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1701, 11 (Gallica)
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Uu
f,\jj.ir1L~L-~Rlà%DURJE
GALA-m-1-
PHILIPPE V.
NOVEMBRE 1701.
A PARIS,
Chez MICHEL BIlUNET, Grande Salle
du Palais,au MercureGalant.
A
SA MAjESTE:
CATHOLIQUE
PHILIPPE V.
(,à4 peineVOTRE MAJESTE'
eut-elle esié placée
EPITRE.
sur le Trône>que je me pro"'fJ'
-
pofaldemet-tre une foislà 1
-, Nom surled'un Prince qui regn^ Mondïp-,lusvasseEtatddù àlatejtedutm
A*Ouvrageconsacré depui&m
ivingt-cinq années à Adon-w
seigneur le Dauphinfor^$\
augufiePere. C'efl ce qum^
me donne lieu d'espererqum^
V. M. recevra favorable-^
mentyce que ce Grand Prin..,",
ce a bien vouluagréer depuis
un sigrand nombre d'an-sw
nées, avec la bonté qumj
EPITRE.
luy est ordinaire.
Vous trouverez*> SIRE,
dans cevolume,avecquantité
de choses qui regardent
v.M. un détail de la plus
grande partie des honnturs
qui onteslérendus en France
a la ReinevefireEpouse.
Je ferois dans cette Epître
lEloge de V.NI.si je
pourvois fîtivreCufage des
Epitres Liminaires, mais
leur longueur est Ji bornée9
quellenesuffiroit pas pour
mettre d7ans [on jour la
BPITRE.
moindre des qualittZ quk&
attirent aujourd'huy iessù
yeux de tout tVnvvers JumÀ
V.M.
Que J'aurois de choses à k
dire de sa pieté,fl j'avais i\j
toute l'étenduequimefèroit
necejpiire pour raporter les q
éclatantes marques quElle &
en donne tons les jours?
Je laiJe aux Espagnols x
qui jomfftnt du precieuxï
bonheur de le voir de plusi
prés, & qui s*aplaudtjfent *
d'avoir un Rojjipénétréde
4
EPITRE.
sa Rtligion, lefoind'en faire
l'Eloge. Ils s'en Acquit..
feront avec d'autant plus
dardeur&de joye
J que la
pieté leur eeant naturelle,
les Peuples font toujours
charmeZJ de trouver dans
leurs Souverains
,
les mef
m?s vertus dont ils font eux
pmesmlesauneiprrofeeflo.n exemQu'ilsdoivent
estre cchhaayt--
niez, ces Sages EJpagnols,
qui ont toujours esié attachez*
y & mesme avec firuEPITRE.
pule a remplir tous les de^A
voirs de la Religion, st) de^\
l'honneur, d'avoir un Rcy\%
dont l'exemple les fortifieû
dans les sentimens ouilsont
toujours esté. Vn Roy si la--%
borieux, qu'il travaille ensv
mesme temps a tout ce que
luy demande lagrandeur du û
rang (ùprême où la naijfan- -5
ce , & l'amour de fis Peupiesl'ontélevé.
Ilparoi/}que
rien ne couste à V. M. lors v
qu'il s'agit de fatufaire à k
tous les devoirs d'un Mo*
EPITRE.
narque qui porte vingtdeux
Couronn.es.
Vous écouteZ., SIRE>
rvos Peuples avec uneaffabilité
qui les enchante, &
qui Doitsattire tous les
coeurs:vousrien paroijfez.,
pas moins le Pere que le
Roy, & ils découvrent, ces
Peuples heureuxyautravers
de la Majefiéquevojlre
rang vous oblige defoutemry
que les Jentimens de
Pere ne le cedent pas a ceux
de Roy, & que dans lefond
BP ITR E.
devoftre coeur, vous [èntezss
pour eux tout ce quunp~
expliqueroit tendrement
qu'unSouverainnedokvÀ
jamais laisserentrtvoir%
qu'avec dignité.
Tout le mondeSIRE,
veu avec beaucoup de fur- .,
prist que vous n'arueZ pas v*
plutojl commencé à régner,
que vous livrant tout en- -~
lier aux foinsqnevous de- -j
mandoient la gloireJ & le
hieri de voflreEtat
J vous
avez»siheureusement tra*
E PITRE.
vaille aux affaires du dedans,
fÔ du dehors, qu'on
ne s'aperçoitpresque plus du
désordre où vous aveztrouvé
les premjeres.
Vous avez, paru en entrant
dans vos Etats plus
EJpagnol que ceux qui le
font le plus. On efloit fer..
fuadéquevous demeurerieZ-,
toujours vejiu à la Franfoist,&
plu/leurs Seigneurs
de voflre Cour avoientfait
faire de riches habits en
.France, dans la pensée que
EPITRE.
toute l'EsPagne qui avoiïiw
pris un coeur François,pren\
droit aussi l'habillement d'u-d
ne Nationquelleavoitrl.,
solu d'imiter en beaucoup de^
chofts V. M.leurlieut bonssi
gré de leur complaisancesii
maisvous voulûtes, SiR£,taJ
faireruoirà toute l'Espagne
que vous nefiieZjpas moins\é
prest asuivre Jesusages, K\
que l'estoient ces Seigneurs ii
à Je conformer à ceux de
France.Vousprijtesunha- -~
bit qui vous platfoit?parce -à-y quil i ,
EPITRE.
qu'il avoit eu Lavantage
dentaire depuis longtemps
atoute la Naiiqn EsPagnole,
st) vous ne voulu/lu
pas donner la peine aux
yeux des Peuples de s'accoutumer
a en voir d'autres.
La Renommêe avoit parlé
avantagiufement de V.
M. dans toute îE[pagne;
mais vous y fustes a peine
arrive que L'en conîjut,que
bien quelle parlesouvent
trop,&qu'elle exagerepref
que dans tous sesRecits, lot
EPITRE.
chofisqu'elle raporte
3 tout,
cequtUe arvoitdj, de V..
M. efloit.infiniment audèf^'À
fous des grandes qua/iteZ
qu'on yremarquoit. La si
fuite a confirmétout ce que d
TW Peuples avoientatten- -
du des le premier moment
qu'ils jetterent leurs regards
sur vofire jlugufie PerfOn- -
ne) & qu" vous leur eusses t
laifiéprendre dans vosJeux
tonte iefperance du bonheur i
dont lelong RegnedeV.MLJ
va faire joüir -toute l'Ef :)
EPITRE.
pagne. Que ne se promEttent-
ils point devojlreValeur,
ces Peuples qui 'Vont
bientojl jouter tous les
charrnes dlune vie douceifgà
tranquille à t'ombre de rvos Lauriers.
^A'vec quelle ardeur,
Sire,naveT^yous point
propose à LOUIS LE
GRAND, d'aller commandervofireArmée
en Italie,
pour imiter ses grandes acttons,
& pour y mettre en , pratiquefJleçons heroïques.
EPITRE.
Que toute L'tfPagne ne
doit elle point attendre des
1. lumieres que V. M. fait
déjavoirdansfs Conseilsi
lorjque par l'assiduité de
ruoflretraruail) vous aurcT ) ) apris ce qu'on ne peut a que- - rirqueparunelongue&pe~
- nible exprrjenCf.fj)que vous )
aurez* corrigétous les abus
qui se fontglijfez^
>
dans tout'
ce qui doitfaire la grandeur *
de £Espagne & qui depuisÎ
plus d'un demysiecle en fait J l'indigence*.Enfinjufqtïoù
E PITRE.
la gloirenaccompagnera*
t-tlie pas cette Espagne si
fondante dans le* fiedes
paJJet, lorsque vous aurez,
conduit dans le Champ
d'honneur, les Bravesd'une
Nation uutrefou si belliqueuse
, & qui ne le fera
Pas moins aujourdhuy lors
qquueeVV.. M. lLeeuurr' aatutrraa apriJs
a rvalncre.
Il y a longtemps quils
foubaitent defe signaler, si)
qu'ils en (ouhattent 'les occassons.
Les Espagnolsfont
EPITRE.
Braves, ils font sidelies,ilsc
aiment l'honneur avec ex--';
leurs Rois avec pafr:
fion. Ils vom fmvront9K
SIRE, ils vaincront avec ':
vous ,st) feront voir la 1 mesme fermeté que ce sa--
meux& intrépidéBatail-
Ion Espagnol
y
qui demeura
firme a la Bataille de
Rocroy en 1643. Jans que laccee rtiytude aune mort pro- 1
chaine l'enjl obligeàfaire
un setis pas pour reculer,
& que la. crainte que cette
EPITRE.
*mtfme mort inspire ordtnairement
,
eustfaitdimi-
* nuerfa vigueur> &sa conf-
! tance, atnfl il perit glo-
<
tieufement dans l'cfpace du
terrain où il avoitejléplacé
X pour combattre..
Vaut"vaincrez^,SIRE,
avec des HTroupes formées
de ce mcfme Sang EfP"--
\gnol9&qui-animée, s par
l'exemple de V. M. donneront
déclatantes marques
)
dune intrépidité aufil fur- 4Jd1 te at4fi sur--- :prenante.
EPITRE.
VOTREMAJESTEI3
tirera encore d'autres avan-w
lagt's d'une Campagne qm\:\
ne luy peut-eflrequeglorieux
se. Vos Sujtts dItalieaux:
ront le bonheur
>
le & ley~ plaiflt de la voir dth
prés. Ils feront témoinsdti\
votrevaleur3îlsferont char--",
me^devojirePersonne,iljiV
Hadmireront>ils fentirontw
envoyant V.M. unamourw
beaucoupplusfortque celuy^
qu'ils ont conçeu sur lest
Portraits queleuren-afaitw
EPITRE.
^a Renammée. Par là leur
Rattachement
,
leur z;ele, & fleur fidélité augmenteront
V
h[a tel point, que leurs coeurs
peront pourVOTRE MAlESTE'
comme (le nouvelles-
IC onqueftts qui vous afuregronty
& à tous vos defeenpdans>
les Etats que vous
|H po!JedeZ en Italie.
Ceux qui du cc:(fé de
FlandreJefonthaflezj de
paroistre 'vosEnnemis
sans oser vous déclarer la>
guerre ,
auroient bien vouluEPITRE.
si'lssefussent frouveZoJl de force, ne pas laisser h
temps à vos Sujets de VOfû.;';
connoistre) parce qu'ils ~v
doutoient point que lemw
amour ne redoubla[tamefu*>'
re quils vous connoiflroient\
davantage. Ils (çavoient\
quun petit Fils de LOUIS;
LE GRAND doit se rendrc1
aimable par toute*les vertus
qui font admirer les
plus grands homJnes
, &
que le Fils de MONSEIgneurle
DAUPHIN
EPITRE.
V\qtoi pendant le' cours de
plusieurs Campagnesafait
,\trcmblcrHAllemagne,&la
,
g~ie ,
&la
\.Flandreydoit marchersur les
traces de son augure& Inwincible
Pere. Toute l'Eutropemsy
attend; tous uos
L Ennemis le craignent, tous
ceux qui aiment la justice
Me foubaitent
3
& fattens
les prodiges des Campagnes
\DE VOTRE MAJESTE'
tpour les annoncer a 'toute
LaTty-re. Personne ne lefera
.avec plus de &ele que ceEPITRE.
luy quieji avec un treti
profond refPcél.
SIRE,
DE VOSTRE MAJETE,
Letres-humble ÔC ~tresu
obéissant ~Serviteunua
DEVIZ£h!1
tF--AERC.)-,,I«R.E
C-AL,Pl',
NOVEMBRE i7ot.
T
14.
-e
E vous ay déjamande
que le Pape ayant appris
la mort du Roy d'Angleterre
, & la reconnoissance
que Sa Majesté avoit faite du
Prince de Galles pour veritable
héritier de ses trois Couronnes,
avoit fait assembler
les Cardinaux pour leur faire
part de cette nouvelle.Voicy
une traduction faite par un
treshabileDocteur deSorbonne,
du Discours Latin que Sa
Sainteté leur fie, en élevant la
grandeur d'ame du Roy.
VENERABLES FRERES,
Voici une funefle & tres-fàcheuse
nouvelle que jenevou-s annonce qu'en
soupirant & fondant en larmes, &
queje n'ay pit apprendre sans avoir
comme un veritable Pere ,
le coeur
toutpenetrè d'une tres-grande& tresfinjîble
douleur j c'efl la touchante &
trisse mort de Jacques Second) Roy
de la Grande Bretagne.
Je ne fais nul doute que vous ne
soyezaFitres-vivementtouchezde
la grandeperte que vient défaire la
Republique Chrefiïenne
y en peulant
un Prince véritablement Catholique,
véritablementfils de Eglise
3
véritablement
dèfenseur de la Foy , &
qui fait aujourd'huy le sujet de nos
larmes &- de nostre trifiejfe
Mais pdrce que félon le conseil
de Pjipofire nous ne devons pas nous
attrifler de la mort, ou pluftofl du
ftmnzeil de nos freresy comme font le
resse des hommes, qui n'ont point
d'esperance de ressusciter
, nom riavonsqu'à
faire reflexion surla vie,
& les vertus de ce bon Ry , poury
trouver pluseursraisonssolides d'ef
fuyer nos larmes
}
&pour nous consoler
delapeste que nous avonsfaitdesa
personne.
Eneffetl'injtgnepietéde ce Prince
véritablement chreflien dont onJe
fauviendra dans tous les siecles, &
quifera en benediftion à toute la Ppftcrité,
le genereux &héroïque mépris
qu'ilafait de toutes les choses de ce
monde
>
pour conserver la Religion
qu'il a couiagcufement preferceàsa
Patrie3 àses riche(ses
, àsesRoyaumes,
àfa vie même3 la mort enfin
qu'il a envisagèe avec une pieté
meiveillcufe 3& avec un esprit parfaitement
rejtgné aux ordres de la
Providence, tout cela nous doitfaire
tfpercr qu'ayant esté éprouvé de Dieu
pendantsa vie, comme l'on éprouve
l'or dans lafonmaife
3
Dieu, dont la
bonté & la puissancefont infinies
l'aura , reçu comme une viclime trèsagréable
,
& comme une une boflie
d'bolocaujle >pour le comblerdegloire
dans le séjour des bien-heureux.
Ce rieft pas néanmoins , que nous
devions manquer à faire des PriereS
pour l'ame de ce religieux Prince qui
a si bien mérité de ce Siege Apoflolique
, &c'est à quoy la charité & la
reconoijjance nous obligent & nous
convient au.ffît & ce que notu avons
déjàfait en nofire pdrticulier)& que
nousferons encore dans un temps convenabley
parunefolemnitèpublique,
en célébrantfis obseques dans nofire
Chapelle Pontificale, kl'exemple des
Pontifes Romains nos Predècesseurs,
Au resse3 nous ne pouvons en
cette occasion, passerfous-silence
,
la
vertu toutesinguliere & la gtandeut
d'ame toute royale de nofire trcs-che,
Fils en Jesus-Chrifi
3
Louis, Roy de
Frdnce. Tout le monde sçait avec
quelle magnifiquelibéralitéce Prince
a reçu ce merne RoyIacques avec la
ReinesonEpouse3 & le Prince leur
Fils, Chd./JeZ( indignement de Icurs
Etats, & qu'il leur a rendu jusqu'à
lafin, tous les offices possibles de bienveillance
& d'humanité. Et cequicft
encore plus illufire & Plus éclatant,
lest d'avoir pris en sa protection ce Fils élevépar les foins de la Reine
Jvfarie,sa Mere, noflrechere Pille,
dans un veritable effcrit limiter les
vertus paternelles, de l'avait hautement
reconnupubliquementfans avoir
(tucun égard à ses interefls
,
dans ce
tempstres-difficile3pourle veritable
héritier des Royaumes d'Angleterre,
d'Ecossey & dIrlande
, & de l'avoir
exhorte à demeurerfermedans la Re.
ligion Catholique, quelque fortune
quipufi luy arriver.
Le zele admirable du Roy Tres~
ChreJhen,& lagrandeur deson ame
éclatent avecsi fIn merveillleeuuxx eé'ccllaatt
dans cette reconnoissance
, que vous
ne p-ouveznon plus que nous refuser
de publiersagloire, & les louanges
qui luyfontdues jla Pofleritène manquera
passans doute, de les luy donnerabondamment
3 en conservant la
memoire d'uneaction qui ne doitjamais
mourir.
Quoy que noussoyonsperfiiadez^que
toutes ces chosesvous fontdéjà connues
par le bruit quelles font dans le public5
comme elles nous ont estéfidellement
rapportées parun Courierextraordinaire
qne nous a dépêché nofire
Venerable Frere Philippe Antoine
Archevêque d'Athenes, noftrt Nonce
à la Cour de France
3
qui a vu &
connu toutes choses
, nous avons crû
quileftoitde lajufiice de vous enfai7"
parI icy, afinqu'estantécriteselles
puissent passèr dans une autre gene- ration, & que vous receviez en cela
de nouvelles marques de nojJre, bienveillance
paternelle.. Nous les donnons
d'dfttant plus volontiers3 Venerables
Freres , que nous esperons
que par vos confèzls,& vostreJèconrs
lepoids qui a ejié impofié à nojlrefoi
blejje
, & que nous trouvons tous let
jourspluslourd dans.ce temps de tnll-
-hley deviendraplus leger.
Quoy que nous soyonsen
temps de guerre, les Connois.
seurs en Musique n'ont pas
laissé de gouter les Chants de
-
la Paix,composez par MrFarinel
,
Conseiller du Roy Controlleur
des gagesdau ParlementdeGrenoble,
cy devant
Penfionaire de Charles II.
Roy d'Angleterre, & Surintendant
de la Musique & des
Balets de Marie Louise d'Orleans,
Reine d'Espagne. Voicy
lesparoles de l'ouvrage dont
je viens de vous parler,& qui
a reçu de si grandsapplaudissemens.
LES CHANTS
DELA PAIX.-À
CONCERT.
La Scene represente la Vallée de tm
Grefivodan,&l'ouvertures'enfait
parune grande Simphonie.
LANIMPHEDE L'ISERE.
MEs bords ont retenti du
bruit affreux des armes,
Ils ne retentiront que des chants
de la Paix;
Et nous goûterons désormais
Dans un heureux loisir la douceur
de ses charmes.
* LEDIEUDUDRAC.
Nos Heros par leurs soins & par
leurs faits guerriers
Assurent le repos que nous n'ofions
prétendre ,
J
Ils reviendront couronnez de
-,
Lauriers,
Y mêler en ces lieux le myrthe le
plus tendre;
Préparons pour le prix de leurs
travaux divers
plLeus Jesux les plus charmans & les doux Concerts.
Les Bergers & les Berqeresfontentendre
une petite Simphonie mêlée
de divers Jnfirumens rufiiques.
LE DIEUDUDRAC.
Que tout réponde à nôtre envie
Empressez-vousPlaisirs ,venez
Jeuxinnocens;
La Nimphe de ces lieux doit animer
vos chants;
C'estellequi vous y convie;
Dépêchez,hâtez-vous,
De vous joindre avec nous.
Les Plaisirs&lesJeuxsejoignent
aux Bergers &aux Bergeres ,- pour chanter ce quifuit.
CHOEUR,
Celebronsl'heureuxjour
Qui bannit les allarmes
De ce charmant séjour,
Et mêlons tour à tour,
A tout ce que la gloire a d'éclat
& de charmes,
Les doux chants de l'Amour.
UNE BERGERE.
Dans nos Bois
On fuit les Loix.
OtiAmour insprie;
Les Amaus
Ont desmomens
Doux&charmans.
ij Quand un coeur Dit sa langueur
L'autre soupire
Et tous deux
Font dans leurs feux
Les mêmes voeux.
Les hautsboisjoüent un Menuet.
LA MESME BERGERE.
Tout fleurit
Et tout nous rit
Sousces feüillages ;
Des Oiseaux
Les chants nouveaux
Charment nos maux.
Qubà1 jamais
Regne la Paix
Dans nos Boccages;
Et toûjours
Suivons le cours
De nos Amours
Les Flutes jouent une petite Ritournelle
qu'elles repeteut à la fin de
chaque couplet.
UN DES PLAISIRS.
Tendres Bergers rassurez-vous;
Ne craignez plus jeunes Bergeres:
Conduisez vos troupeaux le long
de ces fougeres;
Ils feront à couvert de la fureur
des loups,
Tendres Bergers rassurez-vous,
Ne craignez plus jeunes Bergeres.
Engagez-vous, cessez destre severes
, Vous goûterez les plaisirs les
plus doux;
Tendres Bergers rassurezvous
Ne craignez plus jeunes Bergeres.
UNDES JEUX.
Venez Amours sous ces Ormeaux,
- L'heureuse Paix bannit la
guerre.
PQue les fleurs du Printemps paroissent
surla terre; JQu'on entende en ces lieux le
Ij chant de mille oiseaux, Venez
,
Amours, sous ces Ormeaux
L'heureuse Paix bannit la
Guerre.
Dans ces Hameaux qu'on ne songe
qu'à plaire,
Qu'à chaque instant on ait des
jeux nouveaux,
Venez,Amours, fous ces Ormeaux
L'heureuse Paix bannit la j Guerre.
LA NIMPHE DE L'ISERE. : Charmante Paix,questiez-vous
devenuë!
Nous vivionssous vos loix avec
tranqui llité
Vous donniez à ,fertillité nos champs une
Qu'en vous perdant ils ont perduë.
Vostre retour nous rend nostre
félicité
Tout rit, tout plaist à vostre
vue,
Que ces beaux lieux char-
• mante Paix
Ne vous perdent jamais.
Les Tlaifirs, les JtMX;les Bergers
& les Bergetes3font entendre
diverses SimphonieJ.
UNEBERGERE.
Douce Paix regnez sur la terre;
Les plaisirs ne font rien sans
vous.
-
Parmi les horreurs de la guerre
Que peuvent-ils avoir de doux,
Douce Paixregnez sur la terre;
Les plaisirs ne sont rien sans
vous.
Un des Plaisirs Je joint à cette
Rerqere
,
& ils chantent
O ensemble.
L'Amour nous cause assez d'al.
larmes
Sans y joindre celuy des armes, La Guerre s'éloigne de nous? Vostre retour tarit nos larmes;
Regnez, regnez charmante Paix;
Si vous nous rendez tous vos 21
charmes, - Nous reprendront tons nos at- - traits.
LA BERGERE SEULE.
Cheres Brebis, petits Agneaux,
e Passez en paix sur nos costeaux s L'herbe qui vient de naistre
Si vous n'estes point amoureux,
Helas! vous estes plus heureux,
Que cellequi vous mène paître.
Les Hatits-bot;r. répondent à cette
Chansonparun Menuet.
Un Bergersejoint à cette Bergere,
& ils chantentensemble.
Helas! qu'à de rigueurs cruelles
S'expose un coeur qui se laisse
en flamer.
Que le fatal plaisir d'aimer
Nous poutc de peines mortelles;
Et quand on a charmé des infidelles,
Qu'on paye cher la douceur de
charmer,
Helas! qu'à derigueurs cruelles
S'ex pose un coeur qui se laisse
en flamer.
LA NIMPHE DE L'ISERE.
Malgré tous ses tourmens
L'Amourades momens
Qui font aimer ses chaînes s
Il comble nos desirs;
., La douceur de ses peines
Passe tous ses plaisirs.
Les Plaisirs, les Jeux, les Bergers
,'"} & lesBergères s'uniffcnt pour
chanter ce qui fuit.
CHOEU R.
La Paix nous assemble
Dans ce beau sejour;
C hantons tourà tour,
Elle unitensemble
La Gloire & l'Amour.
on entendicyun grand hrait deg,utr:-
re mêlé de diverses fanfares, &
cess la m,trche de Mars qui arrive
accompagné de la Victoire
, de la
la Valeur. d-C.
MARS.
J'entens avec regret qu'au retour
de la Paix
Vousfaites retentir des Concerts
d'allegresse;
Peuples ingrats,pour les bienfaits
Dont je vous ay comblé sans
cesse,
Vous deviez m'aimer à jamais.
Venez Valeur, venez Victoire3
Vous qui des hommes & des
Dieux,
Fîtes toûjours les plaisirs & la
gloire,
Allons porter 7 i lleurs nos presens
précieux;
Bannissons de nostre memoire
Le souvenir inj urieux
Des honneurs qu'à la Paix on destine
en ces lieux.
Lesmêmesinjïrumens qui ontjoüé le
bruit de Guerre }jouent ici une terrible
Simpbonie qui exprime la
fureur de ce Dieu à son départ &
ensuite lei Wautsbois &lesFlûtes
-
terminent le Concert parde petits
airs rufiiques.
Je ne vous dis qu'un mot
le mois dernier de la Carte
d'Espagne que Mr Sanson
vient de donner au Public.
Elleest faite d'une maniere à
faire esperer qu'on en tirera
toute l'utilité que l'on peut
attendre d'un abregé, Il marque
les différentes divisions
sur differens exemplaires, pour
éviter la confusionoù l'en
tom beroit,s'il les faisoit pa.
roistresurun mêmeexem plaire.
La premiere fait voir tout
ce que la Region d'Espagne
comprend, & ses bornes par
rap port à la Geographie narurelle,
&en même tem ps ce-
Iuy qu'ellea avec les Cieux,
par les climats fous lesquels
elleest située. Lesautres font
voir le rapport que toutes ses
parties ont avec l'Histoire,
pour le Gouvernement Ecclesiastique
& pour le Gouvernement
Politique. La séconde
est divisée par l'écendue des
Provinces Ecclesiastiques
3
des
Archevêchez
5
&des Evêchez.
La troisiéme est divisee felon
les quatorze Royaumes &
Principautez La quatrièmeest
distinguée en trois Couronnés,
qui fontcelle deCastille,
celle d'Arragon, ( qui composent
les Etats du Roy Catholique
en Espagne) & celle
de Portugal possedée par le
Roy de Portugal ( fous lesquelles
font compris les quatorze.
Royaumes dont il a esté
parlé dans la precedente. )
Ces divisions font comprendre
ce que l'on entend par
les noms de Royaume, de
Couronne & d'Etat
, car il y
a beaucoup de difference entre
le Royaume de Castille
,
& la Couronne de Castille,
par Royaume de Castille, l'on ne
comprend que ce quiporte
ce
ce nom, & par Couronne de
Castilie
, on comprend la Castille,
Léon, Gallice,Asturie,
Biscaye, Navarre, Andaloufie
,
Grenade & Murcie; de
même entre dire le Royaume
d'Arragon & la Couronne
d'Atragon,il y a une pareille
difference
, on entend par
Royanme d'Arragonla région
feule qui porte ce nom, & par
la Couronne d'Arragon
, on
entend les Royaumes d'A rragon
,
de Valence, de Majorque
, la Principauté de Catalogne,
enEspagne, lesRoyaumes
de Naples de Sicile &
de Sardagne en Italie, qui y
ont esté réünis; & toutes ces
deux Couronnes font compri.
ses sous ce titre, les Etats du
Roy Catholique en Espagne, ôc
lorique l'on n'y ajoûte pas ce
mot en Espagne, l'on entend
tout ce que le Roy Catholique
possede en Europe,en
Asie, en Afrique,& en. Ame
rique
,
dont M' Sanson a fait
aussi deux Tables Géographiques&
Méthodiques. Comme
ily a des personnes qui portent
leur curiosié plus loin,
& qui veulent sçavoirlesnoms
quecespaysavoient autrefois,
ils pourront se satisfaire, & les
voir dans les divisons latines
qui auront pour eux un nouvel
agrément.
La première represente l'Espagne
divisée en Citerieure
& Ulterieure, d'oùl'usage
nous eil: resté de dire encorequelquefois
les Espagnes. La
seconde en six Provinces sélon
les Romains. La troisiémeen
quatorze Audiences, sélon
Pline.Laquatrième, en p!u<
sieurs Peuples
,
selon Prolo
méeLacinquième, par l'Itineraire
d'Antonin. Toutesces
divisions donnent beaucoup
de faciliteàretenir&l'ancienne
& la nouvelle Geographie,
par une methode qui ferc de
memoire locale, & e lles fra~
pent l'esprit d'autant plus fortement
que la vûë luy porte
une plus grande quantité d'especes
à la fois.
CesCartes &cesTables se
trouvent chezMrSanson, aux
Galleries du Louvre,vis à-vis
Saint Nicolas.
Dame Marie Galiotte de
Genouillac Vaillac
,
Coadju.
trice de )a grande Prieure de
l'Hospital Beaulieu, deroc.
dre de Saint JeandeJerusalem,
sa Tante
, mourut d'apoplexie
dans son Monastere
,
le zz,
du mois dernier. Elle eftoïc
FilledeJean PauldeGenoüillac,
Comte de Vaillac, Chevalier
des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées,
& premier Ecuyer de
feu Son Altesse Royale, Philip.
pe de France, Duc d'Orléans,
Frere Unique du Roy, & de
Felice de Voisins Montaut
heritiere de la maison de Mon-,
tenant en Guiene.
Plusieurs assurent. que la
Maison de Vaillac a pris son
origine dans celle des Vicom.
res de Gourdon en Quercy,
Seigneurs celebres, des le
Règne de Philippe-Auguste;
leur opinion est appuyée sur
la conformité des Armes de
ces deux Maisons, quoy qu'il
en soit,celle deVaillacestan.
cienne, noble &tres-illustre
Pierre,SeigneurdeGenouillac,'
Chevalier, prit Alliance en
1420. avec Anne de la Tour,
Fille du Vicomte de Reigniez
en Languedoc, d'Ellenâquirent
Galiot de Genouillac
Chevairer de l'Ordre du Roy
& Maistre de l'Artillerie de
Franceen 1479 Jean deGenouillac
Tige des Seigneurs
d'Acier;dontil fera faitmention:
& JeanSeigneur de Genouillac
l'aîné, qui en 1445.
épousa Jeanne de Ratioft
, Dame de Vaillac, qui le rendit
pere d'un autre Jean, sur.
nommé le Richard ( ou lou Ricard
,' felon le langage du
pais,)celuycy prit le titre
de Baron de Vaillac, & fut le
plus grand terrien du pais de
Quercy; il épousa en 1496. Marguerited'Aubussonlac
niece à la mode de Bretagne
du fameux Pierre d'Aubusson
Grand Maistre de
Rhodes,& Cardinal de l'Eglise
de Rome. Le mesme Baron
prie pne sécondé Alliance
avec MargueriteEbrard Saint
Sulpice; c'est d'elle que naquirent
Louis Genoüilac, E.
vesque de Tulles en 1560. Abbé
de Saint Romain de Blaye
& de Saint Martial de Limoges,&
l'un des Peres du Con.
cile detrente: FlotarddeGenoüillac.
Doyen de Tulles,
Vicaire général de son Frere
& enfin son successeur dans
cet Eveschéen1583:Marguerite
de Genoüillac, Femme.
du Seigneur de Royne Maurel.
Il eust de sa première
femme, ean deGenoüillac
Baron de Vaillac, Chevalier
de l'Ordre, Capitaine de cinquante
hommes d'Armes, &
Gouverneur du * Chasteau
Trompette a Bordeaux
, en
mesme temps qu'Antoine
Seigneur de Noailles eftoic
Gouverneur & Maire perpetuel
de cette grande Ville. Il
eut pour femme Anne le Brun
Dame de Brillet, d'Ellesortirent
Jean de Genoüillac, Tyge
de la Branche deSonnac,
éteinte dans la Maison de Beduer-
Lostanges SaintAlvaire
Anne de Genoüillac, mariée
avec le Baron deRocquefort-
Lascazes:&Louis deGenouillac,
Comte de Vaillac,l'aîné
Chevalier de l'Ordre de Saine
Michel, & désigné pour l'estre
de celuy du Saine Esprit,
Lieutenant General des Ar.
mées du Royen Guienne,
Gouverneur du Chasteau-
Trompette,de Bordeaux,&du
PaysBordelois. Aprés la mort
duSrde Noailles,Anne deMont.
beron- Fontaine- Chalandray
fut sa premiere femme. Jeanne
de Foix. Candale-Garçon suc
[!a seconde, dont nâquit Char-
I lotte de Genoüitlac, Prieure
| perpecuelle d'Espagnac. Ilprie
une.troisiéme alliance avec
Marie de Carbonieres laCapelleBiron,
mortesansenfans..
Ceux de sa premiere Femme
furent, Louis, mort jeune;
un autre louis,l'un des Fons
dateurs des Carmes Déchaux
en France; Jean Paul de nouillac, ce- Abbé de Saint Ro-
I main de Blaye; Jean de Genoüillac,
mort Evêque de TuU
1 les en i6ja. Il établit les RR.
Peres Jesuites dans sa Ville.
Galiotte de Genoüillac) grande
Prieure de lhôpical.Beau.!.ii
lieu, dont la mort fut précieuse
devant Dieu. jacquetre de Ge- ?
noülllac, Femme du Seigneurde
Luzech, premier Baron de al
Quercy ,puis remariée avec le
Baron de Rartignac
,
Lieute- i
nant de Roy d'Auvergne, .i
Bertrand de Genouïilac Baron
de Miremagne; Louis de i
Genoùillac,Seigneur de Saint
Clar
,
Pere du Seigneur de q
Saint CJar) qui s'est rendu ce-- lebrepu sa valeur) sous la i
Minorité du Roy Louis XIV.
& Louis deGenoüillac.,ComtedeVaillac
,quicontinua Il
posterité. Il s'alliaavec Fran-
^çoilc de Chiradour, Dame
~bd'Aubepeyre,puisavecAnne
Taleyrant, Fille du Prince de
Chalais
,
iÍfu des Souverains
)"du Comté de Pengord, Ilprit
unetroisiéme alliance avec
[ Madeleine Jo bert, Fille d'Aymery
,
Comte de Barrault,
Amiral de laMéditerranée, &
Ambassadeut de Louis XIII.
en Espagne. D'ellenâquit
1Guionede Genouillac,mariée
avec Jean de Bouzet, Comte de Poudenas. De sa première
Femme vinrent. Louis de Geftuúillac,
dit le Marquis de
10
Vaillac
,
tué en duel par le
Marquis de Canillac; Galiotce
de Genouillac, actuellement
grande-Prieure de l'Hôpital-
Beaulieu
3
Dame digne des
plus grands éloges; François,
dit le Baron de Gourdon,
Mestre de Camp du Regiment
de la Reine, Saint Chamaran ; Jean, dit le Baron de Genouil
lac, Capitaine au Régiment de
son Frere; Claude de Genoüillac,
mariée avec Flotard de
Turenne- Comborn
, Baron
d'Aynac, Guidon des Gendarmes
du Maréchat de Themines
son Oncle.)&Jean. Paul
de Genouillac
,
Comte de
Vaillac,l'aine,Chevalier des
Ordres du Roy, dont il a esté
fait mention. Il prit allian.
ce avec Felice de Voisins.
Montaut
,
d'où font venus
Jean- François deGenouillac,
Comte de Vaillac,qui a laisse
de Marie-Louise de Cambout-
~Coiflm
; Armand de Genoüillac,
Comte de Vaillac, jeune
Gentilhomme de grandeeesperance.
Les Frères du feu Comte
deVaillac, font François,
dit le Comte de Genoüllac
Colonel du Regiment de
Vaillac & Brigadier de Cavalerie
; Jean Baptiste de Ge- - noülllac, Abbé de S. Romain.
de Blaye; Marie Gabrielle de
Genouillac, Coadjuctrice de
l'Hôpital.. Beaulieu ,dont je :
vous apprens la mort; Claude
de Genouillac,Abbesse de la
Mothe en Poitou Dame digne
du gouveruement des plus
grandsMonasteres;Madelaine
deGenoüilac,mariée avec M
de BelpechePomerol,&Marie
de Gcnoüillac,qui a esté extrê.
mement belle&qui a épousé
Mrle Secq,Comte de Montaut
Conseiller au Parlement de
Paris. Guione deGenouillac,
L Prieure d'Espagnac,& ensuite
inommée par le Royau Prieuré
L perpetuel des Filles Dieu de
» Rouen. La branche de Ge-
,nouillac-Acier estaussi des
9
- plus illustres & des plus cel e.
bres dansl'Histoire. Jean de
Genoüillac luy donna son
commencement,en époufanr
Catherine
5
Dame d'Acier;
,
c'est decette alliance que naquirent
Jeanne de Genouillac,
Femme de Nicol as dela Royne,
Seigneur de Bouliac, Chet
valier de l'Ordre; Catherine *[ de Genouillac, Femme de
S Raymond, Seigneurd'Orlionac
;Jacquette de Genoiiillac,
mariée avec Anne-t-,de-
Turenne Comborn, Seigneur
d' Aynac,Chevalier désordre
& Lieutenant de l'Artillerie;
Anne de Genouïllac, grande
Prieuréde l'HôpitalBeaulieu;
& Jacques Galiotde Genouïl.
lac, Baron d'Acier,Chevalier
- de l'O rdre, gran-d Ecuyer de
France en 1542, Maistre de
l'Arrillerie en 1512. Surintendant
des Finances
,
aprés le
Seigneur de BonneSemblançay
,
Senechald'Armagnac 6c
Viguier d'épée deFigeac.CeSr
fit bàrir une maison dans sa
-
Terre d'Acier au Pays de Quercy,
qui passe encore pour l'une
des plus magnifiques deFrance.
Il s'alliaavec Jeanne d'Archiac,
riche Heritiere du Pays
d'Angoulmois : puis il reprit
une sécondé alliance avec
Françoise delaCueille, Mere
du célébré François de Genouillac
1
Baron d'Acier, le
Seigneur de son temps le plus.
accompli, & qui perdir la vie
à Cerisoles, au grand regret
du grand Ecuyer son Pere, qui
ne luy avoit permis qu'avec
répugnance de se trouver à
cette Bataille, qui fut donnée
en 1544. le jour de Pâques. Ce
jeuneSeigneur ne laissa pas de*
posterité de Louise d'Estampes
, Dame de la Ferté. Naberc,
sa Femme,& la riche
successïon d'Acier passa dans
l'illustreMaison de Crunot, à
cause de l'alliance que fie
Charles de Cruffol, Vicomte
d'Uzez, avec Jeanne de Ge--
noüilac,Soeuruterine du jeu.
ne d'Acier. Cette Dame reprit
une seconde alliance avec le
Rhingrave, Philippe'Comte
du Rhin, General des Troupes
auxiliaires des Galvinifles
en France.
La lecture des Vers suivans
doit rendre sages celles qui se
trouvent dans un pareil cas. STANCES
A UNE MAISTRESSE
SURANNEE. EN vain pour rallumer le feu de
mes desïrs
Vous emprunte\, IrisJ d., des lis &
desroses,-
jesûs'stropjeune encore pourfixermes
plaisirs
En cultivant desfleurssur la toilette,
écloses.
Ce nefipasquesouvent le tendrefouvenir
De nos plaijirs paffiz, & de vofire
confiance
N'ar/ache de mon coeur quelque
amoureux soupir,
Mais ce beaufeu s'éteint même dans
Janaissance.
>OJ Sttivezd;nc mon exemple, & qu'enfin
la raison
D'unrtrifaie émgaremeent dnéforémais vous : VOIU nefies de]a plus dans la belle
faison,
Et parmalheurp-ourvous je lacommence
apeine.
~j
Vous vous imagine sans doute,
qu<! mon coeur
De vos tendresregards redoute encor
les channes
, Qtfils peuvent rallumerfies feux &
fion ardeur3
Et qu'encoreunefoisilleur rendra Us
armes?
Ah! ne vousflatteras d'un triomphe
si doux:
(Vcoasuapropaistdfoinrted.échus pplluess qquu'oonn ne
Ny pen.(ez.plus
, Jris,cen efl a/fez
pour vous
De ntiarvoeirfE(lonmgtemPpis rtecnu.fousvoil
cfivray que jadis mon c6eui nepenfuit
pas
De s'a(franchir un jour de vofire dépend,
mce5
Mais en ce temps heureux vous
aviez^ si,ttJ d'appas,
lit moy pins de jeunesse
,
çfc moins
dexpc.ience.
Lîrfin ce temps ncfiplus (ymm tran-
1 quille coeur
N'entend plus de vosyeux le vieil--
hjjltntlangage
:
Eteignezdonc) Iris, une inutile ardeurT
Lafaison de lyamourpaffe avec le bel
âge.
Le Conte que vous allez lire,
& qui vous plaira sans doute, est
de Mr Tesson.
LE BERGER. PUNY,
CONTE.
UNjour Iris dans un bois
1 e écarté
Reposoit sur l'herbe fleurie,
Lorsque Tircis d'un vain espoir
flaté
S.'en vint mal à propos troubler
sa rêverie,
Quoy!
Quoy ! belle Iris, dit-il, est-ce
vous que je vois?
Il n'en faut pas douter, ouy, tous
deux à la fois
A l'heure du Berger l'Amour
nousafaitrendre
Dans ce Bois,
Profitons d'un moment si tendre.
Il dit: &tout rempli d'un espoir
trop flateur Il voulut faire voir,l'excés de son
ardeur,
Mais Iris qui ne l'aimoit guere
Sçut biense tirer du danger,
Et luy dit, en fuyant d'unecourse
legere,
Adieu Tircis, apprens que l'heure
du Berger,
N'est pas toujours l'heure de
la Bergere.
Les Dames remportant fouvent
des Prix en France, & Madame
Durand ayant remporté
le dernier Prix de Poësie donné
par Mrs de l'Academie Françoise,
Mr de la Granche , Secretaire
du Roy & de l'Academie Royale
de Nismes,a fait à cette occasion
le Sonnet suivant à la gloire
des Dames.
B SONNET. Eau Sexe, à qui nos coeurs
rendent un pur hommage,
Vous triomphez encor des plus
rares esprits;
Les beaux Arts sont vivans dans
vos doctes écri ts ; Et chaque Muse en vous retrace
son image.
Nul ne peut exceller, s'il n'a vo- - tre suffrage:
D'Apollon, de Minerve, on voie
les Favoris,
t" Moins que vous estimez3moins
- -
tendrement cheris,
Et l'Immortalité * couronne vôtre
ouvrage.
Pour nous à vôtre char attachez
doublement,
-
Par l'attrait de l'amour & du discernement,
Nous mettons nostre gloire à
vous rendre lesarmes:
Mais imitez dumoins les vainqueurs
genereux; - * Devise de L'AcademieFranfoie.
Et lors qu'avec respect nous cédons
à vos charmes;
Ne les faites regner que pour
nous rendre heureux.
Je vous envoye une Lettre qui
m'a esté adressée
,
le Public peut
en tirer quelque-utilité. Pour ne pas priver lePublic etun
remede quipeut eflre d'une grande utilieé)
fay jugé à propos de vous faire
[çavvir que j'ay fait une préparation
d'un Remede Chymique,dont je
croyquepeudepersonnessefont-avifées,
ou pourn'ensçavoirp.wlaqualité,
ou le moyen de le reduire en prdtique
j c'efl ce quefayfaiten préparant
te/prit de Fourmis ,
é- leur huile
, un pour l'exteneur
,
l'autre pour
l'intérieur. Comme ces Animauxfont
doütZ d'une grande activité & toùjours
dans le mouvement> ily a lieu
de croire que loifque l'on use de leur
espritpour l'interieur
J
cela redonne
au fang çt aux e/prits
, par le moyen
de la circulation, le mouvementqu'-
ils navoientpas> & qui leur convientpour
maintenir l'homme dans
uneparfaitefanté} car dans toutes
les maladies qui attaquent le cerveatl,
comme l'apoplexie, l'epilepjîe%
lecatharre
,
el}" toutes les autres qu'on
appelle cornatettfts, elles n'arrivent
que par le défaut du 'mouvement des
esprits contenus dans le cerveau, oit
par une pituite épaisse qui cause des
ohftruE/ions)otlparquelque autre cause
maisquellequ'ellefoit> j'efiimequ'il
y a peu de remedes qui puifjcnt guerir
phts promptement ces fortes de maux
que celuy que je propose
, qui n'est
qu'un sel volatil des Fourmis , qui
ne font autre chose quesel volatil
) stinfi que je l'ayexperimenté. ilpeut
encoreguérir laparalifie & laJurdité
parsa grande penetration) 15,- reparei
dans les Vieillards La vigueur en
redonnant aux sens leur aélivit
Cette préparation efl d'ungrand travail
efr<£un grand prix. Etmuller
en pa;.*e dans ses oeuvres, & fait
beaucoup d'eslit de ce remede,&même
il enseigne les myoens de prendre les
FOfl,rmÍÇ) qui est le grandpoint, mais
aucun ne ma reü/Ii que celuyque?ay
inventé!}'aitachéd'avoir de cesgrojfes
fourmis resineuses,qui exhalent même
une bonneodeurfortfubtilequise trouvent
dans les bois de sapin.Jem*oc»
cupe à la Campagne où je fuis à des
experïences de Physique
3
estant éloigné
du bruit & du tracas, afin de
pouvoir estre utils a mes Amio
, aux
Pauvres, & à ma Famille. l'ay
au/Ii préparétElixir de propriété,
sans acide, ce qui efl difficile à eau- fcde la difficulté qu'ilyaà dissoudre
la Myrrhe; j'en ay fait des experiences
merveil'euses dans les fièvres
malignes
,
rhuinatifmcs
,
gS même
pleurefies. Tayquantitéd'autrespréparations
fort curieuses. Ceux qui
voudront mefaire l'honneur d'avoir
commerce avec moy sur la physique
me ferontun tres-grandplaiJir, j'entens
des Curieux & des gens de merite
& de dfiinttion. ils adresseront
leursLettres par la poste à Mont-
6rifon
,
à Ml Puy, EcuyerConfeillcr
du Roy ,,.Elit en 1 Election de Montbrison
, pour faire tenir à Mr Chalançon,
ancien Secrétaire de la Reine
y
à Marols.
Entre ceux qu'on croir
n'elire point morts, avez vous
contéMalcus dont il est parlé
dans l'Evangile. Voyez ce
cjuen dit la Lettre suivante.
Elle est d'un Religieux de
Saint François à un Gentilhomme
de ses amis.
<[fE ne doutepas, Monsieur
Jce , que q4on vient de publier de la
Terre Sainte dans les Mercures
des mois precedens, n'ait rappelle
4 voflte souvenir le prodige dont
je vous parlai un jour, Cexcité
vojlre curiositépour sçavoir d'où jay tiré que cesoldat qui donna
infolament unfoujjlttau Sauveur
du Monde dans le temps de sa
paJfion est encore en vie. Je vay
'VOlM le dire, Monsieur
,
à autant
plus volontiers qu'ilmeparoijlque
vous tftes maintenant disposé a
recevoir mespreuves,& quevous
ne traiterez^pltti cecy d'illusion cm
de conte fait à plaisir.
Voicyltont fut quoy javance
que ce Soldat qu'on croit commu-
nement eflre Malchus à qui le Sau.
veur remit loreille
, que Saint
Pierre luy abatit ,iwus,disje
sur , qpoy j'avance que le Soldat
est encore en vie dans un lieu fouterrain
de la Ville deJerusalem
attendantle jugement dernier..
L-apremierepreuveCr letemoi
gnageptivant. Temoignage non
fufpeéî par le. caraéleregle ctltty
qui le donne, & par lescirconftarnes
dont ils l'accompagne. En
voicy l'extrait met pour mot en
"vieuxlangage tiré d'un ManuJcrit,
qu'unArtisan de Toulousè
gatde fiigneufement commeun
préçieux dépôt.
-
- - Le Frere Dominique Damberton
de l'Ordre de Saint
FrançoisBachelier enSainte
Theologie, & Lecteur au
ConventdesFreresMineurs de
B.aignols,certifie estre vray ce
i
que s'enfuit,surmafoyChrêtienne,
& ma part de Paradis
& ainsi l'ay dit & prêché estre
chose veritable,aparcequ'ainsi
je l'ay vû moy e stant dans
la Sainte Cité de Jerusalem
l'ande grâce1587;&le propre
jour de Nostre
-
Dame
d'Aoustaprès midy environ
une heure,estant dans la
Maison de Pilate
au lieu de
Golgota
,
le principal homme
de Jerusalem lequel a renié la
Foy Chrestienne estant natif
de Mâcon en Bourgogne
nommé Jean Berbol,à present
appellé Faldin
,
& parce que
je connois la Femme, & ses
Enfans,&luyen donnay des
nouvelles,il me dit: viens
puisque que tu est de nostre
Pays, je te veux montrer un
secret que tu ne diras sinon à
ceux de ta foy. Amene avec
toy les plus gens de bien de
tacom pagnie;& jevous montreray
chose qu'il est40 ans qu'homme du monde Chrestien
n'a vû. Alors j'appellay
le Reverend Pere en Dieu,
Monseigneur l'Evêque deNovembergue
,
& seize autres
personnes,tant Comtes,que
Vicomtes, Barons, que Chevaliers,
& luy jurafmes que
nul de nous ne diroit le secret
tant que nous serions en ladite
Seigneurie de Jerusalem.
Le Serement fait, nous entrasmes
en la Maison de Pilare
par une petiteruëàmain
fenestre&nous montra le lieu
mesme où nostre Redempteur
fut battu, & attaché
,
& auprés
dudit lieu on ouvrit une
porte de fer, par où nous
descendismesen bas quarante
trois degré,& entrafmes dans
une grote si longue ,
qu'un
homme à deux traits de boule
ne pourroit tirer d'un bout
a l'autre
,
& nous ouvrit une
porte de fer,& puisnous passâmes
jusqu'à un petit puits
non guere profond,environ
une cane, ou treize pans,
qui reviennent à peu pres à
trois aunes , & dans iceluy
trouvasmes un homme nommé
Malcus
,
lequel frappa
Nostré Seigneur & Redempteur
Jesus Christ en la jouë
luy donnant un grand soufflet
de sa main en la Maison d'An.
ne en luy disant,sic Respondes
Pontifici ; lequel homme est
rousseau, long visage, longue
barbe, del'âge de trente-cinq
sa quarante ans, & vétu de cap blanc, le revers fait à
l'eguille,lequel estenterré jusqU'dU
nombril ou milieu du
ventre,&ne parle sinon aux
Chrétiens. Et le Reverend
Pere luy demanda ce qu'il
faisoit là,lequelMalchusluy
1 répondit telles ou semblables
t paroles:sic refpondes Pontifici;
& plusieurs autres paroles, &
parle aucune fois Allemand,
autre fois Italien& nousnomma
chacun par nostrenom,
& le lieu d'où nous estions
natifs de quelle Nation, &
puis nous demanda quand il
0
fera le jour du Jugement,&
nous luy répondismes que
Dieu le sçavoic,& non pas
nous,& puis partifmes de
ladite grotte par quarante trois
dégrez ,& en montant en
trasmes dans le grand Temple
deSalomon,& puis nous
en retournant par où nous
c stions entrez,& leditMalchus
bat & frape sa poitrine toûjours
de samain,& ne regarde
ceux qui parlent à luy,
& c'est chose épouventable
à voir, & c'efl: des plus merveilleuses
de Jerusalem. Et
moy dessus nommé Frere
Dominique Damberton certisie
ce que dessus estre vray
sur ma foy & ma part de Paradis.
-
La feconde preuve qUi peut
pajjer pour une confirmation de
celles que vous venc1^ de lire,
est, que le Pere Caluet dont vous
-
.connoill,cz la probité & qui 4
rejlé environ sepsans dans Jerusalem
,
pendant lefqxds ilya
esléenviron quatre ans en qualité
de Vicaire du Convent de Saint
Sauveur
,
m'aassuré plus d'une
fois qu'un bon viéllard nommé
Petrus, Condutteur & Inter.
prêtte des Cbrejliens Pelerins
)
luy
avoit souvent dit, & protesté,
q.ue4son Péere q'uifmourut fort are faiftnt le mesme office
,
luy
avoit dit, qu'il avoit cfie prefeht
lorhue Saldtn fit louverture de
lapremiere porte pour faire voir
au Pere Damberton f5 àson il..
luflre compagnie les choses qu'il
rapporte & qu'il attejie efire
vrayes.
Enfin la troisiéme preuve efi
la traditionconfiante,& certaine
delerufalem, où l'on montre encore
l'endroit ou Malchus efl de.
» tenu vivant &ouilpfait..penitence
deson attentat deson ingrAtitudeenversJefus
Chrifison Roy
s&ens[iobnlepMeneddaenctilne,coquurisdneefapPaarfu>t
sensible pendantlecours de f,,Paf-
Jionyqu'à l'outrage quilreçut de
ce rna/heureux.
On ne peut dOHter,Monsieur,
decettetradition. Je riay jamais
parléà aucun de ceux qui ont eslé
en 'Jerusalem
,
qui ne m'ait ajjuré
quelle tfi véritable, & que lors
qtitls vont voirlamai/on de Pi.
late%on leur montre toujours l'endroit,
où Ioncroit en ce paysAi
que Malchus est encore vivant
attendant le Jugement ,apparem-
ment pour d'autresmotifs qu'He.
noch& Elie, qu'on (çait par tE:
criiurerieftre pas encore morls.
Si tout cela, Monsieur, ne suffi-t
pas Pour-zious convaincretilvous
fera aisé d'avoir des témoignages
autentiques de ce fait. Vous aveZ
des Amis en Cour d'un rang (7
d'un carattete à pouvoir écrire à
l'Ambaadeur de France, &
obtenir de luy qu'il s'employe auprèsduGrandSeigneur,
afin qu'il
ordonne au Bacba de refNIa/em,
de permettre au Gardien du Consent
de Saint Sauveur, <& a ceux
qu'il voudra prendre avec luy pour
ternoinsd'entrer dans lendroiton
le Pere Damberton certifie avoir
estê, & de voir si ce qu'il dit, efl
vray ou faux.
La Lettre que je vous envoye
, est écrite par un Docteur,&
adressée au R. Pere
Honoré deSainte rviarie)Car.
me Déchaussé.
J'ay trouvé, mon Reverend
Pere, tant d'érudition,de solidité,
de bon gouss & de discernement
dans laDissertation hijloriqueque
vousvcne% de donner au Public.
pour la défense de la Théologie
Myflique, que quelque inconnu
que je vous fois,jose eJJ>ererque
vous ne trouverez pas mauvais
que-le vousfélicité d'un si bon cbel
Ouvrage, çy que jevous m ar
que en même temps la necejjtt
cmloinlty auroit, que dans le Traité
vous donnf\ le projet à la
fin de vojlre Dijjertatton, impriméeÀBordeaux
t cbe^Hoé, £-7*
qui me paroiss très beau gr bien
imaginé, vous répondiffie'{ au
livre du MinistreJurieu, intitulé,
Traité Historique, contenant
le jugement d'un Protestant
sur la TheologieMystique.Il
dit dans ce Traité beaucoup de
belles, curieuses & bonnescbojes
mais il en dit aussi bien dautres
plus outeres & plusinjurieuses
-
• aux Mystiques& à leur Theologie,
qu'il rejette e traite de pur
fantôme, que nefaitlefaiseur
des extraits quevousamezfi bien
relevé. ffaus pouvez folidtment
répondreà cet Imposteur de Miniflre,
sans rien changerdevostre
Jtjleme,Ilsemble qu'ilfoitfait
pour cela, tant il paroiss conduire
naturellementàcombattre le livr
decet Ecrivain emporiéam Heresique,
Je nié-tonne ymon R. Pere, que
vous ne
,
cite%pas,& nefaffiez
nulle mention dans vojlre Ouvrage
de Saint Pierre d'A[cantartl,
Virefltur de voflretMere Sainte
Therife. Vous n'ignore^pas yfans
doutetquila tfléun desplusgrands edes plus illustresContemplatifs
dufei^iéme Siecle, gr que le té.
moignage que vous p)uvek tirer
de son TraitéêiOrafonsur sa
nature de contemplation, ne fut
d'un aussi grand poidsdans 1 Eglise,
que celuy des Auteurs non
controverfe^ dontvous vous fer..
ve%t (;1 qui vous ont paru meriter
davoir placedansvoflre
*Difiertation hlfiorique.
Siun Religieux de S Fransoirs
mon £ Pere, a écrit contre
la Theologie Mlflique. cr merité
que vous l^relevajjte^ si bien
que VJUS tave^fait, il y enA
un autre qui vient de donner au
Public une bellegrfçtvanteLettre
pour
feur la défendre. EUe se 'Vend a
Toulouje cbt% MAdemoifiUe Bon.
de, & efl intitulée) Lettre d'un
Religieux de Saint François, à
un Abbé de ses Amis, iurTimpoflibilicéde
l'amour pourdes
Mystiques II devoit mettre, ce
fimble, des hiux Mistiques.
Maïs ily a apparence qu'il ne ta,
pas fait
,
à cause qu'ill'écrivit,
comme ilcji marqué dans l avis de
l'Imprimeur, dans le temps quon
agttoit le plus la mariere dont elle
parle, e que ltome n'avoit pas
encore prononce sur le differenddes
Prelats qui ne convenaient pasde
la polJibililé habituelle d'un tel
amour. Jesiss
, mon Révérend
Pete3 crc.
Je vous envoye la Préface
de la Critique d'un Traité de
Perspective fait par leR. Pere
Bernard Lamy, Prestre de l'Oratoire,
que Mr Antier, Perspecteur,
a adresse à M' de
Pourroy
,
Conseiller au Parlement
de Grenoble, comme
il luy avoit promis. Jemeperfuade
que les Sçavans prendront
plaisirà la lire, à cause
des découvertes qu'ils y trouveront
surcette science. Voila
la copie de cette Preface.
Le R. P. BernardLamy
» Prefire de l'Oratoire, celebre par
les Ouvrages qu'il a donnt'{, e
qu'il promet encore de mettre au jafait paroistre de nouveau
un Traité de Perfpeéhvey dans
lequel il prétend établir les fondemens
de la Peinture,&promet de
regarder comme un veritable amy
celuy qui luyfera plutojl une cri.
tique JudicieuJê que des comphmens
trompeurs,conformément au par.
fage de Sa/omon)râpporlé dans sa
Plleflice, feuilletn. où il cft dit9
meiiora lunr vulnera diligentis
5 quam fraudulenta olcula
odientis
, que lesplayes quefont
les concilions sinceresde nosAmis
nous doivent ejlre plus agreables
que les caresses trompeuses d unenncmy.
Dans cette pensée M' Antierauroit
critiqué il y a longtemps
ceux qui ont écrit le
plus sçavamment dans cette
science, s'ils avoientesté de ce
temps, & qu'ils eussent eu
les mêmes sentimens,&princi
palement Mr Defarques, qui
a offert si genereusement cent
pistoles par une lettre imprimée,
à celuy de nos François
qui poufferoit la Perspective
plus loin que luy
, ce que le
le Sieur Antier est en estat
de faire & qu'il offre de dé.
montrer quant illuy fera fait
des propositions convenables
par ceux qui font aussi zelez
que ce fameux Auteur,mais
attendantle moment de faire
paroistre sa science
,
il commence
par accepter les offres
du P. Lamy, & s'engage de luy
donner des avis tels qu'il demande
,pour avoir l'honneur
d'estre mis dans le nombre de
ses vrais Amis; & il veut bien
luy faire voir par demonftrastion
, que les principes qu'il
donne pour cette science,ne
sont pas conformes aux regles
de la Perspective,&qu'un
Peintre en les suivant tomberoit
dans de plus grands dé.,
sauts qu'il ne fait par sa rou.
tine ordinaire. Pour en estre
parfaitement convaincu,il n'y
a qu'à jetrer les yeux sur la
Figure de la page 136. & la
confronter avec celle qui luy
est mise en parallele
; ce qui
fera expliqué plus au long
dans le discours que Mr Antier
va faire à ce sujet dans sa
Critique, où il offre de donner
raison de toutes les difficultez
qu'on voudra luy proI
poser,& de montrer nette- ment que cette Science ne
s'acquiert point par hasard,
t comme le Pere Lamy dir l'a.
voir fait, dans sa Preface seüilletII.
mais qu'elleades Principes
certains
,
sur lesquels elle
est fondée, & qu'ilfautneces.
sairementsçavoir pourenconnoiftre
le fond. Comme le
tout dépend d'une preuve, il
se fait un honneur de la donner
le premier dans le Royaume,
où elle n'a point encore
paru, &de la faire encore paroistre
par son cube,avec une
demonstration qu'il fera voir
mécaniquement dans la nature
, ce qui seroit d'une grande
utilité, non- seulement à ceux
qui veulent rendre leurs ou,
vrages parfaits, mais encore
pour connoistre en quoy ont
manqué les Auteurs qui ont
écrit de cette Science. Par
cette découverte il fait voir
la fédère des démonstrations
que lePere Lamy veutétaler,
& il en donne des raisons si
nettes & si solides, qu'elles
mettent cette Science dans
son plus haut periode & dernier
degré.
MrAntierquineveutcombatre
l'ouvrage du PereLamy
que par des forces égales, pour
ne pas donner sujetdemécontenterrier.
cva fairetracer les
Figures du Traité par le petit
fils de MrHervé, pour les mettre
en parelle les avec ceux du
Pere qui les a fait dessiner par
un jeune homme d'une main
tres. heureuse & adroite,ainsi
qu'illedit. Cestce quejevous
donncray dans ma première
Lettre, & je m'assure que
vous en ferez content.
Le mêmeMrAntier,qui par
le moyen d'un cordon, comme
il l'adit, peut detacherles
hevaux qui ont pris le mors
IX dents, & arrester le Cassetout
court,peut aussi par
te mêmeadresse, arrester les
uës de derriere du Carosse
cas qu'oneustbesoinde le
ire. Il demeure toujours ruë
l'Echelle
, comme je lay
arqué plusieurs fois.
L'Ouvrage que vous aller
est la Traduction d'une
le Latine de Mr l'Abbé
utard.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Sur lerétablissement de la santé
de ce Prince.
ODE.
1Nvincihle
,
Dauphin
,
prêcieuse
~- ejperance
Cheres delices de la France,
Des Peuples le charme&l'Amour:
Au moment que la mort traifirefje
Parutvousaccablerjquelleajfreufc
tristesse
Saijit& la Ville &la Cour!
Au bruit dd''aunnjirfiggrraannddmmaal cette FViillllee
étourdie
Sentantla même maladie
Remplit l'air de ses trisses cris :
Comme une mere gemissante,
QuiJe voit arracher par unefiévre
ardente
Vnfils qui riavoit point de prixj
Louis voyant perir la moitié de luymême
Fut glacé d'une crainte extrême: Intrepide aux plus grands combats
il trembla que la mortfelonne
Renversant des Bourbons laJeconde
colomne
Ne triomphafi dans son trépas.
Vous-memetriomphez^deJa mortelle
envie:1 Grâce au Ciel qui vous rend la viey
Et nous fait un prefentfi beau.
Le Monarque & toute la France
Voyantrevivre envous leurpltuferme
esperance,
Sortent comme votts du tOlJzbeau.
Telqu'un Soleilperçantles voiles de
l'Aurore
Desesrayonsvientpeindre.Flore>
cha/fant lesombres de la nuit,
JLtparsalumiere éclatante
Vient réjouir le ciel &la terre pleurante
Uabfence dujour qui s'enfuit.
Déjàd'hymnesfacre\lesTepiplesreteiîtijfent
:
Déjà leurs voûtes se noircissent
De la vapeur d'un saint encens.
Mille væuxofferts en mémoire
HotU" marquent sur la mort vofire
heureuse viélolre
Par dei tableaux reconnois!ans.
Quipeut mettre en ce jour des bornes
ksajoye.
Jour auquel le ciel nous renvoye
Le digne Fils du Grand Louis?
A l'envy du superbe Tage
La Seine faitau loin retentirson rivage
Dit bruit des Peuples réjouis.
Le Laboureuroifîfen célébré lafejle:
Sans craindre ny loups ny temptfle
Les Troupeaux errent dans les
champsy
Tandisquà l'omhrage d'un chesne
Le Bergeraffranchi du souci qui le
gesne,
Sur (aflute accordeses chant).
Vous,Nymphes de Meudon, fui
1
d'une eau crifialline
i, Arrofe^farichecolline
Aux cieux vous voulutes jaillir
poury répandre la nouvelle
Du merveilleux retour d'unefàntési
belle,
De joye on vous vittreffaillir.
Nous habitans zflez^ de la Ville
Royale,
Par tout notre ardeurfesignale
A remplirl'air decrisjoyeux.
Le hautbois joint à la musette
Lesfifres aux tambours
,
lalyie à la
tronpette
Fontun tumulte harmonieux.
LessuperbesPal"-al-,is, les cabanes rustiques
Les Temples, les vastes Portiques
Retentiffint de vofire nom.
leunes &vieux,en/ans&$eres>
Font,ensemble mè!cz, leurs delices
phi* cheres
De chantervoflreq_ucrifon.
Le Peuple pour vous voir courant à
flots rapides
Fixe sur-voussesyeux avides,
Sanspouvoirremplirson ardeur,
D evousils'approche
>
il vous touche;
JEtjusquesàbaifer voflre Royale bouche
Porte l'attentat de son coeur.
CCeess crimes innoccns ,font le dirneft- laire-,)ro,î;t 1 ;îe
De voflrebontépopulaire,
plus charm inte que tousles dons.
liadouceur d'un discoursaffable
Re ent tous ceux qu'attire à voflre
AfpeHaimable
Uairmajefiuelux des Bourbons.
Ces tributs que vous offie un Peupls
plein de zele
Et voflre attachementfidclle
Aux voeux du plus puissant des
Rois,
Grand Prince, vous plaifidavantage
Que de regnersur l'Inde> 6"" d'imposerau
Tagt
Le joug de vos prudentes loix.
Les Vers suivans ont esté
notez par un fort habile Muficien.
AIR NOUVEAU.
- - tÇcOmJbfrèes)dejerts qui cachcrxma trifSi
je pouvois dans vos détourssi
crets
Perdre le souvenir des mauxqn'A
mour mafaits -
Je troubleroissans cesse
Voflre tranquillePaix.
Mais helas, pour guérirde Pardeui
qui mepresse,
L'inflnftble Philis a fourmoy trop
- d'attraits
Et mon coeura trop defoible5,
Le Public s'estoit contenté
depuis fort longtemps de la
Traduction des Metamorphoses
d'Ovide, faiteenProsepar
Mt du Rier. Il vient d'en paroistreunenouvelle,
qui doit
avoir un grand cours, puise
qu'elle est d'un homme sameux
par un grand nombre
d'Ouvrages de chacun def.
quels on a fait trois ou quatre
éditions. C'est dequoy s'estre
formé un stile sur le bel usage,
ce qui est sur tout à souhaiter
quand il s'agit de traduire. Je
parle de M' l'Abbé de Bellegarde.
On peut dire à l'avantage
de ce livre tant vanté des
Metamorphoses
,
qu'il n'y a
point de lecture qui foit plus
utile à tout le monde
,
laconnoissance
desFables estantnecessaire
en plusieursoccasions.
Cette nouvelleTraduction est
en deux volumes très-bien
imprimez & enrichis de prés
de deux cens Planches ouFigures
,
qui reprefentenr aux yeux
ce que contient chaque Fable.
Ces Fables font accompa.
gnées d'explications morales,
& on trouve dans ces deux mêmes
volumes quelques autres
Ouvrages traduits par le même
Auteur, & par consequent
tres dignes d'estre lûs. Ils se
debitent chez le sieur Brunet
Libraire, dans la grande Salle
du Palais.
Vousscavez que 1'0fficeoù:
le Roy assiste les grandes Fel-
1 tes de l'année,e si faite ordinairement
par un Evesque nommé
pour cela, & que les derniers
parvenus à cettedignité,
ont fort souvent cet honneur.
'Nlrl'Abbé deSoubise, Coadjuteur
de Mr l'Evesque de
Strasbourg, est celuy qui à fait
l'Office cette année a Fontainebleau
devant Sa Majesté,
la veille & lejour de la Feste de
tous les Saints. Il s'estacquité
de cette pieuse fonction, avec
la grâce, & la modestie qui
luy font naturelles, L'Office
se fit avec les Ceremonies ordinaire
,
& toute la Maison (j
Royalefit Ces devotions,àquoy 1
elle ne manque pas toutes les i
bonnes Festes. La Prédication
fut faite par le P. Bonneau, Je- - suite, & son discours fut trou-«
vé beau & solide.
Le Roy, qui pour ne laisser
de vuide dans aucun des momens
de sa vie, distribue les
Benefices vacans ,
dans ces
grandes Festes, ne croyant pas
devoir sans une pressante neffessité
,
s'occuper le jour de
tous les Saints à d'autres affaires
qu'à celles qui regardent
l'Eglise, donna l'Evesché de
Saint Paul deLéon à Mrl'Abbédela
Bourdonnayedocteur
de Sorbonne Grand Vicaire
de W l'Evesque de Nantes,
& frere de Mr de la Bourdonnaye
Intendant à Bordeaux.
Vous vous souvenez,
sans doute, qu'il se distingua
avec un fort grand éclat lorsque
le Roy d'Espagne,&Messeigneurs
les Princes passerent
en Guienne. Mrl'Abbédela
Bourdonnaye
,
estant Grand
Vicaire de Mr l'Evesque de
Nantes sçaura de quelle maniere
il doit conduire son
Troupeau. Comme le Roy ne
nomme aux Eveschez que des i
personnes capables de remplir
toures les fondions Episcopales,
tant parleur pieté
que parleursçavoir,&par les
lumieresqu'ilsont, acqui ses
pour le Gouvernement de
l'Eglise
,
dont il leur commet
le soinaSa Majesté par
cettemesme raison, a nomme
Mr l'Abbé de Chaulnes
, Docteur de Sorbonne,
Grand Vicaire de Mr l'Archevesque
d'Auch,àl'Evelche
de Sarlat. Cet Abbé joint
beaucoup d'esprit à une grande
Erudition, & a souvent
donné
-
donné des marques éclatantes
de l'un & de l'autre. Jevous ay
fait part d'une Harangue de
sa façon qui a esté trouvée
tres- belle. Illa fità Auch en
l'absence de Mr rArchevê.;
que, lorsque Messeigneurs les
Princes y pafferenr.
L'Abbaye de Saint Leger
fut donnée le mesme jour à
Mr l'Evesque de Vence,le
revenu de son Evêchén'estant
pas assez considerable pour
soutenirla dignitéEpiscopale,
& pour faire les charitez ausquelles
les Evesques font obli-
Mr l'Abbe Chateaurenauli
fut en mesme temps pourveu del'Abbaye de Landevenec.
Il en Frere de Mr de Châ.
teaurenault, Vice Amiral du
Levant.Iln'y a point à douter
que le Roy ne le croye
capable de se distinguer dans
l'Eglise
, comme fait Mr le
Vice Amiral son frerre dans
les ArméesNavalesdeSaMa- jesté.
L'Abbaye de Saint Calez
futdonné à Mr l'AbbédeMoranville,
Neveu de Mr l'Evesque
de Chartres d'une ancienne
Famille de Normandie.
Si cet Abbé imite la haute
pieté de cePrel at, comme le
choix de Sa Majesté ne permet
pas qu'on en doute, il y
lieu de croire qu'il fera d'une
grande utilité à l'Eglise.
,.
L'Abbaye de Turpenay fut
en même temps donnée à MC
l'Abbé de Morey, Premier
President au Presidial d'Autun.
Il s'est distingué dans les
Harangues qui ont esté faites
dans le Voyage de Mcffligneurs
les Princes.
Mr l'Abbé de Maupoint
Clerc de Chapelle de , Sa Majesté
; eut dans lamême promotionl'Abbaye
de Tonnay- 4
Charente, & D. Cellers eut i
celle deDommartin.CeReligieux
estoit Prieur d'une autre î
Maison prés deDommartin.
Mr de Montillan,Frere de
MtdeMontillan,Gentilhom.
me attachéàMademoisellede
Charollois
)
fut pourvu du
Prieuré de Bajasse, & MrMo.
rin, Aumônier de Mtl'Evêque
de Mets,d'un Canonicat du
même lieu.
Le Roy donna aussi rAb..
baye des Isles à Madame d'Argenlieu,
Parente de Mrle Marquis
de Sourches,Grand PreJbivoft
de l'Hostel, & Soeur de
feu M' d'Argenlieu, Grand-
Vicaire de Soissons.
Pendant quela pluspart de
ceux qui viennent d'estre
pourvus de cesBenefices, se
donnoient du mouvement
pour les obtenir
,
d'autres
n'estoient occupez que de l'image
de la Mort, ou du moins
ne devoient penfer qu'à quitter
bien tostlavie, puisqu'ils
font tous mgrts presque dans
le même temps. En voicy les
noms.
Messire Pierre François de
Bcauveau du Riveau, Evêque
de Sarlat. Il avoit soixante & 5
huit ans, & est decedé dans
son Diocese,où tous lesEvêques
doivent mourir, lorsqu'ils
ne sont pas appellez ailleurs
par de pressantes necessitez,
Il y essais eHimé, &-
aimé. Sa gran de charité rafait
beaucou p regretter des
Pauvres. La Maison deBeau.
veau, au rapport de Mrs de
Sainte. Marthe, est une des
plus illustres duPays d'Anjou
: Elle fort de Jean II. Seigneur
de Beauveau,Mary de ]
JaimedeTigny,sousleregne
de Charles VI. Dece mariage
* -
sontissus les Barons de Beauveau
du Riveau, de Rolcay
les Seignents d'Espense, Sé-,
nechaux d'Anjou, de Proven-
1 ce & de Lorraine,Chevaliers
des Ordres de Saint Michel
&du Croissant,desGouverneurs
de Places, des Presidens
de la Chambre des Comptes
de Paris, & des Chambellans
des Rois Charles VII.
Louis XI. & de RenéRoy de
SicileDucd'Anjou. CetteMaison
en alliée avec celles de
Bourbon- Vendosme
,
d'An.
jou,Sicile, deCraon, deBaudricourt,
de Beaujeu, de Manonville,
de Saint Amadour,
d'Ecouceville, d'Avercon Belin
,
d'Urfé
,
du Fay, de la
Guiche, Saux « Tavanes, Be
d'Haraucourt, & a donné des
Prelats aux Eglises d'Arles,
d'Angers, &de Nantes Je ne
vous dis rien de ceux qui font
descendus de cette Maison
jusqu'àaujourd'huy, vous en
ayant parlé dans d'autres de
mes Lettres.
Messire Barthelemy de
Blois de Trelon & de Ginderdevren
,
Gentilhomme Hollandois,
mort à Paris le der;
nier jour du moispassé.Ildescendoit
de la MaisondeBlois
I de Trelon, quis'est habituée
enHollande,où ellea possedé
les premieres Charges de
l'Etat,&qui tire son origine
de l'ancienne Maison de Châtillon
sur Marne, dont il y
, a eu tant de grands Officiers
de la Couronne , & qui est.
fonduë dans la Maison de
Bourbon.
MessireAntoineleGrain,
Marquis de Breüil.
Messire Claude de Thiard,
Comte de Bissy,Chevalierdes
Ordres du Roy,&deS. Louis-
Il fut nommé Gouverneur
d'Auxone en 1671. Lieutenant
general des Arméesdu-Roy
en 1677.& Lieutenant general j
Commandant pour S. M. dans
les pays de Mets&deVerdun.
Madame l'Abbesse de
Xainces, Soeur de Mrle Duc
de Lauzun, est morte aussi3
dans lemême temps. LePLeuPbulbicliacaaauussssiippeerrdduuau au
commencement de cemois
MessireAdrien A lexandre de
Hannyvel, Marquis de Crevecoeur,
Seigneur de Manevillette,
President à Mortier au
Parlement de Paris. Quoy
qu'il n'eust encore que qua- *•
ranteans, ilavoit esté Avocat
du Roy au Chastelet, Secretaire
des Commandemens de
de feu Son Altesse Royale-
Monsieur,Conseillerau grand
Conieil,Maistre des Requestes,
& grand Rapporteur en
la Chancellerie. Il s'estoit acquité
de tous ces Emplois
avec beaucoup d'exactude,
& de probité. Aussi le connoissoiton
pour un bon Juge,
fort estimé &consideré.Il étoit
Fils de Messire Adrien deManevillette,
Marquis de CrevecoçtJir
, Secrétaire des Commandemens
de feu Monsieur
,
& de Dame Marie le *
Camus, Fille de feu Messire t
Antoine le Camus, Seigneur
d'Emery ,mortPresidentdela
Chambre des Comptes,&de
j Dame Elisabeth Feydeau. Il 5
C'enoir Coufin de Mt le Cardinal
le Camus, & de Mrs le l
Camus, l'un Premier President
de la Cour des Aides, &
l'autre Lieutenant Civil. Il
avoit épouse N. de Harlay,
fille de Nicolas de Harlay-
Céli, Conseiller d'Etat & Plenipotentiaire
au Traité de
Ryswick,&Soeurde Madame
la Marquise de Vieuxbourg,
l de Mrle Comte de Céli- &
de Mrl'Abbéde Harlay. Ils
font de la même Maison
,
&
l ont le même nom & les mê-
; mes armes que Mr le Premier
President. La Veuve de Mr de
Manevillette
,
qui vient de
mourir,joint à beaucoup de
beauté un esprit encore plus
plus grande loin des'occuper
aux divertissemens ordinaires
aux personnes de (on
âge ,elle employe la plus
*
grande partie de son temps à
cultiver sonesprit. Comme
Mr le President deCrevecoeur
est mort sans laisser d'enfans,
Madame saSoeur, qui a épousé
MessireFrançoisJoseph Comte
deClermont &de Tonnerre,
heritiere seule decePresident
dont le corps ayant esté levé
de la Chapelle du Château de
Crevecoeur, le 5. de ce mois,
fut porté en Convoy dans l'EgliseParoissialedu
Bourg,où
après un Service solemnel, il
fut descendu dans une cave
d'une Chapelle voi fine du
Choeur, & mis auprès de celuy
deMrdeManevillette son Pere,
qu'on y avoit apporté de Paris. - Cette mort aesté suiviede
'•celic de Dame Marthed'Estournel,
âgée de soixante &
neufans. Elleestoit veuve de
Messire.Gilles Marquis de
Hautefort,Grand& Premier
Ecuyerdela feuë Reine&
Lieutenant general des Armées
du Roy. Je ne vousdis
rien davantage de[1 Maison,
en ayant parlé amplement
dans ma Lettre du mois de
Janvier 1694. lorsque je vous
apprislamort de Mrle Marquis
de Hautefort. Cette
Veuve laisse quatre Garçons,
dont les deuxaînez font Maréchaux
deCamp. L'aîné est
le Marquis de Hautefort,qui
a épousé l'heritiere de Pompadour,
lesecond est M' le{
Marquis deSurville qui com- i mande le Regiment du Roy.
Il a épousé la seconde Fille de
MrleMaréchal de Humieres,
Soeur de Madame la Princesse
d'Isenghen
,
Doüairiere
5
&
Duchesse de Humieres. Les
deux Cadets font, l'un Colonel
de Cavalerie, & l'autre,
Colonel de Dragons.
Rose de Pujol, veuve de
JaquesLouis de soülllac
Marquis d'Aserac,&deCastelnau-
d'Eauzan ,Baron de
Caixon,Seigneur de Roussignac.
Elle fut inhumée le ao
du mois passé dans l'Eglise du
Convenc des Capucins de
Tarbe, fondé par Jaques de
Pujol, Baron de Caixon ,Sire
de Montblanc & de Vergé,
Seigneur de Pereüil dontelle
estoitfille unique& heritiere.
Jaquette de la Mothe estoit
sa mere. Elle a toûjours fait
paroistre beaucoup de-verrti
& de pieté, a mené une vie
tout à fait Chrétienne, & est
merte avec les sentimens que
les personnes les plus pieuses
souhaitent dans ces derniers
momens. Elle avoit esté peu
de tems mariée,& estoitrestée
veuve fort jeune. Elle avoit j
eu de son mariage Louise de
Soülllac morte le 10 May
1686, qui dans une grande jeu.
nesse avoit une veau & une
pieté exemplaires : & Jaques-
Joseph- Auguste Comte de
Soüillac Marquis d'Aferac &
de Caftelnati-d'Eauzan,Baron
deCarixon,Sire deMontblanc
& de Vergé
,
Seigneur de Pe.
- reüil) aîné de la Maison de
Soüillac,Maison qui joint à
l'avantage d'une origine tresillustre,
celuy d'avoir toûjours
esté fidellement attaché au
service de ses Rois.Elle a plusieurs
témoignagesglorieux
de cet attachement fidelle, &
duzele avec lequel ceux qu'elle
a produits ontversé leur sang,
& employé leurs biens pour
la défense de l' E tat. Aussiat-
elle merité que plusieursde
nos premiers Rois de la troisiéme
race l'ayent prise fous
leur protection speciale. On
en trouve une preuve éclatante
dans les Lettres Patentes
du Roy Charles le Bel de l'an
T323 par lesquelles il déclare
qu'il prendsous sa protection 00
sauvegarde Hugues deSoüillac
comme ses-Predecesseurs Rois y
avoientpris lesPredecesseurs du.
dit Hugues. Sous le regne suivant
& durant les Guerres des
Anglois
, ceux de la Maison
de Soüillac vendirent de leurs
biens immeubles à vil prix pour
en employer l'argent
au service
du Rg à la Guerre, comme il
paroist par des Lettres de 1341 qui leurfurentaccordéespour
y rentrer.
Si la fortune n'a pas donné
à ceux de cette Maison des
établissemens qui leur ayent
pû faire soutenir avec éclat
•
la grandeur de leur origine,
du moins leur ena tellelaissé
dans tous les rems d'assezconsiderables
pour se soutenir
d'une maniere qui les a fait
distinguer dans le monde,
joint qu'ils se font rendus
considerables par leur merite,
& pourn'avoir jamais rien
fait qui fust indigne du fang
dont ils font issus.
J'ay encore à vous parler de
la mort de deux personnes,
qui quoy qu'Etrangers meritent
biend'avoir place icy,
non feulement par les avantagesde
leur naissance,mais
àcauseque le cas est fort extraordinaire.
LeSeigneurGio
vanni Morosini, d'une Maison
tres anciennedeVenize,ayant
recherché en mariage ElizabettaMaria
Trevizana, qui
estoit aussi d'une fort bonne
Maison & cele bre dans liHif.
toire. Le jour des épousailles
fut arre sté au premier jour
d'Octobre dernier. Ils s'éroient
veus la premiere fois
le vingtiéme de May dans la
maison de l'épouse,&estoient
partis en suitepourla Campagne,
l'un d'un costé & l'autre
de l'autre. L'Epouse estant revenuëtomba
aussi-tost mata.
de,& l'Epoux qui revint dans
le mesme temps fut attaqué
.rune maladie parei lle. Ils en
furent travaillez pendant deux
moisavec les mesmes fympromes,&
dans un degrépareil
du mal,en sorte que quand
l'un desdeux se portoitmieux
ou moins bien,la mesmechose
arrivoit à l'autre. L'Epouse
se fit porter àl'Adone pour y
prendre les eauës du Mont
Ortone,&l'Epoux demeura
à Venize entre les mains des
Medecins. Cependant leur
,
mal augmenta de telle sorte,
qu'ils receurent tous deux le.1
Saint Viatique, avec l'Extreme
Üérion le cinquiéme de
Septem bre. Ils se trouverent
beaucoup mieux le 8 de ce.
mesme mois, & furent sujets
également à divers accidens
qui firent tantost esperer, &
tantost tout craindre,jusques
au second d'octobre que l'Epoufe
mourut la premiere, &
l'Epoux peu d'heures aprés.
,
Le corps de l'épouse ayant esté
rapporté à Venize, il arriva
par un pur hazard
, que quoy
qu'ils sussent enterrez en des
endroits assez éloignez l'un de
l'autre
l'autre, les deux Bieres se rencontrerentquand
on les porta
enterre.
Dans ma derniere Lettre
en parlant de la Vesture de
Madamela Marquise de Rochechoüart
Faudoas,on a alteré
le nom de Faudoas en écrivantFaudras.
Ainsi il faut corriger
Faudoas pour ne pas
confondre la Maison de Faudoasen
Guyenne avec celle
de Faudras en Bourgogne. La
Branche aînée decelle de
Faudoas fondit dans laMaison
de Rochechoüart en 1517
par le mariage de Catherine
de Faudoas & de Barbazan
avec Antoine de Rochechoüart
de Chandenier, Seigneur
de Saint Amand,Lieutenant
de Roy en Languedoc,
Senechal de Toulouze, Chevalier
de l'Ordre du Roy,cciiime
je vous appris dans la
Lettre où je vous parlay du
mariage de la Marquise qui
vient de prendre l'Habit aux
Re!igieufes Benedictines de
Montargis.
Je vous envoye la réponse
de Mr de Hautefeüille à la Critique
que MrLaMontre,
Professeur de Mathematiques
& de Philosophie a faite
,
dela MachineLoxodromique
inferée dans le Journal des
Sçavans du u Septembre dernier.
Elle est telle que je l'ay
receuë manuscrire; je vous ay
déja dit que je ne suis que le
raporteur de ces fortes de disputes.
-
Si on confidere la Machine
Loxodromique speculativement,
ousielle réussitdans
la pratique
,
elle tracera des
Loxodromies. J'ay donc eu
raison,en ce cas, de la nommer
Loxodromique.Ilest vray
qu'elle tracera aussi les grands
Cercles & les Paralleles ; mais
c'est une sausse consequence
& un mauvais raisonnement
de MrLaMontre, demefaire
penser & aux Lecteurs de mon
Ouvrage,queces grands Cercles
& ces Paralleles font des
Loxodromies. La dénomination
deschoses se tire de leurs
parties principales.
La Machine de Vitruves'unit
naturellement & neceffairement
à celle que j'ay trouvée.
Ce sçavant Maître des
Archireétes dit,que c'est une
»des choses les plus ingenieuses
qu'il eust aprises desAnf
ciens, elle a donné lieu à l'invention
de nos Horloges. Le
Leaeur jugera si c'est unevieille
drogue, que j'ay cousuë, & si
cette expression & quelques
autres que je passe fous HÏen*
ce font d'un homme judicieux,&
quin'apointpris U
Plumepar une envie de critiquer.
SiM. La. Montre avoufait
lUf- mesme un trou au fond
d'un Seau, & qu'il eust pensé
a y appliquer un tuyau,il auroit
vuque ce Seaun'auroitpoint
coulé bas, en le mettant ensuite
ter la surface de l'eau conte
nuë dans un M~~M~~y«
seau. Quelques Galeres qui'il
sont percées de cette manie..
re, & qui ont un semblable
tuyau par lequel on jette les
ordures & leau que l'on tire
de la sentine,ne coulent point
à fond. Je nesçay s'ilest permis
à un Professeur de Mathématiques,
mesme du dernier
Ordre,d'ignorer une chosesi
commune; on ne sçauroit
l'excuser dans un homme qui
entreprend de Critiquer les
Ouvrages des autres, & qui
dit que cette pensée de Jaques
BeJJen O* de Beroald son Cornrmenetateur
est extraordinaire 0*
r impertinente,
Mr Hughens qui a crû
avoir merité la recompense
promise,& qui l'a demandée,
auraport du P. de Chasles
dans son Cours deMathematiques
au lieu 5.de la Navigation
en ces termes: Legimus
in Doctorum Diario, eum t
proemium petusse & ad experientiamprovocajje.
Mr Morin, le P.
de Liris,Recollet,&tous ceux
qui ont proposé des Inventions
pour avoir la connoissance
des Longitudes, n'ont
pûse dispenser de l'exprimer
dansle titre deleursouvrages.
Ce n'est donc poinrparramollr
propre qui lesaveugle mais parce
que c'est la fin effencielle de
leurs découvertes, & que cest
toûjoursdanslasupositionqu'-
elles réufirontdans lapratique.
Mr LaMontre decide hardiment
& soutient que la Ma.
chine Loxodromique est impraticable.
Je ne l'ay point
donnée pour infaillible; mais
feulement comme vray semblable,
& j'en ay parlé fort
modestement. Toutes les
preuves qu'il apporte de la dé.
cisionsereduisentàcetteseule,
que je n'ay pu dire de
qtiellenianiere illa faut ap-
[ pliquer à un Navire pour en
faire quelque usage Il n'est pas
vray que je n'aye pu dire cette
maniere
,
mais il est vray que
je ne l'ay pas dite pour deux
raisons. La premiere, parce
qu'elle est inutileàceux qui
ne s'en veulent jamais servir.
La seconde, parce qu'il y en
a plusieurs,&que les Pilotes
qui voudront mettre en pratique
cette Invention, en trouveront
facilement la maniere.
Mais supposé que je ne l'eusse
pu dire,quia assuréMr La
Montre, que quelque Sçavant
de France ou des Nations
étrangères ne la trouvera pas
dans ce sicele ou dans les suivans?
LeMoulinet quejesuppose
estre appliqué au dessous
du Navire dans l'endroit le
plus commode
,
fera tourner
l'arbre ou la verge de fer auquel
il est attaché
,
à l'extremité
de laquelle il y aura un
Pignon qui fera tourner une
autre vergejusqu'àla dernie.
re qui entre dans le lieu où
est le crayon & le papier sur
lequel la route doit estre tracée,
dela mesme maniere que
l'on fait tourner les Eguilles
des Cadrans qui font fort
éloignées du mouvement des
grandes Horloges.
Pour diminuer le nombre
de ces verges,on peut percer
le vaisseau dans un lieu convenable
, & y appliquer un
tuyau dans lequel entrera la
verge qui fera agir le crayon.
Ces manières & quelques autres
font si faciles, que je nay
pas jugé à propos de les expliquer;
jay cru que lesPilotes
& les personnes moins inrelligentes
qu'un Professeur de
Mathématiques ne les ignoroient
pas.
Mr La.Montre a fait lVIo4
gede la Machine Loxodromique
en dilant que sielle estoit
Jtmple & praticable, on ne de
vroit pas la négliger : mais par
bonheur les Lecteurs de sa
Critiquene se sont pointapperçeus
qu'il eust fait voir
qu'elle ne l'estoit pas.
A l'égard des deux choses
qu'il dit que je sçay
peut-estre, je veux bien luy
accorder que je les ignore
,
parce que cela ne fait rien à
la réussite de la Machine Loxodromique.
Il m'a déjà taxé
d'ignorance sur laDioptrique
dans un autre Journal des Sçavans,
dont je me fuis tres peu
misen peine; mais comme on
est obligé d'avoir foin de sa
réputation, & qu'il se pourroit
trouver des personnes
particulierement dans les , pays
étrangers, qui croiroient que
Mr la Montre feroit un Matematicien
d'un nom & d'un
mérité distingué,&qui surce
fondementajouteroient foy à
ses écrits, j'ay cru devoir rapporter
le Certificat que Mrs
de l'Academie Royale des
Sciences ont bien voulu m'accorder.
J'ose assurer que M'la
Montre n'en publiera point
un semblable.
EXTRAIT
desRegiflresdel*Academie Royale
desSciencestduz Juilletijou
Onfieur
de Hauteftiïllc
, 1~-Ant preftnré Àà1l'4Accaaddeemmiiee un Placet,par lequel après avoirexpost
que député trente ans il s'appliqueavec
beaucoup de depenje
iàla Filoflfie Expérimentale (7 rechercher des Inventions uti.
les, il lasupplie de lui en accorder
un CertificatMr Vari
gwn ayant esle charge de rappor,
ter ce pUcet à la Compagnie
,
il
dit qu'il avoir lu ce que M de
^Haut friïi'lavoitpublié en djferenstempssur
lesTrompettesfar.
1 lantes
,
sur 1Horlogerie ,sur les )Lunettes, sur le Niveau, surla
manière d éleverlestaux Ërtout
récemment encore sur celle de mesurer
le sillage des VaiDeaux
, 0*
~,
qùily avoit trouveplusîeurs choses
très curieuses,tmmêmes utiles
au Public; & la Compagnie
aesté daviï qu'on dennaji a Mc
de Hautefciïille le témoignage qu'il
deprott defongenie& dejonapplication
;
enfoy dtquoy 1 ay Çrgié
le presentCertificat à Paris ce J.
Juillet1701. De Fontenclie,Secrétairedeïjicademie
Royale des
Sciences.
L'Auteur de l'écrit inféré
dans le Mercure Galant du
mois de Juillet dernier, a eu
raison de laisser à Mr Aimon
le foin de défendre son Diogirometre,
puifqu'il l'a fait
dans les Ouvrages des Scavans
du mois de Juin, où les
curieux pourront voir la réponse
fage & solide qu'il a
faite à Mr la Montre. Plusieurs
Sçavans qui ont lu cet écrit
du Mercure Galant,n'y ont
trouvé que des ventez & n'y
*, ont apperçû aucunes invelti.
ves que Mrla Montre pouvait
citer & refuter, sans se metreen
peine qui efl l'Auteur de
cet écrit, puisqu'il ne s'est pas
nomme.
De fort. habiles gens sont
persuadez que Mr dela Montre
se feroit plus estimer en publiant
les deux Inventions
qu'il prétend avoir trouvées
pour la mesure du Sillage,
quelque dèfectueuses & impraticables
qu'elles puissent
estre
,
à plus forte raison si elles
sont aussi parfaites qu'illa
publié. Les pensées nouvelles
fondées sur le bon sens& sur
les principes des Sciences J
font toujours agréables &uti.j
les au Public, quoy qu'elles!
soient impraticables; parce:
que les Sçavans peuvent lesll
perfectionner, ou à leur oc.-
casson en imaginer d'autres 2
meilleures. Les Critiques fem-
- blables à celles de M1 laMon.
tre sont très- préjudiciablesau
Public, parce qu'elles nel'inftruisent
en rien & qu'elles découragent
les Inventeurs, qui i
bien éloignez de tirer quelque :
ecompense de leurs travaux,
<
voyant qu'on leur ravit le mediocre
honneur qu'ils ont
june sujet d'enesperer, prennent
plutost le party de les
laisser périr, que de les communiquer.
Ce sont les deux
vericables causes
, pourquoy
les Sciences & les Arts parviennent
si lentement à leur
perfection.
Quoy que l'Art de Naviger
soit,aujourd'huy un des plus
parfaits, il y relie encore, outre
la connoissance des Longitudes,
pluficurs choses fort
utiles à inventer. J'en ay trouvé
quelques-unes qui peur,!
roient estre d'une grande utiliré
dans le naufrage même)-,
& en plusieurs autres rencontres.
Ce sont des vuës dont les
Navigateurs feroient dans
l'occasion un tres bonusage,
& il seroit fort avantageux que
le public en eustconnoissance.
Cette connoissance ne peut.
jamais luy estre nuisible.
Le Roy d'Espagne ayantresolu
de se rendre à Barcelone,
Capitale de Catalogne, le
trentiéme de Septembre
,
les
Magistrats de cette Ville s'assemblérent
ce jour la dans son
Université
,
& la Musique
commençaaussi tost à se faire
entendre,ce qui fut accompagné
du bruit des Tambours
& des Trompettes. Cette harmonie
qui annonçoit la venuë
du Prince,rendit lesmaisons
desertes. Chacun futim
patient de voir son Maistre,
& tous les chemins furent
couverts d'une foule de Peuple
extraordinaire. Les Officiers
del'Université precedez
de leurs Massiers, prirent leur
route vers la Porte Saint Antoine.
Le Recteur alloit à leur
reste, monte, ainsîqu'eux sur
une Mule,aumilieudes deux
plus anciens Graduez
, & les
autres suivoient deux à deux
par ordre d'ancienneté. Comme
il y avoit differens Colleges,
lescouleurs qui lesdistinguoient
estoient différentes
,
& formoienc quelque chose
d'agreable à la vue. On
voyoit en fuite l'illustre Chapitre
de la Cathedrale avec
son Evêque, dans un équipage
très-modeste. Il precedoit
le Consistoire de la Dépuration
,
devant lequel alloient
sesMeilleursavec leurs habits
de Ceremonie. Les croisDé1
putez estoient à la teste
,
le Militaire estant à la main droite,
& l'Ecclesiastique
,
& le
Royal,à la gauche. Les Confeillers
suivoient avec le même
ordre, & a près eux les AC
fesseurs, tous sur des chevaux
richement caparaçonnez la
reserve des Ecclesiastiques qui
alloient en Mules. Un nombre
infini de Cavaliers & d'Artisans
paroissoit ensuite
, précédant
le Corps de Ville
, qui
marchoient avec une grande
pompe, ses Massiers vétus de
tafetas cramoisi, marchoienc
les premiers, & ensuitecelu y
qu'ils appellent el Conceller en
cap, avec une robe enrichie
de fleurs d'or, & ayant quatre
Cavaliers qui l'accompagnoient.
Lesautresconseillers
marchoient derriere lui avec
le mêmeornement,&lamême
fuite. Il sembloit quela
richtffe des harnois infpiraft
de la fierté aux chevaux des
Conseillers & des Cavaliers,
& que s'ils n'alloient qu'au
pas ,
c'estoit moins pour
obéir à ceux qu'ils portoient,
que pour se faire admiret plus
à loisir. Les deux Consuls de
la Maison qu'on nomme U
Lonja
Lonja Ad Mar,alloient dans
les deux dernieres files& se
faisoient remarquer par leur
propreté.Toutes les Communes
en cet ordre, se rendirent
aux pieds de Sa Majetté
qui se trouvoit alors entre le
petit Hôpital& la Croix couverte.
Chacun luy rendit les
profonds respects qui luy
estoient dûs, & après luy
avoir baisé la main, ils retournerent
à Barcelone. Ces Con";
feillers ayanc rencontré le
Roy un peu en deçàde la
Croix couverte ,
& luy ayant
rendu leurs respêcts, en baisant
la main royale,eurent
l'honneur de les accompa
gner. On s'avança jusqu'au
Convent de Jesus des Franciscains
,
où Sa Majesté s'arresta.
Là, le Conseiller en Cap.
luy ayant de nouveau baisé la
main
, retourna à Barcelone.
Sa Majesté descendit dans le
Convent avec un air tout
charmant, la Communauté
des Religieux l'attendoit à la
porte de l'Eglise, le Gardien
tenant la vraye Croix qu'il Juy
donna à baiser, après quoy on
entonna le Te Deum, qui fut
precedé d'une grande acclamation
de Viva, viva nustro
ReydeEspana. S. M. C. ayant ffiinniisseesspprriieèrreess,,fioerMrsCadmeai)nEàglise&
laissabaiser sa main à
une partie de la Noblesse.
Elle monta presque aussîtost
en Carosseaccompagnée
du Duc de MedinaSidonia,
& du Comte de Benavente
Elle entra dans la Ville
par la Porte Saint Antoine,
& tourna vers le Palais. Une
décharge de toute rArtiperie
annonça son arrivée, &leRoy
ne fut pas plutost dans le Palais,
que pour satisfaire l'empressement
que lePeuple
montroir de le voir, il parut
dans un Balcon. Quoy quela
Place foit d'unefort grande
éten due ,il ne s'y trouva aucun
endroit vuide, tant la
foule fut extraordinaire. Les
acclamations de Pria, viva,
furent fort longtemps réitérées,&
SaMajeste s'estant retirée,
tout ce grand Peuple
se sépara en divers endroits.
Le Dimanche2.d'Octobre
jourdestiné pour l'entrée publique
de Sa Majesté, ellese
rendit sur les deux heures
aprés midy, à la Porte de Saint
Antoine,où le Marquis de la
Rosa, Gouverneur dela Place,
luy en presenta les clefs. Le
Roy répondit qu'il en auroit
foin
,
& estant monté à cheval
, il se plaça fous un Dais
d'une riche toile d'or que Iuy.
avoient preparé les Conseillers
de laVille, ausquels ce
Prince ordonna de se couvrir,
1 il y eut deux files composées
de vingt quatre personnes richement
vituës. Elles formérent
deux ailes, dont rune étoit
terminée par le Conseiller en
Cap, qui tenoit la bride du
cbeval de Sa Majesté,lesautres
porterent le Dais, & ce fut
ainsi que commença cette
glorieuse entrée.
A la teste estoient desTrompettes,
des Timbales,& plusieurs
autres Instrumens, qui
invitoientchacun à la joye. Ils-:
estoient suivisdesTrompettes
des Gardes de Catalogne
dont toute la Compagnie,>
composée de cent Chevaux, avoir l'épée haute,& environnoitS.
M*. QuarreTrompettes du Roy,quimarchoient aprés
cette Compagnie, redouble.
rent lajoyepublique par leurs
fanfares. Tout cela precedoit
le Marquis de Quintana !c"
Marquis de Ayvona,leComte
de Santistevan, le Duc de Seza,
le Comte de Palma, le
Que de Ossuna, & le Duc de
Medina-Sidonia,tous Grands
d'Espagne. Ce dernier alloic
devant le Roy, tenant l'Epée
Royale en sa main hors du fou.
reau, au milieu des deux files
dont-on a parlé. Sa Majesté
suivoit tous le riche dais. Dom
Garcia de Guzman
,
Premier
Ecuyer
>
estoit à l'estrier du
Cheval,& derriere luy paroissoientlesautresEcuyers&
les
Pages de Sa Majesté. Les Gardes
Allemande & Espagnole,
& celle du Corps fermoient I
cette marche Toutes les ruës j
estoient ornées de riches ta- J
pifTeries.
Au milieu de la Place del
Padron,vis à vis de Saint Lazare
, où Sainte Eulalie souffrit
le martire
, on découvrit une
pyramide, au haut de laquelle,
estoit une Image de la Sainte ,:,
faite de marbreavecbeaucoup
d'art,&au milieu du corps de
la même pyramide estoit un
fort beau portrait duRoy,avec
quantité de Palmes d'espace
en espace. Par tout oùSa Majessê
passoit
, on n'entendait
que desacclamations &mille.
cris redoublez. de VIDA el Rey
FelipeRien ne paroissoitavec
plusd'éclat que ce qui ornoit
la Place de SaintFrançois. Il y.
avoit un échafaut occupé par
quantité deMusiciens, & au
milieu de la Place, proche le
Palais du Gouverneur cftoifc
drene le Trône de Sa Majesté,
avec un siege où elle dévoies'asseoir
pourleferment qu'elle
alloit presser.Tout lebas estoit
couvert de draps de differentes
couleurs. La Cavalerie des
Gardes se rangea devant le
Trône,& comme la Mulique
se renoit preste sur son êchaffaut,
elle fn entendre sa douce
harmonie si toH que le
Roy sur arrivé. Ce Princealla
prendre le siege qui luyavoit
esté préparé, ayant à costé de
luy le Duc de Medina Sidonia
son grand Ecuyer. Les
Conseillers & ceux qui composoient
les deux files s'avancerenr
avec luy
,
les derniers
demeurerent debout, & il
commanda aux Conseillers de
s'asseoir & de se couvrir, ce
qu'ilsfirent sur un banc cou.
vert de satin cramoisi. Auffilôtle
GardiendesFranciscains,
avec les Assistans,ses Acolyites
& la vraye Croix alla vers
le Roy, qui jura de conserver
les droits & lesPrivileges
de la Principauté de Catalogne.
Ensuite le Conseiller en
cap monta les trois degrez du
Trone, & fit un discours au
Royen remerciment de cette
grace, aprésquoyilluy baisa
lamain avec les mêmes ceremonies,
ce que firent les autres
Conseillers de la même
sorte,cerrefonction estant
achevée,Sa Majestéallaàcheval
dans le même ordre, vers
la ruë appelle Callebancha,^
c'est à dire, ruë étroite, où il I
y avoit un Soleil fore lumi- <
neux dans une grande niche.
Elle s'avança par cette ruëjusqu'àun
endroit,que l'onnommeEl
Barn,où l'onvoyoitun
Autel tout composé de cristaux&
d'une grande beauté.
On passade là par la Chapelle.
de Marcus
, & l'on y trouva
un Arc dresse en quarré, avec
la plusjustesimetrie de l'Architecture.
De là onpassa à
la Place del Angel, où estoit
une Pyramide fort ornée, &
chargée d'un nombre presque
infini de lumieres. On alla en;
suite dans la ruë des Libraires,
quinecedoit point aux autres,
en propreté & en ornemens ,
& lorsqu'on passa devant les
Prisons publiques, les Prison
- niers élevérent un fort grand
cri, qui faisoit entendre, Mi.
sericorde & Liberté. Le Roy
ayant esté informé parle Conseiller
en Cap de ce que demandoientcesmalheureux,
accorda
aussi-tost la grace à tous
ceux qui n'avoient point de
Parties. La ruë des Libraires le
conduisitjusqu'à un lieu qu'on
appelle La Sée, dont les muraillesestoient
ornées de c~
ches tentures, & de quantité
de beaux tapis. Sa Majesté
estantarrivée devant le Palais
Episcopal, descendit de cheval,
& se mit à genoux pour
baiser la vraye Croix que luy
presental'Evéqueà lateste de
son Chapitre. A lors le Chantre,
leSous Chantre,& deux
Chanoines entonnèrent Elegit
.eumVominus,& on allaainsi
en chantant jusqu'à la grande
porte de la Cathedrale. Là, Sa
Majestéà genoux reçutl'Eau
benite de l'Eveque, & jura de
faire observerl'Immunité Ec.
clesiastique & les Privileges
cle l'Eglise.Ensuite elle visita
SainteEulalie& on y chanta
plusieurs beaux Motets, après
quoy ayant reçu la Benediction
solemnelle de l'Evêque,
elle sortit de l'Eglise
, & se
rendit au Palais, une salve
de toute l'Artillerie s'estant
fait entendre dans le temps
qu'elle descendit de cheval.
Toutes les Confrairies avec
les Bannieres l'attendoient
dans la grande Place. Il n'yen
avoit aucune qui n'eust cherché
à se distinguer par quelque
invention particuliere.
L'une entre-autres avoit un
fort grand Navire, qui sans ,
eau ny vent ne laissoit pas de i marcher,& d'avoir sesvoiles
enflées. Ce Navire enfermoit
cinq Mariniers, & un Trompette
qui faisoit retentir l'air
de fanfares. La Machine tira
son Artillerie & baissa les voiles
en passant devant Sa Majesté.
Le concours du Peuple
estoit si grand
,
qu'on croyoit
que la Place estoit remplie de
plus de quarante mille personnes.
Le foir on tira un tresbeau
d'artifice. C'etoit un fort
grand Chasteau qui fit paroî-
Bre cette Place tout en feu.
Tous les Balcons & toutes les
Fenestres de la Vi;le) brilloient
d'uneinfinité de flambeaux
& de lumieres
,
& une
excessive joye paroissoit de
touscostez.
Les Catalans sçachant que
le Roy aime fort la Chasse
ont voul u que Sa Majesté
prit ce divertissement autour
de Barcelone, quoy qu'il n'y
aitpointde lieux pourchasser.
Dans ce dessein ils ont formé
un bois,avec de grandarbres
qu'ils ont fait planter, & ont
remply ce Bois de Cerfs & de
Biches ;&afinqueSaMajesté
n'eut pas seulement le plaisîr
de poursuivre ces animaux,
mais qu'elle eust aussi celuyde
tireren l'air, ilsontaussi
faitmettre beaucoup de Pigeons
dans ce même Bois,
en sorte que d'un seul coup de
fusilce Prince en a souvent
tué plusieurs. Tout le Pays a
admiré l'adresse de ce jeune
Prince, & efl: charmé de ses
bontez & de ces manieres.
La Monarchie d'Espagne est
si considerable qu'ilestsurprenant
que personne juiqu'aujourd'huy
ne se soit avisé d'en
donner une Idée digne de sa
grandeur, ce que le Sieur de
Fervientde publier à ce sujet.
donnera peutestre lieu à plus un grand ouvrage. C'est un
livreinquarto,quia pourtirre
Cartes (y Descriptions generales
& particulierespour l'intelligence
des affaires du t:.mps) au sujet de
lasuccession de la Couronne d'Espagne
en Europe, en Arc, en Afri.
que , çy en Amerique. Dedié à
Sa MajestéCatholique, Philippe
Cinquiéme.
; C'est une chose étonnante
que l'attention de Mr de Fer
sur tout ce qui peut fai re platsir
au public Lorsqu'il arrive. A
quelque événement qui doit,j
luy faire desirer des Carres j
pour estreéclairci de beau.-
coup dechoses,il ne luy laisse.
jamais le temps de la souhaiter,
& n'épargne ny soins ny
dépense pour remplir sa eu.
riofité.
Il y a dans l'in quarto dont
je viens de vous parler des
pieces tres curieufes& proprement
gravées. On y a joint
aussi les Cartes du Theatre de
la Guerre.
Le Samedy 12. de ce mois
on fie l'ouverture du Parlement.
en la Grande Salle du
Palais. La Messe solemnelle.
fut celebrée par Mr l'Evêque
Duc de Langres,Frere de Mr leComtedeTonnerre,àl'issue
: de cette Messe
,
Messieurs
entrerentenla Grande Chambre
, où Mr le Premier President,
avec des termes choisis.
f & pleins. d'éloquence
,
fit un.
[ Compliment à ce Prelat, sur
sa naissance
)
sur son application
laborieuse à remplir les
~I devoirs de son Ministere, &
sur les deux actions publiques
oùil s'estoit distingué à l'O.
raison Funebre de feu Monsieur,&
à l'Assemblée du Cler.
gé. Ce Prelat répondit à ce
Compliment par un autre
qu'on trouva digne de luy.
Pendantcetempsonfaisoit
l'ouverture des Audiences de
la Cour des AidesMrle Premier
President le Camus fit
unfort beau Discours sur l'application
qu'on devoit avoir
à suivre seru puleusement la
loy,&fit voir combienilestoit
dangereux deselaisser séduire
par les préjugez&par la probabilité,
où le peril n'estoit pas
moins grand pour qui s'y laissoitentraîner,
que dans la Religion.
MrJoly de Fleury,Avocar
General, prie ensuite laparole
sur le ni"ème.fujec,& s'étendit
avec l'éloquence qui
luy cft si naturelle & si familiere
sur la soûmission que l'on
devoir avoir pour la loy. Il fit
connoistre la necessité, les
avantages & les biens que l'on
trouvoit en l'observant religieufement.
Il y glissa inge-
[ nieufement l'éloge de Mr des
f Haguais, dont il occupe presentement
la place avec une
approbation universelle.
L'ouverturedes Audiences
du Parlement se fitle Lundy
14. en la Grande Chambre.
Mr Jolly de Fleury, premier
Avocat General, Frere aîné
deMr de Fleury ,donc je viens
de vous parler, y prononça
un Discours des plus beaux ,
& qui luy attira l'admiration
de son auditoire. Son discours
roula sur la simplicité avec la
quelle on doit ex poser les raisons
des Parties, parce que la
veritese découvre plusfacilement,
lorsqu'ellen'e st point
envelopée; ce qu'il expliqua
avec beaucoup d'éloquence,
& en tres beaux termes. Mr b
le Premier President qui fie
ensuite un autre discours, où
t il marqua des routes aux Avocats
& aux Procureurs pour
éviter les défauts de leur Pre
session, dit en sortant à Mr
Jolly de Fleury, qu'il avoic
donné des leçons qu'il n'avoit
pas pratiquées,voulant faire
entendre qu'encore que Mr
de Fleury eust parlé sur la
simplicité qui devoit regner
dans les Discours des Avocats
,
il n'avoit pas laissé
de faire un Discours tres éloquent.
La Mercuriale se devoit
faire le Mercredy suivant,
mais elle fut remise au Vendredy
18. MrlePremier President
y fit un discours où il
inseral'éloge de Mrle Nain,
Maistre des Requestes,Ayeul
de Mr l'Avocat General le
Nain, sur sa vertu, sa capacité,
sa probité ,& la retraite qu'il
avoit faite pendant les dix
dernieres années de sa vie en
se donnant tout entier à une
devotion exemplaire Il s'étendit
sur celle de MrlePresident
de Maisons,qui venoi-r:
de ceder sa place dePresident
à Mrle President de Longuëil,
son Fils, qui venoit de prendre
place. il fit voir la perte
sensible que sa famille & le
public venoient de faire de
M'le President deCrevecoeur
qu'une mort funeste & prématurée
avoitenlevé. Mrl'Avocat
General de Fleury prie
ensuite la parole, & fit des
portraits & des définitions
merveilleuses sut la prefomtion.
Il fit un crayon spirituel
des vertus opposées à ce vice
& parla de l'a pplication que
les Magistrats dcvoient avoit
pout se défendre de ce défaut,
mais avec des termes
éloquens,vifs, & persuasifs.
Mr le Premier President
reprit ensuite la parole,& exhorta
la Compagnie à empê-
•
cher le cours de quelques defordres
qui se glissoient par le
relàchement de la discipline,
après quoy on vérisia des Let.
tres de Maistredes Requestes
honoraire, en faveur de Mrle
Pelletier desForts, Intendant
des Finances, au lieu de Mrle
Pelletier de Souzy son Pere,
avec celles de MrBouvard de
Fourqueux, à prelent Procureur
General de la Chambre
des Compres,Conseiller Honoraire
au parlement,
Le Samedy 12. Novembre,
l'Académie des Sciences tint
à l'ordinaire une Assemblée
publique, presidée par Mr
l'Abbé Bignon. M' Cassini
parla le premier. Il fitla description
de la fameuseMéridienne
qu'il a tiréedepuis
l'Observatoire jusqu'à Perpignan.
Elle luy donna occasion
de faire l'Histoire des au.
tres travaux qui ont esté en,
repris dans ce même dessein
de la mesure de la Terre,
mais ils ne font comparables àceluycy
, ny pour l'étenduë
, ny pour l'exactitude.
Cet ouvrage est le plus hardi
& le plus utile qui ait jamais
esté fait pour porter rAfiro.
nomie & la Geographie à la
plus haute perfection dont
elles soient capables.
MrBoulduc lût ensuite un
Discours sur les Remedes
Pur gatifs. Il fit voirles differens
effets qu'on en peur tirer
par la séparation de leurs differentes
parties, Il rapporta
l'exemple de Ylpecacuanba qu'-
il a trouvé le secrer de rendre
seulement Purgatif, ou seu-
I lement Emetique
,
sélon les
différentes maladies
, & les
différentes occasions où il
remploye. Il traita aussi de
l'Ellébore,tant de celui des
Anciens, que de celuy qui
nous vient d'Angleterre
, ou
de Suisse, & sit sur l'Ellebore
lesmêmesraisonnemens qu'il
avoit faits sur l'lpecacuanba.
MrMorinproposaun sifiême
nouveau sur lepassagede
la boisson dans la vessie. Ce
seul chemin connu jusqu'à
present est. tres-long
,
& paroist
contraire à la promptitude
avec laquelle on rend
des Eaux Minerales
J ou des
Urines, qui ont lodeur d'Ar"
perges, presque aussitost
après qu'on en a mangé. C'est
par cette raison que M' Mo
rin croit qu'une partie de la
boisson passe immédiatement
au travers des pores du Ventricule
dans la Vessie, sansessuyer
tous les détours de la..
circulation du fang.
La Séance futterminée par
MrMarchand,qui sit connoistre
au Public une Planta
nouvelle, nommée Yquetaya
qui vient du Drefil. Outre plusieurs
vertus qu'on luy attribuë
,& qui ne sont pas encore
alEz éprouvées,elle a cerrai.
tainement ce lle d'oster au Sej
né son goust desagreable
,
&
defaciliter Tusage d'un Purgarif,
qui d'ailleurs est excellent;
mais Mr Marchand convint
qu'après avoir bien examiné
cette Plante, il avoit
trouvé que c'estoit la grande
Scrophulaire, fort commune
en ce Pays cy ,
& il a découvert
par là quelagrandeScrofulaire
à la même vertu sur le
Sené.
Tous ces Discours furent
entremêlez des reftexions de
Mri"Abbé Bignon, qui servi.
rent & à leséclaircir & à leur
donner plus d'agrément.
Je ne vous dis rien du Discours
qui fuit, il est au dessus
de cous les Eloges que j'en
pourroisfaire.
ELOGE DU ROY;,
Prononcé au Parlement de Besançon,
par Mr le Fevre, sécond
President à. Mortier, à
l'ouverture des Audiences de
ce Parlement,après la saint
Martin.
Le sujet de sa Harangueayant
roulé sur le Serment quelesOfficiers
des Bailliages, & les Avocats-
du Parlement font aux rentrées
de la Saint Martin; il y
fut parlé du Serment que le si.
meux Gonfalve
3
surnommé le
Grand Capitaine,viola à Tarente,
contre la promesse solemnellement
faite au Duc de
Calabre, Fils du RoydeNaples,
ce qui donna lieu de passerà l'Eloge
du Royen la maniere suivante.
Aiais au lieu de réveiller icy l'iodée
, odieuse d'un fermentviole depuis
plus de deux Sleeles, à la face
de toute l'Europe; il vaut mieux vous
presenter un exemple con/raire) que
nous avons vu de nos jours,d'un
autre grand ferment très religieuflmentobservépar
leplusgrandMonarque
de tvnivers ; & qui a eslè
su.ivi, & recompensède tous les bonheurs
qui peuveut. se repandre
sur laplus belle de toutes les
Vies,
Cesi ce Sermentsolennel
3
quifut
fait au Sacre de Louis le Grand, par
lequel ce Monarques'engaga à ne
dispenserpersonnedela rigueur des
Edits faits &plMie?^ contre loi,
JPuëls.Ily avoit des Siecles entiers-,
que laFrance gemiffoitfous la tirannie
de la plus aveugle, & de la
plus violente de toutes les pamons
,
qui efl celle dufaux point d'honneur.
L'on voyoit tous lesjours avec horreut
la plus pure, &laplusfioririjfante
\2sfobleffe du Royaume,s'aller égor- gersurlepré,pouruncoup d"oeilechape
au hazgrdj ou pour une parole
équivoque mal interprétée5&repan~
dre inuttlemeut un fang, quine der
voit couler que dans un champ de bataille
1
ou sur la brèche d'un
rampartpouf
leservice
de l'Etat.
Les Rois, Predecesseurs de Sa
Meije/lé avoientemployésans effet
leur zele
3
& leur authorité
, pour étoufer
ce monflre formidable i qui
faisoit des ravages continuels non
feulement dans toutes les Provincesj
mais dans l'enceinte même de la
Capitale du Royaume: ffrjusques
aux portes du Louvre. Le Roy entrepritenfin
de l'exterminer dans
toute Vétendueîle ses Etats5 & non
content de renouveller les anciens
Edits, & d'en agraver les peinesj
fçachttnt bien
> qne ce rieft pas assez,
de donner de bons ordres, si l'on n'a
le foin de les faire executer5 il ne
trouva point de moyen plus efficacey
fours'empescherluymesme de.se relascherjamais
d'unefeveritéfifalutaire
àsesPeuples3que des'engager3 comme
ilfit)parunfermentfolemnel, en
recevant rOnEfion Royale
,
a employer
toute l'autorité. que luy donnoit
cette onfhonpourabolir les
Duels,& à nejamais accorder des
lettres de grace , pour quelqueconsideration
que cefufi> à ceux, qui auwoient
eû Le malheur d'en encourir La
peine.
j Cest ce grandferment)ir religieusementobservé
,
pendant tout le cours
deson reçne 3
qui a produit cet effet
miraculeux deretenir dans les bornes
étroitesduvraypoint d'honneur3une
Noblcffepleined'ardeur& de courage,
quijufques alors avoitparu in.-
domptable en ce point. Il en efl enfin
venu à bout, ce Grand Prince,par
safermeté, & pat sonexaïlitude à
garder son ftrment; il a rétabli le
le calme, lordie
, C-; la tranquillité
dansson Etat ; (esfiàelsVassaux,
d- ses braves Officiers, dont ila fçtc
rectifier la delicatesse &lafierté3 ne
songent plus à répandre defang que
pour son femice
,
il a fixé la maniéré
re, les temps, les lieux, eu la
veritable valeur doitparoistreJ il a
feu reprimer dans tortS ses Sujets la
pa/lionlapluJ dijfidledvaincre,qui fstjamais, la vengeance ne luy efi
plus Permise,dfielle n"a la précaution
de prendre bienàpropos l'air, &
lesmaniérés d'unejufiedeffense, elle
efi puniefans ressource
3
dans la der,
niere severitè de la Loy, Enfin l'on
peut dire) que le Roy efi leseul Prïnce
qui ailjamaispû donneravecsucces
des reg/es, des bornes, &des limites
au vray point dhonneur, jusques-
lk qu'une Nation entiere, qui
depuis prés de deuxsiecles s'efipiqué
defaire son capital de cette pa/lion)
n'avoitjamaispu comprendre, avant
que d'avoir vu ce miracle, que les
Roisfussent les maîtres de l honneur,
Los Reyes son duenos de la vida
, pero no de la honra, les Roisy
dit cettesière Nation sions les maiItres
de la vie, mais ils ne peuvent
¡l'ejlre de l'honneur. Vous vous trom-
\j>ezjbraves & genereux EJPagnols
jlesRoisfont lesmaîtres , de l'honneur,
mais ilfaut que ce soientdes Rois
1armez sur le modéle de. Louis le
Grand.
Voilày Me.ssieurs3 les effets merveilleux
d'unferment inviolablement
observè depuis quarante - huit ans3
& il n'a pas feulement trouvé sa récompense
dans l'heureux succés de
l'entreprifc qui l'a faitnaitre;mais
encore dans tous les bonheurs, aqui
l'ontsuivi
,
& qui ont accompagné
le regne leplus beau, le plus long &
leplusglorieuxquifutjamais.
En effet l'on peut dire
, que,pour
recompenser la Religion d'un Prince,
quiasi exaïlement observè ce qu'il
nvoit promis lejour de son Sacre,le
Ciel a versèsur luy toutes tes René!
dictions, qu'un Monarquepeut difirer
j aimé deles SujetS; craint& re--
verédeses ennemisjadmiré de toutesx
les Mations rplein de douceur & dele,
bonté dans la paix; de gloire3 & de*.
bonheur dans la guerre 5
defermeté*,
& de confiance dans les grandes entreprifts;
de modération dans lessucces
i de prudence dans le Conseil j de vigueur, d'activité dans l'execution
5 toujours égal à luy-même ' il
a goûte toutes les douccurs de la plus
belle
y
de la plus heureuse, 6'" de la
plus longue vie, quaucun Prince ait
jamais paffce/ùr le Trône. ilapacifiéles troubles deson Etat,
abbaifiel'orguiiil & la fierté de s
Grandsjléuni les esprits tlivife,;
réglé les ifnancesj rétabli la Jufiice
détruit Iberejïe ;faitfleurir le Cornmerte;
étendu de tous cofiezjles limites
defortvafie Empire; vaincuses
ennemis par tout, & dans toutes les
SSaaisiofonnsjs ; rreemmporteprefquautant de
viHoires
,
quilafait donner de Batailles
j &fait autant de Qonqueftes
,
qu'ili afliegcde Places^cu at-
|j taqué de Provinces. Toujours heureux,
toûjoursvifforicux par terre&
paimer,enpersonne, &parses Generauxi
Gouvernantpar luy-même 5 e- choisissant peu de Ministres3 afin
de mieuxpartageravec eux les foins
du Gouvernementj Q* d'ejlre le directeur
de leurconduite;pendantqu'ils
nefont que les Exécuteursdeses ordres
Tou'nurs infatigable au travail
jufqucs à apqjliller de sa propre
mata le Cahier des placets, i,c,
songeant nuit &jour,qu'au bien de
son Etat jd" à la gloire de cette vaiL
tente3&fidelle Nation, fui a le
bonheur de vivre"fousfes loix.
Augttjle n'eust autrefois l'avantage
de faire fermer que trois fois le
Temple de Janus à Rome
)
les 6"" tous Peuples de l'Emppiirree Romain re- gardaient cet événement prodige. Mais comme un LouisleGranda déja
ldonne quatrefois la Paix venerale Europe; & même la derniere Pdix, où il aparufacrifierunepartie
desa gloire au repos deses Peu-
,Ples a e e pIes, esté comme lesuccés l'afait
voir, un coup de la Politique La plus
fage y& laplus raffinée, quifut jamais.*
Plus heureux que ce même Empereur
dans fin domefiique
; ilne voit
rien au pied de fin Trône, qui ne
marque la félicité defin regne , les
Princes dn Sang,autrefoisfifiers &
JIentreprenans
,
aujourd'buy tranquilles
&fournis à ses volonte"
comme les moindres deses Sujets;
une Famille Royale,belle & nom-.
breufe
3
mais dans le refpett & la
dépendance.Ilpeutfeflatterdgfef
perance de voir bientost sa quatrié- ;me generation 5sans que cette nombreufe
Pofieritese lassejamais de le
voir sur le Trône. Vn Dauphin,
qui a déclarésolemnellement enplein
Conseil, avec autant desinceritê
,
que de moderation
,
qu'il mettoit
toute sa gloire &sa félicité à pouvoir
dire pendant toute sa vie3 le
Roy mon Pere
,
& le Roy mon
Fils. Belle &glorieusesituation
,
de
se voir placé parsa naissance entre
les deuxpremières Couronnes de l'univers
, &se contenter£avoireule
droit & le merite de les PQrter.
Mais le plus grand de tom ces
bonheurs, &*quï fait celuy de toute la France; c'cft qu'elle puisse compter
les nombreusesannées de son
Roy
3
sans luy voir ressentir les incommodité^
de la vieiïlejfejplein de
fantè ifp devigueurcomme a la fleur
de l'âge, il vient de -paffer heureusement
cette fatale année, qui efifi
funeste à tant de gens d- quiJefait
craindre à tout le monde.
C'eji dans cette même annee
, non
plus climaterique
3 comme l'on Rappelle
pour le commun des hommes
, mais digne d'cjlre marques dans les
Fasses de la France, du caraciere le
plus heureux,PNi/qu'elle acheve de
mettre le comble à lagloire deftnRoy.,
C1cft dans cette année,dis-je, que
tout FUniversavu ce grand, ce merveilleux
événement
3
qui fila àjaITtiaisVadmirationdessiéclesà
venir,,
Vn Roy mourant, lequel tout à
acoup éclairéd'en haut, Ranimé de
l'ejprit d'un Minifirefidelle
, & Ztlé
^pour l'état, répand en un moment
cemêrwt espritsurtous les Grands de
fin Royaumeysur'tous les Peuples
dejes Provinces , &jusques au delà
des meTS, & dansle nouveau monde
sur toutes les Nations qui composent
le vaste Empire de la Monarchie
d'E.(Pagne
, ces Grands, ces Peuples,
ces Nations se dépoilillans comme de
concert,£7* par un prodige plus furprenant
que celuy qui parut entre les
Sabins>&les Romainssur le champ
de Bataille, se dépouillant,dis-je,
de cette antipathie jufqjik ce jour
invincible
, qui depuis plus de deux
fiedesavoitdivisè & rendu, pour
ainsi dire,irréconciliables les Sujets
des deuxplusgrands Rois du monde>
viennent rendrehommage à Louis le
Grand, par des j4mbaffades folemnelles
, &éleveraupied deson Trone
des trophées immortels àsa gloire,
en offrant àson Petit-Fils les-Ving,tdeux
Couronnes
3
quifurent autrefois
le fruit des Conquestes & de la Politique
deFerdinand&d'Jfabelley
lepatrimoine du grand Charlequint,
&- le digneobjet de l'ambition de
Philippe son Fils.
tdcQlueelldfeuvtolierugrnandy lepompeuxfpec—
Royde France; après
avoirbalancé, &misen délibération
dans son Conseil
3
syilaccepteioit une
Monarchie qui renferme près de la
moitié de fVnivtrs, g?* quine voit
jamais toute entiere
>
coucher le Soleil
dans sa jufle course, proclamer, au
milieudesa Cour, un RoydEspagne
issu
issu desonfitng
j
élevéfilMsesyeux,
animé de son e/prit, &- quil'âme
remplie des grands preceptes & des
exemples heroïques de son incomparable
Ayeul) & rêiïnif}ant en fit
personne tout ce que lefang de Bourbon
&celuf £Autriche heureusement
mèlez&.col'lfondlu dans ses veines,
peuvent inspirer de grand, de Royal,
6" d"Augufte3 va portersur les Trônes
de Castille & d'Arragon
,
l'esprit,
le genie
,
la prudence ,.la fagesse
)
la vertu, les maximes ,
le
bonheur
,
&la fortune, &pour tout
dire en un mot, ïImage vivante de
Louis le Gand.
Heureux les Peuples, qui vivront
fous les loix d'un Princesi Acconiply,
heureux le Prince, qui regnerasur
des Fcu-fies, qui paroissèntJiZfjléJ
pourluy,&si charmces de ses vrandes
& Royalesqualitésd'cfprit &
de corps3 & qui le considerant comme
leur propre choix
3
le regardent
encore comme un present du Ciel,
tout efiant miraculeux dans les circonflances
, &le succês de ce choix.
Mais plus bcureujc encore l'Ayeul,
/'augufleAyeul, qui voit traître sa
puissance, sa grandeur &sagloire,
en meme temps qu'il la communique
à son Petit-Fils
>
& qui malgré
tous les grands efforts des puissances
jalouses delasienne
,
allanttravaillerai
maintenir glorieufemerttsur le
Trbneyou illaIiheureusementplacé,
vafourniràVWiJloire le plu*beauJe
plus dignefujetquelle eujijamais de
couronner le mérité & la vertu a-un
Heros en luy donnantl'Immortalité.
onVtpooirlta€,z^M3peaffrireauprp?tojrutfàqnuoejslreofùunjcotu>s
Hosieflexionssur lefermentfaitau
Sacre du "Roy ,
il faut en iïemeuret
\îà,apris celles belles &grandes
zdee-s, que je laisse dans vos efprJts.
1 LaplMf vive éloquence,nefauroit
plus rien minspirerquil nefoit au
dejjousbelles, gj* d'aillents il efi
temps defini-rcedifûours.
L'Academie Royale des
Inscriptionss'étantraflem blée
après la saint Martin suivant
ses Statuts
,
tint sa première *
Séance publiquement le 15 du
mois passé.L'Auditoire qui
fut Nombreux parut très latissait
des
ouvrages
qui y surentlus.
Apres que NM1l'Abbé
Bignon qui en « eil- Presï--
dent eut expliqué en deux
mots le sujet de i'A(Temb)ëe,
où l'Academie rendant compteaupublic
de ses exercices,
ne cherchoit pas à luy plaire
par des pieces de l'éloquence,
mais par des Dissertations curieuses.
L'ouverture s'en fit par
un sçavant discours de MrPou,
chard sur les Inscriptions dont
il montra l'antiquité, & remonta
jusqu'à l'origine des
Lettres. Le second qui parla,
fut M' l'Abbé Boutard ,Pensionnaire
de l'Academie, qui
fit la lecture de deux Odes
Latines, dont il est Autheur.
Ces deux pieces dont l'une
est adressée au Roy sur l'établissement
de la Compagnie,
,'& l'autre sur le Tombeau du
r Cardinal de Richelieu, chefd'oeuvre
de MrGirardon, furent
écoutées avec beaucoup
d'attention & d'applaudissement.
LaTraduction Françoise
de la premierc Ode,faite par
Mr Moreau de Mautour ne
fut pas moins applaudie. En.
fuite Mr Vaillant donna l'explication
d'une Médaille ancienne
tirée du Cabinetde
Monficur leDuc du Maine, qui
porte d' un côtéla tête del'Empereur
Trajan, avec les titres,
differens qui luy furent don- 1
nez par la République
,
de l
l'autre la Mesopotamie & l'Armenie
representées fous la figure
de deux fleuves, d'où il ]
prie occasion de s'étendre sur
les Conque stes de ce Prince,
& de faire un beau tissu de
son Histoire, dont les anciens
Auteurs ne nous ont presque
rien laissé. LaSéance finit par
un discours de Mr Henrion,
plein de recherches sur l'utirilitédesMéd
ailles. Maisrien
ne fit plus de plasirà l'Assemblée
que les Réponses de Mr
l'Abbé Bignon à tous les Academiciens
qui avoient parlé.
Il fie l'analise de leurs ouvrages
avec autant de justesse que
> d'éloquence
, accompagnant
son di scours d'éloges singuliers
qu'il donna à son Auteur
avec ses manieres toûjours
obligeantes, & sa politesse
ordinaire.
Je vous ay parlé de la pre-
Il\iere Audiance que le Roy
donna à Fontainebleau à Mr
l'Envoyé Extraordinaire d'Espagne
, je vous envoye au.
jourd'huy le compliment que
le même Envoyé a
-
fait en
prenant ion Audience de
Congé.
SIRE,
Personnen'a jamais étéau.fjîtouched'an
honneur queje l'ay étédeceluy
que rnafait leRoy mon Maître,
en me donnant occasion de me jetter
encore une fois aux piedsdeV.M,
comme j'avois eu l'honneur de m'y
voir l'année paeee. Avecl'honnetw
que j'ay eu de venir de la pdrt du
Roy mon Maître témoigner à V. Al,.
la part sensible quil a prije à lte
mortdefeu S. A. R. Monieur, j'ay
celuy d'étte la premierepersonnequ'il
envoyéaV.M.depuis qu'il a plu
a DIeu & à V. Af: de l'accorder au
besoin deses Peuples& aux dejirs
ardents de tous les vraisE/}agnolsê
Sa bonté ne pouvoit pas m'honorerdavantage
é Et fonfiouvoir tout immerfe
qu'ireji,n'aevoittrienrà me'ac- corder ou à moffrir qui pufl mètre
) plmr pretieux.
Le Roy luy répondit à peu
prés en ces termes:J'ay veu avec
plaisir,Monsieur, que ce choixsoit
tombé sur vous, Je [ça) qui vous
estes, jen'ignore pas qu'ellecft.
votrequalité,~estvotre meri*
-
te. Sa M.ajouta d~utr~.tet~ignages
obligeans de-~t-c~
qui Luy
,
gagnentl'esprit, & le
coeur de tous ceux qui ont le
bonheur de luy parler ou de
l'approcher.
Le Roy fit donnerensuite à
Mr l'Envoyé ion Portrait enrichy
d'un grand nombre de
tres- beaux diamans. CetEnvoyé
en est si charmé, qu'il a de'
claré qu'il l'alloit substituer à
sesenfans, comme un gage
pretieux d'un bonheur qui
honore autant sa posterité
que luy-mesme. Desoncôté,
il en a usé magnifiquement
avec tous ceux à qui il a eu
la liberté de faire des presens.
C'efl'. ufl^homme qui a rou.
tes Jwve-ïtus de sa naissance,
& rout l'esprit & le mérité de
sa Nation.
Le Journal de Fontainebleau
que jevous donnay dans
ma derniere Lettre,alloitjusqu'au
10 d'Octobre, je vous
en envoye la suite.
LeVendredy 21, il n'y eut
pointle matin de Conseil chez
le Roy. L'Envoyé extraordinaire
d'Espagne presenta à S.
M. le Marquis de Wisterloc,
Seigneur Flamand
,
Chevalier
de la Toison d'or, Gendre du
Duc de Monteleon. Il y eut
grande Toilette chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
, à Tifluié de laquelle le
même Marquis de Wisterloc
luy futaussi prefentépar l'Envoyé
d'Espagne. Monfei.
gneur, &Monseigneur le Duc
de Bourgogne coururent le
loup,& en revinrent de bonne
heure. Le Roy ne forlr
tit point, & soupa dans sa
Chambre à son petit couvert.
Le Samedy22, il y eut le matin
Conseil de Finances. L'apresdinée,
Monseigneur & Mef.
seigneurs les Princes coururent
deux Chevreüils avec les
Chiens de Monsieur le Comte
de Toulouze. Le Roy cou-
-ruc un Cerf accompagné de
Madame dans sa petite Calèchedécouverte.
Monsieur
leDuc d'Orléans fut decette
Chasse, & Madame la Duchessesuivitcelle
des Chevreuits
dans une Caléche dé.
couverte, accom pagnée de
Madame la DuchessedeHumieres,
de Madame de Courtenvaux
, & de Mademoiselle
de Melun.Madame la Duches.
se de Bourgogne se promena
en Carosse & à pied dans la
Forest, elle rencontra la chasse
desChevreüits
J
& allaen fin.
te au Salut aux basses Loges.
Le Dimanche 2.3,ity eut
le matin Conseil de Ministres,
où Monseigneur assista, Le
Roy tira l'apresdinée. Mef.
seigneurs les Ducs de Bourgo 1
gne & de Berry ne sortirent
point. Mr le Duc d'orlea-ns
courut le Cerf avec sa Meute,
& Monsieur le Comte de Tou.
louze l'accompagna. Madame
laDuchesse de Bourgogne
n'alla point à la promenade,
&entendit le soir leSalut dans
la Chapelle des Mathurins.
Monseigneur le Duc dcBourgogne
luy donna un grand
louper à huit heuresdans son
a ppartement nouveau ,
où
plusieursDamesfurent invitées.
Le Roy entendit après
son souper dans son Cabinet
un concerc exquisd'airs lia.
liens, exécuté par les Sieurs
Forcroy pour la Viole, Couperin
pour leClavessin, & du
jeune Baptiste qui est à Monsieur
le Duc d'Orléans, pour
Je Violon. Le Roy parut furpris
de l'excellence de ce dernier
,
qu'il n'avoit point en-
,
core entendu. Monseigneur
s'étoit prornenociaprefililice
enCarosseautour du Canal
avec Madame la Princesse de
Conty.
Le Lundy 24 il yeut le matin
Conseil de Dépêches, &
l'apresdinée Chasse du cerf
,
où Madame la Duchesse de
Bourgogne en habit d'Amazone,
accompagnaS. M. dans
sa petiteCaléche découverte.
MMoonnsfeeliognnceuurr & &MIeesilsèeiiognneeuurrss
les Princes furent de cette
Chasse. Monseigneur donna
au retour un grand souper
dans son cabinetà Madame
la Duchesse de Bourgogne,&
à plu sieurs Dames. Monsieur
le Duc d Bourgogne&Monseigneur
le Duc de Berry furent
de ce repas. Les Comédiens
representerent à huit
heures le Menteur deMonfleurde
Corneille.
Le Mardy25, ily eut le
matin chez le Roy Conseil
de Finances
,
Monseigneur,
Monseigneur le Duc deBourgogne,
Monsieu le Duc
d'Orleans&Monsieur leComtede
Toulouse coururent un
Loup. Il y eut grande Toilette
chez Madame la Duchesse
de Bourgogne, où se trouverent
toutes les Duchesses qui
étoient pour lors à la Cour,
& les Ministres étrangers. L'apresdisnée,
sur les trois heures,
il y eut promenade en
carosse autour du canal, &
dans les plus belles allées du
Parc. Madame la Duchesse
de Bourgogne y accompagna, j
S. M. Monseigneur, quiétoic
revenu de la chasse ,s'y trouva
dans le carosse de Madame
la Princesse deConty. Ony
compta plus de soixante ca- .j
rossesàsix chevaux.Il y eut pes
che des Cormorans dans le
baffinoù elle se fait tous les
ans. Monseigneur leDuc de
Berry alla tirer,
Le Mardy 26
,
il'y eut le
matin Conseil de Ministres. Le
Roy alla tirer raprefdifhée.
Monseigneur ne sortit point,
& se promena sur les trois
heuresen carosse autour du
canal avec MadamelaPrinçesse
de Conty & d'autres Dames.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne donna à disner
dans son appartement nouveau
à Madame la Duchesse
de Bourgogne,& à quelq ues
Dames de sa suite. Il y eut à
sept heures da foir chez Mon-
! seigneur
,
des appartemens
i pour la première & unique
fois, l'on y joüaauLansquenet,
au Brelan,&à l'Hombre
à diverses. tables.
LeJeudy 27,il y eut Conseil
de Minières.L'Ambassadeur
dEfpagne presenta - au
Roy leDuc d'Avray, Seigneur
Flamand, Grand d'Espagne,
& leconduisit ensuite chez
Messeigneurs les Princes, puis
chez Madame la Duchesse de
Bourgogne qu'il salüa comme
Grand d'Espagne. PlusieursOfficiers
Généraux de
l'Armée de Flandres nouvellement
arrivez, salüerent S.
M. & toute la Maison Royale.
il y eutlapresdisnéechassedu
cerf, où Madame la Duchesse
de Bourgogne vêtue enAmazone
, accompagna le Roy
dans sa petite Calléche découverte.
Monseigneur & Metseigneurs
les Princes furent
de cette chasse. Les Comédiens
rt presentereru le soir
[Britanicus de Monsieur deRacine
, & le Cocu Imaginaire
de MrdeMoliere.
! Le Vendrcdy 2.8. il n'y eut
point de Conseillematin.
Monfeigncur & Messeigneurs
les Princes, a près avoir entendu
la Messe avec le Roy
allerent , à la Chasse du Loup.
Sa Majesté ne forrit point de
la journée. Madame la Duchesse
de Bourgogne monta
en carosse à une heure, ac£
compagnée de plusieurs Dames,
&alla à l'Abbaye du
Lys, prés de Melun, où elle
fut reçue parl'Abbesse,qui
ell Fillede Mrle Duc Maza
rin. Cette Abbesse
,
ainsique
toutes les Religieuses, fit paroistre
une extrême joye de
l'honneur que leur faisoit cette
Princesse pour la première
fois. Madame la Duchesse de
Bourgogne visita, toute la.
Maison,qui est grande, belle,
& les Jardins qui font fore
spacieux.On luy servit une
collation fort propre, & elle
t4&partit à cinq heures pour
retourneràFontainebleau.
Le Samedy 29. il y eut chez
le Roy Conseil de Finances.
Monteigneur,après avoir en
tend ula Messe,avec leRoy par.
tit pour lachasse du Loup Le
Duc de ClarasFuentes,Grand
d'Espagne, rendit à Madame
la Duchessr de Bourgogne
une Letrre dela Reine Douairiere
d'Espagne,& la falua en
qualité de Grand. Il y eut l'aprefdinée
chasse du cerf, où
Madame accompagna Sa Majestédans
sa petitecaléche découverte.
Messeigneurs les
Princes furent de la partie.
Monsieur le Duc d'Orleans i
ne sortir point. d
Le Dimanche 30.ily eut le
matin chez le Roy Conseil
de MiniStres. Monseigneur
donna à disneràMonseigneur
Id Duc de Bourgogne
,
à Madame
la DuchessedeBourgogne,
àMonseigneur leDuc de
Berry
,
& à plusieurs Dames.
Il n'entra personnependant
le repas que des gens absolument
necessaires, pour mettre
sur table, & pour desservir. Of
L'on jouaensuitejusqu'à cinq
heures Le Roy alla tireraprés
Con dîner,Mrle Duc d'Orléans
courut
à
courut le cerf avec sa meute,
& Mrle Comte de Toulouse l'y
accompagna.
Le Lundy31.il y eut le matin
chez le Roy Conseil de
Ministres. Monseigneur alia à
la chasse du Loup. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
qui avoir estè incommodé la
nuit,garda le lit toute lejournée,
& se trouva le foir abso-
Jument quitte de son indisposition.
Le Roy suivi de toute
la Cour alla entendreVêpres
à la Chapelle. Mr le Coadjuteur
de Strasbourg y officia.
Le Mardy premier de ce
mois le Roy fit ses devenions
dans la Chapelle des Mathurins,&
toucha ensuite un fort
grand nombre de malades
fouslaterasse dans la Cour des
Fontaines. Il retourna encore
à la grande Mésse dans la mesme
Chapelle à midy, & toute
la Cour y assista. Il y eut lapresdinée
Sermon par le Pere
Bonneau
,
Jesuite, qui doit
prescherl'Aventprochain,&
lesVespressurent chantées par
la Musique du Roy: Le Coadjuteur
de Strasbourg yofficia.
Il y eut le foir dans toutes les
ruës de Fontainebleau des feux
de joye ,àcause du jour de la
Naissance de Monseigneur.
Le Mecredi 2. il y eut chez
le Roy Conseil de Ministres.
Madamela Duchesse deBourgogne
fit ses devotions dans
la petite Chapelle, qui estau
bout de la Salle des Suisses.
Le Roy alla tirer l'aprédînée.
Monseigneur se promena en
carosseau bord Canal
t
& dans
les bellesroutes du Parc, avec
Madame la Princesse de Con.
ty, & quelques autres Dames.
Monseigneur le Duc de Bour.
gogne ne sortit point.' Monsieur
le Duc d'Orléans courule
cerfavec sa meute, & Monsieur
le Comte de Toulouse'1
fut de cette chasse. j
Le Jeudy Feste de S. Hu- ;
bert,il y eut le matin chez le
RoyConseil de Minières,ou
Monseigneur assista. Le Roy
partit à une heure & demie
-,
pour la chasle du Cerf, où
Madame la Duchesse de Bourgogne
l'accompagna vêcuëen
Amazone. Plusieurs Dames
de safuite y parurent avec des
habits semblables. Monseigneur
& tous les Princes furent
de cette chasle. L'on
avoit proposé à Sa Majesté
pour mieux celebrer cette
Fête. de joindre toutes les
Meutes qui cftoient pour lors
à Fontainebleau Mais le Roy
ne le jugea pas à propos, &
die que cet assemblage ne
causeroit que du desordre &
delàconfusion- Monseigneur
donna au retour un grand repas
à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, à Madame la Du.
chesse de Bourgogne, à Monseigneur
le Duc de Berry, &
à plusieurs Dames. A huit
heures les Comediens representerent
le Misantrope de
Moliere
Le Vendredy 4. il n'y eut 1 point de Conseil chez leRoy.
SaMajestéqui devoiralleràla
chasse du Loup, & yestreaccompagnée
de Madame la
Duchesse de Bourgogne, changea de detteinayant,eslé
informée que le rendez vous
estoità quatrelieues, Monseigneur
y alla, &y fut suivi de
Monseigneur le Duc d'Orléans
,& de Monsieur le Comte
de Toulouse. Le Roy alla
tirer l'apresdînée.Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
s'estoit habillée en Amazone
dés le matin pour la chasse du
loup, se promena plus de trois
heures dans une calèche découverte
à quatre places, parcourut
presque toute la Forcit,
& changea trois fois de relais.
Enfin elle trouva le Roy, qui
,
la fie monter dans sa petite
calèche auprès de luy
,
& la
ramena à Fontainebleau.
LeSamedy5.il y eut le matin
chez le RoyConseil de
Finances,&chalfede chevreüil
avec les chiens de Monsieur
le Comte de Toulouse. Madame
y accompagna Sa Majessé
dans sa petite calèche
découverte. Monseigneur
,
Monseigneur le Duc deBourgogne
, Monseigneur le Duc
de Berry
t
& Monfieurle Duc
d'Orléans, furent de cette
chasse. Madame la Duchessè
de Bourgogne qui se prome.
noit en carosse dans la FOfeft,1
rencontra plusieurs fois la
cl-iafre& la suivit.
Le Dimanche 6. il yeut chez
le Roy Conseil de Ministres.
Monseigneur le Duc de Bour.
gogne fie ses devotions, &:
donnaàdifneràMonseigneur
le Duc de Berry. Le Roy
alla tirer. Monseigneur ne fortk
point. Madame la Duchefse
de Bourgogne se promena
en carosse& à pied dans la
Forest, puis autour du Canal.
Le Lundy 7. le Roy prie
medecine. Monseigneur alla à
la châtie du Loup, & mena au
rendez vousMonseigneur le
Duc de Berry dans sa calèche.
Monfcigneut le Duc de Bourgogne
alla tirer. Madame la
DuchessedeBourgogne dîna
chez Madame la Duchessedu
Lude,&yjoual'prefdinée.Le
foir les Comediens reprefentérent
Rodogune de M' de
Corneille„&le Medecin malgré
luy de Mr de Moliere..
Le Mardi8. il y eut le matin
chez le Roy ConseildeFi-:
nances. L'aprefdinée Sa Majessé,
courut le cerf. Madame
l'y accompagna dans sa petite
calèche découverte. Monseigneur
& tous les Princes furent
de cette chasse hors Monseigneur
le Duc de Bourgogne
qui ne sortit point. Madame
la Duchessede Bourgogne
, alla après sondîner
à à Melun voir les Religieuses
de la Visitation
,
& en revint
à sept heures.
1 Le Mecredy9.il y eut le
matin chez le Roy Conseil de
Ministres,où Monseigneur se
trouva. Sa Majestéalla tirer
Taprefdinée,Monseigneurne
jsortir point. Monseigneur le
Duc deBourgogne prit mede. cine Madame la Duchesse
de Bourgogne luy tint compagnie
presque tout le jour.
Les Comediens reprefenterent
le foir l'Hommeàbonne
fortune, que Monseigneur le
Duc de Bourgogne & Madame
la Duchesse de Bourgo-
,
gne virent de la Tribune.
Le Jeudy 10 J
il y eut le
matin chez le Roy Conseil de
Ministres,& l'apresdinéchafse
du Cerf dans la Fore st, où(
Monseigneur se trouva, com- (
me aussi Monseigneur leDuc
de Berry ,&Monsieur leComte
de Toulouze. Madame la
Duchésse de Bourgogne & Madame
ne furent pointde cette
chasse,mais Madame la Duchesse
d'Orléans & Madame
la Duchesse y parurent: dans
unecaléche découverte.Mon-
seigneur au retour, donna sur
les cinq heures & demie un
grand repas dans la petite
Chambre de son appartement
à Madame la Duchesse ;
de Bourgogne
,
à Madame la
Princesse de Conty, & à plusieursautres
Dames. L'on joiia
ensuite jusquaprés de onze
heures.
Le Vendredy II, il n'y eut
point de Conseil chez leRoy.
Il y eut grande Toilette chez
Madame la Duchesse de Bourgogne
,
où le cercle fut fort
beau. Le Roy dîna de bonne
heure, & forrit avant une heure
pour aller tirer. Monfei..
gneur se promena en carofse
autour du canal avec Madame
la Princesse de Con
ty. Monseigneur le Duc de
Bourgogne & Monseigneur
leDuc de Berry, s'amusèrent
une partie de l'a prefdinée dans
la galerie des Cerf*. Madame
la Duchesse de Bourgognequi
ne sortit point
,
entendit les
Compiles à cinq heures &,
demie chez les Mathurins.
Le Samedy iz ,
il y eut
ConseildeFinances. Le Roy
partit à deux heures pour la
chasle du Cer f,& Madame l'y
accompagna dans sa petite
caléche découverte. Monfeigneur&
Messeigneurs les Princes
furentdecette chasse,commeaussi
Madame la Duchesse
d'Orléans;& Madame la Du.
- chesse. Madame la Duchesse
t.de Bourgogne ne forrit point
à cause du froid. Le foir les
Comediens reprefentereiu les
Horaces de Monsieur de Corneille,&
l'Ecole des Maris de
MT deMoliere.
Le Dimanche 13, il y eut le
matin. Conseil de Ministres. Le
Roy avoit resolu de s'aller pro.
mener en carosse raprefdinée,
& Madame la Duchesse de
Bourgogne devoit estrede
f de ccette promenade; maisle
froid fit changer de dessein à
Sa Majesté qui ne sortit point.
Monseigneur qui estoit parti
pour une chasse de Chevreuil
avec laMeute de Monsieur le
Comte deToulouzeétantarrivéau
rendez vous,revintau
Château pour la même rai.
son. Madame la Duchcffe de
Bourgogne assïsta aux Com.
plies&auSalut dans laCha.
pelle des Mathurins.
Le Lundy 14, le Roy accompagné
de Madame la Duchesse
de Bourgogne & de
Madame, entendit la Messe à
neuf heures & un quart, puis
dîna chez luy à Ton petit couvert.
Madamela Duchesse
de Bourgogne donna chez
elle un grand déjeûner aux
Dames de sa fuite, & monta
en carosse avec Sa Majesté à
dix heures & demie. Madame
,
Madame la Duchesse
d'Orléans, Madame la Duchesse,
& Madame la Duches.
se du Lude se mirent dans le
mesmecarosse. Le Roy changea
de relais à Ponthieri & a
Ris, & arriva à Sceaux sur les
quarre heures. Le plaisir que
Sa Majestéavoit pris danscette
delicieuse Maison en allant à.
Fontainebleau, fut cause
qu'Elle voulut y coucher deux
nuitsà sonretour. Le temps,
s'étant heureusement trouvé
beau; Elle a pris le plaisir de la
promenade
,
& vû joüer les
eaux qui y sont parfaitement
belles. Monsieur Couperain
a joüé deux fois de l'Orgue
à sa Messe, & les Vingt- quatre
Violons de SaMajestés'y
font fait entendrependant ses
repas. Enfin
,
Monsieur
,
&
Madame la Duchesse du Maine
ingenieux à luy fournir
de nouveaux plaisirs, n'ont
rien oublié de tout ce qui pouvoit
luy faire passer agreablement
les deux jours qu'elle
a demeuré à Sceaux,où
Monseigneur le Dauphin de
Madame la Duchesse deBourgogne
se font extrêmement
divertis. Deux jours aprés l'arrivée
de cette Princesse à Verfailles
, Madame. Hemsker-
Ke,Ambassadrice de Hollande,
eut l'honneur de prendre
congé d'elle à sa Toillette, &
le Royestant entré chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
en sortant du Conseil,
elle prit congé de Sa Majesté
qui la sa)ua,& la baisa.Monsieur
l'Ambassadeur de Hollande
estant assez indisposé
pour ne pouvoir prendre son
Audiance de Congé, avoit
envoyé à Monsieur le Marquis
de Torcy à Fontainebleau
le compliment qu'il
auroit faitau Roy s'ilavoit
esté en estat d'en avoir Att"
diance, ce compliment porrait
qu'ily avoitlongtemps qu'il
avoit l' honneur de servir Mes
seigneurs les Etats en des Cours
Etrangeres ; mais qu'il y avoit
aussi longtemps qu'il avoit souhaité
avec ambition de lesservir
auprésdeSa Majesté; que leurs
Hautes Puissances à la fin, a.
voient bien voulu le satisfaire
dans un desirsi juste&si louable9
qu'Elles l'avoientchoisi pour une
Jîmbaffade qui estla premiere de
la Republique,(if d'autant plus
illustre, qu'elleejloit la confirma,
tion de lunion rétablieentreSa
Afajefté e- leurs Hautes Puissances
par une Paix à laquelle
toute lEurope létoit imerejfée,
qu'ilse vojoit au combledefies
Joubaits
,
qu'il avoit l'honneur de
s'approcher de temps en tempsd'un
Prince dontla Majestépleine
de douceur luy avoit fait lit
grace deluy faire toûl'ours un ac -
grâcede luy fairetoujours accueil
favorable ,lors qu'il avoir
plu à /4 Providence Divine, qui
bien souvent ne veut pas que..
hommeJoittropcontent, delaf*
faner dans la force de son àge
d'une maladie dangereuse, dont les
refies lanruijjans iavoient telle.
ment affoibyl t
qtdil s'tflott trouvé
hors d'ejiat de fontenir l'éclat
de cette dignité
;
qu'il en avoit
donné avis à leurs HautesPuissances,
& qu'il leur avoit demandé
la permïjjion de retourner
ensa Patrie , ce qu'on luy vevenoit
J'accorder ; Quil avoit
rejolu de s'en servir au rlulOft;
mais avec le regretsensible Jesi
voirfrujlrêparfafoiblejede l'avantagede
remercier tres ¡'H-mblementSaJMajefle
en ptrfoune,
le l'honneur de sa bienveillance
rendant le feiourqu'il avoit fait
lans son Royaume, & de lafftt-
"er de sa profonde vénération pour
à Personne sacrée
) C. pour son
tugufleMaison.
p Cet Ambassadeur a laissé
fey Mr Vroezen sou Secretaire
pour prendre foin en sa
place des affaires de ses Maîtres.
I Le Theatre de la guerre en
Italie que Mr Nolin, Geographe
ordinaire du Roy, &
de feu Son AltesseRoyale,
Monsieur, a donné au public
il y a environ quatre mois, a
esté si bien reçuà la Cour, Si
tous ceux qui aiment ces sortes
d'Ouvrages,en ontesté si satisfaits
qu'il a crû devoir l'augmenter
de plusieurs Cartes
dressees sur des mémoires
fortcircon stanciées. Ces Cartes
sont,une du Bergamasco,
laquelle il a divisée par sesterritoires-.
Il a donné sur la même
Carte le dénombrement
des Habitans, de la quantité
des Terres labourables & de
leurs produits, la quantité
des Chevaux, Mulets, Boeufs,
& Bestiaux,qui y font ordinairement,
ôc le revenu de
de
de chaque territoire. Il a saic lamême recherche pour la
Carte du Bressan, qui est aujourd'huy
le centre desCam-
1 pemens des Armées. Ces dif
visions & ces denombremens
rendent ces Cartes tresutiles
dans le temps present & donnent
connoissance des lieux
où l'on peut faire de bons fourages
,& des avantages que
l'on en peut tirer Mr Nolin a
aussidonné une Carte du
territoire de Cresme, & les
Plans des Villes de Milan, Pavie,
Bergamo,Creme,Bresse,
& Mantouë. Cette angolcnta,
tion jointeaux additions qu'il
a faites aux autres Cartes don i
cet ouvrage estoit d'abord
composé, le rend tres curieux
& tres utile. Il a aussi donné
une grande Carte du Royaume
de Naples, qu'il a renduë
tres curieuse par les foins qu'il
a pris de rechercher par la
lecture des meilleurs Auteurs
qui ont écrit de ce Royaume
toutcequ'il est necessaire de
sçavoir pour connoistre parfaitement
la qualité du Pays
les prérogatives desVilles,&
les dignitez des Seigneursles
plus considerables. On fera
instruit de toutes ces choses
en faisant attention à l'explication
des marques qui les
font connoistre. Il a cru devoir
ajouter à la division geographique
qu'il a donnée de
ce Royaume, une idée des révolutions
& deschangemens
qui y font arrivez par les differentes
nations qui l'ont pof.
sedé, & enfin
,
il finit par le
gouvernement & l'ordre que
lesEspagnolsquile possedent
aujourd'huyyontétably. Au
commencement de l'année
prochaine, il donnera sa grande
Europe, suivie dans l'idée
de sa grande Mappemonde,
où l'on verra une fuite d'Histoire
des grands èvéncmens
qui sont arrivez dans cette
partie du monde.
Jenevousparlaydansma lettre
derniere que de deux discours
faits en Sorbonne à la
loüange de faince Ursule le
jour de la Feste de cetteSainte.
On y en fait trois tous les
ans, à pareil jour.Le premier,
qui estceluydont j'ay oublié
à vous parler, fut fait le
matin dans l'Eglise de Sorbonne,
enpresence de la Faculté
de Théologie
, par Mr
l'Abbé de Combes, Docteur
de laMaison& Société deSorbonne.
Il fit voir avec beaucoup
d'onction & d'éloquen- ce, par l'exemple de Sainte
Ursule, qu'un Docteur. elt
obligé de deffendre la verité
avec force,& à la deffendre
en même temps avec charité;
& comme cetteSainte,selon
la tradition commune, estoit
originaire d'Angleterre, cela
donna occasion à l'Auteur du
Discours de faire des vceux
pour la conversion de ce Peuple,
qui avoit autrefois fait
professionde la Religion Catholique
avec la plus ardente
ferveur. Il fie entendre qu'un
évenement aussi glorieux à la
Religion pourroit bien estre
le fruit non. feulement du
fang d'Ursule
,
mais encore
des cendres sacrées
,
& des
prieres ferventes de Jacques
Second,dont il fit en deux
mots, un eloge qui auroit icy
sa place, s'il estoit tombe entre
mes mains.
Messire Philippe de Gedouyn,
Lieutenant au Regiment
des Gardes Françoises,
est decedé à Anvers. Il avoic
eu l'honneur d'estre Page du
Roy; & quoy qu'il n'eut pas
encore trente- huit ans, il en
avoit passé vingt-quatre au
Service; & estoit depuis dixsept
dans le Regiment des
Gardes, où il s'estoit acquis
l'estime& l'amitié de tous les
Officiers,dont il a esté extrêmement
regretté. IlestoitFils
de Messire Philippe de Gedoyn
,
Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Son Altesse
Royale Gaston de Fran.
ce.Il avoit estéensuite Maréchal
des Camps &Armées
du Roy; & en dernier lieu
Gouverneur de feuMonfieur
le Comte de Vermandois.
Monsieur le Chevalier deGedoyn
qui vient de mourir,
avoit deux freres
; l'un Capitaine
de Vaisseau ; & l'autre
Abbé. Ces Messieurs ont
l'honneur d'estre alliez à plusieurs
maisons des. plus illustres,
& sont eux mêmes d'une
bonne & ancienne maison.
On lit dans Marot, une belle
épitaphe d'un de leurs Ancêtres,
qui estoit Secretaired'Etat,
il y a plus de deux cens
ans, & qui remplit les plus
importantes Charges sous
quatre de nos Rois; sçavoir,
Louis XI. CharlesVIII. Louis
XII.&François Premier.
Mr de la Morte Guerin ,
Lieutenant de Roy, Commandant
des Isles de Lerins,
ayant esté averty par Mr le
Comte de Grignan, & par Mt,
le Comte du Luc, quelaReine
d'Espagne pourroit venir
moüiller à la rade decesIsles,
s'estoit preparé à l'y recevoir,
& à luy donner une Feste,
où la Musique
,
les Illumina.
tions & les grandes réjoüislances
auroient marqué à cette
Princesse, la joye qu'on
avoit dela voir,& laveneration
que les François ont
pour Elle,& pour son auguste
Epoux. Il auroic eucet honneur,
mais la Reine s'estant
trouvée incommodée de la
mer, on fut obligé de faire
entrer les Galeres dans le Port
d'Antibes, qui n'estqu'à trois
lieuës deNice. Mr de laMotte
qui recherchoit avec ardeur
les occasions de faire
paroistre son ze le, ayant crû
qu'elle continuëroit sa naviga.
tion, le lendemain 18 Septemb-
ce) se mit en meravec qua-
Itrc chaloupes armées,chacune
de dix matelots uniformes
dans leurs ajustemens, avec
des bonnets ornez de touffes
de rubans rouge & bleu, pour
aller au devant des galeres,
que le mauvais temps emi
pêchade sortir du Port, ce qui
l'obligea de les aller joindre
àAntibes, où ayant esté presenté
à la Reine par Madame
la Princesse desUrsins, il en
fut receu avec cette bonté &
cette grace qui sont ordinaires
à Sa Majesté, il la supplia
de trouver bon qu'illuy fist
entendre un concert qu'illuy
avoit preparé
, en cas qu'elle
eust passé à Lerins, la Reine
l'ayant agréé, on chanta devant
Sa Majesté un Idille que
vous allez lire
, composé à sa
loüange par Mr de Gourdon,
&mis en musique par le Sieur
Reybaud qui excelle en ce
bel Art. LesMusiciens étoient
proprement habillez,&leurs
parties estoient portées par
huit beaux enfans vêtus à la
Turque, qui ornoient beaucoup
le corps de la Musique.
Celuy qui faisoit l'Amour,
habillé en Amour,estoit plu&s
beau que tous les autres, &:
sa voix convcnoic parfaitement
à sonRôlle,ainsi que
celle de Neptune,d'Eole &
des Tritons, qui estoientaccompagnez
d'un choeur de
trente Musiciens
3
que Mr de la
Motte s'estoit donné le son
de faire choisir, & rassembler
de vingt lieuës à la ronde,
avec des Violons, Basses
de Violle
,
Flûtes & autres
Instrumens.
IDYLLE
POUR LA REINE
D'ESPAGNE.
L'Amour, Neptune, Eole.
Choeur.
p L'Amour. vissant Dieu de la mer, donne le
calme aux ondes,
Et laijjènousvogueraugrè de nos de-
(irs!
Eole, en tesgrottes profondes
Enferme tous les vents,excepté les
zephirs
3 Neptune & Eole.
Qui meparle avec tant d'empire,
- L'Amour.
C'est le JvLaifireabsoludes hommes
! &des Dieux. -
Quiconferve le monde, & par qui
tout re/pire.
Le Choeur.
r C'est le Maifire absolu des hommes
&desDieux,
Quiconfiavc le monde,&par qui
toutrespire.
Neptune.
C'ejt toy
>
charmant Amour,
Eole
Qui t'ameine en ces lieux?
L'Amour.
J7ee conduis aauujjoouurrdnuysu- rla- l-iquide
plaine
Vne nouvelle Reine,
Etje vais la remettre dfan auguste
Epa!:.\:
y Et les combler tous deux des plaifits
lesplus doux.
Deux Amours.
Les Jeux lesplus cbarmans
Suivent les grandesReine-s,
NoUô reservons les peines
Vour les autres Amans, Lesjeux, les pluscharmans
Suivent les grandes Reines.
Neptune.
Ah yje la vois cetteReine adora-
,
ble.,
Quedelfeursfurfonfein, que d'éclatdans
fisyeuxJ
Queson maintien efi grand, queson
airefiaimable.
Rien desibeau ne blille dans les
deux.
Choeur.
Rien desibeau ne brille dans les
àeux.
Queson maintien ejlgrand,queson
Airefiaimable,
Rien desibeau ne brille dans les
j deux.
Neptune.
Dieu charmant, qui des Dieux regtes
ladessinée,
Pour ce doublehimenèe,
Daigne me preferer à tous les autres
Dieux:
1 L'Amour.
Non, PEpoux que je dessine
A cette beautédivine
Neptune) efi au de/Tus de toy.
Neptun-e. -
L'Océan reconnoijl ma loy,
fay milletresors dans mes ondes.
L'Amour.
Ce Monarquepuissant regne dLtns
les deux Mondes, Etsa douceur melçcàfies attraits
Tfainqw.tfs
Le fait encor regner sur toits les
coeurs? i
Neptune.
Du Souverain des Dieux nefuis-jc
pas le Frere.
L'Amour. -
L'Epouxde cette Reine à le Dauphin
pour Pere3
Dont la bontétempere
L'éclat qui rejaillit de ses faits glorieux
, EtpourAyeul Louis)plMgrandque
tous nos Dieux.
Deux Tritons.
z Amour estle Tiran du monde
Neptune èptouvesa rigueur.
Commentce Dieupourra-t-tl calmer
l'onde
Ayant le trouble dans lecxivr?
Choeur.
Comment ce Dieu pourra-t-il calmet
l'onde - - - -
F
Aj'.tilt l1e tr,::btcdans l¡e Ú:.':tï? , r
i Eole.
à Amour,apprens-nous Forigine
f De cette Beauté divine.
L'Amour.
Elle efl d'une Maisonsifertile en
Hérosy
Que la terre & les flots
Sont remplis de leurgloire,
Son pere, dont le nom préfacé la victoire
Et d)nt le grand courage & lesfaits
écLitans
Ont devancé les ans3
ArmépourdeuxpuissansMonarques,
Porte leur glaive redouté.
Qu'ilvalaisserdilluflresmarques>
Desa valeurà la Pofleritél
- Le Choeur.
Qu'il valaifferctilluftrtsmarques
De ra valeur à la Pofierité!
Eole.
Etla mere de la Reine
Dont nos yeux font ébloüir.
L'Amour.
Digne 2Viece du grand Louis
Jamais on nevitSouveraine
3 Vnir plus de douceur a plus de majessé
Et regner.sur les coeurs avec tant de
bonté.
Le Choeur.
Jamaison ne vit Souveraine
rnir plus de douceura pltu de majessé,
Et regnersur les coeurs avec tant de
bonté.
- -
Eole.
Que d'éclat! que d-e grand/Jurs!
Que de vertus ! que le glo'r»
jippaifeZçVoris,T~entsgrondeurs>
Zephinamoureux des fleurs,
Célébré^en la memoire,
Etfaites repeter aux fltttcs des Pafteurs,
Quedéclat! que demandeurs!
Qiie de vertus! que de çloire !
Eole.
Cedez, cede^3Neptune, à ce Roy
plein de gloire.
Neptune.
Je cede3 helas, les Destinsfont pour
luy,
Eole.
Qu'ilfoit toujourssuivi de la ViRoire3
Neptune.
Que du cultedes Dieuxissoittoûjours
l'appuy.
Le Choeur.
Qu'ilfoittoujours Cuivi de laViBoire
Qutlu culte des Dieux ilfoittoujours
l'appuy.
L'Amour.
Qu?avec[on adorable Reine Ilcontente tests Jes deJirs,
Et qu'ilJ goûtent tous deux sans
peine
L-t demeurs des pldijiïJ.
Neptune.
Voguez^enhbevtc3trop heureux Matelots,
Démon rejjentiment votts n'avezjien
àcraindre
3 Et content de me plaindre
Du Dieu malin qui trouble mon re,
POj,
Jenetroublerjypointles[lots.
De monteffentimentvotts n'avezjien àcraindre,
Vogues en liberté, trop heureux
Matelots.
Eole.
VentsfurieuxJ refendant vosyoites
profondes)
Doux Zephirs>regnezjurles lfots
Neptune
tIsfimphes 3Tritons amis des Matelots,
Entretenezle calyne fous lesondes,
L'A mour.
loue cette Reinefoit remise en peu de B1ansjoursy
lefein d'ungrandRoypar les,
mains desAmours.
Le Choeur.
Que cette Reinefoit remise en peu de
Jours,
Dans leftindtungrandRoyparles
mains des Amours.
La Reineeut la bonté d'é-
- couter ce concert,& d'en
d'en témoigner sa satisfaction
à M' de la Motte, & quand
;'
elle se fut retirée,MrleMarquis
de Castel Rodrigo, Am.
bassadeur d'Espagne, donna
au Maistre de Musique une
Tabatiere d'argentassez gran- de luy disant queSaMajesté
luy faisoit present de tabac
d'Espagne pour ses petits ensans
;mais ilfatagreablemenc
sur pris lors que Monsieur
l'Ambassadeur fut rentré. En
J ouvrantlaTabatiere,au lieu'
de Tabac, illa trouva pleine
ne de doubles Carolus d'or,
ce qui luy fut d'autant plus
avantageux, que Mr de la
Motte ravoit déja fuflifamment
ment satisfait
, avec toute la
Troupe, outre la bonne che,
re qu'illeuravoit faite pendant
quinze jours, ne les
r ayant regalez qu'en perdrix,
r & autres mets, qui avoient
esté destinez pour le passage
de la Reine.
Cette Princesse ayant témoigné
qu'elle souhaittoit
entendre le lendemain cette
MLifiqueà la Messe
,
Mr de la
Motte donna ordre aux Musiciens
de se rendre auxCordeliers
, où ils chanterent un
Motet dont Sa Majesté fut
fort satisfaite, Ensuite il prie
congé de la Reine
,
& se retira
auxIsles de Lerins pour
se preparer à l'y recevoir, ou à
luy rendre à son passage les
honneurs qui font dûs à Sa
Majesté, dont le départ fut
differé par le mauvais temps
jusqu'au 3 d'Octobre. Ce jourlà
les Galeres partirent avec
un vent favorable, & allerent
moüiller au Port d'Agay. Mr
de laMotte les voyant passer
devant sa Place, semitdans
une Felouque
,
& aborda la
galere où estoit la Reine,
& dit à Sa Majesté qu'il venoir
luy offrir la maison que
'-leRoy avoit dans ces Isles,&
qu'il se croiroit heureux, - si
elle luyfaisoit la grace de l'accepter
: La Reine receut ses
offres d'unemaniere tresgratieuse
, & voulut que Mr de
la Motte restast tout le tour
sur sa galere, où il eut l'honneur
de dîner avec Mr l'Ambassadeur
& autres Seigneurs,
Sa Majestévoulut bien aussi
prendre sa part de quelques
rafraichissemensque Mr de la
Morte n'offroit parrespect
qu'aux Seigneurs de sa Cour
qui luyfirent toute forte
d'honnêteté
,
& ayant pris
congé de Sa Majesté, il en revint
comble d'honneur. La
Reines'estant aussi informée,
qui estoit l'Auteur des Vers
qu'on luy avoir chantez. Mt
deGourdon l'ayant sçû,crut
estre estreobligé d'aller remercier
Sa Majesté
,
il a!la
joindreles galeres à la veuë
d'Hieres, où elles moüillerent
le 4, & supplia M.le Mar.
quis de Gregorio, Seigneur
Napolitain, de le presenter à
Madame la Princesse des Ursins.
Ce Marquis l'ayant mené
au bord de la galere de la
Reine, Madame la Princesse
des Ursins les fit entrer sur les
neuf heures du foir
,
Mrde
de Gourdon luy presentaune
Ode qu'ilavoit faire à la
loüange de Sa Majesté, & Madame
des Ursins citant entrée
dans la Chambre de la Reine
luy donna ce nouvel ouvrage,
dont elle leut deux ou trois
Stances, & ordonna qu'on
fist entrer Mr de Gourdon
dans sa Chambre, où il mit
un genoùil à terre devant Sa
Majesté,& luy ditqu'il venoit
la remercier de la bontéqu'e lle
avoit eu d'agréer lesVers
qu'il avoit faits à sa loüange.
La Reine luy dit avec un air
riant qu'elle avoit esté rrescontente
du concert que Mr
de la Motte luy avoit donné,
& de ses Vers; mais qu'elle
n'osoit pas trop les loüer, parce
qu'ils estoient faits à son
avantage,àquoy Mr de Gourdon
repliqua, qu'il s'estime
roit heureux d'avoir quelque
facilité à faire des Vers,s'il
pouvoir l'employer à celebrer
les belles actions du Roy Catholique
,
& les grandes ver.
tus de Sa Majesté, la Reine
eut la bonté de le remercier
encore; & au sortir de sa
Chambre, tous les Seigneurs Espagnols luy firent de grandes
honnétez. Mrl'Ambassa-
* deur luy dit même qu'il la remercioit
au nom de route sa
Nation. Mr de la Motre qui a -
témoigné dans cette occasion
tant de zele pour tout ce qui
pouvoit faire plaisir au Roy,
est un Gentilhomme des environs
de Bordeaux originaire
de Xaintonge, ancien Officier,
qui sert distingué dans
le Regiment du Roy, où il
a estéCapitaine & Commandant
d'un Bataillon. SaMaison
atoûjours esté tresattachée
au service de Sa Majesté,,
Mr deMoulin neuf son frere
ayant estétuéà la deffense
du du Chasteau de Namur,
dont il estoit Commandant.
L'Ode & Mr de Gourdon
que je vous envoye, vous
fera connoître que ce Gentilhomme
n'a pas moins de
talent pour I.-s belles Lettres,
que pour la Guerre, où il a
donné de grandes marques
de bravoure, à la prise du
Comté de Nice. Il y servoit
en qualité d'Aide de Camp de
Monsieur le Mareschal de Ca-f
tinat.
Voici l'Ode dont je viens
de vous parler.
A LA REINE
D'ESPAGNE.
ODE. T'0 y) qui d'un air doux&tendre
A Nombre desOranzersJ,
Chantais pour te faire eontendre
A de niftiquesBergersj
- il fautprendre la trompette,
Et ce rfeft plus en cachette,
Aîufe
, que tu dois chanter.
Ouy, tu peuxfaire la vaine,
Depuis qu'une grande Reine
A bien voulu t*écouter.
De cette Reine adorable
Celebre la majefie3
Vairdoux,l'e[pritadmirable
Et l'éclattznte beauté.
Voy
,
sur un sujetsi rare
Quels lauriers on teprépare,
Et quel honneur pour tes vers,
S'ils paroifient dans l'hijioire
Les premiers qui de sa gloire
kuionfremplv l'Univers.
QuandDieupourpunirla Terre
Armoit tant de PotentatJ,
Avant lafin de taguerre
Qui défo'oittant dEfiats,
Les Sagesdisoientsans ceffi
Que cette aimable Pnncejfe.
FiniraittoitS nos malheurs,
yoyantque la Providence
LttJ donnoit dès son Enfance
L'Empire de tous. Les coeurs
hnfin cette Prophetie
A son accomplissement
Ellese trouve éclaircie
Par ce grand évenement.
L'Vnion de troisgrands Princes
Le repos de cent Provinces
Dependde (iS doux attraits.
Seule elle en a la louante,
Etportant le nom d'un Ange
Elle nous donne la Paix.
Cette Paixsidéfirce
Quaffermitunnoeudfîdoux
Ne fera pas dlterle
par quelques Peuples jaloux.
Reine, ton illustre Pere
De leur Troupesanguinaire
EngraiJJera les Sillons ,
Ou dans moins de deux Campagnes
Au delà de leurs montagnes
Que si ton Epoux auguste
Aidé du Dieu descombatst
A leur entreprise injuste )
Venoitoppoferfon bras ;
Loin que leurfiere vaillance
PufifouteTiirfapresence
Je vois dé)& que ses mains
Oftent à ces temeraires
Les Etats hereditaires
, Et l'Empire des Gernzains.
Mais non3 tAutrichetrompee
Parle conseil desflateurs
N'attendrapas son épée
pourabjurerses erreurs.
Son humilitéprofonde
Des deuxplus grands Rois du monde-
Ayantfléchi le courroux)
Le CielprometàMarie3
\Vne douce 6" longuevie3
Sans craindre pour son Epoux.
Non que ce Roy plein degloire.
Jjju de tans deHéros,
Aux appas de la Vif/aire,
Prefite un lâche repos.
La Paix promet auxgrands Pr!nccs
En gouvernant leurs Provinces
rn nom aussi refèeiïé.
La jufiice & la clemence,
De même que la vaillance,
Vont à l'Immortalité.
Toute LEspagne efi charmée,
PHILIPPE en efi les amiJUrS.
Qu'efi-ce que la renommée
JsFenow ditpas tous lesjours? il passe à peine trois lustres
Que des Rois les flud illufircs
Il efface tous les traits.
0 Ciel, quel nouveau merite!
Antonin, AuguJle) Tite,
N'en approchèrentjamais.
CW ÓedUX talens dont Id France
Jouit dans legrand Louiss
Valeur3sagesse,clemencey
.Brillent dansfin Petit-Fils.
Illay valentun Empirt,
L'ibere qui les admire
Sefent le coeurtrauffrortê,
Quand ce Monarqve tempéré
Parla douceurdeson Pere
L'éclatdesaMajefiè.
Enson ame, enson courage,
On ne voit rien que de grand
Uefprit qu'il eut en partage
Ffljufle
3
vif, penetrant.
Quand il parle) la prudence
Sejoignant à l'éloquence
Remporte de tous les coeurs
Une nouvelle vi[foire,
Et pouraffurersa gloire,
jlproteze les neuf Soeurs.
JVfak comme ce Prince aspire
A des lauriers immortels.
Tous les jours le ciel l'admire
Aux pieds defessaints Autels,
Là, parson zelesincere
Par l'ttrdeur de la Vriere il yneritemille fois
Le beau nom de Catholique;
Titre le plus magnifique
Quonpuisse donneraux Rois.
Le Ciela mis sursa face
Vn air doux, &gracieux j
On litsa guerriere audace
Surson front, & dans sesyeux.
Dieu,dune main admirable)
Voulant que ce Prince aimable
En tous lieux fust re/peEl;,
,.
Avant qu'ilfufisur le Troue
)
.Iisur 7'rbne Imprimasursapersonne ,
Les Traitsde la Royauté.
Va,Bien heureuse Compagne
De ce Monarque charmant,
Vdpour enrichirl'Espagne
Joindre ton illufire Amant.
louis des dessins prosperes
Qui des trois augufles Freres
doivent étendre les noms,
Et que leur racefécondé
,
Sur tous les Trônes du monde
Place- lefang des Bourbons.
Les Galeres d'Espagne &
de France donnérent fond le
4.Octobre, sur les quatre
heures a près midy, à couvert
del'isle de Porqueroles,&le -
5. le temps estant fort gâté
le matin le vent au Sud-ouest,
avec de la pluye, elles allérent
moüiller à Toulon, sur les
neuf heures; proche l'entrée
dela vieille Darse. La Patrone
r Reale de Naples, falua l'Amiral
de quatre coups de canon.
Aussi tost la grosse Tour, la
Tour Ballaguiere ,les Forts de
l'Eguillett & des Vignettes,
commencèrent leSalut Royal
ordinaire de trois charges,
après quoy l'Amiral fit trois
décharges, de quinze coups
chacun. LorsquelaVille çut
fait le sien, la Reine d'Espagne
ordonna que la Patrone
Reale rendist le salut fait à sa
personne de quatre coups pour
l'Amiral, & d'autant pour la
Ville,ensuite dequoy elk salüa
de quatre coups l'Amiral&de
4. autres la Ville,qui furent
rendus de 3 coupsàsonPavillon.
Les saluts estant achevez,
Mrl'Evêque deToulon,
MrdeChalmazel,Gouverneur,
& MrdeVauvré
,
Intendant,
allérent saluër la Reine, le
premier a la Françoise,& les
autres à l'Espagnole. La Reine
ayant témoigné qu'elle iroiç
rd promener l'apresdinée dans - l'Arsenal
,
saGalere vint sur les
quatre heures après midy devantl'Hôtel
deViile,ou par ordre
deMrle Comte deGrignan
on luy avoit preparé son logement,
Ellefut portée en chaiffc
à l'Arsenal, où elle fut pendant
une demi- heure accablée de
la multitude qui s'empreffoit
àla voir. Mr le Marquis de
Castel Rodrigue, Madame la
Princesse des Ursins
, & le
reste de sa Cour ayant esté
d'avis qu'elle allast coucher à
- sa Gâtera
,
elle y fut reconduice.
En entrant dans le Port :
elle fut saluée de quinze coups
de canon de l'Amiral
,
&on a
observé pour ne point interrompre
son sommeil
,
de ne
point faire battre la Diane
dans le Corps de garde, dene
point tirer le coup de canon
de la pointe du jour, & de ne
point faire travailler les ouvriers
de l'Arsenal dans le
Port vieux, avant son lever.
Le 6. la Reinedescendit à terre.
Elle alla dîner chez Mr de
Vauvré, qui eut l'honneur de
luy presenter la serviette. Ma-i
dame la Hrincefle des Ursins,
& Madame la Comtesse Dunoyer
mangérent avec elle; tous les Seigneurs de sa suite
ydînérent pareillement. Elle
ï'
alla
t
ensuite revoir l'Arsenal
aprèsquoy elle revint faire
collation chezMrdeVauvré,
& retourna coucher à sa Galere,
avec quelque répugnance
, ayant marqué qu'elle auroit
bien souhaité demeurer à
terre. i Le 7.elle entendit laMesseau
Seminaire des Jesuites
,
&alla chez Mr de Vauvré
pour y dîner, mais peu de
temps après s'estant trouvée
incommodée dela migraine,
& un peuassou pie, son Medecin
ayant ordonné qu'elle ne
mangea st point sans estre
provoquée par la faim, comme
elle avoir bien déjeuné le
matin, elle se contenta de
prendre du caffé L'aprefdinéé
on luy donna le plaisir de
la danse du Rigodon par de
jeunes Dames & Damoiselles
de la Ville, où Mr Encoute
de Salle,&le Marquis de Se-
! vantes dansérent. La Reine se
-,
retira à sa Galere sur les sep t
heures du soir, & passa une
partie de la soirée à voir un ;
present de Madame la ComtessedeGrignan,
qui luy fut
0 presentéparle Capitaine des
Gardes de Mr le Comte de
," Grignan. Ilconsistoiten de
tres belles étoffes de la Manufacture
de Marseille, de piqueures
de cette Ville, un
très beau fichu
, une tasse
1de porcelainedoublée d'or,
son assiette bordée d'or, &
une cueiller d'or avec l'étuy,
plusieurs autres galanteries
,-.
& si petites caisses d'eau de la
Reine de Hongrie, & autres
eaux de Montpellier.
Le 8.la Reine entendit la
Messe à sa Galere, seportant
très bien , elle dceuna avec
des oeufs frais, & alla dîner
chez Mc de Vauvré, aprés
quoy sur les quatre heures-,
elle fut conduite à bord du
Marquis, oùMrde la Boiffiere,
Ca pitaine, fie les honneurs.
En encrant rAmirai la, salua.
de quinze coups,& d'autant
en sortant, tous les Officiers
de la Marine s'y troLJvérenrw
Le Vaisseau estoit bordé de
Soldats tout à l'entour, & ce
qui reitoit de Garde marine
dans le Porc gardèrent la personne
de la Reine. Comme
die n'avoit vuque des galeres,
jJe Vaisseau luy parut un Araij
ral. On ne put luy faire voir
I le Tonnant acause desréparations
qui s'y font. Elle alla
,
ensuite le promenerauJardin
du Roy,&à la Menagerie de
MrdeVauvrétaprés quoyelle
fiecollation dans l'Orangerie.
Quand elleeut mangé, elle fie
¡ donner des eaux glacées, des
fruits
,
& des confitures aux
Dames qui s'y trouverent,&
f revint chez Mr de Vauvréib,
! où elle vit danser de sa Chami
bre dans son Antichambre
,
& que que temps après ayant
fait
-
tirer la portierp de [a
Chambre, ou elle estoit avec
Meidames des Ursins & Dunoyer3
& Mr l'Ambassadeur,
l'ony fit entrerMrs de Salle,
& de Serignan qui eurent
l'honneur de danseravecelle,
aulIi bien que Mrl'Ambassadeur
&Mr le Marquis de la
Pierre.Sur !a fin la Reinepermic
que quatre ou cinq Seigneurs
de sa fuite
,
& Mr &
Madame de Vauvré la viflenc
danser. On remarquaqu'elle
danse bien,en cadence juste &
avec beaucou p de grâce.Elle
se retira sur les sept heures &
demie à-Ía Galere.Tous les Sei.
gncurs & toutes Dames de sa
uite ,& les Officiers de sa
Maison furent traitez comme
les jours precedens par Mr
de Vauvré.
l Les 9. 10. &12. la Reine a
passa le temps à peuprèsdela
mêmemaniéré,envifitaritles
MaisonsReligieufcs,& afïif
tantauxOffices divins,maisIi
nuit du ir. s'estant trouvéé un
peu incommodée, on jugea a
proposde la faire coucher àterrestiez
m1 deVauvré dans l'àp.
parteraent deMonseigneur le
Duc de Bourgogne) avec Mes
des Ursins& Dunoyer,& M'
l'Ambassadeurdans un autre.
elle yreposa parfaitement, 00
le tempsMettant trouvé le 22/
favorable pour lanavigation,
elle fut éveillée à sept heures
du matin, & après avoir esté
à la Mesle aux Jesuites
,
elle
s'embarqua avant neuf heu.
res. L'Amiral la falua de quinze
coups en lortant du Port,
& ensuite la Ville, les Tours*
& les Forts de route leur Artillerie
,
& elle arriva sur les
quatre à cinq heures du foir à
laCioutat.
Le Jeudy 13 du mois passé",
sur les neuf heures du matin,
le Fort de Nostre.Dame dela
Garde, ayant faitsignal de
galere, on apprit que la Reine
venoit à Marseille, pour y
attendre la réponse du Roy
Tres-Chrestien,parce qu'elle
vouloir se rendre par terre
en Catalogne. D'abord paru.
rent quatre gakresdeFrance,
fous le commandement de
Mr le Comte du Luc, qui faisoient
lavanrgarde de celles
de Naples. Cette Escadre ne :fut pas plutost à la veus
des batteries delerade, que
cesbatteries firent une dé.
charge de tout leur canon
pour faliier-cc£jt£ Pri^ççlTe
qui estoit embarquée sur ia!
Reale-detyapîes. Sa pou,.
pe au de hors eftoic toutqj
d'Archited,^ très- bien travaiHée,
ôç toute dorée,le
.dedans efloit"rapifle d'une
étoffe à fond d'or fizelé d'argent,
avec douze sieges plians,
garnis de la mesme étoffe,
aussi bien qfiç les carreaux,
le sosa & le fauteuil de la Reine.
On avoir mis sur le plan.
cher un grand ta pis, qui tenoie
!e' long & le large de
toute la poupe ,
d'une tresbelle
étoffe à fond d'argent,
relevé de grandes fleurs veloutées
de rouge. Latente de
,dessus la poupe estoit d'étoffe
;dor de mesme que la tapifferie,
garnie au dessus d'un
damas cramoisi
,
orné de galons
d'or. Au bas de cette
poupe estoit le Portrait du
Royd'Espagne. Ilyavoicdevant
la poupe une grande
salle tapissée de dansas cramoisi
,
garni de galons d'or,
aussi bien que les carreaux
des bancs qui estoient autour
de lamefmeSalle La separation
qu'il y avoir entre la poupe,
& cette salle
,
estoit de
grandes portcsdorees, & gar-,
nies de- tres belles glaces de
Venise.Le Corps de cettegalere
estoit richement orné, les
Forçats estoient habillez de
damas rou ge avec la toque
de mesme
, & les Esclaves
de me fme, si ce n'tft quiil y
avoit sur les coutures de leur
Jacquette un petit galon d'or,
& qu'ils n'avoient point d'anneau
au pied. Ilseiloient.cn
bas de foye, & la chaîne de
tous les Forçats estoit garnie
d'une étoffe rouge.
Cette Reale ou Capitane,
portant Pavillonde Patrone
>
/alûa les Isles & lesCitadelles
de Marseille chacun de
quatre coups de canon& il
luy en fut rendu trois. Les
Iiles & lesCitadelles ayanc
fait ensuite trois salves de
mousqueterie,& trois décharges
de canon pour faliier la
Reine, let Reale de Naples
quatre coups aux Ifl-es,& un
pareil nombre aux Citadelles,
En entrant dins le Porc sur
le midy, toutes les Galtres de
France & d'Espagne arbore.
rent toutes leurs Rames,
bandieres, pavefades & autres
ornemens. La Capicane
de Naples falüa la Reale de
France, de quatre coups de
de canon,& on luy en rendic
trois, cela fait3touusles Ga..
leres de France ayant salüeSa
Majesté de trois salves de
moufquererie,& de trois décharges
de canon, dont le
coursier du calibre de trentesix
livres de balle estoit du
nombre, le General des Galères
de Naples rendit quatre
cou ps de canon, & fit approcher
la Galere sur laquelle
elioir la Reine, d'un pont
que l'on avoit fait conflruire
pour faciliter son débarquement.
Ce pont estoit à la
droite de la Reale de France,
& les troupes des Galeres y
estoient rangées en haye sur
deux lignes, leurs Officiers à
leur telle.LaCapitanedeNaples
, quoy que magnifique,
ne diminua en rien la beauté
de la Reale de France, qui
estoittoute ornée de damas
cramoisy
, avec de grandes
crespines & des galonsd'or,
brodée en plusieurs endroits.
Quantité de Felouques l'entouroient
;elles estoient richement
parées, & avoient des
ornemens aussi magnifiques
qu'estoient ceux de la Reale;
Mr le Marquis de Forville;
Chefd'Escadre, & Commandant
des Galeres,& Mrle Chevalier
de Rancé Chef d'Escadre
,
& Capitaine du Port,
accompagne de laplus gran..
de partie des Officiers des
Galcres
,
estoient allez plus
de (ix; milles à la mer au devant
de Sa Majesté sur plusieurs
Felouques magnifiquement
parées, qui avoient eilésuivies
d'une infinité de petits
bastimens
,
remplis de tout
ce qu'il y avoit de plus distingué
dans Marseille. MI
de Montmort Intendant Ge.
neral des Galeres,avoir déjà
jeu l'honneur de salüer la Reine
à la Mer.
Quoy que cette Princesse
fust incognito, elle voulut bien
à son arrivée au Port de Marseillerecevoir
les hommages
de Madame la Comtesse de
Grignan de Madame de
Montmort & de Madame la
Marquise de Brious, qui feules
furent admises à son Audiance,
& qui luy firent leur
Cour dans la poupe de sa
Galere. Elle y demeura jusqu'à
quatre heures après midy
que M leComte de Grignan
,Chevalier des Ordres
du Roy, Lieurenant General
& Commandant pour Sa Majessé
en Provence, & plusieurs
Officiers de terre qui l'ac.
compagnoient, eurent l'honneur
de luy rendre leurs respeéts
tde mesme que tous les
les Officiers de la marine. Sa
Wajefté ayant debarqué en.
fuite avec Madame la Princette
des Ursins, & Madame
la Comtesse du Noyer, elle
se mit en chaise suivie de Mr
le Marquis de Cartel Rodrigo,
Ambassadeur & Grand d'Espagne,
de Mr le Comte de
Lemosaussi Grand d'Espagne
des Galeres de Naple,s,& de
toute laCour.Ils accÓmpagne;
rent la chaire, à pied & elle
alla aux Carmes Déchaussez
rendre grâces à Dieu de son
heureusearrivée.LesCapKai-"
nés d'armes des caleres. de"
France,par les soins de Mr le
Comte du Luc, quidepuis l'ar
rivée de la Reine àNicet,afait
toutce que l'on peut attendre
de l'homme du monde le plus
magnifique & le plus zélé,onc
eu l'honneur de servirdeGardes
du Corps à cette Princesse.,
&pendant son lejour à Marleil-1
le,les Suisses du Roy l'ont !
toujours gardée & accompaj
gnée ,il n'yavoit eu jusques
là que quatre de ces Capitainesquieussent
servy à sa garde
; maisMr le Marquis de
Caitel Rodrigo,ayant souhaité
qu'en augmentant lenombre,
on luy en donna douze)
habillez des livrées du Roy, de
,
mesme que lesSuissesdel'Arfenal
pour l'accompagnerpar
tout où illuy plairoit daller.
Sa Majesté ayant entendu le
Salut aux Carmes,où elle reçut
la benedidion du Saint
Sacrement, passaparlaMaison
duRoyenrevenant,comme
elle avoit faiten allant,
& voulut la voir, Mr deMontmort
eut l'honneur de l'y recevoir
au bruit du canon, des
boëtes, des tambours & des
j trompettes. Elle al'a de là à Il'Hostel d'e Mr le Bailly de
Noailles qu'on luy avoit préparé
pour son logement; &
aprèsquelle se fut promenée
dans le jardina qu'elleeust
visitéles appartemens ,
Mr le
Comte du Luc qui en faisoit
les honneurs, eut. celuy de
de luy presenter la collation.
Apres quoy Sa Majesté alla
faire un tour au Cour:, où
ce qu'il y avoit de considerable
à Marseille, s'estoitrendu
pour lavoir Elle futcon.
duite ensuite à sa Galere où
elle soupa & coucha pour 1.
dermere fois.
Le Vendredy14, Sa Majessé
entendit la Messe dans
la pou pe de la Galere, comme
elle avoir fait depuis son
embarquement à Antibes,
en vertu d'un Bref que Mr
le Cardinal Archinto, Archevesque
de Milan, & Legar
à laterequiestoitvenu à
Nice pour luy apporter la
Rose d'or de la part du Pape
,
luy avoit donné uniquement
pour son passage : sur
quoy il faut remarquer qu'il
n'y a que les Galeres de
France qui ayent le pourvoir
de faire dire la Messe
dans leurs pou pes , toutes
les autres Galères des Princes
Chrestiens ,& même celles
du Pape
, ne la pouvant faire
dire qu'à terre fous des Pavillons
, qu'ils mettent vis à vis
de leurs Galeres, L'aprésmidy
la Reine alla dans son Palais,
& s'y arrestajusqu'à cinq heures
du soir qu'elle, vint chez
Mr de Montmoe, accompagnée
de Madame la Princesse
des Ursins
,
de Madame la
Comtesse de Noyer, de Mr
l'Ambassadeur, & de tous les
Princes & Seigneurs de sa
Cour; A l'entrée de la Maison
du Roy estoient deux cens
Soldats des Galeres.avecleurs
Officiersàla te ste magnifiquement
vécus.SaMajesté y fue
reçuë au bruit de Canon, des
Boëtes, des Tambours, des
Trompettes
,
des Timbales,
des Violons, & de toute sorte
d'Instrumens, Lafaçadeestoit
ornée d'un grand Soleil avec
l'écusson des armes du Roy
J- plusieurs trophées sur des portiques
dessinezavec leurs corniches
& autres Instrumens.
fIlY avoit dans la Cour une
grande Pyramide,aubas de
laquelle estoient des lyons
1 couronnez des armes d'Espagne,
avec ces mots, ex utroque
unum&au dessus ,une Renomméequi
portoitlesPortraits
de Louis le Grand&du
Roy d'Espagne couronnez
d'une même Couronne, qui
ensuite parut route en feu.
Cette Pyramide & cette façade
furent illuminées à Ye&.
trée de la nuit, ainsi qu'un
grand arbre qui efl; au bout de-I
la Cour. Cet Arbre estoit coutl
couvert de lumières
, ce qui
produisoit un très bel effet.
LaReine ayant estéreçuëà la
porte par Mr & Madame de
Montmorc avec une infinité
de personnes considerables
monta dans les Appartenons
qui estant fort parez & bien
éclairez
,
& trouva dans un
grand cabinet, qui est tout au
bout du grand A ppartenons, 1
un Trône fort élevé avec un
Dais fort magnifique, fous lequel
çftoicni son fauteuil 6c:\
ungrand tapis de pied, le tout
en broderie d'or. Sous ce même
Dais estoit le Portrait de
de Louis le Grand
, avec ceux
de Monseigneur, du Royd'Espa
gne & de toute la Maison
Royale. Peu de temps après,
entrérent Mr l'Ambassadeur
& Mr le Comte de Lemos, &
ensuite Mr & Madame de Montmor.
OnapportalaCollation,
& dans le temps que la Reine
s'occupoit d'un petit concert,
Elle fut tout d'un coup surprise,
par une grande lueur qui
paroissoit au travers des rideaux
des fenestres, qui donnent
sur le Jardin,cequi 1oA
bligead'aller elle mêmevoir
ce que c'estoit. Elle apperçut i
un grand Soleil extrêmement
éclairé, & vit le Jardin s'illuminer
presqueenunmoment,
ce qui luy fit découvrir tous
les gazons qui estoient semez
de fleurs, tous les berceaux &
les Orangers couverts de
fruits, & au bout de ce jardin
un grand portiq ue d'un
magnifiquePalais qui paroissoitestre
celuy duSoleil.
Les bassins & les berceaux du
mesme jardinestoient dessimz
avec des lampions, &
il
il y avoit un grand nombre de
Personnes distinguées de l'un &
de l'autre Sexe que la curiosité
avoit attirées. Les Portiques étoient
ornez des armes de France
, d'Espagne, & de Savoye ,
& les terrasses couvertes d'une
infinité de lumieres qui formoient
une illumination des
plus galantes. On y entendoit
par tout le bruit des Trompettes
&des Timbales. Mrde Montmor
qui avoit fait peparer un
tres-joli feu d'artifice au bouc
du Jardin, demanda permission à
la Reine de le faire tirer, ce que
Sa Majesté luy ayant accordé, il mitluymême le feu à une petite
corde, qui fit dans l'instant
partirun Amour tenantunflambeau.
Cet Amour alla embraser
ce grand Palais,au haut duquel
estoit le Soleil
, avec un grand
nombre d'artifices, qui amusérent
agréablement cette Princesse
pendant trois quarts d' heure.
Ayant voulu voirensuite
tous les A ppartemens de la Maison
du Roy, quiestoitremplie de
Dames,& de tout ce qu'il y avoit
de plus considerable dans la Province,
elle entra sur une grande
terrasse fort illuminée, d'où
elle découvrit l'entréede la Sale
d'armes qui estoitornée tres-richement.
L'éclat extraordinaire
dont elle se trouvoit remplie
par un nombre infini de lampions
de cristal, tous dessinez.
en couronnes, en guirlandes, en
festons, & sur tout en forme de
Dais, sur les Portraits des Rois
le France & d Espagne
, qui
estoient ainsi que les Portraits leMonseigneur, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
& de Monseigneur le Duc de
Berry,environnez de Soleils accompagnez
de Trophées d'Armes,&
d'autres ornemens, produisit
un effet tres agreable, &
la Reine, & toute sa Cour ne se
pouvoient lasser d'admirer l'arrangement
& la propreté qui se
trouve dans ces Salles. D'abord
en entrant Sa Majesté fut saluée
par les Boestes & par le Canon
de l'Arsenal. Les saluts finis,on
n'entendit plus qu'unecharmante
harmonie de flutes
3
qui
estoient cachées derriere les armes
, & qui ne surprirent pas
moins que tout le reste. Quelques
jeunes Filles, habillées richement
à l'Espagnole, & ornées
de pierreries, voyant a pprocher
la Reine vers le milieu
de la Salle, se mirent à danser
les Folies d'Espagne au son des i
Bassons, des Flutes, & des>
Hautsbois. Dans l'un des bouts
de la Salle derriere un grand
& magnifique Trophée,on entendit
un Concert de voix ÔC
d'instrumens, & l'onchanta plusieurs
vers à la loüange de Sa
Majefié) qui se rendit ensuite
dans son Appartement chez Mr
de Montmor, où l'on luy fit servir
à souper. Cette Princesse, i
son ordinaire fit l'honneur àMadame
la Princesse des Ursins Se
à Madame la Comtesse du Noyer
de les faire mettre à table avec
,
elle. Mr& Madame de Montmor -
- eurent celuy de la servir feule,
&après le soupéilyeutunConcert
dans son Cabinet, ou peu
de personnes entrérent. Dans
Je temps qu'ellesoupoit, on servit
dans les Appartemens d'en
bas, six grandes tables,ou Mr le
Marquis de CastelRodrigo, Mr
le Comte de Lemos, les Princes,
Seigneurs & Dames de la fuite
de la Reine, soupérent avec un
grand nombre de Dames &d'Officiers
de la premiere distinction.
Il n'y eut rien d'oublié,&la ma..
gnificence & l'abondance y furent
égales à la propreté & au
bon ordre. La Reine le retira
dans son Palais où ellecoucha.
Toute sa Cour eut l'honneur de
l'y accompagner , 2c Mr de
Montmor qui estoit du nombre,
fit porter devant la chaise dea
cette Princesse
, vingt-quatre
flambeaux par les Suisses de Sa,:J
Majesté,
Le Samedy 15. la Reine tendit la en- Messe aux Capucins,
& demeura toute la journée
chez elle. A l'entrée de la nuit,
elle fit demander à Mr de Montmor
le petit Concert qu'elle avoitentendu le jour précedent,
dans la Salle d'armes. Elle s'en
fit un nouveau plaisir. Il y eut plusieurs jeunes personnes, tant
garçonsquefilles, qui au son
des Tabourins, dansérent devant
elle à la Provençale.
Le iC. la Reine entendit encore
laMesse aux Capucins,&
l'apresdinée elle se renditchez
r Mr le Comte de Grignan,qui
eutl'honneur de la recevoir au
brui t des Boestes, de luy presen- terunemagninquecollation, &
& deluy donner la representation
d'une Comedie, qui fut fuivie
d'untres-beau feu d'artifice.
Dans cet intervale
»
Sa Majesté
ayant reçuun Courier du Cabinet,
déclara qu'elle s'en iroi t
parterre jusqu'à Barcelone toù
les Galeres devoient se rendre
pour y embarquer des Troupes.
Le 17. Sa Majesté reçut un
Courier du Roy d'Espagne sur
les quatre heures du matin. Ce
jour-là, elle entendit la Messe
aux Jesuites dans une de leurs
Églises, appelle SaintJaume, ou
il y eut Musique. En sortant elle
voulut passer sur le Port pour
voir les Galeres de France &
d'Espagne. Elles avoient tous
leurs ornemens, & les Chiourmes
saluérentde lavoix L'apresdinée
elle demeura dans son Palais
pour expedier les Couriers
qu'elleavoitreçus. Ensuiteelle
entendit un Concert, & vit
quelques danses du Pays.
Le 18. elle entendit la Messe
dans son Appartement, & le
mauvais temps l'obligea de ne
point sortir. Ce jour-là, Mr le
Brer) Premier President & Intendant
en Provence, ayant reçu
ordre de la Cour de fournir
à Sa Majesté toutes les Voitures
dont elle pourroit avoir besoin,
pouraller parterreàBarcelone,
arri va à Marseille
, & alla luy
faire sa Cour aussi-tost avec Madame
le Bret. La Reine leur fit
un accueil favorable, & Mr le
Bret la supplia de vouloir bien
recevoir les honneurs que le Parlement
encorpsavoit dessein de
luy rendre quand elle passeroit
par Aix: Elle répondit qu'elle
acceptoit volontiers les offres
qui luy estoient faites de la parc
du Roy pour la continuation
de son voyage,qu'elle estoit bien
aise dnepas faireparmer,mais
elle refusa absolument les honneurs
que leParlement & lesPeuples
avoient envie de luy rendre,
& pour éviter les harangues,les
complimens, &. autres ceremonies
qu'elle auroit esté obligée
d'essuyer pendant la route, elle
resolut de passer incognito.
Le 19SaMajestéallaà la Mef-,
ic à la Million de France, & re,
çut à son retour les presens de
Ville que le Maire & les Echevins
eurent l'honneur de luy
presenter. Ils firent ensuite les
presens accoutumez àMadame la
Princesse desUrsins,àMadame la
Comtesse deNoyers,&àMr l'Ambassadeurd'Espagne
L'apresdinée
la Reine alla voir le Convent
des Carmelites,&ily eut le soir
un contre dans son apartement.
Le 20 elle entendit la McfTc
dans son Palais,d'où ellene sortit
que l'apresmidi sur les quatre
heures, pour se rendre dans la
Maison du Roy qu'elle trouva
bordée de Soldats de Galeres,
leurs Officiers à leur teste Mr
& Madame de Montmor eurent
l'honneur de la recevoir au
bruit du Canon,d'un fort grand
nombre de Boeftes, &. de toutes
fortes d'Instrumens. La collation
luy ayant estépresentée,
elle donna de sa main des confitures
à quelques Dames de sa
suite, &,- permit aux autres de
profiter de cette collation. Sa.
Majesté traversa ensuite le Jardin
, pour aller voir l'Arsenal
nouveau. Elle entra d'abord
dans les Ecoles Royalesde Construction
& de Canon
, ou elle
fit differentesquestions
,
après
quoy elle alla dans la Corderie,
ou elle vit commettre
quelques pieces de cordages,
s'informant de l'usage particulierauquel
chaque chose estoit
destinée. Cela fait,elle passa le
long du Canal, qui estoit rempli
de plusieurs Bastimens tresmagnifiques,
pour se rendre dans
la Salle des Voiles, dans l'Aue.
lier des Forges, dans quelques
Magasins de desarmement
, ôc
dans tous les autres Atteliers,
ou elle continua de se faire rendre
compte de toutes choses. En
sortant du nouvel Arsenal, ou
elle alla toujours à pied, elle
vit des Galeres sur le Chantier,
& des Bastimens que l'on jetta
à la Mer. Il y eut plusieurs salves
de Canon
,
de Pierriers, &
de Boestes, avec de petites troupes
de jeunes hommes & de jeunes
filles qui dansoient à la Provençale
au son des Fifres & des
tabourins. La Reine vint ensuite
dans l'ancien Arsenal
)
& après
avoir visité l'Attelier des R.3—
mes, & le Magasin general, elle
se rendit aux flambeaux avec
toute sur sa Cour sur rasse, une terou
Mr de Montmor avoit
fait faire une Loge magnifique,
d'ouelle pust voircommodement
l'Illumination des Galeres. Cette
Loge estoit ornée de damas &
de plusieurs lustres avec un Dais
fous lequel estoit le Portrait du
Roy, & autour de la Chambre
ceux de toute la Famille Royale.
Si-tost qu'elle fut placée sur
le Trône qu'on luy avoit preparé,
toutes les Galeres de France
parurent en feu, & l'on admira
la promptitude avec laquelle
cette Illumination sefit, par
rapport au nombre infini de
lumieres qui en un instant brillerent
de toutes parts. On fit dans
ce moment une fal ve de plus de
quatre cens boestes qui estoient
placées aux milieu du Port sur
des Ponts qu'on y avoit mis exprés,
CD forte que le feu sembloit
sortirdumilieu de l'eao. Tout
le Canon des Galeres ayant fait
ensuite trois décharges chacune
accompagnée d'un grand départ
de fusées volantes, tout le
monde demeura d'accord que ce
n'estoit qu à Marseille qu'on
pouvoit voir de pareils spectacles.
La Reine ayant fait paroistre
combien elle en estoit
satisfaite
,
demanda encore, à
voir la Salle d'Armes des Galeres,
& SaMajestés'y estant rendue
suivie de toute sa Cour, on
trouva cette Salle aussimagnifique
& aussi brillante qu'elle
avoit paru lepremierjour Cette
Princesse se retira ensuite dans
son Palais, ou tous les Officiers
des Galeres d'Espagne luy ayant
ellé presentez par Madame la
Princesse des Ursins, ils prirent
tous congé de Sa Majestê, & luy
baisérent la main,ce qui estant
fait ilsallerent toussouper dans
l'Intendance des Galeres.
Le 21. à la pointe du jour, les
sept Galeres de Naples aufquelles
Mr de Montmor avoit fait
donner par ordre du Roy des
vivres pour deux mois, sortirent
du Port de Marseille pour se
rendre à Barcelone, & se mirent
en Bataille hors la chaîne, ou
elles firent trois décharges de
toute leur Artillerie pour saluer
la Reine d'Espagne. Sa Majeflé,
après avoir entendu la Meslê aux
Capucins, ou la Musique de la
Cathedrale se trouva, accompagnée
d'une belle Simphonie
,
reçut en arrivant dans son Palais lecompliment que Mr le Marquis
deBonnaventure, Commandant
les Troupes du Pape à Avignon,
luy vint faire de la part
de Mr
le Vice-legat. Sur le foir
, Mr
l'Evêque de Marseille estant arrivé
de la Cour eut l'honneur de
la sal uer. La Reine luy fit beaucoup
d'accueil, en luymarquant
toutes les magnificences de Mr
le Comte du Luc son Frere, &
les soins qu'il avoit pris d'elle 8c
de toute sa Maison.
Le22. jourdudépart,laReine
alla sur les sept heures entendre
la Messe aux Capucins, & te
tnit à table à son retour ,
sur les
dix heures elle monta en litiere
avec Madame la Princesse des
Ursins, pour aller coucherà
Aix.Cette Littiere qui avoit
esié faite eu deux jours par les
ordres de Mr le Bret,estoit garnie
au dedans & en dehors de
velours cramoisi, chamarré de
grands galons d'or, avec un bordé
au dessous Les rideaux & les
poches des portieres avec leurs
dgalamcaess, estoient d'un tres- beau
blanc, bordées de galons
d'or. Les couvertures des Mulets
estoient du même velours,
avec le même petit & grand galon
d'or. Les harnois des Mulets
qui avoient de grands plumets
, estoient dorez jusqu'aux
sonettes. Toute la ferrure de la
Litiereestoit dorée, aussi hier*
que le brancard. On avoit fait
habiller les Muletiersd'un farci
beau drap rouge, & leurs chapeaux
estoient bordez d'un galon
d'or, avec des cocardes Les deux
Litieres de Mr l'Ambassadeur
, & de Madame la Comtesse de
Noyers, estoient doublées d'un
satin propre. Les Voitures que
fit fournir Mr le Bret, pour
la fuite de la Reine consistoient
en neuf Litieres, en vingtcinq
Chaises roulantes , en soixante
& seize Chevaux de felle, en
six charrettes, & en trente-deux
Mulets de bats. Les Capitaines
d'armes des Galeres,quiavoient
toujours servi de Gardes du
Corps à la Reine
, eurent l'honneur
de l'accompagner pendant
son voyage en la même qualité,
& Mrle Chevalier des Pennes,
Lieutenant de Galéres, les commanda.
Dans tout le temps que
;
cette Princesse a sejourné à Marseille
,
Mrle Comte de Grignan,
Mr le Brec, Mr le Marquis de
Forville
)
Mr de Montmor &
Mr le Comte du Luc ont toujours
tenu plusieurs grandes ta-
L bacs, ou les Princes, les Seigneurs
& les Dames de sa suite,
1 avec un grand nombre de personnes
considerables de la Ville
& de la Province
, ont esté traitez
magnifiquement. Quand Sa
Majesté sortit de Marseille
,
la
foule du Peuple qui l'avoit toujours
suivie par tout, se trouva
si grande que les Suisses qui la
conduisirent jusqu'aux portes de
la Ville, eurent beaucoup de I
peine à se faire jour pour son I
passage. Dans ce moment, les
Citadelles & les Batteries de
la rade, firent trois décharges
de tout leur Canon, pour la
saluer. » La Reine ayant pris la route
d'Aix, le hasard voulut qu'elle
rencontra la chaîne des Forçats.
Ces malheureux s'estant
jettez à genoux, elle demanda
au Roy la grace pour trois
Savoyards qui y estoient attachez.
Estant arrivée à Aix, elle
y fut regalée aussi magnifiquement
par Mr le Bret, qu'elle
l'avoit esté à Marseille. Elle se
rendit de là à Arles, & fut logée
dans l'Archevêché.Mrl'Archevêque
l'y traita avec beaucoup
de magnificence. Le len-
) demain cette Princesse passa le
Rhône, & entra dans le Languedoc,
où Mrle Comte de Grignan
& Mrle Marquis de Forvillequi
l'avoientaccompagnée
la quitterent. Cette Princesse
les remercia de la magnifique
reception qu'ils luy avoient faite,
& des soins qu'ils s'estoient
donnez pourelle, Sa Majesté
fut receuë à l'entrée du Languedoc
par Mrle Comre de Brogiio
, Commandant de la Province,
& ayant couché le 25 à
Nismes, elle arriva le 16 à Montpellier
sur les cinq heures du
soir, au bru it du canon de la
Citadelle, qui fut la feule ceremonie
que l'on fità (on entrée,
parce qu'elle estoitincognito.
Mr le Comte de Broglio& Mrde
Baville Intendant du Languedoé>
qui avoient estéà sa rencontre
,accompagnez de la Noblesse
,
la conduisirent jusques
an Palais aux appartemens de
Mr Bon, Premier President de laChambre des Comptes &Cour
des Aides de Montpellier, où"
cette Princesse logea, à quoy«
elle ajoûta la grace de vouloir
bien estre servie par ses Officiers;
de forte qu'il a eu l'avantage,
non-seulement de loger Sa
Majesté, & de luy donnerà
manger, pendant le sejour qu'elle
a fait en cette Ville
mais
encore de loger toute sa Cour
& toute sa fuite
@
, a qui il a aulîï
toûjours donné à manger,
ce
qui les a d'autant plus surpris,
qu'ils sçavoient que Mr le Premier
President n'avoit estéaverti
de l'honneur qu'il devoit recevoir
, que le jour mesme de
l'arrivée de la Reine, puisque
suivant le premier projet, sa
Majesté devoit employer deux
jours pour venir de Nismes à
Montpellier, & n'arriver en
cette derniere Ville quele Jeudy
27, jour maigre, à causeque
c'étoit la Vigile de Saint Simon
& Saint Jude. D'ailleus, elle
avoit resolu de ne point entrer
dans la Ville, & de loger dans
la Maison de Campagne de Mr
le Premier President, comme
celle des environs qui a le plus
d'agrement, & qui estoit la plus
prop re à recevoir cet honneur.
Mais il fut délibéré à Nismes le
Mardy au soir fort tard que Sa
Majesté viendroit le lendemain
en un seul jour à Montpellier,
& qu'elle logeroit dans la Ville,
a la Maison de Mr Bon, Il n'apprit
cette nouvelle, que sur les
neufà dix heures dumatin: ôc
d'abord, sans consulter l'embarras
où il se trouvoit
,
de satisfaire
dans l'espace dequelques
heures à tant de différentes obligations
, il donna de si bons
ordres, & usa d'une si grande
diligence, que non-seulement
sa Maison fu/l disposéeàloger
la Reine avec toute sa Cour,
mais encore il fut en estat de
faire servir en gras,Sa Majeftc
& toute sa fuite, avec toute
la magnificence
,
la propreté,
& la delicatesseque l'on pouvoir
Sroxt fouhaitter. Cettemaison est
composée de deux a ppartemens
doubles de plein pied, de l'un
Là l'autre bout, faifapt une tres- rande enfilade, & ayant aux
deux extremitez deuxmoindres
appartemens de chaque costé,
détachez des autres Celuy de
la Reineestoit de huit grandes
pieces superbement ornées de
toutes fortes de meubles des plus
riches&des mieuxentendus. La
chambre estoit tendue d'une
tres-belletapisseriedAngleterre
antique Le lit- estoit de
Velours cramoisy
1
galonné d'or,
< & doublé desatin aussi brodé
d'or, avec les chaises de mesme.
L'appartement de Madame La
Princesse des Ursins estoit de six
pieces aulîl très.-proprement
meublées. Il y avoit dans la
Chambre un lit à la Duchesse,de
damas vert,avec une crépine d'or
fort riche, &quantité de grands
miroirs sur une belle tapisserie
de Flandre. Celuy de Al* le Marquis
de Cassel-Rodrigo estoit
complet & tendu d'un beau
meuble de damas
, & generalement
toutes les chambres étoient
garnies delits de damas & de ta-, pisserie de haute-lisse ou de
Flandre, qui sont les meubles
ordinaires de laMaison La Reine
trouva en arrivant,son appartement
éclairé par une infinité
de bougies sur quantité
delustres de cristal & de gidrandoles.
Tous les autres appartemens
lestoient aussi à peu
prés de mefmc. Les Damesles
plus considerables se trouverent
en fort grand nombre, & en
un habit noir à l'arrivée de Sa
Majesté, & au souper
, avec
tout ce qu'il y avoit de gens de
qualité & de consideration dans
la Ville, &une tres-grande affluence
de peuple: mais malgré
tout ce grand abord de monde,
toutes choses estoient si bien concertées,
quetout se paiïa sans desordre
& sans confusion. La Reine
fut servie sur les neuf heures
, par les Officiers de Mr le
Premier President
, qui eut
l'honneur de luy donner la.,
serviette. L'on admira la pro.--
preté
,
la delicatesse 8c l'abondance
de toutes fortes de mets
les plus exquis. Il n'y avoit à
table que la Reine, Madame la
PrincessedesUrsins,&Madame laComtesse des Noyers, & tout
cequ'ony servit parut si bon à S.
M. qu'elle voulut goûterpresque
de tout Aprés lesouper de la
Reine,latabledeMrleMarquis
de CastelRodrigue, où estoient
avec luy le Prince de Belvedere,
le Comte Scoti
,
l'Abbé Scoti son frere, , & tous les autres Seigneurs
dela Cour futservie aussi
avec toute la delicacesse.& toute
l'abondance quiconvenoit à
unegrande chere. Il y eut enfuite
la table des Dames & des
Fillesd'Honneur de la Reine,
celle des Gentilshommes & des
Officiers de Garde
,
celle des
Pages, & plusieurs autres pour
le reste des Officiers de sa Maison,
pour les Capitaines d'armesfaisant
ta fonctionde Gardes
du Corps, pour les Filles &
les Officiers des Dames & des
Seigneurs de la Cour, & pour
tous les autres gens de la fuite,
toutes tres-bien servies, à proportion
les unes des autres: ce
qui a toujours continué jusqu'au
jour du départ. Tout s'est paiïe
dans cette reception avec tant
de magnificence, & en mesmetemps
avec tantd'ordre» qu'on
auroit peine à croire qu'un particuliereustpû
si bien &en aussi
peu de temps recevoir un pareil
honneur avecunaussi grand
succés, & avec l'approbation
'de tout le monde, si l'on ne sçàvoit
que Mr le Premier President
est accoutuméà se. distinguer,
non- seulement par l'éclat
de sa Charge qu'il beaucoup remplit avec de dignité, mais encore
par un gout exquis qu'il fait remarquer pour toutes choses
sur tout pour les bastimens
,& pourles meubles. Aussi Ja Reine & toute sa Cour luy
ont témoigné toute sorte de fa- .-tÎsfaélion par mille honnêtetez
qu'il en a receuës. Sa Majesté
avoit fait dessein d'aller l'apresdinée
du Jeudy à la Maison de
campagne de Mrle Premier Prelidetlt,
ou, soit pour la situation
, foit pourles bastimens ou
pourles jardins, on voi t tout
ce qui peutembellir une maison
de plaisance: Mais elle futempeschée
d'y aller, Courrier par un qu'elle receut de la
Cour de Savoye, ôc qu'il fallut
depescher. La Reine aentendu
tous les jours avec une pieté
tres -
exemplaire la Messe du
Pere Ferreri Jesuite son Consesseur,
dans la Chapelle du
Palais, tres-richement ornée,&
où l'on avoir fait preparer une
tres-belle Musique.Elle partit
le lendemain 25 au bruit du canon
sur les huit heures du matin
, a près avoir reçû les presens
que luy fit la Ville, ils consistoient
en plusieurs corbeilles
tres propres, remplies de sachets,
de Sul tans & de poc hes
-
de tissu d'or & de tissu d'argent,
& de plusieurs caisses de liqueurs
& d'eaux dela Reïne de Hongrie.
Je laisse cette Princesse
-
poursuivre sa route, & à la fin
de ma Lettreje vous feray part
decequej'en auray appris.I
Je vous envoye le premier I
Compliment qui a esté fait en
chaiie au Roy d'Angleterre depuis
qu?jl porte cette qualité.
Il est du Pere DomCosmede
Champigny, Superieur des Barnabites
de Passy
, qui le fit à l'occasion
du Sermon
,
qu'il eut
l'honneur de prêcher avec applaudissement
devant SaMajesté
Britannique le jour de la
Toussaint derniere, dans la.
Chapelle du Chasteau de Saint
Germain en Laye Il prit pour
Texte ces expressionsdu Chap. II.duLevirique, Sancti estote,
quia egosanctussum. Soyez Saints.
parce que je fuis Saint. Son discours
fut sur laSainteté, & illepar
ces paroles
t.
qu'iladressa à
Sa Majesté.
sV S-I-R,:..E:' (: ,-1•:' 1." f:i ! l, ; _1 Quelque dijîinguèe que fhitVofiri
Majefié par tant déminentes&
| êtaugufies qualitéqui luyatirent
lerejifecl& 14 vénération de tout le
monde, elle me permettra- de luy dire
,-
quelle n'en sçauroitfaireunmeilleur
ttfage , qu'en lesemployant nonfiu,
leynent à devenir Saint, mais encore à travailler à la falsification des
Peuples.
- Sinài eftotc,quia ego (anél:a'
fum ; Tous font ohligezd'estre
Saintst voila le precepte.Ilefivray
qu'unparticuliern*efiobligé qu'à une
Saintetéparticulière,kune Sainteté
commune> kuneSaintetécachée,&
M
"ojcuti, mais un Roy eftobligé* Sttinttté publique uni ,àuneSaintes
éclatante, qmiéd-rl*feunteoSuatinlteetémqounifdra,eps
ditl'Ecriture)duneSainItte' fii"e. magn1
Sire, Dieu vous a mis audeffmi
des autres dl- ne vous afait Roy Iraet pour établirla Religion & la faire
triompher. Les Rois de la Terre, ditexcellement Saint kuruftinyfer-.
ventDieuenRois, ce/adire3enx
faijantpour luy des chefesv qu'il n'y aque les Rois, qui puissentfaire,
Jaut>ditce SfavantPere,qu'ils
entrent dans le Cielavec une
troupe
nombreuse
sur la , comme on les voitsuivis Terrej qu'ilsprotegent ceux-
(y par leur Puissance,qu'ils secourent
ceux-là par leursli6eralitez3
quils édifientles unsparleurpieté
,
qu'ils soutiennent les antres parleur
fxemple ; en un mot quils employent
tout ce qu'ils ont de grand &cféclatant
pour fraier après eux une voyt
defalflt a un nouveau cortege, qui
les acompagne dans le Ciel. Ces
sentimenssi Chrestiens de Saint Augufiinse
trouvent, Sire, vhifieZ4J1e
Jourd'buy dans la personne de vofire
jviajefié3 &sans peutefifequevous
les ayez^jamaisentendus à l'age
3 ou vous commencez de faire Fadmiration
de l Europeslyefprit Saint a pris
foin de les graver luy - mesme dans
vofire coeur,il vous IlfaitftnliTt
que comme vous ne devezvivre que
pouf la félicité publique
, vous esses
obligé de conduire vous mesme les
Peuples à la Conquefie de l'éternité
L'exemple du Roy vofire Peri,
~fte 10Nt l~,- Chrefti~n IIdmJrr fietoutlemond
&jedispose a revêrer Saint, efiunpuissantmotciofmpomuervouni
encourager & Vom animerà le deve.
nir. Ja quitté trois Royaumespottll gagnere Ciel, &ilapréféréletitJr
dé Colique à ïauthorité de
Souverain. Il a donnékÏVmverl
cette mtîveillcufe leçon en faisant
sentircet Oracle dugrandkugufiini
quona toutgagnésurla terre
quand on y a ioui perdu pour le C~ Faffe le SeigneurquecessentU
mens fructifient de jour en jour dans
cette ame Royale! & quesa mifiricorde
recompense enfin les important jerviCfJ) qu'elle aura rendus à la
Foy
, parunegloire immollelle,que je uysouhaite. Au nom du PeTç
)
Fils du , (5 du SaintEsprit.
Le Reverend Pere Louis de
i Torre, General de l'O rdre
eS. François, est mort le 18.
,u mois d'Ocfcobredernier
,
dans
Convent de Palenck,Ville
e la vielle Castille, âgé d'eniron
cinquante-cinq ans. Il
stoit de l'illustreMaison de la
Torre, des meilleures d'Espainc
i il avoit pris l'habit chez
es Recolets de la Province de
L\1mnlaculëc Conception en Gaice
,
& aprés avoir passé par
toutes les Charges
,
il avoic
esté élu General de l'Ordre
par son seulmérité. Il y a de
grandsprivilegesattachez à
cette dignité & entre-autres,
tous les honneurs de la Gran-
*defle.
(
, Dame Marie Charlotte de
Maillé est morte depuis peu de
jours. Elle estoit Veuve de Messire
René Barjot, Marquis de
Mou Aï, de Roncée ,&c.
Cette mort a esté suivie de
celle de Dame Marie de Bour- (
lon, Veuve de Messire Nicolas.
Lepagnol, Seigneur de Fontenay
& de Balainvilliers, Confeil-
1er du Roy, Maistre ordinaire :
enla Chambre des Comptes,
âgée de soixante-dix-huit ans. :
Elle estoit Soeur de feu de Mr
l'Evêque de Soissons.
Les morts subites continnënt. ;]
MrPajot, Evêque de Die, en est J
mort. Ilestoit Parent de feu Mr
1^
Je Chancelier Boucherat. Comv
me j'apprenscette mort dans le :
moment que je vous récris, je ne
uis encore vous en rien dire daimage.
On a eu la hardiesse de faire
ire ait Roy & à Monsieur le
)uc d'Orléans, des choses fort
efavantageufes sur la Noblesse
• eMrle Comte de Saint Pierre,
lui est attaché à Monsieur le
)uc d'Orléans. Ilyamêmeeu
ne Lettre ecrite, ou l'on avan- oit, que son Grand-Pere ( Ni-
61as Cartel , Seigneur de Saint
Pierre) estoit Taneur; que son
Pere (le Baron de Saint Pierre)
avoit acheté une Charge pour
l'exempter de. la taille; que Mr eMarquisde Saint Pierre, Fre-
•e du Comte ( qui a possedé la
Charge de Grand Bailly de Cocentin
vingt-septans) avoit esté
obligé de se défaire decette
(
Charge forcé à cela parla Nô-J
blesse du Pays qui luy avoit declaré
qu'elle ne vouloir point
avoir àsatelle .un homme de si
basse naissance;qu'il estoit vray
que Mr le Comte de Saint Pierreôc
Mrle Chevalier sonFrere,
Capitaine de Vaisseau
, avoient
esté faits Chevaliers de Malte,
mais que c'estoient des Chevaliers
degrace j que Mr le Marquis
de Saint Pierre avoit eflc
obligé depuis peu de payer la
Taxe des Francs-Fiefs,comme
possedantune Baronniesansêtre
Gentilhomme; enfin qu'ayant
esté inquieté par le Traitant
pour sa Noblesse
,
Mr l'Abbé
de Saint Pierre son Frere, pre- mierAumônier de Madame,
avoit fait fairede faux vitres de
tfsfoblefle, &-. qu'avec ces Titres
faux & un peu d'argent on avoir
appaisé le Traitant. Telestoit le
-contenu de laLettre. ;
v Si-tost que Mr le Comte de
Saint Pierre fut averti de cette
calomnie, & qu'on avoit pris
;fbin de la répandre sourdement
par toute la Cour
,
il alla avec la protection de Monsieur le
Duc d'Orléans, en demander
justiceau Roy. Sa Majesté, toûjoursjuste,
ordonna à Mr Daguesseau
de voir sesTitres de
Noblesse
ruet,irde les examiner à & deluy en rendre
compte. Il en a faitson rapport
au Roy le 26. de ce mois, jren a auffi- rendu compteà Màdamé,&
àMonsieur le Duc
<1Orléans.Ce1rapport a ëffcê
aussi avantageux à Mr le Comte
de Saint Pierre qu'il pouvoit le
souhaiter, puisqu'il ne desiroit
rien sinon que la verité fust connuë.
Son nom de familleestcastel,
de basse Normandie. Ses Ayeux
estoient en possession de leur
Noblesse dés 1359. II le justifie
par des Titresde ce temps-là.
Il en rapporte de consecutifs,
jusques a present. Il est vray
néanmoins qu'il n'a justicifié sa filiation
par Contrats de Mariage
,
Partages, & Actes équivalens,
que jusques en 1473 parce
que le Chasteau de Saint Pierre
qui estoit environné de fossez revêtus
avec Pont-levis, fut brûlé
dans le temps de la Ligue, par
les Ligueurs, enhaine
de
ce que
Nicolas Cartel
,
Seigneur de
: Saint Pierre, Grand-pere de Mr
ile Comte de Saint Pierre,tenoit
avec zele Se avec distinction le
dpaanrtsi du Royen ce Pays-là, &
cet incendie les pa piers de
t
sa Maison furent presque tous
( brûlez ou pillez avec ses meu-
| bles. Celaest Jufilhe parun Ar-
1. rest authentique de l'Echiquier
r de Normandie de 1593. qui aesté
j produiten Original.
Cette affairequi a estcésuscitéeà
Mr le Comte de Saint Pierre
, par la fausse Lettre, a fait
beaucoup de bruit à la Cour X
Paris, & sur tout en Normandie,
où cette Famille en fort connuë
& distinguée parmi la Noblesse.
Le mot de l'Enigme du mOisI
passé, estoit les Chenets. Ceux!
qui l'ont trouvé , sontMessieurs l
de Verneüildel'Holteldu Mai- «
-; ne: & le grand Barbe-à-rot de,
de l'Hostel de Dombes : Antier V
Perspecteur
, & Dupuis Mar- J
chand de la ruë de la Truandrie:
Bardée & son amy du Plessis, du®
Mans: de la Belliere, de C har- 1
tre ,
demeurant ruë de Bourbon, J
f
& l'aimable Damoiselle Theve- I
jnin: Laurent Revers de laMo- 1
fthe Imprimeur: Véronique fleur 1
".de la Plotte, de la ruë S. Se- f
vérin:L'OculisteAnglois,fej*-k
vant prés du Roy d'AngleterreL à Saint Germain en Laye: le £
petit Pigisde la ruë S. Antoine:
de Moncé aspirant aux bonnes
graces de Mademoiselle ChantereauChristalin
La-n;-lois:-
le jeuneGoudoüindel'isleNôtre-
Dame; l'Abbé de Bordeaux,
l'uë dela Harpe: Tamiriste &fa
famille,& le
Normand Languedocien
de la ruë de la Cerisaye
: le Joly Sourd, de Belle
ville sur Sablons: les Conviez
du grand Repas donné chez la
Damoiselle Saureau
, rue de la
Harpe, la veille de la S. Mattin
: le Beau Poizot de la rire du
Plastre & ses deux voisines: le
Novicede la ruë S. Thomas du
Louvre, proche la Galerie: le
grand DucdeMoscovie : la petite
Fanchon & la grosse Lolotte
de Fontainebleau:le Fortuné-
Breton du coin du Marché-neuf: le Chevalier de Champigny,&
leBaron son amy : le Comte de
Carainsi du mesme quartier r1
l'Amant confiant duCimetiere
S. André, & sa Nymphe de la
ruë des Petits Champs, l'un des
sept associez de la ruë Simonle
Franc: le Vicomte de la ruë des
deux Portes: les Eleves du Jeune
Procureur, du Quay des Augustins:
la belle sans Fard: Mademoiselle
Javotte jeune Muse, du
du coin de la ruë deRichelieu:
Mesdamoiselles Braier
,
de la
ruë de Seine & son amie:Saureau
de la ruë de la Harpe , 6c
le charmant petit Poupon de
Bretagne; la petite Dame de
Beauvais: la Charmante Gasset
l'aisnée, & son aimable bellesoeur,
leur bon amy & sa jalouse
petite femme de la ruë de la
Cossonnerie: la Bamboche, sujetteaux
migraines, & sa bellesoeur,
du coin de la ruë des
¡ Vieilles Etuves: la Charmante
Marie - Louise de Bonnaire de
Berthelot, fille de Mademoiselle
Bertille: la Brune du Signe de
la Croix, du Quay des Morfondus:
la Brune sujette aux migraines
sa bellesoeur:lePoulet
d'or: la plus belle des indifferentes
de la ruë de Seine: l'aimable
Bellard de Roüen : l'He.
roine de la Confiance, & la
belle In fortunée de la ruë S.
Martin: l'Incomparable Marie
le Maistre & sa fidelle compagne
Madamoiselle Balan de la
Villed'Epernayen Champagne,
& son intime amy du Mesnil : Estienne le Vacher, Enfant de
Choeur de S. Maurille d'Angers:
la belle Chapeliere du bas
de la ruë de la Harpe ,1a grande®
Saureau saconseillere , le noti-l
vel Abbé, & leur bonne amie:
PierreThibaut & Mr Blondel
de Laon: les deux jeunes soeurs|
la blonde & la brune de Poitiers:
Mastreck : Arthus Mathieu
: Duval: & le Grand Prevostd'Ageneat.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye, eÍt: de Mr Simarc.
ENIGME.
D*Vn
nombre infiny de parties
Vils excremens du genre humain
Inégalement oefofrties ;
&ibn corps eftcompofè parune habile
main, - •i Chei^
Qbexje sujetainjt que chezje Souverain.
Qn me voit occuper laplus auytflt
place,
ilfais par 1tn malheureux dessin,
pDelace ccomeble de gloire où J'fllage me
Je tombeenpeu ae temps , admire,
ma dJfgrdccJ
Au pouvoir d'un maifireodieux,
Qui pour tirer de moy quelque nouveaufervice,
Me livre augré de son caprice,
Aux tourmens les plusvigoureux:
Voicy des Vers qui ont eslé
mis en Air par un fort habile
Musicien.
AIR NOUVEAU.
CE rieftpoint en parlant de ses
peines cruelles
,
jQtion fait voir que l'on est un véritable
amant: P'ouslezjvous ejlreaimez,, aimé fi-
(tellement,
Cefi l'unique secret <£cftre cheri des
beliei.
Le23. decemois Mr l'Ambassadeur
d'Espagne se rendita S.
Germain en laye, & prefentaau
Roy d'Angleterre une Lettre du
Roy son Maistre, par laquelle
SaMajestéCatholiquereconnoît
cePrince pour Roy de la Grande
Bretagne. Ce jeune Monarque
dont les manieres le feroient
connoi stre pour ce qu'ilest en
effet, par ceux qui ne l'auroient
jamais vû
,
le &qui n'auroient nulconnoissance
de sa naissance
Royale, reçut cette Lettre avec
toute la joye qu'il devoit ressentir,
de se voir reconnu par un des
plus grands Monarques du monde
,& fit à Mr l'Ambassadeur
d'Espagne, non-seulement tout
l'accüei l que le Ministre d'un
grand Roy devoit attendre, mais
il y ajouta toutl'agrément que
merite la personne de cet Ambassadeur,
qui s'en faitesti mer,
& aimer dans toutes les Cours
ou il a esté envoyé ; c'est à dire
que son mérité cil: connu dans
beaucoup de Cours, puifqu'il
dpeouutszee vanterd'avoirtraitéavec
Testes couronnées.
Ce mesme Ambassadeur s'estant
rendu le 27. du même mois
à Versailles presentaau Roy,
Dom Pedro de Zuniga
,
Cheval
ier de de l'Ordre '-de Saint
Jacques, Frere du Duc de Bejar,
Grand d'Espagne, & Chevalier
de la Toison d'or,
Le Prince Spinola.
Le Comte de Otano.
Et Doiii Joan de Reart, fils
aîné du Comte de Santa Coloma.
- Le Roy leur fit tout l'accüeil
qu'ils avoient lieu d'en attendre.
Le Monarque dont ils font Sujets,
le rang qu'ils tiennent dans
ses Etats, leur mérité personnel ,
& le Ministre par qui ils estoient
presentez, ne pouvoient manquer
de leur attirer toutes les
considerations que l'on eut pour
eux. Mr l'Ambassadeur d'Espagne
a eu le plaisir de regaler
tous ceux de sa Nation qui sont
venus en France, ou pour saluer
le Roy, ou pour passer en Italie,
& en Flandres
,
ôc quoy que le
nombre en ait esté grand, & le
soit encore tous les jours, il les
a toûjourstraitez avec la même
magnificence.
Je vous parlay le mois pin.
de la Lettre que le Roy de Portugal
a fait écrire à Mr l'Ambassadeur
d'Espagnesur sa GrandetTe)
& de cel le que Mr le
GrandDue deToscane luyaécrit
aussi sur ce su jet sans que ce Ministre
luyeust jamais écrit. CÓ6
deux Lettres vous confirmeront
bien dans toute l'idée que vous
en avez déjà. Il n'en a pû refuser
la lecture à des personnes qui
font fort attachées à tout ce qui
le regarde Un de ses meilleurs
Amis qui entend bien le Portugais
& l'Italien
,
les a traduites
à la priere de deux Dames qui
prennent beaucoup de part à
tous les interests de ce digne
Ambassadeur. Je fuis persuadé
que vous les verrez avec plaisir
dans nostre langue.
Traduction d'une Lettre Portugaise,
écrite parord re du Roy
de Portugal à Mr le Marquis
de Castel dos Rios, Ambassa-
-
deur d'Espagne en France.
Exccllenti.fjîme Seigneur,
J'ay reçcu la lette de Vofire Exccllence
pour le Roy mon Maiste Je
Li portay sur l'heure à Sa Mûjrfté
,
E)le luy fust au/Iiayreable queVostre
Excellence le peut croire, connoissant
lyaffechonparticulière&ïeftime
sincere qu'elle d pour vofirepersonne.
Bile a vu avec un vray plaisir la
jufiice que Sa Majefié Catholique a
rendueà Vofire Excellence,enlefaisant
Grand £Espagne ) & dès que
le Roy.3 que Dieugarde
3
apprit que
Je Roy Tics-Chrcjlicn acceptoit le
TefiamcntdeQharles II. Sa Majeficparla
à Mrl'Ambassadeur de
France, & luy dit combien Elle feroit
ravie que le nouveau Roy Catoliqne
accordafi à Vofire Excellence
les honneurs gui efioient dits à son
merite tj-à/,-à-personne
,
& aux
grandes quaïïtez^ qui la difiinguent»
c.qw ce souvenir & cette bontése confcrveronttoujours
dans le Roy mon
maifire avec lamême vivacitépour
Vofire Excellence Je rriacquite avec
emprcffiment de l ordre quefay de l'en
affurer. Vofire Excellence sçaitavec
quelzele & quellesoumissîon je
fris,
De Vofire Excellence\
Le tres-humble& tresobéissantserviteur,
DomMendo DE Royos
PERECRA.
De Lisbonne le ig. 08. 1701.
Traduction de la Lettre de Mr
le Grand Duc de Toscane, à
Mr l'Ambassadeurd'Espagne,
'o ExcelÙnti.(simsSeigneur,
Comme tout ce qui efl une gloire
pour yofire Excellence efi un sujet
de jaye pour tous ceux qui connoif*
fent vofiie grand m-etite ; à combien
plus forte raison ne dois-je pasmen
réjouir par la connoijjance quo
fenay\&far/'amitiéquej'aypour
Vostre Excellence. Je ne fçauroisvous
exprimer avecquelContentement
fay appris le nouvel honneur
que le Roymon Seigneur, vient d'accorderà
VostreExcellence ) en vous
faisant Grandd);E'/pdgne de la premiere
Claffi. Cette nouvellenia estè
apprise d'unemanttre bienayreable>
farMadame (lArdenne)voftrc Qoufînerfort
diqneQatrmelite. S. M.conuoijjanttoutce
quevousavezmeritêa
voulu parcettejusticesaiveconnoïtre
commentilfçaura difpoferdefes grdces
royales. 7e menréjouis donc-de
tout mon coeuravec Vostre Excellence,
farl'affetlion qui me portera toûjours
à fonhaitertoutes fortesdyavantages
à vostre persônne & à vostre
famille. Je dots cette correspondance
à la cordialité avec laquelleje fç!'}
que Vofire Excellences'interesse dufis
tout ce qui me regarde, le souhaite
que Vojire Excellencejouifie longtempsde
cettefortune&duneplus
grande. le VaJJure de te/lime que je
conferveray toujours pour vofire Minifiere
&pourvofire Personne ; &
pourtoutes vosquahtez^difiinguées.
Jeftrtry ravi d'avoir des occasions de
vous rendreservice. le baise les mains
à Vofire Excellence.
Serviteur de Vofire Excellence3
MEDICIS.
A Florence le 9. Septembre 1071.
Je devois ajoûter au Journal
de Fontainebleau que leGouverneurde
ce Chasteauy a tenu une
bonne table pendant le sejour
que le Roy y a fait: qu'il s'est
tres-bien acquitté de tout ce qui
a regardé ses fonctions, & qu'il
s'est fait estimer, & aimer de
toute la Cour. Mr de Costé Contrôlleur des Bastimens ,
, a et4
l'avantage aussideplaireau Roy
& à toute la Cour,tantil s'est
sagement, & ponctuellementacquitté
de tout ce qui regarde son
employ.
r Je ne vous ay rien ditde l'ancien
appartement du Roy à Versailles
, devenu nouveau par les
changemens necessaires que Mr
Mansard y a fait faire, & les ornemens
qu'il y a faits ajoûter.
Quand on dira qu'on a fait un bel
appartement pour le Roy, on
; nesurprendra personne, mais on
c. doit admirer ceux qui d'un lieu
1 ingrat ont fait leplus beau lieu du
monde, ses glaces & les beaux
Tableaux du Roy y sont placez
dans les endroits qui leur viennent, con- & rien n'est plus beau
que lacornicheacompagnéed'une
Mosaïque qu'on y voitregner. Madame la Duchesse du Maine
n'estantpas encore rétablie
de ses dernieres couches, & étant
encore au lit
,
lorsque le Roy
revint de Sceaux, Sa Majesté
a esté luy rendre viGrc; & luytémoignersajoye
de ce qu'elle a mis un fecond Prince au monde.
Le Roy & la Reine Mere d'Angleterre sont venus voir le
Roy depuis son retour à Versailles
Sa Majestémit le jeune Roy d'Angleterre à sa droite ,& la Reine duire à sa gauche, pour les con- dans son cabinet,le Roy.
-
d'Angleterre en estant sorty
quelque temps aprés pour aller
faire ses vi fites,la Reinedemeura
prés d'une heure avec le Roy.
Elle estoit en mante , toutes
les Dames de sa suite en avoient
aussi
,
& les Officiersestoienten
long manteau. Le Roy d'Angleterrerenditaussi
visiteà MOIJ-,
seigneur leDauphin.
Mr d'Aligre Maistre des Requestes,
a eu l'agrément de la
Charge de President à Mortier
que possedoit feu Mr le President
de Crevecoeur. On ne peut avoir
plus de pieté
, ny mesme une vie,
plus exemplaire que ce nouveau
President. Il compte parmy
ses ayeuls des Gardes des Sceaux
& deux Chanceliers. Il a épousë
N. le Pelletier, fille de Mr le
Pelletier, Contrôlleur&Ministre
d'Etat. Mr le Chancelier
& Mr le Premier President
avoient rendu témoignage de
son merite à Sa Majesté avant
qu'il obtint l'agrément de la
Charge qu'il va remplir. Ce
nouveau President ayant esté remercier
Sa Majesté,le Roy luy
marqua le plaisir qu'il avoit de
luy faire cette grace , tant à cause
de Mr le Pelletier son beaupere,
qu'en con sideration de
sa famille, se (ouvenant tresbien
du Chancellier son grand
perëjôc de l'estime qu'il s'étoit
acquise. Mr le Pelletier
&esté remercier le Roy par l'esca
l ier secret. Ce Ministre ne
voulant recevoir des complimens
de personne
, & faisant
tout son plaisir d'une retraite
quineluy permet plus de penser
aux honneurs du monde.
Le Roy a accordé à Mr d' Argensonune
place de Maistre des
Requesteshonoraire,avec per":
mission de vendre sa Charge de
Maistre des Requestes. Ainsi il
pourra un jour parvenir à la
dignité de Conseillerd'Etat lorsqu'il
plaira au Roy de l'en honorer.
Quoy qu'il ait toûjours
également bien remply toutes
les fonctions de Maistre des Requestes
& de Lieutenant General
de Police, l'occupationque
donne cette dernicre est si gran- de, qu'il faut estreaussi labohorieux,
& avoir autant de vivacité
& de penetration que Mr
d'Argenson pour l'exercer avec
autant d'exactitude que ce digne
Magistrat a fait depuis qu'il en est
revêtu,sans qu'unaussigrand travaill'ait
empêché derendre bon
compte de toutes lesgrandesaffaires
qui luyontesté renvoyées.
Ayant à vous parler de la Maison
d'Aubusson
,
je croy vous
devoir dire d'abord que George
d'Aubusson fut créé premier
Comte dela Feüilladeen 1615.il
eutentre-autresenfans François
d'AubussonII.dunom,Comte de
la Feüillade, Capitaine- Lieutenant
des Chevaux-legers de la
Reine
,
& premier Chambellan
de Monsieur,Frere unique du
Roy. Il fut tué au Combat de
Castelnaud'arry.Ilavoit épousé
Isabeau Brachet, Dame de Peruse
, dont il eut Leon, Comte
de la Feüillade
,
Lieutenant de
Roy au Gouvernement d'Auvergne
, & Maréchal des Camps
»
& Armées de Sa Majesté, qui sur
tué au Siegede Lens, sans avoir
esté marie; Gabriel Comte de
la Feüillade,qui fut tué en Flandres
; Georges Evêque de Mets.,
Prince du Saint Empire, Commandeur
des Ordres du S. Esprit,
cy-devant Archevêque d'Embrun
,Ambassadeur pour Sa Majesté
à Venise
,
& en Espagne ; Paul, Chevalier de Malte
, tué
au Siege de Mardick; François
d'Aubusson Comte de la Feüillade,
qui en 1667. épousa Charlotte
Gouffier, Duchesse de
Roannez. Il fut fait la même
année Duc & Pair deFrance, &
en 1672 Colonel du Regiment
des Gardes Françoises
,
Maréchal
de France en 1675. & Gouverneur
de Dauphiné en 1681,
Il servit en Hongrie en 1664. &
eut grande part au gain de la Bataille
de Saint Godard, remportée
sur les Turcs. Il commanda
en Candie en 1668. & en Sicile,
où il fut Viceroy en 1677. Le
Pere du Mrle Maréchal Duc de
la Feuillade eut pour Frere,
Guillaume d'Aubusson qui épousa
Loüise de la Tremoille
,
dont
il eut Charlesd'Aubusson. Celuy-
cy prit alliance avec l'heritiere
de la Maison de Leaux. Il
en eut deux Filles, qui font Madame
laMarquife Doüairiere de
Monmege ,
qui n'a que deux
Fils fort jeunes encore & tres-
-bien faits, qui sont déja dans le
Service,&qui tousjeunes qu'ils
sont,promettent beaucoup. La
Soeur de Madame la Marquise
de Monmege est Madame de la
Ville-aux- Clercs, qui estant
Veuve de Mr le Comte de Monime
, a épousé Mr de Vertamon
de la Ville - aux - Clercs, Frere
de Mr l'Evêque de Pamiers.
La Genealogie de la Maison
d'Aubussonm'auroit mené trop
loin, si j'avois remontéjusqu'a
son origine pour vous en parler.
Elle est issuë de l'ancienne Maison
d'Aubusson de la Marche,
qui a donné un Cardinal Grand
Maistre de Rhodes,& des Evêques
anx Eglises de Limoges, de
Caliors,dè Carcassone,
de
Conserans,
de Tulles, & Mr l'Archevêqued'Embrun
, dont je
viensde vous parler. Turpio
d'Aubusson,Evêquede Limoges
en 803.estoit Fils du premier
Vicomted'Aubusson,&Freredc
Renaud, quiestoit Vicomte fous
SulpiceII.Comte dela Marche.
Mr le Duc de sa Feüillade, he.
ritier de tous ces grands noms, Chefde ectte grande &ancienne
maisonColonel duRegiment qui
porte le nom de la Feüiliade, &
Gouverneur de Dauphinéestoit
un parti fortconfidcrable ,&
d'autant plus recherché,quecelle
qu'il épouserois devoit avoir laqualitédeDucheiîe. Ce estd'une rang si grande diil:inEtion,
tIuel'honneurque les Duchclîes
ont-des'asseoir devant le Roy
peut aller de pair avec le privilège
qu'ont les Grands d'Edpagne
de secouvrir devant Sa Marjessé
Catholique. Mrle Duc de
de la Feüillade voulant choisir
par luy-même,&cherchant une
Filledu mérité &de la vertii de
de laquelle le fang & l'éducation
pussent l'aneurer, a jette
les yeux sur Mademoiselle de
Chamillart, Fille de Mr Chamillard,
Minière & Secretaire
d'Egal, & qui a le Département
de la Guerre, Contrôllenr
General des Finances, cy -devant
Intendant de Justice &: Police
en Normandie
,
& ensuite
Intendant des Finances. Toute
l'Europe estoit persuadée qu'aprés
la mort de MrColbert,
& de Mr de Louvois
3 on ne
veroit point en France deux
deux hommes qui pussent rem--
plir leurs places; & cependant
Sa Majesté a trouvé en Mr de
Chamillart un Ministre capable
de les remplir l'une & l'autre.
On peut dire qu'il est impossible
que le Roy se trompe jamaisdans
le choix des personnes
qu'il nomme pour exercer ces
grands Emplois,puisqne depuis
plus de quarante années que ce
Prince gouverne seul,il a formétous
ceux qui les ont remplis,
&: dont la pluspart n'avoient
pas la premiere teinture
de ce qu'il estoit necessaire de
sçavoir, ayant esté élevez dans
des fonctions de Judicature entièrementopposées
à celles, que
fous le Roy
>
ils ont si bien exercées
,
mesme dans les temps
les plus difficiles. Ce qu'il y
: de glorieux pour Mrde Chamillare,
c'est que le Roy ne luy
a donné le Département de la
Guerre, qu'après avoir connu
dcquoy il estoit capable par l'administration
des grands Emplois
qu illuy avoit confiez, 8equ'aine
l'ayant veu deplus prés dans ses
Conseils
,
connoissant son esprit
, ses manieres d'agir, sa
probité & sa douceur; il sçavoin
mieux de quelle maniere il s'acquitterojt
de tout ce que doit
faireunSecretaire d' Etat quia le
Département de la guerre. Ainsi
Mt le DUC de la Feüilladejugeant
parl'esprit, par la sagessede
Mr de Chamillart
>
&par lamodeftiedeMadamede
Chamillart
dans la plus haute fortune,combien
il auroit de satisfaction en
épousant une Fille sortied'un
sangsi sage & si estimé, a obtenu
du Roy l'agrément qu'illuy
a demandé pour ce Mariage,&
a épousé Mademoiselléde Chamjllart.,
lorsqu'elle sortoit du
Convent où elle a esté élevée:
Elle est grande, bien faite
, &
a soûtenu avec autant d'esprit.
que de modestie, & sans paroître
embaraifée, tous les honneurs
qu'elle a reçus. Elle a estécon.
duite au souper du Roy par Madame
la Ouchesse du Lude, & elle
y a prisson rang de Duchesse.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
, & Monseigneur le Duc
de Berry luy ont fait l'honneur
de luv rendre visite
>
Madame
de Chamillart les a reçus au haut
de l'escalier & les a conduits
dans
dans l'appartement de cette
nouvelle Duchesse, qui,aussi
bienque Mr &: Madame deChamillart,
a reçu des complimens
de toute la Cour sur son Mariage.
Madame laDuchesse de Loreaine
est accouchée à huit mois
d'une Princesse qui est morte
cinq jours après estre venuë au
monde. Mr le President Malieii
>
Envoyé de Lorraine, a
-
fait part de cette nouvelle à la
Cour. Cette Princesse n'dstant
pas moins considerée par son mérite
& par sa bonténaturelle p9~fanai~nce, il que n'y a personnequi
ne souhaitte de voi r
ses souhaits remplis.
On a reçu des nouvelles du
Mexique toutes confraires aux
bruits que l'onavoitfait courir,
puisque l'on apprend par ces nouvelles que le Viçeroy
,
les
personnes dedistinction du païs,
& les Peuples ont en tant de
joye de l'élévation de Monseigneur
le Duc d' Anjou sur le
Trône d'Espagne, qu'ilsl'ont
proclamé Royavec des acclamations
qui vont au dela de tout
ce qu'on peut imaginer. Ilsont
fait de grandes festes qui leur
ontcoûtédefort grosses (omtnei"
se persuadant qu'avec la protection
du Roy Tres-Chrestien,
leurrepos ne pourra plusestre
troublé par aucune Puissance
Ce que je vous ay déjà dit
de la Reined'Espagne,vous fait
attendre sans doute avec impatience
que je reprenne cet article.
Cette Princesse arriva à
Salses le 31 du mois passé
,
le
Commandant de la Province, l'Intendant, la Noblesse, & les
principaux Officiers de la Ville
allerent au devant d'elle.On
tira tout le canon de la Ville,
;, l{. de la Citadelle,& il n'y eut
- pointd'autrecerémonie ,parce
-<¡ne passant inc°g,:uto, elle ne voulut
point recevoir de Harangues.
Sa Majesté allaun moment
après son arrivée entendre
laMesseàl'EgliseS. Jean.L'affluence
y fut grande, & tous
ceux qui s'y trouvèrent 3 eurent,
la satisfaction de la voir. Elle
dîna le mesme jour en public.
Le lendemain Feste de tous les
Saints, elle fit ses dévotions dans
une Chapelle qu'on dressa dans
son cabinet,en lamaisonduCommandant
de la Province où elle
iogeoic. Elle dîna encore enfuire
en public,& la plus grande
partiedesDames de la Ville eurent
l'honneur de la voir pendanr
ce repas, & de luy baiser
la main,lors qu'elle sur rentrée
dans sa Chambre. Sa Majestéentendit
Vespres l'apresdinée du
mesme jour à S.Sal vador
, où
toutes les Dames se trouvèrent. Elles'enfermaensuite, & ne laissa
entrer que quelques-unes
d'entr'elles à qui elle fit beaucoup
d'hopneur par ces marques
de distinstion. Cette Princesse
soupaen particulier, & partit le
lendemain jour des Morts sur les
dixheures du matin pour se ren- dre au, Boulou. Je crois devoir
ajoutericicequ'uneDamed'une
qualité distinguée, qui estoit à
Salses,écrit à Paris à une de (es
parentes. Elle ditenparlant de
cette Princesse. Elle a infiniment
de l'esprit, elle efi très- bien fait?
&f.iy remarque que parmi plusieurs
Demoisellesquifont icy du même âge*
ily en a plusieurs qui ne font paf si
grandes quë Sa Majefié
, & qu'il
ny en. a aucune qui la fait divantage,
Elle efifort blanche
,
elle a les
cheveuxfortlongs&engrande quan-
J'ité, elle efi toute remplie d'agréé
mens, & de majefiés &paroisitrèspropre
4faite le bonheur du Roy son
Epoux
J
& des Peuplasurlesquels
elle regnera. tà Madame la
Princesse des Ursins
y comme elle'efi
connue ehFrance ,je ne vous diray
tien deson meritc-, bien quelle en ait
infniment; mais je vous diray que
rien ne peut égalerl'extrêmeapplication
quelle a pour toutes choyés.
Hlle remplit sa Charge divinement,
elle ri"obmetrien despluspetitsfoins,
non plus queceux quifont de laplus
grande consequence. Elle 7nafait
l'honneur de me parler sur plusieurs
chosesparlefquellesellemafaitconnoiftrel*
étendue deson esprit &desa
vigilance.
La Reine trouva au Bou lou la
Maison que le Royd'Espagne
avoit envoyée au devantd'Elle.
Il y avoit un grand nombre de
Dames Espagnoles toutes tresmagnifiquement
vétuës, & quelques
Menines tres-bien faites.
HUes attendoient la Reine au
haut de l'escalier de la Maison
où Sa Majeste devoit loger. Elles
mirent toutes un genoüil en
terre, & la Reine levr donna sa
main à baiser. Sa Majesté entra
dans sa Chambre, 8c toutes les
Dames demeurerent dans l'Antic
hambre. On- servit un dîner
à l'Espagnole. Les Officiers a pportèrent
les plats jusqu'àl'antichambre
ou les Dames les prenoient
pour fcrvir la Reine. Sa
Majesté n'estans pas encore faite
au goust Espagnol,n'enmangea
point. On servitensuite les plats
d'un repas que Mr le Comte
d'Albaret avoir fait préparer, quiestoitaussi exquis quemagnifique.
La Reine en mangea, &
les Dames qui avoient eu l'honneur
de la servir, prositèrent du
reste. Le fruit fut magnifique
les Damescurentbien de la pci-,
ne à te porter, & le pillerent
après l'avoir desservi. Mr le
Marquis de Castel Rodriguedie
Mr le Comte d'Albaret
,
qu'il
falloit qu'il donnast à souper à
la Reine, & aux Dames , & il
eut l' honneur de leur en donner
La Reine partit le lendemain
matin troisiéme de ce mois, &
allacoucher à la Jonquiereou
elle prit un habit Espagnol. On
trouva que cet habit ne diminuoit
rien de sa grace & de
sa beauté. Sa Majesté monta
dans la magnifique litiere que le
Roy d'Espagne luy avoit envoyée.
Elleestoit de velours
rouge cramoisi
,
enrichy de galons
d'or par le dedans & par le
dehors , & toUX ce qui auroit dû
- paroistre de bois,estoit 'garlY'
d'argent. Elle rencontra le Roy
à l'Hostalnou. Il s'approchade
la Liriereincognito, &s'adressant
à Madame la Princesse des Urfins,
il luy dit, qu'il venoit de sa
part du RoyfnMaifire
,
pourfçavir
comment la Reinefcportoit3 &feelle
arriveroit bien - tofi Madame la.
Princesse desUrlinsluy demanda
s'il estoit François. Il répondit
qUe.non qu.ilefioit Espagnoly
& j'appelloit Dom Philippe. La
Reine le reconnut, &. voulut se
jetter hors de la Litiere
,
mais
le Roy ne le voulut pas. Illuy
donna la main dans sa Litiere , &
baisa cel le de la Reine. Il fut un
quart d'heure auprès d'elle à:
cheval, aprèsquoy il prit le devant
pour se rendreà Figuieres
ou il changead'habit, & en prit
un de ceremonie. Lorsqu'il fut
averti que la Reine arrîvoit, il
il alla l'attendreau bout de l'escalier
, & lamena dans sa c hambre,
elle voulut ie jetter à genoux
, il l'embrassa, & la releva
, a prèsquoy il alla attendre
cette Princesseà l'Egl ise,accompagné
de trois Grands d'Espagne
seulement, les autres n'y
estant pasallez, non plus que les
Ambassadeurs, à cause de quelques
difficultezquiregardoient
le cérémonial. La Reine vint
'allOE-roil: seule dans son carrosse,
& le Roy alla au devant d'elle
à la porte de l'Eglise, ou le Patriarche
des Indes se trouva
pour presenter l'Eau-benite à
Leurs Majestez. Il demanda en- - fuite au Roy, s'il vouloit pour
fin YLpoufe la Princcffc de Savoye
pilleduDucJe , Sxvoye, dont il
dit tous les Titres. Le Roy répondit
; Si, & cemot fut répété
par tout le Peuple. Le Patriarche
en dit autant à la Reine, &
les mêmes choses le pa fférent.
Le Patriarche lut ensuite de
quelle maniere le Mariage s'étoit
fait à Turin, &, ensuite
Leurs Majestez s'approchèrent
del'Autel, ou on leur avoit
dressé des estrades avec des carreaux
,
sur lesquels elles semirent
à genoux , & le Patriarche
des Indes leur donna la Bénédiction.
Leurg Majestez montérent
ensuite en Carrosseensemble.
Quand elles furent arrivées au
lieu qui leur servoit de Palais,
le Roy accompagna la Reine
dans sa Chambre ou il demeura.
Ce Princeavoit dit qu'il dîneroi
t en public,-mais il envoya
dire aux Grands qu'il mangeroit
avec la Reine, de l'espritde laquelle
il parue charmé.. Leurs
Majestez sejournérent le 4. à
Figuieres
,
&. en partirent le 5*
pour se rendre à Gironne. Tous
les Grands Epagiie ont paru
avec des équipages magnifiques.
Ils avoient au moins chacun
vingt personnes de livrée à leur
fuite, donc les habits estoient
tous couverts de galond'or &
d'argent Les habits des Gardes
du Roy furent trouveztres-pro
près, & même magnifiques. "J
Mr le Marquis de Louville,
Chef des François de la Maison.
du Roy d Espagne, & qui a apport
t au Roy la nouvelle de la
consommation du mariage de Sa
M. C. a donné dese partàMadame
sa Nourrice une bague d'un
beau diamant brillant
de
la valeur
de cinq à six cens pistoles
Il estoit enfermé dans boeste une
,
dont le dess'tis, où il y
avoit, Pourma Nourrice, estoit
écrit de la main de Sa Majesté.
Ce Marquis luy a aussi apporté
l'argent de sa pension qui estoit
échue. Il
s'est
glisse une faute
dans ma Lettre du mois passé à
l'endroit ou je vous marque que
MrleMarquisd'Ernonville aeu
sixcenslivres de pension de S.M.
Catholique; j'aycrû avoir dit
six mille.
Mr l'Ambassadeurd'Espagne
après avoir presenté au Roy &
auxPersonnes Royalesles Espa-r
gnols de distinction nouveaux
venus, qui sont icy, leura donné
une magnifiquefeste, ouTe
font trouvez Mr le Nonce, Mr
J'A mba ssadeur de Venise, Mr
l'Evêque de Conferans, Mr le
Marquis de Valdefuentes,Mr l'Envoyé d'Espagne, Mr de Louville,
Mr le Comte de Morta-
: gne, Mr le Comte de S. Esteven&
beaucoup d'autres sonnes de per- consideration Deux
tables de douze couverts chacune
ont esté servies en même
temps ,
& avec autant d'ordre
& de propreté que de délicatesse
& de magnificence. Le fruit
sur tout, yaesté admiré, & les
plus excellentes liqueurs yont
esté prodiguées. Ce Ministreen
a usédemême pour tout ce
grand nombre de Sujets de distinction
deSa Majesté Catholique
, qui sont venus icy depuis
la réünion des deux Couronnes.
Personne n'a plus degoust que
luy pour de pareilles festes,
î& personne ne s'en embarasse
moins. Mr l'Ambassadeur deSavoye
y efloit inv ité, & ne put
pas s'y trouver.
Vous attendez que je vous parle du décampement del'Arméedes
Alliez en Italie, vous
avez raison & le Conseil de
guerre dans lequel cedécampement
a estéresolu, a paru si sage,
& si judicieux, que vous avez dû
apprendre avec plaisir les salutaires
effets d'une conduite si
prudente.
Ceux qui ne regardent jamais
rien du bon costé, qui parlent
de toutavecpassion, qui ne {ça.
vent l'estat deschoses que superficiellement,
& qui raisonnent
sans estre instruits à fond, auront
peut-être de la peine à entrer
d'abord dans une veritéaussi
constante que celle que je viens
d'avancer, mais ils en seront
bien-tostconvaincus, pour peu
qu'ils fassentreflexion, que quoy
que nous parussionsobstinez à ne
vouloir pas décamper avant les
Ennemis, s'estoituneobstination
politique Les Ennemis ne pouvoient
décamper,parce qu'ils
n'avoient point d'endroits ou ils
pussent prendre des quartiers
d'hiver. D'ailleurs, ils ne pouvoient
sortir de leur Camp qu'en
défilant devant nous, &ainsi
ilsn'ont point décampé, parce
qu'ils ne pouvoient le faire; de
sorte que nous les avons fait souffrir
dans leur Camp, tant que
nous avons pû rester dans le
nostre, sans estte exposez aux
incommoditez que nostre presence
,
qui les resserroit, les
obligeoit d'endurer;maisquand
la mauvaisesaison a commencé à
se faire sentir, 8t à nous faire
connoistre qu'en gardant plus
longtemps nostre Camp,les maladies
nous emporteroient beaucoup
de monde, nous avons cru
que pour sauver lavie à de braves
Troupes, & peut-estre à
quantité d'Officiers de confidcration,
nous devions décamper, puisqu'il nous estoit facile delç
faire sans rien craindre en quittant
nôtre Camp,&puisquenous
avions beaucou pplusde lieuxque
nous n'enavions besoin pour mer--i
tre nos Troupes à couvert, 6c*
dans des pays où toutes choses
se trouvent en abondance Lasi
politique auroit esté mauvaise,
< de perir pourfaire perir son en- -
nemi; il faut luy
faire
du ma II
sans s'en faire à soy-même, & ;
les Allemans ne souhaitoient j
rien tant que de nous voirobstinez
à demeurer dans nostre )
Camp
, parce qu'avec le temps
ils auroienteu le plaisir de nous
voir souffrir autant qu'eux, au
lieu qu'endécampant nous les
avons laissez exposez aux injure.
du temps ,
dont nous nous
sommes garantis. Ce que j'avance
est si veritable
, que le Camp
que nous avons quitté (c trouva
le lendemaincouvert de trois
pieds de nege. D'ailleurs, nos
;Troupes estoient en si bonne situation
, & craignoient (i peu
les Ennemis, qu'elles les ont
comme défiez en se retirant,
ayant décampé en ordre de bataille
, & avec tout l'appareil
que demande la fiertédesTroupes
qui n'apprehendent rien ; &:
pour mieux faire voir aux Ennemis
quenous décampions, &C ne
rien changer à l'usage ordinaire
des décam pemens, nous avons
mis le feu a nostre Camp pour éclairernostre marche, ce qui a
dû redoubler le chagrin des Ennemis
que nous laissionsfort mal à leur aise. Ce décampement
doit de plus nous estre avantageux,
si les Venitiens tiennent
çe. qu'ils ont dit en plein Senat
à l'Ambassadeur de l'Empereur,
& à celuy d'Espagne, sçavoir
,
que la Republique les prioit décrire
à leurs Maifires pour les priet de
rether leurs Troupes+{mon qu'eUe.'
protefioitquelleferait contrainte de
se declarer contre celle des deux At'
mées qui refuferoit de fortif de ses
Etats, & quellesejoindroit à celle
quiy consentiroit. Sije doutois que
les Venitiens tinssent leur parole,
on auroit lieu de me faire un
crime de mon doutq* Ainsi les
Alliez ayant décampé sur ce fondement,
& sur la parole d'une
fage Republique, donnée en
plein Senat, & sur laquelle toute
l'Europe fait attention > il
faut necessairement, ou que
cette sageRepublique manque
parole, ce qui
n'est
pas permis
de croire, ou que le decampement
de l'Armée des Alliez,
oblige les Venitiens à joindre
leurs trou pes à celles de l'Armée
des deux Couronnes,pour
chasser les Allemans de tous
les Postesquiappartiennentaux
Venitiens; & comme le repos
de l'Italie dépend de l'execution
de cette parole, elle a les
yeux ouverts sur les démarches
des Venitiens
»
dont elle attend
le fruit & son repos avec impatience,
se persuadant que le
calme de l'Italie dépend de là,
non-seulemeut pour le reste de
cet hyver, mais mesmes pour
tes années suivantes. Les Venitiens
font heureux dans leur
malheur d'avoir l'avantage de
de pouvoir rendre le calme à
l'Italie.
La Relation qui suit, vous a pprendra
ce qui s'estpasséau decampement
de l'Armée des Alliez
en Italie.
Du Camp de Soricina le 17.
Novembre.
Eitjin) nom femmes horsduCamp
àVraçp. Le nàtr-jisheures après
midy, on donna ardre aux équipages
de charger, & de pafferincessammentl'Oglio.
Comme on ne j'y
attendait point, on ne commenç 1 à
passi? que vers la nuit, dés que le
tout fut au delà de la riviereJ les
troupeslapasserentaufjî,&iln'en
rcftoit aucune dans le Camp à la
pointe du jour. Celles qui estoient
campées à. Cal7,0 depuis long-temps
ne remuèrent point. On lesaugmenta
de quatre Bataillons de la Brigade
de la Marine, & de deux Regimens
de Dragons de Lautrec &
de VerliC. Le refle de Armée campa
a Piumexrngo, la gauche appuyée
à Calzo3 d"" la droite vers Le
TourPalavicin, Les Ennemiscommencèrent
à se montrer dans le Camp
que nous venions d'abandonner. Le
11
,
sur les neuf heures, ils firent
venir du c*non sur les hauteurs au
borddet'ogi.a, & commencèrent à
tirer vers les onze heures
y
sur les
Troupes du petit Camp , quoy qu'il
y eufi rfjfez^ IOill) & que le terrain
où efoientJleur.s pieces 'n1e fujl au p-.us que de Jsfiveau a celuy que
nous occupions. ils nous tinrent
à toute volée, & tuerent
environ douie fildd,tJ
, en trois
heuresdetemps qu'ilsempiloyerent
fauter inutilement de la poudre, &
à faire ranüer leurs troupes dans le
Camp que nous occupions la veille.
Sur le, deux heures on les viten plus
yandnombreàportee du guéde l'Oglio
au delà d'Urago. Mt le M:lre!-
chai de Catmats'avança pour les
voir de plus prés3 la riviere toujours
entre-deux, & mit pied à
terre auprès d'un petit retranchement
que ton avoitfait ily Avoit
long-temps à coftèdu débouchéde ce gué.Il regardait avec des Lunettes
d'approche, lorsquil fut blessé
au bras gauche d'un coup de fusil
qui luy perça le bras un peu au- »
déssus du Poignet, sans offenser ny
les
les nerfs. Le mcfmecoup luyfit une
contusîonaffez^confiderabte au dejfotis
du coftè gallcht, qui luy fit dans le
momentplus de mal que le coup du
bras. L'un & l'autre ne feront rien. il n"4 point quitte l"Armee. illa
fait en Chaisesnous Vejcoriames hier
icys il se portoit fort bien.
La Canonnade finie, les Ennemis
retirèrent leur Canon & leurs
, Troupes. Quelques Braves essayerent
de paffer la riviere,on les ramena
jusqu'à l'autre cofte
,
quils regagnerentvifte.
La nuitsepassatranquillementy&
futtrès-frofirdoede. iIllggeelldd
très-fort
Le 14. on battit la generale à la'
pointe dujour,Lepetit Campfitïarriere-
garde, il efioit compose de là
Brigade de la Manne ,
de celle de
Galmoy
, & de trois Reçimcns de
Dragons. L'Armhemarcha à une
heure de jour. Pour nous, nous ne
nous ébranlâmes qu'entre neuf &
dix. Les Ennemis nous vinrent regarder.
Nousvinfmescamperà Luvignano
, qui efientre Sorricina &
Pizgigbitone. Vn Capitaine de
Cavalerie du Regiment de Curlandon
nommé Dauton
,
fut tué lefoir
même au fourage.
Le 13. à la pointedujourlaterre
efioit couverte de nege, il avoit esiè
dit à l'ordre que l'on marcberoit, les
avis furent dijferens dans le Confeit
de guerre ,
enfin celuy d'entrer dans
des quartiers defourage,l'emporta*
Le temps affreux quilfaifait> achevay
dit on, de déterminer nos Générau.
On marcha donc asez, tard,
chacun dans le quartier qui luyavoit
ejiè destiné. Nousfommestombez^ayec
; -
tous les Généraux des Troupes) O*
l'Artillerie de Savoye
s
les Brigades
de Sault, & de Galmoy, deux Brigadesde
Cavalerie
, Verac & nous
dans Sorrecina. Cest un Bourg aulli
grand que Mets, rempli de toutes
fortes de biens. Lesautres quartiers
fontCafteImarano
3
Trigolo, Fie/cr:>
Caayqci-leone & quelques autres.
Mrs lrs Marquis de Crequi
,
de
Vtllarsy & de Praçpntal en commandent
chacun en.
Le ié. on travailla à s'établir chacun
dans son quartier.
¡ Le bruit qui avoit couru que
les Ennemis avoient fait un mouvement
pour passer l'Oglio, s'etf
trouvé faux; ils ont connu qu'il
leur auroit esté inutile d'y chercher
des quartiers d'hiver.Comme
nous voulons conserver le
Mantoüan
Jo
nostreArmée accompagnée
des Troupes de Savoye,
qui ne cantonnoient pas
fore loin d'elle, a quitté Sorecina,
& Mrde Crequi a conduit
l'Avant-garde droit dans le
Mantoüan
,
estant couvert de la
Chiesa&del'Oglio. Mr le Maréchal
de Catinat conduira un
autre Cotps àmesure que l'onen
aura besoin. Mr le Maréchal de
Villeroy formera l' Arriere-garde,
&Mr le Prince de Vaudedemont
refiera à la garde du Milanois.
Peut-estre que les mouvemens
dont je vous parle auront
esté faits lorsque vous recevrez
ma Lettre; on se serareglé
sur ceux desA llemans: ce qu'il y
a d'assuré
,
c'est que l'Armée des
Alliez peut estre jointe en lut
heures de temps, & que les En:"-
nemis ne peuventsurprendre aucun
de ses quartiers, puisqu'il
leurfaut beaucoup plus de temps
pour leur marche ,
qui ne peut
estre cachée, qu'il n'en faut aux
Alliez pour s'assembler &: aller
au devant d'eux. Cela détruit le
raisonnement de ceux qui ont
parlé sur le décampement,
Le malheur des partis Allemans
a continué pendant tout
le mois, & s'ils ont euquelque
dpeertaitblaevsantage des pertes consiarrrivées
presque dans
le même temps, leur ont empêché
de s'en appercevoir. Ils
avoient pris quelques Chevaux
de vivre , allant à Cremone ;
mais ce gain leur causa une perte
beaucoup plus considerable
,
car Mr de Pracontal en ayant en
avis prit de si justes mesures
qu'illeur enleva non-seulement
tout le butin dont ils s'estoient
emparez, mais qu'il fit vingtcinq
prisonniers
,
& prir cinquante
chevaux. Les'ennemis eurent
trente hommes tuez en cette
occasion Quelques jours après
Mr le Comte de Tessé
,
qui les a
desolez depuis deux mois, par
les partis qu'il a envoyé à propos
, ayant esté bien servi par
ses Espions
,
fit surprendre entre
Peschiera, & Verone un Convoy
de quinze cens sacs de farine
,
-& quatre mille outils à remuer
la terre, on enleva une
partie de ce Convoy, & l'on
jetta dans la riviere tout ce qoe
l'on ne put emporter. Lemême
Comte à fait entrer des Troupesdans
Canette, dans Bozzolo,.
& dans Sabionette
, ce qui n'a
pas moins surpris que chagriné
les Ennemis,ce coupayant rompu
leurs mesures pour l'execution
de quelques proj ts donc
ils tenoientsuccés assuré.
Vous avez scù que toutceque
l'on avoit publié des Espagnols
enlevez au deça de
l)Adda,aellé,
reduit à tres-peu de chose
,
&
qu'ils se font si bien défendus,
que les Impériaux n'ont pû se
rendre maistres du Poste où ils
lesont attaquez; ainsi ils n'ont.
pas esté tous surpris
, & ceux
qui se sont défendus ont vangé
ceux qui ne se sont pas trouvez
en estac de se
défendre.
M~ l'Electeur de Cologne
vient de faire une action, dont
la prudence pourra éloigner la,
guerre, &. dont les Sujets, U,
même toutel'Europe doivent
luyavoir obligation. LesHol-
Jandois faisoient marcher selze
Bataillons pour entrer dans Lie.
ge ; & commeils ont armé les
premiers dans le dessein d'entrer
en guerre, qu'ils ont fait des
propositions qui tendent a l'allumer,
puis qu'elles ne peuvent
leur estre accordées
, & qu'il
ont faitdesTraitez quine peuvent
estre executez sans mettre
toute l'Europe en feu, il n'y.a
point à douter que s'ils avoient
esté maistres de Liege, ils auroient
plêtost commencéla guerreàlaquelleilssepréparent
depuis uneannée: ainsiMr
l'Electeur de Cologne a sagementfait
lors qu'ilaoffertde
recevoir des Troupes du Cercle
de Bourgogne dans la Citadelle
de Liege. Elles y entrérent
le 13 fous les ordres de M1
le Marquis de Montrevel, Lieutenant
Général. Voici une Lettre
qui luya esté écrite sur cè<'
sujetparMrl'Electeurde Cologne.
7e vous fuis tres-sensiblement
obligé3 Mcnfieur, de la diligence ex-,
traordniaire que vous avexjtpportêe
pourexecuter ce dontje vous priois
par ma derniere Lettre, & je ne
11Jdnqueraypasd'en témoignerauRoy
vostre Maistre majufie fatisfaciion.
Je vous recommandecependant de
vouloir bienfaire observer par les
Troupes quifontfous vofiie Commandement
, une bonne discipline, t5
dempefcher que les Bourgeois de m4
Cité de Liegl, & mes autres Sjïjets
nenfoientmolefiez^y ayantpour
eux tous une veritable affeclion paternelie,
dontje cherche a leur don.
nerdes marques en toute-rencontre,
& principalement dans cette der.
niere
3
où il j'agieoit de procurer
par là leurJemeté& confcrvation*
C'tji ce queje fuis persuadé que
vousferez,en toute exactitude, & en
attendant je ftiJ) Monsieur, tres-
'tIcrit"blemeut tout a vous 3
Estoit (igné
JOSÉPH-CLEMENT, Ele&eur.
A Bonnce 14. Novembre1701.
Jr Les Liegeois, par le moyen
des troupes qu'ils ont fait entrer
dans leur Citadelle, sonta cou. vert desinsultes que l'on pour- roit leur faire du costé du bas
¡. Rhin & de la Meuse
, & pourgreosientmesme
avoirdes avanta- de ce cossé. là sur ceux qui
vIoudraient les inquieter. Lesvingt-cinqVaisseaux Anglois
& Hollandois qui estoient allez croiferau devant de la flote
de la nouveleEspagne,&qui sont
de retour à Spithead
, ont esté
tellement maltraitez de la tempeste,
que la moitié des équipages
a pery par la démâture. Ces
bastimens font dans un si deplorable
estat, qu'il faudroit les
refaire presque entieremenc
pour en tirer quelque service.
La consternation de ceux qui
prennent parc à ce malheur, efl
d'autant plus grande, qu'ils font - persuadez qu'on a lieu de croire
que nonobstant la paix, ils auroient
enlevé la Flote, au devantde
laquelle ils efloient allez,
s'ils l'avoient rencontrée,
&qu'ils n'auroient pas sujet de
se plaindre,si après avoir laissé
connoistre ce dessein & l'avoir
manqué, & après avoir fait un
Traité d'Alliance qui ne peut
produire que la Guerre, puis
qu'il effc hors devray-semblance
que l'Espagne leur accorde ce
qu'ils demandent par ce Trai..
té , on gardoit les effets qu'ils
ont sur la Flote qu'ils vouloienc
enlever
,
& dont on est en droic
de se saisir. Ce n'en: pas à moy
à
à raisonner là-dessus, & je ne
dois ny me mêler de deviner,
ny de dire ce que l'on fera ou ce
quel'ondoitfaireVoila le fait
tel qu'il est connu de tout le
monde,je le raporte & je me tais.
Sa Majesté Britannique estant
partie de Hollande, dans le dessein
de faire consentir le Parlement
d'Angleterre à la déclaration
de guerre que ce Monarque
avoit résoluë
, eut une conversation
particulière avec l'Orateur
pour tâcher de sçavoir de
luy les intentions de ce Parlement.
Il aprit qu'elles ne feroient
pas favorables à ses projets. Il
voulut pressentir d'autres Membres,
dont il ne fut pas plus satisfait.
On luy dit qu'il n'e fto i t
point de l'interest de la Nation
que l'Angleterre entrast en
guere sans aucune cause legitime
; que quoy qu'on eust reconnu
en France que le Prince de
Galles estoit héritier du feu Roy
son Pere, & qu'il fuccedoit àses
droits, l'Angleterre ne devoit
pas pour cela se charger d'une
guerre qui couteroit infiniment
a ses Peuples, & dont elle ne
tireroit aucun fruit, que veritablement
on avoit presenté des
Adresses à Sa Majesté contre
cette reconnoissance faite en France; mais que ce n'estoit que
pour luy faire voir qu'elle feroit
secouruë de toute la Nation, en
cas qu'elle fust attaquée en consequence
decette reconnoinance
Il court même un livre dans
Londres, qui prouve que cette
reconnoi ssance n'est pas un su jet
de guerre. Le Roy d'A ngleterre
n'estant pas satisfait d'apprendre
que le Parlement n'embrasseroitpas
le parti de la guerre,
tintaussi-tost Conseil d'Etat,
pour déliberers'ille casserois
pour en convoquer un autre
Presque tous les Membres due
Conseille sontoposezà la cassation
du Parlement. Milord Godolfin
s'y estfort opposé.On adit
au Roy qu'ons'étoittrompé l'année
derniere en suivant les mêmes
maximes, & qu'on avoit toûjours
remarqué que lors qu'on
cassoit un Parlement pour en
convoquer un autre ,
le nouveau
ne setrouvoit pas plus favorable
que le precedent,&que dans la
situation ou estoient lesaffaires,
une prompteassembléedu Parlement
estoit necessaire, & que
quelque resolution qu'on y prist,
elle seroit plusavantageuse à la
Nation,que l'état incertain&tumultueux,
ou causedes brigues,
elle alloit demeurer pendant
la plus grande partie de l'hiver.
Tout cela n'a point ébranlé le
Roy d'Angleterre, ilveut un
Parlementqui consente a la guerre,
& dans l'esperance d'en trouver
un, il vient de casser le dernier
convoqué.MilordGodolsin
a paru si chagrin de ce procedé,
qu'ils'est démis sur l'heure de
toutes ses charges, & estparti
pour sa Maison deCampagne,
plusieurs Seigneursl'ont imité,
& le Comte Marleborougquiest
resté en Hollande, a marqué un
extrêmechagrinlorsqu'il aappris
que le Parlement estoit cassé.
Les Membres du Parlement
quine subsiste: plus, ont auffiion:
pris la poste pour se rendre
dans les Provinces dont ils ont
eules suffrages ,afin d'obtenir,
s'il leur est possible
,
les mêmes
suffrages dans les nouvelles élections
que l'on fera avantle 10.
Janvierauquel jour le nouveau
Parlement elt convoqué.
Lesdernietes Nouvelles d'Italie portent
que les Imperiaux envoyoïent dans
L
le Trentinun grand nombrede Chariots
chargez de Malades, & que leur Armée
marchoitsur trois,colomnes,ducosté de
Carillonne.
L'Ambassadeurdel'Empereur a fait
part au Senat de Venise du Traitéd'alliance
fait entre son Maistre, k Roy d'An-
: gleterre, & la Republique de Hollande
»
[ & aditen mêmetemps les raisonsqui empêchoientl'Arméedel'Empereur
de fortir
de l'Etatde Venise.
PlusieursVilles d'Angleterre defav üent
les Adresses qu'on a fait comir fous leur
nom, dont quelques-unes ontesté imprimées
dans la Gazette de Londres.
Depuis qu'on a en des Nouvelles que la
Flote dela nouvelle Espagne avoit passé
le Canal de Bama
,
elle doit estrearrivée
à Cadix. Je suis,Madame, &c.
A Paris ce 30. Novembre 1701,
APOSTILLE.
La quantité de matiere dont je
me fuis trouvé accablé cemoiscy
m'aobligé de reserverpour
le mois prochain beaucoup de
choses qui m'ont estéenvoyées,
&même d'interrompre la fuite
des Trai-tez de la Phisique Mecanique
,que je reprendray dans
ma premiere Lettre. J'ay reçu
trop tard quelques articles que
l'on trouvera manquer au Journal
de la marche de la Reine
d'Espagne
, & quoy que ces articles
ne puissentestre donnez
que déplacez ,jecroy les devoir
employer le mois prochain pour
la gloire de la France,& de quelques
Villes en particulier.
c AVIS. Omme il est impossible dans la conjoncture
presentede ne pas srolTic leMercure, cequi enaugmenteconsiderablement
les frais., on ne peut Ceqirpe,n:-
fer d'en augmenter aussi le prix. Ainsi les
volumes qui feront reliez en veau se ven- dront doresnavanttrente-huit sols, quantt
aux volumes qui feront reliez en parchemin,
on n'en payera que trente-cinq.
!
farLe l'aPeaubacre(jjliege. 2 Variesd'un Concert mis en Musique
par Mr Farmel, 8
NouvelleCarte pagne 2.2.
Mort 28 Stances. 45 Conte. 48
Sonnet sur ce que les Dames remportentfouventdes
Prix. 50
Lettresur la preparation dePejprit
de Fourmis.53 Lettretrèscurieuse,
55
Autre lettresur une dissertation tou- » chant la Theologie mifiique. 69
Preface de la Critique-d'un Traité
de Perfpeclive.- 74-
Ode. 83
Tradulliondesl/letamorphofesd'Ovide
,faite en proseparM*l*AbbédeBellegarde.
90
"bénéficesdonnez^parleRoy. 91
Morts Io1
Faute iïimpre.ssiontouchant le nomde
Faudoas.*-: ni Reponse à la Critique surla MachineX^
ixodromique12.2
Reception faite au fcoy d'Yi/pa^ne*
à Barcelonne\&ce qui Pestpassê
kla Cercmonie des Sermenspretez^
par ce Monarque. 14O
Volume inquarto remply des Cartes
de tous les Etats appartenans
au Roy d»Elp'ane. 162
Ouvertures des Audiences du Parlement
& de la QourdesKydes. 164
Mercuriale. 170
Ouvertures de l'Academie des Sciences.
173
Eioges duRoyprononcéàBesançon.
À l'ouverture des Audiencesdu
Parlement. 179
Ouverture de l'Académiedes Inscriptions.
191
Qo-nplimentfait au Roy par M*
i"Envo),é Extraordinaired,EJfpagrte.
199
Suite du fournal de Fantainrbl. tao
Madame An^jffadricede Wollandfprçndcongédu
Roychez^Aadame
la DucheJJe de Bourgogne. 255
MI l'hmbaffadeur de Hollande
prend conçue par écrit à cause
deson indisposïtion. 236
Cartes nouvelles d'Italie données
dU Publicpar Mr Nolin. 139
Difeursprononcezen Sorbonnt.244
Mort. 246
Journal de la marche de la Reine
W'Espagne. 149
Cmplimentfait au Roy d'Angleterre
à S. Germain en Laye. 345
Mort. 345)
Xobleflê de la Mai .34-9
Nohle/fe Maison de Mrle
Comte de S. Pieïîejvftifice. 351
Article des Enigmes. 357
Seigneurs HLfpagnolsfrcfentezauKci
pàrMrl Amhajf,d'Yifpagne. 36*
,gne"pttt ordre du Roy de Portt/gal. 365
lettre écrite au mesme par
Monfienrle
Grand Ducde To/calle. 358
Addition à la fuite du Journal de
Fontainebleau. 3jq
Apartement duRoy à Versailles.371
Le Roy rend visite à Madame la
Duchcfft du Mayne. 371
Le Roy & la Reine d'Angleterre
vviennent à Versailles. yji 1 -er
Mrd'Aligre obtientl'agrement dune
chargedePresident à Mortier. 373 Place de Maiqle des RcquefieS
Honoraire accordée par le Roy à
f,\jj.ir1L~L-~Rlà%DURJE
GALA-m-1-
PHILIPPE V.
NOVEMBRE 1701.
A PARIS,
Chez MICHEL BIlUNET, Grande Salle
du Palais,au MercureGalant.
A
SA MAjESTE:
CATHOLIQUE
PHILIPPE V.
(,à4 peineVOTRE MAJESTE'
eut-elle esié placée
EPITRE.
sur le Trône>que je me pro"'fJ'
-
pofaldemet-tre une foislà 1
-, Nom surled'un Prince qui regn^ Mondïp-,lusvasseEtatddù àlatejtedutm
A*Ouvrageconsacré depui&m
ivingt-cinq années à Adon-w
seigneur le Dauphinfor^$\
augufiePere. C'efl ce qum^
me donne lieu d'espererqum^
V. M. recevra favorable-^
mentyce que ce Grand Prin..,",
ce a bien vouluagréer depuis
un sigrand nombre d'an-sw
nées, avec la bonté qumj
EPITRE.
luy est ordinaire.
Vous trouverez*> SIRE,
dans cevolume,avecquantité
de choses qui regardent
v.M. un détail de la plus
grande partie des honnturs
qui onteslérendus en France
a la ReinevefireEpouse.
Je ferois dans cette Epître
lEloge de V.NI.si je
pourvois fîtivreCufage des
Epitres Liminaires, mais
leur longueur est Ji bornée9
quellenesuffiroit pas pour
mettre d7ans [on jour la
BPITRE.
moindre des qualittZ quk&
attirent aujourd'huy iessù
yeux de tout tVnvvers JumÀ
V.M.
Que J'aurois de choses à k
dire de sa pieté,fl j'avais i\j
toute l'étenduequimefèroit
necejpiire pour raporter les q
éclatantes marques quElle &
en donne tons les jours?
Je laiJe aux Espagnols x
qui jomfftnt du precieuxï
bonheur de le voir de plusi
prés, & qui s*aplaudtjfent *
d'avoir un Rojjipénétréde
4
EPITRE.
sa Rtligion, lefoind'en faire
l'Eloge. Ils s'en Acquit..
feront avec d'autant plus
dardeur&de joye
J que la
pieté leur eeant naturelle,
les Peuples font toujours
charmeZJ de trouver dans
leurs Souverains
,
les mef
m?s vertus dont ils font eux
pmesmlesauneiprrofeeflo.n exemQu'ilsdoivent
estre cchhaayt--
niez, ces Sages EJpagnols,
qui ont toujours esié attachez*
y & mesme avec firuEPITRE.
pule a remplir tous les de^A
voirs de la Religion, st) de^\
l'honneur, d'avoir un Rcy\%
dont l'exemple les fortifieû
dans les sentimens ouilsont
toujours esté. Vn Roy si la--%
borieux, qu'il travaille ensv
mesme temps a tout ce que
luy demande lagrandeur du û
rang (ùprême où la naijfan- -5
ce , & l'amour de fis Peupiesl'ontélevé.
Ilparoi/}que
rien ne couste à V. M. lors v
qu'il s'agit de fatufaire à k
tous les devoirs d'un Mo*
EPITRE.
narque qui porte vingtdeux
Couronn.es.
Vous écouteZ., SIRE>
rvos Peuples avec uneaffabilité
qui les enchante, &
qui Doitsattire tous les
coeurs:vousrien paroijfez.,
pas moins le Pere que le
Roy, & ils découvrent, ces
Peuples heureuxyautravers
de la Majefiéquevojlre
rang vous oblige defoutemry
que les Jentimens de
Pere ne le cedent pas a ceux
de Roy, & que dans lefond
BP ITR E.
devoftre coeur, vous [èntezss
pour eux tout ce quunp~
expliqueroit tendrement
qu'unSouverainnedokvÀ
jamais laisserentrtvoir%
qu'avec dignité.
Tout le mondeSIRE,
veu avec beaucoup de fur- .,
prist que vous n'arueZ pas v*
plutojl commencé à régner,
que vous livrant tout en- -~
lier aux foinsqnevous de- -j
mandoient la gloireJ & le
hieri de voflreEtat
J vous
avez»siheureusement tra*
E PITRE.
vaille aux affaires du dedans,
fÔ du dehors, qu'on
ne s'aperçoitpresque plus du
désordre où vous aveztrouvé
les premjeres.
Vous avez, paru en entrant
dans vos Etats plus
EJpagnol que ceux qui le
font le plus. On efloit fer..
fuadéquevous demeurerieZ-,
toujours vejiu à la Franfoist,&
plu/leurs Seigneurs
de voflre Cour avoientfait
faire de riches habits en
.France, dans la pensée que
EPITRE.
toute l'EsPagne qui avoiïiw
pris un coeur François,pren\
droit aussi l'habillement d'u-d
ne Nationquelleavoitrl.,
solu d'imiter en beaucoup de^
chofts V. M.leurlieut bonssi
gré de leur complaisancesii
maisvous voulûtes, SiR£,taJ
faireruoirà toute l'Espagne
que vous nefiieZjpas moins\é
prest asuivre Jesusages, K\
que l'estoient ces Seigneurs ii
à Je conformer à ceux de
France.Vousprijtesunha- -~
bit qui vous platfoit?parce -à-y quil i ,
EPITRE.
qu'il avoit eu Lavantage
dentaire depuis longtemps
atoute la Naiiqn EsPagnole,
st) vous ne voulu/lu
pas donner la peine aux
yeux des Peuples de s'accoutumer
a en voir d'autres.
La Renommêe avoit parlé
avantagiufement de V.
M. dans toute îE[pagne;
mais vous y fustes a peine
arrive que L'en conîjut,que
bien quelle parlesouvent
trop,&qu'elle exagerepref
que dans tous sesRecits, lot
EPITRE.
chofisqu'elle raporte
3 tout,
cequtUe arvoitdj, de V..
M. efloit.infiniment audèf^'À
fous des grandes qua/iteZ
qu'on yremarquoit. La si
fuite a confirmétout ce que d
TW Peuples avoientatten- -
du des le premier moment
qu'ils jetterent leurs regards
sur vofire jlugufie PerfOn- -
ne) & qu" vous leur eusses t
laifiéprendre dans vosJeux
tonte iefperance du bonheur i
dont lelong RegnedeV.MLJ
va faire joüir -toute l'Ef :)
EPITRE.
pagne. Que ne se promEttent-
ils point devojlreValeur,
ces Peuples qui 'Vont
bientojl jouter tous les
charrnes dlune vie douceifgà
tranquille à t'ombre de rvos Lauriers.
^A'vec quelle ardeur,
Sire,naveT^yous point
propose à LOUIS LE
GRAND, d'aller commandervofireArmée
en Italie,
pour imiter ses grandes acttons,
& pour y mettre en , pratiquefJleçons heroïques.
EPITRE.
Que toute L'tfPagne ne
doit elle point attendre des
1. lumieres que V. M. fait
déjavoirdansfs Conseilsi
lorjque par l'assiduité de
ruoflretraruail) vous aurcT ) ) apris ce qu'on ne peut a que- - rirqueparunelongue&pe~
- nible exprrjenCf.fj)que vous )
aurez* corrigétous les abus
qui se fontglijfez^
>
dans tout'
ce qui doitfaire la grandeur *
de £Espagne & qui depuisÎ
plus d'un demysiecle en fait J l'indigence*.Enfinjufqtïoù
E PITRE.
la gloirenaccompagnera*
t-tlie pas cette Espagne si
fondante dans le* fiedes
paJJet, lorsque vous aurez,
conduit dans le Champ
d'honneur, les Bravesd'une
Nation uutrefou si belliqueuse
, & qui ne le fera
Pas moins aujourdhuy lors
qquueeVV.. M. lLeeuurr' aatutrraa apriJs
a rvalncre.
Il y a longtemps quils
foubaitent defe signaler, si)
qu'ils en (ouhattent 'les occassons.
Les Espagnolsfont
EPITRE.
Braves, ils font sidelies,ilsc
aiment l'honneur avec ex--';
leurs Rois avec pafr:
fion. Ils vom fmvront9K
SIRE, ils vaincront avec ':
vous ,st) feront voir la 1 mesme fermeté que ce sa--
meux& intrépidéBatail-
Ion Espagnol
y
qui demeura
firme a la Bataille de
Rocroy en 1643. Jans que laccee rtiytude aune mort pro- 1
chaine l'enjl obligeàfaire
un setis pas pour reculer,
& que la. crainte que cette
EPITRE.
*mtfme mort inspire ordtnairement
,
eustfaitdimi-
* nuerfa vigueur> &sa conf-
! tance, atnfl il perit glo-
<
tieufement dans l'cfpace du
terrain où il avoitejléplacé
X pour combattre..
Vaut"vaincrez^,SIRE,
avec des HTroupes formées
de ce mcfme Sang EfP"--
\gnol9&qui-animée, s par
l'exemple de V. M. donneront
déclatantes marques
)
dune intrépidité aufil fur- 4Jd1 te at4fi sur--- :prenante.
EPITRE.
VOTREMAJESTEI3
tirera encore d'autres avan-w
lagt's d'une Campagne qm\:\
ne luy peut-eflrequeglorieux
se. Vos Sujtts dItalieaux:
ront le bonheur
>
le & ley~ plaiflt de la voir dth
prés. Ils feront témoinsdti\
votrevaleur3îlsferont char--",
me^devojirePersonne,iljiV
Hadmireront>ils fentirontw
envoyant V.M. unamourw
beaucoupplusfortque celuy^
qu'ils ont conçeu sur lest
Portraits queleuren-afaitw
EPITRE.
^a Renammée. Par là leur
Rattachement
,
leur z;ele, & fleur fidélité augmenteront
V
h[a tel point, que leurs coeurs
peront pourVOTRE MAlESTE'
comme (le nouvelles-
IC onqueftts qui vous afuregronty
& à tous vos defeenpdans>
les Etats que vous
|H po!JedeZ en Italie.
Ceux qui du cc:(fé de
FlandreJefonthaflezj de
paroistre 'vosEnnemis
sans oser vous déclarer la>
guerre ,
auroient bien vouluEPITRE.
si'lssefussent frouveZoJl de force, ne pas laisser h
temps à vos Sujets de VOfû.;';
connoistre) parce qu'ils ~v
doutoient point que lemw
amour ne redoubla[tamefu*>'
re quils vous connoiflroient\
davantage. Ils (çavoient\
quun petit Fils de LOUIS;
LE GRAND doit se rendrc1
aimable par toute*les vertus
qui font admirer les
plus grands homJnes
, &
que le Fils de MONSEIgneurle
DAUPHIN
EPITRE.
V\qtoi pendant le' cours de
plusieurs Campagnesafait
,\trcmblcrHAllemagne,&la
,
g~ie ,
&la
\.Flandreydoit marchersur les
traces de son augure& Inwincible
Pere. Toute l'Eutropemsy
attend; tous uos
L Ennemis le craignent, tous
ceux qui aiment la justice
Me foubaitent
3
& fattens
les prodiges des Campagnes
\DE VOTRE MAJESTE'
tpour les annoncer a 'toute
LaTty-re. Personne ne lefera
.avec plus de &ele que ceEPITRE.
luy quieji avec un treti
profond refPcél.
SIRE,
DE VOSTRE MAJETE,
Letres-humble ÔC ~tresu
obéissant ~Serviteunua
DEVIZ£h!1
tF--AERC.)-,,I«R.E
C-AL,Pl',
NOVEMBRE i7ot.
T
14.
-e
E vous ay déjamande
que le Pape ayant appris
la mort du Roy d'Angleterre
, & la reconnoissance
que Sa Majesté avoit faite du
Prince de Galles pour veritable
héritier de ses trois Couronnes,
avoit fait assembler
les Cardinaux pour leur faire
part de cette nouvelle.Voicy
une traduction faite par un
treshabileDocteur deSorbonne,
du Discours Latin que Sa
Sainteté leur fie, en élevant la
grandeur d'ame du Roy.
VENERABLES FRERES,
Voici une funefle & tres-fàcheuse
nouvelle que jenevou-s annonce qu'en
soupirant & fondant en larmes, &
queje n'ay pit apprendre sans avoir
comme un veritable Pere ,
le coeur
toutpenetrè d'une tres-grande& tresfinjîble
douleur j c'efl la touchante &
trisse mort de Jacques Second) Roy
de la Grande Bretagne.
Je ne fais nul doute que vous ne
soyezaFitres-vivementtouchezde
la grandeperte que vient défaire la
Republique Chrefiïenne
y en peulant
un Prince véritablement Catholique,
véritablementfils de Eglise
3
véritablement
dèfenseur de la Foy , &
qui fait aujourd'huy le sujet de nos
larmes &- de nostre trifiejfe
Mais pdrce que félon le conseil
de Pjipofire nous ne devons pas nous
attrifler de la mort, ou pluftofl du
ftmnzeil de nos freresy comme font le
resse des hommes, qui n'ont point
d'esperance de ressusciter
, nom riavonsqu'à
faire reflexion surla vie,
& les vertus de ce bon Ry , poury
trouver pluseursraisonssolides d'ef
fuyer nos larmes
}
&pour nous consoler
delapeste que nous avonsfaitdesa
personne.
Eneffetl'injtgnepietéde ce Prince
véritablement chreflien dont onJe
fauviendra dans tous les siecles, &
quifera en benediftion à toute la Ppftcrité,
le genereux &héroïque mépris
qu'ilafait de toutes les choses de ce
monde
>
pour conserver la Religion
qu'il a couiagcufement preferceàsa
Patrie3 àses riche(ses
, àsesRoyaumes,
àfa vie même3 la mort enfin
qu'il a envisagèe avec une pieté
meiveillcufe 3& avec un esprit parfaitement
rejtgné aux ordres de la
Providence, tout cela nous doitfaire
tfpercr qu'ayant esté éprouvé de Dieu
pendantsa vie, comme l'on éprouve
l'or dans lafonmaife
3
Dieu, dont la
bonté & la puissancefont infinies
l'aura , reçu comme une viclime trèsagréable
,
& comme une une boflie
d'bolocaujle >pour le comblerdegloire
dans le séjour des bien-heureux.
Ce rieft pas néanmoins , que nous
devions manquer à faire des PriereS
pour l'ame de ce religieux Prince qui
a si bien mérité de ce Siege Apoflolique
, &c'est à quoy la charité & la
reconoijjance nous obligent & nous
convient au.ffît & ce que notu avons
déjàfait en nofire pdrticulier)& que
nousferons encore dans un temps convenabley
parunefolemnitèpublique,
en célébrantfis obseques dans nofire
Chapelle Pontificale, kl'exemple des
Pontifes Romains nos Predècesseurs,
Au resse3 nous ne pouvons en
cette occasion, passerfous-silence
,
la
vertu toutesinguliere & la gtandeut
d'ame toute royale de nofire trcs-che,
Fils en Jesus-Chrifi
3
Louis, Roy de
Frdnce. Tout le monde sçait avec
quelle magnifiquelibéralitéce Prince
a reçu ce merne RoyIacques avec la
ReinesonEpouse3 & le Prince leur
Fils, Chd./JeZ( indignement de Icurs
Etats, & qu'il leur a rendu jusqu'à
lafin, tous les offices possibles de bienveillance
& d'humanité. Et cequicft
encore plus illufire & Plus éclatant,
lest d'avoir pris en sa protection ce Fils élevépar les foins de la Reine
Jvfarie,sa Mere, noflrechere Pille,
dans un veritable effcrit limiter les
vertus paternelles, de l'avait hautement
reconnupubliquementfans avoir
(tucun égard à ses interefls
,
dans ce
tempstres-difficile3pourle veritable
héritier des Royaumes d'Angleterre,
d'Ecossey & dIrlande
, & de l'avoir
exhorte à demeurerfermedans la Re.
ligion Catholique, quelque fortune
quipufi luy arriver.
Le zele admirable du Roy Tres~
ChreJhen,& lagrandeur deson ame
éclatent avecsi fIn merveillleeuuxx eé'ccllaatt
dans cette reconnoissance
, que vous
ne p-ouveznon plus que nous refuser
de publiersagloire, & les louanges
qui luyfontdues jla Pofleritène manquera
passans doute, de les luy donnerabondamment
3 en conservant la
memoire d'uneaction qui ne doitjamais
mourir.
Quoy que noussoyonsperfiiadez^que
toutes ces chosesvous fontdéjà connues
par le bruit quelles font dans le public5
comme elles nous ont estéfidellement
rapportées parun Courierextraordinaire
qne nous a dépêché nofire
Venerable Frere Philippe Antoine
Archevêque d'Athenes, noftrt Nonce
à la Cour de France
3
qui a vu &
connu toutes choses
, nous avons crû
quileftoitde lajufiice de vous enfai7"
parI icy, afinqu'estantécriteselles
puissent passèr dans une autre gene- ration, & que vous receviez en cela
de nouvelles marques de nojJre, bienveillance
paternelle.. Nous les donnons
d'dfttant plus volontiers3 Venerables
Freres , que nous esperons
que par vos confèzls,& vostreJèconrs
lepoids qui a ejié impofié à nojlrefoi
blejje
, & que nous trouvons tous let
jourspluslourd dans.ce temps de tnll-
-hley deviendraplus leger.
Quoy que nous soyonsen
temps de guerre, les Connois.
seurs en Musique n'ont pas
laissé de gouter les Chants de
-
la Paix,composez par MrFarinel
,
Conseiller du Roy Controlleur
des gagesdau ParlementdeGrenoble,
cy devant
Penfionaire de Charles II.
Roy d'Angleterre, & Surintendant
de la Musique & des
Balets de Marie Louise d'Orleans,
Reine d'Espagne. Voicy
lesparoles de l'ouvrage dont
je viens de vous parler,& qui
a reçu de si grandsapplaudissemens.
LES CHANTS
DELA PAIX.-À
CONCERT.
La Scene represente la Vallée de tm
Grefivodan,&l'ouvertures'enfait
parune grande Simphonie.
LANIMPHEDE L'ISERE.
MEs bords ont retenti du
bruit affreux des armes,
Ils ne retentiront que des chants
de la Paix;
Et nous goûterons désormais
Dans un heureux loisir la douceur
de ses charmes.
* LEDIEUDUDRAC.
Nos Heros par leurs soins & par
leurs faits guerriers
Assurent le repos que nous n'ofions
prétendre ,
J
Ils reviendront couronnez de
-,
Lauriers,
Y mêler en ces lieux le myrthe le
plus tendre;
Préparons pour le prix de leurs
travaux divers
plLeus Jesux les plus charmans & les doux Concerts.
Les Bergers & les Berqeresfontentendre
une petite Simphonie mêlée
de divers Jnfirumens rufiiques.
LE DIEUDUDRAC.
Que tout réponde à nôtre envie
Empressez-vousPlaisirs ,venez
Jeuxinnocens;
La Nimphe de ces lieux doit animer
vos chants;
C'estellequi vous y convie;
Dépêchez,hâtez-vous,
De vous joindre avec nous.
Les Plaisirs&lesJeuxsejoignent
aux Bergers &aux Bergeres ,- pour chanter ce quifuit.
CHOEUR,
Celebronsl'heureuxjour
Qui bannit les allarmes
De ce charmant séjour,
Et mêlons tour à tour,
A tout ce que la gloire a d'éclat
& de charmes,
Les doux chants de l'Amour.
UNE BERGERE.
Dans nos Bois
On fuit les Loix.
OtiAmour insprie;
Les Amaus
Ont desmomens
Doux&charmans.
ij Quand un coeur Dit sa langueur
L'autre soupire
Et tous deux
Font dans leurs feux
Les mêmes voeux.
Les hautsboisjoüent un Menuet.
LA MESME BERGERE.
Tout fleurit
Et tout nous rit
Sousces feüillages ;
Des Oiseaux
Les chants nouveaux
Charment nos maux.
Qubà1 jamais
Regne la Paix
Dans nos Boccages;
Et toûjours
Suivons le cours
De nos Amours
Les Flutes jouent une petite Ritournelle
qu'elles repeteut à la fin de
chaque couplet.
UN DES PLAISIRS.
Tendres Bergers rassurez-vous;
Ne craignez plus jeunes Bergeres:
Conduisez vos troupeaux le long
de ces fougeres;
Ils feront à couvert de la fureur
des loups,
Tendres Bergers rassurez-vous,
Ne craignez plus jeunes Bergeres.
Engagez-vous, cessez destre severes
, Vous goûterez les plaisirs les
plus doux;
Tendres Bergers rassurezvous
Ne craignez plus jeunes Bergeres.
UNDES JEUX.
Venez Amours sous ces Ormeaux,
- L'heureuse Paix bannit la
guerre.
PQue les fleurs du Printemps paroissent
surla terre; JQu'on entende en ces lieux le
Ij chant de mille oiseaux, Venez
,
Amours, sous ces Ormeaux
L'heureuse Paix bannit la
Guerre.
Dans ces Hameaux qu'on ne songe
qu'à plaire,
Qu'à chaque instant on ait des
jeux nouveaux,
Venez,Amours, fous ces Ormeaux
L'heureuse Paix bannit la j Guerre.
LA NIMPHE DE L'ISERE. : Charmante Paix,questiez-vous
devenuë!
Nous vivionssous vos loix avec
tranqui llité
Vous donniez à ,fertillité nos champs une
Qu'en vous perdant ils ont perduë.
Vostre retour nous rend nostre
félicité
Tout rit, tout plaist à vostre
vue,
Que ces beaux lieux char-
• mante Paix
Ne vous perdent jamais.
Les Tlaifirs, les JtMX;les Bergers
& les Bergetes3font entendre
diverses SimphonieJ.
UNEBERGERE.
Douce Paix regnez sur la terre;
Les plaisirs ne font rien sans
vous.
-
Parmi les horreurs de la guerre
Que peuvent-ils avoir de doux,
Douce Paixregnez sur la terre;
Les plaisirs ne sont rien sans
vous.
Un des Plaisirs Je joint à cette
Rerqere
,
& ils chantent
O ensemble.
L'Amour nous cause assez d'al.
larmes
Sans y joindre celuy des armes, La Guerre s'éloigne de nous? Vostre retour tarit nos larmes;
Regnez, regnez charmante Paix;
Si vous nous rendez tous vos 21
charmes, - Nous reprendront tons nos at- - traits.
LA BERGERE SEULE.
Cheres Brebis, petits Agneaux,
e Passez en paix sur nos costeaux s L'herbe qui vient de naistre
Si vous n'estes point amoureux,
Helas! vous estes plus heureux,
Que cellequi vous mène paître.
Les Hatits-bot;r. répondent à cette
Chansonparun Menuet.
Un Bergersejoint à cette Bergere,
& ils chantentensemble.
Helas! qu'à de rigueurs cruelles
S'expose un coeur qui se laisse
en flamer.
Que le fatal plaisir d'aimer
Nous poutc de peines mortelles;
Et quand on a charmé des infidelles,
Qu'on paye cher la douceur de
charmer,
Helas! qu'à derigueurs cruelles
S'ex pose un coeur qui se laisse
en flamer.
LA NIMPHE DE L'ISERE.
Malgré tous ses tourmens
L'Amourades momens
Qui font aimer ses chaînes s
Il comble nos desirs;
., La douceur de ses peines
Passe tous ses plaisirs.
Les Plaisirs, les Jeux, les Bergers
,'"} & lesBergères s'uniffcnt pour
chanter ce qui fuit.
CHOEU R.
La Paix nous assemble
Dans ce beau sejour;
C hantons tourà tour,
Elle unitensemble
La Gloire & l'Amour.
on entendicyun grand hrait deg,utr:-
re mêlé de diverses fanfares, &
cess la m,trche de Mars qui arrive
accompagné de la Victoire
, de la
la Valeur. d-C.
MARS.
J'entens avec regret qu'au retour
de la Paix
Vousfaites retentir des Concerts
d'allegresse;
Peuples ingrats,pour les bienfaits
Dont je vous ay comblé sans
cesse,
Vous deviez m'aimer à jamais.
Venez Valeur, venez Victoire3
Vous qui des hommes & des
Dieux,
Fîtes toûjours les plaisirs & la
gloire,
Allons porter 7 i lleurs nos presens
précieux;
Bannissons de nostre memoire
Le souvenir inj urieux
Des honneurs qu'à la Paix on destine
en ces lieux.
Lesmêmesinjïrumens qui ontjoüé le
bruit de Guerre }jouent ici une terrible
Simpbonie qui exprime la
fureur de ce Dieu à son départ &
ensuite lei Wautsbois &lesFlûtes
-
terminent le Concert parde petits
airs rufiiques.
Je ne vous dis qu'un mot
le mois dernier de la Carte
d'Espagne que Mr Sanson
vient de donner au Public.
Elleest faite d'une maniere à
faire esperer qu'on en tirera
toute l'utilité que l'on peut
attendre d'un abregé, Il marque
les différentes divisions
sur differens exemplaires, pour
éviter la confusionoù l'en
tom beroit,s'il les faisoit pa.
roistresurun mêmeexem plaire.
La premiere fait voir tout
ce que la Region d'Espagne
comprend, & ses bornes par
rap port à la Geographie narurelle,
&en même tem ps ce-
Iuy qu'ellea avec les Cieux,
par les climats fous lesquels
elleest située. Lesautres font
voir le rapport que toutes ses
parties ont avec l'Histoire,
pour le Gouvernement Ecclesiastique
& pour le Gouvernement
Politique. La séconde
est divisée par l'écendue des
Provinces Ecclesiastiques
3
des
Archevêchez
5
&des Evêchez.
La troisiéme est divisee felon
les quatorze Royaumes &
Principautez La quatrièmeest
distinguée en trois Couronnés,
qui fontcelle deCastille,
celle d'Arragon, ( qui composent
les Etats du Roy Catholique
en Espagne) & celle
de Portugal possedée par le
Roy de Portugal ( fous lesquelles
font compris les quatorze.
Royaumes dont il a esté
parlé dans la precedente. )
Ces divisions font comprendre
ce que l'on entend par
les noms de Royaume, de
Couronne & d'Etat
, car il y
a beaucoup de difference entre
le Royaume de Castille
,
& la Couronne de Castille,
par Royaume de Castille, l'on ne
comprend que ce quiporte
ce
ce nom, & par Couronne de
Castilie
, on comprend la Castille,
Léon, Gallice,Asturie,
Biscaye, Navarre, Andaloufie
,
Grenade & Murcie; de
même entre dire le Royaume
d'Arragon & la Couronne
d'Atragon,il y a une pareille
difference
, on entend par
Royanme d'Arragonla région
feule qui porte ce nom, & par
la Couronne d'Arragon
, on
entend les Royaumes d'A rragon
,
de Valence, de Majorque
, la Principauté de Catalogne,
enEspagne, lesRoyaumes
de Naples de Sicile &
de Sardagne en Italie, qui y
ont esté réünis; & toutes ces
deux Couronnes font compri.
ses sous ce titre, les Etats du
Roy Catholique en Espagne, ôc
lorique l'on n'y ajoûte pas ce
mot en Espagne, l'on entend
tout ce que le Roy Catholique
possede en Europe,en
Asie, en Afrique,& en. Ame
rique
,
dont M' Sanson a fait
aussi deux Tables Géographiques&
Méthodiques. Comme
ily a des personnes qui portent
leur curiosié plus loin,
& qui veulent sçavoirlesnoms
quecespaysavoient autrefois,
ils pourront se satisfaire, & les
voir dans les divisons latines
qui auront pour eux un nouvel
agrément.
La première represente l'Espagne
divisée en Citerieure
& Ulterieure, d'oùl'usage
nous eil: resté de dire encorequelquefois
les Espagnes. La
seconde en six Provinces sélon
les Romains. La troisiémeen
quatorze Audiences, sélon
Pline.Laquatrième, en p!u<
sieurs Peuples
,
selon Prolo
méeLacinquième, par l'Itineraire
d'Antonin. Toutesces
divisions donnent beaucoup
de faciliteàretenir&l'ancienne
& la nouvelle Geographie,
par une methode qui ferc de
memoire locale, & e lles fra~
pent l'esprit d'autant plus fortement
que la vûë luy porte
une plus grande quantité d'especes
à la fois.
CesCartes &cesTables se
trouvent chezMrSanson, aux
Galleries du Louvre,vis à-vis
Saint Nicolas.
Dame Marie Galiotte de
Genouillac Vaillac
,
Coadju.
trice de )a grande Prieure de
l'Hospital Beaulieu, deroc.
dre de Saint JeandeJerusalem,
sa Tante
, mourut d'apoplexie
dans son Monastere
,
le zz,
du mois dernier. Elle eftoïc
FilledeJean PauldeGenoüillac,
Comte de Vaillac, Chevalier
des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées,
& premier Ecuyer de
feu Son Altesse Royale, Philip.
pe de France, Duc d'Orléans,
Frere Unique du Roy, & de
Felice de Voisins Montaut
heritiere de la maison de Mon-,
tenant en Guiene.
Plusieurs assurent. que la
Maison de Vaillac a pris son
origine dans celle des Vicom.
res de Gourdon en Quercy,
Seigneurs celebres, des le
Règne de Philippe-Auguste;
leur opinion est appuyée sur
la conformité des Armes de
ces deux Maisons, quoy qu'il
en soit,celle deVaillacestan.
cienne, noble &tres-illustre
Pierre,SeigneurdeGenouillac,'
Chevalier, prit Alliance en
1420. avec Anne de la Tour,
Fille du Vicomte de Reigniez
en Languedoc, d'Ellenâquirent
Galiot de Genouillac
Chevairer de l'Ordre du Roy
& Maistre de l'Artillerie de
Franceen 1479 Jean deGenouillac
Tige des Seigneurs
d'Acier;dontil fera faitmention:
& JeanSeigneur de Genouillac
l'aîné, qui en 1445.
épousa Jeanne de Ratioft
, Dame de Vaillac, qui le rendit
pere d'un autre Jean, sur.
nommé le Richard ( ou lou Ricard
,' felon le langage du
pais,)celuycy prit le titre
de Baron de Vaillac, & fut le
plus grand terrien du pais de
Quercy; il épousa en 1496. Marguerited'Aubussonlac
niece à la mode de Bretagne
du fameux Pierre d'Aubusson
Grand Maistre de
Rhodes,& Cardinal de l'Eglise
de Rome. Le mesme Baron
prie pne sécondé Alliance
avec MargueriteEbrard Saint
Sulpice; c'est d'elle que naquirent
Louis Genoüilac, E.
vesque de Tulles en 1560. Abbé
de Saint Romain de Blaye
& de Saint Martial de Limoges,&
l'un des Peres du Con.
cile detrente: FlotarddeGenoüillac.
Doyen de Tulles,
Vicaire général de son Frere
& enfin son successeur dans
cet Eveschéen1583:Marguerite
de Genoüillac, Femme.
du Seigneur de Royne Maurel.
Il eust de sa première
femme, ean deGenoüillac
Baron de Vaillac, Chevalier
de l'Ordre, Capitaine de cinquante
hommes d'Armes, &
Gouverneur du * Chasteau
Trompette a Bordeaux
, en
mesme temps qu'Antoine
Seigneur de Noailles eftoic
Gouverneur & Maire perpetuel
de cette grande Ville. Il
eut pour femme Anne le Brun
Dame de Brillet, d'Ellesortirent
Jean de Genoüillac, Tyge
de la Branche deSonnac,
éteinte dans la Maison de Beduer-
Lostanges SaintAlvaire
Anne de Genoüillac, mariée
avec le Baron deRocquefort-
Lascazes:&Louis deGenouillac,
Comte de Vaillac,l'aîné
Chevalier de l'Ordre de Saine
Michel, & désigné pour l'estre
de celuy du Saine Esprit,
Lieutenant General des Ar.
mées du Royen Guienne,
Gouverneur du Chasteau-
Trompette,de Bordeaux,&du
PaysBordelois. Aprés la mort
duSrde Noailles,Anne deMont.
beron- Fontaine- Chalandray
fut sa premiere femme. Jeanne
de Foix. Candale-Garçon suc
[!a seconde, dont nâquit Char-
I lotte de Genoüitlac, Prieure
| perpecuelle d'Espagnac. Ilprie
une.troisiéme alliance avec
Marie de Carbonieres laCapelleBiron,
mortesansenfans..
Ceux de sa premiere Femme
furent, Louis, mort jeune;
un autre louis,l'un des Fons
dateurs des Carmes Déchaux
en France; Jean Paul de nouillac, ce- Abbé de Saint Ro-
I main de Blaye; Jean de Genoüillac,
mort Evêque de TuU
1 les en i6ja. Il établit les RR.
Peres Jesuites dans sa Ville.
Galiotte de Genoüillac) grande
Prieure de lhôpical.Beau.!.ii
lieu, dont la mort fut précieuse
devant Dieu. jacquetre de Ge- ?
noülllac, Femme du Seigneurde
Luzech, premier Baron de al
Quercy ,puis remariée avec le
Baron de Rartignac
,
Lieute- i
nant de Roy d'Auvergne, .i
Bertrand de Genouïilac Baron
de Miremagne; Louis de i
Genoùillac,Seigneur de Saint
Clar
,
Pere du Seigneur de q
Saint CJar) qui s'est rendu ce-- lebrepu sa valeur) sous la i
Minorité du Roy Louis XIV.
& Louis deGenoüillac.,ComtedeVaillac
,quicontinua Il
posterité. Il s'alliaavec Fran-
^çoilc de Chiradour, Dame
~bd'Aubepeyre,puisavecAnne
Taleyrant, Fille du Prince de
Chalais
,
iÍfu des Souverains
)"du Comté de Pengord, Ilprit
unetroisiéme alliance avec
[ Madeleine Jo bert, Fille d'Aymery
,
Comte de Barrault,
Amiral de laMéditerranée, &
Ambassadeut de Louis XIII.
en Espagne. D'ellenâquit
1Guionede Genouillac,mariée
avec Jean de Bouzet, Comte de Poudenas. De sa première
Femme vinrent. Louis de Geftuúillac,
dit le Marquis de
10
Vaillac
,
tué en duel par le
Marquis de Canillac; Galiotce
de Genouillac, actuellement
grande-Prieure de l'Hôpital-
Beaulieu
3
Dame digne des
plus grands éloges; François,
dit le Baron de Gourdon,
Mestre de Camp du Regiment
de la Reine, Saint Chamaran ; Jean, dit le Baron de Genouil
lac, Capitaine au Régiment de
son Frere; Claude de Genoüillac,
mariée avec Flotard de
Turenne- Comborn
, Baron
d'Aynac, Guidon des Gendarmes
du Maréchat de Themines
son Oncle.)&Jean. Paul
de Genouillac
,
Comte de
Vaillac,l'aine,Chevalier des
Ordres du Roy, dont il a esté
fait mention. Il prit allian.
ce avec Felice de Voisins.
Montaut
,
d'où font venus
Jean- François deGenouillac,
Comte de Vaillac,qui a laisse
de Marie-Louise de Cambout-
~Coiflm
; Armand de Genoüillac,
Comte de Vaillac, jeune
Gentilhomme de grandeeesperance.
Les Frères du feu Comte
deVaillac, font François,
dit le Comte de Genoüllac
Colonel du Regiment de
Vaillac & Brigadier de Cavalerie
; Jean Baptiste de Ge- - noülllac, Abbé de S. Romain.
de Blaye; Marie Gabrielle de
Genouillac, Coadjuctrice de
l'Hôpital.. Beaulieu ,dont je :
vous apprens la mort; Claude
de Genouillac,Abbesse de la
Mothe en Poitou Dame digne
du gouveruement des plus
grandsMonasteres;Madelaine
deGenoüilac,mariée avec M
de BelpechePomerol,&Marie
de Gcnoüillac,qui a esté extrê.
mement belle&qui a épousé
Mrle Secq,Comte de Montaut
Conseiller au Parlement de
Paris. Guione deGenouillac,
L Prieure d'Espagnac,& ensuite
inommée par le Royau Prieuré
L perpetuel des Filles Dieu de
» Rouen. La branche de Ge-
,nouillac-Acier estaussi des
9
- plus illustres & des plus cel e.
bres dansl'Histoire. Jean de
Genoüillac luy donna son
commencement,en époufanr
Catherine
5
Dame d'Acier;
,
c'est decette alliance que naquirent
Jeanne de Genouillac,
Femme de Nicol as dela Royne,
Seigneur de Bouliac, Chet
valier de l'Ordre; Catherine *[ de Genouillac, Femme de
S Raymond, Seigneurd'Orlionac
;Jacquette de Genoiiillac,
mariée avec Anne-t-,de-
Turenne Comborn, Seigneur
d' Aynac,Chevalier désordre
& Lieutenant de l'Artillerie;
Anne de Genouïllac, grande
Prieuréde l'HôpitalBeaulieu;
& Jacques Galiotde Genouïl.
lac, Baron d'Acier,Chevalier
- de l'O rdre, gran-d Ecuyer de
France en 1542, Maistre de
l'Arrillerie en 1512. Surintendant
des Finances
,
aprés le
Seigneur de BonneSemblançay
,
Senechald'Armagnac 6c
Viguier d'épée deFigeac.CeSr
fit bàrir une maison dans sa
-
Terre d'Acier au Pays de Quercy,
qui passe encore pour l'une
des plus magnifiques deFrance.
Il s'alliaavec Jeanne d'Archiac,
riche Heritiere du Pays
d'Angoulmois : puis il reprit
une sécondé alliance avec
Françoise delaCueille, Mere
du célébré François de Genouillac
1
Baron d'Acier, le
Seigneur de son temps le plus.
accompli, & qui perdir la vie
à Cerisoles, au grand regret
du grand Ecuyer son Pere, qui
ne luy avoit permis qu'avec
répugnance de se trouver à
cette Bataille, qui fut donnée
en 1544. le jour de Pâques. Ce
jeuneSeigneur ne laissa pas de*
posterité de Louise d'Estampes
, Dame de la Ferté. Naberc,
sa Femme,& la riche
successïon d'Acier passa dans
l'illustreMaison de Crunot, à
cause de l'alliance que fie
Charles de Cruffol, Vicomte
d'Uzez, avec Jeanne de Ge--
noüilac,Soeuruterine du jeu.
ne d'Acier. Cette Dame reprit
une seconde alliance avec le
Rhingrave, Philippe'Comte
du Rhin, General des Troupes
auxiliaires des Galvinifles
en France.
La lecture des Vers suivans
doit rendre sages celles qui se
trouvent dans un pareil cas. STANCES
A UNE MAISTRESSE
SURANNEE. EN vain pour rallumer le feu de
mes desïrs
Vous emprunte\, IrisJ d., des lis &
desroses,-
jesûs'stropjeune encore pourfixermes
plaisirs
En cultivant desfleurssur la toilette,
écloses.
Ce nefipasquesouvent le tendrefouvenir
De nos plaijirs paffiz, & de vofire
confiance
N'ar/ache de mon coeur quelque
amoureux soupir,
Mais ce beaufeu s'éteint même dans
Janaissance.
>OJ Sttivezd;nc mon exemple, & qu'enfin
la raison
D'unrtrifaie émgaremeent dnéforémais vous : VOIU nefies de]a plus dans la belle
faison,
Et parmalheurp-ourvous je lacommence
apeine.
~j
Vous vous imagine sans doute,
qu<! mon coeur
De vos tendresregards redoute encor
les channes
, Qtfils peuvent rallumerfies feux &
fion ardeur3
Et qu'encoreunefoisilleur rendra Us
armes?
Ah! ne vousflatteras d'un triomphe
si doux:
(Vcoasuapropaistdfoinrted.échus pplluess qquu'oonn ne
Ny pen.(ez.plus
, Jris,cen efl a/fez
pour vous
De ntiarvoeirfE(lonmgtemPpis rtecnu.fousvoil
cfivray que jadis mon c6eui nepenfuit
pas
De s'a(franchir un jour de vofire dépend,
mce5
Mais en ce temps heureux vous
aviez^ si,ttJ d'appas,
lit moy pins de jeunesse
,
çfc moins
dexpc.ience.
Lîrfin ce temps ncfiplus (ymm tran-
1 quille coeur
N'entend plus de vosyeux le vieil--
hjjltntlangage
:
Eteignezdonc) Iris, une inutile ardeurT
Lafaison de lyamourpaffe avec le bel
âge.
Le Conte que vous allez lire,
& qui vous plaira sans doute, est
de Mr Tesson.
LE BERGER. PUNY,
CONTE.
UNjour Iris dans un bois
1 e écarté
Reposoit sur l'herbe fleurie,
Lorsque Tircis d'un vain espoir
flaté
S.'en vint mal à propos troubler
sa rêverie,
Quoy!
Quoy ! belle Iris, dit-il, est-ce
vous que je vois?
Il n'en faut pas douter, ouy, tous
deux à la fois
A l'heure du Berger l'Amour
nousafaitrendre
Dans ce Bois,
Profitons d'un moment si tendre.
Il dit: &tout rempli d'un espoir
trop flateur Il voulut faire voir,l'excés de son
ardeur,
Mais Iris qui ne l'aimoit guere
Sçut biense tirer du danger,
Et luy dit, en fuyant d'unecourse
legere,
Adieu Tircis, apprens que l'heure
du Berger,
N'est pas toujours l'heure de
la Bergere.
Les Dames remportant fouvent
des Prix en France, & Madame
Durand ayant remporté
le dernier Prix de Poësie donné
par Mrs de l'Academie Françoise,
Mr de la Granche , Secretaire
du Roy & de l'Academie Royale
de Nismes,a fait à cette occasion
le Sonnet suivant à la gloire
des Dames.
B SONNET. Eau Sexe, à qui nos coeurs
rendent un pur hommage,
Vous triomphez encor des plus
rares esprits;
Les beaux Arts sont vivans dans
vos doctes écri ts ; Et chaque Muse en vous retrace
son image.
Nul ne peut exceller, s'il n'a vo- - tre suffrage:
D'Apollon, de Minerve, on voie
les Favoris,
t" Moins que vous estimez3moins
- -
tendrement cheris,
Et l'Immortalité * couronne vôtre
ouvrage.
Pour nous à vôtre char attachez
doublement,
-
Par l'attrait de l'amour & du discernement,
Nous mettons nostre gloire à
vous rendre lesarmes:
Mais imitez dumoins les vainqueurs
genereux; - * Devise de L'AcademieFranfoie.
Et lors qu'avec respect nous cédons
à vos charmes;
Ne les faites regner que pour
nous rendre heureux.
Je vous envoye une Lettre qui
m'a esté adressée
,
le Public peut
en tirer quelque-utilité. Pour ne pas priver lePublic etun
remede quipeut eflre d'une grande utilieé)
fay jugé à propos de vous faire
[çavvir que j'ay fait une préparation
d'un Remede Chymique,dont je
croyquepeudepersonnessefont-avifées,
ou pourn'ensçavoirp.wlaqualité,
ou le moyen de le reduire en prdtique
j c'efl ce quefayfaiten préparant
te/prit de Fourmis ,
é- leur huile
, un pour l'exteneur
,
l'autre pour
l'intérieur. Comme ces Animauxfont
doütZ d'une grande activité & toùjours
dans le mouvement> ily a lieu
de croire que loifque l'on use de leur
espritpour l'interieur
J
cela redonne
au fang çt aux e/prits
, par le moyen
de la circulation, le mouvementqu'-
ils navoientpas> & qui leur convientpour
maintenir l'homme dans
uneparfaitefanté} car dans toutes
les maladies qui attaquent le cerveatl,
comme l'apoplexie, l'epilepjîe%
lecatharre
,
el}" toutes les autres qu'on
appelle cornatettfts, elles n'arrivent
que par le défaut du 'mouvement des
esprits contenus dans le cerveau, oit
par une pituite épaisse qui cause des
ohftruE/ions)otlparquelque autre cause
maisquellequ'ellefoit> j'efiimequ'il
y a peu de remedes qui puifjcnt guerir
phts promptement ces fortes de maux
que celuy que je propose
, qui n'est
qu'un sel volatil des Fourmis , qui
ne font autre chose quesel volatil
) stinfi que je l'ayexperimenté. ilpeut
encoreguérir laparalifie & laJurdité
parsa grande penetration) 15,- reparei
dans les Vieillards La vigueur en
redonnant aux sens leur aélivit
Cette préparation efl d'ungrand travail
efr<£un grand prix. Etmuller
en pa;.*e dans ses oeuvres, & fait
beaucoup d'eslit de ce remede,&même
il enseigne les myoens de prendre les
FOfl,rmÍÇ) qui est le grandpoint, mais
aucun ne ma reü/Ii que celuyque?ay
inventé!}'aitachéd'avoir de cesgrojfes
fourmis resineuses,qui exhalent même
une bonneodeurfortfubtilequise trouvent
dans les bois de sapin.Jem*oc»
cupe à la Campagne où je fuis à des
experïences de Physique
3
estant éloigné
du bruit & du tracas, afin de
pouvoir estre utils a mes Amio
, aux
Pauvres, & à ma Famille. l'ay
au/Ii préparétElixir de propriété,
sans acide, ce qui efl difficile à eau- fcde la difficulté qu'ilyaà dissoudre
la Myrrhe; j'en ay fait des experiences
merveil'euses dans les fièvres
malignes
,
rhuinatifmcs
,
gS même
pleurefies. Tayquantitéd'autrespréparations
fort curieuses. Ceux qui
voudront mefaire l'honneur d'avoir
commerce avec moy sur la physique
me ferontun tres-grandplaiJir, j'entens
des Curieux & des gens de merite
& de dfiinttion. ils adresseront
leursLettres par la poste à Mont-
6rifon
,
à Ml Puy, EcuyerConfeillcr
du Roy ,,.Elit en 1 Election de Montbrison
, pour faire tenir à Mr Chalançon,
ancien Secrétaire de la Reine
y
à Marols.
Entre ceux qu'on croir
n'elire point morts, avez vous
contéMalcus dont il est parlé
dans l'Evangile. Voyez ce
cjuen dit la Lettre suivante.
Elle est d'un Religieux de
Saint François à un Gentilhomme
de ses amis.
<[fE ne doutepas, Monsieur
Jce , que q4on vient de publier de la
Terre Sainte dans les Mercures
des mois precedens, n'ait rappelle
4 voflte souvenir le prodige dont
je vous parlai un jour, Cexcité
vojlre curiositépour sçavoir d'où jay tiré que cesoldat qui donna
infolament unfoujjlttau Sauveur
du Monde dans le temps de sa
paJfion est encore en vie. Je vay
'VOlM le dire, Monsieur
,
à autant
plus volontiers qu'ilmeparoijlque
vous tftes maintenant disposé a
recevoir mespreuves,& quevous
ne traiterez^pltti cecy d'illusion cm
de conte fait à plaisir.
Voicyltont fut quoy javance
que ce Soldat qu'on croit commu-
nement eflre Malchus à qui le Sau.
veur remit loreille
, que Saint
Pierre luy abatit ,iwus,disje
sur , qpoy j'avance que le Soldat
est encore en vie dans un lieu fouterrain
de la Ville deJerusalem
attendantle jugement dernier..
L-apremierepreuveCr letemoi
gnageptivant. Temoignage non
fufpeéî par le. caraéleregle ctltty
qui le donne, & par lescirconftarnes
dont ils l'accompagne. En
voicy l'extrait met pour mot en
"vieuxlangage tiré d'un ManuJcrit,
qu'unArtisan de Toulousè
gatde fiigneufement commeun
préçieux dépôt.
-
- - Le Frere Dominique Damberton
de l'Ordre de Saint
FrançoisBachelier enSainte
Theologie, & Lecteur au
ConventdesFreresMineurs de
B.aignols,certifie estre vray ce
i
que s'enfuit,surmafoyChrêtienne,
& ma part de Paradis
& ainsi l'ay dit & prêché estre
chose veritable,aparcequ'ainsi
je l'ay vû moy e stant dans
la Sainte Cité de Jerusalem
l'ande grâce1587;&le propre
jour de Nostre
-
Dame
d'Aoustaprès midy environ
une heure,estant dans la
Maison de Pilate
au lieu de
Golgota
,
le principal homme
de Jerusalem lequel a renié la
Foy Chrestienne estant natif
de Mâcon en Bourgogne
nommé Jean Berbol,à present
appellé Faldin
,
& parce que
je connois la Femme, & ses
Enfans,&luyen donnay des
nouvelles,il me dit: viens
puisque que tu est de nostre
Pays, je te veux montrer un
secret que tu ne diras sinon à
ceux de ta foy. Amene avec
toy les plus gens de bien de
tacom pagnie;& jevous montreray
chose qu'il est40 ans qu'homme du monde Chrestien
n'a vû. Alors j'appellay
le Reverend Pere en Dieu,
Monseigneur l'Evêque deNovembergue
,
& seize autres
personnes,tant Comtes,que
Vicomtes, Barons, que Chevaliers,
& luy jurafmes que
nul de nous ne diroit le secret
tant que nous serions en ladite
Seigneurie de Jerusalem.
Le Serement fait, nous entrasmes
en la Maison de Pilare
par une petiteruëàmain
fenestre&nous montra le lieu
mesme où nostre Redempteur
fut battu, & attaché
,
& auprés
dudit lieu on ouvrit une
porte de fer, par où nous
descendismesen bas quarante
trois degré,& entrafmes dans
une grote si longue ,
qu'un
homme à deux traits de boule
ne pourroit tirer d'un bout
a l'autre
,
& nous ouvrit une
porte de fer,& puisnous passâmes
jusqu'à un petit puits
non guere profond,environ
une cane, ou treize pans,
qui reviennent à peu pres à
trois aunes , & dans iceluy
trouvasmes un homme nommé
Malcus
,
lequel frappa
Nostré Seigneur & Redempteur
Jesus Christ en la jouë
luy donnant un grand soufflet
de sa main en la Maison d'An.
ne en luy disant,sic Respondes
Pontifici ; lequel homme est
rousseau, long visage, longue
barbe, del'âge de trente-cinq
sa quarante ans, & vétu de cap blanc, le revers fait à
l'eguille,lequel estenterré jusqU'dU
nombril ou milieu du
ventre,&ne parle sinon aux
Chrétiens. Et le Reverend
Pere luy demanda ce qu'il
faisoit là,lequelMalchusluy
1 répondit telles ou semblables
t paroles:sic refpondes Pontifici;
& plusieurs autres paroles, &
parle aucune fois Allemand,
autre fois Italien& nousnomma
chacun par nostrenom,
& le lieu d'où nous estions
natifs de quelle Nation, &
puis nous demanda quand il
0
fera le jour du Jugement,&
nous luy répondismes que
Dieu le sçavoic,& non pas
nous,& puis partifmes de
ladite grotte par quarante trois
dégrez ,& en montant en
trasmes dans le grand Temple
deSalomon,& puis nous
en retournant par où nous
c stions entrez,& leditMalchus
bat & frape sa poitrine toûjours
de samain,& ne regarde
ceux qui parlent à luy,
& c'est chose épouventable
à voir, & c'efl: des plus merveilleuses
de Jerusalem. Et
moy dessus nommé Frere
Dominique Damberton certisie
ce que dessus estre vray
sur ma foy & ma part de Paradis.
-
La feconde preuve qUi peut
pajjer pour une confirmation de
celles que vous venc1^ de lire,
est, que le Pere Caluet dont vous
-
.connoill,cz la probité & qui 4
rejlé environ sepsans dans Jerusalem
,
pendant lefqxds ilya
esléenviron quatre ans en qualité
de Vicaire du Convent de Saint
Sauveur
,
m'aassuré plus d'une
fois qu'un bon viéllard nommé
Petrus, Condutteur & Inter.
prêtte des Cbrejliens Pelerins
)
luy
avoit souvent dit, & protesté,
q.ue4son Péere q'uifmourut fort are faiftnt le mesme office
,
luy
avoit dit, qu'il avoit cfie prefeht
lorhue Saldtn fit louverture de
lapremiere porte pour faire voir
au Pere Damberton f5 àson il..
luflre compagnie les choses qu'il
rapporte & qu'il attejie efire
vrayes.
Enfin la troisiéme preuve efi
la traditionconfiante,& certaine
delerufalem, où l'on montre encore
l'endroit ou Malchus efl de.
» tenu vivant &ouilpfait..penitence
deson attentat deson ingrAtitudeenversJefus
Chrifison Roy
s&ens[iobnlepMeneddaenctilne,coquurisdneefapPaarfu>t
sensible pendantlecours de f,,Paf-
Jionyqu'à l'outrage quilreçut de
ce rna/heureux.
On ne peut dOHter,Monsieur,
decettetradition. Je riay jamais
parléà aucun de ceux qui ont eslé
en 'Jerusalem
,
qui ne m'ait ajjuré
quelle tfi véritable, & que lors
qtitls vont voirlamai/on de Pi.
late%on leur montre toujours l'endroit,
où Ioncroit en ce paysAi
que Malchus est encore vivant
attendant le Jugement ,apparem-
ment pour d'autresmotifs qu'He.
noch& Elie, qu'on (çait par tE:
criiurerieftre pas encore morls.
Si tout cela, Monsieur, ne suffi-t
pas Pour-zious convaincretilvous
fera aisé d'avoir des témoignages
autentiques de ce fait. Vous aveZ
des Amis en Cour d'un rang (7
d'un carattete à pouvoir écrire à
l'Ambaadeur de France, &
obtenir de luy qu'il s'employe auprèsduGrandSeigneur,
afin qu'il
ordonne au Bacba de refNIa/em,
de permettre au Gardien du Consent
de Saint Sauveur, <& a ceux
qu'il voudra prendre avec luy pour
ternoinsd'entrer dans lendroiton
le Pere Damberton certifie avoir
estê, & de voir si ce qu'il dit, efl
vray ou faux.
La Lettre que je vous envoye
, est écrite par un Docteur,&
adressée au R. Pere
Honoré deSainte rviarie)Car.
me Déchaussé.
J'ay trouvé, mon Reverend
Pere, tant d'érudition,de solidité,
de bon gouss & de discernement
dans laDissertation hijloriqueque
vousvcne% de donner au Public.
pour la défense de la Théologie
Myflique, que quelque inconnu
que je vous fois,jose eJJ>ererque
vous ne trouverez pas mauvais
que-le vousfélicité d'un si bon cbel
Ouvrage, çy que jevous m ar
que en même temps la necejjtt
cmloinlty auroit, que dans le Traité
vous donnf\ le projet à la
fin de vojlre Dijjertatton, impriméeÀBordeaux
t cbe^Hoé, £-7*
qui me paroiss très beau gr bien
imaginé, vous répondiffie'{ au
livre du MinistreJurieu, intitulé,
Traité Historique, contenant
le jugement d'un Protestant
sur la TheologieMystique.Il
dit dans ce Traité beaucoup de
belles, curieuses & bonnescbojes
mais il en dit aussi bien dautres
plus outeres & plusinjurieuses
-
• aux Mystiques& à leur Theologie,
qu'il rejette e traite de pur
fantôme, que nefaitlefaiseur
des extraits quevousamezfi bien
relevé. ffaus pouvez folidtment
répondreà cet Imposteur de Miniflre,
sans rien changerdevostre
Jtjleme,Ilsemble qu'ilfoitfait
pour cela, tant il paroiss conduire
naturellementàcombattre le livr
decet Ecrivain emporiéam Heresique,
Je nié-tonne ymon R. Pere, que
vous ne
,
cite%pas,& nefaffiez
nulle mention dans vojlre Ouvrage
de Saint Pierre d'A[cantartl,
Virefltur de voflretMere Sainte
Therife. Vous n'ignore^pas yfans
doutetquila tfléun desplusgrands edes plus illustresContemplatifs
dufei^iéme Siecle, gr que le té.
moignage que vous p)uvek tirer
de son TraitéêiOrafonsur sa
nature de contemplation, ne fut
d'un aussi grand poidsdans 1 Eglise,
que celuy des Auteurs non
controverfe^ dontvous vous fer..
ve%t (;1 qui vous ont paru meriter
davoir placedansvoflre
*Difiertation hlfiorique.
Siun Religieux de S Fransoirs
mon £ Pere, a écrit contre
la Theologie Mlflique. cr merité
que vous l^relevajjte^ si bien
que VJUS tave^fait, il y enA
un autre qui vient de donner au
Public une bellegrfçtvanteLettre
pour
feur la défendre. EUe se 'Vend a
Toulouje cbt% MAdemoifiUe Bon.
de, & efl intitulée) Lettre d'un
Religieux de Saint François, à
un Abbé de ses Amis, iurTimpoflibilicéde
l'amour pourdes
Mystiques II devoit mettre, ce
fimble, des hiux Mistiques.
Maïs ily a apparence qu'il ne ta,
pas fait
,
à cause qu'ill'écrivit,
comme ilcji marqué dans l avis de
l'Imprimeur, dans le temps quon
agttoit le plus la mariere dont elle
parle, e que ltome n'avoit pas
encore prononce sur le differenddes
Prelats qui ne convenaient pasde
la polJibililé habituelle d'un tel
amour. Jesiss
, mon Révérend
Pete3 crc.
Je vous envoye la Préface
de la Critique d'un Traité de
Perspective fait par leR. Pere
Bernard Lamy, Prestre de l'Oratoire,
que Mr Antier, Perspecteur,
a adresse à M' de
Pourroy
,
Conseiller au Parlement
de Grenoble, comme
il luy avoit promis. Jemeperfuade
que les Sçavans prendront
plaisirà la lire, à cause
des découvertes qu'ils y trouveront
surcette science. Voila
la copie de cette Preface.
Le R. P. BernardLamy
» Prefire de l'Oratoire, celebre par
les Ouvrages qu'il a donnt'{, e
qu'il promet encore de mettre au jafait paroistre de nouveau
un Traité de Perfpeéhvey dans
lequel il prétend établir les fondemens
de la Peinture,&promet de
regarder comme un veritable amy
celuy qui luyfera plutojl une cri.
tique JudicieuJê que des comphmens
trompeurs,conformément au par.
fage de Sa/omon)râpporlé dans sa
Plleflice, feuilletn. où il cft dit9
meiiora lunr vulnera diligentis
5 quam fraudulenta olcula
odientis
, que lesplayes quefont
les concilions sinceresde nosAmis
nous doivent ejlre plus agreables
que les caresses trompeuses d unenncmy.
Dans cette pensée M' Antierauroit
critiqué il y a longtemps
ceux qui ont écrit le
plus sçavamment dans cette
science, s'ils avoientesté de ce
temps, & qu'ils eussent eu
les mêmes sentimens,&princi
palement Mr Defarques, qui
a offert si genereusement cent
pistoles par une lettre imprimée,
à celuy de nos François
qui poufferoit la Perspective
plus loin que luy
, ce que le
le Sieur Antier est en estat
de faire & qu'il offre de dé.
montrer quant illuy fera fait
des propositions convenables
par ceux qui font aussi zelez
que ce fameux Auteur,mais
attendantle moment de faire
paroistre sa science
,
il commence
par accepter les offres
du P. Lamy, & s'engage de luy
donner des avis tels qu'il demande
,pour avoir l'honneur
d'estre mis dans le nombre de
ses vrais Amis; & il veut bien
luy faire voir par demonftrastion
, que les principes qu'il
donne pour cette science,ne
sont pas conformes aux regles
de la Perspective,&qu'un
Peintre en les suivant tomberoit
dans de plus grands dé.,
sauts qu'il ne fait par sa rou.
tine ordinaire. Pour en estre
parfaitement convaincu,il n'y
a qu'à jetrer les yeux sur la
Figure de la page 136. & la
confronter avec celle qui luy
est mise en parallele
; ce qui
fera expliqué plus au long
dans le discours que Mr Antier
va faire à ce sujet dans sa
Critique, où il offre de donner
raison de toutes les difficultez
qu'on voudra luy proI
poser,& de montrer nette- ment que cette Science ne
s'acquiert point par hasard,
t comme le Pere Lamy dir l'a.
voir fait, dans sa Preface seüilletII.
mais qu'elleades Principes
certains
,
sur lesquels elle
est fondée, & qu'ilfautneces.
sairementsçavoir pourenconnoiftre
le fond. Comme le
tout dépend d'une preuve, il
se fait un honneur de la donner
le premier dans le Royaume,
où elle n'a point encore
paru, &de la faire encore paroistre
par son cube,avec une
demonstration qu'il fera voir
mécaniquement dans la nature
, ce qui seroit d'une grande
utilité, non- seulement à ceux
qui veulent rendre leurs ou,
vrages parfaits, mais encore
pour connoistre en quoy ont
manqué les Auteurs qui ont
écrit de cette Science. Par
cette découverte il fait voir
la fédère des démonstrations
que lePere Lamy veutétaler,
& il en donne des raisons si
nettes & si solides, qu'elles
mettent cette Science dans
son plus haut periode & dernier
degré.
MrAntierquineveutcombatre
l'ouvrage du PereLamy
que par des forces égales, pour
ne pas donner sujetdemécontenterrier.
cva fairetracer les
Figures du Traité par le petit
fils de MrHervé, pour les mettre
en parelle les avec ceux du
Pere qui les a fait dessiner par
un jeune homme d'une main
tres. heureuse & adroite,ainsi
qu'illedit. Cestce quejevous
donncray dans ma première
Lettre, & je m'assure que
vous en ferez content.
Le mêmeMrAntier,qui par
le moyen d'un cordon, comme
il l'adit, peut detacherles
hevaux qui ont pris le mors
IX dents, & arrester le Cassetout
court,peut aussi par
te mêmeadresse, arrester les
uës de derriere du Carosse
cas qu'oneustbesoinde le
ire. Il demeure toujours ruë
l'Echelle
, comme je lay
arqué plusieurs fois.
L'Ouvrage que vous aller
est la Traduction d'une
le Latine de Mr l'Abbé
utard.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Sur lerétablissement de la santé
de ce Prince.
ODE.
1Nvincihle
,
Dauphin
,
prêcieuse
~- ejperance
Cheres delices de la France,
Des Peuples le charme&l'Amour:
Au moment que la mort traifirefje
Parutvousaccablerjquelleajfreufc
tristesse
Saijit& la Ville &la Cour!
Au bruit dd''aunnjirfiggrraannddmmaal cette FViillllee
étourdie
Sentantla même maladie
Remplit l'air de ses trisses cris :
Comme une mere gemissante,
QuiJe voit arracher par unefiévre
ardente
Vnfils qui riavoit point de prixj
Louis voyant perir la moitié de luymême
Fut glacé d'une crainte extrême: Intrepide aux plus grands combats
il trembla que la mortfelonne
Renversant des Bourbons laJeconde
colomne
Ne triomphafi dans son trépas.
Vous-memetriomphez^deJa mortelle
envie:1 Grâce au Ciel qui vous rend la viey
Et nous fait un prefentfi beau.
Le Monarque & toute la France
Voyantrevivre envous leurpltuferme
esperance,
Sortent comme votts du tOlJzbeau.
Telqu'un Soleilperçantles voiles de
l'Aurore
Desesrayonsvientpeindre.Flore>
cha/fant lesombres de la nuit,
JLtparsalumiere éclatante
Vient réjouir le ciel &la terre pleurante
Uabfence dujour qui s'enfuit.
Déjàd'hymnesfacre\lesTepiplesreteiîtijfent
:
Déjà leurs voûtes se noircissent
De la vapeur d'un saint encens.
Mille væuxofferts en mémoire
HotU" marquent sur la mort vofire
heureuse viélolre
Par dei tableaux reconnois!ans.
Quipeut mettre en ce jour des bornes
ksajoye.
Jour auquel le ciel nous renvoye
Le digne Fils du Grand Louis?
A l'envy du superbe Tage
La Seine faitau loin retentirson rivage
Dit bruit des Peuples réjouis.
Le Laboureuroifîfen célébré lafejle:
Sans craindre ny loups ny temptfle
Les Troupeaux errent dans les
champsy
Tandisquà l'omhrage d'un chesne
Le Bergeraffranchi du souci qui le
gesne,
Sur (aflute accordeses chant).
Vous,Nymphes de Meudon, fui
1
d'une eau crifialline
i, Arrofe^farichecolline
Aux cieux vous voulutes jaillir
poury répandre la nouvelle
Du merveilleux retour d'unefàntési
belle,
De joye on vous vittreffaillir.
Nous habitans zflez^ de la Ville
Royale,
Par tout notre ardeurfesignale
A remplirl'air decrisjoyeux.
Le hautbois joint à la musette
Lesfifres aux tambours
,
lalyie à la
tronpette
Fontun tumulte harmonieux.
LessuperbesPal"-al-,is, les cabanes rustiques
Les Temples, les vastes Portiques
Retentiffint de vofire nom.
leunes &vieux,en/ans&$eres>
Font,ensemble mè!cz, leurs delices
phi* cheres
De chantervoflreq_ucrifon.
Le Peuple pour vous voir courant à
flots rapides
Fixe sur-voussesyeux avides,
Sanspouvoirremplirson ardeur,
D evousils'approche
>
il vous touche;
JEtjusquesàbaifer voflre Royale bouche
Porte l'attentat de son coeur.
CCeess crimes innoccns ,font le dirneft- laire-,)ro,î;t 1 ;îe
De voflrebontépopulaire,
plus charm inte que tousles dons.
liadouceur d'un discoursaffable
Re ent tous ceux qu'attire à voflre
AfpeHaimable
Uairmajefiuelux des Bourbons.
Ces tributs que vous offie un Peupls
plein de zele
Et voflre attachementfidclle
Aux voeux du plus puissant des
Rois,
Grand Prince, vous plaifidavantage
Que de regnersur l'Inde> 6"" d'imposerau
Tagt
Le joug de vos prudentes loix.
Les Vers suivans ont esté
notez par un fort habile Muficien.
AIR NOUVEAU.
- - tÇcOmJbfrèes)dejerts qui cachcrxma trifSi
je pouvois dans vos détourssi
crets
Perdre le souvenir des mauxqn'A
mour mafaits -
Je troubleroissans cesse
Voflre tranquillePaix.
Mais helas, pour guérirde Pardeui
qui mepresse,
L'inflnftble Philis a fourmoy trop
- d'attraits
Et mon coeura trop defoible5,
Le Public s'estoit contenté
depuis fort longtemps de la
Traduction des Metamorphoses
d'Ovide, faiteenProsepar
Mt du Rier. Il vient d'en paroistreunenouvelle,
qui doit
avoir un grand cours, puise
qu'elle est d'un homme sameux
par un grand nombre
d'Ouvrages de chacun def.
quels on a fait trois ou quatre
éditions. C'est dequoy s'estre
formé un stile sur le bel usage,
ce qui est sur tout à souhaiter
quand il s'agit de traduire. Je
parle de M' l'Abbé de Bellegarde.
On peut dire à l'avantage
de ce livre tant vanté des
Metamorphoses
,
qu'il n'y a
point de lecture qui foit plus
utile à tout le monde
,
laconnoissance
desFables estantnecessaire
en plusieursoccasions.
Cette nouvelleTraduction est
en deux volumes très-bien
imprimez & enrichis de prés
de deux cens Planches ouFigures
,
qui reprefentenr aux yeux
ce que contient chaque Fable.
Ces Fables font accompa.
gnées d'explications morales,
& on trouve dans ces deux mêmes
volumes quelques autres
Ouvrages traduits par le même
Auteur, & par consequent
tres dignes d'estre lûs. Ils se
debitent chez le sieur Brunet
Libraire, dans la grande Salle
du Palais.
Vousscavez que 1'0fficeoù:
le Roy assiste les grandes Fel-
1 tes de l'année,e si faite ordinairement
par un Evesque nommé
pour cela, & que les derniers
parvenus à cettedignité,
ont fort souvent cet honneur.
'Nlrl'Abbé deSoubise, Coadjuteur
de Mr l'Evesque de
Strasbourg, est celuy qui à fait
l'Office cette année a Fontainebleau
devant Sa Majesté,
la veille & lejour de la Feste de
tous les Saints. Il s'estacquité
de cette pieuse fonction, avec
la grâce, & la modestie qui
luy font naturelles, L'Office
se fit avec les Ceremonies ordinaire
,
& toute la Maison (j
Royalefit Ces devotions,àquoy 1
elle ne manque pas toutes les i
bonnes Festes. La Prédication
fut faite par le P. Bonneau, Je- - suite, & son discours fut trou-«
vé beau & solide.
Le Roy, qui pour ne laisser
de vuide dans aucun des momens
de sa vie, distribue les
Benefices vacans ,
dans ces
grandes Festes, ne croyant pas
devoir sans une pressante neffessité
,
s'occuper le jour de
tous les Saints à d'autres affaires
qu'à celles qui regardent
l'Eglise, donna l'Evesché de
Saint Paul deLéon à Mrl'Abbédela
Bourdonnayedocteur
de Sorbonne Grand Vicaire
de W l'Evesque de Nantes,
& frere de Mr de la Bourdonnaye
Intendant à Bordeaux.
Vous vous souvenez,
sans doute, qu'il se distingua
avec un fort grand éclat lorsque
le Roy d'Espagne,&Messeigneurs
les Princes passerent
en Guienne. Mrl'Abbédela
Bourdonnaye
,
estant Grand
Vicaire de Mr l'Evesque de
Nantes sçaura de quelle maniere
il doit conduire son
Troupeau. Comme le Roy ne
nomme aux Eveschez que des i
personnes capables de remplir
toures les fondions Episcopales,
tant parleur pieté
que parleursçavoir,&par les
lumieresqu'ilsont, acqui ses
pour le Gouvernement de
l'Eglise
,
dont il leur commet
le soinaSa Majesté par
cettemesme raison, a nomme
Mr l'Abbé de Chaulnes
, Docteur de Sorbonne,
Grand Vicaire de Mr l'Archevesque
d'Auch,àl'Evelche
de Sarlat. Cet Abbé joint
beaucoup d'esprit à une grande
Erudition, & a souvent
donné
-
donné des marques éclatantes
de l'un & de l'autre. Jevous ay
fait part d'une Harangue de
sa façon qui a esté trouvée
tres- belle. Illa fità Auch en
l'absence de Mr rArchevê.;
que, lorsque Messeigneurs les
Princes y pafferenr.
L'Abbaye de Saint Leger
fut donnée le mesme jour à
Mr l'Evesque de Vence,le
revenu de son Evêchén'estant
pas assez considerable pour
soutenirla dignitéEpiscopale,
& pour faire les charitez ausquelles
les Evesques font obli-
Mr l'Abbe Chateaurenauli
fut en mesme temps pourveu del'Abbaye de Landevenec.
Il en Frere de Mr de Châ.
teaurenault, Vice Amiral du
Levant.Iln'y a point à douter
que le Roy ne le croye
capable de se distinguer dans
l'Eglise
, comme fait Mr le
Vice Amiral son frerre dans
les ArméesNavalesdeSaMa- jesté.
L'Abbaye de Saint Calez
futdonné à Mr l'AbbédeMoranville,
Neveu de Mr l'Evesque
de Chartres d'une ancienne
Famille de Normandie.
Si cet Abbé imite la haute
pieté de cePrel at, comme le
choix de Sa Majesté ne permet
pas qu'on en doute, il y
lieu de croire qu'il fera d'une
grande utilité à l'Eglise.
,.
L'Abbaye de Turpenay fut
en même temps donnée à MC
l'Abbé de Morey, Premier
President au Presidial d'Autun.
Il s'est distingué dans les
Harangues qui ont esté faites
dans le Voyage de Mcffligneurs
les Princes.
Mr l'Abbé de Maupoint
Clerc de Chapelle de , Sa Majesté
; eut dans lamême promotionl'Abbaye
de Tonnay- 4
Charente, & D. Cellers eut i
celle deDommartin.CeReligieux
estoit Prieur d'une autre î
Maison prés deDommartin.
Mr de Montillan,Frere de
MtdeMontillan,Gentilhom.
me attachéàMademoisellede
Charollois
)
fut pourvu du
Prieuré de Bajasse, & MrMo.
rin, Aumônier de Mtl'Evêque
de Mets,d'un Canonicat du
même lieu.
Le Roy donna aussi rAb..
baye des Isles à Madame d'Argenlieu,
Parente de Mrle Marquis
de Sourches,Grand PreJbivoft
de l'Hostel, & Soeur de
feu M' d'Argenlieu, Grand-
Vicaire de Soissons.
Pendant quela pluspart de
ceux qui viennent d'estre
pourvus de cesBenefices, se
donnoient du mouvement
pour les obtenir
,
d'autres
n'estoient occupez que de l'image
de la Mort, ou du moins
ne devoient penfer qu'à quitter
bien tostlavie, puisqu'ils
font tous mgrts presque dans
le même temps. En voicy les
noms.
Messire Pierre François de
Bcauveau du Riveau, Evêque
de Sarlat. Il avoit soixante & 5
huit ans, & est decedé dans
son Diocese,où tous lesEvêques
doivent mourir, lorsqu'ils
ne sont pas appellez ailleurs
par de pressantes necessitez,
Il y essais eHimé, &-
aimé. Sa gran de charité rafait
beaucou p regretter des
Pauvres. La Maison deBeau.
veau, au rapport de Mrs de
Sainte. Marthe, est une des
plus illustres duPays d'Anjou
: Elle fort de Jean II. Seigneur
de Beauveau,Mary de ]
JaimedeTigny,sousleregne
de Charles VI. Dece mariage
* -
sontissus les Barons de Beauveau
du Riveau, de Rolcay
les Seignents d'Espense, Sé-,
nechaux d'Anjou, de Proven-
1 ce & de Lorraine,Chevaliers
des Ordres de Saint Michel
&du Croissant,desGouverneurs
de Places, des Presidens
de la Chambre des Comptes
de Paris, & des Chambellans
des Rois Charles VII.
Louis XI. & de RenéRoy de
SicileDucd'Anjou. CetteMaison
en alliée avec celles de
Bourbon- Vendosme
,
d'An.
jou,Sicile, deCraon, deBaudricourt,
de Beaujeu, de Manonville,
de Saint Amadour,
d'Ecouceville, d'Avercon Belin
,
d'Urfé
,
du Fay, de la
Guiche, Saux « Tavanes, Be
d'Haraucourt, & a donné des
Prelats aux Eglises d'Arles,
d'Angers, &de Nantes Je ne
vous dis rien de ceux qui font
descendus de cette Maison
jusqu'àaujourd'huy, vous en
ayant parlé dans d'autres de
mes Lettres.
Messire Barthelemy de
Blois de Trelon & de Ginderdevren
,
Gentilhomme Hollandois,
mort à Paris le der;
nier jour du moispassé.Ildescendoit
de la MaisondeBlois
I de Trelon, quis'est habituée
enHollande,où ellea possedé
les premieres Charges de
l'Etat,&qui tire son origine
de l'ancienne Maison de Châtillon
sur Marne, dont il y
, a eu tant de grands Officiers
de la Couronne , & qui est.
fonduë dans la Maison de
Bourbon.
MessireAntoineleGrain,
Marquis de Breüil.
Messire Claude de Thiard,
Comte de Bissy,Chevalierdes
Ordres du Roy,&deS. Louis-
Il fut nommé Gouverneur
d'Auxone en 1671. Lieutenant
general des Arméesdu-Roy
en 1677.& Lieutenant general j
Commandant pour S. M. dans
les pays de Mets&deVerdun.
Madame l'Abbesse de
Xainces, Soeur de Mrle Duc
de Lauzun, est morte aussi3
dans lemême temps. LePLeuPbulbicliacaaauussssiippeerrdduuau au
commencement de cemois
MessireAdrien A lexandre de
Hannyvel, Marquis de Crevecoeur,
Seigneur de Manevillette,
President à Mortier au
Parlement de Paris. Quoy
qu'il n'eust encore que qua- *•
ranteans, ilavoit esté Avocat
du Roy au Chastelet, Secretaire
des Commandemens de
de feu Son Altesse Royale-
Monsieur,Conseillerau grand
Conieil,Maistre des Requestes,
& grand Rapporteur en
la Chancellerie. Il s'estoit acquité
de tous ces Emplois
avec beaucoup d'exactude,
& de probité. Aussi le connoissoiton
pour un bon Juge,
fort estimé &consideré.Il étoit
Fils de Messire Adrien deManevillette,
Marquis de CrevecoçtJir
, Secrétaire des Commandemens
de feu Monsieur
,
& de Dame Marie le *
Camus, Fille de feu Messire t
Antoine le Camus, Seigneur
d'Emery ,mortPresidentdela
Chambre des Comptes,&de
j Dame Elisabeth Feydeau. Il 5
C'enoir Coufin de Mt le Cardinal
le Camus, & de Mrs le l
Camus, l'un Premier President
de la Cour des Aides, &
l'autre Lieutenant Civil. Il
avoit épouse N. de Harlay,
fille de Nicolas de Harlay-
Céli, Conseiller d'Etat & Plenipotentiaire
au Traité de
Ryswick,&Soeurde Madame
la Marquise de Vieuxbourg,
l de Mrle Comte de Céli- &
de Mrl'Abbéde Harlay. Ils
font de la même Maison
,
&
l ont le même nom & les mê-
; mes armes que Mr le Premier
President. La Veuve de Mr de
Manevillette
,
qui vient de
mourir,joint à beaucoup de
beauté un esprit encore plus
plus grande loin des'occuper
aux divertissemens ordinaires
aux personnes de (on
âge ,elle employe la plus
*
grande partie de son temps à
cultiver sonesprit. Comme
Mr le President deCrevecoeur
est mort sans laisser d'enfans,
Madame saSoeur, qui a épousé
MessireFrançoisJoseph Comte
deClermont &de Tonnerre,
heritiere seule decePresident
dont le corps ayant esté levé
de la Chapelle du Château de
Crevecoeur, le 5. de ce mois,
fut porté en Convoy dans l'EgliseParoissialedu
Bourg,où
après un Service solemnel, il
fut descendu dans une cave
d'une Chapelle voi fine du
Choeur, & mis auprès de celuy
deMrdeManevillette son Pere,
qu'on y avoit apporté de Paris. - Cette mort aesté suiviede
'•celic de Dame Marthed'Estournel,
âgée de soixante &
neufans. Elleestoit veuve de
Messire.Gilles Marquis de
Hautefort,Grand& Premier
Ecuyerdela feuë Reine&
Lieutenant general des Armées
du Roy. Je ne vousdis
rien davantage de[1 Maison,
en ayant parlé amplement
dans ma Lettre du mois de
Janvier 1694. lorsque je vous
apprislamort de Mrle Marquis
de Hautefort. Cette
Veuve laisse quatre Garçons,
dont les deuxaînez font Maréchaux
deCamp. L'aîné est
le Marquis de Hautefort,qui
a épousé l'heritiere de Pompadour,
lesecond est M' le{
Marquis deSurville qui com- i mande le Regiment du Roy.
Il a épousé la seconde Fille de
MrleMaréchal de Humieres,
Soeur de Madame la Princesse
d'Isenghen
,
Doüairiere
5
&
Duchesse de Humieres. Les
deux Cadets font, l'un Colonel
de Cavalerie, & l'autre,
Colonel de Dragons.
Rose de Pujol, veuve de
JaquesLouis de soülllac
Marquis d'Aserac,&deCastelnau-
d'Eauzan ,Baron de
Caixon,Seigneur de Roussignac.
Elle fut inhumée le ao
du mois passé dans l'Eglise du
Convenc des Capucins de
Tarbe, fondé par Jaques de
Pujol, Baron de Caixon ,Sire
de Montblanc & de Vergé,
Seigneur de Pereüil dontelle
estoitfille unique& heritiere.
Jaquette de la Mothe estoit
sa mere. Elle a toûjours fait
paroistre beaucoup de-verrti
& de pieté, a mené une vie
tout à fait Chrétienne, & est
merte avec les sentimens que
les personnes les plus pieuses
souhaitent dans ces derniers
momens. Elle avoit esté peu
de tems mariée,& estoitrestée
veuve fort jeune. Elle avoit j
eu de son mariage Louise de
Soülllac morte le 10 May
1686, qui dans une grande jeu.
nesse avoit une veau & une
pieté exemplaires : & Jaques-
Joseph- Auguste Comte de
Soüillac Marquis d'Aferac &
de Caftelnati-d'Eauzan,Baron
deCarixon,Sire deMontblanc
& de Vergé
,
Seigneur de Pe.
- reüil) aîné de la Maison de
Soüillac,Maison qui joint à
l'avantage d'une origine tresillustre,
celuy d'avoir toûjours
esté fidellement attaché au
service de ses Rois.Elle a plusieurs
témoignagesglorieux
de cet attachement fidelle, &
duzele avec lequel ceux qu'elle
a produits ontversé leur sang,
& employé leurs biens pour
la défense de l' E tat. Aussiat-
elle merité que plusieursde
nos premiers Rois de la troisiéme
race l'ayent prise fous
leur protection speciale. On
en trouve une preuve éclatante
dans les Lettres Patentes
du Roy Charles le Bel de l'an
T323 par lesquelles il déclare
qu'il prendsous sa protection 00
sauvegarde Hugues deSoüillac
comme ses-Predecesseurs Rois y
avoientpris lesPredecesseurs du.
dit Hugues. Sous le regne suivant
& durant les Guerres des
Anglois
, ceux de la Maison
de Soüillac vendirent de leurs
biens immeubles à vil prix pour
en employer l'argent
au service
du Rg à la Guerre, comme il
paroist par des Lettres de 1341 qui leurfurentaccordéespour
y rentrer.
Si la fortune n'a pas donné
à ceux de cette Maison des
établissemens qui leur ayent
pû faire soutenir avec éclat
•
la grandeur de leur origine,
du moins leur ena tellelaissé
dans tous les rems d'assezconsiderables
pour se soutenir
d'une maniere qui les a fait
distinguer dans le monde,
joint qu'ils se font rendus
considerables par leur merite,
& pourn'avoir jamais rien
fait qui fust indigne du fang
dont ils font issus.
J'ay encore à vous parler de
la mort de deux personnes,
qui quoy qu'Etrangers meritent
biend'avoir place icy,
non feulement par les avantagesde
leur naissance,mais
àcauseque le cas est fort extraordinaire.
LeSeigneurGio
vanni Morosini, d'une Maison
tres anciennedeVenize,ayant
recherché en mariage ElizabettaMaria
Trevizana, qui
estoit aussi d'une fort bonne
Maison & cele bre dans liHif.
toire. Le jour des épousailles
fut arre sté au premier jour
d'Octobre dernier. Ils s'éroient
veus la premiere fois
le vingtiéme de May dans la
maison de l'épouse,&estoient
partis en suitepourla Campagne,
l'un d'un costé & l'autre
de l'autre. L'Epouse estant revenuëtomba
aussi-tost mata.
de,& l'Epoux qui revint dans
le mesme temps fut attaqué
.rune maladie parei lle. Ils en
furent travaillez pendant deux
moisavec les mesmes fympromes,&
dans un degrépareil
du mal,en sorte que quand
l'un desdeux se portoitmieux
ou moins bien,la mesmechose
arrivoit à l'autre. L'Epouse
se fit porter àl'Adone pour y
prendre les eauës du Mont
Ortone,&l'Epoux demeura
à Venize entre les mains des
Medecins. Cependant leur
,
mal augmenta de telle sorte,
qu'ils receurent tous deux le.1
Saint Viatique, avec l'Extreme
Üérion le cinquiéme de
Septem bre. Ils se trouverent
beaucoup mieux le 8 de ce.
mesme mois, & furent sujets
également à divers accidens
qui firent tantost esperer, &
tantost tout craindre,jusques
au second d'octobre que l'Epoufe
mourut la premiere, &
l'Epoux peu d'heures aprés.
,
Le corps de l'épouse ayant esté
rapporté à Venize, il arriva
par un pur hazard
, que quoy
qu'ils sussent enterrez en des
endroits assez éloignez l'un de
l'autre
l'autre, les deux Bieres se rencontrerentquand
on les porta
enterre.
Dans ma derniere Lettre
en parlant de la Vesture de
Madamela Marquise de Rochechoüart
Faudoas,on a alteré
le nom de Faudoas en écrivantFaudras.
Ainsi il faut corriger
Faudoas pour ne pas
confondre la Maison de Faudoasen
Guyenne avec celle
de Faudras en Bourgogne. La
Branche aînée decelle de
Faudoas fondit dans laMaison
de Rochechoüart en 1517
par le mariage de Catherine
de Faudoas & de Barbazan
avec Antoine de Rochechoüart
de Chandenier, Seigneur
de Saint Amand,Lieutenant
de Roy en Languedoc,
Senechal de Toulouze, Chevalier
de l'Ordre du Roy,cciiime
je vous appris dans la
Lettre où je vous parlay du
mariage de la Marquise qui
vient de prendre l'Habit aux
Re!igieufes Benedictines de
Montargis.
Je vous envoye la réponse
de Mr de Hautefeüille à la Critique
que MrLaMontre,
Professeur de Mathematiques
& de Philosophie a faite
,
dela MachineLoxodromique
inferée dans le Journal des
Sçavans du u Septembre dernier.
Elle est telle que je l'ay
receuë manuscrire; je vous ay
déja dit que je ne suis que le
raporteur de ces fortes de disputes.
-
Si on confidere la Machine
Loxodromique speculativement,
ousielle réussitdans
la pratique
,
elle tracera des
Loxodromies. J'ay donc eu
raison,en ce cas, de la nommer
Loxodromique.Ilest vray
qu'elle tracera aussi les grands
Cercles & les Paralleles ; mais
c'est une sausse consequence
& un mauvais raisonnement
de MrLaMontre, demefaire
penser & aux Lecteurs de mon
Ouvrage,queces grands Cercles
& ces Paralleles font des
Loxodromies. La dénomination
deschoses se tire de leurs
parties principales.
La Machine de Vitruves'unit
naturellement & neceffairement
à celle que j'ay trouvée.
Ce sçavant Maître des
Archireétes dit,que c'est une
»des choses les plus ingenieuses
qu'il eust aprises desAnf
ciens, elle a donné lieu à l'invention
de nos Horloges. Le
Leaeur jugera si c'est unevieille
drogue, que j'ay cousuë, & si
cette expression & quelques
autres que je passe fous HÏen*
ce font d'un homme judicieux,&
quin'apointpris U
Plumepar une envie de critiquer.
SiM. La. Montre avoufait
lUf- mesme un trou au fond
d'un Seau, & qu'il eust pensé
a y appliquer un tuyau,il auroit
vuque ce Seaun'auroitpoint
coulé bas, en le mettant ensuite
ter la surface de l'eau conte
nuë dans un M~~M~~y«
seau. Quelques Galeres qui'il
sont percées de cette manie..
re, & qui ont un semblable
tuyau par lequel on jette les
ordures & leau que l'on tire
de la sentine,ne coulent point
à fond. Je nesçay s'ilest permis
à un Professeur de Mathématiques,
mesme du dernier
Ordre,d'ignorer une chosesi
commune; on ne sçauroit
l'excuser dans un homme qui
entreprend de Critiquer les
Ouvrages des autres, & qui
dit que cette pensée de Jaques
BeJJen O* de Beroald son Cornrmenetateur
est extraordinaire 0*
r impertinente,
Mr Hughens qui a crû
avoir merité la recompense
promise,& qui l'a demandée,
auraport du P. de Chasles
dans son Cours deMathematiques
au lieu 5.de la Navigation
en ces termes: Legimus
in Doctorum Diario, eum t
proemium petusse & ad experientiamprovocajje.
Mr Morin, le P.
de Liris,Recollet,&tous ceux
qui ont proposé des Inventions
pour avoir la connoissance
des Longitudes, n'ont
pûse dispenser de l'exprimer
dansle titre deleursouvrages.
Ce n'est donc poinrparramollr
propre qui lesaveugle mais parce
que c'est la fin effencielle de
leurs découvertes, & que cest
toûjoursdanslasupositionqu'-
elles réufirontdans lapratique.
Mr LaMontre decide hardiment
& soutient que la Ma.
chine Loxodromique est impraticable.
Je ne l'ay point
donnée pour infaillible; mais
feulement comme vray semblable,
& j'en ay parlé fort
modestement. Toutes les
preuves qu'il apporte de la dé.
cisionsereduisentàcetteseule,
que je n'ay pu dire de
qtiellenianiere illa faut ap-
[ pliquer à un Navire pour en
faire quelque usage Il n'est pas
vray que je n'aye pu dire cette
maniere
,
mais il est vray que
je ne l'ay pas dite pour deux
raisons. La premiere, parce
qu'elle est inutileàceux qui
ne s'en veulent jamais servir.
La seconde, parce qu'il y en
a plusieurs,&que les Pilotes
qui voudront mettre en pratique
cette Invention, en trouveront
facilement la maniere.
Mais supposé que je ne l'eusse
pu dire,quia assuréMr La
Montre, que quelque Sçavant
de France ou des Nations
étrangères ne la trouvera pas
dans ce sicele ou dans les suivans?
LeMoulinet quejesuppose
estre appliqué au dessous
du Navire dans l'endroit le
plus commode
,
fera tourner
l'arbre ou la verge de fer auquel
il est attaché
,
à l'extremité
de laquelle il y aura un
Pignon qui fera tourner une
autre vergejusqu'àla dernie.
re qui entre dans le lieu où
est le crayon & le papier sur
lequel la route doit estre tracée,
dela mesme maniere que
l'on fait tourner les Eguilles
des Cadrans qui font fort
éloignées du mouvement des
grandes Horloges.
Pour diminuer le nombre
de ces verges,on peut percer
le vaisseau dans un lieu convenable
, & y appliquer un
tuyau dans lequel entrera la
verge qui fera agir le crayon.
Ces manières & quelques autres
font si faciles, que je nay
pas jugé à propos de les expliquer;
jay cru que lesPilotes
& les personnes moins inrelligentes
qu'un Professeur de
Mathématiques ne les ignoroient
pas.
Mr La.Montre a fait lVIo4
gede la Machine Loxodromique
en dilant que sielle estoit
Jtmple & praticable, on ne de
vroit pas la négliger : mais par
bonheur les Lecteurs de sa
Critiquene se sont pointapperçeus
qu'il eust fait voir
qu'elle ne l'estoit pas.
A l'égard des deux choses
qu'il dit que je sçay
peut-estre, je veux bien luy
accorder que je les ignore
,
parce que cela ne fait rien à
la réussite de la Machine Loxodromique.
Il m'a déjà taxé
d'ignorance sur laDioptrique
dans un autre Journal des Sçavans,
dont je me fuis tres peu
misen peine; mais comme on
est obligé d'avoir foin de sa
réputation, & qu'il se pourroit
trouver des personnes
particulierement dans les , pays
étrangers, qui croiroient que
Mr la Montre feroit un Matematicien
d'un nom & d'un
mérité distingué,&qui surce
fondementajouteroient foy à
ses écrits, j'ay cru devoir rapporter
le Certificat que Mrs
de l'Academie Royale des
Sciences ont bien voulu m'accorder.
J'ose assurer que M'la
Montre n'en publiera point
un semblable.
EXTRAIT
desRegiflresdel*Academie Royale
desSciencestduz Juilletijou
Onfieur
de Hauteftiïllc
, 1~-Ant preftnré Àà1l'4Accaaddeemmiiee un Placet,par lequel après avoirexpost
que député trente ans il s'appliqueavec
beaucoup de depenje
iàla Filoflfie Expérimentale (7 rechercher des Inventions uti.
les, il lasupplie de lui en accorder
un CertificatMr Vari
gwn ayant esle charge de rappor,
ter ce pUcet à la Compagnie
,
il
dit qu'il avoir lu ce que M de
^Haut friïi'lavoitpublié en djferenstempssur
lesTrompettesfar.
1 lantes
,
sur 1Horlogerie ,sur les )Lunettes, sur le Niveau, surla
manière d éleverlestaux Ërtout
récemment encore sur celle de mesurer
le sillage des VaiDeaux
, 0*
~,
qùily avoit trouveplusîeurs choses
très curieuses,tmmêmes utiles
au Public; & la Compagnie
aesté daviï qu'on dennaji a Mc
de Hautefciïille le témoignage qu'il
deprott defongenie& dejonapplication
;
enfoy dtquoy 1 ay Çrgié
le presentCertificat à Paris ce J.
Juillet1701. De Fontenclie,Secrétairedeïjicademie
Royale des
Sciences.
L'Auteur de l'écrit inféré
dans le Mercure Galant du
mois de Juillet dernier, a eu
raison de laisser à Mr Aimon
le foin de défendre son Diogirometre,
puifqu'il l'a fait
dans les Ouvrages des Scavans
du mois de Juin, où les
curieux pourront voir la réponse
fage & solide qu'il a
faite à Mr la Montre. Plusieurs
Sçavans qui ont lu cet écrit
du Mercure Galant,n'y ont
trouvé que des ventez & n'y
*, ont apperçû aucunes invelti.
ves que Mrla Montre pouvait
citer & refuter, sans se metreen
peine qui efl l'Auteur de
cet écrit, puisqu'il ne s'est pas
nomme.
De fort. habiles gens sont
persuadez que Mr dela Montre
se feroit plus estimer en publiant
les deux Inventions
qu'il prétend avoir trouvées
pour la mesure du Sillage,
quelque dèfectueuses & impraticables
qu'elles puissent
estre
,
à plus forte raison si elles
sont aussi parfaites qu'illa
publié. Les pensées nouvelles
fondées sur le bon sens& sur
les principes des Sciences J
font toujours agréables &uti.j
les au Public, quoy qu'elles!
soient impraticables; parce:
que les Sçavans peuvent lesll
perfectionner, ou à leur oc.-
casson en imaginer d'autres 2
meilleures. Les Critiques fem-
- blables à celles de M1 laMon.
tre sont très- préjudiciablesau
Public, parce qu'elles nel'inftruisent
en rien & qu'elles découragent
les Inventeurs, qui i
bien éloignez de tirer quelque :
ecompense de leurs travaux,
<
voyant qu'on leur ravit le mediocre
honneur qu'ils ont
june sujet d'enesperer, prennent
plutost le party de les
laisser périr, que de les communiquer.
Ce sont les deux
vericables causes
, pourquoy
les Sciences & les Arts parviennent
si lentement à leur
perfection.
Quoy que l'Art de Naviger
soit,aujourd'huy un des plus
parfaits, il y relie encore, outre
la connoissance des Longitudes,
pluficurs choses fort
utiles à inventer. J'en ay trouvé
quelques-unes qui peur,!
roient estre d'une grande utiliré
dans le naufrage même)-,
& en plusieurs autres rencontres.
Ce sont des vuës dont les
Navigateurs feroient dans
l'occasion un tres bonusage,
& il seroit fort avantageux que
le public en eustconnoissance.
Cette connoissance ne peut.
jamais luy estre nuisible.
Le Roy d'Espagne ayantresolu
de se rendre à Barcelone,
Capitale de Catalogne, le
trentiéme de Septembre
,
les
Magistrats de cette Ville s'assemblérent
ce jour la dans son
Université
,
& la Musique
commençaaussi tost à se faire
entendre,ce qui fut accompagné
du bruit des Tambours
& des Trompettes. Cette harmonie
qui annonçoit la venuë
du Prince,rendit lesmaisons
desertes. Chacun futim
patient de voir son Maistre,
& tous les chemins furent
couverts d'une foule de Peuple
extraordinaire. Les Officiers
del'Université precedez
de leurs Massiers, prirent leur
route vers la Porte Saint Antoine.
Le Recteur alloit à leur
reste, monte, ainsîqu'eux sur
une Mule,aumilieudes deux
plus anciens Graduez
, & les
autres suivoient deux à deux
par ordre d'ancienneté. Comme
il y avoit differens Colleges,
lescouleurs qui lesdistinguoient
estoient différentes
,
& formoienc quelque chose
d'agreable à la vue. On
voyoit en fuite l'illustre Chapitre
de la Cathedrale avec
son Evêque, dans un équipage
très-modeste. Il precedoit
le Consistoire de la Dépuration
,
devant lequel alloient
sesMeilleursavec leurs habits
de Ceremonie. Les croisDé1
putez estoient à la teste
,
le Militaire estant à la main droite,
& l'Ecclesiastique
,
& le
Royal,à la gauche. Les Confeillers
suivoient avec le même
ordre, & a près eux les AC
fesseurs, tous sur des chevaux
richement caparaçonnez la
reserve des Ecclesiastiques qui
alloient en Mules. Un nombre
infini de Cavaliers & d'Artisans
paroissoit ensuite
, précédant
le Corps de Ville
, qui
marchoient avec une grande
pompe, ses Massiers vétus de
tafetas cramoisi, marchoienc
les premiers, & ensuitecelu y
qu'ils appellent el Conceller en
cap, avec une robe enrichie
de fleurs d'or, & ayant quatre
Cavaliers qui l'accompagnoient.
Lesautresconseillers
marchoient derriere lui avec
le mêmeornement,&lamême
fuite. Il sembloit quela
richtffe des harnois infpiraft
de la fierté aux chevaux des
Conseillers & des Cavaliers,
& que s'ils n'alloient qu'au
pas ,
c'estoit moins pour
obéir à ceux qu'ils portoient,
que pour se faire admiret plus
à loisir. Les deux Consuls de
la Maison qu'on nomme U
Lonja
Lonja Ad Mar,alloient dans
les deux dernieres files& se
faisoient remarquer par leur
propreté.Toutes les Communes
en cet ordre, se rendirent
aux pieds de Sa Majetté
qui se trouvoit alors entre le
petit Hôpital& la Croix couverte.
Chacun luy rendit les
profonds respects qui luy
estoient dûs, & après luy
avoir baisé la main, ils retournerent
à Barcelone. Ces Con";
feillers ayanc rencontré le
Roy un peu en deçàde la
Croix couverte ,
& luy ayant
rendu leurs respêcts, en baisant
la main royale,eurent
l'honneur de les accompa
gner. On s'avança jusqu'au
Convent de Jesus des Franciscains
,
où Sa Majesté s'arresta.
Là, le Conseiller en Cap.
luy ayant de nouveau baisé la
main
, retourna à Barcelone.
Sa Majesté descendit dans le
Convent avec un air tout
charmant, la Communauté
des Religieux l'attendoit à la
porte de l'Eglise, le Gardien
tenant la vraye Croix qu'il Juy
donna à baiser, après quoy on
entonna le Te Deum, qui fut
precedé d'une grande acclamation
de Viva, viva nustro
ReydeEspana. S. M. C. ayant ffiinniisseesspprriieèrreess,,fioerMrsCadmeai)nEàglise&
laissabaiser sa main à
une partie de la Noblesse.
Elle monta presque aussîtost
en Carosseaccompagnée
du Duc de MedinaSidonia,
& du Comte de Benavente
Elle entra dans la Ville
par la Porte Saint Antoine,
& tourna vers le Palais. Une
décharge de toute rArtiperie
annonça son arrivée, &leRoy
ne fut pas plutost dans le Palais,
que pour satisfaire l'empressement
que lePeuple
montroir de le voir, il parut
dans un Balcon. Quoy quela
Place foit d'unefort grande
éten due ,il ne s'y trouva aucun
endroit vuide, tant la
foule fut extraordinaire. Les
acclamations de Pria, viva,
furent fort longtemps réitérées,&
SaMajeste s'estant retirée,
tout ce grand Peuple
se sépara en divers endroits.
Le Dimanche2.d'Octobre
jourdestiné pour l'entrée publique
de Sa Majesté, ellese
rendit sur les deux heures
aprés midy, à la Porte de Saint
Antoine,où le Marquis de la
Rosa, Gouverneur dela Place,
luy en presenta les clefs. Le
Roy répondit qu'il en auroit
foin
,
& estant monté à cheval
, il se plaça fous un Dais
d'une riche toile d'or que Iuy.
avoient preparé les Conseillers
de laVille, ausquels ce
Prince ordonna de se couvrir,
1 il y eut deux files composées
de vingt quatre personnes richement
vituës. Elles formérent
deux ailes, dont rune étoit
terminée par le Conseiller en
Cap, qui tenoit la bride du
cbeval de Sa Majesté,lesautres
porterent le Dais, & ce fut
ainsi que commença cette
glorieuse entrée.
A la teste estoient desTrompettes,
des Timbales,& plusieurs
autres Instrumens, qui
invitoientchacun à la joye. Ils-:
estoient suivisdesTrompettes
des Gardes de Catalogne
dont toute la Compagnie,>
composée de cent Chevaux, avoir l'épée haute,& environnoitS.
M*. QuarreTrompettes du Roy,quimarchoient aprés
cette Compagnie, redouble.
rent lajoyepublique par leurs
fanfares. Tout cela precedoit
le Marquis de Quintana !c"
Marquis de Ayvona,leComte
de Santistevan, le Duc de Seza,
le Comte de Palma, le
Que de Ossuna, & le Duc de
Medina-Sidonia,tous Grands
d'Espagne. Ce dernier alloic
devant le Roy, tenant l'Epée
Royale en sa main hors du fou.
reau, au milieu des deux files
dont-on a parlé. Sa Majesté
suivoit tous le riche dais. Dom
Garcia de Guzman
,
Premier
Ecuyer
>
estoit à l'estrier du
Cheval,& derriere luy paroissoientlesautresEcuyers&
les
Pages de Sa Majesté. Les Gardes
Allemande & Espagnole,
& celle du Corps fermoient I
cette marche Toutes les ruës j
estoient ornées de riches ta- J
pifTeries.
Au milieu de la Place del
Padron,vis à vis de Saint Lazare
, où Sainte Eulalie souffrit
le martire
, on découvrit une
pyramide, au haut de laquelle,
estoit une Image de la Sainte ,:,
faite de marbreavecbeaucoup
d'art,&au milieu du corps de
la même pyramide estoit un
fort beau portrait duRoy,avec
quantité de Palmes d'espace
en espace. Par tout oùSa Majessê
passoit
, on n'entendait
que desacclamations &mille.
cris redoublez. de VIDA el Rey
FelipeRien ne paroissoitavec
plusd'éclat que ce qui ornoit
la Place de SaintFrançois. Il y.
avoit un échafaut occupé par
quantité deMusiciens, & au
milieu de la Place, proche le
Palais du Gouverneur cftoifc
drene le Trône de Sa Majesté,
avec un siege où elle dévoies'asseoir
pourleferment qu'elle
alloit presser.Tout lebas estoit
couvert de draps de differentes
couleurs. La Cavalerie des
Gardes se rangea devant le
Trône,& comme la Mulique
se renoit preste sur son êchaffaut,
elle fn entendre sa douce
harmonie si toH que le
Roy sur arrivé. Ce Princealla
prendre le siege qui luyavoit
esté préparé, ayant à costé de
luy le Duc de Medina Sidonia
son grand Ecuyer. Les
Conseillers & ceux qui composoient
les deux files s'avancerenr
avec luy
,
les derniers
demeurerent debout, & il
commanda aux Conseillers de
s'asseoir & de se couvrir, ce
qu'ilsfirent sur un banc cou.
vert de satin cramoisi. Auffilôtle
GardiendesFranciscains,
avec les Assistans,ses Acolyites
& la vraye Croix alla vers
le Roy, qui jura de conserver
les droits & lesPrivileges
de la Principauté de Catalogne.
Ensuite le Conseiller en
cap monta les trois degrez du
Trone, & fit un discours au
Royen remerciment de cette
grace, aprésquoyilluy baisa
lamain avec les mêmes ceremonies,
ce que firent les autres
Conseillers de la même
sorte,cerrefonction estant
achevée,Sa Majestéallaàcheval
dans le même ordre, vers
la ruë appelle Callebancha,^
c'est à dire, ruë étroite, où il I
y avoit un Soleil fore lumi- <
neux dans une grande niche.
Elle s'avança par cette ruëjusqu'àun
endroit,que l'onnommeEl
Barn,où l'onvoyoitun
Autel tout composé de cristaux&
d'une grande beauté.
On passade là par la Chapelle.
de Marcus
, & l'on y trouva
un Arc dresse en quarré, avec
la plusjustesimetrie de l'Architecture.
De là onpassa à
la Place del Angel, où estoit
une Pyramide fort ornée, &
chargée d'un nombre presque
infini de lumieres. On alla en;
suite dans la ruë des Libraires,
quinecedoit point aux autres,
en propreté & en ornemens ,
& lorsqu'on passa devant les
Prisons publiques, les Prison
- niers élevérent un fort grand
cri, qui faisoit entendre, Mi.
sericorde & Liberté. Le Roy
ayant esté informé parle Conseiller
en Cap de ce que demandoientcesmalheureux,
accorda
aussi-tost la grace à tous
ceux qui n'avoient point de
Parties. La ruë des Libraires le
conduisitjusqu'à un lieu qu'on
appelle La Sée, dont les muraillesestoient
ornées de c~
ches tentures, & de quantité
de beaux tapis. Sa Majesté
estantarrivée devant le Palais
Episcopal, descendit de cheval,
& se mit à genoux pour
baiser la vraye Croix que luy
presental'Evéqueà lateste de
son Chapitre. A lors le Chantre,
leSous Chantre,& deux
Chanoines entonnèrent Elegit
.eumVominus,& on allaainsi
en chantant jusqu'à la grande
porte de la Cathedrale. Là, Sa
Majestéà genoux reçutl'Eau
benite de l'Eveque, & jura de
faire observerl'Immunité Ec.
clesiastique & les Privileges
cle l'Eglise.Ensuite elle visita
SainteEulalie& on y chanta
plusieurs beaux Motets, après
quoy ayant reçu la Benediction
solemnelle de l'Evêque,
elle sortit de l'Eglise
, & se
rendit au Palais, une salve
de toute l'Artillerie s'estant
fait entendre dans le temps
qu'elle descendit de cheval.
Toutes les Confrairies avec
les Bannieres l'attendoient
dans la grande Place. Il n'yen
avoit aucune qui n'eust cherché
à se distinguer par quelque
invention particuliere.
L'une entre-autres avoit un
fort grand Navire, qui sans ,
eau ny vent ne laissoit pas de i marcher,& d'avoir sesvoiles
enflées. Ce Navire enfermoit
cinq Mariniers, & un Trompette
qui faisoit retentir l'air
de fanfares. La Machine tira
son Artillerie & baissa les voiles
en passant devant Sa Majesté.
Le concours du Peuple
estoit si grand
,
qu'on croyoit
que la Place estoit remplie de
plus de quarante mille personnes.
Le foir on tira un tresbeau
d'artifice. C'etoit un fort
grand Chasteau qui fit paroî-
Bre cette Place tout en feu.
Tous les Balcons & toutes les
Fenestres de la Vi;le) brilloient
d'uneinfinité de flambeaux
& de lumieres
,
& une
excessive joye paroissoit de
touscostez.
Les Catalans sçachant que
le Roy aime fort la Chasse
ont voul u que Sa Majesté
prit ce divertissement autour
de Barcelone, quoy qu'il n'y
aitpointde lieux pourchasser.
Dans ce dessein ils ont formé
un bois,avec de grandarbres
qu'ils ont fait planter, & ont
remply ce Bois de Cerfs & de
Biches ;&afinqueSaMajesté
n'eut pas seulement le plaisîr
de poursuivre ces animaux,
mais qu'elle eust aussi celuyde
tireren l'air, ilsontaussi
faitmettre beaucoup de Pigeons
dans ce même Bois,
en sorte que d'un seul coup de
fusilce Prince en a souvent
tué plusieurs. Tout le Pays a
admiré l'adresse de ce jeune
Prince, & efl: charmé de ses
bontez & de ces manieres.
La Monarchie d'Espagne est
si considerable qu'ilestsurprenant
que personne juiqu'aujourd'huy
ne se soit avisé d'en
donner une Idée digne de sa
grandeur, ce que le Sieur de
Fervientde publier à ce sujet.
donnera peutestre lieu à plus un grand ouvrage. C'est un
livreinquarto,quia pourtirre
Cartes (y Descriptions generales
& particulierespour l'intelligence
des affaires du t:.mps) au sujet de
lasuccession de la Couronne d'Espagne
en Europe, en Arc, en Afri.
que , çy en Amerique. Dedié à
Sa MajestéCatholique, Philippe
Cinquiéme.
; C'est une chose étonnante
que l'attention de Mr de Fer
sur tout ce qui peut fai re platsir
au public Lorsqu'il arrive. A
quelque événement qui doit,j
luy faire desirer des Carres j
pour estreéclairci de beau.-
coup dechoses,il ne luy laisse.
jamais le temps de la souhaiter,
& n'épargne ny soins ny
dépense pour remplir sa eu.
riofité.
Il y a dans l'in quarto dont
je viens de vous parler des
pieces tres curieufes& proprement
gravées. On y a joint
aussi les Cartes du Theatre de
la Guerre.
Le Samedy 12. de ce mois
on fie l'ouverture du Parlement.
en la Grande Salle du
Palais. La Messe solemnelle.
fut celebrée par Mr l'Evêque
Duc de Langres,Frere de Mr leComtedeTonnerre,àl'issue
: de cette Messe
,
Messieurs
entrerentenla Grande Chambre
, où Mr le Premier President,
avec des termes choisis.
f & pleins. d'éloquence
,
fit un.
[ Compliment à ce Prelat, sur
sa naissance
)
sur son application
laborieuse à remplir les
~I devoirs de son Ministere, &
sur les deux actions publiques
oùil s'estoit distingué à l'O.
raison Funebre de feu Monsieur,&
à l'Assemblée du Cler.
gé. Ce Prelat répondit à ce
Compliment par un autre
qu'on trouva digne de luy.
Pendantcetempsonfaisoit
l'ouverture des Audiences de
la Cour des AidesMrle Premier
President le Camus fit
unfort beau Discours sur l'application
qu'on devoit avoir
à suivre seru puleusement la
loy,&fit voir combienilestoit
dangereux deselaisser séduire
par les préjugez&par la probabilité,
où le peril n'estoit pas
moins grand pour qui s'y laissoitentraîner,
que dans la Religion.
MrJoly de Fleury,Avocar
General, prie ensuite laparole
sur le ni"ème.fujec,& s'étendit
avec l'éloquence qui
luy cft si naturelle & si familiere
sur la soûmission que l'on
devoir avoir pour la loy. Il fit
connoistre la necessité, les
avantages & les biens que l'on
trouvoit en l'observant religieufement.
Il y glissa inge-
[ nieufement l'éloge de Mr des
f Haguais, dont il occupe presentement
la place avec une
approbation universelle.
L'ouverturedes Audiences
du Parlement se fitle Lundy
14. en la Grande Chambre.
Mr Jolly de Fleury, premier
Avocat General, Frere aîné
deMr de Fleury ,donc je viens
de vous parler, y prononça
un Discours des plus beaux ,
& qui luy attira l'admiration
de son auditoire. Son discours
roula sur la simplicité avec la
quelle on doit ex poser les raisons
des Parties, parce que la
veritese découvre plusfacilement,
lorsqu'ellen'e st point
envelopée; ce qu'il expliqua
avec beaucoup d'éloquence,
& en tres beaux termes. Mr b
le Premier President qui fie
ensuite un autre discours, où
t il marqua des routes aux Avocats
& aux Procureurs pour
éviter les défauts de leur Pre
session, dit en sortant à Mr
Jolly de Fleury, qu'il avoic
donné des leçons qu'il n'avoit
pas pratiquées,voulant faire
entendre qu'encore que Mr
de Fleury eust parlé sur la
simplicité qui devoit regner
dans les Discours des Avocats
,
il n'avoit pas laissé
de faire un Discours tres éloquent.
La Mercuriale se devoit
faire le Mercredy suivant,
mais elle fut remise au Vendredy
18. MrlePremier President
y fit un discours où il
inseral'éloge de Mrle Nain,
Maistre des Requestes,Ayeul
de Mr l'Avocat General le
Nain, sur sa vertu, sa capacité,
sa probité ,& la retraite qu'il
avoit faite pendant les dix
dernieres années de sa vie en
se donnant tout entier à une
devotion exemplaire Il s'étendit
sur celle de MrlePresident
de Maisons,qui venoi-r:
de ceder sa place dePresident
à Mrle President de Longuëil,
son Fils, qui venoit de prendre
place. il fit voir la perte
sensible que sa famille & le
public venoient de faire de
M'le President deCrevecoeur
qu'une mort funeste & prématurée
avoitenlevé. Mrl'Avocat
General de Fleury prie
ensuite la parole, & fit des
portraits & des définitions
merveilleuses sut la prefomtion.
Il fit un crayon spirituel
des vertus opposées à ce vice
& parla de l'a pplication que
les Magistrats dcvoient avoit
pout se défendre de ce défaut,
mais avec des termes
éloquens,vifs, & persuasifs.
Mr le Premier President
reprit ensuite la parole,& exhorta
la Compagnie à empê-
•
cher le cours de quelques defordres
qui se glissoient par le
relàchement de la discipline,
après quoy on vérisia des Let.
tres de Maistredes Requestes
honoraire, en faveur de Mrle
Pelletier desForts, Intendant
des Finances, au lieu de Mrle
Pelletier de Souzy son Pere,
avec celles de MrBouvard de
Fourqueux, à prelent Procureur
General de la Chambre
des Compres,Conseiller Honoraire
au parlement,
Le Samedy 12. Novembre,
l'Académie des Sciences tint
à l'ordinaire une Assemblée
publique, presidée par Mr
l'Abbé Bignon. M' Cassini
parla le premier. Il fitla description
de la fameuseMéridienne
qu'il a tiréedepuis
l'Observatoire jusqu'à Perpignan.
Elle luy donna occasion
de faire l'Histoire des au.
tres travaux qui ont esté en,
repris dans ce même dessein
de la mesure de la Terre,
mais ils ne font comparables àceluycy
, ny pour l'étenduë
, ny pour l'exactitude.
Cet ouvrage est le plus hardi
& le plus utile qui ait jamais
esté fait pour porter rAfiro.
nomie & la Geographie à la
plus haute perfection dont
elles soient capables.
MrBoulduc lût ensuite un
Discours sur les Remedes
Pur gatifs. Il fit voirles differens
effets qu'on en peur tirer
par la séparation de leurs differentes
parties, Il rapporta
l'exemple de Ylpecacuanba qu'-
il a trouvé le secrer de rendre
seulement Purgatif, ou seu-
I lement Emetique
,
sélon les
différentes maladies
, & les
différentes occasions où il
remploye. Il traita aussi de
l'Ellébore,tant de celui des
Anciens, que de celuy qui
nous vient d'Angleterre
, ou
de Suisse, & sit sur l'Ellebore
lesmêmesraisonnemens qu'il
avoit faits sur l'lpecacuanba.
MrMorinproposaun sifiême
nouveau sur lepassagede
la boisson dans la vessie. Ce
seul chemin connu jusqu'à
present est. tres-long
,
& paroist
contraire à la promptitude
avec laquelle on rend
des Eaux Minerales
J ou des
Urines, qui ont lodeur d'Ar"
perges, presque aussitost
après qu'on en a mangé. C'est
par cette raison que M' Mo
rin croit qu'une partie de la
boisson passe immédiatement
au travers des pores du Ventricule
dans la Vessie, sansessuyer
tous les détours de la..
circulation du fang.
La Séance futterminée par
MrMarchand,qui sit connoistre
au Public une Planta
nouvelle, nommée Yquetaya
qui vient du Drefil. Outre plusieurs
vertus qu'on luy attribuë
,& qui ne sont pas encore
alEz éprouvées,elle a cerrai.
tainement ce lle d'oster au Sej
né son goust desagreable
,
&
defaciliter Tusage d'un Purgarif,
qui d'ailleurs est excellent;
mais Mr Marchand convint
qu'après avoir bien examiné
cette Plante, il avoit
trouvé que c'estoit la grande
Scrophulaire, fort commune
en ce Pays cy ,
& il a découvert
par là quelagrandeScrofulaire
à la même vertu sur le
Sené.
Tous ces Discours furent
entremêlez des reftexions de
Mri"Abbé Bignon, qui servi.
rent & à leséclaircir & à leur
donner plus d'agrément.
Je ne vous dis rien du Discours
qui fuit, il est au dessus
de cous les Eloges que j'en
pourroisfaire.
ELOGE DU ROY;,
Prononcé au Parlement de Besançon,
par Mr le Fevre, sécond
President à. Mortier, à
l'ouverture des Audiences de
ce Parlement,après la saint
Martin.
Le sujet de sa Harangueayant
roulé sur le Serment quelesOfficiers
des Bailliages, & les Avocats-
du Parlement font aux rentrées
de la Saint Martin; il y
fut parlé du Serment que le si.
meux Gonfalve
3
surnommé le
Grand Capitaine,viola à Tarente,
contre la promesse solemnellement
faite au Duc de
Calabre, Fils du RoydeNaples,
ce qui donna lieu de passerà l'Eloge
du Royen la maniere suivante.
Aiais au lieu de réveiller icy l'iodée
, odieuse d'un fermentviole depuis
plus de deux Sleeles, à la face
de toute l'Europe; il vaut mieux vous
presenter un exemple con/raire) que
nous avons vu de nos jours,d'un
autre grand ferment très religieuflmentobservépar
leplusgrandMonarque
de tvnivers ; & qui a eslè
su.ivi, & recompensède tous les bonheurs
qui peuveut. se repandre
sur laplus belle de toutes les
Vies,
Cesi ce Sermentsolennel
3
quifut
fait au Sacre de Louis le Grand, par
lequel ce Monarques'engaga à ne
dispenserpersonnedela rigueur des
Edits faits &plMie?^ contre loi,
JPuëls.Ily avoit des Siecles entiers-,
que laFrance gemiffoitfous la tirannie
de la plus aveugle, & de la
plus violente de toutes les pamons
,
qui efl celle dufaux point d'honneur.
L'on voyoit tous lesjours avec horreut
la plus pure, &laplusfioririjfante
\2sfobleffe du Royaume,s'aller égor- gersurlepré,pouruncoup d"oeilechape
au hazgrdj ou pour une parole
équivoque mal interprétée5&repan~
dre inuttlemeut un fang, quine der
voit couler que dans un champ de bataille
1
ou sur la brèche d'un
rampartpouf
leservice
de l'Etat.
Les Rois, Predecesseurs de Sa
Meije/lé avoientemployésans effet
leur zele
3
& leur authorité
, pour étoufer
ce monflre formidable i qui
faisoit des ravages continuels non
feulement dans toutes les Provincesj
mais dans l'enceinte même de la
Capitale du Royaume: ffrjusques
aux portes du Louvre. Le Roy entrepritenfin
de l'exterminer dans
toute Vétendueîle ses Etats5 & non
content de renouveller les anciens
Edits, & d'en agraver les peinesj
fçachttnt bien
> qne ce rieft pas assez,
de donner de bons ordres, si l'on n'a
le foin de les faire executer5 il ne
trouva point de moyen plus efficacey
fours'empescherluymesme de.se relascherjamais
d'unefeveritéfifalutaire
àsesPeuples3que des'engager3 comme
ilfit)parunfermentfolemnel, en
recevant rOnEfion Royale
,
a employer
toute l'autorité. que luy donnoit
cette onfhonpourabolir les
Duels,& à nejamais accorder des
lettres de grace , pour quelqueconsideration
que cefufi> à ceux, qui auwoient
eû Le malheur d'en encourir La
peine.
j Cest ce grandferment)ir religieusementobservé
,
pendant tout le cours
deson reçne 3
qui a produit cet effet
miraculeux deretenir dans les bornes
étroitesduvraypoint d'honneur3une
Noblcffepleined'ardeur& de courage,
quijufques alors avoitparu in.-
domptable en ce point. Il en efl enfin
venu à bout, ce Grand Prince,par
safermeté, & pat sonexaïlitude à
garder son ftrment; il a rétabli le
le calme, lordie
, C-; la tranquillité
dansson Etat ; (esfiàelsVassaux,
d- ses braves Officiers, dont ila fçtc
rectifier la delicatesse &lafierté3 ne
songent plus à répandre defang que
pour son femice
,
il a fixé la maniéré
re, les temps, les lieux, eu la
veritable valeur doitparoistreJ il a
feu reprimer dans tortS ses Sujets la
pa/lionlapluJ dijfidledvaincre,qui fstjamais, la vengeance ne luy efi
plus Permise,dfielle n"a la précaution
de prendre bienàpropos l'air, &
lesmaniérés d'unejufiedeffense, elle
efi puniefans ressource
3
dans la der,
niere severitè de la Loy, Enfin l'on
peut dire) que le Roy efi leseul Prïnce
qui ailjamaispû donneravecsucces
des reg/es, des bornes, &des limites
au vray point dhonneur, jusques-
lk qu'une Nation entiere, qui
depuis prés de deuxsiecles s'efipiqué
defaire son capital de cette pa/lion)
n'avoitjamaispu comprendre, avant
que d'avoir vu ce miracle, que les
Roisfussent les maîtres de l honneur,
Los Reyes son duenos de la vida
, pero no de la honra, les Roisy
dit cettesière Nation sions les maiItres
de la vie, mais ils ne peuvent
¡l'ejlre de l'honneur. Vous vous trom-
\j>ezjbraves & genereux EJPagnols
jlesRoisfont lesmaîtres , de l'honneur,
mais ilfaut que ce soientdes Rois
1armez sur le modéle de. Louis le
Grand.
Voilày Me.ssieurs3 les effets merveilleux
d'unferment inviolablement
observè depuis quarante - huit ans3
& il n'a pas feulement trouvé sa récompense
dans l'heureux succés de
l'entreprifc qui l'a faitnaitre;mais
encore dans tous les bonheurs, aqui
l'ontsuivi
,
& qui ont accompagné
le regne leplus beau, le plus long &
leplusglorieuxquifutjamais.
En effet l'on peut dire
, que,pour
recompenser la Religion d'un Prince,
quiasi exaïlement observè ce qu'il
nvoit promis lejour de son Sacre,le
Ciel a versèsur luy toutes tes René!
dictions, qu'un Monarquepeut difirer
j aimé deles SujetS; craint& re--
verédeses ennemisjadmiré de toutesx
les Mations rplein de douceur & dele,
bonté dans la paix; de gloire3 & de*.
bonheur dans la guerre 5
defermeté*,
& de confiance dans les grandes entreprifts;
de modération dans lessucces
i de prudence dans le Conseil j de vigueur, d'activité dans l'execution
5 toujours égal à luy-même ' il
a goûte toutes les douccurs de la plus
belle
y
de la plus heureuse, 6'" de la
plus longue vie, quaucun Prince ait
jamais paffce/ùr le Trône. ilapacifiéles troubles deson Etat,
abbaifiel'orguiiil & la fierté de s
Grandsjléuni les esprits tlivife,;
réglé les ifnancesj rétabli la Jufiice
détruit Iberejïe ;faitfleurir le Cornmerte;
étendu de tous cofiezjles limites
defortvafie Empire; vaincuses
ennemis par tout, & dans toutes les
SSaaisiofonnsjs ; rreemmporteprefquautant de
viHoires
,
quilafait donner de Batailles
j &fait autant de Qonqueftes
,
qu'ili afliegcde Places^cu at-
|j taqué de Provinces. Toujours heureux,
toûjoursvifforicux par terre&
paimer,enpersonne, &parses Generauxi
Gouvernantpar luy-même 5 e- choisissant peu de Ministres3 afin
de mieuxpartageravec eux les foins
du Gouvernementj Q* d'ejlre le directeur
de leurconduite;pendantqu'ils
nefont que les Exécuteursdeses ordres
Tou'nurs infatigable au travail
jufqucs à apqjliller de sa propre
mata le Cahier des placets, i,c,
songeant nuit &jour,qu'au bien de
son Etat jd" à la gloire de cette vaiL
tente3&fidelle Nation, fui a le
bonheur de vivre"fousfes loix.
Augttjle n'eust autrefois l'avantage
de faire fermer que trois fois le
Temple de Janus à Rome
)
les 6"" tous Peuples de l'Emppiirree Romain re- gardaient cet événement prodige. Mais comme un LouisleGranda déja
ldonne quatrefois la Paix venerale Europe; & même la derniere Pdix, où il aparufacrifierunepartie
desa gloire au repos deses Peu-
,Ples a e e pIes, esté comme lesuccés l'afait
voir, un coup de la Politique La plus
fage y& laplus raffinée, quifut jamais.*
Plus heureux que ce même Empereur
dans fin domefiique
; ilne voit
rien au pied de fin Trône, qui ne
marque la félicité defin regne , les
Princes dn Sang,autrefoisfifiers &
JIentreprenans
,
aujourd'buy tranquilles
&fournis à ses volonte"
comme les moindres deses Sujets;
une Famille Royale,belle & nom-.
breufe
3
mais dans le refpett & la
dépendance.Ilpeutfeflatterdgfef
perance de voir bientost sa quatrié- ;me generation 5sans que cette nombreufe
Pofieritese lassejamais de le
voir sur le Trône. Vn Dauphin,
qui a déclarésolemnellement enplein
Conseil, avec autant desinceritê
,
que de moderation
,
qu'il mettoit
toute sa gloire &sa félicité à pouvoir
dire pendant toute sa vie3 le
Roy mon Pere
,
& le Roy mon
Fils. Belle &glorieusesituation
,
de
se voir placé parsa naissance entre
les deuxpremières Couronnes de l'univers
, &se contenter£avoireule
droit & le merite de les PQrter.
Mais le plus grand de tom ces
bonheurs, &*quï fait celuy de toute la France; c'cft qu'elle puisse compter
les nombreusesannées de son
Roy
3
sans luy voir ressentir les incommodité^
de la vieiïlejfejplein de
fantè ifp devigueurcomme a la fleur
de l'âge, il vient de -paffer heureusement
cette fatale année, qui efifi
funeste à tant de gens d- quiJefait
craindre à tout le monde.
C'eji dans cette même annee
, non
plus climaterique
3 comme l'on Rappelle
pour le commun des hommes
, mais digne d'cjlre marques dans les
Fasses de la France, du caraciere le
plus heureux,PNi/qu'elle acheve de
mettre le comble à lagloire deftnRoy.,
C1cft dans cette année,dis-je, que
tout FUniversavu ce grand, ce merveilleux
événement
3
qui fila àjaITtiaisVadmirationdessiéclesà
venir,,
Vn Roy mourant, lequel tout à
acoup éclairéd'en haut, Ranimé de
l'ejprit d'un Minifirefidelle
, & Ztlé
^pour l'état, répand en un moment
cemêrwt espritsurtous les Grands de
fin Royaumeysur'tous les Peuples
dejes Provinces , &jusques au delà
des meTS, & dansle nouveau monde
sur toutes les Nations qui composent
le vaste Empire de la Monarchie
d'E.(Pagne
, ces Grands, ces Peuples,
ces Nations se dépoilillans comme de
concert,£7* par un prodige plus furprenant
que celuy qui parut entre les
Sabins>&les Romainssur le champ
de Bataille, se dépouillant,dis-je,
de cette antipathie jufqjik ce jour
invincible
, qui depuis plus de deux
fiedesavoitdivisè & rendu, pour
ainsi dire,irréconciliables les Sujets
des deuxplusgrands Rois du monde>
viennent rendrehommage à Louis le
Grand, par des j4mbaffades folemnelles
, &éleveraupied deson Trone
des trophées immortels àsa gloire,
en offrant àson Petit-Fils les-Ving,tdeux
Couronnes
3
quifurent autrefois
le fruit des Conquestes & de la Politique
deFerdinand&d'Jfabelley
lepatrimoine du grand Charlequint,
&- le digneobjet de l'ambition de
Philippe son Fils.
tdcQlueelldfeuvtolierugrnandy lepompeuxfpec—
Royde France; après
avoirbalancé, &misen délibération
dans son Conseil
3
syilaccepteioit une
Monarchie qui renferme près de la
moitié de fVnivtrs, g?* quine voit
jamais toute entiere
>
coucher le Soleil
dans sa jufle course, proclamer, au
milieudesa Cour, un RoydEspagne
issu
issu desonfitng
j
élevéfilMsesyeux,
animé de son e/prit, &- quil'âme
remplie des grands preceptes & des
exemples heroïques de son incomparable
Ayeul) & rêiïnif}ant en fit
personne tout ce que lefang de Bourbon
&celuf £Autriche heureusement
mèlez&.col'lfondlu dans ses veines,
peuvent inspirer de grand, de Royal,
6" d"Augufte3 va portersur les Trônes
de Castille & d'Arragon
,
l'esprit,
le genie
,
la prudence ,.la fagesse
)
la vertu, les maximes ,
le
bonheur
,
&la fortune, &pour tout
dire en un mot, ïImage vivante de
Louis le Gand.
Heureux les Peuples, qui vivront
fous les loix d'un Princesi Acconiply,
heureux le Prince, qui regnerasur
des Fcu-fies, qui paroissèntJiZfjléJ
pourluy,&si charmces de ses vrandes
& Royalesqualitésd'cfprit &
de corps3 & qui le considerant comme
leur propre choix
3
le regardent
encore comme un present du Ciel,
tout efiant miraculeux dans les circonflances
, &le succês de ce choix.
Mais plus bcureujc encore l'Ayeul,
/'augufleAyeul, qui voit traître sa
puissance, sa grandeur &sagloire,
en meme temps qu'il la communique
à son Petit-Fils
>
& qui malgré
tous les grands efforts des puissances
jalouses delasienne
,
allanttravaillerai
maintenir glorieufemerttsur le
Trbneyou illaIiheureusementplacé,
vafourniràVWiJloire le plu*beauJe
plus dignefujetquelle eujijamais de
couronner le mérité & la vertu a-un
Heros en luy donnantl'Immortalité.
onVtpooirlta€,z^M3peaffrireauprp?tojrutfàqnuoejslreofùunjcotu>s
Hosieflexionssur lefermentfaitau
Sacre du "Roy ,
il faut en iïemeuret
\îà,apris celles belles &grandes
zdee-s, que je laisse dans vos efprJts.
1 LaplMf vive éloquence,nefauroit
plus rien minspirerquil nefoit au
dejjousbelles, gj* d'aillents il efi
temps defini-rcedifûours.
L'Academie Royale des
Inscriptionss'étantraflem blée
après la saint Martin suivant
ses Statuts
,
tint sa première *
Séance publiquement le 15 du
mois passé.L'Auditoire qui
fut Nombreux parut très latissait
des
ouvrages
qui y surentlus.
Apres que NM1l'Abbé
Bignon qui en « eil- Presï--
dent eut expliqué en deux
mots le sujet de i'A(Temb)ëe,
où l'Academie rendant compteaupublic
de ses exercices,
ne cherchoit pas à luy plaire
par des pieces de l'éloquence,
mais par des Dissertations curieuses.
L'ouverture s'en fit par
un sçavant discours de MrPou,
chard sur les Inscriptions dont
il montra l'antiquité, & remonta
jusqu'à l'origine des
Lettres. Le second qui parla,
fut M' l'Abbé Boutard ,Pensionnaire
de l'Academie, qui
fit la lecture de deux Odes
Latines, dont il est Autheur.
Ces deux pieces dont l'une
est adressée au Roy sur l'établissement
de la Compagnie,
,'& l'autre sur le Tombeau du
r Cardinal de Richelieu, chefd'oeuvre
de MrGirardon, furent
écoutées avec beaucoup
d'attention & d'applaudissement.
LaTraduction Françoise
de la premierc Ode,faite par
Mr Moreau de Mautour ne
fut pas moins applaudie. En.
fuite Mr Vaillant donna l'explication
d'une Médaille ancienne
tirée du Cabinetde
Monficur leDuc du Maine, qui
porte d' un côtéla tête del'Empereur
Trajan, avec les titres,
differens qui luy furent don- 1
nez par la République
,
de l
l'autre la Mesopotamie & l'Armenie
representées fous la figure
de deux fleuves, d'où il ]
prie occasion de s'étendre sur
les Conque stes de ce Prince,
& de faire un beau tissu de
son Histoire, dont les anciens
Auteurs ne nous ont presque
rien laissé. LaSéance finit par
un discours de Mr Henrion,
plein de recherches sur l'utirilitédesMéd
ailles. Maisrien
ne fit plus de plasirà l'Assemblée
que les Réponses de Mr
l'Abbé Bignon à tous les Academiciens
qui avoient parlé.
Il fie l'analise de leurs ouvrages
avec autant de justesse que
> d'éloquence
, accompagnant
son di scours d'éloges singuliers
qu'il donna à son Auteur
avec ses manieres toûjours
obligeantes, & sa politesse
ordinaire.
Je vous ay parlé de la pre-
Il\iere Audiance que le Roy
donna à Fontainebleau à Mr
l'Envoyé Extraordinaire d'Espagne
, je vous envoye au.
jourd'huy le compliment que
le même Envoyé a
-
fait en
prenant ion Audience de
Congé.
SIRE,
Personnen'a jamais étéau.fjîtouched'an
honneur queje l'ay étédeceluy
que rnafait leRoy mon Maître,
en me donnant occasion de me jetter
encore une fois aux piedsdeV.M,
comme j'avois eu l'honneur de m'y
voir l'année paeee. Avecl'honnetw
que j'ay eu de venir de la pdrt du
Roy mon Maître témoigner à V. Al,.
la part sensible quil a prije à lte
mortdefeu S. A. R. Monieur, j'ay
celuy d'étte la premierepersonnequ'il
envoyéaV.M.depuis qu'il a plu
a DIeu & à V. Af: de l'accorder au
besoin deses Peuples& aux dejirs
ardents de tous les vraisE/}agnolsê
Sa bonté ne pouvoit pas m'honorerdavantage
é Et fonfiouvoir tout immerfe
qu'ireji,n'aevoittrienrà me'ac- corder ou à moffrir qui pufl mètre
) plmr pretieux.
Le Roy luy répondit à peu
prés en ces termes:J'ay veu avec
plaisir,Monsieur, que ce choixsoit
tombé sur vous, Je [ça) qui vous
estes, jen'ignore pas qu'ellecft.
votrequalité,~estvotre meri*
-
te. Sa M.ajouta d~utr~.tet~ignages
obligeans de-~t-c~
qui Luy
,
gagnentl'esprit, & le
coeur de tous ceux qui ont le
bonheur de luy parler ou de
l'approcher.
Le Roy fit donnerensuite à
Mr l'Envoyé ion Portrait enrichy
d'un grand nombre de
tres- beaux diamans. CetEnvoyé
en est si charmé, qu'il a de'
claré qu'il l'alloit substituer à
sesenfans, comme un gage
pretieux d'un bonheur qui
honore autant sa posterité
que luy-mesme. Desoncôté,
il en a usé magnifiquement
avec tous ceux à qui il a eu
la liberté de faire des presens.
C'efl'. ufl^homme qui a rou.
tes Jwve-ïtus de sa naissance,
& rout l'esprit & le mérité de
sa Nation.
Le Journal de Fontainebleau
que jevous donnay dans
ma derniere Lettre,alloitjusqu'au
10 d'Octobre, je vous
en envoye la suite.
LeVendredy 21, il n'y eut
pointle matin de Conseil chez
le Roy. L'Envoyé extraordinaire
d'Espagne presenta à S.
M. le Marquis de Wisterloc,
Seigneur Flamand
,
Chevalier
de la Toison d'or, Gendre du
Duc de Monteleon. Il y eut
grande Toilette chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
, à Tifluié de laquelle le
même Marquis de Wisterloc
luy futaussi prefentépar l'Envoyé
d'Espagne. Monfei.
gneur, &Monseigneur le Duc
de Bourgogne coururent le
loup,& en revinrent de bonne
heure. Le Roy ne forlr
tit point, & soupa dans sa
Chambre à son petit couvert.
Le Samedy22, il y eut le matin
Conseil de Finances. L'apresdinée,
Monseigneur & Mef.
seigneurs les Princes coururent
deux Chevreüils avec les
Chiens de Monsieur le Comte
de Toulouze. Le Roy cou-
-ruc un Cerf accompagné de
Madame dans sa petite Calèchedécouverte.
Monsieur
leDuc d'Orléans fut decette
Chasse, & Madame la Duchessesuivitcelle
des Chevreuits
dans une Caléche dé.
couverte, accom pagnée de
Madame la DuchessedeHumieres,
de Madame de Courtenvaux
, & de Mademoiselle
de Melun.Madame la Duches.
se de Bourgogne se promena
en Carosse & à pied dans la
Forest, elle rencontra la chasse
desChevreüits
J
& allaen fin.
te au Salut aux basses Loges.
Le Dimanche 2.3,ity eut
le matin Conseil de Ministres,
où Monseigneur assista, Le
Roy tira l'apresdinée. Mef.
seigneurs les Ducs de Bourgo 1
gne & de Berry ne sortirent
point. Mr le Duc d'orlea-ns
courut le Cerf avec sa Meute,
& Monsieur le Comte de Tou.
louze l'accompagna. Madame
laDuchesse de Bourgogne
n'alla point à la promenade,
&entendit le soir leSalut dans
la Chapelle des Mathurins.
Monseigneur le Duc dcBourgogne
luy donna un grand
louper à huit heuresdans son
a ppartement nouveau ,
où
plusieursDamesfurent invitées.
Le Roy entendit après
son souper dans son Cabinet
un concerc exquisd'airs lia.
liens, exécuté par les Sieurs
Forcroy pour la Viole, Couperin
pour leClavessin, & du
jeune Baptiste qui est à Monsieur
le Duc d'Orléans, pour
Je Violon. Le Roy parut furpris
de l'excellence de ce dernier
,
qu'il n'avoit point en-
,
core entendu. Monseigneur
s'étoit prornenociaprefililice
enCarosseautour du Canal
avec Madame la Princesse de
Conty.
Le Lundy 24 il yeut le matin
Conseil de Dépêches, &
l'apresdinée Chasse du cerf
,
où Madame la Duchesse de
Bourgogne en habit d'Amazone,
accompagnaS. M. dans
sa petiteCaléche découverte.
MMoonnsfeeliognnceuurr & &MIeesilsèeiiognneeuurrss
les Princes furent de cette
Chasse. Monseigneur donna
au retour un grand souper
dans son cabinetà Madame
la Duchesse de Bourgogne,&
à plu sieurs Dames. Monsieur
le Duc d Bourgogne&Monseigneur
le Duc de Berry furent
de ce repas. Les Comédiens
representerent à huit
heures le Menteur deMonfleurde
Corneille.
Le Mardy25, ily eut le
matin chez le Roy Conseil
de Finances
,
Monseigneur,
Monseigneur le Duc deBourgogne,
Monsieu le Duc
d'Orleans&Monsieur leComtede
Toulouse coururent un
Loup. Il y eut grande Toilette
chez Madame la Duchesse
de Bourgogne, où se trouverent
toutes les Duchesses qui
étoient pour lors à la Cour,
& les Ministres étrangers. L'apresdisnée,
sur les trois heures,
il y eut promenade en
carosse autour du canal, &
dans les plus belles allées du
Parc. Madame la Duchesse
de Bourgogne y accompagna, j
S. M. Monseigneur, quiétoic
revenu de la chasse ,s'y trouva
dans le carosse de Madame
la Princesse deConty. Ony
compta plus de soixante ca- .j
rossesàsix chevaux.Il y eut pes
che des Cormorans dans le
baffinoù elle se fait tous les
ans. Monseigneur leDuc de
Berry alla tirer,
Le Mardy 26
,
il'y eut le
matin Conseil de Ministres. Le
Roy alla tirer raprefdifhée.
Monseigneur ne sortit point,
& se promena sur les trois
heuresen carosse autour du
canal avec MadamelaPrinçesse
de Conty & d'autres Dames.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne donna à disner
dans son appartement nouveau
à Madame la Duchesse
de Bourgogne,& à quelq ues
Dames de sa suite. Il y eut à
sept heures da foir chez Mon-
! seigneur
,
des appartemens
i pour la première & unique
fois, l'on y joüaauLansquenet,
au Brelan,&à l'Hombre
à diverses. tables.
LeJeudy 27,il y eut Conseil
de Minières.L'Ambassadeur
dEfpagne presenta - au
Roy leDuc d'Avray, Seigneur
Flamand, Grand d'Espagne,
& leconduisit ensuite chez
Messeigneurs les Princes, puis
chez Madame la Duchesse de
Bourgogne qu'il salüa comme
Grand d'Espagne. PlusieursOfficiers
Généraux de
l'Armée de Flandres nouvellement
arrivez, salüerent S.
M. & toute la Maison Royale.
il y eutlapresdisnéechassedu
cerf, où Madame la Duchesse
de Bourgogne vêtue enAmazone
, accompagna le Roy
dans sa petite Calléche découverte.
Monseigneur & Metseigneurs
les Princes furent
de cette chasse. Les Comédiens
rt presentereru le soir
[Britanicus de Monsieur deRacine
, & le Cocu Imaginaire
de MrdeMoliere.
! Le Vendrcdy 2.8. il n'y eut
point de Conseillematin.
Monfeigncur & Messeigneurs
les Princes, a près avoir entendu
la Messe avec le Roy
allerent , à la Chasse du Loup.
Sa Majesté ne forrit point de
la journée. Madame la Duchesse
de Bourgogne monta
en carosse à une heure, ac£
compagnée de plusieurs Dames,
&alla à l'Abbaye du
Lys, prés de Melun, où elle
fut reçue parl'Abbesse,qui
ell Fillede Mrle Duc Maza
rin. Cette Abbesse
,
ainsique
toutes les Religieuses, fit paroistre
une extrême joye de
l'honneur que leur faisoit cette
Princesse pour la première
fois. Madame la Duchesse de
Bourgogne visita, toute la.
Maison,qui est grande, belle,
& les Jardins qui font fore
spacieux.On luy servit une
collation fort propre, & elle
t4&partit à cinq heures pour
retourneràFontainebleau.
Le Samedy 29. il y eut chez
le Roy Conseil de Finances.
Monteigneur,après avoir en
tend ula Messe,avec leRoy par.
tit pour lachasse du Loup Le
Duc de ClarasFuentes,Grand
d'Espagne, rendit à Madame
la Duchessr de Bourgogne
une Letrre dela Reine Douairiere
d'Espagne,& la falua en
qualité de Grand. Il y eut l'aprefdinée
chasse du cerf, où
Madame accompagna Sa Majestédans
sa petitecaléche découverte.
Messeigneurs les
Princes furent de la partie.
Monsieur le Duc d'Orleans i
ne sortir point. d
Le Dimanche 30.ily eut le
matin chez le Roy Conseil
de MiniStres. Monseigneur
donna à disneràMonseigneur
Id Duc de Bourgogne
,
à Madame
la DuchessedeBourgogne,
àMonseigneur leDuc de
Berry
,
& à plusieurs Dames.
Il n'entra personnependant
le repas que des gens absolument
necessaires, pour mettre
sur table, & pour desservir. Of
L'on jouaensuitejusqu'à cinq
heures Le Roy alla tireraprés
Con dîner,Mrle Duc d'Orléans
courut
à
courut le cerf avec sa meute,
& Mrle Comte de Toulouse l'y
accompagna.
Le Lundy31.il y eut le matin
chez le Roy Conseil de
Ministres. Monseigneur alia à
la chasse du Loup. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
qui avoir estè incommodé la
nuit,garda le lit toute lejournée,
& se trouva le foir abso-
Jument quitte de son indisposition.
Le Roy suivi de toute
la Cour alla entendreVêpres
à la Chapelle. Mr le Coadjuteur
de Strasbourg y officia.
Le Mardy premier de ce
mois le Roy fit ses devenions
dans la Chapelle des Mathurins,&
toucha ensuite un fort
grand nombre de malades
fouslaterasse dans la Cour des
Fontaines. Il retourna encore
à la grande Mésse dans la mesme
Chapelle à midy, & toute
la Cour y assista. Il y eut lapresdinée
Sermon par le Pere
Bonneau
,
Jesuite, qui doit
prescherl'Aventprochain,&
lesVespressurent chantées par
la Musique du Roy: Le Coadjuteur
de Strasbourg yofficia.
Il y eut le foir dans toutes les
ruës de Fontainebleau des feux
de joye ,àcause du jour de la
Naissance de Monseigneur.
Le Mecredi 2. il y eut chez
le Roy Conseil de Ministres.
Madamela Duchesse deBourgogne
fit ses devotions dans
la petite Chapelle, qui estau
bout de la Salle des Suisses.
Le Roy alla tirer l'aprédînée.
Monseigneur se promena en
carosseau bord Canal
t
& dans
les bellesroutes du Parc, avec
Madame la Princesse de Con.
ty, & quelques autres Dames.
Monseigneur le Duc de Bour.
gogne ne sortit point.' Monsieur
le Duc d'Orléans courule
cerfavec sa meute, & Monsieur
le Comte de Toulouse'1
fut de cette chasse. j
Le Jeudy Feste de S. Hu- ;
bert,il y eut le matin chez le
RoyConseil de Minières,ou
Monseigneur assista. Le Roy
partit à une heure & demie
-,
pour la chasle du Cerf, où
Madame la Duchesse de Bourgogne
l'accompagna vêcuëen
Amazone. Plusieurs Dames
de safuite y parurent avec des
habits semblables. Monseigneur
& tous les Princes furent
de cette chasle. L'on
avoit proposé à Sa Majesté
pour mieux celebrer cette
Fête. de joindre toutes les
Meutes qui cftoient pour lors
à Fontainebleau Mais le Roy
ne le jugea pas à propos, &
die que cet assemblage ne
causeroit que du desordre &
delàconfusion- Monseigneur
donna au retour un grand repas
à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, à Madame la Du.
chesse de Bourgogne, à Monseigneur
le Duc de Berry, &
à plusieurs Dames. A huit
heures les Comediens representerent
le Misantrope de
Moliere
Le Vendredy 4. il n'y eut 1 point de Conseil chez leRoy.
SaMajestéqui devoiralleràla
chasse du Loup, & yestreaccompagnée
de Madame la
Duchesse de Bourgogne, changea de detteinayant,eslé
informée que le rendez vous
estoità quatrelieues, Monseigneur
y alla, &y fut suivi de
Monseigneur le Duc d'Orléans
,& de Monsieur le Comte
de Toulouse. Le Roy alla
tirer l'apresdînée.Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
s'estoit habillée en Amazone
dés le matin pour la chasse du
loup, se promena plus de trois
heures dans une calèche découverte
à quatre places, parcourut
presque toute la Forcit,
& changea trois fois de relais.
Enfin elle trouva le Roy, qui
,
la fie monter dans sa petite
calèche auprès de luy
,
& la
ramena à Fontainebleau.
LeSamedy5.il y eut le matin
chez le RoyConseil de
Finances,&chalfede chevreüil
avec les chiens de Monsieur
le Comte de Toulouse. Madame
y accompagna Sa Majessé
dans sa petite calèche
découverte. Monseigneur
,
Monseigneur le Duc deBourgogne
, Monseigneur le Duc
de Berry
t
& Monfieurle Duc
d'Orléans, furent de cette
chasse. Madame la Duchessè
de Bourgogne qui se prome.
noit en carosse dans la FOfeft,1
rencontra plusieurs fois la
cl-iafre& la suivit.
Le Dimanche 6. il yeut chez
le Roy Conseil de Ministres.
Monseigneur le Duc de Bour.
gogne fie ses devotions, &:
donnaàdifneràMonseigneur
le Duc de Berry. Le Roy
alla tirer. Monseigneur ne fortk
point. Madame la Duchefse
de Bourgogne se promena
en carosse& à pied dans la
Forest, puis autour du Canal.
Le Lundy 7. le Roy prie
medecine. Monseigneur alla à
la châtie du Loup, & mena au
rendez vousMonseigneur le
Duc de Berry dans sa calèche.
Monfcigneut le Duc de Bourgogne
alla tirer. Madame la
DuchessedeBourgogne dîna
chez Madame la Duchessedu
Lude,&yjoual'prefdinée.Le
foir les Comediens reprefentérent
Rodogune de M' de
Corneille„&le Medecin malgré
luy de Mr de Moliere..
Le Mardi8. il y eut le matin
chez le Roy ConseildeFi-:
nances. L'aprefdinée Sa Majessé,
courut le cerf. Madame
l'y accompagna dans sa petite
calèche découverte. Monseigneur
& tous les Princes furent
de cette chasse hors Monseigneur
le Duc de Bourgogne
qui ne sortit point. Madame
la Duchessede Bourgogne
, alla après sondîner
à à Melun voir les Religieuses
de la Visitation
,
& en revint
à sept heures.
1 Le Mecredy9.il y eut le
matin chez le Roy Conseil de
Ministres,où Monseigneur se
trouva. Sa Majestéalla tirer
Taprefdinée,Monseigneurne
jsortir point. Monseigneur le
Duc deBourgogne prit mede. cine Madame la Duchesse
de Bourgogne luy tint compagnie
presque tout le jour.
Les Comediens reprefenterent
le foir l'Hommeàbonne
fortune, que Monseigneur le
Duc de Bourgogne & Madame
la Duchesse de Bourgo-
,
gne virent de la Tribune.
Le Jeudy 10 J
il y eut le
matin chez le Roy Conseil de
Ministres,& l'apresdinéchafse
du Cerf dans la Fore st, où(
Monseigneur se trouva, com- (
me aussi Monseigneur leDuc
de Berry ,&Monsieur leComte
de Toulouze. Madame la
Duchésse de Bourgogne & Madame
ne furent pointde cette
chasse,mais Madame la Duchesse
d'Orléans & Madame
la Duchesse y parurent: dans
unecaléche découverte.Mon-
seigneur au retour, donna sur
les cinq heures & demie un
grand repas dans la petite
Chambre de son appartement
à Madame la Duchesse ;
de Bourgogne
,
à Madame la
Princesse de Conty, & à plusieursautres
Dames. L'on joiia
ensuite jusquaprés de onze
heures.
Le Vendredy II, il n'y eut
point de Conseil chez leRoy.
Il y eut grande Toilette chez
Madame la Duchesse de Bourgogne
,
où le cercle fut fort
beau. Le Roy dîna de bonne
heure, & forrit avant une heure
pour aller tirer. Monfei..
gneur se promena en carofse
autour du canal avec Madame
la Princesse de Con
ty. Monseigneur le Duc de
Bourgogne & Monseigneur
leDuc de Berry, s'amusèrent
une partie de l'a prefdinée dans
la galerie des Cerf*. Madame
la Duchesse de Bourgognequi
ne sortit point
,
entendit les
Compiles à cinq heures &,
demie chez les Mathurins.
Le Samedy iz ,
il y eut
ConseildeFinances. Le Roy
partit à deux heures pour la
chasle du Cer f,& Madame l'y
accompagna dans sa petite
caléche découverte. Monfeigneur&
Messeigneurs les Princes
furentdecette chasse,commeaussi
Madame la Duchesse
d'Orléans;& Madame la Du.
- chesse. Madame la Duchesse
t.de Bourgogne ne forrit point
à cause du froid. Le foir les
Comediens reprefentereiu les
Horaces de Monsieur de Corneille,&
l'Ecole des Maris de
MT deMoliere.
Le Dimanche 13, il y eut le
matin. Conseil de Ministres. Le
Roy avoit resolu de s'aller pro.
mener en carosse raprefdinée,
& Madame la Duchesse de
Bourgogne devoit estrede
f de ccette promenade; maisle
froid fit changer de dessein à
Sa Majesté qui ne sortit point.
Monseigneur qui estoit parti
pour une chasse de Chevreuil
avec laMeute de Monsieur le
Comte deToulouzeétantarrivéau
rendez vous,revintau
Château pour la même rai.
son. Madame la Duchcffe de
Bourgogne assïsta aux Com.
plies&auSalut dans laCha.
pelle des Mathurins.
Le Lundy 14, le Roy accompagné
de Madame la Duchesse
de Bourgogne & de
Madame, entendit la Messe à
neuf heures & un quart, puis
dîna chez luy à Ton petit couvert.
Madamela Duchesse
de Bourgogne donna chez
elle un grand déjeûner aux
Dames de sa fuite, & monta
en carosse avec Sa Majesté à
dix heures & demie. Madame
,
Madame la Duchesse
d'Orléans, Madame la Duchesse,
& Madame la Duches.
se du Lude se mirent dans le
mesmecarosse. Le Roy changea
de relais à Ponthieri & a
Ris, & arriva à Sceaux sur les
quarre heures. Le plaisir que
Sa Majestéavoit pris danscette
delicieuse Maison en allant à.
Fontainebleau, fut cause
qu'Elle voulut y coucher deux
nuitsà sonretour. Le temps,
s'étant heureusement trouvé
beau; Elle a pris le plaisir de la
promenade
,
& vû joüer les
eaux qui y sont parfaitement
belles. Monsieur Couperain
a joüé deux fois de l'Orgue
à sa Messe, & les Vingt- quatre
Violons de SaMajestés'y
font fait entendrependant ses
repas. Enfin
,
Monsieur
,
&
Madame la Duchesse du Maine
ingenieux à luy fournir
de nouveaux plaisirs, n'ont
rien oublié de tout ce qui pouvoit
luy faire passer agreablement
les deux jours qu'elle
a demeuré à Sceaux,où
Monseigneur le Dauphin de
Madame la Duchesse deBourgogne
se font extrêmement
divertis. Deux jours aprés l'arrivée
de cette Princesse à Verfailles
, Madame. Hemsker-
Ke,Ambassadrice de Hollande,
eut l'honneur de prendre
congé d'elle à sa Toillette, &
le Royestant entré chez Madame
la Duchesse de Bourgogne
en sortant du Conseil,
elle prit congé de Sa Majesté
qui la sa)ua,& la baisa.Monsieur
l'Ambassadeur de Hollande
estant assez indisposé
pour ne pouvoir prendre son
Audiance de Congé, avoit
envoyé à Monsieur le Marquis
de Torcy à Fontainebleau
le compliment qu'il
auroit faitau Roy s'ilavoit
esté en estat d'en avoir Att"
diance, ce compliment porrait
qu'ily avoitlongtemps qu'il
avoit l' honneur de servir Mes
seigneurs les Etats en des Cours
Etrangeres ; mais qu'il y avoit
aussi longtemps qu'il avoit souhaité
avec ambition de lesservir
auprésdeSa Majesté; que leurs
Hautes Puissances à la fin, a.
voient bien voulu le satisfaire
dans un desirsi juste&si louable9
qu'Elles l'avoientchoisi pour une
Jîmbaffade qui estla premiere de
la Republique,(if d'autant plus
illustre, qu'elleejloit la confirma,
tion de lunion rétablieentreSa
Afajefté e- leurs Hautes Puissances
par une Paix à laquelle
toute lEurope létoit imerejfée,
qu'ilse vojoit au combledefies
Joubaits
,
qu'il avoit l'honneur de
s'approcher de temps en tempsd'un
Prince dontla Majestépleine
de douceur luy avoit fait lit
grace deluy faire toûl'ours un ac -
grâcede luy fairetoujours accueil
favorable ,lors qu'il avoir
plu à /4 Providence Divine, qui
bien souvent ne veut pas que..
hommeJoittropcontent, delaf*
faner dans la force de son àge
d'une maladie dangereuse, dont les
refies lanruijjans iavoient telle.
ment affoibyl t
qtdil s'tflott trouvé
hors d'ejiat de fontenir l'éclat
de cette dignité
;
qu'il en avoit
donné avis à leurs HautesPuissances,
& qu'il leur avoit demandé
la permïjjion de retourner
ensa Patrie , ce qu'on luy vevenoit
J'accorder ; Quil avoit
rejolu de s'en servir au rlulOft;
mais avec le regretsensible Jesi
voirfrujlrêparfafoiblejede l'avantagede
remercier tres ¡'H-mblementSaJMajefle
en ptrfoune,
le l'honneur de sa bienveillance
rendant le feiourqu'il avoit fait
lans son Royaume, & de lafftt-
"er de sa profonde vénération pour
à Personne sacrée
) C. pour son
tugufleMaison.
p Cet Ambassadeur a laissé
fey Mr Vroezen sou Secretaire
pour prendre foin en sa
place des affaires de ses Maîtres.
I Le Theatre de la guerre en
Italie que Mr Nolin, Geographe
ordinaire du Roy, &
de feu Son AltesseRoyale,
Monsieur, a donné au public
il y a environ quatre mois, a
esté si bien reçuà la Cour, Si
tous ceux qui aiment ces sortes
d'Ouvrages,en ontesté si satisfaits
qu'il a crû devoir l'augmenter
de plusieurs Cartes
dressees sur des mémoires
fortcircon stanciées. Ces Cartes
sont,une du Bergamasco,
laquelle il a divisée par sesterritoires-.
Il a donné sur la même
Carte le dénombrement
des Habitans, de la quantité
des Terres labourables & de
leurs produits, la quantité
des Chevaux, Mulets, Boeufs,
& Bestiaux,qui y font ordinairement,
ôc le revenu de
de
de chaque territoire. Il a saic lamême recherche pour la
Carte du Bressan, qui est aujourd'huy
le centre desCam-
1 pemens des Armées. Ces dif
visions & ces denombremens
rendent ces Cartes tresutiles
dans le temps present & donnent
connoissance des lieux
où l'on peut faire de bons fourages
,& des avantages que
l'on en peut tirer Mr Nolin a
aussidonné une Carte du
territoire de Cresme, & les
Plans des Villes de Milan, Pavie,
Bergamo,Creme,Bresse,
& Mantouë. Cette angolcnta,
tion jointeaux additions qu'il
a faites aux autres Cartes don i
cet ouvrage estoit d'abord
composé, le rend tres curieux
& tres utile. Il a aussi donné
une grande Carte du Royaume
de Naples, qu'il a renduë
tres curieuse par les foins qu'il
a pris de rechercher par la
lecture des meilleurs Auteurs
qui ont écrit de ce Royaume
toutcequ'il est necessaire de
sçavoir pour connoistre parfaitement
la qualité du Pays
les prérogatives desVilles,&
les dignitez des Seigneursles
plus considerables. On fera
instruit de toutes ces choses
en faisant attention à l'explication
des marques qui les
font connoistre. Il a cru devoir
ajouter à la division geographique
qu'il a donnée de
ce Royaume, une idée des révolutions
& deschangemens
qui y font arrivez par les differentes
nations qui l'ont pof.
sedé, & enfin
,
il finit par le
gouvernement & l'ordre que
lesEspagnolsquile possedent
aujourd'huyyontétably. Au
commencement de l'année
prochaine, il donnera sa grande
Europe, suivie dans l'idée
de sa grande Mappemonde,
où l'on verra une fuite d'Histoire
des grands èvéncmens
qui sont arrivez dans cette
partie du monde.
Jenevousparlaydansma lettre
derniere que de deux discours
faits en Sorbonne à la
loüange de faince Ursule le
jour de la Feste de cetteSainte.
On y en fait trois tous les
ans, à pareil jour.Le premier,
qui estceluydont j'ay oublié
à vous parler, fut fait le
matin dans l'Eglise de Sorbonne,
enpresence de la Faculté
de Théologie
, par Mr
l'Abbé de Combes, Docteur
de laMaison& Société deSorbonne.
Il fit voir avec beaucoup
d'onction & d'éloquen- ce, par l'exemple de Sainte
Ursule, qu'un Docteur. elt
obligé de deffendre la verité
avec force,& à la deffendre
en même temps avec charité;
& comme cetteSainte,selon
la tradition commune, estoit
originaire d'Angleterre, cela
donna occasion à l'Auteur du
Discours de faire des vceux
pour la conversion de ce Peuple,
qui avoit autrefois fait
professionde la Religion Catholique
avec la plus ardente
ferveur. Il fie entendre qu'un
évenement aussi glorieux à la
Religion pourroit bien estre
le fruit non. feulement du
fang d'Ursule
,
mais encore
des cendres sacrées
,
& des
prieres ferventes de Jacques
Second,dont il fit en deux
mots, un eloge qui auroit icy
sa place, s'il estoit tombe entre
mes mains.
Messire Philippe de Gedouyn,
Lieutenant au Regiment
des Gardes Françoises,
est decedé à Anvers. Il avoic
eu l'honneur d'estre Page du
Roy; & quoy qu'il n'eut pas
encore trente- huit ans, il en
avoit passé vingt-quatre au
Service; & estoit depuis dixsept
dans le Regiment des
Gardes, où il s'estoit acquis
l'estime& l'amitié de tous les
Officiers,dont il a esté extrêmement
regretté. IlestoitFils
de Messire Philippe de Gedoyn
,
Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Son Altesse
Royale Gaston de Fran.
ce.Il avoit estéensuite Maréchal
des Camps &Armées
du Roy; & en dernier lieu
Gouverneur de feuMonfieur
le Comte de Vermandois.
Monsieur le Chevalier deGedoyn
qui vient de mourir,
avoit deux freres
; l'un Capitaine
de Vaisseau ; & l'autre
Abbé. Ces Messieurs ont
l'honneur d'estre alliez à plusieurs
maisons des. plus illustres,
& sont eux mêmes d'une
bonne & ancienne maison.
On lit dans Marot, une belle
épitaphe d'un de leurs Ancêtres,
qui estoit Secretaired'Etat,
il y a plus de deux cens
ans, & qui remplit les plus
importantes Charges sous
quatre de nos Rois; sçavoir,
Louis XI. CharlesVIII. Louis
XII.&François Premier.
Mr de la Morte Guerin ,
Lieutenant de Roy, Commandant
des Isles de Lerins,
ayant esté averty par Mr le
Comte de Grignan, & par Mt,
le Comte du Luc, quelaReine
d'Espagne pourroit venir
moüiller à la rade decesIsles,
s'estoit preparé à l'y recevoir,
& à luy donner une Feste,
où la Musique
,
les Illumina.
tions & les grandes réjoüislances
auroient marqué à cette
Princesse, la joye qu'on
avoit dela voir,& laveneration
que les François ont
pour Elle,& pour son auguste
Epoux. Il auroic eucet honneur,
mais la Reine s'estant
trouvée incommodée de la
mer, on fut obligé de faire
entrer les Galeres dans le Port
d'Antibes, qui n'estqu'à trois
lieuës deNice. Mr de laMotte
qui recherchoit avec ardeur
les occasions de faire
paroistre son ze le, ayant crû
qu'elle continuëroit sa naviga.
tion, le lendemain 18 Septemb-
ce) se mit en meravec qua-
Itrc chaloupes armées,chacune
de dix matelots uniformes
dans leurs ajustemens, avec
des bonnets ornez de touffes
de rubans rouge & bleu, pour
aller au devant des galeres,
que le mauvais temps emi
pêchade sortir du Port, ce qui
l'obligea de les aller joindre
àAntibes, où ayant esté presenté
à la Reine par Madame
la Princesse desUrsins, il en
fut receu avec cette bonté &
cette grace qui sont ordinaires
à Sa Majesté, il la supplia
de trouver bon qu'illuy fist
entendre un concert qu'illuy
avoit preparé
, en cas qu'elle
eust passé à Lerins, la Reine
l'ayant agréé, on chanta devant
Sa Majesté un Idille que
vous allez lire
, composé à sa
loüange par Mr de Gourdon,
&mis en musique par le Sieur
Reybaud qui excelle en ce
bel Art. LesMusiciens étoient
proprement habillez,&leurs
parties estoient portées par
huit beaux enfans vêtus à la
Turque, qui ornoient beaucoup
le corps de la Musique.
Celuy qui faisoit l'Amour,
habillé en Amour,estoit plu&s
beau que tous les autres, &:
sa voix convcnoic parfaitement
à sonRôlle,ainsi que
celle de Neptune,d'Eole &
des Tritons, qui estoientaccompagnez
d'un choeur de
trente Musiciens
3
que Mr de la
Motte s'estoit donné le son
de faire choisir, & rassembler
de vingt lieuës à la ronde,
avec des Violons, Basses
de Violle
,
Flûtes & autres
Instrumens.
IDYLLE
POUR LA REINE
D'ESPAGNE.
L'Amour, Neptune, Eole.
Choeur.
p L'Amour. vissant Dieu de la mer, donne le
calme aux ondes,
Et laijjènousvogueraugrè de nos de-
(irs!
Eole, en tesgrottes profondes
Enferme tous les vents,excepté les
zephirs
3 Neptune & Eole.
Qui meparle avec tant d'empire,
- L'Amour.
C'est le JvLaifireabsoludes hommes
! &des Dieux. -
Quiconferve le monde, & par qui
tout re/pire.
Le Choeur.
r C'est le Maifire absolu des hommes
&desDieux,
Quiconfiavc le monde,&par qui
toutrespire.
Neptune.
C'ejt toy
>
charmant Amour,
Eole
Qui t'ameine en ces lieux?
L'Amour.
J7ee conduis aauujjoouurrdnuysu- rla- l-iquide
plaine
Vne nouvelle Reine,
Etje vais la remettre dfan auguste
Epa!:.\:
y Et les combler tous deux des plaifits
lesplus doux.
Deux Amours.
Les Jeux lesplus cbarmans
Suivent les grandesReine-s,
NoUô reservons les peines
Vour les autres Amans, Lesjeux, les pluscharmans
Suivent les grandes Reines.
Neptune.
Ah yje la vois cetteReine adora-
,
ble.,
Quedelfeursfurfonfein, que d'éclatdans
fisyeuxJ
Queson maintien efi grand, queson
airefiaimable.
Rien desibeau ne blille dans les
deux.
Choeur.
Rien desibeau ne brille dans les
àeux.
Queson maintien ejlgrand,queson
Airefiaimable,
Rien desibeau ne brille dans les
j deux.
Neptune.
Dieu charmant, qui des Dieux regtes
ladessinée,
Pour ce doublehimenèe,
Daigne me preferer à tous les autres
Dieux:
1 L'Amour.
Non, PEpoux que je dessine
A cette beautédivine
Neptune) efi au de/Tus de toy.
Neptun-e. -
L'Océan reconnoijl ma loy,
fay milletresors dans mes ondes.
L'Amour.
Ce Monarquepuissant regne dLtns
les deux Mondes, Etsa douceur melçcàfies attraits
Tfainqw.tfs
Le fait encor regner sur toits les
coeurs? i
Neptune.
Du Souverain des Dieux nefuis-jc
pas le Frere.
L'Amour. -
L'Epouxde cette Reine à le Dauphin
pour Pere3
Dont la bontétempere
L'éclat qui rejaillit de ses faits glorieux
, EtpourAyeul Louis)plMgrandque
tous nos Dieux.
Deux Tritons.
z Amour estle Tiran du monde
Neptune èptouvesa rigueur.
Commentce Dieupourra-t-tl calmer
l'onde
Ayant le trouble dans lecxivr?
Choeur.
Comment ce Dieu pourra-t-il calmet
l'onde - - - -
F
Aj'.tilt l1e tr,::btcdans l¡e Ú:.':tï? , r
i Eole.
à Amour,apprens-nous Forigine
f De cette Beauté divine.
L'Amour.
Elle efl d'une Maisonsifertile en
Hérosy
Que la terre & les flots
Sont remplis de leurgloire,
Son pere, dont le nom préfacé la victoire
Et d)nt le grand courage & lesfaits
écLitans
Ont devancé les ans3
ArmépourdeuxpuissansMonarques,
Porte leur glaive redouté.
Qu'ilvalaisserdilluflresmarques>
Desa valeurà la Pofleritél
- Le Choeur.
Qu'il valaifferctilluftrtsmarques
De ra valeur à la Pofierité!
Eole.
Etla mere de la Reine
Dont nos yeux font ébloüir.
L'Amour.
Digne 2Viece du grand Louis
Jamais on nevitSouveraine
3 Vnir plus de douceur a plus de majessé
Et regner.sur les coeurs avec tant de
bonté.
Le Choeur.
Jamaison ne vit Souveraine
rnir plus de douceura pltu de majessé,
Et regnersur les coeurs avec tant de
bonté.
- -
Eole.
Que d'éclat! que d-e grand/Jurs!
Que de vertus ! que le glo'r»
jippaifeZçVoris,T~entsgrondeurs>
Zephinamoureux des fleurs,
Célébré^en la memoire,
Etfaites repeter aux fltttcs des Pafteurs,
Quedéclat! que demandeurs!
Qiie de vertus! que de çloire !
Eole.
Cedez, cede^3Neptune, à ce Roy
plein de gloire.
Neptune.
Je cede3 helas, les Destinsfont pour
luy,
Eole.
Qu'ilfoit toujourssuivi de la ViRoire3
Neptune.
Que du cultedes Dieuxissoittoûjours
l'appuy.
Le Choeur.
Qu'ilfoittoujours Cuivi de laViBoire
Qutlu culte des Dieux ilfoittoujours
l'appuy.
L'Amour.
Qu?avec[on adorable Reine Ilcontente tests Jes deJirs,
Et qu'ilJ goûtent tous deux sans
peine
L-t demeurs des pldijiïJ.
Neptune.
Voguez^enhbevtc3trop heureux Matelots,
Démon rejjentiment votts n'avezjien
àcraindre
3 Et content de me plaindre
Du Dieu malin qui trouble mon re,
POj,
Jenetroublerjypointles[lots.
De monteffentimentvotts n'avezjien àcraindre,
Vogues en liberté, trop heureux
Matelots.
Eole.
VentsfurieuxJ refendant vosyoites
profondes)
Doux Zephirs>regnezjurles lfots
Neptune
tIsfimphes 3Tritons amis des Matelots,
Entretenezle calyne fous lesondes,
L'A mour.
loue cette Reinefoit remise en peu de B1ansjoursy
lefein d'ungrandRoypar les,
mains desAmours.
Le Choeur.
Que cette Reinefoit remise en peu de
Jours,
Dans leftindtungrandRoyparles
mains des Amours.
La Reineeut la bonté d'é-
- couter ce concert,& d'en
d'en témoigner sa satisfaction
à M' de la Motte, & quand
;'
elle se fut retirée,MrleMarquis
de Castel Rodrigo, Am.
bassadeur d'Espagne, donna
au Maistre de Musique une
Tabatiere d'argentassez gran- de luy disant queSaMajesté
luy faisoit present de tabac
d'Espagne pour ses petits ensans
;mais ilfatagreablemenc
sur pris lors que Monsieur
l'Ambassadeur fut rentré. En
J ouvrantlaTabatiere,au lieu'
de Tabac, illa trouva pleine
ne de doubles Carolus d'or,
ce qui luy fut d'autant plus
avantageux, que Mr de la
Motte ravoit déja fuflifamment
ment satisfait
, avec toute la
Troupe, outre la bonne che,
re qu'illeuravoit faite pendant
quinze jours, ne les
r ayant regalez qu'en perdrix,
r & autres mets, qui avoient
esté destinez pour le passage
de la Reine.
Cette Princesse ayant témoigné
qu'elle souhaittoit
entendre le lendemain cette
MLifiqueà la Messe
,
Mr de la
Motte donna ordre aux Musiciens
de se rendre auxCordeliers
, où ils chanterent un
Motet dont Sa Majesté fut
fort satisfaite, Ensuite il prie
congé de la Reine
,
& se retira
auxIsles de Lerins pour
se preparer à l'y recevoir, ou à
luy rendre à son passage les
honneurs qui font dûs à Sa
Majesté, dont le départ fut
differé par le mauvais temps
jusqu'au 3 d'Octobre. Ce jourlà
les Galeres partirent avec
un vent favorable, & allerent
moüiller au Port d'Agay. Mr
de laMotte les voyant passer
devant sa Place, semitdans
une Felouque
,
& aborda la
galere où estoit la Reine,
& dit à Sa Majesté qu'il venoir
luy offrir la maison que
'-leRoy avoit dans ces Isles,&
qu'il se croiroit heureux, - si
elle luyfaisoit la grace de l'accepter
: La Reine receut ses
offres d'unemaniere tresgratieuse
, & voulut que Mr de
la Motte restast tout le tour
sur sa galere, où il eut l'honneur
de dîner avec Mr l'Ambassadeur
& autres Seigneurs,
Sa Majestévoulut bien aussi
prendre sa part de quelques
rafraichissemensque Mr de la
Morte n'offroit parrespect
qu'aux Seigneurs de sa Cour
qui luyfirent toute forte
d'honnêteté
,
& ayant pris
congé de Sa Majesté, il en revint
comble d'honneur. La
Reines'estant aussi informée,
qui estoit l'Auteur des Vers
qu'on luy avoir chantez. Mt
deGourdon l'ayant sçû,crut
estre estreobligé d'aller remercier
Sa Majesté
,
il a!la
joindreles galeres à la veuë
d'Hieres, où elles moüillerent
le 4, & supplia M.le Mar.
quis de Gregorio, Seigneur
Napolitain, de le presenter à
Madame la Princesse des Ursins.
Ce Marquis l'ayant mené
au bord de la galere de la
Reine, Madame la Princesse
des Ursins les fit entrer sur les
neuf heures du foir
,
Mrde
de Gourdon luy presentaune
Ode qu'ilavoit faire à la
loüange de Sa Majesté, & Madame
des Ursins citant entrée
dans la Chambre de la Reine
luy donna ce nouvel ouvrage,
dont elle leut deux ou trois
Stances, & ordonna qu'on
fist entrer Mr de Gourdon
dans sa Chambre, où il mit
un genoùil à terre devant Sa
Majesté,& luy ditqu'il venoit
la remercier de la bontéqu'e lle
avoit eu d'agréer lesVers
qu'il avoit faits à sa loüange.
La Reine luy dit avec un air
riant qu'elle avoit esté rrescontente
du concert que Mr
de la Motte luy avoit donné,
& de ses Vers; mais qu'elle
n'osoit pas trop les loüer, parce
qu'ils estoient faits à son
avantage,àquoy Mr de Gourdon
repliqua, qu'il s'estime
roit heureux d'avoir quelque
facilité à faire des Vers,s'il
pouvoir l'employer à celebrer
les belles actions du Roy Catholique
,
& les grandes ver.
tus de Sa Majesté, la Reine
eut la bonté de le remercier
encore; & au sortir de sa
Chambre, tous les Seigneurs Espagnols luy firent de grandes
honnétez. Mrl'Ambassa-
* deur luy dit même qu'il la remercioit
au nom de route sa
Nation. Mr de la Motre qui a -
témoigné dans cette occasion
tant de zele pour tout ce qui
pouvoit faire plaisir au Roy,
est un Gentilhomme des environs
de Bordeaux originaire
de Xaintonge, ancien Officier,
qui sert distingué dans
le Regiment du Roy, où il
a estéCapitaine & Commandant
d'un Bataillon. SaMaison
atoûjours esté tresattachée
au service de Sa Majesté,,
Mr deMoulin neuf son frere
ayant estétuéà la deffense
du du Chasteau de Namur,
dont il estoit Commandant.
L'Ode & Mr de Gourdon
que je vous envoye, vous
fera connoître que ce Gentilhomme
n'a pas moins de
talent pour I.-s belles Lettres,
que pour la Guerre, où il a
donné de grandes marques
de bravoure, à la prise du
Comté de Nice. Il y servoit
en qualité d'Aide de Camp de
Monsieur le Mareschal de Ca-f
tinat.
Voici l'Ode dont je viens
de vous parler.
A LA REINE
D'ESPAGNE.
ODE. T'0 y) qui d'un air doux&tendre
A Nombre desOranzersJ,
Chantais pour te faire eontendre
A de niftiquesBergersj
- il fautprendre la trompette,
Et ce rfeft plus en cachette,
Aîufe
, que tu dois chanter.
Ouy, tu peuxfaire la vaine,
Depuis qu'une grande Reine
A bien voulu t*écouter.
De cette Reine adorable
Celebre la majefie3
Vairdoux,l'e[pritadmirable
Et l'éclattznte beauté.
Voy
,
sur un sujetsi rare
Quels lauriers on teprépare,
Et quel honneur pour tes vers,
S'ils paroifient dans l'hijioire
Les premiers qui de sa gloire
kuionfremplv l'Univers.
QuandDieupourpunirla Terre
Armoit tant de PotentatJ,
Avant lafin de taguerre
Qui défo'oittant dEfiats,
Les Sagesdisoientsans ceffi
Que cette aimable Pnncejfe.
FiniraittoitS nos malheurs,
yoyantque la Providence
LttJ donnoit dès son Enfance
L'Empire de tous. Les coeurs
hnfin cette Prophetie
A son accomplissement
Ellese trouve éclaircie
Par ce grand évenement.
L'Vnion de troisgrands Princes
Le repos de cent Provinces
Dependde (iS doux attraits.
Seule elle en a la louante,
Etportant le nom d'un Ange
Elle nous donne la Paix.
Cette Paixsidéfirce
Quaffermitunnoeudfîdoux
Ne fera pas dlterle
par quelques Peuples jaloux.
Reine, ton illustre Pere
De leur Troupesanguinaire
EngraiJJera les Sillons ,
Ou dans moins de deux Campagnes
Au delà de leurs montagnes
Que si ton Epoux auguste
Aidé du Dieu descombatst
A leur entreprise injuste )
Venoitoppoferfon bras ;
Loin que leurfiere vaillance
PufifouteTiirfapresence
Je vois dé)& que ses mains
Oftent à ces temeraires
Les Etats hereditaires
, Et l'Empire des Gernzains.
Mais non3 tAutrichetrompee
Parle conseil desflateurs
N'attendrapas son épée
pourabjurerses erreurs.
Son humilitéprofonde
Des deuxplus grands Rois du monde-
Ayantfléchi le courroux)
Le CielprometàMarie3
\Vne douce 6" longuevie3
Sans craindre pour son Epoux.
Non que ce Roy plein degloire.
Jjju de tans deHéros,
Aux appas de la Vif/aire,
Prefite un lâche repos.
La Paix promet auxgrands Pr!nccs
En gouvernant leurs Provinces
rn nom aussi refèeiïé.
La jufiice & la clemence,
De même que la vaillance,
Vont à l'Immortalité.
Toute LEspagne efi charmée,
PHILIPPE en efi les amiJUrS.
Qu'efi-ce que la renommée
JsFenow ditpas tous lesjours? il passe à peine trois lustres
Que des Rois les flud illufircs
Il efface tous les traits.
0 Ciel, quel nouveau merite!
Antonin, AuguJle) Tite,
N'en approchèrentjamais.
CW ÓedUX talens dont Id France
Jouit dans legrand Louiss
Valeur3sagesse,clemencey
.Brillent dansfin Petit-Fils.
Illay valentun Empirt,
L'ibere qui les admire
Sefent le coeurtrauffrortê,
Quand ce Monarqve tempéré
Parla douceurdeson Pere
L'éclatdesaMajefiè.
Enson ame, enson courage,
On ne voit rien que de grand
Uefprit qu'il eut en partage
Ffljufle
3
vif, penetrant.
Quand il parle) la prudence
Sejoignant à l'éloquence
Remporte de tous les coeurs
Une nouvelle vi[foire,
Et pouraffurersa gloire,
jlproteze les neuf Soeurs.
JVfak comme ce Prince aspire
A des lauriers immortels.
Tous les jours le ciel l'admire
Aux pieds defessaints Autels,
Là, parson zelesincere
Par l'ttrdeur de la Vriere il yneritemille fois
Le beau nom de Catholique;
Titre le plus magnifique
Quonpuisse donneraux Rois.
Le Ciela mis sursa face
Vn air doux, &gracieux j
On litsa guerriere audace
Surson front, & dans sesyeux.
Dieu,dune main admirable)
Voulant que ce Prince aimable
En tous lieux fust re/peEl;,
,.
Avant qu'ilfufisur le Troue
)
.Iisur 7'rbne Imprimasursapersonne ,
Les Traitsde la Royauté.
Va,Bien heureuse Compagne
De ce Monarque charmant,
Vdpour enrichirl'Espagne
Joindre ton illufire Amant.
louis des dessins prosperes
Qui des trois augufles Freres
doivent étendre les noms,
Et que leur racefécondé
,
Sur tous les Trônes du monde
Place- lefang des Bourbons.
Les Galeres d'Espagne &
de France donnérent fond le
4.Octobre, sur les quatre
heures a près midy, à couvert
del'isle de Porqueroles,&le -
5. le temps estant fort gâté
le matin le vent au Sud-ouest,
avec de la pluye, elles allérent
moüiller à Toulon, sur les
neuf heures; proche l'entrée
dela vieille Darse. La Patrone
r Reale de Naples, falua l'Amiral
de quatre coups de canon.
Aussi tost la grosse Tour, la
Tour Ballaguiere ,les Forts de
l'Eguillett & des Vignettes,
commencèrent leSalut Royal
ordinaire de trois charges,
après quoy l'Amiral fit trois
décharges, de quinze coups
chacun. LorsquelaVille çut
fait le sien, la Reine d'Espagne
ordonna que la Patrone
Reale rendist le salut fait à sa
personne de quatre coups pour
l'Amiral, & d'autant pour la
Ville,ensuite dequoy elk salüa
de quatre coups l'Amiral&de
4. autres la Ville,qui furent
rendus de 3 coupsàsonPavillon.
Les saluts estant achevez,
Mrl'Evêque deToulon,
MrdeChalmazel,Gouverneur,
& MrdeVauvré
,
Intendant,
allérent saluër la Reine, le
premier a la Françoise,& les
autres à l'Espagnole. La Reine
ayant témoigné qu'elle iroiç
rd promener l'apresdinée dans - l'Arsenal
,
saGalere vint sur les
quatre heures après midy devantl'Hôtel
deViile,ou par ordre
deMrle Comte deGrignan
on luy avoit preparé son logement,
Ellefut portée en chaiffc
à l'Arsenal, où elle fut pendant
une demi- heure accablée de
la multitude qui s'empreffoit
àla voir. Mr le Marquis de
Castel Rodrigue, Madame la
Princesse des Ursins
, & le
reste de sa Cour ayant esté
d'avis qu'elle allast coucher à
- sa Gâtera
,
elle y fut reconduice.
En entrant dans le Port :
elle fut saluée de quinze coups
de canon de l'Amiral
,
&on a
observé pour ne point interrompre
son sommeil
,
de ne
point faire battre la Diane
dans le Corps de garde, dene
point tirer le coup de canon
de la pointe du jour, & de ne
point faire travailler les ouvriers
de l'Arsenal dans le
Port vieux, avant son lever.
Le 6. la Reinedescendit à terre.
Elle alla dîner chez Mr de
Vauvré, qui eut l'honneur de
luy presenter la serviette. Ma-i
dame la Hrincefle des Ursins,
& Madame la Comtesse Dunoyer
mangérent avec elle; tous les Seigneurs de sa suite
ydînérent pareillement. Elle
ï'
alla
t
ensuite revoir l'Arsenal
aprèsquoy elle revint faire
collation chezMrdeVauvré,
& retourna coucher à sa Galere,
avec quelque répugnance
, ayant marqué qu'elle auroit
bien souhaité demeurer à
terre. i Le 7.elle entendit laMesseau
Seminaire des Jesuites
,
&alla chez Mr de Vauvré
pour y dîner, mais peu de
temps après s'estant trouvée
incommodée dela migraine,
& un peuassou pie, son Medecin
ayant ordonné qu'elle ne
mangea st point sans estre
provoquée par la faim, comme
elle avoir bien déjeuné le
matin, elle se contenta de
prendre du caffé L'aprefdinéé
on luy donna le plaisir de
la danse du Rigodon par de
jeunes Dames & Damoiselles
de la Ville, où Mr Encoute
de Salle,&le Marquis de Se-
! vantes dansérent. La Reine se
-,
retira à sa Galere sur les sep t
heures du soir, & passa une
partie de la soirée à voir un ;
present de Madame la ComtessedeGrignan,
qui luy fut
0 presentéparle Capitaine des
Gardes de Mr le Comte de
," Grignan. Ilconsistoiten de
tres belles étoffes de la Manufacture
de Marseille, de piqueures
de cette Ville, un
très beau fichu
, une tasse
1de porcelainedoublée d'or,
son assiette bordée d'or, &
une cueiller d'or avec l'étuy,
plusieurs autres galanteries
,-.
& si petites caisses d'eau de la
Reine de Hongrie, & autres
eaux de Montpellier.
Le 8.la Reine entendit la
Messe à sa Galere, seportant
très bien , elle dceuna avec
des oeufs frais, & alla dîner
chez Mc de Vauvré, aprés
quoy sur les quatre heures-,
elle fut conduite à bord du
Marquis, oùMrde la Boiffiere,
Ca pitaine, fie les honneurs.
En encrant rAmirai la, salua.
de quinze coups,& d'autant
en sortant, tous les Officiers
de la Marine s'y troLJvérenrw
Le Vaisseau estoit bordé de
Soldats tout à l'entour, & ce
qui reitoit de Garde marine
dans le Porc gardèrent la personne
de la Reine. Comme
die n'avoit vuque des galeres,
jJe Vaisseau luy parut un Araij
ral. On ne put luy faire voir
I le Tonnant acause desréparations
qui s'y font. Elle alla
,
ensuite le promenerauJardin
du Roy,&à la Menagerie de
MrdeVauvrétaprés quoyelle
fiecollation dans l'Orangerie.
Quand elleeut mangé, elle fie
¡ donner des eaux glacées, des
fruits
,
& des confitures aux
Dames qui s'y trouverent,&
f revint chez Mr de Vauvréib,
! où elle vit danser de sa Chami
bre dans son Antichambre
,
& que que temps après ayant
fait
-
tirer la portierp de [a
Chambre, ou elle estoit avec
Meidames des Ursins & Dunoyer3
& Mr l'Ambassadeur,
l'ony fit entrerMrs de Salle,
& de Serignan qui eurent
l'honneur de danseravecelle,
aulIi bien que Mrl'Ambassadeur
&Mr le Marquis de la
Pierre.Sur !a fin la Reinepermic
que quatre ou cinq Seigneurs
de sa fuite
,
& Mr &
Madame de Vauvré la viflenc
danser. On remarquaqu'elle
danse bien,en cadence juste &
avec beaucou p de grâce.Elle
se retira sur les sept heures &
demie à-Ía Galere.Tous les Sei.
gncurs & toutes Dames de sa
uite ,& les Officiers de sa
Maison furent traitez comme
les jours precedens par Mr
de Vauvré.
l Les 9. 10. &12. la Reine a
passa le temps à peuprèsdela
mêmemaniéré,envifitaritles
MaisonsReligieufcs,& afïif
tantauxOffices divins,maisIi
nuit du ir. s'estant trouvéé un
peu incommodée, on jugea a
proposde la faire coucher àterrestiez
m1 deVauvré dans l'àp.
parteraent deMonseigneur le
Duc de Bourgogne) avec Mes
des Ursins& Dunoyer,& M'
l'Ambassadeurdans un autre.
elle yreposa parfaitement, 00
le tempsMettant trouvé le 22/
favorable pour lanavigation,
elle fut éveillée à sept heures
du matin, & après avoir esté
à la Mesle aux Jesuites
,
elle
s'embarqua avant neuf heu.
res. L'Amiral la falua de quinze
coups en lortant du Port,
& ensuite la Ville, les Tours*
& les Forts de route leur Artillerie
,
& elle arriva sur les
quatre à cinq heures du foir à
laCioutat.
Le Jeudy 13 du mois passé",
sur les neuf heures du matin,
le Fort de Nostre.Dame dela
Garde, ayant faitsignal de
galere, on apprit que la Reine
venoit à Marseille, pour y
attendre la réponse du Roy
Tres-Chrestien,parce qu'elle
vouloir se rendre par terre
en Catalogne. D'abord paru.
rent quatre gakresdeFrance,
fous le commandement de
Mr le Comte du Luc, qui faisoient
lavanrgarde de celles
de Naples. Cette Escadre ne :fut pas plutost à la veus
des batteries delerade, que
cesbatteries firent une dé.
charge de tout leur canon
pour faliier-cc£jt£ Pri^ççlTe
qui estoit embarquée sur ia!
Reale-detyapîes. Sa pou,.
pe au de hors eftoic toutqj
d'Archited,^ très- bien travaiHée,
ôç toute dorée,le
.dedans efloit"rapifle d'une
étoffe à fond d'or fizelé d'argent,
avec douze sieges plians,
garnis de la mesme étoffe,
aussi bien qfiç les carreaux,
le sosa & le fauteuil de la Reine.
On avoir mis sur le plan.
cher un grand ta pis, qui tenoie
!e' long & le large de
toute la poupe ,
d'une tresbelle
étoffe à fond d'argent,
relevé de grandes fleurs veloutées
de rouge. Latente de
,dessus la poupe estoit d'étoffe
;dor de mesme que la tapifferie,
garnie au dessus d'un
damas cramoisi
,
orné de galons
d'or. Au bas de cette
poupe estoit le Portrait du
Royd'Espagne. Ilyavoicdevant
la poupe une grande
salle tapissée de dansas cramoisi
,
garni de galons d'or,
aussi bien que les carreaux
des bancs qui estoient autour
de lamefmeSalle La separation
qu'il y avoir entre la poupe,
& cette salle
,
estoit de
grandes portcsdorees, & gar-,
nies de- tres belles glaces de
Venise.Le Corps de cettegalere
estoit richement orné, les
Forçats estoient habillez de
damas rou ge avec la toque
de mesme
, & les Esclaves
de me fme, si ce n'tft quiil y
avoit sur les coutures de leur
Jacquette un petit galon d'or,
& qu'ils n'avoient point d'anneau
au pied. Ilseiloient.cn
bas de foye, & la chaîne de
tous les Forçats estoit garnie
d'une étoffe rouge.
Cette Reale ou Capitane,
portant Pavillonde Patrone
>
/alûa les Isles & lesCitadelles
de Marseille chacun de
quatre coups de canon& il
luy en fut rendu trois. Les
Iiles & lesCitadelles ayanc
fait ensuite trois salves de
mousqueterie,& trois décharges
de canon pour faliier la
Reine, let Reale de Naples
quatre coups aux Ifl-es,& un
pareil nombre aux Citadelles,
En entrant dins le Porc sur
le midy, toutes les Galtres de
France & d'Espagne arbore.
rent toutes leurs Rames,
bandieres, pavefades & autres
ornemens. La Capicane
de Naples falüa la Reale de
France, de quatre coups de
de canon,& on luy en rendic
trois, cela fait3touusles Ga..
leres de France ayant salüeSa
Majesté de trois salves de
moufquererie,& de trois décharges
de canon, dont le
coursier du calibre de trentesix
livres de balle estoit du
nombre, le General des Galères
de Naples rendit quatre
cou ps de canon, & fit approcher
la Galere sur laquelle
elioir la Reine, d'un pont
que l'on avoit fait conflruire
pour faciliter son débarquement.
Ce pont estoit à la
droite de la Reale de France,
& les troupes des Galeres y
estoient rangées en haye sur
deux lignes, leurs Officiers à
leur telle.LaCapitanedeNaples
, quoy que magnifique,
ne diminua en rien la beauté
de la Reale de France, qui
estoittoute ornée de damas
cramoisy
, avec de grandes
crespines & des galonsd'or,
brodée en plusieurs endroits.
Quantité de Felouques l'entouroient
;elles estoient richement
parées, & avoient des
ornemens aussi magnifiques
qu'estoient ceux de la Reale;
Mr le Marquis de Forville;
Chefd'Escadre, & Commandant
des Galeres,& Mrle Chevalier
de Rancé Chef d'Escadre
,
& Capitaine du Port,
accompagne de laplus gran..
de partie des Officiers des
Galcres
,
estoient allez plus
de (ix; milles à la mer au devant
de Sa Majesté sur plusieurs
Felouques magnifiquement
parées, qui avoient eilésuivies
d'une infinité de petits
bastimens
,
remplis de tout
ce qu'il y avoit de plus distingué
dans Marseille. MI
de Montmort Intendant Ge.
neral des Galeres,avoir déjà
jeu l'honneur de salüer la Reine
à la Mer.
Quoy que cette Princesse
fust incognito, elle voulut bien
à son arrivée au Port de Marseillerecevoir
les hommages
de Madame la Comtesse de
Grignan de Madame de
Montmort & de Madame la
Marquise de Brious, qui feules
furent admises à son Audiance,
& qui luy firent leur
Cour dans la poupe de sa
Galere. Elle y demeura jusqu'à
quatre heures après midy
que M leComte de Grignan
,Chevalier des Ordres
du Roy, Lieurenant General
& Commandant pour Sa Majessé
en Provence, & plusieurs
Officiers de terre qui l'ac.
compagnoient, eurent l'honneur
de luy rendre leurs respeéts
tde mesme que tous les
les Officiers de la marine. Sa
Wajefté ayant debarqué en.
fuite avec Madame la Princette
des Ursins, & Madame
la Comtesse du Noyer, elle
se mit en chaise suivie de Mr
le Marquis de Cartel Rodrigo,
Ambassadeur & Grand d'Espagne,
de Mr le Comte de
Lemosaussi Grand d'Espagne
des Galeres de Naple,s,& de
toute laCour.Ils accÓmpagne;
rent la chaire, à pied & elle
alla aux Carmes Déchaussez
rendre grâces à Dieu de son
heureusearrivée.LesCapKai-"
nés d'armes des caleres. de"
France,par les soins de Mr le
Comte du Luc, quidepuis l'ar
rivée de la Reine àNicet,afait
toutce que l'on peut attendre
de l'homme du monde le plus
magnifique & le plus zélé,onc
eu l'honneur de servirdeGardes
du Corps à cette Princesse.,
&pendant son lejour à Marleil-1
le,les Suisses du Roy l'ont !
toujours gardée & accompaj
gnée ,il n'yavoit eu jusques
là que quatre de ces Capitainesquieussent
servy à sa garde
; maisMr le Marquis de
Caitel Rodrigo,ayant souhaité
qu'en augmentant lenombre,
on luy en donna douze)
habillez des livrées du Roy, de
,
mesme que lesSuissesdel'Arfenal
pour l'accompagnerpar
tout où illuy plairoit daller.
Sa Majesté ayant entendu le
Salut aux Carmes,où elle reçut
la benedidion du Saint
Sacrement, passaparlaMaison
duRoyenrevenant,comme
elle avoit faiten allant,
& voulut la voir, Mr deMontmort
eut l'honneur de l'y recevoir
au bruit du canon, des
boëtes, des tambours & des
j trompettes. Elle al'a de là à Il'Hostel d'e Mr le Bailly de
Noailles qu'on luy avoit préparé
pour son logement; &
aprèsquelle se fut promenée
dans le jardina qu'elleeust
visitéles appartemens ,
Mr le
Comte du Luc qui en faisoit
les honneurs, eut. celuy de
de luy presenter la collation.
Apres quoy Sa Majesté alla
faire un tour au Cour:, où
ce qu'il y avoit de considerable
à Marseille, s'estoitrendu
pour lavoir Elle futcon.
duite ensuite à sa Galere où
elle soupa & coucha pour 1.
dermere fois.
Le Vendredy14, Sa Majessé
entendit la Messe dans
la pou pe de la Galere, comme
elle avoir fait depuis son
embarquement à Antibes,
en vertu d'un Bref que Mr
le Cardinal Archinto, Archevesque
de Milan, & Legar
à laterequiestoitvenu à
Nice pour luy apporter la
Rose d'or de la part du Pape
,
luy avoit donné uniquement
pour son passage : sur
quoy il faut remarquer qu'il
n'y a que les Galeres de
France qui ayent le pourvoir
de faire dire la Messe
dans leurs pou pes , toutes
les autres Galères des Princes
Chrestiens ,& même celles
du Pape
, ne la pouvant faire
dire qu'à terre fous des Pavillons
, qu'ils mettent vis à vis
de leurs Galeres, L'aprésmidy
la Reine alla dans son Palais,
& s'y arrestajusqu'à cinq heures
du soir qu'elle, vint chez
Mr de Montmoe, accompagnée
de Madame la Princesse
des Ursins
,
de Madame la
Comtesse de Noyer, de Mr
l'Ambassadeur, & de tous les
Princes & Seigneurs de sa
Cour; A l'entrée de la Maison
du Roy estoient deux cens
Soldats des Galeres.avecleurs
Officiersàla te ste magnifiquement
vécus.SaMajesté y fue
reçuë au bruit de Canon, des
Boëtes, des Tambours, des
Trompettes
,
des Timbales,
des Violons, & de toute sorte
d'Instrumens, Lafaçadeestoit
ornée d'un grand Soleil avec
l'écusson des armes du Roy
J- plusieurs trophées sur des portiques
dessinezavec leurs corniches
& autres Instrumens.
fIlY avoit dans la Cour une
grande Pyramide,aubas de
laquelle estoient des lyons
1 couronnez des armes d'Espagne,
avec ces mots, ex utroque
unum&au dessus ,une Renomméequi
portoitlesPortraits
de Louis le Grand&du
Roy d'Espagne couronnez
d'une même Couronne, qui
ensuite parut route en feu.
Cette Pyramide & cette façade
furent illuminées à Ye&.
trée de la nuit, ainsi qu'un
grand arbre qui efl; au bout de-I
la Cour. Cet Arbre estoit coutl
couvert de lumières
, ce qui
produisoit un très bel effet.
LaReine ayant estéreçuëà la
porte par Mr & Madame de
Montmorc avec une infinité
de personnes considerables
monta dans les Appartenons
qui estant fort parez & bien
éclairez
,
& trouva dans un
grand cabinet, qui est tout au
bout du grand A ppartenons, 1
un Trône fort élevé avec un
Dais fort magnifique, fous lequel
çftoicni son fauteuil 6c:\
ungrand tapis de pied, le tout
en broderie d'or. Sous ce même
Dais estoit le Portrait de
de Louis le Grand
, avec ceux
de Monseigneur, du Royd'Espa
gne & de toute la Maison
Royale. Peu de temps après,
entrérent Mr l'Ambassadeur
& Mr le Comte de Lemos, &
ensuite Mr & Madame de Montmor.
OnapportalaCollation,
& dans le temps que la Reine
s'occupoit d'un petit concert,
Elle fut tout d'un coup surprise,
par une grande lueur qui
paroissoit au travers des rideaux
des fenestres, qui donnent
sur le Jardin,cequi 1oA
bligead'aller elle mêmevoir
ce que c'estoit. Elle apperçut i
un grand Soleil extrêmement
éclairé, & vit le Jardin s'illuminer
presqueenunmoment,
ce qui luy fit découvrir tous
les gazons qui estoient semez
de fleurs, tous les berceaux &
les Orangers couverts de
fruits, & au bout de ce jardin
un grand portiq ue d'un
magnifiquePalais qui paroissoitestre
celuy duSoleil.
Les bassins & les berceaux du
mesme jardinestoient dessimz
avec des lampions, &
il
il y avoit un grand nombre de
Personnes distinguées de l'un &
de l'autre Sexe que la curiosité
avoit attirées. Les Portiques étoient
ornez des armes de France
, d'Espagne, & de Savoye ,
& les terrasses couvertes d'une
infinité de lumieres qui formoient
une illumination des
plus galantes. On y entendoit
par tout le bruit des Trompettes
&des Timbales. Mrde Montmor
qui avoit fait peparer un
tres-joli feu d'artifice au bouc
du Jardin, demanda permission à
la Reine de le faire tirer, ce que
Sa Majesté luy ayant accordé, il mitluymême le feu à une petite
corde, qui fit dans l'instant
partirun Amour tenantunflambeau.
Cet Amour alla embraser
ce grand Palais,au haut duquel
estoit le Soleil
, avec un grand
nombre d'artifices, qui amusérent
agréablement cette Princesse
pendant trois quarts d' heure.
Ayant voulu voirensuite
tous les A ppartemens de la Maison
du Roy, quiestoitremplie de
Dames,& de tout ce qu'il y avoit
de plus considerable dans la Province,
elle entra sur une grande
terrasse fort illuminée, d'où
elle découvrit l'entréede la Sale
d'armes qui estoitornée tres-richement.
L'éclat extraordinaire
dont elle se trouvoit remplie
par un nombre infini de lampions
de cristal, tous dessinez.
en couronnes, en guirlandes, en
festons, & sur tout en forme de
Dais, sur les Portraits des Rois
le France & d Espagne
, qui
estoient ainsi que les Portraits leMonseigneur, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
& de Monseigneur le Duc de
Berry,environnez de Soleils accompagnez
de Trophées d'Armes,&
d'autres ornemens, produisit
un effet tres agreable, &
la Reine, & toute sa Cour ne se
pouvoient lasser d'admirer l'arrangement
& la propreté qui se
trouve dans ces Salles. D'abord
en entrant Sa Majesté fut saluée
par les Boestes & par le Canon
de l'Arsenal. Les saluts finis,on
n'entendit plus qu'unecharmante
harmonie de flutes
3
qui
estoient cachées derriere les armes
, & qui ne surprirent pas
moins que tout le reste. Quelques
jeunes Filles, habillées richement
à l'Espagnole, & ornées
de pierreries, voyant a pprocher
la Reine vers le milieu
de la Salle, se mirent à danser
les Folies d'Espagne au son des i
Bassons, des Flutes, & des>
Hautsbois. Dans l'un des bouts
de la Salle derriere un grand
& magnifique Trophée,on entendit
un Concert de voix ÔC
d'instrumens, & l'onchanta plusieurs
vers à la loüange de Sa
Majefié) qui se rendit ensuite
dans son Appartement chez Mr
de Montmor, où l'on luy fit servir
à souper. Cette Princesse, i
son ordinaire fit l'honneur àMadame
la Princesse des Ursins Se
à Madame la Comtesse du Noyer
de les faire mettre à table avec
,
elle. Mr& Madame de Montmor -
- eurent celuy de la servir feule,
&après le soupéilyeutunConcert
dans son Cabinet, ou peu
de personnes entrérent. Dans
Je temps qu'ellesoupoit, on servit
dans les Appartemens d'en
bas, six grandes tables,ou Mr le
Marquis de CastelRodrigo, Mr
le Comte de Lemos, les Princes,
Seigneurs & Dames de la fuite
de la Reine, soupérent avec un
grand nombre de Dames &d'Officiers
de la premiere distinction.
Il n'y eut rien d'oublié,&la ma..
gnificence & l'abondance y furent
égales à la propreté & au
bon ordre. La Reine le retira
dans son Palais où ellecoucha.
Toute sa Cour eut l'honneur de
l'y accompagner , 2c Mr de
Montmor qui estoit du nombre,
fit porter devant la chaise dea
cette Princesse
, vingt-quatre
flambeaux par les Suisses de Sa,:J
Majesté,
Le Samedy 15. la Reine tendit la en- Messe aux Capucins,
& demeura toute la journée
chez elle. A l'entrée de la nuit,
elle fit demander à Mr de Montmor
le petit Concert qu'elle avoitentendu le jour précedent,
dans la Salle d'armes. Elle s'en
fit un nouveau plaisir. Il y eut plusieurs jeunes personnes, tant
garçonsquefilles, qui au son
des Tabourins, dansérent devant
elle à la Provençale.
Le iC. la Reine entendit encore
laMesse aux Capucins,&
l'apresdinée elle se renditchez
r Mr le Comte de Grignan,qui
eutl'honneur de la recevoir au
brui t des Boestes, de luy presen- terunemagninquecollation, &
& deluy donner la representation
d'une Comedie, qui fut fuivie
d'untres-beau feu d'artifice.
Dans cet intervale
»
Sa Majesté
ayant reçuun Courier du Cabinet,
déclara qu'elle s'en iroi t
parterre jusqu'à Barcelone toù
les Galeres devoient se rendre
pour y embarquer des Troupes.
Le 17. Sa Majesté reçut un
Courier du Roy d'Espagne sur
les quatre heures du matin. Ce
jour-là, elle entendit la Messe
aux Jesuites dans une de leurs
Églises, appelle SaintJaume, ou
il y eut Musique. En sortant elle
voulut passer sur le Port pour
voir les Galeres de France &
d'Espagne. Elles avoient tous
leurs ornemens, & les Chiourmes
saluérentde lavoix L'apresdinée
elle demeura dans son Palais
pour expedier les Couriers
qu'elleavoitreçus. Ensuiteelle
entendit un Concert, & vit
quelques danses du Pays.
Le 18. elle entendit la Messe
dans son Appartement, & le
mauvais temps l'obligea de ne
point sortir. Ce jour-là, Mr le
Brer) Premier President & Intendant
en Provence, ayant reçu
ordre de la Cour de fournir
à Sa Majesté toutes les Voitures
dont elle pourroit avoir besoin,
pouraller parterreàBarcelone,
arri va à Marseille
, & alla luy
faire sa Cour aussi-tost avec Madame
le Bret. La Reine leur fit
un accueil favorable, & Mr le
Bret la supplia de vouloir bien
recevoir les honneurs que le Parlement
encorpsavoit dessein de
luy rendre quand elle passeroit
par Aix: Elle répondit qu'elle
acceptoit volontiers les offres
qui luy estoient faites de la parc
du Roy pour la continuation
de son voyage,qu'elle estoit bien
aise dnepas faireparmer,mais
elle refusa absolument les honneurs
que leParlement & lesPeuples
avoient envie de luy rendre,
& pour éviter les harangues,les
complimens, &. autres ceremonies
qu'elle auroit esté obligée
d'essuyer pendant la route, elle
resolut de passer incognito.
Le 19SaMajestéallaà la Mef-,
ic à la Million de France, & re,
çut à son retour les presens de
Ville que le Maire & les Echevins
eurent l'honneur de luy
presenter. Ils firent ensuite les
presens accoutumez àMadame la
Princesse desUrsins,àMadame la
Comtesse deNoyers,&àMr l'Ambassadeurd'Espagne
L'apresdinée
la Reine alla voir le Convent
des Carmelites,&ily eut le soir
un contre dans son apartement.
Le 20 elle entendit la McfTc
dans son Palais,d'où ellene sortit
que l'apresmidi sur les quatre
heures, pour se rendre dans la
Maison du Roy qu'elle trouva
bordée de Soldats de Galeres,
leurs Officiers à leur teste Mr
& Madame de Montmor eurent
l'honneur de la recevoir au
bruit du Canon,d'un fort grand
nombre de Boeftes, &. de toutes
fortes d'Instrumens. La collation
luy ayant estépresentée,
elle donna de sa main des confitures
à quelques Dames de sa
suite, &,- permit aux autres de
profiter de cette collation. Sa.
Majesté traversa ensuite le Jardin
, pour aller voir l'Arsenal
nouveau. Elle entra d'abord
dans les Ecoles Royalesde Construction
& de Canon
, ou elle
fit differentesquestions
,
après
quoy elle alla dans la Corderie,
ou elle vit commettre
quelques pieces de cordages,
s'informant de l'usage particulierauquel
chaque chose estoit
destinée. Cela fait,elle passa le
long du Canal, qui estoit rempli
de plusieurs Bastimens tresmagnifiques,
pour se rendre dans
la Salle des Voiles, dans l'Aue.
lier des Forges, dans quelques
Magasins de desarmement
, ôc
dans tous les autres Atteliers,
ou elle continua de se faire rendre
compte de toutes choses. En
sortant du nouvel Arsenal, ou
elle alla toujours à pied, elle
vit des Galeres sur le Chantier,
& des Bastimens que l'on jetta
à la Mer. Il y eut plusieurs salves
de Canon
,
de Pierriers, &
de Boestes, avec de petites troupes
de jeunes hommes & de jeunes
filles qui dansoient à la Provençale
au son des Fifres & des
tabourins. La Reine vint ensuite
dans l'ancien Arsenal
)
& après
avoir visité l'Attelier des R.3—
mes, & le Magasin general, elle
se rendit aux flambeaux avec
toute sur sa Cour sur rasse, une terou
Mr de Montmor avoit
fait faire une Loge magnifique,
d'ouelle pust voircommodement
l'Illumination des Galeres. Cette
Loge estoit ornée de damas &
de plusieurs lustres avec un Dais
fous lequel estoit le Portrait du
Roy, & autour de la Chambre
ceux de toute la Famille Royale.
Si-tost qu'elle fut placée sur
le Trône qu'on luy avoit preparé,
toutes les Galeres de France
parurent en feu, & l'on admira
la promptitude avec laquelle
cette Illumination sefit, par
rapport au nombre infini de
lumieres qui en un instant brillerent
de toutes parts. On fit dans
ce moment une fal ve de plus de
quatre cens boestes qui estoient
placées aux milieu du Port sur
des Ponts qu'on y avoit mis exprés,
CD forte que le feu sembloit
sortirdumilieu de l'eao. Tout
le Canon des Galeres ayant fait
ensuite trois décharges chacune
accompagnée d'un grand départ
de fusées volantes, tout le
monde demeura d'accord que ce
n'estoit qu à Marseille qu'on
pouvoit voir de pareils spectacles.
La Reine ayant fait paroistre
combien elle en estoit
satisfaite
,
demanda encore, à
voir la Salle d'Armes des Galeres,
& SaMajestés'y estant rendue
suivie de toute sa Cour, on
trouva cette Salle aussimagnifique
& aussi brillante qu'elle
avoit paru lepremierjour Cette
Princesse se retira ensuite dans
son Palais, ou tous les Officiers
des Galeres d'Espagne luy ayant
ellé presentez par Madame la
Princesse des Ursins, ils prirent
tous congé de Sa Majestê, & luy
baisérent la main,ce qui estant
fait ilsallerent toussouper dans
l'Intendance des Galeres.
Le 21. à la pointe du jour, les
sept Galeres de Naples aufquelles
Mr de Montmor avoit fait
donner par ordre du Roy des
vivres pour deux mois, sortirent
du Port de Marseille pour se
rendre à Barcelone, & se mirent
en Bataille hors la chaîne, ou
elles firent trois décharges de
toute leur Artillerie pour saluer
la Reine d'Espagne. Sa Majeflé,
après avoir entendu la Meslê aux
Capucins, ou la Musique de la
Cathedrale se trouva, accompagnée
d'une belle Simphonie
,
reçut en arrivant dans son Palais lecompliment que Mr le Marquis
deBonnaventure, Commandant
les Troupes du Pape à Avignon,
luy vint faire de la part
de Mr
le Vice-legat. Sur le foir
, Mr
l'Evêque de Marseille estant arrivé
de la Cour eut l'honneur de
la sal uer. La Reine luy fit beaucoup
d'accueil, en luymarquant
toutes les magnificences de Mr
le Comte du Luc son Frere, &
les soins qu'il avoit pris d'elle 8c
de toute sa Maison.
Le22. jourdudépart,laReine
alla sur les sept heures entendre
la Messe aux Capucins, & te
tnit à table à son retour ,
sur les
dix heures elle monta en litiere
avec Madame la Princesse des
Ursins, pour aller coucherà
Aix.Cette Littiere qui avoit
esié faite eu deux jours par les
ordres de Mr le Bret,estoit garnie
au dedans & en dehors de
velours cramoisi, chamarré de
grands galons d'or, avec un bordé
au dessous Les rideaux & les
poches des portieres avec leurs
dgalamcaess, estoient d'un tres- beau
blanc, bordées de galons
d'or. Les couvertures des Mulets
estoient du même velours,
avec le même petit & grand galon
d'or. Les harnois des Mulets
qui avoient de grands plumets
, estoient dorez jusqu'aux
sonettes. Toute la ferrure de la
Litiereestoit dorée, aussi hier*
que le brancard. On avoit fait
habiller les Muletiersd'un farci
beau drap rouge, & leurs chapeaux
estoient bordez d'un galon
d'or, avec des cocardes Les deux
Litieres de Mr l'Ambassadeur
, & de Madame la Comtesse de
Noyers, estoient doublées d'un
satin propre. Les Voitures que
fit fournir Mr le Bret, pour
la fuite de la Reine consistoient
en neuf Litieres, en vingtcinq
Chaises roulantes , en soixante
& seize Chevaux de felle, en
six charrettes, & en trente-deux
Mulets de bats. Les Capitaines
d'armes des Galeres,quiavoient
toujours servi de Gardes du
Corps à la Reine
, eurent l'honneur
de l'accompagner pendant
son voyage en la même qualité,
& Mrle Chevalier des Pennes,
Lieutenant de Galéres, les commanda.
Dans tout le temps que
;
cette Princesse a sejourné à Marseille
,
Mrle Comte de Grignan,
Mr le Brec, Mr le Marquis de
Forville
)
Mr de Montmor &
Mr le Comte du Luc ont toujours
tenu plusieurs grandes ta-
L bacs, ou les Princes, les Seigneurs
& les Dames de sa suite,
1 avec un grand nombre de personnes
considerables de la Ville
& de la Province
, ont esté traitez
magnifiquement. Quand Sa
Majesté sortit de Marseille
,
la
foule du Peuple qui l'avoit toujours
suivie par tout, se trouva
si grande que les Suisses qui la
conduisirent jusqu'aux portes de
la Ville, eurent beaucoup de I
peine à se faire jour pour son I
passage. Dans ce moment, les
Citadelles & les Batteries de
la rade, firent trois décharges
de tout leur Canon, pour la
saluer. » La Reine ayant pris la route
d'Aix, le hasard voulut qu'elle
rencontra la chaîne des Forçats.
Ces malheureux s'estant
jettez à genoux, elle demanda
au Roy la grace pour trois
Savoyards qui y estoient attachez.
Estant arrivée à Aix, elle
y fut regalée aussi magnifiquement
par Mr le Bret, qu'elle
l'avoit esté à Marseille. Elle se
rendit de là à Arles, & fut logée
dans l'Archevêché.Mrl'Archevêque
l'y traita avec beaucoup
de magnificence. Le len-
) demain cette Princesse passa le
Rhône, & entra dans le Languedoc,
où Mrle Comte de Grignan
& Mrle Marquis de Forvillequi
l'avoientaccompagnée
la quitterent. Cette Princesse
les remercia de la magnifique
reception qu'ils luy avoient faite,
& des soins qu'ils s'estoient
donnez pourelle, Sa Majesté
fut receuë à l'entrée du Languedoc
par Mrle Comre de Brogiio
, Commandant de la Province,
& ayant couché le 25 à
Nismes, elle arriva le 16 à Montpellier
sur les cinq heures du
soir, au bru it du canon de la
Citadelle, qui fut la feule ceremonie
que l'on fità (on entrée,
parce qu'elle estoitincognito.
Mr le Comte de Broglio& Mrde
Baville Intendant du Languedoé>
qui avoient estéà sa rencontre
,accompagnez de la Noblesse
,
la conduisirent jusques
an Palais aux appartemens de
Mr Bon, Premier President de laChambre des Comptes &Cour
des Aides de Montpellier, où"
cette Princesse logea, à quoy«
elle ajoûta la grace de vouloir
bien estre servie par ses Officiers;
de forte qu'il a eu l'avantage,
non-seulement de loger Sa
Majesté, & de luy donnerà
manger, pendant le sejour qu'elle
a fait en cette Ville
mais
encore de loger toute sa Cour
& toute sa fuite
@
, a qui il a aulîï
toûjours donné à manger,
ce
qui les a d'autant plus surpris,
qu'ils sçavoient que Mr le Premier
President n'avoit estéaverti
de l'honneur qu'il devoit recevoir
, que le jour mesme de
l'arrivée de la Reine, puisque
suivant le premier projet, sa
Majesté devoit employer deux
jours pour venir de Nismes à
Montpellier, & n'arriver en
cette derniere Ville quele Jeudy
27, jour maigre, à causeque
c'étoit la Vigile de Saint Simon
& Saint Jude. D'ailleus, elle
avoit resolu de ne point entrer
dans la Ville, & de loger dans
la Maison de Campagne de Mr
le Premier President, comme
celle des environs qui a le plus
d'agrement, & qui estoit la plus
prop re à recevoir cet honneur.
Mais il fut délibéré à Nismes le
Mardy au soir fort tard que Sa
Majesté viendroit le lendemain
en un seul jour à Montpellier,
& qu'elle logeroit dans la Ville,
a la Maison de Mr Bon, Il n'apprit
cette nouvelle, que sur les
neufà dix heures dumatin: ôc
d'abord, sans consulter l'embarras
où il se trouvoit
,
de satisfaire
dans l'espace dequelques
heures à tant de différentes obligations
, il donna de si bons
ordres, & usa d'une si grande
diligence, que non-seulement
sa Maison fu/l disposéeàloger
la Reine avec toute sa Cour,
mais encore il fut en estat de
faire servir en gras,Sa Majeftc
& toute sa fuite, avec toute
la magnificence
,
la propreté,
& la delicatesseque l'on pouvoir
Sroxt fouhaitter. Cettemaison est
composée de deux a ppartemens
doubles de plein pied, de l'un
Là l'autre bout, faifapt une tres- rande enfilade, & ayant aux
deux extremitez deuxmoindres
appartemens de chaque costé,
détachez des autres Celuy de
la Reineestoit de huit grandes
pieces superbement ornées de
toutes fortes de meubles des plus
riches&des mieuxentendus. La
chambre estoit tendue d'une
tres-belletapisseriedAngleterre
antique Le lit- estoit de
Velours cramoisy
1
galonné d'or,
< & doublé desatin aussi brodé
d'or, avec les chaises de mesme.
L'appartement de Madame La
Princesse des Ursins estoit de six
pieces aulîl très.-proprement
meublées. Il y avoit dans la
Chambre un lit à la Duchesse,de
damas vert,avec une crépine d'or
fort riche, &quantité de grands
miroirs sur une belle tapisserie
de Flandre. Celuy de Al* le Marquis
de Cassel-Rodrigo estoit
complet & tendu d'un beau
meuble de damas
, & generalement
toutes les chambres étoient
garnies delits de damas & de ta-, pisserie de haute-lisse ou de
Flandre, qui sont les meubles
ordinaires de laMaison La Reine
trouva en arrivant,son appartement
éclairé par une infinité
de bougies sur quantité
delustres de cristal & de gidrandoles.
Tous les autres appartemens
lestoient aussi à peu
prés de mefmc. Les Damesles
plus considerables se trouverent
en fort grand nombre, & en
un habit noir à l'arrivée de Sa
Majesté, & au souper
, avec
tout ce qu'il y avoit de gens de
qualité & de consideration dans
la Ville, &une tres-grande affluence
de peuple: mais malgré
tout ce grand abord de monde,
toutes choses estoient si bien concertées,
quetout se paiïa sans desordre
& sans confusion. La Reine
fut servie sur les neuf heures
, par les Officiers de Mr le
Premier President
, qui eut
l'honneur de luy donner la.,
serviette. L'on admira la pro.--
preté
,
la delicatesse 8c l'abondance
de toutes fortes de mets
les plus exquis. Il n'y avoit à
table que la Reine, Madame la
PrincessedesUrsins,&Madame laComtesse des Noyers, & tout
cequ'ony servit parut si bon à S.
M. qu'elle voulut goûterpresque
de tout Aprés lesouper de la
Reine,latabledeMrleMarquis
de CastelRodrigue, où estoient
avec luy le Prince de Belvedere,
le Comte Scoti
,
l'Abbé Scoti son frere, , & tous les autres Seigneurs
dela Cour futservie aussi
avec toute la delicacesse.& toute
l'abondance quiconvenoit à
unegrande chere. Il y eut enfuite
la table des Dames & des
Fillesd'Honneur de la Reine,
celle des Gentilshommes & des
Officiers de Garde
,
celle des
Pages, & plusieurs autres pour
le reste des Officiers de sa Maison,
pour les Capitaines d'armesfaisant
ta fonctionde Gardes
du Corps, pour les Filles &
les Officiers des Dames & des
Seigneurs de la Cour, & pour
tous les autres gens de la fuite,
toutes tres-bien servies, à proportion
les unes des autres: ce
qui a toujours continué jusqu'au
jour du départ. Tout s'est paiïe
dans cette reception avec tant
de magnificence, & en mesmetemps
avec tantd'ordre» qu'on
auroit peine à croire qu'un particuliereustpû
si bien &en aussi
peu de temps recevoir un pareil
honneur avecunaussi grand
succés, & avec l'approbation
'de tout le monde, si l'on ne sçàvoit
que Mr le Premier President
est accoutuméà se. distinguer,
non- seulement par l'éclat
de sa Charge qu'il beaucoup remplit avec de dignité, mais encore
par un gout exquis qu'il fait remarquer pour toutes choses
sur tout pour les bastimens
,& pourles meubles. Aussi Ja Reine & toute sa Cour luy
ont témoigné toute sorte de fa- .-tÎsfaélion par mille honnêtetez
qu'il en a receuës. Sa Majesté
avoit fait dessein d'aller l'apresdinée
du Jeudy à la Maison de
campagne de Mrle Premier Prelidetlt,
ou, soit pour la situation
, foit pourles bastimens ou
pourles jardins, on voi t tout
ce qui peutembellir une maison
de plaisance: Mais elle futempeschée
d'y aller, Courrier par un qu'elle receut de la
Cour de Savoye, ôc qu'il fallut
depescher. La Reine aentendu
tous les jours avec une pieté
tres -
exemplaire la Messe du
Pere Ferreri Jesuite son Consesseur,
dans la Chapelle du
Palais, tres-richement ornée,&
où l'on avoir fait preparer une
tres-belle Musique.Elle partit
le lendemain 25 au bruit du canon
sur les huit heures du matin
, a près avoir reçû les presens
que luy fit la Ville, ils consistoient
en plusieurs corbeilles
tres propres, remplies de sachets,
de Sul tans & de poc hes
-
de tissu d'or & de tissu d'argent,
& de plusieurs caisses de liqueurs
& d'eaux dela Reïne de Hongrie.
Je laisse cette Princesse
-
poursuivre sa route, & à la fin
de ma Lettreje vous feray part
decequej'en auray appris.I
Je vous envoye le premier I
Compliment qui a esté fait en
chaiie au Roy d'Angleterre depuis
qu?jl porte cette qualité.
Il est du Pere DomCosmede
Champigny, Superieur des Barnabites
de Passy
, qui le fit à l'occasion
du Sermon
,
qu'il eut
l'honneur de prêcher avec applaudissement
devant SaMajesté
Britannique le jour de la
Toussaint derniere, dans la.
Chapelle du Chasteau de Saint
Germain en Laye Il prit pour
Texte ces expressionsdu Chap. II.duLevirique, Sancti estote,
quia egosanctussum. Soyez Saints.
parce que je fuis Saint. Son discours
fut sur laSainteté, & illepar
ces paroles
t.
qu'iladressa à
Sa Majesté.
sV S-I-R,:..E:' (: ,-1•:' 1." f:i ! l, ; _1 Quelque dijîinguèe que fhitVofiri
Majefié par tant déminentes&
| êtaugufies qualitéqui luyatirent
lerejifecl& 14 vénération de tout le
monde, elle me permettra- de luy dire
,-
quelle n'en sçauroitfaireunmeilleur
ttfage , qu'en lesemployant nonfiu,
leynent à devenir Saint, mais encore à travailler à la falsification des
Peuples.
- Sinài eftotc,quia ego (anél:a'
fum ; Tous font ohligezd'estre
Saintst voila le precepte.Ilefivray
qu'unparticuliern*efiobligé qu'à une
Saintetéparticulière,kune Sainteté
commune> kuneSaintetécachée,&
M
"ojcuti, mais un Roy eftobligé* Sttinttté publique uni ,àuneSaintes
éclatante, qmiéd-rl*feunteoSuatinlteetémqounifdra,eps
ditl'Ecriture)duneSainItte' fii"e. magn1
Sire, Dieu vous a mis audeffmi
des autres dl- ne vous afait Roy Iraet pour établirla Religion & la faire
triompher. Les Rois de la Terre, ditexcellement Saint kuruftinyfer-.
ventDieuenRois, ce/adire3enx
faijantpour luy des chefesv qu'il n'y aque les Rois, qui puissentfaire,
Jaut>ditce SfavantPere,qu'ils
entrent dans le Cielavec une
troupe
nombreuse
sur la , comme on les voitsuivis Terrej qu'ilsprotegent ceux-
(y par leur Puissance,qu'ils secourent
ceux-là par leursli6eralitez3
quils édifientles unsparleurpieté
,
qu'ils soutiennent les antres parleur
fxemple ; en un mot quils employent
tout ce qu'ils ont de grand &cféclatant
pour fraier après eux une voyt
defalflt a un nouveau cortege, qui
les acompagne dans le Ciel. Ces
sentimenssi Chrestiens de Saint Augufiinse
trouvent, Sire, vhifieZ4J1e
Jourd'buy dans la personne de vofire
jviajefié3 &sans peutefifequevous
les ayez^jamaisentendus à l'age
3 ou vous commencez de faire Fadmiration
de l Europeslyefprit Saint a pris
foin de les graver luy - mesme dans
vofire coeur,il vous IlfaitftnliTt
que comme vous ne devezvivre que
pouf la félicité publique
, vous esses
obligé de conduire vous mesme les
Peuples à la Conquefie de l'éternité
L'exemple du Roy vofire Peri,
~fte 10Nt l~,- Chrefti~n IIdmJrr fietoutlemond
&jedispose a revêrer Saint, efiunpuissantmotciofmpomuervouni
encourager & Vom animerà le deve.
nir. Ja quitté trois Royaumespottll gagnere Ciel, &ilapréféréletitJr
dé Colique à ïauthorité de
Souverain. Il a donnékÏVmverl
cette mtîveillcufe leçon en faisant
sentircet Oracle dugrandkugufiini
quona toutgagnésurla terre
quand on y a ioui perdu pour le C~ Faffe le SeigneurquecessentU
mens fructifient de jour en jour dans
cette ame Royale! & quesa mifiricorde
recompense enfin les important jerviCfJ) qu'elle aura rendus à la
Foy
, parunegloire immollelle,que je uysouhaite. Au nom du PeTç
)
Fils du , (5 du SaintEsprit.
Le Reverend Pere Louis de
i Torre, General de l'O rdre
eS. François, est mort le 18.
,u mois d'Ocfcobredernier
,
dans
Convent de Palenck,Ville
e la vielle Castille, âgé d'eniron
cinquante-cinq ans. Il
stoit de l'illustreMaison de la
Torre, des meilleures d'Espainc
i il avoit pris l'habit chez
es Recolets de la Province de
L\1mnlaculëc Conception en Gaice
,
& aprés avoir passé par
toutes les Charges
,
il avoic
esté élu General de l'Ordre
par son seulmérité. Il y a de
grandsprivilegesattachez à
cette dignité & entre-autres,
tous les honneurs de la Gran-
*defle.
(
, Dame Marie Charlotte de
Maillé est morte depuis peu de
jours. Elle estoit Veuve de Messire
René Barjot, Marquis de
Mou Aï, de Roncée ,&c.
Cette mort a esté suivie de
celle de Dame Marie de Bour- (
lon, Veuve de Messire Nicolas.
Lepagnol, Seigneur de Fontenay
& de Balainvilliers, Confeil-
1er du Roy, Maistre ordinaire :
enla Chambre des Comptes,
âgée de soixante-dix-huit ans. :
Elle estoit Soeur de feu de Mr
l'Evêque de Soissons.
Les morts subites continnënt. ;]
MrPajot, Evêque de Die, en est J
mort. Ilestoit Parent de feu Mr
1^
Je Chancelier Boucherat. Comv
me j'apprenscette mort dans le :
moment que je vous récris, je ne
uis encore vous en rien dire daimage.
On a eu la hardiesse de faire
ire ait Roy & à Monsieur le
)uc d'Orléans, des choses fort
efavantageufes sur la Noblesse
• eMrle Comte de Saint Pierre,
lui est attaché à Monsieur le
)uc d'Orléans. Ilyamêmeeu
ne Lettre ecrite, ou l'on avan- oit, que son Grand-Pere ( Ni-
61as Cartel , Seigneur de Saint
Pierre) estoit Taneur; que son
Pere (le Baron de Saint Pierre)
avoit acheté une Charge pour
l'exempter de. la taille; que Mr eMarquisde Saint Pierre, Fre-
•e du Comte ( qui a possedé la
Charge de Grand Bailly de Cocentin
vingt-septans) avoit esté
obligé de se défaire decette
(
Charge forcé à cela parla Nô-J
blesse du Pays qui luy avoit declaré
qu'elle ne vouloir point
avoir àsatelle .un homme de si
basse naissance;qu'il estoit vray
que Mr le Comte de Saint Pierreôc
Mrle Chevalier sonFrere,
Capitaine de Vaisseau
, avoient
esté faits Chevaliers de Malte,
mais que c'estoient des Chevaliers
degrace j que Mr le Marquis
de Saint Pierre avoit eflc
obligé depuis peu de payer la
Taxe des Francs-Fiefs,comme
possedantune Baronniesansêtre
Gentilhomme; enfin qu'ayant
esté inquieté par le Traitant
pour sa Noblesse
,
Mr l'Abbé
de Saint Pierre son Frere, pre- mierAumônier de Madame,
avoit fait fairede faux vitres de
tfsfoblefle, &-. qu'avec ces Titres
faux & un peu d'argent on avoir
appaisé le Traitant. Telestoit le
-contenu de laLettre. ;
v Si-tost que Mr le Comte de
Saint Pierre fut averti de cette
calomnie, & qu'on avoit pris
;fbin de la répandre sourdement
par toute la Cour
,
il alla avec la protection de Monsieur le
Duc d'Orléans, en demander
justiceau Roy. Sa Majesté, toûjoursjuste,
ordonna à Mr Daguesseau
de voir sesTitres de
Noblesse
ruet,irde les examiner à & deluy en rendre
compte. Il en a faitson rapport
au Roy le 26. de ce mois, jren a auffi- rendu compteà Màdamé,&
àMonsieur le Duc
<1Orléans.Ce1rapport a ëffcê
aussi avantageux à Mr le Comte
de Saint Pierre qu'il pouvoit le
souhaiter, puisqu'il ne desiroit
rien sinon que la verité fust connuë.
Son nom de familleestcastel,
de basse Normandie. Ses Ayeux
estoient en possession de leur
Noblesse dés 1359. II le justifie
par des Titresde ce temps-là.
Il en rapporte de consecutifs,
jusques a present. Il est vray
néanmoins qu'il n'a justicifié sa filiation
par Contrats de Mariage
,
Partages, & Actes équivalens,
que jusques en 1473 parce
que le Chasteau de Saint Pierre
qui estoit environné de fossez revêtus
avec Pont-levis, fut brûlé
dans le temps de la Ligue, par
les Ligueurs, enhaine
de
ce que
Nicolas Cartel
,
Seigneur de
: Saint Pierre, Grand-pere de Mr
ile Comte de Saint Pierre,tenoit
avec zele Se avec distinction le
dpaanrtsi du Royen ce Pays-là, &
cet incendie les pa piers de
t
sa Maison furent presque tous
( brûlez ou pillez avec ses meu-
| bles. Celaest Jufilhe parun Ar-
1. rest authentique de l'Echiquier
r de Normandie de 1593. qui aesté
j produiten Original.
Cette affairequi a estcésuscitéeà
Mr le Comte de Saint Pierre
, par la fausse Lettre, a fait
beaucoup de bruit à la Cour X
Paris, & sur tout en Normandie,
où cette Famille en fort connuë
& distinguée parmi la Noblesse.
Le mot de l'Enigme du mOisI
passé, estoit les Chenets. Ceux!
qui l'ont trouvé , sontMessieurs l
de Verneüildel'Holteldu Mai- «
-; ne: & le grand Barbe-à-rot de,
de l'Hostel de Dombes : Antier V
Perspecteur
, & Dupuis Mar- J
chand de la ruë de la Truandrie:
Bardée & son amy du Plessis, du®
Mans: de la Belliere, de C har- 1
tre ,
demeurant ruë de Bourbon, J
f
& l'aimable Damoiselle Theve- I
jnin: Laurent Revers de laMo- 1
fthe Imprimeur: Véronique fleur 1
".de la Plotte, de la ruë S. Se- f
vérin:L'OculisteAnglois,fej*-k
vant prés du Roy d'AngleterreL à Saint Germain en Laye: le £
petit Pigisde la ruë S. Antoine:
de Moncé aspirant aux bonnes
graces de Mademoiselle ChantereauChristalin
La-n;-lois:-
le jeuneGoudoüindel'isleNôtre-
Dame; l'Abbé de Bordeaux,
l'uë dela Harpe: Tamiriste &fa
famille,& le
Normand Languedocien
de la ruë de la Cerisaye
: le Joly Sourd, de Belle
ville sur Sablons: les Conviez
du grand Repas donné chez la
Damoiselle Saureau
, rue de la
Harpe, la veille de la S. Mattin
: le Beau Poizot de la rire du
Plastre & ses deux voisines: le
Novicede la ruë S. Thomas du
Louvre, proche la Galerie: le
grand DucdeMoscovie : la petite
Fanchon & la grosse Lolotte
de Fontainebleau:le Fortuné-
Breton du coin du Marché-neuf: le Chevalier de Champigny,&
leBaron son amy : le Comte de
Carainsi du mesme quartier r1
l'Amant confiant duCimetiere
S. André, & sa Nymphe de la
ruë des Petits Champs, l'un des
sept associez de la ruë Simonle
Franc: le Vicomte de la ruë des
deux Portes: les Eleves du Jeune
Procureur, du Quay des Augustins:
la belle sans Fard: Mademoiselle
Javotte jeune Muse, du
du coin de la ruë deRichelieu:
Mesdamoiselles Braier
,
de la
ruë de Seine & son amie:Saureau
de la ruë de la Harpe , 6c
le charmant petit Poupon de
Bretagne; la petite Dame de
Beauvais: la Charmante Gasset
l'aisnée, & son aimable bellesoeur,
leur bon amy & sa jalouse
petite femme de la ruë de la
Cossonnerie: la Bamboche, sujetteaux
migraines, & sa bellesoeur,
du coin de la ruë des
¡ Vieilles Etuves: la Charmante
Marie - Louise de Bonnaire de
Berthelot, fille de Mademoiselle
Bertille: la Brune du Signe de
la Croix, du Quay des Morfondus:
la Brune sujette aux migraines
sa bellesoeur:lePoulet
d'or: la plus belle des indifferentes
de la ruë de Seine: l'aimable
Bellard de Roüen : l'He.
roine de la Confiance, & la
belle In fortunée de la ruë S.
Martin: l'Incomparable Marie
le Maistre & sa fidelle compagne
Madamoiselle Balan de la
Villed'Epernayen Champagne,
& son intime amy du Mesnil : Estienne le Vacher, Enfant de
Choeur de S. Maurille d'Angers:
la belle Chapeliere du bas
de la ruë de la Harpe ,1a grande®
Saureau saconseillere , le noti-l
vel Abbé, & leur bonne amie:
PierreThibaut & Mr Blondel
de Laon: les deux jeunes soeurs|
la blonde & la brune de Poitiers:
Mastreck : Arthus Mathieu
: Duval: & le Grand Prevostd'Ageneat.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye, eÍt: de Mr Simarc.
ENIGME.
D*Vn
nombre infiny de parties
Vils excremens du genre humain
Inégalement oefofrties ;
&ibn corps eftcompofè parune habile
main, - •i Chei^
Qbexje sujetainjt que chezje Souverain.
Qn me voit occuper laplus auytflt
place,
ilfais par 1tn malheureux dessin,
pDelace ccomeble de gloire où J'fllage me
Je tombeenpeu ae temps , admire,
ma dJfgrdccJ
Au pouvoir d'un maifireodieux,
Qui pour tirer de moy quelque nouveaufervice,
Me livre augré de son caprice,
Aux tourmens les plusvigoureux:
Voicy des Vers qui ont eslé
mis en Air par un fort habile
Musicien.
AIR NOUVEAU.
CE rieftpoint en parlant de ses
peines cruelles
,
jQtion fait voir que l'on est un véritable
amant: P'ouslezjvous ejlreaimez,, aimé fi-
(tellement,
Cefi l'unique secret <£cftre cheri des
beliei.
Le23. decemois Mr l'Ambassadeur
d'Espagne se rendita S.
Germain en laye, & prefentaau
Roy d'Angleterre une Lettre du
Roy son Maistre, par laquelle
SaMajestéCatholiquereconnoît
cePrince pour Roy de la Grande
Bretagne. Ce jeune Monarque
dont les manieres le feroient
connoi stre pour ce qu'ilest en
effet, par ceux qui ne l'auroient
jamais vû
,
le &qui n'auroient nulconnoissance
de sa naissance
Royale, reçut cette Lettre avec
toute la joye qu'il devoit ressentir,
de se voir reconnu par un des
plus grands Monarques du monde
,& fit à Mr l'Ambassadeur
d'Espagne, non-seulement tout
l'accüei l que le Ministre d'un
grand Roy devoit attendre, mais
il y ajouta toutl'agrément que
merite la personne de cet Ambassadeur,
qui s'en faitesti mer,
& aimer dans toutes les Cours
ou il a esté envoyé ; c'est à dire
que son mérité cil: connu dans
beaucoup de Cours, puifqu'il
dpeouutszee vanterd'avoirtraitéavec
Testes couronnées.
Ce mesme Ambassadeur s'estant
rendu le 27. du même mois
à Versailles presentaau Roy,
Dom Pedro de Zuniga
,
Cheval
ier de de l'Ordre '-de Saint
Jacques, Frere du Duc de Bejar,
Grand d'Espagne, & Chevalier
de la Toison d'or,
Le Prince Spinola.
Le Comte de Otano.
Et Doiii Joan de Reart, fils
aîné du Comte de Santa Coloma.
- Le Roy leur fit tout l'accüeil
qu'ils avoient lieu d'en attendre.
Le Monarque dont ils font Sujets,
le rang qu'ils tiennent dans
ses Etats, leur mérité personnel ,
& le Ministre par qui ils estoient
presentez, ne pouvoient manquer
de leur attirer toutes les
considerations que l'on eut pour
eux. Mr l'Ambassadeur d'Espagne
a eu le plaisir de regaler
tous ceux de sa Nation qui sont
venus en France, ou pour saluer
le Roy, ou pour passer en Italie,
& en Flandres
,
ôc quoy que le
nombre en ait esté grand, & le
soit encore tous les jours, il les
a toûjourstraitez avec la même
magnificence.
Je vous parlay le mois pin.
de la Lettre que le Roy de Portugal
a fait écrire à Mr l'Ambassadeur
d'Espagnesur sa GrandetTe)
& de cel le que Mr le
GrandDue deToscane luyaécrit
aussi sur ce su jet sans que ce Ministre
luyeust jamais écrit. CÓ6
deux Lettres vous confirmeront
bien dans toute l'idée que vous
en avez déjà. Il n'en a pû refuser
la lecture à des personnes qui
font fort attachées à tout ce qui
le regarde Un de ses meilleurs
Amis qui entend bien le Portugais
& l'Italien
,
les a traduites
à la priere de deux Dames qui
prennent beaucoup de part à
tous les interests de ce digne
Ambassadeur. Je fuis persuadé
que vous les verrez avec plaisir
dans nostre langue.
Traduction d'une Lettre Portugaise,
écrite parord re du Roy
de Portugal à Mr le Marquis
de Castel dos Rios, Ambassa-
-
deur d'Espagne en France.
Exccllenti.fjîme Seigneur,
J'ay reçcu la lette de Vofire Exccllence
pour le Roy mon Maiste Je
Li portay sur l'heure à Sa Mûjrfté
,
E)le luy fust au/Iiayreable queVostre
Excellence le peut croire, connoissant
lyaffechonparticulière&ïeftime
sincere qu'elle d pour vofirepersonne.
Bile a vu avec un vray plaisir la
jufiice que Sa Majefié Catholique a
rendueà Vofire Excellence,enlefaisant
Grand £Espagne ) & dès que
le Roy.3 que Dieugarde
3
apprit que
Je Roy Tics-Chrcjlicn acceptoit le
TefiamcntdeQharles II. Sa Majeficparla
à Mrl'Ambassadeur de
France, & luy dit combien Elle feroit
ravie que le nouveau Roy Catoliqne
accordafi à Vofire Excellence
les honneurs gui efioient dits à son
merite tj-à/,-à-personne
,
& aux
grandes quaïïtez^ qui la difiinguent»
c.qw ce souvenir & cette bontése confcrveronttoujours
dans le Roy mon
maifire avec lamême vivacitépour
Vofire Excellence Je rriacquite avec
emprcffiment de l ordre quefay de l'en
affurer. Vofire Excellence sçaitavec
quelzele & quellesoumissîon je
fris,
De Vofire Excellence\
Le tres-humble& tresobéissantserviteur,
DomMendo DE Royos
PERECRA.
De Lisbonne le ig. 08. 1701.
Traduction de la Lettre de Mr
le Grand Duc de Toscane, à
Mr l'Ambassadeurd'Espagne,
'o ExcelÙnti.(simsSeigneur,
Comme tout ce qui efl une gloire
pour yofire Excellence efi un sujet
de jaye pour tous ceux qui connoif*
fent vofiie grand m-etite ; à combien
plus forte raison ne dois-je pasmen
réjouir par la connoijjance quo
fenay\&far/'amitiéquej'aypour
Vostre Excellence. Je ne fçauroisvous
exprimer avecquelContentement
fay appris le nouvel honneur
que le Roymon Seigneur, vient d'accorderà
VostreExcellence ) en vous
faisant Grandd);E'/pdgne de la premiere
Claffi. Cette nouvellenia estè
apprise d'unemanttre bienayreable>
farMadame (lArdenne)voftrc Qoufînerfort
diqneQatrmelite. S. M.conuoijjanttoutce
quevousavezmeritêa
voulu parcettejusticesaiveconnoïtre
commentilfçaura difpoferdefes grdces
royales. 7e menréjouis donc-de
tout mon coeuravec Vostre Excellence,
farl'affetlion qui me portera toûjours
à fonhaitertoutes fortesdyavantages
à vostre persônne & à vostre
famille. Je dots cette correspondance
à la cordialité avec laquelleje fç!'}
que Vofire Excellences'interesse dufis
tout ce qui me regarde, le souhaite
que Vojire Excellencejouifie longtempsde
cettefortune&duneplus
grande. le VaJJure de te/lime que je
conferveray toujours pour vofire Minifiere
&pourvofire Personne ; &
pourtoutes vosquahtez^difiinguées.
Jeftrtry ravi d'avoir des occasions de
vous rendreservice. le baise les mains
à Vofire Excellence.
Serviteur de Vofire Excellence3
MEDICIS.
A Florence le 9. Septembre 1071.
Je devois ajoûter au Journal
de Fontainebleau que leGouverneurde
ce Chasteauy a tenu une
bonne table pendant le sejour
que le Roy y a fait: qu'il s'est
tres-bien acquitté de tout ce qui
a regardé ses fonctions, & qu'il
s'est fait estimer, & aimer de
toute la Cour. Mr de Costé Contrôlleur des Bastimens ,
, a et4
l'avantage aussideplaireau Roy
& à toute la Cour,tantil s'est
sagement, & ponctuellementacquitté
de tout ce qui regarde son
employ.
r Je ne vous ay rien ditde l'ancien
appartement du Roy à Versailles
, devenu nouveau par les
changemens necessaires que Mr
Mansard y a fait faire, & les ornemens
qu'il y a faits ajoûter.
Quand on dira qu'on a fait un bel
appartement pour le Roy, on
; nesurprendra personne, mais on
c. doit admirer ceux qui d'un lieu
1 ingrat ont fait leplus beau lieu du
monde, ses glaces & les beaux
Tableaux du Roy y sont placez
dans les endroits qui leur viennent, con- & rien n'est plus beau
que lacornicheacompagnéed'une
Mosaïque qu'on y voitregner. Madame la Duchesse du Maine
n'estantpas encore rétablie
de ses dernieres couches, & étant
encore au lit
,
lorsque le Roy
revint de Sceaux, Sa Majesté
a esté luy rendre viGrc; & luytémoignersajoye
de ce qu'elle a mis un fecond Prince au monde.
Le Roy & la Reine Mere d'Angleterre sont venus voir le
Roy depuis son retour à Versailles
Sa Majestémit le jeune Roy d'Angleterre à sa droite ,& la Reine duire à sa gauche, pour les con- dans son cabinet,le Roy.
-
d'Angleterre en estant sorty
quelque temps aprés pour aller
faire ses vi fites,la Reinedemeura
prés d'une heure avec le Roy.
Elle estoit en mante , toutes
les Dames de sa suite en avoient
aussi
,
& les Officiersestoienten
long manteau. Le Roy d'Angleterrerenditaussi
visiteà MOIJ-,
seigneur leDauphin.
Mr d'Aligre Maistre des Requestes,
a eu l'agrément de la
Charge de President à Mortier
que possedoit feu Mr le President
de Crevecoeur. On ne peut avoir
plus de pieté
, ny mesme une vie,
plus exemplaire que ce nouveau
President. Il compte parmy
ses ayeuls des Gardes des Sceaux
& deux Chanceliers. Il a épousë
N. le Pelletier, fille de Mr le
Pelletier, Contrôlleur&Ministre
d'Etat. Mr le Chancelier
& Mr le Premier President
avoient rendu témoignage de
son merite à Sa Majesté avant
qu'il obtint l'agrément de la
Charge qu'il va remplir. Ce
nouveau President ayant esté remercier
Sa Majesté,le Roy luy
marqua le plaisir qu'il avoit de
luy faire cette grace , tant à cause
de Mr le Pelletier son beaupere,
qu'en con sideration de
sa famille, se (ouvenant tresbien
du Chancellier son grand
perëjôc de l'estime qu'il s'étoit
acquise. Mr le Pelletier
&esté remercier le Roy par l'esca
l ier secret. Ce Ministre ne
voulant recevoir des complimens
de personne
, & faisant
tout son plaisir d'une retraite
quineluy permet plus de penser
aux honneurs du monde.
Le Roy a accordé à Mr d' Argensonune
place de Maistre des
Requesteshonoraire,avec per":
mission de vendre sa Charge de
Maistre des Requestes. Ainsi il
pourra un jour parvenir à la
dignité de Conseillerd'Etat lorsqu'il
plaira au Roy de l'en honorer.
Quoy qu'il ait toûjours
également bien remply toutes
les fonctions de Maistre des Requestes
& de Lieutenant General
de Police, l'occupationque
donne cette dernicre est si gran- de, qu'il faut estreaussi labohorieux,
& avoir autant de vivacité
& de penetration que Mr
d'Argenson pour l'exercer avec
autant d'exactitude que ce digne
Magistrat a fait depuis qu'il en est
revêtu,sans qu'unaussigrand travaill'ait
empêché derendre bon
compte de toutes lesgrandesaffaires
qui luyontesté renvoyées.
Ayant à vous parler de la Maison
d'Aubusson
,
je croy vous
devoir dire d'abord que George
d'Aubusson fut créé premier
Comte dela Feüilladeen 1615.il
eutentre-autresenfans François
d'AubussonII.dunom,Comte de
la Feüillade, Capitaine- Lieutenant
des Chevaux-legers de la
Reine
,
& premier Chambellan
de Monsieur,Frere unique du
Roy. Il fut tué au Combat de
Castelnaud'arry.Ilavoit épousé
Isabeau Brachet, Dame de Peruse
, dont il eut Leon, Comte
de la Feüillade
,
Lieutenant de
Roy au Gouvernement d'Auvergne
, & Maréchal des Camps
»
& Armées de Sa Majesté, qui sur
tué au Siegede Lens, sans avoir
esté marie; Gabriel Comte de
la Feüillade,qui fut tué en Flandres
; Georges Evêque de Mets.,
Prince du Saint Empire, Commandeur
des Ordres du S. Esprit,
cy-devant Archevêque d'Embrun
,Ambassadeur pour Sa Majesté
à Venise
,
& en Espagne ; Paul, Chevalier de Malte
, tué
au Siege de Mardick; François
d'Aubusson Comte de la Feüillade,
qui en 1667. épousa Charlotte
Gouffier, Duchesse de
Roannez. Il fut fait la même
année Duc & Pair deFrance, &
en 1672 Colonel du Regiment
des Gardes Françoises
,
Maréchal
de France en 1675. & Gouverneur
de Dauphiné en 1681,
Il servit en Hongrie en 1664. &
eut grande part au gain de la Bataille
de Saint Godard, remportée
sur les Turcs. Il commanda
en Candie en 1668. & en Sicile,
où il fut Viceroy en 1677. Le
Pere du Mrle Maréchal Duc de
la Feuillade eut pour Frere,
Guillaume d'Aubusson qui épousa
Loüise de la Tremoille
,
dont
il eut Charlesd'Aubusson. Celuy-
cy prit alliance avec l'heritiere
de la Maison de Leaux. Il
en eut deux Filles, qui font Madame
laMarquife Doüairiere de
Monmege ,
qui n'a que deux
Fils fort jeunes encore & tres-
-bien faits, qui sont déja dans le
Service,&qui tousjeunes qu'ils
sont,promettent beaucoup. La
Soeur de Madame la Marquise
de Monmege est Madame de la
Ville-aux- Clercs, qui estant
Veuve de Mr le Comte de Monime
, a épousé Mr de Vertamon
de la Ville - aux - Clercs, Frere
de Mr l'Evêque de Pamiers.
La Genealogie de la Maison
d'Aubussonm'auroit mené trop
loin, si j'avois remontéjusqu'a
son origine pour vous en parler.
Elle est issuë de l'ancienne Maison
d'Aubusson de la Marche,
qui a donné un Cardinal Grand
Maistre de Rhodes,& des Evêques
anx Eglises de Limoges, de
Caliors,dè Carcassone,
de
Conserans,
de Tulles, & Mr l'Archevêqued'Embrun
, dont je
viensde vous parler. Turpio
d'Aubusson,Evêquede Limoges
en 803.estoit Fils du premier
Vicomted'Aubusson,&Freredc
Renaud, quiestoit Vicomte fous
SulpiceII.Comte dela Marche.
Mr le Duc de sa Feüillade, he.
ritier de tous ces grands noms, Chefde ectte grande &ancienne
maisonColonel duRegiment qui
porte le nom de la Feüiliade, &
Gouverneur de Dauphinéestoit
un parti fortconfidcrable ,&
d'autant plus recherché,quecelle
qu'il épouserois devoit avoir laqualitédeDucheiîe. Ce estd'une rang si grande diil:inEtion,
tIuel'honneurque les Duchclîes
ont-des'asseoir devant le Roy
peut aller de pair avec le privilège
qu'ont les Grands d'Edpagne
de secouvrir devant Sa Marjessé
Catholique. Mrle Duc de
de la Feüillade voulant choisir
par luy-même,&cherchant une
Filledu mérité &de la vertii de
de laquelle le fang & l'éducation
pussent l'aneurer, a jette
les yeux sur Mademoiselle de
Chamillart, Fille de Mr Chamillard,
Minière & Secretaire
d'Egal, & qui a le Département
de la Guerre, Contrôllenr
General des Finances, cy -devant
Intendant de Justice &: Police
en Normandie
,
& ensuite
Intendant des Finances. Toute
l'Europe estoit persuadée qu'aprés
la mort de MrColbert,
& de Mr de Louvois
3 on ne
veroit point en France deux
deux hommes qui pussent rem--
plir leurs places; & cependant
Sa Majesté a trouvé en Mr de
Chamillart un Ministre capable
de les remplir l'une & l'autre.
On peut dire qu'il est impossible
que le Roy se trompe jamaisdans
le choix des personnes
qu'il nomme pour exercer ces
grands Emplois,puisqne depuis
plus de quarante années que ce
Prince gouverne seul,il a formétous
ceux qui les ont remplis,
&: dont la pluspart n'avoient
pas la premiere teinture
de ce qu'il estoit necessaire de
sçavoir, ayant esté élevez dans
des fonctions de Judicature entièrementopposées
à celles, que
fous le Roy
>
ils ont si bien exercées
,
mesme dans les temps
les plus difficiles. Ce qu'il y
: de glorieux pour Mrde Chamillare,
c'est que le Roy ne luy
a donné le Département de la
Guerre, qu'après avoir connu
dcquoy il estoit capable par l'administration
des grands Emplois
qu illuy avoit confiez, 8equ'aine
l'ayant veu deplus prés dans ses
Conseils
,
connoissant son esprit
, ses manieres d'agir, sa
probité & sa douceur; il sçavoin
mieux de quelle maniere il s'acquitterojt
de tout ce que doit
faireunSecretaire d' Etat quia le
Département de la guerre. Ainsi
Mt le DUC de la Feüilladejugeant
parl'esprit, par la sagessede
Mr de Chamillart
>
&par lamodeftiedeMadamede
Chamillart
dans la plus haute fortune,combien
il auroit de satisfaction en
épousant une Fille sortied'un
sangsi sage & si estimé, a obtenu
du Roy l'agrément qu'illuy
a demandé pour ce Mariage,&
a épousé Mademoiselléde Chamjllart.,
lorsqu'elle sortoit du
Convent où elle a esté élevée:
Elle est grande, bien faite
, &
a soûtenu avec autant d'esprit.
que de modestie, & sans paroître
embaraifée, tous les honneurs
qu'elle a reçus. Elle a estécon.
duite au souper du Roy par Madame
la Ouchesse du Lude, & elle
y a prisson rang de Duchesse.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
, & Monseigneur le Duc
de Berry luy ont fait l'honneur
de luv rendre visite
>
Madame
de Chamillart les a reçus au haut
de l'escalier & les a conduits
dans
dans l'appartement de cette
nouvelle Duchesse, qui,aussi
bienque Mr &: Madame deChamillart,
a reçu des complimens
de toute la Cour sur son Mariage.
Madame laDuchesse de Loreaine
est accouchée à huit mois
d'une Princesse qui est morte
cinq jours après estre venuë au
monde. Mr le President Malieii
>
Envoyé de Lorraine, a
-
fait part de cette nouvelle à la
Cour. Cette Princesse n'dstant
pas moins considerée par son mérite
& par sa bonténaturelle p9~fanai~nce, il que n'y a personnequi
ne souhaitte de voi r
ses souhaits remplis.
On a reçu des nouvelles du
Mexique toutes confraires aux
bruits que l'onavoitfait courir,
puisque l'on apprend par ces nouvelles que le Viçeroy
,
les
personnes dedistinction du païs,
& les Peuples ont en tant de
joye de l'élévation de Monseigneur
le Duc d' Anjou sur le
Trône d'Espagne, qu'ilsl'ont
proclamé Royavec des acclamations
qui vont au dela de tout
ce qu'on peut imaginer. Ilsont
fait de grandes festes qui leur
ontcoûtédefort grosses (omtnei"
se persuadant qu'avec la protection
du Roy Tres-Chrestien,
leurrepos ne pourra plusestre
troublé par aucune Puissance
Ce que je vous ay déjà dit
de la Reined'Espagne,vous fait
attendre sans doute avec impatience
que je reprenne cet article.
Cette Princesse arriva à
Salses le 31 du mois passé
,
le
Commandant de la Province, l'Intendant, la Noblesse, & les
principaux Officiers de la Ville
allerent au devant d'elle.On
tira tout le canon de la Ville,
;, l{. de la Citadelle,& il n'y eut
- pointd'autrecerémonie ,parce
-<¡ne passant inc°g,:uto, elle ne voulut
point recevoir de Harangues.
Sa Majesté allaun moment
après son arrivée entendre
laMesseàl'EgliseS. Jean.L'affluence
y fut grande, & tous
ceux qui s'y trouvèrent 3 eurent,
la satisfaction de la voir. Elle
dîna le mesme jour en public.
Le lendemain Feste de tous les
Saints, elle fit ses dévotions dans
une Chapelle qu'on dressa dans
son cabinet,en lamaisonduCommandant
de la Province où elle
iogeoic. Elle dîna encore enfuire
en public,& la plus grande
partiedesDames de la Ville eurent
l'honneur de la voir pendanr
ce repas, & de luy baiser
la main,lors qu'elle sur rentrée
dans sa Chambre. Sa Majestéentendit
Vespres l'apresdinée du
mesme jour à S.Sal vador
, où
toutes les Dames se trouvèrent. Elles'enfermaensuite, & ne laissa
entrer que quelques-unes
d'entr'elles à qui elle fit beaucoup
d'hopneur par ces marques
de distinstion. Cette Princesse
soupaen particulier, & partit le
lendemain jour des Morts sur les
dixheures du matin pour se ren- dre au, Boulou. Je crois devoir
ajoutericicequ'uneDamed'une
qualité distinguée, qui estoit à
Salses,écrit à Paris à une de (es
parentes. Elle ditenparlant de
cette Princesse. Elle a infiniment
de l'esprit, elle efi très- bien fait?
&f.iy remarque que parmi plusieurs
Demoisellesquifont icy du même âge*
ily en a plusieurs qui ne font paf si
grandes quë Sa Majefié
, & qu'il
ny en. a aucune qui la fait divantage,
Elle efifort blanche
,
elle a les
cheveuxfortlongs&engrande quan-
J'ité, elle efi toute remplie d'agréé
mens, & de majefiés &paroisitrèspropre
4faite le bonheur du Roy son
Epoux
J
& des Peuplasurlesquels
elle regnera. tà Madame la
Princesse des Ursins
y comme elle'efi
connue ehFrance ,je ne vous diray
tien deson meritc-, bien quelle en ait
infniment; mais je vous diray que
rien ne peut égalerl'extrêmeapplication
quelle a pour toutes choyés.
Hlle remplit sa Charge divinement,
elle ri"obmetrien despluspetitsfoins,
non plus queceux quifont de laplus
grande consequence. Elle 7nafait
l'honneur de me parler sur plusieurs
chosesparlefquellesellemafaitconnoiftrel*
étendue deson esprit &desa
vigilance.
La Reine trouva au Bou lou la
Maison que le Royd'Espagne
avoit envoyée au devantd'Elle.
Il y avoit un grand nombre de
Dames Espagnoles toutes tresmagnifiquement
vétuës, & quelques
Menines tres-bien faites.
HUes attendoient la Reine au
haut de l'escalier de la Maison
où Sa Majeste devoit loger. Elles
mirent toutes un genoüil en
terre, & la Reine levr donna sa
main à baiser. Sa Majesté entra
dans sa Chambre, 8c toutes les
Dames demeurerent dans l'Antic
hambre. On- servit un dîner
à l'Espagnole. Les Officiers a pportèrent
les plats jusqu'àl'antichambre
ou les Dames les prenoient
pour fcrvir la Reine. Sa
Majesté n'estans pas encore faite
au goust Espagnol,n'enmangea
point. On servitensuite les plats
d'un repas que Mr le Comte
d'Albaret avoir fait préparer, quiestoitaussi exquis quemagnifique.
La Reine en mangea, &
les Dames qui avoient eu l'honneur
de la servir, prositèrent du
reste. Le fruit fut magnifique
les Damescurentbien de la pci-,
ne à te porter, & le pillerent
après l'avoir desservi. Mr le
Marquis de Castel Rodriguedie
Mr le Comte d'Albaret
,
qu'il
falloit qu'il donnast à souper à
la Reine, & aux Dames , & il
eut l' honneur de leur en donner
La Reine partit le lendemain
matin troisiéme de ce mois, &
allacoucher à la Jonquiereou
elle prit un habit Espagnol. On
trouva que cet habit ne diminuoit
rien de sa grace & de
sa beauté. Sa Majesté monta
dans la magnifique litiere que le
Roy d'Espagne luy avoit envoyée.
Elleestoit de velours
rouge cramoisi
,
enrichy de galons
d'or par le dedans & par le
dehors , & toUX ce qui auroit dû
- paroistre de bois,estoit 'garlY'
d'argent. Elle rencontra le Roy
à l'Hostalnou. Il s'approchade
la Liriereincognito, &s'adressant
à Madame la Princesse des Urfins,
il luy dit, qu'il venoit de sa
part du RoyfnMaifire
,
pourfçavir
comment la Reinefcportoit3 &feelle
arriveroit bien - tofi Madame la.
Princesse desUrlinsluy demanda
s'il estoit François. Il répondit
qUe.non qu.ilefioit Espagnoly
& j'appelloit Dom Philippe. La
Reine le reconnut, &. voulut se
jetter hors de la Litiere
,
mais
le Roy ne le voulut pas. Illuy
donna la main dans sa Litiere , &
baisa cel le de la Reine. Il fut un
quart d'heure auprès d'elle à:
cheval, aprèsquoy il prit le devant
pour se rendreà Figuieres
ou il changead'habit, & en prit
un de ceremonie. Lorsqu'il fut
averti que la Reine arrîvoit, il
il alla l'attendreau bout de l'escalier
, & lamena dans sa c hambre,
elle voulut ie jetter à genoux
, il l'embrassa, & la releva
, a prèsquoy il alla attendre
cette Princesseà l'Egl ise,accompagné
de trois Grands d'Espagne
seulement, les autres n'y
estant pasallez, non plus que les
Ambassadeurs, à cause de quelques
difficultezquiregardoient
le cérémonial. La Reine vint
'allOE-roil: seule dans son carrosse,
& le Roy alla au devant d'elle
à la porte de l'Eglise, ou le Patriarche
des Indes se trouva
pour presenter l'Eau-benite à
Leurs Majestez. Il demanda en- - fuite au Roy, s'il vouloit pour
fin YLpoufe la Princcffc de Savoye
pilleduDucJe , Sxvoye, dont il
dit tous les Titres. Le Roy répondit
; Si, & cemot fut répété
par tout le Peuple. Le Patriarche
en dit autant à la Reine, &
les mêmes choses le pa fférent.
Le Patriarche lut ensuite de
quelle maniere le Mariage s'étoit
fait à Turin, &, ensuite
Leurs Majestez s'approchèrent
del'Autel, ou on leur avoit
dressé des estrades avec des carreaux
,
sur lesquels elles semirent
à genoux , & le Patriarche
des Indes leur donna la Bénédiction.
Leurg Majestez montérent
ensuite en Carrosseensemble.
Quand elles furent arrivées au
lieu qui leur servoit de Palais,
le Roy accompagna la Reine
dans sa Chambre ou il demeura.
Ce Princeavoit dit qu'il dîneroi
t en public,-mais il envoya
dire aux Grands qu'il mangeroit
avec la Reine, de l'espritde laquelle
il parue charmé.. Leurs
Majestez sejournérent le 4. à
Figuieres
,
&. en partirent le 5*
pour se rendre à Gironne. Tous
les Grands Epagiie ont paru
avec des équipages magnifiques.
Ils avoient au moins chacun
vingt personnes de livrée à leur
fuite, donc les habits estoient
tous couverts de galond'or &
d'argent Les habits des Gardes
du Roy furent trouveztres-pro
près, & même magnifiques. "J
Mr le Marquis de Louville,
Chef des François de la Maison.
du Roy d Espagne, & qui a apport
t au Roy la nouvelle de la
consommation du mariage de Sa
M. C. a donné dese partàMadame
sa Nourrice une bague d'un
beau diamant brillant
de
la valeur
de cinq à six cens pistoles
Il estoit enfermé dans boeste une
,
dont le dess'tis, où il y
avoit, Pourma Nourrice, estoit
écrit de la main de Sa Majesté.
Ce Marquis luy a aussi apporté
l'argent de sa pension qui estoit
échue. Il
s'est
glisse une faute
dans ma Lettre du mois passé à
l'endroit ou je vous marque que
MrleMarquisd'Ernonville aeu
sixcenslivres de pension de S.M.
Catholique; j'aycrû avoir dit
six mille.
Mr l'Ambassadeurd'Espagne
après avoir presenté au Roy &
auxPersonnes Royalesles Espa-r
gnols de distinction nouveaux
venus, qui sont icy, leura donné
une magnifiquefeste, ouTe
font trouvez Mr le Nonce, Mr
J'A mba ssadeur de Venise, Mr
l'Evêque de Conferans, Mr le
Marquis de Valdefuentes,Mr l'Envoyé d'Espagne, Mr de Louville,
Mr le Comte de Morta-
: gne, Mr le Comte de S. Esteven&
beaucoup d'autres sonnes de per- consideration Deux
tables de douze couverts chacune
ont esté servies en même
temps ,
& avec autant d'ordre
& de propreté que de délicatesse
& de magnificence. Le fruit
sur tout, yaesté admiré, & les
plus excellentes liqueurs yont
esté prodiguées. Ce Ministreen
a usédemême pour tout ce
grand nombre de Sujets de distinction
deSa Majesté Catholique
, qui sont venus icy depuis
la réünion des deux Couronnes.
Personne n'a plus degoust que
luy pour de pareilles festes,
î& personne ne s'en embarasse
moins. Mr l'Ambassadeur deSavoye
y efloit inv ité, & ne put
pas s'y trouver.
Vous attendez que je vous parle du décampement del'Arméedes
Alliez en Italie, vous
avez raison & le Conseil de
guerre dans lequel cedécampement
a estéresolu, a paru si sage,
& si judicieux, que vous avez dû
apprendre avec plaisir les salutaires
effets d'une conduite si
prudente.
Ceux qui ne regardent jamais
rien du bon costé, qui parlent
de toutavecpassion, qui ne {ça.
vent l'estat deschoses que superficiellement,
& qui raisonnent
sans estre instruits à fond, auront
peut-être de la peine à entrer
d'abord dans une veritéaussi
constante que celle que je viens
d'avancer, mais ils en seront
bien-tostconvaincus, pour peu
qu'ils fassentreflexion, que quoy
que nous parussionsobstinez à ne
vouloir pas décamper avant les
Ennemis, s'estoituneobstination
politique Les Ennemis ne pouvoient
décamper,parce qu'ils
n'avoient point d'endroits ou ils
pussent prendre des quartiers
d'hiver. D'ailleurs, ils ne pouvoient
sortir de leur Camp qu'en
défilant devant nous, &ainsi
ilsn'ont point décampé, parce
qu'ils ne pouvoient le faire; de
sorte que nous les avons fait souffrir
dans leur Camp, tant que
nous avons pû rester dans le
nostre, sans estte exposez aux
incommoditez que nostre presence
,
qui les resserroit, les
obligeoit d'endurer;maisquand
la mauvaisesaison a commencé à
se faire sentir, 8t à nous faire
connoistre qu'en gardant plus
longtemps nostre Camp,les maladies
nous emporteroient beaucoup
de monde, nous avons cru
que pour sauver lavie à de braves
Troupes, & peut-estre à
quantité d'Officiers de confidcration,
nous devions décamper, puisqu'il nous estoit facile delç
faire sans rien craindre en quittant
nôtre Camp,&puisquenous
avions beaucou pplusde lieuxque
nous n'enavions besoin pour mer--i
tre nos Troupes à couvert, 6c*
dans des pays où toutes choses
se trouvent en abondance Lasi
politique auroit esté mauvaise,
< de perir pourfaire perir son en- -
nemi; il faut luy
faire
du ma II
sans s'en faire à soy-même, & ;
les Allemans ne souhaitoient j
rien tant que de nous voirobstinez
à demeurer dans nostre )
Camp
, parce qu'avec le temps
ils auroienteu le plaisir de nous
voir souffrir autant qu'eux, au
lieu qu'endécampant nous les
avons laissez exposez aux injure.
du temps ,
dont nous nous
sommes garantis. Ce que j'avance
est si veritable
, que le Camp
que nous avons quitté (c trouva
le lendemaincouvert de trois
pieds de nege. D'ailleurs, nos
;Troupes estoient en si bonne situation
, & craignoient (i peu
les Ennemis, qu'elles les ont
comme défiez en se retirant,
ayant décampé en ordre de bataille
, & avec tout l'appareil
que demande la fiertédesTroupes
qui n'apprehendent rien ; &:
pour mieux faire voir aux Ennemis
quenous décampions, &C ne
rien changer à l'usage ordinaire
des décam pemens, nous avons
mis le feu a nostre Camp pour éclairernostre marche, ce qui a
dû redoubler le chagrin des Ennemis
que nous laissionsfort mal à leur aise. Ce décampement
doit de plus nous estre avantageux,
si les Venitiens tiennent
çe. qu'ils ont dit en plein Senat
à l'Ambassadeur de l'Empereur,
& à celuy d'Espagne, sçavoir
,
que la Republique les prioit décrire
à leurs Maifires pour les priet de
rether leurs Troupes+{mon qu'eUe.'
protefioitquelleferait contrainte de
se declarer contre celle des deux At'
mées qui refuferoit de fortif de ses
Etats, & quellesejoindroit à celle
quiy consentiroit. Sije doutois que
les Venitiens tinssent leur parole,
on auroit lieu de me faire un
crime de mon doutq* Ainsi les
Alliez ayant décampé sur ce fondement,
& sur la parole d'une
fage Republique, donnée en
plein Senat, & sur laquelle toute
l'Europe fait attention > il
faut necessairement, ou que
cette sageRepublique manque
parole, ce qui
n'est
pas permis
de croire, ou que le decampement
de l'Armée des Alliez,
oblige les Venitiens à joindre
leurs trou pes à celles de l'Armée
des deux Couronnes,pour
chasser les Allemans de tous
les Postesquiappartiennentaux
Venitiens; & comme le repos
de l'Italie dépend de l'execution
de cette parole, elle a les
yeux ouverts sur les démarches
des Venitiens
»
dont elle attend
le fruit & son repos avec impatience,
se persuadant que le
calme de l'Italie dépend de là,
non-seulemeut pour le reste de
cet hyver, mais mesmes pour
tes années suivantes. Les Venitiens
font heureux dans leur
malheur d'avoir l'avantage de
de pouvoir rendre le calme à
l'Italie.
La Relation qui suit, vous a pprendra
ce qui s'estpasséau decampement
de l'Armée des Alliez
en Italie.
Du Camp de Soricina le 17.
Novembre.
Eitjin) nom femmes horsduCamp
àVraçp. Le nàtr-jisheures après
midy, on donna ardre aux équipages
de charger, & de pafferincessammentl'Oglio.
Comme on ne j'y
attendait point, on ne commenç 1 à
passi? que vers la nuit, dés que le
tout fut au delà de la riviereJ les
troupeslapasserentaufjî,&iln'en
rcftoit aucune dans le Camp à la
pointe du jour. Celles qui estoient
campées à. Cal7,0 depuis long-temps
ne remuèrent point. On lesaugmenta
de quatre Bataillons de la Brigade
de la Marine, & de deux Regimens
de Dragons de Lautrec &
de VerliC. Le refle de Armée campa
a Piumexrngo, la gauche appuyée
à Calzo3 d"" la droite vers Le
TourPalavicin, Les Ennemiscommencèrent
à se montrer dans le Camp
que nous venions d'abandonner. Le
11
,
sur les neuf heures, ils firent
venir du c*non sur les hauteurs au
borddet'ogi.a, & commencèrent à
tirer vers les onze heures
y
sur les
Troupes du petit Camp , quoy qu'il
y eufi rfjfez^ IOill) & que le terrain
où efoientJleur.s pieces 'n1e fujl au p-.us que de Jsfiveau a celuy que
nous occupions. ils nous tinrent
à toute volée, & tuerent
environ douie fildd,tJ
, en trois
heuresdetemps qu'ilsempiloyerent
fauter inutilement de la poudre, &
à faire ranüer leurs troupes dans le
Camp que nous occupions la veille.
Sur le, deux heures on les viten plus
yandnombreàportee du guéde l'Oglio
au delà d'Urago. Mt le M:lre!-
chai de Catmats'avança pour les
voir de plus prés3 la riviere toujours
entre-deux, & mit pied à
terre auprès d'un petit retranchement
que ton avoitfait ily Avoit
long-temps à coftèdu débouchéde ce gué.Il regardait avec des Lunettes
d'approche, lorsquil fut blessé
au bras gauche d'un coup de fusil
qui luy perça le bras un peu au- »
déssus du Poignet, sans offenser ny
les
les nerfs. Le mcfmecoup luyfit une
contusîonaffez^confiderabte au dejfotis
du coftè gallcht, qui luy fit dans le
momentplus de mal que le coup du
bras. L'un & l'autre ne feront rien. il n"4 point quitte l"Armee. illa
fait en Chaisesnous Vejcoriames hier
icys il se portoit fort bien.
La Canonnade finie, les Ennemis
retirèrent leur Canon & leurs
, Troupes. Quelques Braves essayerent
de paffer la riviere,on les ramena
jusqu'à l'autre cofte
,
quils regagnerentvifte.
La nuitsepassatranquillementy&
futtrès-frofirdoede. iIllggeelldd
très-fort
Le 14. on battit la generale à la'
pointe dujour,Lepetit Campfitïarriere-
garde, il efioit compose de là
Brigade de la Manne ,
de celle de
Galmoy
, & de trois Reçimcns de
Dragons. L'Armhemarcha à une
heure de jour. Pour nous, nous ne
nous ébranlâmes qu'entre neuf &
dix. Les Ennemis nous vinrent regarder.
Nousvinfmescamperà Luvignano
, qui efientre Sorricina &
Pizgigbitone. Vn Capitaine de
Cavalerie du Regiment de Curlandon
nommé Dauton
,
fut tué lefoir
même au fourage.
Le 13. à la pointedujourlaterre
efioit couverte de nege, il avoit esiè
dit à l'ordre que l'on marcberoit, les
avis furent dijferens dans le Confeit
de guerre ,
enfin celuy d'entrer dans
des quartiers defourage,l'emporta*
Le temps affreux quilfaifait> achevay
dit on, de déterminer nos Générau.
On marcha donc asez, tard,
chacun dans le quartier qui luyavoit
ejiè destiné. Nousfommestombez^ayec
; -
tous les Généraux des Troupes) O*
l'Artillerie de Savoye
s
les Brigades
de Sault, & de Galmoy, deux Brigadesde
Cavalerie
, Verac & nous
dans Sorrecina. Cest un Bourg aulli
grand que Mets, rempli de toutes
fortes de biens. Lesautres quartiers
fontCafteImarano
3
Trigolo, Fie/cr:>
Caayqci-leone & quelques autres.
Mrs lrs Marquis de Crequi
,
de
Vtllarsy & de Praçpntal en commandent
chacun en.
Le ié. on travailla à s'établir chacun
dans son quartier.
¡ Le bruit qui avoit couru que
les Ennemis avoient fait un mouvement
pour passer l'Oglio, s'etf
trouvé faux; ils ont connu qu'il
leur auroit esté inutile d'y chercher
des quartiers d'hiver.Comme
nous voulons conserver le
Mantoüan
Jo
nostreArmée accompagnée
des Troupes de Savoye,
qui ne cantonnoient pas
fore loin d'elle, a quitté Sorecina,
& Mrde Crequi a conduit
l'Avant-garde droit dans le
Mantoüan
,
estant couvert de la
Chiesa&del'Oglio. Mr le Maréchal
de Catinat conduira un
autre Cotps àmesure que l'onen
aura besoin. Mr le Maréchal de
Villeroy formera l' Arriere-garde,
&Mr le Prince de Vaudedemont
refiera à la garde du Milanois.
Peut-estre que les mouvemens
dont je vous parle auront
esté faits lorsque vous recevrez
ma Lettre; on se serareglé
sur ceux desA llemans: ce qu'il y
a d'assuré
,
c'est que l'Armée des
Alliez peut estre jointe en lut
heures de temps, & que les En:"-
nemis ne peuventsurprendre aucun
de ses quartiers, puisqu'il
leurfaut beaucoup plus de temps
pour leur marche ,
qui ne peut
estre cachée, qu'il n'en faut aux
Alliez pour s'assembler &: aller
au devant d'eux. Cela détruit le
raisonnement de ceux qui ont
parlé sur le décampement,
Le malheur des partis Allemans
a continué pendant tout
le mois, & s'ils ont euquelque
dpeertaitblaevsantage des pertes consiarrrivées
presque dans
le même temps, leur ont empêché
de s'en appercevoir. Ils
avoient pris quelques Chevaux
de vivre , allant à Cremone ;
mais ce gain leur causa une perte
beaucoup plus considerable
,
car Mr de Pracontal en ayant en
avis prit de si justes mesures
qu'illeur enleva non-seulement
tout le butin dont ils s'estoient
emparez, mais qu'il fit vingtcinq
prisonniers
,
& prir cinquante
chevaux. Les'ennemis eurent
trente hommes tuez en cette
occasion Quelques jours après
Mr le Comte de Tessé
,
qui les a
desolez depuis deux mois, par
les partis qu'il a envoyé à propos
, ayant esté bien servi par
ses Espions
,
fit surprendre entre
Peschiera, & Verone un Convoy
de quinze cens sacs de farine
,
-& quatre mille outils à remuer
la terre, on enleva une
partie de ce Convoy, & l'on
jetta dans la riviere tout ce qoe
l'on ne put emporter. Lemême
Comte à fait entrer des Troupesdans
Canette, dans Bozzolo,.
& dans Sabionette
, ce qui n'a
pas moins surpris que chagriné
les Ennemis,ce coupayant rompu
leurs mesures pour l'execution
de quelques proj ts donc
ils tenoientsuccés assuré.
Vous avez scù que toutceque
l'on avoit publié des Espagnols
enlevez au deça de
l)Adda,aellé,
reduit à tres-peu de chose
,
&
qu'ils se font si bien défendus,
que les Impériaux n'ont pû se
rendre maistres du Poste où ils
lesont attaquez; ainsi ils n'ont.
pas esté tous surpris
, & ceux
qui se sont défendus ont vangé
ceux qui ne se sont pas trouvez
en estac de se
défendre.
M~ l'Electeur de Cologne
vient de faire une action, dont
la prudence pourra éloigner la,
guerre, &. dont les Sujets, U,
même toutel'Europe doivent
luyavoir obligation. LesHol-
Jandois faisoient marcher selze
Bataillons pour entrer dans Lie.
ge ; & commeils ont armé les
premiers dans le dessein d'entrer
en guerre, qu'ils ont fait des
propositions qui tendent a l'allumer,
puis qu'elles ne peuvent
leur estre accordées
, & qu'il
ont faitdesTraitez quine peuvent
estre executez sans mettre
toute l'Europe en feu, il n'y.a
point à douter que s'ils avoient
esté maistres de Liege, ils auroient
plêtost commencéla guerreàlaquelleilssepréparent
depuis uneannée: ainsiMr
l'Electeur de Cologne a sagementfait
lors qu'ilaoffertde
recevoir des Troupes du Cercle
de Bourgogne dans la Citadelle
de Liege. Elles y entrérent
le 13 fous les ordres de M1
le Marquis de Montrevel, Lieutenant
Général. Voici une Lettre
qui luya esté écrite sur cè<'
sujetparMrl'Electeurde Cologne.
7e vous fuis tres-sensiblement
obligé3 Mcnfieur, de la diligence ex-,
traordniaire que vous avexjtpportêe
pourexecuter ce dontje vous priois
par ma derniere Lettre, & je ne
11Jdnqueraypasd'en témoignerauRoy
vostre Maistre majufie fatisfaciion.
Je vous recommandecependant de
vouloir bienfaire observer par les
Troupes quifontfous vofiie Commandement
, une bonne discipline, t5
dempefcher que les Bourgeois de m4
Cité de Liegl, & mes autres Sjïjets
nenfoientmolefiez^y ayantpour
eux tous une veritable affeclion paternelie,
dontje cherche a leur don.
nerdes marques en toute-rencontre,
& principalement dans cette der.
niere
3
où il j'agieoit de procurer
par là leurJemeté& confcrvation*
C'tji ce queje fuis persuadé que
vousferez,en toute exactitude, & en
attendant je ftiJ) Monsieur, tres-
'tIcrit"blemeut tout a vous 3
Estoit (igné
JOSÉPH-CLEMENT, Ele&eur.
A Bonnce 14. Novembre1701.
Jr Les Liegeois, par le moyen
des troupes qu'ils ont fait entrer
dans leur Citadelle, sonta cou. vert desinsultes que l'on pour- roit leur faire du costé du bas
¡. Rhin & de la Meuse
, & pourgreosientmesme
avoirdes avanta- de ce cossé. là sur ceux qui
vIoudraient les inquieter. Lesvingt-cinqVaisseaux Anglois
& Hollandois qui estoient allez croiferau devant de la flote
de la nouveleEspagne,&qui sont
de retour à Spithead
, ont esté
tellement maltraitez de la tempeste,
que la moitié des équipages
a pery par la démâture. Ces
bastimens font dans un si deplorable
estat, qu'il faudroit les
refaire presque entieremenc
pour en tirer quelque service.
La consternation de ceux qui
prennent parc à ce malheur, efl
d'autant plus grande, qu'ils font - persuadez qu'on a lieu de croire
que nonobstant la paix, ils auroient
enlevé la Flote, au devantde
laquelle ils efloient allez,
s'ils l'avoient rencontrée,
&qu'ils n'auroient pas sujet de
se plaindre,si après avoir laissé
connoistre ce dessein & l'avoir
manqué, & après avoir fait un
Traité d'Alliance qui ne peut
produire que la Guerre, puis
qu'il effc hors devray-semblance
que l'Espagne leur accorde ce
qu'ils demandent par ce Trai..
té , on gardoit les effets qu'ils
ont sur la Flote qu'ils vouloienc
enlever
,
& dont on est en droic
de se saisir. Ce n'en: pas à moy
à
à raisonner là-dessus, & je ne
dois ny me mêler de deviner,
ny de dire ce que l'on fera ou ce
quel'ondoitfaireVoila le fait
tel qu'il est connu de tout le
monde,je le raporte & je me tais.
Sa Majesté Britannique estant
partie de Hollande, dans le dessein
de faire consentir le Parlement
d'Angleterre à la déclaration
de guerre que ce Monarque
avoit résoluë
, eut une conversation
particulière avec l'Orateur
pour tâcher de sçavoir de
luy les intentions de ce Parlement.
Il aprit qu'elles ne feroient
pas favorables à ses projets. Il
voulut pressentir d'autres Membres,
dont il ne fut pas plus satisfait.
On luy dit qu'il n'e fto i t
point de l'interest de la Nation
que l'Angleterre entrast en
guere sans aucune cause legitime
; que quoy qu'on eust reconnu
en France que le Prince de
Galles estoit héritier du feu Roy
son Pere, & qu'il fuccedoit àses
droits, l'Angleterre ne devoit
pas pour cela se charger d'une
guerre qui couteroit infiniment
a ses Peuples, & dont elle ne
tireroit aucun fruit, que veritablement
on avoit presenté des
Adresses à Sa Majesté contre
cette reconnoissance faite en France; mais que ce n'estoit que
pour luy faire voir qu'elle feroit
secouruë de toute la Nation, en
cas qu'elle fust attaquée en consequence
decette reconnoinance
Il court même un livre dans
Londres, qui prouve que cette
reconnoi ssance n'est pas un su jet
de guerre. Le Roy d'A ngleterre
n'estant pas satisfait d'apprendre
que le Parlement n'embrasseroitpas
le parti de la guerre,
tintaussi-tost Conseil d'Etat,
pour déliberers'ille casserois
pour en convoquer un autre
Presque tous les Membres due
Conseille sontoposezà la cassation
du Parlement. Milord Godolfin
s'y estfort opposé.On adit
au Roy qu'ons'étoittrompé l'année
derniere en suivant les mêmes
maximes, & qu'on avoit toûjours
remarqué que lors qu'on
cassoit un Parlement pour en
convoquer un autre ,
le nouveau
ne setrouvoit pas plus favorable
que le precedent,&que dans la
situation ou estoient lesaffaires,
une prompteassembléedu Parlement
estoit necessaire, & que
quelque resolution qu'on y prist,
elle seroit plusavantageuse à la
Nation,que l'état incertain&tumultueux,
ou causedes brigues,
elle alloit demeurer pendant
la plus grande partie de l'hiver.
Tout cela n'a point ébranlé le
Roy d'Angleterre, ilveut un
Parlementqui consente a la guerre,
& dans l'esperance d'en trouver
un, il vient de casser le dernier
convoqué.MilordGodolsin
a paru si chagrin de ce procedé,
qu'ils'est démis sur l'heure de
toutes ses charges, & estparti
pour sa Maison deCampagne,
plusieurs Seigneursl'ont imité,
& le Comte Marleborougquiest
resté en Hollande, a marqué un
extrêmechagrinlorsqu'il aappris
que le Parlement estoit cassé.
Les Membres du Parlement
quine subsiste: plus, ont auffiion:
pris la poste pour se rendre
dans les Provinces dont ils ont
eules suffrages ,afin d'obtenir,
s'il leur est possible
,
les mêmes
suffrages dans les nouvelles élections
que l'on fera avantle 10.
Janvierauquel jour le nouveau
Parlement elt convoqué.
Lesdernietes Nouvelles d'Italie portent
que les Imperiaux envoyoïent dans
L
le Trentinun grand nombrede Chariots
chargez de Malades, & que leur Armée
marchoitsur trois,colomnes,ducosté de
Carillonne.
L'Ambassadeurdel'Empereur a fait
part au Senat de Venise du Traitéd'alliance
fait entre son Maistre, k Roy d'An-
: gleterre, & la Republique de Hollande
»
[ & aditen mêmetemps les raisonsqui empêchoientl'Arméedel'Empereur
de fortir
de l'Etatde Venise.
PlusieursVilles d'Angleterre defav üent
les Adresses qu'on a fait comir fous leur
nom, dont quelques-unes ontesté imprimées
dans la Gazette de Londres.
Depuis qu'on a en des Nouvelles que la
Flote dela nouvelle Espagne avoit passé
le Canal de Bama
,
elle doit estrearrivée
à Cadix. Je suis,Madame, &c.
A Paris ce 30. Novembre 1701,
APOSTILLE.
La quantité de matiere dont je
me fuis trouvé accablé cemoiscy
m'aobligé de reserverpour
le mois prochain beaucoup de
choses qui m'ont estéenvoyées,
&même d'interrompre la fuite
des Trai-tez de la Phisique Mecanique
,que je reprendray dans
ma premiere Lettre. J'ay reçu
trop tard quelques articles que
l'on trouvera manquer au Journal
de la marche de la Reine
d'Espagne
, & quoy que ces articles
ne puissentestre donnez
que déplacez ,jecroy les devoir
employer le mois prochain pour
la gloire de la France,& de quelques
Villes en particulier.
c AVIS. Omme il est impossible dans la conjoncture
presentede ne pas srolTic leMercure, cequi enaugmenteconsiderablement
les frais., on ne peut Ceqirpe,n:-
fer d'en augmenter aussi le prix. Ainsi les
volumes qui feront reliez en veau se ven- dront doresnavanttrente-huit sols, quantt
aux volumes qui feront reliez en parchemin,
on n'en payera que trente-cinq.
!
farLe l'aPeaubacre(jjliege. 2 Variesd'un Concert mis en Musique
par Mr Farmel, 8
NouvelleCarte pagne 2.2.
Mort 28 Stances. 45 Conte. 48
Sonnet sur ce que les Dames remportentfouventdes
Prix. 50
Lettresur la preparation dePejprit
de Fourmis.53 Lettretrèscurieuse,
55
Autre lettresur une dissertation tou- » chant la Theologie mifiique. 69
Preface de la Critique-d'un Traité
de Perfpeclive.- 74-
Ode. 83
Tradulliondesl/letamorphofesd'Ovide
,faite en proseparM*l*AbbédeBellegarde.
90
"bénéficesdonnez^parleRoy. 91
Morts Io1
Faute iïimpre.ssiontouchant le nomde
Faudoas.*-: ni Reponse à la Critique surla MachineX^
ixodromique12.2
Reception faite au fcoy d'Yi/pa^ne*
à Barcelonne\&ce qui Pestpassê
kla Cercmonie des Sermenspretez^
par ce Monarque. 14O
Volume inquarto remply des Cartes
de tous les Etats appartenans
au Roy d»Elp'ane. 162
Ouvertures des Audiences du Parlement
& de la QourdesKydes. 164
Mercuriale. 170
Ouvertures de l'Academie des Sciences.
173
Eioges duRoyprononcéàBesançon.
À l'ouverture des Audiencesdu
Parlement. 179
Ouverture de l'Académiedes Inscriptions.
191
Qo-nplimentfait au Roy par M*
i"Envo),é Extraordinaired,EJfpagrte.
199
Suite du fournal de Fantainrbl. tao
Madame An^jffadricede Wollandfprçndcongédu
Roychez^Aadame
la DucheJJe de Bourgogne. 255
MI l'hmbaffadeur de Hollande
prend conçue par écrit à cause
deson indisposïtion. 236
Cartes nouvelles d'Italie données
dU Publicpar Mr Nolin. 139
Difeursprononcezen Sorbonnt.244
Mort. 246
Journal de la marche de la Reine
W'Espagne. 149
Cmplimentfait au Roy d'Angleterre
à S. Germain en Laye. 345
Mort. 345)
Xobleflê de la Mai .34-9
Nohle/fe Maison de Mrle
Comte de S. Pieïîejvftifice. 351
Article des Enigmes. 357
Seigneurs HLfpagnolsfrcfentezauKci
pàrMrl Amhajf,d'Yifpagne. 36*
,gne"pttt ordre du Roy de Portt/gal. 365
lettre écrite au mesme par
Monfienrle
Grand Ducde To/calle. 358
Addition à la fuite du Journal de
Fontainebleau. 3jq
Apartement duRoy à Versailles.371
Le Roy rend visite à Madame la
Duchcfft du Mayne. 371
Le Roy & la Reine d'Angleterre
vviennent à Versailles. yji 1 -er
Mrd'Aligre obtientl'agrement dune
chargedePresident à Mortier. 373 Place de Maiqle des RcquefieS
Honoraire accordée par le Roy à
Qualité de la reconnaissance optique de caractères