur tiffure
, & le changement de leurs principales
vertus. Quelquefois on y voit
un bouillonnement confiderable , un
bruit plus ou moins fenfible . Tantoft
ces corps deviennent chauds , quelquefois
nous voyons arriver le contraire..
Il s'en éleve meme d'épaiffesfumées,
felon la differente difpofition des
corps fermentatifs , & desfujets fermentez,
3
On ne fçauroit difconvenir que le
mouvement ne foit le principe de tous
ces changemens , ny que toutes les determinations
de ce mouvement ne
foient vortiqueufes 3 puifque c'est par
là feulement qu'on peut rendre raifon
de plufieurs difficultez qu'on ne
GALANT: 119
peut refoudre par aucune autre espece
de mouvement commeje vais tâcher de
le faire voir:
Pour trouver le noeud de la queftion
, ilfaut voir de combien d'efpeces
de mouvemens locaux les corps naturels
font capables . Leurs determi
nations qui enfont toute la difference,
•font oufimples ou compofées or com →
me il ne fçauroit y avoir de contrarieté
que dans les déterminations des
mouvemens , il faut que le combat
qui fe paffe entre les corpsfermentatifs
foit l'effet d'une détermination
oppofée de mouvemens fimples ou compofez.
Quant aux mouvemens fimples
, ils fuivent la ligne droite ou
oblique . Or il eft évident que fi les
corps fermentatifs partent de points
·oppofez avec l'un ou l'autre de ces
determinations fimples au point de
·
120 MERCURE
rencontre , s'ils font inégaux, en maf
fe , en groffear & en figure le plus
fort changera la détermination du
plusfoible fans aucune resistance fenfible.
S'ils font égaux , ils feront
auffe- toft repouffez vers l'endroit d'où
ils viennent , ainfi la fermentation
n'arrivera qu'au point d'attouche
ment ne durera qu'un moment , &•
fera continuellement interrompue &
même infenfible , ce qui eft contre l'experience.
Si on veut que ces corps décrivent
plufieurs lignes compofées de droites ou
d'obliques , la fermentation n'arrivera
pas non plus , parce que ces
·lignes droites compofées fouffrent chacune
la même difficulté , que nous
avons remarqué dans celle qui eft
Simple , & pour les lignes courbes
compofées , cette détermination de
.
mouvement :
GALANT.
mouvement ne sçauroit arriver dans
aucan corps qu'elle ne degenere auffitoft
en vortiqueufe comme nous
voyons qu'il arrive tous les jours
dans les determinations contraires
que plufieurs corps impriment à l'air
ou à l'eau , d'où viennent ces tourbillons
fi impetueu
qu'on remarque
dans ces deux liquides.
Il ne refte donc plus que la détermination
vortiqueufe , qui d'ailleurs
ft feule capable d'introduire cette
foudaine & extraordinaire rarefaction
qu'on voit toujours & le grand
chaud qu'on voit furvenirquelquefois
dans les corps fermentez, Le point de
l'affaire eft prefentement de trouver
la caufe de ce mouvement fifameux
dont nous avons determiné l'efpece.
Les fens , ces efpions fidelles & furveillans
que la nature nous a donnez
Janvier 1702. L
722 MERCURE
pour découvrir ce qui peut nuire , 018
profiter à nos corps , nous font ici fort
inutiles. Si nous les confultons làdeßus
, ils nous apprendront que les
raifins qu'on a par exemple foulez
dans un tonneau , fouffrent bien- toft
aprés des alterations dont la caufe
leur est tout- à -fait inconnue, Larai
fon peut feule nous donner de fes
nouvelles & fatisfaire nos juftes
defirs. Elle nous dicte auli - toft que
nous nous prefentons à elle que ce
mouvement impetueux qui agitent
Les raifins foulez , & produit en
même temps ce changement fi utile
du mouft en vin ne peut avoir aucun
principe interieur qui foit contenu
dans cette liqueur , que le repos dont
le mouft joüiffoit d'abord ne peut en
eftre la caufe , & qu'ainfi ce mouve
ment doit venir d'ailleurs , & comme
*
GALANT. 123
il fegliffe peu àpeu dans cette liqueur
fans qu'on yprenne garde , il ne peut
venir que de la matière ætherée
(dont Mr Defcartes afifçavamment
expliquéles proprieteż ) qui par
la petiteffe indefinie de fes parties ,
peut s'infinuer dans les plus petits
recoins des corps , fans qu'on s'en apperçoive
, & dont le mouvement tresrapide
eft capable de bouleverser les
corps les plus folides , & de divifer
la tiffure des plus unis .
Ce Phenomene fi curieux que les
Anciens ont tellement negligé , &
dont l'explication a fait tant de
peine aux plus célèbres de nos Mo-.
dernes , ne reconnoift d'autre caufe
premiere que la matiere ætherée qui
agite diverfement les parties des
corps mols ou liquides felon qu'elle les
trouve difpofezfavorifer , ou à retar
Lij
224 MERCURE
der fon paffage. Je crois donc que
cette matiere agit fur les corps qui
fermentent lorsqu'ils ont en eux - mêmes
la difpofition qui détermine cette
matiete à agir fur eux. Je fais confifter
cette difpofition dans la facilité
que certains carps fourniſſent à la
matiere etherée de les parcourirfans
perdre que tres-peu defon mouvement,
dont la confervation luy est tres chere
ce qui fait qu'elle tâche lorfqu'elle en
trouve de tels , de fe mouvoir en eux
tant qu'elle peut , ce qu'elle feroit
auffi fi elle n'eftoit continuellement
pouffée , & contrainte d'avancer par
L'autre matiere de fon genre qui la
fuit fans ceffe . De forte que pourfa
tisfaire à ces deux caufes , la matiere
atherée au fortir d'un corps où elle
peut fe mouvoir plus aisément que
dans les corps voisins , coule fur la
GALANT #25
furface du premier , où elle communique
beaucoup moins de fon mouvement
que fi elle le quittoit tout-àfait,
& où elle refifte moins à l'action
de l'autre matiere qui la pouffe , &
ainfi cette matiere eftant fuivie d'une
Longue trainée de corpufcules de fon
efpeces compofe bien- toft un tourbillon
autour de ce corps.
Lors donc que dans une liqueur
ou dans un corps mol, ily a plusieurs
corps dont la difpofition eft telle
que la matiere ætherée les parcourt
plus commodement , & communique
ainfi moins de fon mouvement , quelle
ne feroit aux corps voifins , it
fe forme bientoft dans ces liqueurs ou
corps mols plufieurs petits tourbillons
de matiere atherée que font plus on
moins grands , plus ou moins rapides
, felon que lafacilité , qu'à cette
Liij
126
MERCURE
leur
matiere de fe
mouvoir dans les corps
eft plus ou moins grande , & que
maffe eftplus ou moins
confiderable.
Il ne faut donc pas eftre
fnrpris
fi ces
tourbillons qui
entrainent
avec eux les corps
fermentatifs
& dont les
determinations font
oppofées ; caufent un trouble univer
fel dans le corps où ils font, s'ils
Se choquent entre - eux , & s'ils produifent
tantoft fa chaleur , tantoft
des fumées. Et s'ils
caufent de fi
grandes
rarefactions , dans lefujet
où ilsfont. La force de la matiere
atherée eft figrande , & l'effort que
font tous les corps pour ſe conſerver
chacun dans fon état , fi naturel
que cette matiere pour fe perpetuer
dans fon
mouvement cherche toujours
où elle en
communique
les corps
moins.
GALANT.
127
doute
Et pour empêcher qu'on ne
que cette facilité de fe mouvoir ne
foit l'unique caufe qui porte la matiere
etherée à faire de fi grands
efforts , on n'a qu'à prendre garde
que dans la fermentation du moust
qui eft la feule que j'allegue icy
pour exemple , ce mouvement commence
dés que les parties qui ont
la difpofition que je fuppofe , font
aßez développées & flotantes dans
la liqueur : parce qu'alors la matiere
atherée communiquant beaucoup
moins de fon mouvement lorfqu'elle
fe meut dans les corpufcules
fermentatifs qui nagent dans le
mouft , qu'aux parties aqueufes de
cette liqueur , forme peu à peu les
tourbillons dont ay parlé cy- def
fus.
•
Si on demande la raison pour-
Liiij
228 MERCURE
"
quoy la matiere ætherée communique
moins de fon mouvement lorf
qu'elle fe roule autour de ces corpufcules
fermentatifs , qu'aux autres
Parties du liquide , je répons que
La folidité de ces corpufcules , en eft
l'unique caufe , qu'il eft conftant que
le mouvement fe conferve d'autant
plus qu'il fe diffipe moins ; dans
un corps folide , & que par confe
quent il fe conferve beaucoup plus
dans ces corpufculesfermentatifs que
nous fçavons eftre tres -folides , puifqu'ils
refiftent bien fouvent à l'action
du feu , & du foleil qui font
fans contredit les plus forts agens
de la nature , & que d'ailleurs ils
font tres-pefans ; & ce font les corpufcules
de cette nature ; qui fe precipitent
aux parois du tonneau en
tres-groffes quantiee..
GALANT. 129.
Si l'on nie que ces corpufcules ainfi
precipitez en coagulum , que nous.
appellons du tartre , ayant efté les
feuls , à déterminer Paction de la
matiere etherée comme j'ay expliqué
cy-deffus , & qu'on pretende que
ces corps ainfi coagulez n'y ont eu:
que la moindre part , que puifqu'ils .
ont efté precipitez , c'est une marque
que la matiere atherée les a chaf-
Sex comme des obftacles à fon mou
vement , que l'action de cette ma
tiere à ceffé aprés que plufieurs de¸
fes corps heterogenes ont efté dillipez
en forme de fumée , & qu'ainfi c³ẻ--
toit des corps fi fubtils , dont la préfence
déterminoit la matiere athe--
rée à agir, & que la legereté de ces
corps renverse mon hypotefe ; je répons
que nous connoiffons la nature
de ces corps qui fe font diffipez, en
10 MERCURE
A
fumée , ou en parties infenfibles pendant
la tranfmutation du mouft , par
l'analyfe que nous avons faite de
celles qui nous reflent . Elle nous
apprend cette analyfe que celles - cy
font falines & fulphureufes , d'où
il est évident que celles qui fefont
évaportes eftoit de la mefme nature :
& l'on doit préfumer qu'elles n'ont
ainft pris l'essor , que lorſque par la
rencontre des tourbillons , plufieurs
parties ont efté brifées , & réduites
en des molecules rares , qu'étant
plus legeres in fpecie que d'égales
maffes des parties aériennes , elles
ont moins refifté à l'action de la matiere
ætherée que les maffes aëriennes
, & fe fontpar la levées au deffus
de la liqueur.
Je crois aufli que lafermentation
na ceffé que par Lemelange qui
GALANT, 132
s'eft fait de plufieursparties terreftres
avec les falines , parce qu'alors la
difpofition de celles - cy ne fubfiftant
plus la matiere ætherée à rallenty
peu à peu fes efforts .
• Les coagulums qui fe font par
l'union dufel de tartre , & de l'efprit
de vitriol, de nitre & c . de l'esprit de
vin avec l'esprit d'urine qui font
connus de tout le monde , furvien
nent toujours à l'action mutuelle de
rès liqueurs , qui perdent la difpofi
tion qu'elles avoient pour obliger la
matiere fubtile à agir & à compo-.
fer les tourbillons , par le mélange
de plufieurs corps heterogenes qui
bouchent les pores de molecules falines
, ce qui prouve invinciblement.
que la fermentation du mouft ne
ceffe que par l'introduction de femblables
imparetez dans la fubf122
MERCURE
tance des corps fermentatifs , ce qui
ôte à peu prés à la matiere ætherée
la facilité qu'elle avoit de les parcourir
de la mefme maniére que nous
voyons que plufieurs corps infenfibles
, & quelquefois mefmes vifibles
font perdre à l'ambre & à la cire
d'Espagne leur vertu cletrique , &
qu'on leur redonne cette proprieté
dés qu'on chaffe ces corps étrangeres 3
en frottant ces corps électriques avec
un drap , ou une autre étoffe capable
de décraffir leur furface.
De plus fi on fait reflexion à la
nature de la faye , on ne çauroit
nier que les corptfcules du mouft qui
s'élevent dans les airs pendant la
fermentation ne foit falins , & fulpureux
, fi on fait reflexion que la
fuye qui est à l'égard de la fumée ,
ce qu'est le tartre , à l'égard des vaGALANT.
433
peurs du vin , que la fuye , dis - ie ,
eft de la mefme nature de la fumée
la plus fubtile , qui perdant peu
peu de fon agitation ; s'arrefte au
tuyau de la cheminée , & s'y figent
en petites concretions or cette fuye
contient beaucoup de fel , & defoufres
auffi bien que cette mefme fumées
qui n'excite en nous la toux
la difficulté de respirer que par
unprincipe fulphureux, &falin, on
ne sçauroit douter du rapport des
vapeurs du mouft avec la fumée du
charbon du bois &c. Si on fait re-
Hexion à la vertu narcotique des
uns & des autres .
Lors donc qu'aprés la diffipation
de plufieurs vapeurs : on voit ceffer
la fermentation on peut vray-f.m.
blablement attribuer ce changement
au métange des parties terreftres
ན
134 MERCURE
avec les falines ; auffi bien qu'à la
diffipation de plufieurs molecules
falines & fulphureufes qui ont
cfté diffipées où portées dans les
airs.
L'experience des Chymiftes confirme
encore mon hypotefe ; & en
effet n'obfervent- il pas chaque jour
que d'autant plus qu'un fel eft fixe.
d'autant plus impetueufe eft la fermentation
qu'il excite or comme
cette fixité marque une plus grande
folidité; cela prouve naturelle ,
ment mon hypotese.
Il me semble que la plupart des
Phenomenes peuvent s'expliquer
par cefifteme comme j'efpere le faire
voir dans un petit traité que j'ay
fait là deffus mais commeje l'ay déja
infinué à l'entrée de mon difcours
je fouhaiterois auparavant que les
GALANT.
$35 F
Phificiens me fiffent l'honneur de
m'avertir des erreurs ou je crains
d'eftre tombé, ou que quelqu'un entreprift
d'éclaircir les doutes ou re
fuis là deffus. Les Medecins furtout
qui ont encore plus d'intereft
en cela que les autres auront fans
doute la bonté d'enrichir le public
de leurs experiences . Mon age ne
me permet pas d'en avoir fait beaucoup;
& les bornes on ie fuis renfermé
font fi étroites d'ailleurs
qu'elles m'obligent de finir une dif.
fertation qui n'à deia efté que trop
longue.
La Piece qui fuit contient
un avis dout peu de jolies perfonnes
paroiffent avoir befoin
.
136 MERCURE
CONSEIL !
A la plus infenfible des Bergeres.
J Eune &belle Aminte
Au coeur indolent ,
Sans efpoir ny crainte
Dans ce lieu charmant,
Voulez -vous fans ceffe
Aux triftes plaiſirs ,
D'un coeur fans tendreſſe
Borner vos defirs ?
Quoy ! toujours rêveuſe
Sans eftre amoureuſe ,
Faudra t il vous voir?
Et toujours fevere ,
Du Fils de Cithere
GALANT. 137
Braver le pouvoir ?
Ah ! craignez les armes
De ce Dieu vangeur;
Le moins tendre coeur
En vain de fes charmes
Brave la douceur ;
Quand pour nous furprendre
Il marque le jour ;
Aucun vain détour
Ne peut nous défendre.
Le devoir fe tait
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Noftre ame s'empare .
C'est alors qu'en vain
On cache fa flâme ,
Les regards foudain
Fanvier 1702.
M
138 MERCURE
Expliquent de l'ame
Les troubles naiffans,
Qui flacent les fens.
Ouy , jeune Bergere ,
Vous avez beau faire ,
Malgré vous un jour
Viendra voftre tour.
Toft ou tard fenfible
Aux foins amoureux
,
Ce coeur inflexible ,
Formera des voeux .
Que fera.ce , Aminte ;
Quand pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Par force ou par feinte, -
Vous éviterez
La charmante atteinte
GALANT. 139
Des amoureux traits ?
Sans inquietude ,
Sans foins , fans foucy ,
Sans plaifirs auffi ,
Dans la folitude ,
De vos jeunes ans
L'ennuyeux Printemps
Finira fa courfe .
Alors fans reffource ,
De pouvoir charmer ,-
Vous voudrez aimer.
Ah ! puis que vos charmes
Regnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos Bergers ,
D'un retour funefte
Mij
$40 MERCURE
Fuyez les dangers ,
Et je vous protefte ,
Que fi voftre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ;
Vous éprouverez
Et vous conviendrez
Contre votre attente..
Que fi les defirs.
Que l'amour infpire.
Coutent des foupirs ,
Il ne les attire .
Que pour nos plaifirs..
M' Aliſon eft Autheur de
ces Vers , auffi bien que du
Rondeau que vous allez lire.
GALANT! 141
Il le fit à l'occafion d'une
Dame qui fuyoit le commer
ce des hommes , & qu'on
accufoit cependant d'avoir
beaucoup de penchant pour
un Cavalier qui l'aimoit paf
fionnément. Il fait parler. la
Dame.
RONDE A U..
Endres Defirs naiſſentfansqu'on
ypenſe ;
Ecoutal - on long- temps fans prefe--
rence
De maints Amans les plaintes &
douceurs :
L'Amour fouvent fe gliffe dans les
coeurs
Par le fecours d'une telle indolence.
742 MERCURE
S
Aufi le mien , crainte de dépendan-
Ce
De tels eßais ne fait experience.
Ainfi ne craint , loin des hommes
trompeurs ,
Tendres Defirs..
S
Mais fi Damon dont je plains la
fouffrance
Me furprenoit , malgré ma prévoyance
,
Dans un lieu propre aux timides ar
deurs ;
Au deux recit de fes triftes langueurs
Pourrois -je bien vous faire refiftance
,
Tendres Defirs ?
GALANT 143
Je ne puis vous dire qui eft
l'Autheur de la piece que vous
allez lire . La Poëfie en eft
aifée & fait plaifir au Lecteur
Il y décrit agréablement les
effets du Quinquina pour
arrefter la fiévre continuë ,
la fiévre tierce , la double tier .
ce , & la quarte.
ODE.
Que de bon coeur je t'embraffe
,
Dans cet embonpoint refleuri ,
Si ta fiévre a quitté la place.
Amis c'est moi qui t'ai gueri .
Ton corps en proye à l'ordon
nance ,
144 MERCURE
Contre la manne & l'abftinence.
Par mes confeils fe mutina ,
Et de cent friffons homicides
Tu rendis tes planchers humides
Pour recourir au Quinquina.
2
Je me moque de la colere
De ces honnêtes affaffins
Que l'ignorance populaire .
Ofe ériger en Medecins
L'avarice qui les poffede
Leur fait fronder ce grand remede
,
Que je fais gloire de chanter .
De quel martire il nous délivre !
Eftre malade , n'eft pas vivre ,
Mais vivre c'eft fe bien porter.
S
Quel noble employ divine dro
gue
Dans
GALANT. 145
Dans la France t'a donné cours?
Quelle fanté t'a miſe en vogue ?
De qui te devons nous les jours ?
D'un Heros , l'amour de la terre ,
Qui dans la Paix & dans la guerre
S'eft fait un renom éclatant ,
Du plus grand Roy , du plus
grand homme.
Qu'eft - il befoin que je le nomme
?
L'un & l'autre monde m'entend.
S
On vous quitte , Indes fortunées
;
;
De vos perles & de voftre or
Prolongez fes belles anées
Autant que celles de Neftor .
Pour luy fournir cette antidote
Vous verrez courir noftre flote
Au dernier bout de l'Ocean
Fanvier 1702 .
N
246 MERCURE
Noftre zele pour fon fervice .
Ira plus loin que l'avarice
Braver le fougueux ouragan .
2
Heureuſes les rives du Gange.
Où , quand Jupiter l'ordonna
Un Metamorphofe étrange
Changea Pandore en Quinquina
!
Il voulut que fa meffagere:
Pût fous cette écorce legere ,
Guerir le mal qu'elle avoit fait ,
Et que l'Efperance restée
Au fond de fa boefte empeſtée
Répondit le plus prompt effet .
2
Peut- on plaindre fon aventures
Qui luy fait recevoir du fort
Un tel pouvoir fur la nature
Un tel empire fur la mort ?
La fiévre ennemie échauffée ,
GALANT. 147
Lay cede un glorieux trophée
En quittant priſe à tous mo
mens ,
De fon attaque continuë
Cette rebelle diminuë
A tout coups les redoublemens ,
&
Soit que le combat & la Tréve,
S'entre
-fuccédant
tour- à- tour
En un jour le combat
s'acheve
,
Et la Tréve
expire
en un jour ;
Soit que la Guerre
eftant
plus
vive .
Une Tréve courte & tardive
Suive deux affauts furieux ;
Un peu de pouffiere avalée
De cette inconftance mêlée
Nous fait fortir victorieux.
S
Quand une frilleufe maudite
Nij
148 MERCURE
Trainant une incendie affreux
De deux en deux jours nous vi
fite
Sous le fcorpion dangereux ;
Contre elle eft - il d'autre refuge
Qu'en ce fouverain Febrifuge
Qui la chaffe de nos maiſons ,
Bien qu'elle eut retenu fa place
Pour fe chauffer durant la glace
A la braife de nos tifons ?
S
Que du tonnerre on nous réponde
Et du fil des glaives tranchans ;
Comme au premier âge du mon
de
Nous allons vivre neuf cens
ans .
Pour peu que noftre fang s'altere
Sur cette poudre falutaire
Ses bouillons fe viennent brifer,
·
GALANT. 149
Comme les vagues que l'orage,
Pouffe fur les.grains du rivage
S'applaniffent pour les baiſer .
S
Mais j'entens une injufte plainte
Au retour de quelques accés
Qui fuivent une fiévre éteinte
Où fufpendue avec fuccés.
La nourriture empêche- t- elle
Que la faim ne fe renouvelle?
Et l'ufage en eft - il mauvais ?
Heureux termes de nos allarmes
Par une fufpenfion d'armes
Tu-nous prépares à la Paix.
2
Ton inftinct te porte à droiture
Au foyer ardent & glaçant
Ou fe ramaffe la pâture
D'un feu mourant & renaiffant.
Tu détruis les caufes fatales.
Niij
O MERCURE
Qui vont reglant les intervalles
Des periodiques friffons ,
Dont l'impenetrable miſtere
Réduit Galien à fe faire
Pour n'y pas perdre fes leçons .
2
De la lancette infatiable ,
Que tu fauves de bras heureux !
Que ton amertume agreable
Bannit de poiſons doucereux .
Avec elles tu congedies
Ceux qui flatent nos maladies :
Qui peut dire ce que tu vaux
Ta rare puiffance extermine
Nos maux avec la Medecine
Qui fait le comble de nos maux.
Mais ô l'agreable merveille va
Brave Alcandre , l'ignores - tu ?
Sans le nectar de la Bouteille
Ce remede a peu de vertu
GALANT. 155
Garde toy de paroiftre indigne
Du jour que tu dois à le vigne ,
Son jus t'a tiré du tombeau
Tiens- t-en à l'ufage d'en boire ,
Ton ombre cuft paffé l'onde
noire
Si le fort t'euft fait beuveur
d'eau ,
Voici une Ode qui ne vous
la preplaira
pas moins que
miere . Elle eft du même Auteur.
Niiij
152 MERCURE
LES
DESIRS.
L
OD E.
'Heureux , s'il en eftoit au
monde ,
Ce feroit l'homme fans defirs ;
Dans le fein d'une Paix profonde
Jl goûteroit de vrais plaifirs .
Mais la cupidité fans ceffe
L'aiguillon à la main nous preffe
,
Et nous met tous en
mouvement ,
En
courant nous
quittons la
fource
D'un
bonheur qu'au bout de -·
la courfe
Nous nous
promettons vainement.
2nu
GALANT. 153
Pour un fouhait que
tente
l'on con-
Quand on eft cheri des def
tins ,
On en fent éclore cinquante
Plus irritez & plus mutins .
Le mal s'aigrit par le remede ,
On compte tout ce qu'on poffe
de
Ou pour peu de chofe ou pour
rien ,
Et les mortels toujours avidės
Se trouvent toujours les mains
vuidés
Quand même ils regorgent de
bien
&
Cent chimeres ébloüiffantes-
Enfâment un Ambitieux
Par des manieres attirantes
Propres à féduire les yeux..
154 MERCURE
Dans leur beau cercle qui l'en
toure
Il ne fçait à laquelle courre
Ni de laquelle s'éloigner ,
Tour- à-tour elles le cajolent
Et tour- à tour elle s'envolent
Quand fon coeur s'eft laiffé gagner
,
S
Malheureux qui lâche la bride
A fes défirs immoderez
Qui vont à l'aveugle & fans
guide
De la droite voye égarez
Ah qu'il feroit bien plus facile
D'empêcher
leur foule indocile
D'ouvrir la porte & de fortir ,
Que du milieu de la carriere
Les faire tourner en arriere
Quand on les a laiffé partir !
S
GALANT :
155
Alors par mille intrigues vaines
,
Par mille bizarres projets
Des plus réjouiffantes Scenes.
On aime à fournir les fujets .
Tel croit qu'enfoncé dans la
bouë
La fortune au haut de fa
rouë
Le va produire inceffamment,
Tel fait des voeux , né fous le
chaume ,
Qui demanderoient un Royaume
,
Pour eftre affouvis pleinement ,
S
Qu'as - tu pardeffus tes fembla
bles
Pour te tirer de.leur niveau ?
Veux- tu d'aprés celuy des Ea
bles,
156 MERCURE
.
Nous peindre un Icare nouveau
,
Je veux que ton aile aſſezforte
Jufqu'au fein des grandeurs te
porte ,
Plus grand , tuferas moins heureux
.
L'honneur faftueux qui t'amor
ce ,
Et le plaifir , on fait divorce ,
C'est à toy de choifir entre- eux.
$
La raifon n'eft guerre écoutée
Parmi les agitations
D'unemultitude emportée,
D'impétueufes paffions .
Quand les vents débouchent
leur grotte
Aquoy te fert , trifte Pilotes
Et ton genie & ton travail a
GALANT ¹57
L'effroyable orage qui gronde
A la violence de l'onde
Fait obéir ton gouvernail .
S
Alexandre , Foudre de guerre ,
Quel foin vous déchire le coeur?
Chaque Planete eftune Terre ,
M'a dit un celebre Docteur.
Et qui vous empêche d'en rire ,
Grand Conquerant ? Ah ! j'en
joupire ,
Tant des terres ! malheur à moy !
Apeine en ai-je conquis une 3 .
Quand verrai-je que ma Fortune
Les range toutes fous ma loi ?
S
Adieu , feul charme de la vie
Sacrifié mal à propos ,
Adieu feul bien digne d'envie
Repos , fouhaitable le repos .
En te cherchant on t'abandonne
1,8 MERCURE
•
Par les mouvemens qu'on fe
donne
Pour joüir d'un tranquille fort ,
On t'a trouvé dés qu'on s'arrête:
Pour ne plus craindre de tempê
te
Que ne fe tient-on dans le Port ?
S
Cleon , fais fonner la retraite ,
Ramene au Camp tes Etendars
Avec la milice inquiéte
De tes bien faits trop loin épars,
Tant de tentatives les laffent
Et tant d'objets les embaraffent ;
Rien ne contente en ce bas lieu.
Montre - leur hors de nôtre
ſphere
Tout ce qui peut les fatisfaire :
Leur paifible centre eft en Dieu .
GALANT 159
que
la
Je vous ay déja dit plus
d'une fois que ce que l'on n'a
point vû eft toûjours nouveau
quand on le reçoit . Com.
me le Pape d'aujourd'quy a
eſté élu jeune , au lieu
plufpart de ceux qui ont efté
affis avant luy dans la Chaire
de Saint Pierre , n'y ont efté
placez que dans un âge extrémement
avancé , où ils
ne pouvoient plus agir ny
prefque parler , Sa Sainteté a
refolu de parler , d'agir & de
s'acquitter de toutes les fonc .
tions attachées à la dignité
de Souverain Pontife. Ainfi
160 MERCURE
je tâcheray de vous donner
tous les Difcours qu'elle aura
prononcez , & je commence ,
par celuy qu'elle prononça
aprés l'Evangile dans l'Eglife
de Saint Pierre le jour de la
Fefte de ce Prince des Apôtres.
་་ས་ ་ ”
DIS COURS
DE NOSTRE S. PERE
LE PAPE CLEMENT XI.
Nousfolemnifons aujourd'huy un
jour qui eftant consacré par le
fang de deux Saints Apoftres , doit
GALANT: 161
Paroltre bien glorieux pournous , digne
de la veneration de tout l'Uninivers
, & fource d'une grande joye
pour cette Ville. C'est dans ce jour ,.
en effet , mes Venerables Freres , mes
chers Enfans , que Saint Pierre eft
mort par le fupplice de la Croix , &
que Saint Paul a perdu la tefte.
Nous avons comme eux recüilli le
fruit de leurs fouffrances ; ils en ont
eu le prix , il nous en est resté l'exemple.
Voila le fujet de la folemnité
de cejour , voila auffi celuy de noftre
joye. Rome a l'obligation à ses grands
Saints d'avoir diffipé les tenebres de
fon ancienne idolatrie par les lumieres
de l'Evangile dont ils l'ont éclairée,
& de cequ'après avoir efté livrée
aux erreurs de toutes les Nations impies,
elle les ait toutes conduites dans
le fein de la veritable Foy . C'est par
Janvier 1702 .
•
162 MERCURE
les folides fondemens du Sang du
Sauveur fur lefquels ils ont appuyé
l'Eglife, qu'ils l'ont renduefuperieure
auxpuiffances de l'Enfer . La Puif
Jance Pontificale qui a efté accordée à
P'un , le Miniftere divin de la Parole
de Dieu qui a efté confié à l'autre ,
le fang de tous les deux dont cette
Eglife a esté arrofée , en font les Colomnes
inebranlables . Portons noftre
joye , mes chers Enfans , jufqu'au
pied du Trône de Dieu , portons l'y.
d'une maniere toate ſpirituelle , en
luy offrant cet hommage de loüanges.
que nous luy devons pour la gloire
dont il a couronnné nos maiſtres , &
nos Peres qui nous ont donné , pår
l'Evangile qu'ils nous ont annoncé
une naiffance nouvelle , & de ce que
par l'élevation où il les a mis il les
a fait les deux yeux de ce corps dont
GALANT. 163
F.C.eft la tefte . Ce font deux hommes
qu'un même éclat unit d'un lieu indiffoluble.
Ce font deux hommes de
mifericorde, dont la memoire né perirajamais
dans la memoire des hommes
, deux Oliviers placez à droite &
àgauche du chandelier , deux enfans
de benedictien , toujours profternez
auxpieds du Maistre du monde . Qui
a ea plus de gloire que Pierre , qui
encore détenu dans un corps mortel >
>
en fortant par un divin effort
éclairé d'un rayon de la divinitè
découvrit & publia le grand Miſtere
de la Majesté eternelle , lorfque répondant
à la question que luy faifoit
le Sauveur pour favoir pour
qui on le prenoit dans le monde
comme nous l'a appris l'Evangile
de ce jour ) il luy dit , vous etes
le Chrift Fils du Dieu vivant.
Oii
164 MERCURE
Déclaration authentique , par la .
quelle il annonça & découvrit lepremier
à tous les hommes. Ce Dieu
qui fe cachoit fous le voile de
l'humanité , dont il s'eftoit re
vétu , & aprit alors cette union
admirable des deux natures auparavant
inconnues à tout le
monde. Qui eft plus beureux que
Paul; qui encore chargé d'une chair
mortelle par une grace finguliere de
la divine bonté , monta au Ciel ,
Een découvrit toute la beauté , pour
apprendre de la bouche mefme deš
Anges ce qu'il devoit prêcher aux
hommes en qualité de Docteur des
Nations Le Saint Prélat Chrifoftome
eftoit bien remply de fes vcritez
, lorfque prononçant ce bel éloge
de nos deux Apoftres , it marqua
une fi fainte curiofité d'honorer le
GALANT 165
lieu qui cachoit leurs pretieufes cen "
dres. J'ay une veneration & une
tendreffe extraordinaire pour
Rome, difoit ce grand Evêque ,.
non pour les Trefors immenfes
, non pour fes fuperbes édifices,
ny pour ces éclatans Monumens
de fa magnificence , mais
pour ces deux celebres Colom ,
nes de l'Eglife qui font dans fon
enceinte . Je voudrois vifiter ce
tombeau qui renferme ces armes
de juftice , ces armes de lumiere.
Ces membres à préfent
pleins de vie , & prefque détruits
tant qu'ils ont été fur la terre ,
ne recevant du mouvement que
par JESUS CHRIST . Quime
procurera la grace de pouvoir
m'attacher au corps de Paul ,
& de pouvoir me profterner fur
-
1
166 MERCURE
le Tombeau de celuy qui couronna
le facrifice du Sauveur
en achevant ce qui y manquoit
& en portant les ftigmates fur
fon corps . Nous avons en noftre
puiffance ce que Saint Jean Chrifoftome
fouhaitoit de voir avec tant
d'ardeur. Nous en pouvons jouir par
une grace particuliere du Ciel , lorfque
devotement & dans l'humilité
de noftre coeur nous nous profternons
auprés du Sepulchre de ces deux
Apoftres pour honorer leurs Saintes
Reliques ; grace d'autant plus pretieufe
que les Peuples à qui Dieu
n'en a pas fait une pareille , nous.
l'envient avecjustice . Ce n'eft pas
toutesfois , mes chers enfans en publiant
les faintes actions de ces
Apoftres que nous devons feulement
honorer leur memoire , le culte que
GALANT 16
nous leur rendons doit auſſi eftre fon=
dé fur l'imitation de fi pieux exem
pless car quoy que l'Eglife répandue
dans toutes les parties de la
terve › pour employer les termes de
Saint Leon , doive briller de toutes
les vertus ; vous devez toutesfois par
excellence fur tous les Peuples du
monde faire remarquer dans vous
un plus grand éclat de vertus , vous
qui ayant recouvré votre liberté.
avec tous les autres Peuples , par·
le prix du Sang d'un Dieu , avez.
eu l'avantage paiticulier d'avoir
pour fondement inébranlable la piere
Apoftolique , & d'avoir reçu de S.
Pierre mefme les premieres leçons
du Chriftianifme. Demandons avec
une fure sperance de l'obtenir , la
protection de ces denx venerables Patrons
, dans la fàcheufe conjoncture
4
168 MERCURE
ou fe trouvent également aujourd'huy
& l'Eglife & l'Etat , afin que par
leurs interceffioms , le bras de Dieu,
dont nous fommes menacez eftant
retiré , nous recevions les biensfaits
de fa mifericorde , nous qui ne devions
attendre que les traits de fa
colere. Adreffons, nous au Sauveur
dont la bonté eft fuperieure à la malice
des hommes , afin que ce Dieu
de mifericorde accepte en odeur de
fuavité le facrifice de nos coeurs brifez
de douleur , ranime le coeur de ce
Peuple conftant & fidelle dans fon
fervice , de ce peuple abbatu par les
frayeurs de la colere divine & qu'il
luy rende le calme par les prieres &
les merites de ces grands Saints , G
que le zele de Davidfonfidelle Servi.
teur , & d'Aaron fon faint Sacrificateur
procure à cette Ville fa divine
protection.
Je
GALANT. 169
1
Je vous ay déja appris la
mort de Meffire Anne de
THofpital Comte de Sainte-
Meſme Seigneur Chatelain
de Bretheucourt Pontevrard
, Ville manoche , Sor.
bonne,Ouques,Ville Mefle , le
Breau ,Boinville Chambourcy,
& autres lieux , Lieutenant General
des armées du Roy,Gou
verneur , Bailly, Maiſtre particulier
des Eaux & , Foreſt du
Comté de Dourdan , premier
Efcuyer de Feüe S.A.R. M'Gal
ton fils de France , Duc d'Orleans
Oncle du Roy , Chevalier
d'honneur & premier Ef
Fanvier 1702 .
Р
170 MERCURE
cuyer de Feue S. A. R. Madame
, Ducheffe Doüairiere.
d'Orleans . Et enfuite de Madame
la grande Ducheffe de
Tofcane leur fille:
"
A
Cette
mort eſt arrivée le 4. du mois
paffé , & quoy que j'en aye
fait un article dans ma lettre
de Decembre , comme j'en
reçois un beaucoup plus cor
rect & plus étendu , je croy
devoir vous en faire part. M
le Comte de Sainte- Mefme
eftoit de la maifon de l'Hofpital
, Maifon beaucoup plus
illuftre par elle mefme ( puifque
l'Origine s'en perd dans
GALANT 171
des familles Royales & Confulaires
) que celebre par les
grandes Charges & par les
eclatantes Dignitez qu'elle a
poffedées en France depuis
plus de quatre cens ans qu'elle
eft venue s'y établir . Elle eft
originaire de Naples & portoit
le nom de Gallucy , qu'elle
quitta pour en prendre un
François qui fut celuy de la
terre de l'Hofpital qu'un Gal.
lucy chef de cette Maiſon en
France acheta en y arrivant.
Ceux de cette Maifon fe font
toujours diftinguez par une
grande valeur , une fage con .
Pij
172 MERCURE
duite , une fidelité inviolable ,
& par un attachement invincible
pour la Religion Catho
lique , pour le bien de l'Etat,
& pour la perfonne facrée de
nos Rois.
M' le Comte de S. Meſme
dernier mort avoit réuni en
fa perfonne toutes ces grandes
qualitez . On ne peut pas
avoir plus de bravoure qu'il en
avoit ; mais de cette bravoure
fage , conftante , veritable ,
toûjours le même , fans often ,
tation , autant éloignée de
fureur & d'aveuglement, quaccompagnée
d'intrepidité &
GALANT . 173
de bonne conduite . Il en a
donné une infinité de marques
pendant la vie par des
actions qui en eftoient toutes
remplies.
Il a commandé des Armées
en Catalogne , donné
des Combats & pris des Places
où il a fait remarquer autant
de valeur que de fageffe ,
entre autres la Ville d'Urgel ,
& le Pont de Camaras , au
bout duquel les Ennemis s'étoient
retranchez, & qu'il défic
entierement , aprés avoir for
cé le Pont & leurs retranchemens.
Piij
174 MERCURE
Il eftoit reconnu fi brave &
en même temps fi fage , que
feu Monfieur le Prince , vou
lant par l'ordre du Roy exa.
miner de quelle façon on re
primeroit la fureur des Duels,
appella M' de Sainte Mefme
& fe fervit de fes fages avis
fur nue matiere fi delicate &
de fi grande importance , eu
égard au Point d'honneur qui
y paroiffoit intereffé & à la
neceffité indifpenfable qu'il y
avoit de bien démêler la ve
ritable d'avec la fauffe valeur .
De forte que M' le Comte de
Sainte Mefme a contribué à
GALANT. 178
cet Edit , dont l'execution eft
fi glorieufe à Sa Majefté ,
qu'elle luy attirera des louan.
ges & benedictions
jufques à
la fin du monde .
Feu Monfieur le Duc de
Guile , dernier mort , voulut
faire la premiere Campagne ,
& pour cela fuivre le Roy à la
Conquefte que Sa Majefté fit
de la Franche- Comté pendant
l'hiver. Madame la
Douairiere qui venoit de marier
fa derniere Fille à ce jeune
Prince , ne put fe confoler
de fa refolution , qu'apres
avoir obtenu de M' le Comte
Liiij
176 MERCURE
deSainte Mefme qu'il accom
pagneroit M' de Guife
tant elle avoit de confiance
en fa vertu . Il
accompagna
donc Monfieur de Guize dans
ce voyage , mais ce ne fut
que pour le faire marcher fur
les pas des Heros par fes confeils
& par fon exemple. La
tranchée fut ouverte devant
Dole. Il y mena ce jeune
Prince , M'de Sainte -Mefme
pour luy en montrer le chemin
paffa le premier & recut
un coup de moufquet à
la tefte qui le mit par terre ,
mais qui ne l'empêcha pas
GALANT. 177
de crier à M de Guile de
paffer outre fans s'arreſter à
luy . Cette bleffure ne fut
pas fi con derable qu'elle
avoit parû d'abord , & les
Princes qui l'avoient vû tomber.&
l'avoient regretté, com
me il le meritoit , eurent auretour
la fatisfaction de le
voir relevé & de luy en marquer
leur joye.
Le Roy a fouvent donné
à feu M'le Comte de Sainte
Mefme de glorieux témoignages
de fon eftime & de
fa confiance . II le choifit
pour la négociation des ma178
MERCURE
riages des Princeffcs les coufines
germaines avec le Duc
de Savoye , & le grand Duc
de Tofcane & ne confia qu'à
luy la conduite de ces Princeffes
auprés de leurs Epoux.
On ne peut auffi avoir plus
de religion & de pieté qu'en
avoit M' de Saint Meſme. Il
en a rempli tous les devoirs
pendant toute fa vie avec
édification. Et pour les vertus
domeftiques , perfonne
ne les à jamais mieux connues
n'y mieux mifes en pratique
que luy,équité, probité, charité
maderation , égalité , attache
GALANT. 179
ment au foin de fa famille , &
à l'éducation
de fes enfans
*
affection pour les proches,
fidelité conftante & empref
fement pour ses amis , abord
toûjours gracieux , envie de
faire toujours plaifir & de
fervir tout le monde , mefme
les plus petits , applica
tion à fes affaires , tout cela
eftoit en luy dans le fuprême
degré.
De fon Mariage avec
Dame Elifabeth Gobelin, fille
de Feu M' Gobelin Confeiller
d'Eftat Intendant des Ar- .
mées , d'une famille des plus
•
180 MERCURE
·
y
anciennes & illuitres dans la
Robe , laiffe deux fils . L'ainé
eft Mile Marquis del Hofpital
connu de tous les Sçavants
, tant de ces pays cy,
que des étrangers , & le cader
eft M' le Comte de l'Hospital ,
qni tient prés S. A. R. Madame
la Grand Ducheffe la
place de Feu Monfieur fon
Pere .
Je fuis obligé d'ajouter icy
qu'il y avoit quelques fautes
dans l'article de la mefme
mort , inferé dans ma Lettre
de Decembre. C'eft de Dame
Claire Barillon & non pas de
GALANT
18 :
2
Dame Elizabeth Barillon que
feu M le Comte de Saint
Meſme eftoit ffls . Ce n'eft
pas non plus M' le Marquis
de l'Hofpital l'aifné , mais Mr
le Comte de l'Hoſpital fon
frere, cadet qui eft auprés de
Son Alteffe Royale Madame
la Grand Ducheffe en la place
de Mr leur Pere. On
s'eft trompé fur cela auffi
bien que fur Madame la Mar.
quife de l'Hofpital qui n'eft
point Montbel
d'Entremont ;
mais s'appelle Marie Charlo
te de Rommilly de la Mai
fon de Rommilly dela Chaif
182 MERCURE
nelaye Ancienne & Illuftre
Maiſon de Bretagne . C'étoit
Madame fa Mere qui eftoit
Montbel d'Entremont..
Nous avons perdu le mois
paffé Mr le Marquis de Gou .
ville de la Maifon Dargouge.
Il s'eftoit attaché dans fa jeu.
neffe à Armand de Bourbon
Prince de Conty qui luy donna
la Lieutenance de fes Gen.
darmes & il fut enfuite Lieu .
tenant General des Armées
de Sa Majesté. Il est mort
âgé de prés de quetre- vingt
huit ans à fa terre de Gouvile
en Baffe. Normandie où il
GALANT 183
s'eftoit retiré , ayant joui tou
te fa vie d'une parfaite fanté
jufques la maladie dont il eſt
mort. Il avoit époufé la foeur
de Mrle Comte , & Maréchal
de Tourville laquelle eft encore
vivante.
Voicy les noms de quel ..
ques autres perfonnes confiderables
, mortes depuis ma
derniere lettre .
Dame Magdelaine de Bourdeaux
, veuve de Mr Antoine
de Bordeaux Seigneur de
Neuville Maiftre des Requef
tes , Preſident au Grand Con
feil , Chancelier de la Reine,
184 MERCURE
& Ambaffadeur extraordinai .
re en Angletere. Elle laiffe
pour fille unique Madame la
Comteffe de Fontaine Mar.
tel.
Mr Denis le Breton Preftre
Docteur & Profeffeur en
Theologie en la Maifon de
Navarre.
Philippe de Moufli Seigneur
de la Cour Reine & de
Mignault , ancien Procureur
du Roy au Bureau des finances
en la Generalité de Paris.
M' Hamelin , Ecuyer , Sei-.
gneur de Chaiges , l'un des
quarantes Fermiers GeneGALANT.
185
raux de Sa Majefté
Mr de la Chauffée a efté'
nommé pour remplir la place
de Fermier General.
Don GaëtanoJulio Zumbo
Gentilhomme de la Ville de
Siracufe ' en Sicile. Il mourut
ici le 22. de l'autre mois dans
fa quarante quatrième année,
aprés une maladie de quelques
mois. C'étoit un homme
d'un merite extraordinaire
, & d'un excellent genie
pour les beaux Ars , & principalement
pour la Sculpture
à laquelle il joignoit une
connoiffance parfaite de l'AFanvier
1702 a
186 MERCURE
natomie tant du dehors que
du dedans du corps humain,
qu'il reprefentoit au naturel
avecun Art furprenant & ini
mitable.
.
Dans ma Lettre de Juin
1701. j'ay fairune defcription
de fa Tefte anatomique , &
dans celle de Septembre j'ay
parlé de les autres merveilleux
Ouvrages de Sculpture.
J'ajouteray feulement que
cet illuftre Etranger avoit
deffein de s'établir à Paris , &
d'y faire l'Anatomie entiere
du corps humain & de toutes
fes parties feparément avec
GALANT. 187
la mefme precifion & le mef,
me détail dont il avoit fait
cette admirable Tefte de laquelle
j'ay déja parlé.
Ce chef.d'oeuvre de l'Art,
que perfonne jufqu'icy n'avoit
pas mefme imaginė, au .
roit efté fi utile, que l'on ne
fçauroit trop regretter la perte
irreparable d'un homme fi
rare.
Vous apprendrez fans doute
avec plaifir l'établiſſement
d'une Verrerie en la Ville
de la Charité fur Sône. La
fcituation qui eft une des plus
belles du Royaume & qui
Qij
188 MERCURE
fea
engage les Etrangeres à y
journer preferablement
à cel
les de la route , reçoit un nouvel
agrément dans cette Manufacture
où le fabriquent
toutes fortes d'ouvragesde ver
rerie , Criftaux, Agathes dans
toute la perfection de l'Art
qui eft encore aidé des plus
beaux fecrets qui puiffent
contribuer à faire admirer
ces fortes d'Ouvrages
.
Le Sr de l'Aftellan de Ro
ze qui en a fait l'entrepriſe ,
eft connu dans le Nivernois
depuis plufieurs années qu'une
habileté exacte dans le
GALANT 841
travail , fait regarder comme
aurant de chef doeuvres toutes
les pieccs qui fortent
de fes mains . l imite parfaitement
fon Pere & fes
Ayeuls qui ont acquis une
grande réputation dans leur
profeffion , & il ajoute dans
fes compoficions des fecrets
qui leur ont efté inconnus &
dont perfonne dans le Royaume
ne poffede l'ufage & la
compofition. Ses fourneaux
furent benits le neuviéme de
ce mois par le Prieur des Benedictins
en Châppes , affifté
de la Communauté en la pré190
MERCURE
fence des Officiers & des Magiftrats
de la Ville , & des
perfonnes les plus diftinguez
qui furent témoins des premiers
Ouvrages & heureux
fuccés de cet érabliffement.
Comme j'ayaccoutumé de
vous faire part des nouvelles
de Perfe toutes les fois qu'il
en vient , je vous envoye celles
qui ont efté apportées par
le dernier Ordinaire.
A Hifpahan le 27 Juillet 1701
ble à vous
mander
de
l'Etat
de
CALANT: 19t
Perfe, Les Arabes de Mafcaryfe
font faits tellement puiffans par
terre& par mer avec trenteVaiffeaux
que le Commerce des Indes
eft prefque interrompu , ils font
tous les jours de nouvelles prifes,
ont mefmes pris depuis peu
trois Vaiffeaux Anglois ,
La Flotte Portugaife appellée
Larmata , composée de trois on
quatre Vaiffeaux eſt enfin arrivée
à Bandar , Congo, & tant s'en
faut que ces Corfaires en ayent
peur , qu'au contraire on dit qu'ils
arment pour venir l'attaquer. Ils
ne fe jouent pas encore aux Hol-
Landois nyaux François,mais on
192 MERCURE
dit qu'un Vaiffeau Danois a eu
bien de la peine à échaper de leurs
mains . Ils l'ont voulu prendre à
la Rade mefme de Bandar à
Baffi.
* Le mois paffé arriva icy avec
une grandefuite un Ambasadeur
Hollandois appellé Mr Hoc
cambr Ila apporte au Sophy de
riches prefens des Indes e de la
Chine avec quelques Elephans.
On croit qu'il vient demander
derechefla permiffion d'élever à
Congo le PavillonHollandois que
les Portugais luy firent abbatre
ily a fept on huit ans , s'obli
geant à maintenir le Commerce
*
des
GALANT. 193
des Indes, & à humilier les Mafcatins,
Les affaires du Commerce An:
glois aux Indes ne vont pas trop
bien , leur defunion leurs Corfaires
les ruinant. On dit que leur
ancienne Compagnie inquietée,
par la nouvelle , a quelque quarante
millions de dettes.
Les
Mogontins ont depuis peu
fait arrester à Suratte lear Ge
neral de Bombain , qui y eftoit
venu pour quelque affaire.
On a fait depuis quelques
jours aux Jefuites Anglois de
faint Omer un Service folem-
R
Fanvier 1702 .
194
MERCURE
nel pour le feu Roy Jacques
11. qui furpaffe en magnifi.
cence tout ce qu'on a encore
vû en ce pays là. Il feroit dif.
ficile de vous exprimer toutes
les beautez de cette lugubre
ceremonie. L'Eglife eftoit
renduë de noir depuis la voû
te jufqu'au bas , &, elle eftoic
éclairée que par la lumiere
des Cierges , & des Flambeaux.
Le grand Autel paroif
foit orné de divers Ecuflons ,
dont un foutenu de fix Anges
rempliffoit toute la place
du grand Tableau. Audeffus
de celuy- cy on voyoit trois
GALANT. 195
autres Anges, dont le premier
tenoit en fa main une bande
dans laquelle eftoit marqué
l'année de la mort du Roy
d'Angleterre. Deux autres
Anges placez un peu au def
fous, tenoient la Devile de ce
Monarque, Dica eft mon droit .
Il y avoit fur l'Autel huic
grands Chandeliers d'argent ,
& fur le grand Tabernacle un
grand Crucifix auffi d'argent .
La Meffe fut chantée Pontificalement
par M' l'Abbé de
Saint Bertin affifté de fes Re .
ligieux La Mufique eftoit
compofée des meilleures voix
•
Rij
196 MERCURE
& des plus rares Inftrumens
qu'on puft trouver dans le
pays . & l'Oraifon funebre fut
prononcée par un P. Jefuite
du College Vvallon . La cere .
monic commença vers les
neuf heures & ne finit qu'à
midy. L'Auditoire eftoit
compofée de tout ce qu'il y
avoit de plus confiderable
dans le pays, & les Gardes qui
eftoient à la porte , ne permettoient
qu'aux perfonnes
invitées par billet d'entrer
dans l'Eglife.
Le мaufolée eftoit dreffé
fur trois matches au milieu
GALANT. 197
77
de l'Eglife vis - à vis la Chaire
du Predicateur ; La premiere
de ces marches avoit onze
pieds de largeur , & dix fept de
longueur. Le corps du Maufolée
eftoit long environ de
quinze pieds & large de huit.
Il avoit differens étages , dont
le plus bas eftoit élevé à huit
pieds de terre & à trois des
marches fur lesquelles il éroit
pofé, Ledeuxième étage pou
voit avoir dix pieds de haut
teur. Il eftoit couvert d'un lit
funebre foutenu par quatre
piliers entrelaffez . Le troi
fiéme avoit auffi dix pieds de
Riij
198 MERCURE
hauteur avec une espece de
Dôme par deffus. Au haut du
Dôme un Lion d'un cofte &
une Licorne de l'autre foutenoient
une Couronne de deux
pieds de diametre. On voyoit
fous la Couronne une touffe de
Rofes d'un cofté , & de l'autre
des Chardons , & des De .
wifes des Maifons Royales
d'Yorch & de Stuart .
La Couronne & les Supots
pouvoient avoir cinq pieds
de hauteur, & toute la machine
eftoit élevée de terre d'environ
trence huit pieds . Je ne
vous dis rien des embeliffeTHEQUE
GALANT.
VILLE
mens de chaque eftage du
Maufolée ; je vous diray
pendant ce qui fuffira pour en
former une idée generale.
La Couronne eftoit toute
couverte de perles & de diamans
qui brilloient admirablement
par la lumiere des
Cierges. Le Dôme au deffous
eftoit percé à jour & tres bien
éclairé par quatre vingt ſeize
flambeaux placez par eftage
les uns fur les autres .
Le troifiéme eftage du
Maufolée immediatement au
deffous du Dôme , eftoit foutenu
de quatre grands pillfers
R iiij
200 MERCURE
quarrez avec leurs chapiteaux
fort larges & bien travaillez
Devant chaque pillier con
voyoit un fquelette d'environ
fix pieds ; t'on montroit un
Quadran qui marquoit l'heu
re de la mort da Roy, l'autre.
tenoit à la main un fable , le
troifiéme une faux , & let qua
criéme avoit un carquois au
cofté , & tenoit en une main
un Arc , & avoit la tefte
ap.
puyée fur l'autre . Au deffus
des chapiteaux on voyoit
quantité de teftes de mort , &
au deffus il y avoit un grand
& large , quadre fibien peint,
GALANT. 201
que ceux mefmes qui fçavoient
que ce n'eftoit qu'une
planche toute unie , avoient
de la peine de fe le perfuader.
A chaque coin de ce quadre
on avoit placé une tette de
mort. Dans cet eftage on
avoit placé une Urnes ou
eftoient les entrailles du Roy.
L'Urne eftoit couverte de
velours noir & de drap d'ar
gent en forme de croix Ily
avoit autour de cette Reprefentation
cinq grands chan
deliers d'argent, deux de chaque
cofté, & un au bout vers
l'Autel. A l'autre bout il y
202 MERCURE
avoit trois cierges placez
fur un grand coeur d'argent ,
d'où fortoient trois branches
qui fervoient de chandelier.
Sur Urne immediatement 1
au deffous du Dôme pendoit
dediatement
une belle Lampe d'argent , &
dedans un cierge allumé.
Le fecond etage eftoit
foutenu auffi de quatre pilliers
, mais d'un ouvrage tout
different des premiers. Les
deux bouts eftoient frifez
mêléz de noir & d'Hermine.
Le milieu eftoit d'un ouvrage
plus commun , le fond eftoit
noir parfemé de roſes rouges
GALANT: 203
& blanches , & il eftoit feparé
des frifures des piliers par
une Couronne couleur d'or ,
comme auffi les piliers de
leurs chapiteaux. Les Couronnes
qui eftoient chargées
de diamans faifoient untres
bel effet. H •
y avoit
fur les chapiteaux
une pante
couverte
de palmes
mifes
en fautoir
, & de reftes
de
Lions
d'où
pendoient
des
guirlandes
de feuilles
de chefne
dont
plufieurs
eftoient
ar
gentées
& au haut
de l'étage
il
y avoit
un grand
quadre
auffi
bien
peint
que
celuy
dont
204 MERCURE
3
on a déja parlé. Au bas des
piliers fur de grands piedef
taux , il y avoit deux lions
& deux licornes qui foule
voient l'étendart Royal avec
les armes du Roy des deux
coftez. Dans cet eftage fur
un beau lit de parade on
avoit placé la répreſentation
du Roy . Le lic eftoit couvert
de noir bordé d'hermine &
un écuffon de chaque cofté
A la tefte du lit il y avoit deux
grands chandeliers d'argent
bien dorez avecdeux banquet :
tes de velours noir de chaque
cofté couvert d'un carreau de
GALANT 205
velours fur l'un defquels étoit
l'épée & le fceptre , & fur l'au ,
tre une belle & grande Couronne
d'argent. Le corps étoit
couché fur, le lit habillé à
·l'antique d'un velours cou
leur de pourpre tout brillant
d'or & de pierreries , fur le
corps paroiffoit le Manteau
Royal , & la tefte eftoit cou
verte d'une perruque . Les
deux mains eftoient jointes &
élevées un peu au deffusde fa
poitrine. Six belles Lampes
d'argent pendoient d'entre les
guirlandes fur le corps . Le ciel
du lit eftoit orné de Couron
206 MRECURE
nes d'hermine & de fceptres .
Aux quatre coins on voyoit
les chifres du Roy & au milieu
fes armes ..
Le dernier & plus bas eéta .
ge eftoit une espece de table ,
d'Autel qui foutenoit le refte
du Maufolée , les bords eftoient
de marbre blanc & au
deffus il y avoit une large corniche
, le fonds eftoit noir ,
mais prefque entierement caché
par plufieurs grands cableaux
qui pendoient des quatre
coftez. Au haut on voyoit
la ville de Londres avec les armées
dans le coin d'embas ,
GALANT: 207
& au deffas des armes de tout
le Royaume. Edimbourg étoit
placé de la mefme maniere
du cofté de l'Evangile.
Vers l'Autel il y avoit un
grand Ecuffon qui remplif
foit toute cette face. Les mar.
ches auffi bien que les pavez
eftoient couvertes d'un drap
noir , & fur les marches il y
quarante fept grands chandeliers
d'argent.
Outre tout ce que je viens
de vous dire on avoit élevé
de chaque coin de la derniere
marche un grand pilier de 23.
2c8 MERCURE
pieds de hauteur les piédef.
taux eftoient de forme triangulaire
& pouvoient avoit quatrepieds
de profondeur & deux
de largeur. Ils eftoient couverts
d'un drap noir , & à
chaque colté il y avoit un
grand Ecuffon des Armes entieres
. Chaque pilier avoit
huit branches entortillées à
égales diftances l'une de l'au.
tre . Sur chaque branche il
avoit cinq flambeaux placez
en rond , de forte que fur les
quatres piliers il y avoit cent
by
foixante flambeaux . Au haut
de chaque pilier eftoit un
GALANT. 209.
grand globe qui pouvoit avoit
deux pieds de diamettre . On
voyoit fur les globes les principales
parties d'Angleterre
d'Ecoffe , d'Irlande . Sur deux
de ces globes il y avoit un
lion , fur les deux autres une
licorne qui fuportoient
l'étendart
Royal avec les Armes .
Tout le long de l'Eglife
on avoit pofé des luftres de
forte qu'en tout y avoit
trois
cens
cinquante
huit
luminaires
de cire , foixante
deux
chandeliers
d'argent
,
fept
lampes
d'argent
, & un
grand
coeur
d'argent
à trois
Fanvier
1702
.
S
210 MERCURE
branches . Il y avoit pour le
moins cent Ecuffons.
Le fervice eftant achevé.
1 fallut laiffer entrer le peuple
qui ne pouvoit fe laffer
d'admire la ftructurre du Mau
folée. On le laiffa depuis le
Jeady jufqu'au Mardy fuivant
& on peut dire qu'il y avoit
une proceffion continuelle
des gens qui venoient le voir
de tous coltez.
Je vous envoye des Vers
donnez pour Etrennes à Mademoiſelle
d'Elbeuf. Ils font
de Mademoiſelle de la Force.
GALANT. 211
ETRENNES.
E vous ay reçue en naiſſant ,
Et je vous aimois dans vos lan- JE
ges ,
Je dois m'intereffer à toutes les
louanges
Dopt on va vous aplaudiffant.
2
Mais je juge par moy plus je
vous examine ,
Plus je vois que vous répondez
Au noble fang à l'illuftre origine
Des Heros dont vous defcendez.
Vous répondez encor aux foins
dont vôtre Mere
Vous façonne fi prudemment ,
De fi bonnes leçons ne peuvent
que vous faire
Sij
22 MARCURE
Dumonde l'entier ornement .
2
Je penetre, je fçay tout ce qu'elle
defire .
Oferois - je entre nous vous pare
ler librement ?
Jeune Princeffe , affurément ,
Mes confeils feront tels que
vous pourez les lire.
2
La Cour eft un pays qu'autrefois
j'habité ,
A mes propres perils j'en parle
avec fcience ;
Dans ces lieux gliffans , l'innocence
Ne peut que rarement marcher
en feureté .
Voicy comme à peu près une
fille bien née
GALANT. ziz 213
Devroit regler fa deſtinée ..
$
Mais , oh me dira - t'on , de quoi
vous mêlez vous ?
Eft- ce à vous à tenir un auſtere
langage ?
De preceptes , de moeurs , connoiffez
vous l'ufage
Sans nous abufer pouvons nous
Entendre vos avis , les fuivre.
Ouy,l'on le peut, je vais pour
fuivre.
2.
Le Ciel gouverne tout , il a pû
voir en moy
Les longs égaaemens de la folle
jeuneffe ;
Mais dans tous ces dangers le
fecours de ma foy
A delié le joug plein d'horreur
&, d'effroy ,
214 MERCURE
Qui me tenant captive fous fa
loi
A mon coeur agité caufoit tant:
de trifteffe.
2
Le Toutpuiffant par la bonté,
Pour un humble pecheur eft
remply de tendreffe ,
Et fi- tôt qu'on l'a merité
On goûte le doux fruit de fa
fainte promeffe.
S
Princeffe, écoutez donc, écoutez
mes avis ,
Heureufe quelque jour de les
avoir fuivis !
Heureufe en un âge fi tendre!
Si vous pouvez les bien comprendre.
Le monde eft femblable à la mer,
GALANT: 215
On y reffent d'impetueux orages
Le fragile vaiffeau , qui far fon
flot amer ,
Vogue toûjours loin des rivages
,
Eft fujet à perir, fi le fage No.
cher
Ne regarde le Ciel pour fuivre
fa carriere ;
C'eft- là qu'il puife une lumie-.
re
Qui des bords defirez le peut
faire approcher
.
S
Il faut ainfi que vôtre coeur
s'éleve
Vers l'Etre tout - puiffant qui
gouverne icy bas ,
Qu'il conduife vôtre ame ,
qu'il guide vos pas ;
&
216 MERCURE
Sa pieté fincere acheve
De rendre le Chrétien en rout
tems, en tout lieu
Digne des faveurs de fon Dieu,
S
Suivez cette regle certaine ,
Avec la pieté tout vous fuc
cedera
Vous pourrez foutenir la plus
cruelle peine
Son fecours la diffipera
Je fçay par mon experience
Les biens
que l'on reçoit de fa
feure affiftance .
$
Lorfque vôtre premier réveil.
A fait évanoüir les erreurs du
fommeil ,
Que de vos fens feduits vous reprenez
l'ufage ,
Offrez vous entiere au Seigneur ,
Avec
GALANT . 217
Avec le jour naiffant rendez -lui
vôtre hommage,
Que d'une bouche pure un fincere
langage
Luy prefente tout vôtre coeur.
Quand vous ferez l'honneur des
plus fuperbes Fêtes,
Ou que vous brillerez aux divertiffemens
,
Et que de tous les coeurs vous
ferez des conquêtés ,
Tour vous donner à Dieu pre .
nez quelques momens .
C'eft ainfi que faifoit en France
Une Dame dans la
regence ,
*
Qui foumit un Heros à l'aſpec
de la Cour ,
* Madame de Saujon.
Fanvier 1702
T
218 MERCURE
- Ses yeux allumerent l'amour,
Sa vertu luy fit reſiſtance .
S
Vous avez des attraits qui peuvent
tout charmer ;
Princeffe, on vous dira qu'il eſt
bien doux d'aimer,
D'un difcours fuborneur évitez
la pourfuite ,
Il enflâme les fens d'un dangereux
poifon :
Si l'on n'eft foutenu de toute fa
raiſon ,
Que l'on doit en craiadre la
fuite.
Quels dégouts en amour ne font
point effuvez ?
Ses tourmens font cachez fous
un voile funefte .
Fuyez,
GALANT 219
C'eft le feule party qui vous
refte .
Dans les jeux pleins d'efprit on
s'amufe fouvent ,
La jeune Cour de la Princeffe,
Faites voir de la politeffe
Dans un caractere brillant-
S
Imitez s'il fe peut , cette Princeffe
aimable ,
S'il fe peut rendez - vous comme
elle inimitable ,
Dérobe de fon feu quelque éclat
precieux.
Sans apprehender fa colere
La Fable nous apprend qu'un
autre temeraire
Fit un vol bien moins glorieux ..
28
Egayez vos plaifirs jufques aux
Tij
220 MERCURE
moindres chofes,;
Que pourtant la pudeur en arrête
le frein ,
Cette aimable pudeur eft fur un
jeune tein ,
Ce que l'incarnat eft aux rofes.
$
N'enviez jamais rien , excufez
les défauts
Qui fe rencontrent dans les
autres,
Penfez en même tems aux vôtres
;
Ayez des fentimens honnêtes,
nobles , haurs ;
$
Modeftement tâchez de plaire ,
D'une exacte droiture obſervez
bien la loy,
Il faut être pour tous comme
l'on eft pour foy ,
GALANT 221
Pefez fans preference au poids
du San&uaire ,
Et faites qu'en vos mains tout
foit de bon aloy .
S
Vous avez devant vous le plus
parfait modele ;
Mais qui peut imiter cette illuftre
mortelle ?
L'Eternel n'a formé qu'un Soleil
pour les Cieux,
Et la terre n'a qu'elle à montrer
à nos yeux.
ន
Princeffe , vous voyez de bien
prés ces merveilles ,
Vous pouvez vous former fur de
grandes leçons .
De ces recits les divins tons
Frappent de bien loin mes
oreilles ,
T iij
222 MERCUKE
Mais je ne vois pas moins d'icy
vôtre bonheur,
Vous commencez vôtre carriere
Sous le regne pieux d'un Roy
plein de fplendeur ,
De la vertu le digne poffeffeur;
Suivez ces traces de lumiere:
Comme vous aurez fans
doute appris la mort de Mademoiſelle
d'Elbeuf, arrivée
le mois paffé au Convent des
Filles de Sainte Marie , où elle
2307
eftoit , vous ferez peut- eftre
furprile de voir qu'on envoye
des Etrennès ce mois cy à Ma.
demoiſelle d'Elbeuf. Pour
faire ceffer cet embarras , je
GALANT, 243
vous diray que Mademoiſelle
d'Elbeuf à qui Mademoiſelle
de la Force donne des avis fi
judicieux & fi dignes d'eftre
lus par toutes les jeunes perfonnes
qui entrent à la Cour ,
eft une jeune Princeffe dont
la beauté & l'efprit naiflant
promettent beaucoup , Fillede
feu M le Duc d'Elbeuf, Pere
de M le Duc d'Elbeuf d'aujourd'huy
, qui avoit épousé
Mademoiſelle
de Navailles ,
Fille du Maréchal
de ce nom ,
en troifiémes Noces . Mademoiſelle
d'Elbeuf qui mourut
le mois paffé âgée feulement
Tiij
224 MERCURE
de dix fept à dix . huit ans
eftoit Fille de M' le Duc d'Elbeuf
d'aujourd'huy & de Mademoiſelle
de
Vivonne , Fille
de M' le
Maréchal Duc de
Vivonne , & d'une Soeur de
Mile
Prefident de Meíme .
L'Epiltre fuivante a efté
adreffée à
Mademoiſelle de
la Force , fur les Vers qu'elle
a faits pour Mademoiſelle
d'Elbeuf.
2
EPITRE.
U'on ne s'étonneplus dans le fiecle
où nousfommes ,
GALANT 225
De voir que le beau Sexe égale les
grands hommes ;
Nous vante qui voudra les ouvrages
nombreux
Qu'ont produit de nosjours les Poe
tes fameux ;
La Force & Scudery , Bernard &
Deshoulieres
Aprochentfans flatter des Boileaux;
des Molieres ;
Les Vers ,fçavante Iris, que tu viens
de chanter ,
vanter.
avec honneur le beau Sexe
Feront avec
Plus on lit ton ouvrage , & plus il
force à dire
Que du Ciel en naiſſant tu reçus
l'art d'écrire ;
Et qu'il raffemble en toy les dons &
les faveurs
Dont ilfut enrichir chacune des neuf
Soeurs ,
226 MERCURE
La politeffe & l'art , la force & l'é
nergie
Sont les graces qu'on voit dans cette
Poefie's
Ileft vrayque tufçais parmille nouveaux
traits
Expofer à nos yeux de fidelles portraits
.
Rien n'égale ton tour , ton file , tes
maximes,
Tu connois les bons mots , tu poffedes
les rimes ,
Ta lyre enfin , Iris , eftant toujours
d'accord ,
Fait que tu te foûtiens fans faire
aucun effort.
Les preceptes choifis , qu'en habile
maistreffe , [ Princeffe
Tu donnes pour former une jeune
Font bien voir que tu fçais ce que
caufe l'amour.
GALANT 227
Et comme ilfaut agir pour bien vi
vre à la Cour.
Ie fçay que la vertu , l'esprit & la
prudence
"Sont des dons naturels aux gens de
fa naissance ,
Qu'une Fille qui fort du fang des
Demi dieux
Nepeutjamais manquer en marchant
aprés eux
Cependant lesconfeils d'unefçavan
te Amie
La rendent plus parfaite & Prin
Neceffe accomplie
Ton coeur à découvert fçait luy tracer
unplan
Pour foutenir par tout l'éclat d'unj
[ adreffe baut rang ›
Tes charmantes leçonsfont voir avec
Que i poßedes l'art d'inftruire une
Princeffe
218 MERCURE
En fuivant tes avis , en pratiquant
tes loix:
Elle eft feure de plaire au pluspar
fait des Rois
Mais pourquoy nous furprend un fi
noblegenie ?
N'as - tu pas à la Courpaffé toute ta
vie ,
Ne fçait- on pas quelest ton rang &
ta maifon !
Tes Ayeux n'ont- ils pas fait refpecter
leur nom ?
Nourrie auprés des Rois , tu dois bien
ètre inftruite
[fuite
Des maximes de Cour & de toute fa
Plus qu'aucune autre , enfin , penetrant
fes fecrets
Tu peux nous en inftruire avec d'heureux
fuccès , tes
Etpar tes beaux avis qu'un Courti,
fan doitfuivre
GALANT 229
Nous tracer le chemin d'y briller
d'y vivre ;
Mais à prefent , Iris , hors de cet
embaras
[ appas.
D'un estat plus heureux tu goute's
les
Dans le Vallon facré du Pere des
neuf Mufes
Aluy faire ta Cour maintenant ta
t'amufes .
C'est là que ton efprit fçaitjoüir des
douceurs
Qu'on goûte à fe mêler au choeur de
ces neuf Soeurs ,
Qu'en paffant tes beaux jours aux
charmes de l'Hiftoire
Tu fais graver ton nom au Temple
de Memoire ,
Et que par les beaux Vers que tu
fais aujourd'huy,
Du Sexe , tu deviens l'ornement &
Гарриу.
230 MERCURE
5+
if
M' de Fer dont je vous an
nonce prfeque tous les mois
quelques nouveautez , tant
prend de fein d'aller au devant
de tout ce que le Public
peut fouhaiter , vient de luy
donner une Carte nouvelle
des Duchez de Mantouë , &
de la Mirandole , avec la plus
grande partie des territoires
de Verone , Breſcia , & de Cremone.
Il a joint à cette Carte
un Plan de la Ville de Mans
touë , ce qui eſt d'autant plus
nouveau & curieux, qu'il n'yen
avoit point encore eu de
gravé.
GALANT.
# 31
Vous ferez bien aife d'apprendre
qu'à Toulouſe chez
la Veuve J. J. Boude on debite
un livre qui a pour titre DiffertationHiftorique
Polemiquefur
les foixante - dix Semaines du
Prophete Daniel, Compelé par
le Pere Bouges , Profeffeur en
Théologiedans le grand Convent
des Auguftins de la mefme
Ville . On y donne des
preuves de la venue du Meffie
, avec un nouveau calcul,
de ces melmes Semaines.
L'ordreque l'Auteur tientpour
traiter à fonds une matiere fi
difficilefait croire qu'il fera d'u
23 MERCURE
2
negrandeutilité pourle Public ,
& que non feulement les Sça-
-vans , mais encore ceux qui
n'ont qu'une legere connoiffance
des Ecritures & des An
tiquitez des Juifs , entreront
facilement dans une queftion
quon avoit regardée jufques
a prefent comme impenetra .
ble , & fur laqu'elle un Sçavant
prélat de noftre France
a crû , qu'on ne pouvoit rien
dire du nouveau : ou de pluscertain
, que ce qu'on en avoit
déja dit , novum vero novum vero aliquid as
certius afferre longe etiam operofius.
Vous en jugerez vous
GALANT. 233
même par la Table des Chapitres
que je vous envoye ,
qui vous donnera une idée generale
de cet ouvrage & de
l'erudition de fon Auteur,
Chap 1 Où l'on explique en
general , la Prophetie de Daniel
qui fert de Préface à cet On
urage.
Chap. 11. Du principal fu
jet de la Prophetie 1. Dans
cette Prophetie , Danielparle conf
tament du Meſſie, 11. Sept Ob.
jections des Juifs anciens & m
dernes , avec les Réponses
Chap. III. Oul'on fait voir
que tout ce que Daniel dit du
Fanvier 1702.
V
234 MERCURE
Meffie , convient à Jefus de
Nazareth. I. Les Caracteres du
Meffie 11. Les emplois du Meffie.
III. Le tems de fa venuër
Chap . IV . De la nature
des femaines de Daniel. I.
Cing efpeces defemaines II . Celles
dono parle Daniel , nefont point
des femaines de jours . 111. Elles
ne font point encore jubilaires ,
decenaires oufeculaires . IV. Mais
de fept années chacune. V Elles
font fixes & determinées . VI . Par
on doit on les fixer ? Trois années
constamment fabatiques qui les
fixent: VIO Si ces femaines font
compofées dianpées folaires conclup
GALANT 2'35
naires . VIII. Explication du
terme abbreviatæ de la Vulgate,
Chap . V. Du commencement
des LXX . femaines .I.
Differences Opinions . II . Abregë
chronologique des Rois de Perfe
III . Les trois premieres Opinions
ne peuvent pas eftre foutenues.
IV. La quatrième , quoy que la
plus probable eft faule. V. L'af.
fociation d'Artaxerxés avec ſon
pere , n'eft ni veritable ni d'aucun
uſage, VI. La vingrićme année
d Artaxerxés doit fe prendre depuis
la mort de Xerxés
Chap. VI . Qù l'on répondaux
Objections les plus difficiles.
1
Vij
236 MERCURE
Chap . VII . Où l'on donne
la maniere de compter les
LXX. femaines. 1. Quel eft
noftre Systeme . II . En quel fens
~nous diſons que la premiere ſemai.
ne commence depuis la vingtiéme
année d' Artaxerxés Longuemain.
III. Le trmps de la mort de fefus
Christ IV En quel tems
doit on fixer la foixante dixième
femaine. V. Que devons nous en
tendre par la ceßation des Hofties
& des Sacrifices VI. Explica .
tion de la Prophetic de Jefus Chrift
en S. Matthieu chap. 24.
Chap . VIII. Où l'on répond
à quelquee Objections . Thefe qui
GALANT 237
a donné occafion à ce Livre.
Les Vers qui fuivent ont
faits par M Diéreville , dans
le temps que l'on fe préparoit
à railler Mr Fagon .
Vel bruit ! quel trifße bruit tout
à coupfe répand!
Quoy , du plus grand des Rois qui
regnent fur la terre ,
Le Premier Medecineft atteint de la
pierre ,
Et l'on va le tailler dans ce danger
preffant !
Nous implorons ton aſſiſtance
Ah! Seigneur , conduis bien la main
de Maréchal,
Dans cettefunefte occurrence ,
238 MERCURE
Qu'il acheve par toy de guerir ce
grand mal
La fanté de Fagon , Seigneur , t'est
précieufe ,
Il entretient celle d'un Roy
Qui faitfuivre ta fainte loy
Malgré l'herefie odieufe
Qui cent fais à voulu s'élever contre
toy.
En confervant l'Auteur d'une fanté
fichere ;
De tes facrez Autels tu foutiendras
L'appuy
Et tu feras enfin sexauçant ma prie
re
Plus pour toy mefme , que pour
lay.
Quoy que . Mr Fagon foit
connu pour un des plus IçaGALANT.
239.
vans hommes qui ayent jul
qu'icy profeffé la Medecine ,
& que cette verité ne puiffe
eftre combatue , puifqu'il eft
impoffible que tout homme
qui a infiniment de l'efprit &
qui s'applique uniquement à
une chole fans eftre diffipé
par aucuns plaifirs , & par au
cune autre occupation , ne des
vienne pas le premier homme
du monde dans les connoif
fances qu'il cherche à acque
riran dof :
au !
Quoy que fon-grand defin
tereffement leuft fait admirer
même dans le temps qu'il au
sin
240 MERCURE
roit dû eftre plus intereffé .
ainfi que la prudence & la
raifon fe demandent d'un
homme qui n'epargnoit rien .
pour fe rendre parfait dans
fon art.
Quoy qu'enfin il le fuft
diftingué par toutes les qua .
litez qui peuvent faire efti
mer un homme d'une profon
de érudition & d'un merite
perfonnel generalement reconnu
, la fermeté dont il
eftoit capable eftoit encore
inconnuë , & il la peut eftre
ignorée, luy mefme jufqu'à ce
qu'il ait eu l'occafion d'en
faire
GALANT. 245
*
faire paroiſtre des marques.
On n'en peut donner de plus
fortes que celles qu'il a fait
voir rant qu'à duré l'operation
de la taille. Cette operation
eft aufli perilleuse que
douloureuſe. Cependant le
lens froid qu'il a confervé
doit caufer uu étonnement
qui ne luy peut eftre que glo .
rieux , s'eftant entretenu avec
Mr Marechal pendant tout ce
temps fans laiffer échaper le
moindre mot qui marquaft
ce qu'il fouffroit , n'y donner
melme aucun figne qui le puft
faire connoiftre. Ceux qui re
Fanvier 1702 .
X
242 MERCURE
fufent leur eftime , & leur admiration
à tout ce qui na
point efté fait par les anciens,
auroiens de la peine à faire
voir dans l'antiquité un exem ,
ple de fermeté plus remar
quable dans toutes les circonftances.
Quoy qu'on fuft perfuadé
de l'eftime , & mefme de la
tendreffe que le Roy avoit
pour M' Fagon , s'il peut mê.
tre permis de me fervir da
mot de tendreffe , l'eftat ou
il s'eft trouvé a fait voir qu'elle
alloit audelà de tout ce qu'on
peut s'imaginer , ce qui a pa..
GALANT. 243
2
г
ru par tout ce que ce Monarque
a fait pour luy & pour
fa famille , je ne le repete
point , je diray ſeulement que
M Maréchal ayanr refufé
trois cens louis d'or que M
Fagon luy avoit envoyez , cet
habile Chirurgien le trouvant
trop recompenfé du plaifir
d'avoir fervy l'Etat en
atribuant
au retour de la fanté
de M Fagon , le Roy qui le
fceut , dit , que c'eftoit fon
affaire & que M' Maréchal ne
le refuferoit pas , deforte que
Sa Majesté luy envoya quatre
cens louis au lieu des trois
r
Xij
244.MERCURE
cens qu'il n'avoit pas voulu
accepter.
***
Enfin l'état où s'eft trouvé
M' Fagon a fait voir dans
qu'elle haute confideration
il efteit à la Cour , & même
dans toute la France , où chacun
a donné des marques de
la crainte qu'il avoit que le
Roy ne perdift un homme fi
rare , qui eftant utile à fa fanté
, eftoit par confequent tresneceffaire
à l'Etat .
Voicy des Vers faits par
le mefme M Diéreville dont
je vous ay parlé au commencement
de cet article. Ils font
CALANT
45
fur le rétabliffement de la
fanté de M' Fagon .
Ma Mufe banniſſon's
noſtre douleur
muete ,
Chantons , nos veux font accomplis,
ی ت ی ک
ے ک
ے ھ ک ی د
Le premier Medecin du Monarque
des Lys
N'aplusrien qui les inquiete
Le mal qui menaçoit fes jours ,
Vient defe terminer au gré de notre
envies
Le Ciel n'a pas voulufitoft finir le
cours.
D'une fi precieufe vie.
Rendons luy des graces fans fin.
De tant de lonté qu'il nous marque
,
En confervaut le Medecin ,
Il nous affure le Monarque.
X iij
246 MERCURE
Je vous ay deja dit que le
Roy étant fatisfait desfervices
de M le Duc de Montfort,
avoir confenty que Mle
Duc de Chevreufe fon pere
fe demir en fa faveur de la
Charge de Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de
la Garde . Mr. le Duc de
Montfort a pris poffeffion de
cette Charge, Le Roy fe rendit
pour cet effet dans la plaine
de Sartoris , où ſa Majeſté
monta à cheval . Elle trouva
ce que l'on appelle le Guer ,
ou autrement la Brigade de
quartier efcadronnée , les Of
C
GALANT 247
د م ح م
ficiers eftoient à la teſte ainſi
que les timbales , & les trompettes
, le Roy fe mit à leur
tefte, & leur dit de reconnoitre
M ' le Duc de Montfort pour
leur Capitaine Lieutenant , &
ordonna qu'ils euffent à obeir
à fes ordres . M' le Maréchal
d'Etrées qui avoit attendu le
Roy à cheval & qui repre.
fentoit le Conneftable de
France s'approcha fitoft que
S. M. fe fut retirée. Il mit fon
chapeaufur fa tefte , M ' le Duc
de Montfort demeura décou
vert. Les Officiers eftoient
auffi découverts , & avoient
X iiij
248 MERCURE
le fabre haut. Le chapeau de
Mr le Duc de Montfort eftoit
fous fon bras gauche . Il tenoit
fon fabre haut du même
cofté , & avoit l'autre main
levée pour faire le ferment
que M ' le Maréchal d'Eftrées
lut à haute voix , aprés
quoy on joua plufieurs fan .
fares . Ces Troupes firent pa
roistre beaucoup de joye d'a.
voir un Chef intrepide qui
avoit donné en plufieurs ocou
il s'eftoit diftingué de
grandes preuves de valeur ,
& de bravoure..
On a eu avis de la mort de
GALANT 249
Monfieur le Comtede Lignerac
arrivée dans une de fes
Terres en Auvergne. Il defcendoit,
ce que l'on ' pretend
incontestable , d'Aftier de
Mure Chevalier dés l'an 1000 ,
& pere de Robert de Mure qui
fe rendit fi celebre par les ex.
ploits de Chevalerie que Timard
fon fils quitta le nom
de Mure prit celuy de Robert
& voulut qu'il fut celuy de fa
famille en memoire de la valeur
de fon Pere . Cette Maie
fon a efté divifée en deux
Branches prefque des fon origine,
Celle de faint Jal qui
eftoit L'aînée eft éteinte elle
2jo MERCURE
a donné prefque dans le mê
me fiecle divers perfonnages
illuftres à l'Etat & à l'Eglife de
France. Ce font Jean Robert,
Maistre des Requeftes de
樂
l'Hôtel du Roy & l'un des
douze Confeillers du Parlement
de Paris fous Philippe
le Bel en 1289. Guillaume
Robert , premier Evêque de
Montauban, & à qui le Pape
Jean XXII. adreffà quelques
Chapitres de fes Extravagan
tes , Adhemart Robert , Evêque
de Lifieux , puis Archevê
que de Sens , & élevé enfin
au Cardinalat par Clement
GALANT yk 251
VI. en 1342. beaucoup moins
à caufe de l'honneur qu'il
avoit d'eftre parent de ce
grand Pape, que pour fon habileté
dans la fcience des Canons
de l'Eglife. Et Pierre
Robert , Doyen de l'Eglife
Collegiale de Saint Germain
de l'Auxerrois , Chanoine de
Notre Dame de Paris ,Maitre
des Requeſtes de l'Hôtel du
Ray & Treforier des finances
de Charles VI. Les Curieux
trouveront fon Epitaphe dans
le Chatur de l'Eglife de faint
Germain de l'Auxerrois , où
elle fur mife fur la tombe en
252 MERCURE
1396. qui fur celle de fa mort
La branche de Lignerac a
produic auffi des hommes de
confideration. Bertrand Ro .
bert Evêque de Maguelone
en 1433 pouvoit estre grand
oncle de Pierre Robert fieur
de Lignerac & de Noailles en
partie , qui laiffa de Marguerite
de Cofnac fon époufe
Charles Robert l'aîné, Jaques
Robert Prefident aux Enqueftes
au Parlement de Bordeaux
, puis Maitre des Requeftes
du Roy & Confeillet
d'Etat , mort en 1571. Charles
Robert Seigneur de Lignerac
GALANT. 253
& de Noailles en partie, épou .
fa Philippe de Pellegrüe Dame
du Puy Genflac & fut pe
re de François Robert l'ainé
de Gilbert Robert Sieur de
Marcez, & de Pantaleon Robert
Seigneur de Monteil,
Jeanne Robert femme du St
de Cardaillac de Vegene ,
François Robert Seigneur de
Lignerac, Chevalier de l'Ordre
du Roy en 1571. Capitaine
des Gardes de la Reine
Ifabeau d'Auftriche , Gouver.
neur d'Orillac en Auvergne :
vendit fa portion de la Seigneurie
de Noailles en Limo.
254 MERCURE
fin au celebre François de
Noailles , Evêque d'Ax en
Gafcogne arriere grand oncle
des trois illuftres freres
qui font prefentement diſtinguez
dans l'Eglife & dans la
Cour. Il époula Françoiſe de
Scoraille puis Catherine
d'Autefort , & laiffa de la prémiere
Gilbert Taîné , Gilles
Robert fieur de Bazanez le
Gentilhomme de fon temps,
le plus déterminé & mort fans
enfans de Galpare de laRoue
Pierrefort , Jeanne Robert
femme de François de Caillac
fieur de Sedages Philippe
3
GALANT 295
10
Robert femme de Louis
d'Anjony Baron de Merdoine.
Ses enfans du fecond lic
furent Edme Robert l'aîné ,
Role Robert femme de François
de Boffier Baron d'Orele ,
puis d'Antoine Raffin fieur de
Puycalvaire en Agenois , Catherine
Robert femme de
Charles Louis fieur de Belonzac.
Gilles Robert , fils aî .
né du premier mariage fut
furnommé le jeune Signerac.
Il eftoit Colonel au fervice
side la Ligue , & aufli attaché
que le vieux Lignerac fon pere
au Duc de Mayenne . Il fut
to
256 MERCURE
despremiers bons François qui
luy tournerent calaque pour
s'attacher au Roy , & mourut.
avant fon pere , laiffant de
Jeanne , fille du premier Maréchal
de la Chaftre , Jeanne
Françoife Robert mariée
avec Annet Seigneur de Plas,
& premier Baron du Vicomté
de Turenne.
*
Edme Robert , l'aîné du fe .
cond lit, continua fa pofterité.
Il fervit en qualité de maréchal
de Camp de l'Armée de Lan .
guedoc , & il épousa Gabrielle
de Levis Ventadour , Fille de
Claude Comte de Charlus.
6 GALANT 257
De cette alliance nâquirent
Prançois Robert l'ainé , Charles
Robert , Prieur de Pleaux
Catherine Robert , femme de
Georges de Palamourgues , S
de Chaud four. François Robert
, Seigneur de Lignerac ,
époufa Marie Fille de Jacques
Baron d'Elpinchal , d'où font
venus entr'autres M' l'Abbé
de Lignerac & м le Comte
qui vient de mouri . Ila laiffé
de Jeanne Fille de Jacques Baron
de Reilhac , Bailly des
Montagnes d'Auvergne , qui
a l'honneur d'eftre Petite Fille
de Marthe de Noailles , Dame
Fanvier 1702 .
Y
•
258 MERCURE
de Sedieres , M le Marquis de
Lignerac , Colonel du Regiment
du Perche , & marié
avec Mademoiſelle de Caylus
& Armande Robert , mariéeavec
м'le Comte de Soudheilles
, Lieutenant de Roy du
Bas- Limofin.
Gilbert Robert de Lignerac
, Chef de la Branche
de Marcez fut Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel ,
& Gouverneur du Chafteau
de Carlat en Auvergne en
1603. Il époufa Claude d'Uffel
Fille de Claude , Seigneur de
la Garde , d'où vint Jean RoGALANT:
259
電飯
bert Seigneur de marcez , qui
de Louife de Felzine , Fille de
Chriftophe , Seigneur de
Montmurat en Auvergne , &
premier Baron de Quercy ,
laiffa François Robert mort
jeune , & Jeanne Robert , Dame
de Marcez , femme du S
de Saint Julien , puis de Thomas
de la Tour S d'Alaignat ,
& Gilberte Robert , mariée
avec Martin de la Tour , Frere
de Thomas. Pantaleon Robert
de Lignerac , Chef de la
Branche de Monteil ,fut ma.
rié avec Louife de Cambon ,
d'où nâquit Louis mort en
Y ij
260 MERCURE
bas âge Madeleine Robert ,
Femme de Jean de Mealet ',
Seigneur de Fargues & de
Rouffiac . Larbre . Catherine
Robert Dame de Monteil ,
fut mariée avec le Seigneur de
Deillan.
Dame Marie Amelot veu .
ve de Charles de Luxembourg
de Beon , eft morte le quin .
ziéme de ce mois , regrettée
de tous les Pauvres qui
la regardoient comme leur
Protectrice & leur Mere . Elle
eftoit née au mois de Mars
1602. Ainfi il ne s'en falloit
que deux mois qu'elle n'euſt
GALANT. 26
cent ans accomplis . Elle eftoit
Fille de Meffire 'Denis Amelot
, mort Doyen du Confeil
des Maistres des Requeftes
& des Confeillers d'honneur
au Parlement , aprés avoir efté
en plufieurs Intendances dans
les Provinces du Royaume.
On a vû au fiecle paffé & à
prefent dans les premieres
Charges de Robe & en plu
ficurs Ambaffades
, ceux qui
portent le nom d'Amelot ,
& ce font des poftes qu'ils
ont remplis avec tant d'honneur
que le Roy & l'Etat en
ont tiré de tres utiles fervi
ces.
262 MERCURE
Quant à Charles de Lu
xembourg de Beon , il eftoit
fils de Louife de Luxembourg
& petit fils de Jean Comte
de Brienne & de Ligny aîné
de fes Freres & de la branche
qui a fair fouche avec
la fienne , & qui fubfifte en
la perfonne de Luxembourg
de Beon fon petit fils . Il feroit
inutile de faire la genea.
logie des Maifons de Luxem
bourg & de Beon dont l'une
eft Imperiale & l'autre tresilluftre
par fon ancienneté &
par fon affinité avec les Rois
de France de la premiere MaiGALANT
26
fon de Foix , appanagez.comme
proches parens en certains
domains & heritages , avec
la qualité de Sire de Beon &
toutes les alliances des meil .
leurs Maifons de Guyenne , de
Navarre & d'Arragon.
to Antoine de Luxembourg
Comte de Brienne , & de
Rouffy , fils puifné de Louis
Conneftable de Saint Paul ,
eut de Françoiſe de Croy fa
feconde femme , Charles de
Luxembourg auffi Comte de
Brienne,de Ligny & de Rouffy
, duquel & de Charlotte
264 MERCURE
d'Eftoureville vint Antoine
de Luxembourg Comte de
Brienne & de Ligny , Baron
de Rameru , & de Piney Seigneur
de Tingry , époux de
Marguerite de Savoye de Vil
lars , Pair de France , Cadec
& de Jean de Luxembourg
Comte de Brienne & de Ligny
qui a eu de Guillemette de
la Marck Charles de Luxembourg
aufli Comte de Brienne
mort fans enfans d'Anne
de la Vallete , Soeur du Duc
d'Efpernon , & Louife de Lu
xembourg Femme de Bernard
de Beon Seigneurs de Maſſeys
de
GALANT 269
Gouverneur d'Ang oumois
la Rochelle , & Pays d'Aunis,
dont eft venue Louiſe de
Beon Comteffe de Brienne
alliée à Henry Augufte de
Lomenie Secretaire d'Etat.
Le 13. de Juin 1701. Sanfon
Cadot âgé de cent quatre an
nées mourut dans la Paroiffe
de Marfolan au Dioceſe de
Letour.
Le 28. du mois paffé Me
Gilles Doazan Ancien Curé
de Saint George au Dioceſe
de Letours dit fa feconde
Meffe nouvelle , âgé de qua.
trevingt ans , ayant le meſme
Janvier 1702.
Z
1
166 MERCURE
Parrain de fa premiere Meffe
un des Preftres affiftans auffi
de fa premiere Meffe , & dou .
ze de fes Neveux qui affifte.
ront à l'Autel du meſme
nom .
M'l'Abbé Boutard faifant
attention à toutes les occa
fions qui peuvent fournir à
fa Mufe Latine de favorables
fujets de s'exercer , a fait une
Ode en cette Langue qu'il a
adreffée au Roy : Elle eft fur
l'établiffement de l'Academic
Royale des Infcriptions , & des
Medailles . Cette Ode a efté
traduire par Mr Moreau de
4
.
GALANT 267
1
Mautour . Je vous ay parlé de
luy tant de fois, que vous devez
fçavoir fon merite & fes
qualitez fans que je vous les
repete. a cu l'honneur de
preſenter fa traduction au
Roy , & de la lire dans une
Seance publique de l'Académie
des Inferiptions , ayant
l'avantage d'être de ce Corps .
Voicy cette Traduction .
ODE
N'En doutezpoint, Races futu-
Yes ,
C'est la vertu des Conquerans
Z ij
268 MERCURE
Qui les garentit des injures
Et de l'affreuxoubli des ans.
Pour rendre leurs noms memorables.
Les monumens les plus durables
Nefont pas les doctes écrits ;
Mais le marbre& le bronze antique,
Qui porte leurfront heroique
Et dont le temps fait tout le prix.
2
Le rare métal de Corinte
Se conferve entier à nos yeux
Lors que nous y voyons empreinte
L'image de ces demy- Dieux ,
De la Grece , de la Syrie ,
De l'Egipte , de l'Italie ,
Reftes facrezdes premiers temps :
Ou des Cefars la longue fuite ,
Dont Louis renferme l'élite
Parmifes trefors éclatans.
2
De leurs vertus toute ame éprife
GALANT: 269
Grand Roy , par un louable choix
Veut que le Bronze immortalife
Les vertus des Heros François.
Tufçais ecompenfer speines
De ceux qui de Rome& d'Athénes
Deterrentjufqu'aux fondemens :
Tu combles de biens de gloire
Ceux qui confac ent noftre hifto re
Par de celelves monumens .
S
Ta race en dim - Dieuxfertile
Anime le marbre & l'airain ,
Leur dureté devient docile
Par l'effort fçavant du burn.
Dans ce travail où l'Artfe live
Chaque Heros fe voit revivre ,
Et paffe à la pofterité.
Par les chefs d'oeuvres metalliques ,
A leursfaits , à leurs noms antiques
Tu donnes l'immortalité.
ន
Z iij
270 MERCURE
•
Quandtu confacres les Conqueftes
De nos Rois pieux & guerriers:
On voit briller parmi leurs teftes
La tienne ceinte de lauriers .
Tel avec cette noble audace
Qui tout autre Heros efface ,
Te forment nos fidelles mains :
Nous gravons tes faits admirables.
Tes triomphes plus memorables
Que ceux des Grecs & des Romains.
2
90
Voy ce type qui reprefente
L'Herefie aux derniers abois
Et la verité triomphante
Par l'autorité de tes Loix.
Voy la Paix au rameau d'olive
Qui tient la Difcorde captive :
Icy le Duel aboly,
La Impieté reprimée ,
Themis partes foins reformée ,
Et l'honneur des Arts rétably.
GALANT. 271
$
Dans un autre brillant Ouvrage
Le Rhin dompté s'offre à tes yeux:
L'Escaut , que ta foudre ravage.
Soumet fes flots imperieux,
La Meufe d'effroy fe retire ,
Le Doux rentre fous ton empire
Aprés avoir brifefes fers :
La terre onore fon fein aride
Par un travail digne d'Alcide
Tu fçais reja ndr. les deux mers ,
包
Il s'offre encore à notre veie .
Undigne objet de nos travaux:
Lors que tu reprens ta mafuë
Pourvaincre des monfires nouvaux :
Tu domptes l'Hydre Batavique ,
Tu braves l'Aigle Germanique
Qui du Po menace les bords :
Et le Leopard infidelle
Auteur d'un ligue r. belle
Z iiij
172 MERCURE
Tentd'inutile s efforts .
2
Ilfaut de nouvelles guirlandes
Orner ton front majestueux ,
Et par de pompeufes légendes
Exprimer tesfaits Vertueux.
Que les Temples , que les Portiques
Sur Lurfaçades magnifiques
Retracent tesfameux exploits
Qu'on life fur les pyramides
Sur les métaux les plus folides
LOUIS eft l'Hercule François.
2
Aut
GALANT. 273
Quoy que tout ce que fait
M' l'Abbé Boutard merite un
applaudiffement
general , je
croy qu'il voudra bien me
permettre de luy dire , que la
plus grande partie de ceux
qui ont lû fon Ode ne font
pas d'accord de ce qu'il avan
ce dans fa premiere Strophe ,
que je crois devoir repeter
icy.
N'en doutez point, Races futures;
C'eft la vertu ds Conquêrans ,
Qui les garentit des injures
Et de l'affreux oubly des ans .
Pour rendre leurs noms memorables,
Les monumens les plus durables
Ne font pas Is doctes écrits ;
274 MERCUKE
.
Mais le Bronze& le Marbre antitique
,
Qui porte leurfront héroïque ,
Et dont le temps fait tout le prix.
Je demeure d'accord que
les Marbres , & les Bronzes
font de plus de durée que
l'impreffion , mais lors qu'une
fois uneHiftoire, un Poëme où
quelques autres Ouvrages ont
efté imprimés, l'impreffionen
eft fi fouvent renouvellée , &
mlutipliée que l'Univers en
fourmille , s'il eft permis de
parler ainfi , ce qui n'arrive
pas des Medailles , qui ne font
point renouvellées , perſonne
GALANT. 275
ne s'eftant encore imaginé de
faire des Coins nouveaux
pour fraper des Medailles antiques.
Ainfi fuppofé, comme
on le dit affirmativement, que
le temps détruiſe tout , il eft
hors de doute qu'on ceffera
avec le temps de trouver les
plus anciennes Medailles , &
qu'elles feront détruites les
unes aprés les autres. Elles
finiront de deux manieres ,
l'une parce qu'un grand nom
bre de fiecles effacera ce qu'-
elles reprefentent , & mefme
que peu à peu les métaux dont
on fe fert pour les faire fe276
MERCURE
ront fondus , fans que le cuis
vre mefme, qui eft celuy de
ces métaux fur lequel l'avarice
à le moins de prife foit
épargné.
L'Impreffion ne peut ja .
mais eftre fujette au mefme
fort puifque de fiecle en frecle
la beauté des Caracteres qui
la forment , va en augmen
tant. On pouroit me dire
qu'il en eft de mefme de la
beauté des Médailles , &
qu'on en voit prefentement
que l'Arc a renduë plus parfaires
, mais il y a cette diffe
rence que ce ne font point :
GALANT.
277
les anciennes Médailles qui
jouiffent de cette avantage ,
puifqu'elles ne font point re .
nouvellées ; au lieu que ce
font les livres les plus anciens
qui fe fentent de l'étude que
chaque fiecle a faite pour per.
fectionner les Arts. Ces faits
font inconteftables & les Thu.
cidides, les Xenophons , les Ta
cites , les Virgiles & les Horaces
font aujourduy d'une impref
fion bien plus belle que ces
ouvrages n'ont efté lorsqu'on
en a fait les premieres édi
tions. On doit ajouter à cela
que la terre eft remplie d'un
278 MERCURE
nombre inombrables d'exemplaires
de ces Hiftoriens & de
ces Poetes & que l'on en
ve même en toutes fortes
de langues , au lieu que l'on
ne voir qu'à peine quelques
Médailles de celles qui ont
efté frapées dans le temps
que ces Hiftoriens , & ces
Poëtes ont travaillé à leurs
Ouvrages , de forte qu'on
ne peut douter que ce qui
s'imprime ne dure plus que
les medailles. Il eft conftant
·
d'ailleurs que
exemplaires
augmente
, & que
l'on en trouve
de traduits
en
plufieurs
Langues
, pendant
le nombre des
GALANT. 279
que le temps anneantit les
Medailles , & il eft enfin encore
plus conftant que la
beauté de l'impreffion
augmente
de jour en jour, & que
les Editions que l'on a faites
des Livres les plus anciens
ſurpaſſent infiniment
celles
qui en ont efté faites dans les
fiecles precedens . J'ajouterai
que pour un Curieux qui a
des Medailles
, il y aun nom .
bre infini de gens qui ont des
Hiftoires imprimées
, parce
que l'Hiftoire d'un Prince
coûtera quelquefois
moins
qu'une feule Medaille de fa
280 MERCURE
1
vie , dont il faudroit amaffer
deux ou trois cens pour en
avoir une fuite . Ainfi tout le
monde peut avoir l'Hiftoire
de la vie d'un Souverain, mais
il n'y a que ceux qui font extremement
riches qui puiffent
avoir une longue fuite de Medailles.
Il ne reste plus quà
faire voir le grand & entier
avantage que lesHiftoires ont
fur les Medailles. Il ne faut
point perdre de temps en raifonnemens
qui feroient inutiles
pour une choſe qui faute
aux yeux,& qui prend d'abord
l'efprit. Les plus belles Me
GALANT
281
dailles font les plus fimples,
parce que fielles eftoient trop
hiftoriées , & par confequent
trop remplies de figures elles
jetterbient une confuſion , &
un embarras dans l'efprit , ce
qui feroit caule qu'on auroit
de la peine à dem fler le
fujer pour lequel elles auroient
efté frapées , les Medailles
n'eftant point accom
pagnées d'un Difcours qui
les explique. Et mefme on
ignore aujourd'huy le verita
ble fajet de la plupart des
Medailles antiques . Les uns
les expliquent d'une maniere
Janvier 1702 .
A a
284. MERCURE
& les autres d'une autre ; &
commeperfonne ne peut decider
, & que les explications
que chacun donne font au
hazard, & font plus voit l'éru
dition de ceux qui cherchent
à les expliquer qu'une verité
conftante , on peut dire que
le public en voyant tant
de differens partis , demeure.
dans l'incertitude de ce qu'il
en doit penfer. Ainfi pour
éviter ces inconveniens , il
faut que les Medailles foient
fimples. Ce n'est pas que lors
qu'elles font frapées dans le
temps mefme que tout reGALANT.
283
tentit de bruit des actions
qui en font le fujet , ou du
moins peu de temps aprés, on
ne demeflalt aifément tout
ce qu'on auroit voulu faire
entendre quand elles auroient
efté un peu trophchargées ,
mais àdmeſure que le temps
fair perdre l'idée de des actions
l'explication en devient
difficile, de maniere qu'aprés
un fiecle (chacuni explique à
fa fanaifie & fans certitude
les Medailles qui ne font pas
dans la plus grande fimplici
té. Cela fait que de toutes
les differentes explications
A a ij
284 MERCURE
qu'on leur donne, il n'y en a
fouvent pas une de veritable.
Il faut donc neceffairement
que les Medailles ſoient toutes
fimples pour paffer à la
pofterité; c'est à dire pour que
dans les fiecles avenir cha
cun en trouver d'abord le
veritable ſujet fans donner la
torture à fon efprit . Mais fi
les Medailles font dans tou .
te la fimplicité où elles doivent
eftre , elles ne ferviront
qu'à marquer les dattes des
actions qu'elles reprefente.
ront fans en faire voir la
beauté, quine peut eſtre conGALANT,
283
nuë que par les circonstan
ces qui ont accompagné ces
actions , les conjonctures où
elles ont efté faites , & une
infinité d'autres parties qui en
dépendent & qui n'apartiennent
qu'à l'Histoire ; & comme
avec tout cela il eft bien
difficile de faire paffer les plus
belles actions à la pofterité ,
pour auffibellesqu'ellesle font
eneffer,parce que l'envie tâche
toûjours à diminuer de la
beauté de ce qu'elle trouve
de trop parfait , il eft bien
malaifé
, mal aifé, pour ne pas dire im
poffible, qu'une Medaillé qui
286 MERCURE
parle fi peu qu'elle pourroit
paffer pour muette , faffe voir
à fond routes les veritez &
2 &
toute la grandeur de certaines
aactions , dans lesquelles.
à melure qu'on les develope
on découvre tous les
jours des beautez nouvelles.
Ainfi tourfait voir&cout prou,
ve que l'Histoire eft plus du
rable que les medailles, & peut
penetrer dans plus de fiecles,
qu'elle peut fe multiplier par
des éditions toujours renouvelleées
dans tous les Etats
où l'impreffion eft en uſage
& mefme en plufieurs lanGALANT:
289 .
guest ce qui n'arrive point
aux Médailles qui ne font ja.
mais multipliées , & qu'enfin
toute la beauté d'une action
le découvre dans l'Hiftoire
au lieu qu'il faut la deviner
dans une Médaille , & que,
cette Médaille ne peut fub
fifter qu'un temps , au lieu que
l'Impreffion fubfiltera tou
jours fuivant les raifons de
fait & inconteſtables
qui
viennent d'eftre alleguées neb
Je ne prétens pas que ce que
je viens de dire à l'avantage
de l'Hiftoire diminuë en rien
de l'estime que l'on doit avoir
288 MERCURE
pour les Medailles , on ne fçau
roit trop les admirer , non feulement
elles font glorieufes
pour le Prince en faveur de
qui on les a frappées ; mais
elles font paroiftre l'efprit de
ceux qui én deux ou trois pa
roles , & avec deux ou trois
figures font comprendre tou
te une belle action & c'eft par
là que Pon eft convaincu
que les beaux Arts fleuriffent
dans leftat où l'on s'eft donné
le foin de les fairecultivet ..
Avoir pendant la paix le
foin des Finances d'un auffi
puiſſane Etat que celuy de
12
France ,
GALANT. 289
France , c'est un travail im
menfe , en avoir foin pendant
la guerre en eft un incomprehenfible.
Se mêler de tout ce
qui regarde les Troupes pendant
la Paix demande un détail
, & une application qui ne
laiffent aucun repos , s'en
mefler pendant
la guerre
quand on eft chargé des Finances
, c'eſt le comble de
tous les travaux , & il eft im .
poffible d'avoir plus d'occupas
tion . Mr de Chamillart eft
chargé de tous ces foins .
Cependant
au milieu des
grandes & continuelles occu .
Fanvier
1072.
Bb
290 MERCURE
pations que luy donnent tant
d'affaires d'une fi haute impor
ance , il a trouvé le temps
d'examiner avec toute l'attention
& l'application poffi
ble les comptes de ce qu'il
faut , pour l'entretien des Invalides
, & de tout ce qui en
dépend , de maniere qu'ayant
trouvé quarante mille livres
de revenant bon tous les ans ,
il l'a dit au Roy. Ce Prince
deftina auffi -toft cette fomme
pour donner des penſions aux
Officiers de guerre qu'il en
jugera les plus dignes.
Je vous envoye les Jetcons
S
JI
VINCAT
THEQUE
BIBLIOT
LYON
* 1893*
?
730
VILLE
C
A
PPI
qu
ne
la
GALANT 291
qui ont efté frapez cette année.
Le portrait de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
devoit eftre à l'endroit où
vous trouverez une place vuide
, mais le Graveur n'ayant
pu faire reffembler affez bien
cette Princeffe , & le temps
preffant beaucoup , j'ay cru
que je devois le faire effacer
plutoft que de vous en en- *
voyer un qui ne luy reffemble
pas.
La Devife qui fuit la place
vuide eft au revers du por
trait de cette Princeffe.
Voici un Sonnet que vous
B'b ij
292 MERCURE
ferez bien aife de voir . 11
eft adreffé à Monfieur le Duc
du Maine.
PRn
SONNE T.
Rince fur qui les fens n'ontjamais
eu d'empire
Qui tout jeune guidé par la droite
raifon
Vous eftes prefervé de ce fubtil poifon
Qu'on ne reçoitjamais que la vertu
n'expire.
2
Que la pofteritéprendra plaifir à lire
Qu'un Heros plus fameux que ceux
de la Toifon ,
Dans l'âge où les plaifirs font toûjours
defaifon
GALANT 293
Ait fuivi les confeils que la fageßè
infpire.
S
Rigide obfervateur de la plusfainte
loy ,
L'on vous voit reverer les dogmes de
la
Foy
Avec un caur foumis ainfi que Dieu
L'ordonne ,
Charitable & rempli de fentimens
humains ,
Chaque jour les bienfaits font les
fruits de vos mains
Sans
que la gauche fcache à qui la
droite donne.
Il paroift depuis peu un
livre intitulé Petit Manuel Ce
lefte ou Nouveau Calendrier
Bb iij
294 MERCURE
approprié pour chaque année
des deux fiécles de 1700. &
1800. fuivant & le Calendrier
Gregorien , redigé dans un
ordre fuccint & fort intelligible
; avec une nouvelle Tablette
de Cabinet pour la prefente
année 1072. C'eſt un
ouvrage curieux compofé de
plus de cinquance Tables , ou
l'on connoift les veritables.
principes de ce Calendrier ,
& la facilité d'en compofer
foy même pour quelque année
que ce foir à perpetuité ,
ce qui n'a point encor efté
découvert jufqu'à preſent . Ce
•
GALANT. 295
livre eft tres - utile & indifpen .
fablement neceffaire pour tou
tes fortes de profeffions tant
fur terre que fur mer.
Le Rondeau que vous trouverez
icy a efté envoyé à Madame
le Gendre , Intendante
de Montauban fur un Sifflet
qu'elle a envoyé le premier
jour de l'année .
D
RONDEAU.
E mon Sifflet , belle Intendante
La voixjadis trop éclatante
Charme aujourd'huy tout le Ha
meau.
La Mufette , le Chalumeau
Cedent à fa douceur naiſſante
Bb iiij
296 MERCURE
D'Apollon la Lyre touchante ,
Un Cigne prés de fon tombeau
N'approchent point du fon nouveau .
Demon Sifflet.
2
Pardonnez moy fije levante
C'est vous , c'eft vos attraits qu'il
chante ,
Eux qui troublent plus d'un cerveau
C'eft ce qui rend fon chantfi beau
Je croy que vous ferez contente
Demon Sifflet.
Dame Marie Antoinette de-
Servien , Fille d'Abel de Servien
Miniftre d'Eftat & Sur
Intendant des Finances , Veuve
de Maximilien de Bethune
IV. du nom , Duc de Sully .
GALANT: 237
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Prince d'Enrichemont
& de Boifbelle
mourut en fon Hoftel à Paris
le 16. de ce mois , âgée de
cinquante fept ans. M le
Duc & M le Chevalier de
Sully font les deux Fils qu'elle
laiffe. Ils ont deux Soeurs Religieufes
à la Vifitation de
Saint Denis en France , où
elles vivent avec beaucoup de
Sainteté , Feu M le Duc de
Sully leur Pere eftoit fils de
Madame la Princeffe de Ver
neuil , & Frere de Madame
la Ducheffe du Lude , Dame
298 MERCURE
d'honneur de Madame Ta
Ducheffe de Bourgogne
Madame la Ducheffe de Sully
qui vient de mourir eftoit
Soeur de M le Marquis de
Sablé , & de Mr l'Abbé Servien.
Leur Mere eftoit d'une
fort bonne maifon de Poitou .
Elle s'appelloit la Roche des
Aubiers , & avoit épousé en
premiers nopces M le Comte
Donfin de la Maiſon de Haraut
, M' le Marquis de Vibrayvint
de ce Mariage . Ainfi
il eftoit frere de Mere de Ma.
dame la Ducheffe de Sully ,
M' le Marquis de Vibray le fils
THEQUE
GALANT.
BIBLI
a époufé Mademoiſelle
gnan , fille de Mt le Comte
de Grignan , Chevalier de l'Or .
dre du Saint Eſprit & feul
Lieutenant de Roy en Provence
.
Madame la Ducheffe de
Sully eft regretté de tout le
monde. Elle avoit toutes les
vertus & tous les agrémens
de fon Sexe . Perfonne ne l'approchoit
, qui ne s'en revinft
& plus content d'elle & plus
content de foy - même. Elle
eftoit obligeante & genereuſe
& avec beaucoup de
beauté & des manieres ailées ,
300 MERCURE
Elle a toujours vécu en fem
me qui faifoit cas de tous fes
devoirs & qui aimoit fort à
les remplir. Elle a efté enterrée
à Saint Paul , on luy a fair un
Service folemnel où ſe font
trouvez les gens de la plus.
grande diftinction , de la Cour
& de la Ville.
M' l'Abbé de Saint Heran
eft mort à Paris. Il eftoit
fils de feu Mr le Marquis de
Saint Heran qui eft mort depuis
quelques mois , & Frere
de Mr le Marquis de Mon.
morin & de Madame la Marquife
Douairiere de Paloiſeau,
GALANT 301
L'Abbé qui vient de mourir
eftoit l'aîné & tout jeune. Il
voulut entrer dans l'Etat
Ecclefiaftique , & il ceda fon
droit d'aînefle à fon frere
quoy qu'il eut déja la furvi .
vance du Gouvernement de
Fontainebleau qu'a aujourd'huy
Mr le Marquis de Monmorin
& que Mr le Marquis
de Saint Heran leur Pere , a
eu jufqu'à fa mort . Le Roy a
donné depuis peu mille écus
de penfion à celuy qui refte .
Cette Maiſon eft illuftre &
ancienne. Elle eft d'Auvergne
& le nom de Monmorin eft
302 MERCURE
i connu , que perfonne ne
doute de fon éclat & de fon
ancienneté.
On a expolé le Portrait du
Roy dans le grand Appartement
de Verfailles . Il eft en
pied avec l'Habit Royal . Cet
Ouvrage eft de M' Rigault .
Jamais Portrait n'a efté mieux
peint ni plus reffemblant.
Toute la Cour la vû , & tout,
l'a admiré. Il faut qu'un Ouvrage
foit bien beau & bien
parfait pour fatirer un applaudiffement
general dans
un lieu où le bon gouft regne,
& où l'on n'eft pas proGALANT
303
5
digue de loüanges . Sa Majefté
ayant promis fon Portrait
au Roy d'Efpagne veut tenir
fa parole en luy donnant l'o .
riginal, & M' Rigault en doit
faire une copie qui eft fouhaitée
de toute la Cour, Quoi
qu'on voye avec regret partir
l'Original , on en auroit
bien plus de chagrin , s'il n'e .
ftoit pas deftiné au Roy d'Ef
pagne.
་
S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans a non - feulement
accordé une penfion de dou .
ze mille livres à M' le Mar.
quis de Chatillon premier
11
304 MERCURE
a
Gentilhomme de fa Cham?
bre , mais ce Prince l'a fait
d'une maniere qui montre
combien il fe plaift à faire du
bien . Ce Marquis dit à S. A..
R. en la remerciant , que s'il
ozoit il la fuppliroit de vouloir
bien partager cette penfion
avec fa femme . Ce Prince
répondit qu'il y confentoit,
& qu'il ne faifoit point les
graces à demy. Ce Prince ſe
diftingue parun fi grand nom
bre d'endroits qui font qu'on
l'admire , & j'auray fouvenc
occafion de vous en parler.
Le Roy qui ne cherche
4
GALANT. 305
qu'a faire plaifir à fes Sujets,
a permis à la Province d'Artois
, la fortie de cinquante
mille facs de bled pour les
pays du Roy d'Eſpagne . Les
uns & les autres y trouveront
leur compte , le bled fera plaifir
aux Sujets du Roy Catho
lique, & l'argent n'incommo
dera pas ceux Roy.
La mort à caulé de grands
mouvemens parmy les Offi
ciers des Gardes du Roy.
Quelques uns font montez
d'autres fe font retirez à caufe
de leurs bleffures ou de
leurs infirmitez. Quelques
Fanvier 1702 .
Cc
306 MERCURE
Officiers qui ont beaucoup
de fervice & qui le font diftinguez
parmy les Troupes
ont efté nommez pour remplir
quelques unes de ces pla
ces. Ces mouvemens fe font
faits parmy les Lieutenans ,
les Enfeignes , les Exempts , &
les Brigadiers. J'ay pris foin
de m'en informer autant qu'il
m'a efté poffible. Mais comme
il eft aifé que quelques
circonftances échapent lors
lors que l'on en a tant à rapporter
, & que ceux à qui l'on
s'adreffe peuvent fe méprendre
ou eftre mal informez
GALANT . 307
ra
eux- mefmes , vous ne devez
pas m'imputer ce qu'on pour
trouver dans cet Arti .
cle, qui ne fera pas entierement
conforme à la verite.
* M* du Caſe , Enſeigne des
Gardes du Corps dans Lorge
& parent de Mi le Duc de la
Rochefoucaut , ayant laiffé
par la mort le Gouvernement
de Coignac vacant , ce Gou
vernement a esté donné à M
de Saint Viance , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy , Lieutenant des Gardes
du Corps. Il eſt d'une des
C cij
308 MERCURE
meilleures Maifons du Li..
moufin. Ils eft fignalé en
plufieurs occafions & donna
de grandes marques de fava.
leur à Cogkberg où il fur
bleffé. Comme il ne fe trou
vé plus en état fervir avec la
vigueur neceffaire dans une
guerre pareille à celle qui
femble fe'preparer , il c'eft
démis de fa Lieutenance des
Gardes. Le Roy dit des chofes
fi obligeantes far cette
feparation , qu'il fondit en
larmes pendant tout le temps
que Sa Majesté luy parla. Ce
Prince par une bonté finguGALANT:
309
10
liere pour les Creanciers de
Mr de la Caze a ordonné que
pour les payer on en retiendroit
cinq mille livres tous
les ans pendant quatre an
nées fur les appointemens
du
Gouvernement
de Coignac
mais Sa Majefté a déclaré
en mefme temps qu'elle laif.
foit à Mr de Saint Viance les
quatre mille cinq cens livres
de penfion qu'il avoit déja .
Le Cordon rouge de l'Or
dre de Saint Louis qu'avoit
Feu M' de la Caze & qui vaut
quatre mille livres tous les
ans a efté donné a Mr de la
༢༠ MERCCURE
Barre , Lieutenant de la Colonelle.
Il a en cette qualité
Commiffion
de Capitaine
aux Gardes.
La Brigade de Mr de faint
Viance , a efté donnée à Mr
d'Alipont d'Imécour comme
plus ancien Mestre de Camp .
Il vend fon Regiment
qui
eft en marche pour l'Italie .
Ils font fept freres. Il y en a
un d'Eglife , les fix autres ont
pris le party de l'épée , & ſervent
le Roy avec diftinction .
M ' de Caftan , Enſeigne,
devoit montrer , mais fes infirmitez
l'obligent à fe reti
GALANT: 311
Le
rer. I eft eftimé pour fa
valeur , & pour la conduite.
Lors qu'il entra dans les Gardes
il fut tiré du Regiment
de la Reine Cavalerie où il
fervoit avec diftinction .
Roy luydonne fix mille livres
de penfion .
La Brigade de мr de Caftan
a efté donné â мr de Chelader
qui eftoit Lieutenant Colonel
du Regiment de Noailles
Cavalerie, & avoit un
Brevet de Mestre de Camp.
мr de мacqueville , Enfei
gne quitte auffi le fervice à
caufe de fes infirmitez. Le
31 MERCURE
Roy luy donne quatre mille
livres de penfion.
La Brigade de Mr deмacqueville
a efté donnée à мr le
Vicomte de Suzy qui eft le
plus ancien Exemt du Corps.
Mr de la Motte
Brigadier
des Armées du Roy Lieute
nant dans Noailles eftimé par
fa valeur , & par fa probité
eftant mort aprés cinq jours
de maladie fa Brigade a
efté donnée à Mr Chapilot
qui eftoit fecond Exempt . "
>
Par ces mouvemens мr de
Saint Po eft devenu premier
Exempt, Le Roy en a nommé
trois
GALANT 313
trois nouveaux qui font
Mr de Segonzac qui eſtoir
Capitaine de Regiment de
Noailles Cavalerie .
7.
Mr de Mongon qui eftoit
Capitaine de Dargons .
*
Mr de la Baulme qui eftoit
plus ancien Brigadier.
La Compagnie de Dragons
qu'avoir мr de mongon a efté
donnée à Mr du Bordet.
Le Roy a donné le Regi
ment de Wils Cavalerie à
Mr Dandefi , & la Compagnie
de Cavalerie dont Mr
de Saint Heran Gouverneur
de Fontainebleau s'eft dé .
·Janvier 1702.
D
314 MERCURE
mis à Mr le Prince de Tarante
Fils de Monfieur le Duc de la
Trimouille. Sa majeſté a don !
né en mefme temps , une
Penfion de mille écus à мr de
Saint Heran . Je vous ay dis
de quelle maniere la Cour a
efté fatisfaite de luy pendant
le fejour quelle a faite à Fontainebleau.
Mr de Bournonville rend
fon Regiment , Colonel Ge
neral de Dragons
.
Mr de Salis Colonel Suiſſe
& Brigadier d'Infanterie vient
de läiffer le fien vacant .
Vous ne ferez pas fâché de
GALANT. 3'S
fçavoir quelle a efté la veritable
inftitution de l'Academie
des Medailles . Le 3. Fév .
1663. feu M' Colbert affembla
Mi l'Abbé de Bourzey , M
Chapelain , M Chaffaigne &
M' Perraut, & leur dit que le
Roy luy ayant fait l'honneur
de le choifir pour Surinten .
dant des Baftimens , ce qui ne
feroit declaré que le r ' jour
de Janvier de l'année fuivante,
il avoit fongé qu'il ne fuffiroit
pas pour un Surintendant
des Baftimens de mettre pierre
fur pierre, qu'il falloit fonger
aux Arcs de triomphe, & à
Ddij
16 MERCURE
tous les Monumens qui pou
voient éternifer la gloire du
Roy , chercher des deffeins
de Tapiflerie , travailler à des
Medailles & à des Infcriptions ,
& enfin ne rien oublier de tout
ce que pourroit mettre la
France dans un eftat de perfection
du cofté des Arts &
des Sciences , qu'il feroit bien
aife d'avoir leurs avis fur tou .
tes ces chofes, & qu'il fouhaitoit
pour cela qu'ils s'affemblaffent
deux fois la Semaine,
& qu'ils devoient commencer
par une Medaille fur le renou
vellement de l'Alliance que
les Suiffes qui arrivoient ve
GALANT. 317
noient faire avec le Roy.
Ce fut là le premier établiſfement
de l'Academie des
Medailles. Elle n'eftoit compófée
que de ces quatre per
fonnes, quitravaillerent feul es
pendant quatre ou cinq an
nées , & ce fut en ce temps.
là que fe firent aux Gobelins
les belles Tapifferies des quatre
Saifons & des Elemens .
M' Charpentier , aujourd'huy
Doyen de l'Academie Françoife
y fut admis pour cinquiéme
vers l'an 1667. & M"
de Bourzey , Chapelain &
Chaffaigne eftant morts , on
Dd iij
118 MERCURE
choifit deux nouveaux Aca
demiciens pour mettre en leur
place, fçavoir M' l'Abbé Tallement
le jeune , & M' Quis
naut. Ils ont travaillé avec
Mr Charpentier & Mr Perraut
jufqu'à la mort de Mr
Colbert arrivée en 1683. &
Mr de Louvois ayant fuccedé
à Mr Colbert dans la Charge
de Surintendant des Baftimens
, ne put eftre perfuadé
que Mr Perraut fut de cette
Academie à caufe des autres
Emplois qu'il avoit auprés de
Mr Colbert , & Mr Felibien .
occupa fa place.
GALANT. 319
C
Mr de la Chapelle & Mr
Reynffant , tous deux morts
depuis peu d'années , furent
enfuite admis dans la mefme
Academie, & peu de temps
aprés elle fe trouva compofée
de huit perfonnes. Tous ceux
qui eurent l'honneur d'eftre
nommez pour remplir les
places eurent des penfions
confiderables. Mr Defpreaux,
& feu Mr Racine, eurent une
efpece d'ordre de fe trouver
aux Affemblées fans qu'on
leur donnaſt d'autres penfions
que celles qu'ils avoient dé
ja , parce qu'elles fe trou-
D dij
LO MERCURE
voient plus fortes que celles
qu'on donnoit aux Academi.
ciens.
Aprés la mort de Mr de
Louvois , l'infpection genera.
le de cette Academie fut re
miſe au Secretaire d'Etat dé
la Maifon du Roy, & c'est par
cette raifon que мr de Pont..
chartrain aujourd'huy Chan
celier de France, aremply cinq
places vacantes qu'il a don
nées à мs de Tourreil , Renaudot,
de la Loubere , d'Acier
& Pavillon ; de forte que
depuis le mois de Février 1663.
il fe trouve que dix - huit per
GALANT: 32Ī
fonnes ont remply les places
de cette Academie , & que
par confequent le Livre qui
vient d'eftre prefenté auRoy
fur les principaux évenemens
de fa Vie des Marquez par
aurant de Medailles , a efté
compofé par dix huit perfon
nes qui ont efté regardées
comme les plus fçavans Hom
mes du Royaume.
Voicy de quelle maniere.
cet ouvrage a cfte fait , chacun
a pris le fujet , ou l'explication
d'une médaille à la.
quelle il a travaillé en fon par
ticulier. Tous les autres Aca
22 MERCURE
demiciens ont eu Communication
de fon travail . Chacun
l'a leu
feparement pour y fair
re des Annotations , & chaque
ſujet a efté aprouvé de la
Compagnie apres que les
changemens ordonnez ont
efté fairs. Il feroit difficile de
trouver un autre moyen pour
faire un ouvrage accom
ply à la gloire duquel il fuft
permis à chacun de prendre
part. Tous ceux qui ont contribué
à l'embelliſſement de
ce grand Ouvrage , par touc
ce qui regarde les arts dont
ils font profeffion non feule
GALANT: 323
ment ont fait voir leur pro
fond fçavoir & leur zele pour
la gloire de notre Augufte мo .
narque , mais ils ont aufli fait
connoiftre que la France ne
cede point aujourd'huy a d'au
tres nations les avantages
quelles avoient autrefois fur
elle. Monfieur le Chancelier
ayant choify des perſonnes
d'une érudition confommée ,
& reconnue pour y travailler
, & Mr le Comte de Pontchartrain
, animé du mefme
zele qui faifoit agir Mr le
Chancelier les ayant animez
au travail auſſi bien que Mr
324 MERCURE
l'Abbé Bignon qui s'eftoit
chargé de tout le détail neceffaire
pour venir à bout de
cette entreprife , ontréufidans
ce qu'ils avoient en vûë, puifqué
ce grand Ouvrage a paru .
Lerefte regarde ceux qui ont
efté chargez du travail. Vous
connoiffez leur efprit, vous en
jugerez quand vous l'aurez
vû. Mais lorfque la matiere
eft belle, que les Ouvriers font
habiles , & qu'un Ouvrage eft
revû par differentes perfonnes
, auffi éclairées que celles
que je viens de vous le marquer
; il eft difficile qu'il n'ait
GALANT, 325
la perfection qu'on luy peut
donner.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de Meffire Anne
Leonard Bouchu , Marquis
de Leffart , Baron de Loigny
Confeiller au Parlement. 11
eftoit fils puifné de feu Mr
Bouchu , Confeiller d'Etat
ordinaire & de Dame Louife
Guerin dont je vous appris
la mort dans ma Lettre du
mois de Decembre 1699.
Cette mort a efté fuivie
de celle de Meffire Chriftophe
Sibourg , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie , &
26 MERCURE
Brigadier des Armées du
Roy.
Madame de Goury eft
morte dans le mefme temps
en fon Chafteau de Goury
prés d'Orleans . Elle eftoit
Veuve de Mr de Goury , Intendant
de Catalogne . Coufin
Germain de Madame la
Chanceliere le Tellier , leurs
Meres estoient Soeurs . Illaif.
fa en mourant un Garçon &
deux Filles. Ce Garçon mou
rút avant que d'eftre marié.
La fille aîné époufa Mr de
Vertamon de la Ville aux
Clercs , qui en fecondes No.
GALANT 327
ces époufa la Veuve de Mr
le Comte de Monime ,jeune,
belle avec tout l'efprit &
tout le merite , poffible : Ela
le eft de la maifon d'Aubuffon
, proche Parente de
Mr le Duc de la Feuillade
comme je vous l'ay expliqué
dane une de mes Lettres.
Mr de la Ville aux Clercs.
a trois enfans du premier lic ,
un fils & deux filles , le Garçon
eft tout jeune , & pro
met beaucoup. Les deux filles
joignent à tout l'éclat de
leur jeuneffe un vray merite ,
perfonnel. Elles ne fcaus
328 MERCURE
roient eftre en meilleure
école & elles profitent bien
de l'efprit des vertus & des
manieres de Madame leur
Belle Mere . La feconde fille
de Madame de Goury a
époufé Mr le Marquis de Jar.
zé , Chevalier de l'Ordre de
Saint Louis , qui s'eft fort dif
tingué à l'armée par fa valeur
& qui eft fort eftimé dans le
monde
par
mille
autres
qua.
litez
. Il eft d'une
fort
bonne
Maiſon d'Anjou .
Mr le Comte d'Aguillar
dont je vous ay déja parlé
ouit bien icy de fon merite
GALANT. 329
& de fa reputation . Il fe fait
admirer par mille qualitez
qui le diftinguent autant que
fon rang & fes plus beaux titres
. Il parle des Arts & des
Sciences comme ceux qui
en font profeffion . Il don
ne uue bonne partie du
tems qu'il n'employe pas à
faire fa Cour , à voir tout
ce que Paris a de beau & de
curieux , la fur rout exa
miné avec foin toutes nos
Academies , dont il a voulu
fçavoir les ufages & deman
dé les Statuts.
Je détail où le Roy veut bien
Fanvier 1702.
#
•
I admire
Ee
330 MERCURE
entrer pour tout ce qui peut
contribuer à l'avantage ou à la
gloire de fes Sujets,& il dit il y
a quelques jours à un de fes
amis qui l'accompagnoit dans
nu lieu qui meritoit cette refle
xion . Vous eftes peut - eftre furpris
, Monfieur, que je ne me récrie
pas fur tout ce que je vois d'admirable
; mais je vous avoně
qu'aprés avoir vu le Roy rien de
de tout ce qu'il a qu'il fair
de grand ne sçauroit plus mefur.
prendre,
Voicy ce que portent les
Lettres de Barcelone du 17.
Decembre 1701,
GALANT. 331
Samedy paffé , les Etats
de Catalogne qu'on appelle
·icy las Cortes , finirent dans
toutes les formes , ce qui
n'eftoit pas arrivé il y a plus
de cent ans. Le Trône avoit
efté dreffé dans le Convent
des Religieux de Saint François
, où il a demeuré . Le
Roy & la Reine d'Eſpagne
y affifterent en perfone , & ce
jour fut un des plus heureux
dont cette Province ait joüy
depuis long temps . Il ne fetoit
pas facile d'exprimer
quel fut le concours du peu
* Exe ij
32 MERCURE
ple, & qu'elle fut fa fatisfac
tion. Tous les Catalans pu
blient qu'ils ne font pas feu ..
lement les fideles Sujets d'un
fi parfait Monarque , mais
qu'il fe feront encore un bonheur
d'en eftre les Efclaves .
& qu'ils font perfuadez que
le Ciel ne pouvoit pas leur
donner une plus viſible preu
ve de fa bonté & de fa prote
tion, qu'en leur donnant un
Maitre auffi accomply.
Ces Etats ont accordé à Sa
Majefté Catholique un Don
d'un million & demy, d'Ecus
payables en fept années,
GALANT. 333
en l'acquittant par portion
tous les trois mois.
Madame la Princeffe des
Urfins , Dame d'Honneur de
la Reine d'Espagne , a receu
des honneurs fort diftinguez
dans ces Etats . On luy cons
tinuë comme dans toute l'Ef
pagne , les honneurs dont el
le joüiffoit à Rome , & on luy
a permis d'affifter au Trône.
Ce font leurs termes ; c'eſt un
honneur que les Etats de cetre
Province refuferent autre
fois à un petit fils de ce grand
Roy Don Fernando qu'ils honorent
comme un Saint. Maa
*
334 MERCURE
dame la Princeffe des Urfins
fe fait aimer de tout le monde
, & charme toute l'Efpagne
par fon efprit & par fesmanieres.
Le mefme jour Sa Majeſté
s'eftant retirée au Palais au
travers des acclamations publiques
, declara les honneurs
& les Titres fuivans qu'il ve
noit d'accorder.
Le Titre de Marquis à Don
Juan de Lupian y Agullo ,
Gouverneur de toute la Cata
logne , neveu de Mr le Mar.
quis de Caſtel dos Rios Am
baffadeur du Roy d'Eſpagne
en France.
GALANT 335
2
Le Titre de Marquis à Don
Pedro de Cartella y Desbach
, beaufrere de ce mefme
Ambaffadeur.
Le Titre de Marquis à Don
Pepro de Sentmanat du mef.
me nom que cette Excellen,
oc .
Le Titre de Marquis à Don
Jofeph de Agullo.
Le Titre de Marquis à Don
Jofeph de Pinos.
Le Titre de Marquis à Don
Bernard de Aijmerich .
Et le mefme Titre à Don
Carlos de Lupia , à Don Jofeph
Mecca , & à Don Gero .
336 MERCURE
•
nimo de Rocabertt.
L'ufage eft que le Roy d'Ef
pagne quand il écrit aux
Marquis qui ont ce Titre
en Catalogne leur donne la
qualité d'Illuftre & de Mon
Coufin
Le Roy d'Eſpagne a accor
dé outre cela beaucoup d'autres
graces à divers particu
liers, & beaucoup de Lettres
de Nobleffe à ceux qui les
avoient meritées . Leurs Ma.
jeftez Catholiques ont fur
tout diftingué par mille bontez
tous les parens de mr le
Marquis de Caftel dos Rios.
Jamais
3
GALANT
33.7
Jamais il ne s'eft vû une
ardeur pareille à celle des
François lorsqu'il s'agit de
fervir le Roy , & de fignaler
leur valeur & leur courage.
Mr le Marquis de Pefeux Francomtois
, neveu de мr le ma
réchal de Choifeüil , ayant.
demandéà faire un Regiment
à fes depens , & fupplié en
mefme temps le Roy de luy
laiſſer la nomination des Officiers,
plus de cinquanteper
.
fonnes de diftinction ont de
mandé à Sa Majesté qu'il luy
pluft de leur faire la melme
grace, Sa Majefté l'a accordée
Janvier 1702 .
Ff
$38 MERCURE
à neuf, en affurant en mefme
temps les autres , que lors
qu'Elle auroit befoin d'un
plus grand nombre de Regimens
, Elle fe fouviendroit ,
& de leur demande, & de leur
zele. Ceux qui ont eu le bonheur
d'eftre nommez pour
faire ces nouveaux Regimens
doivent les lever dans les
lieux de leur naiffance , dans
leurs Terres , & par tout ou
ceux de leur maiſon ont quel .
ques Charges ou Gouvernement,
en cas qu'ils en ayent.
Ceux à qui le Roy a accordé
la levée de ces nouvelles
GALANT 339
·
Troupes font
Mr le Marquis de Pefeux
dont je vous ay parlé le mois
paffé .
M' le Duc de la Force , de
l'ancienne Maifon de Caumont-
la Force . I eft frere de
Madame la Comteffe duRourre,
& leve ſon Regiment en
Guyenne.
Mr de Hautefort Beaufin ,
frere de мr de Hautefort & $
de Mr de Surville , qui commande
le Regiment du Roy.
Son Regiment doit eftre levé
en Champagne.
Mr de Villemaure , qui a
F fij
140 MERCURE
eu depuis peu une penfion du
Roy. Il eft frere de madame
la Comteffe des Marets, veuve,
de Mr le Comte des мarets ,
Grand Fauconnier de Fran .
ce , & autrefois Fille d'Honneur
de Madame . Les Troupes
de fon Regiment doivent
eftre levées en Poitou.
M'de Laffé , fils de M' de
M ' de Laffé Montatere , l'un
des Lieutenans de Roy en
Bourgogne , où feront levées
les Soldats qui doivent compofer
ce Regiment.
M'le Chevalier de Gaffion
fils cadet de M' de Gaflion
GALANT. 341
Prefident au Parlement de
Pau. Gascogne luy fournira
tous les Soldats dont il aura
befoin.
M' le Marquis de Montboiffier
Canillac d'une des
meilleures maifons d'Auvergne
où il levera fon Regi .
ment.
Mr de Franquieres Exempe
dans Noailles à qui le Roy
donne cinq cens écus de pen.
fion . Son Regiment fera les
vé en Dauphiné.
M' le Chevalier de Saint
Germain Beaupré , fils de M
le Marquis de Saint Germain
Ff iij
342 MERCURE
Beaupré Gouverneur de la
haure & baffe Marche. O
fon Regiment fera levé .
M' de Saint Second leve
un fecond Bataillon pour fon
Regiment ainfi on ne le met
point du nombre de ceux qui
levent des Regimens nou.
veaux quoy que la levée qu'il
fait foit auffi confiderable,
Mr Segur, Capitaine Lieutenant
des Chevaux . Legers
d'Anjou , achette le Gouvernement
de Foix que le Roy
donna à Mr le Comte de Tallard
aprés la mort de мr le
Marquis de Mirpoix , мr le
Marquis de Lignieres fils de
GALANT 343
13 'de feu Mr Colbert Secretaire,
& Miniftre d'Etat , & gendre
de мr le Marquis de Sourches ,
Grand Prevolt de l'Hôtel ,
achette fa Compagnie. мr de
Soudé Guidon achette la
Sous- lieutenance , & un Gen.
tilhomme de Normandie ,
dont le nom n'eft pas encore.
venu à ma connoiffance, ache ,
te le Guidon .
Mr de Rouvray , Lieutenant
Colonel de Traffy a eu
l'agrément du Roy pour
achetter le mefme Regi
ment.
Le Roy a donné à мr de
F fiiij
344 MERCURE
Vagner , Colonel de fon Re
giment des Gardes Suiffes , la
penfion de fix mille livres
qu'avoit feu Mr Stoupp .
Pendant que tous les Bra
ves s'empreffent à fervir le
Roy & l'Etat , ceux qui ont
pris le party de l'Eglife , & qui
cherchent à fe rendre fçavans
pour la foutenir un jour
contre lès Infideles & les He.
retiques , fe diftinguent tous
les jours en Sorbonne . J'oub'iay
il ya quelque temps de
vous parler de мr l'Abbé de
Villeroy , qui y foutint des
GALANT 345
Thefes avec les applaudiffemens
qu'il a de coutume de
recevoir. Mr l'Abbé de la
Vieuville en foutint auffi une
au commencement de ce
mois , fon nom marque fa
naiffance , & fon efprit fe fit
connoiftre par l'action qu'il
fit.
3
Je ne doute point que je
ne vous faffe plaifir en vous
parlant d'un livre nouveau de
M' l'Abbé de Bellegarde , &
quevousnevous
difiez d'abord
àvous- même que je vous an
nonce un ouvrage qui fera
bien reçu du Public , cet Ab ,
346 MERCURE
bé n'en ayant fait aucun dont
on n'ait fait trois ou quatre
éditions. Ce grand fuccés
vient fans doute de ce que
connoiffant parfaitement le
monde , ilimite parfaitement
la nature dans tout ce qu'il
fait , & ne choifit que des matieres
qui divertiffent en inf
truifant. Son dernier ouvrage
qui eft celuy qui vient de pas
roiftre , a pour titre Lettres cu
rieufes de Litterature é de Mo
rale. Les Lettres qu'il contient
font ,
Sur le bon gouft.
Sur l'Hiftoire.
CALANT
347
Sur la difference des moeurs
des Anciens & des Moder
nes.
#
*
Si les femmesfont inferieu
res aux hommes pour le mes
rite de l'efprit .
Sur les Pieces de Theatre
Quoy que les fujets de ces let
tres doive exciter beaucoup de
curiofité , le nom de l'Auteur
l'augmente encore parce qu'il
nelaiffe rien à defirer fur les
matieres qu'il traite , & qu'il les
enrichit toûjours de beaucoup
d'erudition.
Ce livre eft dedié à Madame
la Ducheffe du Maine.
348 MERCURE
Cette Princeffe ayant beau
coup de gouft pour les ouvra
ges d'efprit , & donnant au
milieu de la Cour beaucoup
de temps à la lecture de tous
ceux qui ont quelque reputa
tion , M'P'Abbé de Bellegarde
a fait voir en mettant fon
nom à la tefte de fon Livre
qu'il ne fçait pas faire un choix
moins heureux des perfonnes
à qui il dédie fes Ouvrages
que des fujers fur lesquels il
travaille . Ce livre fe vend
chez Jean & Michel Guignard
rue Saint Jacques devant la
ruë du Plâtre à l'Image S. Jean.
GALANT 349
On a vû paroistre dans le
mefme temps un autre livre
intitulé Critique contre la préwention.
Cet ouvrage eft de Madame
de Pringy , & juftifie ce
que M' l'Abbé de Bellegarde
a dit d'avantageux
pour les
Femmes , dans fa Lettre où il
répond à la demande quel'on
luy a faite , Si les Femmesfont
inferieures aux hommes par le merite
de l'esprit. Les Ouvrages
de
Madame de Pringy font voir
le contraire , elle n'en a point
donné qui n'ayent efté favo
rablement
reçus du public .
350 MERCURE
& l'on peut dire fans aucune
prevention qu'on y trouve
autant de folidité que d'a
grement , & qu'ils font hone
neur au Sexe. Elle commence
celuy cy par une defcri.
ption de la prevention & de
l'efprit du monde . Elle faic
connoiftre neuf fortes de pre
vention qui font celles d'Or,
gueil , d'Intereft , de Senfualiré
, d'habitude , de malice
d'humeur , d'efprit ; du coeur
de juftice , & de vertu. Cet
Ouvrage eft dedié à M. le
Duc du Mayne , de maniere
que l'on a donné en meſme
GALANT. 352
4
temps au Public deux Ouvrages
dediez , l'un au Prince
& l'autre à la Princeffe qui fe
font aujourdhuy
le plus de
plaifir d'aimer les Lettres &
de les proreger. La Critique
contre la prevention ſe vend
chez Jean Mufier , au bas de
la rue Saint Jacques vis à vis
la rue Galande à Image
Saint Antoine,
Quoy que les nouvelles
qui regardent l'Armée doi
vent eſtre fteriles lorſque les
Troupes font en Quartier
d'Hyver, je ne laifferay pas de
vous entretenir de celles d'
352 MERCURE
眷
talie . Les Allemans font dans
a mirandole , & dans Bercel ;
l'on ne peut dire qu'il fe
foient emparez de ces deux
Places , n'y qu'ils les ayent
conquifes. Comment des
Troupes qui n'ont ofé affieger
Goitro, auroient elles ofé
attaquer Bercel . La Trahifon
d'un cofté , & l'alliance de
l'autre , leur ont fait remet
tre ces deux Places, fans qu'ils
ayent eu d'autre peine que
d'entrer dans des lieux dont
on leur ouvroit les portes. H
ne faut pas effuyer bien des
perils pour faire de pareilles
GALANT: 353
•
pen
conqueftes, & comme ce qui
s'acquiert fans danger s'ac
quiert fans gloire , les Alle
mands n'en eftoient pas
beaucoup chargez lors qu'ils
font entrez dans ces deux
Places. Elles ferviront à les
mettre à couvert
dant l'hyver. Des bons ,
& grands Villages auroient
efté pour eux de la meſme
utilité ; car vous vous perfuadez
bien qu'avec la fuperiorité
dont nous ferons au commencement
de la Campagne,
ces. Poftes tiendroient peu
devant les Troupes des deux
Janvier 1072. Gg
354 MERCURE
Couronnes s'il leur plaifoit
de les attaquer. Bercel qui
paffe pour une Fortereffe n'a
point de dehors , les ruës en
font fort étroites ; il n'y a aucune
place pour mettre des
Troupes en bataille , toutes
les maiſons font à peu prés
conftruites comme le lieu que
l'on nomme les Piliers des
Halles à Paris , & les piliers
qui les foutiennent eftant de
bois , il faudroit peu de Bom .
bes pour les reduire en cendre.
La Place eftant petite ne
peut fervir de retraite à beaucoup
de Troupes, & l'on n'y
GALANT
355
peut faire de Magazins pour
l'Armée Allemande . Ainfi je
n'ay pas avancé fans raifon
que cette place ne fervira
que pour donner le couvert
pendant cet hyverà quelques
Troupes de l'Empereur .D'ail
leurs il faudra bien que leur
Armée s'en éloigne fi elle
veut faire quelques conqueftes
. Ce ne fera pas en demeurant
dans le Modenois qu'elle
prendra le Milanez , & ileft
aifé de s'imaginer qu'une pareille
place n'eftant plus cou
verte d'une Armée , ne feroit
guère en état de fe défendre
1
Gg ij
356 MERCURE
contre les Troupes des Alliez
qui feroient en droit , fi les
deux Couronnes le jugeoient
à propos,de vivre à difcretion
dans tout le Modenois , cette
place n'ayant pu eftre l'entrée
dans les formes aux Allemans
fans que la Neutralité foit
rompuë ; de forte que lavantage
que les Troupes des Alliez
en tireroient pendant
l'Efté , feroit beaucoup plus .
confiderable que celuy que
les Allemans en auroient tiré
pendant l'Hyver. Je ne dis pas
qu'on fe fervira de tous les
avantages qu'on fera en pou
GALANT. 317
voir de tirer à l'ouverture de
la Campagne , mais je puis
bien affurer que la fuperiorité
mettra les Alliez en étas
de le faire , & qu'ils ne feroient
rien qu'ils ne fuffent
en état de faire , & dont ils
puffent justement eftre blâmez.
Les Italiens ont manqué
de politique pour en vouloir
trop avoir,& pour avoir voulu
eftre trop fages , & ne déplaire
à aucune des Puiflances.
Ils devoient fe liguer
pour empêcher qu'aucunes
Troupes étrangeres n'entraf
fent en Italie , & pour ne l'a358
MERCURE
Voir pas fait ils font caufe de
tout le fang qui a efté répandu
jufques à prefent . Ils
n'ont pas confideré que les
François ne portent aucuns
droits en Italie , ou du moins
qu'ils n'en veulent faire va
loir aucun, que les Allemans
yen portent, & que le nom de
Roy des Romains devoit les
inquiéter, qu'ils en regardent
les Souverains comme Feudataires,
que l'Empereur n'en
vouloit point faire fortir fes
Troupes aprés la derniere
guerre , qu'il en exigea des
Tommes immenfes , & que
GALANT 359
pour les payer , l'un fut obligé
de vendre fon Buffet , &
l'autre de mettre fes Pierrerie ,
en gage. Ce fut ainfi qu'is
traita fes amis qui avoient
entretenu
fes Troupes , & qu'il
fe fit payer pour les retirer ,
au lieu qu'il devoit les rembourfer
pour les avoir entretenuës.
Les Princes Italiens doi
vent juger par ce procedé de
ce que feroit l'Empereur s'il
eftoit en poffeffion du Mila.
nez, & des autres Etats du Roy
d'Espagne en Italie , il eft à
prefumer, ( car perſonné n'en
360 MERCURE
doute ) qu'il ne fouffrircit
point d'autres Souverains en
ce pays là , & quand il au .
roit joint les plus petits Etats
il entreroit des forces pour
accabler les plus grandes
Puiffances , qu'il luy feroic
facile d'attaquer de plas d'un
cofté, Ainfi toute l'Italie doit
reffentir beaucoup de joye,
du grand nombre de Trou .
pes que le Roy a la bonté d'y
envoyer pour luy donner
moyen d'éviter l'esclavage
dont elle eft menacée , &
dans lequel elle tomberoit
infailliblement, les troupes de
deux
GALANT . 361
deux Couronnes qui feront
dans peu fort nombreuſes ,
ne peuvent manquer de luy
rendre ce fervice . Il fera grand
car quoy qu'il foit abfolument
impoffible queles Imperiaux
s'emparent du Milanez ,
& qu'il y ait de l'imagina
tion à s'en former feulement
la moindre idée, les Allemans
ne laifferoient pas peut eftre
de ravager encore longtems
l'Italie , puifqu'ils n'épargnent
pas plus leurs amis que leurs
ennemis. Ils y demeureroient
longtemps parce qu'ils font
les dupes des Anglois , &
ᎻᏂ .
Fanvier 1702 ,
362 MERCURE
1001
des
Hollandois qui ne les y aub
ont envoyez qu'afin que la jup
France fe trouvant obligée ob
dy envoyer beaucoup
de
Troupes , il luy en reftaft
moins pour
s'opposer aux at
Hollandois
loriqu'ils commenceront
la guerre qu'ils
ont réfolu de faire à l'EL
pagne. Les mefmes
raifons
les engageront à ne
fournir aux Imperiaux que
les fecours
neceffaires pour
faire durer la guerre
non pour s'emparer
du
Milanez , parce que fi une
fois ils sen eftoient ren-
&
GALANT 363
dus maitres les François
qui feroient obligez d'abandonner
l'Italie retomberoient
fur leurs bras.
20
Ceux qui jugent lainement
des chofes en Italie ont tou
jours dit , que fi une fois les
Allemans y mettoient le pied,
la Religion Catholique eftoit
perdue. Il eft certain qu'il y
à dans leurs Troupes un tresgrand
nombre de Proteftans,
& de Lutheriens , qui les
haiffent plus que les autres
Catholiques , parce qu'ils font
dans un lieu ou il femble
que la Religion Catholique
Hh ij
364 MERCURE
•
doive eftre mieux établie , &
plus reverée , & qu'ils croiroient
avoir plus de merite
de la detruire en ce Pays là
que dans un autre . Les Italiens
ont lieu de craindre d'y voir.
auffi bientoft des Anglois fi
la guerre dure. Ce feroit alors
que joints aux Allemans , ils
ne reconnoiftroient d'amis
dans aucun Italien.
Voicy les noms des Officiers
Generaux qui doivent
paffer l'hiver en Italie , & des
lieux où les Troupes doivent
hiverner.
A Cremone
Mr le Marechal de Villeroy ,
GALANT. 365
S
Mr de Renel Lieutenant Ge-
1019neral
.
Mr de Crenan Lieutenant
al &
General .
Mr d'Albergoti , Marechal
Ovde Camp
.
Mr le Duc de Villeroy , M.
20 de
Camp
.
Mr de Montgon M. de Camp.
S Mr de Praſlin, Commandant
la Cavalerie.
Mr Darennes Commandant
l'Infanterie ,
L'Eftat Major de l'Armée
compofée du Major general
& du Marechal des Logis de
la Cavalerie , & du Mare;
Hh iij
356 MERCUREchal
des Logis general de :
l'Armée .
Entre l'Oglio le Pô
Mr le Marquis de Crequi ,
Lieutenant general ,
Mr de Cavois Marechal de
Camp.
誓
Mr de Villiers Commandant
la Cavalerie .
A Milan
Mr le Prince de Vaudemont.
Mr de S. Fremond,Marechal
de
Camp.
Mr Dugua Brigadier, avant
Dans le Monferrat,
Mr de Barbeziers Lieutenant
General.
ཀྱ
LAGALANT. 367
ab Mroid Asfeld Marechal de
Camp .
Dans Alexandrie
Mr de Murcé commandant
la Cavalerie .
Mr de Vaubecourt Lieute
nant general. CUR
Mr de Billy commandant la
Cavalerie ,
ETAT DES LIEUX
OU LA CAVALERIE DOIT
PASSER L'HIVER.
Dans le Monferat 30. Elcadrons.
A Cremone. 12. Eſcadrons.
Dans l'Alexandrie. 14. Eſca
drons.
Hh iiij
348 MERCURE
Dans le Mantouan. 12. Efca
drons .
Entre le Pô & l'Oglio . 12. Efcadrons.
Total 85. Efcadrons .
INFANTERIE.
A Cremone. 12. Bataillons.
A Pavie
A Lody.
Dans le Mantouan .
Entre le Pâ & l'Oglio.
A Pifighiton.
7
19
23
A Soncino .
Le long de l'Adda .
Total.
3
71. Bataillons
GALANT. 369
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit le Vif argent.
Ceux qui l'ont trouvé font :
Mrs Linterel : de la Loge Commiffaire
des Grenadiers à che
val du Roy : Bardet & fon amy
du Pleffis du Mans : Boury, Avocat
en Parlement , de la ruë &
devant l'Eglife de S. Honoré :
D. de Blois : Guillaume Aymable
Belard de Rouen : la Brie de
la ruë de la Juffienne : Volhoufe
, Oculifte Anglois demeurant
à S. Germain en Laye , & la fpirituelle
Angloife Galaera du
même lieu ; l'Abbé Neüillac :
du Rey Buillon de l'Hoftel des
Vertus , cul de fac de la Porté
S. Jacques proche le petit Marché
: l'Ecuyer Regidoctal & fa
Soeur René Stolph Mandarin
370 MERCURE
SP
Chinois: Tamirifte & fa famille ::
le petit Acteon de la grande Bar
be : le Phenix des Femmes de la
ruë de la Chanverrerie : le feul
indépendant de la Montagne
d'or : l'heureux Coufin Lucida--
mor & fon Ange d'or des Galle
ries du Louvre les deux Freres
F. M. D. C. du College de Boiffy:
les cinq juftes Maitres des
Requestes de la Bazoche du Par
lement de Paris : les parjures du
Jeu de l'Ombre de la rue Saint-
Martin Rigolet & fon aimable
Brune du grand Faubourg : & le
Philofophe de Gerolle de la ruë
des petits Champs : l'Intendant
du petit Marquis d'Haraucourt
& le petit Greffier : les Officiers
de la Police de la Fere en Picardie
le Patriarche de l'Ile :
GALANT..5371
610
Mademoiſelle Cuffet : la Prin--
ceffe de Trebizonde le beau
Commandeur de Saint Louis : la
Triomphante & fon Triomphant
, & M Ligni , tous de l'Ifle ·
noftre - Dame l'aimable Gogol
de la rue des Lombards , & l'Ŏrfévre
Gentilhomme de la ruë S.
André Mademoiſelle Javotte
Ogier,jeune Mufe du coin de la
ruë de Richelieu : Mefdemoifelles
de la Mignonnerie & Mr de
Buffi la Princeffe Jacobine : la
plus genereufe des Amies ; la
charmante de la rue du Batoir ,
& fon Voifin : la jolie femme de
la rue de Bufi & fon Mary : la
petite Gouvernante des Philofophes
de la rue Montmartre la
grande Doris la charmante
Maman de la rue de l'Hiron .
372 MERCURE
delle & fa belle famille : la veritable
Mademoiſelle de Loucele
les : la petite boere à l'efprit de la
ruë des Lombards.
L'Enigme fuivante fera ce moisle
divertiffement de vos Acy
mies.
F
ENIGM E.
E fuis fille de la terre ;
Nyfemence , nygrain ne me produifent
pas.
Un vil animal me déterre ;
Et l'on peut me porter aux plus lointains
climats:
fe fuis quelquefois blanche & fou
ventje fuis noire >
Qui pourra cependant le croire.
Je fuis toujours au goût des petits &
des grands
GALANT 373
Mais je ne puis pas naitre en tous
lieux , en tous temps
On ne me trouve point dans les terroirs
fertiles ,
On me voit rarement dans les plus
belles Villes :
Qu'on mefaffe fecher aux rayons du
Toleil
Je n'en fuis pas pourtant moins bonne
où moins aimable ,
Et rien peut- eftre n'est pareil ,
Au plaifir queje fais dans la meil
leure table.
Vous attend
fans doute ,
que je vous parle des affaires
d'Angleterre , il me faudroit un
Volume pour ce feul Article ,
fi je répondois à tout ce qui eft
venu d'invectives de ce côté là ,
mais outre que je n'ay pas ac374
MERCURED
3
coûtumé d'en ufer ainfi , on par - a.
le en France avec tant d'honnefteté
& de circonfpection
dans les nouvelles Publiques , Y
qu'on n'y daigne pas mefme faire
attention à ceux qui déchirent
les perfonnes Royales , ils fe dé- t
crient affez eux - mefmes par des
manieres fi baffes , & de pareils
procedez à découver , ont eſté
inconnus dans tous les fiecles
precedens. Ceux qui permettent
qu'on attaque les perfonnes facrées
ne paroiffent pas nez pour
ce rang & ils n'en ont pas le
caractere . Les belles ames qui '
ont des demelez ont recours à
des raiſons & non pas des injures
, on ne voit point fes inju
res repetées par ceux qu'elles
flatent ceux qui fe fervent de
GALANT. 374
ces indignes moyens, pour renf
fir dans les chofes qu'ils fe font
propofées font connoiftre qu'il
ya peu de Juftice dans ces qu'ils
veulent entreprendre que la
gloire des Ennemis qu'ils cherchent
à avoir les bleffe , que
l'envie le gouverne ,, & que
leurs interefts particuliers les
font agir . Lecontraire arrive lors
que celuy qui fouffre patiemment
des invectives ne daigne
pas les faire fupprimer dans les
lieux où il eft le Maiftre , il detruit
par là tout ce que l'envie
vomit contre luy & fait voir
qu'il eft audeffus de toutes les
faufferez qu'on publies qu'il eft
perfuadé qu'elles ne porteront
aucune atteinte à fa reputation ,
que les perfonnes éclairées n'y
378 MERCURE
ajoûteroit pas de foy • que ce
que l'on fait pour les dechirer.
eft ce qui les juftifie , & ne fert
qu'à faire voir fa moderation ,
qu'enfin e'eft fe laiffer bien emporter
aux defirs de dire du
mal que de parler contre des
faits manifeftement contraires
& de dire des chofes là - deffus
dont on eft démenti par les faits
meſme , & par tout le public ..
>
Pour venir aux affaires prefentes
, fur lesquelles je m'étendray
icy beaucoup moins aujourd'huy
que lors que les affaires
auront affez, meuri pour donner
lieu d'en difcourir plus à fonds ,
je parleray fuccintement de ce
qui eft un peu plus éloigné.
Le Prince qui poffede aujour
d'huy la Couronne d'AngleterGALANT
377
re n'ayant point encore regné
pendant la paix avant qu'on
euft conclu celle de Rifvvyck ,
avoit une extrême impatiance
de gouter les douceurs dont il
croyoit qu'un Roy doit jouir
lors qu'il eft fans guerre , dans'
la penſée qu'il avoit qu'il gouverneroit
l'Angleterre , arbitrairement.
Le Roy Tres Chrétien
de fon côté qui avoit une
grande fupériorité fur fes Ennemis
qui n'avoit point ceffé
d'emporter les plus fortes Places
, & dont les affaires de la
Guerre eftoient difpofées , d'une
maniere qu'il pouvoit fe rendremaistre
de Bruxelles , jugea à¹
propos pour des raifons particulieres
de faire voir encore
des marques de la moderation ,
Fanvier 1702 .
li
978 MERCURE
qui l'avoit fait admirer plu
fieurs fois dans de femblables
occafions, de donner encore une
fois la Paix à l'Europe , & d'en
regler les conditions . Il voulut
par une politique auffi fage que
digne & fa prudence laiffer par
cette Paix plus de Places sa
l'Espagne , qu'elle n'auroit ofé
en pretendre , ainfi qu'elle la
avoué depuis . Ce Prince eftoit
perfuadé que cette generofité
ne porteroit aucun prejudice à
fes affaires , il eftoit maiſtre
de faire la deffus ce qu'il luy
plairoit fans que perfonne euft
droit d'y trouver à redire , &
de l'en blamer . Cette Paix
aux conditions que le Roy la fic
pour les Espagnols , fut le plus
grand coup d'Etat , de Politih
GALANT. | 379
que & d'efprit qui ait jamais
efté fait. Les Sujets du Roy qui
eftoient perfuadez que ce Monarque
eftoit en pouvoir d'étendre
fes Conqueftes n'entrerent
pas d'abord dans fes veuës
& ne témoignerent pas toute la
joye que la paix a de contume
de faire reffentir aux Peuples
mais ils ont reconnu dans la
fuite que ce Monarque , en fçavoit
plas que tous les Princes
de l'Europe puifque la moderas
tion qu'il avoir fait paroiftre
à la Paix de Rifvvyck, à Pégard
des Efpagnols avoir beau
coup
orcontribué au faire renv
dre juftice aux legitimes heritiers
de la Couronne d'Elpa
gne. Ainfi Pona en tort de dire
dans des Adreffes prefentées de
Hi ij
380 MERCURE
puis peu au Roy d'Angleterre ÿ .
que Sa Majefté Britanique avoit
forcé le Roy de France à faire
la Paix concluë Ryfvvik . l'An-t
gleterre eftoit alors aux abois.
C'eft un fait de notorieté Publique.
La France eftoit dans la
glorieufe fituation où je viens
de la faire voir. Si cela n'avoit
pás efté veritable , toute l'Europe
auroit efté moins furpriſede
ce que le Roy vouloit bienconfentir
à la Paix. Cet étonnement
fit alors lefujet des cone
verfations de toute l'Europe ,
il n'y a perſonne qui ne s'en fou
vienne encore aujourd'huy.
l'Angleterre dévoit plus de cent
millions , elle eftoit remplie de
gens qui mandioient leur vie, ce
que l'on n'avoit vu en ce PaysGALANT
. 38 .
là fous aucun regne , & fi elle
euft eu le bonheur de faire quelques
conqueftes pendant la
guerre , elle auroit efté forcée
de les facrifier à la Paix . Mais
il eſt à remarquer quelle ne peut
dans aucune guerre faire la con
quefte d'aucune place dont elle
puiffe demeurer en poffeffion ,
de mefme qu'elle ne peut perdre
aucune place qui puiffe demeurer
à fes ennemis . On n'en peut
garder par de là les mers dans
des Etats où l'on n'a ny terrain ,
ny fujets. On feroit des dépen
fes immenfes pour les conferver,
& l'on feroit dans d'éternelles
alarmes. Ainfi la guerre ne
peut jamais manquer d'eftre
onereufe à l'Angleterre , & elle
ne doit jamais l'entreprendre à
:
382 MERCURE
moins que ce ne foit pour ſe défendre
chez elle en cas qu'on
l'attaque autrement elle confumera
fans efperance d'aucun
profit & fans en tirer jamais ,
des millions par centaines , &
des milliers de Soldats & de
Matelots . Elle perdra une infinité
de vaiffeaux , elle altera
fon commerce , elle manquera
à gagner, la guerre finira , &
loin quelle en tire aucun fruit
il faudra des fecles pour réparer
la diffipation de l'argent , la
diminution du commerce , & la
perte des hommes , & des vaiffeaux
. Il eft abfolument impoffible
que la fin d'une guerre
puiffe tourner autrement pour
elle à caufe de fa fituation Ou
bien il faudrois qu'on s'empa
>
GALANT. 283
raft de toute l'Ile qui la formes
ou qu'elle fift la conquefte
entiere des, Royaumes ,
qu'elle iroit attaquer au de - là
des mers , & l'un & l'autre ne
paroiffent pas poffibles. Ainfi
ceux qui veulent engager l'Angleterre
à entreprendre la guer
re contre la France , & contre
l'Efpagne en même temps. feront
caufe qu'elle achevera de s'épui
fer, & fi elle foutient encore une
guerre comme la derniere , elle
n'en peut fortir qu'elle ne foit
entierement épuifée . Tout ce
qu'on luy fait entendre des deffeins
de la France , font des chi
meres inventées par ceux qui
veulent la guerre , parce qu'elle
les accommode . La France &
l'Eſpagne n'attaqueront jamais
384 MERCURE
l'Angleterre par les raifons qur
viennent d'eftré rapportées , & fi
l'Angleterre connoift fes verita
bles interefts , elle n'attaquera '
jamais la France & l'Espagne
par les mêmes raifons que l'on as
déduites Cette guerre n'abou
tiroit qu'à la confommation de
fes finances , & à la perte de fes
Sujets , à moins que de faire .
l'entiere conquefte des Pays- bas
& de la France , ce qui n'eft pas
poffible. Cependant elle ne
pourrroit fans cela conferver aucunc
conquefte en deçà des
mers . Si laFrance n'eft pas auffi
formidable qu'on la luy dépeint ,
il eft mathonnefte & injufte de
l'attaquer fous ce prétexte , bien
qu'il n'y euft pas de juftice de
lui faire la guerre feulement par-
CO
GALANT 387
ce qu'elle feroit trop puiffante .
Si elle l'eft en effet autant que
ceux qui veulent la guerre tâchent
à le perfuader aux Anglois
, il y auroit de l'imprudence
à l'Angleterre de l'attaquer
pour fe faire battre , ou bien
elle croit eftre encore plus puiffante
que la France , & en ce
cas fuivant la Politique des Anglois
, il faudroit que la France
& l'Efpagne attaquaffent l'Angleterre
, parce que ce lui feroit
un crime d'eftre trop puiffante ,
mais tout ce qu'on allegue aux
Anglois pout les obliger à faire
la guerre , n'eft que pour leur
cacher les veritables raiſons
pour lesquelles on la veut entreprendre
Voici le fait.
Le Roy d'Angleterre voyang
Kk
Fanvier 1702.
રી
388 MERCURE
qu'il ne regnoit pas aufli ab auffi abfo
lument pendant la paix qu'il fe
l'eftoit imaginé , qu'on luy demandoit
des comptes des dépenfes
faites
pendant la guerre qui
avoit precedé cette paix , qu'on
attaquoit
fes creatures
, qu'on
les vouloit
rendre
refponfables
de ce qu'il faifoit contre le gre
de la Nation
& que pour ne
le pas attaquer
luy - même , quoy
que ce fuft un degré pour y parvenir
, on les accufoit
de luy
avoir donné de mauvais
confeils ,
ce Monarque
, dis - je , fe voyantdans
un embarras fi chagrinant
,
& fi honteux pour luy , s'apperçut
que les Anglois
entendoient
trop bien leurs affaires , qu'il ne oit jamais
heureux tant que
la Paix regnetoit en Angleterre,
GALANT. 389
& qu'il devoit engager la Nation
dans une nouvelle guerre
& tacher de la faire durer autant
qu'il regneroit afin d'avoir
toujours la difpofition des fonds ,
& le commandement des Troupes
, ce qui rend les Parlemens
fouples , parce qu'ils n'olent jamais
chagrinerun Roy puiffamment
armé , à qui toutes les
Troupes obéiffent , & dont la
plufpart des Officiers qu'il a
nommez font à fa devotion . Le
Roi d'Angleterre confidera auffi
que par le moyen de cette guerre
dans laquelle il comproit d'engager
les Hollandois , il continuroit
de difpofer des Charges
militaires de Hollande , comme
il avoit toûjours fait , & des
fonds de la guerre de la même
Kkij
390 MERCURE
Republique , où fon autorité
commençoit à diminuer de
forte qu'il ne fongea plus qu'à
ehercher des pretextes pour rallumer
la guerre . Il eftoit occupé
à en imaginer , lorfque le
Teftament du Roi d'Eſpagne
lui en fournit de plaufibles. If
perfuada aux Hollandois qu'ils
devoient rentrer en guerre , afin
de ne pas laiffer à l'Efpagne le
temps de rétablir la Monarchie ;
il les engagea pour aigrir la
France & l'Espagne à délivrer
des propofitions ridicules , & en
fit faire de pareilles au nom de
l'Angleterre Elles eftoient fi
extravagantes que ceux qui les
firent en rougirent eux- mêmes ,
& ceux qui estoient dans le parti
de l'Angleterre & de la HolGALANT
391
fande , ne les ayant pas trouvée
foutenables , on n'a ofé en parler
depuis .
Sa Majefté Britannique voulut
enfuite engager le Parlement
qu'elle a caffé depuis , à fe declarer
pour la guerre contre la France,
Ce fage Corps parfaitement
inftruit de l'intereft de la Nation
, & connoiffant tout ce que
je viens de marquer , tint ferme
, & fa fermeté a efté cauſe
qu'il a efté caffé , le Roi d'Angleterre
comptant qu'il feroit
de fi fortes brigues pour
rendre favorables les Membres
qui en formeroient un nouveau ,
qu'il viendroit à bout de rallumer
la guerre. Il s'eft fort recrié
dans ce nouveau Parlement fur
ce que le Roi de France avoit
fe
Kk iij
934 MERCURE
น
reconnu que Monfieur le Prince
de Galles avoit les mêmes droits
à la Couronne d'Angleterre
,
qu'avoit le feu Roi fon Pere:
On ne peut pas dire que fi cet
incident ne fuft pa furvenu il
n'auroit point demandé à cenouveau
Parlement de fe décla
rer pour la guerre , , puifqu'il
avoit fait les plus fortes inftances
auprés du precedent pour
l'engager à la renouveller , mais
ce pretexte ne fuffit pas pour
mettre l'Europe en feu , & faire
entrer l'Angleterre dans une
guerre capable de l'accabler de
toutes manieres fans efperance :
de tirer aucun fruit de cette
guerre aprés que le Roi a decla
ré que quoy qu'il euft reconnu
le Prince de Galles , il ne feroit
GALANT. 393
rien qui puſt porter atteinte à
ce qu'il avoit fait en reconnoiffant
le Prince d'Orange pour
Roi d'Angleterre . Il n'eft pas
au pouvoir du Roj de faire que
le Prince de Galles ne foit pa
pas
Roi de droit , pendant que le
Prince d'Orange l'eft de fait ,
& le Ciel même ne peut faire
que ce qu'il a refolu qu'il fe fift
n'ait pas efté lorsqu'il a eu fon
effet. Le Roy d'Angleterre
ayant donc cabalé pour avoir
des Membres à fa devotion dans
le nouveau Parlement , eft en
partie venu à bout de les enga--
ger à la guerre , & l'on y parle,
quoy que fans aucune vray- fem
blance , comme fi la victoire de
voit indubitablement fuivre le
party que l'Angleterre prendra,
Hhiiij
394 M &RCURE
quoy que pendant la derniere
guerre elle n'ait fcu avec beau
coup plus d'Alliez qu'elle n'en
a prefentement, arrefter la rapidité
des Conqueſtes de Sa
Majesté. Comment les arrefterat
elle prefentement , fi elle ne
l'a pû lors qu'elle avoit un plus
grand nombre d'Alliez , qu'elle
eftoit plus floriffante & plus
abondante en hommes & en
argent , & que l'Espagne qui pof
fede toutes les Places deFlandres
qui auroient efté d'un grand fecours
à la France dans la derniere
guerre, eft unie avec cette Cou
ronne : Comme ces deux grandes
Puiffances ne demandent rien ,
& que le Roy veut feulement
conferver les Etats de fon petit
Fils , il faudroit avoir beaucoup
*
GALANT. 365
3
plus de forces que ces deux
Puiffancess n'en ont pour leur
enlever des Places , & comme til
n'eft pas poffible , & que d'ailleurs
il faudroit que les Troupes
qu'on leur oppoferoit fuffent
auffi aguerries que les Fran
çois l'entrepriſe de cette guerre
fait pitié. Cependant elle ne
laiffera pas d'eftre avantageufe
au Roy d'Angleterre , puifque
dans le temps mefme qu'il
perdroit des Places , & des Batailles,
il ne laifferoit pas de regner
arbitrairement en Angle
terre & en Hollande. Ainfi les
Peuples de ces deux Nations feront
les dupes de cette guerre,
qui eft plutoft entrepriſe contre
eux que contre la France , &
contre l'Espagne.
3,6 MERCURE
it
remarquer
une
chofe
On
qui n'eft pas à la gloire des Anglois
& des Hollandois , c'eft
qu'après avoir reconnu dans les
formes , Monfeigneur le Duc
d'Anjou pour legitime Roy
d'Espagne, ils demandent que ce
Monarque rende tous fes Etatsl'Empereur
comme appartenans
à Sa Majefté Imperiale, ce
procedé ne fe pPeut juftifier , &
fera blâmé dans tous les fiecles
comme il l'eft aujourd'huy , des
Sujets melmes de ceux qui font
des chofes fi contraires au bon
fens pour engager la guerre.
On a vu icy plufieurs lettres
de Rome qui portent que Mr
le Prince Eugene avoit fecretement
amaffe affez d'Armes ,
pour armer , huit ou neuf mille
Soldats , & que dans cette mel
GALANT. 397
4 me Ville ou aux environs , il
en avoit enrollé environ deux
mille avec le mefme fecret , ce
qui avoit obligé Sa Sainteté a
faire entrer trois à quatre mille
hommes dans Rome , que l'on
s'y eftoit faifi des armes , & que
l'on y avoit arrêté la plus grande
partie de ceux qui avoient
confenti qu'on les enrollaft.
Cette decouverte a obligé le-
Pape à faire fermer toutes les
Portes par lesquelles on entre
à Rome, à la referve de quatre ,
à chacune defquelles on a mis
un gros Corps de troupes . Sa
Sainteté à fait dire en mefme
temps à Mr le Prince Eugene
qui luy avoit fait demander le
paffage par l'Etat Ecclefiaftique
pour dix mille hommes qu'il
vouloit envoyer à Naples , qu'il
2
398 MERCURE
s'y oppoferoit avec toute les
forces temporelles , & fpirituelles
left tres conftant que
Sa Sainteté a envoyé dire à
Mr Davia fon Nonce à Vienne ,
de dire la même chofe à l'Empereur.
Mr de Serigny , Aide Major
des Gardes du Corps , âgé de
plus de foixante & douze ans
époufe la Veuve de feu Mr
d'Eclufeaux , Intendant de la
Marine à Breft ; elle eft bien
faite & tres riche , & n'a pas
plus de quarante ans .
Mr Fedeau de Marville , qui
n'en a que foixante & cinq ,
fe marie auffi avec une Fille de
Mr Courtin Picard , Maître
des Requeſtes qui a efté Avocat
general au Parlement de
Rouën.
THOUT
REQUE
DE
GALANT
peu de tem
Il me refte fi
293
& tant dequoy vous entretenir,
que je remets au mois prochain
à vous parler du mariage de
Mr le Marquis de Villars , &
de Mademoiſelle de Varengeville
.
Mr le Maréchal de Catinat
eft de retour d'Italie , il a eu
l'honneur de faluer le Roy qui
luy a fait tout le bon accueil
imaginable. Quoy que Sa Majefte
eût pris medecine , elle ne
laiffa pas de le faire entrer fitoft
qu elle eur apris qu'il eftoit
dans fon Antichambre . Ce
Prince luy parle fouvent , &
par les manieres obligeantes
dont il lui adreſſe la parole fait
conoiftre l'estime qu'il a pour lui.
Enfin le Roy d'Efpagne va
VILLE
"
400 MERCURE
jouir du bonheur qu'il avoit fi
ardemment fouhaité , d'aller
par fa prefence & par la valeur
hereditaire aux Bourbons, animer
fon armée d'Italie , il devoit
aller tenir les Etats d'Aragon
mais fon volage pour l'Italie
eft caufe qu'il ne les tiendra
point cette année. Ceux de
Catalogne luy ont accordé
quinze cens mille écus en plufeurs
payemens ainfi que je
vous l'ay déja marqué ; mais je
ne vous ay pas dit qu'il s'eft trouvé
des particuliers qui moyennant
quelque renife luy
cent cette fomme . Outre les
quinze cens mille écus accordez
par les Etats de Catalogne , la
Ville de Barcelonne luy fait
prefent de quarante mille écus.
Mr Davey , Maréchal de
avan
GALANT 401
Camp , doit fe rendre à Naples .
Il aura fous luy pour Brigadiers
, Mr de Muret , Colonel
de Beauvoifis , Mr de Guebriant
Colonel de Berry , Mr de Ker-
Kados Colonel de Dauphiné ,
& Mr de Montmorency Colo
nel de Foreſt
Le Roy d'Efpagne s'embarquera
fur le Philippe , qui eft
un vaiffeau de cent canons , dont
le Roy luy a fait prefent.
Je ne vous ay point parlé des
affaires de Hollande , & je n'ay
rien à vous en dire , lorfque le
Parlement d'Angleterre eft affemble
, puifque fes refolutions
decident de leurs affaires , qu'ils
font fiers ou abattus , fuivant
que ce Parlement contente ou
402 MERCURE
chagrine le Roy d'Angleterre.
Ils font aveuglez fur leurs interefts
, & croyent que ceux de ce
Prince doivent eftre les leurs ,
quoy qu'ils foient bien differens.
Ceux du Roy d'Angleterre font
d'eftre toûjours en guerre pour
regner avec authorité & le faire
craindre des Anglois , ceux des
Hollandois font de bien vivre
avec leurs voifins & de cultiver
la Paix afin de faire fleurir leur
commerce & de ne pas dépenfer
en quelques années de guerre
ce qu'ils ont acquis en cinquante
ans de travail . Il y a beaucoup
de bons fens dans cette
gens
République qui s'apperçoivent
des fautes qu'ils font , mais leurs
fuperieurs font dévouez au Roy
d'Angleterre, les uns par crainte
de
GALANT. 403
de
& les autres par intereft . Ainfi
il en faut demeurer à ce qui eſt
e fait , qui eft que la Hollande
n'a point d'autre volonté que
celle du Roy d'Angleterre . Ce
Monarque tâche aujourd'huy.
de
dane entrer
toute
l'Europe
dans fes intereſts , & prétend que
tous les Souverains & les Anglois
mefmes foyent fes dupes ,
& que tous ceux qui n'ont rien
à démêler avec la France &
avec l'Efpagne , attaquent ces
deux Couronnes, parce qu'elles
font trop puiffantes J'avoue que
c'eft un fujet de chagrin pour un
Prince ambitieux qui voudroit
gouverner toute l'Europe , & qui
fe trouve obligé d'eftre foumis
aux volontez de fes Peuples ;
mais ce n'eft pas un crime pour
LI
·Janvier 1702.
5
*
404 MERCURE
les Rois de France , & d'Eſpagned'eftre
unis par le fang , &
d'être Souverains des deux
plus beaux Royaumes du monde.
Cependant c'eft là tout ce
que leur impute le Roy d'An
gleterre. Il a déja mis quelques
Puiffances de l'Europe dans fon
parti , & pour y engager les
autres en leur faifant croire que·
ce Party fera le plus fort. Il fait
courir des Liftes dans lefquelles
on voit une eftat des forces.
fuivantes.
Armée de l'Empereur.
Infanterie , 66000,
Cavalerie & Dragons , 24000.
Armée des Etats Generaux.
Infanterie ,
Cavalerie .
Infanterie ,
7
Armée
d'Angleterre
80000.
22000,
33000.
GALANT 405
•
Cavalerie ,
Total 232000,
7000 .
fans compter les Troupes des Electeurs
de Brandebourg , &
Palatin , ny celles du Cercle
de Veftphalie,
Le papier fouffre tout , mais
la grande affaire eft que ces
Troupes , foient effectives &
de trouver dequoy les payer. La
quotte- part d'Angleterre dont
on fait un fi grand bruit eft peu
confiderable , puifque quarante
mille hommes fur cent trentedeux
font peu de chofe. Suppofé
que l'Empereur ait autant de
Troupes qu'on luy en donne
dans cette Lifte , ce ne fera pas
Jay qui les payera , c'eft un fort
grand Prince parfon titre d'Em
pereur , mais il n'a que dix - neuf
millions de revenu . Il faudra
406 MERCURE
donc , fuppofé que la Lifte foit
vraye, que prés de deux cens mil
le hommes foient payez par les
Hollandois. Il feroit à fouhaiter
qu'ils les payaffent ils feroient
bientoft abîmez .
Enfin s'ils payent prés de deux
eent mille hommes ils rnineront
leur Etat , & s'ils ne les payent
pas ils foutiendront mal lá guerre
On doit remarquer touchant les
Troupes que lesAnglois doivent.
fournir , qu'elles confiftent en
Dix mille Anglois qui font
déja en Hollande.
o
Six mille Danois qui y font .
Trois mille Brandebourgois .
Dix mille cinq cens hommes
des Troupes de Heffe - Caffel .
Ainfi il ne refte plus aux
Anglois à lever que dix mille
cing cens hommes , mais comme
GALANT 407
toutes ces Troupes, hors celles
de ce dernier Article , font déja
comptées parmy les Troupes des
Hollandois , elles ne foulageront
la Republique qu'en ce qu'elles
feront payes par les Anglois;
mais elles ne donneront pas de
nouvelles forces auxHollandois . "
Enfin , il eft hors de vrai- femblance,
que la France ayant beaucoup
moins de Puiffances à combattre
dans la guerre qui fe
prepare , oqu'elle n'en avoit dans
la derniere , elle ne puiffe pas
la foutenir encore plus glorieufement
qu'elle a fait tant d'autres
guerres contre un plus
grand nombre d'ennemis .
Tout ce que j'ay dit dans cet
Article ne confifte point en raifonnemens,
mais en faits incon.
teſtables.
408 MERCURE
Il s'eft d'abord répandu taner
de Copies de la Lifte des Offi
ciers Generaux nouvellement
nommez par le Roy , que je ne
dois pas vous l'envoyer pour en
aprendre les noms, puifque vous
avez dû les fçavoir peu de temps
aprés que les Officiers ont efte
nommez. Il s'agit donc de dire ;
quelque chofe de chacun qui en
donne un peu plus de connoiffance
, que ce que l'on en apprend
par la fimple lecture des
leurs noms ; mais j'aurois befoin
de plus de temps qu'il ne m'en
refte pour fatisfaire la curiofité
de ceux qui fouhaitent ces for
tet de détails . Il ya dans cette
Lifte des Officiers fi connus ou,
par leurs grands noms ou par
leurs fervices, qu'il ne feroit pas
7
GALANT. 409
neceffaire d'en parler , & dont
je ne pourray dire affez , parce
que cela me meneroit trop loin.
Hy en d'autres dont je n'auray
pas le temps de m'informer ,
& qui font plus connus par
leurs fervices que par leurs
Maifons , quoy qu'ils foient
peut- eltre des meilleures Maifons
du Royaume . Il y en a
beaucoup dans ce nombre qui fe
font plus attachez à briller à
l'Armée qu'à la Cour , & qui ont
prefque toûjours demeuré dans
les lieux où leurs Corps ont efé
envoyez & dans leurs Provinces
plutoft qu'à Paris ou à la Cour;
ainfi il fe trouve , que bien que
leurs longs fervices ayent fait
retentir leur nom pendant quan
tité de Campagnes , on n'en
1
4:0 MERCURE
2
#
fçait pas davantage de forte
que ceux dont je diray peu de
chofe ne font pas de ceux qui fe
font le moins diftinguez . Il y a
d'ailleurs tant de perſonnes d'un
mefme nom qui ne font point
d'une mefme Maiſon , que je ne
fçay fi je ne vous parleray point
d'une Maifon , croyant vous
parler d'une autre , & mefme fi
en vous parlant d'une mefme
famille je n'ofteray pas un fils à
un homme pour luy donner un
neveu, & enfin fije ne feray pas
quelque autre faute à peu près
de cette nature . Je pourray auffi
ofter des Regimens à ceux qui.
en ont pour les donner à d'autres
Il faudroit un temps infini
pour parler jufte de prés de cent
cinquante Officiers . Souvenez-
Vous
GALANT. 41
vous que j'ay receu la Lifte
prefque dans le temps que j'allois
finir ma Lettre , & que je
ne vous mande que ce que ma
memoire, qui a pû me tromper,
ma fourny dans le moment . Vos
amis me feront plaifir de m'apprendre
les erreurs où je ferai
tombé dans cet Article , je me
retracteray avec plaisir , & j'ajouteray
avec joye dans ma Lettre
fuivante ce que j'auray oublié .
Lieutenans Generaux.
Mr Desbordes . C'est un ancien
Officier qui a commandé à Philifbourg:
Mr De Laubanie. Il est entré
fort jeune dans le fervice , &
s'eft elevé par fon propre merite
, fa bonne conduite & fa
Mm
Fanvier 1702.
412 MERCURE
valeur. Il a efté Gouverneur
de Mons & a commandé à Neuf-
Brifac.
Mr le Comte de Lanion . Il .
eft de Bretagne. Il a fervi dans
la Gendarmerie . Il eſt frere du
fcavant Abbé de Lanion.
Mr le Marquis de Varenne . Il
eft parent de Mr de Beringhen .
Le Roy luy a donné depuis peu
pour le recompenfer de fes fervices
, le commandement de
Mets , Thoul & Verdun , &
pays Meffin qu'avoit feu Mr le
Comte de Biffy.
Mr le Marquis de Loemaria.
Il y aa fi long-temps.qu'il fert
avec diftinction , & il s'eft
trouvé en tant d'occafions qu'il
n'y a perfonne qui ne fe fouvienne
d'en avoir oüy parler.
GALANT.
413
Mr le Comte de Bezons . Il eft
fils de Mr de Bezons Confeiller
d'Etat , frere de Mr l'Archevêque
de Bordeaux .
Mr le Comte de Mothe- Houdanc
urt. Il eft frere de Madame
la Ducheffe de la Vieuville ,
neveu du feu Marechal de la
Mothe-
Houdancour , coufin germain
de Meſdames les Ducheffes
d'Aumont , de Vantadour & de
la Ferté.
Mr le Marquis Vandeüil. Il
eft Lieutenant des Gardes du
Corps. Il a commandé la maifon
du Roy , & la Cavalerie
fous Monfieur le Duc du Mayne .
Mr le Comte de Medavy. Il eft
petit Fils de feu Mr le Maréchal
de Grancey & s'eft diftingué
en plufieurs occafions avec
Mm ij
414 MERCURE
beaucoup de valeur .
Mr le Comte de Solre. Il eſt
Flamand Chevalier des Ordres
du Roy. Il a épousé la foeur de
Mr le Prince de Bournonville.
Mr le Comte Davejan. Il eſt
Lieut. Colonel du Regiment des
Gardes , où il eft parvenu par
fes fervices . Il n'a pas moins de
fageffe que de valeur, & fa conduite
peut
fervir d'exemple.
Mr le Marquis de Pracontal.
Il eft Lyonnois , & neveu de
feu Mr.l'Abbé de Saint Romain
, qui s'eft diftingué dans
plufieurs Ambaffades . Mr de
Pracontal eft connu par fes
grands & longs fervices . Il s'eft
diftingué en mille occafions, il
eft parfaitement bon Officier, &
il fuffit de le nommer pour le
GALANT. 415
faire connoiftre.
Mr le Comte du Bourg. Il n'eft
pas moins diftingué par toutes
les qualitez perfonnelles qui le
font eftimer que par fa valeur
.& fes fervices.
Mr le Marquis d'Alegre. Il eft
d'une des meilleures Maifons
d'Auvergne. Il eſt dans une
eftime generale . Je ne dis rien
de fa valeur. On ne peut eftre
nommé Lieutenant General
qu'aprés de grands longs & fervices.
Il eft pere de Madame de
Barbezieux.
Mr le Comte de S. Fremond, Il
joint beaucoup d'efprit à beaucoup
de valeur. Il a fait voir
1
*
fon intrepidité à l'affaire de
Carpi . Il écrit bien, & combat
de même .
Mm iij
416 MERCURE
Mr le Duc de Luxembourg . II
eft fils aîné de feu Mr le Duc
de Luxembourg , Maréchal de
France . Ileft Gouverneur de.
Normandie , & du nombre de
ceux qu'il fuffit de nommer
pour les faire connoiftre , puifque
l'on fe trouve auffi - toft
l'efprit tout remply de la grandeur
de leur Maifon , & de leur
valeur.
Mr Albergoti Il eft neveu
de Mr dede Magaloti
Gouverneur
de Valenciennes . L'Employ
où le Royle vient de nommer
marque fes fervices dont
les nouvelles publiques font:
tous les jours remplies
Mr Asfeld. Ceux de ce nom
ont fervy le Roy dans fes Armées,
& dans le Cabinet, & ont
GALANT: 417
défendu fes Places . Mr d'Asfeld
a époufé une Niece de M¹ de Catinat
, Fille de Mr le Premier
Prefident de Grenoble .
MARECHAUX DE CAMP ,
Mr le Marquis de Torfy la Tour:
Il eft premier Sous - Lieutenant
des Chevaux . Legers , & gendre
de feu Mr le Duc de Vitry.
Mr le Marquis de Chevilly. II
a commandé à Ypres , & a efté
Colonel , & Brigadier de Dragons
11 eft fils de M² le Comte
des Marets Chevalier des Or
dres du Roy , frere de Mr le
Comte des Marets dernier mort
& a époufé Mademoiſelle de
Monforeau fille de Mr de Sou
ches Grand Prevoft de l'Hôtel
Mm iiij
149 MERCURE
Mr le Comte de Marivaux.
Mr le Marquis de Bify. Il eft
fils de celuy dont je vous ay depuis
peu appris la mort & à qui
Mr le Marquis de Varennes a
fuccedé dans le Commandement
qu'il avoit. Mr le Comte de
Biffy , Meftre de Camp , & Mr
l'Evêque de Toul font de cette
Maiſon.
8
Mr le Marquis de Raffan. Il a
eſté elevé Page de la Chambre
du Roy. Il a époufé Mademoifelle
Borell fille de Mr Borell
autrefois Ambaffadeur de Hollande
en France .
Mr le Marquis de Flamanville
de Normandie . Il eft Officier
dans la Gendarmerie , frere de
de Mr. l'Evêque de Perpignan ,
& Gendre de Mr le Premier
GALANT 419
Prefident le Camus.
Mr le Marquis de Langallerie,
Il a épousé Madame de Simiane
. Son pere, eftoit Lieutenant
general . Il y a peu de noms plus
connus dans les Troupes & peu
d'Officiers qui ayent efté plus
fouvent employez.
Mr de Legall. Il eft Alleman .
Mr de Serignan. Il eſt Aide-
Major des Gardes du Corps .
Mr Eftrades d'une bonne
Maifon de Gascogne . Il fert
depuis longtemps dans les
Gardes du Corps ou il comman
de une Brigade . Il fut nommé
pour conduire les Gardes du
Corps qui fuivirent le feu Roy
d'Angleterre en Irlande. Il eft
eftimé par fon merite perfonnel,
par favaleur , & par fes fervices.
4:20 MERCURE
Mrde la Tafte Aide- Major des
Gardes du Corps .
Mr le Marquis d'Imecour. Il
eft Officier de la Gendarmerie ..
Feu fon pere eftoit Gouverneur
du Montmedy . Ils font d'une
bonne Nobleffe de Champagne
.
Mr Scheldon . Ileft Sujet de Sa
Majefté Britannique . Il avoit
efté envoyé en France par le feu
Roy d'Angleterre . If a commandé
un Regiment Irlandois .
Mrle Marquis de Praflin , Colonel
. Il y a eu un Maréchal de
France de ce nom , & il eft de
cette Maifon .
12
Mr le Comte de Monteßon. Il eft
Lieutenant des
Corps.
Gardes du
Mr le Marquis de Murcey, de PoiGALANT
421
tou. Il eft fils de Mr le Marquis
de Villette , fi connu dans les
Armées Navales de Sa Majefté
, dont il eft le plus ancien
Lieutenant general . Il a com
mandé avec diftinction . Il eft .
Frere de Madame de Caylus.
Je pourrois ajoûter qu'il eft
Neveu d'une perfonne d'un merite
fi grand , & fi generalement
reconnu . qu'il vaut mieux
le taire
fe que d'en parler , parce
qu'il feroit impoffible d'en dire
tout le bien qui fe prefente à
l'imagination lorſque l'on y
penfe feulement.
.
Mr le Comte Defting. Il eft d'une
ancienne Maifon qui a le privi
lege de porter la livrée & les armes
du Roy , ce qui luy fut accordé
parce qu'un de leurs An
422 MERCURE
ceftres donna ſon cheval au Roy
à la Bataille de Bovines , ce qui
empêcha que ce Monarque ne
fuft pris .
Mr Davarey. Il eft Colonel de
Dragons , & fils du fecond mary
de Madame Millet , qui avoit
époufé en troifiiemes Noces Mr
Millet , Sous- Gouverneur de
Meffeigneurs les Enfans de
France. Mr Davarey cft Beaufrere
de M Foucaut , Intendant
à Caen.
" Mrde Cheladet. Il eft Colonel
du Regiment du Maine.
Mr le Comte de Soufternon. Il eft
Neveu du Reverend Pere de la
Chaife. 11 commande le Regiment
de Touloufe:
Mr le Comte de Clermont. Il
Y
2 plufieurs Maifons de Cler-
.
GALANT . 421
mont , mais comme il eft conf
tant qu'elles font toutes tresbonnes
, il ne peut eſtre que d'une
naiffance diftinguée , & d'une
valeur éprouvée , puifqu'il eft
nommé Maréchal de Camp .
Monfieur le Prince Camille de
Lorraine . Il eft Fils de Mr le
Comte d'Armagnac , Grand Ecuyer
de France, Il a un
Regiment de Cavalerie qu'il
donne au Prince Charles fon
frere .
Monfieur le Marquis de Ville.
quier. Il eft fils de Mr le Duc
d'Aumont, premier Gentilhom
me de la Chambre , & petit - fils
du Maréchal de ce nom .
Mr le Prince de Rohan , Fils aîné
de Mr le Prince de Soubife
qui commande les Gendarmes, &
422 MERCURE
Frere & de M le Coadjuteur de
Strafbourg . Il fort d'un beau
fang. Il a époufé l'heritiere de
Vantadour .
Mrle Chevalier du Rofel. Il eft
de Touraine . Il y a longtemps
que fes fervices parlent pour lui.
Mrle Chevalier de Courcelles . Il
commandoit une Brigade de Carabiniers
. Il eft parent de м le
Máréchal de Villeroy . ,
Mrle Duc de Monfort , fils de m
le Duc de Chevreuſe . C'eft le
même à qui le Roy vient de donner
le commandement des Che-
Vaux- legers , & dont je vous ay
amplement parlé dans cette Lettre
.
Mr le Marquis d'Aubeterre . Il
commandoit une Brigade de Carabiniers
. Il eft fils de мr le мarGALANT
423
་ .
quis d'Aubeterre , & neveu de
M le Chevalier d'Aubeterre ,
Gouverneur de Collioure.
Mr le Marquis de Blainville , fils
de м Colbert , Miniftre & Secretaire
d'Etat , Controleur general
des Finances . Tous ceux
de cette famille qui ont pris le
party des armes , ont fait voir
beaucoup de valeur , & d'intrepidité
, & ont facrifié leur vie
fans aucun ménagement
.
Mr le Marquis de Bouligneux. Il
eft de la maifon de la Paluë . Il
a eſté élevé auprés de мonfeigneur
le Dauphin .
Ms le Marquis de la Chaftre. Il
eft petit fils du Maréchal de la
Chaftre, Favory de Louis XIII .
Capitaine des Gardes du Corps,
& Colonel general des Suiffes .
424 MERCURE
Il y a eu fept Capitaines des
Gardes du Corps de fuite dans
leurmaiſon. Il eft neveu de Madame
la Maréchale de Humieres
. Il a épousé la fille de feu Ma
leMarquis de Lavardin .
Mrle Marquis deThianges . Il eft
fils de Mi le Marquis de Thianges
de la maifon de Damas , &
d'une fille deMr le Duc de Mortemar.
Il eſt neveu de feu Mr
le Maréchal Duc de Vivonne ,
& de Madame deMontefpan. La
maifon de Damas eft fort ancienne
, & vient des Vicomtes de
Couferans.
Mr le Marquis de Blanzar. Il eft
fils de feuMr le Comte de Roye ,
Chevalier de l'Ordre de l'Elephant
en Dannemarck , Frere
de feu мr le Comte de Rouffi
GALANT 425
qui commande la Gendarmerie ,
neveu de Mrs les Maréchaux de ·
Duras & de Lorge. Il porte le
nom & les armes de la Rochefoucault.
Il a épousé la fille unique
de Madame la Maréchale
de Rochefort .
Mr le Marquis de Chamarande.
Il eft d'une ancienne Nobleffe
du Lionnois , fils de feu Mr de
Chamarande qui a efté premier
Valet de Chambre du Roy. Il a
époufé la fille de Mr le Marquis
de Bourlemont d'Anglurre
d'une ancienne maifon de Lorraine
.
>
MrVaguener. Il eſt Colonel du
Regiment des Gardes Suiffes.
Mr de Vigny. Il fert depuis
longtemps dans l'Artillerie avec
une grande reputation , & les
Nn
Fanvier 1072.
425 MERCURE
A
Places qui fe font reffenties du
dommage que leur ont fait nos,
Bombes connoiffent: de quelle
tilité il eft dans une armée qui
eveut fervir de ces machines.
Mrde Chartogne. C'eſt un Gentilhomme
de Champagne, d'une
bravoure diftinguée . Il commande
dans Goito. Les Allemans :
avoient deffein d'affieger cette
Place ; mais fçachant qu'il avoit
refolu de s'y défendre jufqu'à la
derniere extremité , ils n'ont ofé
pourfuivre leur deffein .
Mr du Puy Vauban. Il eſt ne .
veu de Mr de Vauban , & c'eſt
tout dire.
Mr le Marquis de S. Hilaire,
Il eſt de la maiſon de Jaucour , &#
fils de Mr de Saint Hilaire Lieutenant
General de l'Artillerie,
·
CALANT 427
qui eut le bras emporté du mef
me coup de Canon qui tua Mr.
de Turenne.:
Mr de Crey. Il eft d'une bon
).
ne Nobleffe de Touraine . Il fert
depuis l'âge de vingt ans. Il eft
Lieutenant General de l'Artillerie.
Mr d'Andigné du Hallay.
: Mr le Comte de Saillans de la
Maiſon Defting . Il eft Capital
ne d'une Compagnie de Grena
diers du Regiment des Gardes
& frere de Mr du Terrail , & de
Mr l'Evêqué de S. Flour .
Mr de la Badie Iba merité par
de longs & agreables fervices le
rang où le Roy le vient d'éle
ver.
Mr le Comte de Guiche, IT eft fils
aîné deMaleDucdeGramont. It
Nn ij
428 MERCURE
époufé la fille aînée de Mr le Machal
de Noailles . Mr le Maréchal
de Bouflers a épousé la four
de Mr le Duc de Guiche,
Mr le Prince d'Epinoy . Il eft originaire
de Flandres . Il a époula
fille de Mr le Comte de
'Iflebonne . La mere de Mr le
Prince d'Epinoy eftoit foeur de
Mr le Duc de Rohan , foeur de
Madame la Princeffe de Soubi - ´
ze, & de Madame de Coetquin
doüairiere .
Mr le Comte Mornay. Il eft fils
de мr le Marquis de Moncheureüil
, Chevalier desOrdres du
Roy , Gouverneur de S. Germain
en Laye.
M. le Duc de Humicres . Il eſt
fecond fils de мr le Duc d'Aumont.
Il a épousé la fille de Mr
GALANT. 429
le Maréchal de Humieres , à
condition d'en porter le Nom &
les Armes, & il a eu le Duché à
cette condition.
1
Mr le Marquis de Biron , 11 eft
d'une branche de la maifon de
Biron dont il y a deux maréchaux
de France. Il a époufé
Mademoiſelle de Nogaret four
du Comte de ce nom , niéce de
Mr le Duc de Lauzun & de
Madame la Ducheffe de Montaufier.
Il eft aîné de fa famille
, & neveu de Mademoiſelle de
Biron , Fille d'Honneur de мa-`
dame la Dauphine , de Madame
de Nogaret veuve , & Dame du
Palais de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & de Madame
Durfé.
Mr de Puyfegur eft un Gentil430
MERCURE
homme de Gascogne . Il eft eftimé
par fon efprit & par fa valeur
. Il eft Infpecteur de l'Infanterie
en Flandres:
Brigadiers deCavalerie.
Mr le Duc de la Feuillade . Son :
nom fuffit pour le faire connoître.
Il a beaucoup d'efprit & de
valeur. Il fouhaite avec paffion
de trouver des occafions de fe
fignaler. I eft homme d'honneur,
& l'on fe peut fier à fa pa.
role. I eft Colonel du Regiment
de la Feüillade , & gendre
de Mr de Chamillart.
Mr le Marquis de vartigny.
Il est de Picardie & de la maifon
de Brouilly de Piennes . It
commande le Regiment Dauphin
.
Mr le Comte d. Goar, Ileft CoGALANT
. 4 } "
lonel des Dragons de Languedoc.
Mr le Marquis de Grignan. Il
eft fils unique de Mr le Comte
de Grignan, Sous - Lieutenant
de Roy en Provence . Je vous en
dirois beaucoup de choſes fi j'avois
affez de place pour m'étendre
fur fes louanges.
Mr le Marquis de Levy. Il eft
fils de мr le Comte de Charlus ,
Cadet de la maiſon de Vantadour.
Mr le Marquis de Levy a
époufé Mademoiſelle de Chevreufe
foeur de Madame la Mar
quife de Saffenage.
Mr de Mauroy, Il s'eft diftingué
par beaucoup d'actions écla
tantes
Mr le Marquis de Fiennes . Ila
merité le rang que le Roy luy
432 MERCURE
vient de donner par tous les
endroits qui peuvent y conduire
.
Mr le Marquis de Plancy . Capitaine
aux Gardes . La maiſon
de Guenegaut dont il fort eft
fort connue , & fes fervices le
font auffi .
Mr le Marquis de Cnaillac. Ileft
d'Auvergne, de la maifon de
Montboiffier , l'une des plus anciennes
maiſons d'Auvergne . Il
eft un des premiers Officiers de
la fecondeCompagnie des Moufquétaires
.
Mr le Marquis de Bouzols , Il
eft de Perigord , & d'une tresbonne
maifon de Perigord. Il a
époufé Mademoiſelle de Croiffy,
foeur de мr le Marquis de Torfy,
GALANT. 43 >
fy, Secretaire & Miniftre d'Etat .
Mr le Fonboifard. Il eſt Colonel
de Dragons . On ne parvient
point à commander des
Dragons fans eftre d'une valeur
fort hardie.
Mr de Conflans frere de Mr le
Marquis de Conflans , Chevalier
de la Toifon d'Or .
Mr le Marquis de Coigny , de
baffe Normandie . Il eft fils de мr
le Comte de Coigny Lieutenant
general , qui a efté Gouverneur
de Barcelone . La mere de ce
Marquis eft matignon . Il a épou
fé Mademoiſelle du Bordage.
Mr d'Efpinac. Il eft plus connu
des Troupes & des ennemis
que de moy
.
Mr le Marquis de Monperoux de
Languedoc , il eft Colonel . Il
Oo
Fanvier 1702 .
434 MERCURE
fert depuis long - temps. Il a
époufé Mademoiſelle de Harleville
Palaiſeau .
Mr d'Avignon. Il eft Enfeigne
des Gardes du Corps , & fort
eftimé par ſa valeur, fon merite
& fa probité.
Mr de Serizy. Il eft de baffe
Normandie & parent.de Mr
de Beringhen.
Mr le Marquis de Sepville. 11,
eft de baffe Normandie. Il eft
parent de feu мr le Maréchal
de Belfond & frere de мr le
Marquis de Sepville Envoyé extraordinaire
à Vienne .
Mr de Curlandon . Il eſt Colonel
, & Anglois .
Mr le Marquis de Baliviere, Ileft
Lieutenant des gardes du Corps.
Mr de Villemur. Il eft Officier
GALANT 435
des Grenadiers de la Maifon du
Roy , & parent de Mrs Riotords
.
Mr le Marquis de la Valliere ,
Gouverneur du Bourbonnois .
Il eft frere de feuë мadame la
Ducheffe de Choifeuil . Il a
époufé une des filles de mr le
Maréchal Duc de Noailles .
Mr de Longuerue. Il y a longtemps
qu'il fert avec diftinction .
I eft frere du fçavant Abbé
qui porte le mefme nom .
Il
Mr de la Meffeliere . Il a efté
Exempt des Gardes du Corps.
11 eft prefentement Officier
dans la Gendarmerie , il eft de
Poitou fa mere eftoit foeur de
Mr l'Abbé de l'Avau , Garde du
Cabinet des livres de Sa Majesté .
Mrle Marquis de Montplaifir. Il eſt
O o ij
436 MERCURE
1
parent de feu Mr le Maréchal de
Crequi. Il y a autant d'efprit que
de valeur dans cette maifon .
Mr le Marquis de la Luzerne . Ce
nom n'eſt pas inconnu , & ceux
de ce Sang fçavent bien élever
les Princes .
Mr. le Prince de Bournonville, Il
eft beau frere de мr le Duc de
Chevreuse & proche parent de
Madame laMaréchale de Noail
les. Il commande dans la Gen
darmerie . J'aurois trop à vous
dire fi j'entreprenois de vous
parler ici de tout ce qui rend
la maiſon de Bournonville recommandable.
Mr le Marquis d Janfon , Fils.
de Mr le Marquis de Janfon
Sous - Lieutenant de la premiere
Compagnie des moufque-
[
GALANT . 437
On
taires. Il eſt neveu du Cardinal
de ce nom .
Mr le Marquis de Gouffier , de la
maifon de Roüanéz . Il a épousé
une fille de Mr de Chevreuſe ..
Mr de Villiers le Mortier , fort
eftimé pour fa conduite, & pour
fes fervices. Il eft frere delMr de
VilliersMaîtres des Comptes
Mr le Prince Talmond. Je
dis tout ce que l'on peut dire
de grand pour la naiſſance , en
difant qu'il eft frere de мr le
Duc de la Trimoüille .
Mr de Silly . Il n'a que 42. ans
Il a 30. années de fervice . Il
a efté ſept ans Exempt des Gardu
Corps. Il eſt Colonel de
Dragons .
Mrde Renepont , Lieutenant de
des Gardes du Corps ;
Oo iij
438 MERCURE
Mr Dourches.
Mr de Vandeuil.
Le nom qu'il porte doit faire
croire qu'il eft parent du Lieutenant
General.
Mr Streff, Irlandois
Mrle Comte d'Ayen fils de Mrle
Maréchal de Noailles s'il joint :
à la valeur que doit avoir un
homme de guerre la valeur de
fon pere & la fageffe de fon grana
pere , l'exemple qu'il montrera
aux braves & honneftes gens ,
meritera d'eftre ſuivy..
Mr le Marquis de Ruffey.
Brigadiers d Infanterie
Mr le Marquis de Polignac fils
de M le Vicomte de Polignac
Chevalier des Ordres du Roy
qui a la feconde Place aux Etats
de Languedoc . Le Marquis a
GALANT. 439
époufé Mademoiſelle de Rambures
Soeur de Madame la Ducheffe
de Caderoufe . Il eft frere
de м l'Abbé de Polignac qui a
efté Ambaffadeur en Pologne.
Mr de la Barre. C'eft le mefme
à qui le Roy a donné depuis
peu le Cordon Rouge de l'Ordre
de Saint Louis. Il eft Lieu.
tenant Colonel des Gardes
Françoifes .
Mr le Chevalier de Breteuil. 11
eft Chevalier de malthe & Capitaine
aux Gardes & Frere de
Mr le Baron de Breteuil Introducteur
des Ambaffadeurs,
Mr d'Argigny.
Mr de Pery Colonel ,
Mr de Vieuxpont . Il eft de Nor
mandie. Ce nom eft connu auffi
Bien que celuy de Raré. Il eſt
440 MERCURE
de cette мaifon.
Mr le Chevalier de Chamilly
Tous ceux qui porte ce nom fe
font toujours diftinguez par
leur valeur , & par leur efprit .
Mr le Comte de Monforeau . Il eft fils
de Mr Souches grand Prevoft de
l'Hôtel. Ileft fort attaché au fervice,
& vit en homme de qualité.
Mr le Marquis de Lignerac. II
eft frere de Mr l'Abbé de Lignerac.
Je viens de vous parler de.
cette maifon . Mr le Marquis de
Lignerac a époufé Mademoiſelle
de Caylus dont la mere eft fille
de feu Mr le Maréchal Fabert ,
& foeur de Mefdames de Bevron
& de Meraude .
Mrle Marquis deMontendre. Il eft
de la maifon de la Rochefoucaut.
Mr le Prince d: Robec. Colo
GALANT.
441
•
nel . Il eft Flamand & de la maifon
de
мonmorency
.
Mr de Canillac Ingenieur.
Mr de Vergetet
MrdeChavigny petit fils du Secretaire
d'Etat .
Mr le Comte d Evreux . Colonel
. Il eft fils de Mr de Bouillon
, & n'eft pas moins diftingué
par fa fageffe que par fa
grande naiffance . Il eft frere
Mr d'Albret qui a épouſé mademoiſelle
de la Trimoüille .
Mr de Guerchy. Il est d'une
bonne maifon de Bourgogne.
Mr de l'Ifle. Il eft fils de Mr le
· Procureur general au Parlement
de Bordeaux . Il a un Regiment .
Mr deMuret. Colonel de Beauvoifis.
Mr le Chevalier de Croiffi . Il eft
442 MERCURE
frere de Mr de Torcy Secretaire ·
& Miniftre d'Etat . Tout le fang
de Colbert réüffit dans tout ce
qu'il entreprend pour le fervice
du Roy foit dans fes armées foit:
dans les affaires du Cabinet , &
n'épargne ny fon fang ny fess
veilles.
Mrd Imercour Colonel . Je vous
ay déja dit qu'ils font fix freres
dans le fervice & un dans l'E--
glife.
Mr le Chevalier de Luxembourg..
Ileft frere du Duc de ce nom.
Mr de Gennes.
Mr Spaar. Il eft Suedois .
Mrle Chevalier de Caulevrier, Il
eft fils de Mr de Maulevrier-
Colbert , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant general , &.
Gouverneur de Tournay ,
GALANT.
4.43
w
د ا
Mr le Chevalier d'Entragues . Ce
nom eft grand & connu . Il y a
trois Officiers de ce nom dans le
fervice .
Mr le Marquis de Sezanne . Frere.
de Mr le Duc d'Harcourt.
Mr le Marquis de Dreux , Colo
nel , Grand- maiſtre des Cerenies
de France , & Gendre de
Mr de Chamillart , Miniftre &
ec.retaire d'Ecat.
Mr de Brandeley , Suiffe .
Mrde Tournain.
Mr de la Geriniere.
Mr d'Amigny.
Mr de Seignier.
Mr du Montet.
Mr de Chavagne;
Mr de Bar. Il est petit - fils de
Mr de Bar Gouverneur de la citadolle
d'Amiens.
444 MERCURE
Mr Plauque.
Mr Caftelus. Il eft.neveu de.MI
Mathieu Gouvern . deHaguenau.
Mr Valory.
Mr Rouffelot. x
Mr de la Frezeliere , Lieutenant
general de l'artillerie , & fils de
Mr de la Frezeliere auffi Lieutenant
general , & c.
Mr Ferrandde Coffé. Il a efté autrefois
Capitaine aux Gardes . II
avoit quitté le fervice où il cft
rentré. Il a fervi de major d'Infanterie
pendant la derniere
guerre.
Mr de Silly. Il eſt Colonel du
Regiment de Cotentin.
Les amis de ceux dont je n'ai
rien dit , de ceux dont j'ay dit
peu de chofe , & de ceux dont
je n'ay pas parlé jufte,me feront
GALANT.
445
3.0
plaifir de m'envoyer des мemoires,
je repareray mes fautes.
Les Maréchaux de Camp
eftant fur le pied des Lieutenans
Generaux qui ne peuvent garder
de Regimens , la promotion
qui vient d'eftre faite a esté
caufe que plufieurs Meſtre de
Camp , & Colonels ont déja
trouvé à vendre ceux qu'ils
commandoient . Rien n'égale
l'ardeur qui fait voir la Nobleffe
de France de fe fignaler en
fervant le Roy & l'Etat . Vous
venez de voir l'empreffement
qu'elle a témoigné pour lever
des nouveaux Regimens , & vous
ne remarquerez pas une moindre
ardeur dans celuy qu'elle
marque pour acheter ceux qui
font à vendre .
• 446 MERCURE
Je dois vous dire que les Regimens
Royaux ne changent
point de nom, mais feulement de
Colonels , & que ces Colonels
ne portent jamais le nom de ces
Regimens lors qu'ils en font
pourvûs. Quoique plufieurs de
ces Regimens portent les noms
de quelques Princes , ils n'en
font que Colonels honoraires ,
s'il m'eft permis de parler ainfi,
& dans un jour de bataille ces
Princes ſe mettent à la tefte de
ces Regimens en cas qu'ils le
jugent à propos.
Meffieurs de Chelader & de
Soufternon eftoient Colonels des
Regimens du Mayne & de Toulouze
. Ils ont efté faits Maréchaux
de Camp, & pourroient
vendre ces Regimens , mais
GALANT. 447
C
Monfieur le Duc du Mayne , &
Monfieur le Comte de Toulou.
ze viennent de faire une action
digne du Sang dont ils font for
tis, & ont recompenfé Mrs de
Chelader & de Soufternon , afin
d'avoir lieu de faire prefent de
ces Regimens.
Monfieur le Duc du Mayne
a donné le fien que commandoit
Mr de Cheladet à Mr de Cler..
mont, qui a efté Lieutenant Colonel
du Regiment de Horn Cavalerie
.
Monfieur le Comte de Tous
louze a gratifié en même temps
du Regiment qui porte fon nom
à Mr le Comte de Torigny , fils
de Mr de Gaffé ,
Le Roy a trouvébon que Mr
de Chamarande donnaft'à fon
458 MERCURE
fils celuy de la Reine qu'il commandoit.
Le Roy a donné en même
temps l'agrément à Mr de Blainville
de vendre celuy de Champagne
qu'il commandoit à Mrle
Marquis de Seignelay fon neveu .
Mr le Comte de Quintin fils
de Mr le Maréchal de Lorge ,
achette le Regiment de Rohan.
Mr de Mortemart celui de
Thiange .
Mr de Mortin Lieutenant Colonel
de Villequier , celuy de
Villequier.
Mr de Bartillat dont le pere
eft Gouverneur de Rocroy , celui
de мr de Clermont
Mr de Saint Criftaut celui de
Mr de Mariaux .
Mr de Seve, Capitaine de CaraGALANT.
451
biniers , celui de мrde Raffan.
Mr de Fouquereux Lieutenant
Colonel , celui de мr de Legall.
Mr de Biffy , donne le fien à
fon Fils.
Mr de Langallerie donne celui
qu'il commandoit à Mr de
Simiane fon beau Fils.
Plufieurs perfonnes de fervice
& de qualité s'empreſſent
pour acheter dautres Regimens ,
afin d'être plûtot en état d'être
nommez Officiers generaux ,
Le defir de fervir dans des
troupes auffi bonnes , auffi bien
difciplinées , & auffi aguerries &
acoutumées à vaincre que les
troupes de France , ayant porté
Mr le Comte de Schaque Dannois
, Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant à venir demander de
Fanvier 1702 .
PP
412 MERCURE
l'employ dans les Armées du Roy , ce
Comte a efte prefenté à Sa Majefté
par Mr le Marquis de Torfy. Il en a
cfté reçu avec tout l'agrément que
merite un homme de fa naiffance ',
& la preference qu'il donne à ; la
France fur tant d'autres Nations pour
faire voir dans les Troupes de cette -
Couronne des marques dun defir qu'il a
d'acquerir de la gloire..
Mi de Pracontal eft venu rendre
compte au Roy des affaires d'Italie ,.
& il a eu l'honneur d'eftre longtemps
enfermé avec Sa Majeſté. R
Les troupes qui vont en ce pays là
arrivent continuellement à Toulon ;.
on a commencé à les embarquer par le
Regiment de Monferat .
-Les dernieres troupes de la Cavaletie
qui va en Italie , eft arrivée à Grenoble ,,
ainfi il y a lieu de croire que toutes les ›
troupes que le Roy , yenvoye tant pour
les recrues que pour un nouveau renfort
y arriveront bientot.
Mr le Comte d'Entrées eft de retour .
[
GALANT
453'
à Toulon , il a laiffé toute la Ville de
Naples en joye dans l'efperance qu'elle
verra bientoft fon legitime fouverain.
Tout eft calme au dedans du Royaume ,
& l'on y a pris toutes les precautions
neceffaires pour empecher que les Allemans
ny abordent par aucun endroit.
Mele Prince de Robec, & Mr le Comte
de la Marck ont eu penfion du Roy.
Onoy que fes ennemis publient , les
affaires de France vont toujours leur
mefme train's on y trouve plus de troupes
qu'on n'en veut lever , elle font payées ,
& le Roy donne à fon ordinaire des
gtatifications & des penfions aux perfonnes
qui fe diftinguent & qui fervent
bien l'Etat.
Mr de Molé Confeiller au Parlement
fils de Mr deMolé Prefidént au Mortier,
époufe la fille unique de Mt le Marquis
de Nefmond , Lieutenant general des
armées du Roy.
Mr de Thuifi Confeiller au Parle
ment , fils de Mr de Thuifi Maiftre des
Requestes fe marie avec Mademoiſelle de
:
Pp. ij
454 MERCURE
•
Čaumartin. Le tems me manque pour
vous entretenir de ces deux grands
mariages.
Depuis que les Regimens dont je vous
ay parlé ont été vendus Mr pelot a vendu
le Regiment de Bigore à Mr de Guiraut.
On compte déja à Toulon trente deux
mille hommes des troupes qui doivent
y eftre embarquées pour l'Italie. Les
Regimens de Montferat de Forets , d'Al
bermale & quelques autres, ont fait voile
& l'on affure qu'il y a déja huit Bataillons
de debarquez. le fuis & c.
O
APOSTILLE.
N ne doit pas eftre furpris des fautes
qui fe trouvent fouvent dans
les Mercures , Ceux qui envoient des
Memoires n'en envoyent pas toûjours de
juftes . L'Auteur du Mercure avoue qu'il
peut fe tromper comme tout le refte des
hommes , & qu'il y en a de plus habiles
que lui,&fi l'Imprimeur vouloit avouër la
verité, il demeureroit d'acord que la plus
grande partie des fautes viennent de luy.
Dans le dernier volume page 248 on
•
GALANT. 415
mis Gouverneur de Naples , au lieu de
Viceroy .
A la page 280 on a mis Mr le Comte
d'Eftrées au lieu de Mr des Nots Gouverneur
& Lieutenant General pour lc
Roy au Ifles de l'Amerique. Cette faute
eft confiderable , parce que l'on a tué un
homme qui fe porte bien,
On a mis à la page 385 Brigades de
Gendarmerie , il faut mettre huit. Efcadrons
de Gendarmerie , chaque Escadron
eft compofé des feize Compagnies qui
compofent toute la Gendarmerie.
Il faut mettre à la mefme page au lieu
de Brigades de Carabiniers de Villeroy
& de Člainvilliers , Bataillons .
A la page 386 il faut mettre les deux
Brigades deVivans & de laFeronaye , chaque
Brigadier ne commandant qu'une
Brigade, & non deux Brigades comme il
paroift en cet endroit , chaque Brigade
de Cavalerie eftant compofée de plu
fieurs Regimens
.
LYSK
456 MERCURE
Evifes.
TABLE
Draité pour la pratique des forces
mouvantes ·
Estampes nonvelles
99
Derniere Lettrefur la Phifique mecani-
"
que.
།
134
Le Tombeau de Mademoiselle Scudery 61
Extrait d'une Lettre de Canada. 47:
Penfion donnée par Madame la Ducheffe
d'Orleans.
83
Lettre adreffée aux Philofophes Cartefiens.
>
938
99
T04
Narciffe, oule ridicule de l'amour propre,
Satire.
Quelles diftinction il faut admettre entre
lesdegrez methaphifiques. ,
Explications de quelques Phenomenes
qui dépendent de lafermentation . 116 ~
Confeil. 136 Rondeau . 141 Ode. 143°
Autre Ode.
1.
IS2
Difcours prononcépar Sa Sainteté. 159°
169 Morts.
Etabliffement d'une Verrerie à la Charitè
furSine. 1878
TABLE
Nouvelles de Perfe..
Etrennes, 21 Epitre en vers .
Carte nouvelle..
1903
224
241 :
234
Service folemnel fait à S. Omer. $220
Retour de la fanté de Mr Fagon .
Mrle Duc de Montfortprete ferment de
la Charge de Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers de la Garde
Second article des morts ..
245
264
Meffe celebrée quatre vingt ans aprés la
premiere du mesme Prestre.
Traduction d'une Ode de Mr
Boutard..
2699
l'Abbê
166
Diverses penfions données par le Royaux
Officiers de fes armées fur unfondtronvépar
Mrde Chamillart ..
288
Sonnet à S.AS. Mrle Duc du Maine. 192 .
Manuel celefte on nouveau Calendr. 293
Rondeau,
Troifiéme article de mort. :
295
2.96
Penfion donnée par S. A. R. Mr le Duc
d'Orleans.. 303
Changemens dans les Gardes du Corps.305
Principaux évenemens de la vie du Roy
marquez par aurant de Medailles, 314
TIRQUEDE
TABLE.
Quatrième article des morts. 326
Nouvelle article touchant Mr le Comte
d'Aguilart .
Nouvelles de Barcelone.
328
330
Noms de ceux à qui le Roy a donné la
permiffion de lever de nouveaux Regimens.
337
Thefes foutenues en Sörbonne . 344
´Lettres curieufes & de litterature. 345
Critique contre laprevention. 349
Nouvelles d'Italie.
351
Articles des Enigmes. 369
Affaires d'Angleterre. 378
Nouvelles de Rome . 369 Mariages . 308
Voyage du Roy d'Espagne:
Retour du Maréchal de Catinat.
Nouvelles de Hollande
Noms naiffance & fervice des nouveaux
Officiers, Generaux.
Regimens vendus.
Mr le Comte de Schaque eft prefenté au
Roy. 451
Plufieurs articles qu'on ne nomme point icy
fautede place.
Les Jettons doivent regarder la page 290
Qualité de la reconnaissance optique de caractères