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1701, 09 (Gallica)
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A PARIS,
ChezMICHEL BIlUNET,GrandeSalle du Palais, au Mercure Galant.
A VISOMME
ilest impossible
dans la conjoncture
presente de ne pas grossit
le Mercure, ce qui en augmente
considerablement les
frais, on ne peut se dispenser
d'en augmenter aussi le prix
ainsi les Volumes qui seront
reliez en veau, se vendront
doresnavant une piece de trente
sols monnoy e courante, , c'est à- dire plus ou moins, se-
Ion la valeur de la pieceQuant
aux Volumes qui feront re..
liez en parchemin, on n'en
payera que trente. trois sols.
AU LECTEUR.
riL a y liet4 de croire qu'on
ne lit plus ïslvisquia
,(le mis depuis tant d'années
commencement de chaque
oiume du Mercure
,
puis
que maigre les prieres réitérees
qu'onafaites d'écrire en
rtcaracreres lisibles les Noms
propres q'Use trouventdans
les Alemoires quon envoyé
pour estre employez*> on ne- iglige de le faire., ce qui ejl
cause qu'il y en a quantité
de défig mezj%ejiant iwpt.ffùle
de devtner le nom d'une Jèrre>
ou a'une Famille, j'il
riefl bienécrit.On prie de
nouveau ceux qui en envoient
d'y prendie gAldet
lits veulent que les noms
propresfoientcorrects. On
avertitencorequ'onneprend
aucun argent pour ces Aiemoirçs,
gfque l'ont?;ïployera
tous les tw/i: Ouv>#r;i-s a leur
tour3pourvuqnilino e desobligent
pet forme
,
& que
ceux qui lesenvoleront en
affranchirent le port.
-QU O Y que le s Vers que
vous allez lire ayentesté
fats en l'honneur de Saint -
Louis ? routes les vertus qu'ils
renferment, estantcelles que
Louis le Grand fait lç plus
briller, j'ay cru les pouvoir
placer au commencement de
cette Lettre, pour servir d'E.
loge à cet Auguste Monarque.
BOVQVET AV ROr, HYMNE
A L'HONNEUR
DE SAINT LOUIS,
ROY DE FRANCE.
H'Abitans fortunez de la voûte
azurce,
prepare\yosp-lus douxaccens ;
Vnijjez^Pharmonie à vofire voixsac',
eJ
Louis est diçne de vos chants:
Sa vie en ces bas lieux de crimes fut
exempte>
Le Ciella mit enfuretéjj
Telle au milieu des flots une ferle
éclatante
Conferve toutesa beauté.
Peu touché de l'éclat de sa grande
suprème
>
- Ilobéît au Roy des Rois ;
Et ployant fous son joug, & vainqueur
de fuy-même
Suivit l'étendart de la Croix.
Son redoutable bras met l'Egipte en
poussiere,
Pourracheter des malheureux ? il va brifer leurs fers ) & sa viv*
lumière
Brille dans leurscachots affreuw
Ilsjouiffcntdujour après la nuitobfeurej
ilen cç Pere & Gardien
La Veuve, d'un Epoux pleurant la
fepultwr'e,
Trouve en luyson dernierfoùtien.
Couvrir la nudité}fecourir indigence,
C'efi le partage deson coeur;
Mai*tout clementquilefi
3
il s'arme
de van^eance,
Pourpunirle blayfhemateurx
Il rieft point abatu dans tadverse
fortune,
Nyjier dans tiproeerité;
Dans l'un & l'autrefort, sonamt
peu çommune
rÀdore la Divinité.
Svs formats fontenjin Juivis de la
-
|vifâoirey - 1 Le. Ciel l'envie au genre humainj il vole aprés sa mort au sejour de la
gloire,
Dont ilpritstbien le chemin* -
LZooiùï,dinnggee-'~a ll''EEtteern-enel3 dont lasaints
presence
RendLou i s à jamais beUrtUX;
Etfournofirebonheurrépandfonaf-
-
fïjiance -
Sur le plus grand deses Neveux;
-
Ces Vers sont de
-
MrdeVer--
trou, dont la Plume séconde
ne réussitpas moins dans les
Ouvrages serieux, que dans -
ceux où la galanterie a part
Les deux Lettresque jevous
aydéja envoyées sur beaucoup
de choses qui regardent les.
LieuxSaints,doivent avoir sa.;
tissait vostre curiosité. J'y
joins aujourd'huy un détail
fxaél: des Exercices de pieté
que les Religieux de la Terre-
Saiute pratiquent pendant le
cours de l'année.
1
De la Fcfte de Noël& À&
L l'Epiphanie. A veille de Noël tous les
Religieux
, & Seculiers
quisoncdans la Terre-Sainte,
& qw n. se sont jpcstrouve*
l'année précédente en Bethléem
au jour de Noël, s'y rendent
pour les premieres Vespresque
l'on chante avec toute
la solemnité possible
,
le
Superieur&sesAssistanseliant
revestus des plus beaux Ornemens
qu'il y aie en ce lieu-là,
par la libéralité des Princes
Chrestiens. L'on va processionnellement
de l'Eglise de
Sainte Catherine, quiest celle
duconvent,ala grande Eglise,
bâtiepar Ste Helene, dont la
Nefest soutenue par quarante
deux colomnes de marbre
Sous le Choeur ou MaistreAu
tel de certe Eglise, se retrouve
la Grotteou Caverne dans laquelleest
néNostre Seigneur.
L'on VII a cette sainte Grotte,
où l'on chante les Velpres
tres solemnel L"menct & lors
quedansl'Office qu'on y
chanteou dansles Proce ssions,
l'on dit les verse ts Verbumcare
¡l/fun rJt.ou bien,Notumfecit
rDuminut salutare suum, on
ajoû e. par concession desPapes,
¡<ü, C'( fl àdire
,
icv ,en dijfant.
ktc Verbum caro factumest,
bîcnotumfecitDominas salutare
suum. A quatre heures l'on die
Comp iles, qui sont suivies. de
la Procession ordinaire, qui ce
jour là estfaiteavec plus de solemnité.
On chante avec toute lagravité & devotion possible
les Hymnes quisont pour cha";
que Station,commeCbriste Redemptor,
omnium
,
à la sainte
Grorre, dans laquelle Jesus-
Christ estné;CoeliumJoseph,
àlaChapelle de Saint Joseph,
Salvete flores Martyrum devant
la Cave où ont elle enterrez
les Saints Innocens par l'ordre
d'Herode enBethléem. Il y a
une grille à une fenestre de
cetteCave, & sur la grille un
Autel. Iste Consessor à rEcale
de Saint Jérôme, & ainsi des
autres hy mnes des autres Stations,
qui sont accompagnées
de leurs Versets, Oraisons fc
encensemens. La Procession
le terminant à l'Eglise de Sain- teCatherine- qui est celledu
Convent, l'on chante l'Hymne
Jefú corona Virginum. en
montant des Caves, ou Grottes
sourerraines,où sont toutes
les Chapelles donton a parlé.
L'on dit ensuite les Litanies
dela Sainte Vierge, & on fait
l'Oraison mentale, aprés la.
quelleon va fairecotation, ÔC
le reposerun peu pour se lever
à 1 a neufheures.C'est le tem ps
pù commencent lesMatines,
»quiavec laMesse de rninuir,
S&: Laudes, durent tout au
moins huit heures, de sorte
aquç les Religieux font au
Choeur depuis neufheures du
soit jusques à quarre du matin
,
chantanc l'Office & la
Messe avec l'Orgue. A minuit,
Matines estant finies, les Religieux
vont te revêtir à la Sacristie
du Convent ^vonrds
l'Eglise de Ste Cath rine proceflionnei'ement
a..e le qui a
estebâtiepar Sanie Helené,
dontj'ay parle plus hgtit,& la
traversanton arrive àla ~Crottcos
où leSauveurest né,~chantant
l'Hymne CbristeRedemptor om^t
nium, tous les Prestresestant
revêtus d' Aubes,&les Frèresz'
enSurplis, & tous ayant de
grande flambeaux de cire ~blan
che à leurs mains Il n'y a qui ic
que ce foit dans cetteProce f- .1
sion qui ne fonde en larmes, ,
chacun serepresentant qu'il a
le bonheur d'aller à la Grotte
du Sauveur à la même heure
qu'il ynâquit. L'on y chante
ensuite la grande Messe
,
puis
Laudes, qui ne finissent qu'à
l'heure qu'ona marquée. La
Messe de l'aube du jour, Prime
3
Tierce
5
la troisiéme Messe,
"qui se chance encore tressolemnellement
, occu pent
jusques à onze heures.
DMjour de Saint Ejlifnnt,
Le jour deNoël au soira près
le souper, leSupérieur quiest
pourlorsenBethléem,propose
à tous ses Religieux
J
& aux
Pelerins, s'ils veulent aller au
Monastere de Saint Sabas, suivant
l'anciennecoutume.Ilest
éloigné de trois grandeslieuës
deBethléem, &à J'Orient,
C'est un des plus anciens &
des plus fameux Monasteres
Grecs de l'antiquité, dans lequel
il y a sept Eglises. Les
Moines Grecs qui l'hâbitent,
en designent une pour les Religieux
d: S. François pour le
jour qu'ils y demeurent. Prés
duMonastere il y a un fond entre
deux montagnes escarpées
appellé Laute, où autrefois
plus de dix mille Religieux ont
habité dans le même temps.
Ily aencoreaujourd'huy dans
cette Laure grand nombre de
cellulles creusées dans les Rochers,
& sur quelques marailles
qui ferment les Rochers,
l'on observe encore
des peintures en plusieurs en
droits. L'entrée, ou la porte du
Monastere,est fort basse, ce
qui est fait exprés pour empêcher
les Arabes & \:s Turcs
d'y faire entrer leurs chevaux.
A costé du Monastere il y a,
une haute Tour, où un Religieux
reclus demeure perpetuellement,&
fait s. ntinelle,
afin d'avertir lesReligieux du
Convent o avec une clochette
qu'il tire avec um corde
qui passe du Monastere à la
Tour, s'il voit des Ar bes ou
des Lyons, afin que les Religieuxse
tiennent sur leurs gardes,
L'on fait voir dans ce
Monastere la cellulle de S.
JeanChrisostome, &cellede
S. Jean Damascene. La plus
belle Eglise du Convent est
celle quiestdediée àceSaint.
La Fontaine que S. Sabas ob.
tintdeDieu,estau dessousdece
Monastere.LesReligieux de S..
Françoisarrivant dans ce Monastere,
visierent lesEglises,
sçavoir celle de S. Jean Damascene,
celle de S. Jean Chrisostome&
sa cellule, l'Eglise
dediée à S. George, celle des
[quarante Martirs mis à mort
par les Sarasins huit jours avant
que Cofroës prit Jerusalera,
leSépulcre deS. Sabas,
l'Eglise de S. Nicolas
,
& la
Chambre de S. Sabas changée
en Eglise. Aprés le disner qui
.eil de quelques provisionsap*
portées par les Religieux de
S. François, jointes à quelques
olives,figues,raisins&dattes - que les Religieux Grecs du
'Monastere presentent aux Religieux
defaineFrançois, l'on
^vavifiterlaLaure,ou font un
grand nombre de cellules
tres anciennes à moitié ruinées
dans les Rochers entre
deux montagnes. Le lendemain
aprés la Messe, les Religieux
re partent pour Bechléem,&
ils passent par les montagnes
d'Engadi
,
oùonleur
fait voir la Grotte dans laquelle
David coupa un bout
dela veste deSaul. CetteGrotte
elt basse & obscure, ne pouvantavoir
plus de dix pas deprofond
eursur sept de large. Elle
estsituéesur un boiudemon*
tagne seche, & picrreufe. Le
lendemain jour de S, Jean,les
Religieux & les Pelerins vonc
visiter Fons fîgnattis éloignéde
Bethléem d'une lieuë au midy5
,1 & en même temps les troispiscines
de Salomon situéesau
dessusde ses jardins. Ce sont
trois grands bassins creusez
dans le Rocher que je ne dé-
|crispas, parce que plusieurs Voyageurs
en ont parlé. Ils
vont aussi visiter la Fontaine
deS.Philipe,ledesert desaint
Jean, la Maison de sainteElisabeth
où la sainte Vierge l'alla
visiter, un Monastere des
Grecs qu'on tient estre basti
où le bois de la vraye Croix fut
coupé, & autres lieux de dévotion,
La Feste de l'Epiphanie se célébré
avec presque autant de
folemuité que celle de Noël.
Tous les Pelerins & Religieux
étrangers demeurant rOétave
de Noël en Bethléem, & les
jours suivans le Gardien officie
Pontificalement avec la Croce,
la Mitre, & tous ses Officiers,
commeala MesseEpiscopale
en lamême maniéré que
le jour de Noël, & dans la sainteGrotte
où naquit leSauveur
& où il fut adoré des Mages.
Je ne la décris point non plus
par la raison que j'ay déjaap»
portée.
Exercices
Exercices de la Semaine Sainte
La Semaine Sainte se passe
dans des exercices de pieté,
&tels que l'exigent les Saints
Lieux. On la commence par
une longue, & rude discipline
d'un quart d'heure que l'on va
prendre au pied du Mont des
Olives dans la Grotte même
dans laquelle le Sauveur sua
fang& eau, c' e st dans la valée
de Jofaphar. Cette Grotte est
encore aujourd'huy, selon toutes
les apparences, dans lemême
état où elle estoit du temps
de nostre Seigneur sans aucun
bâtiment ou ornement,& on
y descend par six ou sept de-.
grez. Elleestvoisine de la porte
de l'Eglise du Sépulcre de
la sainte Vierge. Quelques
Turcs payez pour cela sont à
quelques pas de la Grottefaisant
sentinelle, pendant que
les Religieux, en memoire
de la Passion du Sauveur,
prennent la discipline
,
de
pbeleuzrqu'ils ne soient troupar
d'autres Turcs, ou
Arabes dans cet exercice de
penitence que l'on fait aussi
trois fois la semaine toute l'année.
SçavoirleLundy, le Me*
credy & le Vendredy après
Matines, pendant lespaced'un
Miserere chanté fort posément,
d'un De profundis, &
d'un SalveReginaaccompagné
ds plusieurs Oraisons. De la
Grotte où le Sauveur sua fang
& eau,l'on monte en Jerusalem,&
l'on va prendre une autre
discipline dans le lieu même
où le Sauveur fut flagellé,
lorsqu'on peut en obtenir la
permission d'un TisseranTurc
quiy tient sa boutique.Le même
jour, l'on chante les Tenebres
dans toutes Ici Eglises de
laTerre Sainte d'une maniéré
tres solemne lle; mais specialement
dans l'Eglise du Saint
Sepulcre où le Gardien de Jerusalem
s'enferme avec tous
lesReligieux qui n'ont pas vû
les ceremonies de la Semaine
Sainte.
LeJeudy Saint après les Tenebres,
l'on faitlaprocession la
plus solemnellequi se fasseen
aucun temps dans l'Eglise du
Saint Sr pulcre. On la commence
dans la Chapelle où les
Peres de la Terre Sainte officient
toute l'année. Cette Chapelle
est dediée à l'apparition
du Sauveur à la Sainte Vierge
aprés sa Resurection. On y
chance unHimnesurl'emprisonnementduSauveur,&
on va
ensuite à la prison,oùil fut mis
pendant que l'on preparoitla
Croix,&les autres Instrumens
de son suplice. Là il y a deux
Autels qu'on encen se, difanc
à chacun un Verset &une
Oraison ; & l'on y fait une predication
Arabe. De là l'on va
à la Chapelle de Saint Longin,
qui estle Soldat qui de sa lance
ouvritlecosté du Sauveur. On
encense l'Autel ,& après y
avoir dit un Verset & une o.
raison,l'on va à la Chapelleappellée
de la division desvestemens.
On y fait les encensemens,
& on y dit lesVersets,
& lesOraisons;cequiest suivi
d'unePrédication Latine ou
Françoise. De là chantanc
l'Himne Fortemvirili pectore,
l'on descendàla Chapelle de
sainteHelene,bastie dans l'endroit
oùelle estoit,lorsqu'elle
fit creuser prés leCalvaire pour
chercher la vraye Croix. Ily a
quarante six degrez àdescendre.
Onencenseavec l'Autelde
sainte Helene un second
-A9-tcl qui en est voisin. Ensuite
ondescend encore douze
degrcz pour arriverau lieu
oùfurent trouvées les trois
Croix. On y fait une predication
en Espagnol, & de là
a près les Versets, oraisons,&
encenfcmens, on va au Cal.,
vaire, remontant les douze dcgrez,
& les quarante. six qu'on
vient de descendre
, au bout
desquels arrivant à l'Eglise du
Saint Sepulcre on en monte
encore dix neuf pour arriver
sur le Calvaire, où l'on fait
deux prédications,une Françoise
dans l'endroit oùNostre
Seigneur fut attache sur la
Croix, & une autre Italienne
dans l'endroit même où la
Croix fut élevée après quily
eut esté cloué. Comme les
Grecs ne mettent sur le Calvaire
qu'une peinture de Jesus-
Christ crucifié, ne se servant
jamais de relief, les Religieux
portent un Crucifix de relief
parfaitement bienrepresenté,
donc les bras sont attachez&
unisauxépaules par desviz &
des ressors
,
de telle maniéré
qu'on peut les hausser, & baisfer
facilement après les avoir
declouez
, ce qui est l'office
d'un Religieux quireprefente
Joseph d'Arimatiequi détache
le Sauveur de la Croix ostant
le Clou du bras droit qui tombe
doucement sur le costé du
Sauveur crucifié. Ensuite il
détache le bras gauche qui
tombe de même sur le costé
gauche en la maniéré que se.
roit celuy d'un homme mort.
On desclouë ensuite les pieds,
& pour lors deux Religieux
assistans de Joseph d'Arimatie,
& qui representent lesDisciples
du Sauveur, luy aident à
mettre le Corps dans un grand
Suaire fort propre,tenu par
deux autres Religieux, Ensuite
I'f---ilimnedeVexilla,,&celuyde
Lustris six, les deux predica- ;
rions, & les encensemens si.
nis, l'on descend du Calvaire
chantant uneautreHimne de la
Passiondu Sauveur, &lon arrive
à la Pierre d'Onction. Là
deux Religieux, quirepresentent
les Maries, aportent deux
vases pleins d'une huile precieuse,
dontJosephd'Arimacie,
& les disciples ses assistans oignent
le Corps du Sauveur,&
on le laisse reposer sur cette
Pierre d'Onction pendant une
predication Arabe que le Pere
Curé fait au bas du Calvaire.
La prédication finie, la procession
va au Saint Sepulcre
de Nostre Seigneur chantant
un Himne, & le Religieux qui
represente Joseph d'Arimatie
va mettre avec ses assistans le
Corps du Sauveur surle Sépulcre
, à la porte duquel on fait
une predication Espagnole.
Du Saint Sepulcre la procession
va au lieu où le Sauveur
apparut à laMadelaine après sa
Resurection fous la forme d'un
Jardinier,luydisant,noli metan.
gere nondum tnim ascendiad Pa.
trem. Il y a en cet endroit une
grande pierre de marbre
blanc.L'on va en fuire à la
Chapelle,d'où l'on est parti.
Elle fert d'Eglise aux Peres de
la Terre Sainte, & il ya une
partie de la Colomne delaflage
llation.
Le Vendredy & le Samedy
Saint, on fait toutes les ceremonies
en la même maniéré
qu'aux Eg1i(eseoIIegiales. Au
jour de âques, le Gardien de
Jerusalemofficie pontificale-
Inellt avec laCroce, laMitre
& les autresornemens Epifco
paux,&avec les mêmes ~fo& le~mnicez&lesmêmesOfhciers
que lesEvesques. LeSamedy
Saint,lesGrecs,les Arméniens,
Siriens, & autres Levantins
font leur prétendu feu Saint
sur le Saint Sepulcre que l'on
peutappeller à bon droit feu
profane, ou feu sacrilege,
puisqu'ils ne le font que pour
tromperleur peu ple, auquel ils
font croire que ce feu qu'ils
tirent avec un petit fusil qu'ils
portent dans leurs poc hes, fort
du Saint Sepulcre. La raison
de cette tromperie,est le grand
interest qu'ils y ont, parce que
par ce faux miracle ilsattirent
en Jerulalem grand nombre
de peuple qui leur a pporte des
sommes tres -
considerables
avec lesquelles ils entretiennent
leur Convent&payent
leurs Tributsaux Turcs. Comme
plusieurs voyageurs ont dé-
Clît cette insigne fourberie, j.
ne crois pas necessaire d'en
rien dire davantage.
LeLundy dePasques, tous
ks Religieux, & les Pelerins
qui se trouvent en Jerusalem,
vont au fleuve Jourdain, & y
doivent aller; s'ils n'y vont
pas, ou par maladie, ou par
qnelquc autre raison, ils ne
laissent pas de payer dix Pia.
sires au Bacha. Les Religieux
deSaineFrançois,& lesPelerins
Européens s'assemblent
au bas delavalléedejosaphat,
au delà du torrent de Cedron,
prés le jardin de jessemani,ou
desOlives, à cinq heures du
matin, &là ils trouvent, des
chevaux& des mulets avec les
selles, par le foin des Truchemens
du Convent. Chacun
prend le fien,&on part quand
je premier Truchement dit
que tout est prest. le Bacha
de Jerusalem, moyennantl'argent
qu'il reçoit, est obligé
de donner escorte aux Pelerins
pour les garantir des Arabes,
Quand les soldats Turcs
&Arabes, qui doivent garder
la Caravane, sont arrivez, tous
montent àcheval. & partent
suivant lamontagne des Olives
premièrement quelque
temps du Nord au Mdy, &
ensuîte tournant à l'Orient,
la Caravane, qui quelquefois
fera de plus de dix mille Chrestiens,
va passer à la Fontaine
nommée des A poftres, parce
que les Apostredsallant de Jerusalem
à jerico
,
passient
par là De là on va passer,
descendant touj ours par derriere
le mont des Olives, au
Village ou est le sepulere du
Lazare, qui cft Betanie. On
trouve ensuite une grande
plaine suivie d'un cheminétroit,&
renfermé entre deux
rochers, où l'on ne va d'ordinaire
qu'un à un,ou deux de
front tout au plus. Quand on
a fait environ trois lieuës de
Jerusalem., on trouve un Ca.2
ravansera, bâti entre deux
montagnes, demi ruiné, quon
assure estre le lieu où cet
homme dont le Sauveur parle
dans l'Evangile, qui descendoit
de Jerufa lem en Jerico,
tomba entre les mains des
Voleurs« C'est aussi un méchant
passage, où desVoleurs
ayant fait un mauvais cou p ,
peuvent facilemént se sauver
parmi plusieurs montagnes &
rochers, où l'on pourroit difficilement
les aller chercher.
De là on marche encore environ
une lieuë entre des rochers,
montant& descendant;
on descend néanmoins beaucoup
plas que l'onnemonte.
Environ une lieuë
avant
que
d'arriver àla plaine de Jerico,
on trouve deux chemins, l'un
qui tire à l'Orient,&quiest
large & facile; l'autreIgNorr*
ouencreleNon&l'Orient,
qui est étroit & fort facheux,
d'où l'on voiten bas de trèsprofonds
précipicesentre des
montagnes,& un ruisseau qui
passe entre deux rôchcrs, çu
il y a quantiré de Cellules
d'anciens Solitaires, creusées
dans le rocher. L'on descend
après cela dans la plaine de
Jerico, très belle & tres. spacieufe.
L'on tire du costé du
Nort, & l'onarrive au pied de
la montagne affreuse & tresescarpée,
sur laquelle le Sauveur
jeûna quarante jouts &
qnarante nuits. Au pied de
cette montagne il y aun Caravanfera
ruiné. Les Religieux
,& les Pelerins montent sur
cettemontagne, si les Arabes
le leur permettent,&visicent
le lieu où le Sauveur jeûna,
& plusieurs Chapelles & Cellules
bâties dans ce fainr lieu;
sinon
,
ils se contentent de
prier au bas de la montagne,
pour gagner l'Indulgence
pleniere, accordée par plusieurs
Souverains Pontifes à
ceux qui visiceront ce saint
lieu. De là,lesPelerins vont à
la Fontaine de Saint Elie,)
qui traverse la plaine de Jerico
,
& s'arrestent sous de
grands arbres de Geniets, ou
Sicomores, pour prendre quelques
rafraîchissemens. L'on
remonteensuite àcheval pour
aller au Village bâti en l'endroit
où estoit autrefoisJerico.
L'on visite la maison de Zachée,
où il y a aujourd'huy
une grosse cour, fort vieille,
qu'on voit detres loin
, parce
que cette Ville estoit presque
dans le milieu de la plaine.
Onychante l'Evangiledu dixneuviémeChapitre
de S.Luc,
dans lequel le Sauveur commande
à Zachée de descendre
y
du Sicomore, sur lequel il
estoit monté pour le voir passer,
parce qu'il devoit aller le
même jour dans sa maison;
A préscela,toutela Caravane
va camper fous des Tentes au
milieu delaplaine de Jerico,
eu les Religieux fous leur
Tente disent les Vespres, ausquelles
les Pelerins assistent.
Ils récitent ensuite Complies,
sont l'Oraison mentale, le
foir
,
l'examen, & les prie.
res, & aprés avoir réposé
quelques heures, l'on parc
avant le jour pour le fleuve
Jourdain. On y arrive sur les
huit heures du matin ;&. après
avoirvisité les ruines d'un ancien
Monastere
,
dédié à Saint
Jean.Baptiste, bâti prés du
lieu où l'on tientque ce Saint
baptisa Nostre-Seigneur, on
va au bord duFleuve. D'abord
l'on dresseun Autelà quatre
faces, sur lequel quatre Religieux
dirent la Messe en même
temps; sçavoir une pour le
Pape, une pour le Roy,une
pour l'Empereur,&une pour
le Roy d'Espagne, & pour tous
les Princes Chrestiens. Les
Messessinies, chacun tâche de
boire de l'eau du fleuveJourdain,
de s'y laver, &de prendre
des bâtons qui croissent
à sonrivage. On remonte enfuite
àcheval, & l'on revient
à la plaine de Jerico fous les
Tentesoù aprés avoir recité
les Offices de Prime, Tierce,
Sexte& None, & fait l'exercice
dumatin,on prend son
repos, après quoy chacun a la
liberté d'aller se promener
dans la plainede Jerico.L'on
coupe des bâtons pour le
Voyage, & l'on y cueille quantité
de fruits sauvages, qui
croient dans cette plaine,
sur tout des fruits de l'arbre
appelle
appellé Zagon
,
dont on tire
une huile admirable pour les
playes. L'on reste dans cette
plaine jusques à la nuit, disant
les Vespres & les Complies,
faisant l'Oraison,&rectiant les
prières du soit à l'heure ordinaire
fous la Tente, & l'on
parc le lendemain de bonne
heure pour retourner en Jerusalem-
Comme les gens dela
Ville sont avertis de nostre
retour, ils sortetous, hommes,
femmes & filles, mais
surtout les jeunes Turcs, qui
se possent sur les avenuës pour
nous charger de maledictions.
& nous taire quelques insutres.
Ilsne peuvent pas neanmoins
faire grand mal, sur tout lors
qu'on ell: avec lesTruchemens
ou aveclesConducteursTurcs,
qui empêchent l'insolence de
cette Jeunesse Turq ue.
La troisiéme Feste de Pasques,
on alloitanciennement
à Emaüs, à l'Occident de Je
rufalem, dont il est éloigné
de trois lieues ;mais quelques
accidens arrivez dans ce voyage
l'ont fait discontinuër.
Le jour des Rameaux, ou
Dimanche des Palmes, le Gardien
de Jerusalem faisoit aussï
la cérémonie d'entrer dans
Jerusalem sur un asne ; les
Chrestiens rompant des rameaux
ou branches de Palme,
&d'Olivier,&les jettantdans
le chemin où il devoit passer;
mais cette ceremonie a ccflé
depuis longtemps;il faut que
les Turcs soient devenus plus
facheux &moins complaifans
que par le passé. Les Peres de
la Terre-Sainte ont voulu la
rétablir il y a quelques années,
&offrirent quelque sommeau
Bacha, mais il répondit que
cela ne se pouvoit faire, à
cause que la populace est trop
brutale, & qu'il ne pouvoir
cmpefcher les femmes & les
enfans d'outrager les Religieuxl)
DelaFejîe del'Ascension.
La veille de l'Ascension
tous les Religieux qui l'année
precedente ne se font pas trouvez
à l'A scenfion enj crufalejn,
vont à quatre heures après mi.
dysur le mont des Olives en
l'endroit même oùle Sauveur
monta aux Cieux. Il ya en cet
endroit. làun petitdomebasti,
au milieu duquel on voit uns
pierre, sur laquelle est imprimée
la figure du pied de
Nostre- Seigneur, montant
aux Cieux. Là, les Religieux
recitent Vcfpres & Complies
, après lesquelles ils font
sur l'herbe une legere collation
avec du pain, & des rai.
fins secs. Apres la collation
ils se reposent un peu, & Ce
levent à dix heures pour chanter
Matines & Laudes
,
qui
durent jusques à une heure a.
présminuit. CesOffices finis,
l'on dit la Messe solemnelle,
qui est suivie de celle dechaque
Religieux, ce qui finit à la
pointe du jour. LesTurcsqui
ont fair de ce Sandtuaire une
Mosquée,ne Uiflcnt pas de
nous permenre d'y faire nos
fondions, avec toute liber.
té, moyennant quelque prefeot
en argent: mais comme
cet argent leur fait reverer le
Mistere de l'A scension du Sauveur,
toute la nuit pour l'honorer,
ils chantent dans une
Mosquée voisine
, ce qui est
de quelque consolation aux
Chrétiens de voir que les Infidselles
même prennent partà
leurs Festes. Les Messes finies,
les Religieux (e retirent à Saine
Sauveur, maisauparavantils
vont vificer tous les lieux de
dévotion,qui font sur leSainc
Mont desOlives, & au voisinage.
Comme, 1. ce qu'ils
appellent Viri Gahlei, qui est
le lieu d'où les Apostres virent
le Sauveur monter au Ciel,
marqué par une petite Tour
& Bastiment. i. Le lieu où le
Sauveur pleura surlaVille de
Jerusalem, en la regardant;on
la voit de la touteentiere 3, Le
lieu
,
où il composa le Pater
Nofle" marquéd'une colomne
de marbre. 4, Le lieu où les
Apostres composerent le Cre.
do, marque par une Voûte à
douze arcs. 5, La Grotte de
lainte Pelagie, que les Turcs
reverenc, & où les Religieux
ne peuvent entrer. 6. Le Jardin
de Getfemaniou des Olives,
où il y a aujourd'huy
douze ou treizeOliviers, qu'on
ne doute point eltre lesmêmes
qu'on y voyoit du temps de
Nostre Seigneur, parce qu'en
ces pays très chauds l'Olivier
ne meurt jamais. Que si
par la viellefle il meure d'un
codé, il repousse de l'autre,
& par ce moyen subsistetoujours.
Ce Jardin qui appartient
aux Peres de la Terre Sainte
peut avoir quinze ou seize pas
en quarré
,
&estgarde parune
famille Arabe, aussi bien que
leterrain qui est autour du
Sepulcre de la Sainte Vierge,
acheté par les Peres de la Terre
Sainte. Afin que les Grecs
Schismatiques ne puissentaJ
voir aucune prétention a ce
Sanâuaire, lis payent la FamilleArabe)
pour avoir foin de
ces Campagnes; autrement
les Turcs & les Arabes par avarice,
& les Chrétiens Schismatiques
, par fausse devovotionrüineroienttout.
rom;
parteies bois des Oliviers pour
en faire des Chapelets, &
cueillant les Olives, qu'on
distribue tous les ans aux Re.
ligieux
, pour faire des Chapelets
du noyau, 7,Ilsvisitent
encore la Grotte dans laquelle
le Sauveur sua sang& eau. 8,
LeSepulcre de la Sainte Vier.
ge. 9, Le lieuoù Saint Estienne
fut lJaapoiiddéé.. Tout cceellaa se ttrroouu-.
ve sur le chemin qui va du
lieu del'Afcenfionà laVillede
Jerusalem.
Le jour de la Pentecoste
estant la propre Feste duConvent
de Saint Sauveur quia
succedé à celuy que les Peres
dela Terre Sainteavoient sur
le Mont deSion,dont l'Eglise
estoitle Saint Cenacle, dans
lequel estoient assemblez les
Apoflres & les Disciples au
jour de la Pentecofle,au nombre
de six vingt, lorsque le
Saint Esprit descendit sureux
en forme de langue de feu,
pourCette raison l'onèeiebre
cette Feste avec toute la folemnitépossible.
Le Gardien
| de Jerusalemofficie pontifica-
I lement, & tous les Offices
sontchantezence jour, avec
|beaucoup de pompe&dema- jessé.
La Feste Dieu ne ferait pas
avec moins de gravité ,qu'en
Chrétienté dans tous les
Convins, &dela
Terre Sainte, niais particufierement
dans l'Eglise du faine
Sepulcre de Nostre Seigneur.
Apres que la Mesle solemnelle
a esté chantée par le Pere
Vicaire, les Religieux Prestres
estant revêtus des plus belles
chasubles données par lesPrinces
Chrestiens, & par les Republiques,
& les Freres avec
des Surplis, l'on porte le faine
Sacrement en faisant trois fois
le tour du saint Sepulcre 3&
l'on chante les trois Himnes
de Vespres, de Matines, & de
Laudes de la Feste,avec toute
la gravité, & devotion pofsible.
LaProcession est precedée
de deux Janissaires portant
de longs battons avec lesquels
il sont retirer les Turcs,
les Armeniens. les Grecs ôc
autres, & font faire grand silence.
Le Saint - Sacrement
est précédé de six Religieux
avec des Encensoirs qui lencenfent
pendant la Procession.
LeVicaire donne ensuite laBenedidion,
tousles Assistans e-
-
tant dans un grand silencë,
quoy que Turcs, Hérétiques
Schismatiques.
Le jour de Saint Jacques qui
arrive le ij. Juilller, les Efpagnols
invitent les autres Nations
à leur Feste, qui se fait
dans une grande Eglise des
Arméniens, bastie au heu où
cet Apostre sur martiriféen
Jerusalem. Là, le PereProcu.
reur qui est Espagnol chante
la M~~Ie. Le Patriarche & les
autres Eveques Arméniens
fonttoujours beaucoup d'accueil
aux Religieux de Saint
François, & ce jour là ils leur
donnent à dîner d'unemanière
fort obligeante. Aufhquand
ilsviennent dans lesConvents
de Saint François, on leur fait
toujours accueil,&cette Nation
efl coujours demeilleure
intelligence avec les Evêques
que tous les autres Schifmati
ques.
Le6.Aoust, jour delaTranf
figuration, les Religieux qui
(ontaNazareth vontlau mont
de Thabor qui en eil éloigné
de deux lieuësàl'Orient titant
au Midy, & là chantent la
-
Messe, lors qu'il n'y a pas lieu
,
de craindre quelque surprise
- des Arabes.On y va la veille,
st -
& - on y chante Vespies &
Complies. A pres avoir reposé
quelques heures dans la petite
Eglise, qu'on appelle des saints
Tabernacles,ony chanceMatines
& Laudes, puis la grande
Me(Te avec les Offices) &
ensuite les Religieux retournent
à Nazareth.
Lors que pendant le Carême
on dità la Messe l'Evangilede
laResurrectiondufils dela veuve
deNaïnlesReligieux deNazareth
ne pouvant aller dans
ceVillage, qui est au delà du
Champ d'Esdrelon, vont sur
une montagne éloignéed'environ
demi-lieuë de Nazareth,
& au midy de cette Ville. De
là ils regardent ce Village 6c
revestus de Surplis& d'Etoles,
ils chantent ce saintEvangile.
L'on ne peut aller à Naïn
t
non plus qu'à Emaüs, par la
crainte que l'on a d'y estre
maltraité. Cette crainte vient
de ce que l'on dit communement,
que quelques chevaux
fougueux de certains Anglois
& Hollandois,y ont tué des
Enfans, & que ceux qui habitent
ces Villages ont juré de
s'en vanger sur les premiers
Européens qu'ils y trouveronr.
Cela peutestrevray de l'un de
ces deux Villages, principalement
pour celuy d'Emaüs
mais pour celuy de Naïn,comme
il est au deIàduchampdtEe
drelon, & toujours rempli
d'Arabes, il est difficile d'aller
parmieux sansestre dépoüillé,
ny sans leur payer de grosses
sommes. Le Lundy a prés le
troisiémeDimanche de Carê.
me, auquel on chante l'Evangile
qui parle de l'entreprise
que firent ceux de Nazareth,
de précipiter Nostre Seigneur
de dessus une hauteur, l'on va
sur ce rocher, dans lequel il
y a encore aujourd'huy un
restedeChapelle, avec des
Peintures) & là l'on chante
l'Evangiledu jour avec TEtole
&leSurplis. Ce rocher est à
demi-lieuë de Nazareth , & au
midy.
t: La veille del'Assomprion de
la SainteVierge, tous les Religieux
qui font en jerusalem,
& qui ne s'y sont pas trouvez
l'année precedence à pareille
solemnitédescendent environ
àtrois heures après midy du
Convent de Saint Sauveur en
la vallée de lofaphat au sepulcrede
la Vierge. C'est une E4
glise assezspacieuse
,
presque
entièrement fous terre. Pour y
arriver, l'on descend plus de
quarante degrez d'une belle
pierre dure, & luisante presque
comme marbre. Ces degrez,
qui font fort larges,ont
aux costez des Chapelles, de
saint Joseph,de saint Joachim,
& de sainte Anne. On tient
que là estoient leurs sepulcres.
Celuy de la fainte Vierge est
au fond de la Grotte, ou de
l'Eglise bastie dans un lieu
profond, & qui peut bien
voir cinquante pieds de long,
d'Orient enOccident.Au tour
de ce sepulcre qui est couvert
d'un petit dôme,ily a plusieurs
petits Autels pour les
Chrestiens du Levant, mais
les feu ls Latins officient sur le
sepulcre de la Sainte Vierge.
Là, les Religieuxont plus de liberté
qu'à l'Eglise de l'Ascension
sur le Mont desO lives,
parce qu'ils sont les Maigres
de cette Eglise. C'est pourquoy
ils y chantent Matines
& Laudes fort posémenttout
comme dans le Convent, &
sans crainte d'estreincommodez
des Turcs comme ailleurs.
Aprèsla grand'Messe, chacun
ditaussi la Messe basse&l'on
chance Prime &Tierce,aprés
quoy les Religieux vontvisiter
tous lesSanctuaires voisins,
comme la fainte Grotte
où le Sauveur sua fang & eau,
le Jardin des Olives,lelieu ou
saint Estienne fut lapidé, le
Torrent de Cedron, speciale
ment l'endroit où le Sauveur
en tombant imprima ses sacrées
mains & ses genoux,la
grotte des Apostres, celle ou
saint Pierre pleura amerement,
le champ du Potier, appelle
JF/aceldàma
i
& autres saints
Lieux. Ensuite. chacun retourneà
son Convent,sçavoir,
de Saint Sauveur, de Bethléem,
ou deS,Jean, -
Le 8. Septembre, jour dela
Nativité de la Vierge, lesRe*
ligieux vont au petit Gonvent
qui eil: encore aujourd'huy
tout entier, bâsis au bas de Je.
rusalem, dansl'endroitoù l'on
tient que la Sainte Vierge est
née,& où jamais aucune sa-
- mille Turque n'a pu habiter,
quoy que plusieurs l'ayent tenté
souventa mais ils ont toujours
esté battus par des mains
invisibles,&: obligez d'en sortir
presque aussi tost. Là l'on officie
de la même maniere qu'au
Sepulchre de laSte *Vierge le
jour de l'Assomption & l'on
y chante Vefpres, Marines &
Laudes,le Celebrant & les Officiers
estant reve fius de Chapes
ee de Dalmatiques, & la
grande Me(Te est celebrée à
Diacre & Soudiacre
, & autres-
Officiers.Voila à peu prés
toutes lesFestes principales que
l'on solemnise, avec quelque
distinction en jerusalem. Oa
pourroic encore y ajoûter la
Feste de faine François, de
saint Antoine de Padé, de
l'Immaculée Conception,tn-ai'-s
comme
comme on celebre ces Festes
dans chaque Convent, il ne
me semble pas necessaire d'en
rien dire de particulier,
Je vous envoyeray le mois
prochain un détail des ceremoniesqui
se pratiquent au
Convent de Nazareth; de..
moyens de faire facilement le
voyage de laTerre sainte
,
&
des tributs oudes peagesqueleà
Turcs tirent des Pelerins
, s
quoy je joindray beaucoup de
chofescurieufes qui regardent
l'Ordre des Chevaliers du saint
Sepulche que donne le Gardien
de rulalem.
Les Ouvrages de MrBrossardde
Montanay, Conseil.
ser au Presidial de Bourg en
Bresse, ayant paru avecbeaucoup
de succez dansmespremiereslettres,
ilyalong tems
que vous me demander pourquoy
il ne s'yen trouve plus.
Je ne pouvois vous en dire la
raison. Vous latrouverez dans
la Letrre suivante qui accompagne
un de ses ouvrages que
je vous envoye.
A Bourg le 17.Aoujl zjoi.
Ilya long-temps, Monsieur,
que j'ay rompu tout commerce
avec les Mufes. Les diffe..
rentes occupations que j'ay
eues ne m'auroientguere permis
de renoüer avec elles, si
dans un évenemeut aussi ex,
traordinaire
,
qu'est celuy de
l'élévation de Monseigneur le
Duc d'Anjou à la Couronne
d'Espagne, j'avois pûmedcffendre
de contribuer à la joye
publique. Un habile Musicien
qui a fait un long séjour à Rome&
àVenises'e st presenté
pour travailler à un Concerr.
Il en a fait les avances à des
gens de consideration: & l'envie
de voir jusqu'oùs'estendoit
son habileté, les a portez
à me solliciter defaire les Vers
que je vous envoye. Comme
ils ne sont pas, nouveaux,je
ne me ferois point avisé de
vous les communiquer, sidiverses
personnes qui en ont
retenu quelque chose, n'en avoient
fait un fort mauvais
tour, que je n ay pu retirer
d'entre leursmains,qu'en leur
promettant de vous envoyer
ce qu'ilsavoient resolu de vous
écrire. Ils ontpousselachose,
jusqu'à vouloir se charger du
pacquet pour le remettre ala
poste; & ilafallu ceder,malgré
toute la repugnance que
j'avois à faire encore paroistre
des Vers d'une Muse fort ne.
gligée. Si nostre: Musicien a
voit filé en Ville, je vous aurois
envoyé quelquesairs détachez
de sa composition. Je
le feray au premier jour, &
si elle estgoûtéevvousen aurez
autant qu'il vous plaira
Quoi qu'il ait une. facilité surprenante,
il est laborieux jusqu'à
l'excès. Il a depuis son
premier ouvrage composé un
nombre consi derable de choses
particulières, qui ont rap;
probation, non feulement des
connoisseurs de nostre petite
Ville, mais detoutcequ'ily
a de gens habiles à Dijon&à
Lion. Je fuis parfaitement
Vostre&c.
-1
FERS MIS EN CHANT
fpoouurruunnccoonncceerrttffaaiittààBBoouurrogey
surl'élévation , de Monfetgncur
leDuc d'Anjou à la Couronne
d'Espagne.
Mars, Apollon, Minerve, l'Amour
, Troupe de Plaisirs
dancans & chantans,de
la .1fuite de l'Amour.
MARS. cE Hérosquemonbrasfavorifoe
toûjours
j Louis m'oubliç&m'ahandonncw,
Quandil donne àsonFils une illustre
Couronne,
,
il la donne sans mon secours,
Ce Fils,digne du diadème
Par ) un chemin plus noble y POtlroii
arriver,
Il est beau de monter à ta yandeut
faprime,
Mais c'efi par la valeur qu'il s'y.
faut élever
Apollon & Minerve.
Tout ce que votts Offs'- part dune
main sanglante,
¡'()lJ4àvos dons Fhorreur &
1 l%'épouvante.
Deux Peuples gencteux dès longtemps
divifez^
N'flnt que trop respiré la haine e
le carnage,
ros lauriers
> vos fivtttrs font un
trisse avantage.
Qui les euls enfin épuifez^y
D'unepaixfavorable ilsont goûté
Uscharmes,
Et Espagne afait choî*
Du pils dupluspuissantdesRoi*
Pourfegarantir de vos armes,
• Et pourjoüir) à tabridefis loix
9 D'un repos sans alarmes.
MARS.
Le plutredoutable des Dieux
Nefouffiirapoint qu'onl'outrage.
Des peuples alarmez., des Princes
envieux
Jereveilleray le courage , Etjemettray tout en usage>
Pourconfondre un projet qui rrieft injurieux.
Deux Roist arbitres de la Terre j
Disposeront tout à leur gré!
Tout leur fera fournis, &le Diett Ú
la guerre.
Ne fera plus confédéré !
Non, non,que duhruyant^du terrible
tonnerc [ coups
Les plus mortels) lesplus horribles
Fassent éclater mon couroux.
Minerve.
Quand on fuit les transports que le
dépitfuqgere,
On se metsouvent en danger.
otl vous allezç- vous engager!
Par l'effort impuissant d'une vaine
colere
,
On s'accable de honte au lieu dese
vanger.
Vous flattezvousa/fèzpour croire
Que vous obfiurcirezla gloire
D'un Roy que Jupiter prendfôin de
proteger?
Apollon.
Au Héros de la France il n'est
rien d'impa.lli61e)
De cent peuples unis ilfutviïlorieux.
En vous oppofantàses voeux, Ce Gu-erriertoûjours invincible
ISfenfera que plus glorieux.
Amour.
Parses vertus,parl'éclat desa vie]
De ses ennemis même il s'efl fait
eslimer :
Mais il riesipas content de defltrmer
l'envie,
Par ses bien-faits il veutfefaire,
aimer.
Mars
Quel changement! non, je ne lepuis
croire.
Dans une molle oisiveté.
L'Ibere & le François enterreront
leurgloire?
Ilspourrontse resoudre àcette indignité?
En vain de mille exploitsils ont rempli
ïHistoire
S'ilfautque leurposterïtê
,
Se ferme pourjamaisleTempled<r
Memoire-
Pourlanguir dans l'obscuritê.
Minerve & Appollon.
Sansvous onpeutfefaire un grand
nom dans le monde,
On trouve dans la paix une source
feconde
De projets êclatans
,
& de faits
glorieux.
Onsepeut élever au rang des Demi-
Dieux,
Par les vertus tranquilles.
Un Roy se rend fameux,
Quand il rend sesSujets heureux.,
il étend le commerce }
il empellitleJ
Villes.
Ji rend ley Çetmpayiesfertile$3
Et la juflice deses loix
Produit des effets plus utiles,
Que les plus rapidesexploits.
Apollon.
Par une b.'ureufe intelligence
Nous verrons fleurir les beaux
Arts. Minerve.
Les peuples empreJJèzviendront de
toutesparts [ dance.
Rétablir à lenvi la joye & labon~
Amou1 ry
Puis qu'enfin l'EJPagr:c & la
France
Suivent les mêmes ètendarts
Nousverrons parcette alliance,
,¿es Mirthes que lamour dispense
préférez aux Lauriers de Mars.
Mars.
Puis -j,e voirfanschagrin le bien
* quivous arrive,
D'un accordJifatalpourmoy!
Yerray-je ma douleur oisive
Etfaut-ilque la paix s me prive
De ma gloire & de mon employ !
Amour.
Quitte^cetairJombre& terrible,
Qui convient mal au regne des
Amours.
A mes feux autrefoisje vous ayvit
sensible.
pourgoûter les douceurs, pour jouir
des beauxjours
Quepromet un jcele paifible3
Quittez^ cet airfombre& terrible
Qui convient mal au regnedes
Amours.
Je veux que l'un & l'autre Empire
Soit Pazile ajjuré des tranquilles
plaifirSi
Si déformaisonysoupire,
On n'y formeraplus d'inutiles desirs"
On riy verra plus de cruet/es)
Jerempliray les coeurs des charmes
les plus doux.
paris n'auraplus d'Inftdelles,
Ny Madrid dejaloux.
Que dés ce moment on commence
Acelebrercesuccés glorieux.
fous qui me fuivezjn tous lieux}
Plaisirs
y venez, volex^endiligence.
Fofmezles plus aimablesJeux.
Chantez lafameuse alliance
Qui rendra tVnivers heureux.
Troupe de Plaisirs chantans
& danfans.
Formons les plus aimables jeux.
Chantons, chantons la fameusealliance
Qui rendra l'univers heureux.
Deux Plaisirs
*Remplirons tous les coeurs diene douceurtranquille,
Cesta nous dy regner, la discords
P efl aux fers,
Forçons-les d'oublierles mauxqu'ils
ontfoujferts.
Z'Enferfrémit en,vain ,sa rtlgeest
inutile3 ,
LeplusgranddesHéros notts affure
nn azile
Contrc tous les revers.
Premier Choeur de Plailîrs
Remplissons tousles coeurs d'une douceurtranquille
,
Cesi à nous fy regner3la difeorde
eflaux fers.
Second Choeur de Plaisîrs
Le plusgrand des Heros nous affure
un az^le
.Contre tous les revers.
Apollon.
CeVanqueurgenereux en quitanv
le tonnerre>
Veut calmeï l'Univers
3
& reparer
ses maux.
Gardez^vouS)impuijfansRivaux,
D'exciter des troubles nouveaux,
Wattirerassur vous les malheurs,
dela g(uerre.
La naïjjante valeur de trois jeunes
Héros
N'attendquelejignalpOUf conquérir
la terre,
Lai(Telles en repos.
Mars.
Pourquoy leur envier la gloire &
Vavantage
De triompher par leur courage ?
Non
x non,par ce projet je fuis trop
outrage.
Amour.
Songerez^vottstoujoursauxarmes?
Venus pour vous touchertfa-t-elle
plus de charmes?
Cet amas de lauriers dont vousestet
chargé,
Coute cher à voflre tendresse.
Ecoutezun Amour trop longtemps ne:'
glige:
C'eflpar les mains d'une aimable
Déeffi
Qtfun Dieu victorieux doit efire couronné.
La gloire ou vouscourezjvaut-elle
Leprix qui vous e(i deviné?
Lagloireoù vous courezvaut-elle
La douceur d'efire aimé d'un coeur
tendre &fidelle )
UnPlaisir,
Ungrandcoeur qu'anime lagloire,
Fuit la mollejje& le repos,
Mais leplaifirquamour offre après
la vif/oire
N'dlplUindigne d'fin Héros,
Mars.
Qu^ilmonteau Trôneoù sagrandeur
l'appelle,
LeFils charmant de tant deDemi-
Dieux,
Qïil regney consens, Jut un peuple
sidelie
y Dont ilfait l'amour & les voeux,
Que son nom vole
De l'un à l'autre Pole
Avec celuy deses Ayeux. il en efi la parfaite image y
En leurfaveurjeferayfon appuy :
Que de l'une & l'autre Inde il reçoive
l'hommage,
Quon revere ses loix surl'Heure &
sur le Tage.
Quipeut mieuxy regnerque luy?
-
Apollon.
La majeftc brille sur so- n vis-àge.
Minerve,
La profondesagesse a devancé fort
- âge.
Mars.
Sonair3sesyeux> toutmarquefin
courage.
Toustrois.
Quipeut mieaxy regnerque luy ?
Deux Plaisirs.
En faveur de la paix enfin Mars
sedéclaré,
Mortels, ne craignez^lus,vousallex^
eflre heureux,
Les biensqueleCielvousprépare-^
Surpasserontvos voeux
Vos ennuis, vos chagrins,fontprefis
à difparoifire>
Joui/Iez^en repos dufruit de vos desirs.
Chaque jour, chaqueinfiant fera
naifire
Mille nouveaux plaisirs,
Choeur de Plaisirs.
Chaque jour, chaque infiant fera
naifire
Mille nouveaux plaifirsy
Premier Plaisir.
Les coeurs sans alarmer
Goûteront les charmes
Des tendres amours5
ils n'auront d'affaire
Qtfa fonder à plaire. ,
Puissent leurs beaux jours
Sembellir toujours.
Second Plaisir,
Cette heureuse vie
De la noire envie
Bravera les traits.
LesGuerriers paijibïes
Seront toussensïbles.
puissent-ils en paix
slïmer àjamais-.
Mars,Apollon &^Minerve.
L ne R;lCè illufire &fécondé
Donne attiourdhiey des Rois à cent
Peuples dtvers.
Ce grand événement remplit la terre
& l'onde.
Formezpour le chanter les plus charmans
concerts.
Amour.
Que vos chants remplirent les
a rs 3 Quel'Echofidelleyréponde.
Mars, Apollon, Minerve
&1Amour.
Le Sang duplus grand Roy du
monde.
Reznera dans tout l'Univers. Choeur de Plaisirs.
Que nos chants remplirentles
ails,
Que FEchofidelley réponde.
Le Sang du plus grand Roy dit
monde
Kegnera dans tout l'Univers.
Je vous envoye une féconde
Lettre de l'Auteur de la Physique
Mecanique,dans laquelle
il édaircit les veritables
principes de cette Science.
Leplaifîr que vous a donné la
leâure de la premiere, à vous
&à vos Amis, me fait croire
que vous ne ferez pas moins
contente de cehe-cy.
AMONSIEUR*** MA precedenre lettre se
redu«it à faire voir que cette propohtion, L• e mond1e ej1t'9
une MachineAMomatt^ eit le
veritable fondement de la
, Phyfig-ue) sur lequel (eu!on
peut bâtir foiidementtouc l'E.
difice de cette vaste icience."
La solidité.de ce fondement
v©us paroiostraencore mieux
par l'exposition J que - je vais
vous faire dans cette lettre des
VCf,irab'es principes de la Physi
:::J-e
re
te proposition que je les éta.
blis. Je vous ay dit que ce
qu'on appelle Science Physiques
n'est que l'amas de toutes les
connoiÍfances ou pensées que
nous avons de la Machine du
monde & de son mouvement,
& que les premières de ces
pensées font ce qu'on appelle
les PrincipesdelaPhyfîqtie. J'ay
ajouté que ces Principes font
necessairementmécaniq ues,
puisque nous n'avons, & ne
pouvons même avoir d'autres
pensées generales de la Machine
du monde, que celles
que nous avons d'une Machi.
neartificielleautomate. Pour
vous en mieux convaincre,
jenay qu'à vous exposer sim.
plement &. par ordre toutes
les pensées qui naissent da-
-
bord & d'elles mesmes dans
l'esprit, lors que non regar.
dons une Machine artificielle;
& vous montrer en mesme
temps que ce font les mêmes
pensées qui nous viennent
d'abord dans l'esprit, lors que
nousconsiderons la Machine
de ce monde.
Supposons dont que nous
avons vous & moy devanr les
yeux une Horloge enlaquelle
ily a non. feulement Montre,
mais encore Sonnerie & Reveille-
matin. Je vous deman-5
de
,
Monsieur, que pensezvous
d'abord de cette Machine
automate ? Pour moy, il
me semble que la premiere
pensée que j'en ay,est qu'elle
a esté faire par quelqueOuvrier
, pour montrer & pour
faire sonner les heures, &c.
Faites-y bien reflexion, c'est
assurément la premiere chose
que vous pensez de cetteHor- loge.
Quittons à present cette
Machine artificielle, & venons
a la Machine du monde.
Dites-moy
,
Monsieur
, pouvons
nous la regarder, cette
vaste & belle Machine, suj ete
, à tant de differens change,
mens, dont la pluspart sont si
bien reglez, que nous ne jugions
en même temps qu'elle
n'a pas esté éternelle, qu'elle
nest pas non plus l'effet du
pur hazard; mais qu'elle est
l'ouvrage d'un Estre, qui n'est
point ce qu'elle est
,
& qui
estoit avant qu'elle full? Vous
me direz peut-estre, que c'estl;
là à peu prés ce que vous pensez,
lors que vous regardez
le Ciel & la terre, & tout ce
qui s'y paÍfe; mais que vous
ne pouvez pas concevoir ,que
cette pensée, Le Atonie a esté
fiiky soit un principe, & le
premier principe de la PhyCique.
N'est ce pas ce que je vous
ay dit, Monsieur, dans ma
premiere Lettre, que vous ne
gousteriez peut-estre pas d'abord
mes principes, à cause
de leur simplicité? Ayez un
peu de patience
,
continuez
de lire cette Lettre sans prevention,&
je m'assure que la
suite vous fera avoüer que j'ay
eu raisond'établir pour premur
principe dela Physique
Mécanique, que la Machine
du monde a estéfaite.
Revenons à nostreHorloge.
N'cH.il pasvray qu'inynediatement
après avoir pensé
qu'elle a esté faite, nous prenons
garde qu'elleest de fer,
ou de quelque autre matiere,à
laquelle l'Ouvrier a donne la
forme d'horloge,c'efi à dire,
àlaquelle l'Ouvrier a donne
cr qui lafait estre une horloger
Mais qu'eftce que l'Ouvrier
a donne à ce fer, & comment
en a-t-il fait unehorloge?
Il l'a pris, me direzvous,
il l'a con pé en un certain nombre
de pteces;iJ a donnéà chacune
de ces pieces laconsistance
plus ou moins force, sa
grosseur &sa figurej il les a
rnfuite arrangées & ajustées
de façon que le ressort peut
faire mouvoir la pluipart d'elles,
pendant que les autres demeurenr
en repos.
Je vous demande après ccla,
Mon{ieur,l'Ouvrierne pouvoit-
il pas faire son horloge
de leton, de bois. ou de quelque
autre maciere, que defer,
Vous me répondrez sans doute,
qu'illepouvoit- Ce fern'est
donc pas la matiere de l'horloge
parce qu'il cit du fer,
mais parce qu'il a esté ainsi
travaillé par l'Ouvrier? Or il
n'a esté ainsi divisé,mesuré,
figuré, situé & mis en mouvement
, que parce qu'il estoit
étendu en longueur, largeur,
& profondeur. C'est donc par
ces trois dimensions que le
fer estla matiere de l'horloge.
Mais ce fer ainsi étendu n'est
horloge que parce qu'il a ce
certain nombre de pieces de
différente grosseurainsi figurées
& arrangées, & donr les
unes font en mouvement, &
lesautres en repos. Ces cinq
especes demodes ou manières
d'estre, font donc la forme
de l'horloge?
Voyons à present si nous
avons cette même seconde
penséedela Machine du monde.
Nest-il pas vray qu'aprés
avoir penséqu'elleaesté faite,
nous sommes d'abord portez
à penserà ce qu'elle est?Nous
la concevons comme une va..
fie étenduë
,
divisée en plusieurs
différentes parties, ou
pieces, ausquelles on donne
le nom de Corps. Nous comptons
même ces corps, au
moins les plus grands,&nous
observons de quelle maniere
ils font arrangez. D'ailleurs,
nous n'avons pas d'autre idée
de chacun de ces corps, que
celle d'une étendue particuliere,
laquelle a premierement
son unité totale, & sa division,
ou en des parties, que
l'on peut distinguer &compter
, &s'appelle nombre, ou en
des parties si petites, qu'on ne
peut ny les compter, ny même
les distinguer chacune separément,
& s'appelle consistance.
Secondement, chaque corps
a sa groffillr, c'est à dire,sa
quantitérelative,oumesure,suivant
laquelle il est de grand
ou petit,ou égal. Troisiémement,
il a sa figure, qui n'est
que le rapport que tous les
points de sa surface,ontavec
un point conçu en son milieu.
Quatriémement il a son lieu,
cest à dire, son rapport de
situation par sa surface avec
tous les autres corps. Enfin,-
chaque corps a son mouvement&
son repos,c'est à dire,
chaque corps change successivement
sa situation
, ou bien
il la garde sans la changer,
Cherchez tant que vous
voudrez, Monsieur, vous
n'aurez jamais d'autres idées
generales du monde, & des
corps qui le composent, que
ces six que je viens de rapporter;
sçavoir l'idée de l'étendue,&
lesidées de cinq modes
ou manieres d'
c stre écendu;
kfque!ïes gardent lenom
de modes,& en particulier celuy
de nombre ou degrosseur. ou
de figure., (.. ou de situation, ou
de mouvement & de repos,
tant qu'on les confideredans
un grand corps, & chacun
separément
; mais si on les
considere plusieurs à la fois ,
on les appelle systeme, filu.
£ture, outissure, ou enfin
qualité, suivantqueles parties
dont ils font les modes, ioni
grandes ou petites, ou encore
plus petites ce que j'expliqueray
fort au long dans le
Traité des qualitez sensibles,
& des sensations.
Ce que j'en ay dit me suffit
pour vous faire remarquer que
puis que ce n'est quepar ces
cinq especes de modes
, ou
manieres d'estre étendu, que
l'étenduë est corps, il n'y a
point d'autres formes de corps
que ces cinq modes,& d'ailleurs
, puisque rien n'etf capabled'estre
divisé, mesuré,
figure,situé,&meu, quece
qui est étendu en longueur,largeur
& profondeur, laMatie.
re premiere de tous les corps ne
peut estre autre chose qu'une
simple étendue,, *
La féconde pensée que nous
avons de la Machine du Monde,
& par consequent le secondprincipe
de laPhysique
Mécanique, est donc que cette
Machine, comme toute
autre Machine, est une étenduë
ou matiere déterminée
par les cinq especes demodes,
formes ou manières d'estre étendu
, à estre corps, & un
composé deplusieurs differens
corps, rangez comme nous les
voyons. Passonsà la troisiéme
penséeque nous avons, tant
dela Machine artificielle, que
de la Machine du Monde, qui
fera le troisiérneprincipe de
laPhyfique Mecanique.
A prés avoir pensé que l'h orloge
estune Machine faite de
plusieurspieces, nous commençons
à concevoir quel»
que distinction entre ces pieces.
La premiere & la plus génerale
différencequenous y
remarquons ,
C-it cellequi ril:
entre les pièces simples, qui
font par exemple une roüe,
unfuseau, le ressort, le pendule,
& les pieces composées,
qu'on appelle autrement des
roüages & des mouvemens,
Nous concevons même d'abord
& sans peine,qu'il faut
qu'une Machine automate,
telle qu'estl'horloge, foit composée
de pieces simples; & il
nousest impossiblede concevoir
qu'elle ait autrement
commencé que par la formationde
ces pieces simples
J.
,
desquelles l'Ouvrier a ensuite
compose les rouages, &toute
la Machine. Ces pieces simplesestant
donc les premieres
formées, pourquoy leurrefuferons
nous le nom d'Elemens
&de Principes, c'est à-dire de
commencemens de laMachine
de l'Horloge? Nous ne
pourrions pas même leur refuser
le nom de Substance de
l'Horloge
,
lors qu'on nous feroit
remarquer , que ces pieces
simples font ce en quoy
l'Horlogeconsiste, & ce en
quoy elle peut être refoute lors
qu'on le détruit.
Le croirez,vous, Monsieur?
Nous avons la mesme troisiéme
pensée de la Machine du
Monde: car dés qu'une fois
nous l'avons conçûë, comme
unegrande eccnduc divisée en
plusieurspieces oucorps; nous
prenons garde que de ces
corps il y en a qui font simples&
uniformes, c'est à dire
dont chacun ne peut estre divisé
qu'en des parties toutes
semblables entre elles, & qui
font toujours la mesme chose
& ont le mesme nom que le
tout dont elles font parties.
Nousvoyons d'autres corps au
contraire, que nousdivisons
en des parties tout à fait dissemblables,
de chacune desquelles
on ne peut pas dire
quelle soit la mesme chose
que lecout dontelle en partie.
C'est-là asseurement la premiere
&laplus generale disse-J
rence que nous trouvons entre
les corps quicompofent la
Machine du Monde.
Je dis bien plus; nous ne
pouvonssuposer que ce Mondeestune
Machine automate,
que nous n'y concevions des
corps simples donc les corps
mixtes font composez, comme
leMondeentier eft*coni5
posé des uns & des autres. Je
vous défie mesme de suposer
que cette Machineaestéfaite,
que vous ne conceviez qu'elle
à commencéd'être fabriquée,
par la formation de ses pieces
ou corps simples &uniformes,
Cherchez les à present dans
tout l'Univers ces corps (Impies
& uniformes
,
& faitesnous
les connoistre ; mais au
moins presentez
- nous des
corps que l'on voie, que l'on
touche, & qui ont un nom
dans le Monde, & non des
corps imaginez à plaisir. Pour
moy je ne trouve que quatre
corps dans le Monde
,
aufquels
on puiflfe attribuer cette
simplicite & cette uniformité
des parties. Ces corps font le
Feu, l'Air,l'Eau, & la Terre,
considerez dans la pureté de
leurorigine & avant tout mé.
lange, car danscetestat chaque
particule de feu en feu,
chaqueparticute d'air est air,
chaque particule d'eauest eau,
& chaque particule de terre en
terre. Qu'on divise l'eau, par
exemple, tant qu'onvoudra,
& en des particules ou vapeurs
si petites qu'elles soient
imperceptibles à la vue
,
char
cunede ces particules, toute
imperceptible qu'elle,en, est
aussi bien l'eau que l'Ocean
entier, & l'on ne peut pasluy
refu serlenom d'eau. C'est ce
qu'on ne peut pas dire de tout
autre corps: car outre que la
pluspart d'eux peuvent estre
divisez au moins par pensée
en des partiesgrossieres &tr,,inifestement
differentes; telest
un ar bre par exemple, qu'on
peut diviser en ses racines,
sontronc
,
ses branches, de
ses rameaux ;de chacune desquelles
parties intégrantes de
l'arbre prise separement on ne
peut, pas dire qu'elle foitun
arbre. il n'y a point de corps,
si vous exceptez les quatre que
nous avons nommez,qu'on
ne puisse, au moins par la force
du feu,diviser en des particules
dissemblables entre
elles,
& qui n'ont pas le mesme nom,
& ne font pasla même chose,
que le tout dont elles font des
parties.
Je dis bien plus;si l'on pousse
bien avant la division de ces
corps composez, non seulement
on découvremanifestement
dans lapluspart d'eux des
particules deFeu, d'Air,d'Eau
& de Terre; mais on en réduit
mesme quelques uns en
des particules de ces quatre
• corps simples, comme il paroist
dans l'inflammation & la
combustion du bois. Au moins
n'à t on jamais veu que la dcrniere
resolutionoudissolution
d'un corps mixte se soit faite
en des particules qui ne fussent
pas desparticules de feu, d'air,
d'eau,& de terre.
il me suffit donc de ne trouver
dans le Monde aucun autre
corps plus simple & plus
uniforme que ces quatre, &
de trouver de leurs particules
dans
tdans
les autres corps, pour en
conclure, qu'ils font les quatre
pieces simples de la Machine
du Monde, par la formation
desquellescetteMachine
a commencé d'êtreconstruite,
& qu'ils ont esté la matiere
seconde dont Dieu a formé
les Astres, les Plantes
,
& les
Animaux. On peut parconse.
quent, & on doit mesme les
appeller les Elemens, c'est à.
dire les commencemens du
Monde, e,,,lesPriricipesconflitutifs
de c haque corps mixte;
on peut mesme les arpel',crla
Substance du Monde & decha.
que Mixte, puisque c'est en
eux que confi ste,& que peut
estrereduit,tant le Monde en.
tier, que chaque corps mixte
dans la destruction, jusques.
là qu'un mixte seroitanéanti,
si Dieu aneantissoit les particules
de feu, d'air, d'eau & de
terre dont il elt com posé, &
que le Monde entier periroit
si Dieu reduisoit au néantces
quatre Elemens.
Cette troisiéme pensée est
suivie immediatement d'une
quatrième
, que nous avons
aussi bien de la Machine du
Monde que de toute autre
Machine: car après cette difsérence
generale qui se presen.
te la premiere à nos yeux entre
les piecessimples & les composees,
nous remarquons dans
l'horloge quelques différences
moins generales, tant entre
les pieces simples, qu'enrre
les composées. La difference
entre les pieces simplesest prise
des simples modes de chacune
d'elles; & pource quiest
des pieces composées,c'est par
la composition ou structure
qu'un roüage differe d'un autre
roüage, & qu'une Horloge
differe d'une autre Machine
automate qui n'est point Horloge.
Donc puisque c'est par
la figure, que chaquepièce
simpleest une telle piece, une
roüe, parexemple, & qu'elle
differe de tout ce qui n'est
point roüe; pour quoy ne dironsnous
pas que la figure
d'uneroüeest sa forme dientielle
de rouë, d'autant mieux
qu'on ne peut pas concevoir
une rouë sans cette sigure, &
quevenantà la rerdre,elleces
se d'estre une figure? Par cette
mêmeraison
, pourquoy ne
dirons nous pas que la struc.
ture de la Montre, je veux dire
l'arrangement de ses pieces,
est sa forme essentiellede Montre,
puisque si les pieces donc
elleest comporée viennent à
estre derangées, cen'est plus
un Montre, ce n 'et'r qu'un
monceaucon fus de pieces de
Montre.
Sur ce même fondement il
faudra donner le nom de formes
accidentelles aux autres
fll] des de laroüe,à la grosseur,
àfaconfiftance,à sa situation,
& à son mouvement ou son
repos, parce qu'elle peutchan.
ger ces modes
,
sans cesser
d'estre une roüe
, tant qu'elle
conservera sa figure de roüe;
& de même tous les modes
que l'Horloge peut changer,
sans cesser d'estre Horloge,
tant qu'elleconferve sa forme
essentielle d'Hortoge, peuvent
& doivent même estre
appellez ses formes accidentelles.
Ainsi une Horloge peut
estre grande ou petite, ronde
ou quarrée, estre icy ou Jà) en
mouvement ou en repos, sans
qu'e lle cesse d'estre Horloge,
tant que ces pirces feront arrangées
comme ille faut pour
romposer uneHorloge.
cA'prés cela pourrez- vous
trouver mauvais que je donne
le nom de formes totales aux
modes, tant e ssentie lles, qu'-
accidentelles de l'Horloge entiere
3
& que je donne le nom
de formes partielles aux modes
de chacune de ses pieces
ou parties?Etpuisque,comme
je l'ay déjà dit,lespieces simples
font véritablement lasubstancede
l'Horloge, pourrezvous
trouver mauvais que je
donne le nom de formesub.
stantielle à l'arrangement que
ces pieces simplesont dans
l'Horloge,ou si vous aimez
mieux à l'amas de cous les modes
de ces pieces simples?
Jen'auray pas beaucoup de
peine à vous montrer, Monsieur,
que la quatriéme pensée
que nous avons de la Machine
du Monde
,
estla même
que celle que je viens de
vous faire voir que nous avons
de l'Horloge ou de toute autre
Machine artificielle: car
n'estil pas vray ,
qu'aprèsavoir
remarquédans leMonde
la différence generale quiest
entre les corps simplesou Etc.
mens, &les corps composez
oumixtes, nostreesprit se porte
dabord à distinguer un Elément
d'avec un autreElement,
& un mixte d'avec un autre
mixte.
Or,commentdistinguonsnous
le Feu d'avec les trois autres
Elemens? N'est cepas,
parce que nous voyons que le
Feu elt toujours en mouvement,
ce que nous ne pouvons
ny dire, ny concevoir,
de l'Air, de l'Eau & de la Ter..
re? Car nous concevons l'Air
comme une matiere fluide,
c'est à dire trèsfacilementdivisible,
l'Eau comme une matière
liquide
,
c'està dire
moins facilementdivisible,&
la Terre, comme unematiere
ferme,ou quiest encore moins
facilementdivisible quel'Eau.
C'estlà proprement l'idéeque
nous avons de chacun des
quatre Elemens. ,
Et pour ce qui est des corps
mixtes,commentdistinguonsnous
un Arbre,par exemple,
d'avec un chien ? N'est-ce pas,
parce que l'Arbreades racines,
un tronc & des branches,
ce que le chien n'a pas?
N'est-ce pas suffi par ce me.
me differentarrangement des
parties que nous distinguons
la racine d'avec le tronc, &
que nous distinguons dans
chacune de ces partiesintégrantes
de l'Arbre, le corps
ligneux d'avec le corps spongieux?
D'ailleurs nous distinguons
le corps ligneux d'un
chesne d'avec celuy d'un poirier,
par l'arrangement différent
des grains qui les composent,
& mêmepar l'arrange-,
ment des particules des quatre
Elemens
,
quiest différent
dans les grains ou particules
du chesne& dansceuxdu poirier.
Puis donc quec'est parle
mouvement que le feu est feu,
& quec'est par la consistance
ou resistance moins ou plus
force,quel'airest air, l'eauest
eau, & la terre est terre; puis
que c'est par l'arrangement
desparties que le Monde en,
tier est ce qu'il {:st
)
& que
chaque corps mixte estd'un
tç:1 genre, unArbre parexem-
,.
ple, & d'une telle espece, un
chesne
, par exemple, en forte
qu'ilcesseroit d'estre Arbre
& chesne, si ses parties venoientàestre
derangées;pourquoine
dirons-nouspas quele
mouvement est la forme eflentielledu
feu, quelafluiditéest
la forme eCftntielle de l'air
que la liquidité est celle de
l'eau,&lafermetéou consistancede
poussiere est la forme
essentielle delaTerre?

Pourquoy ne dirons. nous
pas aussi que l'arrangement
des parties grossieresdela Machine
du Monde, quel'onappelle
leSysteme ùumonde,est
saforme essentielle
,
& que
l'arrangement des parties de
chaque mixte est sa formeessentielle
generique
,
d'arbre3
par exemple ,ou specique, de
chesne, par exempter Enfin,
si
puisque les particules des quatre
Elemens qui composent
chaque mixtesont lasubstance
du mixte, pour quoy ne dirons-
nous pas que l'arrangement
de ces particules est la
forme substantielledecemixte,
par laquelle un chesne,
par exemple,différé substantiellement
d'unpouier?
Deceque nous venons de
dire, des formes effenrielles
des corps, vous concluiezaisement,
Monsieur
, que chaque
corps ayant les cinqespeces
de modes ou formes, &
de ces cinq n'yen ayant qu'une
qui leur loïc essentielle,
les quarre autres font accidentelles
; ce qui paroist en ce
quelles peuvent changer,
sans que le corps cesse d'estre
ce qu'il eH: en genre & en espece.
Ainsiune goutte d'eau
peut estre grande on petite,
ronde ou plate,estre icy ou là,
courir ou estreen repos, sans
celler d'estre eau, tant qu'elle
conservesaliquidité Ainsi un
ar bre,de tend re&de petirqu'il
est,devient grand&solideavec
1: temps,sanscesser d'être toujours
arbre. Surquoy je vous
prie de remarquer, que puis.
que c'est toujours par quelqu'undeces
modes accidentels
qu'on distingue un poirier
d'avec unautre poirier, il
n'y a pas d'inconvénient de
donner à cesmodes accid en
tels lenom de formes individuelles.
He bien, Monsieur, aprés
avoir si bien expliqué toutes
les especes de formes;trouvera-
t-onétrange qu'un Physicien
se serve des termes de
matiere 9c de forme, de mode
&de qualité,desubstance&
d'accident, de genre, d'espece
,
d'individu, & de celuy de
différence & de forme essentielle,
substantielle, accidentelle,
generique, specifîque,
&individuelle, totale & partielle
! Tous ces termes, non.
seulement ne font aucun tort
à la vérité, mais ils aident
beaucoup à l'éclaircir lors
qu'onne s'en fert qu'aprés les
avoirdéfinis, c e st à dire qu'après
qu'onest convenu de ce
qu'on veut qu'ils signifient.
A prés ces quatre Reflexions
generales, qui sont, à mon
sens ,les seules que nous
faisons surla constructionde
la Machine
, nous pensons au
changement qu'elle souffre.
Nous prenons garde, par
exemple
, que dans une horloge
qui va ,
le bout de l'aiguille
parcourt sans cesse le
cercle du quadran
,
& que le
timbre forme les heures, nous
voyous paroître dans certaines
fenêtres,&successivement,des
figures qui marquent les sept
jours de laSemaine,les Phases
de la Lune, les douze mois de
l'année,& nous voyons cesser
tous ces effets & toutes ces
apparences, dés que l'horloge
cesse d'aller. D'ailleurs nous
prenons garde, que dans tous
ceschangemens & phenomenes,
lemouvement de l'horloge
ne forme de nouveau
aucune piece de l'horloge;
mais qu'il les fait feulement
paroître, ou de nouveau, ou d'~e nouvelle maniere. Puis
donc que le mouvement de
l'horloge ett la cause de ses
nouvelles productions, naissances,
ou apparences, pourquoy
ne l'appellerons,nous
pas la Nature de l'horloge?
Voicy justement lacinquiéme
pensée que nous avons de
laMachinedu monde. Aprés
avoir pensé qu'elle a esté faite,
que sa matiere estétenduë,&
que ses formes font les cinq
manieresd'estreétendu, après
y avoir distingué les pieces
simples d'avec lescomposées,
& chacune d'elles de toutes les
autres, nous pensons aux
changemens qui arrivent à ces
pieces qui composent la Machine
du monde depuis le
commencement. Or nous observons
que tous ces changemens
arrivent, aux quatre
Elemens,aux Astres,aux Plances;
aux Animaux, les phenomenes
ordinaires des Cieux
ibnt des changemens ou des
apparences des Astres; les
phenomenes extraordinaires,
tant du Ciel que del'airinferieur
& du globe terrestre,
qu'on appelle Meteores , ne
font que des changemens ou
de nouvelles productions du
Feu, de l'Air, de l'Eau & de
la Terre. La germination des
plantes, & toutes ses suites,
la germination &c lavie de
l'Animal, & tout ce qui en
dépend, font deschangemens
qui arriventaux plantes& aux
animaux que Dieu a formez
en bastissantla Machine du
monde. Enfin tout ce qu'on
appelle ouvrages de l'Arc,
font deschangemens quiarrivent,
ouqui paroissent arriver
àces sept corps que nous venons
de nommer, jeveux dire
au Feu, à l'Air, à l'Eau, & à
la Terre, aux Astres
, aux
Plantes & aux Animaux, par
l'art ou l'adresse deshommes.
Nous n'observons pas d'autres
changemens dans le monde,
qu'on ne puisse fort bien
rapporterà ceux dont je viens
de parler. Ces sept especes de
corps font donc les feules
sept pieces de la Machine du
monde; & d'autant que chacun
de ces sept corps ne peut
changer que dans ces cinq
espects de formes ou modes,
nous concevons fortbienque
tout changement qui arrive
aux corps quicomposent
le monde, est un changement,
ou de nombre, ou deconsisrance,
c'est à dire de division,
ou de grosseur, ou de figure,
ou de situation
) ou du mouvement
au repos,ou du repos
au mouvement. Pensez y tant
que vous voudrez, Monsieur,
vous ne me montrerez aucun
changement que je ne puisse
réduire à quelqu'une de ces
cinq proposions.
Cest bienplus,iln'yaaucune
forte de changement qui
ne dépende de quelque mouvetnent;
car premierement,
nous ne voyonsjamais qu'un
corps qui est en repos commenceà
semouvoir s'il n'est poussé
parunautre corps qui est déja
en mouvement. Secondement
,
commentdiviserez
vous un corps en plusieurs
pieces, ou comment rejoindrez-
vousces pieces sansmouvement
? .TroiÍi,hnemenctj
pourrez-vous de mêmeaugmenter
ou diminuer la maffs
d'un
dun corps sans y ajouter de
nouvelles partieson sans retrancher
de celles qu'il a Or
pouvez vous ajouter ces parties
,oules retrancher,sans
mouvement> Quatrièmement
y
peut - on concevoir qu'un
corps change de placezl'égard
d'un autre corps, sans que
l'un ou l'autre le meuve? Cinquièmement
,
puisque la figure
nten que le raport de iu
tuation que tous les points de
la surface d'un corps Cllfavec
unpoint conçû au milieude
ce corps,comment la figure
peut elle changer, sans que n3
quelques uns de ces points
changent deplace en se mou-
,vint?
Lemouvementestant donc ce
qui fait tous les changemens,
qu'on appelle lesproductions
&les phenomenes de la Nature
; c'eiî à dire, le mouvement
estant ce quifait, quechacun
de ces [cpt especes de corps
naist ou commence de paroîtreà
nos sens, ou qu'il nous
paroist en divers temps fous
differentes manieres d'estre
3 pour quoy ne dirons-nous pas
hardiment, que ce qu'on appelle
la Nature, n'est autre
chose que le mouvement de la
Machine du Monde? D'ailleurs
, puisque personne n'a
jamais pensé que le mouvement
d'une Machine artificielle
y puisse faire ou former
de nouveau quelqu'une de ses
pieces; comment avons nous
-
le courage de dire
>
que la nature,
qui estle mouvement de
la Machinedu Monde,peut
faire de nouveau quelqu'un Je
cessept corps, dont cette Ma.
chine estcomposée?Pensez y
tant que vous voudrez, Monfleur,
je vous défie,tout habile
homme quevousestes,de
concevoirnyde me firirècoreprendrequ'ilsefassede
nouveau,
ou du feu, ou de l'air, ou
de Feaii> où delaterre,qu'un
Astre soitforméde nouveau,
ou une
,,
plante,ouunanimal.
Etmoy au contraire, je me
fais fort de vousmontrer(en
supposant que laMachine du
Monde n'a pas d'autres pieces
que cessept corps)que tout ce
qui arrive dans lc.Vlonde^.n'cft
que quelque changement
parlequelun deces sept corps,
quinousétoitcaché confmence
de paroistre,où nous
j>aroiijïautremêm qu'il ne padceesdch'aunngemens
cjûi ne ciépefi- vousfairemtouvcehmeeranut;&dodiget • »[oûct1cr au doigc
comment chacun de ces changemensqu'onappelleprodufti^
ns4ou^jphenomenes,fuît
decemouvement.Maisil faut
lpaourcela que je vous expose dernierepenséequenous
avonsdela Machineautomate
&de sonmouvement.
Voicy doncla dernierepe'rv
séegeneraleque
nous avons,
ti^t3etaMachineartificielle^
que de lâMacLinedunionde,
N'est-ilpas *vrayMonsieur*
quen faisant attention aux
changemens ou phenomenes
de l'horloge, nous prenons
garde qu'ils se succedent,une
piece pouffant une autre piece,
laquelle en pouffe une troisiéme.
Or puisque cet enchaînement
d'impulsions finit en
l'aiguille qui montre les heures
,
il faut necessairement
qu'il commence par une autre
piece. En effet, si en commençant
par l'aiguille,nous montons
de la piecepoussée à celle
qui la pousse, nous arrivons
enfin au ressort que nous re-
£onnoiffonsn'ellre poussé par
aucune autre piece de l'horloge;
mais semouvoir
, ou se
détendre luymême, lors qu'il
a esté bandé, & nous jugeons
même que cela ne peut pas
estre autrement.
Cette découverte du ressort
ou piece mouvante de la Machine,
est aussi la derniere penfée
que nous avons de la Machine
du monde,& de son
mouvement. Elle est donc le
dernier & le plus important
principe de la Physique ;
car tout de même qu'il ne
suffiroit pas à celuy qui voudroit
nous expliquerleseffets
&app£rei>.ces de l'horloge,de
nous dire qu'ilsdépendent
tous de son mouvement;rn&ti,
qu'il ÇLUdroit quecommençant
par le ressort s"il;:pous
montrait comgjepr ç% rcfTpri
pouffe l'une parl'autretoutes
les pieces qui se meuvent ,
&
comment ces pieces résistent
diversementàcetteimpulsion:
de même il ne sussiepasàun
Physicien quiveut rendre rai.
son des phenomenest c'est à
dire de tout ce qu'ilvoitarri-
,ver dans Ici monde, de dire,
rien n'arrive qui ne fait causé
par unmouvement mais il
cdooritpdsecpelumsmouovnetmrerenpsacroqmue-l
tneried '•-—'•- r¡ *•: • •• Carditesmoy, Monsieur,
leschangemens qui arrivent
<ian's' lemonde ne se succexuilTwit*
pâs leëumauxautres,
& dans chaque changement
ne voyonsnous pas qu'un
corpsen pouffe unautre,&
quelle changementfinit lors
que ce dernier corps poussé
n'en pouffeplus aucun?Ilfaut
donc necessairement que cet.
te succession d'impulsions
commencepar un corps qui
se meut parluymême sans
estre poussé paraucun autre
corps, D'ailleurs, dans la fcp.
position que le monde a este
fait, & que son mouvement
a commencé,ilfaut qu'ily
ait dans le monde un corps
qui se soit meu le premier, &
par consequent, sans estre
poussé par aucun autre corps.
Ce corps qui se meut ainsi
luy même, peut-il estre autre
que celuy que nous ne pouvons
concevoic sans mouvement
? Or il n'y a dans le
mondequele Feu à qui le
mouvement soit ainsiessentiel
& necessaire. Le Feu cH: donc
luy seul le principe du mouve-
1 ment de la Machine dumonde,&
il a luy seul toute la force
mouvante, ou la force d'agir,
qu'on peut appellerle mouvementactifou
la Nature active
au lieu que tous les autres
corps ne se mouvant, c'est à
dire, ne changeant de place
que lors qu'ils font poussez
par le Feu, ils n'ont qu'un
mouvement passif, ou une
nature passive
,
& par la resistance
qu'ils font au feu qui les
pousse, ils ne-font tout au plus
que les causes occasionnelles
de ces mêmes changemens,
&., phenomenes,dontld rea
seul est la veritable cause efficiente
parsobn mouvement
actif, c'est à dire, par,son action
& impulsion. ? i
Vous voy-ez donc* Monsieur,
que cen'est pas sans
raison que j'ay établi pour
principede la Physique, que lemonde a cité fait, puisque
c'çfï je cettepremière pensée
que j'ay tirétoutes les autres;
sçavoir. 2. Quelamatièredu
monde estl'étendue determinée
àestre corps. par lescinq
formes, modes3 ou manieres
d'dire étendu. y Que d^u .1$
monde, ily anecessairement
des corps simples, par lesquels
Dieu en a commencé la construction.
4. Que ces corps
simples & les mixtes qu'ils
composent,disserent parleurs
modestan essentiels qu'acsidentels
5. Qu'ils ne peu
vent sou ffrir des changement
que dans leursmodes
accidentels & quetous ces
changemens sont des c£ëts
demouvement6. & enfin
que ce mouvement commence
necessairement par un
corps qui se mouvantluy nlê.
me, a de loy les loix de (on
mouvement, & qui ne pouvant
se mouvoir que dans
les autres corps reçoit de leur
resistance les règles de ce même
mouvement; où vous
voyez aussi que les Principes
de la Phisique Mecanique se
reduisent aux loix & au régles
du mouvement actifdu
feu ,qui est le ressort de la Machine
du monde. Je reserve
pour une troisiéme Lettre
l'exposition de ces Loix & Regles
du mouvement. Je suis
cependant,&c.
4A4MarfdlUle u, Février 170/. •* rie r 170 1-
Il me reste encore trois
Lettres du même Auteur,
dont je vous feray part dans
lesmois suivans.
Voicy un Sonnetingenieux,
qui marque les qnalitez de
chaeun des Rois qui ont porté
lenomde LOUIS en
France. Ilest deMrBaucher
deRodez,
1 LE
-
PRECIS
DE L'HISTOIRE,
ou
Le C-atalogueAuguile
des LOUIS.
SONNET.
L Ouïs Premierdulsfomfut un
Roy Débonnaire)
LoûiSSecondfutSage,Héroïque
&Clément.
Louis Trois,qtioyquejeune>ejloit
Brave & i--'udent„
LouisQuatre eut le Sortfavorable&
contraire,
Louis Cinq fut dacile, & n'eut
pointd*Adveifaire,
LouisSix pour /'Eçlise eut un
Zele- Louis Sept sur les Flots fitpâlir
le Croissant,
Louis Huit eut de Mars le parfait
caraclese.
LouisNeuffutVaillant, SObre,
-Chajie & pieux.
Louis Dix fit punir un jMintftre
odieux.
Louis Onze fut grave & rufl
Politique.
Louis Dou^e cut du Peuple & le
Coepire- laVoix.
L 0 u r s Treize siut Jpftf., Intègre &
Magnifique.
LOUIS Quatorze seul vaut tous lesautresRois.
PRIERE POUR LE ROY.
TDy, quifis en LOUISleplus
qjand des Mortels)
Seigneur, conferve-nousfonAuyifie
personne
, Et sison br," soutient l' honneur de
tes Autels)
Que le tien foit toujours ïdppay de
sa Couronne.
UneDame demeriteayant demandé
quelques Lettres ou Poësies
galantes à lire, MrAlisonluy
envoya les Ouvrages de Voiture.
La Dame trouva le tout fort
beau, & en particulier, un Rondeau,
qui commence par, Ma
foyc'estfait,&luy estant venu
en penséedobliger M* Alison
d'en faire un à l'imitation de ce.
lur-là,elle luyenvoya ces Vers
qu'elle fit sur le champ, & feignit
que c'estoit une gageure.
Ilfaut, Damon, que sans mur-
(Je mure , l'ay gagé
, comme ta fait
Vwt&re
¡:>-ous 7iia)uftiez^treize Vers au niveau
En sonnede Rondeau.
Si vùjhecoeui faravantitre,
ulfalàprofos alors & tendre & lan-
goureux * , Veutyfairebrillerfcsfeux
, Faites- le tettre) &je fuisfeure
Quejegaign•eraymagageure,
Mr Alison çnyo~pf~ïq~at~
sDitostleaRomndeauesuiv.ant à/c:e,tte..
Comme Voiturc, Iris, de mon cerveau
., Vous mordonnez^ qujejifâpn Ron- deau,.,*-jr ,. J'obéisdonc,craintedevous Jjplairc,
Etsi mon coeur ne peut toujours s'y
tairey , , Accusee,-enle Dieu porte-bandeau.
JPourfuivons donc3 &d'unpeù du,
fardeau ., Déchargeons-nous en invoquantBrodeau
,
Etfuis mettons pournous tirer d'af- faire, - ; r
Comme VOÍture.
Ce rieft pas touty àmoins d'efire un
JBoileau,
Petit-m\fur xit&faih un rien qui,
., soisbeaù>
Mais quand on aime., Iris, onfeut?
ïmtffairc. >: ,.'
ony,par les foinsdu beauFils de ':Ci'ÑJ'iri3':-,-
J'ajufie enfintreize Vers au niveau
, - Cb'rrimei^viture.
:;1
Mr de Saint Liebaux a fait
les paroles de l'Air nouveau
que je vousenvoye gravé. El-
-
les ont esté notées par Mr du
Mesnil-Marchand.
AIR NOUVEAU.
s Orte^j tristesfaupirs, coules;, tott- \$.lemolaiif.a3
Je vais perdre l'objet de mes plus
tendresvoeuxj
R:'ne ne peut égaler mescruelles
alarmes.
Jrlelas! fut-iljamais un fort plus
* rigoureux ?
J'ay remarquéque tout ce
qUI regardel'Histoire vous
plaist; c'estce qui m'engage
à vous faire part de cette
Lettre. Elle est de M[ Pihan.
tA M1 lAbbé du M. sI mon Livre touchant la
succession à la Couronne
de France,& les droits &
prerogatives des Princes du
Sang estoit devenu pubHc,
vous y trouveriez la solution
de toutes les difficultez sur
lesquelles vous me demandez
mon sentiment;mais comme
le Libraire qui a o b tenu le
Privilege de l'Imprimer ne le
fera
-
pas paroistre fi-tost ; je
répondray en peu de mots à
toutes vos questions. Je ne
citeray rien icy, quoy que je
fois feur de ne rien avancer
que devray;ces questions ;
à l'exception de la derniere,
roulant toutes sur les matieres
que j'ay traitées dans cet
Ouvra ge, qui ne contient
rien, qui ne
-
soit fondé sur de
bonnes preuves, ayant cité
à la margelês lieux d'où je
les aytirées.•
Vous me marquez que Mr
l'Abbéde Lsoutient que Clodionaesté
le premier Roy des
François, & qu'ilcitèGregoire
de Tours povr garant. J'ose
vous dire qu'il se trompe, puisque
lemême Grég. de Tours
nomme dans le mesme chapitre
quelques Rois Francois
qui ont precedé Clodion.
D'ailleurs on en trouve d'autres
dans Claudien
,
dans les
PanePanegyriques
de Valentinien,
de Constantin & de ses fils, &.
dans Ammien Marcellin. Si
l'on veut remonter plus loin,
Vopisquenousen donne d'au,
tres dans l'Histoire de l'Empereur
Probe, vers l'an >-77,
On peut même avancer que
les François ont eu des Rois
danstous les temps, puisque
Tacite nous parle de la Famille
Royale des Cattes, Peuples
qui dans la fuite ont fait partie
de laNation Françoise.
f
Pour faire voir demonstrativement
que la Race, dont
Clodion estoit idd, regnoit
depuis longtemps, on peut
avancer que la succession au
Trône,& laLoy des partages,
estoient bien reglées chez les
François longtemps avant leur
passage deça le Rhin, qui
comme tout le monde sçait,
précede le regne de Clodion,
ce qu'il est ailé de prouver. Le
partage estla plus forte preuve
de lasuccession bien établie;
or le partage entre les Fils de
Clovis n'est point le premier,
Agathias le dit en termes formels.
La Parenté proc he qui
se trouve entre Clovis & les
Princes qu'il opprima, & qui,
comme il l'avouë luy-même,
estoientde sa race, prouve un
partage antecedent. Le différend
entre les Fils deClodion
pour ce partage, en est une
troisiéme preuve, & l'on en
peut tirer une quatriéme dela
tranquillité avec laquelle se
fit celuy d'entre les quatre Fils
deClovis, bien que Thierry,
l'aisné decesPrinces,fust naturel,
si l'on en croit Gregoire
deTours,queClotairele denier
fust encore mineur, & au dessous
de l'âge de quatorze ans.
Sic'est esté un établissement
nouveau, il auroit esté suivi
d'une guerre civile, les Fils
de Clovis neftanc pas fore
moderez, & Thierry estant
grand Capitaine,& ayant les
armes à la main.
On peut encore alleguer les
partages faits entrelesRois des
Allemans, mais bien plûtost
celuy qui s'est fait dés le temps
deTacite entre les Rois des
:
Frisons, Peuples qui ont fait
partie de laNation Françoise.
D'ailleurs. la fuccefhon étoitaussi
trcs bienreglée chez
lesPeuples de delà Ole Rhin,
du temps de Tacite, & auparavant,
puisque la même Race
regnoit sur un Peuple jusqu'à
ce qu'elles'éteignist. H allegue
pour exemple ce qui s'estoit
passéchez les MAYCOmans.
&ce qui se passachez les Cherusques
au sujetd'Italus.Ce dernier
est la preuve la plus demonstrative
qu'on puisse donner,
pour démontrer lasuccession
bien ècablie)& les droits
des Princes du Sang-
Sous la premere Race la
succession estoit aussibienreglée
qu'elle l'est aujourd'huy.
LeFils fuccedoir auPete,leFrere
au Frere,&ainsi dans les degrez
plus éloignez, mais en cas
de minorité, les Rois, Oncles
duRoymineur,estoientlesAd.
miniftrateurs de son Royaume;&
s'ils ne le gouvernoient
-
pas par eux- mêmes, ils en regloientl'estat,&
ynommoient
les Regens lors que le Pere du
Prince mineur ne l'a pas fait.
Cetusage a subsisté tous les
deux premieres Races. Quelques
RoisOncles se font servis
del'autorité que cet usage
leur donnoit pour opprimer
leurs Neveux, L'exemple des
Fils de Clodomer ne le prouve
que trop.
Vous me priez de
-
vous
marquer quel est mon sentiment
sur la naissancede Meroüée.
Je le croy Fils de Clodion.
& le mesme qui suc à
Rome implorer contre son
Frere la protection de l'Empereur
Valentinien, & celuy
d'Etius, comme nous l'apprenons
du Rhetoricien Priscus.
Je le croy sur ce que dans la
fuite Meroüée demeure dans
l'aliiance des Romains,& remporte
avec eux une victoire
complete sur Attila, Roy des
Huns; qu'a près cette victoire
Etius éloigna de luy Tho.
rismond, Roy des Wisigots,
1luly con feillant de retourner
au plûtost dans ses Etats, de
peur que ses Freres ne s'en emparassent
,& que, comme remarque
Gregoire de Tours,
il se fervic de la même rufe
pour faire retirer le Roy des
François. Ce Roy estoit Meroüée,
tout lemondeen convient.
Il falloit donc qu'ileust
un Frere en estat de profiter
deson absence,& de s'emparer
de son Royaume. Onne fçaic
point qui estoit ce Prince,
mais l'on présume que c'est
celuy qui a donne l'origine aux
Rois François que Clovis opprima
,
qui, comme je viens
de dire, estoient de sa Race,
& avoient la même origine
que luy Or l'un de ces Princes
estant Roy de Cambray
, &
cette Villeayantesté conquit
se par Clodion, il est à croire,
dit M' de Valois, qu'il estoit
issu de Clodion. Les autres
Princes que Clovis opprima,
ayant excepté celuy duMans,
ont leurs Etats dans 'es Pays
voisins du Rhin, comme à
Cologne, c'est à dire, dans les
premieres conquêtes des François,
l'on doic se persuader
qu'ils venoienc duFrere aisné
de Meroüée, estant feur que
ce Frere s'estoit emparé de
tout, sans luy en vouloir
faire aucune part; de maniere
que le même Meroüée n'eue
d'abord que des Troupes, à la
teste delquelles il se fit un
Royaume aux dépens des Romains,
ne nous paroissant pas
bien qu'il air possedé un seul
pouce de terre dans les premiers
établissemens des Français
deçàleRhin.
Tout ce qui embarasse est
qu'en 449 lePrince quePriscus
vità Rome,n'avoit point enco.
re de bar be qui parustineanmoinson
trouve quen 456.cest
à dire, dix ans aprés,Childeric
sonFils estoit un homme,
fait & vigoureux, qui par une
conduite trop galante donna
tant de jalousie aux principaux
de ses Sujets, qu'ils l'obligèrent
des'enfuir. Cette difficulté
ne paroist pas fort embarassante,
quand on considere
que ce Prince estoit
blond, comme dit Priscus.
D'ailleurs, Merouée estoit né
dans la Bass»Allemagne, ou
dans les Pays- bas
, & y
avoit toujours demeuré.- Il n'y
a personne qui nesacheqùon
voit dans ces Pays des hommes
blonds de vingt. six à
vingt huit ans qui n'ont point
de barbe qui paroisse; d'ailleurs
la barbevient bienmoins
viste quand on ne se fait pas
raser. Usage qui a esté celuy
des François, & particutierement
des Rois & des Princes
de leur Sang pendant toute la
premiere race. Ainsï l'on peut
avancer sans crainte que Merouée
estoit dans sa vingt iix
ou vingt sepsie'nie année lors
qu'il alla à Rome, qu'il estoit
déjà Perede Chilperic, que ce
dernier pouvoit même avoir
alors sept à huit ans pour le
moins, & qu'ainsi dix ans a près
il estoit en eslat & en âge de
donner de la crainte aux Pe- -
res, & de la jalousie aux Maris.
Souvenez- vous, Monsieur
,
que je vous ay fait remarquer
à ce sujet que tous nos Rois
de la premiere race se marioient
fort jeunes, queC/oiri*
n'avoit pas dix-septans lors
qu'il eut Thierry son fils aîné.
& qu'on trouve des exemples
semblables dans les deux premiers
Clotaires, dans Childebert
Roy d'Austrasie, &ses fils, &
dans tous les Mérovingiens,
Successeurs deDagobertl.
Jemarefteray moins, Mon.
rieur, sur les autres questions.
Jerépété encore, que
la succession a esté bien réglée
fous la premiere &sous la
sécondé race,quelle n'a esté
troublée que par desrévoltés;
& quand la Couronne a passé
sur la tête de Pepin le Bref
ellen'est point sortie de la , race
Royale. Mrl'Abbé L. en
conviendra quelque jour; il
conviendra de même, que
Louis &Carloman freres, crus
batards-, & les Rois Eudes ôc
- Raoul n'ont point filé des
Usurpateurs. Les deux premiersestoientFilslégitimés,
& Successeurs legitimes de
Louis le Begue leur pere. Je
le prouve sur le témoignage
de Charles le Chauve leur
ayeul, de Louis leur pere, de
Louis Roy de Franconie, &
de Charles le Gras leurs oncles
paternels
,
sur le témoignage
duPape Jean VIII. & duSçavant
Hinemar de Rheims, enfin
de tous les Grands du
Royaume qui les reconnoissent
Rois sans faire la moindre
dlfficulté. LeRoy Eudes
ne fut que Roy Regent, &
Administrateur du Royaume
pendant la minorité de Charles
le simple. Ce fait se démontre
par des preuves inconteilables.
Si Eudes fut reconnu
Roy, s'il sur couronné l'on
suivit l'usàgede ce temps là,
usage qui subsistoit encore en
, 1120. puisque cette année Jean
de Brienne fut couronné Empereur
deConstanrinople, du
consentement de tous les
Grands, bien qu'il ne fure que
Regent & Administrateur de
l'Empire pendant la minorité
du jeune Baudouin. Raoul suc demêmeRoyRegent,&Ad
ministrateur du Royaume
pendant la prison de Charles
jeSimple, &la minoritéde
sonsisHtiguesCapetn'usurpa
point la Couronne
,
& ne suc
point élû. Il succeda comme
le mâle leplus proche, à l'exclusion
de Charles. fils de
Louis d'Outrcmerc, le feut
Prince qui sustalors, qui nous
soitconnu pour estreissu en
ligne directe de Charlemagne.
Ce Prince fut exclus de la
Couronne
, parce qu'il s'en
estoit declaré l'ennemi
, &
qu'il avoit pris un parti opposé
aux Rois, son frere &: ses
neveux. Ce crime qui estoie
une felonie produisant l'exclusïon,
comme nous l'apprenons
des Loix des Allemans,
qui estoient les mêmes que
celles des François; du langage
que Henry l'Oiseleur
tint aux Deputez deConrard
I. qui le designoit son Successeur
au Royaume de Germanie,
d'une conversation en.
tre Philippe Auguste & le Legat
du Pape, au sujet de Jean
Sans terre, Roy des Anglois;
enfin du témoignage de Machiavel
,
qui nous assure que
cette Loy ou cet usage subsîscoit
encore en France en1498.
Hugues ne ceda point aux
autres Grands, pours'en faire
connoistre la propriété des
Païs qu'ils avoientuurpez lors
& depuis le démembrement
de la Monarchie;aussi ne trouvons
- nous ce fait dans aucun
Auteur ancien. De plus,
les grands Fiefs furent encore
à la didposition entiere des
Rois pendant plus de deux
Siecles. Leurs Majestez en investissoient
ceux des Cohéritiers
que bon leur sembloit,
sans avoir égard à la proximité.
Quelque fois luême ils les en
privoienc tous, & investissoient
duFiefuaSujet quin'y
avoir aucun droic legitime.
Nous en avons des exemples
pour le Duché de Normandie,
les Comtez Pairies de Flandres,
de Champagne & de
Toulouse, les Comtezd'Anjou,
de Touraine, &c. Les
Grands m estoient si convaincus
qu'ils regloient leur
Succession par leurs Testamens,
& faisoient approuver
cesTestamens à leurs Majes
tez,afin qu'ils fussent valables.
Cet.usage subsistoit encore
dans le quatorzième Siécle.
Si Hugues Capet&sesSUCcesseursRois
jusqu'à Philippe
Auguste associerentleurs fils
à la Royauté, s'ils les firent
couronner & reconnoistre
Rois, ce ne fut point pour
asseurer dans leur Famille la
Succe ssion à la Couronne. Elle
dtoic fixe sans cela
, comme
nous l'apprenons de plusieurs
Lerrres des Papes, mais beaucoup
mieux de celles d'ives,
Evelque de Chartres, & du
resultat de quelques alTerrK
blées des Etats Généraux du
Royaume. ' ;,
Vous me demandez, Monsieur,
quel rang ont tenu les
Princes du Sang. Je vous répons,
le premier après les
Rois. Nous en avons des preuves
fous la premiere Race;
beaucoup plus fous la seconde,
&uneinfinité fous latroisiéme.
ils onc précédé tous
les Grands qui se trouvoient
dans leRoyaume,de quelque
ordre qu'ils fussent,excepté les
Rois. Ilestvray que quelques
branches de Princes, n'ayant
pas de bien pour se soutenir
à la Cour
,
se sont renfermées
dans les Provinces,&y ontvécu
d'une maniere si obscure,
qu'on a ignoré qui elles étoient,
& quelques unes l'ont
ignoré elles mêmes. Danscet
abaissement,elles ont esté con.
fonduës avec la Noblesse. Ce
malheur est arrivé aux bran.
ches cadettes des Maisons de
Dreux&de Courtenay, &aux
branches de Montagu & de
Sombernon
,
cadettes de la
premiere Maison des Ducs de
Bourgogne. Si le titre de Prince
avoit esté à la mode en ces
temps, là
, ce desordre ne feroic
pas arrivé. Alors tres peu
de gens le prenoient, au.
jourd'huy trop l'usurpent.
Les Princes du Sang ont
joüitranquillement du privi.
legedela preséance jusqu'en
1538 que le DucdeGuise,cadet
de la Maisonde Lorraine,
voulur preceder le Duc de
Montpensier,Prince du Sang de
la branche de Bourbon, Il forma
cette prétention
,
sur cc
qu'ilestoit plus ancien Pair,
son Comté de Guise ayant esté
érigé eil Pairie dés ]ji8. Ce
Duc qui se servoit du privilège
de l'antiquitéde sa Pairie pour
preceder les Princes du Sang,
& de celuy de sa naissance,
pour avoir le pas sur les Seigneurs
gneurs, sans vouloir que les
Princes du Sang se servissent
de la même prerogarive àson
égard,fut hautement soutenu
par le Roy François premier,
qui n'aimoit pas les Bourbons
à cause de la revolte du Connestble.
Le Duc de Guise alleguoit
pour soutenir le privilege de la
Pairie, que Philippele Hardi,
Duc de Bourgogne,avoit precedé
ses freresaisnez au Sacre
de Charles V. leur Neveu r
comme estant plus ancien
Pair qu'eux. Cet exemple unique
dans nostre Histoire efi:
détruit par cinquante autres,
qui tous ont precedé les prétentions
du Duc de Guise.
D'ailleurs, leProcezestoit alors
entre Princes du Sang,
Pairs entre eux par raport à la
naissance, & qui ne differoient
que par le droit d'aînesse, Le
Duc de Guise ne pouvoit jamais
estre Pair au Duc de
Montpenser, car bien qu'il
fustd'une Maisonoùladignité
Ducale estoithereditaire
depuis l'an 1209. sa naissance
estoit infiniment au dessous
de celle du Duc de Montpen.
fier , dont les ancestres regnoient
sur la premiere Monarchie
du Monde depuis un
tres grand nombre de Siecles.
D'ailleurs quand on n'auroit
eu égard qu'à la Pairie, le Duc
de Guise devoit ceder, puifqu'il
neftoic Pair que depuis
dix ans, Be. que le Duc de
Montpensier l'estoit, non par
sa Terre, mais par sa naissance
& par ses ancestres
,
estant
faux que les Princes du Sang
ne soientPairs nez que depuis
l'Edit cic 1/75. puisque dés l'an
1482. le Roy Louis XI. avoit
declaré dans le traité d'Arras,
ou franchises Article 89. que
-
les Princes du Sang estoient
subrogez au lieu de Pairs. Il
les nomme & fait signeravant
les Pairs Seculiers & Ecclesiastiques.
Il suivoit en cela un
usage, dont on peut donner
quantité de preuves sous chaque
regne depuis Henry I ôc
même plus loin.
Ce différent pour la preféan-
-
ce futterminéen1575.au profitdes
Princes, dansl'Assemblée
Bdes Eltaots Giésnér.aux tenus à
Vous me demandez mon
sentiment sur la Maison
Royale de France. Le voicy.
Elle estla plus Noble qui ait
jamaisregné sur la Terre, &
la seule qu'on ne decouvre que
sur le Trone. Elle a produit
un plus grand nombre de
Rois & d'Empereurs, qu'aucune
qui ait esté jusqu'à nous.
Son origine m'efl;inconnue*,
estant sur leTrone longtemps
avant que les François se
soient establis dansles Gaules,
ce qui arriva vers 418. ou 10.
& la succession au Trone étant
déjà bien establie, & les
peuples logez delà leRhin ne
rceonnoissant pour Rois que
ceux de lamêmeFamille- On
peut bien avancer,quec'est
une de ces Races Royales
primitives, une de ces Races
benîtes par Dieu, une de ces
Races choisies , pour me servirdes
termes du Pape Jean
VIII- une de ces Races choifies
, dis-je, par le Roy des
Rois, pour commander aux
Peuples & pourregner sur les
Nations
L'on estoit si persuadé,
que cetteAugusteRaceestoit
la plus Noble du Monde, que
le Titre de Nobilissime,detrès
Noble, ou de la plusNoble luy
estoit consacré, comme l'ont
remarqué lesSçavans Mabillon&
duCange. L'on croyoit
qu'il estoit plus avantageux à
un Prince de cetteillustreRace
de perdre le jour, que de
la deshonorer; c'est ce que
dit ClovisI.àRenier,Royde
Cambray. On a cru de même
que les Rois de cette Race îllustreestoient
moins honorez
par leur Couronne, que par
leur SangC'est ce quedisent
le PapeJeanVIII. à Charles
le Gras Roy & Empereur, &
le Pape Gregoire VII. à Philippe
I.
Ce ne font point trois Races
différentes qui ont regné sur
les François, c'estune même
- Race divisée en crois branches
principales. S. Arnoul, reconnu
pour Tige des Carliens &
des Capets ,estoit Prince du
Sang, & de la mesme Race
que les Mérovingiens. Quatre
Auteurs anciens le disent
entermes formels. Le langage
de ceux qui ont écrit sa vie,
comparéà-celuy de Manulphe,
Evesque de Toulouse
,
& à
celuy desActes deS.Cloud &
de S. Guillaume du defert,
l'insinüent, ou plûtost l'affarent.
Cette opinion a este celle
de toute la Terre jusquau sixiéme
Siecle. On en a établi
une nouvelle, mais fausse
dans le Siecle qui vient de
finir. Le - couronnement de
Pepin pour Roy de France, du
consentement unanime des
Grands,est une preuve incÓn.
testable qu'il estoit du Sang
Royal, & qu'il avoitla même
origine que les Mérovingiens
sesPredecesseurs
,
puisqueles
François
-
ne reconnoissent
Rois que des Princes du Sang.
Pepin cHoit issu de S. Arnoul
de mâle en mâle.
Onne sçait pas bien encore,
si les Princes du-Sang qui
paroissent fous la seçon Race,
estoient issus de Saint
Arnoul ou de quelqueautre
Branche. Ona découvert de-
A puis peu;que les Comtes de
Chaumontois en Lorraine étoient
issus de S. Arnoul, &
par con sequens Princes du
Sang & de la Race des Rois.
Leur posterité Masculinefinit
àFrédéricII.Duc de laLorraineMozelane
mort en 1°3.1. Il
ne laissa que des Filles, dont
Sophiequiestoît l'aisnée eut -
en partage leBarrois, le Voi-
-
vré,&laVille d'Amanze, On
ades raisons tres fortes de
croire, que Wifroi, Comte de
Bourges
,
qui constamment
estoit Prince du Sang, venoit
de mâle en mâle de S. Arnoul.
L'on conjecture, sur laconformité.
des noms qui roulent
dans la Famille des Anciens
Comtes Seigneurs de Turenne
,
dont la Branche aisnée
finit à Sulpice ,qui porta
Turenne dans la Maison de
Comborn
,
& qui paroissent
de même Tige que Wifroi,
que ce Comte venoit d'un des
Fils de Pepin le Gros, PetitfilsdeS.
Arnoul. Sicelaestoit
- vray, l'on aurait encore une
- preuve incontestable que S.
Arnoul seroit issu des Rois
des François, puisque lesAuteurs
des A£tes de S. Genoulf
& de S. Jacques l'Hermite,
qui sont Anciens, disent que
:-
Wifroi estoitissu desRoisdes
François & duSangRoyal,&
ils assurent le même de Robert
le Fort son Gendre, qui constamment
venoit en ligne directe
de S. Arnoul. La portenté
Masculine de cesComtes,
Seigneurs de Turenne,s'est
contiuuée parlaBranche puifnée
qui a pris le nom de Souit*
lac, lorsque les surnoms sont
devenus hereditaires.
L'on découvre encore assez
bien, que les Anciens Ducs de
Septimanie, issus du Comte
Thierri Pere de S. Guillaume
du Desert,venoient de S. Arnoul.
Jecroisqu'il eH demême
des Rois de Bourgogne
issus deRaoulFils de Conrard;
Comte de Paris J'ay prouvé
qu'ilsestoient Princes du Sang
deFranceJ'ay prouvé le même
pour Berenger Roy d'Italie,
& jecrois sur des raisons assez
fortes, que Gui, l'autre Roy
d'Italie,estoit aussi Prince du
Sang.
;
Les deux plus illustres Branches
qui soient sortiesdeSaint
Arnoul, font celles des Carliens
& desCapets. La premiere
est éteinte depuis plusieurs
siecles
; la seconde sub.-
,
siste & regne sur la meilleure
-
partie du monde. Ellevientde
Childebrand, Frere de Charles
Martel, ôc arrière Petit-fils
deSaintArnoul.Childebrand
fut Pere de Nebelong, & celuy
cy de Theodebert
,
dont
le Fils Robert I. fut surnommé
le Fort & le Machabée. Il
laissa deux Fils,les Rois Eudes
& Robert. Le premierne laissa
pas de posterité; le second fut
Pere de Eudes le Blanc & le
Grand, dont le Fils aîné Hugues
Capet ,
surnommé le
Grand, succeda à Louis V.
dernier Roy des François issu
de Charlemagne.
Je ne fais point troisRoberts
, comme du Boucher,
puis que les deux premiers
ne font qu'un seul & mesme
homme; sçavoir Robert le
Fort, qui a. esté marié deux
fois; la premiereavec Agane,
filledeWiffroi,Comte deBourges
}
la seconde avec Adelaïs,
tYcuve de Conrard
s
Comte de
Paris. Je fuis en cela le sîsteme
du Pere Jourdan. Il ne l'avoit
appuyé que sur desconjecturestrès
fortes, maisje. l ay mis
dans un nouveau jour, & je
l'ay fortifie par des preuves de
fait. DuBouchet veut que Robert
le Fort n'aie eu pour Femmequ'Adélais,&
qu'enmoins
de quatre ans demariage ilen
ait eucinq En sans. Ce pendant
Robert le Fort eut une Fille,
mariée à Emenon Comte
d'Angoulesme-Cette Princesse
se trouva Veuve, & Mere de
deux Enfans
,
deux années
aprés le mariage de son Pere
Robert avec Adelaïs, preuve
confiance qu'elle n'estoit donc
point issue de ce mariage,
mais d'un autre qui estoit an-,
terieur. Cet autre mariage
avoir estéavecAgane,Fille de
kWifroy
,
Comte de Bourges.
La preuve est que les biens de
cettePrincesse partent auxdeux
autresFilles deRobert,sans que
l~ ses Fils en ayent eu rien,preuve
que ces filles estoient issuës
du mariage d'Agane avec le
mesme Robert; car pour les
Fils de ce Prince, il est feut
qu'ils font de son mariage avec
Adelaïs. La descente de nos
Rois depuis Robert le Fort,
en incontestée & incontestabie.
La troisiéme Race a pro.
duit une infinité de Rois, &
quelques EmpereursdeConstantinople;
on a vu cinq de
ces Princes estre en mesme
temps sur le Trône; sçavoir
un en France, un à Naples,un
en Navarre, un en Portugal,
un en Pologue & en Hongrie.
Presentement il y a trois Rois
issus de Hugues Capet,sçavoir
Louis le Grand en France,
Philippe V. son Petitfils en
Espagne,&PierreII. en Portugal.
La Monarchie Françoisen'a
pas esté siétenduë fous latroisiéme
Race, que fous la seconde.
Pendant prés,de cent ans,
elle a compris la France ôc
l'Allemagne entiere
, cette
partie de la Pologne qui eil
de-çale Vistule; cette partie
de la haute Hongrie qui est
deça laTeisse
, toute la basse
Hongrie, toute l'Italie, exceptéun
petitcoin du Royaume
de Naples; enfin la partie de
l'Espagne qui estdeça l'Ebre,
Elle comprenoit aussi tous les
Etats situez aux environs de
la France, comme laHollande,
les Pays bas, toute cette
partie de l'Allemagne q-ïi est
deça le Rhin, les Suisses 6c
leurs Alli z,& laSavoye. Dans
toute cette vasteétendue de
pays, les Rois des François
estoient les seuls Souverains.
Tout leur estoit fournis pour
le temporel, de quelque caractere
qu'il sust revestu
,
& ils
ne reconnoissoient au temporel
que Dieu seul.
La Monarchie Françoise n'a
point esté plus étendue depuis
888.qu'elle l'est aujourd'huy
fous le regne glorieux de Louis
le Grand,qui regne, gouverr
ne, protege & défend la meilleure
partie du monde, & un
pays incomparablement plus
étendu
, que ne l'a esté la
Monarchie des François fous
le Roy Charlemagne.
[ La Divine Providence refervoit
à la gloire & au bonheur
de Louis le Grand,l'avantage
de voir son Petit fils devenir
Roy de toute la Monarchie
j Espagnole. & de le devenir
par le droit du Sang & par
le droit successif, droit que
le feu Roy d'Espagne Charles
H. avoit reconnu dans son
teftamenc.
Ajoûtons à lagloire de laFrance,
qu'il n'ya pas dans l'Europe
un Roy ou Prince regnant
qui ne soit issu de mâle en
mâle de Sujets desMonarques
François; qu'elle a donné à
l'Afie
un tres grand nombre
de Rois, qu'elleyafondéplusieurs
Royaumes, qu'elle a
maintenus assezlongtemps par
la valeur des François, les Ensans.
En effet, il n'y avoit presque
que des François dans la
Palestine, dans l'Armenie, en
Egypte, àConstantinople,&
aineurs;6c ce fut ce qui donna
lieu à Baudoüin I. second Roy
de Jerusalem, de se dire Roy
des François
Je trouve un plaisir si sensible
à parler des grandeurs
du Roy
,
dela très-Auguste
Maison de France, & de la
Monarchie Françoise
, que je
ne m'apperçois pas que ma
Lettre est déja trop longue,&
que néanmoins j'ay encore a
répondre à vôtre derniere question,
qui est de sçavoir quand
on a commencé de demander
aux Rois de France des garants
pour l'execution des
TrairezdePaix qu'ilsfaisoient,
ou avec leurs Vassaux, ou
avec les autres Souverains?
-
Cette questionm'est un peu
nouvelle, neanmoins je croy
qu'on doit fixer le commenment
de cet abus fous lesannées
17. & 18. ce quimedétermine
à le croire.c'est que le
Roy.Philippe f-e Long, pour
lors Regent du Royaume, fit
cette année un Traité avec le
Comte deFlandre, dans le-
-
quel ce" Comte stipule
, que
1rs Princesdu Sang & lignage
du Roy,&les Pairs de France
promettroient d'estre les gasans
ile l'observation duTraité
J
& de donnerà SaMajesté
n7,
ny aide, ny secours en cas qu'-
elle y fit infraction. Philippe
y consentit, mais les Princes
& les Pairs le refusérent absolument,
parce que, comme dit
Charles Comte de Valois,
dans les lettres qu'il expedia
pour cette garantie, Ces choses
estoient étranges & non accoutumées
de }{ais, ne du Lignage, ne
des Pairsde France. L'on trouve
le même langage dans les Lettres
de Louis. Comte de Clermont,
depuis premier Duc de
Bourbon. Les Pairs déclarerentaussi
queceschoses estoient
étrangeres& non accoutumées,
Jeconclus quecet usage commença
pour lors,&je leconclussurces
termes, & sur la
résistance des Princes & des
Pairs à donner ces feurerez.
LeTraité fut fait en 137. Le
Roy commanda plusieurs fois
aux Princes d'accorder ces
Lettres, sans qu'ils le voulussent
faire. Il les assembla pour
la derniere fois au Louvre le
7. Janvier 1518. Néanmoins
quelques instances qu'il leur
pust faire alors,ils ne dé fererent
point à ses ordres, pour
ne pas introduire une nouveauté
si dangereuse. Le
Comte de Valois n'accorda
les fiennes que le 27. Juin fuiT'
vant,&le Comte de Clermont,
depuis Duc de Bourbon,les.
du mois d'Aoust de la même
année. J'ay trouvé ces Lettres
dans un Manuscrit qui contient
diversActes anciens pour
les Pairs & Pairies, & qui m'a
esté communiqué par MrSimon
, Bibliothécaire de Mr
l'Abbé Bignon, & Secretaire
de l'Academie royale des
Sciences. Ce Manuscrit sa
de la belle Bibliothèque de
cet illustre Abbé, le Mecenas
des SçavansPour
revenir aux Garanties
de Paix, l'onentrôuve quelques
exemples dés Philippe
Auguste, mais elles ne font
pas de la même nature; les
Barons promettent seulement
qu'ilsobserverontlapaix,c'est
à dire qu'ils n'y feront pas d'in.
fraction.Cespromettes étoient
alors necessaires; les Grands
faisantla guerre, quand & à
qui bon leur sembloit, excepté
à leur Souverain, contre
lequel neanmoins ils n'éroient
que trop souvent rebelles.
Je crois, Monsieur
,
avoir
satisfait à tout ce que vous
souhaitez de moy, mais comme
je sçay que vous estes sensible
à tout ce qui regarde
l'AugusteMaison de France,
je vous apprendray que l'on
m'a dit que bien des gens travaillent
àéclaircir les difficultez
qui paroissent dans quelques
degrez de Génération,
qui ne font pasaussibien prouvez
qu'on le souhaiteroit. Mr
l'Abbé le Gendre, Chanoine
de Nostre Dame
, connu par
quelques Ouvrages assezesti
mez, en est un. Mrde L. y travaille
aussi
;
il y en a encore
d'autres, dont je ne sçay pas
les noms. J'espere que tous
ensemble nous aurons le bonheur
de réussir,&de prouver
incontestablement une verité
constante,qui en que le même
Sang a toujours régné sur les
François, tant avant que depuis
l'établissement de leur
Monarchie deça le Rhin. Je
fui$)Nlonfieurà &c.
Je croy , que je vous feray
plaisir de vous apprendre les
nouvelles modes que les femmes
de qualité ont introduites
à Madrid, &la manieregalante
donc elles s'habillent à
present.Jevous ay déja parlé
de ce Cordon bleu qu'elles
prirent toutes si galamment
à la magnifiquecérémonie de
l'entrée publique que fit à Madrid
le Roy d'Espagne. Elles
l'ont conservé; & de leur propre
autorité elles se sontfaites
Chevalieres del'Ordredu
SaintEsprit, pour portertoûjours
sur elles, cettemarque
si brillante qui distingue surses
habits Philippe Cinquième,
de tous ses Predecesseurs. Elles
portent donc le cordon bleu ;
il n'est pas de la moitiéaussi
large que celuy des Chevaliers
de l'Ordre. Il (Ll: bordé de
diamans ou de perles, avec un'
Saint Esprit garni de riches
diamans. Ellesnevontenvisite,
& ne sortent plus de
leurs maisons sans cet ornement
Ce SaintEsprit, dans le
temps qu'elles font chez elles,
ne rient au cordon bleu que
par un crochet, & elles le
mettentà leur costé gauche ,
vis-à-vis du coeur. Laplûpart
ont un Saint Esprit plus petit,
mais toujours garni de diamans
qu'elles mettent vis àvis
du coeur, avec un petit
ruban bleu
,
& elles l'appellent
Picamicor.
Elles ont avec cela une Dragonne
bien brodée sur l'épaule
droite, & elles l'appellent
laRage.Au bras gauche au deffus
du coude
,
elles nouent un
Ruban dela couleur que chacune
choisitpourlasienne,
& elles appellent ce noeud la
Fureur.
Dans l'end roit des cheveux,
que nos Dames appellent
le tignon, elles mettent -
une touse de nompareille de
la couleur qu'il leur plaist,&
elles appellent ce petit ornementEfcarapela.
Ce qu'il y a encore deplus
singulier, pour témoigner le
cas qu'e lles font des Fleurs de
Lys, elles ont inventé une
maniere de coulant qui est
un ornement bien riche. Au
milieu de leur collier de perles
, à la mêmeplace où les
Dames de France mettent
leur coulant, les Dames Espagnoles
mettent une petite
Couronne de diamans
,
d'où
pend un petit cordon où sont
enfilées trois Fleurs de Lisde
diamans de la distance de
deux travers de doigt de l'une
à l'autre,&cecordonnetest
terminé par une belle croix
de diamans qui brille surleur
poitrine. Elles appellent ce
nouvel ornement un Miramelindo.
Au lieu de la barriere que
portoient il y a quelques années
nos Dames de France,
les Espagnoles mettent un
noeud de rubans qu'elles ap- , pellent l'Inflamacion.
Un bel esprit Espagnol a
fait quelques couplets de
chanson en sa Langue sur toutes
ces nouvelles modes. Tant
de Gens apprennent l'Espagnol
à l'heure qu'il est, & tant
d'honnestes Gens commen-
V
çent à le parler icy, quej'ay
cru devoir vous faire part de
cetteChanson.
CHANSON ESPAGNOLE.
Paraque las vo^es digan
Lo que el adorno diHo,
Y lo que pronuncia el trage,
Vaya njiftiendo la vo^ , Traygo conmigo
Rabiasuror,
Efcarapelà, InflAmacion
Mirame lindot
Y [ncami el cor.
Ces mots Rabi*, furor &
les autres, servent de refrain,
ce que les Espagnols appellent
Estribillo, &onles répété
àla finde chaque couplet,
pour faire entendre. Je porte
avec moy les ornemens appellez
la Rage
)
la Fureur, &c.
COPLAS.
La Rabia de la Dragon* -
tAl hombro derecho dio
\Jn laço que con dos borlas
No es cinta, fino pwon,
Y esso es en fuma
R~t~~f~ e~c.
El Furor alcodoizquierda
Jdorna en opoficion,
Y dedardecodo uene
Votasumangaelamor) y esso esen fuma
RabiatFuror, (jfyc. LaE haEfcarapela de cinta
Encaramando un monton
En el cogate es lecbuga
En metafora de Florj
Y esso es en fuma
FLabiai furor, &c.
El mirame Tinao pende
De la gargamajy en pos
ElPicamicores bueno
Para el mal de coraçony-
Y essoesenfuma
Rabia,furor,
Ejcarapei4
,
Inflamacion9
Mtramelindo,
YPicami el cor.
Je n'aurois pas attendu jusqu'à
aujourd'huy à vous faire
parc du Sonnet quia remporté
cette année le Prix de Mrs
les Lanternistes de Toulouse,
si je l'avois receu dans le temps
qu'on a pris soin de me l'envoyer.
Voicy ce que ces Mrs
ont fait publier touchant ce
Sonner.
LeR. P. Courtier, Prfftre de
14 Doflrine Chrtfliennc, Professeur
de Rhétorique dans le Collège
de LefquilledeToitloufet ejlldateur
du Sonnerauquel ona adjuge
le Prix.CetOuvrage donne bien * dansle fuiet quiavou e(léproposê,
L'Eloge du Royy efl tracé finement.
Le grand nombre des Vi-
Boires que ce Héros 4 remportées,
gr lefameuxévénement qui réunit
pour toujours lescoeurs de deux
iferes Nations, feront des monu
mens éternels desa valeur f7 de
sa prudence.
Il nousa e/lé envoyé plufirurs
Sonnets, où la rim- Prix cil employée
avee une s , au heu d'une x
ifnale. Il afallu excusercechangement
t parce que cette faute ne
ivient que du Mercure qu'on imprime
a f%onloi4fe.
AU ROY. aVe de Sceptres brillans
, que d'étonnans
[pectacles
Ebloiïijjent lefyeux de l'univers
surpris I
D'un tranjfrortdeplaisir, Peuples,
foyez épris:
En faveur de Louis, Dieu remplit
ses Oracles.
La Terre a vit, GrandRoy, parmi
tous tes miracles,
Sesplusfameux Guerriers déconcertez^
ou pris,
Cent Stagesachever au.(!i-tojtJ.u'.:.
entrepris 5
Fierstravaux, où tonbrasfarfa-tew
les '«,ftacle¡"
Ta gloire étale encor un triomphe
nouveau.
Du climat ou lejourallumefon flambeau,
Jufqtïaux lieux ou Itou voit[esclartéz
terminées.
Tu couronnes ainsi tes grandes ac-
, tions;
rAinfidévelopant tes hautes desti- nées. Le Ciel met à tes pieds toutes les
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Daigne frefier l'oreille J nofire hum*
blePriere>
2fou$?invoquons,Seigneur3pourun
Roy glorieux:
rAugré de. nos desirs prolonge sa carriere3
Et tel qu'il efi icy 3fais le grand dans
les Cieux.
J'ajoute quatre Sonnets, du
nombre de ceux qu'on a jugez
les plus dignes de paroistre avec
le Sonnet victorieux, & j'en garde
quelques autres pour le mois
peochain.
- I
- - aVels porppeux appareils, quels
étonnans fpe&acles i
JLÎEjfetfgne parson choix rendl'Vnivers
surpris,
Desonjeunç flefos ce^tPeuplesfont
érpris;
Apeinesur ces faits eufi on (tlt les
Oracles.
Pour Le faug de Bourbon Dieu seul
fait ces miracles,
Ces coups heureux du Cielfontl'équitable
prix
De cent travaux diverspourJI gloire
entreprIs)
Philippe efl couronné malgré tous les
obstacles.
JBellonnesans pouvoir dans ce jieele
nouveau,
De rage fous ses pieds bri(è) éteint sonflambeau5
Les querelles des Roisfont enfin terminées.
Et l'Envie attachée aux grandes
aftions,
Pourchanger de Louis les hautes
dessinées,
Tache en vain de liguer de
-
lf'Ycs
NJtions.
PRIERE POUR LE ROY.
0 Sàgneur!frotcgezj&l*Ejfcagne &
La France3
Que leur> Peuplesguerriers soient à
jamais unis :
Daignez^voussouvenir que Louis&
fin Fils
Ne regnent dans ces lieux que par
vofire puissance.
a II. Ve Louis à nos yeux étale de
fpe&acles!
De ses faits éclatansVynivers ee
surpris
,
Dans les nobles transports dont fort
coeur efi épris
Son bnis fait tout trembler, sa voix
rend des oracles,
Quel rcgne futjamaisiffertile en
miracles!
Quel Meros de ses foins eut un plus digneprix? Ce que ses fiers Aycux en vain ont
entrepris
,
Ce Monarque lefait à travers miL
le obstacles.
Sensible aux doux attr?ÚtJ d'un trionu
phe il nouveau, efid'un Frince heureuxleguide &
le flambeau
Parqui /'EJfiagnevoit sesfrayeun
1 terminées.
Philippe lit) promet de grandes actions:
Jlmarche surlespas &fuit les dessinées
D'un Roy qui réglé seul toutes les
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur, dugrand Louissoutenezla
puissance
3 Desesprojperitezjternifezjecours.
Beniffizfes projets3 confervez^ ses
beaux jours,
EtpourlEfyagne &pourla Frana
ce. III. Ve leSang de Bourbon cause. de
beaux fpeétacles !
Louis de tes hautsfaits L'univers est
surpris:
De ta gloire ébloui
,
de tes venus
1 épris
Charles en tafaveur rend ses derniers
orac les.
Philippe sur tes pas nous promet des
miracles!
T)-estaelc?s:sqtu'illtee dpoit sraiCxour:onne Tout ce n:ic contre luy vingtRois ont
.L e0ntrepris
> N'oppofc ases projets que aimpuifsans
obfiacles.
Bellone vainement s'efforce de nouveau
, Dans nos Etats unis d'allumer fin
flambeau,
Nom verronspar tesfoinsses fureurs
p terminées.
Ta
Ta rare pieté, tesfages allions
,
Sont le riche tijju des belles defti-
1 nécsy
L'exemple des Heros, l'amour des
Nations.
PRIERE POUR LE ROY.
Arbitresouverain du cours de nos années,
prolonge les jours de Louis,
Afin que de ses Petis-Fils
Ce fferos puijje voir les tefies couronnées.
IV.
B Ellonevoitifnirfesfunefiesspectac
les,
D'un changement si promptïvniversee
surpris
.>
Philippe a des vertus dont l'Ibere
e.st
-
épris,
Themis en leur faveur prononce ses
oracles.
Ce rare événement enfante des miracles,
Dont la Posteritêveconnoiftra le
prix,
Etde vaslesprojets vainement entrepris
Ny pourront opposer que de foibes
obflacles.
filbheureivx commencement de cc fîccle
, nouveau,
Des mains de Tifphone arrachant le
lfambeau,
Ses trafiques fureursse trouvent terminées,
Vn Heros tont brillant de belles ac- tions, D'un digne Petit-Fils regle les debinées,
En causant le bonheur de mille Nat
ions.
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneurfoyez,.-nousfavorable,
En faveur de Louis écoutcz nofirz
voixy
Etqu'ilpuijfelongtemps en Monarque
équitable
Faire, &protegerd'autres Rois.
La Piece qui suit est de Mr
Cheron Il l'envoya à Mademoifelle
Lheritier dans un Portelettre
, le jour de sa Feste.
L'A MI TI E
PLUS FORTE
QUE L'AMOUR.
EStant en peine l'dutre jour,
De qui la chai/ne efi la plus
forte3
De Amiticsîncere
, on du parfait
Amour
£Amitié qu3i prétend que fin z,.ele
Remporte,
laloufè, attend l'Amour de piedferme
à ma porte
> Et quand il vint me visîter>
'Le poussa
}
le brusqua
,
luyfîtune
querelle
3 Z^esaisit au colet,. & voulut l'arrefier.
Grandbruit. ilsedéfend,ilprend
la Demoiselle
Parsajupe3parson grandnez
Carquois en cent morceaux,broderie
& dentelle;
Cris aigtis, toups surcoups donnez.
Le voilale plusfort, l'infantaprès
cteftelle,
S'il faut quitter le nez., illa prend
aux cheveux:
(VAmourdesiresans barbe alors se
crut heureux)
Mais aufort du combat la Belle,
( Car à songrand nezj)rés,marque
desa bonté,
Toutlemonde la trouve telle)
Sentant ce petit Dieu luy mord'e la
mammelle)
Avec certains ciseaux pendu* à fin
coftè
3 Par derriere luy coupe une aile.
Dieux ! quel coup! Se voyant par
tout ensanglanté il tremble) il quitteprise
3
ilse trouble
jil chancelle,
Il tombe ( ofoible Amour!trop levers
cervelle,
Par Amitié, fagefemelle
Ç'eftainjtque tu fusdompté.)
Aussi-tofi la viclorieufe
,
Deson courage glorieuse
,
jXfe yegaide d'unair hautain
Me montre son rare butin. *
Tien, dit - elle, accourant, toy qui
pourTelejïlle,
Dont l'éloquentsçavoir dans tous les
êcYcles brille,
Fais éclater tant d'dmitié,
Serf-toy de ce present pour luyfaire
connoiflre,
Que l' Amuur ( qu'elle cioit ton Met- tre)
liftpuisfoible de la moitié,
QiSun penchant que l'estime en ton
coeurafait naître.
A MADEMOISELLE
L HERITIER.
Envoy de l'Aîlede l'Amour. sErvcz.-vottd' decetteAile enguisi
&éventail,
Ses charmantes couleurs brillentplus
que l'émail,
AweezOpeur Bouauet ce -ùetn Porte~-
—" x x -•--- lettre,
Il est tissu des cheveux que t'Amour
Et PAmitié, qu'avant je devois
mettre,
Sefont arrachez tour à tour.
Les dorez/Õnt du Dieu qui cause la
tcndreffe,
Les bruns de /Amitiè,voyez^que de si treJJe
MalgreJàn peu d'éclat l'ouvrage cft
enrichi.
Tous les blancsfont des mïcns qu'unt
sombre trifieffe
De me voirsansappuysur les bords
du Permesse,
Depuis quelquesjours a hlanchi.
Mrl'Abbé Arnaud de Laborie,
qui honoroit particuliérement
Mademoiselle de Scuderi, a fait
ce Madrigal sur sa mort.
eAPrés un grand nombre de lusises,
£a dosse Scuderi vient de finir fis
jour,j -
Ses vertus l'ont placée au rang des
plîis illuflres.
Les Graces avec les Amours
Se mesloient dans tous (es discours :
Aux plus cuifansregrets le Parnasse
se livre
5 Mais pourquoy murmurer contre lô
fortjaloux ?
Vous n'avez tien perdu
,
Mufls
-' consolez,-vous
Zbentierlaferarevivre.
Le Discours qui fut prononcé
le jour de S. Louis à Saint
Cyr
, en presence deMadame
de Maintenon,& de quantité
de personnes de la Cour, par
Mr l'Abbé du Gayer, Grand
Vicaire de Saint Paul,aeutant
de succés que j'aycrû que vous
me sçauriez bon gré du foin
que je prens de vous en four-
- nir quelquestraits qui ont pa-
- ru nouveaux, & qui répond
dent àlaréputation que plusieurs
Pieces pleines dc!o<
quence, de delicatesse,& d'édification
ont faiteà cet Abbé.
Ce que j'en rapporte icy re-i
garde uniquement l'établissement
de la Maison Royale des
Demoiselles de Saint Cyr.
Encoreunefoisfdit il^dorcsytoec
moy les jugemens impénétrables de
la Sagejje éternelle à la vue des
disgrâces dont Saint Lom fnt
frappé, & apprene^ a ne pas juger
de la bontéd'unecause par le
succés,Cen'est que sôUs ce regne,
que l[es b, ons évémmens ont touA .
jours llélesfruits & la recom*
pense de la justice & de J'équité,
,,,Ib, s'il m'efloitpermis d'approfondir
les dépeins de Dieu, c7 de
découvrir la source intarijjable de
tant de glorieuses prorperile'{)&
dc th decet enchA1kf',l¡t¡iïIï1t4n",î. u-1t.. psr.-od,.i.ges,
qui étonne toutl'Univers
>
ne pourvois
jspas vous dire de la grandeur
de nojtreauguste Monarque, ce 'J. (-" 1.
J que Dieu trtême disoit autrefois à
Davidy en luy découvrant lefondément
de celle de Salomon
,
ipse
aedihcabit domum nominil
rmneeoo,,&&ffitaabbtilliiaamn1tthhrroonnuunm1 rree-.Bti
gni ejus usque in fempicernUnl.
* Ne pourrois
-
je pas me*'
flater comme l-Apafire) dans une4
autre occasion, d'avoirlefprit de*
DieuJorfque j'avance que Dieu 1
ne l'a rendu grand. puijjant,heureux
,
les delices de son Peuple
larbitre , de l Europe,£7* comme
le Monarque uts ûulïïS Sowve.
tains que parce quill'avoitdejli.
1 b né à uy au*, r)comme Saio1 tràlift,line
Adaifon Sainte quiJeroitiornement
dt lEghfeyip,e æJificabic
domum nomini meo &fiabi-
* Lib. 1, Reg. c. 7. 12,
iam thronum regni eius uiluein
fempicernum. Lesaurcs
Rois,comme David3avoient
tmaffè de grandes riibejjes pour
contribuer a la conflruflion de la
Maison du Seigneur,mais il eftoic
fefervé au ftul Salomon de léditer
& dy mettre la derniere per.
trflion* On voyoit en France des
hablijjemens qui par leur variété
Forment un fpeéîacle édifiant, (7
qui feront à jamais les monumens
de la pieté deSaint Louiside plusieurs
de nos Rois, &de quantité
Jfidellcs;maisonvoyoït onunitA*
bhjjement, où des Vierges faintes
ntfuffent pas moins dijhnguéespar
lefang illuflre de leurs glorieux*
jinccpresquepar celuydej. C oui
l'on anfl réuni ce que lefeecle a de-à
plus grand, avec ce que la Picté'à
a de plusfolide
)
où la magnificence i
de Salomon parufl avec plus d'éclat
& où la Ma;esté du Dieu s
vivant se rendifi plus sensibles r.
Poilàcequiavoit échapéàlapieté«
denos Peesyce quimanquoità la
beautédelEgHfe&cequiefloitre-
Jervéau %cled'unPrincereligieux,
Jous le regne duquel, toutes choses
devoimt recevoir leur derniere ptr..
fié/ion.
Ceicy quune de ces Femmes
fortes, que Dieu prend plaijïr de
formerpour l'execurion defesplus
grandsdejjeins ,vient senfevehr
avecj C comme parle Cjpotre,
dans une retraite continuelle
,
le
priercommesonSeigneur, le con.
fultet comme son Oracle,&lunir
À luy comme à son Dieu, à son
centreaufeul auteur desasi.
[icité, dans qui par un effet du
plus heureux naturel e par une
plus grandefiddité à la grâcefnous
voyons lassemblage le plusaccompli
des rares persiflions qui font
trouver grâce devant les hommes
& des vertussublimes qui rendent
si grand à ceux de Dieu, ce
qui par un effet de la plus folids
pielé, ne sefert de ces perfétions
que lUnivers admire) & de ces
vertus qui édifient lEglise
, que
pour l'avantage deïEglifemême;
que pour former àj C des Epoujes
faintes, qui remplies defon Ef
prit& desa Charité vontfervir
de modele aux Communauté£ les
plusfaintes,e d'exemples de re.
gulariré aux ames mondaines.
Cefiicyque ces Àmesfaintes,
penetrëesdelaplusjuflereconnoifsancesur
le bonheurqu'on Iturprocure
snoublient ritn pour engager
le Seigneur à les en acquitter,
conjurent fansccfje le Dieu quellesaiment
uniquementtde tendre le
centuple àleur glorieux 'Bienfaicteur,
éleventsanscesse leursmains
pures&sans tache surcettefainte
Montagne, pourlefairetriompher
£Amalec & des Nations contrées
)nefont pas moins de VOEUX
poursaconservation que pour fou
salut,£27* luy obtiennent pour les
bienfaits temporels quelles en reçoivent
les effusîons de Graces les
plusprécieu/esEtquifçaitjîtant
dimportantes Victoires qu'on a
remportées pendantla guerre,if le
glorieux événement dont la Paix
a tflécouronnée, ne font pas le
fruits de leursPrieres&pcut- eflre
même de leurs larmes!
Qtie vos oreillet
:
o rnoa Dieu,
soient doncto^rsattentivesaux
voeux ardtns qu'on vous offredans
cettefatnte Maison Que vosyeux
soient toujours ouverts sur les be.
foins de l'Etat qu'on vousyexpose,
(2r que voflre coeur sensible à nos
miseresfoit toujours preg à lessoulager.
Comme vous estes le Dieu
qu on y adore,combleZ des benediE/
ions les plus abondantes ceux
qui vousyfont adorer.Ils ne s'oc.
cupent que de vos interests ; ne
négligeras les leurs qui font devenus
les vojlres. Ils ne cherchent
en tout que vojiregloire, que celle
de vojiresaint Nom, que celle de
l'EgliJï'répandt% aussisureux
lestresorsintflimMes de voftrt
grâce, CombleZ-les Jemillenon*
cellesprofperite^, remplecz.les
toujours plus de vojlre espritJafin
qu'après avoirfaitconjtfter leur
bonheur, i lexemple de S.Louist
a procurer uofire gloire dans le
temps, ils méritent d'en joüir durant
tElefnité.
,r L'Histoire du nommé Dupont,
quia fait tant debruit
danslemonde,interesse trop le
Public, pour ne pas l'informer
des princi pales circonstances
qui l'accompagnent, & de la
fin tragique dont elle a esté
terminée. Cet insigne Faussaire
avoit fabriqué douze
Contrats,en vertu desquelsil
prétendoit envahir plus d'un
million de bien de la Maison
-
de Matignon. Ilproduisit d'abord
quatre de ces Contratsà
Carenran devant le premier
Juge qui les declara faux, &
condamna Dupont à faire
amende honorable,& aux Galeres
à perpetuité. L'affaire
-
ayant esté portée au Parlement
de Roüen, Dupont y
produisit huit autres Contrats,
pour fortifier les quatre premiers,
& il les soûtint avec
tant d'éfronterie, que ceux
quinejugent des affaires que
par le dehors & par la superficie,
furent d'abord prévenus
en sa faveur, ne pouvant se
persuader qu'un homme né
dans la bassesse &dans lamifere
osast perçer l'obscuritéde
sa naissance, & s'élever contre
une personne de la qualité &
du rang de Mr de Matignon,
si sa prétention n'avoit quelque
fondement de vérité & de
justice. C'est sur cette fausse
idée, que les Emissaires de
Dupont ont cru pouvoir debiter
impunement les fables
& les calomnies qu'ils ont répanduës
dans leMonde. MI:
de Matignon les ameprisées
,
- parce qu'il esperoit que TArrest
qui interviendroitensa
faveur,fourniroit au Public un
exemple éclarant, pour reprimer
cetre licence, & pouraffurer
en même temps l'honneur
& la tranquillité de sa
Maison, qui estoient injustement
attaquez. Il n'a pasesté
trompé dans ses esperances,
puisqu'aprés une procedure &
une discussion de quatreannées
entieres, les douze Contrats,
dont il a esté parlé cydessus,
ont esté dcclarez faux,
&Dupont,pour les avoir fabriquez
,condamné de toutes
les voix à estre pendu; ce
quifut executéà Roüenle30.
du mois dernier.
Quoy que la faussetédeces
Actes fustévidente, non seulement
par leur inspection
,
mais encore par une infinité
de preuves littérales, ausquelles
il n'e ~fioit pas possible de
répondre,Du pont eut la hardiesse
de les soutenir veritables
pendant un longtemps;
mais enfin, tout ennemi qu'il
estoit de lavérité, il fut obligédeluy
rendre témoignage,
& d'avoüer
, non seulement
que ces Actesestoient faux,
mais qu'illes avoit fabriquez,
Dieuayant voulu parcetaveu
confondre l'imposture & la
colomnie,&faire sortir,pour
ainsi dire, la verité dela bouche
du mensonge même. Le
PublicavoitbeGsoin de cet
exemple, pour assurer le repos
& la tranquillité des familles
;
car il n'y a personne qui ait de
la fortune & de la naissance,
qui nepuisse tomberen proye
à la malignité d'un Faussaire
hardy
hardy &entreprenant ; & il y
avoit lieu de craindre que Dupont
, qui à l'âge de vingtquatre
ans estoit si habile
dans l'art d'imiter les Ecritures
, n'eust rüiné un grand
nombre de Familles, si Dieu
avoir permis qu'il eust vêcu
plus longtemps. En effet,aprés
que l'Arrest luy eut esté prononcé
, il avoüa qu'il avoic
fabriquécinq autres Contrats
qui n'ont point de relation à
cette affaire,&qui~iniereflent
d'autres Familles.
La Citadelle de la Ville de
Besançon ayant esté bâtie au
lieu où eiton autrefois l'une
de ses Eglises Metropoli
taines, & sur les fonds appartenans
au Chapitre, le Rov,
toujours attentif à rendre justice
à ses Sujets, & sur tout
lorsque l'Eglise s'y rrouve in.
teressée, a fait faire la liquidation
de l'indemnité qui revenoit
aux Chanoines de cette
Eglise, & ils en ont receu le
prix cette année, dans un
temps où les beloins de l'Etat
auroient pu faire retarder encore
ce payement.Aussi le
Chapitrede Besançonpenetré
d, s boutez de Sa Majesté, &
de l'honneur qu'il a d'estre
fous sa domination,en a-t-il
donné des marques avec ce
tendre & pieux empressement,
dont l'Eglise a accoutumé de
récompen fer les actions des
bons Princes. Il a fondé à perpétuité
une McflTe solemnelle
chaqueannée le5 Septem bre,
jour de la naissance du Roy,
pour la conservation de Sa
Majesté Se de toute la Famille
Royale, ce qui a esté executé
pour la premiere fois le 5 de ce
mois. Désla veille ,toutes les
: Cloches de TEglife Metropolitaine
annoncèrent la ceremonie,
& le lendemain ma
tin touslesChanoines revétus
de Chappes,se rendirent à la
Sacristie pour prendre leCelebrant
,qui se trouva en Mi.
tre avec ses Assistans, suivant
l'usage de cette Eglise. Vous
sçavez que rien n'est plus ma.
gnifiqueque la manitre dont
ces Chanoines sont vécus, Ils
l'em portent en ce la surlesplus
illustres Chapitres d'Allemagne;
mais ce qui les rend plus
recommandables, c'est qu'ils
ont toujours joint à cettemagnificencela
modestie,sina
turelle au Clergé de France,
&qui fait le principal orne-
111 nt deleurs ceremonies. Ils
allèrent ensuite proce flîoru
nellement de la Sacristie,à la
Chapelle du S.Suaire,où cette
précieuseRelique,enfermée
dans un costre dor, sur prile
par le Celebrant, & portée à
la Procession qui se fie autour
du Cloistre de l'Eglise. Les
personnes les plusdistinguées
par leur naissance & parleurs
emplois ,y assisterent. & il s'y
trouva une foule incroyable
de peuple. Au retour de la
Procession, le Célébrant mit
le Saint Suaire sur legrandAute
l, & celebra pontificale-,
ment la Messe, qui fut chantée
par la Musique du Chapitre
;
elle se trouva très- bonne,
& parfaitementassortie des
voix & d'Instrumens A la
fin de la Mesle,l'on donna la
triple Benediaion avec les
Saint Suaire, qui fut ensuite:
reporté dans la Chapelle
, & :
dans le mesme ordre, ce qui
se continuera tous les ans à
pareil jour, dans l'Eglise Metropolitaine
de Besançon,&;
avec les mesmes Ceremonies,
Il est par lé dans la Repu,
bliqus des Lettres au moisde
¡Fev.rie.r17,01. dans l'Article de H Paris page 237. d'un ouvrage
-
fort curieux. Voicy ce qu'on
en dit. Un Auteur a un ouvra- gr prest sous ce titre les entretiens
des Cassez de Paris. On
l dit qu'ilya desendroitsfortcurieux
touchant la Morale, la Politique,
la Philosophie
,
de mesme que la
Galanterieà le Comique & la
Satire. OnyDoitaussi desportraits
& des Caracteres qui rie
statent point. Tout cela f/P) dit 'on,
«accompagnêdeTraitezd'Histoire,
d'¿vanturesj'nrprenantes:& de
très belles Descriptions On assure
que cet ouvrage est d'un Auteur,
qui a déjà donné plus devingt
Volumes au Public, Onsoupçonne
que ce pourroitbienestre A41lAbbé
Bordelon Je ne scay pas si
en effetcet ouvrage est composé
& si on en a accordé le
Privilege
,
mais je sçai bien
que celuy qu'on soupçonne
en estre l'Auteur, n'a point
du tout songé à travailler sur
cette matiere. Je le sçay de
la bouche mesme de Mrl'Abbé
Bordelon, qui ne voulant
point ravir à un autre l'honneur
de cet ouvrage,- souhaite
que le Public sçache,qu'il
n'y a aucune part. Deux Ouvrages
considerables , ausquels
il travaille,& dont l'un
l'occupe depuis plus de quatorze
ans, & donc l'autre est
la continuation deflrJ Histoire
Critique des persornneslesplus re.
marquables de tous les siecle
qu'ilapoussée jusqu'à plus de
trois milleans; ces deux Omvrages,
dis je,ne luy donnent
pas le temps de s'écarter sur
d'autres sujets.
En vous parlant des Services
qui ont esté faits pour
feu Monsieur
,
j'ay onblié
de vous dire que Mr de
Celle, Conntrolleur des Bâti--
mens du Roy à Fontainebleau,
a estéun des premiers quis'est
distingué en cette occasion.
Il fit faire, un Service dans la
Chapelle du Chasteau ,où il
fie dresser en peu de temps;
un Maufble'e qui surprit tous; les assistans
, tant a cause de
sa beauté que de la diligence
avec laquelle il avoit esté fait.
Il y avoit autour de ce Mausolée
quatre Figures qui repre.
senroient la JuChce, la Religion,
la Prudence, & la Valeur
Elles furent faites parMr
MasieresSculpteur ordinaire
des Bâtimens du Roy, qui se
trouva à Fontainebleau
,
où il
travailloit aux A ppartemens
de Sa Majesté. On fut surpris
de la promptitude avec laquelle
furent faites des figures
de ce Mausolée, qui estoient
si bien caracterisées, qu'on
decouvroit au premier coup
d'oe-il -ce.nuelles represen- oient] 1 e ne parle point des autres
Ornemens qui formoient
le reste du Mausolée
, & qui
furent faits par le mesme
Sculpteur, non plus que du
grandnombre de lun1ieres,&,
des Ecussons avec les Armoiries
& les Devises de feu Son
Altesse Royale, dont coure
cette Chapelle estoit remplie.
Quelques jours apres,on sit
aussi un Service dans l'Eglise
Paroissiale de Fontainebleau,
pourle mesme Prince, avec
une pompe beaucoup au
dessus de ce que l'on en devoit
attendre dans ce lieu la.
-
En lisant la Lettre suivante,
vous connoistrez jusqu'oùont
estéle zele & la magnificence
dans le Service que Mrl'Evêque
du Mans a fait faire pour
feu Monsieur. Cette Lettre a
este écrite par un particulier
qui demeure dans la même
Ville.
vOus me demandez, Monftur, un
récit pltts particulier que celuy
que je vous ay envoyé de la Pompe
funebre que MI l'Evêque du Mans
afaitfairedanssaCathedrale à la
memoire de feu Monsîeur
,
dont il a
estè premier Aumônier. Vous avez.
trop depouvoirsur mon efyrit pour ne
pas satisfaire vostre curiofté autant
que je ie pourray) &jecroy que vous
ferezjbicn aisede voir que nostre Ville
ne le cede à aucune autre du Royaume
pour le zele & l'afeilionqu'eiles
se piquent de marquer à la Famille
Royale en toutes occasions.Jedois
vous dire dabord, & vous n'aurez,
ptzs depeine à en convenir, que nous
n'avonspas de connoissancequonait
rien vit en noflre Province de plus
magnifique, de plus grand, ny de
mieux entendu que cette ceremonie.
Elle commença le Ieudy 18. Aoufi,
par le son des Cloches de toutes les
Eglises de la Ville & des Fauxbourgs
i&par les Vigiles des Morts,
ou M* l'Evéque officia Pontificalement.
Toute £Eglise qui efi grande
&spacieuse
3
efioit tenduede noiravec
quantité d'ècueons aux Armcs de
jfrfonfieur, & illuminéepar un nombre
infini de cierges. La face du
Choeur du cossé de la Nef issoit couverte
degrandiècufpmssurduvelours
en broderie d'or& argent, &parfumée
de fleursdelis d'oravec des ldrmes
efaegentidune maniéré que cetteface
faisoit une décoration toute desplus
brillantes Ó"" des plus magnifiques*
Au milieu du Choeur onvoyait en
Co/ttafalquefortélevé, auxcoins du..
quel ily avoit quatre Figures de cire
d'une beautésurprenante,&quirepresentoient
& infpiroient toute la
douleur que t'Art peut faire voir.
Vous scavez combien on excelle
daus ces fortes d'ouvrages en noflre
Ville. Les espaces d'entre ces Figures
estoient remplis de quatre Pyramides
qui paroissoientcomme quatre
colomnes defeu
,
les trois angles eslans
toutchargezjiecierges à la hauteurde
ces Pyramides, qui efloit de vingt
pieds3 &sur le haut de chacune ily
avoit quatre grosflambeaux de cire
blanchequifaisoient unefort grande
lumiere. Ce Catafalque estoit touvert
d'un poëlc de velours noir, &de
moire dargent, bordé Àhermines} &
portantdegrands écussons dix Armes
de Son Altesse Royale,ilyavoitsur
cette Representation un carreau de
velours noir, sur lequel efioit posée
une Couronne d'environ quatorzepouces
dediametre^couverteetungrand
cefpe. Tous les gradins de ce Maufilée
efloient remplis de chandeliers
d'argentgarnisdecierges. Dela voûte
pendoit un Pavillonoctogone en
forme dedime
, qui cfioit terminépar
unegrande Couronne d'orfleurdelifte
de quatre pieds de diametre
, avec
une courtine de velours chargée de
douze écussons en broderie d'or&d'argent
aux Armes de Monsieurj
des quatre angles sortoient quatre rideaux
qui s'étendoient ju(t¡u'aflx
quatre coins du Choeur
3 toutfemezde
fleurs de lis d'or, & de larmes d'argent
J de même que le ciel de ce PavilIon
,duquelpendoitungrand lustre en
formedecercle doré, chargé de fixvingt
cierges, &bordé d'une csinture
épaisse de crespe ,attachée en sestons
semezde fleurs de lis d'or&delarmes
d'argent. La contre-table & le
devant <%Autelejldenïch.irgez^ d'Ecussons
en broderie or C, argent 3aux
Armes de Monficur,ily avoit par
.tout tant de cierges iluînez,, qu'on
7iajamais vit une si grande illumination.
VOraifon Funebre fut prononcée
avant la Me(Je par Mr Abbé
de Druillet,Docteur de Sorbonne,
Chanoine &Archidiacre de VEglise
du Mans,& l'un des Grands IV,-
caires de Mt nostre Evêque. Il tira
sa division 6" lesujet de fbn discours
de ces paroles de Saint Pierre: Regem
honorace ,Fraternitatem
diligité, Deum timete, comme je
'VOlU l'ay déja marqué, & ilfutge-
< neialement applaudi, CJ qui ne pou- - voit luy manqtter, le public eslans
déjà prévenu en sa faveurpar plu-
• jieurs actions éclatantes, où ilatou-
- jours fait paroiflre autant de scavoir*
que d'éloquence & depolitesse.
Tous les Corps delà Ville ont £Iffi/
lé à cette Ceremonie, avec une af-•
fluence de mondeinconcevable, &un i
trss-qrand nombre £Etrangers que ':
le bruit de cette pompe avoit attirez;
de tous les cofiez^ du Diocese3& de la t
Province etAnjou &du Vendomois.,
LesBoutiques de la Ville furentferméesjusquà
midi3 & cette ceremonie
lugubre a renouvellé icy la douleur
que les Mabitans de ces quartiers
ont ressentie de la mort de Mon-
- fleur. Le détail que je viens de vous
pâre) montre affez^combien M1 VB-

ixeque du Mans s'clfdifîingué dans
cetteoccasîon & il cfifaciledéjuger
par la magnificencequil a faitparoiJlïe,
que ce Prelatnarien épargné
,pour honorer la meynoire d'un si bon
Prince,6'" pourfaire connoistre à tout
le monde son refteci (j'a[on tlttache-
-mcnt pour Son Altesse Royale, dont
il a taché de mériter les boutez^ par
cette marque publique de fit reconnoijjance,
>'
Je puis vous satisfaire aujourd'huy
sur ce quevous avez
souhaité d'apprendre touchant
l'Academie Royale desInscriptions
& Medailles, que vous
appeliez nouvelle,quoy que
je vous aye déja dit:. qu'elle
estoit établie des l'an 166$, 11
est vray que ceux qui la compofoient
alors n'estoient qu'au
nombre de quatre. Elleaesté
depuis composée de huit per.
sonnes qui avoient des pensions,
& aujourd'hy ceux qui
la composent font au nombre
de quarante, dix Honoraires,
dix Pensionnaires, dix Associez,&
dix Eleves. En voicy
les noms, sur quoy vous remarquerez
qu'ayant eile choisis
par le Roy dans un mesme
temps à la reserve des huit
Pensionnaires qui sormoient
déjacetteAcademie,&qui sont
nommez selon leur reception,
on ne teur a donné rang dans
la Liste quia esté publiéeavec
les Statuts ,que selon l'ordre
Alphabétique des noms propres.
HONORAIRES
MeJ]i<urS,
JeanPaul Bignon
,
de l'Academie
Françoise, Presidenst
de l'Academie Royale des
Sciences,Abbé de Saint
Quentin, & Conseillerd'Etat
Ordinaire,President
Le Prince Armand Gaston
de Rohan
,
Coadjuteur de
l'Evêché deStrasbourg, Abbé
des Abbayes du Mouthier en
Argonne .& de Lire, Docteur
de la Maison & Societé de
Sor bonne.
Fabio Bruflart de Sillery,
Eveque de Soissons
,
premier
Suffragant
,
& Doyen de la
Metropole de Reims.
Le ReverendPereFrançois
de la Chaize de la Compagnie
de Jesus,Consesseur du Roy.
Jacques de Beringhen,Chevalier
des Ordres du Roy,
Comte de Chasteau-neuf,
Premier Ecuver de Sa Majesté,
& Gouverneur des Citadelles
de Marseille.
Jean François Paul le Fevre
deCaumartin, de l'AcademieFrançoise
,Abbé de
Nostre Damede Buzay, Vice>
Prejïdent.
Le R. P. D. Jean Mabillon
,Religieux Benedictinà
Saint Germain des Prez.
- Louis Marie d'Aumont de
Roche Baron,Ducd'Aumont,
Pair de France,Chevalier des
Ordres du Roy, premier
Gentilhomme de la Chambré
de Sa Majesté
,
Gouverneur
de Boulogne & Pays Boulonnais.
Michel le Pelletier
,
Conseiller
cfEcac Ordinaire,&Directeur
General desFortifications
de France.
Nicolas Joseph Foucaultf
Chevatier,Marquis de Magny,
Conseiller du Royen fcs
Conseils,Maistre des Requestes
Ordinaire de son Hostel
> Intendant de Justice, Police,
, & Finance en la Généralité
de Caen.
PENSIONNAIRES
François Charpentier
, Doyende l'Academie Franjosse.
PaulTTaallllecmlmâànndd,Prieur Prieur
d'Ambierle de l'Académie
Françoise.
Françoise
,
Secretaire..
Nicolas Boileau Despreaux,
de l'Academie Françoise,Directeur.
Jacques de Tourreil, de
l'Academie Françoise, Sous-
Directeur.
Eusebe Renaudot, de l'AcademieFrançoise,
HistoriographedeFrance.
Simon de la Loubere
,
de
l'Academie Françoise.
André Dacier,del'Acadelmie
Françoise.
Estienne Pavillon,cy-devant
Avocat General au Far^
lement de Mets, de rAcaJe.
mie Françoise.
François Boutard, Prcfhw
Jean François Felibien des
Avaux,Tresorier.
ASSOCIEZ
Antoine Oudinet
,
Directeur
du Cabinet desAntiques
du Roy.
Bernard de Fonrcaelle
,
de
l'Academie Françoise & Secretairede
l'AcademieRoyale
des Sciences,
Charles Rollin, Professeur
Royal en éloquence, ancien
Recteur de l'Université de Paris,
& Principal du Collegede
Beauvais.
Honoré de Quiqueran de
Beaujeu.
Jean-Baptiste Cousture,
Professeur Royal en éloquencejCy-
devant Reveurenl'Univerfité
de Paris. >
Jean Foy Vaillant, Docteur
en Medecine, & Antiquaire
de Son Altesse Serenissime
Monseignenr le Duc du Maine.
Jean Marie de la Marque
Tilladet.
Julien Pouchard.
René d'Auber de Vertor,
Docteur en Droit. Prieur de
Pubel&deSainte Marie d'Esne.
Thomas Corneill e, de l' A.
cademieFrançoise.
ELEVES.
Antoine Galand.
FrançoisBoprdelin Conseilierdu
Roy au Chastelet.
Jean.Baptisse Rousseau.
Jean-François Simon; Do.
cteur en Droitdela Faculté
de Paris,
Jean Prevost, Chanoine de
Gerberoy.
Jean. René Allaneau de la
Bonnodiere.
Joseph Duché.
Louis Boyvin,Avocat au
Parlement.
Nicolas Henrion, Avocat
au Parlement.
Philibert Bernard Moreau
de Mautour,Conseiller du -
Roy, Auditeur de la Chambre
desComptes.
f Antoine Coypel, Peintre
Ordinaire du Roy, premier
Peintre de Son Altesse Royale
Monseigneur le Duc d'Orleans,
& Professeur en l'A;.:
cademie Royale de Peinture
&de Sculpture
,
DeJJina«
teur. |- Les Académiciens ferÓnt- rassidus à tous les jours d'Assemblées,
& ces Assemblées;
l'ècicndrort au Louvre, les
Mardis & les Vendredis de
chaque semaine, depuis trois
heures jusqu'à cinq, sans qu'
aucun des Pensionnaires puisse
s'absenter plus de deux mois
pour ses affaires particulières,
s'il n'a un congé exprés de Sa
Majesté, hors le temps des
Vacances, qui commenceront
au 8. de Septembre, & finiront
l11de Novembre.
L'Academie s'appliquera
incessamment à faire des Medailles
sur les principaux évenemens
de l'HistoiredeFrance,
sous tous les regnes juU
qu'à l'Origine de la Monar.
chie, & à composer les Descriprions
historiques des évenemens
,
sur lesquels les
Medailles auront esté faites.
Elle travaillera encore sans
delayà l'explicationde toutes
les Medailles, Medaillons,
Pierres,& autres raretez antiques
&modernes du Cabinet
de Sa Majesté;comme aussi à
la description de toutes les ahj
tiquitez & de tous les montimens
de France.
Son établissement ayant eilé
fait principalementpour tra,
vailler aux Inscriptions, &aux
autres Monumens qui ont esté
faits., ou qu'on pourra fairebe
lle continuera de s'appliquer
à tout ce qui regarde ces
Ouvrages, tels que sont les
Statues
t
les Mausolées
3
les
Epi~~t~Mj~~eLddiitIcy, les
Jettons, les -les Inscriptions
d'édifices publics
& , autres de même nature. Elle
veilleraàtource quipeuccontribuer
à la perfection deceux
qui se feront, tant pour l'Invention
& les Desseins
, que
pourles Inscriptions & lesLégendes,
comme aussi àladescri
ption de tous ces ouvrages
faits ou à faire, & à l'explication
historique des su jets, -
à l'occafion desquels ils ont
esté faits; & comme la connoissance
de l'antiquitéGrecque&
Lacine, & des Auieurs
de - ces deux langues,est
ce qui disposele mieuxàréüssir
dans ce genre de travaux, les
Académiciens se propoferonc
tout ce que renferme cette
espece d'érudition, comme un
des objets les plus dignes de
leur application.
II y aura toûjours une union
particulière entre l'Academie
Royale-des Sciences & ce lle
des Inscriptions & Medailles,
& chacune des premieres
Seances d'a près les Assemblées
publiques qui se feront
-
deux fois chaque année, l'une
-
le premier jour d'a prés la Saint
Martin, & l'autre le premier
jour d'après Pasques, ces deux
Académies se tiendront ensemble
, pour apprendre des
Secrétaires l'une de l'autre,
ce. qui se fera fait danschacune.
Pour encourager les Académiciens
à la continuation
de leurs travaux, le Roy continuera
à leur faire payer les
pensions ordinaires,& même,
des gratifications extraordi.
naires,suivant le merite de
leurs Ouvrages,&afin de les
aider dans leurs études, Sa Majessé
continuera ausside fournir
aux frais necessaires pour
les diverses recherches que
chaque Académicien pourra
faire.
Il y aura à chaque Assim":
blée quarante lettons distribuez
à tous ceux des Academiciensqui
feront presens &
le President fera nommé au
premier jour de Janvier de
chaqueannée par Sa Majesté,
qui le continuera tant qu'illuy
plaira.
Le Secretaire & le Tresorier
feront perpetuels. Les Registres,
Titres & Pa piers concernant
l'Academie
,
demeureront
toujours entre les mains
dupremier, & l'autre aura en
sa garde tous les Livres Meubles
,
Médailles, Marbres, Jettons
ou autres cutiositez appartenantes
à l'Academie.
Les Honoraires seront tous
recommandables par leur érudition
danslesbelles Lettres
& par leur intelligence en fait
de Monumens. Deux d'entre
eux pourront estre étrangers,
& aucun ne - pourra devenir
Pepfïonnaire. Pour rem plir
leurs places,l'Assemblée élira
à la pluralité des voix un Sujet
quelleproposera à SaMajesté
t pour avoir son agrément; &
pour remplir celles; de Pen.
sionnaires, l'Academieen élira
trois, desquels il ne pourra y
avoirque deuxAssociez ouEleves.
Ils feront proposezauRoy,
afin qu'il luy plaise en choisir
un. Quant aux places d'Asso.
ciez, parmy lesquelsil pourra
y avoir quatre Etrangers, deux
sujets seront proposez de me
meàSa Majesté pourenchoi
sir un ; & Il n'y en aura qu'un
qui pourra estre pris parmy
les Eleves.Aucun ne pourra
estre proposé pour remplir ces
places de Pensionnaire ou
d'Associé, s'il n'est connu par
quelque Ouvrage considerable.
Celles des Eleves dépendront
des Pensionnaires, dont
chacun pourra s'en choisir un
qu'il presentera à la Compagnie.
S'ilestagrééàlapluralité
des voix, il fera proposé à Sa Majesté,
h.Vousme demandez quelles
font lesMarchandises arrivées
depuis peu, pour le compte de
la Compagnie des Indes Orientales
de France, & qui se
débitent en gros à Saint Malo
; en voicy le dénombre.
ment.
1
92000. Livres Salpestre.
248000 livres de Poivre.
135000 livres Bois de Sapan.
14400. livres Bois noir.
199000 livres Bois de Sandal.
31000.livres Terra mérita.
l 34100. livres Lac en bois. 4500. - livres Laé Cupara.. i4iooteesL"c"-:
2400.livres Lacenîùbi-e.
5500. livres Cire à cachtter.
3000. livres Cire.
20100. livres Indk;-?.
5000.livres ditto D0agra.
i6oo livres Aloës.
27000. livres Encens.
52800.livresCaffé.
6200.livres Cachou.
29800. livres Risfin.
30600. livres Cotton filé.
11600.livres ditto en laine.
13366.livres Soye Tany.
218t. livresdireMouta.
309 livresdite Torse,
228. Onces de Pierre de Be- foir.
ir2000. Rottins. ,J
1. Grenier de Terre rouge.
103^5 pieces Doutis blanches.
5760. pieces Sauvaguzes.
5550. pieces Baffetas étroits,
780. Berams blancs.
14246. pieces Salempouris.
5983, pieces Guinées.
3736. pieces Garas. r
3052. pieces Sanas.
1573 pieces Hamans.
80. pieces A datays.
150 piecesPercales.
150. pieces Mauris.
490. pieces Toiles àVoiles.
161. pieces Langas.
6800, pieces Coutelines.
1605. pieces Sanas bleus.
- 80. piecesSatempouris bleus.
698. pieces Chilas.
755, pieces Caladaris.
613 pieces Coupis.
320. pieces Berams rayer.
929. pieces Tapfels.
130. pieces Broles.
236. pieces de Guineastufs.
660. pieces Fottes. ,
118. pieces Bol fas.
676. pieces Guingans bleus &
blancs rayez.
800. pieces Pagnes.
2240. pieces Karates.
S76* pieces Halibany.
1887. piecesTarnatanes.
4468 pieces Betilles de 16. &
20.aunes.
1885 pieces Mallemolles.
399 Ditto appcllées Tarnadanes.
412. pieces A brohany.
1900 Mamethiaty.
29i pieces Tocques.
1219 pieces Tangebs.
2959 pieces Casses.
181. pieces Mousselines diverses.
1325. pieces Doreas.
99 pieces Toilles brodées. "-, 1654 pieces cravattes rayées.
360. pieces dites brodèes.
770Gravatres rayées dor. - * 1
2.80 Diccoôc de couleurs.
642, pieces Mouchoirsde Mal-
Icrnolles.
699 Mouchoirs ditto bordez
d'or.
755 Dits border de couleur.
44 picces Mouchoirs brodez.
IjO7 pieces Mouchoirs de
Cotton.
3730 pieces Mouchoirsde Soye
& Cotton.
2756 pieces Nillas.
1378 pieces Guingans.
960 pieces Pinases.
1359 pieces Chuquelas.
80pieces Thepis.
147 pieces Montichours.
221 piecesChonicours.
127 pieces Cherconnées.
20 pieces Charcanas.
1150 pieces Soucis.
1250 pieces Allegeas.
882pieces dits Herbe & Corton.
725 pieces Daridas d'Herbe.
1°9 piecesSerfukers.
99 pieces Melis.
900. pieces
-
Darains rayez & à
carreaux.
,zzgi pieces Armoisins.
1030 pieces Cottonis unis.
3118 pieces Cottonis rayez & à --
chenettes. 1.
1
208 pieces petits Cottonis.
240 pieces ditto brochées.
274 Attelas à fleurs.
147 dites à oeil de Perdrix.
50 pieces Damas,
33 pieces Satins de la Chine.
35 pieces Etoffes de Bengalle
-
pourmontre.
24 Couverrures deCottonis.
100 Boutons dépérir
76 Bandeges.
Henry Charles de Beaumanoir
, Marquis de Lavardin,
Chevalier des Ordres du Roy,
& Lieutenant General de la
Province de Bretagne
, mourut
icy le 19. du moispassé,
âgéd'environ cinquante huit
ans. Il avoit esté Ambassadeur
Extraordinaire de Sa Majesté
à Rome en 1687. & il se distin.
gua beaucoup dans cette Am.
bassade, tant par sa magnifi.
cence que par sa conduite dans
un temps fort difficile. Il épousa
en 1667. Françoise Paule
Charlotte d'Albert, Fille aînée
de Louis Charles d'Albert,
Duc de Luynes, Pair de France,
& il en eut une Fille qui a
estémariée à Mr le Marquis
de la Chastre. De son second
mariage avec laSoeur de M!le
Maréchal Duc de Noailles,
font fortis un Fils & deux Filles.
Le Fils est MrleMarquis
de Beaumanoir. Ils descendent
du Maréchal de Lavar,
din. Celuy dont je vous apprens
la mort a esté Colonel
des Regimens de Navarre &
Royal de la Marine, & s'est
trouvé au Combat de Saine
,
Godard en Hongrie en 1664
& à la prise de Courtray en
1667. Ilsuivit leRoyàlaConquestedela
FrancheComté
en 1665. & à la guerre faite
aux Hollandois en \6ji.
Comme
On a eu avis de Dauphiné
ue Messire Charles de Lionne
e Lesseins, Abbé de l'Abbaye
Royale de Saint Calais, Diocese
lu Mans, est mort en sa maison
e Romans, âgé de soixante &
ix-neufans Il estoit proche
Parent de feu Mr de Lionne,
Ministre & Secretaire d'Etat,
Savoie elle en ce temps-là Aent
General du Clergé de
France Le nom de Lionne
l'employd'Agent Generalparent
assez à l'avantage de sa Maion
& de son merite, sans que je
vous en dise davantage. Je vous
ay parlé amplé ment
de la grande
dépense que cet Abbé fit à Dormans,
pour y recevoir Mefîçigneurs
les Princes lors qu'ils y passerent.
Comme la Lotterie del'Hôpit.,
1rgeneraI d'Angers,qui fut tirée
il y a un an, n'a produit par sa
modicité qu'un foible secours à
cette Maison
,
où il est necessaire
de construire un nouveau Bâtiment
pour les Pauvres
,
dont
le nombre semultiplie confiderablement,
le Royen ayant esté
informé, a bien voulu accorder
aux Directeurs de cet Hôpital
lapermission defaire uneseconde
Lotterie, dont le fond fera
de cinquante mille écus d'argent
à soixante &. cinq lois pieep.
Pourlaremp lir il seradélivré
vingt-cinqmille Billets
,
de chacun
deux écus d'argent au même
prix ,
dont ilyen aura cinq cens
utiles. Il fera levé au profit de
l'Hôpital quinze pour cent,sur
-
les trente premiers principaux
lots, dont l'un fera de quatre mille
écus neufs, un autre de trois - mille,unautre de mille, deux de
cinq cens écus neufs, dix de trois
cens, & trente- de deux cens.
On ne levera que dix pour cent
sur les quatre cens soixante & dix
Lots restans, dont il yen aura
vingt de cent cinquante écus
neufs, cinquante de cent quarante,
cent, de cent écus neufs
chacun
,
& trois cens qui ne feront
chacun que de cinquante
écus neufs. Ceux qui voudront
mettre à cette Lotterie
,
s'adresferont
à, Angers a«s ll,'un ddes quatre
Directeurs ; sçavoir,Mr Rafray,
cy-devant Notaire, prés le
Piloti, MrBeuscher, Marchand,
au haut de la rue Baudriere, Mr
Besliere le jeune, Bourgeois,
ruëdes Carmes, & Mr de la
Porte, Marchand, ruë de la
Poissonnerie.
Ces mêmes Directeursavertissent
le Public, que de la premiere
Lotterie de cet Hôpital
d'Angers, qui futtirée à la fin
du mois d'Aoust del'annéederniere,
il refle encore à delivrer
l'argent de neuf Lots, dont voicy
les Numéro. :-
- 51285. La HarangcrcLucas
j. cinquante écus neufs,
2156. Le Mail a befain de ton
retour,,trenteccusneufs.
4505. Elisabeth,cinqùante cens
neu fs..
4875, Mon[îcttrBachelier, trente
écus neufs.
11235?. J'aimeVamour & Le
paéix,trente écus lieilfs., Damedebonamou?\v\ïx^z écusneufs. n• ULvJ| 4770.Boujters, cinquante cfc.is
neufs. il'u'•5"<•> 3040. Anne-Philippe, vingt
écusneufs. ; -"':41",,,
..¡, Ceux qui font porteurs de ces
Billets s'adresseront à Mr Beuscher
, Directeur de l'Hôpital,
qui en comptera la valeur,fous
la deduction des dix pour cent , attribuez à cet Hôpital.
Mrde Chasteaurenaud, Vicî-
Amiral de France, ca parti le
5). dé ce mois. Je n'entre p01nt
dans les secrets de Sa Ma j~c,
pour vous apprendre en quellieu
il estallé. Tout ce que je puis
vous dire c'est que son Eieadre
consiste en seize Vaifieaux,
en quatre Brûlots, deux en
Vaisseaux armez en flûtes, &
deux Corvettes. En voicy les
noms.VAISSEAUX.
Le,Merveilleux.
CAPITAINES.
Mr le Vice-Amiral.
Mr Descombes.
Mr de Caffaro.
Air de Chapizeau
,
Major.
Mr Sorel, Inspecteur general.
Hommes,800. - Canons,98.
Le Vainqueur.
Mr le Marquis de Rosmadec.
Mr de Benoife.
Hommes, 620.
Canons,84. LeSuperbe.
MrdelaHarteloire,
Mr de Venise.
Hommes, 450.
Canons,70.- L'Orgueilleux.
Mr le Marquis de Chasteaurenaud.
Mr de Fricambaulc.
Hommes, 6^0.
Canons,88.
VEsp- erance.
Mrde la Galissonniere,
MrdelaMaisonfort.
Hommes, 420,
Canons,70.
LeFort.
Mr de Palliere.
Mr de Grosbois.
Hommes,420.
Canons,72.
Z'Excellent.
Mr des Herbieres.
MrdeSuppé.
Hommes, 350.
Canons, 66.
Le Capable. -
Mrde la Roque-Persin.
Mrdela Roche-Vezançay. - Hommes, 350.
Canons, 66.
LeSolide.
MrdeChampmeslin.
Mr le Chevalier de Grancey.
Hommes, 340.
Canons, 60.
LaSyrene.
Mr de Mongon.
Mr de Course de Loo.
Hommes,380.
Canons,68.
Le Modéré.
Mr de Gombault.
Mr de Savion.
Hommes, 300.
Canons,56.:: /,eBourbon.
-
&.-
Mr le Comte de Bicfi~c.., Mr de l' Ilfeau HCoamnmoness,4,7100. LaDauphine. -
Mr du Plessis-Liancourt.
Hommes, 230.
Canons,44.
1
Le - Volontaire.
MrleChevalierdeLannion.
MrdeRancey
Hommes^zo,
Canons, 40. 0
LeHazardeux.
MrleMarquis deChàteaumorant
LeTriton. BRULOTS.
- LeFavori.- Mrdela Pomarede ---
Hommes,30
L)Indifêret.
Mr de Jolybert-Gay.
LeFourbe.
Le Chevalier de Gabaret.
L*Eveillé*
Mrde Lefcalette.
BASTIMENS ARMEZ
en Flûtes.
Le Zerippe. Le
CORVETTES,
La Choqtütnte.
Mr deRochambault.
* L)Ertj.craude..
Mr Defromane.
L'article qui suistn'cil pas mis
à dessein de vous aprendre la
nouvelle de l'affaire de Chiari >. mais pour vous en instruireplus
à fonds, que n'ont encore fait
toutes les Relations que vousen
avez vûës. Vous avez trouvé
l'agrément de la nouvauté dans
les premières ; c'est quelque chose
de considerable
, pour une
nouvelle,de quelque nature qu'-
ellesoit ;mais si les premiers qui
écri vent ont cet avantage , ceux
qui écrivent plus tard ont celuy
d'avoir eu plus de temps
pour s'instruire pour ramasser
les circonstances qui n'ont pas
esté publiées d'abord, parce qu'-
elles ont été ignorées, pour rectifier
la verité, qui dans les premiers
bruitsqui se répandent paroist
tellement envelopée, qu'-
on a sujet de douter si c'estelle
qui se montre. Enfin ceux qui
parlent les. derniers
, ont eu le
temps de l'examiner pour la re
connoistre
,
&: de ramasser tou
tes les ci rconstances, qu'on ir
peut aprendre qn'avec le temps
& par lesquelles on peut juge
d'une action, parce qu'elles 11
font connoistre toute entiere
C'est ce qui m'oblige à vous en
voyer le détail suivant dans li
pensée, qu'il vous paroistraau
nouveau que si l'action dont
s'agit estoit plus fraîche.
L'Armée des deux Couron
nés eslant campée le 18, Aoust
Antegnato ,
on y sonna le[oh
la retrai te fort tard, commeon
avoit fait les foi rs précedens
,
£5
a minuit l'Armée decampa, &
marcha en quatre colonnes (Ul
la droite, jusqu'aux Ponts qui
avoient esté faits sur les can;w:t
la Canonica & Palavicino
'elle passa, pendantqueMrde
acontal avec dix mille homes
, & toutes les Trompettes
:
1 Armée,feignoit d'attaquer
Pont des Impériaux à Pallazlolo.
Lciy au matin, l'A rmée connua
sa marche dans la même
sposition, & alla passer l'O'gli-o
aux gués qui avoient esté reonnus
pourceteffet. L'Infanîrle
ne voulutpoint passer sur
es Ponts qu'on avoit faits, & se
etta dans la Rivière qu'elle pafayant
l'eau presquejusqu'aux
iëlles, L'Artilleriepassaaussi,
sur la fin de la matinée du 29.
ne restoit pasun leul homme
1y un c hariot des équipages à
passer.On n'estoit qu'adeux mille
des ennemis,& lesVedettes de
l'aile gauche s'entretenoient aveccelles
del'ArméeAllemande.
Les premieres Troupes quipasferent,
pousserent quelques gardes
qui se retirerent à mesure
que nos Troupes avançoient.
Elles traverserent un Marais, &
marquerent une tres grande impatience
d'en venir aux mains,
en faisant degrand cris. On eut
beaucoup de peine à les arrêter;
& il fallut se servir de la canne
pour les empêcher de franchir
un Canal qui restoitàpasser, &
d'aller attaquer les ennemis,
dont l'inquietude fut grande,
car nostre Armée les empeschoit
d'avoiraucunecommunication
avec Brescia
)
& de se retirer à
Desenzano.
Quand le dernier Canal fut
?alsé, nos Troupes se formerent,
5c marcherent au Village de Rudiano
qu'on croyoit occupé par
les ennemis. On l'embrassa, il
ne s'y trouva personne. Ce Village
est situé sur une hauteur qui
commande tout le terrainjus-
:¡u'à l'Oglio Les ennemis auroient
pu y poster un gros corps
pour disputer le passage, & se
retirer en seureté. Ils y avoient
feulement centCuirassiers
,
qui
Sien qu'ils fussent retranchez,
se retirerentsi-tostqu'ilsvirent
paroistre Mrde Seinfal, quiavoit
estédétachéaveccinquanteDragons.
Il prit deuxde ces Cuirassiers,
qui raporterent ce que je
viens demarquer. On prétendqu'-
ils y estoient en plus grand nombre,
mais qu'ils seretirerent,tant
parce qu'ils ne douterent point
qu'ils n'y deussentestre forcez,
que parce qu'ils se tenoient assurez
qu'on ne pouvoit forcer les
retranchemens où leur Armée
estoit postée. Quand ils ne se seroient
pas fiez sur la valeur de
leurs Troupes, sur laquelle ils
ne comptaient peut - estre pas
beaucoup pour une actiongenerale,
ils sçavoient que de bons
retranchemens, bien garn is de
canon, & faits dans un terrain
impraticable
,
fourré
,
cOllpé,
& couvert, pouvoient mettre
en seurerél'Arméelaplus foible,
laplus delabrée, & la moins coura
geuse
, contre les Troupes les
plus formidables, & les plus
triomphantes. L'Armée demeura
campée ce jour-là 29. au deça
de Rudiano, ayaiit un Canal
à ladroite,6cunautreàla gau-*
che.
Le 30. elle marcha en ba-,
taille, & alla camper à Caftrezato.
L'ardeurdes Soldats augmentoit
à mesure qu'on approchoit
des ennemis
3
& jamais on
n'enavoit vu de plusimpatiente,
"& de plus vive. On détacha
quelques partis, & Mr de Seinfal
alla avec cent Dragons pour
reconnoistre le Camp des ennemis.
:
Il trouva qu'ils faisoient
rompre les ponts qui estoient à
leur teste. Il'les inquiétafore
dans leur travail, qu'ils ne purent
recommencer que quand la
nuitapprocha. On leur tua ou
blessaenviron. trenca hommes»
& l'on n'en perdit que cinq. Onr
fit quelques Prisonniers
,
qui assurerent
que les ennemis n'étoient
point maistresde Chiari,
& ils dirent la verité.
Le31 futemployéàfairedes
Ponts &des Ramparts sur le Na--
viglio quiestoit au front dela
Ligne,& à nettoyer les chemins.
Le même jour 31. les ennemis
s'emparerent du possedeChiari.
Il estoit gardé par des païsans ,t
& par quelque milice Venitien-
- ne, qui ne voulurent pas d'abord
les
recevoir, parce que ce
procedé estoit directement opposé
à la neutralité, mais (
voyant qu'on alloit userdefor-
*
ce s'ils en refufoient plus longtemps
rentrée, ils firent ouvrir
les portes )-.& demanderent
une attestation par ccric\ qui
marquast qu'ils avoientesté obligez
de
ceder à la necessité ,ce
qui leur fut accordé.Ainsi la
neutralité futrompuë
,
& les
Allemans entrerent dans un lieu
qu'ils ne peuvent dire n'estre pas
fermé, puisqu'ils s'en firent ou- vrir les Portes. Le Prince Eugene
dit pours'excuser, que la
situation des affaires, & la necessité
le demandaient. Il jetta
beaucoup de Troupes danscette
Place, où il fit entrer du canon;
& ayant fait tirer une Ligne jusqu'au
Ruisseau
,
il fit faire au dehors
un petit parapet le long du
chemin pour couvrir l'Infanterie
Ilfitmettreaussides Troupes
dans un Moulin, & dans des
mailons qui estoient sur la gauche
de Chiari. On avoit pris
grand foin d'empêcherque cette
nouvelle ne fust répanduë dans
l'A rmée de France.
Le premier de Septembre toute
l'Armée marcha en bataille dans
l'ordre suivant, à la reserve que
la Brigade de Normandie fut mise
â la gauche de la Cavalerie,
& celle de laMarine à la droite.
Les Equipagesdemeurèrent à
Caftufato
, avec leCorps de reserve.
PREMIERE LIGNE.
Dragons.
DeCongés, Brigadier.
Verac , 3 Estrades,3 ElI:rades
, 6
Cavalerie,
Langallerie& BillysBrigadim.
Gardes de S. A R. a
Seute. 1
Colonel General, 3
Billv, 2
8
Cuirailiers, 3 Langallerie, Zi • 1
-
5
Roquepine,Brigadier.
Sibonrg, - - 2 Usèz.
Roquepine, 2
6
Infanterie.
Lombardie) 1
Napoli4 1 Arhaga, 1
3 • Berulle, Brigadier. -
1 La Marine, 3 Royal la Marine, 2,
- -
5
Vaudray , Bdgad¿e,.
Leuville, 1- z1
La Sarre) 1 Mirabau
, ; r Moranges, 1
a 5
La Roque
,
Brivadieï.
Gardes de S. A. R. i
La Croix blanche.
1 Monferrat) 1 Saluces, 1
Doulle, 1
6
Peloc, Brigadier, BB•-arvivgic,orre,*I11 Sault, 25
Galmoy, Brigadter.
Galmoy
, r
Dilon>
- i
AMedouc,vergne»2i
-
5
-
La ChasTagne, Brigadier.
Bourgogne, 1 Normandie, 3
5
Cavalerie.
MonperouXj Brigadier.
RufFev) Monperoux, 2,
z Mauroy, 2
6
Praslin, Brigadier,
Royal Roussillon)- - 3 Commissaire General) 3 Piemont Royal, 3
9
Drapons.
LaMmonastreroel,Bcrig,adier, 3; Lautrec,r Savoye
) 3~
6 SECONDE LIGNE,
Citvdlcïle.
Sehelleçon,Bri^aàier.
Sexte, is
La Reine, ^;- 3< -- - z. -
3" Dauphin., 3,
Sehellecon, z ;
9 Curlandon, Brigadier.
Cuflandon, 2 Du Bordage, 2, Vienne , 2
6
Infanterie.
Lisboa, 1 De
DeGiez, 1 t 2
* Bouligneux, Brigadier*
Limosin,
Maulevrier, t
F landre, 1
1
- -
5
9 Dugas, Brigadiet.
Bretagne, 1 eLA'Inloioeumois, 1 deFrance5 1
Albigeois,
- 1
-,
Corentin) 1 5
1 La Roche- Dalliers,Brigadier.
Savoye, Chablais, 1
1 fF11si1jer5, 1 Schulembourg, 1
Piémont, 1 I -5
Dorgemont, Brigadier.
Croiii> 1
Solre, i
Tournefis, i
.Vendosme, i
4-
Saint Pater, Brigadier.
Cambrefis, 1
Perigord
, 3 Royal des Vaisseaux, 1
5 Carcado, Brigadier.
Brcfle, 1
Comtois
, 2 Anjou, 2
5 Cavalerie.
Villiers, Brigadier.
VVilth, - i
tyilliers.,
Melun, 2
6
Narbonne, Brigadier.
Vandeiiil, 2
Desclos, 2 Narbonne, z
Anjou, t
8
RESERVE,
Dragons de Mauroy, Brigadier.
bexte, 2
Bassigny, 1
Clermont, 3
Languedoc, 1
8
Total, Cavalerie, 61 Escadrons.
Dragons, 20.
Infanterie65. Bataillons.
L'Armée passa en cet ordre
le Naviglio sur deux Ponts qu'on
avoit faits pour chaque Brigade
d'Infanterie avec une Rampe
fort large pour chaque Brigade
de Cavalerie. Ellese trouva paffée
entièrement en une demi-heure
aussi bien que l'Artillerie, 6c
se mit en bataille le cul au Canal,
& faisant face à la montagne,
où il parossoit qu'estoittoute
, l'Armée ennemie. Lanostre fit
halte. Le dessein estoit de luy
faire passerlemême jourun au- - tre Canal, une partie sur des ( Ponts de pierre, qu'on avoitesté ;
reconnoistre, & l'autre dans
l'eau pour marcher aux Ennemis,
comptant qu'on semettroitàportée
de leur Camp; & qu'on les y
combatroit ; mais pendantla
marche il vint differens avis qui i
firent changer ce dessein. Celuy
qui prévalut, fut que les Enne- - mis avoient marché du costé de:
Brescia, & que pour nous amuser
& nous empêcher de les suivre
ils avoient laisse cinq ou six cens
hommes détachez dans un Villalgee.
Sur cet avis, on ne passa point
second Canal, & l'Armée
marcha en colomne par lagauche.
Mr le Comte de Tessé qui
commandoit cette gauche, jugea
à propos d'envoyer quelques petits
Partis sur les costez de son
Aîle
3 pour découvrir s'il n'yen
avoit point quelques-uns des
Ennemis qui observassent la marcàhedel'Armée.
Ilsne furent pas deuxcenspas qu'ils les entendirent
tirer. Ils pousserentjusque
proche d'un Village nommé
Chiari , d'où ils ne trouvérent
pas à propos d'approcher, ayant
connu l'estatoùestoitce posse,&
l'Infanterie dont il estoitgarny.
Mrle Comte de Tessé envoya le
Chevalier Peséun desesAidesde
Camp pouren donner avis aM-onsieur
le Duc de Savoye, &àMrs
les Maréchaux quiestoient à la
droite, ik qui vinrent dans le
moment. Ils renvoyèrent aussi,"
tost des Partis pour reconnoistre
la chose de plus prés, mais foit
qu'ils ne pussent pas bien le
faire à cause du grand feu qu'-
on faisoit du Village,ou par
quelque autre raison, Le Poste ne
leurparut pas tel qu'il estoit, de
-
maniere que l'Armée, suivant le
premier projet, marcha en avant,
faisantfaceàla montagne, pour
resserrer la prétenduë Armée des
Ennemis. On résolut en même
temps de faire l'attaque du Village
, croyant qu'il n'y avoit dedans
que deux ou trois cens
hommes, qui se retireroient d'abord
qu'on feroit mine de les
attaquer. On détacha pour cet
effet les cinq Brigades de la gauche,
qui furentc celles de Normandie
& d'A uvergnepour attaquer
,& celles de Sault, d Anjou
3
des Vaisseaux, &. de Vendôme
, pour soutenir. L'attaque
commença à une heure trois
quarts aprés midy, par les deux
premieres Brigades, qui pousserent
les Gardes avancées, & se
rendirent maistres de quelques
mairons & de quelques cassines
voisines du retranchement des
Ennemis. Elles passerent deux
retranchemens sans aucun obstacle
; mais quand elles vinrent au
troisiéme
,
elles furent receuës
par le feu de vingt-quatre Bataillons,
& parceluy de cinquante
pieces de Canon chargées à
cartouche, qui bordoient &
flanquoient les retranchemens ;
en forte que les Troupes qui
soutenoient furenc autant endommagées
par le Canon, que
celles qui attaquoient le furent
par la Mousqueterie. Ces Brigades
essuyerent avec une fermeté
héroïque un feu si terrible,
& ne voyoient que des chapeaux
& des retranchemens inaccessibles.
Aussi tost que nos Generaux
eurent appris que ce poste,
qui estoit sur nostre flanc, &qui
fermoit la droite de l'Armée ennemie,
estoit soutenu de toute
l'Infanterie des Ennemis
*
ils
firent cciier l'attaque. Cependant
toute l'Infanterie de l'Armée
des deux Couronnes, à la
reserve de la Brigade de la Marine
,
estoit venuë pour feconder
l'ardeur des premieres Troupes.
Le Canon des Ennemis fit beaucoup
de desordre
,
le nostre
n'ayant pas eu le temps de se
poster. Les Generaux,aprés avoir
ordonné la retraite, firent camper
l'Armée entre les deux Canaux.
Les Brigades de Leuville
& des Vaisseauxen premiere ligne.
Celle de Limosin, les Dragons
de Lautrec & de Languedoc
en seconde
, camperent en
potence, appuyées aux deuxNaviglio
> pour couvrir la gauche
du Camp Ce qui couvroit cette
gauche estoit si prés de Chiari,
qu'on y entendoit l'Horloge, &
que les Sentinelles pouvoientse
parler. On apprit le lendemain
que de huit Regimens qui composent
toute leur Infanterie,
six estoient dans ces retranchemens
qui couvroient leur gauche,
&qu'ils avoient leur droite
à Palazzuolo. Le 2. le 3. &le4.
furent employez à transporter
les Blessez à
Castusato, Le 5. l'Armée
repassa le Canal qu'elle avoit
derriere elle. Les trois Bri..
gades d'Infanterie, & les deux
Regimens de Dragons qui couvroient
la gauche, furent chargez
de l'Arriere-garde,où tous
les Généraux se trouverent. Cette
marche se fit sans voir un seul
Ennemi,ce qui acheva de perfuaderqu'ils
ne cherchoientqu'à I
re prevaloir de la bonté de leur
poste, pour se servir de les avantages
contre la su periorité de
nos Troupes.
1
Le6. l'Arméemarcha&couvrit
dans sa route le Convoy
des blessez qu'on a envoyez à
Crémone. L'Armée vint camper
à Urago, qu'elle couvrit par
sa gauche, & sa droite tira au
delà de Rudiano ayant un bon
Canal devant elle.
Je ne dois pas finir cet articIe,
sans vous parler de l'action
du premier du mois. Elle dura
deux heures,ouplûtost les Troupes
demeurerent pendant tout ce
temps-là exposées au feu de la
mousqueterie & du canon chargé
à cartouc he, - Il n'est pas surprenant de voir
des Troupes, combatre pendant
deux ou trois fois autant
detemps. Les mouvemens qu'on
se donne dans un combat occlupent,
la gloire anime, on ne
lp'oennte qu'à la trouver lorsque
court au péril, & comme
on l'envisageseule, on voit bien
moins le danger parce qu'on n'y
pense point
, ou si l'on y pense
,
on croit que l'on pourra s'en tirer
à force de valeur.Si l'ennemi
resiste, on se roidit contre
sa resistance
,
elle inspire une
opiniâtreté genereuse, qui empêche
que la crainte ne se faifin
de tout le coeur. On ne connoist
point le péril dans la colere
, on l'affronte, & le combat
finit, sans qu'oi ait cessé
d'estre tout occupé du desir de
vaincre. Enfin il n'y a personne,
qui dans une bataille n'espere
de triompher, ou du moins de
letirer d'affaire. Ainsionnedevroit
pointestre surpris
,
quand
des Troupes combatroient pendant
une demi-journée sans relâche.
Elles ne peuvent acquerir
par là, que la gloire dont ic -
couvrent ordinairement celles
qui ont bien fait leur devoir;
mais il faut avoüer , qu'on ne
peut trop admirer l'intrépidité
des Troupes, qui se trouvent au
milieu des dangers sans pouvoir
faire aucun mouvement pour
parer les cou ps dontelles sont
accablées, qui les sentent, sans
voir d'ennemis sur qui elles puissent
venger leur mort , qui
l'attendent
& qui la voyent venir
de fang froid, sans reculerd'un
pas avant que d'en avoir receu
l'ordre ; on ne peut, dis-je
, trop admirer l'intrepidité de pareilles
Troupes, jamais on n'en
a fait voirdesemblable Leursennemis
ont raison de les aprehender
en Champ ouvert, & de s'enterrer
dans des Retranchemens,
pour n'avoir point à combatre
des troupes si intrepides, dont on
peut dire, que chaque Soldat a
fait voir lafermeté de Scevole,
qui tint constamment sa main
dans un brasier ardent, pour faire
connoistre
3 que tous ceux qui
avoient formé la mêmeentreprise,
étoient resolus de souffriravec
la même constance, tout ce qu'ils
en pouvoient craindre.
Il est si vray que nos Troupes
souhaitoient avec une ardeur
extreme, & avec une impatienceinconcevabledejoindre
les
ennemis, que la plus grande partie
des malades qui estoient dans
les Hopitaux,feignit d'avoir entierement
recouvré sa santé
,
afin
d'avoi r occasion de se trouver
dans labataille qu'on avoitresolu
de livrer auxennemis. Cesbraves
croyoient les voir aussi bien
que leurs canons, & leursmousquets
: mais deux choses justifient
nos Generaux là - dessus.
Les ennemis n'estoient pas maîtres
de Chiari la veille de l'action;
& cela est marqué dans
les Relationsqu'ils ont fait imprimer.
Il n'y avoit pas même
lieu de croire qu'ils s'en feroient
emparez, contre ce qu'ils ak
voient promis aux Venitiens,
cette violence estant entierement
contre la neutralité que la République
de Venisevouloit observer.
En fecond lieu
, ceux qui
furent envoyez pour les reconnoistre
, ra porterent tous qu'il
n'yavoit que cinq ou six cens
hommes du costé de Chiari, &
les Italiens queMonsieur le Duc
de Savoye y envoya, firent un
raport semblable. Ainsi quand
on a fait ce qu'on doit, on ne
peut être garant des évenemens,
& il se rencontre quelquefois un
amas de conjoncturesfâcheuses,
dont il est impossible aux plus habiles,
& aux plus prudens, d'éviter
la fatalité. Quant au temps,
pendant lequel nos Troupes sont
demeurées exposées,il estoitmalaisé,
pour ne pas dire impossible,
que la chose fust autrement, selon
les regles de la Guerre. Elles
avoientesté commandées
,
elles
estoient entrées en aélion, puis
qu'elles avoient d'abord emporté
les ca ssines &: les maisonsavancées
, où les ennemis perdirent
presque tout ce qu'ilsavoient
misdeTroupes. Il falloitdesordres
pour les faire retirer,& ces
ordres ne pouvoient estre donnez,
que les Generaux n'eussent
tenu Conseil de Guerre. Cependant
la perte a esté beaucoup
moins considérable qu'on n'a publié
d'abord:&voicy pourquoy
le bruit a esté plus grand que le
jnal. Le lendemain d'une action
importante, le Major General
fait une perquisition de ce que
chaque Corps a perdu, &les
Majors de chaque Regiment luy
mettent entre les mains un estat
des Officiers, & des Soldats qui
leur manquent. Ils comprennent
dans cet état tout ce quia
esté perdu depuis l'ouverture de
la Campagne. On a suivy cet
usage après l'affaire de Chiari.
Cette Liste s'est repanduë, &
l'on a cru que la perte de toute
la Campagneavoit esté faite dans
cette feule action j cependant la
verité commence à estre reconnuë.
Les Venitiens ont envoyé
jusque sur les lieux pour en estre
éclaircis au juste ; & par les Lettres
de Venise arrivées à Paris,
il s'en faut beaucoup que nous
n'ayons fait la moitié de la perte
qui a esté publiée icy.
Mr le Maréchal de Villeroya
écrit à Sa Majesté, qu'il n'a point
de termes, pour exprimer la va- leur, & l'intrepidité de Monsieur
le Duc de Savoye. Ce Prince
reçut quelques cou ps dansses
habits, & eut un cheval tuésous
luy. Le General deSchulenbourg,
Colonel d'un Regiment
Alleman au se vice de Son Altesse
Royale, & Mr le Marquis
de Bacheviliers
,
estoient à la
reste des Brigades qui se presenterent
des premieres devant
Chiari, & il eurent besoindela
valeur la plus ferme, pour
soutenir sans reculer tout le feu
qu'ils essuyerent. Le premier
coup de canon des ennemis emporta
la teste du cheval de Mr
de Schulembourg
».
quifutenfuite
blessé d'un coup de Fusil
qui luy perce la jambe de part en
part. Il reçue aussiplusieurs
coups au visage & aux bras.Il
chargea cinq fois, car on n'essuya
pas tou jours le feu des ennemis
sans se battre, puisqu'on
leur prit toutes les cassines &
toutes les maisons qui eftoienc
aux environs de Chiari
,
dans
lesquelles ils avoient mis leurs
meilleures Troupes; ce qui cil:
marqué dans leurs propres Relations
imprimées en divers lieux.
Mr Suabe
9
Ingenieur & Capitaine
dans le Regiment de Mr
de Schulembourg,futtué à ses
costez Mr le Marquis de Dreux
reçut un coup de mousquet dans
la cuisse ; ce qui le couvre d'autant
plus de gloire,que sa Charge
de Grand Maistredesceremolies
pouvoit l'exempter de se
trouver à l'Armée. Mr leDucde
Lesdiguieress'estdistingué à la
ceste du Regiment de Saule, &
reçu un cou p de mousquet
sans la bourse qui enfermoit ses
cheveux. Le Fils de Mr le Comce
de Solre a esté blessé au bras.
Mrle Comte d'Estaireaaussiesté
blessé en se signalant. Mr de la
Chassagne,Brigadier d'Infanterie
,
Mr de Boude,Colonel reormé,&
Mr Roussel
,
Commifaire
d'Artillerie
, ont esté tuez, ainsi que deux Colonels Irlandois,
dont les Regimens ont fait
nerveilles à leur ordinaire. Les
ennemis, qui dans leurs Relacions
diminüent le nombre de
eurs rtnrts & de leurs blessez
J.
& qui augmentent le nostre
,
mettent Mr de Pracontal, Maréchal
de Camp
, parmy les morts,
quoy qu'il n'ait pas seulement été
blessé. Je dois ajouter icy,que Mr
de Chastelux estde ce nombre.
Son nom estoit Philibert-Paul,
Comte de Chastelux, Vicomte
d'Avalon, Baron de Quarré Il
estoit premier Chanoine hereditaire
de l'Eglise Cathedrale
d'Auxerre, & âgé de trentetrois
ans. C'estoitun homme
d'une phisionomie douce, mais
grande,&qui imprimoit du respect.
Il avoit un air du corps &
des manieres qui répondoient à sa
naissance. La pluspart des Scien-
-
ces luy estoient fort familieres.
Il sçavoit les Mathematiques &
le Dessein parfaitement & comh"
me il joignent à la grande vivacité
de son esprit une memoire
tres heureuse,il possedoit admirablement
les Poëtes Latins &
les François; en forte que sans
se montrer sçavant, il entroit
avec douceur dans l'esprit de
ceux qu'il frequentoit. Aussî
peut-on dire qu'il est universellementregreté.
Le Royluy donna
le Regiment de Tulles au
commencement de la guerre passée;
mais avant esté reformé, il
avoit demandé d'estre incorporé
dans le Regiment de Normandie,
où il avoit déja servi quelquesannées
avant que d'estre Colonel.
C'est à la teste de ce Regiment
qu'il aesté tué.
Il estoit Fils de MessireCesar
Philippes, mort depuis quelques
années dix-neuviéme Baron ou
Comte de Chastelux, autrefois
Capitaine Lieutenant des Gens
d'Armesde Monsieur le Prince.
Madame sa Mere, quiest encore
vivante, se nomme Judith de
Barrillon. Elleest Fille de Jean-
Jacques de Barrillon, Presidenc
au Par lement de Paris, & Frere
aîné de Mr de Barrillon Morangis,
Conseiller d'Etat & Directeur
general des Finances; de
Mr de Barillon, Conseiller d'E-
,
tat & Ambassadeur en Angleterre
; de Mr de Barillon Morangis
,Gendre de Mr le Chancelier
Boucherat, & de Messire
HLenryude Baçrrilloon,Evnêque.de Mr le Comte de Chastelux
avoit eu trois Oncles,qui sont
morts
norts tous trois au service de Sa
Majesté. L'aîné fut tué à la Bataille
de Nortlingue, faisant la
Charge de Maréchal de bataille,
Le Cadet avoit esté tué un peu
auparavant en Roussillon, d'un
coup de canon, estant commandé
pour empêcher la descente
des Espagnols. Le troisiéme, qui
estoit Chevalier de Malte, mourut
aussi au service du Roy. AjnÍi
le Pere de Mrle Comte de Chastelux
qui vient d'estre tué,resta
seul pour soutenirlaMaison, les
autres branches estant peries en
la personne de Philippede Chastelux
,
Baron de Coulanges,
Maréchal des Camps & Armées
cki Roy tué à la Bataille de
Sintzein , en Allemagne, en
1674.
- Mr le Comte de Chaftelux a
eu trois Freres & trois Soeurs,
Son Cadet servoit en Allemagne
, ou il est mort. André
de Chastelux, qui est aujourd'huyl'ainé
3
est Enseigne de
Vaisseau du Roy. Le troi flétrie
est Guillaume-Antoine
,
Abbé.
La Soeur aînée est Bonne de
Chastelux, mariée à François,
Comte de Saint Chamans, Marquis
de Mery. La Cadette est
Judith de Chastelux
,
Dame &
Chanoinesse de Poulangy en
Champagne. La troi siéme est
Anne de Chastelux,mariée à
Charles de Vienne, Comte
de Commarain en Bourgogne,
Chef de l'illustre Maison de
Vienne.
Pour ce qui est de sa Maison
)
e vous diray feulement qu'elle
îfl des plus anciennes du Royaune
; alliée
aux plus nobles &
plus considerables, comme Blai-
£ny, Choiseul, Joyeuse, Lenoncour
,Amboise
,
Hocbert, Maion
Souveraine d'Allemagne,
la Rovere d'U rbain, Saint Verain
, Rodenac,Savoisy
,
Longuy
,
Pontalier, Bourbon - l'ancien
,&que ceux de cette Maison
n'ont point d'autre nom,
ny d'autre origine queChastelux.
Depuis la fin du dixième siecle
qu'on commence d'en sçavoir les
Successeurs en ligne ditecte jusqu'à
aujourd'huy ,Mr le Comte
de Chasteluxquivient de mourir
, estlevingtième en ligne
directe de Pere en Fils, & ses
Peres ont possedé toutes les
Charges militaires de l'Etat.
Vous en trouverez parmy les
Maréchaux de France, parmy
les Amiraux, Gouuerneurs de
Province, Lieutenans Généraux,
Gentilshommes ordinaires de la
Chambre du Roy, Chambellans
des Ducs de Bourgogne, Enfans
d'honneur des Rois, Capitaines
de cent hommes d'armes des ordonnances,
dans letemps que ces
Compagnies estoient Ji considerables.
En un mot, c'est une
Maisonqui n'a jamais fourni que
des gens pleins de courage &
d'honneur, &qui sont presque
tous morts au service de l'Etat.
Vous sçavez sans doute le prî-,
vilegedel'ainé de cette Maison
dans l'Eglise Catedrale d'Auxerre-
Illeur a estéacquis furia
fin du quatorzième siecle, par
Claude Sire de Chaftelux & de
Beauvoir,Vicomte d'Avalon Baron de Quarré, Conseiller,
d'Etat
,
Chambellan du Duc
de Bourgogne,Gouverneur de
Nivernois éc Maréchal de France.
Ce privilege est d'avoir la
premiers place du Choeur, Se
d'y estre assisen habit de guerre,
un Surplis par dessus
, un Baudrier
, & une Aumusse au bras,
un Oiseau de Chasse sur le poing,
avec séance & voix déliberative
dans le Chapitre, & droit de
distribution comme Chanoine.
Le Maréchal de Chastellux acquit
cedroit pour avoir défendu
à ses dépenslaVille de Cravant
appartenance au Chapitre, contre
les Ecossois
, qu'il chlila06
qu'il défit, ayant fait prisonnier
de sa main le sieurComte de Boukan
,
Connestable d'Escosse quit
les commandoic. Comme il
rendit libéralement le bien de
l'Eglise d'Auxerre
,
le Chapitre
par Acte juridique luyaccorda
le droit qu'on vient d'expliquer
, pour luy & sa posterité
masle possedant laTerredeCha- - stellux. Les armes de Chastellux :
font d'azur à la bande d'or, ac- - compagnée de sept Billettes
,
quatre en chef, trois en pointe,
support deux Lions tenant chacun
un Etendart de ~nople où
est écrit, Asonplaisir. Le cimier est
une Reine decarnation, habillée
des armes de la Maison, ayant
sur ses épaules deux Perroquets
de sinople, & pour Devise au
dessus,Asonplaisir. Le cry de
guerre de la Maison est, MontrealàSiredeChastellux.
Le 4. du même mois Mr le
Marquis de Pracontal ayant esté
détaché avec treize cens chevaux
pour aller au devant d'un
Convoy
,
qu'il amena le même
jour au Camp, fut rencontré
par douze cens chevaux commandez
par le General Palsi,
qui alloient au devant de ce Convoy
, bien avertis de sa marche,
mais mal de l'Escorte,quiestot
partie en deux tem ps , & par
deux chemins. Mr de Pracontal
chargea les Cuirassiers, les renversa
3
& les miten fuiteIl en
vesta quarante sur la place. Il fie
trente prisonniers,& ne pe-rtiic
qu'un seul homme qui se trouva
estre un Cornette de Cavalerie,
riche de trente mille livres de
rente. Les Ennemis ont ajouté
cette action à la fin de la relation
de l'affaire de Chiari, qu'ils
ont publiée
, &. aprés avoir
dit que voyant les François
su perieurs
,
ils s'e stoient retirez
en bon'ordre
,
ils ajoûtent en finissant
qu'ils ont tué environ
soixante Soldats, & quelques 0fficiers,
qu'ils ont ramené quelques
chevaux &qu'ils n'ont eu
que huit ou dix hommes tuez ou
blessez. Ils ne peuvent nierqu'ils
ont manqué leur coup, & qu'ils
ont esté repoussez
, parce que
c'est un fait trop public, &trop
confiant. Cependant ils s'attribuent
l'avantage des Vainqueurs
ans aucune raison , & sans aucune
vray-semblance. Il n'y a
qu'en France qu'on trouve la veritédans
tout ce qu'on imprime
de nouvelles, où l'on ne parle
qu'avec moderation, & sans insulter
personne, ce que les autres
Nations ne fontpas,même
en temps de Paix. Tous les
Etrangers en demeurent d'accord.
> Vousattendez,sans doute ,
un détail de la maladie, de la
mort, & du convoy de Jacques
II. Roy d'Angleterre, il faut
vous satisfaire sur toutcela.
e Depuis un Anthrax que ce
Prince eut il y a deux ans, qui
su ppura fort peu, & quelques legers
mouvemens de goutte, sa
santé parut fort ébranlée; mai,
f
cela devint beaucoup plus [enG-..
ble après une attaque d'apople--
xie imparfaitte ,
qui fut suiviedes
la foiblesse de tout un coLlé)(
& de sa Paralysie de quelques
doigts,arrivée au Carême dernier.
Ses forces estoient fort diminuées;
ilmaigrissoit de jour
en jour, & contre son ordinaire,
4 il paroissoit plus pesant, & plus,
assoupi. A tous ces accidens il !
estoit survenu il y a quatre mois :
un crachement de fang fort leger
dans son commencement ,
& quij
devint par la fuite plus sensible.
S. M. B. estok dans cet estatle
Vendredy 2 deSeptembre, qu'il
luy prit une grande foiblesse,
donc elle revint par le secours
des cordiaux, Dans ce moment
la fiévre s'éveilla avec l'assoupissement,
qui a conduit ce Prince
jusquesau tombeau.
Le Dimanche, troi siéme jour
de son mal,une seconde foiblesse
le mit dans un estat si pressant ,
que l'on eut d'abord recours aux
derniers Sacremens. Le pouls
luy revint un peu, aprés un
vomissement d'un fang retenu
depuis qi^Lque temps dans l'estomac
, comme' il paroissoit à
la couleur & à l'odorat. Le pouls
néanmoins qui estoit resté embarassé
,
se trouva dégagé par
;11l'IC pareille évacuation procurée
par lemoyen d'un remede
queMrFagon luy fit donner. Ce
remede donné à propos le fit un
: peu reposer) & donna quelque
esperance.
LeLtindy,cluatriéme jour de
son mal, &cinquiéme du mois
, un leger purgatif luy fie rendro
beaucoup desang retenu.
Le même jour après midy
3
les
Roy alla le voir. Sa Majesté
Britannique le fuppliade
@
trouver
bon qu'elle fust enterrée dans
l'Eglise Paroissiale de Saint Germain
en Laye. Le Royen parla
à la Reine d'Angleterre,& l'ont
ne jugea pas à propos de répondre
à ce qu'une profonde humilité
luy faisoit dire. Ce Prince
recommanda ce jour-là au Roy,
« les Regimens Irlandois qui sont
à son service.
Il demeura assez tranquillele
Mardy.
Le Mercredy , aprés l'usage
de quelques remedes propres à
arresterl'hemorrogie,cçtaccir
ent cessaabsolument, & la fiére
diminua de beaucoup.
Le Jeudy se passa sans redoublement..
Il survint un fluxd'u-
~inç-j ce qui fit concevoir quoique
esperance.
Le Vendredy huitième jour
dumal de ce Prince, la fièvre
augmenta; sa langue devint seche,
l'auoupiuemcnc ne diminua
point, & l'on apperçutque
le flux d'urine devenoit involontaire
,& que la Paralysie gagnoit
lavessie. Un purgatif qui
luy fut donné alors, fit connoistre
que cet engourdissement se
ccoommmmuunniiqquuooiitcaauuxx eennctrraâimlleess..
On perditdés ce moment toute
esperance, les accidens allerent
toujours en augmentant, 8t les
remedes furent sans effet.
CePrince setrouvasimal lai
nuit du ii. au 13 qu'oncraignit
qu'il ne mourust avant qu'elles
fust passée. Sa Majesté demanda
le Viatique pour la seconde fois,
& lereçut sur les cinq heures'du
matin avec une pieté exemplaire..
On luy avoit donnél'Extrême-
Onction le Dimanche4 sur les
trois heures après midy en mê- -
me temps que le Viatique. Le^
Prieur-Curé de Saint Germain
s'acquitta de toutes ces fonctions
d'une maniéré tres-édifiante.
Le même jour 13. aprésmidy,
le Roy alla voir pour la derniere ;
fois ce Prince mourant, & déclara
proche de son lit, & en |
presence de la Reine, & de plusieurs
Seigneurs des deux Cours,
que si Dieu disposoit de Sa Maestë
Britannique, il reconnoitroit&
traiteroit Monsieur le
)dnce deGalles comme Roy
l'Angleterre, d'Ecosse & d'Irande.
Sa MajestéBritannique
qui estoitdans un grand assou-
~issementj n'en fut point tirée
parles mouvemens que ces paoles
causerent dans la Cham-
~e, ou peut-estre
,
qu'estant
oujours en méditation, en
attendant le moment de la mort,
:11e ne voulut pas interompre,
pour les choses de ce monde, le
Sacrifice qu'elle faisoit alors de
on ame à Dieu. Tous les Miords
, en fondant en larmes, se
jetterent aux genoux duRoy
pour le remercier. Ils reconduisirent
SaMajesté en cet état,
avec des acclamations qui té-
,
moignoient leurreconnoissance,
& leur affliction ; & le mélange
de joye & de tristesse qui paroisfoit
sur leur visage, ayant quelque
chose d'aussivif pour la joye
que pour ladouleur,on ne sçavoit
si l'on devoit se réjoui r ous'affliger
avec cette Cour, quipour
trop sentir, ne pouvoirbiendémesler
elle même tout ce qu'elle
sentoit. Lanuitdu 13. au 14. our
crut que ce Prince alloit expirer,
les redoublemens estant devenus
plus frequens,& plus dangereux.
On réïtera plusieurs fois la recommendation
de l'Ame, ce quii
fut fait alternativement par lesz
Aumôniersde Sa Majesté Britanique,&
par le Curé de S. Germain.
Cependant Sa Majesté
conservoitune connoissance par:
àice qui continüa jusques aux
derniers momens.
Madame la Duchesse de Bourgogne
alla le voir le 14. à trois
heures après miçty. Ce Prince
:a remercia avec beaucoup de
presence d'esprit, &, la pria de
passer chez la Reine
,
à cause de
la mauvaise odeur quiestoit dans
sa Chambre.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
l'alla voir le 15. sur les dix
heures & demie du matin. Lorsque
ce Prince y arriva, on disoit
pour la cinquiéme fois les
Prieres des Agonisans. SaMajesté
Britannique, a près l'avoir
remercié de savisite
,
le pria de
trouver bon que l'on continuait
les Prieres. Madame l'alla voir
raprefdinée du même jour à Piflue
de f011 dîner. Il entroit fou-1
vent dans une espece de létargie,
& lorsqu'on le reveilloit dcî
son assoupissement, il répondoit
juste, & reconnoissoit tout lc)
monde. Ilavoit commencé 1©
Jeudy au soirà prononcer avec
peine
Le même Vendredy 16 que cci
Prince reçut tant devisites,
qu'il avoit oüy la Messe dans sas
Chambre, ainsi que les jours precedens
, il tomba dans une douce
agonie sur les deux heures &
demie aprésmidy, & à trois heures
& un quart, il expira sans aucun
effort, ayant la bouche riante,
cequicontinua d'une maniere
sensible quelques momens aprés
sa mort. On observa, comme une
chosedigne de remarque, & donc3
1 y a peu d'exemples, îu,en
quinze jours que ce Prince avoit
jafTez dans le lit de laniort,atia,
~ourmenté des remedesqu'onluy
ionnoic que de sa maladie, il ne
~uyestoit pas échapé le moindre
mouvement d'impatience, derepugnance,
ny même d'inquietude
,
estant dans une méditation
presque continuelle,&ne parlant
qu'autaut qu'ilétoitabsolument
necenaire,& que la charité le demandoit
Sa pieté n'avoit rien ny
d'austere ny de rude. Je n'entre
point dans les choses touchantes,
& plus édifiantes encore, qu'il a
dites à la Reine pendant les quinze
jours qu'a duré sa maladie;
elles font au dessus de toutes fortes
dexpre ssions. La maniere
dont il a parlé à Monsieur le
Prince de Galles, n'est pas moins;
digne d'admiration, &moins dif-:
sicile à exprimer. Il luy a fait,
voir par des discours aussi touchans
que Chrétiens, qu'il nc,
devoit point mettre la Couronne
en parallele avec la Religions
& l'a conjuré de ne le faire jamais
Il a protesté tout hautJI:
qu'il pardonnoit sincerement &:o
de tout son coeur, à tous ceuxx
qui luy avoient causé tant de mal,
& qu'il prioit Dieu qu'il leun
pardonnast, en ajoutant qu'il
leur avoit de grandes obligations,
puisqu'ils estoient peut-estre la
cause de son Salut qu'il esperoit..
Il a tenu ces discours plus d'unci
fois, & les a renouveliez en recevant
le Viatique. Ce n'ell1
point l'état où il se trouvoit, &
l'assurance d'une mort certaine
qui 1ont fait parler ainsi, puisque
depuis le commencement de
ses malheurs, jusqu'au moment
de sa mort, les chagrins qu'il
ressentoit
,
peut-estrepluspour
saFamille que pour luy, n'onc
jamais esté cause qu'il luy soit
rien échapé contre les auteurs de
tous ses maux Il s'estoitmis pendant
tout le cours de sa vie par
une fermeté heroïque au dessus
de toutes les disgraces qui luy
,,,efloient arrivées; & toutes les
fois qu'il s'efloit agyde la Reli- '-' gion ,
il avoit fait voir une conf-
: tance digne des anciens Chré-
:
tiens. Il estoit d'une valeur intret
pide , & il en a donné des preuves
en plusieurs batailles, tant sur Terre que sur Mer,mais ce
n'est pas icy le lieu de s'étendre
sur des choses qui regardent ceim
qui travailleront à son Hilloire.,
Lorsque ce Prince fut expiré
Mr Desgranges, Maistre des Ceremonies
de France,-'fit exposër
son corps à la vûë du Peuple.
Le Clergé de la Paroisse de
SaintGermain ,
les Reçolets qui
sont dans lemême lieu, & les
Auguftms des Loges, aunombre
de douze qui se relevoient de
tem ps en tem ps, formerent deux
Choeurs,qui psalmodierent toute
la nuit, & le matin on commença
à celebrer des Messes sur

deuxAutels dressez dans la même
chambre où estoit le Corps.
Le Samedy 17. sur les quatre
heuresaprés midy, on l'ouvrit,
- &con l'embauma. On luy trouva
tres- peu desang, & presque reduit
en eau, tous les visceres,
les entrailles, & même lecoeur
fletris & extenuez. A l'ouverture
du crane ilsortit une tresgrande
quantité de ferofitez, &
les ventricules du cerveau étoient
absolument pleins d'eau.
Son Corps futporté lefoir, avec
peu de ceremonie aux Benedictins
Anglois du Fauxbourg S.
Jacques, où il doit rester en dépost
jusqu'à ce qu'on resolve où
il fera inhumé. Son coeur a esté
portéauConvent de Sainte Marie
de Chaliot, où est celuy de
lafeuë Reine sa Mere. Son Convoy
n'étoit composé que de trois
carosses. Dans le premier, precedé
de quatre Gardes du Corps
qui portoient des flambeaux, étoientun
Aumônierqui porcoùú lecoeurdu Roy,le PereSandun,
Confesseur de Sa Majesté, (oln
Compagnon, un autre Aumônier,
detixCI-i--tpel.ilns,ùkle Prieuri
de S Germain. Dans le second,
estoit le Corps de ce Prince, ôoi
Mrdu Vinet, Exempt des Gardes
du Corps de Sa Majesté =
Tres-C hrétienne. Vingt-six Gardes
duCorpsmarchoient devant,
& derriere, avec des flambeaux..
Le Convoy estoit terminé par
un troisiéme carosse
,
dans le--
quel estoient Mr le Duc de Bar- - vvik, Mr Porter, Vice-Chambellan
de Sa Majesté Britanique,
Milord Midelton
,
MrDes-
-
granges ,
Mr Hamilton, Maistre
de la Garderobe, & Mr Ploiden,
Controlleur de la Maison de
Sa
Sa Majesté. Mr d'Ingleton, Aumônier
de Semaine
,
fit un discours
en Latin, en remettantle
corps du Roy entre les mains du
Prieur des Benedictins, qui répondit
en la même Langue, Se
ces discours furent trouvez fort
touchans. Le corps couvert
d'un poële fut mis fous un dais
dans une Chapelle tenduë de
noir. Le même cortege qui avoit
estéaux Benedictins accompagnalecoeur
jusqu'à SainteMarie
de Challiot. Le même Mr
Ingleton fit aussi un tres-beau
di scours en remettant le coeur
entre les mains dela Superieure,
qui y répondit avec beaucoup
d'esprit.
! Je dois ajoûtericy
, qu'aussitost
que le Rov fut expiré, M
lePrince deConty, qui depuis
quelques jours n'avoit point
quitté S. Germain, estant parent
de la Rei ne , eut l'honneur des
saluer le jeune Roy. Mr le Nonces
dit à ce nouveau Monarque,
qu'il avoit ordre de Sa Sainteté
de le reconnoistre après la mort
du Roy son Pere
, & Mr l'Abbé
Rizzini, Envoyé de Modéne luy
fit le même compliment de la
part du Duc 1ni Maistre.
Le 20. le Royalla à S. Germain
, & il monta d abord chez
le Roy d'Angleterre qui l'attendit
au haut du grand Escalier en
long manteau, & condui lit Sa
Majesté dans son A partement
en prenant la main gauche. III
se trouva deux fauteüils, & le
Roy s'assit dans celuy qui estoit
! la droite. Lavisite futcourte,
SaMajestéBritannique conduisit
le Roy, qui l'empescha d'aller
aussi loin qu'il auroit souhaité.
LeRoy alla ensuite chez la Reine
quiestoit au lit, & demeura
prés d'une heure avec cette Princesse.
Madame la Duchesse de
Bourgogne arriva pendant ce
temps-là, accompagnée de Madame
la Princesse, de Madame la
Duchesse,de Mademoiselle d'Anguien,
&des Dames du Palais
de Madame la Duchesse de Bourgogne.
Elles estoienttoutes sans
mantes, parce que la visiten'estoit
pas deceremonie. Madame
la Duchesse de Bourgogne alla
d'abord chez S.
-
M. B. qui la
reçut à la porte de sa chambre.
Elle y resta peude temps, & ne
s'assit point. Cette Princessealla
ensuite chez la Reine,où elle
trouva ~le Roy, qu'elle y laissa.
Aprés une courte visite, cette
Princesseallachez Madame la
Princesse d'Angleterre, oùelle
resta debout. Monseigneurle
Dauphin,&Madame la Princesse
de ContyDoüairiere [y
arriverent de Meudon une demi-
heure après Le Roy avant
que de partir alla chez Madame
la Princesse d'Angleterre,
.gMoeguneeig&neuts les Ducs de Bour- de Berry
,
Monsieur
le Duc & Madame la Ducçnfîe
d'Orleans, Monsieur le Prince,
Monsieur le Duc & Madame la
Duchesse, Madame la Princesse
de Conty, & generalement tout
ce qu'il y a de personnes de dl!::
tinction àla Cour,ont estéfaire
des complimens au Roy, à la
Reine, &àMadame la Princesse
d'Angleterre.
,
Le c Sa Majesté Britannique
rendit visiteau RoyàVersailles,
& à Madame la Duchesse de
Bourgogne. Cette Princesse étantalors
à la Messe,S.M.l'attendit
dans sonappartement. Mon-
, seigneur le Dauphin, & Messeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de Berry estoient partis pour
Fontainebleau.
Je ne dois pas finir cet Article
sans vous dire, que tous ceux
qui ont vû ce jeune Roy en sont
charmez. Son air, ses manieres,
&sonesprit frapent d'abord également
tous ceuxqui ont l'honneurde
l'approcher. TOUtcftCO
ce jeune Monarque infiniment au
déplus de son âge j & quoy qu'il
doivebeaucou p auSangdontil
cil forti
,
il ne doit pas moins à
son éducation.
Le Roy,Madame la Duchesse
de Bourgogne, Madame, & Madame
la Duchesse d'Orleans partirent
lemême jour pour
aller
coucher à la belle maison de
Seaux
,
qui appartient à Monsieur
le Duc du Maine. Cette
maison
,
qui estoit déja fameuse
avant qu'elle eust esté acquise
dpaarvacnetaPgreince, le devint encore
l'année derniere au
départ de Sa Majesté Catholique
, par le sejour que le Roy
y fit. Sa Majesté qui en avoit
remarqué les beautez, avoit t moigné une grande envie d'y
retourner, '& Monsieur le Duc
du Maine n'avoit pas perdu un
moment pour rnetue cette maison
en estat de recevoir un hon-
1 neur si précieux. Outre les apartemens
nouveaux, lesembellisfemens
, & les reparations qu'on
avoit faites au dedans, les Jardins,
les Fontaines &les Statuës
qui depuis sept ou huit ans se
trouvoienttres-negligez,avoient
esté rétablis avec de grands soins.
Il a fallu pour cela une diligence
qui surprend ceux qui avoient
vu huit jours auparavant cette
maison tout en desordre
, &embarassée
de toutes fortes d'Ouvriers,
Madame laDuchesse du
Maine retenuë au lit par sa grossesse,
a donnésesordresavec une
exactitude
, une application &
uneaè-tivitéi l'ardent marquent bien destr qu'elle avoit de voir Seaux honoré de lapresence
du Roy. Sa Majesté yarriva
le21.surlescinqheuresdusoir,
avec Madame la Duchesse de lBaoDurugcohegsnseed,M'Oardléamanes&. Madame
SaMa- J en descendant de carosse enrra chez Madame la Duchesse
du Maine,
,
& aprés Elle alla se
promener à pied dans les Jar- dins, qu'elle parut voir avec bien du plaisir.Ellesoupaavec
les Dames. Toute laCouraesté
commodement logée. Les ameu- blemens magnifiques ont réponduala
beauté desappartenons.
Le Roy alla les visiter luy-même
le lendemain matin, & loüa ex- trêmement l'ordre & la proprequ'il
y trouva. L'apré(dmée.
aMajesté en Caleche visita tout
; Parc,enloua de nouveau les
iverfes beautez, & donnades
vis pour des ornemens qu'on y ,
purroit ajoûter,en quoi cePrin- emontra son goût,quis'accorde
bien avec sa magnificence, sur
3.sujet des Bastimens, des Eaux
du Jardinage.Monsieur le Duc
u Maine auroit bien souhaité
e marquersa joyepar d'autres
ivertissemens, & par quelques
pectacles
,
mais Sa Majesté l'aoitabsolument
défendu; & à
on égard il doit avoir afrez- de
His.saél:ion par celle que le Roy
uy a marquée. LesPrincesses
ont témoigné la même satisfation
de leur sejour
3
&. nonpiïlemsnc
cUes se font agréablement
promenéesdans tous Ic:î
endroits du Parc, mais elles ont
voulu voir tous les appartc.:
mens, & ont paru surprises dol
leurcommodité & de leur grand
nombre.S.M. partit pourFontaii
nebleau le 23. au sortir de la Mes
se, sur les dix heures, aprés avoir
témoigné de nouveau a onleUli
& à Madame la Duchêne du
Maine combien Elle estoit satisfaite
de leur maison, & même
du zele de leurs Domestiques
laissant esperer que ce ne sera
pas la derniere foisqu'Ellehonorera
de sa presence un lieuqui
a eu le bonheur de luy plairey^
qu'Elle semble n'avoir fait que
reconnoistre en passant, pour en
venir goûter les agrémens avec
plus de loisir&plus detranquillité'
»
Voici les noms de quelques
ersonnes distinguées
,
dont la
ort est arrivée depuis ma dericre
Lettre.
MessireLoüis le Boullenger,
leur d' Hacqueville,Maistredes
Requestes honoraire. Illaissede
euë Dame Catherine le Mairat,
quatre Fils, pourvus des Charges
de Maistre
des
Requestes, Concilier
au Parlement, Maistredes
Comptes,& Conseillerau Grand
Conseil.
Dame Anne le Gras, Epouse
de Messire Jean le Nain, Conseillerdela
Grand'Chambre. Elleestoit
Fillede Messire François
le Gras, Seigneurde Luarc & des
Loges, Maistre des Requestes 6c
de Dame Marie le Clerc de Lesseville,
& laisse entre-autres entans,
Messire Jean le Nain qui
été Avocat du Roy au Chastelet.:
puis Conseiller au Parlement &x
qui remplit si dignementaujour--
d'hui la charge d'Avocat general
MessireCharles Louis de Valois,
Chevalier d'Engoulefme,tj
Premier Gentilhomme de lai
Chambre de S. A. S. Monfieuirf
le Prince de Conty.
Messire Paul Bailly, Seigneur1
d'Aurigny, Ecuyer de Madame: la Duchesse d'Orleans, Il y a J
longtemps qu'ilestoit attaché à:
la Maison de feu Monsieur
, ce : quiluy avoit fait faire le Voya-«
ge d'Espagne avec la feuë Reine
d'Espagne,premiere Femme du
feu Roy Charles II, Il estoit
Frere de Mr Bailly, Avocat General
au Grand Conseil, & de
Mrl'AbbéBailly.CetteFamille
st: fort connuë dans le monde.
Nous avons perdu Mr BourluIt)
estimé & connu de tout
monde par les beaux ouvraes
qu'il a donné au public, &
ar l'heureux talentqu'il avoit
our toute fortede Poësie. On
oit des genies excellens pour
e serieux qui ne sçauroient se
abaisser juiques au Comique; l'autres merveilleux pour le
Comique qui ne peuvents'élever
rjuausqftu'au serieux ; mais Mr Bourpassoit
aisément du serieux
à. l'enjoüé
3
du Comique à la
Morale, de la Poësie sublime
à la Poësie lyrique, sans estre
étranger en aucun endroit 5 &
dans quelque genre qu'il écriyiA~
c'estoit toujours celuyoù
il écrivoit le mieux. Il n'eb
pas moins poli dans sa Pfofèq
que dans ses Vers, comme R
fait voir le Recueil des Letcrt?
qu'ilnous a laifré,-&- il est atfcd
surprenant qu'il ait possedé Li
Langue Françoise dans une à
grande perfection, sans avoùi
aucune connoissance de la Lati-
-
ne. Cequi auroit eU an dest
faut dans une autre,cftoii:-ce,
qu'ily avoit de plus e'{lim-abl_!
en luy. Il travailloit tout dCJ:
son fond, & l'on ne pouvoir
luy reprocher que snu esprit
fust celuy des Latins ou-desti
Grecs. Ce fut pourtant un
malheur bien grand pour luy.
Feu Mr le Duc de Montausier
luy fit faire un Livre en
pour l'éducation de Monfei- J
leur le Dauphin. Ce Livre
pour Titre, tetude des Souerains
,
6c est rempli d'exemles
iilustres 6c necessaires aux
eunes Princes que l'on entrerendd'instruire
, le Roy en Vue
res-content , & Mr le Duc de
Montausier persuadé que l'Aueur
efloit capable de contribuer
L former la jeunette d'un grand
Prince, le proposa à Sa Majesté
pour estre Sous-Précepteur de
Monseigneur
,
6c il n'y eut que
son seul défautde Latinité qui
fut un obstacleà un honneur
& à une fortune si considerable.
Il est mort avec des marques
d'une Pieté tres - exemplaire,6c
a laissé pour Ensans un Théatin
, un Capitaine d'Infanterie
¿, une fille Religieuse. Quand
il a efll; surpris du mal qui JV
emporté. Il meccoi t la dernieromain
a un excellent Ouvrage*
qu'oncroit qui paroistra cet^
Hiver. Il a pour Titre ~Bfope
la Cour. C/cfi comme une suite
de l'autre Esope qu'il a fait, Sq
qui a eu un si grand succés..
Le Haufficol, mot de la derniere
Enigme, a esté trouvé par Mrs c Bardet 6c son Amy du Pressis du
Mans;Mr Julliot Lieutenant&:
AifcfTcur du Comté de Bernon
Tamiriste & son Fils; Gosselin,
& du Bois,Amans non Rivaux
de MademoiselleC du Quay
des Morfondus, le beau Guibillon
de la Salle Dauphine, & sa
charmante Perspective 5 le nouveau
Notaire de l'lue Nostreamc,
ôe l'aimable Veuve Desrdes
;le beau Fourneau. Mef-
:moiselles Javotte Ogier, jeune
use du coin de la ruë de Richeeu
; Barbierj Mongin de la rue
; la Harpe; Beran du coin de
ruë S. Severin, & sa charmante
ousinejl'aimable Mademoifel-
Rebours du bas de la ruë de la
arpe; l'agréabled'Ingré j Saueau
du bas dela ruë de la Harpe;
a Gouvernante,& les
aimables
Dupons de Bretagne 5 la belle
C.hapeliere, à l'Enseigne de la
rande Barbe 5 la Princesse de rebisonde Mr parlez-moy
e cela, tous deux de l'lac Nôrc-
Dame 5 le Pigmée de la rue
Le la Harpe; Mademoiselle Balouleau)
& sa bonne Amie Anrelique
Rayellau.
- L'Enigme nouvelle que je VOUJ
envoye cil: de Mr le Maistre.
ENIGME. 1E n'aynypieds, ny mains, m
tesie
j
JBtje vis cependant paisible en
maison;
IIriefipointd'homme ny de besse
Qui me puiffi tirer de ma douce pri-J
fin.
le necrains que lefer, & quand[un
une table
On memet3il riefi rien qui foitplus1
délictltj
Et ce qui paroiss admirables
Ctft quej'yferstoujours&mafaucet,
gj-monplat.
Les paroles qui suivent ont
îsté mises en Air par le même
Musicien qui a travaillé sur celles
de la premiere Chanson que
vous avez trouvée au commen.
cement de cette Lettre.
AIR NOUVEAU.
pIarrot, mon cher voisin,
Voicy l'Automne qui s'dvatzce,
Parguémocquons-nous dudeftin,
J'aurons du vin en abondance.
Beuvonsfoir&Matin
,
Ou bouterions-notis la Vendante
J'ons phu de grappes de rdifin,
Que degrains de bleddai s la Grange.
Je vous ay déjàparlé dans ma
Lettre du mois de May, d'un
Gentilhome Sicilien,appelle M;
Zumbo,&plus particulièrement
encore dans celle du mois de:
Juin, au sujet d'une Teste anatomisée
qui marque une habileté
singuliere, & en quelque
forte prodigieuse> car c'estlejugement
qu'en ont faiticy ce qu'il
y a d'habiles gens, & de meilleurs
Connoisseurs. Peut-estre
auronsnous le bonheur de retenir
cet Illustre Italien en France
,
la protection qu'il a nous le
fait esperer, & son sejour icy feroit
de quelque utilité pour le
Royaume Il y a quelque temps
que Monseigneur luy fit l' honneur
de le faire venir à Meudon
j ou cette fameuse Teste fut
admirée de ce Prince, ainsi que
de Madame la Princessede Conty
)
la Doüairiere , de Monsieur
le Prince de Conty, & quantité
de Dames & Seigneurs qui se
trouvèrent alors à Meudon. J'ay
appris depuis peu, qu'il avoit
travaillé a deux autres ouvrages,
qui ne meritent gueres
moins d'estre admirez. Ce font
deux caisses garnies en dedans
de Figures en relief, d'environ
deux pieds. Dans l'une, on voit
la naissance de jesus-Christ
avec les Pasteurs qui l'adorent
& dans l'autre, la descente de
la Croix. Tous les Peintres, les
Scul pteurs, & les personnes de
bon goust
,
qui voyent tous les
jours ces deux Ouvrages, ne peuvent
se sasser d'en dire du bien,
non-seulement à cause de la delicatesse
du travail & de l'art
qui paroist dans ces deux ouvrages,
mais plus encore parce qu'ils?
y remarquent une intelligence?,
profonde, & un goust exquis):
de l'ancien & du moderne,oui
l'on voit briller les Correges
les Carraches) les Raphaël, 8cz
les Michel-Ange. LeDessein des
chacun deces deux
ouvrages eftf
dd,'un gousiLt tout-à-fCait nouveau,c
la composition en est merveil-":
leuse, & la distribution ne l'effef
pbaiesnmoins, car il est sans doutes
difficile d'unir si bien lad
Peinture avec la Sculpture, que
l'on ne tombe point dans quelque
forte de secheresse, ou ded
dureté.Mais icy, l'Art est si délicat
& si bienentendu, qu'il les
disputemême à la Nature. Les
couleurs en font justes, & bien
proportionnées, les attitudes naturelles
,
& point forcées
3
les
groupes harmonieux, lesexpressionsvivantes
, de forte que
chaque Figure marque quelque
sentiment, & paroist: presque
parler, mais chacu'ne dans le caractere
qui luy est propre. Ainsi dans la naissance,l'on voit la dis-,
serence des phisionomies, la simplicitédes
Pasteurs
,
leur étonnement,
ou leur joye, leur humilité)
&leur dévotion; & partout un
art qui frape, l'Auteur y ayant
uni le noble & lerustique
) pour
rendre le sujet plus Pittorésque,
avec une dégradation, & un
sLoaust de couleurs merveilleux.
descente delàCrç^WÏÏ comporée
d'objets' nobles î & d'ex-'
préssions toutes douloureuses
au contraire de la naissance
,
oU:L
tout inspirela douleur & la joye,
tandis que tout est plein de tristesse
& de douleur. Le dessein-
& l'execution tout en efl éga--
lement admirable. Mr Coypel,
premier Peintre de Monsieurlet
Duc d.'Orleans, avant vu les ? deux ouvrages> dont je viens de:
vous parler, en fit un rapport si i
avantageux à ce Prince, quii
avoit déjaadmiré la Testeanato,-
mique.que Son Altesse R. vou- - lut bien faire l'honneur a l'Auteurde
les aller voir chez luy -
, < ce qaç^ce Prince ne avec une; grosse Cour. Iltrouva le rap--
port de Mr Coypel, si juste qu'il
derOjC^pjp^és deux heures a exa- - miner ces deux Ouvtagesjmais Î ppeenadda,inat ce temp s tous ceux qui eftoienc
toient presens ne cessérent
oint de l'admirer luy-même
)
remarquant son bon goust, ses
ves lumieres, les maniéres dont
s'exprima pour faire connoistre
lUt ce qu'il remarquoit de beau
ans ces Ouvrages,&la parfaite
nnoissance qu'il a desAnciens.
développa sur l'heure avec
ne penetration peu ordinaire
ix plus habiles, tout ce que
[r Zumbo avoit imité dans chane
Figure des plus habilesPeines
, & des plus fameux Scul-
:eurs de l'antiquité.
Les grandes choses que le Roy
faitespendant son regne, tant
pur l'accroissement dela Reggoioirne
Catholique,que pour la
dela France, qu'il a augmentée
de plusieurs Provinces,
luy ayant fait meriterle surnom
de Grand, les François voulan
laisser à la posterité des marque
de leur reconnoissance & de leur
amou pour un si grand Roy avoient commencé l à luy érigens
des Statuës Equestres dans lejs
principales Villes du Royaumes
avant que la derniere guerre s'a.£;
lumast,& si ellen'eustpointesto
si grande, & si longue,il y avoiI
lieu de croire que ron
en auroi
bien-tost vu presque dans toutes
les Villes deFrance, & que les
Particuliers même auroient imit
le zele de Mr le Maréchal de ld
Feüillade 5 c'est ce que vient dti
faire Mr le Maréchal de Bouflers
, qui penetré de reconnoit
sance,&detout ÇÇ c^qidiflingu.*
Ï Roy, que ceux qui ont l'honeeur
de le voir de prés comme Maréchal,connoissent mieux
ue les autres,a fait élever une
tatuë Equestre dans son Chaceau
de Bouslers en Beauvoisis.
)n a choisi pour celebrer cette
este la veille du jour de la naisance
du Roy. Cette cérémonie
eitë faite avec tout l'éclat &
a magnificence possible, par les
)fficiers du Duché, tous les
Corps des Magistrats de la Ville
ont assisté
,
ainsi que les Comagnies
privilegiées de la même
Ville,qui s'y estoient renduës,
le même que les principaux du
Clergé& de la Noblesse du
Pays, qui y avoient esté invitez,
pour prendre part à l'allegressepublique.
Les peuples ac.
coururentà cette Feste de plus
de huitlieuës à la rondre. On fit
plusieurs décharges de canon de
de mousqueterie pendant toute
la journée; plusieurs fontaines
de vin coulerent , & il y eut le
soir un tres-beau Feu d'artifice.
Il seroit difficile de dépeindre
les marques d'allegresseque donnerenttous
ceux qui assisteren
à cette Feste
,
& il sembloit que ! Mr le Maréchal de Bouslers lcil.
leur eust inspiré toute la joye
qu'il devoit ressentir. Ce Maréchal
avoit choisi pour ce grand
Ouvrage, qu'il consacroit à la
posterité, le fameux Mr Gerardon
, de Troye en Champagne,
Sculpteur ordinaire du Roy,connu
dans toute l'Europe par un
grand nombre d'Ouvrages qui j
éterniseront sa memoire. Celuy
dontje viens de vous parler,
qu'il a fait &inventé
, a esté
Fondu par Mr Keller de Zurich,
qui est le premier qui ait fondu
tout d'un jet les plus grands
ouvrages de Bronze qui ayent
jamais estéfaits.
Le Roy d Angleterre estant
redevableau Comte de Perth
de là bonne éducation qui luy
attireaujourd'huy tant d'admi-
;ation-,a faitce Comte Duc de
Perth ,& dans le même temps il
a declaréComte deMontmouth
Mdord Midelton,qui estoit Comteen
Ecosse, voulant reconnoître
par là les services qu'il a rendus
au -
feuRoy. son Pere, aînsi
que son zele, -& sa fidelité pour
te défunt Monarque. Il y a ap."
parence que ce jeune Roy, qui
soûtient avec autant de jugement
que de gravité,d'esprit, ôc
de grandeur, la qualité que la;
naissance luy donne,se fouvien—
dra que le Roy son Pere luy dit
un peu avant son decés, qu'illuy\
ordonnoit de ne negligerjamais
la
pieté, quelque chose qui luy dust arriver,
qu'il n'y avoit que Dieu àb
aimer,& l'Eternité à desirer, que
quelque éclatante que parustune Couronne
,
il venoit un tempsoù on la rrgardoit
avec beaucoup d'indifference,
qu'ilse souvint toûjoursd'avoir de
< la reconnoissancepour le Roy de Fran- -
ce y
& du refyecl pour la Reine sa
Mere. Il n'y a point à douter
qu'un Prince qui paroist si ac- - compli uç fasse toute sa vie atention
aux dernieres paroles
l'un Pere, à qui dans un siecle
plus reculé on donnera le surnom
de Saint, que plusieurs luy
donnent dés aujourd'huy.
Le croiriez-vous, la grande
Flote, qui depuisquatremois, partoit tous les jourssans quitter
les Ports d^ Angleterre, & qui
enfin en estoit partie, vient d'y
rentrer, aprés s'estre pendant
quelquetemps fait voirenpleine
mer. Ainsi, voila sa Campagne
faite. Toute l'Angleterre a esté
surprise de ce retour inopiné, &
le plus habile Politique se perd
enraisonnemenssuperflus, personne
n'en pouvant deviner la
cause. L'équipement de cette
Flote revenoit à onze millions,
qui ne produiront rien cetteannée.
.'Mi» iiij
- Depuis que la Cour est à Fontaineb
leau, le Roy a continuéà
se bien porter,malgré le travail
excessif que luy cause lafituation
où se trouvent aujourd'huy
les affaires de l'Europe. Ce Prince
prend tous les jours le divertissement
de la Chasse
, pour se
délasser de ses grandes occupations.
Il va tirer deux jours de
fuite, & le troisiéme il donne à
toute le Cour le divertissement
de la Chassedu Cerf. Les Princes
vont tous lesjoursàlaChasse
avec le Roy,ou avec Monseigneur
,
& quelquefois avec
Monsieur le Duc d'Orleans,ou
avec les meuttes de Monsieurle
Duc du Maine, & de Monsieur
le Comte de Toulouse. Monfeigneur
va souvent à la ciiaiTeau
Loup
}
où il mènequelquefois
Messeigneurs les Princes. Il occupe
le grand A ppartement de
a Reine Mere
,
ou tous les soirs
1 y a Jeu. Ce divertissement est
quelquefois mêlé de celuy de la
Comédie.
Le Roy ayant fait l'honneur
à Mr l'Ambassadeur de Venise
ie tenir son Fils sur les Fonds,
Sa Majesté luy a donné son Portrait
enrichy de pierreries. Il
seroit mal-aisé de faire voir plus
d'estime que le Royen marque
pour cet Ambassadeur. Il n'y a
point à douter qu'il n'en soit
digne
J ce Prince ne donnant
jamais son estime qu'au merite.
Mr de Matan
3
Colonel du
Regiment de Beaugeay, estant
mort, le Roy a donne son Regiment
à Mr du Gua
,
Brigadier
de ses Armées, & Colonel d'Infanterie
reformé. Je ne vous di;.i
rien ny de l'un ny de l'autre,il
n'y a point d'Officiers en France
qui ne soient d'une valeun
éprouvée.
Le26. de ce mois, Mr l'Abbé.
de Fortecuiere, Maistre de l'O-1
ratoire de Son Altesse Royales
Monsieur le Ducd'Orléans, porta
de la part de ce Prince au-
Convent desReligieuses du Vall.
de Grace deux grands Reliquaires
d'argent tirez de la Chapelle
de S. Cloud de la valeur des
deux mille écus. L'Abbesse &3
lesReligieuses après avoir tenu
Chapitre receurent ce present à
l'entrée de leur Convent ,
&J
conduisirentcet Abbé dans leur
Chapitre, ou elles avoient fait
reparer une table pour y plaer
les deux Reliquaifes, qui
enferment un morceau du voie
de la Sainte Vierge, & un
morceau du manteau de S. Joeph.
Ce fut dans ce lieu, où
\1r l'Abbé de Fortecuiere fit
on compliment, dans lequel il
narqua à ces Dames, combien
1 se sentoit honoré de l'ordre
qu'il avoit receu du Prince son
Maistre, de remettre en leurs
nains des choses si précieu..
ses, que leur Communauté conserveroit
dans tous les Siecles,
comme le gage de son affection
ëcdefa grandeur. Ilajoutaqu'il
ne doutoit point, qu'elle ne connussent
le vrai & tres pieux mo- tif qui avait engagé ce Prince à
leur donner une marque si con-i
siderable de son souvenir
, laquelle
devoit les engageràredoubler
leurs saintes prierez
pour le repos de l'ame de feu
Monsieur
,
dont elles conserver
le coeur avec ce'uy dela Reino
sa Mere. Lorsque cette ceremo
nie fut finie
,
c'est-à-dire, apré*!
que Madamel'Abbesse & le<Ȕ
Dames en charge de l'Abbaye
eurent donné l'Acte qui conve- rtit pour la décharge de M~
l'Abbé de Fortecuiere. ~Cetr
Abbé demanda à aller dans les
lieu où est exposé le coeur defeu
Monsieur pour y prier Dieu. Il y
fut accompagné par Madame
l'Abbesse, & suivi de plusieurs
Abbez qui l'avaient accompagné
dans ce lieu, & de plusieurs
Officiers de Son AltesseRoyale
Monsieur le Duc d'Orléans. Enli
te, on leur fit voirtoute cette
:aison
,
dont la magnificence
(l duë aux liberalitez & à la
ieté de la ReineMere. Ils en
dmirerent les beautez, &. ces
)ames n'oublierent rien detout
e que la civilité & la reconnoifance
devoient leur inspirer en
areille occasion.
e Personne ne doitestre surpris
le ce que les Deputez des Cerles
de l'Empire qui estoientasemblez
à Heilbron, ont conclu
k. figné un Traité dAssociation,
pour maintenir la Neutralité
, juisque les démêlez de l'Empeeur
avec l'Espagne ne regardent
Empire en aucune maniere
3 s'il prenoit party, d'une affaire
particulière
,
il feroit une affaire
generale qui mettroit le sem
dans toute l'Allemagne. Comment
l'Empire feroit-il obligé:
d'entrer dans la guerre que l'Empereur
vient de commencer, puifclti'en 1683. au mois d'Avril
il fut dit & declaré à la Diette
de Ratisbonne, que lesecourscontre
les Turcs avait toujours eslè demandéparl'Empereur,&
accordepar les
Etats,comme un secourscharitable,
&volontaire ? Si dans une affaire
.de cette importance
,
& qui regarde
en quelque maniéré l'Empire
,
à cause des suitesqu'il en
doit craindre,il n'estpoîntob 'igé
d'assister l'Empereur, & ne
luy donne des secours que par
grâce, Sa Majesté Imperiale ne
oit point trouver mauvais que
Empire luy en refuse pour l'arandissement
de sa Maison. Le
ecours donné contre les Turcs
eut empêcher qu'après avoir
attu l'Empereur
,
ils ne penerent
dans l'Empire
,
mais celuy
[lie l'Empereur en recevroit auourd'huy
pourroit estre préjuliciable
à ce même Empire, puisluie
plus l'Empereur s'agrandioit,
plus il se mettroit en estat
d'inquieter un jour l'Empire.
Si tous ceux qui font des actions
particulières en Italie
dignes de la curiosité du public,,
prenoient soin de les faire sçavoir
, on a pprendroit souvent
quantité d'actons qui se sont
paOEécs à nostre avantage, &
qui effaceroient celles que les
Allemans grossissent tellement
qu'ils auroient de la peine à te.
reconnoistre eux - mêmes. On
peut dire qu'ils ressemblent à ces
Auteurs de Theatre, qui sçaventsibien
étendre le petit point
d'Histoire qu'ils prennent pour
le sujet de leurs pieces, qu'à peine
le reconnoist-on parmi les
choses merveilleuses qu'il y ajoûtent.
Si j'estois bien informé Cy
la derniere action de Mr d'Entragues,
je vous en ferois un détail
; mais les pardcularitez de
certte action n'estant pas venuës àmaconnoissance, je vous diray
feulement qu'il a batu ua
parti quivouloit enlever un de
nos convois, qu'il a fait quarante
prisoniers
,
tué quatre-vinert
Allemans, & blesséun fort grand
nombre,
Il ne se passe presque point
: jours,que Mr de Seinfal ne
détaché, & qu'il nerevien-
: avec quelque avantage. Mr
Maréchal de Villeroy, qui
avoit avec combien de boneur,
de valeur, & d'adresse il a
ujours réùssilorsqu'il a esté
mmandé pour aller en parti,
demanda au Roy en partant
ur l'Italie, ne doutant point
u'il n'yréüssit eomme il avoit
.it par tout ailleurs,
Les Cuirassiers de l'Empereur
ui donnoient de la terreur aux
urcs, ont esté moins heureux
Italie que les autres Troupes
e S. M. Imp. & ils ont prefue
toujours esté batus, même
ans les occasions, où ils deoient
tirer avantage de leur su.
perioricé. Six cens de ces Cuu
raffiersayantattaqué un Convv
qui venoit de Soncino
-
onteiu*
repoussez&batuspar Mrde: Louvierre,Majorau Regimes
de Monperoux, quoyque Il
Troupes qu'il commancfoit fuj
sent beaucoup inférieures » nombre. Vingt Cuirassiers oc
esté tuez en cette occasion
l'on , y a fait vingt-cinq prison
niers.
De quelque maniere que II
Impériaux parlent des assain
d'Italie, il est confiant qu'i:'
n'ont que deux partis à prendra
dont l'un est de passer l'hiv
dans leur Camp,- & l'autre d'
bandonnerl'Italie. Ils avoient
compté sur la Mirandole, Se fil
leurs intelligences dans Ma~
toü, & dans le Milanez, tou,t
leur a manqué ; & en dernier
lieu ce qui leur vient d'arriver
dans le Milanez acheve de détruiretoutes
leursesperances de
cecosté-là
, ce qu'ils avoient de
bannis dans leur Armée ayant
esté défait& pris parle General
Colménéro. Ils ne peuvent esperer
de places des Venitiens,
ilsfont trop rages pour leur en
donner, &. beaucoup de raisons
qui font assez connues doivent
empescher qu'ils n'en donnent.
III faut donc, si les Allemans veu- lent rester en Italie qu'ils demeurent
ensevelis dans leur
Camp. On peut dire que lorsqu'-
ils travaillent à s'y retrancher,
ils bâtissent une Forteresse pour
la peste. Il est à fouhaicer que
leurs retranchemens soient bonsilt
afin qu'elle n'en forte pas. Peutelle
leur manquer, s'ils passent:
tout l'Hiver au milieu de toutes
leurs ordures, & de tous
leurs excremens, & de ceux
d'une infinité de femmes & d'ensans
qui grossissentleurArmée,
au milieu des immondices, que
causent tout ce qui sert à leur
nouriture, & des ordures de
leurs chevaux, &de grand nombre
de bestiaux sans lesquels ils
Jo ne pourroient subsister C'est
dans un lieu si rempli d'odeurs
infectées, Seou leurs corps morts
doiventaussiestre enterrez qu'ils
publient qu'ils paieront l'hiver.
Si suivant les remarques que les
Italiensontfaites, les Allemans
n'ont jamais esté en Italie sans y
aufer la peste, il est à presumer,
u'ils en feront encore plustost
ttaquez dans un Camp comne
celui qu'ils occupent aujour-
'huy, qu'ils ne l'ontestéautreois
lorsqu'ils avoient toutes
eurscommoditez.On doitajoùerà
tout ce que je viens dedire,
ue n'ayant jamais d'Hôpitaux
ans leurArmée, il rechape très
peu de leurs malades, ce qui
ointà tout ceque jeviens de saie
voir, qui infectera leur Camp,
en rendra encore l'air plus empestéOutre
l'infection quinaisra
de tant de chosesdifférentes,
a misere l'augmentera encore,
& il est impossible
, que la necessité
de vivres pour les homnes,
& pour les chevaux ne les
rende bien languissans. Il est
inoüy
,
qu'uneArmée ait jamai.
pu subsister sans magasins, & que
des fourages voiturez par chariotsen
puissent faire subsisterla
Cavalerie, mais quand cela se
roit possible cc ne seroit que pour
un Camp, dans lequel les vivres
&les fourages peuvent entrer de
toutes parts ,
maisil n'en pourra
entrer dans celu y desImpe.
riaux que par les Montagnes. Il
y en a deux raisons incontestables
L'une, que nos Troupes
couperont tout ce qui pourroit
entrer dans leur Camp par quelque
autre endroit. L'autre, qu'-
ils ne peuvent rien tirer des2
lieux circonvoisins parce que
ces lieux ne produisant que ces
qui est absolument neceffairo
pour la nouriture des Habitant
duPaïs, ces Habitans craignant
de se voir réduitsdans la derniere
necessité, ont fait transporter
loin des lieux de leur demeure
, tout ce qui doit les faire
subsister pendant l'Hiver prochain.
Si aprèsavoir tant souffert,
les Imperiaux pouvoientse flatter
de faire la Conqueste du Milanez,
en sortant de leur Camp
à l'ouverture de la Campagne, ils auroient dequoy *se consoler
de toutes leurs souffrances, mais
pour se rendre maistres du Milanez
,
il fautassieger des Places,
& pour faire des S îges, il
faut des magasins de vivres, &
de munitions de guerre; il faut
des Hôpitaux pour les blessez
remplis de Chirurgiens & de , remedes
5 il faut deux puissantes-
Armées
,
l'une pour assieger , l'autre pours'opposeràtoutes les
Troupes de France quiseréüniroient
pour secourir la Place assiegée
3
& il seroit presque imp
ossible au reste de l'Europe uniensemble
d'en fournir autant: qu'il seroit necessaire pour cclii
S'il ca ainsi, comment un reste de ; Troupes ruinées & abatuës
)
Se:
qui sortiront comme d'un tombeau
, en sortant du Camp où
elles auront elle ensevelies pendant
tout l'hiver, dans l'ordure,
pourront-elles le faire? Cependant
, si l'Armée Imperiale ne se
met en cet estat
,
il estoit inutile
qu'elle vint en Italie;aussi peuton
dire qu'elle n'y est venuë que
pour perir, & que les intelligence*
le ces Chefs y avoientn'ayant
en produit, elle ne pourra emporter
le Milanez à force ouver-
;ainsiilneluy servirade rien
estre entrée en Italie.
Pendant qu'elle aura languy,
ussert ,& dépery dans Ton
amp durant tout l'Hiver, l'Arée
de France plus nombreuse,
ai aura passétout l'Hiver dans
= bonnes Villes,qui n'aura manlé
ny de vivres ny de fourages,
: dont les malades se porteront
ien,parcequ'elle a de bons Hôitaux
,
se trouvera preste à faire
îste à des Arméesplus nomreufesque
l' Empereur secouru
e tous sesAlltez,ne peut en metre
sur pied de ce costélà ; ainsi
on doit attendre avec traniuillité
l'événement des affaires
d'Italie & si les Francois accoutumez
à vaincre ne vouloienc
: point triompher tous les jours,
ils feroient reflexionqu'ils n'avoient
rien à faire, au delà
de ce qu'ils ont fait,lis n'ont
point pris de Places, parce
qu'ils ne font pas venus pour
en prendre; ils font entrez
en Italie pour empêcher qu'on
en prie, & ils onc réüssi. Ils
n'ont pû gagner de Batailles,
parce que s'il effc difficile d'engager
au Combat un Ennemi
qui ne veut pas se battre, il
est impossible de le faire dans un
pays coupé, & si rempli de marais
, de fossez, & de canaux, qu'à peine peut-on en beaucoup
d'endroits y mettre feulement
deux Escadronsenbataille. Oure
toutes !es choses qui doivent
aire voir le bon estat ou se trouent
lesFrançois,ils doiventestre
atisfaits de lamauvaise situation
lU font les Allemans, & s'ils
ouloientfaire de souhaits, ils
le pourroient souhaiter davanage
pour le bien de leurs affaiesen
Italie. On a fait beaucoup
le détachemens de l'Armée des
leux Couronnes, la fuite nous
pprendra à quel dessein ils ont
;iïéfaits» Mr leComte de Tessé a
:fté détaché avec quelques Brigades
d'Infanterie
,
& deux Re,
,imcns de Dragons, pour aller
tucosté de Castiglione. Mr le
Duc de Sesto a allffi esté détaché
avec deux Bataillons François
& un Espagnol pour se rerancher
à la Canonica.
- Je ne vous dis rien de la situa
tion des affaires de Hollande
les Maistres de cette Republi
que ont leurs raisons pour VOUL loir la guerre, que le peupli
ne souhaite pas. Ils la comment
ceroient s'i ls estoient les plus
forts
,
mais loin d'estre en esta
de prendre des Places, ils ne
pourroient défendre leur pay
s'il estoit attaqué. Le Roy les rcs
garde faire avec une heroïque ffi
sage tranquillité. & donne lieuà
toute l'Europe d'admirer sa mo <
deration,sa patience,&sa bonté
Si ma Lettre n'estoit point dé
ja trop remplie, je vous envoye
rois une nouvelle Relation du
passage de la Duna par le Roy dol
Suéde, je la reserve pour le moi
prochain.
Mr le Prince de Vaudemont
artit dés l'onziéme de Septemre
pour assembler un Corps de
Troupes dans le Milanez. Le
Regiment de Clermont Cavaleie
,
l'avoi t precedé. Il y a outre
cela sept Regimens
, avec toute
a Cavalerie de l'Etat de Mian,
& le Regiment d'Albert.
Le 19. on avança un poste
:001posé de cinq Bataillons, &
du Regiment de Dragons de
Languedoc
,
au-dessus du Village
de Chalco
,
qui est distant
d'un mille d'Urago, & qui n'est
qu'à deux milles de Pontoglioooù
est la droite des Ennemis, quiont
toûjours leur gauche à Chiari,
Mrle Comtede Tessé dont jç
vous ay déja parlé du détachement,
partit le 18. Il y a 16. Bataillons,
& un Régiment do
Dragons dans Mantoüe, dont
on peut tirer une partie pour
quelque expédition. Le temps
nous apprendra à quoy tous ces
mouvemens auront abouti. J=
fUris, Madame, vostre, &c.
A Paris ce 3. OFlobre 1701.
On vient de me dire que nous a
avons fait un grand fourage eni Italie. 1lesso;t couvert de 2000.
hommes. Les Ennemissontvenus.
avec 3000. hommes pour l'enle-

yer. Ils ont esté repoussez
, & le :
fourage nous est demeuré. Ce que
@
*
nous en avons enlevé incommoderafort
lesEnnemis. On dit que
jique Mecanique.. 9S
Innet sur les quatorze Rois de Francequi
ont porté le nom de Louis.-
159
alanteries. il2
,ettre contenantplusieurs remarques
tres-çurieusessur tHi(foire; 166
ModesdesDamescfEspagne.zn
Sonnet qui a remporté Le Prixdonné
parMn leiLanternijJes deTou-
131
Autressur le memesujet. 735
Z*amitiéplusforte que l'amour.244.
Madrigal. 249
Discours prononcéà S.Cyr lejourde
Saint Louis. 249
Faujjt-te^dunomrn'cJDupont. 259
Prieres fondées pour lt RoyaBefinçon.
265
Article touchant Mr l'Abbé Borde-
Ion. 291
Services faitspourfeuMonsîeur. 273
Augmentationfaite à l'Academie des
Inscriptions. 183
Marchandises arrivées pourla Com- pagniedesIndes.303
Morts. 310
Zotterie de l'Hôpital<£Angers 314
Etat de l'Escadre deMrdeChaaeau-
Renaud. 327
NoCuvelhleRiealatrioin.d.e Vaffaire de 331
Treizç censCuira(fiers del'Empepereur,
battus parMrde Pracontai.
367
Détail de la Maladie, de la Mort,
& du Convoy du Roy d'Angleterre.
369
Vit'!s rendues aunouveau Roy. 385
Séjour du Roy à Seaux. 390
Morts. 395
Enigmes; 400
Ouvrages de MrZumbo. 403
StatuéEquestre élevée dans le Château'de
Bouffiers. 409
Dignitez^donnéesparlenouveau Roy
-
dangieterre. 413
Retourde la flotedangleterre & de
HollandeauxDunes. 4-15
Divertissemens de Fontainebleau,
416
Present donné au Fils de MrlAmbaffadeurde
Venise. 417
Régimentdonné. 417
Predsen'Ot fairtlpéaraMnonssie.u4r le1D0uc
AffmatiendesCercles de Empire.
421
Affaires d'Italie,& leur (ituation.
423
Affaires de Mollande. 435
Suite des affaires d'Italie. 436
L'air qui commence par, Sortez, trtjhssoupirs,page165.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le