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1701, 12
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Eur.
511
m
1701,12
Eur
: 511
m
1701
12
Mercure
<36624505510017
<36624505510017
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1071
1701
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant ,
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffit
le Mercure , ce qui en augmente confilerablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi lesvolumes
qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quanr
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Livres nouveaux qui fe vendent à
Paris chez Michel Brunet dans la
Grande Salle du Palais , au Mércure
Galant.
Les Metamorphofes d'Ovides avec des
Explications à la fin de chaque Table, enrichies
de plus de deux cens figures en
tailledouce , Traduction nouvelle par M
l'Abbé de Bellegarde , in octavo 2. vol.
10.livres .
Les mêmes où il n'y a que 18. figures
en taille douce, in г2 . 2. vol. 4. 1. 10.f.
La conduite du Sage dans les differens
états de la vie , in 12. 2. vol . 4. l.
Hiftoire de Dion Caffius de Nicée
par
Xiphilin , contenant ce qui s'eft paffé de
plus confiderable fous les Empereurs
Romains , in 12. 2. vol. 4. l.
Histoire de Venise de Jean Baptifte NaRi
4. vol. ro. l. 12.
Le Caericieux , Comedie nouvelle , en
cinq Actes , in 12. 1. l.
Suite des égaremens des hommes dans la
voye du Salut, par M l'Abbé de Villiers
,, 12 4 1.
Les deux premiers Volumes in 12 4.1.
AU LECTEUR.
TL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis de puis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrive en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
Aij
AU LECTEUR .
de défigurez, eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eſt bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchissent le port.
!
!
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1701 .
I
Ly a déja vingt- cinq
ans , Madame , que nôtre
commerce eft établi
pour vous faire part de tout
ce qui fe paffe de plus grand
& de plus curieux , & voici la
dernière Lettre de la vingt-
A iij
6 MERCURE
3
r
cinquième
année , de forte
qu'avec les Volumes quisont
efté doubles , & les Relations .
feparées , vous devez avoir
reçu preſentement
environ
quatre cens de mes Lettres ,
qui ont prefque toutes commencé
par le recit de quelque
grande action du Roy , ou
par quelque ouvrage en Profe
ou en Vers , qui a mis ces actions
dans un plus beau jour
que je n'aurois pû faire . Que
de chofes faites où la pieté &
fa justice ont paru avec éclat !
Que de bien faits répandus !
Que de perfonnes
de merite
GALANT. 7
récompenlées ! Que de furprenantes
marques de bonté &
de moderation que d'épreuves
d'une fageffe , & d'une pru
dence confommée , & que de
grands exemples à fuivre don .
nez à tous les Souverains du
monde ! Je ne doute point
que tant que j'auray l'honneur
de vous écrire ce grand
Prince ne nous fourniffe tou
jours autant de belles chofes
à dire , le paffé nous répond
de l'avenir.
Le grand nombre de nouvelles
dont ma derniere Lettre
s'est trouvée remplie , ne
A iiij
8 MERCURE
m'a point permis de vous faire
voir ce que l'Auteur de la Phifique
Mecanique a écrit à fon
Ami , touchant le Systeme du
Monde , par les loix & les re.
gles du Mouvement. Voicy
en quels termes il en parle.
A MONSIEUR
***
Vous
attendez
Ous attendez , fans dou
, Monfieur, avec quelque
forte d'impatience , cette
Lettre , pour voir comment je
m'acquitteray de la promeſſe
que je vous ay faite d'expli
quer par les loix & les regles du
GALANT. 9
mouvement , de quelle maniere
cerre vafte Machine du Monde
a eſtéconſtruite ; il me femble
même que j'entens que vous
me dites ces paroles. Comment
pouvez - vous accorder
vos Principes avec cette promeffe
? Car fi vous établiſſez
pour premier Principe de voſtre
Phifique mechanique , que c'eft
Dieu même qui a bâti la machia
ne du Monde , à quoy bon employez
vous les loix & les regles
du mouvement , pour expliquer
comment cette machine
a efté bâtie ? Et fi au contraire
vous pouvez rendre raiſon de
10 MERCURE
toutes les circonstances
de la
conftruction
de cette machine,
par les loix & les regles du mou .
vement , pourquoy recourezvous
à Dieu fans neceffité , en
le faifant l'Ouvrier de cette
machine.
Je répons à cela que nonfeulement
ces deux veritez ne
font pas incompatibles , mais
qu'il faut neceffairement que
cela foir ainfi , que Dieu foir
l'Ouvrier de la machine du mon .
de , & qu'en conftruifant cette
machine , il ait gardé les loix
& les regles du mouvement : car
je vous demande , Monfieur
GALANT. II
avez - vous jamais vû d'Ouvriers
qui conftruiſe une machine
fans fe fervir de quelque
inftrumens & fans obferver
quelques regles dans fon travail
? En fuppofant donc que
le monde est une machine que
Dieu a faire , ne pouvons nous
pas fuppofer auffi que ce fou
verain Ouvrier s'eft fervi de
quelque inftrument pour bâ
tir cette machine ? Et fur tout
fi nous voulons expliquer me.
caniquement cette fabrique de
l'Univers ? & fi Dieu s'eſt ſervi
pour cela de quelque outil ou
inftrument , pourquoy ne di
R MERCURE
rons nous pas qu'il s'en eft fervi
à propos & fuivant quelques
regles ?
Vous me direz , fans doute,
que c'eft faire tort à la Toute
puiffance , & à la Sageffe infinie
du Createur , de dire qu'il
a cu befoin d'outil , & qu'il
s'eft affujetti à des regles , par
ce qu'un feul Fiat ; c'eft à dire
un feul acte de fa volonté a
fuffi pour créer & former tous
les corps , & pour bâtir d'eux
la machine du monde . Je vous
avoue , Monfieur , que la dif
ference eft tres grande entre
la maniere avec laquelle un
GALANT 13
ouvrier bâtit fa machine automate
, & la maniere avec la
quelle Dieu a conftruit la machine
du monde : car premierement
un ouvrier particulier
fuppofe une matiere qui eft
toûjours quelque corps que
Dieu a déja formé. Seconde.
ment , il a déja entre les mains
un ou plufieurs outils avec lef
quels il commence & il finic
fon ouvrage. Troifiémement
il ne fe fert de ces inftrumens
ou outils , qu'en les maniant
& les remuant diverfement.
Quarriémement , enfin il garde
en travaillant des regles
14 MERCURE
qu'il trouve établies , & qu'il
a apprifes de fes Maiftres.
Il n'en eft pas de même du
Souverain Ouvrier de la machine
du monde. Par un feul
Fiat , il a fait de rien la matiere
de tous les corps ; le premier
corps qu'il a fait par un feul
Fiat lux , a efté l'outil dont il
s'eft enfuite fervi pour former
les autres corps & toute la
machine, ilne s'eft pas fervi de
cet inftrument en le maniant
&le remuant mais endifpofant
de luy par un feul Fiar du mou
vement actifqu'il lui avoit don
né pour la forme effentielle.
GALANT
ན་
Ce fut donc par ce feul Fiat
qu'il établit les loix du mouve
menten formant le feu , comme
il établit lesregles , en formant
l'air , l'eau &la terre. Après cela.
fait on quelque tort à Dieu
en difant qu'il s'eft fervi d'un
inftrument pour bâtir la machine
du monde, & qu'il a gar
dé dans fon ouvrage les loix
& les regles qu'il avoit luy-même
établies. C'est ce que je .
prétens faire voir dans cette
Lettre par une courte narra
tion de l'Hiftoire de la Creation ,
laquelle fuffira toutefois pour
faire comprendre comment
16 MERCURE
les loix & les regles du mouve→
ment ont efté établies , quel
eft l'ufage qu'on en doit faire
pour connoiftre le Systême du
monde , & pour par cette con
noiffance du Systéme du mon
de rendre raifon de tous les
Phænomenes de la Nature, comme
l'Horloger fe fert des con .
noiffances qu'il a de la trempe
du reffort & de la ſtructure de
fon Horloge , pour rendre rai .
fon de tous les Phænomenes &
effets de cette machine. Voici
comment je commence certe
Hiftoire de la creation .
La matiere de tous les corps ,
GALANTİE
n'eftant de ſoy qu'une fimple
étendue, & une étenduë ne
pouvant ſubſiſter un feul mo .
fans fes cinq efpeces de modes
ou formes , qui font la quantité ,
la divifion ou confiftance , la
figure , la fituation , le mouve.
ment ou le repos. Il est tres->
évident que dans le premier
inſtant de la Creation , Dieu
fit de rien une étenduë qui
avoit ces cinq efpeces de mo
des ou manieres d'eftre érendu
; mais à laquelle un de ces
cinq modes , je veux dire le mon.
vement , eftoit effentiel , ce qui
la détermina à eftre le Feu .
Decembre
1701.
B
18 MERCURE
C'eſt ainſi que le feu defigné
par le nom de lumiere , fuc
formé le premier de tous les
corps.
Ce feu ainfi créé & formé
ne pût le mouvoir en toutes
fes parties , qu'il ne fe divifât
en elles ; & que chacune d'elles
fe mouvant féparement de
toutes les autres , ne courut fur
une ligne droite , ce qui eft la
premiere & la plus fimple de
toutes les déterminations , com- ·
me nous l'avons déja dit ; cela
eftant , le feu fe repandit d'abord
en une infinité de rayons,
lamatiere s'amplifia , les parties.
GALANT. 19
du feu fe divifant toûjours en
de plus petites particules à me ,
fure qu'elles s'éloignoient davantage
du centre du monde ,
jufqu'à ce que Dieu par le
même acte de fa volonté qui
avoit formé lefeu arreftât coutes
ces particules de feu dans
leur chemin , & que ne pou
vant cefler de le mouvoir elles
continuérent à fe mouvoir ,
mais chacune en rond fur
elle même .
La matiere donc où l'éten
duë fut ainfi fort amplifiée,
& en maniere qu'elle étoit
diftinguée en trois étages ou
•
Bij
20 MERCURE
.
:
:
parties dont l'exterieure &
la plus éloignée du centre ,
& où le feu eftoit tres exatement
divifé , fut l'Air ou
le Ciel La feconde , que la
premiere contenoit imme.
diatement , & dans laquelle
Je Feu eftoit moins exactement
divifé fut l'Air ; & la
troiſième, qui occupoit le mi.
lieu du monde , & où le feu
n'eftoir que groffierement
divifé , fut la Terre. Je ne puis
pas vous mieux faire comprendre
, Monfieur , l'eftat du
monde dans ce commencement
de la formation , qu'en
GALANT. 21
R
le comparant à une chandel .
le allumée , & difant que la
lumiere eft l'Air , la flamme
eft Ean , & fa méche brû.
lante eft la Terre.
Vous voyez , Monfieur ,
par cette hiftoire de la Formation
des quatre Elemeris ,
que la Forme effentielle du Feu,
eft le mouvement de toutes fes
parties , & quella Forme effen
tielle de l'Air , de l'Eau , & de
la Terre , eft la divifion plus
ou moins exacte du feu dans
ces trois elemens ; c'est àdire
la fluidité de l'Air ; la
liquidité de l'Eau , & la fer22
MERCURE
meté de la Terre , par laquelle
l'Air refifte moins que
l'Eau , & l'Eau refitte moins
que la Terre à un nouveau
Feu qui l'aborde. Et qu'ainfi
le Feu a de foy la loy de fon
mouvement , & reçoit des au
tres corps la regle de ce mefme
mouvement , & que & que c'est
Dieu qui a eftably ces Loix"
& ces Regles.
Le mouvement actif eftant
dans la Forme effentielle du
premier de tous les corps ,
on peut dire que le Monde a
commencé par le mouvement,
& que le Temps qui n'eſt que
GALANT
23
la mefure ou la durée du mou-
.vement a commencé avec le
Monde , ou que le Monde a efté
faic au commencement des Temps :
L'on peut dire auffi que le
Temps particulier eſtant la durée
, ou la durée d'un mouvement
de fermeté les Ele .
mens ont efté faits au premier
jour du monde , c'eſt àdire
pendant la durée de la
premiere determination que
Dieu donna au mouvement
du feu . La fin de ce premier
jour fut donc lorfque
par l'ordre de Dieu toutes
les particules de feu qui
24 MERCURE
couroient en s'éloignant de
leur centre commun & en
en fe divifant toûjours da
vantage , s'arrefterent , &
commencerent d'employer
tout leur mouvement à piroüeter
chacune à part.
Sur la fin de ce premier
jour le Monde n'eftoit donc
qu'un compofe des trois Ele.
mens & du Feu qui les penetroit
tous trois , mais inéga
lement , & ces trois Elemens
eftoient diftinguez non feulement
par leur confiftance ,
mais encore par leurfituation
& leur groffeur , l'Air eftanc
beaucoup
GALANT:
29
beaucoup plus vafte quel Eau
qu'il enfermoit , & l'Eau beaucoup
plus grande que la Terre,
ils n'avoientrien de commun
que leur figure , laquelle étoit
ronde , attendu que le Feu
étant par tout égal & unifor
me , s'eftoit répandu également
de tous les coftez autour
de foncentre. Ils avoient en .
core cela de commun que
chacun d'eux eftoit pur &
uniforme dans toute fon éten .
duë ne contenant aucunes
parties des autres trois
Mais cette pureté ou fim .
plicité naturelle de ces trois
·
Decembre 1701 , C
26 MERCURE
Elemens paffifs ne dura pas
long temps : car le premier jour
du Monde fut fuivy d'un fe..
cond jour , je veux dire de la
durée d'une feconde determination
que Dieu donna au feu ,
laquelle commença de les
mêler. C'est à dire qu'aprés
la formation des quatre Elemens
, Dieu determina la
portion du Feu qui eftoit la
plus éloignée du centre du
monde & qui par fa divifion
tres- exacte formoit l'Air le
plus exterieur à courir de cette
furface du monde vers fon
centre. La plufpart de ces
GALANT:
27
particules de Feu venant du
large à l'étroit fe joignoient
entre elles , & avec celles
qu'elles rencontroient &
compofoient avec les unes
& les autres des parties plus
groffieres que celles qui é.
toient dans le refte de l'Air,
telle qu'eftoient celles qui
faifoient la confiſtance de
l'Eau qui couvroit la Terre.
C'est ainsi que les Eaux fu
perieures furent formées , &
que l'Air ou le Ciel fut renfermé
entre deux Eaux : ce
qui le fit appeller Firmament¸
Ce qui ne fut pas inutilement :
Cij
28 MERCURE
car vous verrez dans l'Hif
toire des Phænomenes de la
Nature la neceffité de ces
Eaux fuperieures pour faire
réuffir la plufpart de ces Pho .
nomenes.
Toutes ces particules du
Feu dufecond jour ne s'arrêterent
pas à la furface du monde
pour y former les Eaux
Superieures : il y en eut plu
fieurs qui penetrerent juſ
qu'au milieu du monde . Ce
fut alors que les Loix & les
regles du mouvement commencerent
d'eftre en uſage :
car chacune de ces particules
GALANT. 29
de feu rencontrant à chaque
moment une nouvelle refif
tance dans l'Air qu'elle traverfoit
, & ne pouvant rien
perdre de fon mouvement ,
elle fut obligée d'en employer.
une partie à rouler fur elle .
mefme à mesure qu'elle avançoit
, & ainfi elle alloit
d'autant moins vifte qu'elle
approchoit plus des eaux inferieures,
Tout de mefme
donc qu'en avançant elle
pouffoit devant elle l'Air qu'-
elle fendoit , ainfi en piroüet .
tant elle pouffoitce meſme air.
autour d'elle jufqu'à s'en cou ,
Ciij
30 MERCURE
vrir enfin avant qu'elle arri .
vaft à la ſurface de l'eau inferieure.
Toutes ces particules de
Feu du fecond jour entrant
dans l'Eau ainfi envelopées
d'Air , & y trouvant plus de
refiftance que dans l'Airy rou
lerent encore davantage , &
će roulement plus fort leur
fut occafion de fe faire cha
cune une tunique d'eau par
deffus l'envelope d'Air. Et
pour la mefme raiſon entrant
dans la Terre ainfi couverte
d'Air & d'Eau , & y trouvant
encor plus de reſiſtance que
GALANT
. 3R31.
>
dans l'Eau , elles y roule .
rent davantage
& par ce
roulement plus fort , elles fe
firent chacune une croute
de terre par deffus la tunique
d'Eau.
C'eft ainfi que les quatre
Elemens furent mêlez fur la fin
du fecond jour en une infinité
de tres petites vefcies que
j'appelle Efprits à caufe de
leur extrême petiteffe & de
la grande activité que leur
donne le feu que chacune
d'elles contient , je les appelle
auíli vesicules ou Efprits elementaires,
à cauſe que chacune
C iiij
32 MERCURE
d'elles contient les quatre Elèmens
, mais dans un ordre renverfé
, le Feu estant au milieu
couvert d' Air & d'Eau , & le
tout eftant enfermé dans
une croute de Terre. Ce
feu enfermé dans ces veficu .
les ou Efprits , n'eftant plus
fi fort penetrant que lors qu'il
eftoit nud & découvert , eft
la caufe efficiente du mouvement
local apparent du corps
folide dans le fluide , ou dans
le moins folide.
Le premier de tous ces
mouvemens locaux ou change ,
mens de place des corps grof
GALANT
33*
fiers fut la découverte de Terre,
laquelle arriva , comme je
vay le rapporter. Sur la fin
du fecond jour ces Efprits Elementaires
fe repouffant mutuellement
du milieu de la
Terre , remonterent prefque:
tous de la Terre dans l'Eau ,
& de l'Eau dans l'Air juf
qu'aux Eaux fuperieures qui
les renvoyerent dans l'Airou :
Ciel , & ainfi l'Eau & la Terre:
qui avoient jufqu'alors quelque
proportion avec l'étenduë
de l'Air , refterent fort
petits à comparaison de cet
Element fluide , qui outre fa
34 MERCURE
grandeur exceffive avoit beau
coup groffi , ayant reçu de la
Terre & de l'Eau les Efprits
Elementaires qui devoient eftre .
au quatrième jour la matiere
de ces grands Globes qu'on
appelle Aftres.
Le troifiéme jour du monde
, fut donc la durée de la
determination que Dieu donna
à ces Esprits Elementaires
répandus dans l'Air du Ciel, à
courir dela partiedu Ciel qu'on
a depuis appellé Auftrale vers
celle qu'on appelle Boreale.
Cette influence d'Efprits ren.
contra au milieu du monde.
4
GALANT, 35
la Terre couverte d'Eau de
tous coftez ; les Efprits qui y
entrerent , n'y courant pas
fi vifte qu'ils avoient couru
dans l'Air , furent occafion à
ce que ceux qui les fuivoient
immediatement , la reflechirent
de la face de l'Ɛan & de
Air , & qu'en fe reflechiffant
ainfi ils poufferent le Globe
composé d'Eau & la Terredu
Sud Sud à Nord , loin du
milieu du monde , pendant
que ceux qui traverſoient
ce Globe, & que s'y rompant
devenoient convergens entr'eux
fendoient l'Air devant:
36 MERCURE
lay , fuivant les regles du
mouvement.
Pour la mefme raifon , les
Efprits qui traverfoient l'Eau
de Sud à Nord , abordoient la
Terre , & y entroient , n'y courant
pas fi vifte que dans l'Eau,
furent occafon à la reflexion
deceuxqui les fuivoient imme
diatement ; lefquels en fe re.
Alechiffant de la Terre, la poufferent
vers leNord , pendant que
ceux qui la traverſoient & s'y
rompoient avec convergence
de fes rayons fendoient l'Eau
devant elle , ce qui fit que la
terre parut enfin du coſté du
T
GALANT. 37
Nord fur la face des Eaux.
& que toutes les Eaux refterent
ramaffées en un feul lieu
au Sud de la Terre.
Sur la fin du troifiéme jour ,
la mefme influence qui traverfoit
la terre de Sud à Nord
fut renduë fi forte par la con
vergence de les rayons qu'elle,
perça de part en part la Terre
encore tendre , & y introduifit
quelques eaux de la Mer,
qu'elle fit fortir par un grand
trou ouvert au milieu de la
Terre découverte ; ces Eaux qui
formoient un grand lac & l'unique
fontaine qui fut alors au
38 MERCURE
monde , fe creuferent el .
les mefmes quatre lits dans,
lefquels elles formoient quatre
grandes rivieres qui fe divifant
en divers ruiffeaux arrofoient
toute la face de la
Terré comme un feul & vaſte
1
Jardin , & fe jettoient enfuite
dans la Mer qui eftoit toute
au Sud de la Terre terminée
par un feul bord circulaire.
L'influence qui avoit percé la
Terre , & qui forroit par le
trou avec les Eaux fe repandoit
auffi comme elles fur la
·face de la Terre , & fur celle de
l'Eau de Nord à Sud .
GALANT.
39
Tel fut l'état où le systéme
du Globe terreftre depuis la fin
du troifiéme jour juſqu'au
temps du Deluge , qui fut la
premiere pluye qui tomba fur
la face de la terre , n'ayant
plu peut eftre jusqu'alors que
fur la Mer , parce que le Globe
terreftre eftant fort avant
dans la region
feptentrionale
du Ciel , le Soleil ne faifoit
monter des vapeurs que de la
Mer qu'il éclairoit prefque
toûjours à plomb. Vous ju
gez bien , Monfieur , que ce
fut la raison pourquoy cette
premiere pluye fut fi abon .
40 MERCURE
dante & fi impetueuse , que
tombant fur la face de la Terre
de Nord à Sud , & d'Orient
en Occident , elle rapprocha
ce Globe du centre du Monde,
le faifant fortir de deffus l'Axe
commun , autour duquel
tous les Aftres tournent d'Oc.
cident en Orient .
Outre cela , cette pluye
impetueuse , ruina les bords
de cette grande fontaine ,
parce qu'ils eftoient encore
tendres, & les fit tomber dans
la mer en trois gros.lambeaux ,
dont l'un eft l'Afie & fes lles ,
l'autre eft l'Affrique , & le
GALANT.
41
dernier est l'Amerique meridionale
, & forma en mefme.
temps la Mer du Nord , la Mediteranée
& la Mer Noire ,
& c. les Lacs , les Ifles , & c . l'inégalité
du terrain exterieur
& la pluralité des Rivieres ,
qui ont enſuite efté occafion
à la diverfité des terreins , &
ceux -cy à la production ou
formation des differens mi .
neraux.
Vous voyez fans doute déja
, Monfieur , les grandes
utilitez , que cette Hiftoire de
la formation de la Machine
du monde & de fes princi-
Decembre
1701 . D
42 MERCURE
paux changemens , peut avoire
dans la Phyfique , pour donner
la raison de la plupart des
Phænomenes
generaux
, vous
verrez encor mieux ces utili.
tez , lorsque j'auray achevé
la defcription des Corps mixtes
qui font les Plantes, les Afires,
& les Animaux. Je fais mention
premierement des Planetes
, parce que ce fut fur la fin
du troifiéme jour qu'elles fu.
rent formées des veficules
elementaires
les plus groffieres
qui refterent engagées
dans la terre . Dieu forma de
ces veficules toutes les especes
GALANT. 43
de Plantes , & toutes les Plantes
de chaque efpece,, enfermées
les unes dans les autres , pour
en germer fucceffivement , par
la nourriture que chaque germe
reçoit de la Plante qui le
contient immediatement , &
que celle cy reçoit de la Terre
par fes racines . Je n'entreprens
pas de foüiller dans les
fecrets de la Sageffe de Dieu
pour concevoir comment cette
formation des Plantes a
efté faite. Il me fuffit de fçavoir
que c'eft Dieu qui a forme
cette Plante qui a efté , qui
eft , & qui fera ; qu'il les a
Cij
44 MERCUR E
formées des elemens mêlez
en ces veficules ou efprits , &
qu'en ajuftant diverſement ces
veficules , il a gardé les loix
& les regles du
mouvement,
mais d'une maniere qu'il nous
fera toûjours impoffible de
concevoir
comme il nous
eft inutile de la fçavoir .
Il n'en eft pas de méme de
la formation de ces grands
corps que l'on nomme
les
Aftres , comme ils font appa.
remment des groffes maffes
uniformes, nous
pouvons con .
cevoir de quelle maniere ils
ont efte formez le
quatrième
GALANT
45.
jour , des veſicules contenuës
& répanduës dans l'Air où Firmament;
en difant que ce qua .
triéme jour fut la durée d'une
détermination que Dieu donna
à ces veſicules à courir dans
le Firmament ou Ciel en diyers
tourbillons en un fens
qu'on a depuis appellé d'Occident
en Orient , & tous autourd'un
même Axe , c'est à dire
autour d'une ligne droite ima .
ginée d'un point des eaux fuperieures
au point oppofé
paffant par le centre du monde.
Tous ces Tourbillons coutant
ainfi en un même ſens
46 MERCURE
fur les deux Poles ou extre .
mitez de cet Axe , & eftant
plus élevez eftant repouffez
par les eaux fuperieures fur les
autres , ils fe heurtoient fans
ceffe , & ainfi les vehicules qui
compofoient chaque tourbil
lon s'approchoient infenfiblement
les unes des autres ,
& toutes de leur centre commun
, & formerent enfin une
maffe ronde & folide qu'on
appelle un Aftre , laquelle
eftant formée continuoit toû-.
jours de courir d'Occident en
Orient en roulant fur ellemême.
GALANT 4.4
Les Aftres ayant efté ainfi
formez des veficules elementaires
contenues dans l'Air ou
Ciel , il y a bien d'apparence
que les veficules les plus élevées
ou diftantes du centre
du monde eftant les plus fubtiles
& les plus pures , les étoi.
les qui en furent composées
& formées , font des corps
plus purs , plus uniformes , &
plus difpofez à prendre feu :
par le caffement fucceffif des
velicules dont chacune d'elles
eft composée ; & au contraire
il paroift que les Aftres inferieurs
( qu'on appelle Plane48
MERCURE
Les ) eftant formez au plus bas
étage des Cieux , ou à cauſe
du voisinage du Globe terref
tre , les veficules font mêlées
de particules d'eau & de terre ,
ont dû eftre plus groffiers
dans leur texture , & n'avoir
pû eftre allumez , fi vous en
exceptez le Soleil, lequel appa,
remment a efté fait de veficu .
les fort pleins de feu ' , non
mêlées avec des particules
d'eau , mais feulement avec
quelques particules de terre.
J'expliqueray en fon lieu com
ment les Aftres dans le Ciel
ont commencé de luire , &
comment
GALANT. 49
comment leur influence la.
mineufe fait continuer leur
cours.
La conftruction de la ma.
chine du monde finit par la for.
mation des animaux que Dieu
fit le cinq & le fixième jour ;
c'eft à dire que le cinquiéme
jour du monde fuc la durée
d'une détermination que
Dieu donna aux veficules contenuës
dans l'eau à courir par
divers petits peloton's & d'une
maniere que la Sageffe divine
jugea le plus propre pour en
former ce grand nombre d'efpeces
de poiffons & d'oiſeaux
Decembre
1701. E
50 MERCURE
nir ;
que nous admirons , & tous
les individus de chaque eſpece
qui ont efté produits depuis
alors , & qui le feront à l'aver
; il en fit en chaque espece
des mâles. & des femelles , &
enferma l'un & l'autre fexe
dans les mâles , pour en fortir
fucceffivement, paffer dans les
femelles , & naiftre enfuite
d'elles immediatement
ou par
l'oeuf.
Enfin le fixiéme jour du
monde fut de même durée
d'une détermination queDieu
donna aux veficules conte
nuës dans la terre humide , à
GALANT , si
courir en une infinité de tres :
petits pelotons enchaſſez les
uns dans les autres , dont il
forma toutes les efpeces des
animaux terreftres & tous les
individus de chaque efpece
mâles & femelles , d'une ma.
niere que nous ne pourrons
jamais concevoir , ny par confequentexprimer
, & que nous
devons nous contenter d'ad.
mirer ) pour naiſtre fucceffivement
jufqu'à la fin des ficcles
, ainfi que je l'ay dit des
poiffons & des oifeaux . J'expliqueray
au long dans la feconde
partie de l'Hiftoire de la
E ij
52 MERCURE
machine du Monde & de fon
mouvement cette propagation
des animaux.
200
Ce que je viens de dire de
bien que
leur formation auffi
de celle des Plantes des Aftres ,
de la Terre , de l'Eau , de l'Air ,
& du Feu , de toute la Machine
du Monde , compofées de ces
fept elpeces de corps, me fuffit
pour vous prouver , Monfieur ,
qu'il n'y a pas d'autre fonde.
ment , n'y d'autres principes de
la Phifique , ny d'autres loix &
regles du mouvement que celles
que je vous ay expofé dans
mes precedentes Lettres . Il
GALANT $53
3
me fuffit en fecond lien pour
vous donner une veritable
idé de l'état ou Systême pre
fent de la Machine du monde ;
fçachant que la connoiffance
de ce Système nous eft abfolu
ment neceffaire pour rendre
raifon des Phænomenes de la
nature ; lefquelsne font, com
me je vous l'ay déja dit fort
fouvent , que les divers chan .
gemens que le mouvement a&if
du feu caufe dans le monde ,
& que nous voyons arriver .
aux corps qui le compofent ,
je veux dire aux quatre Ele .
mens , aux Aftres , aux Plan-
>
E iij
54 MERCUER
tes , & aux Animaux.po nem
Pour vous faire mieux com ,
prendre, Monfieur , l'applicaa
tion que je fais dans mon
Traité de Phyfique , de toutes
ces connoiffances generales
du fondement de la Phyfique
, des loix & des regles
du mouvement , & du Syfte.
me du monde , pour expliquer
chaque Phænomene de la.
Nature , j'ay fait deffein de
vous donner dans la Lettre
fuivante certe explication en
gros , & en même temps une
idée generale qui contiendra
le deſſein & l'Abregé de tour
GALANT 55
mon ouvrage . Je fuis cepen
dant avec attachement , &c .
A Marſeille , le 10. Avrilıyor.
Vous ferez , fans doute ,
contente des Vers que je
vous
envoye, Ils ont efté faits fur
un Carroffe verfé , leschevaux
ayant pris le mords aux dents.
A MONSIEUR ***
Eviens d'apprendre ce matin
I. fur Faraquifont
le grand chemin ,
Quoique la route en fait aifée ,
Vous avez en même deftin
E iiij
56 MERCURE
Que le pauvre fils de Thefée.
2
Voſtre -fort cependant me paroift bien
plus doux ,
Et le malheureux Hippolite,
Euft efté bien content s'il en euft efte
quitte
Pour quatre membres comme vous .
D
Quatre membres rompus , juftes
Dieux , quel dommage
Mais on nous a mandé qu'ils fontfi
bien remis >
Par de vos amis
cire
encore quel
Que vous
que ufage.
e
Quand meme par malheur vous boiteriez
tout bar kuwamg
Vulcain clopine à chaque pas ;
C'est pourtant un Dieu qu'on reclame..
GALANT. 37
Vous ferez comme luy boiteux ,
Et peut - etre coca , mais toujours
trop beureux ,
Pourvu que vous ayez une aufli belle
femme.
2
Ah Seigneur , ne permettez pas
Qu'en regrets fuperflus voftre coeur fe
confomme.
Songez que vous avez évité le tré
::pas
Et qu'un Gafcon qui n'a qu'un
bras
Vaut encore autant qu'un autre
- 2 bomme. ? ) 26 16020
2
Vous dont mille accidens divers
Ont fait éclater la conftance,
Vous qui dans le jeu mème , & les
plus grands revers
Avez tenufi bonne contenance
8 MERCURE
Nepourrez-vous vous voirfans perdre
patience
Deux ou trois mombres de travers ?
Non , non , je ne le fçaurois croire
Vous aurez foin de veftre gloire
Votre vertu nous le promet.
Le malque vousfouffrez ,je l'avouë ,
eft terrible
Mais enfin eft-ilplus fenfible
Qu'un coupe -gorge au lanfquenet.
Vous fçavez que l'Aftme
eft un mal auquel on fait aujourd'huy
une grande atten
tion ; c'eft ce qui m'enga.
ge à vous faire part du petit
Traité que vous allez li
re , il eft de Mr Dumont ,
GALANT. 59
Chirurgien Jure à Auch .
Obfervation Anatomique fur la
maniere dont feforme l'aftme
convulfif.
Ax
Yant efté mandé pour
ouvrir le corps d'un
homme de confideration de
cette Ville, âgé de cinquante
trois ans , mort de la dyffen
terie , l'Aftme convulfif s'y
eftant joint. L'incifion longi
tudinale faite , les muſcles de
la poitrine , & le ſternum levez
, je trouvay que les pou
mons eftoient fort bourfou
60 MERCUKE
flez par un gonflement & une
diftention de leurs vaiffeaux,
& des parties membraneufes,
eftant d'ailleurs pleins defang
& de vents ; il eft conftant
que ce cas eft tres extraordi
naire , puifque les poumons
s'affaiffent au contraire
dans les corps morts , parce
qu'ils font alors vuides de
fang , d'air & d'efprits. Leur
fubftance eftoit belle , & leur
couleur dans la partie anterieure
eftoit cendrée & marbrée
, & dans la partie pofte
rieure , elle eftoit rouge &
enflammée . Le Poumon droit
t
GALANT. 64
eftoit un peu adherant à la
pleure par des fibres membraneufes
. Il y avoit un vice
de conformation , dans les
poumons: ce vice confiftoit
dans leur grandeur , & dans
l'obſtruction des branches ,
qui estoient fort ferrées &
fort étroites , eftant en par
tie bouchées & comprimées
par des ſubſtances lymphati
ques , dont les vaiffeaux é :
toient fort dilatez , lefquels
par leur tenfion extraordinai !
re comprimoient tellement
les veficules orbiculaires , &
les bronches • que Pair
62 MERCURE
dans le temps du paroxif
me. n'y avoit plus alors
fon entrée , & fon iſſue libres,
fans qu'il y euft d'ailleurs dans
le stiffa interieur du poumon
ny tubercule , ny durillons ,
py corps glanduleux & durs .
Le Coeur s'eft trouvé fans
aucun eau dans ſon envelope ,
qui eftoit fort ample. Les
oreillettes , les ventricules ,
lefeptum medium , les vaiffeaux.
& les valvules eftoient dans
leur eftat naturel , auffi bien
que la mediaſtin , le thymus,
la pleure & le diaphragme.
L'épiploon qui eftoit fort
"
GALANT. 63
adipeux occupoit une grande
partie du bas ventre , & defcendoit
juſqu'au bas de l'hypogaßire
, s'eftant niché dans
le fcrotum du coſté gauche ,
"
depuis prés de vingt ans, fans
eftre gâté , ' ny mefme alteré,
tant par l'hernie epiplocele
qu'il caufoit , que par l'afth.
me convulfif qui avoit en
partie occafionné la fechereffe
du pericarde , & reduit
le malade dans une maigreur
extrême , comme il eft aifé
de l'obſerver aux phrifiques,
catarreux , fcorbutiques, lienteriques
, hypocondriaques,
64 MERCURE
& hydropiques , dont l'épi .
ploon ſe trouve pour l'ordi
naire corrompu ?!
Le Foye dans la ſurface exterieure
eftoit de couleur bru
ne , & ſon centre approchoic
de la couleur livide. La veffie
du fiel s'eft trouvée vuide ,
ayant jetté toute fa bile par
le meat cholidoquet dans les
boyaux , ce qui à caufé & excité
cette dyflenterie mortelle
. La Rare eftoit tres belle
tant par
la ſubſtance
& peti
reffe ,que par fa couleur cendrée
& grifaftre. Le Jejunum
& lileon Deftoient livides vis
GALANT. 65
fant à gangrene ; Le rectum &
une partie du colon eftoient
ulcerez dans leur tunique nerveuſe
, ridée & veloutée.
Le ventricule , le pancreas , le
mefentere, les capſules atrabi ·
laires , les reins & la veffie fe
font trouvez dans leur eftar
naturel.
Eftane parvenu à la tefte,
je fciay le crane le plus bas que
je pus , afin de voir & d'exa.
miner toutes les parties du
cerveau . Je voulus lever le
crane doucement , en introduifant
une fpatule , pour de
tacher la dure mere des en-
Decembre 1701 ,
F
66 MERCURE
droits des futures & des épi
nes qui fe remarquent inte
ricurement au coronal & occipital
. Je trouvay en leyane
le crane de la refiftance, parce
que la dure mere y eftoit
adherante , & que fon redou
blement , qu'on appelle le
faux, eftoit attaché au crane
depuis le Crifta galli jufqu'à
l'occiput , fuivant le progrés
du finus longitudinal , cftant
fufpendu en forme de cloiſon,
feparant le cerveau en parnie
droite & en partie gau
che , lequel je coupay avec
le fcalpel , à mesure que je
levois le crane. Si je n'avois
GALANT 67
point obfervé cette circonftance
& cette methode , j'au
rois rompu & emporté la propre
fubitance du cerveau .
Le crane eftant levé, je trou
vay que le cerveau , le corve
let & la moëlle allongée n'é.
toient revêtus que de la pie
mere , & que la dure mere
eftoit fi adherante , qu'elle
tapiffoit prefque tout le crane,
& que tous les vaiſſeaux qui
ſerencontrent dans les interf
tifes des anfractuofitez du
cerveau , fe trouverent tendos
& pleins de fang , parce
que la circulacion du fang
Fij
#8 MERCURE
dans le cerveau s'y faifoit avec
peine, and at de medbor i
Le cerveau avoit beaucoup
de circonvolutions & d'anfractuofitez
, & par confequent
il devoit former plus d'efprits.
Sa grandeur eftoit très extraordinaire
, les ventricules
eftoient fecs & fans aucune
ferofité , le feptum lucidum , la
voute à trois piliers , le plexuschoroïde
, la glande pineale,
le vulva , l'arus , les nates, les.
teſtez , l'infundibulum, les cou-·
ches des nerfs optiques , les ,
corps cannelez , le pont de
varole , le calmus , la production.
3 GALANT 69
vermiculaire , la glande pi
tuctaire & les dix paires de
nerfs eftoient d'une tres - belle
confiſtance , auffi bien que le
refte de la ſubſtance du cerveau
tant corticale , modullaire
, que calleufe.
Je détachay enfuite la dure
mere du crane avec le ſcalpel,
elley eftoit adherante du côté
gauche , comme fi on l'avoit
colée au crane exprés , & du
côté droit , elle n'étoit pas
tout à fait fi adherante. Je
trouvay aprés l'avoir détachée
, plufieurs petits trous ,
dans la partie fuperieure des
70 MERCURE
deux parieraux , prés de la
future fagicale & du bregma ,
penetrant au delà du Diploé,
avec un trou tres confiderable
dans la partie fuperieure .
& laterale du Coronal ducô .
té droit , prés de la future coronale
, de la grandeur & fi.
gure d'une feuille de mirthe,
penetrant prefque les deux
tables , la furface exterieure
du crane eftant dans fon
emier.
On doit remarquer ici que
noftre malade eftoit attaqué
depuis quatorze ans de l'afthme
convulfif, avec des mous
GALANT. 71
vemens extrémement violens,
irreguliers & involontaires de
tous les muſcles , qui fervent
à la refpiration , dont il eftoit
cruellement travaillé pendant
vingt quatre heures , à chacun
de fes retours , fort frequens
, & toûjours periodi
ques , & le paroxiſme fe ter.
minoit par une pefanteur &
douleur fourde des muſcles ,
propres de l'omoplate & des
extenfeurs de la tefte .
Le fiege de cet Aftme convulfif
eftoit dans l'occiput
comme je l'ay découvert par
cette Obfervation anatomi !
72 MERCURE
que , lequel provenoit d'une
ferofité fine , faline , acre &
irritante , qui fe feparoit du
fang & des glandules du cerveler
, laquelle defcendant
dans la moëlle allongée
, &
dans la medule fpinale
, piquoic
& irritoit fi fort les petits
pores des nerfs , par où
les efprits animaux coulent ,
& qui vont aux nerfs du poumon
, que tous leurs petits
filets fe merroient
en contraction
, & en ferroient forte.
ment les bronches . Cette irritation
même des nerfs du
poumon donnoit lieu à ce
cours
GALANT 73 .
cours regulier des efprits dans
les Plexus & entrelacemens
de la paire vague qui s'inferent
dans dans les muſcles de
la poitrine , du bas ventre &
dans le Diaphragme.
Ce qu'il y a de remarqua,
ble dans cette Obſervation
anatomique , c'est que le cours
du fang n'eftoit pas interrompu
, nonobftant l'adherance
de la dure.mere , & la feche.
reffe du finus longitudinal , &
des deux lateraux , qui empêchent
que le fang ne tombe
avec trop d'impetuofité & d'abondance
dans la jugulaire ,
Décembre 1701. G
74 MERCURE
qui le porte au coeur , qui pourroitle
fuffoquer fi fon mouvement
n'eftoit empêché & ral--
lenti par de petites valvules ,
qui rendent cesfinus inégaux ,
de maniere que le fang qui
avoir efté diftribué à la tefte
par les atteres carotides & vertebrales
, revenoit au coeur
par les veines jugulaires.
Je viens aux Relations du
paffage de la Reine d'Eſpagne
, que je n'ay pas reçues
affez toft pour vous en faire
part dans ma Lettre de Novembre
.Elles vous paroift ront
i
GALANT . 75
4
déplacées , & même vous. y
trouverez peut eftre quelques
endroits repetez , mais c'eſt
peu de chofe , & j'ay cru les
devoir laiffer pour l'enchaînement
, les Relations que vous
allez lire eftant grandes , belles
, ſuivies , & axactes .
M' le Comte de Broglio ,
Lieutenant , general des Armées
du Roy , Commandant
pour Sa Majesté dans le Languedoc
, ayant efté averti le
23. d'Octobre que la Reine
d'Espagne , qui eftoit venuë
fur les Galeres de France &
de Naples jufques à Marseille ,
G ij
76 MERCURE
s'eftant trouvée incommodée
de la mer , avoit débarqué &
continuëroit fon voyage par
terre depuis Marſeille jufqu'à
Barcelone , qu'elle pafferoit
incognito , & ne recevroit aucuns
honneurs , donna fes ordres
, afin que l'on travaillaſ
aux logemens pour la Cour ,
train & équipages de Sa Ma
jefté , qui devoit arriver peu
de jours aprés à Montpelier.
Le lendemain il partit de
grand matin , accompagné
d'une grande fuite de Noblef
fe , & avec un beau & nom.
breux équipage , pour ſe ren.
GALANT. 77
dre à l'entrée de la Province ,
für les Frontieres de Provence,
afin d'y recevoir la Reine , &
d'accompagner Sa Majesté
pendant fa route jufqu'à la
fortie du Languedoc.
Sur la nouvelle que cette
Princeffe devoit arriver
Montpelier , un grand nom
bre d'Etrangers s'y eftoient
-rendus , de forte que tous les
chemins à une lieue des avenuës
de cette Ville par où la
Reine devoit paffer , eftoient
garnis d'une tres grande quan .
tité de peuple. Par ordre de
M le Comte de Broglio ,
Giij
78 MERCURE
ſes armes furent oftées de
la porte de la Ville , dite
du Peyrou , & de fon Hôtel .
Un détachement de la Citadelle
fur commandé pour la
Garde de la Reine , & pofté
dans la cour du Palais , où elle
devoit loger dans les Appartemens
tenus par M le Premier
Prefident , & on mit des
Sentinelles aux portes de l'entrée
du Palais , afin d'empêcher
la foule du peuple. Le 26.
fur les cinq heures du ſoir , Sa
Majeſté arriva à Montpelier
& fut faluée par trois déchar
ges du canon de la Citadelle.
GALANT 79
L'entrée de Sa Majesté fut
precedée d'un grand nombre
de litieres , caleches , chariots
, chevaux de baſt , & au .
tres trains & équipages . Elle
eftoit dans le fond d'une li .
tiere, garnie en dedans & en
dehors d'un velours rouge , &
ornée de plufieurs rangs de
cloux dorez , avec des ga.
lons & crefpines d'or. Sur le
devant de cette litiere eftoit
Madame la Princeffe des Urfins
, & la litiere eftoit precedée
de quatre ' Gardes du
Corps de Sa Majefté à cheval ,
en jufte - au.corps rouge avec
Giiij
80 MERCURE
des galons d'argent , commandez
par un Officier qui
marchoità leur tefte . Quatre
autres Gardes veftus de même
venoient aprés la litiere , les
Pages & Valets de Pied de la
Reine marchoient fur les deux
coftez de la litiere , Sa Majefté
defcendit dans la Cour
du Palais , où elle fut receüe
par Mile Comte de Broglio,
accompagné de M' Bon , Pre
mier Prefident & d'un grand
nombre de Gentilshommes de
la Province , & conduite dans
·les apartemens qu'on lui avoit
preparez tres - exactement &
GALANT 81
tres -richement meublez.
A mesure que la Cour de
la Reine , & les équipages ar
rivoient , Mrs les Confuls diftribuerent
les billets pour leur
logement. La plufpart de ces
logemens avoient efté marquez
à la craye , par M' Vilá
Capitaine de Bourgeoifie, que
Mi le Comte de Broglio avoit
commis pour faire la fonction .
de Fourier durant le voyage de
la Reine dans la Province , à
la referve des logemens pour
Madame la Princeffe des Urfias
, pour Madame de Noyers
Gouvernante de la Reine , &
82 MERCURE
pour M ' le Marquis de Caf
tel Rodrigo , Ambaſſadeur
d'Espagne , qui logerent dans
les appartemens
qu'on leur
avoit deftinez chez Mile Premier
Prefident.
"
Le lendemain fur les dix
heures du matin , Mrs les Con
fuls en habit noir , & fans au .
cune marque de Confulat
ainfi qu'ils avoient paru le jour
precedent , fe rendirent chez
M le Comte de Broglio où
eftoient les prefens que la
Ville , par les foins que Ma.
dame la Comteffe de Bro .
glio s'efloit bien voulu don
CALANT. 83
ner dans le peu de temps
qu'on avoit eu , avoit defti .
nez pour la Reine , pour Madame
la Princeffe des Urfins,
pour Madame de Noyers &
pour M ' le Marquis de Caftel-
Rodrigo. Ces prefens furent
portez par lesValets de Ville
dans des Corbeilles ou caiffes.
Couvertes au Palais dans la
falle baffe de Mr le Premier
Prefident.
Sur les onze heures , la
Reine alla entendre la Meffe
dans la Chapelle du Palais.
Mrle Marquis de Caftel Rodrigo
donnoit la main à Sa
84 MERCURE
Mr le
Majefté , & Madame la Princeffe
des Urfins portoit le
bout de la queue de fa robe.
Pendant
ce temps
,
Comte de Broglio donna
ordre aux Confuls de faire
apporter les prefens delfincz
pour cette Princeffe dans l'antichambre
de Sa Majefté , ce
qui ayant efté fait , ils furent
mis fur cinq Placets pofez fur
le tapis de pied de cette antichambre,
à une certaine dif
tance du bord du tapis , afin
qu'ils fuffent veus par la Reine
quand elle marcheroit fur le
tapis.
a
GALANT 85
Ces prefens confiftoient en
une grande corbeille d'ofier
proprement faite , doublée de
taffetas , contenant deux Sultans
d'un tiffu d'or , doublé
d'un taffetas Ponceau, bordez
d'un petit galon d'argent avec
des boutons d'or aux coins
remplis de poudres d'herbe
odoriferantes du païs : Enune
autre corbeille remplie de
douze douzaines de fachets,
grands & petits d'un tresbeau
travail , partie à tiffu
d'or & argent, ou en broderie,
or & argent , garnis de chifres
& de deviſes , & d'une dou86
MERCURE
zaine de paires de poches de
taffetas ,fourrées avec des pou .
dres de fenteurs ; & en une
troifiéme corbeille remplie
de douze cuiffins de taffetas
de differentes couleurs brodez
d'or , remplis auffi de poudres
d'herbes de bonne odeur ,
avec deux caiffes de bois de
noyer,auffi proprement faites;
contenant chacune quatre
douzaines de bouteilles d'Eau
de la Reine d'Hongrie , de
thin & de marjolaine , coëffées
de taffetas , liées avec
des rubans de faveur de diverfes
couleurs qu'on avoit
GALANT 87
placées aux deux extremitez.
Les prefens ayant efté difpofez
de cette forte , les Confuls
& le Greffier le rangerent
fur l'entrée de laporte de l'an.
tichambre du cofté tournant
vers les prefens , qui furent
découverts , & la Reine étant
revenuë de la Meffe , M' le
Comte de Broglio dit à Sa
Majefté que c'estoient les
prefens de la Ville que les
Confuls avoient l'honneur
d'offrir à Sa Majesté . Elle s'en
approcha aufſi - toft , fuivie de
Madame la Princeffe des Urfins
, de Madame de Noyers,
88 MERCURE
de Madame la Comteffe de
Broglio & de M l'Ambaffadeur
, & les trouva tres beaux
& tres riches . Sa Majeſte
témoigna à Madame la Comteffe
de Broglio , qu'ils étoient
bien entendus & d'une tres-,
grande propreté , & s'eftant
avancée vers les Confuls , elle
leur fit l'honneur de leur dire
que ces prefens luy estoient
tres- agreables , qu'elle les recevoit
avec plaifir , & qu'elle
en conferveroit le fouvenir.
Les Confuls s'étant retirez
allerent difpofer ceux qui
eftoient deftinez à M' l'AmGALANT.
89
baffadeur , & les accompagnerent
dans l'anti - cham,
bre de fon
appartement.
Ces prefens confiftoient
en une douzaine & demie de
Aimbeaux de cire blanche ,
en vingt - quatre livres de bougies
des quatre à faț livre , en
pareil nombre de pacquets,
& en une caiffe de fix douzaines
de bouteilles d'Eau de
la Reine d'Hongrie , de thin
& marjolaine. Son Excellence
les receut avec de grandes
marques d'eftime & de recon.
noiffance , & dit qu'elle s'em-
Decembre 1701. H
90 MERCURE
ployeroit toûjours avec plai
-fir , tant en Espagne qu'en
France , pour rendre fervi
ce à cette Ville , & aux Habitans
en particulier.
曲
Enfuite les mefmes Confuls
difpoferent les prefens defti-
Ils confif
nez pour Madame la Princeffe
des Urfins .
toient en deux caiffes , une
grandecontenant
deux grands
Sultans de tiffu d'argent doublez
d'un taffetas d'Angleterre
cramoily , bordé d'un galon
d'or , avec leurs quarrez
& autres agrémens , de facs
de taffetas & lachets en broGALANT.
91
derie , or & argent fans nombre
, auffi garnis de poudres
d'herbes de fenteur , & en une
caiffe de quatre douzaines de
bout illes d'Eau de la Reine
de Hongrie , firop de capi
laire & marjolaine . Les Con
fuls furent introduits avec les
preſens par un Gentilhomme
de cette Princeffe dans fon
antichambre , où la Princeffe
s'eftant rendue , elle les reçue
d'une maniere fort gracieuſe,
en leur difant qu'ils étoient
tres beaux.Ceux qu'ils avoient
difpolez pour Madame la
Comteffe des Noyers , con-
Hij
9
MERCURE
fiftoient en deux caiffes pareil
les à celles de Madame la Princeffe
des Urfins , à la referve,
que les Sultans eftoient d'un
taffetas blanc d'Angleterre
bordé d'un galon d'or. Elle
en remercia les Confuls , ene
leur difant qu'elle fe fouviendroit
toûjours des manieresobligeantes
de Mrs de Mont
pellier.
Le lendemain 28. Octobre
fur les fept à huit heures du
matin , Sa Majesté après avoir «
entendu la Meffe dans la Chapelle
du Palais , partit de cette
Ville pour aller coucher à PeGALANT.
93
fenas , & fut faluée par trois .
décharges du Canon de la
Citadelle. Mle Comte de
Broglio eftoit party avant Sa
Majefté pour donner fes or
dres & difpofer toutes choles
à l'Oupian & à Pefenas pour
la reception de cette Princeffe,
& de toute la Cour qu'il , ace
compagna dans toute l'éten ..
due de la Province , & par
tout les chofes furent fi biem
difpofées , que Sa Majesté ſe
fepara de luy tres fatisfaitte
de les foins. Pendant tout le
voyage de la Reine dans cette
Province , il a tenu par tout
94 MERCURE
plufieurs tables tres - abon .
dantes , magnifiquement
&
proprement fervies , pour Sa
Majefté & toute la Cour , &
particulierement
à Montpe.
lier le jour de fon arrivée . Le
jour du féjour il donna un
grand dîner à M de Caftel
Rodrigo , Ambaſſadeur .
M ' de Bafville , Confeiller
d'Etat Ordinaire , & Inten
dant de cette Province , n'as
voir pû fe trouver à l'entrée du
Languedoc lorfque cette Prin
ceffe y eftoit arrivée , parce
qu'il tenoit les Etats de la
Province à Carcaffonne, Si :
7
GALANT. 95
teft qu'ils furent finis , il fe
rendit à Béfiers , où il reçut
cette Princeffe. Il eut l'honneur
de luy donner à dîner,
& à toute la Cour dans l'Evêché.
Aprés que la Reinefut
fortie de table , on en vit
paroiftre fept, qui furent fept
tables fervies dans des chambres
differentes . La premiere
eftoit de feize couverts pour
Mile Marquis de Caftel Rodri
guo Ambaffadeur , & pour les
autres Seigneurs , & les autres
tables eftoient remplies ou
par les femmes , chacune fuis
vant leur condition , ou par
96 MERCURE
les autres Officiers de cette
"
Cour. M de Bafville fera
vit la Reine. On remarqua
qu'elle luy dit plufieurs fois
qu'elle eftoit tres fatisfaite
de ce repas. Cette jeune Reisu
ne accompagne tout ce qu'el ?
le dit d'un air gracieux ; mais
plein de dignité , qui luy at
tire les coeurs de tout le monde.
Aprés avoir remercié Mi
de Bafville , elle fe retira dans
fa chambre pour donner le
temps de dîner à toute fa
fuite. On fut furpris de voir &
que M' de Bafville repeta le
foir à Narbonne ce qu'il avoit
faits
GALANT 97
fait le matin à Béfiers , &
qu'il donna dans l'Archevel
ché un fouper à la Reine & à
toute la Cour pareil au dîné,
dont Sa Majesté parut égale.
ment fatisfaite. Mi de Balville
pouffa les foins juſqu'a donner
aux Pourvoyeurs toutes
fortes de provifions en grande
quantité pour le reftede la rou
te jufqu'à Perpignan , M' le
Comte de Broglio & luy pri.
rent congé de la Reine à Ville
Falces . On ne peut rien ajoûter
à toutes les chofes obligeantes
qu'elle eut la bonté de leur dire
& deleur faire encore repeter
Decembre 1701. I
98 MERURE
par Madame la Princeffe des
Urfins . Toute cette Cour ne
fut pas moins contente jufqu'aux
moindres Officiers , &
aucun n'eut befoin de fecours
en Languedoc , de quelque
maniere que ce fuft , qu'il ne
le reçuft dans le moment.
Le lendemain du jour que
la Reine fur parcie de Montpellier
les Armoiries de M
le Comte de Broglio furent
remifes fur la Porte de la Ville
& fur celles de fon hôtel.
•
"
La Ville de Pezenas ayant
fçû que la Reine d'Espagne
y devoit venir , par une Lettre
GALANT. " 99
que Mile Comte de Broglio
envoya à Mr de la Vallette ,
Intendant de fon Alteffe Sereniffime
Monfieur le Prince
de Conty , Maire perpetuel
& Lieutenant de Police , par
laquelle il luy marquoit que
fa Maifon avoit efté choifie
comme la plus commode &
la plus propre pour loger Sa
Majefté Catholique : Madame
de la Vallette qui la reçut en
l'abfence de M' de la Vallette
fon époux , qui eftoit encore
aux Eftats à Carcaffonne ; la.
communiqua aux Confuls ,
qui receurent le lendemain
I ij
100 MERCURE
des ordres pour marquer tous
les logemens , & pour pre.
parer une reception digne
d'une fi grande Princeffe .
M'de Billas , premier Conful
, ordonna à un grand
nombre
d'Habitans de pren
dre les armes , & il le fit avec
toute la conduite & toute la
diligence poffible, faifant voir
par là qu'il avoit acquis par fest
longs fervices une grande experience
dans les Comman
demens qu'il avoit eus en qua.
lité de Capitaine dans les Armées
de S.M.En deux jours.on
vit par fes foins une milice
GALANT. IC
polée de plus de mille comhommes
de tous les Arts &
Métiers choifis , avec des chapeaux
bordez de galons d'or.
proprement vêtus , diftinguez
par des drapeaux & par des
rubans de differentes couleurs.
Le troifiéme jour qui
fut le28. Octobre fur les qua.
tre heures du foir , M le Maire
qui eftoir de retour des Erats,
précedé de la milice , efcu .
diers & halebardiers , fuivy de
Mrs les Confuls , & de tour
le Corps de Ville alla atten
dre la Reine devant le Con .
vent des Peres de l'Obfervan
1
I iij
102 MERCURE
ce hors la Ville. La plus gran
de partie des Habitans & le
plus grand nombre d'étrangers
qui eftoient arrivez de
toutes parts de tout fexe & de
tout âge , bordoient le che
min . La milice faifoit une
double haye jufqu'au Pont de
Montagnac , où l'on avoit
envoyé une grande quantité
de
flambeaux de poing pour
y attendre la Reine qui arri
va de nuit , ce qui fit écla
ter davantage l'illumination
qu'on avoit preparée aux fenêtres
de ce Bourg , & de toute
la Ville . Quand elle fut à
*
GALANT . 103 .
l'endroit où on l'attendoit ;
Midela Vallette & les Confuls
eurent l'honneur de la falüer.
M' Fabre de Couvet , Syndic
de la Ville , porta la parole en
ces termes ,
MADAME ,
La Ville de Pezenas que vôtre
Majesté honore de fa prefence en
paffant , vient rendre les bommages
qu'elle doit à fon augufte Perfonne,&
àfon royal caractere ,
en luy offrant les voeux de tous
les Habitans pour fa glorieuse
proſperité.
Nous avons appris de lOra ,
I iiij
104 MERCURE
le
cle facré qu'une Reine de Saba
quitta fon païs pour aller confiderer
la magnificence
& la gloire
d'un Prince qui avoit acquis
don de Sageffe ; mais vôtre Majesté
environnée
de toutes les graces
dont l'ame eft encore plusgrande
que la naissance , a bien voulu
adoucir l'éclat de toutes les vertus
qu'elle poffede en un fouve
rain degré pour nous faire voir
en ce moment ( le plus heureux de
nos iours ) une puiſſante Reine
qui part pour aller admirer ,
pour eftre elle mefme le sujet de
l'admiration
d un jeune Monar
que , dont la fagiſſe a devancé
1
GALANT
του
les années , qui regne par luy-
-meſme , & qui eft capable de
fournir à tout. De forte , Ma
dame , que ce ne fera pas seule .
-ment une alliance de fang , mais
une alliance de toutes les rares
perfections dont le Ciel a favorifé
vos Majestez. Comme il a vou
In que cet augufte Sang air tow
chè aux plus famenfes Couron
nes de l'Univers , il vous don
nera pour comble de benedictions
une nombreuſe posterité. C'eft ce
que nous luy demanderons
par
rous nos voeux , animez de la mê
me ardeur qui nousfait eflre avec
un tres profond reſpect de vôtre
106 MERCURE
Majefté , Madame , les tres hume .
bles , cc.
La Reine ayant témoigné
la fatisfaction qu'elle avoit
reçue de ce difcours , auffi .
toft on entendit une grande
décharge de boetes , & le
Poulin , qui eft une grande
machine qu'on fait fortir dans
toutes les actions de joye ',
habillé de bleu fleurdelifé
d'or , dança , & par les fauts-
& les diverfes courfes qu'il
fir pour faire écarter la foule,
faifant femblant de mordre
tous ceux qu'il rencontroit
4
"
GALANT. 107
donna du divertiffement à la
Reine , qui fur conduite au
fon des violons & des trom.
pettes le long de la grande
ruë de la porte de la Greve,
de la Halle & du Quay , dans
le logis que l'on luy avoir
preparé. On avoit mis un
grand Corps de Garde à la
porte pour en empeſcher la
la foule. Madame de la Vallette
eut l'honneur d'eftre
preſentée à la Reine par Ma.
dame la Princeffe des Urfins.
Sa Majesté luy ayant donné
fa main à baiſer , luy dit d'une
maniere tres obligeante ;
108 MERCURE
On est bien heureux , Madame,
quand on voyage , de trouver une
maison auffi propre que celle cy
pour ſe repofer, & je vous fuis
obligée . Cette maifon eft compofée
de trois beaux appartemens.
Dans celuy de la
Reine , il y avoit un ameu
blement de damas bleu , le lit
& la tapifferie relevez d'or &
d'argent , les chaiſes toutes
dorées. Dans celuy de Mad la
Princeffe des Urfins , l'ameu
blement eftoit de damas vert
avec des nates d'or par tout.
celuide м'l'Ambaffadeur étoit
de mefme , tous trois magnifiGALANT.
109
ques , & éclairez par un grand
grand nombre de luftres . Les
fenêtres de l'appartement de
la Reine donnoient fur un
parterre où l'on defcend par
une terraffe. Les orangers , citronniers&
le jet d'eau produi
foient un tres agreable effet.
Madame la Princeffe des Ur
fins demanda à qui eftoit cer.
Ville , on luy dit qu'elle étoit
à Monfieur le Prince de Conty.
Elle pria Mr de la Val
lette de l'affurer de fes ref
pects , & qu'elle ne manqueroit
pas de luy écrire que la
Reine avoit efté tres fatisfaite
10 MERCURE
5
de la maniere qu'on l'avoir
receue dans les terres. kirs
La Reine qui le trouvoir un
peu fatiguée , aprés qu'on luy
cut porté les préfens que la
Ville a acouflumé de faire ,
qui confiftoient en des corbeilles
tres propres pleines de
confitures & de bougies , fic
remercieri M½le Doyens du
Chapitre qui y eftoit alle en
Corps pour la haranguer ,
auffi bien que le Pere Supe
rieur du College Royal , &
les autres Commonautez Religieufes
, & foupa à fon petit
couvert , ce qui n'avoit pas
GALANT.
#
empefché qu'il n'y eût eu trois
tables fervies avec autant de
propreté que de delicateſſe &
de magnificence , Le lendemain
la Reine entendit la
Meffe aux Penitents noirs ,
où elle trouva un , Prié Dieu
qu'on luy avoit preparé avec
un grand tapis fous un dais
où la Mufique fe furpafla, Mr
le Comte de Broglio l'accom
pagna par tout , & tint table
ouverte. Cette Princeffe
partit enfuite. el
Ruck
Le 30. d'Octobre , Mr. de
Quinçon , Lieutenant General,
& Commandant dans la
M172
cette
MERCURE
Province de Rouffillon , & Mr
d'Albaret Intendant te ren³i
dirent fort matin à Salces ;
pour aller au devant de la
Reine d'Espagne , &
Princeffey arriva un peu tard ,
à cause d'une petite pluye qui
tomboit. A fon arrivée , le
canon de la place fit trois dé.
charges à boulet , & leslen
demain au matin , il fit encore
les mefmes décharges.
Mr de Moeufe , Lieutenant
pour le Roy , avoit fait tou
tes les dépenfes neceffaires .
pour avoir l'honneur de la
recevoir dans le Chateau ,
*
GALANT 13
mais il fut trouvé plus à pro
pos de la faire loger dans la
Maifon de Mr Ovilier , Receveur
des Fermes unies de
Sa Majesté en titre d'Office ,
comme dans un endroit plus
commode, où мr l'Intendant
d'Albaret eut l'avantage de
luy donner à fouper avec
beaucoup de magnificente
, ce qu'il fit auffi à tou
tes les perlonnes de fa fuite
ayant fait marcher un grandnombre
de chariots & de
mulets , chargez de quantité
de provifions , en forte que
tout abondoit. Madame la
K
Decembre 1701.
114 MERCURE
Princeffe des Urfins & Madar
me de Noyers louperent avec :
la Reine , qui trouva beau
coup de delicateffe dans ce
repas , & fit de grandes hon
néretez à мr d'Albaret . мrde
Mocuze , Lieutenant pour les
Roy , avoir eu l'honneur de
la haranguer quand elle eftoiti
arrivée , auffi bien que le Bail
ly & les Confuls de la Ville ,
qui avoient pourvû avec aus
tant de foin que de diligen
ce à tout ce qui eftoit neceffaire
pour les équipages ,
en forte que tout le monde
fut tres fatisfait . Mr de Quin
GALANT. 15
fon envoya un gros déta
chement de Troupes , qui
furent de garde toute la
nuit. Mr de Laborie , avec fa
Compagnie franche en garnifon
dans le Chateau des
de Salces , fur le Comman
dant de cette Garde . Sa Majefté
partit le lendemain à
huit heures du matin , avec
toute la Garde de la Province
que мr de Quinlon avoit
fait venir à Salces , comme
la premiere place du Rouffillon
pour eftre à fa fuite .
Quoy que le vents , & la:
mer fuffent devenus.contrai-
Kij
16 MERCURE
res à la navigation de la Reine
d'Espagne , des le premier
jour qu'elle fut embarquée à
Nice , on efpera neanmoins.
qu elle ne feroit pas aufli long.
temps retenue à Antibes
qu'elle l'a efté , parce que
comme il ne falloit que trois
jours de beau temps pour ve
nir de ces coftes là , à celles
de Rouffillon , on ne douta
point que dans la faiſon ou
Fon eftoit alors , la mer & les
vents ne fe calmaffent bien .
toft pour donner le moyen
à cette Princeffe de continuer
fa route , & dans cette con
GALANT 167
-
ĥance M' le Comre de Quinfonsdonna
fes ordres , afin
qu'on fift des fignaux for toueces
les Coftes auffi toft qu'on
découvriroit à la mer le
corps des Galeres qui efcor,
stoient la Reine. M' de Villedombe
, Lieutenant de Roy
-& Commandant à Colliou
vre , avoit de même donné
les fiens , en execution de
Geux qu'il avoit reçus de M
de Quinfon , afin que le Fort
Saint Elme qui domine loin
à la mer au deffus de Colliouvre
, répondit à ces fignaux
par trois coups de Canon
18 MERCURE
Par lefquels le Pays devoit
cftre averti d'apporter incefb
fament toutes fortes de vio 1
vres à Colliouvre , & au Port
de Vendres , qui en eft tout
proche. Ces fignaux de voient
fe communiquer à d'autres
que le Roy d'Efpagne avoit or
donné qui feroient faits le long
de la Coltre de Catalogne
,
jufqu'à Barcelone , afin que
Sa Majesté Catholique fuft :
avērtie promptement
par ce
moyen , de l'arrivée de la Rei .
ne au Port de Vendres . M'le
Comte d'Albarce , Premier.
Prefident
du Confeil Supe
GALANT. [119
rieur de Rouffillon , & Inten.
dant de la Province , alla avec
toute la maison à Colliouvre ,
où il fit préparer tous les ra
fraîchiffemens & autres chofes
dont la Reine & fa fuitepouvoient
avoir befoin , &
pendant prés d'un mois que
cet Intendant a fejourné en
ce lieu là , il y a fait une dépenſe
extraordinaire , auffi
bien que M ' de Villedombe ,
ayant tenu l'un & l'autre de
groffes tables foir & matin ,
pour toutes les perfonnes les
plus qualifiées de la Province ,
de l'un & de l'autre Sexe , qui
"
"
120 MERCURE
s'yeftoientrendues pour avoir
l'honneur de voir la Reine.b
Le vent contraire ayant continué
, on appric bruſquement
par un Courrier de la Cour
dépêché au Roy d'Espagne à
Barcelone , que la Reine de
voit débarquer à Marseille
& continuer fa route par terre.
En effet , Mrs les Comtes de
Quinſon & d'Albaret reçurent
des ordres de la Cour ,
qui confirmerent cette nou.
velle , ceux qui furent adreffez
au premier , portoient que
quoy que cette Princeffe marchaft
incognito , il s'adreffaft à
CM
GALANT: izr
M le Marquis de Caſtel Rodrigo
, Ambaffadeur Exrraordinaire
du Roy d'Eſpagne
prés de cette Princeffe , pour
fçavoir de luy fi elle defiroit
qu'on luy rendift des hon .
neurs , & en ce cas là , de luy
rendre tous ceux qui eſtoient
dûs à ſon rang & à fa qualité
de Petite- Fille du Roy , & que
comme le Roy d'Efpagne
pourroit venir de Gironne ,
jufqu'à Perpignan , le Roy luy
ayant mandé qu'il en eftoit le
maiftre , l'intention de Sa Ma
jefté eftoit , en cas qu'il prift
ce parti , qu'on luy rendift
Decembre
1701.
L
122) MERCURE
dans cette Province , les mêmes
honneurs qu'à fa propre
Perfonne , & à M ' d'Albaret
, de faire payer fur le
compte du Roy , les voitu
res neceffaires que Sa Majefté
avoit ordonné à M¹ de
Quinfon de faire fournir à la
Reine , & à toute fa fuité en
Rouffillon , ne voulant point
qu'il en coutaft rien pour cela
à cette Princeffe dans fes
Etats.
Sur ces ordres de laCour, tout
le monde fe flatoit à Colioure,
d'avoir l'honneur d'y voir le
Roy d'Espagne, & dans le defir
GALANT 123
ardent que chacun y avoit de
faire paroiftre l'empreffement
& le zele refpectueux qu'il a
pour la perfonne du Roy &
de toute la Maifon Royale ;
il n'y avoit perfonne qui ne
cherchaft en luy- même à inventer
quelque chofe de particulier
, pour l'entrée & la
reception de Sa Majesté Ca
tholique dans cette Ville ,
lors qu'on apprit qu'elle n'en
approcheroit pas plus prés
que de Figuieres , qui en eft
fept lieuës , & de la domination
de ce Prince. On fçur
auffi em même temps par le
Lij
124 MERCURE
retour du Courrier , que M' le
Comte de Quinfon avoit envoyé
à M' le Marquis de Caltel-
Rodrigo , que la Reine
vouloit obferver un incognito
fort exact , ce qui luy fur auffi
confirmé par des lettres de
Mr le Comte de Grignan ,
Commandant en Provence ,
& au lieu que fuivant la pres
miere route de cette Princeffe
, elle ne devoit arriver à Per
le de Novem . 4.
d'Octopignan
que
bre , on apprit le 29.
bre , qu'elle y devoit arriver
le 31. de ce même mois , ce
qui obligea Mrs les Comtes
GALANT
27
de Quinfon & d'Albaret , d'al
ler le 30. à Salces , où la Reine
devoit coucher ce même jour.
Le fecond y envoya route fa
Maiſon , & eut l'honneur d'y
donner á ſouper a la Reine ,
& a route fa fuite , comme je
vous l'ay déja marqué , le premier
n'ayant pû le faire , parce
que la Reine devant dîner &
loger chez luy le lendemain
a Perpignan , il fut obligé d'y
laiffer fes Officiers pour préparer
toutes choſes , & alla
au delà de Salces à l'entrée de
la Province recevoir cette
Princeffe , a laquelle il fit fon
Liij
128 MERCURE
compliment , & luy témoigna
le déplaifir qu'avoit Mole
Maréchal de Noailles , Gouverneur
de la Province , de
n'eftre pas a fon Gouvernement
pour en faire les
honneurs a Sa Majefté , &
qu'en fon abſence , il feroit
feroit de fon mieux afin qu'
elle fut contente . Il eftoit
accompagné de la Nobleſſe
du Pays , & de la Compagnie
des Gardes de M² le
Maréchal Duc de Noailles ,
tous bien montez , & fort
proprement vétus .
Quoy que Salces foit un
GALANT. 129
lieu mal bafty & fort ferré de
logement , neanmoins par les
foins & la bonne chere de мr
l'Intendant tout le monde
y fut à fon aiſe dans le
Bourg.
>
Le 31 , la Reine en partit à
huit heures du matin , & fut
falüée de trois falves genera
les du canon du Chateau ,
comme elle l'avoit efté à fon
arrivée : Elle arriva à Perpignan
vers les onze heures, &
fut receue à la premiere barriere
de la porte Noftre - Dame
, par mr de malartic ,
Lieutenant de Roy , Com,
Liiij
130 MERCURE
mandant dans cette Ville, &
par les autres Officiers , qui
marcherent à la tefte & à coſt é
de la litiere de la Reine , jufqu'à
ce qu'elle fuft defcendue
chez Mr de Quinfon , où
elle logea : Elle trouva à la
porte de fon logis , fous les
armes la Compagnie Colo .
nelle du Regiment Suiffe de
Villars , compofée de deux
cens hommes , commandez
par Mr мay , Colonel en fecond
, avec le drapeau Colonel.
A peine la Reine fut- elle
arrivée chez elle , que мr de
Malartic , Lieutenant de Roy,
GALANT. 13
fit faire trois falves de tout le
canon de la Ville , à chacune
defquelles celuy de la Citadelle
répondit. A onze heu
res & demie , la Reine accompagnée
de Madame la Prin
ceffe des Urfins , & de Mada
me de Noyers , alla entendre:
la mefle à l'Eglife Cathedrale
de S. Jean , où elle fut fuivie
de toutes les perfonnes de
caractere & de diftinction de
fa Cour , de la Province & dela
Ville ; elle trouva en arri
vant à cette Eglife , le Chapitre
en Corps , au nombre
de prés de cent Preftres , qui
132 MERCURE
la reçut à la porte. Le Doyen
luy prefenta l'eau benîte , &
l'ayant menée au Prie Dieu,
qui avoit efté mis devant
l'Autel oùl'on celebra la мef.
fe , tous les Chanoines & autres
Beneficiers de cette Eglife
, attendirent qu'elle fuft
dite pour accompagner la
Reine à fa fortie. Cette Eglife
eftoit fi remplie de monde,
que le bruit de la multitude
empêcha qu'on n'entendit les
voix de la Mufique , qui chanta
des moters pendant la мeffe
. Le nombre infiny de
fonnes qui cftoient aux fenê
perGALANT
133 .
tres , & dans les ruës par où
cette Princeſſe paffa pour aller
de chez elle , à l'Eglife & en
revenir , ne fut pas moindre,
puiſqu'on eftoit obligé d'ufer
en quelque maniere de
violence pour faire faire paſfage.
La Reine eftant de retour
chez elle , difna en public , &
voulut bien que мr de Quinfon
eut l'honneur de luy pre
fenter la ferviette en entrant
& en fortant de table. Mada .
me la Princeffe des Urfins &
Madame de Noyers mange .
rent avec elle. Pendant le
$34 MERURE
difner , la Reine fit l'honneur
à Mrs de Quinfon & de ma
lartic de leur parler tres - fou
vent . Le reste de la journée,
cette Princeffe ne parut plus
en public. Le lendemain Fête
de tous les Saints , elle fit fes
devotions , & communia dans
fon appartement pour évi
ter le tumulte du Peuple
qu'elle auroit trouvé dans les
Eglifes. Ce jour là , Sa Ma
jefté difna encore en pu
blic : Plufieurs Dames de la
premiere qualité de la Ville ,
tres parées , quoy qu'en habit
de deüil , eurent l'honneur
GALANT. 135
de la voir difner , & de luy
baiſer la main avant qu'elle
rentraft dans fa Chambre.
Madame la Princeffe des Ur
fins ayant demandé laquelle
des Maiſons des Filles Reli .
gieufes feroit le plus commode
, afin que la Reine y'
puft aller entendre Vefpres;
il fut convenu qu'elle iroit au
Convent de Saint Salvador.
Ce font des Chanoineffes de
de l'Ordre de S. Auguftin.
Mr de Malartic y envoya fur
le champ une garde de cinquante
fuzilliers , comman
dée par un Capitaine pour
136 MERCURE
aller
garder les portes , & empef
cher la foule du Peuple.
A trois heures , Sa Majesté
partit de chez elle pour
entendre Vefpres , accompagnée
de toutes les perfonnes
de diftinction de fa Cour &
de la Province. Depuis la
Maifon où elle logeoic juf.
qu'à ce dit Convent, les fe.
nêtres & les ruës par où elle
paffa eftoient remplies de
monde comme la veille. En
fortant de ſa chaize, elle trouva
l'Abbeffe de ce monaftere
qui la reçut à la tefte de fa
Communauté , & l'accomGALANT.
137
pagna au Choeur , fuivie des
principales Dames de la Ville
qui s'y estoient renduës de
bonne heure pour avoir l'honneur
de faire leur Cour à cette
Princeffe: Aprés que les Vef
pres chantées par les Reli
gieufes furent finies , l'Ab
beffe luy preſenta une cola.
tion magnifique , Sa Majeſté
admira la maniere de l'habit
des Religieufes qui eſt à l'Ef
pagnole , & s'eftant enſuite
retirée chez elle , ne parut
plus en public du reste du
jour.
A midy , le Marquis de
#38 MERCURE
Quintana , Grand d'Eſpagne
& premier Efcuyer de la Rei
ne , luy fut prefenté par Je
Marquis de Caftel Rodrigo.
Il vint pour luy rendre com
pte, que fes Dames d'Honneur
& toute la Maifon a
voient couché à Figuieres , &
fe rendroient le foir auprés
de Sa Majesté. Ces Dames
Eſpagnoles pretendoient être
logées dans la meſme Maiſon
de la Reine qui n'eftoit pas
affez grande pour les contenir
toutes avec celles qui y eftoient
déja , ce qui obligea
Mr de Quinfon de faire percer
GALANT 139,
la maifon d'un Gentilhom .
me joignant la fienne pour les
loger , ayant pratiqué une
communication pour venir
de plein pred de cette maifon
qui eft grande & bien
meublée dans l'appartement
de la Reine , fans eftre vûës ,
mais Sa Majesté ayant confideré
que ces Dames ne pour
roient arriver dans Perpignan
que la nuit , elle ordonna au
Marquis de Quintana de retourner
fur fes pas pour faire
demeurer toute la Maiſon au
Boulou , jufqu'au lendemain
qu'elle devoit y aller dîner.
Novembre 1701. M
4° GALANT
.
Le 2 Novembre , Fête des
Morts , la Reine ayant ouy la
Meffe dans fon appartement
,
monta en litiere à dix heures ,
ne l'ayant pû plucoſt à cauſe
de quelque incommodité
qu'elle avoit euë la nuit precedente
. La Princeffe des
Urfins eftoit dans la litiere ,
ainfi qu'elle avoit efté depuis
le commencement de fa rou.
te ; mais madame de Noyersdemeura
à Perpignan chez мr
de Quinfon . Les autres femmes
qu'elle avoit amenées
de Piedmont la fuivirent , de
mefme que tous les Officiers
GALANT
. 14
que Monfieur
le Duc de Sa.
voye luy avoit donnez pour
fa conduite
, & les deux Am.
baffadeurs
de Savoye qui el
toient venus le jour prececedent
de Gironne
où ils
avoient laiffé le Roy d'Ef
pagne , fuivirent auffi la Rei
ne qui fortit de la Ville de
Perpignan
par la porte de
Saint Martin , où M² de Malartic
l'attendoit
avec les autres
Officiers
Majors de la
place , pour luy faire la reve
rence , & auffi toft que toutes
les litieres & chaizes roulan
ses de fa fuite eurent paffé le
"
Mij
142 MERCURE
dernier Pont de la Ville , Mr
de Malartic fit faire trois fal .
ves generales du canon de la
Ville , fuivies d'un pareil nom.
bre de la Citadelle .
Pendant le fejour quela -
Reine a fait dans Perpignan ,
Mrs de Quinfon , d'Albarer &
de Malartic ont tenu de grof.
fes tables , foir & matin . Lepremier
chez lequel cette
Princeffe a logé , en a tenu
dans fa Maifon & dans celle
d'un de ſes voiſins , où il s'é
toit retiré , jufqu'au nombre
de fept , outre la fienne qui
eftoit de vingt couverts, tant
:
CALANT
. 44
pour la fuire de la Reine, que
pour les étrangers , que la
curiofité y avoit attirez . Le
fecond a logé chez luy , Mr
le Marquis de CaftelRodri
go, & les principaux Offi
ciers de Monfieur le Duc de :
Savoye , qui compofoient la
Maifon de la Reine . Ils fou
perent tous la veille du dé
part chez Mr de Malartic . La-
Reine & toute fa fuite témỏi .
gnerent beaucoup de fatisfa-
&tion de l'empreffement que
tout le monde avoit d'aller
au devant de ce qu'ils pouvoient
defirer.
144 MERCURE
L'incognito exact que cette
Princeffe voulut obſerver, fuc
cauſe que le Corps de cette
Ville , qui eft un des plus illuftres
du Royaume , eſtanc
en partie compofé des Prin ,
cipaux Gentilshommes de la
Province , de Bourgeois qui
font fouche de nobleffe , re
çues à l'Ordre de Malthe fans
difficulté , de Marchands ho.
noraires , & d'autres perfon :
nes choifies dans les autres ,
fut tres mortifié de ne pouvoir
donner à la Reine à fon
Entrée , & pendant fon fejour
des marques de fon ref
GALANT. I145
pect , par des illuminations,
feux de joye & danfes publiques
, n'ayant pû mefme
obtenir la permiffion de la
falüer en Corps. Il fit offrir
à Sa Majesté douze douzaines
de bagues d'or émaillées,,
portant une Croix de Saint :
Jean - Baptifte , au lieu de
Pierre , lesquelles avoient touché
à la Relique du bras gau.
che de ce Saint qui eft chez
les Peres Dominiquains de
la mefme Ville. On a une
grande veneration pour cette
Relique , auffi bien que pour.
les bagues de cette efpece
144 MERCURE
qui l'ont touché Tous les
Habitans de cette Ville s'é
toient difpofez à loger dans
leurs mailons les perfonnes
de la fuite de la Reine
, que Mr de Malartic &
Mrs les Confuls les avoient
priez de recevoir dans cette
occafion , car ils ne logent
jamais que de cette maniere,
& non par billet , à moins
que ce ne foit les Fouriers de
la Maifon du Roy qui marquent
les logemens.
La Reine d'Espagne eftant
arrivée au Boulou , le 2. Novembre
à deux heures aprés
midy
GALANT
45
midy , y fut receue par Mrs
de Quinfon & d'Albaret , &
par toute fa maiſon Eſpagnole
, les Dames y eftoient au
nombre de cinquante , & parmy
elles , il y en avoit fept en
titre de Dames d'honneur ,
Majordomes, & Menines Les
autres eftoient les femmes de
Chambre & de la Garderobe.
Les Gardes Espagnoles gar!
derent la Reine , & ceux qu'-
elle avoit menez de Marſeille;
commandez pr M' le Chevalier
de Pefne, Officier des Galeres
de France , furent re
merciez ? La Reine fit prefent
Decembre 1701. Ν
146 MERCURE
à cet Officier d'un Portrait du
Roy d'Espagne , enrichi de
Diamans , & de cent piftoles.
Il accepta le premier , & s'excufa
de recevoir cette fomme,
attendu qu'il eftoit payé par
le Ray fon maistre , ce qui fut
fort approuvé, Les Officiers
de Monfieur de Savoye , qui
avoient accompagné la Reine
depuis Turin , furent de
même remerciez , & s'en retournerent
le lendemain de
ce lieu à Perpignan , ainfi que
toutes les femmes Piémontoifes
, & logerent chez M
de Quinfon dans les mêmes
M
GALANT. 147
appartemens , qu'elles avoient
Occupez. Eiles y fejournerent
le4, & en partirent le 5. à deux
heures après midi pour aller
coucher à Salfes , & de là con.
tiquer leur route à Turin .
Les Officiers Espagnols
de
la Maifon de la Reine , luy
fervirent
à dîner en leur maniere
, & comme M' le Comte
d'Albaret s'apperçut
que la
Reine ne mangeoit point de
leurs mets ; il fit prier Sa Majesté
d'agréer qu'il fit fervir
le dîner qu'il luy avoit prepa
ré , ne croyant point que les
Officiers de Sa Majesté cuf
Nij
£48 MERCURE
fent eu cette précaution , ce
qui luy fut accordé. Ce repas
fut fi grand & fi magnifique ,
qu'il y en cut plus qu'il n'en
faloit pour fervir plufieurs tables
, outre celles de la Reine ,
& des Dames Eſpagnoles. Le
foir il eut encore l'honneur de
donner à fouper à la Reine ,
& à toute fa fuite , avec la
même delicateffe & magnificence.
Le lendemain 3. la Reine
partit du Boulou aprés avoir
donné fa main à baiſer , à toutes
les Femmes & Officiers
Piémontois de fa Maiſon qui
GALANT 149
,י
s'en retournoient à Turin , &
fe metrant dans fa littiere av eć
Madame la Princeffe des Urfins
, elle fit beaucoup d'honneftetez
& de remerciemens ,
à Mrs de Quinton & d'Alba.
ret , de tout ce qu'ils avoient
fait pour toute la fuite ; M ' de
Quinfon avoit fait venir un
détachement de Bellegarde
pour garder la Reine au Boulou
, & en avoit fait pofter plu
fieurs fur les Montagnes , à
droit & à gauche , pour faciliter
le paffage de Sa Majeſté ,
qu'il alla accompagner avec
toute la Nobleffe , & la Com-
Niij
150 MERCURE
pagnie des Gardes de Mle
Maréchal
de Noailles , jufqu'au
de - là du Pertus , qui eft
un Paffage au pied de la For
tereffe de Bellegarde
, qui fepare
les Etats des deux Rois.
M'de Quinfon ayant eu l'hon .
neur dans ce lieu là de prendre
congé de la Reine , Sa Majeftéluy
fit encore de grandes honneſtetez
, & beaucoup
de re
mercimens
, auffi bien qu'à
M' d'Albaret
, qui eut auffi
l'honneur
de faire la reverence
à cette Princeffe . Madame
la Princeffe
des Urfins , les.
pria de bien faire les compli,
GALANT. 151
mens aux Dames & à Mrs de
de Perpignan , & de les affurer
du fouvenir que la Reine
conferveroit , des demonftra
tions de joye , & de refpe & ,
qu'ils luy avoient données ,
Aprés quoy m ' de Quinlon fe
retira a Perpignan avec toute
fa fuite , & la Reine continua
fa route vers Figuieres , où le
Roy l'attendoit.
L'Ode que vous allez lire eſt
digne de voſtre curiofité. Elle
eft de m ' de Vertron , dont je
vous ay parlé tant de fois . Il
en explique le fujet par cette
Lettre.
N iiij
152 MERCURE
A L'AIMABLE
ADSTY
ET SPIRITUELLE SILVIE .
Voi
COUS ferez , fans doute,
bien aife , Mademoiſel
le , vous qui gagnez les coeurs,
de fçavoir les noms des Da
mes qui ont gagné les prix fur
tant de beaux efprits. Pour
entendre mon Ode , il faut
vous faire obferver que Mrs
de l'Academie des Ricovrati
de Padouë , ont reçu dans leur
docte Compagnie neuf Dames
illuftres en France , fous
les noms des neuf Mufes ,
GALANT. 153
dont j'ay mis quelques ouvrages
, & fait quelques éloges
dans la Nouvelle Pandore ,
& dont le merite vous eft connu
. Parmi ces Sçavantes , feuë
Mademoiſelle de Scudery ,
qui en eftoit la Sapho, rempor
ta en 1671. le Prix de l'Eloquence
, au jugement de
Mrs de l'Academie Françoife.
Mademoiſelle Deshoulieres ,
digne fille d'une digne mere ,
cut celuy de la Poëfie enfuite:
Mademoiſelle Bernard , de
Rouen , l'a remporté trois fois
non feulement dans la même
Academie ; mais encore dans .
14 MERCURE
Celles des Jeux Floraux de
Touloufe. C'eft dans la premiere
que la charmante Madame
Durand , que vous avez:
connue dans l'lfle ,vient d'être
couronnée , pour avoir forte.
ment &
agreablement fait
voir dans fes vers , que le Roy
n'eft pas moins diftingué par les
vertus quifont l'Honnefte homme,
que par celles qui font les grands
Rois. Comme l'Academie de
la Ville Palladienne propoſe
pour Prix des fleurs d'or &
d'argent , aux Mufes victorieufes
, Mademoiſelle de Mallen .
fant a eu deux années confe.
GALANT ISS
cutives le Souci & l'Amaran
te ; Madame de Cadreils En
caufle y avoit reçû pour ſa
belle Elegie , les precieuſes
marques de la victoire. Mademoifelle
Lheritier , furnoms
mée la nouvelle Teleffille , a
gagné trois fois la Medaille
de Mrs de l'Academie des
Lanternistes de Toulouſe , quis
Juy ont donné une place par
mi eux. Mademoiſelle Ches
son, qui en a merité une entre
les Mufes Françoifes & les Ita
liennes dans l'Académie de
Padoue, par fes Poëfies facrées
& prophanes , en a auffi me.
156 MERCURE
rité une autre par fes Portraits
dans l'Academie Royale de
Peinture de Paris . Enfin fous
le nom des Corinnes , on doit
entendre les autres Femmes
& Filles Illuftres du Siecle de
Louis le Grand , dont j'ay parlé
dans mon Recueil , où j'ay
la moindre part affurement ,
& dans lequel je vous demande
pardon , Mademoiſelle , de
n'avoir pas mis voftre nom ,
mais il eft mis dans mon coeur,
&y occupe la premiere place .
Je fuis ,voftre , &c .
GALANT. 187
ODE
A la gloire des Femmes illuftres
du fiecle de Louis le
Grand , qui ont remporté
des Prix de Profe ou de
Vers , adreffée à Meffieurs
de l'Academie des Ricovra
ti de Padouë.
QUels fons harmonieux
s'élevent
jufqu'aux
nuës ?
D'où viennent ces nouveaux concerts
,
Dontj'entnes retentir les airs?
Les neufSoeurs en ces lieuxferoientelles
venuës ?
Ouy ,fans doute , le Louvre eft leur
facré Vallon ;
Louis , comme un autre Apollon ,
18 MERCURE
Lefrontceint de Lauriers , eft l'objet
de leur zele
Etcette dolle Troupe , au gré de fes
fouhaits,
Rend unjufte tribut à la gloire immortelle
Duplusgrand Roy quifutjamais.
2
Je m'abufe ! la France en guerriers
fifertile,
Porte des Mufes àfon tour ;
Elle enfait naitre chaque jour,
Et Pallas & Minervey trouvent
mème agile ;
Ty vois de toutes parts , pourchanter
fon Heros ,
Des Corinnes & des Saphos.
De fa vertu parfaite elles font les
oracles ;
Iufqu'à ces derniers temps , prodiges
inouis !
GALANT. 159.
Mais quel fiecle aprés tout doitfaire
des miracles ,
Si ce n'eft celuy de Louis ?
Rome , ne vante plus le beau fiecle
d'Augufte ;
La France l'emporte fur toy ,
Etfon Empereur&fon Roy
Sont les dignes objets de l'encens le
plusjufte
Mais noftre zele enfin va plus loin
que le tien,
Tu le vois , nous n'oublions rien ,
Pour fournir de Louis les diverfes
carrieres :
Ne nous oppoſe pas tes Flaccus , tes
Marons ,
Tu verras fur les rangs entrer nos
Deshoulieres
Nos Saintonges , & nos Cherons.
160 MERCURE
4
2
Si le vainqueur d'Hector eut jadis
un Homere ,
Pourfauverfon nom du tombeaus
France , ton Achille novvéau
Trouve affez dans ton fein dequoyfe
fatisfaire:
La plus belle moitié de fon Empire
heureux ,
Ardente à répondre àfes voeux ,
Prend foin d'éternifer les palmes ,
qu'il moiffone's
Au deffaut defon bras , elle prètefa
voix ;
Et quand nous le fuivons dans les
Champs de Bellone ,
Nos Mufes chantént fes exploits .
2
Nous leurs cedons fans honte , ou
plutoft avec gloire ;
Lorfqu'aprés avoir combatu ,
GALANT: // 168-
On rend hommage à la vertu ,
La défaite eft illuftre , & vaut une
victoire.
En tombant à leurs pieds , leurs plus
fameux rivaux
Trouvent le prix de leurs travaux;
La Seine vient de voir fa docte Academie
Couronner de lauriers la charmante
Durand ;
Ne ceder qu'aux efforts d'une telle
ennemie ,
N'est-ce pas un prix aſſezgrand ?
ន
Retraceray-je icy les nombreuſes conqueftes
De ce Sexe fi triomphant ?
Bretonvilliers & Malenfant
* Madame la Prefidente la Douairiere ,
qui eft une des Mufes de l'Academie
de Padouë.
Décembre
1701. O
152 MERCURE
Dune même guirlande ont vâ ceindre
leurs teftes .
Le puis citer encor & d'Encauffe &
Bernard ;
Toutes brillent dans ce bel art ,
Qui fçait des Immortels imiter le
langage
;
Et s'il faut dire enfin , que duftile
Aeury.
Une Fille fur nous emporta l'avantage,
Ie n'ay qu'à nommer Scudery .
S
Leurgloire fait la tienne équitable,
Padouë
Quandtu les reçois dans ton fein,
Tout couronne un fi grand deffein,
Tu ne faispas un choix , que Paris.
defavoue;
Ta les vois aufi-toft fur nos plus
beaux efprits
GALANT
153
Remporter un illuftre prix ,
Pour te combler d'honneur , enfautil
davantage ?
Que d'un fuccez fi doux ton Licée
eft charmé!
Quel triomphe pour luy ! fon augufte
fuffrage
Par nos palmes eft confirmé.
2
Moiffonnez-en fans ceffe , aimables
ennemies
Que tout cede à votre pouvoir ;
Pourfuivez , & nous faites voir
Vos conquêtes fur nous doublement
affermies ,
Notre bonheur dépend de ne refifter
pas ,
Los qu'un vainqueur a tantd'a-
On ne fçauroit luy faire un affez
prompt hommage ,
Oij
164 MERCURE
Hé ! pouvons - nous chercher un fort
plusglorieux ?
A ' peine fçavons - nous qui brille,
davantage
De vos efprits ou de vos yeux ?
S
Ouy , l'on doit vous aimer autant
qu'on vous admire ;
Et noftre encens & nos foupirs
Sont prefts au gré de vos defirs ,
Les Dieux ont à la fois foumis à
voftre empire ,
Et l'Ile de Cithere & le facré
Vallon :
L'amour auffi bien qu'Apollon ,
Se fais un doux plaifir de marcher
fur vos traces.
Ah! pour nous enchanter trop de
charmes fontjoints ,
Vous raſſemblez en vous les Mufes
& les Graces 2
GALANT.
165-
On peut bien foupirer à moins.
2
Pour moy , qui dés long temps fenfible
à tant des charmes,
Ay fignalejufqu'en ce jour ,
Et mon refpect & mon amour,
Que j'ay trouvé de gloire à vous
rendre les armes !
Pardonnez cependant ', fi d'une foible
voix
Pofay celebrer quelquefois
Des beautez , des trefors qui m'im
pofoientfilence ;
D'un ton digne de vous ay-je pû vous
chanter ?
Les foupirs de mon coeur auront plus
d'éloquence,
Si vous voulez les écouter.
Monfieurde Vertron qui eft auffi
l'un des trente de l'Academie
466 MERCURE
f
Royale d'Arles , a fait recevoir
dans celle de Padouë prefque
toutes les Dames , dont voicy
les noms , ce qui marque qu'il
eft leur Panégirifte perpetuel ,
& le Protecteur du beau Sexe.
Cet Academicien envoya à l'Illuftre
Madame Durand , avec
cette Ode une Lettre en Profe,
à laquelle cette aimable victorieufe
, a fait une réponse galante
& pleine d'efprit , pour le
remercier d'avoir contribué à
fa gloire .
NOMS ET QUALITEZ
des neuf Mufes de l' Academie
des Ricovrati de Padouë.
r . Terpficore. Madame la Com.
´teffe d'Aulnoy . **
GALANT. 167
1. Euterpe. Madame de Salicz ,-
Viguiere d'Alby.
3. Melpomene, Madame la Prefidente
de Bretonvilliers , la
Douairiere:
4 .
Uranie. Madame le Camus de
Mellon , la Confeillere d'Etat .
5. Thalie Madame la Comteffe
de Murat ,
6. Clion. Mademoiſelle de la Forfe
Caumont . •
7. Polymnie. Mademoiselle Des--
houlieres.
8. Caliope. Mademoifelle Bernard
, de Rouen.
9. Erato. Mademoiselle Cheron.
L'Air nouveau que je vous
envoye , eft de Mademoiſelle
de Bataille , les Paroles font
de celuy qui ne fe fait con168
MERCURE
noiftre
mirifte .
que fous le nom de Ta
AIR NOUVEAU.
Ce n'est pour le Printemps , pour
l'Efté , pour l'Automne ,
Ny les fleurs, ny les fruits que
quefaifon donne
Que mon coeur amoureux
Forme des voeux .
cha-
Le Printemps me ravit un Amant
quej'adore ,
Ilva chercher la gloire aux climats.
éloignez
L'Efté me le retient encore-
L'Automne , chez Bacchus mesfou
pirs dédaignez,
Font le chagrin qui me devore .
Je chante Hyverfeulement
Il me ramene mon Amant.
M
ه
Cen'en pour leprintems,pour l'esté pour l'
coeur amoureux Forme des voeux, voux.Le;
4*
mats eloigner l'Estéme leretien encore,l'auto
ba 6 66 93
vore le chantel'hiver seulementje chante l'hi
b464 65
bits
168
noif
miri
Ce
My
Lei
Ilv.
L'
L'A
E
F
7
GALANT. 169
M'Lauriffol de Dellavret , мedecin
à Sainte Burade d'Agenois
, a écrit la Lettre qui fait .
Sur le Rhumatiſme univer .
fel , guéry en moins de huit
jours.
A MONSIEUR
***
Docteur en medecine,
MONSIEUR ,
Comme on ne traitejamais bien
une maladie fans en connoître la
caufe , j'ay voulu m'appliquer avec
foin à la recherche de celle qui fait
le Rhumatifme ; & ma peine ne
feroit pas inutile , fi j'avois le bonbeur
deftre entré dans votre fenti-
Decembre 170L. P
170 MERCURE
ment. Je meflute que vous trouverez
que je n'y ay pas fait peu d'attention
, fi vous confiderez que la dou
leur eftant la compagne infeparable
de toutes les fontes enflammées , le
Rhumatifme ne fe doit attribuer
qu'à cette efpece d'inflamation que
nous appellons phlogofe qui eft un
épanchement de fangfans élevation
manifefte de la partie,
Car à confiderer de quelle maniere
fe forme la douleur , vous fçavezauſſi
bien que moy , que ce n'eft
que la feule partie empourprée du
Jang dans une alliance étrangere
qu'elle tire fon principe. Et s'il
faut juger du dedans par le dehors ,
fur tout à l'égard des playes , il eft
feur que deux chofes devant neceffairement
concourir à cet effet , de
l'action , pour ébranler rudememen
4
GALANT 171
les nerfs & du tranchant pour en
divifer lefibres , l'on ne trouve dans
la lymphe ni dans les efprits ani◄
maux rien quifoitcapable de produire
aucun fentiment defavantageux ,
tant il eft vray qu'il n'eft point de
douleur fans folution de continuité
ny de fenfation fans mouvement ,
effets veritables qui font toujours les
fuites infaillibles des inflammations.
C'eft ce qui eft affez à remar.
quer dans la depravation de la par
tie rouge dufang , puifque la continuation
de l'acide & du foulphre
donne à cette liqueur venant à s'épancher,
la vertu de poindre en ſe
mouvant, & d'ébranler en déchirant
, dautant que les efprits irritez
defcendent avec precipitation dans
les parties affectées , où d'abordleur
quantité grolie remuë fi fortement
Pij
172 MERCURE
V
les matieres, que les atomes roides&
crocheus heurtent& brifentfans reconnoiftre
le fibres nerveuses , dont l'é
branlement fe faifant en mefmetemps
fentir dans le cerveau , l'ame
apperçoit & juge de la douleur
qui fe diftingue d'autant plus vivement
que l'agitation eftfaite avec
plus deforce. C'est ce qui ne fe voit
pas dans le defordre de la partie
lymphée de la maffe humorale , quoy
que parfa chute elle caufe tres-fou
vent la dilaceration des fibresorga
niques , dans les hydropifies , dans
les ademes , & dans les fcirrhes
Ainfi , perfuadé qu'il y a un acide
particulierpourtous les epanchemens,
je croy avec fondement que l'acide
qui s'infinue au dedans de nous pour
y porter la guerre , s'attache à la
partie fulphurée de liqueurs ; enforGALANT
173
te que s'augmentant il s'arrefte fuivant
fa determination dans les join-
·tures & dans les parties qui les touchent.
Et fi l'on prend garde que
toutes les fortes de poifons n'agiffent
pas indifferemment fur chaque pare
du corps , l'acide qui donne lieu
à l'inflammation de la poitrine &
ailleurs , ne fçauroit caufer celle des
membranes & des ligamens , puis
qu'il eft certain que tous les reffors
de noftre machine font differents , &
que leur tiffure n'eftant pas
la mef
me , ils font entretenus chacun de
l'humeur qui luy eft convenable:
Là-deffus je dis
acide contracte quelque focieté avec
les fucs huileux & balfamiques
que le fang tranfmet aux jointures
& aux membranes qui en derivent,
il arrive que la maffe ne pouvant
que
des que cet
Piij
174 MERCURE
plus fournirau befoin de ces parties, A
baiffe une craffe fulphureufe armée
de picquans dans les tuyaux capil
laires , qui ne manque point de re
veiller la douleur , foit à cauſe que
ces corpufcules pointus refiftent en pe
netrant,& penetrent en refiftant ou
que lefouphre eftant compofe de globu
les ,&quefe rencontrantbeaucoupplus
de parties enflamées qu'il n'enfaut
pour engaigner les pointes de l'acide,
l'efpritcelefte qui fait de plus grands
efforts quand il trouve de la refiftance
dans fa courſe , ne pouvant
dans le moment venir à boutdes principes
conftituans de la matiere Rhumatifmale
, a recours aux molecules
libres , dont l'action le rend victo
rieux , luy facilite le moyen de s'en
fervir comme d'autant de fleches
qui par la roideur de leurs aiguil
M
GALANT 175
lons , percent les petits filets des
nerfs , & entretiennent par cet endroit
une fenfation douloureuſe pen
dant tout le cours de la maladies's
Fay encore moins doute de la falidité
de ce Syfme du moment que
jay apperçu que le Rhumatisme ne
furvenoit d'ordinaire qu'aprés qu'on
s'eftoit exposéà l'air enfuite de quel
ques exercices violens , ou de s'eftre
trop échauffé › par cette raifon
que la maße des humeurs eftant
alors plus agitée , & les foulphres
plus ouverts & plus étendus ,
le nitre graffier s'introduit dans le
fang en plus grande abondance , &
que la lymphe par la configuration.
de fes parties , ne pouvant tout au
plus fervir que de vehicule , je me
fuis confirmé dans la penfee qu'il
ny a dans le fang que l'hu
.
Piiij
175 MERCUR P
meur fibreufe qui foit capable de
recevoir les impreffions aigres de Lair
en embaraffant fes pointes ; car d'abord
que ces petits corps aëriens &
malins tombent fur la maffe d'un
fang échauffé , je conçois qu'ils s'ac
crochent dans les corpufcules du fou
phre , que leurdonnant ainfi plus
de poids , ils donnent au fang plus ,
de confiftance : en forte que la circulation
devenant plus difficile , la
maffe humorale imprime auxparties
folides un caractere qui affoiblit tou
tes les actions . Et comme dans cette
rencontre le fuc des jointures eft
plus touche que celuy des membranes ,
la douleur fe fait premierementfentir
dans le poignet , au genouil , aus
coude , aux doigts des pieds & des
mains , pour de là fe communiquer à
tous les endroits qui en dependent,
GALANT 177
intereffer le corps d'une fi puiffante
maniere , qu'il ne fçauroit fe
remier fans une extrême fouffrance
Et pour ne laißer aucune ombre
de difficulté , & ne pas donner lieu
de croire que la ferofite y doive a
voir aucune part , c'est que la tumefaction
qui fuccede à la douleur,.
eft une preuve invincible que le Rhumatifme
ne procede que de la phlo
gofe , qui attaque les jointures &
les membranes , & que ce dernier
effet qui n'eft caufé que par l'infil
tration abondante de la lymphe mu
cilaginenfe dans les interftices des
filamens charneux , fournit toutes
Les connoiffances qu'il faut avoir
pour en venir à une prompte gueri
fon. C'est pour cela , Monfieur.
qu'à traiter la chofe radicalement
felon mon avis , foumis au voftre ,
178 MERCURE
je m'apperçois que l'esprit nitro-VA
aërien qui parcourt tout l'athmof
phere , ayant parfa fixation appro
ché les parties rameufes du fang
pour developer peu à peu les atomes
lymphatiques qui enlevent le poin
tes des fels que les fouphres tenoient
écartez , porte une aigreurgeneralet
dans toute la maffe , de mesme que
nous le voyons dans le lait qui s'ai
grit d'abord que les parties fibreufes
s'affemblent à pelotons . Et parce
que ce levain acide qui differe de
l'efprit vitriolique malin parfafubtilité
, entre plus avant dans les&
fibres du fang , il nefaut pas s'étonner
s'il traine les chofes à longueur,
& s'il cauſe infenfiblement
par la
un mucilage que la chaleur naturelle
ne peut difiper , & dont ta
preeminence dans la maſſe devient
GALANT 179
un obftacle tnfaillible au mouvement
libre des principes volatils ;
d'où je conclus que l'humeur glaireufe
par la circulation , abbrevant
les parties affligées qui fe trouvent
pour lors n'avoir pas affez de reffort
pour la chaffer, s'infiltre dans les
abres organiques , & produit non
feulement ces enflures qui font prefque
toujours les avancoureurs de la
fin du Rhumatifme , mais encore,.
que venant à occuper toutes les avenuës,
elle émouſſe la vivacité des ef
prits, qui comme vous fçavez, paſſent
fans effort où ils rencontrent moins.
d'opofition: & par cet endroit les nerfs
n'eftantpas rudement ébranlez, l'ame..
eft peutouchée de ce qui fe paſſe dans
lesorganes,& ne fent plus dedouleur.
C'est dans ces recherches , Monfieur
, fije ne me trompe , quej'ay esté
180 MERCURE
affez heureux pour trouver le moyen
de gueriren moins de huit ou dixjours,
le Rhumatifme univerfel , quelque
extraordinaire qu'ilpuiffe eftre , pour
lequel fuivant la route ordinaire on
employoit deux & trois mois inutileà
la
ment , parce qu'on attributile
caufe ce qui ne devoit eftre rapporté
qu'à l'effet. Et pour mieux réüfir ,
quoy que les Malades reffentent une
chaleur apre , il faut bien fe garder
de fe fervir de la voye de rafraichir ,
mais de celle quer les humeurs ,
afin qu'en leur donnant plus de fluidité
, elles puiffent aifement fe debaraffer
, ou pour rentrer dans la maffe
&fuivre le torrent , ou pour fe perdre
par l'infenfible transpiration; car
le fangdans cette occafion eftant aigri
& plus épais , il eft cenfe qu'on ne
fçauroit mettre en ufage les rafrai
GALANT. 18
chiffemens fans ajouter davantage à
fon embarras , puifque la chaleur ne
confiftant que dans le mouvement des
Parties infenfibles du corps , la froideur
n'émane que de leur plus grand
repos , ainfi au lieu de divifer on ne
fait qu'incraffer & augmenter l'aigreur
dans le fang , & rendre par là
le Rhumatifme plus opiniaftre , &
pendant qu'on ne s'arretera qu'à
temperer l'ardeur du fang par des
émulfions , des juleps , & desfaignées
fur tout au bras dans un temps où il
faut ufer des fondans , des diuretiques,
& des abforbans , on ne reüſſi a
pas à guerir cette maladie ; & bien
quepar tout ailleurs je fois partifan
des faignées , je ne comprens point
que dans ce cas elles puiffent eftre
d'aucunfecours , puifque les frequentesfaignées
du brus par lesquelles on
182 MERCURE
tire le fang fubtil , ne contribuent
qu'à la coagulation du liquide , &
ne font qu'entretenir la douleur , &
rendre longtemps languiffant celui
qui auroit efte hors d'affaire en peu
dejours.
de ra-
Ainfi , Monfieur ,fi vous le trouvez
bon , je ferois du fentiment , ne
devant avoir d'autre but que
refier les humeurs , de commencerpar
ouvrir la veine du pié , pourvu qu'il
y en ait quelqu'un de libre. Mais
pour aller par un chemin plus court
& en venir à une prompte guerifon
jay un remede dont la prife appaile
la douleur de l'une des parties , &
dégage infenfiblement les malades.
Il deviendroit commun fi je le mettois
fur le papier. Ie remets à noftre premiere
vueà vous enfaire part. Nous
en ferons l'épreuve enfemble ; & je
GALANT 183
feray bien aife que mon travail vous
puiffe eftre de quelque utilité. Ie
m'eftimeray heureux s'il peut me me◄
riter votre approbation , & fuis ,
Monfieur, voftre , &c.
La piece qui fuit fur l'affaire
-de Darien , eft une piece qui
court depuis plufieurs mois.
Comme cette affaire eft du
temps , il n'y a perfonne qui ne
foit bien aife d'en eftre éclairci .
INFORMATION
CONCERNANT
L'AFFAIRE DE DARIEN.
I
Left fi notoire que la Province
de Darien appartient en
184 MERCURE
"toute Souveraineté au Roy Catholique
, & l'irruption que les
Ecoffois y ont faite cette année
eft fi odieufe en toutes les circonftances
, que la fimple expofition
du fait devroit fuffire en
cette affaire pour tout éclairciffement
; mais comme le grand
éloignement de la Province fait.
que beaucoup de gens n'ont
qu'une tres - legere connoiffance
de fon Etat , & de la maniere
dont elle eft regie , & que d'un
autre cofté les Ecoffois en prennent
occafion & moyen de furprendre
la credulité des Peuples
par toutes les fuppofitions dont
ils peuvent s'avifer , & qu'ils
croyent les plus propres à colorer
leur attentat , on n'a pû ſe
refoudre à les entendre debiter
GALANT. 185
plus long- temps fans en faire
voir la faufferé & la futilité . Or
ces fuppofitions fe reduiſent à
quatre Chefs ou Points principaux
, fçavoir.
1. Que les Espagnols ne peuvent
s'attribuer aucun droit particulierfur
ce Pays , fi ce n'eft la donation du
Pape; mais que le Pape luy-même
n'y en ayant point , n'a pû auſſi leur
en donner aucune inveftiture valable.
"Qu'au refte ou ne reconnoift point fon
autorité en Angleterre , & que l'on
y regarde comme une chimere celle
qu'il prétend avoir fur le temporel
des Etats du vieux & du nouveau
Monde,
2. Que la Province de Darien en
·particulier eft encore un Pays defert ,
inhabité , & de la qualité de ceux
qui n'ayant point de maiftre , de-
Décembre-1701 Q
186
MERCURE
"
viennent , ou peuvent devenir par
une fimple occupation , le propre les
gitime du premier qui veut s'en fai
fir.
3, Que les Indiens du Pais n'ont
point encore efté affujettis aux Efpa
gnols , & que mefme les Anglois ontfait
diverfes Alliances avec eux.
4. Et enfin , que quand même les
Espagnols auroient autrefois efté
maiftres de la Province de Darien
entiere , ils l'ont depuis abandonnée,
& par confequent ils n'y ont plus de
droit.
On répondra icy à ces quatre
Points , l'un aprés l'autre , &
pour commencer par le premier,
on dit.
Que ce n'elt point ici le lieu
ny l'occafion d'entrer dans l'examen
des droits du Pape & du
GALANT. 17.
Saint Siege , touchant le temporel
des Etats du vieux & du
nouveau Monde , ny dans celui
de la force que peuvent avoir
fes Decrets , par rapport aux
Anglois . Qu'à la verité le Pape
Alexandre VI . donna & fit expedier
le 2 & 3. May 1493. deux
Bulles en faveur du Roy Ferdinand
VI. furnommé le Catholique
, & de la Reine Ifabelle fon
Époufe , par lesquelles ce Pape
decida pour le lien de la Paix
des Couronnes de Caftille & de
Portugal , qu'elles joüiroient
chacune des Terres qu'elles
pourroient découvrir en tirant
une ligne d'un Pole à l'autre ,
qui les feparaft des Ifles Açores ,
& de celles du Cap Vert vers
l'Occident , à la distance de cent
Q ij
188 MERCURE
lieuës , & que tout ce qui eftoir
découvert & qui le découvriroitr
depuis cette Ligne à l'Occident
& au Midy , dépendroit de la
Navigation , & Nouvelle découverte
des Rois de Caftille & de
Leon , pourvû qu'il n'euſt eſté
occupé par aucun Prince Chrétien
avant le jour de Noël de
cette année-là. 3129
Mais quoy qu'il foit tres certain
que ces deux Bulles ne
contiennent rien que d'équitable
& de jufte , on ne croit pas
que Sa Majesté foit dans le fentiment
de s'en prévaloir , en cette
occafion , non plus que du
Traité qui s'en enfuivit à Tordefillas
le 7. Juin de la même
année 1493. entre les Couronnes
de Caftille & de Portugal , par
GALANT 189
::lequel il fut arrefté que la ligne
de la divifion de Mers s'étendroitjufques
à deux cent foixan .
* ite- dix lieuës plus avant vers le
Ponant de la Ligne contenuë
dans les Bulles du Pape , depuis
les Ifles du Cap Vert vers le Ponant
, & que depuis ce Meridien
tout le reftant vers le Ponant
appartiendroit
aux Rois de Caftil
le & de Leon ,
•
Laiffant donc à part & ces Bulles
& ce Traité , on fe contente
d'alleguer pour toute réponſe
au premier des quatre Articles
ci - deffus rapportez , que les
Droits de Sa Majefté fur la Province
de Darien ſe trouvent fuffifamment
fondez & établis par
la Maxime de Droit qui accorde
au premier occupant la feigneurie &
1
90 MERCURE
.
-
·proprieté des Terres encore non acquifes
& non habitées , attendu
que la premiere découverte &
Occupation de cette Province fut
faite fur la fin du quinziéme fiecle
au nom & par l'autorité du
hoy Ferdinand & de la Reine
Habelle , par ceux aufquels ils
en avoient donné commiffion , de
la même maniere que quelque
temps auparavant les Portugais
avoient découvert la Guinée
les Ifles Açores , & autres lieux .
2
Or comme le Roy Ferdinand
& la Reine Ifabelle en donnant
commiffion à Chriftophe Colomb
pour aller en découverte
( ce qui fut le 17. Avril 1492 )
lui défendirent tres - expreffe
ment de toucher à la mine de
Guinée , ny d'approcher decent
GALANT.
1988
lienes des Conqueftes de Portu
gal , non plus que de celles d'au
cun autre Prince Chreftien , &
qu'ils ordonnerent la même cho
fe à tous ceux aufquels ils donnerent
depuis de femblables
commiffions ,› prenant foin même
d'en informer le Pape & tous
les autres Princes à qui la chofe
pouvoit toucher , & qu'enfin ny
cux ny leurs Succeffeurs jufques
à prefent n'ont point difputé aux
Anglois la poffeffion des terres
de leur découverte , foit dans le
même continent foit ailleurs ,
on ne sçauroit difconvenir que
Sa Majesté ne foit fondée en raifon
auffi évidente que victorieufe
, pour prétendre que ny eux ,
ny quelque autre Nation que ce
puiffe eftre , n'ont rien à dire ny
192 MERCURF
à voir fur celles qui ont eſté découvertes
par fes Sujets pour
elle ou fes Predeceffeuss , & don't
elle a pris poffeffion.
Cet argument eft certainement
fans replique . Il est même
d'ane évidence qui fe prefente
d'abord aux yeux de
tout le monde , & à moins de
nier tout à fait que la Provincede
Darien ait efté poffedée
par les Rois Catholiques , il
n'y a pas moyen d'y refifter .
C'eft auffi ce que les Ecoffois
ont fait , ( du moins dans leurs
difcours ordinaires & dans les
bruits qu'il ont pris foin de répandre
) & comme cette negation
fait la fubftance du fecond
Article ci- deffus , & que toute
temeraire qu'elle eft , elle ne
laiffe
GALANT.
193
laiffe pas d'eftre de la derniere
importance , puifque c'eft làdeffus
que doit rouler toute la
queftion , nous nous étendrons
un peu au long pour en faire
voir le fauffeté ,
.. Pour connoiftre clairement
que la Province de Darien appartient
au Roy Catholique , il
fuffit de jetter un moment la vuë
fur les Cartes Geographiques du
Nouveau Monde. On y verra
qu'elle fait une des parties les
plus interieures du Royaume de
Terre ferme , eftant fituée fur la
Mer du Nord , à l'Occident du
Golphe d'Uraba , & dans le
Gouvernement de la Terre ferme
propre , qui l'environne du coſté
du Midi & du cofté de l'Occident
,fe trouvant ainfi tellement
Decembre 1701. R
194 MERCURE
enclavée entre toutes ces parties
du Royaume de Terre ferme ,
qu'elle n'en fçauroit être feparéede
droit par aucune autre Puilfance
, que par celle du Souverain
à qui le tout appartient ,
Or , que Sa Majesté Catholi
que foit réellement & de fait ce
Souverain & que le
Royaume
de Terre ferme luy appartienne
uniquement & fans partage ,
c'eft ce que tous les Princes du
Monde reconnoiffent , & ce qui
confte d'une maniere victorieufe
& fans replique par le Fait, c'eſt
à dire par une Poffeffion noninterrompue
de plus de deux
cens ans , pendant lefquels Sa
Majefté en a toujours reçu &
& perçu les revenus & redevances
Royales , comme des autres
GALANT
195
Terres de fon obéïffance .
Il eft même d'autant plus
étonnant que les nouveaux Ine
valeurs ayent ofé s'adreffer en
certe partie des Etats de Sa Majefté
, que c'est la premiere qui
ait efté affujettie à la Couronne
de fes Anceftres dans le contitinent
Americain , le celebre
Chriftophe Colomb en ayant
fait la premiere découverte en
1498 , ainſi qu'on l'a déja dit .
Alonfe Ojeda, accompagné d'Americ
Vespuce en fit la feconde
en 1499. & Chriftophe Guerre,
la troifiéme & derniere au commencement
de 1500. tous trojs
fous l'autorité & pour le fervice
de Ferdinand VI . & de la Reine
Ifabelle.
A l'égard de la Province de
Rij.
196 MERCURE
Darien en particulier , il eft no
toire qu'elle fut découverte en
même temps ; & cela eft fi vray ,
que lors qu'en 1508. il plut audit
Roy Ferdinand d'envoyer Alonfe
Ojeda , & Diego de Nicueza pour
Gouverneurs en ce Pays , ils eurent
difpute enſemble pour le
Darien , l'un & l'autre prétendant
l'avoir en fa portion ; ce
qui provint de ce que le Gouvernement
d'Ojeda luy fut affi
gné depuis le Cap , que luy- mê
me avoit appellé de la vela , juf
ques à la moitié du Golphe d'UTaba
, fous le nom de la nouvelle
Andalousie ; & celuy de Diego de
Nicueza , depuis la moitié de ce
même Golphe , jufques au Cap
de Gratias à Dios , fous le titre de
Caftille d'Or , de maniere que le
GALANT. 197
Darien le trovvoit juſtement
entre- deux , & comme my- party
dans l'un & dans Fautre Gouvernement.
Mais ils furent enfin
accordez par le Pilote Jean de la
Cofa , à condition que la grande
Riviere du Darien leur ferviroit
de bornes , & que l'un prendroit
le cofté du Levant , & l'autre
celuy d'Occident .
Le Partage ayant efté ainfi
fait , Alfonfe Ojeda prie terre à
Cartagene , & pofa en 1510. les
fondemens de la Ville de Saint
Sebaftien au delà du Golphe d'Uraba
, & Nicueza s'en alla à
Veraguas ou Chriftophe Colomb
avoit déja fondé une Ville.
Le mefme Nicueza peupla
& fonda enfuite celle de Nom
bre de Dios.
R iij
198 MERCURE
Pour Ojeda, il fut tué la même
année dans un Combat contre
les Indiens , & le Bachelier
Encife eftant venu avec Vafco
Nuñez de Balboa pour Gouverneur
à fa place , il baftit en la
mefme année
1510. dans la Province
de Darien , la Ville de Santa
Maria el Antigua del Darien,
en execution d'un voeu qui avoit
efté fait par les Espagnols.
dans un combat .
Cette Ville fut deflors la Capitale
de l'Andaloufie nouvelle ,
& le Siege des Gouverneurs
dont le premier après le Bachelier
Encife fut Vafco Nuñez , lequel
mefme envoya trois cens
marcs de l'or trouvé en ce païs,
& fous lequel auffi le Royaume
de Terre ferme commença à.
GALANT 199
eftre appellé Caftille d'Or. Ce
fut lui qui en 1513. découvrit la
Mer du Sud.
Predrarias d'Avila , dit le fuftador
, luy fucceda au mois de
Juillet 1514. & en mefme- temps
le Roy envova Jean de Quevedo
pour Evefque à Darien ; le Pape
Leon X. luy ayant donné les
Bulles neceffaires à cet effets de
forté que Santa Maria Antigua
del Darien , fut non feulement
la quatrieme Ville Chreftienne
baftié dans le Continent des
Indes Occidentales , mais auffi
la premiere qui y ait efté faite
Epifcopale.
La mefme année , le Roy Ferdinand
fit un Reglement confiderable
pour le Gouvernement
particulier de cette Province,
R iiij
200 > MERCURE
Il donna plufieurs Privileges a
la Ville Santa Maria el Antigua
en particulier , & l'année fui
vante 1515. il luy accorda des
Armes , qui furent de Gueules au
Chateau dor , furmonté d'un Soleil
de mefme, & garde à dextre par
un Tigre, & à feneftre par un Crocodille
, avec ces mots pour Le
gende ou Devife , la Imagen de
Nuestra Segnora del Antigua,
L'anis16. Aclà fut bâtie dans la
meſme Province, à cinq lieuës du
rivage de la Mer du Nord.
En 1517. le Roy Ferdinand
eſtant mort , Charles fon
petit fils & fon fucceffeur nommomma
Lope di Soza pour Gou➡›
verneur de la Caftille d'Or , à
la place de Pedrarias d'Avila ,
mais Soza eftant mort dans le
S
GALANT 201
Port d'Aclà le jour mefme de
fon arrivée , le Gouvernement
fur continué à Pedrarias , lequel
tranfporta en 1519. le Siege de
FEvefché & celuy du Gouver
neur à Panama , à cauſe de l'intemperature
du Darien .
>
وي
Depuis ce temps- là , le Gouvernement
& l'Evefché font demeurez
en cette Ville , & les
Rois Catholiques , fucceffeurs
de Ferdinand , y ont toûjours
envoyé leurs Gouverneurs
Generaux Prefidens , Confeillers
& autres Officiers ,
tant de Robe que d'Epée , comme
auffi les Evefques , les Officiaux
, les Curez , les Religieux,
& en general tous les Ecclefia-
Atiques que l'on y a jugé neceffaires
, tant pour la converfion
2oz 201 MERCURE
des Peuples du Païs , que pour
la conduite fpirituelle des Chré
tiens qui y font établis , fans que
jamais il y ait eu la moindre interruption
au Gouvernement
fpirituel & temporel , non plus
qu'à la poffeffion actuelle de toutes
les Provinces , Ports, Rades,.
Fleuves , Rivieres , & Cantons,
habitez ou non habitez de
ce Royaume de Terre ferme ,
les Rois Catholiques
y ayant
toûjours dominé , & donné les
loix , & en ayant retiré les fruits
& les revenus , comme feuls &
Souverains Seigneurs
.
Quant à ce que les Ecoffois
difent , qu'il y a encore beaucoup
d'Indiens dans les Païs qui
n'ont jamais efté reduits , on ne
voit pas quel avantage ils peur
GALANT 203
vent en tirer pour la deffenfe
de leur caufe ; car file Païs eft
déja reconnu pour legitimement
acquis au Roy Catholique
qu'importe quant aux aux droits,
& par rapport aux autres Nations
, qu'il ait efté entierement
reduit ou non ? Les cinq Gouver
nemens des Philiftins & le Païs
des Guefcuriens & des Mahaca
thiens , qui furent partagez par
Jofué au neuf Tributs , quoy .
que non encore foûmis , ( & en
guerre continuelle jufques au
temps de David) appartenoients
ils moins aux mefmes Tributs
que ceux des trente - un Rois qui
avoient efté deffairs par ce Chef
des Enfans d'Ifraël & fi quelqu'autre
Nation , leur Alliée
ou non Alliée , avoit voulu s'en
104 MERCURE
faifir fur ce pretexte , n'auroient
elles pas eu droit de s'y oppofer
Et que diroient aujour
d'huy mefme les Anglois & les
Efcoffois , fi l'on vouloit aller
faire defcente dans la Virginie ,
fous couleur que tous les Indiens
qui y habitent ne leur font
pas foumis Mais on nie qu'il
en foit de mefme en Darien . Il
y a prés de deux cens ans que les
Gouverneurs qui y ont efté envoyez
, ont eu ordre de
partager
le Pais avec les Habitans , felon
le nombre des . Caciques , &
de leur impoſer des Tributs
convenables . Ces ordres ont
efté executez , les Nations ont
efté foûmiſes , & fi quelquefois
& en quelques lieux elles fe font
rebellées , cela ne peut porter au
GALANT 203
cun prejudice aux droits du Roy,
non plus que les Traitez illicites
qui peuvent avoir efté faits avec
eux , par les Anglois , Ecoffois ,
ou autres , comme par exemple
celuy du Capitaine Vvright en
1670. & ceux des Ecoffois en
cette derniere invaſion .
Paffons donc au quatrième
Point , qui eft comme le dernier
refuge des Ecoffois . Ils difent
que la Province de Darien
a efté abandonnée, & aprés
ce que l'on vient de rapporter
touchant la Villede Santa Maria
el Antigua , ils n'auront pas de
peine à le prouver du moins
en partie. Mais à cela on leur
répond en expliquant le mot
La Province de Darien fut a
bandonnée en 1519. avec la Vil
206 MERCURE
le de Santa Maria el Antigua
quant à l'habitation , on l'avoue,
(l'air & l'eau y étoient fi nuifibles
qu'il n'y avoit pas moyen
d'y demeurer plus long - temps . )
Mais quelle ait efté abandonnée
quant à la poßelton , on le nie
avec d'autant plus de fondement
, que mefme cette pof
feffion n'a efté jamais interrompue
; & fi ceux qui tiennent le
con raire , peuvent apporter
quelque Acte de delaiffement
qui en ait efté fait par Sa Majefté
ou par les Rois fes Predeceffeurs
, on les prie de le faire .
Mais s'ils n'en ont point , & que
pour toutes preuves de ce pretendu
abandonnement ils ne
puiffent apporter que le changement
d'habitation > on leur
GALANT. 207
7
répondra qu'il eft libre à chacun
d'habiter fur fon bien , out
de ne le pas faire . La Loy natu
relle , dit M du Puy dans fa
Recheche des Droits du Roy
Tres- Chrétien , eft que chacun
conferve fon droit & fa chofe perpetuellemet
, fans que lun puiffe
tirer avantage de la perte d'autruy,
même par le cours du temps , parce
le
que temps n'eft pas un moyen pour
abolir une obligation . Combien
moins donc la peut - il abolir à
l'égard d'un Païs , qui fans avoir
jamais changé de main ,
paroift feulement avoir efté negligé
par le legitime Maiftre &
Poffeffeur. La partie Occidentale
d'Irlande , depuis Sligo
jufqu'à Limeric , n'eft prefque
point habitée , c'eſt une chofe
208 MERCURE
que tout le monde fçait . En appartient-
elle moins à la Courónne
d'Angleterre , & pourroit on
avec quelque couleur prétendre
de s'en emparer ? On ne croit pas
·que les Ecoffois en conviennent .
Mais fans infifter davantage fur
ce point- là , on fe contentera de
dire qu'il n'est même pas vray
que la Province de Darien ait
efté entierement abandonnée
quant à l'habitation . Les Efpagnols
yone actuellement la Ville
de Sainte Marie des Mines , avec
Schuchaderos , & fi l'on veut confiderer
le Darien dans toute l'étenduë
qu'on luy donne aujour
d'huy , on y trouvera encore la
Ville de Cheapo , celle de la Conception
, le Chasteau de San Fago ,
& plufieurs autres . En un mot ,
>
GALANT 209 .
la Province de Darien ne peut
plus eftre confiderée aujourd'huy
comme un Pays inhabité,
& inconnu . On en a des Cartes
plus exactes que d'aucun autre
Pays de l'Amerique , & la domination
Eſpagnole y eft fi bien reconnue
, qu'on ne trouveroit
peut- eftre pas mille Indiens qui
ne parlent Efpagnol .
Le Darien au refte n'eft pas
feulement une Province dépendante
de la Couronne d'Efpagne
en Amerique . C'eft de plus
la Porte de toutes les autres ,
ç'en eft le centre , & le feul lieu
que Sa Majefte ait par terre ,
pour la communication de fes
autres Etats Americains , tant du
Midi que du
Septentrion
.
D'où
l'on
pourra
ailément
re-
Decembre
1701. S
210 MERCURE
cueillir combien Sa Majefté a
dû trouver étrange aufli bien
que toute la Nation Efpagnole , )
que les Sujets d'an Roy , duquel
elle s'eft toujou montrée par
effet le plus veritable & le plusparfait
ami , & en faveur duquel
elle s'eftoit ci - devant engagée
dans une longue & rude
guerre au grand dommage de fes
Etats , ayent entrepris de traverferla
mer avec plufieurs Vaiffeaux
, Troupes & munitions ,
pour invafion
venir
faire une
dans une Province qui luy eft fi
importante , & ce qui eſt encore
plus , commencer des Etabliffemens
, avce deffein declaré de
s'y maintenir .
Ce n'eft pas que Sa Majefté
ne puiffe aiféinent les en chaffer
GALANT 211
par la force des armes , & faire
une punition exemplaire de l'in
folence avec laquelle ils ont ofé
armer contre elle à la face du
Soleil & de toute l'Europe
mais comme Sa Majesté eft per
fuadée , tant par la connoiffance
qu'elle a depuis un grand
nombre d'années de la tres grande
fageffe & juftice de Sa Majefté
Britannique , que par les
Declarations qui ont efté faites
de fa part à Madrid & ailleurs )
qu'elle n'approuve en aucune
elle ne maniere ces attentats ,
doute point auffi que Sa Majefté
Britannique n'ufe au plutoft de
fon autorité Royale & Souve
raine , pour reprimer, & chaftier
feverement ces Ecoffois comme
des Perturbateurs du repos pu-
Sij
212 MERCURE
blic , & violateurs des alliances ,
fuivant ce qui a efté pratiqué en
femblable occafion par fes Predeceffeurs
Rois & Reines , & cm
particulier par le Roy Jacques I.
duquel on rapportera icy en peu
de mots la justice ſignalée.
Un Chevalier Anglois , nommé
Walter Raleigh ayant obtenu
de ce Prince en 1617 une
Commiffion pour negocier dans
les pays du nouveau Monde qui
n'avoient point encore eſté découverts
, en abuſa pour aller
faire des incurfions dans la Province
de Guyana , le long de la
Riviere nommée Orenocque , &
dans la Caſtille d'Or. Son fils
y
"
fut tué , & ceux qu'il croyoit
furprendre fe défendirent fi vaillamment
qu'il fut obligé de fe
GALANT 212
retirer en fes Vaiffeaux. Mais il
asn'en fut pas quitte pour cela ,
car eftant venu en Angleterre ,
n & le Comte de Gondomar , Ambaffadeur
d'Espagne , ayant fait
fes plaintes au Roy , Raleigh
fut arrefté , mis à la Tour de
Londres , & condamné par la
Cour du Banc du Roy à avoir la
tefte tranchée.
Quarante années auparavant
our environ , deux Capitaines
nommez Oxenham , & Dracke ,
avoient formé un pareil deffein ,
mais le premier ayant efté pris
par Orega , Capitaine Espagnol ,
& ayant efté conduit à Lima , y
ireçut la punition qui luy eftoit
duë ; & quant à Dracke , quoy
qu'il cuft un fort tout different ,
puiſqu'il revint chargé d'un ri24
MERCURE
2
che butln , il n'en profita pour
tant point , la Reine Elifabeth
qui regnoit alors en Angleterre ,
Jayant fait reftituer tour entier
à Mendoce ; Ambaffadeur d'Ef
pagne , & ayant fait défenfes
tres- expreffes à Dracke de plus
faire de pareilles entreprifes . el
On ne doute point que Sa Majefté
Britannique , qui eft fi éclai
rée , qui ne cede ny en équité ,
ny en fageffe à fes Predeceffeurs,
ne prenne ces chofes en confide
ration , & ne faffe donner à Sa
Majefté Catholique une fatiface
tion & une reparation digne
d'un fi grand Roy , & proportionnée
à l'attentat qui a efté
commis .
1
Quoy que tout ce qui a efté dit
cy- deſſus , foitaffez clair de foiGALANT
215
même , & plus que fuffifant pour
decider la queftion , néanmoins
comme ceux qui ont intereft de
nefe point payer de raiſon , pourroient
objecter en gros , qu'ils
ne difputent aux Eſpagnols ny
la poffeffion du Gouvernement
de la Terre ferme en general's
ny même celle de la Province
de Darien en particulier prife
en fon entier ; mais feulement
un petit espace de terre , fitué
entre la mer du Nord & la Montagne
, lequel eft encore habité
par une nation d'Indiens , qui
ont leur Cacique ou Chef, &
qui ont fait & font encore au--
jourd'huy la guerre aux Eſpagnols
, en forte qu'ils ne peu
vent eftre confiderez comme leur
ayant efté foûmis , on a jugé à
216 MERCURE
propos de prevenir ce raifonne
ment en difant icy par forme
que qui prouve
pour le tout , prouve pour le:
partie
din ..
Or il vient d'eftre prouvé que
tout le Gouvernement de Terre
ferme en general , & la Province
de Darien en particulier
appartiennent à Sa Majesté Catholique
; donc on a prouvé aufli
que la partie de ce Gouvernement
que les Ecoffois ont enva
hi , & c.....
De plus , il a efté prouvé quecette
partie du Gouvernement
de la Terre ferme , ou de Panama
, a efté poffedée & habitée
par les Eſpagnols dés le com--
mencement du fiecle paffé , que
même ils yavoient bâti une Vil- bâtiune
le
GALANT: 217
le laquelle fut Capitale de la
Province , & que l'abandonnement
d'habitation qui en a efté
faite , ne fçauroit prejudicier aux
Droits du Roys donc , ce même
lieu que les Ecoffois ont envahi ,
&c...
Enfin , il a efté prouvé d'abondant
que quand le Pays eft
déja reconnu pour legitimement
acquis , il n'importe quant au
Droit & par rapport aux Nations
étrangeres , s'il a efté entierement
reduit ou non.
Or il a efté prouvé que ce
Pays appartient legitimement &
en toute Souveraineté à Sa Majefté
Catholique ; donc , fuppofé
même qu'il y ait encore dans le
Pays de Darien des Indiens non
reduits , les Ecoffois n'ont pas
Decembre 1701. T
218 MERCURE
eu pour cela droit d'y faire invafion
.
A tout ce que deffus on ajoûte
par furabondance de preuve ,
qu'ayant efté montré que les
Rois Catholiques en donnant
Commiffion à leurs Sujets ou
Serviteurs pour faire des décou
vertes , leur ont toûjours expreffement
défendu d'approcher de
cent lieues des Conqueftes du
Roy de Portugal , & de celles
des autres Princes Chreftiens ;
Sa Majefté eft en droit de prétendre
le reciproque de ces
Princes.
Et enfin que les Ecoffois , en
faifant irruption dans la Province
de Darien , ont outrepaffé les
bornes de l'A&te de la Patente
l'établiffement de leur CompaGALANT
215
gnie , y eftant expreffement porté
qu'ils ne pourront s'établir en
aucuns lieux habitez & poffedez
par les Princes , Alliez de la
Couronne d'Angleterre .
•
Je vous ay déja envoyé la Traduction
d'une Ode Latine de
M. l'Abbé Boutard , fur le rétabliffement
de la fanté de Monfeigneur
le Dauphin. Je vous en
envoye une nouvelle qui a efté
faite par Mr Betoulaud. La diverfité
des genies fur une même
matiere fait plaifir, & je ne doute
point que vous n'en receviez de
cette feconde Traduction.
515
Tij
220 MERCURE
A MONSEIGNEURI
LE
D
DAUPHIN.
ODE.
Elices de Paris , & de tout noftre
Empire.
CherDAUPHIN , l'espoirle plus
grand
"
Quelle douleur mortelle en nos yeux
fefitlire
Lejour que l'on te vit mourant.
ន
La Reine des Citezgemit comme une
Mere
Qu'allarmefon Fils bien-aimé ,
Lorfque lafièvre roule enfa brûlante
artere
Le feu dont il est confumé.
GALANI 221
2
Louis même faifi d'une frayeur
extrême ,
Tevoyantfanspouls & fans voix,
Helas crut voir perir la moitié de
luy-même.
Et tous les Bourbons à la fois .
S
4 Remercions le Ciel; tu jouis de la vie
Malgré les horreurs do la mort
La France avecfon Roy de ton bonbeurravie
N'apprehende plus pour tonfort.
&
Tel le Soleil reprend une vive lumiere
,
Quandla nuit s'échape à nosyeux,
Et remontant fon char dans fa haute
carriere
Rejonit la terre & les cieux.
S
Tiij
22 MERCURE
Par tout d'Hmynes facrez les Temples
retentiffent lan
Et l'encens fume fur l'Autel ,
Au fouvenir beureux des perits qui
finiffent
Par lafaveur de l'Immortel.
2
La Seine eft triomphante , & d'une
joye égale
Aprés ces maux évanouis
Le Tage a vù fauver la race mar.
tiale
Et le fang royal de LOUIS
2
Des Villes & des Champs c'eft ta
Fefte publique
Le troupeau n'y craint plus les
loups
Et du Berger content la Mufette ruftique
Fait ouir les airs les plus doux.
GALANT. 223
2
Naiades de Meudon , de voftre onde
fi pure
Jusqu'aux Aftes pouffant les flots
Vous tachier d'annoncer par leur
charmant murmure
La guerifon de ce Heras,
Pour nous , dans le danger dont le
ciel le retire
Ravis du falut defesjours ,
Aux clairons éclatans nous marions
la lyre ,
Et nos guitarres aux tambours .
S
C'eft ainfi Prince heureux , qu'en
toutes lesfamilles ,
Chezlespetits & chez lesgrands
Les enfans , les vieillards , les meres
& les filles.
Expriment leurjoye & leurs chants.
Tiiij
224 MERCURE
&
Ouy : le Peuple luy-même ofa , quit
tant les Halles 2018
Ette baifer & t'embraffer
s
T
Dans les tranfports qu'il eut , qu'en
fesombresfatales.
La mort n'euft på te renverfer
S
Pour les moindres humains , bon
genereux , affable,
Tufçais dés que nous t'abordons ,
Captiver tous les courspar cette force
aimable
な
Qu'à la majesté des Bourbons.
S
Plus charmé d'obéir à ton augufte
Pere
Que de regner dans l'Univeos
Sur l'Espagne & fur l'Inde , ou la
leterre eft la mere
De l'or & des métaux divers.
3
•
GALANT 225
La Ville & Comté de Ligny
en Barois,l'une des principales
Terres de certe Province , &
depuis tres - longtemps dans la
Maifon de Luxembourg, n'eut
pas plutoft apris la nouvelle
de la mort de Madame la Du.
cheffe Doüairiere de cette
Maiſon qu'elle fe détermina
à faire voir par la pompe des
Obfeques qu'elle a réfolu de
luy faire , le refpect profond
qu'elle confervoit pour cette
Ducheffe , fa veneration pour
les vertus Chreftiennes & éclatante
qu'elle luy a vû pratiquer
, & fa reconnoiffance
226
MERCURE
Şu
pour les marques qu'elle a refouvent
de fa
protection
& de fa charité. Pour cet ef.
fer , toutes chofes eſtant dif
polées pour cette ceremonie ,
on choifit le 17. du mois paffé
qu'on fortit de la Ville , pour
aller au
devant du corps que
l'on apporta de l'Abbaye de
Jauvilliers , où il eftoit depuis
quelque jours. Ainfi on entra
dans la Ville au fon de toutes
les Cloches, Et la Marche
commença de cette forte.
On vit paroiftre d'abord
quantité de jeunes gens fous
les armes au nombre de plus
GALANT: 227
de cent foixante avec deux
Drapeaux & trois Tambours ,
Couverts de noir, nga
Apres Marchoient les Maires
& Subftiturs des Villages
du Comté de Ligny au
nombre de quatrevingt
en
habits & en manteaux noirs ,
tenant chacun en main un
Aambeau de cire blanche du
poids d'une demi livre :
Ils eftoient faivis par
vinge quatre Pauvres veftus
chacun d'une Robe avec
un Capuchon noir , tenant
chacun un flambeau de cire
blanche du poids d'une livre!
226 MERCURE
Enfuite venoient les Filles
de la Congregation au nom
bre de cent foixante , toutes
véruës d'habits noirs , avec des
Coiffes de taffetas , tenant auffi
chacune un flambeau de cire
blanche.
Les Dames de la Charité ,
au nombre de trente , toutes
acouvertes d'habits noirs , &
tenant pareillement chacune
un flambeau de cire blanche .
Les Confreres des Arts &
Meftiers de Ligny , au nombre
de cent perfonnes & plus ,
en douze Corps chacun , fe.
parez par une Croix noire qui
GALANT 229
eftoit à la tefte de chacun des
Corps.
On vit enfuite l'Hôtel deVille
de Ligny compofé du Maire ,
de quatre Echevins, de quatre
Confeillers , & du Sindic , tous
vétus d'habits & manteaux
longs noirs ; ils eftoient precedez
d'un Sergent & de quatre
Gardes de Ville , vêtus auffi de
noir , tenans chacun une hal .
lebarde fous leurs bras,
Le Peres Capucins de Ligny
au nombre de foixante
Religieux .
Aprés les Peres Corded
liers , au nombre de treng
230 MERCURE
te , chacun de ces Ordres por
tant à leur tefte une Croix
couverte de crefpon noir, bup
Tous les Preftres & Curez
'des Ville , Villages & Parroif
fes du Comté , au nombre de
cinquante & plus , tous en
furplis & en bonnets carrez .
Les Doyen , Chanoines ,
Chapelains , & Vicaires de Lis
gny , au nombre de quatorze
outre ceux qui en ont efté
tirez . Tous les Ordres &
Corps marchoient chacun
fur deux lignes éloignées l'un
de l'autre de fix à fept pieds.
Enfuite venoit le Chariot
S
CALANT:
23r
attelé de fix chevaux couvert
d'un grand drap noir fur lequel
eftoient quatre grandes
armoiries en or & argent , des
Armes de laMaiſon de Luxembourg.
Les quatre coins du Poifle
eftoient portez par quatre
Chanoines de la Collegiale
,
montez fur des chevaux noirs ,
& habillez chacun en foutanne
, un furplis , un long man .
teau au deffus , avec un bonnet
carré.
Il y avoit autour de ce
Chariot fix Laquais de feue
Madame la Ducheffe Douai232
MERCURE
riere de Luxembourg en ha
bits noirs , tenant chacun un
flambeau de cire blanche du
poids d'une livre & demie .
Ce même Chariot eftoit
precede par les Maiftres d'Hô .
tel de cette même Ducheffe ,
& de huit autres Officiers à
elle & de fa Maiſon , tous à
cheval , vétus d'habits & de.
manteaux noirs...
Il eftoit fuivi par quatre
Prieurs & Religieux
de l'Abbaye
des Premontrez , de Jau
villiers , où le Corps avoir efté
depofé pendant
environ un
mois. Il eftoient auffi à cheval,
*
GALANT.
233
habillez chacun de leurs furplis
, de leurs aumuffes , &
·longs manteaux. M ' Thouve
not , Chanoine & Aumônier
dela Ducheffe défunte,fuivoit
auffi à cheval , en furplis , en
manteau long , & en bonnet
carré , tous à cheval.
Apres eux marchoit M' le
Baron de Maipas qui portoic
la Couronne fur un couffin
noir & un grand crefpe
Il eftoit fuivy par plufieurs
Vaffaux & Gentils hommes
du Comté tous en habits &
manteaux noirs .
Marchoic enfuite le corps
V Decembre 1701
234 MERCURE
de Justice dela Prevofte Baillage
de Ligny , au nombre de
trente deux tousen Robelon
gues de Palais. Ils eftoient precedez
de feize Huiffiers rous
habillez de noir , l'épée au cofté
, & la baguette à la main.
Il eftoit fuivy de quarante
bons Bourgeois de Ligny
avec des habits & des manteaux
noirs. Ceux- cy marchoient
fur deux lignes deux
à deux .
T
Il y avoit deux Maistres de
* Ceremonies à cheval veftus de
noir & deux autres à pied paa
reillement veſtus de noir qui
GALANT. 235
alloient de toutes parts pour
apporter un bon ordre & faire
marcher deux à deux tous les
Ordres Seculiers & Reguliers
cy deffus. En cer eftat le corps
fur joint dans le grand chemin
à un quart de licue de Ligny
& paffant au milieu de la Ville
il fut conduit dans l'Eglife des
Chanoines de Ligny . Don
•
Les deux Cours du Chateau
furent occupées par les Soldats
en deur hayes fort alon
gues , qui alloient depuis l'Eglife
jufque au Couvent des
Dames Urulines de Ligny.
pally 'avois derriere dux en
V iij
236 MERCURE
plufieurs hayes , tous les Off
ciers du Comté avec les Con
freres des Arts , Corps & Meftiers
dont on a déja parlé.
A Tous les Preftres , Curez &
Chanoines eftoient au Chour
au milieu duquel eftoit le Lit
de parade garni de frange d'argent
& entouré d'un grand
nombre de lumieres. € 91109
Les Religieux des Convens
des Cordeliers & des Capucins
eftoient dans la Nefor
Le Corps de Justice fuc
conduit à la Chapelle Noftre
Dame des Vertus.
4
Celuy du Corps de Vaffaux ,
GALANT. 234
& des Gentilshommes dans la
Chapelle de Saint Pierre de
Luxembourg. Het al veel?
Et celuy des Dames de la
Charité dans la Chapelle de
feue Madame la Ducheffe
Doüairiere.
Le lendemain à trois heu
res aprés midy le Coeur fut
porté avec les mêmes ceremonies
dans le Convent des
Peres Cordeliers de Lignyà la
referve des chariots , chevaux,
& gens à cheval, qui fuivirent
le coeur à pied.
Voicy trois petits ouvrages
(438 MERCURE
de Poëfie que vous ferez bien
aiſe de voir. Mr. Robeat , de
Saint Laurent de Mullidan en
Perigord , en eft l'Auteur,
A SA MAJESTE
CATHOLIQUE.
· MADRIGAL.
Orfque tu marchois à grands
pas
2hrs le Trone où t'ont mis la Justice
& La Gloire ;
Evénement , dont lafameufe Hif
toire
A furpris tous les Potentats ,
Grand Prince , j'eus l'honneur de
#offrirpour étrenneĮJUN
GALANT 279
Un Madrigal defeize ou dix -sept
Vers
Que ta bontérecut de mafterile veine
Avec des ouvrages divers
•
Qui chantaient à l'envi sa puiffance
fupreme
¿
Brillante de l'éclat du plus beau
Diademe
De ce vafte Univers.
Ma Museofe à prefent te témoigner
fonzele
Grand Roy, fur ton Himen heureux
Qui remplit tous tes voeux
Er comble de plaifirs ton Epbufefi
delle
Comme les Allemans , ainsi que les
François ,
Depuis que le Soleil étalefa lumiere,
Dans fon éclatante carriere ,
Ont reçu des Bourbons leurs invincibles
Rois ;
240 MERCURE
PHILIPPE, mes voeux font que
racefeconde ,
Dans tes auguftes Fils , Petits-Fils ,
& Neveux ,
Illuftres rejettons de tant de Demy-
Dieux ;
En donne aux Caftillans jufqu'à la
fin du monde.
A LOUIS LE GRAND .
Dire que l'on te craint , qu'ont’eftime
, & qu'on t'aime ,
Qu'Alexandre , Annibal , Cefar&
cent Heros
Se trouvent chez toy fans deffauts
;
C'eft te Peindre , Grand Roy , d'une
fineffe exrrème,>
Et l'efprit de Poilt brille dans ces
Tableaux.
Mais
GALANT
#41
Mais puifqu'on te compare aux Heros
qui vècurent
Dans la celebre antiquité.
Voici toute la verité ;
Grand Prince , tufais voir en toy tout
ce qu'ils furent
Mais avec leurs faits inouis
Eux tous ne furent point ce qu'eft le
feul LOUIS.
Cette autre Madrigal à eſté
fait parle mefme , Mr Robeat ,
à l'Occafion d'un Sculteur qui a
fait un Buſte de Sa Majefté .
Sculpteurprefumptueux , qui veux
tracer l'image
Du plus puiffant des Rois ,
Crois-tu que le cifeau fur le marbre
ou le bois ,
Fuiffe finir un tel ouvrage,?
Decembre 1701. X
24 MERCURE
Le Poëte & le Peintre ufent tous
leurs Pinceaux ,
moƆ al
L'Orateur même en vain épuisefon
genie ,
Pour achever cette augufte copie ;
Ils ne font tous que d'imparfaits
tableaux .
Apprens , vain Ouvrier , que l'Art,
ny la Nature
Nefçauroient de Louis nous donner
le Portrait ,
Et que femblable à Dieu qui le rend
fi parfait ,
Comme luy dans fon Fils ilfait feul
La figute.
Madame Princeffe de Li
gne , Marquife de Moy ,
mourut en fon Hoftel à la
Place Royale le 4. de ce mois.
GALANT. 243.
Elle eftoit fille unique de Mr
le Comte de Broglio , ancien
Lieutenant General , & Gouverneur
d'Avefnes , & d'une
foeur de Mr. le Duc d'Aumont
, fille de feu Mr le ma.
refchal d'Aumont . Ainfi Madame
de Moy eftoit coufine
germaine de Monfieur le мar.
quis de Villequier , de мrle
Duc d'Humieres, de Madame
la Marquise de Crequy , &
de Madame de Bellinghen ,
qui font les quatre enfans , de
Mrle Duc d'Aumont . Du cô
té de мr fon pere elle eftoit
coufine germaine de мr le
X ij
244 MERCURE
Comte de Broglio , Lieute
nant General qui commande
en Languedoc , de мr le mar
quis de Revel , auffi Lieute
nant General , de. Mr le Che
valier de Broglio Colonel , &
de Mr l'Abbé de Broglio. Cet,
te maiſon eſt originaire de
Piedmont d'une ancienne
nobleffe , & elle s'eft toûjours.
alliée aux meilleures maifons
de ce païs là. Madame de
Moy eftoit femme de Jacinthe
, Prince de Ligne , mar
quis de мoy , fecond fils de
feu Mr le Prince de Ligne ,
Grand d'Espagne , Chevalier
GALANT 245
•
de la Toifon d'or , Viceroy de
Sicile Gouverneur du milanez
, General de la Cavalérie
Eſpagnole. Il avoit efté aufſi
Ambaffadeur . Extraordinaire
pour Sa Majesté Catholique
en Angleterre . Il mourut à
Madrid , Chefdu Confeil de
Flandres . Madame la Prin
ceffe de Ligne fa femme , morté
depuis peu d'années , étoit
Claire - Marie de Naffau , four
de Mr. le Prince de Naffau ,
Doyen des Chevaliers de la
Toifon d'or , & Gouverneur
du païs de Gueldres . Frere
aîne de Mr le Marquis de
x iij
245 MERCURE
Moy eft Henry Erneft Prince
de Ligne , Grand d'Espagne,
Chevalier de la
Souverain de Faignolles , cou-
2; llon da.
verneur de la Ville , & du païs
de Limbourg. Mr le Prince
Seneschal de Ligne , cadet
de Mr le Marquis de Moy , eft
Grand de Portugal , où il a
époufé l'heritiere de la Maifon
d'Aronchez
, petite niéce
de Mr le Cardinal de Souza,
& petite fille de Mr le Comte
de Mirando , Grand de
Portugal , & Miniftre d'Etat.
Cette Maiſon eft illuftre &
puiffante en Portugal, mr le
GALANT 247
Marquis de Moy a fuccedé à
Me le Marquis de мoy fon
grand oncle , Premier Prince
du Sang de Lorraine , frere
de Louiſe de Lorraine , mere
de feu мr le Prince de Ligne,
Mr
Ce Prince de Lorraine laiffa
des biens tres- confiderables
à fon petit neveu , aux conditions
expreffes de porter fon
couleurs & armes. Mr
le Marquis de Moy n'a qu'une
foeur qui fut mariée à мr le
Duc d'Avero en premieres
nôces. En fecondes nôces ,
elle épousa Mr le Comte Donate
, dont elle est encore veu-
J.
nom ,
Xiiij
J
248 MERCURE
ve. Ils eftoient tous deux
Grands d'Efpagne : Elle a marié
fon fils aîné du fecond lir,
avec une fille de мr le Duc
de medina- Celi , Gouverneur
de Naples . Mr le Prince de
Ligne l'aîné avoit épouféJeanne
d'Aragon , fille de Mada
me la Ducheffe de Frias , Dame
d'Honneur de la Reine
Douairiere d'Espagne. Il refte
quatre garçons & une fille de
ce mariage. L'aîné eft à ma
drid , & s'appelle Antoine
Prince de Ligne , Marquis, des
Koubais , le fecondeft le Prin
ce Claude , le troifiéme , let.
theGALANT 249
Prince Ferdinand , & le quatrième
, le Prince Erneft. Leur
foeur a épousé Mr le Comte
d'Horn , il a le Gouvernement
dun païs de Gueldres qu'avoit
Mr le Prince de Naffau , frere
de feu Madame la Prin
ceffe de Ligne. Cette Princeffe
étoit belle , & avoit
beaucoup d'efprit . Elle eftoic
capable de plus que de cette
attention qu'ont fur l'oeconomie
de leur Maifon les fem:
mes qui s'attachent
à y établir
la regle & le bon ordre ;
les Princes & les Princeffès
étrangers qui s'y trouvoient
250 MERCURE
4
fouvent , en eftoient bien
perfuadez. Elle vivoit avec
beaucoup d'éclat & de magnificence
, & on ne l'a ja
mais acculée d'aucune dif
fipation . Elle eft fort re .
grettée , & elle avoit bien
merité les larmes qu'on don .
ne à une mort, auffi precipitée
; elle ne laiffe de garçons
que мt le Prince de Ligne qui
eft à l'Academie , il est tresbien
fait , il a de l'efprit , &
promet beaucoup . Elle laiffe
trois filles , l'une eft au Novi .
ciat de la Vifitation de Saint
Denis en France . Les deux
GALANT. 251
autres font encore fort jeunes.
Madame la marquife de moy
eft morte avec une refignation
exemplaire , aprés avoir
reçû tous les Sacremens.
Voyez quelparti vous vou
lez prendre fur une Queſtion
qui a esté faite à M Maig
nard de Troyes.
A MONSIEUR QUINOT.
Si Adam a eu la Philofophie
par infufion ou par acqui,
fition.
Vous voulezfçavoir, Monfiear
252 MERCURE
Adam aeu une Philofophie
infufe ou acquife. C'est une ques
tion tres importante , mais qui
n'est pas bien difficile à refous
dre.
Vous fearvez que tout Ouss
vrage qui provient de la feule
main de Dieu , c'est à dire fans
le concours d'aucune caufe inf
trumentale, eft parfait : Or Adam
a efté formé de cette maniere
dans l'état de grace , tant pour
luy mesme que pour estre le prin
cipe du genre humain , non feule.
ment quant au corps ; mais encore
plus quant à l'efprit , afin qu'il
foft tour enfemble le Pere , le Do
GALANT. 253
cteur , le Maiftre des autres hom
mes, & que nous fuffions fes enfans
fes Difciples . Adam ne
pouvoit pas acquerir lafcience de
toutes chofes par fon propre genie,
ny par aucune autre creature,
n'y avoit doncque Dieu quipuft lui
Suggerer , & luy communiquer
le don furnaturel de connoiftre
tout de raifonner de tout.
Ainfi vous ne devez point dou
ter que noftre premier Pere n'ait
eu la Philofophie par infuſion,
Cette Thefe que j'avance n'eſt
pasfeulement fondéefur le raifon.
nement humain ; mais encore
appuyée fur l'authorité de l'E254
MERCURE
criture fainte dans l'Ecclefiafti
que, chapitre 17. où il eft dit en
parlant d'Eve & d'Adam que
Dieu les a douez du don d'intelli
gence,qu'il leur a donné la fageffe
de l'esprit , qu'il a remply lear
coeur de fentiment , qu'il leur a
montré le bien & le mal , d'où
l'on peut furement conclure
que
la connoißance de toutes chofes a
efte infufe à nos premiers parens
dés le moment de leur creation,
qu'ils ont eu par confequent la
Philofophie parfaire Vousneman
querez pas de m'objecter d'abord
ce commun axiome de Philofo
phie , que tous homme qui peche
GALANT 255
'efl ignorant , & qu' Adam ayant
peché , il n'avoit point par confequent
cette connoiffance entiere
dont nous parlons. Je.distingue
deux fories d'ignorances , l'une
actuelle , & l'autre habituelle.
L'ignorance actuelle est celle par·
laquelle nous ne faifons pas d'attention
dans le moment au precepre
que nous violons , quoy que
nous le connoiffions bien : L'habi
tuelle eft celle par laquelle nous
ignorons la Loy que nous tranfgreffons
. J'avoue qu' Adam a cu
l'ignorance actuelle en ce que
dans le moment qu'il fut feduir.
par le Serpent , il ne faifoit pas
255 3
MERCURE
d'ailleurs
que
de reflexion à la deffenfe expreffe
que Dieu luy avoir faire de maner
ger du fruit de vie , de mesme
que les Anges lors qu'ils voula
rent s'égaler à Dieu , ne faifoient
pas alors attention à ce qu'ilsfais
foient , quoy qu'ils fceuffent bien
rien n'eftoit compa.
rable à celuy quiles avoit créez.
Or l'ignorance actuelle n'exclus
point la connoiffance parfaite
mais feulement l'habituelle. Si
cela eft ainfi me direz vous qu'A
dam ait eu une connoiffance ba
bituelle infufe : Elle eft donc differente
de la noftre qui ne l'avons
que par acquifition, Je réponds
"
GALANT. 257
à cela qu'il y a deux fortes de
connoißances habituelles infuſes Il
y en a quifont infufes de telle ma.
niere qu'on ne les peut aucunement
acquerir. Telles font la Foy , l'Ef
perante & la Charité, ily en a
d'autres que Dieu infufe de telle
forte qu'on peut les avoir par
L'étude e par l'exercice, tel que
le don des langues qui fut donné
aux Apoftres ; car il ne faut pas
croire qu'ils parlerent autrement
que le reste des hommes : La connoiffance
qu'Adam a receue est
de cette derniere nature, Elle n'eft
done pas differente de la noftre.
Toute la difference qu'ily a , c'est
Decembre 1701. Y
218 MERCURE
que nous ne lapouvons avoir qu'en
partie , & d'une maniere imparfaite;
car comme dit Hypocrate,
ars longa , vita brevis , au lieu
qu ' Adam la poffedoit entierement
dans toute fon eftenduë. Voila
, ce mefemble , Monfieur , les
plus fortes objections que l'on
peut apporter fur cette question.
Les autres argumens font fi per
valides , qu'il feroit inutile de
les eiter. Nous parcourerons
,
quand il vous plaira toute la
Philofophie , nous nous éclair.
civons l'un l'autre de fès princi .
pales difficultez Je defereray con
jours à vos fentimens , pour vous:
GALANT 259
témoigner avec quelle eftime , je
fuis, & c.
Tant de gens de confideration
apprennent l'Eſpagnol ,
& tant de François le parlent
déja , que je croy devoir vous
faire part de deux Sonnets Ef..
pagnols qui viennent d'eftre
faits à Paris pour une Dame de
Qualité , que deux perſonnes .
de cette Nation ont admirée
à fa Toilette. On devinera fans
peine de qui eft le premier
par l'efprit & par la delicatef
fe qu'on y trouvera . Le fe
cond eft de Dom Juan de Ro.
Yij
260 MERCURE
xas , Secretaire de M'l'Ambaſ
fadeur d'Espagne . C'eft un
Gentilhomme
tout jeune , &
qui avec mille autres qualitez
diftinguées , écrit parfaite
ment bien en Profe & enVers.
La Traduction eft d'un Gentilhomme
fort connu , qui
parle l'Espagnol comme ceux
de la Nation même.
SONETO.
Entada al tocador Crifterna
eftava SE
Para dar lucimientos à aquel
dia ,
Y en fu Cavello el Sol , rubio ,
aprendia ,
44
* GALANT. 261
Los Rayos con que el mifmo fe
abrafava
,
FIL
Sentada ; por que al fuelo le arraftrava
;
La tierra otro Faetonte , en el ,
ternia ;
Y el Cielo ; en pie ; tal vez , fi
feponia
Nueva Efphera de fuego refpirava
,
S
Yoque vivi en las fombras de fu
aufencia
,
Y la admirè Criſtal , porfu blan
cura ,
Entre incendios de Amor , que
el Almabebe
S
Deflumbrado , al mirarme en
fupreſencia
262 MERCURE
Ceguê deuda preciſa afu her
mofura )
A vifta de la Luz , y de la nieve.
TRADUCTION
de ce premier Sonnet Efpagnol .
CHriftine à fa toilette à tout char-
• mer s'apprefte ,
Elle y brille encor plus que ne brille
lejour
Ses cheveux au Soleil difputent à
leur tour
L'éclat de ces rayons qui couronnent
fa tefte.
S
S'afied- elle ? c'est luy qui defcend &
s'arrefte.
La terre admire & craint Phaeton
de retour.
GALANT. 263
Seleve -t-elle ? on croit qu'au celefte
fejour,
Une Sphere de feu pour s'envoler eft
preefte.
S
J'avois vécu loin d'elle ; à cet aspect
nouveau ,
L'ay cru voir un albatre animé fousfa
peau,
Et mon ame à l'Amour fe livrant
Atoute entiere.
S
Mesyeux plus qu'éblouis de la voir
de fi pres
Ont payé le tribut que tout doit àfes
traits.
Voit- on , quand on a vûla neige &
la lumiere ?
Autre Sonnet Efpagnol.
264 MERCURE
A UNA DAMĄ Į
que fe dexò ver en el tocador:
L mirar tu Cavello , que
esparcido A
Fart
Margenes de cristal en ondas
dora
?
Ciega , y confufa el alma , que te i
adora ,
Solo â la duda difpenfa el fenti
do.
S
Es pofibic , Lifarda, que adbertido
,Pa
Tan obfcuro problema fe athefora
?
Un extremo â ôtro extremo feenamora
,
Dejando al orden natural , ven
zido .
Junta
GALANT.
165
S
Junta tu perfecçion & tos primores
,
Siâ tefolver el argumento llego ,
( Siendo Clicie feliz , que tu luz
beve )
Pues vniendo el ardor â los Al-
·
boreff
>
La nieve fe conferva junto al
fuego ,
Y el fuego no fe apaga entre la
nievę.
TRADUCTION.
QUi voit ta belle tefte &tes che-
2
veux épars .
Croit voir des ondes d'orfur des rives
d'albâtre ,
Interdite , enfufpens , l'ame qui t'idolatre
-Dicembre 1701. Ꮓ
266 MERCURE
Abandonne au feul doute , & defirs
& regars.
2
Lizarde , fe peut -il, que nos voeux
nos égars ,
Oppofez & d'accord , ceffant de fe
combatre ,
Mettent la verite fur fon plus beau
theatre ,
Pour refoudre un Probleme obfcur de
toutes parts:
S
Ioints à tant de beautez tant d'autres
avantages ,
Tujoindras laraifon au choix de nos
hommages.
Ton éclat , en frapant , exige cet
aveu.
S
Tablancheur à l'ardeur, ne dreffe pas
un piege .
GALANT. 267
•
Lefeu ne s'éteint pas auprés de cette
neige
Et cette neige auffi ne font pas à ce
feu.
Voicy la Traduction d'un
Ode Latine de M' l'Abbé
Boutard , pour remerciement
des gratifications qu'il a receuës
de Sa Majefté , aprés luy
avoir prefenté plufieurs autres
Odes Latines . La traduction
de celle cy eft du
mefme Gentilhomme qui a
traduit les deux Sonnets Ef.
pagnols. Comme il a des
obligations infinies à madame
la Princeffe de Conty la
Zij
288 MERCURE
Doüairiere , il luy en témoi
gne fa reconnoiffance dans
lon Envoy.
ODE
JĨ
Apollon ,fi jamais ta Lyre
A flaté l'oreille des Rois , I
Etfi les peuples qu'elle attire
En ont jamais beny les droits
Fay fur le ton queje vay prendre l
Qu'elle s'accorde avec mes Vers,
Et que mon chant fe faffe entendre
Avec elle à tout l'Univers, ka
S
Louis dans fa magnificence ,
Aux neuf Soeurs ouvre fes trefors,
Marquons noftre reconnoiffance
Sur ta Lyre , & dans nos accorts.
S'il eft ton portrait fur la ter
GALANT. 269
Sur le Parnaffe , il est encor
Plus grand que le Dieu du tonnerre,
S'il s'y forme en pluye , elle est d'or.
S
Les riches moiffons de Siciles,
Couvrant du mont le fec gravier .
Par luy touty devient fertile
Tout fruit y charge le laurier.
Ilfait changer en orpotable
Les ruißeaux du facre vallon ;
Il enrichit jufques au fable
De la fonataine d'Helicon.
<
&
>
La pauvreté rude compagne
Des Mufes & de leurs amis ,
Fuit déja loin de la montagne ,
Nulbefoin n'y peut eftre admis .
Toutes les Troupes inquietes
De chagrins & de foins facheux
N'entoureront plus les Poëtes ,
Et ne courrons plus aprés eux ,
Z iij
270 MERCURE
S
$
Phabus donne la joye au monde
Et la rend à fes nouriffons.
L'Auteur d'une Paix fi profonde
Eft le fujet de leurs chanfons ,
Leur temps revient, & leur ramene
L'honneur, le bonheur, le repos :
L'abondance , la corne pleine
S'offre à leur befoin à propos.
8
Heureux habitant du Parnaffe
rang des Poëtes Romains
Au
rang
J'avance fur les pas d'Horace ,
Et fes lauriers cherchent mes mains .
F'entends déja que l'on m'appelle.
A la moiffon des gerbes d'or ,
Phebus pour couronner mon zele
Me nomme & m'ouvre ce trefor.
es
Fe voy dans fa main bienfaisante,
La recompenfe qui m'attend
GALANT. 27!
Et d'une voix plus qu'eloquente .
Il me parle , & je fuis content
C'eft fon aveu que me couronne
C'est fon don le plus precieux ,
Rien n'eft du prix de ce qu'il donne,
Mais ce qu'ildit vaut encore mieux .
Vous le feavez, Nymphes celebres
De Versailles & de Marly
Vous tirez mon nom des tenebres
Phoebus le fauve de l'oubly
Vous avez eftimé ma lyre,
Vous avez animé mes chanfons ,
C'est ce fuffrage qui m'attire ,
Et ces honneurs & ces moiffons.
Et vous , fontaines merveilleufes,
Mes delices , mes plus douxfoins ,
Joignez vos voix melodicufes
Au doux concert où je vousjoints .
Contre les droits de la nature ,
Z iiij
272 MERCURE
Vous pouffez vos eaux jufqu'aux
Cieux ,
Loüez par leur fçavant murmure = 3
Le Heros qu'on louë en tous lieux.
S
Et vous , delicieufe Seine ,
Quipour obeirau Heros.
De fleuve devenez fontaine ,
Et reglez à fon gré vos flots
Rendez- les encor plus dociles ,
Surla montagne de Marli
Et faites par vos eauxfaciles
De ce Vallon un Tivoli .
S
1
Autant de fois fur vos rivages
Qu'avec une Cour de fon choix
Il vous verra dans ces Boccages
Regler voftre cours fur fes loix.
Qu'en repos prés de vous paisible
Il fufpendra fes grands travaux
Que rien ne vous foit impoffible-
NA
GALANT.
273
Que rien ne le foit à vos eaux.
ន
Et moy , de coeur de memoire
Toujours zele reconnoiffant ,
Louis , je chanteray ta gloire ,
Et tout ce qui te rend puiſſant.
Toujours ayant pour guide Horace
Iefçauray parmes vers latins
Graver tes bienfaits au Parnaffe
Pourgarants de tes beaux deftins ..
2
Tout ce que te doit l'Hefperie ,.
Aßez d'autres le chanteront..
Tout ce que te doit la Patrie
Nos voisinspartout le diront ,
Tes refus de plufieurs Couronnes
Ton pouvoir d'y nommer des Rois
Cette paix qu'en vainqueur tu don
nes
C'est ton deftin , cefont tes droits.
S
274 MERCURE
Du merite resource unique
LOUIS , feul Protecteur des Arts ,
En valeur comme en Politique
Centfois plus grands que les Cefars.
Si je te dois ma paixprofonde
Tu jouiras de mon repos ,
Mais vers diront par tout le monde
Ce que je dois à fon Heros.
ENVOY AU ROY..
E fçay comment fe fait une Ode ,
Et ne fçay pas encor comment
Se fait un vray remerciment
Ce ftile n'eft guere à la mode ;
Remercier pourtant n'est pas chofe
incommode,
Et cependantfans toy dans le facré
Vallon
Grand Roy, les enfans d'Apollon
En auroient perdu la metode
GALANT
275
Pour ma Mufe du moins , dans ce que
j'yproduis
Elley fçait bien cueillir quelquefleur
inutile
Mais elle nefçait pas y recueillirdes
fruits.
I'ay beau changer de ton de ftile,
Quandje rens graces je traduits ,
Boutard , digne de ton eftime ,
Grand Roy, digne de tes bienfaits,,
Chante en latin , &moyje rime
Chacun à fafaçon , nous vantons tes.….
beaux faits
Même zele nous affocie.
Il chante tes Iardins , je chante tes
Exploits.
Tu luy fais de grands biens qu'en
latin il publie .
Quandte diray-jeen bon Françoiss
Grand Roy , queje te remercie ?.
276 MERCURE
A MADAME
LA PRINCESSE
A
DE CONTY ,
LA DOUAIRIERE.
ENVOY.
Parfaite
image du Soleil.
Son Portrait leplus vif, &
fa premiere Fille ,
Objet comme luy , fans pareil ,
Ornement defon ciel , honneur de fa
famille ,
CONTY , chef- d'oeuvre d'Apollon
Son fidele miroir , fon vivantparelie.
Reffource dufacré Vallon.
GALANT 277.
Dont l'aspect feul dit plus que ce
qu'on en public.
A l'exemple du Dieu qui ramenant
lejour.
Selon les fonds divers rend la terre
feconde.
Vous eftes la joye & l'amour ,
Du Parnaffe & de tout le monde.
Comme luyrépandant des trefors, des
bienfaits
Vousfaites en tous lieux benir voftre
prefence
Refpects , amour , reconnoiffance ,
Devos fimples regards font les moindres
effets ,
Comme luy dans les biens que vous
aimezà faire.
Vous aimez à les partager,
Et vous avez l'art d'obliger ,
Aufi bien que celuy de platre..
Vous donnez à chaque moment
278 MERCURE
De quelque vray remerciment ,
Et le fujet & la methode.
On ne vous parle point auffi ,
Qu'on ne vous dife grand mercy.
Auprès de vous , ce terme eft à la
mode :
Vour
+
le pallez , mais ce n'est pas
ainfi
Que Boutardparle dans fon Ode ,
Ce qu'il dit à Louis le Grand,
Eft d'un tour bienplus difficile ;
Et ma Mafe , qui voit que maplu
me eft docile ,
Voudroit fur un fujet comme celuy
qu'il prend.
Achever de former mon ftyle ,
Qui traduit , parle ne fent rien ,
L'efprity met bienpeu de chofe ,
Et le coeur u'y met rien du fien ;
Traduire bien & Vers & Profe ,
N'eft point penfer c'est parler bien:
GALANT - 279
Et quand Louis le Grand propofe
Des fujets de remercier ,
Je croirois mon bonheur extrême,
S'il daignoit me faire eſſayer
Sije fçaurois penfer de mefme .
On a eu avis du Fort - Royal
de la Martinique , que le 30
Septembre dernier , on fit
dans la Paroiffe du Fort Saint
Pierre qui eft adminiftrée
par les Jefuites , un Service
folemnel pour feu Son Alteffe
Royale Monfieur , par les
foins de Mr Robert , Inten .
dant des Iles Françoiles de
l'Amerique. L'Eglife , qui
eft belle & fpacieuſe , eftoit
280 MERCURE
tendue de noir depuis la
voute jufqu'en bas. On y
avoit élevé un fuperbe Mau .
folée, avec une belle Chapelle
ardente, conſtruite exprés aux
armes du Prince , & chargée
de plus de cinq cens cierges,
Tous les Corps y affifterent
avec un monde infini , car
on n'avoit encore rien veu
de femblable dans les lles-
Mr le Comte d'Eſtrées , General
des Ifles , eftoit venu exprez
dés le jour precedent à
la Ville de Saint Pierre , pour
affifter à cette Pompe fune
bre. Ilen partit le lendemain
GALANT. 281
la nuit. Il fe trouva mal à
fon retour , & les Octobre
il expira à une heure aprésmidy
, munyde tous les Sa.
cremens & univerfellement
regretté. Il est mort en la
foixante troifième année de
fon âge aprés s'eftre fignálé
dans un grand nombre d'oc .
cafions , & fur tout au com.
bat de la Hogue , où il com
mandoit le Soleil Royal fous
M' le Comte de Tourville . Il
eftoit Chef d'Efcadre , & il
n'y avoit qu'un an que Sa
Majefté l'avoit nommé General
de toutes les fles .
Decembre 1701
A a
282 MERCURE
L'Homme de Cour de Bal..
rafar
7
Crown , traduit
par
M
Amelot
de
la
Houffaye
,
&
tres
confiderablement
aug
.
menté
de
Notes
hiftoriques
⚫du
même
Auteur
, paroift
depuis
peu
, avec
un
fuccés
qui
répond
à
la
réputation
du
Traducteur
, ainfi
qu'à
la
haute
idée
qu'à
donné
de
luy
par
fes
.
Ouvrages
, le
fpirituel
&
fçavant
Gratian
qui
a
compofé
ce
livre
, eftimé
de
toutes
les
Nations
. Un
ouvrage
de
cette
nature
ne
sçauroit
eftre
trop
lâ
, puifqu'on
ne
le
peut
lire
avec
quelque
forte
d'applica
GALANT. 283
tion fans tirer beaucoup d'avantage
de cette lecture , qui
fait concevoir encore plus de
chofes que l'Auteur n'en dit
quoy que fon ftile concis &
ferré , renferme autant de pen.
fées que de paroles . Ceux qui
font attachez à la Cour doi
vent fçavoir cet ouvrage par
coeur , & ceux à qui leur profeffion
ne permet pas d'y de.
meurer, ne doivent pas moins
apprendre à fond tout ce qu'il
contient, afin de fçavoir comment
on vit à la Cour , ou du
moins de quelle maniere on
y doit vivre. Ce livre fe vend
Aaij
284 MERCURE
chez le S Damien Beugnie ,
dans la grande Salle du Palais ,
au Pillier des Confultations
au Lion d'or.
Le même Libraire debire
auffi depuis quelque temps
l'Hiftoire de la Conqueste d'An
gleterre , par Guillaume II. Duc
de Normandie , avec la Carte
la Maiſon Royale d'Angleter
re dans l'onziéme fiecle. Ce
livre eft fort curieux , & plu
fieurs raifons doivent porter
à le lire . On peut par certe lece
ture faire la comparaifon des
deux Guillaumes qui ont fait
la Conquefte d'Angleterre.
GALANT. 285
Le premier s'eft élevé à cette
dignité par la valeur , & par
la force de fes armes , & l'autre
par fon adreffe , par fon efprit,
& par fa politique.
Le S Coignard , Imprimeur
ordinaire du Roy & de
l'Academie Françoife , vient
de nous donner deux Traitez
de Saint Auguſtin , traduits
en François fur la nouvelle
edition latine des Peres Bene
dictins de la Congregation de
Saint Maur , par M'de V. qui
nous a déja donne la Traduc
tion des livres de la Doctrine
de Foy , Son ftile a esté trouvé
286 MERCURE
fi pur fipur & fi naturel , que comme
il n'a pas employé moins
de foins à la traduction de
ceux cy , on fe peut promettre
un grand plaifir de cette
lecture. Ces deux Traitez font
les Livres de l'Ordre & les Livres
du Libre Arbitre. Saint Auguſ
tin fait voir dans ceux qu'il a
compoſez del'Ordre comme la
Divine Providence , toûjours,
attentive au gouvernement
de l'Univers , prefide à tous
les évenemens & à toutes les
difpofitions des Creatures.
Quoy que ces matieres foient
traitées fans art & fimple-
噜
EGALANT 27
ment , onne laiffe pas d'y découvrir
en plufieurs endroits
fon éloquence , qui y preſente
à l'efprit de 'vives images &
de brillantes idées. On n'y
peut trop admirer l'éleva
tion & la facilité du genie
de ce Pere de l'Eglife. Il s'en
tretient avec de jeunes gens
qu'il inftruit, &fe proportion .
nant à leurs connoiffances,
il ménage leurs forces ; il fait
valoir leurs pensées ; il leur
aide à en produire de nouvelles
, & tenant en fa main la
clef de la Science , il leur en
ouvre peu à peu l'entrée , &
288 MERCURE
les
par
routes
les plus
riantes
& les plus
delicieufes
, il les
mene
jufqu'au
fanctuaire
de
la Verité
. Quant
aux Livres
du Libre
Arbitre
, ce font
proprement
des Dialogues
où S.
Auguftin
s'entretient
avec
Evode
, l'un de fes Amis
. Le Li
bre Arbitre
y eft folidement
établi
, & la bonté
de Dieu
parfaitement
juftifiée
dans
la
Creation
de l'homme
, dont
il
prévoyoit
la chute
volontaire
.
Ce deffein
embraffe
bien
des
queftions
, & aucune
n'eft
échapée
au vafte
genie
de ce
grand
Docteur
. La folide
pieté
du
GALANT 289
du Traducteur paroift dans le
choix qu'il fait de ces Ouvra
ges pour employer le talent
qu'il a de bien écrire , & la retraite
qu'il a preferée depuis
tant d'années au commerce
dangereux du monde , eft une
preuve inconteſtable de fon
entier dévouement à tout ce
qui regarde la gloire de Dieu.
M's Joly de Fleury , Freres ,
tous deux Avocats Generaux ,
l'un au Parlement , & l'autre
à la Cour des Aides ,
fe diftinguent tellement dans
leurs emplois , qu'ils s'attirent
Decembre 1701. Bb
290 MERCURE
tous les jours de nouveaux
applaudiffemens. C'eft ce qui
a donné lieu à ces Epigrammes
latines de M' l'Abbé le
Houx.
IN CLARISSIMOS FRATRES
D. DOMINOS
JOLY DE FLEURY ,
Catholicos Advocatos vereque
Regios Oratores.
EPIGRAMMATA .
ALterusAlcides LODOIX dum
claviger armis
Defuper invictis impia monftra
domati
GALANT 291
Patricii Juvenes , gemine duo fulmina
Linguæ ,
Omnia vos gemini monftra necate
Fori.
ALIUD.
Nunc Fora nobilitat concors facundia
Fratrum ,
Etftirpe ex unafulgura bina micant.
ALIUD.
Vox facunda Fori Fratres fobolefcit
in ambos
Diffimiles annis , eloquioque pares
.
Je ne vous aurois pàs envoyé
ces Epigrammes , fi
elles avoient paffé quatre
Bb ij
292 MERCURE
Vers. C'est ce qui m'empêche
de vous faire part d'un
fort bel Ouvrage Latin du
Pere Pingré Jefuite , Profeffeur
au College de ****
fur la naiffance de Monfieur
le Comte d'Eu , fecond Fils .
de Monfieur le Duc du Mai-
L'Auteur appelle Mars
& Apollon pour venir prendre
foin de cet Enfant dans
fes premieres années , & par
une agreable fiction Poëtique
, il fait paroiſtre l'une
& l'autre Divinité avec l'ac
compagnement qui leur con .
vient. Ces deſcriptions font
ne .
GALANT .
293
vives , & ce petit Ouvrage
finit par des fouhaits de voir
cet Enfant croistre pour faire
briller tous les avantages d'un
illuftre Sang , eftant né d'un
Pere qui n'a pas moins merité
les faveurs de Mars que celles
de Minerve.
Je vous envoye un Air
nouveau de la compofition
deM' Mefnil Marchand . Les
Paroles font de Mr de Saint
Lubau.
Bb iij
294 MERCURE
AIR A BOIRE.
NEE cherißez que le jus de la
Tonne
Amans , pour adoucir vos cruelles
langueurs ,
Puifque le Dieu du Vin vous comble
de faveurs ;
Profitez des bienfaits que fa bonté
vous donne >
Et preferez les douceurs de l'Automne
Auxplus tendres attraits de la faifon
des fleurs,
Mr Hory qui a efté en
Efpagne , d'où il eft revenu
depuis quelques mois , eftant.
Dec
ne cherissezque lejus dela ton
Ne che rissenque le jusde la ton
•neAmans pou
ne,Amanspou
eller lan gueurs.Puisque leDieu du vin vous comble defaveurs,Trofiter des bienfay
eller,lan gueurs, Puisque le Dieu du vin vous comble defaveursProfitezdes bienfai
donne ,&tpreferez
les douceurs
de l'automne ,Aux plus tendres attraw, de la saison
donne, preferez
les douceurs
de l'automne
,Aux plus tendres
attrais de la saison
rez proferez
les douceurs
de l'automne
, Auxplus tendres
attr
+
Et preferen
les douceurs
de l'automne
, Aux plus tendres
at
de la sau
4
GALANT: 295
a
penetré de l'accueil qu'on luy
a fait à Madrid , & des honneurs
qu'il y a receus , en a
voulu témoigner icy fa reconnoiffance
à M' l'Ambaffadeur
d'Espagne , à toute fa famille,
à Mr l'Envoyé Extraordinaire
de cette Couronne , & à
toutes les perfonnes qualifiées
de la mefme Nation
qui font à Paris. Cette reconnoiffance
a éclaté par un
des plus magnifiques festes
que le bon gouft puiffe inventer
& que la profufion
puiffe foûtenir . M' l'Ambaf.
fadeur d'Efpagne fe rendit
Bb iiij
296 MERCURE
chez Mr Hory , avec trois
caroffes fur les fix heures du
foir. Il avoit avec luy Mr. le
Marquis , мrl'Abbé , & мr le
Chevalier de Saint Manat fes
trois fils. Don Franciſco de
Eguaras , Envoyé Extraordi
naire d'Espagne y arriva en
mefme temps avec Don Pedro
de Zuñiga , frere de Mr
le Duc de Bejar Grand d'Ef,
pagne . MrHory vint recevoir
Son Excellence à la portiere
de fon Caroffe. La Cour eftoir
éclairée par des pots de feu, &
T'efcalier par un grand nombre
de plaques, M Hory l'ate
GALANT: 297
tendoit dans la premiere pie.
ce de fon appartement avec
huit Dames fort capables
d'orner une fefte . Aprés les
les premieres civilitez on
vifita
l'appartement compofé
de fept pieces de pleinpied
, toutes magnifiquement
& differemment ornées &
meublées , & également é
clairées par des luftres & par
de riches girandolles. On y
admira les tableaux & les
bronzes. On fit enfuite plu
fieurs tables d'Ombre , d'au .
tres joüerent au Trictrac
d'autres aux Efchets . Chacun
298 MERCURE
s'y occupa felon fon gouft.
Mr le Marquis de Louville ,
Mr le Comte de Clairambaut
, Mr le Baron de Breteüil
& beaucoup d'autres
François de confideration
,
s'y rendirent à peu prés à la
meſme heure. Sur les dix heures
on defcendit dans une
espece de galerie fort ornée,
bien chauffée & fort éclairée,
où l'on trouva deux tables
de quinze couverts chacune ,
fervies en mefme-temps , &
de la mefme maniere , &
chacune ayant fon buffet feparé
. Rien n'eftoir plus riche
GALANT. 299
que ces deux bufets . Pour le
repas , la deſcription en feroit
trop longue , il fut à
quatre fervices , dont chacun
eftoit d'un grand milieu de
table , & de quatorze plats à
l'entour , outre les hors d'oeu
vre. C'eftoient tous mets
exquis & plats nouveaux &
recherchez. On se récria (ur
tout à l'entremets , & encore
plus au fruit. Tout ce qu'il
y a de plus rare en vins & en
liqueurs y fut auffi prodigué.
Après le foupé , on remonta
dans le mefme appartement
,
où l'on trouva un concert de
.
300 MERCURE
On chanta le
tout ce qu'il y a de plus ef
timé à l'Opera , en voix & en
inftrumens .
Prologue de Roland & quelques
Scenes du mefme Opera.
Mr l'Ambaffadeur qui
aime la Mufique , & qui la
fçait parfaitement , en fot
charmé. Il dit à Mr Hory qu'il
fembloit qu'on cuſt reſervé
pour ce jour là tout ce qu'il
y avoit à Paris de plus delicat
& de plus rare. En fortant
de ce cabinet , on entra
dans une grande chambre où
l'on trouva le fameux Mr
Beauchamp habillé à l'Eſpa,
GALANT 301
gnole , Mademoiſelle Beauchamps
maſquée , auffi de fort
bon gouft , & un Arlequin
excellent. Ils danferent plufieurs
danses , Mr l'Ambaſſadeur
& toute l'Affemblée lesadmirerent
, mais rien ne furprit
tant Son Excellence , que de
voir fans mafque , мr de Beauchamp
, & d'apprendre fon
grand âge. Ces danſes furent
fuivies d'un petit Bal où l'on
fervit encore une magnifique
collation avec du chocolat ,
& toutes fortes de liqueurs.
On fe retira à trois heures
aprés minuit. Cette Fête eut
302 MERCURE
tout le fuccez qu'elle meriroit.
Le Samedy 17. de ce mois ,
les Chevaliers
de l'Ordre
Royal , Militaire & Hoſpitalier
de Noftre - Dame du Mont
Carmel & de Saint Lazare de
Jerufalem
, qui avoient tenu
Chapitre le jour precedent
,
dans une des Salles de l'Ab .
baye de Saint Germain des
Prez , celebrerent
dans l'Egli .
fe de cette Abbaye , la Feſte
de Saint Lazare , Patron de
leur Ordre . Cette ceremonie
fi finguliere
, & fi
m'a
paru
digne
de voſtre
curiofité
que
GALANT. 303
j'ay cru ne devoir pas oublier
de vous en parler. Je vous ay
plufieurs fois entretenuë de
cet Ordre Militaire qui a donné
la naiffance à tous les autres
, & que le Roy a rétabli
dans fa premiere fplendeur.
Je vous fis part au mois de
Juillet dernier d'une Ode latine
fur ce fujet compofée
par M' l'Abbé Boutard , traduite
par M' l'Abbé du Jarry ,
& adreffée à M' le Marquis de
Dangeau , qui foûtient ſi bien
toute la dignité de l'Ordre.
Ce Grand Maiftre , depuis
qu'il a esté nommé par le
1
304 MERCURE
Roy , & confirmé par les Bulles
d'Innocent XII. n'a point
ceffé de pourvoir à tout ce qui
pouvoit relever la gloire des
Chevaliers dont il eft le digne
Chef. Non content d'affurer
leurs anciens Privileges , il a
depuis peu fait revivre l'ufage
de leurs anciens habits , dont
la figure s'eft confervée en un
tableau qui ſe voit encore
dans la Commanderie de
Grattemont , & a refolu dans
un Chapitre general , qu'ils le
porteroient les jours de ceremonie
, pour les faire fouvenir
de fa pieté & de la valeur
GALANT . 305
de leursPredeceffeurs qui l'ont
porte , & rendre par ce moyen
la pompe plus augufte . En effet
, elle n'a jamais eu tant
d'éclat ny plus de majesté.
Vous en jugerez par le détail
que je vais vous en faire.
A la tefte marchoit l'Huiffier
de l'Ordre veftu d'un juf
teaucorps de drap amarante
& portant fa Maffe . Il avoit
une Croix en médaille , attachée
par une chaine à la bou
tonniere comme les Freres
fervans. Le Heraut de l'Ordre
le fuivoit ayant une cotte
d'armes de velours tanné
Décembre 1701. Cc
3.6 MERCURE
amarante doublé de fatin verd
bor dée d'or & chargée devant
derriere & fur les deux manches
d'un cartouche aux Armes
de l'Ordre . Il y avoit écrit
en lettres d'or au bas de ces
manches d'un colté , Ordre
de Noftre Dame du Mont Carmel,
& de l'autre, Ordre de Saine
Lazare de Feruſalem; Il avoit
une toque du même velours &
de la même couleur , avec une
aigrette noire , accompagnée
de deux Plumes , l'une amarante
, & l'autre verte . Il portoit
en main bafton couvert
de velours amarante aux chiGALANT.
307
fres de l'Ordre,avec des Fleurs
de Lis femées en broderie
d'or .
Immediatement aprés le
Herault, paroiffoient les Eleves
de l'Ordre en habit court
amarante. Ce font de jeunes
Gentilshommes ifius des meilleures
Maiſons de France ,que
M' le Grand Maiftre fait élever
dans les exercices conve
nables à la Nobleſſe , & qui
font comme une pepiniere de
Chevaliers , dont la Religion
& l'Etat tireront un jour de
grands fecours.
Enfuite s'avancerent les
Cc ij
308 MERCURE
Novices de l'Ordre qui de
voient entrer ce jour là dans.
le Corps des Chevaliers . Leur
habit eftoit une Soubreveſte
de fatin blanc , chargée de la
Croix de l'Ordre avecun man .
telet de taffetas vert . Les Chevaliers
Laiques & les Commandeurs
qui les fuivoient ,
faifoient la plus noble partie
de la pompe , tant par le nom ..
bre qquuee ppaarr la richeffe deleur
habillemens. C'eftoit un manteau
de velours tanné amarante
, doublé de farin vert , tombant
à fleur de terre , & traî
nant d'un pied par derriere ,
GALANT. zon
bordé fur les deux coftez du
devant , d'un bord d'or , ayant
au haut par derriere une mo .
lette auffi de velours doublé
de fatin . Ce manteau eftoit
attaché par devant à trois
doigts du cou , avec une bou .
tonniere d'or à queuë , & retrouffé
du cofté de l'épée d'u
ne pareille boutonniere. Sur
le cofté gauche eftoit la Croix
de l'Ordre , écartelée d'ama:
rante & de finople , brodée
de foye , bordée d'or , cantonnée
de quatre fleurs de lis de
même , & chargée dans le centre
de l'image de la Vierge . Il
300 MERCURE
y avoit fous ce manteau une
foubrevette ou efpece de Dalmatique
de fatin blanc , char.
gée devant & derriere , & fur
les manches , dans toutes leurs
hauteurs , d'une Croix de mê,
me , mi- partie de vert & d'amarante
, lizerée d'or , avec
des manches de deffous fermées
jufques au poignet , de
fatin amarante. La culote &
les fouliers eftoient de velours
auffi amarante , & les bas de
la même couleur. Leur habil .
lement de tefte eftoit une to .
que
du même velours & de la
même couleur , avec un corCALANT:
31
don d'or & une aigrette- noire,
& ils avoient la Croix de l'Ordre
pendue au col à un ruban
large tanné amarante , les uns
d'émail , la pluſpart de diamans.
Ils precedoient ainfi le
Grand Maiftre , qui marquoit
fa dignité par un habit plus
riche que celuy des autres .
Son manteau qui eftoit de la
même couleur & étofe que
celuy des Chevaliers , avoir la
queuë plus longue , & eftoit
femée de fleurs de lis d'or , &
des lettres initiales des deux
Ordres entrelaffeées & bro312
MERCURE
dées d'or. Sa toque femblable
aux autres eftoit retrouffée
avec une rofé de diamans , &
fa foubrevefte qui estoit couverte
de fon Cordon bleu , outre
la Croix de l'Ordre dont
elle eftoit chargée , brilloit en .
core de la Croix pectorale , qui
eftoit toute de pierreries , &
qui pendoit par devant avec
un grand ruban ondé amarante.
La marche eftoit fermée
par les Chevaliers Ecclefiaftiques
qui alloient aprés le
Grand Maiftre , & dont l'habillement
ne cedoit point en
magnificence
GALANT. 313
magnificence à celuy des Che
valiers Laïques ; ils eftoient
revêtus d'une foutanne de
moire amarante , avec la ceinture
de foye de plufieurs couleurs
, & d'un camail de mefme
étoffe , doublé de fatin.
vert , chargé fur le bras gauche
de la Croix brodée de .
foye & d'or. Ils avoient fous
le camail un rochet de point
d'Angleterre , fur lequel pendoit
la Croix Pectorale d'or & :
d'émail , attachée avec un
grand ruban ondé amarante .
Leurs bas & leurs fouliers
eftoient de la mefme cou
Décembre 1701.
Dd
?
# 4 MERCURE
Jeur , & leur bonnet quarré
eftoit noir.
Telle fut la marche des
Chevaliers de Saint Lazare
qui partirent en cet habit
deux à deux , de la falle , où
s'affemble le Chapitre Gene.
ral de l'Ordre pour le rendre
dans l'Eglife. Ils fe rangerent
tousfur deux lignes dans
la nef , qui eftoit parée de
riches tapifferies , & le placerent
fur des fieges couverts
d'étoffe amarante ; ' de forte
que les principaux Officiers
de l'Ordre , comme le Chancelier,
le Procureur General,
GALANT
3'5
le Prevost , le Treforier & le
Greffier approchoient de plus
prés le Grand Maitre qui
avoit à fes coftez les Cheva
liers Ecclefiaftiques . Au com
mencement de la Meffe, tous
les Chevaliers qui estoient
entrez couverts dans l'Eglife,
ofterent leur toque , & fe
mirent à genoux , & s'eftans
affis à l'Epiftre , ils fe leve .
rent à l'Evangile , pendant
lequel ils tinrent leurs épées
nuës , felon l'ancienne coû.
tume , auffi bien qu'à l'éleva
tion de la fainte Hoftie , pour
marquer qu'ils font preits à
1
Ddij
316 MERCURE
deffendre la Religion , & à
répandre leur fang pour les
interefts de la Foy. Cette
ceremonie ne parut pas moins
extraordinaire que celle de
l'Off ande , où le Prevost de
l'Ordre tenant à la main unc
baguette noire , bordé d'yvoire
par un bout , fortit de
fon rang , & vint au milieu
de la neffaire une reverence
au maître Autel , en pliant
les genoux fans baiffer le
corps , & enfuite une autre
au grand Maitre pour l'åvertir
d'aller à l'Offrande . Le
Grand Mailtre averty , fit la
GALANT 3 :7
mefme reverence à l'Autel ,
au milieu de la nef , & deux
autres aux Chevaliers , fe
tournant de leur cofté à droite
& à gauche. Le Prevoſt , aprés
Favoir precedé & reconduit
en fa place , falüa une ſecon
de fois l'Autel au milieu de
la nef, le Grand Maitre &
puis les Chevaliers pour leur
donner le mefme fignal . Ils
fortirent de leurs places
deux à deux , & avant que
d'aller à l'Offande , ils firent
la mefme choſe que le Grand
Maiftre.
La Meffe finie , le Grand
Dd iij
318 MERCURE
Maitre fottit de fon fiege
pour en aller occuper un autre
qu'on luy avoir preparé
auprés de l'Autel du cofté de
l'Evangile pour y recevoir les
nouveaux Chevaliers . 11 ettoir
precedé de l'Huiffier de l'Or.
dre , du Herault, des cinq prin
cipaux Officiers , & du plus
ancien des Chevaliers qui fe
rangerent à droite & à gauche
, aux coftez de fon fau
teül ; fçavoir à fa droite le
plus ancien Chevalier qui
eftoit ce jour- là Mr le Com .
mandeur de Semonville , le
Procureur General de l'Or
GALANT 319:
•
dre , qui eft de Mr de Ge
nouillac , & le Treforier qui
eft . Mr Breget, Mr de Gue
negaud Chancelier eftoit à fa
gauche , enfuite Mr de Sau .
leux Prevoft , & Mailtre des
Ceremonies de l'Ordre , & Mr
de S. Olon qui en eft le Gref
fier, Chacun d'eux y avoit
fa fonction . Le Chancelier
tenoit devant le Grand Maî
tre le Livre des Evangiles
qu'il avoit receu des mains du
Preftre Affiftant , & fur lequel
le Recipiendaire prefte le ferment,
qui luy eft lû à haute
voix par le Greffier. L'ancien
D d iiij .
320 MERCURE
Chevalier prefentoit au Grand
Maiftre l'épée qu'il devoit
donner au nouveau Chevalier.
Le Treforier luy prefentoit la
Croix , le Procureur general
leLivre des Statuts de l'Ordre,
& le Prevost ou Maistre des
Ceremonies le Manteau . Toutes
ces chofes leur avoient
efté mises entre les mains par
Mr Pezoy Heraut de l'Ordre,
Les Recipiendaires fe prefen .
terent devant le Grand Mai.
ftre en habit de Novices, qui
confiftoit en la Soubreveste
de l'Ordre feulement , & fans
Manteau , au lieu duquel ils
GALANT 321
portoient uneCapote de fatin
vert , doublée d'un taffetas de
la mefme couleur . Ils avoient,
ainfi que les Chevaliers , la Ca.
lote & les fouliers de velours
amarante , & la Toque de
mefme , armée d'une aigrette
noire . Le Grand Maitre les
reveftoit du Manteau de l'Ori
dre en les recevanr ;
Cette Ceremonie fut augufte,
& fe fit avec beaucoup
d'ordre & d'édification . Mrle
Cardinal de Furftemberg, Mr
le Nonce , & мr l'Ambaffa :
deur de Venife la virent d'une
Tribune qui regardoit à coſté
322 MERCURE
du Choeur des Religieux,
Plufieurs autres Miniftres
& Seigneurs Etrangers , & plu .
fieurs perfonnes de qualité &
diflinction de l'un & de l'autre
Sexe y affifterent . Mrle Duc
de Rohan , Mr. le Marquis de
Torcy , Mr le Comte de Tallard
, Mt le Comte de Briord ,
Mr de Seignelay , Mrs les Ab .
bez de Louvois , de Pompone,
& de Polignac , Madame la
Ducheffe de Saint Simon ,
Mefdames d'Hudicourt & de
Grancey; Madame la Maré .
chale d'Eftrées , Madame la
Prefidente de Menars , Ma
GALANT, :3 23»
dame la marquise de Sommiers
étoient de ce nombre.
Vous remarquerez que les
habits dont je viens de vous.
faire la defcription , en vous
parlant de la marche des Che
valiers , ont efté fort differens
de ceux dont ils fe font fervis
dans les autres Ceremonies.
Ce changement eft venu de
ce que M' le Grand Maiſtre ,
& le Confeil de l'Ordre ayant
trouvé que les Jufte au corps,
quoy qu'uniformes , avec lefquels
ils y avoient affifté les
autres fois , ne convenoient
point à la Regle & la dignité
324 MERCUR
E
de cet Ordre , fe font crus en
gagez à redoubler à cet égard,
Fattention qu'ils employent
fans relâche à tout ce qui peut
le rétablir dans la regularité de
de les fonctions , & dans l'é.
clat de fon ancienne fplen.
deur . Dans ce deffein ils ont
eu recours aux recherches les
plus exactes , afin de fe confor
mer à ce qu'ils pourroient re
couvrer dans leurs anciens regiftres
& Monumens ; & fui.
vant ce qu'ils y ont découvert
ils fe font refolus , aprés en
avoir obtenu la permiffion du
Roy, Fondateur , & Souverain
Protecteur de l'Ordre , à ac
GALANT
325
commoder l'habit antique des
Chevaliers de Saint Lazare ,
avec ce qui leur a ſemblé convenir
à l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel , qui
y eft joint , & ce fut dans cet
habit qu'ils parurent pour la
premiere fois le 17. du mois
paffé , dans l'Eglife de Saint
Germain des Prez ; où , comme
je vous l'ay déja marqué ,"
ils celebrerent laFefte de Saint
Lazare. Il y a des Freres Servans
dans cet Ordre , ainfi
que dans celuy de Malte.
Comme ils ne parurent
point dans cette derniere Ce ,
326 MERCURE
魂
remonie , je nevous ay point
décrit leur habit. Ileft de drap
de couleur amarante fur le
même modele que celuy des
Chevaliers , avec cette difference
, que leurs manteaux
ne font point doublez , qu'ils
ne tombent que jufques à qua.
tre doigts de terre , fans eftre
bordez ny agraffez d'or , mals
feulement de foye aurore , &
que leurs Soubreveftes
leur Croix de deffus ne font
que dérofe de laine.
&
Le 25 du mois paffé , les
Irlandois du Seminaire Sainte
Anne la Royale de Bordeaux,
GALANT. 327
firent faire dans leur Chapelle
un Service folemnel
pour le repos de l'Ame de
Jacques IL Roy d'Angleter
re , d'Ecoffe & d'Irlande. Ce
jour- là Mr le Premier Prefi
dent fe rendit à leur Chapelle
à dix heures du matin à la
tefte du Parlement & des autres
Cours fuperieures , avec
Mrs les Maires & Jurats , &
Mrs les Juges & Confuls de
la Bourfe , & une Affemblée
choifie de tous les Etats &
de's perfonnes de l'un & de
l'autre fexe , les plus qualifiées
& les plus diftinguées de la
328 MERCURE
Ville L'appareil irifte & tené?
breux qu'il y trouverent, leur
fit dire mille chofes touchan:
tes fur la vie & fur la mort
?
de ce Monarque , & de ce
Heros Chreftien , & fur l'ef.
fort que faifoit cette Nation
toûjours fidelle pour en marquer
a douleur . L'Eglife
eftoit tenduë de noir depuis
le haut jufqu'en bas , les écuffons
aux armes d'Anglerre ,
d'Ecoffe & d'Irlande en fais
foient deux fois le tour dans
la nef , & le fond eftoit par
tout femé de larmes blan-.
ches . Tout le Presbytère
GALANT. 329
eftoit doublement tapiffé &
les êcuffons depuis le haut juf
qu'à terre , & les vuides fe :
mez de larmes . !
L'Autel eft un retable fe
paré du fond qui occupe tou .
te la largeur de l'Eglife , &
ſe prefente en pentagone. Il
eft de cinquante- huit pieds de
hauteur. Du milieu s'éleve
une pyramide de cinquante,
trois pieds d'élevation . Le haut
étoit couverte d'une étoffe
couleur de Ciel , femé delar .
mes noires, & au devant étoit
une campane , dat les vuidės
cftoient occupaz par de groß
Decembre 1701.
Ee
310 MERCURE
fes houpes de foye blanche
& noire . Aux extremitez
tomboient à gros boüillóns
de grands feftons de drap
noir qui defcendoient jufqu'à
terre. De la pointe de la pyramide
fortoit une flamme
qui fe perdoit dans un nuage
fombre dans fon fond , mais
refplendiffant dans le haut
de fon ciel Aux coftez de
cette pyramide s'élevoient
deux grandes aifles de drap
noir déployées , & le recourbant
chacune de lon costé ,
elles formoient une efpece
de fleurs de Lys toute femée
'
GALANT. 331
d'écuflons & de larmes , le
ciel , le fond , & tout le dedans
de l'Autel eftoient ten .
dus de velours noir , le ta
bernacle & le devant d'Autel
de mefme , le tout femé de
larmes & de teftes de mort à
fond d'argent.
Le Maufolée eftoit élevé au
milieu de la nef , ledais à
frange d'argent , foûtenu par
quatre grands pilliers de quarante-
quatre pieds de hauteur
peints en noir , & cou .
verts de larmes d'argent. Du
ciel du dais fortoient un
grand nombre de girandol
1
1
Eeije
332 MERCURE
les , toutes garnies de cierges.
Sous le dais & au milieu du
Mauſolée eftoit la reprefen
tation couverte d'un drap de
velours noir , femé de larmes
& croisé de moire d'argent.
Les Honneurs eftoient placez
tout autour. Derriere la tefte
eftoit pofée une grande Cou.
ronne , couchée & foûtenue
par deux palmes , le Sceptre
à coſté. Du cofté droit de
l'épaule droite eftoit un caf
que & un corfelet , & à l'épaule
gauche eftoient deux
épées , pofées en fautoir , l'une
nuë , & l'autre dans le
GALANT. 333
fourreau , le tout fur des baf
fins d'argent , & couverts
d'un crefpe noir. Tous les
degrez du Maufolée eftoient
également éclairez en tour
fens & de tous coſtez , &
la hauteur de la reprefenta
tion s'élevoit tout autour une
ovale de cierges extrémement
élevez qui aboutif
foient où les girondeles qui
fortoient de l'imperial , commençoient
à paroiltre , ce qui
faifoit une fymeterie agrea
ble, quoy que lugubre. La
porte de dehors eftoit tendue
de noir , femée d'écuffons &
334 MERCURE
de larmes , avec le Portrait
de Sa Majesté entouré decy
prez.
Ml'Archevefque de Bor-
04
3
deaux fe trouvant ce jour là
indifpofé , leur envoya M
Pradillon fon Grand Archidiacre
, & Vicaire General
qui officia en fa place avec
les quatre premiers Curez de
la Ville qui affifterent en
chape aux quatre coins du
Maufolée , & qui firent les
encenſemens & les abfouttes
chacun à fon tour. L'Oraifon
Funebre fut prononcée
par le P. Lebret , Souprieur
•
GALANT. 335
des Feüillans , avec un applau
diffement general.
Vous aurez fans doute ap
pris la mort de Meffire Anne
de Lhofpital , Comte de Sainte
Melme , Seigneur de Brethencourt
, Ponthévrard , Garenciere
, Villemanoche, Sorbonne
, Chambourcy & autres
lieux , Lieutenant general
des Armées du Roy , Gouver
neur , Bailly , Capitaine des
Chaffes , & Maiftre particulier
des Eaux & Forefts du Comté
de Dourdan , premier Ecuyer
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur , Oncle du Roy,
35 MERCURE 33
Duc d'Orleans , Chevalier
d'honneur de feue Son Alteffe
Royale Madame Doüairiere
d'Orleans , & de Son Alteffe
-Royale Madame la Grande
Ducheffe de Tofcane , âgé de
foixante & dix fept ans Il
eftoit Fils de Jacques de Lhofpital
, Seigneur de Sainte-
Mefme , Vicomte de Vaux ,
& d'Elizabeth de Barillon ,
Fille de Jacques de Barillon ,
Seigneur de Mancy , Confeillerau
Parlement & de Judith
de Melmes , & laiffe des en.
fans d'Elizabeth Gobelin
dont l'ailné , qui a époufé N.
de
GALANT. 337
de Montbel , d'Entremont
eft Chevalier d'honneur de S.
A. R. Madame la Grande Du
cheffe de Tofcane.
3
On a perdu environ dans le
même temps Dame Margue ,
rite Doublet ,Veuve de m' De.
nis Pichon , Treforier de France
à Paris , quia laiffé pour Fils
Mr Pichon , Maiftre des Comptes
, & une Fille mariée à Meffire
Pierre de la Mouche , Seigneur
de Beauregard , Con .
feiller au Parlement .
Cette mort a efté fuivie de
celle de Dame Marie - Anne
le Moine , Epoufe de Meffire
Decembre
1701. Ff
338 MERCURE
Charles de Villiers Berauld ,
Confeiller du Roy , Maistre
ordinaire en fa Chambre des
Comptes.
Vous avez raifon de dire
que vous n'avez vû de Relation
de l'Entrée de la Reine
d'Eſpagne fur les Terres de Sa
Majeſté Catholique , que dans
ma Lettre , puis qu'aucune
Relation publique n'en a
donne de circonftances . Vous
pourrez dire la meſme choſe
des feftes qui fe font faites à
Barcelone , dont on n'a vû
aucun détail , ce qui en a eſté
imprimé ne contenant que
GALANT 339
tres-peu des lignes.
Leurs M. C. atriverent en
cette Ville -là le 8 : Novembre
à quatreheures aprés midy.Elles
entrerent par la porte qui
eft du cofté de la mer , & vis
vis le Palais où Elles devoient
loger . Elles ne voulurent point
qu'on leur fift d'Entrée, ce qui
fut cauſe que le Canon de la
Ville ne fe fit entendre qu'une
demi heure aprés leur arrivée .
Le Roy & la Reine fe firent
voir enfuite fur un Balcon , où
ils demeurerent une petite de.
mi-heure. La Reine falua les
Dames qui eftoient fur le Bal-
Ffij
340 MERCURE
con appellé du General. Il y eut
le foir des Illuminations par
toute la Ville , & elles dure .
rent pendant trois jours. Le
foir du Mardy , il y eut un Feu
d'Artifice devant le Palais qui
reprefentoit un Chaſteau . On
tira quantité de Bombes d'où
fortirent une infinite de fufées,
& de plufieurs autres fortes de
feux , qui durerent pendant
plus d'une heure & demie. Il y
eut deux autres feux d'artifice
les deux jours fuivans.
Le Jeudy 1o. Leurs Majeftez
allérent enfemble fe promener
en Caroffe à la Ramble,
GALANT 34
Elles avoient entendu le matin
la Meffe à la Tribune qui va
du Palais à l'Eglife Paroiffiale
de Sainte Marie . Elles avoient
vifité les jours precedens le
Convent de Religieufes de
Sainte Claire , & celuy des
Carmelites.
Le Vendredy .les Ecoliers
de l'Univerfité au nombre de
plus de cinq cens , magnifiquement
vétus , & tres bien
montez firent une Calvalcade ,
& accompagnerent un grand
& fuperbe Char de triomphe ,
dans lequel eftoient douze
Divinitez. Ce Char qui eftoit
342 MERCURE
orné de quantité de Deviles ,
eftoit auffi remply de plufieurs
Joueurs d'inftrumens , qui for
merent une fimphonie tresagreable.
Les Docteurs de toures
les Facultez fuivoient ce
Char.. Ils eftoient tres . bien
montez , & tenoient chacun
un flambeau de cire blanche .
Chacun d'eux avoit deux Válets
qui éclairoient cette mar
che avec de pareils flambeaux.
Le Char s'arrefta devant le
Balcon où eftoient Leurs Majeftez
, & les douze Divinitez
qui eftoient dedans , recite ,
rent des Vers à leur loüange.
GALANT. 343
Lors que ces Eloges furent
finis , les Docteurs firent quel.
ques courſes , par lefquettes
ils firent connoiftre qu'ils avoient
autant d'adreffe que
d'efprit. Ils prirent enfuite
congé de Leurs Majeſtez avec
des demonftrations de joye ,
en pouffant une infinité de
cris de Vive le Roy & la Reine,
& en jettant leurs flambeaux
en l'air. La Ville fit jouer le
foir du mefme jour un fort
beau Feu d'artifice , & dont la
dépenfe fut confiderable, cha
cun cherchant tous les jours
à donner de nouvelles mar-
Ff iiij
"
344 MERCURE
ques de l'amour & du zele que
la prefence de Leurs Majeftez
fembloit augmenter
.
Le Dimanche 13. Leurs Majeftez
allerent entendre la
Meffe à Sainte Marie la Mayor,
où l'on celebroit la Fefte de
Sainte Olaguier , Evefque de
Barcelone . Elle fut celebrée
par un Chanoine élevé aux
premieres Dignitez de cette
Eglife . Quand Leurs Majeftez
l'eurent entendue , on leur
fit voir la Chapelle de Sainte
Aulerie.
L'apreſdinée on fit une Proceffion
generale à l'honneur
GALANT. 343
du Saint , dont on celebroit
la Fête. Tous les Religieux
des Convents de Barcelonne
affifterent à cette Proceffion .
Chaque Ordre faifoit porter
un tabernacle magnifi
quement orné. Le Corps de
Saine Olaguer eftoit dans
une espece de lepulchre coul
vert de glaces de Venife . мr
le Comte de Palma , Viceroy
de Catalogne portoit l'é
tendard . Les rues par où la
Profeffion devoit paffer , é
toicnt tapiffées , & on y avoit
dreffé des Autels , remplis
d'une infinité de cierges , &
346 MERCURE
decorez avec beaucoup d'ar
genterie, La Fefte continua
pendant trois jours , & il y
eut chaque jour des illuminations
nouvelles , dont la beauté
parut toûjours augmenter.
Aprés qu'on eut fait une Pro.
ceffion dans l'Eglife , on por-
Ja le Corps du Saint à un
Autel qu'on a fait conflruire
dans l'Eglife de la Mayor ;
cet Autel doit eftte magnifi.
queayant coûté de très gran
des fommes.
Le Lundy 14 il y eut un
tournoy à la Salle appellée del
Barbos , où la jeune Nobleffe
GALANT. 347
fe diftingua , & par fon adref
fe & par la magnificence , les
principales Dames de la Ville
s'y trouverent avec des ha
bits tres fomptueux , & les
Juges des Courfes y parurent
auffi magnifiquement vêtus.
Leurs Majeſtez virênt cette
Feſte , mais elles eftoient placées
derriere une jaloufie.
On devoit faire le Mardy is
une Fefte que les Catalans
nomment une Momerie , &.
que nous appellerións Mafcarade.
Mais la Reine s'étant
trouvée indifpofée , cette
Fefte fut remife au lende.
#48 MERCURE
main. Ce jour- là : Sa Majeſté
reçut des complimens
Corps de la Ville fur fon indifpofition
.
du
Le Mardy 16 , la Momerie
qui avoit esté differéc , le fit
à la mefme Salle del Barboa.
Il y avoit douze Dames , dont
fix eftoient mariées , les fix
autres eftoient filles , & les.
fix Dames mariées avoient
des habits uniformes bleus
& or . Leurs coëffures garnies
des pierreries eftoient
furmontées par quantité de
plumes bleues & blanches .
Les filles avoient auffi des .
GALANT 349.
habits
uniformes cramoily ,
& or , leurs coëftures eftoient
auffi ornées de pierreries , &
leurs plumes eftoient de la
couleur de leur. habit. Les
Cavaliers portoient les couleurs
des Dames avec lefquelles
ils danfoient. Toute cette
•
magnifique troupe eftoit maſquée
, & tenoit des flambeaux
de cire blanche . Les Dames:
avoient de petites bayonnet ,
tes , dont la poignée eltoir
tres -riche . Ceux qui compofoient
cette Mafcarade danferent
aux quatre coins de
la fale , & divertirent beau .
350 MERCURE
coup leurs Majeftez.
Les Eftats font heureufement
finis à la fatisfaction du
Roy & de tous les Catalans
qui en ont eu d'autant plus
de joye que depuis cent ans ,
il s'eftoit
trouvé de nouvelles difficul.
téz qui avoient toûjours efté
des obftacles infurmontables
;
mais le Roy par la prudence ,
& par fon efprit a aplany tou .
tes ces difficultez , ce qui
donne lieu de croire qu'il remettra
dans peu la Monar
chie d'Efpagne dans fa premiere
fplendeur.
continuellement
GALANT 351
CADRAN UNIVERSEL
Feu M Thiery , Chanoi .
ne de Mezieres , eut l'hon
neur il y a quelques années
de prefencer à Sa Ma.
jeftè un Cadran folaire uni
verfel dont elle fut trés con ·
tente. Il en preſenta auffi
à Monfeigneur & d'autres à
plufieurs Seigneurs de la Cour.
Ces Cadrans font auffi beaux
qu'ils font curieux. L'on y
connoift les heures en rout
temps depuis le lever du So
leil jufqu'à fon coucher , &
ste MERCURE
en mefme temps l'heure qu'il
eft dans tous les Royaumes
du monde par le moyen des
trois cens longitudes qui y
font marquées felon les Obfervations
des Mathematiciens
les plus eftimez du fiecle ; on
y connoift aufli l'Antipode
de chaque Ville. L'on y voit
les ares des douze fignes du :
Zodiaque avec leurs figures
proprementgravées . C'est par
eux qu'on peut connoiftre la
maifon où eft le Soleil , dont
on trouve le lever & le cou
cher , avec les longueurs des
jours & des nuits dans tous!
1
M..
GALANT 313
lés douze mois de l'année ,
Il y a auffi une table au def
fus du Cadran folaire
› par
laquelle à la faveur de la
clarté de la Lune, on apprend
la nuit l'heure qu'il eft. Le
tout est fort proprement gravé
fur une pierre de roche
noire , bien polie , qui reffem
ble au marbre noir. Ces Cadrans
contribuent beaucoup
par leur beauté à l'ornement
d'un jardin & depuis la
mort de Mr Thiery qui les
a inventez , c'eft Mr. Barbe
fon coufin qui les fait tres
proprement , ayant a ppris
G g
394 MERCURE
+
"
de luy là deffus tout ce qu'il
faut fçavoir pour y reüffir ,
il en fait de plufieurs grandeurs
pour convenir aux
places où l'on veut les mettre
, & ils fe peuvent transporter
aux Chafteaux & aux
Maifons de campagne. Il
demeure ruë du Cimetiere
Saint Nicolas , Defchamps ,
vis à vis le mur du Cimetiere,
chez un Serrurier , à Paris.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , qui eftoit la Perruque ,
a efté trouvé par Mrs Garanger
, Avocat en Parlement ;
Bardet & du Pleffis du Mans ;
GALANT 355
le jeune Gondoüin de l'ifte
Noftre Dame : Maubaret ·
Clerc de м ' Penicaud Procureur
au Prefidial de Bordeaux :
Gaudron de la rue des Juifs : le
Trône de l'Arfenal ; le Chaſton
de la rue Saint Antoine . &
Roger de la rue de la Cerifaye:
Tamirifte & fa famille : le Mes
decin Oculifte Anglois fervant
auprés du Roy de la Grande
Bretagne à Saint Germain en
Laye: Duval Citoyen du monde
: le Blond & le Brun fon
Ami de l'Echelle du Temple :
Sarmy & Sourreau fon Ami : le
joly Sourd de Belleville fur
Gg ij
356 MERCURE
fablons ; le Juriſconſulte d'épée
& d'Eglife , & ſon Ami le
Financier en efprit ; le Jurif
confulte de Louans ; Gani- :
mede , Echanfon des Dieux ,
& lon Amy de l'Ifle d'amour ,
Jeannot, & fa femme de la ruë
de la Harpe; le cruel de la mê
me rue ; les réjouïffans réveil
lons Bourgeois , ou les Affemblées
Bourgeoiles du quartier
Saint Sauveur , la Statuë du
coin du petit marché ; le bel
Adonis aux Blondes treffes ,
fon Frere , le Gripelou des
belles de Paris ; l'aimable
moitié du futur Echevin du
י
4
3
GALANT. 317
quartier du Palais ; la Troupe
joyeuſe des affociez de laмeffe
de minuit du même quartier ;
l'Etampois foupirant de la ruë
de la Huchette ; André Sapin
du Quay des Auguſtins ; l'incommode
Rival de la rue des
des deux portes , & la jeune
Banquiere de la rue Saint Jac.
ques. Mademoiſelle Javotte
Ogier , jeune Muſe du coin de
la ruë de Richelieu ; Mefdemoiſelles
du Preffoir ; l'agreable
& fpirituelle D. P. Prati
cienne du coin de la rue de
Buffy ; la toute charmante De
moiſelle Pain de la Paroiffe S:
18 MERCURE
Paul & le fidele de la ruë de la
Harpe ; la toure aimable Brune
de la Fleur de lis de la ruë
Saint Jacques , & le plus conf
tant de tous les Amans ; la
Chapeliere du bas de la rue
de la Harpe , & les trente
Amans de la même ruë ; M'
Chaunat , Avocat au Confeil,
& fon aimable Perſpective ;
la belle aux Fontanges couleur
de feu , du bas de la ruë
de la Harpe ; le genereux Abbé
de la même ruë.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M' le
Mailtre.
GALANT 359
ENIGME.
E n'humecte jamais quoy que je
fois humide JE n'humeEt
Quand je fuis endurci je redeviens
fluide ;
Et quoy que jefois froidje ne refroidis
point :
Si l'on a partagé mon corps , il fe
rejoint ,
En reprenant toujours une figure ron,
de.
Quay quejefois des plus pefans du
monde
Je penetre les corps : Enun mot , pour
finir ,
Plus on me veutferrer, moins on me
peut tenir.
360 MERCURE
Vous me demandez des
nouvelles de l'affaire qui dure
depuis fi longtemps entre les
Jefuites, & les Miffions Etrangeres
, & qui paroiffoit fur le
point d'eftre décidée fur la fin
du dernier Pontificat . Sa Sainteté
a eu des raifons pour en
faire reculer le jugement , &
pour prendre d'autres mefures
pour le juger. Dans un
Confiftoire tenu le s . de ce
mois , Elle nomma Patriarche
d'Antioche & de la Chine ;
avec le pouvoir de Legat
Latere , M l'Abbé de Tournon,
Piemontois . Ce nouveau
Patriarche
GALANT 361
Patriarche fera accompagné
de quatre Miffionnaires . Il
aura deux mille écus de penfion
, & le pouvoirde terminer
les démeflez dont vous fou..
haitez fçavoir la fio .
• M'Tafdif, cy devant Gouverneur
de Figuieres , & Ingenieur
en chef, qui a elté envoyé
depuis peu par le Roy en
Portugal , avec Mrs Lezeau &
Conftantin , pour vifirer les
Places de ce Royaume , & pour
faire les Ouvrages neceffaires,
a eu audience de Sa Majefté
Portugaife , qui aprés l'avoir
congratulé fur les beaux ta-
Decembre 1701. Hh
·
362 MERCURE
lens des Ingenieurs François ,
la prié d'aflifter de fes confeils
les Ingenieurs de cc Pays là ,
& d'avoir relation avec fes Miniftres
pour tout ce qu'il jugera
à propos de faire Pour cet
effer , M' le Duc de Cadaval ,
qui prend le foin des Fortifi .
cations , luy fait l'honneur de
le mener fouvent vifiter les
travaux qu'il fait faire fur le
Tage.
Je viens aux nouvelles
d'Italie , dont vous me mar.
quez que vous attendez tous
les mois l'article avec impa
tience. Cependant cet article
GALANT. 363
m'embaraffe toûjours , & m'oblige
à de grands foins , & à
de grandes recherches pen .
dant tout le mois , puifque
ne parlant qu'aprés tous ceux
qui donnent toutes les femaines
des nouvelles au
Public , il ne me devroit rien
reſter à vous apprendre fi je
n'avois foin de ramaffer pendant
tout le mois toutes les
particularitez qui n'ont poinc
efté fçues des actions les plus
remarquables qui ſe ſont paſ
fées pendant le mefme mois.
Ainfi je puis dire que les au.
tres vous apprennent qu'il
Hhij
354 MERCURE
s'eft paflé une action , & que
je vous en donne enfuite le
détail , vous avez par exemple
appris par fept ou huit lignes
tout au plus ce qui s'eft paffé
à la prife de Caneto , &
vous en allez fçavoir le dé
tail par ce qui fuit.
Caneto eft un lieu ouvert ,
il n'y avoit point de canon ,
& M d'Imecourt en eftoit
forty quelque temps avanc
le fiege , par ordre de мr le
Maréchal de Villeroy avec les
troupes Françoiſes qui y ef
toient. Voila trois faits importants
, dont il n'a point
GALANT 365
.
efté parlé , & qui doivent
obl ger ceux qui aiment à
raifonner fur ces fortes de
chofes à faire des raifonne .
mens entierement contraires
à ceux qu'ils ont faits , & pour
marquer qu'on ne regardoit
pas ce lien comme une place
fur laquelle on comptoir ;
c'est qu'il n'y avoit point de
Commandant particulier , &
que Mr le Chevalier de Maulevrier
Colbert , qui le jetta
dedans avec foixante Grenadiers,
commandoit en mêmetemps
pluſieurs' poſtës , & ſe
rendoit à ceux qui avoient
Hhiij
366 MERCURE
befoin de fa prefence . Cependant
Mr le Prince Eugene
crut devoir affieger dans les
formes un Bourg dans lequel
un Commandant François , &
en petit nombre de Fantaſfins
de la mefme Nation animoient
deux cens cinquante
hommes de milices de Mantoue
, c'eſt à dire deux cens
cinquante païfans . Il fit
marcher le General Comte
Guido de Staremberg , le
Prince Charles Thomas de
Vaudemont & le General
Breiner avec de l'artillerie.
On alla reconnoiftre la pla
i
CALANT: 367
-~
ce , & on effuya une grefle de
moufqueterie. On la fie
fommer , & l'on fit dire au
Commandant que le Prince
Eugene eftoit prefent avec
toute fon Armée . Cette fommation
n'empefcha pas le feu
de la moufqueterie au deffaut
de celuy du canon , le foir du
mefme jour , Mr le Prince
Eugene fit venir quelques Regimens
quieftoient demeurez
Fontanella , & fit travailler
à une ligne pour affurer la
communication . Il y eut quel
ques foldats Allemans avec
un Lieutenant de Starem-
Hh iiij
368 MERCURE
berg tuez , & plufieurs blefſez
, du nombre defquels furent
deux Lieutenans de Guetenfteing.
Lefecondjour , la ligne fut
achevée , & l'on planta quelques
Canons pour renverfer
la Rondelle de la Porre , c'eft
apparemment une espece de
demic Tour ou Tourelle , que
les Italiens nomment ainfi.
Les Allemans fe logerent dans
les maiſons voiſines. Du pied
de cette Rondelle , d'où les
Affiegez s'eftant retirez * fe
pofterent fur le Roc ; ils firent
de là un tres grand feu . Le Ba-
2
GALANT: 369
ron Fingler , Quartier Meftre
General , fut bleffé dans cette
attaque. Ily eut plufieurs Sol.
dats tuez & quantité de blef.
fez. On attacha une heure
aprés le Mineur à la Rondelle .
On fit avancer d'autres Ca
nons qui furent braquez devant
la porte du Roc , &
un Soldat du Regiment de
Taun ayant rifqué de paffer
le foffé à la nage , trouva
moyen de couper les cordes
du Pont- levis , & l'ayant fait
tomber , cela donna lieu
aux Allemans de s'avancer ,
& d'y prendre poſte , en don .
370 MERCURE
nant une espece d'affaut qui
leur coûta bien du monde.
Comme ils demeurérent découverts
pendant deux jours ,
n'ayant point de tranchées il .
ne faut pas s'étonner s'ils eurent
prés de huit cens hom .
mes tuez ou bleffez . Les Affie..
gez ayant efté avertis que M'
le Prince Eugene avoit reçu
de nouveaux renforts , & avoit
commandé fix mille hommes
pour donner un affaut où il
vouloit eftre prefent , batirent
la Chamade , & firent fortir
deux Officiers pour demanderà
capituler. Mile Prince Euge .
GALANT: 1
371
ne leur répondit , que s'eftant
trop obſtinez dans une place
de fi peu de défenſe , & fans
Canon , il falloit qu'ils fe rendiffent
à difcretion , ce qu'ils
furent obligez de faire aprés
plufieurs inftances , pour ob
tenir une capitulation plus
honorable , mais elle ne leur
eftoit pas glorieufe , la faute
venoit de la foibleffe de la
Place plutoft que de leur man
que de courage. Au contraire,
une défenſe fi vigoureuſe , &
avec tant d'intrepidité dans
un lieu fi foible & fans Canon,
a Turpris & étonné les Alle372
MERCURE
mans , & leur a donné beau
coup d'admiration . M¹le Prin
ce Eugene a envoyé la Garnifon
dans le Trentin , & a retenu
les Officiers dont il a fait
manger les Principaux à fa ta
ble . Toute l'Armée ennemie à
donné de grandes louanges à
MileChevalier de Maulevrier.
La Lettre fuivante vous fera
connoiftre la fituation des af
faires d'Italie , jufqu'au 10.
Decembre.
Depuis ma derniere de San Fa
como , nous avons toujours eftè
dehors, M' le Maréchal de Vil .
leroy a wifité tous les Poftes le long
GALANT 373
de l'Oglio juſqu'à la jonction dú
Pô , d'où nous fommes revenus le
longde cette Rivierejufqu'à Cafal
maggiore; où Mle Maréchal á
fait conftruire un Pons qui doit
eftre fait aujourd'huy. Depuis la
prife de Caneto les Ennemis ont
toujours continué à defcendre l'O
glio. On dit qu'ils rompent leur
Pont à Uftiano , & en font faire
une autre à Caneto , ce qui eft
difficile à croire. Nous en avons
un à Cazolo , & un autre plus
bas à la Tour d'Oglio on eft Mr
le Marquis de Crequi . Les
Ennemis bâtirent ce Pont hier
soute la journée avec quatre pie374
MERCURE
tes de Canon fans autre effet
que de bleffer un Sergent , & un
Soldat. Cette nuit , ilsfont auffi
revenus à Cazolo faire une décharge
fur le Pont ; mais elle n'a
produit que du bruit, Mr le
Marechal envoye aujourdhuy
Mr d'albergotti en Députation
à Mr le Duc de Parme
fujet de noftre Pont fur le Pô qui
nous meine en deux journées de
Mantouë dans le Modenois , en
eas que les Ennemis veulent y
aller. Ilsfont bien embaraffez ,
& en verité jusqu'aprefent tout
eft bien avantageux pour Mr le
Maréchal d'obliger les Ennemis
an
GALANT. 375
àfe retirer toujours en arriere.
Noftre Pont fur le Pô fera en
core un bon effet. Ilenfaut atten
dre la fuite. Mr de Commercy
eft toujours de l'autre cofté du
Mincio. On croit qu'il pourroit
bien aller à Hoftia , où nous avons
un pofte. Ceux que nous avons dedans
ont ordre , la Place eftant
eres - mauvaiſe , de fe retirer de
lautre cofté du Pô à l'approche
des Ennemis . Nous allons encore
partir pour nous rendre à Cazolo,
&de là à Cafal maggiore pour
voir le Pont , & de là nous retomberons,
dans le quartier deM
le Maréchal , qui s'est avancé
376 MERCURE
juſqu'à San Giovanni in Croce,
de même tous les autres quartiers
Lefont avance M le Maréchal
envoye auffi aujourd huy cinq pie.
ces de Canon à Cazolo à noftre
Pont dont on fe pourra fervir
› dans le befoin , en cas que les En.
nemus faffent le Siege de Goito ,
ainfi que du Pofte qu'occupe Mr
le Marquis de Crequy . Cecy ne
finira pas qu'il ne fe paffequelque
chofe . Je puis vous dire que
n'a iamais vu une pareille vigi
lance , ny de peines femblables à
celles que fe donne Mr le Maré.
chal ; nous fommes tous furpris
qu'ily puiße refifter.
108
GALANT 377
4
Le mefme jour que cette
Lettre a efté écrite , M le
Comte deTeffé partit de Man
toue avec huit cens Chevaux ,
& quatre cens Grenadiers en
croupe , dans le deffein de fe
faifir de Borgoforte , en cas
que le Pofte luy convinft , ou
de le détruire . Il apprit en chemin
que les Ennemis mar.
choient dans le Mantoüan , &
qu'il y avoit déja fix cens Chevaux
, commandez par le Ba .
ron de Mercy , General de
Bataille , à trois lieues de man .
touë, il réfolur de les attaquer,
& pour cet effer il pofta fes
Decembre 1701 . . li
378 MERCURE
Troupes dans un défilé , & fic
marcher ſeulement quatre Ef
cadrons au delà du défilé au
devant des Ennemis , pour les
y attirer . Ils n'eurent pas de
peine à donner dans ce piège,
& ils devoient y donner avec
d'autant plus de vray - femblance
, qu'ils eftoient perfua
dez que l'on ne pouvoit avoir
donné des nouvelles de leur
marche à Mantouë
; & que
quand mefme on en auroit
donné avis , les Troupes qui
en feroient parties ne pous
voient avoir fait la diligence
neceffaire pour eftre auffi ayan-
M
GALANT 379
cées qu'elles eftoient . D'ail
leurs , fix cens Chevaux formoient
un Corps fi confiderable
, que le Commandant ne
crut pas qu'on puft avoir détaché
d'une feule Ville un au
tre Corps affez fort pour luy ,
réfifter . Ainfi ne voyant point.
d'Infanterie , & fe perfuadant
qu'il n'auroit à combattre que
les trois ou quatre Efcadrons,
qui paroiffoient , qu'il croyoit ,
avoir efté détachez feulement
pour aller à la découverte , il
ne fit point difficulté d'entrer
dans le défilé , regardant com-,
me une proye affurée tout ce
Ii ij .
380 MERCURE
qui fuyoit devant luy. Les Elcadrons
doublerent le pas a
l'entrée du défilé, afin que tous
les fix cens Chevaux y entraf
fent , avant que ceux qui y
eſtoient ambuſquez tiraffert
un feul coup : Jamais furprife
ne fut égale à celle des Ennemis
, lors qu'ils fe virent en .
fermez entre deux feux . Ils ne
purent refifter à celuy des Gre .
nadiers , non plus qu'à leurs
Bayonnettes . Ily en eut deux
cens de tuez à la premiere décharge
. Noftre Cavalerie acheva
de les renverſer . Les Grenadiers
indignez de ce qu'en
plufieurs occafions , les AlleGALANT.
381
mans n'avoient voulu faireaucun
quartier à perfonne ; &
mefme de qu'ils avoient impi .
toyablement fouvent maffacré
des Malades , crurent que par
reprefailles ils devoient en ufer
de la melme forte , & que cette
inhumanité jufte & neceffai
re épargneroit peut eftre dans
la fuite beaucoup de fang de
part & d'autre . Le Baron de
Mercy, & huit Officiers det
marque , qui fe jetterent entre
les bras des Officiers François,
furent fauvez . Il y eut vingt
Officiers Allemans tuez . Tou .
tes les Relations portent que
382 MERCURE
w
Mr de Znrlauben , Maréchal
de Camp , a fait des chofes
extraordinaires en cette occafion
, auffi - bien que les
Irlandois du Regiment de
Schelton . Les mefmes Re
lations difent que Mrs. ¡de
Clermont & de Renepont ,
Brigadiers , ont fait voir beau
coup de conduite & de valeur.
On ne peut donner trop de
louanges à Mr le Comte de
Teffé dont la modeftie eft fi:
grande qu'il a fallu beaucoup
de temps pour découvrir qu'il
eftoit prefent à cette action ,
dont il eftoit l'ame. On doit.
-
GALANT. 385
remarquer que depuis que la
Campagne eft ouverte , it ne
s'eft prefque point paffé de fe
maine qu'il n'y ait eu quelque
action à la gloire , & fur fon
compte ..
Je ne doute point que vous
n'ayez veu des Relations de
l'action que vous venez de
lire beaucoup plus remplies
de circonftances , que celles
qui font rapportées dans les
nouvelles publiques , mais je
fuis perfuadé que vous n'en
avez veu aucun détail fi curieux
que celuy que je vous
envoye.
384 MERCURE
J'efpere vous entretenit
encore des nouvelles d'Ita
lie avant que de fermer cette
Lettre , & croy devoir vous
parler icy des nouvelles trou
pes qui doivent y marcher.
Peut etre que j'oublie.
ray à vous nommer quelque
Corps : Peut eftre auffi m'en
a t'on nommé quelqu'un
qui
ne doit pas ma cher , mais
tout cela va à peu de chofe
de plus ou du moins . Ce
pendant il eft bon que vous
foyez informée de ce que je
prends la précaution de vous
mander là- deffus , afin que
vous
GALANT. 385
vous
n'affariez pas trop
pofitivement qu'il n'y a au
cune erreur dans ce que je
vous mande fur cet article .
Les troupes donc qu'on áffu .
re devoir marcher font ,
8. Brigades de Gendarmerie
.
2. Des Carabiniers
de Courcelles.
rojo
) & anofa
2. Du Duc de Villeroy .
2. D'Eclainvilliers .
3. De Dragons Dauphins.
3. De Senneterre. :1
Infanterie, bombas
1
3 Brigades de Piémont
De Lionnois . 3.
z Bataillons de Grancey.
Decembre 1701. Kk
386 MERCURE
1. De Montferat.
1. De Beran .
1. Du Perche.
1. De Clare Irlandois .
1. De L'Efades.
1. De Vauges.
On parle auffi des Carabiniers
d'Obterre
& du Regi .
ment de Forest , dont Mr de
de Montmorency eft Colo .
nel. On dit auffi qu'on ajoû .
te deux Brigades de Vivans,
& deux de la Feronaye
. La
Cavalerie
fera rétablie par
des chevaux levez en Suiffe,
L'Infanterie
ra par mery&
GALANT, 337
1
la Cavalerie par terre , & commencera
à marcher des de
fecond de Janvier. Mr le
Vertilly ayant fait une reveuë
de la Gendarmerieb , enna
trouvé les chevaux ] extrémement
gras , & quelques uns
ont regardé cela comme une
difficulté. Vous jugez bien
qu'elle ne s'eft pas trouvée
infurmontable.
Vous fçavez que les recruës
pour toutes les troupes
qui font déja en Italie , &
qui ont fait la campagne , le
font trouvées toutes faites
en une matinée dans le Con-
Kk ij
384 MERCURE
,
feil du Roy , qu'on prend
ving hommes par Compagnie
de tous les Regimens
de milices qui ont eſté miſes
fur piede l'année derniere , &
que les hommes tirez de ces
Corps feront remplacez par
d'autres qui feront levez par
les Communautez & Corps
des Arts & Marchands de plu
fieurs Villes du Royaume, Le
Roy aura foin de faire trouver
toutes ces milices en Italie.
Vous devez donc vous
figurer que toutes les troupes
du Roy en ce païs là feront
dans peu de temps , par le
GALANT. 385
4
moyen de ces recrues qui fev
trouvent toutes faites auffi
nombreufes qu'elles l'oncefté
à l'ouverture
de la campa
gne, & qu'ettant augmentées
de tous les Corps que je vous
ay nommez au commence .
ment de cet article , on peut
compter que fa Majesté aura
en Italie , la plus belle ar
mée que l'on y ait jamais
yeuë.
En vous parlant des levées
que doivent faire , les Corps
& Communautez des Marchands
& Artiſans du Royaume
& des Païs de l'obeïffan-
Kk iij
390 MERCURE
J
ce du Roy ; j'ay oublié de vous
dire que Sa Majesté ne vou
lant point charger ces Corps
& fes Communautez d'une
dépense qui puft les incommoders,
a ordonné que le
Corps qui fourniront , les
recruës dont je viens de
vous parler , feront feule
ment obligez de payer
levée des foldats qu'on leur
demande , Sa Majesté voulant
bien les faire fubfifter
&armer , & pourvoir au paye
ment de leur fubfiftance du
jour de leur enrollement, ainfi
la dépense à laquelle ils fe-
*
GALANT. 391
ront tenus , n'eft pas fort con
fiderable cependant cette
levée fera tres avantageufe au
Roy & à l'Etar , parce qu'elle
fe trouvera plutoft faire &
avec plus de facilité.
Le 24 de ce mois , veille de
Noel' , Sa Maiefté nomma a
Evelébé de Die, M ' l'Abbé
de Cofnac , Agent general du
Clergé , & Neveu de M' l'Archevêque
d'Aix , & permis
en mefme temps à cet Ar .
chevefque de fe demettre de
l'Abbaye d'Orbeſtier , en fa
faveur. Je ne vous dis rien du
merite de cet Abbé. Tout
3
Kk iiij
328 MERCURE
Agent general du Clergé en
doit avoir.
Le Roy donna en mefme
temps l'Abbaye de Barzelle
que poffedoit feu Mr l'Abbé
Marion , Docteur de Sorbon.
ne , à M' l'Abbé Bruel , Vicaire
General de M'l'Evefque
de Blois. C'eft un homme d'un
vray merite , fort connu dans
le Clergé , fort aimé par nos
plus grands Prelats , & eftimé
pour les moeurs & pour fa
Icience. Ileft grand Theolo
gien. Il prefche & écrit fort
bien , & il a une connoiffance
parfaite du Droit Canon , des.
GALANT. 389
Conciles & des Peres. 11 eft
de la Ville d'Albi en Langue
doc .
L'Abbaye de Rivet fut don
née à M' l'Abbé Wallon , Gentilhomme
de Bourgogne
, &
l'Abbaye Reguliere d'Arles à
Ml'Abbé Gaillard , Frere du
Pere Gaillard Jefuite , fameux
Predicateur. La Prevofté de
Saint Pierre de Mâcon , à Mr
de Saint Moris , Frere de Mr
de Saini Moris , Maréchal des
des Camps & Armées du Roy .
L'Abbaye des Filles de Serray
, à Madame de la Ronger
Elle eft Soeur de M le Mars
394 MERCUR
E
quis de la Rongere , Chevalier
de l'Ordre du Saint Efprit , &
Chevalier d'honneur de Madame
. M'Abbé de la Rongere
leur Frere , eft un hom
e qui a toutes les qualitez
de fon eftat & de fa naiffance.
# prefche fort bien , & il fit le
jour de Saint Jean aux Peres
de la Mercy , un Sermon qui
merita les applaudiffemens
d'un Auditoire nombreux &
choifi .
L'Abbaye de Noftre Da .
me de Meaux fur donnée le
mefme jour à Madame de
Longueuil , Fille de M ' le Pre
Gdent de Maifons.
GALANT. 395
Le Roy ayant parté feul la
gloire de la France dans un plus
haut degré d'élevation que n'ont
fait enſemble tous les Rois fes
Predeceffeurs , & ayant fait reguer
dans fes Etats la justice &
la pietés en forte qu'on peut di
reque les Impies , qui par leurs
Faux raifonnemens s'emparoient
autrefois des efprits foibles, n'o
fent plus fe faire connoiftre ,
fuppofé qu'il s'en trouve encores
& que les moindres des Sujets
de Sa Majefté fe font rendre juz
Aice par ceux-mêmes, qui eſtant
employez à la faire rendre aux
autres , croyoient eftre au deffus
des Loix lors qu'ils eftoient debiteurs
, & que le droit de ne
point payer eftoit un privilege
attache à leurs Charges ; le Roy,
(
392 MERCURE
disije , ayant corrigé tous ces
abus avec une infinité d'autres ,
jamais Monarque n'à dù eſtre fi
cher à fes peuples , & par con-
Lequent jamais fanté n'a dû eftre
plus précieule que celle de ce
Prince . Ainfi l'on ne doit pas s'é→
tonner l'operation faite à Mr
Fagon, qui a foin d'une fanté fi
chere, a caufé de fi grandes alar
mes à toute la Cour, & meſme à
toute la France, Jeſçay que vous
neme direz pas ce que l'on peut
quelquefois répondre en de pareilles
occafions , que la France
abonde en perfonnes habiles dans
toutes fortes d'Arts , & qu'un
au re premier Medecin n'auroit
pas moins de foin de la fanté du
Roy; mais il y a de la difference
d'un premier Medecin qui feroit
"
GALANT و
C
4
fa charge pour remplir fon devoir
& pour en recueillir tous
les émolumens , à un premier
Medecin , qui fert fon Prince
avec un veritable zele , qui
loin d'agir par interefti , a
abandonné tous les droits , del
puis qu'il eft parvenu à cette
dignité , à qui la fanté du Roy
eft extrémement precieufe , qui
connoift parfaitement fon temperament
, qui l'a étudié penc
dant un fort grand nombre d'ans
nées , qui dans le temps quit
n'eftoit pas premier Medecins
avoit toutes les entrées qu'ont
les premiers Medecins , & que
le Roy écoutoit de même , qui
n'a jamais eu fon pareil pour la
connoiffance des Plantes dans
laquelle refide la veritable Me398
MERCURE
decine , qui bien que le Jardin
Royal foit comme fon ouvrage ,
y ayant efté élevé fous feu M
Defbroffes fon Oncle, l'augmente
tous les jours par les Plantes
qu'il envoye chercher dans les
Pays les plus reculez , qui paſſe
les jours & les nuits à faire des
experiences de ces Plantes pour
en découvrir toutes les vertus ,
& tout cela par rapport à la
fanté du Roy. Ce Monarque en
a paru bien perfuadé par la maniere
dont il a efté touché d'un
mal qui luy pouvoit enlever un
homme dont la vic luy eſtoir fi
neceffaire. Le malade ne longe
point à la Famille , & ne veut
pas même la voir avant l'operation
qu'on eft fur le point de luy
faire, Il ne penfe qu'au Ciel, &
་
GALANT 339
à tout ce qui peut contribuer
aprés la mort , à la fanté du
Roy, en cas que Dieu difpofe
de luy , & le Roy pente a la Fa- l
mille , que ce fçavant homme
oublic pour fon Mailtre Ce Prin
ce envoye un grand Miniftre
pour luy faire voir par cette diftinction
, & par l'honneur qu'il
luy fait , combien il l'eftime , &
ajoûte à la fomme dont il luy
fait prefznt , la promeffe d'avoir
foin de fes Enfans 5
Le mal de Me Fagon a esté
accompagné d'une infinité de
circonftances qui luy font glorieufes.
Il l'a connu dans un
temps où tout autre en auroit
douté, il a d'abord pris fon par
ti fans reculer à faire faire l'or
peration , comme font ordinair
ས
396 MERCURE
1
fa ferrement
ceux qui l'apprehendent
& qui la rendent plus perilleufe
en la differant parce qu'ils
laiffent groffir la pierre. Il a
paru grand homme par ce
meté , en méprisant tout ce que
la douleur a de plus vif , fouffrant
l'operation d'une maniere
heroïque , fans eftre lié
fuivant l'ufage ordinaire fans
avoir pouffé aucun éry , & qu'il
eft mal - aifé de ne pas faire
dans de fi cruels momens . Il
s'eft fait voir bön Chreftien ,par
la maniere dont il s'eft prepare
à la mort , en la regardant fans
la bravery & fans fe montrer
affez attaché à fa vie pour la
regrett , & il a fait voir par
Tout ce qu'il a dit qu'il s'eftoit
toûjours appliqué avec une atGALANT.
397
tention qui ne fepeut exprimer
à tout ce qui pouvoit contribuer
à la ſanté du Roy , par rap-,
port au temperamment de ce:
Prince Il ett tellement , connu,
dans toute l'Europe pour un de
ces Hommes rares & extraordinaires
que l'on ne voit pas dans
tous les ficcles , que toutes les
nouvelles publiques imprimées
dans divers Etats , ont rapporté
feparement & à diverfes reprifes
tout ce que j'ay mis enfemble
dans cet article ; de forte
qu
' ils ne m'ont rien laiffé à dire
de nouveau, M Maubec , Do-
&eur en Medecine de la Facul
té de Montpellier vient de luy
dedier un Traité des Tumeurs ,
& des Obftructions , & l'Eloge
qu'il fait de Mr Fagon dans fon
Decembre 1701.
LI
400 MERCURE
Epiftre Liminaire , éleve fa modeftic
qui m'empefche de vous
en dire davantage. Je devois
vous entretenir icy du Livres
que je vous annonce , mais il y
a de certains Ouvrages dont on
ne peut bien parler avant que
de connoiftre auffi à fonds les
matieres dont ils traitent que
ceux qui font profeffion de
l'Art auquel ces matieres con--
viennent. Cependant je vous
diray que Mr Boudin Medecin
de Monfeigneur le Dauphin &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & Ancien de la
Faculté de Paris , dont il a efté
Doyen , dit dans l'approbation
qu'il a donnée pour permettre
Pimpreffion de ce Livre , qu'il
ya
a trouvé les caufes des malas
:
GALANT 403.
"
dies dont il y eft parlé , expliquées
avec tant de netteté , &
d'une maniere fi méchanique,
qu'il a cru cer Ouvrage tresutile
au public , & tres - digne
de impreffion , comme il s'y
connoift mieux que moy , je
croy que vous vous rapporterez
plutoit à fon témoignage qu'au
mien. Ce Livre fe vend chez
Laurent d'Houry , ruë & proche
Saint Severin, au S. Efprit ,
vis - à-vis la ruë Zacharie.
.
Quoy que la guerre ne foit
encore ouverte que d'un cofté,
il est mal- aiſé d'eftrelong
- temps
fans parler de ce qui la regarde
. Mr de Pefeux , Francontois ,
Colonel reformné , a demandé
permiffion au Roy de lever un
Regiment & Sa Majesté y a
Lij
400 MERCURE
a
a non . feulement confenty ; mais
pour répondre au zele qu'il
pour
fon fervice , elle lui à laiffé ,
le choix de tous les Officiers . ,
Les Francontois eftant braves .
& bons Officiers , ce Regiment.
ne fera
•
pas un des moindres des .
troupes du Roy. Sa Majefté qui
fe plaift à faire des graces aux
perfonnes diftinguées & de merite
, & qui le fervent avec zele
& fidelité , a accordé à M le.
Duc de Chevreufe
la permiffion
,
de fe demettre en faveur de
Mr le Duc de Montfort fon
fils, de la Chargé de Capitaine-
Lieutenant
des Chevaux - Le..
gers de la Garde.
Je reviens aux affaires d'Italie
dont je vous ay promis de
yous parler encore une fois
GALANT 401
avant que de fermer ma Lettre
Les Imperiaux
ayant connu par
la prife de Canero
, où il n'y
avoit ny Canon ny Troupes
reglées
& qui eftoit feule
ment défendu
par unCommandant
François
, combien
leur
coûteroit
la prife de Goito ,
qu'ils ont fi longtemps
menacé
d'affieger
fans lefaire , ont aban
donné ce deffein. Trois Bataillons
Françoisenfermez
dans un
Bourg lenr ont paru ne pouvoir.
cftre attaquez
, & ils ont jugé.
que fi trois ou quatre
Bourgs
leur coûtoient
chacun autant à.
prendre
qu'avoit
fait Caneto ,,
plus de la moitié de leur Armée
periroit
par ces Conqueftes
qui
ne decidoient
de rien , & qui,
ne pouvoient
fervir qu'à les
40 MERCURE
mettre à couvert pour quelque
temps des injures de l'air . Ces
reflexions & la certitude qu'ils
avoient que Mr de Chartogne
eftoit refolu de fe défendre jufqu'à
la derniere extremité dans
Goito , & de s'y faire enterrer ,
les ont fait fonger à leurs quar
tier d'hiver , & à quitter le Breffan
, non pas par honnefteté pour
les Venitiens , mais parce qu'ils
l'avoient rellement ruiné qu'ils
n'y pouvoient plus fubfifter. Ils
ont vû que nous avions fagement
decampépour ne pas laifferperir
nos Troupes par le moyen def
quelles nous tenions leur Armée
bloquée , mais que nous eftions
dans des quartiers dont la fitua
tion leur donnoit lieu de défendre
tout ce qu'ils auroientvoulu
22
GALANT 407
2
attaquer , quoy qu'ils faffent en
corps . Cependant toutes leurs
Troupes en corps eftoient en
Campagne , où elles ont demeuré
plus de deux mois aprés les
Troupes des Alliez pendant l'hiver
,fans fçavoir quel party ellespourroient
prendre qui leur puft
eftre avantageux. Enfin aprés
avoir bien effuyé de mauvais
temps , Mr le Prince Eugene a
pris pofte à Borgoforte fur le
Po avec le gros de fon armée,.
où il femble vouloir établir fon
quartier general . Il a fait paffer
cinq mille hommes au delà
du Pô , pour prendre s'ils le
peuvent , des quartiers d'hiver
dans le Modenois , & dans la
partie du Mantouan qui eſt à
la droite de cette riviere. Le
"
404 MERCURE
Modenois n'eftant pas un Pays
abondant , les Troupes qui y
pafferont l'hiver ne fe rétabli-
Font pas facilement , & s'il arri
ve qu'elles ne manquent de rien
d'abord , cette abondance ne
durera pas long - temps . Les
Troupes du Roy couvrent le
Cremonois , & le Parmelan , &
Mr le Duc de Parme borde le
Pô fur fes terres avec dix mille
hommes de milices , & quelques
Troupes reglées. Il donne à nos
Troupes en payant tous les vivres
& tous les fourages dont
elles ont befoin ..
Leschofesétant danscette fituation
, on peut regarderla Campagne
comme finie, quoy que le Al-
Lemans foient encore mal affurez
dans les quartiers qu'ils ont pris ,
&
GALANT. 409
& qu'il y ait quelque incertitude
pour les quartiers du Modenois ,
où l'on ne les voit venir qu'à
regret , parce que l'on n'eft pas
perfuadé qu'ils en ufent aut ement
qu'ils ont fait dant l'Etat
de Venife. Voyons quel avança
tage ils ils peuvent tirer de cette
Campagne , & comment elle
s'eft pafféc. Aprés avoir elté
arreftez long- temps & avoir
trouvé beaucoup de difficultez
qui les empêchoient de paffer
l'Adige , toute leur armée raffemblée
en un Corps a trouvé
moyen de forcer un pofte & de
paffer cette riviere . Hors cet
avantage , quoy que ce paffage
n'ait rien produit dans la fuite
pour l'execution de leurs def-
Teins , toute la gloire de cette
Decembre 1701. Mm
410
MERCURE
action a efté pour ceux qui ont
efté obligez de ceder à la force ,
Il n'eft pas extraordinaire de
voir toute une groffe armée
s'ouvrir un paffage au milieu d'u
ne poignée de Troupes mais
il est étonnant , que ce peu de
Troupes fe foit autant defendu
que fi la partie avoit efté égale ,
& ait vendu fi cher le paſſage
qu'il a laiffé prendre , que ceux
qui l'ont forcé ont beaucoup
plus perdu que ceux qui l'ont
defendu . Il n'y a point d'exemple
qu'une armée quelque
nombreufe qu'elle ait eſté
quand il y a eu un grand nombre
de poftes à garder fort eloignez
les uns des autres ait jamais empèché
une armée moins confiderable
d'executer fon deffein,
>
GALANT. 40
Ceux qui veulent paffer font
toujours en Corps & ceuxqui
veulent defendre le paffage
font toujours feparez. Ainfi il
n'y a rien en que de naturel
dans cette action hors la valeur
des François qui a paru furnaturelle.
"
"
4
Les Allemans font auffi beaucoup
valoir l'affaire de Chiari,
Les François y ont perdu da
mondes mais ils y ont acquis
beaucoup de gloire . On ne
croyoit point les Allemans dans
ce pofte lors qu'on s'en eft approché
parce qu'ils n'y devoient
pas eftre , après la parole qu'ils
avoient donnée aux Venitiens ,
Je ne dis rien de cette action ,
quej'ay décrite dans une de mes
Lettres, Chacun fçait qu'un pe-
Mm ij
412 MERCURE
tit Corps de François , de cing
retranchemens , défendus par
toute une Armée couverte , en
força quatre , & tous les poftes
des environs , & que cette Armée
n'ofa fortir pour les attaquer .
Voila les deux glorieux defavantages
que nous avons eus pendant
la Campagne. On peut dire
qu'ils ont efté à l'honneur de la
Nation , & des Troupes qui ont
combach en cette rencontre, & à
la honte des Vainqueurs , & qu'il
honorent plus ceux quiontcombatu
contre une Armée entiere
retranchée , que cette Armée,
qui n'a fait que fe défendre la sfe
montrer, & que les François ont
acquis plus de gloire dans cette
action , que s'ils avoient gagné
une Bataille à forces égales . A la
•
GALANT 4' }
-
referve de ces deux actions ils ont
eu des avantages continuels pendant
toute la Campagne . Ils ont
battu les Ennemis en vingt rencontres
, & fur tout dans deux
groffes actions que je ne repete
point , parce que je les ay déja
décrites . Ils ont enlevé les Ma
gafins des Ennemis en plufieurs
endroits Ils les ont empêchez
de profiter de l'avantage qu'ils
avoient eu de paffer deux Rivierer
, en les tenant enfermez dans
un Camp avec leurs Malades,, &
en leur failant fouffrir toutes les
incommoditez infeparables d'un
Camp qu'on ne peut étendre.
Tous les parris qu'ils en ont fait
fortir , ont prefque toûjours efté
battus , & pour voir ce qu'ils
ont fouffert , il n'y a qu'à com-
M. miij
4'4 MERCUR
E
"
pter tous les avantages qu'à
remportez Mr le Comte de
Teffé. Il ne s'agit que de
faits , & je ne fais point de raifonnemens
pour faire voir des
avantages imaginaires . Ceux
que les Allemands ont remportez
, ont confifté à égorger
des malades lors qu'ils en ont
rencontré , & en quelques a-
&tions cruelles des Houffards
qui lors qu'ils ont trouvé quelques
petites troupes écartées ,
ne leur ont point fait de quartier.
Les Allemands au lieu d'at
1. taquer & de prendre le Milanez
, ont perdu toure la campagne
dans le camp, où ils s'étoient
enfermez , après avoir paffé l'Adige
, & pour tout exploit , ils
ont ruiné le Breffan. Lorſqu'ils
ont veu que les François qui les
GALANT. 41
pouvoient ferrer plus longtemps
, avoient fagement retiré
leurs troupes pour ne les pas
faire perir ils font fortis de leur
Camp , où ils cftoient accablez
de toutes fortes de maux : mais
la liberté que les François en
fe retirant , leur avoient laiffée
d'en fortir , ne leur procura pas
de grands avantages , puis qu'ils
ont encore demeuré après ce
temps - la pendant plus de fix
femaines dans la neige , & expofez
aux injures du temps ,
fans
fçavoir où fe retirer . Ils menaçoient
beaucoup , & ils eftoient
veritablement les plus forts
parce qu'ils eftoient en corps ;-
mais cette force étoit une marque
de foibleffe , & de leur mauvaife
fituation , puifqu'ils ne fe-
Mm iiij.
416 MPRCURE
roient pas demeurez fi longtems
cn Campagne s'ils avoient fcu où
fe retiret, Ainfi l'on peut dire que
loin que le paffage de l'Adige
& du Mincio leur ait procuré
quelque avantage il femble
qu'il n'ait fervi qu'à les faire
fouffrir pendant tout le reste de
la Campagne . Ce qu'ils ont fait
jufqu'à aujourd'huy n'a encore
abouti qu'à la perte d'une partie
de leurs Troupes. Ils font
venus pour conquerir le Mi
lanez , & ils ne font pas plus
avancez que lors qu'ils font
entrez en Campagne . L'Armée
des Alliez eft venue pour le défendre
elle l'a défendu , & fe- .
Ion la fituation de toutes les affaires
, & le nombre des Troupes
que l'un & Fautre party preGALANT
417
parent , & qui feront preftes du
cofté des Alliez plus de trois
mois avant celles que les Allemans
affemblent , if paroift hors
de doute que ces derniers n'ofe
ront paroiftre devant toutes les
Troupes qui vont commencer
leur marche pour augmenter les
forces d'Italie.
L'arrivée de Mr le Comtë
d'Eftrées à Naples y a caufé une
joye inconcevable. On luy a
rendu tous les honneurs dûs à
fon caractere , & on a eſté charmé
de fa perfonne . Tous ceux
qui avoient paru le plus forte
menta ttachez à la maiſon d'Autriche
, ont protesté qu'ils garderoient
au Roy Philippe V.
une fidelité inviolable . Ils ont
avoué qu'ils avoient eſté incer413
MERCURR
tains jufqu'alors parce qu'ils ne
voyoient paroiftre aucun fecours
& qu'on les affuroit d'ailleurs
que le Prince Eugene devoit
s'avancer vers Naples avec une´
Armée de vingt mille hommes .
On y attend le Roy avec une
impatience inconcevable, & l'on
n'y parle de ce Monarque qu'avec
de grands tranfports de joye .
Quoy que de tout temps il y
ait en des brigues en Angleterre
pour les Elections des Membres
du Parlement, jamais elles n'one
efté fi découvertes & fi vives
qu'elles y font aujourd'hui. On a
pris foin d'envoyer des Lettres
circulaires dans les Provinces
pour avertir les Peuples de prendre
bien garde de ne point choifir
de Sujets contraires au Gouver
GALANT. 419
nement prefent , & favorables à
la France, à l'Espagne , & au Roy
d'Angleterre , qu'on y appelle
Prince de Galles , & on nomme
à la fin de ces Lettres tous ceux
qu'on ne veut pas qui foient élus
parmi lefquels cependant on ena
choifi un grand nombre.
Ily a deux partis , celuy de
la Cour , ou autrement celuy
des Viggs. Ce parti eft compofé
de Puritains , autrement de
Proteftans , qui font comme nos
Religionnaires de France . Le
parti oppofé que l'on nomme le
parti de la Campagne ou des Toris
, a efté formé par ceux qui
profeffent la Religion Anglicane
, qui font perfuadez que le
Roy d'Angleterre eft entierement
porté pour les Puricains à
420 MERCURE
a
leur préjudice Ce Monarque a
des interefts particuliers qui
l'engagent à vouloir la guerre,
& la Nation déja trop endettée,
a lien de fouhaiter la continuation
de la Paix plutoft qu'une
guerre qui ne la peut mener à
rien davantageux , de quelque
côté qu'on l'envifage , & qui en
interrompant fon commerce
pourroit avec le temps le ruiner.
Jene dis rien de la Hollande ,
puifqu'elle ne fçait que dire ellemême
, & qu'elle attend que le
Parlement d'Angleterre fe foit
declaré. Il y a deux partis dans
cette Republique. Le plus fort
eft dans les interefts de Sa Majefté
Britannique . Il fait connoiftre
par fes démarches qu'il
voudroit que la France & l'EfGALANT.
421
pagne embarquaffent la guerre .
afin que le Parlement d'Angle
terre donnaft plutoft dans les
picges qu'on luy tend , & qu'il
conclut à foutenir la guerre fans
perdre de temps en reflexions &
en raifonnemens . Ceux qui travaillent
en Hollande pour aigrir
la France & l'Espagne , n'ofent
le faire avec une certaine vivacité
qui feroit trop découvrir
leurs deffeins à ceux qui regardent
le commerce comme un
fouverain bien pour eux , & qui
craignent autant la guerre que
les autres la fouhaitent.
La Diette de Ratifbonne me
prepare de belles matieres pour
vous entretenir dans la fuite .
L'Empereur veut engager l'Empire
dans des differends qui ne
422 MERCURE
10
regardent que fa maifon. Cet
engagement le feroit entrer en
guerre contre des Puiffances
dont il n'a aucun fujer de fe
plaindre , & cette guerre l'épui
feroit d'hommes , & d'argent.
Il n'eſt point offence on ne
luy demande rien. Ainfi il n'y
à point de doute que s'il ne
veut rien faire que de jufte , sil
écoute fes interefts , & s'il veut
procurer du repos à des Peuples ,
il ne fe laiffera point furprendre
par les brigues de l'Empereur
, & par des Puiffances qui
seftant entrées dans fon alliance
croyent devoir entrer aveuglement
dans fes interefts,
Je viens d'aprendre la mort
de Mademoiſelle d'Elbeuf dont
GALANT . 423
je vous entretiendray le mois
prochain.
C'eft Mr Buterne qui eut
l'honneur de toucher l'Orgue
deux fois de fuite devant le Roy
à Sceaux. Ceux qui avoient
donné cette gloire à un autre
eftoient mal informez , quoy que
cet autre ait auffi beaucoup de
merite. Le mefme Mr Buterne
qui a montré à jouer du Claveffin
à Madame la Ducheffe de
Bourgogne en a depuis peu donné
des leçons à Monfeigneur le
Duc de Berry. Je fuis , Madame ,
voftre , & c.
A Paris , ce 31. Decembre 1701.
S5525522252 255255
P
TABLE.
Relude.
Suite de la Phifique mecanique . 8
Vers de Mr P..... fur un Caroße
55 verfé.
Obfervation Anatomique fur la
maniere dont fe forme l'Afme convulsif.
Relation de Montpellier.
59
74
Autre Relations curieufes fur le
mefmefujet.
92
Lettre qui explique le sujet de l'Ode
qui la fuit.
Ode .
Mufes
nouvelles
.
Lettre fur le Rhamatifme
152
157
166
169
Information concernant l'affaire de
TABLE.
Darien.
Traduction d'une Ode latine
Monfeigneur le Dauphin . 219
Pompe funebre de Madame la Du.
cheffe de
Luxembourg.
Madrigaux.
Mort
Question
225
239
242
251
259
267
Sonnets Efpagnols avec la Traduction
Francoife.
Ode
282
Nouvelles de la
Martinique. 279
L'homme de Cour
Hifloire de la
Conquefte
d'AngleterreparGuillaume
Duc de Normandie.
284
Traitez de Saint Auguftin……… , 286
Fefte donnée à Mr
Ambaffadeur
Epigrammes.
d'Espagne.
Décembre 1701.
291
294-
Fefte de Saint Lazare celebrée par
Nn
TABLE,
les Chevaliers de cette ordre avec
une defcription de leurs nouveaux
habits , un détail des ceremo .
nies quife pratiquent en ces occa-
302 fions.
Services Solemnel fait par les Irlandois
du Seminaire de Bordeaux.
7
Second article des morts.
326
335
Relation de ce qui s'eſt paffé à Barcelone
à l'arrivée &aprés l'arrivée
de la Reine d'Espagne.
Cadran univerfel
Articles des Enigmes.
338
351
354
360
Nomination d'un Patriarche de la
Mr Tafdif Ingenieur envoyé au
Chine.
Roy de Portugal.
Nouvelles d'Italie.
Benefices donnez parle Roy,
361
362
391
Operationfaite à Mr.Fagon. 395
TABLE.
Permilion de lever un Regiment ac--
cordée à Mr de Pefeux Francom.
tois.
403
Suite des affaires d'Italie. 404
Arrivée de Mr le Comte d'Eftrées à
Naples. 417
Affaires d'Angleterre . 418
Affaires de Ratisbonne. 420
Mort de Mademoiſelle d'Elbeuf.
422
vis pour placer les Figures;
L'Air qui commence par
Ce n'est pour le Printemps , doit
regarder la page 168 .
L'Air qui commence par
Ne cheriffe que le fus de laTonne,
doit regarder la page 194:
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d'Eaux , d'Effente & de Liqueurs , in donze,
2. 1.
Le fort de l'honnête-Homme & du Scelerat ,
fçavoir ; fi pour parvenir dans le monde il
faut être honnête-homme ou fcelerat , in
douze , z. vol .
3. l. 10. f
2
Les plus belles Lettres Erançoiles fur toutes
fortes de fujets , avec la maniere de les
écrire , par Pierre Richelet , in douze ,
2. vol. 4 1. 10 f.
Hiftoire Critique des perfonnes les plus remarquables
de tous les fecies , in douze ,
2. vol. 4. C
Hiftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'eft paffé de plus remarquable depuis
1643. jufqu'à prefent , par M. de Corneille
de l'Academie Françoiſe , in 12. 3. vol. 6. 1.
Les Metamorphofes d'Ovide mife en Vers
François par M. de Corneille de l'Acade
mie Françoife , enrichies de plus de 300.
Figures en Taille- douce , in douze , 3. vol.
9. liv.
Les Memoires de M. de Saint Evremont ,
contenant diverfes avantures qui peuvent
fervir d'inftruction à ceux qui ont à vivre
dans le grand monde , in douze , 4. vol .
8. liv.
1.
Les Contes & Fables de M. Le Noble , ouvrage
enrichi de Figures en Taille- douce ,
in douze 2. vol.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
voit les changemens qui font arrivez dans
ce Royaume au fujer de la Religion & du
Gouvernement , in douze , 2. vol .
Arliquiniana ou les bons Mots , les Hiftoires
plaifantes & agreables recueillies des converfations
d'Arlequin , in douze. Seconde
Edition augmentée ,
4.1
.
2. 1.
Idem , Tome 2. fous le titre de Livre
fans nom , in douze , 2.1.
3
2. I.
2.1.
Pratique curieufe ou les Oracles des Sibilles
pour le divertir en compagnie , in douze.
Troifiéme Edition augmentée d'une fecon
de Partie , fur de nouvelles queſtions qui
n'ont point encore parû , in douze , 2. I.
Les paroles remarquables , les bons & les
maximes des Orientaux , in douze ,
Le Voyage ou Ambaffade de M. de Saint-
Olon à Maroc , enrichi de Figures , in
douze,
Hiftoire de France depuis Faramond juſqu'à
prefent, dans laquelle eft compris le Regne
de Louis XIV . in douze , 10. vol. 18. 1.
Portraits ferieux , galands & critiques , in
douze , 1. l. 16. f.
Memoires de M. d'Angoulême , in douze ,
1. l. 16. f.
Effais de Jurifprudence , par M. de Toureille
de l'Academie Françoife , in douze , 2. 1.
Hiftoire des Guerres civiles de France ; contenant
tout ce qui s'eſt paſſé de plus memorable
fous les Regnes de quatre Rois ,
François II. Charles IX. Henry III. &
Henry IV . furnommé le Grand , jufqu'à la
Paix de Vervins inclufivement ,
in douze , 4 vol .
Les Satires de Perfe avec des remarques , de
par Davila,
9.1.
M. le President de Silvacane , in douze ,
Latin François ,
Journal du Voyage de Siam , de M.
de Choify , in douze ,
Hiftoire de Charles VI. par M. le
reur in fol. a . vol .
2. 1.
l'Abbé
2. L
Labou
15. 1.
2.1. 10. f
Hiftoire de la feue Reine d'Angleterre , in
octavo ,
Hiftoire de l'Afrique ancienne & moderne,
enrichie de 400. Figures en Taille- douce'.
in quarto , 4. vol.
8. 1.
Hiftoire d'Alexandre le Grand , in douze ,
2. liv.
Etat de la Cour des Rois de l'Europe , par
·
M. de Sainte Marthe Hiftoriographe de
France , in douze , 4. vol.
L'Art de fe connoître foi- meme , par
6. 1.
Abadie
, in douze , 3. 1.
Hiftoire d'Hollande depuis la Tréve de 1609.
où finit Grotius juſqu'à notre temps , par
M de la Neuville , in douze , 4. vol . 8.1.
La promenade de Verſailles ou Celanire ,
nouvelles Hiftoriques , par Mademoiſelle
Scudery , in douze ,
3.1
2.1.
De la mefme, les Converſations fur toutes
fortes de fujets , in douze , 2. vol. 4. 1.
La Chevalerie ancienne & moderne , par le
P. Meneftrier , in douze , 2. 1.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues
& de M. Girardin auprés du Grand - Seigneur
, in douze , 1. t. 10. f.
Dialogues Satyriques & Moraux , in douze ,
2. vol. 3. 1.
Du mefme , Difcours Satyriques , in
douze , i. l. s. f.
Epîtres en Vers de M. Sabatier , in douze ,
1. liv.
Hiftoire de Saint Louis , par M. de Sacy ,
in quarte , 2. vol.
12. 1
Hiftoire de la République de Genes depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent ,
in douze , 3. vol .
Zayde , Hiftoire Efpagnole , avec l'origine
6. 1.
des Romans de M. Huet in douze ;
3. 1. 12. f.
2. vol.
Les Chanfons
de M. de Coulange
, in douze
,
2. vol.
4. 1.
6.1.
La Vie de Saint Martin Eveque de Tours ,
in quarto, avec Figures ,
Les Soeurs rivalles Hiftoire Galante , in
douze ,
>
1. l. 16. f.
De M. de Fontenelle de l'Academie
Françoife.
Toutes les Oeuvres , in douze , 7. in douze 7. vol. 14. 1.
Lefdites Oeuvres fe vendent féparément,
Sçavoir :
Les nouveaux Dialogues des Morts , in dou
ze , 2. vol. 3.1. 12 f.
Le Jugement de Pluton fur les deux parties.
des nouveaux Dialogues des Morts , in
douze ,
Entretiens fur la pluralité des
douze ,
1. l. 16. f.
Mondes , in
1. l . 16. f.
Hiftoire des Oracles , in douze , 1. l. 16. f.
Poëfies Paftorales avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une digreffion fur les
Anciens & les Modernes , augmentées d'un
Recueil de Poëfies diverfes & galantes ,
2. I..
in douze ,
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her ,
in douze > 2. 1.8. G
De M. l'Abbé Gouffant , Confeiller
au Parlement.
Le Portrait de l'honnefte- homme , in douze ,
1. l. 16. f.
De l'honnefte femme , in douze , 1. 1.
16. f.
Les Confeils d'un pere à ſes enfans fur les
divers états de la vie , in douze , 1. liv.
16. f.
'De M. d' Aumat , Avocat du Roy
au Siége Prefidial de Clermont.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel ,
in quarto , 3. vol.
Du Reverend Pere Bouhours.
18. 1..
La maniere de bien penſer dans les Ouvrages
d'efprit , in douze , 2. 1. 5. f.
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene, nouvelle
Edition , où les mots des Deviſes font expliquez
, in douze , 2. 1. 10. f.
Hiftoire d'Aubuffon Grand - Maître de Rodes
in douze ,
De M. de Martignae.
2
2. 1.Sa fo
Horace , le Latin à côté avec des Remarques,
2. vol. in douze,
4.1
.
Virgile
, le
Latin
à côté
avec
des
Remar
ques
&
des
Figures
, 3.
vol
. in
douzs
g. liv
De M. de Mezeray.
Hiftoire generale de France , in fol. 3. vol
60. liv.
La mefme in quarto , 3. voľ.
La meme , in donze , 8. vol.
De M. Felibien.
20. h
20. 14.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres anciens & modernes
, in quarto , 2. vol . 12. l.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvra
ges des plus celebres Architectes , in quarto
,
3. 1. 10. r.
Defcription des Peintures faites pour le Roy
avec une Defcription Sommaire du Château
de Verfailles , in douze , 2. 1.
Dictionaire des Arts & Sciences, ou principes
de l'Architecture avec Figures , in quarto ,
12. liv.
De Mademoiselle de la Force:
Hiftoire fecrete de la Maifon de Bourgogne ?
in douze , 2. vol.
3. l. 12. fi.
Hiftoire de Marguerite de Valois Reine de
Navarre , four de François I.
2. vol. in douze,
3. 1. 12. f. Guftave Vala , in douze , 2. vol . 3. l . 12. ርf. Les Contes des Contes, enrichis de Figures
en Taille-douce , in douze , z. vol. 3. la
12. f.
Hiftoire fecrere d'Henry IV. Roy de Caſtille,
furnommé. l'impuiffant , in douze
2. g
Oeuvres meflées de M. de Saint -Evremont ,
in douze , s. vol. 10. I.
Les Lettres nouvelles de M. Bourfaut , accompagnées
de Fables , de Remarques
de bons Mots , & d'autres particularitez
auffi agreables qu'utiles , in douze , 2. vol.
4, liv.
La Vie de l'admirable Chevalier d'induftric
Dom Guzman d'Alfarache , enrichie d'un
grand nombre de Figures en Taille-douce ,
in douze , 3. vol . 7. 1. 10. f.
L'Illuftre Moufquetaire , nouvelle galante
in douze , 1. l . s. f.
Mylord Courtenay , ou Hiftoire fecrete des
premieres Amours d'Elizabeth d'Angleterre,
par M. Le Noble , in douze , 1. Ï- 16. f.
Le Duc de Guife furnommé le Balafré , in
douze , 1. l. 16. f.
€
La decouverte des myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des grandes Maifons , des Procu-
Avocats , Notaires & Huiffiers , in
douze , 1. l. 16. L
Bibliotheque Orientale , où Dictionaire de
l'Orient , in fol.
reurs ,
15. 1. Taite de l'homme , de M. Defcartes , in quar
to ,
6. 1.
Du mefme , Les paffions de l'ame , in
douze ,
Oeuvres d'Etthmuller.
1. 1. 10. f
La nouvelle Chirurgie medecinale & raifon
née d'Etthmuler , in douze , 1. 1. 10. f. Pratique
generale
de la Medecine
de tout le corps humain, in octavo, z. vol. 6.1
Pratique fpeciale du meme Auteur , fur 10
maladies propres des hommes , des femnies
& des petits enfans , avec des Differtations
du mefme Auteur fur l'Epilepfie , l'Yvreſſe,
le mal Hypocondriaque , la douleur Hypocondriaque
, la Corpulence , & la morſure
de la Vipere , in octavo ,
3.1.
3. 1.
7. I.
Les Inftituts de Medecine , in octavo ,
La Pharmacopée raifonnée de Scroder , in
octavo , z. vol.
Methode de confulter & de preferire les formules
de Medecine , oeuvres pofthumes ,
in octavo ,
Hiftoire de Henriette Sylvie, de Moliere , in
douze , 2. vol . 3. 1.
Les Oeuvres de Moliere , in douze , 8. vol.
15. 1.
ze
3. I.
De Racine , nouvelle Edition , in dou
2. vol. 6. 1.
De Corneille , in douze , ro. vol. 20. I.
De Scarron , in douze , 10. vol .
De Boileau , in douze , 2. vol.
De Voiture , in douze , 2. vol.
IS. 1.
4. I.
3. 1.
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine , pas
M. de la Croix , in douze,
Le nouvel état de la France , in douze , 3. volj
2. le
6. liv.
Nouvelle Methode du Blaſon du Pere Me
neftrier , enrichie de Figures , in douze,
2. l . 10. f.
Memoires de la Reine Marguerite , in douze,
1. 1. 10. f.
De Gafpard de Coligny , in dòuze ;
1. 1. 10. f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife , de M.
10
Amelot de la Houffaye , in ottave :
2. vol.
6. 1.
Du mefme , le Tibere fur Tacite, in
octavo ,
3. 1.
Du mefme , le Prince de Machiavel , in
douze , 1. 1. 10. f.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
rempli d'une infinité de chofes curieuſes ,
in douze , 4 vol . 6. I.
Les Epîtres & Evangiles de toute l'année , in
1. 1. 10. f.
Les Meditations de Bufée , in douze , 2. vol.
3. liv.
douze ,
D'Abely , in douze , 2. vol. 4. I.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs du Port- Royal , in octavo , 4. l.
Miffel en Latin & en François , in douze ,
6. vol. 12. la
La voye qui conduit au Ciel, par Drexelius , .
in douze , 1. l. 10. C
Le triomphe de l'humilité, in douze, 1. l . 16. f.
Conferences de Caffien , in octavo
4. 1. 10 f
Catechifme de Turlot , in quarto ,
2. vol.
4. F. Semaines Saintes Latines & Françoifes , in
douze ,
2. l.
Les mefmes, in 18 , toutes Latines . 1. I.
Nouveau Teftament en François , in douze,
1. 1. 10.
tre ,
[.
Le mefme, in douze , 2. vol. groffe let-
3. L La Vie de Jefus - Chrift par le Pere Brignon
Jefuite , in douze , 3. vol. 6. L.
Memoires de M. de Guife , in quarte ,
6. liv
I
Guerre des Turcs contre la Pologne , in
douze , 1. 1. 10. C.
Academie des Dames galantes , in douze ,
-3 : 1.
2. vol.
Hiftoire des Conciles , par M. Hermant , in
douze , 4. vol.
2.
8. f.
Des Ordres de Chevalerie , in douże ,
1. L.
Des Ordres Religieux , in douze ,
2. 15. f.
i
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , in douze ,
1. 1. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de peindre
fur le papier , in douze,
1. L
La vie d'Elizabeth Reine d'Angleterre , par
G egorio Leti , in douze , 2. vol.
6 1.
Idem , de Cromvvel , in 12. 2. vol. 6. I.
Epitres & Elegies amoureufes d'Ovide , in
douze ,
Remedes de Madame Fouquet ,
tion , in douze , 2. vol.
1. 1. 10. L.
nouvelle Edi-
3. 1.
2. 1.
4.1.
Les mefmes , in douze , I. vol.
La Maifon Ruftique , in quarto ,
Eleonor d'Yvrée , ou les malheurs de l'amour,
in douze , I. l. 10. f.
Le Neapolitain , ou le deffenfeur de fa mattreffe
, in douze ,
Le Mari jaloux , in douze ,
Le Serafkier Bacha , in douze ,
Etat prefent de la puiffance
douze ,
I. 1.
1. 1. 10.f.
1. l. 10. f.
Ottomane , in
2 !.
Le Grand Vifir Cara Muftapha , in douze,
I. l. 10. f.
Les Nouvelles Galantes & Aventures ' du
temps , in douze , 2. vol. 2.1.
Reflexions ou Sentences & maximes morales
& politiques, dediées à Madame de Maintein
douze ,
"
non ,
La Vie du Taffe , in douze ,
1.1.
1. 1. 16. L
Les differens caracteres des femmes du fiecle
avec la defcription de l'amour propre , in
douze , 1. l. 16. f.
Les Poëfies de M. de Malherbe , avec les
obfervations de Menage , in douze , 3. l.
Hiftoire des Princes illuftres in douze
1.1 15 f.
Le degoût du monde , par M *** , in douze,
1. 1. 16. f.
Les Memoires de Madame la Comteffe D **
dans lesquels on verra que tres- fouvent il
y a beaucoup plus de malheur , que de dereglement
dans la conduite des femmes ,
in douze , 2 vol . 3. l. 12. f.
Les Malades de belle humeur , ou Lettres divertiffantes
écrites de Chaudray , in douze,
2. liv.
La Vie de Scaramouche , où font les bons
mots, fes hiftoires plaifantes & agreables ,
in douze , I. 1. 16. f.
Syroés & Mirame, hiftoire Perfane , in douze,
2. vol. 3.
1. 12.f.
Les mots à la mode, & des nouvelles façons de parler , avec des obfervations
fur diverfes
manieres de s'exprimer , par M. de Cailler
de l'Academie Françoife , in 12. 1.1. 16 f. Du bon & du mauvais uſage dans les manicres
de s'exprimer , des façons de parler
bourgeoifes , & en quoi elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à
la mode , par le mefme, in 12. 1. l. 16. f.
Conyersations
13
Converfations Academiques , tirées de l'Aca
demie de M. l'Abbé Bourdelon , par le..
Sieur le Gallois , in douze deux vol.
3. liv . 12. f.
ya
Le Comte d'Amboife par Mademoiſelle
Bernard , in douze , deux vol . 3. liv.
Lettres nouvelles & curieufes , par M. B **
in douze , 2. vol . 4.1.
Les Metamorphofes d'Ovide de M. de Benfe
rade in quarto , enrichie de Figures , impri
méc en Hollande.
10. liv. Idem le meſme , in octavo 2. vol. 6. liv. Hiftoire
de Cambray
& du Cambrefis
, in quarto , 2. vol. de Holande
16. liv. Offices de Ciceron
, in douze , Latin François
.. 2. l.
Les Travaux de Mars , in octavo ,...
15. liv.
3. vol.
Poëfies de Mademoiſelle Deshouliers , in oda…
vo, 2. vol. 4. liv. 10. f
Inftructions pour les Jardins fruitiers & pota
gers , par M de la Quintinie in quarto 2.
vol . remplie de Figures .
12. liv.
Hiftoire general d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichies de Figures en Taille- dou
ce , par M. Vanel Hiftoriographe de France
,in douze , 4. vol. 8. liv.
-Idem des Turcs in douze , 4. vol. 6. liv .
-Idem Defpagne in douze , 3. vol . 6. 1 .
La Devotion air facré Coeur de Jefus , in douze
, dernier Edition , 2, liv. 5. f.
---Idem , l'Abregé in douze, 1. liv.
Imitation de Jefus Chrift , Traduction nouvelle
, par le R. P. Brignon de la Compagnie
de Jefus , in douze , feconde Edition,
2. liv.
14
-Idem , la mefme in vingt quatre , 1. I.
La Conduite à la Confeffion & Communion
de Saint François de Sales , in dix huit ,
1. liv.
Hiftoire de l'Empire, de M. Heiffe, in quarte,
2. vol.
12. liv.
Grotius
, du droit de la Guerre & de la Paix , in quarto , 2. vol.
Summa Becani , fol. Parifiis ,
12. liv.
Leo Magnus , fol . Parifiis ,
9. liv.
Maldonatus in Evangelia fol.
Tractatus de vfuris & foenore in
9. liv.
quarto , 7. 1 .
12. liv.
12. liv.
Mathiole fur le Diofcoride , ou Hiftoire des
Plantes , avec Figures , fol.
Hiftoire des Plantes , avec Figures , in douze,
2. vol. 6. liv.
6. liv.
Hiftoire de Normandie , de M. de Maſſevile,
in douze, 4. vol .
Les Memoires de Puyſegure , in douze , 2. vol.
4. liv.
L'Homme de Cour , de la Houffaic, in douze,
2. liv. s . f.
Sancti Bernardi Opera , fol. 2. vol . Lugduini
15. liv.
La frequente Communion , par M. Arnault
in octavo ,
>
4. liv. La Tradition de l'Eglife , par M. Arnault , in
octavo ,
4. liv.
Hiftoire de l'Eglife , in douze , 4. vol . 8. 1 .
La Cour Sainte , in octavo , s . vol.
-Idem , fol.
15. 1.
12. liv.
Menochius
in facram
Scripturam
, fol. 12 liv.
Hiftoire
Anatomique
, enrichies
de Figures
,
.in octavo , 4. liv.
Les Confeils
de la Sageſſe
, in douze
, 2. vol.
a kir.
IS
Hiftoire d'Henri 7. Roy d'Angleterre , par
M. Marfolier , in douze , 2. vól .
La Sainte Bible , fol.
4. .
12. liv.
Hiftoire de Geneve de Spon , in douze , 2 .
vol.
3. liv. La Devotion au Sacré Coeur de Jeſus, in douze
, 2. vol
Dictionaire de Rochefort ,fol.
Le Theâtre Eſpagnol , in douze ,
4. liv.
12. liv.
2. liv.
Les Poëlies de M. de la Fontaine , in douze ,
3. vol. 9. liv.
Le Parfumeur Royal , feconde Edition augmentée
, in donze , 2. liv.
Concilium Tridentinum , in douze , 1. l. 10. f.
Catechifmus Concilii Tridentini , in douze , 1. liv. 10. f.
Idem , in vingt- quatre , de Cologne ,
1. I. 10. 1.
Le Songe de Bocace , in douze , 2. 1. Hiftoire de l'Afrique par d'Aper , fol Hollande
avec Figures ,
Hiftoire des Herefies de Bocager in
6. 1.
18. 1.
quarte,
Les Oeuvres de Riviere en François , in octavo,
3. vol.
9. 1.
Le Voyageur de l'Europe , in douze , 2. vol. 4. 1.
Les Commantaires de Cefar , de M. d'Ablan.
court , in douze , 2. vol. 3. 1. 12. f.
Le Quinte- Cure de M. de Vaugelas ; François
Latin , in douze , 2 vol, 4. 1. 10. 1.
Les Remarques fur la Langue Françoife , de
Monfieur de Vaugelas , avec les Notes de
M. de Corneille, in douze , 2. vol . 4. 1. 10.f.
Ambaffade de Garcial en Perfe , in quarto ,
16
Hollande , 6. 1.
27. 1.
Ovide François Latin de M. Marolles , in octavo
, 7. vol .
Les Epigrames de Martiales , in octavo , 2 vol.
François Latin , ..
18. 1.
6. l.
Le Seneque François Latin de Marolles , in
octavo , 2. vol.
Les Annalles de Baronius , in douze , 7. vol.
Hiftoire de Dom Quichotte de la Manche ,
in douze, 5. vol. avec les Figures , 12, 1. rof.
Hiftoire de Theodofe le Grand , par M.
Flechier , in douze ,
Les Oraifons Funebres de M. Flechier
douze, 2. vol.
3.1.
>
in
4.1. Idem , de M. de Meaux , in done ,
2. l. 10. f.
4. 1.
Le Martirologe des Saints , in octavo ,
La Vie de M. Defcartes , in douze, 2. 1.
Septimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire, avec
des Scrupules fur le Stile , in douze , 2. 1.
Voyages du Sieur le Maire aux Illes de Canarie
, avec Figures , indouze , 1. 1. 16. f.
Entretiens fur les Contes de Fées , in douze ,
1.4: 16 . f.
Hiftoire du Maréchal de Boucicault , in douze,
1. 4. 10 f.
Les Oeuvres de M. Santeuil , in douze , 2. 1.
Introduction à la Vie devote de S. François de
Sales , in douze ,
Biblia Sacra , fol.
Idem , in octavo , Colonia ,
1.1. 10. f.
12.1
.
6. 1. La frequente Communion de M. Arnault , in
octavo , Bruxelles , 6.1.
Hiftoire Louis XIII. dit le Jufte , in donze ,
a, dix,
Le Voyage des Indes , in douze , a. vol.
3. liv. 12. f.
Hiftoresde Juftin , in douze , a, vol. 4. 1.
La Morale d'Epicure avec des Reflexions , in
douze , 2.f.
Les Oeuvres de Capilbron , in douze , 4.1.
-De Poiffon , in douze , 2 vol.
-De Pradon , in douze ,
•
-De la Chapelle , in douxe ,
4. liv.
3.1.
2.1
.
La Grammaire Françoiſe de Pierre Chifflet , in
douze ,
1. l. vo f.
L'Architecture Françoile de Savot , in octave ,
avec Figures ,
3. I.
Hiftoire Sacrée de Brianville avec les Figures
de M. le Clerc , in douze , 3.vol.
Idem , De France avec les Portraits ,
douze ,
6.1.
in
2.1.5. f.
3.1
.
Origine de la Royauté , in douze , enrichies
d'un grand nombre de Figures ," Airs & Vaudeville de Cours jin douze , 2. voly 3. liv.
Idem ,Mis en chant , in douze , 1. 1. 10. f.
1. 1. 1o. f. Poëfies Chrêtiennes , in douze ,
Oeuvres de Marigny , in douze , 1. 1. 10. f.
Geometrie de Baulicu , in octave ,
Oeuvres de Benferade , in douze, 2. vol . 4 ,
fdem , De le Pays , in douze , 3. volg
4. l. 10 f.
Idem , De Cirano de Bergerac , 2. vol.
La Vie de S. Jean
Chrifoftome
, in 2. vol.
Dictionaire de Medecine in octavo , 3 .
Voyage de Chardin , fol.
3. 1
1.
indouze,
4. liv.
octavo
,
8. 1.
vol. 9. I.
10. l.
Morale de S, Gregoire , in douze , 2. vol. 4. 1.
Homelies ou Sermons de S. Jean Chrifoftome;
12. I.
in quarto , 2. vol.
Les Tableaux de la Penitence , in douze , de
M. Godeau ,
Livres de Droit.
3.1.
Traité de la Communauté de biens entre
l'homme & la femme conjoint par mariage ,
par M. Renuffon Avocat au Parlement , fol.
10. liv
Du mefme , le Traité des Propres Réels
reputez réels & conventionnels , où ſont traitées
les notables queftions du Droit Fraçois,
feconde Edition , augmentée de plus d'un
tiers , in quarto , 6. liv .
Corpus Juris cum Commentariis Pithoei , fol.
2. vol.
26. liv.
Ceuvres de Baquet , fol. par Ferriere , 15. 1.
Les Arrefts de Louiet , fol. z. vol. Paris, 30. 1.
La Biblioteque Canonique de Blondeau , fol.
2: vól. 24. liv.
Queſtions notables decidées par plufieurs Arrefts
de la Cour de Parlement , divifées en
quatre centuries , par M. le Preftre , fol.
24.liv.
Tables Chronologiques des Ordonnances ,
in quarte ,
Coûtumes de Châlons , in quarto , 6. 1.
Hiftoire des Secretaires d'Etat , in quarto, 6. I.
Obfervations Analifiques fur la Ĉoûtume de
Paris , par M. Pithou , in vingt - quatre, 1. l.
Mirbelli Infitutiones furis Canonici , in douze,
1. 1. 10. f.
6. 1.
Traité des Indults , par M: Pinfon , in douze ,
2. vol. 4. liv.
19
Les Arrefts du Parlement de Paris , de M. Bar
det, fol. 2. vol. 18. liv.
Les Playdoiez de M. Gautier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus
fur iceux , donnez nouvellement au Public
M. Gueret Avocat au Parlement , in
quarto , 2. vol.
par
8. liv.
Les Inftituts de Juftinien de Ferriere, in douze,
2. vol . Latin François
4. liv.
Les Inftituts
du Droit
Confulaire
ou les éle
mens
de la Jurifprudence
des Marchands
,
in quarto
,
7. liv,
12. liv.
Biblia Sacra , fol.
Le Praticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , in quarto , 7. l. 10.f.
Abregé de la Jurifprudence Romaine , par M.
Colombet , in quarto .
3A liv .
Remarques du Droit François fur les Inftituts
de l'Empereur Juftinien in quarto , 3. liv.
Coûtumes de Paris de Meffieurs du Moulin ,
Tournet , l'Abbé & Jolly , Avocats au Parlement
, indouze , 2. vol . 4. liv..
Queſtions Notables de Droit , de Duperiere ,
in quarto , nouvelle Edition augmentée
4. liv .
1.
Les Decifions Catholiques de Filliau , fol.
12. liv.
Ordonnances des Eaux & Forefts , augmentées .
des Edits , Declarations & Arreſts , in vingtquatre
,
1. l. 10. f.
-Idem , Sur le fait des Aydes & Gabelles ,
in vingt quatre, 2. liv.
Dictionaire Civile & Canonique , in qurso ,
6. liv.
Banage fur la Coûtume de Normandie fol
Z. vol.
ra. lim.
Le Parfait Négotiant , nouvelle Edition , aug.
mentée de lArt des Lettres de Changes
in quarto ,
71. liv.
La Science parfaite des Notaires , in quarto,
par M. de Feriere,
6. liv.
Le Traité des Succeffions de M. le Brun , ſe.
conde Edition augmentée , fol. 14. liv.
Les Conference des Ordonnances , de M. Bornier
, in quarto ', 2. vol..
Le Stile du Confeil , in quarto,
12. liv.
6. liv.
Inftitution au Droit François , de M. D **
Leconde Edition , in douze , -2 . vol. 1.
pour
7. liv.
Recueilles des Procedures Criminelles.
les Officialitez , in quarto ,
Traité de la Regale par M. Aubry, in quarto,
2.vol.
Comedies .
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LaDevinereffe , in douze , 1. 1. 10, f.
La Tragedie de Judichde M. Boyer de l'Aca
demie Françoife , in douze ,
Les Dames Vangée , ou la Dupe de foi -meſme,
1. liv
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LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1071
1701
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant ,
Omme il eft impoffible dans la conjoncture
prefente de ne pas groffit
le Mercure , ce qui en augmente confilerablement
les frais , on ne peut fe difpenfer
d'en augmenter auffi le prix . Ainfi lesvolumes
qui feront reliez en veau fe vendront
dorefnavant trente-huit fols , quanr
aux volumes qui feront reliez en parchemin
, on n'en payera que trente- cinq
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCI.
Avec Privilege du Roy.
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Les Metamorphofes d'Ovides avec des
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Les mêmes où il n'y a que 18. figures
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La conduite du Sage dans les differens
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Romains , in 12. 2. vol. 4. l.
Histoire de Venise de Jean Baptifte NaRi
4. vol. ro. l. 12.
Le Caericieux , Comedie nouvelle , en
cinq Actes , in 12. 1. l.
Suite des égaremens des hommes dans la
voye du Salut, par M l'Abbé de Villiers
,, 12 4 1.
Les deux premiers Volumes in 12 4.1.
AU LECTEUR.
TL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis de puis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrive en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
Aij
AU LECTEUR .
de défigurez, eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eſt bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages
à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne
, & que
ceux qui les envoyeront
en
affranchissent le port.
!
!
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1701 .
I
Ly a déja vingt- cinq
ans , Madame , que nôtre
commerce eft établi
pour vous faire part de tout
ce qui fe paffe de plus grand
& de plus curieux , & voici la
dernière Lettre de la vingt-
A iij
6 MERCURE
3
r
cinquième
année , de forte
qu'avec les Volumes quisont
efté doubles , & les Relations .
feparées , vous devez avoir
reçu preſentement
environ
quatre cens de mes Lettres ,
qui ont prefque toutes commencé
par le recit de quelque
grande action du Roy , ou
par quelque ouvrage en Profe
ou en Vers , qui a mis ces actions
dans un plus beau jour
que je n'aurois pû faire . Que
de chofes faites où la pieté &
fa justice ont paru avec éclat !
Que de bien faits répandus !
Que de perfonnes
de merite
GALANT. 7
récompenlées ! Que de furprenantes
marques de bonté &
de moderation que d'épreuves
d'une fageffe , & d'une pru
dence confommée , & que de
grands exemples à fuivre don .
nez à tous les Souverains du
monde ! Je ne doute point
que tant que j'auray l'honneur
de vous écrire ce grand
Prince ne nous fourniffe tou
jours autant de belles chofes
à dire , le paffé nous répond
de l'avenir.
Le grand nombre de nouvelles
dont ma derniere Lettre
s'est trouvée remplie , ne
A iiij
8 MERCURE
m'a point permis de vous faire
voir ce que l'Auteur de la Phifique
Mecanique a écrit à fon
Ami , touchant le Systeme du
Monde , par les loix & les re.
gles du Mouvement. Voicy
en quels termes il en parle.
A MONSIEUR
***
Vous
attendez
Ous attendez , fans dou
, Monfieur, avec quelque
forte d'impatience , cette
Lettre , pour voir comment je
m'acquitteray de la promeſſe
que je vous ay faite d'expli
quer par les loix & les regles du
GALANT. 9
mouvement , de quelle maniere
cerre vafte Machine du Monde
a eſtéconſtruite ; il me femble
même que j'entens que vous
me dites ces paroles. Comment
pouvez - vous accorder
vos Principes avec cette promeffe
? Car fi vous établiſſez
pour premier Principe de voſtre
Phifique mechanique , que c'eft
Dieu même qui a bâti la machia
ne du Monde , à quoy bon employez
vous les loix & les regles
du mouvement , pour expliquer
comment cette machine
a efté bâtie ? Et fi au contraire
vous pouvez rendre raiſon de
10 MERCURE
toutes les circonstances
de la
conftruction
de cette machine,
par les loix & les regles du mou .
vement , pourquoy recourezvous
à Dieu fans neceffité , en
le faifant l'Ouvrier de cette
machine.
Je répons à cela que nonfeulement
ces deux veritez ne
font pas incompatibles , mais
qu'il faut neceffairement que
cela foir ainfi , que Dieu foir
l'Ouvrier de la machine du mon .
de , & qu'en conftruifant cette
machine , il ait gardé les loix
& les regles du mouvement : car
je vous demande , Monfieur
GALANT. II
avez - vous jamais vû d'Ouvriers
qui conftruiſe une machine
fans fe fervir de quelque
inftrumens & fans obferver
quelques regles dans fon travail
? En fuppofant donc que
le monde est une machine que
Dieu a faire , ne pouvons nous
pas fuppofer auffi que ce fou
verain Ouvrier s'eft fervi de
quelque inftrument pour bâ
tir cette machine ? Et fur tout
fi nous voulons expliquer me.
caniquement cette fabrique de
l'Univers ? & fi Dieu s'eſt ſervi
pour cela de quelque outil ou
inftrument , pourquoy ne di
R MERCURE
rons nous pas qu'il s'en eft fervi
à propos & fuivant quelques
regles ?
Vous me direz , fans doute,
que c'eft faire tort à la Toute
puiffance , & à la Sageffe infinie
du Createur , de dire qu'il
a cu befoin d'outil , & qu'il
s'eft affujetti à des regles , par
ce qu'un feul Fiat ; c'eft à dire
un feul acte de fa volonté a
fuffi pour créer & former tous
les corps , & pour bâtir d'eux
la machine du monde . Je vous
avoue , Monfieur , que la dif
ference eft tres grande entre
la maniere avec laquelle un
GALANT 13
ouvrier bâtit fa machine automate
, & la maniere avec la
quelle Dieu a conftruit la machine
du monde : car premierement
un ouvrier particulier
fuppofe une matiere qui eft
toûjours quelque corps que
Dieu a déja formé. Seconde.
ment , il a déja entre les mains
un ou plufieurs outils avec lef
quels il commence & il finic
fon ouvrage. Troifiémement
il ne fe fert de ces inftrumens
ou outils , qu'en les maniant
& les remuant diverfement.
Quarriémement , enfin il garde
en travaillant des regles
14 MERCURE
qu'il trouve établies , & qu'il
a apprifes de fes Maiftres.
Il n'en eft pas de même du
Souverain Ouvrier de la machine
du monde. Par un feul
Fiat , il a fait de rien la matiere
de tous les corps ; le premier
corps qu'il a fait par un feul
Fiat lux , a efté l'outil dont il
s'eft enfuite fervi pour former
les autres corps & toute la
machine, ilne s'eft pas fervi de
cet inftrument en le maniant
&le remuant mais endifpofant
de luy par un feul Fiar du mou
vement actifqu'il lui avoit don
né pour la forme effentielle.
GALANT
ན་
Ce fut donc par ce feul Fiat
qu'il établit les loix du mouve
menten formant le feu , comme
il établit lesregles , en formant
l'air , l'eau &la terre. Après cela.
fait on quelque tort à Dieu
en difant qu'il s'eft fervi d'un
inftrument pour bâtir la machine
du monde, & qu'il a gar
dé dans fon ouvrage les loix
& les regles qu'il avoit luy-même
établies. C'est ce que je .
prétens faire voir dans cette
Lettre par une courte narra
tion de l'Hiftoire de la Creation ,
laquelle fuffira toutefois pour
faire comprendre comment
16 MERCURE
les loix & les regles du mouve→
ment ont efté établies , quel
eft l'ufage qu'on en doit faire
pour connoiftre le Systême du
monde , & pour par cette con
noiffance du Systéme du mon
de rendre raifon de tous les
Phænomenes de la Nature, comme
l'Horloger fe fert des con .
noiffances qu'il a de la trempe
du reffort & de la ſtructure de
fon Horloge , pour rendre rai .
fon de tous les Phænomenes &
effets de cette machine. Voici
comment je commence certe
Hiftoire de la creation .
La matiere de tous les corps ,
GALANTİE
n'eftant de ſoy qu'une fimple
étendue, & une étenduë ne
pouvant ſubſiſter un feul mo .
fans fes cinq efpeces de modes
ou formes , qui font la quantité ,
la divifion ou confiftance , la
figure , la fituation , le mouve.
ment ou le repos. Il est tres->
évident que dans le premier
inſtant de la Creation , Dieu
fit de rien une étenduë qui
avoit ces cinq efpeces de mo
des ou manieres d'eftre érendu
; mais à laquelle un de ces
cinq modes , je veux dire le mon.
vement , eftoit effentiel , ce qui
la détermina à eftre le Feu .
Decembre
1701.
B
18 MERCURE
C'eſt ainſi que le feu defigné
par le nom de lumiere , fuc
formé le premier de tous les
corps.
Ce feu ainfi créé & formé
ne pût le mouvoir en toutes
fes parties , qu'il ne fe divifât
en elles ; & que chacune d'elles
fe mouvant féparement de
toutes les autres , ne courut fur
une ligne droite , ce qui eft la
premiere & la plus fimple de
toutes les déterminations , com- ·
me nous l'avons déja dit ; cela
eftant , le feu fe repandit d'abord
en une infinité de rayons,
lamatiere s'amplifia , les parties.
GALANT. 19
du feu fe divifant toûjours en
de plus petites particules à me ,
fure qu'elles s'éloignoient davantage
du centre du monde ,
jufqu'à ce que Dieu par le
même acte de fa volonté qui
avoit formé lefeu arreftât coutes
ces particules de feu dans
leur chemin , & que ne pou
vant cefler de le mouvoir elles
continuérent à fe mouvoir ,
mais chacune en rond fur
elle même .
La matiere donc où l'éten
duë fut ainfi fort amplifiée,
& en maniere qu'elle étoit
diftinguée en trois étages ou
•
Bij
20 MERCURE
.
:
:
parties dont l'exterieure &
la plus éloignée du centre ,
& où le feu eftoit tres exatement
divifé , fut l'Air ou
le Ciel La feconde , que la
premiere contenoit imme.
diatement , & dans laquelle
Je Feu eftoit moins exactement
divifé fut l'Air ; & la
troiſième, qui occupoit le mi.
lieu du monde , & où le feu
n'eftoir que groffierement
divifé , fut la Terre. Je ne puis
pas vous mieux faire comprendre
, Monfieur , l'eftat du
monde dans ce commencement
de la formation , qu'en
GALANT. 21
R
le comparant à une chandel .
le allumée , & difant que la
lumiere eft l'Air , la flamme
eft Ean , & fa méche brû.
lante eft la Terre.
Vous voyez , Monfieur ,
par cette hiftoire de la Formation
des quatre Elemeris ,
que la Forme effentielle du Feu,
eft le mouvement de toutes fes
parties , & quella Forme effen
tielle de l'Air , de l'Eau , & de
la Terre , eft la divifion plus
ou moins exacte du feu dans
ces trois elemens ; c'est àdire
la fluidité de l'Air ; la
liquidité de l'Eau , & la fer22
MERCURE
meté de la Terre , par laquelle
l'Air refifte moins que
l'Eau , & l'Eau refitte moins
que la Terre à un nouveau
Feu qui l'aborde. Et qu'ainfi
le Feu a de foy la loy de fon
mouvement , & reçoit des au
tres corps la regle de ce mefme
mouvement , & que & que c'est
Dieu qui a eftably ces Loix"
& ces Regles.
Le mouvement actif eftant
dans la Forme effentielle du
premier de tous les corps ,
on peut dire que le Monde a
commencé par le mouvement,
& que le Temps qui n'eſt que
GALANT
23
la mefure ou la durée du mou-
.vement a commencé avec le
Monde , ou que le Monde a efté
faic au commencement des Temps :
L'on peut dire auffi que le
Temps particulier eſtant la durée
, ou la durée d'un mouvement
de fermeté les Ele .
mens ont efté faits au premier
jour du monde , c'eſt àdire
pendant la durée de la
premiere determination que
Dieu donna au mouvement
du feu . La fin de ce premier
jour fut donc lorfque
par l'ordre de Dieu toutes
les particules de feu qui
24 MERCURE
couroient en s'éloignant de
leur centre commun & en
en fe divifant toûjours da
vantage , s'arrefterent , &
commencerent d'employer
tout leur mouvement à piroüeter
chacune à part.
Sur la fin de ce premier
jour le Monde n'eftoit donc
qu'un compofe des trois Ele.
mens & du Feu qui les penetroit
tous trois , mais inéga
lement , & ces trois Elemens
eftoient diftinguez non feulement
par leur confiftance ,
mais encore par leurfituation
& leur groffeur , l'Air eftanc
beaucoup
GALANT:
29
beaucoup plus vafte quel Eau
qu'il enfermoit , & l'Eau beaucoup
plus grande que la Terre,
ils n'avoientrien de commun
que leur figure , laquelle étoit
ronde , attendu que le Feu
étant par tout égal & unifor
me , s'eftoit répandu également
de tous les coftez autour
de foncentre. Ils avoient en .
core cela de commun que
chacun d'eux eftoit pur &
uniforme dans toute fon éten .
duë ne contenant aucunes
parties des autres trois
Mais cette pureté ou fim .
plicité naturelle de ces trois
·
Decembre 1701 , C
26 MERCURE
Elemens paffifs ne dura pas
long temps : car le premier jour
du Monde fut fuivy d'un fe..
cond jour , je veux dire de la
durée d'une feconde determination
que Dieu donna au feu ,
laquelle commença de les
mêler. C'est à dire qu'aprés
la formation des quatre Elemens
, Dieu determina la
portion du Feu qui eftoit la
plus éloignée du centre du
monde & qui par fa divifion
tres- exacte formoit l'Air le
plus exterieur à courir de cette
furface du monde vers fon
centre. La plufpart de ces
GALANT:
27
particules de Feu venant du
large à l'étroit fe joignoient
entre elles , & avec celles
qu'elles rencontroient &
compofoient avec les unes
& les autres des parties plus
groffieres que celles qui é.
toient dans le refte de l'Air,
telle qu'eftoient celles qui
faifoient la confiſtance de
l'Eau qui couvroit la Terre.
C'est ainsi que les Eaux fu
perieures furent formées , &
que l'Air ou le Ciel fut renfermé
entre deux Eaux : ce
qui le fit appeller Firmament¸
Ce qui ne fut pas inutilement :
Cij
28 MERCURE
car vous verrez dans l'Hif
toire des Phænomenes de la
Nature la neceffité de ces
Eaux fuperieures pour faire
réuffir la plufpart de ces Pho .
nomenes.
Toutes ces particules du
Feu dufecond jour ne s'arrêterent
pas à la furface du monde
pour y former les Eaux
Superieures : il y en eut plu
fieurs qui penetrerent juſ
qu'au milieu du monde . Ce
fut alors que les Loix & les
regles du mouvement commencerent
d'eftre en uſage :
car chacune de ces particules
GALANT. 29
de feu rencontrant à chaque
moment une nouvelle refif
tance dans l'Air qu'elle traverfoit
, & ne pouvant rien
perdre de fon mouvement ,
elle fut obligée d'en employer.
une partie à rouler fur elle .
mefme à mesure qu'elle avançoit
, & ainfi elle alloit
d'autant moins vifte qu'elle
approchoit plus des eaux inferieures,
Tout de mefme
donc qu'en avançant elle
pouffoit devant elle l'Air qu'-
elle fendoit , ainfi en piroüet .
tant elle pouffoitce meſme air.
autour d'elle jufqu'à s'en cou ,
Ciij
30 MERCURE
vrir enfin avant qu'elle arri .
vaft à la ſurface de l'eau inferieure.
Toutes ces particules de
Feu du fecond jour entrant
dans l'Eau ainfi envelopées
d'Air , & y trouvant plus de
refiftance que dans l'Airy rou
lerent encore davantage , &
će roulement plus fort leur
fut occafion de fe faire cha
cune une tunique d'eau par
deffus l'envelope d'Air. Et
pour la mefme raiſon entrant
dans la Terre ainfi couverte
d'Air & d'Eau , & y trouvant
encor plus de reſiſtance que
GALANT
. 3R31.
>
dans l'Eau , elles y roule .
rent davantage
& par ce
roulement plus fort , elles fe
firent chacune une croute
de terre par deffus la tunique
d'Eau.
C'eft ainfi que les quatre
Elemens furent mêlez fur la fin
du fecond jour en une infinité
de tres petites vefcies que
j'appelle Efprits à caufe de
leur extrême petiteffe & de
la grande activité que leur
donne le feu que chacune
d'elles contient , je les appelle
auíli vesicules ou Efprits elementaires,
à cauſe que chacune
C iiij
32 MERCURE
d'elles contient les quatre Elèmens
, mais dans un ordre renverfé
, le Feu estant au milieu
couvert d' Air & d'Eau , & le
tout eftant enfermé dans
une croute de Terre. Ce
feu enfermé dans ces veficu .
les ou Efprits , n'eftant plus
fi fort penetrant que lors qu'il
eftoit nud & découvert , eft
la caufe efficiente du mouvement
local apparent du corps
folide dans le fluide , ou dans
le moins folide.
Le premier de tous ces
mouvemens locaux ou change ,
mens de place des corps grof
GALANT
33*
fiers fut la découverte de Terre,
laquelle arriva , comme je
vay le rapporter. Sur la fin
du fecond jour ces Efprits Elementaires
fe repouffant mutuellement
du milieu de la
Terre , remonterent prefque:
tous de la Terre dans l'Eau ,
& de l'Eau dans l'Air juf
qu'aux Eaux fuperieures qui
les renvoyerent dans l'Airou :
Ciel , & ainfi l'Eau & la Terre:
qui avoient jufqu'alors quelque
proportion avec l'étenduë
de l'Air , refterent fort
petits à comparaison de cet
Element fluide , qui outre fa
34 MERCURE
grandeur exceffive avoit beau
coup groffi , ayant reçu de la
Terre & de l'Eau les Efprits
Elementaires qui devoient eftre .
au quatrième jour la matiere
de ces grands Globes qu'on
appelle Aftres.
Le troifiéme jour du monde
, fut donc la durée de la
determination que Dieu donna
à ces Esprits Elementaires
répandus dans l'Air du Ciel, à
courir dela partiedu Ciel qu'on
a depuis appellé Auftrale vers
celle qu'on appelle Boreale.
Cette influence d'Efprits ren.
contra au milieu du monde.
4
GALANT, 35
la Terre couverte d'Eau de
tous coftez ; les Efprits qui y
entrerent , n'y courant pas
fi vifte qu'ils avoient couru
dans l'Air , furent occafion à
ce que ceux qui les fuivoient
immediatement , la reflechirent
de la face de l'Ɛan & de
Air , & qu'en fe reflechiffant
ainfi ils poufferent le Globe
composé d'Eau & la Terredu
Sud Sud à Nord , loin du
milieu du monde , pendant
que ceux qui traverſoient
ce Globe, & que s'y rompant
devenoient convergens entr'eux
fendoient l'Air devant:
36 MERCURE
lay , fuivant les regles du
mouvement.
Pour la mefme raifon , les
Efprits qui traverfoient l'Eau
de Sud à Nord , abordoient la
Terre , & y entroient , n'y courant
pas fi vifte que dans l'Eau,
furent occafon à la reflexion
deceuxqui les fuivoient imme
diatement ; lefquels en fe re.
Alechiffant de la Terre, la poufferent
vers leNord , pendant que
ceux qui la traverſoient & s'y
rompoient avec convergence
de fes rayons fendoient l'Eau
devant elle , ce qui fit que la
terre parut enfin du coſté du
T
GALANT. 37
Nord fur la face des Eaux.
& que toutes les Eaux refterent
ramaffées en un feul lieu
au Sud de la Terre.
Sur la fin du troifiéme jour ,
la mefme influence qui traverfoit
la terre de Sud à Nord
fut renduë fi forte par la con
vergence de les rayons qu'elle,
perça de part en part la Terre
encore tendre , & y introduifit
quelques eaux de la Mer,
qu'elle fit fortir par un grand
trou ouvert au milieu de la
Terre découverte ; ces Eaux qui
formoient un grand lac & l'unique
fontaine qui fut alors au
38 MERCURE
monde , fe creuferent el .
les mefmes quatre lits dans,
lefquels elles formoient quatre
grandes rivieres qui fe divifant
en divers ruiffeaux arrofoient
toute la face de la
Terré comme un feul & vaſte
1
Jardin , & fe jettoient enfuite
dans la Mer qui eftoit toute
au Sud de la Terre terminée
par un feul bord circulaire.
L'influence qui avoit percé la
Terre , & qui forroit par le
trou avec les Eaux fe repandoit
auffi comme elles fur la
·face de la Terre , & fur celle de
l'Eau de Nord à Sud .
GALANT.
39
Tel fut l'état où le systéme
du Globe terreftre depuis la fin
du troifiéme jour juſqu'au
temps du Deluge , qui fut la
premiere pluye qui tomba fur
la face de la terre , n'ayant
plu peut eftre jusqu'alors que
fur la Mer , parce que le Globe
terreftre eftant fort avant
dans la region
feptentrionale
du Ciel , le Soleil ne faifoit
monter des vapeurs que de la
Mer qu'il éclairoit prefque
toûjours à plomb. Vous ju
gez bien , Monfieur , que ce
fut la raison pourquoy cette
premiere pluye fut fi abon .
40 MERCURE
dante & fi impetueuse , que
tombant fur la face de la Terre
de Nord à Sud , & d'Orient
en Occident , elle rapprocha
ce Globe du centre du Monde,
le faifant fortir de deffus l'Axe
commun , autour duquel
tous les Aftres tournent d'Oc.
cident en Orient .
Outre cela , cette pluye
impetueuse , ruina les bords
de cette grande fontaine ,
parce qu'ils eftoient encore
tendres, & les fit tomber dans
la mer en trois gros.lambeaux ,
dont l'un eft l'Afie & fes lles ,
l'autre eft l'Affrique , & le
GALANT.
41
dernier est l'Amerique meridionale
, & forma en mefme.
temps la Mer du Nord , la Mediteranée
& la Mer Noire ,
& c. les Lacs , les Ifles , & c . l'inégalité
du terrain exterieur
& la pluralité des Rivieres ,
qui ont enſuite efté occafion
à la diverfité des terreins , &
ceux -cy à la production ou
formation des differens mi .
neraux.
Vous voyez fans doute déja
, Monfieur , les grandes
utilitez , que cette Hiftoire de
la formation de la Machine
du monde & de fes princi-
Decembre
1701 . D
42 MERCURE
paux changemens , peut avoire
dans la Phyfique , pour donner
la raison de la plupart des
Phænomenes
generaux
, vous
verrez encor mieux ces utili.
tez , lorsque j'auray achevé
la defcription des Corps mixtes
qui font les Plantes, les Afires,
& les Animaux. Je fais mention
premierement des Planetes
, parce que ce fut fur la fin
du troifiéme jour qu'elles fu.
rent formées des veficules
elementaires
les plus groffieres
qui refterent engagées
dans la terre . Dieu forma de
ces veficules toutes les especes
GALANT. 43
de Plantes , & toutes les Plantes
de chaque efpece,, enfermées
les unes dans les autres , pour
en germer fucceffivement , par
la nourriture que chaque germe
reçoit de la Plante qui le
contient immediatement , &
que celle cy reçoit de la Terre
par fes racines . Je n'entreprens
pas de foüiller dans les
fecrets de la Sageffe de Dieu
pour concevoir comment cette
formation des Plantes a
efté faite. Il me fuffit de fçavoir
que c'eft Dieu qui a forme
cette Plante qui a efté , qui
eft , & qui fera ; qu'il les a
Cij
44 MERCUR E
formées des elemens mêlez
en ces veficules ou efprits , &
qu'en ajuftant diverſement ces
veficules , il a gardé les loix
& les regles du
mouvement,
mais d'une maniere qu'il nous
fera toûjours impoffible de
concevoir
comme il nous
eft inutile de la fçavoir .
Il n'en eft pas de méme de
la formation de ces grands
corps que l'on nomme
les
Aftres , comme ils font appa.
remment des groffes maffes
uniformes, nous
pouvons con .
cevoir de quelle maniere ils
ont efte formez le
quatrième
GALANT
45.
jour , des veſicules contenuës
& répanduës dans l'Air où Firmament;
en difant que ce qua .
triéme jour fut la durée d'une
détermination que Dieu donna
à ces veſicules à courir dans
le Firmament ou Ciel en diyers
tourbillons en un fens
qu'on a depuis appellé d'Occident
en Orient , & tous autourd'un
même Axe , c'est à dire
autour d'une ligne droite ima .
ginée d'un point des eaux fuperieures
au point oppofé
paffant par le centre du monde.
Tous ces Tourbillons coutant
ainfi en un même ſens
46 MERCURE
fur les deux Poles ou extre .
mitez de cet Axe , & eftant
plus élevez eftant repouffez
par les eaux fuperieures fur les
autres , ils fe heurtoient fans
ceffe , & ainfi les vehicules qui
compofoient chaque tourbil
lon s'approchoient infenfiblement
les unes des autres ,
& toutes de leur centre commun
, & formerent enfin une
maffe ronde & folide qu'on
appelle un Aftre , laquelle
eftant formée continuoit toû-.
jours de courir d'Occident en
Orient en roulant fur ellemême.
GALANT 4.4
Les Aftres ayant efté ainfi
formez des veficules elementaires
contenues dans l'Air ou
Ciel , il y a bien d'apparence
que les veficules les plus élevées
ou diftantes du centre
du monde eftant les plus fubtiles
& les plus pures , les étoi.
les qui en furent composées
& formées , font des corps
plus purs , plus uniformes , &
plus difpofez à prendre feu :
par le caffement fucceffif des
velicules dont chacune d'elles
eft composée ; & au contraire
il paroift que les Aftres inferieurs
( qu'on appelle Plane48
MERCURE
Les ) eftant formez au plus bas
étage des Cieux , ou à cauſe
du voisinage du Globe terref
tre , les veficules font mêlées
de particules d'eau & de terre ,
ont dû eftre plus groffiers
dans leur texture , & n'avoir
pû eftre allumez , fi vous en
exceptez le Soleil, lequel appa,
remment a efté fait de veficu .
les fort pleins de feu ' , non
mêlées avec des particules
d'eau , mais feulement avec
quelques particules de terre.
J'expliqueray en fon lieu com
ment les Aftres dans le Ciel
ont commencé de luire , &
comment
GALANT. 49
comment leur influence la.
mineufe fait continuer leur
cours.
La conftruction de la ma.
chine du monde finit par la for.
mation des animaux que Dieu
fit le cinq & le fixième jour ;
c'eft à dire que le cinquiéme
jour du monde fuc la durée
d'une détermination que
Dieu donna aux veficules contenuës
dans l'eau à courir par
divers petits peloton's & d'une
maniere que la Sageffe divine
jugea le plus propre pour en
former ce grand nombre d'efpeces
de poiffons & d'oiſeaux
Decembre
1701. E
50 MERCURE
nir ;
que nous admirons , & tous
les individus de chaque eſpece
qui ont efté produits depuis
alors , & qui le feront à l'aver
; il en fit en chaque espece
des mâles. & des femelles , &
enferma l'un & l'autre fexe
dans les mâles , pour en fortir
fucceffivement, paffer dans les
femelles , & naiftre enfuite
d'elles immediatement
ou par
l'oeuf.
Enfin le fixiéme jour du
monde fut de même durée
d'une détermination queDieu
donna aux veficules conte
nuës dans la terre humide , à
GALANT , si
courir en une infinité de tres :
petits pelotons enchaſſez les
uns dans les autres , dont il
forma toutes les efpeces des
animaux terreftres & tous les
individus de chaque efpece
mâles & femelles , d'une ma.
niere que nous ne pourrons
jamais concevoir , ny par confequentexprimer
, & que nous
devons nous contenter d'ad.
mirer ) pour naiſtre fucceffivement
jufqu'à la fin des ficcles
, ainfi que je l'ay dit des
poiffons & des oifeaux . J'expliqueray
au long dans la feconde
partie de l'Hiftoire de la
E ij
52 MERCURE
machine du Monde & de fon
mouvement cette propagation
des animaux.
200
Ce que je viens de dire de
bien que
leur formation auffi
de celle des Plantes des Aftres ,
de la Terre , de l'Eau , de l'Air ,
& du Feu , de toute la Machine
du Monde , compofées de ces
fept elpeces de corps, me fuffit
pour vous prouver , Monfieur ,
qu'il n'y a pas d'autre fonde.
ment , n'y d'autres principes de
la Phifique , ny d'autres loix &
regles du mouvement que celles
que je vous ay expofé dans
mes precedentes Lettres . Il
GALANT $53
3
me fuffit en fecond lien pour
vous donner une veritable
idé de l'état ou Systême pre
fent de la Machine du monde ;
fçachant que la connoiffance
de ce Système nous eft abfolu
ment neceffaire pour rendre
raifon des Phænomenes de la
nature ; lefquelsne font, com
me je vous l'ay déja dit fort
fouvent , que les divers chan .
gemens que le mouvement a&if
du feu caufe dans le monde ,
& que nous voyons arriver .
aux corps qui le compofent ,
je veux dire aux quatre Ele .
mens , aux Aftres , aux Plan-
>
E iij
54 MERCUER
tes , & aux Animaux.po nem
Pour vous faire mieux com ,
prendre, Monfieur , l'applicaa
tion que je fais dans mon
Traité de Phyfique , de toutes
ces connoiffances generales
du fondement de la Phyfique
, des loix & des regles
du mouvement , & du Syfte.
me du monde , pour expliquer
chaque Phænomene de la.
Nature , j'ay fait deffein de
vous donner dans la Lettre
fuivante certe explication en
gros , & en même temps une
idée generale qui contiendra
le deſſein & l'Abregé de tour
GALANT 55
mon ouvrage . Je fuis cepen
dant avec attachement , &c .
A Marſeille , le 10. Avrilıyor.
Vous ferez , fans doute ,
contente des Vers que je
vous
envoye, Ils ont efté faits fur
un Carroffe verfé , leschevaux
ayant pris le mords aux dents.
A MONSIEUR ***
Eviens d'apprendre ce matin
I. fur Faraquifont
le grand chemin ,
Quoique la route en fait aifée ,
Vous avez en même deftin
E iiij
56 MERCURE
Que le pauvre fils de Thefée.
2
Voſtre -fort cependant me paroift bien
plus doux ,
Et le malheureux Hippolite,
Euft efté bien content s'il en euft efte
quitte
Pour quatre membres comme vous .
D
Quatre membres rompus , juftes
Dieux , quel dommage
Mais on nous a mandé qu'ils fontfi
bien remis >
Par de vos amis
cire
encore quel
Que vous
que ufage.
e
Quand meme par malheur vous boiteriez
tout bar kuwamg
Vulcain clopine à chaque pas ;
C'est pourtant un Dieu qu'on reclame..
GALANT. 37
Vous ferez comme luy boiteux ,
Et peut - etre coca , mais toujours
trop beureux ,
Pourvu que vous ayez une aufli belle
femme.
2
Ah Seigneur , ne permettez pas
Qu'en regrets fuperflus voftre coeur fe
confomme.
Songez que vous avez évité le tré
::pas
Et qu'un Gafcon qui n'a qu'un
bras
Vaut encore autant qu'un autre
- 2 bomme. ? ) 26 16020
2
Vous dont mille accidens divers
Ont fait éclater la conftance,
Vous qui dans le jeu mème , & les
plus grands revers
Avez tenufi bonne contenance
8 MERCURE
Nepourrez-vous vous voirfans perdre
patience
Deux ou trois mombres de travers ?
Non , non , je ne le fçaurois croire
Vous aurez foin de veftre gloire
Votre vertu nous le promet.
Le malque vousfouffrez ,je l'avouë ,
eft terrible
Mais enfin eft-ilplus fenfible
Qu'un coupe -gorge au lanfquenet.
Vous fçavez que l'Aftme
eft un mal auquel on fait aujourd'huy
une grande atten
tion ; c'eft ce qui m'enga.
ge à vous faire part du petit
Traité que vous allez li
re , il eft de Mr Dumont ,
GALANT. 59
Chirurgien Jure à Auch .
Obfervation Anatomique fur la
maniere dont feforme l'aftme
convulfif.
Ax
Yant efté mandé pour
ouvrir le corps d'un
homme de confideration de
cette Ville, âgé de cinquante
trois ans , mort de la dyffen
terie , l'Aftme convulfif s'y
eftant joint. L'incifion longi
tudinale faite , les muſcles de
la poitrine , & le ſternum levez
, je trouvay que les pou
mons eftoient fort bourfou
60 MERCUKE
flez par un gonflement & une
diftention de leurs vaiffeaux,
& des parties membraneufes,
eftant d'ailleurs pleins defang
& de vents ; il eft conftant
que ce cas eft tres extraordi
naire , puifque les poumons
s'affaiffent au contraire
dans les corps morts , parce
qu'ils font alors vuides de
fang , d'air & d'efprits. Leur
fubftance eftoit belle , & leur
couleur dans la partie anterieure
eftoit cendrée & marbrée
, & dans la partie pofte
rieure , elle eftoit rouge &
enflammée . Le Poumon droit
t
GALANT. 64
eftoit un peu adherant à la
pleure par des fibres membraneufes
. Il y avoit un vice
de conformation , dans les
poumons: ce vice confiftoit
dans leur grandeur , & dans
l'obſtruction des branches ,
qui estoient fort ferrées &
fort étroites , eftant en par
tie bouchées & comprimées
par des ſubſtances lymphati
ques , dont les vaiffeaux é :
toient fort dilatez , lefquels
par leur tenfion extraordinai !
re comprimoient tellement
les veficules orbiculaires , &
les bronches • que Pair
62 MERCURE
dans le temps du paroxif
me. n'y avoit plus alors
fon entrée , & fon iſſue libres,
fans qu'il y euft d'ailleurs dans
le stiffa interieur du poumon
ny tubercule , ny durillons ,
py corps glanduleux & durs .
Le Coeur s'eft trouvé fans
aucun eau dans ſon envelope ,
qui eftoit fort ample. Les
oreillettes , les ventricules ,
lefeptum medium , les vaiffeaux.
& les valvules eftoient dans
leur eftat naturel , auffi bien
que la mediaſtin , le thymus,
la pleure & le diaphragme.
L'épiploon qui eftoit fort
"
GALANT. 63
adipeux occupoit une grande
partie du bas ventre , & defcendoit
juſqu'au bas de l'hypogaßire
, s'eftant niché dans
le fcrotum du coſté gauche ,
"
depuis prés de vingt ans, fans
eftre gâté , ' ny mefme alteré,
tant par l'hernie epiplocele
qu'il caufoit , que par l'afth.
me convulfif qui avoit en
partie occafionné la fechereffe
du pericarde , & reduit
le malade dans une maigreur
extrême , comme il eft aifé
de l'obſerver aux phrifiques,
catarreux , fcorbutiques, lienteriques
, hypocondriaques,
64 MERCURE
& hydropiques , dont l'épi .
ploon ſe trouve pour l'ordi
naire corrompu ?!
Le Foye dans la ſurface exterieure
eftoit de couleur bru
ne , & ſon centre approchoic
de la couleur livide. La veffie
du fiel s'eft trouvée vuide ,
ayant jetté toute fa bile par
le meat cholidoquet dans les
boyaux , ce qui à caufé & excité
cette dyflenterie mortelle
. La Rare eftoit tres belle
tant par
la ſubſtance
& peti
reffe ,que par fa couleur cendrée
& grifaftre. Le Jejunum
& lileon Deftoient livides vis
GALANT. 65
fant à gangrene ; Le rectum &
une partie du colon eftoient
ulcerez dans leur tunique nerveuſe
, ridée & veloutée.
Le ventricule , le pancreas , le
mefentere, les capſules atrabi ·
laires , les reins & la veffie fe
font trouvez dans leur eftar
naturel.
Eftane parvenu à la tefte,
je fciay le crane le plus bas que
je pus , afin de voir & d'exa.
miner toutes les parties du
cerveau . Je voulus lever le
crane doucement , en introduifant
une fpatule , pour de
tacher la dure mere des en-
Decembre 1701 ,
F
66 MERCURE
droits des futures & des épi
nes qui fe remarquent inte
ricurement au coronal & occipital
. Je trouvay en leyane
le crane de la refiftance, parce
que la dure mere y eftoit
adherante , & que fon redou
blement , qu'on appelle le
faux, eftoit attaché au crane
depuis le Crifta galli jufqu'à
l'occiput , fuivant le progrés
du finus longitudinal , cftant
fufpendu en forme de cloiſon,
feparant le cerveau en parnie
droite & en partie gau
che , lequel je coupay avec
le fcalpel , à mesure que je
levois le crane. Si je n'avois
GALANT 67
point obfervé cette circonftance
& cette methode , j'au
rois rompu & emporté la propre
fubitance du cerveau .
Le crane eftant levé, je trou
vay que le cerveau , le corve
let & la moëlle allongée n'é.
toient revêtus que de la pie
mere , & que la dure mere
eftoit fi adherante , qu'elle
tapiffoit prefque tout le crane,
& que tous les vaiſſeaux qui
ſerencontrent dans les interf
tifes des anfractuofitez du
cerveau , fe trouverent tendos
& pleins de fang , parce
que la circulacion du fang
Fij
#8 MERCURE
dans le cerveau s'y faifoit avec
peine, and at de medbor i
Le cerveau avoit beaucoup
de circonvolutions & d'anfractuofitez
, & par confequent
il devoit former plus d'efprits.
Sa grandeur eftoit très extraordinaire
, les ventricules
eftoient fecs & fans aucune
ferofité , le feptum lucidum , la
voute à trois piliers , le plexuschoroïde
, la glande pineale,
le vulva , l'arus , les nates, les.
teſtez , l'infundibulum, les cou-·
ches des nerfs optiques , les ,
corps cannelez , le pont de
varole , le calmus , la production.
3 GALANT 69
vermiculaire , la glande pi
tuctaire & les dix paires de
nerfs eftoient d'une tres - belle
confiſtance , auffi bien que le
refte de la ſubſtance du cerveau
tant corticale , modullaire
, que calleufe.
Je détachay enfuite la dure
mere du crane avec le ſcalpel,
elley eftoit adherante du côté
gauche , comme fi on l'avoit
colée au crane exprés , & du
côté droit , elle n'étoit pas
tout à fait fi adherante. Je
trouvay aprés l'avoir détachée
, plufieurs petits trous ,
dans la partie fuperieure des
70 MERCURE
deux parieraux , prés de la
future fagicale & du bregma ,
penetrant au delà du Diploé,
avec un trou tres confiderable
dans la partie fuperieure .
& laterale du Coronal ducô .
té droit , prés de la future coronale
, de la grandeur & fi.
gure d'une feuille de mirthe,
penetrant prefque les deux
tables , la furface exterieure
du crane eftant dans fon
emier.
On doit remarquer ici que
noftre malade eftoit attaqué
depuis quatorze ans de l'afthme
convulfif, avec des mous
GALANT. 71
vemens extrémement violens,
irreguliers & involontaires de
tous les muſcles , qui fervent
à la refpiration , dont il eftoit
cruellement travaillé pendant
vingt quatre heures , à chacun
de fes retours , fort frequens
, & toûjours periodi
ques , & le paroxiſme fe ter.
minoit par une pefanteur &
douleur fourde des muſcles ,
propres de l'omoplate & des
extenfeurs de la tefte .
Le fiege de cet Aftme convulfif
eftoit dans l'occiput
comme je l'ay découvert par
cette Obfervation anatomi !
72 MERCURE
que , lequel provenoit d'une
ferofité fine , faline , acre &
irritante , qui fe feparoit du
fang & des glandules du cerveler
, laquelle defcendant
dans la moëlle allongée
, &
dans la medule fpinale
, piquoic
& irritoit fi fort les petits
pores des nerfs , par où
les efprits animaux coulent ,
& qui vont aux nerfs du poumon
, que tous leurs petits
filets fe merroient
en contraction
, & en ferroient forte.
ment les bronches . Cette irritation
même des nerfs du
poumon donnoit lieu à ce
cours
GALANT 73 .
cours regulier des efprits dans
les Plexus & entrelacemens
de la paire vague qui s'inferent
dans dans les muſcles de
la poitrine , du bas ventre &
dans le Diaphragme.
Ce qu'il y a de remarqua,
ble dans cette Obſervation
anatomique , c'est que le cours
du fang n'eftoit pas interrompu
, nonobftant l'adherance
de la dure.mere , & la feche.
reffe du finus longitudinal , &
des deux lateraux , qui empêchent
que le fang ne tombe
avec trop d'impetuofité & d'abondance
dans la jugulaire ,
Décembre 1701. G
74 MERCURE
qui le porte au coeur , qui pourroitle
fuffoquer fi fon mouvement
n'eftoit empêché & ral--
lenti par de petites valvules ,
qui rendent cesfinus inégaux ,
de maniere que le fang qui
avoir efté diftribué à la tefte
par les atteres carotides & vertebrales
, revenoit au coeur
par les veines jugulaires.
Je viens aux Relations du
paffage de la Reine d'Eſpagne
, que je n'ay pas reçues
affez toft pour vous en faire
part dans ma Lettre de Novembre
.Elles vous paroift ront
i
GALANT . 75
4
déplacées , & même vous. y
trouverez peut eftre quelques
endroits repetez , mais c'eſt
peu de chofe , & j'ay cru les
devoir laiffer pour l'enchaînement
, les Relations que vous
allez lire eftant grandes , belles
, ſuivies , & axactes .
M' le Comte de Broglio ,
Lieutenant , general des Armées
du Roy , Commandant
pour Sa Majesté dans le Languedoc
, ayant efté averti le
23. d'Octobre que la Reine
d'Espagne , qui eftoit venuë
fur les Galeres de France &
de Naples jufques à Marseille ,
G ij
76 MERCURE
s'eftant trouvée incommodée
de la mer , avoit débarqué &
continuëroit fon voyage par
terre depuis Marſeille jufqu'à
Barcelone , qu'elle pafferoit
incognito , & ne recevroit aucuns
honneurs , donna fes ordres
, afin que l'on travaillaſ
aux logemens pour la Cour ,
train & équipages de Sa Ma
jefté , qui devoit arriver peu
de jours aprés à Montpelier.
Le lendemain il partit de
grand matin , accompagné
d'une grande fuite de Noblef
fe , & avec un beau & nom.
breux équipage , pour ſe ren.
GALANT. 77
dre à l'entrée de la Province ,
für les Frontieres de Provence,
afin d'y recevoir la Reine , &
d'accompagner Sa Majesté
pendant fa route jufqu'à la
fortie du Languedoc.
Sur la nouvelle que cette
Princeffe devoit arriver
Montpelier , un grand nom
bre d'Etrangers s'y eftoient
-rendus , de forte que tous les
chemins à une lieue des avenuës
de cette Ville par où la
Reine devoit paffer , eftoient
garnis d'une tres grande quan .
tité de peuple. Par ordre de
M le Comte de Broglio ,
Giij
78 MERCURE
ſes armes furent oftées de
la porte de la Ville , dite
du Peyrou , & de fon Hôtel .
Un détachement de la Citadelle
fur commandé pour la
Garde de la Reine , & pofté
dans la cour du Palais , où elle
devoit loger dans les Appartemens
tenus par M le Premier
Prefident , & on mit des
Sentinelles aux portes de l'entrée
du Palais , afin d'empêcher
la foule du peuple. Le 26.
fur les cinq heures du ſoir , Sa
Majeſté arriva à Montpelier
& fut faluée par trois déchar
ges du canon de la Citadelle.
GALANT 79
L'entrée de Sa Majesté fut
precedée d'un grand nombre
de litieres , caleches , chariots
, chevaux de baſt , & au .
tres trains & équipages . Elle
eftoit dans le fond d'une li .
tiere, garnie en dedans & en
dehors d'un velours rouge , &
ornée de plufieurs rangs de
cloux dorez , avec des ga.
lons & crefpines d'or. Sur le
devant de cette litiere eftoit
Madame la Princeffe des Urfins
, & la litiere eftoit precedée
de quatre ' Gardes du
Corps de Sa Majefté à cheval ,
en jufte - au.corps rouge avec
Giiij
80 MERCURE
des galons d'argent , commandez
par un Officier qui
marchoità leur tefte . Quatre
autres Gardes veftus de même
venoient aprés la litiere , les
Pages & Valets de Pied de la
Reine marchoient fur les deux
coftez de la litiere , Sa Majefté
defcendit dans la Cour
du Palais , où elle fut receüe
par Mile Comte de Broglio,
accompagné de M' Bon , Pre
mier Prefident & d'un grand
nombre de Gentilshommes de
la Province , & conduite dans
·les apartemens qu'on lui avoit
preparez tres - exactement &
GALANT 81
tres -richement meublez.
A mesure que la Cour de
la Reine , & les équipages ar
rivoient , Mrs les Confuls diftribuerent
les billets pour leur
logement. La plufpart de ces
logemens avoient efté marquez
à la craye , par M' Vilá
Capitaine de Bourgeoifie, que
Mi le Comte de Broglio avoit
commis pour faire la fonction .
de Fourier durant le voyage de
la Reine dans la Province , à
la referve des logemens pour
Madame la Princeffe des Urfias
, pour Madame de Noyers
Gouvernante de la Reine , &
82 MERCURE
pour M ' le Marquis de Caf
tel Rodrigo , Ambaſſadeur
d'Espagne , qui logerent dans
les appartemens
qu'on leur
avoit deftinez chez Mile Premier
Prefident.
"
Le lendemain fur les dix
heures du matin , Mrs les Con
fuls en habit noir , & fans au .
cune marque de Confulat
ainfi qu'ils avoient paru le jour
precedent , fe rendirent chez
M le Comte de Broglio où
eftoient les prefens que la
Ville , par les foins que Ma.
dame la Comteffe de Bro .
glio s'efloit bien voulu don
CALANT. 83
ner dans le peu de temps
qu'on avoit eu , avoit defti .
nez pour la Reine , pour Madame
la Princeffe des Urfins,
pour Madame de Noyers &
pour M ' le Marquis de Caftel-
Rodrigo. Ces prefens furent
portez par lesValets de Ville
dans des Corbeilles ou caiffes.
Couvertes au Palais dans la
falle baffe de Mr le Premier
Prefident.
Sur les onze heures , la
Reine alla entendre la Meffe
dans la Chapelle du Palais.
Mrle Marquis de Caftel Rodrigo
donnoit la main à Sa
84 MERCURE
Mr le
Majefté , & Madame la Princeffe
des Urfins portoit le
bout de la queue de fa robe.
Pendant
ce temps
,
Comte de Broglio donna
ordre aux Confuls de faire
apporter les prefens delfincz
pour cette Princeffe dans l'antichambre
de Sa Majefté , ce
qui ayant efté fait , ils furent
mis fur cinq Placets pofez fur
le tapis de pied de cette antichambre,
à une certaine dif
tance du bord du tapis , afin
qu'ils fuffent veus par la Reine
quand elle marcheroit fur le
tapis.
a
GALANT 85
Ces prefens confiftoient en
une grande corbeille d'ofier
proprement faite , doublée de
taffetas , contenant deux Sultans
d'un tiffu d'or , doublé
d'un taffetas Ponceau, bordez
d'un petit galon d'argent avec
des boutons d'or aux coins
remplis de poudres d'herbe
odoriferantes du païs : Enune
autre corbeille remplie de
douze douzaines de fachets,
grands & petits d'un tresbeau
travail , partie à tiffu
d'or & argent, ou en broderie,
or & argent , garnis de chifres
& de deviſes , & d'une dou86
MERCURE
zaine de paires de poches de
taffetas ,fourrées avec des pou .
dres de fenteurs ; & en une
troifiéme corbeille remplie
de douze cuiffins de taffetas
de differentes couleurs brodez
d'or , remplis auffi de poudres
d'herbes de bonne odeur ,
avec deux caiffes de bois de
noyer,auffi proprement faites;
contenant chacune quatre
douzaines de bouteilles d'Eau
de la Reine d'Hongrie , de
thin & de marjolaine , coëffées
de taffetas , liées avec
des rubans de faveur de diverfes
couleurs qu'on avoit
GALANT 87
placées aux deux extremitez.
Les prefens ayant efté difpofez
de cette forte , les Confuls
& le Greffier le rangerent
fur l'entrée de laporte de l'an.
tichambre du cofté tournant
vers les prefens , qui furent
découverts , & la Reine étant
revenuë de la Meffe , M' le
Comte de Broglio dit à Sa
Majefté que c'estoient les
prefens de la Ville que les
Confuls avoient l'honneur
d'offrir à Sa Majesté . Elle s'en
approcha aufſi - toft , fuivie de
Madame la Princeffe des Urfins
, de Madame de Noyers,
88 MERCURE
de Madame la Comteffe de
Broglio & de M l'Ambaffadeur
, & les trouva tres beaux
& tres riches . Sa Majeſte
témoigna à Madame la Comteffe
de Broglio , qu'ils étoient
bien entendus & d'une tres-,
grande propreté , & s'eftant
avancée vers les Confuls , elle
leur fit l'honneur de leur dire
que ces prefens luy estoient
tres- agreables , qu'elle les recevoit
avec plaifir , & qu'elle
en conferveroit le fouvenir.
Les Confuls s'étant retirez
allerent difpofer ceux qui
eftoient deftinez à M' l'AmGALANT.
89
baffadeur , & les accompagnerent
dans l'anti - cham,
bre de fon
appartement.
Ces prefens confiftoient
en une douzaine & demie de
Aimbeaux de cire blanche ,
en vingt - quatre livres de bougies
des quatre à faț livre , en
pareil nombre de pacquets,
& en une caiffe de fix douzaines
de bouteilles d'Eau de
la Reine d'Hongrie , de thin
& marjolaine. Son Excellence
les receut avec de grandes
marques d'eftime & de recon.
noiffance , & dit qu'elle s'em-
Decembre 1701. H
90 MERCURE
ployeroit toûjours avec plai
-fir , tant en Espagne qu'en
France , pour rendre fervi
ce à cette Ville , & aux Habitans
en particulier.
曲
Enfuite les mefmes Confuls
difpoferent les prefens defti-
Ils confif
nez pour Madame la Princeffe
des Urfins .
toient en deux caiffes , une
grandecontenant
deux grands
Sultans de tiffu d'argent doublez
d'un taffetas d'Angleterre
cramoily , bordé d'un galon
d'or , avec leurs quarrez
& autres agrémens , de facs
de taffetas & lachets en broGALANT.
91
derie , or & argent fans nombre
, auffi garnis de poudres
d'herbes de fenteur , & en une
caiffe de quatre douzaines de
bout illes d'Eau de la Reine
de Hongrie , firop de capi
laire & marjolaine . Les Con
fuls furent introduits avec les
preſens par un Gentilhomme
de cette Princeffe dans fon
antichambre , où la Princeffe
s'eftant rendue , elle les reçue
d'une maniere fort gracieuſe,
en leur difant qu'ils étoient
tres beaux.Ceux qu'ils avoient
difpolez pour Madame la
Comteffe des Noyers , con-
Hij
9
MERCURE
fiftoient en deux caiffes pareil
les à celles de Madame la Princeffe
des Urfins , à la referve,
que les Sultans eftoient d'un
taffetas blanc d'Angleterre
bordé d'un galon d'or. Elle
en remercia les Confuls , ene
leur difant qu'elle fe fouviendroit
toûjours des manieresobligeantes
de Mrs de Mont
pellier.
Le lendemain 28. Octobre
fur les fept à huit heures du
matin , Sa Majesté après avoir «
entendu la Meffe dans la Chapelle
du Palais , partit de cette
Ville pour aller coucher à PeGALANT.
93
fenas , & fut faluée par trois .
décharges du Canon de la
Citadelle. Mle Comte de
Broglio eftoit party avant Sa
Majefté pour donner fes or
dres & difpofer toutes choles
à l'Oupian & à Pefenas pour
la reception de cette Princeffe,
& de toute la Cour qu'il , ace
compagna dans toute l'éten ..
due de la Province , & par
tout les chofes furent fi biem
difpofées , que Sa Majesté ſe
fepara de luy tres fatisfaitte
de les foins. Pendant tout le
voyage de la Reine dans cette
Province , il a tenu par tout
94 MERCURE
plufieurs tables tres - abon .
dantes , magnifiquement
&
proprement fervies , pour Sa
Majefté & toute la Cour , &
particulierement
à Montpe.
lier le jour de fon arrivée . Le
jour du féjour il donna un
grand dîner à M de Caftel
Rodrigo , Ambaſſadeur .
M ' de Bafville , Confeiller
d'Etat Ordinaire , & Inten
dant de cette Province , n'as
voir pû fe trouver à l'entrée du
Languedoc lorfque cette Prin
ceffe y eftoit arrivée , parce
qu'il tenoit les Etats de la
Province à Carcaffonne, Si :
7
GALANT. 95
teft qu'ils furent finis , il fe
rendit à Béfiers , où il reçut
cette Princeffe. Il eut l'honneur
de luy donner à dîner,
& à toute la Cour dans l'Evêché.
Aprés que la Reinefut
fortie de table , on en vit
paroiftre fept, qui furent fept
tables fervies dans des chambres
differentes . La premiere
eftoit de feize couverts pour
Mile Marquis de Caftel Rodri
guo Ambaffadeur , & pour les
autres Seigneurs , & les autres
tables eftoient remplies ou
par les femmes , chacune fuis
vant leur condition , ou par
96 MERCURE
les autres Officiers de cette
"
Cour. M de Bafville fera
vit la Reine. On remarqua
qu'elle luy dit plufieurs fois
qu'elle eftoit tres fatisfaite
de ce repas. Cette jeune Reisu
ne accompagne tout ce qu'el ?
le dit d'un air gracieux ; mais
plein de dignité , qui luy at
tire les coeurs de tout le monde.
Aprés avoir remercié Mi
de Bafville , elle fe retira dans
fa chambre pour donner le
temps de dîner à toute fa
fuite. On fut furpris de voir &
que M' de Bafville repeta le
foir à Narbonne ce qu'il avoit
faits
GALANT 97
fait le matin à Béfiers , &
qu'il donna dans l'Archevel
ché un fouper à la Reine & à
toute la Cour pareil au dîné,
dont Sa Majesté parut égale.
ment fatisfaite. Mi de Balville
pouffa les foins juſqu'a donner
aux Pourvoyeurs toutes
fortes de provifions en grande
quantité pour le reftede la rou
te jufqu'à Perpignan , M' le
Comte de Broglio & luy pri.
rent congé de la Reine à Ville
Falces . On ne peut rien ajoûter
à toutes les chofes obligeantes
qu'elle eut la bonté de leur dire
& deleur faire encore repeter
Decembre 1701. I
98 MERURE
par Madame la Princeffe des
Urfins . Toute cette Cour ne
fut pas moins contente jufqu'aux
moindres Officiers , &
aucun n'eut befoin de fecours
en Languedoc , de quelque
maniere que ce fuft , qu'il ne
le reçuft dans le moment.
Le lendemain du jour que
la Reine fur parcie de Montpellier
les Armoiries de M
le Comte de Broglio furent
remifes fur la Porte de la Ville
& fur celles de fon hôtel.
•
"
La Ville de Pezenas ayant
fçû que la Reine d'Espagne
y devoit venir , par une Lettre
GALANT. " 99
que Mile Comte de Broglio
envoya à Mr de la Vallette ,
Intendant de fon Alteffe Sereniffime
Monfieur le Prince
de Conty , Maire perpetuel
& Lieutenant de Police , par
laquelle il luy marquoit que
fa Maifon avoit efté choifie
comme la plus commode &
la plus propre pour loger Sa
Majefté Catholique : Madame
de la Vallette qui la reçut en
l'abfence de M' de la Vallette
fon époux , qui eftoit encore
aux Eftats à Carcaffonne ; la.
communiqua aux Confuls ,
qui receurent le lendemain
I ij
100 MERCURE
des ordres pour marquer tous
les logemens , & pour pre.
parer une reception digne
d'une fi grande Princeffe .
M'de Billas , premier Conful
, ordonna à un grand
nombre
d'Habitans de pren
dre les armes , & il le fit avec
toute la conduite & toute la
diligence poffible, faifant voir
par là qu'il avoit acquis par fest
longs fervices une grande experience
dans les Comman
demens qu'il avoit eus en qua.
lité de Capitaine dans les Armées
de S.M.En deux jours.on
vit par fes foins une milice
GALANT. IC
polée de plus de mille comhommes
de tous les Arts &
Métiers choifis , avec des chapeaux
bordez de galons d'or.
proprement vêtus , diftinguez
par des drapeaux & par des
rubans de differentes couleurs.
Le troifiéme jour qui
fut le28. Octobre fur les qua.
tre heures du foir , M le Maire
qui eftoir de retour des Erats,
précedé de la milice , efcu .
diers & halebardiers , fuivy de
Mrs les Confuls , & de tour
le Corps de Ville alla atten
dre la Reine devant le Con .
vent des Peres de l'Obfervan
1
I iij
102 MERCURE
ce hors la Ville. La plus gran
de partie des Habitans & le
plus grand nombre d'étrangers
qui eftoient arrivez de
toutes parts de tout fexe & de
tout âge , bordoient le che
min . La milice faifoit une
double haye jufqu'au Pont de
Montagnac , où l'on avoit
envoyé une grande quantité
de
flambeaux de poing pour
y attendre la Reine qui arri
va de nuit , ce qui fit écla
ter davantage l'illumination
qu'on avoit preparée aux fenêtres
de ce Bourg , & de toute
la Ville . Quand elle fut à
*
GALANT . 103 .
l'endroit où on l'attendoit ;
Midela Vallette & les Confuls
eurent l'honneur de la falüer.
M' Fabre de Couvet , Syndic
de la Ville , porta la parole en
ces termes ,
MADAME ,
La Ville de Pezenas que vôtre
Majesté honore de fa prefence en
paffant , vient rendre les bommages
qu'elle doit à fon augufte Perfonne,&
àfon royal caractere ,
en luy offrant les voeux de tous
les Habitans pour fa glorieuse
proſperité.
Nous avons appris de lOra ,
I iiij
104 MERCURE
le
cle facré qu'une Reine de Saba
quitta fon païs pour aller confiderer
la magnificence
& la gloire
d'un Prince qui avoit acquis
don de Sageffe ; mais vôtre Majesté
environnée
de toutes les graces
dont l'ame eft encore plusgrande
que la naissance , a bien voulu
adoucir l'éclat de toutes les vertus
qu'elle poffede en un fouve
rain degré pour nous faire voir
en ce moment ( le plus heureux de
nos iours ) une puiſſante Reine
qui part pour aller admirer ,
pour eftre elle mefme le sujet de
l'admiration
d un jeune Monar
que , dont la fagiſſe a devancé
1
GALANT
του
les années , qui regne par luy-
-meſme , & qui eft capable de
fournir à tout. De forte , Ma
dame , que ce ne fera pas seule .
-ment une alliance de fang , mais
une alliance de toutes les rares
perfections dont le Ciel a favorifé
vos Majestez. Comme il a vou
In que cet augufte Sang air tow
chè aux plus famenfes Couron
nes de l'Univers , il vous don
nera pour comble de benedictions
une nombreuſe posterité. C'eft ce
que nous luy demanderons
par
rous nos voeux , animez de la mê
me ardeur qui nousfait eflre avec
un tres profond reſpect de vôtre
106 MERCURE
Majefté , Madame , les tres hume .
bles , cc.
La Reine ayant témoigné
la fatisfaction qu'elle avoit
reçue de ce difcours , auffi .
toft on entendit une grande
décharge de boetes , & le
Poulin , qui eft une grande
machine qu'on fait fortir dans
toutes les actions de joye ',
habillé de bleu fleurdelifé
d'or , dança , & par les fauts-
& les diverfes courfes qu'il
fir pour faire écarter la foule,
faifant femblant de mordre
tous ceux qu'il rencontroit
4
"
GALANT. 107
donna du divertiffement à la
Reine , qui fur conduite au
fon des violons & des trom.
pettes le long de la grande
ruë de la porte de la Greve,
de la Halle & du Quay , dans
le logis que l'on luy avoir
preparé. On avoit mis un
grand Corps de Garde à la
porte pour en empeſcher la
la foule. Madame de la Vallette
eut l'honneur d'eftre
preſentée à la Reine par Ma.
dame la Princeffe des Urfins.
Sa Majesté luy ayant donné
fa main à baiſer , luy dit d'une
maniere tres obligeante ;
108 MERCURE
On est bien heureux , Madame,
quand on voyage , de trouver une
maison auffi propre que celle cy
pour ſe repofer, & je vous fuis
obligée . Cette maifon eft compofée
de trois beaux appartemens.
Dans celuy de la
Reine , il y avoit un ameu
blement de damas bleu , le lit
& la tapifferie relevez d'or &
d'argent , les chaiſes toutes
dorées. Dans celuy de Mad la
Princeffe des Urfins , l'ameu
blement eftoit de damas vert
avec des nates d'or par tout.
celuide м'l'Ambaffadeur étoit
de mefme , tous trois magnifiGALANT.
109
ques , & éclairez par un grand
grand nombre de luftres . Les
fenêtres de l'appartement de
la Reine donnoient fur un
parterre où l'on defcend par
une terraffe. Les orangers , citronniers&
le jet d'eau produi
foient un tres agreable effet.
Madame la Princeffe des Ur
fins demanda à qui eftoit cer.
Ville , on luy dit qu'elle étoit
à Monfieur le Prince de Conty.
Elle pria Mr de la Val
lette de l'affurer de fes ref
pects , & qu'elle ne manqueroit
pas de luy écrire que la
Reine avoit efté tres fatisfaite
10 MERCURE
5
de la maniere qu'on l'avoir
receue dans les terres. kirs
La Reine qui le trouvoir un
peu fatiguée , aprés qu'on luy
cut porté les préfens que la
Ville a acouflumé de faire ,
qui confiftoient en des corbeilles
tres propres pleines de
confitures & de bougies , fic
remercieri M½le Doyens du
Chapitre qui y eftoit alle en
Corps pour la haranguer ,
auffi bien que le Pere Supe
rieur du College Royal , &
les autres Commonautez Religieufes
, & foupa à fon petit
couvert , ce qui n'avoit pas
GALANT.
#
empefché qu'il n'y eût eu trois
tables fervies avec autant de
propreté que de delicateſſe &
de magnificence , Le lendemain
la Reine entendit la
Meffe aux Penitents noirs ,
où elle trouva un , Prié Dieu
qu'on luy avoit preparé avec
un grand tapis fous un dais
où la Mufique fe furpafla, Mr
le Comte de Broglio l'accom
pagna par tout , & tint table
ouverte. Cette Princeffe
partit enfuite. el
Ruck
Le 30. d'Octobre , Mr. de
Quinçon , Lieutenant General,
& Commandant dans la
M172
cette
MERCURE
Province de Rouffillon , & Mr
d'Albaret Intendant te ren³i
dirent fort matin à Salces ;
pour aller au devant de la
Reine d'Espagne , &
Princeffey arriva un peu tard ,
à cause d'une petite pluye qui
tomboit. A fon arrivée , le
canon de la place fit trois dé.
charges à boulet , & leslen
demain au matin , il fit encore
les mefmes décharges.
Mr de Moeufe , Lieutenant
pour le Roy , avoit fait tou
tes les dépenfes neceffaires .
pour avoir l'honneur de la
recevoir dans le Chateau ,
*
GALANT 13
mais il fut trouvé plus à pro
pos de la faire loger dans la
Maifon de Mr Ovilier , Receveur
des Fermes unies de
Sa Majesté en titre d'Office ,
comme dans un endroit plus
commode, où мr l'Intendant
d'Albaret eut l'avantage de
luy donner à fouper avec
beaucoup de magnificente
, ce qu'il fit auffi à tou
tes les perlonnes de fa fuite
ayant fait marcher un grandnombre
de chariots & de
mulets , chargez de quantité
de provifions , en forte que
tout abondoit. Madame la
K
Decembre 1701.
114 MERCURE
Princeffe des Urfins & Madar
me de Noyers louperent avec :
la Reine , qui trouva beau
coup de delicateffe dans ce
repas , & fit de grandes hon
néretez à мr d'Albaret . мrde
Mocuze , Lieutenant pour les
Roy , avoir eu l'honneur de
la haranguer quand elle eftoiti
arrivée , auffi bien que le Bail
ly & les Confuls de la Ville ,
qui avoient pourvû avec aus
tant de foin que de diligen
ce à tout ce qui eftoit neceffaire
pour les équipages ,
en forte que tout le monde
fut tres fatisfait . Mr de Quin
GALANT. 15
fon envoya un gros déta
chement de Troupes , qui
furent de garde toute la
nuit. Mr de Laborie , avec fa
Compagnie franche en garnifon
dans le Chateau des
de Salces , fur le Comman
dant de cette Garde . Sa Majefté
partit le lendemain à
huit heures du matin , avec
toute la Garde de la Province
que мr de Quinlon avoit
fait venir à Salces , comme
la premiere place du Rouffillon
pour eftre à fa fuite .
Quoy que le vents , & la:
mer fuffent devenus.contrai-
Kij
16 MERCURE
res à la navigation de la Reine
d'Espagne , des le premier
jour qu'elle fut embarquée à
Nice , on efpera neanmoins.
qu elle ne feroit pas aufli long.
temps retenue à Antibes
qu'elle l'a efté , parce que
comme il ne falloit que trois
jours de beau temps pour ve
nir de ces coftes là , à celles
de Rouffillon , on ne douta
point que dans la faiſon ou
Fon eftoit alors , la mer & les
vents ne fe calmaffent bien .
toft pour donner le moyen
à cette Princeffe de continuer
fa route , & dans cette con
GALANT 167
-
ĥance M' le Comre de Quinfonsdonna
fes ordres , afin
qu'on fift des fignaux for toueces
les Coftes auffi toft qu'on
découvriroit à la mer le
corps des Galeres qui efcor,
stoient la Reine. M' de Villedombe
, Lieutenant de Roy
-& Commandant à Colliou
vre , avoit de même donné
les fiens , en execution de
Geux qu'il avoit reçus de M
de Quinfon , afin que le Fort
Saint Elme qui domine loin
à la mer au deffus de Colliouvre
, répondit à ces fignaux
par trois coups de Canon
18 MERCURE
Par lefquels le Pays devoit
cftre averti d'apporter incefb
fament toutes fortes de vio 1
vres à Colliouvre , & au Port
de Vendres , qui en eft tout
proche. Ces fignaux de voient
fe communiquer à d'autres
que le Roy d'Efpagne avoit or
donné qui feroient faits le long
de la Coltre de Catalogne
,
jufqu'à Barcelone , afin que
Sa Majesté Catholique fuft :
avērtie promptement
par ce
moyen , de l'arrivée de la Rei .
ne au Port de Vendres . M'le
Comte d'Albarce , Premier.
Prefident
du Confeil Supe
GALANT. [119
rieur de Rouffillon , & Inten.
dant de la Province , alla avec
toute la maison à Colliouvre ,
où il fit préparer tous les ra
fraîchiffemens & autres chofes
dont la Reine & fa fuitepouvoient
avoir befoin , &
pendant prés d'un mois que
cet Intendant a fejourné en
ce lieu là , il y a fait une dépenſe
extraordinaire , auffi
bien que M ' de Villedombe ,
ayant tenu l'un & l'autre de
groffes tables foir & matin ,
pour toutes les perfonnes les
plus qualifiées de la Province ,
de l'un & de l'autre Sexe , qui
"
"
120 MERCURE
s'yeftoientrendues pour avoir
l'honneur de voir la Reine.b
Le vent contraire ayant continué
, on appric bruſquement
par un Courrier de la Cour
dépêché au Roy d'Espagne à
Barcelone , que la Reine de
voit débarquer à Marseille
& continuer fa route par terre.
En effet , Mrs les Comtes de
Quinſon & d'Albaret reçurent
des ordres de la Cour ,
qui confirmerent cette nou.
velle , ceux qui furent adreffez
au premier , portoient que
quoy que cette Princeffe marchaft
incognito , il s'adreffaft à
CM
GALANT: izr
M le Marquis de Caſtel Rodrigo
, Ambaffadeur Exrraordinaire
du Roy d'Eſpagne
prés de cette Princeffe , pour
fçavoir de luy fi elle defiroit
qu'on luy rendift des hon .
neurs , & en ce cas là , de luy
rendre tous ceux qui eſtoient
dûs à ſon rang & à fa qualité
de Petite- Fille du Roy , & que
comme le Roy d'Efpagne
pourroit venir de Gironne ,
jufqu'à Perpignan , le Roy luy
ayant mandé qu'il en eftoit le
maiftre , l'intention de Sa Ma
jefté eftoit , en cas qu'il prift
ce parti , qu'on luy rendift
Decembre
1701.
L
122) MERCURE
dans cette Province , les mêmes
honneurs qu'à fa propre
Perfonne , & à M ' d'Albaret
, de faire payer fur le
compte du Roy , les voitu
res neceffaires que Sa Majefté
avoit ordonné à M¹ de
Quinfon de faire fournir à la
Reine , & à toute fa fuité en
Rouffillon , ne voulant point
qu'il en coutaft rien pour cela
à cette Princeffe dans fes
Etats.
Sur ces ordres de laCour, tout
le monde fe flatoit à Colioure,
d'avoir l'honneur d'y voir le
Roy d'Espagne, & dans le defir
GALANT 123
ardent que chacun y avoit de
faire paroiftre l'empreffement
& le zele refpectueux qu'il a
pour la perfonne du Roy &
de toute la Maifon Royale ;
il n'y avoit perfonne qui ne
cherchaft en luy- même à inventer
quelque chofe de particulier
, pour l'entrée & la
reception de Sa Majesté Ca
tholique dans cette Ville ,
lors qu'on apprit qu'elle n'en
approcheroit pas plus prés
que de Figuieres , qui en eft
fept lieuës , & de la domination
de ce Prince. On fçur
auffi em même temps par le
Lij
124 MERCURE
retour du Courrier , que M' le
Comte de Quinfon avoit envoyé
à M' le Marquis de Caltel-
Rodrigo , que la Reine
vouloit obferver un incognito
fort exact , ce qui luy fur auffi
confirmé par des lettres de
Mr le Comte de Grignan ,
Commandant en Provence ,
& au lieu que fuivant la pres
miere route de cette Princeffe
, elle ne devoit arriver à Per
le de Novem . 4.
d'Octopignan
que
bre , on apprit le 29.
bre , qu'elle y devoit arriver
le 31. de ce même mois , ce
qui obligea Mrs les Comtes
GALANT
27
de Quinfon & d'Albaret , d'al
ler le 30. à Salces , où la Reine
devoit coucher ce même jour.
Le fecond y envoya route fa
Maiſon , & eut l'honneur d'y
donner á ſouper a la Reine ,
& a route fa fuite , comme je
vous l'ay déja marqué , le premier
n'ayant pû le faire , parce
que la Reine devant dîner &
loger chez luy le lendemain
a Perpignan , il fut obligé d'y
laiffer fes Officiers pour préparer
toutes choſes , & alla
au delà de Salces à l'entrée de
la Province recevoir cette
Princeffe , a laquelle il fit fon
Liij
128 MERCURE
compliment , & luy témoigna
le déplaifir qu'avoit Mole
Maréchal de Noailles , Gouverneur
de la Province , de
n'eftre pas a fon Gouvernement
pour en faire les
honneurs a Sa Majefté , &
qu'en fon abſence , il feroit
feroit de fon mieux afin qu'
elle fut contente . Il eftoit
accompagné de la Nobleſſe
du Pays , & de la Compagnie
des Gardes de M² le
Maréchal Duc de Noailles ,
tous bien montez , & fort
proprement vétus .
Quoy que Salces foit un
GALANT. 129
lieu mal bafty & fort ferré de
logement , neanmoins par les
foins & la bonne chere de мr
l'Intendant tout le monde
y fut à fon aiſe dans le
Bourg.
>
Le 31 , la Reine en partit à
huit heures du matin , & fut
falüée de trois falves genera
les du canon du Chateau ,
comme elle l'avoit efté à fon
arrivée : Elle arriva à Perpignan
vers les onze heures, &
fut receue à la premiere barriere
de la porte Noftre - Dame
, par mr de malartic ,
Lieutenant de Roy , Com,
Liiij
130 MERCURE
mandant dans cette Ville, &
par les autres Officiers , qui
marcherent à la tefte & à coſt é
de la litiere de la Reine , jufqu'à
ce qu'elle fuft defcendue
chez Mr de Quinfon , où
elle logea : Elle trouva à la
porte de fon logis , fous les
armes la Compagnie Colo .
nelle du Regiment Suiffe de
Villars , compofée de deux
cens hommes , commandez
par Mr мay , Colonel en fecond
, avec le drapeau Colonel.
A peine la Reine fut- elle
arrivée chez elle , que мr de
Malartic , Lieutenant de Roy,
GALANT. 13
fit faire trois falves de tout le
canon de la Ville , à chacune
defquelles celuy de la Citadelle
répondit. A onze heu
res & demie , la Reine accompagnée
de Madame la Prin
ceffe des Urfins , & de Mada
me de Noyers , alla entendre:
la mefle à l'Eglife Cathedrale
de S. Jean , où elle fut fuivie
de toutes les perfonnes de
caractere & de diftinction de
fa Cour , de la Province & dela
Ville ; elle trouva en arri
vant à cette Eglife , le Chapitre
en Corps , au nombre
de prés de cent Preftres , qui
132 MERCURE
la reçut à la porte. Le Doyen
luy prefenta l'eau benîte , &
l'ayant menée au Prie Dieu,
qui avoit efté mis devant
l'Autel oùl'on celebra la мef.
fe , tous les Chanoines & autres
Beneficiers de cette Eglife
, attendirent qu'elle fuft
dite pour accompagner la
Reine à fa fortie. Cette Eglife
eftoit fi remplie de monde,
que le bruit de la multitude
empêcha qu'on n'entendit les
voix de la Mufique , qui chanta
des moters pendant la мeffe
. Le nombre infiny de
fonnes qui cftoient aux fenê
perGALANT
133 .
tres , & dans les ruës par où
cette Princeſſe paffa pour aller
de chez elle , à l'Eglife & en
revenir , ne fut pas moindre,
puiſqu'on eftoit obligé d'ufer
en quelque maniere de
violence pour faire faire paſfage.
La Reine eftant de retour
chez elle , difna en public , &
voulut bien que мr de Quinfon
eut l'honneur de luy pre
fenter la ferviette en entrant
& en fortant de table. Mada .
me la Princeffe des Urfins &
Madame de Noyers mange .
rent avec elle. Pendant le
$34 MERURE
difner , la Reine fit l'honneur
à Mrs de Quinfon & de ma
lartic de leur parler tres - fou
vent . Le reste de la journée,
cette Princeffe ne parut plus
en public. Le lendemain Fête
de tous les Saints , elle fit fes
devotions , & communia dans
fon appartement pour évi
ter le tumulte du Peuple
qu'elle auroit trouvé dans les
Eglifes. Ce jour là , Sa Ma
jefté difna encore en pu
blic : Plufieurs Dames de la
premiere qualité de la Ville ,
tres parées , quoy qu'en habit
de deüil , eurent l'honneur
GALANT. 135
de la voir difner , & de luy
baiſer la main avant qu'elle
rentraft dans fa Chambre.
Madame la Princeffe des Ur
fins ayant demandé laquelle
des Maiſons des Filles Reli .
gieufes feroit le plus commode
, afin que la Reine y'
puft aller entendre Vefpres;
il fut convenu qu'elle iroit au
Convent de Saint Salvador.
Ce font des Chanoineffes de
de l'Ordre de S. Auguftin.
Mr de Malartic y envoya fur
le champ une garde de cinquante
fuzilliers , comman
dée par un Capitaine pour
136 MERCURE
aller
garder les portes , & empef
cher la foule du Peuple.
A trois heures , Sa Majesté
partit de chez elle pour
entendre Vefpres , accompagnée
de toutes les perfonnes
de diftinction de fa Cour &
de la Province. Depuis la
Maifon où elle logeoic juf.
qu'à ce dit Convent, les fe.
nêtres & les ruës par où elle
paffa eftoient remplies de
monde comme la veille. En
fortant de ſa chaize, elle trouva
l'Abbeffe de ce monaftere
qui la reçut à la tefte de fa
Communauté , & l'accomGALANT.
137
pagna au Choeur , fuivie des
principales Dames de la Ville
qui s'y estoient renduës de
bonne heure pour avoir l'honneur
de faire leur Cour à cette
Princeffe: Aprés que les Vef
pres chantées par les Reli
gieufes furent finies , l'Ab
beffe luy preſenta une cola.
tion magnifique , Sa Majeſté
admira la maniere de l'habit
des Religieufes qui eſt à l'Ef
pagnole , & s'eftant enſuite
retirée chez elle , ne parut
plus en public du reste du
jour.
A midy , le Marquis de
#38 MERCURE
Quintana , Grand d'Eſpagne
& premier Efcuyer de la Rei
ne , luy fut prefenté par Je
Marquis de Caftel Rodrigo.
Il vint pour luy rendre com
pte, que fes Dames d'Honneur
& toute la Maifon a
voient couché à Figuieres , &
fe rendroient le foir auprés
de Sa Majesté. Ces Dames
Eſpagnoles pretendoient être
logées dans la meſme Maiſon
de la Reine qui n'eftoit pas
affez grande pour les contenir
toutes avec celles qui y eftoient
déja , ce qui obligea
Mr de Quinfon de faire percer
GALANT 139,
la maifon d'un Gentilhom .
me joignant la fienne pour les
loger , ayant pratiqué une
communication pour venir
de plein pred de cette maifon
qui eft grande & bien
meublée dans l'appartement
de la Reine , fans eftre vûës ,
mais Sa Majesté ayant confideré
que ces Dames ne pour
roient arriver dans Perpignan
que la nuit , elle ordonna au
Marquis de Quintana de retourner
fur fes pas pour faire
demeurer toute la Maiſon au
Boulou , jufqu'au lendemain
qu'elle devoit y aller dîner.
Novembre 1701. M
4° GALANT
.
Le 2 Novembre , Fête des
Morts , la Reine ayant ouy la
Meffe dans fon appartement
,
monta en litiere à dix heures ,
ne l'ayant pû plucoſt à cauſe
de quelque incommodité
qu'elle avoit euë la nuit precedente
. La Princeffe des
Urfins eftoit dans la litiere ,
ainfi qu'elle avoit efté depuis
le commencement de fa rou.
te ; mais madame de Noyersdemeura
à Perpignan chez мr
de Quinfon . Les autres femmes
qu'elle avoit amenées
de Piedmont la fuivirent , de
mefme que tous les Officiers
GALANT
. 14
que Monfieur
le Duc de Sa.
voye luy avoit donnez pour
fa conduite
, & les deux Am.
baffadeurs
de Savoye qui el
toient venus le jour prececedent
de Gironne
où ils
avoient laiffé le Roy d'Ef
pagne , fuivirent auffi la Rei
ne qui fortit de la Ville de
Perpignan
par la porte de
Saint Martin , où M² de Malartic
l'attendoit
avec les autres
Officiers
Majors de la
place , pour luy faire la reve
rence , & auffi toft que toutes
les litieres & chaizes roulan
ses de fa fuite eurent paffé le
"
Mij
142 MERCURE
dernier Pont de la Ville , Mr
de Malartic fit faire trois fal .
ves generales du canon de la
Ville , fuivies d'un pareil nom.
bre de la Citadelle .
Pendant le fejour quela -
Reine a fait dans Perpignan ,
Mrs de Quinfon , d'Albarer &
de Malartic ont tenu de grof.
fes tables , foir & matin . Lepremier
chez lequel cette
Princeffe a logé , en a tenu
dans fa Maifon & dans celle
d'un de ſes voiſins , où il s'é
toit retiré , jufqu'au nombre
de fept , outre la fienne qui
eftoit de vingt couverts, tant
:
CALANT
. 44
pour la fuire de la Reine, que
pour les étrangers , que la
curiofité y avoit attirez . Le
fecond a logé chez luy , Mr
le Marquis de CaftelRodri
go, & les principaux Offi
ciers de Monfieur le Duc de :
Savoye , qui compofoient la
Maifon de la Reine . Ils fou
perent tous la veille du dé
part chez Mr de Malartic . La-
Reine & toute fa fuite témỏi .
gnerent beaucoup de fatisfa-
&tion de l'empreffement que
tout le monde avoit d'aller
au devant de ce qu'ils pouvoient
defirer.
144 MERCURE
L'incognito exact que cette
Princeffe voulut obſerver, fuc
cauſe que le Corps de cette
Ville , qui eft un des plus illuftres
du Royaume , eſtanc
en partie compofé des Prin ,
cipaux Gentilshommes de la
Province , de Bourgeois qui
font fouche de nobleffe , re
çues à l'Ordre de Malthe fans
difficulté , de Marchands ho.
noraires , & d'autres perfon :
nes choifies dans les autres ,
fut tres mortifié de ne pouvoir
donner à la Reine à fon
Entrée , & pendant fon fejour
des marques de fon ref
GALANT. I145
pect , par des illuminations,
feux de joye & danfes publiques
, n'ayant pû mefme
obtenir la permiffion de la
falüer en Corps. Il fit offrir
à Sa Majesté douze douzaines
de bagues d'or émaillées,,
portant une Croix de Saint :
Jean - Baptifte , au lieu de
Pierre , lesquelles avoient touché
à la Relique du bras gau.
che de ce Saint qui eft chez
les Peres Dominiquains de
la mefme Ville. On a une
grande veneration pour cette
Relique , auffi bien que pour.
les bagues de cette efpece
144 MERCURE
qui l'ont touché Tous les
Habitans de cette Ville s'é
toient difpofez à loger dans
leurs mailons les perfonnes
de la fuite de la Reine
, que Mr de Malartic &
Mrs les Confuls les avoient
priez de recevoir dans cette
occafion , car ils ne logent
jamais que de cette maniere,
& non par billet , à moins
que ce ne foit les Fouriers de
la Maifon du Roy qui marquent
les logemens.
La Reine d'Espagne eftant
arrivée au Boulou , le 2. Novembre
à deux heures aprés
midy
GALANT
45
midy , y fut receue par Mrs
de Quinfon & d'Albaret , &
par toute fa maiſon Eſpagnole
, les Dames y eftoient au
nombre de cinquante , & parmy
elles , il y en avoit fept en
titre de Dames d'honneur ,
Majordomes, & Menines Les
autres eftoient les femmes de
Chambre & de la Garderobe.
Les Gardes Espagnoles gar!
derent la Reine , & ceux qu'-
elle avoit menez de Marſeille;
commandez pr M' le Chevalier
de Pefne, Officier des Galeres
de France , furent re
merciez ? La Reine fit prefent
Decembre 1701. Ν
146 MERCURE
à cet Officier d'un Portrait du
Roy d'Espagne , enrichi de
Diamans , & de cent piftoles.
Il accepta le premier , & s'excufa
de recevoir cette fomme,
attendu qu'il eftoit payé par
le Ray fon maistre , ce qui fut
fort approuvé, Les Officiers
de Monfieur de Savoye , qui
avoient accompagné la Reine
depuis Turin , furent de
même remerciez , & s'en retournerent
le lendemain de
ce lieu à Perpignan , ainfi que
toutes les femmes Piémontoifes
, & logerent chez M
de Quinfon dans les mêmes
M
GALANT. 147
appartemens , qu'elles avoient
Occupez. Eiles y fejournerent
le4, & en partirent le 5. à deux
heures après midi pour aller
coucher à Salfes , & de là con.
tiquer leur route à Turin .
Les Officiers Espagnols
de
la Maifon de la Reine , luy
fervirent
à dîner en leur maniere
, & comme M' le Comte
d'Albaret s'apperçut
que la
Reine ne mangeoit point de
leurs mets ; il fit prier Sa Majesté
d'agréer qu'il fit fervir
le dîner qu'il luy avoit prepa
ré , ne croyant point que les
Officiers de Sa Majesté cuf
Nij
£48 MERCURE
fent eu cette précaution , ce
qui luy fut accordé. Ce repas
fut fi grand & fi magnifique ,
qu'il y en cut plus qu'il n'en
faloit pour fervir plufieurs tables
, outre celles de la Reine ,
& des Dames Eſpagnoles. Le
foir il eut encore l'honneur de
donner à fouper à la Reine ,
& à toute fa fuite , avec la
même delicateffe & magnificence.
Le lendemain 3. la Reine
partit du Boulou aprés avoir
donné fa main à baiſer , à toutes
les Femmes & Officiers
Piémontois de fa Maiſon qui
GALANT 149
,י
s'en retournoient à Turin , &
fe metrant dans fa littiere av eć
Madame la Princeffe des Urfins
, elle fit beaucoup d'honneftetez
& de remerciemens ,
à Mrs de Quinton & d'Alba.
ret , de tout ce qu'ils avoient
fait pour toute la fuite ; M ' de
Quinfon avoit fait venir un
détachement de Bellegarde
pour garder la Reine au Boulou
, & en avoit fait pofter plu
fieurs fur les Montagnes , à
droit & à gauche , pour faciliter
le paffage de Sa Majeſté ,
qu'il alla accompagner avec
toute la Nobleffe , & la Com-
Niij
150 MERCURE
pagnie des Gardes de Mle
Maréchal
de Noailles , jufqu'au
de - là du Pertus , qui eft
un Paffage au pied de la For
tereffe de Bellegarde
, qui fepare
les Etats des deux Rois.
M'de Quinfon ayant eu l'hon .
neur dans ce lieu là de prendre
congé de la Reine , Sa Majeftéluy
fit encore de grandes honneſtetez
, & beaucoup
de re
mercimens
, auffi bien qu'à
M' d'Albaret
, qui eut auffi
l'honneur
de faire la reverence
à cette Princeffe . Madame
la Princeffe
des Urfins , les.
pria de bien faire les compli,
GALANT. 151
mens aux Dames & à Mrs de
de Perpignan , & de les affurer
du fouvenir que la Reine
conferveroit , des demonftra
tions de joye , & de refpe & ,
qu'ils luy avoient données ,
Aprés quoy m ' de Quinlon fe
retira a Perpignan avec toute
fa fuite , & la Reine continua
fa route vers Figuieres , où le
Roy l'attendoit.
L'Ode que vous allez lire eſt
digne de voſtre curiofité. Elle
eft de m ' de Vertron , dont je
vous ay parlé tant de fois . Il
en explique le fujet par cette
Lettre.
N iiij
152 MERCURE
A L'AIMABLE
ADSTY
ET SPIRITUELLE SILVIE .
Voi
COUS ferez , fans doute,
bien aife , Mademoiſel
le , vous qui gagnez les coeurs,
de fçavoir les noms des Da
mes qui ont gagné les prix fur
tant de beaux efprits. Pour
entendre mon Ode , il faut
vous faire obferver que Mrs
de l'Academie des Ricovrati
de Padouë , ont reçu dans leur
docte Compagnie neuf Dames
illuftres en France , fous
les noms des neuf Mufes ,
GALANT. 153
dont j'ay mis quelques ouvrages
, & fait quelques éloges
dans la Nouvelle Pandore ,
& dont le merite vous eft connu
. Parmi ces Sçavantes , feuë
Mademoiſelle de Scudery ,
qui en eftoit la Sapho, rempor
ta en 1671. le Prix de l'Eloquence
, au jugement de
Mrs de l'Academie Françoife.
Mademoiſelle Deshoulieres ,
digne fille d'une digne mere ,
cut celuy de la Poëfie enfuite:
Mademoiſelle Bernard , de
Rouen , l'a remporté trois fois
non feulement dans la même
Academie ; mais encore dans .
14 MERCURE
Celles des Jeux Floraux de
Touloufe. C'eft dans la premiere
que la charmante Madame
Durand , que vous avez:
connue dans l'lfle ,vient d'être
couronnée , pour avoir forte.
ment &
agreablement fait
voir dans fes vers , que le Roy
n'eft pas moins diftingué par les
vertus quifont l'Honnefte homme,
que par celles qui font les grands
Rois. Comme l'Academie de
la Ville Palladienne propoſe
pour Prix des fleurs d'or &
d'argent , aux Mufes victorieufes
, Mademoiſelle de Mallen .
fant a eu deux années confe.
GALANT ISS
cutives le Souci & l'Amaran
te ; Madame de Cadreils En
caufle y avoit reçû pour ſa
belle Elegie , les precieuſes
marques de la victoire. Mademoifelle
Lheritier , furnoms
mée la nouvelle Teleffille , a
gagné trois fois la Medaille
de Mrs de l'Academie des
Lanternistes de Toulouſe , quis
Juy ont donné une place par
mi eux. Mademoiſelle Ches
son, qui en a merité une entre
les Mufes Françoifes & les Ita
liennes dans l'Académie de
Padoue, par fes Poëfies facrées
& prophanes , en a auffi me.
156 MERCURE
rité une autre par fes Portraits
dans l'Academie Royale de
Peinture de Paris . Enfin fous
le nom des Corinnes , on doit
entendre les autres Femmes
& Filles Illuftres du Siecle de
Louis le Grand , dont j'ay parlé
dans mon Recueil , où j'ay
la moindre part affurement ,
& dans lequel je vous demande
pardon , Mademoiſelle , de
n'avoir pas mis voftre nom ,
mais il eft mis dans mon coeur,
&y occupe la premiere place .
Je fuis ,voftre , &c .
GALANT. 187
ODE
A la gloire des Femmes illuftres
du fiecle de Louis le
Grand , qui ont remporté
des Prix de Profe ou de
Vers , adreffée à Meffieurs
de l'Academie des Ricovra
ti de Padouë.
QUels fons harmonieux
s'élevent
jufqu'aux
nuës ?
D'où viennent ces nouveaux concerts
,
Dontj'entnes retentir les airs?
Les neufSoeurs en ces lieuxferoientelles
venuës ?
Ouy ,fans doute , le Louvre eft leur
facré Vallon ;
Louis , comme un autre Apollon ,
18 MERCURE
Lefrontceint de Lauriers , eft l'objet
de leur zele
Etcette dolle Troupe , au gré de fes
fouhaits,
Rend unjufte tribut à la gloire immortelle
Duplusgrand Roy quifutjamais.
2
Je m'abufe ! la France en guerriers
fifertile,
Porte des Mufes àfon tour ;
Elle enfait naitre chaque jour,
Et Pallas & Minervey trouvent
mème agile ;
Ty vois de toutes parts , pourchanter
fon Heros ,
Des Corinnes & des Saphos.
De fa vertu parfaite elles font les
oracles ;
Iufqu'à ces derniers temps , prodiges
inouis !
GALANT. 159.
Mais quel fiecle aprés tout doitfaire
des miracles ,
Si ce n'eft celuy de Louis ?
Rome , ne vante plus le beau fiecle
d'Augufte ;
La France l'emporte fur toy ,
Etfon Empereur&fon Roy
Sont les dignes objets de l'encens le
plusjufte
Mais noftre zele enfin va plus loin
que le tien,
Tu le vois , nous n'oublions rien ,
Pour fournir de Louis les diverfes
carrieres :
Ne nous oppoſe pas tes Flaccus , tes
Marons ,
Tu verras fur les rangs entrer nos
Deshoulieres
Nos Saintonges , & nos Cherons.
160 MERCURE
4
2
Si le vainqueur d'Hector eut jadis
un Homere ,
Pourfauverfon nom du tombeaus
France , ton Achille novvéau
Trouve affez dans ton fein dequoyfe
fatisfaire:
La plus belle moitié de fon Empire
heureux ,
Ardente à répondre àfes voeux ,
Prend foin d'éternifer les palmes ,
qu'il moiffone's
Au deffaut defon bras , elle prètefa
voix ;
Et quand nous le fuivons dans les
Champs de Bellone ,
Nos Mufes chantént fes exploits .
2
Nous leurs cedons fans honte , ou
plutoft avec gloire ;
Lorfqu'aprés avoir combatu ,
GALANT: // 168-
On rend hommage à la vertu ,
La défaite eft illuftre , & vaut une
victoire.
En tombant à leurs pieds , leurs plus
fameux rivaux
Trouvent le prix de leurs travaux;
La Seine vient de voir fa docte Academie
Couronner de lauriers la charmante
Durand ;
Ne ceder qu'aux efforts d'une telle
ennemie ,
N'est-ce pas un prix aſſezgrand ?
ន
Retraceray-je icy les nombreuſes conqueftes
De ce Sexe fi triomphant ?
Bretonvilliers & Malenfant
* Madame la Prefidente la Douairiere ,
qui eft une des Mufes de l'Academie
de Padouë.
Décembre
1701. O
152 MERCURE
Dune même guirlande ont vâ ceindre
leurs teftes .
Le puis citer encor & d'Encauffe &
Bernard ;
Toutes brillent dans ce bel art ,
Qui fçait des Immortels imiter le
langage
;
Et s'il faut dire enfin , que duftile
Aeury.
Une Fille fur nous emporta l'avantage,
Ie n'ay qu'à nommer Scudery .
S
Leurgloire fait la tienne équitable,
Padouë
Quandtu les reçois dans ton fein,
Tout couronne un fi grand deffein,
Tu ne faispas un choix , que Paris.
defavoue;
Ta les vois aufi-toft fur nos plus
beaux efprits
GALANT
153
Remporter un illuftre prix ,
Pour te combler d'honneur , enfautil
davantage ?
Que d'un fuccez fi doux ton Licée
eft charmé!
Quel triomphe pour luy ! fon augufte
fuffrage
Par nos palmes eft confirmé.
2
Moiffonnez-en fans ceffe , aimables
ennemies
Que tout cede à votre pouvoir ;
Pourfuivez , & nous faites voir
Vos conquêtes fur nous doublement
affermies ,
Notre bonheur dépend de ne refifter
pas ,
Los qu'un vainqueur a tantd'a-
On ne fçauroit luy faire un affez
prompt hommage ,
Oij
164 MERCURE
Hé ! pouvons - nous chercher un fort
plusglorieux ?
A ' peine fçavons - nous qui brille,
davantage
De vos efprits ou de vos yeux ?
S
Ouy , l'on doit vous aimer autant
qu'on vous admire ;
Et noftre encens & nos foupirs
Sont prefts au gré de vos defirs ,
Les Dieux ont à la fois foumis à
voftre empire ,
Et l'Ile de Cithere & le facré
Vallon :
L'amour auffi bien qu'Apollon ,
Se fais un doux plaifir de marcher
fur vos traces.
Ah! pour nous enchanter trop de
charmes fontjoints ,
Vous raſſemblez en vous les Mufes
& les Graces 2
GALANT.
165-
On peut bien foupirer à moins.
2
Pour moy , qui dés long temps fenfible
à tant des charmes,
Ay fignalejufqu'en ce jour ,
Et mon refpect & mon amour,
Que j'ay trouvé de gloire à vous
rendre les armes !
Pardonnez cependant ', fi d'une foible
voix
Pofay celebrer quelquefois
Des beautez , des trefors qui m'im
pofoientfilence ;
D'un ton digne de vous ay-je pû vous
chanter ?
Les foupirs de mon coeur auront plus
d'éloquence,
Si vous voulez les écouter.
Monfieurde Vertron qui eft auffi
l'un des trente de l'Academie
466 MERCURE
f
Royale d'Arles , a fait recevoir
dans celle de Padouë prefque
toutes les Dames , dont voicy
les noms , ce qui marque qu'il
eft leur Panégirifte perpetuel ,
& le Protecteur du beau Sexe.
Cet Academicien envoya à l'Illuftre
Madame Durand , avec
cette Ode une Lettre en Profe,
à laquelle cette aimable victorieufe
, a fait une réponse galante
& pleine d'efprit , pour le
remercier d'avoir contribué à
fa gloire .
NOMS ET QUALITEZ
des neuf Mufes de l' Academie
des Ricovrati de Padouë.
r . Terpficore. Madame la Com.
´teffe d'Aulnoy . **
GALANT. 167
1. Euterpe. Madame de Salicz ,-
Viguiere d'Alby.
3. Melpomene, Madame la Prefidente
de Bretonvilliers , la
Douairiere:
4 .
Uranie. Madame le Camus de
Mellon , la Confeillere d'Etat .
5. Thalie Madame la Comteffe
de Murat ,
6. Clion. Mademoiſelle de la Forfe
Caumont . •
7. Polymnie. Mademoiselle Des--
houlieres.
8. Caliope. Mademoifelle Bernard
, de Rouen.
9. Erato. Mademoiselle Cheron.
L'Air nouveau que je vous
envoye , eft de Mademoiſelle
de Bataille , les Paroles font
de celuy qui ne fe fait con168
MERCURE
noiftre
mirifte .
que fous le nom de Ta
AIR NOUVEAU.
Ce n'est pour le Printemps , pour
l'Efté , pour l'Automne ,
Ny les fleurs, ny les fruits que
quefaifon donne
Que mon coeur amoureux
Forme des voeux .
cha-
Le Printemps me ravit un Amant
quej'adore ,
Ilva chercher la gloire aux climats.
éloignez
L'Efté me le retient encore-
L'Automne , chez Bacchus mesfou
pirs dédaignez,
Font le chagrin qui me devore .
Je chante Hyverfeulement
Il me ramene mon Amant.
M
ه
Cen'en pour leprintems,pour l'esté pour l'
coeur amoureux Forme des voeux, voux.Le;
4*
mats eloigner l'Estéme leretien encore,l'auto
ba 6 66 93
vore le chantel'hiver seulementje chante l'hi
b464 65
bits
168
noif
miri
Ce
My
Lei
Ilv.
L'
L'A
E
F
7
GALANT. 169
M'Lauriffol de Dellavret , мedecin
à Sainte Burade d'Agenois
, a écrit la Lettre qui fait .
Sur le Rhumatiſme univer .
fel , guéry en moins de huit
jours.
A MONSIEUR
***
Docteur en medecine,
MONSIEUR ,
Comme on ne traitejamais bien
une maladie fans en connoître la
caufe , j'ay voulu m'appliquer avec
foin à la recherche de celle qui fait
le Rhumatifme ; & ma peine ne
feroit pas inutile , fi j'avois le bonbeur
deftre entré dans votre fenti-
Decembre 170L. P
170 MERCURE
ment. Je meflute que vous trouverez
que je n'y ay pas fait peu d'attention
, fi vous confiderez que la dou
leur eftant la compagne infeparable
de toutes les fontes enflammées , le
Rhumatifme ne fe doit attribuer
qu'à cette efpece d'inflamation que
nous appellons phlogofe qui eft un
épanchement de fangfans élevation
manifefte de la partie,
Car à confiderer de quelle maniere
fe forme la douleur , vous fçavezauſſi
bien que moy , que ce n'eft
que la feule partie empourprée du
Jang dans une alliance étrangere
qu'elle tire fon principe. Et s'il
faut juger du dedans par le dehors ,
fur tout à l'égard des playes , il eft
feur que deux chofes devant neceffairement
concourir à cet effet , de
l'action , pour ébranler rudememen
4
GALANT 171
les nerfs & du tranchant pour en
divifer lefibres , l'on ne trouve dans
la lymphe ni dans les efprits ani◄
maux rien quifoitcapable de produire
aucun fentiment defavantageux ,
tant il eft vray qu'il n'eft point de
douleur fans folution de continuité
ny de fenfation fans mouvement ,
effets veritables qui font toujours les
fuites infaillibles des inflammations.
C'eft ce qui eft affez à remar.
quer dans la depravation de la par
tie rouge dufang , puifque la continuation
de l'acide & du foulphre
donne à cette liqueur venant à s'épancher,
la vertu de poindre en ſe
mouvant, & d'ébranler en déchirant
, dautant que les efprits irritez
defcendent avec precipitation dans
les parties affectées , où d'abordleur
quantité grolie remuë fi fortement
Pij
172 MERCURE
V
les matieres, que les atomes roides&
crocheus heurtent& brifentfans reconnoiftre
le fibres nerveuses , dont l'é
branlement fe faifant en mefmetemps
fentir dans le cerveau , l'ame
apperçoit & juge de la douleur
qui fe diftingue d'autant plus vivement
que l'agitation eftfaite avec
plus deforce. C'est ce qui ne fe voit
pas dans le defordre de la partie
lymphée de la maffe humorale , quoy
que parfa chute elle caufe tres-fou
vent la dilaceration des fibresorga
niques , dans les hydropifies , dans
les ademes , & dans les fcirrhes
Ainfi , perfuadé qu'il y a un acide
particulierpourtous les epanchemens,
je croy avec fondement que l'acide
qui s'infinue au dedans de nous pour
y porter la guerre , s'attache à la
partie fulphurée de liqueurs ; enforGALANT
173
te que s'augmentant il s'arrefte fuivant
fa determination dans les join-
·tures & dans les parties qui les touchent.
Et fi l'on prend garde que
toutes les fortes de poifons n'agiffent
pas indifferemment fur chaque pare
du corps , l'acide qui donne lieu
à l'inflammation de la poitrine &
ailleurs , ne fçauroit caufer celle des
membranes & des ligamens , puis
qu'il eft certain que tous les reffors
de noftre machine font differents , &
que leur tiffure n'eftant pas
la mef
me , ils font entretenus chacun de
l'humeur qui luy eft convenable:
Là-deffus je dis
acide contracte quelque focieté avec
les fucs huileux & balfamiques
que le fang tranfmet aux jointures
& aux membranes qui en derivent,
il arrive que la maffe ne pouvant
que
des que cet
Piij
174 MERCURE
plus fournirau befoin de ces parties, A
baiffe une craffe fulphureufe armée
de picquans dans les tuyaux capil
laires , qui ne manque point de re
veiller la douleur , foit à cauſe que
ces corpufcules pointus refiftent en pe
netrant,& penetrent en refiftant ou
que lefouphre eftant compofe de globu
les ,&quefe rencontrantbeaucoupplus
de parties enflamées qu'il n'enfaut
pour engaigner les pointes de l'acide,
l'efpritcelefte qui fait de plus grands
efforts quand il trouve de la refiftance
dans fa courſe , ne pouvant
dans le moment venir à boutdes principes
conftituans de la matiere Rhumatifmale
, a recours aux molecules
libres , dont l'action le rend victo
rieux , luy facilite le moyen de s'en
fervir comme d'autant de fleches
qui par la roideur de leurs aiguil
M
GALANT 175
lons , percent les petits filets des
nerfs , & entretiennent par cet endroit
une fenfation douloureuſe pen
dant tout le cours de la maladies's
Fay encore moins doute de la falidité
de ce Syfme du moment que
jay apperçu que le Rhumatisme ne
furvenoit d'ordinaire qu'aprés qu'on
s'eftoit exposéà l'air enfuite de quel
ques exercices violens , ou de s'eftre
trop échauffé › par cette raifon
que la maße des humeurs eftant
alors plus agitée , & les foulphres
plus ouverts & plus étendus ,
le nitre graffier s'introduit dans le
fang en plus grande abondance , &
que la lymphe par la configuration.
de fes parties , ne pouvant tout au
plus fervir que de vehicule , je me
fuis confirmé dans la penfee qu'il
ny a dans le fang que l'hu
.
Piiij
175 MERCUR P
meur fibreufe qui foit capable de
recevoir les impreffions aigres de Lair
en embaraffant fes pointes ; car d'abord
que ces petits corps aëriens &
malins tombent fur la maffe d'un
fang échauffé , je conçois qu'ils s'ac
crochent dans les corpufcules du fou
phre , que leurdonnant ainfi plus
de poids , ils donnent au fang plus ,
de confiftance : en forte que la circulation
devenant plus difficile , la
maffe humorale imprime auxparties
folides un caractere qui affoiblit tou
tes les actions . Et comme dans cette
rencontre le fuc des jointures eft
plus touche que celuy des membranes ,
la douleur fe fait premierementfentir
dans le poignet , au genouil , aus
coude , aux doigts des pieds & des
mains , pour de là fe communiquer à
tous les endroits qui en dependent,
GALANT 177
intereffer le corps d'une fi puiffante
maniere , qu'il ne fçauroit fe
remier fans une extrême fouffrance
Et pour ne laißer aucune ombre
de difficulté , & ne pas donner lieu
de croire que la ferofite y doive a
voir aucune part , c'est que la tumefaction
qui fuccede à la douleur,.
eft une preuve invincible que le Rhumatifme
ne procede que de la phlo
gofe , qui attaque les jointures &
les membranes , & que ce dernier
effet qui n'eft caufé que par l'infil
tration abondante de la lymphe mu
cilaginenfe dans les interftices des
filamens charneux , fournit toutes
Les connoiffances qu'il faut avoir
pour en venir à une prompte gueri
fon. C'est pour cela , Monfieur.
qu'à traiter la chofe radicalement
felon mon avis , foumis au voftre ,
178 MERCURE
je m'apperçois que l'esprit nitro-VA
aërien qui parcourt tout l'athmof
phere , ayant parfa fixation appro
ché les parties rameufes du fang
pour developer peu à peu les atomes
lymphatiques qui enlevent le poin
tes des fels que les fouphres tenoient
écartez , porte une aigreurgeneralet
dans toute la maffe , de mesme que
nous le voyons dans le lait qui s'ai
grit d'abord que les parties fibreufes
s'affemblent à pelotons . Et parce
que ce levain acide qui differe de
l'efprit vitriolique malin parfafubtilité
, entre plus avant dans les&
fibres du fang , il nefaut pas s'étonner
s'il traine les chofes à longueur,
& s'il cauſe infenfiblement
par la
un mucilage que la chaleur naturelle
ne peut difiper , & dont ta
preeminence dans la maſſe devient
GALANT 179
un obftacle tnfaillible au mouvement
libre des principes volatils ;
d'où je conclus que l'humeur glaireufe
par la circulation , abbrevant
les parties affligées qui fe trouvent
pour lors n'avoir pas affez de reffort
pour la chaffer, s'infiltre dans les
abres organiques , & produit non
feulement ces enflures qui font prefque
toujours les avancoureurs de la
fin du Rhumatifme , mais encore,.
que venant à occuper toutes les avenuës,
elle émouſſe la vivacité des ef
prits, qui comme vous fçavez, paſſent
fans effort où ils rencontrent moins.
d'opofition: & par cet endroit les nerfs
n'eftantpas rudement ébranlez, l'ame..
eft peutouchée de ce qui fe paſſe dans
lesorganes,& ne fent plus dedouleur.
C'est dans ces recherches , Monfieur
, fije ne me trompe , quej'ay esté
180 MERCURE
affez heureux pour trouver le moyen
de gueriren moins de huit ou dixjours,
le Rhumatifme univerfel , quelque
extraordinaire qu'ilpuiffe eftre , pour
lequel fuivant la route ordinaire on
employoit deux & trois mois inutileà
la
ment , parce qu'on attributile
caufe ce qui ne devoit eftre rapporté
qu'à l'effet. Et pour mieux réüfir ,
quoy que les Malades reffentent une
chaleur apre , il faut bien fe garder
de fe fervir de la voye de rafraichir ,
mais de celle quer les humeurs ,
afin qu'en leur donnant plus de fluidité
, elles puiffent aifement fe debaraffer
, ou pour rentrer dans la maffe
&fuivre le torrent , ou pour fe perdre
par l'infenfible transpiration; car
le fangdans cette occafion eftant aigri
& plus épais , il eft cenfe qu'on ne
fçauroit mettre en ufage les rafrai
GALANT. 18
chiffemens fans ajouter davantage à
fon embarras , puifque la chaleur ne
confiftant que dans le mouvement des
Parties infenfibles du corps , la froideur
n'émane que de leur plus grand
repos , ainfi au lieu de divifer on ne
fait qu'incraffer & augmenter l'aigreur
dans le fang , & rendre par là
le Rhumatifme plus opiniaftre , &
pendant qu'on ne s'arretera qu'à
temperer l'ardeur du fang par des
émulfions , des juleps , & desfaignées
fur tout au bras dans un temps où il
faut ufer des fondans , des diuretiques,
& des abforbans , on ne reüſſi a
pas à guerir cette maladie ; & bien
quepar tout ailleurs je fois partifan
des faignées , je ne comprens point
que dans ce cas elles puiffent eftre
d'aucunfecours , puifque les frequentesfaignées
du brus par lesquelles on
182 MERCURE
tire le fang fubtil , ne contribuent
qu'à la coagulation du liquide , &
ne font qu'entretenir la douleur , &
rendre longtemps languiffant celui
qui auroit efte hors d'affaire en peu
dejours.
de ra-
Ainfi , Monfieur ,fi vous le trouvez
bon , je ferois du fentiment , ne
devant avoir d'autre but que
refier les humeurs , de commencerpar
ouvrir la veine du pié , pourvu qu'il
y en ait quelqu'un de libre. Mais
pour aller par un chemin plus court
& en venir à une prompte guerifon
jay un remede dont la prife appaile
la douleur de l'une des parties , &
dégage infenfiblement les malades.
Il deviendroit commun fi je le mettois
fur le papier. Ie remets à noftre premiere
vueà vous enfaire part. Nous
en ferons l'épreuve enfemble ; & je
GALANT 183
feray bien aife que mon travail vous
puiffe eftre de quelque utilité. Ie
m'eftimeray heureux s'il peut me me◄
riter votre approbation , & fuis ,
Monfieur, voftre , &c.
La piece qui fuit fur l'affaire
-de Darien , eft une piece qui
court depuis plufieurs mois.
Comme cette affaire eft du
temps , il n'y a perfonne qui ne
foit bien aife d'en eftre éclairci .
INFORMATION
CONCERNANT
L'AFFAIRE DE DARIEN.
I
Left fi notoire que la Province
de Darien appartient en
184 MERCURE
"toute Souveraineté au Roy Catholique
, & l'irruption que les
Ecoffois y ont faite cette année
eft fi odieufe en toutes les circonftances
, que la fimple expofition
du fait devroit fuffire en
cette affaire pour tout éclairciffement
; mais comme le grand
éloignement de la Province fait.
que beaucoup de gens n'ont
qu'une tres - legere connoiffance
de fon Etat , & de la maniere
dont elle eft regie , & que d'un
autre cofté les Ecoffois en prennent
occafion & moyen de furprendre
la credulité des Peuples
par toutes les fuppofitions dont
ils peuvent s'avifer , & qu'ils
croyent les plus propres à colorer
leur attentat , on n'a pû ſe
refoudre à les entendre debiter
GALANT. 185
plus long- temps fans en faire
voir la faufferé & la futilité . Or
ces fuppofitions fe reduiſent à
quatre Chefs ou Points principaux
, fçavoir.
1. Que les Espagnols ne peuvent
s'attribuer aucun droit particulierfur
ce Pays , fi ce n'eft la donation du
Pape; mais que le Pape luy-même
n'y en ayant point , n'a pû auſſi leur
en donner aucune inveftiture valable.
"Qu'au refte ou ne reconnoift point fon
autorité en Angleterre , & que l'on
y regarde comme une chimere celle
qu'il prétend avoir fur le temporel
des Etats du vieux & du nouveau
Monde,
2. Que la Province de Darien en
·particulier eft encore un Pays defert ,
inhabité , & de la qualité de ceux
qui n'ayant point de maiftre , de-
Décembre-1701 Q
186
MERCURE
"
viennent , ou peuvent devenir par
une fimple occupation , le propre les
gitime du premier qui veut s'en fai
fir.
3, Que les Indiens du Pais n'ont
point encore efté affujettis aux Efpa
gnols , & que mefme les Anglois ontfait
diverfes Alliances avec eux.
4. Et enfin , que quand même les
Espagnols auroient autrefois efté
maiftres de la Province de Darien
entiere , ils l'ont depuis abandonnée,
& par confequent ils n'y ont plus de
droit.
On répondra icy à ces quatre
Points , l'un aprés l'autre , &
pour commencer par le premier,
on dit.
Que ce n'elt point ici le lieu
ny l'occafion d'entrer dans l'examen
des droits du Pape & du
GALANT. 17.
Saint Siege , touchant le temporel
des Etats du vieux & du
nouveau Monde , ny dans celui
de la force que peuvent avoir
fes Decrets , par rapport aux
Anglois . Qu'à la verité le Pape
Alexandre VI . donna & fit expedier
le 2 & 3. May 1493. deux
Bulles en faveur du Roy Ferdinand
VI. furnommé le Catholique
, & de la Reine Ifabelle fon
Époufe , par lesquelles ce Pape
decida pour le lien de la Paix
des Couronnes de Caftille & de
Portugal , qu'elles joüiroient
chacune des Terres qu'elles
pourroient découvrir en tirant
une ligne d'un Pole à l'autre ,
qui les feparaft des Ifles Açores ,
& de celles du Cap Vert vers
l'Occident , à la distance de cent
Q ij
188 MERCURE
lieuës , & que tout ce qui eftoir
découvert & qui le découvriroitr
depuis cette Ligne à l'Occident
& au Midy , dépendroit de la
Navigation , & Nouvelle découverte
des Rois de Caftille & de
Leon , pourvû qu'il n'euſt eſté
occupé par aucun Prince Chrétien
avant le jour de Noël de
cette année-là. 3129
Mais quoy qu'il foit tres certain
que ces deux Bulles ne
contiennent rien que d'équitable
& de jufte , on ne croit pas
que Sa Majesté foit dans le fentiment
de s'en prévaloir , en cette
occafion , non plus que du
Traité qui s'en enfuivit à Tordefillas
le 7. Juin de la même
année 1493. entre les Couronnes
de Caftille & de Portugal , par
GALANT 189
::lequel il fut arrefté que la ligne
de la divifion de Mers s'étendroitjufques
à deux cent foixan .
* ite- dix lieuës plus avant vers le
Ponant de la Ligne contenuë
dans les Bulles du Pape , depuis
les Ifles du Cap Vert vers le Ponant
, & que depuis ce Meridien
tout le reftant vers le Ponant
appartiendroit
aux Rois de Caftil
le & de Leon ,
•
Laiffant donc à part & ces Bulles
& ce Traité , on fe contente
d'alleguer pour toute réponſe
au premier des quatre Articles
ci - deffus rapportez , que les
Droits de Sa Majefté fur la Province
de Darien ſe trouvent fuffifamment
fondez & établis par
la Maxime de Droit qui accorde
au premier occupant la feigneurie &
1
90 MERCURE
.
-
·proprieté des Terres encore non acquifes
& non habitées , attendu
que la premiere découverte &
Occupation de cette Province fut
faite fur la fin du quinziéme fiecle
au nom & par l'autorité du
hoy Ferdinand & de la Reine
Habelle , par ceux aufquels ils
en avoient donné commiffion , de
la même maniere que quelque
temps auparavant les Portugais
avoient découvert la Guinée
les Ifles Açores , & autres lieux .
2
Or comme le Roy Ferdinand
& la Reine Ifabelle en donnant
commiffion à Chriftophe Colomb
pour aller en découverte
( ce qui fut le 17. Avril 1492 )
lui défendirent tres - expreffe
ment de toucher à la mine de
Guinée , ny d'approcher decent
GALANT.
1988
lienes des Conqueftes de Portu
gal , non plus que de celles d'au
cun autre Prince Chreftien , &
qu'ils ordonnerent la même cho
fe à tous ceux aufquels ils donnerent
depuis de femblables
commiffions ,› prenant foin même
d'en informer le Pape & tous
les autres Princes à qui la chofe
pouvoit toucher , & qu'enfin ny
cux ny leurs Succeffeurs jufques
à prefent n'ont point difputé aux
Anglois la poffeffion des terres
de leur découverte , foit dans le
même continent foit ailleurs ,
on ne sçauroit difconvenir que
Sa Majesté ne foit fondée en raifon
auffi évidente que victorieufe
, pour prétendre que ny eux ,
ny quelque autre Nation que ce
puiffe eftre , n'ont rien à dire ny
192 MERCURF
à voir fur celles qui ont eſté découvertes
par fes Sujets pour
elle ou fes Predeceffeuss , & don't
elle a pris poffeffion.
Cet argument eft certainement
fans replique . Il est même
d'ane évidence qui fe prefente
d'abord aux yeux de
tout le monde , & à moins de
nier tout à fait que la Provincede
Darien ait efté poffedée
par les Rois Catholiques , il
n'y a pas moyen d'y refifter .
C'eft auffi ce que les Ecoffois
ont fait , ( du moins dans leurs
difcours ordinaires & dans les
bruits qu'il ont pris foin de répandre
) & comme cette negation
fait la fubftance du fecond
Article ci- deffus , & que toute
temeraire qu'elle eft , elle ne
laiffe
GALANT.
193
laiffe pas d'eftre de la derniere
importance , puifque c'eft làdeffus
que doit rouler toute la
queftion , nous nous étendrons
un peu au long pour en faire
voir le fauffeté ,
.. Pour connoiftre clairement
que la Province de Darien appartient
au Roy Catholique , il
fuffit de jetter un moment la vuë
fur les Cartes Geographiques du
Nouveau Monde. On y verra
qu'elle fait une des parties les
plus interieures du Royaume de
Terre ferme , eftant fituée fur la
Mer du Nord , à l'Occident du
Golphe d'Uraba , & dans le
Gouvernement de la Terre ferme
propre , qui l'environne du coſté
du Midi & du cofté de l'Occident
,fe trouvant ainfi tellement
Decembre 1701. R
194 MERCURE
enclavée entre toutes ces parties
du Royaume de Terre ferme ,
qu'elle n'en fçauroit être feparéede
droit par aucune autre Puilfance
, que par celle du Souverain
à qui le tout appartient ,
Or , que Sa Majesté Catholi
que foit réellement & de fait ce
Souverain & que le
Royaume
de Terre ferme luy appartienne
uniquement & fans partage ,
c'eft ce que tous les Princes du
Monde reconnoiffent , & ce qui
confte d'une maniere victorieufe
& fans replique par le Fait, c'eſt
à dire par une Poffeffion noninterrompue
de plus de deux
cens ans , pendant lefquels Sa
Majefté en a toujours reçu &
& perçu les revenus & redevances
Royales , comme des autres
GALANT
195
Terres de fon obéïffance .
Il eft même d'autant plus
étonnant que les nouveaux Ine
valeurs ayent ofé s'adreffer en
certe partie des Etats de Sa Majefté
, que c'est la premiere qui
ait efté affujettie à la Couronne
de fes Anceftres dans le contitinent
Americain , le celebre
Chriftophe Colomb en ayant
fait la premiere découverte en
1498 , ainſi qu'on l'a déja dit .
Alonfe Ojeda, accompagné d'Americ
Vespuce en fit la feconde
en 1499. & Chriftophe Guerre,
la troifiéme & derniere au commencement
de 1500. tous trojs
fous l'autorité & pour le fervice
de Ferdinand VI . & de la Reine
Ifabelle.
A l'égard de la Province de
Rij.
196 MERCURE
Darien en particulier , il eft no
toire qu'elle fut découverte en
même temps ; & cela eft fi vray ,
que lors qu'en 1508. il plut audit
Roy Ferdinand d'envoyer Alonfe
Ojeda , & Diego de Nicueza pour
Gouverneurs en ce Pays , ils eurent
difpute enſemble pour le
Darien , l'un & l'autre prétendant
l'avoir en fa portion ; ce
qui provint de ce que le Gouvernement
d'Ojeda luy fut affi
gné depuis le Cap , que luy- mê
me avoit appellé de la vela , juf
ques à la moitié du Golphe d'UTaba
, fous le nom de la nouvelle
Andalousie ; & celuy de Diego de
Nicueza , depuis la moitié de ce
même Golphe , jufques au Cap
de Gratias à Dios , fous le titre de
Caftille d'Or , de maniere que le
GALANT. 197
Darien le trovvoit juſtement
entre- deux , & comme my- party
dans l'un & dans Fautre Gouvernement.
Mais ils furent enfin
accordez par le Pilote Jean de la
Cofa , à condition que la grande
Riviere du Darien leur ferviroit
de bornes , & que l'un prendroit
le cofté du Levant , & l'autre
celuy d'Occident .
Le Partage ayant efté ainfi
fait , Alfonfe Ojeda prie terre à
Cartagene , & pofa en 1510. les
fondemens de la Ville de Saint
Sebaftien au delà du Golphe d'Uraba
, & Nicueza s'en alla à
Veraguas ou Chriftophe Colomb
avoit déja fondé une Ville.
Le mefme Nicueza peupla
& fonda enfuite celle de Nom
bre de Dios.
R iij
198 MERCURE
Pour Ojeda, il fut tué la même
année dans un Combat contre
les Indiens , & le Bachelier
Encife eftant venu avec Vafco
Nuñez de Balboa pour Gouverneur
à fa place , il baftit en la
mefme année
1510. dans la Province
de Darien , la Ville de Santa
Maria el Antigua del Darien,
en execution d'un voeu qui avoit
efté fait par les Espagnols.
dans un combat .
Cette Ville fut deflors la Capitale
de l'Andaloufie nouvelle ,
& le Siege des Gouverneurs
dont le premier après le Bachelier
Encife fut Vafco Nuñez , lequel
mefme envoya trois cens
marcs de l'or trouvé en ce païs,
& fous lequel auffi le Royaume
de Terre ferme commença à.
GALANT 199
eftre appellé Caftille d'Or. Ce
fut lui qui en 1513. découvrit la
Mer du Sud.
Predrarias d'Avila , dit le fuftador
, luy fucceda au mois de
Juillet 1514. & en mefme- temps
le Roy envova Jean de Quevedo
pour Evefque à Darien ; le Pape
Leon X. luy ayant donné les
Bulles neceffaires à cet effets de
forté que Santa Maria Antigua
del Darien , fut non feulement
la quatrieme Ville Chreftienne
baftié dans le Continent des
Indes Occidentales , mais auffi
la premiere qui y ait efté faite
Epifcopale.
La mefme année , le Roy Ferdinand
fit un Reglement confiderable
pour le Gouvernement
particulier de cette Province,
R iiij
200 > MERCURE
Il donna plufieurs Privileges a
la Ville Santa Maria el Antigua
en particulier , & l'année fui
vante 1515. il luy accorda des
Armes , qui furent de Gueules au
Chateau dor , furmonté d'un Soleil
de mefme, & garde à dextre par
un Tigre, & à feneftre par un Crocodille
, avec ces mots pour Le
gende ou Devife , la Imagen de
Nuestra Segnora del Antigua,
L'anis16. Aclà fut bâtie dans la
meſme Province, à cinq lieuës du
rivage de la Mer du Nord.
En 1517. le Roy Ferdinand
eſtant mort , Charles fon
petit fils & fon fucceffeur nommomma
Lope di Soza pour Gou➡›
verneur de la Caftille d'Or , à
la place de Pedrarias d'Avila ,
mais Soza eftant mort dans le
S
GALANT 201
Port d'Aclà le jour mefme de
fon arrivée , le Gouvernement
fur continué à Pedrarias , lequel
tranfporta en 1519. le Siege de
FEvefché & celuy du Gouver
neur à Panama , à cauſe de l'intemperature
du Darien .
>
وي
Depuis ce temps- là , le Gouvernement
& l'Evefché font demeurez
en cette Ville , & les
Rois Catholiques , fucceffeurs
de Ferdinand , y ont toûjours
envoyé leurs Gouverneurs
Generaux Prefidens , Confeillers
& autres Officiers ,
tant de Robe que d'Epée , comme
auffi les Evefques , les Officiaux
, les Curez , les Religieux,
& en general tous les Ecclefia-
Atiques que l'on y a jugé neceffaires
, tant pour la converfion
2oz 201 MERCURE
des Peuples du Païs , que pour
la conduite fpirituelle des Chré
tiens qui y font établis , fans que
jamais il y ait eu la moindre interruption
au Gouvernement
fpirituel & temporel , non plus
qu'à la poffeffion actuelle de toutes
les Provinces , Ports, Rades,.
Fleuves , Rivieres , & Cantons,
habitez ou non habitez de
ce Royaume de Terre ferme ,
les Rois Catholiques
y ayant
toûjours dominé , & donné les
loix , & en ayant retiré les fruits
& les revenus , comme feuls &
Souverains Seigneurs
.
Quant à ce que les Ecoffois
difent , qu'il y a encore beaucoup
d'Indiens dans les Païs qui
n'ont jamais efté reduits , on ne
voit pas quel avantage ils peur
GALANT 203
vent en tirer pour la deffenfe
de leur caufe ; car file Païs eft
déja reconnu pour legitimement
acquis au Roy Catholique
qu'importe quant aux aux droits,
& par rapport aux autres Nations
, qu'il ait efté entierement
reduit ou non ? Les cinq Gouver
nemens des Philiftins & le Païs
des Guefcuriens & des Mahaca
thiens , qui furent partagez par
Jofué au neuf Tributs , quoy .
que non encore foûmis , ( & en
guerre continuelle jufques au
temps de David) appartenoients
ils moins aux mefmes Tributs
que ceux des trente - un Rois qui
avoient efté deffairs par ce Chef
des Enfans d'Ifraël & fi quelqu'autre
Nation , leur Alliée
ou non Alliée , avoit voulu s'en
104 MERCURE
faifir fur ce pretexte , n'auroient
elles pas eu droit de s'y oppofer
Et que diroient aujour
d'huy mefme les Anglois & les
Efcoffois , fi l'on vouloit aller
faire defcente dans la Virginie ,
fous couleur que tous les Indiens
qui y habitent ne leur font
pas foumis Mais on nie qu'il
en foit de mefme en Darien . Il
y a prés de deux cens ans que les
Gouverneurs qui y ont efté envoyez
, ont eu ordre de
partager
le Pais avec les Habitans , felon
le nombre des . Caciques , &
de leur impoſer des Tributs
convenables . Ces ordres ont
efté executez , les Nations ont
efté foûmiſes , & fi quelquefois
& en quelques lieux elles fe font
rebellées , cela ne peut porter au
GALANT 203
cun prejudice aux droits du Roy,
non plus que les Traitez illicites
qui peuvent avoir efté faits avec
eux , par les Anglois , Ecoffois ,
ou autres , comme par exemple
celuy du Capitaine Vvright en
1670. & ceux des Ecoffois en
cette derniere invaſion .
Paffons donc au quatrième
Point , qui eft comme le dernier
refuge des Ecoffois . Ils difent
que la Province de Darien
a efté abandonnée, & aprés
ce que l'on vient de rapporter
touchant la Villede Santa Maria
el Antigua , ils n'auront pas de
peine à le prouver du moins
en partie. Mais à cela on leur
répond en expliquant le mot
La Province de Darien fut a
bandonnée en 1519. avec la Vil
206 MERCURE
le de Santa Maria el Antigua
quant à l'habitation , on l'avoue,
(l'air & l'eau y étoient fi nuifibles
qu'il n'y avoit pas moyen
d'y demeurer plus long - temps . )
Mais quelle ait efté abandonnée
quant à la poßelton , on le nie
avec d'autant plus de fondement
, que mefme cette pof
feffion n'a efté jamais interrompue
; & fi ceux qui tiennent le
con raire , peuvent apporter
quelque Acte de delaiffement
qui en ait efté fait par Sa Majefté
ou par les Rois fes Predeceffeurs
, on les prie de le faire .
Mais s'ils n'en ont point , & que
pour toutes preuves de ce pretendu
abandonnement ils ne
puiffent apporter que le changement
d'habitation > on leur
GALANT. 207
7
répondra qu'il eft libre à chacun
d'habiter fur fon bien , out
de ne le pas faire . La Loy natu
relle , dit M du Puy dans fa
Recheche des Droits du Roy
Tres- Chrétien , eft que chacun
conferve fon droit & fa chofe perpetuellemet
, fans que lun puiffe
tirer avantage de la perte d'autruy,
même par le cours du temps , parce
le
que temps n'eft pas un moyen pour
abolir une obligation . Combien
moins donc la peut - il abolir à
l'égard d'un Païs , qui fans avoir
jamais changé de main ,
paroift feulement avoir efté negligé
par le legitime Maiftre &
Poffeffeur. La partie Occidentale
d'Irlande , depuis Sligo
jufqu'à Limeric , n'eft prefque
point habitée , c'eſt une chofe
208 MERCURE
que tout le monde fçait . En appartient-
elle moins à la Courónne
d'Angleterre , & pourroit on
avec quelque couleur prétendre
de s'en emparer ? On ne croit pas
·que les Ecoffois en conviennent .
Mais fans infifter davantage fur
ce point- là , on fe contentera de
dire qu'il n'est même pas vray
que la Province de Darien ait
efté entierement abandonnée
quant à l'habitation . Les Efpagnols
yone actuellement la Ville
de Sainte Marie des Mines , avec
Schuchaderos , & fi l'on veut confiderer
le Darien dans toute l'étenduë
qu'on luy donne aujour
d'huy , on y trouvera encore la
Ville de Cheapo , celle de la Conception
, le Chasteau de San Fago ,
& plufieurs autres . En un mot ,
>
GALANT 209 .
la Province de Darien ne peut
plus eftre confiderée aujourd'huy
comme un Pays inhabité,
& inconnu . On en a des Cartes
plus exactes que d'aucun autre
Pays de l'Amerique , & la domination
Eſpagnole y eft fi bien reconnue
, qu'on ne trouveroit
peut- eftre pas mille Indiens qui
ne parlent Efpagnol .
Le Darien au refte n'eft pas
feulement une Province dépendante
de la Couronne d'Efpagne
en Amerique . C'eft de plus
la Porte de toutes les autres ,
ç'en eft le centre , & le feul lieu
que Sa Majefte ait par terre ,
pour la communication de fes
autres Etats Americains , tant du
Midi que du
Septentrion
.
D'où
l'on
pourra
ailément
re-
Decembre
1701. S
210 MERCURE
cueillir combien Sa Majefté a
dû trouver étrange aufli bien
que toute la Nation Efpagnole , )
que les Sujets d'an Roy , duquel
elle s'eft toujou montrée par
effet le plus veritable & le plusparfait
ami , & en faveur duquel
elle s'eftoit ci - devant engagée
dans une longue & rude
guerre au grand dommage de fes
Etats , ayent entrepris de traverferla
mer avec plufieurs Vaiffeaux
, Troupes & munitions ,
pour invafion
venir
faire une
dans une Province qui luy eft fi
importante , & ce qui eſt encore
plus , commencer des Etabliffemens
, avce deffein declaré de
s'y maintenir .
Ce n'eft pas que Sa Majefté
ne puiffe aiféinent les en chaffer
GALANT 211
par la force des armes , & faire
une punition exemplaire de l'in
folence avec laquelle ils ont ofé
armer contre elle à la face du
Soleil & de toute l'Europe
mais comme Sa Majesté eft per
fuadée , tant par la connoiffance
qu'elle a depuis un grand
nombre d'années de la tres grande
fageffe & juftice de Sa Majefté
Britannique , que par les
Declarations qui ont efté faites
de fa part à Madrid & ailleurs )
qu'elle n'approuve en aucune
elle ne maniere ces attentats ,
doute point auffi que Sa Majefté
Britannique n'ufe au plutoft de
fon autorité Royale & Souve
raine , pour reprimer, & chaftier
feverement ces Ecoffois comme
des Perturbateurs du repos pu-
Sij
212 MERCURE
blic , & violateurs des alliances ,
fuivant ce qui a efté pratiqué en
femblable occafion par fes Predeceffeurs
Rois & Reines , & cm
particulier par le Roy Jacques I.
duquel on rapportera icy en peu
de mots la justice ſignalée.
Un Chevalier Anglois , nommé
Walter Raleigh ayant obtenu
de ce Prince en 1617 une
Commiffion pour negocier dans
les pays du nouveau Monde qui
n'avoient point encore eſté découverts
, en abuſa pour aller
faire des incurfions dans la Province
de Guyana , le long de la
Riviere nommée Orenocque , &
dans la Caſtille d'Or. Son fils
y
"
fut tué , & ceux qu'il croyoit
furprendre fe défendirent fi vaillamment
qu'il fut obligé de fe
GALANT 212
retirer en fes Vaiffeaux. Mais il
asn'en fut pas quitte pour cela ,
car eftant venu en Angleterre ,
n & le Comte de Gondomar , Ambaffadeur
d'Espagne , ayant fait
fes plaintes au Roy , Raleigh
fut arrefté , mis à la Tour de
Londres , & condamné par la
Cour du Banc du Roy à avoir la
tefte tranchée.
Quarante années auparavant
our environ , deux Capitaines
nommez Oxenham , & Dracke ,
avoient formé un pareil deffein ,
mais le premier ayant efté pris
par Orega , Capitaine Espagnol ,
& ayant efté conduit à Lima , y
ireçut la punition qui luy eftoit
duë ; & quant à Dracke , quoy
qu'il cuft un fort tout different ,
puiſqu'il revint chargé d'un ri24
MERCURE
2
che butln , il n'en profita pour
tant point , la Reine Elifabeth
qui regnoit alors en Angleterre ,
Jayant fait reftituer tour entier
à Mendoce ; Ambaffadeur d'Ef
pagne , & ayant fait défenfes
tres- expreffes à Dracke de plus
faire de pareilles entreprifes . el
On ne doute point que Sa Majefté
Britannique , qui eft fi éclai
rée , qui ne cede ny en équité ,
ny en fageffe à fes Predeceffeurs,
ne prenne ces chofes en confide
ration , & ne faffe donner à Sa
Majefté Catholique une fatiface
tion & une reparation digne
d'un fi grand Roy , & proportionnée
à l'attentat qui a efté
commis .
1
Quoy que tout ce qui a efté dit
cy- deſſus , foitaffez clair de foiGALANT
215
même , & plus que fuffifant pour
decider la queftion , néanmoins
comme ceux qui ont intereft de
nefe point payer de raiſon , pourroient
objecter en gros , qu'ils
ne difputent aux Eſpagnols ny
la poffeffion du Gouvernement
de la Terre ferme en general's
ny même celle de la Province
de Darien en particulier prife
en fon entier ; mais feulement
un petit espace de terre , fitué
entre la mer du Nord & la Montagne
, lequel eft encore habité
par une nation d'Indiens , qui
ont leur Cacique ou Chef, &
qui ont fait & font encore au--
jourd'huy la guerre aux Eſpagnols
, en forte qu'ils ne peu
vent eftre confiderez comme leur
ayant efté foûmis , on a jugé à
216 MERCURE
propos de prevenir ce raifonne
ment en difant icy par forme
que qui prouve
pour le tout , prouve pour le:
partie
din ..
Or il vient d'eftre prouvé que
tout le Gouvernement de Terre
ferme en general , & la Province
de Darien en particulier
appartiennent à Sa Majesté Catholique
; donc on a prouvé aufli
que la partie de ce Gouvernement
que les Ecoffois ont enva
hi , & c.....
De plus , il a efté prouvé quecette
partie du Gouvernement
de la Terre ferme , ou de Panama
, a efté poffedée & habitée
par les Eſpagnols dés le com--
mencement du fiecle paffé , que
même ils yavoient bâti une Vil- bâtiune
le
GALANT: 217
le laquelle fut Capitale de la
Province , & que l'abandonnement
d'habitation qui en a efté
faite , ne fçauroit prejudicier aux
Droits du Roys donc , ce même
lieu que les Ecoffois ont envahi ,
&c...
Enfin , il a efté prouvé d'abondant
que quand le Pays eft
déja reconnu pour legitimement
acquis , il n'importe quant au
Droit & par rapport aux Nations
étrangeres , s'il a efté entierement
reduit ou non.
Or il a efté prouvé que ce
Pays appartient legitimement &
en toute Souveraineté à Sa Majefté
Catholique ; donc , fuppofé
même qu'il y ait encore dans le
Pays de Darien des Indiens non
reduits , les Ecoffois n'ont pas
Decembre 1701. T
218 MERCURE
eu pour cela droit d'y faire invafion
.
A tout ce que deffus on ajoûte
par furabondance de preuve ,
qu'ayant efté montré que les
Rois Catholiques en donnant
Commiffion à leurs Sujets ou
Serviteurs pour faire des décou
vertes , leur ont toûjours expreffement
défendu d'approcher de
cent lieues des Conqueftes du
Roy de Portugal , & de celles
des autres Princes Chreftiens ;
Sa Majefté eft en droit de prétendre
le reciproque de ces
Princes.
Et enfin que les Ecoffois , en
faifant irruption dans la Province
de Darien , ont outrepaffé les
bornes de l'A&te de la Patente
l'établiffement de leur CompaGALANT
215
gnie , y eftant expreffement porté
qu'ils ne pourront s'établir en
aucuns lieux habitez & poffedez
par les Princes , Alliez de la
Couronne d'Angleterre .
•
Je vous ay déja envoyé la Traduction
d'une Ode Latine de
M. l'Abbé Boutard , fur le rétabliffement
de la fanté de Monfeigneur
le Dauphin. Je vous en
envoye une nouvelle qui a efté
faite par Mr Betoulaud. La diverfité
des genies fur une même
matiere fait plaifir, & je ne doute
point que vous n'en receviez de
cette feconde Traduction.
515
Tij
220 MERCURE
A MONSEIGNEURI
LE
D
DAUPHIN.
ODE.
Elices de Paris , & de tout noftre
Empire.
CherDAUPHIN , l'espoirle plus
grand
"
Quelle douleur mortelle en nos yeux
fefitlire
Lejour que l'on te vit mourant.
ន
La Reine des Citezgemit comme une
Mere
Qu'allarmefon Fils bien-aimé ,
Lorfque lafièvre roule enfa brûlante
artere
Le feu dont il est confumé.
GALANI 221
2
Louis même faifi d'une frayeur
extrême ,
Tevoyantfanspouls & fans voix,
Helas crut voir perir la moitié de
luy-même.
Et tous les Bourbons à la fois .
S
4 Remercions le Ciel; tu jouis de la vie
Malgré les horreurs do la mort
La France avecfon Roy de ton bonbeurravie
N'apprehende plus pour tonfort.
&
Tel le Soleil reprend une vive lumiere
,
Quandla nuit s'échape à nosyeux,
Et remontant fon char dans fa haute
carriere
Rejonit la terre & les cieux.
S
Tiij
22 MERCURE
Par tout d'Hmynes facrez les Temples
retentiffent lan
Et l'encens fume fur l'Autel ,
Au fouvenir beureux des perits qui
finiffent
Par lafaveur de l'Immortel.
2
La Seine eft triomphante , & d'une
joye égale
Aprés ces maux évanouis
Le Tage a vù fauver la race mar.
tiale
Et le fang royal de LOUIS
2
Des Villes & des Champs c'eft ta
Fefte publique
Le troupeau n'y craint plus les
loups
Et du Berger content la Mufette ruftique
Fait ouir les airs les plus doux.
GALANT. 223
2
Naiades de Meudon , de voftre onde
fi pure
Jusqu'aux Aftes pouffant les flots
Vous tachier d'annoncer par leur
charmant murmure
La guerifon de ce Heras,
Pour nous , dans le danger dont le
ciel le retire
Ravis du falut defesjours ,
Aux clairons éclatans nous marions
la lyre ,
Et nos guitarres aux tambours .
S
C'eft ainfi Prince heureux , qu'en
toutes lesfamilles ,
Chezlespetits & chez lesgrands
Les enfans , les vieillards , les meres
& les filles.
Expriment leurjoye & leurs chants.
Tiiij
224 MERCURE
&
Ouy : le Peuple luy-même ofa , quit
tant les Halles 2018
Ette baifer & t'embraffer
s
T
Dans les tranfports qu'il eut , qu'en
fesombresfatales.
La mort n'euft på te renverfer
S
Pour les moindres humains , bon
genereux , affable,
Tufçais dés que nous t'abordons ,
Captiver tous les courspar cette force
aimable
な
Qu'à la majesté des Bourbons.
S
Plus charmé d'obéir à ton augufte
Pere
Que de regner dans l'Univeos
Sur l'Espagne & fur l'Inde , ou la
leterre eft la mere
De l'or & des métaux divers.
3
•
GALANT 225
La Ville & Comté de Ligny
en Barois,l'une des principales
Terres de certe Province , &
depuis tres - longtemps dans la
Maifon de Luxembourg, n'eut
pas plutoft apris la nouvelle
de la mort de Madame la Du.
cheffe Doüairiere de cette
Maiſon qu'elle fe détermina
à faire voir par la pompe des
Obfeques qu'elle a réfolu de
luy faire , le refpect profond
qu'elle confervoit pour cette
Ducheffe , fa veneration pour
les vertus Chreftiennes & éclatante
qu'elle luy a vû pratiquer
, & fa reconnoiffance
226
MERCURE
Şu
pour les marques qu'elle a refouvent
de fa
protection
& de fa charité. Pour cet ef.
fer , toutes chofes eſtant dif
polées pour cette ceremonie ,
on choifit le 17. du mois paffé
qu'on fortit de la Ville , pour
aller au
devant du corps que
l'on apporta de l'Abbaye de
Jauvilliers , où il eftoit depuis
quelque jours. Ainfi on entra
dans la Ville au fon de toutes
les Cloches, Et la Marche
commença de cette forte.
On vit paroiftre d'abord
quantité de jeunes gens fous
les armes au nombre de plus
GALANT: 227
de cent foixante avec deux
Drapeaux & trois Tambours ,
Couverts de noir, nga
Apres Marchoient les Maires
& Subftiturs des Villages
du Comté de Ligny au
nombre de quatrevingt
en
habits & en manteaux noirs ,
tenant chacun en main un
Aambeau de cire blanche du
poids d'une demi livre :
Ils eftoient faivis par
vinge quatre Pauvres veftus
chacun d'une Robe avec
un Capuchon noir , tenant
chacun un flambeau de cire
blanche du poids d'une livre!
226 MERCURE
Enfuite venoient les Filles
de la Congregation au nom
bre de cent foixante , toutes
véruës d'habits noirs , avec des
Coiffes de taffetas , tenant auffi
chacune un flambeau de cire
blanche.
Les Dames de la Charité ,
au nombre de trente , toutes
acouvertes d'habits noirs , &
tenant pareillement chacune
un flambeau de cire blanche .
Les Confreres des Arts &
Meftiers de Ligny , au nombre
de cent perfonnes & plus ,
en douze Corps chacun , fe.
parez par une Croix noire qui
GALANT 229
eftoit à la tefte de chacun des
Corps.
On vit enfuite l'Hôtel deVille
de Ligny compofé du Maire ,
de quatre Echevins, de quatre
Confeillers , & du Sindic , tous
vétus d'habits & manteaux
longs noirs ; ils eftoient precedez
d'un Sergent & de quatre
Gardes de Ville , vêtus auffi de
noir , tenans chacun une hal .
lebarde fous leurs bras,
Le Peres Capucins de Ligny
au nombre de foixante
Religieux .
Aprés les Peres Corded
liers , au nombre de treng
230 MERCURE
te , chacun de ces Ordres por
tant à leur tefte une Croix
couverte de crefpon noir, bup
Tous les Preftres & Curez
'des Ville , Villages & Parroif
fes du Comté , au nombre de
cinquante & plus , tous en
furplis & en bonnets carrez .
Les Doyen , Chanoines ,
Chapelains , & Vicaires de Lis
gny , au nombre de quatorze
outre ceux qui en ont efté
tirez . Tous les Ordres &
Corps marchoient chacun
fur deux lignes éloignées l'un
de l'autre de fix à fept pieds.
Enfuite venoit le Chariot
S
CALANT:
23r
attelé de fix chevaux couvert
d'un grand drap noir fur lequel
eftoient quatre grandes
armoiries en or & argent , des
Armes de laMaiſon de Luxembourg.
Les quatre coins du Poifle
eftoient portez par quatre
Chanoines de la Collegiale
,
montez fur des chevaux noirs ,
& habillez chacun en foutanne
, un furplis , un long man .
teau au deffus , avec un bonnet
carré.
Il y avoit autour de ce
Chariot fix Laquais de feue
Madame la Ducheffe Douai232
MERCURE
riere de Luxembourg en ha
bits noirs , tenant chacun un
flambeau de cire blanche du
poids d'une livre & demie .
Ce même Chariot eftoit
precede par les Maiftres d'Hô .
tel de cette même Ducheffe ,
& de huit autres Officiers à
elle & de fa Maiſon , tous à
cheval , vétus d'habits & de.
manteaux noirs...
Il eftoit fuivi par quatre
Prieurs & Religieux
de l'Abbaye
des Premontrez , de Jau
villiers , où le Corps avoir efté
depofé pendant
environ un
mois. Il eftoient auffi à cheval,
*
GALANT.
233
habillez chacun de leurs furplis
, de leurs aumuffes , &
·longs manteaux. M ' Thouve
not , Chanoine & Aumônier
dela Ducheffe défunte,fuivoit
auffi à cheval , en furplis , en
manteau long , & en bonnet
carré , tous à cheval.
Apres eux marchoit M' le
Baron de Maipas qui portoic
la Couronne fur un couffin
noir & un grand crefpe
Il eftoit fuivy par plufieurs
Vaffaux & Gentils hommes
du Comté tous en habits &
manteaux noirs .
Marchoic enfuite le corps
V Decembre 1701
234 MERCURE
de Justice dela Prevofte Baillage
de Ligny , au nombre de
trente deux tousen Robelon
gues de Palais. Ils eftoient precedez
de feize Huiffiers rous
habillez de noir , l'épée au cofté
, & la baguette à la main.
Il eftoit fuivy de quarante
bons Bourgeois de Ligny
avec des habits & des manteaux
noirs. Ceux- cy marchoient
fur deux lignes deux
à deux .
T
Il y avoit deux Maistres de
* Ceremonies à cheval veftus de
noir & deux autres à pied paa
reillement veſtus de noir qui
GALANT. 235
alloient de toutes parts pour
apporter un bon ordre & faire
marcher deux à deux tous les
Ordres Seculiers & Reguliers
cy deffus. En cer eftat le corps
fur joint dans le grand chemin
à un quart de licue de Ligny
& paffant au milieu de la Ville
il fut conduit dans l'Eglife des
Chanoines de Ligny . Don
•
Les deux Cours du Chateau
furent occupées par les Soldats
en deur hayes fort alon
gues , qui alloient depuis l'Eglife
jufque au Couvent des
Dames Urulines de Ligny.
pally 'avois derriere dux en
V iij
236 MERCURE
plufieurs hayes , tous les Off
ciers du Comté avec les Con
freres des Arts , Corps & Meftiers
dont on a déja parlé.
A Tous les Preftres , Curez &
Chanoines eftoient au Chour
au milieu duquel eftoit le Lit
de parade garni de frange d'argent
& entouré d'un grand
nombre de lumieres. € 91109
Les Religieux des Convens
des Cordeliers & des Capucins
eftoient dans la Nefor
Le Corps de Justice fuc
conduit à la Chapelle Noftre
Dame des Vertus.
4
Celuy du Corps de Vaffaux ,
GALANT. 234
& des Gentilshommes dans la
Chapelle de Saint Pierre de
Luxembourg. Het al veel?
Et celuy des Dames de la
Charité dans la Chapelle de
feue Madame la Ducheffe
Doüairiere.
Le lendemain à trois heu
res aprés midy le Coeur fut
porté avec les mêmes ceremonies
dans le Convent des
Peres Cordeliers de Lignyà la
referve des chariots , chevaux,
& gens à cheval, qui fuivirent
le coeur à pied.
Voicy trois petits ouvrages
(438 MERCURE
de Poëfie que vous ferez bien
aiſe de voir. Mr. Robeat , de
Saint Laurent de Mullidan en
Perigord , en eft l'Auteur,
A SA MAJESTE
CATHOLIQUE.
· MADRIGAL.
Orfque tu marchois à grands
pas
2hrs le Trone où t'ont mis la Justice
& La Gloire ;
Evénement , dont lafameufe Hif
toire
A furpris tous les Potentats ,
Grand Prince , j'eus l'honneur de
#offrirpour étrenneĮJUN
GALANT 279
Un Madrigal defeize ou dix -sept
Vers
Que ta bontérecut de mafterile veine
Avec des ouvrages divers
•
Qui chantaient à l'envi sa puiffance
fupreme
¿
Brillante de l'éclat du plus beau
Diademe
De ce vafte Univers.
Ma Museofe à prefent te témoigner
fonzele
Grand Roy, fur ton Himen heureux
Qui remplit tous tes voeux
Er comble de plaifirs ton Epbufefi
delle
Comme les Allemans , ainsi que les
François ,
Depuis que le Soleil étalefa lumiere,
Dans fon éclatante carriere ,
Ont reçu des Bourbons leurs invincibles
Rois ;
240 MERCURE
PHILIPPE, mes voeux font que
racefeconde ,
Dans tes auguftes Fils , Petits-Fils ,
& Neveux ,
Illuftres rejettons de tant de Demy-
Dieux ;
En donne aux Caftillans jufqu'à la
fin du monde.
A LOUIS LE GRAND .
Dire que l'on te craint , qu'ont’eftime
, & qu'on t'aime ,
Qu'Alexandre , Annibal , Cefar&
cent Heros
Se trouvent chez toy fans deffauts
;
C'eft te Peindre , Grand Roy , d'une
fineffe exrrème,>
Et l'efprit de Poilt brille dans ces
Tableaux.
Mais
GALANT
#41
Mais puifqu'on te compare aux Heros
qui vècurent
Dans la celebre antiquité.
Voici toute la verité ;
Grand Prince , tufais voir en toy tout
ce qu'ils furent
Mais avec leurs faits inouis
Eux tous ne furent point ce qu'eft le
feul LOUIS.
Cette autre Madrigal à eſté
fait parle mefme , Mr Robeat ,
à l'Occafion d'un Sculteur qui a
fait un Buſte de Sa Majefté .
Sculpteurprefumptueux , qui veux
tracer l'image
Du plus puiffant des Rois ,
Crois-tu que le cifeau fur le marbre
ou le bois ,
Fuiffe finir un tel ouvrage,?
Decembre 1701. X
24 MERCURE
Le Poëte & le Peintre ufent tous
leurs Pinceaux ,
moƆ al
L'Orateur même en vain épuisefon
genie ,
Pour achever cette augufte copie ;
Ils ne font tous que d'imparfaits
tableaux .
Apprens , vain Ouvrier , que l'Art,
ny la Nature
Nefçauroient de Louis nous donner
le Portrait ,
Et que femblable à Dieu qui le rend
fi parfait ,
Comme luy dans fon Fils ilfait feul
La figute.
Madame Princeffe de Li
gne , Marquife de Moy ,
mourut en fon Hoftel à la
Place Royale le 4. de ce mois.
GALANT. 243.
Elle eftoit fille unique de Mr
le Comte de Broglio , ancien
Lieutenant General , & Gouverneur
d'Avefnes , & d'une
foeur de Mr. le Duc d'Aumont
, fille de feu Mr le ma.
refchal d'Aumont . Ainfi Madame
de Moy eftoit coufine
germaine de Monfieur le мar.
quis de Villequier , de мrle
Duc d'Humieres, de Madame
la Marquise de Crequy , &
de Madame de Bellinghen ,
qui font les quatre enfans , de
Mrle Duc d'Aumont . Du cô
té de мr fon pere elle eftoit
coufine germaine de мr le
X ij
244 MERCURE
Comte de Broglio , Lieute
nant General qui commande
en Languedoc , de мr le mar
quis de Revel , auffi Lieute
nant General , de. Mr le Che
valier de Broglio Colonel , &
de Mr l'Abbé de Broglio. Cet,
te maiſon eſt originaire de
Piedmont d'une ancienne
nobleffe , & elle s'eft toûjours.
alliée aux meilleures maifons
de ce païs là. Madame de
Moy eftoit femme de Jacinthe
, Prince de Ligne , mar
quis de мoy , fecond fils de
feu Mr le Prince de Ligne ,
Grand d'Espagne , Chevalier
GALANT 245
•
de la Toifon d'or , Viceroy de
Sicile Gouverneur du milanez
, General de la Cavalérie
Eſpagnole. Il avoit efté aufſi
Ambaffadeur . Extraordinaire
pour Sa Majesté Catholique
en Angleterre . Il mourut à
Madrid , Chefdu Confeil de
Flandres . Madame la Prin
ceffe de Ligne fa femme , morté
depuis peu d'années , étoit
Claire - Marie de Naffau , four
de Mr. le Prince de Naffau ,
Doyen des Chevaliers de la
Toifon d'or , & Gouverneur
du païs de Gueldres . Frere
aîne de Mr le Marquis de
x iij
245 MERCURE
Moy eft Henry Erneft Prince
de Ligne , Grand d'Espagne,
Chevalier de la
Souverain de Faignolles , cou-
2; llon da.
verneur de la Ville , & du païs
de Limbourg. Mr le Prince
Seneschal de Ligne , cadet
de Mr le Marquis de Moy , eft
Grand de Portugal , où il a
époufé l'heritiere de la Maifon
d'Aronchez
, petite niéce
de Mr le Cardinal de Souza,
& petite fille de Mr le Comte
de Mirando , Grand de
Portugal , & Miniftre d'Etat.
Cette Maiſon eft illuftre &
puiffante en Portugal, mr le
GALANT 247
Marquis de Moy a fuccedé à
Me le Marquis de мoy fon
grand oncle , Premier Prince
du Sang de Lorraine , frere
de Louiſe de Lorraine , mere
de feu мr le Prince de Ligne,
Mr
Ce Prince de Lorraine laiffa
des biens tres- confiderables
à fon petit neveu , aux conditions
expreffes de porter fon
couleurs & armes. Mr
le Marquis de Moy n'a qu'une
foeur qui fut mariée à мr le
Duc d'Avero en premieres
nôces. En fecondes nôces ,
elle épousa Mr le Comte Donate
, dont elle est encore veu-
J.
nom ,
Xiiij
J
248 MERCURE
ve. Ils eftoient tous deux
Grands d'Efpagne : Elle a marié
fon fils aîné du fecond lir,
avec une fille de мr le Duc
de medina- Celi , Gouverneur
de Naples . Mr le Prince de
Ligne l'aîné avoit épouféJeanne
d'Aragon , fille de Mada
me la Ducheffe de Frias , Dame
d'Honneur de la Reine
Douairiere d'Espagne. Il refte
quatre garçons & une fille de
ce mariage. L'aîné eft à ma
drid , & s'appelle Antoine
Prince de Ligne , Marquis, des
Koubais , le fecondeft le Prin
ce Claude , le troifiéme , let.
theGALANT 249
Prince Ferdinand , & le quatrième
, le Prince Erneft. Leur
foeur a épousé Mr le Comte
d'Horn , il a le Gouvernement
dun païs de Gueldres qu'avoit
Mr le Prince de Naffau , frere
de feu Madame la Prin
ceffe de Ligne. Cette Princeffe
étoit belle , & avoit
beaucoup d'efprit . Elle eftoic
capable de plus que de cette
attention qu'ont fur l'oeconomie
de leur Maifon les fem:
mes qui s'attachent
à y établir
la regle & le bon ordre ;
les Princes & les Princeffès
étrangers qui s'y trouvoient
250 MERCURE
4
fouvent , en eftoient bien
perfuadez. Elle vivoit avec
beaucoup d'éclat & de magnificence
, & on ne l'a ja
mais acculée d'aucune dif
fipation . Elle eft fort re .
grettée , & elle avoit bien
merité les larmes qu'on don .
ne à une mort, auffi precipitée
; elle ne laiffe de garçons
que мt le Prince de Ligne qui
eft à l'Academie , il est tresbien
fait , il a de l'efprit , &
promet beaucoup . Elle laiffe
trois filles , l'une eft au Novi .
ciat de la Vifitation de Saint
Denis en France . Les deux
GALANT. 251
autres font encore fort jeunes.
Madame la marquife de moy
eft morte avec une refignation
exemplaire , aprés avoir
reçû tous les Sacremens.
Voyez quelparti vous vou
lez prendre fur une Queſtion
qui a esté faite à M Maig
nard de Troyes.
A MONSIEUR QUINOT.
Si Adam a eu la Philofophie
par infufion ou par acqui,
fition.
Vous voulezfçavoir, Monfiear
252 MERCURE
Adam aeu une Philofophie
infufe ou acquife. C'est une ques
tion tres importante , mais qui
n'est pas bien difficile à refous
dre.
Vous fearvez que tout Ouss
vrage qui provient de la feule
main de Dieu , c'est à dire fans
le concours d'aucune caufe inf
trumentale, eft parfait : Or Adam
a efté formé de cette maniere
dans l'état de grace , tant pour
luy mesme que pour estre le prin
cipe du genre humain , non feule.
ment quant au corps ; mais encore
plus quant à l'efprit , afin qu'il
foft tour enfemble le Pere , le Do
GALANT. 253
cteur , le Maiftre des autres hom
mes, & que nous fuffions fes enfans
fes Difciples . Adam ne
pouvoit pas acquerir lafcience de
toutes chofes par fon propre genie,
ny par aucune autre creature,
n'y avoit doncque Dieu quipuft lui
Suggerer , & luy communiquer
le don furnaturel de connoiftre
tout de raifonner de tout.
Ainfi vous ne devez point dou
ter que noftre premier Pere n'ait
eu la Philofophie par infuſion,
Cette Thefe que j'avance n'eſt
pasfeulement fondéefur le raifon.
nement humain ; mais encore
appuyée fur l'authorité de l'E254
MERCURE
criture fainte dans l'Ecclefiafti
que, chapitre 17. où il eft dit en
parlant d'Eve & d'Adam que
Dieu les a douez du don d'intelli
gence,qu'il leur a donné la fageffe
de l'esprit , qu'il a remply lear
coeur de fentiment , qu'il leur a
montré le bien & le mal , d'où
l'on peut furement conclure
que
la connoißance de toutes chofes a
efte infufe à nos premiers parens
dés le moment de leur creation,
qu'ils ont eu par confequent la
Philofophie parfaire Vousneman
querez pas de m'objecter d'abord
ce commun axiome de Philofo
phie , que tous homme qui peche
GALANT 255
'efl ignorant , & qu' Adam ayant
peché , il n'avoit point par confequent
cette connoiffance entiere
dont nous parlons. Je.distingue
deux fories d'ignorances , l'une
actuelle , & l'autre habituelle.
L'ignorance actuelle est celle par·
laquelle nous ne faifons pas d'attention
dans le moment au precepre
que nous violons , quoy que
nous le connoiffions bien : L'habi
tuelle eft celle par laquelle nous
ignorons la Loy que nous tranfgreffons
. J'avoue qu' Adam a cu
l'ignorance actuelle en ce que
dans le moment qu'il fut feduir.
par le Serpent , il ne faifoit pas
255 3
MERCURE
d'ailleurs
que
de reflexion à la deffenfe expreffe
que Dieu luy avoir faire de maner
ger du fruit de vie , de mesme
que les Anges lors qu'ils voula
rent s'égaler à Dieu , ne faifoient
pas alors attention à ce qu'ilsfais
foient , quoy qu'ils fceuffent bien
rien n'eftoit compa.
rable à celuy quiles avoit créez.
Or l'ignorance actuelle n'exclus
point la connoiffance parfaite
mais feulement l'habituelle. Si
cela eft ainfi me direz vous qu'A
dam ait eu une connoiffance ba
bituelle infufe : Elle eft donc differente
de la noftre qui ne l'avons
que par acquifition, Je réponds
"
GALANT. 257
à cela qu'il y a deux fortes de
connoißances habituelles infuſes Il
y en a quifont infufes de telle ma.
niere qu'on ne les peut aucunement
acquerir. Telles font la Foy , l'Ef
perante & la Charité, ily en a
d'autres que Dieu infufe de telle
forte qu'on peut les avoir par
L'étude e par l'exercice, tel que
le don des langues qui fut donné
aux Apoftres ; car il ne faut pas
croire qu'ils parlerent autrement
que le reste des hommes : La connoiffance
qu'Adam a receue est
de cette derniere nature, Elle n'eft
done pas differente de la noftre.
Toute la difference qu'ily a , c'est
Decembre 1701. Y
218 MERCURE
que nous ne lapouvons avoir qu'en
partie , & d'une maniere imparfaite;
car comme dit Hypocrate,
ars longa , vita brevis , au lieu
qu ' Adam la poffedoit entierement
dans toute fon eftenduë. Voila
, ce mefemble , Monfieur , les
plus fortes objections que l'on
peut apporter fur cette question.
Les autres argumens font fi per
valides , qu'il feroit inutile de
les eiter. Nous parcourerons
,
quand il vous plaira toute la
Philofophie , nous nous éclair.
civons l'un l'autre de fès princi .
pales difficultez Je defereray con
jours à vos fentimens , pour vous:
GALANT 259
témoigner avec quelle eftime , je
fuis, & c.
Tant de gens de confideration
apprennent l'Eſpagnol ,
& tant de François le parlent
déja , que je croy devoir vous
faire part de deux Sonnets Ef..
pagnols qui viennent d'eftre
faits à Paris pour une Dame de
Qualité , que deux perſonnes .
de cette Nation ont admirée
à fa Toilette. On devinera fans
peine de qui eft le premier
par l'efprit & par la delicatef
fe qu'on y trouvera . Le fe
cond eft de Dom Juan de Ro.
Yij
260 MERCURE
xas , Secretaire de M'l'Ambaſ
fadeur d'Espagne . C'eft un
Gentilhomme
tout jeune , &
qui avec mille autres qualitez
diftinguées , écrit parfaite
ment bien en Profe & enVers.
La Traduction eft d'un Gentilhomme
fort connu , qui
parle l'Espagnol comme ceux
de la Nation même.
SONETO.
Entada al tocador Crifterna
eftava SE
Para dar lucimientos à aquel
dia ,
Y en fu Cavello el Sol , rubio ,
aprendia ,
44
* GALANT. 261
Los Rayos con que el mifmo fe
abrafava
,
FIL
Sentada ; por que al fuelo le arraftrava
;
La tierra otro Faetonte , en el ,
ternia ;
Y el Cielo ; en pie ; tal vez , fi
feponia
Nueva Efphera de fuego refpirava
,
S
Yoque vivi en las fombras de fu
aufencia
,
Y la admirè Criſtal , porfu blan
cura ,
Entre incendios de Amor , que
el Almabebe
S
Deflumbrado , al mirarme en
fupreſencia
262 MERCURE
Ceguê deuda preciſa afu her
mofura )
A vifta de la Luz , y de la nieve.
TRADUCTION
de ce premier Sonnet Efpagnol .
CHriftine à fa toilette à tout char-
• mer s'apprefte ,
Elle y brille encor plus que ne brille
lejour
Ses cheveux au Soleil difputent à
leur tour
L'éclat de ces rayons qui couronnent
fa tefte.
S
S'afied- elle ? c'est luy qui defcend &
s'arrefte.
La terre admire & craint Phaeton
de retour.
GALANT. 263
Seleve -t-elle ? on croit qu'au celefte
fejour,
Une Sphere de feu pour s'envoler eft
preefte.
S
J'avois vécu loin d'elle ; à cet aspect
nouveau ,
L'ay cru voir un albatre animé fousfa
peau,
Et mon ame à l'Amour fe livrant
Atoute entiere.
S
Mesyeux plus qu'éblouis de la voir
de fi pres
Ont payé le tribut que tout doit àfes
traits.
Voit- on , quand on a vûla neige &
la lumiere ?
Autre Sonnet Efpagnol.
264 MERCURE
A UNA DAMĄ Į
que fe dexò ver en el tocador:
L mirar tu Cavello , que
esparcido A
Fart
Margenes de cristal en ondas
dora
?
Ciega , y confufa el alma , que te i
adora ,
Solo â la duda difpenfa el fenti
do.
S
Es pofibic , Lifarda, que adbertido
,Pa
Tan obfcuro problema fe athefora
?
Un extremo â ôtro extremo feenamora
,
Dejando al orden natural , ven
zido .
Junta
GALANT.
165
S
Junta tu perfecçion & tos primores
,
Siâ tefolver el argumento llego ,
( Siendo Clicie feliz , que tu luz
beve )
Pues vniendo el ardor â los Al-
·
boreff
>
La nieve fe conferva junto al
fuego ,
Y el fuego no fe apaga entre la
nievę.
TRADUCTION.
QUi voit ta belle tefte &tes che-
2
veux épars .
Croit voir des ondes d'orfur des rives
d'albâtre ,
Interdite , enfufpens , l'ame qui t'idolatre
-Dicembre 1701. Ꮓ
266 MERCURE
Abandonne au feul doute , & defirs
& regars.
2
Lizarde , fe peut -il, que nos voeux
nos égars ,
Oppofez & d'accord , ceffant de fe
combatre ,
Mettent la verite fur fon plus beau
theatre ,
Pour refoudre un Probleme obfcur de
toutes parts:
S
Ioints à tant de beautez tant d'autres
avantages ,
Tujoindras laraifon au choix de nos
hommages.
Ton éclat , en frapant , exige cet
aveu.
S
Tablancheur à l'ardeur, ne dreffe pas
un piege .
GALANT. 267
•
Lefeu ne s'éteint pas auprés de cette
neige
Et cette neige auffi ne font pas à ce
feu.
Voicy la Traduction d'un
Ode Latine de M' l'Abbé
Boutard , pour remerciement
des gratifications qu'il a receuës
de Sa Majefté , aprés luy
avoir prefenté plufieurs autres
Odes Latines . La traduction
de celle cy eft du
mefme Gentilhomme qui a
traduit les deux Sonnets Ef.
pagnols. Comme il a des
obligations infinies à madame
la Princeffe de Conty la
Zij
288 MERCURE
Doüairiere , il luy en témoi
gne fa reconnoiffance dans
lon Envoy.
ODE
JĨ
Apollon ,fi jamais ta Lyre
A flaté l'oreille des Rois , I
Etfi les peuples qu'elle attire
En ont jamais beny les droits
Fay fur le ton queje vay prendre l
Qu'elle s'accorde avec mes Vers,
Et que mon chant fe faffe entendre
Avec elle à tout l'Univers, ka
S
Louis dans fa magnificence ,
Aux neuf Soeurs ouvre fes trefors,
Marquons noftre reconnoiffance
Sur ta Lyre , & dans nos accorts.
S'il eft ton portrait fur la ter
GALANT. 269
Sur le Parnaffe , il est encor
Plus grand que le Dieu du tonnerre,
S'il s'y forme en pluye , elle est d'or.
S
Les riches moiffons de Siciles,
Couvrant du mont le fec gravier .
Par luy touty devient fertile
Tout fruit y charge le laurier.
Ilfait changer en orpotable
Les ruißeaux du facre vallon ;
Il enrichit jufques au fable
De la fonataine d'Helicon.
<
&
>
La pauvreté rude compagne
Des Mufes & de leurs amis ,
Fuit déja loin de la montagne ,
Nulbefoin n'y peut eftre admis .
Toutes les Troupes inquietes
De chagrins & de foins facheux
N'entoureront plus les Poëtes ,
Et ne courrons plus aprés eux ,
Z iij
270 MERCURE
S
$
Phabus donne la joye au monde
Et la rend à fes nouriffons.
L'Auteur d'une Paix fi profonde
Eft le fujet de leurs chanfons ,
Leur temps revient, & leur ramene
L'honneur, le bonheur, le repos :
L'abondance , la corne pleine
S'offre à leur befoin à propos.
8
Heureux habitant du Parnaffe
rang des Poëtes Romains
Au
rang
J'avance fur les pas d'Horace ,
Et fes lauriers cherchent mes mains .
F'entends déja que l'on m'appelle.
A la moiffon des gerbes d'or ,
Phebus pour couronner mon zele
Me nomme & m'ouvre ce trefor.
es
Fe voy dans fa main bienfaisante,
La recompenfe qui m'attend
GALANT. 27!
Et d'une voix plus qu'eloquente .
Il me parle , & je fuis content
C'eft fon aveu que me couronne
C'est fon don le plus precieux ,
Rien n'eft du prix de ce qu'il donne,
Mais ce qu'ildit vaut encore mieux .
Vous le feavez, Nymphes celebres
De Versailles & de Marly
Vous tirez mon nom des tenebres
Phoebus le fauve de l'oubly
Vous avez eftimé ma lyre,
Vous avez animé mes chanfons ,
C'est ce fuffrage qui m'attire ,
Et ces honneurs & ces moiffons.
Et vous , fontaines merveilleufes,
Mes delices , mes plus douxfoins ,
Joignez vos voix melodicufes
Au doux concert où je vousjoints .
Contre les droits de la nature ,
Z iiij
272 MERCURE
Vous pouffez vos eaux jufqu'aux
Cieux ,
Loüez par leur fçavant murmure = 3
Le Heros qu'on louë en tous lieux.
S
Et vous , delicieufe Seine ,
Quipour obeirau Heros.
De fleuve devenez fontaine ,
Et reglez à fon gré vos flots
Rendez- les encor plus dociles ,
Surla montagne de Marli
Et faites par vos eauxfaciles
De ce Vallon un Tivoli .
S
1
Autant de fois fur vos rivages
Qu'avec une Cour de fon choix
Il vous verra dans ces Boccages
Regler voftre cours fur fes loix.
Qu'en repos prés de vous paisible
Il fufpendra fes grands travaux
Que rien ne vous foit impoffible-
NA
GALANT.
273
Que rien ne le foit à vos eaux.
ន
Et moy , de coeur de memoire
Toujours zele reconnoiffant ,
Louis , je chanteray ta gloire ,
Et tout ce qui te rend puiſſant.
Toujours ayant pour guide Horace
Iefçauray parmes vers latins
Graver tes bienfaits au Parnaffe
Pourgarants de tes beaux deftins ..
2
Tout ce que te doit l'Hefperie ,.
Aßez d'autres le chanteront..
Tout ce que te doit la Patrie
Nos voisinspartout le diront ,
Tes refus de plufieurs Couronnes
Ton pouvoir d'y nommer des Rois
Cette paix qu'en vainqueur tu don
nes
C'est ton deftin , cefont tes droits.
S
274 MERCURE
Du merite resource unique
LOUIS , feul Protecteur des Arts ,
En valeur comme en Politique
Centfois plus grands que les Cefars.
Si je te dois ma paixprofonde
Tu jouiras de mon repos ,
Mais vers diront par tout le monde
Ce que je dois à fon Heros.
ENVOY AU ROY..
E fçay comment fe fait une Ode ,
Et ne fçay pas encor comment
Se fait un vray remerciment
Ce ftile n'eft guere à la mode ;
Remercier pourtant n'est pas chofe
incommode,
Et cependantfans toy dans le facré
Vallon
Grand Roy, les enfans d'Apollon
En auroient perdu la metode
GALANT
275
Pour ma Mufe du moins , dans ce que
j'yproduis
Elley fçait bien cueillir quelquefleur
inutile
Mais elle nefçait pas y recueillirdes
fruits.
I'ay beau changer de ton de ftile,
Quandje rens graces je traduits ,
Boutard , digne de ton eftime ,
Grand Roy, digne de tes bienfaits,,
Chante en latin , &moyje rime
Chacun à fafaçon , nous vantons tes.….
beaux faits
Même zele nous affocie.
Il chante tes Iardins , je chante tes
Exploits.
Tu luy fais de grands biens qu'en
latin il publie .
Quandte diray-jeen bon Françoiss
Grand Roy , queje te remercie ?.
276 MERCURE
A MADAME
LA PRINCESSE
A
DE CONTY ,
LA DOUAIRIERE.
ENVOY.
Parfaite
image du Soleil.
Son Portrait leplus vif, &
fa premiere Fille ,
Objet comme luy , fans pareil ,
Ornement defon ciel , honneur de fa
famille ,
CONTY , chef- d'oeuvre d'Apollon
Son fidele miroir , fon vivantparelie.
Reffource dufacré Vallon.
GALANT 277.
Dont l'aspect feul dit plus que ce
qu'on en public.
A l'exemple du Dieu qui ramenant
lejour.
Selon les fonds divers rend la terre
feconde.
Vous eftes la joye & l'amour ,
Du Parnaffe & de tout le monde.
Comme luyrépandant des trefors, des
bienfaits
Vousfaites en tous lieux benir voftre
prefence
Refpects , amour , reconnoiffance ,
Devos fimples regards font les moindres
effets ,
Comme luy dans les biens que vous
aimezà faire.
Vous aimez à les partager,
Et vous avez l'art d'obliger ,
Aufi bien que celuy de platre..
Vous donnez à chaque moment
278 MERCURE
De quelque vray remerciment ,
Et le fujet & la methode.
On ne vous parle point auffi ,
Qu'on ne vous dife grand mercy.
Auprès de vous , ce terme eft à la
mode :
Vour
+
le pallez , mais ce n'est pas
ainfi
Que Boutardparle dans fon Ode ,
Ce qu'il dit à Louis le Grand,
Eft d'un tour bienplus difficile ;
Et ma Mafe , qui voit que maplu
me eft docile ,
Voudroit fur un fujet comme celuy
qu'il prend.
Achever de former mon ftyle ,
Qui traduit , parle ne fent rien ,
L'efprity met bienpeu de chofe ,
Et le coeur u'y met rien du fien ;
Traduire bien & Vers & Profe ,
N'eft point penfer c'est parler bien:
GALANT - 279
Et quand Louis le Grand propofe
Des fujets de remercier ,
Je croirois mon bonheur extrême,
S'il daignoit me faire eſſayer
Sije fçaurois penfer de mefme .
On a eu avis du Fort - Royal
de la Martinique , que le 30
Septembre dernier , on fit
dans la Paroiffe du Fort Saint
Pierre qui eft adminiftrée
par les Jefuites , un Service
folemnel pour feu Son Alteffe
Royale Monfieur , par les
foins de Mr Robert , Inten .
dant des Iles Françoiles de
l'Amerique. L'Eglife , qui
eft belle & fpacieuſe , eftoit
280 MERCURE
tendue de noir depuis la
voute jufqu'en bas. On y
avoit élevé un fuperbe Mau .
folée, avec une belle Chapelle
ardente, conſtruite exprés aux
armes du Prince , & chargée
de plus de cinq cens cierges,
Tous les Corps y affifterent
avec un monde infini , car
on n'avoit encore rien veu
de femblable dans les lles-
Mr le Comte d'Eſtrées , General
des Ifles , eftoit venu exprez
dés le jour precedent à
la Ville de Saint Pierre , pour
affifter à cette Pompe fune
bre. Ilen partit le lendemain
GALANT. 281
la nuit. Il fe trouva mal à
fon retour , & les Octobre
il expira à une heure aprésmidy
, munyde tous les Sa.
cremens & univerfellement
regretté. Il est mort en la
foixante troifième année de
fon âge aprés s'eftre fignálé
dans un grand nombre d'oc .
cafions , & fur tout au com.
bat de la Hogue , où il com
mandoit le Soleil Royal fous
M' le Comte de Tourville . Il
eftoit Chef d'Efcadre , & il
n'y avoit qu'un an que Sa
Majefté l'avoit nommé General
de toutes les fles .
Decembre 1701
A a
282 MERCURE
L'Homme de Cour de Bal..
rafar
7
Crown , traduit
par
M
Amelot
de
la
Houffaye
,
&
tres
confiderablement
aug
.
menté
de
Notes
hiftoriques
⚫du
même
Auteur
, paroift
depuis
peu
, avec
un
fuccés
qui
répond
à
la
réputation
du
Traducteur
, ainfi
qu'à
la
haute
idée
qu'à
donné
de
luy
par
fes
.
Ouvrages
, le
fpirituel
&
fçavant
Gratian
qui
a
compofé
ce
livre
, eftimé
de
toutes
les
Nations
. Un
ouvrage
de
cette
nature
ne
sçauroit
eftre
trop
lâ
, puifqu'on
ne
le
peut
lire
avec
quelque
forte
d'applica
GALANT. 283
tion fans tirer beaucoup d'avantage
de cette lecture , qui
fait concevoir encore plus de
chofes que l'Auteur n'en dit
quoy que fon ftile concis &
ferré , renferme autant de pen.
fées que de paroles . Ceux qui
font attachez à la Cour doi
vent fçavoir cet ouvrage par
coeur , & ceux à qui leur profeffion
ne permet pas d'y de.
meurer, ne doivent pas moins
apprendre à fond tout ce qu'il
contient, afin de fçavoir comment
on vit à la Cour , ou du
moins de quelle maniere on
y doit vivre. Ce livre fe vend
Aaij
284 MERCURE
chez le S Damien Beugnie ,
dans la grande Salle du Palais ,
au Pillier des Confultations
au Lion d'or.
Le même Libraire debire
auffi depuis quelque temps
l'Hiftoire de la Conqueste d'An
gleterre , par Guillaume II. Duc
de Normandie , avec la Carte
la Maiſon Royale d'Angleter
re dans l'onziéme fiecle. Ce
livre eft fort curieux , & plu
fieurs raifons doivent porter
à le lire . On peut par certe lece
ture faire la comparaifon des
deux Guillaumes qui ont fait
la Conquefte d'Angleterre.
GALANT. 285
Le premier s'eft élevé à cette
dignité par la valeur , & par
la force de fes armes , & l'autre
par fon adreffe , par fon efprit,
& par fa politique.
Le S Coignard , Imprimeur
ordinaire du Roy & de
l'Academie Françoife , vient
de nous donner deux Traitez
de Saint Auguſtin , traduits
en François fur la nouvelle
edition latine des Peres Bene
dictins de la Congregation de
Saint Maur , par M'de V. qui
nous a déja donne la Traduc
tion des livres de la Doctrine
de Foy , Son ftile a esté trouvé
286 MERCURE
fi pur fipur & fi naturel , que comme
il n'a pas employé moins
de foins à la traduction de
ceux cy , on fe peut promettre
un grand plaifir de cette
lecture. Ces deux Traitez font
les Livres de l'Ordre & les Livres
du Libre Arbitre. Saint Auguſ
tin fait voir dans ceux qu'il a
compoſez del'Ordre comme la
Divine Providence , toûjours,
attentive au gouvernement
de l'Univers , prefide à tous
les évenemens & à toutes les
difpofitions des Creatures.
Quoy que ces matieres foient
traitées fans art & fimple-
噜
EGALANT 27
ment , onne laiffe pas d'y découvrir
en plufieurs endroits
fon éloquence , qui y preſente
à l'efprit de 'vives images &
de brillantes idées. On n'y
peut trop admirer l'éleva
tion & la facilité du genie
de ce Pere de l'Eglife. Il s'en
tretient avec de jeunes gens
qu'il inftruit, &fe proportion .
nant à leurs connoiffances,
il ménage leurs forces ; il fait
valoir leurs pensées ; il leur
aide à en produire de nouvelles
, & tenant en fa main la
clef de la Science , il leur en
ouvre peu à peu l'entrée , &
288 MERCURE
les
par
routes
les plus
riantes
& les plus
delicieufes
, il les
mene
jufqu'au
fanctuaire
de
la Verité
. Quant
aux Livres
du Libre
Arbitre
, ce font
proprement
des Dialogues
où S.
Auguftin
s'entretient
avec
Evode
, l'un de fes Amis
. Le Li
bre Arbitre
y eft folidement
établi
, & la bonté
de Dieu
parfaitement
juftifiée
dans
la
Creation
de l'homme
, dont
il
prévoyoit
la chute
volontaire
.
Ce deffein
embraffe
bien
des
queftions
, & aucune
n'eft
échapée
au vafte
genie
de ce
grand
Docteur
. La folide
pieté
du
GALANT 289
du Traducteur paroift dans le
choix qu'il fait de ces Ouvra
ges pour employer le talent
qu'il a de bien écrire , & la retraite
qu'il a preferée depuis
tant d'années au commerce
dangereux du monde , eft une
preuve inconteſtable de fon
entier dévouement à tout ce
qui regarde la gloire de Dieu.
M's Joly de Fleury , Freres ,
tous deux Avocats Generaux ,
l'un au Parlement , & l'autre
à la Cour des Aides ,
fe diftinguent tellement dans
leurs emplois , qu'ils s'attirent
Decembre 1701. Bb
290 MERCURE
tous les jours de nouveaux
applaudiffemens. C'eft ce qui
a donné lieu à ces Epigrammes
latines de M' l'Abbé le
Houx.
IN CLARISSIMOS FRATRES
D. DOMINOS
JOLY DE FLEURY ,
Catholicos Advocatos vereque
Regios Oratores.
EPIGRAMMATA .
ALterusAlcides LODOIX dum
claviger armis
Defuper invictis impia monftra
domati
GALANT 291
Patricii Juvenes , gemine duo fulmina
Linguæ ,
Omnia vos gemini monftra necate
Fori.
ALIUD.
Nunc Fora nobilitat concors facundia
Fratrum ,
Etftirpe ex unafulgura bina micant.
ALIUD.
Vox facunda Fori Fratres fobolefcit
in ambos
Diffimiles annis , eloquioque pares
.
Je ne vous aurois pàs envoyé
ces Epigrammes , fi
elles avoient paffé quatre
Bb ij
292 MERCURE
Vers. C'est ce qui m'empêche
de vous faire part d'un
fort bel Ouvrage Latin du
Pere Pingré Jefuite , Profeffeur
au College de ****
fur la naiffance de Monfieur
le Comte d'Eu , fecond Fils .
de Monfieur le Duc du Mai-
L'Auteur appelle Mars
& Apollon pour venir prendre
foin de cet Enfant dans
fes premieres années , & par
une agreable fiction Poëtique
, il fait paroiſtre l'une
& l'autre Divinité avec l'ac
compagnement qui leur con .
vient. Ces deſcriptions font
ne .
GALANT .
293
vives , & ce petit Ouvrage
finit par des fouhaits de voir
cet Enfant croistre pour faire
briller tous les avantages d'un
illuftre Sang , eftant né d'un
Pere qui n'a pas moins merité
les faveurs de Mars que celles
de Minerve.
Je vous envoye un Air
nouveau de la compofition
deM' Mefnil Marchand . Les
Paroles font de Mr de Saint
Lubau.
Bb iij
294 MERCURE
AIR A BOIRE.
NEE cherißez que le jus de la
Tonne
Amans , pour adoucir vos cruelles
langueurs ,
Puifque le Dieu du Vin vous comble
de faveurs ;
Profitez des bienfaits que fa bonté
vous donne >
Et preferez les douceurs de l'Automne
Auxplus tendres attraits de la faifon
des fleurs,
Mr Hory qui a efté en
Efpagne , d'où il eft revenu
depuis quelques mois , eftant.
Dec
ne cherissezque lejus dela ton
Ne che rissenque le jusde la ton
•neAmans pou
ne,Amanspou
eller lan gueurs.Puisque leDieu du vin vous comble defaveurs,Trofiter des bienfay
eller,lan gueurs, Puisque le Dieu du vin vous comble defaveursProfitezdes bienfai
donne ,&tpreferez
les douceurs
de l'automne ,Aux plus tendres attraw, de la saison
donne, preferez
les douceurs
de l'automne
,Aux plus tendres
attrais de la saison
rez proferez
les douceurs
de l'automne
, Auxplus tendres
attr
+
Et preferen
les douceurs
de l'automne
, Aux plus tendres
at
de la sau
4
GALANT: 295
a
penetré de l'accueil qu'on luy
a fait à Madrid , & des honneurs
qu'il y a receus , en a
voulu témoigner icy fa reconnoiffance
à M' l'Ambaffadeur
d'Espagne , à toute fa famille,
à Mr l'Envoyé Extraordinaire
de cette Couronne , & à
toutes les perfonnes qualifiées
de la mefme Nation
qui font à Paris. Cette reconnoiffance
a éclaté par un
des plus magnifiques festes
que le bon gouft puiffe inventer
& que la profufion
puiffe foûtenir . M' l'Ambaf.
fadeur d'Efpagne fe rendit
Bb iiij
296 MERCURE
chez Mr Hory , avec trois
caroffes fur les fix heures du
foir. Il avoit avec luy Mr. le
Marquis , мrl'Abbé , & мr le
Chevalier de Saint Manat fes
trois fils. Don Franciſco de
Eguaras , Envoyé Extraordi
naire d'Espagne y arriva en
mefme temps avec Don Pedro
de Zuñiga , frere de Mr
le Duc de Bejar Grand d'Ef,
pagne . MrHory vint recevoir
Son Excellence à la portiere
de fon Caroffe. La Cour eftoir
éclairée par des pots de feu, &
T'efcalier par un grand nombre
de plaques, M Hory l'ate
GALANT: 297
tendoit dans la premiere pie.
ce de fon appartement avec
huit Dames fort capables
d'orner une fefte . Aprés les
les premieres civilitez on
vifita
l'appartement compofé
de fept pieces de pleinpied
, toutes magnifiquement
& differemment ornées &
meublées , & également é
clairées par des luftres & par
de riches girandolles. On y
admira les tableaux & les
bronzes. On fit enfuite plu
fieurs tables d'Ombre , d'au .
tres joüerent au Trictrac
d'autres aux Efchets . Chacun
298 MERCURE
s'y occupa felon fon gouft.
Mr le Marquis de Louville ,
Mr le Comte de Clairambaut
, Mr le Baron de Breteüil
& beaucoup d'autres
François de confideration
,
s'y rendirent à peu prés à la
meſme heure. Sur les dix heures
on defcendit dans une
espece de galerie fort ornée,
bien chauffée & fort éclairée,
où l'on trouva deux tables
de quinze couverts chacune ,
fervies en mefme-temps , &
de la mefme maniere , &
chacune ayant fon buffet feparé
. Rien n'eftoir plus riche
GALANT. 299
que ces deux bufets . Pour le
repas , la deſcription en feroit
trop longue , il fut à
quatre fervices , dont chacun
eftoit d'un grand milieu de
table , & de quatorze plats à
l'entour , outre les hors d'oeu
vre. C'eftoient tous mets
exquis & plats nouveaux &
recherchez. On se récria (ur
tout à l'entremets , & encore
plus au fruit. Tout ce qu'il
y a de plus rare en vins & en
liqueurs y fut auffi prodigué.
Après le foupé , on remonta
dans le mefme appartement
,
où l'on trouva un concert de
.
300 MERCURE
On chanta le
tout ce qu'il y a de plus ef
timé à l'Opera , en voix & en
inftrumens .
Prologue de Roland & quelques
Scenes du mefme Opera.
Mr l'Ambaffadeur qui
aime la Mufique , & qui la
fçait parfaitement , en fot
charmé. Il dit à Mr Hory qu'il
fembloit qu'on cuſt reſervé
pour ce jour là tout ce qu'il
y avoit à Paris de plus delicat
& de plus rare. En fortant
de ce cabinet , on entra
dans une grande chambre où
l'on trouva le fameux Mr
Beauchamp habillé à l'Eſpa,
GALANT 301
gnole , Mademoiſelle Beauchamps
maſquée , auffi de fort
bon gouft , & un Arlequin
excellent. Ils danferent plufieurs
danses , Mr l'Ambaſſadeur
& toute l'Affemblée lesadmirerent
, mais rien ne furprit
tant Son Excellence , que de
voir fans mafque , мr de Beauchamp
, & d'apprendre fon
grand âge. Ces danſes furent
fuivies d'un petit Bal où l'on
fervit encore une magnifique
collation avec du chocolat ,
& toutes fortes de liqueurs.
On fe retira à trois heures
aprés minuit. Cette Fête eut
302 MERCURE
tout le fuccez qu'elle meriroit.
Le Samedy 17. de ce mois ,
les Chevaliers
de l'Ordre
Royal , Militaire & Hoſpitalier
de Noftre - Dame du Mont
Carmel & de Saint Lazare de
Jerufalem
, qui avoient tenu
Chapitre le jour precedent
,
dans une des Salles de l'Ab .
baye de Saint Germain des
Prez , celebrerent
dans l'Egli .
fe de cette Abbaye , la Feſte
de Saint Lazare , Patron de
leur Ordre . Cette ceremonie
fi finguliere
, & fi
m'a
paru
digne
de voſtre
curiofité
que
GALANT. 303
j'ay cru ne devoir pas oublier
de vous en parler. Je vous ay
plufieurs fois entretenuë de
cet Ordre Militaire qui a donné
la naiffance à tous les autres
, & que le Roy a rétabli
dans fa premiere fplendeur.
Je vous fis part au mois de
Juillet dernier d'une Ode latine
fur ce fujet compofée
par M' l'Abbé Boutard , traduite
par M' l'Abbé du Jarry ,
& adreffée à M' le Marquis de
Dangeau , qui foûtient ſi bien
toute la dignité de l'Ordre.
Ce Grand Maiftre , depuis
qu'il a esté nommé par le
1
304 MERCURE
Roy , & confirmé par les Bulles
d'Innocent XII. n'a point
ceffé de pourvoir à tout ce qui
pouvoit relever la gloire des
Chevaliers dont il eft le digne
Chef. Non content d'affurer
leurs anciens Privileges , il a
depuis peu fait revivre l'ufage
de leurs anciens habits , dont
la figure s'eft confervée en un
tableau qui ſe voit encore
dans la Commanderie de
Grattemont , & a refolu dans
un Chapitre general , qu'ils le
porteroient les jours de ceremonie
, pour les faire fouvenir
de fa pieté & de la valeur
GALANT . 305
de leursPredeceffeurs qui l'ont
porte , & rendre par ce moyen
la pompe plus augufte . En effet
, elle n'a jamais eu tant
d'éclat ny plus de majesté.
Vous en jugerez par le détail
que je vais vous en faire.
A la tefte marchoit l'Huiffier
de l'Ordre veftu d'un juf
teaucorps de drap amarante
& portant fa Maffe . Il avoit
une Croix en médaille , attachée
par une chaine à la bou
tonniere comme les Freres
fervans. Le Heraut de l'Ordre
le fuivoit ayant une cotte
d'armes de velours tanné
Décembre 1701. Cc
3.6 MERCURE
amarante doublé de fatin verd
bor dée d'or & chargée devant
derriere & fur les deux manches
d'un cartouche aux Armes
de l'Ordre . Il y avoit écrit
en lettres d'or au bas de ces
manches d'un colté , Ordre
de Noftre Dame du Mont Carmel,
& de l'autre, Ordre de Saine
Lazare de Feruſalem; Il avoit
une toque du même velours &
de la même couleur , avec une
aigrette noire , accompagnée
de deux Plumes , l'une amarante
, & l'autre verte . Il portoit
en main bafton couvert
de velours amarante aux chiGALANT.
307
fres de l'Ordre,avec des Fleurs
de Lis femées en broderie
d'or .
Immediatement aprés le
Herault, paroiffoient les Eleves
de l'Ordre en habit court
amarante. Ce font de jeunes
Gentilshommes ifius des meilleures
Maiſons de France ,que
M' le Grand Maiftre fait élever
dans les exercices conve
nables à la Nobleſſe , & qui
font comme une pepiniere de
Chevaliers , dont la Religion
& l'Etat tireront un jour de
grands fecours.
Enfuite s'avancerent les
Cc ij
308 MERCURE
Novices de l'Ordre qui de
voient entrer ce jour là dans.
le Corps des Chevaliers . Leur
habit eftoit une Soubreveſte
de fatin blanc , chargée de la
Croix de l'Ordre avecun man .
telet de taffetas vert . Les Chevaliers
Laiques & les Commandeurs
qui les fuivoient ,
faifoient la plus noble partie
de la pompe , tant par le nom ..
bre qquuee ppaarr la richeffe deleur
habillemens. C'eftoit un manteau
de velours tanné amarante
, doublé de farin vert , tombant
à fleur de terre , & traî
nant d'un pied par derriere ,
GALANT. zon
bordé fur les deux coftez du
devant , d'un bord d'or , ayant
au haut par derriere une mo .
lette auffi de velours doublé
de fatin . Ce manteau eftoit
attaché par devant à trois
doigts du cou , avec une bou .
tonniere d'or à queuë , & retrouffé
du cofté de l'épée d'u
ne pareille boutonniere. Sur
le cofté gauche eftoit la Croix
de l'Ordre , écartelée d'ama:
rante & de finople , brodée
de foye , bordée d'or , cantonnée
de quatre fleurs de lis de
même , & chargée dans le centre
de l'image de la Vierge . Il
300 MERCURE
y avoit fous ce manteau une
foubrevette ou efpece de Dalmatique
de fatin blanc , char.
gée devant & derriere , & fur
les manches , dans toutes leurs
hauteurs , d'une Croix de mê,
me , mi- partie de vert & d'amarante
, lizerée d'or , avec
des manches de deffous fermées
jufques au poignet , de
fatin amarante. La culote &
les fouliers eftoient de velours
auffi amarante , & les bas de
la même couleur. Leur habil .
lement de tefte eftoit une to .
que
du même velours & de la
même couleur , avec un corCALANT:
31
don d'or & une aigrette- noire,
& ils avoient la Croix de l'Ordre
pendue au col à un ruban
large tanné amarante , les uns
d'émail , la pluſpart de diamans.
Ils precedoient ainfi le
Grand Maiftre , qui marquoit
fa dignité par un habit plus
riche que celuy des autres .
Son manteau qui eftoit de la
même couleur & étofe que
celuy des Chevaliers , avoir la
queuë plus longue , & eftoit
femée de fleurs de lis d'or , &
des lettres initiales des deux
Ordres entrelaffeées & bro312
MERCURE
dées d'or. Sa toque femblable
aux autres eftoit retrouffée
avec une rofé de diamans , &
fa foubrevefte qui estoit couverte
de fon Cordon bleu , outre
la Croix de l'Ordre dont
elle eftoit chargée , brilloit en .
core de la Croix pectorale , qui
eftoit toute de pierreries , &
qui pendoit par devant avec
un grand ruban ondé amarante.
La marche eftoit fermée
par les Chevaliers Ecclefiaftiques
qui alloient aprés le
Grand Maiftre , & dont l'habillement
ne cedoit point en
magnificence
GALANT. 313
magnificence à celuy des Che
valiers Laïques ; ils eftoient
revêtus d'une foutanne de
moire amarante , avec la ceinture
de foye de plufieurs couleurs
, & d'un camail de mefme
étoffe , doublé de fatin.
vert , chargé fur le bras gauche
de la Croix brodée de .
foye & d'or. Ils avoient fous
le camail un rochet de point
d'Angleterre , fur lequel pendoit
la Croix Pectorale d'or & :
d'émail , attachée avec un
grand ruban ondé amarante .
Leurs bas & leurs fouliers
eftoient de la mefme cou
Décembre 1701.
Dd
?
# 4 MERCURE
Jeur , & leur bonnet quarré
eftoit noir.
Telle fut la marche des
Chevaliers de Saint Lazare
qui partirent en cet habit
deux à deux , de la falle , où
s'affemble le Chapitre Gene.
ral de l'Ordre pour le rendre
dans l'Eglife. Ils fe rangerent
tousfur deux lignes dans
la nef , qui eftoit parée de
riches tapifferies , & le placerent
fur des fieges couverts
d'étoffe amarante ; ' de forte
que les principaux Officiers
de l'Ordre , comme le Chancelier,
le Procureur General,
GALANT
3'5
le Prevost , le Treforier & le
Greffier approchoient de plus
prés le Grand Maitre qui
avoit à fes coftez les Cheva
liers Ecclefiaftiques . Au com
mencement de la Meffe, tous
les Chevaliers qui estoient
entrez couverts dans l'Eglife,
ofterent leur toque , & fe
mirent à genoux , & s'eftans
affis à l'Epiftre , ils fe leve .
rent à l'Evangile , pendant
lequel ils tinrent leurs épées
nuës , felon l'ancienne coû.
tume , auffi bien qu'à l'éleva
tion de la fainte Hoftie , pour
marquer qu'ils font preits à
1
Ddij
316 MERCURE
deffendre la Religion , & à
répandre leur fang pour les
interefts de la Foy. Cette
ceremonie ne parut pas moins
extraordinaire que celle de
l'Off ande , où le Prevost de
l'Ordre tenant à la main unc
baguette noire , bordé d'yvoire
par un bout , fortit de
fon rang , & vint au milieu
de la neffaire une reverence
au maître Autel , en pliant
les genoux fans baiffer le
corps , & enfuite une autre
au grand Maitre pour l'åvertir
d'aller à l'Offrande . Le
Grand Mailtre averty , fit la
GALANT 3 :7
mefme reverence à l'Autel ,
au milieu de la nef , & deux
autres aux Chevaliers , fe
tournant de leur cofté à droite
& à gauche. Le Prevoſt , aprés
Favoir precedé & reconduit
en fa place , falüa une ſecon
de fois l'Autel au milieu de
la nef, le Grand Maitre &
puis les Chevaliers pour leur
donner le mefme fignal . Ils
fortirent de leurs places
deux à deux , & avant que
d'aller à l'Offande , ils firent
la mefme choſe que le Grand
Maiftre.
La Meffe finie , le Grand
Dd iij
318 MERCURE
Maitre fottit de fon fiege
pour en aller occuper un autre
qu'on luy avoir preparé
auprés de l'Autel du cofté de
l'Evangile pour y recevoir les
nouveaux Chevaliers . 11 ettoir
precedé de l'Huiffier de l'Or.
dre , du Herault, des cinq prin
cipaux Officiers , & du plus
ancien des Chevaliers qui fe
rangerent à droite & à gauche
, aux coftez de fon fau
teül ; fçavoir à fa droite le
plus ancien Chevalier qui
eftoit ce jour- là Mr le Com .
mandeur de Semonville , le
Procureur General de l'Or
GALANT 319:
•
dre , qui eft de Mr de Ge
nouillac , & le Treforier qui
eft . Mr Breget, Mr de Gue
negaud Chancelier eftoit à fa
gauche , enfuite Mr de Sau .
leux Prevoft , & Mailtre des
Ceremonies de l'Ordre , & Mr
de S. Olon qui en eft le Gref
fier, Chacun d'eux y avoit
fa fonction . Le Chancelier
tenoit devant le Grand Maî
tre le Livre des Evangiles
qu'il avoit receu des mains du
Preftre Affiftant , & fur lequel
le Recipiendaire prefte le ferment,
qui luy eft lû à haute
voix par le Greffier. L'ancien
D d iiij .
320 MERCURE
Chevalier prefentoit au Grand
Maiftre l'épée qu'il devoit
donner au nouveau Chevalier.
Le Treforier luy prefentoit la
Croix , le Procureur general
leLivre des Statuts de l'Ordre,
& le Prevost ou Maistre des
Ceremonies le Manteau . Toutes
ces chofes leur avoient
efté mises entre les mains par
Mr Pezoy Heraut de l'Ordre,
Les Recipiendaires fe prefen .
terent devant le Grand Mai.
ftre en habit de Novices, qui
confiftoit en la Soubreveste
de l'Ordre feulement , & fans
Manteau , au lieu duquel ils
GALANT 321
portoient uneCapote de fatin
vert , doublée d'un taffetas de
la mefme couleur . Ils avoient,
ainfi que les Chevaliers , la Ca.
lote & les fouliers de velours
amarante , & la Toque de
mefme , armée d'une aigrette
noire . Le Grand Maitre les
reveftoit du Manteau de l'Ori
dre en les recevanr ;
Cette Ceremonie fut augufte,
& fe fit avec beaucoup
d'ordre & d'édification . Mrle
Cardinal de Furftemberg, Mr
le Nonce , & мr l'Ambaffa :
deur de Venife la virent d'une
Tribune qui regardoit à coſté
322 MERCURE
du Choeur des Religieux,
Plufieurs autres Miniftres
& Seigneurs Etrangers , & plu .
fieurs perfonnes de qualité &
diflinction de l'un & de l'autre
Sexe y affifterent . Mrle Duc
de Rohan , Mr. le Marquis de
Torcy , Mr le Comte de Tallard
, Mt le Comte de Briord ,
Mr de Seignelay , Mrs les Ab .
bez de Louvois , de Pompone,
& de Polignac , Madame la
Ducheffe de Saint Simon ,
Mefdames d'Hudicourt & de
Grancey; Madame la Maré .
chale d'Eftrées , Madame la
Prefidente de Menars , Ma
GALANT, :3 23»
dame la marquise de Sommiers
étoient de ce nombre.
Vous remarquerez que les
habits dont je viens de vous.
faire la defcription , en vous
parlant de la marche des Che
valiers , ont efté fort differens
de ceux dont ils fe font fervis
dans les autres Ceremonies.
Ce changement eft venu de
ce que M' le Grand Maiſtre ,
& le Confeil de l'Ordre ayant
trouvé que les Jufte au corps,
quoy qu'uniformes , avec lefquels
ils y avoient affifté les
autres fois , ne convenoient
point à la Regle & la dignité
324 MERCUR
E
de cet Ordre , fe font crus en
gagez à redoubler à cet égard,
Fattention qu'ils employent
fans relâche à tout ce qui peut
le rétablir dans la regularité de
de les fonctions , & dans l'é.
clat de fon ancienne fplen.
deur . Dans ce deffein ils ont
eu recours aux recherches les
plus exactes , afin de fe confor
mer à ce qu'ils pourroient re
couvrer dans leurs anciens regiftres
& Monumens ; & fui.
vant ce qu'ils y ont découvert
ils fe font refolus , aprés en
avoir obtenu la permiffion du
Roy, Fondateur , & Souverain
Protecteur de l'Ordre , à ac
GALANT
325
commoder l'habit antique des
Chevaliers de Saint Lazare ,
avec ce qui leur a ſemblé convenir
à l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel , qui
y eft joint , & ce fut dans cet
habit qu'ils parurent pour la
premiere fois le 17. du mois
paffé , dans l'Eglife de Saint
Germain des Prez ; où , comme
je vous l'ay déja marqué ,"
ils celebrerent laFefte de Saint
Lazare. Il y a des Freres Servans
dans cet Ordre , ainfi
que dans celuy de Malte.
Comme ils ne parurent
point dans cette derniere Ce ,
326 MERCURE
魂
remonie , je nevous ay point
décrit leur habit. Ileft de drap
de couleur amarante fur le
même modele que celuy des
Chevaliers , avec cette difference
, que leurs manteaux
ne font point doublez , qu'ils
ne tombent que jufques à qua.
tre doigts de terre , fans eftre
bordez ny agraffez d'or , mals
feulement de foye aurore , &
que leurs Soubreveftes
leur Croix de deffus ne font
que dérofe de laine.
&
Le 25 du mois paffé , les
Irlandois du Seminaire Sainte
Anne la Royale de Bordeaux,
GALANT. 327
firent faire dans leur Chapelle
un Service folemnel
pour le repos de l'Ame de
Jacques IL Roy d'Angleter
re , d'Ecoffe & d'Irlande. Ce
jour- là Mr le Premier Prefi
dent fe rendit à leur Chapelle
à dix heures du matin à la
tefte du Parlement & des autres
Cours fuperieures , avec
Mrs les Maires & Jurats , &
Mrs les Juges & Confuls de
la Bourfe , & une Affemblée
choifie de tous les Etats &
de's perfonnes de l'un & de
l'autre fexe , les plus qualifiées
& les plus diftinguées de la
328 MERCURE
Ville L'appareil irifte & tené?
breux qu'il y trouverent, leur
fit dire mille chofes touchan:
tes fur la vie & fur la mort
?
de ce Monarque , & de ce
Heros Chreftien , & fur l'ef.
fort que faifoit cette Nation
toûjours fidelle pour en marquer
a douleur . L'Eglife
eftoit tenduë de noir depuis
le haut jufqu'en bas , les écuffons
aux armes d'Anglerre ,
d'Ecoffe & d'Irlande en fais
foient deux fois le tour dans
la nef , & le fond eftoit par
tout femé de larmes blan-.
ches . Tout le Presbytère
GALANT. 329
eftoit doublement tapiffé &
les êcuffons depuis le haut juf
qu'à terre , & les vuides fe :
mez de larmes . !
L'Autel eft un retable fe
paré du fond qui occupe tou .
te la largeur de l'Eglife , &
ſe prefente en pentagone. Il
eft de cinquante- huit pieds de
hauteur. Du milieu s'éleve
une pyramide de cinquante,
trois pieds d'élevation . Le haut
étoit couverte d'une étoffe
couleur de Ciel , femé delar .
mes noires, & au devant étoit
une campane , dat les vuidės
cftoient occupaz par de groß
Decembre 1701.
Ee
310 MERCURE
fes houpes de foye blanche
& noire . Aux extremitez
tomboient à gros boüillóns
de grands feftons de drap
noir qui defcendoient jufqu'à
terre. De la pointe de la pyramide
fortoit une flamme
qui fe perdoit dans un nuage
fombre dans fon fond , mais
refplendiffant dans le haut
de fon ciel Aux coftez de
cette pyramide s'élevoient
deux grandes aifles de drap
noir déployées , & le recourbant
chacune de lon costé ,
elles formoient une efpece
de fleurs de Lys toute femée
'
GALANT. 331
d'écuflons & de larmes , le
ciel , le fond , & tout le dedans
de l'Autel eftoient ten .
dus de velours noir , le ta
bernacle & le devant d'Autel
de mefme , le tout femé de
larmes & de teftes de mort à
fond d'argent.
Le Maufolée eftoit élevé au
milieu de la nef , ledais à
frange d'argent , foûtenu par
quatre grands pilliers de quarante-
quatre pieds de hauteur
peints en noir , & cou .
verts de larmes d'argent. Du
ciel du dais fortoient un
grand nombre de girandol
1
1
Eeije
332 MERCURE
les , toutes garnies de cierges.
Sous le dais & au milieu du
Mauſolée eftoit la reprefen
tation couverte d'un drap de
velours noir , femé de larmes
& croisé de moire d'argent.
Les Honneurs eftoient placez
tout autour. Derriere la tefte
eftoit pofée une grande Cou.
ronne , couchée & foûtenue
par deux palmes , le Sceptre
à coſté. Du cofté droit de
l'épaule droite eftoit un caf
que & un corfelet , & à l'épaule
gauche eftoient deux
épées , pofées en fautoir , l'une
nuë , & l'autre dans le
GALANT. 333
fourreau , le tout fur des baf
fins d'argent , & couverts
d'un crefpe noir. Tous les
degrez du Maufolée eftoient
également éclairez en tour
fens & de tous coſtez , &
la hauteur de la reprefenta
tion s'élevoit tout autour une
ovale de cierges extrémement
élevez qui aboutif
foient où les girondeles qui
fortoient de l'imperial , commençoient
à paroiltre , ce qui
faifoit une fymeterie agrea
ble, quoy que lugubre. La
porte de dehors eftoit tendue
de noir , femée d'écuffons &
334 MERCURE
de larmes , avec le Portrait
de Sa Majesté entouré decy
prez.
Ml'Archevefque de Bor-
04
3
deaux fe trouvant ce jour là
indifpofé , leur envoya M
Pradillon fon Grand Archidiacre
, & Vicaire General
qui officia en fa place avec
les quatre premiers Curez de
la Ville qui affifterent en
chape aux quatre coins du
Maufolée , & qui firent les
encenſemens & les abfouttes
chacun à fon tour. L'Oraifon
Funebre fut prononcée
par le P. Lebret , Souprieur
•
GALANT. 335
des Feüillans , avec un applau
diffement general.
Vous aurez fans doute ap
pris la mort de Meffire Anne
de Lhofpital , Comte de Sainte
Melme , Seigneur de Brethencourt
, Ponthévrard , Garenciere
, Villemanoche, Sorbonne
, Chambourcy & autres
lieux , Lieutenant general
des Armées du Roy , Gouver
neur , Bailly , Capitaine des
Chaffes , & Maiftre particulier
des Eaux & Forefts du Comté
de Dourdan , premier Ecuyer
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur , Oncle du Roy,
35 MERCURE 33
Duc d'Orleans , Chevalier
d'honneur de feue Son Alteffe
Royale Madame Doüairiere
d'Orleans , & de Son Alteffe
-Royale Madame la Grande
Ducheffe de Tofcane , âgé de
foixante & dix fept ans Il
eftoit Fils de Jacques de Lhofpital
, Seigneur de Sainte-
Mefme , Vicomte de Vaux ,
& d'Elizabeth de Barillon ,
Fille de Jacques de Barillon ,
Seigneur de Mancy , Confeillerau
Parlement & de Judith
de Melmes , & laiffe des en.
fans d'Elizabeth Gobelin
dont l'ailné , qui a époufé N.
de
GALANT. 337
de Montbel , d'Entremont
eft Chevalier d'honneur de S.
A. R. Madame la Grande Du
cheffe de Tofcane.
3
On a perdu environ dans le
même temps Dame Margue ,
rite Doublet ,Veuve de m' De.
nis Pichon , Treforier de France
à Paris , quia laiffé pour Fils
Mr Pichon , Maiftre des Comptes
, & une Fille mariée à Meffire
Pierre de la Mouche , Seigneur
de Beauregard , Con .
feiller au Parlement .
Cette mort a efté fuivie de
celle de Dame Marie - Anne
le Moine , Epoufe de Meffire
Decembre
1701. Ff
338 MERCURE
Charles de Villiers Berauld ,
Confeiller du Roy , Maistre
ordinaire en fa Chambre des
Comptes.
Vous avez raifon de dire
que vous n'avez vû de Relation
de l'Entrée de la Reine
d'Eſpagne fur les Terres de Sa
Majeſté Catholique , que dans
ma Lettre , puis qu'aucune
Relation publique n'en a
donne de circonftances . Vous
pourrez dire la meſme choſe
des feftes qui fe font faites à
Barcelone , dont on n'a vû
aucun détail , ce qui en a eſté
imprimé ne contenant que
GALANT 339
tres-peu des lignes.
Leurs M. C. atriverent en
cette Ville -là le 8 : Novembre
à quatreheures aprés midy.Elles
entrerent par la porte qui
eft du cofté de la mer , & vis
vis le Palais où Elles devoient
loger . Elles ne voulurent point
qu'on leur fift d'Entrée, ce qui
fut cauſe que le Canon de la
Ville ne fe fit entendre qu'une
demi heure aprés leur arrivée .
Le Roy & la Reine fe firent
voir enfuite fur un Balcon , où
ils demeurerent une petite de.
mi-heure. La Reine falua les
Dames qui eftoient fur le Bal-
Ffij
340 MERCURE
con appellé du General. Il y eut
le foir des Illuminations par
toute la Ville , & elles dure .
rent pendant trois jours. Le
foir du Mardy , il y eut un Feu
d'Artifice devant le Palais qui
reprefentoit un Chaſteau . On
tira quantité de Bombes d'où
fortirent une infinite de fufées,
& de plufieurs autres fortes de
feux , qui durerent pendant
plus d'une heure & demie. Il y
eut deux autres feux d'artifice
les deux jours fuivans.
Le Jeudy 1o. Leurs Majeftez
allérent enfemble fe promener
en Caroffe à la Ramble,
GALANT 34
Elles avoient entendu le matin
la Meffe à la Tribune qui va
du Palais à l'Eglife Paroiffiale
de Sainte Marie . Elles avoient
vifité les jours precedens le
Convent de Religieufes de
Sainte Claire , & celuy des
Carmelites.
Le Vendredy .les Ecoliers
de l'Univerfité au nombre de
plus de cinq cens , magnifiquement
vétus , & tres bien
montez firent une Calvalcade ,
& accompagnerent un grand
& fuperbe Char de triomphe ,
dans lequel eftoient douze
Divinitez. Ce Char qui eftoit
342 MERCURE
orné de quantité de Deviles ,
eftoit auffi remply de plufieurs
Joueurs d'inftrumens , qui for
merent une fimphonie tresagreable.
Les Docteurs de toures
les Facultez fuivoient ce
Char.. Ils eftoient tres . bien
montez , & tenoient chacun
un flambeau de cire blanche .
Chacun d'eux avoit deux Válets
qui éclairoient cette mar
che avec de pareils flambeaux.
Le Char s'arrefta devant le
Balcon où eftoient Leurs Majeftez
, & les douze Divinitez
qui eftoient dedans , recite ,
rent des Vers à leur loüange.
GALANT. 343
Lors que ces Eloges furent
finis , les Docteurs firent quel.
ques courſes , par lefquettes
ils firent connoiftre qu'ils avoient
autant d'adreffe que
d'efprit. Ils prirent enfuite
congé de Leurs Majeſtez avec
des demonftrations de joye ,
en pouffant une infinité de
cris de Vive le Roy & la Reine,
& en jettant leurs flambeaux
en l'air. La Ville fit jouer le
foir du mefme jour un fort
beau Feu d'artifice , & dont la
dépenfe fut confiderable, cha
cun cherchant tous les jours
à donner de nouvelles mar-
Ff iiij
"
344 MERCURE
ques de l'amour & du zele que
la prefence de Leurs Majeftez
fembloit augmenter
.
Le Dimanche 13. Leurs Majeftez
allerent entendre la
Meffe à Sainte Marie la Mayor,
où l'on celebroit la Fefte de
Sainte Olaguier , Evefque de
Barcelone . Elle fut celebrée
par un Chanoine élevé aux
premieres Dignitez de cette
Eglife . Quand Leurs Majeftez
l'eurent entendue , on leur
fit voir la Chapelle de Sainte
Aulerie.
L'apreſdinée on fit une Proceffion
generale à l'honneur
GALANT. 343
du Saint , dont on celebroit
la Fête. Tous les Religieux
des Convents de Barcelonne
affifterent à cette Proceffion .
Chaque Ordre faifoit porter
un tabernacle magnifi
quement orné. Le Corps de
Saine Olaguer eftoit dans
une espece de lepulchre coul
vert de glaces de Venife . мr
le Comte de Palma , Viceroy
de Catalogne portoit l'é
tendard . Les rues par où la
Profeffion devoit paffer , é
toicnt tapiffées , & on y avoit
dreffé des Autels , remplis
d'une infinité de cierges , &
346 MERCURE
decorez avec beaucoup d'ar
genterie, La Fefte continua
pendant trois jours , & il y
eut chaque jour des illuminations
nouvelles , dont la beauté
parut toûjours augmenter.
Aprés qu'on eut fait une Pro.
ceffion dans l'Eglife , on por-
Ja le Corps du Saint à un
Autel qu'on a fait conflruire
dans l'Eglife de la Mayor ;
cet Autel doit eftte magnifi.
queayant coûté de très gran
des fommes.
Le Lundy 14 il y eut un
tournoy à la Salle appellée del
Barbos , où la jeune Nobleffe
GALANT. 347
fe diftingua , & par fon adref
fe & par la magnificence , les
principales Dames de la Ville
s'y trouverent avec des ha
bits tres fomptueux , & les
Juges des Courfes y parurent
auffi magnifiquement vêtus.
Leurs Majeſtez virênt cette
Feſte , mais elles eftoient placées
derriere une jaloufie.
On devoit faire le Mardy is
une Fefte que les Catalans
nomment une Momerie , &.
que nous appellerións Mafcarade.
Mais la Reine s'étant
trouvée indifpofée , cette
Fefte fut remife au lende.
#48 MERCURE
main. Ce jour- là : Sa Majeſté
reçut des complimens
Corps de la Ville fur fon indifpofition
.
du
Le Mardy 16 , la Momerie
qui avoit esté differéc , le fit
à la mefme Salle del Barboa.
Il y avoit douze Dames , dont
fix eftoient mariées , les fix
autres eftoient filles , & les.
fix Dames mariées avoient
des habits uniformes bleus
& or . Leurs coëffures garnies
des pierreries eftoient
furmontées par quantité de
plumes bleues & blanches .
Les filles avoient auffi des .
GALANT 349.
habits
uniformes cramoily ,
& or , leurs coëftures eftoient
auffi ornées de pierreries , &
leurs plumes eftoient de la
couleur de leur. habit. Les
Cavaliers portoient les couleurs
des Dames avec lefquelles
ils danfoient. Toute cette
•
magnifique troupe eftoit maſquée
, & tenoit des flambeaux
de cire blanche . Les Dames:
avoient de petites bayonnet ,
tes , dont la poignée eltoir
tres -riche . Ceux qui compofoient
cette Mafcarade danferent
aux quatre coins de
la fale , & divertirent beau .
350 MERCURE
coup leurs Majeftez.
Les Eftats font heureufement
finis à la fatisfaction du
Roy & de tous les Catalans
qui en ont eu d'autant plus
de joye que depuis cent ans ,
il s'eftoit
trouvé de nouvelles difficul.
téz qui avoient toûjours efté
des obftacles infurmontables
;
mais le Roy par la prudence ,
& par fon efprit a aplany tou .
tes ces difficultez , ce qui
donne lieu de croire qu'il remettra
dans peu la Monar
chie d'Efpagne dans fa premiere
fplendeur.
continuellement
GALANT 351
CADRAN UNIVERSEL
Feu M Thiery , Chanoi .
ne de Mezieres , eut l'hon
neur il y a quelques années
de prefencer à Sa Ma.
jeftè un Cadran folaire uni
verfel dont elle fut trés con ·
tente. Il en preſenta auffi
à Monfeigneur & d'autres à
plufieurs Seigneurs de la Cour.
Ces Cadrans font auffi beaux
qu'ils font curieux. L'on y
connoift les heures en rout
temps depuis le lever du So
leil jufqu'à fon coucher , &
ste MERCURE
en mefme temps l'heure qu'il
eft dans tous les Royaumes
du monde par le moyen des
trois cens longitudes qui y
font marquées felon les Obfervations
des Mathematiciens
les plus eftimez du fiecle ; on
y connoift aufli l'Antipode
de chaque Ville. L'on y voit
les ares des douze fignes du :
Zodiaque avec leurs figures
proprementgravées . C'est par
eux qu'on peut connoiftre la
maifon où eft le Soleil , dont
on trouve le lever & le cou
cher , avec les longueurs des
jours & des nuits dans tous!
1
M..
GALANT 313
lés douze mois de l'année ,
Il y a auffi une table au def
fus du Cadran folaire
› par
laquelle à la faveur de la
clarté de la Lune, on apprend
la nuit l'heure qu'il eft. Le
tout est fort proprement gravé
fur une pierre de roche
noire , bien polie , qui reffem
ble au marbre noir. Ces Cadrans
contribuent beaucoup
par leur beauté à l'ornement
d'un jardin & depuis la
mort de Mr Thiery qui les
a inventez , c'eft Mr. Barbe
fon coufin qui les fait tres
proprement , ayant a ppris
G g
394 MERCURE
+
"
de luy là deffus tout ce qu'il
faut fçavoir pour y reüffir ,
il en fait de plufieurs grandeurs
pour convenir aux
places où l'on veut les mettre
, & ils fe peuvent transporter
aux Chafteaux & aux
Maifons de campagne. Il
demeure ruë du Cimetiere
Saint Nicolas , Defchamps ,
vis à vis le mur du Cimetiere,
chez un Serrurier , à Paris.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé , qui eftoit la Perruque ,
a efté trouvé par Mrs Garanger
, Avocat en Parlement ;
Bardet & du Pleffis du Mans ;
GALANT 355
le jeune Gondoüin de l'ifte
Noftre Dame : Maubaret ·
Clerc de м ' Penicaud Procureur
au Prefidial de Bordeaux :
Gaudron de la rue des Juifs : le
Trône de l'Arfenal ; le Chaſton
de la rue Saint Antoine . &
Roger de la rue de la Cerifaye:
Tamirifte & fa famille : le Mes
decin Oculifte Anglois fervant
auprés du Roy de la Grande
Bretagne à Saint Germain en
Laye: Duval Citoyen du monde
: le Blond & le Brun fon
Ami de l'Echelle du Temple :
Sarmy & Sourreau fon Ami : le
joly Sourd de Belleville fur
Gg ij
356 MERCURE
fablons ; le Juriſconſulte d'épée
& d'Eglife , & ſon Ami le
Financier en efprit ; le Jurif
confulte de Louans ; Gani- :
mede , Echanfon des Dieux ,
& lon Amy de l'Ifle d'amour ,
Jeannot, & fa femme de la ruë
de la Harpe; le cruel de la mê
me rue ; les réjouïffans réveil
lons Bourgeois , ou les Affemblées
Bourgeoiles du quartier
Saint Sauveur , la Statuë du
coin du petit marché ; le bel
Adonis aux Blondes treffes ,
fon Frere , le Gripelou des
belles de Paris ; l'aimable
moitié du futur Echevin du
י
4
3
GALANT. 317
quartier du Palais ; la Troupe
joyeuſe des affociez de laмeffe
de minuit du même quartier ;
l'Etampois foupirant de la ruë
de la Huchette ; André Sapin
du Quay des Auguſtins ; l'incommode
Rival de la rue des
des deux portes , & la jeune
Banquiere de la rue Saint Jac.
ques. Mademoiſelle Javotte
Ogier , jeune Muſe du coin de
la ruë de Richelieu ; Mefdemoiſelles
du Preffoir ; l'agreable
& fpirituelle D. P. Prati
cienne du coin de la rue de
Buffy ; la toute charmante De
moiſelle Pain de la Paroiffe S:
18 MERCURE
Paul & le fidele de la ruë de la
Harpe ; la toure aimable Brune
de la Fleur de lis de la ruë
Saint Jacques , & le plus conf
tant de tous les Amans ; la
Chapeliere du bas de la rue
de la Harpe , & les trente
Amans de la même ruë ; M'
Chaunat , Avocat au Confeil,
& fon aimable Perſpective ;
la belle aux Fontanges couleur
de feu , du bas de la ruë
de la Harpe ; le genereux Abbé
de la même ruë.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M' le
Mailtre.
GALANT 359
ENIGME.
E n'humecte jamais quoy que je
fois humide JE n'humeEt
Quand je fuis endurci je redeviens
fluide ;
Et quoy que jefois froidje ne refroidis
point :
Si l'on a partagé mon corps , il fe
rejoint ,
En reprenant toujours une figure ron,
de.
Quay quejefois des plus pefans du
monde
Je penetre les corps : Enun mot , pour
finir ,
Plus on me veutferrer, moins on me
peut tenir.
360 MERCURE
Vous me demandez des
nouvelles de l'affaire qui dure
depuis fi longtemps entre les
Jefuites, & les Miffions Etrangeres
, & qui paroiffoit fur le
point d'eftre décidée fur la fin
du dernier Pontificat . Sa Sainteté
a eu des raifons pour en
faire reculer le jugement , &
pour prendre d'autres mefures
pour le juger. Dans un
Confiftoire tenu le s . de ce
mois , Elle nomma Patriarche
d'Antioche & de la Chine ;
avec le pouvoir de Legat
Latere , M l'Abbé de Tournon,
Piemontois . Ce nouveau
Patriarche
GALANT 361
Patriarche fera accompagné
de quatre Miffionnaires . Il
aura deux mille écus de penfion
, & le pouvoirde terminer
les démeflez dont vous fou..
haitez fçavoir la fio .
• M'Tafdif, cy devant Gouverneur
de Figuieres , & Ingenieur
en chef, qui a elté envoyé
depuis peu par le Roy en
Portugal , avec Mrs Lezeau &
Conftantin , pour vifirer les
Places de ce Royaume , & pour
faire les Ouvrages neceffaires,
a eu audience de Sa Majefté
Portugaife , qui aprés l'avoir
congratulé fur les beaux ta-
Decembre 1701. Hh
·
362 MERCURE
lens des Ingenieurs François ,
la prié d'aflifter de fes confeils
les Ingenieurs de cc Pays là ,
& d'avoir relation avec fes Miniftres
pour tout ce qu'il jugera
à propos de faire Pour cet
effer , M' le Duc de Cadaval ,
qui prend le foin des Fortifi .
cations , luy fait l'honneur de
le mener fouvent vifiter les
travaux qu'il fait faire fur le
Tage.
Je viens aux nouvelles
d'Italie , dont vous me mar.
quez que vous attendez tous
les mois l'article avec impa
tience. Cependant cet article
GALANT. 363
m'embaraffe toûjours , & m'oblige
à de grands foins , & à
de grandes recherches pen .
dant tout le mois , puifque
ne parlant qu'aprés tous ceux
qui donnent toutes les femaines
des nouvelles au
Public , il ne me devroit rien
reſter à vous apprendre fi je
n'avois foin de ramaffer pendant
tout le mois toutes les
particularitez qui n'ont poinc
efté fçues des actions les plus
remarquables qui ſe ſont paſ
fées pendant le mefme mois.
Ainfi je puis dire que les au.
tres vous apprennent qu'il
Hhij
354 MERCURE
s'eft paflé une action , & que
je vous en donne enfuite le
détail , vous avez par exemple
appris par fept ou huit lignes
tout au plus ce qui s'eft paffé
à la prife de Caneto , &
vous en allez fçavoir le dé
tail par ce qui fuit.
Caneto eft un lieu ouvert ,
il n'y avoit point de canon ,
& M d'Imecourt en eftoit
forty quelque temps avanc
le fiege , par ordre de мr le
Maréchal de Villeroy avec les
troupes Françoiſes qui y ef
toient. Voila trois faits importants
, dont il n'a point
GALANT 365
.
efté parlé , & qui doivent
obl ger ceux qui aiment à
raifonner fur ces fortes de
chofes à faire des raifonne .
mens entierement contraires
à ceux qu'ils ont faits , & pour
marquer qu'on ne regardoit
pas ce lien comme une place
fur laquelle on comptoir ;
c'est qu'il n'y avoit point de
Commandant particulier , &
que Mr le Chevalier de Maulevrier
Colbert , qui le jetta
dedans avec foixante Grenadiers,
commandoit en mêmetemps
pluſieurs' poſtës , & ſe
rendoit à ceux qui avoient
Hhiij
366 MERCURE
befoin de fa prefence . Cependant
Mr le Prince Eugene
crut devoir affieger dans les
formes un Bourg dans lequel
un Commandant François , &
en petit nombre de Fantaſfins
de la mefme Nation animoient
deux cens cinquante
hommes de milices de Mantoue
, c'eſt à dire deux cens
cinquante païfans . Il fit
marcher le General Comte
Guido de Staremberg , le
Prince Charles Thomas de
Vaudemont & le General
Breiner avec de l'artillerie.
On alla reconnoiftre la pla
i
CALANT: 367
-~
ce , & on effuya une grefle de
moufqueterie. On la fie
fommer , & l'on fit dire au
Commandant que le Prince
Eugene eftoit prefent avec
toute fon Armée . Cette fommation
n'empefcha pas le feu
de la moufqueterie au deffaut
de celuy du canon , le foir du
mefme jour , Mr le Prince
Eugene fit venir quelques Regimens
quieftoient demeurez
Fontanella , & fit travailler
à une ligne pour affurer la
communication . Il y eut quel
ques foldats Allemans avec
un Lieutenant de Starem-
Hh iiij
368 MERCURE
berg tuez , & plufieurs blefſez
, du nombre defquels furent
deux Lieutenans de Guetenfteing.
Lefecondjour , la ligne fut
achevée , & l'on planta quelques
Canons pour renverfer
la Rondelle de la Porre , c'eft
apparemment une espece de
demic Tour ou Tourelle , que
les Italiens nomment ainfi.
Les Allemans fe logerent dans
les maiſons voiſines. Du pied
de cette Rondelle , d'où les
Affiegez s'eftant retirez * fe
pofterent fur le Roc ; ils firent
de là un tres grand feu . Le Ba-
2
GALANT: 369
ron Fingler , Quartier Meftre
General , fut bleffé dans cette
attaque. Ily eut plufieurs Sol.
dats tuez & quantité de blef.
fez. On attacha une heure
aprés le Mineur à la Rondelle .
On fit avancer d'autres Ca
nons qui furent braquez devant
la porte du Roc , &
un Soldat du Regiment de
Taun ayant rifqué de paffer
le foffé à la nage , trouva
moyen de couper les cordes
du Pont- levis , & l'ayant fait
tomber , cela donna lieu
aux Allemans de s'avancer ,
& d'y prendre poſte , en don .
370 MERCURE
nant une espece d'affaut qui
leur coûta bien du monde.
Comme ils demeurérent découverts
pendant deux jours ,
n'ayant point de tranchées il .
ne faut pas s'étonner s'ils eurent
prés de huit cens hom .
mes tuez ou bleffez . Les Affie..
gez ayant efté avertis que M'
le Prince Eugene avoit reçu
de nouveaux renforts , & avoit
commandé fix mille hommes
pour donner un affaut où il
vouloit eftre prefent , batirent
la Chamade , & firent fortir
deux Officiers pour demanderà
capituler. Mile Prince Euge .
GALANT: 1
371
ne leur répondit , que s'eftant
trop obſtinez dans une place
de fi peu de défenſe , & fans
Canon , il falloit qu'ils fe rendiffent
à difcretion , ce qu'ils
furent obligez de faire aprés
plufieurs inftances , pour ob
tenir une capitulation plus
honorable , mais elle ne leur
eftoit pas glorieufe , la faute
venoit de la foibleffe de la
Place plutoft que de leur man
que de courage. Au contraire,
une défenſe fi vigoureuſe , &
avec tant d'intrepidité dans
un lieu fi foible & fans Canon,
a Turpris & étonné les Alle372
MERCURE
mans , & leur a donné beau
coup d'admiration . M¹le Prin
ce Eugene a envoyé la Garnifon
dans le Trentin , & a retenu
les Officiers dont il a fait
manger les Principaux à fa ta
ble . Toute l'Armée ennemie à
donné de grandes louanges à
MileChevalier de Maulevrier.
La Lettre fuivante vous fera
connoiftre la fituation des af
faires d'Italie , jufqu'au 10.
Decembre.
Depuis ma derniere de San Fa
como , nous avons toujours eftè
dehors, M' le Maréchal de Vil .
leroy a wifité tous les Poftes le long
GALANT 373
de l'Oglio juſqu'à la jonction dú
Pô , d'où nous fommes revenus le
longde cette Rivierejufqu'à Cafal
maggiore; où Mle Maréchal á
fait conftruire un Pons qui doit
eftre fait aujourd'huy. Depuis la
prife de Caneto les Ennemis ont
toujours continué à defcendre l'O
glio. On dit qu'ils rompent leur
Pont à Uftiano , & en font faire
une autre à Caneto , ce qui eft
difficile à croire. Nous en avons
un à Cazolo , & un autre plus
bas à la Tour d'Oglio on eft Mr
le Marquis de Crequi . Les
Ennemis bâtirent ce Pont hier
soute la journée avec quatre pie374
MERCURE
tes de Canon fans autre effet
que de bleffer un Sergent , & un
Soldat. Cette nuit , ilsfont auffi
revenus à Cazolo faire une décharge
fur le Pont ; mais elle n'a
produit que du bruit, Mr le
Marechal envoye aujourdhuy
Mr d'albergotti en Députation
à Mr le Duc de Parme
fujet de noftre Pont fur le Pô qui
nous meine en deux journées de
Mantouë dans le Modenois , en
eas que les Ennemis veulent y
aller. Ilsfont bien embaraffez ,
& en verité jusqu'aprefent tout
eft bien avantageux pour Mr le
Maréchal d'obliger les Ennemis
an
GALANT. 375
àfe retirer toujours en arriere.
Noftre Pont fur le Pô fera en
core un bon effet. Ilenfaut atten
dre la fuite. Mr de Commercy
eft toujours de l'autre cofté du
Mincio. On croit qu'il pourroit
bien aller à Hoftia , où nous avons
un pofte. Ceux que nous avons dedans
ont ordre , la Place eftant
eres - mauvaiſe , de fe retirer de
lautre cofté du Pô à l'approche
des Ennemis . Nous allons encore
partir pour nous rendre à Cazolo,
&de là à Cafal maggiore pour
voir le Pont , & de là nous retomberons,
dans le quartier deM
le Maréchal , qui s'est avancé
376 MERCURE
juſqu'à San Giovanni in Croce,
de même tous les autres quartiers
Lefont avance M le Maréchal
envoye auffi aujourd huy cinq pie.
ces de Canon à Cazolo à noftre
Pont dont on fe pourra fervir
› dans le befoin , en cas que les En.
nemus faffent le Siege de Goito ,
ainfi que du Pofte qu'occupe Mr
le Marquis de Crequy . Cecy ne
finira pas qu'il ne fe paffequelque
chofe . Je puis vous dire que
n'a iamais vu une pareille vigi
lance , ny de peines femblables à
celles que fe donne Mr le Maré.
chal ; nous fommes tous furpris
qu'ily puiße refifter.
108
GALANT 377
4
Le mefme jour que cette
Lettre a efté écrite , M le
Comte deTeffé partit de Man
toue avec huit cens Chevaux ,
& quatre cens Grenadiers en
croupe , dans le deffein de fe
faifir de Borgoforte , en cas
que le Pofte luy convinft , ou
de le détruire . Il apprit en chemin
que les Ennemis mar.
choient dans le Mantoüan , &
qu'il y avoit déja fix cens Chevaux
, commandez par le Ba .
ron de Mercy , General de
Bataille , à trois lieues de man .
touë, il réfolur de les attaquer,
& pour cet effer il pofta fes
Decembre 1701 . . li
378 MERCURE
Troupes dans un défilé , & fic
marcher ſeulement quatre Ef
cadrons au delà du défilé au
devant des Ennemis , pour les
y attirer . Ils n'eurent pas de
peine à donner dans ce piège,
& ils devoient y donner avec
d'autant plus de vray - femblance
, qu'ils eftoient perfua
dez que l'on ne pouvoit avoir
donné des nouvelles de leur
marche à Mantouë
; & que
quand mefme on en auroit
donné avis , les Troupes qui
en feroient parties ne pous
voient avoir fait la diligence
neceffaire pour eftre auffi ayan-
M
GALANT 379
cées qu'elles eftoient . D'ail
leurs , fix cens Chevaux formoient
un Corps fi confiderable
, que le Commandant ne
crut pas qu'on puft avoir détaché
d'une feule Ville un au
tre Corps affez fort pour luy ,
réfifter . Ainfi ne voyant point.
d'Infanterie , & fe perfuadant
qu'il n'auroit à combattre que
les trois ou quatre Efcadrons,
qui paroiffoient , qu'il croyoit ,
avoir efté détachez feulement
pour aller à la découverte , il
ne fit point difficulté d'entrer
dans le défilé , regardant com-,
me une proye affurée tout ce
Ii ij .
380 MERCURE
qui fuyoit devant luy. Les Elcadrons
doublerent le pas a
l'entrée du défilé, afin que tous
les fix cens Chevaux y entraf
fent , avant que ceux qui y
eſtoient ambuſquez tiraffert
un feul coup : Jamais furprife
ne fut égale à celle des Ennemis
, lors qu'ils fe virent en .
fermez entre deux feux . Ils ne
purent refifter à celuy des Gre .
nadiers , non plus qu'à leurs
Bayonnettes . Ily en eut deux
cens de tuez à la premiere décharge
. Noftre Cavalerie acheva
de les renverſer . Les Grenadiers
indignez de ce qu'en
plufieurs occafions , les AlleGALANT.
381
mans n'avoient voulu faireaucun
quartier à perfonne ; &
mefme de qu'ils avoient impi .
toyablement fouvent maffacré
des Malades , crurent que par
reprefailles ils devoient en ufer
de la melme forte , & que cette
inhumanité jufte & neceffai
re épargneroit peut eftre dans
la fuite beaucoup de fang de
part & d'autre . Le Baron de
Mercy, & huit Officiers det
marque , qui fe jetterent entre
les bras des Officiers François,
furent fauvez . Il y eut vingt
Officiers Allemans tuez . Tou .
tes les Relations portent que
382 MERCURE
w
Mr de Znrlauben , Maréchal
de Camp , a fait des chofes
extraordinaires en cette occafion
, auffi - bien que les
Irlandois du Regiment de
Schelton . Les mefmes Re
lations difent que Mrs. ¡de
Clermont & de Renepont ,
Brigadiers , ont fait voir beau
coup de conduite & de valeur.
On ne peut donner trop de
louanges à Mr le Comte de
Teffé dont la modeftie eft fi:
grande qu'il a fallu beaucoup
de temps pour découvrir qu'il
eftoit prefent à cette action ,
dont il eftoit l'ame. On doit.
-
GALANT. 385
remarquer que depuis que la
Campagne eft ouverte , it ne
s'eft prefque point paffé de fe
maine qu'il n'y ait eu quelque
action à la gloire , & fur fon
compte ..
Je ne doute point que vous
n'ayez veu des Relations de
l'action que vous venez de
lire beaucoup plus remplies
de circonftances , que celles
qui font rapportées dans les
nouvelles publiques , mais je
fuis perfuadé que vous n'en
avez veu aucun détail fi curieux
que celuy que je vous
envoye.
384 MERCURE
J'efpere vous entretenit
encore des nouvelles d'Ita
lie avant que de fermer cette
Lettre , & croy devoir vous
parler icy des nouvelles trou
pes qui doivent y marcher.
Peut etre que j'oublie.
ray à vous nommer quelque
Corps : Peut eftre auffi m'en
a t'on nommé quelqu'un
qui
ne doit pas ma cher , mais
tout cela va à peu de chofe
de plus ou du moins . Ce
pendant il eft bon que vous
foyez informée de ce que je
prends la précaution de vous
mander là- deffus , afin que
vous
GALANT. 385
vous
n'affariez pas trop
pofitivement qu'il n'y a au
cune erreur dans ce que je
vous mande fur cet article .
Les troupes donc qu'on áffu .
re devoir marcher font ,
8. Brigades de Gendarmerie
.
2. Des Carabiniers
de Courcelles.
rojo
) & anofa
2. Du Duc de Villeroy .
2. D'Eclainvilliers .
3. De Dragons Dauphins.
3. De Senneterre. :1
Infanterie, bombas
1
3 Brigades de Piémont
De Lionnois . 3.
z Bataillons de Grancey.
Decembre 1701. Kk
386 MERCURE
1. De Montferat.
1. De Beran .
1. Du Perche.
1. De Clare Irlandois .
1. De L'Efades.
1. De Vauges.
On parle auffi des Carabiniers
d'Obterre
& du Regi .
ment de Forest , dont Mr de
de Montmorency eft Colo .
nel. On dit auffi qu'on ajoû .
te deux Brigades de Vivans,
& deux de la Feronaye
. La
Cavalerie
fera rétablie par
des chevaux levez en Suiffe,
L'Infanterie
ra par mery&
GALANT, 337
1
la Cavalerie par terre , & commencera
à marcher des de
fecond de Janvier. Mr le
Vertilly ayant fait une reveuë
de la Gendarmerieb , enna
trouvé les chevaux ] extrémement
gras , & quelques uns
ont regardé cela comme une
difficulté. Vous jugez bien
qu'elle ne s'eft pas trouvée
infurmontable.
Vous fçavez que les recruës
pour toutes les troupes
qui font déja en Italie , &
qui ont fait la campagne , le
font trouvées toutes faites
en une matinée dans le Con-
Kk ij
384 MERCURE
,
feil du Roy , qu'on prend
ving hommes par Compagnie
de tous les Regimens
de milices qui ont eſté miſes
fur piede l'année derniere , &
que les hommes tirez de ces
Corps feront remplacez par
d'autres qui feront levez par
les Communautez & Corps
des Arts & Marchands de plu
fieurs Villes du Royaume, Le
Roy aura foin de faire trouver
toutes ces milices en Italie.
Vous devez donc vous
figurer que toutes les troupes
du Roy en ce païs là feront
dans peu de temps , par le
GALANT. 385
4
moyen de ces recrues qui fev
trouvent toutes faites auffi
nombreufes qu'elles l'oncefté
à l'ouverture
de la campa
gne, & qu'ettant augmentées
de tous les Corps que je vous
ay nommez au commence .
ment de cet article , on peut
compter que fa Majesté aura
en Italie , la plus belle ar
mée que l'on y ait jamais
yeuë.
En vous parlant des levées
que doivent faire , les Corps
& Communautez des Marchands
& Artiſans du Royaume
& des Païs de l'obeïffan-
Kk iij
390 MERCURE
J
ce du Roy ; j'ay oublié de vous
dire que Sa Majesté ne vou
lant point charger ces Corps
& fes Communautez d'une
dépense qui puft les incommoders,
a ordonné que le
Corps qui fourniront , les
recruës dont je viens de
vous parler , feront feule
ment obligez de payer
levée des foldats qu'on leur
demande , Sa Majesté voulant
bien les faire fubfifter
&armer , & pourvoir au paye
ment de leur fubfiftance du
jour de leur enrollement, ainfi
la dépense à laquelle ils fe-
*
GALANT. 391
ront tenus , n'eft pas fort con
fiderable cependant cette
levée fera tres avantageufe au
Roy & à l'Etar , parce qu'elle
fe trouvera plutoft faire &
avec plus de facilité.
Le 24 de ce mois , veille de
Noel' , Sa Maiefté nomma a
Evelébé de Die, M ' l'Abbé
de Cofnac , Agent general du
Clergé , & Neveu de M' l'Archevêque
d'Aix , & permis
en mefme temps à cet Ar .
chevefque de fe demettre de
l'Abbaye d'Orbeſtier , en fa
faveur. Je ne vous dis rien du
merite de cet Abbé. Tout
3
Kk iiij
328 MERCURE
Agent general du Clergé en
doit avoir.
Le Roy donna en mefme
temps l'Abbaye de Barzelle
que poffedoit feu Mr l'Abbé
Marion , Docteur de Sorbon.
ne , à M' l'Abbé Bruel , Vicaire
General de M'l'Evefque
de Blois. C'eft un homme d'un
vray merite , fort connu dans
le Clergé , fort aimé par nos
plus grands Prelats , & eftimé
pour les moeurs & pour fa
Icience. Ileft grand Theolo
gien. Il prefche & écrit fort
bien , & il a une connoiffance
parfaite du Droit Canon , des.
GALANT. 389
Conciles & des Peres. 11 eft
de la Ville d'Albi en Langue
doc .
L'Abbaye de Rivet fut don
née à M' l'Abbé Wallon , Gentilhomme
de Bourgogne
, &
l'Abbaye Reguliere d'Arles à
Ml'Abbé Gaillard , Frere du
Pere Gaillard Jefuite , fameux
Predicateur. La Prevofté de
Saint Pierre de Mâcon , à Mr
de Saint Moris , Frere de Mr
de Saini Moris , Maréchal des
des Camps & Armées du Roy .
L'Abbaye des Filles de Serray
, à Madame de la Ronger
Elle eft Soeur de M le Mars
394 MERCUR
E
quis de la Rongere , Chevalier
de l'Ordre du Saint Efprit , &
Chevalier d'honneur de Madame
. M'Abbé de la Rongere
leur Frere , eft un hom
e qui a toutes les qualitez
de fon eftat & de fa naiffance.
# prefche fort bien , & il fit le
jour de Saint Jean aux Peres
de la Mercy , un Sermon qui
merita les applaudiffemens
d'un Auditoire nombreux &
choifi .
L'Abbaye de Noftre Da .
me de Meaux fur donnée le
mefme jour à Madame de
Longueuil , Fille de M ' le Pre
Gdent de Maifons.
GALANT. 395
Le Roy ayant parté feul la
gloire de la France dans un plus
haut degré d'élevation que n'ont
fait enſemble tous les Rois fes
Predeceffeurs , & ayant fait reguer
dans fes Etats la justice &
la pietés en forte qu'on peut di
reque les Impies , qui par leurs
Faux raifonnemens s'emparoient
autrefois des efprits foibles, n'o
fent plus fe faire connoiftre ,
fuppofé qu'il s'en trouve encores
& que les moindres des Sujets
de Sa Majefté fe font rendre juz
Aice par ceux-mêmes, qui eſtant
employez à la faire rendre aux
autres , croyoient eftre au deffus
des Loix lors qu'ils eftoient debiteurs
, & que le droit de ne
point payer eftoit un privilege
attache à leurs Charges ; le Roy,
(
392 MERCURE
disije , ayant corrigé tous ces
abus avec une infinité d'autres ,
jamais Monarque n'à dù eſtre fi
cher à fes peuples , & par con-
Lequent jamais fanté n'a dû eftre
plus précieule que celle de ce
Prince . Ainfi l'on ne doit pas s'é→
tonner l'operation faite à Mr
Fagon, qui a foin d'une fanté fi
chere, a caufé de fi grandes alar
mes à toute la Cour, & meſme à
toute la France, Jeſçay que vous
neme direz pas ce que l'on peut
quelquefois répondre en de pareilles
occafions , que la France
abonde en perfonnes habiles dans
toutes fortes d'Arts , & qu'un
au re premier Medecin n'auroit
pas moins de foin de la fanté du
Roy; mais il y a de la difference
d'un premier Medecin qui feroit
"
GALANT و
C
4
fa charge pour remplir fon devoir
& pour en recueillir tous
les émolumens , à un premier
Medecin , qui fert fon Prince
avec un veritable zele , qui
loin d'agir par interefti , a
abandonné tous les droits , del
puis qu'il eft parvenu à cette
dignité , à qui la fanté du Roy
eft extrémement precieufe , qui
connoift parfaitement fon temperament
, qui l'a étudié penc
dant un fort grand nombre d'ans
nées , qui dans le temps quit
n'eftoit pas premier Medecins
avoit toutes les entrées qu'ont
les premiers Medecins , & que
le Roy écoutoit de même , qui
n'a jamais eu fon pareil pour la
connoiffance des Plantes dans
laquelle refide la veritable Me398
MERCURE
decine , qui bien que le Jardin
Royal foit comme fon ouvrage ,
y ayant efté élevé fous feu M
Defbroffes fon Oncle, l'augmente
tous les jours par les Plantes
qu'il envoye chercher dans les
Pays les plus reculez , qui paſſe
les jours & les nuits à faire des
experiences de ces Plantes pour
en découvrir toutes les vertus ,
& tout cela par rapport à la
fanté du Roy. Ce Monarque en
a paru bien perfuadé par la maniere
dont il a efté touché d'un
mal qui luy pouvoit enlever un
homme dont la vic luy eſtoir fi
neceffaire. Le malade ne longe
point à la Famille , & ne veut
pas même la voir avant l'operation
qu'on eft fur le point de luy
faire, Il ne penfe qu'au Ciel, &
་
GALANT 339
à tout ce qui peut contribuer
aprés la mort , à la fanté du
Roy, en cas que Dieu difpofe
de luy , & le Roy pente a la Fa- l
mille , que ce fçavant homme
oublic pour fon Mailtre Ce Prin
ce envoye un grand Miniftre
pour luy faire voir par cette diftinction
, & par l'honneur qu'il
luy fait , combien il l'eftime , &
ajoûte à la fomme dont il luy
fait prefznt , la promeffe d'avoir
foin de fes Enfans 5
Le mal de Me Fagon a esté
accompagné d'une infinité de
circonftances qui luy font glorieufes.
Il l'a connu dans un
temps où tout autre en auroit
douté, il a d'abord pris fon par
ti fans reculer à faire faire l'or
peration , comme font ordinair
ས
396 MERCURE
1
fa ferrement
ceux qui l'apprehendent
& qui la rendent plus perilleufe
en la differant parce qu'ils
laiffent groffir la pierre. Il a
paru grand homme par ce
meté , en méprisant tout ce que
la douleur a de plus vif , fouffrant
l'operation d'une maniere
heroïque , fans eftre lié
fuivant l'ufage ordinaire fans
avoir pouffé aucun éry , & qu'il
eft mal - aifé de ne pas faire
dans de fi cruels momens . Il
s'eft fait voir bön Chreftien ,par
la maniere dont il s'eft prepare
à la mort , en la regardant fans
la bravery & fans fe montrer
affez attaché à fa vie pour la
regrett , & il a fait voir par
Tout ce qu'il a dit qu'il s'eftoit
toûjours appliqué avec une atGALANT.
397
tention qui ne fepeut exprimer
à tout ce qui pouvoit contribuer
à la ſanté du Roy , par rap-,
port au temperamment de ce:
Prince Il ett tellement , connu,
dans toute l'Europe pour un de
ces Hommes rares & extraordinaires
que l'on ne voit pas dans
tous les ficcles , que toutes les
nouvelles publiques imprimées
dans divers Etats , ont rapporté
feparement & à diverfes reprifes
tout ce que j'ay mis enfemble
dans cet article ; de forte
qu
' ils ne m'ont rien laiffé à dire
de nouveau, M Maubec , Do-
&eur en Medecine de la Facul
té de Montpellier vient de luy
dedier un Traité des Tumeurs ,
& des Obftructions , & l'Eloge
qu'il fait de Mr Fagon dans fon
Decembre 1701.
LI
400 MERCURE
Epiftre Liminaire , éleve fa modeftic
qui m'empefche de vous
en dire davantage. Je devois
vous entretenir icy du Livres
que je vous annonce , mais il y
a de certains Ouvrages dont on
ne peut bien parler avant que
de connoiftre auffi à fonds les
matieres dont ils traitent que
ceux qui font profeffion de
l'Art auquel ces matieres con--
viennent. Cependant je vous
diray que Mr Boudin Medecin
de Monfeigneur le Dauphin &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & Ancien de la
Faculté de Paris , dont il a efté
Doyen , dit dans l'approbation
qu'il a donnée pour permettre
Pimpreffion de ce Livre , qu'il
ya
a trouvé les caufes des malas
:
GALANT 403.
"
dies dont il y eft parlé , expliquées
avec tant de netteté , &
d'une maniere fi méchanique,
qu'il a cru cer Ouvrage tresutile
au public , & tres - digne
de impreffion , comme il s'y
connoift mieux que moy , je
croy que vous vous rapporterez
plutoit à fon témoignage qu'au
mien. Ce Livre fe vend chez
Laurent d'Houry , ruë & proche
Saint Severin, au S. Efprit ,
vis - à-vis la ruë Zacharie.
.
Quoy que la guerre ne foit
encore ouverte que d'un cofté,
il est mal- aiſé d'eftrelong
- temps
fans parler de ce qui la regarde
. Mr de Pefeux , Francontois ,
Colonel reformné , a demandé
permiffion au Roy de lever un
Regiment & Sa Majesté y a
Lij
400 MERCURE
a
a non . feulement confenty ; mais
pour répondre au zele qu'il
pour
fon fervice , elle lui à laiffé ,
le choix de tous les Officiers . ,
Les Francontois eftant braves .
& bons Officiers , ce Regiment.
ne fera
•
pas un des moindres des .
troupes du Roy. Sa Majefté qui
fe plaift à faire des graces aux
perfonnes diftinguées & de merite
, & qui le fervent avec zele
& fidelité , a accordé à M le.
Duc de Chevreufe
la permiffion
,
de fe demettre en faveur de
Mr le Duc de Montfort fon
fils, de la Chargé de Capitaine-
Lieutenant
des Chevaux - Le..
gers de la Garde.
Je reviens aux affaires d'Italie
dont je vous ay promis de
yous parler encore une fois
GALANT 401
avant que de fermer ma Lettre
Les Imperiaux
ayant connu par
la prife de Canero
, où il n'y
avoit ny Canon ny Troupes
reglées
& qui eftoit feule
ment défendu
par unCommandant
François
, combien
leur
coûteroit
la prife de Goito ,
qu'ils ont fi longtemps
menacé
d'affieger
fans lefaire , ont aban
donné ce deffein. Trois Bataillons
Françoisenfermez
dans un
Bourg lenr ont paru ne pouvoir.
cftre attaquez
, & ils ont jugé.
que fi trois ou quatre
Bourgs
leur coûtoient
chacun autant à.
prendre
qu'avoit
fait Caneto ,,
plus de la moitié de leur Armée
periroit
par ces Conqueftes
qui
ne decidoient
de rien , & qui,
ne pouvoient
fervir qu'à les
40 MERCURE
mettre à couvert pour quelque
temps des injures de l'air . Ces
reflexions & la certitude qu'ils
avoient que Mr de Chartogne
eftoit refolu de fe défendre jufqu'à
la derniere extremité dans
Goito , & de s'y faire enterrer ,
les ont fait fonger à leurs quar
tier d'hiver , & à quitter le Breffan
, non pas par honnefteté pour
les Venitiens , mais parce qu'ils
l'avoient rellement ruiné qu'ils
n'y pouvoient plus fubfifter. Ils
ont vû que nous avions fagement
decampépour ne pas laifferperir
nos Troupes par le moyen def
quelles nous tenions leur Armée
bloquée , mais que nous eftions
dans des quartiers dont la fitua
tion leur donnoit lieu de défendre
tout ce qu'ils auroientvoulu
22
GALANT 407
2
attaquer , quoy qu'ils faffent en
corps . Cependant toutes leurs
Troupes en corps eftoient en
Campagne , où elles ont demeuré
plus de deux mois aprés les
Troupes des Alliez pendant l'hiver
,fans fçavoir quel party ellespourroient
prendre qui leur puft
eftre avantageux. Enfin aprés
avoir bien effuyé de mauvais
temps , Mr le Prince Eugene a
pris pofte à Borgoforte fur le
Po avec le gros de fon armée,.
où il femble vouloir établir fon
quartier general . Il a fait paffer
cinq mille hommes au delà
du Pô , pour prendre s'ils le
peuvent , des quartiers d'hiver
dans le Modenois , & dans la
partie du Mantouan qui eſt à
la droite de cette riviere. Le
"
404 MERCURE
Modenois n'eftant pas un Pays
abondant , les Troupes qui y
pafferont l'hiver ne fe rétabli-
Font pas facilement , & s'il arri
ve qu'elles ne manquent de rien
d'abord , cette abondance ne
durera pas long - temps . Les
Troupes du Roy couvrent le
Cremonois , & le Parmelan , &
Mr le Duc de Parme borde le
Pô fur fes terres avec dix mille
hommes de milices , & quelques
Troupes reglées. Il donne à nos
Troupes en payant tous les vivres
& tous les fourages dont
elles ont befoin ..
Leschofesétant danscette fituation
, on peut regarderla Campagne
comme finie, quoy que le Al-
Lemans foient encore mal affurez
dans les quartiers qu'ils ont pris ,
&
GALANT. 409
& qu'il y ait quelque incertitude
pour les quartiers du Modenois ,
où l'on ne les voit venir qu'à
regret , parce que l'on n'eft pas
perfuadé qu'ils en ufent aut ement
qu'ils ont fait dant l'Etat
de Venife. Voyons quel avança
tage ils ils peuvent tirer de cette
Campagne , & comment elle
s'eft pafféc. Aprés avoir elté
arreftez long- temps & avoir
trouvé beaucoup de difficultez
qui les empêchoient de paffer
l'Adige , toute leur armée raffemblée
en un Corps a trouvé
moyen de forcer un pofte & de
paffer cette riviere . Hors cet
avantage , quoy que ce paffage
n'ait rien produit dans la fuite
pour l'execution de leurs def-
Teins , toute la gloire de cette
Decembre 1701. Mm
410
MERCURE
action a efté pour ceux qui ont
efté obligez de ceder à la force ,
Il n'eft pas extraordinaire de
voir toute une groffe armée
s'ouvrir un paffage au milieu d'u
ne poignée de Troupes mais
il est étonnant , que ce peu de
Troupes fe foit autant defendu
que fi la partie avoit efté égale ,
& ait vendu fi cher le paſſage
qu'il a laiffé prendre , que ceux
qui l'ont forcé ont beaucoup
plus perdu que ceux qui l'ont
defendu . Il n'y a point d'exemple
qu'une armée quelque
nombreufe qu'elle ait eſté
quand il y a eu un grand nombre
de poftes à garder fort eloignez
les uns des autres ait jamais empèché
une armée moins confiderable
d'executer fon deffein,
>
GALANT. 40
Ceux qui veulent paffer font
toujours en Corps & ceuxqui
veulent defendre le paffage
font toujours feparez. Ainfi il
n'y a rien en que de naturel
dans cette action hors la valeur
des François qui a paru furnaturelle.
"
"
4
Les Allemans font auffi beaucoup
valoir l'affaire de Chiari,
Les François y ont perdu da
mondes mais ils y ont acquis
beaucoup de gloire . On ne
croyoit point les Allemans dans
ce pofte lors qu'on s'en eft approché
parce qu'ils n'y devoient
pas eftre , après la parole qu'ils
avoient donnée aux Venitiens ,
Je ne dis rien de cette action ,
quej'ay décrite dans une de mes
Lettres, Chacun fçait qu'un pe-
Mm ij
412 MERCURE
tit Corps de François , de cing
retranchemens , défendus par
toute une Armée couverte , en
força quatre , & tous les poftes
des environs , & que cette Armée
n'ofa fortir pour les attaquer .
Voila les deux glorieux defavantages
que nous avons eus pendant
la Campagne. On peut dire
qu'ils ont efté à l'honneur de la
Nation , & des Troupes qui ont
combach en cette rencontre, & à
la honte des Vainqueurs , & qu'il
honorent plus ceux quiontcombatu
contre une Armée entiere
retranchée , que cette Armée,
qui n'a fait que fe défendre la sfe
montrer, & que les François ont
acquis plus de gloire dans cette
action , que s'ils avoient gagné
une Bataille à forces égales . A la
•
GALANT 4' }
-
referve de ces deux actions ils ont
eu des avantages continuels pendant
toute la Campagne . Ils ont
battu les Ennemis en vingt rencontres
, & fur tout dans deux
groffes actions que je ne repete
point , parce que je les ay déja
décrites . Ils ont enlevé les Ma
gafins des Ennemis en plufieurs
endroits Ils les ont empêchez
de profiter de l'avantage qu'ils
avoient eu de paffer deux Rivierer
, en les tenant enfermez dans
un Camp avec leurs Malades,, &
en leur failant fouffrir toutes les
incommoditez infeparables d'un
Camp qu'on ne peut étendre.
Tous les parris qu'ils en ont fait
fortir , ont prefque toûjours efté
battus , & pour voir ce qu'ils
ont fouffert , il n'y a qu'à com-
M. miij
4'4 MERCUR
E
"
pter tous les avantages qu'à
remportez Mr le Comte de
Teffé. Il ne s'agit que de
faits , & je ne fais point de raifonnemens
pour faire voir des
avantages imaginaires . Ceux
que les Allemands ont remportez
, ont confifté à égorger
des malades lors qu'ils en ont
rencontré , & en quelques a-
&tions cruelles des Houffards
qui lors qu'ils ont trouvé quelques
petites troupes écartées ,
ne leur ont point fait de quartier.
Les Allemands au lieu d'at
1. taquer & de prendre le Milanez
, ont perdu toure la campagne
dans le camp, où ils s'étoient
enfermez , après avoir paffé l'Adige
, & pour tout exploit , ils
ont ruiné le Breffan. Lorſqu'ils
ont veu que les François qui les
GALANT. 41
pouvoient ferrer plus longtemps
, avoient fagement retiré
leurs troupes pour ne les pas
faire perir ils font fortis de leur
Camp , où ils cftoient accablez
de toutes fortes de maux : mais
la liberté que les François en
fe retirant , leur avoient laiffée
d'en fortir , ne leur procura pas
de grands avantages , puis qu'ils
ont encore demeuré après ce
temps - la pendant plus de fix
femaines dans la neige , & expofez
aux injures du temps ,
fans
fçavoir où fe retirer . Ils menaçoient
beaucoup , & ils eftoient
veritablement les plus forts
parce qu'ils eftoient en corps ;-
mais cette force étoit une marque
de foibleffe , & de leur mauvaife
fituation , puifqu'ils ne fe-
Mm iiij.
416 MPRCURE
roient pas demeurez fi longtems
cn Campagne s'ils avoient fcu où
fe retiret, Ainfi l'on peut dire que
loin que le paffage de l'Adige
& du Mincio leur ait procuré
quelque avantage il femble
qu'il n'ait fervi qu'à les faire
fouffrir pendant tout le reste de
la Campagne . Ce qu'ils ont fait
jufqu'à aujourd'huy n'a encore
abouti qu'à la perte d'une partie
de leurs Troupes. Ils font
venus pour conquerir le Mi
lanez , & ils ne font pas plus
avancez que lors qu'ils font
entrez en Campagne . L'Armée
des Alliez eft venue pour le défendre
elle l'a défendu , & fe- .
Ion la fituation de toutes les affaires
, & le nombre des Troupes
que l'un & Fautre party preGALANT
417
parent , & qui feront preftes du
cofté des Alliez plus de trois
mois avant celles que les Allemans
affemblent , if paroift hors
de doute que ces derniers n'ofe
ront paroiftre devant toutes les
Troupes qui vont commencer
leur marche pour augmenter les
forces d'Italie.
L'arrivée de Mr le Comtë
d'Eftrées à Naples y a caufé une
joye inconcevable. On luy a
rendu tous les honneurs dûs à
fon caractere , & on a eſté charmé
de fa perfonne . Tous ceux
qui avoient paru le plus forte
menta ttachez à la maiſon d'Autriche
, ont protesté qu'ils garderoient
au Roy Philippe V.
une fidelité inviolable . Ils ont
avoué qu'ils avoient eſté incer413
MERCURR
tains jufqu'alors parce qu'ils ne
voyoient paroiftre aucun fecours
& qu'on les affuroit d'ailleurs
que le Prince Eugene devoit
s'avancer vers Naples avec une´
Armée de vingt mille hommes .
On y attend le Roy avec une
impatience inconcevable, & l'on
n'y parle de ce Monarque qu'avec
de grands tranfports de joye .
Quoy que de tout temps il y
ait en des brigues en Angleterre
pour les Elections des Membres
du Parlement, jamais elles n'one
efté fi découvertes & fi vives
qu'elles y font aujourd'hui. On a
pris foin d'envoyer des Lettres
circulaires dans les Provinces
pour avertir les Peuples de prendre
bien garde de ne point choifir
de Sujets contraires au Gouver
GALANT. 419
nement prefent , & favorables à
la France, à l'Espagne , & au Roy
d'Angleterre , qu'on y appelle
Prince de Galles , & on nomme
à la fin de ces Lettres tous ceux
qu'on ne veut pas qui foient élus
parmi lefquels cependant on ena
choifi un grand nombre.
Ily a deux partis , celuy de
la Cour , ou autrement celuy
des Viggs. Ce parti eft compofé
de Puritains , autrement de
Proteftans , qui font comme nos
Religionnaires de France . Le
parti oppofé que l'on nomme le
parti de la Campagne ou des Toris
, a efté formé par ceux qui
profeffent la Religion Anglicane
, qui font perfuadez que le
Roy d'Angleterre eft entierement
porté pour les Puricains à
420 MERCURE
a
leur préjudice Ce Monarque a
des interefts particuliers qui
l'engagent à vouloir la guerre,
& la Nation déja trop endettée,
a lien de fouhaiter la continuation
de la Paix plutoft qu'une
guerre qui ne la peut mener à
rien davantageux , de quelque
côté qu'on l'envifage , & qui en
interrompant fon commerce
pourroit avec le temps le ruiner.
Jene dis rien de la Hollande ,
puifqu'elle ne fçait que dire ellemême
, & qu'elle attend que le
Parlement d'Angleterre fe foit
declaré. Il y a deux partis dans
cette Republique. Le plus fort
eft dans les interefts de Sa Majefté
Britannique . Il fait connoiftre
par fes démarches qu'il
voudroit que la France & l'EfGALANT.
421
pagne embarquaffent la guerre .
afin que le Parlement d'Angle
terre donnaft plutoft dans les
picges qu'on luy tend , & qu'il
conclut à foutenir la guerre fans
perdre de temps en reflexions &
en raifonnemens . Ceux qui travaillent
en Hollande pour aigrir
la France & l'Espagne , n'ofent
le faire avec une certaine vivacité
qui feroit trop découvrir
leurs deffeins à ceux qui regardent
le commerce comme un
fouverain bien pour eux , & qui
craignent autant la guerre que
les autres la fouhaitent.
La Diette de Ratifbonne me
prepare de belles matieres pour
vous entretenir dans la fuite .
L'Empereur veut engager l'Empire
dans des differends qui ne
422 MERCURE
10
regardent que fa maifon. Cet
engagement le feroit entrer en
guerre contre des Puiffances
dont il n'a aucun fujer de fe
plaindre , & cette guerre l'épui
feroit d'hommes , & d'argent.
Il n'eſt point offence on ne
luy demande rien. Ainfi il n'y
à point de doute que s'il ne
veut rien faire que de jufte , sil
écoute fes interefts , & s'il veut
procurer du repos à des Peuples ,
il ne fe laiffera point furprendre
par les brigues de l'Empereur
, & par des Puiffances qui
seftant entrées dans fon alliance
croyent devoir entrer aveuglement
dans fes interefts,
Je viens d'aprendre la mort
de Mademoiſelle d'Elbeuf dont
GALANT . 423
je vous entretiendray le mois
prochain.
C'eft Mr Buterne qui eut
l'honneur de toucher l'Orgue
deux fois de fuite devant le Roy
à Sceaux. Ceux qui avoient
donné cette gloire à un autre
eftoient mal informez , quoy que
cet autre ait auffi beaucoup de
merite. Le mefme Mr Buterne
qui a montré à jouer du Claveffin
à Madame la Ducheffe de
Bourgogne en a depuis peu donné
des leçons à Monfeigneur le
Duc de Berry. Je fuis , Madame ,
voftre , & c.
A Paris , ce 31. Decembre 1701.
S5525522252 255255
P
TABLE.
Relude.
Suite de la Phifique mecanique . 8
Vers de Mr P..... fur un Caroße
55 verfé.
Obfervation Anatomique fur la
maniere dont fe forme l'Afme convulsif.
Relation de Montpellier.
59
74
Autre Relations curieufes fur le
mefmefujet.
92
Lettre qui explique le sujet de l'Ode
qui la fuit.
Ode .
Mufes
nouvelles
.
Lettre fur le Rhamatifme
152
157
166
169
Information concernant l'affaire de
TABLE.
Darien.
Traduction d'une Ode latine
Monfeigneur le Dauphin . 219
Pompe funebre de Madame la Du.
cheffe de
Luxembourg.
Madrigaux.
Mort
Question
225
239
242
251
259
267
Sonnets Efpagnols avec la Traduction
Francoife.
Ode
282
Nouvelles de la
Martinique. 279
L'homme de Cour
Hifloire de la
Conquefte
d'AngleterreparGuillaume
Duc de Normandie.
284
Traitez de Saint Auguftin……… , 286
Fefte donnée à Mr
Ambaffadeur
Epigrammes.
d'Espagne.
Décembre 1701.
291
294-
Fefte de Saint Lazare celebrée par
Nn
TABLE,
les Chevaliers de cette ordre avec
une defcription de leurs nouveaux
habits , un détail des ceremo .
nies quife pratiquent en ces occa-
302 fions.
Services Solemnel fait par les Irlandois
du Seminaire de Bordeaux.
7
Second article des morts.
326
335
Relation de ce qui s'eſt paffé à Barcelone
à l'arrivée &aprés l'arrivée
de la Reine d'Espagne.
Cadran univerfel
Articles des Enigmes.
338
351
354
360
Nomination d'un Patriarche de la
Mr Tafdif Ingenieur envoyé au
Chine.
Roy de Portugal.
Nouvelles d'Italie.
Benefices donnez parle Roy,
361
362
391
Operationfaite à Mr.Fagon. 395
TABLE.
Permilion de lever un Regiment ac--
cordée à Mr de Pefeux Francom.
tois.
403
Suite des affaires d'Italie. 404
Arrivée de Mr le Comte d'Eftrées à
Naples. 417
Affaires d'Angleterre . 418
Affaires de Ratisbonne. 420
Mort de Mademoiſelle d'Elbeuf.
422
vis pour placer les Figures;
L'Air qui commence par
Ce n'est pour le Printemps , doit
regarder la page 168 .
L'Air qui commence par
Ne cheriffe que le fus de laTonne,
doit regarder la page 194:
CATALOGUE
DES LIVRES
QUI SE VENDENT A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
E Theophrafte Moderne , ou Nouveaux
"
augmentée , in douze ,
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Sentimens Critiques fur les Caracteres de
Theophrafte de M. de la Bruyere , in dou
Ze , 2.1. 10. f.
Saint-Evremoniana. Ce Livre eft rempli de
Critique fur les moeurs , de bons mots , &
de traits d'érudition de M. de Saint - Evremont
, in douze , 2. 1. . £
La Maiſon Reglée ou l'Art de diriger la Maifon
d'un grand Seigneur , tant à la Ville
qu'à la Campagne. Seconde Edition augmentée
de la maniere de faire toute forte
d'Eaux , d'Effente & de Liqueurs , in donze,
2. 1.
Le fort de l'honnête-Homme & du Scelerat ,
fçavoir ; fi pour parvenir dans le monde il
faut être honnête-homme ou fcelerat , in
douze , z. vol .
3. l. 10. f
2
Les plus belles Lettres Erançoiles fur toutes
fortes de fujets , avec la maniere de les
écrire , par Pierre Richelet , in douze ,
2. vol. 4 1. 10 f.
Hiftoire Critique des perfonnes les plus remarquables
de tous les fecies , in douze ,
2. vol. 4. C
Hiftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'eft paffé de plus remarquable depuis
1643. jufqu'à prefent , par M. de Corneille
de l'Academie Françoiſe , in 12. 3. vol. 6. 1.
Les Metamorphofes d'Ovide mife en Vers
François par M. de Corneille de l'Acade
mie Françoife , enrichies de plus de 300.
Figures en Taille- douce , in douze , 3. vol.
9. liv.
Les Memoires de M. de Saint Evremont ,
contenant diverfes avantures qui peuvent
fervir d'inftruction à ceux qui ont à vivre
dans le grand monde , in douze , 4. vol .
8. liv.
1.
Les Contes & Fables de M. Le Noble , ouvrage
enrichi de Figures en Taille- douce ,
in douze 2. vol.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
voit les changemens qui font arrivez dans
ce Royaume au fujer de la Religion & du
Gouvernement , in douze , 2. vol .
Arliquiniana ou les bons Mots , les Hiftoires
plaifantes & agreables recueillies des converfations
d'Arlequin , in douze. Seconde
Edition augmentée ,
4.1
.
2. 1.
Idem , Tome 2. fous le titre de Livre
fans nom , in douze , 2.1.
3
2. I.
2.1.
Pratique curieufe ou les Oracles des Sibilles
pour le divertir en compagnie , in douze.
Troifiéme Edition augmentée d'une fecon
de Partie , fur de nouvelles queſtions qui
n'ont point encore parû , in douze , 2. I.
Les paroles remarquables , les bons & les
maximes des Orientaux , in douze ,
Le Voyage ou Ambaffade de M. de Saint-
Olon à Maroc , enrichi de Figures , in
douze,
Hiftoire de France depuis Faramond juſqu'à
prefent, dans laquelle eft compris le Regne
de Louis XIV . in douze , 10. vol. 18. 1.
Portraits ferieux , galands & critiques , in
douze , 1. l. 16. f.
Memoires de M. d'Angoulême , in douze ,
1. l. 16. f.
Effais de Jurifprudence , par M. de Toureille
de l'Academie Françoife , in douze , 2. 1.
Hiftoire des Guerres civiles de France ; contenant
tout ce qui s'eſt paſſé de plus memorable
fous les Regnes de quatre Rois ,
François II. Charles IX. Henry III. &
Henry IV . furnommé le Grand , jufqu'à la
Paix de Vervins inclufivement ,
in douze , 4 vol .
Les Satires de Perfe avec des remarques , de
par Davila,
9.1.
M. le President de Silvacane , in douze ,
Latin François ,
Journal du Voyage de Siam , de M.
de Choify , in douze ,
Hiftoire de Charles VI. par M. le
reur in fol. a . vol .
2. 1.
l'Abbé
2. L
Labou
15. 1.
2.1. 10. f
Hiftoire de la feue Reine d'Angleterre , in
octavo ,
Hiftoire de l'Afrique ancienne & moderne,
enrichie de 400. Figures en Taille- douce'.
in quarto , 4. vol.
8. 1.
Hiftoire d'Alexandre le Grand , in douze ,
2. liv.
Etat de la Cour des Rois de l'Europe , par
·
M. de Sainte Marthe Hiftoriographe de
France , in douze , 4. vol.
L'Art de fe connoître foi- meme , par
6. 1.
Abadie
, in douze , 3. 1.
Hiftoire d'Hollande depuis la Tréve de 1609.
où finit Grotius juſqu'à notre temps , par
M de la Neuville , in douze , 4. vol . 8.1.
La promenade de Verſailles ou Celanire ,
nouvelles Hiftoriques , par Mademoiſelle
Scudery , in douze ,
3.1
2.1.
De la mefme, les Converſations fur toutes
fortes de fujets , in douze , 2. vol. 4. 1.
La Chevalerie ancienne & moderne , par le
P. Meneftrier , in douze , 2. 1.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues
& de M. Girardin auprés du Grand - Seigneur
, in douze , 1. t. 10. f.
Dialogues Satyriques & Moraux , in douze ,
2. vol. 3. 1.
Du mefme , Difcours Satyriques , in
douze , i. l. s. f.
Epîtres en Vers de M. Sabatier , in douze ,
1. liv.
Hiftoire de Saint Louis , par M. de Sacy ,
in quarte , 2. vol.
12. 1
Hiftoire de la République de Genes depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent ,
in douze , 3. vol .
Zayde , Hiftoire Efpagnole , avec l'origine
6. 1.
des Romans de M. Huet in douze ;
3. 1. 12. f.
2. vol.
Les Chanfons
de M. de Coulange
, in douze
,
2. vol.
4. 1.
6.1.
La Vie de Saint Martin Eveque de Tours ,
in quarto, avec Figures ,
Les Soeurs rivalles Hiftoire Galante , in
douze ,
>
1. l. 16. f.
De M. de Fontenelle de l'Academie
Françoife.
Toutes les Oeuvres , in douze , 7. in douze 7. vol. 14. 1.
Lefdites Oeuvres fe vendent féparément,
Sçavoir :
Les nouveaux Dialogues des Morts , in dou
ze , 2. vol. 3.1. 12 f.
Le Jugement de Pluton fur les deux parties.
des nouveaux Dialogues des Morts , in
douze ,
Entretiens fur la pluralité des
douze ,
1. l. 16. f.
Mondes , in
1. l . 16. f.
Hiftoire des Oracles , in douze , 1. l. 16. f.
Poëfies Paftorales avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une digreffion fur les
Anciens & les Modernes , augmentées d'un
Recueil de Poëfies diverfes & galantes ,
2. I..
in douze ,
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her ,
in douze > 2. 1.8. G
De M. l'Abbé Gouffant , Confeiller
au Parlement.
Le Portrait de l'honnefte- homme , in douze ,
1. l. 16. f.
De l'honnefte femme , in douze , 1. 1.
16. f.
Les Confeils d'un pere à ſes enfans fur les
divers états de la vie , in douze , 1. liv.
16. f.
'De M. d' Aumat , Avocat du Roy
au Siége Prefidial de Clermont.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel ,
in quarto , 3. vol.
Du Reverend Pere Bouhours.
18. 1..
La maniere de bien penſer dans les Ouvrages
d'efprit , in douze , 2. 1. 5. f.
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene, nouvelle
Edition , où les mots des Deviſes font expliquez
, in douze , 2. 1. 10. f.
Hiftoire d'Aubuffon Grand - Maître de Rodes
in douze ,
De M. de Martignae.
2
2. 1.Sa fo
Horace , le Latin à côté avec des Remarques,
2. vol. in douze,
4.1
.
Virgile
, le
Latin
à côté
avec
des
Remar
ques
&
des
Figures
, 3.
vol
. in
douzs
g. liv
De M. de Mezeray.
Hiftoire generale de France , in fol. 3. vol
60. liv.
La mefme in quarto , 3. voľ.
La meme , in donze , 8. vol.
De M. Felibien.
20. h
20. 14.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres anciens & modernes
, in quarto , 2. vol . 12. l.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvra
ges des plus celebres Architectes , in quarto
,
3. 1. 10. r.
Defcription des Peintures faites pour le Roy
avec une Defcription Sommaire du Château
de Verfailles , in douze , 2. 1.
Dictionaire des Arts & Sciences, ou principes
de l'Architecture avec Figures , in quarto ,
12. liv.
De Mademoiselle de la Force:
Hiftoire fecrete de la Maifon de Bourgogne ?
in douze , 2. vol.
3. l. 12. fi.
Hiftoire de Marguerite de Valois Reine de
Navarre , four de François I.
2. vol. in douze,
3. 1. 12. f. Guftave Vala , in douze , 2. vol . 3. l . 12. ርf. Les Contes des Contes, enrichis de Figures
en Taille-douce , in douze , z. vol. 3. la
12. f.
Hiftoire fecrere d'Henry IV. Roy de Caſtille,
furnommé. l'impuiffant , in douze
2. g
Oeuvres meflées de M. de Saint -Evremont ,
in douze , s. vol. 10. I.
Les Lettres nouvelles de M. Bourfaut , accompagnées
de Fables , de Remarques
de bons Mots , & d'autres particularitez
auffi agreables qu'utiles , in douze , 2. vol.
4, liv.
La Vie de l'admirable Chevalier d'induftric
Dom Guzman d'Alfarache , enrichie d'un
grand nombre de Figures en Taille-douce ,
in douze , 3. vol . 7. 1. 10. f.
L'Illuftre Moufquetaire , nouvelle galante
in douze , 1. l . s. f.
Mylord Courtenay , ou Hiftoire fecrete des
premieres Amours d'Elizabeth d'Angleterre,
par M. Le Noble , in douze , 1. Ï- 16. f.
Le Duc de Guife furnommé le Balafré , in
douze , 1. l. 16. f.
€
La decouverte des myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des grandes Maifons , des Procu-
Avocats , Notaires & Huiffiers , in
douze , 1. l. 16. L
Bibliotheque Orientale , où Dictionaire de
l'Orient , in fol.
reurs ,
15. 1. Taite de l'homme , de M. Defcartes , in quar
to ,
6. 1.
Du mefme , Les paffions de l'ame , in
douze ,
Oeuvres d'Etthmuller.
1. 1. 10. f
La nouvelle Chirurgie medecinale & raifon
née d'Etthmuler , in douze , 1. 1. 10. f. Pratique
generale
de la Medecine
de tout le corps humain, in octavo, z. vol. 6.1
Pratique fpeciale du meme Auteur , fur 10
maladies propres des hommes , des femnies
& des petits enfans , avec des Differtations
du mefme Auteur fur l'Epilepfie , l'Yvreſſe,
le mal Hypocondriaque , la douleur Hypocondriaque
, la Corpulence , & la morſure
de la Vipere , in octavo ,
3.1.
3. 1.
7. I.
Les Inftituts de Medecine , in octavo ,
La Pharmacopée raifonnée de Scroder , in
octavo , z. vol.
Methode de confulter & de preferire les formules
de Medecine , oeuvres pofthumes ,
in octavo ,
Hiftoire de Henriette Sylvie, de Moliere , in
douze , 2. vol . 3. 1.
Les Oeuvres de Moliere , in douze , 8. vol.
15. 1.
ze
3. I.
De Racine , nouvelle Edition , in dou
2. vol. 6. 1.
De Corneille , in douze , ro. vol. 20. I.
De Scarron , in douze , 10. vol .
De Boileau , in douze , 2. vol.
De Voiture , in douze , 2. vol.
IS. 1.
4. I.
3. 1.
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine , pas
M. de la Croix , in douze,
Le nouvel état de la France , in douze , 3. volj
2. le
6. liv.
Nouvelle Methode du Blaſon du Pere Me
neftrier , enrichie de Figures , in douze,
2. l . 10. f.
Memoires de la Reine Marguerite , in douze,
1. 1. 10. f.
De Gafpard de Coligny , in dòuze ;
1. 1. 10. f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife , de M.
10
Amelot de la Houffaye , in ottave :
2. vol.
6. 1.
Du mefme , le Tibere fur Tacite, in
octavo ,
3. 1.
Du mefme , le Prince de Machiavel , in
douze , 1. 1. 10. f.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
rempli d'une infinité de chofes curieuſes ,
in douze , 4 vol . 6. I.
Les Epîtres & Evangiles de toute l'année , in
1. 1. 10. f.
Les Meditations de Bufée , in douze , 2. vol.
3. liv.
douze ,
D'Abely , in douze , 2. vol. 4. I.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs du Port- Royal , in octavo , 4. l.
Miffel en Latin & en François , in douze ,
6. vol. 12. la
La voye qui conduit au Ciel, par Drexelius , .
in douze , 1. l. 10. C
Le triomphe de l'humilité, in douze, 1. l . 16. f.
Conferences de Caffien , in octavo
4. 1. 10 f
Catechifme de Turlot , in quarto ,
2. vol.
4. F. Semaines Saintes Latines & Françoifes , in
douze ,
2. l.
Les mefmes, in 18 , toutes Latines . 1. I.
Nouveau Teftament en François , in douze,
1. 1. 10.
tre ,
[.
Le mefme, in douze , 2. vol. groffe let-
3. L La Vie de Jefus - Chrift par le Pere Brignon
Jefuite , in douze , 3. vol. 6. L.
Memoires de M. de Guife , in quarte ,
6. liv
I
Guerre des Turcs contre la Pologne , in
douze , 1. 1. 10. C.
Academie des Dames galantes , in douze ,
-3 : 1.
2. vol.
Hiftoire des Conciles , par M. Hermant , in
douze , 4. vol.
2.
8. f.
Des Ordres de Chevalerie , in douże ,
1. L.
Des Ordres Religieux , in douze ,
2. 15. f.
i
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , in douze ,
1. 1. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de peindre
fur le papier , in douze,
1. L
La vie d'Elizabeth Reine d'Angleterre , par
G egorio Leti , in douze , 2. vol.
6 1.
Idem , de Cromvvel , in 12. 2. vol. 6. I.
Epitres & Elegies amoureufes d'Ovide , in
douze ,
Remedes de Madame Fouquet ,
tion , in douze , 2. vol.
1. 1. 10. L.
nouvelle Edi-
3. 1.
2. 1.
4.1.
Les mefmes , in douze , I. vol.
La Maifon Ruftique , in quarto ,
Eleonor d'Yvrée , ou les malheurs de l'amour,
in douze , I. l. 10. f.
Le Neapolitain , ou le deffenfeur de fa mattreffe
, in douze ,
Le Mari jaloux , in douze ,
Le Serafkier Bacha , in douze ,
Etat prefent de la puiffance
douze ,
I. 1.
1. 1. 10.f.
1. l. 10. f.
Ottomane , in
2 !.
Le Grand Vifir Cara Muftapha , in douze,
I. l. 10. f.
Les Nouvelles Galantes & Aventures ' du
temps , in douze , 2. vol. 2.1.
Reflexions ou Sentences & maximes morales
& politiques, dediées à Madame de Maintein
douze ,
"
non ,
La Vie du Taffe , in douze ,
1.1.
1. 1. 16. L
Les differens caracteres des femmes du fiecle
avec la defcription de l'amour propre , in
douze , 1. l. 16. f.
Les Poëfies de M. de Malherbe , avec les
obfervations de Menage , in douze , 3. l.
Hiftoire des Princes illuftres in douze
1.1 15 f.
Le degoût du monde , par M *** , in douze,
1. 1. 16. f.
Les Memoires de Madame la Comteffe D **
dans lesquels on verra que tres- fouvent il
y a beaucoup plus de malheur , que de dereglement
dans la conduite des femmes ,
in douze , 2 vol . 3. l. 12. f.
Les Malades de belle humeur , ou Lettres divertiffantes
écrites de Chaudray , in douze,
2. liv.
La Vie de Scaramouche , où font les bons
mots, fes hiftoires plaifantes & agreables ,
in douze , I. 1. 16. f.
Syroés & Mirame, hiftoire Perfane , in douze,
2. vol. 3.
1. 12.f.
Les mots à la mode, & des nouvelles façons de parler , avec des obfervations
fur diverfes
manieres de s'exprimer , par M. de Cailler
de l'Academie Françoife , in 12. 1.1. 16 f. Du bon & du mauvais uſage dans les manicres
de s'exprimer , des façons de parler
bourgeoifes , & en quoi elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à
la mode , par le mefme, in 12. 1. l. 16. f.
Conyersations
13
Converfations Academiques , tirées de l'Aca
demie de M. l'Abbé Bourdelon , par le..
Sieur le Gallois , in douze deux vol.
3. liv . 12. f.
ya
Le Comte d'Amboife par Mademoiſelle
Bernard , in douze , deux vol . 3. liv.
Lettres nouvelles & curieufes , par M. B **
in douze , 2. vol . 4.1.
Les Metamorphofes d'Ovide de M. de Benfe
rade in quarto , enrichie de Figures , impri
méc en Hollande.
10. liv. Idem le meſme , in octavo 2. vol. 6. liv. Hiftoire
de Cambray
& du Cambrefis
, in quarto , 2. vol. de Holande
16. liv. Offices de Ciceron
, in douze , Latin François
.. 2. l.
Les Travaux de Mars , in octavo ,...
15. liv.
3. vol.
Poëfies de Mademoiſelle Deshouliers , in oda…
vo, 2. vol. 4. liv. 10. f
Inftructions pour les Jardins fruitiers & pota
gers , par M de la Quintinie in quarto 2.
vol . remplie de Figures .
12. liv.
Hiftoire general d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichies de Figures en Taille- dou
ce , par M. Vanel Hiftoriographe de France
,in douze , 4. vol. 8. liv.
-Idem des Turcs in douze , 4. vol. 6. liv .
-Idem Defpagne in douze , 3. vol . 6. 1 .
La Devotion air facré Coeur de Jefus , in douze
, dernier Edition , 2, liv. 5. f.
---Idem , l'Abregé in douze, 1. liv.
Imitation de Jefus Chrift , Traduction nouvelle
, par le R. P. Brignon de la Compagnie
de Jefus , in douze , feconde Edition,
2. liv.
14
-Idem , la mefme in vingt quatre , 1. I.
La Conduite à la Confeffion & Communion
de Saint François de Sales , in dix huit ,
1. liv.
Hiftoire de l'Empire, de M. Heiffe, in quarte,
2. vol.
12. liv.
Grotius
, du droit de la Guerre & de la Paix , in quarto , 2. vol.
Summa Becani , fol. Parifiis ,
12. liv.
Leo Magnus , fol . Parifiis ,
9. liv.
Maldonatus in Evangelia fol.
Tractatus de vfuris & foenore in
9. liv.
quarto , 7. 1 .
12. liv.
12. liv.
Mathiole fur le Diofcoride , ou Hiftoire des
Plantes , avec Figures , fol.
Hiftoire des Plantes , avec Figures , in douze,
2. vol. 6. liv.
6. liv.
Hiftoire de Normandie , de M. de Maſſevile,
in douze, 4. vol .
Les Memoires de Puyſegure , in douze , 2. vol.
4. liv.
L'Homme de Cour , de la Houffaic, in douze,
2. liv. s . f.
Sancti Bernardi Opera , fol. 2. vol . Lugduini
15. liv.
La frequente Communion , par M. Arnault
in octavo ,
>
4. liv. La Tradition de l'Eglife , par M. Arnault , in
octavo ,
4. liv.
Hiftoire de l'Eglife , in douze , 4. vol . 8. 1 .
La Cour Sainte , in octavo , s . vol.
-Idem , fol.
15. 1.
12. liv.
Menochius
in facram
Scripturam
, fol. 12 liv.
Hiftoire
Anatomique
, enrichies
de Figures
,
.in octavo , 4. liv.
Les Confeils
de la Sageſſe
, in douze
, 2. vol.
a kir.
IS
Hiftoire d'Henri 7. Roy d'Angleterre , par
M. Marfolier , in douze , 2. vól .
La Sainte Bible , fol.
4. .
12. liv.
Hiftoire de Geneve de Spon , in douze , 2 .
vol.
3. liv. La Devotion au Sacré Coeur de Jeſus, in douze
, 2. vol
Dictionaire de Rochefort ,fol.
Le Theâtre Eſpagnol , in douze ,
4. liv.
12. liv.
2. liv.
Les Poëlies de M. de la Fontaine , in douze ,
3. vol. 9. liv.
Le Parfumeur Royal , feconde Edition augmentée
, in donze , 2. liv.
Concilium Tridentinum , in douze , 1. l. 10. f.
Catechifmus Concilii Tridentini , in douze , 1. liv. 10. f.
Idem , in vingt- quatre , de Cologne ,
1. I. 10. 1.
Le Songe de Bocace , in douze , 2. 1. Hiftoire de l'Afrique par d'Aper , fol Hollande
avec Figures ,
Hiftoire des Herefies de Bocager in
6. 1.
18. 1.
quarte,
Les Oeuvres de Riviere en François , in octavo,
3. vol.
9. 1.
Le Voyageur de l'Europe , in douze , 2. vol. 4. 1.
Les Commantaires de Cefar , de M. d'Ablan.
court , in douze , 2. vol. 3. 1. 12. f.
Le Quinte- Cure de M. de Vaugelas ; François
Latin , in douze , 2 vol, 4. 1. 10. 1.
Les Remarques fur la Langue Françoife , de
Monfieur de Vaugelas , avec les Notes de
M. de Corneille, in douze , 2. vol . 4. 1. 10.f.
Ambaffade de Garcial en Perfe , in quarto ,
16
Hollande , 6. 1.
27. 1.
Ovide François Latin de M. Marolles , in octavo
, 7. vol .
Les Epigrames de Martiales , in octavo , 2 vol.
François Latin , ..
18. 1.
6. l.
Le Seneque François Latin de Marolles , in
octavo , 2. vol.
Les Annalles de Baronius , in douze , 7. vol.
Hiftoire de Dom Quichotte de la Manche ,
in douze, 5. vol. avec les Figures , 12, 1. rof.
Hiftoire de Theodofe le Grand , par M.
Flechier , in douze ,
Les Oraifons Funebres de M. Flechier
douze, 2. vol.
3.1.
>
in
4.1. Idem , de M. de Meaux , in done ,
2. l. 10. f.
4. 1.
Le Martirologe des Saints , in octavo ,
La Vie de M. Defcartes , in douze, 2. 1.
Septimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire, avec
des Scrupules fur le Stile , in douze , 2. 1.
Voyages du Sieur le Maire aux Illes de Canarie
, avec Figures , indouze , 1. 1. 16. f.
Entretiens fur les Contes de Fées , in douze ,
1.4: 16 . f.
Hiftoire du Maréchal de Boucicault , in douze,
1. 4. 10 f.
Les Oeuvres de M. Santeuil , in douze , 2. 1.
Introduction à la Vie devote de S. François de
Sales , in douze ,
Biblia Sacra , fol.
Idem , in octavo , Colonia ,
1.1. 10. f.
12.1
.
6. 1. La frequente Communion de M. Arnault , in
octavo , Bruxelles , 6.1.
Hiftoire Louis XIII. dit le Jufte , in donze ,
a, dix,
Le Voyage des Indes , in douze , a. vol.
3. liv. 12. f.
Hiftoresde Juftin , in douze , a, vol. 4. 1.
La Morale d'Epicure avec des Reflexions , in
douze , 2.f.
Les Oeuvres de Capilbron , in douze , 4.1.
-De Poiffon , in douze , 2 vol.
-De Pradon , in douze ,
•
-De la Chapelle , in douxe ,
4. liv.
3.1.
2.1
.
La Grammaire Françoiſe de Pierre Chifflet , in
douze ,
1. l. vo f.
L'Architecture Françoile de Savot , in octave ,
avec Figures ,
3. I.
Hiftoire Sacrée de Brianville avec les Figures
de M. le Clerc , in douze , 3.vol.
Idem , De France avec les Portraits ,
douze ,
6.1.
in
2.1.5. f.
3.1
.
Origine de la Royauté , in douze , enrichies
d'un grand nombre de Figures ," Airs & Vaudeville de Cours jin douze , 2. voly 3. liv.
Idem ,Mis en chant , in douze , 1. 1. 10. f.
1. 1. 1o. f. Poëfies Chrêtiennes , in douze ,
Oeuvres de Marigny , in douze , 1. 1. 10. f.
Geometrie de Baulicu , in octave ,
Oeuvres de Benferade , in douze, 2. vol . 4 ,
fdem , De le Pays , in douze , 3. volg
4. l. 10 f.
Idem , De Cirano de Bergerac , 2. vol.
La Vie de S. Jean
Chrifoftome
, in 2. vol.
Dictionaire de Medecine in octavo , 3 .
Voyage de Chardin , fol.
3. 1
1.
indouze,
4. liv.
octavo
,
8. 1.
vol. 9. I.
10. l.
Morale de S, Gregoire , in douze , 2. vol. 4. 1.
Homelies ou Sermons de S. Jean Chrifoftome;
12. I.
in quarto , 2. vol.
Les Tableaux de la Penitence , in douze , de
M. Godeau ,
Livres de Droit.
3.1.
Traité de la Communauté de biens entre
l'homme & la femme conjoint par mariage ,
par M. Renuffon Avocat au Parlement , fol.
10. liv
Du mefme , le Traité des Propres Réels
reputez réels & conventionnels , où ſont traitées
les notables queftions du Droit Fraçois,
feconde Edition , augmentée de plus d'un
tiers , in quarto , 6. liv .
Corpus Juris cum Commentariis Pithoei , fol.
2. vol.
26. liv.
Ceuvres de Baquet , fol. par Ferriere , 15. 1.
Les Arrefts de Louiet , fol. z. vol. Paris, 30. 1.
La Biblioteque Canonique de Blondeau , fol.
2: vól. 24. liv.
Queſtions notables decidées par plufieurs Arrefts
de la Cour de Parlement , divifées en
quatre centuries , par M. le Preftre , fol.
24.liv.
Tables Chronologiques des Ordonnances ,
in quarte ,
Coûtumes de Châlons , in quarto , 6. 1.
Hiftoire des Secretaires d'Etat , in quarto, 6. I.
Obfervations Analifiques fur la Ĉoûtume de
Paris , par M. Pithou , in vingt - quatre, 1. l.
Mirbelli Infitutiones furis Canonici , in douze,
1. 1. 10. f.
6. 1.
Traité des Indults , par M: Pinfon , in douze ,
2. vol. 4. liv.
19
Les Arrefts du Parlement de Paris , de M. Bar
det, fol. 2. vol. 18. liv.
Les Playdoiez de M. Gautier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus
fur iceux , donnez nouvellement au Public
M. Gueret Avocat au Parlement , in
quarto , 2. vol.
par
8. liv.
Les Inftituts de Juftinien de Ferriere, in douze,
2. vol . Latin François
4. liv.
Les Inftituts
du Droit
Confulaire
ou les éle
mens
de la Jurifprudence
des Marchands
,
in quarto
,
7. liv,
12. liv.
Biblia Sacra , fol.
Le Praticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , in quarto , 7. l. 10.f.
Abregé de la Jurifprudence Romaine , par M.
Colombet , in quarto .
3A liv .
Remarques du Droit François fur les Inftituts
de l'Empereur Juftinien in quarto , 3. liv.
Coûtumes de Paris de Meffieurs du Moulin ,
Tournet , l'Abbé & Jolly , Avocats au Parlement
, indouze , 2. vol . 4. liv..
Queſtions Notables de Droit , de Duperiere ,
in quarto , nouvelle Edition augmentée
4. liv .
1.
Les Decifions Catholiques de Filliau , fol.
12. liv.
Ordonnances des Eaux & Forefts , augmentées .
des Edits , Declarations & Arreſts , in vingtquatre
,
1. l. 10. f.
-Idem , Sur le fait des Aydes & Gabelles ,
in vingt quatre, 2. liv.
Dictionaire Civile & Canonique , in qurso ,
6. liv.
Banage fur la Coûtume de Normandie fol
Z. vol.
ra. lim.
Le Parfait Négotiant , nouvelle Edition , aug.
mentée de lArt des Lettres de Changes
in quarto ,
71. liv.
La Science parfaite des Notaires , in quarto,
par M. de Feriere,
6. liv.
Le Traité des Succeffions de M. le Brun , ſe.
conde Edition augmentée , fol. 14. liv.
Les Conference des Ordonnances , de M. Bornier
, in quarto ', 2. vol..
Le Stile du Confeil , in quarto,
12. liv.
6. liv.
Inftitution au Droit François , de M. D **
Leconde Edition , in douze , -2 . vol. 1.
pour
7. liv.
Recueilles des Procedures Criminelles.
les Officialitez , in quarto ,
Traité de la Regale par M. Aubry, in quarto,
2.vol.
Comedies .
12. 1.
LaDevinereffe , in douze , 1. 1. 10, f.
La Tragedie de Judichde M. Boyer de l'Aca
demie Françoife , in douze ,
Les Dames Vangée , ou la Dupe de foi -meſme,
1. liv
1. liv.
1. liv.
1. k
Bradamente , Tragedie de M. de Corneille.
in douze ,
in douze,
Artaxerce , Tragedie,
L'on trouvera chez le même Libraire tou
tes les nouveautez qui s'imprime à Paris. 17.01.
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