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Eur.
511
m
1701.7
Eur
. 511m2
17017
Mercure
<36624505520019
<36624505520019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1701.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
Onouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra une Piece de trente fols monnoye
courante , relié en Veau , & trente fols .
en Parchemin , & vingt- huit en feüilles.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL ya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis de puis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
"les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
Aij
AU LECTEUR.
4
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1701 .
Ous ne devez point
eftre furprife , qu'a .
prés ce qui eft arri
vé aux Treforiers Generaux .
de l'Extraordinaire des Guerres
, les affaires du Roy , qui
devoient s'en , reffentir , ne
A iij
6 MERCURE
s'en trouvent aucunement alterées
. Vous devriez au con .
traire , connoiffant les manieres
& laprudence de ce Prince ,
marquer de l'étonnement , s'il
y avoit quelque chofe qu fuft
capable de leur porter quel .
que atteinte. C'eft dans les
temps difficiles pour les affaires
, de quelque nature qu'el
les foient , que le Roy fe dif.
tingue , & fait des actions
qui luy font uniques. Plus il
arrivera pendant le cours de
fon Regne , de ces chofes fâ->
cheufes, qui felon les conjon
Aures où elles arrivent pourGALNAT:
7
roient préjudicier à l'Etat, plus
Sa Majesté aura d'occafions
de s'attirer l'admiration de
toute la terre , & de fournir
des morceaux brillans pour
fon Hiſtoire , par la maniere
dont Elle fçaura toujours
s'en tirer. Neuf millions qui
ne circuloient plus , avoient
rendu l'argent rare ; on ne
payoit plus à l'Extraordinaire
des Guerres . On croyoit dans
le Public que le Roy eftoit redevable
de groffes fommes
à ceux qui en manioient l'argent
, & quelques Etrangers
publiant en même temps arti-
A iiij
8 MERUCRE
ficieuſement qu'il avoit paſſe
chez eux beaucoup de noftre
argent , & que l'on en faifoit
fouvent des fontes , cher
choient par
là à mettre
de la
confufion
dans
l'Etat , en y
faiſant
devenir
l'argent
encore
plus rare qu'il n'y eftoit . Le
peuple
qui n'approfondit
rien
d'abord
, & qui s'attache
à ce
qu'il voit , eſtant
convaincu
de
la rareté de l'argent
, s'en prenoit
à la fauffe caufe
qu'on
luy
en infinuoit
malicieusement
,
même
par des articles
imptimez
dans les Nouvelles
étrangeres.
Il voïoit
cette rateté
d'ar.
gent , & il ne luy entroit
pas
GALANT : g
dans la pensée qu'il eftoit im
poffible qu'eftant alors plus
haut icy comme il l'eft
même encore prefentement ,
que dans les Pays Etrangers ,
il cuſt paſſé en d'autres Etats.
Heft fi vray qu'il y eft plus
haut , que les Hollandois , en
travaillant au dernier Traité
de Commerce , demanderent
fouvent qu'on le baiſſaſt , parce
que nous attirions en Fran
ce toutes les efpeces de l'Europe.
Nous devons tomber d'ac
cord qu'à caufe de l'argent qui
entroit chez nous , & du haut
taux où nous le tenions , nous
10 MERCURE
achetionslesmarchandiſesplus
cher, parce que les Etrangers *
en augmentoient le prix , ce
qu'ils eftoient obligez de faire
par la perte qu'ils faifoient
chez eux fur l'argent que nous
leur donnions , & qui valoit
moins dans leurs Etats . Mais
il eftoit plus important pour
les avantages de la France que
nous achetaffions quelques
marchandiſes un peu cher, &
que l'Etat fe remplift d'argent.
Cependant le peuple en voiant
fa rareté , ne l'attribuoit qu'à
la fortie imaginaire des efpeces
. Cette rareté augmentoit ,
8
GALANT.
II
& la raison en eft fort aifée à
concevoir. Les Treforiers de
l'Extraordinaire des Guerres
ne rendant point neufmillions
à des Particuliers , du nombre
de ceux dont l'argent eft tou
jours en mouvement, ces neuf
millions qui devoient paffer
& repaffer continuellement en
d'autres mains , ne circulant
plus, & ceux dont la profeffion
eft de faire profiter leur argent
eftant à l'affuft dans de
pareilles conjonctures , pour
tenir celuy dont ils abondent
auffi ferré que s'ils n'en
avoient point , l'ayant rendu
12 MERCURE
encore plus rare , afin d'entirer
de plus gros intereſts , la difette
alloit en eftre extrême ,
quoy qu'il y en eut toujours
dans le Royaume avec la mê .
me abondance qu'auparavant,
fi le Roy , qui prévoit à tout ,
n'euft fait examiner les affaires
des Treforiers de l'Extraordinaire
des Guerres , & n'euſt
apporté unprompt remede au
mal qu'il trouva tres - preffant,
en fe chargeant du payement
de leurs dettes . Paplà ce Moargenturen
narque a remis
mouvement. Il a raffuré les
Particuliers, dont les clameurs
GALANT: 1.3
auroient fait croire que l'Erac
eftoit perdu , & qu'il n'y avoit
point d'argent dans le Royaume.
Ainfi d'un malheur capa
ble d'en produire une infinité
d'autres, il a tiré un avantage
confiderable , en mettant les
choſes dans une fituation fi
heureufe pour ceux qui prétent
leur argent, qu'au lieu quedans
les tempsles plus floriſfans , ilsle
prétoient aux Particuliers pour
les affaires du Roy , avec une
efpece de crainte , ils ouvri
ront dorefnavant leur bourse
avec une entiere confiance , .
tant parce qu'ils font perfua14
MERCURE
dez qu'ils ne perdront rien
en prétant à ceux qui font les
affaires du Roy, que parce qu'il
ya fujet de croire que ceux à
qui ils prèteront ne convertiront
pas à leurs ufages particuliers
les fommes qu'on
leur confiera , parce qu'ils feroient
punis de mort. La generofité
du Roy a paru en cette
occafion , ce Prince n'ayant
pas hefité un moment à conclurre
au remboursement des
Particuliers fur les propres
fonds. Il a fait voir par cette
même action ſon bon gouver
nement , & fes lumieres dans
,
CALANT
་ ད
1
les affaires de fon Etat , en prévenant
par une prudence confommée
, aux dépens de fes
propres deniers , des maux qui
feroient devenus plus grands ,
s'il ne les avoit arreſtez dés
leur fource .
Vous fçavez que les Religieux
de Saint François de la
Famille de la Terre Sainte ,
qui font les Obfervantins Recollets
, & Penitens du Tiers-
Ordre de Saint François , &
de toutes les Nations du monde
, François , Espagnols , Italiens
, Allemans, Polonois , Hibernois
, Portugais , Indiens ,
16 MERCURE
& autres qui font fous la pro .
tection des Rois Tres Chreftiens
de France , & fous l'obeiflancedu
General des trois
Ordres de Saint François , gardent
les Saints Lieux , où Dieu
a voulu que les miſteres de
noftre Redemption ayent efté
operez , & qu'ils y refident depuis
quatre cens foixante années
. Vous ne fçauriez croire
avec combien de témoignages
de joye & de reconnoiffance
ces Religieux ont reçu
les Lettres Patentes que Sa
Majefté leur a accordées au
mois de May 1700. Ils ont
GALANT. 17
écrit du mois de Septembre
dernier en ces termes . Nous
rendons graces infinies à Dieu ,
d'avoir reçu de Paris , du mois de
Fuin , la copie imprimée de la con
firmation de l'ancienne protection.
des Rois de France , de nos
Privileges , que Sa MajefféTres-
Chreftienne Louis XIV, nous
a bien voulu accorder & confir
mer. Nous prions Dien qu'il le
confer ve nombre d'années , & le
faffe profperer en toute maniere .
Ces mots font auffi dans la
même Lettre. Le jour fuivant ,
aprés avoir reçu cette copie , le
Superieur appliqua & fic appli-
Juillet 1701 .
B
18 MERCURE
quer toutes les Meffes & Prieres
des vingt trois Convents , Mif-.
fions & Hofpices , oùfont plus de
deux cens Religieux dans la Paleftine
, Egipte , Sirie , Phenicie ,
Chypre Romanie ,pour deman
der à Dieu qu'il conferve Sa
Majefté nombre d'années en par
faite fanté , & qu'il faffe profperer
en toute maniere la Famille
Royale , & tout fon Royaume.
On a fceu dans ces mêmes
lieux que Monfeigneur le Duc
d'Anjou avoit efté appellé à
la Monarchie d'Espagne , &
voicy ce que le Pere Raphaël
Ventajol , Procureur General
GALANT . 19
de Terre-Sainte , a écrit fur
ce fujet au Pere Cherubin-
Bouchage, de Lyon ,Religieux
du Tiers Ordre , & Agent à
Paris , pour les affaires des
Saints Lieux.
De Jerufalem le 15. Mars 1701,
D'Abord que nous arsons (gem
la nouvelle certaine de l'exal
tation du petit Fils de Louis le
Grand, le Duc d'Anjou, à la Cou
ronne d'Espagne , fous le nom de
Philippe V. laquelle nous a ofté
envoyée de France & d'Espagne,
le Superieur General des Saints
Bij
20 MERCURE
Lieux , le Reverend Pere Eftienne
de Naples , donná ordre dans les
quatre Convents de S. Sauveur ,
du S. Sepulchre , de Bethleem &
de S. Jean dans les Montagnes de
Fudee , comme auffi dans tous les
Convents , Chapelenies & Hofpices
de Terre Sainte que troisjoursconfecutifs
, on chantaft le Te
Deum avec une Meffefolennelle,
qu'on appliquaft toutes les
Meffes prieres de ces jours pour.
le Tres . Chreftien Roy de France ,
pour le Roy Catholique , afin
que Dieu les confervé avec leurs.
Maifons Royales avec leurs Monarchies.
GALANT. 21
Le 12. du mois de Mars , le
Superieur officia pontificalement ,
avec la Croffe& la Mitre, & les
autres ornemens Epifcopaux , fui .
vant les privileges qu'il a de divers
Souverains Pontifes , &
chanta la Meffe en Action de
Grace de la réunion des deux
Royaumes dans la famille de S.
Louis. Nous fimes ouvrir cejour
là par les Turcs la porte de l'Eglife .
du S. Sepulchre pour en fairefor.
tir le Superieur qui eft François
& qui précha à la gloire des deux
Monarques , excitant les Auditeurs
à rendre graces à Dieu de
l'union des deux plus Puiffants
22 MERCURE
Royaumes de la Chreftienté, ce qui
fera le triomphe de la Religion
Catholique , & l'humiliation des
Heretiques.
L'Eglife du grand Convent de
S. Sauveur eftoit fort ornée de
fleurs, tant naturelles qu'artificiel .
les , ily avoit une fi grande,
quantitéde cierges blancs qui bru
lerent jour & nuit , que jamais
on n'avoit veu nos Eglifes fibien
éclairées. La Meffe fur chantée
en' Mufique par diver's Religieux
de toutes les Nations de la Chreftienté,
& quand ellefut finie , on
chanta le Te Deum avec toute:
la folennité poffible. Le même ,
GALANT. 23
jour on chanta aussi une Meffe
tres folennelle pour le même fujerfur
le Saint Sepulchre de Noftre
Seigneur. On fit la même choſe
à Bethleem , dans l'Estable ou la
Sainte Grotte, dans laquelle eft né
le Fils Dien. La Meſſe finie &
chantée par les Religieux , aydez
des Bethleemites , & par plus de
cinquante enfans de Bethleem que
les Religieux de S. François inf
truifent , & qui fçavent leplein
chant en perfection , le Gardien
de Bethleem entonnale TeDeum .
Les Religieux Preftres revêtus de
Chapes , &les Freres, defurplis
allerent proceffionnellement de l'E
24 MERCURE
glife de Sainte Catherine qui eft
eelle du Convent, à la Grosse cù
Noftre Seigneur eft né , portant
tous desflambeaux de cire blanche ,
✔its y rendirent graces à Dien
de l'heureufe nouvelle qu'ils a
voient recene de l'union des deux
Royaumes dans la Maifon de S.
Louis N ..3
A S. Jean de Judée , où il y a
un Convent de l'Ordre de S.
François bafti dans la Maiſon de
S. Zacharie , on fir les mesmes
ceremonies qu'en Ferufalem &
Bethleems On chanta folennelle
ment la Meffe , &onfit la proceffion
enchantant le Te Deum , &
allant
GALANT. 25
ellant à la Chapelle baftie dans le
lieu même où eft né S. Fran Baprifte
Les Meffes & Officesfinis,
je fis enforte queles Religieuxpuf-
Seni mefler quelques re ourẞinces
corporelles aux fpirituelles . Ileft
tres rare que nous avons du porffon
frais en Jerufalem ou Bethleem
pendant le Carefme, j'y poureus
autant qu'il mefut poffible , onpefcha
à Gaza & àFapha , & ious
les Religieux François , Eſpagnols ,
Hibernois , Italiens , Portugais ,
Indiens & autres , crierent plufieurs
fois , Vivent les deux premiers
Monarques de la Chrétienté
le Roy de France &
Juilles 1701.
C
"
26 MERCURE
le Roy d'Espagne.
Le lendemain , le Pere Vicaire
chanta la Meſſefolennelle avec
les mêmes ornemens d'Eglife . Ily
avoit autant de lumieres qu'au
jour precedent , & parce que
c'eftoit un jour de Dimanche où
tour le Peuple Catholique , qui ne
parle n'entend que la langue
Arabe vient à la Meffe & à la
Predication , le Pere Curé pref
cha en Langue Arabe , afin que
le peuple compriſt ce qu'il avoit à
luy expofer. Il fit part à l'auditoire
de l'heureuſe nouvelle qu'on
avoit reccue pew de joursaupara-
"vant de l Exaltation de Philippe
GALANT, 27
Và la Couronne d'Espagne , &
recommanda à fes Auditeurs de
prier Dieu pour fa confervation ,
pourSa Majesté Tres Chrefsienne
noſtre invincibleProtecteur,
qui nous a donné un fi grand
Monarque.
Le quatorziéme je chantay la
Meffer comme en qualité d'Efpagnol
, j'ay plus d'intereft que qui
que cefoit à cette grande nouvelle,
L'expofayle S. Sacrement de l'Audel
, fis orner l'Eglife le mieux que
je pus , e fis encore augmenter
lenombre des cierges, qui brulerent
jour nuit enfigrande quantité,
que noftre Eglife de S. Sauveur
Cij
28 MERCURE
n'eftant pas fort grande , elle pa
rut toute brillante de lumières.
Vous/çavez, mon Reverend Pere,
qu'ily a dans cette Eglife des
baluftres qui feparent les deux
ailes du cofté de la Nef qui eft dans
le milieu , lesfemmes eftant aux
deux coftez , les hommes dans
la Nef du milieu. Ces baluftres
eftoient tout remplis de flambeauxe
de cire blanche . La corniche qui
regne au tour de l'Egliſe eſtoit pleine
de cierges ; tous les Autels en
eftoient parfaitement garnis ,
au milieu de l'Autel, outre le grand
nombre qu'il y en avoit , 013
wooit les douze chandeliers d'arGALANT
29
gent du S. Sepulchre . La chaleur
eftoi fi grande dans l'Eglife qu'on
avoit de la peine à y refter ; d'un
autre cofté nous n'epargnames
pas
les parfums
:
Dans les trois Mffes quifu
rent chantées par le Superieur qui
eft Italien , par le Pere Vicaire
qui eft Français, e par moy qui
fuis Espagnol , les Religieux n'ou
bherent rien pour bien chanter,
chacun s'y portant de coeur ego
daffection Comme on a vou prefché
en François dans la premiere
Meffe du Samedy , en Araben
en Zialien dans la feconde Weffe
au Dimanche, bonprefcba en Efr
l'on
C iij
70 MERCURE
pagnol à la mienne Cefut le Pes
re Gardien de Bethléem qui fic la
Predication. Ellefut
fiingonienfes
que je me crois obligé de vous em
parler Il prit pour texte lesparo
les de l'Ecriture. Venice Filiæ
Sion , & videre Regem veftrum
Salomonem in Diade
mate. Il commenca fa Predica
tion par la mort de Charles II.
ayans parlé quelque temps des
vertus de ce Monarque, il ajoûca
qu'on pouvoit dire delug , ce que
noftre Religion Seraphique chante
de noftre PereSaint Françon , par
rapport à Saint Pierne d'Alcantara
; fçavoir, quequoy qu'il nous.
GALANT.
31
femble mort , il ne l'est pas veritablement
, ayant laßé un Succeffeur
qui luy reffemble entierement. Mor
tuus eft Pater nofter Seraphicus,
& quafi non eft mortuus, fimilem
enim reliquit fibi Petrum poft fe.
Qui eft celuy qui eft tout femblable a
Charles II. C'est le Petit - fils du
grand Monarque Louis XIV. fçavoir
Philippe V. & Fils de Monfeigneur
le Dauphin.
›
Pour lors il commença à décrire ,
& à louer la Maifon de Saint Louis
dune maniere qui le fit admirer
de tous les Auditeurs rapportant
des chofes admirables de tous les
Defcendans de Saint Louis jufques
au nouveau Monarque Philippe V.
Rav d'Eſpagne , & il invita tout
le monde à reconnaitre ce grand
Ray pour digne Fils d'un fi faint
Ciiij
32
MERCURE
Ayeul , par les paroles de fon texte,
Venite Filiæ Sion , & videte
Regem Salomonem in Diademate
, quo coronavit illum mater
fua. Il montra par de bons paffages
de l'Ecriture -Sainte , que Philippe
eftoit ce Salomon pacifiqué Roy de
Jerufalem , ayant esté à fon avenement
à la Couronne une fource de
paix. Il dit que les Filles de ferufalem
font les Religieux de $ . François
qui habitent les Lieux Saints
la Mere qui avoit couronné
ce nouveau Roy Salomon , eftoit la
France & l'Espagne , qui font aujourd'huy
une même chofe . Il dit pour
preuve de cette verité , qu'on pouvoit
regarder la France & l'Espagne, qui
toutes deuxportent des Lis dans leurs
Armes , comme ces deux tiges de
Fleurs de Lis , l'une naturelle , &
& que
?
GALANT.
33
l'autre artificielle , qu'apporta la
Reine de Saba au Roy Salomon ,
pour éprouverfa fageffe ,& fa science ,
&qui étoientfi femblables, que Salo
mon pour les diftinguer , fut obligé de
fe fervir d' Abeilles qui fe poferent
fur le lis naturel, & par là on le dif
tingua de l'artificiel. Il dit , que
les lis de France & d'Efpagne
cftoient aujourd'huy frunis , &
fi femblables qu'on ne pouvoit
plus les diftinguer l'un de l'autre.
La Meffefinie , on chanta encore le
Te Deum , aprés quoy les Religieux
allerent au Refectoire . Je don
nay enfuite à manger à tous les Pauvres
qui fe prefenterent , & à qui je
diftribuay une grande aumône , les
exhortant à prier Dieu pour les deux
Monarques , & pour la Paix do
Europe , luyrendant graces de cette
"
34 MERCURE
༣ ་
heureufe union des deux premieres
Monarchies de la Chreftienté qui leur
faifoient efpererà l'avenir toute forte
de bonheur.
Le Reverend Pere Superieur de
Ferufalem , & Cuftode de Terre-Sain
te a envoyé fes Ordres par tous les
Convens , Hofpice's , Chapellenies ,
& Millions de ces Pays , afin que
troisjours confecutifs onfaffe la méme
chofe qu'en Jerufalem , & qu'on ap
plique toutes les Meffes pour les deux
Monarques. Tous les Eſpagnol's marquent
tant dejoye qu'ilfemble qu'ils
foient tous natifs de France. Its difent
le temps eft arrivé où les deux
Royaumes ne font plus qu'une même
chofe. Dieuen foit loué à jamais , .
que
conferve les deux
Mon Jamais , &
leur Famille Royale.
GALANT. 35
Je ne fçay fi en parcourant
toute la terre on pourroit
eftre affez heureux pour découvrirle
Pays que M' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
de Bordeaux , a décrit dans le
petit ouvrage que je vous
envoye .
***********************
PAYS INCONNU.
Vous
Ous m'avez fait , Oronte , une
admirable Hiftoire ,
Qui paroift une Fable , & queje ne
-No puis croiress and at Pink -
D'un Pays merueilleux , où tous les
Habitans ,
2.6
MERCURE
Reglez par la vertu , vivent toujours
contens.
On y voit les Pafteurs , avec un foin
extreme ,
Conduire doucement leur Troupeau
qui les aime ,
Et toûjours attentifs aux infultes des
loups ,
Pour l'en mieux garantir , Pexpoſer
à leurs coups. OTOVI
On ne lesy voit pasfans attache &
** fans peine ,
En fuccer tout le lait , en arracher la
Maine O OMI 2YA¶
Ny que luy furvendant juſqu'aux
plus petits foinson o
Leur coeurfoit de rocher dans fes plus
grands befoins I own doing in
Ils ne le laiffent pas errantfurlafoutolgere
from Wenstrom in [gereT
Pour aller cajoler quelque jeune berGALANT
37
Et perdre fans raifon la plupart de
leur temps ,
Adelaffer l'espritdans les plaifirs des
fens, [ bonde
Là de jeunes Abbez la troupe vaga-
Ne vitpas dans l'erreur des Maximes
du monde
Et marquant du mé ris pour des biens
immortels
,
Ne profane par ceux qu'on confacre
aux Autels
Le Juge en ce pays eft toûjours équitable
,
Protege l'innocent, &punit le coupa
ble.
Les charmes des prefens n'y trouvent
nul accés ,
Potrgagnerfürement un injufte pro-
CÉS
Là les divers detours que la chicane
inventes
invente
okoli
28 MERCURE
N'immortalisent pas une cauſe méchante.
Les fubtils Avocats , les rufez Procureurs
,
Ne couvrent pas le droit d'embarras
ny d'erreurs
.
IMA
Les differentes loix d'où naiffent tant
de doutes ,
Labyrinte éternel rempli de faules
routes ,
Ne fervent pas d'excufe à la mauvaifefoy
Qui donne adroitement un faux fens
à la loy.
Une foule d'écrits groffis par l'avaricevut
Pernicieux moyens d'acheter la Juftice
Ne font plus en ufage ; & fans rolle,
&fansfrais , wor
Onyjuge d'abord&finit les procés.
GALANT. 39
Là , tous les Medecins , qu'on croit
les plus habiles ,
Paffent publiquement pour des gens
inutiles.
Ony reffentfortper lafoibleffedes ans,
Ony vitfans remede, & l'ony vitlongtemps.
En ce lieu , le Marchand ne dit que
ce qu'il penfe ,
Son commerce fidelle y produit l'abon
dance.
Content d'un gain modique , il vend
à juste prix ,
Et croit que le furplus eft injuftement
pris.
La fainteté des moeurs en a banni
Lufure ,
Le fauxpoids , le menfonge , & la
fauße mefure.
Sa probité connue augmente fon credit;
40 MERCURE
Il n'a qu'une parole , & l'on croit ce
qu'il dit d
Les Epoux vivent là , fans degouft ,
fans querelle. [ éternelle,
L'Amour leur fait goûter une paix
Et l'ardeurdefesfeux animant leurs
defirs ,
·Dans les mefmes douceurs fait de
nouveaux plaifirs. [ loufie ,
Là , les cruels foupçons , la morneja,
Qui naiffant de l'Amour , luy font
perdre la vie,
Ne troublent pas l'Hymen d'un funefte
poiſon ,
Qui fouvent par caprice , étoufe la
Carns raison...
Chaque homme eft affuré quefa Femme
eftfidelle ,
Ileft leplus aimable , & leplus beau
sapour elle.
Rien ne la charme tant , & Epoux
àfon tour.
GALANT.
41
Trouve en elle l'objet le plus digne
d'amour.
C'est un treforpourluy , dont il eft affez
riche
,
Sans courre comme un Cerfaprès plus
d'une Biche
Et portant chez autruyfa folle paffion,
S'expofer à fubirla loy du Talion.
Là , de fa beauté même une femme
idolâtre
Ne charge pas fon teint de cerufe &
de platre ,
Et par des ornemens qui bleßent la
pudeur ,
2
Ne donne pas fajet d'attaquer fon
bonneur.
Elle n'abuse pas un Mary debonnai
10 ,
Imputantfa parure au deſſein de luy
plaire.
Juillet 1701.
D
42 MERCURE
Un pretexte fi vain ne sçauroit le
tromper;
Tout homme qui le croit eft facile à
duper.
Le beau fexe en ce lieu, toujoursfage
& modefte
Evite des Amans le commerce fac
neste ,
Et ne fefertjamais d'un injufte moyen
De conquerir des coeurs , & de dinner
le fien.
On n'y voit pas courir la jeuneffe indifcrete
و
Auxplaifirs défendus que donne une
Coquette
Ny qu'au mépris des loix , avec em
portement ,
La débauche ou le jeu l'occupe incefceffamment.
Portée à la vertu , rien ne lapeutféduire
;
GALANT. 4?
Elle enfuit les leçons qui la doivent
conduire ,
Etfaintement reglée auplaifir qu'elle
prend ,
Neconnoiftpas l'Amour , fi lHymen
ne l'apprend.
On ignore en ce lieu les fureurs de la
guerre ,
Fleau du Ciel , qui ne fert qu'à détruire
la terre.
Lors que quelqu'un s'éleve , on le voit
fans ennuy
Et perfonne n'y court fur le marche
d'autruy.
[ vie
L'orgueil; l'ambition
, l'avarice
, l'en
Nyfont pas comme ailleurs les
crans de la viena slov 136
On s'y paffe depeu l'on n'a befoin de
rien
ty
Le merite & l'honneuryfont le plus
A grand bien!
G
Dij
44 MERCURE
Ce beau Pays , Oronte , eft- ilpeint -
furla Carte ?
Plus je veux le chercher , & plusje
m'en écarte.
Mais à cetterecherche il nefaut plus
rèver ,
Quelque chemin qu'onfaſſe on ne peut
le trouver.
Quoy que l'article qui fuit
ne foit pas nouveau , il vous
fera fans doute plaifir parce
que vous y trouverez les circonftances
d'une ceremonie
,
dont vous n'avez peur - eſtre
jamais appris le détail . Les
Papes ont accoûtumé la premiere
année de leur Pontifiita
GALANT.
45
cat , & enfuite de fept ans en
fept ans , de diftribuer folennellement
les Agnus Dei ,
dans la Semaine de Pafques .
Ce font de petits Pains ronds
& ovales , de cire blanche , en
forme de Medailles , où paroift
d'un cofté un Agneau qui tient
l'étendart de la Croix , figure
de nôtre Seigneur , & de l'autre
l'image de quelque Saint . Le
Pape d'aujourd'huy, pour fatis.
faire à cette coutume miſté.
ricufe , aprés avoir dit la Meffe
dans fa Chapelle du Palais le
Mardy de Pafque , reveftu de
Amic de l'Aube avec la
46 MERCURE
ceinture d'une Etole de damas
blanc , garnie de dentelles d'ar
gent enrichie de perles , com
mença par benir l'eau preparée
dans diverfes cuvetes d'argent ,
recitant lesOraifons ordinaires
pour l'eau Benite , à la fin def.
quelles il en ajouta une autre
particuliere. Il verfa enfuite.
dans cette Eau le Baume & le
faint Crême en forme de croix ,
difant les Oraifons marquées
dans le Geremonial; puis il die
d'autres ! prieres fur les Agnus
firôt qu'ils luy furent prefenrez
dans divers grands baffins
d'argent ,aprés quoy S, S.siatke,
GALANT.
47
& on luy remit fa Mitre, Alors
les Cameriers luy
prefenterent,
les Agnus Dei, qu'il plongea,
:
dans ces cuvetes d'eau benite ,
LesCardinaux revetus de leurs
aubes & ayant un linge fin de
vant eux en forme de tablier ,
avec une écumoire d'argent
chacun à la main , les retirerent
de l'eau , & les donnerent ,
aux Pretars qui les étendirent
fur des grandes tables, cauvertes
de napes tres fines. On
1.fecher, Le Pape fë
les y laiffa
laiffa
leva enfuite, dit d'autres orai
fons fur les mefmes Agnus dei.
qu'on remit dans les baffins,
48 MERCURE
aprés quoi chacun ſe retira. On
continua les jours fuivans cette
mcfme ceremonie jufqu'au
Vendredy . Tous ces jours ,
outre les Cardinaux & Prelats
il y eut diverfes perfonnes
de diftinction qui y affifterent.
La Reine melme de Pologne
y alla , de ſorte que la Salle (e
trouva trop petite , quoy que
les Gardes n'y laiffaffent entrer
que des Perfonnes de
qualité.
Le Samedy il y eut Chapelle!
Papale. La Meffe fut chantée
par le Cardinal Noris , & lePape
yaffifta fur fon Trône, reveſty
de
GALANT.
49
de fes habits Pontificaux.
Lorſqu'on eut chanté l'Agnus
Dei, un Soudiacre Apoftolique
precedé de la Croix , des chandeliers
, & de l'encens , alla
prendre des mains du Sacrif
rain de Sa Sainteté un baflin
d'argent plein de ces Agnus
Deinouvellement benis . Etant
arrivé à la porte de la Chapelle
Papale , il dit à haute voix &
à genoux , Pater fancte , iſtiſunt
agni novelli qui annuntiave.
runt vobis , alleluya . Le Choeur
repondit én mufique Deo gra.
tias , alleluya. Enfuite le même
Soudiacre Apoftolique fe le-
Juillet 1701.
E
of
MERCURE
va , & dit la même chofe une
feconde fois au milieu de la
Chapelle , & une troiſième aux
pieds du Pape , à qui le Cardinal
Diacre Affiftant mit en
main fucceffivement divers
paquets d'Agnus Dei , envelo
pez proprement dans du co .
ton. Le Pape les diftribua auffi
fucceffivement premierement
aux Cardinaux , & enfuite aux
Evêques , aux Penitenciers de
Saint Pierre , puis aux Prelats
& autres Officiers de cette
Cour , & aprés eux à tous ceux
des Seculiers de diftinction
qui estoient entrez dans la
Chapelle.
GALANT
Dans ma Lettre du mois
d'Aouft de l'année derniere ,
je vous parlay du Livre des
Monumens de Rome , fait par M
l'Abbé Raguenet . Je croy que
vous ne ferez pas fâchée de
fçavoir comment cet Ouvrage
a efté receu dans cette fameufe
Ville. Voicy ce qui s'y ett
paffé à cette occafion ,
Les Magiftrats ayant vû ce
Livre , s'affemblerent auffi
toft au Capitole , pour deliberer
ce qu'ils devoient faire pour
témoigner à l'Auteur la reconnoiffance
qu'ils avoient du
foin qu'il avoit pris de faire un
E ij
52 MERCURE
Ouvrage, qui mettoit dans un
fi beau jour les plus rares
beautez de Rome ; & aprés
plufieurs propofitions
faites
à ce fujet , ils conclurent enfin
qu'ils devoient l'adopter pour
leur Concitoyen , luy donner
l'entrée du Senat , aux Affemblées
duquel il auroit voix
déliberative toutes les fois
qu'il s'y trouveroit , & le faire
jouir de toutes les graces ,
privileges , & honneurs , qu'ils
pouvoient luy acorder , en
vertu de l'autorité du Senat &
des Peuple Romain dont ils
font depofitaires. Cette De.
CALANT 53
libération avec la Conclufion
qui en fut le Refultat , fut in--
ferée , par leur ordre , dans
les Registres du Capitole ; &
ils en firent faire , en mefme
temps , un extrait en forme
de Lettres Patentes qu'ils y
ont envoyées à M l'Abbé
Raguenet écrites en lettres
d'or , fignées de leur main ,
& fellées du Seau de la Ville
de Rome. Ces lettres font en
latin , & voicy la traduction
qu'on en a faite.
Nous les Marquis. Buon
Joanni , Montori , & Theo
E iij
$4 MERCURE
a
doli , Conſervateurs de la
ville de Rome , ſur la deliberation
par nous faite ,
l'effet de donner la qualité
de Citoyen Romain à l'Illuftre
& l'Excellent M'Raguenet
, natif de la Ville
de Rouen , Capitale de la
Normandie , Province du
Royaume de France , avec
l'autorité du Senat & du
Peuple Romain , de laquelle
nous fommes revétus,avons
réfolu ce qui s'enfuit .
Comme fuivant l'usage de
nos Prédéceffeurs , nous faisons
GALANT: S5
profeffion d'honorer auffi bien le
merite des Etrangers qui ont fait
quelque chofe pour l'avamage
de la Republique , que celuy des
Citoyens Romains afin d'animer
également tout le monde à contribuer
à fa confervation & à fon
ornement par l'espoir de la recom
penſe ;feachant que l'Illuftre &
l'excellent M Raguenet a toujours
eu une inclination finguliere pour
le Peuple Romain & pour la ville
de Rome , des Monumens de la
quelle il a fait de tres.fçavantes &
ires éloquentes defcriptions ; connoiffant
d'ailleurs fa vertu ,(a
probité , fa prudence ,fa fageffe ,
56 MERCURE
&toutes les belles qualitez qu'il¸
poffede , nous avons jugé à propos ,
nous avons réfolu de l'honorer
du titre de Citoyen Romain : &
en vertu de la fufdite autorité
dont nous sommes revetus , nous
l'en honorons , & nous le lug
donnons voulons qu'a l'avenir
il puiffe entrer dans le Senat
yopiner , poffeder les Charges
de la Magiftrature Romaine
eftre pourvu des Benefices Eccle .
fiaftiques , & jouir de toutes les
exemptions , honneurs , graces &
privileges dont jouiffent
vent jouir ceux quifont neZ Ci
toyens Romains, Quiconque y
doi.
>
GALANT. 57
dans
mettra obftacle , qu'il foit tenu
pour ennemi de la Republique ; &
afin de rendre public ce Decret ,
nous l'avonsfait tranfcrire des Regiftres
où nous le confervons ,
cs Prefentes fignées de noftre
main , fcellées du Seau ordinaire
de la ville de Rome , &foufcrites
par le Secretaire du Senat & du
Peuple Romain. Fait au Capitole
, l'an de la Fondation de Ro.
me 2452. & de la Redemption du
Monde 1701. le 19 jour du mois de
Février.
Ainfi figné .
Le Marquis Buon Joanni ,
Confervateur
.
$8 MERCURE
Le Marquis de Montori Con
fervateur.
Le Marquis Théodoli , Con
fervateur.
Sanctes Randanini , Secretaire
du Senat , & du Peuple Romain.
Le celebre Montagne eft le
feul François à qui les Confervateurs
de Rome ayent jamais
fait l'honneur qu'ils vien
nent de faire à Mr l'Abbé Raguenet.
Il y a méme bien de
la difference entre les Patentes
du premier & celles du fecond ,
car ces Magiftrats accordent
à celuy-cy Tentrée du Senat,
གནོ།།
GALANT. 59
avec voix deliberative dans les
Affemblées , au lieu qu'ils n'accorderent
que le fimple titre
de Citoyen Romain à Montagne,
comme on peut le voir au
chapitre 8. du troifiéme Livre
de les Effais , où il a fait imprimer
fes Bulles. Au refte les
Confervateurs de Rome font
des perfonnes de la premiete
qualité , qu'on choifit parmy
la plus illuftre Nobleffe de
cette Ville là , & qui doivent
tous eftre Gentilshommes titrez
, c'eſt à dire , Comtes ou
Marquis. Je crois que tous
ceux qui s'intereffent à ce qui
60 MERCURE
regarde la Republique des
Lettres , ne feront pas fâchez
que je leur aye fait part de cet
évenement , & de toutes les
circonftances
qui y ont rapport
. Je vous ay affez parlé autrefois
de M. l'Abbé Raguenet
à l'occafion de fon Hiftoire
de l'Ancien Teftament , de
celle de Cromwel , & du Prix
de l'Eloquence qu'il a remporté
à l'Academie Françoiſe. On
réimprime fon Livre des Mo.
numens de Rome ; & la feconde
Edition fera augmentée depu
fleurs nouvelles Defcriptions
.
GALANT.
61
On a eu avis de la mort
de Dame Madelaine Patri ,
veuve de Meffire Antoine de
Franquetot , Commandant les
Gendarmes de la feuë Reine
Anne d'Autriche , & Mere
de M' le Comte de Coigny ,
Gouverneur de Caën , ci- devant
Gouverneur de Barcelone
, Lieutenant General des
Armées de Sa Majesté & General
de fes Troupes en la
Gueldre Eſpagnole. Elle eſt
morte en la Terre de Villeray
le 17. du mois paffé . Cette
Famille de Franquetot eft
Tuum.de qen Normandie.
•
62 MERCURE
Il y a eu un Preſident à Mor .
tier de ce nom au Parlement
de Rouen . Il eftoit Frere de
feu Monfieur l'Abbé de Franquetor
, Aumonier du Roy ,
qui a extremement brillé à la
Cour.
Le s . de ce mois , Mrs les
Doyen & Chanoines de l'Eglife
Collegiale du Saint Sepulcre
de Caen , ayant appris
la mort de Madame la Com.
teſſe de Franquetot , firent un
Service fort folemnel , & ma- .
gnifique dans leurEglife pour
le repos de fon ame , il y avoit
une tres belle Muff
GALANT. 63
toutes les perfonnes de qualité
, & de diflinction de la Ville
y affifterent avec les Officiers
du Château . M' Renout,
Doyen de cette Collegiale , envoya
des Vers de confolation
fur cette mort à Madame de
Franquetot Religieufe de l'Ab.
baye de Sainte Trinité.
Je vous envoye une Lettre
de Bordeaux , fur les Perfonnes
illuftres que la mort enle .
va le mois paffé à la France.
A MONSIEUR ***
Uel funefte mois , Mon.
fieur , que le mois de Ofe
Juin de cette année ! Non64
MERCURE
feulement il a inondé la terre
de pluïes , il aencore fait couler
des ruiffeaux de larmes . N'at-
il pas efté mortel à un illuftre
Prince , à un grand General
de Mer , & à une Fille illuftre
? Le 2. de Juin mourut Ma
demoiſelle de Scudery , le 9-
mourut Monfieur , Duc d'Or
leans , & le 28. de May , qui
eft comme la veille de Juin ,
eftoit mort M' le Maréchal de
Tourville. Tant de funerailles ,
& fi extraordinaires
, engagent
les Mufes à travailler . Elles
doivent en graver de leur
mieux les Tombeaux , & en
GALANT. 65
compoſer avec foin les Epitaphes.
Voicy un de leurs Effais.
POUR MONSIEUR ,
Duc d'Orleans.
CAffel le wit briller dans un fameux
Combat
La Gloire l'élevoit, & la Parque
l'abbat.
Pour M le Maréchal
de Tourville .
Par un double triomphe en de fanglans
hazards ,
Il fut de l'Ocean le relontable
Mars.
Juillet 1701.
F
66 MERCURE
Pour Mademoiſelle
de Scudery,
La Sapho de la France , helas !
vient d'expirer
,
Le Parnaffe luy doit une pompe
funebre ;
Celle de Lefbos fi celebre ,
Ne fe fit pas tant admirer.
Vous voyez , Monfieur, qu'il
n'y a point de Tefte qui échape
à la cruelle Proferpine.
.. Nullum
Sava caput Proferpina fugit.
Horat. in Epod .
Je fuis , &c.
Voicy d'autres Vers faits fur
la mort de Monfieur. Ils font
GALANT. 67
de M' de Laiftre , Avocat au
Parlement.
France , je ne m'étonne pas ,
De te voir toute en deüil`, ta
douleur eft fincere.
D'un Prince de ton Nom la
memoire est bien chere ;
Pour le Peuple il eut mille apas.
怒
Philippe jouiſſoit d'une Gloire
immortelle.
Digne Frere du Grand Louis :
Mais , belas ! fans retour
Parque trop cruelle ,
>
la
Peut feule divifer deux coeurs les
mieux unis .
Fij
68 MERCURE
Il a paru plufieurs Epitaphes
de Mademoiſelle de Scudery .
Celle- cy a efté faite par Madame
d'Ofſonville.
Cy gift la Sapho de nos jours ,
Qui fur la Grece eut l'avantage
D'accorder les tendres amours
Avec la raiſon la plus fage.
Feux innocens , prenez le deüil.
Mufes , pleurez furfon cercueil
La perte de vos plus doux charmes.
B auSexe fondez vous en larmes.
Ce qui faifoit voftre ornement
Eft caché fous ce monument ,
Cette autre Epitaphe eſt de
Mademoiſelle Barbier.
GALANT. 69
Scudery n'eft plus , je m'abuſe,
Elle eft , ellefera toujours .
La mort , qui de nos ans borne le
trifte cours
N'a point de droit fur une
Muſe.
M' Dader a fait celle cy.
Sapho n'eft plus , ab , quel malbeur!
Nous n'en verrons jamais une
autre.
Quand les Grecs perdirent la
leur ,
Leur perte nefut pas fi grande que
la nostre.
Puifque nous fommes fur
les Epitaphes , je ne puis m'em.
70 MERCURE
pefcher de vous faire part de
celle quia efté faite pour l'Illuftre
M' de Segrais de l'Academie
Françoile.
Sous ce marbre , Paßant , ne cherche
point Segrais.
Voy - le prés d' Apollon regnerfur le
Permeffe ;
Son heureux fort , changeant tes
pleurs en allegreffe ,
Interdit pour toujours à ton coeur les
regrets.
Themis , & la vertu , le rendirent
illuftre.
L'une & l'autre à l'envi luy formerent
le coeur.
Et leurs prefens dans luy prirent un
nouveau luftre.
Il cut, toutjeune encor, des Mufes la
faveur.
སྙན
GALANT: 71
Theocrite & Maron luy préteren
leur plume
D'où cent beautez par tout coulent
dans fes Volumes.
Rouxels , & Sarazins , Malher
bes , & Patris,
Qui des murs de Cadmus futes jadis
la gloire ,
Vous qui du grand Segrais connoif
Jezfeuls le prix .
Placez le parmy vous au temple de
memoire ;
Qu'au longtemps fon nom y
glorieux ,
vive
Qu'il vivra dansles vers de nos doctes
neveux
Cette Epitaphe eft de Mrde la
Duquerie, Docteur de la Faculté
de Medecine deÇaën, qui a fait
Infcription qui fuit pour eftre
mile à la tête de fes Ouvrages.
72 MERCURE
Voicy du grand Segrais les reftes
precieux.
Les Dieux depuis longtempsjaloux
de leur Ouvrage
Ne voulurent jamais , malgré nos
juftes voeux ,
A fa trifte Patrie en laißer davantage.
Tous alleguent leurs droits , pour cacher
leur rigueur,
Les unsfur fon efprit , les autresfur
fon coeur ;
Themis fur les vertus dont elle orna
fon ame ,
Cupidon fur le coeur qu'il brul a de
fa flame.
Minerve fait valoir fes droits fur
fon efprit.
Vénus pretend ravoir les graces
qu'il luy prit ,
Apollon veut enfin repr. ndre fa mufette.
Dout
GALANT. 73
Dont Segrais fit pleurer Atis &
Timariette.
Malherbes, Sarafins , des Mufesfavoris
,
Telle entre vous & nous fera la difference.
Vousjouirez toûjours defa douce prefence,
Nous jouirons toujours de fes charmans
Efcrits.
M ' le Marquis de Leganez
a efté fait Capitaine & Vicaire
general du Royaume d'Andaloufie.
C'eft un honneur que
les Rois Catholiques n'ont accordé
à aucun Gouverneur
depuis plus de quatre vingts
ans ; & comme le Royaume
Fuilles 1701 .
G
74 MERCURE
d'Andaloufic n'a pas le titre de
Viceroyauté , le Roy d'Elpagne
n'en pouvoit faire davantage
au Marquis de Leganez ,
qui a fuccedé au Duc d'Al
burquerque. Ce Marquis alla
au Bord de Mr le Comte
d'Eftrées à Cadix le 29. de
May,ne l'ayant pû faire avant
le depart du Duc d'Alburquerque.
Il y alla en Canot,
fuivi de plufieurs autres Canots
, chargez d'Officiers Efpagnols
, tous fuperbement
veftus à la Françoife. Il fut
falüé de vingt & un coups de
Canon ; les Gardes Marine &
GALANT:
75
les Soldats eftoient fous les
armes. On battoit aux champs,
& tous les Vaiffeaux de guerre
felon leur rang , falüerent. On
leur fervit une magnifique
Collation. Les Gardes & les
Soldats firent l'exercice au fon
du Tambour; & à la fortie on
fit le même falut qu'on avoit
fait à l'arrivée de M' le Marquis
de Leganez . M' Renaud fait
fortifier Cadix , & les autres
Places des coftes d'Eſpagne.
Les Vaiffeaux doivent entrer
dans le Pontal , qui eft une
bonne Rade , défenduë à fon
entrée par deux Forts , éloi-
Gij
76 MERCURE
gnez l'un de l'autre d'une de
mi. portée de Canon . On peut
débarquer des Soldats dans
l'Ifle de Cadix malgré les Ennemis
, & mettre les Canonniers
à terre , pour fervir dans
les Batteries à défendre la Co.
fte. On y fera à l'abry des Bombes
& des Brulots.
Mr Machault qui monte le
Conftant , a ramené à Cadix
deux Galiotes à Bombes , deux
Brulots , & une Flute chargée
de munitions .
M' de Palles & M' le Cheva .
lier de Beaujeu croifent depuis
le Cap de S. Vincent jufqu'à
GALANT
77
Salé. Mile Bailly de Lorraine,
& M' le Chevalier de Chamillart
doivent prefentement les
avoir relevez.
Mrs de Seppeville & Daligre
ont mis à Barcelone des
Mortiers , des Bombes , & des
Canons , fur leurs Vaiffeaux...
Vous me fçaurez gré fans
doute du foin que j'ay pris de
tirer une copie de la Lettre
que vous allez lire . Elle eft de
l'Auteur du Traité de Phyfi .
que qui doit avoir pour titre,
Hiftoire de la Machine du monde,
&defon mouvement , ou Phyſi
Giij
78 MERUCRE
que Mecanique. Il découvre à
fon Ami le deffein de fon Ouvrage
, en expliquant le Titre
qu'il luy donne , & il fait en
même temps les Fondemens de
la Science.
A MONSIEUR ***
J
'Ay lû avec grand plaifir ,
Monfieur
voftre Lettre
du 16. Decembre , dans laquelle
vous me propofez quelques
difficultez contre mon Siftême
de Physique Mecanique , & j'ay
vû que tous vos doutes , auflibien
que ceux de plufieurs Sça
GAANT. 79
vans , qui comme vous , m'ont
fait l'honneur d'examiner mon
Traité dans l'Abregé que je
leur en ay communiqué , ne
viennent que de ce que vous
n'eftes pas entré dans ma
penlée , peut eftre parce que
je ne l'ay pas affez bien expliquée
Ainfi j'ay cru devoir
vous expoler ce Siftême nouveau
de Phyfique Mecanique un peu
plus amplement , & avec plus
de netteté , qu'il n'eft exposé
dans l'Ecrit que vous avez examiné
C'eft que je pretens faire
par quelques Lettres que
j'auray Thonneur de vous
G iiij
80
MERCURE ·
écrire. Ces
Lettres
contien
dront tout ce qu'on peut dire
de
meilleur de la
Phyſique en
general , mais d'une
maniere
tout à fait aisée &
dégagée des
termes & des
préventions de
l'Ecole.
Je
commence par vous expliquer
dans celle cy le titre
de mon
Ouvrage , & je prétens
que la feule
définition des
termes de ce titre contient les
veritables
fondemens de la Phyfique
, & démontre
clairement
quel
eftmondeffein dansla propofition
d'un nouveau
Siſtême
de cette ſcience fi utile à la vie
GALANT. 81
& au commerce des hommes .
Vous fçavez fans doute ,
Monfieur , que dans le commencement
j'intitulay mon
Ouvrage , Hiftoire de la Nature,
fondé fur ce que j'y donne la
raifon de tous les phenomenes
de la Nature , en les rappor
tant fimplement & par ordre,
comme qui raconteroit une
hiftoire, dans le fentiment où
je fuis , que le feul enchaîne
ment de ces faits exactement
décrits , dévelopera comme
de luy même la veritable caufe
de chacun d'eux ; mais outre
que ce titre femble bleffer les
82 MERCURE,
oreilles de quelques perfonnes
delicates , j'ay eu d'autres raifons
pour le changer . Comme
ce font les effets & les phenomenes
de la Nature que je
décris dans mon Traité, j'aurois
dû luy donner le titre
d Hiftoire des Phenomenes de la
Nature ; mais ce titre ne me
plaifoit pas plus que le premier
, parce que le terme de
Phenomene & celuy de Nature
n'eftant pas encore expliquez ,
ne pouvoient pas donner une
idée nette & diftincte du def
fein de l'ouvrage, ce qu'un titre
de Livre doit d'abord prefen•
GALANT
. 83
ter. D'ailleurs ce titre ne marquoit
point la qualité de Me .
canique , qui eft la principale
& la plus importante qualité
de la Phyfique que je donne
au Public . Ces raifons me firent
refoudre de changer le
titre d'Hiftoire de la Nature , &
de mettre celuy d'Hiftoire de
la Machine du monde , & de fon
mouvement on Phyfique Me
canique.
Je l'appelle , Hiftoire de la
Machine du Monde , parce qu'-
effectivement
aprés avoir expolé
les principes de la Phyfique
, & les loix & regles du
84 MERCURE
mouvement
: je fais l'Hiftoire
de la Création & du Systéme
du Monde. J'ajoûte & defon
mouvement , ce qui comprend
tous les changemens
qui arri-.
vent à cette Machine , lefquels
je décris enſuite par ordre
de fucceffion
& de dependance
; comme ce qu'on appelle
le mouvement
d'une
Horloge comprend tous les
effets & toutes les apparences
de ce mouvement
. J'acheve
le titre de mon Ouvrage
par
ces deux paroles ou Phyfique
Mecanique qui font commeun
Abrege & une repetition du
GALANT : 85
་
reſte , une Phyſique ne pouvant
eftre Mecanique , qu'elle
ne foit la defcription de la
Machine du Monde , & l'expli .
cation des changemens qui
arrivent à cette Machine automate
, & aux pieces qui la
compofent.
Mais afin que je mette dans
tout fon jour le titre de mon
ouvrage , & que je montre
qu'il contient les veritables
fondemens de la Science Phyſique ,
permettez moy , Monfieur ,
de bien definir ces rrois aermes
, Science . Phyfique , Mecanique.
Je vous prie feulement
86 MERCURE
de ne vous point rebuter de
la fimplicité de mes idées
& de la naïveté de mes éxpreffions
, puifque , comme
vous le fçavez mieux que moi ,
ce n'eft pas tant la demonftration
d'une profonde érudition
, que la netteté des conceptions
& des expreffions
qui donne le prix à un ouvrage
de Science .
Pour avoir cette netteté de
conceptions qui produit la
diftinction des idées & fait
ceffer toutes les équivoques ,
fource funefte de toutes les
conteftations, j'imite les MaGALANT,
87
thematiciens qui ne fe fervent
des termes qu'aprés les avoir
definis , & je commence par
celuy de Science. Vous fçavez ,
Monfieur, que ce terme eft ordinairement
employé en deux
occafions ; premierement,lors
qu'on demande, par exemple ,
fi la Logique & la Morale
font des Sciences , & fecondement
, lorſqu'on demande fila
connoiffance qu'on a d'un
faic eft une Science , ou eft une
connoiffance ſcientifique.On
n'a jufqu'à preſent defini le
mot de Science dans les Ecoles
que dans ce dernier fens , lorf
88 MERCURE
"
qu'on a dit que la Science eft
une connoiffance certaine & évidente
d'une chofe par sa propre
caufe ; mais il s'en faut bien
que ce ne foit là ce que nous
entendons
, lorfque nous parlons
des Sciences humaines ,
& que nous mettons la Phyfi .
que au nombre des Sciences.
Je ne fçay pas quelle eft l'i .
dée quevous avez, Monfieur,
lorfque vous entendez pro .
noncer le mot de Science, Pour
moy,il me femble que j'ay d'a
bord l'idée de l'amas reglé de
toutes les connoiffances ou penfécs
que nous avons d'une certaine
GALANT . 89
chose qu'on appelle pour ce fu
jet l'objet de la Science. C'eft
ainfi que je voudrois definir
la Science en general , lorfque
nous difons que la Phyfique eft
une Science.
Le croiciez- vous , Monfieur ?
Je trouve dans cette definition
queje viens de donner du
mor de Science , la definition
du mot de Principes , dont l'é
quivoque caufe un infinité
d'embarras dans la Phyſique ,
comme je vous le montreray
en fon lieu : car s'il eft vray
que ce qu'on appelle Science ,
eft un amas reglé de plufieurs
·Juillet 1701 .
H
90 MERCURE
connoiffances que nous avons
d'un même objet ; il eft vray
auffi de dire que parmi les
connoiffances ou pensées , il
y en a de premieres qui naiffent
d'abord & d'elles mêmes
dans l'efprit , & qu'il y en a
d'autres qui fuivent de celleslà
, ou qui en font tirées par
le raiſonnement. Cela eftant ,
pourquoy n'appellerons - nous
pas ces premieres penſées qui
font toujours des penſées generales
, lesprincipes de la Science
, puifque c'est par elles que
nous commençons de con .
noiſtre ſon objet ?
GALANT. 91
Ces termes de Science & de
Principes cftant ainfi expliquez
, on en infere aisément
quela Science Phyfique eft l'amas
reglé de toutes les connoiffances ou
penfées , que nous avons de ce que
Lee Grecs appellent Phyfis , & les
Latins Natura ; & que les premieres
& les plus generales de
ces connoiffances qui naiffent
d'abord & fans peine dans l'efprit
, font les veritables Principes
de la Science Physique. Si
l'on avoit jufqu'icy pris la
peine de bien definir ce terme
de Principes, & qu'on n'eût
pas confonda les Principes de
Hij
92 MERCURE
4
la Phyfique avec les Principes
conftitutifs des corps mixtes ,
on auroit évité bien des quef,
tions inutiles qui naiffent uniquement
de cette équivoque ,
au lieu que dans le fens que je
prens le mot de Seience & celuy
de Principes , je n'ay plus
qu'à determiner ce qu'on doit
entendre par le mot de Phyfis
ou de Natura pour fçavoir ce
que c'eft que la Science Phyfique
& quels font fes principes.
Le mot de Phyfis eftant
Grec , & celuy de Natura Latin
, il faut pour les bien définir
, fçavoir que Phyfis figniGALANT.
93
fie Production , qui eft la mè.
me chofe que la fortie parlaquelle
un corps qui ne paroiffoit
pas commence à fe mon.
trer . Nous prenons dans le
même lens Natura ou Nature,
qui fignifie naiffance : car
nous n'avons pas d'ordinaire
d'autre idée de la naiffance
d'un corps que celle de la
fortie qui le fait paroistre & fe
découvrir à nos fens .
En effet nous employons or
dinairement ces deux mots , je
veux dire celuy de production
& celuy de Nature. 1o. Pour
fignifier la fortie même que
94 MERCURE
fair un corps , d'un endroit ou
il ne paroiffoit pas à nos fens ,
& parce qu'il commence alors
de paroiftre , nous donnons à
cette fortie le nom de Phenomene
& d'apparence en François.
C'eft en ce fens que nous difons
que
le lever du Soleil , la
germination de la Planté , &
la naiffance de l'Animal , &
tous les autres changemens
que nous voyons arriver aux
corps qui compofent le Monde
, font des productions & des
phenomenes.
2 % Nous employons auffi
ces mots de Production & de
GALANT. 95
Nature pour fignifier la chofe
même , & qui paroiſt de nouveau
ou d'une nouvelle mas
niere. Ainfi le Soleil qui fe leve
, la plante qui germe , qui
groffit & qui verdit ; l'Animal
qui naift & qui fe nourrit, font
des productions & des phenomenes
de la Nature.
3. En confequence de ces
deux premieres notions du
mot de production , on donne le
nom de nature , tant à l'univerfalité
des changemens que
nous voyons arriver dans le
monde , qu'à l'univerſalité des
corps qui fouffrent ces chan96
MERCURE
gemens. C'eft en ce fens que
l'on prend le mot de Nature ,
lors que l'on dit que dans la
Nature il n'y a pas de Phenomenes
plus difficiles à expliquer
que ceux de l'Aiman , &
qu'il n'y a pas dans la Nature
de corps plus dur que le Diamant.
4. On employe auffi le nom
de Nature pour fignifier la
caufe efficiente de tous ces
changemens . C'eft en ce fens
que l'on dit que le cours des
Aftres , la vegetation des plantes
, la vie des animaux , & c.
font les effets ou les Ouvrages
&
GALANT. 97
& les Phenomenes de la Natu..
re. Or comme il n'arrive aucun
de ces changemens qui
ne foit caufé par quelque mou.
vement , comme je le montreray
en expliquant les prin .
cipes de la Phyfique , ce mot
de Nature ainfi pris pour exprimer
la caufe de tous ces
changemens , ne fignifie que
le mouvement en general.
C'eft aufli la raison pourquoy
quelques Philofophes ont dit
que le mouvement est l'objet de
la Science Phyfique.
5°. Enfin, parce que le mouyement
eft different dans les
I
Juillet 1701 .
98 MERCURE
divers corps , fuivant quel'ar
rangement des parties de l'un
eft different de celuy des par
ties de l'autre , on fe fert de
ce nom de Nature , nonfeulement
pour fignifier le mouve
ment particulier qui arrive
dans chaque corps ; mais on
s'en fert encore pour fignifier
cet arrangement de parties ,
qui détermine & qui regle
le mouvement dans chaque
corps. C'eft en ce fens que l'on
dit , que le Pourpier & le Poi-
-vre font de differente nature;
que le premier eft naturellement
ou de fa nature froid ,
2
1
GALANT: 99
I
& que le Poivre eft chaud de
fa nature, c'est à dire , que l'un
eft propre à exciter le fenti
ment de froideur , & l'autre
celuy de chaleur.
Voila bien des fens aufquels
on peut prendre le mor de
Nature , mais vous , en quel
fens le prenez vous , me dita
quelque curieux? Je luy répons
qu'en qualité de Philofophe
qui range toujours les idées
en façon , que celle de la cauſe
précede celle des effets , j'en
tens par le mot de Phyfis ou
Nature , le mouvement qui eft
dans le monde , & quiy cauſe tous
I ij
100 MERCURE
admi .
les changemens que nous y
rons, & en cefens je dis que la
Science Phyfique , ou la Science
de la Nature , eſt l'amas de tou-
ع و ب
tes les connoiffances ou penfées que.
nous avons , tant du monde & de
fon mouvement , que de tous les
changemens phenomenes que ce
mouvementy cause , & de la maniere
aveclaquelle il cauſe chacun
d'eux en particulier , & lefaitparoiftre
à nos fens.
Aprés cela fi vous vous fouvenez,
Monfieur, de l'idée que
j'ay donnée des principes d'une
Science vous m'accorderez aifement
que les principes de laPhyGALANT.
lot
·
fique font les premieres pensées
que nous avons du monde
co porel & du mouvement
des corps qui le compofent ; je
veux dire que ces principes ne
font autre chofe que les penfées
qui viennent d'abord &
fans aucune peine dansl'efprit ,
lorfqu'on regarde la ſtructure
de cet Univers & fon oeconomie.
Je feray voir dans la
faite quelles font ces premieres
penſées ; il me fuffit pour
le prefent d'avoir defini & expliqué
les termes de Science &
de Phyfique. Je paffe à celuy de
Mecanique pour achevér d'ex-
I iij
102 MERCURE
pliquer le titre de mon Ou vrage
, & de faire voir dans ce titre
les veritables fondemens de
la Science Phyfique.
Je ne m'arrefteray pas à vous
faire
remarquer que ce mot
Grec Mecanique vient de la racine
Mecané ou Mecani qui en
François fignifie une Machine.
Je ne
m'arrelteraypas non plus
à raporter tous les fens aufquels
on prend le terme de
Mecanique , & celuy de Machi
dans la morale & dans les
Mathematiques. Je me conteray
de vous dire que je
prens le mot de machine dans.
ne ,
GALANT 103
le fens le plus fimple & le
plus commun qu'on luy donne
, lorsqu'on l'employe pour
fignifier un corps foit fimple
ou compofé , formé ou fabriqué
pour fervir à augmenter ,
ou à regler la force d'un corps
qui en pouffe un autre. Ainfi
un outil , un levier , une rouë ,
une poulie , un engin , foat
des machines qui fervent à
augmenter la force de celuy
qui s'en fert. Une Horloge au
contraire eftune machine fabriquée
, en forte que la force
de fon reffort eft moderée &
reglée par les autres pieces.
Liiijs
104 MERCURE
Parraport à la force mouvan
te , les Machines font auffi de
deux fortes. Les unes empruntent
leur mouvement d'un
corps qui eft hors d'elles ou
qui en eft detaché . Tels
font les outils & les inftrumens
fimples , les engins à
vent ou à eau , & ceux que
les hommes ou les animaux
font aller. Il y a d'autres Ma.
chines qu'on appelle Automa .
tes , parce qu'elles ont dans elles
le principe de leur mouve,
ment , je veux dire, une piece ,
qui fe mouvant foy - même
pouffe l'une par l'autre toutes
GALANT
uos
celles qui fe meuvent. Ainfi
l'Horloge , & toute autre Machine
à reffort ou à contrepois , eſt
une Machine Automate , c'eft
à dire une Machine qui fe
meut d'elle- même .
Sur cette notion du mot de
·Machine , je ne crois pas m'éloigner
du bon fens , fi je conçois
cet Univers comme une
grande Machine automate, comme
une Horloge , par exemple
, puifque le Monde ainfi
que l'Horloge eft, un corps
compofé de differentes pieces,
qui concourent toutes à faire
réüffir certains mouvemens
106 MERCURE
reglez ; & fi vous m'accordez ,
Monfieur , cette fuppofition ,
que le monde est une machine ,
vous ne pouvez pas refufer le
titre de Mecanique à la Phyfique
qui rend la raiſon de tous
les changemens qu'on voit
arriver dans le monde , de la
même façon qu'on la rend des
changemens & phenomenes
d'une Horloge , ou autre machine
artificielle automate . Je
dis bien plus dans cette fuppofition
, que le monde eft une
machine automate, on ne peut
pas autrement expliquer fes
phenomenes , que comme on
GALANT. 107
explique ceux d'une machine
automate artificielle , & pár
confequent il n'y a de ve
ritable Phyfique que celle qui
eft Mecanique
.
En effet je vous prie , Monfieur,
de remarquer avec moy,
que la Science Phyfique a fait
dans la fuite des Sicoles les
mêmes progrez que fait ordi
nairement la connoiffance
d'une machine automate d'une
Horloge, par exemple, dans
un Pais où l'on n'en auroit jamais
veu. Les premiers qui regardent
cette Horlogs s'arrêtent
à confiderer ce qu'elle a
108 MERCURE
a
d'apparent & d'utile , qui eft
cette jufteffe avec laquelle
l'aiguille marque les heures.
D'autres plus curieux ouvrant
la caiffe , reconnoiffent que ce
tour reglé de l'aiguille dépend
du mouvement des pieces interieures
de la machine . Des
Troifiémes examinant la chofe
de plus prés , remarquent
qu'il faut un certain nombre
de certaines pieces , & un certain
arrangement de ces pie.
faire que le tour de
l'aiguille foit ainfi reglé . Enfia
des quatrièmes , confiderant
chaque piece en particulier ,
ces , pour
GALANT. 109.
T
découvrent qu'il y en a une ,
qui le mouvant foy-même ,
pouffe l'une par l'autre toutes
celles qui fe meuvent, lefquelles
ne fervent qu'à regler & à
moderer fon
mouvement
afin que l'aiguille qui eft la
derniere piece qui le meut
n'acheve fon cercle horaire
qu'en douze heures préciſement.
C'eft de cette même maniere
, que la fcience de la Natu
re ayant eu de foibles commencemens
, s'eft peu à
peu
augmentée ; chaque Secte de
Phyficiens ajoutant fes lumie
110 MERCURE
res à celles de la Secte qui l'avoit
precedée : car les Chymiftes
ou Diſciples d'Hermes , qui
font les plus anciens Philofophes
Naturaliſtes , ſe ſont contentez
d'examiner les produc
tions du fel , du fouphre &
du mercure , lefquels font les
premiers & les plus fimplesouvrages
de la Nature dansla
Globe Terreftre , & ceux
dont la connoiffance leur ef.
toit d'une tres grande utilité.
pour la tranfmutation des
Métaux à laquelle ils travail
loient.
Les Ariftoteliciens font en
GALANT. NI
trez plus avant dans la connoiffance
des productions.
Ils ont diftingué dans chaque
corps & méme dans les trois
principes des Chymiftes , la
matiere qui de foy n'eft rien &
ne fait rien , d'avec la forme ,
qui fait , que chaque corps eft
ce qu'il eft , & qu'il a telles ou
telles qualite par lesquelles il
agit , d'où fuivent tous les
changemens qu'ils appellent
des alterations , des corruptions,
& des generations.
Les Cartefiens ne ſe payant
pas de ces termes vagues de
Matiere & de Forme , de qualité,
112 MERCURE
de faculté ou vertu , non plus
que de ceux d'alteration , de
corruption & de generation , nous
ont appris ce que ces termes
fignifient. Ils nous ont dit
premierement que la matiere
n'eft qu'une fimple étenduë ,
& que les formes font les modes,
ou manieres differentes d'eftre
étendu , qui déterminent la
matiere à eftre corps , & un tel
ou un tel corps. Ils nous ont
dit de plus que tous les chan
gemens qui arrivent aux corps ,
& que les Peripateticiens appellent
des alterations , des
corruptions & des generations,:
GALANT. 1'3
ne font que de nouvelles mo
difications , c'est à dire , des
changemens de confiftance ,
de groffeur , de figure , de fituation
& de mouvement ou
repos , & en dernier lieu ils
nous ont montré que ces
changemens de forme font
toujours les effets de quelque
mouvement local précedent.
En conſequence de ces
principes , les Philofophes
modernes n'ayant pas d'autre
idée d'un chien vivant , par
exemple , que celle qu'on a
d'une Machine artificielle automate
, ils ont dit que le corps
Juillet 1701.
K
114 MERCURE
de la Brute n'eft qu'une ma
chine, non plus que l'horloge ;
& ils ont pris de là occafion de
parler d'une Phyfique Meca.
nique , en tâchant de donner
la raifon des fonctions du
corps d'une Brute , & de tout
autre Phenomene de la Nature
, comme ils la donnoient
des effets & Phenomenes d'une
machine artificielle ; je veux
dire par le mouvement ou le
repos, par la groffeur ,la figure ,
la fituation & le nombre ou la
confiftance des corps . Quelques-
uns d'entre eux en font
même venus jufqu'à vouloir
donner la raifon du mouveGALANT:
115
ment d'un membre exterieur ,
du bras par exemple , par les
loix de la Mecanique , je veux
dire , de cette partie des Mathematiques
qui enfeigne les
proportions & les raifons entre
les forces & les diftances ;
& raiſonnant ainſi en Mathematiciens
dans les chofes de la
Phyfique , ils fe font vantez
d'avoir trouvé la veritable Phyfique
Mecanique.
Voila jufques à quel degré
nos connoiffances Phyfiques
fontà preſent parvenuës ; mais
vous m'avoüerez , Monfieur ,
qu'elles ne font pas encore
Kij
116 MERCURE
artivées juſqu'à la perfection
d'une Physique veritablement
Mecanique , fi vous faites refle
xion fur ce que j'ay dit du progrés
que fait ordinairement
la connoiffance d'une machine
artificielle automate : car
vous y verrez que pour la perfection
de cette connoiffance ,
il ne fuffit pas de fçavoir qu'il
faut que l'horloge foit compo.
fée d'un certain nombre de
pieces figurées & arrangées
d'une certaine maniere ; mais
qu'il faut de plus fçavoir que
l'horloge a un reffort , par le
quel le mouvement de toute
la machine commence. Ainsi ,
GALANT. 117
quoy que les lumieres que les
Cartefiens ont ajoûtées àcelles
des Ariftoteliciens , foient tresconfiderables
, & neceffaires
même pour la perfection de la
Phyfique Mecanique , elles ne
font pas pourtant fuffifantes
pour procurer à cette Science
fa derniere perfection ; car pour
la perfection d'une Phyfique
Mecanique il ne fuffit pas fçavoir
que tout ce qui arrive dans
le monde eft un effet du mouvement
qui change les modes
des corps. Il faut de plus dé
couvrir quel de tous ces corps
eft la piece mouvante de la
machine du monde , & com.
118 MERCURE
ment ce corps qui fe meut le
premier & de luy même , fait
mouvoir diverſement tous les
autres corps , & eft ainfi la caufe
efficiente de tous les changemens
& Phenomenes dont
les autres corps ne font tout
au plus que les caufes occafionnelles.
Vous voyez , Monfieur , par
tout ce que je viens de vous
dire , qu'il ne manque plus à
la Phyfique pour arriver à ſa
perfection & au titre de Phyfique
Mecanique , que la connoiffance
de la piece mouvante
de la machine du monde ,
GALANT. 119
& celle de la maniere que ce
reffort agit pour cauſer tous les
effets qu'on appelle les Ouvra
ges & les Phenomenes de la
Nature. Donc fije réuffis dans
la découverte de ce reffort &
de ce mouvement de la machine
du monde , ne m'avouerez
vous pas que j'auray ajoûté
à la fcience Phyfique , ce qui
peur luy procurer la derniere
perfection . Voila quel a efté
mon deffein dans la compofi .
tion de cet Ouvrage , & ce qui
m'a porté à luy donner le titre
d'Hiftoire de la Machine du
monde, & de fon mouvement,
120 MERCURE
ou Phyfique Mecanique.
Ce titre contient auffi les
veritables fondemens de la
Science Phyfique ; car comme
vous verrez dans la fuite , les
principes de la Phyfique , les
loix & les regles du mouvement
, l'hiftoire de la création
& du Siftême du monde , &
l'explication de tous les Phenomenes
particuliers laquelle
je donne enfuite , font fondez
uniquement fur cette fuppo ..
fition , que le monde eft une
machine automate
, dont le
mouvement , eft ce qu'on appelle
la Nature, tout de même
que
GALANT. 121
que toutes les connoiffances
que nous avons de l'horloge
& de fes Phenomenes
, fonc
fondées fur cette fuppofition
,
que l'horloge eft une machine
automate ,
Aprés avoir ainfi démontré
par l'explication du titre
de mon Ouvrage quel eft mon
deffein , & quels font les veritables
fondemens de la Science
Phyfique , je commence à
baftir fur ces fondemens , les
principes de cette Science ,
lefquels je dis n'eftre que les
mêmes premieres connoiffances
ou penfées que nous avons
Juilles 1701 . L
122 MERCURE
d'une Machine articificielle
automate & de fon mouvement
; mais parce que cette
Lettre eft déja trop longue ,
je referve cette expofition des
Principes de la Phyfique me .
canique , pour eftre la matiere
d'une feconde Lettre que vous
ne tarderez pas de recevoir ,
puiſqu'elle eft déja fort ébauchée.
Je fuis cependant , & c.
A Marseille le 20. Janu , 1701.
La naiſſance d'un cinquié
me Fils de M Dagueffeau ,
Procureur General au Parlement
de Paris, a donné licu à
CALANT 123
Mr Dader de faire les Vers qui
fuivent.
A MONSIEUR
DAGUESSEAU .
DEpuis le jour heureux de voſtre
mariage ,
La Chronique compte cinq ans ,
Et vous avez cet avantage
De les compter par vos enfans.
Puiffe la France qui vous aime
Vous voir longtemps compter de
même.
S
Dans l'immenfe Paris il n'eft point
d Habitant ,
Dont le coeur ne paruft content ,
Si par un enfant chaque année
Vous augmentiez votre lignée ,
Lij
124 MERCURE
Gardez- vous de tromper unfiflatteur
espoir,
Telle eft des Dagueffeau l'heureuse
deftinée
Que l'Etat n'en peut trop avoir.
2
De voftre tige incomparable
On cherit tous les rejettons ,
Autant qu'on aime les
De cette lumiere admirable
rayons
Que le Soleilrépandfur nous
Quand il veut nous combler de fes
biens les plus doux.
Vos Fils feront un jour la gloire de
leur age .
Voici comme la voix du Public les
partage .
Pres de vous fur les fleurs de lis
Les uns femblables à leur Pere
Enfoutiendrontfi bien le noble caractere
GALANT. 125
Qu'ilsferont comme vous le plaifir de
Themis.
2
Les autres penetrez d'une gloire plus
pure ,
Rempliront avec dignité
Les devoirs de la Prelature ;
Et feront en tous lieux aimer la verité.
Leurs fublimes vertus à la fuite des
voftres
Se répandront de tous coftez ,
Et les puiffans attraits des unes &
des autres
Triompheront des cours que le vice a
gatez
2
Mais nos amesferont charmées
De voir le refte de vos Fils ,
Commander unjour des Armées
Pour le fervice de Louis.
Liij
126 MERCURE
Enfin dans le Barreau , dans l'Eglife,
à la Guerre >
Chacun d'eux doit trouver un deftin
glorieux ,
Et vous devez donner des Heros à la
terre ›
Etdes Anges auxcieux.
2
On nesçauroit trouver aucune flatterie
Parmy ces Eloges divers ;
Vous charmez à la fois la France &
la Patrie .
Touché de vos vertus , le Public fe
récrie,
Etje n'exprime dans mes vers
Que les voeux de tout l'Univers
Voicy d'autres Vers dont let
peu different . Ils font
de Mr l'Abbé de L. Chanoine
fujet eft
GALANT 127
de l'Eglife de Saint J.
Sur la naiffance de M' le Mar
quis de Montegur , Fils de
M' le Procureur General
du Parlement de Touloufe .
V'entens -jerde quel bruit refon
Qu'en ne
Le rivage de la Garonne ?
D'où vient qu'on tire tant de coups ?
Quel nouveau fujet parmi nous
Fait pouffer mille cris dejoye ?
Sont-ce les Enfans de nos Rois
Qu'un heureux deftin nous renvoye
Unefeconde fois ?
2
Fe voyle's Bourgeois fous les armes ,
Desfeux dejoye au devant des maifons,
Liiij
128 MERCURE
Partout illuminations ,
Les Dames même étalant mille charmes,
, Et qu'un tendre zele conduit
Sortent de leurs maiſons au milieu de
la nuit ,
Etfuivant des routes connuës
Alafaveur du feu qui luit,
Danfent en troupes dans les ruës .
On entend leurs charmantes voix ,
Parmille douces chansonnettes
Se méler au fon des Hautbois
Des Violons & des Trompettes .
Le bruit des armes , du tambour,
Marqueunejoye univerfelle ,
On diroit que Mars & l'Amour
Pour une Fefte folemnelle
Ont ici raffemblé leur Cour.
S
Mais parmy cette multitude
GALANT: 129
F'entens chanter affez diftinctement.
Pour ne plus demeurer dans cette incertitude
Ecoutons un moment..
2
1
Puiffe durer , puiffe croiftre
L'aimable enfant qui vient de
naiſtre
Pour le bonheur des Toulou
fains !
Pendant qu'un fang fi beau foûtiendra
la Juſtice
Crimes affreux , noire Malice,
Vos efforts feront vains.
2
Ah , je comprens ; c'est l'aimable
Marquife
Qui met aujourun demi-Dieu ,
Lefang de Mazuyer s'augmente &
s'éternife.
Quel bonheurpour l'Etat !' quel bonheur
pour ce lieu !
130 MERCURE
Pourroit-on fe refoudre à garder le filence
Quandon apour parlerdesfujets au
grands ?
Chantons , perçons les airs par des
tons éclatans
Celebrons à l'envi cette illuftre naif
fance,
Et qu'à nos chants les Echos d'alentour
Répondent à leur tour
Quelles vertus un jour ne fera pas
paroiftre
Le Demi-Dieu qui vient de naiftre
?
De quels nobles Ayeux n'eft - il pas
defcendu ?
Ils font connus par tout , & leur brillante
Hiftoire
GALANT. T21
Eft gravée à jamais au Temple de
Memoire.
Rendons à leur grand nom un hom--
mage alidu.
2
Chantons fans ceffe ,
chacun s'empreffe
Et
que
D'honorer cet Enfant par nous tant
fouhaité.
C'est le prix glorieux d'une jufte tendreſſe,"
Que laSageffe& l'Equité ,
Les Graces& laBeauté,
Ontformé de concert avec un foin extrème
Dans le fein de la vertu mefme.
ន
Qu'ilfera grand , qu'il fera respecte !
Ilfera femblable à fonPere ,
Il en aura l'illustre caractere.
Il a déjafes traits &fa douce fierté,
132 MERCURE
Bien- toft il en aura les moeurs , la
probité,
Et l'éloquence naturelle ,
La memoire grande & fidelle ,
Et dans l'efprit une vive clarté ,
Comme dans celuy de fa Mere ,
CetteHeroine qu'on revere ,
Dont tout le monde est enchanté
En qui le Ciel a mis un coeur droit &
fincere,
Le meilleur coeur qui jamais ait
efté ,
En qui l'on voit une noble maniere
,
Et dans lesyeux une douce lumiere ,
Autant d'attraits , de charmes ,
de beauté
Qu'en la Déeffe de Cythere
2
Comme cette Deeffe , ellefait tous les
jours
GALANT. 133
Naiftre mille tendres Amours .
Mais belas ! que leurfert de naiftre
?
Devant ellejamais ils n'ont ofè paraiftre.
Nous vous fouhaitons des enfans,
Belle Marquife , au moins un tous
les ans.
Aceluy- cy donnez bientoft un Frere.
Si le Cielfur ce point daigne nousfa◄
tisfaire,
Qu'il accorde à nos voeux voftre fecondité
Et nous n'en aurons plus àfaire
Que pour votre profperité ,
Celle de votre Epoux , de fon Pere ,
& du voftre.
Faffe le Cielqu'ils foient enparfaite
Santé
1
434 MERCURE
Encor cinquante ans Pun & Pautre
.
Je vous ay promis la fuite
de l'Entretien que M' Laifné,
premier Pilote Royal , & Mr
Antier , Mathematicien
, ont
eu enſemble
fur la Naviga .
tion. Je m'acquitte de ma
parole.
M' LAISNE'.
La converſation que j'ay
eue avec vous m'a tellement
fatisfait , que j'ay déja mis en
Perfpective tous les Plans que
j'ay levez generalement de
tous les pays où j'ay eſté , mais
GALANT .
1335
dans le temps que j'elperois
les mettre en eftat d'eftre gravez
, ayant lû l'article xvIII.
de voftre Lettre du mois d'Otobre
dernier , où il eft dit :
Nousfervons deflambeau dans
les Cartes Marines .
j'ay fufpendu mon travail , de
crainte de faire quelque fanffe
démarche , me perfuadant que
vous avez encore felon voltre
coutume , quelque nouvelle
façonde travailler. C'eft ce que
je vous prie de me dire , afin '
que je tâche de donner à mes
Ouvrages leur plein & entier
effer.
136 MERCURE
M ANTIER.
Si noftre amitié n'eftoit pas
auffi bien fondée qu'elle eft ,
ie cefferois noftre Entretien ,
n'y trouvant pour moy aucune
utilité , & je pourrois en cela
fuivre la pensée de M ' de Hauteville
, qui dans fon Livre intitulé
Machine Loxodromique ,
s'écrie fortement , quid mihi
inde gratia fi ego arcanum illud,
cujus experimenta magno meo
fumptu feci , cuivis gratis commu .
nicem ? Quel bien me viendra-
t-il de donner gratis au
Public les Inventions qui .
m'ont tant couté de veilles ,
GALANT, 137
'de peines & de dépenſes ?
M' LAISNE .
Vous eftes témoin qu'il y
auroit longtemps que vos étu
des feroient récompensées , fi
les perfonnes qui ont pouvoir
en cela , avoient cru à mes
paroles . J'efpere qu'en leur
faifant voir que les Ouvrages
que je vay mettre au jour, font
tirez de vos lumieres , ils vous
employeront d'autant plus .
promptement , qu'ils en connoiftront
l'utilité. Je fouhaite
que cela arrive , car il eft facheux
de vous voir inutile dans
un temps où vous rendriez de
Fuillet 1701 .
M
138 MERCURE
tres bons fervices à l'Etat .
M ANTIER .
Pendant que vous y penfez,
je veux bien encore vous dire
en general , pour l'explication
de cet article xvIII . me refervant
à une plus ample en
temps & lieu , que les Pilotes
les plus experts ayant vû la
Carte Marine que j'ay faite en
Perſpective , ont tous dit d'une
commune voix , que c'eftoit
un flambeau à minuit , voulant
dire par là , que la Perfpeative
dont elle eft ornée , luy
donne une fi belle lumiere ,
que les plus fimples y connoif
GALANT.
139
fent leur vray chemin. C'eſt
dans ce fens que je dis que la
Perſpective fert de flambeau
entier dans la Carte Marine ,
ce qui répond tres- bien aux
fins de l'Ordonnance du Roy,
touchant la Marine , feüiller
37. titre VIII. article . où il
eft dit : Les Profeffeurs d'Hydrographie
fçauront deffiner, & l'enfeigneront
à leurs Ecoliers , pour
les rendre capables de figurer les
Ports , Coftes , montagnes , arbres,
Tours,& autres chofes fervant de
marques aux Havres & Rades ?
defaire des Cartes des Terres
qu'ils découvriront.
Mij
140 MERCURE
M LAISNE
Quoy que cette Ordonnan
ce ait efté faite pour obliger
les Pilotes à fe rendre habiles,
je n'aypoint encore vû de leurs
Ouvrages fur lesquels je puiffe
m'affurer pour le deffein . Vous
eftes le feul qui faffiez honneur
à noftre Corps , & qui répondiez
fidellement aux intentions
du Roy par l'effet devo
ftre fcience , que vous pouffez
dans fon plus haut degrés
ce qui nous montre affez la
neceffité que nous avons d'a
voir de bons Maiſtres..
GALANT. 141
M' ANTIER.
Voftre raison est juste , car
fi les Terres , Coftes , Rades,
Bayes & Havres , ne font pas
deffinez avec connoiffance du
point de veuë , qui fert comme
de Bouffole au deffein , pour
reconnoiftre d'où l'aspect est
vû , afin de s'y placer à point
nommé , tout ce qui fera fi .
guré fans cela , ne pourra prefque
fervir qu'à celuy qui l'aura
fait , ce qui fe remarque affez
par le flambeau de la mer, où
il eft difficile de reconnoiftre
le vray endroit & le point de
vûë d'où les deffeins font faits ,
142 MERCURE
manque d'eftre definez par
fcience , ce qui rend la Navigation
peu certaine & mal affurée
.
M' LAISNE '.
Vous ne dites rien qui ne
foit vray. Je fuis tres perfuadé
par les principes que vous m'avez
déja donnez , que fi vous
aviez un Port de mer comme
le Havre , vous pourriez avec
le foin de vos Ecoliers , faire
faire dans le temps , un autre
flambeau de la mer , à la mas
niere de vos Cartes en Perſpective
, où tout ce qui y feroit
décrit fe trouvant parfait , &
GALANT. 143
dans fon dernier periode , luy
donneroit avec beaucoup de
raifon le titre de flambeau entier
de la mer , ce qui mettroit
la Navigation fur un pied ou
elle n'a jamais efté, & la feroit
paffer dans toutes les Nations
pour un prodige , à cauſe de
fes grands effets.
M' ANTIER.
Pour appuyer voſtre ſentiment
, & donner de l'émulation
aux autres Pilotes , je vais
rapporter là - deffus la penſée
du R. P. Niceron qui dans la
Preface de fon Livre de Perf
pective , continuë de faire les
144 MERCURE
Eloges de cette Science , &
dit : Que nous pouvons appeller
Magie celle qui produit les plus
admirables effets de l'induſtrie des
hommes , & fi Pererius , Boulanger
, Torreblanca , & les autres
qui en traitent , rapportent à la
magic artificielle la Sphere de Poffidonius
, qui montroit les mouvemens
les periodes des Planetes;
la Colombe de bois d'Architas qui
voloit, les Miroirsd' Archimede qui
brûloient dans le Port les Vaiffeaux
ennemis , les Machines avec
lefquelles il les enlevoit ; les Automates
de Dedalus ; la Tefte de
Bronze faite par Albert le Grand ,
qu'on
GALANT.
145
effers
dit qui parloit , comme fi elle euft
efté organifée , & les ouvrages admirables
de Boëce , quifaifoit fifler
des Serpens d'airain & chanter
des oiſeaux de même matiere: Si ,
dis -je , ces Auteurs rapportent ces
merveilleux & plufieurs autres
, quife trouvent dans les Hif.
toires à la puiffance & operation
de la magie artificielle , nous pou
vons dire la même chose des effets
de la Perspective , qui font auffi
merveilleux C'estpourquoy Philon
le Juifdit dansfon Livre des Loix
Speciales , que la vraye magie ou
la perfection des Sciences , confifte
dans la Perspective , qui nous fait
Juillet 1701 . N
346 MERCURE
de
connoiftre les beaux ouvrages
la Nature & de l'Art & qui a
eſté de tout temps en grande eftime
parmy les plus puiffans Moner.
ques de la terre Les Perfes ne
mettoient jamais le Sceptre de leur
Empire qu'entreles mains des Sca
vans qui avoient consverfé avec
ceux qui enfeignoient cesse forte
de Magic.
M LAISNE
De ce raisonnement j'ole
dire que vostre Carte on Perfpective
, meriterait d'estre
placée au rang de ces prodiges ,
puifque par une metode inoüie
& par un trait de plume fi in
GAANT.
$47
genieuſement tracé , elle nous
fait trouver avec étonnement
le chemin dans les endroits
les plus difficiles , où toutes
les Nations n'ont pû atteindre.
Auffi puis - je dire qu'on
ne devroit jamais donner aux
Hydrographes & aux Pilotes
aucun employ , s'ils ne poffe
dent auparavant le fondement
de cette Science , puifque c'eft
un des principaux moyens
pour affurer toute la navigation.
Je vais inceffamment
aller au Mexique pour y faire
des Obfervations , parce qu'il
n'ya perfonne qui ait connoif
Nij
148 MERCURE
fance de ces lieux , où voſtre
Science feroit tres neceffaire ,
pour les belles découvertes
qu'elle nous y traceroit , afin
de fervir aux autres comme
de flambeau par cette entiere
connoiffance . Je fouhaite qu'à
mon rêtourje vous trouve dans
l'employ , pour eftre Juge de la
bonté des ouvrages que j'y
feray.
Vous ferez fans doute furprife
de la répon'e que le Fils
de M Hervé qui n'a que fix
ans & quelques mois a faite à
M' Antier, qui le voulant exercer
à faire des routes en long
GALANT 149
gueur,en profondeur &en hauteur
, pour faire voir par là qu'
on peut voyager par tout , luy
en donna une en hauteur , &
le jeune Eleve connut auffi .
toft que c'eftoit pour fe placer
fur le frontifpice du Chafteau
des Tuilleries
. M' Antier ap .
percevant la Lune dans ce moment
, y traça une route & la
donna à fon Ecolier , qui
voyant que fon chemin eftoit
marqué pour y monter , luy
demanda s'il avoit fait ce voyage
, & le pria de luy dire ce qui
fe paffoit dans ce Pays dont il
n'y avoit guere que le nom
Niij
150. MERCURE
qui fuft connu. M Antier n'avoit
tracé cette route que pour
tâcher de furprendre fon Ecolier
, & faire voir par la facilité
qu'il y a de faire des routes ,
que l'on peut fans hefiter aller
fur mer & fur terre , dans les
endroits les plus difficiles .
Le 10 de ce mois , M'l'Archevêque
d'Albi harangua le
Roy , pour la cloture de l'Af
femblée Generale Fxtraordinaire
du Clergé , & dit que fi
jamais l'Eglife de France n'avoit
eu l'avantage de fe prefente
auffi frequemment de
GALANT. 151 1st
vant le Trône de fon Roy ,
qu'elle l'avoit fait fous fon
glorieux Empire , jamais auffi
elle n'avoineu unRoy dont elle
euft approché avec un amour
plus refpectueux & une confiance
plus tendre que c'e
ftoit dans Sa Majesté qu'elle
trouvoit une heureuſe reffemblance
à celuy des Rois dont
l'Esprit Saint fait un Eloge accompli
quand il affure que
fes Peuples ne le voyoienr
point affez fouvent à leur gré,
mais toujours avec admiration,
& que la terre entiere
fouhaitoit avec ardeur de voir
Niiij
152 MERCURE
l'éclat de fes yeux & la maieſté
de fon vilage ; que ce bonheur,
pour eftre ordinaire à ceux qui
compofent
l'Affemblée du
Clergé de France , ne leur en
eftoit pas moins fenfible ; qu'ébloüis
en le quittant, de la gloi
re qui l'environnoit , ils étoient
affurez de la trouver au retour
encore plus brillante & plus
étenduë ; qu'ainfi à peine s'e
ftoient-ils feparez l'année der
niere , qu'un évenement auffi
grand qu'il eftoit imprévû ,
leur avoit fait voir à quel point
le Seigneur le rendoit favora.
ble de plus en plus aux voeux
GALANT.
153
continuels de fes Miniftres
pour fa perfonne facrée , &
pour la profperité de fon Augufte
Mailon. Ce que la Providence
pouvoit faire de plus (urprenant,
pourfuivit- il dans la diſtribution
des Couronnes qu'elle tient
en fa main elle lafait , & dans
un temps où la jalousie même de
nos Ennemis fecrets , bien loin de
le prévoir, toute foupçonneuse qu'
elle eft , n'avoit pú s'en défier.
Dieu feul qui fçavoit combien il
avoit réfolu de vous élever au def
fus de tous les Rois travaillois en
filence à vous ouvrir de nouvelles
deftinées , lors que les hommes s'y
154 MERCURE
attendoient le moins . Il marchoir
devant
vous ; les voyes
s'appla
niffoient
chaque
jour fous
les pas
du Seigneur
& fous les vostres
. Il
fe hâtoit
de tracer
une vive
Image
de vos royales
qualitez
dans
le
Prince
qu'il avoir
choisi
pour l'accompliffement
defos deffens
Ilfor.
mout fur un fi grand
modele
un
Monarque
parfait
au milieu
des
exercices
de lajeuneffe
, & les occu
pations
ordinaires
à cet age fer
voient
de voile
àla prudence
infa .
fe quidevoir
bien soft fe faire
admirer
en toutes les démarches de ce
Prince naiffant: Il a conduit enfin
auxpieds de Voflre Majesté, pour
GALANT.
་་་
vous demander un Roy , cetteNa
tion qui n'aspiroit à rien moins
qu'à la Monarchie del'Univers ,
& d'une feule parole , vous avez
donné plus de Royaumes avecplus
de grandeur , quoy qu'avec moins
de fafte , que les Auguftes & les
Trajans ne le firent jamais dans
toute la pompe qu'ils affectoient en
cette action. Cesregions où les Romains
eurent tant à ncgocier & à
combattre poury étendre leur domination
, ces Peuples fi fiers ont
eru ne pouvoir trouver le falut de
leur Etat que dans une foumiffion
fans reſerve ; remede nouveau pour
eux , dont la vertu non encore
156 MERCURE
éprouvée , a eu tout le fuccés qu'ils
en pouvoient esperer . Un moment
heureux a fait en leur faveur le
contraire de ce que leurs Peres a
voient pendant tant de fiecles inu
tilement projetté contre la France ;
plus justement que ces mêmes
Romains, vous avez merité , Sire,
les louanges dont le Texte Sacré
les honore. Quelles merveilles
dit-il , n'ont ils pas fait en Eſ
pagne , l'Eſpagne feconde en
mines d'or & d'argent ? Ils ont
trouvé moyen par la fageffe de
leur Confeil , de commander
à tant de Provinces ; & par cet.
te patience habile qui leur a
GALANT. 157
fait attendre & ménager le
temps convenable pour y réüffir.
Voilà , Sire , ce quifait l'étonnement
de l' Europe ; ce que L'envie
ne voit qu'avec chagrin ; ce qui
force Voftre Majefté de recourir
aux précautions neceffaires pour
la défenfe des Royaumes dont la
protection vous eft confiée , & ce
qui doit réveiller toute la bonne
volonté de vos Sujets dans une
conjoncture qui mettant le comble
à vostre grandeur , affurera pour
jamais leur felicité.
M 1 Archevêque d'Albi
fouhaita enfuite de voir en
la difpofition du Clergé les
158 MERCURE
mines abondantes dont par
le l'Ecriture Sainte , non pas
pour s'en appliquer Fufage
, mais pour les donner au
Roy. Il dit que fi ce Monarque
ne les avoit pas compris
dans la Declaration du mois
de Mars dernier , qui n'exceptoit
pas les Teftes les plus
élevées de l'Etat , les mouvemens
de leurs coeurs n'en
cftoient pas moins vifs pour
s'intereffer à fes befoins , &
que la liberté qu'il leur laiffoit
ne devoit demeurer ny oifi .
ve ny pareffeufe ; que ce que
les autres Ordres de l'Etat ac
GALANT. 159
cordoient par les motifs ordinaires
de la prudence des hom
mes , M" du Clergé l'offroient
par un principe de Religion ,
qui leur apprenoir que leurs
biens confacrez à Dieu , ne devoient
pas eftre refufez aux
ufages que le Roy en vouloir
faire, quand la neceffité le demandoit
; que ce n'eftoit pas
les diffiper,mais les femer dans
l'artente du centuple , que de
les donner liberalement en
ces rencontres . Ce Prelat ajoûta
fur la fin de fon difcours
que le Ciel en fe repoſant de
Les interefts fur les foins dup
160 MERCURE
Roy , s'eftoit chargé de veiller
aax fiens ; que pour le recompenter
de fes faints empreffe.
mens pour toutes les chofes
qui regardoient la Religion ,
il faitoit respecter le nom de
ce Prince jufques aux extremitez
du monde , & que comme
il continuëroit à le fervir &
à ne craindre que luy , il le fe .
roit toûjours redouter & vaincre
.
Le Jeudy 14 de ce mois le
Roy , qui pour lors eftoit à
Meudon , vint voir pour la fe.
conde fois l'Eglife des InvaliGALANT.
161
gneur
des. Monfeigneur , Monfeile
Duc de Bourgogne
,
Madame la Ducheffe de Bour.
gogne , & plufieurs Dames de
fa fuite l'y accompagnerent . Sa
Majefté y arriva avant cinq
heures par le grand Portail de
la nouvelle Eglife. Elle defcendit
de Caroffe à plus de cent
pas de ce Portail , afin d'en
voir la façade de loin comme
de prés . Elle paffa entre deux
doubles files d'Invalides fous
les armes avec leurs Officiers .
& tambour battant , & fit re
marquer la grandeur & la ri.
cheffe de l'Architecture at
Juillet 1701.
O
162 MERCURE
toute la Compagnie. Enſuite
l'on entra dans l'Eglife , dont
au premier coup d'oeil tout le
monde parut étonné , & demeura
d'accord qu'il n'y avoit
rien en France d'auffi fuperbe.
en ce genre , de baſtiavec tant
de propreté , & d'enrichi d'auffi
belle fculpture. La Coupe furprit
infiniment , & l'on en admira
la hauteur
, les propor
tions , & les bas reliefs. L'on
s'arrefta dans les Chapelles ,
qui ne font pas moins décorées
de fculpture , ny baſties
avec moins de propreté. Le
Roy fit remarquer la beauté
GALANT 163
dès marbres dont le tout eft
pavé. Le grand Autel qui fere
auffi à l'ancienne Eglife , quife
voit derriere , n'eft encore qu'-
un Modele fur lequel on n'eft
pas tout à fait déterminé. Le
Roy dit tout haut que les Colonnes
en devoient eftre de
marbre noir , & qu'elles feroient
entortillées de feftons
de Bronze doré , & que les
Chapiteaux & les Bazes fe
roient auffi de même matiere .
Il ajouta qu'il eftoit aifé det
juger de quelle magnificence
feroit cette Eglife , lors qu'on
l'auroit entierement achevée,
O ij
164 MERCURE
& que la Coupe & les Chapel- ›
les feroient peintes. Aprés
qu'on eut bien examiné cet
Edifice , l'on tourna par derriere
l'Autel , & Sa Majesté
marcha le long de la vieille
Eglife , & entra dans la Maifon.
Elle monta dans les Cor.
ridors au premier & au fe-t
cond étage. Les Dames fe repoferent
quelque temps dans
la Salle des Comptes , & fuivirent
enfuite le Roy au Refectoire
, qui y vit fouper un
grand nombre d'Invalides. Il
examina leur pain , & les viandes
qui leur eftoient fervies,
GALANT: 165
Au fortir du Refectoire , il alla
voir l'Apotiquairerie , & ſe
promena dans les Salles de
I'Infirmerie , dans lesquelles il
n'y avoir point de malades ,
On luy fit voir dans un lit un
Invalide de cent quatre ans
en bonne fanté. Le Roy re
monta en Caroffe dans la feconde
Cour, & partic au bruit
des Tambours & des Trompettes
paffant entre deux doubles
files de Soldars fous les
armes dans l'avantcour .:
LeRoyfait éclater tant de pie
té, de bonté, de magnificence,
de prudence & de grandeur
166 MERCURE
dans tautes les actions , que
lors qu'il fait quelque chofe
qui regarde l'une de ces vertus
ou d'autres femblables
c'eft toûjours d'une maniere
quine laiffant rien à ſouhaiter ,
porte par confequent ſon elo.
ge. Ainfi il ne reste rien à en
dire , l'action faifant plus voir
que ne feroient les louanges
qu'on luy donneroic. maT 25
L'Ouvrage quifuit eft de M
de Senecé. Vous fçavez qu'il
ne fait rien , dont on ne s'eme
preffe à demander des copies ,
parce qu'on eft affuré qu'il
réuffic en toute forte de genre
d'écrire.
GALANT. 167
***********************
LES CLAVE
ET L'ELEPHANT.
CONTE.
A M BELLOCQ
E temps , des plus vaftes pro..
meffes
Délivre les plus engagez ,
Le terme vaut l'argent . Delais bien
ménagez
Chez le crédule espoir tiennent lieu de
Largeffes w
O vous qui promettez d'allonger
les momens
Apprenez à vous faire une prudente
étude
168 MERCURE
Le temps vous tirera de vos engage
mens;
S'il ne peut les remplir, du moins , il
les èlude.
Un Efelave Genois , hommme de qualité,
Et d'un genie au deffus du vulgaire
>
Chez le Vizir Achmet , Muſulman
Janguinaire ,
Par l'industrie, & la fidelitë ,
Toûjours attentif à luy plaire ,
Adouciffoit l'aigreur de fa captivité.
Un verre qu'il caffa , defa felicité
Finit les momens peu durables ;
Car vous n'ignorez pas que chez les
grands Seigneurs ,
Mefme parmy les Turcs , plus volon
tiers qu'ailleurs ,
Verres caffez font cas pendables.
Quay
GALANT
169
Quoy done ? dans fon premier tranfport
S'écria le farouche Maifre ,
Mon beau verre eft brife , qui venoit
de Francfort ,
?
Si bien grave,fi rare il en mourra ,
le traitre ,
Qu'on l'empale . A ces mots , Fregofe
eft accroché
Par quatre impitoyables ferres ,`
Et fe voitpreft d'eftre embroché,
Exemple formidable à tous caffeurs de
verres !
Alors, fans s'èmouvoir du trêpas qui
L'attend,
A quelque homme de confiance
L'intrepide captif, d'un vifage conftant,
Demande à reveler un fecret d'impor
tance .
Juillet 1701 .
P
170 MERCURE
Orcam vers le poteau fur l'heure eft
amené,
Orcam , du GrandVifir Confeiller ordinaire
,
Vient recevoir du condamné
Le teftamentpatibulaire.
Seigneur , luy dit Fregofe avec tranquillité
,
L'eftat où je me vois n'a rien qui
m'embaraffe ,
Et l'Arreft de ma mort est un Arrest
de grace,
Qui va me mettre en liberté.
Mais le Vifir en moy perdra plus
qu'il ne penfe ,
Etjefaifois pour luy certaine experience
,
Dont le fuccés l'euft contente.
Je l'allois fupprimer par efprit de
vengeanoe ;
Preft d'aller rendre compte, un remors
le défend,
GALANT.
171
Que m'inspire la confcience.
F'apprenois à parler à fon gros Elephant
;
Il prononçoit déja quelques lettres
Arabes ,
Il auroit dans fix mois aßemblé des
fillabes ,
Et dans dix ans.... Quel conte a
faire à des enfans ,
Interrempit Orcam ! C'est bien moy
qu'on abufe.
Pourgarantir tesjours n'as - tu point
d'autres rufes ?
Quijamais entendit parler des Elephans
?
Non , reprit froidement Fregofe ;
Je ne deguife point , il n'en est pas
faifon. [ raifon
Entre les animaux leur Auteur , de
Aqui plus , à qui moins , departit,
une doſe.
Pij
172 MERCURE
L'Elephant les furpaffe tous
De la Religion il a quelque teinture
Aulever du Soleil il fe met à genoux,
Et revere dans luy l'Auteur de la
Nature.
Il connoift les vertus , infpiré parles
Cieux ;
Il est reconnoiffant , chafte , difciplinable
Il cherit l'innocent , il punit le coupable
,
Et le plus jeune aſſiſte & respecte le
vieux.
Pour garants de ce que j'avance,
F'ay Fline , Heliodore , Ariflote ,
Ælian ,
Berofe , Porphyre , Oppian ,
A vous , gens inconnus , Seigneur ,
comme je penfe ,
Chez nous autres Chreftiens, témoins
de confequence,
GALANT, 173
F'ay reflechi d'ailleurs , & c'eft chofe
à pefer,
Qu'animaux Indiens font enclins à
jafer.
Si la Nature dvare , à fa plus noble
befte
Avoit interdit le caquet ,
Elle cuft moins mis de fens dans fon
enorme tefte ,
Que dans celle d'un Perroquet,
Sur des raifons fi concluantes,
Qu'un peu de fens commun prit foin
de m'indiquer,
Dans la plus douce des attentes ,
Je pouffois un projet , qui ne pouvoit
manquer.
Mais puifque la terreur que caufe le
fupplice
Fait foupçonner ma bonne foy,
Que mon fecret s'enfeveliffe
Dans le même tombeau que moy .
P iij
1/4 MERCURE
Orcam prête au Genois des oreilles
avides ;
Car malgré le bonheur qui le mit
fur les rangs ,
C'eftoit un Scythe des plus francs
Quifuftjamais forti des Palus Méotides.
La nouveauté du fait l'effaroucha
d'abord ;
Mais après ce difcours foudain ilfe
ravife ,
Et l'execution par bon ordre eftfurcife
,
Jufqu'à ce qu'au Vizir il aitfaitfon
rapport .
Or Vizirs , comme on fait , font
gens , qui de chimeres
Se repaiffent avidement;
Gens qui bouffis d'orguëil , fur des
preuves legeres
Se mettent en tefte aisément
GALANT.
175
Que la nature Efclave adore leur
fortune ,
Et doit à leurgrandeur marquer à tout
moment
Par quelque rare accouchement
Sa déférence peu commune.
L'un veut que d'un creufet le Perou
foit tiré ,
Ou que d'un alambic Dame Jeuneſſe
forte ,
Et l'autre court comme un defefperé ,
Arracherl'efcarboucle au Dragon qui
La porte.
On pourroit fans enchantement
Perfuader leur vaine gloire ,
Que l'eau du Rhône , ou de la
Loire
Ayant dans fon paſſage abbreuvé
l'Allemand
,
Ira groffir lesflots de la Mer noi-
Piiij
176 MERCURE
Pourfignaler les jours de leurgouver
gement.
Comme le moindre des Novices
Achmet donne à travers , il croit que
le deftin
Voulut àfon honneur referver les premices
De ce langage elephantin ;
Et qu'aux Annales de l'Empire
Avec étonnement l'avenir pourra lire
,
Par la faveur d'Alla,
En tel temps de l'Hégyre ,
Chez le Vizir Achmet un Elephant
parla ,
Adouci par cette efperance.
Pour la premiere fois , il ufe de clemence.
Quant à Fregofe , il dit qu'il veut
mourir,
Que de s'y difpofer il afaitla dépenſe,
GALANT. 177
Et que de fa façon dans les murs de
Bizance
On n'entendrajamais d'élephant difcourir.
Alafin pa bonté fouffrant qu'on le
délivre ,
Pourplaire à fon cher maistre , il fe
refout à vivre.
On convient avec luy , que dans l'inf
truction
,
D'un gradué de figroffe importan-
се ,
Le moindre temps pour
en licence ,
le mettre
C'est un double Quinquennium .
L'Efclave , du trepas délivré de la
forte ,
Cheri , confideré , prend des airs
triomphans ,
Et fait en lettres d'or écrire fur fa
porte ,
178 MERCURE
Petite Ecole d'Elephans ,
Conftantinople entiere accourut au
Ppectacle ,
Et le nouveau Docteur entreprit fans
façon
Entouré de Badauts, qui crioient , au
miracle ,
De donner en publicfa bizarre lecon .
Unjour qu'on enfortoit , certain Amt
fidelle
Demeuré le dernier, luy dit confidem.
ment :
Fregofe , as-tu compris de ton engagement
La confequencenaturelle ,
Et du Vizir trompé le fier reßentiment
?
Ne te fouvient- il plus de ce Bouc
trop credule ,
Defcendu dans un puits pourſe defal
torer ,
GALANT. 179.
Quifutpar le Renard traité de ridicule
,
Pour n'avoir pas préva l'endroit à
s'en tirer?
Va , va ,j'ay toutprévu , luy répondit
Fregofe ..
à ton avis , font-ilsfi peu
Dix ans ,
de chofe?
La mort prendra le foin de dégager
mafoy
C
Dans ce delay qu'on donne à mon experience
,
Et reduira fous fapuissance
L'Elephant , le Vizir , ou moy,
&
Amy Bellocq, c'est ainsi que mejoue
Cette Fortune , au coeur diffimulé ,
Qui d'affez haut, m'a d'untour defa
rouë
Precipité dans le fond de la boue ,
Où je croupis , languiffant , exile.
180 MERCURE
Fe me fuis vu quelquefois confolé
Par doux espoir, parflateufe promeffe
;
Mais la lenteur me replonge en trif
teffe ,
Et mes beauxjours dans l'attente ont
coulé.
Je vois ,fans doute , où m'attend la
traiftreffe
Qui pour me perdre eft en fi beau de
but;
Par quelque mort , qui brusquement
furvienne,
Tout à propos , pour que bienje n'obtienne
,
Veut esquiver ; mais fi c'est là fon
but ,
Faffe le Ciel que ce foit par la mienne.
GALANT 181
Quoy que ce que je vais
vous dire ne foit pas nouveau,
comme il n'a point efté rendu
public , & qu'il merite d'eftre
ſceu , vous ne ferez pas fachée
de l'apprendre. Je croy même
que vous en ferez d'autant
plus édifiée, que vous connoiftrez
que la Ville du Royaume
, où la Religion Proteftante
femble avoir regné avec le
plus d'opiniâtreté , eft une de
celles où la Religion Catho .
lique fleurit prefentement davantage
, Cet extrait d'une
Lettre de Montauban , darée
du 20. Juin , ne vous en laiffera
pas douter.
182 MERCURE
Les devotions duJubilé font
beaucoup d'effet fur les nouveaux
Catholiques La Communion des
Filles fe fit Vendredy dernier. Le
Spectacle en fut touchant &
fenfible . Elles parurent en Proceffion
dans les rues , chacune avec un
cierge àla main ; & ce fut en cet
eftat d'humiliation qu'elles fe pre.
Jenterent à la fainie Table . On
eftime qu'il y en avoit dix huit
cens . Fe les vis toutes paſſer allant
à lá Communion . Elles eftoient
dans une modeftie fervente &
respectueufe. Laplufpartpouffoient
desfoupirs verfoient des larmes,
mais il y en avoit plufieurs qui
GALANT. 183 .
que
je
demandoient hautement à Dieu de
leurfaire mifericorde , en faisant
voir l'étendue de la grace de noftre
Seigneur. Je vous avonë
n'ay jamais rien vú defi édifiant.
J'en fus touché jufqu'au fond du
coeur. Les Femmes doivent com .
munier Mercredy prochain , jour
de Saint Pierre , en obfervant la
même ceremonie ; & pour nous ,
je veux dire les Hommes &
les Garçons , nous communierons
de même proceffionnellement ,
le cierge à la main , Dimanche
prochain , qui fera le dernier jour
du Jubilé , & de la Miffion . Je
fuisfi penetré de tout cela , que je
184 MERCURE
n'ay pú m'empêcher de vous l'écrire.
M' de Montauban a établi
chez luy un Bureau de charité ,
compofé des plus confiderables de
la Ville , nonfeulement par le rang,
mais auffi par leur vertu & par
leur pieté. On l'appelle, le Bureau
des Recouciliations
, parce que
l'on y travaille à réconcilier &
à accommoder tout le monde.
F'ay l'honneur d'eftre des Commiffaires.
Nous nous aſſemblons
tous les jours . Je nefçaurois vous
exprimer le bon effet que cela pro .
duit , & le grand nombre d'accommodemens
de reconciliations
GALANT. 185
haiter
que
que nous faifons , cela produira le
Jolide fruit de ce Jubilé. C'eſt le
R. Pere Bonnaud qui en a donné
l'idée , ilfaut convenir qu'il n'y
a rien de me lleur. Ilferoit à foula
Cour autorifaft nos
foins de l'honneur de fon approbation
, pour encourager ceux quiy
travaillent , & pour échaufer leur
charité. F'en écris à M' le Marquis
de la Vrilliere ; car fi ce Bureau
finit avec le Jubilé , nous ne
tirerons pas tout le bien qui feroit
à defirer , parce que l'on ne sçauroit
rétablir la veritable pieté , fi
elle n'a pour principe la charité &
l'amour du prochain . Il faut donc
Juillet 1701 .
е
186 MERCURE
étoufer toutes les animofie , pour
fuivre les preceptes du veritable
Chriftianifme.
Le Roy doit avoir bien de
la joye d'avoir acquis tant d'ames
à Dieu ; & fi l'on examine
qu'en faisant couvertir le tiers
de fon Royaume, ce Prince e ft
caufe du falut de tous les defcendans
de ceux qu'il a tirez
de l'erreur, on pourra dire qu'il
a empéché la perte de plufieurs
millions de perfonnes.
M'de Vertron , dont l'efprit
eft inventif& galant , a fait une
Societé pour la Lotterie de
GALANT. 187
Tours , qu'il nomme la Com.
pagnie des nouveaux Argonautes .
Elle eft compofée d'autant
d'Hommes que de Femmes ,
tous de qualité& de merite. Les
noms des uns & des autres font
tirez de la Fable, & rempliffent
les Numero. Voicy ceux des
principaux & anciens Argo .
nautes , fous lefquels les nouveaux
ont mis à la Lotterie .
Jafon , Fils d'Efon , iffu de
la race de Neptune , & Neveu
de Pelias Roy de Theffalie ,
qui l'envoya à la conqueste de
la Toifon d'or , comme à une
entrepriſe où il devoit perir.
!
Qij
188 MERCURE
Hercule , Fils de Jupiter &
d'Alcmene.
Thefée , Fils d'Egée &
d'Ethra.
Caftor & Pollux.
Typhis , Pilote du Navire
d'Argo , d'où eft venu le nom
d'Argonaute
.
Linceus , dont les yeux, qui
penetroient les murailles , fervoient
à découvrir les bancs
& les écueils.
Orphée.
Idmon , Fils d'Apollon & de
la Nymphe Cirene.
Amphiaraus , Prophete , Fils
d'Oillée.
GALANT. 189
EPOUSES DE JASON.
Medée.
Hypfiphile.
Creüfe.
EPOUSES D'HERCULE.
Dejanire .
Omphale .
Jole.
EPOUSE DE THESE'E
Ariane.
EPOUSE D'ORPHE'E.
Euridice.
La Lettre fuivante explique
l'hiftoire des Argonautes , &
de la brillance Societé que M
de Vertron vient de faire . 11.
l'adreſſe à Madame la Marqui,
fe de F ......
190 MERCURE
***********************
LETTRE
DU NOUVEL ORPHE'E
A LA
NOUVELLE EURIDICE .
Vousferezfans doutefurprise ,
aimable Euridice , de voir
Orphée reconcilié avec le beau
fexe , luy qui en fut autrefois traité
d'une manierefi cruelle ; mais teleft
mon deftin , que plus les Dames me
font de mal, plus je leur veux
de bien. C'est donc à leur gloire ,
que j'ay fait ce nouveau projet
GALANT. 191
galant pour la Lotterie de Tours .
Vous y avez la premiere part ,.
ma chere Euridice , e le nom &
d'Orphée , que j'ay icy , me fait
une loy indifpenfable de vous confacrer
mes premiers hommages.
Vous avez entendu parler de cette
fameufe Toifon d'or , dont la Conquefte
attira en Scythie les plus
grands Princes , ou pour mieux
dire , les Demi Dieux de la Grece .
Cette Fable a donné lieu à ma Mu.
fe de s'exercer au fujet de la Lotte
rie , dont ie vient de parler. Jay
attribuéles divers noms des Heros
quifurent de cette glorieuse expedition
à ceux qui m'ont fait l'hon ·
192 MERCURE
neur de me déclarer Chefde noftre
brillante Societe , & aux Dames
qui m'ont accordé la même grace ,
ceux des Princeffes leurs Epoufes ,
9 ajoutant des paroles en vers ,
convenables aux noms qui leur
font échus en partage. Je croy que
les Princes dont je viens de parler ,
voudront bien me difpenfer d'em
ployer àleur louange uneplume que
j'ay deftinée uniquement à votre
aimable Sexe ; je leur laiffe une
gloireplusfolide , qui est celle d'em.
porter la Toifon , c'est à dire , le
gros Lot.
Qu'ils courent tous à ce trefor:
La
GALANT. 193
La Conquefte n'eſt
bonne
,
pas moins
Quoy que la Fortune la
donne.
En un
mot , le
gros Lot fera
leur Toifon d'or.
Mais ilfemblepar là que je veüille
• priver les Dames d'une
conquefte
fi précieufe ; à Dieu ne plaifè que
je forme une penfee fi injurieuſe
pour elles Non , chere Euridice
nous ne pouvons rien faire fans
vous , & fi vos voeux ne nous
fecondent , nousy trouverons des
difficultez plus
infurmontables ,
que celles dont Jafon neput triompher
que par les charmes de Me-
Juillet 1701.
R
194
MERCURE
·
dée. Pour moy , je vous proteſte
que jeferois le premier à y renoncer.
Je borne toute mafortune à
l'avantage de vousplaire , & une
feule de vos faveurs me tiendra
lieu de gros Lot de & Toifon
d'or.
S'il y avoit autant d'efprit ,
dans rous les noms qu'on fe
donne dans toutes les Societez
qu'on fait pour mettre aux
Lotteries, il y auroit à profiter
pour beaucoup de gens ; par la
la feule lecture de ces noms.
Quelque haute idée que
l'on ait de la puiſſance du
CALANT 195
Roy, on ne peut lire ce qui
fuit fans étonnement .
ETAT DES TROUPES
de France , & des lieux où
elles font aux Païs- Bas Ef
pagnols.
A LILLE.
Le Regiment d'Hffi , 1 Bataillon.
Le Regiment d'Alface ,
A Arras.
4 b.
Le Regiment de Spaar
A Gravelines.
1 b ..
Le Regiment de Greder Suiffe ,
A Bergues .
1 bataillon.
Le Regiment de Touy ,
A Dunkerque.
Le Regiment de Reynols ,
Le Regiment de Téffé ,
Aux Mairies de Campenhonde
r b.
2 b.
1b.
T
Rij
196 MERCURE
Vilvorde , & Grenbergue
Le Regiment de Berry dans la
Banlieuë de Bruxelles , 2 Efc .
Gendarmerie , 4. Efcadrons.
A Anvers.
Le Regiment de Picardie , 3 b.
Le Regiment de Greder Suiffe ,
2 bataillons .
Le Regiment de Furftemberg ,
2 bataillon's .
Le Regiment de Chartres , 1 b .
Le Regiment du Maine , aux environs
d'Anvers , 2 Eſcadrons .
Le Regiment de Toulouſe, 2 Efc .
Colonel General de Dragons ,
3 Efcadrons .
A Malines.
Le Regiment de Brandle Suiffe ,
Les Yrlandois ,
Gendarmerie ,
3 bataillons .
I b.
2 Efc.
GALANT: 197
A Liers
z b. Le Regiment de Salis ',
Carabiniers du Rofel , & Courtes,
4 Eſcadrons .
A Herentails
Carabiniers de Refigny , 2 Efc.
A Sant Vlied.
Le Regiment de Xaintonge , 1 b .
A Gand.
Le Regiment d'Orleans , 1b.
Le Regiment de Provence , rb.
Le Regiment de Reinold ,
1 b.
Furſtemberg aux environs Gand ,
2 Efcadrons .
A Charleroy.
Le Regiment de Legall ,
Dauphin Dragons ,
A Namur.
Le Regiment de Salis ,
A Luxembourg.
Efc.
3 Efc
.
I b.
Le Regiment de Laonnois , I b
R iij
198 MERCURE
A Louvain.
Les Gardes Françoiſes ,
Les Gardes Suiffes ,
4b
.
3 b.
Gendarmerie aux environs de
Louvain ,
2 Eſc.
A
Bruges.
Greder Allemand ,
2 b .
S. Second , 1 b.
Sillery , Ib.
A Dam.
Surbeck ,
3 b.
A Oftende.
Lorraine ,
1 b.
Boulonnois ,
Ib.
A
Leavve.
Heffi , 2 b.
Agenois ,
Ib. Bourbon >
rb.
Deflandes 1.b.
A Tirlemont
Le Roy ,
4 b .
GALANT: 199
Dauphin ,
Royal Italien ,
Blefois ,
Royal Piedmond ,
3 b.
I b.
I b .
3.Efc.
A Bauterfen & Vertrick.
Auxerois ,
A Gemblours.
Ib.
Royal Dragons ,
3 Efc
.
A Dieft.
Tianges ,
Carabiniers d'Achy ,
2 b.
2 Efc .
Rofen , 2. Efc .
A Arfchos.
Humieres , 2 b.
Orleans , 2 Efc.
A Sechem.
Poitou , z b.
Vivans , 2 Efc.
A VVauvre.
Artois ,
I b.
Riiij
200 MERCURE
A
Judoigne.
Talmont ,
2. Efc.
A
Genappe.
La Feüillade ,
A Seille & Landen .
Meftre de Camp General Cava
2 Efc.
lerie ,
3
Efc .
Le Roy Cavalerie ,
3 Efc
.
A
Opuiek.
Carabiniers
Daubeterre , 2 Efe .
Aux Mairies de Hulpe &
de
Grezboffut.
Royal Allemand ,
68
Royal ,
Sur la
Mehaigne.
3 Efc
.
Royal Rouffillon ,
კ ს . -
2.5 .
Cravates ,
Chartres ,
3 Efc.
Rohan ,
2 Efc.
2 Efc.
Bombardiers ,
A
Boneff.
Ib.
GALANT 201
Sur la Menfe.
Vermandois ,
2 b.
Beringhen , z Efc.
Sur la Sambre à Genappe , &c.
Meſtre de Camp General de Dragons
,
Barantin
PAYS DE GUELDRE .
A Ruremonde.
La Reine
Royal Artillerie ,
Yfenghein
,
Monroux ,
Condé ,
Grignan >
3 Efc.
2 Efc-
3
b
I b.
1 b.
Ib.
2 Efc.
2 Efc.
Duras , 2 Efc . •
A Gueldre,
Santerre
Touraine ,
I b :
Ib.
Surlauben I b .
Hautefort Dragons , 1 Efc.
202 MERCURE
A Venloo,
La Chaftre ,
Surlauben ,
2.6.
I b.
Languedoc ,
Vexin ,
2. b.
I ba
Orleans , 2 b..
Royal Etranger ,
A Stevenfovert.
3 Efc,
Crufol , 1 b.
Condé ,
b.
La Couronne ,.
Senneterre Dragons ,
Haurefort ,
A VVert & Nedervvert
Du Maine ,,
RSA Fort S. Michel & Blerich.
A Herkelem.
A Stralem.
Toutes ces Troupes fe montent
à cent bataillons de huit cens
hommes chacun & à
quatre-
2
2b
.
2. b.
3 Efc:
2 Efc.
GALANT. 203
4
vingt - huit Efcadrons de cent
cinquante Maiftres , & comme
nonobftant ce grand nombre de
Troupes , toutes les Places où
vous venez de voir qu'il y a des
Troupes Françoifes n'en font
pas fuffifamment remplies , les
Troupes du Roy d'Espagne y fupléent.
Voicy en quoy elles confiftent
.
ETAT DES TROUPES
du Roy d'Efpagne aux Païs
Bas.
Infanterie.
Bataillons.
I
I
Dom Carlos de Gufmany
Le Marquis de VVefterlot ,
Le Prince François de Naffau , I'
D. Marzellot Zeux Grimalely , I
D. Juan Didiaques ,
D. Paulo Magno ,
I
204
MERCURE
Le Marquis d'Elval ,
Le Comte de Lanois ,
Le Baron de VVrangel ,
Le Comte de Milan
Le Marquis d'Ynfe ,
D. Carlos de Zunigua
Σ
2
I
Le Comte de Grobendourg , I
Le Baron de Capre ,
Amingaza
Grimaldy
Monchenio ,
Spinola
bourg ,
I
I
I
1
2 .
Montfort ou Milice de Luxem-
23 Bataillons.
5. Compagnies Franches de roo .
hommes chacune .
2
La Compagnie Franche du Comte
d'Horn .
Celle du Comte de Grovoy .
Celle du Duc Davray.
GALANT. 205
Efcadrons.
Cavalerie
Noirmond ,
Cecile ou Scalmonde ,
Berguhes ,
Chimay ,
2
2
2
2
La Compagnie du General de la
Cavalerie , 2
Celle du Lieutenant General ,
Chacon , I
Celle du Lieutenant General
Brancacio S
La Compagnie des Gardes de
Chevaux gris,
Celle des Chevaux noirs ,
Celle des Chevaux bais,
Toulonjon ,
I
I
2
Gaetano ,
Frola ,
Des Fourneaux ,
Ribaucourt ,
Artemand ,
206 MERCURE
Penaloffa ,
Dragons..
28
Efcadrons.
Steinus ,
Rizbourg ,
Salazard ,
35
3
3
9. Efcadrons.
Officiers Generaux.
Le Marquis de Bedmar , Gouverneur
general des Armes en
l'abfence de Mr l'Electeur de
Baviere .
Le Prince de Cerclas de Tilly ,
Meftre de Camp general .
Le Marquis de Grigny, General
de la Cavalerie.
Le Duc de Bifache , General de
l'Artillerie .
Il y a quantité de Generaux de
de Bataille , qui font comme nos
Marêchaux de Camp , ils comGALANT.
207
mandent tous les Colonels .
Ce qui fuit eft tres - curieux
puifqu'il fait voir ce que c'eft que
les lignes aufquelles on a travaillé
depuis que les Hollandois ont
commencé d'armer , & menacé
de la guerre , afin de juftifier la
verité de Proverbe qui dit que tel
qui menace a grandpeur.
Ces lignes ont devant elles des
Rivieres. La gauche commence
au-deffous d'Anvers, vers le Fort
Lazary : Elles paffent enfuite à
Therentals , où il y a une petite
Riviere qui gagne le Demer , que
les lignes fuivent à Arfchot
de là à Sichem , puis à Dieft &
à Halen , où la Gheete perd fon
nom . Elles continuent le long
de cette riviere & laiffant Heredeà
leur tefte , vont paffer à Leau,
>
2c8 MERCURE
où elles occupent
úne intervalle
de terre fans riviere pour joindre
à Bonneff la Mehaigne , qu'elles
fuivent par Falais jufqu'à la Meufe
, qui les confine à Stat Faubourg
de Huy , qui eft la droite
des lignes . On a fait de bonnes
Redoutes par tout , des Redans ,
des manieres de Demi- lunes , &
Baftions élevez pour eftre fuperieurs
aux Plaines , toutes ces lignes
font fraifées , & doivent
eftre prefentemnent achevées . Elles
ont prés de cinquante lieuës
de longueur , à caufe des détours
qu'on a efté obligé de faire , fuivant
la difpofition du terrain ,
On voit par les lieux où les Trou.
pes dont vous venez de lire l'état
font difperfées, & dans quels endroits
il y en a de cantonnées
dans ces lignes .
GAANT. 209
L'Italie eftant prefentement
le fujet de tous les Entretiens,
il n'eft pas hors de hors de propos de
vous dire , que M Sanfon ,
Geographe du Roy, a diftingué
fur la Carte de l'Italie , de qua
tre feüilles , tous les differens
Etats des Princes qui là poffe .
dent aujourd'huy . Ce font
l'Etat de l'Eglife , les Etats du
Roy Catholique , qui comprennent
les Royaumes de
Naples , de Sicile , de Sardaigne
, le Duché de Milan , les
Etats de la Republique de Venife
, du Duc de Savoye , du
Grand Duc de Tofcane , de
Juillet 1701 .
S
210 MERCURE
la Republique de Genes , des
Ducs de Mautouë , de Modene
, de Parme , de Maffe , de
la Mirandole , de la Republi .
que de Lucques , des Princes
de Monaco , de Piombin & de
Mafferan
. Il a fait marquer
dans les degrez de latitude de
cette Carte , quelle eft la grandeur
des jours du fixième , du
feptiéme & du huitime climat,
en partie qui font ceux fous
lefquels fe trouve l'Italie. Il a
aufli des Tables Geographi
ques pour les divifions de cette
Carte . On trouve fur la même
Carte, & fur celle des Etats
GALANT.
211
de la Republique de Venise ,
quieft encore plus particulieprefque
tous les noms Te
dont il a efté parlé dans nos
Gazettes , à l'occafion des
mouvemens des deux Armées
.
En vous nommant M'Sanfon
je croy faire l'éloge de fes
Cartes. Il demeure aux Galleries
du Louvre , vis à vis Saint
Nicolas.
Y
Meffire Louis de Bailleul ;
Marquis de Châteaugontier ,
Seigneur de Soify & Eftioles
fur Seine , & de Valletot fur la
Mer , ancien Prefident à Mor-
S ij
212 MERCURE
tier au Parlement , mourut lë
11. de ce mois , âgé de foixante
& dix - neuf ans . Il avoit pris
place de Prefident en l'année
1652. par la mort de Meffire
Nicolas de Bailleul , fon Pere,
Miniftre d'Etat , Surintendant
des Finances , Ambaffadeur en
Savoye , Chancelier de la Reine
, & fecond Prefident à Mortier
du Parlement . Il a auffi
rempli cette place de fecond
Prefident pendant quelques
années , & le démit de fa
Charge en 4689. en faveur de
Meffire Nicolas- Louis de Bailleul
, Marquis de Châteaugon-
}
GALANT. 213
rier , fon Fils , qui préfide à la
Tournelle depuis neuf ans . It
s'eftoit retiré dans l'Abbaye
de Saint Victor il y a environ
vingt quatre ans , & fa vie en
ce lieu- là a efté un fujer continuel
d'edification , tant il a
marqué d'éloignement pour
toutes les chofes du monde .
Vous fçavez que fa morta efté
fubite. Les Chirurgiens qui
ouvrirent fon corps , le foir mê
me du jour qu'elle arriva , ont
rapporté qu'elle avoit efté
caulée par une Apoplexie de
fang dans la tefte , & par une
hydropifie de poitrine , le мar-
•
214 MERCURE
dy 12. de ce mois. M ' le prez
mier Prefident , accompagné
de tous les autres Prefidens à
Mortier , à la referve de M ' de
Longueil , vinrent luy jetter
de l'Eau benite en ceremonie,
& furent receus au bas de l'Efcalier
par la Famille. Mrs de
Saint Victor le trouverent dans
fa chambre , & chanterent un
De profundis pendant la ceremonie
. Le même jour ,le corps
fat porté dans l'Eglife de l'Ab
baye , où il demeura en dépoft
juſqu'au Jeudy , à deux heures
du matin , qu'on le mit dans
un Caroffe pour le conduire à
GALANT. 275
Soify,fon coeur eftant demeu
ré à Saint Victor. Lors qu'il y
fut arrivé, M ' de Sonning , Do
cteur de Sorbonne , Chanoine
& Curé de Saint Victor , le prefenta
au Curé du lieu , & luy
parla en ces termes .
MONSIEUR ,
l'on
S'il eft vray , comme nous n'en
pouvons douter , que la bonne vie
fait la bonne mort: & que
doit juger des difpofitions la plufpart
des mourans , par
celles où on
les avú vivre , il nous eft permis,
&nous fommes même obligez ,
felon l'Apoftre Saint Paul , de
mettre des bornes à noftre douleur ,
216 MERCURE
laquelle fans cela deviendroit une
douleur toute payenne , dans ce
moment où nous eft enlevé haur &
puiffant Seigneur Meffire Louis
de Bailleul,, Chevalier, Marquis
de Châteaugontier
, Seigneur
Soify Eftiolles fur Seine , &
de Valletot fur mer , Confeiller du
Roy en tousfes Confeils d'Etat &
Privé , & Prefident à Mortier
honoraire dans fa Cour de Parlement
de Paris , dont j'ay l'honneur
de vous prefenter le corps. Une
retraite conftante de vingt quatre
ans dans noftre Abbaye de Saine
Victor une feparation entiere de
toutes les grandeurs
>
magnificences
GALANT. 217
cences mondaines , dans lesquelles
il eftoit né, une patience vraiment
chreftienne dans de facheufes circonftances
d'affaires , une fainte
frequentation des Sacremens , fa
charité toute compariſſante envers
les Pauvres ,fon refpect &fa ve
nerationfinguliere pour les Ecclefiaftiques,
& autres perfonnes confacrées
à Dieu ; enfin d'affiluës
meditations fur les grandes veritez
de la Religion , nous donnent
tout lien de croire que fa mort,
quelque fubue & precipitée qu'elle
ait efté pour nous , n'a pas efté imprévûë
pour luy , & que Dieune
l'a tiré de ce mo de la maniere
Juillet 1701. T
218 MERCURE
qu'ila fait , que pour luy épargner
dans ces derniers momens les hor.
reurs de ce terrible paſſage , & en
même temps commencer à luy donner
la recompenfe des ferieufes re
flexions qu'il y avoit faites pen.
dant le cours de fa vie. Oublions
icy fon illuftre naiffance , fon inte
grité à rendre la justice , cette ame
grande , liberale
en toute occafion , & mille autres
belles qualitez qui luy ont attiré
le reſpect & l'amitié de tout le
monde ; mais aprés tout , qui ne
font que l'homme d'honneur & de
probité. Ilmefuffit , Monfieur, de
vous rendre compte d'une ame
bienfaisante
GALANT .
219
de
veritablement Chreftienne , dont
nous avons efté témoins , & qui
le rend digne que vous vousfouve.
niez de luy àl'Autel du Seigneur ,
pour achever , s'il en a befoin ,
le purifier , & mettre fon ame en
eftat dejouir au plutoft de la vûë
de Dieu , jufqu'au moment quefon
corps , pour lequel nous vous de
mandons avec inſtance la fepulture
ecclefiaftique , jouiffe avec elle d'une
bienheureuſe immorta pleine
lité.
A l'iffuë de la Meffe, le corps
de M'le Preſident de Bailleul
fur mis dans la fepulture de
fes Anceftres , Cet Illuftre Mar
Tij
220 MERCURE
giftrat eftoit Frere de madame
la Marquise de Grandpré, & de
Madame la marquife d'Uxelles,
à qui un merite fingulier a
donné tant d'Amis confiderables
. M' le Preſident de Bailleul
, outre Mr le Marquis de
Châteaugontier , Preſident à
Mortier fon Fils , a laiffé quatre
Filles , qui font madame la
Marquise de Franquetor , Madame
la marquile de Vatan ,
Madame la marquise de Pouffé
& Madame de Courchamp.
Cet illuftre Magiftrat a laiſſé
auffi deux Soeurs. L'une eft
Madame la Marquiſe d'Uxel ;
GALANT: 221
les , mere de M' le Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées du Roy , &
l'autre , Madame la marquife
de Saint. Germain Beaupré. Le
grand nombre de perfonnes
que l'on voit mourir fubite .
ment , devroit nous engager àc
faire de ferieufes reflexions fur
l'incertitude de la vie , & fur
le peu d'attention que nous
avons à nous préparer à la
quitter.
Ceux dont j'ay encore à vous
apprendre la mort, font Meffire
Eftienne Jehannot de Bartillat
, Baron d'Uriel . Il avoit efté
Tiij
222 MERCURE
Treforier de la Maiſon de la
feuë Reine Mere , & fa grande
probité ayant paru dés ce
temps-là , le Roy le nomma
l'un des deux Gardes du Trefor
Royal que Sa Majefté fir
lorfqu'elle fupprima les Tre-.
foriers de l'Epargne. Il n'a cef.
fé de remplir cette Place que
lorfque les affaires de la guerre
, obligerent le Roy de créer
en Charges ces Emplois qui
n'eftoient alors que des Commiffions.
Quoy que M' de
Bratillat exerçaft depuis longtemps
des Emplois de Finances
, il ne fe trouva pas en eftat
GALANT
223
d'acheter une Charge de cette
importance ; auffi le Roy ditil
de luy en apprenant fa mort ,
qu'il avoit perdu un honnefte-
Homme , & un Financier qui
n'eftoit pas riche . Les longs
fervices de M' de Bartillat fon
fils luy ont fait meriter d'eftre
nommé par le Roy Lieutenant
general des Camps & Armées
de Sa Majeſtée & Gouverneur
de Rocroy. M ' de Barcillat qui
vient de mourir eftoit dan's
fa quatre- vingt- douziéme année.
On a eu avis de Bretagne
que M'l'Evêque de Saint Paul
Tiiij
224 MERCURE
de Leon eft mort dans fon
Dioceſe. Il eftoit parvenu à la
dignité Epifcopale par fon érudition
& fon merite perfonnel.
Dame Barbe le Prevoft .
Elle eftoit veuve de Meffire
Jules de Nargonne , Seigneur
des Bergeres & de Bifontaines,
Colonel du Regiment de la
Reine Mere .
Meffire Pierre Guichard
Preftre , & Profeffeur du Roy
en Theologie , de la Faculté ,
de Paris. Il avoit quatre- vingts
ans , & eftoit Doyen de cette
Faculté , & Grand Maiſtre de
la Maiſon de Navarre .
GALANT. 225
Meffire Gabriel Petit , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,
-
Abbé de S. Vincent de Befançon
& Confeiller de la
Grand Chambre , agé feulement
de foixante & deux ans.
Sa morta efté precipitée , puifqu'on
l'a trouvé le matin étendu
nud dans la rue , la tefte
entierement fracaffée . Il couchoit
dans un fecond èrage ,
& l'on conjecture que s'elland
relevé la nuit , & ayant ouvert
une feneftre qui eftoit de
plein pied avec la Chambre ,
il s'y eft penché au deffous de
la barre de fer , qui auroit pû
226 MERCURE
luy fervir d'appuy , & qu'il s'y
eft bleffé en fe relevant , en
forte que fe baiffant de nouveau
, la pefanteur de la plus
haute partie de fon corps a
emporté l'autre . Mr l'Abbé
Pajot eft monté en fa place à
la Grand'Chambre.
Les grandes chofes que le
Roy a faites depuis qu'il a com
mencé à regner par luy- même
luy ayant attiré l'admiration
de toute la terre , l'Archevêque
de Philippopolien Greçe,
elt venu exprés en France
pour voir un Monarque fi accompli.
Ileft homme de qua
GALANT. 227
eft
lité , & riche . Il a eu l'honneur
de faluer Sa Majeſte. Son compliment,
eftoit en langue Ve
nitienne. Le fils de M ' Dippy ,
Interprete , luy rendit la réponſe
du Roy. Ce Prelat fut
charmé de l'honnefteté qu'il
y trouva auffi- bien que des
manieres de ce Prince.
de bonne mine , & âgé d'envi
ron cinquante ans. Il eft venu
accompagné feulement de
deux Ecclefiaftiques , & de fix
Domestiques. Il fit prefent à
Sa Majesté d'un Bufte d'Yvoire
d'Alexandre , de quatre ou
vrages de Saint Chrifoftome ,
228 MERCURE
écrits par fon Difciple , & de
quelques écritoires de Perfe
& autres galanteries. Il a fait,
auffi prefent de deux Medailles
d'or fort curieufes & fort
ares à Madame la Ducheffe
le
Bourgogne.
Vous avez vû dans ma Lettre
du mois d'Avril dernier
le di (cours qu'on m'a envoyé
de
Hollande fur le Diogiro.
metre. M' de la Montre , Profeffeur
de
Mathematiques &
de
Philofophie à Paris , en a
publié fon fentiment dans le
Journal des Sçavans , du 30 .
GALANT. 229
May , & il a fait mettre deux
difcours fur la même matiere
dans les Journaux du 6. Juin
& du 18. de ce mois. Voicy la
réponse qu'un particulier y a
faite.
Fe laiffe à M Aimon lefoin de
répondre en detail à la Critique
que Mi la Montre a faite defon
Diogirometre. Je diray feulement
que ce Profeßeur n'a pas eu fujes
de traiter cette Machine de miferable
Invention , & de repeter ce
terme plus d'une fois . Ceux qui
ne peuvent inventer , & qui ont
un efprit d'envie de jalousie
s'appliquent à détruire ce que
les
230 MERCURE
autres inventent. Quandla Machine
de M' Aimon neferoit d'aucune
utilité, ilferoit toûjours eftimable
d'avoir travailléſur unfujet
qui a merité l'application des
plus Sçavans Hommes , & quieft
particulierement recherché en Hol.
lande , ou la Navigation eft un des
plus fermes appuis de cette Repu.
blique , la principale caufe qui
l'a élevée à ce haut degré de puiffance
où nous la voyons prefentement
Les moindres découvertes
qui tendent à l'utilité de ce grand
Art de la Navigation , qu'on peut
appeller l'Artdes Arts , y font ireseftimées
& parfaitement bien reGALANT.
231
çues. Les efforts de M' Aimon
font louables & toutes les perfonnes
judicieufes & bien intentionnées
, conviennent que par cela
feul , il merite quelque recompenfe
du public. Le celebre M' Defcartes
eft de ce fentiment à l'égard de
M' Morin , à qui il écrit en ces
termes dans la cinquante feptiéme
Lettre du premier volume. Il eft
certain que la peine que vous
avez prife pour trouver des
Longitudes , ne merite rien
moins qu'une recompenſe pu
blique , mais pour ce que les
inventions des Siences font de
Ghaut prix , qu'elles ne peu
232 MERCURE
vent eftre payées avec de l'ar
gent , il femble que Dieu a tel.
lement ordonné le monde ,
que cette forte de recompen
fe n'eft communément refervée
que pour des ouvrages
mechaniques & groffiers , ou
pour des actions baffes & ferviles.
Lors
que M' de
la
Montre
aud
ra
publiéles
deux
moyens
qu'il
prétend
avoir
trouvez
pour
mesurer
exactement
le
fillage
des
Vaiffeaux
, M
' Aimon
les
examinera
.
Il
peut
dire
en
attendant
témoignage
de
M' de
S.
Cricq
qui
est
mort
,&
celuy
de
M
' Char
que
le
GALANT:
233
s'ils
vite qui eft abfent , font nuls &
peut - eftre imaginaires , ou ,
font réels , que cefont des complimens
d'amis fur lefquels on ne dois
faire aucunfondement . Il n'y aperfonne
qui , fur telle Invention qu'il
propofera , ne puiffe rapporter des
témoignages & même des atteftations
par écrit , comme fit autrefois
le Pere du Liris, quipublia les Čertificats
de plufieurs Capitaines &
Pilotes , lefquels affuroient quefa
maniere de connoiftre les Longitu
des eftoit précife , qu'elle les avoit
plufieurs fois ravis en admiration.
M' de la
Montre
avance and
Juillet 1701 . V
234 MERCURE
chofe qui paffe toute forte de créan
ce , lorsqu'il affure que l'erreur de
vingt lieuës ,fur une tres longue
courſe , ne provenoit que
de ce que
M² Charitte avoit ajoûté chaque
jour quelque chofe à fon eftime ,fedon
la methode ordinaire des Pilo.
tes. On pourroit même dire qu'il
y a quelque contradiction , puis
qu'il avertit le Public que fa maniere
d'eftimer le fillage demande
du foin & de la vigilance , que
peu de gens voudront s'en fervir ,
parce qu'à chaquefois qu'on change
de voilure ,
le vent augmente
ou diminue , & qu'il fe rendfa
vorable ou contraire à la route , il
que
le
GALANT. 235
faut reiserer les Obfervations
l'eftime du fillage , & en tenir unt
Registre exact , c'est à dire en bon
François qu'elle eft impraticable",
il n'y a pas d'apparence que ces
Meffieurs s'en foient fervis . M
de la Montre a en raison de chercher
une feconde Invention , qu'il
a trouvée, dit-ilpour lespareſſeux,
qui demande auffi peu defoin que
que la Bouffole , & qu'il appelle le
Compas du fillage , qui fera connoistre
avec la mêmefacilité ,fans
fortir de la grande Chambre du
Navire , combien il avance en une
beure ou en une minute. On peut
facilement pronostiquer que cettè
Vij
236 MERCURE
La
feconde Invention fera auffidefec
sueuse que
leur principe eft fondé fur quelque
Machine qui mefure la force du
vent.
premiere , & que
LorfqueM' de la Montre dit ,
qu'il a appris que fes écrits n'ont
point efté mal reçus du public , il
Je donne de l'encens à luy même ,
ou bien on luy a impofe. Le public
n'eft point content de propofitions
en l'air , qui ne l'inftruisent de
rien. Ce n'eft pas que de tres Sçavans
hommes n'ayent quelquefois
annoncé qu'ils avoient trouvé telle
ou telle Invention ,foit afin de demander
du fecours pour en faire
GALANT 227
les experiences , foit afin d'obtenir
quelque récompenfe pour les Inven
tions qu'ils avoient déja publiées ,
dont le public avoit profité.
Comme M de la Montre n'eft
point dans ce cas , & qu'il n'a ja.
mais inventé aucune choſe , même
de peu de confideration , il doit publier
ce qu'il pretend avoir trouvé
pour mesurer exactement le fillage.
des Vaiffeaux avant que d'en demander
la récompenfe . L'Incertitude
qu'ilpourroit alleguer d'obtenir
cette recompenfe aprés avoir
publiéfes Inventions ,ſuppoſé qu”-
ellesfuffent auffi parfaites qu'il les
dit , eft une raifon tres foible. On
238 MERCURE
Içait que le Roy a recompenfe &
qu'il recompenfe continuellement
ceux quiperfectionnent les Sciences
& les beaux Arts , & que même
pour encourager les moindres genies
, il a donné des gratifications
à des perfonnes qui ont trouvé des
Inventions nouvelles , quoy qu'el
les n'euffent pas réuſſi dans la praz
tique . Si M¹ de la Montre ne communique
pas bien- toft ces deux Inventions
au public , & qu'il le
veuïlle toûjours tenir en fufpens ,
le public aura raifon de ne le pas
croirefur ce qu'il avance.
Je fuis obligé de repeter ce
GALANT.
239
que j'ay dit déja plufieurs fois ,
que je ne prens aucune part
en ces fortes d'Ouvrages critiques
, dont je ne fuis que le
fimple rapporteur , ne voulant
taxer perfonne. Ceux que l'on
attaque ont la voye de fe défendre
. Mes Lettres font un
champ ouvert pour la réponſe,
ainfi que pour la critique ,
pourvû qu'il n'y ait rien qui
puiffe bleffer ny dans l'une ny
dans l'autre ,
Mademoiſelle de Beringhen
a épousé depuis peu M' le
Marquis de Vaffé . La Maiſon
de Vaffé eſt des plus anciennes
240 MERCURE
du pays du Maine. Le Pere de
celuy qui vient de fe marier ,
s'appelloit le Vidame du mans.
Il avoit époufé la feconde Fille
de feu M' le Maréchal de Humieres
, qui en ſecondes noces
avoir épousé M ' le Marquis
de Surville , fecond Frere de
M' le Marquis de Hautefort ,
& qui commande le Regiment
du Roy. Madame la marquife
de Surville eft Soeur de Madame
la Princeffe doüairiere d'Ifenguien
, & de Madame la
Ducheffe de Humieres . Madame
la Maréchale de Humieres
, leur Mere , eft de la
Maiſon
GALANT. 241
Maifon de la Chatre.
La Mere de M² de Vaffé ,
Pere de celuy qui fe marie ,
eftoit Lanfac . La Maifon de
Vaffé eft encore alliée à cel
les de Gondy , de Lufignan ,
de Crequi , & à beaucoup
d'autres des plus confiderables.
Celuy qui vient d'époufer
Mademoiſelle de Beringhen
, eft Petit- neveu de Mr
l'Abbé , & de M'le Chevalier de
Vaffé , & de M' le Marquis de
Saint Georges Vaffé leur Frere.
Leurs Armes font fafcéd'or
d'azur de fix pieces . Le jeune
Marié eftoit dans fa premiere
Juillet 1701 .
X
242 MERCURE
enfance quand il perdit M' le
Vidame fon Pere. Madame la
Marquise du Surville , fa mere,
n'a rien negligé pour fon édu ,
cation . Il a fait les Etudes , &
enfuite tous les Exercices avec
beaucoup de fuccés.
Mademoiſelle de Bering.
hen eft Petite fille de Henry
Comte de Beringhen , Seigneur
d'Armainvilliers , premier E.
cuyer de Sa Majefté , Gouver
neur de la Citadelle de Marfeille
, qui avoit épousé en 1646 .
Anne du Bled , Fille de Jacques
du Bled , Marquis d'Uxelles
Gouverneur de Châlons , & de
GALANT: 243
Claude Phelipeaux , de laquelle
il a eu Jacques - Louis de
Beringhen , Comte de Chafteauneuf&
du Pleffis Bertrand
en Bretagne , Gouverneur des
Citadelles de Marſeille , &
premier Ecuyer de Sa Majefté
, qui a époulé N. d'Aumont
, Fille de Marie d'Aumont
& de Rochebaron , Duc
d'Aumont , Pair de France ,
& Marquis de Villequier &
d'lfle , Baron de Chapes , premier
Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Gouverneur
de Boulogne & du Boulonois,
& Petite fille de Michel
X ij
244 MERCURE
le Tellier , Chancelier & Gar
de des Sceaux de France . De
ce mariage eft venuë Mademoifelle
de Beringhen dont
je vous parle . Elle eft grande
, bien faite , & fort d'un
Convent où elle a efté élevée
auprés de Madame l'Abbéffe .
de Farmontier , fa Tante .
Elle est née d'un Sang fi fage
& fi vertueux , qu'il y a fujet
de croire que la vertu fera
d'un grand exemple à la Cour .
M' de Beringhen fon Pere ,
donna un grand Souper le jour
des Fiançailles , aux principaux
Parens des deux Maiſons.
GALANT: 245
L'affemblée fut grande , &
composée de perfonnes d'une
qualité diftinguée . On fervit
en même temps plufieurs tables
avec une égale abondance
, & beaucoup de delicateffe ,
& dans des lieux décorez d'une
maniere à faire plaifir.
Le 17. de ce mois , Monfeigneur
, & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne allerent à Saint
Maur , où ils furent receus par
S. A. S. Monfieur le Duc. Il y
eut le foir un grand Souper ,
& deux tables magnifiquement
fervies dans le même
lica. A l'une eftoient Monfei.
X iij
245 MERCURE
gneur , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , Monfieur le Duc,
Madame la Ducheffe , Monfieur
le Comte de Touloufe , &
d'autres Seigneurs. L'autre fut
remplie de plufieurs perſone
nes d'une qualité diftinguée.
On en fervit encore d'autres
en divers endroits.
Le Lundyily eut une grande
Chaffe auLoup, & cette Chaffe
dura depuis le matin juſqu'à
huit heures du foir. Il y eut
enſuite un fort grand repas.
Le Mardy on n'alla point à
la Chaffe. Le dîner fut magnifique
, & la promenade charGALANT.
247
-
mante. Dans les intervales de
la promenade & du ſouper, on
fut agreablement diverti par
un tres . beau concert, compo .
fé des Sieurs Couperain , Vizée
, Forcroy , Rebel & Favre ,
Philbert & Decoraux , & d'une
petite Fille âgée de huit à neuf
ans , que ce dernier éleve par
charité , & qui fuivant fes le
çons , chante avec beaucoup
d'ordre & de propreté
.
M'de Chamillart de Vilatte
s'eftant toujours fait beaucoup
eftimer dans les Emplois qui
lui ont efté confiez ,foit dans la
Marine, foit dans les Finances ,
x iiij
248 MERCURE
& ayant toujours travaillé avec
un ordre & une affiduité qui
faifoient croire que l'expedi
tion fi neceffaire aux affaires ,
feroit prompte quand il en
auroit de plusgrandes entre les
mains , Sa Majefté l'a jugéca
pable de remplir toutes les
fonctions de l'employ qu'a .
voit M ' de S. Poüange
.
Vous vous doutiez bien que
dans la conjoncture prefente
des affaires , M' de Fer qui
eſt attentif à tout ce qui peut
faire plaifir au public , & qui
n'épargne rien pour cela , metGALANT.
249
troit bien- toft au jour quelque
Carte nouvelle . Il vient d'en
donner une intitulée. les
Frontieres d'Allemagne d'Ita.
lie pour l'intelligence des affaires
du Milanez , où fe trouvent les
Duchez de Milan , de Mantoüe ,
de Parme, de Modene la Republique
de Venife , les Evêchez de
Trente , & de Brixen , le Comté
deTirol , les Grifons , & la Valteline
partie de l'Archevêché de
Saltzbourg. Il vient auffi de
donner au Public une feconde
partie de l'Atlas curieux , ou lé
Monde. Il eft compofé comme
le premier de cinquante
250 MERCUR
E
Cartes , Plans , Vues , & Def
criptions nouvelles tres - curieuſes
, & bien gravées. Il
travaille à la troifiéme partie
qui fera achevée au commencement
de l'année prochaine
.
Je croy que vous avez ap
pris la mort de Mie Renouard
de la Toüanne , Treforier general
de l'Extraordinaire des
Guerres & de la Cavalerie Le
gere de Sa Majefté , aux Départemens
tant deçà qu'en
dela les Monts. I laiffe un
Fils Confeiller au Parlement ,,
qui a époulé N. do Bofc , Fille
GALANT. 251
•
de M ' du Bofc , Procureur general
à la Cour des Aides , &
cy devant. Prevoft des Marchands
.
Meffire Loüis Armand d'Alogny,
Marquis de Rochefort ,
Baron de Craon , Seigneur
d'Ingrande , Brigadier des
Armées du Roy , mourut le
21 de ce mois fans alliance .
Il eftoit Fils de Meffire Henry
Louis d'Alogny , Marquis de
Rochefort, Capitaine des Gardes
du Corps & Maréchal de
France , & de Dame Madeleine
de Laval.
Meffire Jean Neiret de la
252 MERCURE
Ravoye , Seigneur de Beaure
paire , Grand Audiencier de
France , & Treforier general
de la Marine , mourut le 23.
avoit épousé N. de Valliere ,
Fille du Fermier general de ce
nom . Sa beauté eft connues
ainfi je ne vous en dis rien .
Le Roy eftant tres fatisfait
des fervices que m'de Blecour
luy a rendus en Espagne , Sa
Majefté lui a donné le Gouver
nement de Navarin , qui va
quoit par le decés du Frere de
M'd'Artagnan , Commandant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , & qui fut tué
CALANT
253
au Siege de Maftrick . Son aîné
qui poffedoit le Gouvernement
de Navarin eftoit âgé
de cent dix ans. Sa majeſté a
nommé dans le même temps
M' Ducaffe , Gouverneur de
rifle de Saint Domingue
, pour
eftre Chef d'Efcadre de fes
Armées Navales & luy a donné
ordre de fe preparer pour
retourner en Espagne , où Sa
Majefté Catholique le fouhaite.
Il a de grandes lumieres , &
eft homme de bon confeil, &
d'expedition & tres capable
de rendre des fervices importans
. Ceux que Mм ' Dugué Вa254
MERCURE
nes ,
gnols rend aux deux Couronl'ont
fait nommer Intendant
des Armées d'Eſpagne en
Flandre ainfi qu'il l'eft deja de
celles de France .
Puifque vous voulez fçavoir
tout ce qui a efté écrit ſur
l'affaire de Carpi , je change.
ray ma maniere ordinaire , &
au lieu de vous envoyer une
Relation compofée de plu .
fieurs autres , je vous en en .
voye cinq , qui ont toutes eſté
faites par des Officiers gene.
raux , ou par des Colonels .
Vous trouverez dans chacune
quelques particularitez qui ne
GALANT 255
font point dans les autres.
Ainfi vous pouvez compter
qu'ayant toutes ces Relations ,
rien de ce qui eft digne d'eftre
remarqué dans cette grande
action , n'échapera à voſtre
connoiffance , & que l'une
vous éclaircira de ce que vous
trouverez d'obſcur dans une
autre. Voicy la premiere.
Du Camp de San Pietro Legnago
le 9. Juillet .
F
E vous écris ces mots , pour vous
dire que le Prince Eugene a paßé
ce matin le Tartaro & le Canal
blanc , ayant quinze mille hommes ;
tant Cavalerie qu'Infanterie , avec
256 MERCUR
2
lefquels il a attaqué le Cmp de
Carpi , commandé par Mrs de Saint
Fremont& du Cambout. Ce Camp
eftoit compofé des Regimens de Ruffey
& de Mauroy , Cavalerie , des
Dragons d'Eftrade , de Verac &
d'Albert. Mr de Saint Fremont a
marché d'abord aux Ennemis avec le
Piquet. Il les a chargez fortement
lors qu'ils fortoient du Village de
Caftagnaro , & il les a repouffezi
mais à la fin le grand nombre l'a
emporté , & il a efté repouſſè juſqu'à
fon Camp , où il afait halte , protegé
par les cinq Regimens . Celuy
d'Albert a retourné à la charge trois
fois , & a fait des chofes extraordi –
naires. Le Chevalier d'Albert , Colonel,
a efté tué & fept Capitaines.
L'action fe paffoit dans un chemin
bordé de Foffez des deux coftez. Les
GALANT. 257
Ennemis rempliffoient le chemin par
la Cavalerie , & au delà des Foffez
par l'Infanterie. Le Regiment d'Al
bert fe répandit fur mon Regiment &
fur celuy de Ruffey , qui eftoit derriere.
Ces Regimens ayant marché en avant
ont chargé dix fois les Ennemis , &
n'ont efte contraints d'abandonner le
Village de Carpi que par le feu de
l'Infanterie qui s'eftoit jettée dans
les maifons , qui nous a tué beaucoup
de monde. M Tomé eft tué ou pris ,
cinq Lieutenans , trente -fept Cavaliers
tuez fur la place . Mon Timbalier
fut tué avec fon cheval. Un de
mes Brigadiers rechargea les Timbales
& fut encore tué , & enfin les Tim
bales demeurerent , parce que le feu
de l'Infanterie fut fort redoublé , &
que Ms de Teffe fit retirer mon Regi
ment. Les Ennemis avoient un de nos
Juillet 1701.
Y
258 MERCURE
Etendarts , mais Mrs de Belle & le
Clerc l'allerent arracher au milieu
des Ennemis . Je ne pus arriver à mon
Regiment qu'à la fin de l'action
parce que j'eftois à lagrande Armée .
Mr du Cambout a eu un coup dans le
bas ventre , dont il eft mort. Mr de
Ruffey a perdu fon Lieutenant Colonel
, un Capitaine , un Etendart &
autant de Cavaliers que moy.
Mr le Prince Eugene qui eft bleffè
au genou , a dit qu'il falloit eftre
des Diables , pour foutenir ce que
nous avons fait .
Il paroift tant de naturel dans
cetteRelation qu'iln'y a pas lieu
de croire que celuy qui l'a écrite
ait cherché à déguiſer la verité .
Comme il n'a parlé qu'en gros
de l'action , en voicy une ReGALANT.
259
lation plus détaillée.
Les Imperiaux ont jetté cette nuit
deux Ponts fur le Canal Bianco,
l'un auprés de Trefenta , l'autre au
deffous de Caftagnaro , & dans le
.même temps ils ont paẞé avec une
extreme diligence un Corps d'Infanterie
& de Cavalerie d'environ quinze
mille hommes avec du canon .
Auffitoft que Mr de Saint Fremont,
qui commandoit le poste de Carpi , a
efté averti de leur marche , il a pris
le Piquet des Regimens de Ruffey ,
Cavalerie , d'Albert , Verac , &
Eftrade , & a marché à Caftagnaro,
où il eft arrive en même temps que
les Ennemis. Le Village a efté difputé
par ces détachemens , qui ont efté
foutenus par deux Compagnies de
Grenadiers , quiy arriverent presque
Y ij
260 MERCURE
auli - toft , mais le nombre des Enne
mis , tant Infanterie que Cavalerie ,
s'eftfort augmenté, & a coulé le long
de la Digue , pour venir attaquer
Carpi en méme temps que Caftagnaro
; ce qui a obligé Mr de Saint
Fremont d'y ramener les Troupes
avec lesquelles il s'eftoit avancé. Il
l'a fait avec affez de facilité , aprés
avoir combatu avec la derniere vigueur
, dans les défilez de Caftagnaro
, où il avoit obligé une partie des
Dragons détachez, de mettre pied à
terre.
Mr le Comte de Teffé ayantjugé
de cette attaque , par le bruit du Canon
, & parla décharge de Moufqueterie
frequente qu'on entendoit du
Camp de San Pietro de Legnago
où M³ le Maréchal de Catinat l'avoitlaiſſe
avec vingt- neuf Efcadrons
A
GALANT 261
fept Bataillons , marcha le plus
diligemment qu'il put avec le Piquet
de la Cavalerie , &fur les avis qu'il
reçut que M' de Saint Fremont eftoit
attaqué par un Corps confiderable ,
ilordonna que toute la Cavalerie le
fuivift avec les fept Bataillons . Il
arriva à Carpi dans le temps que
Les Ennemis attaquoient avec vigueur
les cinq Regimens quiy eftoient campez.
Sa prefencefit renouveller le combat.
Les Dragons d'Albert qui fe
trouvoient le plus prés des Ennemis
chargerent par trois fois l'épée à la
main. La Cavalerie qui remplißoit
le chemin qui eftoit bordé de l'Infanterie
des deux coftez, la protegeoit par
unfeu confiderable. M³ d'Albertfut
tué en cet endroit , & M du Cam..
bout reçut un coup de moufquet dans
le bas ventre. Les Dragons fe retire262
MERCURE
rent derriere les Regimens de Mauroy
& de Ruffey qui remplirent le chemin.
La Cavalerie Ennemie les
pourfuivit, Nos deux Regimens la
foûtinrent , & celuy de Mauroy la
chargea cing fois au milieu de l'Infanterie
Ennemie , qui faifoit un feu
confiderable , occupant toûjours les
bords du cheminfepatépardesfoffez,
laquelle s'avançoit toûjours pour appayer
les Cuiralliers qui le remplif
foient . Enfin cedant au grand nombre,
onfe retira au Village de Carpi
, dont les Ennemis occuperent les
maiſons . Mde Teſſerenvoya la Ca.
valerie qui eftoit venuë de Saint Pier
re parce qu'on ne put trouver un terrain
où la poster. Le pays eft fi fort
coupe de larges foffez pleins d'eau ,
qu'il n'eft pas poffible dans trois lieuës
qu'ily a de Saint Pierre de Lignage
GALANT 263
à Carpi , de former un Efcadron.
Les Bataillons furent placez dans le
Village de Villa- Bartholomea pour
favorifer la retraite du Camp de
Carpi , dont les Ennemis ne pafferent
pas le Village.
On doit remarquer dans
cette Relation , que le feul
Regiment de Mauroy chargea
cinq fois les Cuiraffiers de
l'Empereur au milieu de leur
Infanterie , & j'ay même vû
des Lettres dignes de foy, qui
portent , que ces Cuiraffiers
laffez de voir nos gens revenir
fi fouvent à la charge fur eux ,
le retirerent derriere leur In264
MERCURE
fanterie , & ne voulurent plus
combattre. C'est un fait qui
fe juftifie, en ce qu'on n'a point
pourſuivi nos gens par delà le
Village de Carpi . On ne le
croiroit pas , fi ce fait n'eftoit
de notorieté publique. En effet
il eft inoüy que quinze mille
hommes n'ayent ofé pourſui
vre le refte de feize cens cin
quante hommes , dont une
feule de leur charge auroit dû
faire perir jufqu'au dernier , ſi
la valeur des Troupes du Roy
n'avoit obligé les Ennemis de
prendre foin de fe défendre ,
au lieu de longer à attaquer.
Si
GALANT. 265
Si l'on examine qu'ils ont efté
chargez par nos Troupes juf
quesà dix fois , fçavoir , fept
fois par une partie de ces mêmes
Troupes , & trois fois par
le refte , on ne pourra s'empê
pêcher de croire que nous
eftions quinze mille hommes,
& qu'ils n'eftoient que feize
cens cinquante . Les noftres
leur crioient pendant le combat
, qu'ils n'avoient pas affaire à
des Turcs.
Les Ennemis après avoir fait des
Ponts fur le Tartaro ont marché avec
une partie de leur Armée le 9. au
matin. M de Saint Fremont eftoit
Juillet 1701 .
Ꮓ
266 MERCURE
campé à Carpi , avec trois Regimens
de Dragons , deux de Cavalerie
, & trois Compagnies de
Grenadiers. Ce petit Corps a fait
tout ce qu'on peut attendre d'une
grande valeur. Les trois Efcadrons
d'Albret ont chargé dans
trois differens chemins , les Efcadrons
de l'Empereur , & les ont toujours
poußez & renverfez le fabre à la
main , fans avoir efté entamez que`
par les Bataillons qui marchoient à
droite & à gauche des chemins , &
faifoient un tres-grosfeu fur nos Efcadrons
. Mr le Chevalier d'Alberty
efté tué avec onze Capitaines , tant
en pied que reformez ; M du Cambout
y a este bleffé à mort. Les Regi- ty
ment de Cavalerie de Ruffey &
de Mauroy , ont toujours renverfe
tout ce qu'ils ont chargé , & Mr de
GALANT, 267
Ruffey sy eft fort diftingue.
L'Infanteriey a fait des merveil
les avec deux cens Dragons à pied ,
des Regimens de Verace d'Eftrade,
qui n'ont pas eu de place pour combatre
à cheval. Ils ont fait un feu fi
vif & fi continuel , qu'on auroit dis
qu'ily auroit eu deuxfois autant d'In
fanterie. Mr le Chevalier de Novion
s'eftfignale par un combat particulier
avec un Officier qu'il a tué. Mr de
Saint Fremont s'eft porté par tout
le
courage & la capacité qu'on
luy connoift. Mr le Comte de Teffe,
qui commandoit à San Pietro de Legnago
en la place de Mr le Maref
chal de Catinat qui eftoit allè à Of
tiglia ,y marcha avec quelques detachemens
de Cavalerie . Il arriva
apres le commencement de l'action, &
sky, porta avec un courage , & une
avec
Z ij
258 MERCURE
+
hauteur que l'on admira. Un Officier
des Ennemis vint à luy & luy tira des
deux mains tout à la fois & de fort
pres, fes deux coups de pistolets qui luy
pafferent aux deux coftez de la tefte.
Il ne daigna pas pour cela mettre
l'épée & lepistolet à la main , &fonditfur
l'Officier , à qui il donna vingt .
coups de canne , & le renvoya à fon
Efcadron . Toute la valeur des Troupes
du Roy ne put empêcher les ennemis
qui eftoient plus de quinze mille
hommes avec le Prince Eugene à lear
tefte , de gagner du terrain. Ilfallut
tederaugrand nombre & à leur canon,
fe retirer en tres - bon ordre . L'action
dura depuis fix heures jufqu'à
neufheures du matin, Les ennemisy
ont affurement perdu plus de monde
que n us. Ils connoiftrout à qui ils
ont affaire , & cette action leur doit
GALANT. 269
donner une grande confideration pour
nos Troupes. Au contraire , celles du-
Roy ont conceu un fi grand mepris
pour celles des ennemis par lafacilitë
qu'ils ont trouvée à battre cesfameux
Cuirafiers , que cela fera un tresbon
effet dans l'efprit des Soldats .
Cette reflexion nous fait
voir de plus en plus les grands
avantages que les Ennemis
avoient dans ce Combat , puis
qu'outre celuy du Canon dont
nous manquions , ils avoient
des Troupes à droite & à gauche
qui nous battoient en
flanc. Quoy que cela foit en
ufage dans la guerre , il fem-
Z iij
270 MERCURE
ble que la generofité y foit
contraire lors qu'on eft trois
ou quatre contre un . Que di
roit- on fi deux hommes fe
battoient en combat fingulier,
& qu'un des deux euft plufieurs
perfonnes à fes coffez qui attaquaffent
fon ennemi pendant
qu'il ne pourroit fe défendre
que contre celuy qui l'atta.
queroit de front ? Il y a plus
dans l'affaire de Carpi. Non
feulement on tiroit des deux
coftez fur nos gens , qui ne
pouvoient le défendre contre
ceux qui tiroient fur eux , puis
qu'ils en eftoient feparez par
GALANT. 271
des foffez ; mais outre cela , chacun
avoit de front treize ou
quatorze hommes à combat.
tre , & même des Troupes
cuiraffées. Cependant comme
la derniere Relation que vous
venez de lire le fait voir , ne
pouvant combattre à cheval ,
ils en defcendirent , & ce fut
alors , quoy que la Relation
qublie cette circonſtance, que
ces braves Troupes mirent
leurs fufils en écharpes , ou
plutoft derriere leurs épaules,
& que l'épée à la main elles firenç
fuir les Cuiraffiers, qui ont
efté la terreur des Ottomans.
Z iiij
272 MERCURE
En lifant l'extrait de la Relation
que j'ajoûte à ces premieres
, voftre attention redoublera,
parce que vous connoiftrez
celuy de qui elle
vient.
Au Camp de San Petro de
Legnago , le 9. Juillet ..
Le Prince Eugene fachant que
j'estois reftéfeulement avec les deux
Regimens de Cavalerie de Mauroy
& de Ruffey, de deux Efcadrons chacur
, & les trois Regimens de Dragons,.
Fftrade , Albert & Verac,faifant
enfemble douze cens chevaux au
plus en estat de combattre , prit la
refolution hier au foir de paffer le
GALANT 273
Tartaro à Trefenta , & defaire jet-
·ter des Bateaux fur le Canal blanc
en decà de la Barouquelle . Ayant
paffe deffus avec quatorze ou quinze
mille hommes, & du canon , ila paru
à la pointe du jour, à une de ni - lieuë
plus avant que Carpi , à un Village
nommé Caftagnaro , où j'avois jetté
les trois cens hommes de pied qui
m'estoient reftez Il les a fait attaquer
par des Grenadiers , foutenus de
deux colomnes d'Infanterie . Je m'y
fuis avancé avec trois cens Dragons
de Piquet , & l'action a ekè fi vive
que le pofte perdu , nous l'avons re
pris , & avons chaße les Ennemiss
mais enfin a fallu ceder à la force,
& au feu épouvantable qui nous l'a
fait perdre de nouveau . On s'eft retire
en bon ordre , quoy que preffez,
jufque dans le Camp de Carpi , où
274 MERCURE
alors tout noftre monde a monté à cheval
, & s'eft mis en eftat de combattre.
Les Ennemis ont toujours marché
fur quatre colomnes. Nous nous fommes
prefentezpar tout avec un grand
feu qui les a contenus pendant trois
grandes heures afin de donner le laifir
Mr le Comte de Teffé de me venir
joindres mais comme du Campde San
Pietro de Legnago à Carpi , il y a
trois grandes lieuës de defilé , il s'eft
avancé à toutes jambes avecfonfils
àfes coftez, ayantlaiſſe la Cavalerie
& l'Infanterie affez loin derriere
luy, & il s'eft mis à la tefte du premier
Efcadron du Regiment & Albert
avec M1 du Cambout , & moy au·
fecond: Nous avons rechargé deux
fois deux gros Efcadrons de Cuiraffiers
qui fe font toujours renverfez, &
GALANT. 275
ne fe font ralliez que fous le feu de
l'une de leurs colomnes d'Infanterie ,
&font revenus à nous . Comme nos
Dragons eftoient deja fatiguez , on
a fait avancer les Regimens de
Mauroy, & de Raffey , qui ont encore
charge les Cairaiers , & fait le
même manege qu'à la charge des
Dragons.
Nos Troupes de la gauche qui
eftoient le long de l'Adige n'ont pas
moins bien fait leur devoir , &je fuis
obligé de dire que je n'ay jamais vu
de Troupes mieux faire engeneral &
enparticulier, & fe prefenter de meilleure
grace devant les ennemis ; mais
enfin Mr le Comte de Teffè nous
voyans prefts d'eftre envelopez de toutes
parts , a pris la refolution de nous
fairi retirer à une demi - lieuë derriere
Carpi , où la Cavalerie de San Pie
276 MERCURE
tro de Legnago , & fix Bataillons
nous attendoient , & comme les Imriaux
n'ont pas preffe plus loin , on cft
venu icy.
Si Mrle Prince Eugene veut eftre
de bonne foy , il avouera que dans
les deux actions qui ont duré plus de
trois heures , il luy a coûté bien du
monde ; auffi nous avons vuplufieurs
Officiers des leurs , & beaucoup de
Cuiraliers eftendus fur le champ de
bataille. De noftre cofte nous avoNŠ
bien perdu treize ouquatorze Officiers,
Capitaines , Lieutenans de Cavalerie
& de Dragons , &particulierement
Mr d'Albert,en chargeant courageufement
à la tète defonRegiment.
Le pauvre Marquis du Cambout,
•apres s'eftre diftingue dans les endroits
les plus perilleux , a receu un
coup de moufquetqui luy a paſsé dans
GALANT. 277
le ventre , & fortpar les reins.
Quand les ennemis ont refolu de
m'attaquer, il y a grande apparence
qu'ils eftoient bien avertis que Mr
le Marefchal eftoit parti dici bier 8.
de Juillet , avec un gros Corps d'Infanterie
, & tout le Canonpour
à Oftigliafur le Pô.
aller
Mrs de Rannes , & de Bourneuf
fe font fort diftinguez pendant les
deux actions.
On ne peut douter de la
fidelité de cette Relation
pufqu'on doit ajouter foy à
ceux qui ont commandé , donné
des ordres , qui les ont
fait exécuter , & qui les ont
execurez eux mêmes. Cependant
comme ils ne veulent pas
278 MERCURE
entrer dans tous les détails ,
pour éviter de fe donner toutes
les louanges qu'ils meri
tent , je croy vous devoir faire
part de la Relation fuivante ,
quia efté envoyée à des per
fonnes à qui l'on n'ole rien dire
que de vray.
armes ,
M le Prince Eugene las de ne
pouvoir rien faire qui repondift aux
aux hautes efperances qu'il avoit
données à l'Empereur du fuccés de fes
voulut tenter ceux de nos
quartiers prés de la riviere , qui feroient
les plus foibles . Il fceut parfes
Efpions que celuy de Carpi , ou Mr
de Saint Fremont , Maréchal de
Camp , commandoit , n'eftoit gardé
quepar tres-peu de monde , & refoGALANT.
279
lut de s'y attacher. Il commença
pour cet effet dès le matin à faire
de l'autre cofté de la riviere un tresgrand
feu de canon , & mine de jetter
des Ponts pour mieux arrefter nos
gens , & les occuper par fon pretendu
paffage , pendant que derobant fa
marche il fit à deux licuès au 'deffus
jetter des Ponts fur lefquels il paßa
avec quinze mille hommes , tant Infanterie
que Cavalerie de fes meil
leures Troupes . Mr de S. Fremont
que fes Efpions trahirent , en ayant
efté averti trop tard pour pouvoir s'y
oppofer , n'eut d'autre party à prendre
que de courir à la tefte des defilez
aufortir du Canal blanc , ce qu'ilfit,
quoy qu'il n'euft avec luy que les trois
Regimens de Dragons d'Albert , de
Verac, & d'Eftrade , les deux de Ca
valerie de Raffey & de Mauroy
280 MERCURE
trois cens hommes d'Infanterie& cent
cinquante Grenadiers ,faifant en tout
feize cens cinquante . Il tint tefte à
cette nombreufe Armee , & foutint
avec une valeur incroyable , de la
part de nos Troupes , un Combat de
trois heures entieres . Nos Efcadrons
de Dragons , quoy que beaucoup plus
foibles que ceux des Cuiralliers de
l'Empereur, ne laifferent pas de les
renverfer trois fois , & retournerent
jufqu'a feptfois à la charge . Les Regimens
de Verac & d'Eftrade ne
pouvant donner a caufe du front
étroit des defilez , mirentpied à terre,
&fejoignirent avec l'Infanterie ennemie
qui venoit pour les prendre en
flanc.Ils les arrefterent & favoriferent
noftre retraite , qui fe fit le plus
les
beureufement du monde ,fans que
Ennemis , qui vouloient fuivre leur
GALANT. 281
•
1
2
victoire , puffent y reüffir , par le bon
ordre que M de Saint Fremont y
avoit mis , poftant avantageusement
des Dragons a toutes les teftes des
defilez hors le champ de Bataille.
Mr le Comte de Teſſefut averti auſſitoft
pour accourir avec fon Piquet &
eftre à l'action , où ilfut toujours à la
tefte , avec Mrs de Saint Fremont ,
de Verac , & Mr le Marquis du
Cambout. On a remarqué le fang
froid de Mr le Comte de Teffé dans
une action particuliere . Un Officier
des Cuiraliers de l'Empereur eftant.
accouru à luy la bride de fon cheval
entre les dents , & tenant fes deux
piftolets , Mr le Comte de Teßé le
Taifa titer a bout portant , & il a eftë
affez heureux pour n'avoir qu'un cofté
de fa perruque brule , apres quoyfans
mettre ny llee ppiissttoolleett nnyy le fabre a la
Juillet 1701.
A a
"
282 MERCURE
main, il courut fur cet Officier , &
luy ayant donné vingt coups de canne,
le renvoya avec mépris a fon
Efcadron,
J'ay retranché beaucoup de
chofes de cette derniere Relation
, parce qu'elles eftoient
femblables à plufieurs articles
des autres , dans lesquelles j'ay
fait auffi quelques retranchemens
; de forte que quoy que
le fait foit repeté dans routes ,
il fe trouve peu de repetitions ,
les uns s'expliquant d'une maniere
, & les autres d'une autre ,
& chacun marquant quelques
circonftances differentes , ce
GALANT 283
qui fait mieux connoiftre la
grandeur de l'action qu'une
relation feule ne feroit , quel
que belle qu'elle fuſt.
J'ay laiffé dans deux Relations
l'article de M ' de Teffé , ·
non feulement parce qu'il y a
quelque chofe dans l'un qui
n'eff point dans l'autre , mais
auffi pour faire voir que plus
d'une Relation a parlé de cetre
action .
On ne peut donner trop de
louanges aux Troupes , les
Dragons d'Albert ont fait audelà
de tout ce que l'on pou
voit attendre des gens les plas
A a ij
284 MERCURE
aguerris , & ne ſe font retirez
qu'à regret , ayant perdu une
partie de leurs chevaux , &[ne
remportant
que des tronçons
d'épées. Les Cavaliers de Ruf.
fey animez par leur Colonel ,
ont fait un grand carnage de
tout ce qui s'eft prefenté de.
vant eux , & comme les Ge .
neraux ont vu que la partie
n'eftoit pas égale , & qu'ils alloient
eftre enveloppez
par
plus de fix mille chevaux qui
venoient par la chauffée &
par d'autres routes , & qu'ils fe
voyoient d'ailleurs affaillis par
l'Infanterie
qui fe gliffoit de
GALANT: 28
tous coftez , ils fe font retirez
en bon ordre.
Les Allemans doivent avoir
perdu beaucoup de Perfonnes
de marque , le premier & le
fecond Elcadron où eftoient
leurs Generaux ayant eſté ſouvènt
renverſez .
Le Roy a donné le Regiment
de Dragons de M le
Chevalier d'Albert , à M' le
Vidame d'Amiens fon Frere ,
& celuy de M' le Marquis du
Cambout à Mr de Gevaudan ,
ancien Colonel de Dragons
reformé.
28% MERCURE
Les Etats de Bourgogne
qui fe tiennent de trois ans en
troisans , ayant efté aſſemblez
l'année derniere , ont envoyé,
fuivant l'ordinaire , prefenter
au Roy les Cahiers de leur
Aflemblée. Leurs Députez
font , M'Fiot , Abbé de Saint
Eftienne de Dijon , pour le
Clergé , M' le Marquis de Laf
fey pour la Nobleffe , & M
Saunois , Maire de Nuys, pour
le Tiers - Frat . Ils ont eu au
dience de Sa Majefte , ayant
efté prefentez par Monfieur
le Prince , Gouverneur de la
Province , accompagné de M
GALANT. 287
le Marquis de la Vrilliere , Se.
cretaire d'Etat , & conduits
par M' Defgranges , Maiftre
des Ceremonies. M' l'Abbé
Fior qui eftoit il y a vingt- cinq
ans Aumônier du Roy , porta
la parole , & eut auffi l'hon .
neur de faire compliment à
toute la Maifon Royale. Ces
Députez furent favorable .
ment reçus , non feulement à
caufe de leur merite perfonnel
, mais parce que cette Pro
vince fait connoiftre dans toutes
les occafions où il s'agit de
marquer fon zele pour la gloire
du Roy , & pour le bien de
288 MERCURE
l'Etat , qu'elle fe fait un plaifir
extrême de contribuer à l'un
& à l'autre, On ne doit pas en
eftre furpris. Quand ſon in?
clination naturelle ne l'y porteroit
pas autant qu'elle fait ,
l'exemple du Gouverneur fuffiroit
pour luy infpirer les fentimens
qu'elle n'auroit pas.
Quoy que le Roy d'Eſpagne
donne prefque tout fon temps
aux affaires de fon Etat , &
qu'il affifte tous les jours à to
Confeils qui fe tiennent , ce
Prince voulant eftre folide .
ment occupé , a prié le Roy de
luy envoyer M' Vittman ,fon
tous
SousGALANT.
289:
Sous- Precepteur , pour s'entretenir
avec luy de belles Let
tres , dans le temps qu'il pourroit
avoir de relâche. Il eft rare
de voir un jeune Prince preferer
l'étude aux plaifirs , fur
tout lorfque fes affaires l'oc
cupent prefque entierement ,
& il eft d'autant plus glorieux
à Mr Vittmant d'eftre demandé
par le Roy d'Eſpagne , qu'il
femble que la jeuneffe foit dé
livrée d'un pefant fardeau
lorfqu'elle n'eft plus obligée
de s'entretenir avec fes Mai.
ftres.
Juillet 1701.
·Bb.·´
290 MERCURE
>
Mr l'Abbé Daubigné , Evêque
de Noyon , Comte & Pair
de France , a efté Sacré dans
l'Egliſe de la Maiſon de Saint
Cyr , par Mr l'Evêque de
Chartres , affifté de Mr l'Evê ..
que de Châlons , & de Mr l'Evêque
de Blois. L'Affemblée
fut digne du lieu de ceux qui
faifoient la Ceremonie , & de
ceux pour qui elle ſe faifoit :
on fervit enfuite pluſieurs tables
où l'abondance n'empê .
cha pas que la delicateffe ne
s'y trouvalt.
Les grandes Charges ne
demeurent pas long - temps
GALANT. 291
›
vacantes en France puifqu'auffi
toft aprés la mort de
Mr de la Ravoir , celle qu'il
avoit deTreforier general de la
Marineaefté achetée cinq cens
cinquante mille 1 par Mr de
Fontanieu , Receveur General
des Finances de la Rochelle ;
ce qui fait voir que l'argent
n'eft pas fi rare en France que
nos Ennemis le publient .
Le Fils de Mr d'Audun ;
Fermier General a acheté la
Charge de Receveur General
des Finances , dont Mr de Fontanieu
s'eſt défait pour avoir
celle de Treforier general de la
Marine. Rb ij
292 MERCURE
Le 6. de ce mois Mr l'Abbé
Paris de Bélebat , Chanoine
de S. Agnan d'Orleans , foûtint
en Sorbonne une Thefe
dediée à Mr le Marquis de la
Vrilliere. Ce Miniftre y affifta
& l'Affemblée compofée d'un
grand nombre de Prelats
& de la plus groffe partie
de la Cour & de la Robe
, fur tres nombreuſe.
Quoy que Mr de la Vrilliere
fuft affez reconnu dans fon
Portrait , il l'eftoit encore
mieux par les quatre Vers fuiyans
.
·
GALANT . 293
Define , Roma , tuos jactare
Superba Catones ,
Phybeis non funt integritate .
pares.
Talis imago viri virtutes fpirat
avitas
Quas facra Relligio , Mars
colit atque Themis.
Mr Nolin , Geographe or
dinaire du Roy , & de feu Son
Alteffe Royale Monfieur ,
vient de donner au Public un
Ouvrage de Geographie de
plufieurs Cartes , intitulé , Le
Theatre de la Guerre en Italie ,
contenant la Carte generale
Bb iij.
294 MERCURE
de Lombardie , avec les Cartes
particulieres du Vicentin , Veronois
, Padoüan , & le Polfinde ,
Rovigo , le Ferrarois , & partie
du Boulonois , le Modenois , le
Mantouan , & une Carte des
Etats du Milanez , où ſe trouvent
les Duchez de Parme & de
Plaifance , & les Territoires de
Bergame & de Breße . Il y a joint
une Carte d'Italie qui fert d'intelligence
pour connoiftre la
fituation de tous ces Etats ,
avec des Routes qui conduifent
aux Villes confiderables
qui finiffent au Royaume de
Naples. Ces Cartes fe vendent
GALANT. 295
en un volume ou feparément ,
& fe peuvent coller toutes en
femble , ce qui fait une gran
de Carte. Cet Ouvrage & plu
fieurs autres Cartes nouvelles ,
curieufes & Hiftoriques , dont
fedit fieur Nolin eft l'Auteur ,
fe trouvent chez luy à Paris ,
fur le Quay de l'Horloge du
Palais , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , vers le Pont
neuf.
Le 21. de ce mois , les Jurez
Crieurs , au nombre de vingtfix
, s'eftant trouvez dés le
matin dans la Sainte Chapelle
de Paris , & le Roy d'Armes ,
Bb iiij
396 MERCURE
4
& cinq Herauts d'Armes de
France s'y eftant auffi rendus ,
M' Delgranges , Maistre des
Ceremonies , y vint enfuite ,
aprés quoy ils allerent en la
Grand Chambre du Parlement
, & aux autres Compagnies
en cet ordre. Les Herauts
d'Armes marchoient les
premiers en Robes de deüil ,
la Corte d'Armes par deffous ,
qui eft de velours violet , un
chaperon auffi par deffus le
deüil , rabatu fur l'épaule. Ces
Robes eftoient femées de trois
grandes Fleurs de Lis d'or , &
marquées fur la manche d'une
GALANT . 297
Devife ou titre particulier ,
comme Charolois , Xaintonge ,
& autres. Ils avoient chacun un
Caducée à la main , voilé d'un
crefpe . C'eſt un bâton couvert
de velours fleurdelifé . Le Roy
d'Armes de France ſuivoit feul,
veſtu comme les cinq autres,
ayant comme eux un chapeau
en forme de Toque , avec un
long crefpe, Son Caducée differoit
des autres à caufe d'une
Fleur de Lis d'or qui estoit au
plus haut de ce Caducée , que
quelques - uns nomment Sce
ptre.
4
M ' Defgranges , Maiſtre
298 MERCURE
des Ceremonies , venoir feul
aprés le Roy d'Armes . Il eftoit
veftu d'une Robe de deüil à
longue queue , portée par un
de les Domeſtiques , ayant un
grand Chaperon de deüil renverfé
fur le dos , le Bonnet
quarré , l'épée au coſté , & le
bafton de Maistre des Cere
monies à la main .
Les vingt fix Crieurs marchoient
enfuite en Robes de
deüil,& en chapeau . Ils étoient
en bonnet quarré au Service
de la feuë Reine. Ces Crieurs
tenoient des clochetes
avoient au devant & au derrie.
&
GALANT 299
re de leurs Robes des Ecuffons
peints aux Armes de Monfieur.
Lors qu'on fut arrivé à
la Grand Chambre, l'audience
eftant ouverte , M' Defgranges
prit feance aprés le dernier
des Confeillers , & le Roy
d'Armes & les Herauts demeu
rerent debout & couverts der.
riere le Bureau , & les Crieurs
tefte nuë , en forme de demy
cercle. Le Maitre des Ceremonies
ayant dit à la Cour les
ordres qu'il avoit du Roypour
l'avertir de fe trouver à l'inhu
mation de Monfieur à Saint
Denis , il prefenta la Lettre
300 MERCURE
de Cachet , que M ' le premier
Prefident mit entre les mains
d'un des Confeillers qui en fic
la lecture , aprés laquelle M
le Premier Prefident dit , que
la Cour executeroit exactement
les ordres du Roy. Le Roy d'Armes
dit à haute voix : Jurez
Crieurs , faites la fonction de vos
Charges . Au même inſtant le
fieur de Voulges , l'un d'eux ,
s'eftant avancé , dit à haute
voix : Priez Dieu pour l'Ame
de Tres Haut , Tres Puffant
Prince , Monseigneur Philippe ,
Fils de France , Frere unique du
Roy , Duc d'Orleans , d. Char
GALANT. 301
tres , de Valois , de Nemours , &
de Montpenfier , Chevalier Com
mandeur de l'Ordre du Saint Ef
prit.
Priez Dieu pour l' Ame de Tres²
Haut, Tres Puiſſant Prince ,
I
Monseigneur Philippe Fils de
France , Frere unique du Roy ,
Duc d'Orleans , de Chartres , de
Valois , de Nemours , & de Montpenfier
, Chevalier Commandeur
de l'Ordre du Saint Eſprit , decedè
en fon Chafteau de S. Cloud , le gi
Juin dernier.
Les Crieurs fonnérent encore
une fois , & le fieur de
Voulge continua .
302 MERCURE
·Pour le repos de l'Ame duquel
fe feront les Prieres & Service en
l'Eglife de l'Abbaye Royale de
Saint Denis en France , où fon
Corps repofe. Demain à deux heu
res aprés midy feront dites Vefpres
& Vigiles des Morts , & le
lendemain à dix heures précifes
du matin fera celebré un Service
folemnel , & enfuite il fera inhu
mé.
Priez Dieu pour luy , s'il vous
plaiſt.
Les mêmes Proclamations
fe firent à la Chambre des
Comptes , Cour des Aides ,
Cour des Monnoyes , au Col
GALANT . 203
lege des Graffins , où loge M
le Recteur , au Chaſtelet ,
l'Hoſtel de Ville , à l'Election ,
à la Table de Marbre , & dans
la Cour du Palais Royal .
Au lieu de Nobles Devo.
tes Perfonnes , on dit à l'Univer.
fité , Nobles & Scientifiques Per.
Jonnes,
Le lendemain Vendredy ,
on dir à S. Denis les Vefpres
& les Vigiles des Morts . M'
l'Archevêque de Bordeaux y
officia . M Defgranges , Maiftre
des Ceremonies , & M'
Martinet , Aide des Ceremonies
, y affifterent avec qua
304 MERCURE
tre Heraults qui eftoient aux
quatre coins de la reprefentation.
Tous les Officiers de
la Maiſon de Monfieur qui
eftoient de quartier , lorfque
ce Prince mourut , y affifte
rent auffi Ils avoient demeuré
à Saint Denis depuis le
jour que le corps y avoit
efté porté. Ils l'avoient toû
jours gardé affiftant tous les
jours depuis le matin juf
qu'au foir aux Offices qui
s'eftoient dits pour le repos de
l'ame de ce Prince , & avoient
marqué par leur affiduité , par
leur douleur, & par leurs pricGALANT.
1305
res ,l'amour qu'ils avoient pour
luy. Tant qu'il n'eftoit point
inhumé il eftoit regardé comme
vivant , & les tables furent
fervies à Saint Denis , de la même
maniere qu'elles l'eſtoient
pendant qu'il vivoit .
Avant que d'entrer dans le
détail des Ceremonies qui fe
firent le jour de l'inhumation
,
je croy devoir vous dire comment
le Choeur de Saint Denis
eftoit décoré. Il y a longtemps
qu'on n'a rien vu de fi magnifique
en ce genre.
On avoit eu deffein de reprefenter
un Monument qui
Juillet 1701.
Cc
306 MERCURE
devoit occuper tout le Choeur.
Il confiftoit en une architeature
Ionique , qui le rempliffoit
depuis le rez de chauffée
jufqu'à cinquante pieds
de haut , de forte qu'il en
eftoit entierement revêtu ,
Cette architecture eftoit compofée
de pilaftres accouplez ,
avec des arriere corps. Il y
avoit entre ces pilaftres des
arcades de vingt- cinq pieds de
haut , plein ceintre , dont les
baudaux eftoient portez par
des impoftes , pofez fur les
arriere corps . Le bas des arcades
eftoit enrichi de baluf,
CALANT 307
tres d'or , à jour, dont les corps
eftoient de marbre , & dans le
creux de ces arcades il y avoit
un amphitheatre à trois gradins
, à fond noir , pour placer
plufieurs perfonnes , comme
auffi de grands rideaux d'étofe
noire , femez de Fleurs de Lis
d'or, qui fe fe paroient en deux
fousla clefdu cintre ,& eftoient
retrouffez à chaque cofté en
maniere de feftons , & rom :
boient jufque fur les baluſtres .
Les chapiteaux des pilastres
eftoient de relief d'or , & avoient
pour ornemens des
attributs de la mort , avec trois
Ccij
308 MERCURE
pieds & demi de large. Leur
baze eftoit auffi d'or avec un
cartouche reprefentant les Armes
de Monfieur au milieu
des pilaftres. La corniche &
l'architrave eftoient pareillement
d'or, les frifes de velours
noir femées de Fleurs de Lis
de bronze dorée , & de larmes
de bronze argentée . Le focle
qui portoit les pilaftres & le
baluftre, eftoit d'une bande de
velours pareille à la frife , bordée
de deux moulures d'or , au
deffus de la corniche à l'aplomb
des pilaftres . Il y avoit
un trophée de bronze dorée de
GALANT: 309
fix pieds de haut , qui s'élevoit
jufqu'aux feneftres . Toute cette
architecture eftoit enrichie
de plaques à cinq branches
dorées , d'un deffein particulier
, portant de petits flambeaux
quarrez. Elles eftoient
attachées aux chapiteaux au
deffous des cartouches au mi .
lieu des pilaftres, & fur des bafes.
Tout ce grand Socle qui
portoit l'architecture, en eftoit
bordé, avec d'autres flambeaux
plus forts. Il y avoit dans les
intervalles des girandoles portées
par des Lis dorez . Le
Choeur eftoit reveſtu de pa310
MERCURE
f
S
reils ornemens juſqu'à l'Autel
dont le Tabernacle eft le plus
magnifique qui foit en France.
Le Retable , qui a onze
pieds de face , eft de vermeil
doré cifelé. Les deux gradins
font de même. Le Tableau
qui eft à la place du Tabernacle
, a environ dix pieds de
large fur cinq de haut . Il eſt
d'or , & garni de Pierres pre
cieuſes en forme d'une archi
tecture de vermeil. Au deffus
de ce Tableau s'éleve une confole
magnifique auffi de vermeil
fort faillante , où le Saint
Sacrement eft fufpendu. Toute
GALANT.
318
Tarchitecture des autres ornemens
qui furent faits dans
toute la façade de l'Autel,
eftoit aufli d'or , & s'accordoit
avec les parties de
l'Autel que l'on a decrites ,
le tout ayant au deffus un
fort magnifique Dais . La
Mufique du Roy occupoit
la largeur de la tribune audeffus
de la porte du Choeur ,
placée comme dans les arcades
, avec des Baluftres.
Il y avoit dans les croisées
deux Tableaux , l'un contenant
la Bataille de Caffel , l'au
tre le Siége de Saint Omer,
312 MERCURE
peints par M Silvestre le
Cadet. Ces Tableaux ef
toient portez par des Re
nommées & entourez de trophées
avec la deviſe de Mon
fieur ; fçavoir une Bombe avec
ces mots Alter poft fulmina
terror , le tout peint & tehauffé
d'or. Ces Tableaux
avoient vingt cinq pieds delar ;
gefur dix huit de haut . Toutes
ces magnificences qui ne
laiffoient pas d'eftre lugubres,
nouvel agre recurent un
ment quand les lumieres parurent
, par les figures diffe .
rentes que formoit leur arangement,
Le
GALANT. Ziz
Le Cataphalque , ou le lieu
où l'on avoit pofé le corps ,
eftoit une eftrade de quatre
pieds de haut , ornée de fes
Corniches , avec des escaliers
aux deux bouts de cinq marches
chacun , le tout de quatorze
pieds de large & de
vingt - deux de long , & des
panneaux aux coftez des basreliefs
de bronze doré , reprefentant
le Siege de Bouchain ,
& celuy de Zuphen , tous les
Corps étoient de marbre.
Il y avoit fous cette eftrade
un Socle portant un Tombeau
de marbre , accompa
Dd
-Juillet 1701.
314 MERCURE
gné d'ornemens
de bronze
doré , furquoy eftoit pofé le
Corps fous un Poële magnifique
, avec fa Couronne
, fon
Colier de l'Ordre , couverts
de crefpe , & fon Manteau à
la Royale. Quatre figures
eftoient pofees aux coins du
Tombeau
, reprefentant
, ſçå
voir les deux du cofté de
l'Autel , la Pieté & la Prudence,
& les deux autres la Va·
leur & l'Amour de la Patrie.
Sur les Pieds d'eftaux , à la hauteur
des cinq marches eftoient
pofez des Vafes de marbre ,
ornez de confoles de bronze,
GALANT 3'5
d'une Couronne de Prince au
deffus , & de Fleurs de lis , le
tout portant des lumieress
Toutes les rampes de l'escalier
& la corniche de l'eftrade ,
eftoient bordées de fleurons
qui portoient des flambeaux ,
& les degrez garnis de chandeliers
. On avoit élevé au def
fus du Tombeau un Pavillon
tres magnifique , orné de pentes
, avec quatre rideaux qui
s'écartoient fur les angles en
feftons , foutenus de cordons
noirs & or , avec de groffes
houpes auffi d'or. Le corps fut
pofe fur le Tombeau , le Ven ,
D dij
316 MERCURE
dredy , veille de l'Inhumation ,
par douze des plus anciens des
Gardes de feu Monfieur.
Toute cette décoration a
efté inventée par M' Berin ,
Deffinateur ordinaire du Cabinet
du Roy , qui en avoit
fait le deffein, & qui a pris foin
de le faire executer. Je vous
envoye une Eftampe que j'ay
fait graver , d'une feule arcade
d'un des côtez du Choeur , ainfr
quand vous vous repreſenterez
tout du Choeur de l'Abbaye
de Saint Denis , rempli
de pareilles arcades , ornées de
même , & que vous y joindrez
GALANT: 317
1
ia magnificence lugubre de
l'Autel , comme je viens de
vous la décrire , celle du Catafalque
, & la décoration du
Jubé , voftre imagination fera
remplie de l'idée d'un lieu dont
le fombre éclat & la magnificence
vous feront regarder
comme le Temple de la mort .
Le Samedy 23 quelques
Compagnies des Gardes fe
mirent en haye dés le matin
dans les rues qui aboutissent
à l'Abbaye , dont les Portes
furent gardées par des Gardes
du Corps & par des Suiffes du
Roy.
D d iij
18 MERCURE
Toutes les Compagnies qui
avoient efté invitées , fe rendirent
à Saint Denis , & dans le
temps que chaque Compagnie
entra dans l'Eglife , les Jurez
Crieurs , qui estoient des deux
coftez de la Nef , fonnerent
de leurs clochetes , & alors M'
Defgranges fortit du Choeur
pour les recevoir , & les y faire
entrer & placer. Il y eut dixhuit
Evêques en Rocher & en
Camail , qui furent placez
prés le grand Autel du cofté
de l'Epiftre , outre les cinq qui
fervirent aux ceremonies dont
je parleray cy.aprés.
GALANT 319
Toutes les Cours Superieurés
ayant efté placées , ainſi
que tous les Corps que l'on
avoit invitez, & les Officiers de
la Maifon de Monfieur , Meffeigneurs
les Princes fortirent
d'un Apartement tendu de
deuil qu'on leur avoit preparé
dans l'Abbaye . Cent
Spauvres vêtus de gris marchoient
devant eux . Ils por
toient un Alambeau de cire
blanche , & eftoient fuivis
des vingt fix Jurez Crieurs.
Aprés venoient les Heraults ,
& le Roy d'Armes ; puis M
Martinet Aide de ceremonies
D d iiij
320 MERCURE
feul, & M Defgranges , Mai.
ftre des Ceremonies , feul.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
paroiffoit enſuite. Sa
queue eftoit portée par M
de Chiverny par le milieu , &
par M le Marquis de Seignelay
par le bout. Celle de Monfeigneur
le Duc de Berry ,
qui fuivoit eftoit portée par
M' Razilly par le milieu , &
par Mile Marquis de Somme
ry par le bout , & celle de Son
Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans qui venoit ene
fuite , eftoit portée par M
d'Apremont, & par Mile Mar,
quis de Cayeux.
GALANT. 321
3
Toutes les féances eftanr
prifes , M' l'Archevêque de
Bourdeaux qui avoit officié
pontificalement aux Velpres
que les Religieux avoient
chantées le jour precedent ,
commença la Meffe revêtu de
fes habits Pontificaux , ayanc
pour affiftans Mrs les Evêques
de Soiffons , & de Marſeille.
La Meffe fut chantée par la
Mufique du Roy.
Lorſque l'Evangile eut efté
dite , le Prélat celebrant fe
plaça dans un fauteuil qu'on
luy avoit preparé un peu au
deça de l'Autel , & il y reçût
les Offrandes . Les autres Pré-
[
322 MERCURE
lats s'affirent auffi dans des
fauteuils.
Le Roy d'Armes , aprés
avoir fait les reverences à l'Autel
, à la repreſentation de
Louis XIII. à Meffeigneurs
les Princes , au Corps de Mon.
fieur , à Monfieur le Duc de
Chartres , qui ne prit lenom
de Duc d'Orleans qu'aprés
l'inhumation du Corps de
Monfieur , & à tous les Corps
feparement qui avoient elté
invitez. Le Roy d'Armes, dis .
je , alla fe ranger à coſté droit
de l'Autel , & en même temps
Mr Defgranges invita MonGALANT.
313
feigneur le Duc de Bourgogne
par les mêmes reverences , &
ce Prince , aprés les avoir auffi
fait toutes , s'approcha de
Evefque celebrant , & M
Defgranges luy preſenta un
cierge qu'il prit des mains du
Roy d'Armes ; & ce Prince
s'eftant mis à genoux fur un
carreau baifa l'anneau de M
l'Archevêque de Bourdeaux ,
& luy preſenta le cierge , après
quoy il fut reconduit à fa
place . Je ne vous dis rien du
refte de la ceremonie de l'Of
frande , vous en pouvez już
ger parce que je viens de vous
marquer
322 MERCURE
lats s'affirent auffi dans des
fauteuils.
Le Roy d'Armes , aprés
avoir fait les reverences à l'Autel
, à la reprefentation de
Louis XIII . à Meffeigneurs
les Princes , au Corps de Mon.
fieur , à Monfieur le Duc de
Chartres , qui ne prit lenom
de Duc d'Orleans qu'aprés
l'inhumation du Corps de
Monfieur , & à tous les Corps
feparement qui avoient elté
invitez. Le Roy d'Armes , dis .
je , alla fe ranger à cofté droit
de l'Autel , & en même temps
Mr Defgranges invita MonGALANT.
323
1
feigneur le Duc de Bourgogne
par les mêmes reverences , &
ce Prince , aprés les avoir auffi
fait toutes , s'approcha de
Evefque celebrant , & M
Defgranges luy preſenta un
cierge qu'il prit des mains du
Roy d'Armes ; & ce Prince
s'eftant mis à genoux fur un
carreau baifa l'anneau de M
l'Archevêque de Bourdeaux ,
& luy prefenta le cierge , après
quoy il fut reconduit à fa
place . Je ne vous dis rien du
refte de la ceremonie de l'Of
frande , vous en pouvez już
ger parce que je viens de vous
marquer
324 MERCURE
Les ceremonies de l'Offran
de eftant achevées , un des
Heraults d'Armes alla prendre
M' l'Evefque de Langres qui
devoit prononcer l'Oraifon
Funebre. Il avoit tant de chofes
à dire à la gloire de feu
Monfieur , qu'il auroit eſté
difficile qu'il les pust renfer
mer toutes dans une feule
Oraifon Funebre quelque lon .
gue qu'elle fuft. Si toft qu'elle
fut finie , le Prélat Officiant
acheva la Meffe , aprés laquelle
il vint vers le Corps , accompagné
des Evêques de
Soiffons & de Marſeille , aufGALANT.
325
quels ceux de Lodefve & d'A
vranches fe joignirent. Ils avoient
la Mitre en tefte , &
eftoient fuivis de leurs Au .
moniers , & des Religieux de
l'Abbaye. Ils firent les prieres,
les encenfemens
, & les afperfions
ordinaires , ce qui s'apelle
abfolution, Chaque Prélat fit
la fienne , les quatre aurtes de ;
meurant affis dans des fau.
teüils pendant ce temps. Aprés
cela les douze Gardes de Mon
fieur qui avoient toujours gardé
le Corps de ce Prince depuis
qu'il étoit à S. Denis ayant
defcendu le cerceüil de deffus
326 MERCURE
l'Eſtrade le porterent au Caveau.
Lesquatre coinsdu Poële
eftoient tenus par Mrs de Pluveaux
Pere & Fils . M ' le Mar.
quis de Ris , & M ' de Brereüil .
En même temps le Roy d'Armes
qui eftoit au haut des degrez
du Caveau , appella les
honneurs , en ces termes.
M'de Matharel premier Maifire
d'Hoftel , & vous Maiftres
d'Hoftels ordinaires de Monfieur ,
apportez vos Bâtons.
Mis de Matharel , Tubeuf,
'de Villeneuve , de la Menau .
diere , de Sommelans , & de
Frefcaire , apporterent leurs
GALANT. 327
:
Bâtons & le Roy d'Armes
continua à haute voix
Monfieur de Lifcoüet , Capi.
taine des Suiffes de Monfieur ,
appartez voftre Bâton de com .
mandement .
Mile Marquis d'Eftampes ,
Capitaine d'une Compagnie des
Gardes du Corps de Monfieur
apportez voftre Bâton de comman
dement .
M le Marquis de la Fare ,
Capitaine d'une autre Compa .
gnie des Gardes du Corps de Mon
fieur ; apportez moy voftre Baston
de commandement.
M le Marquis d'Effiat , pre
328 MERCURE
mier Ecuyer de Monſieur , appor:
tezfon Epée.
Mr le Marquis de Verneüil ,
Maitre de la Garderobe de Mon.
fieur ; apportezfon Collier de l'Or.
dre du S. Efprit.
M' le Marquis de Saffenage ,
premier Gentilhomme de la Cham.
bre de Monfieur ; apportez Son
Manteau àlaRoyale,
Mr le Comte de Chatillons,
premier Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur , apportez få
Couronne,
Le Roy d'Armes reçut tou
tes ces chofes , & à meſure
qu'elles luy furent apportées ,
GALANT. 329
:
il les donna à un des Herauts ,
qui eftoit fur le haut du degré
par où l'on avoit defcendu le
corps , & ceHerault les donnoit
à deux Religieux qui estoient
au bas du degré . Ces Religieux
mettoient tout fur le Cercueil
de Monfieur.
Tous les Bâtons de Commandement
, & ceux des Maiftres
d'Hoſtel ayant eſté rompus
, M de Chatillon, premier
Gentilhomme de Chambre ,
dir à haute voix .
Meffieurs , Monfieur eft mort,
nous n'avons plus de Maiftre, fa
Maifon eft éteinte , pourvoyons,
Juillet 1701 .
Ee
330 MERCURE
nous , prions Dieu pour luy.i
Aprés quoy le Roy d'Armes
dit. bron &
Tres haut tres puiffant
Prince , Monfeigneur Philippe ,
Fils de France , Fiere unique du
Roy , Duc d'Orleans , Chevalier,
Commandeur du Saint Efpritzeft
mort.
Tres haut & tres - puiffant
Prince Monseigneur Philippe ,
Fils de France , Frere unique du
Roy, Duc d'Orleans , Chevalier
Commandeur de l'Ordre du Saint
Esprit , eft mort.
Priez Dieu pour fon Ame,
Ces triftes paroles firent
"
GALANT. 331
&
répandre des larmes à la plus
@grande partie des affiftans ;
& pendant toute la ceremonie
Monfieur le Duc d'Orleans
Parut penetré de douleur.
Aprés la derniere procla-
<mation du Roy d'Armes , on
chanta un De profundis , & la
ceremonie finit .
བ་ །
age: Les Auguftins Déchauffez
oniont pas efté des derniers à
faire paraiftre leur zele dans
srecerte tristé occafion , le quatriéme
jour aprés l'Encerrement
de Monfieur , ils firent
sedans deur Eglife un Service
Ee ij
31 MERCURE
auffi folemnel que leur efter
le pouvoit permettre , pour le
repos de l'Ame de ce Prince.
La plus grande partie de la
Maifon de S. AR & de
Madame s'y trouvá auffi bien
que a quantité de Perfonnes
de qualité de leurs voifina
ge qu'ils y avoient invitées &
qui vinrent joindre leurs Pric
res à celles de ces Religieux ,
lefquels n'eurent d'autre vue
en cela que dé donner une le
gere marque de leur recon
noiffancé pour les bienfaits
qu'ils ont reçus de Monfieur
pendant la vie , & pour les
GALANT 335-
bontez dont Madame les honore.
Je ne croyois pas qu'aprés
les cinq Relations de l'affaire
de Carpi , qui font dans ma
Lettre, je duffe encore vous en
envoyer une ; mais outre qu'
elle a efté écrite plufieurs jours
aprés cette memorable action ,
je puis vous affurer qu'elle
a efté faite pour en rendre
compte à la Cour. On y voit
les noms de plufieurs Officiers
des Troupes de l'Em
pereur tuez & bleffez , & un
détail de l'affaire plus étendu
334 MERCURE
& plus net que dans aucune
des autres Relations. J'ay lu
depuis dans des Relations qui
venoient du Camp même des
Ennemis , que Mr le Prince
Eugene , outre fa bleffure au
genou , avoit eu une contufion
, & deux chevaux tuez
fous luy.
N
7:
Les Ennemis fçachant que Mª de
Catinat effort particle To de San-
Pietro de Legnago , avec l'Infanterie
e le Canon pour aller à Oftiglia
fur le Pò , & qu'il n'avoit laiffè que
fix Bataillons à Mr le Comte de Tef
fe , & vingt- hait Eſcadrons, refolarent
le 8, à l'entrée de la nuit dejetGALANT.
335
ter des Bateaux fur le Canal blanc
& fur le Tartaro , & de venir le len
demain 9. attaquer un de mes Pof
tes de deux cens hommes , quej'avois
faitretrancher au Village Caftagnaropour
me couvrir demi- lieuë au deffous
de Carpi. Après une longue refiftance
, nos gens abandonnerent le
-Pofte, & comme je vis que cela ba-
Jançoit, M³ du Cambout & moy nous
marchames à la tefte de trois cens
·Dragons détachez à pied , & le debris
de noftre petit corps d'Infanterie ralliez
Les Ennemisfurent rechaſſez par
grandfeu de moufqueterie , & à
coups de bayonnettes croifees aveccelles
des Grenadiers Imperiaux , & le
Pofte repris & rétabli. Il ne fallut
pas moins que la plus grandepartie
des Grenadiers de l'Empereurfautenus
& rafraichis par des detache
336 MERCURE
mens de deux Colonnes d'Infanterie
& une de Cavalerie pour l'abandon
ner une feconde , & troifième fois.
Pour lors , nous primes le parti de
-nous retirer en gens de guerre , avec
des détachemens de Cavalerie , qui
donnerent le loifir à nos Dragons de
remonterà cheval, & de marcher en
-combattantjufqu'a la tefte de noftre
Camp , où nous nous remimes en Bataille
; mais comme c'est un pays fort
coupé , les Ennemis furent obligez de
marcher dans des chemins fur quatre
colonnes , celles de leur gauche compofée
de Cuirafiers chargerent nos
gardes ordinaires , foutenues du Regiment
de Ruffey , à la tefte duquel
Ms du Cambout , en repouffant les
Ennemis vigoureusement , fut bleffe
daun coup de moufqueton , dont il eft
mort , & Mr de Ruffey dans cette action
GALANT
337
tion comme dans toutes les autres , à
toûjours courageufement chargé à la
tefte du fon Regiment . Dans le temps
qu'avec un auffi petit Corps que le
mien , je faifois face par tout pour
donner lieu à l'Armée de me venirfecourir,
ou de m'ordoner de me retirer,
M le Comte de Teffé arriva feul
avec fonfils , ayant laiffe à Villa-
Bartholomea , à une lieuë derriere ,
fa Cavalerie , & fix Bataillons , &
Jans balancer un moment , il fe mit
à la tefte du premier Efcadron du Regiment
d'Albert , & moy au fecond.
On chargea l'épée à la main deuxgros
Efcadrons de Cuiraliers , qui aprés
leurpremiere charge tournerent confufement,
& ne fe rallierent que fous
le feu de leur Infanterie qui les protegeoit
à droite & à gauche dans les
hayes , & les Princes Eugene , & de
Juillet 1701. Ff
}
338 MERCURE
Vaudemont autres Officiers Gene
raux , furent les feuls qui purent
obliger la Cavalerie de l'Empereur
à venir faire une feconde charge , &
une troifiéme quifurent belles & bien
foutenues de noftre part. Pendant ce
temps- là , M de Rannes avec un
gros détachement de Dragons , faifoit
tefte aux Grenadiers qui venoient en
foule le long de la Chauffée de l'Adige.
Ms le Comte de Teßé voyant
que deux colomnes d'Infanterie par
la droite par la gauche s'avançoientaffez
pour nous enveloper jugea
ápropos de nousfaire retireravec beaucoup
d'ordre ,pardes chemins deprécau.
tion quej'avois fait faire pour aller
joindre les troupes qui s'eftoient avancées
à Villa- Bartholomea , mais les
Ennemis ne pafferent point Carpi.
Pendant quatre heures de temps
16
GALANT. 339
que j'ay eu à faire à la tefte de l'armée
des Ennemis , il s'y eft paffe des
actions generales & particulieres f
hardies, que cela doit donner bonne
opinion de nos Troupes à celles des
Imperiaux.
A la verité , il nous en coûte bien
quarante ou cinquanteOfficiers , & environ
deux cens Soldats , Cavaliers où
Dragons , & entre autres M du
Cambout , qui eft une perte confiderable
, Mr de Bremon , Colonel reformé
de Cavalerie , Mrde Caltré,
Lieutenant Colonel de Cavalerie ,
& Mr le Chevalier d' Albert qui a
efté tué en chargeant l'épée à la main
auprés de Mr le Comte de Teffe , &
fon Fils. Ce jeune homme ne m'a
pointparu étonné de fe voir mêlé avec
des gens qu'il ne connoißoit pas encore.
Si les Allemans , contre leur cou tu-
Ee ij
140 MERCURE
me de cacher toujours leur perte , vou
loient eftre de bonne foy , ils avoueroient
qu'il leur en coûte au moins
autantqu'à Nous. Nousfcavons déja
qu'ily a eu un Colonel de Cuiraf
fiers tué , le General Palfi tué on
bleffe , le General Cerini tué , & M²
lé Prince Eugene bleſſe au genouil
d'un coup de feu . On le vit emporter
dans la maifon que j'occupois à Car
pi. Le Comte Moutonni , Officier
General d'Artillerie , a auſſi efté tué.
On a fceu depuis que cette Relation
a efté envoyée, que le nombre
de nos morts a efté moins
grand que celuy qu'on y voit marqué
, & que plufieurs que l'on
croyoit morts font prifonniers .
Le 17. de cemois , Mile Marquis
de Torcy envoya fon Ecuyer
á Mr le Marquis de CafGALANT.
341
fe
tel dos Rios , Ambaffadeur d'Ef
pagne , pour luy dire d'aller
parler à Sa Majesté . Son Exellence
partit de Paris pour
rendre à Verſailles . Le Roy le
fit entrer dans fon Cabinet , &
luy dit que fa Majefté Catholique
le faifoit Grand d'Efpagne.
Sa Majeſté y ajoûta les témoinages
les plus obligeans de l'eftime
dont elle honore ce Minif
tre. Cette nouvelle ayant efté
répanduë , on ne fçauroit exprimer
combien toute la Cour
prit de part à la justice que fa
Majefté Catholique rendoit á
fon Ambaffadeur . La conduite
delicate & judicieufe qu'il a gardée
dans les temps les plus dif
ficiles meritoit bien cette recompenfe.
Tout le monde s'y atten
"
Ff iij
342 MERCURE
doit , & la joye qu'on en a euë
eftoit auffi vive , que fi c'euft
efté une veritable furpriſe . Il
n'y a aucune perfonne de marque
à la Cour qui n'ait temoigné
un veritable empreffement de
l'en feliciter. Monfieur le Prince
alla des premiers chez ce Miniftre
pour luy en faire ſes complimens
. Tous les autres Princes
& Princeffes luy en ont fait
les leurs , rien ne pouvant s'ajoûter
à l'eftime que l'on a pour
luy en France.
Sa Majefté a donné en même
temps des marques de la fatisfaction
qu'elle a des fervices de
Mr Roulier , Ambaffadeur de
France en Portugal . Elle a envoyé
à ce Miniftre fon Portrait
enrichi de diamans , pour luy
GALANT , 343
Faire voir , combien elle eft contente
du Traité qu'il a conclu
entre la France , l'Eſpagne , &
le Portugal.
Madame la Ducheffe douairiere
de Vantadour eft morte le
23. de ce mois en fon Château de
Sainte Marie du Mont en Normandie
, où elle s'eftoit retirée
depuis quelque temps pour y
mener une vie exemplaire . Elle
avoit eftabliune Communauté ,
où l'on élevoit à fes dépens un
affez grand nombre de pauvres
filles , & elle employoit un revenu
confiderable en des oeuvres de
charité. Elle a toujours vêcu
dans une pratique exacte des
Loix Evangeliques , & depuis
quelques années elle obfervoit
Ff iiij
1
344 MERCURE
"
& faifoit obferver à fes Vaffaux
dans fes Terres , une
regularité
qui édifioit tout le monde. Elle
eftoit fille du
Marefchal de S.
Geran , &
s'appelloit Marie de
la Guiche . Elle avoit épousé
Charles de Levi Duc de Vantadour
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Limoufin , mort en
fon
Gouvernement en 1649. &
eftoit
demeurée veuve à l'âge de
vingt- fix ans. Elle en avoit foixante
& dix - huit quand elle
eft morte. Elle eftoit mere de
M le Duc de
Vantadour
qui a épousé la feconde fille de
feu Mr le Marefchal de la Motte
Oudencourt , Duc de Cardonne,
& de Madame la Marefchale de
la Motte ,
Gouvernante des En-
>
GALANT PAS 345
' ,
fans de France . Madame la Ducheffe
d'Aumont & Madame la
Ducheffe de la Ferté font foeurs
de Madame la Ducheffe de Vantadour,
Dame d'honneur de Son
Alteffe Royale Madame. Mr le
Duc & Me la Ducheffe de Vantadour
n'ont qu'une fille unique ,
qui avoit époufé en premieres
noces feu M le Prince de Turenne
, fils aîné de Mr le Duc de
Bouillon qui fut tué à Stenkerque
. Elle a épousé en fecondes
noces M' le Prince de Rohan ,
frere de M le Coadjuteur de
Strasbourg , & fils aîné de Mr le
Prince de Soubife . Mr le Duc de
Vantadour a deux foeurs , l'une
Religieufe de la Vifitation à
Moulins , l'autre Madame la Maréchale
de Duras.
A
OM
346 MERCURE
Mt Duret , Prefident au Grand
Confeil , a épousé la veuve de
Mr de Choi , Maréchal des
Camps & Armées du Roy.
Je croy vous avoir déja apris
la mort de Meffire Raymond
Dalon , premier Prefident du
Parlement de Navarre , arrivée à
Pau le 28. du mois d'Avril. Il
avoit efté pendant cinq ans Confeiller
au Parlement de Bordeaux
, & pendant vingt- cinq
Avocat General dans le même
Parlement , où il s'eftoit acquis
une grande reputation par fafageffe
, par fon éloquence & par
fon profond fçavoir . Mr fon fils
Juy fucceda à l'âge de dix- neuf
ans à la Charge d'Avocat Gene--
ral. Il feroit inutile de vous dire
avec quelle diftinction il l'a
GALANT. 347
exercée . Le Roy qui decide du
merite de fes Sujets par les emplois
plus ou moins importans ,
qu'il leur confie , a fait luy -même
fon éloge le 21 du mois paffé
en luy faifant remplir la
Charge de premier Prefident
vacante par la mort de Mr
Dalon fon pere , quoy qu'il ne
foit encore que dans fa trentetroifiéme
année Il a époufé depuis
quelques jours Mademoifel-
Te Choart , fille de Mr Choart
qui étoit Surintendant de la Maifon
de Madame la Dauphine, &
de Dame N. de Seve d'une Famille
illuftre. Ils font parents de
Mr de Chamillart .
La Lettre qui fuit m'a efté envoyée
de Rouen , & j'ay cru devoir
vous en faire part. Elle fait
connoiftre le carractere definte .
348 MERCURE
reffé de Mr Fagon , & l'obligation
que luy doit avoir toute la
France de tout ce qu'il imagine
tous les jours pour faire fleurir
la veritable Medecine . Ce qui
à donné lieu à cette Lettre , étant
un fait pofitif, les loüanges
qui en refultent ne peuvent
eftre regardées que comme finceres
& juftes , fans qu'on les
puifle imputer à un eſprit de
partialité.
A Rouen , ce 26. Juillet .
Nous avons vu , Monfieur , dans
le Mercure du mois de Juin , que
le Roy a donné la Chaire Royale de
Caën à Mr de la Duquerie , aprés
qu'il l'a emportée par la difpute . En
nous marquant le rapport qui en a
eftéfait à Sa Majefte par Mr Fagon
fon premier Medecin , vous en
GALANT 349
dites fipeu de chofe à cette occafion
qu'il eft aife de juger que vous ména
gez la modeftie de cet homme illuftre ,
qui eft aufi grande que fon defintereffement
eft fingulier. Il paroift qu'il
n'eſt pas venu à votre connoiffance
que ce n'eft que depuis qu'il eft premier
Medecin que toutes les Chaires
Royales du Royaume qui font en
grand nombre , ont efté remifes à la
difpute , fuivant leur fondation ; ce
qui faifoit cependant depuis treslongtemps
un revenu fort confiderable
aux premiers Medecins. L'on
nous apprend encore que cet homme fi
rare a declaré ( & il l'execute actuel
lement ) qu'il donneroit au fçavoir
tout ce quife trouveroit à fa nomination.
Vous ne fçauriez croire , Monfieur
, combien cela caufe de mouvement
à nosjeunes gens , & combien
350 MERCURE
leur émulation pour travailler s'en
augmente . Je juge qu'il en doit eftre
de mefme par tout ailleurs , tout le
public luy en doit de grands remercimens
, carfans luyil est tres - conftant
qu'il n'y auroit plus eu de Medecins
en France , n'y ayant rien de plus
commode que de faire la Medecine
fans aucune connoiffance , avec quel
ques pretendus fecrets . C'est ce que
j'entens dire à toutes les perfonnes de
bonfens .J'ai en monparticulier beaucoup
d'obligation à Mr Fagon, queje
n'ayjamaispû reconnoiftre . Mon zele
pour luy m'a fait juger que vous
qui ne cherchez qu'à fcavoir la
verité, vous ne feriez pas faché que
je vous l'appriffe . Vous enferez l'ufage
qu'il vous plaira , mais vous ne
fcaurezpas le nom de la perfonne qui
sempreffe à vous l'apprendre, Je ne
GALANT RY
pretens point me faire un merite de fi
peu de chofe auprés de M Fagon,
que le Seigneur nous veüille conferver
de longues années pour le bonheur
de la fante de noftre grand Mo
narque. Voftre attachement à publier
tout ce qu'il fait d'étonnant est trop
connu de tout le monde, Monfieur ,pour
ne pas eftre convaincu de vos fentimens
pour celuy qui contribue à une
fanté auffi precieafe que celle du Roy,
C'eft ce qui m'a fait croire que vous
recevriezavec plaisir l'avis que vous
donne Vostre , &c.
Le Lut eftoit le vray mot de
1'Enigme du mois paffé , qui a
efté auffi expliquée fur le Violon
, quoy que les mots de Courbe
& de Boff , n'y conviennent pas
fi bien qu'au Lut, C'eft fur ce
352 MERCURE
dernier mot que l'ont expliquée
Mis de Monfaulnin , Marquis du
Montal ; le jeune Comte de Bierge
fon Coufin , Simonnet de Daucourt
; 1 Abbé Macfihuy , Doc.
teur en Droit Canon & Civil ,
rue Françoife ; le Medecin Anglois
du College des Cholets ;
Jacquinot de Druzis ; Tamirifte
de laruë de la Cerifaye ; le Mouton
blanc , & fon Poulet ; Mr de
S. Georges de Tours , & la terreur
des Lions du Pont S. Michel.
Mademoiſelle Javotte , jeune
M du coin de la rue de Richelieu
.
L'Enigme nouvelle queje vous
propofe eft de Mr Simart de Sezanne
.
GALANT. 359
PLus
m
ENIGME .
Lus mon Pere s'éleve , & plusje
fuis petite ,
Je ne dois ma grandeur qu'à fon.
abaiffement.
Sa prefence me met en fuite ,
Et malgré cet éloignement ,
Lecteurs , vous me voyez tous lesjours
àfa fuite.
Le premier d'Aouft , Madame
la Ducheffe de Bourgogne alla
fe baigner dans la riviere , & paffa
dans une Ile vis - à - vis le Port
de Marly. L'on avoit conſtruit
dans la Riviere une Feüillée ,
deftinée pour le Bain , & une
Galerie , qui conduifoit de cette
Feüillée à diverfes autres dans
Gg Juilies 1701.
34 MERCUR
F
1
in
' Ifle pour les Dames de fa fuite.
Ou avoit mis deux lits dans cel
le de Madame la Ducheffe de
Bourgogne Onavoi: tendu dans
le milieu de l Ifle plufieurs grandes
Tentes du Roy , fous l'une
defquelles l'on joua pendant plus
d'une heure , & l'on fervit un magnifique
fouper fous une autre ,
pendant lequel les meilleurs
Hautsbois du Roy fe firent entendre
.
Enfin Mr le Comte d'Avaux
vient de rompre le filence , & fur
ce qu'on luy a demandé que le
Miniftre de l'Empereur fuſt ad-
-mis dans les Conferences , il a
notifié par un Memoire aux Etats
Generaux , que fi Sa Majesté Imperiale
avoit quelque demande àfaire
au Royfon Maiftre , elle pouvoit
GALANT
355
la luyfaire parfon Miniftre qui eft
prefentement auprés de Sa Majefte ,
& après s'eftre plaint de ce que les
affaires, depuis fix mois qu'il eft en
Hollande par ordre de Sa Majesté,
pour travailler de concert avec leurs
Seigneuries à conferver le repos de
l'Europe, n'eftoient pas plus avancées
que lepremierjour, & que nonobftant
les affurances tant de fois réitérées
que Sa Majesté leur donneroit les
furetez qu'ils pourroient raisonnable
ment fouhaiter , ils faifoient de nouvelles
alliances , achetoient des Troupes
, & ne s'occupoient qu'aux préparatifs
dela guerres comme auffi de
ce qu'ils s'attachoient fi opiniâtre
ment au party de l'Empereur.
Aprés s'eftre plaint de toutes
ces chofes & de beaucoup d'au
tres dont je parleray cy- après ,
Gg ij
26 MERCURE
Il leur a declaré par fon Memoire
que ne voyant nuile apparence
de renoüer les Conferences &
d'en retirer aucun fruit , il avoit
ordre de fe retirer .
Il eft à remarquer que depuis
fix mois on permettoit de publier
dans toutes les Nouvelles imprimées
de Hollande , que la France
trouvoit tous les jours de nouveaux
moyens pour reculer les Conferences ,
qu'elle ne cherchoit qu'a amufer &
qu'elle ne vouloitrien conclurre , Nonfeulement
toutes les Nouvelles
publiques tenoient ce angage ,
mais c'eftoit auffi celuy de toutes
les Lettres qui venoient de
Hollande. Cependant on voit
aujourd'huy le contraire , &
que ceux qui répandoient ces
bruits-là , cherchoient à faire
croire à toute l'Europe , que la
"
GALANT. 357
France eftoit réfolùë à la guerrez !
& ce qui justifie encore le con➡p
traire , c'est que Me d'Avaux dit
en propres termes dans fon Me
moire, que te Roy ne s'eft point préparé
à la guerre fous une fauffe apparence
de Paix , & que Leurs Sei
gneuries , en parlant des Hollandois
, avoient demandé des Confe
rences , & qu'elles pouvoient les rendre
utiles. Cet Ambaffadeur fait
voir qu'au lieu de profiter des
delais qui leur ont efté accordez,
ils ont toujours apporté de vaines difficultez
pour reculer les Conferences.
Dans le temps que le Roy leur
promettoit de leur accorder les
Teuretez qu'ils pouvoient raiſonnablement
fouhaiter , ils interrompoient
les Conferences pour
écrite au Roy d'Angleterre une
358
MERCURE
1
Lettre
pathetique , afin qu'il la
montrait à fon
Parlement , dans
la pentée que la grande puiffan
ce de la France, qui y eftoit exagerée
, inquieteroit ce Parlement.
Ils faifoient une
peinture
dans cette Lettre de la fituation
où ils le trouvoient , & faifoient
voir que la France n'avoit qu'à
Tever le bras pour les ancantir.
Si cela étoit vrai , ils ont gran.
de
obligation au Roy , de ne l'avoir
Pess fait , & ils auroient deu,
au lieu de s'en plaindre , admirer
fa
moderation, & en
aceptant les
offres que ce Prince leur faifoit ,
lorfqu'ils le
peignoient en état
d'abimer leur
Republique, croire
que,
puifqu'étanten pouvoir d'en
faire fa
Conquefte , il vouloir
bien fe priver ides de glorieux
GALANT.
359
avantage. Il ne fe donneroit pas
la peine d'armer de nouveau
pour les conquerir , lorfqu'il auroit
mis bas les armes , & fur tout
aprés leur avoir donné des fure.
tez , qui luy rendroient l'entre-
-prife heaucoup plus difficile 11
n'y a point de replique à cela ,
& de quelque coſté qu'on tour-
-ne laffaire , les Hollandois ont
tort de fe plaindre d'un Prince
qu'ils avoüent eftre en eftat de
les perdre , & qui ne le fait pas™,
ou s'il n'eftoit pas en fot pouvoir
, comme ils ont publié par
-leur Lettre adreffée au Roy
d'Angleterre , ils ont tort d'a
voir accufé faux. Ces faits font
publics. Cependant il eft vray
que les Hollandois n'eftoient pas
fi prés de leur perte , qu'ils s'ef-
^
30 MERCURE
forçoient de le faire croire , &
queleur Lettre n'eftoit que pour
furprendre le Parlement d'Angleterre.
It eft neanmoins conftant
qu'ils avoient inondé quel
ques terres , mais elles ne leur
rapportoient rien , & ils épargnoient
par là beaucoup de
Troupes. Ainfi ils ont exposé
dans leur Lettre au Roy d'Angleterre
, pour le Parlement
comme un grand malheur pour
eux , ce qui leur eſt d'une grande
utilité.
Je dois dire en même temps à
la gloire du Roy que files Hollandois
ont exageré fa puiffance,
pour intimider les Anglois , &
Pour
leur faire pitié , ce Prince eftoit
affez puiffant pour leur faire a
gueire avec avantage , mais a
GALANT. 261
moderation a efté telle , qu'il a
diffimulé des affronts faits à fon
Pavillon , ainfi que quelques au
tres infultes , afin qu'on ne luy
imputaft point la rupture de la
Paix de Rifvvick , ce que fouhaitoient
ardemment ceux qui
font mouvoir des refforts fecrets
pour allumer une nouvelle guer
re dans l'Europe Toutes ces
choſes ſont mieux marquées dans
le Memoire de M¹le Comte d'Avaux
, qui fait paroiftre fa furprife
dans le même Memoire ,
de ce que les Hollandois , quelques
mois après avoir reconnù
le Roy d'Elpagne , demandent
qu'on donne des fatisfactions
raisonnables à l'Empereur. Ily
a une contrarieté manifeſte dans
cette demande.Sile Roy d'Efpa
Juillet 1701. Hh
362 MERCURE
gne l'eft à juste titre , comme les
Hollandois l'ont reconnu , ils ne
doivent point demander qu'on
donne des fatisfactions à l'Empereur
, comme Roy d'Efpagne.
Ils font plus, & veulent s'ériger
en Arbitres entre la Maifon de
France & celle d'Autriche , &
confondre les interefts de ces
deux grandes Maiſons avec ceux
de leur Republique . Je me tais
fur cet article , il y auroit trop
à dire ; & comme ils fe le diront
peut- etre en prenant un bon
party ,je ne veux chagriner perfonne.
Nous fommes encore en
Paix , & je ne pretens point imiter
les Ecrivains de Hollande ,
qui parlent en tout temps comme
fi l'on eftoit en guerre . Ce n'eft
pas que le party fecret qui ne
CALANT 363
veut point d'accommodement
ne femble y avoir mis un obſtaccle
invincible , en voulant faire
entrer dans les Conferences l'Envoyé
d'un Prince à qui la France
ne doit rien, & à qui l'Espagne ne
fçauroit rien accorder . Comme
elle n'a pas voulu que fa Monarchie
fuft feparée , elle épuifera
fon fang & fes Finances , plu
toft que de confentir à aucun
Traité qui la démembre Le Roy
d'Efpagne feroit voir en cedant
quelque partie de fes Etats à
l'Empereur , que fon droit n'eft
pas au bien étably qu'il l'eft en
effet , & que les Efpagnols n'ont
pas deû le mettre für leur Trône
d'auffi bonne grace qu'ils ont
fait.
Sept cens hommes des Trou
Hhij
364 MERCURE
pes Hollandoifes ayant eſté inquierées
au fujet de la Religion
Romaine , ont deferté , & pris
party dans celles de France . Ils
ont affuré qu'ils feroient fuivis
d'ungrand nombre d'autres . On
leur avoit propofé de leur donnerdes
Miniftres pour les inftrui-
* re.On a fçu que lorsqu'il leur arrivoit
des Deſerteurs Catholiques
, ils leurs prenoient leurs
chevaux, s'ils eftoient Cavaliers,
& les enfermoient dans des Places
, & que quelque temps aprés
il les embarquoient malgré eux ,
en forte qu'on ne les revoyoit
plus , ce qui fait deferter , tous
les Catholiques qui font dans
leurs Troupes.
-
Mr le Maréchal de Villeroy eft
Thionville. Son armée fera ,
GALANT 8365
1
à ce qu'on affure , de cinquante
Bataillons , & de quatre- vingtdix
Efcadrons M le Comte de
Tallard marche avec l'avantgarde
, compofée de dix Batail-
Hons & de quarante Efcadrons.
L'arriere garde où eft l'Artille
rie , eft composée de la Maiſon
-du Roy , & commandée par M²
de Bufca qui marche en ordre
de Bataille. Ces Troupes cou-
-cherent le 19 de Juillet à Saverne
, & le 30. à Phalfbourg pour
venir à Thionville . On prétend
qu'elles doivent avoir marche à
Luxembourg pour continuer
leur marche vers Juliers & Cologne.
Jay à vous apprendre avant
que de fermer ma Lettre que
trois ou quatre Capitaine , de
Hhiij
346 MERCURE
Dragons qu'on croyoit avoir eſt
zuez dans l'affaire de Carpi , fe
font trouvez prifonniers de guer
re , que la pluſpart de nos Soldats
font
refufcitez , puiſque les
Ennemis publient que les pri
fonniers qu'ils ont faits , monsent
à peu près au nombre de
cent. Ainfi noftre perte die
minuë tous les jours quand la
leur augmente. Il ne faut pas
s'en étonner , les Ennemis &-
toient en figrand nombre qu'il
ne fe perdoit aucun de nos coups..
Il n'en pouvoit estre de même
des leurs . Qutre les morts , &
les bleffez dont il eſt parlé dans
les relations qui font dans ma
Lettre Le Comte de Tirheim
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Neubourg , a ché tué,
GALANT. 367
infi que l'Aide de Camp general
de l'Armée ennenie.
Mr de Prince Eugene ayang
derit an Senat de Venite aprés
l'action de Carpi , y rend juítice
à la valeur des François ; mais
ceux du party ennemy qui ont
fait imprimer des Relations
‚n'ont of parler de leur grand
nombre , & du peu qu'estoient
·les François , de forte qu'ils parlent
feulement de l'action comme
fi les deux a mées avoient cu
affaire l'une contre l'autre . Ainfi
ceux qui diront un jour ecs rela-
-cions croirone que le combat
s'eſt donnné à peu prés à forces
égales . Les Ennemis eftant prefentement
plus avancez ils vont
auffi eftre beaucoup plus embagaffez
, & nous le fommes beau360
MER CURE
coup moins Je vous ay mande
dans deux de mes Lettres de
fuire qu'il eltoit hors de doute
qu'ils pafferoient , & nous dévions
même le fouhaiter. Nous
avions trente- cinq lieuës de
pays à garder , & il n'y a point
d'Armée quelque nombreufe
qu'elle foit , qui le puiffe faire,
de forte que nous eftions obligez
d'eftre toujours fur pied , & de
-fatiguer beaucoup. Ce qu'il y
a d'heureux pour nous , c'eft que
nous pouvions beaucoup perdre
fil'Armée entière des Ennemis
s fuft tombée fur un de nos quar-
2 tiers , & qu'heureuſement l'affaire
eſt toute à noftre gloire , ce
squi s'est fait pour difputer ce
paffage eftant fi grand , que la
Pofterité pourra refufer de le
' a
GALANT. 369
eroire. On les a laiffez avancer ,
& fiers de leur paffage , qu'ils
ont regardé comme une conquefte
, ils n'ont pas fait reflexion
qu'ils avançoient dans un
Pays mangé , où ils ne pourroient
fubfifter. Nous avons cru que la
difette où ils fe trouvoient leur
feroit hazárder une Bataille .
On la leur a preſentée pendant
trois jours , mais quoy que leur
politique & leur intereft duffent
feur en faire hazarder une , par-
-ce qu'en la gagnant elle leur auroit
efté fort avantageufe , &
qu'en la perdant , cette perte
n'auroit pas entraîné celle d'un
Village qui fuft à eux , le fou
venir de la Journée de Carpi ,
leur a donné tant de terreur
pour les Troupes Françoiſes >
170 MERCURE
qu'ils ont mieux aimé mourir de
faim dans leur Camp , que de
mourir l'épée à la main. La famine
& les maladies y regnent en
forte que le Magiftrat de la fanté
de Veniſe apprehendant que la
peſte ne s'y mette , y a fait venir
beaucoup de chaux . Il fait faire
des foffes , dans lesquelles on
en jette beaucoup pour confommer
les corps qu'il y fait enter
rer. Ils ont demandé cent charretées
de fourage par jour aux
Venitiens , qui ne peuvent leur
en fournir aucune , parce qu'il
ne s'en trouve plus dans le Pays.
Comme il n'y a plus prefentement
de grand front à garder ,
il eft impoffible que les Ennemis
avancent dans aucun des
pays qu'il nous plaira de cous
•
GALANT. 37%
vrir , à moins qu'ils ne donnent
bataille Leurs Troupes la crai
gnent , & les noftres la fouhaitent.
Mr le Prince de Vaudemont
eft de retour à l'Armée.
Mr le Duc de Savoye y eft arrivé
auffi , aprés avoir figné le
Contrat de Mariage de la Princeffe
fa feconde Fille avec le
Roy d'Eſpagne . Toute fon Armée
y eft. Elle est tres - belle ,
& nous ferons dans peu en eftat
d'y en avoir deux . Les renforts
que le Roy y a envoyez , y arrivent
chaque jour. Il font de
trente Bataillons , dont il y en
a quatre Irlandois , & vingt Efcadrons
, dont quatorze font de
Cavalerie , & fix de Dragons .
Mr l'Ambaffadeur d'Eſpagne
prefenta le 2. de ce mois une
?
$72 MERCURE
Lettre au Roy de Sa Majefté Catholique-
Ce Prince luy marque ,
qu'ayant appris que le Roy des Ro
mains , ou l'Archiduc doivent paffer
en Italie pour y commander l Armée
Imperiale , il a declaré à fon Confeil
qu'il eftoit dans la refolution
d'aller en perfonne fe mettre à la tefte
des Troupes du Roy fon Grand- Pe
re & desfiennes ,& qu'il eftoit per
fuadé qu'il eftoit du devoir d'unRoy
de deffendre luy même fes Etats ,
lors qu'ils eftoient attaquez. Il pric
inftamment le Roy de ne point
s'y oppoſer , & de trouver bon
qu'il prenne l'occafion du voya
de Barcelonne , pour paffer
en Italie. L'on dit qu'il cite au
Roy dans fa lettre des exemples
de jeunes Souverains , qui à peu
prés dans le même âge que luy ,
ge
GALANT. 373
ont remporté des Batailles , &
-entre- autres le Roy de Suede .
Il reprefente que l'Eſpagne eft
toute tranquille , & dit qu'il ne
faut rien negliger dans le com-
-mencement d'un Regne pour
avoir d'heureux jours ,
Le Roy d'Angleterre eftant à
l'Eclufe , monta fur la hau
te Tour , où il fe fit apporter
des Lunettes d'approche. Il
examina les Ouvrages du Fort
Ifabelle , ceux de la Riviere &
de la Ville d'Anvers , & la dif
pofition des Lignes . Il dit qu'il
feroit difficile de chaffer les
Troupes qui occupoient ces poftes
, & ce Prince ne put s'empêcher
de marquer beaucoup
de chagrin en s'en retournan .
Juillet 1701.
Ii
374
MERCURE
Je viens d'apprendre que cinquante
, tant Officiers que Soldats
fe font rendus au Camp de
' Mr de Catinat , s’eftant fauvez
par des marais , aprés avoir donné
des marques de leur valeur
&de leur intrepidité dans l'affaire
de Carpi. Je fuis, Madame ,
voftre , & c.
A Paris , ce 4. Aouſft 1701 .
2552555-2522222S52
TABLE
Relude.
PRe
Lettres Patentes accordées par le
Rey aux Religieux qui gardent
les Saints Lieux.
Lettre de Ferafalem.
Pays Inconnu.
Is
19
35
Ceremonie qui s'obferve à Rome de
Sept ans enfept ans. 44
Lettres Patentes envoyées à M
Abbé Raguenet , par les Magiftras
de Rome.
Morts.
Epitaphes.
Infcription.
SI
61
67
71
73
Nouvelles & Andaloufie.
Hiftoire de la Machine du monde ,
&defon mouvement, ou Phyfique
TABLE.
Mecanique. 77
Versfurla naiffance d'un cinquième
Fils de M d' Agueffeau. 123
Autres fur unfujet peu different. 126
Suite du Dialogue de M Laifne &
de Mr Antier. 134
Harangue de M l'Archeveque
d'Albi au Roy , pour la cloture de
Affemblée du Clergé . 15-2
Le Roy voit une feconde fois l'Eglife
des Invalides , & vifite toute la
1 ཀཀཾ
160
maison.
L'Efclave & Elephant, Conte . 167
Zele des nouveaux Catholiques de
Montauban.
181
Galanterie. 186
Etat des Troupes
de France & des
Efpagnols,
lieux où elles font aux Pays bas
Etat des Troupes du Roy d'Espagne
aux Pays-bas Efpagnols,
195
203
TABLE.
Article tres-curieux touchant les
nouvelles Lignes faites par les
Francois & par les Espagnols 207
Carte d'Italie de M Sanfon , où l'on
peut voir tous les mouvemens que
Les Arméesy ont fait, & qu'elles
yfont tous lesjours,
Second Article de Morts.
s 209
211
Arrivée de l'Archevêque de Philippopoli
en France.
2.26
Reponse à la Critique du Diogirometre,
obfish col prot228
Mariage de Mr le Marquis de Vaßé
& de Mademoiselle de Beringhen.
239
1 Ce qui s'eft paßè pendant le fejourde
Monfeigneur, & de Monfeigneurle
le Duc de Bourgogne à S. Maur:
245
Emploi de Mide S. Poüangé donne à
Mr Chamillart de Vilatte? 247
i
243
TABLE
3
Nouvelle Carte de Mr de Fer , où
l'on voit tous les mouvemens des
Armées d'Italie..
Troifiéme article de Morts.
248
250
Gouvernement donné à Mr de Ble-
Court. 252
Mr. Ducaffe eft nomme Chef d'Efca-
253
dre.
Six Relations de l'affaire de Carpi ,
écrites par des Officiers Generaux ,
par des Colonels , où l'on voit
8 tous les details de ce qui s'eft paẞe
254
dans cette aflion.
Sacre de Mr Evêque de Noyon .
Grandes Charges venduës :
Thefe foutenue
290
291
292
Le Theatre de la guerre en Italie ,
Carte nouvelle .
293
Tout ce qui s'eft paßé à l'invitation
des Cours fuperieures , au Service
TABLE.
defeu Monfieur à Saint Denis.
295
Detail de toutes les ceremonies qui
fe font faites à Saint Denis pour
l'inhumation du corps de Monfieur.
Nouvelle Relation de Carpi .
30%
Mr le Marquis dos Rios eftfaitGrand
d'Espagne.
333
340
Prefent fait par S M C. & Mr
RoutierAmbaffadeur deFrance en
Portugal.
Mort.
Mariages.
342
343
346
Lettre fur le defintereßement de Mr.
Fagon.
Article des Enigmes,
347
351
Bain de Madame la Ducheffe de
Bourgogne.
Situation de saffaires de Hollande.
355
156
TABLE :
Defertion 368
Armée de Mr le Marechal de Villeroy
.
Article d'Italie.
364
740365
Lettre prefentée au Roy par Mr
t' Ambaſſadeur d'Eſpagne. 371
Le Roy d'Angleterre examine les
nouvelles Lignes.. 373
Retour de plufieurs Officiers & Soldats
au Camp de M. de Catinat.
374
La Figure doit regarder la
page
316.
511
m
1701.7
Eur
. 511m2
17017
Mercure
<36624505520019
<36624505520019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1701.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
Onouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra une Piece de trente fols monnoye
courante , relié en Veau , & trente fols .
en Parchemin , & vingt- huit en feüilles.
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL ya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis de puis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres qui fe trouvent dans
"les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui est
caufe qu'il y en a quantité
Aij
AU LECTEUR.
4
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1701 .
Ous ne devez point
eftre furprife , qu'a .
prés ce qui eft arri
vé aux Treforiers Generaux .
de l'Extraordinaire des Guerres
, les affaires du Roy , qui
devoient s'en , reffentir , ne
A iij
6 MERCURE
s'en trouvent aucunement alterées
. Vous devriez au con .
traire , connoiffant les manieres
& laprudence de ce Prince ,
marquer de l'étonnement , s'il
y avoit quelque chofe qu fuft
capable de leur porter quel .
que atteinte. C'eft dans les
temps difficiles pour les affaires
, de quelque nature qu'el
les foient , que le Roy fe dif.
tingue , & fait des actions
qui luy font uniques. Plus il
arrivera pendant le cours de
fon Regne , de ces chofes fâ->
cheufes, qui felon les conjon
Aures où elles arrivent pourGALNAT:
7
roient préjudicier à l'Etat, plus
Sa Majesté aura d'occafions
de s'attirer l'admiration de
toute la terre , & de fournir
des morceaux brillans pour
fon Hiſtoire , par la maniere
dont Elle fçaura toujours
s'en tirer. Neuf millions qui
ne circuloient plus , avoient
rendu l'argent rare ; on ne
payoit plus à l'Extraordinaire
des Guerres . On croyoit dans
le Public que le Roy eftoit redevable
de groffes fommes
à ceux qui en manioient l'argent
, & quelques Etrangers
publiant en même temps arti-
A iiij
8 MERUCRE
ficieuſement qu'il avoit paſſe
chez eux beaucoup de noftre
argent , & que l'on en faifoit
fouvent des fontes , cher
choient par
là à mettre
de la
confufion
dans
l'Etat , en y
faiſant
devenir
l'argent
encore
plus rare qu'il n'y eftoit . Le
peuple
qui n'approfondit
rien
d'abord
, & qui s'attache
à ce
qu'il voit , eſtant
convaincu
de
la rareté de l'argent
, s'en prenoit
à la fauffe caufe
qu'on
luy
en infinuoit
malicieusement
,
même
par des articles
imptimez
dans les Nouvelles
étrangeres.
Il voïoit
cette rateté
d'ar.
gent , & il ne luy entroit
pas
GALANT : g
dans la pensée qu'il eftoit im
poffible qu'eftant alors plus
haut icy comme il l'eft
même encore prefentement ,
que dans les Pays Etrangers ,
il cuſt paſſé en d'autres Etats.
Heft fi vray qu'il y eft plus
haut , que les Hollandois , en
travaillant au dernier Traité
de Commerce , demanderent
fouvent qu'on le baiſſaſt , parce
que nous attirions en Fran
ce toutes les efpeces de l'Europe.
Nous devons tomber d'ac
cord qu'à caufe de l'argent qui
entroit chez nous , & du haut
taux où nous le tenions , nous
10 MERCURE
achetionslesmarchandiſesplus
cher, parce que les Etrangers *
en augmentoient le prix , ce
qu'ils eftoient obligez de faire
par la perte qu'ils faifoient
chez eux fur l'argent que nous
leur donnions , & qui valoit
moins dans leurs Etats . Mais
il eftoit plus important pour
les avantages de la France que
nous achetaffions quelques
marchandiſes un peu cher, &
que l'Etat fe remplift d'argent.
Cependant le peuple en voiant
fa rareté , ne l'attribuoit qu'à
la fortie imaginaire des efpeces
. Cette rareté augmentoit ,
8
GALANT.
II
& la raison en eft fort aifée à
concevoir. Les Treforiers de
l'Extraordinaire des Guerres
ne rendant point neufmillions
à des Particuliers , du nombre
de ceux dont l'argent eft tou
jours en mouvement, ces neuf
millions qui devoient paffer
& repaffer continuellement en
d'autres mains , ne circulant
plus, & ceux dont la profeffion
eft de faire profiter leur argent
eftant à l'affuft dans de
pareilles conjonctures , pour
tenir celuy dont ils abondent
auffi ferré que s'ils n'en
avoient point , l'ayant rendu
12 MERCURE
encore plus rare , afin d'entirer
de plus gros intereſts , la difette
alloit en eftre extrême ,
quoy qu'il y en eut toujours
dans le Royaume avec la mê .
me abondance qu'auparavant,
fi le Roy , qui prévoit à tout ,
n'euft fait examiner les affaires
des Treforiers de l'Extraordinaire
des Guerres , & n'euſt
apporté unprompt remede au
mal qu'il trouva tres - preffant,
en fe chargeant du payement
de leurs dettes . Paplà ce Moargenturen
narque a remis
mouvement. Il a raffuré les
Particuliers, dont les clameurs
GALANT: 1.3
auroient fait croire que l'Erac
eftoit perdu , & qu'il n'y avoit
point d'argent dans le Royaume.
Ainfi d'un malheur capa
ble d'en produire une infinité
d'autres, il a tiré un avantage
confiderable , en mettant les
choſes dans une fituation fi
heureufe pour ceux qui prétent
leur argent, qu'au lieu quedans
les tempsles plus floriſfans , ilsle
prétoient aux Particuliers pour
les affaires du Roy , avec une
efpece de crainte , ils ouvri
ront dorefnavant leur bourse
avec une entiere confiance , .
tant parce qu'ils font perfua14
MERCURE
dez qu'ils ne perdront rien
en prétant à ceux qui font les
affaires du Roy, que parce qu'il
ya fujet de croire que ceux à
qui ils prèteront ne convertiront
pas à leurs ufages particuliers
les fommes qu'on
leur confiera , parce qu'ils feroient
punis de mort. La generofité
du Roy a paru en cette
occafion , ce Prince n'ayant
pas hefité un moment à conclurre
au remboursement des
Particuliers fur les propres
fonds. Il a fait voir par cette
même action ſon bon gouver
nement , & fes lumieres dans
,
CALANT
་ ད
1
les affaires de fon Etat , en prévenant
par une prudence confommée
, aux dépens de fes
propres deniers , des maux qui
feroient devenus plus grands ,
s'il ne les avoit arreſtez dés
leur fource .
Vous fçavez que les Religieux
de Saint François de la
Famille de la Terre Sainte ,
qui font les Obfervantins Recollets
, & Penitens du Tiers-
Ordre de Saint François , &
de toutes les Nations du monde
, François , Espagnols , Italiens
, Allemans, Polonois , Hibernois
, Portugais , Indiens ,
16 MERCURE
& autres qui font fous la pro .
tection des Rois Tres Chreftiens
de France , & fous l'obeiflancedu
General des trois
Ordres de Saint François , gardent
les Saints Lieux , où Dieu
a voulu que les miſteres de
noftre Redemption ayent efté
operez , & qu'ils y refident depuis
quatre cens foixante années
. Vous ne fçauriez croire
avec combien de témoignages
de joye & de reconnoiffance
ces Religieux ont reçu
les Lettres Patentes que Sa
Majefté leur a accordées au
mois de May 1700. Ils ont
GALANT. 17
écrit du mois de Septembre
dernier en ces termes . Nous
rendons graces infinies à Dieu ,
d'avoir reçu de Paris , du mois de
Fuin , la copie imprimée de la con
firmation de l'ancienne protection.
des Rois de France , de nos
Privileges , que Sa MajefféTres-
Chreftienne Louis XIV, nous
a bien voulu accorder & confir
mer. Nous prions Dien qu'il le
confer ve nombre d'années , & le
faffe profperer en toute maniere .
Ces mots font auffi dans la
même Lettre. Le jour fuivant ,
aprés avoir reçu cette copie , le
Superieur appliqua & fic appli-
Juillet 1701 .
B
18 MERCURE
quer toutes les Meffes & Prieres
des vingt trois Convents , Mif-.
fions & Hofpices , oùfont plus de
deux cens Religieux dans la Paleftine
, Egipte , Sirie , Phenicie ,
Chypre Romanie ,pour deman
der à Dieu qu'il conferve Sa
Majefté nombre d'années en par
faite fanté , & qu'il faffe profperer
en toute maniere la Famille
Royale , & tout fon Royaume.
On a fceu dans ces mêmes
lieux que Monfeigneur le Duc
d'Anjou avoit efté appellé à
la Monarchie d'Espagne , &
voicy ce que le Pere Raphaël
Ventajol , Procureur General
GALANT . 19
de Terre-Sainte , a écrit fur
ce fujet au Pere Cherubin-
Bouchage, de Lyon ,Religieux
du Tiers Ordre , & Agent à
Paris , pour les affaires des
Saints Lieux.
De Jerufalem le 15. Mars 1701,
D'Abord que nous arsons (gem
la nouvelle certaine de l'exal
tation du petit Fils de Louis le
Grand, le Duc d'Anjou, à la Cou
ronne d'Espagne , fous le nom de
Philippe V. laquelle nous a ofté
envoyée de France & d'Espagne,
le Superieur General des Saints
Bij
20 MERCURE
Lieux , le Reverend Pere Eftienne
de Naples , donná ordre dans les
quatre Convents de S. Sauveur ,
du S. Sepulchre , de Bethleem &
de S. Jean dans les Montagnes de
Fudee , comme auffi dans tous les
Convents , Chapelenies & Hofpices
de Terre Sainte que troisjoursconfecutifs
, on chantaft le Te
Deum avec une Meffefolennelle,
qu'on appliquaft toutes les
Meffes prieres de ces jours pour.
le Tres . Chreftien Roy de France ,
pour le Roy Catholique , afin
que Dieu les confervé avec leurs.
Maifons Royales avec leurs Monarchies.
GALANT. 21
Le 12. du mois de Mars , le
Superieur officia pontificalement ,
avec la Croffe& la Mitre, & les
autres ornemens Epifcopaux , fui .
vant les privileges qu'il a de divers
Souverains Pontifes , &
chanta la Meffe en Action de
Grace de la réunion des deux
Royaumes dans la famille de S.
Louis. Nous fimes ouvrir cejour
là par les Turcs la porte de l'Eglife .
du S. Sepulchre pour en fairefor.
tir le Superieur qui eft François
& qui précha à la gloire des deux
Monarques , excitant les Auditeurs
à rendre graces à Dieu de
l'union des deux plus Puiffants
22 MERCURE
Royaumes de la Chreftienté, ce qui
fera le triomphe de la Religion
Catholique , & l'humiliation des
Heretiques.
L'Eglife du grand Convent de
S. Sauveur eftoit fort ornée de
fleurs, tant naturelles qu'artificiel .
les , ily avoit une fi grande,
quantitéde cierges blancs qui bru
lerent jour & nuit , que jamais
on n'avoit veu nos Eglifes fibien
éclairées. La Meffe fur chantée
en' Mufique par diver's Religieux
de toutes les Nations de la Chreftienté,
& quand ellefut finie , on
chanta le Te Deum avec toute:
la folennité poffible. Le même ,
GALANT. 23
jour on chanta aussi une Meffe
tres folennelle pour le même fujerfur
le Saint Sepulchre de Noftre
Seigneur. On fit la même choſe
à Bethleem , dans l'Estable ou la
Sainte Grotte, dans laquelle eft né
le Fils Dien. La Meſſe finie &
chantée par les Religieux , aydez
des Bethleemites , & par plus de
cinquante enfans de Bethleem que
les Religieux de S. François inf
truifent , & qui fçavent leplein
chant en perfection , le Gardien
de Bethleem entonnale TeDeum .
Les Religieux Preftres revêtus de
Chapes , &les Freres, defurplis
allerent proceffionnellement de l'E
24 MERCURE
glife de Sainte Catherine qui eft
eelle du Convent, à la Grosse cù
Noftre Seigneur eft né , portant
tous desflambeaux de cire blanche ,
✔its y rendirent graces à Dien
de l'heureufe nouvelle qu'ils a
voient recene de l'union des deux
Royaumes dans la Maifon de S.
Louis N ..3
A S. Jean de Judée , où il y a
un Convent de l'Ordre de S.
François bafti dans la Maiſon de
S. Zacharie , on fir les mesmes
ceremonies qu'en Ferufalem &
Bethleems On chanta folennelle
ment la Meffe , &onfit la proceffion
enchantant le Te Deum , &
allant
GALANT. 25
ellant à la Chapelle baftie dans le
lieu même où eft né S. Fran Baprifte
Les Meffes & Officesfinis,
je fis enforte queles Religieuxpuf-
Seni mefler quelques re ourẞinces
corporelles aux fpirituelles . Ileft
tres rare que nous avons du porffon
frais en Jerufalem ou Bethleem
pendant le Carefme, j'y poureus
autant qu'il mefut poffible , onpefcha
à Gaza & àFapha , & ious
les Religieux François , Eſpagnols ,
Hibernois , Italiens , Portugais ,
Indiens & autres , crierent plufieurs
fois , Vivent les deux premiers
Monarques de la Chrétienté
le Roy de France &
Juilles 1701.
C
"
26 MERCURE
le Roy d'Espagne.
Le lendemain , le Pere Vicaire
chanta la Meſſefolennelle avec
les mêmes ornemens d'Eglife . Ily
avoit autant de lumieres qu'au
jour precedent , & parce que
c'eftoit un jour de Dimanche où
tour le Peuple Catholique , qui ne
parle n'entend que la langue
Arabe vient à la Meffe & à la
Predication , le Pere Curé pref
cha en Langue Arabe , afin que
le peuple compriſt ce qu'il avoit à
luy expofer. Il fit part à l'auditoire
de l'heureuſe nouvelle qu'on
avoit reccue pew de joursaupara-
"vant de l Exaltation de Philippe
GALANT, 27
Và la Couronne d'Espagne , &
recommanda à fes Auditeurs de
prier Dieu pour fa confervation ,
pourSa Majesté Tres Chrefsienne
noſtre invincibleProtecteur,
qui nous a donné un fi grand
Monarque.
Le quatorziéme je chantay la
Meffer comme en qualité d'Efpagnol
, j'ay plus d'intereft que qui
que cefoit à cette grande nouvelle,
L'expofayle S. Sacrement de l'Audel
, fis orner l'Eglife le mieux que
je pus , e fis encore augmenter
lenombre des cierges, qui brulerent
jour nuit enfigrande quantité,
que noftre Eglife de S. Sauveur
Cij
28 MERCURE
n'eftant pas fort grande , elle pa
rut toute brillante de lumières.
Vous/çavez, mon Reverend Pere,
qu'ily a dans cette Eglife des
baluftres qui feparent les deux
ailes du cofté de la Nef qui eft dans
le milieu , lesfemmes eftant aux
deux coftez , les hommes dans
la Nef du milieu. Ces baluftres
eftoient tout remplis de flambeauxe
de cire blanche . La corniche qui
regne au tour de l'Egliſe eſtoit pleine
de cierges ; tous les Autels en
eftoient parfaitement garnis ,
au milieu de l'Autel, outre le grand
nombre qu'il y en avoit , 013
wooit les douze chandeliers d'arGALANT
29
gent du S. Sepulchre . La chaleur
eftoi fi grande dans l'Eglife qu'on
avoit de la peine à y refter ; d'un
autre cofté nous n'epargnames
pas
les parfums
:
Dans les trois Mffes quifu
rent chantées par le Superieur qui
eft Italien , par le Pere Vicaire
qui eft Français, e par moy qui
fuis Espagnol , les Religieux n'ou
bherent rien pour bien chanter,
chacun s'y portant de coeur ego
daffection Comme on a vou prefché
en François dans la premiere
Meffe du Samedy , en Araben
en Zialien dans la feconde Weffe
au Dimanche, bonprefcba en Efr
l'on
C iij
70 MERCURE
pagnol à la mienne Cefut le Pes
re Gardien de Bethléem qui fic la
Predication. Ellefut
fiingonienfes
que je me crois obligé de vous em
parler Il prit pour texte lesparo
les de l'Ecriture. Venice Filiæ
Sion , & videre Regem veftrum
Salomonem in Diade
mate. Il commenca fa Predica
tion par la mort de Charles II.
ayans parlé quelque temps des
vertus de ce Monarque, il ajoûca
qu'on pouvoit dire delug , ce que
noftre Religion Seraphique chante
de noftre PereSaint Françon , par
rapport à Saint Pierne d'Alcantara
; fçavoir, quequoy qu'il nous.
GALANT.
31
femble mort , il ne l'est pas veritablement
, ayant laßé un Succeffeur
qui luy reffemble entierement. Mor
tuus eft Pater nofter Seraphicus,
& quafi non eft mortuus, fimilem
enim reliquit fibi Petrum poft fe.
Qui eft celuy qui eft tout femblable a
Charles II. C'est le Petit - fils du
grand Monarque Louis XIV. fçavoir
Philippe V. & Fils de Monfeigneur
le Dauphin.
›
Pour lors il commença à décrire ,
& à louer la Maifon de Saint Louis
dune maniere qui le fit admirer
de tous les Auditeurs rapportant
des chofes admirables de tous les
Defcendans de Saint Louis jufques
au nouveau Monarque Philippe V.
Rav d'Eſpagne , & il invita tout
le monde à reconnaitre ce grand
Ray pour digne Fils d'un fi faint
Ciiij
32
MERCURE
Ayeul , par les paroles de fon texte,
Venite Filiæ Sion , & videte
Regem Salomonem in Diademate
, quo coronavit illum mater
fua. Il montra par de bons paffages
de l'Ecriture -Sainte , que Philippe
eftoit ce Salomon pacifiqué Roy de
Jerufalem , ayant esté à fon avenement
à la Couronne une fource de
paix. Il dit que les Filles de ferufalem
font les Religieux de $ . François
qui habitent les Lieux Saints
la Mere qui avoit couronné
ce nouveau Roy Salomon , eftoit la
France & l'Espagne , qui font aujourd'huy
une même chofe . Il dit pour
preuve de cette verité , qu'on pouvoit
regarder la France & l'Espagne, qui
toutes deuxportent des Lis dans leurs
Armes , comme ces deux tiges de
Fleurs de Lis , l'une naturelle , &
& que
?
GALANT.
33
l'autre artificielle , qu'apporta la
Reine de Saba au Roy Salomon ,
pour éprouverfa fageffe ,& fa science ,
&qui étoientfi femblables, que Salo
mon pour les diftinguer , fut obligé de
fe fervir d' Abeilles qui fe poferent
fur le lis naturel, & par là on le dif
tingua de l'artificiel. Il dit , que
les lis de France & d'Efpagne
cftoient aujourd'huy frunis , &
fi femblables qu'on ne pouvoit
plus les diftinguer l'un de l'autre.
La Meffefinie , on chanta encore le
Te Deum , aprés quoy les Religieux
allerent au Refectoire . Je don
nay enfuite à manger à tous les Pauvres
qui fe prefenterent , & à qui je
diftribuay une grande aumône , les
exhortant à prier Dieu pour les deux
Monarques , & pour la Paix do
Europe , luyrendant graces de cette
"
34 MERCURE
༣ ་
heureufe union des deux premieres
Monarchies de la Chreftienté qui leur
faifoient efpererà l'avenir toute forte
de bonheur.
Le Reverend Pere Superieur de
Ferufalem , & Cuftode de Terre-Sain
te a envoyé fes Ordres par tous les
Convens , Hofpice's , Chapellenies ,
& Millions de ces Pays , afin que
troisjours confecutifs onfaffe la méme
chofe qu'en Jerufalem , & qu'on ap
plique toutes les Meffes pour les deux
Monarques. Tous les Eſpagnol's marquent
tant dejoye qu'ilfemble qu'ils
foient tous natifs de France. Its difent
le temps eft arrivé où les deux
Royaumes ne font plus qu'une même
chofe. Dieuen foit loué à jamais , .
que
conferve les deux
Mon Jamais , &
leur Famille Royale.
GALANT. 35
Je ne fçay fi en parcourant
toute la terre on pourroit
eftre affez heureux pour découvrirle
Pays que M' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
de Bordeaux , a décrit dans le
petit ouvrage que je vous
envoye .
***********************
PAYS INCONNU.
Vous
Ous m'avez fait , Oronte , une
admirable Hiftoire ,
Qui paroift une Fable , & queje ne
-No puis croiress and at Pink -
D'un Pays merueilleux , où tous les
Habitans ,
2.6
MERCURE
Reglez par la vertu , vivent toujours
contens.
On y voit les Pafteurs , avec un foin
extreme ,
Conduire doucement leur Troupeau
qui les aime ,
Et toûjours attentifs aux infultes des
loups ,
Pour l'en mieux garantir , Pexpoſer
à leurs coups. OTOVI
On ne lesy voit pasfans attache &
** fans peine ,
En fuccer tout le lait , en arracher la
Maine O OMI 2YA¶
Ny que luy furvendant juſqu'aux
plus petits foinson o
Leur coeurfoit de rocher dans fes plus
grands befoins I own doing in
Ils ne le laiffent pas errantfurlafoutolgere
from Wenstrom in [gereT
Pour aller cajoler quelque jeune berGALANT
37
Et perdre fans raifon la plupart de
leur temps ,
Adelaffer l'espritdans les plaifirs des
fens, [ bonde
Là de jeunes Abbez la troupe vaga-
Ne vitpas dans l'erreur des Maximes
du monde
Et marquant du mé ris pour des biens
immortels
,
Ne profane par ceux qu'on confacre
aux Autels
Le Juge en ce pays eft toûjours équitable
,
Protege l'innocent, &punit le coupa
ble.
Les charmes des prefens n'y trouvent
nul accés ,
Potrgagnerfürement un injufte pro-
CÉS
Là les divers detours que la chicane
inventes
invente
okoli
28 MERCURE
N'immortalisent pas une cauſe méchante.
Les fubtils Avocats , les rufez Procureurs
,
Ne couvrent pas le droit d'embarras
ny d'erreurs
.
IMA
Les differentes loix d'où naiffent tant
de doutes ,
Labyrinte éternel rempli de faules
routes ,
Ne fervent pas d'excufe à la mauvaifefoy
Qui donne adroitement un faux fens
à la loy.
Une foule d'écrits groffis par l'avaricevut
Pernicieux moyens d'acheter la Juftice
Ne font plus en ufage ; & fans rolle,
&fansfrais , wor
Onyjuge d'abord&finit les procés.
GALANT. 39
Là , tous les Medecins , qu'on croit
les plus habiles ,
Paffent publiquement pour des gens
inutiles.
Ony reffentfortper lafoibleffedes ans,
Ony vitfans remede, & l'ony vitlongtemps.
En ce lieu , le Marchand ne dit que
ce qu'il penfe ,
Son commerce fidelle y produit l'abon
dance.
Content d'un gain modique , il vend
à juste prix ,
Et croit que le furplus eft injuftement
pris.
La fainteté des moeurs en a banni
Lufure ,
Le fauxpoids , le menfonge , & la
fauße mefure.
Sa probité connue augmente fon credit;
40 MERCURE
Il n'a qu'une parole , & l'on croit ce
qu'il dit d
Les Epoux vivent là , fans degouft ,
fans querelle. [ éternelle,
L'Amour leur fait goûter une paix
Et l'ardeurdefesfeux animant leurs
defirs ,
·Dans les mefmes douceurs fait de
nouveaux plaifirs. [ loufie ,
Là , les cruels foupçons , la morneja,
Qui naiffant de l'Amour , luy font
perdre la vie,
Ne troublent pas l'Hymen d'un funefte
poiſon ,
Qui fouvent par caprice , étoufe la
Carns raison...
Chaque homme eft affuré quefa Femme
eftfidelle ,
Ileft leplus aimable , & leplus beau
sapour elle.
Rien ne la charme tant , & Epoux
àfon tour.
GALANT.
41
Trouve en elle l'objet le plus digne
d'amour.
C'est un treforpourluy , dont il eft affez
riche
,
Sans courre comme un Cerfaprès plus
d'une Biche
Et portant chez autruyfa folle paffion,
S'expofer à fubirla loy du Talion.
Là , de fa beauté même une femme
idolâtre
Ne charge pas fon teint de cerufe &
de platre ,
Et par des ornemens qui bleßent la
pudeur ,
2
Ne donne pas fajet d'attaquer fon
bonneur.
Elle n'abuse pas un Mary debonnai
10 ,
Imputantfa parure au deſſein de luy
plaire.
Juillet 1701.
D
42 MERCURE
Un pretexte fi vain ne sçauroit le
tromper;
Tout homme qui le croit eft facile à
duper.
Le beau fexe en ce lieu, toujoursfage
& modefte
Evite des Amans le commerce fac
neste ,
Et ne fefertjamais d'un injufte moyen
De conquerir des coeurs , & de dinner
le fien.
On n'y voit pas courir la jeuneffe indifcrete
و
Auxplaifirs défendus que donne une
Coquette
Ny qu'au mépris des loix , avec em
portement ,
La débauche ou le jeu l'occupe incefceffamment.
Portée à la vertu , rien ne lapeutféduire
;
GALANT. 4?
Elle enfuit les leçons qui la doivent
conduire ,
Etfaintement reglée auplaifir qu'elle
prend ,
Neconnoiftpas l'Amour , fi lHymen
ne l'apprend.
On ignore en ce lieu les fureurs de la
guerre ,
Fleau du Ciel , qui ne fert qu'à détruire
la terre.
Lors que quelqu'un s'éleve , on le voit
fans ennuy
Et perfonne n'y court fur le marche
d'autruy.
[ vie
L'orgueil; l'ambition
, l'avarice
, l'en
Nyfont pas comme ailleurs les
crans de la viena slov 136
On s'y paffe depeu l'on n'a befoin de
rien
ty
Le merite & l'honneuryfont le plus
A grand bien!
G
Dij
44 MERCURE
Ce beau Pays , Oronte , eft- ilpeint -
furla Carte ?
Plus je veux le chercher , & plusje
m'en écarte.
Mais à cetterecherche il nefaut plus
rèver ,
Quelque chemin qu'onfaſſe on ne peut
le trouver.
Quoy que l'article qui fuit
ne foit pas nouveau , il vous
fera fans doute plaifir parce
que vous y trouverez les circonftances
d'une ceremonie
,
dont vous n'avez peur - eſtre
jamais appris le détail . Les
Papes ont accoûtumé la premiere
année de leur Pontifiita
GALANT.
45
cat , & enfuite de fept ans en
fept ans , de diftribuer folennellement
les Agnus Dei ,
dans la Semaine de Pafques .
Ce font de petits Pains ronds
& ovales , de cire blanche , en
forme de Medailles , où paroift
d'un cofté un Agneau qui tient
l'étendart de la Croix , figure
de nôtre Seigneur , & de l'autre
l'image de quelque Saint . Le
Pape d'aujourd'huy, pour fatis.
faire à cette coutume miſté.
ricufe , aprés avoir dit la Meffe
dans fa Chapelle du Palais le
Mardy de Pafque , reveftu de
Amic de l'Aube avec la
46 MERCURE
ceinture d'une Etole de damas
blanc , garnie de dentelles d'ar
gent enrichie de perles , com
mença par benir l'eau preparée
dans diverfes cuvetes d'argent ,
recitant lesOraifons ordinaires
pour l'eau Benite , à la fin def.
quelles il en ajouta une autre
particuliere. Il verfa enfuite.
dans cette Eau le Baume & le
faint Crême en forme de croix ,
difant les Oraifons marquées
dans le Geremonial; puis il die
d'autres ! prieres fur les Agnus
firôt qu'ils luy furent prefenrez
dans divers grands baffins
d'argent ,aprés quoy S, S.siatke,
GALANT.
47
& on luy remit fa Mitre, Alors
les Cameriers luy
prefenterent,
les Agnus Dei, qu'il plongea,
:
dans ces cuvetes d'eau benite ,
LesCardinaux revetus de leurs
aubes & ayant un linge fin de
vant eux en forme de tablier ,
avec une écumoire d'argent
chacun à la main , les retirerent
de l'eau , & les donnerent ,
aux Pretars qui les étendirent
fur des grandes tables, cauvertes
de napes tres fines. On
1.fecher, Le Pape fë
les y laiffa
laiffa
leva enfuite, dit d'autres orai
fons fur les mefmes Agnus dei.
qu'on remit dans les baffins,
48 MERCURE
aprés quoi chacun ſe retira. On
continua les jours fuivans cette
mcfme ceremonie jufqu'au
Vendredy . Tous ces jours ,
outre les Cardinaux & Prelats
il y eut diverfes perfonnes
de diftinction qui y affifterent.
La Reine melme de Pologne
y alla , de ſorte que la Salle (e
trouva trop petite , quoy que
les Gardes n'y laiffaffent entrer
que des Perfonnes de
qualité.
Le Samedy il y eut Chapelle!
Papale. La Meffe fut chantée
par le Cardinal Noris , & lePape
yaffifta fur fon Trône, reveſty
de
GALANT.
49
de fes habits Pontificaux.
Lorſqu'on eut chanté l'Agnus
Dei, un Soudiacre Apoftolique
precedé de la Croix , des chandeliers
, & de l'encens , alla
prendre des mains du Sacrif
rain de Sa Sainteté un baflin
d'argent plein de ces Agnus
Deinouvellement benis . Etant
arrivé à la porte de la Chapelle
Papale , il dit à haute voix &
à genoux , Pater fancte , iſtiſunt
agni novelli qui annuntiave.
runt vobis , alleluya . Le Choeur
repondit én mufique Deo gra.
tias , alleluya. Enfuite le même
Soudiacre Apoftolique fe le-
Juillet 1701.
E
of
MERCURE
va , & dit la même chofe une
feconde fois au milieu de la
Chapelle , & une troiſième aux
pieds du Pape , à qui le Cardinal
Diacre Affiftant mit en
main fucceffivement divers
paquets d'Agnus Dei , envelo
pez proprement dans du co .
ton. Le Pape les diftribua auffi
fucceffivement premierement
aux Cardinaux , & enfuite aux
Evêques , aux Penitenciers de
Saint Pierre , puis aux Prelats
& autres Officiers de cette
Cour , & aprés eux à tous ceux
des Seculiers de diftinction
qui estoient entrez dans la
Chapelle.
GALANT
Dans ma Lettre du mois
d'Aouft de l'année derniere ,
je vous parlay du Livre des
Monumens de Rome , fait par M
l'Abbé Raguenet . Je croy que
vous ne ferez pas fâchée de
fçavoir comment cet Ouvrage
a efté receu dans cette fameufe
Ville. Voicy ce qui s'y ett
paffé à cette occafion ,
Les Magiftrats ayant vû ce
Livre , s'affemblerent auffi
toft au Capitole , pour deliberer
ce qu'ils devoient faire pour
témoigner à l'Auteur la reconnoiffance
qu'ils avoient du
foin qu'il avoit pris de faire un
E ij
52 MERCURE
Ouvrage, qui mettoit dans un
fi beau jour les plus rares
beautez de Rome ; & aprés
plufieurs propofitions
faites
à ce fujet , ils conclurent enfin
qu'ils devoient l'adopter pour
leur Concitoyen , luy donner
l'entrée du Senat , aux Affemblées
duquel il auroit voix
déliberative toutes les fois
qu'il s'y trouveroit , & le faire
jouir de toutes les graces ,
privileges , & honneurs , qu'ils
pouvoient luy acorder , en
vertu de l'autorité du Senat &
des Peuple Romain dont ils
font depofitaires. Cette De.
CALANT 53
libération avec la Conclufion
qui en fut le Refultat , fut in--
ferée , par leur ordre , dans
les Registres du Capitole ; &
ils en firent faire , en mefme
temps , un extrait en forme
de Lettres Patentes qu'ils y
ont envoyées à M l'Abbé
Raguenet écrites en lettres
d'or , fignées de leur main ,
& fellées du Seau de la Ville
de Rome. Ces lettres font en
latin , & voicy la traduction
qu'on en a faite.
Nous les Marquis. Buon
Joanni , Montori , & Theo
E iij
$4 MERCURE
a
doli , Conſervateurs de la
ville de Rome , ſur la deliberation
par nous faite ,
l'effet de donner la qualité
de Citoyen Romain à l'Illuftre
& l'Excellent M'Raguenet
, natif de la Ville
de Rouen , Capitale de la
Normandie , Province du
Royaume de France , avec
l'autorité du Senat & du
Peuple Romain , de laquelle
nous fommes revétus,avons
réfolu ce qui s'enfuit .
Comme fuivant l'usage de
nos Prédéceffeurs , nous faisons
GALANT: S5
profeffion d'honorer auffi bien le
merite des Etrangers qui ont fait
quelque chofe pour l'avamage
de la Republique , que celuy des
Citoyens Romains afin d'animer
également tout le monde à contribuer
à fa confervation & à fon
ornement par l'espoir de la recom
penſe ;feachant que l'Illuftre &
l'excellent M Raguenet a toujours
eu une inclination finguliere pour
le Peuple Romain & pour la ville
de Rome , des Monumens de la
quelle il a fait de tres.fçavantes &
ires éloquentes defcriptions ; connoiffant
d'ailleurs fa vertu ,(a
probité , fa prudence ,fa fageffe ,
56 MERCURE
&toutes les belles qualitez qu'il¸
poffede , nous avons jugé à propos ,
nous avons réfolu de l'honorer
du titre de Citoyen Romain : &
en vertu de la fufdite autorité
dont nous sommes revetus , nous
l'en honorons , & nous le lug
donnons voulons qu'a l'avenir
il puiffe entrer dans le Senat
yopiner , poffeder les Charges
de la Magiftrature Romaine
eftre pourvu des Benefices Eccle .
fiaftiques , & jouir de toutes les
exemptions , honneurs , graces &
privileges dont jouiffent
vent jouir ceux quifont neZ Ci
toyens Romains, Quiconque y
doi.
>
GALANT. 57
dans
mettra obftacle , qu'il foit tenu
pour ennemi de la Republique ; &
afin de rendre public ce Decret ,
nous l'avonsfait tranfcrire des Regiftres
où nous le confervons ,
cs Prefentes fignées de noftre
main , fcellées du Seau ordinaire
de la ville de Rome , &foufcrites
par le Secretaire du Senat & du
Peuple Romain. Fait au Capitole
, l'an de la Fondation de Ro.
me 2452. & de la Redemption du
Monde 1701. le 19 jour du mois de
Février.
Ainfi figné .
Le Marquis Buon Joanni ,
Confervateur
.
$8 MERCURE
Le Marquis de Montori Con
fervateur.
Le Marquis Théodoli , Con
fervateur.
Sanctes Randanini , Secretaire
du Senat , & du Peuple Romain.
Le celebre Montagne eft le
feul François à qui les Confervateurs
de Rome ayent jamais
fait l'honneur qu'ils vien
nent de faire à Mr l'Abbé Raguenet.
Il y a méme bien de
la difference entre les Patentes
du premier & celles du fecond ,
car ces Magiftrats accordent
à celuy-cy Tentrée du Senat,
གནོ།།
GALANT. 59
avec voix deliberative dans les
Affemblées , au lieu qu'ils n'accorderent
que le fimple titre
de Citoyen Romain à Montagne,
comme on peut le voir au
chapitre 8. du troifiéme Livre
de les Effais , où il a fait imprimer
fes Bulles. Au refte les
Confervateurs de Rome font
des perfonnes de la premiete
qualité , qu'on choifit parmy
la plus illuftre Nobleffe de
cette Ville là , & qui doivent
tous eftre Gentilshommes titrez
, c'eſt à dire , Comtes ou
Marquis. Je crois que tous
ceux qui s'intereffent à ce qui
60 MERCURE
regarde la Republique des
Lettres , ne feront pas fâchez
que je leur aye fait part de cet
évenement , & de toutes les
circonftances
qui y ont rapport
. Je vous ay affez parlé autrefois
de M. l'Abbé Raguenet
à l'occafion de fon Hiftoire
de l'Ancien Teftament , de
celle de Cromwel , & du Prix
de l'Eloquence qu'il a remporté
à l'Academie Françoiſe. On
réimprime fon Livre des Mo.
numens de Rome ; & la feconde
Edition fera augmentée depu
fleurs nouvelles Defcriptions
.
GALANT.
61
On a eu avis de la mort
de Dame Madelaine Patri ,
veuve de Meffire Antoine de
Franquetot , Commandant les
Gendarmes de la feuë Reine
Anne d'Autriche , & Mere
de M' le Comte de Coigny ,
Gouverneur de Caën , ci- devant
Gouverneur de Barcelone
, Lieutenant General des
Armées de Sa Majesté & General
de fes Troupes en la
Gueldre Eſpagnole. Elle eſt
morte en la Terre de Villeray
le 17. du mois paffé . Cette
Famille de Franquetot eft
Tuum.de qen Normandie.
•
62 MERCURE
Il y a eu un Preſident à Mor .
tier de ce nom au Parlement
de Rouen . Il eftoit Frere de
feu Monfieur l'Abbé de Franquetor
, Aumonier du Roy ,
qui a extremement brillé à la
Cour.
Le s . de ce mois , Mrs les
Doyen & Chanoines de l'Eglife
Collegiale du Saint Sepulcre
de Caen , ayant appris
la mort de Madame la Com.
teſſe de Franquetot , firent un
Service fort folemnel , & ma- .
gnifique dans leurEglife pour
le repos de fon ame , il y avoit
une tres belle Muff
GALANT. 63
toutes les perfonnes de qualité
, & de diflinction de la Ville
y affifterent avec les Officiers
du Château . M' Renout,
Doyen de cette Collegiale , envoya
des Vers de confolation
fur cette mort à Madame de
Franquetot Religieufe de l'Ab.
baye de Sainte Trinité.
Je vous envoye une Lettre
de Bordeaux , fur les Perfonnes
illuftres que la mort enle .
va le mois paffé à la France.
A MONSIEUR ***
Uel funefte mois , Mon.
fieur , que le mois de Ofe
Juin de cette année ! Non64
MERCURE
feulement il a inondé la terre
de pluïes , il aencore fait couler
des ruiffeaux de larmes . N'at-
il pas efté mortel à un illuftre
Prince , à un grand General
de Mer , & à une Fille illuftre
? Le 2. de Juin mourut Ma
demoiſelle de Scudery , le 9-
mourut Monfieur , Duc d'Or
leans , & le 28. de May , qui
eft comme la veille de Juin ,
eftoit mort M' le Maréchal de
Tourville. Tant de funerailles ,
& fi extraordinaires
, engagent
les Mufes à travailler . Elles
doivent en graver de leur
mieux les Tombeaux , & en
GALANT. 65
compoſer avec foin les Epitaphes.
Voicy un de leurs Effais.
POUR MONSIEUR ,
Duc d'Orleans.
CAffel le wit briller dans un fameux
Combat
La Gloire l'élevoit, & la Parque
l'abbat.
Pour M le Maréchal
de Tourville .
Par un double triomphe en de fanglans
hazards ,
Il fut de l'Ocean le relontable
Mars.
Juillet 1701.
F
66 MERCURE
Pour Mademoiſelle
de Scudery,
La Sapho de la France , helas !
vient d'expirer
,
Le Parnaffe luy doit une pompe
funebre ;
Celle de Lefbos fi celebre ,
Ne fe fit pas tant admirer.
Vous voyez , Monfieur, qu'il
n'y a point de Tefte qui échape
à la cruelle Proferpine.
.. Nullum
Sava caput Proferpina fugit.
Horat. in Epod .
Je fuis , &c.
Voicy d'autres Vers faits fur
la mort de Monfieur. Ils font
GALANT. 67
de M' de Laiftre , Avocat au
Parlement.
France , je ne m'étonne pas ,
De te voir toute en deüil`, ta
douleur eft fincere.
D'un Prince de ton Nom la
memoire est bien chere ;
Pour le Peuple il eut mille apas.
怒
Philippe jouiſſoit d'une Gloire
immortelle.
Digne Frere du Grand Louis :
Mais , belas ! fans retour
Parque trop cruelle ,
>
la
Peut feule divifer deux coeurs les
mieux unis .
Fij
68 MERCURE
Il a paru plufieurs Epitaphes
de Mademoiſelle de Scudery .
Celle- cy a efté faite par Madame
d'Ofſonville.
Cy gift la Sapho de nos jours ,
Qui fur la Grece eut l'avantage
D'accorder les tendres amours
Avec la raiſon la plus fage.
Feux innocens , prenez le deüil.
Mufes , pleurez furfon cercueil
La perte de vos plus doux charmes.
B auSexe fondez vous en larmes.
Ce qui faifoit voftre ornement
Eft caché fous ce monument ,
Cette autre Epitaphe eſt de
Mademoiſelle Barbier.
GALANT. 69
Scudery n'eft plus , je m'abuſe,
Elle eft , ellefera toujours .
La mort , qui de nos ans borne le
trifte cours
N'a point de droit fur une
Muſe.
M' Dader a fait celle cy.
Sapho n'eft plus , ab , quel malbeur!
Nous n'en verrons jamais une
autre.
Quand les Grecs perdirent la
leur ,
Leur perte nefut pas fi grande que
la nostre.
Puifque nous fommes fur
les Epitaphes , je ne puis m'em.
70 MERCURE
pefcher de vous faire part de
celle quia efté faite pour l'Illuftre
M' de Segrais de l'Academie
Françoile.
Sous ce marbre , Paßant , ne cherche
point Segrais.
Voy - le prés d' Apollon regnerfur le
Permeffe ;
Son heureux fort , changeant tes
pleurs en allegreffe ,
Interdit pour toujours à ton coeur les
regrets.
Themis , & la vertu , le rendirent
illuftre.
L'une & l'autre à l'envi luy formerent
le coeur.
Et leurs prefens dans luy prirent un
nouveau luftre.
Il cut, toutjeune encor, des Mufes la
faveur.
སྙན
GALANT: 71
Theocrite & Maron luy préteren
leur plume
D'où cent beautez par tout coulent
dans fes Volumes.
Rouxels , & Sarazins , Malher
bes , & Patris,
Qui des murs de Cadmus futes jadis
la gloire ,
Vous qui du grand Segrais connoif
Jezfeuls le prix .
Placez le parmy vous au temple de
memoire ;
Qu'au longtemps fon nom y
glorieux ,
vive
Qu'il vivra dansles vers de nos doctes
neveux
Cette Epitaphe eft de Mrde la
Duquerie, Docteur de la Faculté
de Medecine deÇaën, qui a fait
Infcription qui fuit pour eftre
mile à la tête de fes Ouvrages.
72 MERCURE
Voicy du grand Segrais les reftes
precieux.
Les Dieux depuis longtempsjaloux
de leur Ouvrage
Ne voulurent jamais , malgré nos
juftes voeux ,
A fa trifte Patrie en laißer davantage.
Tous alleguent leurs droits , pour cacher
leur rigueur,
Les unsfur fon efprit , les autresfur
fon coeur ;
Themis fur les vertus dont elle orna
fon ame ,
Cupidon fur le coeur qu'il brul a de
fa flame.
Minerve fait valoir fes droits fur
fon efprit.
Vénus pretend ravoir les graces
qu'il luy prit ,
Apollon veut enfin repr. ndre fa mufette.
Dout
GALANT. 73
Dont Segrais fit pleurer Atis &
Timariette.
Malherbes, Sarafins , des Mufesfavoris
,
Telle entre vous & nous fera la difference.
Vousjouirez toûjours defa douce prefence,
Nous jouirons toujours de fes charmans
Efcrits.
M ' le Marquis de Leganez
a efté fait Capitaine & Vicaire
general du Royaume d'Andaloufie.
C'eft un honneur que
les Rois Catholiques n'ont accordé
à aucun Gouverneur
depuis plus de quatre vingts
ans ; & comme le Royaume
Fuilles 1701 .
G
74 MERCURE
d'Andaloufic n'a pas le titre de
Viceroyauté , le Roy d'Elpagne
n'en pouvoit faire davantage
au Marquis de Leganez ,
qui a fuccedé au Duc d'Al
burquerque. Ce Marquis alla
au Bord de Mr le Comte
d'Eftrées à Cadix le 29. de
May,ne l'ayant pû faire avant
le depart du Duc d'Alburquerque.
Il y alla en Canot,
fuivi de plufieurs autres Canots
, chargez d'Officiers Efpagnols
, tous fuperbement
veftus à la Françoife. Il fut
falüé de vingt & un coups de
Canon ; les Gardes Marine &
GALANT:
75
les Soldats eftoient fous les
armes. On battoit aux champs,
& tous les Vaiffeaux de guerre
felon leur rang , falüerent. On
leur fervit une magnifique
Collation. Les Gardes & les
Soldats firent l'exercice au fon
du Tambour; & à la fortie on
fit le même falut qu'on avoit
fait à l'arrivée de M' le Marquis
de Leganez . M' Renaud fait
fortifier Cadix , & les autres
Places des coftes d'Eſpagne.
Les Vaiffeaux doivent entrer
dans le Pontal , qui eft une
bonne Rade , défenduë à fon
entrée par deux Forts , éloi-
Gij
76 MERCURE
gnez l'un de l'autre d'une de
mi. portée de Canon . On peut
débarquer des Soldats dans
l'Ifle de Cadix malgré les Ennemis
, & mettre les Canonniers
à terre , pour fervir dans
les Batteries à défendre la Co.
fte. On y fera à l'abry des Bombes
& des Brulots.
Mr Machault qui monte le
Conftant , a ramené à Cadix
deux Galiotes à Bombes , deux
Brulots , & une Flute chargée
de munitions .
M' de Palles & M' le Cheva .
lier de Beaujeu croifent depuis
le Cap de S. Vincent jufqu'à
GALANT
77
Salé. Mile Bailly de Lorraine,
& M' le Chevalier de Chamillart
doivent prefentement les
avoir relevez.
Mrs de Seppeville & Daligre
ont mis à Barcelone des
Mortiers , des Bombes , & des
Canons , fur leurs Vaiffeaux...
Vous me fçaurez gré fans
doute du foin que j'ay pris de
tirer une copie de la Lettre
que vous allez lire . Elle eft de
l'Auteur du Traité de Phyfi .
que qui doit avoir pour titre,
Hiftoire de la Machine du monde,
&defon mouvement , ou Phyſi
Giij
78 MERUCRE
que Mecanique. Il découvre à
fon Ami le deffein de fon Ouvrage
, en expliquant le Titre
qu'il luy donne , & il fait en
même temps les Fondemens de
la Science.
A MONSIEUR ***
J
'Ay lû avec grand plaifir ,
Monfieur
voftre Lettre
du 16. Decembre , dans laquelle
vous me propofez quelques
difficultez contre mon Siftême
de Physique Mecanique , & j'ay
vû que tous vos doutes , auflibien
que ceux de plufieurs Sça
GAANT. 79
vans , qui comme vous , m'ont
fait l'honneur d'examiner mon
Traité dans l'Abregé que je
leur en ay communiqué , ne
viennent que de ce que vous
n'eftes pas entré dans ma
penlée , peut eftre parce que
je ne l'ay pas affez bien expliquée
Ainfi j'ay cru devoir
vous expoler ce Siftême nouveau
de Phyfique Mecanique un peu
plus amplement , & avec plus
de netteté , qu'il n'eft exposé
dans l'Ecrit que vous avez examiné
C'eft que je pretens faire
par quelques Lettres que
j'auray Thonneur de vous
G iiij
80
MERCURE ·
écrire. Ces
Lettres
contien
dront tout ce qu'on peut dire
de
meilleur de la
Phyſique en
general , mais d'une
maniere
tout à fait aisée &
dégagée des
termes & des
préventions de
l'Ecole.
Je
commence par vous expliquer
dans celle cy le titre
de mon
Ouvrage , & je prétens
que la feule
définition des
termes de ce titre contient les
veritables
fondemens de la Phyfique
, & démontre
clairement
quel
eftmondeffein dansla propofition
d'un nouveau
Siſtême
de cette ſcience fi utile à la vie
GALANT. 81
& au commerce des hommes .
Vous fçavez fans doute ,
Monfieur , que dans le commencement
j'intitulay mon
Ouvrage , Hiftoire de la Nature,
fondé fur ce que j'y donne la
raifon de tous les phenomenes
de la Nature , en les rappor
tant fimplement & par ordre,
comme qui raconteroit une
hiftoire, dans le fentiment où
je fuis , que le feul enchaîne
ment de ces faits exactement
décrits , dévelopera comme
de luy même la veritable caufe
de chacun d'eux ; mais outre
que ce titre femble bleffer les
82 MERCURE,
oreilles de quelques perfonnes
delicates , j'ay eu d'autres raifons
pour le changer . Comme
ce font les effets & les phenomenes
de la Nature que je
décris dans mon Traité, j'aurois
dû luy donner le titre
d Hiftoire des Phenomenes de la
Nature ; mais ce titre ne me
plaifoit pas plus que le premier
, parce que le terme de
Phenomene & celuy de Nature
n'eftant pas encore expliquez ,
ne pouvoient pas donner une
idée nette & diftincte du def
fein de l'ouvrage, ce qu'un titre
de Livre doit d'abord prefen•
GALANT
. 83
ter. D'ailleurs ce titre ne marquoit
point la qualité de Me .
canique , qui eft la principale
& la plus importante qualité
de la Phyfique que je donne
au Public . Ces raifons me firent
refoudre de changer le
titre d'Hiftoire de la Nature , &
de mettre celuy d'Hiftoire de
la Machine du monde , & de fon
mouvement on Phyfique Me
canique.
Je l'appelle , Hiftoire de la
Machine du Monde , parce qu'-
effectivement
aprés avoir expolé
les principes de la Phyfique
, & les loix & regles du
84 MERCURE
mouvement
: je fais l'Hiftoire
de la Création & du Systéme
du Monde. J'ajoûte & defon
mouvement , ce qui comprend
tous les changemens
qui arri-.
vent à cette Machine , lefquels
je décris enſuite par ordre
de fucceffion
& de dependance
; comme ce qu'on appelle
le mouvement
d'une
Horloge comprend tous les
effets & toutes les apparences
de ce mouvement
. J'acheve
le titre de mon Ouvrage
par
ces deux paroles ou Phyfique
Mecanique qui font commeun
Abrege & une repetition du
GALANT : 85
་
reſte , une Phyſique ne pouvant
eftre Mecanique , qu'elle
ne foit la defcription de la
Machine du Monde , & l'expli .
cation des changemens qui
arrivent à cette Machine automate
, & aux pieces qui la
compofent.
Mais afin que je mette dans
tout fon jour le titre de mon
ouvrage , & que je montre
qu'il contient les veritables
fondemens de la Science Phyſique ,
permettez moy , Monfieur ,
de bien definir ces rrois aermes
, Science . Phyfique , Mecanique.
Je vous prie feulement
86 MERCURE
de ne vous point rebuter de
la fimplicité de mes idées
& de la naïveté de mes éxpreffions
, puifque , comme
vous le fçavez mieux que moi ,
ce n'eft pas tant la demonftration
d'une profonde érudition
, que la netteté des conceptions
& des expreffions
qui donne le prix à un ouvrage
de Science .
Pour avoir cette netteté de
conceptions qui produit la
diftinction des idées & fait
ceffer toutes les équivoques ,
fource funefte de toutes les
conteftations, j'imite les MaGALANT,
87
thematiciens qui ne fe fervent
des termes qu'aprés les avoir
definis , & je commence par
celuy de Science. Vous fçavez ,
Monfieur, que ce terme eft ordinairement
employé en deux
occafions ; premierement,lors
qu'on demande, par exemple ,
fi la Logique & la Morale
font des Sciences , & fecondement
, lorſqu'on demande fila
connoiffance qu'on a d'un
faic eft une Science , ou eft une
connoiffance ſcientifique.On
n'a jufqu'à preſent defini le
mot de Science dans les Ecoles
que dans ce dernier fens , lorf
88 MERCURE
"
qu'on a dit que la Science eft
une connoiffance certaine & évidente
d'une chofe par sa propre
caufe ; mais il s'en faut bien
que ce ne foit là ce que nous
entendons
, lorfque nous parlons
des Sciences humaines ,
& que nous mettons la Phyfi .
que au nombre des Sciences.
Je ne fçay pas quelle eft l'i .
dée quevous avez, Monfieur,
lorfque vous entendez pro .
noncer le mot de Science, Pour
moy,il me femble que j'ay d'a
bord l'idée de l'amas reglé de
toutes les connoiffances ou penfécs
que nous avons d'une certaine
GALANT . 89
chose qu'on appelle pour ce fu
jet l'objet de la Science. C'eft
ainfi que je voudrois definir
la Science en general , lorfque
nous difons que la Phyfique eft
une Science.
Le croiciez- vous , Monfieur ?
Je trouve dans cette definition
queje viens de donner du
mor de Science , la definition
du mot de Principes , dont l'é
quivoque caufe un infinité
d'embarras dans la Phyſique ,
comme je vous le montreray
en fon lieu : car s'il eft vray
que ce qu'on appelle Science ,
eft un amas reglé de plufieurs
·Juillet 1701 .
H
90 MERCURE
connoiffances que nous avons
d'un même objet ; il eft vray
auffi de dire que parmi les
connoiffances ou pensées , il
y en a de premieres qui naiffent
d'abord & d'elles mêmes
dans l'efprit , & qu'il y en a
d'autres qui fuivent de celleslà
, ou qui en font tirées par
le raiſonnement. Cela eftant ,
pourquoy n'appellerons - nous
pas ces premieres penſées qui
font toujours des penſées generales
, lesprincipes de la Science
, puifque c'est par elles que
nous commençons de con .
noiſtre ſon objet ?
GALANT. 91
Ces termes de Science & de
Principes cftant ainfi expliquez
, on en infere aisément
quela Science Phyfique eft l'amas
reglé de toutes les connoiffances ou
penfées , que nous avons de ce que
Lee Grecs appellent Phyfis , & les
Latins Natura ; & que les premieres
& les plus generales de
ces connoiffances qui naiffent
d'abord & fans peine dans l'efprit
, font les veritables Principes
de la Science Physique. Si
l'on avoit jufqu'icy pris la
peine de bien definir ce terme
de Principes, & qu'on n'eût
pas confonda les Principes de
Hij
92 MERCURE
4
la Phyfique avec les Principes
conftitutifs des corps mixtes ,
on auroit évité bien des quef,
tions inutiles qui naiffent uniquement
de cette équivoque ,
au lieu que dans le fens que je
prens le mot de Seience & celuy
de Principes , je n'ay plus
qu'à determiner ce qu'on doit
entendre par le mot de Phyfis
ou de Natura pour fçavoir ce
que c'eft que la Science Phyfique
& quels font fes principes.
Le mot de Phyfis eftant
Grec , & celuy de Natura Latin
, il faut pour les bien définir
, fçavoir que Phyfis figniGALANT.
93
fie Production , qui eft la mè.
me chofe que la fortie parlaquelle
un corps qui ne paroiffoit
pas commence à fe mon.
trer . Nous prenons dans le
même lens Natura ou Nature,
qui fignifie naiffance : car
nous n'avons pas d'ordinaire
d'autre idée de la naiffance
d'un corps que celle de la
fortie qui le fait paroistre & fe
découvrir à nos fens .
En effet nous employons or
dinairement ces deux mots , je
veux dire celuy de production
& celuy de Nature. 1o. Pour
fignifier la fortie même que
94 MERCURE
fair un corps , d'un endroit ou
il ne paroiffoit pas à nos fens ,
& parce qu'il commence alors
de paroiftre , nous donnons à
cette fortie le nom de Phenomene
& d'apparence en François.
C'eft en ce fens que nous difons
que
le lever du Soleil , la
germination de la Planté , &
la naiffance de l'Animal , &
tous les autres changemens
que nous voyons arriver aux
corps qui compofent le Monde
, font des productions & des
phenomenes.
2 % Nous employons auffi
ces mots de Production & de
GALANT. 95
Nature pour fignifier la chofe
même , & qui paroiſt de nouveau
ou d'une nouvelle mas
niere. Ainfi le Soleil qui fe leve
, la plante qui germe , qui
groffit & qui verdit ; l'Animal
qui naift & qui fe nourrit, font
des productions & des phenomenes
de la Nature.
3. En confequence de ces
deux premieres notions du
mot de production , on donne le
nom de nature , tant à l'univerfalité
des changemens que
nous voyons arriver dans le
monde , qu'à l'univerſalité des
corps qui fouffrent ces chan96
MERCURE
gemens. C'eft en ce fens que
l'on prend le mot de Nature ,
lors que l'on dit que dans la
Nature il n'y a pas de Phenomenes
plus difficiles à expliquer
que ceux de l'Aiman , &
qu'il n'y a pas dans la Nature
de corps plus dur que le Diamant.
4. On employe auffi le nom
de Nature pour fignifier la
caufe efficiente de tous ces
changemens . C'eft en ce fens
que l'on dit que le cours des
Aftres , la vegetation des plantes
, la vie des animaux , & c.
font les effets ou les Ouvrages
&
GALANT. 97
& les Phenomenes de la Natu..
re. Or comme il n'arrive aucun
de ces changemens qui
ne foit caufé par quelque mou.
vement , comme je le montreray
en expliquant les prin .
cipes de la Phyfique , ce mot
de Nature ainfi pris pour exprimer
la caufe de tous ces
changemens , ne fignifie que
le mouvement en general.
C'eft aufli la raison pourquoy
quelques Philofophes ont dit
que le mouvement est l'objet de
la Science Phyfique.
5°. Enfin, parce que le mouyement
eft different dans les
I
Juillet 1701 .
98 MERCURE
divers corps , fuivant quel'ar
rangement des parties de l'un
eft different de celuy des par
ties de l'autre , on fe fert de
ce nom de Nature , nonfeulement
pour fignifier le mouve
ment particulier qui arrive
dans chaque corps ; mais on
s'en fert encore pour fignifier
cet arrangement de parties ,
qui détermine & qui regle
le mouvement dans chaque
corps. C'eft en ce fens que l'on
dit , que le Pourpier & le Poi-
-vre font de differente nature;
que le premier eft naturellement
ou de fa nature froid ,
2
1
GALANT: 99
I
& que le Poivre eft chaud de
fa nature, c'est à dire , que l'un
eft propre à exciter le fenti
ment de froideur , & l'autre
celuy de chaleur.
Voila bien des fens aufquels
on peut prendre le mor de
Nature , mais vous , en quel
fens le prenez vous , me dita
quelque curieux? Je luy répons
qu'en qualité de Philofophe
qui range toujours les idées
en façon , que celle de la cauſe
précede celle des effets , j'en
tens par le mot de Phyfis ou
Nature , le mouvement qui eft
dans le monde , & quiy cauſe tous
I ij
100 MERCURE
admi .
les changemens que nous y
rons, & en cefens je dis que la
Science Phyfique , ou la Science
de la Nature , eſt l'amas de tou-
ع و ب
tes les connoiffances ou penfées que.
nous avons , tant du monde & de
fon mouvement , que de tous les
changemens phenomenes que ce
mouvementy cause , & de la maniere
aveclaquelle il cauſe chacun
d'eux en particulier , & lefaitparoiftre
à nos fens.
Aprés cela fi vous vous fouvenez,
Monfieur, de l'idée que
j'ay donnée des principes d'une
Science vous m'accorderez aifement
que les principes de laPhyGALANT.
lot
·
fique font les premieres pensées
que nous avons du monde
co porel & du mouvement
des corps qui le compofent ; je
veux dire que ces principes ne
font autre chofe que les penfées
qui viennent d'abord &
fans aucune peine dansl'efprit ,
lorfqu'on regarde la ſtructure
de cet Univers & fon oeconomie.
Je feray voir dans la
faite quelles font ces premieres
penſées ; il me fuffit pour
le prefent d'avoir defini & expliqué
les termes de Science &
de Phyfique. Je paffe à celuy de
Mecanique pour achevér d'ex-
I iij
102 MERCURE
pliquer le titre de mon Ou vrage
, & de faire voir dans ce titre
les veritables fondemens de
la Science Phyfique.
Je ne m'arrefteray pas à vous
faire
remarquer que ce mot
Grec Mecanique vient de la racine
Mecané ou Mecani qui en
François fignifie une Machine.
Je ne
m'arrelteraypas non plus
à raporter tous les fens aufquels
on prend le terme de
Mecanique , & celuy de Machi
dans la morale & dans les
Mathematiques. Je me conteray
de vous dire que je
prens le mot de machine dans.
ne ,
GALANT 103
le fens le plus fimple & le
plus commun qu'on luy donne
, lorsqu'on l'employe pour
fignifier un corps foit fimple
ou compofé , formé ou fabriqué
pour fervir à augmenter ,
ou à regler la force d'un corps
qui en pouffe un autre. Ainfi
un outil , un levier , une rouë ,
une poulie , un engin , foat
des machines qui fervent à
augmenter la force de celuy
qui s'en fert. Une Horloge au
contraire eftune machine fabriquée
, en forte que la force
de fon reffort eft moderée &
reglée par les autres pieces.
Liiijs
104 MERCURE
Parraport à la force mouvan
te , les Machines font auffi de
deux fortes. Les unes empruntent
leur mouvement d'un
corps qui eft hors d'elles ou
qui en eft detaché . Tels
font les outils & les inftrumens
fimples , les engins à
vent ou à eau , & ceux que
les hommes ou les animaux
font aller. Il y a d'autres Ma.
chines qu'on appelle Automa .
tes , parce qu'elles ont dans elles
le principe de leur mouve,
ment , je veux dire, une piece ,
qui fe mouvant foy - même
pouffe l'une par l'autre toutes
GALANT
uos
celles qui fe meuvent. Ainfi
l'Horloge , & toute autre Machine
à reffort ou à contrepois , eſt
une Machine Automate , c'eft
à dire une Machine qui fe
meut d'elle- même .
Sur cette notion du mot de
·Machine , je ne crois pas m'éloigner
du bon fens , fi je conçois
cet Univers comme une
grande Machine automate, comme
une Horloge , par exemple
, puifque le Monde ainfi
que l'Horloge eft, un corps
compofé de differentes pieces,
qui concourent toutes à faire
réüffir certains mouvemens
106 MERCURE
reglez ; & fi vous m'accordez ,
Monfieur , cette fuppofition ,
que le monde est une machine ,
vous ne pouvez pas refufer le
titre de Mecanique à la Phyfique
qui rend la raiſon de tous
les changemens qu'on voit
arriver dans le monde , de la
même façon qu'on la rend des
changemens & phenomenes
d'une Horloge , ou autre machine
artificielle automate . Je
dis bien plus dans cette fuppofition
, que le monde eft une
machine automate, on ne peut
pas autrement expliquer fes
phenomenes , que comme on
GALANT. 107
explique ceux d'une machine
automate artificielle , & pár
confequent il n'y a de ve
ritable Phyfique que celle qui
eft Mecanique
.
En effet je vous prie , Monfieur,
de remarquer avec moy,
que la Science Phyfique a fait
dans la fuite des Sicoles les
mêmes progrez que fait ordi
nairement la connoiffance
d'une machine automate d'une
Horloge, par exemple, dans
un Pais où l'on n'en auroit jamais
veu. Les premiers qui regardent
cette Horlogs s'arrêtent
à confiderer ce qu'elle a
108 MERCURE
a
d'apparent & d'utile , qui eft
cette jufteffe avec laquelle
l'aiguille marque les heures.
D'autres plus curieux ouvrant
la caiffe , reconnoiffent que ce
tour reglé de l'aiguille dépend
du mouvement des pieces interieures
de la machine . Des
Troifiémes examinant la chofe
de plus prés , remarquent
qu'il faut un certain nombre
de certaines pieces , & un certain
arrangement de ces pie.
faire que le tour de
l'aiguille foit ainfi reglé . Enfia
des quatrièmes , confiderant
chaque piece en particulier ,
ces , pour
GALANT. 109.
T
découvrent qu'il y en a une ,
qui le mouvant foy-même ,
pouffe l'une par l'autre toutes
celles qui fe meuvent, lefquelles
ne fervent qu'à regler & à
moderer fon
mouvement
afin que l'aiguille qui eft la
derniere piece qui le meut
n'acheve fon cercle horaire
qu'en douze heures préciſement.
C'eft de cette même maniere
, que la fcience de la Natu
re ayant eu de foibles commencemens
, s'eft peu à
peu
augmentée ; chaque Secte de
Phyficiens ajoutant fes lumie
110 MERCURE
res à celles de la Secte qui l'avoit
precedée : car les Chymiftes
ou Diſciples d'Hermes , qui
font les plus anciens Philofophes
Naturaliſtes , ſe ſont contentez
d'examiner les produc
tions du fel , du fouphre &
du mercure , lefquels font les
premiers & les plus fimplesouvrages
de la Nature dansla
Globe Terreftre , & ceux
dont la connoiffance leur ef.
toit d'une tres grande utilité.
pour la tranfmutation des
Métaux à laquelle ils travail
loient.
Les Ariftoteliciens font en
GALANT. NI
trez plus avant dans la connoiffance
des productions.
Ils ont diftingué dans chaque
corps & méme dans les trois
principes des Chymiftes , la
matiere qui de foy n'eft rien &
ne fait rien , d'avec la forme ,
qui fait , que chaque corps eft
ce qu'il eft , & qu'il a telles ou
telles qualite par lesquelles il
agit , d'où fuivent tous les
changemens qu'ils appellent
des alterations , des corruptions,
& des generations.
Les Cartefiens ne ſe payant
pas de ces termes vagues de
Matiere & de Forme , de qualité,
112 MERCURE
de faculté ou vertu , non plus
que de ceux d'alteration , de
corruption & de generation , nous
ont appris ce que ces termes
fignifient. Ils nous ont dit
premierement que la matiere
n'eft qu'une fimple étenduë ,
& que les formes font les modes,
ou manieres differentes d'eftre
étendu , qui déterminent la
matiere à eftre corps , & un tel
ou un tel corps. Ils nous ont
dit de plus que tous les chan
gemens qui arrivent aux corps ,
& que les Peripateticiens appellent
des alterations , des
corruptions & des generations,:
GALANT. 1'3
ne font que de nouvelles mo
difications , c'est à dire , des
changemens de confiftance ,
de groffeur , de figure , de fituation
& de mouvement ou
repos , & en dernier lieu ils
nous ont montré que ces
changemens de forme font
toujours les effets de quelque
mouvement local précedent.
En conſequence de ces
principes , les Philofophes
modernes n'ayant pas d'autre
idée d'un chien vivant , par
exemple , que celle qu'on a
d'une Machine artificielle automate
, ils ont dit que le corps
Juillet 1701.
K
114 MERCURE
de la Brute n'eft qu'une ma
chine, non plus que l'horloge ;
& ils ont pris de là occafion de
parler d'une Phyfique Meca.
nique , en tâchant de donner
la raifon des fonctions du
corps d'une Brute , & de tout
autre Phenomene de la Nature
, comme ils la donnoient
des effets & Phenomenes d'une
machine artificielle ; je veux
dire par le mouvement ou le
repos, par la groffeur ,la figure ,
la fituation & le nombre ou la
confiftance des corps . Quelques-
uns d'entre eux en font
même venus jufqu'à vouloir
donner la raifon du mouveGALANT:
115
ment d'un membre exterieur ,
du bras par exemple , par les
loix de la Mecanique , je veux
dire , de cette partie des Mathematiques
qui enfeigne les
proportions & les raifons entre
les forces & les diftances ;
& raiſonnant ainſi en Mathematiciens
dans les chofes de la
Phyfique , ils fe font vantez
d'avoir trouvé la veritable Phyfique
Mecanique.
Voila jufques à quel degré
nos connoiffances Phyfiques
fontà preſent parvenuës ; mais
vous m'avoüerez , Monfieur ,
qu'elles ne font pas encore
Kij
116 MERCURE
artivées juſqu'à la perfection
d'une Physique veritablement
Mecanique , fi vous faites refle
xion fur ce que j'ay dit du progrés
que fait ordinairement
la connoiffance d'une machine
artificielle automate : car
vous y verrez que pour la perfection
de cette connoiffance ,
il ne fuffit pas de fçavoir qu'il
faut que l'horloge foit compo.
fée d'un certain nombre de
pieces figurées & arrangées
d'une certaine maniere ; mais
qu'il faut de plus fçavoir que
l'horloge a un reffort , par le
quel le mouvement de toute
la machine commence. Ainsi ,
GALANT. 117
quoy que les lumieres que les
Cartefiens ont ajoûtées àcelles
des Ariftoteliciens , foient tresconfiderables
, & neceffaires
même pour la perfection de la
Phyfique Mecanique , elles ne
font pas pourtant fuffifantes
pour procurer à cette Science
fa derniere perfection ; car pour
la perfection d'une Phyfique
Mecanique il ne fuffit pas fçavoir
que tout ce qui arrive dans
le monde eft un effet du mouvement
qui change les modes
des corps. Il faut de plus dé
couvrir quel de tous ces corps
eft la piece mouvante de la
machine du monde , & com.
118 MERCURE
ment ce corps qui fe meut le
premier & de luy même , fait
mouvoir diverſement tous les
autres corps , & eft ainfi la caufe
efficiente de tous les changemens
& Phenomenes dont
les autres corps ne font tout
au plus que les caufes occafionnelles.
Vous voyez , Monfieur , par
tout ce que je viens de vous
dire , qu'il ne manque plus à
la Phyfique pour arriver à ſa
perfection & au titre de Phyfique
Mecanique , que la connoiffance
de la piece mouvante
de la machine du monde ,
GALANT. 119
& celle de la maniere que ce
reffort agit pour cauſer tous les
effets qu'on appelle les Ouvra
ges & les Phenomenes de la
Nature. Donc fije réuffis dans
la découverte de ce reffort &
de ce mouvement de la machine
du monde , ne m'avouerez
vous pas que j'auray ajoûté
à la fcience Phyfique , ce qui
peur luy procurer la derniere
perfection . Voila quel a efté
mon deffein dans la compofi .
tion de cet Ouvrage , & ce qui
m'a porté à luy donner le titre
d'Hiftoire de la Machine du
monde, & de fon mouvement,
120 MERCURE
ou Phyfique Mecanique.
Ce titre contient auffi les
veritables fondemens de la
Science Phyfique ; car comme
vous verrez dans la fuite , les
principes de la Phyfique , les
loix & les regles du mouvement
, l'hiftoire de la création
& du Siftême du monde , &
l'explication de tous les Phenomenes
particuliers laquelle
je donne enfuite , font fondez
uniquement fur cette fuppo ..
fition , que le monde eft une
machine automate
, dont le
mouvement , eft ce qu'on appelle
la Nature, tout de même
que
GALANT. 121
que toutes les connoiffances
que nous avons de l'horloge
& de fes Phenomenes
, fonc
fondées fur cette fuppofition
,
que l'horloge eft une machine
automate ,
Aprés avoir ainfi démontré
par l'explication du titre
de mon Ouvrage quel eft mon
deffein , & quels font les veritables
fondemens de la Science
Phyfique , je commence à
baftir fur ces fondemens , les
principes de cette Science ,
lefquels je dis n'eftre que les
mêmes premieres connoiffances
ou penfées que nous avons
Juilles 1701 . L
122 MERCURE
d'une Machine articificielle
automate & de fon mouvement
; mais parce que cette
Lettre eft déja trop longue ,
je referve cette expofition des
Principes de la Phyfique me .
canique , pour eftre la matiere
d'une feconde Lettre que vous
ne tarderez pas de recevoir ,
puiſqu'elle eft déja fort ébauchée.
Je fuis cependant , & c.
A Marseille le 20. Janu , 1701.
La naiſſance d'un cinquié
me Fils de M Dagueffeau ,
Procureur General au Parlement
de Paris, a donné licu à
CALANT 123
Mr Dader de faire les Vers qui
fuivent.
A MONSIEUR
DAGUESSEAU .
DEpuis le jour heureux de voſtre
mariage ,
La Chronique compte cinq ans ,
Et vous avez cet avantage
De les compter par vos enfans.
Puiffe la France qui vous aime
Vous voir longtemps compter de
même.
S
Dans l'immenfe Paris il n'eft point
d Habitant ,
Dont le coeur ne paruft content ,
Si par un enfant chaque année
Vous augmentiez votre lignée ,
Lij
124 MERCURE
Gardez- vous de tromper unfiflatteur
espoir,
Telle eft des Dagueffeau l'heureuse
deftinée
Que l'Etat n'en peut trop avoir.
2
De voftre tige incomparable
On cherit tous les rejettons ,
Autant qu'on aime les
De cette lumiere admirable
rayons
Que le Soleilrépandfur nous
Quand il veut nous combler de fes
biens les plus doux.
Vos Fils feront un jour la gloire de
leur age .
Voici comme la voix du Public les
partage .
Pres de vous fur les fleurs de lis
Les uns femblables à leur Pere
Enfoutiendrontfi bien le noble caractere
GALANT. 125
Qu'ilsferont comme vous le plaifir de
Themis.
2
Les autres penetrez d'une gloire plus
pure ,
Rempliront avec dignité
Les devoirs de la Prelature ;
Et feront en tous lieux aimer la verité.
Leurs fublimes vertus à la fuite des
voftres
Se répandront de tous coftez ,
Et les puiffans attraits des unes &
des autres
Triompheront des cours que le vice a
gatez
2
Mais nos amesferont charmées
De voir le refte de vos Fils ,
Commander unjour des Armées
Pour le fervice de Louis.
Liij
126 MERCURE
Enfin dans le Barreau , dans l'Eglife,
à la Guerre >
Chacun d'eux doit trouver un deftin
glorieux ,
Et vous devez donner des Heros à la
terre ›
Etdes Anges auxcieux.
2
On nesçauroit trouver aucune flatterie
Parmy ces Eloges divers ;
Vous charmez à la fois la France &
la Patrie .
Touché de vos vertus , le Public fe
récrie,
Etje n'exprime dans mes vers
Que les voeux de tout l'Univers
Voicy d'autres Vers dont let
peu different . Ils font
de Mr l'Abbé de L. Chanoine
fujet eft
GALANT 127
de l'Eglife de Saint J.
Sur la naiffance de M' le Mar
quis de Montegur , Fils de
M' le Procureur General
du Parlement de Touloufe .
V'entens -jerde quel bruit refon
Qu'en ne
Le rivage de la Garonne ?
D'où vient qu'on tire tant de coups ?
Quel nouveau fujet parmi nous
Fait pouffer mille cris dejoye ?
Sont-ce les Enfans de nos Rois
Qu'un heureux deftin nous renvoye
Unefeconde fois ?
2
Fe voyle's Bourgeois fous les armes ,
Desfeux dejoye au devant des maifons,
Liiij
128 MERCURE
Partout illuminations ,
Les Dames même étalant mille charmes,
, Et qu'un tendre zele conduit
Sortent de leurs maiſons au milieu de
la nuit ,
Etfuivant des routes connuës
Alafaveur du feu qui luit,
Danfent en troupes dans les ruës .
On entend leurs charmantes voix ,
Parmille douces chansonnettes
Se méler au fon des Hautbois
Des Violons & des Trompettes .
Le bruit des armes , du tambour,
Marqueunejoye univerfelle ,
On diroit que Mars & l'Amour
Pour une Fefte folemnelle
Ont ici raffemblé leur Cour.
S
Mais parmy cette multitude
GALANT: 129
F'entens chanter affez diftinctement.
Pour ne plus demeurer dans cette incertitude
Ecoutons un moment..
2
1
Puiffe durer , puiffe croiftre
L'aimable enfant qui vient de
naiſtre
Pour le bonheur des Toulou
fains !
Pendant qu'un fang fi beau foûtiendra
la Juſtice
Crimes affreux , noire Malice,
Vos efforts feront vains.
2
Ah , je comprens ; c'est l'aimable
Marquife
Qui met aujourun demi-Dieu ,
Lefang de Mazuyer s'augmente &
s'éternife.
Quel bonheurpour l'Etat !' quel bonheur
pour ce lieu !
130 MERCURE
Pourroit-on fe refoudre à garder le filence
Quandon apour parlerdesfujets au
grands ?
Chantons , perçons les airs par des
tons éclatans
Celebrons à l'envi cette illuftre naif
fance,
Et qu'à nos chants les Echos d'alentour
Répondent à leur tour
Quelles vertus un jour ne fera pas
paroiftre
Le Demi-Dieu qui vient de naiftre
?
De quels nobles Ayeux n'eft - il pas
defcendu ?
Ils font connus par tout , & leur brillante
Hiftoire
GALANT. T21
Eft gravée à jamais au Temple de
Memoire.
Rendons à leur grand nom un hom--
mage alidu.
2
Chantons fans ceffe ,
chacun s'empreffe
Et
que
D'honorer cet Enfant par nous tant
fouhaité.
C'est le prix glorieux d'une jufte tendreſſe,"
Que laSageffe& l'Equité ,
Les Graces& laBeauté,
Ontformé de concert avec un foin extrème
Dans le fein de la vertu mefme.
ន
Qu'ilfera grand , qu'il fera respecte !
Ilfera femblable à fonPere ,
Il en aura l'illustre caractere.
Il a déjafes traits &fa douce fierté,
132 MERCURE
Bien- toft il en aura les moeurs , la
probité,
Et l'éloquence naturelle ,
La memoire grande & fidelle ,
Et dans l'efprit une vive clarté ,
Comme dans celuy de fa Mere ,
CetteHeroine qu'on revere ,
Dont tout le monde est enchanté
En qui le Ciel a mis un coeur droit &
fincere,
Le meilleur coeur qui jamais ait
efté ,
En qui l'on voit une noble maniere
,
Et dans lesyeux une douce lumiere ,
Autant d'attraits , de charmes ,
de beauté
Qu'en la Déeffe de Cythere
2
Comme cette Deeffe , ellefait tous les
jours
GALANT. 133
Naiftre mille tendres Amours .
Mais belas ! que leurfert de naiftre
?
Devant ellejamais ils n'ont ofè paraiftre.
Nous vous fouhaitons des enfans,
Belle Marquife , au moins un tous
les ans.
Aceluy- cy donnez bientoft un Frere.
Si le Cielfur ce point daigne nousfa◄
tisfaire,
Qu'il accorde à nos voeux voftre fecondité
Et nous n'en aurons plus àfaire
Que pour votre profperité ,
Celle de votre Epoux , de fon Pere ,
& du voftre.
Faffe le Cielqu'ils foient enparfaite
Santé
1
434 MERCURE
Encor cinquante ans Pun & Pautre
.
Je vous ay promis la fuite
de l'Entretien que M' Laifné,
premier Pilote Royal , & Mr
Antier , Mathematicien
, ont
eu enſemble
fur la Naviga .
tion. Je m'acquitte de ma
parole.
M' LAISNE'.
La converſation que j'ay
eue avec vous m'a tellement
fatisfait , que j'ay déja mis en
Perfpective tous les Plans que
j'ay levez generalement de
tous les pays où j'ay eſté , mais
GALANT .
1335
dans le temps que j'elperois
les mettre en eftat d'eftre gravez
, ayant lû l'article xvIII.
de voftre Lettre du mois d'Otobre
dernier , où il eft dit :
Nousfervons deflambeau dans
les Cartes Marines .
j'ay fufpendu mon travail , de
crainte de faire quelque fanffe
démarche , me perfuadant que
vous avez encore felon voltre
coutume , quelque nouvelle
façonde travailler. C'eft ce que
je vous prie de me dire , afin '
que je tâche de donner à mes
Ouvrages leur plein & entier
effer.
136 MERCURE
M ANTIER.
Si noftre amitié n'eftoit pas
auffi bien fondée qu'elle eft ,
ie cefferois noftre Entretien ,
n'y trouvant pour moy aucune
utilité , & je pourrois en cela
fuivre la pensée de M ' de Hauteville
, qui dans fon Livre intitulé
Machine Loxodromique ,
s'écrie fortement , quid mihi
inde gratia fi ego arcanum illud,
cujus experimenta magno meo
fumptu feci , cuivis gratis commu .
nicem ? Quel bien me viendra-
t-il de donner gratis au
Public les Inventions qui .
m'ont tant couté de veilles ,
GALANT, 137
'de peines & de dépenſes ?
M' LAISNE .
Vous eftes témoin qu'il y
auroit longtemps que vos étu
des feroient récompensées , fi
les perfonnes qui ont pouvoir
en cela , avoient cru à mes
paroles . J'efpere qu'en leur
faifant voir que les Ouvrages
que je vay mettre au jour, font
tirez de vos lumieres , ils vous
employeront d'autant plus .
promptement , qu'ils en connoiftront
l'utilité. Je fouhaite
que cela arrive , car il eft facheux
de vous voir inutile dans
un temps où vous rendriez de
Fuillet 1701 .
M
138 MERCURE
tres bons fervices à l'Etat .
M ANTIER .
Pendant que vous y penfez,
je veux bien encore vous dire
en general , pour l'explication
de cet article xvIII . me refervant
à une plus ample en
temps & lieu , que les Pilotes
les plus experts ayant vû la
Carte Marine que j'ay faite en
Perſpective , ont tous dit d'une
commune voix , que c'eftoit
un flambeau à minuit , voulant
dire par là , que la Perfpeative
dont elle eft ornée , luy
donne une fi belle lumiere ,
que les plus fimples y connoif
GALANT.
139
fent leur vray chemin. C'eſt
dans ce fens que je dis que la
Perſpective fert de flambeau
entier dans la Carte Marine ,
ce qui répond tres- bien aux
fins de l'Ordonnance du Roy,
touchant la Marine , feüiller
37. titre VIII. article . où il
eft dit : Les Profeffeurs d'Hydrographie
fçauront deffiner, & l'enfeigneront
à leurs Ecoliers , pour
les rendre capables de figurer les
Ports , Coftes , montagnes , arbres,
Tours,& autres chofes fervant de
marques aux Havres & Rades ?
defaire des Cartes des Terres
qu'ils découvriront.
Mij
140 MERCURE
M LAISNE
Quoy que cette Ordonnan
ce ait efté faite pour obliger
les Pilotes à fe rendre habiles,
je n'aypoint encore vû de leurs
Ouvrages fur lesquels je puiffe
m'affurer pour le deffein . Vous
eftes le feul qui faffiez honneur
à noftre Corps , & qui répondiez
fidellement aux intentions
du Roy par l'effet devo
ftre fcience , que vous pouffez
dans fon plus haut degrés
ce qui nous montre affez la
neceffité que nous avons d'a
voir de bons Maiſtres..
GALANT. 141
M' ANTIER.
Voftre raison est juste , car
fi les Terres , Coftes , Rades,
Bayes & Havres , ne font pas
deffinez avec connoiffance du
point de veuë , qui fert comme
de Bouffole au deffein , pour
reconnoiftre d'où l'aspect est
vû , afin de s'y placer à point
nommé , tout ce qui fera fi .
guré fans cela , ne pourra prefque
fervir qu'à celuy qui l'aura
fait , ce qui fe remarque affez
par le flambeau de la mer, où
il eft difficile de reconnoiftre
le vray endroit & le point de
vûë d'où les deffeins font faits ,
142 MERCURE
manque d'eftre definez par
fcience , ce qui rend la Navigation
peu certaine & mal affurée
.
M' LAISNE '.
Vous ne dites rien qui ne
foit vray. Je fuis tres perfuadé
par les principes que vous m'avez
déja donnez , que fi vous
aviez un Port de mer comme
le Havre , vous pourriez avec
le foin de vos Ecoliers , faire
faire dans le temps , un autre
flambeau de la mer , à la mas
niere de vos Cartes en Perſpective
, où tout ce qui y feroit
décrit fe trouvant parfait , &
GALANT. 143
dans fon dernier periode , luy
donneroit avec beaucoup de
raifon le titre de flambeau entier
de la mer , ce qui mettroit
la Navigation fur un pied ou
elle n'a jamais efté, & la feroit
paffer dans toutes les Nations
pour un prodige , à cauſe de
fes grands effets.
M' ANTIER.
Pour appuyer voſtre ſentiment
, & donner de l'émulation
aux autres Pilotes , je vais
rapporter là - deffus la penſée
du R. P. Niceron qui dans la
Preface de fon Livre de Perf
pective , continuë de faire les
144 MERCURE
Eloges de cette Science , &
dit : Que nous pouvons appeller
Magie celle qui produit les plus
admirables effets de l'induſtrie des
hommes , & fi Pererius , Boulanger
, Torreblanca , & les autres
qui en traitent , rapportent à la
magic artificielle la Sphere de Poffidonius
, qui montroit les mouvemens
les periodes des Planetes;
la Colombe de bois d'Architas qui
voloit, les Miroirsd' Archimede qui
brûloient dans le Port les Vaiffeaux
ennemis , les Machines avec
lefquelles il les enlevoit ; les Automates
de Dedalus ; la Tefte de
Bronze faite par Albert le Grand ,
qu'on
GALANT.
145
effers
dit qui parloit , comme fi elle euft
efté organifée , & les ouvrages admirables
de Boëce , quifaifoit fifler
des Serpens d'airain & chanter
des oiſeaux de même matiere: Si ,
dis -je , ces Auteurs rapportent ces
merveilleux & plufieurs autres
, quife trouvent dans les Hif.
toires à la puiffance & operation
de la magie artificielle , nous pou
vons dire la même chose des effets
de la Perspective , qui font auffi
merveilleux C'estpourquoy Philon
le Juifdit dansfon Livre des Loix
Speciales , que la vraye magie ou
la perfection des Sciences , confifte
dans la Perspective , qui nous fait
Juillet 1701 . N
346 MERCURE
de
connoiftre les beaux ouvrages
la Nature & de l'Art & qui a
eſté de tout temps en grande eftime
parmy les plus puiffans Moner.
ques de la terre Les Perfes ne
mettoient jamais le Sceptre de leur
Empire qu'entreles mains des Sca
vans qui avoient consverfé avec
ceux qui enfeignoient cesse forte
de Magic.
M LAISNE
De ce raisonnement j'ole
dire que vostre Carte on Perfpective
, meriterait d'estre
placée au rang de ces prodiges ,
puifque par une metode inoüie
& par un trait de plume fi in
GAANT.
$47
genieuſement tracé , elle nous
fait trouver avec étonnement
le chemin dans les endroits
les plus difficiles , où toutes
les Nations n'ont pû atteindre.
Auffi puis - je dire qu'on
ne devroit jamais donner aux
Hydrographes & aux Pilotes
aucun employ , s'ils ne poffe
dent auparavant le fondement
de cette Science , puifque c'eft
un des principaux moyens
pour affurer toute la navigation.
Je vais inceffamment
aller au Mexique pour y faire
des Obfervations , parce qu'il
n'ya perfonne qui ait connoif
Nij
148 MERCURE
fance de ces lieux , où voſtre
Science feroit tres neceffaire ,
pour les belles découvertes
qu'elle nous y traceroit , afin
de fervir aux autres comme
de flambeau par cette entiere
connoiffance . Je fouhaite qu'à
mon rêtourje vous trouve dans
l'employ , pour eftre Juge de la
bonté des ouvrages que j'y
feray.
Vous ferez fans doute furprife
de la répon'e que le Fils
de M Hervé qui n'a que fix
ans & quelques mois a faite à
M' Antier, qui le voulant exercer
à faire des routes en long
GALANT 149
gueur,en profondeur &en hauteur
, pour faire voir par là qu'
on peut voyager par tout , luy
en donna une en hauteur , &
le jeune Eleve connut auffi .
toft que c'eftoit pour fe placer
fur le frontifpice du Chafteau
des Tuilleries
. M' Antier ap .
percevant la Lune dans ce moment
, y traça une route & la
donna à fon Ecolier , qui
voyant que fon chemin eftoit
marqué pour y monter , luy
demanda s'il avoit fait ce voyage
, & le pria de luy dire ce qui
fe paffoit dans ce Pays dont il
n'y avoit guere que le nom
Niij
150. MERCURE
qui fuft connu. M Antier n'avoit
tracé cette route que pour
tâcher de furprendre fon Ecolier
, & faire voir par la facilité
qu'il y a de faire des routes ,
que l'on peut fans hefiter aller
fur mer & fur terre , dans les
endroits les plus difficiles .
Le 10 de ce mois , M'l'Archevêque
d'Albi harangua le
Roy , pour la cloture de l'Af
femblée Generale Fxtraordinaire
du Clergé , & dit que fi
jamais l'Eglife de France n'avoit
eu l'avantage de fe prefente
auffi frequemment de
GALANT. 151 1st
vant le Trône de fon Roy ,
qu'elle l'avoit fait fous fon
glorieux Empire , jamais auffi
elle n'avoineu unRoy dont elle
euft approché avec un amour
plus refpectueux & une confiance
plus tendre que c'e
ftoit dans Sa Majesté qu'elle
trouvoit une heureuſe reffemblance
à celuy des Rois dont
l'Esprit Saint fait un Eloge accompli
quand il affure que
fes Peuples ne le voyoienr
point affez fouvent à leur gré,
mais toujours avec admiration,
& que la terre entiere
fouhaitoit avec ardeur de voir
Niiij
152 MERCURE
l'éclat de fes yeux & la maieſté
de fon vilage ; que ce bonheur,
pour eftre ordinaire à ceux qui
compofent
l'Affemblée du
Clergé de France , ne leur en
eftoit pas moins fenfible ; qu'ébloüis
en le quittant, de la gloi
re qui l'environnoit , ils étoient
affurez de la trouver au retour
encore plus brillante & plus
étenduë ; qu'ainfi à peine s'e
ftoient-ils feparez l'année der
niere , qu'un évenement auffi
grand qu'il eftoit imprévû ,
leur avoit fait voir à quel point
le Seigneur le rendoit favora.
ble de plus en plus aux voeux
GALANT.
153
continuels de fes Miniftres
pour fa perfonne facrée , &
pour la profperité de fon Augufte
Mailon. Ce que la Providence
pouvoit faire de plus (urprenant,
pourfuivit- il dans la diſtribution
des Couronnes qu'elle tient
en fa main elle lafait , & dans
un temps où la jalousie même de
nos Ennemis fecrets , bien loin de
le prévoir, toute foupçonneuse qu'
elle eft , n'avoit pú s'en défier.
Dieu feul qui fçavoit combien il
avoit réfolu de vous élever au def
fus de tous les Rois travaillois en
filence à vous ouvrir de nouvelles
deftinées , lors que les hommes s'y
154 MERCURE
attendoient le moins . Il marchoir
devant
vous ; les voyes
s'appla
niffoient
chaque
jour fous
les pas
du Seigneur
& fous les vostres
. Il
fe hâtoit
de tracer
une vive
Image
de vos royales
qualitez
dans
le
Prince
qu'il avoir
choisi
pour l'accompliffement
defos deffens
Ilfor.
mout fur un fi grand
modele
un
Monarque
parfait
au milieu
des
exercices
de lajeuneffe
, & les occu
pations
ordinaires
à cet age fer
voient
de voile
àla prudence
infa .
fe quidevoir
bien soft fe faire
admirer
en toutes les démarches de ce
Prince naiffant: Il a conduit enfin
auxpieds de Voflre Majesté, pour
GALANT.
་་་
vous demander un Roy , cetteNa
tion qui n'aspiroit à rien moins
qu'à la Monarchie del'Univers ,
& d'une feule parole , vous avez
donné plus de Royaumes avecplus
de grandeur , quoy qu'avec moins
de fafte , que les Auguftes & les
Trajans ne le firent jamais dans
toute la pompe qu'ils affectoient en
cette action. Cesregions où les Romains
eurent tant à ncgocier & à
combattre poury étendre leur domination
, ces Peuples fi fiers ont
eru ne pouvoir trouver le falut de
leur Etat que dans une foumiffion
fans reſerve ; remede nouveau pour
eux , dont la vertu non encore
156 MERCURE
éprouvée , a eu tout le fuccés qu'ils
en pouvoient esperer . Un moment
heureux a fait en leur faveur le
contraire de ce que leurs Peres a
voient pendant tant de fiecles inu
tilement projetté contre la France ;
plus justement que ces mêmes
Romains, vous avez merité , Sire,
les louanges dont le Texte Sacré
les honore. Quelles merveilles
dit-il , n'ont ils pas fait en Eſ
pagne , l'Eſpagne feconde en
mines d'or & d'argent ? Ils ont
trouvé moyen par la fageffe de
leur Confeil , de commander
à tant de Provinces ; & par cet.
te patience habile qui leur a
GALANT. 157
fait attendre & ménager le
temps convenable pour y réüffir.
Voilà , Sire , ce quifait l'étonnement
de l' Europe ; ce que L'envie
ne voit qu'avec chagrin ; ce qui
force Voftre Majefté de recourir
aux précautions neceffaires pour
la défenfe des Royaumes dont la
protection vous eft confiée , & ce
qui doit réveiller toute la bonne
volonté de vos Sujets dans une
conjoncture qui mettant le comble
à vostre grandeur , affurera pour
jamais leur felicité.
M 1 Archevêque d'Albi
fouhaita enfuite de voir en
la difpofition du Clergé les
158 MERCURE
mines abondantes dont par
le l'Ecriture Sainte , non pas
pour s'en appliquer Fufage
, mais pour les donner au
Roy. Il dit que fi ce Monarque
ne les avoit pas compris
dans la Declaration du mois
de Mars dernier , qui n'exceptoit
pas les Teftes les plus
élevées de l'Etat , les mouvemens
de leurs coeurs n'en
cftoient pas moins vifs pour
s'intereffer à fes befoins , &
que la liberté qu'il leur laiffoit
ne devoit demeurer ny oifi .
ve ny pareffeufe ; que ce que
les autres Ordres de l'Etat ac
GALANT. 159
cordoient par les motifs ordinaires
de la prudence des hom
mes , M" du Clergé l'offroient
par un principe de Religion ,
qui leur apprenoir que leurs
biens confacrez à Dieu , ne devoient
pas eftre refufez aux
ufages que le Roy en vouloir
faire, quand la neceffité le demandoit
; que ce n'eftoit pas
les diffiper,mais les femer dans
l'artente du centuple , que de
les donner liberalement en
ces rencontres . Ce Prelat ajoûta
fur la fin de fon difcours
que le Ciel en fe repoſant de
Les interefts fur les foins dup
160 MERCURE
Roy , s'eftoit chargé de veiller
aax fiens ; que pour le recompenter
de fes faints empreffe.
mens pour toutes les chofes
qui regardoient la Religion ,
il faitoit respecter le nom de
ce Prince jufques aux extremitez
du monde , & que comme
il continuëroit à le fervir &
à ne craindre que luy , il le fe .
roit toûjours redouter & vaincre
.
Le Jeudy 14 de ce mois le
Roy , qui pour lors eftoit à
Meudon , vint voir pour la fe.
conde fois l'Eglife des InvaliGALANT.
161
gneur
des. Monfeigneur , Monfeile
Duc de Bourgogne
,
Madame la Ducheffe de Bour.
gogne , & plufieurs Dames de
fa fuite l'y accompagnerent . Sa
Majefté y arriva avant cinq
heures par le grand Portail de
la nouvelle Eglife. Elle defcendit
de Caroffe à plus de cent
pas de ce Portail , afin d'en
voir la façade de loin comme
de prés . Elle paffa entre deux
doubles files d'Invalides fous
les armes avec leurs Officiers .
& tambour battant , & fit re
marquer la grandeur & la ri.
cheffe de l'Architecture at
Juillet 1701.
O
162 MERCURE
toute la Compagnie. Enſuite
l'on entra dans l'Eglife , dont
au premier coup d'oeil tout le
monde parut étonné , & demeura
d'accord qu'il n'y avoit
rien en France d'auffi fuperbe.
en ce genre , de baſtiavec tant
de propreté , & d'enrichi d'auffi
belle fculpture. La Coupe furprit
infiniment , & l'on en admira
la hauteur
, les propor
tions , & les bas reliefs. L'on
s'arrefta dans les Chapelles ,
qui ne font pas moins décorées
de fculpture , ny baſties
avec moins de propreté. Le
Roy fit remarquer la beauté
GALANT 163
dès marbres dont le tout eft
pavé. Le grand Autel qui fere
auffi à l'ancienne Eglife , quife
voit derriere , n'eft encore qu'-
un Modele fur lequel on n'eft
pas tout à fait déterminé. Le
Roy dit tout haut que les Colonnes
en devoient eftre de
marbre noir , & qu'elles feroient
entortillées de feftons
de Bronze doré , & que les
Chapiteaux & les Bazes fe
roient auffi de même matiere .
Il ajouta qu'il eftoit aifé det
juger de quelle magnificence
feroit cette Eglife , lors qu'on
l'auroit entierement achevée,
O ij
164 MERCURE
& que la Coupe & les Chapel- ›
les feroient peintes. Aprés
qu'on eut bien examiné cet
Edifice , l'on tourna par derriere
l'Autel , & Sa Majesté
marcha le long de la vieille
Eglife , & entra dans la Maifon.
Elle monta dans les Cor.
ridors au premier & au fe-t
cond étage. Les Dames fe repoferent
quelque temps dans
la Salle des Comptes , & fuivirent
enfuite le Roy au Refectoire
, qui y vit fouper un
grand nombre d'Invalides. Il
examina leur pain , & les viandes
qui leur eftoient fervies,
GALANT: 165
Au fortir du Refectoire , il alla
voir l'Apotiquairerie , & ſe
promena dans les Salles de
I'Infirmerie , dans lesquelles il
n'y avoir point de malades ,
On luy fit voir dans un lit un
Invalide de cent quatre ans
en bonne fanté. Le Roy re
monta en Caroffe dans la feconde
Cour, & partic au bruit
des Tambours & des Trompettes
paffant entre deux doubles
files de Soldars fous les
armes dans l'avantcour .:
LeRoyfait éclater tant de pie
té, de bonté, de magnificence,
de prudence & de grandeur
166 MERCURE
dans tautes les actions , que
lors qu'il fait quelque chofe
qui regarde l'une de ces vertus
ou d'autres femblables
c'eft toûjours d'une maniere
quine laiffant rien à ſouhaiter ,
porte par confequent ſon elo.
ge. Ainfi il ne reste rien à en
dire , l'action faifant plus voir
que ne feroient les louanges
qu'on luy donneroic. maT 25
L'Ouvrage quifuit eft de M
de Senecé. Vous fçavez qu'il
ne fait rien , dont on ne s'eme
preffe à demander des copies ,
parce qu'on eft affuré qu'il
réuffic en toute forte de genre
d'écrire.
GALANT. 167
***********************
LES CLAVE
ET L'ELEPHANT.
CONTE.
A M BELLOCQ
E temps , des plus vaftes pro..
meffes
Délivre les plus engagez ,
Le terme vaut l'argent . Delais bien
ménagez
Chez le crédule espoir tiennent lieu de
Largeffes w
O vous qui promettez d'allonger
les momens
Apprenez à vous faire une prudente
étude
168 MERCURE
Le temps vous tirera de vos engage
mens;
S'il ne peut les remplir, du moins , il
les èlude.
Un Efelave Genois , hommme de qualité,
Et d'un genie au deffus du vulgaire
>
Chez le Vizir Achmet , Muſulman
Janguinaire ,
Par l'industrie, & la fidelitë ,
Toûjours attentif à luy plaire ,
Adouciffoit l'aigreur de fa captivité.
Un verre qu'il caffa , defa felicité
Finit les momens peu durables ;
Car vous n'ignorez pas que chez les
grands Seigneurs ,
Mefme parmy les Turcs , plus volon
tiers qu'ailleurs ,
Verres caffez font cas pendables.
Quay
GALANT
169
Quoy done ? dans fon premier tranfport
S'écria le farouche Maifre ,
Mon beau verre eft brife , qui venoit
de Francfort ,
?
Si bien grave,fi rare il en mourra ,
le traitre ,
Qu'on l'empale . A ces mots , Fregofe
eft accroché
Par quatre impitoyables ferres ,`
Et fe voitpreft d'eftre embroché,
Exemple formidable à tous caffeurs de
verres !
Alors, fans s'èmouvoir du trêpas qui
L'attend,
A quelque homme de confiance
L'intrepide captif, d'un vifage conftant,
Demande à reveler un fecret d'impor
tance .
Juillet 1701 .
P
170 MERCURE
Orcam vers le poteau fur l'heure eft
amené,
Orcam , du GrandVifir Confeiller ordinaire
,
Vient recevoir du condamné
Le teftamentpatibulaire.
Seigneur , luy dit Fregofe avec tranquillité
,
L'eftat où je me vois n'a rien qui
m'embaraffe ,
Et l'Arreft de ma mort est un Arrest
de grace,
Qui va me mettre en liberté.
Mais le Vifir en moy perdra plus
qu'il ne penfe ,
Etjefaifois pour luy certaine experience
,
Dont le fuccés l'euft contente.
Je l'allois fupprimer par efprit de
vengeanoe ;
Preft d'aller rendre compte, un remors
le défend,
GALANT.
171
Que m'inspire la confcience.
F'apprenois à parler à fon gros Elephant
;
Il prononçoit déja quelques lettres
Arabes ,
Il auroit dans fix mois aßemblé des
fillabes ,
Et dans dix ans.... Quel conte a
faire à des enfans ,
Interrempit Orcam ! C'est bien moy
qu'on abufe.
Pourgarantir tesjours n'as - tu point
d'autres rufes ?
Quijamais entendit parler des Elephans
?
Non , reprit froidement Fregofe ;
Je ne deguife point , il n'en est pas
faifon. [ raifon
Entre les animaux leur Auteur , de
Aqui plus , à qui moins , departit,
une doſe.
Pij
172 MERCURE
L'Elephant les furpaffe tous
De la Religion il a quelque teinture
Aulever du Soleil il fe met à genoux,
Et revere dans luy l'Auteur de la
Nature.
Il connoift les vertus , infpiré parles
Cieux ;
Il est reconnoiffant , chafte , difciplinable
Il cherit l'innocent , il punit le coupable
,
Et le plus jeune aſſiſte & respecte le
vieux.
Pour garants de ce que j'avance,
F'ay Fline , Heliodore , Ariflote ,
Ælian ,
Berofe , Porphyre , Oppian ,
A vous , gens inconnus , Seigneur ,
comme je penfe ,
Chez nous autres Chreftiens, témoins
de confequence,
GALANT, 173
F'ay reflechi d'ailleurs , & c'eft chofe
à pefer,
Qu'animaux Indiens font enclins à
jafer.
Si la Nature dvare , à fa plus noble
befte
Avoit interdit le caquet ,
Elle cuft moins mis de fens dans fon
enorme tefte ,
Que dans celle d'un Perroquet,
Sur des raifons fi concluantes,
Qu'un peu de fens commun prit foin
de m'indiquer,
Dans la plus douce des attentes ,
Je pouffois un projet , qui ne pouvoit
manquer.
Mais puifque la terreur que caufe le
fupplice
Fait foupçonner ma bonne foy,
Que mon fecret s'enfeveliffe
Dans le même tombeau que moy .
P iij
1/4 MERCURE
Orcam prête au Genois des oreilles
avides ;
Car malgré le bonheur qui le mit
fur les rangs ,
C'eftoit un Scythe des plus francs
Quifuftjamais forti des Palus Méotides.
La nouveauté du fait l'effaroucha
d'abord ;
Mais après ce difcours foudain ilfe
ravife ,
Et l'execution par bon ordre eftfurcife
,
Jufqu'à ce qu'au Vizir il aitfaitfon
rapport .
Or Vizirs , comme on fait , font
gens , qui de chimeres
Se repaiffent avidement;
Gens qui bouffis d'orguëil , fur des
preuves legeres
Se mettent en tefte aisément
GALANT.
175
Que la nature Efclave adore leur
fortune ,
Et doit à leurgrandeur marquer à tout
moment
Par quelque rare accouchement
Sa déférence peu commune.
L'un veut que d'un creufet le Perou
foit tiré ,
Ou que d'un alambic Dame Jeuneſſe
forte ,
Et l'autre court comme un defefperé ,
Arracherl'efcarboucle au Dragon qui
La porte.
On pourroit fans enchantement
Perfuader leur vaine gloire ,
Que l'eau du Rhône , ou de la
Loire
Ayant dans fon paſſage abbreuvé
l'Allemand
,
Ira groffir lesflots de la Mer noi-
Piiij
176 MERCURE
Pourfignaler les jours de leurgouver
gement.
Comme le moindre des Novices
Achmet donne à travers , il croit que
le deftin
Voulut àfon honneur referver les premices
De ce langage elephantin ;
Et qu'aux Annales de l'Empire
Avec étonnement l'avenir pourra lire
,
Par la faveur d'Alla,
En tel temps de l'Hégyre ,
Chez le Vizir Achmet un Elephant
parla ,
Adouci par cette efperance.
Pour la premiere fois , il ufe de clemence.
Quant à Fregofe , il dit qu'il veut
mourir,
Que de s'y difpofer il afaitla dépenſe,
GALANT. 177
Et que de fa façon dans les murs de
Bizance
On n'entendrajamais d'élephant difcourir.
Alafin pa bonté fouffrant qu'on le
délivre ,
Pourplaire à fon cher maistre , il fe
refout à vivre.
On convient avec luy , que dans l'inf
truction
,
D'un gradué de figroffe importan-
се ,
Le moindre temps pour
en licence ,
le mettre
C'est un double Quinquennium .
L'Efclave , du trepas délivré de la
forte ,
Cheri , confideré , prend des airs
triomphans ,
Et fait en lettres d'or écrire fur fa
porte ,
178 MERCURE
Petite Ecole d'Elephans ,
Conftantinople entiere accourut au
Ppectacle ,
Et le nouveau Docteur entreprit fans
façon
Entouré de Badauts, qui crioient , au
miracle ,
De donner en publicfa bizarre lecon .
Unjour qu'on enfortoit , certain Amt
fidelle
Demeuré le dernier, luy dit confidem.
ment :
Fregofe , as-tu compris de ton engagement
La confequencenaturelle ,
Et du Vizir trompé le fier reßentiment
?
Ne te fouvient- il plus de ce Bouc
trop credule ,
Defcendu dans un puits pourſe defal
torer ,
GALANT. 179.
Quifutpar le Renard traité de ridicule
,
Pour n'avoir pas préva l'endroit à
s'en tirer?
Va , va ,j'ay toutprévu , luy répondit
Fregofe ..
à ton avis , font-ilsfi peu
Dix ans ,
de chofe?
La mort prendra le foin de dégager
mafoy
C
Dans ce delay qu'on donne à mon experience
,
Et reduira fous fapuissance
L'Elephant , le Vizir , ou moy,
&
Amy Bellocq, c'est ainsi que mejoue
Cette Fortune , au coeur diffimulé ,
Qui d'affez haut, m'a d'untour defa
rouë
Precipité dans le fond de la boue ,
Où je croupis , languiffant , exile.
180 MERCURE
Fe me fuis vu quelquefois confolé
Par doux espoir, parflateufe promeffe
;
Mais la lenteur me replonge en trif
teffe ,
Et mes beauxjours dans l'attente ont
coulé.
Je vois ,fans doute , où m'attend la
traiftreffe
Qui pour me perdre eft en fi beau de
but;
Par quelque mort , qui brusquement
furvienne,
Tout à propos , pour que bienje n'obtienne
,
Veut esquiver ; mais fi c'est là fon
but ,
Faffe le Ciel que ce foit par la mienne.
GALANT 181
Quoy que ce que je vais
vous dire ne foit pas nouveau,
comme il n'a point efté rendu
public , & qu'il merite d'eftre
ſceu , vous ne ferez pas fachée
de l'apprendre. Je croy même
que vous en ferez d'autant
plus édifiée, que vous connoiftrez
que la Ville du Royaume
, où la Religion Proteftante
femble avoir regné avec le
plus d'opiniâtreté , eft une de
celles où la Religion Catho .
lique fleurit prefentement davantage
, Cet extrait d'une
Lettre de Montauban , darée
du 20. Juin , ne vous en laiffera
pas douter.
182 MERCURE
Les devotions duJubilé font
beaucoup d'effet fur les nouveaux
Catholiques La Communion des
Filles fe fit Vendredy dernier. Le
Spectacle en fut touchant &
fenfible . Elles parurent en Proceffion
dans les rues , chacune avec un
cierge àla main ; & ce fut en cet
eftat d'humiliation qu'elles fe pre.
Jenterent à la fainie Table . On
eftime qu'il y en avoit dix huit
cens . Fe les vis toutes paſſer allant
à lá Communion . Elles eftoient
dans une modeftie fervente &
respectueufe. Laplufpartpouffoient
desfoupirs verfoient des larmes,
mais il y en avoit plufieurs qui
GALANT. 183 .
que
je
demandoient hautement à Dieu de
leurfaire mifericorde , en faisant
voir l'étendue de la grace de noftre
Seigneur. Je vous avonë
n'ay jamais rien vú defi édifiant.
J'en fus touché jufqu'au fond du
coeur. Les Femmes doivent com .
munier Mercredy prochain , jour
de Saint Pierre , en obfervant la
même ceremonie ; & pour nous ,
je veux dire les Hommes &
les Garçons , nous communierons
de même proceffionnellement ,
le cierge à la main , Dimanche
prochain , qui fera le dernier jour
du Jubilé , & de la Miffion . Je
fuisfi penetré de tout cela , que je
184 MERCURE
n'ay pú m'empêcher de vous l'écrire.
M' de Montauban a établi
chez luy un Bureau de charité ,
compofé des plus confiderables de
la Ville , nonfeulement par le rang,
mais auffi par leur vertu & par
leur pieté. On l'appelle, le Bureau
des Recouciliations
, parce que
l'on y travaille à réconcilier &
à accommoder tout le monde.
F'ay l'honneur d'eftre des Commiffaires.
Nous nous aſſemblons
tous les jours . Je nefçaurois vous
exprimer le bon effet que cela pro .
duit , & le grand nombre d'accommodemens
de reconciliations
GALANT. 185
haiter
que
que nous faifons , cela produira le
Jolide fruit de ce Jubilé. C'eſt le
R. Pere Bonnaud qui en a donné
l'idée , ilfaut convenir qu'il n'y
a rien de me lleur. Ilferoit à foula
Cour autorifaft nos
foins de l'honneur de fon approbation
, pour encourager ceux quiy
travaillent , & pour échaufer leur
charité. F'en écris à M' le Marquis
de la Vrilliere ; car fi ce Bureau
finit avec le Jubilé , nous ne
tirerons pas tout le bien qui feroit
à defirer , parce que l'on ne sçauroit
rétablir la veritable pieté , fi
elle n'a pour principe la charité &
l'amour du prochain . Il faut donc
Juillet 1701 .
е
186 MERCURE
étoufer toutes les animofie , pour
fuivre les preceptes du veritable
Chriftianifme.
Le Roy doit avoir bien de
la joye d'avoir acquis tant d'ames
à Dieu ; & fi l'on examine
qu'en faisant couvertir le tiers
de fon Royaume, ce Prince e ft
caufe du falut de tous les defcendans
de ceux qu'il a tirez
de l'erreur, on pourra dire qu'il
a empéché la perte de plufieurs
millions de perfonnes.
M'de Vertron , dont l'efprit
eft inventif& galant , a fait une
Societé pour la Lotterie de
GALANT. 187
Tours , qu'il nomme la Com.
pagnie des nouveaux Argonautes .
Elle eft compofée d'autant
d'Hommes que de Femmes ,
tous de qualité& de merite. Les
noms des uns & des autres font
tirez de la Fable, & rempliffent
les Numero. Voicy ceux des
principaux & anciens Argo .
nautes , fous lefquels les nouveaux
ont mis à la Lotterie .
Jafon , Fils d'Efon , iffu de
la race de Neptune , & Neveu
de Pelias Roy de Theffalie ,
qui l'envoya à la conqueste de
la Toifon d'or , comme à une
entrepriſe où il devoit perir.
!
Qij
188 MERCURE
Hercule , Fils de Jupiter &
d'Alcmene.
Thefée , Fils d'Egée &
d'Ethra.
Caftor & Pollux.
Typhis , Pilote du Navire
d'Argo , d'où eft venu le nom
d'Argonaute
.
Linceus , dont les yeux, qui
penetroient les murailles , fervoient
à découvrir les bancs
& les écueils.
Orphée.
Idmon , Fils d'Apollon & de
la Nymphe Cirene.
Amphiaraus , Prophete , Fils
d'Oillée.
GALANT. 189
EPOUSES DE JASON.
Medée.
Hypfiphile.
Creüfe.
EPOUSES D'HERCULE.
Dejanire .
Omphale .
Jole.
EPOUSE DE THESE'E
Ariane.
EPOUSE D'ORPHE'E.
Euridice.
La Lettre fuivante explique
l'hiftoire des Argonautes , &
de la brillance Societé que M
de Vertron vient de faire . 11.
l'adreſſe à Madame la Marqui,
fe de F ......
190 MERCURE
***********************
LETTRE
DU NOUVEL ORPHE'E
A LA
NOUVELLE EURIDICE .
Vousferezfans doutefurprise ,
aimable Euridice , de voir
Orphée reconcilié avec le beau
fexe , luy qui en fut autrefois traité
d'une manierefi cruelle ; mais teleft
mon deftin , que plus les Dames me
font de mal, plus je leur veux
de bien. C'est donc à leur gloire ,
que j'ay fait ce nouveau projet
GALANT. 191
galant pour la Lotterie de Tours .
Vous y avez la premiere part ,.
ma chere Euridice , e le nom &
d'Orphée , que j'ay icy , me fait
une loy indifpenfable de vous confacrer
mes premiers hommages.
Vous avez entendu parler de cette
fameufe Toifon d'or , dont la Conquefte
attira en Scythie les plus
grands Princes , ou pour mieux
dire , les Demi Dieux de la Grece .
Cette Fable a donné lieu à ma Mu.
fe de s'exercer au fujet de la Lotte
rie , dont ie vient de parler. Jay
attribuéles divers noms des Heros
quifurent de cette glorieuse expedition
à ceux qui m'ont fait l'hon ·
192 MERCURE
neur de me déclarer Chefde noftre
brillante Societe , & aux Dames
qui m'ont accordé la même grace ,
ceux des Princeffes leurs Epoufes ,
9 ajoutant des paroles en vers ,
convenables aux noms qui leur
font échus en partage. Je croy que
les Princes dont je viens de parler ,
voudront bien me difpenfer d'em
ployer àleur louange uneplume que
j'ay deftinée uniquement à votre
aimable Sexe ; je leur laiffe une
gloireplusfolide , qui est celle d'em.
porter la Toifon , c'est à dire , le
gros Lot.
Qu'ils courent tous à ce trefor:
La
GALANT. 193
La Conquefte n'eſt
bonne
,
pas moins
Quoy que la Fortune la
donne.
En un
mot , le
gros Lot fera
leur Toifon d'or.
Mais ilfemblepar là que je veüille
• priver les Dames d'une
conquefte
fi précieufe ; à Dieu ne plaifè que
je forme une penfee fi injurieuſe
pour elles Non , chere Euridice
nous ne pouvons rien faire fans
vous , & fi vos voeux ne nous
fecondent , nousy trouverons des
difficultez plus
infurmontables ,
que celles dont Jafon neput triompher
que par les charmes de Me-
Juillet 1701.
R
194
MERCURE
·
dée. Pour moy , je vous proteſte
que jeferois le premier à y renoncer.
Je borne toute mafortune à
l'avantage de vousplaire , & une
feule de vos faveurs me tiendra
lieu de gros Lot de & Toifon
d'or.
S'il y avoit autant d'efprit ,
dans rous les noms qu'on fe
donne dans toutes les Societez
qu'on fait pour mettre aux
Lotteries, il y auroit à profiter
pour beaucoup de gens ; par la
la feule lecture de ces noms.
Quelque haute idée que
l'on ait de la puiſſance du
CALANT 195
Roy, on ne peut lire ce qui
fuit fans étonnement .
ETAT DES TROUPES
de France , & des lieux où
elles font aux Païs- Bas Ef
pagnols.
A LILLE.
Le Regiment d'Hffi , 1 Bataillon.
Le Regiment d'Alface ,
A Arras.
4 b.
Le Regiment de Spaar
A Gravelines.
1 b ..
Le Regiment de Greder Suiffe ,
A Bergues .
1 bataillon.
Le Regiment de Touy ,
A Dunkerque.
Le Regiment de Reynols ,
Le Regiment de Téffé ,
Aux Mairies de Campenhonde
r b.
2 b.
1b.
T
Rij
196 MERCURE
Vilvorde , & Grenbergue
Le Regiment de Berry dans la
Banlieuë de Bruxelles , 2 Efc .
Gendarmerie , 4. Efcadrons.
A Anvers.
Le Regiment de Picardie , 3 b.
Le Regiment de Greder Suiffe ,
2 bataillons .
Le Regiment de Furftemberg ,
2 bataillon's .
Le Regiment de Chartres , 1 b .
Le Regiment du Maine , aux environs
d'Anvers , 2 Eſcadrons .
Le Regiment de Toulouſe, 2 Efc .
Colonel General de Dragons ,
3 Efcadrons .
A Malines.
Le Regiment de Brandle Suiffe ,
Les Yrlandois ,
Gendarmerie ,
3 bataillons .
I b.
2 Efc.
GALANT: 197
A Liers
z b. Le Regiment de Salis ',
Carabiniers du Rofel , & Courtes,
4 Eſcadrons .
A Herentails
Carabiniers de Refigny , 2 Efc.
A Sant Vlied.
Le Regiment de Xaintonge , 1 b .
A Gand.
Le Regiment d'Orleans , 1b.
Le Regiment de Provence , rb.
Le Regiment de Reinold ,
1 b.
Furſtemberg aux environs Gand ,
2 Efcadrons .
A Charleroy.
Le Regiment de Legall ,
Dauphin Dragons ,
A Namur.
Le Regiment de Salis ,
A Luxembourg.
Efc.
3 Efc
.
I b.
Le Regiment de Laonnois , I b
R iij
198 MERCURE
A Louvain.
Les Gardes Françoiſes ,
Les Gardes Suiffes ,
4b
.
3 b.
Gendarmerie aux environs de
Louvain ,
2 Eſc.
A
Bruges.
Greder Allemand ,
2 b .
S. Second , 1 b.
Sillery , Ib.
A Dam.
Surbeck ,
3 b.
A Oftende.
Lorraine ,
1 b.
Boulonnois ,
Ib.
A
Leavve.
Heffi , 2 b.
Agenois ,
Ib. Bourbon >
rb.
Deflandes 1.b.
A Tirlemont
Le Roy ,
4 b .
GALANT: 199
Dauphin ,
Royal Italien ,
Blefois ,
Royal Piedmond ,
3 b.
I b.
I b .
3.Efc.
A Bauterfen & Vertrick.
Auxerois ,
A Gemblours.
Ib.
Royal Dragons ,
3 Efc
.
A Dieft.
Tianges ,
Carabiniers d'Achy ,
2 b.
2 Efc .
Rofen , 2. Efc .
A Arfchos.
Humieres , 2 b.
Orleans , 2 Efc.
A Sechem.
Poitou , z b.
Vivans , 2 Efc.
A VVauvre.
Artois ,
I b.
Riiij
200 MERCURE
A
Judoigne.
Talmont ,
2. Efc.
A
Genappe.
La Feüillade ,
A Seille & Landen .
Meftre de Camp General Cava
2 Efc.
lerie ,
3
Efc .
Le Roy Cavalerie ,
3 Efc
.
A
Opuiek.
Carabiniers
Daubeterre , 2 Efe .
Aux Mairies de Hulpe &
de
Grezboffut.
Royal Allemand ,
68
Royal ,
Sur la
Mehaigne.
3 Efc
.
Royal Rouffillon ,
კ ს . -
2.5 .
Cravates ,
Chartres ,
3 Efc.
Rohan ,
2 Efc.
2 Efc.
Bombardiers ,
A
Boneff.
Ib.
GALANT 201
Sur la Menfe.
Vermandois ,
2 b.
Beringhen , z Efc.
Sur la Sambre à Genappe , &c.
Meſtre de Camp General de Dragons
,
Barantin
PAYS DE GUELDRE .
A Ruremonde.
La Reine
Royal Artillerie ,
Yfenghein
,
Monroux ,
Condé ,
Grignan >
3 Efc.
2 Efc-
3
b
I b.
1 b.
Ib.
2 Efc.
2 Efc.
Duras , 2 Efc . •
A Gueldre,
Santerre
Touraine ,
I b :
Ib.
Surlauben I b .
Hautefort Dragons , 1 Efc.
202 MERCURE
A Venloo,
La Chaftre ,
Surlauben ,
2.6.
I b.
Languedoc ,
Vexin ,
2. b.
I ba
Orleans , 2 b..
Royal Etranger ,
A Stevenfovert.
3 Efc,
Crufol , 1 b.
Condé ,
b.
La Couronne ,.
Senneterre Dragons ,
Haurefort ,
A VVert & Nedervvert
Du Maine ,,
RSA Fort S. Michel & Blerich.
A Herkelem.
A Stralem.
Toutes ces Troupes fe montent
à cent bataillons de huit cens
hommes chacun & à
quatre-
2
2b
.
2. b.
3 Efc:
2 Efc.
GALANT. 203
4
vingt - huit Efcadrons de cent
cinquante Maiftres , & comme
nonobftant ce grand nombre de
Troupes , toutes les Places où
vous venez de voir qu'il y a des
Troupes Françoifes n'en font
pas fuffifamment remplies , les
Troupes du Roy d'Espagne y fupléent.
Voicy en quoy elles confiftent
.
ETAT DES TROUPES
du Roy d'Efpagne aux Païs
Bas.
Infanterie.
Bataillons.
I
I
Dom Carlos de Gufmany
Le Marquis de VVefterlot ,
Le Prince François de Naffau , I'
D. Marzellot Zeux Grimalely , I
D. Juan Didiaques ,
D. Paulo Magno ,
I
204
MERCURE
Le Marquis d'Elval ,
Le Comte de Lanois ,
Le Baron de VVrangel ,
Le Comte de Milan
Le Marquis d'Ynfe ,
D. Carlos de Zunigua
Σ
2
I
Le Comte de Grobendourg , I
Le Baron de Capre ,
Amingaza
Grimaldy
Monchenio ,
Spinola
bourg ,
I
I
I
1
2 .
Montfort ou Milice de Luxem-
23 Bataillons.
5. Compagnies Franches de roo .
hommes chacune .
2
La Compagnie Franche du Comte
d'Horn .
Celle du Comte de Grovoy .
Celle du Duc Davray.
GALANT. 205
Efcadrons.
Cavalerie
Noirmond ,
Cecile ou Scalmonde ,
Berguhes ,
Chimay ,
2
2
2
2
La Compagnie du General de la
Cavalerie , 2
Celle du Lieutenant General ,
Chacon , I
Celle du Lieutenant General
Brancacio S
La Compagnie des Gardes de
Chevaux gris,
Celle des Chevaux noirs ,
Celle des Chevaux bais,
Toulonjon ,
I
I
2
Gaetano ,
Frola ,
Des Fourneaux ,
Ribaucourt ,
Artemand ,
206 MERCURE
Penaloffa ,
Dragons..
28
Efcadrons.
Steinus ,
Rizbourg ,
Salazard ,
35
3
3
9. Efcadrons.
Officiers Generaux.
Le Marquis de Bedmar , Gouverneur
general des Armes en
l'abfence de Mr l'Electeur de
Baviere .
Le Prince de Cerclas de Tilly ,
Meftre de Camp general .
Le Marquis de Grigny, General
de la Cavalerie.
Le Duc de Bifache , General de
l'Artillerie .
Il y a quantité de Generaux de
de Bataille , qui font comme nos
Marêchaux de Camp , ils comGALANT.
207
mandent tous les Colonels .
Ce qui fuit eft tres - curieux
puifqu'il fait voir ce que c'eft que
les lignes aufquelles on a travaillé
depuis que les Hollandois ont
commencé d'armer , & menacé
de la guerre , afin de juftifier la
verité de Proverbe qui dit que tel
qui menace a grandpeur.
Ces lignes ont devant elles des
Rivieres. La gauche commence
au-deffous d'Anvers, vers le Fort
Lazary : Elles paffent enfuite à
Therentals , où il y a une petite
Riviere qui gagne le Demer , que
les lignes fuivent à Arfchot
de là à Sichem , puis à Dieft &
à Halen , où la Gheete perd fon
nom . Elles continuent le long
de cette riviere & laiffant Heredeà
leur tefte , vont paffer à Leau,
>
2c8 MERCURE
où elles occupent
úne intervalle
de terre fans riviere pour joindre
à Bonneff la Mehaigne , qu'elles
fuivent par Falais jufqu'à la Meufe
, qui les confine à Stat Faubourg
de Huy , qui eft la droite
des lignes . On a fait de bonnes
Redoutes par tout , des Redans ,
des manieres de Demi- lunes , &
Baftions élevez pour eftre fuperieurs
aux Plaines , toutes ces lignes
font fraifées , & doivent
eftre prefentemnent achevées . Elles
ont prés de cinquante lieuës
de longueur , à caufe des détours
qu'on a efté obligé de faire , fuivant
la difpofition du terrain ,
On voit par les lieux où les Trou.
pes dont vous venez de lire l'état
font difperfées, & dans quels endroits
il y en a de cantonnées
dans ces lignes .
GAANT. 209
L'Italie eftant prefentement
le fujet de tous les Entretiens,
il n'eft pas hors de hors de propos de
vous dire , que M Sanfon ,
Geographe du Roy, a diftingué
fur la Carte de l'Italie , de qua
tre feüilles , tous les differens
Etats des Princes qui là poffe .
dent aujourd'huy . Ce font
l'Etat de l'Eglife , les Etats du
Roy Catholique , qui comprennent
les Royaumes de
Naples , de Sicile , de Sardaigne
, le Duché de Milan , les
Etats de la Republique de Venife
, du Duc de Savoye , du
Grand Duc de Tofcane , de
Juillet 1701 .
S
210 MERCURE
la Republique de Genes , des
Ducs de Mautouë , de Modene
, de Parme , de Maffe , de
la Mirandole , de la Republi .
que de Lucques , des Princes
de Monaco , de Piombin & de
Mafferan
. Il a fait marquer
dans les degrez de latitude de
cette Carte , quelle eft la grandeur
des jours du fixième , du
feptiéme & du huitime climat,
en partie qui font ceux fous
lefquels fe trouve l'Italie. Il a
aufli des Tables Geographi
ques pour les divifions de cette
Carte . On trouve fur la même
Carte, & fur celle des Etats
GALANT.
211
de la Republique de Venise ,
quieft encore plus particulieprefque
tous les noms Te
dont il a efté parlé dans nos
Gazettes , à l'occafion des
mouvemens des deux Armées
.
En vous nommant M'Sanfon
je croy faire l'éloge de fes
Cartes. Il demeure aux Galleries
du Louvre , vis à vis Saint
Nicolas.
Y
Meffire Louis de Bailleul ;
Marquis de Châteaugontier ,
Seigneur de Soify & Eftioles
fur Seine , & de Valletot fur la
Mer , ancien Prefident à Mor-
S ij
212 MERCURE
tier au Parlement , mourut lë
11. de ce mois , âgé de foixante
& dix - neuf ans . Il avoit pris
place de Prefident en l'année
1652. par la mort de Meffire
Nicolas de Bailleul , fon Pere,
Miniftre d'Etat , Surintendant
des Finances , Ambaffadeur en
Savoye , Chancelier de la Reine
, & fecond Prefident à Mortier
du Parlement . Il a auffi
rempli cette place de fecond
Prefident pendant quelques
années , & le démit de fa
Charge en 4689. en faveur de
Meffire Nicolas- Louis de Bailleul
, Marquis de Châteaugon-
}
GALANT. 213
rier , fon Fils , qui préfide à la
Tournelle depuis neuf ans . It
s'eftoit retiré dans l'Abbaye
de Saint Victor il y a environ
vingt quatre ans , & fa vie en
ce lieu- là a efté un fujer continuel
d'edification , tant il a
marqué d'éloignement pour
toutes les chofes du monde .
Vous fçavez que fa morta efté
fubite. Les Chirurgiens qui
ouvrirent fon corps , le foir mê
me du jour qu'elle arriva , ont
rapporté qu'elle avoit efté
caulée par une Apoplexie de
fang dans la tefte , & par une
hydropifie de poitrine , le мar-
•
214 MERCURE
dy 12. de ce mois. M ' le prez
mier Prefident , accompagné
de tous les autres Prefidens à
Mortier , à la referve de M ' de
Longueil , vinrent luy jetter
de l'Eau benite en ceremonie,
& furent receus au bas de l'Efcalier
par la Famille. Mrs de
Saint Victor le trouverent dans
fa chambre , & chanterent un
De profundis pendant la ceremonie
. Le même jour ,le corps
fat porté dans l'Eglife de l'Ab
baye , où il demeura en dépoft
juſqu'au Jeudy , à deux heures
du matin , qu'on le mit dans
un Caroffe pour le conduire à
GALANT. 275
Soify,fon coeur eftant demeu
ré à Saint Victor. Lors qu'il y
fut arrivé, M ' de Sonning , Do
cteur de Sorbonne , Chanoine
& Curé de Saint Victor , le prefenta
au Curé du lieu , & luy
parla en ces termes .
MONSIEUR ,
l'on
S'il eft vray , comme nous n'en
pouvons douter , que la bonne vie
fait la bonne mort: & que
doit juger des difpofitions la plufpart
des mourans , par
celles où on
les avú vivre , il nous eft permis,
&nous fommes même obligez ,
felon l'Apoftre Saint Paul , de
mettre des bornes à noftre douleur ,
216 MERCURE
laquelle fans cela deviendroit une
douleur toute payenne , dans ce
moment où nous eft enlevé haur &
puiffant Seigneur Meffire Louis
de Bailleul,, Chevalier, Marquis
de Châteaugontier
, Seigneur
Soify Eftiolles fur Seine , &
de Valletot fur mer , Confeiller du
Roy en tousfes Confeils d'Etat &
Privé , & Prefident à Mortier
honoraire dans fa Cour de Parlement
de Paris , dont j'ay l'honneur
de vous prefenter le corps. Une
retraite conftante de vingt quatre
ans dans noftre Abbaye de Saine
Victor une feparation entiere de
toutes les grandeurs
>
magnificences
GALANT. 217
cences mondaines , dans lesquelles
il eftoit né, une patience vraiment
chreftienne dans de facheufes circonftances
d'affaires , une fainte
frequentation des Sacremens , fa
charité toute compariſſante envers
les Pauvres ,fon refpect &fa ve
nerationfinguliere pour les Ecclefiaftiques,
& autres perfonnes confacrées
à Dieu ; enfin d'affiluës
meditations fur les grandes veritez
de la Religion , nous donnent
tout lien de croire que fa mort,
quelque fubue & precipitée qu'elle
ait efté pour nous , n'a pas efté imprévûë
pour luy , & que Dieune
l'a tiré de ce mo de la maniere
Juillet 1701. T
218 MERCURE
qu'ila fait , que pour luy épargner
dans ces derniers momens les hor.
reurs de ce terrible paſſage , & en
même temps commencer à luy donner
la recompenfe des ferieufes re
flexions qu'il y avoit faites pen.
dant le cours de fa vie. Oublions
icy fon illuftre naiffance , fon inte
grité à rendre la justice , cette ame
grande , liberale
en toute occafion , & mille autres
belles qualitez qui luy ont attiré
le reſpect & l'amitié de tout le
monde ; mais aprés tout , qui ne
font que l'homme d'honneur & de
probité. Ilmefuffit , Monfieur, de
vous rendre compte d'une ame
bienfaisante
GALANT .
219
de
veritablement Chreftienne , dont
nous avons efté témoins , & qui
le rend digne que vous vousfouve.
niez de luy àl'Autel du Seigneur ,
pour achever , s'il en a befoin ,
le purifier , & mettre fon ame en
eftat dejouir au plutoft de la vûë
de Dieu , jufqu'au moment quefon
corps , pour lequel nous vous de
mandons avec inſtance la fepulture
ecclefiaftique , jouiffe avec elle d'une
bienheureuſe immorta pleine
lité.
A l'iffuë de la Meffe, le corps
de M'le Preſident de Bailleul
fur mis dans la fepulture de
fes Anceftres , Cet Illuftre Mar
Tij
220 MERCURE
giftrat eftoit Frere de madame
la Marquise de Grandpré, & de
Madame la marquife d'Uxelles,
à qui un merite fingulier a
donné tant d'Amis confiderables
. M' le Preſident de Bailleul
, outre Mr le Marquis de
Châteaugontier , Preſident à
Mortier fon Fils , a laiffé quatre
Filles , qui font madame la
Marquise de Franquetor , Madame
la marquile de Vatan ,
Madame la marquise de Pouffé
& Madame de Courchamp.
Cet illuftre Magiftrat a laiſſé
auffi deux Soeurs. L'une eft
Madame la Marquiſe d'Uxel ;
GALANT: 221
les , mere de M' le Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées du Roy , &
l'autre , Madame la marquife
de Saint. Germain Beaupré. Le
grand nombre de perfonnes
que l'on voit mourir fubite .
ment , devroit nous engager àc
faire de ferieufes reflexions fur
l'incertitude de la vie , & fur
le peu d'attention que nous
avons à nous préparer à la
quitter.
Ceux dont j'ay encore à vous
apprendre la mort, font Meffire
Eftienne Jehannot de Bartillat
, Baron d'Uriel . Il avoit efté
Tiij
222 MERCURE
Treforier de la Maiſon de la
feuë Reine Mere , & fa grande
probité ayant paru dés ce
temps-là , le Roy le nomma
l'un des deux Gardes du Trefor
Royal que Sa Majefté fir
lorfqu'elle fupprima les Tre-.
foriers de l'Epargne. Il n'a cef.
fé de remplir cette Place que
lorfque les affaires de la guerre
, obligerent le Roy de créer
en Charges ces Emplois qui
n'eftoient alors que des Commiffions.
Quoy que M' de
Bratillat exerçaft depuis longtemps
des Emplois de Finances
, il ne fe trouva pas en eftat
GALANT
223
d'acheter une Charge de cette
importance ; auffi le Roy ditil
de luy en apprenant fa mort ,
qu'il avoit perdu un honnefte-
Homme , & un Financier qui
n'eftoit pas riche . Les longs
fervices de M' de Bartillat fon
fils luy ont fait meriter d'eftre
nommé par le Roy Lieutenant
general des Camps & Armées
de Sa Majeſtée & Gouverneur
de Rocroy. M ' de Barcillat qui
vient de mourir eftoit dan's
fa quatre- vingt- douziéme année.
On a eu avis de Bretagne
que M'l'Evêque de Saint Paul
Tiiij
224 MERCURE
de Leon eft mort dans fon
Dioceſe. Il eftoit parvenu à la
dignité Epifcopale par fon érudition
& fon merite perfonnel.
Dame Barbe le Prevoft .
Elle eftoit veuve de Meffire
Jules de Nargonne , Seigneur
des Bergeres & de Bifontaines,
Colonel du Regiment de la
Reine Mere .
Meffire Pierre Guichard
Preftre , & Profeffeur du Roy
en Theologie , de la Faculté ,
de Paris. Il avoit quatre- vingts
ans , & eftoit Doyen de cette
Faculté , & Grand Maiſtre de
la Maiſon de Navarre .
GALANT. 225
Meffire Gabriel Petit , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,
-
Abbé de S. Vincent de Befançon
& Confeiller de la
Grand Chambre , agé feulement
de foixante & deux ans.
Sa morta efté precipitée , puifqu'on
l'a trouvé le matin étendu
nud dans la rue , la tefte
entierement fracaffée . Il couchoit
dans un fecond èrage ,
& l'on conjecture que s'elland
relevé la nuit , & ayant ouvert
une feneftre qui eftoit de
plein pied avec la Chambre ,
il s'y eft penché au deffous de
la barre de fer , qui auroit pû
226 MERCURE
luy fervir d'appuy , & qu'il s'y
eft bleffé en fe relevant , en
forte que fe baiffant de nouveau
, la pefanteur de la plus
haute partie de fon corps a
emporté l'autre . Mr l'Abbé
Pajot eft monté en fa place à
la Grand'Chambre.
Les grandes chofes que le
Roy a faites depuis qu'il a com
mencé à regner par luy- même
luy ayant attiré l'admiration
de toute la terre , l'Archevêque
de Philippopolien Greçe,
elt venu exprés en France
pour voir un Monarque fi accompli.
Ileft homme de qua
GALANT. 227
eft
lité , & riche . Il a eu l'honneur
de faluer Sa Majeſte. Son compliment,
eftoit en langue Ve
nitienne. Le fils de M ' Dippy ,
Interprete , luy rendit la réponſe
du Roy. Ce Prelat fut
charmé de l'honnefteté qu'il
y trouva auffi- bien que des
manieres de ce Prince.
de bonne mine , & âgé d'envi
ron cinquante ans. Il eft venu
accompagné feulement de
deux Ecclefiaftiques , & de fix
Domestiques. Il fit prefent à
Sa Majesté d'un Bufte d'Yvoire
d'Alexandre , de quatre ou
vrages de Saint Chrifoftome ,
228 MERCURE
écrits par fon Difciple , & de
quelques écritoires de Perfe
& autres galanteries. Il a fait,
auffi prefent de deux Medailles
d'or fort curieufes & fort
ares à Madame la Ducheffe
le
Bourgogne.
Vous avez vû dans ma Lettre
du mois d'Avril dernier
le di (cours qu'on m'a envoyé
de
Hollande fur le Diogiro.
metre. M' de la Montre , Profeffeur
de
Mathematiques &
de
Philofophie à Paris , en a
publié fon fentiment dans le
Journal des Sçavans , du 30 .
GALANT. 229
May , & il a fait mettre deux
difcours fur la même matiere
dans les Journaux du 6. Juin
& du 18. de ce mois. Voicy la
réponse qu'un particulier y a
faite.
Fe laiffe à M Aimon lefoin de
répondre en detail à la Critique
que Mi la Montre a faite defon
Diogirometre. Je diray feulement
que ce Profeßeur n'a pas eu fujes
de traiter cette Machine de miferable
Invention , & de repeter ce
terme plus d'une fois . Ceux qui
ne peuvent inventer , & qui ont
un efprit d'envie de jalousie
s'appliquent à détruire ce que
les
230 MERCURE
autres inventent. Quandla Machine
de M' Aimon neferoit d'aucune
utilité, ilferoit toûjours eftimable
d'avoir travailléſur unfujet
qui a merité l'application des
plus Sçavans Hommes , & quieft
particulierement recherché en Hol.
lande , ou la Navigation eft un des
plus fermes appuis de cette Repu.
blique , la principale caufe qui
l'a élevée à ce haut degré de puiffance
où nous la voyons prefentement
Les moindres découvertes
qui tendent à l'utilité de ce grand
Art de la Navigation , qu'on peut
appeller l'Artdes Arts , y font ireseftimées
& parfaitement bien reGALANT.
231
çues. Les efforts de M' Aimon
font louables & toutes les perfonnes
judicieufes & bien intentionnées
, conviennent que par cela
feul , il merite quelque recompenfe
du public. Le celebre M' Defcartes
eft de ce fentiment à l'égard de
M' Morin , à qui il écrit en ces
termes dans la cinquante feptiéme
Lettre du premier volume. Il eft
certain que la peine que vous
avez prife pour trouver des
Longitudes , ne merite rien
moins qu'une recompenſe pu
blique , mais pour ce que les
inventions des Siences font de
Ghaut prix , qu'elles ne peu
232 MERCURE
vent eftre payées avec de l'ar
gent , il femble que Dieu a tel.
lement ordonné le monde ,
que cette forte de recompen
fe n'eft communément refervée
que pour des ouvrages
mechaniques & groffiers , ou
pour des actions baffes & ferviles.
Lors
que M' de
la
Montre
aud
ra
publiéles
deux
moyens
qu'il
prétend
avoir
trouvez
pour
mesurer
exactement
le
fillage
des
Vaiffeaux
, M
' Aimon
les
examinera
.
Il
peut
dire
en
attendant
témoignage
de
M' de
S.
Cricq
qui
est
mort
,&
celuy
de
M
' Char
que
le
GALANT:
233
s'ils
vite qui eft abfent , font nuls &
peut - eftre imaginaires , ou ,
font réels , que cefont des complimens
d'amis fur lefquels on ne dois
faire aucunfondement . Il n'y aperfonne
qui , fur telle Invention qu'il
propofera , ne puiffe rapporter des
témoignages & même des atteftations
par écrit , comme fit autrefois
le Pere du Liris, quipublia les Čertificats
de plufieurs Capitaines &
Pilotes , lefquels affuroient quefa
maniere de connoiftre les Longitu
des eftoit précife , qu'elle les avoit
plufieurs fois ravis en admiration.
M' de la
Montre
avance and
Juillet 1701 . V
234 MERCURE
chofe qui paffe toute forte de créan
ce , lorsqu'il affure que l'erreur de
vingt lieuës ,fur une tres longue
courſe , ne provenoit que
de ce que
M² Charitte avoit ajoûté chaque
jour quelque chofe à fon eftime ,fedon
la methode ordinaire des Pilo.
tes. On pourroit même dire qu'il
y a quelque contradiction , puis
qu'il avertit le Public que fa maniere
d'eftimer le fillage demande
du foin & de la vigilance , que
peu de gens voudront s'en fervir ,
parce qu'à chaquefois qu'on change
de voilure ,
le vent augmente
ou diminue , & qu'il fe rendfa
vorable ou contraire à la route , il
que
le
GALANT. 235
faut reiserer les Obfervations
l'eftime du fillage , & en tenir unt
Registre exact , c'est à dire en bon
François qu'elle eft impraticable",
il n'y a pas d'apparence que ces
Meffieurs s'en foient fervis . M
de la Montre a en raison de chercher
une feconde Invention , qu'il
a trouvée, dit-ilpour lespareſſeux,
qui demande auffi peu defoin que
que la Bouffole , & qu'il appelle le
Compas du fillage , qui fera connoistre
avec la mêmefacilité ,fans
fortir de la grande Chambre du
Navire , combien il avance en une
beure ou en une minute. On peut
facilement pronostiquer que cettè
Vij
236 MERCURE
La
feconde Invention fera auffidefec
sueuse que
leur principe eft fondé fur quelque
Machine qui mefure la force du
vent.
premiere , & que
LorfqueM' de la Montre dit ,
qu'il a appris que fes écrits n'ont
point efté mal reçus du public , il
Je donne de l'encens à luy même ,
ou bien on luy a impofe. Le public
n'eft point content de propofitions
en l'air , qui ne l'inftruisent de
rien. Ce n'eft pas que de tres Sçavans
hommes n'ayent quelquefois
annoncé qu'ils avoient trouvé telle
ou telle Invention ,foit afin de demander
du fecours pour en faire
GALANT 227
les experiences , foit afin d'obtenir
quelque récompenfe pour les Inven
tions qu'ils avoient déja publiées ,
dont le public avoit profité.
Comme M de la Montre n'eft
point dans ce cas , & qu'il n'a ja.
mais inventé aucune choſe , même
de peu de confideration , il doit publier
ce qu'il pretend avoir trouvé
pour mesurer exactement le fillage.
des Vaiffeaux avant que d'en demander
la récompenfe . L'Incertitude
qu'ilpourroit alleguer d'obtenir
cette recompenfe aprés avoir
publiéfes Inventions ,ſuppoſé qu”-
ellesfuffent auffi parfaites qu'il les
dit , eft une raifon tres foible. On
238 MERCURE
Içait que le Roy a recompenfe &
qu'il recompenfe continuellement
ceux quiperfectionnent les Sciences
& les beaux Arts , & que même
pour encourager les moindres genies
, il a donné des gratifications
à des perfonnes qui ont trouvé des
Inventions nouvelles , quoy qu'el
les n'euffent pas réuſſi dans la praz
tique . Si M¹ de la Montre ne communique
pas bien- toft ces deux Inventions
au public , & qu'il le
veuïlle toûjours tenir en fufpens ,
le public aura raifon de ne le pas
croirefur ce qu'il avance.
Je fuis obligé de repeter ce
GALANT.
239
que j'ay dit déja plufieurs fois ,
que je ne prens aucune part
en ces fortes d'Ouvrages critiques
, dont je ne fuis que le
fimple rapporteur , ne voulant
taxer perfonne. Ceux que l'on
attaque ont la voye de fe défendre
. Mes Lettres font un
champ ouvert pour la réponſe,
ainfi que pour la critique ,
pourvû qu'il n'y ait rien qui
puiffe bleffer ny dans l'une ny
dans l'autre ,
Mademoiſelle de Beringhen
a épousé depuis peu M' le
Marquis de Vaffé . La Maiſon
de Vaffé eſt des plus anciennes
240 MERCURE
du pays du Maine. Le Pere de
celuy qui vient de fe marier ,
s'appelloit le Vidame du mans.
Il avoit époufé la feconde Fille
de feu M' le Maréchal de Humieres
, qui en ſecondes noces
avoir épousé M ' le Marquis
de Surville , fecond Frere de
M' le Marquis de Hautefort ,
& qui commande le Regiment
du Roy. Madame la marquife
de Surville eft Soeur de Madame
la Princeffe doüairiere d'Ifenguien
, & de Madame la
Ducheffe de Humieres . Madame
la Maréchale de Humieres
, leur Mere , eft de la
Maiſon
GALANT. 241
Maifon de la Chatre.
La Mere de M² de Vaffé ,
Pere de celuy qui fe marie ,
eftoit Lanfac . La Maifon de
Vaffé eft encore alliée à cel
les de Gondy , de Lufignan ,
de Crequi , & à beaucoup
d'autres des plus confiderables.
Celuy qui vient d'époufer
Mademoiſelle de Beringhen
, eft Petit- neveu de Mr
l'Abbé , & de M'le Chevalier de
Vaffé , & de M' le Marquis de
Saint Georges Vaffé leur Frere.
Leurs Armes font fafcéd'or
d'azur de fix pieces . Le jeune
Marié eftoit dans fa premiere
Juillet 1701 .
X
242 MERCURE
enfance quand il perdit M' le
Vidame fon Pere. Madame la
Marquise du Surville , fa mere,
n'a rien negligé pour fon édu ,
cation . Il a fait les Etudes , &
enfuite tous les Exercices avec
beaucoup de fuccés.
Mademoiſelle de Bering.
hen eft Petite fille de Henry
Comte de Beringhen , Seigneur
d'Armainvilliers , premier E.
cuyer de Sa Majefté , Gouver
neur de la Citadelle de Marfeille
, qui avoit épousé en 1646 .
Anne du Bled , Fille de Jacques
du Bled , Marquis d'Uxelles
Gouverneur de Châlons , & de
GALANT: 243
Claude Phelipeaux , de laquelle
il a eu Jacques - Louis de
Beringhen , Comte de Chafteauneuf&
du Pleffis Bertrand
en Bretagne , Gouverneur des
Citadelles de Marſeille , &
premier Ecuyer de Sa Majefté
, qui a époulé N. d'Aumont
, Fille de Marie d'Aumont
& de Rochebaron , Duc
d'Aumont , Pair de France ,
& Marquis de Villequier &
d'lfle , Baron de Chapes , premier
Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Gouverneur
de Boulogne & du Boulonois,
& Petite fille de Michel
X ij
244 MERCURE
le Tellier , Chancelier & Gar
de des Sceaux de France . De
ce mariage eft venuë Mademoifelle
de Beringhen dont
je vous parle . Elle eft grande
, bien faite , & fort d'un
Convent où elle a efté élevée
auprés de Madame l'Abbéffe .
de Farmontier , fa Tante .
Elle est née d'un Sang fi fage
& fi vertueux , qu'il y a fujet
de croire que la vertu fera
d'un grand exemple à la Cour .
M' de Beringhen fon Pere ,
donna un grand Souper le jour
des Fiançailles , aux principaux
Parens des deux Maiſons.
GALANT: 245
L'affemblée fut grande , &
composée de perfonnes d'une
qualité diftinguée . On fervit
en même temps plufieurs tables
avec une égale abondance
, & beaucoup de delicateffe ,
& dans des lieux décorez d'une
maniere à faire plaifir.
Le 17. de ce mois , Monfeigneur
, & Monfeigneur le Duc
de Bourgogne allerent à Saint
Maur , où ils furent receus par
S. A. S. Monfieur le Duc. Il y
eut le foir un grand Souper ,
& deux tables magnifiquement
fervies dans le même
lica. A l'une eftoient Monfei.
X iij
245 MERCURE
gneur , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , Monfieur le Duc,
Madame la Ducheffe , Monfieur
le Comte de Touloufe , &
d'autres Seigneurs. L'autre fut
remplie de plufieurs perſone
nes d'une qualité diftinguée.
On en fervit encore d'autres
en divers endroits.
Le Lundyily eut une grande
Chaffe auLoup, & cette Chaffe
dura depuis le matin juſqu'à
huit heures du foir. Il y eut
enſuite un fort grand repas.
Le Mardy on n'alla point à
la Chaffe. Le dîner fut magnifique
, & la promenade charGALANT.
247
-
mante. Dans les intervales de
la promenade & du ſouper, on
fut agreablement diverti par
un tres . beau concert, compo .
fé des Sieurs Couperain , Vizée
, Forcroy , Rebel & Favre ,
Philbert & Decoraux , & d'une
petite Fille âgée de huit à neuf
ans , que ce dernier éleve par
charité , & qui fuivant fes le
çons , chante avec beaucoup
d'ordre & de propreté
.
M'de Chamillart de Vilatte
s'eftant toujours fait beaucoup
eftimer dans les Emplois qui
lui ont efté confiez ,foit dans la
Marine, foit dans les Finances ,
x iiij
248 MERCURE
& ayant toujours travaillé avec
un ordre & une affiduité qui
faifoient croire que l'expedi
tion fi neceffaire aux affaires ,
feroit prompte quand il en
auroit de plusgrandes entre les
mains , Sa Majefté l'a jugéca
pable de remplir toutes les
fonctions de l'employ qu'a .
voit M ' de S. Poüange
.
Vous vous doutiez bien que
dans la conjoncture prefente
des affaires , M' de Fer qui
eſt attentif à tout ce qui peut
faire plaifir au public , & qui
n'épargne rien pour cela , metGALANT.
249
troit bien- toft au jour quelque
Carte nouvelle . Il vient d'en
donner une intitulée. les
Frontieres d'Allemagne d'Ita.
lie pour l'intelligence des affaires
du Milanez , où fe trouvent les
Duchez de Milan , de Mantoüe ,
de Parme, de Modene la Republique
de Venife , les Evêchez de
Trente , & de Brixen , le Comté
deTirol , les Grifons , & la Valteline
partie de l'Archevêché de
Saltzbourg. Il vient auffi de
donner au Public une feconde
partie de l'Atlas curieux , ou lé
Monde. Il eft compofé comme
le premier de cinquante
250 MERCUR
E
Cartes , Plans , Vues , & Def
criptions nouvelles tres - curieuſes
, & bien gravées. Il
travaille à la troifiéme partie
qui fera achevée au commencement
de l'année prochaine
.
Je croy que vous avez ap
pris la mort de Mie Renouard
de la Toüanne , Treforier general
de l'Extraordinaire des
Guerres & de la Cavalerie Le
gere de Sa Majefté , aux Départemens
tant deçà qu'en
dela les Monts. I laiffe un
Fils Confeiller au Parlement ,,
qui a époulé N. do Bofc , Fille
GALANT. 251
•
de M ' du Bofc , Procureur general
à la Cour des Aides , &
cy devant. Prevoft des Marchands
.
Meffire Loüis Armand d'Alogny,
Marquis de Rochefort ,
Baron de Craon , Seigneur
d'Ingrande , Brigadier des
Armées du Roy , mourut le
21 de ce mois fans alliance .
Il eftoit Fils de Meffire Henry
Louis d'Alogny , Marquis de
Rochefort, Capitaine des Gardes
du Corps & Maréchal de
France , & de Dame Madeleine
de Laval.
Meffire Jean Neiret de la
252 MERCURE
Ravoye , Seigneur de Beaure
paire , Grand Audiencier de
France , & Treforier general
de la Marine , mourut le 23.
avoit épousé N. de Valliere ,
Fille du Fermier general de ce
nom . Sa beauté eft connues
ainfi je ne vous en dis rien .
Le Roy eftant tres fatisfait
des fervices que m'de Blecour
luy a rendus en Espagne , Sa
Majefté lui a donné le Gouver
nement de Navarin , qui va
quoit par le decés du Frere de
M'd'Artagnan , Commandant
de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , & qui fut tué
CALANT
253
au Siege de Maftrick . Son aîné
qui poffedoit le Gouvernement
de Navarin eftoit âgé
de cent dix ans. Sa majeſté a
nommé dans le même temps
M' Ducaffe , Gouverneur de
rifle de Saint Domingue
, pour
eftre Chef d'Efcadre de fes
Armées Navales & luy a donné
ordre de fe preparer pour
retourner en Espagne , où Sa
Majefté Catholique le fouhaite.
Il a de grandes lumieres , &
eft homme de bon confeil, &
d'expedition & tres capable
de rendre des fervices importans
. Ceux que Mм ' Dugué Вa254
MERCURE
nes ,
gnols rend aux deux Couronl'ont
fait nommer Intendant
des Armées d'Eſpagne en
Flandre ainfi qu'il l'eft deja de
celles de France .
Puifque vous voulez fçavoir
tout ce qui a efté écrit ſur
l'affaire de Carpi , je change.
ray ma maniere ordinaire , &
au lieu de vous envoyer une
Relation compofée de plu .
fieurs autres , je vous en en .
voye cinq , qui ont toutes eſté
faites par des Officiers gene.
raux , ou par des Colonels .
Vous trouverez dans chacune
quelques particularitez qui ne
GALANT 255
font point dans les autres.
Ainfi vous pouvez compter
qu'ayant toutes ces Relations ,
rien de ce qui eft digne d'eftre
remarqué dans cette grande
action , n'échapera à voſtre
connoiffance , & que l'une
vous éclaircira de ce que vous
trouverez d'obſcur dans une
autre. Voicy la premiere.
Du Camp de San Pietro Legnago
le 9. Juillet .
F
E vous écris ces mots , pour vous
dire que le Prince Eugene a paßé
ce matin le Tartaro & le Canal
blanc , ayant quinze mille hommes ;
tant Cavalerie qu'Infanterie , avec
256 MERCUR
2
lefquels il a attaqué le Cmp de
Carpi , commandé par Mrs de Saint
Fremont& du Cambout. Ce Camp
eftoit compofé des Regimens de Ruffey
& de Mauroy , Cavalerie , des
Dragons d'Eftrade , de Verac &
d'Albert. Mr de Saint Fremont a
marché d'abord aux Ennemis avec le
Piquet. Il les a chargez fortement
lors qu'ils fortoient du Village de
Caftagnaro , & il les a repouffezi
mais à la fin le grand nombre l'a
emporté , & il a efté repouſſè juſqu'à
fon Camp , où il afait halte , protegé
par les cinq Regimens . Celuy
d'Albert a retourné à la charge trois
fois , & a fait des chofes extraordi –
naires. Le Chevalier d'Albert , Colonel,
a efté tué & fept Capitaines.
L'action fe paffoit dans un chemin
bordé de Foffez des deux coftez. Les
GALANT. 257
Ennemis rempliffoient le chemin par
la Cavalerie , & au delà des Foffez
par l'Infanterie. Le Regiment d'Al
bert fe répandit fur mon Regiment &
fur celuy de Ruffey , qui eftoit derriere.
Ces Regimens ayant marché en avant
ont chargé dix fois les Ennemis , &
n'ont efte contraints d'abandonner le
Village de Carpi que par le feu de
l'Infanterie qui s'eftoit jettée dans
les maifons , qui nous a tué beaucoup
de monde. M Tomé eft tué ou pris ,
cinq Lieutenans , trente -fept Cavaliers
tuez fur la place . Mon Timbalier
fut tué avec fon cheval. Un de
mes Brigadiers rechargea les Timbales
& fut encore tué , & enfin les Tim
bales demeurerent , parce que le feu
de l'Infanterie fut fort redoublé , &
que Ms de Teffe fit retirer mon Regi
ment. Les Ennemis avoient un de nos
Juillet 1701.
Y
258 MERCURE
Etendarts , mais Mrs de Belle & le
Clerc l'allerent arracher au milieu
des Ennemis . Je ne pus arriver à mon
Regiment qu'à la fin de l'action
parce que j'eftois à lagrande Armée .
Mr du Cambout a eu un coup dans le
bas ventre , dont il eft mort. Mr de
Ruffey a perdu fon Lieutenant Colonel
, un Capitaine , un Etendart &
autant de Cavaliers que moy.
Mr le Prince Eugene qui eft bleffè
au genou , a dit qu'il falloit eftre
des Diables , pour foutenir ce que
nous avons fait .
Il paroift tant de naturel dans
cetteRelation qu'iln'y a pas lieu
de croire que celuy qui l'a écrite
ait cherché à déguiſer la verité .
Comme il n'a parlé qu'en gros
de l'action , en voicy une ReGALANT.
259
lation plus détaillée.
Les Imperiaux ont jetté cette nuit
deux Ponts fur le Canal Bianco,
l'un auprés de Trefenta , l'autre au
deffous de Caftagnaro , & dans le
.même temps ils ont paẞé avec une
extreme diligence un Corps d'Infanterie
& de Cavalerie d'environ quinze
mille hommes avec du canon .
Auffitoft que Mr de Saint Fremont,
qui commandoit le poste de Carpi , a
efté averti de leur marche , il a pris
le Piquet des Regimens de Ruffey ,
Cavalerie , d'Albert , Verac , &
Eftrade , & a marché à Caftagnaro,
où il eft arrive en même temps que
les Ennemis. Le Village a efté difputé
par ces détachemens , qui ont efté
foutenus par deux Compagnies de
Grenadiers , quiy arriverent presque
Y ij
260 MERCURE
auli - toft , mais le nombre des Enne
mis , tant Infanterie que Cavalerie ,
s'eftfort augmenté, & a coulé le long
de la Digue , pour venir attaquer
Carpi en méme temps que Caftagnaro
; ce qui a obligé Mr de Saint
Fremont d'y ramener les Troupes
avec lesquelles il s'eftoit avancé. Il
l'a fait avec affez de facilité , aprés
avoir combatu avec la derniere vigueur
, dans les défilez de Caftagnaro
, où il avoit obligé une partie des
Dragons détachez, de mettre pied à
terre.
Mr le Comte de Teffé ayantjugé
de cette attaque , par le bruit du Canon
, & parla décharge de Moufqueterie
frequente qu'on entendoit du
Camp de San Pietro de Legnago
où M³ le Maréchal de Catinat l'avoitlaiſſe
avec vingt- neuf Efcadrons
A
GALANT 261
fept Bataillons , marcha le plus
diligemment qu'il put avec le Piquet
de la Cavalerie , &fur les avis qu'il
reçut que M' de Saint Fremont eftoit
attaqué par un Corps confiderable ,
ilordonna que toute la Cavalerie le
fuivift avec les fept Bataillons . Il
arriva à Carpi dans le temps que
Les Ennemis attaquoient avec vigueur
les cinq Regimens quiy eftoient campez.
Sa prefencefit renouveller le combat.
Les Dragons d'Albert qui fe
trouvoient le plus prés des Ennemis
chargerent par trois fois l'épée à la
main. La Cavalerie qui remplißoit
le chemin qui eftoit bordé de l'Infanterie
des deux coftez, la protegeoit par
unfeu confiderable. M³ d'Albertfut
tué en cet endroit , & M du Cam..
bout reçut un coup de moufquet dans
le bas ventre. Les Dragons fe retire262
MERCURE
rent derriere les Regimens de Mauroy
& de Ruffey qui remplirent le chemin.
La Cavalerie Ennemie les
pourfuivit, Nos deux Regimens la
foûtinrent , & celuy de Mauroy la
chargea cing fois au milieu de l'Infanterie
Ennemie , qui faifoit un feu
confiderable , occupant toûjours les
bords du cheminfepatépardesfoffez,
laquelle s'avançoit toûjours pour appayer
les Cuiralliers qui le remplif
foient . Enfin cedant au grand nombre,
onfe retira au Village de Carpi
, dont les Ennemis occuperent les
maiſons . Mde Teſſerenvoya la Ca.
valerie qui eftoit venuë de Saint Pier
re parce qu'on ne put trouver un terrain
où la poster. Le pays eft fi fort
coupe de larges foffez pleins d'eau ,
qu'il n'eft pas poffible dans trois lieuës
qu'ily a de Saint Pierre de Lignage
GALANT 263
à Carpi , de former un Efcadron.
Les Bataillons furent placez dans le
Village de Villa- Bartholomea pour
favorifer la retraite du Camp de
Carpi , dont les Ennemis ne pafferent
pas le Village.
On doit remarquer dans
cette Relation , que le feul
Regiment de Mauroy chargea
cinq fois les Cuiraffiers de
l'Empereur au milieu de leur
Infanterie , & j'ay même vû
des Lettres dignes de foy, qui
portent , que ces Cuiraffiers
laffez de voir nos gens revenir
fi fouvent à la charge fur eux ,
le retirerent derriere leur In264
MERCURE
fanterie , & ne voulurent plus
combattre. C'est un fait qui
fe juftifie, en ce qu'on n'a point
pourſuivi nos gens par delà le
Village de Carpi . On ne le
croiroit pas , fi ce fait n'eftoit
de notorieté publique. En effet
il eft inoüy que quinze mille
hommes n'ayent ofé pourſui
vre le refte de feize cens cin
quante hommes , dont une
feule de leur charge auroit dû
faire perir jufqu'au dernier , ſi
la valeur des Troupes du Roy
n'avoit obligé les Ennemis de
prendre foin de fe défendre ,
au lieu de longer à attaquer.
Si
GALANT. 265
Si l'on examine qu'ils ont efté
chargez par nos Troupes juf
quesà dix fois , fçavoir , fept
fois par une partie de ces mêmes
Troupes , & trois fois par
le refte , on ne pourra s'empê
pêcher de croire que nous
eftions quinze mille hommes,
& qu'ils n'eftoient que feize
cens cinquante . Les noftres
leur crioient pendant le combat
, qu'ils n'avoient pas affaire à
des Turcs.
Les Ennemis après avoir fait des
Ponts fur le Tartaro ont marché avec
une partie de leur Armée le 9. au
matin. M de Saint Fremont eftoit
Juillet 1701 .
Ꮓ
266 MERCURE
campé à Carpi , avec trois Regimens
de Dragons , deux de Cavalerie
, & trois Compagnies de
Grenadiers. Ce petit Corps a fait
tout ce qu'on peut attendre d'une
grande valeur. Les trois Efcadrons
d'Albret ont chargé dans
trois differens chemins , les Efcadrons
de l'Empereur , & les ont toujours
poußez & renverfez le fabre à la
main , fans avoir efté entamez que`
par les Bataillons qui marchoient à
droite & à gauche des chemins , &
faifoient un tres-grosfeu fur nos Efcadrons
. Mr le Chevalier d'Alberty
efté tué avec onze Capitaines , tant
en pied que reformez ; M du Cambout
y a este bleffé à mort. Les Regi- ty
ment de Cavalerie de Ruffey &
de Mauroy , ont toujours renverfe
tout ce qu'ils ont chargé , & Mr de
GALANT, 267
Ruffey sy eft fort diftingue.
L'Infanteriey a fait des merveil
les avec deux cens Dragons à pied ,
des Regimens de Verace d'Eftrade,
qui n'ont pas eu de place pour combatre
à cheval. Ils ont fait un feu fi
vif & fi continuel , qu'on auroit dis
qu'ily auroit eu deuxfois autant d'In
fanterie. Mr le Chevalier de Novion
s'eftfignale par un combat particulier
avec un Officier qu'il a tué. Mr de
Saint Fremont s'eft porté par tout
le
courage & la capacité qu'on
luy connoift. Mr le Comte de Teffe,
qui commandoit à San Pietro de Legnago
en la place de Mr le Maref
chal de Catinat qui eftoit allè à Of
tiglia ,y marcha avec quelques detachemens
de Cavalerie . Il arriva
apres le commencement de l'action, &
sky, porta avec un courage , & une
avec
Z ij
258 MERCURE
+
hauteur que l'on admira. Un Officier
des Ennemis vint à luy & luy tira des
deux mains tout à la fois & de fort
pres, fes deux coups de pistolets qui luy
pafferent aux deux coftez de la tefte.
Il ne daigna pas pour cela mettre
l'épée & lepistolet à la main , &fonditfur
l'Officier , à qui il donna vingt .
coups de canne , & le renvoya à fon
Efcadron . Toute la valeur des Troupes
du Roy ne put empêcher les ennemis
qui eftoient plus de quinze mille
hommes avec le Prince Eugene à lear
tefte , de gagner du terrain. Ilfallut
tederaugrand nombre & à leur canon,
fe retirer en tres - bon ordre . L'action
dura depuis fix heures jufqu'à
neufheures du matin, Les ennemisy
ont affurement perdu plus de monde
que n us. Ils connoiftrout à qui ils
ont affaire , & cette action leur doit
GALANT. 269
donner une grande confideration pour
nos Troupes. Au contraire , celles du-
Roy ont conceu un fi grand mepris
pour celles des ennemis par lafacilitë
qu'ils ont trouvée à battre cesfameux
Cuirafiers , que cela fera un tresbon
effet dans l'efprit des Soldats .
Cette reflexion nous fait
voir de plus en plus les grands
avantages que les Ennemis
avoient dans ce Combat , puis
qu'outre celuy du Canon dont
nous manquions , ils avoient
des Troupes à droite & à gauche
qui nous battoient en
flanc. Quoy que cela foit en
ufage dans la guerre , il fem-
Z iij
270 MERCURE
ble que la generofité y foit
contraire lors qu'on eft trois
ou quatre contre un . Que di
roit- on fi deux hommes fe
battoient en combat fingulier,
& qu'un des deux euft plufieurs
perfonnes à fes coffez qui attaquaffent
fon ennemi pendant
qu'il ne pourroit fe défendre
que contre celuy qui l'atta.
queroit de front ? Il y a plus
dans l'affaire de Carpi. Non
feulement on tiroit des deux
coftez fur nos gens , qui ne
pouvoient le défendre contre
ceux qui tiroient fur eux , puis
qu'ils en eftoient feparez par
GALANT. 271
des foffez ; mais outre cela , chacun
avoit de front treize ou
quatorze hommes à combat.
tre , & même des Troupes
cuiraffées. Cependant comme
la derniere Relation que vous
venez de lire le fait voir , ne
pouvant combattre à cheval ,
ils en defcendirent , & ce fut
alors , quoy que la Relation
qublie cette circonſtance, que
ces braves Troupes mirent
leurs fufils en écharpes , ou
plutoft derriere leurs épaules,
& que l'épée à la main elles firenç
fuir les Cuiraffiers, qui ont
efté la terreur des Ottomans.
Z iiij
272 MERCURE
En lifant l'extrait de la Relation
que j'ajoûte à ces premieres
, voftre attention redoublera,
parce que vous connoiftrez
celuy de qui elle
vient.
Au Camp de San Petro de
Legnago , le 9. Juillet ..
Le Prince Eugene fachant que
j'estois reftéfeulement avec les deux
Regimens de Cavalerie de Mauroy
& de Ruffey, de deux Efcadrons chacur
, & les trois Regimens de Dragons,.
Fftrade , Albert & Verac,faifant
enfemble douze cens chevaux au
plus en estat de combattre , prit la
refolution hier au foir de paffer le
GALANT 273
Tartaro à Trefenta , & defaire jet-
·ter des Bateaux fur le Canal blanc
en decà de la Barouquelle . Ayant
paffe deffus avec quatorze ou quinze
mille hommes, & du canon , ila paru
à la pointe du jour, à une de ni - lieuë
plus avant que Carpi , à un Village
nommé Caftagnaro , où j'avois jetté
les trois cens hommes de pied qui
m'estoient reftez Il les a fait attaquer
par des Grenadiers , foutenus de
deux colomnes d'Infanterie . Je m'y
fuis avancé avec trois cens Dragons
de Piquet , & l'action a ekè fi vive
que le pofte perdu , nous l'avons re
pris , & avons chaße les Ennemiss
mais enfin a fallu ceder à la force,
& au feu épouvantable qui nous l'a
fait perdre de nouveau . On s'eft retire
en bon ordre , quoy que preffez,
jufque dans le Camp de Carpi , où
274 MERCURE
alors tout noftre monde a monté à cheval
, & s'eft mis en eftat de combattre.
Les Ennemis ont toujours marché
fur quatre colomnes. Nous nous fommes
prefentezpar tout avec un grand
feu qui les a contenus pendant trois
grandes heures afin de donner le laifir
Mr le Comte de Teffé de me venir
joindres mais comme du Campde San
Pietro de Legnago à Carpi , il y a
trois grandes lieuës de defilé , il s'eft
avancé à toutes jambes avecfonfils
àfes coftez, ayantlaiſſe la Cavalerie
& l'Infanterie affez loin derriere
luy, & il s'eft mis à la tefte du premier
Efcadron du Regiment & Albert
avec M1 du Cambout , & moy au·
fecond: Nous avons rechargé deux
fois deux gros Efcadrons de Cuiraffiers
qui fe font toujours renverfez, &
GALANT. 275
ne fe font ralliez que fous le feu de
l'une de leurs colomnes d'Infanterie ,
&font revenus à nous . Comme nos
Dragons eftoient deja fatiguez , on
a fait avancer les Regimens de
Mauroy, & de Raffey , qui ont encore
charge les Cairaiers , & fait le
même manege qu'à la charge des
Dragons.
Nos Troupes de la gauche qui
eftoient le long de l'Adige n'ont pas
moins bien fait leur devoir , &je fuis
obligé de dire que je n'ay jamais vu
de Troupes mieux faire engeneral &
enparticulier, & fe prefenter de meilleure
grace devant les ennemis ; mais
enfin Mr le Comte de Teffè nous
voyans prefts d'eftre envelopez de toutes
parts , a pris la refolution de nous
fairi retirer à une demi - lieuë derriere
Carpi , où la Cavalerie de San Pie
276 MERCURE
tro de Legnago , & fix Bataillons
nous attendoient , & comme les Imriaux
n'ont pas preffe plus loin , on cft
venu icy.
Si Mrle Prince Eugene veut eftre
de bonne foy , il avouera que dans
les deux actions qui ont duré plus de
trois heures , il luy a coûté bien du
monde ; auffi nous avons vuplufieurs
Officiers des leurs , & beaucoup de
Cuiraliers eftendus fur le champ de
bataille. De noftre cofte nous avoNŠ
bien perdu treize ouquatorze Officiers,
Capitaines , Lieutenans de Cavalerie
& de Dragons , &particulierement
Mr d'Albert,en chargeant courageufement
à la tète defonRegiment.
Le pauvre Marquis du Cambout,
•apres s'eftre diftingue dans les endroits
les plus perilleux , a receu un
coup de moufquetqui luy a paſsé dans
GALANT. 277
le ventre , & fortpar les reins.
Quand les ennemis ont refolu de
m'attaquer, il y a grande apparence
qu'ils eftoient bien avertis que Mr
le Marefchal eftoit parti dici bier 8.
de Juillet , avec un gros Corps d'Infanterie
, & tout le Canonpour
à Oftigliafur le Pô.
aller
Mrs de Rannes , & de Bourneuf
fe font fort diftinguez pendant les
deux actions.
On ne peut douter de la
fidelité de cette Relation
pufqu'on doit ajouter foy à
ceux qui ont commandé , donné
des ordres , qui les ont
fait exécuter , & qui les ont
execurez eux mêmes. Cependant
comme ils ne veulent pas
278 MERCURE
entrer dans tous les détails ,
pour éviter de fe donner toutes
les louanges qu'ils meri
tent , je croy vous devoir faire
part de la Relation fuivante ,
quia efté envoyée à des per
fonnes à qui l'on n'ole rien dire
que de vray.
armes ,
M le Prince Eugene las de ne
pouvoir rien faire qui repondift aux
aux hautes efperances qu'il avoit
données à l'Empereur du fuccés de fes
voulut tenter ceux de nos
quartiers prés de la riviere , qui feroient
les plus foibles . Il fceut parfes
Efpions que celuy de Carpi , ou Mr
de Saint Fremont , Maréchal de
Camp , commandoit , n'eftoit gardé
quepar tres-peu de monde , & refoGALANT.
279
lut de s'y attacher. Il commença
pour cet effet dès le matin à faire
de l'autre cofté de la riviere un tresgrand
feu de canon , & mine de jetter
des Ponts pour mieux arrefter nos
gens , & les occuper par fon pretendu
paffage , pendant que derobant fa
marche il fit à deux licuès au 'deffus
jetter des Ponts fur lefquels il paßa
avec quinze mille hommes , tant Infanterie
que Cavalerie de fes meil
leures Troupes . Mr de S. Fremont
que fes Efpions trahirent , en ayant
efté averti trop tard pour pouvoir s'y
oppofer , n'eut d'autre party à prendre
que de courir à la tefte des defilez
aufortir du Canal blanc , ce qu'ilfit,
quoy qu'il n'euft avec luy que les trois
Regimens de Dragons d'Albert , de
Verac, & d'Eftrade , les deux de Ca
valerie de Raffey & de Mauroy
280 MERCURE
trois cens hommes d'Infanterie& cent
cinquante Grenadiers ,faifant en tout
feize cens cinquante . Il tint tefte à
cette nombreufe Armee , & foutint
avec une valeur incroyable , de la
part de nos Troupes , un Combat de
trois heures entieres . Nos Efcadrons
de Dragons , quoy que beaucoup plus
foibles que ceux des Cuiralliers de
l'Empereur, ne laifferent pas de les
renverfer trois fois , & retournerent
jufqu'a feptfois à la charge . Les Regimens
de Verac & d'Eftrade ne
pouvant donner a caufe du front
étroit des defilez , mirentpied à terre,
&fejoignirent avec l'Infanterie ennemie
qui venoit pour les prendre en
flanc.Ils les arrefterent & favoriferent
noftre retraite , qui fe fit le plus
les
beureufement du monde ,fans que
Ennemis , qui vouloient fuivre leur
GALANT. 281
•
1
2
victoire , puffent y reüffir , par le bon
ordre que M de Saint Fremont y
avoit mis , poftant avantageusement
des Dragons a toutes les teftes des
defilez hors le champ de Bataille.
Mr le Comte de Teſſefut averti auſſitoft
pour accourir avec fon Piquet &
eftre à l'action , où ilfut toujours à la
tefte , avec Mrs de Saint Fremont ,
de Verac , & Mr le Marquis du
Cambout. On a remarqué le fang
froid de Mr le Comte de Teffé dans
une action particuliere . Un Officier
des Cuiraliers de l'Empereur eftant.
accouru à luy la bride de fon cheval
entre les dents , & tenant fes deux
piftolets , Mr le Comte de Teßé le
Taifa titer a bout portant , & il a eftë
affez heureux pour n'avoir qu'un cofté
de fa perruque brule , apres quoyfans
mettre ny llee ppiissttoolleett nnyy le fabre a la
Juillet 1701.
A a
"
282 MERCURE
main, il courut fur cet Officier , &
luy ayant donné vingt coups de canne,
le renvoya avec mépris a fon
Efcadron,
J'ay retranché beaucoup de
chofes de cette derniere Relation
, parce qu'elles eftoient
femblables à plufieurs articles
des autres , dans lesquelles j'ay
fait auffi quelques retranchemens
; de forte que quoy que
le fait foit repeté dans routes ,
il fe trouve peu de repetitions ,
les uns s'expliquant d'une maniere
, & les autres d'une autre ,
& chacun marquant quelques
circonftances differentes , ce
GALANT 283
qui fait mieux connoiftre la
grandeur de l'action qu'une
relation feule ne feroit , quel
que belle qu'elle fuſt.
J'ay laiffé dans deux Relations
l'article de M ' de Teffé , ·
non feulement parce qu'il y a
quelque chofe dans l'un qui
n'eff point dans l'autre , mais
auffi pour faire voir que plus
d'une Relation a parlé de cetre
action .
On ne peut donner trop de
louanges aux Troupes , les
Dragons d'Albert ont fait audelà
de tout ce que l'on pou
voit attendre des gens les plas
A a ij
284 MERCURE
aguerris , & ne ſe font retirez
qu'à regret , ayant perdu une
partie de leurs chevaux , &[ne
remportant
que des tronçons
d'épées. Les Cavaliers de Ruf.
fey animez par leur Colonel ,
ont fait un grand carnage de
tout ce qui s'eft prefenté de.
vant eux , & comme les Ge .
neraux ont vu que la partie
n'eftoit pas égale , & qu'ils alloient
eftre enveloppez
par
plus de fix mille chevaux qui
venoient par la chauffée &
par d'autres routes , & qu'ils fe
voyoient d'ailleurs affaillis par
l'Infanterie
qui fe gliffoit de
GALANT: 28
tous coftez , ils fe font retirez
en bon ordre.
Les Allemans doivent avoir
perdu beaucoup de Perfonnes
de marque , le premier & le
fecond Elcadron où eftoient
leurs Generaux ayant eſté ſouvènt
renverſez .
Le Roy a donné le Regiment
de Dragons de M le
Chevalier d'Albert , à M' le
Vidame d'Amiens fon Frere ,
& celuy de M' le Marquis du
Cambout à Mr de Gevaudan ,
ancien Colonel de Dragons
reformé.
28% MERCURE
Les Etats de Bourgogne
qui fe tiennent de trois ans en
troisans , ayant efté aſſemblez
l'année derniere , ont envoyé,
fuivant l'ordinaire , prefenter
au Roy les Cahiers de leur
Aflemblée. Leurs Députez
font , M'Fiot , Abbé de Saint
Eftienne de Dijon , pour le
Clergé , M' le Marquis de Laf
fey pour la Nobleffe , & M
Saunois , Maire de Nuys, pour
le Tiers - Frat . Ils ont eu au
dience de Sa Majefte , ayant
efté prefentez par Monfieur
le Prince , Gouverneur de la
Province , accompagné de M
GALANT. 287
le Marquis de la Vrilliere , Se.
cretaire d'Etat , & conduits
par M' Defgranges , Maiftre
des Ceremonies. M' l'Abbé
Fior qui eftoit il y a vingt- cinq
ans Aumônier du Roy , porta
la parole , & eut auffi l'hon .
neur de faire compliment à
toute la Maifon Royale. Ces
Députez furent favorable .
ment reçus , non feulement à
caufe de leur merite perfonnel
, mais parce que cette Pro
vince fait connoiftre dans toutes
les occafions où il s'agit de
marquer fon zele pour la gloire
du Roy , & pour le bien de
288 MERCURE
l'Etat , qu'elle fe fait un plaifir
extrême de contribuer à l'un
& à l'autre, On ne doit pas en
eftre furpris. Quand ſon in?
clination naturelle ne l'y porteroit
pas autant qu'elle fait ,
l'exemple du Gouverneur fuffiroit
pour luy infpirer les fentimens
qu'elle n'auroit pas.
Quoy que le Roy d'Eſpagne
donne prefque tout fon temps
aux affaires de fon Etat , &
qu'il affifte tous les jours à to
Confeils qui fe tiennent , ce
Prince voulant eftre folide .
ment occupé , a prié le Roy de
luy envoyer M' Vittman ,fon
tous
SousGALANT.
289:
Sous- Precepteur , pour s'entretenir
avec luy de belles Let
tres , dans le temps qu'il pourroit
avoir de relâche. Il eft rare
de voir un jeune Prince preferer
l'étude aux plaifirs , fur
tout lorfque fes affaires l'oc
cupent prefque entierement ,
& il eft d'autant plus glorieux
à Mr Vittmant d'eftre demandé
par le Roy d'Eſpagne , qu'il
femble que la jeuneffe foit dé
livrée d'un pefant fardeau
lorfqu'elle n'eft plus obligée
de s'entretenir avec fes Mai.
ftres.
Juillet 1701.
·Bb.·´
290 MERCURE
>
Mr l'Abbé Daubigné , Evêque
de Noyon , Comte & Pair
de France , a efté Sacré dans
l'Egliſe de la Maiſon de Saint
Cyr , par Mr l'Evêque de
Chartres , affifté de Mr l'Evê ..
que de Châlons , & de Mr l'Evêque
de Blois. L'Affemblée
fut digne du lieu de ceux qui
faifoient la Ceremonie , & de
ceux pour qui elle ſe faifoit :
on fervit enfuite pluſieurs tables
où l'abondance n'empê .
cha pas que la delicateffe ne
s'y trouvalt.
Les grandes Charges ne
demeurent pas long - temps
GALANT. 291
›
vacantes en France puifqu'auffi
toft aprés la mort de
Mr de la Ravoir , celle qu'il
avoit deTreforier general de la
Marineaefté achetée cinq cens
cinquante mille 1 par Mr de
Fontanieu , Receveur General
des Finances de la Rochelle ;
ce qui fait voir que l'argent
n'eft pas fi rare en France que
nos Ennemis le publient .
Le Fils de Mr d'Audun ;
Fermier General a acheté la
Charge de Receveur General
des Finances , dont Mr de Fontanieu
s'eſt défait pour avoir
celle de Treforier general de la
Marine. Rb ij
292 MERCURE
Le 6. de ce mois Mr l'Abbé
Paris de Bélebat , Chanoine
de S. Agnan d'Orleans , foûtint
en Sorbonne une Thefe
dediée à Mr le Marquis de la
Vrilliere. Ce Miniftre y affifta
& l'Affemblée compofée d'un
grand nombre de Prelats
& de la plus groffe partie
de la Cour & de la Robe
, fur tres nombreuſe.
Quoy que Mr de la Vrilliere
fuft affez reconnu dans fon
Portrait , il l'eftoit encore
mieux par les quatre Vers fuiyans
.
·
GALANT . 293
Define , Roma , tuos jactare
Superba Catones ,
Phybeis non funt integritate .
pares.
Talis imago viri virtutes fpirat
avitas
Quas facra Relligio , Mars
colit atque Themis.
Mr Nolin , Geographe or
dinaire du Roy , & de feu Son
Alteffe Royale Monfieur ,
vient de donner au Public un
Ouvrage de Geographie de
plufieurs Cartes , intitulé , Le
Theatre de la Guerre en Italie ,
contenant la Carte generale
Bb iij.
294 MERCURE
de Lombardie , avec les Cartes
particulieres du Vicentin , Veronois
, Padoüan , & le Polfinde ,
Rovigo , le Ferrarois , & partie
du Boulonois , le Modenois , le
Mantouan , & une Carte des
Etats du Milanez , où ſe trouvent
les Duchez de Parme & de
Plaifance , & les Territoires de
Bergame & de Breße . Il y a joint
une Carte d'Italie qui fert d'intelligence
pour connoiftre la
fituation de tous ces Etats ,
avec des Routes qui conduifent
aux Villes confiderables
qui finiffent au Royaume de
Naples. Ces Cartes fe vendent
GALANT. 295
en un volume ou feparément ,
& fe peuvent coller toutes en
femble , ce qui fait une gran
de Carte. Cet Ouvrage & plu
fieurs autres Cartes nouvelles ,
curieufes & Hiftoriques , dont
fedit fieur Nolin eft l'Auteur ,
fe trouvent chez luy à Paris ,
fur le Quay de l'Horloge du
Palais , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , vers le Pont
neuf.
Le 21. de ce mois , les Jurez
Crieurs , au nombre de vingtfix
, s'eftant trouvez dés le
matin dans la Sainte Chapelle
de Paris , & le Roy d'Armes ,
Bb iiij
396 MERCURE
4
& cinq Herauts d'Armes de
France s'y eftant auffi rendus ,
M' Delgranges , Maistre des
Ceremonies , y vint enfuite ,
aprés quoy ils allerent en la
Grand Chambre du Parlement
, & aux autres Compagnies
en cet ordre. Les Herauts
d'Armes marchoient les
premiers en Robes de deüil ,
la Corte d'Armes par deffous ,
qui eft de velours violet , un
chaperon auffi par deffus le
deüil , rabatu fur l'épaule. Ces
Robes eftoient femées de trois
grandes Fleurs de Lis d'or , &
marquées fur la manche d'une
GALANT . 297
Devife ou titre particulier ,
comme Charolois , Xaintonge ,
& autres. Ils avoient chacun un
Caducée à la main , voilé d'un
crefpe . C'eſt un bâton couvert
de velours fleurdelifé . Le Roy
d'Armes de France ſuivoit feul,
veſtu comme les cinq autres,
ayant comme eux un chapeau
en forme de Toque , avec un
long crefpe, Son Caducée differoit
des autres à caufe d'une
Fleur de Lis d'or qui estoit au
plus haut de ce Caducée , que
quelques - uns nomment Sce
ptre.
4
M ' Defgranges , Maiſtre
298 MERCURE
des Ceremonies , venoir feul
aprés le Roy d'Armes . Il eftoit
veftu d'une Robe de deüil à
longue queue , portée par un
de les Domeſtiques , ayant un
grand Chaperon de deüil renverfé
fur le dos , le Bonnet
quarré , l'épée au coſté , & le
bafton de Maistre des Cere
monies à la main .
Les vingt fix Crieurs marchoient
enfuite en Robes de
deüil,& en chapeau . Ils étoient
en bonnet quarré au Service
de la feuë Reine. Ces Crieurs
tenoient des clochetes
avoient au devant & au derrie.
&
GALANT 299
re de leurs Robes des Ecuffons
peints aux Armes de Monfieur.
Lors qu'on fut arrivé à
la Grand Chambre, l'audience
eftant ouverte , M' Defgranges
prit feance aprés le dernier
des Confeillers , & le Roy
d'Armes & les Herauts demeu
rerent debout & couverts der.
riere le Bureau , & les Crieurs
tefte nuë , en forme de demy
cercle. Le Maitre des Ceremonies
ayant dit à la Cour les
ordres qu'il avoit du Roypour
l'avertir de fe trouver à l'inhu
mation de Monfieur à Saint
Denis , il prefenta la Lettre
300 MERCURE
de Cachet , que M ' le premier
Prefident mit entre les mains
d'un des Confeillers qui en fic
la lecture , aprés laquelle M
le Premier Prefident dit , que
la Cour executeroit exactement
les ordres du Roy. Le Roy d'Armes
dit à haute voix : Jurez
Crieurs , faites la fonction de vos
Charges . Au même inſtant le
fieur de Voulges , l'un d'eux ,
s'eftant avancé , dit à haute
voix : Priez Dieu pour l'Ame
de Tres Haut , Tres Puffant
Prince , Monseigneur Philippe ,
Fils de France , Frere unique du
Roy , Duc d'Orleans , d. Char
GALANT. 301
tres , de Valois , de Nemours , &
de Montpenfier , Chevalier Com
mandeur de l'Ordre du Saint Ef
prit.
Priez Dieu pour l' Ame de Tres²
Haut, Tres Puiſſant Prince ,
I
Monseigneur Philippe Fils de
France , Frere unique du Roy ,
Duc d'Orleans , de Chartres , de
Valois , de Nemours , & de Montpenfier
, Chevalier Commandeur
de l'Ordre du Saint Eſprit , decedè
en fon Chafteau de S. Cloud , le gi
Juin dernier.
Les Crieurs fonnérent encore
une fois , & le fieur de
Voulge continua .
302 MERCURE
·Pour le repos de l'Ame duquel
fe feront les Prieres & Service en
l'Eglife de l'Abbaye Royale de
Saint Denis en France , où fon
Corps repofe. Demain à deux heu
res aprés midy feront dites Vefpres
& Vigiles des Morts , & le
lendemain à dix heures précifes
du matin fera celebré un Service
folemnel , & enfuite il fera inhu
mé.
Priez Dieu pour luy , s'il vous
plaiſt.
Les mêmes Proclamations
fe firent à la Chambre des
Comptes , Cour des Aides ,
Cour des Monnoyes , au Col
GALANT . 203
lege des Graffins , où loge M
le Recteur , au Chaſtelet ,
l'Hoſtel de Ville , à l'Election ,
à la Table de Marbre , & dans
la Cour du Palais Royal .
Au lieu de Nobles Devo.
tes Perfonnes , on dit à l'Univer.
fité , Nobles & Scientifiques Per.
Jonnes,
Le lendemain Vendredy ,
on dir à S. Denis les Vefpres
& les Vigiles des Morts . M'
l'Archevêque de Bordeaux y
officia . M Defgranges , Maiftre
des Ceremonies , & M'
Martinet , Aide des Ceremonies
, y affifterent avec qua
304 MERCURE
tre Heraults qui eftoient aux
quatre coins de la reprefentation.
Tous les Officiers de
la Maiſon de Monfieur qui
eftoient de quartier , lorfque
ce Prince mourut , y affifte
rent auffi Ils avoient demeuré
à Saint Denis depuis le
jour que le corps y avoit
efté porté. Ils l'avoient toû
jours gardé affiftant tous les
jours depuis le matin juf
qu'au foir aux Offices qui
s'eftoient dits pour le repos de
l'ame de ce Prince , & avoient
marqué par leur affiduité , par
leur douleur, & par leurs pricGALANT.
1305
res ,l'amour qu'ils avoient pour
luy. Tant qu'il n'eftoit point
inhumé il eftoit regardé comme
vivant , & les tables furent
fervies à Saint Denis , de la même
maniere qu'elles l'eſtoient
pendant qu'il vivoit .
Avant que d'entrer dans le
détail des Ceremonies qui fe
firent le jour de l'inhumation
,
je croy devoir vous dire comment
le Choeur de Saint Denis
eftoit décoré. Il y a longtemps
qu'on n'a rien vu de fi magnifique
en ce genre.
On avoit eu deffein de reprefenter
un Monument qui
Juillet 1701.
Cc
306 MERCURE
devoit occuper tout le Choeur.
Il confiftoit en une architeature
Ionique , qui le rempliffoit
depuis le rez de chauffée
jufqu'à cinquante pieds
de haut , de forte qu'il en
eftoit entierement revêtu ,
Cette architecture eftoit compofée
de pilaftres accouplez ,
avec des arriere corps. Il y
avoit entre ces pilaftres des
arcades de vingt- cinq pieds de
haut , plein ceintre , dont les
baudaux eftoient portez par
des impoftes , pofez fur les
arriere corps . Le bas des arcades
eftoit enrichi de baluf,
CALANT 307
tres d'or , à jour, dont les corps
eftoient de marbre , & dans le
creux de ces arcades il y avoit
un amphitheatre à trois gradins
, à fond noir , pour placer
plufieurs perfonnes , comme
auffi de grands rideaux d'étofe
noire , femez de Fleurs de Lis
d'or, qui fe fe paroient en deux
fousla clefdu cintre ,& eftoient
retrouffez à chaque cofté en
maniere de feftons , & rom :
boient jufque fur les baluſtres .
Les chapiteaux des pilastres
eftoient de relief d'or , & avoient
pour ornemens des
attributs de la mort , avec trois
Ccij
308 MERCURE
pieds & demi de large. Leur
baze eftoit auffi d'or avec un
cartouche reprefentant les Armes
de Monfieur au milieu
des pilaftres. La corniche &
l'architrave eftoient pareillement
d'or, les frifes de velours
noir femées de Fleurs de Lis
de bronze dorée , & de larmes
de bronze argentée . Le focle
qui portoit les pilaftres & le
baluftre, eftoit d'une bande de
velours pareille à la frife , bordée
de deux moulures d'or , au
deffus de la corniche à l'aplomb
des pilaftres . Il y avoit
un trophée de bronze dorée de
GALANT: 309
fix pieds de haut , qui s'élevoit
jufqu'aux feneftres . Toute cette
architecture eftoit enrichie
de plaques à cinq branches
dorées , d'un deffein particulier
, portant de petits flambeaux
quarrez. Elles eftoient
attachées aux chapiteaux au
deffous des cartouches au mi .
lieu des pilaftres, & fur des bafes.
Tout ce grand Socle qui
portoit l'architecture, en eftoit
bordé, avec d'autres flambeaux
plus forts. Il y avoit dans les
intervalles des girandoles portées
par des Lis dorez . Le
Choeur eftoit reveſtu de pa310
MERCURE
f
S
reils ornemens juſqu'à l'Autel
dont le Tabernacle eft le plus
magnifique qui foit en France.
Le Retable , qui a onze
pieds de face , eft de vermeil
doré cifelé. Les deux gradins
font de même. Le Tableau
qui eft à la place du Tabernacle
, a environ dix pieds de
large fur cinq de haut . Il eſt
d'or , & garni de Pierres pre
cieuſes en forme d'une archi
tecture de vermeil. Au deffus
de ce Tableau s'éleve une confole
magnifique auffi de vermeil
fort faillante , où le Saint
Sacrement eft fufpendu. Toute
GALANT.
318
Tarchitecture des autres ornemens
qui furent faits dans
toute la façade de l'Autel,
eftoit aufli d'or , & s'accordoit
avec les parties de
l'Autel que l'on a decrites ,
le tout ayant au deffus un
fort magnifique Dais . La
Mufique du Roy occupoit
la largeur de la tribune audeffus
de la porte du Choeur ,
placée comme dans les arcades
, avec des Baluftres.
Il y avoit dans les croisées
deux Tableaux , l'un contenant
la Bataille de Caffel , l'au
tre le Siége de Saint Omer,
312 MERCURE
peints par M Silvestre le
Cadet. Ces Tableaux ef
toient portez par des Re
nommées & entourez de trophées
avec la deviſe de Mon
fieur ; fçavoir une Bombe avec
ces mots Alter poft fulmina
terror , le tout peint & tehauffé
d'or. Ces Tableaux
avoient vingt cinq pieds delar ;
gefur dix huit de haut . Toutes
ces magnificences qui ne
laiffoient pas d'eftre lugubres,
nouvel agre recurent un
ment quand les lumieres parurent
, par les figures diffe .
rentes que formoit leur arangement,
Le
GALANT. Ziz
Le Cataphalque , ou le lieu
où l'on avoit pofé le corps ,
eftoit une eftrade de quatre
pieds de haut , ornée de fes
Corniches , avec des escaliers
aux deux bouts de cinq marches
chacun , le tout de quatorze
pieds de large & de
vingt - deux de long , & des
panneaux aux coftez des basreliefs
de bronze doré , reprefentant
le Siege de Bouchain ,
& celuy de Zuphen , tous les
Corps étoient de marbre.
Il y avoit fous cette eftrade
un Socle portant un Tombeau
de marbre , accompa
Dd
-Juillet 1701.
314 MERCURE
gné d'ornemens
de bronze
doré , furquoy eftoit pofé le
Corps fous un Poële magnifique
, avec fa Couronne
, fon
Colier de l'Ordre , couverts
de crefpe , & fon Manteau à
la Royale. Quatre figures
eftoient pofees aux coins du
Tombeau
, reprefentant
, ſçå
voir les deux du cofté de
l'Autel , la Pieté & la Prudence,
& les deux autres la Va·
leur & l'Amour de la Patrie.
Sur les Pieds d'eftaux , à la hauteur
des cinq marches eftoient
pofez des Vafes de marbre ,
ornez de confoles de bronze,
GALANT 3'5
d'une Couronne de Prince au
deffus , & de Fleurs de lis , le
tout portant des lumieress
Toutes les rampes de l'escalier
& la corniche de l'eftrade ,
eftoient bordées de fleurons
qui portoient des flambeaux ,
& les degrez garnis de chandeliers
. On avoit élevé au def
fus du Tombeau un Pavillon
tres magnifique , orné de pentes
, avec quatre rideaux qui
s'écartoient fur les angles en
feftons , foutenus de cordons
noirs & or , avec de groffes
houpes auffi d'or. Le corps fut
pofe fur le Tombeau , le Ven ,
D dij
316 MERCURE
dredy , veille de l'Inhumation ,
par douze des plus anciens des
Gardes de feu Monfieur.
Toute cette décoration a
efté inventée par M' Berin ,
Deffinateur ordinaire du Cabinet
du Roy , qui en avoit
fait le deffein, & qui a pris foin
de le faire executer. Je vous
envoye une Eftampe que j'ay
fait graver , d'une feule arcade
d'un des côtez du Choeur , ainfr
quand vous vous repreſenterez
tout du Choeur de l'Abbaye
de Saint Denis , rempli
de pareilles arcades , ornées de
même , & que vous y joindrez
GALANT: 317
1
ia magnificence lugubre de
l'Autel , comme je viens de
vous la décrire , celle du Catafalque
, & la décoration du
Jubé , voftre imagination fera
remplie de l'idée d'un lieu dont
le fombre éclat & la magnificence
vous feront regarder
comme le Temple de la mort .
Le Samedy 23 quelques
Compagnies des Gardes fe
mirent en haye dés le matin
dans les rues qui aboutissent
à l'Abbaye , dont les Portes
furent gardées par des Gardes
du Corps & par des Suiffes du
Roy.
D d iij
18 MERCURE
Toutes les Compagnies qui
avoient efté invitées , fe rendirent
à Saint Denis , & dans le
temps que chaque Compagnie
entra dans l'Eglife , les Jurez
Crieurs , qui estoient des deux
coftez de la Nef , fonnerent
de leurs clochetes , & alors M'
Defgranges fortit du Choeur
pour les recevoir , & les y faire
entrer & placer. Il y eut dixhuit
Evêques en Rocher & en
Camail , qui furent placez
prés le grand Autel du cofté
de l'Epiftre , outre les cinq qui
fervirent aux ceremonies dont
je parleray cy.aprés.
GALANT 319
Toutes les Cours Superieurés
ayant efté placées , ainſi
que tous les Corps que l'on
avoit invitez, & les Officiers de
la Maifon de Monfieur , Meffeigneurs
les Princes fortirent
d'un Apartement tendu de
deuil qu'on leur avoit preparé
dans l'Abbaye . Cent
Spauvres vêtus de gris marchoient
devant eux . Ils por
toient un Alambeau de cire
blanche , & eftoient fuivis
des vingt fix Jurez Crieurs.
Aprés venoient les Heraults ,
& le Roy d'Armes ; puis M
Martinet Aide de ceremonies
D d iiij
320 MERCURE
feul, & M Defgranges , Mai.
ftre des Ceremonies , feul.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
paroiffoit enſuite. Sa
queue eftoit portée par M
de Chiverny par le milieu , &
par M le Marquis de Seignelay
par le bout. Celle de Monfeigneur
le Duc de Berry ,
qui fuivoit eftoit portée par
M' Razilly par le milieu , &
par Mile Marquis de Somme
ry par le bout , & celle de Son
Alteffe Royale Monfieur le
Duc d'Orleans qui venoit ene
fuite , eftoit portée par M
d'Apremont, & par Mile Mar,
quis de Cayeux.
GALANT. 321
3
Toutes les féances eftanr
prifes , M' l'Archevêque de
Bourdeaux qui avoit officié
pontificalement aux Velpres
que les Religieux avoient
chantées le jour precedent ,
commença la Meffe revêtu de
fes habits Pontificaux , ayanc
pour affiftans Mrs les Evêques
de Soiffons , & de Marſeille.
La Meffe fut chantée par la
Mufique du Roy.
Lorſque l'Evangile eut efté
dite , le Prélat celebrant fe
plaça dans un fauteuil qu'on
luy avoit preparé un peu au
deça de l'Autel , & il y reçût
les Offrandes . Les autres Pré-
[
322 MERCURE
lats s'affirent auffi dans des
fauteuils.
Le Roy d'Armes , aprés
avoir fait les reverences à l'Autel
, à la repreſentation de
Louis XIII. à Meffeigneurs
les Princes , au Corps de Mon.
fieur , à Monfieur le Duc de
Chartres , qui ne prit lenom
de Duc d'Orleans qu'aprés
l'inhumation du Corps de
Monfieur , & à tous les Corps
feparement qui avoient elté
invitez. Le Roy d'Armes, dis .
je , alla fe ranger à coſté droit
de l'Autel , & en même temps
Mr Defgranges invita MonGALANT.
313
feigneur le Duc de Bourgogne
par les mêmes reverences , &
ce Prince , aprés les avoir auffi
fait toutes , s'approcha de
Evefque celebrant , & M
Defgranges luy preſenta un
cierge qu'il prit des mains du
Roy d'Armes ; & ce Prince
s'eftant mis à genoux fur un
carreau baifa l'anneau de M
l'Archevêque de Bourdeaux ,
& luy preſenta le cierge , après
quoy il fut reconduit à fa
place . Je ne vous dis rien du
refte de la ceremonie de l'Of
frande , vous en pouvez już
ger parce que je viens de vous
marquer
322 MERCURE
lats s'affirent auffi dans des
fauteuils.
Le Roy d'Armes , aprés
avoir fait les reverences à l'Autel
, à la reprefentation de
Louis XIII . à Meffeigneurs
les Princes , au Corps de Mon.
fieur , à Monfieur le Duc de
Chartres , qui ne prit lenom
de Duc d'Orleans qu'aprés
l'inhumation du Corps de
Monfieur , & à tous les Corps
feparement qui avoient elté
invitez. Le Roy d'Armes , dis .
je , alla fe ranger à cofté droit
de l'Autel , & en même temps
Mr Defgranges invita MonGALANT.
323
1
feigneur le Duc de Bourgogne
par les mêmes reverences , &
ce Prince , aprés les avoir auffi
fait toutes , s'approcha de
Evefque celebrant , & M
Defgranges luy preſenta un
cierge qu'il prit des mains du
Roy d'Armes ; & ce Prince
s'eftant mis à genoux fur un
carreau baifa l'anneau de M
l'Archevêque de Bourdeaux ,
& luy prefenta le cierge , après
quoy il fut reconduit à fa
place . Je ne vous dis rien du
refte de la ceremonie de l'Of
frande , vous en pouvez już
ger parce que je viens de vous
marquer
324 MERCURE
Les ceremonies de l'Offran
de eftant achevées , un des
Heraults d'Armes alla prendre
M' l'Evefque de Langres qui
devoit prononcer l'Oraifon
Funebre. Il avoit tant de chofes
à dire à la gloire de feu
Monfieur , qu'il auroit eſté
difficile qu'il les pust renfer
mer toutes dans une feule
Oraifon Funebre quelque lon .
gue qu'elle fuft. Si toft qu'elle
fut finie , le Prélat Officiant
acheva la Meffe , aprés laquelle
il vint vers le Corps , accompagné
des Evêques de
Soiffons & de Marſeille , aufGALANT.
325
quels ceux de Lodefve & d'A
vranches fe joignirent. Ils avoient
la Mitre en tefte , &
eftoient fuivis de leurs Au .
moniers , & des Religieux de
l'Abbaye. Ils firent les prieres,
les encenfemens
, & les afperfions
ordinaires , ce qui s'apelle
abfolution, Chaque Prélat fit
la fienne , les quatre aurtes de ;
meurant affis dans des fau.
teüils pendant ce temps. Aprés
cela les douze Gardes de Mon
fieur qui avoient toujours gardé
le Corps de ce Prince depuis
qu'il étoit à S. Denis ayant
defcendu le cerceüil de deffus
326 MERCURE
l'Eſtrade le porterent au Caveau.
Lesquatre coinsdu Poële
eftoient tenus par Mrs de Pluveaux
Pere & Fils . M ' le Mar.
quis de Ris , & M ' de Brereüil .
En même temps le Roy d'Armes
qui eftoit au haut des degrez
du Caveau , appella les
honneurs , en ces termes.
M'de Matharel premier Maifire
d'Hoftel , & vous Maiftres
d'Hoftels ordinaires de Monfieur ,
apportez vos Bâtons.
Mis de Matharel , Tubeuf,
'de Villeneuve , de la Menau .
diere , de Sommelans , & de
Frefcaire , apporterent leurs
GALANT. 327
:
Bâtons & le Roy d'Armes
continua à haute voix
Monfieur de Lifcoüet , Capi.
taine des Suiffes de Monfieur ,
appartez voftre Bâton de com .
mandement .
Mile Marquis d'Eftampes ,
Capitaine d'une Compagnie des
Gardes du Corps de Monfieur
apportez voftre Bâton de comman
dement .
M le Marquis de la Fare ,
Capitaine d'une autre Compa .
gnie des Gardes du Corps de Mon
fieur ; apportez moy voftre Baston
de commandement.
M le Marquis d'Effiat , pre
328 MERCURE
mier Ecuyer de Monſieur , appor:
tezfon Epée.
Mr le Marquis de Verneüil ,
Maitre de la Garderobe de Mon.
fieur ; apportezfon Collier de l'Or.
dre du S. Efprit.
M' le Marquis de Saffenage ,
premier Gentilhomme de la Cham.
bre de Monfieur ; apportez Son
Manteau àlaRoyale,
Mr le Comte de Chatillons,
premier Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur , apportez få
Couronne,
Le Roy d'Armes reçut tou
tes ces chofes , & à meſure
qu'elles luy furent apportées ,
GALANT. 329
:
il les donna à un des Herauts ,
qui eftoit fur le haut du degré
par où l'on avoit defcendu le
corps , & ceHerault les donnoit
à deux Religieux qui estoient
au bas du degré . Ces Religieux
mettoient tout fur le Cercueil
de Monfieur.
Tous les Bâtons de Commandement
, & ceux des Maiftres
d'Hoſtel ayant eſté rompus
, M de Chatillon, premier
Gentilhomme de Chambre ,
dir à haute voix .
Meffieurs , Monfieur eft mort,
nous n'avons plus de Maiftre, fa
Maifon eft éteinte , pourvoyons,
Juillet 1701 .
Ee
330 MERCURE
nous , prions Dieu pour luy.i
Aprés quoy le Roy d'Armes
dit. bron &
Tres haut tres puiffant
Prince , Monfeigneur Philippe ,
Fils de France , Fiere unique du
Roy , Duc d'Orleans , Chevalier,
Commandeur du Saint Efpritzeft
mort.
Tres haut & tres - puiffant
Prince Monseigneur Philippe ,
Fils de France , Frere unique du
Roy, Duc d'Orleans , Chevalier
Commandeur de l'Ordre du Saint
Esprit , eft mort.
Priez Dieu pour fon Ame,
Ces triftes paroles firent
"
GALANT. 331
&
répandre des larmes à la plus
@grande partie des affiftans ;
& pendant toute la ceremonie
Monfieur le Duc d'Orleans
Parut penetré de douleur.
Aprés la derniere procla-
<mation du Roy d'Armes , on
chanta un De profundis , & la
ceremonie finit .
བ་ །
age: Les Auguftins Déchauffez
oniont pas efté des derniers à
faire paraiftre leur zele dans
srecerte tristé occafion , le quatriéme
jour aprés l'Encerrement
de Monfieur , ils firent
sedans deur Eglife un Service
Ee ij
31 MERCURE
auffi folemnel que leur efter
le pouvoit permettre , pour le
repos de l'Ame de ce Prince.
La plus grande partie de la
Maifon de S. AR & de
Madame s'y trouvá auffi bien
que a quantité de Perfonnes
de qualité de leurs voifina
ge qu'ils y avoient invitées &
qui vinrent joindre leurs Pric
res à celles de ces Religieux ,
lefquels n'eurent d'autre vue
en cela que dé donner une le
gere marque de leur recon
noiffancé pour les bienfaits
qu'ils ont reçus de Monfieur
pendant la vie , & pour les
GALANT 335-
bontez dont Madame les honore.
Je ne croyois pas qu'aprés
les cinq Relations de l'affaire
de Carpi , qui font dans ma
Lettre, je duffe encore vous en
envoyer une ; mais outre qu'
elle a efté écrite plufieurs jours
aprés cette memorable action ,
je puis vous affurer qu'elle
a efté faite pour en rendre
compte à la Cour. On y voit
les noms de plufieurs Officiers
des Troupes de l'Em
pereur tuez & bleffez , & un
détail de l'affaire plus étendu
334 MERCURE
& plus net que dans aucune
des autres Relations. J'ay lu
depuis dans des Relations qui
venoient du Camp même des
Ennemis , que Mr le Prince
Eugene , outre fa bleffure au
genou , avoit eu une contufion
, & deux chevaux tuez
fous luy.
N
7:
Les Ennemis fçachant que Mª de
Catinat effort particle To de San-
Pietro de Legnago , avec l'Infanterie
e le Canon pour aller à Oftiglia
fur le Pò , & qu'il n'avoit laiffè que
fix Bataillons à Mr le Comte de Tef
fe , & vingt- hait Eſcadrons, refolarent
le 8, à l'entrée de la nuit dejetGALANT.
335
ter des Bateaux fur le Canal blanc
& fur le Tartaro , & de venir le len
demain 9. attaquer un de mes Pof
tes de deux cens hommes , quej'avois
faitretrancher au Village Caftagnaropour
me couvrir demi- lieuë au deffous
de Carpi. Après une longue refiftance
, nos gens abandonnerent le
-Pofte, & comme je vis que cela ba-
Jançoit, M³ du Cambout & moy nous
marchames à la tefte de trois cens
·Dragons détachez à pied , & le debris
de noftre petit corps d'Infanterie ralliez
Les Ennemisfurent rechaſſez par
grandfeu de moufqueterie , & à
coups de bayonnettes croifees aveccelles
des Grenadiers Imperiaux , & le
Pofte repris & rétabli. Il ne fallut
pas moins que la plus grandepartie
des Grenadiers de l'Empereurfautenus
& rafraichis par des detache
336 MERCURE
mens de deux Colonnes d'Infanterie
& une de Cavalerie pour l'abandon
ner une feconde , & troifième fois.
Pour lors , nous primes le parti de
-nous retirer en gens de guerre , avec
des détachemens de Cavalerie , qui
donnerent le loifir à nos Dragons de
remonterà cheval, & de marcher en
-combattantjufqu'a la tefte de noftre
Camp , où nous nous remimes en Bataille
; mais comme c'est un pays fort
coupé , les Ennemis furent obligez de
marcher dans des chemins fur quatre
colonnes , celles de leur gauche compofée
de Cuirafiers chargerent nos
gardes ordinaires , foutenues du Regiment
de Ruffey , à la tefte duquel
Ms du Cambout , en repouffant les
Ennemis vigoureusement , fut bleffe
daun coup de moufqueton , dont il eft
mort , & Mr de Ruffey dans cette action
GALANT
337
tion comme dans toutes les autres , à
toûjours courageufement chargé à la
tefte du fon Regiment . Dans le temps
qu'avec un auffi petit Corps que le
mien , je faifois face par tout pour
donner lieu à l'Armée de me venirfecourir,
ou de m'ordoner de me retirer,
M le Comte de Teffé arriva feul
avec fonfils , ayant laiffe à Villa-
Bartholomea , à une lieuë derriere ,
fa Cavalerie , & fix Bataillons , &
Jans balancer un moment , il fe mit
à la tefte du premier Efcadron du Regiment
d'Albert , & moy au fecond.
On chargea l'épée à la main deuxgros
Efcadrons de Cuiraliers , qui aprés
leurpremiere charge tournerent confufement,
& ne fe rallierent que fous
le feu de leur Infanterie qui les protegeoit
à droite & à gauche dans les
hayes , & les Princes Eugene , & de
Juillet 1701. Ff
}
338 MERCURE
Vaudemont autres Officiers Gene
raux , furent les feuls qui purent
obliger la Cavalerie de l'Empereur
à venir faire une feconde charge , &
une troifiéme quifurent belles & bien
foutenues de noftre part. Pendant ce
temps- là , M de Rannes avec un
gros détachement de Dragons , faifoit
tefte aux Grenadiers qui venoient en
foule le long de la Chauffée de l'Adige.
Ms le Comte de Teßé voyant
que deux colomnes d'Infanterie par
la droite par la gauche s'avançoientaffez
pour nous enveloper jugea
ápropos de nousfaire retireravec beaucoup
d'ordre ,pardes chemins deprécau.
tion quej'avois fait faire pour aller
joindre les troupes qui s'eftoient avancées
à Villa- Bartholomea , mais les
Ennemis ne pafferent point Carpi.
Pendant quatre heures de temps
16
GALANT. 339
que j'ay eu à faire à la tefte de l'armée
des Ennemis , il s'y eft paffe des
actions generales & particulieres f
hardies, que cela doit donner bonne
opinion de nos Troupes à celles des
Imperiaux.
A la verité , il nous en coûte bien
quarante ou cinquanteOfficiers , & environ
deux cens Soldats , Cavaliers où
Dragons , & entre autres M du
Cambout , qui eft une perte confiderable
, Mr de Bremon , Colonel reformé
de Cavalerie , Mrde Caltré,
Lieutenant Colonel de Cavalerie ,
& Mr le Chevalier d' Albert qui a
efté tué en chargeant l'épée à la main
auprés de Mr le Comte de Teffe , &
fon Fils. Ce jeune homme ne m'a
pointparu étonné de fe voir mêlé avec
des gens qu'il ne connoißoit pas encore.
Si les Allemans , contre leur cou tu-
Ee ij
140 MERCURE
me de cacher toujours leur perte , vou
loient eftre de bonne foy , ils avoueroient
qu'il leur en coûte au moins
autantqu'à Nous. Nousfcavons déja
qu'ily a eu un Colonel de Cuiraf
fiers tué , le General Palfi tué on
bleffe , le General Cerini tué , & M²
lé Prince Eugene bleſſe au genouil
d'un coup de feu . On le vit emporter
dans la maifon que j'occupois à Car
pi. Le Comte Moutonni , Officier
General d'Artillerie , a auſſi efté tué.
On a fceu depuis que cette Relation
a efté envoyée, que le nombre
de nos morts a efté moins
grand que celuy qu'on y voit marqué
, & que plufieurs que l'on
croyoit morts font prifonniers .
Le 17. de cemois , Mile Marquis
de Torcy envoya fon Ecuyer
á Mr le Marquis de CafGALANT.
341
fe
tel dos Rios , Ambaffadeur d'Ef
pagne , pour luy dire d'aller
parler à Sa Majesté . Son Exellence
partit de Paris pour
rendre à Verſailles . Le Roy le
fit entrer dans fon Cabinet , &
luy dit que fa Majefté Catholique
le faifoit Grand d'Efpagne.
Sa Majeſté y ajoûta les témoinages
les plus obligeans de l'eftime
dont elle honore ce Minif
tre. Cette nouvelle ayant efté
répanduë , on ne fçauroit exprimer
combien toute la Cour
prit de part à la justice que fa
Majefté Catholique rendoit á
fon Ambaffadeur . La conduite
delicate & judicieufe qu'il a gardée
dans les temps les plus dif
ficiles meritoit bien cette recompenfe.
Tout le monde s'y atten
"
Ff iij
342 MERCURE
doit , & la joye qu'on en a euë
eftoit auffi vive , que fi c'euft
efté une veritable furpriſe . Il
n'y a aucune perfonne de marque
à la Cour qui n'ait temoigné
un veritable empreffement de
l'en feliciter. Monfieur le Prince
alla des premiers chez ce Miniftre
pour luy en faire ſes complimens
. Tous les autres Princes
& Princeffes luy en ont fait
les leurs , rien ne pouvant s'ajoûter
à l'eftime que l'on a pour
luy en France.
Sa Majefté a donné en même
temps des marques de la fatisfaction
qu'elle a des fervices de
Mr Roulier , Ambaffadeur de
France en Portugal . Elle a envoyé
à ce Miniftre fon Portrait
enrichi de diamans , pour luy
GALANT , 343
Faire voir , combien elle eft contente
du Traité qu'il a conclu
entre la France , l'Eſpagne , &
le Portugal.
Madame la Ducheffe douairiere
de Vantadour eft morte le
23. de ce mois en fon Château de
Sainte Marie du Mont en Normandie
, où elle s'eftoit retirée
depuis quelque temps pour y
mener une vie exemplaire . Elle
avoit eftabliune Communauté ,
où l'on élevoit à fes dépens un
affez grand nombre de pauvres
filles , & elle employoit un revenu
confiderable en des oeuvres de
charité. Elle a toujours vêcu
dans une pratique exacte des
Loix Evangeliques , & depuis
quelques années elle obfervoit
Ff iiij
1
344 MERCURE
"
& faifoit obferver à fes Vaffaux
dans fes Terres , une
regularité
qui édifioit tout le monde. Elle
eftoit fille du
Marefchal de S.
Geran , &
s'appelloit Marie de
la Guiche . Elle avoit épousé
Charles de Levi Duc de Vantadour
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Limoufin , mort en
fon
Gouvernement en 1649. &
eftoit
demeurée veuve à l'âge de
vingt- fix ans. Elle en avoit foixante
& dix - huit quand elle
eft morte. Elle eftoit mere de
M le Duc de
Vantadour
qui a épousé la feconde fille de
feu Mr le Marefchal de la Motte
Oudencourt , Duc de Cardonne,
& de Madame la Marefchale de
la Motte ,
Gouvernante des En-
>
GALANT PAS 345
' ,
fans de France . Madame la Ducheffe
d'Aumont & Madame la
Ducheffe de la Ferté font foeurs
de Madame la Ducheffe de Vantadour,
Dame d'honneur de Son
Alteffe Royale Madame. Mr le
Duc & Me la Ducheffe de Vantadour
n'ont qu'une fille unique ,
qui avoit époufé en premieres
noces feu M le Prince de Turenne
, fils aîné de Mr le Duc de
Bouillon qui fut tué à Stenkerque
. Elle a épousé en fecondes
noces M' le Prince de Rohan ,
frere de M le Coadjuteur de
Strasbourg , & fils aîné de Mr le
Prince de Soubife . Mr le Duc de
Vantadour a deux foeurs , l'une
Religieufe de la Vifitation à
Moulins , l'autre Madame la Maréchale
de Duras.
A
OM
346 MERCURE
Mt Duret , Prefident au Grand
Confeil , a épousé la veuve de
Mr de Choi , Maréchal des
Camps & Armées du Roy.
Je croy vous avoir déja apris
la mort de Meffire Raymond
Dalon , premier Prefident du
Parlement de Navarre , arrivée à
Pau le 28. du mois d'Avril. Il
avoit efté pendant cinq ans Confeiller
au Parlement de Bordeaux
, & pendant vingt- cinq
Avocat General dans le même
Parlement , où il s'eftoit acquis
une grande reputation par fafageffe
, par fon éloquence & par
fon profond fçavoir . Mr fon fils
Juy fucceda à l'âge de dix- neuf
ans à la Charge d'Avocat Gene--
ral. Il feroit inutile de vous dire
avec quelle diftinction il l'a
GALANT. 347
exercée . Le Roy qui decide du
merite de fes Sujets par les emplois
plus ou moins importans ,
qu'il leur confie , a fait luy -même
fon éloge le 21 du mois paffé
en luy faifant remplir la
Charge de premier Prefident
vacante par la mort de Mr
Dalon fon pere , quoy qu'il ne
foit encore que dans fa trentetroifiéme
année Il a époufé depuis
quelques jours Mademoifel-
Te Choart , fille de Mr Choart
qui étoit Surintendant de la Maifon
de Madame la Dauphine, &
de Dame N. de Seve d'une Famille
illuftre. Ils font parents de
Mr de Chamillart .
La Lettre qui fuit m'a efté envoyée
de Rouen , & j'ay cru devoir
vous en faire part. Elle fait
connoiftre le carractere definte .
348 MERCURE
reffé de Mr Fagon , & l'obligation
que luy doit avoir toute la
France de tout ce qu'il imagine
tous les jours pour faire fleurir
la veritable Medecine . Ce qui
à donné lieu à cette Lettre , étant
un fait pofitif, les loüanges
qui en refultent ne peuvent
eftre regardées que comme finceres
& juftes , fans qu'on les
puifle imputer à un eſprit de
partialité.
A Rouen , ce 26. Juillet .
Nous avons vu , Monfieur , dans
le Mercure du mois de Juin , que
le Roy a donné la Chaire Royale de
Caën à Mr de la Duquerie , aprés
qu'il l'a emportée par la difpute . En
nous marquant le rapport qui en a
eftéfait à Sa Majefte par Mr Fagon
fon premier Medecin , vous en
GALANT 349
dites fipeu de chofe à cette occafion
qu'il eft aife de juger que vous ména
gez la modeftie de cet homme illuftre ,
qui eft aufi grande que fon defintereffement
eft fingulier. Il paroift qu'il
n'eſt pas venu à votre connoiffance
que ce n'eft que depuis qu'il eft premier
Medecin que toutes les Chaires
Royales du Royaume qui font en
grand nombre , ont efté remifes à la
difpute , fuivant leur fondation ; ce
qui faifoit cependant depuis treslongtemps
un revenu fort confiderable
aux premiers Medecins. L'on
nous apprend encore que cet homme fi
rare a declaré ( & il l'execute actuel
lement ) qu'il donneroit au fçavoir
tout ce quife trouveroit à fa nomination.
Vous ne fçauriez croire , Monfieur
, combien cela caufe de mouvement
à nosjeunes gens , & combien
350 MERCURE
leur émulation pour travailler s'en
augmente . Je juge qu'il en doit eftre
de mefme par tout ailleurs , tout le
public luy en doit de grands remercimens
, carfans luyil est tres - conftant
qu'il n'y auroit plus eu de Medecins
en France , n'y ayant rien de plus
commode que de faire la Medecine
fans aucune connoiffance , avec quel
ques pretendus fecrets . C'est ce que
j'entens dire à toutes les perfonnes de
bonfens .J'ai en monparticulier beaucoup
d'obligation à Mr Fagon, queje
n'ayjamaispû reconnoiftre . Mon zele
pour luy m'a fait juger que vous
qui ne cherchez qu'à fcavoir la
verité, vous ne feriez pas faché que
je vous l'appriffe . Vous enferez l'ufage
qu'il vous plaira , mais vous ne
fcaurezpas le nom de la perfonne qui
sempreffe à vous l'apprendre, Je ne
GALANT RY
pretens point me faire un merite de fi
peu de chofe auprés de M Fagon,
que le Seigneur nous veüille conferver
de longues années pour le bonheur
de la fante de noftre grand Mo
narque. Voftre attachement à publier
tout ce qu'il fait d'étonnant est trop
connu de tout le monde, Monfieur ,pour
ne pas eftre convaincu de vos fentimens
pour celuy qui contribue à une
fanté auffi precieafe que celle du Roy,
C'eft ce qui m'a fait croire que vous
recevriezavec plaisir l'avis que vous
donne Vostre , &c.
Le Lut eftoit le vray mot de
1'Enigme du mois paffé , qui a
efté auffi expliquée fur le Violon
, quoy que les mots de Courbe
& de Boff , n'y conviennent pas
fi bien qu'au Lut, C'eft fur ce
352 MERCURE
dernier mot que l'ont expliquée
Mis de Monfaulnin , Marquis du
Montal ; le jeune Comte de Bierge
fon Coufin , Simonnet de Daucourt
; 1 Abbé Macfihuy , Doc.
teur en Droit Canon & Civil ,
rue Françoife ; le Medecin Anglois
du College des Cholets ;
Jacquinot de Druzis ; Tamirifte
de laruë de la Cerifaye ; le Mouton
blanc , & fon Poulet ; Mr de
S. Georges de Tours , & la terreur
des Lions du Pont S. Michel.
Mademoiſelle Javotte , jeune
M du coin de la rue de Richelieu
.
L'Enigme nouvelle queje vous
propofe eft de Mr Simart de Sezanne
.
GALANT. 359
PLus
m
ENIGME .
Lus mon Pere s'éleve , & plusje
fuis petite ,
Je ne dois ma grandeur qu'à fon.
abaiffement.
Sa prefence me met en fuite ,
Et malgré cet éloignement ,
Lecteurs , vous me voyez tous lesjours
àfa fuite.
Le premier d'Aouft , Madame
la Ducheffe de Bourgogne alla
fe baigner dans la riviere , & paffa
dans une Ile vis - à - vis le Port
de Marly. L'on avoit conſtruit
dans la Riviere une Feüillée ,
deftinée pour le Bain , & une
Galerie , qui conduifoit de cette
Feüillée à diverfes autres dans
Gg Juilies 1701.
34 MERCUR
F
1
in
' Ifle pour les Dames de fa fuite.
Ou avoit mis deux lits dans cel
le de Madame la Ducheffe de
Bourgogne Onavoi: tendu dans
le milieu de l Ifle plufieurs grandes
Tentes du Roy , fous l'une
defquelles l'on joua pendant plus
d'une heure , & l'on fervit un magnifique
fouper fous une autre ,
pendant lequel les meilleurs
Hautsbois du Roy fe firent entendre
.
Enfin Mr le Comte d'Avaux
vient de rompre le filence , & fur
ce qu'on luy a demandé que le
Miniftre de l'Empereur fuſt ad-
-mis dans les Conferences , il a
notifié par un Memoire aux Etats
Generaux , que fi Sa Majesté Imperiale
avoit quelque demande àfaire
au Royfon Maiftre , elle pouvoit
GALANT
355
la luyfaire parfon Miniftre qui eft
prefentement auprés de Sa Majefte ,
& après s'eftre plaint de ce que les
affaires, depuis fix mois qu'il eft en
Hollande par ordre de Sa Majesté,
pour travailler de concert avec leurs
Seigneuries à conferver le repos de
l'Europe, n'eftoient pas plus avancées
que lepremierjour, & que nonobftant
les affurances tant de fois réitérées
que Sa Majesté leur donneroit les
furetez qu'ils pourroient raisonnable
ment fouhaiter , ils faifoient de nouvelles
alliances , achetoient des Troupes
, & ne s'occupoient qu'aux préparatifs
dela guerres comme auffi de
ce qu'ils s'attachoient fi opiniâtre
ment au party de l'Empereur.
Aprés s'eftre plaint de toutes
ces chofes & de beaucoup d'au
tres dont je parleray cy- après ,
Gg ij
26 MERCURE
Il leur a declaré par fon Memoire
que ne voyant nuile apparence
de renoüer les Conferences &
d'en retirer aucun fruit , il avoit
ordre de fe retirer .
Il eft à remarquer que depuis
fix mois on permettoit de publier
dans toutes les Nouvelles imprimées
de Hollande , que la France
trouvoit tous les jours de nouveaux
moyens pour reculer les Conferences ,
qu'elle ne cherchoit qu'a amufer &
qu'elle ne vouloitrien conclurre , Nonfeulement
toutes les Nouvelles
publiques tenoient ce angage ,
mais c'eftoit auffi celuy de toutes
les Lettres qui venoient de
Hollande. Cependant on voit
aujourd'huy le contraire , &
que ceux qui répandoient ces
bruits-là , cherchoient à faire
croire à toute l'Europe , que la
"
GALANT. 357
France eftoit réfolùë à la guerrez !
& ce qui justifie encore le con➡p
traire , c'est que Me d'Avaux dit
en propres termes dans fon Me
moire, que te Roy ne s'eft point préparé
à la guerre fous une fauffe apparence
de Paix , & que Leurs Sei
gneuries , en parlant des Hollandois
, avoient demandé des Confe
rences , & qu'elles pouvoient les rendre
utiles. Cet Ambaffadeur fait
voir qu'au lieu de profiter des
delais qui leur ont efté accordez,
ils ont toujours apporté de vaines difficultez
pour reculer les Conferences.
Dans le temps que le Roy leur
promettoit de leur accorder les
Teuretez qu'ils pouvoient raiſonnablement
fouhaiter , ils interrompoient
les Conferences pour
écrite au Roy d'Angleterre une
358
MERCURE
1
Lettre
pathetique , afin qu'il la
montrait à fon
Parlement , dans
la pentée que la grande puiffan
ce de la France, qui y eftoit exagerée
, inquieteroit ce Parlement.
Ils faifoient une
peinture
dans cette Lettre de la fituation
où ils le trouvoient , & faifoient
voir que la France n'avoit qu'à
Tever le bras pour les ancantir.
Si cela étoit vrai , ils ont gran.
de
obligation au Roy , de ne l'avoir
Pess fait , & ils auroient deu,
au lieu de s'en plaindre , admirer
fa
moderation, & en
aceptant les
offres que ce Prince leur faifoit ,
lorfqu'ils le
peignoient en état
d'abimer leur
Republique, croire
que,
puifqu'étanten pouvoir d'en
faire fa
Conquefte , il vouloir
bien fe priver ides de glorieux
GALANT.
359
avantage. Il ne fe donneroit pas
la peine d'armer de nouveau
pour les conquerir , lorfqu'il auroit
mis bas les armes , & fur tout
aprés leur avoir donné des fure.
tez , qui luy rendroient l'entre-
-prife heaucoup plus difficile 11
n'y a point de replique à cela ,
& de quelque coſté qu'on tour-
-ne laffaire , les Hollandois ont
tort de fe plaindre d'un Prince
qu'ils avoüent eftre en eftat de
les perdre , & qui ne le fait pas™,
ou s'il n'eftoit pas en fot pouvoir
, comme ils ont publié par
-leur Lettre adreffée au Roy
d'Angleterre , ils ont tort d'a
voir accufé faux. Ces faits font
publics. Cependant il eft vray
que les Hollandois n'eftoient pas
fi prés de leur perte , qu'ils s'ef-
^
30 MERCURE
forçoient de le faire croire , &
queleur Lettre n'eftoit que pour
furprendre le Parlement d'Angleterre.
It eft neanmoins conftant
qu'ils avoient inondé quel
ques terres , mais elles ne leur
rapportoient rien , & ils épargnoient
par là beaucoup de
Troupes. Ainfi ils ont exposé
dans leur Lettre au Roy d'Angleterre
, pour le Parlement
comme un grand malheur pour
eux , ce qui leur eſt d'une grande
utilité.
Je dois dire en même temps à
la gloire du Roy que files Hollandois
ont exageré fa puiffance,
pour intimider les Anglois , &
Pour
leur faire pitié , ce Prince eftoit
affez puiffant pour leur faire a
gueire avec avantage , mais a
GALANT. 261
moderation a efté telle , qu'il a
diffimulé des affronts faits à fon
Pavillon , ainfi que quelques au
tres infultes , afin qu'on ne luy
imputaft point la rupture de la
Paix de Rifvvick , ce que fouhaitoient
ardemment ceux qui
font mouvoir des refforts fecrets
pour allumer une nouvelle guer
re dans l'Europe Toutes ces
choſes ſont mieux marquées dans
le Memoire de M¹le Comte d'Avaux
, qui fait paroiftre fa furprife
dans le même Memoire ,
de ce que les Hollandois , quelques
mois après avoir reconnù
le Roy d'Elpagne , demandent
qu'on donne des fatisfactions
raisonnables à l'Empereur. Ily
a une contrarieté manifeſte dans
cette demande.Sile Roy d'Efpa
Juillet 1701. Hh
362 MERCURE
gne l'eft à juste titre , comme les
Hollandois l'ont reconnu , ils ne
doivent point demander qu'on
donne des fatisfactions à l'Empereur
, comme Roy d'Efpagne.
Ils font plus, & veulent s'ériger
en Arbitres entre la Maifon de
France & celle d'Autriche , &
confondre les interefts de ces
deux grandes Maiſons avec ceux
de leur Republique . Je me tais
fur cet article , il y auroit trop
à dire ; & comme ils fe le diront
peut- etre en prenant un bon
party ,je ne veux chagriner perfonne.
Nous fommes encore en
Paix , & je ne pretens point imiter
les Ecrivains de Hollande ,
qui parlent en tout temps comme
fi l'on eftoit en guerre . Ce n'eft
pas que le party fecret qui ne
CALANT 363
veut point d'accommodement
ne femble y avoir mis un obſtaccle
invincible , en voulant faire
entrer dans les Conferences l'Envoyé
d'un Prince à qui la France
ne doit rien, & à qui l'Espagne ne
fçauroit rien accorder . Comme
elle n'a pas voulu que fa Monarchie
fuft feparée , elle épuifera
fon fang & fes Finances , plu
toft que de confentir à aucun
Traité qui la démembre Le Roy
d'Efpagne feroit voir en cedant
quelque partie de fes Etats à
l'Empereur , que fon droit n'eft
pas au bien étably qu'il l'eft en
effet , & que les Efpagnols n'ont
pas deû le mettre für leur Trône
d'auffi bonne grace qu'ils ont
fait.
Sept cens hommes des Trou
Hhij
364 MERCURE
pes Hollandoifes ayant eſté inquierées
au fujet de la Religion
Romaine , ont deferté , & pris
party dans celles de France . Ils
ont affuré qu'ils feroient fuivis
d'ungrand nombre d'autres . On
leur avoit propofé de leur donnerdes
Miniftres pour les inftrui-
* re.On a fçu que lorsqu'il leur arrivoit
des Deſerteurs Catholiques
, ils leurs prenoient leurs
chevaux, s'ils eftoient Cavaliers,
& les enfermoient dans des Places
, & que quelque temps aprés
il les embarquoient malgré eux ,
en forte qu'on ne les revoyoit
plus , ce qui fait deferter , tous
les Catholiques qui font dans
leurs Troupes.
-
Mr le Maréchal de Villeroy eft
Thionville. Son armée fera ,
GALANT 8365
1
à ce qu'on affure , de cinquante
Bataillons , & de quatre- vingtdix
Efcadrons M le Comte de
Tallard marche avec l'avantgarde
, compofée de dix Batail-
Hons & de quarante Efcadrons.
L'arriere garde où eft l'Artille
rie , eft composée de la Maiſon
-du Roy , & commandée par M²
de Bufca qui marche en ordre
de Bataille. Ces Troupes cou-
-cherent le 19 de Juillet à Saverne
, & le 30. à Phalfbourg pour
venir à Thionville . On prétend
qu'elles doivent avoir marche à
Luxembourg pour continuer
leur marche vers Juliers & Cologne.
Jay à vous apprendre avant
que de fermer ma Lettre que
trois ou quatre Capitaine , de
Hhiij
346 MERCURE
Dragons qu'on croyoit avoir eſt
zuez dans l'affaire de Carpi , fe
font trouvez prifonniers de guer
re , que la pluſpart de nos Soldats
font
refufcitez , puiſque les
Ennemis publient que les pri
fonniers qu'ils ont faits , monsent
à peu près au nombre de
cent. Ainfi noftre perte die
minuë tous les jours quand la
leur augmente. Il ne faut pas
s'en étonner , les Ennemis &-
toient en figrand nombre qu'il
ne fe perdoit aucun de nos coups..
Il n'en pouvoit estre de même
des leurs . Qutre les morts , &
les bleffez dont il eſt parlé dans
les relations qui font dans ma
Lettre Le Comte de Tirheim
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Neubourg , a ché tué,
GALANT. 367
infi que l'Aide de Camp general
de l'Armée ennenie.
Mr de Prince Eugene ayang
derit an Senat de Venite aprés
l'action de Carpi , y rend juítice
à la valeur des François ; mais
ceux du party ennemy qui ont
fait imprimer des Relations
‚n'ont of parler de leur grand
nombre , & du peu qu'estoient
·les François , de forte qu'ils parlent
feulement de l'action comme
fi les deux a mées avoient cu
affaire l'une contre l'autre . Ainfi
ceux qui diront un jour ecs rela-
-cions croirone que le combat
s'eſt donnné à peu prés à forces
égales . Les Ennemis eftant prefentement
plus avancez ils vont
auffi eftre beaucoup plus embagaffez
, & nous le fommes beau360
MER CURE
coup moins Je vous ay mande
dans deux de mes Lettres de
fuire qu'il eltoit hors de doute
qu'ils pafferoient , & nous dévions
même le fouhaiter. Nous
avions trente- cinq lieuës de
pays à garder , & il n'y a point
d'Armée quelque nombreufe
qu'elle foit , qui le puiffe faire,
de forte que nous eftions obligez
d'eftre toujours fur pied , & de
-fatiguer beaucoup. Ce qu'il y
a d'heureux pour nous , c'eft que
nous pouvions beaucoup perdre
fil'Armée entière des Ennemis
s fuft tombée fur un de nos quar-
2 tiers , & qu'heureuſement l'affaire
eſt toute à noftre gloire , ce
squi s'est fait pour difputer ce
paffage eftant fi grand , que la
Pofterité pourra refufer de le
' a
GALANT. 369
eroire. On les a laiffez avancer ,
& fiers de leur paffage , qu'ils
ont regardé comme une conquefte
, ils n'ont pas fait reflexion
qu'ils avançoient dans un
Pays mangé , où ils ne pourroient
fubfifter. Nous avons cru que la
difette où ils fe trouvoient leur
feroit hazárder une Bataille .
On la leur a preſentée pendant
trois jours , mais quoy que leur
politique & leur intereft duffent
feur en faire hazarder une , par-
-ce qu'en la gagnant elle leur auroit
efté fort avantageufe , &
qu'en la perdant , cette perte
n'auroit pas entraîné celle d'un
Village qui fuft à eux , le fou
venir de la Journée de Carpi ,
leur a donné tant de terreur
pour les Troupes Françoiſes >
170 MERCURE
qu'ils ont mieux aimé mourir de
faim dans leur Camp , que de
mourir l'épée à la main. La famine
& les maladies y regnent en
forte que le Magiftrat de la fanté
de Veniſe apprehendant que la
peſte ne s'y mette , y a fait venir
beaucoup de chaux . Il fait faire
des foffes , dans lesquelles on
en jette beaucoup pour confommer
les corps qu'il y fait enter
rer. Ils ont demandé cent charretées
de fourage par jour aux
Venitiens , qui ne peuvent leur
en fournir aucune , parce qu'il
ne s'en trouve plus dans le Pays.
Comme il n'y a plus prefentement
de grand front à garder ,
il eft impoffible que les Ennemis
avancent dans aucun des
pays qu'il nous plaira de cous
•
GALANT. 37%
vrir , à moins qu'ils ne donnent
bataille Leurs Troupes la crai
gnent , & les noftres la fouhaitent.
Mr le Prince de Vaudemont
eft de retour à l'Armée.
Mr le Duc de Savoye y eft arrivé
auffi , aprés avoir figné le
Contrat de Mariage de la Princeffe
fa feconde Fille avec le
Roy d'Eſpagne . Toute fon Armée
y eft. Elle est tres - belle ,
& nous ferons dans peu en eftat
d'y en avoir deux . Les renforts
que le Roy y a envoyez , y arrivent
chaque jour. Il font de
trente Bataillons , dont il y en
a quatre Irlandois , & vingt Efcadrons
, dont quatorze font de
Cavalerie , & fix de Dragons .
Mr l'Ambaffadeur d'Eſpagne
prefenta le 2. de ce mois une
?
$72 MERCURE
Lettre au Roy de Sa Majefté Catholique-
Ce Prince luy marque ,
qu'ayant appris que le Roy des Ro
mains , ou l'Archiduc doivent paffer
en Italie pour y commander l Armée
Imperiale , il a declaré à fon Confeil
qu'il eftoit dans la refolution
d'aller en perfonne fe mettre à la tefte
des Troupes du Roy fon Grand- Pe
re & desfiennes ,& qu'il eftoit per
fuadé qu'il eftoit du devoir d'unRoy
de deffendre luy même fes Etats ,
lors qu'ils eftoient attaquez. Il pric
inftamment le Roy de ne point
s'y oppoſer , & de trouver bon
qu'il prenne l'occafion du voya
de Barcelonne , pour paffer
en Italie. L'on dit qu'il cite au
Roy dans fa lettre des exemples
de jeunes Souverains , qui à peu
prés dans le même âge que luy ,
ge
GALANT. 373
ont remporté des Batailles , &
-entre- autres le Roy de Suede .
Il reprefente que l'Eſpagne eft
toute tranquille , & dit qu'il ne
faut rien negliger dans le com-
-mencement d'un Regne pour
avoir d'heureux jours ,
Le Roy d'Angleterre eftant à
l'Eclufe , monta fur la hau
te Tour , où il fe fit apporter
des Lunettes d'approche. Il
examina les Ouvrages du Fort
Ifabelle , ceux de la Riviere &
de la Ville d'Anvers , & la dif
pofition des Lignes . Il dit qu'il
feroit difficile de chaffer les
Troupes qui occupoient ces poftes
, & ce Prince ne put s'empêcher
de marquer beaucoup
de chagrin en s'en retournan .
Juillet 1701.
Ii
374
MERCURE
Je viens d'apprendre que cinquante
, tant Officiers que Soldats
fe font rendus au Camp de
' Mr de Catinat , s’eftant fauvez
par des marais , aprés avoir donné
des marques de leur valeur
&de leur intrepidité dans l'affaire
de Carpi. Je fuis, Madame ,
voftre , & c.
A Paris , ce 4. Aouſft 1701 .
2552555-2522222S52
TABLE
Relude.
PRe
Lettres Patentes accordées par le
Rey aux Religieux qui gardent
les Saints Lieux.
Lettre de Ferafalem.
Pays Inconnu.
Is
19
35
Ceremonie qui s'obferve à Rome de
Sept ans enfept ans. 44
Lettres Patentes envoyées à M
Abbé Raguenet , par les Magiftras
de Rome.
Morts.
Epitaphes.
Infcription.
SI
61
67
71
73
Nouvelles & Andaloufie.
Hiftoire de la Machine du monde ,
&defon mouvement, ou Phyfique
TABLE.
Mecanique. 77
Versfurla naiffance d'un cinquième
Fils de M d' Agueffeau. 123
Autres fur unfujet peu different. 126
Suite du Dialogue de M Laifne &
de Mr Antier. 134
Harangue de M l'Archeveque
d'Albi au Roy , pour la cloture de
Affemblée du Clergé . 15-2
Le Roy voit une feconde fois l'Eglife
des Invalides , & vifite toute la
1 ཀཀཾ
160
maison.
L'Efclave & Elephant, Conte . 167
Zele des nouveaux Catholiques de
Montauban.
181
Galanterie. 186
Etat des Troupes
de France & des
Efpagnols,
lieux où elles font aux Pays bas
Etat des Troupes du Roy d'Espagne
aux Pays-bas Efpagnols,
195
203
TABLE.
Article tres-curieux touchant les
nouvelles Lignes faites par les
Francois & par les Espagnols 207
Carte d'Italie de M Sanfon , où l'on
peut voir tous les mouvemens que
Les Arméesy ont fait, & qu'elles
yfont tous lesjours,
Second Article de Morts.
s 209
211
Arrivée de l'Archevêque de Philippopoli
en France.
2.26
Reponse à la Critique du Diogirometre,
obfish col prot228
Mariage de Mr le Marquis de Vaßé
& de Mademoiselle de Beringhen.
239
1 Ce qui s'eft paßè pendant le fejourde
Monfeigneur, & de Monfeigneurle
le Duc de Bourgogne à S. Maur:
245
Emploi de Mide S. Poüangé donne à
Mr Chamillart de Vilatte? 247
i
243
TABLE
3
Nouvelle Carte de Mr de Fer , où
l'on voit tous les mouvemens des
Armées d'Italie..
Troifiéme article de Morts.
248
250
Gouvernement donné à Mr de Ble-
Court. 252
Mr. Ducaffe eft nomme Chef d'Efca-
253
dre.
Six Relations de l'affaire de Carpi ,
écrites par des Officiers Generaux ,
par des Colonels , où l'on voit
8 tous les details de ce qui s'eft paẞe
254
dans cette aflion.
Sacre de Mr Evêque de Noyon .
Grandes Charges venduës :
Thefe foutenue
290
291
292
Le Theatre de la guerre en Italie ,
Carte nouvelle .
293
Tout ce qui s'eft paßé à l'invitation
des Cours fuperieures , au Service
TABLE.
defeu Monfieur à Saint Denis.
295
Detail de toutes les ceremonies qui
fe font faites à Saint Denis pour
l'inhumation du corps de Monfieur.
Nouvelle Relation de Carpi .
30%
Mr le Marquis dos Rios eftfaitGrand
d'Espagne.
333
340
Prefent fait par S M C. & Mr
RoutierAmbaffadeur deFrance en
Portugal.
Mort.
Mariages.
342
343
346
Lettre fur le defintereßement de Mr.
Fagon.
Article des Enigmes,
347
351
Bain de Madame la Ducheffe de
Bourgogne.
Situation de saffaires de Hollande.
355
156
TABLE :
Defertion 368
Armée de Mr le Marechal de Villeroy
.
Article d'Italie.
364
740365
Lettre prefentée au Roy par Mr
t' Ambaſſadeur d'Eſpagne. 371
Le Roy d'Angleterre examine les
nouvelles Lignes.. 373
Retour de plufieurs Officiers & Soldats
au Camp de M. de Catinat.
374
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page
316.
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