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Uu



) IlIl, A" ' ;:.-.1
!MERCURE
CuOEziu
DEDIE'A MONSEIGNEUR
A PARIS,
ChezMichel BRUNET, Grande Salle
du Palais,au Mercure Galant.
AVIS- cOMME ilest impossible
dans la conjoncture
presente de ne pas grossir
le Mercure, ce qui en augmente
considerablement les
frais, on ne peut se dispenser
d'en augmenter aussi le prix,
ainsi les Volumes qui feront
reliez en veau, se vendront
doresnavant une piece de trente
« fois c monnoy e courante, est.à-dire plus ou moins, felonlavaleur
de la piece.Quant
aux Volumes qui feront reliez
en parchemin, on n'en
payera que trente-trois fois.
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croirequ'on
«>F K#«« ne lit plus lAvis quia
ejlé mis depuis tant d'annees
au commencement dt chaque
Volume du Mercure
,
puis
que ma/gri les prieresréitérées
qu'on a faites d'écrire en
caraéîeres lifihles les Noyas
propres qui se trouvent dans
les Mémoires qu'on envoyé
pour estreemployez*> on neglige
de le faire, ce qui efl
causè qu'il y en a quantité
AU LECTEUR.
dedéjigMeZj>eJtarjtimpoJ[me
de deviner le nom d'une Terre,
ou dune Famille, s'il
riejl bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
sils veulent que les noms
propressoient correEfs. On
avertit encorequonneprend
aucun argent pour ces A1e",
moiresquei'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour)pourvu qu'ils ne defobligent
personne
,
& que
ceux qui les envoyeront en
affranchirentle fort*
1 E ne doute point que
vous ne lisiezavec plaisir
le petit Poëme qui fert
de commencement à cette
lettre. Les rares qualicez de nô..:
tre Auguste Monarque y font
dépeintes d'une maniéré aussi
6 MERCURE
vive que naturelle; & quand
on n'y parleroit que d'un Souverain
en general ,on reconnoistroit
le Portrait de Louis
le Grand. rrieft rien defibeau que lagrandeursuprème,
Et le pompeux éclat dont brillt un
diadéme.
Les Rois ont la fortune & ldfoudre
en leurs mains,
Htfont comme illeurplaisty le dejlin
des humains,
Ze Ciel quiles afaits ses pluivivei
Images,
Ne bornepas leurs droits, ny nosjufiei
hommages,
JEt quand même ilssementfis glut
grandsennemis>
Il commande aux Mortels de leur
efirejôûmis.
Heureuxfontles Sujets d'un Roy dont
la clemence,
Modérésa jufiiçe
>
&sonpouvoir iminenfe.
Quise soumet luy-même aux loix de
l'équité,
-
[ mité,
Et borne son pouvoir qui riefi pas li-
Qui, dans les chatimens
>
plus beniri,
quesevere,
Apourfes bons Sujets, des tendresses
de Pere Et qui parsab,ienfaits
y
redoublant
leurs liens
Regne plus sur leurs cmrs3 qu'il ne
faitsur leurs biens.
Tel efi Louis LE GRAND)CC
Monarque invincible,
Debonnaire à son Peuple
, ait vice
inaccessible.
jlapprend d régner à tous les PotentatS)
Etfaitservirsa gloire au bien de ses
Etats. il a pour le bonheur d'unPeatle qui
Vadore,
Etenduson commerce aux Climatsde
Aurore
3 Affuiéfon repos au milieuàeshafards,
Fait régner la Justice3 &fleurir les
beaux Arts,
Jamais Prince n'acquit une gloiresi
<bellei
Ses triomphes divers l'ont rendueimmortelle.
Vaillammentattaquésurles Champs
de Rocroy
Jl , commençade vaincre au[Jî-toJlquil
futRoy.9
Vainqueur perpetuelsur la terre
sur l'ondej
Le bruit desa valeur a rempli tout
le monde,
Qui surpris desagloire3 &de tant de
hauts fàits
N'a rien vu d'approchant, & n'en
verrajamais.
leRhinvit ce Hérosifgnalerfoncou*
rdge 3 Contre cent Bataillonspoftex^furson
rivage,
Conduire dans les flots, feS Soldats,
anime2^,
Etchafferl'Enncmyd^nsfis Forts al-
¡armez
Mais efi-il des rempartsqu'il neforce
à se rendre?
La terreur de[on nomfuffifoitpourlei
prendre.
Le Ciel quifecondoit laforce deput
bras
ExcitoitfaJvaleuràpunir des ingrats.
Battus de toutes farts, & toutprefisx
aserendre,
ilsfirentinonder ce quilsriofoient\
défendre
Etnevoyantplu3 s rien qui lès fuftfe--
courir,
Prirentpoursefauver3 des moyens de
perir.
Divers Princes liguez^cdoublèrentfa, x
gloire
ils 3 ontpar leur défaite) embelli fort ; ,Ilsontpar dé
htftoire)
£tfourni dam h cours de trois lufres
<
entiers,
Dansleurs Etdts conquis desmoissons
de Lauriers.
Ainftl'Àfiredujour di/fipe les orages,
Lois qu'efiantcombatu par de fombres
nuages ,
Armédetoussestraits, &d'unéclat
nouveau,
Aux lieux qui les font ndiftre, il
creuse leur tombeau.
Mais dam leur mauvais fort leur
bonheur fut extrême,
ils ne pouvoient le vaincre, ilse
vainquit luy-mème}
Etfît cedersa gloire aux plus ardent
souhaits,
Des Peuples êpuifez^quidemandaient
la Paix. illuyfacrifa mille Places conquis
ses
3
[ prises:
JiJlu£yjiuiivnx auury .loued.V les avoir
Sa bonté surprenante auroit dû leç
charmer)
S'ils n'avoient eu des coeurs incapables
d'aimer,,
Maissiparfa valeur il paroiss re* 1 doutable,
En sa Personneaugufie, il riariett
que d'aimabte;
Pdlsi5 honnefiete^yfa douceur&p.
foy.
Il se fait plus -aimer que craindra
comme Roy.
Les plus rares vertus qui forment
Phonnefie-homme
Quifaisoient le bonheur,& lagloifetdeRome,
Ne l9élèventpas moins au dessusdesi
humains [ verains.:
Que celles de Herossur tous les Sou--
Protecteurdu merite, de tortsceux*
qu'il* IIpend leurs interefis aux dépens
des (iens même,
Z,t leur fait tant de bien dans leur
*« fort rigoureux>
Que leurs propres malheurs les ren- - dentplus heureux.
Bien éloigné des moeurs, Ó: des airs,
< deTibcre.
2uinefaifoi t du bien qu'avec un oeil
severe3
Et comblant de faveurs ceux qu'il
vouloit punir,
Leur prejageoit par là tous leurs
maux a venir.
De tant de biens qu'ilsaisy dont la
grandeurétonne, ilrehausse le prix de l'ah dontil les
donne.
Qui refoit sesfaveurs, n'a rien à deÎ,
rer. il en fait toujours plus qu'on n'en
- doit esperer.
Par les loix de l'honneursa belle ame
réglée,. [ blee j
Des noirespajjîons nefutjamais trou-
Etsa raisontranquille imite fixement
Un Pilote. vainqueur du perfide élément.
11 e(ftoujourspdele>&saparoleJim bbllee,3 [ labiée sable,%
Malgrésesinterefls, demeure invio.
ToutfléchitfomJes loix, mais Phom
neur le soumet.
Jamais il rientreprend que ce qu'h
luy permet.
Mais cet honneur ejlgrand, Vf.rita.
ble &solide
Qui sans choquer tle Ciel, prend L\
raisonpourguide.
liafeverementprofcrit le.fauxhon-x
neur,
QtSinfpirent la vanrseancc, & la*
faulse valeuT,
Ennemi de PErreur>autant qu'ill'cjz;\
du Crime,
liafaitrendre au Cielfon cultelegi
time,
Etmispar son exemple"antantque***
pdrfis loix,
La Vertu jur le Trône, & PErreur
)t~'lheareux abois.
qui l'admire3 apris comme
f unegrâce3 î*
L'honneur d'avoirpour Maifire un
[ Herosdesa race.
La valeur de Louis, avecsaprobité,
Répondde l'Univers hsaPofleritè.
l. Ce petit Poëme est de M'
l'Abbé deCantenac,Chanoine
de l'Eglise de Cathedrale
de Bordeaux. Vous vous fouvenez
de ce qu'il a écrit avec
un si grand succés contre les
moeurs perverties du siecle.
L Il mereftoit la derniere fois
a vous faire part de ce qui a
esté écrit touchant les cere.
monies qui s'observent au
Convent de Nazareth dans la
Terre.Sainte
, & les moyens
d'en faire facilement leVoyage,
& sur ce qui regarde l'Ordre
des Chevaliers du S. Sepulcre.
Je vous ay promis de vous
l'envoyer,& je m'en acquitte.
DV CONSENT
& des Cérémonies
deNazareth. COmme Nazareth est un
des plus beaux Sanéluai.
res la Terre Sainte,oùsest
operé le premier
, & le plus
grand de nos Misteres, sçavoir
l'Incarnation du Verbe, les
Religieux fouhaiceroientavec
passion pouvoir officier dans
ces saintsLieux, en la maiere
qu'ils le font en Jerusalem &
en Bethléem. Pour cela il yen
a environ vingt ans qu'ils y
firent bastirun Conventassez
spacieux & commode; mais ce
Convent estant situè dans un
pauvre Village abandonné, &
continuellement exposé aux
Arabes, qui tres souventen
ont chassé, blessé & tué les
Religieux, on n'y en tient
pas un fort grand nombres
Lors qu'on ne voit pas apparence
de grand trouble de la
parc des Ara bes, on y en met
douze ou quinze, sinon on se
contented'yen mettre six ou
sept, qui ne laissent pas de
chanter lesMesles,&les Ossices
tous les jours, & faire tous
les soirs les Procédons. Sur
tout ils celebrent la Feste de
l'Annonciation avec toute la
folemnicé possible
,
excepté
qu'ils n'ont point de beaux
Ornemens,commeailleurs,
parce que ce Convent estant
sujet à estre pillé par les Ara..,
bes, on n'y laine que le pur
necessaire,foît pourl'Eglise,
foit pour le service des Religieux.
- Voydre de Tiberiade,
Les Religieux
,
& Pelerins
qui arriventà Nazareth
pour la premiere fois font le
voyage de la mer Tiberiade,
à moins que les chemins ne
se trouvent occupez d'Arabes.
Pour faire ce voyageTon
prepare quelques provisions,
& des couvertures pour coucher
une nuit dehors. L'on
porte un peu de pain, du poisson
des olives, des raisins
secs, & des si gues.L'on parc
de Nazareth sur les six heures
du matin, si c'est en hiver, &
à quatre, si c'cilenEslé. L'on
tire au Nort de Nazareth.
La premiere chose qu'on trouve
à demi lieuë ou environ de
Nazareth,est un petit Dôme
basti sur des roches, sur lefquelles
on voit des vertiges
des pieds d'un Géant imprimez,
Ce Géant dévoie estre
d'une prodigieuse grandeur.
Les Turcs, & les Chrétiens du
pays disent que ce font les veftiges
de Jonas le Prophete.
Je crois qu'ils auroient de la
peine à le prouver. Ensuite
l'on descend dans une vallée
où l'on trouve une petite Montagne
qui à l'Orient est fort
grosse, & qui venant à l'Occident
diminue, & se termine
en un Cofleau ou en une pente
afiezëtrone,sur laquelleeftoic
bâti le Village de Cana, dont
il re fie quelquesmaisons.C'est
dans ce Village où le Sauveur
convertit l'eau en vin aux Noces
de Cana. Là il y a encore
une Fontaine très-agreable,
quia esté bien bâtie & est encore
ornée de marbre. L'on
boit par dévotion de l'eau de
cetteFoncaine,&l'on va dans
une Eglise voisine,changéeen
étable par les Turcs, où l'on
chance le Saint Evangile des
Noces de Cana, avec le Surplis
& l'Ecole. Le Turc & les
Truchemensconducteurs, fai.
fane sentinelle, lorsqu'il y a
quelques Habicans dans ce
Village, qui pour l'ordinaire
est tout defert, quoy que ce
foit le plus beau pays , & le
meilleur terrein du monde
où l'herbe croist bien plus,
haute qu'un homme.
De Cana l'on va au Champ
où les Apôtresarrachoiencles
je'pics un jour de Sabath, dequoy
ils furent repris par les
Pharisiens,& défendus par le
Sauveur. Il y a là une auge fous
un arbre pour tenir l'eau pour
les PatTans. Là on chance le
Saine Evangile qui raconte
cette action des Apostres, &
s'il y a plusïeurs Religieux
Prestres, chacun chante son
Evangile à son tour.
Du Champ où les Apostres
cuëilloient des épies un jour
de Samedy, l'on va à la Mon.
tagne des Béatitudes, laissant
à main droite à un quart de
lieuë un Village qui s'appelle
en Arabe Loubié, qui signisie
Aricoc. C'est sur cette Montagne
que le Sauveur prefcha les
huic Beatitudes; elle n'est pas
fort élevée. Il y a eu une ancienne
Eglise, dont on voie
encore aujourd'huy quelques
ruines. L'on y chance aussil'Evangile
des huit Beatitudes,&
l'on va à une lieue de là dans
une grande Campagne ou
Prairie, qui efi: le lieu où le
Sauveur raffafia de cinq pains
cinq raille hommes. L'on y
chanteaussi le Saint Evangile
qui exprime ce grand miracle.
Il y a un puits duquel le Conducteur
duéteur ou Truchement de
Nazareth tire de l'eau, &ayant
fait asseoir sur l'herbe qui est
là en abondance, toute la
Compagnie, l'on diltribuëda
pain à chacun & du poïsson,
qu'on mange en memoire du
miracle que le Sauveur opera
en cet endroit. A pres avoir
rendu graces à Dieu)ron descend
à la Mer &Ville deTiberiade.
Apres avoir fait environ
demi lieue l'on trouve le re fte
d'une Forteresse à la pente
d'une Montagne, qui sans
doute est du temps desChrêtiens.
L'on va ensuite à Tibeliadeoùil
y aujourd'huy des
murailles foresimples, potées
en forme de Delta grec,elle cit
presque toute déferré & ruinée.
Au bout Septentrional
de la Ville au bord de l'eau,
ou de la mer de Tiberiade, il
y a une Eglise changée en écable.
Cette Eglise a esté bastie
en memoire de ce que le Sauveur
établit en cet endroit S.
Pierre le Chef desApostres
,, luy disant. Tu es Petius,&sa
fer banc petram, adificaboEccle.
siam meam. On chante dans
cette Eglise le Saint Evangile
qui contient les paroles du
Sauveur à cet Apostre. On va
ensuiteà une lieuë de làaumidy
à Betfaïde, qui est la patrie
de Saint Pierre, de Saine André,
de Saint Jacques, & de
Saint Jean. Elle est au bord de
la mer, & toute ruinée, & il
n'y a pas même de resteconsiderable
d'Eglise.C'est pourquoy
l'on chante au bord de la
mer le S. Evangile qui exprime
les miracles que le Sauveur y
a faits, chaissant les Diables
des corps des possedez,&guerissant
divers malades.On voit
Iprés de cette Ville, &au bord
t de la mer, une fontaine d'eau
salée extrêmement chaude, &
une autre d'eau douce, qui efl:
fort froide. Elles font fort voisines
l'une de l'autre, & se
déchargent dans un même
bassin. Aprés qu'on a chanté
les saints Evangiles propres
aux lieux,on choisit une ruine
pour y passer le reste du jour,
&y réciter les Offices. La nuit
estant venuë
, on étend sur
terre quelque couverture qu'-
on a apportée de Nazareth,
l'on se repose jusqu'à la poin ce
du jour. On partalors pour le
mont Tabor,où l'onarrivesur
le midy, y ayant bien cinq
lieuës de chemin assez de difficile,
de laVille de Bethléem au
Tabor,il est sur tout difficileau
commencement, parce qu'il
faut beaucoup monter. Cette
mer qui peut avoir trois lieues
de large sur douze de long, est
douce, & traversée par le fleuve
Jourdain. Quoyqu'elle soit
remplie d'une infinité de bons
Poissons, il n'y a néanmoins
aucuns Pescheurs, à cause de
la grande tirannie des Turcs.
Quelques uns d'entre-eux
ayant entrepris d'y faire des
barques & d'y pescher, à peine
avoient-ils travaillé pendant
six mois, que le Bacha de Sephet
leur faisoit de grosses avanies,
disant qu'ils avoient gagné
de grosses sommes d'argent
à vendre du Poisson, &
leurs demandoit deux foisplus
qu'ils n'avoient gagné,
ce qui les a obligez de rompre
leurs barques, & d'aller
Travailler ailleurs. Après avoir
montéenviron une demi lieuë
partant de la mer deTiberia.
de, on trouve les grandes
Plaines & Prairies de Dotain,
où tous les ans ilcroistdusoin
en grande abondance. mais
il n'est point recüeilli faute
d'Habitans. A prés avoir marché
environ cinq lieuës
, on
arrive à un grand Caravansera,
bâti prefqut au pied du Mont
deThabor, qui cft bien habité
& rempli de familles Turques,
qui y travaillent de differentes
Professions. Là on
paye un petit Tribut. On
::: (nirf» !<=• N4nnt f!~*
Thabor, qui est en forme de
pain de sucre. La montée en
est rapide, mais il est tresagreable
estant tout couvert
d'arbres & de plantes. Il peut
avoir au bas deux lieuës de
tour. On y trouve quantité de
Sangliers,de Tigres,de Loups,
& de Chiens sauvages. Les
Anemones, les Tulipes, les
Renoncules simples
, y font
abondantes. Les Asperges
l'Absinte J , la Rue, la Marjolaine
& le Thin
, y croissent
naturellement. Il y a à la cime
dela Montagne un reste de
muraille de Ville haute de
trois ou quatre pieds. Onvoit
dans l'enceinte de ces murailles
un grand nombre de citernes
,sur tout, proche & aux
environs du lieu appelle les
trois Tabernacles, où les Religieux
disent la Messe, pendant
1 qu'un Turc fait la sentinelle,
à cause des Arabes dont on
reçoit souvent des insultes
lorsque l'on J va visiter cette
sainte Montagne. Quand la
Messe, & les Offices sont finis
les Religieux descendent de
la Montagne pour se retirerà
Nazareth
,
éloigné de deux
grandes lieuës du Mont de Tabor.
Quelque fois l'on ne peut
pas faire le voyage de Tiberiade
, parce que les Arabes ou
les Villageois tiennent leschemins
occupez, principalement
lorsqu'il y a guerre de Village
contre Village,ce qui arrive
trèssouvent dans la Turquie-
Le Voyage du Mont deTabor
n'est pas non plus toûjours libre,
ce que l'on sçait toujours
à Nazareth, ou même à pto.
lemaïde
,
appellée Saint Jean
d'Acre. C'est un Port de mer
à septlieuës de Nazareth, &
à son Occident. Lorsqu'on
apprend que les chemins ne
font pas libres en arrivant à
Acre,pour aller en Jerusalem,
on attend à faire le voyage, au
retourde Jerusalem.
Moyens defaire facilement le
Voyage de la Terre Sainte.
Plusieurs personnes regard
dent ce voyage comme tresdifficile,
& d'une grande dépense
, & ceux qui l'ayant
fait plusieurs fois sçavent ce
que c'est, l'estiment une pro.,
menade
, comme il y a des
Consuls François dans tous les
Ports de la Turquie, & des Religieux
de TerreSainte de l'Ordre
de S. François, les Pelerins
qui entreprennent ce Voyage,
n'ont rien à craindre, trouvant
par tout des Protecteurs dans
lesConsul s,&des aides pour les
besoins corporels,& spirituels
dans les Religieux qui habitent
les Saints Lieux, l'on peut
s'embarquer pour ce voyage
à Marseille, à Ligourne ,ou
à Venise,mais Marseille est
de tous les Ports de la Mediterranéeceluy
où l'on trouve
le plus de commoditez &avec
plus de seuretéqu'ailleurs
,
parce que les Provençaux sçavent
parfaitement la Mediterranée
,
l'experience a souvent
montré que de simples
Marelocs de Marseille, connoissent
bien mieux les Ports
Havres,Rades ,Ecüeils ou
autres lieux de cette Mer,que
les Pilotes Anglois
, ou Hollandois.
Quand onestà Marseille
on s'informe s'il y a quelque
Vaisseau qui aille à Chypre
, ou à Tripoli, à Saïde
,
Saine Jean d'Acre, ou à Sour,
appelleTir,il n'ya aucun mois
de l'année pendant lequel on
ne trouve quelque Vaisseau
pour un de ces Ports, qui font
tous bons pour le voyage de
Terre Sainte. Si l'on veut
voir l'Egipte
,
l'on se met sur
un Vaisseau qui aille en Alexandrie.
Il en part un tous les
mois pour cette Ville. Loriqu'on
arrive à un deces Ports
on va d'abord saluer le Consul
de France ou le Viceconsul
& il donne au Pelerin les
avis necessaires pour faire le
voyage qu'il entreprend, ou
bien il prend conseil des Peres
de Ter4re Sainte. Si l'on a de
l'argent & qu'on appréhende
d'estredépouillé par les
Corsaires, ou par les Arabes,
ce qui arrive quelque. fois,
on laisse son argent au premier
Port de Mer entre les mains
du Procureur de Terre Sainte,
ou de quelque autre Marchand.
Le Procureur du Marchand
donne un billet parle
moyen duquel le Pelerin peut
recevoir son argent en Jerusa.
lem ou bien en quelque autre
part. On peut sans crainte se
fier à eux.
LesReligieuxdeSaintFrançois
,& autres qui prennent
l'habit de Terre Sainte àRama,
comme font les Ca pucins
& les Carmes Déchaussez, ne
payent rien des tributs aux
Turcs,il donnent quatorze
écus moyennant quoy on luy
fournit un cheval pour aller
&retourner de Jerusalem à Japila,
& par consequent ils
peuvent faire le voyage & s'en
retourner en France pourcinquante
écus, pourveu qu'ils
n'aillent pas au temps de
Pasque €n Jerusalem
, parce
que pour lors il faudroit necessairement
donner dix écus
que le Bacha retire de chaque
Pelerin. Iln'enest pas demesme
des Religieux qui ne
prennent pas l'habit de Terre
Sainte, ou des Seculiers. Ils
ont plusieurs tributs à payer
aux Turcs, &ces tributs
montent du moins à soixante
écus. Le voyage de Marseille
à Chypre, Acre, Saïde
, ou
Tripoli,est ordinairement de
vingt jours, quelque fois de
dixhuit ou quinze,selon que
les vents font plus ou moins
favorables. On peut se promettre
de ne demeurer jamais
davantage sur Mer, dans les
mois de Mars, Avril, May, Juin, Juillet, & Aoust
, parce
que les vents font toûjours
favorables dans ces mois pour
aller en Orient. En d'autres
temps de l'année le voyage
pourroit estre un peu plus
long: mais il est rare qu'il
arrive à trente jours. Il n'en
est pas de mesme du retour,
qui est ordinairement de plus
de cinquante jours,la raison
est que les vents & les courants
font presque toujours
contraires au retour, allant
d'Orient en Occident, & qu'
outre cela les Vaisseaux font
chargez de marchandise,allant
du Levant en Chrestienté, au
lieuqu'ils vont vuides de Chrétienté
au levant, n'ayant d'argenr
que pour acheter les marchandifes,
& presque rien daantage.
De Marseille enLevant
lesCapitaines nedoivent prendre
que sixécuspour le simple.
passage d'un Religieux, sans
nourriture, & dix pour le pafsage
& la nourriture, comme
il s'est toujours pratiqué,même
sur les Vaisseaux Anglois
&Hoi landois.Comme les Seculiersveulent
pour l'ordinaire
plus de commodirez que
les Religieux, leur passageest
un peu plus cher, mais ordinairement
un Capitaine se
contente de quinze ou seize
écus pour le partage & la
nourriture d'un Seculier. Tous
frais faits, une personne qui
veut ménager un peu son argent,
peut aller de Paris en
Terre Sainte pour deux cens
écus, & retourner à Paris, &
pour trois cens y aller avec
toutes fortes de commoditez,
& peut voir Constantinople
Smirne, Alep, , Damas,Tripoli,
Nazareth, Saïde, la Tiberiade,
Tir, Ptolemaïde, le
Mont Carmel, Japha, tout
ce qu'il y a à voir dans la Terre
Sainte, Damiete
,
le Grand
Caire, & tout ce que l'on peut
peut voir dans l'Egypte,&retourner
par Alexandrie à Marseille,
& de là à Paris pour cinq
censécus, &àmoinsselon la
prudence du Voyageur. On
:st obligé de prendre son Baptistaire,
& la permission de
son Evêque.
On fera sans doute bien-aise
de sçavoir ce que l'on payeaux
Turcs, pour visiter les Saints
Lieux. Je rapporteray ce que
l'on paya en l'année1689.
Comme les Coutumes des
Turcs sont assez fiables, il est
probable que l'on payera encore
aujourd'huy la même
chose. S'il y a quelque changement.
il doit estre peuconsiderable.
Tributs ou Peages que les Turcs
tirent desPèlerins de la Terre
Sainte.
Chaque Pelerin arrivant à
Japha, dernier Port de Mer,
à quatorze lieuës de Jerusalem,
paye quatorze piastres
aboukelb, ou d'Angleterre.
Cette Piastre vaut dix fols
moins que nostre écu, & pour
cette somme on donne un cheval
pourallerenJerusalem
Entrant en Jerusalem par la
porte de Damas,on paye quinze
rnedins ; chaque medin
vaut dixhuit deniers.
Pour le Gouverneur ou Bacha
de Jerusalem, piastresab.
& demi.
Pour entrer la premiere fois
dans leSepulcre piastres 15.
Pour le Valet du Gouverneur,
Medins if.
Pour le Portier du Saint Sepulcre,
Medins 10. - Pour le premier Truchement,
piastresab. i" & demy.
Pour le second Truchement,
piastre 1. Pour faire ouvrir leS.Sepul.
cre à la sortie, piast 3. med. 18.
r .1 Pour les Officiers de la porte
du Saint Sepulcre, un pain
! de sucre d'environ trois livres.
t '•
Pouraller au FleuveJourdain,
Chaque Pelerin Religieux,
ouSéculiera donne au Bacha
piastres 10.
Pour lecheval àaller&àvenir
, piastres 2.
Pourallerà la Quarantaine, piastres2.
PourunServiteur du PPaayyss,,
qui accompagne un Pelerin,
piastres 5. & demi.
PourunServireur quiestde
Constantinople, piastres 7.
Quant aux Serviteurs qui
viennent de Chrestienté en
Terre Sainte, ils payent corn,.
les Maistres.
- Pour
Pour la visite de Bethléem.
A la porte de l'Eglise
, medins
1.
Aux Truchemens du Couvent,
medins8. -
A Fonsrignatus,medins r.1
Pour le Capharre ou Peage,
medins 3.
Au Pasteur, qui est le lieu
où les Bergers saisoient paistre
leurs Troupeaux,à la Naissan;
ce du Sauveur, medins 1.
Pour le Capharre ou Peage,
medins3.
Capharres) ou Peages, qu'on donne
sur le chemin de Bethléem
à Saint fean.
Pour les Capharricrs, ou
peageurs, qui accompagnent,
med. 5.
A la Fontaine de S. Philippe,
med.1.
Aux Paisans de Saint Jean,
med.3.
Aux Truchemens du Convent,
quelque gratification.
Payement des Chevaux.
Pour aller à Cheval de
BethléemàS.Jean, med. 19.
De Bethléem à Fons signatus,
med. 8.
De Bethléem à Saint Jean,
& de là en Jerusalem
,
med.
l5-
Pour le voyage d- ej-erusa-l-em
à Nazareth.
De Jerusalem à Napouloza
qui estlaville prés delaquelle
est le Puits de la Samaritaine,
piastres,ab 2. & demy. medins 11. Serviteur Ara be tPourunServiteur Arabe,
piastres aboukelb
,
piastres 2.
A&, demie. Genin,piast. 5. & demi.
,,' Au Conducteur, piastres. 6.
Pour les Chevaux des Pelerins,
piastres du Pays, qui ne
J,,)ntlm- que de trente medins,
piastres.3.
Pour visiter la MerdeTiberiade,
le Tabor, Cana de
Galilée, Betfaïde & le reste
qui se voit sur le chemin,il
faut de Peages aux Turcs,
martresaboukeb. 7.
De l'Ordre des Chevaliers du S.
Sepulchrej que donne le Gardien
deJeruJalem. 1
L'Ordre des - Chevaliers du
Saint Scputchre,au sentiment
de tres-bons, & anciens Auteurs
a ellé institué par Saine;
Jacques ,
premier Evêque de
Jerusalem qui y fut martirisé
l'anné trente sixiéme aprés la
mort de Nostre Seigneur. On
eRJI neammoins attribué rin(-
titution au Grand Constantin,
parce que le Christianisme
ayant commencé à fleurir fous
loy. cet Ordre s'emplifia en
mesme temps que le Christianisme
, & fit pour lors ungrand
éclat dans le monde.
CetOrdre reprit encore un
nouveau lustre
t
lorsque les
Chrestiens prirent la Ville de
Jerusalem
,
& la Terre Sainte.
Baudouin 11. Roy de Jerusalem
,ordonna que les ChanoinesReguliers
de Saint Au.'
gustin, qui estoit pour lors en
Jerusalem, & qu'il crea Chevaliers
du S. Sepulchre
, rete.
nant l'habit blanc, porteroit
une Croix carrée de tous les
costez, qui dans les coins seroit
cantonnée de petites
Croix pendanteau cou par un
petit cordon de soye noire,
jusque vers la poitrine. C'est
ce qu'ordonna ce pieux Roy,
qui en 1105. donna pouvoir au
parriarche de Jerusalem de recevoir
des Sujets dignes de cet
Ordre. L'an 1496.le Pape AlexandreVI.
accorda ce pouvoir
au Gardien de Jerusalem,
& il a eilé confirmé depuis
par plusieurs Souverains Ponsises.
Philippe 11. Roy d'Espagne,
a esté fait Grand Maistre
de cet Ordre avec des Patentes
tres autentiques,& ses Successeurs
ont eu la mêmequalité
de Grands Maistres de cet
Ordre. Les priviléges de ces
Chevaliers du Saint Sepulcre,
sont de préceder tous les autres
Chevaliers, de quelque
Ordre que ce soit. excepté
ceux delaToison d'or en Efpagne
& en Terre Sainte. Ils
peuvent legitimer tout enfant
qui n'est pas né d'un legitime
mariage, changer le nom de
Baptême,&accorder des Ar.
mes, créer des Notaires, &
avoir, quoy que mariez, des
biens Ecclesiastiques pour la
défense de la Foy. Ils font
exempts de gens de guerre, &
de toutes gabelles & tributs,
& portent des habits de foye,
comme ceux des autres Or..
dres ont accoutume d'en porter.
S'ils trouvent un corps
attaché àun gibet, ils en peuvent
couper la corde,&commander
qu'on lensevelisse.
Maniéréou Cérémoniesà la -
receptiondes Chevaliers
du SaintSepulcre.
Le Gentilhomme, ou horo;
me noble qui veut estre reçu
Chevalier du SaintSepulcre,
doit s'y disposer par une Consession
ôc Communion,afin
de recevoir la grace attachée
à cette fainte Chevalerie, &
ensuite on le conduit au saint
Sepulcre de Nostre Seigneur.
Aprés diverses Prieres
, que
chantent les Religieux assemblez
dans cette Eglise, il jure
qu'il gardera les Reglemens
Militaires. Ces Reglemens
sont, d'entendre tous les jours
la Messe, quand il y a commodité
de le faire, d'exposer'
ses biens & sa vie, quand il y
a guerre generale contre les
Infidelles,de défendre& proteger
les Saints Lieux, & les
Religieuxqui les gardent;d'éviter
les guerres injustes, les
profits honteux, les duels &
les cornbats illicites; ce qui
n'empêche point que les Chevaliers
ne s'exercent aux armes,
& n'aillentà la guerre;
de procurer la concorde entre
les Fidelles
,
& de tâcher.
de se rendre irréprochable
devant Dieu & devant les
hommes.
Quand le Gentilhomme a
juré toutes ces choses, le Pere
Gardien benit l'épée, &appellant
le Pretendant, qui se met
à genoux devant le Saint Sepulcre,
il luy met la main sur la
teste, & luy dit, Etvous soyez
un fidelle,vaillant CF robuste Soldat
de NJftre Seigneur (j)8 deson
SaintSepulere, qui veuille vous
mettre dans saGloire avec les
Saints. Cela estant dicton luy
donne les éperons d'or, qu'il
met à ses pieds, & ensuite
l'épée,endisant, Servez-vous
de ce glaive pour vostre défense,
O* pour celle de UfainteEgliJede
Dieu, à la confusion des Ennemis
de la Croix, C9. autant que U
fragilité humaine le pourra permettre.
nefrapez qui que ce soit
injustement.
On met ensuite l'épée dans
Je fourreau, & le Gardien ceint
l'épée au Chevalier, qui se
leve, & qui baissant la teste
surle Saint Sepulcre, est ordonné
Chevalier. Le Gardien
le frape en forme de croix
trois fois legerement sur les
épaules,& dit chaque fois,Je
vous constituë & vous ordonne
Chevalier du Saint Sepultre de
NostreSeigneur,aunomdu Pere,
du Fils & du Saint Esprit. Enfuite
ill'embrasse
, menant à
son cou,à la maniere des Anr
ciens, un Collier d'oravec une
Croix qui pend devant la poi-
[ trine. Ensuite le Chevalier se
retire,&rend tout ce qui luy
I a esté donné.
r Voicy les Sonnets sur les
Bouts rimez de Mrs les Lanf
ternistes de Toulouse
, que
j'avoisreservez pour ce moiscylb
i. aVi ne s'étonneroit du plus beau
des spectacles?
Le MonarqueFrançoisluy-mème en
est surpris,
Viny;Peuples Efyaqnols de sesvertus
é1pris,
Lu; demandentunRoyforméparfes
Oracles
Mais pourquoy s'étonner quand on
voitfes miracles,
DePhilippe,l*Efyaqne estoit lejufle
prix,
Ainif pour l'obtenir, il n'tl rien
entrepris,
EtpOlirmonter au Trône, iln'a point
eu d' obstacles.
Eh qui s'oppoferoit à ce Soleil nou--
- veau, -
Qui d'une vieilleguerre
,
éclipfaut
le lambeau,
- Rend nos drffinfions& vos peurs termInces.
Ibères, venex^donc,joignons nos
-
avions,
ZJniJJons de concerts toutesnos devinnéeeess5;
Et ne craignons pltu rien des autres
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
GrandRoy,voicy les voeux quefait
pour vous la France.
TuiJJîez^vous longuement luy partager
vos loix > EtpuiJJieï-voMenfin, seIonfonee-
1}lnCe)
-
Aux Peuples étrangers donner encor
deux Rois.
L II. OV/S on voit en toy le pins
beau des fpedacles,
De ton regne éclatant qui ne feroit
surpris ?
De tes hautes vertus tout l'VniverJ
1 épris
Revere la candeur de tes fagesOracles.
Tesjoursfont un tiJJit de gloire & de
miracles;
L'eagne dont le coeur en ta faveur
efi pris,
Sans ton augufie aveu neufijamais
entreprIs)
D'un Traitéruineux de vaincre les
obstacles.
Le don que tu luyfats d'un Monarque
nouveau»
De lafiereDifcorde éteindra le flambeau
,
Les haines des deux Coursfont enfin
terminées.
Philippe fécondant tes grandes actions,
Remplira fous tes yeux tes grandes
destinées,
A ton exemple il va charmer les
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur, regarde le hautrang,
Où Louis sçait placer les Héros de
son Sang5
De ton amourpourluyfoûtiens longtemps
les marques)
Que tout cejicele ilfajfie.àfin grédes
Monarques.
III.
aVqeuvoeisl-sje ! quelle pompe! & brillans fpe&acles,
Viennent fie prefienter à l'Vnivers
surpris ?
Nosyeux enfintcharmez) nos coeurs
ensionsépris>
Cefiedeeffaceralefiecle des Oracles.
Enfaveur de Louis5 0 Ciel! que de
miracles !
L'Efiagne offre àfionfang vingt Couronnessans
prix) Ilprotege des Rois j il n'a rien entrepris,
Dontiln'aitfçud'abord vaincre tous
(es obftaclcs.
Aux Rivaux de la France il donne
unRoy nouveau,
Et malgré la Discorde
,
éteignantson.
flambeau,
il voit entre - eux & luy les guerres
terminées.
Quel Héros fit jamais de telles actions
>
De ïEurope étonnée ilfait les defti-
1 nees)
Vniffant pour toûjours deux jieres
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur)quiprotege" & qui donnez
les Roisj
Benijfezyojhe vive Image,
Cess ce grand Roy pUI/Jtnt et
farse,
Qui vientd'endonnerun, &d'enprotegertrois.
*
* Les trois Rois protegez par
Louis le Grand, sont, Casimir,
Roy de Pologne, qui seretira en
France; le Roy Jacques d'Anlgeleterre,
qui vient de mourir; &
Roy d'Espagne d'aujourd'huy,
qui vient de monter sur le Trône.
a IV. Veljieclefutjamttisplus fecond
en fpeétacles!
Dufort de noflre Roy, peut - on estre
surpris;
En voyant sesSujets pour luy d'amour
épris>
Ses ordresses desseins font poureux
dss Oracles.
Le Ciel enfafaveurfait toujoursdes
miracles,
Surtous les Potentats il luy donne I,
prIx,
Ce Heros magnanime a-t-il rien
entreprIS,
QtSil n'aitfait réüj/ir malgré tous les
obfiacles.
En vain [es envieux pour un sujet
nouveau,
De la guerre en ce jour rallument le
flambeau,
Tes conquefles, Louis, ne font point
terminées.
Tes Princes imitant tes grandes actions3
Rempliront hautement leurs belles
deftinces »
Ils regneront fous toy sur mille Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Aprierpour Louis) passons la nuit
le jour,
Faisons des voeux au Cielpour ce puifftnt Monarque;
Luy pouvons-nous donner une plus
grandemarque,
De la plus haute efiime &<£un sincere
amour.?
La Lettre qui fuit est de
l'Auteur de la Physique Mecanique.
Ill'adresseàsonAmi,
& luy oppose les veritables
Joix & les regles du Mouvement.
vOus avez eftc surpris
9 sans doute, de voir dans
mes deux premieres Lettres
que les Fondemms de laPhisique,
desquels on parle dans l'Ecole,
comme d'un grand mystere,
ne sont que cette proposition,
le Monde est une Machine auto,
mate; Si que les Principes de
cette Science desquels il y a
tant de Livres écrits, & sur
lesquels on dispute tous les
jours avec tant de chaleur, ne
font que les mêmes premierespensées
que nous avonsd'une Machine
automate Artificielle; vous serez
encore plus surpris de lire
dans cette troisiéme Lettre,
que les loix ou les regles du mouvement
, ces celebres écüeils
contre lesquels les plus grands
esprits ont échoüé, ne font
autre chose que la Force que le
ressort de la Machine a de se dé.
bander, & la resistance que
les autres pieces font à ce ref.
sort.
Mais, me direz-vous, comment
se peutil faire qu'aucun
de ces grands Hommes,n'ait
eu comme vous une pensée si
nette & si facile desloix & des
regles du Mouvement? Je vous
demande,
demande, au contraire:Comment
se pouvoit il faire qu'ils
eussent cette pensée, n'ayant
jamais posé pourfondement de
leurs connoissancesPhy si ques,
que le Monde est une Machine
automate, & n'ayant jamais
pensé que le dernier & le plus
important principe de la Physiqueest
que la Machine du
Monde, comme toute autre Machine
a necessairementunressort ou
une piecemouvante, &que leresfort
de la Machine du monde tfi
le Feu?
S'ils avoient eu cette connoissance,
ils auroient distingué
le mouvement actifdu Feu,
d'avec le mouvement passif des
autres corps , tous de même
qu'on distingue dans la machine
artificielle la force quele
rejjbrt a de sedébander lui même
d'avec les mouvemens des autres
pieces, qui ne se meuvent que
parcequ'elles sont poussées par
le Ressort ; Se cette distinction
leur auroit donné lieu de pen-
, fer comme moy , que les loix
& les regles du mouvement de
la Machine du monde,à la- 1
quelle on donne le nom de
Nature,ne sontautres queles
mêmes loix&rsglss du trouvement
de la Machineartificielle
automate, de l'Horloge par
exemple.
I Or il estvisible que les loix
du mouvement de tfioAoze ne
peuvent venir que de lapiece
qui est le principe de ce mouvement,
telle qu'est le Ressort
ou le contrepoids; il est pareillement
tres visible que le
ressort est acceleré ou retardé
dans son debandement par la
relance des autres pieces, &
I. que c'est ainsi que le mouvement
de 1 Horloge est reglé:
donc dans la supposition que
le monde est une machine *0-
tomate, dont lefilleil leressort
ou la piece mouvance, le mouvement
de cette vaste machine
n'a pas d'autre loy que la
force que lefeu a
-
de se mouvoir
luymême
, ny d'autre
regle que celle qui luy en donne
par la resistance que les autres
corps sont au mouvement aflif
dufeu,
-
1
Pour vous en mieux convaincre,
examinons en détail
les loixôi les réglés du mouve- -
ment de J'orloge; n'est il pas
vray ,
Monsieur,que 1edéiahdement
de son ressort est leprin- tipe la cause de son mouve- j
t -
ment; c'est donc en luy que
nous devons trouver les loix
fde ce mouvement. Or nous
observons premierement que
le ressort se débande luy- même
indépendamment des autres
pieces
, par sa propre vertu ou
trempe, qu'il ne perd jamais,
& dont il ne communique
rien aux autres pieces. Secondement,
qu'ilpousse ces pieces
l'une par l'autre, parce qu'il
est attaché à elles, & qu'elles
font jointesensem ble; mais
que son débandement en est retardé,
parce qu'elles luy resistent.
Troisiémement,n'observousnous
pas encore que plus
le ressort est court, & le roüage
qu'il fait mouvoirest moins
composé, plus aussi il acheve
lîte son débandement?Enfin
n'est-il pas vray que plus vous
bandez ce ressort, plus aussi il
devient fort pour pouffer les
autres pieces, & les faire aller
vîte.
Voila à mon sens quelles
font les loix de l'Horloge,
l'indépendance, l'effet, la vitesse
& la force de son ressort.
En effet les regles de ce même
mouvement de i'Horloge dépendent
de ces loix;car que
l fait-on pour reglerune Horloge,
c'est à dire, pour donnera son
r mouvemeut unecertainevitfjJe
qui soit toujourségale?
Onaugmente ou l'on diminue
r laforce du ressort; on l'augmenre
en le bandant davantage,ou
bien en diminuant le poids du
du balancier, & en adoucissant
la liaison des autres pieces;
on la diminuë en relâchant
un peu le ressort, ou bien en
augmentant le poids du balancier,&
en ferrant davantage
les autres pieces
,
dans tous
lesquelscasc'e stlaresistance,
ou de la cteE ou des autres pieces
qui regle le mouvement.
Je ne pense pas qu'ilyait
-
d'autres loixny d'autres regtts
du mouvement de l'Horloge,
que celles que je viensde proposer.
Voyons à present,Mon- ,
sieur, sicelles du mouvement
'de la Machine du monde, c'est
à dire de laNatureen general,
font les mêmes que celles de
l'Horloge; & pour le faire-avec
plus d'ordre, commençons par
les loix du mouvement, c'est
à dire, par les prerprietez du
njSort de la Machine du monde,
qui est le Feu,consideré
comme - principe du mouvement
de la Machine.
Premierement
, nous ne
concevons lefeu que comme
une rnariere,ouecenduë, qui
semeutsanscesse par toutes
ses parties, d'où nous inferons
que le mouvement luy est
essentiel
, au lieu qu'il neffc
qu'accidentel à tous les autres
corps, puis que nous pouvons
concevoir chacun d'eux dans
Je repos. Cela estant
,
le feu
n'a pu estre un seul moment
sans lemouvoirselon toutes ses
parties,&il n'a pû semouvoir
ainsi, qu'il ne se divisastau premier
instant de sa formation,
& que chaque partie ne se
mût separément de toutes les
autres Or nous concevons
fort bien que chaque partie de
feu, que nous pouvons confiderer
comme un petit globe,
dust se mouvoir d'abord avec ladétermination la plus fimpte,
qui est celle de courir toute
entiere&sansrouler,surunelignedroite;&
quesielleachangé
& change souvent la détermination,
cela ne peut venir que
de quelque chose qui est hors
d)elle, & qui s'oppose à son
chemin-La premiere loy du
mouvement est donc que le
Feu qui estle ressort de la Machine
du monde ,se meutsans ctsses &
court sur une simple lignedroite,
s'il ne trouve pas quelque opposition
ou résistance qui luy fasse
changer de détermination.
En second lieu, cette rtfiftance
ne vient que des autres
corps. En effet, il n'y a point
de corps dans le monde qui
ne resiste au mouvement. L'air
même, tout fluide qu'il est,
luy resiste un peu, comme il
paroist lors qu'on bat l'airavec
une verge; cette resistance est
ce qu'on appelle consistance
f
un corps qui resiste davantage
est dit avoir plus de consistance
quecel uy qui rer stemoins.
Or je vous demande, Monsieur,
comment est ce qu'un
poisson resiste & tient ferme
contre le courant del'eau d'une
riviere? N'est-cepas en repouffant
cette eau, puisque
s'il ne la repoussoit pas, il en
seroit entraîné? Et peut-il repoussercetteeau
sans se mouvoir
contre elle? Resister
estant donc repousser, & repousser
e stant se mouvoir, il
est vray de dire que laresistance
ou la consistance de chaque corps
luy est donnée par quelque
chose qui est en luy, & quise
meut sans cesse;or il n'y a
ni ne peut y avoir que le Feu
qui se meuve ainsi soy même
&. sans cesse; donc la seconde
Loy du mouvement ca
que rien ne soppose ou resisteà
un Feu,e luy fait changer de
-
détermination qu'un autre Feu
qui n'a pas la mesme determination
que luy.
Or chaque particule defeu ,
comme toute autre boule,
court d'aurant moins vite, &
arrive plus tard à son terme,
qu'elle roule davantage, &
change plus souvent de route,
juique- la que les particules
d'un feu employent tout leur
mouvemeut à piroüeter, ou si
elles changent sans cesse de
route, le feu qu'elles compofent
ne paroit plus se mouvoir,
& semble demeurer en
repos, n'ayanr presque aucune
action&ne faisant aucun effet,
au moins sensible dans les
autres corps. CJeH la rffiftance
uniforme & continuée
qui fait rouler chaque particule
de feu,&c'est lechangement
de resistance qui luy fait
changer de route. La troisiéme
loy du mouvement est donc
que lefeu 1Ja d'autant plus vite,
qu'il a sa determination plus fim.
fie.
Les particules d'un feu se
mouvant donc d'elles- inefmes,&
chacune d'elles pouvant
changer de determination
par la reftflance qu'elle rencontre
en son chemin elles peuvent
tantost se rapracber entré
- elles, & par leurréunion composerdéplus
fortes parricules,
comme nous le voyons arriver
aux gouttes d'eau qui cou lent
sur une table poudreuse
, ou
bienelles peuvent fedifperfer
en se divisant en de plus petitesparticules.
Orilest clair
que chacune d'elles ayant la
force de se mouvoir,lefeu total
qu'elles composent,sera plus
fort pour agir ou pour resïster
lorsqu'e llesseroient plus ramassées&
plus grossesou unies
qu'il ne fera lors qu'elles seront
plus dispersées & p .,:s
petites. La quatriéme loy du
mouvement est que le Feu (st
d'autant plus fort pour agit ou
pour resister,qu'il a lesparticules
plus grosses cm plus ramassées &
pressées; ce qui peut arriver en
troismanieres. Premierement,
lorsque les particules qui composent
chaque rayon se pressent
les unes sur les autres. Secondement,
lorsqueles rayons
se raprochent l'un de l'autre,
& se pressent. Troisiémement,
lorsque tantles particules que
les rayons s'amassent, & sont
pre ssez entre deux ou plusieurs
corps.
1 Vous avoüerez,Monsieur,
que ces quatre proprietez du
feu, sçavoir qu'il se meut luylïiême&
sans cesse,qu'il sereffie
àluy.mên-ie; qu'il vavîte
lorsque sa détermination est
simple, & qu'il est fort lors
qu'il est uni, font les verita- 1
bles loix du mouvement, lors que
vousaurezvû que lesregles du
mouvementen dépendent; car
ces regles du mouvement consistent
à rendre le feu plusfort,
c'est à dire plus ramassé; ou
à rendre plusfoibletce(làdire
plus dispersé : or je vay vous
faire voir que ce plus ou ce
moins deforced'unfeuviennent
dece qu'il va plusou moins vite
dans un corps; que ce plus ou
moins de vitesse dépend du
moins ou du plus de resistance
que le corps luy fait, & que
ce plusoucemoinsderesistance
viennent dece quele feucg
par tout & tonjours en mQuve"
ment, quoy qu'avec differentes
déterminations.
Premierement
,
si le corps
traversé par un nouveau feu est
uniforme dans sa consistance,
c'est à dire, s'il est également
solideou fluide dans toute son
étenduë; chaque particule de
ce feu y rencontre à chaque
moment unenouvelleresistance
,
qui ne pouvant pas luy
fairechanger deroute, ny luy
faire prendre son mouvement,
l'oblige d'en employer une
partie à rouler, dans le temps
qu'elleavance sursa ligne droite;
elle avance donc toujours
moins vîte à proportion du
-
chemin, qu'elle y fait. Cela
estant ainsi
, ne concevezvous
pasavec moy, Monsieur,
que les particules plus avancéesdoivent
sans cesse estre
at teintes, & toujours plus pressées
par celles quiles suivent,
-
& qu'ainsi plus le chemin est
long, plus le feu doit avoir ses
particules pressées, & c'est en
quoy la force d'un feuconsis-
- te,comme je l'aydéja dit cydessus?
Voila quelleestlaraison
de ce que les Philofophcs
disent
, & que l'expérience
nous apprend
, que la force si
mesure par la hauteur, cess à dire
par la longuenr duchemin qu'elle
fait dans un corps, & qu'à des
hauteurs égales
-
la force est plus
grande dans lesolide que dans le
fluide;c'est parce que plus un - - feu avance dans un corps qui
luy reliRe, plus il y roule,y
avance moins vîte,&s'y presse,
&quela résistance estantplus
grande dans un solide, il y
roule davantage, y avance
moins vîte, & s'y presse plûtost
que dans le fluide. ,-
Secondemeut ce plus ou ce
moins deresistance que les divers
corps font au jeu qui les
aborde, donnènt lieu à la
réflexion laquelle rend lefeu
ou plus fort ou plus foible ;
voicy comment.* Lors qu'un
feu courant dans un corps
fluide
,
aborde le solide
,
ses
particules qui y entrent,ycourent
moinsvice que dans le
fluide,s'opposent à l'entrée de
celles qui les suivent immediatement
; celles cy ne pouvant
donc entrer dans le solide
, n, cesser de se mouvoir
retournant de la surface dufolide
dans le fluide
, ce MtMf
est ce qu'on appelle la reflexion.
Si lacheute de chacune de ces
particules du feu est à angles
droits sur la face du solide, sa
reflexion se fait aussi à angles
droits, parce que cette petite
boule de feu donne juftement
contre la surface du solide
5 par le bout de la ligne
de son incidence; mais si la
cheute est oblique, ce bout de
la ligne d'incidence ne touchant
pas la surface du solide
lorsque le bas de la particule se
touche,il fautnecessairement
que cette petite boule tourne
un peu vers l'autrecosté au
moment de la reflexion
, ce
qui saic qu'elle remonte dans
le fluide par une ligne qui
fait son angle égalà l'angle
de la ligne d'incidence.
Supposant donc ce que,
l'experience nous apprend,
que l'angle de reflexion est toûjours
égal à l'angle d'incidence,
vous voyez, Monsieur, que si
la surface du solide qui reflechit
en plane les rayons reflechis
sontparalleles entre eux, sielleestconvexe les rayons
réfléchis sontdivergens, & le
feu s'affoiblit a mesure qu'il
avance dans sareflexion;ma^
si la surface estconcave, les
rayons
rayons font convergens entre
eux jusqu'à un certain endroic
qlJton appelle le foyer, où ils
se croisent,aprèsquoy ils deviennent
divergens
; auquel cas
il est visible que le, feu reflechi
de la surface concave
doit estre d'autant plus fort
qu'il approche plus dufoyer,-'!
& qu'au delà du foyer il doit
s'affoiblir à proportion du chemin
qu'il fait.
i
v
La seconde regle du mouvement
est donc que la reflexion
dufeu le rend plus fort ou
plus foible,suivant que la surficequi
reflechit cft ou concave ott
convexe.
Troisiemem- ent, la même
consistanceplusforte danslesolide
que dans le fluide, fait qu-e les
particules de feu entrent obliquement
dansle solide, s'y détournent
de lalignesurlaquelle
- elles couroient dans le fluide,
&ce détourest ce qu'on appet*
le Refraction; car chacune de
Ces particules estant un petit
globe de feu, dans l'instant
qu'elle entre dans le solide
, a
encore la moitié de son globe
dans le fluide, où elle court
-
plus,cequifait qu'y abordant
obliquement, de droite à gauche
par exem ple,cette moitié
qui est encore dans le fluide,
avance encore pendant quelques
momens de droite à gauche
pendant quel'autre moitié
n'avance que de haut en bas,
& ainsi la particule tourne un
peu de droite à gauche, ce qui
fait qu'estant entrée tout à fait ,
dans le solide,elle y court sur
une ligne qui fait angle avec
la ligne d'incidence vers la
perpendiculaire, à la surface
dusolide. Onappelle cetangle,
anglederefraction, parce qu'il
semble que le rayon s'est rompu
en entrantobliquement du
fluide dans le solide. Et au
contraire, lorsque le feu passe
obliquement du solide dans
le fluide,chaque particule dans
ce partage ,estant moitié dans
lesolide& moitié dans le fluide,
&se mouvant plusvite de
gauche à droite, par exemple,
par cette moitié qui est déja
dans lefluide,elle se détourne
ens'écartant de la perpendiculaire
,& court sur une li-
-
gne qui faitangle avec celle de
l'incidence, qui est l'angle de
la seconde refraction.Or dans
l'une & daps l'autre de ces
deux refractions l'angle est
ouvert du tiers dufinus de
l'angle que la ligne d'incidence
fait avec la perpendiculaire.
J'expliqueray plus au long
en son lieu toutes les circonfiances
de cette double refraction;
ce que j'en veux inferer
à present. est que la refraction
se faisant, comme je viens de
le rapportera l'anglede l'une&
l'autre refraction estant
ouvert, comme je viens de le
dire, il faut neceffairemenc
que si la surface qui rompt
est planc, les rayons rompus
soient parallèles entre eux, si
elle est concave, il faut que les
rayons rompus soient divergens,
& il faut que la surface
convexe rende les rayons rompus
plus convergens entre eux.
Orla divergence des rayons
rend lefeu plusfoible, comme
leur convergence le rend plus
fort; 6c ainsi la troisiéme règle
du mouvement est que la refraéîton
duFeulerend ouplusfort
ou plus foible
,
suivant que U
surface qui rompt est ou convexe
ou concave.
4 Enfin s'il arrive que plusieurs
feux soient en même
temps & soudainement presfeZ
entre deux corps, ou qu'ils
soient ramassez, & retenus
pressez dans un petit espace,il
est visible que plus les particules
de ces feux feront pressées
,
plus le feu total qu'elles
composeront sera sott; & parce
que la consistance des corps
entre lesquels, ou dans lesquels
le feu eHrama pé&prejsé,
cit occasion à ce qu'ilest ainsi
pressé & rendu fort, vous m'avouerez,
Monsieur, que plus
ces corps auront de consistance,
c'est à dire que plus ils seront
fermes & folidesplus fortement
fli ils retiendront ce feu ra»
masté&prepé; donc la quatriéme
regle du mouvement
est, que la consistance des corps
contribue à rendre plus fort le Feu
qu'ilspressent,& qu'ilstiennent
enfermé.
1 Voilà quelles sont à mon
sens les véritables loix & règles
du mouvement de la Machine
artificielle automate,&
celles de la Machine du monde
;
il me semble vous avoir
assez bien démontré que les
loix ne font que la force avec
laquelle leressort pousse les autres
picces ,6c que les regles ne
sont que les manières avec lesquelles
la résistance de ces pieces
rend cette force du ressort.
Vous me ferez plaisir, Monsieur,
d'examiner à loisir sima
pensée touchant ces loix &ces
regles du mouvement, est juste.
Cependant, parce que je
sçay que vous estes Cartesien
de coeur & d'estime,je prends
la liberté de vous faire remarquer
à l'honneur de Klr Descartes,&
de ses Sectateurs ;
qu'ils ont mieux entrevu que
les anciens Philosophes la vérité
des Principes de la Phisique,
& les loix & regles du
mouvement.
Car ils ont dit vray , premièrement,
lors qu'ils ont posé
pour principe, que c'estDieu
qui a mis dans le monde en lesormant,
unequantitédemouvemens,
laquelle s'y conservetoûjours
la même. Secondement,que
le mouvementJefaittoûjours en
lignedroite, s'il n'y a pas quelque
resistance qui fasse changer
de détermination au corps
qui se meut; tout cela est
vray, mais on doit l'entendre
du mouvement actifdufeu, qui
est la forme essentielle que
Dieuluya donné en la créant;
& qui se feroit toujours sur une
ligne droite, & avec une fim.
piedétermination, si par impossible
le feu semouvoitdans le
vuide ; mais il change de détermination,
parce qu'il se
meut dans les autres corps
quiluy resistent qui plus qui moins.
En effet, ce qu'ilsont-dit
ensuite
,
& qui est aussi trèsvray,
ne peut e stre entendu
que du mouvement passif des
autres corps, c'est-à- dire, du
changement de place que fait
un corps autre que le feu,
lorsqu'il est poussé par un autre
corps. Ils ont dit, Premierement
qu'un corps demeure toûjours
en repos, jusqu'à ce qu'il
foit pouffé par un autre corps,
& qu'il se meut toujours tant
qu'il est poussé, & jusqu'à ce
qu'ilcesse d'estre pouffé. Secondement
,qu'un corps qui en
pousse un autre luy communique
son mouvement, & qu'il en perd
autant qu'il en communique;
car cecy ne peut estre entendu
que du mouvementpassifdes
autres corps, & non du mouvement
actif du feu, lequel
estantessentiellementen mouvement,
n'est jamaisen repos,
& se meut sans estre poussé
,
au contraire,il pouffe tous les
autres corps, & les met en
mouvement, c'est à-dire leur
fait changer de place sans leur
communiquer jamais son mouvement
acftifj je veux dire !&
force qu'il a de se mouvoir
luy même, au lieu qu'on peut
dire que les autres corps
se communiquent mutuellement
leur mouvement passif,
puis qu'on voit qu'uneboule,
par exemple, qui en rencontre
une autre,luy fait changer
de place, & quelle va d'autant
moins vide qu'elle luya
donné plus de mouvement.
Il paroist d'îcy qu'il s'en faut
bien que ces circonstances du
choc des corps & de la communication
de leur mouvement
soient les loix du mouvement
,puisqu'au contraire,
elles dépendent comme tous
les autres Phenomenes de la
Nature, des loix & des regles
quejeviens d'exposer ainsi
que je le feray voir clairement
dans mon Traité dePhysique
mécanique.
Vous me direz,sans doute,
qu'il manque encor quelque
chose à ma Physique, pour la
rendre parfaitement mecanique-,
qui est de faire voircomment
est ce que le ressort de la Machine
du monde a esté bandé
pour la premiere fois, &comment
il a commencé de (e débander
, ou de s'elancer pour
produire suivant les loix &les
regles de son mouvement actif,
tous ces effets que je luy
attribue, & qu'on appelle les
ouvrages & les phenomenes
de la Nature. Je vous avoue
Monsieur, , que c'est ce que
j'ay encor à faire pour procurer
à ma Physiquelejuste titre
de mécanique, mais tout de même
que vous ne sçauriez me
faire com prendre comment
le ressortdel'Horlogeest bandé,
ny pourquoy il se débande enfuite
de luy. même, & fait mouvoir
coûte la Machine, sans
expliquer ce que c'est que ce
ressort) comment il a estéforgé
& trempé, & de quelle maniere
l'horloge a elle bâtie & està present
construite. AinG, je ne
puis vous bien faire concevoir,
comment le ressortdela Machi
ne du monde,quiest leFeuefl:
bandé,c'està dire preOë depuis
le commencementdu monde,
& comment il a commencé de
s'élancer, dans les autres corps
& d'y produire tous ses effets
& phenomeneslefquelsilproduit
encoretous les jours, que
je ne vous fasseen peu de mots
l'Histoire de la creation & de la
formation des corps, & celle
duSystême du monde.J'y fuis
d'autant plus porté
, que je pré.
tens vous faire voir danscette
narration de l'Origine du
monde, que c' e st Dieu même
qui a établi les loix & lesregles
du mouvement en formant le
Feu, l'Air,l'Eau,& la Terre,
& qu'après les avoir ainsi éta..
blies il les a tuy. même gardées
, en achevant de bastir
cette vaste Machine, ce qui
confirmera merveilleusement
la verité de l'exposition que je
viens de vous en faire dans
cette Lettre. Mais parce que
cette Histoire toute abregée
que je prétens vous la donner,
est trop longue pour estreplacée
dans cette Lettre, qui a
déja une longueur raisonnable,
je la reserve pour une quatriéme
Lettre que vous recevrez
dans peu. Je fuis,cependant,
&c.
A Adarfeille, le 7. Mars 17 e
Ona faitcetteannéeà Valenciennes
la Ceremonie qui
s'y observe tous les ans leS.
de Septembre, jour de laNativité
de la Vierge. Mr l'Archevêque
de Cambray alla à
sept heures du matin à Nostre
Dame la Grande, où il dit la
Messe Pontificalement,c'est
à dire ayantpourOfficiers
Diacre, Sousdiacre, & deux
Archidiacres portant unGremial.
Ilaordinairement quatre
Abbezcrossez & mitrez, mais
ils sontactuellementmalades,
cela diminua un peu la beauté
d la Ceremonie. Pendant
cette Messe , qu'on chante en
Musique,s'assemble tout le
Clergé de la Ville, Prestres
Seculiers &Religieux, Moines
& Mandians,&tous les Corps
-
desMestiers. La Messe finie,
Mr l'Archevêque avec tout
l'Etat Major, & les Echevins
allérent dans une Maison de
Benedictins non. reformez
,
, qui tient à l'Eglise, on s'y'arresta
quelque temps, parce
que la Ceremonie tû longue,
ôc qu'il falloit attendre que le
tour fust venu pour aller à la
Procession, qui commence à
se faire ainsi. Tous les Corps
des Métiers marchent chacun
suivant l'ordre qu'ils se font
prescrit,& qu'ils sont plus ou
moins distinguez. Ils font porter
chacun l'image de leur Pa,
tronpar leurs Bedeaux; ils sont
du moins cent. Ensuite sont
les Chasses, au nombre de
soixante dix ou quatre-vingt.
L'Abbaye de Crespin en afait
faire deux cette année,quiluy
coûtent six mille florins. Aprés
les Chasses suivoient deux magnifiques
Chars, donc l'un
estoit dedié à la Sainte Vierge,
avec ces paroles, Hic te decet
currus,ôMaria. Il y avoit dessus
une jeune Fille coëfféeen
Vierge. Elle estoit à la premiere
place,& devant elle ettoient
soixante jeunes en sans, Garçons
& Filles, vestusen An.
ges. Ce Char estoittraîné par
six beaux chevaux noirs, montez
chacun par un petit Ange,
& ces chevaux estoient retenus
par six Palfreniers
,
qui
avoient des barbes postiches
longuesd'undemi pied, les
unes de crin, & les autres de
peaux de Lapin. Ils estoient
habillez bizarrement. L'autre
Char estoit consacré à Saint
Jacques le Majeur, avec ces
paroles,ÀïJpojlre d'Espagne:
Il estoit pareil à celuy de la
Vierge - , si ce n'est qu'il n'y
avoir que des garçons sur celuy-
cy en pareil nombre. Un
jeune Garçon qui estoit à la
prcmiere place representoit
SaintJacques. Danslemilieu
il y avoit un pilier elevé, au
haut duquel estoitassisun jeune
enfanr. Les Palfreniers qui
conduisoient les chevaux,
estoient noircis comme des
Mores, &habillez grotesquement.
Ensuite tout le Clergé
marchoit suivant son ordre.
Aprés le Clergé suivoientcinq
Compagnies de Bourgeois armez
& vétus uniformément,
avec chacun leur Tambour&
Fifre,une Compagnie de rouge
,
l'autre de bleuë
,
&c. Ils
avoient à leur cette un Major
à cheval, & une soixantaine
de Cavaliers armez sans uniformité
pour les ha bits. Ils
avoient trois Trompettes &
des Timbales. Ensuite marchoit
Mr l'Archevesque avec
ses Officiers, & deux Abbez
en Mitre, qui arrivérent pour
la Procession. Les Valets de
pied suivoient, avec deux Valets
de Chambre. Aprés M*
l'Archcvesque
l'Archevesquemarchoit l'Etat
Major, & les Echevins suivis
de trois hommes portant des
Massuës d'Hercule & des habits
en pantalon,couverts de
feuilles de lierre, des Masques
épouvantablesavec de grands
bonnets de carton verts On
alla ainsi à la porte de la Ville,
- oùleClergé s'arresta, pendant
que six hommes nuds pieds,
portoientlaChasse dela Vierge
autour de la Villepar dehors.
Ce temsestemploié aprêche;
&quand le Sermon estfini, on
presente à Mr l'Archevêque &
aux Echevins, du vin & quelques
biscuits.Apres cela on
attend avec patience jusqu'a
ce que cette Chasse foit rentrée.
Ellefait du moins trois
lieuës;elle est tres pesante,&
laCavalerie &l'Infanterie donc
on a parlé, luy fervent d'es-
- corte. L'Etat Major nefort
point hors la premiere porte
de la Ville. Il demeure à se
divertir jusqu'à ce que l'on
revienne. Les Chars ne peuvent
sortir, à cause de leur
trop grande hauteur. Quand
la Chasse est arrivée, on s'en
retourne comme on est venu
dans le même ordre. Mr l'Ar:;
- - --- "- - - -
chevêque estant de retour à
l'Eglise donne la benediction,
& l'on va dîner chez Mr le
Gouverneur, qui a quatre tablesde
vingt àvingt cinq couverts.
La Procession ne finit
qu'à trois heures,& l'on - sortit
de table à cinq & demie. Toute
la Garnison estoit fous les
armes & en haye par où la Procession
devoit passer,&la Cavalerie
de laGarnisonestoit sur
la Place, ayant
Fepee nuë,
les Soldats Bourgeoisvinrent
au Gouvernement, où ils firent
deux salves. Ils ont des
mousquets à l'Espagnole. Il y
avoitquantite de jeunes Filles
habillées en Bergeres & trespropres.
On accourt de toutes
parts pour voir cette Procession.
Elle se fait en reconnois,
sance de ce quela pelle estant
depuis longtem ps à Valen.
ciennes, la Vierge la fit ce sser
à la priere d'un saint Hermite,
àquielle apparut. On prétend
qu'elle luy dit que Tes Prieres
estoientexaucées ; que pour
une marque qu'il avoit plû à
Dieu de les écouter, il n'avoit
qu'à faire le tour de la Ville,
& qu'il la trouveroit entourée
d'un cordon. Ce cordon, diton
est enfermédans la Chassequ'on
porte hors la Ville
pendant le Sermon. C'est pour
consacrer le souvenir de ce
bienfait, qu'on donne un cordon
bleu à Mr l'Archevêque
de Cambray
,
& à tous ceux
qui sont de la Confrairie.
Les nouvelles pareilles à cetles
de la Victoire que U Roy
de Suede remporta le
1 9. de
Juillet dernier
,
sur celle des
Saxons au passage dela Duna
viennent de si loin, qu'il n'es,t
pas possible d'en donner tout
d'un coup desRelations parfaites.
Ceu ce qui m'engage à
vous donner encore celte cy.
Le Roy deSuede estant arrive
le
1 7. de Juillet prés de
Riga avec son Armée,Sa Ma,
jdté qui ordonnoit rout en
personne, fit dresser par le
Major General Stuart, l'ordre
de 'la descente & de l'attaque
qu'elle avoit resolu de faire de
l'armée Saxone
,
retranchée
sur l'autre bord de la riviere-
Le iS. à neuf heures du soit,
elle fit commencer l'embarquementau
dessous de la Ville.
Le General Welling avec les
LieutenansGénéraux Rheenskyld
&Spence, & le Major
General Arfredhorn commandoit
laCavalerie, L'Infanterie
estoit fous le Commandedu
Lieutenant General Live,
& des
del, Posse&Steenbock L'Artilferie
fut conduire par Sioblad,
qui en est le General.
Les Troupes destinées àcetteexpedition
estoient lesDrabans
ou Gardes du Corps,
deux cens hommes du Régiment
du Roy Cavalerie, &
deux cens du Regiment du
Roy Dragons: quatre BatailIons
du Regiment desGardes
fous le Commandement du
Lieutenant Colonel Charles.
Gustave-Palmquist, dont le
premier,com posé de Grenadiers
,
fut conduit par leur
Capitaine le ComteSperling;
le second par le Lieutenant
Colonel Mesme; le troisiéme
par Jean Asolfe Cloot, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Nifland, & le quatriéme
par le Capitaine Charles PotTe,
deuxBataillons d'Uplande fous
le Lieutenant Colonel Holez
& l'Adjurant général Stahl;
deux Bataillons deDalekarlie
fous leColonelAlbedyhl&le
Major Grifbach;un Bataillon
deHelsingland sous le Colonel
Knorring ; deux Bataillons de
Wesmanland fous le Colonel
Axel Sparre & le Lieutenant
ColonelAbrahamLeyonHufwad;
deux Bataillons de Neirike
& de Werméland fous le
Lieutenant Colonel Charles
Gustave Roos , & le Major
Cronman & enfin deux Bataillons
de Westerbotrnie fous
le Colonel Reinhols Jean de
Fersen &: le Major Biornhufwicd.
Ce fut là tout ce que
les Barques qu'on avoir pouvoient
porter.
Les TroupesSaxones qui se
presenterent de l'autre cofte
en bataille fous le Maréchal
de Camp general Sceinau, le
Prince Ferdinand de Curlande
,& le Lieutenant general
Paykul, estoient composées
de quatre Regimens de Cavalerie,
sçavoirceuxduRoy, de
la Reine, du Prince Electoral
& de Steinau, tous Cuirassiers,
de quatre Regimens d'Infanterie,
qui estoient ceux des
Gardes Polonoises,des Gardes
Allemandes, des Gardes de la
Reine, & de celles du Prince
Eleétoral, d'un Bataillon de
Thielan
,
& de quelques
Dragons. Il y avoit de plus un
corps dereserve devingt quatre
Bataillons Moscovitcs
, mais ils ne chargerent pas,
ayant pris la fuite dés qu'ils
virent les Saxons renverrez
pour la premiere fois.
Le 19. 'à quatre heures du
matin, les Troupes embarquées
quitrerent le rivage en
bon ordre pour aller gagner
l'autre bord de la Riviere.La
defeente sefit vis avis del'isle
deFossenholm, à un quart de
lieuëau dessous de Riga, depuis
Rastingjusqu'àCramersh
- p par Garras: où les Saxons
avoient une Batterie, & un
Fort entouré d'un sossé & de
piliffade Ce fut là que leRegiment
des Gardes vint à paf.
fer. Les autres descendirent à
mesure qu'ils arrivoient,nonobstant
le feu continuel que
faisoient les Ennemis à balle & àcartouche,tant duFort,que
d'un autre en forme d'étoile,
qu'ils avoientau prés du Pont,
& de leurs pieces de Campagne
; auquel on répondit vigoureusement
denostrecosté
de laCitadellede Riga,de la
Batterie de Mullershof
,
de
quatre Radeaux, & dehuit autres
Bastimens garnis des Canon.
Les Grenadiers descendirent
les premiers à la gauche
dela Batterie de Garras;enfunte
successivementlepremier
Bataillon des Gardes, un de
Wessmanland, un de Helsingland,
& un d'Upland
,
puis
deux Bataillons de Dalekarr
liens, & le sécondd'Upland,
qui se posterentà la droite des
Gardes.
Toutes ces Troupesavoient
ordre d'attaquer les Batteries
des Saxons; mais comme ils
estoient eu batailledans le pré
deSpilloe,elles furent obligées
de fairefront contre eux
à même temps qu'elles arriverent.
Dans le temps que le
premier Bataillon commença
la charge, Us Gardes du Corps
débarquerent fous le commandement
du General Major
,
Arfred Horn,qui avoit avec
luy ses Lieutenans les Comtes
Charles & Ottowrangell
,
&
en même tempsleLieimnanc
général Spence,avec cinquante
chevaux feulement du Re.
giment duRoy- Cette Cavalerie
ayantfiléplacée à l'aîle
droite, avança contre les Ennemis,
qui vinrent l'attaquer
avec impetuosité
; mais il ne
purent soutenir le feu de noitre
Infanterie, qui fut tresvif&
continuel, pendant que
les Gardes du Corps oppolez
au dernier Escadron de leur
aile gauche, après en avoir
essuyé la charge sans tirer
entrerent l'épée à la main
,
&
le renverserent encierement.
Les Saxons sevoyant superieurs
en nombre, revinrent
une seconde fois à la charge,
mais ils furent repoussez comme
la premiere. Le Roy gagna
par là du rerrain. Sonaile
gauche setrouvaàcouvertpar
le rivage& par le Fort des
Ennemis prés du Ponr, qui (ur
ces entrefaites s'estoit rendu
à Sa Majesté
,
mais la droite
demeura découverte, & les
Ennemis en proèterent, étendant
leur aile gauche de
manière,qu'en chargeant une
troisiéme fois, quoy qu'ils lu,f.
fent receus avec la même vigueur
par les Troupes qu'ils
trouvèrent devant eux,ils eu.
rent neanmoins l'avantage de
de pouvoir avec l'excedant de
leur aire, prendre enflanc le
Bataillon quiterminoit la nostre;
de force que la derniere
division des Grenadiers se retira
un peu, mais l'autre partie
du bataillon tint bon avec
beaucoup de fermeté, & les
chargea vigoureusement
,
de
maniere que les Gardes du
Corps quivenoientde culbuter
pour une troisiéme fois la
Cavalerie qui leur estoic opporée,
eurent le temps de venir
à son secours, moyennant
quoy ce petit desordre fut
promptement r-établi,&l'En..
mi repousse.
Pendant ces Combats on
fit débarquer le reste de la
Cavalerie du Regiment du
Roy,avec le Regiment de
Wefterbotnie
, que le Major
General Stuart plaça aussïcoss;
à l'extremité de nostre aîle
droite, pour mieux renforcer
cet endcoic. Les Saxons revinrent
encore une fois à la char-
-: ge ,
mais avec aussi peu de
luccés que les precedentes.
Enfin voyant qu'ils trou.
voient à chaque fois un plus
grand nombre de Troupes à
combatre
,
ils prirent à (cpt
heures le parri de seretirer, la
plus grande partie par le chemin
de Cobron ; & l'autre,
consistant toute en Cavalerie,
du costéde Dunamunde. Cette
derniere ne put estre suivie
par les nostres, qui estoient
inférieurs en Cavalerie, mais
le Roy, qui avoit toujours
combatu à pied à la teste de
son Infanterie, pourfuivitavec
celle del'aîle gauche ceux qui
se retirérent vers Cobron, &
suc ensuite joint par le Lieutenant
General Rheenskyld ,
avec une partie des Dragons.
Sa Majesté estant arrivée pres
duFort, & levoyant abandonné
par la Garnison qui se retiroit
le long de la Duna, cornmanda
au Lieutenant General
Rheenskyld de la couper
pendant qu'elleallaelle même
s'emparer du principal du
Camp des Ennemis à Marien.
muhlenouestoit le grand ma.
gasinde leur Armée, laquelle
estantenfin entierement dissipee,
Sa Majesté revint se porter
avec la sienne prés de Cobron.
Il leur restoit encore un
Fort au dessous du Cramershof,
gardé par quarante Saxons
& cinquante Mocovites.
Mais le GeneralMajor Morner
, qui ne putpasser la Riviere
avec une partie de son
Regiment que vers le midy
estant allé , à eux avec dix Cavaliers
feulement, les obligea
de se rendre à discretion.
Trois cens Moscovices qui
s'estoient retranchez dans
l'Isle de Lutzoholm
, au dessus
de Cobron
, y furent forcez,
& tous passez au fil de l'épéc
par le Colonel Helmerse,& le
Lieutenant Colonel Georges
Wrangel) avec cinq cens hommes.
La Garnison de Cobron;
avant que de se retirer, avoit
mis une mècheallumée dans
le Magasin aux poudres, qui
effectivement fauta le lendemain
matin, mais sans faire
aucun dommage.
Ainsi cette journée rendit
le Roy maistre de cinq Forts
ou Bactéries des Enremis, de
deux grands épaulemens
,
de
huit Camps, de leurs Magafins
, de trente-six pieces de
Canons, trois Etendarts, cinq
Drapeaux, & de la plus grande
partie de leurs bagages. Cette
action fera trouvéetres-vi.
goureuse, si l'on veut considerer
que Sa Majesté a , pour
ainsi dire
, tout dune haleine
passé une grande riviere en
presence d'une Arméecompoféede
tres bonnesTroupes &
superieureen nombre, surtout
au commencement du combat,
forcé les Fortifications
ausquelles elle avoit travaillé
depuis long-temps uniquement
pour empescher ce passàge
,
obligé cette Armée à
luy ceder le Champ de Batail.
le, poursuivi les fuyards plus
d'une lieuë, & pris leur ArtillerieCamps)
Magasins&Ba.
gages.
Le lendemain, le Major
General Morner sut envoyé
avecun détachement, pour se
rendre maistre de la Ville &du
Chasteau de Mittau, où estoit
le principal Magasin des Saxons
, ce qui fut executé sans
aucune opposition.
Le Colonel Klingfporre fut
pareillement détaché avec
quelques TroupesversSloke,
prés de Dunamunde,où ils
avoient aussï un Magasin,
donc il se rendit maistre,
malgré la resistance de ceux
qui defendoient ce lieu. Il y
trouva outre une grande quan.
tité de farine & d'avoine, quas-
vv'-v..-,] rante-huit
rante- huit piecesdeCanon&
plus de quatre cens Grenades.
Il s'approcha ensuite plus prés
de Dunamunde pour bloquer
ce Fore du costé de terre.
Le Roy avec le gros de l'Armée
prit cependant la route
de Kokenhaufe
,
dans le defsein
de le reprendre & de compatre
lesEnnemis quis'étoient
Retirez de ce costé là
, & Sa
Majesté se saisit en chemin
faisant de plusieurs de leurs
Magasins; mais ils netrouvèrent
pas à propos de l'attendre.
Ils abandonnérent ce Fort
le iç. Juilletaprés en avoir fait'
Fauter une partie, & ruine le
Pont, y laissantnéanmoins
une grande quantité de vivres
& de fourages, avec du Canon
& des munitions de guerre.
Depuis la Ville & le Chasteau
de Bauftke se sontsoumis
à Sa Majesté
,
& le Gouverneur
de Birse sur la sommation
qu'elleluy en a fait
faire, a livré quelques pieces
de Canons, & trente deux
Pontons appartenans au Roy
de Pologne, qui fc trouvèrent
dans cctcc Place.
Lesvere que vous allezlire ;
ont esté faits à la gloire d'un
Prince qu'on ne sçauroit trop
louer. Vous en conviendrez
quand je vous auray nommé
Monsieur le Duc d'Orléans.
GRandPrince, necroispaf qu'un
motif ordinaire,
puisseengager ma Mufe à cheicher
a teplaire,
Ta dignité, ton rang 3 ton pouvoir,
ta faveur3
Sont un foihle inter-esss pouranimer
mon coeurJ
A ton mérité seul je prétens rendre
hommage,
Sans de laflaterieemprunter lelan-
*
gage. JI nefl déjà que trop à la Cour de
Flateurs,
r
Quun art ingénieuxtransforme en
vrais Afleuys.
MaMufe en telotïantexempted'ar.
tificey
Nepit qu'un doux penchant qu'infi
pire la luftice,
Etpleine du plai,ssiirr de te vvooiirrsfîiparfait)
La Verité la guide en faisant ton
Portrait.
Vne noble fierté brille sur ton visage
Ton coeur eutde touttemps la honte
pourpartage,
Ton imeeflgrandeC-;belle) &sensible
à l'honneur,
Quidans le champ de Mars couronne
la valeur
Des Héros de ton Sang limage en
toy tracée,
Renouvelle leur gloire & leur yan-*
âeurpassée.
Ton courage intrepiJe, au milicu des
haz^ards,
Tsfous fait par les Bourbonsoublier
lesCefars.
Si quellqueehofe peut, malgré toute Hijtoire,
Zesfaire vivre, encor, réveiller leur
memoiie
Cest ton sublime efiprit qu'admire
l'Univers, [ vers)
Ces donsfiprecieuxjces talensJidi-
Cet amourpour les, Arts3 ce difeernement
jufie,
Dont le Ciel ta forme pour la gloire
d'A;ïgufle.
Tllaiscefi aflez,pour moy)Prince,
de t'ibaucher
Tbacton mefait craindre j enfin) de
trébucher.
Vous ferez sans doute sènsible
aux regrets qu'ont fait en'
tendre les Divinitez champestres
de Saint Cloud, sur la
Mort de Son Altesse Royale
Monsieur.
Ous ne le venons plus ce Prince
trop aimable
Ce Prince vencreux (ibon3(ï ebaritable,
il vient de succomberfous la. rigueur
du fort,
Enfin, Philippe efi mort.
Jardins délicieux) & vous Boisagrèablesy
Ilcureuxtémoins de sa grandeurs
Devenez^languiJJlins )[oyez. infépa*
fables
D'uncalmep-lein ahorreur.
Oiseaux, qui jàltSces verdsfeuillages
EgayezJ?air de vos douces chanfins,
Taiftz-VOltS, ou plaignefar de
, trisses ramages)
La perte dont nousgemiffons
Et vous superbes Eaux dont la chute
pompeuse
Futsisouvent tohjet de sesplat- fis,
27ev.er_fezq^quueeddes pleurs) que voflre
ondeorqueillcitfe
Changefinficr murmure en d'éternel;
flupirs.
Le Fils aîné de Mrle MarquisPhilippe
Sampieri, Chevalier
de l'Ordre de Saine
Estienne de Florence, & de
Madame la Marquise Con.
fiance Scappi, a esté tenu sur
les Fonts au nom du Roy, par
M' le Marquis François-Jean
Sampieri, Senateur de Bologne,
Pere de celuy qui a l'honneur
desire
Filleul
du Roy.
Le nom de Sa Majesté fut
donné à l'Enfant, & la ceremonie
se Se en la maniere
suivance.
Le jour destiné pour cette
fonction, M' le Sénateur reçus
dans son Pàlais
*
somptueuse.
mentmeublé, les complimens
de toute la Noblesse de la Ville,
laquelle fut receuë dans le -
premier appartement par des
GentilshommesParênsde la
MaisonSampieri,& introduite -
à mesure qu'elle arrivoit dans
une Salle, oul'on avoit dresse
un Trône avec le Portrait du
Roy fous un Dais magnifique,
&où Mrle Senateur fit diitri.-,
buer à chacunun livre de Poe
sie Iwlknne,intitulé,£ciF<*-
fttsde Louis le Grand, Pendant
que la Compagnie s'assembloit,
le peuple accouru ca
soule aurour du Palais , prositoit
agréablement des tablesqu'il
trouva couvertes de viandes,
& des Fontaines de vin,
qu'on fit couler jusqu'à lanuit,
) outre quantité d'argentqu'on
jetta des fenestres. On fç!-ren..
dit ensuïte à l'Eglise Cathedra:
le dans l'ordre qui suit.
Les Valets & les Pages en
grand nombre,&avec detresriches
livrées,précedoienttous
tous ceux de la Nation Françoisè,
qui se trouvèrent ou.
passans, ou habitans à Boulo-,
gne ,
ausquels se joignirent.,
non feulement ceux qui sont
- *
attachez la même Nation,
mais encore par une espece de
prodige, aussi agréable que
surprenant,les Espagnols, &
autres affectionez à la Nation
Espagnole, tous animez d'un
même zele pour la gloire du
Roy de France. Toute laNoblesse
marchoit aprés avec les
Mrs du College d'Espagne,
qui font tous des premieres
Maisons de ce Royaume. M*'
le Senateur venoit ensuite,
avec un Cortege de ce qu'il
y a dans la Ville de plus considerable
Bourgeoisie affectionnée
à sa Maison
)
richement
ve stuë. Il estoit suivi d'une foule
d'Habitans
,
pressez d'une
respectueuseardeur d'honorer
en sa personne le Grand Roy
dont il avoic la gloire de tenir
la place dans cette auguste
fonction. La marche estoit
terminée par les Garosses de
M' le Senateur
J
le premier
estant tirépar sixchevaux, &
le plus magnifique qu'on ait
encore vu en ce Pays ? ils
estoient suivis d'un tres grand
nom bre d'autres Carosses de
la Noblesse. Les ruës estoient
bordées d'une infinité de peuple,&
les fenestres remplies
de Dames. On fut surpris de
la longueur de cette marche,
& on admira le bon ordre &
la magnificence de ceux qui
la composoient.
Mr le Senateur estant arrivé
à la porte de l'Eglise, fut
harangué par Mrle Rêveur du
College d'Espagne au nom de
tous lesCollegues? & s'estant
rendu au Maistre Autel, la
ceremonie du Baptême fut
faite par Mrl'Abbé Buoi, Archiprestre
& Chanoine de la
même Eglise, laquelle retentit
pendant toute la fonction
de tres beaux concerts de Musique,
& Simphonie, qui firent
place,quand on donna à
l'Enfant le nom du Roy,à un
bruit aussi agréable que confus
, d'un grand nombre de
Tambours, de Trompettes,
deTimbales, &de Hautbois,
Madame la Marquise Constance,
Mere de l'Enfant,
assistaà la fonction, accompagnée
d'autres Dames,& parée
du Portrait du Roy, enrichi
de Diamans, que Sa Majesté
luy avoit envoyé. Lesoir
toute la Noblesse se rendit
au Palais Sampieri, où elle
avoit esté invitée. Il y eut Bal,
Jeu&Musique,& l'on servit
à toute l'assemblée une tressplendide
collation. Mrle Recteur
du College d'Espagne
s'y rendit aussi pour complimenter,
comme ilfit selon la
coutume de son pays, les Dames
de la Maison.
Ainsi finit cette ceremonie,
faite par Mrle Marquis SenateurSampieti,
moins glorieux
pour s'estre attiré par sa magnificence,
l'applaudissement
general de toute la Ville,que
pour avoir donné à sa Patrie
des marques éclatantesdeson
tres profond respect,&de son
attachement inviolable pour
la Personne de Sa Majesté
Tres-Chrestienne , dont il a
depuis plusieurs années fait
mettre les. Armes sur la porte
de son Palais,comme un témoignagepublic
qu'il se fait,
avec toute sa Famille, une
gloire singuliere des grandes
obligations qu'elle a à laCouronne
de France.
Je vous ay déja parlé de Mr
Antier sur ses découvertes
dans la Science de la Perspective,
la Lettre que Mr de
Pourroy,Conseiller au Parleînent
de Grenobleluy afait
l'honneur de luy écrire, & la
xéponfe de Mr Antier vous en
inBruiront plus amplement.
VokylaLettredeM1duPourj
roy.
-L*appIicAtian que vous donmz
depuis plus de trente-cinq années
À la Science de la Perfpcélime,
Adonfieurles bellesdecQUVcr-
Ils que nousy avez fait,enet4^
J¡bgA.' ses principes,par desfreu^
-Moaten£raee >&incontestables,
momtengagé,de rechercher dans
1. BibliothèqueRoyale, les Livres
des fins fameux Auteurs qui omt
traite de cetuScieace,pourm ai
fermitdanscequefayappris,par
les Conférences que j'ay eu avec
vous,à ce sujet, fy ay lû teluy du
R. P. Bernard Lamy, Prestre de
l'Oratoire3 avec une attention
particulière ; l'approbation de Mc
Varignon, l'un de ceux qui cam.
posentl'Academie Royale des
Sciences, me l'avoitfait regarder
comme la decifxon de toutes les difficultéx
que la pratique mefaijoit
naistre
,
mais ne trouvant point
qu'il parlafl de la ligne diagonale
qui doit estreregardée dans cette
Science
, comme la Boussole qui
conduit un Vaecau en pleine mer,
j'ay ctJJi une étude où je devenois
chancelantpar lesprincipesqui my
ont paru entiérement OPPOICZ,a
ceux que vous m'avezdonné,Ër
j'ay cru que mus ne me refuseriez
pas, leplaifir Jeme direvojlrefin:
tÍmenr surcet ouvrage, avec d'autantplus
de liberté,queleR Pere
Lamy dit précisément danssa Préface,
qu'ilregardera comme un amy
fidelle, celuy qui voudrafaire la
Critique deson Livre, lly vade
vojlrehonneur,Monsîeur, de ne
point négligerunesibelle occasion,
0* la preuve que vous ave^jrouvée
de cette Science en refoudrdfa:
ciltment les plus grandes difficul:
ItZJe fuis t&'C.
Voicy laréponsedeMr An2
tier.
Lorsque je vois qu'une Personne
dequalité s'étudie avec un foin
particulier,àla recherche des belles
Sciences,comme vousfaites)Mon.
sieur, je quitte avec plaiftr les occupationsquej'a,
avec M1Laisné,
Premier PiloteÀmiraisurle
fait des RouIes, pour répondre a la
Lettre que vous m'avez fait lhonneur demécrire,& vous diretqu'ayant
lu le Livre du R. P.
Lamy jy a trouvé des ouvrages
(ipeuconformes aux Reglesde
la PerJjteÛive,que}'avoisde\afait
l'Avant propos d'une Critique qui
[croit au jour ily a longtemps,si
mes-occupations avoient pu me
permettre de l'achever. Je croy
faire plaisir au Pere Lamy
,
du
moins cela me paroiss ainfi^par lu
maniere dont il s'explique sur 1,%
Censure que l'on voudra faire des
fautes qui pourroient eftrt rêpan
dues dansfinLivre, &comme
les Principes sur le/quels Rétablis
la Science de la Perfpettive fontsi
faciles efipositifs, que lesenfans
dela plus tendre jeunesse peuvent,
par leurssecours, en résoudre les plus
grandes difficulté£
,
je atais commencer
àfaire tracer la trentième
figure de te Livre patlefils de
Herve, &jem'engageàluyfaire
démontrer devant les Sçavans,
les fautes dont elle efl remplie. Il
ferait à foubaiter que le R. P. La.
my voulufty répondre, je contiz
nurois à examiner Joutes les fin
gures ju[ques à la derniere
,
afin
que toutes lesdifficulté^quise rln.
contreroient fussent si bienéclaircies
)
quepersonne ntgnoraisal'avenir
ce que cesî que
Le Point de vue.
VJngledevision.
La Diagonale.
Et la Preuve*
qui fontles quatre pieces fondamentales
du Defîdn & desquelles
le R. P. Lamy ria pointparlé. En
voilà affe7, pour affermir voflre
esprit chancelant. UAvantpro.
pos de la Critique du Livre du R.
Pere
, que je vous envoyeray au
premier ordinaire, affermira toutàfait
les Principes que je vous ay
donnez, 4e demeure>&c.
Le même MrAntier a donné
un avis au Public, qui merite
vostrecuriosité. Le voici.
MrAntier, Perspecteur Mathematicien,
ayant sçu par le
sentiment unanime des Sçavans,
que les Peintres, &auautres
qui s'occupent à dessiner,
ne peuvent rendre leurs
ouvrages parfaits, sans le secours
de la Perfpcétive,s'est
appliqué depuis prés de quaranteannèesàl'étudede
cette
Science, dans laquelle il a fait
de si belles découvertes,quoi.
elles fervent de principes & de
fondement pour en resoudre
les plus grandes difficultez ;
c'est ce qui l'engage d'avertir
les Peintres, Scul pteurs,Graveurs,
& autres Dessinateurs,
cpi veulent sçavoir la force de
leurTableaux,Medailles,Basreliefs
,
Estampes, & autres
Ouvrages, avant que de les
donnerau Publicpourn'estre
pas
pas exposez à une fâcheuse
Critique,)qu'ils pourront le
consulterincognito,&qu'illeur
dévelopera gratis
,
jufquaux
moindres defauts de leursouvrages
, & qu'il en fera la démonstration,
si on le souhaite
devant les plus experts, par la
preuve de cette Science, qu'il
a nouvellement découverte.
MrFoucher, Peintre renommé,
a fait depuis peu plusieurs
Tableaux d'Histoire
,
qui par
la - belle ordonnance, le bon
goust,la touche, & la regularité
que Mr Antier a reconnu
dans l'examen qu'il en a fait,
meritent d'estre vûs des plus
Sçavans; ils sont chez l'Auteur,
ruë des Bons-Enfans,
proche le Palais Royal.
Mr Antier donnera en
peu de temps & sans travail,
par des Principes certains, la
connoissance de ces fortes
d'ouvrages, aux Personnes
de qualité qui voudront en
avoit une pleine connoinance.
Ceux qui souhaiteront entrer
en difpuce sur le fait de
cetteScience,seronttres bien
reçus )& ils pourront s'adresser
chez M' Antier, ruë de
l'Echelle, au Lion dor, proche
les Tuilleries. Il continuë
à donner des leçons de
Geographie, d'Architecture,
de Fortification, de Perspective,
& d'autres parties des Mathematiques.
Le même Mt Antier n'est
pas moins ex pert dans les Mecaniques,
que dans la science
de la Perspectve.Voussçavez
qu'il y a longtemps que l'on
cherche les moyens d'empêcher
les accidens qui arrivent
par des chevaux fougueux &
indomptez. Mr Antier en a
inventé un qui fera d'une gran.
de utilité pour le Public. Vous
en jugerez par la Lettre suivante.
Je n'ay point trouvé
,
Mon.
(leurs de moyen plus apurépour
éviter à l'avenir le danger auquel
les personnes de qualité/ontexpo
fées, lors que des chevaux prennent
le mord aux dents; que celuy
d'un fimpie cordon, qui peut cftre
tiréAUjJi bien par le Cocher que
par les laquais
,
lorsque les p.ï"-
sonnes qui font dans le Carosse
n'ont pas laforce de lefaire. Vous
comprendre%aisêment cefecrct par
le dejjein que je vous envoyeray.
Jevous prie de remarquer que par
çecoupd'adrejje les chevauxferont
retenus & deteU^sur le champ,
Ji on leveut pendant que le Caroffi
fera arreflé tout court. Jefuis,
Alonfieurvcfke, &c..
On doit mettre au nombre
des plus beaux secrets ceux
qui peuventtous lesans sauver
la vie à beaucoup de personnes.
Vous memandez que je
vous ay envoyé laListe de tous
les Vaisseaux que le Roya fait
mettre en mer cette année,
hors celle des BâtimenscommandezperMrd
u Magnon.Vostrecuriosité
fera satisfaiteen
jettant les yeux sur ce quisuit.
VAISSEAUX.
Le Saint EsPrit.
MrduMagnon, Chef d'Escadre.
Hommes 490
Canons 76
L'Esperance.
Mr le Marquis de la Gallisfonniere,
Capitaine.
Hommes 410
Canons 70
Le Bourbon,
Mrle Comte de Blenac, Capitaine.
Hommes 1 410
Canons 66
-
La Syrene.
Mr le Chevalier de Mongon,
Capitaine.
Hommes 380
Canons 58
L'Excellent,
M' desHerbieres, Capitaine.
Hommes '-' 350
~Canons 60
Le Moderé.
Mr de Monbault, Capitaine.
Hommes 300
Canons 50
Le Françoîs.
MI de Pontac ,Capitaine.
Hommes 280
Canons 50
BRULOTS.
L'Eveillé.
Mrde l'Escalette
,
Capitaine.
Hommes 48
Canons 6
Le Dragon.
Mrde Raguienne, Ca pitaine.
Hommes hl 48
Canons 6
LeFourbe
MrdeGabaret, Capitaine.
Hommes 48
Canons 6
FLUTE.
La Providence.
M' Blanchard, Capitaine. Hommes 24
Canons 6
Autres Bastimens qui ont
joint cette Escadre aprés son
ddéé'ppaarrtt..
Le Capable.
Hommes 550
Canons 60
LeZeripzée,Flute.
Hommes 4a
Canons 6
Total des hommes 3100
Total des Canons 530
Les Galeres de Malte en
cours ayant appris le 16. Aoust
qu'il y avoit deux Bastimens
Turcs dans le Port de la Goulette,
prirent cette route avec
deux Brigantins Maltois qui
faisoient aussi le cours sur le
Zimbalo.Ces Brigantinsrencontrerent
pendant lanuit un
Bastiment prés de terre, &
n'ayantosé l'aborder, ils firent
fuséeauxGaleres pour lesavertir.
Mr le Chevalier de Ricard
de Neüles, Coufin Germain
de MrRicard, qui prit l'année
derniere la Sultane dont on
a parlé, fut détaché avec la
Galere qu'il commande, pour
aller reconnoistre les Bastimens
qui avoient esté apper-
- çus.Il yalla malgré les Officiers,
qui protesterent pour
ne pas aborder de nuit, & qui
luy crierent que c'estoit peutestre
une embuscade. Il prolongea
le Bastiment
,
& n'y
trouva que dix Turcs,lesautres
s'estant sauvez à terre avec
la Caïque. Les Galcres poursuivirent
ensuite leurroute,&
arriverent à la Goulette le 17.
au matin. Le General Spinola
suivi de deux Galère & de
deux Brigantins, enleva-en
VaisseauSaletin
,
qui estoit
moüillé fous le Canon de la
Forteresse. M' le Chevalier de
Ricard de Neüles passa au
travers deplusieurs Bastimens
François &Anglois, alla aborderunLondrequiestoit
fous
les murailles de la Forteresses
&l'enleva avec une intrepidité
& une valeur qui étonnerent
les Capitaines des Vaisseaux
étrangers. Il essuya le feu de ,la Forteresse
3
& perdit les
meilleurs Officiers de son Equipage.
Mrle Chevalier d'Osseville
sur tué en cette occalion,
Mrs lesChevalier de
Ris & de Bousseville furent
btessez.On peut dire que l'ancienne
valeur des Chevaliers
de Malte se fait remarquer
toutes les fois que ces Chevaliers
ontoccasion de combattre.
Je ne vous dis point que
lesFrançois se distinguent dans
tous cescombats, leursactions
parlent. Vous ne devez pas
estre surprise de trouver souvent
le nom de Ricard dans
lesRelations qui viennent de
Malte, puisqu'il y a cinq Chevaliers
de ce nom. Ils font tous
Neveux de Mr l'Abbé de Ricard,
Aumônier ordinaire de
SonAltesse Royale Monsieur
le Pue d'Orleans. Cet Abbé
en a huit dans l'Ordre de Malce,
mais il n'yen a que cinq
qui portent son nom,
L'Air que je vous envoye
a estenoté sur des paroles qui
font dans une demesLetres.
AIR NOUVEAU.
vOru esses belle,jeune,&fit-
-
ge)
Toutplaift en vous3 Iris - , tout charme
J tout engage. il ness rien qui necede à vos divins ~r,
Et vous me demandez d'où me vient
matrijlefft.
Cess que mon coeur3 Iris, bridefour
voussans cesse,
D'unfeuqu'encorvous ne connois
si"ptU


Les paroles suivantes sont lur
l'Airde,
Le SeigneurTurc a taison; &c.
Elles ontesté faites à table par
un Officier des Sevennes, à qui
un de ses Amis proposa d'aller
avec luyau Perou. ?E nirois PlUpour le bien - Ivfexpoferfur l'onde;
Puifqueje compte pour rien
- Uneterreen01fécondé,
Mai* pourguérir d'un Amour
) -QIïim'occupe nuit&Jour)
finis au bout du monde.
Le Sonnet qui fuit a esté faiJRsur
la mort dufeu Roy d'Angl«™
terre. L'Auteur ne se fait connoistre
que fous le nom dë-M5: B.
SVe tonfort efi heureux, Prince, à
e
Dieu. si sidelie.
Tuforsa'undn'tblcexil pourrentier
dans les Cieux 5 Vimpitoyable Mort en te fermant
les yeux,
Tl'ouvre Le clairfjour de lagloire immortCtiC:
Tu reprens une vie 0'-. divine G:" ll'iltveil",
Tu bois du pur ar-iair le vin delic-
cnx ;
slv. comble de t)'¡s biens place dans
.'S !JU!tJ lieux,
Tu te souviens encore de ion Peu-
;, l'j, -X- * * *
La ****Angleteire er toujours
dans ton coeur,
Tu ne peut voir le Schifmeyregnet
en vainqueur.
Elle qui fut des Saints la terre & le
partage,
Mais tes voeux y feront rentrer ta - vérité,
Ouy, ton Sceptre & taFoy dans ton
triplehéritage,
paffirQntpourjamais à ta Pojleritc.
On ne fera pas surprisqueje
vous parle souvent deMr l'Ambassadeurd'Espagne
, quand
on sçaura que de tous collez
des personnes de la premiere
distiction, & desSouverains
mesme,avec qui il n'a jamais
eu de relation,sont son éloge,
& luy écrivent pour luy témoigner
leur joye sur la justice
que luy a renduë le Royson
Maistre. Mr le grand Duc de
Toscane nes'est pascontenté
d'écrire à d'autresl'estime qu'il
avoit pour luy, il vient de la
marquer à cet Ambassadeur
même par uneLettre tres-obligeante,
quoy que ce Ministre
n'ait jamais eu l'honneur de lui
écrire, lesensible plaisir qu'il
prend à voir son merite si dignement
récompensé. Mr le
Comted'Ericeyra lui écrit aussi
de Lifbone
,
dans les termes
du monde lesplus obligeans.
C'est un des plus grands Seigneurs
dePortugal par sanaissance,
parsonbien, par ses
titres, & distingué par mille
qualitez personnelles. Il n'a
que vingt cinq ans. Il est sçavant,
il aime les belles Letrres,
il estime les Ouvrages d'esprit,
&ceux qui les composent. Il
parle François, Espagnol,Italien
comme sa Langue maternelle.
Il se plaistà lire les
Poëtes Latins, il les entend
parfaitement, &avec ces qualitez
, il a toutes celles qui font
aimet un honneste homme,
&qui font honorer un grand
Seigneur. Qij
Quelques personnes de condition
&de merite, qui parlent
Espagnol comme François,&
avec quiMr rAnibafbassadeur
seplaist à s'entretenir
sur des Ouvrages d'esprit,
ont vû la Lettre de Mr le çom.
te de Ericeyra
,
& ce Ministre
leur a permis de la traduire.
Cette traduction efi tombée
entre mes mains, je croy
vous faire plaisir de vous en
faire part. Vous verrez que le
tour Espagnol n'est pas aussi
éloigné qu'on lecroitdu tour - de nostre Langue;&quelors
qu'on entend bien les deux,
on peut dire delicatement
dans l'une tout ce qu'on dit
finement dans l'autte.
Traduction de la Lettre de
Mr le Comted'Ericeyra,à Son
ExcellenceMr le Marquis de
Castel dosRios,Ambassadeur
d'Espagne auprès de Sa Majesté
Tres Chrestienne.
éM01TSIEVR,
ilya bien tost deux ans que tout
commerceefifufpenduentrenous. Cette
interruptionfuiffroitfeulefourmefaire
plus penfer à vofire absence qu
vos emploiy. t:ostre Excellencesçait
que ceux de nostre Nationse connoiffent
en amitié & en sentimens
3
&
que nous en démêlons & les droits&
le pouvoir. C'est doncbeaucoup jOftffrirpour
un Portugais que de s'accommoder
ainji & à vofireoubli &
à vostresîlence. ilfautpresentement
que de mon coftéje le rompe dans le
transportdejoyeque me donne lanouvelle
de la Grande/Je de Vostre Excellence
,
ell"pour Elle &poursa Maison.
VOUdytrouvezpour vous,Monfeur)
une récompense du vray meritt,
mais vostre Maison ny trouve qu'un
titre de plus. Illuflre par eUe-mêmc)
elle avoit déjà dans son élévation
tout ce qui peut s'appeller Grand.Il
ne meftpas aisé d'exprimer quels effets
a produit en moy cette nouvelle;
mais VostreExcelleuce le comprendra
sans peinefîelle veutpenfer à tout ce
quejefeaydonner au devoir&à l'inclination.
Maurois beau me défendre
dans cetteoccdjioncfen temoignerma
joye à Voflre Excellence. Je cede)
Monjieur) à la reflexion quejefais
sur toute l'étenduë de vos talens ; &
sur le rang éclatant qu'ils vous donnent
dans lemonde. L'Efpdgne vous
doitsa plus fure conservation
3
& la
réunion la plus indivisîble defin bonheur
& de sa gloire dans un Prince
qui réiinit en iuy, & quijuflifleseul
toutes les circonstances du droit & de
la raison.Cefl ce que le Portugal a
reconnu avec flaiflr3 &cefl ce qu'avecjoye
je luy ay vu reconmiflre. Je
voy par là trois grandes Monarchies,
conformement a vos projets 3fe réunir
par art, comme la nature les unit
parleurjïtuation. le regarde l'esprit
de Voftrc Excellence comme le centre
d'où partent tant tfheureux (uccés.
Vous cfles Espagnol de nai(fiance >
Portugais d)inclznation, CS François
parle Mmificre, 6" /w tous ces
Titresi cnfin, digne de adairation
6"desbontezde ce grand Monarque
qui s'efiacquis par tout avec tant de
yaifon le surnom de Grand. Voila
ce quej'admire & ce que je pcrc en
homme quiCI plus quunantresifiuccre
amy de Vostre Excellence,(si son
sideliefeiviteur. Four duivnr tonte
leur fuite à tantdegrands Cucces
£, .J" ,
¡., 'v" ,,-/,.IJ,) I.!~¡~ f')attens l!a con.fcirmation d'eL"ïaffIirrance
qu.'o,nmedonneque l'on'fliu(ge ou .vo,us cites a y retenir Al1 le ?,[arviis de
Sentwanat, vcj.rc Fus
, p-ar une alliance
qui ne pourvoitcfrequ'avai:- 1r: ,e7l elle vil,
;"tageufe,desquelleferaitdevofire:
choix. Du JlfJ.n dont vous estes, Je
fuis bien sur qu'avec dit tien vous
v,,,,),,,,,, de la nai(fiance.
;¡"v.f~, {£, ~h (.,/1. On
On ne pense icy qu'à la guerre, &
onnefonge qu'aux vrais moyens de la
soûtenir. A la premiere voix qui
nous a rappeliezde nostre létargiey
l'ancienne valeur Portugaise s'est
Itu/li rappellée d'elle même. Sa Majessè
a distribué tous les Emplois aux
gens d'épée qu'elle en ajugé lesplus
dignes.Nous attendons tous l'arrivée
de quelqueFloteennemie,avecbeaueoupplus
dJempressement qne de crainte
ny de soupçon.
Le Roy a donnéà Mr le Comte de
Sarclas, mon Beau-pere,.la Direction
des Finances de la repartition
des Indes. Cet employ vacquoit depuis
la mort de mon Pere. Ml le
Comtede Sarclas necommande donc
plus les Vaisseaux du Roy. Sa Majessè
a souhaité que Mr le Comte de
Saint-Vincenteût ce commandement.
VousfÇavezqtlilcjloitCenerdld'Armée.
Mon Beau.pere quitte par let
un grand Possej & ceux qui ontadmiréla
maniere aveclequel il s'en est
acquitté) admirent le desînteressement
avec lequel il le cede.
Voila ce qu'ily a deplus nouveau
en cette Cour, où Vofire Excellence
neferajamais oubliée, &où l'on confervefatoujours
les grandesidées
qu'on en a. Pourmoy, Monsieur,j'y
conferveraytoujours pour vous le refpeff
le plusJinccreavecla vénération
la mieux établie. Jesupplie Voflre
Excellence de regarder mes exprcjïons
comme mes Jentimens les plus veritables.
Je demande à Voflre Excellence
quelques nouvelles qui regardent les
telles Lettres, quenous efiimonstant
&vous & 1110] :jesçay quesion les
négligé ailleurs, on lesprotégé&on
les cultive bien en France.
Jefélicitéy.E du choix qiïelle
afait four son Confesseur du Pers.
Don Louis Caëtan deLimaTheatin.
Cest un homme d'un vray merite,
Ma Mere & ma Femme vous
affurentmille fois de la joye qu'elles
ont de la nouvelle Grandeffc de
V. E. & moy je l'ajjure que personne
ne peutfjlratplus que je lefuis,Monficur,
de V. E. le tres-humhle, e;.c.
A Lisbonne le 5. Sept. 1701. LECOMTED'ERICURA.
Les Verssuivans ont esté faits
par Mademoiselle de Sinelet.
STANCES
- Sur lamortduRoy d'Angleterre. 0 Toy! dont les Vertus par tout
ontfait éclat!
Prince, élu de ce Dieu qui fit toute
ta qdoire!
On t'honore icy-bas> dans cet heureux
climaty
Tandis que tu joiiis des fruits de ta
victoire.
Sensible a ton amour3 content de ton
ardeur,
jl refut ton encens, tes voeux, tes
sacrifices,
Touché de t'avoir vu mepriser ta
grandeur,
Zlytuteftre àjamaisl'objet de tes
delicesL
JDclivré des ennuis qui troublent les
humains ;
Danslefein du repostu n'aurasplus
de crainte;
Et ton ame au;ourd'buy dans sesdivinesmains,
,
Ne pourra reffintil de mortelles au
teintes.
Quel plaisir de j'unir à cet Estre
Eternel!
Et d'osersans trembler, envifaçerfa
face,
Heureux dans cet eflat tfun triomphe
immortel)
Tuvasgoûter en paix leseffetsdesa
grâce.
Cette Epouse qui fuit la trace de teS
pas5
y¡r¡.ime desmalheurs de l'aveugle
Fortunej
A ce Dieu Tout-puijjant immolant
sesappasf
Soutient avec grandeursa vertu non
commune.
Elevée à jon tour dans ce rang glorieux
,
Qui ravit ton esprit) transporte
ton ame ;
D'un pompeux appareil,éclatant à
tesyeux,
Tu la verras brûler du beau feu qui
t'enflàme.
Mortels,pourquoy gémir enperdant
ce grand Roy !
J'il meurt, ne vit-ilpasauTcmple
deMémoirel -.
Dégagé pour toujours des rigueurs de
la Loy
DDooiitt--o¿nn le*3 d¡¿IU les brtt.f de
rci-rcter dans bras laGloire
Je vous envoye une traduction
de la RelationEspagnole
du Voyage du Royd'Espagne
en Aragon, & de son Couronnement
à Saragosse. Cette
traduction ayant esté faite par
une per sonnedistinguée par
son esprit, & qui entend parfaitement
bien la Langue Espagnole
,
j'ay cra qÜë jSr/£
devois rien changer.
Le Roy d'Espagne partit de
Madrid le 5. de Septembre à
quatre heures & demie du soir,
pour son Voyage de Barcelone
,
où la nouvelle Reine
d'Espagne se devoir rendre à
peu près dans le temps que ce
Prince y arriveroit.
Sa Majesté Catholiquefit
entrer avec elle dans sonCarosse
Mr le Duc de Medina-
,Sidonia' & Mr le Comte de Bc*
neventé, quisemirent sur le
devant, &,Mr le Comte de
Marfio
,
Ambassadeur Ordinaire
de France, & bon Garcia
de Gusman, qui se placerent
aux portieres. Sa Majesté Catholique
arriva àAlcala àsept
heures & demie du mesme
jour. Le lendemain matin Sa
M. C. alla visiter le corps de
Saint Diego, & l'aprés midy,
les faintes Hosties du College
des Jesuites. Elle partit enfuite
d*AICOIA, & alla coucher à
qMaaalaxarA
,
où elle arriva six heures & demie. Elle donna
le reste de la journée au
divertissement de la Chasse,
où les Espagnols admirerent
son adresse.
1. Le 7. elle partit pour aller
coucher à Tari/a. Elle y arriva de bonne heure. Elle alla tirer
le reste du jour, & ordonna
que tous ceux desa suite
qui n'estoient pasobligez d'estre
auprès de sa Personne,
prissent un jour d'avance pour
-
la commodité des Equipages
& des logemens.
Le 8,le Royalla coucherà
Algora; le 9. à Alcolea, le 10. à
Matanchon, le11. à Tortucr*>
où finit le Royaume de Castille.
Il n'a pas manqué un
seul jour d'allerà laChasseen
arrivant dans les lieux oùil
devoir coucher. Il a dispensé
de la moitié des droits &subsîdes
que ces peuplessont
obligez deluy payer, tous les
lieux de son passage, où on
luy a fait voir que la sterilité
des dernieres années les avoit
incommodez.Il en a usé avec
une charité égale à l'égard de
tous les Pauvres qui se font
presentez, ou dont on luy a
parlé. Il a ainsi continué sa
route jusqu'à Saragosse,où il
arriva le 16. Il passa le mesme
jour par leMonastere Royal
de Sainte Foy, de l'Ordre de
;
Cisteaux, où l'attendoient
pour le haranguer, le Gouver.
neur du Royaume, le Consistoire
dela Députation,& le
Tribunal de l'Inquisition,avec
tousles Corps qui estoient en
droit selon lesCoutumes,de
paroistre en pareilles occasions.
Toutes ces ceremonies
se sont faites suivant l'usage
ordinaire.
Mr le Marquis de Camaraca,
Viceroy d'Aragon, avoir déja
receu Sa Majesté Catholique
sur les Frotieres dece Royaume
,
accompagné de la Noblesle,
desOfficiers, & de
tout ce qu'il y a de gens titrez
ou Officiers de marque.
L'Ambassade du Royaume
avoic aussi déja receu & harangué
Sa Majesté Catholique
à Daroca,& celle de Saragosse,
dans la VilledeMuel.
Il ne seroit pas aisé d'exprimertoutce
que le Royaume
r
d'A ragon a fait voir de respeâ,
de zele & de tendresse à
l'afped: & d'un Monarque qui
gagne les coeurs par son seul
afpeft,qui soumet les esprits
par une raison & une conduire
qui sont au dessus de son âge.
Sa Majesté Catholique arriva
sur le foir à Saragosse.
Plus devingtmille personnes
l'artendoient hors de laVille.
A peine découvriton ce Monarque
,
qu'on fit retentir de
toutes parts des cris de joyëj
jusqu'alors inconnus en Espagne.
Jamaisapplaudissemens
n'allèrent plus loin. Sa Majesté
Catholique avoir eu beau défendre
qu'on ne luy fîst aucu- -ne entrée jusqu'à ce qu'elle repassast
avec la nouvelle Reine;
l'on obeit à l'égard de quel-
-
quesceremonies,maisrien ne
-
pue retenir le zele & l'affection
des peuples. Toutes les ruës fc
trouvèrent magnifiquement
tapissées &ornées. Les Illuminations
n'y ont pas difconrinué
toutes les nuits,& les ap.
plaudissemensny ont cessény
nuit ny jour. Le Roy entra
dans cette Ville par la nouvelle
porte de Nostre-Dame del
Rotillo, qui à peine venoit d'estre
achevée, comme si on
avoit eu dessein d'en faire un
Arc de triomphe, pour celebrer&
pour éterniserun pareil
bonheur. Les peuples en tirent
un bon augure;&ils ont tous
remarqué que le Ciel de concert
avec eux, sembloit déclarer
que les portes par où avoient
passé les autres Rois,
nesuffisoient pas pour l'Entrée
dun si digne Monarque. Il
entra à cheval danscette Ville.
On futébloüidesa bonnegrace,&
decetair demaiesté,de
bonté & de grandeur qui est
né avec luy. Il est certain que
le Roy d'Espagneest tres bien
à cheval, & on ne fera pas
surpris qu'on ait admiré à Saragosse,
ce que tout le monde
a applaudi en France. Toutes
les Relations qui nous en sont
venuës portent qu'à sa beauté
on l'a cru un Adonis, & qu'à
son air guerrier, on l'auroit
pris pour le Dieu Mars, s'il
eust esté moins beau & moins
jeune.
On avoit élevé à sa gloire
trois Arcs de triomphe ma.
gnifiques & bien entendus.On
n'y avoit rien épargné. L'un
estoitau houtdela ruëS. Paul,
l'aurre a la sortie del Gofo;&:.
le troisiéme devant las Casas
del Reyno, en forme d'Obelisque.
Cette Description me
meneroit trop loin si je la
voulois faireen détail; maisil
suffitde dire que rien n'estoit
plus riche, ny de meilleur
goust. Sa Majesté ne s'arrêta.
que devant l'Eglise del- Salvador.
Elle y entra, pour y
prier à son ordinaire, avec
une pieté qui édifie également
les plus grands Seigneurs
& le peuple. Ce
grand Prince à un fonds
d'une Religion sincere qui
avec tant d'autres grandes
qualitez le rend encore plus
pretieux à tous ses Royaumes.
Sa Majesté alla de là au
Palais Archiépiscopal, suivie
d'un nombre infiny de gens
de tous Etats, qui tous comme
die une des Relations
Espagnoles, faisoient passer
par leurs yeux son image dans
leur cecp,rs pour y imprimer
son portrait,& pour l'yconferver
avec amour respect &
zele,jusqu'à la derniere goutte
de leur fang & au dernier
soupir de leur vie
A l'encré de la nuic Sa
Majesté alla à l'Eglise dd Pilar
& aprés y avoir fait sa priere
Sa Majesté monta jusqu'a
cette Sainte Image, & luy
baisa la main avec une devotion
dont tout le Monde
se sencittouché.
Le Roy revint au Palais
Archiepiscopal. Les acclama-
& les cris de joye de vive
le Roy ,
vive Philippe V. ne
discontinuoient pas. Toutes
les Relations convienent que
ces applaudissemens y parurent
sans exemple.
SaMajestévitdes fenestres
de ce Palais, un fpeâa.
cle ingenieux qu'on luy avoit
fait préparer sur la riviere
d'Ebre. C'estoit une course
de Taureaux de feu, inventée
avec beaucoup d'Art, & éxecutée
avec beaucoup de succés.
Le Samedy dixseptiéme
Sa Majesté retourna dés le
matin à Nostre-Dame del Pi-
Ur. Et de là au Templedel
Salvadorou elle presta le Serment
qu'on appellede losfueros,
Cette auguste Ceremonie
se fit avec tout l'éclat qu'elle
meritoit , & dans les formes
qui ont esié pratiquée
par les autres Rois. Ce Serment
tient lieu de Couronnement.
Sur le soir
-
il y eut une
course de Taureaux sur le
rivage de l'Ebre. Le concours
de monde y fut prodigieux,
& on remarqua que dans utv
spectacle qui est si fort du
goût de cette Nation, personnene
regarda la course & que
toute l'Assemblée eust toules
yeuxattachezsurle Roy.
C'est donc le 17.de Septembre
que Philippe V. a esté
couronné Roy d'Arragon.
Tout ce Royaume & toute
l'Espagne en tirent des augures
dignes de leur Religion,
deleur amour, &de leur zele.
C'està pareil jour que mourut
Philippe IV. C'estle jour dela
naissance deleur nouvelle Reine.
A pareil jour, & dans le
même lieu du Couronnement,
Saint Pierre
-
de Arbués souffrit
le martire pour la défense de
-
la Foy
3
aprés s'estre opposé à
l'impieté & àlabarbarie des
Mores;& à pareil jour, Saint
François reçut les Stigmates.
Il est fort naturel qu'une Nation
aussi Catholique, & aussi
fidelle en tire de grands sujets
d'esperance
)
& de consolation.
Le lendemain 18. le Roy retourna
au Temple del Salvador,
où il fit ses dévotions. Il
communia de la main de son
Confesseur. Il retourna au Palais
Archiepiscopal, où ilcommença
la Ceremonie de donner
sa main à baiser. L'Archevêque
de Sarragosse entra le

premier à la teste de cetilluftre
Chapitre. Il fit une harangue
pleine de sentimens & de
pensées élevées & delicates.
L'Université vint après, avec
tous ses Docteurs, & ensuite
les Députez & tout le Consistoire
,avec les quatre differens
Etats, qui réünis, representent
en Corps tout le Royaume
d'Aragon. Ilseurenttous
l'honneur de baiser lamain du
Roy.
L'aprésmidy Mr le Comte
de Peralada &,.,Ilba terra t
de la
Maison de Rocoberti
,
proche
Parent de Mr le Marquis de
Cassel dos Rios, Ambassadeur
: -. d'Espagne
d'Espagne en France, fit prêtent
à Sa Majesté Catholique
de douze beaux chevaux tresrichement
enharnachez. Le
Roy trouva ce presentmagnifique
,
& digne de luy ,ainsi
que de la naissance etay
qui le faisoit.
Le Peuple ne pouvant pas se
rassasier de voir un Roy qui
luy est si cher, luy presenta
une requeste pour le supplier
qu'illuyplust de luy accorder
la grace de le voir plus
commodement. & de vouloir
pour cela se promener à cheval
par les ruës. Le Rov avec
sa benignité ordinaire leur accorda
cette demande sur l'heure.
Toutes les rues se trouverent
tapissées de" ornées
comme le jour qu'il estoit
arrivé. On ne peut pas exprimer
à quel point ce peuple
innombra ble se sentitheureux
en le voyant. Ledétail de
cette Cavalcade meriteroit
une Relation entiere. S. M.
la finit à l'Eglise del Pilar, où
ellealla enc—ore faire sespr ieres.
Dés que la nuit parut on tira
un tres beau Feu d'artifice au
milieu de la riviere d'Elbre
, devant lesfenestres du Palais.
lesIlluminations continuerent
toutes les nuits, avec des
Tours& des Chasteaux en feu,
& avec d'autres inventions singulieres.
Le lendemain 19. SaMajesté
entendit la Messe au Temple
delSahador,&l'aprésmidy elle
alla à l'Eglise de Santa Engracia,
visiter les corps desSaints
Martirs. Le concours du peuplela
suivant par tout avec des
acclamations & des benedictions
quiinteressoient le Ciel
& la Terre.
Sa Majesté-partit le20sur
le foir
, pour continuer sa
route, & pour se rendre à
Barcelone plûtostqu'elle ne
l'avoic re(o)u
,
sur l'avis qu'elle
avoit receu quela nouvelle
Reine estoit partie de Turin
le 12. On ne peut rien ajoûter
àtout ce qu'a fait dans cette
occasion laVille deSaragosse.
nyà la maniere dont Sa MajestéCatholique
y a répondu.
La Relation quisuit aesté
euvoyée de Naples à un Cardinal
qui fair sa résidenceà
Rome. Je croy que je vous
en envoyeray encore d'autres
avant de fermer ma Lettre.
DeNaples leij.Stptemb.ijoi.
J Ay eu l'honneur de rendre
compteà Vostre Eminence,
Samedy dernier, de la découverte
quis'estoit faire par mi.
racle d'une Conspirationcontre
la personne du Viceroy de
Naples, de l'intelligence que
les Conjurez avoient dans le
Chasteau neuf, qui leur devoit
estre livré après sa mort, &
de la consternation universelle
que les mêmes Conjurez,
voyant leur projet découvert,
jetterent dans toute la Ville,
pour exciter une révolution
generale. Les Chefs de cette
entreprise qui se tramoit de
puis longtemps
,
estoient le
Prince de Macchia Gamba
Corta,leDuc deTelesse Grimaldi,
le Duc de CastellucciaSpinelli,
DomTiberioCaraffa,
Dom MalicioCaraffa,
Dom Giuseppe Cappecci, &
Dom Carlo de Sangro, tous
Cavaliers Napolitains, & des
meilleuresMaisons. Ils devoient
faire leur coup Jeudy
au soir 22. ayant posté des gens
armez dans quatre Carosses
,
pour assassiner le Viceroy à.
deux heures de nuit, dans l'endroit
qu'ilssçavoient qu'il devoit
passer,mais ne le voyant
pas paroistre
,
& ne voyant
pas non plus les signaux dont
ils estoient convenus pour
s'emparer du Chasteau neuf,
ils assemblerent tous les bandis&
lesbrigans qu'ils avoient
fait venir de dehors, & qu'ils
avoientramassezau dedans,
&commencerent à trois heures
avant le jour à se disperser
dans les quartiers deSaint Laurenc
& du Marché, criant
vive l'Empereur, & ajoûtant
que le Roy des Romains
estoit dans Naples avec nr
mille-Chevaux
, que le Marquisdel
Vasto,le Prince cte la
Riccia & le Ducd'Ayrolles,
l'avoientsuivi avec beaucoup
d'autres gens armez en même
temps ils s'emparcrent de
l'Eglise&du Clocher deSaint
Laurent, & du Clocher de
Sainte Claire, oùils se fortifierent.
Le jour estant venu,
le Prince de Macchia marcha
dans les ruës à cheval avec une
grande suite, fit ouvrir les
Boutiques desarmuriers pour
prendre leurs armes, entra
dans les maisons des particuliers,
&desCavaliers pour le
faire donner des armes & des
chevaux, fit saccager quelque
maison de Magistrat, & envoya
enfuice dans !a Vicairerie
, oàfbnc les Tribunaux,8c
dans tous les autres quartiers
delàVilleoù ilya des prisons,
pour les forcer,& mettre tous
les Prisonniers en liberté. &
pour pour déchirer & brûler
tous les Registres & Papiers
desTribunaux, &desEtudes
des Notaires.
Dans une si grande confusion
chacun se renferma chez
foy, ou se réfugia dans les
Convent, & la Nobkflè qui
le trouva dans les quartiers
moins exposez au desordre, se
retira au Palais, où tout le
monde estoit concerné, ECJ
sçachant quelle résolution
prendre, sansTroupes,&sans,
Ravoiraussi la difpoûtion disc
Peuple.
Le Viceroy voulut menter
achevai, & se faire voir da
les rues, mais tout le monde
s'y opposa, & quelques Seigneurs
le firent retirer dans
Chasteau neuf, en luy disant.
-
que sa personne n'essais pas
mesme en seureté parmy la
Noblesse. Enfin le Prince de
Montefarchio, âgé de quatre.
vingt ans, sort aimé du Peuple
& de tout le monde, avec
le Prince de Castillon, offrit de
s'aller montrer dans les ruës
pour reconnoistre la sïtuation
des efprics. Ilfemit en chaise,
ses deux Enfans à ses costez,
& suivi de beaucoup de NoJ
blesse, de deux Compagnies
deCavalerie, & de quelques
Compagnies d'Infanterie, il se
fit voir dans plusieurs quartiers
delaVille, & rassura par
sa presence les bons, & retint
ceux qui pouvoient estre
ébranlez. Cette sortie fit con*
noiltre que le Peuple ne suivoit
point le Parti des Rebelles
qui n'avoienr presque attiré à,
eux que lacanaille& desmalheureux.
Dans cette disposïtion le
Viceroy prie des mesures plus
justes pour pouvoir forcer les
Rebelles dans les posses donc
ils s'estoient emparez. Il fie
amasser pour cet effet autant
, de Troupes qu'il pût, sans î
dégarnir entièrement les Chafteaux,
ny les Galères de Sicile,
celles de Genes neftant pas i
encore arrivées dans une oc* j
casion si necessaire ; & le lenlemain
matin 24.la Noblesse
lyant pris les armes au nombre
d'environ deux cens, se
nit en bataille dans la place
du Palais, avec les douze
Compagnies de Cavalerie &
d'Infanterie, parmy laquelle
se nuflerent cinquante a soixante
François de bonne vo.
lonté, letout ensemble pouvant
faire mille hommes. Le
Prince de Montefarchio à la
teste, & le Duc de Popoli.
General de l'Artillerie, suivi
de deux pieces de Canon de
vinge- quatre.
Ce petit Corps marcha en
bon ordre hors la porte du
S. Esprit OÙ"font les Magasins
de bled de la Ville, où ces
Rebelless'écoient retranchez,
& avoient laissé une garde de
cinquante hommes, qui furent
forcez d'abord
,
& ensuite il
continua sa marche, s'emparant
peu à peu de divers po.
fies où les Conjurez avoient
des gardes, & les obligeant
à(e retirer plus loin,&mefme
jusqu'à Saint Laurent, ou il
fallut longtemps difpurer le
terrein; mais enfin le Canon
faisant perdre l'esperance aux!
Chefs de pouvoir resister dans
ce poste, ils se retirerent &
n'ayant point d'autre retraite,
le Prince de Macchiasortit
hors de la Ville avec vingrcinq
ou trente personnes. D. -
Carlosde Sangro fut pris dans
l'Eglise de Saine Laurent) &
conduit dans le Chasteau neuf.
On ne sçaitce que sont devenus
les cinq autres; mais on
soupconnequ'ils peuvent efire
reflez dans la Ville, où l'on
fait toutes les diligences pour
les découvrir.
; Le lendemain Dimanche
25.on prit dans leConvent de
Saint Laurent le Baron Cha.
stenet
,
qui a esté aurtefois
Secretaire de l'Ambassade tous leComte de, kie<;htenftein,&:
puis à Rome pour le service
de l'Empereur, & en dernier
lieu, pour conduire,& mener
à sa fin la Conjuration qui
vient d'estre découvcttc, la- quelle l'ouvrage de son
tfprit- Onl'a trouvésaisi d'une
Instuction, & de beaucoup
deLettres de **>f** comme
aulli de tous les Pa piers & Mémoires
inltru<5hfs pour faire
re'uflirfon projet, lesque ls fervent
aussi à découvrir tous
ceux qui ont part directement
ou indirectement dans cette
affaire.
Les desseinsdeChassenet,1
Neveu deLyzola, ne se bornoient
pas à faire révolter le
Royaume de Naples; il avoic
encore des intelligences dans
celuy de Sicile: & le Viceroy
le Dimanche 25 envoya une
Felouque pour en donner avis
au Duc d'Afcalona,afin qu'il
foit sur ses gardes. Le Duc de
SarnoMedicis & le Prince de
VallePicolomini partirent Dimanche
avec beaucou p degens
armez,pour chercher le Priace
de Macchia, qu'on croit
estre assiegé dans les montagnes
à quinze milles d'icy, &
on envoya en mêmetempsdes
ordres à tous les Gouverneurs
des Provinces de mettre des
gardes dans tous les passages
pour l'arêter,&pour empêcher
le deforcire
,
& les mouvemens
queChaflenct y vouloic excirer
dans le même remps qu'ils
esperoient se rend re maistres
du Challeau neuf de Naples,
par les mesures qu'ils avoient
prifesde tous costez. En esser,
on a vû la Ville d'Averse se
révolter dans le même temps
qu'on y eut avis des mouvemens
de Naples, & se remetmettre
dans l'obéissance du
Roy d'Espagne, dans le moment
que le Viceroy y envoya
une personne de considerai
tion, qui fit connoistre aux
Habitans que la Noblesse &
le Peuple deNaples n'avoient
aucune part dans tous ces
mouvemens. Quatre ou cinq
Bandits qui avoienc excité la
révolution d'Averse,ont esté
pris,&conduits dans le Chafteau
de Naples. Le Duc d'Ayrolles,
qui n'avoicaucune parc
à tous ces mouvemens ,
est
revenu a Naples, & le Viceroy
luy a saic beaucoup d'accueil.
On arrend aussi de
moment à autre le Prince de
la Riccia, contre lequel iîny
a aucun soupcon. A l'égard
du MarquisdelVasto, on n-e
luy im pucerien non plus,&il
a continué d'écrire qu'il alloit.
en Espagne;
La Conjuration a esté de.
couverte par un Gatde Magasin
duChasteau neuf, auquel
-
un autre du même Chasteau,
qui estoit du complot-, ayanc
demandé quatre. vingt Moufquecs
& quatre-vingt paires de
Pistolets; & n'ayant pû les
obtenir,illuy fit confidence
de tout, luy disant que l'Em.
pereur estoit le maistre de Na.,
ples, qu'on devoit assassiner
ce jour là le Viceroy à deux
heures de nuit; que le Château
neu f devoit estrelivré à Tinstant,
& que toute la Noblesse
& le Peuple estoient de cette
faction Le Garde Magasin
étonné de ce discours, l'alla
conteràsonFrere,quiétoit un
Docteur, lequel allaau Palais,
où il n'osa rendre compte de
ce qu'il venoît d'entendre,
tant il y trouvoit peu de vraysemblance.
Cependant près
avoir examiné le Garde Magasin
,
& celuyquiavoit declaré
le secret, lequel nomma tous
les conjurez, tant de dedans
que de dehors du Chasteau.
Le Viceroy fit assembler le
Collateral, & envoya chercher
le Duc de Popoli, qui ayant
apris ce qui se passoit, fit en
trer promptement par le Palais
cinquante Soldats dans le
Chasteau neuf, ordonna qu'on
safluraft des Traistres, &envoya
desordres aux Capitaines
de se porter avec tous les
Soldats de son Corps de garde
levant la porre qui est du costé
le la Ville. Tout cela s'executa
vers une heure & demie de
luit;ainsi il n'y avoit point de
noment à perdre.
t Jereçoisencemomentune
lutre Relation de la même
affaire
, que je croy devoir
ajoûter à ceUe.cy, afin que
vous trouviez dans l'une ce
qui a estéoubliedans l'autre.
Cette seconde Relation vient
d'un si bon lieu, qu'il n'y a
pas à douter qu'elle ne foie
veritable dans toutes ses circonstances.
1 La Sedition excitée dans
Naples par un Prince de Mac.
chia,qui est d'une naissance
ordinaire, & de peu d'estime,
qui a esté quelque temps à
Madrid, & qui en eH revenu
depuis six semaines, & par un
Duc deFalesio, d'ue Famille
Genoise, ruiné par un Procès
criminel qu'il a eu, & qui a
quelque parenté,àcequel'on
dit,avec le Prince deCaserre,
delaMaison deCaëcano Ro
main, quiavoitlevé quelques
Banditsautour de ses Terres
de l'Etat Ecclesiastique
,
n'a
duré que vingt- quatre heures,
& n'estoit composée que de
miserables,
miserables, à qui l'on avoit
distriqué quelque argent. Les
gens de la premiere qualité
sont allez en foule trouver le
Viceroy
,
& offrir leurs vies&
leurs épées pour le service du
Roy Catholique. Le Duc de
Popoli, General de la Cava.
lerie, monta à cheval avec une
grande suite de Noblesse. Le
Viceroy donna une amnistie
dont il n'a excepté que les
Chefs de la Sédition. La plus
grande partie de ceux qui s 'estoient
sou levez,s'estiotaussi
tost soumise. Quelque reste
qui sembloit vouloir faire résistance
, ayant vû de loin le
Canon ,& leDuc de Popoli
marcher avec beaucoup de
Noblesse, s'est appaisée,&a
receu l'amnistie; quelques.
uns se font mis en suite, &
on les poursuit dans la campagne.
On a arresté un Sagro,
& l'on croit qu'il a esté déjà
exccuté. Le Prince de Caserte
n'est pas arrivé à temps à Naples
pour soutenir cette belle
entreprise. Le Papeuse detou.
tes sortes de rigueurs contre.
son Palais & ses biens, pour
avoir amasse quelques Troupes
dans l'EtatEcclesiastique,
-
& estre sortide Rome contre
l'ordre exprés qu'il luy avoit
donné de n'en pas sortir. Le
Marquis del Vasto ne paroist
pas avoir pris aucune part dans
lOJt cela.
1 Le Viceroy ,qui avoit parte
de son Palais auChasteau neuf,
y est revenu, & tout esi plus
calme que jamais.
1 Ce qui est de plus considerable,
c'est que dés que le
Pape eut avis de la Sedition,
par un Courrier du Nonce,
quoiqu'il sçeût que la Noblesseestoit
allée trouver leViceroy
) & marchoit dans les ruës
pour l'appaiser ,il dépêcha
aussicostauCardinal Cancelmi,
Archevêque de Naples,
pour luy ordonner de publier
qu'il reconnoissoit Philippe V.
pour legitimeRoy de Na ples,
& que lasuspension de l'investiture
ne regardoit que des
formalitez,& n'avoit nul rapport
aux droits du Roy d'Espagne.
Cela vaut mieux que
l'Investiture même; de forte
que par l'évenement cette
fausse tentative n'aura servi
qu'à affermir davantage sa do.
mination dans ce Royaume,
& par un contre.coup sur
l'Erat de Milan, reprimera
davantage ce qu'il y avoit de
mal- intentionnez.
L'Ouvrage qui fuit est de
MrDader.
ODE
Sur l'accident arrivé à Ma dame
le Camus, quia perdu lavûë
depuis quelque temps.
0 Toy:, qui du haut du, Parnasse
Nous attache à tes Autels;
Ignore-tu ce quifepaffe
Dans les coeurs des trisses mortels.
Za douleur a saisiuojlre ame5
Et nous déplofons tour à tour
L'accidentd'uneillujlrc Dame
Quisans mourir perditlejour.
Sa maison, commode & tranquille
? E{toit ouverte aux beaux efyritsj
Et le travail duphts habile
y rencontroit sonjufieprix.
De tes Eleves protectricej
Elle eut poureux mille douceurs
3. Et tu ne peux sans injufiiee
L'abandonner à(es douleurs.
Exauce doncnefre priere
, Incomparable & liondPhcebus ;
Source Iternc!le delumière
Daizne larendre à Lecamus.
FuiJJant Dieu de la Medecine,
Si tu veux calmer nosregrets ,
En faveurde cette ETeroïne
Epiiife tes meilleurs Carets.
Maisjquentens-je:cejtelle-marne.
Qui feusensible à mes accens ,
Se mocque de l'erreur extrèmç
Dont la Fableséduit nos Cens.
Une priere de la forte
Ne peut rien pour sa guérison ;
Et le %ele qui la transporte
Mefait une utile leçon.
Ilfaut donc changer de tangage;
Et de mon eJPrit enchanté
Eloignerpourjamaisl'image
De ce que la Fable a chanté.
Ott;, cefl en vain queje timplore>
Vil AppoUon) Dieufabuleux;
Ce riefiqu'auvray Dieu qu'elle adore
Queje dois adresser mes voeux,-
Rien riefi égal à sa puissance
De ce MedecinSouverain
Etsajujiiee
,
&sa clemence
Revient le fort du genre humain.
1
Quelque mal qui nous environne
Fièvre
3
douleur, aveuglement3
Toutdifparoifi quand ill'ordonne >
EE/tCseedidj~jsîpi e en un moment.
Afit parole; la lumieie
Sort de l'abime du neant > Et commencesa carriere
A la gloire du Tout-puiffint.
De cette Aveugle qui te frie).
à
SEIGNEuR>recompense la foy 5
A tout moment elle s'écrie
Fils de David, çuerijjez-moy.
Par ces- parolessi touchantes,
Les Aveugles destemps paecz,
Dans leurs douleurs les plusprenantes
Ont mérité d'eflre exaucez^
Elle a comme eux même créance,
Avec la même infirmité ;
Autant d'amour & d'esperance
Avec autant d'humilité.
Touchez, de ta main adorable
Leurs yeux revirent le Soleil;
Lecamus3 dans un maifemblahle
Ore esperer un fort pareil.
Totu Jesjoursfont de nuits ohfcures
y
Triais3confiante dam son malheur
7.
Sesyeuxfermezapx creaturesy
Sont ouverts sur le Createur..
Apiés le CHRISTellefoupire,
Et toujoursfiàeLle ases loix
,
T 'aveuglement efitun martire
Qui l'attache au pied de la Ctoix,
C'efi-là qu'elle implore son aidej
Et cefila. qu'immolantson coeur,
Elle croit trouver le remede
Qu'elle n'attend quedu Sauvettr,
Ta volontéregle la sienne
, SEIGNEUK ) prens pitié de fei
maux j
Et d'une vertusi Chrestienne
RReec,-oommpeJ.fè ter/s les travaux.
Soncfi-ûirnaiif defit foy vive
Etpar ta grâce il efl hornéi
Couvre fisyeux de la salive
Dont tu guéris l'Aveugle né.
L'Article qui fuit eil si délicatement
écrit,& d'une manièresiaisée
& si noble, que
je ne doute point que vous ne
preniez beaucoup de plaisir à
le lire; mais comme je ne
veux point m'attribuer la gloire
qui ne m'appartient pas, je
croy estreobligé, pour rendre
justice à la personne qui l'a
dressé, de vous dire que cet
article vient d'une autre plume
quedela mienne.
L'Ordre des Feüillans a
perdu depuis peu dans la personne
de son Abbé General
,
un Supérieur des plus dignes,
& des plusaccomplis dont il
ait esté illustrédepuissareforme.
Il s'appelloit Dom Jean.
BaptittePradillhon.Sa naissance
quoy que noble& connuë
dans le Limosin, n'ambitionne
aucun rang dans cet éloge,
ces qualitez que le monde révere
, ne sont véritablement
estimables que par le sacrifice
qu'on en sçait faire à Dieu.
Auiïi fut.ce le prix que luy
donna ce Religieux Abbé, il
se retira fort jeune dans la folitudedeFeüillans,
Abbaye &
Chef-d'Ordre dans le Diocese
de Rieux. Le Cloistre reconnut
bien tost sonmérité
,
dés
J'àge de vingt-cinq ans, ileut
part au gouvernement, & à l'â.
ge de quarante il en devine
l'Arbitre & le Chef, Cette élection
a esté réïteréejusqu'à
quatre fois,& silesloix de son
estatn'y eussent pas elle contraires,
l'estime & l'inclination
de ses Religieux l'auroient per.
petuédans ce premieremploy.
Il s'estoit rendu digne de leur
estime par sacapacité,par ion
érudition, & par son habileté
dans le gouvernement; il avoit
mérité leur inclination, &leur
confiance, par le discernement
qu'il sçavoit faire des
esprits, par sa complaifancc à
entrer dans leurs peines &
dans leurs besoins, par sa douceur
à corriger leurs défauts
J
par sa modération à supporter
leurs foiblesses, & sur tout par
cetart rare,&merveilleux qui
ne sçaitappliquer les sujets
qu'à des choses, pour lesquel.
les il semble que laProvidence
les ait fait naistre. Il estoit
redevable à ses feules reslexions
, de ce que les autres
doivent à l'experience
,
& il
avoit une penetration fondée
sur le raisonnement. Les Sçavans
le regretteront,& les personnes
pour qui la pieté a plus
d'attraits que la science
, ne (e
consoleront pasaisément de sa
perte. Les liaisons étroites &
familières qu'ilavoit euës à
Rome avec le Docte Fagnanus,
lorsquilestoit Procureur
General en cette Cour, nous
ont procuré un Livre de Droit
Canon,mis en pratique, que
non seulement les Religieux,
mais encor lesEcclesiastiques
consultentsouvent pour leur
décisiondeDiscipline, Iln'est
pas aiséde ramasser dans un
gros Volume un aussi grand
nombre de matieres importances
: avec tant d'ordre &
de netteté,que ce petit Volume
en contient. Les Feüillantines
de Toulou se) luydoivent
la révélation des a^fteritez
secretes & presqu'in.
croy a b les de leurs premieres
Meres. Le Public a goûté ses
Relations; je ne veux point
d'autres preuves qu'elles sont
bien écrites, puisque l'on sçait
assez que ces sortes de matiéres
n'interessent guéres le sie.
cle present.
Je n'ay pas entrepris de donnerl'analise
de tous es Ouvrages
, je me borne à celuy
qu'il a dédié au Roy,sous le
titre de la Conduite de Dom jean
de la Barriere, Premier Abbé de
FeuiUans
)
durant les troubles de
la Ligue
, (!J'son attachement an
service du RoyHenry IIIm Cetce
Histoire a elle très bien receuë
de Sa Majesté5 lors que
les Feüillans eurent l'honneur
de la luy prefenrer à Fontaine.
bleau. Les bons Sujets yapprendront
que la réputation
d'un Souverain est sacrée; qu'il
n'est jamais permis d'y toucher,&
que le malheur des
temps; & les succe's contraires
ne font pas toujours des raifons
sussisantes pourblâmerle
Gouvernement. Ces fagesmaè-.
ximes solidement établies dans
cette Histoire
,
justifient la fin
du regne de Henry III &ron.
y voit par des Mémoires au"
tentiques) que la pieté de ce
Prince ne nuisoit pasà sa valeur
, & qu'elle ne diminua
jamais rien de l'attention qu'il
devoit auxaffaires de rErat&
aux interests de sa Couronne.
Cette justification est une
preuve de la reconnoissance
des Feüillans qui veulenttout
tenir de la main liberale de ce
w
Prince, & des Rois ses Successeurs
;c'efl: de plus dans la perr
sonne de leur premier Abbé,
une assurance de leur parfaic
dévouement aux volontez de
leur Souverain.
Les frequens voyages que
ce General des Feüillans a eilé
obligé de faire pour le bien de
sa Congrégation, l'ontfait appeller
& introduire dans les
plus celebres Archives des
Provinces du Royaume. Cornme
il avoit beaucoup de discernement
pour les anciennes
ecritures,&uneprobité à l'é.
preuve de tout intere st, les.
Sçavans s'en rapportoient à
ses seulsextraits,le témoignage
de l'illustre Mr Baluze dans
sesPa pes d'Avig non,luy tient
lieu d'un étage entier;la Noblesse
surtout luyconsioitvolontiers
l'examen de ses terres,
il en avoit fait son étude
de recreation ;
sa modestie
n'a jamais voulu consentir
qu'on donnait au Public ses.
Manuscrits sur cette matiere.
Les personnes vraiment
de qualitéy auroient trouve
des choses pour l'origine de
leur Maison
, que peut-estre
ils ignorent eux-mêmes. Son
esprit, quelque rare qu'il fust,
ne valoit pas son coeur; la pietésecondoit
ses inclinations
naturelles; humilité dans les
honneurs rendus à son mérité,
tranquillité dans les contradictions
de lavie, patience
dans les infirmitez presqu'habituelles
,&surtout une modération
sans exemple dans ses
paroles& dans ses écrits, qui
ne luy laissa pas longtemps le
chagrin d'avoir un ennemi.
Ce furcnt-là ses vertus favorites.
Sa perseverance dans
lestat qu'il avoit embrassé, a
couronné toutes ses vertus II
avoicuneidée si (crupuleuse de
la premiere vocation, quicon-
-
sacre l'homme: à Dieu, qu'il
regardoit comme une tentation
, ou comme un prétexte;
le desir d'une plus haute perfection
,quand on n'y pouvoit
parvenir que par un changement
de condition. L'on don.
neroit volontiers au Public
plusi*eurs sçavantes Lettres,
que ce religieuxAbbé aécrites
sur une matiere si importante,
si l'on ne craignoit
d'offenser a près sa mort,ceux
que cet illustre défunt a excre.
mement reverez pendant toute
sa vie. Je finis, & ramasse
tout son-Eloge dans ces paroles
que l'Ecriture prononce
à la gloire du sage Conduéteur
du Peuple d'israël. Il 4.
esté agreable à Dieu&auxhommes.
Il est mort à Paris dans son
Monastere de la ruë Saint Honoré
le zy. de Septembre, &
le 16. il fut solemnellement
inhumé par fés Religieux dans
le Chapitre, lieu destiné à la
sepulture des personnes- de
diftinition.
MrFerry qui estoit employé
pour le service de Sâ Maiesté
depuis trente- deux années ea
qualité d'Ingenieur general
des Provinces de Guyenne 5c
Pays d'Aulnis,est décèdeà la
Rochelle, d'une maniéré d'a.
poplexie. Iln'eftoitâgéquede
cinquante-deux ans. Le Roy
avoit-eu la bontéde Tenno-
Bjirô&cTavoic gratifié de la
»
l 'avoiptoâ,,
Charge que, posseddooiitt feu [Toonn
Pere, de Tresorier General des-
Fortifications de Champagne
& PaysMessin, & d'une Place
de
de Chevalier dans l'Ordre
RoyaldeSaint Louis, & il s'en
estoittoujours acquitteavec la
fidélité & l'exactitude qu'un
Sujet est obligé d'avoir pour
tout ce qui regarde sonPrince.
Messire François de Harville
des Ursins,Marquis de Paloiseau
& de Tresnel, mourut
au commencement de ce
moisâgé de soixante&onze
ans. Il estoit Gouverneur de
Charleville, & du Mont Olimpe
, & l'aîné de la Maison
d'Harville. Il y a eu dans cette
Maisondes Chevaliers des Ordres
du Roy, & un Gouverneur
de Paris. Elle est alliée à la
Maison de Montmorency.
Celuy qui vient de mourir,
avoit épousé en premieresNoces
Mademoiselle de Bellebrune
,
Fille du Gouverneur de
He(dm, dontilaeuMrle Marquis
de Trefncl
,
Officier des
Gendarmes, fort estimé dans
ce Corps & dans toute la Maison
du Roy.
Il epousa en fécondés Noces
Mademoiselle d'Astri,
Soeur de Madame Roulier,
Femme de Mr Roulier, Conseiller
d'Etat,dontila eu Mela
Marquise des Tournelles
3
&
Me la Marquise de Pompone.
Et depuis quelques années il
avoit épousé en troisïémesNo.
ces Mademoiselle de Montmorin
3
Fille de Mrle Marquis
de Saint Herem, Gouverneur
de Fontainebleau, dont je vous
ay appris lamort depuisquelques
mois.
La Maison de Montmorin
est tres illustre & fort ancienne.
C'est une des plus grandes
de toute l'Auvergne, où il y
en a de fort distinguees. Les
Barons de Montmorin avoienc
la séconde place dans les anciensEtatsdecette
Province,
& la Baronie de Montmorin est
encoreaujourd'huy la seconde
de la Province d'Auvergne.
Je dois ajoûtericypourquoy
Mrde Harville dont jevousapprens
lamort,portait le nom
de des Ursins&de Trefnel.
FrançoisJuvenel des Ursins
sécond du nom Marquis de
Tresnel,Baron deNeüilly, Stde
Doüe en Brie, Chevalier des
Ordres duRoy, Ambassadeur
à Rome, fous le Pontificat de
Paul V. Maréchal des Camps
& Armées de Sa Majesté
,
mouruten sa maison de Doüe -te"Oétobre165°.st-gédequatre
vingt & un an, & comme
cette Maison perissoit en sa
personne, il en substitua le
Nom & les Armes à François
de Harviile, Marquis de Paloi.
seau
,
dont je viens de vous
parler. Cette Maison efl: tresancienne
,
& paroist illustrée
des l'année 1360. Pierre Juvenel
desUrsins presta quarante
écus d'or pour la rançon du
Roy Jean. Jean Juvenel des
Ursins son Fils futPrevost des
Marchands en 1388. L'Auteur
de l'Histoire de Charles VI.
dit en parlant deluy,c"ejloltun
bomme entiersage &bon politique,
qui remit l'epat de la Ville
de Paris, recouvra les Privileges
des Marchands, & s'opposa aux
insolences des Grands jusqu'au dan-
- ger desa vie. Il eut un Fils qui
fut Evêque deBeauvais,puis de
Laon
,
& ensuiteArchevêque
de Reims, & un autre Prieur
de Saint Martin des Champs
de Paris, & Ambassàdeur du
Roy Char lesVI. pour appaifer
le Schisme de l'Eglise.
Guillaume Juvenel des Ursins
leur Frere
,
Baron deTresnel,
Vicomte de Troyes, fut Capitaine
de Gendarmes, &Lieutenant
de Charles, Dauphin
, de Viennois , & enfin pourvû
de ladignité de Chancelier de
France,le 16. Juin 1446. On a
remarqué de ce Chancelier,
qu'après la prise de Bordeaux
surlesAnglais,ilmarchait
avec les principaux Seigneurs
estant armé, pour montrer,
disent les Historiens de son
temps, que l'estatde Chancelier
n'etf pas tout dévoüé à la
Robe, mais aussi à la guerre.
En effet, il assistoit aux Confeils
Militaires, ainsi qu'à ceux
de Justice & Police du Royaume.
Plusieurs Chanceliers ont
esté pourvus de Gouvernemens
de Provinces,&ont servi
nos Rois dans leursArmées
Christophe Juveneldes Ursins
,
Marquis du Trefnel S'
de la Chapelle, de Doüe, &
d'Armenonville, Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de la Ville de Paris, &
Lieutenant général au Gouvernement
de l'Isle de France,
mort l'an 1388avoitepouséMadeleine
de Luxembourg, Fille
d'Antoine de Luxembourg
Comte de Brienne; de cette
alliance sortirent deux Fils &
quatre Filles; sçavoir
, François
Juvenel des Ursinssecond
du nom, Marquis de Trefnel,
qui fuit Philippes, Abbé de
Val-deroy; CatherineJuvenel
des Ursins, Femme de Claude
de Harvi le Stde Paloiseau;
MargueriteJuvenel mariée à
Gilles Juvenel des Ursins, Sr
d'Armentieres son Coufin ;
Catherine- Alphonsine
,
Abbesse
d'Hieres ; & Isabelle,
mariée à Mercure de S. Chamant,
SrduPesché,& en secondes
noces à Louis de la
Mark
,
Marquis de Mauny.
C'est le premier de ces enfans
de Christophe, Chevalier des
Ordres du Roy, & Gouverneur
deParis, donc je vous
apprends la morr.
L'on ne peut trop donner de
Relationsdifférentes d'une même
affaire
,
sur tout lors qu'elle
estconsiderable. Il n'yen a point
où l'on ne trouve quelques circonstances
particulieres qui ne
font pas dans les autres; ainsi on
peut dire que foit par ces circonstances,
ou par le tour different
que chacun donne aux Relations
qu'il écrit, les mêmes choses
paroissent toujours nouvelles à
ceux qui les lisent. Jevousenvoye
une troisiéme Relation sur
la découverte de la conspiration
faiteàNaples, &touchant ce
qui s'est passé à ce su jet. Vous y
trouverez plusieurs faitsconfiderables
qui ne sont point dans les
deux autres.
p9 ARome le 27. Septembre 1701. Lusieursmouvemens que se
font donnez les Allemans depuis
deux mois, du cette Naples,
par divers Emissaires, tenoient
les Ministres des deux Couronnes
dans une attention extraordinaire
sur tout ce qui pouvoit
avoir quelque rapport avec cet Etat; mais ils ne sçavoient à qui
s'en prendre, la vente de quelques
grains que le Marquis del
Vasto avoit faite malgré la désense
du Viceroy, le fit soupçonner
de quelque intelligence
avec l'Armée de l'Empereur,
parce que ces acheteursestoient
Vénitiens. Le refus d'obeïr aux
ordres duDuc de Medina Celi,
en leretirant à Ancone; quoy
qu'il offrist de se rendre à Paris,
ou à Madrid, n'avoit prodtiit1
que de plus grands soupçons
• contre sa personne ; mais la conduite
du Duc de Caserte jetta
dans des embarras bien plus
grands, sur tout quand on fut
assuré qu'il ne se contentoit pas
d'armer ses Sujets, mais qu'il faisoit
encore lever des Soldats secretement
dans Rome, par des
gens à luy préposez pour cela.
Dés que les Ministres des deux
Couronnes eurent de veritables
lumieres là-dessus
,
ils demanderent
au Pape, que le Prince de
Caserte sust mis aux arrercs
, &
que ceux qui enrôloient des Soldats
fussenemprisonnez. LePape
effectivement fit venir ce Prince
qui estoit dans sa terre de Cisterle
,mais les ordres qu'il donna
,iour l'empêcher de sortir de
ette Ville, n'eurent pas le succés
de ceux qu'il donna pour
l'emprisonnement des Capitaines
qui levoient des Soldats.
Bon nombre de cesOfficiers ont
esté arrestez
, & conduits aux
Prisons neuves; mais le Prince
pouffé par lesMinistaresAllemans,
n'a pas fait de cas desordres du
Pape, ny de la parole qu'il luy
avoit donnée de ne point sortir
de Rome, & n'a pas craint de
perdre les cinquante mille écus
, sous peine delquels le Pape luy
avoit défendu d'en sortir. On ne
doutoit déjà plus du costé des
Ministres des deux Couronnes,
quece Seigneur ne tramast qnelque
entreprile 5 car outre la dc"
couverte
de
ces levées, le Prince
Dom Antonio Buon Compagni,
Frere du Prince de Piombino,
sur les Terres duquel on passe
pour aller de ses Etats dans celuy
de Naples, par le Pas de
Saint Germain,s'estant apperçu
qu'ilpassoittous les jours nombre
de gens armez, par petites
troupes, en avertit le Viceroy ,
& l'Ambassadeur d'Espagne
après avoir fait rompre le passage
d'un Pont, où il faut de necessite
passer pour suivre cette route.LemêmeDomAntonio
avoit confirmé ces idées que l'on
avoit de la mauvaise volonté du
Prince de Caserte
,
mais avec
tout cela, l'on n'estoit point
éclaircy sur toute l'intrigue,
iy sur le nombre des Conjurez,
quand Jeudy dernier 22. de ce
nois
,
Mr le Viceroy de Naples
ruffc le matin averti de ce complot
, sçavoir que l'on devoit le
Samedy suivant l'assassiner luy
Viceroy à l'occasion de la Procession
qui se devoit faire pour
l'Octave de Saint Janvier. On
devoit tuer dans le même temps
les Ducs de Popoly d'Atry, &
de Castillone, aprés quoyl'on
auroit attaqué le Chasteauneuf,
duquel les portes auroient été Ouvertes
par un Sergent &. un Caporal
que l'on avoit séduit, & qui
avoit osté les boulets des Canons
qui défendent l'entrée du Château
du costé de la Ville, & chargé
à boulets ceux qui couvrent
la communication du Palais du
Viceroy à ce Chasteau, ensuite
de quoy le Duc de Casertedevant
estre Viceroy
, auroit pied
à pied gagné le Peuple & les Postes
les plus forts de la Ville, &
coulé bas les quatre Galeres de
Sicile qui se trouvoient dans la
Darse.Lesentreprisesréüssissant
on auroit avec facilité attendu
les secours que l'Empereur devoit
faire avancer,ou qui devoient
y venir d'ailleurs, dont
on n'a pas encore connoissance.
Mr le Viceroy averti de ce projet
changea la Garnison du Château
neuf.,ôe s'assura des deux Conjurez
, qui y estoient alors
,
sans
quel'on s'enapperçut au dehors,
mais comme quelques jours auparavant
il avoit fait arrester
crois Moines, soupçonnez dereation
avec les Impériaux
5
le
bruit s'estoit répandu qu'ils avoient
esté appliquez à la question,
les Conjurez crurent estre
découverts. Ils seresolurent déslorsde
lever le masque, & sortirent
la nuit du Jeudy au Vendredy
avant le jour au nombre de six
Chefs, & quelques gens desleurs,
qu'ils avoient introduits dans
Naples à cet effet.C'estoit le
Prince de Macchia, homme de
naissance, maisécervelé & proscrit
pour ses mauvaises actions 3
un Spinelly
5
homme atlffi de qualité
, mais sans bien; un Grimaldy>
Duc de Telesse, mais oberé;
un Carassa Comte de Policastro,
mais mal-aisé;unCappecci Dellossrano
; & un Negociant Hollandois
nommé Sainte Suzanne,
Ils avoient parmy eux un Allemand,,
qu'on crut estre le Baron
de Chassenet
,
qui estoit disparu
de Rome quelques jours auparavant,
mais il se fait appeller
Dietrichtin. Il portoit sur l'estomach
deux Placards imprimez,
dont l'undisoit :
Vivel'empereur,
&l'autre
,
pointdeGabelles.
Ces deux propositions avec un
peud'argent qu on répandoit
dans les ruës
,
donnérent dans la
vûë du plus petit peuple, qu'on
nomme à Naples, les Lazary,
dont il s'en attroupa quelques
centaines qui les suivoient ; dés
qu'ils en virent le nombre un peu
augmenté
,
ils allérent le matin
du 23. ouvrir les portes des prisons
, & donnérent la liberté a
ceux qui y estoient détenus, enuite
on leurouvrit uu Magasin
le bleds & de farine,qui furent
en peu de temps pillez. De là ils
illérent se presenter au Chasteau
neuf, fondez sur leurs intelligences
,sans avoir aucunes armes
a feu;mais la Garnison ayant
tiré sureux, ils seretirérent à la
hate
>
ils en firent de même devant
une maison particuliére
qu'ils attaquérent
,
deux Sbirres,
ayant tiré sur eux.L'émotion dura
ju squ'aprésmidy du Vendre- dy, que les Rebelles, au nombre
de mille, se retirérent dans la
Tour Saint Clair, 6c dans l'Eglisede
Saint Laurent, où pour
estre suivis du Peuple, ilsavoient
mis le Pottraitdel'Archiduc
avec un Etendart aux Armes de
Empereur.
Pendant cetumulte toutes les
Dames de consideration avec
leurs Enfans, passérentavecMadame
la Vicereine dans le Château
neuf, où estoit le Viceroy,
mais désqu'il fut un peu appâta
le Prince de Montesarchio, venerable
Vieillard âgé de quatrevingt-
dix ans ,
se fit porter en
chaisedécouverte par les ruës
» où il sur accompagné de pluheurs
Seigneurs à cheval, qui
parcoururent avec luy toute la
Ville, en criant,Vive Philippe
Cinquiéme, nostre Roy, & chacun
d'eux répandant de l'argent,
il s'attira une suite de toute la
meilleure Bourgeoi sie,dont les
applaudissemens réïterez mar".
quoient la fidélité. L'inaction des
Rebelles donna lieu au Viccrp,,-
de leur faciliter les moyens de
", rentrer dans leur devoir, promettant
l'amnistie à la populace
rebelle, mais non pas aux Chefs,
& en publiant l'Edit, il fit mener
le Canon. Le Duc d'Atri
partit de Naples & arriva icy le
25. après midy, & partit le même
jour pour son Gouvernement
de l'A bruzzo,aprèsavoir rendu
compte aux Ministres de tout ce fait, & leur avoir fait agréer
l'autorité arbitraire, que le Viceroy
luy a donnéepouragir selon
l'occurrence, dans les deux
Provinces où il est puissant par
les terres qu'il y possede & par le
crédit qu'il a parmi les peuples.
Le Pape a dit ce matin qu'il avoit
nouvelle que Samedy les mutins
auoient demandé & obtenu pardon
,
à la reserve des Chefs,
qui ont pris la suite,dontonen
a déja arresté trois; sçavoir
, Dom MelizioCarassa, Comte de
Policastro
,
Doa) Carlos de Sangro,
Sele Prince de Castellucio,
les deux derniers ne font pas encore
connus. On a (çu par ceux
qu'on a pris, qu'ils estoient au
nombre de treize, mais apparemment
on en trouvera davantage
dans la fuite. Les Allemans
font icy autant abatus qu'ils parurent
fiers à la premiere nouvelle
qu'on eut de la révolté»
La confirmation de l'entiére pacification
,
& de ces dernieres
particularitez vient d'arriver par
le Messager de Naples, qui est
venu il y ,a deux heures. On luy
aconfié les Lettres par préférence
à un Courier, parce que
depuis l'éclat de la revolte, il
n'enestoit passé aucun, le Duc
de Casserte les arrestant tous à
Sermonetta, &- les lettres des
particuliers font toutes venuës
par ce Messager.
Tout ce qui regarde les maux
qui attaquent & peuvent attaquer
le Corps humain devant
estre de quelqueutilité , je vous
envoye une observation de Medecine
faite par Mr Noel, Chirurgien
à Orléans, &,. Aide-
Major de l'Arméedu Roy cm
Flandres,lequel ayant estémandé
pour aller voir la fille de Pierre
Lisol, Voiturier par eau de la
Paroisse de S. Benoist d'Orleans,
âgée de six semaines, laquelle
estoit tombée en convulsion à.
diverses reprises pendant vingtquatre
heures. Ilest à remarquer
que laMere avoit eu avant d'accoucher
p lusieurs frayeurs caufées
par le grand bruit du tonner.
Il visita l'Enfant, auquel
il trouva entre les deux lévres
des parties naturelles,unepetite
tumeur mollasse &livide, de la
groisseurd'un petitoeuf de pigeon.
Il voulut doucement en
tenter la réünion
,
il ne le put,
ce qui le détermina d'y faire de
bonnes fomentations émolientes
& résolutives. Il crut d'abord
& avec raison
, que ce pouvoit
estre le corps de la vessie,
quoy que le peu d'épaisseur de
la membrane, qui formoit la
tumeur semblast témoigner le
contraire j mais il fut confirmé
dans
dans son opinion voyant les convulsions
qui réïtererent à l'Enfant,
qui n'urinoit pas,la grosseur
de la tumeur qui estoit fore
augmentée,la tention du ventre
& la douleur extraordinaire.
LesTopiques estant inutiles, il
y fit une petite ponction avec l'extremite d'une lancette trespointuë
, & ayant pressé doucement
la tumeur, il en sortit une
eau sanguinolente. La tumeur
estant flétrie,il tenta la réduction
qui fut inuti le, à cause des
cris continuels de l'Enfant, de
forte que pour la contenir il se
servit d'une petite tenteen forme
de pésaire, avec quelques
compresses graduées, soûtenuës
d'un leger bandage. Le mesme
jour au soir il leva l'appareil pour
voir si l'Enfant n'auroit point
uriné, & n'ayant reconnu aucun
vestiged'urine, ilcontinua
ces fomentations sur le ventre,
pour lors il arriva à l'Enfant
plusieursconvulsions pendant
deux fois vingt-quatre heures dans lesquelles il , mourut sans
avoir pu rendre dans tout le cours
de sa maladie aucune goute d'urine.
Peu de temps aprés il en fit
l'ouverture. Il trouva les deux
reins d'une grosseurprodigieuse
remplis d'urine, les ureteres,qui
en sortoient estoient plus grosses
que le Colon, remplies d'air.
Celle du costé gauche, estoit
double, & leurs ouvertures dans
la vessie estoit large, & un gros
tuyau de plume pouvoit aise-
1 ment y passer. La vessie estoit
fort épaisse & enflamée. Sa partie
interieure estoit toute inégaleparsemée
çà & la de petits
grains glanduleux rouges,d'où
suintoient de petites goutelettes
de sang, à la maniere de la
partieinterieure de la matrice
d'une femme nouvellement accouché.
Poursuivant sa direction
avec beaucoup d'exactitude,
il fut confirmé dans sonopinion
en reconnoissant que la tumeur
qui estoitaudessous
,
& à laquelle
il avoit fait la ponction,
n'estoit autre choie que la membrane
nerveuse de la vessie qui
s'estoit détachée de son corps, jusque à l'endroit où elle commence
son col, auquel cette poche
ou tumeur estoit fort adhérente.
Le mesme Chirurgien ayant
ouvert un autre Enfant, IllV
trouva le coeur sans pericarde.
On ne peut trop louër le zele
de Mr Noelle fils, dans sa prosession
, à laquelle il s'applique
avec tout le foin qui rend habiles
, ceux qui s'y attachent
avec toute l'attention qu'elle
demande.
Les Religieux de l'Abbaye
Royale de Saint Corneille de
Compiegne,Ordre de Saint Benoist,
Congregation de S. Maur,
lpaour satisfaire à leur zele pour
Famille Royale, aux souhaits
des Dames du Val de Grace, &
à ceux de la Ville, firent dans
leur Eglise Matrice, un Service
solemnelle 6. de ce mois, pour
le repos de l'ame de Son Altesse
Royale feu Monsieur le Duc
d'Orleans,auquel assisterent tous
les Corps & toute la Noblesse de
la Ville&desenvirons. La Messe
fut celebrée par le R. P. Dom
Guillaume Camuset, Grand-
Prieur de l'Abbaye; & l'Oraison
Funebre prononcée par le
R. P. Dom Jean Tiroux,Prieur
de l'Abbaye deNogent fous Coucy,
avec un applaudissement general
de toute l'Assemblée
, qui
estoit fort nombreuse.Ladécoration
fune bre estoit tres-belle
&tres-bien entenduë. Tout le
Choeurestoit tendu denoir, trois
lez chargez d'Ecussonsaux Armes
de Monsieur, regnoienttout
autour. Le Maistre Autel, qui
.cft un des plus magnifiques du
Royaume, ayant deux retables
de vermeil, semées d'Emaux &
de Pierreries, cHoit éclairé d'un
tres-grand nombre de lumieres,
& le Mausolée, qui se faisoit remarquer
par son élevation, estoit
entouré de quantité de Chandeliersd'argent,
dont les Cierges
estoientgarnis d'Ecussons aux
Armes de Son Altesse Royale.
Si c'estoit icy le lieu deloüer
les Peres de cet Ordre, je m'é.
tendrois sur leur profond sçavoir,
& sur l'exactitude avec laquelle
ils remplissent tous les devoirs
de leur Ordre.
Je ne vous dis point le sujet de
l'Epistre qui fuit
, vous le connoistrez
en la lisant. Elle est de
-IYrrde- Vertron, dont les Ouvrages
brillent presque danstoutes
mes Lettres. Cet Illustre Auteur
sçachant que la Republique de
Venise protege )
& considere
l'Academie desRicovratide PadOTLë,
dont il a l'honneur d'efire;
s'est encore senti plus obligé
d'écrite-!'£,p.istre suivante. Ce
n'estpas que le digne Ambassadeur,
à qui elle est adressée, ne
merite pas luy-même routes fortes
de loüanges. L'estime que. le
Roy fait de sa personne, ce que
ce Monarque a marqué en plusieurs
occasions
,
luy est si glorieuse
, &: parle si hautement à
son avantage, que je me tais,
n'osant pas mesler mes loüanges
à celles qui sont souvent sorties
de la bouche d'un si grand Monarque
, à la gloire de cet Ambassadeur.
EPITRE
A SON EXCELLENCE
Mr L'AMBASSADEUR
DE VENISE.
1Llujlre PIs ANi, que ta gloire
efiparfaite!
L'éclat en est venu jusques dans ma
retraite
Du defert où je fuis je parcourons les
bois,
Quandfay vu dans les airs la Couriere
à cent VUlX;
Etprêtantsur le champ l'oreillepour
l'entendre,
Cette Déejje ailée a prisJôin de m'ap,
prendre
Que AugujleLouis Jeplusgrand
desMortels, jv-, » A nommétonEnfantaupied de nos
Autels.
Que le Cielfavorisè & le Fils & le
Pere![fideref» Par quelqueendroit icy queje te con-
D'un Jpeïtaclesigrand mesyeuxfont
éblouis>
..- Je voybrillersur toy la gloire de
Louis.
Tels furent autrefois & Jean& Zd-
1 charie: rî
Enchantéque j'en fuis, permets que K
que je m'écriei
Quel fera cet Enfant que j'admire
aujourd'huy ?
La main du grandLouis Iuy
veut servir d'appuy : Héritier de son nom dans le fein
de ce Temple
Que fera-t-illin jour, s'il1est
-. de son exemple?
Que son fort est heureux,!quel

Pere! quel Para-in!
Fils-d'un Ambassadeur, Filleul
d'un Souverain !
Pour réiinirensemble & valeur &.
prudence,
Iln'a qu'à foûcenir cette double
naissance
) Et dans le Ministere, & parmi les
Combats, -
La gloire & le devoir, regleront
tous ses pas. - -
C*est.à tPy, Pisan i ,
d'achever cet- Roeturacev-lurytaougjouers,briffante cette brillante
image.0'; Et.lorsque son pdysàj-amaisflorifant
Opposerason bras à l'orggê;1du Croissant,
-
Montre-luy d'un Soleil la Jplendeur
immortelle
Montre-luy de Louis la valeur&
le zgle,
Dy-luy tout ce qu'il doit à ce nom
glorieux
Qu'ilreçutd'un Herostoûjours viélorieux
; Il remplirales foins que ce grand
nom exige
, J'en répons)ilsuffit, que ta main le
dirige ; Par un vivant exemple à toute heure
animé
Veut-ildégénérerdufltngqui l'aforme
?
Le choix de ton Sénat leplusfagedu
monde
Juflifte à nosyeux tasagesseprofondej
Et quand tu n'aurais pa*cettepuissante
voix,
2fous voyons tes vertus jujîifier fin
choix.
MaisJicericfioejjez^dc ce doublefkffrage,
Louis yjointlefien> en faut-il davantage?
Son Portiaitqu'ilte donne efiun gage
affuré
De l'honneur immortelà tonnompréparé.
Atout autre que toy je porterois envte,
Moy) qui de ce Heros traçant Villufire
vie,
L'atimire tons les jours de cent peuples
vainqueur,
Et le porte gravédans lefond de mon
coeur.
Dom Francisco Antonio d'Eguaras,
qui est arrivéicy en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de
Sa Majesté Catholique, pour
faire compliment au Roy,& à la
Maison Royale, dela part du Roy
son maistre
,
sur la mort de feu S.
A. R. Monsieur, eut le bonheur
de se trouver à la Cour de France
,
lors qu'il plut au Roy d'accep
ter la Couronne d'Espagne
pour l'Auguste Prince qui la
porte si dignement. Il eut l'honneur
dés ce moment de baiser la
main au Roy son Maistre. Il fut
leseul Espagnol qui accompagna
Sa Majesté Catholique de Verfailles
à Madrid. Il s'acquit dans
ce voyage tous les égards& toute ladistinction que peut meriter un
homme de naissanc e, qui avec un
esprit delicat & cultivé, a mille
autres bonnes qualitez.
La Maison d'Eguaras efl: UÛC des plus anciennes Maisons du
Royaume de Navarre. Ses Ancestres
ont occupé depuis plu-
Heurs siecles des postes importans)-
& ont rendu de grands
services à leurs Rois & à l'Etat.
Celuy-cy est Seigneur du Palais
de d'Eguaras de la Ville de
Varillas,ainsi que du Chasteau
& des dépendances de Penaflor.
Ilest GrandBaillypour le Roy
d'Espagne de la Ville & Jurisdiction
de Tarrazona en Aragon.
11 aestéMayor-dome de la Maison
de feu Dom Juan d Autriche.
Il eut ensuite un Employ
considerable au Perou ; mais son
desinteressement ne luy a pas
permis de s'enrichir dans un pais
où il est si facile d'accumuler de
l'or & del'argent. C'est un digne
Espagnol, qui n'a pas moins de
Religion que de gloire& de valeur.
Il aesté deux fois Chef de
laNoblesse aux Etats du Royaunle
d8Aragon
J
me d'Aragon, & il ss''eessttaaccquis quis
par tout cette même estime dont
il se voit honoré en France.
Le Roy voulant distinguer &
'Ja Commission 6c la Personne
, a
ordonné qu'on le logeast & qu'on
ledefrayast,luy,ses gens & son équipage
à Fontainebleau jusques
après son audience de congé. Ses
Carosses font beaux,&tout son équi
pageest de bon goût.Ilatrois
Fils, au service du Roy d'Espagne.
Le second est icy avec luy,
Il est tres-bien fait de sa personne,
& il paroist digne Fils d'un
si digne Pere. Il est Capitaine,
ëc fore estime dans les Troupes
Espagnoles. Ilestoità Barcelone
quand on raniegea
,
& il y donna
pendant le Siege des marques
réïterées de sa valeur.
Dom Francisco d'Eguaras a
l'honneur d estre le premier que
le Roy son Maistre ait nommé
depuis qu'il en sur le Trône.
pour aller dans une Cour étrangere
en qualité d'Envoyé.
Al'égard de les Audiences,
voicy ce qu'il en a écrit à un de
ses intimes Amis. Sa Lettre est
en Espagnol, je vous en envoye
uneTraduction.
MOIVSIEVR,
ycm me demandez. commentje me
irouz,e 'icy
,
trouveicy,d,- ce qui sy' ptjje à mon
&cequis'yfajjeàégard. leparle à monAmy, &jeluy
répond avec toute la confiance qu'exige
tamitiéjincere. Je vous diray donc
quefeus Samedypaffé ma premiers
Audience de Sa MajefiéTrès-Chrétienne.
le luy rendis compte suivant
mes ordres, de la partsensible qu'a
pris le Roy mon Maifire àla mort de
feu Monsieur le Duc d'Orleans. Je
mexplïquay dans les tetmes que je
crus les plusconvenables. lenesçay
passi Louis le Grand me réponditen
Roy, maisjefçaybien queleshommes
nePdrlentpasde même.Ie ne fuispoint
furprh que toutes les Nations de la
terre luy donnent,comme de concert,
le surnom de Grand. Il l'estpar sa
conduite&Parsa gloire, mais il l'est
bienplus par sa personne & par ses
sentimens ; & il ne leparoissjamais
tant que lors qu'on le voit, qu'on
l-Japprocht, &quonluy parle., lefuis
Ami , cefl à mon Ami que je
m'explique à coeur ouvert. Salomon
nteutPM autant que luy de gloire &
desagesse. L'Espagnelefait&le
fent 3 maissielle a besoin d'un nouveau
témoignage,jedir-zy à tous ceux
de manttion ce que fayfenti. En
sortant dec ette Audience) je paffay
chezMon/èigneur. Sije n'avois pas
fçu que cessoit le digne Fils d'unfiaugufte
Pere,ielaurois reconnu àson acciteil,
à ses maniérés&àsesdifeours.
rallayensuite chezMonftigneur
le Duc de Berry , qui m'écouta avec
une attention&qui me réponditavec
un esprit qui ne fontpas deson âge.
Le lendemainfeus audience de Monseigneurle
Durdt Bourgogne. le crus
en le voyant efire de retour aupré du
Roy mon Maifre. le croy rendre ce
queje dors aux deux en les retrouvant
l'unddns l'aune. LeurSanglesfait
rcffembler) & leurs grandesqualitez.
lesrendent encore plus semblables.
Le jour d'aprèsfeus audience de
Madame la Ducbejfe de Bomgogne.
Jeferais en lay parlantquefejhis
bon Espagnol,je vis dans sa phifio.,
nomie d:-- dans son e/prit 3tout le bonheur
desEspagnes
,
d'avoir avec un
Roy qui leur cffcher3&Jïprécieux,
une Reine quipaffe déja pour la digne
Si'ut de l'augttftePrincesse à qui
savoisl'honneur de parler. Vallay
enfitite chez^ Madame
,
chez.. Monfeur
le Duc é" Madame la Duchc/fe
d'0fieans. Ie trouvay par tout ces
di(linélions Royales qui préviennent
le coeur, & qui imposent à l'esprit. le
fus conduit dans toutes ces audiences
avec les ceremonies accoutumées. On
me ramena dans un Ho/lel qu'on
m'avoit dessinè par ordreexprès de
Sa Majesté Tres-Chrejlienne. De la
maniéré dontfy fusreçu
,
je meferais
bien souvenu ,Jî favoispu l'oublier
qui rnenvoye & à qui je fuis envoyé.
On m'y feit une Table ouverte ou le
bon ordre&la magnificence ne donnentpas
moins d'admiration auxpersonnes
difimguées de ma Nation qui
font icy ; qu'àmoy-méme. Ieftlay
traitéamfijufquaprès monaudience
de congé, qui fera je croy demain.
Aprés quoy jerefteray icy quelques
jours pour faire mt Cour, & pour
m'acquitterdes visîtes quejedois. le
ne fçaurois vous exprimer3Monjïeur,
toutce quefay reçu d'honneurs &d'amititzde
toute la Conr, &enparticulier
de quelques personnesquiyfont
dans tes premieres places. Cette noble
Nationsefert bien desprivilèges
desa politesse à son avantage3 &*
lafatisfattion deceuxqui connoissent
leprix de certaines honnefietez^dont
lesEtrangers ne font pas en droit de
seflater quand ils arrivent. le vous
en diray davantage à nofire premiere
entrevue
,
& ma confiance vous fera
toûjours un (ûrgarent de mon amitié.
Tous mes services vous en répondront
de même, quand je pourray en vous
lesrendant vousfaire connoiflre avec
quelle sinceritè & quel zele jefuis,
Monsieur, vofire, &c.
D. FRANCISCO ANTONIO
DEEGUARASY PASQUIER,.
A Fontainebleau
, ce 14. Otlm 1701.
Cette Lettre fait si bien l'éloge
du galant Espagnol par
qui elle est écrite
, qu'il n'effc
pas necessaire de vous rien dire
pour vous faire connoistre son
esprit. Maislors qu'il y fait.
voir l'admiration que luy donnent
les grandes qualitez du
Roy
J
& combien il est penetré
des boutez , & des manieles.
obligeantes de ce Prince,
il nous fait aussi connoistre le
bon coeur & l'estime qu'on
doit faire de la noblesse Espagnole,
qui ne manque à rien
de tout ce que la reconnoissance
exige d'elle, & qui est née
avec un fond de probité, &
d'honneur.
Je vous envoye la copied'une
.-
Lettre écrite de Sarragosse à
cet illustre Envoyé. Elle dépeint
si bien le zele, & l'amour
des Aragonoispour Sa Majesté
Catholique
>.
quej'ay cru devoi
r vous en faire part, quoy
qu'il y ait déja dans ma Lettre
une Relation de ce quis'est passé
à l'arrivée de ce Monarque à
Saragosse. i E vousay ,
Monsieur, écrit
par la voye de Bayonne, pour vous souhaiter un heureux
voyage, & j'espere de recevoir
d'aprendre que vous serez
arrivé heureusement en parfaite
fanté à la Cour, quoy que
vous ayez pû estre informé par
des personnes de la premiere
qualité de ce que je puis vous
dire, j'ay trouvé à propos de
vous faire une relation du
voyage du Roy, que Dieu
veüille conserver pour le bonheur
de son Royaume. Mrs vos
Freres les Comtes de Velchitte
& Fuentes., avec Mr le Marquis
Camarassa
,
& presque touce la
Noblesse, ont esté au devant du
Royaux Frontières de ce
Royaume, où ils ont esté reçeus
de Sa Majesté
, avec toute
les grâces 6c les c harmes naturels
que vous luy connoissez,
que Dieu luy a départis si liberalement.
Par tout où le Roy
passoit, on n'entendoit que des
acclamations
,
& on ne voyoit
que des démonstrations qui ne
se peuvent concevoir, & quoy
qu'elles ne puissent. jamais estre
proportionnées a ce les qu'on
deuvroit avoir pour un Roy si
accompli, que Dien a rendu si
parfait, l'on peut dire que
ceux
ceux Daroca se font surpassez,
&ont esté au de là de coûtes
leurs forces; mais le recit en
feroit trop long : je m'arelleray
seulement à ce qui s'est pa£
sé en cette Ville. Je ne vous
parleray point de toutes les ceremonies
de baise-mains , des
hommages de la Ville, du Clergé,
de l'Inquisition,del'Université
, des Tribunaux, & de
ceux qui possedent les princiales
Charges. Ce Monarque
etant à Daroca ordonna qu'on
ne luy fist point d'entrée publique
présentement, & qu'on
la différait jusques au temps qu'ilreviendroit avec la Reine,
afin de ne pas engager la Ville
àde si grossesdépenses
, ce qui
causa un chagrin extrême à tous
les habitans qui furent sensiblement
touchez de ce que sa Majesténe
s'arresteroit qu'un seul
jour dans leur Ville. Ce qu'ayant
sceuj'envoyayaussi-tostmon fils
à Carinena, pour parlerà Mrle
Comte de Marsin, Ambassadeur
du Roy Très-Chrestien,ainsi
qu'à Mrs les Marquis de Louville,
Demontié, & au tres-Reverend
Pere d'Aubenton. Il les
pria de faire en sorte que Sa Ma.
jesté entrast à cheval pour consoler
de si affectionnez Sujets,
& comme il y avoit un concours
de plus de vingt mille personnes
qui estoient accouruës de toutes
parts pour voir Sa Majesté, &
que leur chagrin auroit esté
extrême s'ils s'estoient trouvez
fruftrez d'une chose qu'ils avoient
désirée avec tant d'ardeur.
Le Roy eut la bonté de monter
à cheval, à une portée de mous
quet de la porte de la Ville,
accompagné seulement des Seigneurs
de sa fuite, & des Gardes
tant à pied qu'à cheval, de
ce Royaume. Ce Monarque entra
le Vendredy 16. de ce mois
sur les quatre heures après midy,
par la porte de la Ville où l'on
avoit dresse plusieurs Arcs de
Triomphe, qui parurent tresmagnifiques,
les ruesestoientsablées
, & ornées de tresriches tapisseries,
& je vous assure Monsieur,
qu'elles meritoient bien
d'êtrevues. A peine Sa Majesté
fut-elle entrée, qu'on n'entendit
que des crisdejoye&desacclamations
qu'il ferait impossible
d'exprimer. Les gardes
avoient beaucoup de peine à
faire faire place aux barrieres.
Le Roy arriva au Palais 011 toute laNoblesse l'attendoit.Sur le foir,
Sa Majesté alla à Nostre- Dame
du Pilier, & il fut d'une necessitéabsoluë
de fermer les portes
pour empescher que le peuple
ne fust erousé. Sa Majestéestoit
en carosse avec les Gentilshommes
de sa Chambre, & son
Grand Ecuyer, & pendant tout
le chemin le concours du Peuple
qui crioit vive le Roy fut
si grand, que plusieurs coururent
risque d'estreécrasez
Toutes les Dames marquèrent
auÍfi leur joye par les mêmes cris
de ViveleRoy. Sa Majestésoupa
en public sur les huit heures:
ensuite Elle se montra sur un
Balcon,d'où elle vit une Feste
de Taureaux deRonda, où tout
Le peuple eut la satisfaction de
voir ce Monarque. Le lendemain
Samedy sur les dix heures, le
Roy descendit par l'Escalier secret
du Palais, ou il ne laissa pas
de se trouver une grande affluence
de peuple. Ce Prince alla jurer
de garder les droits &. Privileges
du pays Tout le jour se
pana suivant les Coutumes ordinaires.
Sur le loirseulement il
y eut une Feste de Taureaux
derrière le Palais, où Sa Majesté
assista avecuneaffluence de peuple
innombrable. Il y en eut
vingt de tuez. Le Dimanche 18.
SaMajestése confessa, &elle.
1 communia en public à la Catheow:
drale
,
& allaà Nostre-Dame
du Pilier. L'aprésdînée ce Prince
satisfit extrémement le peu- ple en se faisant voir en public à
cheval. Toute la Noblesse d' Aragon
l'accompagnoit. Ce fut le
jour le plus heureux qu'on ait
jamais vu , car le Roysortit fut
les trois heures, & parcourut
presque toute la Ville, & le
peuple estoit si ravi, que l'ayant
vû à un endroit, il couroit &
s'empressoit aussi-tost pour aller
à un autre, en marquant toujours
(a joye par ses acclamations.
Ce Prince allasur le soir,
avant que de se retirer,au Palais,
faire sa priere à Nostre-Dame du
Pilier, parmy la presse & la foule
du Peuple quoy que les Grands
eussent representéà Sa Majesté,
«tLi?ii n'estoit pas possible d'y aller,
n'ayant point de]. Gardes.
Ceuxquinepouvoient pas avoir
l' honneur, deluy baiser les mains
baisoient ses vestemens. Au re-
Mur, il y eut un tres-beau Feu
d'artifice
,
aumilieudela riviere.
Le Lundy se passa en baisemains,
& sur le soirSaMajesté
alla à Saint Engracia acompagnée
toujours d'un nombre
innombrable de personnes qui
ne ceiTerent point de crier viv.--
le, Roy. Ily avoit eu pendant
toutes lesnuits des illuminations
magnifiques. Hier Mardy tous
les Tribunaux, & autres qui
occupent lesprincipales Charges,
prirent congé de Sa Majesté
qui partit sur les trois heures
pou* aller coucher à VillaFranca.
Tout le peuple l'accompagna
pendant plus d'une
lieuë de chemin, en criant toû- joursViveleRoynpriantDieu
qu'illuy donnast tout le bonheur
qu'il meritoit. Ce Peuple setetira
avec Pcfpcrance de revoir Sa
Majesté dans la même Ville,
dans deuxmois. Mr le Comte
,. vostre Fils a regalé magnifiquement
les Princi paux de la Cour,
& le Dimanche 18. de ce mois de
Septembre, Mr le Comte de Peralta
fit un present à Sa Majesté
de douze chevaux parfaitement
beaux, dont quelques-uns ont
coûtémille écus chacun. Ils
estoient caparaçonez d'une étofe
d'écarlate garnie de frange d'or.
Je vous assure
,
ManGeur) que
je ne vous marque pas la dixiéme
partie de ce qui s'est passé.
Le differend qui estoit entre
Dom PetroNavaret, Admirante
d'Espagne
,
& Mr le Comte d'Estrées
, aenfin asté reglé. Celuycy
commande en qualité de Capitaine
general de toutes les
Mers, & porte Pavillon d'Amiral
au grand Mats. Dom Perro
pote Pavillon de Vice-Amiral
d'Espagneau Mats d'avant, Se
est la seconde personne del'Armée
, comme vous verrez par le
nouvel état de Bataille que je
vous envoye. OR[)R.E DE BATAILLE
-
de l'Armée des Couronnes
à Cadix.
VAISSEAUX.
VGriflame.
Mr de Pallas
,
Capitaine.
Canons 60
LeSceptre. i Mr de Nesmond
,
Capitaine.
Canons 8?
L'Invincible.
Mr de Sepville, Capitaine.
Canons - 70
LeTrident. >f
MprleiChtevaalieridenBeauejeu,C.a- Canons- 60
L'Entendu. t Mr de Saint Marc,Capitaine,
Canons 60
Le Vice-Amiral cLEspagne.
Dom Pedro Navaretta , Capitaine.
Canons 9°
LePr,mpt
Mr de Beaujeu, Capitaine, .
Canons 72,
La Trinité.
IX Castaneda,Capitaine.
Canons 72
Z'^fure*.
Mr Daligre, Capitaiue.
Canons 66
, Le Monarque.
Mr d'Infreville,Capitaine.
Canons £8
Le Conquerant,
Mrde Champigny,Capitaine,
Canons 86--
'- -
LAïtle.
Mr des Adrets,Capitaine.
Canons 64 -
LeBizarre.
Mr de Villars, Capitaine.
Canons 6A
Le SaintPhilippe.
Mr le Comte d-'Efirées,_j Capitaine
général.
Canons yz.
L'Admirable.
Mrle Duc d'Albemarle
, Capitaine.
Canons 96
Le Saint Louis.
Mr Duquesne,Capitaine.
Canons 66
LePrudent.
Mr de Chamillart, Capitaine.
Canons 60
LeFuste.
Mr de la Rocheallard
>
Capitaine.
Canons 64
Le Parfait.
Mr de Chabert, Capitaine,
CCaalnioonnss 70
Le Foudroyant.
Mrde Villette, Capitaine.
Canons. ls8
Le Constant.
Mr de Machaut, Capitaine.
Canons. 7°
Le Content.
Mrle Bailly de Lorraine, Capi-
Ctaainen, ons.60 Le Ferme.
Mr du Pallais,Capitaine.
Canons. 72
LeLvs.
Mr de Langeron,Capitaine.
Canons 88
Le Henry.
Mr des Francs , Capitaine,
Canons. 70
Cette Armée peut estre jointe
par Mr le Comte de Chasteau-
Renaut. Je vous ay envoyé un
estat de l'Escadre qu'il commande.
Elle entra dans la Riviere de
Lisbone le 23. Septembre, on y
estoit mrnacé desFlotes Angloises
&Hollandoises, & le Roy de
Portugal attentif au bien &àla
gloire de ses Sujets, avoit tout
fait préparer, avec une aétivite
qui répond à son courage, & à
sa vigilance
, pour les faire repentir
d'être venuës de si loin
pour l'insulter; mais quand ces
Flotes qui menaçoient, sans qu'il
y eust de guerre déclarée
)
dans
le temps ou elles pouvoient arriver
selon leur départd'Angleterre
, le Roy qui prévoit à tout
& qui ne manque jamais à ses
Alliez, avoit pris de si justes mesures
que les Anglois & les Hollandois
se feroient trouvez prévenus
parMr de Chasteaurenaut;
Le Roy de Portugal meritoit
bien qu'on fistcettediligence
pour luy. Jamais on n'en a u(e
d'une maniére plus honneste &
plus genereuse, que ce Monarque,
lorsqu'il est entré dans l'alliancede
France & d'Espagne.
Aussi trouvera-t-il des Princes
qui répondront avec la même
bonne grace à tout cequ'il a fait
en cette occasion
, & qui chercheront
à rencherir sur luy.
Les Jurats de Cadiz ont rendu
visiteà Mrle Comte d'Estrées
dans Ton Vaisseau. Illes reçeut
magnifiquement, & leur fit servir
une su perbe co llation avec
toute forte d'eaux fraîches.Il
les fit saluer en entrant, & en sartant, de quinze coups de Ca110n:
c"eHIIn honneur qu'ils n'ont
jamais rendu a aucun General.
Mr le Comte d'Estrées leur a
rendu leur visite accompagné de
tous les Generaux, Capitaines &
Officiers. Il futd'abord chez
le premierJurat,apellé le Comte
de Martineus OnvServie toutes
sortes d'eaux fraîches & de
confitures en profusion. Il fut
ensuite chez le fecond où la
magnificence fut - encore plus
grande; car il y eut une Comedie
qui dura jusques après de
minuit. Il fut salué de, quinze
coups de Canon de la Ville en
entrant & en sortant Il yavoit
bien quarante Carosses à la Marine
pour tous les Officiers. Mr
le Comte d'Estrées fit donner
quarante Louis aux cochers. On
ne peut vivre avec plus de magnificence
, & faire les choses de
meilleure grace que fait ce Comte.
On ne doit pas en estre furpris
puisque cela coule de source.
On ne peut pas aussi en user
mieux qu'il fait avec tous les
Officiers, & generalement avec
tout le monde, sans rien faire
contre son rang qu'il conferve
toujours avec dignité. Il eu;
aimé}8c adoré à Cadix.
* Vous me mandez qu'il court
une Lettre à la gloire de Mr le-
Maréchal de Catinac, dont vous
me priez de vous envoyer une
copie. Cette Lettre n'est point
encore tombée entre mes mains;
je nedouce point qu'elle ne soit
parfaitement belle,puis qu'elle
eu du' Pere Bernard, Theatin,
qui a donné au Public la Vie de
Saine Gaëtan, & un autre Ouvrage
de dévotion de tres-bon fortIiieii écrit, & qu'il
donnera bien
-
toit la Vie du
Grand Constantin
,
qu'on attend
impatiemment. C'est un homme
d'un veritable méri te, & quis'est
acquis beaucoup de réputation
dans le monde. L'éloquence luy
est naturelle, & les beaux tours
delaLangue luy font familiers.
Je vous ay envoyé plusieurs
Harangues faites au Roy d'Espagneavant
son départ, & pendant
son voyage. En voici une qui a
esté prononcée à Turin à la jeune
Reineson Epouse. Le premier
Presîdent de la Chambre des
Comptes s'estant trouve malade
lorsque ce Corps devoit complimenter
cette Princesse sur son
mariage,&sursondépart
, on
eut recours pour remp lir cette
fonction à Mr le Marquis de Lescheraine,
Conseiller d' Etat, Secretaire
du Cabinet de Son Al
tesse Royale
,
ôc Premier Secretaire
des Commandemens de Madame
Rovale
,
sa Mere
,
qui est
aussi President au Senat de Turi
n. Il composa & prononça sa
Harangueen Italien.Vousn'aurez
pas de peine à croire que ce
fut avec un applaudissement general,
puisque vous luy allez donner
levostre en la lisant.
t
REAL AIlESTA.
Viene *L Piedi della MaefiaVostrala
Camera de Conti di Piemonte
per tributar le isuos profondijjimi offequj,
e le pià vive efpreffioni digiubiloper/'
acquifio chElla hàfatto del
pitt felice Spofo
, gS dcl piu ampio
Reame
,
che boggidi vhabbianel
Mondo.
Se tutïaltroue l'hâve(Je chiamatfl
il Cielo
) non farebbe foife la nostra
allegreza totalmente pura3&farebbefen\
adubbioamareggiata da quellapena
,ch,è tanto connaturale lantijjzmi Sudditi nella Jl'parazjone
Je' loro Principi.
Ma perche la Gloria cheVojlra
Maeftu confeguifce non è tutta per lei
sola
,
ridondano ancora nett Augujko
Pttdre, che le ha. datoFeffere, ed'eil*,
principale Autore della Jua felicitd.
>
e poi ne Suddili sempre partecipi
degli auanz^imenti de i lor Sourani ;
Fecceffo délia q^rangioia nonfolofytmbra
ogni nuuolo di mejhzia
,
màfà
ezi.indioche la petdiamo vfJlontieri
i
montre cosigloriofamente la perdiamo.
Pare che la Providen^a Divina
habbia deftinata a tempi si memorabili
la Pêrsona délia Maefià Vojlra
fer fermirc coll' vltimo vincolo la
prodigiofattnione ctiifcçuita traledue
già emule Monarchie> volendo, che
jîccome i due Rè doueuano effere delmedefimo
')angueJ tati fjffero parimente
le due Reine, affinche nel propagarfr
ivna, e f)altraMonarchÍtt, continuajje
il iutto ad effere concorde, e
tutto vgualmentefelice3egrande.
E corso un Secolo e pià
,
dl che la
Spagna ci diede la Gran Cdterina,
Jdea di tutte le prtrogdtitH) eMadre
di tantiPrincipi, dallt quale la
Mae/r.i del Re, e h Maejîà Vojbra
difcmbno m vrual<zrado ; di m.inieri
ibe qucjlo, etredici altrivincoli
di parentado via ftring"!v/tno le loro
Reah Persone3prima chcilCielocol
noàoMatrimoniale lehabbiaindtfolubilmente
vnite. Rendiamo ora noi
alla -Çpi9;na via Prïncipeffa
3
che el
riportd le mcdejimf VZrtu. E quai
piacere rtesentirà queliainclita N'a-
Szjonca,vsndengdoleuriteQr;!Jare à se colfto Or piaccia al Cielo, che portando
Vostra hfàejta à quel Gran Regno le
ifiejje Virtu dell' Infanta sua Tri*
tauajgh apporti ancora l'iaccenditkyQaetfifontiVoti*
e Pnefayti
:hc per mezgo mio le porge quefio rivercnti.
fjirnoAfagifiratv
,
che aJuoi
Reoj Piedi humilmentes'inchina.
Mr le Marquis de l'Efcheraine
traduisit ensuiteluy-mêmecette
Harangue enFrançoissans doute
pourobeïr à des ordressouverains,
afin de l'envoyer en l'une&
en l'autre Langue à Madame la
Duchesse de Bourgogne, pour
contenter la tendre passion que
cette Princesse a pour tout ce
qui a raport à laReine sa soeur.
Comme vous connoissez parfaitement
les beautez de ces deux
Langues, quoy que tres-differentes
l'une de l'autre, vous
verrez que la noblesse & la delicateflfe
de ses pensées sont également
bien ex primées dans toutes
Ifeç deux, & que le tour de la
traduction n'a rien dérobé aux
agrémens & à l'éloquence do
l'original.
MADAlvIE)
La Clulmplc des ComptesdePiémont
a honneur defc presenter devant
VofireMajeifépourluy rendre
fei très -
humbles devoirs ; elle ose
même, animée par vos bonte7,
,
si
7ejouiravec vous de vofire glorieux
Mariage.
L'Epoux le plus heureuxJ & le
plus va(teRoyaume qui foientaujour-
£huysur la terre, font devenus vôtre
Qonquefie,(jSfont vostre defiinéc ;
commentJe taire à la vue de tant de
profprritez^commentretenir le.tumfports
de nofire joye
3
remplis au point
que nous le (ommesJ de l'idée de vofire
gloire & de vofire bonheur.
Si le CielavoitdesiinèV^ofire Masesit
jcftè à toute autre place que celle que
vous vene;. de remplir; noflrefatis-
Jaîlion nauroitpas estésipure: nous
fentirionsces mouvemens tristes&inquiets,
qui fontsi naturels à de bons
Sujets: quand Us perdent, avec la
presence de leurs Princes,l'ejfierancc
de les revoir.
Mais dans la conjoncturepresente
Madame, la glohe , de Vojlre Maiesté
n'est pas un bien que vouspuifi-
Jiez^Ceuleposseder j vous la partd'j;e'{.
.déja avec l'augujfe Peiede qui vous
tenez la vie, &qui est le principal
Auteur de vostrefelicité > permettez
moy de vous dire quelle rejallit même
jufque fumons i des Sujets z.gle-r.,
&jide/esfonttoûjoursfenfibies
tereffez à tout ce qui donne de lclit
& du lustre à la Couronne de leur
Souverain.
Ainsîune satisfaction également
juste) sincere & ardente, ne nous
interdit pas feulement toute forte de
trifttffi, mais elle nous défend même
de regreter la perte d'une Princesse
que nous perdons avec tant d'avantage
iV'avons-nouspas sujetde croire
que la Providence Divine avoit reservéV.
M, àdestemps si dignesde
la memoire desfiecles à venir, pour
ferrer par un dernier lien
, cette
union que tous les Peuplesvoyent
Avec étonnement entre deux Monarchies.
sur qui une longue & noble
émulation avoit attiréleurattention.
Nousadmironsdans un évenement
fipeM attendu, les secrets de cetteProvidence>
qui réglé avec tant dejttfteffe
lefort des Rois &des Nationsj elle
avoit défitne deux Frères pour Rois
a deux grrands Royattmts; elle leur
donne deux Soeurs pour Reines; ces
deux Monarchies Ji heureuflement
itnies fous de tels Maigres >fleuriront
lfeures&tranquilles,&verront craistre
, par leur concorde, leurfélicité
leur grandeur.
NOfWestionsredevahles depuis
plus d'un jeele À ïEspagne de lInfante
Catherines modele de toutes
les perfèélionsRoyales) Mere de
tant de Princes,de qui vostreEpoux
-& vous, Madame, descendezen égal
degré 5treizedivers liens que le Sang aformez^,uniffo,entvosRoyales Personnes
; l'Infante avoitcommencé la
précieulfechaisne que voflreMariage
vient d'achever.
Nous rendonsaujourd'huy à VEflpagneuneprinceffle
qui luyporte avec
Elle Ils vertus de Catherine)quel
sujet de joye
3
&Jije puis le dire,
d*allions de grâces pour cette genereuje
Nation
3
de les voir renaître
dans lapetite Filledunedefespltis
renomméesInfantes*
Fassi le Ciel) Madame
, que, tandis que les Sujets de Vostre Majessé
reconnaîtront d-ins vos a[lions)
les exemples de leur Pnncejlc vojlre
Trijayeule j ils puiffint devoir à
vojlrefécondité cette succession de lie.
ros que nous devonsalaJienne.
Cefont les Jentimens i ce font les
voeux que nous infiircnt le zele,, l'amour
& la veneration qui nous ont
raffèmblezaux pieds de Vostre Metjessé.
Je ne vous parle icy que de
l'éloquence de Mr le Marquis de
Lefsheraine, que n'aurois-je pas à vous dire si je devoisvous parkr
desanaissance, qui est des
plus illustres de Savoye, & de
son merite personnel, quiestégal
- à sa naiissance;
J'ajoûteray pourtant que je
le crois l'Auteur d'un Ouvrage
qui est imprimé depuis peu, intitulé
Lettre de Monsieur * * * *
Hun de ses Amis touchant le Titre ilAlteJ/è Royale du Duc de Savoye,
CÊ* les Traitemens Royaux que ses
uimboeJJadeuTS reçoivent de l'Empereur,&
de tous les Rois de la Chreftient/'-,
dans- lequel vous verrez
que son zele pour la Maison
Royale, & sasagesse naturelle
> ont trouvé le moyen de soutenir
la gloire, & les grands droits de
son Souverain,sans s'écarter des
égards & du refpeél: qui sont dûs
aux autres Puissancesdel'Europe,
dont il a estéobligé de parler,
& que par un stile pur Se
concis, & par plusieurs extraits
d'une profonde levure
>
qui fervent
de preuvesaux faits, & aux
proportions qu'il avance, il a
fort judicieusement mêlé l'agréable
à l'utile; en quoy les anciens
ont toujours fait consister la perfection
d'un Ouvrage. Je pourray
dans lafuite vous faire l'analyse
de celuy-là & vous y verrez
qu'une belle Harangue n'est
qu'un jeu pour un esprit du ca-
- ractere de celuy de Mrle Marquis
de Lefcheraine, & qu'il est capable
des choses les plus importantes
& les plus solides.
Je vous envoye une Lettre
dans laquelle vous trouverez
unefuite de l'affaire de Naples,
j'ay cru en devoir suprimer le
commencement ,
ou il est parle
de l'emprisonnement d'un Religieux
, dont je tais le nom,
pour ne point chagriner un Ordre
fort estimé, & fort régulier,
& si le crime d'un particulier,
n'oste rien au mérité de ceuxqui
en ont dans sa famille, il doic
encore moins regarder dans un
Ordre, ceuxqui ne sont pas du
mesme fang.
De Naples le n Octobre 1701,
vOicy
,
Monsieur, ce qui s'est
passédepuis ma Lettre du 27.
Septembre. LeJeudy 6 Octobre
on mit le Baron de Chassinet dans
les cac hots
)
qui jtia ce jourla
avoit esté au large. Le Vendredy
suivantà quatre heures
aprés midy, on mit la teste du
perfide Dom Gipo Capecce dans
une cage de fer, &onl'attacha à
un des Bastions du Chasteauneuf.
Ellefut apportée de Montefusco,
quiestà quinze ou seizemillesde
Naples, avec les testes de trois
autres Criminels, dont je ne
sçay pas les noms. Ces trois testes
furent attachées le lendemain
àtrois endroits differens
,
sçavoir
,à la Tour deSainte Claire,
à Saint Laurent, & à la Vicairerie.
Le Dimanche9 on amena ici
plusieurs Rebelles qui fuyoient
du costé de Sa lerme
, parmy lesquels
estoient le Bâtard du Duc
de Malicia Caraffa
, avec celuy
de Dom Francesco Aquaviva,
Marquis de Frebufce, & le fameux
Capitaine Olaie, homme
de méchante vie, & capable de
tout, & autrefois Capitaine
d'Archers. Le il. on dressa un
échaffaut devant la grande porte
du Chasteauneuf, où l'on coupa
lateste à une heure aprés midy àDom Carlos de Sangro, Frere
du Marquis de Sainte Lucie, &
Neveu du Prince de Saint Severe
, que l'on avoit pris dans Saint
Laurent, & à quatre heures on
executa quatre de ces criminels.
Le premier qui fut executé,estoit
fils d'un Sergent de lg. Garnison
du Chafteauneuf Le fecond, le
Cocher Nicolas. Le troisiéme,
le fameux Nicolas Clementi, Maistre d'A rmes, & homme capablede
tout,qui depuis le premier
May recevoittrois cens
écus parmois de ** ** & qu'il
distribuoit pour son service; &.
le dernier estoitunArcher. Ces
quatre Criminels sortirent du
Chasteau,couchez sur une planche
, & traînez par des Boeufs,

dans la place du Chasteau-neuf,
ou ils furent pendus. Ils y resterentjusqu'à
deux heures de
nuit. Le Peuple vit ces exécutions
en detestant les coupables.
Pendant ce temps les Canons
estoient chargez à cartouche
, & braquez ducosté de la
la Ville, dont les murailles étoient
bordées de Soldats Espagnols,
qui avoient le mousquet
sur la fourchette, & la méche
allumée.Voilà,Monsieur,ce
qui s'est passé de remarquable.
On fait icy bien des contes sur
is Fuyards, mais il n'y a rien de
ettain. On avoit persuadé icy
que le Prince de Macchia, ne
ouvoit échaper,qu'il estoitdans
les bois deMontefusco,qu'il avoit
rouvé un Prestre auquel il s'etoit
confessé; qu'il yavoit quare
jours qu'il n'avoit ni mangé
ni dormi, qu'il estoit sans justaucorps
& sans souliers
, & qu'il
avoit les pieds en flez. Cependant
il y a trois ouquatre jours
que cela se dit sans preuve. Quelqu'unayant
assuré que la semainepassée,
il s'estoit jetté dans un
précipice, on y descendit avec
descordes
,
&on trouva un homme
mort, qui avoit le crâne rompu.
On reconnut par des Lettres
qu'il avoit dans sa poche,qu'il
avoit esté Capitaine de Chevaux
't Milan. Je n'ay pû sçavoir fou
nom. On assure que le Duc de
Telesse est à Benevento, avec
Dom Malicia Caraffa, que je
vousavois marqué par ma precedente
estre pris. Les Galeres
du Duc de Tursis, arrivérent
dans ce Port la semaine passée,
& partirent d'abord pour Gaëte.
Je passeà un Article qui vous
fera plaisir.
Que ne doit on point attendre
du Roy lorsqu'il s'agira de
faire de grandes choses
,
&
quelles louanges ne vient-il pas
de s'attirer en reconnoissant le
Prince de Gallespour successeur
du feu Royson Pcre, quelques
heures après que le Roy eull:
déclaré sa résolution à ce jeune
Monarque
,
son Gouverneur
Lyant remarqué qu'il écrivoit
avec beaucoup d'attention,luy
demanda si l'on pouvoit sçavoir
ce qu'ilécrivoit, ce jeune Prince
qui répondit,j'écrisceque leRoi vient
de me dire ,pour le lire tous les jours
& m'en souvenir toute ma vie. Ces
paroles marquent un bon coeur, & lesfidelles Sujets sont toujours
heureux fous des Princes sensibles,&
reconnoissans On peut
dire que ce jeune Prince a
fait briller beaucoup d'esprit
dés le berceau, & les réponses
qu'il fait tous les jours aux Ambassadeurs
, & aux Envoyez qui
viennent luy fairecompliment,
en font une marque.
Je croy quelalecture de l'A
tdicleesupivalntavouissferiarbe.aucoup
Le Fils d'un Grand d'Espagne,
qui est à la fuite du
Roy ayant voulu frauder la
Doüanne à Madrid,un Commis
se mit en devoir de visiter {a
bardes: il y eut de grandes contestations
de part & d autre,
elles finirent par la mort de celuy-
cy, auquel l'autre tira un
coup de pistolet.Le tumulte fut
grand, & les informations ayant
esté faites dans les formes,* furent
presentées au Cardial Regent,
qui n'osa prononcer, & en
écrivit au Roy. Sa Majesté n'en
témoigna rien à personne ,&
& voyant le Pere de celuy qui
avoit tué le Commis
,
luy demandason
sentimentsur l'affaire
arrivée àMadrid,sans luy rien déclarer
CeGrand d(Espagneopina
a la mort,contreun homme qui
avoit esté assez remeraire pour
offenser le Roy dans ses droits.
SaMajesté l'arresta,en luy disant
c'tjt trop de rigueur; car c'estvostre
Fils qui est tombé dans cette faute.
Le Pere ne laissa pas de persister
dans son avis; mais le Roy luy
dit qu'il avoit trop deseverité. Le
Pere luy repartit,puisque votre
Majestém'oblige de decider
,
je
condamne mon fils,en cas que
Vostre Majesté eustdessein de
luy donner la vie, à ne voir jamais
le jour, & à estre enfermé
dans un cul de basse-fosse.
Le Roy s'y opposant
,
le Pere
marqua que ce feroit là son avis
& ta decision. Alors le Roy
faisant voir lasagesse de Salchao
mon) dit vousayez^cohdamnévofire^
^Vils en Juge,~&moy,je veux lejuztr.
en Pere. Je prétens qu'il se retire ]
dans-une de vos Terres, & qu'i
y restejusqu'àce que je le rappelle. 1 Toute la Cour, qui sçeut ce prononcé,&cqui estoit bien
informée qu'il venoit du propre
mouvement du Roy, fut
autant surprise que le Pere fut
charmé de voir son fils traité si
fa/orablemenr
,
après avoir fait
munoertaction qui meritoit ou ta
, ou une punition perpetuelle.
Iln'y a pointà douter
que l'amour& l'estime des Espagnols
feront les fruits d'une si
noble conduite
Ce Monarque a écrit une detire
de quatre grandes pagçs au
Roy sur les affaires de Naples 6c
duMilanez,dans laquelle ce Prince
marque un tres-grand respect
&c une tres -grande soumission
pour les avis de Sa Majesté, &
fait voir sa tendresse
,
sa reconnoissance
, & sonattention pour
'tOUt ce qui peut luy plaire, 6c
ses efforts pour unir deux Nations
par un lien indissoluble.
Il ouvre ses desseins, & ses idées,
sur les affaires presentes, avec
un jugement, une solidité, un esprit, & une politique qui font
d'un Monarque consommé dans
le Gouvernement.Le Roy
: ayant fait voir cette lettre à ses
Ministres, ils ont dit que cela
tenoit du prodige, qu'ils ne le
croiroient pas s'ils ne le
voyoient, 6c qu'on nepeut trop
admirer le caractere sage, &
honneste de ce Prince, auq uel
il joint un si beau naturel & un
si heureux genie. Selon toutes les
apparences, l'Espagne changera
bien-tost de face, & il y a
lieu de croire que nous ne ferons
paslong-temps sans voir ses affaires
rétablies; ce qui fuit en
cffc une preuve, Mr le Marquis
d'Antin estant revenu de Flandres,
dit au Roy pendant le soupes
de S. M. quelesTroupes du
Roy d'Espagne se façonnoient à
merveilles,qu'ellesétoientlestes,
qu'elles avoient l'air guerrier &
faisoient l'exercice de la mesme
maniere que lesMousquetairesde
S. M. que la Cavalerie est tres- ;,
bienmontée, que l'Infanterieest
toute composée de Vallons & i
que les trois Compagnies des
Gardes du Corps de Sa Majesté
composées de six - vingt Maistres
chacune, attachées aux trois
premiers Generaux approchent
beaucoup des troupes de la Maison
du Roy.
Le Duc d'Arcos, & le Due
de Banos son Frere , tous deux
Grands d'Espagne,ont passé icy
en allant servir en Flandres.
Le Ducde Baños a esté fait
Grand par le feu Roy d'Espagne,
dont il estoitFavory.Ila
infiniment d'esprit
,
il parle
tres- bien François, & n'amesme
aucun accent Etranger. Le
Roy ayant sceu l'arrivée de ces
deux Seigneurs à Fontainebleau
, le Capitaine des Gardes
dela porte & le premier Gen,
tilhomme de la Chambre, receurent
les ordres pour leurs entrées.
Ils ont esté conduits
dans le Cabinet du Roy par Mr
de Saintot, Introducteur des
Ambassadeurs. SaMajestéleur
a marqué quelle auroit toujours
beaucoup de consideration pour
eux, tant qu'ils ne manqueroient
en rien, à ce qu'ils devoient
au Roy d'Espagne. Au
sortir de chez le Roy ilsallerent
chez Messeigneurs les Princes,
&ensuite chez Madame la Duchesse
deBourgogne qu'ils eurent
l'honneur de baiser. Ils ont esté
regalez avec beaucoup de magnificence
par Mrs les Marquis de
Dangeau, & deVillacerf, & ont
souvent mangé pendant leur sejour
à Fontainebleau à la table
qu'on a servie à Mr l'Envoyé Extraodinaire
d'Espagne depuis sa
premiere audiencejusqu'àson audience
de congé. Ils doiventestre
bien persuadez, voyant la situation
ou se trouvent aujourd'huy
les affaires, que sans les millions
que dépense le Roy, & les milliers
d'hommes qu'il sacrifie pour
soûtenir la Monarchie d'Espagne
& la remettre dans sonpremier
éclat, leur Grandesse deviendroit
tous les jours moins
considerable, puisqu'elle ne peut
avoir déclatqu'à proportion de
la grandeur du Roy leur Maistre.
Mr le Nonce a donné au Roy
dans une audience particuliere
un Bref du Pape sur la reconnoissance
de Monsieur le Prince
de Galles, dans lequel il louë
beaucoupcetteaction genereuse.
Ce Nonce fit voir ensuiteà quelques
Seigneurs de la Cour un
Eloge latin composé sur le même
sujet, & prononcé par SaSainteté
en plein Consistoire.On assure
que cette piece estdesplus
belles, des plusfleuries, & des.
plus éloquentes, & qu'ellerépond
bien à l'action héroïque que
le Roy vient de faire. Ce Prince
a donné l'Ordre de S. Louis àM'*
Gruter » âgé de quatre-vingtdix-
huitans. C'estunancienOfsicier
Pensionnaire de SaMajefri:)
qui a demandé cet Ordre
pourdécorer son Tombeau. IL
est encore plein de vigueur & de
bon sens,&quoi qu'il ait un fîeclû àdeuxannées prés "il n'a aucune
des incommoditezde lacaducité.
-
La Reine d'Espagne débarqua
le6.de ce mois à Toulon, -&;:
témoignaen arrivant qu'elle fouhaitoit
de continuer son voyageparterre,
ayant essuyé de grandes
fatigues sur mer, &: ayant
même esté en-quelque péril. Mr
de Vauvray en ayant donné avis
au Roy,Samajesté fit atiffi-toftpartir
cfes ordres con formes aux
volontezde cette Princesse. Elle
a charmé toute laVille de Toulon,
par sa douceur, seshonnestetez,
son enjoûment, sa complaisance,
& sapassion de faire
plaisir à tout le monde. Elle est
gaye, d'une humeur agreable,
& son enjoûment, où l'esprit
brille avec la gayeté
, peut faire
un grand bien à l'Espagne
, en
divertissant un Monarque qui fc
donne entierement au travail
Madame la Duchesse de Bourgogne
,qui l'aime beaucoup, &
qui apprend l'Espagnol, afin
de sçvoir la Langue que doit
parler à l'avenircette grande
Reine, fait beaucoup de progres
dans l'étude de cette Langue.
Ellea pour Maistre Mr Philippe
de Soüré, Gentilhomme Romain,
qui a esle choisi comme le
plus capable qu'il y ait à Paris.
Le Roy qui en est parfaitement
content, l'a nommé il y a plus
de trois mois, pour apprendre
cette Langue à Monseigneur le
Duc de Berri.
Voicy un Journal de Fontainebleau
pareil à ceux que je
vous ay envoyez depuis plusieurs
années.
Le Roy partit de Versailles
le Mercredy 21. du mois paiTé,
&vint coucherà Seaux. Madame
la Duchesse de Bourgogne Madame ,
,
Madame la Duchesse
d'Orléans, Madame la Duchesse
du Lude & Madame de Chateauthiers
y vinrent dans le Carosse
de Sa Majesté. Le mesme
jour, Monseigneur
, accompagné
de Monsieur le Duc de Bourgogne,
de Monseigneur le Duc
de Berry, & de Madame la PrinccfTe
de Conty se rendirent à
Fontainebleau.
Le Jeudi 22. le Roy sejourna
à Seaux, & yjoüit tout le reste
du jour du plaisirdela promenade
, qui fut charmante. On ne
permit à personne d'entrer dans
la Maison, ny dans les Jardins
hors à ceux qui estoient de sa fuite
, & absolument necessaires
pour le service. Le même jour
Monseigneur , & Messeigneurs
les Princes coururentà Fontainebleau
deux jeunes Loups &
les prirent
Le Vendredi 13. le Roy partit
de Seaux à onze heures du,
matin, & arriva à Fontainebleau
à quatre, accompagné dans son
Carosse des mesmes Princesses &
Dames nommées cy-dessus. Si
tost qu'il fut arrivé, il alla -voir
le Bastiment neuf, qui a estés
commencé & achevé depuis l'an- *
née passé,dans la cour de la
Conciergerie,& adossé contre lesGaleries de Diane, & des
Cerfs,en contenant toute la Ion-)
gueur qui compose 22. baux Â-jj
Lrtemens & deux Escaliers qui
~t leur issuës dans la cour de la
conciergerie
»
l'un desquels est
es-beau & tres-hardi, & conlit
ainsi quel' autre dans la Garie
de Diane ducostéde l'Ap-
~rtement de Madame la Duieflc
de Bourgogne. Les seconds
A ppartemens ont leur
~rée dans la mesme Galerie.
eux qui font au rez de chauffée
ont dans la Cour,sans aucune
communication dans la Galerie
~es Cerf; & les troisiémes dans
n Corridor qui est au dessus des
seconds du costé de la Galerie de
)iane Les deux Escaliers y conuifent.
Le Roy fut tres- satisfait
.e
ceBâtiment,quisemble avoir
toûjoursesté ,
tantil estbien disposé.
Cemême jour Monseigneur
& Messeigneurs les Princes coururent
ungros Loup, qui ne fut
point pris.
Le Samedy 24. le Roy courut
le Cerf, & Monseigneur & Messeigneurs
les Princes l'y accompagnèrent.
Le Dimanche 25. il y eut le
matin Conseil de Ministres. Le
Roy alla tirer l'aprésdinée.
Le Lundy 26. il y eut le matin
Conseil de Ministres
, & l'a presdînée
Chaue du Cerf pour Je
Roy, pour Monseigneur, & Messeigneurs
les Princes. Le soir
les Comediens representérent la
Tragedie dePhedre &la Comedie
du
Grondeur,que Madame
la Duchesse de Bourgogne vit de
la Tribune.
Le Mardi 27. il y eut Conseil
1 Finances. Le Roy tira l'apresnée
, & Monseigneur
, accompagné
de Messeigneurs les Princes
courut un Loup.
Le Mecredi 28. il y eut le mai..-
n Conseil de Min i stres, & le
~oi alla tirer l'apresdinée. Monncur
courut un Loup. Messeineurs
les Princes furent de cet-
2 Chasse.
Le Jeudi 29. il y eut grande
Chasse du Cerf, ou Madame la
Duchesse de Bourgogne vêtue
~n Amazone accompagna Sa
Majesté dans sa petite Caléche
lécouverte.
Monseigneur&
Messeigneurs
les Princes furent de
cette partie.
:
Le Vendredi 30. le. Roi coTÎ-
NT le Cerfavec la meute de MC,
e Duc du Maine. Madame y
accompagna Sa Majesté dans fl
Calécne Le soir les Comediem
representérent l'Avare,que Mai
dame la Duchesse de Bourgogne
vit au prés de Monseigneur, qui
avoit aussïelle de la Cbaffeaveè
Messeigneurs les Princes. Il
Le Samedi I. Octobre, il
eut le matin Conseil de Finan
ces Le Roy alla tirer l'aprésdinée
, & Monseigneur, & Messes.
gneurs les Princes coururent un
Loup. i
Le Dimanche 2. il yeut le maà
tin Confcil de Ministres.LeRoy
tira l'aprésdinée. Monseigneur
& Messeigneurs les Princes ne sortirent point. 1
Le Lundi 3. il y eut le matin
Conseil de Ministres Madame la
DuchessedeBourgogne dîna chez
Madamela DuchesseduLude.Il y
eut Chasse du Cerf pour le Roy.
Madame l'y accompagna,&Monseigneur
&Messeigneurs les Princes
s'y trouverent Le Soir les
Comediens representerent la
Tragediede Mitridate, &la Comedie
desPlaideurs, que Madame
la Duchessede Bourgogne vit
au prés de Monseigneur.
Le Mardi 4 il yeut le matin
Conseilde Finances, & l'aprefdinée
Chasse du Loup, ou Madame
la Duchesse de Bourgogne
en habit d' Amazone, accompagna
Sa Majesté. Monseigneur &
Messeigneurs les Princes furent
de cette Chatte. L'Envoyé de
Portugal eut audience le matin
de Monseigneur, de Messeigneurs
les Princes, & de Monsieur
le Duc d'Orléans; & l'Envoyé
de Mantouë, de Monseigneur
& de Monsieur le Duc d'Orleans.
Le Mecredy 5. le Roy prit medecine.
Il y eue chez luy conseil
de Ministresl'apréfdînée
, &
Monseigneur y assista
, après
avoir couru un cerf ave la meute
de Monsieur le Duc d'Orleans.
Messeigneurs les Princes
avoient esté de cette Chasse.
L'Envoié du Landgrave deHesse
Cassel eut audience de Madame.
Le Jeudi 6 il y eut le matin
conseil de Ministres; le Roy
courut un cerf l'aprésdînée
, &
Madame l'accompagna
,
aussibien
que Monseigneur & Messeigneurs
les Princes. Le foir, les
Comediens joüerent le Crispin
Musicien.
* Le Vendredi 7. îl n'y eut
point de conseil, & l'aprésdînée,
il eut Chassede Sangliers dans
les toi les; il y en eut un fort gtos
qui blessa plusieurs chiens, &
fauta par dessus les toiles. Il fut
tuéensuiteà cou ps de fusil.
Le Samedi S. l'Envoyé Extraordinaired'Espagne
eut audience
du Roi &deMonseigneur.S.M.le
reçut dans son Cabinet, &. Monseigneur
dans son Alcove. Il y
eut le matin conseil de Finances,
& l'aprésdînée Chasse du cerf-
avec la meute de Monsieur le
Duc d'Orléans, Monseigneur
& Messieurs les Princes furent-"
de cette Chasse, & Madamey
accompagna Sa Majesté.
Le Dimanche 9. il y eut le j
HXatia Conseil de
Ministres
; la
- ;î,,-J
Roy alla tirer l'apresdisnée,&
Madame la Duchesse de Bourgogne
à la sortie de table alla à
Melun voirlesReligieuses de la
Visitation. Monseigneur &
Messeigneurs les Princesnesortirent
point.
- Le Lundi 10 Mt le Nonceeut
uneaudience particuliere. Ily
eut le matin conseil de Ministres,
& l'aprésdînée Chasse du cerf,
oùMadamela Duchessede Bourgogne,
vêtuëen Amazone, accompagna
Sa Majesté dans sa
petite Caleche. Monseigneur &
Messeigneurs les Princes furent
de cette Chasse. Les Comediens
representérent le foir l'Andromaque
& Crispin Medecin
Le Mardi II. l'Ambassadeur
* d'Espagne presenta au Roy, dans
son Cabinet, après son lever, les
Ducsd'Arcos & de Banos, Freres
, tous deux Grands d'Espagne,
qui vont en Flandre. Ils
furentaussiconduitsà l'audience
de Nadame la Duchesse de Bourgogne
, à l'inuë de la grande
Toilette, & ils la saluérent
l'un & l'autre, ainsi que nos
Ducs. Cette Princesse donna
ensuite audience à l'Envoié Extraordinaire
d'Espagne, & à celui
de Genes. Monseigneur Be-
Messeigneurs les Princes coururent
le Loup dés le matin. Le
Roi tira l'aprésdînée.
r Le Mercredi 12. il y eut le
! matin conseil deMinistres. Monseigneur
courut un chevreüil
avec la meute de Monsieur le
Comte de Toulouse.Madame la.
Duchessedu Lude donnaàdîner
à Monseigneur le Duc & à Madame
la Duchessede Bourgogne.
Le Roi ne sortit point.
Le Jeudi 13. il n'y eut point
de Conseil. Monseigneur & Messeigneurs
les Princes coururent
le cerf. Madame la Duchesse de
Bourgogne se promena en Caléche
dans la forest. Le Roy ne
sortir point. Les Comediens representerent
le foir le Geolier
desoy-même.
LeVendredi14. le Roi entendit
la Méfie dans sa Chambre, à
caused'une legere incommodité.
Monseigneur & Messeigneurs les
Princes coururent le lou p. Madame
la Duchesse de Bourgogne
alla se promener à Franchard.
Le Roi qui avoit gardéle lit depuis
cinq heures dusoir du jour
precedent, se leva & soupa à neuf
heures.
Le Samedi 15.leRoy quieftoit
entiéremontquitte de son incommodité
entendit la Messe à la
Chapelleà l'heure ordinaire, &
tint Conseil de Finances ensuite.
Madame la Duchesse de Bourgogne
alla faire ses devotions aux
Baffes - Loges. Monseigneur le
Duc de Bourgogne courut un
Loup, & Monseigneur le Ducde
Berry tua des Sangliers dans les
toiles. Le Roy & Monseigneur
ne sortirent point. L'Envoyé
Extraordinaire d'Espagne eut
ce jour-là son Audience de congé.
Le Dimanche 16. il y eut Confcil
de Ministres, Les Envoyez
.d:E{pa..gne 8& de Gennes eurent
leurs Audiences decongé de Madume
la Duchesse de Bourgogne.
Le Roi alla tirer, & Madame
la Duchesse de Bourgogne
entendit le Salut aux Baises Loges.
Le Lundi 17,il y eut Je matin
Conseil de Minières Les Ducs
<TArcoJs&; de Banos prirent congé
du Roi, de Monseigneur
, de
Messeigneurs lesPrinces, de Madame,
deMonueur le Duc d'Orleans
,&de Madame la Duchesse
d'Orleans. Il y eut chaffc; du
Cerf laprefdinée, qui dura depuis
deux heures juiqtia sixMadame
la Duchesse de Bourgogne
y accompagna Sa Majestédanssa
petite caléche. Monseigneur&
tous les Princes furent de cette
chasse. Le soir les Comediens
representérent la Merc coquette.
LeMardi 18, il y eut le matin
Conseil de Finances chez le Roi.
Il y eut grande Toilette chez
Madame la Duchesse de Bourgogne.
Elle donna Audience
à l'Envoyé de Parme. Monseigneur
& Monseigneur le Duc de
Bourgogne allérent du matin
chasser un Loup à cinq lieues de
Fontainebleau. Le koi tira l'aprefdinée
, & Monseigneur le
Duc de Berry alla tirer d'un autre
costé.
Le Mercredi 19. il n'y eut
point dechasse pour le Roi, pour
Monseigneur
, ny pour Meifeigneurs
les Princes. Sa Majellé
allavoirl'apréfdinée dans la Galerie
du Reformez,des chiens
pour courre le cerf, destinez
À grossir sa meute.
Le Jeudi 20. il y eut le matin
Conseilde Ministres
, & chasse
du Cerfl'apresdinée pour Monseigneur
, & Messeigneurs les
Princes Le Roi ne sortit point.
Les Comediens representérent la
Vinceflas de Mr de Rotrou.
Le nom deComte d'Eu va revivre
dans la personne du Prince
dont Madame la Duchesse du
Maine vient d'accoucher. Site
Prince marche sur les traces du 1
Sang dont il estsorti, il foutienj
draavec distinction l'éclat d'un !
si grand nom.
La maladie de Monsieurle Duc
j!
d'Enghien a causé beaucoup d'in- 1
j 4
quiétude à toute la Cour. On ne
3euc avoir trop de Princes du
Sang de Condé. Ce Sang foulent
la gloire de l'Etat par sa.
nagnificence & par sa valeur.
Le jeune Prince qui s'est trouvé
en danger
,
se faisoit déjàdistinguer
par son cfprit. Il effc parfaitement
guéri, & la joye que
cause icy le retour de sa fanté
) est universelle.
En vous parlant de l'Eloge du
Roi, que le Pape a fait dans le
Consistoire, je ne vousay pas dit
qu'il y joignit un éloge Roy
d'Angletetre. Son discours fuu
vif, éloquent, &.solide. Il ne
pouvoit estre autrement;la matiereestoit
belle, & l'éloquence
est naturelle à Sa Sainteté.
Je ne vous ay point parlé de
plusieurs Services qui ont eftd
faits pour le repos de l'ame du
feu Roi d'Angleterre, les Recolets
de Saint Germainen Laye
en firent, célébrer un Solennel
quelques jours après le
décès
de
ce Monarque. Les Superieurs,
Prestres du College des Irlandois
, dits Lombards,en firent
ensui te celebrer un dans leur
Chapelle, & les Capucins Irlandois,
établis à Bar-sur-Anbe
en Champagne, ont aussi signalé
leurzele en cette occasion, &
mêmeavecdistinction. L'Oraison
sunebre futprononcée parMr
d'Abbc Perel. Mr Loüis O Moholoan,
Curé exilé de la Sainte
Croix de la Lyperary en Irlande,
&) Vicaire de Boissy fous Saint
Dyon en France a fait encette
occasion
> tout ce que le zele le
pSluus ardent peut inspirer à un
jet qui aime tendrement son
Maistre, & qui est sensiblement,
touché de samort. D'abordqu'il
en eux reçu la nouvelle, il fit
recommander l'ame de ce Prince
au Prône, & le Peuple & le Clergé
semirent aussitosten prieres.
Il fit ensuite inviter tous les Curez
& Vicaires voisins, deux
lieuës à la ronde, de se trouver
à Boissi, & fit dire trois Messes
hautes dans la Ville. Ilavoitfait
élever une representation qui
surpassoit tout ce qu'on devoit
attendre d'un simple Vicaire. Le
Service fut célébré avec toutes
les ceremoniesqui s'observent en
pareilles occasions, aspersions &
encensemensMademoiselleReating
de la Famille de Jean Reating,
Baron de Dearagerah, Seigneur
de Ballinicole, & autres lieux, & Cousine du Lord Jean
Reating,Premier President d'Irlande
assista à cette ceremonie,
& voulut même porter le cierge
à l'Offrande. Le mêmeVicaire
fit chanter le lendemain une
grande Messe du Saint Esprit,
afin qu'il inspirastle Roi Jacques
III. & la Reine regnante sa
mere ,
& qu'il leur donnast le
repos dont ils ont besoin. Mr 0.
Moholoan officia lui-même peudant
les deux jours que durèrent
ces ceremonies, & futassisté d'un
Docteur de Sorbonne, & de plusieurs
autres Ecclesiastiques ,
tout le Peuple de la Ville, &
toute la Noblesse des environs
frfliflerent à ces deux ceremonies.
Mr l'Abbé du Moulins, Curé de
Boissi, fit paroistre en cette occasson
la generosité Françoise
pour les Etrangers.On ne peut
:rop admirer celle du Vicaire
rlandois,non plus que son zele).
k son amour pour ses Souverains.
laturels.
Le 21 du mois passe Armand-
Gaston de Rohan Evêque de Tieriade
,& Coadjuteur de Strasourg,
Fils de François de Roan
Prince de Soubize, officia
ontificalement dans l'Eglise de
a Sorbonne le jour de sainte Ur.
ule Patrone de cette célébré
Maison. Les Docteursdecetteilustre
Societé avoient invité ce
rince, qui fait une des plus gloieusesparties
deceCorps, aaller
rendre par la presence cette:
Feste plus auguste. Il y célébras
la Messe,ayant Mr l'Abbé. Lemoyne,
& Mrl'Abbé de Voulges
Curé de S. Martin pour Diacre,
& pour Sousdiacre, tous deux
Docteurs dela Maison & Société
de Sorbonne.Tous les Docteurs
de la Maison y assisterent en Habit
de ceremonies. Le concours
du peuple fut d'autant plus
grand,quecettemagnifique Eglise
où estle tombeau du Cardina
de Richelieu sonFondateursiestime
desbons connoisseurs,ne s'ou
vre que deux fois l'année,[ça
voir le jour de la petite Festede
Dieu,& le jour de sainteUrsule.
Il y eut deux Actions publi
ques,c'est à dire deux Panegyri
-
ques de sainte Ursule.Lepremie
fut prononcé en François par M1
l'Abbé Marie Docteur de la Maison
& Société de Sorbonne,Chanoine
&grand Vicaire de Mrl'Evêque
d'Auxerre. Le fecond en. Latin par Mr l'Abbé Vaillant
Bachelier de la même Maison &
Société
Le texte du Discours François
efioit, QueT)ieu avoitchoisi l'ignorance
pour confondre l'orguêil des
SÇdVdllS, & ce qu'ily avoitdeplus
foiblepourconfondre lesplusforts. Il
traitasi sçavammentcesujet, &
cependant d'une maniéré si sensible,
que les Sçavans furent satisfaits,&
le peuple content. Jamais
rien ne fut tiré plus naturellement
deson texte,& de l'Ecriture
que tout ce qu'il dit pour faire
connoistre aux Docteurs & au
peuple leurs plus importans dé-;
voirs.
On admira sur roue le Cornpliment
qu'il fit à Mr le Coadjuteur
de Strasbourg quand il luy
aqreÍfa¡ par honneur, les premières
paroles de son Sermon,il lui
dit,, Que la Societé de Sorbonne vivoitauxjoursdesa
plus haute élevationpuis
qu'elle voyait sortir de
sonsein un Prince, qui faïsoit déjà
iwte l'esperance de l'Eglise, & l'admiration
de tous les Peuples, que
quoique qu'il fust issu duplus beau
Sang du Monde ,ses vertus ne cedoient
en rien à sa Naissance, qu'à
peine il ai i* tru qu'il avoit déja
ravi tous ieJ coeurs par sa profonde
erudition sur *.infinité de Sciences
dont la moindre feroit un homme de
distinction dansson genre 3
qu'il commençois
mencoitpar-où les autres tenaient à
grande gloire de finir3 que sa bonté
naturelle, quifiedsibien à ceux qui
font nezPrinces,son zgle pour la Re,
ligion, dont il efi d:id declaré le digne
D(feusiuiy sa modistieextrême
au milieu des applaudissemensuniverfels
avoient déterminé le plus
grand '& leplusjudicieux des Rois, de
le faireplacersur le Chandelier d'une
Eglift ou ilfallaitaulji un grand
merite pour en remplir le Gouvernement
; qu'ilnefaloit pbf s'étonnersi
un ï}apeaussiéclaire,&aussi saint
que celuy qui cfia/fisaujourdbuysur
lu Chaire de JaintPicncavvit reconnu
l'excellence de ce choixpar tm>
tes les marques de lu plus sensible
estime, puisque non content de luy
avoir cédé tout ses Droits, il avoit
encorvouludistinguerla promotion de
Ce Prince, quise donnoit à l'Eglise lefaisant en proclamer en pleinConsistoire
des Cardinaux,qu'ilfit assembler
pour ce sujet.
Toute ¡"'Afremblée parut fort
satisfaitede ce Discours j il n'y
eut que Mr le Coadjuteur, qui
écoutantavec peine ce qu'on disoit
de luy, ne puts'empêcherde
laissermonterune rougeur sur fou
j son visage qui acheva de faire un
effet fort avantageux pour ce
Prince dans le coeurdesassistans,
convaincus quesamodestie étoit
égale à sa vertu. Quand le Predicateur eut fini,
au lieu de donner la Benediction
à l'ordinaire, il défera cet honneur
à Mr le Coadjuteur. Ce fut
un nouveau sujet de triomphe
pour sa modestie:Elle l'empêcha
d'accepter cet honneur dont il
n'yavoitpoint encore eu d'exemple
en
Sorbonne
, & ilfit seulement
le Signede la Croix sur luimême.
Ces manieres soutenuës
de beaucoup de majesté, & d'une
gbrlearnde modestie,firent redoupour
luy 1 cftime & la veneration
de toute l'Assemblée.
Dame Françoise Gabriel de
Chabannes de Curton, veuve
de Mr de Rochechoüart
>
Marquis
de Paudras, de Barbazan,
& de Fontrailles
, a pris l'habit
aux Religieuses Benedictines de
Montargis, l'II. de ce mois. Mr
l' Arc hevesque de Sens fit la Ce
remonie, & Mr l'Abbé de Faudras
de Seguénville
, Docteur
de Sorbonne & Théologal de
Montauban,y prefcha avec un
grand applaudissement. On trouva
son Texte fort heureux & fort
convenable au sujet. Il se servit
de ces paroles de Ruth.
NUNCIATASONT MIHI OM-
7qlA QG-JE FECERIS POST
MORTEM VIRI TUI, ET
CTUOD RELIQUERIS PARENTES
TUOS ET TERRAM IN
QUANATA ES, ET VENERIS
AD POPULUMQUEMANTEA
NESCIEBAS.
On m'a rapporté tout ce que vous
avex, fait après la mQTt de vofire
mari &- de qu'elle forte vous avez
qz&ittè vos Pagens & le Pais où
vous esses née, pour venir parmi un
Peuple j qui vous.efioit inconnu au-
- paravant.
Madame la Marquise de Rochechoüartn'avait
que quinze
ans lorsquelle fut. mariée. Elle
avoitreçeu laBenediction nuptiale
du mesmeAbbéde Faudras
qui a preschéà sa Vesture
,
?1
est Parent de son Epoux qui
mourudeux mois après dans son
Château de Faudras le 29, Septembre
1696. cette Dame frappée
de cette mort & désabusée ti, monde, se retira bien- tost
apres dansle Convent où ellea
prisl'habit.Elle a sacrifiéà
Dieuune rare beauté & des - biens tionédciofinasindteerabales. Cette ac- extrêmement
touché des personnes de son Sexe,
d'autant plus qu'elle avoit
estérecherchée en mariage par
dès Seigneurs de la premiere distinction.
Dieu luy avoit donné
d'abord un mari tel qu'elle pouvoit
le desirer, mais le luy ayant
osté à l'âge de vingt-cinq ans, elle a conctracté alliance avec
l'Epoux Eternel qui ne luy manquera
jamais. Elle est Fille
d'Henry de Chabannes, Marquis
de Curton
,
&deFrançoise
de Monlezun de Besmaus, 6C
petite Fille de François de Monlezun
,
Seigneur de Befmaus
> Gouverneur de la Bastille.
Monsieur Sanson vient de
mettre au jour une Carte d'Espagne
qui renferme en abregé
t sur plusieurs exemplaires, leraport
que toutes les parties ont
entre-elles, avec les Cieux &
avec l'Histoire j il en a aussi d'autres
,
où l'on trouvera ces noms
latins selon les differentes divisions
, ôc des Tables Geographiques
pour toutes les possessions
du Roy Catholique. Je vous en
diraydavantage lemois prochain.
Il demeure aux Galeriesdu Louvre,
vis-à-vis l'Eglise S. Nicolas.
Françoise de Soüillac Religieuse
Benedictine, & Prieure
de l'Abbaye dela Réglé à Limoges,
mourut le 29. Aoust. Sa pieté,
son merite & sa conduite édifiante
, l'avoient rendue tres-recommandables
& l'ont faitregreter
de tou te sa Communauté& de
tous ceux qui laconnoissoient.
Elleestoit fille de Bardi de
Soüillac Seigneur de Verneuil, Comte du Bourg & d'Elisabeth
de Ferrieresde Sauveboeuf, sa
seconde femme;elle avoit Freres pour de ce mariage, Charles
de Souillac? puiné tué Capitaine
de Cavalerie à la Bataille de
Trévesen 1675 & François de
Soüillac Seigneur de Verneuil
qui deCharlotte d'Aubusson a
laisse plusieurs enfans. Bardi
de Soüillac avoit épousé en premieres
noces Sufane du Maire, Heritiere du Bourg, dont il eut
Isaac de Soüillac, Comte du
BourgMarie-Marguerite-Urfule
de Narbonne fille de Jean deNarbonne
,Comte de Clermont, &
d'A nne Bouchard d'Aubeterre
dont il , a des en sans. Deux des
Freres de Bardi de Soüillac ont
laissé posterité;sçavoir,Jacques
de Soüillac, Marquis de Chastillon
, Lieutenant général des Armées
du Roy, & au Gouvernement
de Roussillon,sonpuîné,
& David de Soüillac leur aîné;
Marquis d'A lerac & de Caftel-
~au-d'Eauzan qui devint le chef
1C la Maison de Soüillac
, par la
110rr sans alliance de son Cousin
flu de germain. Jean deSoüillac
Seigneur de Montmege
,
Capi..
taine-Colonel des Cent-Suisses.
de la Gardedu Corps du Roy, Lieutenant General de ses Armées
,
Mestre de Camp d'un Regiment
d'Infanterie, & nommé
a l'Ordre du S. Esprit.
La Maison de Soüillac est issuë
en ligne masculine
,
des anciens
Comtes Seigneurs de Turenne,
Princes issus de même Tige que
VVifroi, Comte de Bourges.
Dede, issuë d'une branche de
ces anciens Comtes Seigneurs de
Turenne, estoit Abbesse de la.
mêmeAbbaye dela Regle dans
le dixième Siecle : Elle estoit
Soeur d'Aimar
,
Seigneur d'Echelles>
Vicomte du Bas Limofin
, & Abbé Laïque de Tulle,
qui rétablie cette Abbaye de
Tulle,lui donna de grands biens,
& luy remit la dignité Abbatiale
qu'il tenoit parsuccessïonduBisayeul
de son Pere, qui en avoit esté
gratifié par Pépin le Bref, ou
par Charlemagne. CeBisayeul
fut Pere du Comte Raoul,-qui
laissa plusieurs fils.-, entr'autres
Raoul, Archevêque de Bourges,
Patriarche & Primat d'Aquitaine
,
Prélat d'ungrand merite, &
qui eut part aux plusgrandes affaires
de son siecle, futtres-consideré
à la Cour du Roy & Empereur
Charles le Chauve, &
dans toute l'Eglise Gallicane, 8c
Sic des biens si considerables à
tout le Royaume d'Aquitaine
>. qu'un Auteur tres-ancien a dit,
qu'il pouvait avec justice & à bon
droit estreappellepartous les grands
du Royaume d'Aquitttine
,
le Père
de la Patrie. Saint Raoul fondaqSuaiantrte
Abbaves de l'Ordre de
Benoist, dont deux subsistent
: sçavoir celle de Vierzon
dans le Berry, & celle de Beaulieu
dans le Limosin. Il rétablie
auïïï Chasteau-Gourdon, ditaujourd'huy,
SaintSatur, Chef-lieu
de la partieduSaisseau,qui estoit
de son patrimoine;l'autrepartie
du Saisseau, connuë sous le nom
de Comté de Sancere ,estoit possedée
par le ComteVVifroy,8c
fut portée ensuite par la Princcue
Agane sa Fille,à Robertle.
Fort, Duc & Marquis de France,
dont elle fut la premiere Femme.
Richilde) l'une de leurs Filles
le porta demême par mariage
dans la Maison des Comtes de
Champagne
,
où il a demeuré
plusieurs siecles.
Messîre Olivier LouisMonnerot
de Seve, Stde Sainte Geneviève
des Bois prés Montlhery,le Perray
cancres lieux,Chevalierdes
Ordres de Savoye, cy-devant
Conseiller, Maistre ordinaire
d'Hôteldu Roy,au jourdeson
deceds, CapitaineChefauVol
pour Pie de la Chambre de Sa
Majesté, & Capitaine Chef des
Vols pour Canard & pour Pie,
de la grande Fauconnerie de
France, a prés avoi r receu(es Sacremens
d'une maniéréédifiante
ans son château de lamte Geeviéve)
elt mort d'une colique
sont il estoitdepuis longtemps
ourmenté
, entre les bras de
nessire François Louis Bourlier,
Prestre,Doéteur, son Curé, avec
les sentimens de pieté & de demot
ion, quiattirèrentégalement
l'admiration & les larmes de
ceux qui 1uy ont vu rendre les
derniers sou pirs., en sorte, que si
on peut dire, qu'il ait eu de l'attachement
pour le monde, il a
fait voir en mourant par les regrets
qu'il en a témoigné, qu'il
n'est point de parfaitChrestien
qui puissefaire une fin plus propre
à servir d'exemple auxplus
honnestesgens-
Ir, Il estoit frere de messire Pierre
Monnerot, dont l'esprit, lapenek
tration, le feu dans les affaires,&
le zele pour le service de son
Prince, l'ont rendu digne del'estime
de tousceux qui le connoissent.
lis avoient une Soeur
mariée àMr le Marquis de Sepville
, d'une des plus anciennes
Masons de Normandie
,
ci-devant
LieutenantGeneral des Armées
du Roy.
Ils estoient tous trois enfans de
feu Messire PierreMonnerot
Conseiller du Roy, Receveur
general des Financesd'Orléans,
& puis Conseiller du Royen ses
Conseils d'Etat
, & Tresorier
général de ses Parties Casuelles.
Ces morts ont esté suivis de
celle de Dame Elizabcrh de la
Barre, veuve de messireFrançois
Braque,Chevalier Comte déLoles,
Seigneur de Piscot, Saint
rice, &c. & de celle de Dame,
lemence Briçonnet) veuve de
essire Denis Mareschal
, Scineur
& Patron deVaugirard,
Conseiller du Royen sa Courdes
.ydes.
Avant que d'entrer dans le dëail
,
de ce qui s'est passé
, en
talie depuis ma derniere Lettre,
ay cru qu'il ne seroit pas hors
e propos de vous envover ce
qui suit, il cil: tiré d'une Lettre
lui n'est pas nouvelle
,
& qui
mesmea esté écrire,avant tout
ce que j'ay à vous mander ce mois
cy des affaires d'Itallemais il
rade certaines chosesquifont
onnes en tous temps, 8c qui font
l'autant plus de plaisir
) que par
leur moyen on peut faire beaucoup
de conjectures, dans lclquelles
il est presque impossible
de se tromper.
Le rr,',¡ce Eugène3ne doit pas
efirc sans inquiétude. Il efi moins
fort quenous,il na ny lieu ny retraite
pour les munitions) pour les
magasins
, ny pourles malades qui
fontengrand nombre. Ilefiobligé
de trdincrtout après luy :ce qui certainement
efi d'un grandobfiacle dans
les mouvemens d'une Armée, même
de celles qui les fontavectranquillité
Ajouteracela quil manque dargent
j & qu'il ne peut p-ayer qulen
billets.
Je reviens ,
à nofire Armée, à ses
jnouvemens,aumoyens quletle peut
avoir pour faire la guerre, 6" aux
commeditez^ainjîqu'aux incommodi..
tqeui^oqytjieelvleontrsofuevraeyduannslelgè ePradyést>aaipldrèes
quoy laftuation, (5 des contréesou agiffent
Us Armées, & des moeurs des
Peuples qui les habitent.
VArmée du Roy qui est campéh
Urago
,
tient la Campagne& occupe
plusieurs po/tes, surVAddafç-avoir
Va7.Jcr,Ca./Ja'lt) Lodi, Pichigtitc7i>
sur la Riviere de Adda, Crémone
prés du Po
,
Soncinosur l'Oglio3&
Mantoüe ,&peut tireraisement des
munitions 6" des Convois partous ces
posses
,
& nemanquer derien. Notcs
fommrs outre cela les plus forts) &
nom avons de bons Généraux. Stin
Altesse Royale de Savoye a toutes les
parties d'fin bon General. jVfrs te-s
Maréchaux de Villeroy d"" de Gatinat
font d'une vigilanceinfinie.
ils se donnent toute la peine pollible
dans les occasions qui se presentent.
Mr le Marlchal de Villeroy efi nuit
& jour à cheval
,
C;, infatigable à
tous les/ôins qu'un Generalà*Armes
peut avoir, il visite tous les jours
les Pojles de wjrre Armée, reconnoifi
ceux des ennemis) assure ses
Convois
,
& ses Fourâges envoyant
de gras Partis sur l'ennemy.il n'épargnerien
pour les Esppiaioitnss,foulage ,
foulage
les malades, donne de l'argentaux
Officiersbleffcz^ & du cBurûge, &de
/'esperanceauxTroupes. On doitrendre
ce témoiqnave à la vérité.A l'égard
de lasituation du Pays & des
mxurs de ceux qui l'habitent3je vous
diray que le Pays efi deux fois plus
couvert que celuy de Flandres, efiant
coupé de tous cojJe'{, d'une infinité de
naviglio ou canaux que les habitans
font venir des grandes Rivieres
dés eaux desquellesilsportent pour
firrofer leur Pays, par cent canaux,
dijferens qu'ils appellentnaviglio>
dïabordquils ont trouvé les hauteurs
des lieux par ou les grossès Rivieres
passent. Les fonds de tous les navigliofont
bonSy les bords feulement en
fonttres-dificiiefiils syen fervent à
arroserleur Païs
, ce qui humecte si
fort la tere,quemalgréla chaleur
exceIF;ve du Soleil,& le manque absolument
de pluye,) elle se confeive
toujoursfraische
, & n'efijamais jeiche,
ce qui produit le méchant air
quonyne[pire3 la chaleur du Soleil
ne pouvant jamais consumerson bumidité,
qui ne peut pre alterée par
la quantité des eaux répandues &
dtflribuies dans les campagnes, qui
font très"fertilles, ce qui rend l'air
épaisj.&cause beaucoup 4e maladif
aux Etrangers, &sur tout à ceux qui
mangent beaucoup de viande dont le
suc efl trop acre & trop noumffant.
I?ailleurs les eauxJfonttrop vives,
trop fraîches, e- trop crues, Quoique
la terrefoitparfaitement bonne,elle
produit peu defruit, ce qui vient dé.
la paresse
,
c,-- de l'oisïvetè des habitans
du pais qui efi excrffive, les
Paisans nescachant par les chemins
ni les noms des villages, & des canauxfïlue^
à trois mille de leulscaf
fines quifontune lieue de France.Ils
font naturellement mefiansportent
tous des Armes àfeu.
Je fermois ma Lettre le mois
dernier, quand que le bruit de
l'affaire où Mr de Roquepinea
estétué,serépanditj ainsi j'estoismal
informé de cetteadiou
ors qu'avec précipitation je vous
enécrivis huit ou dix lignes Je
rousmarquay que Mr de Roqueine
commandoit deux mille
lommes, & cependant il n'avoirlue
trois cens chevaux & trois,
cens Fantassînsiainsi cetteaffaire
a esté d'autant plus glorieusepour
nousque la partie estoit
fort inégale, puisque les Ennemisavoienr
trois mille chevaux,
nais quelque joye que l'on puifre
avoir d'une, pareille action, &:quelque gloire que l'on en
tire, on est moins touché de l'une
&de l'autre lors qu'on perd de
braves Commandans &de bons
Soldats. Une décharge de trois
mille bommes sur six cens , ne
pouvoit manquer d'estre avantageuse
aux premiers, mais ily
eut plus de gloire pour ceux qui
là soutinrent, que pour ceux qui
qui la firent ; cependant nostre
Cavalerie ne perdit que sept
hommes,mais nostre Infanterie
fut beaucoup plusmaltraitée. Le
Piquet de l'aile droite de nostre
Armée estant aussitost: venu au
secours, les Ennemis qui se seroient
trouvez assezforts pour
le soutenir, si leur intrépidité
avoit esté aussigrande que celle
de nos six cens hommes, se retirèrent
: de maniere que nous
ramenâmes nos blessez, que le
fourage qui estoitrestéàCaftrezato
, nous demeura. Les Trou-
4 pes qui ont le plus souffert en
cetteoccasion, sont les Grenadiers
de Son AltesseRoyale, Sc
le Kegimenc d'Auvergne, Tous
ces combats ne décidentrien en
faveur des Allemans, & le Prince
Eugene ayant proposé dés le
commencement de ce mois de
faire repasser sa Cavalerie,&de
garder les Cavaliers démontez
de son Armée. LeComtedePalsi
s'y opposa avec beaucoup d'emportement,
& en jurant que l'on
perdroit toute la Cavalerie, ainsi
il n'y a point à douter , que si
dés ce temps là les Allemansen
estoient beaucoup embarassez
elle n'ait beaucoup souffert depuis
)-& qu'elle ne soit en tresmauyais
estat.
Mrle Prince Eugene ayant
cfié informé du jour que Mr de
Vaudemont, & Mr de Villars
devoient partir de Milan pour se>
tendreà l'Armée, fit un détachement
de 500.chevaux,&de cent
Grenadiers, sous la conduite du
fils du General Mercy pour tâ.
cher de les enlever dans leur rOlll."
te. Ce Commandant aprés avoir
fait faire un Pont surun Naviglio
passaavec les 500. chevaux
&laissales 100. Grenadiers pour
garder le Pont. Mr de Vaudemont
partit de Milan,dans une
Chaise
,
&Mr le Marquis de
Villars dans une autre, que Mr
de Vaudemont luy avoit prêtée,
parce qu'il n'estoit pas encore
bien remis de la maladie qui l'avoitreretenuà
Turin; Ilsdevoient
rencontrer encheminune escorte
de trois cens chevaux, & de
deux cens Fantassins, commandez
par Mrde Villiers-Maurier,
Colonel de Cavalerie. Lorsque
Mr
Mr de Vaudemonc& Mrde Villars
furent entre Lodi & Soncino,
ils entendirent tirer quelques
coups à la teste de l'escorte
qui les avoit joint. Mr de Villars
se jetta aussitost hors de sa
chaise
, monta à cheval, & y
courut. Mr de Vaudemont fit
paroistre la même ardeur, mais
son courage fut obligé de ceder
à ses infirmitez; ainsiil sevit
contraint derester dans sa chaise.
MrdeVillars joignit Mr de Villiers
dans le temps qu'il commençait
à charger les Ennems.
Il attaqua ladroite & la gauche
des Cuirassiers; ils plierent, &,
; se ralierent jusqu'à trois fois,
mais enfin ls furent enfoncez.
Pendant ce temps, Mr d'Imecourt
prit cent Fantassins &marcha
au Pont, qui estoit surîc
Naviglio,dont j'ay déja parlé,
il y trouva les cent Grenadiers,
ou, selon quelques Relations, les
cent Fusiliers que les Ennemis
y avoient postez
, & qui tra- vaillent à rompre le Pont, quoi
qu'ildustservir pour la retraitte
de leur Cavalerie. Il les en chafc
sa, & s'ensaisit; la Cavalerie Allemande
qui venoitd'estre enfoncée
par Mrs de Villars & de
Villiers, songea à saretraite, qui
devoit estre faite parce Pont,&
en prit le ehemin 5 mais letrou-j
vant occupé
@
par Mr d' Imècour,
qui les reçut à coups de
ftifil,ellIl
se jettadans le Naviglio
,
donc
les bords se trouverent si efear-j
pez, & le fond si mauvais & si
marécageux, qu'ils ne purent
en tirer, ainsiplusieursy furent
loyez, & il y en eut aussi beauou
p de tuez par les nostres On
se fit que trente Prisonniers
,
&tout le reste du Parti fut tué
>u dissipé
, & on prit trois cens
chevaux On ne perdit en cette
occasion que sept hommes & un
Lieutenant. Le même jour, Mr
le Choiseul de Cherigny, qui
e trouva en campagne pour aller
u devant d'un Convov, défit encirement
le reste de ce Parti.
Le Rov a donné le Regiment
qu'avoit feu Mr de Roquepine, àl
VI* le Chevalier de Sully. Il' a
tutant de douceur d'esprit, qu'il
fait voir de valeur dans les occasions
j
il est d'une probité reconîuc>
& fort estimé, &. aimé de
toute laCour.
Mrle Marquisde Roquepine
estoitFils de feu Mr de Roquepine
,
ci-devant Lieutenant géneral
des Armées du Roy &Gouverneur
de la Capelle,& d'une
Soeur de feu Mr le Marquis de
Tilladet
3
ci-devant Lieutenant
generaldesArmées du Roy, Capitainedes
Cent-Suisses de la
Garde de Sa Majesté, Commandant
de ses Ordres,& Gouverneur
d'Arras. Il est le quatrième
frere mort au service du Roy.
Il enresteuncinquième quiest
d'Eglise, & Grand-Vicaire de
Mr de Tilladet,Evêque de Mâcon.
Quoi que Mr de Roquepine
n'eust que six cens hommes, lorsqu'ii
fut attaqué partroisn-iilir,,
Il fit voit autant de fermeté que
s'il avoit esté à la teste de ceux
lui l'attaquérent
>
& ce Marquis
ùt tuésans avoir paru épouvané
par legrand nombred'Ennenis,
& sansavoir fait un feu!.
pas pour reculer.
Mr l'Envoyé Extraordinaire
l'Espagne a presenté au Roy
VIr le Marquis de VVistreloc
seigneur Flamand, Chevalier
le le Toisond'or, & Gendre de
M1 le Duc de Monteleon.
Vous sçavez que les Criminels
ont de grands privileges en Italie,
& que ceux qui peuvent se
sauver dans lesEglises
, y font
MI lieu de seureté
,
&ne peuvent estre pris. Le Pape vient d'ôter
cette immunité aux Eglises
à..l'égard de ceux qui font entrez
dans la conspiration qui avoÎI
cfté faite pourassassinerleViceroy
de Naples,regardant cet ac
tentat comme un crime si horrible
que ceux qui l'ont commis
ne meri tent pas de trouver aucun
azile. Le S. Perea aussi ordonné
qu'à Benevent, dont il
est Souverain,on ne leuren donnast
aucun, ne voulant pas qu'ils
en
,
puissent trouver dans aucune
des lieux où il a le pouvoir de
l'empêcher. Ili;t
Je vous envoye une Lettre de
Constantinople dattée du 30.
Aoust 1701. * -
J
Il J'tji eleve icy, depuis sixJentailles
) une persécution terrible contre les
Armentens Catholiques. Onen a mis
en prijbnpUtJieurs & on en a envoyé
beaucoup aux Galorts. Zr
i t à
3rand Seigneur en fait une affaire fEtat,£?•il a donne un Caticherif
ïour fairerentrerdans rfancien Rit,
tous les Armeniens qui ont embrassè
la Religion Catholique. On vient
Renvoyer d'Andrinople, leur Patriarche
au Bagne, où on l'oblige à
traîner dessacres f>.lusgaffes que luy
&quand il ne peut lei lever ou qu'il
tombefousleftix, on lefaitrelever
a grandscoups de hafton.
Le Patriarche desSurinsquifut
rétablil'annéepassée a. la Requcfte
de SAmbassadeurde l'Empereurefl
clins le mejme cas que celuy des Armement'
Qatholiquesperfecitiez^. On aenvoyé des Officiels de la Porte
en Susse , & par toute la Natolie
poursesaisir de tous les Catholiques.
Le Frere du Tartare Kam a esté
quelquestours entredeuxportes à!
Andrinoplé
, & le Grand Seigneur l'aexilé à Rhodes.
Sa Mauteffe
, a envoyé au Kam
des Tarturessongrand Ecuyer, four
luy porter l'Epiegarnie dediamans
ét les autres marques d'honneurque
le Grand Seigneur a coutume de donner
aux Kams de la petite Tartarie.
Les Arabes ont encore pille la
Càravanne de la Mecque. Laperte
efi de huit mille bourses ; jamais la
Caravanne navait eslésiriche3y
ayant eu neuf Vaisseaux des Indes,
dontil rien vient ordinairement que
trois. Tout Confiantinople efl conflerné
de cetteaffaire, & l'ony murmure
tout hautcontre le Gouvernement
frefent.
L'affaire de l'Audience de Monpeurde
Feriolriefi pointeuçore decicléc.
Il ne laissè pas de faire toutes
les [onélionsdtAmbd/Jadeur, & dé
traiter toutes les affaires comme un
Minière reconnu. > MilordPaget avoit affurêleS
Turcs de la guerre; mais ils commencent
à craindre quilriyen aitpoint5
& ilsfont devenus Politiques d- curieux
des nouvelles de la Chrefiientè,
pour lesquelles ils ont toûjours fait
paroitre tant dtindifference.
C
j Voici les noms de ceux qui ont
deviné l'Enygme du mois dernier,
dont le nomestoitl'Huitre
à l'Ecaille.
Mis Flamant dela Place Dauphine,
Lavocat de Marne, Thibaut,
Simon Billart, l'Abbé Fierotin,
Daniel le Chin Procureur-
Fiscal au Baillage d'Egligny prés.
d'Auxerre, & le meilleur de ses
amis Trebuchet, Noel Drageon
du Mans,l'Abbé de laGuerite
, du Hamelle de l'Hôtel dHocquincour
,
Bardée, & son
amy du Plessis du Mans, l'Abbé
MacsihyDocteur en l'un,& l'autre
Droit, Gabriel Turgiez de la
rueSainte Croix de la Bretonnerie
: Morzel de la même ruë : le jeune Gondoüin de rIfle Nô.
tre-Dame: Mesdemoiselles Lebrun
de la rue de la Serifaye:
GalceciaAngloise de la ruë des
Prestres proche la Paroisse de S.
Germain en La ye, la Spirituelle
de Vire.
Plusieurs personnes ont aussî
trouvé le veritable mot fous les
noms suivans.
Le Bonhomme de la rué. de
l' Arbrefec le veritable Amant
de la charmante Maman:le Plus
dpeestit des trois Freres de la rue
Augustins: Le Petit ah voyez
donc, de la ruë de Savoye:l'Apprenty
Notaire dela ruë de la
Feronerie,& son cy-devant Confrere
de la ruë des Augustins:le
Berger mousquetaire deChauny:
le Beaupered'Alençon &sachere
Javote, Ah voyez donc comme
je ne l'ay pas devinée: Tamiriste
son épouse
,
& sesenfans,
le Secretaire de la Troupe Sçavante
: le Camarade du Kyrielaphe,
l'Orateur content, & son
Frere le Chevalier Couperet : le
Glorieux Fils de maistre Pierre
Serrurier de Saint-Seine: le mary
jaloux Du bus de la ruë de la
Harpe: Mademoiselle Javotte
jeune Muse, du coin de la ruede
Richelieu: AntoinetteBondelle
de Laon: laVertueuse & son
Amy Gotton : la Belle-main
,
& saCompagnie dela ruë des Anglois
: l'Heroïne de la Confiance:
la Belle infortunéede la ruë
saint Martin: la Brune su jette
aux migraines, & la Brune sa
belle- soeur : mademoiselle du
Moustierde l'Arcenal sa fille:
Anne Tagot femme de François
Fouquet & sa bonne amie Jeanne
Malson femme de Noël Eustache
: la Grosse Dondon de- la
PorteS Germain:laPetitemarchande
devin de l'Orme S. Gervais
: La Brune bergere Blondel
de la ruë des Coquettes, Gregid:>
él:al > le grand Ecclesia
, l'Abrégé
du genre humainle souveau
Chevalier à la fleur de lis;
Mademoiselle Panier,&sa chere
Compagne de la ruë de la Harpe.
*L'Enigme que je vous envoyé
est de Mr le Marquis de Turlan
de Monicaq en Quercy.
N ENIGME. Ous sommes deuxjumeaux d'u-
- ne matiere dure)
Qui faifins l'un sans l'autre une Itriste figure,
Dans l'horreur de l'Hyver on ne
> peut nous quitter., »«
En Eté rarement on picnt nous vi- Jïter.m*v' ti
Un Elément ingrattravailleà nous
p détruire , II tourmente nsspieds, & par eux
Kl ilrespire9
jEn tons temps on nousfaitporter les
meilleurs mets,
Mais noussommes dftrtts, nous ny
touchons jamaist
Je ne vous dis rien de la bonté
de l'Air que je vous envoye,
vous en jugerez.
AIRNOUVEAU. TD B
Elle Iris c'ejltoy quej'adore.
Tes attraits ontfçu m'eniqamer,
Etsije vis ,sije refaireencore,
Ce rtefi que pouravoir leplaisirde
t'aima.
Le 16. il arriva un tres-grand
Convoy à l'Armée desAlliez,
conduit par Mrde Pracontal On
fit le même jour untres-beau &
très grand fourage, à la faveur
de ce Convoy. QuelquesCavaliers
ennemis se jecterent dans
les enceintes, prirent quelques
chevaux des Fourageurs; ces
chevaux furent non seulement
repris, maisceux des Ennemis
lIe lfurent aussi. arriva le21 de ce moisun
Courierd'ItalieàFontainebleau,
qui avoit esté dépéché le 13. &
qui rapporta que les pluyes étoient
continuelles & tres incommodes,
Se que si elles durent
trois mois, selon la coutume du
du Pays, les Arméesnepourroient
y résister, & que cependant
les François ne vouloient
pas décamper que les Ennemis
ne se fussent retirez.
t Le même Courierrapporta,
que Mr de Coquefontaine
, qui
conduisoit un Convoi avoitesté
attaqué, mais qu'ayant tué vingt
ou vingt-cinq A llemans d'une
décharge, les autres avoient,
pris la quite.
On appritaussi par le même
Courier,que quinze Cavaliers,
commandezpar un Maréchal des
Logis, estant allez à la enterre
avec chacun un Fantassin en
croupe,estoient tombez dansun
party de cinquante Cuirassiers.
LesEnnemis crurent d'abord
qu'il ne leur en échaperoit aucun
,
mais le Maréchal des Logis
ayant mis sa petite troupe ed
Escadron, &ayant faitfaire une
décharge fortà propos par les
quinze Fusiliers
,
les Ennemis
furent mis en déroute, & les
nostres profitant de leur
confuon,
acheverent de les culbuter.
1 y en eut huit de tuez & quatre
e pris. Le reste se sauva en defrdre.
Le Roy qui ne laisse auune
action genereuse sans re.
r *1 ompense, a témoigné qllH vou.
oit que Maréchal de Logis fuit
écompensé. Il sepasse tous les
ours desactions de cette nature,
tui ne font point rendues publilues,
parce que l'on negliged'en
nvoyer des Relations,
st II ny a point de jour que nos
artis ne remportent des avantaes
sur les ennemis. Un de artisayant ces manquéune grande
Garde parcequ'ayantesté averie
,
elles'éstoit retirée, ne v-oujc
pass'en retourner sansfaire
uelqueexpédition ,il s'embus-
+la , &attendit l'heure des
Bateursd'estrade, il en tua
quinze ou vingt &. en amena un
pour donner des preuves de ce
qu'il venoit de faire.Oncesse
de par ler de décampement de
puis que les pluyes ont cessé.
L'A rmée des Alliez faitfaire des
cheminées à ses baraques, & témoigne
une forte resolution de
ne pas décamper la premiere, SC
comme on a résolud'attaquer les
Ennemis, lors qu'ils décampe
ront , on ûcvoye tous les jour
des partis qui passent les nuit
couchez autour de leur camp
pour découvrir s'ils ne décampent
point
>
afin de les attaquer
avant qu'ils ayent le temps de
dérober quelque Marche.
On a sçeu par le dernier Cou
rier dePortugal qui est arrivé ici jà
qu'une Fregate estant entrée
dans le Tage, avoit a pporté un
paquet pour les Envoyez & Conuls
d'Angleterre, &deHollande,
& qu'ayant reçu ce paquet,
ls avoient demandéaudience au
Roy de Portugal. Cette audience
leur ayant esté accordée, l'Envoyé
d' Angleterre déclara à Sa
'v!ajcG:équ'il avoit.ordre de luydemander
communication,&
copie du Traite figné & ratifié
entre les trois Couronnes. A
jl10y Sa Majesté Portugaise répondit
qu'elle ne devoit rendre
com p te de ses actions, qu'à Dieu
seul,&qu'elleétoitextrémement
surprise que le Roy d'Angleterre
voiïîuft se mesler des affaires qui
ne le touchoientpoint. Sa Majestéajoutantque
lorsqu'on juv
feroit des demandes plus raisonnables
,
elle sçavoit ce qu'elle
avoit à répondre. L'ordre fut
aussi-tost expedié de faire sortir
la Fregace de la Riviere & des
défenses furent publiées d'y souffrir
aucuns Bâtimens qui ne se
prefenteroientpas pour le Commerce.
L'Envoyé de Portugal à demandé
icy mille Canons de fer,
& a dit que le Roy son Maistre
en seroit un bon usage. Il est.
impossible de montrer un zele
plus ardent, & avec plus de generosité
que fait le Roy de PorgaI
pour la cause commune.
Le Courier de Barcelone arrivé
le 16. de ce mois a rapporté
ouele Roy d'Espagne avoit fait
son Entrée le 12. avec une tresrande
magnificence, que la
--, Cour s'y trouvoit fort commo-
"ement & s'y délaflfoit des fatiues
qu'elle avoir essuyées pendant
sa route. Sa Majesté Cathosque
a envoyé un Brevet de six
ent livres de pension à Mr Deonville
cy-devant son *Sousîouverneur
,
& un Brevet de
uatre cent livres à Mr de Canau
cy-devant son Gentilhomîede
la Manc he. Les Espagnols
n ont esté charmez, persuadez
u'on ne rendra point de fervies
à ce Prince qu'il ne s'en fou.
lenne.
Il est arrivé à l'Empereur une
vanture des plus extraordinaies
,
& des plus bizarres dont on
ie jamais oui parler, & je croy
on pourroit dire que c'estl'uni.'
que de cette nature qui foit jama:
sarrivée..Ce Prince estant 1
la chaflfe fc mit fous un fort grand
arbre) & dont le cronc eftoic
tres-gros. Les uns disent que
s'estoit pour attendre quelques
équipages de chalTc qui manqi
oient
,
& d'autres en donnent
d'autres raisons; mais il est peu
important; d'en estre éclairci julte, au & il fuffir descavoir pour
le fait dont il s'agit
} que l'Empereur
estant sous cet Arbre, son
cheval se mit cour d'un coup à
ruer, & à sa ire des saultsextraordinaires,
ce qui surprit d'autant
plus quecela ne luy estoit
jamais arrive*de cette manierela
,ce c hevaln'ayant jamais paru
fougueux A force de rexajpi-^|
ner on remarqua quelquesrpou-*j
chesamiel des plus grosses attav
c-hcesA sa peau, & juliement dansle
cemps qu'on faifoic cette remarque>
il donnauncoup de pied!*
a FArbreauprèsduquel il eitoit,
le le coup estant aussi violent que
Va douleur eftoic aiguë fendic.
rArbrc. On vit aussi-tost sortir
de l'ouverture que fit ce coup,
des'milliers de grottes mouches
guespes, qui se jettérent sur le
rifage de l Empereur,en forte
qu'en un instant il en fut il couvert
,
& que sa teste devint si
grosse, qu'à peine y pouvoit-on
- Remarquerune forme humaine.-
Le cheval en fut aussi tout couvert
dans le même temps, & sa
llonleur s'estant augmentée, ses
bonds redoublèrent. Il se fit jour
iiu travers de la Troupequiaceompagnoit
l'Emperetir,& ayant
gagnéla Campagne, il sir de si
furieux sauts
, & s'élança de
temps.en temps si haut, .q) u'on
craignait pour la vie de l'Empereur
, dans le même temps
que toute sa suite le plaignoit
à cause des extrêmes douleurs
qu'ilsouffroit
,
&auiquelles on
ne pouvoit apporter de remede
parce qu'ils paroissoit impossïble
de joindre le cheval, & que même
en le joignant il y avoic
a craindre d'essuyer plusieurs
çoitps de pied
, tant ses ruades
eiioient frequent-s. Enfin un
Officier de l'Empereur, qui
avoit eu l'honneur d'estre son
Page,trouva moyen d'arrefterlé
cheval, en hazardant sa vie, &
ejiyeloppalatetfç.deSa-Majeftq.
Impériale
Imperiale d'un manteau,après
avoir pris ce Prince par le milieu
du corps 6c l'avoir osté de dessus
son cheval. Cet Officier se nomme
Passi
,
& est Neveu de celuy
qui serten Italie.
il ne se passe presque point de
jour que les Troupes des deux
Couronnes neremportent quelques
avantages en Italie. Le 15.
de ce mois, la gauche fouragea.
du cossé de Fontenella
,
où l'efcorte
tua douze Cuirassîers
qui avoient pris quelques chevaux
de Valets, qu'elle reprit
avec ceux des Cuirassiers.
Le Lieutenant Colonel de Vaubonne
futtué quelques jours auparavant,
en voulant attaquer la
Redoutequi couvre le Pont que
nosTroupes occupent à Soncino.
• Le iS on fit un fourage qui fut
entrepris plutoftà dessein de faire
tomber les Ennemis dans les
pieges qu'on leur tendic, que
pour fourager. Mr le Comte de
Chemerault Maréchal, de Camp
ordonna à tous les Fourageurs dc
porter leurs mousquetons. Mrle
Comte d'Estlrades marcha à la.
teste de. la Colonne des Fourageurs
dela droite. Ilyavoirtrois
cens cinquante chevaux ennemis
,&cinquante Houssards présdu
Village de Cefarino,entre
Pompejano&golingo qui étoient
en bataille, bien préparezà donner
sur nos Fourageurs Mr le
Comte d'Estrades, Colonel de
Dragonsqui commandoitrefeorre
affeétade faire paroistre aux
Ennemis qui robfervoienr, qu'il
fi*avoit que fort peu de Troupes, ce qui
les excita avenirfondre-sur luy ; croyant
qu'il se (adroit ensuiteaisément desFouragews
imais ceux cy préparez à cette attaque,
se jettérent en un instant sur leurs
rhcvaux, prirent leurs armes, & attaquérem
avec sur ie lemousqueton haut ceux
qui venoicnt pour les attaq uer. Dans le
même tempsMrle Comte-d'Estrades fit
avancer quelques-unes de ses premières
Troupes, &celles du Colonel grneral,
commandées par Mr le Chevalier du Palais,
joignirent le.s Ennemis, & sans s'amuser
à faire de prisonniers
,
n'y à prend¡:
e,de::. chevaux,elles ne firent que tuer.
Les Houssards disparurent d'abord à leur
ordinaue, &-le reste de la Cavalerie ennanie
se renverra dans le Village,& fut
phargée si rudemsnr, & de si prés, qu'elle
he put se remettre. Mr de Coquefontaine
estantenmême temps tombé dessus avec
la Troupe qu'il commandoit,les trouva
dans un si grand desordre
,
qu'il acheva
ai(é.ment cielesdissîper. Cclte affairea este
d'autant plus beureufe que sans perdre un
seul Cavalier,on a tué prés de cent lofe
xante des Ennemis, & ramené prés degv.
chevaux. Nous n'avons eu qiJ¡-un seul
Lieutenant de tué & l'on a pris un Cornette
de Commercy, avec vingt ou trente
Dragons, dont la plurpartsontblessez.Le
Major de Vaubonne, qui commandoitle
Party s'esttrouvé parmi ces prisonniers.
On continua de fourager après l'action,
& l'on se retira ensuite au Camp avecle
butin& le fourage.
Un Espion estant venu proposerà Mr
le Comte de Tessé
,
l'enlevement des
bleds Sc des farines que les Ennemis
avoient dans des Magazins,qu'on ne
connoissoit point au de-là de Rovigo:
ajouta qu'il croyoit à propos d'yenvoyer
peu de gens,parce que la WÊMS
che d'unCorps considerable,qui feroit du
fracas, seroit plutostéventée la propo
tion d'envoyer peu de monde, donaa
quelque soupçon à Mrle Comte de TeûÉs
maisl'Espion s'offrit à estre gardé, & enprifonne
pendant qu'on executeroit ceuli
entreprise, ou bien d'y estre mené il
pour la conduire,Mr le Comte de Tessé
prit ce dernier party, & détacha cent
quarante hommes moitié Dragons moitié
Grenadiers, ils prirent des vivres, tk marchèrent
avec beaucoup de secret. Ils demeurerent
dix jours sur l'Adige, sans fz
montrer, leur Commandant offritàquelquesPaysans
de leur donner des bleds s'ils
indiquoientles lieuxoù estoient les Magazins
, ce qu'ils firent. On s'en empara
prés avoir lié douze hommes qui les gardoient.
Onjetta dans l'eau tout ce qui ne
pouvoit estre transporté, après en avoir
donné aux Paysans,qui en reconnoissance
découvrirent d'autres Magazins où il y
lvoitauai beaucoup de bleds, & donneent
mille bénédictions à nos Troupes.
les Ennemis croyoient leurs bleds bien
en sureté au de-là de deux rivieres. Cette
xpedition à cité faite à 40. lieuës du
Camp de Mr deTessé,& on s'embarqua
ur le Pô pour entrer ensuite dans l'Adige.
Les Hollandois continuënt de se mettre
en estat d'entreprendre la guerre, sans
istre bien resolus de la faire. Ils voyent
- que lelien quiles unitavec l'Angleterre,
est foible, oc fort tifé,& sont perfpactcz
que les Anglois jaloux deleur c^tnmcrce,
ne les aiment pas; ainsi l'inquiétude qu'ils
ont quece lien ne rompe, leur donne de
grandschagrins,& les met dans de grand3
embaras.
Tout est tranquille à Naples, le Prince
de la Riccia qui estoit de la conspiration
,
a esté arrests.
Je vousenvoyeray le mois prochain un
détail de tout ce qui s'est passé à Barcelo-
- ce, depuis que S. M. C. y estarrivée,ainsi
qu'un Journal des réceptions qui ont esté
faites à la Reine d'Espagne, dans toutes les
Villes où S. M. apassé Je fuis,&c.
AParis,ce31. Ottobre 1701,
TABLE.
Moyensdefaire facilement te Voyage
de la Terre-fainte. 35
Tributs ou peages que les Turcs tirent
des Pelerins de la Terrefltinte.
46
DeFOrdre des Chevaliers du Saint
Sepulcre, que donne le Gardien
de Jerusalem. 52
Ceremonies qui s'observent à la récepptioun
deslCchervaelier.s .dusaint Se- 57
Sonnets. 61
Suite des Lettres touchantlaPhysiqueMecanique.
70
Ceremonie tres-curieuse qui s'observe
touslesans à Valenciennes. 115
Nouvelle Relation de laviBoireremportéeparle
Royde Suede, le 19.
Juillet. 115
Vers à la gloire de S. A. R. Monsieur
le Bue d'Orléans. 14-7
TABLE.
Regrets des Divinitez Cbampeftres
de S. Cloud. 15°
Ceremonies observées au Baptême du
Filsde Mrle Marquis de Sam-
ficri, tenu sur les Fonts à Bologne
au nom du Roy, 15?.
Nouvelles découvertes de Mr Anticr
avec les moyensd'empêcherles accidens
qui arrivent pardes chevauv
fougueux, &indomptez. 160
Lifte des Kaiffeauxde Escadre COIllmandée,
farM1du Magnon. 173
Belle aïlion de Mr le ChevalierRicard
de Neuls. 178.
Parolesfkr l'air, le Seigneur Turc
a raifon- 183
Sonnetsur la mort dufeu Roy dîAngleterre.
183
Zettre écrite de Lisbonne) a Mr
Ambassadeurd'Espagnepar Mr
le Comtf IlEriceyTlI. 185
TABLE,
Stancessur la mort du Roy d'Angle:e
terre. 19)'
Traduction de la Relation E/pagnole
du Roy dîE[pagneen Arragon. 15)9
Relation de Naples. 211
Seconde Relation dumeme lieu &fut
la même eiffaire, 239
OMde. orts. 245 251
Troisiéme Relation de l'Affaire de
lVapús. 174
Qbfervation de Medecine. 287
Service faitàComfiiegne. 292
Epistre à Mr/'Ambaffadtur de Venizt.
294
Lettre de Mr l'EnvoyéExtraordinairecfEspagne.
300
Lettre de Sarragosse adressée au même
Envoyé. 310
Ordre de Bataille de l'Armée des
Couronnes à Cadix. 321
TABLE.
V'ifiierenduekMrle Comte<TEftrce\
par les Jurâts de Cadix, 0" la
mêmevisite rendue par le mime
Comte. 324
Lettre à Mrde Cdtintlt, 329
Harangue faite à la Reine d*EfpagneparM1
le Marquisdetff
cheraine
,
prejident au Senat de
Turin. 331
éxecutions faites a Naples. 343
Bellesparoles du jeuneRoy dlAngleterre.
348
Jugement donnéparle Roy d'Espagne
349
Les Ducs d'Arcos & de Banos
Grands d"Espagne ont l'honneur
desaluer leRcy. 355
Brefdonné au Roy par Mr le Zvor.-
ce. fv357
Ordre de Saint Louis donné à Mr
Grutierâgéde 98.ans. 35S
TABLE.
rivée de la Reine d'Espagne à
Toulon, 359
r de Soüréà L'honneur de montrer
i Langue Espagnole à Madame
'a DuJjcfJc de Bourgogne. 360
rnalde Fontainebleau„ 360
echcs de Madamela DucheJJe du
Maine. 376
walefccnce de Monfteur le D:tc
"Allguien. 376
ge du Feu Roy d'Anpro-
\oruépar Sa Sainteté. 377
vicesfaits pour ce Monarque 376-
,emonie faiteen Sorbonne.181
session de Madame la Marquise
le Faudras, 387
uvelle Carte defpagne. 350
ide desmorts. 391
trait curieux d'une Lettre d'Italie
399
Udesaffairesd'Italie. 404
TABLE.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le