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VET. PER .
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X.TER .
defre
Fatty
4 * ,
*
821
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1701 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra une Piece de trente fols monnoye
courante , relié en Veau , & trente fols
en Parchemin .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galanr.
M. DCCI.
Ave e Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiteréesqu'on
afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR .
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
sour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
1
1
MERCVRE
GALANT
JUIN 1701 .
E ne doute point que le
commencement de cette
Lettre ne vous plaife ,
puis qu'il renferme differentes
Pieces à la gloire d'un Monarque
qu'on ne peut jamais affez
loüer. La diverfité a de l'agres
A iij
6 MERCURE
ment en toutes chofes , & où
fera- t- elle mieux receuë que
dans la matiere la plus noble
qu'on puiffe traiter?
PORTRAIT DU ROY.
DAn
Ans la Paix , dans la
Guerre,
Mortels, nefoye pas furpris
Des nombreux Exploits de
LOUIS ,
Il n'eft point de Heros fur l'onde ,
・fur la terre ,
Quipuiffe l'égaler dans fesfaits
inouis .
Toute l'Europe en vain contre luy
s'eft tournée ,
GALANT. 7
I la còmbat centfois, &luydonne
la Paix.
La Paix concluë, il détruit pour
jamais
De l'impofteur Calvin la Secte
empoisonnée ,
Er pour comble de gloire un defes
Petits fils
Unit par luy les Lions & les
Lis.
AU ROY.
Dans l'Espagne , grand Roy,
ton Petit fils commande ,
Tes Sujets , tes Voifins en ferontils
furpris ?
A iiij
8 MERCURE
Le Ciel gardant tes droits veur
qu'à toy tout fe rende ;
Un Roy t'a pour afile , un Sceptre
en eft le prix .
AUX PRINCES
DE L'EUROPE,
Sur la réunion des Couronnes
de France & d'Elpagne
fous Louis le Grand &
Philippe V. fon Petit fils.
Charles- Quint & fon Fils avoient
dans la cervelle
La MonarchieUniverfelle.
Ce projet eftoit vain, on le voitclai--
rement ,
Mais il n'eneft pas de même
GALANT.
9
Du Roy Philippe cinquième ,
Il veut agir plus raisonnablement.
Il n'a d'autres projets que ceux de
fon Grand- Pere ,
Qui n'ont que du folide , & rien
d'imaginaire.
Quels font-ils ces projets dont on
s'allarme tant ,
Sans les fçavoir pourtant?¨
Ah ! qu'on s'apaife , on ne sçauroit
fe plaindre
Du Bourbon Eſpagnol , ny du Bourbon
François
.
S'ils font unis , ces deux grands
Rois ,
Fant mieux ce n'est que pour
contraindre
Et les Peuples mutins , & les Rois
inquiets ,
A ne jamais troubler le regne de la
Paix
10
MERCURE
Sur le Traité de Partage des
Etats d'Espagne , figné par
le Roy de France , par le
Roy d'Angleterre , & par
les Hollandois .
A raiſonnerplusje m'applique,
Moins je comprens lapoliti--
que
De tous les Envieux du Roy.
Ils voudroientle contraindre à tenirle
Partage
Qui met de grands Etatsfous le joug
de fa loy.
Eft-ce donc
que
l'on veut le craindre
davantage ?
Car enfin dans l'eftat prefent ,
S'il fe trouve affezfort pour eftre redoutable
>
Que feroit-il , ce Monarque indom--
ptable ,
GALANT.
I
S'il devenoit plus riche & plus
puissant?
STANCES SUR LE PRIX
proposé par Mademoiſelle
Dommaigné de Rochehuë
, dans le Mercure Galant
du mois de Février.
Dommaigné , ton Cartel merite
qu'ony penfe,
Puis qu'il marque à Louis confidelle
devoir
Toutefois ce défi nous met au defef
poir ,
De Poëtes bien-toft il va priver la
France.
2
Ilfaut un Apollon pour louer noftre
Roy.
12 MERCURE
Ce Dieu feul peut dans chaque
Stance
Décrire fes travaux & fa magnificence
,
Ses rares qualitez, fajuſtice , fa foy
2
Il n'eft point parmi nous de Mufe
affez fublime ,
Pournombrerfes vertus, pour chanter
fes hauts faits ,
L'Eloquence ne peut fournir d'affez
beaux traits
Pour peindre dignement ce Prince
magnanime.
2
L'on compteroit plutot les Etoiles des
Cieux , [ger,
Les atomes de l'air, le fable du riva-
Que de faire un détail de l'heureux
aSemblage,
Dont le Ciel a formé ce Heros glorieux.
GALANT.
13
2
Le prix que ta Mufe propofe
Eftant de l'Vnivers le plus illuftre
prix,
Je défie à mon tour les plus rares
efprits
De pouvoir legagner par leurs Vers,
parleur Profe.
2
Vn fi riche & vafte fujet
Epuifera toujours les plus fecondes
Plumes ;
L'onpeut bien entaffer volumes fur
volumes,
Şans pouvoir réuſſir dans ce hardy
projet.
2
Enfin , doite Sapho , pour derniere
difgrace ,
Le Dieu des Vers paroift à nosyeux
éblouis ,
14 MERCURE
Au milieu des neuf Soeurs il defcend
du Parnaſſe ,
Pour recevoir de toy le Portrait de
LOUIS.
Quoy que les Docteurs les
plus éclairez demeurent d'accord
que le miſtere de la Trinité
eft impenetrable
, je croy
que vous ne ferez pas fachée
de fçavoir ce qu'en a dit le
Pere Lecteur des Auguftins
Déchauffez de Toulouſe , qui
prêcha fur cette matiere le 22.
du mois paffé, avec un applaudiffement
general Voicy ce
qu'il dit fur ces paroles : Eunres
docete.
GALANT 15
Peut-on enfeigner ce qu'on n'en .
tend point . , & inftruire les Peuples
de ce dont on n'eft pas foy- mème inftruit?
Tandis que nous habitons dans
cette vallée de tenebres , doit- on entreprendre
de parler de la Trinité ,
&neferoit- il pas mieux d'honorerpar
un religieuxfilence ces hauteurs ad
mirables de la fcience de Dieu ? Ouy:
répond Saint Auguſtin , fi par enfeigner
la Trinité , vous entendez avoir
une penetration intime de la Trinité,
une découverte generale de tout ce qu'-
elle eft. Si vous entendez avoir une
de ces notions juftes & nettes qui démêlent
toutes les difficultez & qui
font un beaujour dans l'entendement,
vous avez raifon dans ce fens on
n'enfeignerajamais la Trinité ; mais
fi vous l'entendez ainfi vous l'entendez
mal , & vous introduifez dans
16 MERCURE
l'Ecole de la Grace le langage de l'Ecole
de la Nature . Dans l'Eglife
Catholique enfeigner la Trinité
c'eft-là propoferfimplement & protef
ter en même temps qu'on ne l'entend
pas ; c'eft indiquer un vafte Ocean
Sans fond & fans rive , content d'en
confiderer la furface , fans en mesurer
la profondeur.
F'en conviens , il eft bien facile de
faire fentir au peuple les bienfaits
qu'ils ont reçus de la Trinité. Sans
s'arrefter à des fpeculations élevées ,
l'on peut defcendre facilement à une
Morale fenfible , & aller découvrir
dans ce miftere un fond d'obligations
infinies , & toute l'idée des vertus
chreftiennes. Neanmoins par un fage
temperament , nous mêlerons le Mi
ftere avec la Morale . Nous ne déroberons
pas à la Trinité la gloire qui
GALANT. 17
buy eft due, & nous accorderons à vofre
pieté la morale que nous luy devons.
Nous adorerons d'un cofté les
tenebres de ce miftere , de l'autre nous
admirerons fon éclat ſemblable à cette
Colonne qui conduifoit les enfans d'If
raël. D'un côté elle eftoit de nuces , &
de l'autre defeu. C'eft la riche penfee
de S. Hilaire qui mefemble renfermer
tout l'esprit de l'Eglife dans cetteFête,
& de laquelle je prens l'ordre de mon
difcours : Altitudines Trinitatis lumina
mentis extingunt dum beneficia
Trinitatis flammas cordis
accendunt. La fublimité du Miftere
de la Trinité demande que nous
luy facrifiions toutes les lumieres de
noftre efprit , & les bienfaits que notis
avons reçus de la Trinité demandent
que nous luy facrifiions tous les mouvemens
de nos coeurs.
Juin
1701
· B
18 MERCURE
Rien defi connu que Dieu , foitque
je confulte ma raison , foit que j'écou
te la voix de ma confcience , foit que
je jette les yeuxfur cet Univers . Du
fond de noftre confcience nous fentons
s'elever de temps en temps ces heu
reufes faillies , ces inftincts fecrets ,
ces rapports qui nous portent vers no
ftre Createur. L'Indien & le Perfe ,
au milieu de leur malheur , levent
leurs mains vers le ciel, & ne peuvent
démentir, dit Tertullien , le témoi
gnage d'une ame naturellement chrêtienne
. Quefi aprés avoirfait attention
fur ce qui eft au dedans de moy=
même , je viens à examiner ce quieft
bors de moy- même , ces abimes immenfes
de la mer,la verdure des cam→
pagnes , l'inegalité des collines , la
hauteur des montagnes , ces globes
lumineux qui roulent furnos teftes , je
GALANT. 19
fuis forcé d'avouer que tous les eftres
font des échelons neceffairespourmonter
à l'eftre primitif, qu'ils font tout
autant d'Orateurs qui le louent , &
que toute la nature fait une mufique
harmonieufe de l'existence de fon Ou
vrier. Non, non , il ne fut jamais
d' Athee d'esprit , il n'y a que
Athées de coeur , gens que le libertinagejoint
à la legitime frayeur de
tomber entre les mains d'une Divinitẻ
vangereſſe du crime , a rendus tels .
des
Mais autant qu'il eft facile de
connoiftre Dieu dans for Unite , autant
est-il difficile de le connoiftre
dansfaTrinité. Là il s'eftfait, felon
le langage de David , un Trône de
tenebres , & il s'y eft caché fous des
nuages & des voiles impenetrables .
Il fit voir enfuite que la raifon
feule ne peut rien entendre dans
Bij
20 MERCURE
la Trinité , que toutes les fimili--
tudes dont on fe fert pour en
donner quelque idée , font dans
le fond groffieres & défectueuſes,
Il rapporta les raiſons du fçavant
Arnobe , & de Zenon de Verone,
par leſquelles ces deux hommes
établiffent folidement que
les Juifs avoient toujours eu un
grand refpect du nombre de
trois que neanmoins ils avoient
ignoré la Trinité ; que tout ce
qui eft écrit dans l'Ancien Teftament
ne fait tout au plus que
des revelations éloignées & implicites
, & que Dieu avoit fair
aux Juifs un miſtere de la reve→
lation du Miftere .
C'eft donc , continua- t - il , le Miftere
favori de noftre Religion que ce--
luy que nous celebrons aujourd'huy
GALANT . 21
Noftre divin Legiflateur a jette les
fondemens de fon Evangile par un
principe que les autres avoientignoré,
& caefté par enfeigner ce miftere
qu'il a voulu que L'on commençaft ,
euntes docete.
"
Renouvelez icy voftre attention ,je
vais tacher de vousfoumettre la plus.
fublime doctrine , & par le recueil
que jayfait de ce que les plus graves
Theologiens ont écrit. Voicy ce
qu'il eft permis à un Mortel d'en
begayer:
Le Pere produit le Fils , & le
Pere & le Fils produifent le Saint
Efprit , deux auguftes origines qui ne
fe laffent jamais , & qui coulent toujours.
Chez nous ce qui commencefinit,
ce qui fe leve fe couche , ce qui
augmente vieillit , ce qui eftfort s'affaiblit,
mais l'Auteur de la Nature
23 MERCURE
n'eft pas liéparles loix de la Nature.
Ses originesfans eftrepaffées , & fans
eftre futures , ont toujours coulé, coulent,
couleront toujours . Le Pere produit
le Fils, & il eft vierge . Le Pere produit
le Fils, & le Fils eft auffi ancien
que luy 3 to Fils fort du Pere , & il est
dans fon Pere , le Fils & le Saint
Efprit ont la nature du Pere , & ils
nefont pas le Pere . Mais où enfuisje?
Plus je m'efforce de m'approcher,
plus je m'éloigne. Ce Dieu caché fe
retranche dans le cercle de fes perfe-
Etions , & mon efpritfatigué de l'avoir
temerairement fuivi , retombe
de luy-même dans les tenebres de fon
ignorance
"
+
C'est là le point de la difficulté ,
Trinité Unité. Dans cette Unitė,
ily a , comme vous dites , une Famille
qui comprend le Pere , le Fils
GALANT. 23
& le Saint Efprit . Dieu un poßede
tous les avantages de l'Unité, fans
participer aux defauts qui accompagnent
la folitude. Il a tout le plaifir
de la folitude & tous les charmes de
la focieté mélange de Trinite &
d'Unité , que Saint Bernard exprime
fi élegamment, écrivant contre Abail-
Lard, & qui fera jufqu'à la fin le
defefpoir de la raifon la plus éclairée.
Tel eft auffi l'avantage que Dieu
retire de cette Fefte , que de vaincre
toutes nos fciences. Là va fe perdre
le Theologien avec fes, abftrations
, le Geometre avec fes mesures,
Arithmeticien avecfes nombres .
Il montra enfuite qu'il falloit
facrifier à cette Trinité toutes
les lumieres de noftre efprit , que
noftre raiſon , toute captive qu'
elle eft , n'a pas une idée plus
24 MERCURE
jufte de Dieu , que quand elle le
reconnoît incomprehenfible. Enfuite
il propofa cet admirable
principe de Saint Auguftin , qui
eft que to tes les perfections de
Deu demandent un culte direct ,
& qui leur réponde , c'eft à dire,
que fon amour demande noftre
amour , que fon immenfité exige
de nous cette fage retenue dans
la veuë de fa prefence , que fa
Juftice nous infpire de la crainte,
que fa mifericorde fortifie nos
efperances , & qu'enfin fa verité
demande le facrifice de nos ef
prits. Quand cette verité parley
nous devons reprimer la licence
de nos penfées , nous devons
étoufer ces préfomptueufes témeritez
qui font les Heretiques,
& qui enfantent les Herefics.
Nous
GALANT. 25
Nous devons nous répondre de
noftre croyance , patce que nous
avons Dieu pour garand , nous
devons fçavoir mourir , & ne
fçavoir plus difputer.
De là il déplora avec Salvien
la conduite de ceux qui ofent
foumettre l'Auteur de la raifon
au jugement de la raiſon , & qui
oppofent un foible rayon de lumiere
à un abîme infini de clarté .
Malheur à ces efpritsaltiers ,fuperbes ,
qui malgré la pefanteur de leur efprit
ofent voler comme des Aigles
jufqu'à regarder fixement le Soleil de
Juftice , ils periront , & ils payeront
par une prompte chute , & une mort
neceffaire la peine d'une fi extravagante
témerité, Car quelle audace de
ne pouvoir connoiftre un moucheron ,
ny le moindre petit ouvrage , & de
May 1701.
C
26 MERCURE
vouloir connoistre l'Ouvrier?T'émeraire
, fais ton coup d'effay fur un moucheron
, & enfuite tu travailleras à
connoiftre ton Dien
Il conclut fon premier Point
en faifant voir de quelle maniere
la Trinité avoit triomphé de
toutes les Herefies , & il finit par
cette exclamation .
des
Augufte Trinité, vous triomphates
des Ariens , des Macedoniens , des:
Sabelliens , des Donatiftes
Prifcillaniftes ; triomphez, o Trinite,
triomphez de mon entendement !
A l'avenir je diray avec David,
Dieu , Dieu , Dieu , je n'en beniray
qu'un avec Abraham j'en
découvriray trois,& jenen adoreray
qu'un ; avec les Anges d'Ezechiel ,
eblouy de fa majefté , je crieray ,
Saint , Saint , Saint . Cette triple
GALANT. 27
repetition ne voudra dire qu'unefeule
loüangé. Enfin avec Jeremie , Je
porteray ma main fur ma bouche , je
Jufpendray toutes les faillies de ma
curiofité , je diray trois fois A ,
trois hommages de filence qui répondront
à ces trois Perfonnes .
Je vous envoyay le mois
paffé la defcription de l'Em .
pire de l'Opinion . Le plaifir
que vous a donné cette lecture
m'oblige à vous faire part
du Dialogue qui fuit . Il regarde
encore la même matiere.
Cij
28 MERCURE
LA VERITE.
L faut que je vous l'avoue.
Quand je vous voy , je ne
puis m'empêcher de dire que
la plupart des gens font foux .
L'OPINION
.
Et pourquoy les traitez,
honneftement pour vous
l'amour de moy?
LA VERITE' .
Parce qu'ils vous rendent
les hommages qui me font
dûs .
L'OPINION.
C'eft qu'ils trouvent plus de
GALANT: 29
douceur avec moy qu'avec
vous . Vous faites voir trop
clair dans les chofes , & la
Verité n'eft pastoujours bonne
à voir. Vous eftes belle & fans
fard , il eft vray , vous meritez
beaucoup , mais vous effarou
chez les gens par vos manieres
auſteres , & pour aller à vous ,
on trouve qu'il y a trop de
chemin à faire . Pour moy , je
fuis plus commode ; auffi trouvet
on mieux fon comprè
avec moy .
LA VERITE .
Pour peu qu'on vous laiſſe
parler , on yous entendra dire
C- iij'
30
MERCURE
bien des chofes ridicules ; car
vous ne pouvez pas douter
que ce que je ne dis pas ne
foit ridicule..
A
L'OPINION .
Je parle affez bien pour me
faire entendre avec plaifir.
T
ว
LA VERITE .
Et que pouvez vous dire
qui ne mene à l'erreur ? Y a - til
rien de plus vain , de plus incertain
, de plus trompeur
, &
qui confeille & juge plus mal
que vous ?Mais comment cela
ne feroit il pas ? La terre n'eſtelle
pas voftre vraye origine ,
& n'avons nous pas noftre
GALANT: 31
fiege dans les fens ?
L'OPINION.
1
je Vous avez beau dire ,
pafferay toujours pour la Reine
du monde , quelque part
que vous płaciez mon Trône;
& avec tout vostre éclat , &
voltre pompe , vous ferez peu
connue. Voſtre Empire ne
s'étendra pas bien loin , & par
quelque droit chemin que
vous vouliez mener les gens ,
vous ferez peu fuivie , & pour
trancher court , voſtre règne
n'eft pas de ce monde .
LA VERITE .
Je vous en chafferay tou
C iiij
32 MERCURE
jours , quelque autorité que
vous vous y donniez , & tous
vos defenfeurs ne tiendront
pas toujours contre moy.
L'OPINION.
Vous promettez beaucoup,
& ne tiendrez guere. Com
ment venir à bout de ce grand
deffein ? C'est bien à ce coup
que la Verité eft dans l'erreur ,
car un regne de tous lesficcles
paffez , & qui dure encore ,
n'eft pas proche de fa fin , &
je ne fçay quoy de veritable
me dit dans l'ame , que je ne
finiray qu'avec le monde .
GALANT.
33 .
S
LA VERITE.
L'Opinion fe flate trop ; car
n'eftant que l'ombre & la vaine
image de la Verité, elle n'eft
pas affez folide pour durer
longtemps.
L'OPINION.
Foute ombre, & toute var
ne image que vous m'appel
liez , jay pris de trop fortes
racines dans le monde pour
en fortir . Mon pouvoir y eft
fi grand , que j'ay même éra
bli dans l'homme une feconde
nature , D'un malheureux je
fais un heureux , d'un malade ,
un fain ; d'un pauvre , un riche;
34 MERCURE
d'un fou , un fage , d'un igno
rant , un fçavant ; & quand je
veux auffi je fais le contraire
de tout cela ? Je vous laiffe à
penfer fil'on me quirtera pour
aller à vous ; & puis pour vous
atteindre où faut il aller?
Voulez vous qu'on defcende
au fond d'un puits pour vous
trouver , car c'est là que quelque
Philofophe a dit que vous
logiez ? Mais les tenebres font
peur , & les hommes ne font
pas d'humeur à vouloir def
cendre fi bas. Pour moy ję
me prefente à eux facilement
pour ne leur pas donner la
GALANT. 35
geine de me chercher , je les
je connois , ils fe rebutent du
travail , & il faut avoir pitié de
leur foibleffe . Ils font contens
de me poffeder. Auffi voit on
plus de Philofophes à ma fuite
qu'à la voftre, & s'il en eft quel
ques uns qui vous trouvent,
difons les chofes telles qu'elles
font , ils paffent plus de temps
avec moy qu'avec vous. Il eft
vrai qu'alorsils croyent eftre a
vec vous, & que tout l'honneur
qu'ils me rendent , ils vous le
rapportent; mais enfin ils font
avec moy , & foutiennent mes
interefts , croyant défendre les
MERCURE
voltres. Quoy qu'il en foit
pourtant , ils font mes Sujets ,
& moy leur Reine , & ils me
faivent jufqu'à fe quereller
les uns & les autres pour l'a
mour de moy.
J
LA VERITE .
Ah ! que ce que vous me
dites là contre moy , me fairs
une grande compaffion'pour la
folie des hommes ! Ils n'aiment
donc que ce qui ne donne aucune
peine , quelque vain &
nuiſible qu'il foit ? Ils ne font
donc pas hommes , c'eſt à dire ,
raifonnables, & s'ils ne font pas
hommes , que font- ils donc
GALANT.
37
Ignorent ils que toutes leurs
démarches doivent tendre à
moy, que le folide plaifir ne
fe trouve qu'avec moy ; & puis
qu'ils aiment tant le plaifir ,
où doivent - ils le chercher
qu'en ma compagnie Dans
quelle ignorance croupiffentils
, s'ils ne connoiffent pas la
Verité , qui eft plus ancienne
dans le monde que l'Opinion?
car enfin le premier homme
l'a connue des qu'il a com
mencé à vivre .
L'OPINION.
Il eft vray , mais il n'a pas
demeuré longtemps avec elle,
38 MERCURE
voltres. Quoy qu'il en foir
Fourtant , ils font mes Sujets ,
& moy leur Reine , & ils me
faivent jufqu'à fe quereller
les uns & les autres pour l'a
mour de moy.
j
LA VERITE .
Ah ! que ce que vous me
dités là contre moy , me fait
une grande compaffion'pour la
folie des hommes ! Ils n'aiment
donc que ce qui ne donne aucune
peine , quelque vain &
nuifible qu'il foi ? Ils ne font
donc pas hommes , c'eſt à dire ,
raifonnables , & s'ils ne font pas
hommes , que font-ils donc
GALANT
Ignorent is que toutes leta
démarches doivent de
moy ,que le alice : ufrag
ſe crouve culares In
am
223
qu'ils amen met le sale,
ou dare
quelle spuranice m
iks , ali ne condolen ma a
Verite, an eft plus
dans le monde quelcom
car ends le premff in
l'a commé des gale
mence à vivre.
LOPINICA
I el vray , mai
demeuré longtemp
38 MERCURE
& il s'en faut bien peu que je
ne fois auffi ancienne que
Vous
LA VERITE' .
Et qu'eftes- vous fans moy
qu'une vieille erreur ?
L'OPINION.
Vieille erreur tant qu'il vous
plaira , j'ay toujours des charmes
nouveaux pour une infi .
nité de gens , & peu fe dégoû .
tent de moy. Vous avez beau
lamenter , le monde ira roujours
fon train me ſuivra ,
m'aimera , me ſoutiendra , &
fera pluscontent de moy que
de yous . Demeurez feule dans
GALANT. 2.9
voftre puits , fur vos roches
efcarpées & inacceffibles , &
ne prétendez pas me faire la
guerre. Je vous vaincrois par
le nombre de mes Soldas ,
qui égale prefque celuy des
hommes. La force de la Veri.
té eft grande , il eft vray , mais
celle de l'Opinion et bien
étenduë. Croyez moy , ne
perdez pas voſtre temps à tâcher
de m'enlever mes amans,
& prenez garde que ceux que
vous avez gagnez , fe voyant
feuls avec vous , ne defertent
pour le retirer chez moy.
40 MERCURE
LA VERITE'
Toute Opinion que vous
eftes ,vous.eftes Vérité en cela ,
& il faut à ce coup que la Verité
trouve bon ce que dit l'O
pinion . Ouy , je vois bien que
T'homme fera toujours homme
, puis que l'Opinion luy
plaift mieux que la Verité , & ,
qu'il préfere aveuglement &
imprudement la facilité de
trouver l'une , quelque vaine .
& ridicule qu'elle puiffe eftre,
au folide & veritable plaifir de
trouver l'autre , quelque belle.
& utile qu'ellefoit .Je vous laiffe
donc enfemble . Adieu , vaine
GALANT. 41
& nuifible Opinion .
L'OPINION.
- Adieu , auftere & income
mode Verité .
LA VERITE .
Ouy, incommode aux fous,
mais delicieufe aux lages.
Je fatisfais voftre curiofité
en vous envoyant la Piece qui
a remporté cette année le
Prix de l'Academie des Jeux
Floraux de Touloufe. Elle eft
de M' de Baratet , Maire perpètuel
de Villeneuve d'Agenois
, qui écrit également bien
en Profe & en Vers.
Juin 1701
D
42 MERCURE
RViſſeaux
qui murmurez , coulez
fans violence ;
Zephirs , retenez- vous , Oiseaux ,fai--
tes filence ,
Vous qui redites tout dans vos antres
fecrets
Echos , u'y repetez que mes triftes re--
grets.
Dans les tranfports ardens d'un feu
qui me devore ,
Fe pleure , je me plains d'un Berger
quej'adore ;
Rien ne peut en amour égaler mes
malheurs
,
Je fouffre, & je cheris l'objet de mes
douleurs.
Seule , & libre des foins d'une amou
reufe atteinte ,
Sous un ruſtique toit je vivois fans
contrainte ,
GALANT.
43
Attentive àprévoir le moindre engagement,
Je n'avois point d'Ami pour n'avoir
point d'Amant.
Comme un appas trompeurje regardois
l'eftime ,
L'amour comme un poifon , fes doucours
comm, un crime.
Pour objet de mesfoins , pour mon uniª
qué bien ,
Je n'avois qu'un troupeau , ma houlette
& mon chien.
Silvandre , des Bergers autrefois le
plusfage,
Conduifoit fes moutons dans le même
Boccage ,
Et j'y voyois fouvent paiftre nos deux
Troupeaux,
S'égayer , fe meler, boire aux mèmes
ruiffeaux. [[ delles
Je voyois ce Berger avec des foins fi
Dij
44 MERCURE
Demeler fes brebis & marcher après :
elles ;
Maiftreffe de mon coeur , contente de
monfoit,
L'évitois fes regards , je fuyois fon
abord,
Mais des loix du Deftin qui pourroit
fe défendre?
L'Indifferente Iris devoit aimer Silvandre
,
Silvandre luy jurer d'éternelles amours
,
L'adorer pour un temps , la quitter
pour toûjours.
Ce Berger anime d'unefame ſecrette
Me fuivit , m'attaqua jufques dans
ma retraite,
Millepetits Amours , mille innocens
Plaifirs
Les Graces &lesfeux fecondoientfes
defirs
-
GALANT 45
Fe fentis defes traits mapudeur allarmée,
Il m'aimoit tendrement , je voulois
eftre aimée
Et le fubtil poifon d'un mal contagieux
Segliſſa dans mon coeur& parut dans
mes yeux.
Ma raifonfut bien- toft foumise à ma
tendreffe
Une donce langueur découvroiť ma
foibleffe,
Et mon ame oubliant fa premiere rigueur
Ne fit plus un fecret du nom de fon
vainqueur.
Amour! cruel Amour! quand un coeur
rend les armes ,
Pourquoy tant de douceurs , deplaifirs
& de charmes ›
Si dans unfeul moment ton caprite.
détruit
45 MERCURE
Le bonheur le plus doux que tes traits
ont produit ?
·Apeine mon Berger connut- il ma défaite,
Qu'il tourna fes deffeins du cofte de
Lifette.
Tous les jours dans nos champs je
lentens ,je le voy ,
Soupirer auprès d'elle & vivrefousfa
loy
Fe le voy tous lesjours , ce Berger infidelle
,
་
Suivre les mouvemens dune flamenouvelle
,
Et ce coeur qui parutfifenfible à mes
traits ,
N'eft pas meme touché de mes triftes
regrets .
Il voudroit m'éviter , l'inconftant , le
volage ,
Il me fuit ,je lefuis de bocage en bocage.
GALANT.
47
Si l'ingratquelquefois fe dérobe à mes
yeux ,
Mon coeur, mon tendre caur ,
contre en tous lieux.
le
ren-
Ces cofteaux , ces valons , cette ‘ai--
mable verdure
De mes plaifirs paffez retracent la
peinture,
Ces arbres , ces ruiffeauxfont des té
moins prefens ,
Du fujet de ma honte & des maux
que je fens
Malheureufe Bergere, infortunèe Amante!
Mon bonheur eft paffe , ma difgrace
eft prefente.
Tendres & doux tranſports qu'eftesvous
devenus
Dans le coeur d'un Berger qui ne me
[ fevere connoift plus ?
Deftin trop rigoureux ,par quel ordre
48 MERCURE
Devois -je aimer Silvandre & de
vois -je luy plaire ,
Si le même penchant qui nous unitfi
bien ,
Devoit vivre en mon coeur , & mou→
rir dans le fien ?
Helas ! ilmejuroit une conflance ex
trême: { le de même.
L'ingrat en aime une autre , & luypar
Ah ! fe peut - il flater que quelque
ANNDieu vangeur
Ne prétende punir le crime de fon
coeur?:
Mais pourquoy murmurer des tourmens
que j'endure?
Je me plains d'un Berger infidelle &
parjure ,
Et je reffens , helar , dans un profond
ennuy™
Que jefuis mille fois plus parjure que
Luy
J'avois
GALANT.
49
J'avois cent fois juré de n'aimer de
ma vie,
De neformer des voeux que pour ma
Bergerie.
Perfide à mon Troupeau , n'ay-je pas
en aimant,
Et fauffé ma promeffe, & rompu mon
ferment ?
D'un Berger inconftant victime d'éplorable
,
Fe detefte un forfait dont je mefens
coupable,
Mais s'il eft des tourmens pour qui
manque defoy
Je n'ay que trop fubi la rigueur de la
Loy
Que deux crimes, égaux ont un effet
contraire !
Je quitte mon troupeau , Silvandrefa
Bergere,
Juin 1701 .
E
o
MERCURE
Mon troupeau vitfans moy , reffent
peu mès rigueurs ;
Silvandre m'abandonne , & loin de
luyje meurs.
Je remis le mois dernier à
vous parler de la nouvelle So
cieté deSçavans , qui fait grand
bruit dans 1 Empire des Leteres
, & dont , felon toutes les
apparences, elles doivent tirer
de grands avantages. Je croy
ne vous en pouvoir mieux
inftruire qu'en vous envoyant
l'Ecrit fuivant, qui a eſté donde
au Public.
GALANT.
SI
A VIS AUX GENS
DE LETTRES.
SOD
On Alteffe Sereniffime ,
Monfieur le Duc du Mai .
ne,a fouhaité qu'il s'imprimaft .
chaque mois dans la Ville de
Trevoux , des Memoires pour
Hiftoire des Sciences & des beaux
Arts , & voicy le plan fur lequel
ce Prince a ordonné de
travailler , à ceux qu'il a bien
voulu choifir pour l'execution
de fon deffein.
1. Ces nouveaux Memoi
res doivent contenir des ex-
Eij
52 MERCURE
traits de tous les Livres de
Science imprimez en France ,
en Espagne , en Italie , en Allemagne
, & dans les Royaumes
du Nort , en Hollande , en Angleterre
& ailleurs.Ceux que le
Prince a chargez de ce travail,
font en eftat d'avoir des correfpondances
dans tous les
lieux où il s'imprime des Livres.
Comme ces Memoires
ne commencent qu'avec le
Siecle , on n'y parlera que des
Livres qui auront eſté imprimez
dans le Siecle nou?
veau , ou qui eftoient encore
nouveaux quand le Siecle a
commencé,
1
GALANT.
$3
FI. Perfonne, ordinairement
patlant , n'eft capable de faire
mieux l'extrait d'un Livre que
celuy qui l'a compofé, & d'ail
leurs un Auteur pourroit crain.
dre quelquefois qu'un autre
faifant l'extrait de fon Livre, ne
le fift pas parler & penfer auffibien
qu'il croiroit avoir fair.
Ceux donc qui voudront faire
eux mêmes les extraits de leurs
Ouvrages , n'ont qu'a les faire
tenir aux Auteurs des Memoires.
On promet de les yinfe
rer tels qu'ils les envoyeront ,
aprés cependant qu'on les aura
comparez avec les Ouvrages
Eij
54 MERCURÉ
mêmes , pour s'affurer que ces
extraits font fidelles . On juge
cette précaution neceffaire ,
parce qu'un Auteur ne remplic
pas toujours dans fon Ouvrage
l'idée qu'il s'en eft formée,
& qu'il en donne dans une
Preface.
III. Comme ceux qui doi .
vent compofer les nouveaux
Memoires , ont des habitudes
avec un grand nombre de
períonnes habiles en toute.
forte de fciences , & qu'ils auront
en peu de temps des correfpondances
établies dans
toutes les parties du monde.
GALANT. 55
où l'on cultive les Lettres , ils
elperent par ce moyen donner
fouvent au Public des Pieces
manufcrites de Critique , des
explications de Medailles cu
rieules ; de nouveaux éclairciflemens
fur des paffages de
l'EcritureSainte ; des découver.
tes qui regardent la Phyſique,
la Medecine & les Mathemati .
ques;quelque nouveau Pheno .
mene , quelque Machine nouvellement
inventée , & c . Ainfi
les perfonnes habiles en cha ,
que genre de fciences , trouveront
toutes de quoy fe fatis
faire dans ces nouveaux Me
moires.
55 MERCURE
IV. Ces Memoires comprendront
encore toutes les
nouvelles des Lettres , par
exemple , la mort des perfonnes
diftinguées par leur fcience
, fuppofé qu'ils ayent imprimé
quelque chofe; les chan
gemens qui fe font dans les
Academies & dans les Univerfrez
; les differends qui naifs
fent entre les Sçavans , fi ces
differends font de quelque
confequence , & meritent qu'
on en faffe part au Public,
V. En apprenant au Public
la mort des Sçavans , on' y
joindra le récit de leurs prin.
GALANT. 57
cipales occupations , & des plus
confiderables actions de leur
vie. L'Hiftoire des Lettres doit
cette marque de reconnoiſſan ·
ce à la memoire de ceux qui²
les ont cultivées ; & on eft
perfuadé que leurs Amis aideront
volontiers à leur rendre
ce dernier devoir , par les inf
tructions qu'ils voudront bien
fournir for ce fujet.
VI Dans les conteftations
qui s'élevent fouvent entre les
hommes de Lettres fur les matieres
de fcience , les Auteurs
des Memoires ne prendrontjamais
aucun parti : & ils ne fe
58 MERCURE
rontalors qu'un fimple expofé
de ce qui s'écrira de part, &
d'autre , retranchant cependant
ce qu'il pourroit y avoir
d'aigre & d'injurieux dans ces
écrits . I's obferveront auffi la
même neutralité dans tout le
refte , excepté quand il s'agira
de la Religion , des bonnesmoeurs
, ou de l'Etat , en quoi
il n'eft jamais permis d'être
neutre . Un Ecrivain qui fait
des Memoires eft proprement
un Hiftorien. Ainfi pour de
meurer plus conſtamment
dans les bornes d'une parfaite
neuralité fi neceffaire aux au
GALANT.
59
teurs de ce caractere , on évitera
également , & ce qui pouroit
offenfer , & les louanges
affectées des Ouvrages & des
Ecrivains.
VII. On inferera auffi dans.
les nouveaux Memoires le def
fein & les projets de certains
ouvrages , lorfque les Sçavans
jugeront à propos de les com
muniquer,foir pour preffentir
le jugement du Public , foit
pour engager ceux qui auroient
fur les mêmes fujets des
lumieres particulieres , à leur
en faire part.
VIII Quand on a fur des
60 MERCURE
points de doctrine des diffi
cultez qu'on ne fçauroit réſous
dre , on peut par le moyen de
ces Memoires confulter à la
fois tous les Sçavans de l'Eu .
rope, & en recevoir en peu de
temps les éclairciffemens dont
on a befoin. Cette correſpon
dance de tous les hommes de
Lettres les uns avec les autres,
fi aifée à établir & à conferver,
peut infiniment fervir à la per
fection des Sciences:
IX . Pour faciliter le com
merce entre les Sçavans & les
Auteurs des Memoires , Monfieur
le Duc du Maine veut
GALANT. 61
bien qu'il y ait dans l'Arſenal
fous l'horloge , une boëte pour
recevoir les memoires particu
liers de chaque chaſe , qu'on
jugera devoir entrer dans cer
Ouvrage. On les mettra tous
en oeuvre ,fi l'on trouve qu'ils
le meritent , & qu'ils ne conziennent
rien contre les règles
quel'on s'eft prefcrites . Il n'im
porte en quelle langue ils
foient écrits , on prie feulement
qu'ils foient courts ; autrement
on ne les pourra mettre qu'en
extraits .
X. Pour la matiere des Memoires
manufcrits que chacun
62 MERCURE
pourra communiquer , c'eſt ce
qu'ona dit ci - deffus , &generalement
tout ce qui peut conatribuer
à fatisfaire la curiofité
des gens de Lettres. Par cette
raifon on a cru pouvoir donner
à cet Ouvrage le titre de Me.
-moires pour i Hiftoire des Sciences
des beaux Arts.
XI. Si quelqu'un trouvoit
ce plan défectueux en quelque
point il fera p'aifir d'en avertir
& demarquer ce qu'il jugeroit
qu'on dût y ajoûter pour le
rendre plus parfait . Ceux qui
le doivent executer n'ayant en
vue que de le rendre le plus
GALANT 63
3
utile qu'il le pourra , font dans
la difpofition de profiter des
avertiffemens qu'on voudra
bien leur donner fur ce fujet.
Ces Memoires fe diftribuent
à Paris chez Jean BoudotImpri.
meur ordinaire du Roy & de l'Academie
Royale des Sciences , ruë
S.Jacques au Soleil d'or , prés
S.Severin.
Tout ce qu'on pourroit dire
à l'avantage de cet établiffement
, le feroit bien moins
comprendre , que
l'Avis que
vous venez de lire . Plus les
Ouvrages de cette nouvelle
& fçavante Société, feront
64 MERCURE
a
avantageux au Public , plus
fon établiſſement
fera glorieux
à Monfieur le Duc du
Maine. L'on peut dire que ce
Prince eft univerſel. Heſt bra.
ve , il a de cres- grandes connoiffances
du métier de la
guerre. Il aime les beaux
Arts , & il n'ignore rien de ce
qui regarde les belles Lettres ,
dont il cherche à procurer la
gloire & l'avancement
; &
le nouvel établiſſement
qu'il
vient de faire en eft une preuve
incontestable
. Il n'y apoint
à douter que cet établiffement
ne réuffiffe de plus en plus ,puis
GALANT. 65
14
que Mª de Malezieu , qui a
l'honneur d'eftre Chancelier”
de ce Prince dans la Souveraineté
de Dómbes , & qui
aime les Arts & les belles™
Lettres , y féra exécuter fes
volontez avec autant de vi
gueur que de plaifir , & cherchera
même de nouveaux
moyens pour faire fleurir les
Arts & les Sciences dans cettė“
Principauté.
Voicy plufieurs petnes Pieces
de Vers far divers fujets ,
qui meritent bien que vous
Les voyiez. La premiere eſt de
Fain 1701.7
F
66 MERCURE
M' Dader , fur la naiffance du
Fils de M' le Marquis de Mon
taigut , Procureur General au
Parlement de Toulouſe , qui
depuis huit ans de mariage.
n'avoit pû avoir d'Enfans .
MADRIGAL.
Avant que le Printemps nous prefente
fes fleurs ,
Il nous lesfait beaucoup attendre,
Et le Ciel pour nous mieux furprendre
,
Nous differe fouvent fes plus rares
faveurs!
Vous defiriez un Fils , & vous l'avez
vû naiſtre
Mais avec des attraits qui peuvent
tout charmer,
GALANT. 67
Ce qui nous fait affez connoiftre
Que le Ciel travailla longtemps à le
former.
Les Vers furvans ont eſté
envoyez par M ' Alifon à M
de.. qui s'eftoit plaint à luy
des trop longues rigueurs de
fa Maiftreffe.
Vous vous plaignez, Damon, de
ce que Celimene
Depuis plus de deux ans poffede vo
ftre coeur ,
Sans qu'elle ait adouci voftre amoureufe
peine
Par la moindre faveur.
Voftre fort, je l'avoue , eft trifte &
déplorable ,
Mais vous enferez plus heureux,
Fij
682
MERCURE
Sicette Belle un jour ceffe à vos tendres
voeux
De fe montrer inexorable.
Un Amant quifut miferable ,
Et dont on a récompenfe lesfeux ,
Trouve l'objet aimé mille fois plus «
aimable ;
L'estime redoublant, il eftplus amou
reux.
Ce Madrigal a efté fait en
faveur de la belle Mademois
felle Chartier.
Je ne vous connois que d'unjour,
Et je fens pour vous de l'amour
Un charme fecret m'y convie ,
Et je vois bien que c'est un fort
Qui fait que l'on aime dabord!
Ce que l'on doit aimer lereste defa
vie
GALANT. 69-
Mr Chaleil de Saugues eft
1*Auteur de cet autre Madrig
gal.
Quand par deffein ou par hazard
Fourjetterfurun autre un tendre &
doux regard,·
Toutà coup mon ame eftfaifie
D'une fi forte jalousie
Que mon coeurfe repent dans ce cruel
moment
De vous aimertrop ardemment ; »
Mais que ce repentir eft de courte
durée !
Apeine, Iris, me dites-vous ,
Que c'eft à tort que mon coeur eft
jaloux
Que d'unfi noirfoupçon mon ame eft
delivrée
Voyez quel fort empire ont fur moy
vos appar
70 MERCURE
Parcette marque de foibleffe ,
Et conno:ßez enfin l'excés de ma ten.
dreffe
Mais n'en abufez pas.
M' Teffon a fait les paroles
qui fuivent pour eftre mifes
en Air.
Roffignols , qui dans ce bocage
Chantez tous les jours
Vos tendres amurs´ ,
Apprenez à Tircis voftre amoureuxlangage
Faut- il que fon timide coeur
Brûle toujourspour moy d'une inutile
ardeur
Helas ! fi comme vous il fouffre le
martire ,
Que n'apprend-il comme vous à le
dire?
GALANT. 75
Voicy d'autres Vers qui ne
font pas moins propres à met
tre en Chanfon.
a
Quand les Frimats viennent de ces
beaux lieux
Chaffer Zephire & Flore ,
Je vois difparoifre à mes yeux
La Beauté que j'adore ;
Mais fon abfence & l'hiver rigon
reuxs
Loin de glacer mon coeur, en redou
blentles feux.
On a reçu des Nouvelles
de Perfe dont je vous fais
part. Elles font de M ' de Saint
Olon , Evêque de Babylone ."
72 MERCURE
↑
D'Ifpahan ce 19 Nov. 1700.
UN Envoyé Turc eft arrivé
icy ily a peu de jours ; qui ,
à ce qu'on dit demande aux Perfans
Baffera , & ce qu'ils en ont
tiré depuis trois ans qu'ils l'ont
pris fur les Arabes. Je croy qu'ils
n'en ont guere tiré , n'y ayant point
en de commerce depuis quelque cinq
ans , & ayant presque toujours
efté bloquez par les Arabes qui
kes tiennent encore actuellement
affiegez depuis trois mots ; Les Per.
fans , à mon avis , auroient mieux
fait de ne s'en point mefler , pour
ne
GALANT .
73
ne pas donner occafion de chicane
aux Turcs , qui ne cherchent qu'à
leurfaire querelle ; mais j'apprens
que ce fut le Khan d' Aviza , qui
par occafion en chaffa les Arabes ,
aprés l'offrit au Sophy , qui ne
reçut la Place que pour la rendre
aux Turcs.
Le nouvel Ambassadeur Felix
Marie Capucin , Italien de Peruggia
, âgé de quarante trois ans,
grand affez bien fait , fit icy
fon Entrée avanthier aufoir. Un
Capitaine Breton qu'ilmene avec
Luy , marchoit devant , & eftoit
fuivi de deux Erendarts , un du
Pape , & l'autre de l'Empereur.
Juin 1701.
G
1
74. MERCURE
Ils eftoientfuivis de quatre ou cing
Moufquetaires, aprés lefquels mar
choit Son Excellence entre quelques
Valets de pied , veftus de drap d'or
àfleurs rouges , avec des chapeaux
bordez de galon d'or. Je lefuivois
feul, ayant derriere moyfon Interprete
; aprés lequel venoient
deux à deux quelques Marchands
Marſeillois , & un Gafcon , le
Pere Prieur des Carmes du Con.
vent de Zulpha , Portugais avec
trois de fes Religieux , deuxJaco
bins Armeniens , & quatre Capu.
cins de fa compagnie . La Canalcade
eftoit fermée par deuxCava.
liers Anglois bien montez cinq auGALANT.
75
tres Valets depied bien veftus , &
quatre beaux chevaux de main¸&
deux Plachals ou Portes · flambeauxà
la Perfienne On dit que cet
Ambasadeur porte au Sophi quatre
Lettres , quifont du Pape , de
l'Empereur , de la Republique de
Venife , & du Grand Duc de
Tofcane, & que deux Marchands
deux Capucins , Marfeillois
dont l'un eft Milanois , qui portoient
ces Lettres , entrerent avec
luy , furent affis fur quatre
Tabourets . Le Sophi entre autres
difcours , aprés s'eftre informé de
la famé du Pape , de l'Empereur,
c.demanda àl' Elchi on Ambaf-
Gij
76 MERCURE
fadeur des nouvelles de la Paix du
Turc , à quoy il répondit qu'elle
eftoit faite, mais non encore accomple
, & qu'on ne croyoit pas qu'elle
duraft.
Les courfes des Boluchesjuſqu'à
fept lieues d'icy (Voleurs des confins
de Perfis vers les Indes ) ont
obligé le Sophi d'envoyer des Trou
pes contre eux. Comme ce Prince
s'adonne plus que jamais au vin ,
& aux jeux de Cartes & de Dez,
on efpere qu'il en incommodera
moins les Habitans de Zulpha,
qu'il ne faifoit auparavantpar fes
frequentes forties avecfes Fems
mes.
GALANT. 77
La Lettre de M ' de Vertron
que je vous envoye , vous ap
prendrà la mort d'une perfonne
qui eftoit fort confiderée
de tous les gens de merite.
A MADAME
D'ALLONVILLE
D'AMBOIS E.
V
Ous n'ignorez pas , Ma
dame , quelle elloit l'ef.
time que j'avois pour Made
moiſelle de Loynes . Ainfi vous
comprendrez aisément com .
bien je fuis fenfible à la perte
G iij
78 MERCURE
que j'en viens de faire . Elle eft
morte le 24 de May à Port-
Royal des champs , & je ne
fçaurois vous exprimer la douleur
dont je fus frapé en recevant
une fi funefte nouvelle .
Vous fçavez , comme je l'ay
fait voir dans ma Nouvelle
Pandore
, qu'elle eftoit parta
gée d'un efprit des plus brillans
, qu'elle compoſoit bien
en Profe & en Vers , & qu'elle
charmoit également les coeurs
& les efprits ; mais vous ferez
peut- eftre furpriſe d'apprendre
que ce Soleil a efté encore
plus brillant dans fon occident
GALANT. 79
4
que dans fon midy. Aprés
avoir efté l'admiration du
monde , elle a jugé le monde
digne de fon mépris ; & tout
Paris l'a vûë renoncer aux vanitez
dela terre , pour ne s'attacher
qu'aux folides richeffes
du Ciel. Il y a deux ans , Ma
dame , qu'elle me fit la grace
de m'ouvrir fon coeur fur la
genereufe réfolution qu'elle
avoit prife de confacrer le refte
de fes jours au fervice de
Dieu dans la retraite Quelque
intereft que j'cuffe à combattre
un deffein qui devoit me
priver des avantages que je
Gi
80 MERCURE
retirois de fa fpirituelle converfation
, je n'eus garde de
m'opoſer aux ordres du Ciel , &
je fis éclater plus d'admiration
que
de douleur dans ma répon
fe . Je puis dire , Madame , que
ce fut alors que je la vis pour
la derniere fois , car depuis ce
trifte jour elle n'a paru à mes
yeux que comme une ombres .
Elle eftoit fi occupée de Dieu.
qu'elle me parloit fans m'entretenir
, & qu'elle me voyoit
fans me regarder , encore étoit
ce rarement. A peine fon tems
luy fuffifoit , pour vaquer aux
oeuvres de pieté , dont elle faiGALANT.
8
foit fon unique étude. Elle ne
fortoit de fa maiſon que pour
prendre le chemin des Eglifes,
ou des Hôpitaux ; & c'eftoit
par un exercice fi beau , qu'elle
le préparoit à cette retraite ,
qui a efté la conſommation de
fon détachement des créatures
. Elle y a vêcu dans la plus
fevere abftinence , & y eft
morte dans le cilice en odeur
de fainteté. Voilà , Madame ,
de quelle maniere cette Demoiſelle
a terminé fa courſe.
La gloire dont elle a brillé parmi
nous , quelque éclatante
qu'elle foit, n'eft qu'une obfcu
82 MERCURE
rité , au prix de celle dont elle
eft environnée parmy les
Saints . Toute latendreffe que
j'avois conceuë pour elle s'eft
changée en veneration ; & le
bonheur dont elle jouit me
confole du malheur que j'ay
eu de me la voir enlevée par
une mort fubite. Vous fçavez,
Madame , qu'elle eftoit Fille
de feu M' de Loynes, Prefident
à Mortier du Parlement de
Metz , & Belle - foeur de M
Molé,Confeiller au Parlement
de Paris , dont le Frere y eft
Prefident à Mortier, Mais la
gloire de la mort de cette
GALANT.
83
Heroine Chreftienne l'empor
te encore fur celle de fa naif.
fance , & fera à l'avenir le
principal ornement de fon illuftre
Famille. Je luis , Mada
me,Voftre tres , & c.
Vous me demandez des
nouvelles du Livre intitulé ,
Le nouveau Democrite , ou Dé
laffemens d'efprit , qui ſe vend
depuis peu chez le Sieur Brunet
, dans la grande Salle du
Palais , à l'Enfeigne du Mercure
Galant . On affure que ce
Livre eft dans le gouft des
Amuſemens ferieux & comi.
84 MERCURE
ques , & comme des perfonnes
d'efprit , & qui ont accoutumé
de juger fainement des cho .
fes , le publient , on doit préfumer
qu'il eft fort diverti
fant , & rempli de bonnes chofes
. Je connois des gens dont
les décifions font toujours ju
ftes , & qui en ont lû quelques
Chapitres , où ils ont trouvé
beaucoup de fel & de vivacité,
des peintures fort agreables ,
& des caracteres bien tou .
chez . Comme l'Auteur louë
moins qu'il ne blâme , cet
Ouvrage doit avoir du debit,
& il paroift qu'il y a plufieurs
GALANT. 8
portraits d'aprés nature , où il
ne fait pas voir les hommes de
leur beau cofté . Il n'y a rien
dans l'homme qui ne foit utile.
Les belles qualitez de ceux qui
en ont , enfeignent le chemin
du merite & de la vertu , &
donnent de l'émulation pour
les imiter & leurs defauts
vivement reprefentez , font
faire des reflexions à ceux qui
reconnoiffant en eux- mêmes
ce qu'on leur montre dans
les autres , font portez quel
quefois par là à chercher les
moyens de s'en corriger.
Le même Libraire qui debite
;
86 MERCURE
le Democrite nouveau , vend
une Comedie intitulée Le Ca.
pricieux. Il y a déja quelque
temps qu'elle a efté reprefentée.
On ne fçauroit dire avec
quel fuccés , puis qu'elle a re.
çu beaucoup de loüanges des
uns , & qu'elle a eſté fort critiquée
par les autres . L'Auteur
a fait une Préface tres inge
nieufe là deffus , & qui merite
l'approbation de ceux qui ju.
gent fans prévention .
·
En vous apprenant le mois
dernier la mort de Mademoifelle
de Scudery , j'oubliay de
vous dire en vous parlant - de
GALANT. 87
M' de Scudery , fon Frere, qu'il
eloit fameux par beaucoup
d'excellens Ouvrages , qui luy
avoient fait meriter une place
dans l'Academie Françoife , où
certe illuftre Fille remporta le
Prix de Eloquence in 1671.
Elle avoit dédié les Converfations
de Morale au Roy , qui
en 1683. l'avoit gratifiée d'une
Penfion de deux mille livres.
Elle eft enterrée dans l'Eglife
de Saint Nicolas des Champs.
M' de Vertron a fait fon Epitaphe
en Latin , pour eftre
gravée fur fon Tombeau . Voi.
cy la verfion qu'il en a faite
88 MERCURE
en faveur de ceux qui n'entendent
pas cette Langue .
A l'heureufe Memoire
DE MAGDELEINE DE SCUDERY ,
Qui
En pudeur, en fidelite , en efprit ,
Enpieté , & en grandeur de courage,
Trouvera à peine fon égale.
Animée d'une chafte pudeur,
Ellefleurit, comme le lis parmi
les épines
.
Excitée parfafidelité ,
Ce fut un Soleil,
Dont les rayons & lesfeux
Je répandirent fur fes Amis.
Soutenue par fa pieté ,
Semblable à une Aigle ,
GALANT. 89
Elle s'eleva au deffus de la terre ,
Pour prendre fon eßor vers le Ciel .
Illuftre parfon efprit ,
Elle brilla entre nos Mufes ,
Et merita d'eftre appellée
LA SAPHO DE LA FRANCE .
Munie de lagrandeur de fon courage,
Ellefurmonta lesfoibleßes du corps ,
En invicible Heroine.
Triomphant de l'adverfité ,
Elle demeura inébranlable
De même qu'un rocher au milieu
des flots.
Les douleurs lesplus aiguës
Ne trouvèrenten elle qu'une Amazone
Chreftienne.
Ellefut l'honneur de l'un & de l'autre
fiecle ,
Le precedent la vit naiftre ,
Helas ! celui-ci a efté le trifle témoin
de fa mort :
Juin
1701.
H
90 MERCURE
4
Elle ne devoitjamais moarir,
Mais iln'y avoitpoint d'autre chemin
à l'Immortalité.
Cette illuftre Fille mourut le 2.
du mois defuin ,
Agée de 94 ans .
L'An de Grace M. DCCI.
Voicy quelques autres pieces
fur la mort de cette Illuftre
perfonne.
La premiere eft de M**
Marcel.
MADRIGAL
ENfin Sapho n'eft plus ! ouy , la
Mort & le Temps ,
Ces Deitez qui n'épargnent perfonne
Soit l'homme de neant, ou la teste à
couronne
GALANT.
De cette illuftre Fille ont terminé les
ans .
gloire
L'un & l'autre jaloux de fa folide
Et de fon grandfçavoir ; & de fes
pures moeurs ,
Pourenrompre l'accordl'accablant de
douleurs
Ontmontre ce que peut leurfureur la
plus noire.
Mais le Cielqui pour elle en toutfut
éclater.
Et qu'àfon tour elle pritfoin defuivre,
En dépit de la mort l'euft toûjours
laiffé vivre ,
N'eftoit qu'il faut mourir pour pouvoir
y monter.
Le même M Marcel a envoyé
cet autre Madrigal à Mademoi
felle Lheritier , à l'occafion de
cette mort .
Hij
92 MERCURE
Pour ton incomparable Amie,
Avoir couler tespleurs, ton deüil n'eſt
pas petit ,
Ah , tu la dois ainfi pleurer toute ta
vie,
Puifqu'elle s'a fait en partie
Heritiere de fon efprit.
Mr Moreau de Mautour eftoit
trop amy de Mademoiſe le de
Scudery pour s'eftre tcu da s
cette rencontre. Les Ve.s fu
vans font de luy,
CIel ,
Iel , de trop de rigueurfans ceßeje
t'accufe ,
De ravir Scudery , cette dixième
Mufe.
La Parque de fa vie a terminé le
cours
Etfa perte me cause unejufte trifteffe.
GALANT. 93
Ala France elle a fa itplus d'honneur
en nosjours
Que Sapho n'en a fait autrefois à la
La Grece.
Les Mufes Latines ont auffi
voulu faire honneur à Mademoiſelle
de Scudery . M'l'Abbé
le Houx les a fait parler
ainfi.
Pro annofiffima Sibylla Domina
DE SCUDERY
;
De Parnaffo bene merita ,
EPITAPHIUM.
Erepta eft Sapho aternis focianda
Camanis
,
Ut quæ homines cecinit , nunc
canat ipfa Deos.
94- MERCURE
ALIUD.
Sidus Apollinum extinctum eft ;
plorate, Sorores ,
Conduplica lacrimas tu quoque,
Pinde duplexo
Je ne puis m'empêcher d'ajoû--
ter icy un autre Diftique en la
même langue fur l'élevation de
Ml'Abbé Bignon à la dignité de
Confeiller d'Etat . Quelques honneurs
que le Roy puiffe répandre
fur luy , on l'en trouvera toûjours
tres-digne .
Oni Mufis focius , pandit fecreta
Minerve
༣
1
CALANT. 9 ་
Dignus confiliis Solis adeffe fuit.
Vous fçavez que M¹ de Vau
ban a efté élu Prefident de l'Academie
des Sciences. Cette
élection a donné lieu à ce Qua
train .
LOUIS , l'appuy des beaux Arts,
Montre aßez qu'il les conferve,
Elevant un Fils de Mars
Surle Trône de Minerve,
Je vous ay déja parlé der
Madame de Malenfant , à l'oc
cafion du Prix du Soucy qu'elle
remporta l'année paffée aux
Jeux Floraux de Toulouſe , par
une Elegie où elle regrettoit
96 MERCURE
la mort de Madame Coulet de
Beaumont , fon intime Amie ,
& Dame d'un rare merite. El
le a remporté cette année le
Prix de l'Amarante par le jugement
de la même Academie
, & c'est par cette Ode
qu'elle a furpaffé tous les con
currens.
SUR LE TEMPS.
ODE.
A plus hautfommet du Parnaffe
Je prens un efor glorieux ,
E
GALANT:
97
Et plein d'une nouvelle audace
Je vay parler comme les Dieux .
Le noble transport qui m'anime,
Me fait chanter d'un son fublime
Le Temps , fes progrés divers .
Quel vafte fujet à décrire !
Je découvre que fon Empire
Eft auffi vieux que
l'Univers.
Déja brille le premier âge ;
Je vois du tenebreux Cabos
Sortir le magnifique Ouvrage
Des Cieux, de la terre desflots.
Inftrument du pouvoir immenſe ,
Le Tempsfuit ,foutient & difpenfe
Des Saifons le rapide cours.
par un mouvement utile,
Juin 1701.
Et
98 MERCURE
Ilfçait dans fa route fertile
Mourir renaiftre toujours.
Tous les ans la plaine fe dore ,
LaVigne étalefes trefors ,
Le trifte Hiver , l'émail de Flore,
Du Temps diftinguent les accords.
Son fecours bienfaisant prépare
Les biens que dans fon fein avare
La Terre renferme produit.
Artifan, qui n'as point de trève,
Partoy tout commence & s'acheve
Tout fe forme , & tout fe détruit.
Que la Beautémene àſaſuite
L'aimable troupe des Plaiſirs ,
GALANT. 99
Et que fon attrait nous invite
A luy confacrer nos defirs.
Elle a beau marquer fes conqueftes
Sur les plus orgueilleuſes teftes,
Et triompher de tous les coeurs ;
Bien toft en proye à des allarmes,
Du Temps qui ternit tous fes charmes
,
Elle éprouve les traits vainqueurs.
Quels changemens marquent fa
courſe !
Par luyfeul les hommes épars,
Depuis le Midyjufqu'à l'Ourſe ,
Elevent de hardis rempars.
Sousfes aufpices s'établirent
Ces pompeux Etats qui fleurirent
I ij
100 MERCURE
Dans la celebre
Antiquité;
Et victimes du même Maiftre,
A peine laiffent- ils paroiftre
Des restes de leur majesté.
On marche aujourd'huy fur les
berbes
Qui couvrent les faiftes fameux
De tant d'édifices fuperbes ,
De l'orgueil enfans fomptueux.
Les plus brillantes deftinées ,
Contre le tiran des années
Vouspròmettoient un vainſecours .
Heros , que la vertu couronne ,
Sans lenom que le Pinde donne ,
Vos faits auroint fuivi vos jours,
GALANT. ΤΟΥ
Maisquelle ardeur vive &pref-
Jante
Ranime faifit mes efprits !
Quelle matiere éblouiſſante
Vient s'offrir à mes fensfurpris !
O Temps ! ce n'eft point à la gloire
Des Heros qu'a vanté l'Hiftoire
Que tu dois ton plus bel éclar.
Rien ne furpaffe les prodiges
Dont marqué tes plus beaux veftiges
Ungrand & pieux Potentat.
Auffi toft deftructeur que pere
Des heures , des jours & des ans,
Tu fais que d'une aile legere
Loin de nous volent les inftans.
I iij
102 MERCURE
Dans le canal qui la renferme,
L'eau fans relâche vers fon terme
Roule d'un cours précipité.
Ainfi d'une égale viseffe
Les momens fe creufent fans ceffe
Un tombeau dans l'éternité.
Quelle horreur , quels feux , quel
tonnerre !
Hors de moy, plein d'étonnement
Dudébris entier de la Terre,
J'envisage l'affreux moment .
Ces beaux liens , ces fimpaties
Qu'on voit en toutesfes parties,
Tout,fans retour,fe brifera,
Et dans les éternels abifmes ,
Temps, avec tes propres victimes,
GALANT: 103
Ton regne à jamaisfe perdra.
Il me feroit inutile de vous
dire que Madame de Malenfant
eft une Dame qui a beaucoup
d'efprit & de fçavoir.
Vous le connoiffez par les ouvrages.
Elle eft Fille de M
Chaluct , Confeiller au Parle .
ment de Toulouſe , & Veuve
de M de Malenfant , Juge
Mage & Prefident de Pamiers.
M'de Malenfant , Fils de cette
fçavante Dame exerce aujourd'huy
avec beaucoup de diftinction
, cette méme Charge
de Prefident de Pamiers qu'a-
I iiij
104 MERCURE
voit feu M'fon Pere . Mr S. de
Toulouse , touché de la beauté
de cette Ode victorieuſe , a
a envoyé cette Epiftre à Madame
de Malenfant fur l'avantage
qu'elle a remporté.
A MADAME
DE MALENFANT.
T'Elle que Lheritier , telle que
Deshoulieres ,
Malenfant , vous brillez pardes
talens divers ,
On admire par tout voftre Profe
& vos Vers
Dont les expreffions fines & regu
lieres
GALANT. 105
Gagnent la voix des plus doctes
Experts.
Tout fent de vos Ecrits la feconde
énergie ,
Un Soucy plein d'attraits
Qui ne feletriva jamais,
Fut le prix de voftre Elegic ,
Où l'amitié triomphe en de char
mans regrets
.
Vous remportez encore une riche
Amarante
,
Par une Ode fine & brillante ;
Le Temps , dont vous venez d'y
faire le Tableau ,
Refpećtera toujous un Ouvragefi
bean.
106 MERCURE
Dans vos productions Apollon
vous inspire ,
De fes plus bellesfleurs vous com .
pofez leur miel.
Qu'il eftdoux d'occuper une élegan .
te Lyre
A chanter Louis & le Ciel .
Louis eft moins l'effroy que l'amour
de la Terre,
Qu'il nous prépare de bienfaits !
Tantoft vous le peigneZ triom .
phant dans la Guerre ,
Tantoft l'Arbitre de la Paix.
Quand vous nous faites voirfa
clemence , fa gloire ,
GALANT. 107
L'équité de tous fes projets ,
Son amour paternel qu'éprou
ventfes Sujets ,
Et mille autres vertus qu'on aura
peine à croire,
Vous nous éblouiffez de faitspro.
digieux ;
Jamais la Fable ny l'Hiftoire
Ne porterent fi haut leurs Heros
ny leurs Dieux.
Tout ce qui part de vous deviens
inimitable
;
Vous écrivez beaucoup en peu de
mots.
Vous mélez finement l'utile à l'az
gréable,
108 MERCURE
Et vous dites tour à propos .
Vos Ouvrages pieux n'ont rien
qui ne ravife .
Ils raniment l'efprit d'un Chreftien
abattu ;
Ils ont l'art d'infpirer de l'horreur
pour le vice ,
Et de l'amour pour la vertu .
En quelque genre où vostre esprit
s'exprime ,
Vous enchantez également;
Le mediocre , ainfi que le fu
blime
Vous doivent tout leûr agré.
ment.
GALANT. 109
Voftre charmante Poësie ,
Digne des plus fçavans honneurs
,
Donne un nouvel éclat à la Troupe
*
choiſie ,
Qu'une Etoile conduit au Temple
des neufSoeurs.
* L'Etoile eft la Devife de l'Academie
des Lanterniftes , où
Madame de Malenfant eſt aggregée
.
M' le Marquis de Caſtelmoron
, Colonel du Regiment
de Nivernois , Petit - fils par
Femmes , des Maréchaux de
110 MERCURE
la Force & de Biron , épouſa
le mois paffé l'Heritiere du
feu Marquis de Bournazel ,
Grand Senechal & Gouverneur
de la Province de Roüergue.
La naiffance de cette Demoimoiſelle
eft proportionnée à
fon grand bien , puis que fon
Grand pere , fon Pere , & fon
Oncle , ont exercé fucceffivement
la Charge de Senechal &
de
Gouverneur du Roüergue
Madame ſa mere a époulé en
fecondes Noces M'le marquis
de Gontaut , de la maifon de
Biron . M' le Marquis de Ca.
ftelmoron eft Fils ainé de Mef
GALANT . 111
fire Armand , Marquis de Belfunce
& de Caftelmoron ; Ba
ron de Gavaudan , Seigneur
de Born, de Vieilleville , Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & de Condomois
, & de Dame Anne de
Caumont Laufun, Soeur d'Antonin
Nompar dé Caumont ,
Duc de Laufun & de S. Fargeau ,
Chevalier de la Jaretiere , cydevant
Gouverneur du Berry,
General des Dragons , Capitai .
ne des Gardes du Corps , Lien.
tenant General , & Generaliffime
des Troupes de France &
d'Angleterre en Irlande. M' le
112 MERCURE
Marquis de Belfunce a encore
d'autres Enfans , qui font N.de
Belſunce , cy devant Abbé
Commendataire de la Reole,
maintenant Jefuite . N. de Belfunce
, Chevalier de malte ;
Enſeigne de Vaiffeau . N. dit
l'Abbé de Bellunce , & N. de
Bellunce , Religieufe dans
l'Abbaye de Saintes , dont мa.
dame de Laufun , ſa Tante, eft
Abbeffe. Il a eu deux Soeurs ,
dont l'une avoit épousé le dernierMaréchal
Duc de la Force,
fon Parent; & l'autre, le marquis
de Thonneins , Frere du même
Maréchal. Ila un Frere , dit le
GALANT. 113
Comte de Belfunce, Brigadier
des Armées du Roy,Chevalier
de S. Louis , cy devant Colonel
du Regiment de Nivernois .
La Maifon de Bellunce , pour
eftre trop ancienne , ne fçait
rien de feur de fon origine.
Elle a pris naiffance dans le
Royaume de Navarre , où elle
s'eft diftinguée par fes Charges
& fes Alliances . Il y a plus
de cinq cens ans que le titre
de Vicomte eft dans cette maifon,
& il y eftoit du temps qu'il
n'y avoit que quatre Vicomtes.
& quatre Barons dans la Na-'
varre. La dignité de Ricombe ,
Juin 1701 .
K
114 MERCURE
qui eftoit la plus éminente , &
qui répondoit à celle de Maréchal
de France , y eft entrée
deux fois en 1350. & en 1579.
Ily a eu des Vicomtes de Belfunce
, Grands Chambellans
en 1384. Un Belſunce fut un
des Plenipotentiaires pour la
Paix entre la Navarre & la
France. Il feroit trop long de
rapporter tous les Emplois
éclatans dont ils ont efté honorez.
Pour faire voir combien
ils eftoient estimez de leur
Prince , il fuffit de dire que N.
Vicomte de Bellunce , qui
avoit efté premier Ecuyer
GALANT. 115
d'Antoine de Bourbon , fuc
choifi par ce Prince pour eftre
Gouverneur de Henry le
Grand , mais la mort le dépoüilla
de ce glorieux employ
peu de mois aprés qu'il eneut
efté honoré, & il futdonné àN.
d'Albret , Comte de Mioffans.
Les Gouvernemens de Dax ,
du Pays de Soule , de Mauleon
, & de Bayonne , leur ont
efté comme hereditaires , &
ils joüffent encore des beaux
privileges qui leur ont eſté accordez
par leurs Rois , le Vicomte
de Belfunce , qui eft
l'aîné de la Maiſon eſtant :
K ij
116 MERCURE
dans toutes les occafions à la
tefte de toute la Nobl . ffe du
Pays. Ils ne fe font pas moins
diftinguez en France par leur
valeur. Deux ont efte Gentilshommes
de la Chambre . Il y
en a eu douze de tuez dans les
premiers Emplois de l'Armée ,
& quatre dans ce regne cy
ont perdu la vie pour le fervice
du Roy à la tefte du Re .
giment de Belfunce . On n'a
vû dans cette Maiſon ny gens
de Robe ny gens d'Eglife , &
elle ne s'eft jamais mefalliée .
Elle a eu l'honneur au contraire
de s'allier toûjours à
GALANT. 117
·
de
'des Maifons tres - illuftres , &
elle fe voit tres étroitement
unie à celles de Leon , de Grammond
, de Roucy , de Ryberac ,
de Foix , de Navarre , Bearn ,
d'Albret ,d'Elbeuf, de Turene,
d'Uzés, de Pompadour , de Duras
, de la Rochefoucaud ,
Montmorency Luxembourg ,
de Malofe , de Navailles , de la
Force, de Biron , & de Lauzun .
La Maiſon de Bellunce avoit
toûjours porté pour Armes
celles de Bearn fans diftin
ction , mais les Rois de Navarre
ordonnérent qu'ils y ajoûte.
roient un Dragon à trois teftes ,
+
118 MERCURE
en memoire d'une action qui
tiendroit du Roman , fi l'on
n'en avoit des preuves autentiques
. Dans le onzième fié.
cle un Monſtre ravageant les
environs de Bayonne , un Belfunce
, à l'exemple du fameux
Chevalier de Rhodes , ſe facrifia
pour la Patrie , & à la
vûë de toute la Ville alla feul
combattre le Monftre qu'il
tua & perit luy même des
bleffures qu'il en reçut. Son
corps fut enseveli dans la Chapelle
de la Maiſon , qui eſt
dans l'Eglife des Jacobins de
Bayonne. L'Hiftoire de cette
·
GALANT 119
belle action eft encore écrite
en lettres gothiques fur le tom.
beau de ce Heros , & fur les
vitres de la Chapelle , dans
laquelle la peau de ce Monftre
eft fufpenduë. La Ville de
Bayonne donna aux defcendans
de ce Seigneur , en memoire
d'un fervice fi fignalé ,
une Terre confiderable , & le
Chapitre la dixme de tout le
canton qui avoit cfté ravagé
par le Dragon. Le Vicomte
de Bellunce poffede encore
aujourd'huy l'une & l'autre.
L'Auteur des paroles de
120 MERCURE
l'Air noté que je vous envoye,
eft celuy qui ne le fait conoi.
ftre que fous le nom de Tamirifte.
AIR NOUVEAU.
A Llez, charmant Nectar , en
faveur de mes peines ,
Couler dans les aimables veines
De l'adorable objet qui cauſe ma
langueur.
Quelferoit,helas ! mon bonheur,
Si comme vous , trop heureux
que vous eftes ;
Je pouvois quelque jour par des
routes fecretes
2 Trouver le chemin de fon coeur!
Comme
GALANT. 121
-
Comme j'ay beaucoup de
chofes à vous dire touchant
tout ce qui s'eft paflé depuis
la mort de Monfieur , & le
nombre de particularitez dont
je fuis obligé de m'informer
pour un article fi long & fi
confiderable , ne demandant
pas moins de temps que de
foins pour les recherches qu'il
faut faire , cet Article ne peut
eftre preft que pour eftre placé
vers la fin de cette Lettre. Ainfi
je me trouve obligé , non feulement
de mettre icy des Vers
touchant la mort de ce Prince,
qui devroient fuivre ce que
Juin 1701.
L
122 MERCURE
vous attendez que je vous en
dife , mais auffi quelques Articles
de faits éclatans , qui font
arrivez depuis . Celuy de la reception
de Mrs de Malezicu &
de Capiftron à l'Academie
Françoiſe, eft de ce nombre . El
le devoit eftre faite le jour que
S. A. R.mourur, & Mrs de l'Academie,
par une prudente de .
liberation , faite dans le mo
ment que ces deux nouveaux
Confreres alloient estre reçus ,
la remirent à la huitaine . Voi.
cy les Vers dont je viens de
vous parler. Les premiers font
de M Mallement de мeffange.
GALANT .
123
AU
ROY,
Sur la mort de Monfieur.
GRand Monarque , arreſtez los
torrens de vos yeux,
Calmez cette douleur qui redouble la
noftre,
Ce Frere incomparable est allé dans
les Cieux,
Yprendre une Couronne , & proteger
la voftre.
2
Prés de vous il goûta des jours heureux
& doux.
De plus heureux encor là-haut doivent
l'attendre.
C'eftoit l'unique endroit , où ce coeur
grand & tendre
Lij
$ 24 MERCORE
Puft fe trouver content , vivant abfent
de vous.
2
La mort fait quelquefois embellir
fes alarmes.
Quiconque , en vous voyant , a pù
fentir les charmes
Et de voftre prefence , & de vostre
pouvoir,
Doit cherir du Trépas lafaveur inbumaines
Quill'òtant le premier , le fauve de
la peine
De vivre icy-basfans vous voir.
Les Vers qui fuivent ſont de
MrDader.
Quel mélange confus de joye & de
triftelse
GALANT. 125
Se répand aujourd'huy dans l'Empire
François ?
Philippe couronné nous comble d'al-
Legreffe ,
Et Philippe au cercueil nous réduit
aux abois.
Le fort detous les deux , Seigneur, eft
voftre Ouvrage !
Vous fixez le deftiu dès Princes &
des Rois ,
Et la regle de leur partage
Ne fe trouve que dans vos Loix;
Mais toujours pour leur bien voftre
amour s'intereffe .
Gloire, grandeur, Trone , Cercueil,
Comble de joye , excés de deuil .
Tout dépend de voſtre ſageffe.
Ellefeule fait aujourd'huy,"
Et nos beauxjours ,& noftre ennuy;
Mais foit qu'elle nous flate, ou qu'
elle nous chatie ,
Liij
126 MERCURE
Vos bontex font , Seigneur , toujours
de la partie .
Ces deux Vers Latins meritent
de trouver icy leur place.
Dividit in fratres Ċælumfaa munera
, toti
Jura dat hic Orbi , regnat at ille
Polo.
M' Simart ,de Sezanne en Brie,
qui eft l'Auteur de ce Diftique ,
l'a rendu en noftre Langue par
ces quatre Vers.
Le Ciel, pour couronner la vertu de
deux Freres
Partage entre euxfa grace &fes
bienfaits.
Louis regne aujourd'buy fur les deux,
Hemifpheres ,
GALANT. 127
Et dans le fein de Dieu Philippe
regne en paix.
Quoy que l'avenement
de
Monfeigneur
le Duc d'Anjou
à la Couronne d'Eſpagne
ne
foit plus une choſe nouvelle ,
les Vers qui ont efté faits fur
ce fujet , & qui n'ont pas enco
re efté vûs , eftant nouveaux
pour ceux qui les liront , j'ay
cru devoir vous envoyer
la
Piece fuivante . Elle eft de M
de Beaumont de Carcaffonne.
Chefdes Nymphes de l'Hippocrene
,
Apollon , c'eft toy que je vois ;
Liiij.
128 MERCURE
Fe fens ma languiſſante veine
Qui fe ranime par ta voix.
Source de la pure lumière ,
Guide moy dans une carriere ,
Dont la beauté me réjouit ;
Ou plutoft , chantefur ta Lyre
Ce grand spectacle que j'admire,
Lors quefon éclat m'éblouit.
S
En vain la fameuse maxime ,
Rien de nouveau fous le Soleil ,
Refufe d'admettre fans crime
Un evenement nompareil.
Quand l'Iberie avec inftance
Vient choifir un Roy dans la France ·
On voit un prodige nouveau ,
Et fon Monarque la confole
Lorfque fa puillante parole
Acheve un miracle fi beau.
S
Unfiecle vient de difparaitre ,
GALANT. 129
Plein de prodiges inoüis ,
Et celuy que l'on a vû naiſtre
N'eft pas moins heureux pour Louis.
Tous deux font dignes de memoire
Et mettent le comble à la gloire
Du plus grand de tous les Heros.
Invincible pendant la guerre ,
Il eft l'Arbitre de la Terre,
Dans le calme de fon repos.
2
Souvent nos Princeffes charmantes
Sur le Tage ont donné des Loix ;
Fortfouvent auffi fes Infantes
Furent Epoufes de nos Rois .
Lors que la fureur de Bellonne
Armoit l'une & l'autre Couronne
Au dommage des deux Etats ,
Combien de fois ces Mariages.
`Ont- ils efté d'illuftres gages
De la foy de ces Potentats !
igo MERCURE
2
Mais l'agreable conjoncture
Dont tout l'Univers eſtſurpris
A ces liens de la nature
En ajouté un de plus grand prix.
Dans un Teftament équitable
Que l'Etat reconnoift valable
PHILIPPE eft élu Souverain ;
Ses droits appuyoientfon merite
Et Louis fur cette conduite
Luy met le Sceptre dans la main.
&
Deja l'Espagne eft embellie
De mille rayons
lumineux
Que cet augufte Parelie
Vient faire briller àfes yeux.
Déja , des Indes au Mexique
Ce grand nom de Roy Catholique
Trouve un respectueux dévoir.
Dans l'un & dans l'autre hemifphere.
On le cherit , on le revere
GALANT.
13t
Ou , l'on redoute fon pouvoir.
द
Ce Soleil commençantfa courfe
Contraint l'Oiseau de Jupiter
D'oublierfa foible reßource
Dont le fouvenir eft amer ;
Parmi l'allegreffe commune.
L'éclat de fa gloire importune
Intimide les ****
Et l'Ours caché dans fa taniere
Fuit cette brillante lumiere
N'ofantyfixerfes regards .
S
Peuples , qui du Sarmate au More ,
Habitez cent climats divers ,.
Et qui du Couchant à l'Aurore
Partagez ce vafte Univers
Craignez la puissance infinie
De Fincomparable Genie
Qui domine au Trône des Lis ;
Elle s'étendjufqu'à l'Eſpagne
132 MERCURE
Comme lafidelle compagne
Del Ayeul , & du Petit-fils.
ន
Que ces deux Auguftes Monarques
Puiffent n'avoir que d'heureuxjours ,
Sans que le caprice des Parques
Pretende en arrefter le cours .
Qu'une profperitè conftante
Paffant nos voeux & uoftre attente
Les méne à l'immortalité ,
Et puiffent-ils , malgré l'envie ,
Foüißant d'une longue vie ,
Faire noftrefelicité.
M' le Comte de Lemos
General des Galeres d'Efpa .
gne , eftant arrivé à la Rade
de Marfeille le premier jour
de Juin avec huit Galeres du
GALANT. 33
Roy Catholique , M ' le Bailly
de Noailles , M' le Comte de
Luc , & M de Montmor ,
Intendant General des Galeres
de France,, l'ont tour à tour
regalé magnifiquement par
de differentes Feftes , & de
grands repas. Ils luy ont fait
divers prefens des curiofitez
du pays , & ont eu foin de luy
faire voir les beautez & les
Fortifications du Port de Mar.
feille . Ce General les a admirées.
Ila marqué beaucoup de
reconnoiffance des Feftes qu'
on luy a données , & des prefens
qui luy ont efté faits ;
134 MERCURE
mais il a efté fur tout charmé
des manieres honneftes &
obligeantes des François. Il
reçut à Marſeille des ordres
pour ſe rendre dans les Ports
d'Eſpagne , où l'on a jugé que
les forces qu'il commande
pouvoient eftre plus neceffaires
.
Sa Majesté Catholique
n'ayant
fait part aux Cantons
Suiffes de fon avenement à la
Couronne d'Espagne , que
quelques mois apres fon arrivée
à Madrid , je n'ay pû vous
envoyer plûtoft la Lettre qui
leura efté écrite de la part de
GALANT . ཟ་ 5
ce Prince. Voicy ce qu'elle
contient..
TRES LOUABLES CANTONS.
•
Comme par la mort du Roy
Charles II. mon Parent , je fuis
venu à la fucceffion , & au gou.
vernement de tous fes Royaumes
&Etats , & que jefuis prefentement
arrivé en Espagne , où je
fuis en poffeffion du Gouverne .
ment , j'ay voulu vous en donner
connoiffance , & vous affurer en
même temps que j'entretiendray
toujours la bonne correspondance
qui fubfifte entre cette Couronne ,
16 MERCURE
& voftre Regence , & queje vous
donneray toujours des marques fincerès
de la bonne inclination que
jaypour vos interefts , & demon
affection envers vous . Signé,
ΜΟΥ LE ROY. Et plus
bas , ANTONIO D'ORTIZ .
M' le Marquis de Villette a
mis le
15.
de ce mois à la Voile
pour Cadix , avec quatre Vaif
leaux. Le Foudroyant , que commande
ce Marquis , a pour
Capitaine en premier ', M ' de
Caumont , & pour fecondCapitaine
, M' de Luynes . Le fe
cond Vaiffeau eft le Monarque,
GALANT. 137
commandé par M' d'Amfreville.
Le troifiéme , le Prompt ,
dont M' de Beujieu eft Capi
taine; & le quatrième, leFèune ,
commandé par M² de la Roche
Allart.. Cette petite Flote
eft accompagnée de quelques
Brûlors & de quelques Cor
vettes.
Le Printemps qui fuit eft
de Mademoiſelle Lheritier . I
fuffit de fçavoir le nom d'une
perfonne dont les Ouvrages
ont plû , pour eftre perfuadé
qu'on trouvera des beautez
dans ceux qu'on va lire .
Fuin 1701.
M
138 MERCURE
$52225525252222222
LE PRINTEMPS.
IDILLE.
A Madame la Comteffe D. L. R.
E Printemps dans ces lieux fait
briller mille fleurs ,
1
Tout renaif & tout rit dans ce char
mant bocage ,
On y goûte le frais dun agreable
ombrage ,
Et les tendres Oiseaux fecondant
leurs langueurs ,
Y charment par leur doux ramage..
Un vert brillant & vif embellit ces.
côteaux ,
Zephir agite l'air d'an foufle favorable
,
GALANT.
139
On voit couler de clairès eaux ,
Qui par un murmure agreable,
Se meflent aux concerts que forment
les Oifeaux.
Quoy que dans ces beaux lieux tout
femble faitpour plaire ;
Un coeur qui connoift bien des malheureux
humains
Les gènes , les craels deftins ,
Nepeut icy fe fatisfairë.
Ces aimables productions.
Que la nature & le Cielfavorifent,
Infenfiblement le conduifent
A de triftes reflexions :
Ces arbres & ces fleurs , cès Oiseaux,
ces eaux pures ,
Dans une douce liberté,
Goûtent tous les plaifirs de låtranquillité,
Et n'ont point , comme nous , des loix
fieres & dures ,
M ij
140 MERCURE
Qui viennent mettre obftacle à leur
felicité.
Que vostre fort eft doux auprès du
noftre !
Vous qui parle Printemps rendez ces
lieux fi beaux ,
Chefnes , fleurs , Rolignols , ruif
feaux,
Noftre deftin , helas ! bien different
du voftre ,
Nous livre chaque jour à des tour-·
mens nouveaux.
Par une cruelle avanture
Nous fommes condamnez à fuir ce
qui nous plaift ,
Aux penchans les plus doux qu'infpire
la nature
L'importune raifon oppofe un fier
Arreft.
C'est en vain qu'en fecret noftre coeur
en murmure ,
GALANT. 14
L'efprit de la raiſon prend toujours
l'intereft,
Arme d'une autorité feure ,
Ilfaitpar des refforts puiſſans
Sous fon pouvoir enchainer tous les
fens.
La nature de nous fifouvent outra
gée
Par ces fieres rebellions ,
Ne nous prefcrit plus rien , & pour
eftre vangée ,
Nous abandonne aux noires paf--
fions.
Le fervile intereft , l'implacable
vangeance ,
La jaloufie & la doulenr
Sans ceffe nous rongent le coeur ,
Et nous font reffentir leur barbare
puiflance
Avec une aveugle fureur.
Les faifons les plus favorables
*12 MERCURE
N'ont rien pour nous de parfaite
ment doux
Par nos deftins impitoyables
Nous fommes expofez fans ceffe à
leur cnuroux ,
Et nous ne devons pas attendre
Que la nature daigne en repoußerles
coups ,
Elle veut que l'efpritfache feul nous
défendre ;
Mais malgréfes plus grands efforts
Il est fouvent preft de fe rendre ,
Ayant des ennemis fi cruels & fi
forts.
Bois , honneur de cès lieux vous n'è --
tes pas de même ,
Vous ne craignež ennemis ny jas
loux ,
La Nature vousfert avec un foin extrême
GALANT.
$4?
Et lee Saifons n'ont rien defort rude
pour vous.
-Si l'Hiver vous ravit voftre aimable
verdure
Quand nous fentous l'horreur de fes
glaçans frimats ,
Le Printemps qui bien-toft ranime
la Nature
Vous rend mille nouveaux appas.
Vous , habitans ailez de ces fombres
bocages ,
De qui les tendres airs ont des tonsfi
charmans ,
On ne fçauroit douter de vos heureux
momens
[ muges.:
Quand on entend vos gracieux ra-
Rien ne troublejamais voftre tranquillité
,
Que la peur de languir dans de durs
esclavages
144 MERCURE
Par les pieges qu'on tend à votre
liberté.
Diſeaux , nous ne ferions que foiblement
à plaindre.
Si nous n'avións , helas ! que de tels
maux à craindre.
Vous , dont le cristal argenté
Rend nos bois plus charmans , &rafraichit
nos Plaines ,
Brillantes eaux, claires Fontaines
Qui rendez de ces lieux le fejour enchanté,
Vous ne connoißez point les chagrins
nylesgênes.
Quand l'aimable Printemps parfon
charmant retour
Fait aimer tout ce qui refpire ,
Qu'un amoureux Ruißeau pour vos
ondes foupire ,
Ilvousfuit, & vous fait la cour,
Sans
CALANT.
$45
Sans craindre le pouvoir d'un tirannique
empire,
Vous repondez a fon amour
Suivant l'ardeut qui vous infpire,
Et ces charmant plaifirs font pour
vous éernels.
Comme les malheureux mortels ,
Rien ne vous affervit aux loix des
deftinées , [ les années
Qui fouvent au milieu des plus bel
Viennent trancher le cours de leurs
contentemens .
[obftinées
Ah ! loin d'en reffentir les.rigueurs
Vous renaiffez à tous momens.
Mais que nous fert , helas ! qu'en
voyant la lumiere.
Nos jours ayent unfort le plus doux,
le lus bean ,
Puifquepar l'horreur du Tombeau
On voit en un inftant terminer
leur carriere
Juin
1701. N
146 MERCURE
Tant de flateurs projets , tant de
vaftes deffeins I & vains.
Sont en moins d'un moment inutiles
La gloire , le bonheur , & les plaifirs
du monde
Paffent aufi rapidement,
Qu'on voit couler voftre belle onde
Dans ce lieu tranquille & charmant,
Printemps , qui parez ces bocages.
Partant de brillantes images ,
Qui ne font qu'affliger noftre coeur
abbatu ,
De mille defirs combattu ,
On doit toujours craindre vos charmes.
I faifon ,
Malgre les agrémens qu'offre voftre
Vos dangereux attraits par leurflareur
poifon ,
Tachant à nous préter des armes
Contre les loix de la raifon
GALANT: 147
L'expofent en fecret à cent rudesallarmes.
$
Vous qui brillez d'efprit , de grace
& de fçavoir,
Aimable & touchante Comteffe
Qui nous charmez en faiſant voir
Un coeur plein de delicateffe ,
Dont la raifon eft la maiftreffe
Avecun fouverain pouvoir;
Ne vous étonnez pas fi j'ofe fur ma
Lyre
Me plaindre qu'elle exerce un trop
fevere empire ,
C'est pour rendre mes Vers d'un plus,
gracieux fon.
Depuis longtemps je vois que c'eft
la mode.
De nommer fon pouvoir tirannique;
incommode ,
Dans Idille, Eglogue ou Chanson
Nij
$48 MERCURE
Si contre elle icyje m'explique :
C'est par licence Poëtique.
Mais quand j'enparlerayfur un ton
ferieux ,
Fe diray quefon regne eft doux &
glorieux.
Lors qu'à fes paffions un jeune coeur
fe livre,
De mille maux divers il fe trouve
agité,
C'eft malgré leurs confeils la raifon
qu'il doit fuivre
Pourfa proprefelicité.
Toute l'Eſpagne a donné
des marques éclatantes de fon
amour à l'arrivée & au couronnement
de fon nouveau
Monarque. La Catalogne, qui
GALANT: 149
n'a jamais cedé en zele & en fi
delitéà aucun des
autresRoyaumes
de cette Monarchic , s'eft
auffi diftinguée dans cette occafion
. La Députation de cette
grande Principauté ordona des
Feftes publiques. Elles com.
mencerent le 10. du mois de
Mars , & finirent la nuit du 13-
La richeffe & le bon gouft y
étalerent toute la
magnificence
imaginable. Le concours
de toute la Catalogne fut prodigieux
dans Barcelonne . La
devotion commença la Fefte ,
le bon gouft la continua , l'a
mour & le refpe & pour le nou
Nij
150 MERCURE
veau Roy , la rendirent vive .
Elle dura quatre jours, & tour
fe termina avec l'admiration
du Public , & la fatisfaction
des Particuliers . La Catalogne
n'avoit encore rien vû d'égal ,
Saint Georges Martir eft à
Barcelone , ce que Sainte Ge .
nevieve eft à Paris. C'est dans
la celebre Chapelle de ce
grand Saint que toutes les
Compagnies & tous les Corps
fuivirent la Deputation
. La
pompe , la magnificence & le
bon ordre y brilloient également.
On chanta le Te Deum
avec plufieurs Chaurs de Mu
GALANT:
fique. L'Eglife eftoit ornée des
plus riches tapifferies , l'Autel
enrichi des vales les plus précieux
, & toute la Chapelle
illuminée d'une infinité de
cierges.
Aprés cette action de graces
on paffa dans le beau Pa
lais qui touche à cette riche
Chapelle. Toutes les Salles en
eftoient magnifiquement ornées.
Celle du Confiftoire
eftoit d'une beauté à éblouir.
C'eft là qu'eftoit le Portrait du
Roy en grand , fous un riche
Dais . Il y avoit vis à - vis un
magnifique Bufet de ce beau
"
Niiij
152 MERCURE
Marbre de Tortoſe , ſi eſtimé.
On avoit pratiqué des deux
coftezavec beaucoup d'art, des
amphitheatres , dont la fimetriefaifoitplaifir
àla vûë, de mê
me que les Muficiens qui les
occupoient , flatoient l'oreille
par la melodie de leurs voix
& des plus doux Inftrumens.
Les paroles que l'on y chan
exprimoient le fujet de cette
Feſte. C'eſtoitun Eloge delicat
de Philippe V.d'Espagne
,
& IV. d'Arragon
.
ta ,
La Salle des Confeils n'a.
voit ny moins de richeffe , ny
moins d'agrément Les meu
GALANT. 253
bles en estoient précieux , &
la Mufique en eftoit tres belle .
On y chantoit les vertus du
nouveau Roy , la gloire de
l'Espagne , & le bonheur de la
Catalogne.
.
La grand' Salle des Rois &
Comtes de Barcelone ne cedoit
en rien à ces dux là.
Tout y eftoit diff.rent juſqu'à
la Mufique , & tout y eftoitfuperbe
jufqu'aux feneſtres & au
plancher.
Ces trois Salles ont chacune
une entrée dans le Jardin de
cette belle maiſon . Les perrons
par où l'on y defcend
154 MERCURE
font de Marbre blanc. On avoit
pratiqué dans les entre deux
des Baffins & des Fontaines ,
dont l'artifice eftoit nouveau ,
& par la violence dont l'eau
s'y élevoit , & par les differentes
figures que l'art la forçoit
de faire .
Dans un point de veuë bien
choifi dans ce Jardin , eftoit re-.
prefentée une Fortereffe , avec
des figures finaïvement deffinées
, que l'oeil s'y trompoir
en forte qu'on croyoit voir des
Officiers & des Soldats qui dé
fendoient en effet la Place. Il
en fortoit de tous coftez une
GALANT.
155
fi grande quantité d'eau , & elle
rouloit avec tant de violence ,
qu'elle faifoit aller rapidement
des deux coftez , des moulins
qu'on y avoit placez fort inge
nieuſement
A l'entrée de la nuit , le Pa
lais &le Jardin parurenten feu
dans un moment. Les Illuminations
en eftoient bien entendues.
Celles de toute la
Ville répondirent à celles - cy,
& les Particuliers donnerent
chacun à leur maniere des
marques publiques de leur
aff. ction , & de leur joye.
Tout ce magnifique
Palais
16 MERCURE
༨6
eftoit illuminé felon fon Or
dre d'Architecture
. Les quatre
milieux reprefentoient en feu
quatre beaux Portiques , en
face des rues qui y répondent.
& quatre mille pots de feu
terminoient au plus haut de
cet édifice cette curieufe Illumination
. La Relation Efpagnole
qui nous en eft venue
de Barcelone, dit que ce grand
Palais paroiffoit un Mongibel
de lumieres.
Cette Illumination ne fut
pas l'unique , le Palais du Roy ,
celuy du Confeil , & celuy où
on rend la Justice , celuy
GALANT.
qu'ils appellent Obra nueva,
les Prifons Royales , les Maifons
des Generalitez , celle du
Portail de la mer , celle des
Députez , & celles des princi
paux Officiers eftoient illumi
nées avec la même quantité de
lumieres, à proportion & à peu
prés dans le même gouft ,
quoy que la varieté y ſurprift
de tous coftez .
}
On avoit placé fur les Terraffes
& fur les Balcons , des
Tambours , des Trompettes
& des Hautbois , qui répondi
rent aux acclamations publiques
d'un monde prodigieux.
152 MERCURE
Marbre de Tortofe , fi eftimé.
On avoit pratiqué des deux
coftez avec beaucoupd'art , des
amphitheatres, dont la fimetrie
faiſoitplaifir àla vûë, de niê
me que les Muficiens qui les
occupoient , flatoient l'oreille
par la melodie de leurs voix
& des plus doux Inftrumens.
Les paroles que l'on y chan
ta , exprimoient le ſujet de cette
Feſte. C'eſtoitun Eloge delicat
de Philippe V.d'Espagne,
& IV. d'Arragon.
.
La Salle des Confeils n'a.
voit ny moins de richeſſe , ny
moins d'agrément Les meu
GALANT. 253
bles en eftoient précieux , &
la Mufique en eftoit tres belle .
On y chantoit les vertus du
nouveau Roy , la gloire de
l'Espagne , & le bonheur de la
Catalogne.
La grand' Salle des Rois &
Comtes de Barcelone ne cedoit
en rien à ces d ux là.
Tout y eftoit diff.rent jufqu'à
la Mufique , & tout y eftoit fuperbe
jufqu'aux feneftres & au
plancher.
Ces trois Salles ont chacune
une entrée dans le Jardin de
cette belle maiſon . Les perrons
par où l'on y defcend
15 MERCURE
Les fufées partoient à tous
momens & de toutes parts , &
pendant ces quatre nuits cette
belle Ville a eſté en feu. Les
d'artifice recommen- feux
çoient fans ceffe , & à peine
l'un avoit fini qu'on en voyoit
partir un autre. Les Bourgeois
& les fimples Habitans inventoient
de nouvelles Illuminations
à leurs Balcons & à leurs
feneftres; les gens de diftinction
firent des Festes particulieres
, qui pourroient fournir
chacune un détail curieux ,
& la Relation exacte de ce
qui s'eft paffé dans cette Ville
GALANT, 159
pendant ces quatre jours, for.
meroit un vray volume. On
eft réduit à n'en donner icy
qu'une idée generale. Tout le
monde fçait que Barcelone
eft l'une des plus belles & des
plus anciennes Villes d'Eſpa
gne. Elle n'a jamais efté infidelle
à fes vrais Maiftres , &
elle prend le titre de Fideliffi.
me par tout où elle mer fon
nom.Il n'y a guere deVilles , où
un Souverain ne tiepne pas fa
Cour,qui ayent pour Citoyens
un plus grand nombre de per
fonnes qualifiées , & des maifons
d'un éclat plus ancien,
6
160 MERCURE
Ceux qui fçavent l'Hiftoire &
les Genealogies des Pays étran
gers , en font bien perfuadez.
M' le Marquis de Caftel dos
Rios,dont je ne me laffe pas de
parler , eft auffi de Barcelone.
Il y eft né, & la maiſon de Saint
Manat , qui eft la vraye Maiſon,
quoy qu'il porte avec ce nom
ceux d'Oms , de Santa Pace &
de Lanceza , eft une
mieres par lon éclat & par fon
antiquité. Les Infcriptions publiques
qu'on lit encore au.
jourd'huy dans les plus anciennes
Eglifes de Barcelone , en
font des preuves autentiques (1
des preGALANT.
161
depuis des Siecles bien reculez.
Ceux qui le connoiffent
ne luy difputent.pas plus les
privileges de fa naiffance , que
les diftinctions de fon merite
perfonnel.
L'Hopital general , don't les
revenus ordinaires ne peuvent
au plus fuffire qu'à la nourritu
re & à l'entretien de cinq mille
Pauvres ,fe trouvant actuelle.
ment chargé de neufmille par
l'application que l'on apporte,
pour faire ceffer les defordres
que caufent la faineantiſe & la
mendicité , & donner aux ve-
Juin 1701.
O
162 MERCURE
ritables Pauvres les fecours
convenables àleurs infirmitez
& à leurs differens befoins , le
Roy a eu la bonté d'accorder
aux Directeurs de cet Hôpital
la permiffion de faire une fe
conde Loterie , de laquelle ils
puiffent tirer une partie des
fommes qui leur font neceffai
res pour foûtenir un établiſſe
ment,dont on reconnoift plus
quejamais le bon ordre & Puti
lité. Cette Lotterie fera compofée
de cent milleLouis d'or.
Ily aura pour la remplir autant
de Billets d'un Loüis chacun ;
& l'on en fera deux mille bons
GALANT. 163
Lots , fur lefquels il fera levé
au profit de cet Hôpital , fçavoir.
Quinze pour cent fur les
fept cens quatre vingt princi
paux ; & Dix pour cent fur les
douze cens vinge reftans
Ceux qui voudront mettre
à cette Loterie s'adrefferont à
l'un des dix Directeurs de l'Hôpital
General , préposez par
le Bureau pour la diftribution
des Billets , dont les Noms &
demeures feront ci- aprés mar
quez , lefquels auront chacun
un Regiſtre chifré & paraphé
par M' le Lieutenant General
de Police , l'un des Chefs de la
O ij
164 MERCURE
Direction , ou par deux autres
Directeurs pour y écrire le
nombre des Billets qu'ils dif
tribueront , & les Noms de
ceux dont ils recevront l'argent.
L'on commencera la recepte
le 15.de Juin prochain . Elle fe
fera tous les jours le matin &
l'aprés midy , à l'exception des
jours de Dimanches & de Fê.
tes. L'on prie ceux qui demanderont
des Billets , de ne donner
que des Noms , ou Devifes
conçues en peu de mots , afin
que l'expedition s'en faffe plus
promptement.
GALANT. 165
L'argent qui fera reçû fera
mis tous les huit jours dans
un Coffre qui fera gardé dans
l'Hôtel de Ville fous les ordres
de m'le Prevôt des marchands-
Il en aura une clef, & une autre
fera doneé à un des Directeurs.
La Lotterie fera tirée les premiers
jours du mois d'Aouft
prochain dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville .
La maniere en laquelle la
premiere a été tireé , demandant
un temps trop confiderable
, pour le pouvoir don
ner avant les Vacations, l'on a
cru qu'il feroit plus à propos
166 MERCURE
d'en prendre une plus courte ,
& qui ne fera pas moins exar
te. L'on écrira les cent mille
Numero dans autant de petits
carrez de papier , qui feront
roulez , cachetez , exactement
comptez,& enfuite mêlez avec
le même foin que l'on apporta
pour la premiere.
L'on mettra dans deux Boë
tes ces cent mille Numero, &
dans une troifiéme deux mille
autres carrez de papier , auffi
roulez &cachetez, fur lesquels
les deux mille Lots feront é
crits. Ces trois Boëtes feront
fufpendues de maniere qu'el.
GALANT: 167
les pourront eftre facilement
tournées.
L'on tirera au fort trois Enfans
du nombre de douze pour
tirer les Billets des Boëtes , par
l'ouverture qui fera à chacune
de grandeur à y pouvoir paffer
feulement la main. Les Boëtes
feront tournées chaque fois
que l'on en tirera un Billet , afin
qu'il s'en faffe un conti.
nuel mélange Les deux Enfans
prepoſez aux deux Boëtes des
Numero en tireront alternativement
les Billets juſques à la
concurrence de deux mille , &
le troifiéme Enfant tirera un
168 MERCURE
Lot pour chaque Billet . Ils
mettront ces Billets à mefure
qu'ils les tireront entre les
mains des Directeurs commis
pour les ouvrir , qui les ayant
decachetez nommeront à
haute voix chaque Numero ,
& le Lot qui luy fera échû.
L'on cherchera enfuite dans
les Regiftres de M's les Receveurs
le Nom , ou la Devife
du Numero qui aura été tiré
; l'on écrira auffitôt le Numero
, le Nom & le Lot fur
le Regiſtre qui fera tenu à cet
effet , & fur les feuilles qui en
feront le double , & tiendront,
lieu
GALANT. 169
·
lieu de controlle , & l'on enfi
lera les Billets des Lots & des
Numèro à mesure qu'ils ferone
tirez pour eftre un fecond controlle
encore plus affuré.
Comme cette maniere peut
plus facilement que celle en
laquelle la premiere a efte tirée
, fouffrir les interruptions
qui ne peuvent s'éviter dans
une grande affemblée , on
pourra y inviter outre Mrs les
Chefs de la Direction , & les
Directeurs , un nombre confi
derable de Perfonnes diftin
guées , qui pourront étre témoins
de l'exactitude avec la
Juin 1701.
P
170 MERCURE
quelle cette Loterie fera tirée .
Si elle ne le peut être , comme
il y a apparence , que dans
deux Séances, on fermera à la
fin de la premiere , & on ſcellera
de differens cachets , les
trois Boëtes qui feront depofées
en un lieu fûr & fermé
de deux clefs , dont l'une fera
remiſe à M le Premier Prefident
, & l'autre à M' le Prévoft
des Marchands , & l'on
publiera à haute voix le jour
que l'on aura choifi pour la
deuxième Séance.
L'on imprimera avec toute
la diligence poffible , les NuGALANT.
170
·
mero & les Noms aufquels les
Lots feront échus , & l'on en
payera auffi tôt la valeur
dans l'Hôtel de Ville à ceux
qui feront porteurs de Billets ,
en retenant les Quinze pour
Cent fur chacun des princi
paux Lots , & Dix pour Cent
fur chacun des autres.
Il a été réfolu que les Directeurs
de l'Hôpital ne pourront
mettre à la Lotterie , &
que l'on ne recevra point de
faifies ni d'oppofitions fous
quelque prétexte que ce foit.
Voicy la Divifion des Lots .
Vn Lot de 4000. Loüis. 4000
Pij
172 MERCURE
Vn de
3000
Vn de
2000
Vn de
1000
Vn de
900
Vn de
800
Vn de
700
Vn de 600
Vn de
Vn de
400
Vn de
300
Cinq de 200
Deux cens de 100
Cinq cens foixante & quatre
20000
de
so
Mrs
les
Directeurs
de
l'Hopital
Général
prépofez
pour
la
Diftribution
des
Billets
font
,
1000
20000
GALANT 173
M 'le Beuf, rue Saint Antoine,
prés l'Hôtel de Sully.
M' Gourdon , dans l'Hôtel
de Guife .
Mr Collin , fur le Quay de
la Tournelle .
M 'Pirot , rue Sainte Croix de
la Bretonnerie
M' de Leffart , ruë Garentiere,
prés faint Sulpice .
M' Maurin , ruë d'Enfer , prés
les Chartreux.
M' Cadeau , rue des mauvaiſes
paroles
Mr Rolland , rue des Foffez
Montmartre .
>
M ' Lallemant , ruë du mait
P iij
174 MERCURE
M Charpentier , Receveur
charitable de l'Hôpital Genéral
, rue Geofroy Lafnier.
La Lotterie de Dijon a efté
tirée , & on a fceu que le Sieur
Cherier , Cabaretier à Paris ,
a eu le gros Los de huit cens
Louis , fous le nom de l'Efperance
.
Meffire Jacques de Merdy ,
Marquis de Catullan , eft mort
depuis peu de jours. Il eftoit
premier Brigadier des Armées
du Roy , & мeftre de Camp
de Cavalerie .
Dame Madeleine de Villiers
eftauffi morte le 27. de Juin .
GALANT 153
Elle eftoit âgée de plus de
quatre-vingts ans, & Veuve de
Meffire Touffaint Rofe , Mar.
quis de Coye , Secretaire du
Cabinet de Sa Majeflé , Prefidenten
fa Chambre des Comptes
, dont je vous appris la
mort dans ma Lettre du mois
de Janvier dernier .
Dame Marie Petit eft morte
environ dans le même temps.
Elle eftoit Veuve de мeffire
Louis Longuet , Seigneur de
Vernoüiller , Grand Audiencier
de France .
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une autre mort , qui
Piiij
176 MERCURE
me donne licu de vous dire
quelque chofe de curieux . M
Batailler, Evêque de Bethleem.
& Abbé de la Buffiere , eft
décedéà l'âge de quatre-vinges
quatre ans, dans la maifon des
Chanoines Reguliers de Sainte
Croix de cette Ville. L'Evê
ché de Bethléem qu'il laiſſe
vacant , eft dans un des Fauxbourgs
de la Ville de Nevers ,
appellé le Faubourg de Cla
mecy. Un Duc de Mantouë ,
qui eftoit auffi Duc de Nevers,
ayant efté à Bethleem , & en
ayant amené l'Evêque , s'en
trouva embaraffé , ce qui luy
GALANT. 177
fit imaginer de créer dans un
des Fauxbourgs de cette Ville,
un Evêché , qui n'auroit aucune
fonction , & auquel il au
roit droit de prefentation au
Roy , qui y nommeroit . Il attacha
mille écus de revenu à
cet Evêchê. Le Duché de Ne .
vers n'appartenant plus aux
Ducs de Mantouë , celuy qui
le poffede aujourd'huy a prefenté
au Roy M' de Senlec ,
homme diftingué par fon erudition
& par fon efprit , afin
que Sa Majesté le nommaſt à
F'Evêché de Bethléem , à la
place de l'Evêque qui vient de
178 MERCURE
mourir. M'de Senlec eft Chanoine
Regulier de l'Ordre de
Saint Auguftin.
La longue maladie de Mile
Duc d'Harcour devant l'empêcher
de s'appliquer de longtemps
au travail , le Roy a
nommé pour Ambaffadeur ordinaire
à Madrid , où ce Duc
réfide en qualité d'Ambaffadeur
Extraordinaire , le Comte
de Marcin , qui fervoit dans
fés Troupes d'Italie en qualité
de Maréchal de Camp.
Ce choix luy eft d'autant
plus glorieux , que le Roy en
le rappellant d'Italie pour luy
GALANT. 179
donner le caractere d'Ambaf.
fadeur , fait connoiftre qu'il
ne le croit pas moins capable
de le fervir dans le Cabinet ,
que dans fes Armées , où il s'eft
toujours diftingué.
Ily a longtemps que la Lieu
tenance generale du Pays
Nantois , & le Gouvernement
de Nantes , vaquoient par la
mort de M le Marquis de
Molac. Le Roy qui ne précipite
rien , pour avoir le temps
faire de juftes choix , lors
que les affaires ne demandent
pas de promptes nominations ,
vient de donner la Lieutenan .
de
ce & le Gouvernement vacans ,
180 MERCURE
à M' le Maréchal d'Eftrées . Ce
Maréchal commande auffi
pour Sa Majefté en Bretagne,
où il doit prefider aux Etats ,
en la place de Monfieur le
Comte de Toulouſe , Gouver.
neur de la Province . Si le Roy
a lieu d'eftre content des fervices
que la Maiſon d'Eftrées
d'Eftrées rendà l'Etat, elle doit
fe trouver combléede fes bienfaits
, mais que peut on moins
attendre , lors que l'on fert
bien un fi grand Monarque ?
Les places de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoient
M' de la Vauguion , & M' le
GALANT.
181
Marquis d'Arcy n'ayant point
efté remplies depuis leur mort,
Sa Majesté vient de donner
une de ces places à Male Com
te de Briord , cy . devant Ambaffa
deur en Savoye , & depuis
peu de retour de fon Ambaffade
Extraordinaire en Hallande.
Le choix de Sa Majeſté
pour un pofte qui donne lieu
d'opiner devant Elle fur plufieurs
affaires importantes ,
fait voir combien Elle eft fatisfaite
des fervices de cet Am.
baffadeur.
Je ne vous ay pas fait un dé
tail affez exact dans ma Lettre
182 MERCURE
du mois paffé , du rapport
que M' de Caffini a fait au
Roy de fes Obfervations Geographiques.
Cela m'oblige à
Vous en parler encore une
fois . Sa Majefte l'avoit envoyé
avec plufieurs Mathematiciens
de l'Academie Royale en diverfesProvinces
de fon Royaume
, pour fuivre la direction
du meridien de Paris , pour
laquelle il y a de grands differens
entre divers Geographes ,
particulierement dans les parties
meridionales de la France .
Il y en a qui le font paffer par
la partie occidentale de la ProGALANT.
183
1
vence ; & d'autres par l'extrémité
occidentale du Languedoc
; quoy que la plupart des
Modernes le faffent paffer par
le milieu de cette Province.
Les Obfervations que l'on
avoit déja faites par ordre de
Sa Majefté , avoient fait connoiftre
que du cofté du Nord
il paffe fort prés des Villes d'Amiens
& de Dunkerque ; & par
les Obfervations anciennes
du coſté du Sud , on a trouvé
qu'il paffe fort prés de Bour
ges , d'Uffel , & de Mauviac ,
qu'il laiffe à l'Orient Orillac ,
Rhodés , & Carcaffone qui en
184 MERCURE
eft fort proche , & rencontre
les Pirenées un peu à l'Occident
de la grande montagne
de Canigou , à la diftance de
plus de trente mille rdifes de
la Cofte Orientale du Rouffillon
. left évident que fi on le
fuivoit directement jufqu'à la
Mediterranée , on pafferoit
par la Catalogne , mais on ne
fçait pas bien à quel endroit
du rivage on arriveroit . Il y a
des Cartes de l'Europe qui
font påffer le Meridien de Pa
ris à Valence , mais Mr Caffini
trouve par des Obfervations
faites fur la Cofte de CaGALANT:
185
talogne , qu'il paffe non . feu .
lement à l'Orient de Tortofe
& de l'emboucheure de l'Ebre ,
mais auffi au deçà de la Ville de
Barcelone ; ce que l'on pourroit
éclaircir par la continuationdu
même ouvrage, quel'on
a fait jufqu'aux Pirenées : d'où
l'on peut juger de l'utilité de
ces Obfervations dans la Geographie
& dans la Navigation.
On a appris qu'une des Chaires
Royales de Medecine en
l'Univerfité de Caën , avoit
efté conferée le mois paffé par
Sa Majesté à M¹ de la Duque-
Juin 1701.
186 MERCURE
rie le fils , Docteur de la même
Faculté , quoi qu'il ne foit âgé
que de vingt - huit ans . Cette
Chaire vaquoit depuis prés
d'un an par la mort de Mª de
Vaucouleurs . Toutes les Chaires
de fondation Royale de
cette Univerfité , ne s'obtiennent
que par la voye de la difpute
, à laquelle font admis les
Docteurs des autres Univerfi
tez du Royaume , qui veulent
entrer en lice , & auſquels on
en donne avis deux mois avanç
le commencement de la Dif
pute. Il n'y eut que deux
Docteurs pour difputer conGALANT.
187
tre luy la Chaire vacante. Cette
Difpute s'ouvrit vers la fin
de l'autre année , par les Harangues
larines que les trois
Pretendans firent felon la
coutume en préſence de l'Univerfité
, & de toute la Ville.
Ce premier exercice fut fuivy
immediatement de trente explications
publiques que firent
les uns aprés les autres
les mêmes Docteurs fur des
traitez particuliers de Medecine
qu'on leur avoit prefcrits .
Aprés cela , ils receurent au
fort chacun une Affertion de
Medecine , fur quoy ils de-
Qij
188 MERCURE
voient douze jours aprés fou
tenir leurs grandes Theſes , ou
ils argumenterent les uns contre
les autres . Ces trois Théfes
ayant efté foutenuës avec
fuccez devant une nombreuſe
Affemblée , les Profeffeurs
Royaux de Medecine , qui
aprés M❜ le premier Medecin
du Roy , font Juges nez de
ces difputes , drefferent leurs
informations juridiques fur
tous les Actes précédens ; &
ayant marqué leur fenriment
fur la capacité des trois Concurrens
, ils envoyerent leur
écrit figné à м Fagon , qui
GALANT. 189
en fit à Marly le rapport à
Sa Majesté. Toute les voix des
Profeffeurs ( hors celle de leur
Doyen , qui ne la pouvoit
donner parce qu'il eft pere de
M' de la Ducquerie ) eftant
favorables à ce dernier , & M¹
le premier Medecin ayant ap .
puyé le témoignage avantageux
que les Profeffeurs Juges
rendoient du merite qu'il
avoit luy même reconnu dans
le jeune Docteur , le Roy le
nomma pour remplir la Chaire
Royale vacante , & luy en
fit expedier les provifions .
Quoyque la capacité qu'il
190 MERCURE
avoit fait paroiftre jufqu'à lors
dans les leçons publiques de
Medecine qu'il faifoit depuis
trois ans , & fur tout dans le
cours de cette derniere dif
pute , l'affurât prefque par avance
de la nomination du
Roy. La nouvelle que Mrs.
Fagon & Boudin en donnerent
eux mêmes à la Faculté
, ne laiffa pas d'eftre reçûë à
Caën avec une extrêmejoye , &
applaudiffement general ,
par les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville & de la
Province , dont le nouveau
Profeffeur avoit gagné depuis
un
GALANT. 198
long temps l'amitié & l'eftime
autant par fon habilité
dans fa profeffion
, que par le
talent qu'il a pour parler en
public , & pour la Poefie Latine
& Françoiſe . Il avoit efté
admis quelques années auparavant
au nombre des Aca
demiciens de Caën par l'Illuf
tre M' de Segrais leur chef,
qui avoit pour luy une confideration
tres - particuliere
. Il
n'avoit encore que vingt & un
an lorfqu'il fut receu Docteur
en la même Ville , ayant ob
tenu pour cela une diſpenſe
d'âge de feu M ' le Chancelier,
192 MERCURE
qui avoit eu des preuves cer?
taines de fa fuffilance , & qui
voulut donner cette marque
de diftinction à ce jeune Medecin
, qui eft fils & petit- fils
de Profeffeurs Royaux en la
Faculté de Medecine de Caën.
Comme tout ce qui regarde
le Roy d'Espagne vous fair
plaifir , vous ne ferez pas fa.
chée d'apprendre ce qui fuit.
Le jour de la Fefte du Saint
Sacrement , la proceffion fe
fit à Madrid avec tout l'appareil
poffible. Le Roy , apres
avoir oüy la мeffe dans la Chapelle
GALANT.
193
pelle partit du Palais fur les neuf
heures du matin , & alla à l'Eglife
de Sainte Marie où il entendit
un Sermon , & une gran
de мeffe chantée par la Muſi.
que de Sa Majesté , & celebrée
par M le Nonce . La
proceffion commença à onze
heures , & en dura deux. Le
Roy ne voulut pas qu'on l'a.
brégeaft comme on faifoit du
temps de Charles II . qui ne
pouvoit marcher longtemps
à cauſe de fa foible complexion
; il ordonna qu'on
ne changeaft rien de tout ce
Juin 1701.
R
194 MERCURE
qui fe faifoit du temps de Philipe
IV.
On
Voicy l'ordre de cette proceffion
. Plufieurs Confrairies
la commençaient , ce qui fai .
foit une longue marche affez
curieufe à voir pour ceux qui
ne font pas du Pays.
voyoit enfuite mille ou douze
cens Religieux fuivis des Pa .
roiffes , tous les Predicateurs
du Roy , dont il y a de pref
que tous les Ordres , Capucins
, Cordeliers , Jefuites , &
autres au nombre de foixante
ou quatre- vingt mélez avec
les Chapelains , & les Clercs
GALANT. 195
de Chapelle. Les Confeils differens
des Ordres , des Indes ,
d'Italie , de Flandre , d'Arra .
gon , de Caftille & de l'Inquifition
, paroiffoient enfuite , &
derriere eux marchoient un
fort grand nombre de Muſi
ciens , & immediatement avant
le S. Sacrement quatre
Clercs qui portoient chacun
un Flambeau Le S. Sacrement
eftoit fur une haute machine
portée par fix Preftres , fous
un fort beau daix , fous lequel
eftoit auffi M ' le Nonce der.
riere le S. Sacrement . Il étoit
fuivy de quatre Grands d'Ef-
Rij
196 MERCURE
pagne qui marchoient avant
le Roy qui eftoit accompagné
des Ambaffadeurs , & des
Cardinaux Portocarrero
, &
de Borgia , & du Patriarche
des Indes, premier Aumonier,
fuivy des autres Aumoniers
du Roy , qu'on appelle Sommelier
de Cortina. Le grand
Aumonier , qui eft l'Archevêque
de Compoſtelle , étoit abfent
. Le Roy eftoit entouré
de quatre vingt Gardes .
La proceffion ne finit qu'à
une heure aprés midy. Jamais
on n'y a vû tant de monde
my tant d'ornemens dans les
GALANT. 197
rues de Madrid , les Efpagnols
eftant toujouts enchan.
tez de leur nouveau Roy . Ils
le trouvent le plus aimable
Prince du monde , & le fuivent
par tout , avec autant de
vivacité , & d'empreff ment
que le premier jour.
Le foir du Jeudy , les Come.
diens firent devant le Palais
du Roy en prefence de Sa Majefté
, ce qu'on appelle à Ma.
drid Autos Sacramentales . Ce
font des Vers à la gloire du
S. Sacrement qu'on recite fur
des Chars de Triomphe.
Le Dimanche dans l'Octa-
Rij
198 MERCURE
ve , le Roy tint Chapelle le
matin. Il y cut Sermon , &
Grande Melle l'apreldinée
Vefpres , & Proceffion dans le
Palais . Les Grands de la Chapelle
y affifterent .
Le Mardy fuivant , le Roy
affifta , felon la Coutume des
Rois d'Espagne,à la proceffion
des Religieufes de l'Incarnation
, & le Jeudy ,jour de l'Octave,
à la Grande Meffe & à la
Proceffion des Religieux de
S. Jacques , le foir aux Vefpres,
& à la proceffion des Religieu..
fes Dechauffées Royales de
l'Ordre de S. François.
GALANT. 199
Le Roy fit paroiftre dans
toutes ces fonctions une gran.
de pieté & une patience infatiguable.
Les Espagnols
trouvent que ce Prince croift
tous les jours , & que fon elprit
augmente. Il paroift fage,
& éclairé , & fait voir qu'il eft
déja plus habile que les Princes
de fon âge n'ont coutume
de faire efperer qu'ils le deviendront
un jour . Il tient
quelquefois Confeil d'Eftar
jufqu'à dix heures du foir , lorf
que les affaires font importantes
, & demandent qu'on prenne
de promptes refolutions .
R iiij
200 MERCURE
·
M' de Malezieu , Chancelier
de Dombes , l'un des dix
honoraires de l'Academie des
Sciences , ayant efté choifi
par Meffieurs de l'Academie
Françoife , pour remplir la
place de m' l'Evefque de
Noyon, & M' Campitron , Secretaire
general des Galeres ,
ayant efté élû , par la même
Academie pour remplir celle
de M' Segrais , ils devoient y
prendre féance le Jeudy neu .
viéme de Juin , mais Son Alteffe
Royale Monfieur eftant
mort ce jour la fur le midy
d'une maniere de mort ſubite ,
GALANT. 201
& le temps eftant trop court
pour avertir ceux qui devoient
compoſer l'affemblée , de ne
s'y point trouver , parce qu'ordinairement
on commence à
s'y rendre dés une heure aprés
midy , la Salle fe trouva prefque
remplie , avant que la
moitié de Paris eût une
certitude entiere de cette
mort , arrivée une heure auparavant.
Mrs les Academi
ciens crurent felon la pruden
ce qui leur eft ordinaire , qu'ils
devoient deliberer fur ce qu'ils
avoient à faire dans une pareilconjoncture
, & trouverent
20 ; MERUCRE
a
à propos de remettre au Jeu
dy fuivant , feizième du même
mois la reception de M'deMalezieu
& de M Campiftron.
L'affemblée fut tres nombreu .
ſe ce jour- là , & remplie de
quantité de perfonnes de diftinction
M'de Malezieu ayant
efté nommé le premier , pric .
le premier la parole pour faire
fon remerciment à l'Academie.
Il le commença en faifant
connoiftre qu'il le fentoit
d'autant plus touché de l'hon.
neur que fon choix avoit répandu
fur luy , qu'elle l'avoit
fait dans le temps qu'elle veGALANT.
203
"
noit d'interdire les follicita
tions & qu'il eftoit le premier
qu'elle euft bien voulu affo .
cier à fon corps fans qu'il cût
demandé la place qu'il luy étoit
fi glorieux d'occuper. Les ›
loüanges qu'il donna au Car
dinal de Richelieu furent mêlées
de grands traits . Il dit
que l'incomparable Fondateur
de l'Academie Françoiſe
avoit connu fi bien l'impor
tance de fon établiſſement,
que lorsqu'il poloit les fondemens
d'une grandeur fupericure
à toutes les Puiffances
de l'Univers , il traçoit le plan
2
204 MERCURE
de cette celebre Compagnie;
qu'envoyé pour porter des
coups mortels à la rebellion & à
l'herefie,il meditoit toutà la fois
la deftruction de l'ignorance ,
qui n'eft pas un monſtre moins
dangereux aux grands Etats ,
& que rempli du deffein pro
digieux que mit un frein aux
fureurs de l'Ocean , cet illuftre
Precurfeur de la gloire de
Louis le Grand , élevoit dés
lors dans fon fein des hommes
capables de la celebrer
un jour ; que les Genies veritablement
fublimes l'eftoient
en tour ; qu'en lifant le Tefta
GALANT. 205
ment Politique on reconnoil
foit qu'il eftoit écrit de la
même main qui avoit fait tom .
ber la Rochelle , & qu'il ne
feroit pas poffible d'avoir l'idée
d'aucune chole qui attei
gnift à cette perfection , fi un
miracle encore plus étonnant
n'avoit paru de nos jours , & fi
toutes ces grandes leçons de
Politique n'avoient efté prațiquées
& mêmes furpaffées dés
les premieres années du Roy ;
que ce Prince ſembloit avoir
eu par inſpiration tout ce que
le Cardinal de Richelieu avoit
acquis par de profondes me206
MERCURE
ditations & par de longues habitudes
, qu'avant que l'on
fçeuft que le Teftament poli
tique avoit esté compofé , la
conduite admirable de Sa Ma-.
jefté dés le commencement
de fon regne , en avoit eſté
comme la premiere edition ,
& que lors que cet ouvrage
incomparable , le dernier effort
du grand Armand , eftoit
venu à paroiftre , il avoit paru
copié d'aprés l'adminiftration
de Louis. M' de Malezieu ajouta
avec beaucoup de mo
deftie qu'il oublioit infenfible.
ment qu'il ne luy appartenoit
GALANT 201
•
pas de traiter une fi grande
matiere. C'est à vous , Meffieurs
, continua til , c'est à
vous que l'honneur en eft refer.
vé. C'est vous qui devez à tous
les Siecles le portrait de vôtre
Augufte Protecteur , & qui
prés avoir parlé de ces incroyables
exploits, de ces guerres terribles &
fi glorieufement terminéespar cette
épée qu'il tient des mains de la
Fuftice , le reprefenterez à la Pofte.
rité Vainqueur de luy - même &
facrifiant fes droits les plus legiti
mes à la Paix de l'Univers .Illa
donnée cette pretieufe Paix , il la
Igaura maintenir. C'eft en vain
208 MERCURE
que le Démon de la guerre fait
les derniers efforts pour liguer des
Princes qui n'ont jamais veufans
jalousie lagrandeur de la Maiſon
de France. En vain ilfremit de toutes
parts , en regardant avec terreur
les frontieres de deux vaftes
Empires , que le genie de Louis
rend impenetrables à fes fureurs.
C'est un Monstre bleſſé à mort ;
laiffez- lefe debatre, vous le verrez
bien 1oft expirer aux pieds du
Vainqueur ou fi fon defefpoir le
ranimant pour quelque temps
contraint Louis à reprendre les
armes pour luy donner le dernier
coup , c'est un nouveau triom-
;
GALANT. 209
phe que vous aurez bientoft à ce
lebrer. Continuez donc , Meffieurs
, continuez à exercer vos
merveilleux talens fur tant de
memorables circonstances que fournit
inceffamment une fi belle vie ,
C'est le plus grand , c'eſt le plus
utile spectacle que vous puissiez
jamais prefenter à la Pofterité.
Quel fruit de vos veilles ! Vous
contribuerez à la felicité des hömmes
qui naistront dans tous les
Siecles , en inftruifant par l'exemple
de LOUIS , cette innombrable
fuite de Rois quifortira de
Jon Sang Auguste.
Le peu que je viens de vous
Juin 17011 S
210 MERCURE
rapporter du Difcours de M
de Malezieu , eft feulement
pour vous faire voir qu'il écrit
avec beaucoup
de jufteffe &
d'éloquence
, & qu'encore
que
la diverfité
de fes emplois
ne
luy permette pas de le faire
auffifouvent qu'il feroit à fouhaiter
pour la farisfaction
du
public , fa Profe ne laiſſe pas
d'eftre plus mâle & plus châtiée
que celle d'une infinité de
gens , qui font voir dans leurs
Ouvrages
beaucoup
d'efprit
& de po'iteffe
. L'agrément
de
la prononciation
fut ajoûté
la beauté du difcours. Toute
GALANT. 211
l'Affemblée en fut charmée ,
& rien n'y ayant manqué de
ce qui pouvoit plaire aux Au
diteurs , on ne doit pas s'é ,
tonner s'il reçut des applau .
diffemens au delà de tout ce
que je puis vous en dire
M'Campiftron parla aprés
luy. On eftoit perfuadé qu'un
homme dont les Pieces de
Theatre ont billé à la Cour
& à la Ville , & qui a eu l'art
defaire fi bien parler les Rois '
les Princes & les Miniftres ›
s'attireroit les applaudiffe.
mens que de plus nombreuses
Affemblées ont accoutumé de
Sij
212 MERCURE
luy donner . On ne ſe trompa
pas. Son difcours parut ingenieux
& poli , & vous le remarquerez
par ce qui fuit . Aprés
avoir remercié Mrs de l'Academie
de la place qu'ils a
voient bien voulu luy accor
der , il dit qu'il ne comptoit
de recevoir ce jour là que la
moindre partie de leur bienfait
; que le temps feul pouvoir
luy donner tout fon prix, & le
conduire à la fin qu'il s'eftoit
propofée ; que puifqu'ils l'a
voient diftingué par un titre
glorieux , il attendoit d'eux.
des preceptes & des moyens
GALANT. 213
a
pour le meriter ; qu'il penfoit
beaucoup moins
eftre honoré qu'à eftre jnftruit
, & que ce n'eftoit qu'en
luy faifant part de leurs lumieres
& de leurs confeils
qu'ils répondroient dignement
aux intentions du grand
Cardinal de Richelieu , qui en
formant cette Compagnie ,
qu'il regardoit comme une
efpece de Republique , avoit
prétendu fans doute qu'il y
auroit une noble Communau
té , non comme au premier
âge du monde , des biens paffagers
& méprifables , mais des
214 MERCURE
trefors immortels, & precieuz
de l'efprit. Il paffa de là à l'éloge
de feu M' de Segrais dont
il rempliffoit la place. Il dit
que fes Eglogues & fes Idil
les , peintes d'aprés la nature.
même , nous reprefentoient
par tout la fimplicité & les
graces de Theocrite & de Vir
gile , & que fes Elegies nous
faifoient voir toute la galante.
rie d'Ovide , & la tendreffe de
Tibulle ; que ce qu'il y avoit
cu de plus furprenant dans cet
illuftre Academicien , c'eft
qu'il avoit fceu réunir en luy
l'urbanité avec la profonde
CALANT. 219
érudition des belles Lettres ,
la retraite dans fon Cabinet
avec le commerce du monde ,
l'eftime de la Cour & de la
Province ; qu'il avoit encore
joint la probité aux charmes
de l'efprit , la fageffe aux agré
mens de la focicté , de forteque
dans un âge où prefque
tous les hommes n'eftoient
plus comptez eftre en vie que
parce qu'on ignoroit leur
mort ,
il avoit fait feul les delices
& l'amour de la Ville où
il eftoit né , Ville toujours celebre
par la politeffe & par l'ef
prit de fes Habitans , fans qu'il
216 MERCURE
euft pu jamais fouffrir la moin
atteinte de l'orgueïl , avec un
merite fi generalement reconnu.
Son nom , continua t - il
tiendra toujours un rang memora.
ble entre ces noms fameux qui ont
honoré le fiecle paffé , & même le
regne de Louis le Grand , regne
affi illuftre par les hommes extra .
ordinaires qu'il peut compter , que
glorieux par la grandeur & par la
diverfité des évenemens qu'il ren
ferme ; regne enfin comparable à
celuy des Herosfabuleux , par les
nouveaux prodiges que ce Monarque
nous fait voir chaque jour .
Tantoft c'efl une fue continuelle
de
GALANT. 217
de Victoires , tantoft la Paix accor
dée aux dépens même defes propres
avantages, d'un coftétoute la gloire
d'un guerrier triomphant , de l'autre
toute la bontè d'un Prince ma.
gnifique. Aujourd buy c'est une
Nation belliqueufe &fuperbe qui
Je jette à fes pieds pour luy deman
der un Roy de fon Sang, qui choifit
pour fon unique défenseur
même Conquerant qu'elle avoit
toujours regardé comme le feul
qu'elle euft à craindre , & qui
ne trouve d'autre moyen pour
maintenir dans toute leur splendeurfes
Etats fon nom , &pour
Se conferver ces mêmes Provinces ,
Juin 1701 . T
ce
218 MERCURE
qui depuis plufieurs fiecles avoient
efté entre elle nous lafeule caufe
de tant de guerres , que d'en faire
ce Heros le dépofitaire l'arbitre.
En vain les vieilles jaloufies de
de Peuples puiffans fe Princes
réveillent contre fa gloire , & leur
inspirent la défiance , compagne in .
Separable de la foibleffe . En vain
l'envie infatigable travaille àformer
de nouvelles ligues . Bien loin
de donner une trifte attention àfes
fureurs àfes apprefts , nous ne
fongeons qu'à de nouveaux chants
de Victoire , feurs d'un glorieux
venir , dont le paßé merveilleux
nous répond , & que le même HeGALANT,
219
ros , par ces admirables dipofitions
qui preparent toûjours les grands
fuccés , rend déja prefent à nos
yeux.
M'I'Abbé Regnier des Marais
, Secretaire perpezuel de
l'Academie , répondit à ces
deux Difcours , & l'on connut
par ce qu'il dit de la perte de
S. A. R. Monfieur , que ces
fortes d'ouvrages luy coutent
peu , puifque le difcours
qu'il prononça fut different
de celuy qu'il devoit faire huit
jours auparavant. Il fit en peu
de paroles l'éloge de ce grand
Prince , & dit aux nouveaux
Ţij
220 MERCURE
Academiciens, que fi dans une
affliction fi generale & fi recente
, l'Academie Françoile
fe hâtoit de les recevoir , c'étoit
plutoft pour les affacier
en quelque forte publiquement
à la doulear , que pour
reparer par leur moyen fes pertes
particulieres. Les louanges
qu'il leur donnaa l'un & à l'au
tre , furent fines , delicates , &
dignes de ceux qui les rece
voient. Il leur fit connoiftre
que la premiere & la plus ef.
fentielle des obligations de
tous ceux qui avoient place
dans l'Academie , eftoit d'a-
+
GALANT. 221
voir toûjours pour principal
point de vue , dans leur appli
cation aux belles Lettres, l'au
gufte Prince qui les protegcoit
par tout , mais qui à l'égard
de l'Academie Françoife s'en
étoit rendu le Protecteur d'une
façon encore plus particuliere
, de même que Minerve
, qui protegeoit tous les
les Grecs, favorifoit les Atheniens
d'une protection plus
viſible que tous les autres peuples
de la Grece . La jalousie
des Nations , dit il, au repos def
quelles il avoit bien voulu facrifier
Les interefts propres , s'ément de
Tiiij
222 MERCURE
nouveau contre luy , aigric par les
nouvelles profperite defon regne.
Ilfe couvre de l'impenetrable Egide
de Minerve , preft à en prendre la
lance victorieuse , s'ily eft forcé. Il
porte par tout en même temps fa
prévoyance & fes foins, & contre
le torrent qu'il voit de loin fe for.
mer &fegroffir, il oppoſe de toutes
parts une digue capable d'en
arrefter les eaux , jufqu'à tant
qu'elles viennent à s'écouler d'ellesmêmes
, àfe tarir. C'est à unfi
grand objet , ajoûta . t ∙ il en s'adreffant
à M' de Malezieu &
à M Campiftron , c'est à unfi
noble fpectacle qu'ilfaut deformais
GALANT. 223
que vous ayez continuellement
les
yeux attachez avec nous. Ilmerite
l'attention
du monde entier ; mais
nous luy devons particulierement
la noftre , afin de ne rienlaißer perdre
à la Pofterité des actions d'un
Roy fidigne de l'admiration de tout
l'Univers & de tous les Siecles.
Je ne doute point que fur le
peu que je vous marque de ces
trois Difcours vos Amis de
Province ne fouhaitent de les
voir entiers , & dans toute
leur beauté. Ils les trouveront
chez le Sieur Coignard , Libraire
& Imprimeur du Roy
& de l'Academie , ruë Saint
224 MERCURE
Jacques , à la Bible d'or.
Ce qui fuit merite une
grande attention.
"
ORDRE DE BATAILLE
des Troupes du Roy , qui
font dans les Pays Bas E
pagnols , avec le nombre
des Regimens de Cavalerie
du Roy d'Espagne .
MLE
1
21623
MARECHAL DE
BOUFLERS General.
Lieutenans Generaux .
Monfieur le Duc du Maine."
Mr de Gaffé , Mr le Duc de
Barwick , Mr ' de Ximene .
GALANT. 225
Mr le Comte de Toulouſe.
Maréchaux de Camp.
Mrs Davejan , de la Motte,
de Hautefort , d'Albergotti ,
de Surville , Caraman , de Nogent
, du Roſel,
Brigadiers .
Mrs de Sainte Hermine ;
Cheladet , le Chev. du Rofel ,
Vivans , Puiffegur , Thianges ,
d'Humieres Chamarante ,
Saillant , Prince de Birkenfeld,
le Prince de Rohan , Souternon
, Flamanville , Nogent .
ร
PREMIERE
Dragons
Colonel
general
LIGN E.
Escadrons:
,
226 MERCURE
Alsfeld
Dauphin,
3.
3
9
Senneterre. 3
Poitiers .
Royal.
3
3
9-
CAVALERIE.
Gendarmerie, 8
8
Royal Allemand, 3
Berry
2
Condé. 2
Toulouſe ,
2
Duras,
Rohan. 2
GALANT: 227
Cravates.
INFANTERIE.
3
7
3
Picardie.
Normandie ,
Bourbon
Dauphin
Royal Italien
Chartres
Du Maine
Rouffillon
Lorraine
6
3
Ι
I
Alface
Condé
4
228 MERCURE
Gardes Françoiſes.
Gardes Suiffes
Lorraine
Languedoc
Humieres
Furftemberg
Sanguin
Cruffol
Provence
Thianges
Spaar
La Couronne
Le Roy.
7
4*
3
24
2
I
I
2
6.
GALANT. 229
CAVALERIE,
Royal Piedmont
Beringhen
3
2
Vivans
Carabiniers
Furftemberg
7
10%
10
Talmon
Le Maine
Meſtre de Camp general
Dragons
Hautefort
Sainte Hermine
-3
9
3
3
9
Mestre de Camp general.3
230 MERCURE
SECONDE
LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Mrs de Coignies , de Gaffion
, d'Artagnan
, d'Ufſon
Duc de Roquelaure
, de Monrevel.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Quelus , de Rouffy ,
d'Antin , de Surbeck , de Renold
, de Charoft , de Courtebonne
, d'Alegre.
Brigadiers .
Mrs de Lagny , Catulans ,
Joffreville , Mornay , Lée , la
Chatre , Salis Greder , Heffig ,
Bligny , Vibray , Montalan ,
GALANT. 231
Horn, Legal, Vaillac , Vaſſan ,
Cavalerie ,
Du
Roy ,
Grignan ,
Raſſan ,
Efcadrons.
2
2
7
Rofen ,
Vaillac ,
Frefne.
6
Horn ,
Orleans
,
Infanterie.
2
3
Royal,
Santerre ,
3
Montroux ,
I
I
232 MERCURE
Auxerrois ,
Touraine ,
Zurlauben ,
Boulonnois ,
Lionnois ,
'
Artois ,
Le
Roy ,
Xaintonge
,
Deflandes
,
Teffé
,
Brindelet ,
Heffig ,
Renold ,
R
RY
6
I
1
S
3
6
3
GALANT. 233
Greder ,
Surbeck ,
Salis ,
La
Chatre ,
S.
Second ,
Agencis
,
Orleanois
,
Orleans ,
3
6
3
3
I
1
I
Lée ,
Blefois ,
Sillery ,
Vexin ,
Greder
Allemand
.
Fuin 1701 .
V
S
I
234 MERCURE
Poitou ,
CAVALERIE
Chartres ,
Joffreville ,
Pellepers ,
Barantin ,
Catulan ,
S. Maurice ,
Lagny ,
Royal
Etranger ,
La Feuillade ,
6
2.
6
6
2
2
2NN2
2
Cavalerie & Dragons d'Efpa
gne , commandez par M le
GALANT 235
Marquis de Grigny General
de la Cavalerie ,
Dragons ,
Hibourg ,
Sallafard ,
Ferrare ,
Escadrons ,
3
3
3
୨
CAVALERIE
La Compagnie des Gardes
des chevaux gris ,
Celle des chevaux bajs ,
Regiment de Grigny ,
General Brancaccio ,
Ι
2
2
General Lieutenant chalonne 2
Regiment de Penneleza ,
Noiremont ,
Bibaucourt
2
2
V ij
236 MERCURE
Ceciffe ,
Bergue
Chimay ,
Toulongeon ,
Gaëtano ,
Froula ,
Hartinaux ,
Fournait ,
Bataillons.
Royal Artillerie ,
Bombardiers ,
Total general.
Bataillons ,
Escadrons François
Eſcadrons Eſpagnols ,
2
2.
30
100
117
39
GALANT.
237
C
156
Total des Efcadrons ,
L'Infanterie Espagnole &
Ja Milice Françoife garderont
les Places des Pays bas.
Artillerie.
70. Pieces
.
40. Pontons
.
Il eft impoffible qu'aprés
avoir fait reflexion fur le grand
nombre de ces Troupes , on
n'admire pas la bonté du Roy ,
en admirant fa grandeur , &
qu'on ne foit étonné & charmé
tout enfemble , en confiderant
qu'un Prince qui fe
trouve en eftat de faire avan .
238 MERCURE
tageuſement la guerre , ne ne .
glige rien de tout ce qui peut
contribuer à l'affermiffement
de la Paix , même en faisant
des chofes aufquelles il n'eft.
obligé en aucune forte. On ne
doutera point de fa fuperiorité
fur fes ennemis , quand on
examinera la puiflante Armée
dont vous venez de lire l'ordre
de Bataille. Ceux qui veulent
la guerre de ce cofté- là ,ne peuvent
luy oppofer affez deTrou
pes pour ofer l'entreprendre ,
outre que les Puiffances qui
ont pris le party dela neutra.
lité empêcheront qu'il n'y ait
GALANT. 239
aucun coup tiré du cofté du
Rhin, & que l'armée deFlandre
pouvant eftre encore groffie
de la plus grande partie de celle
de M' le Maréchal de Villeroy
,l'armée du Roy deviendra
formidable du cofté de la Hol .
lande. Mais fuppofons , ce qui
paroift pourtant impoffible
qu'on en oppoſe une auffi
nombreuſe de ce cofté - là ,
quelle difference de troupes
& quel cahos ! Elle fera com-
- pofée des troupes de trente
Puiffances differentes , dont
chaque Commandant ména
gera fon Corps , & tâchera d'é
240 MERCURE
viter le combat autant qu'il
Juy fera poffible , fuivant l'in
Aruction des Puiffances qui
trafiquent de leurs Troupes ,
en les donnant à loüage , parce
qu'elles fe trouvent obligées
de tenir leurs Corps complets ,
& que les recrues leur coutent
beaucoup. Ainfi ces Troupes
ont toujours ordre d'éviter le
combat, à caufe que leurs Maiftres
ne peuvent que perdre ,
même par le gain d'une victoi .
re qui n'eft pas pour eux , & qui
ne leur eft d'aucune utilité.
Tout cela eft moins un raifonnement
qu'un recit de ce
que
GALANT. 24.
que
e l'on a vu recemment en
plufieurs occafions . Ces Trou
pes font bien differentes de
-celles du Roy , qui ne forment
qu'un feul Corps , & qui font
toujours preftes d'agir , &
iroient même au devant des
ordres s'il leur eftoit permis de
le faire. Il y a d'ailleurs à confiderer
que plus les ennemis du
Roy auront des Troupes pour
luy oppofer en Flandres , plus
ils en feront incommodez ,
puifqu'elles doivent eſtre refferrées
dans un pays trop petit,
& qui ne produit rien , de forte
qu'outre que ces Armées re-
Juin 1701.
X
242 MERCURE
viennent à beaucoup plus à
ceux quiles achetent , que les
Armées du Roy ne luy coû.
tent , parce que non feulement
ils les payent bien cher ,
mais il faut aufli qu'ils
payent les alliances de ceux
qui les leur vendent , ainfi que
la plus grande partie du fourage
, & generalement tout
ce qui eft neceffaire pour leur
fubfiftance , leur pays ne produifant
rien pour eux mêmes.
Ainfi quelle que foit leur richeffe
ils ne peuvent fuffire à
tant de dépenſe , & fur tout
pendant que la guerre interGALANT.
243
rompt leur commerce ; au lieu
que le Roy n'a point le même
embarras pour faire combattre
les Troupes , pour fournir
à leur fubfiftance , & pour leur
payement , fes Sujets ouvrant
liberalement leur bourfe lors
qu'il y va de fa gloire , & ayant
Toujours paru portez pour la
continuation d'une guerre glo
rieufe. On ne peut faire ces
reflexions fans admirer les
bontez & la moderation du
Roy , & fans s'étonner de l'aveuglement
de ceux qui peuvent
feulement penser qu'ils
feroient capables de foutenir
X ij
244 MERCURE
la guerre contre un Prince qui
les a tonjours battus pendant
qu'ils avoient prefque toutes
les Puiffances de l'Europe dans
leurs interefts , au lieu qu'ils
n'en ont prefentement qu'un
tres petit nombre ,
party du Roy eft plus fort qu'il
n'eftoit pendant la derniere
guerre .
&
que
le
Je vous envoye une Relation
telle que je l'ay receuë , afin
d'en laiffer la gloire toute entiére
à celuy qui l'a écrite.
GALANT. 245
2
M l'Abbé de Rohan fut facré
Evêque de Tyberiade , Coadjuteur de
Strasbourg dans l'Abbaye de Saint
·Germain des Prez La Ceremonie
s'enfit le Dimanche 25. Fuin. Jamais
on ne vit une plus belle Affemblée
, ny un concours de peuple plus
grand. On avoit fait faire deux
grands amphiteatres au milieu de
la nef, & une espece de balustrade ,
qui regnoit tout le long des deux cotez
de l'Eglife : celle qui fermoit l'enceinte
du Chaurfut oftée ce jour- là ,
& l'on voyoit facilement l'Autel ,
qui eftoit entierement découvert aux
yeux des Alfiftans.
A neuf heures & demie du matin
Mr l'Abbé de Rohan , qui venoit de
Saint Magloire , où il avoit faitfa
retraite , arriva dans la grande Salle
del'Abbaye, Mr le Cardinal deFur
X iij
246 MERCURE
"
ftemberg ly attendoit , & tous les
Prelats s'y eftoient rendus . Aprés
s'eftre revestu d'une foutane violette
dont les boutons & les boutonnieres
eftoient de foye rouge , & d'un rochet
dont la dentelle eftoit tres- belle , s'avança
le bonnet quarre noir à la
main jufqu'à l'Autel , qui luy eftoit
preparé du cofté de l'Epitre , il eftoit
accompagné de Mr Evèque de Laon
& de Mr l'Evêque de Langres tous
deux Ducs & Pairs de France , &
precede d'un Porte - Croix , & de deux
Acolytes qui portoient de grands cierges
ornez des armes de Mr le Cardinal
de Furftemberg & de celles de
fa Maifon , enfuite de tous les Religieux
reveftus de chapes tres - riches ,
enfin du Diacre , du Soudiacres & du
Maistre des Ceremonies qui eftoit le
~Prieur de l'Abbaye : Ce Prieur con .
GALANT. 247
duifoit Mr le Cardinal de Furftemberg,
qui fe vint placerfur un Trône
preparé du cofté de l'Evangile , &fe
revêtit de fes habits Pontificaux ,
ayant la Mitre en tefte enrichie de
pierreries . Il chanta la Meffe folemnellement,
& pendant ce temps - là
Mr Abbe de Rohan recitoit à fon
Autel tout ce quife difoit à celuy du
Confecrateur. Jamais rien de plus augufte
n'avoit attiré les regards & les
refpects d'une nombreufe Affemblée , les
aliftans étoientprefque tous diftinguez
parleur naißance ou par leurs dignitez.
Plufieurs Princes , & Princeffes,
tous les Ambaffadeurs , & tous les
Envoyez des Cours étrangeresfe firent
un merite d'y allifter , leurs places
eftoient dans l'un & dans l'autre am.
phitheatre.
Deux rangs de fauteuils de ve-
X. iiij
248 MERCURE
lours cramoifi garnis de galons d'or
avec des quarreaux de même richeffe,
compofoient celles de tout le Clergé.
Mrle Cardinal de Noailles Archevêque
de Paris à la tefte , Mr le
Nonce , mais dans une tribune incognito
, Mrs les Archevêques de
Reims , de Rouen , de Bordeaux ,
& d'Auch , & Mrs les Evêques de
Meaux de Senlis , de Soißons ,
plufieurs autres au nombre de
prés de quarante , tous en aube ,
en rochet. Mr l'Abbé de Maulevrier
, Mr l'Abbé de Conac tous
deux Agens du Clergé de France ,
avec un tres-grand nombre d'autres
Abbez achevoient de rendre Affemblée
illuftre & venerable.
Jamais on ne vit de spectateurs
plusfatisfaits , c'eftoit quelque chofe
dagreable de lire fur leurs vifages
GALANT. 249
lajoye qu'ils avoient de voir un Printe
auffi eftimable que Mr l'Abbé de
Roban parvenu au rang qu'ils luy
fouhaitoient depuis longtemps.
> Ily eut une infinité de ceremonies
& de Prieres à faire avant que de
facrerfa tefte & fes mains . Ilfe profterna
fur l'Autel. On le chargea
pendant un temps du Livre, des Evangiles
, & enfin tous les Mifteres
de la Religion furent exprimez les
uns aprés les autres .
Toutes les démarches de Mrl'Abbé
de Roban dans cette augufte ceremonie
inspiroient la pieté & le respect,
toutparloit dans fes moindres actions .
Ce Prince retraçoit ce qu'il avoit fait
juſqu'à preſent avec une diftinitionfi·
digne d'admiration . Aprés qu'à la
fin du Sacrifice Mr le Cardinal de
·Furflemberg comme fon Succeffeur ,
250 MERCURE
on luy mit une Mitre d'argent fur l'a'
tefte , & enfuite une autre toute d'or
dun grand éclat , & d'une grande
beauté.
Cefut alors qu'on le vit afis avec
tant de majesté & de grace , qué
les
larmes en vinrent aux yeux de quantité
de perfonnes . Tout le monde difoit
enjettant la vue far Mrle Prince de
Soubife fon Pere que de toutes les fatisfactions
, qu'ilavoit pu avoir en
fa vie d'eftre né du plus beau fang.
du monde de compter tant de nos
Rois , & d'autres Patentats de l'Eu--
rope parmyfes Anceftres , d'avoir luy
même foutenu fon rang par fes
actions beroïques qui luy ont fait ba
Larder mille fois fa vie , & celle de
fes enfans pour la gloire du Roy , &
pourle bien de l'Etat , rien ne pouvoit
approcher de la confolation qu'il reCALANT.
251
*
cevoit dans cette grande journée.
Enfin le nouveau Coadjuteur don--
na la Benediction à toute l'Affemblée
, revestu de fes habits Pontificaux
, la Croffe en main & la Mitre
en tefte, Mr le Cardinal de Fur-
Stemberg à fa droite du cofté de l'Evangile
, Ml Evêque de Laon , &
Ml'Evêque de Langres à fa gau--
che du cofté de l'Epitre . Il fembloit
que Dieu cuft répandu quelque rayon
defes lumieres fur fon nouveau Pa-
-feur, tant les yeux parurent furpris
de la majesté du Prelat qui les beniffoit
au nom du Dieu des Armées.
A la fin de la Ceremonie on fervit
unfuperbe repas dans le Palais de
Mle Cardinal de Furftemberg , qui
regala à diner une grande partie du
Clergé . Mile Cardinal de Noailles,.
Archevêque de Paris , & Mrs less
212 MERCURE
Archevêqnes de Reims & de Rouen.
Il donna un foupé le même jour à
plufieurs Princes & Princeffes , ainfi
qu'aux Ambassadeurs , & aux Envoyez
des Cours Etrangeres.
Le Mercredy fuivant , Mr le
Prince de Soubife donna auffi un
magnifique repas , où se trouverent
Mr le Nonce , plufieurs Princes &
Princeffes , Mr l'Ambaßadeur d' Efpagne
& Mr fon Fils , Mrs les
Ambaffadeurs de Venife & de Savoye,
& Mrs les Envoyez de l'Empire
& de Florence & quantité
d'autres Seigneurs & Dames , qui
firmoient une affemblée tres - confiderable.
*
,
Je vous ay dir le mois paffé
qu'il eftoit arrivé à Paris un faGALANT.
253
meux Italien , mais tout fon
merite ne m'estoit pas bien
connu , & je ne fçavois pas
toutes les particularitez de la
cauſe de fa venue . J'en fuis
prefentement un peu mieux
informé. Il s'appelle M ' Zumbo
: il eft Gentilhomme Sici
lien , & il a apporté avec luy
une Tére d'une compofition
dont il eft l'inventeur. Elle eft
moitié écorchée , & moitié
deffechée , & repreſente avec
un artifice merveilleux toutes
les parties d'une Tête humai .
nextant interieures qu'exte,
ricures , les mufcles , les ten-
V
234 MERCURE
dons , les veines , les artères ,
les nerfs , les os , les glandu-:
les , les cartilages , les mem .
branes & la preparation du
cerveau interne & externe ,
avec tout ce qui les compoſe
dans leur couleur , & tellement
au naturel , qu'on diroit
que c'eſt une vraye Tête
& fraichement mise en oeuvre.
Il a travaillé à cette Tête à
Marfeille fous la protection
de M' de Momort Intendant ,
qui eftant inftruit de la reputation
de l'Auteur l'a favorifé
'particulierement en luy faiſanc
avoir plus de quarante fujets
GALANT. 255
dont il a eu befoin pour former
fa Têre. Pour la compo
fer avec plus d'exactitude , il
a prié M' Pelizier , Medecin
du Roy , tres - fçavant dans l'A .
natomie ; de le diriger dans la
conftruction des parties , fa
profeffion eftant plus pour fai
re connoistre que pour fçavoir .
tout ce qui compofe le Corps
humain. M ' de Vauban ayant
veu cette Tefte à Marseille l'a
admirée, & a comblé l'Auteur
d'honnetez & de loüanges ,
l'exhortant de venir à Paris, &
luy promettant la protection ;
mais M le Comte de Pont256
MERCURE
tat ,
chartrin attentifà tout ce qui
peut cont ibuer au bien de IE.
eftant informé par M'
l'Intendant d'un ouvrage fi rare
, a fait venir luy même l'auteur
à Paris , où ayant montré
à Mr Fagon cette Tête ,
il l'a trouvée la chofe du
monde la plus digne d'ad .
miration, & en a efté furpris,
Aprés l'avoir bien examinée
il l'a trouva fans défaut , & dit
que c'eftoit un chef d'oeuvre ,
M'Bourdelor , M' Duchaine ,
M' Felix , M' Dionis & tous
les plus illuftres & plus ſçavans
Medecins & Chirurgiens de la
GALANT . 257
Cour ont tous dit la même
chofe. Mi le Comte de Pontchartrin
a envoyé l'Auteur à
M. l'Abbé Bignon pour le faire
prefenter à l'Academie
Royale des Sciences , & y faire
bien examiner la Tête. Cet
Illuftre Abbé , qui n'ignore
rien , l'ayant non feulement
approuvée , mais admirée , le
preſenta à l'Academie , où a .
prés un tres ferieux examen ,
chacun cherchant à luy faire
quelque objection , la Tête
fut applaudie d'une commu .
ne voix , & extremement loüée ,
comme un ouvrage merveil-
Juin.701
.
Y
258 MERCURE
leux & tres utile à l'étude de
l'Anatomie . M Mery & M
du Vernet tres illufttes Anato .
miftes & qui en peuvent le
mieux juger , la loüerent &
l'eftimerent le plus. L'Auteur
promettant de faire de la méme
maniere & avec la même
exactitude toute la Meologiedu
corps humain , M's de l'Academie
ont conclu qu'un ouvrage
de cette nature feroit
une des plus belles & des plus
utiles chofes que l'on ait veuës
dans ce Siecle, puifqu'il repre.
fentera toujours devant les
yeux un corps incorruptible
"
GALANT: 259
avec toutes les parties ; dans
lequel à tous momens les curieux
de cet Art pouront trouver
tout ce qui eft neceffaire
à la connoiffance de toute l'Anatomie
, fans eftre obligez
d'avoir recours au corps effectifs
, qu'on ne peut deffecher
qu'avec beaucoup de fatigue
& de peine , & qui aprés cela
durent fort peu , & ne confervent
jantais ce naturel &
cette fraicheur des parties ,
comme cet ouvrage les reprefente
au vif. C'est pourquoy
ils ont jugé que ce feroit un
Ouvrage tres important à la
Y ij
260 MERCURE
Medecine & fort utile au Pu
blic.
Ce feroit affeurement un
avantage confiderable pour la
France d'y retenir un homme
qui a prouvé fon habilité par
ce chef- d'oeuvre. Tout ce que
je pourois vous dire pour prouver
la beauté , la delicateffe ,
& l'utilité de fon travail , feroit
moins convainquant
que
l'approbation de M' le premier
Medecin , & que toutes les
louanges qui ont efté données
à cet ouvrage par ceux
que je viens de vous nommer.
Cependant je ne laifferay pas
GALANT. 26
d'ajoutericy , que vingt perfonnes
des plus illuftres du
Royaume , par leur efprit , par
leur erudition & par les divers
talens , qui leur fourniffent
des lumieres pour bien juger
des chofes de cette naturé ,
ayant bien voulu me faire
l'honneur de s'affember chez
moy pour examiner cette Tête
, luy ont donné mille loüanges
, aprés avoir fait une infinité
de queftions à l'Auteur ,
dont les réponses les fatisfirent
beaucoup.
Le Clergé de France s'eftant
affemble extraordinairement
26: MERUCRE
A
à l'occafion des affaires prefentes
, M le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris
, accompagné de plufieurs
Députez de l'Allemblée dont
il eft Prefident , ayant eu audience
du Roy , dit à Sa maje.
fté , qu'aprés avoir donné à
Europe une Paix fi avantageufe
, qui n'eftoit pas moins
l'effet de fa moderation que
de fa puiffance, on la forçoit
de fe preparer à la guerre lors
qu'elles ne pensoit plus qu'à
nous procurer la tranquillité
falutaire que l'on attend des
bons Rois , que tout le monde
GALANT. 262
fi
fçavoir que le titre de Pere
des Peuples luy eftoit pluscher
, comme à tout Prince
veritablement grand & Chrétien
, que le nom flateur mais
dangereux de Conquerant ;
qu'on eftoit perfuadé que
Sa Majefté pouvoit fournir
feule aux frais de la guerre , en
retranchant à fa perfonne ce·
qui eftoit du d'ailleurs à la dignité
, nous joüirions tous en
repos de nos biens ; qu'elle
conferveroit par la tendreffe
qu'elle avoit pour fes Sujets ,
& par la juftice & la force de
fes armes , mais qu'il eftoitju
264 MERCURE
fte que nous partagea lions
avec elle les dépenles qu'elle
faifoit pour nous défendre ,
que l'amour de les Peuples ,
l'experience du paffé luy répondoient
de la difpofition de
tous les Corps du Royaume, &
que le Clergé, qui avoit l'honneur
d'en eltre le premier par
le rang que luy donnoit la Re.
ligion, en feroit toujours, com
me il l'avoit efté jusque- là , le
premier par fon zele; qu'il avoit
fait voir plus d'une fois qu'il
n'eftoit pas moins utile pour le
bien temporel de l'Etat , que
neceffaire pour maintenir la
Religion;
GALANT. 265.
Religion ; qu'affligé que fes
forces épuifées ne puffent ré
pondre à fon zele , il confervoit
un dévouëmeut inépuifa
ble pour le fervice de Sa Ma
jefté, que ceux qui le compo.
foient ne pouvant rien refufer
à un Maitre qui donnoit tanţ
à l'Eglife , luy offroient leurs
forces telles qu'elles pouvoient
eftre , perfuadez qu'elle
les ménageroit plus que leur
attachement ne leur permettroit
de ſe ménager eux . memes
. M' le Cardinal de Noailles
dit enfuite que parmy un
fi grand nombre de qualirez
Juin 1701.
Z
266 MERCURE
heroïques du Roy , fa religion
eftoit ce qui excitoit
le plus leur veneration &
leur gratitude . Il parla avec
beaucoup d'éloquence, de cette
foy non feinte que recommande
Saint Paul , qui l'attachoit
fi fortement à la Religion
; de ce zèle pour la gloire
du Seigneur , qui malgré la
timide politique des Sages du
Siecle , luy avoit fait tout entreprendre
& tout fouffrir pour
la deftruction de l'Herefie ; de
cet amour pour l'Eglife , qui
luy faifoit appuyer par tout la
pureté de fes dogmes , de fa
GALANT. 267
Morale , de fa difciplines de
cette foumiffion aux ordres de
la Providence , qui le rendoit
fi égal dans tous les évene .
mens qui lui faifoit recevoir de
fa main les maux comme les
biens . l'affliction comme la
joye. Il ajoûta que la valeur,
les richeffes , les conqueftes
pouvoient rendre pour quelques
momens un Roy celebre
fur la terre ; mais que fi la Religion
n'en regloit l'ufage ,
Péclat & le bruit fe diffipoient
bien- toft , & qu'il n'en
reftoit plus qu'un nom fterile
& une trifte defolation . I al. Il
Z ij
268 MERCURE
legua Salomon qui tout fameux
qu'il eftoit par fes richeffes
& par fes profperitez ,
n'efperoit acquerir l'immorta
lité que par la fageſſe , à laquelle
il attribuoit le pouvoir
de difpofer des Peuples & des
Royaumes. Vous l'éprouvez .
Sire , continua til , toute
l'Europe en voit aujourd'huy
avec admiration on avec envie un
exemple éclatant , jufte récompenſe
de voftre moderation ,
protection que vous donnez aux
Princes dépouillez de leurs Etats .
L'Espagne , cette Nationfiere &
genereuſe , incapable de ſouffrir
de la
GALANT. 26g
une domination Etrangere , oublie
tout d'un coupfon ancienne jaloufie
, excitée par le voisinage de la
France , par l'émulation , par de
longues guerres , vient remettre
fon fort entre les mains de Voltre
Majefte, luydemander un Roy
de fon Sang Qui l'auroit cru , Sire,
fi les prodiges de doftre Regne n'avoient
rendu tout croyable ? Elle
voit déja avec transport , cette
Nation accoutumée à n'admirer
qu'elle même, ce qu'elle s'eftoit promis
d'un Prince choifi dans une
Maiſon toute née pour gouverner,
inftruit dans l'art de regner par un
grand Maiftre , d'un Princeforti
$
Z iij
270 MERCURE
#:
de la Race de Saint Louis , pour
porter dans la Caftille toutes les
verius Chreftiennes & Royales
que.la Reine Blanche apporta en
France. A qui ne refiftera point
un Roy que Dieu vient de donner
aux Peuples de cette illuftre &
vafte Monarchie , felon leur coeur
&felon lefien ? Il finir en dilant,
que fi l'ambition , l'envie , &
peut eftre Herefie par des
pratiques fecreres , l'empor
toient fur les regles de la
Juſtice & de la Religion , it's
offroient au Roy rout ce qui
pouvoit dépendre d'eux , pour
foutenir la caufe de Dieu , des
·
GALANT 271
Rois & des Peuples , qu'ils ne
pouvoient changer la deftina .
tion des biens Ecclefiaftiques,
dont ils eftoient feulement
les Difpenfateurs , & non pas
les Maiftres ; que ces biens facrez
eftoient deftinez à l'entretien
du culte de Dien , de fes Minif
tres , des Pauvres , mais qu'ils
croyoient employer leurs revenus
conformement aux intentions de
1 Eglife , en les faifant fervir à défendre
la Religion Catholique , à
empêcher les Peuples de fuccom .
ber fous les charges inévitables de
Etat , & de tomber dans une plus
grande pauvreté que c'estoit au
Z iiij
27: MERCURE
Roy à juger des temps des befoins
, & à eux à fefoumettre , ce
que la pieté de Sa Majesté leur
faifoitfairefans aucun fcrupule.
Ce Difcours , de la beauté
duquel vous pouvez juger par
le peu que je vous en envoye ,
reçut de tresde
tres grands applau
diffemens. Mrs du Clergé allérent
enfuite complimenter
Monfeigneur le Dauphin , &
fon Eminence qui porta encore
la parole , dit à ce Prince ,
qu'aprés avoir rendu de treshumbles
hommages au Roy ,
ils n'avoient rien plus à coeur
que de luy rendre le même
GALANT 273
devoir ; que le Clergé avoit eu
de l'impatience de le voir affemblé
pour luy témoigner en
Corps fa joye fenfible fur le
rétabliffement de fa fanté , que
leur joye égaloit l'affliction
qu'ils avoient eue dans les premiers
momens de fon mal ;
que la feule idée de pouvoir
perdre un Prince fi cher au
Roy , à l'Etat , à l'Eglife , un
Prince que fa bonté , fa religion
, fa valeur , & tant d'autres
grandes qualitez rendoient
fi digne d'eftre honoré ,
avoit jetté la confternation
parmi eux qu'il fçavoit com.
274 MERCURE
bien de larmes il avoit coûté
au Roy , mais que Dieu avoit
exaucé ce Monarque , dans le
jour de fa plus grande tribula
tion ; qu'il avoit écouté les
prieres ardentes du Clergé , les
tendres voeux du Peuple , &
qu'il avoit cu pitié de l'Eglife ;
que la jeuneffe , la fanté , la
plus grande force , les couronnes
même ne mettoient point
à couvert des accidens de cette
vie periffable , & qu'il n'y a
voit rien de ftable en ce monde
que la fouveraine volonté
de celuy qui fait tout ce qu'il
veut dans le ciel & dans la rer
GALANT. 275
re. Vivez , Monſeigneur , ajoûtactil
, vivez , puifque Dien
vons a rendu à ce Royaume pour
eftre le lien de la Famille Royale ,
¿ legage d'une paix durable dans
toute l'Europe. En quittant vos
droits legitimes fur tant de Cou
ronnes , vous nous
vous nous faites voir un
coeur élevé an deffus de toutes les
Couronnes , & un amour pour la
Paix quifait laplus grande gloire
des Princes. Vous nous montrez
veftre bon gouft , aimant mieux
eftre la confolation d'an Roy &
d'un Pere qui vous aime fi tendrement
, que vous aimez fe
refpectueusement , & regner avec
276 MERCURE
luy comme vous faites , par fa
confiance en vous , & par votre
attachement pour luy , que de regner
tout feul dans une Terre Etrangere.
Ces fentimens que nous
voyons en vous , Monfeigneur ,
redoublent noftre eftime , & fi nous
Lofons dire à un Prince fi bon
noftre refpectueufe sendreffe. Ils
ranimeront auffi nos voeux pour
voftre perfonne , & pour toute
Faugufte Maifon , dont vous eftes
les delices e l'ornement:
Le lendemain , le Clergé ,
aprés avoir receu une Lettre
du Roy qui luy fut portée en
la maniere acoutumée , & a
GALANT. 277
voir ouy M' de Pomereu , an.
cien Confeiller d'Etar , délibera
fur les demandes qui luy
eftoient faites , & l'Affemblée
d'un confentement unanime
accorda au Roy par forme de
fubvention , quatre millions
par an. Cependant Sa Majesté
veut bien pour cette année
feulement , n'en recevoir que
quinze cens mille livres , en
confideration de ce qu'il luy
refte à payer de la derniere
affemblée. Je ne dis rien
de pareilles actions qui n'ont
pas befoin qu'on les faffe remarquer.
S'il falloit faire l'élo278
MERCURE
ge de toutes celles du Roy
qui meritent des louanges ,
toutes mes Lettres en feroient
remplies,
Je vous ay déja parlé de M
le Comte de Lemos , General
des Galeres d'Espagne , mais
je n'eftois pas inftruit de plu .
fieurs chofes qui le regardent,
& qui meritent d'eftre remar
quées. En arrivant à Marſeille
avec huit Galeres de Naples
qu'il commandoit , ces Galeres
quiterent leur Pavillon , &
arborerent celuy de France ;
& les ayant fait avancer , &
mêler avec celles du Roy , il
GALANT 299
dit que l'Espagne ne paroiffoit
plus où eftoit la France , & que
les deux Nations n'estoient plus
qu'une On ne peut trop admirer
l'efprit , & les manieres
honnelles des Espagnols ;
quand ils ont lieu de les faire
paroiftre,ils en manquent peu
les occafions.
Le Roy ayant écrit au même
Comte de Lemos , en le traitant
de Coufin , luy marqua
par fa Lettre , que ne croyane pas
qu'il y cuft rien à faire pour fes
Galeres & pour celles de France,
il luy confeilloit de les ramener à
Naples. Je me tais fur le mot
274 MERCURE
bien de larmes il avoit coûté
au Roy , mais que Dieu avoir
exaucé ce Monarque
, dans le
jour de la plus grande tribula
tion ; qu'il avoit écouté les
prieres ardentes du Clergé, les
tendres voeux du Peuple , &
qu'il avoit cu pitié de l'Eglife ;
que la jeuneffe , la fanté , la
plus grande force , les couronnes
même ne mettoient
point
àcouvert des accidens de cette
vie periffable
, & qu'il n'y avoit
rien de ftable en ce monde
que la fouveraine
volonté
de celuy qui fait tout ce qu'il
veut dans le ciel & dans la ter
!
GALANT. 275
re. Vivez , Monseigneur , ajoûtactik
, vivez , puifque Dien
vous a rendu à ce Royaume pour
eftre le lieu de la Famille Royale ,
∞ legage d'une paix durable dans
toute l'Europe. En quittant vos
droits legitimes fur tant de Cous
ronnes , vous nous faites voir un
coeur élevé an deſſus de toutes les
Couronnes , un amour pour la
Paix quifait la plus grande gloire
des Princes. Vous nous montrez
voſtre bon gouft , aimant mieux
eftre la confolation d'un Roy &
d'um Père qui vous aime fi tendrement
, que vous aimez fe
reſpectueuſement , & regner avec
280 MERCURE
de Confeiller dont il plut au
Roy de fe fervir. L'Eſpagnol
le remarqua d'abord , & penetré
des manieres honneftes
de Sa Majefté , il luy écrivir,
qu'il eftoit fort mortifié de ce qu'
Elle ne luy avoit pas fait l'hon .
neur de luy commander.
Ce que vient de faire M
le Comte d'Eftrées , n'eft pas
moins digne d'eftre remarqué.
Le Roy d'Espagne
luy ayant
donné le commandement
fur
fes Vaiffeaux
, comme je vous
l'ay mandé , avec dix mille
Ecus d'apointement
, ce Comte
a écrit à Sa Majefté Ca
GALANT. 28t
tholique pour la remercier de
T'honneur qu'il luy avoit plu
de luy faire mais en acceptant
le commandement dont
elle l'a honoré , il l'atres- humblement
fupliée de luy permettre
de n'en point recevoir
les apointemens
, parce que
ce Monarque n'avoit pas en
core eu le temps de remettre
les affaires de la Monarchie
d'Espagne, & ce Comte a ajoûté
dans la Lestre , qu'il feroic ravi
de pouvoir fervir d'exemple
aux Espagnols . M' le Comte
d'Eftrées ayant efté vifité dans
fon Bord par le Gouverneur
Juin 1701.
A a
282 MERCURE
de Cadis , & parle Comman
dant de la Marine , fon Vail
feau falua la Ville de treize
coups de canon , & elle répondit
d'un pareil nombre . Si colt
qu'il eut mit pied à terre , la
Ville le falua comme Genera.
hiffime de vingt &un coup de
canon. Les Troupes Efpagno.
les qui eftoient fous les Armes
falüerent du Drapeau , &
batirent aux champs. Mle
Marquis de Leganez donna à
tous les Officiers François une
magnifique collation .
Le Dimanche 26. de Juin
mademoiſelle de Tourmons
鼎
GALANT. 283
prit l'habit dans le monaftere
des Religieufes de la Vifitation
, Fauxbourg S. Jacques.
Le Pere de la Baune Jefuire ,
Oncle de cette Demoiselle,
précha, devant une fort grande
aſſemblée de gens de dif.
tinction & le Sermon fur
trouvé fort beau , fort poly &
fort touchant. C'est ce mef
me Pere de la Baune , quiaprés
avoir regenté les baffes Claf
fes à Paris , fut choisi pourrecommencer
le cours , lorſque
Monfieur le Duc de Bourbon
vint faire fes Claffes au College
des Jefuites , où il fut dix
A a ij
284 MERCURE
•
ans. Vous connoiffez la fa
mille de M' de Tourmont ,
fes emplois & fes fervices fous
M'de Louvois , & fous M'de
Barbefieux .
N'ayant appris la mort de
Son Alteffe Royale Monfieur ,
le mois paffé que dans le moment
que je fermoisma Lettre,
je n'eus , avant que de vous
l'envoyer, ny le temps de m'é
tendre fur cet article , ny celuy
de m'informer de beaucoup
de chofes dont je devois
eftreinftruit avant que de travailler
à un article fi confiderable.
GALANT, 285
•
f
Rien n'eft plus ordinaire
aux hommes que d'avoir des
preffentimens de leur morr ,
fans y reflechir autant qu'il
femble qu'ils devroient le farre
, & fans prendre les précautions
dont il paroift que l'on
fe devroit fervir pour en éloi.
gner l'heure , quoy que ce qu '
on devroit faire en de pareilles
occafions , faute , en quelque
forte, aux yeux, & qu'on
en foit averty , & même preffé
fans que cela faffe profiter des
momens , dont il paroift qu'on
ne devroit perdre aucun. On
le fçait , on le voit , on craint
286 MERCURE
de quitter la vie , on y penfe
fort louvent , les preffentimens
qu'on en a font peur , & cependanton
demeure dans une
indolence , dans une incertityde
, & même dans une inaction
, s'il m'eft permis de parler
ainfi , qui doit faire trembler
tous ceux qui ne le trou
vent pas encore dans l'étatou
l'on doit estre pour le déta.
cher du monde , & pour penfer
à la mort ferieulement . It
eft conftant que feu Monfieur
afeu des preffentimens de la
frenne. Il a paru même aux
yeux d'une partie de la Cour ,
a
GALANT 287
qu'on luy a prédit ce qui luy
eft arrivé , le Roy , & la pluf
part de ceux qui avoient l'hon
neur d'approchende la perfonne
de SomAlbeffe Royale, l'one
preffée de fe faire faigner , &
il s'eft trouvé par l'ouverture
de fon corps que c'eftoit Funique
remede qui pouvoir fau
ver dey Princes, & qu'il eft
mort d'une apoplexie de fang.
Quant aux preffentimens
de la mort , on en peut juger
par cequifuit. Quelques jours
avant qu'elle arrivaft , ce Prince
eſtant dans l'une de fes galeries
à Saint Cloud , affis &
288 MERCURE
rêvant foul , Mr le Chevalien
de Lorraine paffa devant luy
fans
que Monfieur fortiſt de
fa rêverie. Ce Chevalier s'approcha
une feconde fois de ce
Prince , & voyant qu'il rêvoic
toûjours profondement il ne
put s'empêcher de luy dire ,
Monfieur eft bien rêveur. A
quoy Son Alceffe Royale ré
pondit : Je rêve à la beauté de
lieux que je les ay faits , & que
je dois bientoft les quitter. Il eſt
à remarquer qu'on voyoit de
cet ndroit deux belles Galeries
feparées parun Salon ma .
gnifiquei que l'une de ces Ga
leries
GALANT 289
Meries fert
d'Orangerie ; que
l'on voit au bout & de pleinpied
une allée du Jardin , avec
plufieurs
Jets d'eau , & que
cette allée , ces deux
Galeries ,
& le Salon , font une enfilade
dont la varieté de la
peinture ,
de la dorure , des
meubles ,
& de la verdure , forment un
tout auffi
magnifique
que fin.
gulier.
Comme Monfieur ne dic
rien dans la fuite qui fift.connoiftre
que le preffentiment
de fa mort qu'il avoit eu dans
ce moment là , eftoit demeuré
dans fon efprit , on ny penſa
Juin 1701.
Bb
S
290 MERCURE
plus . Cependant on a fait reflexion
depuis la mort de ce
Prince , qu'il y avoit quelque
temps qu'il paroiffoit rêveur ,
& recueilly en luy même , &
qu'après avoir efté à la Meſſe
accompagné de fes Gardes ,
& d'une fuite prefque infeparable
de fon rang , il leur
faifoit figne de fe retirer
quand la Meffe eftoit finie ,
& qu'il en entendoit encore
fouvent une ou deux fans
aucune fuite. Ainfi l'on peut
dire , que s'il a negligé à fuivre
les avis qui luy ont efté donnez
pour le rétabliſſement de
GALANT.
291
fa fanté , & pour
prolonger
fes jours , il n'a pas méprifé les
avertiffemens du Ciel , & qu'il
y a répondu en veritable
Chreftien.
Peut eftre que fon heure
cftant venue , il eftoit hors de
fon pouvoir d'en faire davantage
; mais ce qu'il y a d'heureux
pour ce Prince , c'eſt qu'-
en ne faiſant pas toute l'atten
tion qu'il auroit dû faire aux
avertiffemens des
hommes ,
pour le retour & la confervation
de fa fanté , il s'eft attaché
à ceux du Ciel , & en a
profité.
Ce Prince avoit
toujours
Bb ij
292 MERCURE
fait voir beaucoup de tendreffe
pour la feuë Reine fa Mere,
& une grande déference pour
toutes les volontez . Elle eſt
toujours demeurée dans fon
fouvenir , & il ne manquoit
pas tous les ans , à moins qu'il
ne fuft incommodéou abſent,
d'affifter au Service qui fe fait
au Convent du Val de Grace ,
à pareil jour que celuy du décés
de cette Princeffe. Il avoit
une veritable amitié & un tendre
attachement pour le Roy,
qu'il a toujours accompagné,
& s'il s'en eft feparé quelquece
n'a efté que pour fois
1
GALANT. 2,3
commander des Armées par
fes ordres , & pour faire des
Sieges . Le premier a efté celuy
de Zutphen , qu'il affiegea au
mois de Juin 1672. Le jour que
ce Prince arriva devant certe
Place , il demeura à cheval
pendant quatorze heures . Il
alla luy même, la reconnoiftre
juſqu'à la portée du moufquet
Il marqua l'endroit où il vou
loit que la Tranchée fuft ou
verte , & celuy où l'on devoit
dreffer les Batteries. Il vifita
les Camps , & fit tour préparer
pour l'attaque , qu'il remit au
lendemain. Il fe polla auprés
Bb iij
294 MERCURE
du travail de la Tranchée ,
pour en apprendre ſouvent
des nouvelles , & fit faire de
grandes liberalitez aux Travailleurs
, afin qu'ils avançaffent;
ce qu'il continua de faire
pendant les Sieges des autres
Places qu'il emporta enfuite.
Aprés avoir pris Zutphen ,
dont la Garnifon fut prifonfonniere
de guerre , il ne voulut
point entrer dans la Place, qu'il
n'y euft fait rétablir le culte
Autels , & que le Pere Zocoly ,
Jefuite , fon Confeffeur , n'y
euft celebré la Meffe .
Au mois de May 'de l'année
1
1
GALANT. 295
1676. ce Prince afliegea la Ville
de Bouchain . Il fit d'abord
emporter le Fort des Vaches ,
qui couvroit les endroits les
plus foibles de la Place . Il
paffa toutes les nuits à cheval
pendant tout le temps que
dura ce Siege , il vifita les atta .
ques , les batteries , & les gardes
des lignes , & il entra dans
tous les détails . Aprés la prife
de la Contrefcarpe , M' de
Schomberg arriva à huit heures
du matin au quartier de ce
Prince . Sa Majefté l'avoit envoyé
exprés vers Son Alteffe
Royale pour l'avertir que les
Bb iitj
296 MERCURE
Ennemis marchoient & pour
s'acquiter de la parole qu'elle
luy avoit donnée de luy faire
fçavoir fi elle voyoit quelque
apparence d'une Bataille à la
quelle Sa Majesté efperoit que
le Prince d'Orange le refou
droit eftant à la tefte d'une
Armée de cinquante mille
hommes , plutoft que d'eftre
témoin de la prise de Bou
chain aprés l'avoir efté de cel
le de Condé Son Alteffe
Royale marcha auffi tolt
dans cette efperance , & or
donna au Maréchal de Crequy
de le fuivre avec vinge
·
GALANT: 297
Bataillons , laiffant les ordres
neceffaires pour la continua .
tion du Siege Elle trouva le
Roy en bataille en prefence
des Ennemis , & fe mit à la
tefte de l'aile gauche de la
premiere ligne ; mais le Prince
d'Orange voulant éviter le
combat fe - retrancha , ce qui
donna un extrême chagrin à
Sa Majesté qui s'eftoit atten
duë à une Bataille . Son Alteffe
Royale retourna devant Bou
chain dont elle fit emporter
tous les dehors l'épée à la main
à quatre heures aprés midy , &
ce Prince fe rendit en fix jours
298 MERCURE
maiftre de la Place devant une
Armée de cinquante mille
hommes.
L'année fuivante au mois
d'Avril , Monfieur ayant affiegè
la Ville de Saint Omer , le
Prince d'Orange entreprit de
la fecourir. 11 paffa avec fon
Armée le Canal de Bruges , &
s'avança vers Ypres. Le Roy
ayant appris que fon Armée
eftoit plus nombreufe qu'on
n'avoit crû , fit partir M' de
Luxembourg avec quelque
Cavalerie legere , les deux
Compagnies de fes Moufquetaires
, deux Bataillons des
GALANT. 299
Gardes Françoiſes , trois du
Regiment Suiffe de Stoup ,
deux du Regiment Royal , &
un du Maine.
Pendant que le Roy donnoit
fes ordres pour mettre
l'Armée de Monfieur en bon
eftat , S. A. R. fongeoit à fe
bien fervir du fecours que Sa
Majefté luy donnoit , & envoyoit
des Partis pour eftre
informé de la marche & des
deffeins du Prince d'Orange.
Si toft qu'il eut efté averty
par ces Partis que les Ennemis
marchoient en diligence pour
jerter du fecours dans Saint
300 MERCURE
Omer , Son Alteffe Royale
laiffa des Troupes pour garder
les Forts , & pour foûtenir
tous le travaux des attaques ,
fortit des lignes , & alla au
devant des Ennemis . Leur
Armée eftoit beaucoup plus
forte que la fienne , & fur tout
en Infanterie. Elle eftoit pos
ftée dans des vergers environ
nez de hayes vives, & de fof
fez pleins d'eau , qui ne fe pou:
voient paffer qu'à cheval , &
où l'on ne pouvoit entrer que
par défilez , de forte que pour
la forcer il falloit paffer fous
lefeu du Canon & de la moufGALANT.
301
queterie , & l'attaquer dans
des lieux naturellement retran.
chez. Cette Armée qui fe te
noit tres affurée de la victoire ,
& qui connoiffoit les forces ,
n'eftoit point obligée à les diviler
, ce que S. Alteffe Royale
eftoit contrainte de faire
ayant la tranchée de S. Omer
& les Poftes qu'elle avoit gagnez
devant cette Place à fai .
re garder, ainfi que huit autres
endroits par lefquels le fecours
pouvoit paffer. Quoy que l'Armée
de Monfieur fuft affoiblie
par les Troupes qu'il fur
obligé de laiffer en tant de dif
302 MERCURE
ferens poftes , cela ne diminua
en rien l'impatience qu'il avoit
de combatre, Dés qu'il euc
appris que les Ennemis avoient
paffé le premier ruif
feau , il voulut les aller attaquer
, & demanda l'avis des
Maréchaux de Humieres & de
Luxembourg , qui voyant la
refolution où il eftoit d'expofer
fa perfonne, luy firent quelques
objections. Elles auroient
embaraffé un Prince moins
ardent pour la gloire des armes
du Roy, & un autre auroit
pû quitter le deffein de com
battre , fans qu'on cuſt pû le
1
GALANT 303
blâmer , puis que c'eftoit l'avis
du Confeil. Ce Prince n'avoit
pour cela qu'à ne rien dire qui
puft détruire les objections
qu'on luy venoit de faire . Ily
répondit , que fi on attendoit que
les Ennemis euffent paßé leſecond
Ruiffeau qui leur reftoit , ils pourroient
dérober quelques marches
par derriere ,
dans Saint Omer , ce qui estoit leur
deffein le plus importanı pour l'obli
ger à lever le Siege , & qu'il
vouloit pas que fous fon Comman .
dement les armes du Roy receuffent
un affront , qui ne leur eftoit
point encore arrivé depuis le comjetter
du fecours
304 MERCURE
mencement de la guerre. Les Ge
neraux ayant goûté toutes ces
raifons , répondirent qu'ils ne
Savoient qu'obéir , & Monfieur
s'eftant luy même avancé
avec quelques Troupes pour
reconnoiftre les Ennemis ,
donna auffi toft les ordres
qu'il jugea neceffaires pour
les aller attaquer. Ce Prince
remplit dans ce combat les
devoirs de Capitaine & ceux
de General. Il donna des ordres
, il mena à la charge ,
combatir luy même les Ennemis.
Il exhorta les Soldats , il
leur infpira de l'ardeur , & l'on
il
GALANT.
35
peut dire que fa tefte , lon
coeur , fon bras , fon efprit , &
fon éloquence agirent égalemenr
en cette occafion . Sitoft
que les Ennemis faifoient
quelque mouvement , il don
noit par tout des ordres nouveaux
avec une prefence &
une netteté d'efprit inconcevable
. Jamais on n'a moins
craint le peril ny fait voir un
plus grand fang froid au milieu
des dangers , ce Prince ne
s'eftant pas trouvé embaraffé
un feul moment , auffi peut on
affurer que fa prefence & fa fermeté
cauférent le gain de la
Juin 1701.
Cc
306 MERCURE
Bataille I rallia luy- même
les Troupes , & les ayant ranimées
par les chofes qu'il
leur dit , & par fon exemple ,
il les ramena plufieurs fois à
la charge , fans s'étonner du
feu des Ennemis , qu'il effuya
avec une intrepidité qui ne fe
peut exprimer. Ce feu fut
grand , & l'on n'en fçauroit
douter , puifque la plupart des
Officiers qui eftoient autour
de fa perfonne furent bleffez.
11 s'expofcit au même mal .
heur fi le ciel ne l'en euft garanti.
Il eftoit perfuadé que
ce n'eftoit pas affez que de
GALANT. 307
commander le Corps de Bataille
, il falloit encore pour
fatisfaire fon courage qu'il fe
mift à la tefte des Troupes qui
1
avoient plié. Il vouloit même
yaller fans autres armes que
celles dont il avoit befoin
pour combatre ; mais M ' Me .
rille , & un de fes Ecuyers , luy
en mirent malgré luy dans la
chaleur du combat. La fatigue
en fur rude à fupporter ,
puifqu'il eftoit à cheval des
trois heures du matin , & que
la mêlée dura jufqu'au foir.
Ce Prince chargea plufieurs
fois à la tefte des Bataillons ,
Ccij
308 MERCURE
& comme il eftoit toûjours au
plus fort de la mêlée , il cur
un cheval tué fous luy , & un
coup de Moufquer dans fes
armes. M' le Chevalier de Lorá
raine fut legerement bleffé au
vifage , & M le Chevalier de
Nantouillet à la jambe , tous
deux auprés de ce Prince. Un
Bataillon Suiffe ayant elté
rompu , Monfieur fit auffi toft
mettre fes Gardes en Efca.
drons , avec quelques uns de
fes Domestiques qui eftoient
accourus l'épée à la main ,
ce Prince leur infpira tant de
force & de courage , que tous
&
1
GALANT. 309
tes les Troupes
qui eftoient
auprés de luy ayant efluye à la
portée du piſtolet -la décharge
des Ennemis
, allérent à eux
l'épée à la main , & les rompi
rent. M' Vaucher
, l'un de fes
Valets de Chambre
, eut un
coup dans la cuiffe en attachant
une cafaque fur les ars
mes de ce Prince . M le Che
valier de Tillecourt
eut fon
cheval bleffé de deux coups
derriere S. A; R.
Le lendemain de cette gran
de Journée , ce Prince envoya
dans le Champ de Bataille
des Medecins , des Chirur
310 MERCURE
giens , des remedes , des vi
vres, & des chariots pour tranf
porter ceux qui eftoient encore
en eftat d'eftre ſecourus ,
& il s'attira par là l'eftime &
l'amitié des vainqueurs & des
vaincus . Il s'eftoit acquis celle
du Peuple & de la Cour , & la
tendre & refpectueuse amitié
qu'il avoit pour le Roy , fon
dévouement pour Sa Majesté ,
& la parfaite union qui eftoit
entre eux , luy attiroient des
louanges de tout le monde.
Si ce Prince a remply tous
les devoirs d'un Fils envers la
Reine fa Mere , & s'il a eftér
GALANT: 300
tendre Frere , on peut dire
qu'il a efté un des meilleurs
Peres du monde . Il n'a rien
oublié pour l'éducation de
Monfieur le Duc de Chartres ,
aujourd'huy Duc d'Orleans .
Ce Prince a choifi les plus ha
biles hommes de l'Europe.
pour luy enfeigner les chofes
dont il vouloit qu'il fuſt inftruit
, & ils ont trouvé en luy
un fi bón fujet , qu'on peut di
re qu'il a bien toft égalé fes
Maiftres dans les chofes qu'-
on luy a fait apprendre. Feu
Monfieur n'a pas moins fait
pour les Princeffes fes Filles.
312 MERCURE
*
Il les a non- feulement fait éte
ver en Princeffes de la Famille
Royale , mats outre l'exemple
que ce Prince & S. A. R. Ma
dame leur ont donné , outre
les vertus qu'elles ont tou
jours euës devant les yeux , &
qu'elles ont vu pratiquer , il a
pris foin qu'elles fuffent inf
truites de mille chofes capables
de les diftinguer parmi les
perfonnes que leur naiffance
éleve au.deffus des autres
s'eftant d'ailleurs toutes trou
vées avec un fort bon efprit ,
& plus occupées des pratiques
de la vertu , que de l'orgueil
qu'un
GALANT.
313
qu'un haut rang a coutume
d'infpirer , elles ont fait l'amour
& les delices des Princes
leurs Epoux , & l'admiration
de leurs Sujets , dont je pour
rois dire qu'elles ont efté &
font adorées. Ainfi le ciel a
permis que dés ce monde
Monfieur, trouvaft dans fes
enfans , la recompenſe de l'éducation
& de
l'exemple qu'il
leur avoit donnée . Ce Prince
aprés leur mariage a toujours
entretenu avec ces Princeffes
une
correfpondance
autant d'Amy que de Pere ,
dans laquelle les Princes fes
Juin 1701 .
Dd
34 MERCURE
Gendres font entrez , & dont
l'Etat a quelquefois tiré des
avantages , qui auroient eſté
plus loin , & auroient détourné
plutoft les maux dont la
Religion Catholique eftoit
menacée , fans la trop prompte
mort d'une Reine que
l'Espagne pleure encore aujourd
huy , & dont elle a la memoire
en veneration .
B
Jamais Prince du rang de
Monfieur n'a porté la magnificence
plus loin en bâtimens,
en meubles , & en pierreries.
Il donnoit non feulement une
infinité de penfions , mais ce
9
CALANT
·
315
que recevoient de luy ceux à
qui ce Prince donnoit le plus,
leur tenoit lieu d'une fortune
confiderable , & même d'une
fortune de Prince . Pendant
tout le fejour qu'il faifoit en
fa Maifon de Saint Cloud , il
tenoit table ouverte pour tou.
tes les Dames d'un rang diftingué
, & dont le concours
y eftoit tres grand , & il n'y a
peut-eftre point de Souverain
en Europe , le Roy excepté ,
qui tienné plus de tables chez
luy , & qui ait plus d'Officiers
que ce Prince en entretenoit.
Comme il eftoit affable , dour ,
D dij
3161
MERCURE
& fincere , & que l'on n'a ja.
mais remarqué que la haine
luy ait rien fait faire contre
perfonne , on peut affurer , en
examinant toutes les vertus ,
fes refpects , fon dévouement
entier pour le Roy, & la tendreffe
, & fon attachement
pour fa Famille , qu'il a rempli
tous les devoirs d'un bonChreftien
, d'un fidelle Sujet , d'un
grand Prince , & d'un bon &
tendre Pere. A peine fut- il expiré
, que les Feuillans , ayanc
reçu l'ordre de M' Delgranges
Maistre des Ceremonies ,
fe rendirent à Saint Cloud ,
GALANT . 327
pour affifter auprés du Corps ,
comme ils font toûjours , par
un droit attaché particuliere
ment à leur Congregation
d'où l'on prend un nombre de
Religieux pour -pfalmodier
jour & nuit , avec le Clergé
Seculier , fi toft qu'ils ont efté
avertis de la mort de quelque
Prince ou Princeffe de la Maifon
Royale , & ils n'interrom
pent point cette fonction juf
qu'à ce qu'on leve le Corps
pour le tranfporter à Saint De
nis . Ces Religieux firent fonner
dés le foir toutes les clos
ches de leur Monaftere , &
D d'iij
318 MERUCRE
fans attendre d'autre ordre que
le mouvement de leur reconnoiffance
pour un Prince qui
les avoit toûjours honorez
dés marques de fon affection ,
ils firent dire un Service fo
lemnel dans leur Eglife pour
le repos de fon ame , le lende
main Vendredy ſecond jour
de fon decés , & tous les Prêtres
de leur Communauté of
frirent le Sacrifice de l'Autel
pour la même intention par
l'ordre de leurs Superieurs .
Le Corps de Son Alteffe
Royale fur vû à viſage décou
vert depuis le moment de fa
GALANT: 319
mort jufqu'au foir du lende
main dixiéme de Juin. Le
Corps de ce Prince fut ouvert
enfuite. Toutes les parties du
bas ventre & de la poitrine pa
rurent en bon eftat , mais on
trouva quantité de fang caillé
dans le ventricule gauche du
cerveau , ce qui avoit eſté caufe
de fa mort. Son Corps aprés
avoir efté ouvert fut mis dans
un cercueil , & placé dans une
Chapelle ardente . Deux He.
raults eftoient aux pieds du
cercüeil pour preſenter l'Eau .
benite. Il y avoit dans cha
que cofté quatre ou cinq
D d iiij
320 MERCURE
bancs couverts de deüit , &
remplis d'Officiers de feu
Monfieur qui prioient , pendant
que les Feuillans qui
eftoient dans la même Chambre
pfalmodioient. Ces Offi .
ciers eftoient de temps en
temps relevez par d'autres Officiers
de S. A. R. Il y avoit
deux Chapelles dans la même
Chambre . On y difeit conti
nuellement des Meffes , ce qui
a efté continué pendant tout
le temps que le Corps de Son
Alteffe Royale eft demeuré à
S. Cloud.
Le matin du dixième , MonGALANT.
321
fieur le Duc de Chartres allá
voir le Roy à Marly au lever
de Sa Majesté. Ce Prince fe
baiffa fort bas , & embrafla la
cuiffe du Roy. Sa Majefté y réz
pondit par trois embraflades
fort tendres , & les armes aux
yeux, Monfieur le Duc de-
Chartres luy prefenta un papier
que le Roy luy rendit
aprés l'avoir lû La converfa
tion fe paffa dans le Cabinet ,
où il n'y eut point de témoins
qu'éloignez.
3
L'onziéme , Madame la
Ducheffe de Bourgogne par,
322 MERCURE
tit de Marly à cinq heures , &
à fon arrivée à Versailles cette
Princeffe alla voir Madame,
Elle parut accablée de douleur
tous ceux qui la virent . Ce
pendant elle reçut cette vifite
dans fon Cabinet habillée , &
non au lit , ce qui marqua la
force de fon efprit. Madame
la Ducheffe de Bourgogne
alla enfuite chez Madame la
Ducheffe de Chartres.
Le Roy , aprés avoir paffe
le même jour plus de trois
heures feul à écrire dans fon
Cabinet , partit de Marly à fix
heures du foir. A fon arrivée
GALANT. 233
·
à Versailles il alla chez Mada
me , qui eftoir accompagnée
de Monfieur le Duc de Char
tres. Il refta plus de cinq
quarts d'heures avec cette
Princeffe & ce Prince. Leur:
converfation n'eut point de
témoins. On a depuis publié
que le Roydit à Madame qu'il
s eftoit fait apporter par M³ le
Comte de Pontchartrain tous
les Regiftres de fa Maiſon , où
il avoit cherché pendant trois
heures tous les endroits de
l'Hiftoire qui pouvoient luy
fervir à bien traiter Monfieur
le Duc de Chartres. On peur
324 MERCURE
dire que fi quelque choſe pouvoit
confoler Madame de la
perte qu'elle a faite , rien n'y
contribueroit davantage que
les manieres dont le Roy en
aufé avec cette Princeffe depuis
le moment que Sa Majefté
arriva à S. Cloud , où
voyant Monfieur hors d'eftat
de réchaper , il parut fi penetré
de douleur , & dit des cho
fes fr touchantes à Madame ,
qu'il eft impoffible de faire
aucune peinture qui puiffe approcher
de ce qui fe paffa pen.
dant ces triftes momens.
Le Roy aprés avoir demeuGALANT.
325
ré avec Madame pendant tout
le temps que je viens de
vous marquer , alla chez Madame
la Ducheffe de Chartres
, & bien que Monfieur le
Duc de Chartres fuft prefent
à cette vifite , & n'euft
Sa
point quitté le Roy
Majefté voulut le voir chez
luy , & l'y fit entrer. Le Roy
demeura quelque temps avec
ce Prince , & retourna dans
fon Appartement.
Le 12. au matin , Mr le Duc
de la Trimoüille en long manceau
, alla de la part de Sa Majefté
chez Monfieur le Duc
326 MERCURE
[
de Chartres , pour le prendre,
& l'amener dans fon Cabi
net. Ce Prince y vint en
long manteau , accompagné
de tous les grands Officiers de
Monfieur , pareillement en
long manteau Si - toft qu'il
parut , les Huiffiers qui avoient
l'ordre , dirent , Voilà Monſieur
le Duc d'Orleans , faites luy pla
ce. Ce Prince alla le méme matin
, accompagné des mêmes
Officiers , chez Madame la
Ducheffe de Chartres , avant
qu'elle allâft à la meffe.
Le même jour , à trois heu
res aprés midy, le Royfe renGALANT
329
dit chez Madame , où il fit faire
l'ouverture du Teftament de
feu Monfieur , en fa prefence,
& devant madame & Monfieur
le Duc d'Orleans . Cette ouver
ture fe fit parM' leChancelier ,
& la lecture par M ' le Comte
de Pontchartrain. Feu Monfieur
ordonne par ce Teftament,
qu'on faffe dire fix mille
Meffes. Il donne fix mille livres
au Val de Grace , pour fonder
une мeffe tous les jours pour
le repos de foname.
Il donne dix mille livres à
l'Hôpital de Viller- Cottrefts ,
pour le fonder, & au cas qu'il
38 MERCURE
le foit ,pour augmenter la fon
dation .
Il prie Monfieur le Duc de
Chartres de garder tous les
Domestiques , & de récom
penfer ceux qui ne luy feront
pas agréables.
Il donne à Madame la Du,
cheffe de Savoye le gros Dia
mant qui eft au deffus du gros
Diamant de feuë Mademoi
felle, dans fa grande atta ,
che.
1
Il donne à Madame la Duchef
fe de Lorraine l'attache qui eft
au deffus de fa Croix de Diamans
brillans & en cas que Monfieur
le Duc de Chartres meure fans
GALANT. 329
Enfans mâles , il luy donne la
Principauté de Joinville avec les
Terres qu'il y a jointes.
En cas que les PP.de la Miffion
qu'il a établis à S.Cloud , n'ayent
pas leurs rentes affurées, il leur
donne, ou recommande au Prince
fon Fils , ou à fes heritiers, de les
renter , ou payer fur tous fes
biens , felon qu'il eft porté par
l'Acte qu'ils ont figné de fa main.
Au furplus de tous les biens ,
Diamans , Pierreries , Terres ,
Seigneuries , Domaines & autres
immeubles generalement quelconques
dont il peut difpofer , il
les donne , en quoy qu'ils puiffent
confifter, à fon Fils Philippe
d'Orleans , Duc de Chartres, qu'il
conftitue fon Legataire univerfel
S'ila deux garçons , il fubfti-
Juin 171.
Ee
330 MERCURE
tue à ſon fecond Fils , aprés fa
mort , le Duché de Montpenfier,
& le Comité de Beaujoloist an
If vear que fes dettes foient
payées fur l'inventaire qu'on fera
de les meubles , & nomme la perfonne
de celuy qui fera premier
Prefident du Parlement de Paris
lors de fon décés , pour Execu
teur de fon Teftament , luy donnant
un diamant de dix mille livres
qu'il le prie de recevoir.
Il donne à Madame la Du
cheffe de Bourgogne fa Petite-
Fille , le Diamant qui vient du
Cardinal de Richelieu, & la prie
de le garder pour l'amour de
luy.
Il revoque tous les autres Teltamens
qu'il pourroit avoir faits,
voulant que le prefent foit feul
GALANT 231
executé , parce que c'eſt la der.
niere volonté. Ce Teftament eſt
écrit de fa main propre , & a eſté
fait & figné à Saint Cloud , Ibnziéme
d'Avril 1699. Il eſt paſſe
pardevant Cligner & Bellanger ,
Notaires.
La Maiſon de Monfieur eſtant
éteinte , le Roy établit celle de
Monfieur le Duc d'Orleans,avec
les mêmes prerogatives , hon
neurs , & penfions qui s'y trou→
voient attachez , & donna à ce
Prince le même appanage.
Sa Majesté envoya Mr le Com
te de Pontchartrain chez Monfieur
le Prince , pour luy annon
cer de fa part , qu'il luy accor
doit qu'on fift l'Erat de la Mai,
fon , & qu'on le portaft à la Cour
eds Aides , pour jouir des Privi-
•
E e ij
332 MERCURE
leges des Commenfaux de fa Mais
fon , au même nombre que S. A
S. feu Monfieur le Prince fon
Pere , comme Premier Prince du
Sang . I
X
Le treizième , toute la Cour
prit le deuil , & tous les Seigneurs
, & toutes les perfonnes
de diftinction de robe & d'épée ,
ſe trouvérent au lever du Roy
en manchettes plates ; & en
longs manteaux. Mr le Duc de
la Trimouille alla de la part du
Roy prendre Monfieur le Duc
d'Orleans chez luy , & le conduifit
chez le Roy , où il demeu
ra quelque temps enfermé avec
Sa Majesté. Ce Prince y allaaccompagné
de tous les grands Of
ficiers de feu Monfieur :
Sur les onze heures du matin ,
GALANT. 333
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, Monfeigneur le Duc de
Berry , & Monfieur le Duc d'Or
leans en differens caroffes , fe
rendirent au Chafteau de Saint'
Cloud, où Monfeigneur le Dauphinſe
rendit en même temps de
-Meudon. Ce Prince fut reçu à la
defcente du caroffe par Monfieur
le Duc d'Orleans , accompagné
de tous les principaux Officiers
de feu Son Alteffe Royale. Ces
Princes entrérent tous dans l'appartement
de Monfieur le Duc
dOrleans ; qui eftoit tendu de
deüil , & fe mirent en ordre pour
aller jetter de l'Eau- benite à
feu Monfieur. Monfieur le Duc
d'Orleans fe trouva alors fi peu
en eftat d'achever cette ceremo
nie , qu'il fut obligé de retour34
MERCURE
ner chez luy & Monfeignent
Fen preffa Ce Prince fondoit en
larmes , ce qui attendrit tous les
affiftans . Monſeigneur le mit à
genoux fur un Priédieu qui lug
avoit efté preparé , & Meſſei.
gneurs les Princes derriere luy ,
& aprésavoir fait quelques Prieres
il fe leva pour aller jetter de
l'Eau- benite. Mr l'Abbé de
Grancey , premier Aumônier de
feu Monfieur , luy prefenta l'afperfoir
& enfuite à Meſſeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de Ber
ry , puis à Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty ,
à Monfieur le Duc du Maine ,
à Monfieur le Comte de Tou
loufe , & à Monfieur le Duc de
Vendofme , aprés quoy les Feüillans
qui gardoient le Corps chan
GALANT.
ཚད་
tèrent un De profundis , pendane
lequel les Ducs qui eftoient pre
fens allérent jetter de l'Eau - be
nite , l'afperfoir leur ayant efte
prefenté par l'un des Heraults
d'Armes. Mr l'Abbé de Grancey
fe trouva mal en difant l'Orai
font, & eut peine à l'achever.
Monſeigneur alla enfuite à Meu
don , & Meffeigneurs les Princes
à Versailles.
1
Le mefme jour , Madame la
Ducheffe de Bourgogne ayant
pris le plus grand deül , tint cercle
fur les trois heures aprés midy.
On avoit placé dansſon grand
Cabinet un fauteuil , avec au
tant de fiéges en cercle que le
Heu en pouvoit contenir . Madame
la Grande Ducheffe , Madame
la Princeffe , Madame la
1
336 MERCURE:
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoiſelle de
Condé & toutes les Ducheffes
s'y rendirent & prirent place,
Celles qui auroient pu en occuper
& qui n'en purent avoir, par.
ce qu'elles fe trouverent toutes
remplies ,pafferent dans la Chambre
avee
une infinité d'autres
Dames toutes enjmantes. Madame
la Ducheffe de Bourgogne, apres
avoir tenu cercle pendant un
quart-d'heure , alla dans le Sallon
du Roy par la Galerie , fuivie
environ de cent - quarante Dames
, qui toutes fe rangerent en
cercle tout debout . Sa Majesté
fortit un moment aprés de fon
Cabinet , & falua toute la Compagnie
, & prefque toutes les Dames
en particulier. Madame la
Ducheffe
GALANT. 337
Ducheffe de Bourgogne alla avec
la même Compagnie chez
Madame , dont l'appartement
eftoit tendu de deüil par permit
fion du Roy , parce qu'on ne tend
point en noir dans les lieux où
les Rois font. La douleur de Ma.
dame fe renouvella , en voyant
Madame la Ducheffe de Bourgogne
. Cette Princeffe alla enfuite
chez Madame la Ducheffe
d'Orleans , puis chez Monfieur
le Duc d'Orleans . Elle monta
aprés en caroffe pour aller à S.
Cloud. Elle avoit ordonné qu'il
yen euít douze de prefts pour
foixante Dames qui l'accompa
gnérent ,parmi lesquelles eftoient
plufieurs Ducheffes , & les Dames
du Palais . Elle avoit dans le
fien Madame la Princeffe , Ma-
Juin 1701 .
Ff
338 MERCURE
-
dame la Ducheffe , Mademoifelle
de Condé , Madame la Dur
cheffe du Lude , & Madame la
Comteffe de Mailly..
Madame la Ducheffe de Bourgogne
fut conduite en arrivant
au Chateau dans l'appartement
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
où
sete
Princeffe
le trouvamal
,
s'eſtant ſaiſie dés le moment qu '
elle entra dans cette Maifon .
Tout cet appartement & de Sa❤
lon eftoient tendus de deüil
Madame la Ducheffe de Bourgogne
s'eftant reposée pendant
une demie heure ,non fe mit en
marche pour aller donner de
l'Eau-benite dans le grand Apr
partement , ou la Chambre de
Madame avoit efté choisie pour
pour expofer le Corps de Mont
GALANT.
339
t feur . Madame la Ducheffe de
Bourgogne ne laiffa pas , quoy
quabbatuë de douleur , de s'acquitter
de ce devoir funebre
avec beaucoup de grace , &
d'une maniere ſi
touchante , &
avec tant de pieté , que toute
l'Affemblée en fentit redoubler
fon affliction. Cette Princeſſe revint
enſuite à Verfailles , où elle
arriva encore penetrée de la douleur
qu'elle avoit reffentie &
& qu'elle n'avoit pu chaffer pen
dant le chemin Elle fe trouva
encore un peu mal en rentrant
dans fa Chambre. Cependant elle
foupa avec le Roy & tint compagnie
à Sa Majesté aprés le fouper.
: ་
Le quatorzieme , les Ambaf
fadeurs d'Angleterre , de Veni-
Ff ij
24.0
MERCURE
fe , & de Savoye eurent audience
du Roy , de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , de Monſeigueur
le Duc de Berry , & de
Monfieur le Duc d'Orleans , à
qui le Roy avoit permis ainfi qu'à
Madame de faire tendre fon ap
partement de deüil . On obferva
toutes les ceremonies qui fe
pratiquent dans les audiences
publiques Ces Ambaffadeurs furent
conduits , & comme le fujet
de leur audience ne regardoit
que la mort de Monfieur , fur laquelle
ils devoient faire des complimens
de condoleance , ils
eftoient tous en grands manteaux
de deuil , auffi bien que
Mr le Baron de Breteuil 9 Întroducteur
des Ambaffadeurs ,
qui les conduifoit. Ils furent
GALANT 34
reçus l'un aprés l'autre par Mr
le Maréchal Duc de Duras
en grand manteau de deuil à
l'entrée de la Sale des Gardes
du Corps quieftoient fous les armes
. Les Princes du Sang , & les
grands Officiers qui environ
noient le Roy eftoient auffi en
grand manteau de deuil. Les
mêmes Ambaffadeurs eurent l'apréfdinée
audience de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , ou
ils furent auffi conduits par Mr
le Baron de Breteuil , avec les
mêmes ceremonies. Toutes les
Dames qui accompagnoient cette
Princeffe eftoient en man
test 19
Le foir de ce même jour le
coeur de Monfieur fut tranfporté
du Chafteau de S. Cloud au
1
Ff iij
342 MERCURE
Val de Grace . Tous les Offit
ciers de feu S. A. R. quieftoient
de quartier au jour de fon décés
eftoient en longs manteaux fur
des chevaux caparaçonnez de
deüil Les Pages de Son A. R.
eſtoient pareillement à cheval ,
& portoient des flambeaux. Plu
fieurs caroffes drapez & dont les
les chevaux eftoient caparaçon.
nez de deuil , precedoient & furvoient
celuy où eftoit le coeud
Ce caroffe eftoit à huit chevaux
caparaçonnez de deuil , avec des
houffes croifées de moëre d'ar
gent . Il eftoit environné d'un
grand nombre de Valets de pied
& de Pages portant des flams
beaux , Mr l'Abbé de Grancey ,
premier Aumônier de feu -Monheur
eftoit dans le fond , & tel
GALANT. 343
noit le coeur de ce Prince. Monfieur
le Duc de Bourbon , nommé
par
le
Roy pour
la
conduite
du coeur , eftoit à cofté de cet
Abbé. Monfieur le Duc de la
Trimoüille , proche perent de
Madame , eftoit auffi de cette ceremonie.
Les Gardes du Corps
de Monfieur avec des crefpes à
leurs chapeaux & des écharpes
de crefpes , fuivoient à cheval
portant chacun un flambeau. Il
y avoit aprés eux plufieurs per
fonnes à cheval , & vérnës de
deuil portant des flambeaux Ils
eftoient fuivis d'une longue file
de caroffes à fix chevaux . Il
avoit environ trois cens flambeaux
, parce qu'on en avoit dif
tribué aux Pages , aux Valets de
pied , & aux domestiques de tous
Ff iiij
Y
344 MERCURE
ceux dont les maiftres accompa
gnoient le coeur de Monfieur.
Il fut prefenté à la porte de l'Abbaye
du Val de Graces par Mr.
l'Abbé de Grancey à la Superieure
de cette Abbaye , qui répondit
à fon compliment , parun
Difcours qui ne fut pas moins
touchant que celuy det cet Ab.
bé. On paffa de là dans le Choeur
des Religieufes , qui eftoit tendu
de drap noir , avec deux lez de
velours garnis d'écuffons aux armes
de feu Monfieur , dont le
coeur fut mis en dépoft lous un
dais.
Le Roy ne voulant rien laiffer
à fouhaiter à Monfieur le Duc
d'Orleans , Sa Majesté luy a
donné les deux Regimens d'Infanterie
qu'avoit feuMonfieur, &
GALANT. 345
Tes deux Compagnies de Gendarmerie
; fçavoir celle des Gendar
mes & Chevaux- legers d'Orleans.
Sa Majefté a auffi permis
à ce Prince de luy prefenter des
Sujets pour la nomination aux
-vingt - cinq Benefices Confiftoriaux
qui font dans fon appanage.
Ce Prince a reçu des com
plimens de condoleance de tous
les Corps de la Ville d'Orleans;
Mr Bizoton ayant porté la parole
au nom de la Ville, de png fi
Le 19 le Roy de la Grand
Bretagne en grand manteau ,
vint faire au Roy des compli
mens de condoleance furla
mort
ve འ་
2
de Monfieur. La Reine & Mon
fieurle Prince de Galles y vinrent
auffi & allerént enfuite
chez Madame la Ducheffe de
346 MERCURE
Bourgogne , chez Madame , &
chez Monfieur le Duc d'Or+
leans
L'apréfdinée du même jour,
Ml'Archevêque d'Aix à la tefte
de plufienrs Députez du Clergé
veſtus de noir en Camail & en
Rochet , firent pareillement des
complimens de condoleance au
Roy fur le même fujet. M' d'Aix
fit en peu de mots l'Eloge de
Monfieur, qui fut fuivi de celuy
Roy , & il finit par une courte
priere pour la confervation de
Sa Majeftég
.Madame avant efté chez Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne,
cetté Princeſſe la recent dans fon
grand Cabinet , qui eftoit tendu
de deuil. Madame eftoit accom,
pagnée feulement dé fix Da
GALANT. 347
mes, qui eftoient en mante com
me elle.
Madame avant fouhaité un
Confeiller d'Etat pour Chef du
Confeil de fes affaires , le Roy
a nommé Mr de Pomereu .
Le 20 Mile Comte de Couvonge
, Envoyé Extraordinaire
de Lorraine , fit des compli
mens de condoleance au Roy
fur la mort de Monfieur ; &
comme il n'avoit point encore
eu d'audience publique de S. M
Mr le Baron de Breteuil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , le
prit à Paris dans les caroffes du
Roy & de Madame la Ducheffe
Bourgogne , dans lesquels il fut
reconduit , aprés avoir efté traité
par les Officiers de Sa Majesté.
Le même jour les Cours Su
348 MERCURE
pericures firent auffi des com
plimens de condoleance au Roy?
Elles furent conduites par Mr
Defgranges , Maiſtre des Ceremonies
, & prefentées par Mr le
Comte de Pontchartrain , Secre
taire d'Etat. M le premier Prefident
porta la parole pour le
Parlement , Mr le Prefiaent Ni
colay pour la Chambre des Compres
, Mr le Prefident le Camus
pour la Cour des Aides ; & Mr
le Prefident Hodier pour la Cour
des Monnoyes. Tous ces compli
mens ayant le même objet , rou-
Jerent fur les principales actions
de Monfieur , & principalement
fur le devouement que ce Prince
avoit pour le Roy , & fur fon
attachement pour fa perfonnel
Les Eloges de S. M. y entrerent
GALANT. 349
ingenieufement , & l'acceptation
de la Couronne d'Efpagne pour
Monfeigneur le Duc d'Anjou y
trouva place. Ces complimens
furent trouvez beaux , mais celui
de Mr le Prefident Nicolaï
toucha le plus .
Le Corps de Ville fit fon com
pliment le même jour , conduit
de même que les Cours Superieures
, par le Maiftre des Ce
remonies , & prefenté par le Secretaire
d'Etat de la Maifon du
Roy, Mr. Dorcé , Prevoft des
Marchands , porta la parole.
Le Maire & les Echevins de la
Ville de Crepy en Valois firent
faire le même jour que, le corps
de feu Monfieur fut tranfporté
du Chateau de Saint Cloud, en
I'Eglife de l'Abbaye de S. Denis,
30 MERCURE
un Service folemnel pour S. A.
R. dans l'Eglife de Saint Thomas.
Les Officiers du Prefidial ,
de l'Election & duGrenier à Sel,
& les Avocats & Procureurs y
affifterent en Robes . La Maréchauffée
, & les Chevaliers de
l'Arquebufe y allerent en armes ,
& les Dames s'y trouverent en
deüil , auffi -bien que les principaux
Bourgeois . Tous les Cureż
de la Ville, & les Ecclefiaftiques
des Villages voifins s'eftoient
rendus dés le matin en cette Eglife
, laquelle eftoit renduë de
noir , & ornée des Ecuffons de
Son Alteffe Royale. On avoit
élevé au milieu du Choeur un
Lit de parade , fous lequel eftoit
la Reprefentation avec une CouGALANT.
250
Fronne Ducale , environnée d'un
grand nombre de cierges . Pendant
le refte de la femaine , on
fit de pareils Services dans toutes
les Paroiffes , & dans toutes les
Maifons Religieufes de la Ville ,
Le 20. le Corps de Monfieur
fut tranfporté du Château de S.
Claud en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Denis. La compagnie des
Archers de Mile Prevolt de l'If.
le parut un peu avant ceux qui
devoient commencer la marche,
afin d'empêcher le défordre qu'il
eftoit à craindre que la confu
fion ne caufaft .
Lamarche commenca par cine
quante pauvres portant chacun
un flambeau de cire blanche.
On donne à chaque pauvre deux
morceaux de drap gris pour dihal
352 MERCURE
biller . Ils mettent le plus grand
fur leurs épaules , qui fait une
efpece de manteau , & forment
avec le plus petit une espece de
clocluchon dont ils s'envelopent
la tefteborvit
13.0
ebOn vittenfuite paroiftre les
garçons d'Office de feu Monfieur,
avec les petits Officiers des fept
Offices portant des flambeaux ;
fçavoir , du Gobeler , Echanfonnerie
, Paneterie , grand & petit
Commun , & Fruiterie qui
eftoient au nombre de cent.
Les Officiers de quartier de la
Maifon de Monfieur & ceux des
autres quartiers qui font leur
refidence à Paris ; ainfi que ceux
qui s'y eftoient trouvez tou qui
s'y eftoient rendus exprés de
leurs Provinces , parurent enGALANT
fuite en long manteau fur des
chevaux caparaçonnez
de deuil ,
On avoit diſtribué des flambeaux
aux valets de ceux qui en avoient
amenés
Ils eftoient fuivis de vingtquatre
Pages de Monfieur & de
ceux de Madame , & de Madame
la Ducheffe d'Orleans . Tous
ces Pages eftoient à cheval &
portoient des flambeaux , ainſi
que trente Palferniers , & gens
des Ecuries. Ils eftoient fuivis
de quarante Pages de la grande
Ecurie & de vingt- quatre de la
petite, montez , & tenant chacun
un flambeau
Les Suiffes de Monfieur ve
noient aprés , tenant d'une main
un flambeau , & de l'autre leurs
Ggp
Juin 1701.
354 MERCURE
halebardes traînantes , &la point
te en bas .
Plus de foixante Gardes du
Corps de Monfieur paroiffoient
enfuite . Ils eftoient à cheval ,
chacun avec un flambeau , &
avoient des crefpes à leurs chapeaux
, & des écharpes de creſpe.
Ils precedoient une longue
fuite de Valets de pied qui marchoient
en cet ordre , fçavoirs
ceux de Madame la Ducheffe
d'Orleans , ceux de Monfieur te
Duc d'Orleans , ceux de Madame
, & ceux de feu Monfieur à
la tefte defquels eftoient plu
fieurs autres gens de livrées de
ees maifons , de maniere qu'ils
montoient enfemble à fix-vingtquatre
perfonnes portant des
GALANT. 9༣ ད་
Hambeaux, Plufieurs de ces Valers
de pied , douze de Monfieur
le Prince de Conty , huit de Mr.
le Duc de Luxembourg , & foixante
appartenans aux Officiors
de Monfieur qui estoient dans les
caroffes , dont le caroffe de Monfieur
le Princede Conti qui eftoit
chargé par le Roy de faire les
honneurs du Convoy accompagné
de Mr le Duc de Luxembourg
, & le Chariot où eftoic
porte le Corps de Monfieur , furent
éclairez. Ce Chariot eftoit
couvert d'un grand Poëfle develours
noir , croifé de moëre d'argent
, & doublé d'hermine , avec
quatre écuffons fort larges en
broderie d'or , & d'argent . Les
chevaux qui le tiroient au nom
bre de huit eftoient caparaçon-
१
Gg ij
396 MERCURE
nez de vélours noir croifende
moëre d'argentavec quatre écuffons
en broderie. Quatre Aumôniers
de S. A R en rochet , en
manteau & en bonnet carré , &:
montez fur des chevaux caparaçonnez
de noir , tenoient avec
des cordons les quatre coins du
grand Poëlle qui couvroit le
Chariot. Il eftoit precedé de fix
Heraults d'armes , & de Mr Def
granges Maistre des Ceremonies;
& fuivi de Mr le Marquis de la
Fare,Capitaine des Gardes de feu
Monfieur , & de Mr le Marquis
Deffiat premierEcuyer, à cheval .
Les Timbales couvertes de
crefpe ne bartoient que d'un feul
coup , & les Trompettes couvertes
de même ne fonnoient qu'à la
fourdine Les Curez des Eglifes
GALANT 357
de la route vinrent felon l'ufage
au devant du Corps , & firent les
Prieres accoûtuméest Il y cut
trois diftributions de flambeaux ;
Pune à Saint Cloud , l'autre aux
Bons- Hommes , & la derniere au
Faubourg Saint Denis . Ce Convoy
arriva à quatre heures & demie
du matin à Saint Denis La
Porte de la Ville eftoit tenduë
de drap avec deux lez de velours;
ainfi que le Portail de l'Abbaye ,
la Nef , & le Choeur. Le Corps
fut prefenté par м l'Abbé de
Grancey , premier Aumônier de
feu SA. Rà la porte de l'Ab
baye au Pere Arnoul de Loo qui
en eft Prieur . Ile reçut à la tefte
de fes Religieux , tous en chap
pes de velours noir . Les Chapitres
, Paroiffes , Maire & Eche--
8 MERCURE
vins de Saint Denis y affifterents
auffi , tous avec un cierge à la
main, Mr l'Abbé de Grancey fit
un complimentou plutoft un élos
ge de Monfieur , en prefentant
le Corps de St A. Royale , au
quel le Pere Prieur répondit
Enfurte de quay le Corps fut pors
té dans le Choeur par douze Gar
des de feu Monfieur , & mis fous
un dais de velours fur une eftrade
garnie de grand nombre de chans
deliers , le Poëfle de la Couronne
fur le cercueil , & une Couronne
de Prince avec le Collier
de's Ordres couverts de crefpes
fur un quarreau de velours. Monfieur
le Prince de Conty accompagné
de le Duc de Luxembourg
prit place aux hautes
Chailes à droite du cofté de l'AuGALANT.
319
tel. Alors le Pere Prieur , com
mença un Répons. Pendant lequel
il fit les afperfions & encen
femens accoûtumez . A la fin du
Répons Monfieur le Prince de
Conty , & M le Duc de Luxembourg
donnérent de l'Eau - benite
, & furent reconduits à leur
caroffe.
Sur les fept heures du matin
du même jour , toute la Maifon
de Monfieur fe rendit au Choeur
de cette Abbaye , où le même
Pere Prieur celebra la Meffe
chantée par les Religieux en
chappes. Le Corps demeura en
depoft dans le Choeur jufqu'à la
fin des Vefpress, & il fut tranf
porté enfuite par les mêmes Gar
des , les Religieux chantant à la
Chapelle d'en haut derriere le
248 MERCURE
Choeur , où il demeurera en depoft
jufqu au jour du Service
folemnel .
Toute la Maifon de Monfieur
s'y trouva . I eft gardé par les
Officiers , Gardes , & Suiffes ,
comme il eftoit à S. Cloud ,
Le 21. M de Verthamon , premier
Prefident du Grand Con
feil , fit des complimens de condoleance
au Roy au nom de cette
Compagnie , qui fut reçuë & prefentée
de même que les autres
Compagnies Superieures .
Le 22. l'Academie Françoife
ayant auffi efté prefentée à Sa
Majefté par M leComte de Pontchartrain
, Mr l'Abbé Regnier
Defmarais , Secretaire perpetuek
de la Compagnie , dit :
F
SIRE ,
GALANT.
361
SIRE ,
Voftre Majesté vient d'eftre touchée
par un endroit bien fenfible. Un Frere
qui eftoit rempli d'amour & de veneration
pour vous , qui dans tout le
cours de fa vie , n'avoit fongé qu'à
vous obéir & qu'à vous plaire , &
que vous aimiez tendrement , vient
de vous eftre enlevè tout d'un coup
avec des
circonftances fi triftes , que
même la douleur du spectacle ne vous
a pas efté épargnée. La fermeté de
voftre courage , Sire , peut vous fournir
des reffources contre toutes fortes
d'accidens , mais dans un naturel
auffi excellent que celuy de Voftre
Majefté , il eft impoffible que la fermeté
de courage ne foit quelquefois
contrainte de ceder aux
mouvemens
Juin 1701 . Hh
362 MERCURE
de la tendreffe & de l'amitié & les
larmes de Voftre Majefte l'ont bien
fait voir. Elles ont eftéfuivies de cel
les de toute la France , accoûtumée
depuis longtemps à regler fes fentimens
fur les voftres , & à s'affliger
ou à fe réjouir avec vous . C'eſt à vous
maintenant, Sire , à la confoler. C'eft
à vous à en effuyer les pleurs , mais le
pouvez- vous , fi vous n'effuyez premierement
les vostres ?
Que V. M. tourne donc deformais
les yeux , non plus furla perte qu'elle
vient de faire , mais fur tant de gra
ces dont le Ciel a combléfi abondamment
voftre regne ; fur Monfeigneur
qu'il vous a confervé depuis peu fi
heureusement , & qui n'aime pas
moins en vous le Roy que le Pere;
fur les Princes fes Petits- Fils , qui
Le rendent fi dignes de leur Ayeul ;
GALANT. 352
4
fur le partage du fecond , qui remplit
deja le fecond Trône de l'Univers ;
enfin fur l'amour , fur l'attachement
& fur le zele que tous vos Peuples ,
& tous les Ordres de l'Etat ont pour-
Voftre Majesté.
L'Academie Françoife , Sire , ne
prefume pas aßez d'elle pour ofer vous
parler de fes fentimens , comme d'une
chafe qui puiffe meriter d'entrer dans
voftre confolation ; maisfi Voftre Majefte
ne regardant que les coeurs peut
s'en faire une d'eftre aimée , d'eftre
Keverée avec le zele du monde le plus
veritable & le plus ardent , nous en
difputerons le prix à toute la Franace.
Aprés vous avoir marqué tout
ce que le Roy a fait pour Monfieur
le Duc de Chartres , aujourd'huy
Duc d'Orleans , il eft
Hhij
354 MERCURE
à propos de vous faire connoiſtre
qu'aucun motif particulier , ny
la naiffance même de ce Prince ,
ne l'ont porté à luy accorder les
graces qu'il luy a plû de luy faire,
& qu'il ne les doit qu'à fon
merite perfonnel . A peine avoit
il atteint l'âge de quinze ans qu'-
il fit des actions que l'avenir aura
peine à croire , lors qu'il fera
reflexion fur fon âge . Je dois me
fçavoir bon gré d'avoir eu foin
d'en ramaffer toutes les circon
ftances , dont plufieurs feroient
oubliées aujourd huy fi je ne les
avois dés lors mifes au jour , afia
qu'elles n'échapaffent point à la
Pofterité , & qu'elle en fuft un
jour inftruite.
Monfieur le Duc de Chartres
voyant de loin que le combat de
GALANT.
༢6༠ 369
Steinkerque s'engageoit , dit à
Mr de la Berthiere , fon Sous-
Gouverneur , que comme on n'auroit
pas fi-toft befoin du Corps de
referve qu'il commandoit , il vouloit
aller à l'endroit où les Ennemis attaquoient
, & qu'il feroit bien-toft
revenu au Corps de referve , s'il·
arrivoit que fa prefence y fuft neceffaire.
Ils y coururent & fe ,
mirent fi avant dans la meflée
malgré les bales qui fiffloient de
toutes parts , qu'un coup de canon
ayant emporté un Cavalier
& la tefte de fon cheval , les fic
tomber l'un & l'autre fur Mr de
la Berthiere qui fut renverfé.
Deux Soldats le releverent , &
luy aiderent à monter à cheval .
Pendant ce grand feu une bale
perça le jufte - au- corps de Mon-
Hhiij
266 MERCURE
fieur le Duc de Chartres à l'épaule
& fortit par l'autre côté fans
l'avoir bleffé , mais un peu après
il reçut un coup au bras , qui
luy fit dire fans paroiftre étonné
qu'il l'avoit café On l'obligeade
le remuer ce qui fit connoifre
que ce n'eftoit qu'une groffe
contufion . Elle fut telle qu'on
le contraignit de venir derriere
une haye pour eftre panfé .
Il fallut donner en cet endroit
qui s'eftoit enflé extraordinairement
, quatre ou cinq coups de
rafoir pour faire fortir le fang ,
aprés quoy ce Prince retourna
s'expofer tout de nouveau ; mais
fa foibleffe ne luy ayant pas per-.
mis de combatre longtemps , on
fit venir un caroffe pour Te remener.
Il apprit alors que мr le
GAALNT. 367
Chevalier d'Estrades qui com
mandoit les Regiment de Chareftoit
dangereuſement
tres ,
il
bleffé . Il ordonna qu'on le mift
dans fon Caroffe , en difant qu
en avoit plus de befoin que luy ,
& qu'il reviendroit à cheval , ce
que ce Prince fit , mais en fouf.
frant beaucoup .
.
On envoya aprés le combat
des Chirurgiens pour penfer les
beffez , & des chariots pour les
enlever ; mais le nombre des
bleffez s'eftant trouvé grand , it
en demeura environ vingt ou
trente , pour lefquels il ne fe
trouva point de chariots . On ne
laiffa pas de les panfer , & on leur
promit qu'on reviendroit les
prendre . Plufieurs bleffez des
Ennemis que l'on croyoit morts,
Hh iiij
368 MERCURE
ayant entendu la promeffe qu'on
leur avoit faite , & remarqué une
bonté naturelle dans les manieres
des François qui leur faifoit efperer
des marques de leur charité
, ils fe traînérent le mieux
qu'il leur fut poffible jufqu'au
prés des bleffez qu'on devoit ve
nir querir ; de forte que l'on en
trouva deux ou trois cens plus
que l'on n'avoit crû , lors qu'on
revint . Monfieur le Duc de
Chartres l'apprit auffi - toft , &
dit qu'il falloit les enlever. On répondit
que c'eftoient des Ennemis
& ce Prince repartit , qu'il ne
connoiffoit point d'Ennemis à moins
qu'ils n'euffent l'épée à la main. I
fit chercher par tout les Officiers
François qui avoient efté bleffez
pour connoiftre ceux qui avoient
GALANT. 369
befoin d'argent , afin de leur en
faire donner.
Ce Prince ne fe fignala pas
moins àla Bataille de Nervinde .
Il chargea à la teſte de la Maiſon
du Roy , & demeura cinq fois
feul au milieu des Ennemis . Mr
du Rocher l'un de fes Sous-
Ecuyers , l'empêcha d'eftre pris ,
& tua deux hommes auprés de
luy qui avoient tiré chacun un´
coup de piftolet fur ce, Prince ,
qui en reçut quatre dans fes habits,
& dans fes armes . Un de fes
Gentilhommes fut tué auprés de
luy . Mr le Marquis d'Arcy reçut
quatre coups dans fes habits au
prés de ce Prince.
Je vous ay parlé de la vivacité
& de la penetration de l'efprit
de ce Prince dans fa premiere
$70 MERCURE
37 °
Jeuneffe . Le Roy en a parlé de
même , & ayant travailié avec
luy depuis la mort de Monfieur ,
Sa Majefté a dit , qu'elle n'avoit
point vu d'efprit plus vif & plus
net. On ne peut eftre plus laboi
rieux , il voit toutes fes affaires
par lui - même , & l'ordre qu'il
met en toutes chofes , fait voir
que feu Monfieur avoit eu raifon
de dire , qu'il vouloit qu'il
reglaft les affaires de fa Maifon
Quoy que rien n'échape à fes lumieres
dans tout ce qui regarde
les Sciences & les beaux Arts ,
elles ne l'occupent qu'aurant
qu'il faut pour ne pas demeurer
dans l'oifiveté , qui ennuye fou.
vent la plufpart des Grands . Il
regarde plus tous les hommes
du cofté du merite & du fçavoir,
GALANT. 371
&
que du cofté de la naiffance ;
quoy qu'il ne faffe rien qui puiffe
prejudicier à la qualité de
ceux qu'elle éleve. Il ne fe rend
point efclave de fon rang ,
Philofophe fans affecter de le
paroiftre , il trouve en lui feul
autant de fujets de s'occuper
agreablement ,, que dans la multitude
de plaifirs , dont ceux qui
y font nez croyent devoir eftre
toûjours occupez . Il eft Prince
quand il le faut paroiftre , Brave
quand il faut combatre , Sçavant
& Philofophe quand il faut
raifonner, & Connoiffeur dans les
beaux Arts quandil eft queftion
d'en parler. Il joint enfin aux
vertus d'un Prince tout ce qui
fait l'Honefte - homme , & l'homme
diftingué par luy - même ,
37½ MERCURE
Comme rien n'eft plus digne
d'une belle ame que la fenfibili-
τέ pour tout ce qui en doit infpirer
celle de ce Prince s'eft fait
voir dans l'extrême déplaifir qu'
il a fait paroiftre de la mort de
Monfieur . Rien ne parut plus
touchant que lors qu'il dit à Madame
en l'embraffant aprés la
mort de Son Alteffe Royale ,
qu'il venoit de perdre Monfieur , &
qu'il la conjuroit de fe conferver, &
de s'abandandonner moins à fa douleur,
afin qu'iln'eut pas celle deperdre
aufi Madame.
Comme il n'y a point aujour
d'hui de Royaume plus puiffant
que la France , qui feule peut
mettre fur pied plus de Troupes,
que tous les Souverains de l'Europe
enfemble , & que lenombre
GALANT. 373
de fes finances eft proportionné
à cette grandeur qui la diftingue
de tous les Etats du monde ,
difconvenir
on ne peut
que les
fonctions
de Secretaire
d Etat
de la Guerre & de Controlleur
General des Finances ne foient
deux Emplois qui demandent
un
travail fi grand& fi affiduqu'il ne
paroiftpas
poffible qu'un homme
feul puiffe en même temps en
remplir tous les devoirs . Cepen- .
dant le Roy ayant jugé à propos ,
pour le bien de l'Etat , & pour
raifonsquej'ai
ditesen leur temps ,
& qui ont efté goûtées , de les
donner à une feule perfonne , Sa
Majesté chercha pour cela un
homme qui ne fuft diffipé par
aucune des chofes qui font
perdre quelquefois
du temps aux
A
les
374 MERCURE
i
plus éclairez & aux plus labe
rieux , un homme qui pefant tou
meurement , cuft cette prudente
lenteur , avec laquelle on avance
beaucoup plus parce que l'on
agit toûjours , & que ne faifant
rien qu'à propos , on n'eft point
obligé de défaire ce que l'on a
fait le Roy ayant trouvé cet
homme fi rare dans Mr de Chamillart,
lui donna les deux grands
Emplois dont je viens de parler.
Si toft que ce Miniftre en
fut chargé , il examina tous les
moyens qui pourroient lui aider
à en bien remplir les fonctions ,
& n'en trouva point de plus propre
que de partager fon temps
avec oeconomie , en forte qu'il
n'y euft aucun moment de perdu .
Il mit avec cela un ordre dans
-
CALANT 375
les affaires qui y aporta de la netteté,
& fit en forte que les prom
ptes expeditions empêchaffent
mêmes perfonnes de revenir
plufieurs fois , & de donner Memoires
fur Memoires , ce qui eft
caufe qu'une même affaire fait
quelquefois perdre beaucoup de
-temps , lors qu'on y travaille à
plufieurs repriſes , au lieu qu'une
prompte expedition eft caufe que
l'on en gagne beaucoup ; mais
la fituation où fe trouvent aujourd'hui
les affaires po'itiques
de l'Etat , caufe de fi grands mouvemens
daes de la
,
guerre,
& dans celles des finances &
demande tant de temps au Miniftre
qui en eft chargé pour tout
ce quil eft obligé de lire & de
faire par lui - même dans des con376
MERCURE
•
jonctures fi importantes , que lui
eftant impoffible à lui & à tout
autre de le faire avec toute
l'exactitude que l'on y doit apporter
, afin que les affaires n'en
Touffrent pas , le Roy a créé
deux Charges de Directeurs de
fes Finances . Par cette Declaration
il laiffe à Mr de Chamillart
l'infpection Superieuré de toutes
fes Finances , & lui referve à lui
feul le Controlle general des
Quittances , & la diftribution des
fonds dont ce Miniftre lui rendra
compte à l'avenir en la maniere
ordinaire . Sa Majefté charge
auffi par la même Declaration
ceux qui feront Directeurs des
Finances de tout le détail . Ainfi
ils auront fous le Controlleur
General les affaires qui concerGALANT
377
le
nent les Finances , dont ils feront
le rapport dans le Confeil
Royal chacun dans le département
qui lui fera ordonné par
Roy , ce qui leur donnera feance
& voix deliberative dans les
Confeils des Finances , & même
dans le Confeil de Commerce .
Le Roy a donné l'agrement de
ces deux Charges de Directeurs!
des Finances àMrd'Armenonville
, & à Mr Roulier du Coudray,
Procureur General de la Chambre
des Comptes , Frere de Mr
Roulier , Prefident du Grand
Confeil, & Ambaffadeur en Por
tugal , Mr d'Armenonville a fait
voir dans l'exercice de fa Charge
d'Intendant des Finances , qu'il
a toutes les lumieres neceffaires
pour s'acquitter dignement de
Juin 1701.
li
378 MERUCRE
1.1
toutes les fonctions de ce grand
Employ. Mr Roulier ayant poffédé
pendant plufieurs années le
Charge de Procureur General
de la Chambre des Comptes i
doit avoir pris une grande teinture
des Finances , ce qu'il a effectivement
faits mais indépendemment
des notions qu'il peut
y avoir prifes pour fon nouvel
employ , il eft tres capable de
réüffir dans toutes les chofes qu'il
voudra entreprendre , & le pu
blic n'a pas deux voix là - deffus ,
ce qui marque la bonté du choix
que le Roy a fait. Ces deux Meffieurs
ont prefté ferment entre
les mains de M le Chancelier
& ont déja rapporté au Con
feil.
Dans le même temps que le
GALANT. 379
94
1
Roy a créé ces deux Charges Sa
Majefté a fupprimé la Commif
fron d'Intendant des Finances
qu'avoit Mr de Breteuil , & lay
a donné cinquante mille écusi
pour luy marquer combien elle
eft fatisfaite de fes fervices.
La Charged Intendant des Fi
nances qu'avoit Mr d'Armenon -r
ville demeure auffi fupprimée par
la même Declaration , & Mr des
Fotts , fils de Mr le Pelletier de
Souly exercera à l'avenir la
Charge d'Intendant des Finan
ces qu'avoit Mr le Pelletier fon
Pere , à qui le Roy donne dix mik
le livres de penſion , pour marque
du fouvenir qu'il conferve de
fes longs fervices .
Mr Bouvard , Seigneur de
Bourqueux , Confeiller de la
li ij
280 MERCURE
Cour , Beau- frere de Mr Rouil
lier a achetéfa Charge de Procu
reur General de la Chambre des
Comptes . Il aura de trop bonnes
inftructions de мrfon Beau - frère
pour ne s'en pas acquitter avec
fuccés .
M'd'Alon , Avocat General aut
Parlement de Bordeaux , a eſté
nommé Premier Prefident au
Parlement de Pau à la place de
feu Mr d'Alon fon Pere.
Le Roy a nommé мr le Comte
de Marfin Lieutenant General ,
& a donné l'agrément de laCharge
de Secretaire du Cabinet , qu'
avoit мr de Chateau-Renard , à.
Mr de Salins , Fils d'un ancien
Lieutenant des Gardes du Corps.
Les douze Galeres du Roy , qui
ont attendu pendant prés de
"GALANT. 382
deux mois un vent propre pour
leur départ , ont enfin profité
d'un vent favorable fur la fin du
mois paffé ; & comme on a appris
qu'elles avoient paffé au Golfe
de Leon & à Barcelone , on ne
doute point qu'elles ne foient
arrivées il y a déja quelque temps
à Cadix .
་་་
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé , que quantité de perfonnes
ont expliqué fur l'efprit ,
eftoit la parole , à laquelle feule
le dernier Vers peut convenir
Perfonne ne dira quije fuis que
moy-même
Ceux qui ont trouvé ce mot
font Mrs l'Abbé de montagni :
le Medecin Anglois du College
desCholets : Hegrand des grandes
332 MERCURE
1
maifons de Gauffay , & fon Oncle
Traverger de la ruë de Buffi
Louvat deMarne, le jeuneComte
de Bierge, Simonet de Daucourt,
le beau Pomageor du Pleffis de la
de la rue Sainte Catherine : la
Terreur des Lions du Pont Saint
Michel : le Clerc de Mr Pierre
Procureur au Parlement : le Po
ftulant de l'Oratoire de Poitiers:
le Difgracié fans cfpoirde retour
au Bureau de la Gobertiere: l'in
comparable Pontin & fa chere .
Amie : le Bon homme de la ruë
de l'Arbre-foc 1 Tamiriſte , ſon
Epoufe , fon Fils & fa Fille Angelique
: Madame Rollain de
la ruë de Buffi Mademoiſelle le
Févre de la rue Sainte Catherine
la petite Dame de Beauvais
: Mademoifelle Javotte jeu
GALANT 38;
ne Mufe du coin de la ruë de Richelieu
: la Charmante , la Jolie ,
& les deux Aftres brillans de la
ruë de Buffi Soeur Marthe de la
ruë de Richelieu.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye n'eft pas indigne d'exer
cer le talent de vos Amies .
ENIGME.-
E fuis de bizarre figure ,
Sans pieds , fans mains , courbé¸
boſſu
Et
je dois
beaucoup
plus
à l'Art
qu'à
la
Nature
L'honneur d'eftre par tout reçu.
Je rens le coeur fenfible & tendre,
F'emeus les pallions , je charme les
ennuis ,
Fe parle tout mort que je fuis ,
384 MERCURE
Mais on auroitpeine à m'entendre,
Ouje m'expliquerois tres- mal
Sans lefecours d'un animal.
C
Les paroles que vous allez lire,
ont eſtémiſes en air par un Maître
de Bordeaux qui a le gouft
bon pour la Mufique.
AIR NOUVEAU.
Ombres deferts , où mon coeur amou- Sombres
reux
Vient cacher fes allarmes
Défender- moy contre les charmes
Du Berger qui caufe mes feux.
Abfi loin de fes yeuxje languis , je .
foupire ,
Que ne pourra- t-il point s'il me trouve
en ces lieux ?
Deferts,cachezla tendre Amire.
En
Diz
G
cha
Que
Juin 1701.
Kk
on
tre
bo
S
En
GALANT 385
En vous difant que les paroles
du premier Air que j'ay employé
dans cette Lettre , font de celuy
qui ne prend jamais que le nom
de Tamirifte , j'ay oublié d'ajoûter
qu'elles ont efté mifes en
Air par Mademoiſelle Bataille ,
qui à l'âge de dix- fept ans , poffe
de parfaitement la Mufique & le
Claveflin & qui a la voix tresjolie
. A treize ans , elle fit un petit
divertiffement qui a pour titre
Narciffe , & quia efté extrément
applaudy de tous les Connoiffeurs
Je vous ay a déja parlé
d'elle dans quelqu'une de mes
Lettres . Elle eft Fille d'une Mere
qui eft auffi fort fçavante en Mu-
Lique.
Comme les dernieres nouvel
les d'Italie , qui ont efté renduës
Kk
Juin 1701 .
386 MERCURE
publiques font du 18 de Juin ,
je continue par celles du 21. &
du 23. & je vous envoye pour cet
effet , des extraits de deux Lettres
de deux Officiers Generaux.
Voici la premiere .
I
A Opéano , ce 21. Juin.
Es ennemis fe font determinez
à faire un pont fur l'Adige
quatre ou cinq lieues au delà de Lignago
, dans un endroit où ils feront
couverts quand ils voudront paffer le
bras de l'Adige qui s'appelle, le Canal
blanc . La quantité des Rivieres
, & des Marais qui font le long
du Menago & du Tartaro rendant
le pays quiy meine d'icy dans le Ferarois
fi coupe & fiferé , qu'il feroit
fort difficile des oppofer au paffage
GALANT . 387
น
du
Canal blanc , files ennemis ont
deffein de le paffer ; mais je me perfuade
que leur deffein eft pluftoft de
#
nous attirer dans le bras de la Riviere
, & de nous engager à quitter le
pofte de la Ferrare qui leur bouche
la paffage de la Vallée de Trente où
font tous leurs vivres , & leurs
gros
canons , je ne m'imagine pas qu'ils
puißent fubfifter au delà de l'Adige
ayant à tirer leurs vivres de fi loin.
Le bruit de leur armée eft qu'ils veulent
paffer le Pô , qnand ils auront
paffé l'Adige, & le Canal blanc pour
entrer dans le Modenois . Ils établi
ront- là une colonie bien éloignée
& Allemagne , avec laquelle ils auront
peu de
communication . Il faut
attendre encore quelque temps pour
juger du party qu'ils veulent prendre ,
qui ne peutpas leur eftre fort avan
Kk ii
288 MERCURE
tageux dans la fituation où nous
fommes , plus forts qu'eux jufqu'à
prefent de dix ou douze mille hommes,
& à moins qu'il ne leur vienne de
nouvelles troupes d'Allemagne ils
n'auront pas beau jeu , nos Generaux
eftant refolus de les charger par tout
où ils trouveront jour à le pouvoir
faire. Pour cela ils ont fait conftruire
un pontfur l'Adige au deßous de Venone
& de Coffolingo , vis - à- vis de
la Sega , fi bien que les Imperiaux
enont un au deffous , & nous au def
fus qui nous met à portée de tomber
fur leurs convois qu'ils tirent du Raveredo
, & du Trentin. Il n'eft pas poffible
quecette manoeuvre ne leur donne
beaucoup d'inquietude , d'autant
plus que noftre armée ſera bientoftfostifiée
par les troupes qui nous vienment
de France, & par lajonction des
GALANT. 389
troupes de M le Duc de Savoye dont
il arriva hier quatre bataillons au
Camp .
Voici l'extrait de la feconde
Lettre.
Au Camp de Carpi le 23. Juin
Comme la plus groffe partie de
l'armée s'eft affemblee à S. Piere
de Lignago le 18. de ce mois , j'enfus
détaché le même jour avec quatre regimens
de Dragons & un de Cavalerie
, trois mille hommes de pied & fixa
pieces de canon pour venir mefaifir du
pofte de Carpi , où l'on croyoit que les
ennemis vouloient venir. Fe fis dabord
eftablir des retranchemns fur la
petite hautear , pour rüiner avec du
canon quelques legeres Fortifications
que les Imperiaux avoient faites à
KK iij
390 MERCURE
la tefte de Villa- Bonapour faciliter
le paffage à des bateaux qui devoient
partir de Caftelbardo pour remonter le
bras del Adige, & entrer dans l'embouchure
du Canal blanc , qui décend
vers le Pò, La crainte qu'ils ont eu
de n'ypouvoirréulfir, & voyant qu'ils
avoient étably des poftes jufqu'à la
Baruquelle , où la nuit du 20. au
21. il fe paffa une groffe efcarmouche
pour la difpute d'une barque entre nos
Grenadiers , ceux des ennemis qui
s'enretirerent avecperte . Deux Moi
nes qui pafferent le matin venant le
long de l'Adige ont dit à M le
Marechal qu'ils y avoient vû raporter
dans des charettes plufieurs
morts & bleffez dans cette action .
Tout cela les a fait changer de refolution
, & ils ont efté reduits de laiffer
Feurs bateaux à coté de leur grand
GALANT. 391
"
pontfur l'Adige , qui aboutit vis-àvis
de Villabona , & envoyer rechercher
des bateaux fur le Tartaro ,
d'en faire remónter du Po pourfaire
an pont à la Canda au deffous du
Tartaro où l'on travaille depuis
deux jours , & qui doit eftre achevé
aujourd'huy Ily a cependant deux
grandes barques qui paſſent actuele
ment de la Cavalerie , & des Dragons
qui fe retranchent à la tefte du
pont en entrant dans le Ferrarois . Si
"les ennemis y paffent , ils auront de la
peine à y fubfifter ; car deux Officiers
des troupes du Pape qui ont couchẻ
chez moy en allant trouver M de
Catinat de la part du Vicelegat de
Ferrare m'ont affuré qu'il n'y avoit
aucun magazin dans le Ferrarois ,
foit au dela , fort au deçà du Pô pour
lefdires troupes Allemandes . Il eft cer
KK iiij
302 MERCURE
Bain que leplus gros corps de leur Infanterie
avec trente pieces de canon
eft encore à Caftelbaldo au delà du
pont de l'Adige, Un noble Venitien
venant icy à fon Château de plaifance
paßa hier à Caftelbaldo , où il
falua les Princes Eugene , & de Commercy
, qui le chargerent de me faire
des complimens. Il eft à croire que ces
Melieurs n'ont ras encore marché à
leur pont de Canda pour y joindre
leurs troupes , & qu'ils penfent tou
jours àfaire une groffe diverfion , pour
avecles troupes qui font restées ducôté
de Trente, & de Roveredo , bafarder
une action contre les détachemens
de nos troupes qui font reftez dans
nos poftes de Rivole & de la Ferrare.
Les ennemis commencerent hier á
·pafer une baterie de pareil nombre de
Lanan contre la nostre , & mêmecela
op-
1
GALANT.
3
m'a obligé à remuer noftre camp . Le
bruit de noftre Artillerie a tellement
étourdy le noble Venitien de noftre
voisinage , qu'ils ont cru qu'ilfalloit
me venir complimenter. Mr le Ma
réchal de Catinat est toujours dansfon
pofte de Rivole & de la Ferrare.
Mr le Prince de Vaudemont avec
un corps de troupes Françoifes & Efpagnoles
n'a point remué du quartier
de Cadidavid à une lieuë vis-à- vis
de Veronne, & les ennemis ont toujours
laiffe un camp de l'autre cofté
dans le debouché des montagnes au
pied du Val de S. Martin & de S.
Michelqui n'eft qu'à unepetite lieuë.
de Verone.
On ne peut voir plus clairement
la fituation des affaires d'I
talie , juſqu'au 23 de Juin qu'elle
394 MERCURE
eft marquée dans ces deux Lettres
, & l'on ne peut eftre plus
en mouvement que font ces deux
Armées , l'une pour furprendre
un paffage dant un lieu qui luy
convienne ; l'autre pour eftre
toûjours à portée de le défendre .
Celle qui veut paffer peut eftre
tranquille & fe repofer quand el
le veut , fon inaction ne pouvant
luy faire aucun tort ; elle peut
s'étendre & fe ramafer toute ,
auffis fouvent qu'il luy plaira ,
mais il faut que l'autre devine les
deffeins de fes Ennemis , qu'elle
foir par rout , & que fes Generaux
veillent toujours ainfi
quand les Ennemis pafferoient ,
il n'y auroit rien de forprenant ,
puifque lors qu'on eft feparé par
une riviere , on peut aifément
GALANT. 395
dérober une marche ; cependant
ils ont déja perdu plus d'un mois
de temps depuis leur arrivée , &
il eft à craindre pour eux que
n'en ayant pas profité , leurs af
-faires ne fe trouvent bien - toft
dans une plus mauvaiſe fituation
puifqueleRoyafait partir trentedeux
Bataillons , dont une partie
arrivera le 2. de Juiller , & le
refte le 20. du même mois , en
forte que le Roy aura foixantedix
- huit Bataillons en Italie ,
qui joints à fix Efpagnols , & à
douze de Mile Duc de Savoye ,
feront quatre - vingt - feize . Les
Bataillons eftant à huit cens
hommes chacun , il eft aifé de
compter à combien montera tou
te cette Infanterie . La Cavalerie
fera beaucoup moins nom396
MERCURE
breuſe , & le Roy en a même contremandé
qui eftoit en marche ,
parce que le Pays eſtant ſerrẻ ,
& coupé , un trop grand corps
incommoderoit.
Le Roy a enfin reçu la ratification
du Traité de Ligue offenfive
& défenfive entre les Couronnes
de France & d'Espagne ,
& celle de Portugal , & Sa Majefté
Portugaife a dit des chofes
fi obligeantes pour le Roy en
concluant ce Traité , que quel
que joye que la France en reffente
, elle en doit avoir aufli beatcoup
de la maniere dont les chor
fes fe font paffées.
Le démêlé de la Chambre des
Seigneurs & de celle des Communes
continuë en Angleterre.
Le Lord Sommers a efté juge
1
GALANT. 397
par les Seigneurs & déchargé
accufation de faite contre
luy , fans
fans que
les Communes
ayent affifté à ce Jugement
. Elles
ont proteſté
contre , mais les
Seigneurs
fans avoir égard à leur
proteftation
, ont auffi jugé &
déchargé
le Comte d'Orford
, &
ont protefté
en même temps contre
le procedé
des Membres
des
des Communes
, qui ont empêché
de donner
des fubfides
au
Roy pour maintenir
l'équilibre
dans l'Europe
. On ne doute point
que ces démêlez
ne foient fuf
pendus
par la prorogation
du
Parlement
il y a même lieu de
croire qu'il fera fini lorfque
vous
recevrez
ma Lettre , & que le
Roy d'Angleterre
fera arrivé en
Hollande
, où toutes les affaires
308 MERCURE
font fufpenduës jufqu'à fon arri
vée,
J'aprens qu'il arrive un Courier
qui raporte que M¹ de Catinat
s'eft emparé d'un pofte fur le
Pô appellé la Stellata fitué fur les
Confins du Mantoüan, par où les
Imperiaux avoient deffein d'entrer
dans les Etats de Modêne ,
& de Mantouë. Ils ne pouront
plus paffer le Pô qu'à deux - lieuës
prés de la mer ce qui les meneroit
dans un pays tout coupé
& impraticable. Depuis qu'on
s'eft emparé de la Stellata on travaille
nuit & jour à fortifier ce
pofte . Je fuis , Madame , & c .
A Paris , ce 7 juillet 1701 .
A VIS,
QUoy que le Mercure n'ait ce
mois - cy qu'un volume , il a
GALANT. ११०
efté impoffible d'en rétablir la
vente dans les deux ou trois pre
miers jours du mois , parce qu'il
fe trouve des Articles confiderables
dans ce volume , dont il n'a
pas efté facile d'apprendre d'a
bord toutes les circonftances , à
caufe du grand nombre qu'il
eftoit neceffaire d'en fçavoir pour
faire une Relation exacte , &
curieufe . On peut affurer que
cellequ'on donne avec beaucoup
d'étenduë , de ce qui s'eſt paſſé
depuis le moment de la mort de
A feu Monfieur , jufqu'à l'arrivée
du corps de Son Alteffe Roiale
à Saint Denis , eft preſque toute
nouvelle , puis qu'il y en a plus
des trois quarts , dont aucunes
des Nouvelles diftribuées au Pu
blic , n'ont parlé . Lors qu'on a
400 MERCURE
-un morceau d'Hiftoire à traiter,
on cherche toujours à le rendre
fi complet, qu'il n y manque rien.
Ainfi l'Auteur efpere qu'on ne
fera pas moins content de ce volume
, qu'on l'a efté du dernier ,
que plufieurs perfonnes diftinguées
, & qui doivent eftre inftruites
des affaires , lui ont të
moigné avoir lû avec plaifir . Cet
ouvrage n'eftant pas donné au
Public , de même que beaucoup
d'autres dés le moment qu'il eft
achevé , à caufe du temps qu'il
demeure entre les mains des Re-~
lieurs , il ne doit pas s'étonner fi
quelquefois on n'y trouve point
quelque événement arrivé un ou
deux jours avant qu'on en faffe le
debit. Si l'on n'en parle quelquefois
qu'un mois après,on ne laiffe
GALANT: 401
pas d'y rapporter des circonftances
que le Public n'a point encore
apprifes , tant on prend de foin
de s'informer à fond de tout ce
qui regarde les évenemens remarquables.
Aurefte l'Article des Enigmes
n'eft pas fi indifferent qu'il le
paroift peut - eftre à quelquesgens.
Les perfonnes les plus diftinguées
, pour ne pas dire plus ,
fe divertiffent à les expliquer ,
comme faifoient les Rois du
temps d'Oedipe , & il y en a même
dont les veritables noms font
cachez fous de faux noms Plufieurs
qui font convenus de ces
noms , connoiffent par là s'ils ont
gagné les gageures qu'ils ont faitessmais
il y en a parmi le Public
qui aviliffent cet Article par les
Juin 1701.
LI
402 MERCURE
noms ridicules qu'ils envoyent ;
d'autres qui cherchent à fatirifer
certaines perfonnes par des noms
qu'ils envoyent , ce qui eft quelquefois
difficile à déveloper ; &
d'autres qui en envoyant des
noms de Nannete , de Marianne,
& autres femblables , qui ne fi
gnifient rien , croyent que leurs
Amis les reconnoiftrant , & qu'
elles fe reconnoiſtront ellesmêmes
, comme s'il n'y avoit
pas en France des milliers de
chacun de ces noms. Ainfi on
avertit qu'on s'appliquera plus
que jamais à retrancher les noms,
ridicules , fatiriques , & trop generaux.
Quant à ceux qui écrivent
de la Campagne , on les avertit
férieufement qu'on ne mertra
aucun des articles qui vien '
GALANT. 403
dront dans les lettres dont les
ports ne feront pas affranchis . Si
tout ce qu'on envoye eftoit bon
on feroit ravi d'en payer le port ,
mais tant de gens envoyent des
ouvrages dont on ne peut le fervir
, qquuee le port des lettres devient
confiderable lorsqu'il eft
payé par une feule perfonne .
Ceax qui envoyent des Ouvrages
ne peuvent moins faire que
de payer les ports des Lettres
puifqu'on ne reçoit point d'argent
pour ces articles , & que
l'Auteur en refuſe ſouvent.
P
TABLE.
Relude.
Portrait du Roy.
TABLE.
Madrigal
Vers adreßez aux Princes de l'Euro
·pe.
8
Autres fur leTraité de Fartage. To
Stances furun Prixpropofe.
"Extrait d'un Sermon.
II
14
Dialogue entre la Verité , &l'Opinion
. 28
Elegie qui a remporté cette année le
Prixde Academie des Jeux Floraux.
Avis aux gens de Lettres.
Madrigaux.
Nouvelles de Perfe.
41
71
65
71
77
Lettre furla mort de Mademoiſelle
de
Loynes.
Le nouveau Democrite , ou les De-
Laffemens d'efprit.
Le Capricieux.
83
86
Epitaphe de Mademoiselle de Scu-
· dery.
87
TABLE.
Diverfes pieces fur la mort de la
même venena
Diftiques.
୨୦
94
Ode de Madame de Malenfant, qui
zata remporté le prix des Jeux Floraux
de Toulouſe.
"
55
Epiftre à Madame de Malenfant.
Mariage
104
109
Diverſes pieces fur la mort de Morfieur.
་ Ode.
090 2123
120
Reception faite à Marseille à Mr
le Comte de Lemos. 132
Lettre de S. M. C. aux Cantons
&
Suiffes. 134
Départ de Mrle Marquis de Vil
lette.
Printemps.
136
137
Réjouiffances faites à Barcelone . 148
Loterie de l'Hôpitalgeneral. 161
TABLE
Morts.
Remarques curieufes fur l'Evefché de
Bethleem
178
Mr le Comte de Marcin eft nommé
Ambulaire
en Espa
CTS » 178
gner
Lieutenance generale de Bretagne
Maupays Nantois , avec le Gouver
nementde la Ville & Chateau de
Nantes donneuil anoniq 2-46179
Place de Confeiller d'Etat donnée.
180
Obfervations Geographiques de M
de Callini. 181
Chaire Royale de medecine en l'Uniniverfité
de Caën conferée par Sa
Majestem
Nouvelles de Madrid.
3185
192
Receptionfaite à l'Academie Françoife
de deux nouveaux Academi-
› ciens;
17200
TABLE.
Ordre de bataille des troupes du Roy,
& de celles d'Espagne dans les
Pais - Bas Espagnols.
Reflections.
Sacre.
224
237
244
Chef- d'oeuvre de Mr Zumbo. 253
Harangue de Mr le Cardinal de
Noailles 2613
Autre du même à Monfeigneur le
Dauphin
C
Deliberation du Clergé.
272
276
Adition à l'Article de Mr le Comte
278
282
de Lemos.
Generofite de Mr le Comte d'Eftres .
Prife d'habit.
Remarques curieufes , touchant la
mort de Monfieur, avec un Eloge de
284
ce Prince .
Detail curieux de tout ce qui s'eft
paffe à S. Cloud pendant tout le
temps que le corps de Monfieury a
TABLE
demeuré & tout ce qui s'eft paffé àVer.
failles , à l'occcafion de cette mort.
Tranſport du coeur de Monfieur.
316
341
Suite de ce qui s'eft paßé à Versailles à l'or.
cafion de la mort de c: Prince.
344
345 Services funebres.
Ordre de lamarche du Convoy , & ce qui
s'eftpaffé à S. Denis à la reception du
corps de ce Prince. 357
Suite de ce qui s'eft paffé à Versailles. 360
Eloge de Monfieur le Duc d'Orleans. 363
Creation de 2. Direct des Finances. 372
My de Fourqueuxa l'agrément de la charge
de Procureur General de la Chambre
des Comptes.
Mrd'Alon eft nommé Premier Prefident
de Pau, Mr de Marfin Lieutenant general
& Mr de Salins achete la Charge
de Secretaire du Cabinet.
Départ des Galeres du Roy.
Enigmes.
1
379
389
390
391
Ratification du Traité de Portugal. 396
Nouvelles d'Angleterre. "
Suite des Nouvelles d'Italie.
Avis.
398
398
399
571884
INST
I
OR
ΤΑ
DOMI MINA
NUS TIO
ILLU MEA
MrdeFr
N
T
U
VET. PER.
INSTI
DOMI MINA
Nus TIO
ILLU MEA
TAY
T
n
T
ON
X.TER .
defre
Fatty
4 * ,
*
821
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1701 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra une Piece de trente fols monnoye
courante , relié en Veau , & trente fols
en Parchemin .
Chez MICHEL BRUNET , grande
Salle du Palais , au Mercure
Galanr.
M. DCCI.
Ave e Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiteréesqu'on
afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR .
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
sour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
1
1
MERCVRE
GALANT
JUIN 1701 .
E ne doute point que le
commencement de cette
Lettre ne vous plaife ,
puis qu'il renferme differentes
Pieces à la gloire d'un Monarque
qu'on ne peut jamais affez
loüer. La diverfité a de l'agres
A iij
6 MERCURE
ment en toutes chofes , & où
fera- t- elle mieux receuë que
dans la matiere la plus noble
qu'on puiffe traiter?
PORTRAIT DU ROY.
DAn
Ans la Paix , dans la
Guerre,
Mortels, nefoye pas furpris
Des nombreux Exploits de
LOUIS ,
Il n'eft point de Heros fur l'onde ,
・fur la terre ,
Quipuiffe l'égaler dans fesfaits
inouis .
Toute l'Europe en vain contre luy
s'eft tournée ,
GALANT. 7
I la còmbat centfois, &luydonne
la Paix.
La Paix concluë, il détruit pour
jamais
De l'impofteur Calvin la Secte
empoisonnée ,
Er pour comble de gloire un defes
Petits fils
Unit par luy les Lions & les
Lis.
AU ROY.
Dans l'Espagne , grand Roy,
ton Petit fils commande ,
Tes Sujets , tes Voifins en ferontils
furpris ?
A iiij
8 MERCURE
Le Ciel gardant tes droits veur
qu'à toy tout fe rende ;
Un Roy t'a pour afile , un Sceptre
en eft le prix .
AUX PRINCES
DE L'EUROPE,
Sur la réunion des Couronnes
de France & d'Elpagne
fous Louis le Grand &
Philippe V. fon Petit fils.
Charles- Quint & fon Fils avoient
dans la cervelle
La MonarchieUniverfelle.
Ce projet eftoit vain, on le voitclai--
rement ,
Mais il n'eneft pas de même
GALANT.
9
Du Roy Philippe cinquième ,
Il veut agir plus raisonnablement.
Il n'a d'autres projets que ceux de
fon Grand- Pere ,
Qui n'ont que du folide , & rien
d'imaginaire.
Quels font-ils ces projets dont on
s'allarme tant ,
Sans les fçavoir pourtant?¨
Ah ! qu'on s'apaife , on ne sçauroit
fe plaindre
Du Bourbon Eſpagnol , ny du Bourbon
François
.
S'ils font unis , ces deux grands
Rois ,
Fant mieux ce n'est que pour
contraindre
Et les Peuples mutins , & les Rois
inquiets ,
A ne jamais troubler le regne de la
Paix
10
MERCURE
Sur le Traité de Partage des
Etats d'Espagne , figné par
le Roy de France , par le
Roy d'Angleterre , & par
les Hollandois .
A raiſonnerplusje m'applique,
Moins je comprens lapoliti--
que
De tous les Envieux du Roy.
Ils voudroientle contraindre à tenirle
Partage
Qui met de grands Etatsfous le joug
de fa loy.
Eft-ce donc
que
l'on veut le craindre
davantage ?
Car enfin dans l'eftat prefent ,
S'il fe trouve affezfort pour eftre redoutable
>
Que feroit-il , ce Monarque indom--
ptable ,
GALANT.
I
S'il devenoit plus riche & plus
puissant?
STANCES SUR LE PRIX
proposé par Mademoiſelle
Dommaigné de Rochehuë
, dans le Mercure Galant
du mois de Février.
Dommaigné , ton Cartel merite
qu'ony penfe,
Puis qu'il marque à Louis confidelle
devoir
Toutefois ce défi nous met au defef
poir ,
De Poëtes bien-toft il va priver la
France.
2
Ilfaut un Apollon pour louer noftre
Roy.
12 MERCURE
Ce Dieu feul peut dans chaque
Stance
Décrire fes travaux & fa magnificence
,
Ses rares qualitez, fajuſtice , fa foy
2
Il n'eft point parmi nous de Mufe
affez fublime ,
Pournombrerfes vertus, pour chanter
fes hauts faits ,
L'Eloquence ne peut fournir d'affez
beaux traits
Pour peindre dignement ce Prince
magnanime.
2
L'on compteroit plutot les Etoiles des
Cieux , [ger,
Les atomes de l'air, le fable du riva-
Que de faire un détail de l'heureux
aSemblage,
Dont le Ciel a formé ce Heros glorieux.
GALANT.
13
2
Le prix que ta Mufe propofe
Eftant de l'Vnivers le plus illuftre
prix,
Je défie à mon tour les plus rares
efprits
De pouvoir legagner par leurs Vers,
parleur Profe.
2
Vn fi riche & vafte fujet
Epuifera toujours les plus fecondes
Plumes ;
L'onpeut bien entaffer volumes fur
volumes,
Şans pouvoir réuſſir dans ce hardy
projet.
2
Enfin , doite Sapho , pour derniere
difgrace ,
Le Dieu des Vers paroift à nosyeux
éblouis ,
14 MERCURE
Au milieu des neuf Soeurs il defcend
du Parnaſſe ,
Pour recevoir de toy le Portrait de
LOUIS.
Quoy que les Docteurs les
plus éclairez demeurent d'accord
que le miſtere de la Trinité
eft impenetrable
, je croy
que vous ne ferez pas fachée
de fçavoir ce qu'en a dit le
Pere Lecteur des Auguftins
Déchauffez de Toulouſe , qui
prêcha fur cette matiere le 22.
du mois paffé, avec un applaudiffement
general Voicy ce
qu'il dit fur ces paroles : Eunres
docete.
GALANT 15
Peut-on enfeigner ce qu'on n'en .
tend point . , & inftruire les Peuples
de ce dont on n'eft pas foy- mème inftruit?
Tandis que nous habitons dans
cette vallée de tenebres , doit- on entreprendre
de parler de la Trinité ,
&neferoit- il pas mieux d'honorerpar
un religieuxfilence ces hauteurs ad
mirables de la fcience de Dieu ? Ouy:
répond Saint Auguſtin , fi par enfeigner
la Trinité , vous entendez avoir
une penetration intime de la Trinité,
une découverte generale de tout ce qu'-
elle eft. Si vous entendez avoir une
de ces notions juftes & nettes qui démêlent
toutes les difficultez & qui
font un beaujour dans l'entendement,
vous avez raifon dans ce fens on
n'enfeignerajamais la Trinité ; mais
fi vous l'entendez ainfi vous l'entendez
mal , & vous introduifez dans
16 MERCURE
l'Ecole de la Grace le langage de l'Ecole
de la Nature . Dans l'Eglife
Catholique enfeigner la Trinité
c'eft-là propoferfimplement & protef
ter en même temps qu'on ne l'entend
pas ; c'eft indiquer un vafte Ocean
Sans fond & fans rive , content d'en
confiderer la furface , fans en mesurer
la profondeur.
F'en conviens , il eft bien facile de
faire fentir au peuple les bienfaits
qu'ils ont reçus de la Trinité. Sans
s'arrefter à des fpeculations élevées ,
l'on peut defcendre facilement à une
Morale fenfible , & aller découvrir
dans ce miftere un fond d'obligations
infinies , & toute l'idée des vertus
chreftiennes. Neanmoins par un fage
temperament , nous mêlerons le Mi
ftere avec la Morale . Nous ne déroberons
pas à la Trinité la gloire qui
GALANT. 17
buy eft due, & nous accorderons à vofre
pieté la morale que nous luy devons.
Nous adorerons d'un cofté les
tenebres de ce miftere , de l'autre nous
admirerons fon éclat ſemblable à cette
Colonne qui conduifoit les enfans d'If
raël. D'un côté elle eftoit de nuces , &
de l'autre defeu. C'eft la riche penfee
de S. Hilaire qui mefemble renfermer
tout l'esprit de l'Eglife dans cetteFête,
& de laquelle je prens l'ordre de mon
difcours : Altitudines Trinitatis lumina
mentis extingunt dum beneficia
Trinitatis flammas cordis
accendunt. La fublimité du Miftere
de la Trinité demande que nous
luy facrifiions toutes les lumieres de
noftre efprit , & les bienfaits que notis
avons reçus de la Trinité demandent
que nous luy facrifiions tous les mouvemens
de nos coeurs.
Juin
1701
· B
18 MERCURE
Rien defi connu que Dieu , foitque
je confulte ma raison , foit que j'écou
te la voix de ma confcience , foit que
je jette les yeuxfur cet Univers . Du
fond de noftre confcience nous fentons
s'elever de temps en temps ces heu
reufes faillies , ces inftincts fecrets ,
ces rapports qui nous portent vers no
ftre Createur. L'Indien & le Perfe ,
au milieu de leur malheur , levent
leurs mains vers le ciel, & ne peuvent
démentir, dit Tertullien , le témoi
gnage d'une ame naturellement chrêtienne
. Quefi aprés avoirfait attention
fur ce qui eft au dedans de moy=
même , je viens à examiner ce quieft
bors de moy- même , ces abimes immenfes
de la mer,la verdure des cam→
pagnes , l'inegalité des collines , la
hauteur des montagnes , ces globes
lumineux qui roulent furnos teftes , je
GALANT. 19
fuis forcé d'avouer que tous les eftres
font des échelons neceffairespourmonter
à l'eftre primitif, qu'ils font tout
autant d'Orateurs qui le louent , &
que toute la nature fait une mufique
harmonieufe de l'existence de fon Ou
vrier. Non, non , il ne fut jamais
d' Athee d'esprit , il n'y a que
Athées de coeur , gens que le libertinagejoint
à la legitime frayeur de
tomber entre les mains d'une Divinitẻ
vangereſſe du crime , a rendus tels .
des
Mais autant qu'il eft facile de
connoiftre Dieu dans for Unite , autant
est-il difficile de le connoiftre
dansfaTrinité. Là il s'eftfait, felon
le langage de David , un Trône de
tenebres , & il s'y eft caché fous des
nuages & des voiles impenetrables .
Il fit voir enfuite que la raifon
feule ne peut rien entendre dans
Bij
20 MERCURE
la Trinité , que toutes les fimili--
tudes dont on fe fert pour en
donner quelque idée , font dans
le fond groffieres & défectueuſes,
Il rapporta les raiſons du fçavant
Arnobe , & de Zenon de Verone,
par leſquelles ces deux hommes
établiffent folidement que
les Juifs avoient toujours eu un
grand refpect du nombre de
trois que neanmoins ils avoient
ignoré la Trinité ; que tout ce
qui eft écrit dans l'Ancien Teftament
ne fait tout au plus que
des revelations éloignées & implicites
, & que Dieu avoit fair
aux Juifs un miſtere de la reve→
lation du Miftere .
C'eft donc , continua- t - il , le Miftere
favori de noftre Religion que ce--
luy que nous celebrons aujourd'huy
GALANT . 21
Noftre divin Legiflateur a jette les
fondemens de fon Evangile par un
principe que les autres avoientignoré,
& caefté par enfeigner ce miftere
qu'il a voulu que L'on commençaft ,
euntes docete.
"
Renouvelez icy voftre attention ,je
vais tacher de vousfoumettre la plus.
fublime doctrine , & par le recueil
que jayfait de ce que les plus graves
Theologiens ont écrit. Voicy ce
qu'il eft permis à un Mortel d'en
begayer:
Le Pere produit le Fils , & le
Pere & le Fils produifent le Saint
Efprit , deux auguftes origines qui ne
fe laffent jamais , & qui coulent toujours.
Chez nous ce qui commencefinit,
ce qui fe leve fe couche , ce qui
augmente vieillit , ce qui eftfort s'affaiblit,
mais l'Auteur de la Nature
23 MERCURE
n'eft pas liéparles loix de la Nature.
Ses originesfans eftrepaffées , & fans
eftre futures , ont toujours coulé, coulent,
couleront toujours . Le Pere produit
le Fils, & il eft vierge . Le Pere produit
le Fils, & le Fils eft auffi ancien
que luy 3 to Fils fort du Pere , & il est
dans fon Pere , le Fils & le Saint
Efprit ont la nature du Pere , & ils
nefont pas le Pere . Mais où enfuisje?
Plus je m'efforce de m'approcher,
plus je m'éloigne. Ce Dieu caché fe
retranche dans le cercle de fes perfe-
Etions , & mon efpritfatigué de l'avoir
temerairement fuivi , retombe
de luy-même dans les tenebres de fon
ignorance
"
+
C'est là le point de la difficulté ,
Trinité Unité. Dans cette Unitė,
ily a , comme vous dites , une Famille
qui comprend le Pere , le Fils
GALANT. 23
& le Saint Efprit . Dieu un poßede
tous les avantages de l'Unité, fans
participer aux defauts qui accompagnent
la folitude. Il a tout le plaifir
de la folitude & tous les charmes de
la focieté mélange de Trinite &
d'Unité , que Saint Bernard exprime
fi élegamment, écrivant contre Abail-
Lard, & qui fera jufqu'à la fin le
defefpoir de la raifon la plus éclairée.
Tel eft auffi l'avantage que Dieu
retire de cette Fefte , que de vaincre
toutes nos fciences. Là va fe perdre
le Theologien avec fes, abftrations
, le Geometre avec fes mesures,
Arithmeticien avecfes nombres .
Il montra enfuite qu'il falloit
facrifier à cette Trinité toutes
les lumieres de noftre efprit , que
noftre raiſon , toute captive qu'
elle eft , n'a pas une idée plus
24 MERCURE
jufte de Dieu , que quand elle le
reconnoît incomprehenfible. Enfuite
il propofa cet admirable
principe de Saint Auguftin , qui
eft que to tes les perfections de
Deu demandent un culte direct ,
& qui leur réponde , c'eft à dire,
que fon amour demande noftre
amour , que fon immenfité exige
de nous cette fage retenue dans
la veuë de fa prefence , que fa
Juftice nous infpire de la crainte,
que fa mifericorde fortifie nos
efperances , & qu'enfin fa verité
demande le facrifice de nos ef
prits. Quand cette verité parley
nous devons reprimer la licence
de nos penfées , nous devons
étoufer ces préfomptueufes témeritez
qui font les Heretiques,
& qui enfantent les Herefics.
Nous
GALANT. 25
Nous devons nous répondre de
noftre croyance , patce que nous
avons Dieu pour garand , nous
devons fçavoir mourir , & ne
fçavoir plus difputer.
De là il déplora avec Salvien
la conduite de ceux qui ofent
foumettre l'Auteur de la raifon
au jugement de la raiſon , & qui
oppofent un foible rayon de lumiere
à un abîme infini de clarté .
Malheur à ces efpritsaltiers ,fuperbes ,
qui malgré la pefanteur de leur efprit
ofent voler comme des Aigles
jufqu'à regarder fixement le Soleil de
Juftice , ils periront , & ils payeront
par une prompte chute , & une mort
neceffaire la peine d'une fi extravagante
témerité, Car quelle audace de
ne pouvoir connoiftre un moucheron ,
ny le moindre petit ouvrage , & de
May 1701.
C
26 MERCURE
vouloir connoistre l'Ouvrier?T'émeraire
, fais ton coup d'effay fur un moucheron
, & enfuite tu travailleras à
connoiftre ton Dien
Il conclut fon premier Point
en faifant voir de quelle maniere
la Trinité avoit triomphé de
toutes les Herefies , & il finit par
cette exclamation .
des
Augufte Trinité, vous triomphates
des Ariens , des Macedoniens , des:
Sabelliens , des Donatiftes
Prifcillaniftes ; triomphez, o Trinite,
triomphez de mon entendement !
A l'avenir je diray avec David,
Dieu , Dieu , Dieu , je n'en beniray
qu'un avec Abraham j'en
découvriray trois,& jenen adoreray
qu'un ; avec les Anges d'Ezechiel ,
eblouy de fa majefté , je crieray ,
Saint , Saint , Saint . Cette triple
GALANT. 27
repetition ne voudra dire qu'unefeule
loüangé. Enfin avec Jeremie , Je
porteray ma main fur ma bouche , je
Jufpendray toutes les faillies de ma
curiofité , je diray trois fois A ,
trois hommages de filence qui répondront
à ces trois Perfonnes .
Je vous envoyay le mois
paffé la defcription de l'Em .
pire de l'Opinion . Le plaifir
que vous a donné cette lecture
m'oblige à vous faire part
du Dialogue qui fuit . Il regarde
encore la même matiere.
Cij
28 MERCURE
LA VERITE.
L faut que je vous l'avoue.
Quand je vous voy , je ne
puis m'empêcher de dire que
la plupart des gens font foux .
L'OPINION
.
Et pourquoy les traitez,
honneftement pour vous
l'amour de moy?
LA VERITE' .
Parce qu'ils vous rendent
les hommages qui me font
dûs .
L'OPINION.
C'eft qu'ils trouvent plus de
GALANT: 29
douceur avec moy qu'avec
vous . Vous faites voir trop
clair dans les chofes , & la
Verité n'eft pastoujours bonne
à voir. Vous eftes belle & fans
fard , il eft vray , vous meritez
beaucoup , mais vous effarou
chez les gens par vos manieres
auſteres , & pour aller à vous ,
on trouve qu'il y a trop de
chemin à faire . Pour moy , je
fuis plus commode ; auffi trouvet
on mieux fon comprè
avec moy .
LA VERITE .
Pour peu qu'on vous laiſſe
parler , on yous entendra dire
C- iij'
30
MERCURE
bien des chofes ridicules ; car
vous ne pouvez pas douter
que ce que je ne dis pas ne
foit ridicule..
A
L'OPINION .
Je parle affez bien pour me
faire entendre avec plaifir.
T
ว
LA VERITE .
Et que pouvez vous dire
qui ne mene à l'erreur ? Y a - til
rien de plus vain , de plus incertain
, de plus trompeur
, &
qui confeille & juge plus mal
que vous ?Mais comment cela
ne feroit il pas ? La terre n'eſtelle
pas voftre vraye origine ,
& n'avons nous pas noftre
GALANT: 31
fiege dans les fens ?
L'OPINION.
1
je Vous avez beau dire ,
pafferay toujours pour la Reine
du monde , quelque part
que vous płaciez mon Trône;
& avec tout vostre éclat , &
voltre pompe , vous ferez peu
connue. Voſtre Empire ne
s'étendra pas bien loin , & par
quelque droit chemin que
vous vouliez mener les gens ,
vous ferez peu fuivie , & pour
trancher court , voſtre règne
n'eft pas de ce monde .
LA VERITE .
Je vous en chafferay tou
C iiij
32 MERCURE
jours , quelque autorité que
vous vous y donniez , & tous
vos defenfeurs ne tiendront
pas toujours contre moy.
L'OPINION.
Vous promettez beaucoup,
& ne tiendrez guere. Com
ment venir à bout de ce grand
deffein ? C'est bien à ce coup
que la Verité eft dans l'erreur ,
car un regne de tous lesficcles
paffez , & qui dure encore ,
n'eft pas proche de fa fin , &
je ne fçay quoy de veritable
me dit dans l'ame , que je ne
finiray qu'avec le monde .
GALANT.
33 .
S
LA VERITE.
L'Opinion fe flate trop ; car
n'eftant que l'ombre & la vaine
image de la Verité, elle n'eft
pas affez folide pour durer
longtemps.
L'OPINION.
Foute ombre, & toute var
ne image que vous m'appel
liez , jay pris de trop fortes
racines dans le monde pour
en fortir . Mon pouvoir y eft
fi grand , que j'ay même éra
bli dans l'homme une feconde
nature , D'un malheureux je
fais un heureux , d'un malade ,
un fain ; d'un pauvre , un riche;
34 MERCURE
d'un fou , un fage , d'un igno
rant , un fçavant ; & quand je
veux auffi je fais le contraire
de tout cela ? Je vous laiffe à
penfer fil'on me quirtera pour
aller à vous ; & puis pour vous
atteindre où faut il aller?
Voulez vous qu'on defcende
au fond d'un puits pour vous
trouver , car c'est là que quelque
Philofophe a dit que vous
logiez ? Mais les tenebres font
peur , & les hommes ne font
pas d'humeur à vouloir def
cendre fi bas. Pour moy ję
me prefente à eux facilement
pour ne leur pas donner la
GALANT. 35
geine de me chercher , je les
je connois , ils fe rebutent du
travail , & il faut avoir pitié de
leur foibleffe . Ils font contens
de me poffeder. Auffi voit on
plus de Philofophes à ma fuite
qu'à la voftre, & s'il en eft quel
ques uns qui vous trouvent,
difons les chofes telles qu'elles
font , ils paffent plus de temps
avec moy qu'avec vous. Il eft
vrai qu'alorsils croyent eftre a
vec vous, & que tout l'honneur
qu'ils me rendent , ils vous le
rapportent; mais enfin ils font
avec moy , & foutiennent mes
interefts , croyant défendre les
MERCURE
voltres. Quoy qu'il en foit
pourtant , ils font mes Sujets ,
& moy leur Reine , & ils me
faivent jufqu'à fe quereller
les uns & les autres pour l'a
mour de moy.
J
LA VERITE .
Ah ! que ce que vous me
dites là contre moy , me fairs
une grande compaffion'pour la
folie des hommes ! Ils n'aiment
donc que ce qui ne donne aucune
peine , quelque vain &
nuiſible qu'il foit ? Ils ne font
donc pas hommes , c'eſt à dire ,
raifonnables, & s'ils ne font pas
hommes , que font- ils donc
GALANT.
37
Ignorent ils que toutes leurs
démarches doivent tendre à
moy, que le folide plaifir ne
fe trouve qu'avec moy ; & puis
qu'ils aiment tant le plaifir ,
où doivent - ils le chercher
qu'en ma compagnie Dans
quelle ignorance croupiffentils
, s'ils ne connoiffent pas la
Verité , qui eft plus ancienne
dans le monde que l'Opinion?
car enfin le premier homme
l'a connue des qu'il a com
mencé à vivre .
L'OPINION.
Il eft vray , mais il n'a pas
demeuré longtemps avec elle,
38 MERCURE
voltres. Quoy qu'il en foir
Fourtant , ils font mes Sujets ,
& moy leur Reine , & ils me
faivent jufqu'à fe quereller
les uns & les autres pour l'a
mour de moy.
j
LA VERITE .
Ah ! que ce que vous me
dités là contre moy , me fait
une grande compaffion'pour la
folie des hommes ! Ils n'aiment
donc que ce qui ne donne aucune
peine , quelque vain &
nuifible qu'il foi ? Ils ne font
donc pas hommes , c'eſt à dire ,
raifonnables , & s'ils ne font pas
hommes , que font-ils donc
GALANT
Ignorent is que toutes leta
démarches doivent de
moy ,que le alice : ufrag
ſe crouve culares In
am
223
qu'ils amen met le sale,
ou dare
quelle spuranice m
iks , ali ne condolen ma a
Verite, an eft plus
dans le monde quelcom
car ends le premff in
l'a commé des gale
mence à vivre.
LOPINICA
I el vray , mai
demeuré longtemp
38 MERCURE
& il s'en faut bien peu que je
ne fois auffi ancienne que
Vous
LA VERITE' .
Et qu'eftes- vous fans moy
qu'une vieille erreur ?
L'OPINION.
Vieille erreur tant qu'il vous
plaira , j'ay toujours des charmes
nouveaux pour une infi .
nité de gens , & peu fe dégoû .
tent de moy. Vous avez beau
lamenter , le monde ira roujours
fon train me ſuivra ,
m'aimera , me ſoutiendra , &
fera pluscontent de moy que
de yous . Demeurez feule dans
GALANT. 2.9
voftre puits , fur vos roches
efcarpées & inacceffibles , &
ne prétendez pas me faire la
guerre. Je vous vaincrois par
le nombre de mes Soldas ,
qui égale prefque celuy des
hommes. La force de la Veri.
té eft grande , il eft vray , mais
celle de l'Opinion et bien
étenduë. Croyez moy , ne
perdez pas voſtre temps à tâcher
de m'enlever mes amans,
& prenez garde que ceux que
vous avez gagnez , fe voyant
feuls avec vous , ne defertent
pour le retirer chez moy.
40 MERCURE
LA VERITE'
Toute Opinion que vous
eftes ,vous.eftes Vérité en cela ,
& il faut à ce coup que la Verité
trouve bon ce que dit l'O
pinion . Ouy , je vois bien que
T'homme fera toujours homme
, puis que l'Opinion luy
plaift mieux que la Verité , & ,
qu'il préfere aveuglement &
imprudement la facilité de
trouver l'une , quelque vaine .
& ridicule qu'elle puiffe eftre,
au folide & veritable plaifir de
trouver l'autre , quelque belle.
& utile qu'ellefoit .Je vous laiffe
donc enfemble . Adieu , vaine
GALANT. 41
& nuifible Opinion .
L'OPINION.
- Adieu , auftere & income
mode Verité .
LA VERITE .
Ouy, incommode aux fous,
mais delicieufe aux lages.
Je fatisfais voftre curiofité
en vous envoyant la Piece qui
a remporté cette année le
Prix de l'Academie des Jeux
Floraux de Touloufe. Elle eft
de M' de Baratet , Maire perpètuel
de Villeneuve d'Agenois
, qui écrit également bien
en Profe & en Vers.
Juin 1701
D
42 MERCURE
RViſſeaux
qui murmurez , coulez
fans violence ;
Zephirs , retenez- vous , Oiseaux ,fai--
tes filence ,
Vous qui redites tout dans vos antres
fecrets
Echos , u'y repetez que mes triftes re--
grets.
Dans les tranfports ardens d'un feu
qui me devore ,
Fe pleure , je me plains d'un Berger
quej'adore ;
Rien ne peut en amour égaler mes
malheurs
,
Je fouffre, & je cheris l'objet de mes
douleurs.
Seule , & libre des foins d'une amou
reufe atteinte ,
Sous un ruſtique toit je vivois fans
contrainte ,
GALANT.
43
Attentive àprévoir le moindre engagement,
Je n'avois point d'Ami pour n'avoir
point d'Amant.
Comme un appas trompeurje regardois
l'eftime ,
L'amour comme un poifon , fes doucours
comm, un crime.
Pour objet de mesfoins , pour mon uniª
qué bien ,
Je n'avois qu'un troupeau , ma houlette
& mon chien.
Silvandre , des Bergers autrefois le
plusfage,
Conduifoit fes moutons dans le même
Boccage ,
Et j'y voyois fouvent paiftre nos deux
Troupeaux,
S'égayer , fe meler, boire aux mèmes
ruiffeaux. [[ delles
Je voyois ce Berger avec des foins fi
Dij
44 MERCURE
Demeler fes brebis & marcher après :
elles ;
Maiftreffe de mon coeur , contente de
monfoit,
L'évitois fes regards , je fuyois fon
abord,
Mais des loix du Deftin qui pourroit
fe défendre?
L'Indifferente Iris devoit aimer Silvandre
,
Silvandre luy jurer d'éternelles amours
,
L'adorer pour un temps , la quitter
pour toûjours.
Ce Berger anime d'unefame ſecrette
Me fuivit , m'attaqua jufques dans
ma retraite,
Millepetits Amours , mille innocens
Plaifirs
Les Graces &lesfeux fecondoientfes
defirs
-
GALANT 45
Fe fentis defes traits mapudeur allarmée,
Il m'aimoit tendrement , je voulois
eftre aimée
Et le fubtil poifon d'un mal contagieux
Segliſſa dans mon coeur& parut dans
mes yeux.
Ma raifonfut bien- toft foumise à ma
tendreffe
Une donce langueur découvroiť ma
foibleffe,
Et mon ame oubliant fa premiere rigueur
Ne fit plus un fecret du nom de fon
vainqueur.
Amour! cruel Amour! quand un coeur
rend les armes ,
Pourquoy tant de douceurs , deplaifirs
& de charmes ›
Si dans unfeul moment ton caprite.
détruit
45 MERCURE
Le bonheur le plus doux que tes traits
ont produit ?
·Apeine mon Berger connut- il ma défaite,
Qu'il tourna fes deffeins du cofte de
Lifette.
Tous les jours dans nos champs je
lentens ,je le voy ,
Soupirer auprès d'elle & vivrefousfa
loy
Fe le voy tous lesjours , ce Berger infidelle
,
་
Suivre les mouvemens dune flamenouvelle
,
Et ce coeur qui parutfifenfible à mes
traits ,
N'eft pas meme touché de mes triftes
regrets .
Il voudroit m'éviter , l'inconftant , le
volage ,
Il me fuit ,je lefuis de bocage en bocage.
GALANT.
47
Si l'ingratquelquefois fe dérobe à mes
yeux ,
Mon coeur, mon tendre caur ,
contre en tous lieux.
le
ren-
Ces cofteaux , ces valons , cette ‘ai--
mable verdure
De mes plaifirs paffez retracent la
peinture,
Ces arbres , ces ruiffeauxfont des té
moins prefens ,
Du fujet de ma honte & des maux
que je fens
Malheureufe Bergere, infortunèe Amante!
Mon bonheur eft paffe , ma difgrace
eft prefente.
Tendres & doux tranſports qu'eftesvous
devenus
Dans le coeur d'un Berger qui ne me
[ fevere connoift plus ?
Deftin trop rigoureux ,par quel ordre
48 MERCURE
Devois -je aimer Silvandre & de
vois -je luy plaire ,
Si le même penchant qui nous unitfi
bien ,
Devoit vivre en mon coeur , & mou→
rir dans le fien ?
Helas ! ilmejuroit une conflance ex
trême: { le de même.
L'ingrat en aime une autre , & luypar
Ah ! fe peut - il flater que quelque
ANNDieu vangeur
Ne prétende punir le crime de fon
coeur?:
Mais pourquoy murmurer des tourmens
que j'endure?
Je me plains d'un Berger infidelle &
parjure ,
Et je reffens , helar , dans un profond
ennuy™
Que jefuis mille fois plus parjure que
Luy
J'avois
GALANT.
49
J'avois cent fois juré de n'aimer de
ma vie,
De neformer des voeux que pour ma
Bergerie.
Perfide à mon Troupeau , n'ay-je pas
en aimant,
Et fauffé ma promeffe, & rompu mon
ferment ?
D'un Berger inconftant victime d'éplorable
,
Fe detefte un forfait dont je mefens
coupable,
Mais s'il eft des tourmens pour qui
manque defoy
Je n'ay que trop fubi la rigueur de la
Loy
Que deux crimes, égaux ont un effet
contraire !
Je quitte mon troupeau , Silvandrefa
Bergere,
Juin 1701 .
E
o
MERCURE
Mon troupeau vitfans moy , reffent
peu mès rigueurs ;
Silvandre m'abandonne , & loin de
luyje meurs.
Je remis le mois dernier à
vous parler de la nouvelle So
cieté deSçavans , qui fait grand
bruit dans 1 Empire des Leteres
, & dont , felon toutes les
apparences, elles doivent tirer
de grands avantages. Je croy
ne vous en pouvoir mieux
inftruire qu'en vous envoyant
l'Ecrit fuivant, qui a eſté donde
au Public.
GALANT.
SI
A VIS AUX GENS
DE LETTRES.
SOD
On Alteffe Sereniffime ,
Monfieur le Duc du Mai .
ne,a fouhaité qu'il s'imprimaft .
chaque mois dans la Ville de
Trevoux , des Memoires pour
Hiftoire des Sciences & des beaux
Arts , & voicy le plan fur lequel
ce Prince a ordonné de
travailler , à ceux qu'il a bien
voulu choifir pour l'execution
de fon deffein.
1. Ces nouveaux Memoi
res doivent contenir des ex-
Eij
52 MERCURE
traits de tous les Livres de
Science imprimez en France ,
en Espagne , en Italie , en Allemagne
, & dans les Royaumes
du Nort , en Hollande , en Angleterre
& ailleurs.Ceux que le
Prince a chargez de ce travail,
font en eftat d'avoir des correfpondances
dans tous les
lieux où il s'imprime des Livres.
Comme ces Memoires
ne commencent qu'avec le
Siecle , on n'y parlera que des
Livres qui auront eſté imprimez
dans le Siecle nou?
veau , ou qui eftoient encore
nouveaux quand le Siecle a
commencé,
1
GALANT.
$3
FI. Perfonne, ordinairement
patlant , n'eft capable de faire
mieux l'extrait d'un Livre que
celuy qui l'a compofé, & d'ail
leurs un Auteur pourroit crain.
dre quelquefois qu'un autre
faifant l'extrait de fon Livre, ne
le fift pas parler & penfer auffibien
qu'il croiroit avoir fair.
Ceux donc qui voudront faire
eux mêmes les extraits de leurs
Ouvrages , n'ont qu'a les faire
tenir aux Auteurs des Memoires.
On promet de les yinfe
rer tels qu'ils les envoyeront ,
aprés cependant qu'on les aura
comparez avec les Ouvrages
Eij
54 MERCURÉ
mêmes , pour s'affurer que ces
extraits font fidelles . On juge
cette précaution neceffaire ,
parce qu'un Auteur ne remplic
pas toujours dans fon Ouvrage
l'idée qu'il s'en eft formée,
& qu'il en donne dans une
Preface.
III. Comme ceux qui doi .
vent compofer les nouveaux
Memoires , ont des habitudes
avec un grand nombre de
períonnes habiles en toute.
forte de fciences , & qu'ils auront
en peu de temps des correfpondances
établies dans
toutes les parties du monde.
GALANT. 55
où l'on cultive les Lettres , ils
elperent par ce moyen donner
fouvent au Public des Pieces
manufcrites de Critique , des
explications de Medailles cu
rieules ; de nouveaux éclairciflemens
fur des paffages de
l'EcritureSainte ; des découver.
tes qui regardent la Phyſique,
la Medecine & les Mathemati .
ques;quelque nouveau Pheno .
mene , quelque Machine nouvellement
inventée , & c . Ainfi
les perfonnes habiles en cha ,
que genre de fciences , trouveront
toutes de quoy fe fatis
faire dans ces nouveaux Me
moires.
55 MERCURE
IV. Ces Memoires comprendront
encore toutes les
nouvelles des Lettres , par
exemple , la mort des perfonnes
diftinguées par leur fcience
, fuppofé qu'ils ayent imprimé
quelque chofe; les chan
gemens qui fe font dans les
Academies & dans les Univerfrez
; les differends qui naifs
fent entre les Sçavans , fi ces
differends font de quelque
confequence , & meritent qu'
on en faffe part au Public,
V. En apprenant au Public
la mort des Sçavans , on' y
joindra le récit de leurs prin.
GALANT. 57
cipales occupations , & des plus
confiderables actions de leur
vie. L'Hiftoire des Lettres doit
cette marque de reconnoiſſan ·
ce à la memoire de ceux qui²
les ont cultivées ; & on eft
perfuadé que leurs Amis aideront
volontiers à leur rendre
ce dernier devoir , par les inf
tructions qu'ils voudront bien
fournir for ce fujet.
VI Dans les conteftations
qui s'élevent fouvent entre les
hommes de Lettres fur les matieres
de fcience , les Auteurs
des Memoires ne prendrontjamais
aucun parti : & ils ne fe
58 MERCURE
rontalors qu'un fimple expofé
de ce qui s'écrira de part, &
d'autre , retranchant cependant
ce qu'il pourroit y avoir
d'aigre & d'injurieux dans ces
écrits . I's obferveront auffi la
même neutralité dans tout le
refte , excepté quand il s'agira
de la Religion , des bonnesmoeurs
, ou de l'Etat , en quoi
il n'eft jamais permis d'être
neutre . Un Ecrivain qui fait
des Memoires eft proprement
un Hiftorien. Ainfi pour de
meurer plus conſtamment
dans les bornes d'une parfaite
neuralité fi neceffaire aux au
GALANT.
59
teurs de ce caractere , on évitera
également , & ce qui pouroit
offenfer , & les louanges
affectées des Ouvrages & des
Ecrivains.
VII. On inferera auffi dans.
les nouveaux Memoires le def
fein & les projets de certains
ouvrages , lorfque les Sçavans
jugeront à propos de les com
muniquer,foir pour preffentir
le jugement du Public , foit
pour engager ceux qui auroient
fur les mêmes fujets des
lumieres particulieres , à leur
en faire part.
VIII Quand on a fur des
60 MERCURE
points de doctrine des diffi
cultez qu'on ne fçauroit réſous
dre , on peut par le moyen de
ces Memoires confulter à la
fois tous les Sçavans de l'Eu .
rope, & en recevoir en peu de
temps les éclairciffemens dont
on a befoin. Cette correſpon
dance de tous les hommes de
Lettres les uns avec les autres,
fi aifée à établir & à conferver,
peut infiniment fervir à la per
fection des Sciences:
IX . Pour faciliter le com
merce entre les Sçavans & les
Auteurs des Memoires , Monfieur
le Duc du Maine veut
GALANT. 61
bien qu'il y ait dans l'Arſenal
fous l'horloge , une boëte pour
recevoir les memoires particu
liers de chaque chaſe , qu'on
jugera devoir entrer dans cer
Ouvrage. On les mettra tous
en oeuvre ,fi l'on trouve qu'ils
le meritent , & qu'ils ne conziennent
rien contre les règles
quel'on s'eft prefcrites . Il n'im
porte en quelle langue ils
foient écrits , on prie feulement
qu'ils foient courts ; autrement
on ne les pourra mettre qu'en
extraits .
X. Pour la matiere des Memoires
manufcrits que chacun
62 MERCURE
pourra communiquer , c'eſt ce
qu'ona dit ci - deffus , &generalement
tout ce qui peut conatribuer
à fatisfaire la curiofité
des gens de Lettres. Par cette
raifon on a cru pouvoir donner
à cet Ouvrage le titre de Me.
-moires pour i Hiftoire des Sciences
des beaux Arts.
XI. Si quelqu'un trouvoit
ce plan défectueux en quelque
point il fera p'aifir d'en avertir
& demarquer ce qu'il jugeroit
qu'on dût y ajoûter pour le
rendre plus parfait . Ceux qui
le doivent executer n'ayant en
vue que de le rendre le plus
GALANT 63
3
utile qu'il le pourra , font dans
la difpofition de profiter des
avertiffemens qu'on voudra
bien leur donner fur ce fujet.
Ces Memoires fe diftribuent
à Paris chez Jean BoudotImpri.
meur ordinaire du Roy & de l'Academie
Royale des Sciences , ruë
S.Jacques au Soleil d'or , prés
S.Severin.
Tout ce qu'on pourroit dire
à l'avantage de cet établiffement
, le feroit bien moins
comprendre , que
l'Avis que
vous venez de lire . Plus les
Ouvrages de cette nouvelle
& fçavante Société, feront
64 MERCURE
a
avantageux au Public , plus
fon établiſſement
fera glorieux
à Monfieur le Duc du
Maine. L'on peut dire que ce
Prince eft univerſel. Heſt bra.
ve , il a de cres- grandes connoiffances
du métier de la
guerre. Il aime les beaux
Arts , & il n'ignore rien de ce
qui regarde les belles Lettres ,
dont il cherche à procurer la
gloire & l'avancement
; &
le nouvel établiſſement
qu'il
vient de faire en eft une preuve
incontestable
. Il n'y apoint
à douter que cet établiffement
ne réuffiffe de plus en plus ,puis
GALANT. 65
14
que Mª de Malezieu , qui a
l'honneur d'eftre Chancelier”
de ce Prince dans la Souveraineté
de Dómbes , & qui
aime les Arts & les belles™
Lettres , y féra exécuter fes
volontez avec autant de vi
gueur que de plaifir , & cherchera
même de nouveaux
moyens pour faire fleurir les
Arts & les Sciences dans cettė“
Principauté.
Voicy plufieurs petnes Pieces
de Vers far divers fujets ,
qui meritent bien que vous
Les voyiez. La premiere eſt de
Fain 1701.7
F
66 MERCURE
M' Dader , fur la naiffance du
Fils de M' le Marquis de Mon
taigut , Procureur General au
Parlement de Toulouſe , qui
depuis huit ans de mariage.
n'avoit pû avoir d'Enfans .
MADRIGAL.
Avant que le Printemps nous prefente
fes fleurs ,
Il nous lesfait beaucoup attendre,
Et le Ciel pour nous mieux furprendre
,
Nous differe fouvent fes plus rares
faveurs!
Vous defiriez un Fils , & vous l'avez
vû naiſtre
Mais avec des attraits qui peuvent
tout charmer,
GALANT. 67
Ce qui nous fait affez connoiftre
Que le Ciel travailla longtemps à le
former.
Les Vers furvans ont eſté
envoyez par M ' Alifon à M
de.. qui s'eftoit plaint à luy
des trop longues rigueurs de
fa Maiftreffe.
Vous vous plaignez, Damon, de
ce que Celimene
Depuis plus de deux ans poffede vo
ftre coeur ,
Sans qu'elle ait adouci voftre amoureufe
peine
Par la moindre faveur.
Voftre fort, je l'avoue , eft trifte &
déplorable ,
Mais vous enferez plus heureux,
Fij
682
MERCURE
Sicette Belle un jour ceffe à vos tendres
voeux
De fe montrer inexorable.
Un Amant quifut miferable ,
Et dont on a récompenfe lesfeux ,
Trouve l'objet aimé mille fois plus «
aimable ;
L'estime redoublant, il eftplus amou
reux.
Ce Madrigal a efté fait en
faveur de la belle Mademois
felle Chartier.
Je ne vous connois que d'unjour,
Et je fens pour vous de l'amour
Un charme fecret m'y convie ,
Et je vois bien que c'est un fort
Qui fait que l'on aime dabord!
Ce que l'on doit aimer lereste defa
vie
GALANT. 69-
Mr Chaleil de Saugues eft
1*Auteur de cet autre Madrig
gal.
Quand par deffein ou par hazard
Fourjetterfurun autre un tendre &
doux regard,·
Toutà coup mon ame eftfaifie
D'une fi forte jalousie
Que mon coeurfe repent dans ce cruel
moment
De vous aimertrop ardemment ; »
Mais que ce repentir eft de courte
durée !
Apeine, Iris, me dites-vous ,
Que c'eft à tort que mon coeur eft
jaloux
Que d'unfi noirfoupçon mon ame eft
delivrée
Voyez quel fort empire ont fur moy
vos appar
70 MERCURE
Parcette marque de foibleffe ,
Et conno:ßez enfin l'excés de ma ten.
dreffe
Mais n'en abufez pas.
M' Teffon a fait les paroles
qui fuivent pour eftre mifes
en Air.
Roffignols , qui dans ce bocage
Chantez tous les jours
Vos tendres amurs´ ,
Apprenez à Tircis voftre amoureuxlangage
Faut- il que fon timide coeur
Brûle toujourspour moy d'une inutile
ardeur
Helas ! fi comme vous il fouffre le
martire ,
Que n'apprend-il comme vous à le
dire?
GALANT. 75
Voicy d'autres Vers qui ne
font pas moins propres à met
tre en Chanfon.
a
Quand les Frimats viennent de ces
beaux lieux
Chaffer Zephire & Flore ,
Je vois difparoifre à mes yeux
La Beauté que j'adore ;
Mais fon abfence & l'hiver rigon
reuxs
Loin de glacer mon coeur, en redou
blentles feux.
On a reçu des Nouvelles
de Perfe dont je vous fais
part. Elles font de M ' de Saint
Olon , Evêque de Babylone ."
72 MERCURE
↑
D'Ifpahan ce 19 Nov. 1700.
UN Envoyé Turc eft arrivé
icy ily a peu de jours ; qui ,
à ce qu'on dit demande aux Perfans
Baffera , & ce qu'ils en ont
tiré depuis trois ans qu'ils l'ont
pris fur les Arabes. Je croy qu'ils
n'en ont guere tiré , n'y ayant point
en de commerce depuis quelque cinq
ans , & ayant presque toujours
efté bloquez par les Arabes qui
kes tiennent encore actuellement
affiegez depuis trois mots ; Les Per.
fans , à mon avis , auroient mieux
fait de ne s'en point mefler , pour
ne
GALANT .
73
ne pas donner occafion de chicane
aux Turcs , qui ne cherchent qu'à
leurfaire querelle ; mais j'apprens
que ce fut le Khan d' Aviza , qui
par occafion en chaffa les Arabes ,
aprés l'offrit au Sophy , qui ne
reçut la Place que pour la rendre
aux Turcs.
Le nouvel Ambassadeur Felix
Marie Capucin , Italien de Peruggia
, âgé de quarante trois ans,
grand affez bien fait , fit icy
fon Entrée avanthier aufoir. Un
Capitaine Breton qu'ilmene avec
Luy , marchoit devant , & eftoit
fuivi de deux Erendarts , un du
Pape , & l'autre de l'Empereur.
Juin 1701.
G
1
74. MERCURE
Ils eftoientfuivis de quatre ou cing
Moufquetaires, aprés lefquels mar
choit Son Excellence entre quelques
Valets de pied , veftus de drap d'or
àfleurs rouges , avec des chapeaux
bordez de galon d'or. Je lefuivois
feul, ayant derriere moyfon Interprete
; aprés lequel venoient
deux à deux quelques Marchands
Marſeillois , & un Gafcon , le
Pere Prieur des Carmes du Con.
vent de Zulpha , Portugais avec
trois de fes Religieux , deuxJaco
bins Armeniens , & quatre Capu.
cins de fa compagnie . La Canalcade
eftoit fermée par deuxCava.
liers Anglois bien montez cinq auGALANT.
75
tres Valets depied bien veftus , &
quatre beaux chevaux de main¸&
deux Plachals ou Portes · flambeauxà
la Perfienne On dit que cet
Ambasadeur porte au Sophi quatre
Lettres , quifont du Pape , de
l'Empereur , de la Republique de
Venife , & du Grand Duc de
Tofcane, & que deux Marchands
deux Capucins , Marfeillois
dont l'un eft Milanois , qui portoient
ces Lettres , entrerent avec
luy , furent affis fur quatre
Tabourets . Le Sophi entre autres
difcours , aprés s'eftre informé de
la famé du Pape , de l'Empereur,
c.demanda àl' Elchi on Ambaf-
Gij
76 MERCURE
fadeur des nouvelles de la Paix du
Turc , à quoy il répondit qu'elle
eftoit faite, mais non encore accomple
, & qu'on ne croyoit pas qu'elle
duraft.
Les courfes des Boluchesjuſqu'à
fept lieues d'icy (Voleurs des confins
de Perfis vers les Indes ) ont
obligé le Sophi d'envoyer des Trou
pes contre eux. Comme ce Prince
s'adonne plus que jamais au vin ,
& aux jeux de Cartes & de Dez,
on efpere qu'il en incommodera
moins les Habitans de Zulpha,
qu'il ne faifoit auparavantpar fes
frequentes forties avecfes Fems
mes.
GALANT. 77
La Lettre de M ' de Vertron
que je vous envoye , vous ap
prendrà la mort d'une perfonne
qui eftoit fort confiderée
de tous les gens de merite.
A MADAME
D'ALLONVILLE
D'AMBOIS E.
V
Ous n'ignorez pas , Ma
dame , quelle elloit l'ef.
time que j'avois pour Made
moiſelle de Loynes . Ainfi vous
comprendrez aisément com .
bien je fuis fenfible à la perte
G iij
78 MERCURE
que j'en viens de faire . Elle eft
morte le 24 de May à Port-
Royal des champs , & je ne
fçaurois vous exprimer la douleur
dont je fus frapé en recevant
une fi funefte nouvelle .
Vous fçavez , comme je l'ay
fait voir dans ma Nouvelle
Pandore
, qu'elle eftoit parta
gée d'un efprit des plus brillans
, qu'elle compoſoit bien
en Profe & en Vers , & qu'elle
charmoit également les coeurs
& les efprits ; mais vous ferez
peut- eftre furpriſe d'apprendre
que ce Soleil a efté encore
plus brillant dans fon occident
GALANT. 79
4
que dans fon midy. Aprés
avoir efté l'admiration du
monde , elle a jugé le monde
digne de fon mépris ; & tout
Paris l'a vûë renoncer aux vanitez
dela terre , pour ne s'attacher
qu'aux folides richeffes
du Ciel. Il y a deux ans , Ma
dame , qu'elle me fit la grace
de m'ouvrir fon coeur fur la
genereufe réfolution qu'elle
avoit prife de confacrer le refte
de fes jours au fervice de
Dieu dans la retraite Quelque
intereft que j'cuffe à combattre
un deffein qui devoit me
priver des avantages que je
Gi
80 MERCURE
retirois de fa fpirituelle converfation
, je n'eus garde de
m'opoſer aux ordres du Ciel , &
je fis éclater plus d'admiration
que
de douleur dans ma répon
fe . Je puis dire , Madame , que
ce fut alors que je la vis pour
la derniere fois , car depuis ce
trifte jour elle n'a paru à mes
yeux que comme une ombres .
Elle eftoit fi occupée de Dieu.
qu'elle me parloit fans m'entretenir
, & qu'elle me voyoit
fans me regarder , encore étoit
ce rarement. A peine fon tems
luy fuffifoit , pour vaquer aux
oeuvres de pieté , dont elle faiGALANT.
8
foit fon unique étude. Elle ne
fortoit de fa maiſon que pour
prendre le chemin des Eglifes,
ou des Hôpitaux ; & c'eftoit
par un exercice fi beau , qu'elle
le préparoit à cette retraite ,
qui a efté la conſommation de
fon détachement des créatures
. Elle y a vêcu dans la plus
fevere abftinence , & y eft
morte dans le cilice en odeur
de fainteté. Voilà , Madame ,
de quelle maniere cette Demoiſelle
a terminé fa courſe.
La gloire dont elle a brillé parmi
nous , quelque éclatante
qu'elle foit, n'eft qu'une obfcu
82 MERCURE
rité , au prix de celle dont elle
eft environnée parmy les
Saints . Toute latendreffe que
j'avois conceuë pour elle s'eft
changée en veneration ; & le
bonheur dont elle jouit me
confole du malheur que j'ay
eu de me la voir enlevée par
une mort fubite. Vous fçavez,
Madame , qu'elle eftoit Fille
de feu M' de Loynes, Prefident
à Mortier du Parlement de
Metz , & Belle - foeur de M
Molé,Confeiller au Parlement
de Paris , dont le Frere y eft
Prefident à Mortier, Mais la
gloire de la mort de cette
GALANT.
83
Heroine Chreftienne l'empor
te encore fur celle de fa naif.
fance , & fera à l'avenir le
principal ornement de fon illuftre
Famille. Je luis , Mada
me,Voftre tres , & c.
Vous me demandez des
nouvelles du Livre intitulé ,
Le nouveau Democrite , ou Dé
laffemens d'efprit , qui ſe vend
depuis peu chez le Sieur Brunet
, dans la grande Salle du
Palais , à l'Enfeigne du Mercure
Galant . On affure que ce
Livre eft dans le gouft des
Amuſemens ferieux & comi.
84 MERCURE
ques , & comme des perfonnes
d'efprit , & qui ont accoutumé
de juger fainement des cho .
fes , le publient , on doit préfumer
qu'il eft fort diverti
fant , & rempli de bonnes chofes
. Je connois des gens dont
les décifions font toujours ju
ftes , & qui en ont lû quelques
Chapitres , où ils ont trouvé
beaucoup de fel & de vivacité,
des peintures fort agreables ,
& des caracteres bien tou .
chez . Comme l'Auteur louë
moins qu'il ne blâme , cet
Ouvrage doit avoir du debit,
& il paroift qu'il y a plufieurs
GALANT. 8
portraits d'aprés nature , où il
ne fait pas voir les hommes de
leur beau cofté . Il n'y a rien
dans l'homme qui ne foit utile.
Les belles qualitez de ceux qui
en ont , enfeignent le chemin
du merite & de la vertu , &
donnent de l'émulation pour
les imiter & leurs defauts
vivement reprefentez , font
faire des reflexions à ceux qui
reconnoiffant en eux- mêmes
ce qu'on leur montre dans
les autres , font portez quel
quefois par là à chercher les
moyens de s'en corriger.
Le même Libraire qui debite
;
86 MERCURE
le Democrite nouveau , vend
une Comedie intitulée Le Ca.
pricieux. Il y a déja quelque
temps qu'elle a efté reprefentée.
On ne fçauroit dire avec
quel fuccés , puis qu'elle a re.
çu beaucoup de loüanges des
uns , & qu'elle a eſté fort critiquée
par les autres . L'Auteur
a fait une Préface tres inge
nieufe là deffus , & qui merite
l'approbation de ceux qui ju.
gent fans prévention .
·
En vous apprenant le mois
dernier la mort de Mademoifelle
de Scudery , j'oubliay de
vous dire en vous parlant - de
GALANT. 87
M' de Scudery , fon Frere, qu'il
eloit fameux par beaucoup
d'excellens Ouvrages , qui luy
avoient fait meriter une place
dans l'Academie Françoife , où
certe illuftre Fille remporta le
Prix de Eloquence in 1671.
Elle avoit dédié les Converfations
de Morale au Roy , qui
en 1683. l'avoit gratifiée d'une
Penfion de deux mille livres.
Elle eft enterrée dans l'Eglife
de Saint Nicolas des Champs.
M' de Vertron a fait fon Epitaphe
en Latin , pour eftre
gravée fur fon Tombeau . Voi.
cy la verfion qu'il en a faite
88 MERCURE
en faveur de ceux qui n'entendent
pas cette Langue .
A l'heureufe Memoire
DE MAGDELEINE DE SCUDERY ,
Qui
En pudeur, en fidelite , en efprit ,
Enpieté , & en grandeur de courage,
Trouvera à peine fon égale.
Animée d'une chafte pudeur,
Ellefleurit, comme le lis parmi
les épines
.
Excitée parfafidelité ,
Ce fut un Soleil,
Dont les rayons & lesfeux
Je répandirent fur fes Amis.
Soutenue par fa pieté ,
Semblable à une Aigle ,
GALANT. 89
Elle s'eleva au deffus de la terre ,
Pour prendre fon eßor vers le Ciel .
Illuftre parfon efprit ,
Elle brilla entre nos Mufes ,
Et merita d'eftre appellée
LA SAPHO DE LA FRANCE .
Munie de lagrandeur de fon courage,
Ellefurmonta lesfoibleßes du corps ,
En invicible Heroine.
Triomphant de l'adverfité ,
Elle demeura inébranlable
De même qu'un rocher au milieu
des flots.
Les douleurs lesplus aiguës
Ne trouvèrenten elle qu'une Amazone
Chreftienne.
Ellefut l'honneur de l'un & de l'autre
fiecle ,
Le precedent la vit naiftre ,
Helas ! celui-ci a efté le trifle témoin
de fa mort :
Juin
1701.
H
90 MERCURE
4
Elle ne devoitjamais moarir,
Mais iln'y avoitpoint d'autre chemin
à l'Immortalité.
Cette illuftre Fille mourut le 2.
du mois defuin ,
Agée de 94 ans .
L'An de Grace M. DCCI.
Voicy quelques autres pieces
fur la mort de cette Illuftre
perfonne.
La premiere eft de M**
Marcel.
MADRIGAL
ENfin Sapho n'eft plus ! ouy , la
Mort & le Temps ,
Ces Deitez qui n'épargnent perfonne
Soit l'homme de neant, ou la teste à
couronne
GALANT.
De cette illuftre Fille ont terminé les
ans .
gloire
L'un & l'autre jaloux de fa folide
Et de fon grandfçavoir ; & de fes
pures moeurs ,
Pourenrompre l'accordl'accablant de
douleurs
Ontmontre ce que peut leurfureur la
plus noire.
Mais le Cielqui pour elle en toutfut
éclater.
Et qu'àfon tour elle pritfoin defuivre,
En dépit de la mort l'euft toûjours
laiffé vivre ,
N'eftoit qu'il faut mourir pour pouvoir
y monter.
Le même M Marcel a envoyé
cet autre Madrigal à Mademoi
felle Lheritier , à l'occafion de
cette mort .
Hij
92 MERCURE
Pour ton incomparable Amie,
Avoir couler tespleurs, ton deüil n'eſt
pas petit ,
Ah , tu la dois ainfi pleurer toute ta
vie,
Puifqu'elle s'a fait en partie
Heritiere de fon efprit.
Mr Moreau de Mautour eftoit
trop amy de Mademoiſe le de
Scudery pour s'eftre tcu da s
cette rencontre. Les Ve.s fu
vans font de luy,
CIel ,
Iel , de trop de rigueurfans ceßeje
t'accufe ,
De ravir Scudery , cette dixième
Mufe.
La Parque de fa vie a terminé le
cours
Etfa perte me cause unejufte trifteffe.
GALANT. 93
Ala France elle a fa itplus d'honneur
en nosjours
Que Sapho n'en a fait autrefois à la
La Grece.
Les Mufes Latines ont auffi
voulu faire honneur à Mademoiſelle
de Scudery . M'l'Abbé
le Houx les a fait parler
ainfi.
Pro annofiffima Sibylla Domina
DE SCUDERY
;
De Parnaffo bene merita ,
EPITAPHIUM.
Erepta eft Sapho aternis focianda
Camanis
,
Ut quæ homines cecinit , nunc
canat ipfa Deos.
94- MERCURE
ALIUD.
Sidus Apollinum extinctum eft ;
plorate, Sorores ,
Conduplica lacrimas tu quoque,
Pinde duplexo
Je ne puis m'empêcher d'ajoû--
ter icy un autre Diftique en la
même langue fur l'élevation de
Ml'Abbé Bignon à la dignité de
Confeiller d'Etat . Quelques honneurs
que le Roy puiffe répandre
fur luy , on l'en trouvera toûjours
tres-digne .
Oni Mufis focius , pandit fecreta
Minerve
༣
1
CALANT. 9 ་
Dignus confiliis Solis adeffe fuit.
Vous fçavez que M¹ de Vau
ban a efté élu Prefident de l'Academie
des Sciences. Cette
élection a donné lieu à ce Qua
train .
LOUIS , l'appuy des beaux Arts,
Montre aßez qu'il les conferve,
Elevant un Fils de Mars
Surle Trône de Minerve,
Je vous ay déja parlé der
Madame de Malenfant , à l'oc
cafion du Prix du Soucy qu'elle
remporta l'année paffée aux
Jeux Floraux de Toulouſe , par
une Elegie où elle regrettoit
96 MERCURE
la mort de Madame Coulet de
Beaumont , fon intime Amie ,
& Dame d'un rare merite. El
le a remporté cette année le
Prix de l'Amarante par le jugement
de la même Academie
, & c'est par cette Ode
qu'elle a furpaffé tous les con
currens.
SUR LE TEMPS.
ODE.
A plus hautfommet du Parnaffe
Je prens un efor glorieux ,
E
GALANT:
97
Et plein d'une nouvelle audace
Je vay parler comme les Dieux .
Le noble transport qui m'anime,
Me fait chanter d'un son fublime
Le Temps , fes progrés divers .
Quel vafte fujet à décrire !
Je découvre que fon Empire
Eft auffi vieux que
l'Univers.
Déja brille le premier âge ;
Je vois du tenebreux Cabos
Sortir le magnifique Ouvrage
Des Cieux, de la terre desflots.
Inftrument du pouvoir immenſe ,
Le Tempsfuit ,foutient & difpenfe
Des Saifons le rapide cours.
par un mouvement utile,
Juin 1701.
Et
98 MERCURE
Ilfçait dans fa route fertile
Mourir renaiftre toujours.
Tous les ans la plaine fe dore ,
LaVigne étalefes trefors ,
Le trifte Hiver , l'émail de Flore,
Du Temps diftinguent les accords.
Son fecours bienfaisant prépare
Les biens que dans fon fein avare
La Terre renferme produit.
Artifan, qui n'as point de trève,
Partoy tout commence & s'acheve
Tout fe forme , & tout fe détruit.
Que la Beautémene àſaſuite
L'aimable troupe des Plaiſirs ,
GALANT. 99
Et que fon attrait nous invite
A luy confacrer nos defirs.
Elle a beau marquer fes conqueftes
Sur les plus orgueilleuſes teftes,
Et triompher de tous les coeurs ;
Bien toft en proye à des allarmes,
Du Temps qui ternit tous fes charmes
,
Elle éprouve les traits vainqueurs.
Quels changemens marquent fa
courſe !
Par luyfeul les hommes épars,
Depuis le Midyjufqu'à l'Ourſe ,
Elevent de hardis rempars.
Sousfes aufpices s'établirent
Ces pompeux Etats qui fleurirent
I ij
100 MERCURE
Dans la celebre
Antiquité;
Et victimes du même Maiftre,
A peine laiffent- ils paroiftre
Des restes de leur majesté.
On marche aujourd'huy fur les
berbes
Qui couvrent les faiftes fameux
De tant d'édifices fuperbes ,
De l'orgueil enfans fomptueux.
Les plus brillantes deftinées ,
Contre le tiran des années
Vouspròmettoient un vainſecours .
Heros , que la vertu couronne ,
Sans lenom que le Pinde donne ,
Vos faits auroint fuivi vos jours,
GALANT. ΤΟΥ
Maisquelle ardeur vive &pref-
Jante
Ranime faifit mes efprits !
Quelle matiere éblouiſſante
Vient s'offrir à mes fensfurpris !
O Temps ! ce n'eft point à la gloire
Des Heros qu'a vanté l'Hiftoire
Que tu dois ton plus bel éclar.
Rien ne furpaffe les prodiges
Dont marqué tes plus beaux veftiges
Ungrand & pieux Potentat.
Auffi toft deftructeur que pere
Des heures , des jours & des ans,
Tu fais que d'une aile legere
Loin de nous volent les inftans.
I iij
102 MERCURE
Dans le canal qui la renferme,
L'eau fans relâche vers fon terme
Roule d'un cours précipité.
Ainfi d'une égale viseffe
Les momens fe creufent fans ceffe
Un tombeau dans l'éternité.
Quelle horreur , quels feux , quel
tonnerre !
Hors de moy, plein d'étonnement
Dudébris entier de la Terre,
J'envisage l'affreux moment .
Ces beaux liens , ces fimpaties
Qu'on voit en toutesfes parties,
Tout,fans retour,fe brifera,
Et dans les éternels abifmes ,
Temps, avec tes propres victimes,
GALANT: 103
Ton regne à jamaisfe perdra.
Il me feroit inutile de vous
dire que Madame de Malenfant
eft une Dame qui a beaucoup
d'efprit & de fçavoir.
Vous le connoiffez par les ouvrages.
Elle eft Fille de M
Chaluct , Confeiller au Parle .
ment de Toulouſe , & Veuve
de M de Malenfant , Juge
Mage & Prefident de Pamiers.
M'de Malenfant , Fils de cette
fçavante Dame exerce aujourd'huy
avec beaucoup de diftinction
, cette méme Charge
de Prefident de Pamiers qu'a-
I iiij
104 MERCURE
voit feu M'fon Pere . Mr S. de
Toulouse , touché de la beauté
de cette Ode victorieuſe , a
a envoyé cette Epiftre à Madame
de Malenfant fur l'avantage
qu'elle a remporté.
A MADAME
DE MALENFANT.
T'Elle que Lheritier , telle que
Deshoulieres ,
Malenfant , vous brillez pardes
talens divers ,
On admire par tout voftre Profe
& vos Vers
Dont les expreffions fines & regu
lieres
GALANT. 105
Gagnent la voix des plus doctes
Experts.
Tout fent de vos Ecrits la feconde
énergie ,
Un Soucy plein d'attraits
Qui ne feletriva jamais,
Fut le prix de voftre Elegic ,
Où l'amitié triomphe en de char
mans regrets
.
Vous remportez encore une riche
Amarante
,
Par une Ode fine & brillante ;
Le Temps , dont vous venez d'y
faire le Tableau ,
Refpećtera toujous un Ouvragefi
bean.
106 MERCURE
Dans vos productions Apollon
vous inspire ,
De fes plus bellesfleurs vous com .
pofez leur miel.
Qu'il eftdoux d'occuper une élegan .
te Lyre
A chanter Louis & le Ciel .
Louis eft moins l'effroy que l'amour
de la Terre,
Qu'il nous prépare de bienfaits !
Tantoft vous le peigneZ triom .
phant dans la Guerre ,
Tantoft l'Arbitre de la Paix.
Quand vous nous faites voirfa
clemence , fa gloire ,
GALANT. 107
L'équité de tous fes projets ,
Son amour paternel qu'éprou
ventfes Sujets ,
Et mille autres vertus qu'on aura
peine à croire,
Vous nous éblouiffez de faitspro.
digieux ;
Jamais la Fable ny l'Hiftoire
Ne porterent fi haut leurs Heros
ny leurs Dieux.
Tout ce qui part de vous deviens
inimitable
;
Vous écrivez beaucoup en peu de
mots.
Vous mélez finement l'utile à l'az
gréable,
108 MERCURE
Et vous dites tour à propos .
Vos Ouvrages pieux n'ont rien
qui ne ravife .
Ils raniment l'efprit d'un Chreftien
abattu ;
Ils ont l'art d'infpirer de l'horreur
pour le vice ,
Et de l'amour pour la vertu .
En quelque genre où vostre esprit
s'exprime ,
Vous enchantez également;
Le mediocre , ainfi que le fu
blime
Vous doivent tout leûr agré.
ment.
GALANT. 109
Voftre charmante Poësie ,
Digne des plus fçavans honneurs
,
Donne un nouvel éclat à la Troupe
*
choiſie ,
Qu'une Etoile conduit au Temple
des neufSoeurs.
* L'Etoile eft la Devife de l'Academie
des Lanterniftes , où
Madame de Malenfant eſt aggregée
.
M' le Marquis de Caſtelmoron
, Colonel du Regiment
de Nivernois , Petit - fils par
Femmes , des Maréchaux de
110 MERCURE
la Force & de Biron , épouſa
le mois paffé l'Heritiere du
feu Marquis de Bournazel ,
Grand Senechal & Gouverneur
de la Province de Roüergue.
La naiffance de cette Demoimoiſelle
eft proportionnée à
fon grand bien , puis que fon
Grand pere , fon Pere , & fon
Oncle , ont exercé fucceffivement
la Charge de Senechal &
de
Gouverneur du Roüergue
Madame ſa mere a époulé en
fecondes Noces M'le marquis
de Gontaut , de la maifon de
Biron . M' le Marquis de Ca.
ftelmoron eft Fils ainé de Mef
GALANT . 111
fire Armand , Marquis de Belfunce
& de Caftelmoron ; Ba
ron de Gavaudan , Seigneur
de Born, de Vieilleville , Grand
Senechal & Gouverneur des
Provinces d'Agenois & de Condomois
, & de Dame Anne de
Caumont Laufun, Soeur d'Antonin
Nompar dé Caumont ,
Duc de Laufun & de S. Fargeau ,
Chevalier de la Jaretiere , cydevant
Gouverneur du Berry,
General des Dragons , Capitai .
ne des Gardes du Corps , Lien.
tenant General , & Generaliffime
des Troupes de France &
d'Angleterre en Irlande. M' le
112 MERCURE
Marquis de Belfunce a encore
d'autres Enfans , qui font N.de
Belſunce , cy devant Abbé
Commendataire de la Reole,
maintenant Jefuite . N. de Belfunce
, Chevalier de malte ;
Enſeigne de Vaiffeau . N. dit
l'Abbé de Bellunce , & N. de
Bellunce , Religieufe dans
l'Abbaye de Saintes , dont мa.
dame de Laufun , ſa Tante, eft
Abbeffe. Il a eu deux Soeurs ,
dont l'une avoit épousé le dernierMaréchal
Duc de la Force,
fon Parent; & l'autre, le marquis
de Thonneins , Frere du même
Maréchal. Ila un Frere , dit le
GALANT. 113
Comte de Belfunce, Brigadier
des Armées du Roy,Chevalier
de S. Louis , cy devant Colonel
du Regiment de Nivernois .
La Maifon de Bellunce , pour
eftre trop ancienne , ne fçait
rien de feur de fon origine.
Elle a pris naiffance dans le
Royaume de Navarre , où elle
s'eft diftinguée par fes Charges
& fes Alliances . Il y a plus
de cinq cens ans que le titre
de Vicomte eft dans cette maifon,
& il y eftoit du temps qu'il
n'y avoit que quatre Vicomtes.
& quatre Barons dans la Na-'
varre. La dignité de Ricombe ,
Juin 1701 .
K
114 MERCURE
qui eftoit la plus éminente , &
qui répondoit à celle de Maréchal
de France , y eft entrée
deux fois en 1350. & en 1579.
Ily a eu des Vicomtes de Belfunce
, Grands Chambellans
en 1384. Un Belſunce fut un
des Plenipotentiaires pour la
Paix entre la Navarre & la
France. Il feroit trop long de
rapporter tous les Emplois
éclatans dont ils ont efté honorez.
Pour faire voir combien
ils eftoient estimez de leur
Prince , il fuffit de dire que N.
Vicomte de Bellunce , qui
avoit efté premier Ecuyer
GALANT. 115
d'Antoine de Bourbon , fuc
choifi par ce Prince pour eftre
Gouverneur de Henry le
Grand , mais la mort le dépoüilla
de ce glorieux employ
peu de mois aprés qu'il eneut
efté honoré, & il futdonné àN.
d'Albret , Comte de Mioffans.
Les Gouvernemens de Dax ,
du Pays de Soule , de Mauleon
, & de Bayonne , leur ont
efté comme hereditaires , &
ils joüffent encore des beaux
privileges qui leur ont eſté accordez
par leurs Rois , le Vicomte
de Belfunce , qui eft
l'aîné de la Maiſon eſtant :
K ij
116 MERCURE
dans toutes les occafions à la
tefte de toute la Nobl . ffe du
Pays. Ils ne fe font pas moins
diftinguez en France par leur
valeur. Deux ont efte Gentilshommes
de la Chambre . Il y
en a eu douze de tuez dans les
premiers Emplois de l'Armée ,
& quatre dans ce regne cy
ont perdu la vie pour le fervice
du Roy à la tefte du Re .
giment de Belfunce . On n'a
vû dans cette Maiſon ny gens
de Robe ny gens d'Eglife , &
elle ne s'eft jamais mefalliée .
Elle a eu l'honneur au contraire
de s'allier toûjours à
GALANT. 117
·
de
'des Maifons tres - illuftres , &
elle fe voit tres étroitement
unie à celles de Leon , de Grammond
, de Roucy , de Ryberac ,
de Foix , de Navarre , Bearn ,
d'Albret ,d'Elbeuf, de Turene,
d'Uzés, de Pompadour , de Duras
, de la Rochefoucaud ,
Montmorency Luxembourg ,
de Malofe , de Navailles , de la
Force, de Biron , & de Lauzun .
La Maiſon de Bellunce avoit
toûjours porté pour Armes
celles de Bearn fans diftin
ction , mais les Rois de Navarre
ordonnérent qu'ils y ajoûte.
roient un Dragon à trois teftes ,
+
118 MERCURE
en memoire d'une action qui
tiendroit du Roman , fi l'on
n'en avoit des preuves autentiques
. Dans le onzième fié.
cle un Monſtre ravageant les
environs de Bayonne , un Belfunce
, à l'exemple du fameux
Chevalier de Rhodes , ſe facrifia
pour la Patrie , & à la
vûë de toute la Ville alla feul
combattre le Monftre qu'il
tua & perit luy même des
bleffures qu'il en reçut. Son
corps fut enseveli dans la Chapelle
de la Maiſon , qui eſt
dans l'Eglife des Jacobins de
Bayonne. L'Hiftoire de cette
·
GALANT 119
belle action eft encore écrite
en lettres gothiques fur le tom.
beau de ce Heros , & fur les
vitres de la Chapelle , dans
laquelle la peau de ce Monftre
eft fufpenduë. La Ville de
Bayonne donna aux defcendans
de ce Seigneur , en memoire
d'un fervice fi fignalé ,
une Terre confiderable , & le
Chapitre la dixme de tout le
canton qui avoit cfté ravagé
par le Dragon. Le Vicomte
de Bellunce poffede encore
aujourd'huy l'une & l'autre.
L'Auteur des paroles de
120 MERCURE
l'Air noté que je vous envoye,
eft celuy qui ne le fait conoi.
ftre que fous le nom de Tamirifte.
AIR NOUVEAU.
A Llez, charmant Nectar , en
faveur de mes peines ,
Couler dans les aimables veines
De l'adorable objet qui cauſe ma
langueur.
Quelferoit,helas ! mon bonheur,
Si comme vous , trop heureux
que vous eftes ;
Je pouvois quelque jour par des
routes fecretes
2 Trouver le chemin de fon coeur!
Comme
GALANT. 121
-
Comme j'ay beaucoup de
chofes à vous dire touchant
tout ce qui s'eft paflé depuis
la mort de Monfieur , & le
nombre de particularitez dont
je fuis obligé de m'informer
pour un article fi long & fi
confiderable , ne demandant
pas moins de temps que de
foins pour les recherches qu'il
faut faire , cet Article ne peut
eftre preft que pour eftre placé
vers la fin de cette Lettre. Ainfi
je me trouve obligé , non feulement
de mettre icy des Vers
touchant la mort de ce Prince,
qui devroient fuivre ce que
Juin 1701.
L
122 MERCURE
vous attendez que je vous en
dife , mais auffi quelques Articles
de faits éclatans , qui font
arrivez depuis . Celuy de la reception
de Mrs de Malezicu &
de Capiftron à l'Academie
Françoiſe, eft de ce nombre . El
le devoit eftre faite le jour que
S. A. R.mourur, & Mrs de l'Academie,
par une prudente de .
liberation , faite dans le mo
ment que ces deux nouveaux
Confreres alloient estre reçus ,
la remirent à la huitaine . Voi.
cy les Vers dont je viens de
vous parler. Les premiers font
de M Mallement de мeffange.
GALANT .
123
AU
ROY,
Sur la mort de Monfieur.
GRand Monarque , arreſtez los
torrens de vos yeux,
Calmez cette douleur qui redouble la
noftre,
Ce Frere incomparable est allé dans
les Cieux,
Yprendre une Couronne , & proteger
la voftre.
2
Prés de vous il goûta des jours heureux
& doux.
De plus heureux encor là-haut doivent
l'attendre.
C'eftoit l'unique endroit , où ce coeur
grand & tendre
Lij
$ 24 MERCORE
Puft fe trouver content , vivant abfent
de vous.
2
La mort fait quelquefois embellir
fes alarmes.
Quiconque , en vous voyant , a pù
fentir les charmes
Et de voftre prefence , & de vostre
pouvoir,
Doit cherir du Trépas lafaveur inbumaines
Quill'òtant le premier , le fauve de
la peine
De vivre icy-basfans vous voir.
Les Vers qui fuivent ſont de
MrDader.
Quel mélange confus de joye & de
triftelse
GALANT. 125
Se répand aujourd'huy dans l'Empire
François ?
Philippe couronné nous comble d'al-
Legreffe ,
Et Philippe au cercueil nous réduit
aux abois.
Le fort detous les deux , Seigneur, eft
voftre Ouvrage !
Vous fixez le deftiu dès Princes &
des Rois ,
Et la regle de leur partage
Ne fe trouve que dans vos Loix;
Mais toujours pour leur bien voftre
amour s'intereffe .
Gloire, grandeur, Trone , Cercueil,
Comble de joye , excés de deuil .
Tout dépend de voſtre ſageffe.
Ellefeule fait aujourd'huy,"
Et nos beauxjours ,& noftre ennuy;
Mais foit qu'elle nous flate, ou qu'
elle nous chatie ,
Liij
126 MERCURE
Vos bontex font , Seigneur , toujours
de la partie .
Ces deux Vers Latins meritent
de trouver icy leur place.
Dividit in fratres Ċælumfaa munera
, toti
Jura dat hic Orbi , regnat at ille
Polo.
M' Simart ,de Sezanne en Brie,
qui eft l'Auteur de ce Diftique ,
l'a rendu en noftre Langue par
ces quatre Vers.
Le Ciel, pour couronner la vertu de
deux Freres
Partage entre euxfa grace &fes
bienfaits.
Louis regne aujourd'buy fur les deux,
Hemifpheres ,
GALANT. 127
Et dans le fein de Dieu Philippe
regne en paix.
Quoy que l'avenement
de
Monfeigneur
le Duc d'Anjou
à la Couronne d'Eſpagne
ne
foit plus une choſe nouvelle ,
les Vers qui ont efté faits fur
ce fujet , & qui n'ont pas enco
re efté vûs , eftant nouveaux
pour ceux qui les liront , j'ay
cru devoir vous envoyer
la
Piece fuivante . Elle eft de M
de Beaumont de Carcaffonne.
Chefdes Nymphes de l'Hippocrene
,
Apollon , c'eft toy que je vois ;
Liiij.
128 MERCURE
Fe fens ma languiſſante veine
Qui fe ranime par ta voix.
Source de la pure lumière ,
Guide moy dans une carriere ,
Dont la beauté me réjouit ;
Ou plutoft , chantefur ta Lyre
Ce grand spectacle que j'admire,
Lors quefon éclat m'éblouit.
S
En vain la fameuse maxime ,
Rien de nouveau fous le Soleil ,
Refufe d'admettre fans crime
Un evenement nompareil.
Quand l'Iberie avec inftance
Vient choifir un Roy dans la France ·
On voit un prodige nouveau ,
Et fon Monarque la confole
Lorfque fa puillante parole
Acheve un miracle fi beau.
S
Unfiecle vient de difparaitre ,
GALANT. 129
Plein de prodiges inoüis ,
Et celuy que l'on a vû naiſtre
N'eft pas moins heureux pour Louis.
Tous deux font dignes de memoire
Et mettent le comble à la gloire
Du plus grand de tous les Heros.
Invincible pendant la guerre ,
Il eft l'Arbitre de la Terre,
Dans le calme de fon repos.
2
Souvent nos Princeffes charmantes
Sur le Tage ont donné des Loix ;
Fortfouvent auffi fes Infantes
Furent Epoufes de nos Rois .
Lors que la fureur de Bellonne
Armoit l'une & l'autre Couronne
Au dommage des deux Etats ,
Combien de fois ces Mariages.
`Ont- ils efté d'illuftres gages
De la foy de ces Potentats !
igo MERCURE
2
Mais l'agreable conjoncture
Dont tout l'Univers eſtſurpris
A ces liens de la nature
En ajouté un de plus grand prix.
Dans un Teftament équitable
Que l'Etat reconnoift valable
PHILIPPE eft élu Souverain ;
Ses droits appuyoientfon merite
Et Louis fur cette conduite
Luy met le Sceptre dans la main.
&
Deja l'Espagne eft embellie
De mille rayons
lumineux
Que cet augufte Parelie
Vient faire briller àfes yeux.
Déja , des Indes au Mexique
Ce grand nom de Roy Catholique
Trouve un respectueux dévoir.
Dans l'un & dans l'autre hemifphere.
On le cherit , on le revere
GALANT.
13t
Ou , l'on redoute fon pouvoir.
द
Ce Soleil commençantfa courfe
Contraint l'Oiseau de Jupiter
D'oublierfa foible reßource
Dont le fouvenir eft amer ;
Parmi l'allegreffe commune.
L'éclat de fa gloire importune
Intimide les ****
Et l'Ours caché dans fa taniere
Fuit cette brillante lumiere
N'ofantyfixerfes regards .
S
Peuples , qui du Sarmate au More ,
Habitez cent climats divers ,.
Et qui du Couchant à l'Aurore
Partagez ce vafte Univers
Craignez la puissance infinie
De Fincomparable Genie
Qui domine au Trône des Lis ;
Elle s'étendjufqu'à l'Eſpagne
132 MERCURE
Comme lafidelle compagne
Del Ayeul , & du Petit-fils.
ន
Que ces deux Auguftes Monarques
Puiffent n'avoir que d'heureuxjours ,
Sans que le caprice des Parques
Pretende en arrefter le cours .
Qu'une profperitè conftante
Paffant nos voeux & uoftre attente
Les méne à l'immortalité ,
Et puiffent-ils , malgré l'envie ,
Foüißant d'une longue vie ,
Faire noftrefelicité.
M' le Comte de Lemos
General des Galeres d'Efpa .
gne , eftant arrivé à la Rade
de Marfeille le premier jour
de Juin avec huit Galeres du
GALANT. 33
Roy Catholique , M ' le Bailly
de Noailles , M' le Comte de
Luc , & M de Montmor ,
Intendant General des Galeres
de France,, l'ont tour à tour
regalé magnifiquement par
de differentes Feftes , & de
grands repas. Ils luy ont fait
divers prefens des curiofitez
du pays , & ont eu foin de luy
faire voir les beautez & les
Fortifications du Port de Mar.
feille . Ce General les a admirées.
Ila marqué beaucoup de
reconnoiffance des Feftes qu'
on luy a données , & des prefens
qui luy ont efté faits ;
134 MERCURE
mais il a efté fur tout charmé
des manieres honneftes &
obligeantes des François. Il
reçut à Marſeille des ordres
pour ſe rendre dans les Ports
d'Eſpagne , où l'on a jugé que
les forces qu'il commande
pouvoient eftre plus neceffaires
.
Sa Majesté Catholique
n'ayant
fait part aux Cantons
Suiffes de fon avenement à la
Couronne d'Espagne , que
quelques mois apres fon arrivée
à Madrid , je n'ay pû vous
envoyer plûtoft la Lettre qui
leura efté écrite de la part de
GALANT . ཟ་ 5
ce Prince. Voicy ce qu'elle
contient..
TRES LOUABLES CANTONS.
•
Comme par la mort du Roy
Charles II. mon Parent , je fuis
venu à la fucceffion , & au gou.
vernement de tous fes Royaumes
&Etats , & que jefuis prefentement
arrivé en Espagne , où je
fuis en poffeffion du Gouverne .
ment , j'ay voulu vous en donner
connoiffance , & vous affurer en
même temps que j'entretiendray
toujours la bonne correspondance
qui fubfifte entre cette Couronne ,
16 MERCURE
& voftre Regence , & queje vous
donneray toujours des marques fincerès
de la bonne inclination que
jaypour vos interefts , & demon
affection envers vous . Signé,
ΜΟΥ LE ROY. Et plus
bas , ANTONIO D'ORTIZ .
M' le Marquis de Villette a
mis le
15.
de ce mois à la Voile
pour Cadix , avec quatre Vaif
leaux. Le Foudroyant , que commande
ce Marquis , a pour
Capitaine en premier ', M ' de
Caumont , & pour fecondCapitaine
, M' de Luynes . Le fe
cond Vaiffeau eft le Monarque,
GALANT. 137
commandé par M' d'Amfreville.
Le troifiéme , le Prompt ,
dont M' de Beujieu eft Capi
taine; & le quatrième, leFèune ,
commandé par M² de la Roche
Allart.. Cette petite Flote
eft accompagnée de quelques
Brûlors & de quelques Cor
vettes.
Le Printemps qui fuit eft
de Mademoiſelle Lheritier . I
fuffit de fçavoir le nom d'une
perfonne dont les Ouvrages
ont plû , pour eftre perfuadé
qu'on trouvera des beautez
dans ceux qu'on va lire .
Fuin 1701.
M
138 MERCURE
$52225525252222222
LE PRINTEMPS.
IDILLE.
A Madame la Comteffe D. L. R.
E Printemps dans ces lieux fait
briller mille fleurs ,
1
Tout renaif & tout rit dans ce char
mant bocage ,
On y goûte le frais dun agreable
ombrage ,
Et les tendres Oiseaux fecondant
leurs langueurs ,
Y charment par leur doux ramage..
Un vert brillant & vif embellit ces.
côteaux ,
Zephir agite l'air d'an foufle favorable
,
GALANT.
139
On voit couler de clairès eaux ,
Qui par un murmure agreable,
Se meflent aux concerts que forment
les Oifeaux.
Quoy que dans ces beaux lieux tout
femble faitpour plaire ;
Un coeur qui connoift bien des malheureux
humains
Les gènes , les craels deftins ,
Nepeut icy fe fatisfairë.
Ces aimables productions.
Que la nature & le Cielfavorifent,
Infenfiblement le conduifent
A de triftes reflexions :
Ces arbres & ces fleurs , cès Oiseaux,
ces eaux pures ,
Dans une douce liberté,
Goûtent tous les plaifirs de låtranquillité,
Et n'ont point , comme nous , des loix
fieres & dures ,
M ij
140 MERCURE
Qui viennent mettre obftacle à leur
felicité.
Que vostre fort eft doux auprès du
noftre !
Vous qui parle Printemps rendez ces
lieux fi beaux ,
Chefnes , fleurs , Rolignols , ruif
feaux,
Noftre deftin , helas ! bien different
du voftre ,
Nous livre chaque jour à des tour-·
mens nouveaux.
Par une cruelle avanture
Nous fommes condamnez à fuir ce
qui nous plaift ,
Aux penchans les plus doux qu'infpire
la nature
L'importune raifon oppofe un fier
Arreft.
C'est en vain qu'en fecret noftre coeur
en murmure ,
GALANT. 14
L'efprit de la raiſon prend toujours
l'intereft,
Arme d'une autorité feure ,
Ilfaitpar des refforts puiſſans
Sous fon pouvoir enchainer tous les
fens.
La nature de nous fifouvent outra
gée
Par ces fieres rebellions ,
Ne nous prefcrit plus rien , & pour
eftre vangée ,
Nous abandonne aux noires paf--
fions.
Le fervile intereft , l'implacable
vangeance ,
La jaloufie & la doulenr
Sans ceffe nous rongent le coeur ,
Et nous font reffentir leur barbare
puiflance
Avec une aveugle fureur.
Les faifons les plus favorables
*12 MERCURE
N'ont rien pour nous de parfaite
ment doux
Par nos deftins impitoyables
Nous fommes expofez fans ceffe à
leur cnuroux ,
Et nous ne devons pas attendre
Que la nature daigne en repoußerles
coups ,
Elle veut que l'efpritfache feul nous
défendre ;
Mais malgréfes plus grands efforts
Il est fouvent preft de fe rendre ,
Ayant des ennemis fi cruels & fi
forts.
Bois , honneur de cès lieux vous n'è --
tes pas de même ,
Vous ne craignež ennemis ny jas
loux ,
La Nature vousfert avec un foin extrême
GALANT.
$4?
Et lee Saifons n'ont rien defort rude
pour vous.
-Si l'Hiver vous ravit voftre aimable
verdure
Quand nous fentous l'horreur de fes
glaçans frimats ,
Le Printemps qui bien-toft ranime
la Nature
Vous rend mille nouveaux appas.
Vous , habitans ailez de ces fombres
bocages ,
De qui les tendres airs ont des tonsfi
charmans ,
On ne fçauroit douter de vos heureux
momens
[ muges.:
Quand on entend vos gracieux ra-
Rien ne troublejamais voftre tranquillité
,
Que la peur de languir dans de durs
esclavages
144 MERCURE
Par les pieges qu'on tend à votre
liberté.
Diſeaux , nous ne ferions que foiblement
à plaindre.
Si nous n'avións , helas ! que de tels
maux à craindre.
Vous , dont le cristal argenté
Rend nos bois plus charmans , &rafraichit
nos Plaines ,
Brillantes eaux, claires Fontaines
Qui rendez de ces lieux le fejour enchanté,
Vous ne connoißez point les chagrins
nylesgênes.
Quand l'aimable Printemps parfon
charmant retour
Fait aimer tout ce qui refpire ,
Qu'un amoureux Ruißeau pour vos
ondes foupire ,
Ilvousfuit, & vous fait la cour,
Sans
CALANT.
$45
Sans craindre le pouvoir d'un tirannique
empire,
Vous repondez a fon amour
Suivant l'ardeut qui vous infpire,
Et ces charmant plaifirs font pour
vous éernels.
Comme les malheureux mortels ,
Rien ne vous affervit aux loix des
deftinées , [ les années
Qui fouvent au milieu des plus bel
Viennent trancher le cours de leurs
contentemens .
[obftinées
Ah ! loin d'en reffentir les.rigueurs
Vous renaiffez à tous momens.
Mais que nous fert , helas ! qu'en
voyant la lumiere.
Nos jours ayent unfort le plus doux,
le lus bean ,
Puifquepar l'horreur du Tombeau
On voit en un inftant terminer
leur carriere
Juin
1701. N
146 MERCURE
Tant de flateurs projets , tant de
vaftes deffeins I & vains.
Sont en moins d'un moment inutiles
La gloire , le bonheur , & les plaifirs
du monde
Paffent aufi rapidement,
Qu'on voit couler voftre belle onde
Dans ce lieu tranquille & charmant,
Printemps , qui parez ces bocages.
Partant de brillantes images ,
Qui ne font qu'affliger noftre coeur
abbatu ,
De mille defirs combattu ,
On doit toujours craindre vos charmes.
I faifon ,
Malgre les agrémens qu'offre voftre
Vos dangereux attraits par leurflareur
poifon ,
Tachant à nous préter des armes
Contre les loix de la raifon
GALANT: 147
L'expofent en fecret à cent rudesallarmes.
$
Vous qui brillez d'efprit , de grace
& de fçavoir,
Aimable & touchante Comteffe
Qui nous charmez en faiſant voir
Un coeur plein de delicateffe ,
Dont la raifon eft la maiftreffe
Avecun fouverain pouvoir;
Ne vous étonnez pas fi j'ofe fur ma
Lyre
Me plaindre qu'elle exerce un trop
fevere empire ,
C'est pour rendre mes Vers d'un plus,
gracieux fon.
Depuis longtemps je vois que c'eft
la mode.
De nommer fon pouvoir tirannique;
incommode ,
Dans Idille, Eglogue ou Chanson
Nij
$48 MERCURE
Si contre elle icyje m'explique :
C'est par licence Poëtique.
Mais quand j'enparlerayfur un ton
ferieux ,
Fe diray quefon regne eft doux &
glorieux.
Lors qu'à fes paffions un jeune coeur
fe livre,
De mille maux divers il fe trouve
agité,
C'eft malgré leurs confeils la raifon
qu'il doit fuivre
Pourfa proprefelicité.
Toute l'Eſpagne a donné
des marques éclatantes de fon
amour à l'arrivée & au couronnement
de fon nouveau
Monarque. La Catalogne, qui
GALANT: 149
n'a jamais cedé en zele & en fi
delitéà aucun des
autresRoyaumes
de cette Monarchic , s'eft
auffi diftinguée dans cette occafion
. La Députation de cette
grande Principauté ordona des
Feftes publiques. Elles com.
mencerent le 10. du mois de
Mars , & finirent la nuit du 13-
La richeffe & le bon gouft y
étalerent toute la
magnificence
imaginable. Le concours
de toute la Catalogne fut prodigieux
dans Barcelonne . La
devotion commença la Fefte ,
le bon gouft la continua , l'a
mour & le refpe & pour le nou
Nij
150 MERCURE
veau Roy , la rendirent vive .
Elle dura quatre jours, & tour
fe termina avec l'admiration
du Public , & la fatisfaction
des Particuliers . La Catalogne
n'avoit encore rien vû d'égal ,
Saint Georges Martir eft à
Barcelone , ce que Sainte Ge .
nevieve eft à Paris. C'est dans
la celebre Chapelle de ce
grand Saint que toutes les
Compagnies & tous les Corps
fuivirent la Deputation
. La
pompe , la magnificence & le
bon ordre y brilloient également.
On chanta le Te Deum
avec plufieurs Chaurs de Mu
GALANT:
fique. L'Eglife eftoit ornée des
plus riches tapifferies , l'Autel
enrichi des vales les plus précieux
, & toute la Chapelle
illuminée d'une infinité de
cierges.
Aprés cette action de graces
on paffa dans le beau Pa
lais qui touche à cette riche
Chapelle. Toutes les Salles en
eftoient magnifiquement ornées.
Celle du Confiftoire
eftoit d'une beauté à éblouir.
C'eft là qu'eftoit le Portrait du
Roy en grand , fous un riche
Dais . Il y avoit vis à - vis un
magnifique Bufet de ce beau
"
Niiij
152 MERCURE
Marbre de Tortoſe , ſi eſtimé.
On avoit pratiqué des deux
coftezavec beaucoup d'art, des
amphitheatres , dont la fimetriefaifoitplaifir
àla vûë, de mê
me que les Muficiens qui les
occupoient , flatoient l'oreille
par la melodie de leurs voix
& des plus doux Inftrumens.
Les paroles que l'on y chan
exprimoient le fujet de cette
Feſte. C'eſtoitun Eloge delicat
de Philippe V.d'Espagne
,
& IV. d'Arragon
.
ta ,
La Salle des Confeils n'a.
voit ny moins de richeffe , ny
moins d'agrément Les meu
GALANT. 253
bles en estoient précieux , &
la Mufique en eftoit tres belle .
On y chantoit les vertus du
nouveau Roy , la gloire de
l'Espagne , & le bonheur de la
Catalogne.
.
La grand' Salle des Rois &
Comtes de Barcelone ne cedoit
en rien à ces dux là.
Tout y eftoit diff.rent juſqu'à
la Mufique , & tout y eftoitfuperbe
jufqu'aux feneſtres & au
plancher.
Ces trois Salles ont chacune
une entrée dans le Jardin de
cette belle maiſon . Les perrons
par où l'on y defcend
154 MERCURE
font de Marbre blanc. On avoit
pratiqué dans les entre deux
des Baffins & des Fontaines ,
dont l'artifice eftoit nouveau ,
& par la violence dont l'eau
s'y élevoit , & par les differentes
figures que l'art la forçoit
de faire .
Dans un point de veuë bien
choifi dans ce Jardin , eftoit re-.
prefentée une Fortereffe , avec
des figures finaïvement deffinées
, que l'oeil s'y trompoir
en forte qu'on croyoit voir des
Officiers & des Soldats qui dé
fendoient en effet la Place. Il
en fortoit de tous coftez une
GALANT.
155
fi grande quantité d'eau , & elle
rouloit avec tant de violence ,
qu'elle faifoit aller rapidement
des deux coftez , des moulins
qu'on y avoit placez fort inge
nieuſement
A l'entrée de la nuit , le Pa
lais &le Jardin parurenten feu
dans un moment. Les Illuminations
en eftoient bien entendues.
Celles de toute la
Ville répondirent à celles - cy,
& les Particuliers donnerent
chacun à leur maniere des
marques publiques de leur
aff. ction , & de leur joye.
Tout ce magnifique
Palais
16 MERCURE
༨6
eftoit illuminé felon fon Or
dre d'Architecture
. Les quatre
milieux reprefentoient en feu
quatre beaux Portiques , en
face des rues qui y répondent.
& quatre mille pots de feu
terminoient au plus haut de
cet édifice cette curieufe Illumination
. La Relation Efpagnole
qui nous en eft venue
de Barcelone, dit que ce grand
Palais paroiffoit un Mongibel
de lumieres.
Cette Illumination ne fut
pas l'unique , le Palais du Roy ,
celuy du Confeil , & celuy où
on rend la Justice , celuy
GALANT.
qu'ils appellent Obra nueva,
les Prifons Royales , les Maifons
des Generalitez , celle du
Portail de la mer , celle des
Députez , & celles des princi
paux Officiers eftoient illumi
nées avec la même quantité de
lumieres, à proportion & à peu
prés dans le même gouft ,
quoy que la varieté y ſurprift
de tous coftez .
}
On avoit placé fur les Terraffes
& fur les Balcons , des
Tambours , des Trompettes
& des Hautbois , qui répondi
rent aux acclamations publiques
d'un monde prodigieux.
152 MERCURE
Marbre de Tortofe , fi eftimé.
On avoit pratiqué des deux
coftez avec beaucoupd'art , des
amphitheatres, dont la fimetrie
faiſoitplaifir àla vûë, de niê
me que les Muficiens qui les
occupoient , flatoient l'oreille
par la melodie de leurs voix
& des plus doux Inftrumens.
Les paroles que l'on y chan
ta , exprimoient le ſujet de cette
Feſte. C'eſtoitun Eloge delicat
de Philippe V.d'Espagne,
& IV. d'Arragon.
.
La Salle des Confeils n'a.
voit ny moins de richeſſe , ny
moins d'agrément Les meu
GALANT. 253
bles en eftoient précieux , &
la Mufique en eftoit tres belle .
On y chantoit les vertus du
nouveau Roy , la gloire de
l'Espagne , & le bonheur de la
Catalogne.
La grand' Salle des Rois &
Comtes de Barcelone ne cedoit
en rien à ces d ux là.
Tout y eftoit diff.rent jufqu'à
la Mufique , & tout y eftoit fuperbe
jufqu'aux feneftres & au
plancher.
Ces trois Salles ont chacune
une entrée dans le Jardin de
cette belle maiſon . Les perrons
par où l'on y defcend
15 MERCURE
Les fufées partoient à tous
momens & de toutes parts , &
pendant ces quatre nuits cette
belle Ville a eſté en feu. Les
d'artifice recommen- feux
çoient fans ceffe , & à peine
l'un avoit fini qu'on en voyoit
partir un autre. Les Bourgeois
& les fimples Habitans inventoient
de nouvelles Illuminations
à leurs Balcons & à leurs
feneftres; les gens de diftinction
firent des Festes particulieres
, qui pourroient fournir
chacune un détail curieux ,
& la Relation exacte de ce
qui s'eft paffé dans cette Ville
GALANT, 159
pendant ces quatre jours, for.
meroit un vray volume. On
eft réduit à n'en donner icy
qu'une idée generale. Tout le
monde fçait que Barcelone
eft l'une des plus belles & des
plus anciennes Villes d'Eſpa
gne. Elle n'a jamais efté infidelle
à fes vrais Maiftres , &
elle prend le titre de Fideliffi.
me par tout où elle mer fon
nom.Il n'y a guere deVilles , où
un Souverain ne tiepne pas fa
Cour,qui ayent pour Citoyens
un plus grand nombre de per
fonnes qualifiées , & des maifons
d'un éclat plus ancien,
6
160 MERCURE
Ceux qui fçavent l'Hiftoire &
les Genealogies des Pays étran
gers , en font bien perfuadez.
M' le Marquis de Caftel dos
Rios,dont je ne me laffe pas de
parler , eft auffi de Barcelone.
Il y eft né, & la maiſon de Saint
Manat , qui eft la vraye Maiſon,
quoy qu'il porte avec ce nom
ceux d'Oms , de Santa Pace &
de Lanceza , eft une
mieres par lon éclat & par fon
antiquité. Les Infcriptions publiques
qu'on lit encore au.
jourd'huy dans les plus anciennes
Eglifes de Barcelone , en
font des preuves autentiques (1
des preGALANT.
161
depuis des Siecles bien reculez.
Ceux qui le connoiffent
ne luy difputent.pas plus les
privileges de fa naiffance , que
les diftinctions de fon merite
perfonnel.
L'Hopital general , don't les
revenus ordinaires ne peuvent
au plus fuffire qu'à la nourritu
re & à l'entretien de cinq mille
Pauvres ,fe trouvant actuelle.
ment chargé de neufmille par
l'application que l'on apporte,
pour faire ceffer les defordres
que caufent la faineantiſe & la
mendicité , & donner aux ve-
Juin 1701.
O
162 MERCURE
ritables Pauvres les fecours
convenables àleurs infirmitez
& à leurs differens befoins , le
Roy a eu la bonté d'accorder
aux Directeurs de cet Hôpital
la permiffion de faire une fe
conde Loterie , de laquelle ils
puiffent tirer une partie des
fommes qui leur font neceffai
res pour foûtenir un établiſſe
ment,dont on reconnoift plus
quejamais le bon ordre & Puti
lité. Cette Lotterie fera compofée
de cent milleLouis d'or.
Ily aura pour la remplir autant
de Billets d'un Loüis chacun ;
& l'on en fera deux mille bons
GALANT. 163
Lots , fur lefquels il fera levé
au profit de cet Hôpital , fçavoir.
Quinze pour cent fur les
fept cens quatre vingt princi
paux ; & Dix pour cent fur les
douze cens vinge reftans
Ceux qui voudront mettre
à cette Loterie s'adrefferont à
l'un des dix Directeurs de l'Hôpital
General , préposez par
le Bureau pour la diftribution
des Billets , dont les Noms &
demeures feront ci- aprés mar
quez , lefquels auront chacun
un Regiſtre chifré & paraphé
par M' le Lieutenant General
de Police , l'un des Chefs de la
O ij
164 MERCURE
Direction , ou par deux autres
Directeurs pour y écrire le
nombre des Billets qu'ils dif
tribueront , & les Noms de
ceux dont ils recevront l'argent.
L'on commencera la recepte
le 15.de Juin prochain . Elle fe
fera tous les jours le matin &
l'aprés midy , à l'exception des
jours de Dimanches & de Fê.
tes. L'on prie ceux qui demanderont
des Billets , de ne donner
que des Noms , ou Devifes
conçues en peu de mots , afin
que l'expedition s'en faffe plus
promptement.
GALANT. 165
L'argent qui fera reçû fera
mis tous les huit jours dans
un Coffre qui fera gardé dans
l'Hôtel de Ville fous les ordres
de m'le Prevôt des marchands-
Il en aura une clef, & une autre
fera doneé à un des Directeurs.
La Lotterie fera tirée les premiers
jours du mois d'Aouft
prochain dans la grande Salle
de l'Hôtel de Ville .
La maniere en laquelle la
premiere a été tireé , demandant
un temps trop confiderable
, pour le pouvoir don
ner avant les Vacations, l'on a
cru qu'il feroit plus à propos
166 MERCURE
d'en prendre une plus courte ,
& qui ne fera pas moins exar
te. L'on écrira les cent mille
Numero dans autant de petits
carrez de papier , qui feront
roulez , cachetez , exactement
comptez,& enfuite mêlez avec
le même foin que l'on apporta
pour la premiere.
L'on mettra dans deux Boë
tes ces cent mille Numero, &
dans une troifiéme deux mille
autres carrez de papier , auffi
roulez &cachetez, fur lesquels
les deux mille Lots feront é
crits. Ces trois Boëtes feront
fufpendues de maniere qu'el.
GALANT: 167
les pourront eftre facilement
tournées.
L'on tirera au fort trois Enfans
du nombre de douze pour
tirer les Billets des Boëtes , par
l'ouverture qui fera à chacune
de grandeur à y pouvoir paffer
feulement la main. Les Boëtes
feront tournées chaque fois
que l'on en tirera un Billet , afin
qu'il s'en faffe un conti.
nuel mélange Les deux Enfans
prepoſez aux deux Boëtes des
Numero en tireront alternativement
les Billets juſques à la
concurrence de deux mille , &
le troifiéme Enfant tirera un
168 MERCURE
Lot pour chaque Billet . Ils
mettront ces Billets à mefure
qu'ils les tireront entre les
mains des Directeurs commis
pour les ouvrir , qui les ayant
decachetez nommeront à
haute voix chaque Numero ,
& le Lot qui luy fera échû.
L'on cherchera enfuite dans
les Regiftres de M's les Receveurs
le Nom , ou la Devife
du Numero qui aura été tiré
; l'on écrira auffitôt le Numero
, le Nom & le Lot fur
le Regiſtre qui fera tenu à cet
effet , & fur les feuilles qui en
feront le double , & tiendront,
lieu
GALANT. 169
·
lieu de controlle , & l'on enfi
lera les Billets des Lots & des
Numèro à mesure qu'ils ferone
tirez pour eftre un fecond controlle
encore plus affuré.
Comme cette maniere peut
plus facilement que celle en
laquelle la premiere a efte tirée
, fouffrir les interruptions
qui ne peuvent s'éviter dans
une grande affemblée , on
pourra y inviter outre Mrs les
Chefs de la Direction , & les
Directeurs , un nombre confi
derable de Perfonnes diftin
guées , qui pourront étre témoins
de l'exactitude avec la
Juin 1701.
P
170 MERCURE
quelle cette Loterie fera tirée .
Si elle ne le peut être , comme
il y a apparence , que dans
deux Séances, on fermera à la
fin de la premiere , & on ſcellera
de differens cachets , les
trois Boëtes qui feront depofées
en un lieu fûr & fermé
de deux clefs , dont l'une fera
remiſe à M le Premier Prefident
, & l'autre à M' le Prévoft
des Marchands , & l'on
publiera à haute voix le jour
que l'on aura choifi pour la
deuxième Séance.
L'on imprimera avec toute
la diligence poffible , les NuGALANT.
170
·
mero & les Noms aufquels les
Lots feront échus , & l'on en
payera auffi tôt la valeur
dans l'Hôtel de Ville à ceux
qui feront porteurs de Billets ,
en retenant les Quinze pour
Cent fur chacun des princi
paux Lots , & Dix pour Cent
fur chacun des autres.
Il a été réfolu que les Directeurs
de l'Hôpital ne pourront
mettre à la Lotterie , &
que l'on ne recevra point de
faifies ni d'oppofitions fous
quelque prétexte que ce foit.
Voicy la Divifion des Lots .
Vn Lot de 4000. Loüis. 4000
Pij
172 MERCURE
Vn de
3000
Vn de
2000
Vn de
1000
Vn de
900
Vn de
800
Vn de
700
Vn de 600
Vn de
Vn de
400
Vn de
300
Cinq de 200
Deux cens de 100
Cinq cens foixante & quatre
20000
de
so
Mrs
les
Directeurs
de
l'Hopital
Général
prépofez
pour
la
Diftribution
des
Billets
font
,
1000
20000
GALANT 173
M 'le Beuf, rue Saint Antoine,
prés l'Hôtel de Sully.
M' Gourdon , dans l'Hôtel
de Guife .
Mr Collin , fur le Quay de
la Tournelle .
M 'Pirot , rue Sainte Croix de
la Bretonnerie
M' de Leffart , ruë Garentiere,
prés faint Sulpice .
M' Maurin , ruë d'Enfer , prés
les Chartreux.
M' Cadeau , rue des mauvaiſes
paroles
Mr Rolland , rue des Foffez
Montmartre .
>
M ' Lallemant , ruë du mait
P iij
174 MERCURE
M Charpentier , Receveur
charitable de l'Hôpital Genéral
, rue Geofroy Lafnier.
La Lotterie de Dijon a efté
tirée , & on a fceu que le Sieur
Cherier , Cabaretier à Paris ,
a eu le gros Los de huit cens
Louis , fous le nom de l'Efperance
.
Meffire Jacques de Merdy ,
Marquis de Catullan , eft mort
depuis peu de jours. Il eftoit
premier Brigadier des Armées
du Roy , & мeftre de Camp
de Cavalerie .
Dame Madeleine de Villiers
eftauffi morte le 27. de Juin .
GALANT 153
Elle eftoit âgée de plus de
quatre-vingts ans, & Veuve de
Meffire Touffaint Rofe , Mar.
quis de Coye , Secretaire du
Cabinet de Sa Majeflé , Prefidenten
fa Chambre des Comptes
, dont je vous appris la
mort dans ma Lettre du mois
de Janvier dernier .
Dame Marie Petit eft morte
environ dans le même temps.
Elle eftoit Veuve de мeffire
Louis Longuet , Seigneur de
Vernoüiller , Grand Audiencier
de France .
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une autre mort , qui
Piiij
176 MERCURE
me donne licu de vous dire
quelque chofe de curieux . M
Batailler, Evêque de Bethleem.
& Abbé de la Buffiere , eft
décedéà l'âge de quatre-vinges
quatre ans, dans la maifon des
Chanoines Reguliers de Sainte
Croix de cette Ville. L'Evê
ché de Bethléem qu'il laiſſe
vacant , eft dans un des Fauxbourgs
de la Ville de Nevers ,
appellé le Faubourg de Cla
mecy. Un Duc de Mantouë ,
qui eftoit auffi Duc de Nevers,
ayant efté à Bethleem , & en
ayant amené l'Evêque , s'en
trouva embaraffé , ce qui luy
GALANT. 177
fit imaginer de créer dans un
des Fauxbourgs de cette Ville,
un Evêché , qui n'auroit aucune
fonction , & auquel il au
roit droit de prefentation au
Roy , qui y nommeroit . Il attacha
mille écus de revenu à
cet Evêchê. Le Duché de Ne .
vers n'appartenant plus aux
Ducs de Mantouë , celuy qui
le poffede aujourd'huy a prefenté
au Roy M' de Senlec ,
homme diftingué par fon erudition
& par fon efprit , afin
que Sa Majesté le nommaſt à
F'Evêché de Bethléem , à la
place de l'Evêque qui vient de
178 MERCURE
mourir. M'de Senlec eft Chanoine
Regulier de l'Ordre de
Saint Auguftin.
La longue maladie de Mile
Duc d'Harcour devant l'empêcher
de s'appliquer de longtemps
au travail , le Roy a
nommé pour Ambaffadeur ordinaire
à Madrid , où ce Duc
réfide en qualité d'Ambaffadeur
Extraordinaire , le Comte
de Marcin , qui fervoit dans
fés Troupes d'Italie en qualité
de Maréchal de Camp.
Ce choix luy eft d'autant
plus glorieux , que le Roy en
le rappellant d'Italie pour luy
GALANT. 179
donner le caractere d'Ambaf.
fadeur , fait connoiftre qu'il
ne le croit pas moins capable
de le fervir dans le Cabinet ,
que dans fes Armées , où il s'eft
toujours diftingué.
Ily a longtemps que la Lieu
tenance generale du Pays
Nantois , & le Gouvernement
de Nantes , vaquoient par la
mort de M le Marquis de
Molac. Le Roy qui ne précipite
rien , pour avoir le temps
faire de juftes choix , lors
que les affaires ne demandent
pas de promptes nominations ,
vient de donner la Lieutenan .
de
ce & le Gouvernement vacans ,
180 MERCURE
à M' le Maréchal d'Eftrées . Ce
Maréchal commande auffi
pour Sa Majefté en Bretagne,
où il doit prefider aux Etats ,
en la place de Monfieur le
Comte de Toulouſe , Gouver.
neur de la Province . Si le Roy
a lieu d'eftre content des fervices
que la Maiſon d'Eftrées
d'Eftrées rendà l'Etat, elle doit
fe trouver combléede fes bienfaits
, mais que peut on moins
attendre , lors que l'on fert
bien un fi grand Monarque ?
Les places de Confeiller
d'Etat d'Epée que poffedoient
M' de la Vauguion , & M' le
GALANT.
181
Marquis d'Arcy n'ayant point
efté remplies depuis leur mort,
Sa Majesté vient de donner
une de ces places à Male Com
te de Briord , cy . devant Ambaffa
deur en Savoye , & depuis
peu de retour de fon Ambaffade
Extraordinaire en Hallande.
Le choix de Sa Majeſté
pour un pofte qui donne lieu
d'opiner devant Elle fur plufieurs
affaires importantes ,
fait voir combien Elle eft fatisfaite
des fervices de cet Am.
baffadeur.
Je ne vous ay pas fait un dé
tail affez exact dans ma Lettre
182 MERCURE
du mois paffé , du rapport
que M' de Caffini a fait au
Roy de fes Obfervations Geographiques.
Cela m'oblige à
Vous en parler encore une
fois . Sa Majefte l'avoit envoyé
avec plufieurs Mathematiciens
de l'Academie Royale en diverfesProvinces
de fon Royaume
, pour fuivre la direction
du meridien de Paris , pour
laquelle il y a de grands differens
entre divers Geographes ,
particulierement dans les parties
meridionales de la France .
Il y en a qui le font paffer par
la partie occidentale de la ProGALANT.
183
1
vence ; & d'autres par l'extrémité
occidentale du Languedoc
; quoy que la plupart des
Modernes le faffent paffer par
le milieu de cette Province.
Les Obfervations que l'on
avoit déja faites par ordre de
Sa Majefté , avoient fait connoiftre
que du cofté du Nord
il paffe fort prés des Villes d'Amiens
& de Dunkerque ; & par
les Obfervations anciennes
du coſté du Sud , on a trouvé
qu'il paffe fort prés de Bour
ges , d'Uffel , & de Mauviac ,
qu'il laiffe à l'Orient Orillac ,
Rhodés , & Carcaffone qui en
184 MERCURE
eft fort proche , & rencontre
les Pirenées un peu à l'Occident
de la grande montagne
de Canigou , à la diftance de
plus de trente mille rdifes de
la Cofte Orientale du Rouffillon
. left évident que fi on le
fuivoit directement jufqu'à la
Mediterranée , on pafferoit
par la Catalogne , mais on ne
fçait pas bien à quel endroit
du rivage on arriveroit . Il y a
des Cartes de l'Europe qui
font påffer le Meridien de Pa
ris à Valence , mais Mr Caffini
trouve par des Obfervations
faites fur la Cofte de CaGALANT:
185
talogne , qu'il paffe non . feu .
lement à l'Orient de Tortofe
& de l'emboucheure de l'Ebre ,
mais auffi au deçà de la Ville de
Barcelone ; ce que l'on pourroit
éclaircir par la continuationdu
même ouvrage, quel'on
a fait jufqu'aux Pirenées : d'où
l'on peut juger de l'utilité de
ces Obfervations dans la Geographie
& dans la Navigation.
On a appris qu'une des Chaires
Royales de Medecine en
l'Univerfité de Caën , avoit
efté conferée le mois paffé par
Sa Majesté à M¹ de la Duque-
Juin 1701.
186 MERCURE
rie le fils , Docteur de la même
Faculté , quoi qu'il ne foit âgé
que de vingt - huit ans . Cette
Chaire vaquoit depuis prés
d'un an par la mort de Mª de
Vaucouleurs . Toutes les Chaires
de fondation Royale de
cette Univerfité , ne s'obtiennent
que par la voye de la difpute
, à laquelle font admis les
Docteurs des autres Univerfi
tez du Royaume , qui veulent
entrer en lice , & auſquels on
en donne avis deux mois avanç
le commencement de la Dif
pute. Il n'y eut que deux
Docteurs pour difputer conGALANT.
187
tre luy la Chaire vacante. Cette
Difpute s'ouvrit vers la fin
de l'autre année , par les Harangues
larines que les trois
Pretendans firent felon la
coutume en préſence de l'Univerfité
, & de toute la Ville.
Ce premier exercice fut fuivy
immediatement de trente explications
publiques que firent
les uns aprés les autres
les mêmes Docteurs fur des
traitez particuliers de Medecine
qu'on leur avoit prefcrits .
Aprés cela , ils receurent au
fort chacun une Affertion de
Medecine , fur quoy ils de-
Qij
188 MERCURE
voient douze jours aprés fou
tenir leurs grandes Theſes , ou
ils argumenterent les uns contre
les autres . Ces trois Théfes
ayant efté foutenuës avec
fuccez devant une nombreuſe
Affemblée , les Profeffeurs
Royaux de Medecine , qui
aprés M❜ le premier Medecin
du Roy , font Juges nez de
ces difputes , drefferent leurs
informations juridiques fur
tous les Actes précédens ; &
ayant marqué leur fenriment
fur la capacité des trois Concurrens
, ils envoyerent leur
écrit figné à м Fagon , qui
GALANT. 189
en fit à Marly le rapport à
Sa Majesté. Toute les voix des
Profeffeurs ( hors celle de leur
Doyen , qui ne la pouvoit
donner parce qu'il eft pere de
M' de la Ducquerie ) eftant
favorables à ce dernier , & M¹
le premier Medecin ayant ap .
puyé le témoignage avantageux
que les Profeffeurs Juges
rendoient du merite qu'il
avoit luy même reconnu dans
le jeune Docteur , le Roy le
nomma pour remplir la Chaire
Royale vacante , & luy en
fit expedier les provifions .
Quoyque la capacité qu'il
190 MERCURE
avoit fait paroiftre jufqu'à lors
dans les leçons publiques de
Medecine qu'il faifoit depuis
trois ans , & fur tout dans le
cours de cette derniere dif
pute , l'affurât prefque par avance
de la nomination du
Roy. La nouvelle que Mrs.
Fagon & Boudin en donnerent
eux mêmes à la Faculté
, ne laiffa pas d'eftre reçûë à
Caën avec une extrêmejoye , &
applaudiffement general ,
par les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville & de la
Province , dont le nouveau
Profeffeur avoit gagné depuis
un
GALANT. 198
long temps l'amitié & l'eftime
autant par fon habilité
dans fa profeffion
, que par le
talent qu'il a pour parler en
public , & pour la Poefie Latine
& Françoiſe . Il avoit efté
admis quelques années auparavant
au nombre des Aca
demiciens de Caën par l'Illuf
tre M' de Segrais leur chef,
qui avoit pour luy une confideration
tres - particuliere
. Il
n'avoit encore que vingt & un
an lorfqu'il fut receu Docteur
en la même Ville , ayant ob
tenu pour cela une diſpenſe
d'âge de feu M ' le Chancelier,
192 MERCURE
qui avoit eu des preuves cer?
taines de fa fuffilance , & qui
voulut donner cette marque
de diftinction à ce jeune Medecin
, qui eft fils & petit- fils
de Profeffeurs Royaux en la
Faculté de Medecine de Caën.
Comme tout ce qui regarde
le Roy d'Espagne vous fair
plaifir , vous ne ferez pas fa.
chée d'apprendre ce qui fuit.
Le jour de la Fefte du Saint
Sacrement , la proceffion fe
fit à Madrid avec tout l'appareil
poffible. Le Roy , apres
avoir oüy la мeffe dans la Chapelle
GALANT.
193
pelle partit du Palais fur les neuf
heures du matin , & alla à l'Eglife
de Sainte Marie où il entendit
un Sermon , & une gran
de мeffe chantée par la Muſi.
que de Sa Majesté , & celebrée
par M le Nonce . La
proceffion commença à onze
heures , & en dura deux. Le
Roy ne voulut pas qu'on l'a.
brégeaft comme on faifoit du
temps de Charles II . qui ne
pouvoit marcher longtemps
à cauſe de fa foible complexion
; il ordonna qu'on
ne changeaft rien de tout ce
Juin 1701.
R
194 MERCURE
qui fe faifoit du temps de Philipe
IV.
On
Voicy l'ordre de cette proceffion
. Plufieurs Confrairies
la commençaient , ce qui fai .
foit une longue marche affez
curieufe à voir pour ceux qui
ne font pas du Pays.
voyoit enfuite mille ou douze
cens Religieux fuivis des Pa .
roiffes , tous les Predicateurs
du Roy , dont il y a de pref
que tous les Ordres , Capucins
, Cordeliers , Jefuites , &
autres au nombre de foixante
ou quatre- vingt mélez avec
les Chapelains , & les Clercs
GALANT. 195
de Chapelle. Les Confeils differens
des Ordres , des Indes ,
d'Italie , de Flandre , d'Arra .
gon , de Caftille & de l'Inquifition
, paroiffoient enfuite , &
derriere eux marchoient un
fort grand nombre de Muſi
ciens , & immediatement avant
le S. Sacrement quatre
Clercs qui portoient chacun
un Flambeau Le S. Sacrement
eftoit fur une haute machine
portée par fix Preftres , fous
un fort beau daix , fous lequel
eftoit auffi M ' le Nonce der.
riere le S. Sacrement . Il étoit
fuivy de quatre Grands d'Ef-
Rij
196 MERCURE
pagne qui marchoient avant
le Roy qui eftoit accompagné
des Ambaffadeurs , & des
Cardinaux Portocarrero
, &
de Borgia , & du Patriarche
des Indes, premier Aumonier,
fuivy des autres Aumoniers
du Roy , qu'on appelle Sommelier
de Cortina. Le grand
Aumonier , qui eft l'Archevêque
de Compoſtelle , étoit abfent
. Le Roy eftoit entouré
de quatre vingt Gardes .
La proceffion ne finit qu'à
une heure aprés midy. Jamais
on n'y a vû tant de monde
my tant d'ornemens dans les
GALANT. 197
rues de Madrid , les Efpagnols
eftant toujouts enchan.
tez de leur nouveau Roy . Ils
le trouvent le plus aimable
Prince du monde , & le fuivent
par tout , avec autant de
vivacité , & d'empreff ment
que le premier jour.
Le foir du Jeudy , les Come.
diens firent devant le Palais
du Roy en prefence de Sa Majefté
, ce qu'on appelle à Ma.
drid Autos Sacramentales . Ce
font des Vers à la gloire du
S. Sacrement qu'on recite fur
des Chars de Triomphe.
Le Dimanche dans l'Octa-
Rij
198 MERCURE
ve , le Roy tint Chapelle le
matin. Il y cut Sermon , &
Grande Melle l'apreldinée
Vefpres , & Proceffion dans le
Palais . Les Grands de la Chapelle
y affifterent .
Le Mardy fuivant , le Roy
affifta , felon la Coutume des
Rois d'Espagne,à la proceffion
des Religieufes de l'Incarnation
, & le Jeudy ,jour de l'Octave,
à la Grande Meffe & à la
Proceffion des Religieux de
S. Jacques , le foir aux Vefpres,
& à la proceffion des Religieu..
fes Dechauffées Royales de
l'Ordre de S. François.
GALANT. 199
Le Roy fit paroiftre dans
toutes ces fonctions une gran.
de pieté & une patience infatiguable.
Les Espagnols
trouvent que ce Prince croift
tous les jours , & que fon elprit
augmente. Il paroift fage,
& éclairé , & fait voir qu'il eft
déja plus habile que les Princes
de fon âge n'ont coutume
de faire efperer qu'ils le deviendront
un jour . Il tient
quelquefois Confeil d'Eftar
jufqu'à dix heures du foir , lorf
que les affaires font importantes
, & demandent qu'on prenne
de promptes refolutions .
R iiij
200 MERCURE
·
M' de Malezieu , Chancelier
de Dombes , l'un des dix
honoraires de l'Academie des
Sciences , ayant efté choifi
par Meffieurs de l'Academie
Françoife , pour remplir la
place de m' l'Evefque de
Noyon, & M' Campitron , Secretaire
general des Galeres ,
ayant efté élû , par la même
Academie pour remplir celle
de M' Segrais , ils devoient y
prendre féance le Jeudy neu .
viéme de Juin , mais Son Alteffe
Royale Monfieur eftant
mort ce jour la fur le midy
d'une maniere de mort ſubite ,
GALANT. 201
& le temps eftant trop court
pour avertir ceux qui devoient
compoſer l'affemblée , de ne
s'y point trouver , parce qu'ordinairement
on commence à
s'y rendre dés une heure aprés
midy , la Salle fe trouva prefque
remplie , avant que la
moitié de Paris eût une
certitude entiere de cette
mort , arrivée une heure auparavant.
Mrs les Academi
ciens crurent felon la pruden
ce qui leur eft ordinaire , qu'ils
devoient deliberer fur ce qu'ils
avoient à faire dans une pareilconjoncture
, & trouverent
20 ; MERUCRE
a
à propos de remettre au Jeu
dy fuivant , feizième du même
mois la reception de M'deMalezieu
& de M Campiftron.
L'affemblée fut tres nombreu .
ſe ce jour- là , & remplie de
quantité de perfonnes de diftinction
M'de Malezieu ayant
efté nommé le premier , pric .
le premier la parole pour faire
fon remerciment à l'Academie.
Il le commença en faifant
connoiftre qu'il le fentoit
d'autant plus touché de l'hon.
neur que fon choix avoit répandu
fur luy , qu'elle l'avoit
fait dans le temps qu'elle veGALANT.
203
"
noit d'interdire les follicita
tions & qu'il eftoit le premier
qu'elle euft bien voulu affo .
cier à fon corps fans qu'il cût
demandé la place qu'il luy étoit
fi glorieux d'occuper. Les ›
loüanges qu'il donna au Car
dinal de Richelieu furent mêlées
de grands traits . Il dit
que l'incomparable Fondateur
de l'Academie Françoiſe
avoit connu fi bien l'impor
tance de fon établiſſement,
que lorsqu'il poloit les fondemens
d'une grandeur fupericure
à toutes les Puiffances
de l'Univers , il traçoit le plan
2
204 MERCURE
de cette celebre Compagnie;
qu'envoyé pour porter des
coups mortels à la rebellion & à
l'herefie,il meditoit toutà la fois
la deftruction de l'ignorance ,
qui n'eft pas un monſtre moins
dangereux aux grands Etats ,
& que rempli du deffein pro
digieux que mit un frein aux
fureurs de l'Ocean , cet illuftre
Precurfeur de la gloire de
Louis le Grand , élevoit dés
lors dans fon fein des hommes
capables de la celebrer
un jour ; que les Genies veritablement
fublimes l'eftoient
en tour ; qu'en lifant le Tefta
GALANT. 205
ment Politique on reconnoil
foit qu'il eftoit écrit de la
même main qui avoit fait tom .
ber la Rochelle , & qu'il ne
feroit pas poffible d'avoir l'idée
d'aucune chole qui attei
gnift à cette perfection , fi un
miracle encore plus étonnant
n'avoit paru de nos jours , & fi
toutes ces grandes leçons de
Politique n'avoient efté prațiquées
& mêmes furpaffées dés
les premieres années du Roy ;
que ce Prince ſembloit avoir
eu par inſpiration tout ce que
le Cardinal de Richelieu avoit
acquis par de profondes me206
MERCURE
ditations & par de longues habitudes
, qu'avant que l'on
fçeuft que le Teftament poli
tique avoit esté compofé , la
conduite admirable de Sa Ma-.
jefté dés le commencement
de fon regne , en avoit eſté
comme la premiere edition ,
& que lors que cet ouvrage
incomparable , le dernier effort
du grand Armand , eftoit
venu à paroiftre , il avoit paru
copié d'aprés l'adminiftration
de Louis. M' de Malezieu ajouta
avec beaucoup de mo
deftie qu'il oublioit infenfible.
ment qu'il ne luy appartenoit
GALANT 201
•
pas de traiter une fi grande
matiere. C'est à vous , Meffieurs
, continua til , c'est à
vous que l'honneur en eft refer.
vé. C'est vous qui devez à tous
les Siecles le portrait de vôtre
Augufte Protecteur , & qui
prés avoir parlé de ces incroyables
exploits, de ces guerres terribles &
fi glorieufement terminéespar cette
épée qu'il tient des mains de la
Fuftice , le reprefenterez à la Pofte.
rité Vainqueur de luy - même &
facrifiant fes droits les plus legiti
mes à la Paix de l'Univers .Illa
donnée cette pretieufe Paix , il la
Igaura maintenir. C'eft en vain
208 MERCURE
que le Démon de la guerre fait
les derniers efforts pour liguer des
Princes qui n'ont jamais veufans
jalousie lagrandeur de la Maiſon
de France. En vain ilfremit de toutes
parts , en regardant avec terreur
les frontieres de deux vaftes
Empires , que le genie de Louis
rend impenetrables à fes fureurs.
C'est un Monstre bleſſé à mort ;
laiffez- lefe debatre, vous le verrez
bien 1oft expirer aux pieds du
Vainqueur ou fi fon defefpoir le
ranimant pour quelque temps
contraint Louis à reprendre les
armes pour luy donner le dernier
coup , c'est un nouveau triom-
;
GALANT. 209
phe que vous aurez bientoft à ce
lebrer. Continuez donc , Meffieurs
, continuez à exercer vos
merveilleux talens fur tant de
memorables circonstances que fournit
inceffamment une fi belle vie ,
C'est le plus grand , c'eſt le plus
utile spectacle que vous puissiez
jamais prefenter à la Pofterité.
Quel fruit de vos veilles ! Vous
contribuerez à la felicité des hömmes
qui naistront dans tous les
Siecles , en inftruifant par l'exemple
de LOUIS , cette innombrable
fuite de Rois quifortira de
Jon Sang Auguste.
Le peu que je viens de vous
Juin 17011 S
210 MERCURE
rapporter du Difcours de M
de Malezieu , eft feulement
pour vous faire voir qu'il écrit
avec beaucoup
de jufteffe &
d'éloquence
, & qu'encore
que
la diverfité
de fes emplois
ne
luy permette pas de le faire
auffifouvent qu'il feroit à fouhaiter
pour la farisfaction
du
public , fa Profe ne laiſſe pas
d'eftre plus mâle & plus châtiée
que celle d'une infinité de
gens , qui font voir dans leurs
Ouvrages
beaucoup
d'efprit
& de po'iteffe
. L'agrément
de
la prononciation
fut ajoûté
la beauté du difcours. Toute
GALANT. 211
l'Affemblée en fut charmée ,
& rien n'y ayant manqué de
ce qui pouvoit plaire aux Au
diteurs , on ne doit pas s'é ,
tonner s'il reçut des applau .
diffemens au delà de tout ce
que je puis vous en dire
M'Campiftron parla aprés
luy. On eftoit perfuadé qu'un
homme dont les Pieces de
Theatre ont billé à la Cour
& à la Ville , & qui a eu l'art
defaire fi bien parler les Rois '
les Princes & les Miniftres ›
s'attireroit les applaudiffe.
mens que de plus nombreuses
Affemblées ont accoutumé de
Sij
212 MERCURE
luy donner . On ne ſe trompa
pas. Son difcours parut ingenieux
& poli , & vous le remarquerez
par ce qui fuit . Aprés
avoir remercié Mrs de l'Academie
de la place qu'ils a
voient bien voulu luy accor
der , il dit qu'il ne comptoit
de recevoir ce jour là que la
moindre partie de leur bienfait
; que le temps feul pouvoir
luy donner tout fon prix, & le
conduire à la fin qu'il s'eftoit
propofée ; que puifqu'ils l'a
voient diftingué par un titre
glorieux , il attendoit d'eux.
des preceptes & des moyens
GALANT. 213
a
pour le meriter ; qu'il penfoit
beaucoup moins
eftre honoré qu'à eftre jnftruit
, & que ce n'eftoit qu'en
luy faifant part de leurs lumieres
& de leurs confeils
qu'ils répondroient dignement
aux intentions du grand
Cardinal de Richelieu , qui en
formant cette Compagnie ,
qu'il regardoit comme une
efpece de Republique , avoit
prétendu fans doute qu'il y
auroit une noble Communau
té , non comme au premier
âge du monde , des biens paffagers
& méprifables , mais des
214 MERCURE
trefors immortels, & precieuz
de l'efprit. Il paffa de là à l'éloge
de feu M' de Segrais dont
il rempliffoit la place. Il dit
que fes Eglogues & fes Idil
les , peintes d'aprés la nature.
même , nous reprefentoient
par tout la fimplicité & les
graces de Theocrite & de Vir
gile , & que fes Elegies nous
faifoient voir toute la galante.
rie d'Ovide , & la tendreffe de
Tibulle ; que ce qu'il y avoit
cu de plus furprenant dans cet
illuftre Academicien , c'eft
qu'il avoit fceu réunir en luy
l'urbanité avec la profonde
CALANT. 219
érudition des belles Lettres ,
la retraite dans fon Cabinet
avec le commerce du monde ,
l'eftime de la Cour & de la
Province ; qu'il avoit encore
joint la probité aux charmes
de l'efprit , la fageffe aux agré
mens de la focicté , de forteque
dans un âge où prefque
tous les hommes n'eftoient
plus comptez eftre en vie que
parce qu'on ignoroit leur
mort ,
il avoit fait feul les delices
& l'amour de la Ville où
il eftoit né , Ville toujours celebre
par la politeffe & par l'ef
prit de fes Habitans , fans qu'il
216 MERCURE
euft pu jamais fouffrir la moin
atteinte de l'orgueïl , avec un
merite fi generalement reconnu.
Son nom , continua t - il
tiendra toujours un rang memora.
ble entre ces noms fameux qui ont
honoré le fiecle paffé , & même le
regne de Louis le Grand , regne
affi illuftre par les hommes extra .
ordinaires qu'il peut compter , que
glorieux par la grandeur & par la
diverfité des évenemens qu'il ren
ferme ; regne enfin comparable à
celuy des Herosfabuleux , par les
nouveaux prodiges que ce Monarque
nous fait voir chaque jour .
Tantoft c'efl une fue continuelle
de
GALANT. 217
de Victoires , tantoft la Paix accor
dée aux dépens même defes propres
avantages, d'un coftétoute la gloire
d'un guerrier triomphant , de l'autre
toute la bontè d'un Prince ma.
gnifique. Aujourd buy c'est une
Nation belliqueufe &fuperbe qui
Je jette à fes pieds pour luy deman
der un Roy de fon Sang, qui choifit
pour fon unique défenseur
même Conquerant qu'elle avoit
toujours regardé comme le feul
qu'elle euft à craindre , & qui
ne trouve d'autre moyen pour
maintenir dans toute leur splendeurfes
Etats fon nom , &pour
Se conferver ces mêmes Provinces ,
Juin 1701 . T
ce
218 MERCURE
qui depuis plufieurs fiecles avoient
efté entre elle nous lafeule caufe
de tant de guerres , que d'en faire
ce Heros le dépofitaire l'arbitre.
En vain les vieilles jaloufies de
de Peuples puiffans fe Princes
réveillent contre fa gloire , & leur
inspirent la défiance , compagne in .
Separable de la foibleffe . En vain
l'envie infatigable travaille àformer
de nouvelles ligues . Bien loin
de donner une trifte attention àfes
fureurs àfes apprefts , nous ne
fongeons qu'à de nouveaux chants
de Victoire , feurs d'un glorieux
venir , dont le paßé merveilleux
nous répond , & que le même HeGALANT,
219
ros , par ces admirables dipofitions
qui preparent toûjours les grands
fuccés , rend déja prefent à nos
yeux.
M'I'Abbé Regnier des Marais
, Secretaire perpezuel de
l'Academie , répondit à ces
deux Difcours , & l'on connut
par ce qu'il dit de la perte de
S. A. R. Monfieur , que ces
fortes d'ouvrages luy coutent
peu , puifque le difcours
qu'il prononça fut different
de celuy qu'il devoit faire huit
jours auparavant. Il fit en peu
de paroles l'éloge de ce grand
Prince , & dit aux nouveaux
Ţij
220 MERCURE
Academiciens, que fi dans une
affliction fi generale & fi recente
, l'Academie Françoile
fe hâtoit de les recevoir , c'étoit
plutoft pour les affacier
en quelque forte publiquement
à la doulear , que pour
reparer par leur moyen fes pertes
particulieres. Les louanges
qu'il leur donnaa l'un & à l'au
tre , furent fines , delicates , &
dignes de ceux qui les rece
voient. Il leur fit connoiftre
que la premiere & la plus ef.
fentielle des obligations de
tous ceux qui avoient place
dans l'Academie , eftoit d'a-
+
GALANT. 221
voir toûjours pour principal
point de vue , dans leur appli
cation aux belles Lettres, l'au
gufte Prince qui les protegcoit
par tout , mais qui à l'égard
de l'Academie Françoife s'en
étoit rendu le Protecteur d'une
façon encore plus particuliere
, de même que Minerve
, qui protegeoit tous les
les Grecs, favorifoit les Atheniens
d'une protection plus
viſible que tous les autres peuples
de la Grece . La jalousie
des Nations , dit il, au repos def
quelles il avoit bien voulu facrifier
Les interefts propres , s'ément de
Tiiij
222 MERCURE
nouveau contre luy , aigric par les
nouvelles profperite defon regne.
Ilfe couvre de l'impenetrable Egide
de Minerve , preft à en prendre la
lance victorieuse , s'ily eft forcé. Il
porte par tout en même temps fa
prévoyance & fes foins, & contre
le torrent qu'il voit de loin fe for.
mer &fegroffir, il oppoſe de toutes
parts une digue capable d'en
arrefter les eaux , jufqu'à tant
qu'elles viennent à s'écouler d'ellesmêmes
, àfe tarir. C'est à unfi
grand objet , ajoûta . t ∙ il en s'adreffant
à M' de Malezieu &
à M Campiftron , c'est à unfi
noble fpectacle qu'ilfaut deformais
GALANT. 223
que vous ayez continuellement
les
yeux attachez avec nous. Ilmerite
l'attention
du monde entier ; mais
nous luy devons particulierement
la noftre , afin de ne rienlaißer perdre
à la Pofterité des actions d'un
Roy fidigne de l'admiration de tout
l'Univers & de tous les Siecles.
Je ne doute point que fur le
peu que je vous marque de ces
trois Difcours vos Amis de
Province ne fouhaitent de les
voir entiers , & dans toute
leur beauté. Ils les trouveront
chez le Sieur Coignard , Libraire
& Imprimeur du Roy
& de l'Academie , ruë Saint
224 MERCURE
Jacques , à la Bible d'or.
Ce qui fuit merite une
grande attention.
"
ORDRE DE BATAILLE
des Troupes du Roy , qui
font dans les Pays Bas E
pagnols , avec le nombre
des Regimens de Cavalerie
du Roy d'Espagne .
MLE
1
21623
MARECHAL DE
BOUFLERS General.
Lieutenans Generaux .
Monfieur le Duc du Maine."
Mr de Gaffé , Mr le Duc de
Barwick , Mr ' de Ximene .
GALANT. 225
Mr le Comte de Toulouſe.
Maréchaux de Camp.
Mrs Davejan , de la Motte,
de Hautefort , d'Albergotti ,
de Surville , Caraman , de Nogent
, du Roſel,
Brigadiers .
Mrs de Sainte Hermine ;
Cheladet , le Chev. du Rofel ,
Vivans , Puiffegur , Thianges ,
d'Humieres Chamarante ,
Saillant , Prince de Birkenfeld,
le Prince de Rohan , Souternon
, Flamanville , Nogent .
ร
PREMIERE
Dragons
Colonel
general
LIGN E.
Escadrons:
,
226 MERCURE
Alsfeld
Dauphin,
3.
3
9
Senneterre. 3
Poitiers .
Royal.
3
3
9-
CAVALERIE.
Gendarmerie, 8
8
Royal Allemand, 3
Berry
2
Condé. 2
Toulouſe ,
2
Duras,
Rohan. 2
GALANT: 227
Cravates.
INFANTERIE.
3
7
3
Picardie.
Normandie ,
Bourbon
Dauphin
Royal Italien
Chartres
Du Maine
Rouffillon
Lorraine
6
3
Ι
I
Alface
Condé
4
228 MERCURE
Gardes Françoiſes.
Gardes Suiffes
Lorraine
Languedoc
Humieres
Furftemberg
Sanguin
Cruffol
Provence
Thianges
Spaar
La Couronne
Le Roy.
7
4*
3
24
2
I
I
2
6.
GALANT. 229
CAVALERIE,
Royal Piedmont
Beringhen
3
2
Vivans
Carabiniers
Furftemberg
7
10%
10
Talmon
Le Maine
Meſtre de Camp general
Dragons
Hautefort
Sainte Hermine
-3
9
3
3
9
Mestre de Camp general.3
230 MERCURE
SECONDE
LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Mrs de Coignies , de Gaffion
, d'Artagnan
, d'Ufſon
Duc de Roquelaure
, de Monrevel.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Quelus , de Rouffy ,
d'Antin , de Surbeck , de Renold
, de Charoft , de Courtebonne
, d'Alegre.
Brigadiers .
Mrs de Lagny , Catulans ,
Joffreville , Mornay , Lée , la
Chatre , Salis Greder , Heffig ,
Bligny , Vibray , Montalan ,
GALANT. 231
Horn, Legal, Vaillac , Vaſſan ,
Cavalerie ,
Du
Roy ,
Grignan ,
Raſſan ,
Efcadrons.
2
2
7
Rofen ,
Vaillac ,
Frefne.
6
Horn ,
Orleans
,
Infanterie.
2
3
Royal,
Santerre ,
3
Montroux ,
I
I
232 MERCURE
Auxerrois ,
Touraine ,
Zurlauben ,
Boulonnois ,
Lionnois ,
'
Artois ,
Le
Roy ,
Xaintonge
,
Deflandes
,
Teffé
,
Brindelet ,
Heffig ,
Renold ,
R
RY
6
I
1
S
3
6
3
GALANT. 233
Greder ,
Surbeck ,
Salis ,
La
Chatre ,
S.
Second ,
Agencis
,
Orleanois
,
Orleans ,
3
6
3
3
I
1
I
Lée ,
Blefois ,
Sillery ,
Vexin ,
Greder
Allemand
.
Fuin 1701 .
V
S
I
234 MERCURE
Poitou ,
CAVALERIE
Chartres ,
Joffreville ,
Pellepers ,
Barantin ,
Catulan ,
S. Maurice ,
Lagny ,
Royal
Etranger ,
La Feuillade ,
6
2.
6
6
2
2
2NN2
2
Cavalerie & Dragons d'Efpa
gne , commandez par M le
GALANT 235
Marquis de Grigny General
de la Cavalerie ,
Dragons ,
Hibourg ,
Sallafard ,
Ferrare ,
Escadrons ,
3
3
3
୨
CAVALERIE
La Compagnie des Gardes
des chevaux gris ,
Celle des chevaux bajs ,
Regiment de Grigny ,
General Brancaccio ,
Ι
2
2
General Lieutenant chalonne 2
Regiment de Penneleza ,
Noiremont ,
Bibaucourt
2
2
V ij
236 MERCURE
Ceciffe ,
Bergue
Chimay ,
Toulongeon ,
Gaëtano ,
Froula ,
Hartinaux ,
Fournait ,
Bataillons.
Royal Artillerie ,
Bombardiers ,
Total general.
Bataillons ,
Escadrons François
Eſcadrons Eſpagnols ,
2
2.
30
100
117
39
GALANT.
237
C
156
Total des Efcadrons ,
L'Infanterie Espagnole &
Ja Milice Françoife garderont
les Places des Pays bas.
Artillerie.
70. Pieces
.
40. Pontons
.
Il eft impoffible qu'aprés
avoir fait reflexion fur le grand
nombre de ces Troupes , on
n'admire pas la bonté du Roy ,
en admirant fa grandeur , &
qu'on ne foit étonné & charmé
tout enfemble , en confiderant
qu'un Prince qui fe
trouve en eftat de faire avan .
238 MERCURE
tageuſement la guerre , ne ne .
glige rien de tout ce qui peut
contribuer à l'affermiffement
de la Paix , même en faisant
des chofes aufquelles il n'eft.
obligé en aucune forte. On ne
doutera point de fa fuperiorité
fur fes ennemis , quand on
examinera la puiflante Armée
dont vous venez de lire l'ordre
de Bataille. Ceux qui veulent
la guerre de ce cofté- là ,ne peuvent
luy oppofer affez deTrou
pes pour ofer l'entreprendre ,
outre que les Puiffances qui
ont pris le party dela neutra.
lité empêcheront qu'il n'y ait
GALANT. 239
aucun coup tiré du cofté du
Rhin, & que l'armée deFlandre
pouvant eftre encore groffie
de la plus grande partie de celle
de M' le Maréchal de Villeroy
,l'armée du Roy deviendra
formidable du cofté de la Hol .
lande. Mais fuppofons , ce qui
paroift pourtant impoffible
qu'on en oppoſe une auffi
nombreuſe de ce cofté - là ,
quelle difference de troupes
& quel cahos ! Elle fera com-
- pofée des troupes de trente
Puiffances differentes , dont
chaque Commandant ména
gera fon Corps , & tâchera d'é
240 MERCURE
viter le combat autant qu'il
Juy fera poffible , fuivant l'in
Aruction des Puiffances qui
trafiquent de leurs Troupes ,
en les donnant à loüage , parce
qu'elles fe trouvent obligées
de tenir leurs Corps complets ,
& que les recrues leur coutent
beaucoup. Ainfi ces Troupes
ont toujours ordre d'éviter le
combat, à caufe que leurs Maiftres
ne peuvent que perdre ,
même par le gain d'une victoi .
re qui n'eft pas pour eux , & qui
ne leur eft d'aucune utilité.
Tout cela eft moins un raifonnement
qu'un recit de ce
que
GALANT. 24.
que
e l'on a vu recemment en
plufieurs occafions . Ces Trou
pes font bien differentes de
-celles du Roy , qui ne forment
qu'un feul Corps , & qui font
toujours preftes d'agir , &
iroient même au devant des
ordres s'il leur eftoit permis de
le faire. Il y a d'ailleurs à confiderer
que plus les ennemis du
Roy auront des Troupes pour
luy oppofer en Flandres , plus
ils en feront incommodez ,
puifqu'elles doivent eſtre refferrées
dans un pays trop petit,
& qui ne produit rien , de forte
qu'outre que ces Armées re-
Juin 1701.
X
242 MERCURE
viennent à beaucoup plus à
ceux quiles achetent , que les
Armées du Roy ne luy coû.
tent , parce que non feulement
ils les payent bien cher ,
mais il faut aufli qu'ils
payent les alliances de ceux
qui les leur vendent , ainfi que
la plus grande partie du fourage
, & generalement tout
ce qui eft neceffaire pour leur
fubfiftance , leur pays ne produifant
rien pour eux mêmes.
Ainfi quelle que foit leur richeffe
ils ne peuvent fuffire à
tant de dépenſe , & fur tout
pendant que la guerre interGALANT.
243
rompt leur commerce ; au lieu
que le Roy n'a point le même
embarras pour faire combattre
les Troupes , pour fournir
à leur fubfiftance , & pour leur
payement , fes Sujets ouvrant
liberalement leur bourfe lors
qu'il y va de fa gloire , & ayant
Toujours paru portez pour la
continuation d'une guerre glo
rieufe. On ne peut faire ces
reflexions fans admirer les
bontez & la moderation du
Roy , & fans s'étonner de l'aveuglement
de ceux qui peuvent
feulement penser qu'ils
feroient capables de foutenir
X ij
244 MERCURE
la guerre contre un Prince qui
les a tonjours battus pendant
qu'ils avoient prefque toutes
les Puiffances de l'Europe dans
leurs interefts , au lieu qu'ils
n'en ont prefentement qu'un
tres petit nombre ,
party du Roy eft plus fort qu'il
n'eftoit pendant la derniere
guerre .
&
que
le
Je vous envoye une Relation
telle que je l'ay receuë , afin
d'en laiffer la gloire toute entiére
à celuy qui l'a écrite.
GALANT. 245
2
M l'Abbé de Rohan fut facré
Evêque de Tyberiade , Coadjuteur de
Strasbourg dans l'Abbaye de Saint
·Germain des Prez La Ceremonie
s'enfit le Dimanche 25. Fuin. Jamais
on ne vit une plus belle Affemblée
, ny un concours de peuple plus
grand. On avoit fait faire deux
grands amphiteatres au milieu de
la nef, & une espece de balustrade ,
qui regnoit tout le long des deux cotez
de l'Eglife : celle qui fermoit l'enceinte
du Chaurfut oftée ce jour- là ,
& l'on voyoit facilement l'Autel ,
qui eftoit entierement découvert aux
yeux des Alfiftans.
A neuf heures & demie du matin
Mr l'Abbé de Rohan , qui venoit de
Saint Magloire , où il avoit faitfa
retraite , arriva dans la grande Salle
del'Abbaye, Mr le Cardinal deFur
X iij
246 MERCURE
"
ftemberg ly attendoit , & tous les
Prelats s'y eftoient rendus . Aprés
s'eftre revestu d'une foutane violette
dont les boutons & les boutonnieres
eftoient de foye rouge , & d'un rochet
dont la dentelle eftoit tres- belle , s'avança
le bonnet quarre noir à la
main jufqu'à l'Autel , qui luy eftoit
preparé du cofté de l'Epitre , il eftoit
accompagné de Mr Evèque de Laon
& de Mr l'Evêque de Langres tous
deux Ducs & Pairs de France , &
precede d'un Porte - Croix , & de deux
Acolytes qui portoient de grands cierges
ornez des armes de Mr le Cardinal
de Furftemberg & de celles de
fa Maifon , enfuite de tous les Religieux
reveftus de chapes tres - riches ,
enfin du Diacre , du Soudiacres & du
Maistre des Ceremonies qui eftoit le
~Prieur de l'Abbaye : Ce Prieur con .
GALANT. 247
duifoit Mr le Cardinal de Furftemberg,
qui fe vint placerfur un Trône
preparé du cofté de l'Evangile , &fe
revêtit de fes habits Pontificaux ,
ayant la Mitre en tefte enrichie de
pierreries . Il chanta la Meffe folemnellement,
& pendant ce temps - là
Mr Abbe de Rohan recitoit à fon
Autel tout ce quife difoit à celuy du
Confecrateur. Jamais rien de plus augufte
n'avoit attiré les regards & les
refpects d'une nombreufe Affemblée , les
aliftans étoientprefque tous diftinguez
parleur naißance ou par leurs dignitez.
Plufieurs Princes , & Princeffes,
tous les Ambaffadeurs , & tous les
Envoyez des Cours étrangeresfe firent
un merite d'y allifter , leurs places
eftoient dans l'un & dans l'autre am.
phitheatre.
Deux rangs de fauteuils de ve-
X. iiij
248 MERCURE
lours cramoifi garnis de galons d'or
avec des quarreaux de même richeffe,
compofoient celles de tout le Clergé.
Mrle Cardinal de Noailles Archevêque
de Paris à la tefte , Mr le
Nonce , mais dans une tribune incognito
, Mrs les Archevêques de
Reims , de Rouen , de Bordeaux ,
& d'Auch , & Mrs les Evêques de
Meaux de Senlis , de Soißons ,
plufieurs autres au nombre de
prés de quarante , tous en aube ,
en rochet. Mr l'Abbé de Maulevrier
, Mr l'Abbé de Conac tous
deux Agens du Clergé de France ,
avec un tres-grand nombre d'autres
Abbez achevoient de rendre Affemblée
illuftre & venerable.
Jamais on ne vit de spectateurs
plusfatisfaits , c'eftoit quelque chofe
dagreable de lire fur leurs vifages
GALANT. 249
lajoye qu'ils avoient de voir un Printe
auffi eftimable que Mr l'Abbé de
Roban parvenu au rang qu'ils luy
fouhaitoient depuis longtemps.
> Ily eut une infinité de ceremonies
& de Prieres à faire avant que de
facrerfa tefte & fes mains . Ilfe profterna
fur l'Autel. On le chargea
pendant un temps du Livre, des Evangiles
, & enfin tous les Mifteres
de la Religion furent exprimez les
uns aprés les autres .
Toutes les démarches de Mrl'Abbé
de Roban dans cette augufte ceremonie
inspiroient la pieté & le respect,
toutparloit dans fes moindres actions .
Ce Prince retraçoit ce qu'il avoit fait
juſqu'à preſent avec une diftinitionfi·
digne d'admiration . Aprés qu'à la
fin du Sacrifice Mr le Cardinal de
·Furflemberg comme fon Succeffeur ,
250 MERCURE
on luy mit une Mitre d'argent fur l'a'
tefte , & enfuite une autre toute d'or
dun grand éclat , & d'une grande
beauté.
Cefut alors qu'on le vit afis avec
tant de majesté & de grace , qué
les
larmes en vinrent aux yeux de quantité
de perfonnes . Tout le monde difoit
enjettant la vue far Mrle Prince de
Soubife fon Pere que de toutes les fatisfactions
, qu'ilavoit pu avoir en
fa vie d'eftre né du plus beau fang.
du monde de compter tant de nos
Rois , & d'autres Patentats de l'Eu--
rope parmyfes Anceftres , d'avoir luy
même foutenu fon rang par fes
actions beroïques qui luy ont fait ba
Larder mille fois fa vie , & celle de
fes enfans pour la gloire du Roy , &
pourle bien de l'Etat , rien ne pouvoit
approcher de la confolation qu'il reCALANT.
251
*
cevoit dans cette grande journée.
Enfin le nouveau Coadjuteur don--
na la Benediction à toute l'Affemblée
, revestu de fes habits Pontificaux
, la Croffe en main & la Mitre
en tefte, Mr le Cardinal de Fur-
Stemberg à fa droite du cofté de l'Evangile
, Ml Evêque de Laon , &
Ml'Evêque de Langres à fa gau--
che du cofté de l'Epitre . Il fembloit
que Dieu cuft répandu quelque rayon
defes lumieres fur fon nouveau Pa-
-feur, tant les yeux parurent furpris
de la majesté du Prelat qui les beniffoit
au nom du Dieu des Armées.
A la fin de la Ceremonie on fervit
unfuperbe repas dans le Palais de
Mle Cardinal de Furftemberg , qui
regala à diner une grande partie du
Clergé . Mile Cardinal de Noailles,.
Archevêque de Paris , & Mrs less
212 MERCURE
Archevêqnes de Reims & de Rouen.
Il donna un foupé le même jour à
plufieurs Princes & Princeffes , ainfi
qu'aux Ambassadeurs , & aux Envoyez
des Cours Etrangeres.
Le Mercredy fuivant , Mr le
Prince de Soubife donna auffi un
magnifique repas , où se trouverent
Mr le Nonce , plufieurs Princes &
Princeffes , Mr l'Ambaßadeur d' Efpagne
& Mr fon Fils , Mrs les
Ambaffadeurs de Venife & de Savoye,
& Mrs les Envoyez de l'Empire
& de Florence & quantité
d'autres Seigneurs & Dames , qui
firmoient une affemblée tres - confiderable.
*
,
Je vous ay dir le mois paffé
qu'il eftoit arrivé à Paris un faGALANT.
253
meux Italien , mais tout fon
merite ne m'estoit pas bien
connu , & je ne fçavois pas
toutes les particularitez de la
cauſe de fa venue . J'en fuis
prefentement un peu mieux
informé. Il s'appelle M ' Zumbo
: il eft Gentilhomme Sici
lien , & il a apporté avec luy
une Tére d'une compofition
dont il eft l'inventeur. Elle eft
moitié écorchée , & moitié
deffechée , & repreſente avec
un artifice merveilleux toutes
les parties d'une Tête humai .
nextant interieures qu'exte,
ricures , les mufcles , les ten-
V
234 MERCURE
dons , les veines , les artères ,
les nerfs , les os , les glandu-:
les , les cartilages , les mem .
branes & la preparation du
cerveau interne & externe ,
avec tout ce qui les compoſe
dans leur couleur , & tellement
au naturel , qu'on diroit
que c'eſt une vraye Tête
& fraichement mise en oeuvre.
Il a travaillé à cette Tête à
Marfeille fous la protection
de M' de Momort Intendant ,
qui eftant inftruit de la reputation
de l'Auteur l'a favorifé
'particulierement en luy faiſanc
avoir plus de quarante fujets
GALANT. 255
dont il a eu befoin pour former
fa Têre. Pour la compo
fer avec plus d'exactitude , il
a prié M' Pelizier , Medecin
du Roy , tres - fçavant dans l'A .
natomie ; de le diriger dans la
conftruction des parties , fa
profeffion eftant plus pour fai
re connoistre que pour fçavoir .
tout ce qui compofe le Corps
humain. M ' de Vauban ayant
veu cette Tefte à Marseille l'a
admirée, & a comblé l'Auteur
d'honnetez & de loüanges ,
l'exhortant de venir à Paris, &
luy promettant la protection ;
mais M le Comte de Pont256
MERCURE
tat ,
chartrin attentifà tout ce qui
peut cont ibuer au bien de IE.
eftant informé par M'
l'Intendant d'un ouvrage fi rare
, a fait venir luy même l'auteur
à Paris , où ayant montré
à Mr Fagon cette Tête ,
il l'a trouvée la chofe du
monde la plus digne d'ad .
miration, & en a efté furpris,
Aprés l'avoir bien examinée
il l'a trouva fans défaut , & dit
que c'eftoit un chef d'oeuvre ,
M'Bourdelor , M' Duchaine ,
M' Felix , M' Dionis & tous
les plus illuftres & plus ſçavans
Medecins & Chirurgiens de la
GALANT . 257
Cour ont tous dit la même
chofe. Mi le Comte de Pontchartrin
a envoyé l'Auteur à
M. l'Abbé Bignon pour le faire
prefenter à l'Academie
Royale des Sciences , & y faire
bien examiner la Tête. Cet
Illuftre Abbé , qui n'ignore
rien , l'ayant non feulement
approuvée , mais admirée , le
preſenta à l'Academie , où a .
prés un tres ferieux examen ,
chacun cherchant à luy faire
quelque objection , la Tête
fut applaudie d'une commu .
ne voix , & extremement loüée ,
comme un ouvrage merveil-
Juin.701
.
Y
258 MERCURE
leux & tres utile à l'étude de
l'Anatomie . M Mery & M
du Vernet tres illufttes Anato .
miftes & qui en peuvent le
mieux juger , la loüerent &
l'eftimerent le plus. L'Auteur
promettant de faire de la méme
maniere & avec la même
exactitude toute la Meologiedu
corps humain , M's de l'Academie
ont conclu qu'un ouvrage
de cette nature feroit
une des plus belles & des plus
utiles chofes que l'on ait veuës
dans ce Siecle, puifqu'il repre.
fentera toujours devant les
yeux un corps incorruptible
"
GALANT: 259
avec toutes les parties ; dans
lequel à tous momens les curieux
de cet Art pouront trouver
tout ce qui eft neceffaire
à la connoiffance de toute l'Anatomie
, fans eftre obligez
d'avoir recours au corps effectifs
, qu'on ne peut deffecher
qu'avec beaucoup de fatigue
& de peine , & qui aprés cela
durent fort peu , & ne confervent
jantais ce naturel &
cette fraicheur des parties ,
comme cet ouvrage les reprefente
au vif. C'est pourquoy
ils ont jugé que ce feroit un
Ouvrage tres important à la
Y ij
260 MERCURE
Medecine & fort utile au Pu
blic.
Ce feroit affeurement un
avantage confiderable pour la
France d'y retenir un homme
qui a prouvé fon habilité par
ce chef- d'oeuvre. Tout ce que
je pourois vous dire pour prouver
la beauté , la delicateffe ,
& l'utilité de fon travail , feroit
moins convainquant
que
l'approbation de M' le premier
Medecin , & que toutes les
louanges qui ont efté données
à cet ouvrage par ceux
que je viens de vous nommer.
Cependant je ne laifferay pas
GALANT. 26
d'ajoutericy , que vingt perfonnes
des plus illuftres du
Royaume , par leur efprit , par
leur erudition & par les divers
talens , qui leur fourniffent
des lumieres pour bien juger
des chofes de cette naturé ,
ayant bien voulu me faire
l'honneur de s'affember chez
moy pour examiner cette Tête
, luy ont donné mille loüanges
, aprés avoir fait une infinité
de queftions à l'Auteur ,
dont les réponses les fatisfirent
beaucoup.
Le Clergé de France s'eftant
affemble extraordinairement
26: MERUCRE
A
à l'occafion des affaires prefentes
, M le Cardinal de
Noailles , Archevêque de Paris
, accompagné de plufieurs
Députez de l'Allemblée dont
il eft Prefident , ayant eu audience
du Roy , dit à Sa maje.
fté , qu'aprés avoir donné à
Europe une Paix fi avantageufe
, qui n'eftoit pas moins
l'effet de fa moderation que
de fa puiffance, on la forçoit
de fe preparer à la guerre lors
qu'elles ne pensoit plus qu'à
nous procurer la tranquillité
falutaire que l'on attend des
bons Rois , que tout le monde
GALANT. 262
fi
fçavoir que le titre de Pere
des Peuples luy eftoit pluscher
, comme à tout Prince
veritablement grand & Chrétien
, que le nom flateur mais
dangereux de Conquerant ;
qu'on eftoit perfuadé que
Sa Majefté pouvoit fournir
feule aux frais de la guerre , en
retranchant à fa perfonne ce·
qui eftoit du d'ailleurs à la dignité
, nous joüirions tous en
repos de nos biens ; qu'elle
conferveroit par la tendreffe
qu'elle avoit pour fes Sujets ,
& par la juftice & la force de
fes armes , mais qu'il eftoitju
264 MERCURE
fte que nous partagea lions
avec elle les dépenles qu'elle
faifoit pour nous défendre ,
que l'amour de les Peuples ,
l'experience du paffé luy répondoient
de la difpofition de
tous les Corps du Royaume, &
que le Clergé, qui avoit l'honneur
d'en eltre le premier par
le rang que luy donnoit la Re.
ligion, en feroit toujours, com
me il l'avoit efté jusque- là , le
premier par fon zele; qu'il avoit
fait voir plus d'une fois qu'il
n'eftoit pas moins utile pour le
bien temporel de l'Etat , que
neceffaire pour maintenir la
Religion;
GALANT. 265.
Religion ; qu'affligé que fes
forces épuifées ne puffent ré
pondre à fon zele , il confervoit
un dévouëmeut inépuifa
ble pour le fervice de Sa Ma
jefté, que ceux qui le compo.
foient ne pouvant rien refufer
à un Maitre qui donnoit tanţ
à l'Eglife , luy offroient leurs
forces telles qu'elles pouvoient
eftre , perfuadez qu'elle
les ménageroit plus que leur
attachement ne leur permettroit
de ſe ménager eux . memes
. M' le Cardinal de Noailles
dit enfuite que parmy un
fi grand nombre de qualirez
Juin 1701.
Z
266 MERCURE
heroïques du Roy , fa religion
eftoit ce qui excitoit
le plus leur veneration &
leur gratitude . Il parla avec
beaucoup d'éloquence, de cette
foy non feinte que recommande
Saint Paul , qui l'attachoit
fi fortement à la Religion
; de ce zèle pour la gloire
du Seigneur , qui malgré la
timide politique des Sages du
Siecle , luy avoit fait tout entreprendre
& tout fouffrir pour
la deftruction de l'Herefie ; de
cet amour pour l'Eglife , qui
luy faifoit appuyer par tout la
pureté de fes dogmes , de fa
GALANT. 267
Morale , de fa difciplines de
cette foumiffion aux ordres de
la Providence , qui le rendoit
fi égal dans tous les évene .
mens qui lui faifoit recevoir de
fa main les maux comme les
biens . l'affliction comme la
joye. Il ajoûta que la valeur,
les richeffes , les conqueftes
pouvoient rendre pour quelques
momens un Roy celebre
fur la terre ; mais que fi la Religion
n'en regloit l'ufage ,
Péclat & le bruit fe diffipoient
bien- toft , & qu'il n'en
reftoit plus qu'un nom fterile
& une trifte defolation . I al. Il
Z ij
268 MERCURE
legua Salomon qui tout fameux
qu'il eftoit par fes richeffes
& par fes profperitez ,
n'efperoit acquerir l'immorta
lité que par la fageſſe , à laquelle
il attribuoit le pouvoir
de difpofer des Peuples & des
Royaumes. Vous l'éprouvez .
Sire , continua til , toute
l'Europe en voit aujourd'huy
avec admiration on avec envie un
exemple éclatant , jufte récompenſe
de voftre moderation ,
protection que vous donnez aux
Princes dépouillez de leurs Etats .
L'Espagne , cette Nationfiere &
genereuſe , incapable de ſouffrir
de la
GALANT. 26g
une domination Etrangere , oublie
tout d'un coupfon ancienne jaloufie
, excitée par le voisinage de la
France , par l'émulation , par de
longues guerres , vient remettre
fon fort entre les mains de Voltre
Majefte, luydemander un Roy
de fon Sang Qui l'auroit cru , Sire,
fi les prodiges de doftre Regne n'avoient
rendu tout croyable ? Elle
voit déja avec transport , cette
Nation accoutumée à n'admirer
qu'elle même, ce qu'elle s'eftoit promis
d'un Prince choifi dans une
Maiſon toute née pour gouverner,
inftruit dans l'art de regner par un
grand Maiftre , d'un Princeforti
$
Z iij
270 MERCURE
#:
de la Race de Saint Louis , pour
porter dans la Caftille toutes les
verius Chreftiennes & Royales
que.la Reine Blanche apporta en
France. A qui ne refiftera point
un Roy que Dieu vient de donner
aux Peuples de cette illuftre &
vafte Monarchie , felon leur coeur
&felon lefien ? Il finir en dilant,
que fi l'ambition , l'envie , &
peut eftre Herefie par des
pratiques fecreres , l'empor
toient fur les regles de la
Juſtice & de la Religion , it's
offroient au Roy rout ce qui
pouvoit dépendre d'eux , pour
foutenir la caufe de Dieu , des
·
GALANT 271
Rois & des Peuples , qu'ils ne
pouvoient changer la deftina .
tion des biens Ecclefiaftiques,
dont ils eftoient feulement
les Difpenfateurs , & non pas
les Maiftres ; que ces biens facrez
eftoient deftinez à l'entretien
du culte de Dien , de fes Minif
tres , des Pauvres , mais qu'ils
croyoient employer leurs revenus
conformement aux intentions de
1 Eglife , en les faifant fervir à défendre
la Religion Catholique , à
empêcher les Peuples de fuccom .
ber fous les charges inévitables de
Etat , & de tomber dans une plus
grande pauvreté que c'estoit au
Z iiij
27: MERCURE
Roy à juger des temps des befoins
, & à eux à fefoumettre , ce
que la pieté de Sa Majesté leur
faifoitfairefans aucun fcrupule.
Ce Difcours , de la beauté
duquel vous pouvez juger par
le peu que je vous en envoye ,
reçut de tresde
tres grands applau
diffemens. Mrs du Clergé allérent
enfuite complimenter
Monfeigneur le Dauphin , &
fon Eminence qui porta encore
la parole , dit à ce Prince ,
qu'aprés avoir rendu de treshumbles
hommages au Roy ,
ils n'avoient rien plus à coeur
que de luy rendre le même
GALANT 273
devoir ; que le Clergé avoit eu
de l'impatience de le voir affemblé
pour luy témoigner en
Corps fa joye fenfible fur le
rétabliffement de fa fanté , que
leur joye égaloit l'affliction
qu'ils avoient eue dans les premiers
momens de fon mal ;
que la feule idée de pouvoir
perdre un Prince fi cher au
Roy , à l'Etat , à l'Eglife , un
Prince que fa bonté , fa religion
, fa valeur , & tant d'autres
grandes qualitez rendoient
fi digne d'eftre honoré ,
avoit jetté la confternation
parmi eux qu'il fçavoit com.
274 MERCURE
bien de larmes il avoit coûté
au Roy , mais que Dieu avoit
exaucé ce Monarque , dans le
jour de fa plus grande tribula
tion ; qu'il avoit écouté les
prieres ardentes du Clergé , les
tendres voeux du Peuple , &
qu'il avoit cu pitié de l'Eglife ;
que la jeuneffe , la fanté , la
plus grande force , les couronnes
même ne mettoient point
à couvert des accidens de cette
vie periffable , & qu'il n'y a
voit rien de ftable en ce monde
que la fouveraine volonté
de celuy qui fait tout ce qu'il
veut dans le ciel & dans la rer
GALANT. 275
re. Vivez , Monſeigneur , ajoûtactil
, vivez , puifque Dien
vons a rendu à ce Royaume pour
eftre le lien de la Famille Royale ,
¿ legage d'une paix durable dans
toute l'Europe. En quittant vos
droits legitimes fur tant de Cou
ronnes , vous nous
vous nous faites voir un
coeur élevé an deffus de toutes les
Couronnes , & un amour pour la
Paix quifait laplus grande gloire
des Princes. Vous nous montrez
veftre bon gouft , aimant mieux
eftre la confolation d'an Roy &
d'un Pere qui vous aime fi tendrement
, que vous aimez fe
refpectueusement , & regner avec
276 MERCURE
luy comme vous faites , par fa
confiance en vous , & par votre
attachement pour luy , que de regner
tout feul dans une Terre Etrangere.
Ces fentimens que nous
voyons en vous , Monfeigneur ,
redoublent noftre eftime , & fi nous
Lofons dire à un Prince fi bon
noftre refpectueufe sendreffe. Ils
ranimeront auffi nos voeux pour
voftre perfonne , & pour toute
Faugufte Maifon , dont vous eftes
les delices e l'ornement:
Le lendemain , le Clergé ,
aprés avoir receu une Lettre
du Roy qui luy fut portée en
la maniere acoutumée , & a
GALANT. 277
voir ouy M' de Pomereu , an.
cien Confeiller d'Etar , délibera
fur les demandes qui luy
eftoient faites , & l'Affemblée
d'un confentement unanime
accorda au Roy par forme de
fubvention , quatre millions
par an. Cependant Sa Majesté
veut bien pour cette année
feulement , n'en recevoir que
quinze cens mille livres , en
confideration de ce qu'il luy
refte à payer de la derniere
affemblée. Je ne dis rien
de pareilles actions qui n'ont
pas befoin qu'on les faffe remarquer.
S'il falloit faire l'élo278
MERCURE
ge de toutes celles du Roy
qui meritent des louanges ,
toutes mes Lettres en feroient
remplies,
Je vous ay déja parlé de M
le Comte de Lemos , General
des Galeres d'Espagne , mais
je n'eftois pas inftruit de plu .
fieurs chofes qui le regardent,
& qui meritent d'eftre remar
quées. En arrivant à Marſeille
avec huit Galeres de Naples
qu'il commandoit , ces Galeres
quiterent leur Pavillon , &
arborerent celuy de France ;
& les ayant fait avancer , &
mêler avec celles du Roy , il
GALANT 299
dit que l'Espagne ne paroiffoit
plus où eftoit la France , & que
les deux Nations n'estoient plus
qu'une On ne peut trop admirer
l'efprit , & les manieres
honnelles des Espagnols ;
quand ils ont lieu de les faire
paroiftre,ils en manquent peu
les occafions.
Le Roy ayant écrit au même
Comte de Lemos , en le traitant
de Coufin , luy marqua
par fa Lettre , que ne croyane pas
qu'il y cuft rien à faire pour fes
Galeres & pour celles de France,
il luy confeilloit de les ramener à
Naples. Je me tais fur le mot
274 MERCURE
bien de larmes il avoit coûté
au Roy , mais que Dieu avoir
exaucé ce Monarque
, dans le
jour de la plus grande tribula
tion ; qu'il avoit écouté les
prieres ardentes du Clergé, les
tendres voeux du Peuple , &
qu'il avoit cu pitié de l'Eglife ;
que la jeuneffe , la fanté , la
plus grande force , les couronnes
même ne mettoient
point
àcouvert des accidens de cette
vie periffable
, & qu'il n'y avoit
rien de ftable en ce monde
que la fouveraine
volonté
de celuy qui fait tout ce qu'il
veut dans le ciel & dans la ter
!
GALANT. 275
re. Vivez , Monseigneur , ajoûtactik
, vivez , puifque Dien
vous a rendu à ce Royaume pour
eftre le lieu de la Famille Royale ,
∞ legage d'une paix durable dans
toute l'Europe. En quittant vos
droits legitimes fur tant de Cous
ronnes , vous nous faites voir un
coeur élevé an deſſus de toutes les
Couronnes , un amour pour la
Paix quifait la plus grande gloire
des Princes. Vous nous montrez
voſtre bon gouft , aimant mieux
eftre la confolation d'un Roy &
d'um Père qui vous aime fi tendrement
, que vous aimez fe
reſpectueuſement , & regner avec
280 MERCURE
de Confeiller dont il plut au
Roy de fe fervir. L'Eſpagnol
le remarqua d'abord , & penetré
des manieres honneftes
de Sa Majefté , il luy écrivir,
qu'il eftoit fort mortifié de ce qu'
Elle ne luy avoit pas fait l'hon .
neur de luy commander.
Ce que vient de faire M
le Comte d'Eftrées , n'eft pas
moins digne d'eftre remarqué.
Le Roy d'Espagne
luy ayant
donné le commandement
fur
fes Vaiffeaux
, comme je vous
l'ay mandé , avec dix mille
Ecus d'apointement
, ce Comte
a écrit à Sa Majefté Ca
GALANT. 28t
tholique pour la remercier de
T'honneur qu'il luy avoit plu
de luy faire mais en acceptant
le commandement dont
elle l'a honoré , il l'atres- humblement
fupliée de luy permettre
de n'en point recevoir
les apointemens
, parce que
ce Monarque n'avoit pas en
core eu le temps de remettre
les affaires de la Monarchie
d'Espagne, & ce Comte a ajoûté
dans la Lestre , qu'il feroic ravi
de pouvoir fervir d'exemple
aux Espagnols . M' le Comte
d'Eftrées ayant efté vifité dans
fon Bord par le Gouverneur
Juin 1701.
A a
282 MERCURE
de Cadis , & parle Comman
dant de la Marine , fon Vail
feau falua la Ville de treize
coups de canon , & elle répondit
d'un pareil nombre . Si colt
qu'il eut mit pied à terre , la
Ville le falua comme Genera.
hiffime de vingt &un coup de
canon. Les Troupes Efpagno.
les qui eftoient fous les Armes
falüerent du Drapeau , &
batirent aux champs. Mle
Marquis de Leganez donna à
tous les Officiers François une
magnifique collation .
Le Dimanche 26. de Juin
mademoiſelle de Tourmons
鼎
GALANT. 283
prit l'habit dans le monaftere
des Religieufes de la Vifitation
, Fauxbourg S. Jacques.
Le Pere de la Baune Jefuire ,
Oncle de cette Demoiselle,
précha, devant une fort grande
aſſemblée de gens de dif.
tinction & le Sermon fur
trouvé fort beau , fort poly &
fort touchant. C'est ce mef
me Pere de la Baune , quiaprés
avoir regenté les baffes Claf
fes à Paris , fut choisi pourrecommencer
le cours , lorſque
Monfieur le Duc de Bourbon
vint faire fes Claffes au College
des Jefuites , où il fut dix
A a ij
284 MERCURE
•
ans. Vous connoiffez la fa
mille de M' de Tourmont ,
fes emplois & fes fervices fous
M'de Louvois , & fous M'de
Barbefieux .
N'ayant appris la mort de
Son Alteffe Royale Monfieur ,
le mois paffé que dans le moment
que je fermoisma Lettre,
je n'eus , avant que de vous
l'envoyer, ny le temps de m'é
tendre fur cet article , ny celuy
de m'informer de beaucoup
de chofes dont je devois
eftreinftruit avant que de travailler
à un article fi confiderable.
GALANT, 285
•
f
Rien n'eft plus ordinaire
aux hommes que d'avoir des
preffentimens de leur morr ,
fans y reflechir autant qu'il
femble qu'ils devroient le farre
, & fans prendre les précautions
dont il paroift que l'on
fe devroit fervir pour en éloi.
gner l'heure , quoy que ce qu '
on devroit faire en de pareilles
occafions , faute , en quelque
forte, aux yeux, & qu'on
en foit averty , & même preffé
fans que cela faffe profiter des
momens , dont il paroift qu'on
ne devroit perdre aucun. On
le fçait , on le voit , on craint
286 MERCURE
de quitter la vie , on y penfe
fort louvent , les preffentimens
qu'on en a font peur , & cependanton
demeure dans une
indolence , dans une incertityde
, & même dans une inaction
, s'il m'eft permis de parler
ainfi , qui doit faire trembler
tous ceux qui ne le trou
vent pas encore dans l'étatou
l'on doit estre pour le déta.
cher du monde , & pour penfer
à la mort ferieulement . It
eft conftant que feu Monfieur
afeu des preffentimens de la
frenne. Il a paru même aux
yeux d'une partie de la Cour ,
a
GALANT 287
qu'on luy a prédit ce qui luy
eft arrivé , le Roy , & la pluf
part de ceux qui avoient l'hon
neur d'approchende la perfonne
de SomAlbeffe Royale, l'one
preffée de fe faire faigner , &
il s'eft trouvé par l'ouverture
de fon corps que c'eftoit Funique
remede qui pouvoir fau
ver dey Princes, & qu'il eft
mort d'une apoplexie de fang.
Quant aux preffentimens
de la mort , on en peut juger
par cequifuit. Quelques jours
avant qu'elle arrivaft , ce Prince
eſtant dans l'une de fes galeries
à Saint Cloud , affis &
288 MERCURE
rêvant foul , Mr le Chevalien
de Lorraine paffa devant luy
fans
que Monfieur fortiſt de
fa rêverie. Ce Chevalier s'approcha
une feconde fois de ce
Prince , & voyant qu'il rêvoic
toûjours profondement il ne
put s'empêcher de luy dire ,
Monfieur eft bien rêveur. A
quoy Son Alceffe Royale ré
pondit : Je rêve à la beauté de
lieux que je les ay faits , & que
je dois bientoft les quitter. Il eſt
à remarquer qu'on voyoit de
cet ndroit deux belles Galeries
feparées parun Salon ma .
gnifiquei que l'une de ces Ga
leries
GALANT 289
Meries fert
d'Orangerie ; que
l'on voit au bout & de pleinpied
une allée du Jardin , avec
plufieurs
Jets d'eau , & que
cette allée , ces deux
Galeries ,
& le Salon , font une enfilade
dont la varieté de la
peinture ,
de la dorure , des
meubles ,
& de la verdure , forment un
tout auffi
magnifique
que fin.
gulier.
Comme Monfieur ne dic
rien dans la fuite qui fift.connoiftre
que le preffentiment
de fa mort qu'il avoit eu dans
ce moment là , eftoit demeuré
dans fon efprit , on ny penſa
Juin 1701.
Bb
S
290 MERCURE
plus . Cependant on a fait reflexion
depuis la mort de ce
Prince , qu'il y avoit quelque
temps qu'il paroiffoit rêveur ,
& recueilly en luy même , &
qu'après avoir efté à la Meſſe
accompagné de fes Gardes ,
& d'une fuite prefque infeparable
de fon rang , il leur
faifoit figne de fe retirer
quand la Meffe eftoit finie ,
& qu'il en entendoit encore
fouvent une ou deux fans
aucune fuite. Ainfi l'on peut
dire , que s'il a negligé à fuivre
les avis qui luy ont efté donnez
pour le rétabliſſement de
GALANT.
291
fa fanté , & pour
prolonger
fes jours , il n'a pas méprifé les
avertiffemens du Ciel , & qu'il
y a répondu en veritable
Chreftien.
Peut eftre que fon heure
cftant venue , il eftoit hors de
fon pouvoir d'en faire davantage
; mais ce qu'il y a d'heureux
pour ce Prince , c'eſt qu'-
en ne faiſant pas toute l'atten
tion qu'il auroit dû faire aux
avertiffemens des
hommes ,
pour le retour & la confervation
de fa fanté , il s'eft attaché
à ceux du Ciel , & en a
profité.
Ce Prince avoit
toujours
Bb ij
292 MERCURE
fait voir beaucoup de tendreffe
pour la feuë Reine fa Mere,
& une grande déference pour
toutes les volontez . Elle eſt
toujours demeurée dans fon
fouvenir , & il ne manquoit
pas tous les ans , à moins qu'il
ne fuft incommodéou abſent,
d'affifter au Service qui fe fait
au Convent du Val de Grace ,
à pareil jour que celuy du décés
de cette Princeffe. Il avoit
une veritable amitié & un tendre
attachement pour le Roy,
qu'il a toujours accompagné,
& s'il s'en eft feparé quelquece
n'a efté que pour fois
1
GALANT. 2,3
commander des Armées par
fes ordres , & pour faire des
Sieges . Le premier a efté celuy
de Zutphen , qu'il affiegea au
mois de Juin 1672. Le jour que
ce Prince arriva devant certe
Place , il demeura à cheval
pendant quatorze heures . Il
alla luy même, la reconnoiftre
juſqu'à la portée du moufquet
Il marqua l'endroit où il vou
loit que la Tranchée fuft ou
verte , & celuy où l'on devoit
dreffer les Batteries. Il vifita
les Camps , & fit tour préparer
pour l'attaque , qu'il remit au
lendemain. Il fe polla auprés
Bb iij
294 MERCURE
du travail de la Tranchée ,
pour en apprendre ſouvent
des nouvelles , & fit faire de
grandes liberalitez aux Travailleurs
, afin qu'ils avançaffent;
ce qu'il continua de faire
pendant les Sieges des autres
Places qu'il emporta enfuite.
Aprés avoir pris Zutphen ,
dont la Garnifon fut prifonfonniere
de guerre , il ne voulut
point entrer dans la Place, qu'il
n'y euft fait rétablir le culte
Autels , & que le Pere Zocoly ,
Jefuite , fon Confeffeur , n'y
euft celebré la Meffe .
Au mois de May 'de l'année
1
1
GALANT. 295
1676. ce Prince afliegea la Ville
de Bouchain . Il fit d'abord
emporter le Fort des Vaches ,
qui couvroit les endroits les
plus foibles de la Place . Il
paffa toutes les nuits à cheval
pendant tout le temps que
dura ce Siege , il vifita les atta .
ques , les batteries , & les gardes
des lignes , & il entra dans
tous les détails . Aprés la prife
de la Contrefcarpe , M' de
Schomberg arriva à huit heures
du matin au quartier de ce
Prince . Sa Majefté l'avoit envoyé
exprés vers Son Alteffe
Royale pour l'avertir que les
Bb iitj
296 MERCURE
Ennemis marchoient & pour
s'acquiter de la parole qu'elle
luy avoit donnée de luy faire
fçavoir fi elle voyoit quelque
apparence d'une Bataille à la
quelle Sa Majesté efperoit que
le Prince d'Orange le refou
droit eftant à la tefte d'une
Armée de cinquante mille
hommes , plutoft que d'eftre
témoin de la prise de Bou
chain aprés l'avoir efté de cel
le de Condé Son Alteffe
Royale marcha auffi tolt
dans cette efperance , & or
donna au Maréchal de Crequy
de le fuivre avec vinge
·
GALANT: 297
Bataillons , laiffant les ordres
neceffaires pour la continua .
tion du Siege Elle trouva le
Roy en bataille en prefence
des Ennemis , & fe mit à la
tefte de l'aile gauche de la
premiere ligne ; mais le Prince
d'Orange voulant éviter le
combat fe - retrancha , ce qui
donna un extrême chagrin à
Sa Majesté qui s'eftoit atten
duë à une Bataille . Son Alteffe
Royale retourna devant Bou
chain dont elle fit emporter
tous les dehors l'épée à la main
à quatre heures aprés midy , &
ce Prince fe rendit en fix jours
298 MERCURE
maiftre de la Place devant une
Armée de cinquante mille
hommes.
L'année fuivante au mois
d'Avril , Monfieur ayant affiegè
la Ville de Saint Omer , le
Prince d'Orange entreprit de
la fecourir. 11 paffa avec fon
Armée le Canal de Bruges , &
s'avança vers Ypres. Le Roy
ayant appris que fon Armée
eftoit plus nombreufe qu'on
n'avoit crû , fit partir M' de
Luxembourg avec quelque
Cavalerie legere , les deux
Compagnies de fes Moufquetaires
, deux Bataillons des
GALANT. 299
Gardes Françoiſes , trois du
Regiment Suiffe de Stoup ,
deux du Regiment Royal , &
un du Maine.
Pendant que le Roy donnoit
fes ordres pour mettre
l'Armée de Monfieur en bon
eftat , S. A. R. fongeoit à fe
bien fervir du fecours que Sa
Majefté luy donnoit , & envoyoit
des Partis pour eftre
informé de la marche & des
deffeins du Prince d'Orange.
Si toft qu'il eut efté averty
par ces Partis que les Ennemis
marchoient en diligence pour
jerter du fecours dans Saint
300 MERCURE
Omer , Son Alteffe Royale
laiffa des Troupes pour garder
les Forts , & pour foûtenir
tous le travaux des attaques ,
fortit des lignes , & alla au
devant des Ennemis . Leur
Armée eftoit beaucoup plus
forte que la fienne , & fur tout
en Infanterie. Elle eftoit pos
ftée dans des vergers environ
nez de hayes vives, & de fof
fez pleins d'eau , qui ne fe pou:
voient paffer qu'à cheval , &
où l'on ne pouvoit entrer que
par défilez , de forte que pour
la forcer il falloit paffer fous
lefeu du Canon & de la moufGALANT.
301
queterie , & l'attaquer dans
des lieux naturellement retran.
chez. Cette Armée qui fe te
noit tres affurée de la victoire ,
& qui connoiffoit les forces ,
n'eftoit point obligée à les diviler
, ce que S. Alteffe Royale
eftoit contrainte de faire
ayant la tranchée de S. Omer
& les Poftes qu'elle avoit gagnez
devant cette Place à fai .
re garder, ainfi que huit autres
endroits par lefquels le fecours
pouvoit paffer. Quoy que l'Armée
de Monfieur fuft affoiblie
par les Troupes qu'il fur
obligé de laiffer en tant de dif
302 MERCURE
ferens poftes , cela ne diminua
en rien l'impatience qu'il avoit
de combatre, Dés qu'il euc
appris que les Ennemis avoient
paffé le premier ruif
feau , il voulut les aller attaquer
, & demanda l'avis des
Maréchaux de Humieres & de
Luxembourg , qui voyant la
refolution où il eftoit d'expofer
fa perfonne, luy firent quelques
objections. Elles auroient
embaraffé un Prince moins
ardent pour la gloire des armes
du Roy, & un autre auroit
pû quitter le deffein de com
battre , fans qu'on cuſt pû le
1
GALANT 303
blâmer , puis que c'eftoit l'avis
du Confeil. Ce Prince n'avoit
pour cela qu'à ne rien dire qui
puft détruire les objections
qu'on luy venoit de faire . Ily
répondit , que fi on attendoit que
les Ennemis euffent paßé leſecond
Ruiffeau qui leur reftoit , ils pourroient
dérober quelques marches
par derriere ,
dans Saint Omer , ce qui estoit leur
deffein le plus importanı pour l'obli
ger à lever le Siege , & qu'il
vouloit pas que fous fon Comman .
dement les armes du Roy receuffent
un affront , qui ne leur eftoit
point encore arrivé depuis le comjetter
du fecours
304 MERCURE
mencement de la guerre. Les Ge
neraux ayant goûté toutes ces
raifons , répondirent qu'ils ne
Savoient qu'obéir , & Monfieur
s'eftant luy même avancé
avec quelques Troupes pour
reconnoiftre les Ennemis ,
donna auffi toft les ordres
qu'il jugea neceffaires pour
les aller attaquer. Ce Prince
remplit dans ce combat les
devoirs de Capitaine & ceux
de General. Il donna des ordres
, il mena à la charge ,
combatir luy même les Ennemis.
Il exhorta les Soldats , il
leur infpira de l'ardeur , & l'on
il
GALANT.
35
peut dire que fa tefte , lon
coeur , fon bras , fon efprit , &
fon éloquence agirent égalemenr
en cette occafion . Sitoft
que les Ennemis faifoient
quelque mouvement , il don
noit par tout des ordres nouveaux
avec une prefence &
une netteté d'efprit inconcevable
. Jamais on n'a moins
craint le peril ny fait voir un
plus grand fang froid au milieu
des dangers , ce Prince ne
s'eftant pas trouvé embaraffé
un feul moment , auffi peut on
affurer que fa prefence & fa fermeté
cauférent le gain de la
Juin 1701.
Cc
306 MERCURE
Bataille I rallia luy- même
les Troupes , & les ayant ranimées
par les chofes qu'il
leur dit , & par fon exemple ,
il les ramena plufieurs fois à
la charge , fans s'étonner du
feu des Ennemis , qu'il effuya
avec une intrepidité qui ne fe
peut exprimer. Ce feu fut
grand , & l'on n'en fçauroit
douter , puifque la plupart des
Officiers qui eftoient autour
de fa perfonne furent bleffez.
11 s'expofcit au même mal .
heur fi le ciel ne l'en euft garanti.
Il eftoit perfuadé que
ce n'eftoit pas affez que de
GALANT. 307
commander le Corps de Bataille
, il falloit encore pour
fatisfaire fon courage qu'il fe
mift à la tefte des Troupes qui
1
avoient plié. Il vouloit même
yaller fans autres armes que
celles dont il avoit befoin
pour combatre ; mais M ' Me .
rille , & un de fes Ecuyers , luy
en mirent malgré luy dans la
chaleur du combat. La fatigue
en fur rude à fupporter ,
puifqu'il eftoit à cheval des
trois heures du matin , & que
la mêlée dura jufqu'au foir.
Ce Prince chargea plufieurs
fois à la tefte des Bataillons ,
Ccij
308 MERCURE
& comme il eftoit toûjours au
plus fort de la mêlée , il cur
un cheval tué fous luy , & un
coup de Moufquer dans fes
armes. M' le Chevalier de Lorá
raine fut legerement bleffé au
vifage , & M le Chevalier de
Nantouillet à la jambe , tous
deux auprés de ce Prince. Un
Bataillon Suiffe ayant elté
rompu , Monfieur fit auffi toft
mettre fes Gardes en Efca.
drons , avec quelques uns de
fes Domestiques qui eftoient
accourus l'épée à la main ,
ce Prince leur infpira tant de
force & de courage , que tous
&
1
GALANT. 309
tes les Troupes
qui eftoient
auprés de luy ayant efluye à la
portée du piſtolet -la décharge
des Ennemis
, allérent à eux
l'épée à la main , & les rompi
rent. M' Vaucher
, l'un de fes
Valets de Chambre
, eut un
coup dans la cuiffe en attachant
une cafaque fur les ars
mes de ce Prince . M le Che
valier de Tillecourt
eut fon
cheval bleffé de deux coups
derriere S. A; R.
Le lendemain de cette gran
de Journée , ce Prince envoya
dans le Champ de Bataille
des Medecins , des Chirur
310 MERCURE
giens , des remedes , des vi
vres, & des chariots pour tranf
porter ceux qui eftoient encore
en eftat d'eftre ſecourus ,
& il s'attira par là l'eftime &
l'amitié des vainqueurs & des
vaincus . Il s'eftoit acquis celle
du Peuple & de la Cour , & la
tendre & refpectueuse amitié
qu'il avoit pour le Roy , fon
dévouement pour Sa Majesté ,
& la parfaite union qui eftoit
entre eux , luy attiroient des
louanges de tout le monde.
Si ce Prince a remply tous
les devoirs d'un Fils envers la
Reine fa Mere , & s'il a eftér
GALANT: 300
tendre Frere , on peut dire
qu'il a efté un des meilleurs
Peres du monde . Il n'a rien
oublié pour l'éducation de
Monfieur le Duc de Chartres ,
aujourd'huy Duc d'Orleans .
Ce Prince a choifi les plus ha
biles hommes de l'Europe.
pour luy enfeigner les chofes
dont il vouloit qu'il fuſt inftruit
, & ils ont trouvé en luy
un fi bón fujet , qu'on peut di
re qu'il a bien toft égalé fes
Maiftres dans les chofes qu'-
on luy a fait apprendre. Feu
Monfieur n'a pas moins fait
pour les Princeffes fes Filles.
312 MERCURE
*
Il les a non- feulement fait éte
ver en Princeffes de la Famille
Royale , mats outre l'exemple
que ce Prince & S. A. R. Ma
dame leur ont donné , outre
les vertus qu'elles ont tou
jours euës devant les yeux , &
qu'elles ont vu pratiquer , il a
pris foin qu'elles fuffent inf
truites de mille chofes capables
de les diftinguer parmi les
perfonnes que leur naiffance
éleve au.deffus des autres
s'eftant d'ailleurs toutes trou
vées avec un fort bon efprit ,
& plus occupées des pratiques
de la vertu , que de l'orgueil
qu'un
GALANT.
313
qu'un haut rang a coutume
d'infpirer , elles ont fait l'amour
& les delices des Princes
leurs Epoux , & l'admiration
de leurs Sujets , dont je pour
rois dire qu'elles ont efté &
font adorées. Ainfi le ciel a
permis que dés ce monde
Monfieur, trouvaft dans fes
enfans , la recompenſe de l'éducation
& de
l'exemple qu'il
leur avoit donnée . Ce Prince
aprés leur mariage a toujours
entretenu avec ces Princeffes
une
correfpondance
autant d'Amy que de Pere ,
dans laquelle les Princes fes
Juin 1701 .
Dd
34 MERCURE
Gendres font entrez , & dont
l'Etat a quelquefois tiré des
avantages , qui auroient eſté
plus loin , & auroient détourné
plutoft les maux dont la
Religion Catholique eftoit
menacée , fans la trop prompte
mort d'une Reine que
l'Espagne pleure encore aujourd
huy , & dont elle a la memoire
en veneration .
B
Jamais Prince du rang de
Monfieur n'a porté la magnificence
plus loin en bâtimens,
en meubles , & en pierreries.
Il donnoit non feulement une
infinité de penfions , mais ce
9
CALANT
·
315
que recevoient de luy ceux à
qui ce Prince donnoit le plus,
leur tenoit lieu d'une fortune
confiderable , & même d'une
fortune de Prince . Pendant
tout le fejour qu'il faifoit en
fa Maifon de Saint Cloud , il
tenoit table ouverte pour tou.
tes les Dames d'un rang diftingué
, & dont le concours
y eftoit tres grand , & il n'y a
peut-eftre point de Souverain
en Europe , le Roy excepté ,
qui tienné plus de tables chez
luy , & qui ait plus d'Officiers
que ce Prince en entretenoit.
Comme il eftoit affable , dour ,
D dij
3161
MERCURE
& fincere , & que l'on n'a ja.
mais remarqué que la haine
luy ait rien fait faire contre
perfonne , on peut affurer , en
examinant toutes les vertus ,
fes refpects , fon dévouement
entier pour le Roy, & la tendreffe
, & fon attachement
pour fa Famille , qu'il a rempli
tous les devoirs d'un bonChreftien
, d'un fidelle Sujet , d'un
grand Prince , & d'un bon &
tendre Pere. A peine fut- il expiré
, que les Feuillans , ayanc
reçu l'ordre de M' Delgranges
Maistre des Ceremonies ,
fe rendirent à Saint Cloud ,
GALANT . 327
pour affifter auprés du Corps ,
comme ils font toûjours , par
un droit attaché particuliere
ment à leur Congregation
d'où l'on prend un nombre de
Religieux pour -pfalmodier
jour & nuit , avec le Clergé
Seculier , fi toft qu'ils ont efté
avertis de la mort de quelque
Prince ou Princeffe de la Maifon
Royale , & ils n'interrom
pent point cette fonction juf
qu'à ce qu'on leve le Corps
pour le tranfporter à Saint De
nis . Ces Religieux firent fonner
dés le foir toutes les clos
ches de leur Monaftere , &
D d'iij
318 MERUCRE
fans attendre d'autre ordre que
le mouvement de leur reconnoiffance
pour un Prince qui
les avoit toûjours honorez
dés marques de fon affection ,
ils firent dire un Service fo
lemnel dans leur Eglife pour
le repos de fon ame , le lende
main Vendredy ſecond jour
de fon decés , & tous les Prêtres
de leur Communauté of
frirent le Sacrifice de l'Autel
pour la même intention par
l'ordre de leurs Superieurs .
Le Corps de Son Alteffe
Royale fur vû à viſage décou
vert depuis le moment de fa
GALANT: 319
mort jufqu'au foir du lende
main dixiéme de Juin. Le
Corps de ce Prince fut ouvert
enfuite. Toutes les parties du
bas ventre & de la poitrine pa
rurent en bon eftat , mais on
trouva quantité de fang caillé
dans le ventricule gauche du
cerveau , ce qui avoit eſté caufe
de fa mort. Son Corps aprés
avoir efté ouvert fut mis dans
un cercueil , & placé dans une
Chapelle ardente . Deux He.
raults eftoient aux pieds du
cercüeil pour preſenter l'Eau .
benite. Il y avoit dans cha
que cofté quatre ou cinq
D d iiij
320 MERCURE
bancs couverts de deüit , &
remplis d'Officiers de feu
Monfieur qui prioient , pendant
que les Feuillans qui
eftoient dans la même Chambre
pfalmodioient. Ces Offi .
ciers eftoient de temps en
temps relevez par d'autres Officiers
de S. A. R. Il y avoit
deux Chapelles dans la même
Chambre . On y difeit conti
nuellement des Meffes , ce qui
a efté continué pendant tout
le temps que le Corps de Son
Alteffe Royale eft demeuré à
S. Cloud.
Le matin du dixième , MonGALANT.
321
fieur le Duc de Chartres allá
voir le Roy à Marly au lever
de Sa Majesté. Ce Prince fe
baiffa fort bas , & embrafla la
cuiffe du Roy. Sa Majefté y réz
pondit par trois embraflades
fort tendres , & les armes aux
yeux, Monfieur le Duc de-
Chartres luy prefenta un papier
que le Roy luy rendit
aprés l'avoir lû La converfa
tion fe paffa dans le Cabinet ,
où il n'y eut point de témoins
qu'éloignez.
3
L'onziéme , Madame la
Ducheffe de Bourgogne par,
322 MERCURE
tit de Marly à cinq heures , &
à fon arrivée à Versailles cette
Princeffe alla voir Madame,
Elle parut accablée de douleur
tous ceux qui la virent . Ce
pendant elle reçut cette vifite
dans fon Cabinet habillée , &
non au lit , ce qui marqua la
force de fon efprit. Madame
la Ducheffe de Bourgogne
alla enfuite chez Madame la
Ducheffe de Chartres.
Le Roy , aprés avoir paffe
le même jour plus de trois
heures feul à écrire dans fon
Cabinet , partit de Marly à fix
heures du foir. A fon arrivée
GALANT. 233
·
à Versailles il alla chez Mada
me , qui eftoir accompagnée
de Monfieur le Duc de Char
tres. Il refta plus de cinq
quarts d'heures avec cette
Princeffe & ce Prince. Leur:
converfation n'eut point de
témoins. On a depuis publié
que le Roydit à Madame qu'il
s eftoit fait apporter par M³ le
Comte de Pontchartrain tous
les Regiftres de fa Maiſon , où
il avoit cherché pendant trois
heures tous les endroits de
l'Hiftoire qui pouvoient luy
fervir à bien traiter Monfieur
le Duc de Chartres. On peur
324 MERCURE
dire que fi quelque choſe pouvoit
confoler Madame de la
perte qu'elle a faite , rien n'y
contribueroit davantage que
les manieres dont le Roy en
aufé avec cette Princeffe depuis
le moment que Sa Majefté
arriva à S. Cloud , où
voyant Monfieur hors d'eftat
de réchaper , il parut fi penetré
de douleur , & dit des cho
fes fr touchantes à Madame ,
qu'il eft impoffible de faire
aucune peinture qui puiffe approcher
de ce qui fe paffa pen.
dant ces triftes momens.
Le Roy aprés avoir demeuGALANT.
325
ré avec Madame pendant tout
le temps que je viens de
vous marquer , alla chez Madame
la Ducheffe de Chartres
, & bien que Monfieur le
Duc de Chartres fuft prefent
à cette vifite , & n'euft
Sa
point quitté le Roy
Majefté voulut le voir chez
luy , & l'y fit entrer. Le Roy
demeura quelque temps avec
ce Prince , & retourna dans
fon Appartement.
Le 12. au matin , Mr le Duc
de la Trimoüille en long manceau
, alla de la part de Sa Majefté
chez Monfieur le Duc
326 MERCURE
[
de Chartres , pour le prendre,
& l'amener dans fon Cabi
net. Ce Prince y vint en
long manteau , accompagné
de tous les grands Officiers de
Monfieur , pareillement en
long manteau Si - toft qu'il
parut , les Huiffiers qui avoient
l'ordre , dirent , Voilà Monſieur
le Duc d'Orleans , faites luy pla
ce. Ce Prince alla le méme matin
, accompagné des mêmes
Officiers , chez Madame la
Ducheffe de Chartres , avant
qu'elle allâft à la meffe.
Le même jour , à trois heu
res aprés midy, le Royfe renGALANT
329
dit chez Madame , où il fit faire
l'ouverture du Teftament de
feu Monfieur , en fa prefence,
& devant madame & Monfieur
le Duc d'Orleans . Cette ouver
ture fe fit parM' leChancelier ,
& la lecture par M ' le Comte
de Pontchartrain. Feu Monfieur
ordonne par ce Teftament,
qu'on faffe dire fix mille
Meffes. Il donne fix mille livres
au Val de Grace , pour fonder
une мeffe tous les jours pour
le repos de foname.
Il donne dix mille livres à
l'Hôpital de Viller- Cottrefts ,
pour le fonder, & au cas qu'il
38 MERCURE
le foit ,pour augmenter la fon
dation .
Il prie Monfieur le Duc de
Chartres de garder tous les
Domestiques , & de récom
penfer ceux qui ne luy feront
pas agréables.
Il donne à Madame la Du,
cheffe de Savoye le gros Dia
mant qui eft au deffus du gros
Diamant de feuë Mademoi
felle, dans fa grande atta ,
che.
1
Il donne à Madame la Duchef
fe de Lorraine l'attache qui eft
au deffus de fa Croix de Diamans
brillans & en cas que Monfieur
le Duc de Chartres meure fans
GALANT. 329
Enfans mâles , il luy donne la
Principauté de Joinville avec les
Terres qu'il y a jointes.
En cas que les PP.de la Miffion
qu'il a établis à S.Cloud , n'ayent
pas leurs rentes affurées, il leur
donne, ou recommande au Prince
fon Fils , ou à fes heritiers, de les
renter , ou payer fur tous fes
biens , felon qu'il eft porté par
l'Acte qu'ils ont figné de fa main.
Au furplus de tous les biens ,
Diamans , Pierreries , Terres ,
Seigneuries , Domaines & autres
immeubles generalement quelconques
dont il peut difpofer , il
les donne , en quoy qu'ils puiffent
confifter, à fon Fils Philippe
d'Orleans , Duc de Chartres, qu'il
conftitue fon Legataire univerfel
S'ila deux garçons , il fubfti-
Juin 171.
Ee
330 MERCURE
tue à ſon fecond Fils , aprés fa
mort , le Duché de Montpenfier,
& le Comité de Beaujoloist an
If vear que fes dettes foient
payées fur l'inventaire qu'on fera
de les meubles , & nomme la perfonne
de celuy qui fera premier
Prefident du Parlement de Paris
lors de fon décés , pour Execu
teur de fon Teftament , luy donnant
un diamant de dix mille livres
qu'il le prie de recevoir.
Il donne à Madame la Du
cheffe de Bourgogne fa Petite-
Fille , le Diamant qui vient du
Cardinal de Richelieu, & la prie
de le garder pour l'amour de
luy.
Il revoque tous les autres Teltamens
qu'il pourroit avoir faits,
voulant que le prefent foit feul
GALANT 231
executé , parce que c'eſt la der.
niere volonté. Ce Teftament eſt
écrit de fa main propre , & a eſté
fait & figné à Saint Cloud , Ibnziéme
d'Avril 1699. Il eſt paſſe
pardevant Cligner & Bellanger ,
Notaires.
La Maiſon de Monfieur eſtant
éteinte , le Roy établit celle de
Monfieur le Duc d'Orleans,avec
les mêmes prerogatives , hon
neurs , & penfions qui s'y trou→
voient attachez , & donna à ce
Prince le même appanage.
Sa Majesté envoya Mr le Com
te de Pontchartrain chez Monfieur
le Prince , pour luy annon
cer de fa part , qu'il luy accor
doit qu'on fift l'Erat de la Mai,
fon , & qu'on le portaft à la Cour
eds Aides , pour jouir des Privi-
•
E e ij
332 MERCURE
leges des Commenfaux de fa Mais
fon , au même nombre que S. A
S. feu Monfieur le Prince fon
Pere , comme Premier Prince du
Sang . I
X
Le treizième , toute la Cour
prit le deuil , & tous les Seigneurs
, & toutes les perfonnes
de diftinction de robe & d'épée ,
ſe trouvérent au lever du Roy
en manchettes plates ; & en
longs manteaux. Mr le Duc de
la Trimouille alla de la part du
Roy prendre Monfieur le Duc
d'Orleans chez luy , & le conduifit
chez le Roy , où il demeu
ra quelque temps enfermé avec
Sa Majesté. Ce Prince y allaaccompagné
de tous les grands Of
ficiers de feu Monfieur :
Sur les onze heures du matin ,
GALANT. 333
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, Monfeigneur le Duc de
Berry , & Monfieur le Duc d'Or
leans en differens caroffes , fe
rendirent au Chafteau de Saint'
Cloud, où Monfeigneur le Dauphinſe
rendit en même temps de
-Meudon. Ce Prince fut reçu à la
defcente du caroffe par Monfieur
le Duc d'Orleans , accompagné
de tous les principaux Officiers
de feu Son Alteffe Royale. Ces
Princes entrérent tous dans l'appartement
de Monfieur le Duc
dOrleans ; qui eftoit tendu de
deüil , & fe mirent en ordre pour
aller jetter de l'Eau- benite à
feu Monfieur. Monfieur le Duc
d'Orleans fe trouva alors fi peu
en eftat d'achever cette ceremo
nie , qu'il fut obligé de retour34
MERCURE
ner chez luy & Monfeignent
Fen preffa Ce Prince fondoit en
larmes , ce qui attendrit tous les
affiftans . Monſeigneur le mit à
genoux fur un Priédieu qui lug
avoit efté preparé , & Meſſei.
gneurs les Princes derriere luy ,
& aprésavoir fait quelques Prieres
il fe leva pour aller jetter de
l'Eau- benite. Mr l'Abbé de
Grancey , premier Aumônier de
feu Monfieur , luy prefenta l'afperfoir
& enfuite à Meſſeigneurs
les Ducs de Bourgogne & de Ber
ry , puis à Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty ,
à Monfieur le Duc du Maine ,
à Monfieur le Comte de Tou
loufe , & à Monfieur le Duc de
Vendofme , aprés quoy les Feüillans
qui gardoient le Corps chan
GALANT.
ཚད་
tèrent un De profundis , pendane
lequel les Ducs qui eftoient pre
fens allérent jetter de l'Eau - be
nite , l'afperfoir leur ayant efte
prefenté par l'un des Heraults
d'Armes. Mr l'Abbé de Grancey
fe trouva mal en difant l'Orai
font, & eut peine à l'achever.
Monſeigneur alla enfuite à Meu
don , & Meffeigneurs les Princes
à Versailles.
1
Le mefme jour , Madame la
Ducheffe de Bourgogne ayant
pris le plus grand deül , tint cercle
fur les trois heures aprés midy.
On avoit placé dansſon grand
Cabinet un fauteuil , avec au
tant de fiéges en cercle que le
Heu en pouvoit contenir . Madame
la Grande Ducheffe , Madame
la Princeffe , Madame la
1
336 MERCURE:
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoiſelle de
Condé & toutes les Ducheffes
s'y rendirent & prirent place,
Celles qui auroient pu en occuper
& qui n'en purent avoir, par.
ce qu'elles fe trouverent toutes
remplies ,pafferent dans la Chambre
avee
une infinité d'autres
Dames toutes enjmantes. Madame
la Ducheffe de Bourgogne, apres
avoir tenu cercle pendant un
quart-d'heure , alla dans le Sallon
du Roy par la Galerie , fuivie
environ de cent - quarante Dames
, qui toutes fe rangerent en
cercle tout debout . Sa Majesté
fortit un moment aprés de fon
Cabinet , & falua toute la Compagnie
, & prefque toutes les Dames
en particulier. Madame la
Ducheffe
GALANT. 337
Ducheffe de Bourgogne alla avec
la même Compagnie chez
Madame , dont l'appartement
eftoit tendu de deüil par permit
fion du Roy , parce qu'on ne tend
point en noir dans les lieux où
les Rois font. La douleur de Ma.
dame fe renouvella , en voyant
Madame la Ducheffe de Bourgogne
. Cette Princeffe alla enfuite
chez Madame la Ducheffe
d'Orleans , puis chez Monfieur
le Duc d'Orleans . Elle monta
aprés en caroffe pour aller à S.
Cloud. Elle avoit ordonné qu'il
yen euít douze de prefts pour
foixante Dames qui l'accompa
gnérent ,parmi lesquelles eftoient
plufieurs Ducheffes , & les Dames
du Palais . Elle avoit dans le
fien Madame la Princeffe , Ma-
Juin 1701 .
Ff
338 MERCURE
-
dame la Ducheffe , Mademoifelle
de Condé , Madame la Dur
cheffe du Lude , & Madame la
Comteffe de Mailly..
Madame la Ducheffe de Bourgogne
fut conduite en arrivant
au Chateau dans l'appartement
de Monfieur le Duc d'Orleans ,
où
sete
Princeffe
le trouvamal
,
s'eſtant ſaiſie dés le moment qu '
elle entra dans cette Maifon .
Tout cet appartement & de Sa❤
lon eftoient tendus de deüil
Madame la Ducheffe de Bourgogne
s'eftant reposée pendant
une demie heure ,non fe mit en
marche pour aller donner de
l'Eau-benite dans le grand Apr
partement , ou la Chambre de
Madame avoit efté choisie pour
pour expofer le Corps de Mont
GALANT.
339
t feur . Madame la Ducheffe de
Bourgogne ne laiffa pas , quoy
quabbatuë de douleur , de s'acquitter
de ce devoir funebre
avec beaucoup de grace , &
d'une maniere ſi
touchante , &
avec tant de pieté , que toute
l'Affemblée en fentit redoubler
fon affliction. Cette Princeſſe revint
enſuite à Verfailles , où elle
arriva encore penetrée de la douleur
qu'elle avoit reffentie &
& qu'elle n'avoit pu chaffer pen
dant le chemin Elle fe trouva
encore un peu mal en rentrant
dans fa Chambre. Cependant elle
foupa avec le Roy & tint compagnie
à Sa Majesté aprés le fouper.
: ་
Le quatorzieme , les Ambaf
fadeurs d'Angleterre , de Veni-
Ff ij
24.0
MERCURE
fe , & de Savoye eurent audience
du Roy , de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , de Monſeigueur
le Duc de Berry , & de
Monfieur le Duc d'Orleans , à
qui le Roy avoit permis ainfi qu'à
Madame de faire tendre fon ap
partement de deüil . On obferva
toutes les ceremonies qui fe
pratiquent dans les audiences
publiques Ces Ambaffadeurs furent
conduits , & comme le fujet
de leur audience ne regardoit
que la mort de Monfieur , fur laquelle
ils devoient faire des complimens
de condoleance , ils
eftoient tous en grands manteaux
de deuil , auffi bien que
Mr le Baron de Breteuil 9 Întroducteur
des Ambaffadeurs ,
qui les conduifoit. Ils furent
GALANT 34
reçus l'un aprés l'autre par Mr
le Maréchal Duc de Duras
en grand manteau de deuil à
l'entrée de la Sale des Gardes
du Corps quieftoient fous les armes
. Les Princes du Sang , & les
grands Officiers qui environ
noient le Roy eftoient auffi en
grand manteau de deuil. Les
mêmes Ambaffadeurs eurent l'apréfdinée
audience de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , ou
ils furent auffi conduits par Mr
le Baron de Breteuil , avec les
mêmes ceremonies. Toutes les
Dames qui accompagnoient cette
Princeffe eftoient en man
test 19
Le foir de ce même jour le
coeur de Monfieur fut tranfporté
du Chafteau de S. Cloud au
1
Ff iij
342 MERCURE
Val de Grace . Tous les Offit
ciers de feu S. A. R. quieftoient
de quartier au jour de fon décés
eftoient en longs manteaux fur
des chevaux caparaçonnez de
deüil Les Pages de Son A. R.
eſtoient pareillement à cheval ,
& portoient des flambeaux. Plu
fieurs caroffes drapez & dont les
les chevaux eftoient caparaçon.
nez de deuil , precedoient & furvoient
celuy où eftoit le coeud
Ce caroffe eftoit à huit chevaux
caparaçonnez de deuil , avec des
houffes croifées de moëre d'ar
gent . Il eftoit environné d'un
grand nombre de Valets de pied
& de Pages portant des flams
beaux , Mr l'Abbé de Grancey ,
premier Aumônier de feu -Monheur
eftoit dans le fond , & tel
GALANT. 343
noit le coeur de ce Prince. Monfieur
le Duc de Bourbon , nommé
par
le
Roy pour
la
conduite
du coeur , eftoit à cofté de cet
Abbé. Monfieur le Duc de la
Trimoüille , proche perent de
Madame , eftoit auffi de cette ceremonie.
Les Gardes du Corps
de Monfieur avec des crefpes à
leurs chapeaux & des écharpes
de crefpes , fuivoient à cheval
portant chacun un flambeau. Il
y avoit aprés eux plufieurs per
fonnes à cheval , & vérnës de
deuil portant des flambeaux Ils
eftoient fuivis d'une longue file
de caroffes à fix chevaux . Il
avoit environ trois cens flambeaux
, parce qu'on en avoit dif
tribué aux Pages , aux Valets de
pied , & aux domestiques de tous
Ff iiij
Y
344 MERCURE
ceux dont les maiftres accompa
gnoient le coeur de Monfieur.
Il fut prefenté à la porte de l'Abbaye
du Val de Graces par Mr.
l'Abbé de Grancey à la Superieure
de cette Abbaye , qui répondit
à fon compliment , parun
Difcours qui ne fut pas moins
touchant que celuy det cet Ab.
bé. On paffa de là dans le Choeur
des Religieufes , qui eftoit tendu
de drap noir , avec deux lez de
velours garnis d'écuffons aux armes
de feu Monfieur , dont le
coeur fut mis en dépoft lous un
dais.
Le Roy ne voulant rien laiffer
à fouhaiter à Monfieur le Duc
d'Orleans , Sa Majesté luy a
donné les deux Regimens d'Infanterie
qu'avoit feuMonfieur, &
GALANT. 345
Tes deux Compagnies de Gendarmerie
; fçavoir celle des Gendar
mes & Chevaux- legers d'Orleans.
Sa Majefté a auffi permis
à ce Prince de luy prefenter des
Sujets pour la nomination aux
-vingt - cinq Benefices Confiftoriaux
qui font dans fon appanage.
Ce Prince a reçu des com
plimens de condoleance de tous
les Corps de la Ville d'Orleans;
Mr Bizoton ayant porté la parole
au nom de la Ville, de png fi
Le 19 le Roy de la Grand
Bretagne en grand manteau ,
vint faire au Roy des compli
mens de condoleance furla
mort
ve འ་
2
de Monfieur. La Reine & Mon
fieurle Prince de Galles y vinrent
auffi & allerént enfuite
chez Madame la Ducheffe de
346 MERCURE
Bourgogne , chez Madame , &
chez Monfieur le Duc d'Or+
leans
L'apréfdinée du même jour,
Ml'Archevêque d'Aix à la tefte
de plufienrs Députez du Clergé
veſtus de noir en Camail & en
Rochet , firent pareillement des
complimens de condoleance au
Roy fur le même fujet. M' d'Aix
fit en peu de mots l'Eloge de
Monfieur, qui fut fuivi de celuy
Roy , & il finit par une courte
priere pour la confervation de
Sa Majeftég
.Madame avant efté chez Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne,
cetté Princeſſe la recent dans fon
grand Cabinet , qui eftoit tendu
de deuil. Madame eftoit accom,
pagnée feulement dé fix Da
GALANT. 347
mes, qui eftoient en mante com
me elle.
Madame avant fouhaité un
Confeiller d'Etat pour Chef du
Confeil de fes affaires , le Roy
a nommé Mr de Pomereu .
Le 20 Mile Comte de Couvonge
, Envoyé Extraordinaire
de Lorraine , fit des compli
mens de condoleance au Roy
fur la mort de Monfieur ; &
comme il n'avoit point encore
eu d'audience publique de S. M
Mr le Baron de Breteuil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , le
prit à Paris dans les caroffes du
Roy & de Madame la Ducheffe
Bourgogne , dans lesquels il fut
reconduit , aprés avoir efté traité
par les Officiers de Sa Majesté.
Le même jour les Cours Su
348 MERCURE
pericures firent auffi des com
plimens de condoleance au Roy?
Elles furent conduites par Mr
Defgranges , Maiſtre des Ceremonies
, & prefentées par Mr le
Comte de Pontchartrain , Secre
taire d'Etat. M le premier Prefident
porta la parole pour le
Parlement , Mr le Prefiaent Ni
colay pour la Chambre des Compres
, Mr le Prefident le Camus
pour la Cour des Aides ; & Mr
le Prefident Hodier pour la Cour
des Monnoyes. Tous ces compli
mens ayant le même objet , rou-
Jerent fur les principales actions
de Monfieur , & principalement
fur le devouement que ce Prince
avoit pour le Roy , & fur fon
attachement pour fa perfonnel
Les Eloges de S. M. y entrerent
GALANT. 349
ingenieufement , & l'acceptation
de la Couronne d'Efpagne pour
Monfeigneur le Duc d'Anjou y
trouva place. Ces complimens
furent trouvez beaux , mais celui
de Mr le Prefident Nicolaï
toucha le plus .
Le Corps de Ville fit fon com
pliment le même jour , conduit
de même que les Cours Superieures
, par le Maiftre des Ce
remonies , & prefenté par le Secretaire
d'Etat de la Maifon du
Roy, Mr. Dorcé , Prevoft des
Marchands , porta la parole.
Le Maire & les Echevins de la
Ville de Crepy en Valois firent
faire le même jour que, le corps
de feu Monfieur fut tranfporté
du Chateau de Saint Cloud, en
I'Eglife de l'Abbaye de S. Denis,
30 MERCURE
un Service folemnel pour S. A.
R. dans l'Eglife de Saint Thomas.
Les Officiers du Prefidial ,
de l'Election & duGrenier à Sel,
& les Avocats & Procureurs y
affifterent en Robes . La Maréchauffée
, & les Chevaliers de
l'Arquebufe y allerent en armes ,
& les Dames s'y trouverent en
deüil , auffi -bien que les principaux
Bourgeois . Tous les Cureż
de la Ville, & les Ecclefiaftiques
des Villages voifins s'eftoient
rendus dés le matin en cette Eglife
, laquelle eftoit renduë de
noir , & ornée des Ecuffons de
Son Alteffe Royale. On avoit
élevé au milieu du Choeur un
Lit de parade , fous lequel eftoit
la Reprefentation avec une CouGALANT.
250
Fronne Ducale , environnée d'un
grand nombre de cierges . Pendant
le refte de la femaine , on
fit de pareils Services dans toutes
les Paroiffes , & dans toutes les
Maifons Religieufes de la Ville ,
Le 20. le Corps de Monfieur
fut tranfporté du Château de S.
Claud en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Denis. La compagnie des
Archers de Mile Prevolt de l'If.
le parut un peu avant ceux qui
devoient commencer la marche,
afin d'empêcher le défordre qu'il
eftoit à craindre que la confu
fion ne caufaft .
Lamarche commenca par cine
quante pauvres portant chacun
un flambeau de cire blanche.
On donne à chaque pauvre deux
morceaux de drap gris pour dihal
352 MERCURE
biller . Ils mettent le plus grand
fur leurs épaules , qui fait une
efpece de manteau , & forment
avec le plus petit une espece de
clocluchon dont ils s'envelopent
la tefteborvit
13.0
ebOn vittenfuite paroiftre les
garçons d'Office de feu Monfieur,
avec les petits Officiers des fept
Offices portant des flambeaux ;
fçavoir , du Gobeler , Echanfonnerie
, Paneterie , grand & petit
Commun , & Fruiterie qui
eftoient au nombre de cent.
Les Officiers de quartier de la
Maifon de Monfieur & ceux des
autres quartiers qui font leur
refidence à Paris ; ainfi que ceux
qui s'y eftoient trouvez tou qui
s'y eftoient rendus exprés de
leurs Provinces , parurent enGALANT
fuite en long manteau fur des
chevaux caparaçonnez
de deuil ,
On avoit diſtribué des flambeaux
aux valets de ceux qui en avoient
amenés
Ils eftoient fuivis de vingtquatre
Pages de Monfieur & de
ceux de Madame , & de Madame
la Ducheffe d'Orleans . Tous
ces Pages eftoient à cheval &
portoient des flambeaux , ainſi
que trente Palferniers , & gens
des Ecuries. Ils eftoient fuivis
de quarante Pages de la grande
Ecurie & de vingt- quatre de la
petite, montez , & tenant chacun
un flambeau
Les Suiffes de Monfieur ve
noient aprés , tenant d'une main
un flambeau , & de l'autre leurs
Ggp
Juin 1701.
354 MERCURE
halebardes traînantes , &la point
te en bas .
Plus de foixante Gardes du
Corps de Monfieur paroiffoient
enfuite . Ils eftoient à cheval ,
chacun avec un flambeau , &
avoient des crefpes à leurs chapeaux
, & des écharpes de creſpe.
Ils precedoient une longue
fuite de Valets de pied qui marchoient
en cet ordre , fçavoirs
ceux de Madame la Ducheffe
d'Orleans , ceux de Monfieur te
Duc d'Orleans , ceux de Madame
, & ceux de feu Monfieur à
la tefte defquels eftoient plu
fieurs autres gens de livrées de
ees maifons , de maniere qu'ils
montoient enfemble à fix-vingtquatre
perfonnes portant des
GALANT. 9༣ ད་
Hambeaux, Plufieurs de ces Valers
de pied , douze de Monfieur
le Prince de Conty , huit de Mr.
le Duc de Luxembourg , & foixante
appartenans aux Officiors
de Monfieur qui estoient dans les
caroffes , dont le caroffe de Monfieur
le Princede Conti qui eftoit
chargé par le Roy de faire les
honneurs du Convoy accompagné
de Mr le Duc de Luxembourg
, & le Chariot où eftoic
porte le Corps de Monfieur , furent
éclairez. Ce Chariot eftoit
couvert d'un grand Poëfle develours
noir , croifé de moëre d'argent
, & doublé d'hermine , avec
quatre écuffons fort larges en
broderie d'or , & d'argent . Les
chevaux qui le tiroient au nom
bre de huit eftoient caparaçon-
१
Gg ij
396 MERCURE
nez de vélours noir croifende
moëre d'argentavec quatre écuffons
en broderie. Quatre Aumôniers
de S. A R en rochet , en
manteau & en bonnet carré , &:
montez fur des chevaux caparaçonnez
de noir , tenoient avec
des cordons les quatre coins du
grand Poëlle qui couvroit le
Chariot. Il eftoit precedé de fix
Heraults d'armes , & de Mr Def
granges Maistre des Ceremonies;
& fuivi de Mr le Marquis de la
Fare,Capitaine des Gardes de feu
Monfieur , & de Mr le Marquis
Deffiat premierEcuyer, à cheval .
Les Timbales couvertes de
crefpe ne bartoient que d'un feul
coup , & les Trompettes couvertes
de même ne fonnoient qu'à la
fourdine Les Curez des Eglifes
GALANT 357
de la route vinrent felon l'ufage
au devant du Corps , & firent les
Prieres accoûtuméest Il y cut
trois diftributions de flambeaux ;
Pune à Saint Cloud , l'autre aux
Bons- Hommes , & la derniere au
Faubourg Saint Denis . Ce Convoy
arriva à quatre heures & demie
du matin à Saint Denis La
Porte de la Ville eftoit tenduë
de drap avec deux lez de velours;
ainfi que le Portail de l'Abbaye ,
la Nef , & le Choeur. Le Corps
fut prefenté par м l'Abbé de
Grancey , premier Aumônier de
feu SA. Rà la porte de l'Ab
baye au Pere Arnoul de Loo qui
en eft Prieur . Ile reçut à la tefte
de fes Religieux , tous en chap
pes de velours noir . Les Chapitres
, Paroiffes , Maire & Eche--
8 MERCURE
vins de Saint Denis y affifterents
auffi , tous avec un cierge à la
main, Mr l'Abbé de Grancey fit
un complimentou plutoft un élos
ge de Monfieur , en prefentant
le Corps de St A. Royale , au
quel le Pere Prieur répondit
Enfurte de quay le Corps fut pors
té dans le Choeur par douze Gar
des de feu Monfieur , & mis fous
un dais de velours fur une eftrade
garnie de grand nombre de chans
deliers , le Poëfle de la Couronne
fur le cercueil , & une Couronne
de Prince avec le Collier
de's Ordres couverts de crefpes
fur un quarreau de velours. Monfieur
le Prince de Conty accompagné
de le Duc de Luxembourg
prit place aux hautes
Chailes à droite du cofté de l'AuGALANT.
319
tel. Alors le Pere Prieur , com
mença un Répons. Pendant lequel
il fit les afperfions & encen
femens accoûtumez . A la fin du
Répons Monfieur le Prince de
Conty , & M le Duc de Luxembourg
donnérent de l'Eau - benite
, & furent reconduits à leur
caroffe.
Sur les fept heures du matin
du même jour , toute la Maifon
de Monfieur fe rendit au Choeur
de cette Abbaye , où le même
Pere Prieur celebra la Meffe
chantée par les Religieux en
chappes. Le Corps demeura en
depoft dans le Choeur jufqu'à la
fin des Vefpress, & il fut tranf
porté enfuite par les mêmes Gar
des , les Religieux chantant à la
Chapelle d'en haut derriere le
248 MERCURE
Choeur , où il demeurera en depoft
jufqu au jour du Service
folemnel .
Toute la Maifon de Monfieur
s'y trouva . I eft gardé par les
Officiers , Gardes , & Suiffes ,
comme il eftoit à S. Cloud ,
Le 21. M de Verthamon , premier
Prefident du Grand Con
feil , fit des complimens de condoleance
au Roy au nom de cette
Compagnie , qui fut reçuë & prefentée
de même que les autres
Compagnies Superieures .
Le 22. l'Academie Françoife
ayant auffi efté prefentée à Sa
Majefté par M leComte de Pontchartrain
, Mr l'Abbé Regnier
Defmarais , Secretaire perpetuek
de la Compagnie , dit :
F
SIRE ,
GALANT.
361
SIRE ,
Voftre Majesté vient d'eftre touchée
par un endroit bien fenfible. Un Frere
qui eftoit rempli d'amour & de veneration
pour vous , qui dans tout le
cours de fa vie , n'avoit fongé qu'à
vous obéir & qu'à vous plaire , &
que vous aimiez tendrement , vient
de vous eftre enlevè tout d'un coup
avec des
circonftances fi triftes , que
même la douleur du spectacle ne vous
a pas efté épargnée. La fermeté de
voftre courage , Sire , peut vous fournir
des reffources contre toutes fortes
d'accidens , mais dans un naturel
auffi excellent que celuy de Voftre
Majefté , il eft impoffible que la fermeté
de courage ne foit quelquefois
contrainte de ceder aux
mouvemens
Juin 1701 . Hh
362 MERCURE
de la tendreffe & de l'amitié & les
larmes de Voftre Majefte l'ont bien
fait voir. Elles ont eftéfuivies de cel
les de toute la France , accoûtumée
depuis longtemps à regler fes fentimens
fur les voftres , & à s'affliger
ou à fe réjouir avec vous . C'eſt à vous
maintenant, Sire , à la confoler. C'eft
à vous à en effuyer les pleurs , mais le
pouvez- vous , fi vous n'effuyez premierement
les vostres ?
Que V. M. tourne donc deformais
les yeux , non plus furla perte qu'elle
vient de faire , mais fur tant de gra
ces dont le Ciel a combléfi abondamment
voftre regne ; fur Monfeigneur
qu'il vous a confervé depuis peu fi
heureusement , & qui n'aime pas
moins en vous le Roy que le Pere;
fur les Princes fes Petits- Fils , qui
Le rendent fi dignes de leur Ayeul ;
GALANT. 352
4
fur le partage du fecond , qui remplit
deja le fecond Trône de l'Univers ;
enfin fur l'amour , fur l'attachement
& fur le zele que tous vos Peuples ,
& tous les Ordres de l'Etat ont pour-
Voftre Majesté.
L'Academie Françoife , Sire , ne
prefume pas aßez d'elle pour ofer vous
parler de fes fentimens , comme d'une
chafe qui puiffe meriter d'entrer dans
voftre confolation ; maisfi Voftre Majefte
ne regardant que les coeurs peut
s'en faire une d'eftre aimée , d'eftre
Keverée avec le zele du monde le plus
veritable & le plus ardent , nous en
difputerons le prix à toute la Franace.
Aprés vous avoir marqué tout
ce que le Roy a fait pour Monfieur
le Duc de Chartres , aujourd'huy
Duc d'Orleans , il eft
Hhij
354 MERCURE
à propos de vous faire connoiſtre
qu'aucun motif particulier , ny
la naiffance même de ce Prince ,
ne l'ont porté à luy accorder les
graces qu'il luy a plû de luy faire,
& qu'il ne les doit qu'à fon
merite perfonnel . A peine avoit
il atteint l'âge de quinze ans qu'-
il fit des actions que l'avenir aura
peine à croire , lors qu'il fera
reflexion fur fon âge . Je dois me
fçavoir bon gré d'avoir eu foin
d'en ramaffer toutes les circon
ftances , dont plufieurs feroient
oubliées aujourd huy fi je ne les
avois dés lors mifes au jour , afia
qu'elles n'échapaffent point à la
Pofterité , & qu'elle en fuft un
jour inftruite.
Monfieur le Duc de Chartres
voyant de loin que le combat de
GALANT.
༢6༠ 369
Steinkerque s'engageoit , dit à
Mr de la Berthiere , fon Sous-
Gouverneur , que comme on n'auroit
pas fi-toft befoin du Corps de
referve qu'il commandoit , il vouloit
aller à l'endroit où les Ennemis attaquoient
, & qu'il feroit bien-toft
revenu au Corps de referve , s'il·
arrivoit que fa prefence y fuft neceffaire.
Ils y coururent & fe ,
mirent fi avant dans la meflée
malgré les bales qui fiffloient de
toutes parts , qu'un coup de canon
ayant emporté un Cavalier
& la tefte de fon cheval , les fic
tomber l'un & l'autre fur Mr de
la Berthiere qui fut renverfé.
Deux Soldats le releverent , &
luy aiderent à monter à cheval .
Pendant ce grand feu une bale
perça le jufte - au- corps de Mon-
Hhiij
266 MERCURE
fieur le Duc de Chartres à l'épaule
& fortit par l'autre côté fans
l'avoir bleffé , mais un peu après
il reçut un coup au bras , qui
luy fit dire fans paroiftre étonné
qu'il l'avoit café On l'obligeade
le remuer ce qui fit connoifre
que ce n'eftoit qu'une groffe
contufion . Elle fut telle qu'on
le contraignit de venir derriere
une haye pour eftre panfé .
Il fallut donner en cet endroit
qui s'eftoit enflé extraordinairement
, quatre ou cinq coups de
rafoir pour faire fortir le fang ,
aprés quoy ce Prince retourna
s'expofer tout de nouveau ; mais
fa foibleffe ne luy ayant pas per-.
mis de combatre longtemps , on
fit venir un caroffe pour Te remener.
Il apprit alors que мr le
GAALNT. 367
Chevalier d'Estrades qui com
mandoit les Regiment de Chareftoit
dangereuſement
tres ,
il
bleffé . Il ordonna qu'on le mift
dans fon Caroffe , en difant qu
en avoit plus de befoin que luy ,
& qu'il reviendroit à cheval , ce
que ce Prince fit , mais en fouf.
frant beaucoup .
.
On envoya aprés le combat
des Chirurgiens pour penfer les
beffez , & des chariots pour les
enlever ; mais le nombre des
bleffez s'eftant trouvé grand , it
en demeura environ vingt ou
trente , pour lefquels il ne fe
trouva point de chariots . On ne
laiffa pas de les panfer , & on leur
promit qu'on reviendroit les
prendre . Plufieurs bleffez des
Ennemis que l'on croyoit morts,
Hh iiij
368 MERCURE
ayant entendu la promeffe qu'on
leur avoit faite , & remarqué une
bonté naturelle dans les manieres
des François qui leur faifoit efperer
des marques de leur charité
, ils fe traînérent le mieux
qu'il leur fut poffible jufqu'au
prés des bleffez qu'on devoit ve
nir querir ; de forte que l'on en
trouva deux ou trois cens plus
que l'on n'avoit crû , lors qu'on
revint . Monfieur le Duc de
Chartres l'apprit auffi - toft , &
dit qu'il falloit les enlever. On répondit
que c'eftoient des Ennemis
& ce Prince repartit , qu'il ne
connoiffoit point d'Ennemis à moins
qu'ils n'euffent l'épée à la main. I
fit chercher par tout les Officiers
François qui avoient efté bleffez
pour connoiftre ceux qui avoient
GALANT. 369
befoin d'argent , afin de leur en
faire donner.
Ce Prince ne fe fignala pas
moins àla Bataille de Nervinde .
Il chargea à la teſte de la Maiſon
du Roy , & demeura cinq fois
feul au milieu des Ennemis . Mr
du Rocher l'un de fes Sous-
Ecuyers , l'empêcha d'eftre pris ,
& tua deux hommes auprés de
luy qui avoient tiré chacun un´
coup de piftolet fur ce, Prince ,
qui en reçut quatre dans fes habits,
& dans fes armes . Un de fes
Gentilhommes fut tué auprés de
luy . Mr le Marquis d'Arcy reçut
quatre coups dans fes habits au
prés de ce Prince.
Je vous ay parlé de la vivacité
& de la penetration de l'efprit
de ce Prince dans fa premiere
$70 MERCURE
37 °
Jeuneffe . Le Roy en a parlé de
même , & ayant travailié avec
luy depuis la mort de Monfieur ,
Sa Majefté a dit , qu'elle n'avoit
point vu d'efprit plus vif & plus
net. On ne peut eftre plus laboi
rieux , il voit toutes fes affaires
par lui - même , & l'ordre qu'il
met en toutes chofes , fait voir
que feu Monfieur avoit eu raifon
de dire , qu'il vouloit qu'il
reglaft les affaires de fa Maifon
Quoy que rien n'échape à fes lumieres
dans tout ce qui regarde
les Sciences & les beaux Arts ,
elles ne l'occupent qu'aurant
qu'il faut pour ne pas demeurer
dans l'oifiveté , qui ennuye fou.
vent la plufpart des Grands . Il
regarde plus tous les hommes
du cofté du merite & du fçavoir,
GALANT. 371
&
que du cofté de la naiffance ;
quoy qu'il ne faffe rien qui puiffe
prejudicier à la qualité de
ceux qu'elle éleve. Il ne fe rend
point efclave de fon rang ,
Philofophe fans affecter de le
paroiftre , il trouve en lui feul
autant de fujets de s'occuper
agreablement ,, que dans la multitude
de plaifirs , dont ceux qui
y font nez croyent devoir eftre
toûjours occupez . Il eft Prince
quand il le faut paroiftre , Brave
quand il faut combatre , Sçavant
& Philofophe quand il faut
raifonner, & Connoiffeur dans les
beaux Arts quandil eft queftion
d'en parler. Il joint enfin aux
vertus d'un Prince tout ce qui
fait l'Honefte - homme , & l'homme
diftingué par luy - même ,
37½ MERCURE
Comme rien n'eft plus digne
d'une belle ame que la fenfibili-
τέ pour tout ce qui en doit infpirer
celle de ce Prince s'eft fait
voir dans l'extrême déplaifir qu'
il a fait paroiftre de la mort de
Monfieur . Rien ne parut plus
touchant que lors qu'il dit à Madame
en l'embraffant aprés la
mort de Son Alteffe Royale ,
qu'il venoit de perdre Monfieur , &
qu'il la conjuroit de fe conferver, &
de s'abandandonner moins à fa douleur,
afin qu'iln'eut pas celle deperdre
aufi Madame.
Comme il n'y a point aujour
d'hui de Royaume plus puiffant
que la France , qui feule peut
mettre fur pied plus de Troupes,
que tous les Souverains de l'Europe
enfemble , & que lenombre
GALANT. 373
de fes finances eft proportionné
à cette grandeur qui la diftingue
de tous les Etats du monde ,
difconvenir
on ne peut
que les
fonctions
de Secretaire
d Etat
de la Guerre & de Controlleur
General des Finances ne foient
deux Emplois qui demandent
un
travail fi grand& fi affiduqu'il ne
paroiftpas
poffible qu'un homme
feul puiffe en même temps en
remplir tous les devoirs . Cepen- .
dant le Roy ayant jugé à propos ,
pour le bien de l'Etat , & pour
raifonsquej'ai
ditesen leur temps ,
& qui ont efté goûtées , de les
donner à une feule perfonne , Sa
Majesté chercha pour cela un
homme qui ne fuft diffipé par
aucune des chofes qui font
perdre quelquefois
du temps aux
A
les
374 MERCURE
i
plus éclairez & aux plus labe
rieux , un homme qui pefant tou
meurement , cuft cette prudente
lenteur , avec laquelle on avance
beaucoup plus parce que l'on
agit toûjours , & que ne faifant
rien qu'à propos , on n'eft point
obligé de défaire ce que l'on a
fait le Roy ayant trouvé cet
homme fi rare dans Mr de Chamillart,
lui donna les deux grands
Emplois dont je viens de parler.
Si toft que ce Miniftre en
fut chargé , il examina tous les
moyens qui pourroient lui aider
à en bien remplir les fonctions ,
& n'en trouva point de plus propre
que de partager fon temps
avec oeconomie , en forte qu'il
n'y euft aucun moment de perdu .
Il mit avec cela un ordre dans
-
CALANT 375
les affaires qui y aporta de la netteté,
& fit en forte que les prom
ptes expeditions empêchaffent
mêmes perfonnes de revenir
plufieurs fois , & de donner Memoires
fur Memoires , ce qui eft
caufe qu'une même affaire fait
quelquefois perdre beaucoup de
-temps , lors qu'on y travaille à
plufieurs repriſes , au lieu qu'une
prompte expedition eft caufe que
l'on en gagne beaucoup ; mais
la fituation où fe trouvent aujourd'hui
les affaires po'itiques
de l'Etat , caufe de fi grands mouvemens
daes de la
,
guerre,
& dans celles des finances &
demande tant de temps au Miniftre
qui en eft chargé pour tout
ce quil eft obligé de lire & de
faire par lui - même dans des con376
MERCURE
•
jonctures fi importantes , que lui
eftant impoffible à lui & à tout
autre de le faire avec toute
l'exactitude que l'on y doit apporter
, afin que les affaires n'en
Touffrent pas , le Roy a créé
deux Charges de Directeurs de
fes Finances . Par cette Declaration
il laiffe à Mr de Chamillart
l'infpection Superieuré de toutes
fes Finances , & lui referve à lui
feul le Controlle general des
Quittances , & la diftribution des
fonds dont ce Miniftre lui rendra
compte à l'avenir en la maniere
ordinaire . Sa Majefté charge
auffi par la même Declaration
ceux qui feront Directeurs des
Finances de tout le détail . Ainfi
ils auront fous le Controlleur
General les affaires qui concerGALANT
377
le
nent les Finances , dont ils feront
le rapport dans le Confeil
Royal chacun dans le département
qui lui fera ordonné par
Roy , ce qui leur donnera feance
& voix deliberative dans les
Confeils des Finances , & même
dans le Confeil de Commerce .
Le Roy a donné l'agrement de
ces deux Charges de Directeurs!
des Finances àMrd'Armenonville
, & à Mr Roulier du Coudray,
Procureur General de la Chambre
des Comptes , Frere de Mr
Roulier , Prefident du Grand
Confeil, & Ambaffadeur en Por
tugal , Mr d'Armenonville a fait
voir dans l'exercice de fa Charge
d'Intendant des Finances , qu'il
a toutes les lumieres neceffaires
pour s'acquitter dignement de
Juin 1701.
li
378 MERUCRE
1.1
toutes les fonctions de ce grand
Employ. Mr Roulier ayant poffédé
pendant plufieurs années le
Charge de Procureur General
de la Chambre des Comptes i
doit avoir pris une grande teinture
des Finances , ce qu'il a effectivement
faits mais indépendemment
des notions qu'il peut
y avoir prifes pour fon nouvel
employ , il eft tres capable de
réüffir dans toutes les chofes qu'il
voudra entreprendre , & le pu
blic n'a pas deux voix là - deffus ,
ce qui marque la bonté du choix
que le Roy a fait. Ces deux Meffieurs
ont prefté ferment entre
les mains de M le Chancelier
& ont déja rapporté au Con
feil.
Dans le même temps que le
GALANT. 379
94
1
Roy a créé ces deux Charges Sa
Majefté a fupprimé la Commif
fron d'Intendant des Finances
qu'avoit Mr de Breteuil , & lay
a donné cinquante mille écusi
pour luy marquer combien elle
eft fatisfaite de fes fervices.
La Charged Intendant des Fi
nances qu'avoit Mr d'Armenon -r
ville demeure auffi fupprimée par
la même Declaration , & Mr des
Fotts , fils de Mr le Pelletier de
Souly exercera à l'avenir la
Charge d'Intendant des Finan
ces qu'avoit Mr le Pelletier fon
Pere , à qui le Roy donne dix mik
le livres de penſion , pour marque
du fouvenir qu'il conferve de
fes longs fervices .
Mr Bouvard , Seigneur de
Bourqueux , Confeiller de la
li ij
280 MERCURE
Cour , Beau- frere de Mr Rouil
lier a achetéfa Charge de Procu
reur General de la Chambre des
Comptes . Il aura de trop bonnes
inftructions de мrfon Beau - frère
pour ne s'en pas acquitter avec
fuccés .
M'd'Alon , Avocat General aut
Parlement de Bordeaux , a eſté
nommé Premier Prefident au
Parlement de Pau à la place de
feu Mr d'Alon fon Pere.
Le Roy a nommé мr le Comte
de Marfin Lieutenant General ,
& a donné l'agrément de laCharge
de Secretaire du Cabinet , qu'
avoit мr de Chateau-Renard , à.
Mr de Salins , Fils d'un ancien
Lieutenant des Gardes du Corps.
Les douze Galeres du Roy , qui
ont attendu pendant prés de
"GALANT. 382
deux mois un vent propre pour
leur départ , ont enfin profité
d'un vent favorable fur la fin du
mois paffé ; & comme on a appris
qu'elles avoient paffé au Golfe
de Leon & à Barcelone , on ne
doute point qu'elles ne foient
arrivées il y a déja quelque temps
à Cadix .
་་་
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé , que quantité de perfonnes
ont expliqué fur l'efprit ,
eftoit la parole , à laquelle feule
le dernier Vers peut convenir
Perfonne ne dira quije fuis que
moy-même
Ceux qui ont trouvé ce mot
font Mrs l'Abbé de montagni :
le Medecin Anglois du College
desCholets : Hegrand des grandes
332 MERCURE
1
maifons de Gauffay , & fon Oncle
Traverger de la ruë de Buffi
Louvat deMarne, le jeuneComte
de Bierge, Simonet de Daucourt,
le beau Pomageor du Pleffis de la
de la rue Sainte Catherine : la
Terreur des Lions du Pont Saint
Michel : le Clerc de Mr Pierre
Procureur au Parlement : le Po
ftulant de l'Oratoire de Poitiers:
le Difgracié fans cfpoirde retour
au Bureau de la Gobertiere: l'in
comparable Pontin & fa chere .
Amie : le Bon homme de la ruë
de l'Arbre-foc 1 Tamiriſte , ſon
Epoufe , fon Fils & fa Fille Angelique
: Madame Rollain de
la ruë de Buffi Mademoiſelle le
Févre de la rue Sainte Catherine
la petite Dame de Beauvais
: Mademoifelle Javotte jeu
GALANT 38;
ne Mufe du coin de la ruë de Richelieu
: la Charmante , la Jolie ,
& les deux Aftres brillans de la
ruë de Buffi Soeur Marthe de la
ruë de Richelieu.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye n'eft pas indigne d'exer
cer le talent de vos Amies .
ENIGME.-
E fuis de bizarre figure ,
Sans pieds , fans mains , courbé¸
boſſu
Et
je dois
beaucoup
plus
à l'Art
qu'à
la
Nature
L'honneur d'eftre par tout reçu.
Je rens le coeur fenfible & tendre,
F'emeus les pallions , je charme les
ennuis ,
Fe parle tout mort que je fuis ,
384 MERCURE
Mais on auroitpeine à m'entendre,
Ouje m'expliquerois tres- mal
Sans lefecours d'un animal.
C
Les paroles que vous allez lire,
ont eſtémiſes en air par un Maître
de Bordeaux qui a le gouft
bon pour la Mufique.
AIR NOUVEAU.
Ombres deferts , où mon coeur amou- Sombres
reux
Vient cacher fes allarmes
Défender- moy contre les charmes
Du Berger qui caufe mes feux.
Abfi loin de fes yeuxje languis , je .
foupire ,
Que ne pourra- t-il point s'il me trouve
en ces lieux ?
Deferts,cachezla tendre Amire.
En
Diz
G
cha
Que
Juin 1701.
Kk
on
tre
bo
S
En
GALANT 385
En vous difant que les paroles
du premier Air que j'ay employé
dans cette Lettre , font de celuy
qui ne prend jamais que le nom
de Tamirifte , j'ay oublié d'ajoûter
qu'elles ont efté mifes en
Air par Mademoiſelle Bataille ,
qui à l'âge de dix- fept ans , poffe
de parfaitement la Mufique & le
Claveflin & qui a la voix tresjolie
. A treize ans , elle fit un petit
divertiffement qui a pour titre
Narciffe , & quia efté extrément
applaudy de tous les Connoiffeurs
Je vous ay a déja parlé
d'elle dans quelqu'une de mes
Lettres . Elle eft Fille d'une Mere
qui eft auffi fort fçavante en Mu-
Lique.
Comme les dernieres nouvel
les d'Italie , qui ont efté renduës
Kk
Juin 1701 .
386 MERCURE
publiques font du 18 de Juin ,
je continue par celles du 21. &
du 23. & je vous envoye pour cet
effet , des extraits de deux Lettres
de deux Officiers Generaux.
Voici la premiere .
I
A Opéano , ce 21. Juin.
Es ennemis fe font determinez
à faire un pont fur l'Adige
quatre ou cinq lieues au delà de Lignago
, dans un endroit où ils feront
couverts quand ils voudront paffer le
bras de l'Adige qui s'appelle, le Canal
blanc . La quantité des Rivieres
, & des Marais qui font le long
du Menago & du Tartaro rendant
le pays quiy meine d'icy dans le Ferarois
fi coupe & fiferé , qu'il feroit
fort difficile des oppofer au paffage
GALANT . 387
น
du
Canal blanc , files ennemis ont
deffein de le paffer ; mais je me perfuade
que leur deffein eft pluftoft de
#
nous attirer dans le bras de la Riviere
, & de nous engager à quitter le
pofte de la Ferrare qui leur bouche
la paffage de la Vallée de Trente où
font tous leurs vivres , & leurs
gros
canons , je ne m'imagine pas qu'ils
puißent fubfifter au delà de l'Adige
ayant à tirer leurs vivres de fi loin.
Le bruit de leur armée eft qu'ils veulent
paffer le Pô , qnand ils auront
paffé l'Adige, & le Canal blanc pour
entrer dans le Modenois . Ils établi
ront- là une colonie bien éloignée
& Allemagne , avec laquelle ils auront
peu de
communication . Il faut
attendre encore quelque temps pour
juger du party qu'ils veulent prendre ,
qui ne peutpas leur eftre fort avan
Kk ii
288 MERCURE
tageux dans la fituation où nous
fommes , plus forts qu'eux jufqu'à
prefent de dix ou douze mille hommes,
& à moins qu'il ne leur vienne de
nouvelles troupes d'Allemagne ils
n'auront pas beau jeu , nos Generaux
eftant refolus de les charger par tout
où ils trouveront jour à le pouvoir
faire. Pour cela ils ont fait conftruire
un pontfur l'Adige au deßous de Venone
& de Coffolingo , vis - à- vis de
la Sega , fi bien que les Imperiaux
enont un au deffous , & nous au def
fus qui nous met à portée de tomber
fur leurs convois qu'ils tirent du Raveredo
, & du Trentin. Il n'eft pas poffible
quecette manoeuvre ne leur donne
beaucoup d'inquietude , d'autant
plus que noftre armée ſera bientoftfostifiée
par les troupes qui nous vienment
de France, & par lajonction des
GALANT. 389
troupes de M le Duc de Savoye dont
il arriva hier quatre bataillons au
Camp .
Voici l'extrait de la feconde
Lettre.
Au Camp de Carpi le 23. Juin
Comme la plus groffe partie de
l'armée s'eft affemblee à S. Piere
de Lignago le 18. de ce mois , j'enfus
détaché le même jour avec quatre regimens
de Dragons & un de Cavalerie
, trois mille hommes de pied & fixa
pieces de canon pour venir mefaifir du
pofte de Carpi , où l'on croyoit que les
ennemis vouloient venir. Fe fis dabord
eftablir des retranchemns fur la
petite hautear , pour rüiner avec du
canon quelques legeres Fortifications
que les Imperiaux avoient faites à
KK iij
390 MERCURE
la tefte de Villa- Bonapour faciliter
le paffage à des bateaux qui devoient
partir de Caftelbardo pour remonter le
bras del Adige, & entrer dans l'embouchure
du Canal blanc , qui décend
vers le Pò, La crainte qu'ils ont eu
de n'ypouvoirréulfir, & voyant qu'ils
avoient étably des poftes jufqu'à la
Baruquelle , où la nuit du 20. au
21. il fe paffa une groffe efcarmouche
pour la difpute d'une barque entre nos
Grenadiers , ceux des ennemis qui
s'enretirerent avecperte . Deux Moi
nes qui pafferent le matin venant le
long de l'Adige ont dit à M le
Marechal qu'ils y avoient vû raporter
dans des charettes plufieurs
morts & bleffez dans cette action .
Tout cela les a fait changer de refolution
, & ils ont efté reduits de laiffer
Feurs bateaux à coté de leur grand
GALANT. 391
"
pontfur l'Adige , qui aboutit vis-àvis
de Villabona , & envoyer rechercher
des bateaux fur le Tartaro ,
d'en faire remónter du Po pourfaire
an pont à la Canda au deffous du
Tartaro où l'on travaille depuis
deux jours , & qui doit eftre achevé
aujourd'huy Ily a cependant deux
grandes barques qui paſſent actuele
ment de la Cavalerie , & des Dragons
qui fe retranchent à la tefte du
pont en entrant dans le Ferrarois . Si
"les ennemis y paffent , ils auront de la
peine à y fubfifter ; car deux Officiers
des troupes du Pape qui ont couchẻ
chez moy en allant trouver M de
Catinat de la part du Vicelegat de
Ferrare m'ont affuré qu'il n'y avoit
aucun magazin dans le Ferrarois ,
foit au dela , fort au deçà du Pô pour
lefdires troupes Allemandes . Il eft cer
KK iiij
302 MERCURE
Bain que leplus gros corps de leur Infanterie
avec trente pieces de canon
eft encore à Caftelbaldo au delà du
pont de l'Adige, Un noble Venitien
venant icy à fon Château de plaifance
paßa hier à Caftelbaldo , où il
falua les Princes Eugene , & de Commercy
, qui le chargerent de me faire
des complimens. Il eft à croire que ces
Melieurs n'ont ras encore marché à
leur pont de Canda pour y joindre
leurs troupes , & qu'ils penfent tou
jours àfaire une groffe diverfion , pour
avecles troupes qui font restées ducôté
de Trente, & de Roveredo , bafarder
une action contre les détachemens
de nos troupes qui font reftez dans
nos poftes de Rivole & de la Ferrare.
Les ennemis commencerent hier á
·pafer une baterie de pareil nombre de
Lanan contre la nostre , & mêmecela
op-
1
GALANT.
3
m'a obligé à remuer noftre camp . Le
bruit de noftre Artillerie a tellement
étourdy le noble Venitien de noftre
voisinage , qu'ils ont cru qu'ilfalloit
me venir complimenter. Mr le Ma
réchal de Catinat est toujours dansfon
pofte de Rivole & de la Ferrare.
Mr le Prince de Vaudemont avec
un corps de troupes Françoifes & Efpagnoles
n'a point remué du quartier
de Cadidavid à une lieuë vis-à- vis
de Veronne, & les ennemis ont toujours
laiffe un camp de l'autre cofté
dans le debouché des montagnes au
pied du Val de S. Martin & de S.
Michelqui n'eft qu'à unepetite lieuë.
de Verone.
On ne peut voir plus clairement
la fituation des affaires d'I
talie , juſqu'au 23 de Juin qu'elle
394 MERCURE
eft marquée dans ces deux Lettres
, & l'on ne peut eftre plus
en mouvement que font ces deux
Armées , l'une pour furprendre
un paffage dant un lieu qui luy
convienne ; l'autre pour eftre
toûjours à portée de le défendre .
Celle qui veut paffer peut eftre
tranquille & fe repofer quand el
le veut , fon inaction ne pouvant
luy faire aucun tort ; elle peut
s'étendre & fe ramafer toute ,
auffis fouvent qu'il luy plaira ,
mais il faut que l'autre devine les
deffeins de fes Ennemis , qu'elle
foir par rout , & que fes Generaux
veillent toujours ainfi
quand les Ennemis pafferoient ,
il n'y auroit rien de forprenant ,
puifque lors qu'on eft feparé par
une riviere , on peut aifément
GALANT. 395
dérober une marche ; cependant
ils ont déja perdu plus d'un mois
de temps depuis leur arrivée , &
il eft à craindre pour eux que
n'en ayant pas profité , leurs af
-faires ne fe trouvent bien - toft
dans une plus mauvaiſe fituation
puifqueleRoyafait partir trentedeux
Bataillons , dont une partie
arrivera le 2. de Juiller , & le
refte le 20. du même mois , en
forte que le Roy aura foixantedix
- huit Bataillons en Italie ,
qui joints à fix Efpagnols , & à
douze de Mile Duc de Savoye ,
feront quatre - vingt - feize . Les
Bataillons eftant à huit cens
hommes chacun , il eft aifé de
compter à combien montera tou
te cette Infanterie . La Cavalerie
fera beaucoup moins nom396
MERCURE
breuſe , & le Roy en a même contremandé
qui eftoit en marche ,
parce que le Pays eſtant ſerrẻ ,
& coupé , un trop grand corps
incommoderoit.
Le Roy a enfin reçu la ratification
du Traité de Ligue offenfive
& défenfive entre les Couronnes
de France & d'Espagne ,
& celle de Portugal , & Sa Majefté
Portugaife a dit des chofes
fi obligeantes pour le Roy en
concluant ce Traité , que quel
que joye que la France en reffente
, elle en doit avoir aufli beatcoup
de la maniere dont les chor
fes fe font paffées.
Le démêlé de la Chambre des
Seigneurs & de celle des Communes
continuë en Angleterre.
Le Lord Sommers a efté juge
1
GALANT. 397
par les Seigneurs & déchargé
accufation de faite contre
luy , fans
fans que
les Communes
ayent affifté à ce Jugement
. Elles
ont proteſté
contre , mais les
Seigneurs
fans avoir égard à leur
proteftation
, ont auffi jugé &
déchargé
le Comte d'Orford
, &
ont protefté
en même temps contre
le procedé
des Membres
des
des Communes
, qui ont empêché
de donner
des fubfides
au
Roy pour maintenir
l'équilibre
dans l'Europe
. On ne doute point
que ces démêlez
ne foient fuf
pendus
par la prorogation
du
Parlement
il y a même lieu de
croire qu'il fera fini lorfque
vous
recevrez
ma Lettre , & que le
Roy d'Angleterre
fera arrivé en
Hollande
, où toutes les affaires
308 MERCURE
font fufpenduës jufqu'à fon arri
vée,
J'aprens qu'il arrive un Courier
qui raporte que M¹ de Catinat
s'eft emparé d'un pofte fur le
Pô appellé la Stellata fitué fur les
Confins du Mantoüan, par où les
Imperiaux avoient deffein d'entrer
dans les Etats de Modêne ,
& de Mantouë. Ils ne pouront
plus paffer le Pô qu'à deux - lieuës
prés de la mer ce qui les meneroit
dans un pays tout coupé
& impraticable. Depuis qu'on
s'eft emparé de la Stellata on travaille
nuit & jour à fortifier ce
pofte . Je fuis , Madame , & c .
A Paris , ce 7 juillet 1701 .
A VIS,
QUoy que le Mercure n'ait ce
mois - cy qu'un volume , il a
GALANT. ११०
efté impoffible d'en rétablir la
vente dans les deux ou trois pre
miers jours du mois , parce qu'il
fe trouve des Articles confiderables
dans ce volume , dont il n'a
pas efté facile d'apprendre d'a
bord toutes les circonftances , à
caufe du grand nombre qu'il
eftoit neceffaire d'en fçavoir pour
faire une Relation exacte , &
curieufe . On peut affurer que
cellequ'on donne avec beaucoup
d'étenduë , de ce qui s'eſt paſſé
depuis le moment de la mort de
A feu Monfieur , jufqu'à l'arrivée
du corps de Son Alteffe Roiale
à Saint Denis , eft preſque toute
nouvelle , puis qu'il y en a plus
des trois quarts , dont aucunes
des Nouvelles diftribuées au Pu
blic , n'ont parlé . Lors qu'on a
400 MERCURE
-un morceau d'Hiftoire à traiter,
on cherche toujours à le rendre
fi complet, qu'il n y manque rien.
Ainfi l'Auteur efpere qu'on ne
fera pas moins content de ce volume
, qu'on l'a efté du dernier ,
que plufieurs perfonnes diftinguées
, & qui doivent eftre inftruites
des affaires , lui ont të
moigné avoir lû avec plaifir . Cet
ouvrage n'eftant pas donné au
Public , de même que beaucoup
d'autres dés le moment qu'il eft
achevé , à caufe du temps qu'il
demeure entre les mains des Re-~
lieurs , il ne doit pas s'étonner fi
quelquefois on n'y trouve point
quelque événement arrivé un ou
deux jours avant qu'on en faffe le
debit. Si l'on n'en parle quelquefois
qu'un mois après,on ne laiffe
GALANT: 401
pas d'y rapporter des circonftances
que le Public n'a point encore
apprifes , tant on prend de foin
de s'informer à fond de tout ce
qui regarde les évenemens remarquables.
Aurefte l'Article des Enigmes
n'eft pas fi indifferent qu'il le
paroift peut - eftre à quelquesgens.
Les perfonnes les plus diftinguées
, pour ne pas dire plus ,
fe divertiffent à les expliquer ,
comme faifoient les Rois du
temps d'Oedipe , & il y en a même
dont les veritables noms font
cachez fous de faux noms Plufieurs
qui font convenus de ces
noms , connoiffent par là s'ils ont
gagné les gageures qu'ils ont faitessmais
il y en a parmi le Public
qui aviliffent cet Article par les
Juin 1701.
LI
402 MERCURE
noms ridicules qu'ils envoyent ;
d'autres qui cherchent à fatirifer
certaines perfonnes par des noms
qu'ils envoyent , ce qui eft quelquefois
difficile à déveloper ; &
d'autres qui en envoyant des
noms de Nannete , de Marianne,
& autres femblables , qui ne fi
gnifient rien , croyent que leurs
Amis les reconnoiftrant , & qu'
elles fe reconnoiſtront ellesmêmes
, comme s'il n'y avoit
pas en France des milliers de
chacun de ces noms. Ainfi on
avertit qu'on s'appliquera plus
que jamais à retrancher les noms,
ridicules , fatiriques , & trop generaux.
Quant à ceux qui écrivent
de la Campagne , on les avertit
férieufement qu'on ne mertra
aucun des articles qui vien '
GALANT. 403
dront dans les lettres dont les
ports ne feront pas affranchis . Si
tout ce qu'on envoye eftoit bon
on feroit ravi d'en payer le port ,
mais tant de gens envoyent des
ouvrages dont on ne peut le fervir
, qquuee le port des lettres devient
confiderable lorsqu'il eft
payé par une feule perfonne .
Ceax qui envoyent des Ouvrages
ne peuvent moins faire que
de payer les ports des Lettres
puifqu'on ne reçoit point d'argent
pour ces articles , & que
l'Auteur en refuſe ſouvent.
P
TABLE.
Relude.
Portrait du Roy.
TABLE.
Madrigal
Vers adreßez aux Princes de l'Euro
·pe.
8
Autres fur leTraité de Fartage. To
Stances furun Prixpropofe.
"Extrait d'un Sermon.
II
14
Dialogue entre la Verité , &l'Opinion
. 28
Elegie qui a remporté cette année le
Prixde Academie des Jeux Floraux.
Avis aux gens de Lettres.
Madrigaux.
Nouvelles de Perfe.
41
71
65
71
77
Lettre furla mort de Mademoiſelle
de
Loynes.
Le nouveau Democrite , ou les De-
Laffemens d'efprit.
Le Capricieux.
83
86
Epitaphe de Mademoiselle de Scu-
· dery.
87
TABLE.
Diverfes pieces fur la mort de la
même venena
Diftiques.
୨୦
94
Ode de Madame de Malenfant, qui
zata remporté le prix des Jeux Floraux
de Toulouſe.
"
55
Epiftre à Madame de Malenfant.
Mariage
104
109
Diverſes pieces fur la mort de Morfieur.
་ Ode.
090 2123
120
Reception faite à Marseille à Mr
le Comte de Lemos. 132
Lettre de S. M. C. aux Cantons
&
Suiffes. 134
Départ de Mrle Marquis de Vil
lette.
Printemps.
136
137
Réjouiffances faites à Barcelone . 148
Loterie de l'Hôpitalgeneral. 161
TABLE
Morts.
Remarques curieufes fur l'Evefché de
Bethleem
178
Mr le Comte de Marcin eft nommé
Ambulaire
en Espa
CTS » 178
gner
Lieutenance generale de Bretagne
Maupays Nantois , avec le Gouver
nementde la Ville & Chateau de
Nantes donneuil anoniq 2-46179
Place de Confeiller d'Etat donnée.
180
Obfervations Geographiques de M
de Callini. 181
Chaire Royale de medecine en l'Uniniverfité
de Caën conferée par Sa
Majestem
Nouvelles de Madrid.
3185
192
Receptionfaite à l'Academie Françoife
de deux nouveaux Academi-
› ciens;
17200
TABLE.
Ordre de bataille des troupes du Roy,
& de celles d'Espagne dans les
Pais - Bas Espagnols.
Reflections.
Sacre.
224
237
244
Chef- d'oeuvre de Mr Zumbo. 253
Harangue de Mr le Cardinal de
Noailles 2613
Autre du même à Monfeigneur le
Dauphin
C
Deliberation du Clergé.
272
276
Adition à l'Article de Mr le Comte
278
282
de Lemos.
Generofite de Mr le Comte d'Eftres .
Prife d'habit.
Remarques curieufes , touchant la
mort de Monfieur, avec un Eloge de
284
ce Prince .
Detail curieux de tout ce qui s'eft
paffe à S. Cloud pendant tout le
temps que le corps de Monfieury a
TABLE
demeuré & tout ce qui s'eft paffé àVer.
failles , à l'occcafion de cette mort.
Tranſport du coeur de Monfieur.
316
341
Suite de ce qui s'eft paßé à Versailles à l'or.
cafion de la mort de c: Prince.
344
345 Services funebres.
Ordre de lamarche du Convoy , & ce qui
s'eftpaffé à S. Denis à la reception du
corps de ce Prince. 357
Suite de ce qui s'eft paffé à Versailles. 360
Eloge de Monfieur le Duc d'Orleans. 363
Creation de 2. Direct des Finances. 372
My de Fourqueuxa l'agrément de la charge
de Procureur General de la Chambre
des Comptes.
Mrd'Alon eft nommé Premier Prefident
de Pau, Mr de Marfin Lieutenant general
& Mr de Salins achete la Charge
de Secretaire du Cabinet.
Départ des Galeres du Roy.
Enigmes.
1
379
389
390
391
Ratification du Traité de Portugal. 396
Nouvelles d'Angleterre. "
Suite des Nouvelles d'Italie.
Avis.
398
398
399
571884
Qualité de la reconnaissance optique de caractères