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-IR'e
:V\Jf1L1.1
PÆW ~1,1 eut,Ile~~7aet"",~ Jl:
DEDIE'A MONSEIGNEUR
A PARIS,
~ON donnera toûjours un ~Volum
nouveau du Mercure Galant ICI
premier jour de chaque mois, & on io
vendra trente sols relié en Veau, &
vingt-cinq fols en Parchemin.
Chez MICHELBRUNET,grande
Salle du Palais, au Mercure j
Galant. ;
M. DCCI.
^ivecprivilège df* Roym--*
gm-ra"iR-C-avRElu,)1
-.
CALl\NT.
it\jMAY î7oi- %0.1
0 MME je ne me fuis
pas feulementengagé
à vous donner la fuite
de ce qui s'est passé dans le
Voyage de Messeigneurs les
-Princes, mais même à vous
envoyer quantité de Pieces,
quinem'ent pasesté~re
assez à temps, pour est
cées dans l'ordre où ell
roient dûl'estre,sije te:
receuës plûtost,je~com
parunIdillequiaesté~c
devant Messeigneurs les
ces à Toulouse. Cet ~Ou
estduPereCapistron, ~Je
Frere deMrde ~Capistroi
cretaire des Galeres, &
le Duc de Vendôme, &
les Ouvrages de ~Theatr
eu un si grand succés,
luy ont faitmeriter une
à l'Académie Françoise.
verrez par cet Idille que
toufiafme qui fait les bons
Poëtes, regne dans cette Famille.
L'A L LIANCE
DE LA SAGESSE
AVEC
LA JEUNESSE.
NEB£ , ou laDécffe de la
JeunejJe. FUYEZ, sombresChagrins,
-
accablante Tristesse,
Soins fâcheux, importuns
Soupirs,
Laissez regner les Jeux, les Ris
& les Plaisirs
Oùregnela Jeunesse.
Fuyez,sombres Chagrins, accablante
Tristesse, Soins fâcheux, importuns
Soupirs,
LeChoeur.
Fuyez, sombres Chagrins, &c.
HEBE`
J'exerce une douce puissance,
L'Univers doit a mes bienfaits
Ses plus beaux ornemens ,
les
plus charmans attraits.
1 Mon heureusepresence J Fait sans cesse l'objet des plus
ardens souhaits,
Etrmoen égloignremeenttcasuse$mil:le On ne seconsole jamais
De mon absence.
"Vn Suivantde laJeunesse.
Hebé
,
charmante Hebé ,que
vôtre empire efl
doux!
Le Choeur.
ihebé
,
charmante Hebé , que
vôtre empire est doux!
Un autre Suivant.
Les Graces ,
les Plaisirs , les
Jeux fontavec vous:
Hebé,charmante Hebé
, que
vôtre empire est doux!
Lepremier.
Que ceux qu'un destin favorable
Soumet à cet empire aimable,
Se joignent à nos voix, & disent
avec nous,
Hebé
,
charmante Hebé
) que
vôtre empire est doux!
Le fécond.
Le Printemsau retour de Flore
Fait naître dans les prezles plus
vives couleurs;
Mais rien n'est comparable
aux fleurs
Que la Jeunessefait éclore.
Le premier.
De quel éclat brille l'Aurore,
Quand sur un doux nuage ellemême
se peint?
Mais la Jeunesse sur un teint
Brille deplusd'éclat encore.
Le Choettr.,
Chantonstous,
Hebé, charmante Hebé
, que
vôtre empire efl: doux. HE B E'.
Non non, adressez cet hommage
Aux deux jeunes Heros qu'on
honore en ces lieux;
Jray fait sur eux l'agreable afjfemblage
De mes dons les plus precieux.
J'aime à voir tous les coeurs voler
sur leur passage,
Le succés de mes soins a remplimon
espoir ; Plus on les voit, & plus on
les admire j Ils font l'honneur de mon
empire:
Plus on les voit, &, plus on veut
les voir Les transp,orts que leur vûë in-
- inspire,
Me fontconnoître monpouvoir.
Vn Suivant.
Ah ! quelle douceur
,
quelle
grace
Temperel'éclat de leurs yeux!
Vn autre.
Ah! quel feu, quellenoble audace
Anime l'éclat de leurs yeux!
Lepremier.
Ah ! quelle douceur, quelle
grace
Perce le coeur d'un trait victorieux!
Lefécond.
Ah ! quel feu
,
quelle noble
1 audace
Porte l'effroychez les audacieux!
Tous deux.
Ah ! quelle douceur
,
quelle
grace 3
Ah! quel feu, quelle noble audace
Tempere l'éclat de leurs yJeux- Anune Lepremier.
En eux tout nous retrace
Le vif portrait de leurs Ayeux.
Le ftcond.
Eneux tout nous retrace
Le vif portrait du Herosglorieux,
Qu'à leur âge autrefois on a vu
dans ces lieux.
Tous deux.
Ah ! quelle douceur, quelle
grace, Ah! quel feu, quelle noble audace
,
Tempere Anime l'écl ac deeleeuurrssyyeeuuxx,,
MEBEy
La Sage/,Jsee ppaaroroit)t.. - Qui vient troubler nôtre alégresse?*
Ah ! que vois-je: C'est vous , helas!
Importune Sagesse,
Vous verrai-je toûjours attachée
à leurs pas?
Faut-il quevous veniez leur inf--
pirer sans cesse
De fuir des mes plaisirs les innoLceAnsSaApaGs?
ESSE.
r-st-ce à moy qu'il faut vous
en prendre?
Ils quittent volontiers vos Jeux
& vos Chansons
Pour écouter mes utiles leçons.
Ils sont avides de m'entendre,
Ah! que ne doit-onpas attendre
Decet heureuxempressement ?
Le grand Art de regner s'apprend
màl-aisément,
On ne peut assez-tôt commencer
à l'apprendre:
Ah! que ne doit-on pas attendre
Decet heureux empressement?
Vn suivant de la Sagcffi.
O divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Le Choeur.
O divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Un autreSuivant.
C'estàvous d'éclairer les aveugles
humains,
Sans vous ils languiroient dans
dans une nuit profonde.
Le premier. Iln'est point d'injustesdesseins
Quevostre pouvoir ne confonde.
Lefécond.
Les efforts des Mortels sont
vain
Sivostreappuyneles seconde.
Lepremier.
Vousestes necessaire à tous les
Souverains,
Comme l'Astre du jour est necessaire
au monde;
C'estàvous d'éclairer les aveugles
humains.
Le Choeur.
0 divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Le prëmier.
Soit dans la Paix, soit dans la
Guerre,
A vos sages conseils on doit
avoir recours.
-
Le fecond.
Qu'on feroit heureux sur la
terre
Si l'on vous consultois toujours!
-
--
Lepremier.
LeMaistremême du tonnerre
A besoin de vostre secours.
Le Choeur.
0 divine Sagesse
, Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
La Sagejfc, a Heb-é-.
Pour rendre hommage au rang
où le Ciel vous fit naistre.
Réunissez sur eux vos plus riches
presens;
Mais je dois estre
La Maistresse de leur temps.
Jrlebè.
Nous ne sçaurions regnerensemble
l'un & l'autre,
Regnons chacun à nostretour.
C'est mon temps, vous aurez levostre,
Vous me suçcederez un jour.
Regnons chacun à nostre tour.
Nous ne sçaurions regner ensem- ble l'un& l'autre.
La SaZef,e. -
Vous ne connoissez pas de quel
prix sont leurs jours,
J'en dois rendre compte à
l'Histoire,
Ah! ces joursprécieux ne feront
que trop courts,
Æ Il ne faut pas qu'un seul échape
à la memoire.
Mebé,
Vous voulez usurper mes
droits,
Quoy!n'est-ce pas pour vous une
.- assez grande gloire
D'avoir fait de LOUIS leplus
sage des Rois?
Touvjoursosensiiblexà v,ostre
Il a sçu forcer la Victoire -
De le suivre dans ses Exploits.
Son Fils,son digne Fils obéït à
vos loix.
Je vous laisse jouir d'un si grand
avantage;
Je ne m'oppose point à vos soins
assidus,
Laissez-moy disposer d'un âge
Dont tous les momens me font
dus.
Contentez-vous d'un si noble
partage,
Laissez-mov disposer d'un â<*e
Qui ne fuit que trop tost, & qui
ne revient plus.
La Saçeffe.
Vous pouvez amuier les premieres
années.
Des Princes amoureux d'unindigne
repos;
Mais je dois me hâter de former
des Heros
Dont l'Univers attend ses
destinées.
Irïebê.
Pour un si glorieux dessein
Vostre secours paroistpeunecessaire
;
Le beau feu que leur Sang allume
dans leur sein,
Lesexemplesbrillans del'Ayeul
&du Pere,
Vous laissent peu de chose à
-
faire.
Le Choeurd'ebê.
Hebé, charmante Hebé, que
vôtre empire est doux!
Les Graces ,
les Plaisirs, les
Jeux font avec vous.
Choeur de la Stgefle.
0 divine Sageflfe.,
Suivez pour ces Hérosle zele
qui vous presse.
Hëhé.
Non, vôtre zele vous séduit.
Vos foins précipitez qu'ont-ils
enfinproduit?
Etque sert aux Françoisvôtre
ardeur empressée ?
Ah! loin de leur serv ir, peutêtre
elle leur nuit;
Le Prince qu'en Espagne un heureux
sort conduit,
Va luy rendre l'éclat de sa gloire
passée;
Et d'une sagesse avancée
Des Peu ples étrangersrecüeilleront
le fruit :
Non, vôtre zele vous seduit,
LaSavejTe.
Ah! Déesse,quittez cette
injuste pensée;
1\h! Déesse, détrompez-vous,
Ces Peuples n'auront plus de
mouvemens jaloux,
Une Paix éternelle,
Une amitié fidelle
Vade leurscoeurs pourjamais
les bannir;
Une Paix éternelle
Une amitié fidelle j: Va tous deux pour jamais en- semble lesunir.
L'Espagne fous les Loix du Prince
qu'elle appelle,
De ses malheurs passez perdra le
souvenir ; Mais la France a gardédequoy semaintenir
Dans ses avantages sur Elle.
Hebè.
Nous ne pouvons nous accor»
der;
Mais laSagesse
Doitceder
A la jeunesse: -
II" est aisé de décider.
Lli-Sageffe
Nous ne pouvons nous accorder;
Mais la jeuneue'
Doitceder
AlaSagesse: Ilest aisé de décider.
Choeurs d'Hebè 6"" de la SagcJJe.
Vous ne pouvez vous accorder;
Mais la >Sagesse
A4aisla l
Jeunette
Doit céder
A la 5 JeuneÍfc-.
Saaelie
lIen: aisé dev décider.
7npttcr.
Au sujet des Héros dontlefort
m'i nteresse,
Je veux qu'à l'avenir l'une &
l'autre Déesse
Se fassent un devoir de ne les
quitter pas.
La Sagesse jusqu'à ce jour
A joui des momens marquez
pour la Jeunette:
Il faut que déformais la Jcunefle
à son tour,
JoiïifTe des momens marquez
pour la Sageifc
Uniuez-vous , en leur faveur,
Regnez toujours,Jupitervous
l'ordonne,
Vous, Jenne/le, sur leur personne,
Et vous,Sagesse) dans leur
coeur.
Le Choeur.
Unifions-nous
Unissez-vous en leur faveur:
RRRéegénngo,enzns ?tet*zo•u3jo-uJrs3
JJupiterr fnous"l l'ordonne, (vous vous
Vous, Jeunesse -
)
surleur personne,
Etvous,Sagesse> dans leur
coeur.
Voicydeux Harangues qui
>ontelle prononcées au Mont
)de Marfan, par Mt l'Evêque
bd'Aire. La premiere fut faite
eau Roy d'Espagne par ce Pre-
Bat, & la fécondé,à Monfeiineur
le Duc de Bourgogne,
gpar le même Evéque.
AUROY D'ESPAGNE
sIRE;
Je me trouvé heurcufement obligé
de rendre icy de très-humbles hommages
à V. M. au nom de mon
Diocese. Safagejfe, sa prudence &
fin application au trâvaildéssaplus
tendrejeunesse j promettaient à la
France desavantagesinfinis. Nous
e(fierionspossederseulsplusieurs Princesaccomplis
que le Ciel nous a
donneZ; mais la Divine Providence
attentive aux befomsdes Nations3
qui fiait donner des bornes aux Ccnquerans
, eli" des Rois aux Eflats,
qu'elle veut combler de ses faveurs,
vous enleve
, SIRE, à nos ejfierunas
ces. Votis alle",-fairele bonheur&
lagloirede l'EJPagne
>
tandis que
Messeigneurs vos Jllufires Freres
feront noflre bonheur & noflregloire.
Formé par L'éducation que vous
avez receuë du plus grand Roy du
monde, & encoreplus parsesexemples
, vous avezappris à regneraussi-
tot que vous avez commencéde
vivre. CeneftpO'faffezJCunRoyaume
pour lesEnfansd'un si grand
Roy. Il estjuste que celuy qui seul
a foutenutous les effortsde l'Europe,
L
forme des Princes pour la gouverner.
On élevaitautrefois lesjeunes Prin-
1 ces dans la lecture des Vies des
pgrands Rois & des Conquerans de
la Terre. V. M. tiouve dans les
exemples de notre Invincible Moc
narque, tout ce que les Livres ont
raportè de plus glorieux & de pltts
surprenant dans lantiquité. Les
Siecles à venir auroicnt peine à
croire cc que nous avons veufous fin
regne, s'i' navoit des Enfins qui
marcheront sur[es pas ,
6" rendront
croyablesses tlFfions, en les mutant.
Suivez, SIRE ,
les traces qui
vous fontmarquées. Allezjccevoir
la Couronne quivousattend: Portez^
jufqual'extrémité du mondela
gloire de voflre nom J
£> si réputation
de vos Aymés.
Sorti du ftngde Louis leGrande
vos Arméesferonttoujours victorieuses
: Mais en mêmetemps defeendant
deS. Louisleplussamt de nos
Rois) faites à son exemplerégnerla
famteté & la pietésolide dans tous
vos Efiats. Soyez aufft Saint que
vousferez, Grandjaussi humble devantDieuque
vous ferez,^puissant
surlaterre. VivezSire ; mais vivez
saintement.Regnez^Stre, ®nez".
en Conquerant. Ceferont les vaux
que je feray toute ma vie pour
V. M. avectout mon Diocese
)
tunis
les sentimens duplus profond refpecl,
d- de laplusparfaitevénération
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
M0NS IG2VEUR
Quel bonheurpour moy de recevoir
bdans mon Diocese les ïlluflres Prin..
Ts£es , qui font lefuiet de nos eeeran-
^ces.Tranquilles fous le opuvernement
d'un Roy toujours Grandj tou..
jours jujle, toujours vicioneux
, 'i nous eu-ic noui
n'avions rien à defircr que de luy
voir des Ensans
,
qui puissentimiter
ses vertus, & retracer (cs aéfions.
Noussommessurcela au comble de
nos voeux. Dieu favorable à nos
prières nous a donné des Princes
accomplis. Les Nations voijines
s'empressentapartagernotre bonheur.
Faffe le Ciel que votre puissance
s'étendeju[qu'auxextromtez^ du
mondes & que votre gloire paffe
jufquà réternité. Tous les Peuples
vous suiventpar leurs acclamations.
ils voudroient eux-mêmes vousexprimer
leurs sentimens. Je fuis aujourdhuy3Monseigneur
leur interprete.
J'ay l'honneur de vous parler
fourceux de mon Diocese
3 vous assùrant
pour eux & pour moy , que nos
refpefh
, nos vaux & notrefidelité
nefiniront jamais.
Ces deux Discours furent
écoutez avec beaucoup d'atrention
)
& tres applaudis;
quelquesSeigneursdirerarQue
haut, quece Prélatanjoit patlée'n
Evêque) 0* avec beaucoup d'on.
Rion.
-
VoicydesVers quiontauffï
eslé presenter au Roy dEfpagnependant
sa route.
AU R.OY CATHOLIQUE.
p HI LIPPE le Vrentieravoit
iecùdes Cieux
Pourfin partage la clemence.
- ,
,'
z Le fécond en obtintl.itr.itiq/nlle
p-rudence.
qui le rendit redoutable en cent
lieux.
Philippe Trois eut la pu;jfince
> Philippe Quatre laconfiance,
Du fort de tes noblesAyeuls,
Dont les Noms à l'envy brilleront
dans l'Hiqoire
, GRAND ROY,nefois pointen.
vieux.
LeFilsdu GRAND LOUIS effacera
leur gloire
Parun rare bonheur le Ciela réuni
Dans ce Heros parfaitces donsincomparables
:
Etles Heros d'un mérite infini
Dans leurs ensans produifientleurs fiemblabiés.
Par descommencemensheureux
D'ji tu si..iïs voir à la France
Ce que tu vaux, ce que tupeux;
[Déjà tu nous parois digne de ta naifsance.
Vnefage maturité
.Devance en toyle nombre des anJ
nées ;
/'adresse aux jeux guerriers, une
noblefierté,
Nous promettent qu'un jourcommendant
tes Armées)
TulfaurM disputer auxplusgrands
Generaux
1?art de vaincre ,
& durciraux plus
rudes travaux.
Prince, poursuis ta course ,&finis
ta cftrriére
,
Entreprens de paffer les Heros en valeur,
En puissance
, en bonheur.
Ceferoit pour tout autre un deffiin
téméraire ;
Itfais un Fils de Louis peutégaler
son Pere Et Louisles- , a tOlUsurmontez.en
grandeur.
AUROY D'ESPAGNE,
Sur son avenement
à la Couronne.
MADRIGAL.
QVelquebrillant que Joit le
Diademe
,
Qui foiimet à vos loix tant d'Etats
floriffansj
Il nessrien,HEUREUXPRINCE,
en cet honneur supréme,
Que vous ne meritiez dès vos plus
jeunes ans.
C'cfi moins aux droits de la naïffance
)
Que vous devez ce haut point de
grandeur,
Qîià Véclat des vertru, quadmire
en vous la France , Et etoù PEjfiagne voit dépendreson
bonheur.
Le Ciel en vous formant vous fit
pour un Empire.
Cegénie élevé, cetair Majeftueuxy
Ce coeurjtbon, si genereux ,
Ces nobles sentimens que luy flut
vous ineire
Déja depuis long-temps sembloient
vous le predire;
Lors qu'un grand Prince en connoissant
leprix,
A crû qu'il ne porevoit, prest definirsacourse
3 De son peuple allarmérassurer les
esPrits,
Quen luy donnant envous une illustre
ressource.
Messeigneurs les Princes étant àAix, Monseigneur le Duc de
Bourgogne dità Mr l'Abbé de
Viany, Prieur de l'Eglise de S.
Jean de Jerusalem
,
qu'il iroit
avec Monseigneur le Duc de
Berry visiter Ton EgliCe, & y
voir l'écendart que Mrle Grand
Maistre y avoit fait placer. Lors
que ces Princes approchèrent de
cette Egfife, toutes les cloches
sonnerent; ôcMr le Prieur de S.
Jean revêtu de son Rochet, du
Manteau, du Cordon de l'Ordre,
& de l'Etole,parut à la teste de
son Clergé à l'entréedel'Eglise,
& presenta 1eaubeniste à Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
& à Monseigneur le Duc de Berry
, & dans le même temps on
détachal'étendart qui efioit replié
au haut de la voûte, & qui
décendit dansuninstantjusqu'au
pavé de l'Eglise. Messeigneurs
les Princes s'avancerent enfuite
jusqu'au priedieu qui leur avoit
esté préparé.Ilefloit couvert
d'un tapis d'écarlate femé de
Croix de Malte5 ilss'ymirent
à genoux) & lorsqu'ils te furent
relevez après leur priere, Mr le
Prieur de S. Jean prononça le
discours qui fuit. MONSEIGNÈVR*
De toutes les Eglises de Fondation
Royale de cette Province, il
rien est point quijoit plus digne de
vosRelPeils,devotreVeneration
vos , Refpeïïs
)
devôtre Veneration)
&JiJ oje le dire
3
de votre curiositè
)
que celle du Prieure de S. Jeandû
Jerusalem de cette Vil/e.C'ejlun ancien
monument 'de la pieté des Comtes
de Provence de la Tige Royale
des Rois d'Aragon
, qui ont regné
prés de deux siecles dans cette Province.
Ce magnifique Tombeauqui
fiepresente àvosyeux, où l'ArchitectureGothiqueparoit
avec tous ses ornemens
3
confierve les Cendres d'Idel.
fions II qui commençaparjcs liberalités
ce fiaintédifice. Le même
Tombeau renferme encore les débris
de la mortalité de Berenger III.
fiameux dans Mifioire de laCroisade
contre les Albigeois) dont les actions
gênereusses lui fitent merites la
Rosed'Or, quefia Statue tientdans
fia main,ill'a reçût de celles d'Innocent
IV. dans le Concile de Lyon
pouravoircombattu dans les Guerres
idu Seigneur. Ce Bouclier suspendu
au milieu dece Tombeau
,
eflle mê-
:me avec lequelceHcrosse fiznalct
¡dans les combats.
Hic illius Arma.
Cette autre Statue à cote de cet
j4ugufieAIaufolce
,
ejtcelledeBeatrixde
Savoye son Fpoufe. Ce grand
Prince, dernier de ra race, après
avoirperdu son fils, dont vous voyez,
le Tombeau drns cette meme Chapelle
, eut le bonheur de Ltiffer quatre
filles) ou pour mieux dire quatre
Reines
,
plus Illuflres parleurme,
rite, que par t'éclat de leur Couronne;
& s'il eut le malheur de ne paf laif-
Jer la Jienne à son Fils) il eut au
moins l'avantage de voirregnerson
,.fang dans tous les Thrones de l'Europe
j & cest à cpropos qu'on peut
i
dire de ce Aragonois
t ce Prince
qu'un ancien a dit dunEmpereur
YLfpaznol.
Diademata Mundo sparsit
I bera Domus.
Marguerite eut l'honneur dejlrt
fyoufe de S. Louis.Eleonor fut
Epouse d Henry 111. Roy d'Angleterre.
Sance fut mariée à Richard
frere de ce Prince)qui fut élevé à
l'Empire, £7* ce superbe monument
qui paroit dans - cette autre Chapelle
Royale, quiforme avec cellecy
la Croix de cette Basilique,t*celuy
de Beatrix
>
Comteffi de Provencey
derniere fille de Berenger.Elie
épousa lefrere de S. Louis CharlesI.
Roy de Naples & de Sicile. Cette
Herolne, pour animersonEpoux à
la conquête de ces deux Royaumes,
vendit toutesses pierreries, & metita
parsoncourage ces deux Couronnes
la troificmc partie des dépouilles
des ennemis. C'ejl cette Aegufte
Prince/le, qui fîtachever àses
depens cette Royale Eglise
,
&qui
la dotta pourl'entretien des Ministres
qui fervent à Autel. Cet ornementfacré,
cet ctolcfemée de France
6" d'Aragon
j
est unprecieuxrcjle
des habitsRoyaux de celte courageuse
Reine. il ny a point de Tombeaux dans
le Royaume élevezà nos Rois dans
les Sieclespa/fez; qui égalent la magnificence
de ceux que vowsvoye\uy
de vosAncestres. C'eji pareux&par
leurs defeendans
, que cette belle Province
estrevenue à la Couronne. Combien
de guerresnosRois n'ont-ilsptf
soutenues poury réunir les Royaumes
de Naples &de - Sicile. Cette mer- veille estoit reservée à Louis le
GRAND, qui n'apasfeulement
retint ces deux Royaumes, difputez^
pendant deuxjieeles ; mais encore toute
la vaste Monarchie cfEfpagne plus étenduë , que L'empire Romain,
Romain, par la découverte du nouvealt
Monde. Il vient de faire ce
prodige en donnantPHILIPPEIV.
vojlreAunifie Frerepourregner dans
ce grand Empire) où le Soleiléclaire
toujours.
Quelle gloire pour noflre Grand
Monarque, de voir regnerson Sang
dans les deux Mondes. Plus heureux
que Theodose, il ne voit pas seulementsesYLnfansduhautduCielcommander
dans l'Orient&dans 1 Occident;
mais ille voit regner pendant
sa vie dans l'un & dans t'autrehemifphere.
Ec quocumque vagos fleclit Tub
Cardinc cursus
3
Natorum regna venit.
Vousregnerez^mONSEIGNEUR,
atvecvbtre illustre Pere) & Lou1S
LEGRAND>vostre Ayeul bien
>avant dans ce Steele
,
& nous admiverons
long-temps trois Augustes Têstes
sitU une meme Couronne. II ne
IUOUS en manquera pas une MON-
2SEIGNEUR, * lors que tous les
SRois de voftrc Sang reiinijjant leurs
Armies de terre & demer, vous met-
'(tront a leur teste pour aller conquerir
Ja Terre-Saintë
y
&deliver le Tomhean
de J ESUS-C HRISTcaptiffous
yesInfidelies. Cestvous> MONSEIGNEUR
yqueT)ieu destinepouraller
p~re2ndre le DDr~apeaux de nos a<n~cie<fn~..
\ies Croisades ,dont lesMahometans
\sntdressedesTrophees,
Ens'adressanta Monsei gneur
Ø Duc de Berry.
- Quel bonheut pour /'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem de pouvoir vous
Juivre dans unefifainte &ftglorieufe
entreprise ? Nostre Eminentif!ìme
Grand- Maistre semble ne preparer
des Vaisseaux que pour avoir part 4
vos conquefles. Cegrand Etenddrt).,
pris depuis peu sur un Gation Turc,
qiiilafait arborer dans cette Egltft
a voftrc arrivee
, en paroiss PAuzure,
C'est alors que cette Auguste Baflique
, ou tant de genereux Princes
s^affemblerent autrefois pour une de
nos Qroifades
3
reprendreson ancien
Itlßre. Meurcux.si aprcs vous avoir
exhorte comme mcs Devanciers exhoreerent
autrefois ces premiers Heros
Qhrefliens3jepouvoisallcr mourir
la Croix à la main dans une si
fainte guerre.Faffe le Qiel que tant
de Prophstiesanwnceespourun prinT<?
Francois ,
s'accomplijifnten vofire
Sllluflre Personne fous le regne de
ILouis LE GRAND.
Quoy que les quatre pieces
suivantes ne soient pas toutes
radressées au Roy d'Espagne, elles
luy ont esténéanmoins sentées pre- pendant sa route.
AU ROY D'ESPAGNE,
Sur son avenement
à la Couronne.
L Efyagnejusqu'icy millefois étonnée
Des projets, des vertus, des miracles
divers,
Dont Louis pour toujours a rempli
Univers, 1
Envioit des François theureufe dessinee.
LE voyant, ou LArbitre, ou le
Vainqueur des Rois,
Pour elle elle eufi voulu que le Ciel leuflfaitnaiflre :
Jvfats, Grand Prince, aujourcChuy
cherchant unsigrand Maistre
Sur vous avec ardeur elle porte son
choix.
Elle vousprendpour lUf, quellegloiresupréme!
Cesi que déjàsans doute à sesyeux
éblouis
yous montreztout Véclat desvertus
deLovis
, Et que vous choiifjfant c'est le choisir
luy-mcme,
AlleZ, &pleinement satisfaitesses
voeux.
Elle attend des exploits d'une gloire
immortelle ; Louis les fait pour nOfU) vous les
ferez^pourelle,
Etjamais elle n'eut de reçneplus heureux.
yousvoyant chaquejourremplirjon
effierance,
iQuoy !le Qieldira-t-clle avec étonnement3
.Apres avoir forme le Meros de la
France,
lEssa-t-il pu former encore un aussî
grand!
>QuelChefd'oeuvreplus prompt!par
une longue attente
Des sîecles preparoient les Heros
dautrefois;-
À tégard de Louis cette voye est
trop lente;
Son exemple 6-fonfangfont d'abord
degrands Rois!
A MONSEIGNEUR
LEDAUPHIN.
Fils d'un grand Roy, Pere d'un
grand Monarque)
A cette marque, Prince
3
qui ne connoistl'excès de
ton bonheur,
Et tout l'eclat de ta grandeur 1
La naissancet'a mis au-dessus des
Couronnes
De la plu(part des Rois,
Mais tu deviens plusgrandpar celles
que tu donnes3
Quepar ceLes que tu recois,
Jtieritierreconnu desplusgrands Rois
du monde,
Tupoavoisimpoferdesloix
A cent Peuples fameux sur la terre
&surl'onde.
Si tu n'avois cédé la moitié de tes
droits;
iQui taurait difyutè cette éclatants
gloire.7
Le Batave jaloux
3
le terrible Germain
l
Tremblantortdeta main
Etfremissant de ta victoire
Ils , ont éprouvé ta valeur;
Ils ne scauroient revenir de leur
peur3
IS'ils te voyoient encor, lairyandy la
mine jîere,
A la tesie de nos guerriers
Ynfulter leursRemparts & les mettre
en poussiere
3
i
Et couronner ton front par de noum
veaux lauriers.
2Jon ce n'eflpointparfaute de couge,
Que tu veux renoncer à l'Empire du
Tage; De' deux peuples fournis favorisant
les voeux,
Et partageant un double Diadè- -
me,
Tit te partageras tay-même
pour les rendre tous deux
Egalement heureux
A
mi MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Sur ce qu'il a cédé le Royaume
d'E[pagne.
S0NNET,
pOuvoir orner son front d'un brillant
DiàdeJne-'
Et ne gardant pourfoy que le nom de
Héros,
eemettre en d'autres mains la puiffancefuprème.
£uelfiede avoitfourni des exemples
JÏ beaux.
3GRAND PRINCE, on avait vu
dans tesguerriers travaux
Courantou le dangerteparoi(Joit extrême
,
Braver les ennemis affronter la mort
même3
Tu tefais voirencorplusgranddans
le repos.
Au seul bruit de ton nom, d/f/iper des
Armées,
Forcer la foudre en main des Villes
allarmèes
,
Cent autres fontfameux par depdreils
exploitsj
Mais scavoirmepriser téclat aune
Couronne
onune rare verttt , que la naissance
donne,
C"estscavoirs'élevermême au-deflat
des Rois.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRY.
HEritier presomptif d'uneriche
Couronne3
Fils dugrand Prince qui la donne:
Que peus-tu desirer pour comble de
bonheur?
Est-ce un RoyaumeJ efl-ce un Empire
A ce nouvel honneur
Si ton courage afj>ite:
Charles, nomme l'Etat que tu veux
posseder.
Que l'ambition, ny le vice,
Ne t'engage à trahir les Loix de la
justiçe
Pour acquérir les droits de commander.
Sers -toy de ceux, que donne la
naissance
Plrisd'unThro'ne} occupépar un lâche
Tiran,
'EJl à ce titre acquis aux Princes de
ton fan*.
ils le cèdent, choijis de Solyme
, ou
Biz^tnce.
Alors /'Efèaqjiemie avec la
France
Te fourniramille & mille Guerriers
Avides de nouveaux Lauriers.
Si LOUISdaigne bienRapprendre
ISart de les prendres
Ces Villes te rendront leursJuperbesKempars.
Et
*
fous tes Etendars,
S'il te guide au chemin qui conduit
5 la Gloire;
ÏTu verras conftament Je ranger la
Victoire
Suis ses cinfe, ils) égaleses Ex-
, gale ses -ploits,
Tu deviendras égal au plus
grandsK.ois.
Je vousay mandé dans ma derniere
Lettre, que lesPeres Jesuites
du College Roval Dauphin
deGrenoble presentérent à MeC.
seigneurs les Princes un livre intitulé,
les sept Miracles du Dauphiné.
Voicy le compliment qui
fut fait de leur part en leur pretentam:
ce livre.
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
AïoNSElGNEVRy
Pendant que cette Province
fait éclatersajoye àvojîre arrivée,
il n'ep pas permis aux Jesuites du
CollègeRoyal Dauphin de qrt,
noble, de 'VoUs admirer dans le
filcnce. Les bienfaits du Roy a
l'égard de ce CoUege, dont il efi le
Fondateur, & la proteéîion dont
il honore nostreCompagnie par
toute la ti rre t nous font prendre la
libertédevous donner des marques
j
publiques de nostre refpeéle de
nostre obeissance.
Mais que dirons-nous qui ne
ifoit infiniment au deffota du plus
grand Rçy du mondefQuel éloge
peutreltvcr lesvertusheroïqucs de
de Monjeigneur le Dauphin, on
exprimer les vojlrest par lesquelles
vous imitez parfiattement ces
grands modelksquivom touchent
défiprès.
Souffre^,Monfcigneur,quen
vous conjtierant comme un
Voyageur Augufle
y
avec Monseigneur
le Duc de Berry, nous
txpojtonsàvosyeux les merveilles
d'une Province, qui a lhonneur de
donner son nom au premier Fils
de France.
L"est l'Hifloire des sept Miracles
de Dauphinéquenousvous
prffentons, dont LouisXI difoiti
lors qu'il n'efloit encore que Dauphin
de France, queJa Province
avoit autant de miracles que le
monde entier. Ce Princepouvoit
IlÍc,úlfr que les septMiracles de
Dauphinéfubfijlentencoreaujour
dhuy Cr que ceux du Monde ne
se trouvent plus- quedansÏHif toire. Al/Ú\ rjujnidcceessrraarreettee%k mer
evejis ne meriteroicnr pas da!*
tirer par elles mêmes voflreattention
telles ne vous fontplusindifférantes
i
Monftigneur) dés qu'el- ~0 J les deviennent les symboles de la
îvertH & de lagloirede Louis le
yCjrand, & du merite éclatant de
\Afonfeigneur vostre Pere Cefont
tncore dheureux présages des actions
héroïques
t que toute la Terre
udmirera dans les llluftres Princes
nuifont aujourddhbuy les deltces de»
J.a France&deTÉfpAgne Cequi
paroiss degrandyd'auguste dms
svoflre personne en particulier
, ^Monfeigneur%nousfait tout elpe-
,"'er; vous irez encore au delà de
toutes nos- efférances; & si nos
voeux font exauce^ ,
Louis le
Grandfera toujours l'admiration
de toute l'EuropeiMonfeigneur le
Dauphin jouira longtemps du bonheur
'& de la gloire, de voirson
jiugujle Pere le plus grand des
Rois)(jfesFilslesPrinces les plus
accomplis du monde. Heureux si
nos desirs peuvent estre fattsfaits,
&sinouspouvons meriter l'honneur
de vostre proteflion, en vous*
donnant des marquesde noflre%elct
de noflre rcconnoifJànce) ce dlll
profond reJptEl avec lequel nous
ftrons éternellement, ç'?c4
Le premier des sept miracles
de Dauphiné est une montagne
à six lieuës de Grenoble dans le
Diocese de Die. Elle est d'une
hauteur prodigieuse, escarpée
de toutes parts , & separée des
montagnes voisines, beaucoup
plus étroite par le bas, de sorte
qu'elle ressemble de loin à une
piramide renversée.
Les Jesuites de Grenoble ont
fait de ce Mont invincible, avec
ces deux mots latins, supereminet
invius, une devise pour le
Roy. Et voicy comment ils l'expliquent
à la gloire de ce Prince.
De ce Roc éminent la cime inaccef-
Jïble3
Est du plus grand des Rois une ima..-
gesensible,
Aufaite de laqdaire
y
itajéeu. sC-'
lever3 -
R Nul mortel n'y pevtarrivé?.
Z"EsPagne) de la France imp/aè-a.
blç ennemie
Ases Loix-ejl aJlùjetie : il-en cft: conquerant au milieu de la
paix;
Souverainsyjaloux desa gloire
Admirezde ces faits la véritable
Uiftoire3
ùtaii ne prctendez^fa* de t'igaler
jamafa*
Lefécondmiracle est la Fontaine
quibrûle. Cette merveilleuse
Fontaineestoit déja fameu-
Ce du temp's de S* Augustin3qi£r
dit dans le Livre 21. de la Cité de
Dieu Chapitre7. qu'il y a auprés
de Grenoble > une Fontaine qiii*
allume les flambeaux éteints,
& qui éteint ceux qui sont allumez
,faces accendunturardentes,
& extinquntur accensoe. Cette
Fontaine est éloignée de trois
lieuësde Grenoble au près d'une
montagne. Ceseaux sont froides
naturellement ,maisquand on
détourne fan Ruisseau pour le
faire passer sur un champ vnifin
de son Canal, on voitdes
[f3l.amessur ses eaux. Ce qu'il y
d'admirable, c'est que cette
eau continue d'estre froide tan- dis qu'elle coule, quoyqu'elle
soit couverte de flâmes
,
mais
si on arreste le cours du Ruisseau
avec des gazons de terre, alors cet eau se trouble, s'épaisfit,
& s'échauffe, on croit qu'il
y a fous ce Champ desfeux souaterrains,
d'où il s'éleve desexalassons
qui produisent les effets
merveilleux qu'on admire dans
cette Fontaine.
Les mêmes Jesuites ont fait
une devise de cette Fontaine à
la loüange de Monseigneur le
Dauphin; &luyontdonnepour
ame, &placet, &terret.Voicy
comment ils s'expliquent.
Vit-on jamais dans le monde
Des feux au milieu de l'onde,
Mais icy dans nos ruiffiaux
Nous allumons des flambeaux.
Ce prodige de nature3
De Monfeigneurfait la peinture:
Son air aimable & doux, son noble
naturel,
Sa maniere toàjourstranquille
Enchante la Cour&la Ville,
Tite jadisparoissoit tel,
Quand ce Prince faisoit les delices
de Rome;
Il faut pourtant que ce grand
homme,
Cede à la douceur du Dauphin,
ilfautquilcede à sa vaillance.
Le Rhin éprouvasa puisance,
E*son jufle couroux sceut dompter
ce mutin.
..Il n'eut qudprendre enmain la
foudre,
Vhilisèourg vitsesmurs en poudre.
Auprés de la ville de Briançon,
dans le haut Dauphiné, on recüeille
la Manne sur les feüilles
des Melezes, qui font une espece
dePin ; cette Manne tombe la
nuit, & se fond au premier rayon
du Soleil. La feule feüille des
Melezes conserve cette precieuse
rosée du Ciel, qui n'est jamais
plus abondante qu'au mois
d'Aoust pendant les grandes secheresses
, 8c dans les mauvaises
faisons ; comme si le Ciel vouloit j
dédommager cet endroit de la
sterilité de la terre par ce present,
& preparer au Dauphiné
un remede contre les maladies
qui suivent ordinairementles,
mauvaises recoltes.
Cette Manne dont on se fert
dans la Medecine ne tombe pas
en Espagne. C'estun present que
le Ciel a fait à laFrance, & au
Dauphiné en particulier,ce qui
a donné sujetaux Jesuites de Grenoble
de dire que le Roy vient
de faire à l'Espagne un present
infïniementplus précieux en luy
i
donnant un Roy qui fera un remede
à tous les maux dont le
Corps dela Monarchie Espagnole
estoit depuis longtemps affligé.
Aussi ont-ils mis pour mot
sur les Arbres qui distillent cette
Manne,nobis dit majora Deus.
Voicy les Vers qu'ils ont faits à
ce sujet C'est l'Espagne qui
parl e.
Le Soleil chaque Esté blanchit vefire
campagne,-
Du present qu'au Defert il faifiit
aux Hébreux,
Jou[(Jeen, Peuples heureux,
Mais portezenvie à l'E/fagne,
Qui reçoit du Soleilttn donplusprecieux.
Ce n'efi plus cet Etat autrefois Lmquiffant;
-
Vn des Neveux de Chatlemagne
Soûtient ce Trbne chancelant
PHILIPPE en apris la dtfenfe ;
Le Cielle ravità laFrance
Aqui le Cielïavoitdonné?
RegneMonarquefortuné,
Mais dans l'éclat qui vous cou,
ronne,
N'oubliez. p,u que c'efi la France"
qui votes donne.
Le quatriéme miracle de Dauphiné
est nommé la Balme.
C'est une fameuse Grotte qui
se voit auprés du Monastere des
Chartreusines de Salettes sur le
bord du Rhône; elle est tresvaste
& tres- profonde. Leseaux
qui tombent goute à goute de la;
cime de ce Rocher y forment
par leur congellation mille differentes
figures :on voit couler du
haut de la voute plusieurs fontainesdans
desbassins que la Nature
a formez pour les recevoir.
Apres qu'on a marché environ
mille pas dans cette Balme,on
trouve un Lac d'une lieuë de
longueur,sur lequel François I.
fit porter deux Bateaux. La devotion
des peuples du voisinage
lesa portez à bâtir deux Chapelles
à l'entrée de cette Balme, dont l'une est dediée à la Sainte
Vierge, & l'autre à Saint Jean
Baptisse.Lesmêmes Jesuitesont
fait de cette Grotte une Devise
pour le Roy dont voicy les mots,
Soli loca nu/let impervia nostro.
Le titre des Vers qu'ils ont
raies pour expliquer cette Devise
est, la penetration du Roy,
qui découvre les Conseils de ses
Ennemis,& sur son zele pour la
Religion. Voicy ces Vers.
Dans une Grotte profonde
La Nature a taillé desfigures d'Oiseaux
y Des monfires & des animaux.
Le Soleilqui voittoutaumonde
D'un grand Lacsouterrain ne vit
Il jamais les eaux, ne peut penetrer dans cette Grotte
[ombre,
Quoyquilfoit le Pcre dujour;
Ce Rocher efi le sejour
De la Nuit &de l'Ombre.
Mais , o Dieu, quelledifférence
DuSoleil ordinaire à celuy de lt
France l ilpénétre dam tous les lieux
Rien ne peut êchaper à fJelat deses
yeux, IIporte par toutsa lumiere.
Renfèrmezdanrvos CabinetsJ
Politiques, tous vos secrets,
Il en forcera la Barrtere.
Souverains que le Ciel a fait pour
gouverner,
Formez^-vousfurluypo-urregner.
Les Cuves de Sassenage sont
regardées enDauphinécomme le
cinquiéme miracle de la Province
Le Bourg de Sassenageestcelebre
par plusieurs singularitez.
S'il en faut croire quelquesAuteurs
, c'est dans ce lieu que la fameuse
Melusinefinit ses jours.
On y voit au pied d'un grand rocher
deux grandes Cuves de pierre,
&on assure qu'autrefois on
les trouvoit pleines d'eau la veille
des Rois, lorsque la recol te
devoit estre abondante, &onn'y
en trouvoit point quand l'année
devoit estre sterile. Le lendemain
des Rois cette eau s'écouloit
d'elle-même, sans qu'on pust
sçavoir d'ou elle estoit venue
dans ces Cuves, ny par où elle
s'écouloit.
Ces Cuves ont donné lieuaux
Jesuites du College Royal Dauphin
de Grenoble,de faire une
Devise sur les heureuses destinées
de Messeigneurs les Princes,
Fils de Monseigneur le Dauphin.
Ces parolesen sont l'ame
)
Trium foelicia Regum Aufyitia.
Voici comment ils expliquentcette
Devise par leurs Vers.
Quand, Janu* remplira ces Cuves
admirables,
Bery>rs,enflez^voschalumeaux
Etchantezfurdes airs nouveaux,
Que Cerés & Bachus vousferontfavorables.
Dans la Science divine,
De prèdirePavenir,
Plus versé que Melusine
J'osesurelleenchérir.
Elle borne fil connoissance
Adonner d'une année une heureuse
abondance
, De la feule Province elle ouvre les
tresors
Mais, Grands Princes, vofire
presence
Nousfait concevoir /'efyerance
De voir en nostre Siecleun nouveau
Sk-cle d'or"
Et de vofire dessin erttaifay-je l7Hïif^
toire?
Chers Ehfansdenosjycmi-Dieû'X,
Qui vouspreflntez4,nosyeux
Avec-tant depompé &de gloire
Soyez4ttentifs à ma vjîx >
Princes,voicy ifbftre horofcopt.-
Le rmride vous verra tous trois .- Partager entre vous FEurope.
On trouveau pieddes monta- - gnesde Sassenagedespierres à
peu prés de la grosseur & de I&-
figuré d'une lentille, qui font
extrêmementpolies i d'une cou-*
leur blanche,ou d'un grisobscur.
Elles ont la proprieté merveil- - leuse de nettoyer les yeux , quand il estentréde la poussiere
ou quelque fétu qui les incommode.
On .rnlet une de ces;, pier- res
res entre l'oeil& la pau piere, &
elle chasse tout ce qui cause de
la douleur, en parcourant l'oeil,
aprés quoy elle tombe à terre.
Ces pierres ont fourny aux
mêmes Auteurs le sujet d'une
Devise contre les envieux du
Roy. Les paroles suivantesservent
d'ame à cette Devise, Hojlibus
hoec Regis dona ferenda. Elle
est expliquée par les Vers suivans.
PR1NeES) qui vous liguez^iffouvent
contre nous,
De lu gloire du Roy n'êtes-vous point
jaloux?
Cette gloiresirépandue
Dans l'un & l'autre monde égalementconnuë,
Peut-eflre votis met en courroux,
Etchoque voftrefoiblevue3
Si vom ne pouvezja souffrir,
Nous avons dans le voijtnage
Deslentilles de Saflènagc
, Remede excellent pourlesyeux.
Bitaves & Germains, vous efriez^
beaucoup mieux
De remettresans resistance
Tous vos interefis à la France;
2^/Laisvousenviez^fon bonheur.
Non, ce rieftpas ce qui vous blesse:
C'est d'un Roy trop puissant l'invinciblesagesse
Qui vousfaitsoulever le coeur;
Son mérité vous importune,
Cependantmalgré vous, au bout de
l'Univers,
On diten Prose comme en Vers
la vertu de Louis frrpajfesa
fortune.
II.
Le dernier miracle de Dauphiné
est la Tour sans venin. On
voit de la Ville de Grenoble une
ancienne Tour à demi ruinée,
qui n'en est éloignée que d'une
lieuë. On l'appelle la Tour sans
venin, parcequ'on assure qu'on
a jamais vu ny dans cette Tour
ny dans son voisinage, aucun de
ces insectes venimeux qui cherchent
un asile dans les vieux bâtimens
abandonnez. On ajoûte
que lors qu'on a porté de pareils
insectes dans cette Tour, ils s'en
font d'abord éloignez. Quelques-
uns assurent que ces animaux
venimeux fuyent ce terroir
, parce que l'air y est trespur,
& fort exposé aux vents
qui le purifient. D'autres disent
qu'il y a auprès de cette Tour
des Plantes dont ces Animaux
ont naturellement de l'aversion.
Les paroles que les mêmesJefuites
font servir d'ame à la Devisequi
acette Tour pour corps,
sont: Venena relinquuut aut fugiunt.
Les Vers qui les expliquent
sont surla destruction de l'heresie
enFrance par le Roy.
De cette vieilleTourfitrie hautaun
rocher,
Serpens vous nofe^approcher
Le charme tout puissant d'une vertu
secrette
Ne souffre rien icy de venimeux.
Croupi./lez dans voflreretraite
Ou bien défaites-vous d'unpoison
dangereux.
Si vous fuyez^)Hérétiques de
FrltnCi,
En Hollande, en Ecoffi yen pruJJè,
à Darien,
ciest a que vous n'osez,Pa-fdupremier
Roy Chrestien
, Soutenir /'augurepresence.
De tes noires erreurs porte ailleurs le
venin,
Impie& malheureux Calvinj
Va dahns Veautrreseclimjatïs veomir ton
Qui coiita tant de fang à ta chere
Patrie.
Sisans la guerre & les combats
Du Royaume on la voit bannie,
Ilfalloitde Louis d*latesie &
le bras3
Pour dompter cette hydre cruelle,
cGebneevze el'allveu.ë naiftre'3& retourner
Heureuse France millefois.
Desuivre de Louis les loix j Plus heureuseeteifrefournise
Par le Fils-Ainé de /'Eglise
Aufouverai'n Maiftrc des Rois
Ce qui suit est encore des Jesuites
de Grenoble.
Vous avez,.parcouru, Grands Princes
,
Devofire Auçufte Ayeullesdifferens
Etats,
Vous avez, bien vu des Provincej,
Dontchacune autrefoisfaifoitdes Potentats
?
Faisoient du bruitdans toutte monde:
MaisJî-tost que voivs paroifJez:
Sesmiraclesfont effacez^
Vous esses l'unique merveille,
Dont tous les Peuplesfontsurpris5
De vostre air tout divin layacesans
parÚlle,
Charme nosyeux (Jo-no. e(frits.
Je vous envoye une Ode qui
L' 1 àelletrouvéeparfaitement bonne,
& quia reçu de grandsapplaudissemens.
Elle fut presentée
a Avignon à Messeigneurs les
Princes, par Mr Limoion de S.
Didier, Neveu de feu Mrle Chevalier
de S. Didier, connu par
l'Histoire de Venise, par le
Traité de Paix de Nimegue, &.:
par un Traitéde Chimie qu'il
mis au jour.
A MESSEIGN EU RS
LES DUCS
DE BOURGOGNE
ET DEBERRY.
vErJfZ, jeunes Dieux de la
Seine,
Vouifaites nosvoeux lesplusdoux,
Les deux brillans Freres cfHelfine
Sont moinsfavorables que vous- Je veux par des routes nouvelles,
Chantantvos vertusimmortelles,
Auxfolblesyeuxme dérober
>
Duft-un voir mes ailes fondues,
Dulumineuxfejour des nues
Ilest toujours beau de tomber
La louange efl lefortaimable
£hiijhte l'oreill, des Dieux,
Et l encens le plus agreabi'e
monte de la terre aux deux.
Plus les Mortels par leurcourage,
Sontdes Dieux la vivanteimage.
Et plusils recherchent ce ptix..
Alexandre eust pour un Homexey
Dont la louange lu)sur chere,
Donné toutce auilavoîtpris.
Mais decette gloire homicide,
Dont brille un Conquérantavider,
Vosyeux ne fontpatéblouitt
Vousn"aime, queade juflesarmes,
Etvousneprodiguezvos charmes
S*Q'au'uauxx d<u<gu?fle-s C&- qcuptaauuxx,
Louis.
Quipourroitrefuferfesveilles
tA mon Roy, 1 exemple des Rois?
Ses jours font tissusde merveilles,
LajufliCtdzaefis Loix
Le Ciel àfts voeuxfavorable,
Rend sa gloireàjamais durab/r;
Et couronnesa pieté
Comme d'une tige feconde
Defon S'angfour le bien dumonde,
Sort une amplePosterité.
il renaiftdans d'autres dlcides,
LesHérosnaijîtntdes Heiost
Tels on voit les Faons intrepides
NaiflredtiRoy desanimaux.
ien-tost armeZde dentsnouuches,,
Ilsquittent les rousses mammèllfs
De leurmere auxyeux menafans,
Et se ruant dans la prairie,
Ilsfont une âpre boucbeue
Des taureaux au loinmugijjans>
Flate:C par les douces amorces
DesjoursfereinsoàFlore ritt
Dansl'ardeur d'éprouver leurs
forces
)
Les/figionsdesertent leur nid.
L'amourcourageux de laproye,
Contre les Dragons les envge;
Vainqueurs ils s élèvent dans l'air;
Et d'uneaudacieu/e ferre
Ils vont empoigner le tonnerre,
Dontse doitservir Jupiter-
Une Nationéclairée
Cherchant un Roy,pour sonrepos,
Qui ramepaftle temps de Rhie)
Jette layeuxsur nos Heros,
Empreins du divin caraélere,
De leur Ayeul& de leur Pcre,
Qu'ils étalentd'attraitsvainqueurs!
j
Mêmemajtfléymême audace,
Mime douceur, e même grace)
Sur leurs pas fontvoler leurs coeurs.
0 quet bonheurpOUf tay) ma Lyre,
Sijetepuis entretenir, *
Plein dujeu (acré qui m'inJfire,
Des merveilles de l avenir.
Quelfreclacle à moy se découvre?
Le Templede la Gloires'ouvretm
Jevousy vois}fameux Guerriers,
La poèsieavec ïHzftoiret
Sous les ailes dela ViEiaire,
Vousy couronne de Lauriers*
Engrandeur, enferceyenlumière,
Les Jflres cedent au Soleil;
Dans son éclatante carriere
Louis ne voitpoint depareil.
On diroit que la Providence
Se reposè sur sa prudence
Dufoin des Terres& des Mers ; Volant de la Tamtfe au Gange,
J'iray du bruit de salotiange
Repaistre /"avideUVrniiivveerrss..
L'Inscription que je vous envoye
estoit à Romans sur une des
Fontaines devin qui y ont coulé
pendant tout le temps que Messeigneurs
les Princes y ont demeuré.
Ludovico BurqunaioeDuci
& Cttrolo Bituricenif
Ludovici Magni Triumpbatom
ferpetui
*
AuçufiisNepotibus
VITA ET VICTORIA
pergant, divis bonii, quo maximus
animus
quo fortunafavens
Papu/us applaudens, Milesardens>
hofiis provocans
Et ipsa trahit armorum gloria Regum decus.
Id certefalientes jam vinifontes
Et decurrentia per urbem duici.fîxmi
liquorisfluenta
suavitatesua,odore ell- colore
OMINANTVR.
Ilest temps que je finissece
Journal que j'ay si heureusement
commence,ôc dont toute l'Europe
a paru contente. Messeigneurs
les Princes ayant couché
le 8. Mars dans un Bourg du
Dauphiné appelle Pyrieu, en
partirent le 9. & ayant traversé
le belle & vasteplaine de Sainfons
,
il parurent à la vûe de
Lyon à une heure aprèsmidy.
Mr DespincellePrevost desMaréchaux
de Lyon avec les Maréchaussées,
de Forest, & de Beaujollois
dépendantes du Gouvernement
de cecce.Ville, allerent
audevant d'eux à unelieuë
& demie. Ces Compagnies étoientvetuës
deneuf, & lesOfficiers
avoient des habits magnifiques.
Mr le Marquis de Roc hebonne
, Commandant pour le
Roy dans la Province, accompagnéd'environ
deux cens Gentilshommes
des environs, tous
bien montez, trouva Messeigneurs
les Princes à demi-lieuë
au delà du Faubourg dela Guillotiere,&
eutl'honneur de leur
faire un compliment qui fut fort
applaudi par sa justesse.Aprés
cela la Noblesse suivit leur carrosse
& prit avec eux la route
de la Ville. Les Academistes
allerent aussiau devant des Princes
, & formerent un petit Corps
à part, des plus lestes & des
plus brillans. Air Pavant de
Floratis, leur Ecuyer, &: le
Gouverneur de l'Academie de
Lyon,qui les avoit disposez sur
une ligne, avec beaucoup d'ordre,
eut avec eux l'honneur de
les saluer trois fois l'épée à la
main, Mr Deviau, Lieutenant
Criminel de Robe-courte estoit
avec les Officiers & Archers de saCompagnie à l'entrée duFauxbourg
de la Guillotiere. Aprés
ces
divers
Corps de Cavalerie
, les Princes avançant un
peu plus vers le Fauxbourg
, trouverent le corps leplus avancé
de la Bourgeoifiede la Ville.
Elle formoit danscetendroitlà
un Bataillon complet, dont--
la cette & la queuë estoient composées
de Piquiers &deCuirassiers
» ou de Gens armez de toutes
pieces. Leurs armes estoient
toutes dorées & damasquinées
pBoautarilllaonplus par!-. Ce premier
estoit suivi immediatement
d'une longue filed'environ
deux cens carrosses, qui occupoient
une assez grande espace ,J
estans tous rangez sur une mcM
me ligne, pour 1 tainer la droite
i Messeigneurs les Princes. Six
cens Dames des plus distinguées
de la Ville, vestuës de noir &
ornées de pierreriesremplissoient
cette fuite de carrosses,
qui alloit aboutiraucommencement
du Fauxbourg.
Mr de Maenville, Commandant
du C hâteau de Piere-cize,
&Mrde Valorges qui fit la fonction
de Major., estoient montez
à chevalsi-tost que le jour avoit
paru. Ils avoient sept mille
homme de miliceBourgeoise à
disperser tirée des trente-cinq
quartiers de Lion qu'on appelle
Pennonages. Il y avoit deux
cens hommes de chacun. Ilsemployerent
quatorze de ces quartiers
à border lahaye à droi te,
& à gauche le long duFauxbourg
dela Guillotiere jusqu'au Pont
du Rome, & firent placer vingt
autres quartiers, depuis la Porte
jusqu'à l'entrée de Bellecourt.
Ils mirent ces Troupes en Bataillons
de quatre de hauteur Se
de cinq de front, & en remplirent
la place de Bellecourt, l'une des plus belles de l'Europe,
quia plus de six cens pas de long,
& plus de trois eens de large.
Elle estoit remplie de plus de
soixante & dix mille ames {ao$:
compter, un grand nombrede
personnesdistinguées qui étoient
aux Fenestres, aux Balcons, &
sur les Amphiteatres qu'on avoit
dressez en divers endroits. * Ilyavoit dix Bataillonsà droite,
& dix à gauche qui se regardoient
3 avec une rue au milieu
de cinquante pas de large,
où toute la Cour passa. La Corru
pagnie de Mr Souternon, qui
commande les Trou pes du Roy
qui sont à Lion, prit la droite
de la Porte du logis des Princes,
&la trente-cinquième Compagnie
des quartiers qui restoit se
plaça à gauche, de forte que la
Porte fut tres-bien garnie. La
plus part des Bourgeoisqui étoient
sous les armes estoient
magnifiquementvêtus. Les uns
avoient des habits de velours
cramoisi aves de gros galons
d'or. Les autresestoient en drap
d'Angleterre enrichi ou de galons
, ou de boutonnieres d'or &
d'argent. Ily avoitquelquesuns
de ces habits qui avoient coûté
deux & trois cens pistoles. Chaque
Penonnage avoit un Drapeau
avec sadevise particulière.
Le Pont du Rosnequi est à la
teste duFauxbourg de la Guillotiere
, fut laisse entierement
vuide à causede son peu de largeur.
On donna là dessus de si
bons ordres, que qui ce foit ne
se trouva sur ce Pont, qui a de
longeur plus de deux cens soixantetoises
, tandis que les car-^
rosses des Princes & de leur fuite
défilerent. Le Consulatcom-l
posé de Mr Vaginay
>
Prevots
des Marchands, d* Mrs Perri--
chon
>
de la Rové, Croppet de
S. Romain & Sabot Echevins)
de l'A vocat General; du Secretaire
Se du Receveur, cous en
robes, violetes, qui sont leurs)
habits de cérémonie ,
& des Exconsuls
en robes noires, seltoic-
+ i
renduà l'extremité du Pont, entre
la Barrierre & la Porte de
laVille. Ce Corpsestoit precedé
des Mandeurs en Robes,qui
portoient leurs grands Ecussons.
Messeigneurs les Princesestant
arrivez en cet endroit, firent
arrester leur carrosse pour rece.
voir le compliment de Mr Vaginay
,
qui parla avec beaucoup
d'esprit &de dignité.Cecompliment
fait, on entendit une
agreable fanfare de quinze trompettes
, qu'on avoi t pl acez à la
décente du Pont devant la Chapelle
du S. Esprit, ce qui fut suivy
d'un million de cris de Vive
leRoy. On avoit placé à la Porte,
la compagnie de deux cens Arquebusiers
commandée par Mr
Fereus Capitaine de la Ville,
qui en garda les Portes ce jourlà
,&les trois jours suivant. La
magnificencedes Troupes, à la
testedesquellesestoit Mr de Vallorge
,répondoitparfaitement
à leurdifcipline. Les Capitaines
Penons, ainsi que leurs Lieutenins
& leurs Enseignesavoient
presque tous des habits en broderie
, ou chamarrez de galons
d'or ou d argent. Tous lesrangs
estoient chacun en particulier
fort uniformes, & cette grande
multitude d'armes dorées, de
plumes blanches & d'écharpes
frangées d'or,avoit quelque
chose detres-grand AuiïîMeli
seigneurs les Princes en voyant
toute cette Bourgeoi fie fous les
armes, dirent-ilstouthaut qu'il:
la trouvoient fort riche & rresl,
bici
bien disciplinez. Ce fut entre
cette double haye d'Infanterie,
dont les Capitaines & les Lieutenans
salüoientde la Pique &
les Enseignesdu Drapeau, qu'ils
furent conduits au Palais, où le
Royavoit ordonné qu'on les logeât,&
où il avoitautrefois logé
luy -même, & Madame la Duchesse
de Bourgogne a près luy.
Ce fut dans la maison qu'on
nomme la maison rouge, & qui
est au fond de Bellecourt à l'extremité
du Mail. On observa
tres-exactement l'ordre que Mr
le Maréchal de Villeroy avoic
fait publier de ne point tirer,
sur peine de la vie; mais Messeigneurs
les Princes, par une
distinction tres-glorieuse pour
de sa fidelité éprouvée,voulurent
bien luy permettre de laisser
les pierres & les mêchesaux
armes qu'elle portoit. La Garde
du Palais le fitnuit & jour, &
fut relevé de vingt-quatre heures
en vingt-quatre heures par
le Major de la Ville.
Comme Messeigneurs les Princes
avoient dîné en chemin dans
leurcarrosse & de fort bonne
heure,ils firent collationdésqu'-
ils furent arrrivez. Ils furent à
peine sortie de table que Mrs de
MænviUc: & de Vallorges firent
défiler toute la milice Bourgeoise
fous leurs fenêtres. Outre lessept
mille hommes dont elle estoit
composée
, & qui formoient lcj
trente-cinq compagnies, il yen
voit deux de plus de cent hommes
chacune, leurs habits où l'or se
faisoit remarquer estoient grisblanc
& uniformes; la premiere
estoitarmée d'arcs & de fleches,
& la seconde d'arquebuses. Ces
Compagnies devoient servirau
divertissemens des Princes. Aprés
qu'ilseurentadmiré la
magnificence des Troupes qui
passerent sous leurs Fenestres,
& ausquelles ils donnerent beaucoup
de loüanges ,il reçûrent
les presens dela Ville
,
qui leur
furent presentez par Mr Prost
de Grange blanche,Avocat de
la Ville, &par Mr Perrichon
le fils, Secretaire de la même
Ville. Ces presens parurent d'un
rforat bonn gogust,e& gazlam.ment ar- Messeigneurs les Princes parurent
ensuite quelque temps
auxfenestres du Palais, pour
voit la prodigieuse multitudede
gens qui remplissoient la place
de Bellecourt. Ils s'en retirerent
pourentrer dans leurcabinet
, où ils demeurerent en- fermez allez long -temps. Lorsqu'ils
en furent sortis, le Consulat
leur presenta à chacun un
Livre, magnifiquement relié
avec leurs armes relevées en broderie
, & fit distribüer à toute
leur Cour un grand nombre
d'exemplaires de ce mêmeouvrage.
C'estoient les principales
antiquitez & singularitez les.
plus remarquables de la Ville
de Lyon,receüillies par le Pere
de Colonia Jesuite
,
& accompagnées
de plusieurs applications à
l'honneur des Princes.
Sur les cinq heures du foir
, ils allerent en chaise à l'Opera
de Phaeton. La porte de la Salle
estoit gardé par le Chevalier du
Guet à la testede sa Compagnie,
toute en habitsuniformes. On
avoit menagé pour eux un F-fcalier
derobé qui écarta d'eux
la foule. Leur logeestoit tapissée
d'un velours cramoisi avec des
crespines d'or. Il estoitvenu plusieurs
Musiciens de Marseille
pour rendre ce divertissement
plus agréuble. Les principales
Dames de la Ville s'y trouverent
moins pour en jouir
, que pour
avoir l'avantage devoir des Princes
si accomplis. L'Opera fini,
ils retournerent au Palais où ils
souperent. Ce fut pendant leur
soupé qu'on tira tout le Canon
de la Ville, avec 'un' fort grand
nombre de Boëtes. Leur coniplaisances
pour les Dames leur
avoit fait ordonner qu'on remiH:
à ce temps-là cette marque de
joyepuublique,afin de leur épargner
la frayeurqu'ils auroient
pû avoir,si on avoit tiréle Canon
tandis que leurs Carosses passoient
sur les ponts du Rhône. Il
y eut lesoir de grandes illuminations
par toute la Ville, & chacun
chercha à sedistinguer, foit
par l'arrangement des lumieres,
soit par legrand nombre defigures
ôc de devises transparentes à
la gloire du Roy, ôc deMesseigneurs
les Princes.
Le 10. au matin trois Députez
de Geneveeurentaudiance.
Ilshoaranguerent les Princes chacunen particulier, & leurs
discours furent trouvez tresbeaux.
Ils les prierent de leur
accorder leur protection auprés
de Sa Majesté. A dix heures &
demie ils allerent à la Messe à
saint Jean, Cathedrale de Lion.
M. l'Archevêque en Chappe&
en Mître
,
accompagné de tout
son Chapitre les reçut à la porte
de l'Eglise, &: leur fit undiscours
plein d'éloquence &de pie.
té. Ce Discours fini, les Princes
suivirent l'Archevêque & le
Clergé dans le Choeur, & furent
conduits dans les places de
l'Archidiacre & du Maistre du
Choeur, sur chacune desquelles
on avoit élevé un dais. Aprés
les ceremonies ordinaires
, M,
l'Archevêque alla s'habiller au
Tresor de l'Eglise, & vint celebrer
la Mené avec la même lolemnitiquis'obferveauxFeflesde
Noël,dePâques & de la Pentecoste
Il étoitassistédeseptAcolytes,
de [cpt Soudiacres, desept Diaere^
,
de sept Prêtres revêtus de
leurs Chasubles, du nombre desquels
ilestoit, & de septautres
Prêtres revêtus de Cha pes. Tous
ces Officiers, les Comtes en
Mîtres, & les autres découverts
entrerent dans un tres-bel ordre
par la grande porte du Choeur,
& saluërent les Princes en passant.
La lVlclTe. fut entonnéepar
M. le Comte de saint George,
Précenteur, &: chantéeen plein
chant par le Clergé. On fit l'Administration,
c'est-à-dire l'essai
du pain & du vin qui se fait par
le plus ancien des Perpetuels
en presence de tous les Diacres
&: foudiacres. Ils sortent tous
du Choeur pour cela, & se rendent
à la Chapelle de Nôtre-
Dame,où M. le Prieur de la
Platiére est obligé d'apporter du
pain & du vin, dont on choisit
le meilleur pour le saint Sacrifice
& a prés l'avoirchoisi on le
porte sur la credenceavec beaucoup
de solemnité. Cette ceremonie
est fort ancienne, & ne'
se pratique dans cette Eglise que
lors que l'Archevêque y Officie.
On y voit deux colomnes decuivre
avec des chapiteaux Corinthiens
,
sur lesquels est unespece
d'entablement
,
au-dessus duquel
il y avoit sept Chandeliers
garnisdesept cierges. Il y avoit
aual(ept Enfans de Choeur qui
s'arrêtoientauxcolomnes, &: y
posoient leurs Chandeliers. Le
Prêtre Officiant, le Diacre &
le Soudiacre avoient tous trois
la Mître en tête, & nel'ôtoient
qu'encertains temps de la
Messe. Derriere l'Autel qui est
isolé comme celui de fainte Genevièvede
Paris,estoit un siége
Pontifical avec sept gradins,6c
au-dessus un dais de velours
sous lequel l'Archevêque se plaçoit
avant & après le Sacrifice.
A ses pieds sur les gradinsétoient
quatredessept Chappiers. Deux
tenoient sa Croix & sa Crosse
, l'autre tenoit le MiiTel
5 & le
dernier tenoit sa Mître en certains
temps. A droite & à gauche
deceSiége,leClergéestoit
assis, & formoit un demi-cercle.
Voicy quelle fut la disposition
des Officians. Mr l'Archevêque
estoit avec deux Chappiers
à la face de l'Autel. Dans
ses retours à droite & à gauche
estoient les six autres Prêtres
avec leurs Chasubles, trois d'un
côté,& trois de l'autre.Immediatement
à l'entrée de la'
face de la Balustrade qui estquarrée
, les cinq autres Chappiers
estoient placez. Celui du
milieu tenoit la Mître & deux
autres la Croix & la Crosse. Derriereeux
estoient les sept Diacres
, & derriere les Diacres
lessept Soudiacres. L'Officiant
estoit placé au milieu, ainsi que
jel'ay déjà marquéM.l'Evêque
de faine Flour, de la Maison
d'Estaing,qui estoit venu à Lion
pour saluërMesseigneurs les
Princes, assista à toute cette ceremonie
avec les Comtes de
Lyon du nombre desquels il a au- trefoisesté.
Les Princes étant retournez
dans le lieu qui leur servoit de
Palais, donnèrent audianceaux
Chanoines Comtes de saint Jean,
& furent complimentez par lvL
de Damas de Marillac, Doyen
decetillustre Chapitre. LePrefidial
& l'Election eurent enfuite
audiance. M. de Seve
,
Baron
de saint André,Lieutenant
General, parla pour le premier
de ces Corps, & M. Dernicux
President en l'Election, porta li
parole pour l'autre.
Messeig neurs les Princes allerent
l'aprédînée entendre Vêpres
à l'Abbaye d'Aisnay dont
l'Egliseesttres-ancienne. Aprés
que les Vêpres furent dites ils
s'arrêterentquelque temps à
considererun Monumenc antique
qui se voit dans cette Eglise.
Ce font les deux colomnes
du celébre Templed'Augustes
que les soixante Nations des
Gaules qui négocioient à Lyon,
firentbâtiràson honneur. Ily
; a plus de dix-sept siecles au confluent
du Rhône & de la Saône»1
Ces Colomnes qui ont esté depuis
partagées en quatre soutiennent
aujourd'huy la voûte du
Choeur del'Eglised'Aisnay.
r Les Princes allerent voir tirer
l'Oiseau quiestoit au haut d'un
mast fort élevé dans la Place de
Bellecour. La Com pagnie de:
Chevaliers de l'A rc y avoit dres
fé une maniere de Camp, long
de cent cinquante pas, & larçc
de quatre-vingt. Le fond d(
ce Campestoitrempli de quanti
té de barraques diversement
peintes, &-, destinées pour lc:
Chevaliers. La tête du Camp
estoit ornée de quatre Pavillons
au milieu desquels il y en avoir
un cinquiéme pour les Princes.
Ce Pavillon estoitcouvert d'ardoises,
& embelli au dedans de
tapisseries de Flandres, de glaces
de portieres, de rideaux,de
deuxfauteüils de velours cramoisi
avec des crépinesd'or ,
&
de plusieurs autres ornemens
Les Chevaliers, au nombre de
- 1
soixante
, outre ceux de cinq autres
Villes de la Province, qui
s'estoientjoints à ceux de Lyon,
portoient chacun un riche carquois
, revêtu d'un drap bleu,
& relevé en broderie d'or avec
des Fleurs-de-Lis, -& des Trophéesdemême.
Leurs habits
estoient propres& uniformes. Ils
avoientunbonnet à la Polonoise,
fourré de petit gris, & chamarré
de galons d'orenzigzag, ô£
pour marquede leur Chevalerie,
Ils portoient chacun à la boutonniere
une Croix de vermeil
chargée d'un , arc & d'une flèche
en sautoir. Leurs Officiers précedez
de tambours, ôc de hautbois,
& de plusieurs hommes habillez
à la maniere des principales
Nations, qui se fervent de
l'arc &delafléchemarchoient
à leur teste. Les Princes estant
entrez dans ce Camp voulurent
bien s'armer dubrassard d argent,
de l'arc & des fléches qu'on
leur presenta, & tirérent plusieurs
cou ps avec une adresse qui
leurattira l'admiration des Spectateurs
Avant que de partir de
Lyon, ils firent l'honneur à la
Compagnie d'écrire leurs noms
dans le
livre
des Chevaliers, 6c
accepterent les riches armes dont
ilss'estoient servis. Ils emportérentmême
avec eux l'Oiseauqui
fut abatu par le nommé Mori dg
Lyon, l'arc & le carquois de ce
Chevalier, & la flèche avec laquelle
il avoir eu l'adresse de l'a*-
l'abattre. -J
Sur les cinq heures, MelTei*
gneurs les Princes allérentà la
maison de Saint Antoine d'où ils
virent les joustesqu'on avoit préparées
sur la riviere de Sône. Ils
furent reçus à la porte par tout
le Consulat, qui avoit choisi cette
Maison
, comme la plus commode
par sa situation & par son
aAgnrétominenet. Les Religieux de Saint
n'avoient rien négligé
de ce qui pouvoit les rendre dignes
de l'honneur qu'ils devoient
avoir. La Galerie & les Sales
voisines avec l'Escalier qui y conduit
, estoient embellis d'un fort
grand nombrede lustres, &de candelabres
de cristal. On y voyoit
desPeintures de prix, &enquantité,
une Judith d'Annibal Carrache,
un Seneque du Guide, des Originauxdu Padoüan
,
du.
Correge,d'André del Sarto, &
de LéonardVinchi
,
Maistre de
Raphaël d'Urbin. La
@
place des
Princes estoit marquée par un
riche Dais de Catin blanc en broderie,
avec les Armesde France.
On avoit placé fous le Dais deux
fauteuils de velours bleu avec
deux carreaux sur les deux fenestres
des Princes, deux sur les
deux tabourets qui estoient au
bas, & deux sur les fauteüils,
Tout le reste de la Galerie estois
orné à proportion. Les Basteliers
au nombre de cent partagez
en deux Escadres,& vêtu,"
de blanc avec des galons & des
boutonnieres de foye
,
firent de
vant les Princes les mêmes exer.
cices qu'ils avoient eu l'honneur
de faire autrefois devant le Roy
On voyoit sur leur Drapeau une
Emblème qui marquoit la vive
joye qu'ils avoient de servir à
leur divertissement. C'estoit un
Navire rempli de Matelots, qui
poussoient des cris d'aliegresse,
en voyant paroistre dans le Ciel
les deux Astres favorables qu'on
appelle les Gemeaux,avec ces
paroles: Alacresfaciunt hoecfydera Vautas.
Le temps qui restadepuis la
joûte des Bâteliers jusqu'à l' heure
qu'on tira le feu dartifice sut
rempli par un Concert de voix
& d'instrumens qui agrea fort.
Ces paroles furent d'abord chantées
pour Prologue.
ZaNymphe de la Seine, au milieu
de[esflots,
Maigrele criflalde(es eaux
Sefènt brûlerd'impatience
De revoir fort jeune Héros.
D'unobjetJichery la charmante prudence
Peutfeule fairesonrepos.
Elle reproche au Rhône un bonheur
quelle envie.
DaignePrince, écouter leurs trop
jufles combats ;
Mais quoy que la Seine vous die
Malgrésajuflejalousie,
Malgréses plus tendresappas
Tout vous conjure icy de ne la croire
pas.
Ce Prologue flit suivi d'un
Dialogue de la Nymphe de la
Seine & du Rhône.
LA SEINE. REns- moysans différer le Htroi
que )•»aaot re,
Sur tes bords éloignez, cefi trop le retenir:
Mon coeurimpatient nepeutplusfoutenir
L'Ennuy mortel qui ledevore,
Son seul retour le peutfinit.
Le Rhône.
Depuis l'heureux moment qu'unesi
belle vie
pour le bonheur du monde a commencé
son cours,
Sur vos bords fortune^vous le visses
toujoursy
Faut-il que déja l'on m'envie
Le bonheurpaffliger de l'avoir pour
toujours ?
La Seine.
Je me fuisfait une douce habitude
De voirsur mon rivage un Princesi
charmant.
Je ne puisplu sans "trouble &sans
inquiétude
Leperdrepour unfcul moment
Le Rhône.
Si la gloire vous efioit chere
, Vous ne-poujjeriez^p,ts ces indignes
(oupirs)
Etsonéloignement3 bien loinde vous déplaire,
Mettrait le comble à vos deliTS.
La Seine.
Moy ? de ne plus le voir que je me
réjoiïijje l
0 Ciel! c'ejl pour mon coeur le plus
cruelsupplice.
Le Rhône.
Et ne doit-ce pas eflre un charme à
voflre amour
D'oiïirce que laRenommée
Raconte de luy chaquejour,
Dans mes climats comme à la Courl
QuelJolide aVdntageJ &quelchar_
me dJapprendre
qu'on voit en mille lieux ses vertus
serepandre,
Que cent peuplesdivers volent de
toutesparts3
Et confondent sur luy leurs avides
reg ards,
Qtfon ne peut se lasser de le voir3
de l'entendre;
Et ce qui doit enfinfaire tarir vos
pleurs,
C'efi que vous le verrez.chargé de
mille coeurs.
Tous deux.
Quel solide avantage, &c.
La Seine.
Et ce qui doit enfin faire tarir mes
pleurs
,
.1
C'ejl que je le verray chargé de
mille cmurs.
On chanta ensuite un rëdc~
dont le sujet fut le retour de
Castor & Pollux Fils de Jupiter,
qui avoient accompagné Jason
à la conquestede laToison d'or.
La Grece le celebroit par ses
Vers.
Des climats ¡OrJune(.- del-heureuse
Iberie.
Les Fils de Jupiterfont enfin de retour.
Le dessin nousramene au gré de nôtre
envie
Cajlor & Pollux danscejour.
De nos champs les PlAwe doux rani-,
mons l'harmonie,-
Marquons leur bien tout nofird
amour.
En depit des rigeurs d'une [aifin
cruelle , -
Dans sapéniblecourse ils ontsuivy y~
1 -' Em
Et fait avec un même zele
La conquefle de la Toison.
Arbres naifjans redoublez vos ombrages.
Petits oifeatiXyégayezjjosramages^
Prodiguons lenr nos fleurs, ne les
épargnons pas,
Ils en font naifire fousleurs pas.
Que nos Parterres refleurirent,
Que nos boccages reverdiffint
Que dïun éclat nouveau tout brille
dans nos Champs)
Et que nos Echosretentijjent
Du doux murmure de nos chants.
A l'entrée de la nuit, on fut
frappé tout à coup d'un des plus
grands spectacles que l'on puisse
imaginer. La montagne de Fourviere
& celle des Chartreux
dont la Ville est commandée
,
-
& qui forment le long de la
Saone une maniere d'Amphitheatre
de plus d'une demi-lieuë
de circuit, parurent éclairées
dans un instant d'un nombre
prodigieux de pots à feu d'une
invention particuliere & arrangez
avec une grande simetrie.
Les maisons des Communautez
& des Bourgeois dont ces costes
font couvertes, accompagnoient
cette illumination generale par
des illuminations particulieres,
& l'on distinguoit sur cette
montagne en feu des pyramides
ardentes, des clochersembrassez,
& des Galeries rayonnantes,
Les maisons quisontbâties sur
les deux bords de la Saone, &
qui occu pent l'espace de plus
d'un grand quart de lieuë
,
depuis
la porte de S. George jusque
fort loin au de-là de celle
de Vaize, estoient éclairées 1
d'un nombre infini de lanternes
qu'on avoit placées aux deux cotez
de chaque Fenestre Entre
toutes ces maisons,l'Hôtel du
Gouvernement se distingua par
une illumination tres-bien ordonnée.
Ce fut à la faveur de
cette illumination,que Messeigneurs
les Princes eurent le plaiflr
pendant plus de deux heures
de contempler sur les Quais,sur
les Ponts, sur les Amphiteatres,
sur les Balcons & aux Fenestres,
une multitude d'environ cent
mille personnes, qui de temps
en temps faisoient retentir l'air
d'un million de ViveleRoy, qui
empêchoientqu'on n'entend ît
le fracas que faisoient les Timbales
& les Tamboursdes trente- cinq quartiers, dontchacun en
avoit un fortgrand nombre
desquels on battoit tout à la
fois. L'illumination du restede
la Ville, qui fut generale durant
quatre jours, estoitsemblableàcelle
desQuais. Lefeud'artifice
sur tiré durant ces acclamations
, & eut un fort grand
succez. Le dessein en avoitesté
pris de la decouverte que Mr
Cassini fit dans le Ciel il y a environ
dix-huitannées,de deux
nouvellesPlanetes,ausquelles on I
donna le nom deSydera Lodoicea, I
Astres de Loüis le Grand. On
avoir representé dans un Zodiaque
le Lyonceleste, sur lequel I
on voyoit deux Astres brillans
qui entroient dans ce Signe,
hors duquelle Soleil venoit de
passer. Pour l'ame de cette emblème,
on yavoit joint cemot de
Virgile qui convenoit au Lyon.
Solemque sùum)Iu/tSvdera novit.
Ces Vers expliquoient remblême.
Tels qu'on voit dans le Ciel deux
sîflres remarquables
, Qui du plusgrand des Rois portent
Augufie nom , Jettantsur les mortels leurs regards
favorables
,
Sur les fa* du Soleil entrer dans se
Lyon;
Tels la Terre aujourdhuyvoit deux
AugttjlesPrinces)
Charmant par leur af]>e£l nos beurreufts
Provinces,
Montrer dans leur personneau£
Peules éblouis,
Le Nom, le Sang, fImage Ó. le
Coeur de Louis. Toute la machine du feu, qu'
e stoit de foixance & dix pieds de
haut, & large à proportion, portoit
sur un grand édifice quarré,
bâti sur un Roc, qu'on avoit
feint au milieu de la Riviere.
Ce Rocher portoit un Socle, sur
lequel estoient gravéesdiverses
Inscriptions à la gloiredesPrinces.
Quatre Lions de haut relief,
portant les armes de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, pareil
soient aux quatre coins de ce Socle,
sur lequel s'élevoit un Ordre
d'Architecture Ionique à quatre
faces avec les bases & les chapiteaux
d' or. Les entre-colomnes
éstoient embellis de Devisés
d'Emblêmes & de Medailles. Sur
la corniche on voyoit plusieurs
Genies qui l'ornoient de tous cotez
de festons de fleurs. Un globe
terrestre sur lequel soustoient
les quatre vents Cardinaux, representez
par quatre grandes figures
peintes au naturel,estoit sur
cet édifice; & au dessus de ce globe
on avoit reprefentéen éloignement
, une partie du Zodiaque
,
avec le Lion celeste
, & les deux
Astresde Louis le Grand, dont
on a parlé.
Sur la premiere face de l'édifice
on lisoit ces vers pour Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Ce Prince, l'ejpoir de la France
Soutientparses , vertus tout l'éclat-de finranz
Son coeur d- son esprit dignes de sa
naiffknce,
Marquentdansquellefource il apuisèsonfang.
On trouve dans son caraclere
De son siugufle ayeul les suprèmes
talensi
Et la valeurdeson llluftrePere,
Qui dans luy croist avec les ans.
Pourtracerenun motson imagefi-
,
delle
LeCiel, en nom formantfin Prince siparfait^
A fris Louis pourfin modele
3 Mais cefi pour nousseuls qu'il
Pa fait.
Deux Devises se voyoient sur
cette face, avec une emblème
& une medaille.Une Aigle armée
dela foudre de Jupiter faisoit
le corps de la premiere devise,
qui avoit ces mots pour
ame , cui meliussua fulmina cre- dit Jupiter, pour faire entendre
queMonseigneur le Duc deBourgogne
alloit commander l'Armée
de Sa Majesté en Allemagne.
Le corps de la seconde devise
estoit les deux Astres appellez
Gemeaux, qui font un presage
de beau temps lorsqu'ils paroissoient
tous deux à la fois. Ces
paroles luy servoient d'ame
Juncti fausta , omnia signant, ce
qui marquoit la parfaite union
qui se trouve entre Monseigneur
le Duc de Bourgogne & Monseigneur
le Duc de Berry.
Remus & Romulus, Fils de
Mars & petit Fils de Jupiter, faisoient
le sujet de l'emblême,
avec ces mots de Virgile, Juvcties
quantas ostentant a(pice vires'3
ce qui marquoitle courage infatigabledes
deux jeunes Princes.
Quant à la Medaille, le revers
representoit une figure, portant
d'une main un javelot, & de
l'autre unecorne d'abondance,
avec cette legende
,
Sæculi novi
felicitas,
La feconde face estoit aussï ornée
de devises. La premiereavoit
pour corps un Fleuve, qui de..
vient toûjours plus grand à mefure
qu'il parcourt plus de pays,
avec ces mots espagnols,Mas camind)
mM" crece,pour marquerl 'applicationparticulière
de Monseigneur
le Duc de Bourgogne
à s'instruire dans son voyage, de
tout ce que doit sçavoir un Souverain.
Une autre devisefaisoit
voir une Lune dans son plein,
avec ces mots, Solus vincit me
lumine Frater, pour exprimer le
mérité de Monseigneur le Duc
de Berry.DeuxParelies formez
dans une nuë par le Soleil
faisoient une troisiéme devise,
avec ces mots, Nosbilarat simili
prole, & ce Madrigal exprimoit
l'amour de tous les François pour
les jeunes Princes.
Princes,siVOlU ri"eftiez^que les Fils
deLouis
Varl'éclat d'un tel nom les Peuples
éblouis
Courroient vous rendre leur hommage,
Mais vouscfles ses Fils &sa par-
.faite imaqe..
On voit d-ins vous fin, Nom) Ion
Sang&soncourage.
Princes, en faut-il davantage
Pour eauferparmy nous ces tranf^
ports inoiÙf.
Il y avoit encore dans la même
face une medaille, dont le revers
estoit tiré de la mcdaillede Germanicus
& de Drusus petit fils
d'Auguste. On y voyoit les deux
Princesà cheval, avec cette legende
, Principes Juventutis.
Trois Devises & une Médaille
servoient d'ornement à la troisiéme
face de la Machine du feu.
La premiere de ces Devises avoit
pour corps un Vaisseau que
des gens éloignez voyent s'approc
her
, avec ces mots ,
Major
quo propior, pour faire entendreque
les Peuples qui ont eu le bonheur
de voir Monseigneur le.
Duc de Bourgogne dans son
voyage, ont redoublé l'estime
extraordinaire qu'ilsavoient déjapour
luy.
La seconde Devise estoit sur
l'impression que les grands exemples
du Roy ontfaite depuis longtems
sur l'esprit&sur lecoeur des
jeunes Princes. Deux miroirs ardens
,
qui recevoient les rayons
du Soleil, en faisoient le corps, & ces mots en estoient l'ame.
Idem ambosimul ardor babet.
On en avoit fait une troisiéme
pour faire connoistre que Monseigneur
le Duc de Bourgogne
fuit fidellement les mouvemens
& les traces de Louis le Grand.
C'estoit un Heliotrope avec ces
mots, Forma, eeide,m,parmotasutrique.
La Medaille marquoit l'union
qui est entre les deux Princes.
On y voyoit deux mains jointes
avec cette legende. Amormutuus
principum.
Sur la quatrième face on lisoit
ces quatre Vers
A•ux tranftorts lesplus doux, Peu piequons*abandonne
Maisbeniffez^fur , tout l'Hymen du
grandLouis,
JVuifquil donne ason Sang une riche
Couronne,
Et qu'il vous fait voirCes deux
Fils.
t Ils estoient accompagnez de
cette Devise pour le Roy d'Espagne
Philippe V. Un Diamant
de grand prix venu d'un Pays
éloigné pour embellir une couronne,
& ces paroles pour ame.)
Natale solum diademate muto.
UneEmblème dans laquelle on
voyoit Alexandre qui se preparoit
à couper le Noeud Gordien
avecson épée, & dont ces mots
faisoientl'ame Ambages vanas
hoec dextra refolvet
, donnoit à
entendre que Monseigneur le
Duc de Bourgogne est destiné
pour allersoûtenir les droits de
Sa Majesté Catholique.
Il yavoit encoreune autre Devise
& une autreEmblème. Les
deux Planetesqu'on nomme Hefperus
& Jupiter
,
quibrillent le
plus dans le Ciel en l'absence
du Soleil, faisoient le corps de la
Devise,&avoient cesmots pour
ame :
Supplentabsentis lumina Solis.
On l'avoit faite pour exprimer la
joye que les Peu ples ont de voir
les deux Princes
5/
sur la grande
concorde desquels estoit l'Emblême.
On y voyoit Castor &
Pollux, FilsdeJupiter, quiquoy
que d'un fort different partagent
ensemble l'Immortalité. Ces paroles
luy servoient d'ame: Sors
diversa
, pares amor efficit.
Les peintures qui faisoient
la Decoration du Feu d'artifice,
estoient de Mr Verdier de la Maison
de Ville, & l'artificeavoit
esté preparé par Mr Villette
,
connu dans le monde par son
Miroir ardent, qui elt un chefd'oeuvre
de l'Art.
Ce qui rendit le spectacle de ce
Feu tres-éclatant ,ce fut d'en
voir briller un plus grand, auquel
onnes'attendoit point, lorsque
l'artifice eut cessé de tirer.
L'air en avoit esté rempli, &: la
riviere devint toute lumineuse
par l'embrasement de toute la
Charpente qui avoit renfermé
l'artifice & du Bateau même, qui
peu auparavant portoit cette
charpente & cet artifice.Les illuminations
de toutes les hauteurs
& montagnes des environs
de Lyon se joignirent à cette
éclatante maue de feu, qui estoit
comme environnée d'un nombre
presque innombrable de bateaux
illuminez,qui bordoient lesdeux
costez de la Riviere, à quoy se
joignoient encore les illuminations
de toute la Ville. Tout
cela estoit accompagné du bruit
de vingt Trompettes & de plusieurs
Timbales, auquel répondoit
celuy de plus de cent Tambours
qui battoient la charge au
milieu des acclamations, & des
cris de joye d'une infinité de
monde.
Le Lundy onzième, Messeigneurs
les Princes accompagnez
de Mrle Marêchal Duc deNoailles
, & suivis du Consulat en
Corps, allèrententendre laMesse
au Convent des Carmelites,
dont Madame de Villeroy est
Superieure. Elle les reçut à la
teste de sa Communauté
, & leur
fit un Compliment, dont ils furent
extrêmement satisfaits. Ils
visiterent la Maison, & louérent
le bon ordre & lamodestie qu'ils
y remarquèrent. A leur retour,
ils furent complimentez par M-f
Duret
,
premier President des
Tresoriers de France. Il estoit
accompagnéde quatorze Députez.
Ces Princes allèrent l'a p refdinée
aux Filles de Sainte Marie,
ou ilsbaisérent le coeur de Saint
François de Sales que l'on yconserve
tout entier. Ils se rendirent
ensuite dans la Place de Bellecour
, ou- tout estoit preparé
- pour leur donner le divertissement
du Jeu de la sâl/lo ou de
l'Arquebuse. Les Chevaliers qui
en avoient pris soin, estoient vêtus
d'un drap d'Angleterre grisblanc,
avec un doubleagrément
d'argent. Leurs bas estoient
teints en écarlate, leurs plumets
blancs, leursarmes dorées, & le
reste de leur ajugement uni forme:
Ces Chevaliers estant arrivez
à la placede Bellecour
,
les
Officiers eurent l'honneur d'y
saluër Messeigneurs les Princes,
qui des fenestres de leur Palais
la virent entrer en bon ordre
dans la grande allée des Tilleuls.
Au bout de cette Allée on
avoit construit pour les Princes
à la distancenecessaire pour tirer,
une Sale richement ornée,
avec des loges pour les Chevaliers,
embellies de pilastres &defrises,
ce qui faisoit une perspective
fort agreable. A peine les
Compagnies eurent-elles formé
une double haye ,que les Princes
se rendirent dans leur Jeu, èc
firent l'ouverture du prix avec
les armes que les Officiers eurent
l' honneur de leur presenter, Ils
tirèrent chacun deux coups, &
Monseigneur le Duc de Bourgogne
approcha fort prés du noir.
Le premier Prix fut remporté
par la Brigade des Chevaliers de
Grenoble. Les Princes ne prirent
pas longtemps le divertissement
du Jeu de l'Arquebuse,
parce qu'ilsestoient attendus
pour en voir un autre avant
que jour finist, & que l'heure
pressoit. Ils allèrent au Convent
des Peres de Saint Antoine,
d-oit ils virent tirer l'Oye. On
avoit preparé quatre petits Batteaux
vernis, qu'on appelle Besches
à Lyon, & qu'on nomme Esquifs,&
Gondoles en d'autres lieux, Il y avoit dans chacun de ces
Bateaux treize hommes vétus de
toile blanche,sçavoir douze qui
ik
ramoient, & un qui devoit tire
l'Oye
, ce qui faisoit cinquantedeux
hommes choisis, & qu
estoient regardez corryne' le:
mei lleursnageurs du monde. Il
en donnèrent des marques, ainsi
que de leur force, & de leur adresse,
& l'on vit aller ces petit
Batteaux sur la Saone,qui efluiu
riv iere assez dormante,avec U
vitessed'une hirondelle. Ontira
deux Oyes, quiavant qued'estre
entièrement déchirées, & que
toutes les pieces enfussent emportées,
firent culburer lesassaillans
plusieurs fois dans l'eau. Il
y avoitunecage attachée auprès
de ces Oyes, &: dans le moment
que la derniere piece fut emportee,
cette cage sur rompue , &,
il sortit douze canards qui sau-
1
térent dans la Riviere. Ces cinquante-
deux hommes y sautérent
aussi dans le même temps & nageant
comme des grenouilles
, ils les suivirent jusqu'à perte de
vûe. Les Princesne purent s'empêcher
d'en rire,& perdirent un
peu de leur serieux sans sortir de
lamajesté qu'ils ont toujours gardée
pendant leur voyage.Tous
les Spectateurseurent une grande
joye de ce que ce petit divertissement
leur avoit plu. Mr le
Prevost des Marchands avoic
pris de grands soins, & degrandes
précautions pour le succés
de ce divertillement, & quoy
qu'âge de soixante-dixhuit ans,
il s'estoit donné de grands mouvemens
afin quil ne manquast
riende tout ce quidépendoitde
Li Charge pour la satisfaction dc5-
Princes. Aprés avoir pris beau-i
coup de plaisir à la chasse des-j
Canards
,
ils allérent à la placej
de Bellecour, oùestoit le Regi-j
ment de Gals qu'ils firent panera
en revue
,
de ensuite ils se rendirent
à l'Academie deMusique A
où l'on representa l'Europe Ga-j
lante. Cet Opera fut precedé dui
Prologue qui suit, & quiavoit
,,, esté fait par les foins du Consulat,
à l'occasion de leur voyageJ
Tous les Acteursavoient des
ha-t
bits neufs aussimagnifiques quebienentendus.
Ledeflerndece
Prologue rouloit sur l'union de 1ai
Franceavec l'Espagne. LeTheaJ
tre representoit un Palais fuperbe
, & dans le fond une Cam-j
pagne où l'on voyoit plusieurs. Soldats
Soldats cuirassez qui reposoient
avec leurs Armes & leurs Drapeaux.
On voyoit aussi plusieurs
faisceaux d'armes.
LAFRANCE parlant
C à sa fui te. Hantez., Peuples
3
chantez^ le
Héros de laFrance,
Defcsjr;urs, la vertu marque tota les
inflans,
Sanscesse il affermit par ses foins
celatans
,
Oumon bonheur, ou mapuijjance.
Chante^Peuples, chantez^ le Me.,
f
-ros de la France
Quandjeperds du repos lestranquilles
attraits
ÇJeft pourjouir de la victoire
Et lors que dans [on cours ,
il interrompt
magloire
Cesipour me redonner la Paix.
Choeur.
Quepoftrsagloire touts'emprej; fi-
Joignons pour ce Heros&nos voix&
nos voeux.
Qrfilrègne & triomphesans cesse>
Quil nous rende à jamais heureux
J/ESPAGNE parlant
à sa suite.
Vous meflez^à leurs champs vofire reconnoissance.
Vous aile^partager le bonheur de la
France.
Louis vientdecomblernos voeux.
Dansfon Auguste Fils il vousaccorde
un Maiflre ;
Par le choix de ce Roy qui vavotts
rendre heureux
VOIU ave^meritc de l'ejlre.
LA FRANCE.
Après tant de combats le Ciel notis
réunit.
L'ESPAGNE.
JsTomvous devons le Royque LoT-Ti,s
nous accorde
,.Lagloire dans nos coeurs fit naistre laDiscorde
Et le Saveffe l'en bannit.
LA - FRANCE,
Vous mavez^ caufl mille allarmes
L'ESPAGNE.
De mon fang mille fok vous avc'{.
teint vos armes.
LA FRANCE.
\Za barbare Bellone étouffait ma pitié.
L'ESPAGNE.
%e trouvais à vous nuire une joye inhumaine
Ensemble.
Mais malqrè toute nofire haine lîestime dans noscoeursçreparoitPamiiié.
LA PAIX.
Quellefélicité vasuivre vofire choix!
Vne éternellePaixpar ce noeud vous
rit/Jemhle.
Que devantvous toutfre!'lisle, touti
tremble
Que toutflechissefous vos loix.
Joui(fezjijamais ensemble
Duplusfage de tous les Rois
Etd'unPrincequi luy ressemble.
CHOEUR.
Célébrons ces Héros, redoublons non
i Concerts,
Que la terre leurfoit fournife,
Que leurvertu, queleurfangs);1
ternife
Qu'ils donnent à jamais des Rois a
l'Univers.
DEUX FEMMES de la
suite de la France.
Nous ne redoutons plus a- al-l-armes,
Tout rit,toutencliante* en ces lieux;
Les plus aimables Demi,Dieux
Viennent en redoubler Les charmes,.
Que toutflatteicy leurs desirs
Qtfune riante Cour par tout les environnè
;
Qziilsgoûtentautant deplaijir,s
Que leurprefencenous en donne.
UNE FEMME delasuite
de l'Espagne.
Un trisse Myver bannifioit de nis
champs
Zts douxZephirs & la charmante
Florej
Mais le Soleil ramene le Printemps.
Que de plaisirs
, que de lfeurs vont
éclorre ! L'ENVIE.
Je nepuisplussouffrirces concerts Ó.
ces jeux.
paix ,
odieuse Paix3 ton ejferdlJceefi
vaine;
Tu veux rendre le monde heureux
Tu veux bannir des coetfrs la DiJcorde
& la Haine,
jVfatsje veux rappellerles maux que
tu bannis.
Je veux à mon dessein que Bettone réponde.
Tremble, déja /'oraçegronde.
roy leursvoijîns jaloux animez, par
mes cris
Je vaisarmertous les Peuples du
monde
Contre ceux qui tont réunis
On entend un bruit de guerre. L'ENVIE.
Mars, le terrible Mars va servir
ma.fureur.
Choeur de Soldats.
Armons-nous,courons a la gloire,
c Quittons un indignerepos.
Allons, allons chercher sur les pi&r
desHéros
La mort ou la viEloire.
LA PAIX
Quelffrellacle,quelscris,-oCielque
dois-je croire.
MARS.
Necrat,znez,.riencbarmante Paix,
En vainl'ajfreufe Envie excite mille
allarmes,
Je confondray toussesprojets
DesesPeuples unisjeprotégé les armes
,
Mats ils ne les prendront jamais
Que pourfairereqner vos charmes„
à l'Envie.
Ettoy, va sur toy-mkme exercer ta
fureur
Dans lefond des Enfers va devorer
ton coenr.
La France à l'Espagne.
Non,non ne craignons plusladiscorde
ennemie
Tout l'Univers doit vivre fous nos
loix.
EtleDeftinpar mille exploits
Me faitvvooiirr ààjjaammzal»iss noflre gloire
affermie.
Je voy j'/ever un MCTOÎ
A qui le Cielpromet une qlyirc immortelle.
Le triomphel'attend
J
la vittoire
l'appelle
Je voy dans l'avenirsisglorieuxtravaux
Par tout la Sagesseséclaire.
Les Peuples qu'il soumet deviennent
plus heureux.
A-t-ilpris pour modelle ou Louis
ou son Pere
Il les retrace tous les deux.
Choeur.
Celebrons ces Héros3redoublons no!
concerts,
Que la terre leur(ôitfournisi,
Queleurvertu que leurfang s"êter-~
nist,
Quils donnent a jamttÍs des Rois d-
IVdivers.
Messeigneurs les Princes souperent
au sorti r de l'Opéra
,
&
furent divertis àl'issuede leur
souper par le bruit de deux cens
boëttes, qui futaccompagné de
différences fortes d'artifice, qui
surprisent par leur beauté, ce
qui joint au succez du feu qui
avoir esté tiré la veille fit donner
beaucoup de loüanges aux
Artificiers de Lion.
Le Mardy 12. Messeigneurs
les Princes entendirent la Messe
dans l'Eglise du grand College
des Jesuites. Elle fut celebrée
par Mr l'Abbé de la Croix Chapelain
du Roy. Ils monterent
ensuite dans la Bibliotequemasgonnifiquement
bâtie par la Mai--
de Villeroy, & fort considerablement
augmentée par la
Bibliotequedu feu Archevêque
de Lion. Mr le Maréchal de
Noailles leur fit remarquer les
divers monumens qu'on y a erigez
pour conserver les souvenir
des bienfaitsdecette Maison.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
fit voir que les bons Livres
neluy font pas inconnus,
& s'arresta quelque temps ainsi
que Monseigneur le Duc de Berry
à considerer des Globes, à
examiner des manuscrit, & à
voir parmy les Livres de feu Mr
l'Archevêque de Lion, un Livre
composé autrefois par le
Roy, &intitulé, Traduction de
la Guerre de Cesarcontre les SuiJJes.
Ils prirent beaucoup de pkifir
à voir cet ouvrage, & 1 examinèrentavec
attention. Ils demanderent
ensuite à voirle Cabinet
de medai lles du Pere de la.
Chaise&les autres antiques. Ils
y furent conduits
}
& le Pere
Colonia eut l'honneur de leur
expliquer la suite des Empereurs
Romains en bronze,en argent,
& en or, les Idoles de Rome,
& d'Egipte
,
les lampes qu'on
appelleinextinguibles,& lesTalismans.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne luy fit plusieurs questions
tres-sçavantes sur la Chronologie,
sur l'Histoire, sur le
Dieu Mithra, sur Harpocrate,
& sur les siclesHebreux & Samaritains.
Il luy demanda en
voyant une StatueEgyptienne
du Dieu Serapis fort antique,
où estoit le Boisseau qu'il porte
sur sa teste, & quilecarractérise.
Se Pere Colonia le luy fit
remarquer, & ce Prince en parut
content. Il remarqua uneStatuë
antiqu e de la victoire, & demanda
pourquoy elle n'avoit qu'-
une aile. Le Pere Colonia luy répondit,
quecetteAile qui ressoit
à la victoire estoit même de trop ,
el?' qu'il vouloit la heyojÜr) parce
que le Roy avoitsceu la fixer si bien,
quelle n'avoitplus besoind'ailes,
pUi(qu'elle ne pouvoit plus s'envoler
ailleurs. Cette réponse plut aux
Princes & à toute leur Cour.
Au sortirdu cabinet, deux Ecoliers
choisis leur presenterentdes
poesies latines 8c françoises que
eCollege avoit composées à leur
honneur, ils les receurent avec
beaucoup de bonté, & donnerent
des vaccances aux Ecoliers.
Lefoir de ce même jour, les
Peres de ce College marquerent
leur joye par une Feste extraordinaire.
Ils avoient fait à laface
de leur Bâtiment une grande illumination
,
& l'on fit dans la
Cour des Classes une décharge
de boëttes au bruit de plusieurs
instrumens. Le peuple qui s'assembla
devant la Porte de ce
College prit part à cetteFeste,
qui dura bien avant dans la nuit.
Messeigneurs les Princes allerent
l'apresdîné à l'Hôtel de
Ville, & furentreceus à la portiere
deleurcarrosse par le Consulat
en Robes de ceremonie.
Les portes estoient gardées par
la Compagnie de deux cens Arquebusiers
de la Ville.Quatre
Bataillons de la Bourgeoisie étoient
rangez en fort bon ordre
dans la plaOce des Terreaux que
cet Hôtel a en face. Estant enjerez
dans le Vestibule,& ayant
veu en passant les anciennes tables
de bronze de l'Empereur
C laude, ilsfurent conduits dans
la salle appellée de l'Abondance,
où l'on avoit disposé des Metiers
& des Ouvriers pour leur faire
voir les Manufactures de brocart
d'or & d'argent, qui entretiennent
les trois quarts de la
Ville. Ils virent fabriquer de
belles étoffes, (4e grands galons
d'or, & tirer l'or par de jeunes
filles
,
les unes habillées fort
proprement à la Lyonnoise, &
les autres vestuës de noir. On
leur expliqua sensiblement la
maniere dont la [ove se forme
dansses commencemens, & la
maniere dont elle se met en oeuvre.
Au sortir de cette Salle,
ils firent un tour dans la grande
Cour de l'Hôtel, & monterent
par le grand Escalier dans la
Chambre du Conseil
où l'on
avoitétalé les plus riches brocards
d'or & d'argent qui ayent esté fabriquez à Lyon, & le
Consulat eut l'honneur de leur
en presenter trente pieces differentes,
estimez au moins dix
mille ecus. De cette Chambre
ils passerent dans la Salle du
mConsulat, où ilsexaminerent le
nouveau Plan des reparations
<lue l'on va faire à l'Hôtel de
Ville. Il virent dans la même
Salle le dessein de la Statue E-:
questre deLouisle Grand, que
le Consulat a fait jetteren bron--*'
ze à Paris, du poids d'environ
trente milliers, & qu'il se pre-4
pare à faire ériger dans la Ville.
a
de Lyon, sitost qu'on l'y aura
conduit de Toulon où elle est
déja arrivée. Ils décendirent de
la dans unedernièreSalle, où
l'on fit en leur presence uneexperience
tres-curieuse. C'est la
maniere dont on dore les lingots
& dont onlesdegrossit a près les
avoir dorez. L'arque c'estdire
la machine- dont onse sert
à Lyon pour les degrossir est si
delicate
,
qu'unlingotd'argent
qui n'a que deux pieds de longueur
, & trois pouces quatre
lignes de circonference, produit
un fil d'or de la longueur
d'un millionquatre-vingt-seize
mille sept cens & quatre pieds,
de sorte que ce fil
, par l'art du.
tirage, s'allonge plus de cinq
cens quarante-trois mille fois
plus qu'il n'estoit auparavant.
Ainsi si l'on attachoit ce fil par
un de ses bouts, & qu'il eut asfez
de consistance pour estre étendu
sans se rompre, il pouroit
estre conduit jusqu'à unedistancedesoixante
& treize lieuës.
Au sortir de l'Hôtel de Ville,
Messeigneurs les Princes toûjours
accompagnez duConsulat
allerent à pied au Monastere
Royal des Religieuses de S.
Pierre, qui est situé dans la mêmeplacedel'HôteldeVille.
Ils
furent receus par Madame de
Chaunes qui en est Abbesse, &
qui par le compliment qu'elle
leur fit à la teste de sa Communauté,
fit connoistre son esprit
& le sang dont elle est née. Ces
Princes apré avoir pris desplaifirs
serieux pendanttoute la
journée, allerent prendre le
divertissement d'une seconderepresentation
de l'Europe 'galante.
1 Le13 jour marquépour leur
départ ils se rendirent a six heures
& demie du matin dans l'Eglise
des Celestinsoù ils entendirent
laMesse- Toutes les ruës
par où ils devoient passer, depuis
la porte de leur Palais jusqu'au
lieu de l'embarquement estoient
bordées d'une double haye Bourgeoise
au nombre de sept mille
hommes sans compter les Officiers.
Le bateau dans lequel ils
s'embarquerent avoitenviron
soixante & cinq pied de long,
douze de large & neuf de haut.
Leur chambre, longue de vingtsix
pieds, estoit garnie d'un damas
rouge cramoisi
3
& ornée
de deux canapées avec leurs carreaux
à houpes d'or, de vingtquatre
perroquets ,
de deux fauteüils
,
de]deux chaises & de
deux tables: le tout de velours
cramoisi avec les crépines & les
molets d'or. Les portieres étoient
de damas avec des crépines
d'or. Il y avoit dans cette
chambre cinq fenestres de trois
pieds de deux de large chacune,
toutes à paneaux de glace avec
des rideaux de taffetas blanc.
La cheminée qui occupoit la
pkee d'une sixiéme fenestre étoit
blanche & or avec sa corniche
dorée. Treize miroirs placez
entre les fenestres à costé
des portes, & sur la cheminée
donnoient à ce lieu tout l'agrement
qu'on y pouroit souhaiter.
Les portes qui estoiént de glaceavecdes
chassis dorez, avoient
huit pieds de haut & quatorze
de large. Le salon pourles Gardes
qui avoit dix pied de long
estoit tapisséde brocard, avec
deux grandesformes de même &
matelassées. Lecabinet desValets
de Chambre de la longueur
de dix pieds estoit auiTI- captuc
de brocatel, & lesautres meubles
estoient de la même étoffe.
On avoit pratiqué dans ce -ca.J binet un escalier pour monter
au dessus du bateau sans paÍfert
par la chambre? des Princes;
Tout le dessus dela barque étoit
couvert d'un drapd'écarlate
bordéd'un galon d'or, ôc. la#
balustradeornée tout au tour
de filetsd'or sur un fond blanc,
La manoeuvre & les cordages
n'ayant pas permisd'y faire un
pavillon
, on y avoi t suplée par
deux parafoles de damas, garnis
de&defranges d'or. Le
grand masts portoit un pavillon
blanc orne de trois Fleurs de lis,
& le mast d'arriéré un pavillon
bleu avec un Lyon d'or,
Ce baccaU) outreceluyde la
Musique qu'ilavoit à ses costez
estoit accompagné de trois autres
Diligences partagées chacune
en deux chambres & toutes
trois tapissees à neuf. La
dperemiere estoit pour l'équipage
Monseigneur le Duc de Bourgogne,
la seconde pour Monseigneur
le Duc de Berry, &
la troisiéme pour celuy de Mr
le Maréchal Duc de Noailles.
Outre ces quatre Diligences,il
y avoit trois grandes barques
pour le bagage, pour les Suisses
& pour les domestiques, une
pour le carrosse du corps, une
pour la cuisine avec ses cheminées
& tous ses fours differens ?
& une à costé pour le Gobelet
6c pour la Fruiterie, ce qui faisoit
en tout dix Barques ou Diligences,
pourvenësavec profusion
de toutes fortes de pieces de
gibier, de venaison, de liqueurs,
de vins & autres rafraichissechiffemens
de toutes manieres.
Cette petite flote fut tirée par
prés de quatre cens chevaux,
lqeu'on avoit choisis dans touc Gouvernement, & qui dans le
temps du départ des Princes
-3 le trouvèrent postez tous à la
fois depuis la route-de Lyon
jusques à Chalons pour se relayer
de deux en deux lieuës.
Messeigneurs les Princes estant
arrivez avant huit heures au
Port Neufville, qui estoit le
lieu de l'embarquement, furent
receus par le Consulatencorps
&en habit de ceremonie à l'entrée
du bateau
,
où il eut l'honneur
de les conduire. Danscet
instant toute l'Artillerie de
Pierre-Cize, &toutes les Boëtes
de laVilletirerent, & l'airretentit
d'une infinité d'acclamations
de Vive le Roy,Douze Prisonniers
que le Consulat avoit fait
mettre enliberté en payant leurs
dettes à l'arrivée des Princes, se
presenterent
lperuerssenteurent, pour remercier
Augustes Libérateurs. Les
Bateliers marquerent leurzele,
par quelques joutes nouvelles,
& les fal üerentense jettant tous
ensemble dans la Riviere dés
qu'ils les virent partir. Le Lieutenant
de Robe-courte accompagna
leurbatiment avec ses
Officiers, &. Archers de sa Compagnie,
jusques hors le Gouvernement
de la Province. Ses Princes
devoient aller coucher à
Mâcon
>
qui selon l'étendue des
lieues du pays n'est qu'à douze
lieuës de Lyon; mais elles en
valent bien vingt des nostres.
Cependant les mesures de ceux
qui avoient entrepris de les conduire
furent si bien prises,
qu'ils y arriverent à huit heures
du soir ;& trouvèrent leurséquipages
qui avoient esté embarquez
le jour precedent.
Pendant le sejour que ces
Princes ont fait à Lion, ilsont
esté gardez par un Penonnage,
c'est-a-dire par les Bourgeois
d'un des quartiers de la Ville de
Lion. Les illuminations n'ont
point cessé pendant toutes les
nuits, & toutes lesmaisons ont
esté éclairées depuis le premier
étage jusqu'au quatrième. La
dpleus grande partie des peuples
la Province, & des lieux circonvoisinsestoit
venue prendre
part aux réjouissances que leur
arrivéefaisoit éclater jour &
nuit dans tous les quartiers de
la Ville. On n'y entendoit que
flûtesj Hautbois, de Trompettes
& Tambours, & l'on ne
voyoit que feux d'artifice,&
autres; tout y retentissoit des
cris de ViveteRoy, &: des prieres
continuelles des peuples qui
demandoient à Dieu de combler
de mille bened ictions les Princes
qu'ils avoient le bonheur de posseder,
& de leur donner les lumieres
dont ontbesoin ceuxqui
doiventregner un jour.
Je vous ay déja dit que Mr
Prost de Grangeblanche & Mr
Perrichon le fils allerent offrir
les presens de la Ville à Messeigneurs
les Princes le jour de leur
arrivée, sans vous en rien dire
davantage, parce qu'aucune des
Relations qui m'estoient tombéesentre
les mains, nemarquoit
en quoy ils consistoient. J'en
viens de voir une qui m'apprend
qu'il y avoit environ vingt
Vestes
, avec des Boëtes proprementpeintes,
dans lesquellesestoient
des essences, &
autres choses semblables. Monseigneur
le Duc de Bourgogne
trouva les trois qui estoient pour
luysi bien peintes & si proprement
ajustées, qu'il ordonna
que l'on en prist soin, afin qu'il
les apportât à Madame la Duchesse
de Bourgogne. Il yavoit
aussi des paquets de boëtes de
conncures, des vins de liqueurs,
& des vins François. Le zele
que la Ville de Lyon a fait
paroistre
,
meritoit que rien
ne fust oublié de tout ce qui
s'y est paflfé pourla reception
de Messeigneurs les Princes
Aussi n'ay-je épargné aucuns
foins pourenramasserjusqu'aux
moindres circonstances ; ensorte
que je croy pouvoir assurer que
la Relation que j'en ay dressée,
est beaucoup plus ample que
l' imprimé qui en a paru.
TandisqueMâcon se preparoit
à recevoir Messeigneurs les
Princes, Mr de Senecé qui est
né dans cette Ville, fit l'Ode
que je vous envoye ,
ôc elle fut
presentéeà MrleMaréchalDuc
de Noailles,
LE VOYAGE
DES PRINCES.
MARS tonne sur la rfontiere3
Etplein d'un dépit mortel
Va meditant la matière
De quelque nouveau Cartel.
Vn jufle effroy,qui le glace
Rend au fortdeleurmenace3
Ses projetsévanouis,
Et sa ligue mal unie
Pâlit devant le genie
De l'Invincible Louis
Cependant,sur ce Royaume
Se répand l'air le pluspur,
MUrJ d'argile
,
toits de chaume
Tout devient d'or & d'ahuri
Phæbé> que ternit Cibelle,
Voit effacer devant elle
Ses honneurs étincelans,
Et les bruyantesfusées
Aux étoilesméprisées
Portent des défis volans.
DesProvinces excitées
Z'ardente émulation,
En Festes bien concertées
Fait briller l'ambition:
Leur Peuple dans ses fontaines
Des plaisirs
,
a tassespleines
puissè l'Enchanteur levain,
Et les Nayades charmées
3 En Bacchantes transformées,
Nagent-d'aise -dans le vin.
Quel est ce Dieu favorable,
Qui nousfaitparsesbontez^
Des mensonges de la Fable
Desensiblesveritezj
Efi-celefils du Tonnerre,
Qui. vient de porter la guerre
Chez.. Epouse de Tithonl
Efi-ce le fils de Latone
Que la Viffaire couronne
Après la mort de Python i
Non ; de ?éclat qu'il fait naifire
Mesyeux ejioient éblouis.
.Ahlje vois mon jeune Maijlre>
£'héritierdes deux Louis.
C'efice Meros qu'à la France
Poursa troisiéme cfyerance
Les uiftres ont dessiné,
Qui surle Trbne dEfpagne
Dans sa premiere Campagne
fientd'établir son puisné.
- - .1
De quelle vive lumiere
Brille ce Prince adoré!
Quel beaufeu,fousJapaupiere
Marque un e'/prit éclairé!
On s'observe
, on se compose
,
Jtfais dure/peff qu'il impose
Lacrainte va redoublant,
jlnesi étude qui serve,
Et l'eloquente Minerve
.Te l'aborde qu'en tremblant.
éMafcon ma chere patrie,
Qui l'attendsaupremierjour,
Quels presens
,
quelle industrie'
Luy prouveront ton amour3
Sita force languissante
Par la dépense éclatante
T'exclud de tesignaler,
Par un Ztle ardent (jr noblev
Lym, Trfarfîiûe
3
& Grenoble
AUlont peine a t évaler.
Bourgogne, qu'a[on passage
Sesignale votre ardtUï;
Mais précipite^ouvrage
Quordonne votre (plendeur.
Tous les momens qu'il vous presle
Aux dons que la gloire apprefie
JLuy paroijjentdérobezj
Déja le Printemps boutonne,
Etsi la Trompettesonne,
Vos SpeHaclesfonttombez,
En vain, la Mere aAchille "*
Dans un Palais enchanté,
D'une valeur indocile
Croit adoucir lajierti.
Jeux galans,vives tendresses,
Doux plaisirs
>
molles careffis,
Tout luy devient odieux,
Sitost que l'adroit Vliffi
Fait parunfage artifice
Briller lefer àses yeux.
Pour vous, depuis vofire enfance
Au fein des Grâcesnourry>
Garderons-nouslesilence
JlIuftre Duc deBerry ?
D'une naiflancetardive
Vojirefortune attentive
Vousvangera p-leinement,
Et le Ciel ria pointfait naiflre
Le gouss de choisir un maistre
Pourl'Eftazneftulement.
Conducteur desjeunes Princes,
Vous, dont Louis a fait choix,
Pourfaire voir aux Provinces
Le plus beau fang de leurs Rois
s Jamaissafaveurpropics
Ne rendit plus dejufiicer
A vos suprémes talens,
Non peU même quand sa foudre
Par vos mains mettoit en poudre
Les ramparts des Catalans,
Bientost, leur noble courage
Dans les Ecoles de Mars
D'un fameux apprentissage
Ira tenter les bazars.
De leurjcunejfc bouillante
Il~, , e bokie
Moderez^ïardeur vaillante
Dans la chaleur du combat.
Est-il employ d'importance,
Où jamais voflre prudence
Puissè mieux fcrvirl'Etat?
Mr de Senecé, dont vous venez
delire lesVers, & dont tous
les Ouvrages font voir beaucoup
d'esprit &d'érudition, a y ant
bien voulu se donner la peine de
faire uneRelation de ce qui s'est
passé dans le lieu de sa naissance
lors que Messeigneurs les Princes
yont elle
,
j'ay cru devoir vous
donner cette Relation dela maniere
qu'il l'a faite, afin de vous
faire connoistre qu' il n'écrit pas
moins bien en Prose qu'en Vers.
La Province de Bourgogne étoit
sensiblement touchée eu» mari- -
heuroùelle paroissoit condamnée
n'estre point honorée de la presence
de Messeigneurs les Princes.
Elle se consideroit comme
rédui te à la tristedestinéede ces
Peuples voisins du Pole, qui ne
participent que parreflexion à la lumiere du jour,& à qui le
j Soleil refuseéternellement ses
favorables regards, quil prodigue
au reste de la terre avec tant de libéralité. Enfin ses voeux
toucherent le Ciel, on apprit
,
que la route des Princes estoit
changée5&que Monseign ur le
Duc de Bourgogne honoreroit
d'une vifitc le pays dont il porte
le nom j mais on l'apprit si tard,
que la joye que causacettenouvelle
fut fort combattuë par la
crainte de n'avoir pas assez de
-
soisirpour semettre en estat àç
répondre à cet honneur par une
reception digne de la grandeur
du Prince, & du zele de la Nation.
Le voisinage de Lion ne
nous estoit pas avantageux. La
Cour en sortoit pleine des idées
de grandeur & de magnificence
que luy avoit laissées. cette superbe
Ville. Nous avions beau
nous retrancher sur l'amour &
sur l'attachement que nous foutenions
pouvoirdisputer à toute
la terre, ces qualitez ne sont
sensibles que par les effets qu'elles
produisent,&tout le monde
se les attribuë.
La Ville de Mâcon, qui est
la plus méridionale de la Province
, fut la premiere avertie
de se mettre enestat de recevoir
Ces jeunes Maistres Onnesceut
qu'ils y passeroient que sur la fin
de Mars? & on apprit en même
temps qu'ilsy arriveroient
dans le commencement d'Avril.
Cependant les ordres réitérez
.de S. A. S. Monsieur le Prince,
nostreGouverneur, la vigilance
de Mr Ferrand
, Intendant de
Bourgogne, & de l'activité de
Mr des Vignes, Maire de cette
Ville; trouverent moyen dans
pn petit intervalle de quinze
jours, de mettre toutes choses
dans la meilleure disposition que
l'on pouvoit esperer de la petitesse
de nos forces
Mrs des Etats du Mâconnois
commanderent d'abord à toutes
les Paroisses qui se trouvent sur
la route, de travailler à la répal
-ration des grands chemins. Ce
peuple s'y porta avec une ardeur
incroyable,On fit des chaussées,
des pavez & des ponts; & l'industrie
surmontant la nature,
qui a fait les abords de nostre
Ville tres-difficiles, comme le
sont ordinairement les avenuës
de tous les pays gras, ilse trouva
qu'au bout de quelques jours
nous n'eûmes plus lieu de porter
envie à la levée de Loire, ou
au grand chemin d'O rleans.
Cette précaution ne servit que
pour les Equipages,car la Cour
arriva par la Riviere. J'ajouteray
, pour n'en pas faireà deux
fois, que ces chemins furent si
bien rétablis, que la prévoyance
de Mrs des Etats fut inutile. Ils
avoient commandé trois cens
jougs de Boeufs, pour le soulagement
des Equipages, fat i guez
par une marche de cinq mois.
On ne s'en servit point, & ils
ne laisserent pas d'arriver heureusement.
Pendant que l'on travailloit à
la Campagne, on ne s'endormoit
pas à la Ville. Tout ce
qu'elle put fournir de Charpentiers
, de Menuisiers, de Sculpteurs
& de Peintres , fut ployé àconstruire em- des Arcs de
Triomphe;& leur diligence fut
telle, qu'il en paruttrois en huit jours, qui semblerent estre
faits par enchantement. Le premier
, placé à l'entrée de la Cour
lu Prévost representoit l'admiration.
Le second élevé au bouc
le lagrande Esplanade du Rempart
de S. Pierre, estoit consacré
à la joye publique. Ilsétoientornez
de peintures, d'emblêmes,
d'hyeroglyphes
,
& de
de devises, qui avoientleurradpuort
à l'intitulation. A la porte
Palais Episcopal,où les Princes
devoient loger
J on en avoit
élevé un troisiéme, par les ordres,
& aux frais de Mr Michel
Cassagnet de Tilladet nôtre Evêque
j
quisignala son zele de
toutes manieres dans cette occasion.
Entre deux grandes allées
d'Arbres qui regnent tour
le long de l'Esplanade, on en>
avoit dresséune artificielle, qui
esloit une colomnade de Char-ji
pente, toute revêtue de verdure,
& ornée d'une infinité de flambeaux,
qui compofoient uneaveniië
lumineuse, par laquelle on
arrivoit à l'A rc de Triomphe.
Toutes les portes de laVille
estoient galament parées. Celle
du Pont, par où les Princes devoient
entrer, estoit embelie
d'unriche Dais, fous lequel étoient
placez les Portraits du
Roy, de Monseigneur
>
& de
Messeigneurssesenfans. Onavoit
refaittout à neuf le pavé
; par ou les Princes devoient passer
5 on en avoit adouci toutes
les pentes, on l'avoit sablé dans
lesendroits les plus glissans
3
êc
on avoit coupé quelques Arbres
antiques , qui depuis plus d'un
Siecle servoientd'ornementaux
places publiques,decraintequ'ils
ne nuisissent au passagedes carosses.
Enfin on avoit dressé en
quatre endroits des plus apparens,
autant de Fontaines jaillissantesdevin,
qui devoient couler
tout le jour, & toute la nuit
de l'entrée des Princes; & on avoit
commandé de tapisser toutes
les ruës sur leur passage,avec
une illumination générale, dans
toutes les maisons de la Ville
Mr de Salornay
,
Colonel de
la milice Bourgeoise faisoit en
même temps ses diligences, pour
la faire paroistre sous les armes d'une maniere convenable , à ce
petit Triomphe. La Ville estdivisée
en neuf quartiers, qui ont
chacun leur Capitaine. Ces-
Chefs choisirent tout ce qu'il
y avoit de plus belle jetinefre
parmi ceux qui reconnoissent
leurs ordres. Ils firent des reveuës
pourdiscipliner leur troupe
,
qu'ils reduisirent au nombre
de huit cens hommes. Il n'en
-,st pas un parmy ce nombre,
qui ne prist selon son pouvoir,
un foin curieux de sesarmes, &
de son habillement. Les Officiers
, firent dans leurs Compagnies
, une grandelargesse de
de plumes, de rubans, & d'or.
nemensmilitaires; & plusieurs
parciculiers, y firent de leur
chef une depenseconsiderable.
Il y avoit des rangs auprès du
Drapeau, composez de la jeunesse
des meilleurs familles,
Itii s'estoient fait faire des habits
uniformes,& galonnez. Les
Officiers deleurcôté, se faioient
diilinguer par leur parure
, & par leur bonne mine.
Leschosesestant disposées de
la forte
3
Mr l'Intendant se rendit
à Mâcon, trois jours avant
l'arrivée des Princes. Sa presence
donna une nouvelle face à
toutes choses, & plus riante &
plus reguliere qu'elle n'estoit
auparavant. Il retrancha des
decorations, ce qui ne luy parut
pas de bon goust
,
il y fit ajoûter
denouveaux ornemens:
il fit passer en reveuë nostre milice
devant luy } enfin, par une
c here delicate & magnifique
qu'il fit soir & matin, tant à la.
Noblessedu Païs, qu'aux Officiers
de Robe, il entretint cet
esprit d'alegresse, qui convenoic
à l'agreable attente dans laquelle
nousvivions.Madame de Rambateau,
mere de nôtreLieutenant
de Roy, chez laquelle
estoit logé Mr l'Intendant, ne
contribüa pas mediocrement à
bien mettre dans son jour la dépense
qu'il faisoit, par son bon
ordre, sa propreté, & sapolitesse
ordinaire. D'un autre côté
, Mr l'Evêque, chef des Etats
du Comté de Mâconnois, n'oublioit rien de tout ce qui
pouvoitembellir la fête Ilavoit
abandonné son Palais, qui étoit
destiné pour le logement des
Princes; mais il tenoit des tables
superbes chez son grand
Vicaire, où tous les honnêtes
gens estoient parfaitement
bien receus. Entre ce Prélat,
& Mr l'Intendant, éclatoit une
noble émulation,qui laissoit indecis,
à qui des deux on devoit
plus de loüange. Ils concoururent
ensemble à bien disposer
toutes choses; ils le regalerent
tour à tour. On semit en devoir,
par les ordres de Monsieur le
Prince, qui avoit envoyé pour
cet effet grand nombre de ses
Officiers, de faire preparer un
magnifique dîner pour la Cour,
à son passage par Tournus,qui
cil: une Ville d: nostre dependance;
à quoy Mr l'Abbé Mercier
, Elû du Clergé, & Mr le
Baron de Vinzelles Elû de la
Noblesse du Païs, aporterent des
soinsextraordinaires. Mais tout
leur empressement fut inutile, t
les Princes ne s'y arresterent
point, & un amas prodigieux
que l'onavoit faitde toute sorte
de regales, ne servit qu'à faire
eonnoiftre-
, i
connoistreau public , qui en
profita, jusqu'oùs'étendoit le
zele de ceux qui gouvernent ici,
sous les ordres de SaMajore.
Enfin, le jour tant desiré parut
sur nostre horison
r & ce fut
un Mecredy treiziéme d'Avril.
Tous les lieux des environs, jaloux
de nôtre bonheur, voulurent
y participer. Il se fit chez
nousuneeffusion de toutes les
Villes voisines jusqu'à dix lieuës
à la ronde, & Mâcon ce jourà
receut dans son sein
, Charrolles
, Bourg en Bresse, Cluny,
Tournuz,Pont de Vaux, Bagé,
5c toutes les autres Villes prochaines
, la foule le, estoit si gran- qu'à peine pouvoit-on se
faire passage dans les ruës. Tout
ce peuplen'avoit aucun souçyde
sonlogement; aussiestoit-il impossibleden
trouver, & il n'étoit
uniquement occupe que du
desirempressé de voir te? Prin-
,
ces. Cettemultitude,assemblée
de tant de differens endroits,
me rappelloit dans l'esprit 14
fondation de Venise
,
lorsque le
petit Bourg de Realte, grossi
subitement par l'afluencede tous
les peuples voisins,formapresque
en un instant, une des plus
nombreuses &des plus florissantes
Villes du monde; aveccette
differenceessentielle, que c'étoit
lacrainte qui avoit peuplé
Venise, & que c'estoit l amour
qui assembloit tant de peuple
dans Mâcon. 1
Cette mul titude, que la Ville
ne pouvoit contenir, avoit remi
1
pli la Prairie & bordé la Rive
Orientale de la Saone du costé
de la Bresse
,
où les Princes devoient
décendre jusqu'à la petite
riviere de Vêle; & quoy
que l'on sçut qu'ils ne devoient
arriver que le soir
,
cependant.
l'empressement de les voir, avoit
obligé tout le monde d'y retenir
son poste depuis le midy Ils
n'arriverent qu'àl'entréede la
nuit dans de magnifiques bateaux
que la Ville de Lion leur
avoit fait preparer. C'est à ceux
qui en ont fait la depense d'en
donner la description. Je diray
seulement, que le superbe Vaisseau
de Cleopatre
,
dont les histoires
ont tant parlé, n'avoit
aucun avantage sur celuy qui
nousamena les Princes. Comme.
tous leurséquipages estoient
embarquez, onavoit commandé
pour les servir tous les carosses
les plus propres de la Ville. Ils
estoient rangez sur le Rivage au
nombre de quinze ou vingt,
pour les recevoir avec leur suite.
Aprés que l'Intendant qui attendoit
les Princes au bord de
la riviere avec un gros de Noblesse,
leur eut fait la reverence,
ils monterent dans le carosse de
Mrl'Evêque
, avec Mr le Maréchal
Duc de Noailles, & leur
fuite se plaça dans les autres.
Cette file de carosses
,
passa
sur une levée, qui avoit esté
faite exprés sur un petit regorgement
de la Riviere de Saone,
que l'on appelle la Goute. Elle
estoit fort large, tournéeendemy
cercle, garnie de ses apuis ,
&bordée de la milice du Bourg
de S. Laurent au nombre de
deux cens hommes, tousenbon
ordre. Ce Bourg
, quoy qu'attenant
au Pont de la Ville,,
n'est pas de sa Jurisdiction : il
apartient à la Bresse, & ses Hatans
avoient fait en leur particulier
leur convocation & leur
dépence, où ils se signalerent
autantque leurs forces le permirent.
Mr le Maire de Mâcon, selon
l'ancien usage, s'estoit placé àl'entrée de la premiere Porte
du Pont, suivi de tout le Consulat
& une partie des ^Excon-»-
suls,avec tous les Officiers de
l'Hôtel de Vilie
, au nombre de
quinze ou seize personnes. Là
ilsattendoient l'arrivéedeMonseigneur
le Duc de Bourgogne,
pour le complimenter à son a- bord; mais Mr Desgranges Maître
des ceremonies estant arrivé
quelque tempsavant les Princes
,dit à ses Officiers, que
Monseigneur le Duc de Bourgogne
pouroit bienestre incommodé
si on l'arrestoit en ce lieulà,&
qu'il estoit plus a propos
de ne leharanguer que quand il
seroitarrivé chez luy. Surcet
avis, ils gagnerent l'Evêché
par le plus court chemin, & ils
y arriverentencore plutôstque
les carosses qui faisoient un plus
grandtour.
Cependant le Cortege des
Princes s'avancoit lentement,
il estoit procedé de la Maréchaussée
à cheval, & environné
des Gardes du Roy. Vingtquatre
flambaux de cire blanche
entouroient le carosse des
Princes, & chacun des autres
carosses estoit precedé de plusieurs
autres flambaux. Le Pont
estoit éclairé d'une infinité de
lumières, & bordé d'une double
haye de Mousquetaires. Le
carrillon des cloches, & l'harmonie
militaire faisoient retentir
les airs, mais le brui t en
estoit dominé par les ac lamations
& les benedictions du peuple.
Jamais tant d'allegressene
s'estoit emparée des esprits. Les
meresmontroient à leurs enfans
cet Auguste Prince. Les vieillards
se rapeloient dans la memoire
l'entrée du Roy dans Mâcon
en 1658. & cherchoient à
reconnoistre les traits dece
Grand Monarque sur le visage
deson petitFils. La jeunesse,
parmy laquelle s'estoit répandu
le bruit que ce Prinedevoit
bientost aller commander les
Armées du Roy, témoignoit une
noble ardeur de combattre £>us
sesordres, Stfrémi(Toit la guerre
dans le sein de la paix. Toute
la Ville estoit en feri", &lejour
naturel s'estoit caché, honteux
de sevoir effacer par un jour
artificiel plus brillant queluy.
Les nobles Chanoinès du Chapitre
de S. Pierreavoientéclairé
leur clocher d'une maniere galante
& particuliere : ceux de la
Cathedrale en avoientfaittout
autant, & ces hautesToursilluminées
du haut en bas, effaçoient
dans les esprits l'idée que
donnel'Histoire des Phares de
Messîne & d'Alexan drieAinsi
passerent les Princes fous les
Arcs de triomphe au milieu des
princi pales ruës de la Ville, richementtapissées,&
traversant
la grandeavenuë du Rempart,
ils se rendirent à l'Evêché,où
l'on avoitdisposé leur logement.
Aussi-tost que Monseigneur le
Duc de Bourgogne fut arrivé
dans son apartement ,
il commanda
que l'on fifi: entrer ceux
qui le doivent haranguer. Il
estoit accompagné de Monseigneur
le- Duc de Berry & de Mr
le Maréchal de Noailles,& environné
des jeunes Seigneurs de
sa suite. Air Desgranges appella
premierement les Eschevins,
qui en attendoient l'ordre dans
l'antichambre, à la teste desquels
Mr des Vignes Maire perpetuel
de nostre Ville s'estant
avancé, aprés de profondes reverences
, par la de cette forte
au Prince.
'» MONSEIGNEVR~
Z'éclatdont brille lanaifance des
Princes & la grandeur quilesenvironne
, nousdisposent à leur rendre
le reeeîl & l'obeissance> mais cefl
par leur mérité qu'ils gagnentFaffection
despeuples, & qu'ilssefont
sur les coeurs un empiredautant
plus glorieux,qu'ils ne le doivent
qu'à leur vertu. Jl.eflavantageux, aux PrincesJ
u jefaireconnoifire à ceux qu'il,
ioiventcommander}& de les con.
vaincre, que quand ils neferoient l?sleursMaistres parun droitlegiimc
, ils feroient toujours les seuls
bùgnesdefefire. jl-
Tout le Royaume votifsvoit, Monl'içneur3
avec ces (èntimens, &
h Espagne qui n'a pu afyirer à la
rloire devous placersurson Trône,
a crû queson bonheur&fafureté demandaient
d'y mettre un Prince de
vofire Sang.
Ainji elle va leffentir ce que la
France éprouvera àftn tour, la douceur
d'obéir à des Héros [ormezfùr
le modele duplus parfait des Rois.
En vain l'union de ces puissans
Etats alarme nos Voisins, leur jalousse
vous ouvre le champ de la
yicèoire, ils vont trouver les
François encore plus invincibles1
lorfqu*ils combatront fous leurs jeunes
& vaillans Maistres.
Sans doute, quand nous en perdons
uny Sa Majefièprend foin de
nous en confier> en nous montrant
dans les deux qui nous ressent les
traits de sa plus vive image. Tant
de vertus qui devancentleursannées
font la rerreur des ennemis & l'amour
des sujets : mais cette Province
en efi touchéeplusqu'aucune autre,
far l'tlVdntdge qu'elle a d'efifeparticulièrement
à vous. E"neffet,cequi
nefi encoie ailleursquenesperance
? efiicyun bienpresent & que nves
possedons.
C'efl
y
Monseigneur
3 par cette
heureuse diftinFlion, que s"efiforme
dins noi coeurs, le lien duplusfort
&duplustefpeclueux tllttlChcment).
: Mr de Reyrolles ,President
e l'Election ayant ensuite esté
ntroduit à la reste de sa Comagnie
compolée de douze ou
reize Officiers fit un discours
lein de force, &: d'un stile ferré
: concis, qui fut fort approuvés
prés quoy Mrs du Presidial fuent
appellez. Ils se prefenteentau
nombre de plusdevingt,
vec MrDesbois,Bailly d'épée,
leur teste. Mr le President
Demaux porta la parole pour
LIX , avec cette éloquence qui
uy est natutelle
,
&. qu'il a fouent
fait admirer,tant aux Etats
Generaux de Bourgogne qu'en
iverfes autres occasions.C'est
n grand chagrin pour moy que
L trop grande modestie de ces
Messieurs les ait obligez à merefuser
une copie de leurs harangues
,
qui feroient sans doute le
plus considerable ornement de
cette Relation. Apres que ces premiers honneurs
eurent esté rendus, À4ri
les Echevins firent aporter dans
l'antichambre des Princes les
presens que la Ville leur avoit
destinez. Ils n'estoient, ny pro-1
portionez à nostre zele, ny à
la grandeur de ceuxà qui on prenoit
la liberté de les offrir, mais
tels que nostre mediocriténous
avoitpermis delesfournir.Ils
consistoient en vingt-quatre
quaissesdeconfitures de Genes,
peintes &- dorées fort proprement,
trente-six douzaines de
grands flambeaux de poing de
cire blanc he, &grand nombre
, 1
de corbeilles remplies de bouteilles
de Vins vieux & nouveaux
des plusexquis sel on la
faison que l'on etlt pû recouvrer
dans la Province Ensuite
Mr le Maréchal Duc de Noailles
s'estant retiré chez luy, il
*
y fut visité & complimenté par
tous les Corps, & regalé des
presensde la Ville. Chacuns'éforça
de luytémoigner sa reconnoissance
pour les services
importans que sa valeur & sa
bonne conduite ont rendus à
l'Etat le soin qu'il vient de prendre
pendant cinq mois de veiller
à la fureté & à la conduite
de nos Princes, n'est pas sans
doute un des moins importans,
ny une des plus legeres marques
que le Roy luy ait donnéesde sa
confiance. Mr le Maire marqua
dans le complément qu'il luy
fit, que le choixdeSaMajesté,
qui luy confïoit ce qu'elle avoit
de plus cher, disoit pour la gloire
plus que tout ce qu'ilpouvoit
dire; que cette préference publioit
hautement quelle part cet
Illustre Maréchal avoit dans
l'estime de ce sage Monarque,
& combien il se reposoit sur son
affection; qu'il neu:.)ic pas nouveau
que la fortune publique
fust entre ses mains; que le soin
qu'il avoit de nous conserver la
personne sacrée du Roy , & le
commandement de ses armées,
toujours victorieusessous sa conduite
,avoient accoutumé les
François à le voir l'arbitre de
nostredestinée.Maisqu'icyl'Etat
luy avoit denouvelles obligations
qu'il venoitderétablir
la Paix entre deux Nations divisées
depuis plusieurs Siecles qu'ilvenait de les unir d'une ) mitié a- aussi étroite que sont les
liens du sang qui unissent leurs
Souverains
; qu'il ne pouvoir
mieux reparer toutes les pertes qu'il avoit fait souffrir à l'Espagne
, qu'en luy conduisant un Prince, fous lequel elle estsûre
de n'en plus faire d'autres; mais
qu'aprésavoir ainsicontribuë au bonheur des Etrangers, il com- J,lait celuy des Françoisen leur
montrant dans les deux Princes objet de leurs plus chers deirs
i qu'ils paroissoient à nos eux, tels que nous voudrions
es faire si cela dependoit de
nous, noble fierté
,
douceur
prévenante & si agréable aux
peuples; heureux mélange de
bonté, de grandeur, d'esprit &
de graces ; que tout animoit nôtre
esperance& nous répondoit
de nostre felicité. Il
finit
en
disant quec'estoit à luy qu'ils
devoient le bien de les connoître,
& qu'une faveur si grande,
excitoit en nous une reconnoissancequi
ne pouvoitestreégalée
que par leurs respects.
Les ceremonies estant terminées,
Mrl'Evêque&Mrl'Intendant
inviterent àsouper toutela
fuite des Princes. Mr le Maréchal
soupachez Mrl'Evêque,où l'abondance,
la propreté&la delicatessesuspendoient
le jugement,
pour sçavoir à laquelleon devoit
donner le prix. Ilavoit deux
tables de quinze couverts, &
Mrs des EJt.ats en tenoient une
autre dans le même endroit. Mr
l'Intendant en fit servir trois
pour sa part, qui ne cedoient en
rien aux premieres, toutes servies
également
,
& dans le même
temps, avec une politesse sans
pareille. On ne s'y contenta pas
de ce que le païs pouvoit fournir,
tout pays de bonne chere qu'il
est, & on avoit fait veni r de Paris
& de Provence, toutcequi s'y
trouvoit alors de plus nouveau
& de plus exquis. PourMesseigneurs
les Princes, ils furent
servis à leur ordinaire, par leurs
Officiers. La Cour fut fort grosse
a leur souper, de la Noblesse, &
des Magistrats du pays,tous en
noir, par rapport au deiiil de la
Cour. Apreslesouper,les Princes
furent divertis du spectacle
d'un Feu d'artifice,disposé
sur la Riv iere, dans un grand
Bateau,placé vis-à-vis de leurs
Fenestres. L'Illumination du
Fauxbourg se fit alors remarquer
, & frapoit agreablement
la veuë, par la reflexion de sa
lumière sur les eaux paisibles de
la Saone. Pendant que le temps
se passoit dans ce divernucmenr,
le Guet fut abondamment regalé
par les soins de Mrs les Echevins
, aussi-bien que les Corps de
Garde de la Milice Bourgeoise,
qui avoient esté placez aux avenuës
du Palais Episcopal. Le ba$|
peuple fut en joye toute la nuie;,
& s'occupa,sans en pouvoir veni-ri
à bout, à épuiser les fontaines de
vin dont nous avonsfait mention.
Il semblamême que Bacchus respectoit
la presence des Princes,
il ne s'y fit aucun desordre
, & le
respect adoucit l'ordinaire serocité
des vapeurs Bachiques.
Le lendemain Jeudy, les Princes
s'estant levez de grand matin,
allerent entendre la Messe dans
l'Eglise Cathedrale de S. Vincent,
quune ancienne tradition
nous apprend avoir esté fondée
par le Roy Dagobert. Ils y furent
reçus par Mr l'Evêque, qui
vint au devant d'eux dans ses
habits Pontificaux
,
jusques au
bas de la Nef. Il estoit suivi des
Dignitez, &des Chanoines de
ses deux Chapitres, tous en chapes.
Il fit un Discours succint à
Monseigneur le Duc de Bouf"-
gogne, rempli également de pieté
& d'éloquence.C'est à mon
grand regret que je n'ay pû le
recouvrer. L'Eglise estoit remplie
d'une foule si prodigieuse de
de peuple
,
qu'à peine les Princes
pûrent la percer, pourarriver
jusqu'au Choeur.Ils y trouverentles
hauts bancs garnis des
plus belles Dames de "la Ville,
toutes en deüil, & sur le visage,
desquelles la joye réparoit le
tort, qu'une nuit passée sans
dormir, avoit pû faire à leur
beauté.Aprés la benediction
solemnelle deMr l'Evêque, donnéesurle
grand Autel, la Metle
y fut celebrée par un Chapelain
du Roy. La Mufiquedes Princes
s'y fit entendre avec tous ses
charmes, mais elle n'y fut pas
goûtée comme elle meritoit de
l'estre, parce que l'ame des Spectateurs
estoit toute dans ses
yeux, & qu'on ne pouvoit se
rassasier d'admirer la bonne mine,
la beauté & la modestie des
jeunesPrinces, pendant la celebration
de la Messe. J'aurois un
beau champ pourm'étendresur
ce sujet, li jenemesouvenois
pas que ce n'est point un éloge,
mais une Relation que je fais,de
laquelle doivent être retranchez
tous les ornemensambitieux.
Au sortir de l'Eglise, les Princes
monterent en carosse
, &
allerent s'embarquer hors de la
Ville prés du Bastion de Saint
Antoi nejoii les attendoient leurs
Bateaux, parce que l'embarquementyest
plus commode. Ilsy
furent suivisdeMr le Maire, &
d'une infinité de peuple, &emporterent
aveceux , outre les
coeurs &-les voeux de la Province
, cette admiration £: cette
joye
j qui faisoient le sujet des-
Inscriptions de nos A-es de
triomphe. Mrs des Etatsavoient
mis ordre à la commoditédeleur
voyage, &: a-voient garny les
Bateaux de leur suite de toute
fortedeprovisions. Mr l'Intendant
enavoit âssuré la diligence,
en établissant des relais de che- -
vaux de trait, quiestoient placez
de deux en- deux lieuës sur 1
le bord de laRiviere,jusqu" la
- Ville de Châlons.
Depuis que le Roy S. Louis ,
p~r le Traité qu'il fit avec Alix,
Comtesse
Comtesse de Mâcon,réunit cette
petite Province à la Couronne
de France, pour n'en estre
jamais separée
,
il n'estpas mémoireque
nostreVille ait jamais
celebré aucune Feste mieux entenduë
3 ny dont le succésait esté
plus heureux. Tout y réussit par
le concert d'une charmante harmonie.
Il parut que nos Princes
estoient contens de nos foins, &
leur Cour eut lieu d'en estre
pleinement satisfaite. Iln'yeut
pas un Bourgeois de quelque
consideration, qui ne se mist en
foin de régaler son hoste, & qui
ne fuit fort affligé de ce que ceux
qui allerent manger aux tables,
ne voulurent pas accepter cette
invitation. Tout le monde couroit
au devant de la Craye,* &
ceux qui n'en pouvoient obtenir,
-
s' estimoient des honorez.
D'ailleurs, l'accés au prés de
la personne des Princes fut facile
àtout le monde Les Gardes&
les Huissiers, qui ne sont pas toujours
traitables, le parurent en
cette occasion
,
& il fut permis
à mille ames de se repaistre à*
souhait du plus charmant de tous
les spectac les pour les yeux François
, que rien ne touche si sensiblementcomme
la veuë de leurs
Maistres.
* Les Maréchaux des Logismar*
quent avec de la Craye pourquifont
les logemens, & cbacun
,
sansattendre
qu'on eufi marqueson logis, de--
mandaitquon le nJarqltaji,
Tout ce qui sembla s'opposer
à nostre entiere satisfaction, ce
fut qu'une pluyecontinuelle,qui
arrivaavecles Princes, dérangea
un peu nostreFeste Les plumes
&les rubans de nostre Milice en
furent gâtez,l'effet de nos Illuminations
en futassoibli
, & l'execution
denostre Feu d'artifice
en fut moins parfaite Un Poëte
du Pays, pour consoler ses Citoyens
de ce petit contretemps, fit des Vers sur ce su jet
) avec
lesquels je vay terminer cette
Relation.
QuandvosPrinces viennent vous
voir.
-
Le Cieljaloux de-vos fpcclacles
Oppose a , vosplaisirs de nubileux obtfacles,
- Etne ceffi point de pleuvoir,
Mâcon, n'en [oyez point surprise
5 Le Roy des hommes 6" des Dieux
Descenditautrefoisparun tempspluvieux)
Dans lefeinfortunédelaFille d'A,.
crise.* *Danaé.
Ces eaux qui coulentpar torrens,
Vous cachent d'importans mifieres.
LeursAugures vousfontgarans
Dela proteciiondevos Dieux Tutelaires
;
Atort, contre un prefientfi doux
Vofire aveugleraison s'excite a la
révolte
y Vous vous dPpercevrezdUtemps de
la récolte
Que cesi de l'or qu'ilpleut cbez,
volts.
Ma Musie, a mon Roy consacree
Enmejéveiliant ce matin,
Sur cettepluvieuse Entrée
: Du beau Sang de Louis m'expliquoit
le défiin.
A pprens
,
m'a-t-elle dit, que l'un
& l'autre Prince
Feront pleuvoir sans cesse ( &e le
fort l'a promis)
Ses graces sur nostreProvince, ,
Ses foudres sur nos Ennemis.
Commeon n'a point mis la description
des Arcs de triomphe
dans le corps de cette Relation,
parce qu'un si 101ig discours en
auroi t tropinterrom pu la suite
en divers endroits
,
j'ay cru la
devoir placer icy. Le Pere Picard
, Jesuite
, a ingenieusement
inventé tout ce qu'elle contient.
La premiere porte du Pont du
costéde Saint Laurent, par la.
quelle entrerent Messeigneurs
les Princes,estoit ornée du Portrait
du Roy d'Espagne, & de
celuy de Monseigneur leDauphin
au milieu des Portrai ts de
Aie/Tei^neursO les Ducs de Bour*«.
ffogric&deBerry>avec cette Inscription.
LtldlVico Regï. maximo,
ThilïppoRégitfrfpanioefelicijjimo,
LudovicisGallia regnumcxpectantini,
Hifpanioe recufantibus, Car,'}
lo utrumque merito,fapicntifjimis.
Se fuofqite Cives D. C. Burgundia
& M-itifco.
Le tout sur une riche tenture
de tapisserie
,
& fous un magnifique
Dais. La porteestoit parée
dz Buis, de fleurs & de Laurier.
La Ville déclaroit ses sentimens
par unHieroglyphefortnaturel
C'estoit un grand coeur ouvert,
exhausse comme unArc de triomphe
au milieu du Port, couronné
de la Couronne Comtale de MâcÓn,
soutenuë par la Sincérité &
& par la Constance. Le coeur
elfcoit appuyé du costé du Midy
par le Genie de Mâcon
,
& du
costé de la source de la Saone,
par la Divinité de ce fleuve. Le
coeuravoit cette Inscription.
Vous avez sur les coeurs un leptime
empire> , Princes, que le Cielaime,&quelu
Terre fert
,
]1
Mâ,cOll voùs cOJ1no~!}, vous admire,
, ,» Etvous reçoitàcoeurouvert.
On lifoic ces autres Vers sur
l'Urne de la Saone
Retiens ton hpleine bruyante,
Père desVents,Aquilon dangereux,
Sortez, courez,,vole,- Zephirs heureuxy
Je vous attens au pied de mon Urne
penchante ;
Le bruit harmonieux de mesflotsargentez.)
Tientdins mon richefeindeuxHéros
enth.lntez
A prés qu'on avoit descendu le
Port, ontrouvoit sur la droite
une fontaine de vin élevée au
dessus d'un puits. Lacirconstance
de ce puits avoit donné lieu à
cette Epigramme.
B-icchusjpressè d'une douleuramere,
7"H dégénérés donc de tes fages Ayeux
Pour le vin, pour la. bonne ch:re ?
Adieu
,
dit-il,peu,fJle odieux,
Et pourse d>ober seurement à ses
veux ,
.,¿.¡"uf-nd dunpuits cachesa trogne.
IJvlns cejour triomphant- les' rondes
des S.qntez,
Les grands noms de Louis, de Berry3
de Bourgogne,
* Aubruit des bouteilleschantez^
L'obligent à leverLenez.
Audessus de la Maison de
Ville, un autre puits se presentoitavec
une autre Fontaine de
vin, & ce Madrigal en dévelopoit
le mistere.
Le Dieu Bacchus veut voir la
Beste,
Peur éviter la foule ilse metsur un
fui.
Cleftraisonner comme une besse,
Dès qu'on le voit, on court à luy.
Le premier Arc de triomphe
avoit quarante pieds de hauteur,
en y comprenant la Figure drce.
sée sur le comble, sur trentequatre
de largeur. Il yavoit trois
portes à chaque face: celle du
milieuestoit de vingt pieds de
haut sur dix de large; les deux
autres à proportion. Cet Arc
portoit sur sa cime le Genie de
Mâcon, un genoüil en terre, la
main gauche ouverte en fiçne
d'étonnement,le bras droit étendu
vers le Char desPrinces,qu'il
montroit. La Statuë estoit de sept
pieds & demi
,
& où on lisoitces
mots sur le piedestal, Admiratio
publica. Voicy quelle estoit la
premiere face.
Dans la table d'attente de l'A ttiqueestoientdeuxPrinces
couronnez
de Laurier, a/fis dans un
Char, & une foule de monde
autour d'eux, avec ce Vers de
Virgile,
Concurrunt,hoeretfedepes denfufque
vtrovir.
Les Armes de France, dTfpagne
,les Croix deSavoye, les
Lions de Leon) les Tours de
Castille, des Fleurs de Lis & des
Dauphins estoient sur la Frise,
&iuc deux coins de l' Arc, &
sur la Corniche paroissoient Minerve&
Mars qui ont presidé à
la naissance & à l'éducation des
deux Princes.
A droite dans une Table d'at- tente posée au dessus des petites
portes, on avoit peint un Grenadier
avec trois Grenades Celr
le du milieuavoit une couronne
fermée, ce que les deux autres
n'avoient pas. Ces paroles, Olim
*fua cuique
,
i faisoient l'ame de cet- teDevise.
Sur l'autre Table d'attente>
on voyoit deux Parelies que ces
mots accompagnoient, Quantnon
âifjïmiles.
Les quatre Piedestaux des prlaflres
portoientdeuxEmblèmes
& deux Devises. Sur la premiere
estoient deux Genies avec des
,- couronnes Ducales, se joignant
les mains; & ce Vers de Calphurnius.
Etdécor, &cant!u
,
&amorfjciav't
&.-etas.
Sur le second deux Diamans
sur uneTable ,
&ces mots Italiens,
Esplendore,efimr^a> (f-fadez&
t.
Digne ouvrage de la nature!
A-t-etLe riien peroduuitxqui?foit Ji-pre- .£eur êm,!Cll~-bri
Leurfeu3leurbrillant* IcuT/i!/,,,)'
D'un éclat quisaisit çbloïuffcnt les
yeux.
Mais le brillant qu'ils ontpourlcur.
fartage,
N'estpas leurplusgrandavantagei
On trouve avec raison que leursolidité
Est leurplus noble qualité.
Sur le troisiéme,la Houlette
d'un Berger, avec ces mots. Arma
ministratpacisamor.
Quepour lesFils de Mars la Viciaire
ait de charmes
3 Pourcauses mille mortsqu'ils lancent
milletraitsi
Je ne prendrayjamais les armes
Ouenfaveurde la Paix.
Surle quatrièmeun jeune Hercule&
ce mot d'Ovide,jamjove
dignus. Ces quatre symboles exprimoientdifférentes
qualitez
, qui convenoient également aux
deux Princes.
L' Inscription Admiratiopublica
setrouvoi t surle quarré duPicdestal
de la premiere Statuë opposée
à la même Inscription de
l'autre face. Sur la Table d attente
de l'Attique, paroissoient
les trois Fils deConstantin
,
qui
partagerent entre-eux l'Empire
de toute l'Europe, & d'une par- tiedel'Asie & de l'Afrique. On
voyoit par cette Emblème ce
ce que le merite des Enfans de
France fait souhaiter aux François
en leur faveur, La Frise
estoit semée de lis, d'anneaux,
de couronnes de laurier, de Colliers
d'Ordres, & de Trophées
d'armes.
Sur la Table d'attente de la
premiere porte cHoit un Taureau
aiguisant ses cornes contre
un arbre, & ces paroles, Veri
compendiabelli. On entendoit parler
du Camp de Compiegne
, en latin Compendium
- Une seconde DeviseremplissoitlaTabled'attente
del'autre
porte C'estoit une grande Tour
aumilieu d'une Ville, avec ces
mots, Nec decori minus.
Bien qil-ejefois un afyeci tout charmant,
Torréfié P£,-memij'e"carte le Rebelle,
Vefuis de ma Patrie une gardefidelle,
I..,
J'enfuis aussî le plus belornement,
Les quatre piedestaux des Piastresdecette
face répondoient
aux quatre de l'autre, parautant
d'Emblème & de Devises.
Aupremier Piedestal
, une
Filleravie d'admiration laissoit
tomber de ses mains une cruche
qu'elle venoit de remplir. Ce
Vers de Properceaccompagnoit
cette Embléme.
Interque çblitasexcidit urna manus,
Au second
, on vovoit le Soleil
caché d'un leger nuage,
Teélufque videtur.
En vain la modestieàmsyeux te
ravitj
Commedeses rayons Phebusperce la
nue
)
Qui le dérobe à nojîrevuë,
L*éclatdetesvertu* malgrétoy te
trahit.
La Devise du troisiéme Picdeval
>
avoit un Roy d'Abeilles
pour corps&ces mots latins pour
ame Licet ultoraculeusabsit.
La Peinture du quatrième Piedestal
, represéntoit Castor &
Pollux, pour marquer que les
Princes estoient dignes d'estreissus
du fang des Dieux,
Le secondArc de triomphe
estoit intitulé, Loetitia publica.
Une troisiéme fontaine de vin
couloitàcostédu puits de la place
de S. Pierre, & une Pyramide
triangulaire ornoit le fond de
cette même Fontaine. Bacchus
y estoit appuvé sur le bord d'un
puits, & ces Vers rendoient rai-
Coh de la fiction.
A'-t-elle donc perdte si force 6" sis
rubis
Du Màconnots ïAmbraifie Bacchiquef
LVaudun Puits lttyfera la niquel
L'eau d'un Puits rendra lesgens
gris?
?fons non, Bacchus paye sa FeJle;
A l'honneur des Bourbons il perce
tous les muids, ilfaitplus
,
il syefi mis en teste
Dechangeren vin l'eau des Puits.
Sur la seconde face de la Pyramide
paroissoit le vieux Silene
piquant son Asne qui refusoit
d'avancer de peur de tomber dans
un Puitsqu'ildécouvroit à ses
pieds; & sur la derniere face
estoit un Satyre
, tenant un godet
d'une main & une bouteille
de l'autre, avec ces paroles
) Natura diverso g,tudet. Les Tigres
& le Thirfe de Bacchus, les
Cors & les Trompettes des Menades,
les Brocs, les Hana ps, &
lesTonneauxdes Satyres étoient
les Trophées de la Pyramide
,
&
une Vigneserpentant de tous
costez formoit une Tente qui
mettoi t tous lesBenveurs à couvert.
Quant àcetArc deTriomphe,
il estoit placé au fond de la grande
Esplanade qui se trouve entre
les remparts & l'Eglise de Saint
Pierre. Il estoitdifferent du premierArc,
en ce que celuy-la n'avoit
point de profondeur,& ne
portoit que trois Statuës ,au lieu
que celuy-cy avoir quatre faces,
huit à dix pieds de profondeur;
dix portes, huit extérieures &
deux intérieures , cinq Stauës,
une au milieu & au-dessus de
l'Attique, & quatre aux quatre
coins de la Cornic he.
La premiere Statuë estoit le
Genie de la Ville de Mâcon,un
pied enl'air & battant des mains.
Sur le Dé de son Piedestal on
lisoit ces mots, Loetitia publica.
Sur l'autre Dé de ce mêmePiedestal
s
& à la seconde face on
voyoit la même Inscription.
Les quatre moindres Statuës
representoient la Mufe Clio les
mains pleines d' Instrumens de
Musique, pour exciter les coeurs
,à la joye.;l'Abondance qui fait
les presens, ApollonPere des
- Arts, ex hortantles Ouvriers par
plusieurs outils qu'on luy voyoit
a la main, àsignaler leur habileté
par la reception des Princes
, & enfin Bacchus, toujours
accompagné de la joye. Jupiter1
& Mercure, qui voyageant allerent
loger chez Philemon & Baucis
,
faisoient ledessein de la
Table d'attente de l'Attiquede
la premiere face.
Aux quatre Piedestaux de.*?1 Pilaires
il y avoit quatre Emblêmes.
Au premier des Satyres
jouant de laflûte; au second,
des Paysans appuyez sur une table
>
où l'on voyoit des pots &
des verres; au -troisiéme
, un
Villageois avec un panier au
bras, priant un Garde de luy
permettre de passer, & au quatrielne,
les deux Ordres du Saint
Esprit & de la Toisond'or, qui
parmi les L couronnées de France
, & les Fusils de Bourgogne, eestonientfelntârelamcez deeszcoe.urs
Les six tables d'attente au dèfsusdespetites
portes, deux à la
premiere face, deux à la secondé
, ôc deux aux costez,estoient
chargées de petits Amours, qui
métamorphosoient les trois anneaux
des Armes de Mâcon, en
une infinité de petites pieces propres
à donner des marques de
leurallegresse.L'unplioitun de
ces anneaux en arc ,
&. y mettoit
une Bêche; l'autre en formait
une chaîne; un autre en faisoit
des couronnes pour les Princes,
descolliers d'O rdres, des colliers
de Perles, des Bracelets &
des Bagues. Une campagne dans j
son Printemps ornoitleplatfond
de la grande porte. Aux deux
plarfonds des deux petites, pa- ;
roissoit d'une part le Roy PhilippeV.
receuenEspagneavec ';
!
les plus grandes démonstrations
-de joye, & de l'autre le même
Prince caressant ses nouveaux
Sujets La Frise estoit couverte
de tous costez des flambeaux,de
fusées
,
de coeurs enflâmez
,
de
Trompettes, de Flutes, Tapis,
Chars, Chevaux, Ponts, Galeres
& Bateaux. >i fol-
* La Table d'attente de l'Attique
sur la seconde face de l'Arc,
-
portoitunemontagne en seu,
avec ces mots Espagnols, Mas
dentro quesuera, pour faire entendre
que l'excès de joye qui est
dans le coeur des peuples, ne
sçauroit estre exprime par les
marques d'allecresse les plus éclatantes.
* Sur les quatre Piedestaux des
Pilastres de la même face, il y
à
avoir quatre Emblêmes,sçavoir,
un Lion couché sur des Lis, &
ces mots, Mitescitinterlilia. Les
Divinitez de la Seine & du Tage
se touchent dans la main, &
ces paroles, Concordibusundis.
Des Peintres, des Sculpteurs ,
des Menuisiers Charpentiers
& autres Ouvriers travaillant
avec ardeur,&unhommed'étude
, que l'amour de son Prince
&de saPatrietiroit de son Cabinet
pour lemettreen action.
Au dessus de.. la porte de Mr
l'Evèque; qui eut l'honneur de
recevoirMesseigneurs les Princes
dans son Palais, on lisoit cette
Inscription, AmolÙ, admirationisac
l.vtitioepublie#parsmagna
Pfoeful & Ecclesia Matiscon. Le
Portrait deMonseigneur le Duc
de
de Bourgogne estoitplacé au
dessus du jambage droit de la
porte, accompagné de ce Madrigal.
-En attendant que la France à genoux
Revere de tonfront l'auvufleDiadèmeJ
Souffre, grandPrince, que l'on
t'aime3
I Le revne des coeurs ee bien doux _&Afouu-sdessus du Jambage gauche,
lePortrait deMonseigneur
•le Duc de Berry, on lisoitcet
autre Madrigal.
Estre digne desa naissance
Etfarte/}rit,&parlecoeur,
'Chantier tous les Mortelsparsafeu.
,
le presence
Etfoûteniravec honneur
Lepr-ids de Pettt-.Fd." de Louii,
Roy de France,
Cest vofirePortrait> Monfei-*
gneur.
Deux Palmiers sortant des
deux costez de la porte, &s'élevant
jusques à la voûte, en trouvoient
un troisiéme qui naissoit
de laclef de la même voûte. Ce
Palmier mêloit Ces branches avec
les leurs, & toustrois enfuite
rampant aux deux costez des
Portraits, & s'échapant entre
deux, couronnoient la porte &
tout le deÍfeio. Le mot Jungit
amor, la Couronne d'Espagne
entrelacée dans les branches du
Palmier le plus élevé, & deux
Couronnes de Fils de France pofées
sur les deux autres Palmiers
éclaircissoient le misterede ces-
Peintures hieroglyphiques.
Messeigneurs les Princes ayant
des relais de deux lieuësen deux
lieuës, allérentdeMâcon coucher
à Châlons
,
où ils arrivé-,
rent à six heures du soir, après
avoir essuyé une fort grosse
pluye pendant le chemin.
Ils trouvèrent en arrivant toutes
les ruës tapissées, &. bordées,
d'une double hâve de Bourgeois
fous les armes. Ils passerenttous
trois ou quatreArcs de triomphe
pour se rendre à l'Evêché
,
où
ils furent complimentez par tous
les Corps de la Ville. Il y eut le:
foir une grande illumination qui
brilla de tous costez, des feux
devant toutes les maisons, & un
Feu d'artiifce sur l'eau. Les Princes
furent haranguez le Lendemain
15. Avril par Mr l'Evêque
de Chalons, & partirent pour
Beauneà neuf heures dumatin
après avoirentendulaMesse. Les,
Magistrats de cette Ville là
estant assurez par tous les avis
qu'ilsavoient de leur marche,
qu'ils arriveroiencde bonne heure
, firent le mêmejour monter à
cheval les principaux habitans
pour aller à leur rencontre à
deux lieuës de laVille. Ils étoient
environ six-vingts Maistres bien
montez, & fort lestement vécus.
Ils avoient des Timbales, &
troisTrompettes,quiportoient
les li vrées de la Ville. Deux
Echevins estoient à la telle de
cette Troupe qui partit de Beaune
dés sept heures du matin.
• 1
Dans le même temps, deuX:
Compagnies de Milice, compofées,
l'une d'hommes mariez, &
l'autre de jeunes garçons,faisant
quatre cens hommesdesmieux
faits, les hommes portant les
couleurs du Roy
,
& les autres
celles de la Ville qui sont vert
& blanc, se mirent sous les armes
, suivantl'ordre qu'ils en
avoient eu, & sur les dix à onze
heures du matin ayant occupé
leurs postes,ils formérent une
double haye dés l'entrée du Fau*-
bourg par où les Princes devoient
passer jusqu'à la porte de
la maison de Mr Brunetqui avoit
esté choisie pour lesloger. Ils
avoient tous des cocardes des livrées
du Roy.
Une heure aprés que MrTriboulet
Controlleur de laMaison
de Madame la DuchessedeBourgogne
& Maire de la Ville eut
achevé de faire tendre des tapisseries
de haute-lisse dans toutes
les ruës par lesquelleslesPrinces
devoientpasser
,
les Magistrats
reçurent une Lettre de Mr
Ferrand, Intendant de la Province,
qui portoit qu'il avoit
ord re de leurmander dene point
tapisser
,
Messeigneurs les Princes
ne le deTirant pas. Le Maire
obéït, & laissa seulement à la
porte de son logis
,
les Portraits
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour- ;
gogne, &,> de Monseigneur le j
Dnc.de Berry. j
Cependant on eut avis que les
Princes avançoient. Ilsfirent
i
arrester leur carosse pour voir
& pour examiner le Village de
Vollenay
,
fameux par son vin
delicieux. La Compagnie de Cavalerie
ayant joint Messeigneurs
les Princes,eut l' honneur de les
accom pagner jusques au lieu où
ilslogèrent à Beaune.
Le Maire qui à la teste du
Corps de Ville s'estoit rendu de
bonne heure au Faubourg de
Chalons, fut averty sur les trois
heuresaprès midy , que Messeigneurs
les Princesapprochoient,
ce qui luy fit ordonner qu'on
sonnast toutes les c loc hes. Ce
Faubourg estoit bordé par la
Compagnie d' hommes mariez,
& de jeunes garçons,dontj'ay
parlé. Le Maire presenté par Mr
Desgranges
, eut l'honneur de
haranguer Messeigneurs les Princes
à la portiere de leur Carosse
au milieu du Faubourg, en adreslant
la parole à Monseigneur le
Duc de Bourgogne. La Compagnie
des jeunes garçonssuivit
leur Carosse dans la Ville, 6t
lperreiceeda même celle de la Cavabourgeoise
, parce qu'elle
estoit destinée pour la garde du
lieuoù l'on sçavoit qu'ils devoient
descendre. Ils passérent
à labarriere de la Porte de la
Ville fous un Arc de triomphe
dressé sur le chemin couvert de
la Place. J'en donneray la description
, & celle de quelques
autres à la fin de cette Relation
pour ne la point interrompre par
undétail qui seroit d'autant plus
long
, que les Princes en trouvércnt'iin
fecond à l'entrée de la
Ville, & un troisiéme à laPlace
qui estdevantla Maisonoùils logerent.
Les ruës estoient tellement
remplies de monde qu'à
peine les Carosses pouvoient-ils
passer. Les Bourgeois estoient
aussisous les armes dans laVille,
avec les mêmes livrées que les
Compagnies de Cavalerie &
d'Infanteriequi les precedoient
ôe les suivoient CesCompagnies
Bourgeoises commençoient des
la barriere de la Porte de laVille
,
& s'étendaient sur deux lignes
,
jusqu'àl'Eglise Collegiale
qui est beaucoup au delà du lieu
où logérent ces Princes. Si-tost
qu'ils y furent arrivez toutes ces
Compagnies défilérent par quatre,&
furent trouvées tres- belles.
m
Sur les cinq heures dusoir,
MesseigneurslesPrincesreçurent
1les presens de la Ville,&
furent complimentez par les Of
ficiers duBailliage. Mrle Lieutenant
Civil porta la parole. Le
Presidial d'Autun eutaussi l'honneur
de les complimenter,qUO)
que la Ville de Beaune ne soit
pas de son ressort. Mr labl-létic
Morey, Docteur de Sorbonne,
en est premier President
,
de ses
services prés de Monseigneur le
Duc de Bourgogne en qualité de
Chapelain du Roy,l'estime qu'il
s'est acquiselorsqu'il a prêche
devant SaMajesté ,& l'empressement
de toute la Cour de Messeigneurs
les Princes pour l'entendre,
firent meriter cet honneurà
ce Presidial. Voicy la haangue
que cet Abbé fit à la teste
le ion Corps, dont les Conseilers
s'estoient rendus à Beaune.
MONSEIGNEVR,
Le Prcjîâial(£Autunvientjoindre
(es tres-humbleshommages aux a,cclamationsd,ejoyeyd]attachem7Men~t
<& de rcjpeïl qui retentiffint de toutes
parts. Dés les premiers momens de
v "fire vie vous avérait la gloire de
cette Province; vous enferezjtn jour
le Souverain) vous y reznezpa1
avance sur nos coeurs.
Nous devons avoir ces sentimens
fourun Prince dessinèparLouis le
"Grand à infiruire un nouveau Roy)-
wé pour le mettre enpoffi/liondefès
£tats , pourforcer la" bar.rierefatale.
$uidivifoit la Francede E/pagne,
fourformer une étroite allianceentre:
deux Ntttions, quijusque-là ne
voient pû poeffer de l'cftime à l'ami tiè. Il cfiglorieuxj Monseigneur, < conduire si-tofiun Souverain sur
< Trône, il vous l'efi biendavania£
d'efiresiasentisà luyaffùrèrle re
pos,
Apeine la, jalousie éclate conforeIl
si grand événement, que vous fange
à rendreses efforts inutiles. Rempt
de la valeur de tAugufie Prince
< qui vous devez:. le jour, vous voule.
vous mettre à la'ufk des Armées. C
seul Projet ralentitles plus vifs
donne de la moderation à ceux qui et
font les plus éloignez Héureux s'il.
connoissent dans la -fuite leurs véritables
interefis j mdJefois plus heureux
,
-
sipar là ils arrefient vofirt
bras déjà piefi à les foudroyer.
Quene doivent-ilspuscraindrede
JOUS,MQnfeigneur
3
qui injlruift,
ur les deux mers danciens Capitaives,
qui eneberiffez^dans les Citadelles
sur les fortifications les fins vantées
, qui sacrifie à voflre gloire les
vaffions les plus vives , qui donne,
;haquejour de justes sujets d'admiration
au Héros qui a i1honneur de
vous accompagner,toujours au de/Jus
de ceuxquivousapprochent, toujours
vu dessus de vous-même.
; Que toute la terre admire en vous
les grandesqualitez,i que l'ékvation
de vofire geniesurprenne les plussur
Mimes3 que les M.aiftres de i'Eloquence
deviennent plushabiles dés
quilsvous entendentparler; que les
fyavans vous voyent entrer dans
toutes fortesdequefiions
,
les Magirais3
MonJeiqjieur3s'occupentprcipalement
de vofire droiture de (oei
dans les Conseils du Roy, eli" de vojl,
pénétration dans la discussîon des af
faires. Nous vousyvoyons examine
avecfoin
,
decider avec connoijjance
faire triompher la verité.
Que ne dirontpas nos fucccjfeurs h
pluséloignez^, au bruit, au nombre
à réclat de tant de vertus < Que n
publiront-ils pas de voflre Auytft
Frereaufjî difiinytè parla Polite/fè
par l'égalité de son F[prit, par 4
grandeur de son ame, que par fo;
rangJ d"" que neferoient P43 les Ossi
aers du Presidial d"Autunpourmeri,
ter vofire protection ?
Cette harangue fait pour ainsi
dire l'histoiredu voyage de Mon
seigneur le Duc de Bourgogne
Elleenraporte l'objet& les pria,
cipalescirconstances,&elle fait
un peu de mots les Portraits de
deux grands Princes. Ils soupérent ce soir-là à leur
grand couvert,& furentensuite
divertis par un Feu d'artificequi
estoit dressé dans un Bastion de
la Place qui regardoit leurappartement.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne alluma ce Feu d'une
des fenestres de sa Chambre, &
le succés en fut telqu'on le pouvoir
souhaiter. Il y eut beaucoup
de Canon tiré, & des feux & des
illuminations dans la Ville pendant
toute lanuit. Le lendemain
ces Princes allérent à la Melfc
au Lieu-Dieu,Abbaye Royale
qui appartient aux Bernardins,
parce que cette Eglise se trouva
proche du lieu où ils estoient logez.
Ils y furent haranguez par
Mr l'Abbé de Roquette, Grand
Vicaire, & Neveu de Mr l'Evêque
d'Autun. Le Compliment
de cet Abbé fut trouvé fort
beau, & ileut l'avantage de parler
longtemps, & bien. Mr l'Evêque
d'Aucun l'avoit envoyé à
Beaune, parce qu'ilestoit tombé
malade quelques jours avant que
Messeigneurs les Princes y arrivassent,
pour les y affurer de ses
respects. Cet Abbé s'acquitta de
sa commission avec beaucoup
d'esprit, & de magnificence
&tintTableouverte soir , &: matin. ouverte f'oir &
Messeigneurs les Princes montérent
en Carosse sur les neuf
heures pour aller à Rossigeot,
sur lechemindeDijon. La même
Bourgeoisie qui estoit fous les armes
à leur entrée, bordoit le
lpoagsissage depuislaportede leur
jusqu'à
celledelaVille,
& ils furent escortez parla même
Cavalerie qui avoitesté la
veille au devant d'eux.
Je vousay promis la defcrii
ption des Arcs de triomphe qui
furent dressez à Beaune. Le pre',J.
mier fous lequel payèrent Messeigneurs
les Princes, repre:.l
sentoit la Sphere du monde. H
estoit composé de quatre grandes
colomnes Isolées, qui fott^
tenoient des figures humaines
par lesquelles chaque partie du
monde estoitrepresentée. Le
fust: de ces colomnes, peint en
marbre,estoitorné des attribuas
qui conviennent à l'Europe, à
l'A sie
,
à l'Afrique, & à l'A merique.
Elles portoient sous leur
chapiteau les Armes du Roy, &
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
& de celles de Monseigneur
le Duc de Berry, & des
trophées sur leur bafe
Audessusde ces colomnes,
qui faisoient un quarréregulier,
s'élevoitune voûte azurée, qui
representoit le firmament, &
plushaut le Soleil dans le milieu.
Ainsi cet Ouvrage composoit
quatre faces. Le Soleil à son le,
ver paroîtroit sur la première,
dissipant les tenebres de la nuit ),
& ces mots pour ame JSfubila.sman,s.
Expliquées par les Verssuivans.
Ses rayons lesplus doux ?approchent
de ces lieux
y
it ;'envont pre[enter ce bel Âstrea
nos yeux,
Sur la face opposée,cemème
Astre répandoit ses rayons sur
la terre ,qui reverdissoit à son
aspect pour marquer la joye que
causoit cette arrivée, avec ces
mots,
GAUDET PRÆS£NTIA.
La terre en[on absence
Zanguijjante&sans , mouvement;
Renaiisparsa presence
, En cet heureux moment.
Dans la troisiéme on lisoit au
bas du Soleilces deux autres
mots latins Quis alter&ces quatre
Vers.
Prive,desa lumière
>
À quel autre
aujoufd'huyi
Pouvions-MUA demanderun hiensi
necefaire!
HeureuéCecmlillae foiisrlea t!erre|qu'il il n'eut jamais d'égal à luy.
I
Et enfin dans la quatrième, sousdes nuages qui se formoient
autour decet AHre,Sequidedgnoient
les mouvemens de l'Empire
, estoient ces mots, Majora
sugavi, expliquez parces quatre
Vers.
Ils n'exciteront point doriges-
Que ne d'.ffîpesa clartel: [nuagesy
Sonpouvoiréprouvésurdepitiégrands
j4ffurepourjamais nofirefelicite,i
Autour du Soleil on avoit mis
en gros caractereen deux mots,,
Imperatorbi. 1
A l'entrée de la Ville estoit un
Portique souslequel passerent
les Princes. Il representoitla
Renommée qui appelloic les
III
Peuples leplus reculez pour voir
les deux Princes.LaFigure qui
là representoit en occupoit la
face, avec cesVersaubas.[Bois!
Faunes, Sylvains, Divinitez. des
Vous Naïades,&vous Nereïdes!
Dèesses des Plaines humides,
Accourezà ma voix;
Pour admirer les Fils. dit lpus fàge
desRois. [Personne,
Vous direz en voyantl'éclat de leur
Leur douce (si modeste fierté,
Que tout ce qui les environne
Pajjeyce quen tous lieuxj'en avois,
raconté.
L'un des Pilastres representoit
Pan suivi de Bergers &. de Bergeres
accourus à la voix de la
Renommée,&au deiïbtis on liient
ces Vers,
Tw voix s'estfait entendre.
-
Denossombres Foreftsnou-s venon:.
dedescendre
Pour voir le Fi,ls de ce Heros)
Qui fait regner icy le calme & h
repos.
La Place de devant la maisonr
où les Princes descendirent de
Carosse
,
estoitornée de deux
fontaines de vin, qui representoient
une feste de Bacchus.
C'estoit un rocher, du milieu
duqueluneBacchante faisoit fortir
une source,en le frapant avec
le Tirfe, & au lieu d'eau couloit
un vin blanc de Meursault
,
le
plus délicat du monde. Du pied
du rocher s'élevoit un jet de vin
clairet par un autre coup de
Tirse, dont une seconde Bacchante
avoit frapé la terre. Ce
jet estoit de seize pieds de haut;
On lisoit ces Vers dan3 un cartouche
poséau dessusde cerocher.
A la gloire d'un si beau jour
Bacchus consacre cetteFesle ;
Que chacun en ce lieu s'arrefie,
Pouryprendre partàson tour.
Le vin clairet que ce Dieu nous
aprefie
Plus d'une fo,is a bleJJèlecerveauï
Mais pour en garantir la tesie,
Bacchus de ce rocher fait sortir un
ruisseau.
En pasjsfant devant l'Hostel de
Ville, lors que ces Princes partirent
de Beaune ils trouvèrent
au milieu de la place un Jet de
vin du crude Beaune même.Cetce
Place estoitembellie de verdure
& d'une Devise qui avoit
pour corps un riche coûcaudc:
vignobleexposéau Soleillevant
avec ces mots, Vires ab 'u(bccht.
De l'un à l'autre bout du monde, ;
Chacun celebrerme's vertus , Sije ¿-Jis lejour à Bacchus
Soleil, fluree de biens & celefie&
feïonde
Ce rfefiqu'à tes premiers?égards
,
Queje dois ma beauté
3
ma-gloire
& ma puil-ince,
Etsijefaisdetoutesparts
Eclaterlar réjoütffilnce'
Je ne dois ce bonheurqu'à ta feule
presence;
Plus loin dans la grande rue
qui aboutit à la porte de la Ville
par où les Princes forrirent ,
il
y avoir un Portique en galerie
qui occupoit presquetoute Il
tongueurôcla largeur delaruë.
Six Divinitez endistanceségales
les, & autant de colomnes posées
dans les distances, en faisoient
l'aucmbtage
, & les Vers
qduei se lisoient sur les Piedestaux
chaque Figure, en expliquoient
le dessein.
Ceresestoit la premicre Divinité
qui paroissoit Elle inv itoit
les Princes à honorer ces lieux
plus longtemps de leur presence,
& cela en la maniere suivante.
Au bonheur de ces lieux toujours interejfiées
,
Petits-Fils de Mars si vçzntc;.
Contemplez^trois Divinité«
A vous retenir emprejfièes : Sivous daignezfavorifèr
Ces heaux lieux de vofirepresence
J'y fieray croifire 3 en abondance
3 Zes biens qu'ailleurs on me voit resusir.
Diane à l'opposite faisoit son
invitation parces Vers.
Princes, qui chenjfez^lesplaisirs de laChasse, 1 Diane tant defois favorable à vos
voeux -1
Avec Ceres voiesdemandelagrâce
De reflerpires longtemps dans ces di..
mats heureux. ," 1
Plus avant & sur la mêmeligne
que Cerés, Bacchus te joignant
à ces Divinitez, disoit aux Prin,
ces. e, f
Zaifjez^enfn toucher vos coeurs, I
Princes, sivous quittez ces fertiles
Campagnes, j Décès sources devinsque versentnos
- montagnes J
Vousferez,dessources depleurs.
I
Momusestoitvis-à-visdecev
te Figure. Il regardoit ces troi:
Divinitez d'unair moqueur, &
leur adressoitainsi la parole.
Divinitezde la mollejje .-,.'
Ces ricbeftes, ces biens qu'avec tant
delargcJTe
Vous repande;.'d:lns ce sejour,
Croyez^- VOUA quilspuijlent furprendre
2.e coeur de deux Heros qui fhvent
syendefendre !
Non, non, rien ne sçauroit différér
leurretour.
Au bruit d'une guerre nouvelle
ils , vont precipiter leurspa* :
QuandlaViïloirelesappelle, 4
Zesplaifïrs ne les touchentp.u..
Bellone&Mars finissoient cetrepresentation
par une couronne
de Laurier que chacune de ces
Divinitez tenoit à la main
*
&
qui formoientun Arc de tr-iomm
phe sous lequel passerent les
Princes. Mars disoit à Monseigneur
leDuc de Bourgogne.
Prince,volezdans lés combats,
Atte\ donner de mortelles aUdrmes
Aux Ennemis de vos Etats.
Vulcainvousaforgedes armes,
Quipar divers exploits guerriers
Au$i loin que mon nom vont porter
vojlregloire,
Btvoila dija les Lauriers
Queje préparé à la villoire
Bellonedisoit.
Yarmoy vous les verrezobcr:r à -vos
loixj
Etcest dela main de Bellonne,
Quepour prix de vosgrands exploits
Vous recevrezcette Couronne.
A la porte de le Ville estoit j
un portique de verdure, avec
une Devise de deux Ruineaux,
qui sortant d'une belle source ,
couloient ensemble. & faisoient
reverdir les plaines ou ils paroissoient.
La campagne qui en
estoit éloignée, en paroissoit langui
ssante. Ces motsLatins servoient
d'ame.
Ex CURSUDECOR.
Sortis d'uneéclatantesource,
Que l'on voit de tune à' lautre
Otirfe,
- Porter sa puijjance&[on nom,«
Nous donnons à ces plaines
Une riche moisson.
Ledoux bruit de nos eauxanime les
Syrenes , Et les fleurs naissent fous vos pas,
Tout languit dans les lieux ou nous
-'-
ne sommes pas,.
Hors de la Ville, entre la
Porte& le Pont.lev isj ilyavoit
un second Portique, avec une
autre Devise. C'estoit un ruisseau,
qui par differens dêtours
cherche sa source pour y rentrer.
On voyoit desfleurs qui se fanoient
dans les lieux dont il s'éloignoit
,
& il y avoit ce mot
pour ame ,
R E CESSU.
Vous nous quitte,) charmant rhifseau?
1
.Etlva!U avancezvostre course
Pour retourner à vofîrefource,
Par un chemin nouveau.
Un coeur pourvous fidelle & tendre
Nos re/peris pourvojbre eau,
Ne vous-sçauroient icy contraindre 4
vous répandre.
Helasl ces vignes, ce costeau,
La campagnelfeurie,
Devostre Ayculla plus cherie
, N'dvoient encor rien c£a(fezj>eaui
jMaissivousfuyez^leurprefence^
Ruisseausipleind'appas,
Au moins en vofire absence
Ne les oubliez,paf.
L'ordonnance de cetteFeste
estoit de Mr TriboletMaire de la
Ville, &. il avoit fait aussi les
Devises & les Vers.
Quoy que le zele 6c l'amour
des Magistratsde Beaune pour
le Roy & pour Messeigneurs les
Princes ait paru fort grand en
cette occasion,ilsenauroient
encore donné de pluséclatantes
marques s'i l s avoient eu plus de
temps pour s'y préparer. Ces dignes
êc zelez Magistratsont este
si satisfaits de l'ardeur empressee
&de la maniere dont les Bourgeois
ont executé leurs ordres , & de l'ardente & sincere assection
qu'ils ont fait voir pour toute
la MaisonRoyale,quils ont
donné un Prix au Pistolet a la
CompagniedeBourgeois à cheval,
&un au Alousquet à chacune
des autres Compagnies.
Si-tost qu'on eut appris à Dijon
que Messeigneurs les Princes
devoient passer par la Bou -
gogne, Mr Ferrand
,
Intendant
de la Province, donna tous les
ordres necessaires
,
afin que les
chemins fussent rétablis, & pendant
ce temps les Magistrats de
Dijon voulant leur marquer, &
particulièrement à Monseigneur
le Duc de Bourgogne, comme
leur Duc, la joye que toute la
Ville ressentoit de ce qu'il devoit
l' honorer de sa presence,ils
convinrent par l'avis de cet Intendant,
de les faire entrer par
la Porte de Saint Pierre, quoy
que ce nesoit pas laPorteordinaire
, par laquelleentrent ceux
qui viennent de Lyon. Cetteresolution
fut prise, à cause que
pour entrer par cette Porte, il
falloit qu'ils padassentpar le
Cours. C'cll: une fort belle avenuë)
plantée d'arbres à quatre
rangs, dont celle du milieuest
la plus large. Au bout de ce
Cours il ya un Parc planté d'arbres
en forme d'étoile, & au
rmeilieu est un parterre de verdu- planté d'Ifs & d'Epiciats. Ce
Partere est bordé d'uneAllée
qui regne le long de la Riviere
d'Ouche, sur laquelle on resolut
deconstruire un Pont S. Ji.,
R. Monsieur le Prince,Gouverneur
de Bourgogne approuva.
fortce dessein,& ordonnaqu'on
n'épargnast:rien pour le bien
executer. On éleva plusieurs
Arcs de triomphe à la Porte de
Saint Pierre.Onvoyoit surcette
porte en dehors deuxVieillards,
appuyez chacun sur uneUrne representant
lesFleuvesde l'Ouche
&Suson qui arrosent laVille Ces
Vieil'ardsestoient couchez sur le
ceintre au milieu duquel estoient
desTrophées,&audessus lesArmesde
SaMajesté On lisoit ces
Vers au dessous de l'Ouche. I
Primes3peurvous m-eux voirj'e'se.;,
De icy meslfctsj Quene dois-je pas au Héros
I
Qui vient par sa presence embellir
Il mon rivage? - prend, quoy que monfeinn'offre
l point de trefors,
Plus r de plaisir à voirmes bords
QÎIKcommandera ceux duTa?e.
ci Au dessous du Suzon onlisoit
ces autres Vers
De rOuche, monvoiJîn
)
Rival am-
:
bitieux., - „ Comme luyje viens ences lieux
Cherchervoifreaimablepresence..
Fier de tenir sur VOlU,Prince) les
'/- yeuxouvertSJ -'
Plus que[îjesentois renaifire l'eJ}erance
Devoir servir mon onde à joindre les
deux Mers.
Pourentendre ce dernierVers,
ail faut sçavoir que l'on parla il y quelque temps de faire un Canal
pour joindre la Seine à
Saone, & ces deux Rivieres
l'Ouche & Suzon dévoientservi
à ceCanal. Dans le milieu au dessous d
centre,il y avoit une table peint,
en marbre noir,où se lisoit cett
Inscri ption Latine.»I Zndovici JVfagni Ncpoti digniffimù
Belphini Filionondegeneri, 1
Hi/paniarvm Régis Fratri-
]
amantiJJimo-i
Tot eoronarum conierrïptorigl&riofa
Glohtiojioeoriunirusequiddemi3ferdIGallici Gloriofîfjîmo Etéonoe'candidato, Ganusamori,nuncspei
fofîhac proefidio3 1
S" P. d D.
On trouvoit sur la Fecondt
Porte la Bourgogne reprefenté<
par une Femme, tenant les Armes
de la Province en [a main
droite, & de la gauche un rouleau
, où ces mots estoient écrits,
Divorum Sedes
3
& une couronne
Ducale sur la teste. Elleestoit
élevéesur un piedestal de marbre
,
où dans le milieu on lisoit
sur une table de marbre noir,
cette Inscriptionen lettres d'or,
Ludovico Burgttndiæ Dîtci
Urbem ingledienti
ArçustriumphaCes excitarunt
S. P. Q D.
De l'autre costéde la Porte en
dedans de la Ville on trouvoit
cette autre Inscription.
fiurguildiæ Duci, omnium maximo)
1 Omntum ut nomine,fievirtHfibus
I Proedico
jr Pia Philippi duÀaçia
Intrepido Joannis anÍJ
PacificaopiimaquealtcriusÀ
Indoles
Be/lutt Caroli fortitudij
Quodperaqratîs florentiffin
Provinciis
Suam quoque fui amantijj
Burgundiam.,
Sua digneturprxfentil
Gratitudinis& loetitioe monu
DivioPrincepsCiviu
P. D.
Mr Baudot, Maire de
voulue qu'on élevait un
que au bouc de la ruë du
pour cacher la defectue
plusieurs vieilles maisons
soient face à la ruë par l'
les Princes devoient entr
Noinville,Architede de
vinceayant esté chargé
soin par ordre de Monsieurle
Prince,il sit élever deux Portiques
, Un qui conduisoit à la ruë
du Potet, & l'autre à la ruë S.
Estienne
,
paroù les Princes devoient
passer. Ces deux Portiques
estoient jointsensemble par
une colonnade au dessus de laquelle
on voyoit un Obelisque
d'une hauteur extraordinaire,
dpeorté sur la croupe de deux Lions
bronze doré,au dessus duquel
il yavoit un Soleil, & cetObe-
1 lisque estoitchargé des Armes
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Oh voyoit dans le milieu de
cette Colonnade de plusieurs
figures. La France estoit aumilieu,
representée par une femme
couverte d'um Manteau Royal
,.
semé de fleurs de lis
, doublé
d'hermine, assisse sur un Trône
&couverte de la Couronne royale.
Elle presentoit ces deux Prinf~
ces qui estoient habillez à la Romaine
, le casqueen teste. La
Bourgogne estoit representéeà
genoux devant eux, en leur
tendant les bras pour les recevoir
& comme pour les engager
à ne pointla quitter. Elleestoit
aiséeàconnoistre par sa Couronne
& par f011 Manteau Ducal.
La Gloire representéefous la sigure
d'une femme, sesaisoitaisément
distinguer par les lauriers
qu'elle offroit aux Prince. Les
Vers François
, com posez par
Mr de la Monnoye, Correcteur
des Comptes à Dijon, qui s'est
rendu si fameux par les Prix de
* •• »
Poësie qu'il a tant de fois remportez
à l'Académie Françoise
, servoient d'explication à ces figures.
Ces Vers estoient écrits en
lettres d'oren trois différentes
Inscriptions. La premiere estoit
au dessous de la Colonnade, &
voicy ce qu'on lisoit
La France à la Bourgogne.
JDecesjeunes Héros, nofire commun
eJPoir,
Bourgogne ,
à tés dejïrsfaccorde ta
presencej
Encourant à lagloire ils ont la comflaifancé
D'avoirexpréschange leur routepottr
te*voir.
La Bourgogne à la France.
France je vois mon Duc, en rapide
vainqueur, [ VtBoire
Press à mener déjà son Frere à Id
J'afplaudif à tous deux & je Jens
dans moncoeur
- -
Tour eux autant d*amour qu'ils en
ontpour la gloire.
- ""- La seconde estoit au dessus du
Portique par dessous lequel les
Princes devoientpasser. - Messeigneurs les Princes
;
a laBourgogne.
Bien que pour ton ardeur nous ayons
du retour *
Nous trouvons danslagloire un
char-
,-' , t': Il ..f me préférabU, ,-'
Tu dois pour nous, Bourgogne, elJ
avoir plus ri"amour, j
Flusûnainîe Id. gloire5 &pluson
est aimable,*i
La troi siéme estoit au dessusdu
pdortiquueqPui coondulisoeit àtla.rue
La Gloire à la Botir
Bourgogne,preste moy tes deux jeuneseri
v
Laisslê-Iaesnaffiidrer àema,d:aubleguir~ ZZaa gloire à l'dvenii n'cn fera que plusgrande
Quand tu les r&vemras couverts de
~- mesla, uriers.
i
Ce n'estoit pas à ces seu ls ou>
vrages que les Magistrats avoient às'occuper pour lareceptionde
Mefleigneufs les Princes, Comme
il avoit esté resoluaux derniers
Etats de la Provinces,de
faire quelques embenissemens
au Logis du Roy, & qu'ilavoit
cfèé fait un fond pour cela oit
avoit déjà commencé à abattre
uneescalier qui avançoit dans la
cour de cet Hostel,& qui y saifoit
unemauvaisefigure,en forte
qu'une partie de la couverture » & même des A ppartemens, estoit
abatuë. II salut donc dans le
peu de temps quel'onavoir, faire
reparer ces appartemens&recouvrir
ce qui en avoitestédécouvert.
On y employa un si.
grandnombre d'ouvriers que le
tout sur rétabli & mis en estat
deux jours avant l'arrivée des
Princes d'une maniere qu'à peine
pouvoit-ons'appercevoir qu'-
il y eust eu rien d'abatu quinze
|pjurs auparavant. )
J
:- On avoit d'abord resolu de
-
r
,
A
construire un Feu d'artifice dans
le milieu de la place,Royale,dans,
laquelle est l'Hôtel ou ( pour
parler le langagedeDijon ) U
gisdu Roy) mais au lieu de le
mettre dans le' milieu, comme
cettePlace formeun demy cercle
d'arcades au dessu desquelles
regneune balustrade de pier-
.re de taille fort bien faite, on
trouva plus à propos de placer
tout l'artifice sur cette balustrade.
Onéleva en face du lieu d'où
les Princes devoient voir le seu,
une petite Attique ceintrée,au
milieu de laquelle on voyoit le^
armes de Monseigneur le Dutcr
de Bourgogne. Audessus esso.it
la Renommée un pied sur un globe
d'azur, posésur des trophées,
menant sa trompetted'unemain
& de l'autre les armes de Bourgogne.
Aux deux costez de cette
Attique on avoit posé deux figures
donc l'une representoit le
Dieu Mars & l'autre une Minerve.
Toutautourdecette balustrade
on avoit mis au deilut
de chaque pilastre des chiffres
couronnez,sçavoir desL entrelassées,&
des C aussi entrelassez
qui font les chiffres des deux
Princes.
Dans le milieu de cette place
on avoir élevéun large Piedestal
sur lequel on voyoit un Bacchus
sur son tonneau,entouréd'une
feüillée composée defeüilles de
vigne ,de pampre & de lierre,
& ily avoit aux quatre coins de
cepiedestal des fontaines devin
jàIJiJfantcs.
Messeigneurs les Princes qui
des'Atovierinlt venus coucher le 15.
à Beaune en partirent
le 16. au matin
,
& dinérent à
Vougeot ,
petit Village à une
lieuë de Nuits, & à trois lieuës
de Dijon Mr de Jussey
,
Grand
Prevost des Maréchaux en Bourgogne
,monta à cheval à six heures
dumatin, suivy de sa Compagnie
pour aller au devant des
Princes.
- Cependant on assembla toute la Milice Bougeoifw au nombre
de trois mille hommes divisez
en sept Compagnies. Comme il
y a septParoisses qui font les
sept quartiers de la Ville, chaque
Compagnie a un Capitaine, un
Lieutenant& un Enseigne, avec
plusieurs Appointez fous eux. '-
Tous ces Officiersestoient vétul
de différences couleurs, ave4
de fort belles vestes, la pluspart
d étofes d'or & d argent. & couj
avant des écharpes d'or & dir-4
gent tres-magnifiques
, avec desj
plumes blanches sur leurs cha..
peaux & des cocardes de tassetas
de differentes couleurs LcÍ
Enseignes portoientchacun l'En4
feigne de leur Compagnie, 6Î
celuy de la ParoisseNôtre Dame
qui eil: lapremiere Paroisse& la1»
Compagnie Colonelledela Vil.
le, portoitl'Oriflame quine pa
roist que lorsque toutes les Com-^
pagniessontassemblées. Cet Ori-'i
flame est uneespece de Drapeau
plus étroit que les autres, qui vaf
en s'étressissant parsleebnoudt u&re.i,
fendu à peu prés comme le Dradpeesau
des Dragons ou les Flâmes
Vai sseaux ; il y a dessus les
Armes de la Ville en broderie.
Les Dixiniers ou Appointez
n'estoient pas moins bien vétus
que les autres Officiers, &
avoient des pertuifannes garnies
de frange d'or & soye,lebâton
couvertde velours cramoisi garnyd'or
S. les lames fort larges, la pluspartdorées jusques à la
moitié; il y avoit encore à chaque
Compagnie un certain nombre
de Sergens avec la Hallebarde
à la main, tous vétus de la
couleur de leur Paroisse, avec
des galons d'argent sur le revers
de leurs manches. Ch aque Cc~-
pagnie avoit ses Tambours
, les
Fifres,& plusieurs iiantbojs.
Ces Compagnies s'assemblérent
dés le matin c hacun dans
leur quartier & se joignirent toutes
à la place Saint Michel,d'où
elles se rendirent à la porte Saint
Pierre, où elles se posterent en
haye depuis la moitié du Cours
jusqu'à la porte du Logis du
Roy où les Princes devoient loger,
elles furent precedez parMr
l'Intendant qui arrivasur les
trois heures aprés midy. L'on
avoit fait un chemin nouveau
pour conduire les Princes,&on
y avoitplanté d'espace en espace
des giroüettes aux armes deMonsieur
le Prjnce
, pour avertir les
passans de la nouvelle route. On
avoit aussi fait construire un
Pont, comme je vous l'ay déjà
marqué, pour leur faire passer
la riviere d'Ouche à la Colombiere
,
qui est un Jardin trespropre
que Monsieur le Prince
a fait accommoder
>
& a foin de
faire entretenir;ce Jardin aboutit
au Cours. Messeigneurs les
Princes arrivérent sur les cinq
heures du soir. Ils passerent sur
le Pont, & traverserent la grande
allée du Cours au milieu de prés
de trois cens carosses rangez dans
les deux contre-allées. Ces carosses
estoient remplis d'un fort
grand nombre de Dames bieu
coëffées, fort parées quoy qu'en
deüil
)
& ornées de beaucou p de
diamans. Les Princes trouvérent
à la porte de la Ville lesMagistratsen
robe violette avec l'Epi-
R toge d'hermine.
-
Mr Baudot Vicomte Mayeur
presentales clefs dans un bassin
d'argent, & fit une petite harangue
à Messeigneurs les Princes.
Ensuite ilsentrérentdans la Ville
,
dont les ruës estoient tapisfées
jusques au logis du Roy, au
bruit du Canon & de la Mousqueterie
du Chasteau. Dés le
matinilestoit sorti quantité de
personnes à cheval pour voirarriver
ces Princes. Tous ces Cavaliers
marchoient en peloton à
à la teste des Gardes du Corps
quiavoient tous l'épée haute. Le
Carosse des Princes attelé de
huitchevaux paroissoit ensuite,
après lequel il y avoi t soixante
Gardes du Corps qui estoientsuivis
de la Maréchaussée ayant
aussil'épée haute.
Outre le peuple de Dijon, il
y avoit une affluence de mondtf
extraordinaire,qui estoit accouruë
de touscostez pour prendre
part à la joye de ceux de Dijon,
dans une occasion si peuordinaire.
Les Princes arrivérent au Logis
du Roy, oùilsmirent pied à
terre, & où ils furent gardez par
un détachement de la Garnison.
duChasteaude Dijon, & parun
détachement de la Garnison
d'Auxonne, commandé par deux
Capitaines & deux Lieutenans
le tout sous les ordres de Mr de
Fontenay, Gouverneur duChasteau
de Dijon: Ils joüérent jusqu'à
l'heure de leur soupé, &•
Madamela premiere Presidente,
& Madame l'Intendante eurent
l'honneur de le voir jouer. je
dois vous marquer icy que Mr
l'Evêque de Langres qui estoit
venu exprés à Dijon qui estde
son Diocese, pour avoir l'honneur
d'y recevoir les Princes,
proposa à Mrs de la Sainte Chapelle
de dire la Messe le lendemain
de leur arrivée dans l'Eglisedela
SainteChapelle,qui effc
joignant le Logisdu Roy, & qui
a esté fondée par un Due)dè
Bourgogne, pour servir de Chalpaetlleau
PalaisdesDucs. Ce Pretic
connoistre à ces Chanoines
qu'il ne prétendoit point
pour cela déroger en rien à leurs
privileges, parce qu'ils ne reconnoissent
que le Saint Siege.
Cependant cesMessieurs ne voulurent
pointsouffrir qu'il reçust
ny qu'il haranguait les Princes
-. 1 !
dans leur Eglise, comme il leur
avoit proposé,ce qui l'obligea
d'envoyer un Courrier avec une
lettre qu'il écrivit sur ce sujet à
Mr le Maréchal de Noailles dés
la veille de leur arrivée. Il sut
decidé, pour éviter toutes sortes
de difficultez ,que les Princes
iroient à la Messe dans l'Eglise
Collegiale & Paroissiale de Saint
Estienne,qui estaussilaParoisse
du logisdu Roy,ou même Àlonsieur
le
Prince ne manque pas, lorsqu'il est aux Etats; de rendre
une fois le Pain benit, pour
reconnoistre cette Eglise pour sa
Paroisse. Messieurs de la Sainte
Chapelle qui avoient fait de
grands preparatifs dans leur EgIsse
pour y recevoir dignement
lesdeux Princes, les suppliérent
de venir tout au moins v entendre
Vespres, ce qui leur fut acdé
j de sorte que Messeigneurs
les Princes allérent entendre la
Messe le Dimanche 17. qui estoit
le lendemain de leur arrivée, en
l'EgliCe de Sai nt Estienne
,
où Mr EvêquedeLangres,assisté
des Chanoines de cette Collegiale
,
les reçut à la porte de l'Eglise,
où aprés leur avoir presenté
l'Eau benite, il les complimenta
en ces termes.
MONSEIGNEVRy
Votis venez de répandre (Lins une
Partie de ce vasseRoyaumelajoye
& Vadmiration parmy les peuples
& vous joiiiffez^ de vostre réputation
dans un âge où les autres Princes
commencent à peine à se faire
connoifire. Elevé faites lesyeux & par
les foins d'un Roy3 dont toutes les
aélions font des exemples, vous faites
voir qr/en tous lieux on peut
faire briller les feux de la fcuneffi
avec la sagesse &la verttt) & vons
essestellement desimé a lagloiret qluune1N-ation accoutumée à lLafuivre
,
jalouse de la conserver, n'osant
efyerer de vous avoir pour son Maifire
, a cru ne pouvoir trouver que
farmi vos augufies Freres un Roy
digne d'elle.
La France vous regarde
, Mon-
(êigneur, avec desyeux de refpe[f&
de complaisance ; & Ejpagne
, ce
feuplefifier &si genereux 3
qu'une
ancienne émulation faisoit autrefois
xombattrecontre nous pour des Royaumes,
n'envieplus que d efiregouvernée
par des Princes de vofire Sang.
Vn événementsiglorieux ejïoitdu ai
regnedeLouis leGrand. CePrinceJ,
jufiement admire dp toute Europe
, reçoit les recompenfcs (tt/ilmer,"!e]
ilvoit les Couronnestomberaux piedj
defies Ensans ' il voit ses Enfitns di.
gnes de les porter,& pour comble À
gloire, il voit l'E..fPagne dcmandcJ
ses ordres, & mettresa seuretè dam
safidélité.
Qu'il efi heureux pour vous, Afonseigneur3
de faire connoifire d-ln.; tou.
tes vosaflionsleSangdun si qrant
Prince, & qu'il efi beaud'imite\
ses vertus. aussi-tofi que vous avm
pû les connoifire.
Le Clergé, à la tesie duquelj'd;
l'honneur de vous parler, vientvou:
affurer, Monseigneur3 de ses voeux
.& deses prieres. Il leve fies main
auCielpourattirersurvouafiés beticdiclions
; &• chacune de vosvertus,
CT* decelles dece Prince que la nature
a fvrmèpour eJlre aimé, & dont le
mente éclatant se .fait deja fcntir à
tout le mondej il demande à Dieu
qu'il augmente vos années,afin que
conduit par celuy qui tient en ses
mains le coeur des Rois
3 vous ¡Oyez
unjour le modele des Princes & texemple
de tous les Chrestiens.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
parut fort content du discours
de Mr l'Evêque de Langres,
qui dit ensuite la Messe
, pendant laquelle la Musique de
cette Eglise chanta quelques
Motets.
Auretourdela Messe,MrBouchu,
premier President au Parlement
de Bourgogne,accompagnéde
cinq Presidens à Mortier,
& de douze Conseillers au même
Parlement, fut conduit par M1
Desgranges, Maistre des Ceremonies
,jusque dans la chambre
de Monseigneur le Duc de Bour-?
gogne, où il luy fitsa harang ue.
EnsuiteMrDesgranges alla prendre
Mrs de la Chambredes Comptes
,ayant à leur telle Mr Baillet,
leur premier President, qu'il
conduisit dans la chambre de
Monseigneur le Duc de Bourgogne
, où ce President leharanrangua.
Voicy le Compliment
qu'il luy fit. i. 3-i
MOATSEIGNEVR,
Lajoye que notif avons de vous
-
posseder aujourd'huy nous efi <£autant?
finsfenjible3quenous l'avionsmoins<
efyerèe. Jaloux au bonheur de tantdePeuples
que vous avez honorez de
vofirepiefence
, nous languirions
plongez,.dans une triflefle profonde,
ne pouvantnousconfolerque la Bourgogne
fusiprivée d'unpareil honneur.
Elle, Monfcigneur,dont vous portex^
le nOln, &quipar l'amour & la
vénération paiticuliere qu'elle a pour
vous se flattoit d'cjlrepreferee à toutes
les autres Provinces; mais,Monseigneur
3 vos bornez^surpassent auourdJ
huy noflreattente5 vous avez
laignèécouter nosfoupirsy &converir
nos plaintes en acclamations de
<oye.
Quellejoye en effet de voir en vous
fut ce qui faitlesdelices & l'tldmi-
Ution de la Cour, tout ce qui peut
îairelesdesirs,&lafélicité des peu-,
des. Il n'y a ,
Monseigneur qu$
"tter lesyeux sur vous pour cannaifire
d'abord tout ce que vous esses
quand nous pourrions ignorer qu
vous esses dcfiinè à remplir un jourt
premierTrône du monde.
Ce caraciere de grandeur & a
majefié que le Ciel a gravésur voft}
front augufie
, ce coeur grand & ma
gnanime qui VOÎIS fait refuser lt
Sceptres & les Diadèmes
, cette sa
ge/le merveilleuse qui a prévenu e
vous le temps & les années
,
nefuf
(iroient-ils pas pour nous apprend\
que vous esses le Petit-Fils de Lou
le Grand, l*expre.f/îon fidelle de ton
tesses vertus&le digne Successeur
c fdpuNlanec 6" de làgloire l
Formé comme vous l'estes dufan
de ce Héros3 élevéfous Jesyeux dai
les Sciences & dans le métier de J
guerre, infiruitparfin Histoire, 4
par Luy-mime du grand Art de n
ytier,fortifié par jes exemples dans
la vertu & dans la pieté, soutenu
rnftnparles excellentes -,ualitczd'un
Vere lui fait confifler toute sa gloire
è l'imiter & à luy eflreparfaitement
fournis
, que demerveilles n'ajo/ttc-,
tez^vous pæf unjouratoutes les merveilles
deson regne ,
lors que iage &
texperiencefe trouvent jointes à ton-,
tes vos vertus & quelles auront exprimé
lestraits de vofire incOmptlrable
Ayeul.
Fajfe le Ciel que vous foyez^sans
tesse animé de la noble émulation de le
suivrepas àpas,&puif[e naifire de
vous unslonguefuite de Meros dignes
tomme luy & comme vous de commanderà
tout le resse de la terre.
Ce font, Monseigneur, les voeux
ttrdens que cette Compagnie parmy
sesprofondshommagesferasanscesse
pourvofire gloire & pour le bonheut
des peuples qui vousferontfournis.j il Aprés cela,lemêmeMrDesgranges
alla prendre le Parlement,
qu'il mena à l'appartement
de Monseigneur le Duc de
Berry,oùMr le premier President
luy ne une harangue particuliere.
Mrs de la Chambre des Comptes
firent la même chose, & lemême
Mr Bailler parla ain/î-
MONSEIGNEVR,i Apres avoirrendu noshommages
.a MonseigneurLe Duc de Bourgogne,
ilefi bienjufie que nous nous acquit
fions envers vous des mêmesdevoirs;
nous ny sommespasfeulementengagezparleprofond
rejifeclque nous
devons à vofireaugufie nàifJdllce, nou$
,,-(ômmcs encore puissamment exéitez
par les mouveméns de nos cæurs, &
par lleeppllaasisir devoirun Princechar-• Co
mant que toute la terre adore.
Toute ItFrancs, Monseigneur. a
ressentivilement ta perte quelle
vient de faire de ce grand Princeque
vous venez deconduirejusquau pieddu
Trbne. Les desirs empressez de
tous les Royaumes d'Ef}>agne>& cette
éternelle alliance quivient J:ejlre'
faite entfe les deuxpluspuiffantes-,
Monarchies dumonde,riont pû' les
consoler.Il riy a que vostrepersônne).,
Monftignettr,jointe à cellede Mon-,
seigneurle DucdeBourgogne, quiaitestècapabledefairecesserses
regretsy
&cestsansdoute danscedefein }-que
le Royplein de bontépoursespeuples,
toujoursattentif à te qui peu pricurerleursoulagement
& leur bon*-
beur, a bien voulu pour leur con/ôtationleurfaire
voir,quefitEfpagne
leur enleveun Princesi digne de
leuraffection, il luy en resse deuxau*
très dignes de tout leur amoure-trescapables
de leur comma^ier. C'efi,
Monsèigneur, ce qui fait le comble
de nostre joye &lesujet des vaux que
cette Compagnier toujours occupée du
desir de vous honorer& de vousplaire,
ne cejjerajamaisdefaire pourvoftrc
confervationy
Mo.:.~nse/i'agneur le -Duc d.e-Berry
s'étant rendu ensuite dansl'Apartement
de Monseigneur le Duc
deBourgogne son frere, les Princesreceurent
lescomplimensde
Mrs les Tresoriers de France;
Mr Fournet portant la parole,
& de Mrs du Presidial Mr Violet
premier President dece Presidial
& Gouverneur de la Chancellerie
de Bourgogne, portant
la parole, sa harangue fut courte
& eut beaucoup d'aprobation.
1 Les harangues estant finies ,
les Princes se mirentà table&
mangerent en public comme ils
avoient fait le jour de leur arrivée.
On avoit preparé une
Salle où l'on croyoit qu'ils de?-
voient manger, mais Monseigneur
le Duc de Bourgogne l'a
trouva trop petite, & ordonna
qu'on mist
son
couvert dans la
Salle des Etats. Cette Salle a
cftë bâtie pour l'assemblée des
Etats de la Province. Elle eil
tres-spacieuse & tres-belle, en- 4 tourée d'amphiteatrescouverts
detapis bleussemez de Fleurs de
Lis. Dans le fond est un fagteüilpour
le Gouverneursurune
haute estrade avec plusieurs autres
fauteüils moins élevez que
celuy du Gouverneur,pour les
Evêques qui assistent aux Etats,
pour les Lieutenans de Roy,
pour Mrle premier President du
Parlement, & pour Mr l'Intendant.
Dans le parterre il y a plu- !
sieurs bancs ou formes couverts
de pareils tapis pour placer les
Dames & autres personnes,que
la curiosité d'entendre les haranguesqui
se prononcentà l'ouverture
des Etats y attire. Ce fut
dans ce parterre, où après en
avoir rangé les bans, ontmit le
couvert des Princes. On plaça
les Dames BI. les autres perfon- -
nes qui voulurent les voir sur les
amphiteatres&sur les bancs qui
sont au tour de cette Salle. Ces
Princes y ont mangétrois fois,
c'est-à-dire à souper lejour de
leurarrivée & le lendemain à
dîner &àsouper, & toutes les
foisil y a eu une si grande aRucnce
de monde qu'à peine les Officierspouvoient-
ils servir. Mr l'Intendant, quidepuis
Mâconavoit toujours tenu trois
tables magnifiquement servies,
continüa à Dijon. Il avoitdeux
grandes tables servies dans la
même Salle de quinze'couverts
hacune,& comme il y avoit
beaucou p de monde, il y eut
encore jusqu'à trois petites tables
que l'on dressa, & qui fu-
~ent servies toutes d'unemaniere
res- distinguées. Ilfit illuminer
aute la Cour de sonHôtel , càsorte
que lesmurai llesen paroissoient
toutes en feu,&ces illuminations
parurent les deux nuit
que les Princes passerentà Dijon.
<
On avoit mis dans la place
Rovale sur chaque arcade des de
vises ou emblémesilluminées
Elles estoient peintes sur du papier
huilé, & par derriere il ]
avoit un nombre infiny de peti-
- tes lampes de fer blanc, qui faisoient
uneffetmervei lleux, lesdqeuelles
furent allumées le soi
leur arrivée & le lendemain
Les Princes entendirentVespres
le Dimanche 17. à la Sainte
Chapelle. Elleestoit tenduë dl
verdure depuis le haut , ce que produisoituntres-agreableeffet
Ils y furent
receusà laporte pa
i
le Doyen accompagné de tous
les Chanoines, lequel a p rés
leur avoir presenté l'eau benîte une harrangue, les Vespres
furent chantées partie en Musique
,
de laquelle les Princes
parurent contens, & partie en
plain chant & faux bourdon. A
l'issuë des Vespres les Princes
allerent adorer la Sainte Hostie
qu'un Juif perça de plusieurs
coups de canif. On y voit encore
le Sang qui en sortit. Au
dessusestlaCouronne de Louis
XI qu'il donna exprés pour
mettre au dessus de cette Hostie.
Les Peres C hartreux de la
Ville de Dijon s'estoientflattez
que Messeigneurs les Princes
croient voir leur Maisonà cause
des tombeaux magnifiques des
Ducs de Bourgognequi reposent
dans leurEglise, &ils avoientmême
preparé une tres-belle collation;
mais le peu de temps que
ces Princes resterent à Dijon fut
cause qu'ils n'y allerent pas > ces
Religieux en furent tres mortifiez,
& firent porter toute la
collation aux pauvres del'Hôpital.
Les Princes ayant oÜy
Vespres
revinrent chez eux. Monseigneur
le Duc de Bourgogne
écrivit pendant quelque temps,
aprés quov il joua jusqu'au soulp'eemr
pqrueissneemfeunttqpuas'iblienlong, caravoit
de se
rendre à la Cour luy fit
desirer
de se coucher de bonne heurepour
partir le lendemain de
grandmatin. LesPrinces aprés
leur
leur souper vinrent par l'ApartementdeMonseigneur
le Duc
de Berry sur une terrasse qu'on
avoi t dressée, & pour y entrer
on avoit fait percer une mur ille
du Logis du Royquiregarde du
costé de laPlaceRoyale. Il ell:
bon de vous apprendre que le
corps du Bâtimentoù estoitl'Aparternent
de Monseigneur le
Duc de Berry,&quel'on appelle,
vulgairement le corps de
Logis de Rocroy, parce qu'il
fut bâtyquelque temps aprés la
bataille de Rocroy, gagnée par
défunt Monsieur le Prince, doit
estre abatu pour laisservoir une
grande face de Bâtiment qui effc
derriere. Ce Corps de Logis n'a
aucune veuë sur la Place Royale,
& laterrasse qui doit régnercouc
le long de cette Place du costé
du Logis du Roy manquoit justement
à l'endroit oùestsitué
ce Corps de Logis,parce qu'on
attend qu'il soit abbattu pour
continüercette terrasse. C'est
pourquoy on y avoit fait construire
un Balcon de Charpente
qui faisoit la continuation de la
Galerie qui doit regner le long
de la face de cet Hôtel, & pour
yentrer on avoit percé le mur i de ce Corps de Logis par le milieu
, où l'on avoitfaitune Porte
vitrée. Le reste de la muraille
estoit peint en couleur de brique
& de pierre de taille, & au
dessus de la porte on avoit mis
les armes de Monseigneur le
Duc de Bourgogne. L'apuy de i
cette terrasseestoit tout couvert
de ta pis, & dans le milieu il y
en avoit un de velours cramoisi,
quiestoit le lieu d'où les Princes
devoient voir le feu. Les Magistrats
le trouverent sur cette
terrasse, tôt le Maire presenta
deux flambeaux de cire blanche
aux Princes, qui mirent euxmes
le feu à une fusée qui devoit
le mettreà tout l'artifice. Cela
futfort bien executé.Si-tost que
cette fusée fut allumée, elle
partit en glissant le long d'une
corde qui estoit attachée à l'un
des coins de la place, & mit le
feu à tout l'artifice. On vit presqueen
un instant toute cette place
en feu. Cela dura prés d'une
demi-heure, & il partit plusieurs
fusées volantes du milieu
de la place qui firent un tres-bel
effet. Tout l'artifice qui futtir
ne fit pas seulement beaucoup
de plaisir a voir, mais toute l
décoration en paruttres-agreafoie.
Il faut s'imaginer la place
&le College des quatreNation
avecunebalustrade tout au touj
au dessus. Hors le feu d'artifice
tout estoiten partie sur la corniche;
le reste estoit sur la balu
ilrade3 ce quifaisoit deux rangs
Audessus de la cornichependoient
des festons qui foute*
noient les armoiries de France
8c de Bourgogne,lede
des portes estoit orné -d3.eblêmes.
D'abord que le feu si
finy. Messeigneurs lesPrinces
retirerent chacun dans leur -
partement & se coucherent
l'ordre fut donné pour part!
lteilenndem.ain à six heures du ma- Un peu avant qu'on tirât ce
feu tous les Officiers de la milice
bourgeoise s'assemblerent au son
des Tambours & des Hautbois,
6c marcherent en bon ordre, la
pertuisanne à la main devant le
Logis où estoient lesPrinces où. ilslerangerent.Ilsy demeurerent
jusqu'àcequele feu fût fini.
Cependant on avoitilluminé le
Portail de l'Eglise S. Michel
qui fait face à l'une des ruës qui
aboutissent à la Place Royale, 6c
cePortail qui est d'une ftriïcUire
admirable parossoit tout en feu.
Ce ne furent que réjoüissances
par toute la Ville On voyoit des
tables par les ruës où l'on buvoit
à la santé du Roy, de Monseignenr
le Dauphin & de Messeigneurs
les Princes. On invitoit
les passans à faire la même
chose, & ces santez eitoienc
beuës avec des marques inconcevables
de joye.
Les presens deMrs de Ville,
furent plusieursboëttesremplies
de diverses confitures qu'on fait
à Dijon & qu'on ne voit point
ailleurs. Ce font des moyeux 6c
de l'épine vinette On v joignit
quantité de bouteilles du meilleur
Vin que l'on pû trouver.
Le Lundi 18. tout se trouva prest
pour partir à l'heure ordonnée.
«
Monseigneur le Duc de Bourgognequi
avoituneempressement
extraordinaire de revenir à la
Cour avoit entendu la Méfie à
six heures sonantes. Il y avoit
trente chevaux de poste, preparez
tant pour sa chaise que pour
sa suite. Monseigneur le Duc de
Berry voulut le voir monter, ce
qu'il fit à la porte Guillaume,
qui est la porte du costé du chemin
de Paris. Les Princes allerent
en carosse jusqu'à cette porte
où l'on fit arrester
,
&ce futlà
qu'ils separerent Monseigneur
le Duc de Bourgogne
monta dans sa chaise de poste &
Monseigneur le Duc de Berry
rentra dans son carosse. Ils partirent
en même temps, mais bientost
Monseigneur le Duc de
Berry perdit de vue Monseigneur
son frere
,
qui alloit portedans en le dessein d'estre à
Versailles le Mercredy 20. dii
même mois à midy.
Mr Ferrand Intendant suivi
Monseigneur le. Duc de Berry
dans soncarosse à- six chevaux
pour aller jusqu'à Auxerre, &
pendant toute cette route iltint
les mêmestables qu'il aroït te-9
nuës depuisMâcon. 1 Monseigneur leDucdeBourgogne
dîna ciChinceatil,& coucha
à Noyers, où M* le Maré-
-
chal de Noaillesluydonna à fou
& le lendemain àdînerà Pif
ru. Le 19.il coucha à -Sens
&le 20. à VersaillesIlfaloi
avoir pris d'aussi grandes précau
tions que celle que la prudence
fait prendre à ce Maréchaldans
toutes fortes de rencontres, ou
il en a besoin, pour pouvoir
donner plusieurs repas de ibiri
à un aussi grand Prince , en CQUi
rant la poste.
Monseigneur le Duc deBerry
dînaauVal Sufon, 8ccopchaà
Chanceauxle même jour que
Monseigneur le Duc de Bourgogne
partit de Dijon. Il paiiarn au
pied de Talent, autrefoisCapitale
, & ancien sejour des Ducs
de Bourgogne. Ce lieu joüit encore
aujourd'huy de quelquesunes
de ses prérogatives, parce
son Maire précede dans l'Assembléedes
Etats, ceux des autres
Villes de la Province. On y conserve
une Image miraculeusede
la Vierge, qu'on pretend estre
de la main de Saint Luc, &avoir
esté envoyée par un Pape à un
Duc de Bourgogne.MrCaillet,
Bache lier de Sorbonne& ancien
Theologal de Mets, Curé de
Talent, >, pritsoinde fairepréparer
au pied de lamontagne, un
spectacle pour di vertir Monseigneur
leDuc de Berry. LaBourgeoisie
fous les armes receut ce
Prince, qui fit arrester son carrosse
pour se ra fraîc hir au prés
d'une fontaine de vin, qui paroissoit
gardée par quelques
figures habillées de verdure,
avec un bonnet à la Siamoise,
aussi couvert de verdure. La vûë
de ces Statuës grotesques donna
beaucoup de plaisir à ce Prince.
Le Curé le
harangua, & eut
l'honneur de luy presenter les
Vers suivans. .1 J
SERENISSIMO PRINCIPI,
Talentum,antiquam Ducum
BurgundorumSedem pretericolanti,
Civitas Talentina.
ttobilitas exefafumus yfuntnomeny
honor(JIJ At , non urbisopes : hinctibipauca
damus.
Accipe pauca tamcn>Princeps3 nec
fperneferentes
y Non /prévitVetuloe, quantulacumque
Deus.
Monseigneur le Duc de Berry
entendit le lendemain la Melrcà
l'Eglise Paroissiale de Chanceaux
-%
où il fut reçû par Mr
l'Abbé de la Roquette
, cette
Eglise estant encore du Diocese
d'Autun. CetAbbé avoiteusoin
d'assembler des environs une
vingtaine d'Ecclesiastiques à la
teste desquels il luy presenta
l'Eau beniste. Ce Prince partit
de ce lieu à neu f heures du matin
,
& difna à Villeneuve,d'où
ayant esté à Montbar
,
il continuéIrsa
route,& arri'v-aà'AAuxerre
le Jeudy 11. à trois heures aprés
midy.. Un. grosEscadron dejeune
gens des plus considerables
du pays tous avec des plumets ,
& fortlestement vestus,alla l'attendre
en ordre de.bataille à une
lieuë & demie de la Ville
, ou
MrMartineau de Soulleinne,un
des principaux Chefs, le complimenta
à la
-
portiere de son
Carosse, & luy offrit le service
de tous ces jeunes Cavaliers. U
dit qu'on voyoit briller en ce jeune
Prince les plus pures grâces de la
nature5qiïil estoit fait pour estre
autayit aiméquadmireçarjes heureuses
inclinations ; que sa figeffe
prcm.!turÙ 0" .(C.i florissantes vertus
faisoient honneur àson âges 6" que
exempt de pa/lions, il ne marquoit
estre jeune que par ces agremens> &
par(es années5 queson aimable pveofènce
mettoit dans les caurs toute fcf
time ,
& tout /'attachementimaginable
pour sapersonne, & que leur
fang qu'ils fehtoient bouillir dans
leurs veines par de. vifs transports
d'ardeur poursa zloire., estoitcomme
impatient de se répandrefous sa ordres
dans une guerrefufeitee par Servie
de quelquespuissances voisines
jalouses de L'élévation d'un auguste
frerea w, Trbne dû àsanaissance.,
,y a mérité.
Ce compliment parut agreable
à Monseigneur le Duc de Berry
au-icil que l'offre qu'on luy
fit du service des jeunes Cavaliers
du pays. Ils remercia Mr
Martineau de Sou lleinne
,
de son
zele, & luy fit l'honneur de luy
dire qu'illuy estoitobligé de la bonne
volonté desaCompagnie de Cavalerie
, laquelle defilaensuite
en escortant son Carosse l'épée
haute, en troupe reglée
, &
aguerrie. Hors de la Porte de la
Ville Mr Baudesson Maire perpetuel
d'Auxerre à la teste du
Corps de Ville, fit une tres-belle
Harangue qui luy attira des a pplaudissemens
de tous ceux qui
l'entendirent. Ce fut par ses
soins, & parsa vigilante activité
que les ruës par Iefquelles passa
Monseigneur le Duc de Berry
furent tapissées, & fort proprement
décorées, Se bordées de
deux hayes de Bourgeois dont
les armes estoient uniformes, ainsi que les chapeaux bordez de
galon d'or & d'argent. Audessus
de troisArcs de triomphe construits
en differens endroits de la
j,Ville
,
& remplis de divers ori-iemens,
& de plusieurs devises, on
avoit placé des Choeurs de Mu-
"iîque avoc une Simphonie à laquelle
rien ne manqua. La façade
de 1 Hostel de Ville estoit
otrnée de deux Amphiteatres en Portiques qui furent trouvez de
Jbongouft. Les Portraits de la famille
Royale environnez de Fe.
stons, estoient fous un Dais fort
élevé. Plusbasestoit peint un
I -
- grand Soleil, au deflous duquelquatreautres
moindres paroissoient
dans un nuage d'où
sortoit la fou dre avec l'Arc-en-
Ciel. Les Vers suivans étoient
au dessus. )
Le Roy comme un Soleilsepeint en
Monfieigneur, Monfèigncur en ses fils, gp tous
FTaifieacnomtrsmorertuienrl'TIuorninsredrur,efNieind:ela; Ils agssurenut lafaeixparrlefrfroey de l.a*, Sur le Perron de l'Hostel de
Ville jalissoient en l'air plusieurs
fontaines de vin:
Monseigneur le Duc de Berry
ne passer en reveuë dans la Cour
du PalaisEpiscopal toute îaBour-jj
geofie qui luy parut en bon ordre,&
fortbiendisciplinée.Il
1oiici la compagnie particuliere
du Maire vestuëd'habits uniforformes
qui estoit fort nombreuse,
6: pouvoit passer pour belle. Les
Eschevinsaccompagnez des Officicrs
de Ville ayant le Maire à
leur teste
>
presenterent quelques
fruits du pays à Monseigneur
le Duc de Berry. Ensuite
lePresidialle harangua. Monsieur
le President Marrie de Fortbois
porta la parole. Sur le soir
,
les
réjoüissances redoublerent dans
les ruës
,
illuminées de lanternes
>
de flambeaux & de lurnieres
vives. Le Palais Episcopal
sur tout estoitéclairé d'un si
grand nombre de lampes
, que le
jour ne rend pas plus de clarté.
Le Prince, aprèssonsoupé, vit
tirer un tres beau feu d'artifice,
* La constructionenestoit noble,
il n'y avoit rien de confus ny
d'embarassé, & tout y paroissoit
grand. Sur neuf grossescolomnes
s'élevoient quatre grandes piramides,
chacune sur son piedestal,
au milieu desquelles estoit posé
un grand obelifqne
,
& à sa cime
unSoleil, le tout fermé d'une
grande balustrade
,
qui renfermoit
quantité de boëtes.Les fufées
de ce feu furent trouvées
tres-belles. Plusieurs Soleils jetterent
en tournant un nombre
infini d'étincelles
»
& diverses
gerbes pousserent en l'air une
pluye de feu, qui fit un effet
tres-agreable; mais sur tout ce
que les Artificiers appellent Roses
d'or 6"w d'argent, plut fort aux
Spectateurs. Enfin, quatre foudroyantes
lanternes, remplies
de diverses sortes d'artifices, finirent
le spectacle
,
& dissipe*
rent la foule par un fracas éclatant.
Ce feu avoit esté allumé
par Monseigneur le Duc de
Berry, qui parut tres-content
<lu plaisir qu'il luy donna,ainsiqu'à
toute l'assemblée.
Le lendemain zt: les Peres Jefuites
du College d'Auxerre presenterent
de tres-beaux Vers à
ce Prince. Il alla à la Messe à
l'Eglise Cathedrale, & fut à reçu la Porte par Mr l'Evêque d'Auxerre
revestu de ses habits Pontificaux
à la teste de son Clergé
enChappes. Ce sçavant & pieux
Prelat fit un Discours aussi ingenoeLlX
qu'éloquent
, & fit voir
que Monseigneur le Duc de
Berry estoit un des plus beaux
fleurons de la CouronneLesmanieres
affables & genereuses de
ce Prelatluy auroient en cette
occasion attirél'amitié, & même
la veneration de toute la Cour
de Monseigneur le Duc de Berry
, si ces rares vertus ne luy
avoient pas depuis longtemps acquisuneestime
generale. Monseigneur
le Duc de Berry, aprés
avoir marqué sa surprise de la
prodigieuse taille de S. Christophe
,
qui estl au moins une fois
plus gros que celuy de Nostre-
Dame de Paris, monta en carosse
pour se rendre à Joigny , &
trouva dans le même ordre qu'à
son arrivée la Bourgeoisie fous «
les armes, le Maire avec les i
Magistrats à la porredelaVille,
& plus loinlemême Escadron
de Jeunesse dont ce Prince avoit
paru fort atisfait en arrivant.
Lezele&lafidelitéestant des
vertus naturelles aux Auxerrois,
on ne doit pas sétonner si leur
joye a esté aussi vive qu'éclatante
,
&sisur cet articlequi ne dépendoit
que d'eux-mêmes, & de
leur coeur, ils n'ont cedé à aucune
des Villes par lesquelles
les Princes ont passé, & si les cris
de Vive le Roy avec tous les accompagnemens
que demande la
joye la plus sensible,nont point
discontinué pendant que Monseigneur
le Duc de Berry a esté
àAuxerre. Ce Prince arriva à Joigny le
22.Avril. Toutela jeunessede
laVille allaaudevant luy à
trois lieuës, bien montée, bien
équipée, uniforme, en chapeaux
bordez d'argent, cravates noires,
coquardes blanches,&gands
blancs Cette troupeestoitnombreufe
& choisie Le reste des
habitans se tint hors la porte de
la Ville par où le Princedevoit
entrer. C'estlà qu'il sur d'abord
complimenté par le Maire qui
parla à la teste des Echevins &
de tout leCorpsdeVille. Mon-'
seigneur le Duc de Berry alla
droit au Château
,
où Madame1
la Duchesse de Lesdiguieres à
qui cette belle terreappartient
avoitdonné des ordres dignes
du Prince & dignes d'elle. Sitostqu'ilfutarrivé
au Château, Mr
Gaultieraccompagné de Mrs de j J
l'a Brulerie &: Château, L ieutenans
Civil & Criminel furent
introduits dans les formes ordinairesavec
tout les Officiers de
Justice qui formoient un corps
allez considerable.Mr le Presi-.
dent Gaultier porta la parole ,
& prononça un discours qui fut
extremement aprouvé Chacun
s'aquittaà l'envi de son devoir,
& le peuple secondace zele par
des Festes & des réjouissances
quidurerent toute la nuit.Voicy
une des harangues dont je
viens de parlerCeluy qui la prononça
ne sçavoit pas que Mon..
seigneur le Duc de Berry cou.-
cheroic à Sens.
:MVNSEJGNEVR
,9
CV/f icy comme le terme de cette
courft ghrieufe que vous 'venez de
plire. Ccft icy quelle finit, ou c'cft
icy du moins que se terminent ces
Fesses&cesréjoiiiffinces publiques,
qui vous ont fait voir à découvert
dans toutes les différentes Provinces
de ce vasse Royaume, l'amour &le
zglede tous les Peuples pour leur invincible
Monarque, & poursa dignepofierité.
Quevousdirons-nous
fyfon/eigneur, qui réponde dignement
À l'honneur que nous avons de vous
recevoirdans cette Ville3 & à toute
l'idce que notis avuns de. vous lA
7iapartient qu'aux Homeres dd
louer desAchiles, & aux Maifirei
de lEloquencedefaire l'éloge des
héros,
Heros. Tant de grands Maijires
de cet Art vons ont peint les vertus
du Roy & les vojlres) que nous ne
nous aviseronspas d'ajouternosfoibles
traits à des peintures at,
dies. D'ailleuys
,
Monsigneur^ que
pourions-nous voui apprendredes
grandesqUdlitezdu Roy& desmerveillesdeson
regne, quevous nefachiezmieux
& que vousne veye de
plus prés que nous, Vous trouverez,
en villes même lesprincipes detout
ce qu'il efl. Son Sang ell la farce
de ses vertus (J- de sagloirej & nous
reconnoiffom &sa gloire &sesvertus
danstûteslesportionsde luv.-même;
&pour le dire en un mot3 nous le
reconnoiffans luy-meme partoutoà il
- reconnaît son Sang,yojîre Augufle
lyere dit aIsez ce que vaut un Fil
de Louis le Grand, &l£[pa/rned
la France viennent de dévoiler a.vos
yeux toute l'idée que donnent d'eux
dans l'âge le moins avancetous lei
Princes qui peuvent appellerLoua
.le Grand leur Pere. ileflle bonhem
defis Peuples & laterreur deses en. nemissadgne ppfteritê ajfurt
à la n istre dans un long avenir, que
nos neveux ne ferontpas moins heureux
que ns enfans
,
& que nousmêmes.
|
La Compagnie des Chevalier;
de la Butte composée de gen
fort lestes &: fort bien faits, qu
avoit esté audevant de Monsei.-
gneurle Ducde Berry aussi bie
que la jeunesse de la Ville re
conduisit ce Prince hors les por
tes, & ces Chevaliers furen
charmez de la maniere dont i
leur parla,leur ayant fait l'hop
m
ineur de leur dire, que s'ilavoit
Ifait un plus. long séjour à Joigny
i il , auroit pris p-art à leurs jeux.
Monseigneur le Duc de Berry
arrivaà Sens le Samedy 13.Avril.
La Marechausséehabillée 6c
équipée magnifiquement, alla au
devant de luy à une lieuë & demie.
La principale Noblesse des
environs &; l'élite de la jeunesse
-
de laVilletres-bienmontée&
jau nombre de deux cens, (e crqllrverent
vers le Villagede Rofoy,
&gnercommencerent à accompa- ce Prince. Mr Couste Seigneur
de Bracy
,
ancien Capi[
taine dans le Regiment deThian- tges,estoit à leur tesse. , Monseigneur le Duc de Berrv
| fit son entrée par la porte Comrmune
, la principale de la Ville,
où il fut harangué par Marulla
Seigneur de S. Clement Mair
de la Ville, accompagné de
Echevins, depuis le Pont Bruar
qui en est à un quart delieuë
jusqu'au Palais Archiepiscopal
oùlogea ce Prince.Plus de dou
ze cens Bourgeois en armes oc
cu poientlesdeux costez en qui
tre differentesCompagnies,com
poséesdeplusieurs dixaines qu
commandoient les princi paux d
la Ville Ce Princes alla d'abor
à l'Eglise Metropoliraine
,
]
plus ancienne des Gaules,& qi
montre l'antiquité decetteVill<
dont il est parlé dans les Hill:o
res les plus reculées
,
sur tou
dans l' Hii^ore Romaine où le
voit que les fameux Senono
porterent la terreur deleurs au
mes dans toutes les parties du
- monde. Leur intrepidité se fit
connoistre particulièrementdans
la prisede Romemême. Ce qu'ils
firent aux Romains dans le Capitole,
a fait dire a Stace Se.l/Onumfuriaslatioe
sencére cohortes.
* Mr l'A rchevesquehabillé Pontificaletnent,
reCllt ce Prince à
la teste de son Chapitre, & luy
fit un compliment des plus justes.
Ensuite il fut conduit à son Palais
où Mr VezouSeigneur de la-
Cavallerie 6c de Majurat
, President
6cLieutenant^,pfneral du
Bailliage& Presidial ,introdu i t.
par Mr des Granges Maistre des
: Ceremonies, le harangua a la
testede la Compagnie. Enfui te
Mr Boursier President, à la teste
de.l'ElectionluyfieleComplimeilt
qui fuit. Quoy qu'il ayr
soixante & seize ans, il le prononça
avec une vigueur, & une
presenced'esprit qui le firent admi
rer de tout ceux qui l'enten
dirent. -
M02VSE/GNEVR>
C'est un fyeBcicle anifjt doux que
charmant ci des Peuples de connoifire
& de voir les Princes qui les corn*
mandent (;;' qui les gouvernent. il
Tïieferhbleappercevoir dans ces Princés
de grandssentimens de plaisir&
de fatisfaHion de voir ces mêmes
Peuples tout occupez du foin de les
ddmirer & de leur plaire, & d'entëndre
ces acclamationssitouchantes,
cescrisdejoye pouffez^parunfond ni,1-
puifable de tendresse aujjiJîncere que
refyeïlue.ifc
:
c-; dcftnlirICi mouvemens
affectueux d'une infinitédecoeurs
qui s'empressént à leur rendre leurs
hommages.
Louis le Grand dont on ne. peut
entreprendrel'éloge sans temeriré &
devantqui toute la terre doit se tenir
en silence & en admiration) comme
Pétriture le dit du Grand Alexandre,
?te s'efi pas contentépendant laguerre,
demiere de couvrir ses Sujets de son
bouclier impenetra-bie,d, de repousserses
ennemis dtt-delâ de leurs propres
limites avecsonèpée triomphante
3
il a voulu encore que votis ayee,
p4rcourules plus belles Provinces de,
son Royaume pour nous.faire voir les
Héros qui doivent nous gouverner >
6' à ses Peuples laconfiance & la
fecuritéou ils doivent estre, fous desi
grands Princes& deJipuiflaru Protecteurs,
Apeineavons nousappris> AfonfeignenT,
que comme un Afire bienfaisant,
vous d?viezj)aroifirefurnutre
horizon&répandresur nous vos
,
pandre sur t,os
favorables
3
regards que nos dejirs
volant au devant de vous ont precedé
voflre arrivée. Nos voeux vousjiÚ..
vront longtemps aprèsvoflredépart,
6"il nous efi impo.ffîble tft/xprimerla
joye que nous rejlentons de vous voir ¿. de vous posseder.
Heureux Peuples de pouvoiraimer
un sigrand Prince sans mesure,
&le loiier sans excès Formé duplus
,
noble fang des Héros, illuf&irreeF.Fiillss de
Monseigneur le Dauphin, dont la
conferuatton efifiprecieufe&sicbere
à la France, Petit- Fils de Louis
le Grdnd) Eleve de l'un e- de l'autre
, vous n'etttendezpaf le nombre
des années pour montrer que vous
elles héritier des vertus héroïques de
ces deuxg(rands Princes, & quevous
jfid¡vnesdz(eta'uivnrc les heureuses impref-
& de tdutre; comme la
fl-che fuit le mouvement de la main
dwt elle eflpartie. Toute l'l::,'urope efl
infirmée, Afonfeiçneitr, de vos admiribles
qualité^&dins toute la
France
,
chacun danssafamillese
fait un plaisir fenfihle de s'entreteniy
de vfl^eyrandcoeur>delavivacité&
de lajufleffe de voflre esprit &
de voflre parfait mérite. Veuille le
(JJel, Monfèlgneut, continuer toujours
de 'uerfèr ses bened'Flions &fis
grâces survoflre auguflePersonne,&
faireque vosgrandescharitables *'
^allions& vos prosper?tenaillent intfnimentau
delà de nosesperances.
* Cemot decharitablesactions,
a rapport à la generositéque
Monseigneur le Duc de Berry
fit paroistre il y a deja quelques
années , à 1 égard d'un Officier
reformé reduit à la derniere necessité,
en faveur duquel ce jeune
Prince se privoit d'une partie
de ce qui estoitdestiné pour les
plaisirs.
Desdétachemens des quatre
Compagnie de la Bourgeosie qui
se relevoient successivement
)
firent
garde jour & nuit devant
& dedans le Palais Archiepilcopal
; & ce Princeaprés avoir
entendu la MeflTe le lendemain
dansla ChapelledumêmePalais,
marqua beaucoup de satisfaction
de la reception magnifique qu'un
des plus grands Prelats & des
--"'c modestes de l'Eglise Iti,, Avoit
faite, & de la joye universelle
qu'il avoitveuë repanduë
sur tous les visages dans un lieu
où sa presence avoit attiré une
infinité de personnes des environs.
La Cavaleriela Mareschausséequi
avoient estéau devant de
luy
, ne purent l'accompagner
qu'une demi-lieuëàson départ,
ce Prince ayant pris la Poste
pour se rendre plustost à Verfailles.
Ceux qui ont pris foin de compter
combien on a fait de lieuës
pendant ee voyage,trouveront
que le nombre va audelà de
quatre cent cinquante. Ilnes'est
jamais vû que pendant unvoyage
de cinqniois durant une aussi
longue route, on ait tous les
jours regalé des Princes par des
Festes nouvelles &magnifiqlICS;
mais ce n'est qu'en France qu'un
peutvoirde pareilles choses.
Vous pouvez avoir veu diverses
relations de la visitequelePapea
rendu le mois passéà la Reine
doüairiere dePologne;mais je fuis
fort seur que vous n'en avez veu
aucune où le détail en soit assisi
bien marqué, qu'ilest dans la,'
Lettre que vous allez lire,
De Rome ce 10. May 170T. 1Eudydernierjour de ïA'(cen[îqn^
) Le Papeayant esle le matin a
S. Jean de Zatran vint dîner "t.
Montecavallo,d'où a quatre 1 4,OntccdV:lUO) ou a !lClae>
afres midy il vint rendre vijitça la*
Reine Doü"ÚrÍere de Pologne, avec
laquelle il demeurauneheure& trois
quarts en conversation. ilfit cette
visiteavectout l'éclat,toute la dijtinffion,&
toute lafuitequ*unPape
peut avoir, il efloitsuivyde toutela
Prelature, de toute la JSfobLcjjc de
Rome, eI/' de [es deux Compagnies
d: ChevauxLevers& de CuiraJJiers.
Ilefloit en chaise aporteurssuivyAe
deux littiercs& d'un carosse à six
chevaux: letvut de 'uel..ttrs cram-ijï
en broderie d'or, La Reine,lorfqifon
luy vint dire que le Pape efloitforty
de Montecavallo, decenditavecun
nombreux cortege de Dames, & de
Cavaliers dans les Apartemens kas
de son Palais
, pour estreplus à portée
£aller recevoir Sa SainteleM En
effet lePapeapprochant, cette
JPrinceffe firtit de l'Apartément
alla asa rencontre jusques fou* le
ceintreousur lepas de la grande Porte
de larue.Alors la chaises'efiant
ouverte par dcffus 6" pardevant
,
la
Reine haisa les pieds du pape, &
ensuite lamain; après quoy le Pape
fortitdesichaise &mont.isurtefca„
lier à pied avecla Reine qui ltt¡t donna
la droite[ans qu'on pQrt.I,¡!I"l rjbe
de S. M. ny qtfaucun Chevalier
d'honneurluy donnaifla mun. Ils
entrerent ainsi dans /'Appartement
d'audiencefort richement meuble. Sous
le dais dans laplace d honneur il y
avoit un fauteiiil à la droite duquel
efioit un pliant&kgauche trois carreaux
funsur l'autre.Sais le fauteuil
fiaitunepetite estradepardiffus:
a grande) & le marchepied étoit
couvert de velours cramoijï. Auf
fitofl que le Pape sist sosis le dais.
Avantque de s'asseoirS. S. commanda
qu'on aportafi unfauteuil pour la
Reine, mais il fut inférieur à celuy
qui efloitfous le dais. Pendant la
conversation ily eut dans deuxSalles
voisines des rafraiebiffemens pour
toute la fuite
,
Eau'ésfraiches de toutes
fortes3 Chocolat, T;Jé, lriny
Caffej avec des bifeuits. On donna,
aux Suiffes du Pape j qui danscette
occasïons'essaient emparcade laG-it.
de du Palais vingt-quatrejambons,
ftx fro:nages de , Parme[an pesant
l" -'" rI., cinquante livreschacun, (j>fix barils
de vin que douzc faquins portèrent
dans leur logement.
Aprés ce long teste-à-tesse, on fit
entrer les Dames de la fuite de S. M.
qui baiserent lespieds du Pape,&
cette ceremonie achevée, onle leva.
Au sortir de /'Apartement3 â la
Porte duquel le Papravoit ordonné
luesachaisese onner trouvast, peurnepas à la Reine la peine ae té!Ccompagnerjufquoù
elle l'avoit receu, Il entra dans sa chaise, dont S M.
ferma la partej &faisant encore
quelquepaspeursuivre la chaise S S.
lapr:a de rentrer, (y* sa vjÚcjÙÚt
de cette maniéré. -, Papielenan'iytfa-apoitint d'exemp 'e qr/un
unehlongueny d'un
-
P,-ipe en i i iunny d ii ~i si nombreux (ortege. Quatre ou cinq
Souverains Pontifes ont cjte voir la
Reine de Suede, mais leur vifte ;-
toit d'un quart d'heure avec peu de
monde & toujours par orcajion ; ils
envoyoient dire à cette Reine
,
qum
allantou revenant de .y~
ou ils avaient devot/on) ils noient
chezs elle, mais avec peu de fuite.
Ccltiy-cy ne veuhtpasfeulemententter
dans l'Eglise des SS.,Appflres,
ou le Saint Sacrement efloitexposé
quoyque cette Eglisefutvis-à-vis du
palais
x
& il repondit à ceux qui
(enavertirent quitejlo'it forti expféspQurvoirlaReyne.
J'oubliay de vous dire le mois
dernier que le jour de l'Entrée
publique du Roy d'Espagne
,
les
femmes du premier rang, & les
plusqualifiées,prirent 1 un cordon
bleude la mêmefigure que
celuydel'Ordre du S Esprit-
Elles l'avoientbordé de perles
&dediamqns,&elles avoieriç
attaché au bout au lieu dela
Croix de cet Ordre, des Croix
de Malte,ou d'autres medailles
qui faisoient à peu prés le même
effet.
Ondonna quelques jours après*,
un Combat de Taureaux dans
la Place de laMaison Royale du
Bue-n Retiro. La pluye troubla
un peu cette Feste. Sa Majesté
Catholique Voyant un Taureau
plus furieux que les autres ,
demanda
un Fusil
, tira sur luy, &
le tua sur la place, luy ayant
mis une bale dans le coeur.
Sa Majesté C. tira un' second
coup surautre Taureau qui allatomber
à dix pas. Les bâtes Iity
avoient traversé la teste d'nneJ
oreille à : l'autre. La Cour ScZIyAlliance
de la Sagesse avec la
leuneflê,Idille,Pourejqrechantée
devant Meffeïgnenrs les Princes.5 ;.
Harangue faite au Roy cfEfagne
pariVfr/'Evèqued'Aire,
Haranguefaiteparlememeà XfonjeigneurleDucdeBourgogne.
27
ÏÏivers ouvrages preftntt!'{. au. Roy
ÂEfpagneefiantencoremFrari*
ce. 19
Harangue faite à Monfeignenrh
dDucjee BVourgoigane3npar-y}Ax.FAbbè
Diversespiecesadresseés duRoydtEJjMgne>
a Monfeigneur-le Douphin
,
& à Monseigneur le DuedeBeriy.
4j
Compliment des Psres Jesuites de
Dauphmé à Monseigneur le Duc
,
deBourgogne. 51
E-xplication des sept miracles de Dauphiné, avec autant de Devises
sur ces miracles appliquées au
Roy,à. S. M. Catholique, &. à
VlmfeigneurleDauphin.<9
Ode presentèea}Ae([eigneursles
Ptificespendant leursejour à -Avignon} &trouvéeparfaite-
* ment belle. 79
Jnfcriptionquiefioit suruneFontaine
de vin à M'Jrans.. 86
Suitedu YoyagedeMrflèigneursles
¥Tintes. Ce .Journal commence à
Zion & ifnit a Verfaillcs.Ony
voit une partie des Harangues
qui fourontesièfaites ,
les deftriptions
des Troupes
,
des Arcs de
Triomphe, des Feux d'Artifices,
& des différentes Fesses qui leur
ont esiè données, des descriptions
des lieux particuliers où ces Princes
ont esiè dans toutes les Villes,
où ils ontpajje3 ce qu'ilsyont vù
de curieux, les ouvrages qui leur
ontestépresent!z, &diverfesautres
choses dont le détail feroit
trop long dans une Table. 8j
Détail curieux de ce qui fefi pajJé
à la vijite que le Pape a renduë
à la Reine Douairiere de Vologne.
348
Galanterie des Dames Espagnoles.
:V\Jf1L1.1
PÆW ~1,1 eut,Ile~~7aet"",~ Jl:
DEDIE'A MONSEIGNEUR
A PARIS,
~ON donnera toûjours un ~Volum
nouveau du Mercure Galant ICI
premier jour de chaque mois, & on io
vendra trente sols relié en Veau, &
vingt-cinq fols en Parchemin.
Chez MICHELBRUNET,grande
Salle du Palais, au Mercure j
Galant. ;
M. DCCI.
^ivecprivilège df* Roym--*
gm-ra"iR-C-avRElu,)1
-.
CALl\NT.
it\jMAY î7oi- %0.1
0 MME je ne me fuis
pas feulementengagé
à vous donner la fuite
de ce qui s'est passé dans le
Voyage de Messeigneurs les
-Princes, mais même à vous
envoyer quantité de Pieces,
quinem'ent pasesté~re
assez à temps, pour est
cées dans l'ordre où ell
roient dûl'estre,sije te:
receuës plûtost,je~com
parunIdillequiaesté~c
devant Messeigneurs les
ces à Toulouse. Cet ~Ou
estduPereCapistron, ~Je
Frere deMrde ~Capistroi
cretaire des Galeres, &
le Duc de Vendôme, &
les Ouvrages de ~Theatr
eu un si grand succés,
luy ont faitmeriter une
à l'Académie Françoise.
verrez par cet Idille que
toufiafme qui fait les bons
Poëtes, regne dans cette Famille.
L'A L LIANCE
DE LA SAGESSE
AVEC
LA JEUNESSE.
NEB£ , ou laDécffe de la
JeunejJe. FUYEZ, sombresChagrins,
-
accablante Tristesse,
Soins fâcheux, importuns
Soupirs,
Laissez regner les Jeux, les Ris
& les Plaisirs
Oùregnela Jeunesse.
Fuyez,sombres Chagrins, accablante
Tristesse, Soins fâcheux, importuns
Soupirs,
LeChoeur.
Fuyez, sombres Chagrins, &c.
HEBE`
J'exerce une douce puissance,
L'Univers doit a mes bienfaits
Ses plus beaux ornemens ,
les
plus charmans attraits.
1 Mon heureusepresence J Fait sans cesse l'objet des plus
ardens souhaits,
Etrmoen égloignremeenttcasuse$mil:le On ne seconsole jamais
De mon absence.
"Vn Suivantde laJeunesse.
Hebé
,
charmante Hebé ,que
vôtre empire efl
doux!
Le Choeur.
ihebé
,
charmante Hebé , que
vôtre empire est doux!
Un autre Suivant.
Les Graces ,
les Plaisirs , les
Jeux fontavec vous:
Hebé,charmante Hebé
, que
vôtre empire est doux!
Lepremier.
Que ceux qu'un destin favorable
Soumet à cet empire aimable,
Se joignent à nos voix, & disent
avec nous,
Hebé
,
charmante Hebé
) que
vôtre empire est doux!
Le fécond.
Le Printemsau retour de Flore
Fait naître dans les prezles plus
vives couleurs;
Mais rien n'est comparable
aux fleurs
Que la Jeunessefait éclore.
Le premier.
De quel éclat brille l'Aurore,
Quand sur un doux nuage ellemême
se peint?
Mais la Jeunesse sur un teint
Brille deplusd'éclat encore.
Le Choettr.,
Chantonstous,
Hebé, charmante Hebé
, que
vôtre empire efl: doux. HE B E'.
Non non, adressez cet hommage
Aux deux jeunes Heros qu'on
honore en ces lieux;
Jray fait sur eux l'agreable afjfemblage
De mes dons les plus precieux.
J'aime à voir tous les coeurs voler
sur leur passage,
Le succés de mes soins a remplimon
espoir ; Plus on les voit, & plus on
les admire j Ils font l'honneur de mon
empire:
Plus on les voit, &, plus on veut
les voir Les transp,orts que leur vûë in-
- inspire,
Me fontconnoître monpouvoir.
Vn Suivant.
Ah ! quelle douceur
,
quelle
grace
Temperel'éclat de leurs yeux!
Vn autre.
Ah! quel feu, quellenoble audace
Anime l'éclat de leurs yeux!
Lepremier.
Ah ! quelle douceur, quelle
grace
Perce le coeur d'un trait victorieux!
Lefécond.
Ah ! quel feu
,
quelle noble
1 audace
Porte l'effroychez les audacieux!
Tous deux.
Ah ! quelle douceur
,
quelle
grace 3
Ah! quel feu, quelle noble audace
Tempere l'éclat de leurs yJeux- Anune Lepremier.
En eux tout nous retrace
Le vif portrait de leurs Ayeux.
Le ftcond.
Eneux tout nous retrace
Le vif portrait du Herosglorieux,
Qu'à leur âge autrefois on a vu
dans ces lieux.
Tous deux.
Ah ! quelle douceur, quelle
grace, Ah! quel feu, quelle noble audace
,
Tempere Anime l'écl ac deeleeuurrssyyeeuuxx,,
MEBEy
La Sage/,Jsee ppaaroroit)t.. - Qui vient troubler nôtre alégresse?*
Ah ! que vois-je: C'est vous , helas!
Importune Sagesse,
Vous verrai-je toûjours attachée
à leurs pas?
Faut-il quevous veniez leur inf--
pirer sans cesse
De fuir des mes plaisirs les innoLceAnsSaApaGs?
ESSE.
r-st-ce à moy qu'il faut vous
en prendre?
Ils quittent volontiers vos Jeux
& vos Chansons
Pour écouter mes utiles leçons.
Ils sont avides de m'entendre,
Ah! que ne doit-onpas attendre
Decet heureuxempressement ?
Le grand Art de regner s'apprend
màl-aisément,
On ne peut assez-tôt commencer
à l'apprendre:
Ah! que ne doit-on pas attendre
Decet heureux empressement?
Vn suivant de la Sagcffi.
O divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Le Choeur.
O divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Un autreSuivant.
C'estàvous d'éclairer les aveugles
humains,
Sans vous ils languiroient dans
dans une nuit profonde.
Le premier. Iln'est point d'injustesdesseins
Quevostre pouvoir ne confonde.
Lefécond.
Les efforts des Mortels sont
vain
Sivostreappuyneles seconde.
Lepremier.
Vousestes necessaire à tous les
Souverains,
Comme l'Astre du jour est necessaire
au monde;
C'estàvous d'éclairer les aveugles
humains.
Le Choeur.
0 divine Sagesse,
Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
Le prëmier.
Soit dans la Paix, soit dans la
Guerre,
A vos sages conseils on doit
avoir recours.
-
Le fecond.
Qu'on feroit heureux sur la
terre
Si l'on vous consultois toujours!
-
--
Lepremier.
LeMaistremême du tonnerre
A besoin de vostre secours.
Le Choeur.
0 divine Sagesse
, Suivez pour ces Heros le zele
qui vous presse.
La Sagejfc, a Heb-é-.
Pour rendre hommage au rang
où le Ciel vous fit naistre.
Réunissez sur eux vos plus riches
presens;
Mais je dois estre
La Maistresse de leur temps.
Jrlebè.
Nous ne sçaurions regnerensemble
l'un & l'autre,
Regnons chacun à nostretour.
C'est mon temps, vous aurez levostre,
Vous me suçcederez un jour.
Regnons chacun à nostre tour.
Nous ne sçaurions regner ensem- ble l'un& l'autre.
La SaZef,e. -
Vous ne connoissez pas de quel
prix sont leurs jours,
J'en dois rendre compte à
l'Histoire,
Ah! ces joursprécieux ne feront
que trop courts,
Æ Il ne faut pas qu'un seul échape
à la memoire.
Mebé,
Vous voulez usurper mes
droits,
Quoy!n'est-ce pas pour vous une
.- assez grande gloire
D'avoir fait de LOUIS leplus
sage des Rois?
Touvjoursosensiiblexà v,ostre
Il a sçu forcer la Victoire -
De le suivre dans ses Exploits.
Son Fils,son digne Fils obéït à
vos loix.
Je vous laisse jouir d'un si grand
avantage;
Je ne m'oppose point à vos soins
assidus,
Laissez-moy disposer d'un âge
Dont tous les momens me font
dus.
Contentez-vous d'un si noble
partage,
Laissez-mov disposer d'un â<*e
Qui ne fuit que trop tost, & qui
ne revient plus.
La Saçeffe.
Vous pouvez amuier les premieres
années.
Des Princes amoureux d'unindigne
repos;
Mais je dois me hâter de former
des Heros
Dont l'Univers attend ses
destinées.
Irïebê.
Pour un si glorieux dessein
Vostre secours paroistpeunecessaire
;
Le beau feu que leur Sang allume
dans leur sein,
Lesexemplesbrillans del'Ayeul
&du Pere,
Vous laissent peu de chose à
-
faire.
Le Choeurd'ebê.
Hebé, charmante Hebé, que
vôtre empire est doux!
Les Graces ,
les Plaisirs, les
Jeux font avec vous.
Choeur de la Stgefle.
0 divine Sageflfe.,
Suivez pour ces Hérosle zele
qui vous presse.
Hëhé.
Non, vôtre zele vous séduit.
Vos foins précipitez qu'ont-ils
enfinproduit?
Etque sert aux Françoisvôtre
ardeur empressée ?
Ah! loin de leur serv ir, peutêtre
elle leur nuit;
Le Prince qu'en Espagne un heureux
sort conduit,
Va luy rendre l'éclat de sa gloire
passée;
Et d'une sagesse avancée
Des Peu ples étrangersrecüeilleront
le fruit :
Non, vôtre zele vous seduit,
LaSavejTe.
Ah! Déesse,quittez cette
injuste pensée;
1\h! Déesse, détrompez-vous,
Ces Peuples n'auront plus de
mouvemens jaloux,
Une Paix éternelle,
Une amitié fidelle
Vade leurscoeurs pourjamais
les bannir;
Une Paix éternelle
Une amitié fidelle j: Va tous deux pour jamais en- semble lesunir.
L'Espagne fous les Loix du Prince
qu'elle appelle,
De ses malheurs passez perdra le
souvenir ; Mais la France a gardédequoy semaintenir
Dans ses avantages sur Elle.
Hebè.
Nous ne pouvons nous accor»
der;
Mais laSagesse
Doitceder
A la jeunesse: -
II" est aisé de décider.
Lli-Sageffe
Nous ne pouvons nous accorder;
Mais la jeuneue'
Doitceder
AlaSagesse: Ilest aisé de décider.
Choeurs d'Hebè 6"" de la SagcJJe.
Vous ne pouvez vous accorder;
Mais la >Sagesse
A4aisla l
Jeunette
Doit céder
A la 5 JeuneÍfc-.
Saaelie
lIen: aisé dev décider.
7npttcr.
Au sujet des Héros dontlefort
m'i nteresse,
Je veux qu'à l'avenir l'une &
l'autre Déesse
Se fassent un devoir de ne les
quitter pas.
La Sagesse jusqu'à ce jour
A joui des momens marquez
pour la Jeunette:
Il faut que déformais la Jcunefle
à son tour,
JoiïifTe des momens marquez
pour la Sageifc
Uniuez-vous , en leur faveur,
Regnez toujours,Jupitervous
l'ordonne,
Vous, Jenne/le, sur leur personne,
Et vous,Sagesse) dans leur
coeur.
Le Choeur.
Unifions-nous
Unissez-vous en leur faveur:
RRRéegénngo,enzns ?tet*zo•u3jo-uJrs3
JJupiterr fnous"l l'ordonne, (vous vous
Vous, Jeunesse -
)
surleur personne,
Etvous,Sagesse> dans leur
coeur.
Voicydeux Harangues qui
>ontelle prononcées au Mont
)de Marfan, par Mt l'Evêque
bd'Aire. La premiere fut faite
eau Roy d'Espagne par ce Pre-
Bat, & la fécondé,à Monfeiineur
le Duc de Bourgogne,
gpar le même Evéque.
AUROY D'ESPAGNE
sIRE;
Je me trouvé heurcufement obligé
de rendre icy de très-humbles hommages
à V. M. au nom de mon
Diocese. Safagejfe, sa prudence &
fin application au trâvaildéssaplus
tendrejeunesse j promettaient à la
France desavantagesinfinis. Nous
e(fierionspossederseulsplusieurs Princesaccomplis
que le Ciel nous a
donneZ; mais la Divine Providence
attentive aux befomsdes Nations3
qui fiait donner des bornes aux Ccnquerans
, eli" des Rois aux Eflats,
qu'elle veut combler de ses faveurs,
vous enleve
, SIRE, à nos ejfierunas
ces. Votis alle",-fairele bonheur&
lagloirede l'EJPagne
>
tandis que
Messeigneurs vos Jllufires Freres
feront noflre bonheur & noflregloire.
Formé par L'éducation que vous
avez receuë du plus grand Roy du
monde, & encoreplus parsesexemples
, vous avezappris à regneraussi-
tot que vous avez commencéde
vivre. CeneftpO'faffezJCunRoyaume
pour lesEnfansd'un si grand
Roy. Il estjuste que celuy qui seul
a foutenutous les effortsde l'Europe,
L
forme des Princes pour la gouverner.
On élevaitautrefois lesjeunes Prin-
1 ces dans la lecture des Vies des
pgrands Rois & des Conquerans de
la Terre. V. M. tiouve dans les
exemples de notre Invincible Moc
narque, tout ce que les Livres ont
raportè de plus glorieux & de pltts
surprenant dans lantiquité. Les
Siecles à venir auroicnt peine à
croire cc que nous avons veufous fin
regne, s'i' navoit des Enfins qui
marcheront sur[es pas ,
6" rendront
croyablesses tlFfions, en les mutant.
Suivez, SIRE ,
les traces qui
vous fontmarquées. Allezjccevoir
la Couronne quivousattend: Portez^
jufqual'extrémité du mondela
gloire de voflre nom J
£> si réputation
de vos Aymés.
Sorti du ftngde Louis leGrande
vos Arméesferonttoujours victorieuses
: Mais en mêmetemps defeendant
deS. Louisleplussamt de nos
Rois) faites à son exemplerégnerla
famteté & la pietésolide dans tous
vos Efiats. Soyez aufft Saint que
vousferez, Grandjaussi humble devantDieuque
vous ferez,^puissant
surlaterre. VivezSire ; mais vivez
saintement.Regnez^Stre, ®nez".
en Conquerant. Ceferont les vaux
que je feray toute ma vie pour
V. M. avectout mon Diocese
)
tunis
les sentimens duplus profond refpecl,
d- de laplusparfaitevénération
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
M0NS IG2VEUR
Quel bonheurpour moy de recevoir
bdans mon Diocese les ïlluflres Prin..
Ts£es , qui font lefuiet de nos eeeran-
^ces.Tranquilles fous le opuvernement
d'un Roy toujours Grandj tou..
jours jujle, toujours vicioneux
, 'i nous eu-ic noui
n'avions rien à defircr que de luy
voir des Ensans
,
qui puissentimiter
ses vertus, & retracer (cs aéfions.
Noussommessurcela au comble de
nos voeux. Dieu favorable à nos
prières nous a donné des Princes
accomplis. Les Nations voijines
s'empressentapartagernotre bonheur.
Faffe le Ciel que votre puissance
s'étendeju[qu'auxextromtez^ du
mondes & que votre gloire paffe
jufquà réternité. Tous les Peuples
vous suiventpar leurs acclamations.
ils voudroient eux-mêmes vousexprimer
leurs sentimens. Je fuis aujourdhuy3Monseigneur
leur interprete.
J'ay l'honneur de vous parler
fourceux de mon Diocese
3 vous assùrant
pour eux & pour moy , que nos
refpefh
, nos vaux & notrefidelité
nefiniront jamais.
Ces deux Discours furent
écoutez avec beaucoup d'atrention
)
& tres applaudis;
quelquesSeigneursdirerarQue
haut, quece Prélatanjoit patlée'n
Evêque) 0* avec beaucoup d'on.
Rion.
-
VoicydesVers quiontauffï
eslé presenter au Roy dEfpagnependant
sa route.
AU R.OY CATHOLIQUE.
p HI LIPPE le Vrentieravoit
iecùdes Cieux
Pourfin partage la clemence.
- ,
,'
z Le fécond en obtintl.itr.itiq/nlle
p-rudence.
qui le rendit redoutable en cent
lieux.
Philippe Trois eut la pu;jfince
> Philippe Quatre laconfiance,
Du fort de tes noblesAyeuls,
Dont les Noms à l'envy brilleront
dans l'Hiqoire
, GRAND ROY,nefois pointen.
vieux.
LeFilsdu GRAND LOUIS effacera
leur gloire
Parun rare bonheur le Ciela réuni
Dans ce Heros parfaitces donsincomparables
:
Etles Heros d'un mérite infini
Dans leurs ensans produifientleurs fiemblabiés.
Par descommencemensheureux
D'ji tu si..iïs voir à la France
Ce que tu vaux, ce que tupeux;
[Déjà tu nous parois digne de ta naifsance.
Vnefage maturité
.Devance en toyle nombre des anJ
nées ;
/'adresse aux jeux guerriers, une
noblefierté,
Nous promettent qu'un jourcommendant
tes Armées)
TulfaurM disputer auxplusgrands
Generaux
1?art de vaincre ,
& durciraux plus
rudes travaux.
Prince, poursuis ta course ,&finis
ta cftrriére
,
Entreprens de paffer les Heros en valeur,
En puissance
, en bonheur.
Ceferoit pour tout autre un deffiin
téméraire ;
Itfais un Fils de Louis peutégaler
son Pere Et Louisles- , a tOlUsurmontez.en
grandeur.
AUROY D'ESPAGNE,
Sur son avenement
à la Couronne.
MADRIGAL.
QVelquebrillant que Joit le
Diademe
,
Qui foiimet à vos loix tant d'Etats
floriffansj
Il nessrien,HEUREUXPRINCE,
en cet honneur supréme,
Que vous ne meritiez dès vos plus
jeunes ans.
C'cfi moins aux droits de la naïffance
)
Que vous devez ce haut point de
grandeur,
Qîià Véclat des vertru, quadmire
en vous la France , Et etoù PEjfiagne voit dépendreson
bonheur.
Le Ciel en vous formant vous fit
pour un Empire.
Cegénie élevé, cetair Majeftueuxy
Ce coeurjtbon, si genereux ,
Ces nobles sentimens que luy flut
vous ineire
Déja depuis long-temps sembloient
vous le predire;
Lors qu'un grand Prince en connoissant
leprix,
A crû qu'il ne porevoit, prest definirsacourse
3 De son peuple allarmérassurer les
esPrits,
Quen luy donnant envous une illustre
ressource.
Messeigneurs les Princes étant àAix, Monseigneur le Duc de
Bourgogne dità Mr l'Abbé de
Viany, Prieur de l'Eglise de S.
Jean de Jerusalem
,
qu'il iroit
avec Monseigneur le Duc de
Berry visiter Ton EgliCe, & y
voir l'écendart que Mrle Grand
Maistre y avoit fait placer. Lors
que ces Princes approchèrent de
cette Egfife, toutes les cloches
sonnerent; ôcMr le Prieur de S.
Jean revêtu de son Rochet, du
Manteau, du Cordon de l'Ordre,
& de l'Etole,parut à la teste de
son Clergé à l'entréedel'Eglise,
& presenta 1eaubeniste à Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
& à Monseigneur le Duc de Berry
, & dans le même temps on
détachal'étendart qui efioit replié
au haut de la voûte, & qui
décendit dansuninstantjusqu'au
pavé de l'Eglise. Messeigneurs
les Princes s'avancerent enfuite
jusqu'au priedieu qui leur avoit
esté préparé.Ilefloit couvert
d'un tapis d'écarlate femé de
Croix de Malte5 ilss'ymirent
à genoux) & lorsqu'ils te furent
relevez après leur priere, Mr le
Prieur de S. Jean prononça le
discours qui fuit. MONSEIGNÈVR*
De toutes les Eglises de Fondation
Royale de cette Province, il
rien est point quijoit plus digne de
vosRelPeils,devotreVeneration
vos , Refpeïïs
)
devôtre Veneration)
&JiJ oje le dire
3
de votre curiositè
)
que celle du Prieure de S. Jeandû
Jerusalem de cette Vil/e.C'ejlun ancien
monument 'de la pieté des Comtes
de Provence de la Tige Royale
des Rois d'Aragon
, qui ont regné
prés de deux siecles dans cette Province.
Ce magnifique Tombeauqui
fiepresente àvosyeux, où l'ArchitectureGothiqueparoit
avec tous ses ornemens
3
confierve les Cendres d'Idel.
fions II qui commençaparjcs liberalités
ce fiaintédifice. Le même
Tombeau renferme encore les débris
de la mortalité de Berenger III.
fiameux dans Mifioire de laCroisade
contre les Albigeois) dont les actions
gênereusses lui fitent merites la
Rosed'Or, quefia Statue tientdans
fia main,ill'a reçût de celles d'Innocent
IV. dans le Concile de Lyon
pouravoircombattu dans les Guerres
idu Seigneur. Ce Bouclier suspendu
au milieu dece Tombeau
,
eflle mê-
:me avec lequelceHcrosse fiznalct
¡dans les combats.
Hic illius Arma.
Cette autre Statue à cote de cet
j4ugufieAIaufolce
,
ejtcelledeBeatrixde
Savoye son Fpoufe. Ce grand
Prince, dernier de ra race, après
avoirperdu son fils, dont vous voyez,
le Tombeau drns cette meme Chapelle
, eut le bonheur de Ltiffer quatre
filles) ou pour mieux dire quatre
Reines
,
plus Illuflres parleurme,
rite, que par t'éclat de leur Couronne;
& s'il eut le malheur de ne paf laif-
Jer la Jienne à son Fils) il eut au
moins l'avantage de voirregnerson
,.fang dans tous les Thrones de l'Europe
j & cest à cpropos qu'on peut
i
dire de ce Aragonois
t ce Prince
qu'un ancien a dit dunEmpereur
YLfpaznol.
Diademata Mundo sparsit
I bera Domus.
Marguerite eut l'honneur dejlrt
fyoufe de S. Louis.Eleonor fut
Epouse d Henry 111. Roy d'Angleterre.
Sance fut mariée à Richard
frere de ce Prince)qui fut élevé à
l'Empire, £7* ce superbe monument
qui paroit dans - cette autre Chapelle
Royale, quiforme avec cellecy
la Croix de cette Basilique,t*celuy
de Beatrix
>
Comteffi de Provencey
derniere fille de Berenger.Elie
épousa lefrere de S. Louis CharlesI.
Roy de Naples & de Sicile. Cette
Herolne, pour animersonEpoux à
la conquête de ces deux Royaumes,
vendit toutesses pierreries, & metita
parsoncourage ces deux Couronnes
la troificmc partie des dépouilles
des ennemis. C'ejl cette Aegufte
Prince/le, qui fîtachever àses
depens cette Royale Eglise
,
&qui
la dotta pourl'entretien des Ministres
qui fervent à Autel. Cet ornementfacré,
cet ctolcfemée de France
6" d'Aragon
j
est unprecieuxrcjle
des habitsRoyaux de celte courageuse
Reine. il ny a point de Tombeaux dans
le Royaume élevezà nos Rois dans
les Sieclespa/fez; qui égalent la magnificence
de ceux que vowsvoye\uy
de vosAncestres. C'eji pareux&par
leurs defeendans
, que cette belle Province
estrevenue à la Couronne. Combien
de guerresnosRois n'ont-ilsptf
soutenues poury réunir les Royaumes
de Naples &de - Sicile. Cette mer- veille estoit reservée à Louis le
GRAND, qui n'apasfeulement
retint ces deux Royaumes, difputez^
pendant deuxjieeles ; mais encore toute
la vaste Monarchie cfEfpagne plus étenduë , que L'empire Romain,
Romain, par la découverte du nouvealt
Monde. Il vient de faire ce
prodige en donnantPHILIPPEIV.
vojlreAunifie Frerepourregner dans
ce grand Empire) où le Soleiléclaire
toujours.
Quelle gloire pour noflre Grand
Monarque, de voir regnerson Sang
dans les deux Mondes. Plus heureux
que Theodose, il ne voit pas seulementsesYLnfansduhautduCielcommander
dans l'Orient&dans 1 Occident;
mais ille voit regner pendant
sa vie dans l'un & dans t'autrehemifphere.
Ec quocumque vagos fleclit Tub
Cardinc cursus
3
Natorum regna venit.
Vousregnerez^mONSEIGNEUR,
atvecvbtre illustre Pere) & Lou1S
LEGRAND>vostre Ayeul bien
>avant dans ce Steele
,
& nous admiverons
long-temps trois Augustes Têstes
sitU une meme Couronne. II ne
IUOUS en manquera pas une MON-
2SEIGNEUR, * lors que tous les
SRois de voftrc Sang reiinijjant leurs
Armies de terre & demer, vous met-
'(tront a leur teste pour aller conquerir
Ja Terre-Saintë
y
&deliver le Tomhean
de J ESUS-C HRISTcaptiffous
yesInfidelies. Cestvous> MONSEIGNEUR
yqueT)ieu destinepouraller
p~re2ndre le DDr~apeaux de nos a<n~cie<fn~..
\ies Croisades ,dont lesMahometans
\sntdressedesTrophees,
Ens'adressanta Monsei gneur
Ø Duc de Berry.
- Quel bonheut pour /'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem de pouvoir vous
Juivre dans unefifainte &ftglorieufe
entreprise ? Nostre Eminentif!ìme
Grand- Maistre semble ne preparer
des Vaisseaux que pour avoir part 4
vos conquefles. Cegrand Etenddrt).,
pris depuis peu sur un Gation Turc,
qiiilafait arborer dans cette Egltft
a voftrc arrivee
, en paroiss PAuzure,
C'est alors que cette Auguste Baflique
, ou tant de genereux Princes
s^affemblerent autrefois pour une de
nos Qroifades
3
reprendreson ancien
Itlßre. Meurcux.si aprcs vous avoir
exhorte comme mcs Devanciers exhoreerent
autrefois ces premiers Heros
Qhrefliens3jepouvoisallcr mourir
la Croix à la main dans une si
fainte guerre.Faffe le Qiel que tant
de Prophstiesanwnceespourun prinT<?
Francois ,
s'accomplijifnten vofire
Sllluflre Personne fous le regne de
ILouis LE GRAND.
Quoy que les quatre pieces
suivantes ne soient pas toutes
radressées au Roy d'Espagne, elles
luy ont esténéanmoins sentées pre- pendant sa route.
AU ROY D'ESPAGNE,
Sur son avenement
à la Couronne.
L Efyagnejusqu'icy millefois étonnée
Des projets, des vertus, des miracles
divers,
Dont Louis pour toujours a rempli
Univers, 1
Envioit des François theureufe dessinee.
LE voyant, ou LArbitre, ou le
Vainqueur des Rois,
Pour elle elle eufi voulu que le Ciel leuflfaitnaiflre :
Jvfats, Grand Prince, aujourcChuy
cherchant unsigrand Maistre
Sur vous avec ardeur elle porte son
choix.
Elle vousprendpour lUf, quellegloiresupréme!
Cesi que déjàsans doute à sesyeux
éblouis
yous montreztout Véclat desvertus
deLovis
, Et que vous choiifjfant c'est le choisir
luy-mcme,
AlleZ, &pleinement satisfaitesses
voeux.
Elle attend des exploits d'une gloire
immortelle ; Louis les fait pour nOfU) vous les
ferez^pourelle,
Etjamais elle n'eut de reçneplus heureux.
yousvoyant chaquejourremplirjon
effierance,
iQuoy !le Qieldira-t-clle avec étonnement3
.Apres avoir forme le Meros de la
France,
lEssa-t-il pu former encore un aussî
grand!
>QuelChefd'oeuvreplus prompt!par
une longue attente
Des sîecles preparoient les Heros
dautrefois;-
À tégard de Louis cette voye est
trop lente;
Son exemple 6-fonfangfont d'abord
degrands Rois!
A MONSEIGNEUR
LEDAUPHIN.
Fils d'un grand Roy, Pere d'un
grand Monarque)
A cette marque, Prince
3
qui ne connoistl'excès de
ton bonheur,
Et tout l'eclat de ta grandeur 1
La naissancet'a mis au-dessus des
Couronnes
De la plu(part des Rois,
Mais tu deviens plusgrandpar celles
que tu donnes3
Quepar ceLes que tu recois,
Jtieritierreconnu desplusgrands Rois
du monde,
Tupoavoisimpoferdesloix
A cent Peuples fameux sur la terre
&surl'onde.
Si tu n'avois cédé la moitié de tes
droits;
iQui taurait difyutè cette éclatants
gloire.7
Le Batave jaloux
3
le terrible Germain
l
Tremblantortdeta main
Etfremissant de ta victoire
Ils , ont éprouvé ta valeur;
Ils ne scauroient revenir de leur
peur3
IS'ils te voyoient encor, lairyandy la
mine jîere,
A la tesie de nos guerriers
Ynfulter leursRemparts & les mettre
en poussiere
3
i
Et couronner ton front par de noum
veaux lauriers.
2Jon ce n'eflpointparfaute de couge,
Que tu veux renoncer à l'Empire du
Tage; De' deux peuples fournis favorisant
les voeux,
Et partageant un double Diadè- -
me,
Tit te partageras tay-même
pour les rendre tous deux
Egalement heureux
A
mi MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Sur ce qu'il a cédé le Royaume
d'E[pagne.
S0NNET,
pOuvoir orner son front d'un brillant
DiàdeJne-'
Et ne gardant pourfoy que le nom de
Héros,
eemettre en d'autres mains la puiffancefuprème.
£uelfiede avoitfourni des exemples
JÏ beaux.
3GRAND PRINCE, on avait vu
dans tesguerriers travaux
Courantou le dangerteparoi(Joit extrême
,
Braver les ennemis affronter la mort
même3
Tu tefais voirencorplusgranddans
le repos.
Au seul bruit de ton nom, d/f/iper des
Armées,
Forcer la foudre en main des Villes
allarmèes
,
Cent autres fontfameux par depdreils
exploitsj
Mais scavoirmepriser téclat aune
Couronne
onune rare verttt , que la naissance
donne,
C"estscavoirs'élevermême au-deflat
des Rois.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRY.
HEritier presomptif d'uneriche
Couronne3
Fils dugrand Prince qui la donne:
Que peus-tu desirer pour comble de
bonheur?
Est-ce un RoyaumeJ efl-ce un Empire
A ce nouvel honneur
Si ton courage afj>ite:
Charles, nomme l'Etat que tu veux
posseder.
Que l'ambition, ny le vice,
Ne t'engage à trahir les Loix de la
justiçe
Pour acquérir les droits de commander.
Sers -toy de ceux, que donne la
naissance
Plrisd'unThro'ne} occupépar un lâche
Tiran,
'EJl à ce titre acquis aux Princes de
ton fan*.
ils le cèdent, choijis de Solyme
, ou
Biz^tnce.
Alors /'Efèaqjiemie avec la
France
Te fourniramille & mille Guerriers
Avides de nouveaux Lauriers.
Si LOUISdaigne bienRapprendre
ISart de les prendres
Ces Villes te rendront leursJuperbesKempars.
Et
*
fous tes Etendars,
S'il te guide au chemin qui conduit
5 la Gloire;
ÏTu verras conftament Je ranger la
Victoire
Suis ses cinfe, ils) égaleses Ex-
, gale ses -ploits,
Tu deviendras égal au plus
grandsK.ois.
Je vousay mandé dans ma derniere
Lettre, que lesPeres Jesuites
du College Roval Dauphin
deGrenoble presentérent à MeC.
seigneurs les Princes un livre intitulé,
les sept Miracles du Dauphiné.
Voicy le compliment qui
fut fait de leur part en leur pretentam:
ce livre.
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
AïoNSElGNEVRy
Pendant que cette Province
fait éclatersajoye àvojîre arrivée,
il n'ep pas permis aux Jesuites du
CollègeRoyal Dauphin de qrt,
noble, de 'VoUs admirer dans le
filcnce. Les bienfaits du Roy a
l'égard de ce CoUege, dont il efi le
Fondateur, & la proteéîion dont
il honore nostreCompagnie par
toute la ti rre t nous font prendre la
libertédevous donner des marques
j
publiques de nostre refpeéle de
nostre obeissance.
Mais que dirons-nous qui ne
ifoit infiniment au deffota du plus
grand Rçy du mondefQuel éloge
peutreltvcr lesvertusheroïqucs de
de Monjeigneur le Dauphin, on
exprimer les vojlrest par lesquelles
vous imitez parfiattement ces
grands modelksquivom touchent
défiprès.
Souffre^,Monfcigneur,quen
vous conjtierant comme un
Voyageur Augufle
y
avec Monseigneur
le Duc de Berry, nous
txpojtonsàvosyeux les merveilles
d'une Province, qui a lhonneur de
donner son nom au premier Fils
de France.
L"est l'Hifloire des sept Miracles
de Dauphinéquenousvous
prffentons, dont LouisXI difoiti
lors qu'il n'efloit encore que Dauphin
de France, queJa Province
avoit autant de miracles que le
monde entier. Ce Princepouvoit
IlÍc,úlfr que les septMiracles de
Dauphinéfubfijlentencoreaujour
dhuy Cr que ceux du Monde ne
se trouvent plus- quedansÏHif toire. Al/Ú\ rjujnidcceessrraarreettee%k mer
evejis ne meriteroicnr pas da!*
tirer par elles mêmes voflreattention
telles ne vous fontplusindifférantes
i
Monftigneur) dés qu'el- ~0 J les deviennent les symboles de la
îvertH & de lagloirede Louis le
yCjrand, & du merite éclatant de
\Afonfeigneur vostre Pere Cefont
tncore dheureux présages des actions
héroïques
t que toute la Terre
udmirera dans les llluftres Princes
nuifont aujourddhbuy les deltces de»
J.a France&deTÉfpAgne Cequi
paroiss degrandyd'auguste dms
svoflre personne en particulier
, ^Monfeigneur%nousfait tout elpe-
,"'er; vous irez encore au delà de
toutes nos- efférances; & si nos
voeux font exauce^ ,
Louis le
Grandfera toujours l'admiration
de toute l'EuropeiMonfeigneur le
Dauphin jouira longtemps du bonheur
'& de la gloire, de voirson
jiugujle Pere le plus grand des
Rois)(jfesFilslesPrinces les plus
accomplis du monde. Heureux si
nos desirs peuvent estre fattsfaits,
&sinouspouvons meriter l'honneur
de vostre proteflion, en vous*
donnant des marquesde noflre%elct
de noflre rcconnoifJànce) ce dlll
profond reJptEl avec lequel nous
ftrons éternellement, ç'?c4
Le premier des sept miracles
de Dauphiné est une montagne
à six lieuës de Grenoble dans le
Diocese de Die. Elle est d'une
hauteur prodigieuse, escarpée
de toutes parts , & separée des
montagnes voisines, beaucoup
plus étroite par le bas, de sorte
qu'elle ressemble de loin à une
piramide renversée.
Les Jesuites de Grenoble ont
fait de ce Mont invincible, avec
ces deux mots latins, supereminet
invius, une devise pour le
Roy. Et voicy comment ils l'expliquent
à la gloire de ce Prince.
De ce Roc éminent la cime inaccef-
Jïble3
Est du plus grand des Rois une ima..-
gesensible,
Aufaite de laqdaire
y
itajéeu. sC-'
lever3 -
R Nul mortel n'y pevtarrivé?.
Z"EsPagne) de la France imp/aè-a.
blç ennemie
Ases Loix-ejl aJlùjetie : il-en cft: conquerant au milieu de la
paix;
Souverainsyjaloux desa gloire
Admirezde ces faits la véritable
Uiftoire3
ùtaii ne prctendez^fa* de t'igaler
jamafa*
Lefécondmiracle est la Fontaine
quibrûle. Cette merveilleuse
Fontaineestoit déja fameu-
Ce du temp's de S* Augustin3qi£r
dit dans le Livre 21. de la Cité de
Dieu Chapitre7. qu'il y a auprés
de Grenoble > une Fontaine qiii*
allume les flambeaux éteints,
& qui éteint ceux qui sont allumez
,faces accendunturardentes,
& extinquntur accensoe. Cette
Fontaine est éloignée de trois
lieuësde Grenoble au près d'une
montagne. Ceseaux sont froides
naturellement ,maisquand on
détourne fan Ruisseau pour le
faire passer sur un champ vnifin
de son Canal, on voitdes
[f3l.amessur ses eaux. Ce qu'il y
d'admirable, c'est que cette
eau continue d'estre froide tan- dis qu'elle coule, quoyqu'elle
soit couverte de flâmes
,
mais
si on arreste le cours du Ruisseau
avec des gazons de terre, alors cet eau se trouble, s'épaisfit,
& s'échauffe, on croit qu'il
y a fous ce Champ desfeux souaterrains,
d'où il s'éleve desexalassons
qui produisent les effets
merveilleux qu'on admire dans
cette Fontaine.
Les mêmes Jesuites ont fait
une devise de cette Fontaine à
la loüange de Monseigneur le
Dauphin; &luyontdonnepour
ame, &placet, &terret.Voicy
comment ils s'expliquent.
Vit-on jamais dans le monde
Des feux au milieu de l'onde,
Mais icy dans nos ruiffiaux
Nous allumons des flambeaux.
Ce prodige de nature3
De Monfeigneurfait la peinture:
Son air aimable & doux, son noble
naturel,
Sa maniere toàjourstranquille
Enchante la Cour&la Ville,
Tite jadisparoissoit tel,
Quand ce Prince faisoit les delices
de Rome;
Il faut pourtant que ce grand
homme,
Cede à la douceur du Dauphin,
ilfautquilcede à sa vaillance.
Le Rhin éprouvasa puisance,
E*son jufle couroux sceut dompter
ce mutin.
..Il n'eut qudprendre enmain la
foudre,
Vhilisèourg vitsesmurs en poudre.
Auprés de la ville de Briançon,
dans le haut Dauphiné, on recüeille
la Manne sur les feüilles
des Melezes, qui font une espece
dePin ; cette Manne tombe la
nuit, & se fond au premier rayon
du Soleil. La feule feüille des
Melezes conserve cette precieuse
rosée du Ciel, qui n'est jamais
plus abondante qu'au mois
d'Aoust pendant les grandes secheresses
, 8c dans les mauvaises
faisons ; comme si le Ciel vouloit j
dédommager cet endroit de la
sterilité de la terre par ce present,
& preparer au Dauphiné
un remede contre les maladies
qui suivent ordinairementles,
mauvaises recoltes.
Cette Manne dont on se fert
dans la Medecine ne tombe pas
en Espagne. C'estun present que
le Ciel a fait à laFrance, & au
Dauphiné en particulier,ce qui
a donné sujetaux Jesuites de Grenoble
de dire que le Roy vient
de faire à l'Espagne un present
infïniementplus précieux en luy
i
donnant un Roy qui fera un remede
à tous les maux dont le
Corps dela Monarchie Espagnole
estoit depuis longtemps affligé.
Aussi ont-ils mis pour mot
sur les Arbres qui distillent cette
Manne,nobis dit majora Deus.
Voicy les Vers qu'ils ont faits à
ce sujet C'est l'Espagne qui
parl e.
Le Soleil chaque Esté blanchit vefire
campagne,-
Du present qu'au Defert il faifiit
aux Hébreux,
Jou[(Jeen, Peuples heureux,
Mais portezenvie à l'E/fagne,
Qui reçoit du Soleilttn donplusprecieux.
Ce n'efi plus cet Etat autrefois Lmquiffant;
-
Vn des Neveux de Chatlemagne
Soûtient ce Trbne chancelant
PHILIPPE en apris la dtfenfe ;
Le Cielle ravità laFrance
Aqui le Cielïavoitdonné?
RegneMonarquefortuné,
Mais dans l'éclat qui vous cou,
ronne,
N'oubliez. p,u que c'efi la France"
qui votes donne.
Le quatriéme miracle de Dauphiné
est nommé la Balme.
C'est une fameuse Grotte qui
se voit auprés du Monastere des
Chartreusines de Salettes sur le
bord du Rhône; elle est tresvaste
& tres- profonde. Leseaux
qui tombent goute à goute de la;
cime de ce Rocher y forment
par leur congellation mille differentes
figures :on voit couler du
haut de la voute plusieurs fontainesdans
desbassins que la Nature
a formez pour les recevoir.
Apres qu'on a marché environ
mille pas dans cette Balme,on
trouve un Lac d'une lieuë de
longueur,sur lequel François I.
fit porter deux Bateaux. La devotion
des peuples du voisinage
lesa portez à bâtir deux Chapelles
à l'entrée de cette Balme, dont l'une est dediée à la Sainte
Vierge, & l'autre à Saint Jean
Baptisse.Lesmêmes Jesuitesont
fait de cette Grotte une Devise
pour le Roy dont voicy les mots,
Soli loca nu/let impervia nostro.
Le titre des Vers qu'ils ont
raies pour expliquer cette Devise
est, la penetration du Roy,
qui découvre les Conseils de ses
Ennemis,& sur son zele pour la
Religion. Voicy ces Vers.
Dans une Grotte profonde
La Nature a taillé desfigures d'Oiseaux
y Des monfires & des animaux.
Le Soleilqui voittoutaumonde
D'un grand Lacsouterrain ne vit
Il jamais les eaux, ne peut penetrer dans cette Grotte
[ombre,
Quoyquilfoit le Pcre dujour;
Ce Rocher efi le sejour
De la Nuit &de l'Ombre.
Mais , o Dieu, quelledifférence
DuSoleil ordinaire à celuy de lt
France l ilpénétre dam tous les lieux
Rien ne peut êchaper à fJelat deses
yeux, IIporte par toutsa lumiere.
Renfèrmezdanrvos CabinetsJ
Politiques, tous vos secrets,
Il en forcera la Barrtere.
Souverains que le Ciel a fait pour
gouverner,
Formez^-vousfurluypo-urregner.
Les Cuves de Sassenage sont
regardées enDauphinécomme le
cinquiéme miracle de la Province
Le Bourg de Sassenageestcelebre
par plusieurs singularitez.
S'il en faut croire quelquesAuteurs
, c'est dans ce lieu que la fameuse
Melusinefinit ses jours.
On y voit au pied d'un grand rocher
deux grandes Cuves de pierre,
&on assure qu'autrefois on
les trouvoit pleines d'eau la veille
des Rois, lorsque la recol te
devoit estre abondante, &onn'y
en trouvoit point quand l'année
devoit estre sterile. Le lendemain
des Rois cette eau s'écouloit
d'elle-même, sans qu'on pust
sçavoir d'ou elle estoit venue
dans ces Cuves, ny par où elle
s'écouloit.
Ces Cuves ont donné lieuaux
Jesuites du College Royal Dauphin
de Grenoble,de faire une
Devise sur les heureuses destinées
de Messeigneurs les Princes,
Fils de Monseigneur le Dauphin.
Ces parolesen sont l'ame
)
Trium foelicia Regum Aufyitia.
Voici comment ils expliquentcette
Devise par leurs Vers.
Quand, Janu* remplira ces Cuves
admirables,
Bery>rs,enflez^voschalumeaux
Etchantezfurdes airs nouveaux,
Que Cerés & Bachus vousferontfavorables.
Dans la Science divine,
De prèdirePavenir,
Plus versé que Melusine
J'osesurelleenchérir.
Elle borne fil connoissance
Adonner d'une année une heureuse
abondance
, De la feule Province elle ouvre les
tresors
Mais, Grands Princes, vofire
presence
Nousfait concevoir /'efyerance
De voir en nostre Siecleun nouveau
Sk-cle d'or"
Et de vofire dessin erttaifay-je l7Hïif^
toire?
Chers Ehfansdenosjycmi-Dieû'X,
Qui vouspreflntez4,nosyeux
Avec-tant depompé &de gloire
Soyez4ttentifs à ma vjîx >
Princes,voicy ifbftre horofcopt.-
Le rmride vous verra tous trois .- Partager entre vous FEurope.
On trouveau pieddes monta- - gnesde Sassenagedespierres à
peu prés de la grosseur & de I&-
figuré d'une lentille, qui font
extrêmementpolies i d'une cou-*
leur blanche,ou d'un grisobscur.
Elles ont la proprieté merveil- - leuse de nettoyer les yeux , quand il estentréde la poussiere
ou quelque fétu qui les incommode.
On .rnlet une de ces;, pier- res
res entre l'oeil& la pau piere, &
elle chasse tout ce qui cause de
la douleur, en parcourant l'oeil,
aprés quoy elle tombe à terre.
Ces pierres ont fourny aux
mêmes Auteurs le sujet d'une
Devise contre les envieux du
Roy. Les paroles suivantesservent
d'ame à cette Devise, Hojlibus
hoec Regis dona ferenda. Elle
est expliquée par les Vers suivans.
PR1NeES) qui vous liguez^iffouvent
contre nous,
De lu gloire du Roy n'êtes-vous point
jaloux?
Cette gloiresirépandue
Dans l'un & l'autre monde égalementconnuë,
Peut-eflre votis met en courroux,
Etchoque voftrefoiblevue3
Si vom ne pouvezja souffrir,
Nous avons dans le voijtnage
Deslentilles de Saflènagc
, Remede excellent pourlesyeux.
Bitaves & Germains, vous efriez^
beaucoup mieux
De remettresans resistance
Tous vos interefis à la France;
2^/Laisvousenviez^fon bonheur.
Non, ce rieftpas ce qui vous blesse:
C'est d'un Roy trop puissant l'invinciblesagesse
Qui vousfaitsoulever le coeur;
Son mérité vous importune,
Cependantmalgré vous, au bout de
l'Univers,
On diten Prose comme en Vers
la vertu de Louis frrpajfesa
fortune.
II.
Le dernier miracle de Dauphiné
est la Tour sans venin. On
voit de la Ville de Grenoble une
ancienne Tour à demi ruinée,
qui n'en est éloignée que d'une
lieuë. On l'appelle la Tour sans
venin, parcequ'on assure qu'on
a jamais vu ny dans cette Tour
ny dans son voisinage, aucun de
ces insectes venimeux qui cherchent
un asile dans les vieux bâtimens
abandonnez. On ajoûte
que lors qu'on a porté de pareils
insectes dans cette Tour, ils s'en
font d'abord éloignez. Quelques-
uns assurent que ces animaux
venimeux fuyent ce terroir
, parce que l'air y est trespur,
& fort exposé aux vents
qui le purifient. D'autres disent
qu'il y a auprès de cette Tour
des Plantes dont ces Animaux
ont naturellement de l'aversion.
Les paroles que les mêmesJefuites
font servir d'ame à la Devisequi
acette Tour pour corps,
sont: Venena relinquuut aut fugiunt.
Les Vers qui les expliquent
sont surla destruction de l'heresie
enFrance par le Roy.
De cette vieilleTourfitrie hautaun
rocher,
Serpens vous nofe^approcher
Le charme tout puissant d'une vertu
secrette
Ne souffre rien icy de venimeux.
Croupi./lez dans voflreretraite
Ou bien défaites-vous d'unpoison
dangereux.
Si vous fuyez^)Hérétiques de
FrltnCi,
En Hollande, en Ecoffi yen pruJJè,
à Darien,
ciest a que vous n'osez,Pa-fdupremier
Roy Chrestien
, Soutenir /'augurepresence.
De tes noires erreurs porte ailleurs le
venin,
Impie& malheureux Calvinj
Va dahns Veautrreseclimjatïs veomir ton
Qui coiita tant de fang à ta chere
Patrie.
Sisans la guerre & les combats
Du Royaume on la voit bannie,
Ilfalloitde Louis d*latesie &
le bras3
Pour dompter cette hydre cruelle,
cGebneevze el'allveu.ë naiftre'3& retourner
Heureuse France millefois.
Desuivre de Louis les loix j Plus heureuseeteifrefournise
Par le Fils-Ainé de /'Eglise
Aufouverai'n Maiftrc des Rois
Ce qui suit est encore des Jesuites
de Grenoble.
Vous avez,.parcouru, Grands Princes
,
Devofire Auçufte Ayeullesdifferens
Etats,
Vous avez, bien vu des Provincej,
Dontchacune autrefoisfaifoitdes Potentats
?
Faisoient du bruitdans toutte monde:
MaisJî-tost que voivs paroifJez:
Sesmiraclesfont effacez^
Vous esses l'unique merveille,
Dont tous les Peuplesfontsurpris5
De vostre air tout divin layacesans
parÚlle,
Charme nosyeux (Jo-no. e(frits.
Je vous envoye une Ode qui
L' 1 àelletrouvéeparfaitement bonne,
& quia reçu de grandsapplaudissemens.
Elle fut presentée
a Avignon à Messeigneurs les
Princes, par Mr Limoion de S.
Didier, Neveu de feu Mrle Chevalier
de S. Didier, connu par
l'Histoire de Venise, par le
Traité de Paix de Nimegue, &.:
par un Traitéde Chimie qu'il
mis au jour.
A MESSEIGN EU RS
LES DUCS
DE BOURGOGNE
ET DEBERRY.
vErJfZ, jeunes Dieux de la
Seine,
Vouifaites nosvoeux lesplusdoux,
Les deux brillans Freres cfHelfine
Sont moinsfavorables que vous- Je veux par des routes nouvelles,
Chantantvos vertusimmortelles,
Auxfolblesyeuxme dérober
>
Duft-un voir mes ailes fondues,
Dulumineuxfejour des nues
Ilest toujours beau de tomber
La louange efl lefortaimable
£hiijhte l'oreill, des Dieux,
Et l encens le plus agreabi'e
monte de la terre aux deux.
Plus les Mortels par leurcourage,
Sontdes Dieux la vivanteimage.
Et plusils recherchent ce ptix..
Alexandre eust pour un Homexey
Dont la louange lu)sur chere,
Donné toutce auilavoîtpris.
Mais decette gloire homicide,
Dont brille un Conquérantavider,
Vosyeux ne fontpatéblouitt
Vousn"aime, queade juflesarmes,
Etvousneprodiguezvos charmes
S*Q'au'uauxx d<u<gu?fle-s C&- qcuptaauuxx,
Louis.
Quipourroitrefuferfesveilles
tA mon Roy, 1 exemple des Rois?
Ses jours font tissusde merveilles,
LajufliCtdzaefis Loix
Le Ciel àfts voeuxfavorable,
Rend sa gloireàjamais durab/r;
Et couronnesa pieté
Comme d'une tige feconde
Defon S'angfour le bien dumonde,
Sort une amplePosterité.
il renaiftdans d'autres dlcides,
LesHérosnaijîtntdes Heiost
Tels on voit les Faons intrepides
NaiflredtiRoy desanimaux.
ien-tost armeZde dentsnouuches,,
Ilsquittent les rousses mammèllfs
De leurmere auxyeux menafans,
Et se ruant dans la prairie,
Ilsfont une âpre boucbeue
Des taureaux au loinmugijjans>
Flate:C par les douces amorces
DesjoursfereinsoàFlore ritt
Dansl'ardeur d'éprouver leurs
forces
)
Les/figionsdesertent leur nid.
L'amourcourageux de laproye,
Contre les Dragons les envge;
Vainqueurs ils s élèvent dans l'air;
Et d'uneaudacieu/e ferre
Ils vont empoigner le tonnerre,
Dontse doitservir Jupiter-
Une Nationéclairée
Cherchant un Roy,pour sonrepos,
Qui ramepaftle temps de Rhie)
Jette layeuxsur nos Heros,
Empreins du divin caraélere,
De leur Ayeul& de leur Pcre,
Qu'ils étalentd'attraitsvainqueurs!
j
Mêmemajtfléymême audace,
Mime douceur, e même grace)
Sur leurs pas fontvoler leurs coeurs.
0 quet bonheurpOUf tay) ma Lyre,
Sijetepuis entretenir, *
Plein dujeu (acré qui m'inJfire,
Des merveilles de l avenir.
Quelfreclacle à moy se découvre?
Le Templede la Gloires'ouvretm
Jevousy vois}fameux Guerriers,
La poèsieavec ïHzftoiret
Sous les ailes dela ViEiaire,
Vousy couronne de Lauriers*
Engrandeur, enferceyenlumière,
Les Jflres cedent au Soleil;
Dans son éclatante carriere
Louis ne voitpoint depareil.
On diroit que la Providence
Se reposè sur sa prudence
Dufoin des Terres& des Mers ; Volant de la Tamtfe au Gange,
J'iray du bruit de salotiange
Repaistre /"avideUVrniiivveerrss..
L'Inscription que je vous envoye
estoit à Romans sur une des
Fontaines devin qui y ont coulé
pendant tout le temps que Messeigneurs
les Princes y ont demeuré.
Ludovico BurqunaioeDuci
& Cttrolo Bituricenif
Ludovici Magni Triumpbatom
ferpetui
*
AuçufiisNepotibus
VITA ET VICTORIA
pergant, divis bonii, quo maximus
animus
quo fortunafavens
Papu/us applaudens, Milesardens>
hofiis provocans
Et ipsa trahit armorum gloria Regum decus.
Id certefalientes jam vinifontes
Et decurrentia per urbem duici.fîxmi
liquorisfluenta
suavitatesua,odore ell- colore
OMINANTVR.
Ilest temps que je finissece
Journal que j'ay si heureusement
commence,ôc dont toute l'Europe
a paru contente. Messeigneurs
les Princes ayant couché
le 8. Mars dans un Bourg du
Dauphiné appelle Pyrieu, en
partirent le 9. & ayant traversé
le belle & vasteplaine de Sainfons
,
il parurent à la vûe de
Lyon à une heure aprèsmidy.
Mr DespincellePrevost desMaréchaux
de Lyon avec les Maréchaussées,
de Forest, & de Beaujollois
dépendantes du Gouvernement
de cecce.Ville, allerent
audevant d'eux à unelieuë
& demie. Ces Compagnies étoientvetuës
deneuf, & lesOfficiers
avoient des habits magnifiques.
Mr le Marquis de Roc hebonne
, Commandant pour le
Roy dans la Province, accompagnéd'environ
deux cens Gentilshommes
des environs, tous
bien montez, trouva Messeigneurs
les Princes à demi-lieuë
au delà du Faubourg dela Guillotiere,&
eutl'honneur de leur
faire un compliment qui fut fort
applaudi par sa justesse.Aprés
cela la Noblesse suivit leur carrosse
& prit avec eux la route
de la Ville. Les Academistes
allerent aussiau devant des Princes
, & formerent un petit Corps
à part, des plus lestes & des
plus brillans. Air Pavant de
Floratis, leur Ecuyer, &: le
Gouverneur de l'Academie de
Lyon,qui les avoit disposez sur
une ligne, avec beaucoup d'ordre,
eut avec eux l'honneur de
les saluer trois fois l'épée à la
main, Mr Deviau, Lieutenant
Criminel de Robe-courte estoit
avec les Officiers & Archers de saCompagnie à l'entrée duFauxbourg
de la Guillotiere. Aprés
ces
divers
Corps de Cavalerie
, les Princes avançant un
peu plus vers le Fauxbourg
, trouverent le corps leplus avancé
de la Bourgeoifiede la Ville.
Elle formoit danscetendroitlà
un Bataillon complet, dont--
la cette & la queuë estoient composées
de Piquiers &deCuirassiers
» ou de Gens armez de toutes
pieces. Leurs armes estoient
toutes dorées & damasquinées
pBoautarilllaonplus par!-. Ce premier
estoit suivi immediatement
d'une longue filed'environ
deux cens carrosses, qui occupoient
une assez grande espace ,J
estans tous rangez sur une mcM
me ligne, pour 1 tainer la droite
i Messeigneurs les Princes. Six
cens Dames des plus distinguées
de la Ville, vestuës de noir &
ornées de pierreriesremplissoient
cette fuite de carrosses,
qui alloit aboutiraucommencement
du Fauxbourg.
Mr de Maenville, Commandant
du C hâteau de Piere-cize,
&Mrde Valorges qui fit la fonction
de Major., estoient montez
à chevalsi-tost que le jour avoit
paru. Ils avoient sept mille
homme de miliceBourgeoise à
disperser tirée des trente-cinq
quartiers de Lion qu'on appelle
Pennonages. Il y avoit deux
cens hommes de chacun. Ilsemployerent
quatorze de ces quartiers
à border lahaye à droi te,
& à gauche le long duFauxbourg
dela Guillotiere jusqu'au Pont
du Rome, & firent placer vingt
autres quartiers, depuis la Porte
jusqu'à l'entrée de Bellecourt.
Ils mirent ces Troupes en Bataillons
de quatre de hauteur Se
de cinq de front, & en remplirent
la place de Bellecourt, l'une des plus belles de l'Europe,
quia plus de six cens pas de long,
& plus de trois eens de large.
Elle estoit remplie de plus de
soixante & dix mille ames {ao$:
compter, un grand nombrede
personnesdistinguées qui étoient
aux Fenestres, aux Balcons, &
sur les Amphiteatres qu'on avoit
dressez en divers endroits. * Ilyavoit dix Bataillonsà droite,
& dix à gauche qui se regardoient
3 avec une rue au milieu
de cinquante pas de large,
où toute la Cour passa. La Corru
pagnie de Mr Souternon, qui
commande les Trou pes du Roy
qui sont à Lion, prit la droite
de la Porte du logis des Princes,
&la trente-cinquième Compagnie
des quartiers qui restoit se
plaça à gauche, de forte que la
Porte fut tres-bien garnie. La
plus part des Bourgeoisqui étoient
sous les armes estoient
magnifiquementvêtus. Les uns
avoient des habits de velours
cramoisi aves de gros galons
d'or. Les autresestoient en drap
d'Angleterre enrichi ou de galons
, ou de boutonnieres d'or &
d'argent. Ily avoitquelquesuns
de ces habits qui avoient coûté
deux & trois cens pistoles. Chaque
Penonnage avoit un Drapeau
avec sadevise particulière.
Le Pont du Rosnequi est à la
teste duFauxbourg de la Guillotiere
, fut laisse entierement
vuide à causede son peu de largeur.
On donna là dessus de si
bons ordres, que qui ce foit ne
se trouva sur ce Pont, qui a de
longeur plus de deux cens soixantetoises
, tandis que les car-^
rosses des Princes & de leur fuite
défilerent. Le Consulatcom-l
posé de Mr Vaginay
>
Prevots
des Marchands, d* Mrs Perri--
chon
>
de la Rové, Croppet de
S. Romain & Sabot Echevins)
de l'A vocat General; du Secretaire
Se du Receveur, cous en
robes, violetes, qui sont leurs)
habits de cérémonie ,
& des Exconsuls
en robes noires, seltoic-
+ i
renduà l'extremité du Pont, entre
la Barrierre & la Porte de
laVille. Ce Corpsestoit precedé
des Mandeurs en Robes,qui
portoient leurs grands Ecussons.
Messeigneurs les Princesestant
arrivez en cet endroit, firent
arrester leur carrosse pour rece.
voir le compliment de Mr Vaginay
,
qui parla avec beaucoup
d'esprit &de dignité.Cecompliment
fait, on entendit une
agreable fanfare de quinze trompettes
, qu'on avoi t pl acez à la
décente du Pont devant la Chapelle
du S. Esprit, ce qui fut suivy
d'un million de cris de Vive
leRoy. On avoit placé à la Porte,
la compagnie de deux cens Arquebusiers
commandée par Mr
Fereus Capitaine de la Ville,
qui en garda les Portes ce jourlà
,&les trois jours suivant. La
magnificencedes Troupes, à la
testedesquellesestoit Mr de Vallorge
,répondoitparfaitement
à leurdifcipline. Les Capitaines
Penons, ainsi que leurs Lieutenins
& leurs Enseignesavoient
presque tous des habits en broderie
, ou chamarrez de galons
d'or ou d argent. Tous lesrangs
estoient chacun en particulier
fort uniformes, & cette grande
multitude d'armes dorées, de
plumes blanches & d'écharpes
frangées d'or,avoit quelque
chose detres-grand AuiïîMeli
seigneurs les Princes en voyant
toute cette Bourgeoi fie fous les
armes, dirent-ilstouthaut qu'il:
la trouvoient fort riche & rresl,
bici
bien disciplinez. Ce fut entre
cette double haye d'Infanterie,
dont les Capitaines & les Lieutenans
salüoientde la Pique &
les Enseignesdu Drapeau, qu'ils
furent conduits au Palais, où le
Royavoit ordonné qu'on les logeât,&
où il avoitautrefois logé
luy -même, & Madame la Duchesse
de Bourgogne a près luy.
Ce fut dans la maison qu'on
nomme la maison rouge, & qui
est au fond de Bellecourt à l'extremité
du Mail. On observa
tres-exactement l'ordre que Mr
le Maréchal de Villeroy avoic
fait publier de ne point tirer,
sur peine de la vie; mais Messeigneurs
les Princes, par une
distinction tres-glorieuse pour
de sa fidelité éprouvée,voulurent
bien luy permettre de laisser
les pierres & les mêchesaux
armes qu'elle portoit. La Garde
du Palais le fitnuit & jour, &
fut relevé de vingt-quatre heures
en vingt-quatre heures par
le Major de la Ville.
Comme Messeigneurs les Princes
avoient dîné en chemin dans
leurcarrosse & de fort bonne
heure,ils firent collationdésqu'-
ils furent arrrivez. Ils furent à
peine sortie de table que Mrs de
MænviUc: & de Vallorges firent
défiler toute la milice Bourgeoise
fous leurs fenêtres. Outre lessept
mille hommes dont elle estoit
composée
, & qui formoient lcj
trente-cinq compagnies, il yen
voit deux de plus de cent hommes
chacune, leurs habits où l'or se
faisoit remarquer estoient grisblanc
& uniformes; la premiere
estoitarmée d'arcs & de fleches,
& la seconde d'arquebuses. Ces
Compagnies devoient servirau
divertissemens des Princes. Aprés
qu'ilseurentadmiré la
magnificence des Troupes qui
passerent sous leurs Fenestres,
& ausquelles ils donnerent beaucoup
de loüanges ,il reçûrent
les presens dela Ville
,
qui leur
furent presentez par Mr Prost
de Grange blanche,Avocat de
la Ville, &par Mr Perrichon
le fils, Secretaire de la même
Ville. Ces presens parurent d'un
rforat bonn gogust,e& gazlam.ment ar- Messeigneurs les Princes parurent
ensuite quelque temps
auxfenestres du Palais, pour
voit la prodigieuse multitudede
gens qui remplissoient la place
de Bellecourt. Ils s'en retirerent
pourentrer dans leurcabinet
, où ils demeurerent en- fermez allez long -temps. Lorsqu'ils
en furent sortis, le Consulat
leur presenta à chacun un
Livre, magnifiquement relié
avec leurs armes relevées en broderie
, & fit distribüer à toute
leur Cour un grand nombre
d'exemplaires de ce mêmeouvrage.
C'estoient les principales
antiquitez & singularitez les.
plus remarquables de la Ville
de Lyon,receüillies par le Pere
de Colonia Jesuite
,
& accompagnées
de plusieurs applications à
l'honneur des Princes.
Sur les cinq heures du foir
, ils allerent en chaise à l'Opera
de Phaeton. La porte de la Salle
estoit gardé par le Chevalier du
Guet à la testede sa Compagnie,
toute en habitsuniformes. On
avoit menagé pour eux un F-fcalier
derobé qui écarta d'eux
la foule. Leur logeestoit tapissée
d'un velours cramoisi avec des
crespines d'or. Il estoitvenu plusieurs
Musiciens de Marseille
pour rendre ce divertissement
plus agréuble. Les principales
Dames de la Ville s'y trouverent
moins pour en jouir
, que pour
avoir l'avantage devoir des Princes
si accomplis. L'Opera fini,
ils retournerent au Palais où ils
souperent. Ce fut pendant leur
soupé qu'on tira tout le Canon
de la Ville, avec 'un' fort grand
nombre de Boëtes. Leur coniplaisances
pour les Dames leur
avoit fait ordonner qu'on remiH:
à ce temps-là cette marque de
joyepuublique,afin de leur épargner
la frayeurqu'ils auroient
pû avoir,si on avoit tiréle Canon
tandis que leurs Carosses passoient
sur les ponts du Rhône. Il
y eut lesoir de grandes illuminations
par toute la Ville, & chacun
chercha à sedistinguer, foit
par l'arrangement des lumieres,
soit par legrand nombre defigures
ôc de devises transparentes à
la gloire du Roy, ôc deMesseigneurs
les Princes.
Le 10. au matin trois Députez
de Geneveeurentaudiance.
Ilshoaranguerent les Princes chacunen particulier, & leurs
discours furent trouvez tresbeaux.
Ils les prierent de leur
accorder leur protection auprés
de Sa Majesté. A dix heures &
demie ils allerent à la Messe à
saint Jean, Cathedrale de Lion.
M. l'Archevêque en Chappe&
en Mître
,
accompagné de tout
son Chapitre les reçut à la porte
de l'Eglise, &: leur fit undiscours
plein d'éloquence &de pie.
té. Ce Discours fini, les Princes
suivirent l'Archevêque & le
Clergé dans le Choeur, & furent
conduits dans les places de
l'Archidiacre & du Maistre du
Choeur, sur chacune desquelles
on avoit élevé un dais. Aprés
les ceremonies ordinaires
, M,
l'Archevêque alla s'habiller au
Tresor de l'Eglise, & vint celebrer
la Mené avec la même lolemnitiquis'obferveauxFeflesde
Noël,dePâques & de la Pentecoste
Il étoitassistédeseptAcolytes,
de [cpt Soudiacres, desept Diaere^
,
de sept Prêtres revêtus de
leurs Chasubles, du nombre desquels
ilestoit, & de septautres
Prêtres revêtus de Cha pes. Tous
ces Officiers, les Comtes en
Mîtres, & les autres découverts
entrerent dans un tres-bel ordre
par la grande porte du Choeur,
& saluërent les Princes en passant.
La lVlclTe. fut entonnéepar
M. le Comte de saint George,
Précenteur, &: chantéeen plein
chant par le Clergé. On fit l'Administration,
c'est-à-dire l'essai
du pain & du vin qui se fait par
le plus ancien des Perpetuels
en presence de tous les Diacres
&: foudiacres. Ils sortent tous
du Choeur pour cela, & se rendent
à la Chapelle de Nôtre-
Dame,où M. le Prieur de la
Platiére est obligé d'apporter du
pain & du vin, dont on choisit
le meilleur pour le saint Sacrifice
& a prés l'avoirchoisi on le
porte sur la credenceavec beaucoup
de solemnité. Cette ceremonie
est fort ancienne, & ne'
se pratique dans cette Eglise que
lors que l'Archevêque y Officie.
On y voit deux colomnes decuivre
avec des chapiteaux Corinthiens
,
sur lesquels est unespece
d'entablement
,
au-dessus duquel
il y avoit sept Chandeliers
garnisdesept cierges. Il y avoit
aual(ept Enfans de Choeur qui
s'arrêtoientauxcolomnes, &: y
posoient leurs Chandeliers. Le
Prêtre Officiant, le Diacre &
le Soudiacre avoient tous trois
la Mître en tête, & nel'ôtoient
qu'encertains temps de la
Messe. Derriere l'Autel qui est
isolé comme celui de fainte Genevièvede
Paris,estoit un siége
Pontifical avec sept gradins,6c
au-dessus un dais de velours
sous lequel l'Archevêque se plaçoit
avant & après le Sacrifice.
A ses pieds sur les gradinsétoient
quatredessept Chappiers. Deux
tenoient sa Croix & sa Crosse
, l'autre tenoit le MiiTel
5 & le
dernier tenoit sa Mître en certains
temps. A droite & à gauche
deceSiége,leClergéestoit
assis, & formoit un demi-cercle.
Voicy quelle fut la disposition
des Officians. Mr l'Archevêque
estoit avec deux Chappiers
à la face de l'Autel. Dans
ses retours à droite & à gauche
estoient les six autres Prêtres
avec leurs Chasubles, trois d'un
côté,& trois de l'autre.Immediatement
à l'entrée de la'
face de la Balustrade qui estquarrée
, les cinq autres Chappiers
estoient placez. Celui du
milieu tenoit la Mître & deux
autres la Croix & la Crosse. Derriereeux
estoient les sept Diacres
, & derriere les Diacres
lessept Soudiacres. L'Officiant
estoit placé au milieu, ainsi que
jel'ay déjà marquéM.l'Evêque
de faine Flour, de la Maison
d'Estaing,qui estoit venu à Lion
pour saluërMesseigneurs les
Princes, assista à toute cette ceremonie
avec les Comtes de
Lyon du nombre desquels il a au- trefoisesté.
Les Princes étant retournez
dans le lieu qui leur servoit de
Palais, donnèrent audianceaux
Chanoines Comtes de saint Jean,
& furent complimentez par lvL
de Damas de Marillac, Doyen
decetillustre Chapitre. LePrefidial
& l'Election eurent enfuite
audiance. M. de Seve
,
Baron
de saint André,Lieutenant
General, parla pour le premier
de ces Corps, & M. Dernicux
President en l'Election, porta li
parole pour l'autre.
Messeig neurs les Princes allerent
l'aprédînée entendre Vêpres
à l'Abbaye d'Aisnay dont
l'Egliseesttres-ancienne. Aprés
que les Vêpres furent dites ils
s'arrêterentquelque temps à
considererun Monumenc antique
qui se voit dans cette Eglise.
Ce font les deux colomnes
du celébre Templed'Augustes
que les soixante Nations des
Gaules qui négocioient à Lyon,
firentbâtiràson honneur. Ily
; a plus de dix-sept siecles au confluent
du Rhône & de la Saône»1
Ces Colomnes qui ont esté depuis
partagées en quatre soutiennent
aujourd'huy la voûte du
Choeur del'Eglised'Aisnay.
r Les Princes allerent voir tirer
l'Oiseau quiestoit au haut d'un
mast fort élevé dans la Place de
Bellecour. La Com pagnie de:
Chevaliers de l'A rc y avoit dres
fé une maniere de Camp, long
de cent cinquante pas, & larçc
de quatre-vingt. Le fond d(
ce Campestoitrempli de quanti
té de barraques diversement
peintes, &-, destinées pour lc:
Chevaliers. La tête du Camp
estoit ornée de quatre Pavillons
au milieu desquels il y en avoir
un cinquiéme pour les Princes.
Ce Pavillon estoitcouvert d'ardoises,
& embelli au dedans de
tapisseries de Flandres, de glaces
de portieres, de rideaux,de
deuxfauteüils de velours cramoisi
avec des crépinesd'or ,
&
de plusieurs autres ornemens
Les Chevaliers, au nombre de
- 1
soixante
, outre ceux de cinq autres
Villes de la Province, qui
s'estoientjoints à ceux de Lyon,
portoient chacun un riche carquois
, revêtu d'un drap bleu,
& relevé en broderie d'or avec
des Fleurs-de-Lis, -& des Trophéesdemême.
Leurs habits
estoient propres& uniformes. Ils
avoientunbonnet à la Polonoise,
fourré de petit gris, & chamarré
de galons d'orenzigzag, ô£
pour marquede leur Chevalerie,
Ils portoient chacun à la boutonniere
une Croix de vermeil
chargée d'un , arc & d'une flèche
en sautoir. Leurs Officiers précedez
de tambours, ôc de hautbois,
& de plusieurs hommes habillez
à la maniere des principales
Nations, qui se fervent de
l'arc &delafléchemarchoient
à leur teste. Les Princes estant
entrez dans ce Camp voulurent
bien s'armer dubrassard d argent,
de l'arc & des fléches qu'on
leur presenta, & tirérent plusieurs
cou ps avec une adresse qui
leurattira l'admiration des Spectateurs
Avant que de partir de
Lyon, ils firent l'honneur à la
Compagnie d'écrire leurs noms
dans le
livre
des Chevaliers, 6c
accepterent les riches armes dont
ilss'estoient servis. Ils emportérentmême
avec eux l'Oiseauqui
fut abatu par le nommé Mori dg
Lyon, l'arc & le carquois de ce
Chevalier, & la flèche avec laquelle
il avoir eu l'adresse de l'a*-
l'abattre. -J
Sur les cinq heures, MelTei*
gneurs les Princes allérentà la
maison de Saint Antoine d'où ils
virent les joustesqu'on avoit préparées
sur la riviere de Sône. Ils
furent reçus à la porte par tout
le Consulat, qui avoit choisi cette
Maison
, comme la plus commode
par sa situation & par son
aAgnrétominenet. Les Religieux de Saint
n'avoient rien négligé
de ce qui pouvoit les rendre dignes
de l'honneur qu'ils devoient
avoir. La Galerie & les Sales
voisines avec l'Escalier qui y conduit
, estoient embellis d'un fort
grand nombrede lustres, &de candelabres
de cristal. On y voyoit
desPeintures de prix, &enquantité,
une Judith d'Annibal Carrache,
un Seneque du Guide, des Originauxdu Padoüan
,
du.
Correge,d'André del Sarto, &
de LéonardVinchi
,
Maistre de
Raphaël d'Urbin. La
@
place des
Princes estoit marquée par un
riche Dais de Catin blanc en broderie,
avec les Armesde France.
On avoit placé fous le Dais deux
fauteuils de velours bleu avec
deux carreaux sur les deux fenestres
des Princes, deux sur les
deux tabourets qui estoient au
bas, & deux sur les fauteüils,
Tout le reste de la Galerie estois
orné à proportion. Les Basteliers
au nombre de cent partagez
en deux Escadres,& vêtu,"
de blanc avec des galons & des
boutonnieres de foye
,
firent de
vant les Princes les mêmes exer.
cices qu'ils avoient eu l'honneur
de faire autrefois devant le Roy
On voyoit sur leur Drapeau une
Emblème qui marquoit la vive
joye qu'ils avoient de servir à
leur divertissement. C'estoit un
Navire rempli de Matelots, qui
poussoient des cris d'aliegresse,
en voyant paroistre dans le Ciel
les deux Astres favorables qu'on
appelle les Gemeaux,avec ces
paroles: Alacresfaciunt hoecfydera Vautas.
Le temps qui restadepuis la
joûte des Bâteliers jusqu'à l' heure
qu'on tira le feu dartifice sut
rempli par un Concert de voix
& d'instrumens qui agrea fort.
Ces paroles furent d'abord chantées
pour Prologue.
ZaNymphe de la Seine, au milieu
de[esflots,
Maigrele criflalde(es eaux
Sefènt brûlerd'impatience
De revoir fort jeune Héros.
D'unobjetJichery la charmante prudence
Peutfeule fairesonrepos.
Elle reproche au Rhône un bonheur
quelle envie.
DaignePrince, écouter leurs trop
jufles combats ;
Mais quoy que la Seine vous die
Malgrésajuflejalousie,
Malgréses plus tendresappas
Tout vous conjure icy de ne la croire
pas.
Ce Prologue flit suivi d'un
Dialogue de la Nymphe de la
Seine & du Rhône.
LA SEINE. REns- moysans différer le Htroi
que )•»aaot re,
Sur tes bords éloignez, cefi trop le retenir:
Mon coeurimpatient nepeutplusfoutenir
L'Ennuy mortel qui ledevore,
Son seul retour le peutfinit.
Le Rhône.
Depuis l'heureux moment qu'unesi
belle vie
pour le bonheur du monde a commencé
son cours,
Sur vos bords fortune^vous le visses
toujoursy
Faut-il que déja l'on m'envie
Le bonheurpaffliger de l'avoir pour
toujours ?
La Seine.
Je me fuisfait une douce habitude
De voirsur mon rivage un Princesi
charmant.
Je ne puisplu sans "trouble &sans
inquiétude
Leperdrepour unfcul moment
Le Rhône.
Si la gloire vous efioit chere
, Vous ne-poujjeriez^p,ts ces indignes
(oupirs)
Etsonéloignement3 bien loinde vous déplaire,
Mettrait le comble à vos deliTS.
La Seine.
Moy ? de ne plus le voir que je me
réjoiïijje l
0 Ciel! c'ejl pour mon coeur le plus
cruelsupplice.
Le Rhône.
Et ne doit-ce pas eflre un charme à
voflre amour
D'oiïirce que laRenommée
Raconte de luy chaquejour,
Dans mes climats comme à la Courl
QuelJolide aVdntageJ &quelchar_
me dJapprendre
qu'on voit en mille lieux ses vertus
serepandre,
Que cent peuplesdivers volent de
toutesparts3
Et confondent sur luy leurs avides
reg ards,
Qtfon ne peut se lasser de le voir3
de l'entendre;
Et ce qui doit enfinfaire tarir vos
pleurs,
C'efi que vous le verrez.chargé de
mille coeurs.
Tous deux.
Quel solide avantage, &c.
La Seine.
Et ce qui doit enfin faire tarir mes
pleurs
,
.1
C'ejl que je le verray chargé de
mille cmurs.
On chanta ensuite un rëdc~
dont le sujet fut le retour de
Castor & Pollux Fils de Jupiter,
qui avoient accompagné Jason
à la conquestede laToison d'or.
La Grece le celebroit par ses
Vers.
Des climats ¡OrJune(.- del-heureuse
Iberie.
Les Fils de Jupiterfont enfin de retour.
Le dessin nousramene au gré de nôtre
envie
Cajlor & Pollux danscejour.
De nos champs les PlAwe doux rani-,
mons l'harmonie,-
Marquons leur bien tout nofird
amour.
En depit des rigeurs d'une [aifin
cruelle , -
Dans sapéniblecourse ils ontsuivy y~
1 -' Em
Et fait avec un même zele
La conquefle de la Toison.
Arbres naifjans redoublez vos ombrages.
Petits oifeatiXyégayezjjosramages^
Prodiguons lenr nos fleurs, ne les
épargnons pas,
Ils en font naifire fousleurs pas.
Que nos Parterres refleurirent,
Que nos boccages reverdiffint
Que dïun éclat nouveau tout brille
dans nos Champs)
Et que nos Echosretentijjent
Du doux murmure de nos chants.
A l'entrée de la nuit, on fut
frappé tout à coup d'un des plus
grands spectacles que l'on puisse
imaginer. La montagne de Fourviere
& celle des Chartreux
dont la Ville est commandée
,
-
& qui forment le long de la
Saone une maniere d'Amphitheatre
de plus d'une demi-lieuë
de circuit, parurent éclairées
dans un instant d'un nombre
prodigieux de pots à feu d'une
invention particuliere & arrangez
avec une grande simetrie.
Les maisons des Communautez
& des Bourgeois dont ces costes
font couvertes, accompagnoient
cette illumination generale par
des illuminations particulieres,
& l'on distinguoit sur cette
montagne en feu des pyramides
ardentes, des clochersembrassez,
& des Galeries rayonnantes,
Les maisons quisontbâties sur
les deux bords de la Saone, &
qui occu pent l'espace de plus
d'un grand quart de lieuë
,
depuis
la porte de S. George jusque
fort loin au de-là de celle
de Vaize, estoient éclairées 1
d'un nombre infini de lanternes
qu'on avoit placées aux deux cotez
de chaque Fenestre Entre
toutes ces maisons,l'Hôtel du
Gouvernement se distingua par
une illumination tres-bien ordonnée.
Ce fut à la faveur de
cette illumination,que Messeigneurs
les Princes eurent le plaiflr
pendant plus de deux heures
de contempler sur les Quais,sur
les Ponts, sur les Amphiteatres,
sur les Balcons & aux Fenestres,
une multitude d'environ cent
mille personnes, qui de temps
en temps faisoient retentir l'air
d'un million de ViveleRoy, qui
empêchoientqu'on n'entend ît
le fracas que faisoient les Timbales
& les Tamboursdes trente- cinq quartiers, dontchacun en
avoit un fortgrand nombre
desquels on battoit tout à la
fois. L'illumination du restede
la Ville, qui fut generale durant
quatre jours, estoitsemblableàcelle
desQuais. Lefeud'artifice
sur tiré durant ces acclamations
, & eut un fort grand
succez. Le dessein en avoitesté
pris de la decouverte que Mr
Cassini fit dans le Ciel il y a environ
dix-huitannées,de deux
nouvellesPlanetes,ausquelles on I
donna le nom deSydera Lodoicea, I
Astres de Loüis le Grand. On
avoir representé dans un Zodiaque
le Lyonceleste, sur lequel I
on voyoit deux Astres brillans
qui entroient dans ce Signe,
hors duquelle Soleil venoit de
passer. Pour l'ame de cette emblème,
on yavoit joint cemot de
Virgile qui convenoit au Lyon.
Solemque sùum)Iu/tSvdera novit.
Ces Vers expliquoient remblême.
Tels qu'on voit dans le Ciel deux
sîflres remarquables
, Qui du plusgrand des Rois portent
Augufie nom , Jettantsur les mortels leurs regards
favorables
,
Sur les fa* du Soleil entrer dans se
Lyon;
Tels la Terre aujourdhuyvoit deux
AugttjlesPrinces)
Charmant par leur af]>e£l nos beurreufts
Provinces,
Montrer dans leur personneau£
Peules éblouis,
Le Nom, le Sang, fImage Ó. le
Coeur de Louis. Toute la machine du feu, qu'
e stoit de foixance & dix pieds de
haut, & large à proportion, portoit
sur un grand édifice quarré,
bâti sur un Roc, qu'on avoit
feint au milieu de la Riviere.
Ce Rocher portoit un Socle, sur
lequel estoient gravéesdiverses
Inscriptions à la gloiredesPrinces.
Quatre Lions de haut relief,
portant les armes de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, pareil
soient aux quatre coins de ce Socle,
sur lequel s'élevoit un Ordre
d'Architecture Ionique à quatre
faces avec les bases & les chapiteaux
d' or. Les entre-colomnes
éstoient embellis de Devisés
d'Emblêmes & de Medailles. Sur
la corniche on voyoit plusieurs
Genies qui l'ornoient de tous cotez
de festons de fleurs. Un globe
terrestre sur lequel soustoient
les quatre vents Cardinaux, representez
par quatre grandes figures
peintes au naturel,estoit sur
cet édifice; & au dessus de ce globe
on avoit reprefentéen éloignement
, une partie du Zodiaque
,
avec le Lion celeste
, & les deux
Astresde Louis le Grand, dont
on a parlé.
Sur la premiere face de l'édifice
on lisoit ces vers pour Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Ce Prince, l'ejpoir de la France
Soutientparses , vertus tout l'éclat-de finranz
Son coeur d- son esprit dignes de sa
naiffknce,
Marquentdansquellefource il apuisèsonfang.
On trouve dans son caraclere
De son siugufle ayeul les suprèmes
talensi
Et la valeurdeson llluftrePere,
Qui dans luy croist avec les ans.
Pourtracerenun motson imagefi-
,
delle
LeCiel, en nom formantfin Prince siparfait^
A fris Louis pourfin modele
3 Mais cefi pour nousseuls qu'il
Pa fait.
Deux Devises se voyoient sur
cette face, avec une emblème
& une medaille.Une Aigle armée
dela foudre de Jupiter faisoit
le corps de la premiere devise,
qui avoit ces mots pour
ame , cui meliussua fulmina cre- dit Jupiter, pour faire entendre
queMonseigneur le Duc deBourgogne
alloit commander l'Armée
de Sa Majesté en Allemagne.
Le corps de la seconde devise
estoit les deux Astres appellez
Gemeaux, qui font un presage
de beau temps lorsqu'ils paroissoient
tous deux à la fois. Ces
paroles luy servoient d'ame
Juncti fausta , omnia signant, ce
qui marquoit la parfaite union
qui se trouve entre Monseigneur
le Duc de Bourgogne & Monseigneur
le Duc de Berry.
Remus & Romulus, Fils de
Mars & petit Fils de Jupiter, faisoient
le sujet de l'emblême,
avec ces mots de Virgile, Juvcties
quantas ostentant a(pice vires'3
ce qui marquoitle courage infatigabledes
deux jeunes Princes.
Quant à la Medaille, le revers
representoit une figure, portant
d'une main un javelot, & de
l'autre unecorne d'abondance,
avec cette legende
,
Sæculi novi
felicitas,
La feconde face estoit aussï ornée
de devises. La premiereavoit
pour corps un Fleuve, qui de..
vient toûjours plus grand à mefure
qu'il parcourt plus de pays,
avec ces mots espagnols,Mas camind)
mM" crece,pour marquerl 'applicationparticulière
de Monseigneur
le Duc de Bourgogne
à s'instruire dans son voyage, de
tout ce que doit sçavoir un Souverain.
Une autre devisefaisoit
voir une Lune dans son plein,
avec ces mots, Solus vincit me
lumine Frater, pour exprimer le
mérité de Monseigneur le Duc
de Berry.DeuxParelies formez
dans une nuë par le Soleil
faisoient une troisiéme devise,
avec ces mots, Nosbilarat simili
prole, & ce Madrigal exprimoit
l'amour de tous les François pour
les jeunes Princes.
Princes,siVOlU ri"eftiez^que les Fils
deLouis
Varl'éclat d'un tel nom les Peuples
éblouis
Courroient vous rendre leur hommage,
Mais vouscfles ses Fils &sa par-
.faite imaqe..
On voit d-ins vous fin, Nom) Ion
Sang&soncourage.
Princes, en faut-il davantage
Pour eauferparmy nous ces tranf^
ports inoiÙf.
Il y avoit encore dans la même
face une medaille, dont le revers
estoit tiré de la mcdaillede Germanicus
& de Drusus petit fils
d'Auguste. On y voyoit les deux
Princesà cheval, avec cette legende
, Principes Juventutis.
Trois Devises & une Médaille
servoient d'ornement à la troisiéme
face de la Machine du feu.
La premiere de ces Devises avoit
pour corps un Vaisseau que
des gens éloignez voyent s'approc
her
, avec ces mots ,
Major
quo propior, pour faire entendreque
les Peuples qui ont eu le bonheur
de voir Monseigneur le.
Duc de Bourgogne dans son
voyage, ont redoublé l'estime
extraordinaire qu'ilsavoient déjapour
luy.
La seconde Devise estoit sur
l'impression que les grands exemples
du Roy ontfaite depuis longtems
sur l'esprit&sur lecoeur des
jeunes Princes. Deux miroirs ardens
,
qui recevoient les rayons
du Soleil, en faisoient le corps, & ces mots en estoient l'ame.
Idem ambosimul ardor babet.
On en avoit fait une troisiéme
pour faire connoistre que Monseigneur
le Duc de Bourgogne
fuit fidellement les mouvemens
& les traces de Louis le Grand.
C'estoit un Heliotrope avec ces
mots, Forma, eeide,m,parmotasutrique.
La Medaille marquoit l'union
qui est entre les deux Princes.
On y voyoit deux mains jointes
avec cette legende. Amormutuus
principum.
Sur la quatrième face on lisoit
ces quatre Vers
A•ux tranftorts lesplus doux, Peu piequons*abandonne
Maisbeniffez^fur , tout l'Hymen du
grandLouis,
JVuifquil donne ason Sang une riche
Couronne,
Et qu'il vous fait voirCes deux
Fils.
t Ils estoient accompagnez de
cette Devise pour le Roy d'Espagne
Philippe V. Un Diamant
de grand prix venu d'un Pays
éloigné pour embellir une couronne,
& ces paroles pour ame.)
Natale solum diademate muto.
UneEmblème dans laquelle on
voyoit Alexandre qui se preparoit
à couper le Noeud Gordien
avecson épée, & dont ces mots
faisoientl'ame Ambages vanas
hoec dextra refolvet
, donnoit à
entendre que Monseigneur le
Duc de Bourgogne est destiné
pour allersoûtenir les droits de
Sa Majesté Catholique.
Il yavoit encoreune autre Devise
& une autreEmblème. Les
deux Planetesqu'on nomme Hefperus
& Jupiter
,
quibrillent le
plus dans le Ciel en l'absence
du Soleil, faisoient le corps de la
Devise,&avoient cesmots pour
ame :
Supplentabsentis lumina Solis.
On l'avoit faite pour exprimer la
joye que les Peu ples ont de voir
les deux Princes
5/
sur la grande
concorde desquels estoit l'Emblême.
On y voyoit Castor &
Pollux, FilsdeJupiter, quiquoy
que d'un fort different partagent
ensemble l'Immortalité. Ces paroles
luy servoient d'ame: Sors
diversa
, pares amor efficit.
Les peintures qui faisoient
la Decoration du Feu d'artifice,
estoient de Mr Verdier de la Maison
de Ville, & l'artificeavoit
esté preparé par Mr Villette
,
connu dans le monde par son
Miroir ardent, qui elt un chefd'oeuvre
de l'Art.
Ce qui rendit le spectacle de ce
Feu tres-éclatant ,ce fut d'en
voir briller un plus grand, auquel
onnes'attendoit point, lorsque
l'artifice eut cessé de tirer.
L'air en avoit esté rempli, &: la
riviere devint toute lumineuse
par l'embrasement de toute la
Charpente qui avoit renfermé
l'artifice & du Bateau même, qui
peu auparavant portoit cette
charpente & cet artifice.Les illuminations
de toutes les hauteurs
& montagnes des environs
de Lyon se joignirent à cette
éclatante maue de feu, qui estoit
comme environnée d'un nombre
presque innombrable de bateaux
illuminez,qui bordoient lesdeux
costez de la Riviere, à quoy se
joignoient encore les illuminations
de toute la Ville. Tout
cela estoit accompagné du bruit
de vingt Trompettes & de plusieurs
Timbales, auquel répondoit
celuy de plus de cent Tambours
qui battoient la charge au
milieu des acclamations, & des
cris de joye d'une infinité de
monde.
Le Lundy onzième, Messeigneurs
les Princes accompagnez
de Mrle Marêchal Duc deNoailles
, & suivis du Consulat en
Corps, allèrententendre laMesse
au Convent des Carmelites,
dont Madame de Villeroy est
Superieure. Elle les reçut à la
teste de sa Communauté
, & leur
fit un Compliment, dont ils furent
extrêmement satisfaits. Ils
visiterent la Maison, & louérent
le bon ordre & lamodestie qu'ils
y remarquèrent. A leur retour,
ils furent complimentez par M-f
Duret
,
premier President des
Tresoriers de France. Il estoit
accompagnéde quatorze Députez.
Ces Princes allèrent l'a p refdinée
aux Filles de Sainte Marie,
ou ilsbaisérent le coeur de Saint
François de Sales que l'on yconserve
tout entier. Ils se rendirent
ensuite dans la Place de Bellecour
, ou- tout estoit preparé
- pour leur donner le divertissement
du Jeu de la sâl/lo ou de
l'Arquebuse. Les Chevaliers qui
en avoient pris soin, estoient vêtus
d'un drap d'Angleterre grisblanc,
avec un doubleagrément
d'argent. Leurs bas estoient
teints en écarlate, leurs plumets
blancs, leursarmes dorées, & le
reste de leur ajugement uni forme:
Ces Chevaliers estant arrivez
à la placede Bellecour
,
les
Officiers eurent l'honneur d'y
saluër Messeigneurs les Princes,
qui des fenestres de leur Palais
la virent entrer en bon ordre
dans la grande allée des Tilleuls.
Au bout de cette Allée on
avoit construit pour les Princes
à la distancenecessaire pour tirer,
une Sale richement ornée,
avec des loges pour les Chevaliers,
embellies de pilastres &defrises,
ce qui faisoit une perspective
fort agreable. A peine les
Compagnies eurent-elles formé
une double haye ,que les Princes
se rendirent dans leur Jeu, èc
firent l'ouverture du prix avec
les armes que les Officiers eurent
l' honneur de leur presenter, Ils
tirèrent chacun deux coups, &
Monseigneur le Duc de Bourgogne
approcha fort prés du noir.
Le premier Prix fut remporté
par la Brigade des Chevaliers de
Grenoble. Les Princes ne prirent
pas longtemps le divertissement
du Jeu de l'Arquebuse,
parce qu'ilsestoient attendus
pour en voir un autre avant
que jour finist, & que l'heure
pressoit. Ils allèrent au Convent
des Peres de Saint Antoine,
d-oit ils virent tirer l'Oye. On
avoit preparé quatre petits Batteaux
vernis, qu'on appelle Besches
à Lyon, & qu'on nomme Esquifs,&
Gondoles en d'autres lieux, Il y avoit dans chacun de ces
Bateaux treize hommes vétus de
toile blanche,sçavoir douze qui
ik
ramoient, & un qui devoit tire
l'Oye
, ce qui faisoit cinquantedeux
hommes choisis, & qu
estoient regardez corryne' le:
mei lleursnageurs du monde. Il
en donnèrent des marques, ainsi
que de leur force, & de leur adresse,
& l'on vit aller ces petit
Batteaux sur la Saone,qui efluiu
riv iere assez dormante,avec U
vitessed'une hirondelle. Ontira
deux Oyes, quiavant qued'estre
entièrement déchirées, & que
toutes les pieces enfussent emportées,
firent culburer lesassaillans
plusieurs fois dans l'eau. Il
y avoitunecage attachée auprès
de ces Oyes, &: dans le moment
que la derniere piece fut emportee,
cette cage sur rompue , &,
il sortit douze canards qui sau-
1
térent dans la Riviere. Ces cinquante-
deux hommes y sautérent
aussi dans le même temps & nageant
comme des grenouilles
, ils les suivirent jusqu'à perte de
vûe. Les Princesne purent s'empêcher
d'en rire,& perdirent un
peu de leur serieux sans sortir de
lamajesté qu'ils ont toujours gardée
pendant leur voyage.Tous
les Spectateurseurent une grande
joye de ce que ce petit divertissement
leur avoit plu. Mr le
Prevost des Marchands avoic
pris de grands soins, & degrandes
précautions pour le succés
de ce divertillement, & quoy
qu'âge de soixante-dixhuit ans,
il s'estoit donné de grands mouvemens
afin quil ne manquast
riende tout ce quidépendoitde
Li Charge pour la satisfaction dc5-
Princes. Aprés avoir pris beau-i
coup de plaisir à la chasse des-j
Canards
,
ils allérent à la placej
de Bellecour, oùestoit le Regi-j
ment de Gals qu'ils firent panera
en revue
,
de ensuite ils se rendirent
à l'Academie deMusique A
où l'on representa l'Europe Ga-j
lante. Cet Opera fut precedé dui
Prologue qui suit, & quiavoit
,,, esté fait par les foins du Consulat,
à l'occasion de leur voyageJ
Tous les Acteursavoient des
ha-t
bits neufs aussimagnifiques quebienentendus.
Ledeflerndece
Prologue rouloit sur l'union de 1ai
Franceavec l'Espagne. LeTheaJ
tre representoit un Palais fuperbe
, & dans le fond une Cam-j
pagne où l'on voyoit plusieurs. Soldats
Soldats cuirassez qui reposoient
avec leurs Armes & leurs Drapeaux.
On voyoit aussi plusieurs
faisceaux d'armes.
LAFRANCE parlant
C à sa fui te. Hantez., Peuples
3
chantez^ le
Héros de laFrance,
Defcsjr;urs, la vertu marque tota les
inflans,
Sanscesse il affermit par ses foins
celatans
,
Oumon bonheur, ou mapuijjance.
Chante^Peuples, chantez^ le Me.,
f
-ros de la France
Quandjeperds du repos lestranquilles
attraits
ÇJeft pourjouir de la victoire
Et lors que dans [on cours ,
il interrompt
magloire
Cesipour me redonner la Paix.
Choeur.
Quepoftrsagloire touts'emprej; fi-
Joignons pour ce Heros&nos voix&
nos voeux.
Qrfilrègne & triomphesans cesse>
Quil nous rende à jamais heureux
J/ESPAGNE parlant
à sa suite.
Vous meflez^à leurs champs vofire reconnoissance.
Vous aile^partager le bonheur de la
France.
Louis vientdecomblernos voeux.
Dansfon Auguste Fils il vousaccorde
un Maiflre ;
Par le choix de ce Roy qui vavotts
rendre heureux
VOIU ave^meritc de l'ejlre.
LA FRANCE.
Après tant de combats le Ciel notis
réunit.
L'ESPAGNE.
JsTomvous devons le Royque LoT-Ti,s
nous accorde
,.Lagloire dans nos coeurs fit naistre laDiscorde
Et le Saveffe l'en bannit.
LA - FRANCE,
Vous mavez^ caufl mille allarmes
L'ESPAGNE.
De mon fang mille fok vous avc'{.
teint vos armes.
LA FRANCE.
\Za barbare Bellone étouffait ma pitié.
L'ESPAGNE.
%e trouvais à vous nuire une joye inhumaine
Ensemble.
Mais malqrè toute nofire haine lîestime dans noscoeursçreparoitPamiiié.
LA PAIX.
Quellefélicité vasuivre vofire choix!
Vne éternellePaixpar ce noeud vous
rit/Jemhle.
Que devantvous toutfre!'lisle, touti
tremble
Que toutflechissefous vos loix.
Joui(fezjijamais ensemble
Duplusfage de tous les Rois
Etd'unPrincequi luy ressemble.
CHOEUR.
Célébrons ces Héros, redoublons non
i Concerts,
Que la terre leurfoit fournife,
Que leurvertu, queleurfangs);1
ternife
Qu'ils donnent à jamais des Rois a
l'Univers.
DEUX FEMMES de la
suite de la France.
Nous ne redoutons plus a- al-l-armes,
Tout rit,toutencliante* en ces lieux;
Les plus aimables Demi,Dieux
Viennent en redoubler Les charmes,.
Que toutflatteicy leurs desirs
Qtfune riante Cour par tout les environnè
;
Qziilsgoûtentautant deplaijir,s
Que leurprefencenous en donne.
UNE FEMME delasuite
de l'Espagne.
Un trisse Myver bannifioit de nis
champs
Zts douxZephirs & la charmante
Florej
Mais le Soleil ramene le Printemps.
Que de plaisirs
, que de lfeurs vont
éclorre ! L'ENVIE.
Je nepuisplussouffrirces concerts Ó.
ces jeux.
paix ,
odieuse Paix3 ton ejferdlJceefi
vaine;
Tu veux rendre le monde heureux
Tu veux bannir des coetfrs la DiJcorde
& la Haine,
jVfatsje veux rappellerles maux que
tu bannis.
Je veux à mon dessein que Bettone réponde.
Tremble, déja /'oraçegronde.
roy leursvoijîns jaloux animez, par
mes cris
Je vaisarmertous les Peuples du
monde
Contre ceux qui tont réunis
On entend un bruit de guerre. L'ENVIE.
Mars, le terrible Mars va servir
ma.fureur.
Choeur de Soldats.
Armons-nous,courons a la gloire,
c Quittons un indignerepos.
Allons, allons chercher sur les pi&r
desHéros
La mort ou la viEloire.
LA PAIX
Quelffrellacle,quelscris,-oCielque
dois-je croire.
MARS.
Necrat,znez,.riencbarmante Paix,
En vainl'ajfreufe Envie excite mille
allarmes,
Je confondray toussesprojets
DesesPeuples unisjeprotégé les armes
,
Mats ils ne les prendront jamais
Que pourfairereqner vos charmes„
à l'Envie.
Ettoy, va sur toy-mkme exercer ta
fureur
Dans lefond des Enfers va devorer
ton coenr.
La France à l'Espagne.
Non,non ne craignons plusladiscorde
ennemie
Tout l'Univers doit vivre fous nos
loix.
EtleDeftinpar mille exploits
Me faitvvooiirr ààjjaammzal»iss noflre gloire
affermie.
Je voy j'/ever un MCTOÎ
A qui le Cielpromet une qlyirc immortelle.
Le triomphel'attend
J
la vittoire
l'appelle
Je voy dans l'avenirsisglorieuxtravaux
Par tout la Sagesseséclaire.
Les Peuples qu'il soumet deviennent
plus heureux.
A-t-ilpris pour modelle ou Louis
ou son Pere
Il les retrace tous les deux.
Choeur.
Celebrons ces Héros3redoublons no!
concerts,
Que la terre leur(ôitfournisi,
Queleurvertu que leurfang s"êter-~
nist,
Quils donnent a jamttÍs des Rois d-
IVdivers.
Messeigneurs les Princes souperent
au sorti r de l'Opéra
,
&
furent divertis àl'issuede leur
souper par le bruit de deux cens
boëttes, qui futaccompagné de
différences fortes d'artifice, qui
surprisent par leur beauté, ce
qui joint au succez du feu qui
avoir esté tiré la veille fit donner
beaucoup de loüanges aux
Artificiers de Lion.
Le Mardy 12. Messeigneurs
les Princes entendirent la Messe
dans l'Eglise du grand College
des Jesuites. Elle fut celebrée
par Mr l'Abbé de la Croix Chapelain
du Roy. Ils monterent
ensuite dans la Bibliotequemasgonnifiquement
bâtie par la Mai--
de Villeroy, & fort considerablement
augmentée par la
Bibliotequedu feu Archevêque
de Lion. Mr le Maréchal de
Noailles leur fit remarquer les
divers monumens qu'on y a erigez
pour conserver les souvenir
des bienfaitsdecette Maison.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
fit voir que les bons Livres
neluy font pas inconnus,
& s'arresta quelque temps ainsi
que Monseigneur le Duc de Berry
à considerer des Globes, à
examiner des manuscrit, & à
voir parmy les Livres de feu Mr
l'Archevêque de Lion, un Livre
composé autrefois par le
Roy, &intitulé, Traduction de
la Guerre de Cesarcontre les SuiJJes.
Ils prirent beaucoup de pkifir
à voir cet ouvrage, & 1 examinèrentavec
attention. Ils demanderent
ensuite à voirle Cabinet
de medai lles du Pere de la.
Chaise&les autres antiques. Ils
y furent conduits
}
& le Pere
Colonia eut l'honneur de leur
expliquer la suite des Empereurs
Romains en bronze,en argent,
& en or, les Idoles de Rome,
& d'Egipte
,
les lampes qu'on
appelleinextinguibles,& lesTalismans.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne luy fit plusieurs questions
tres-sçavantes sur la Chronologie,
sur l'Histoire, sur le
Dieu Mithra, sur Harpocrate,
& sur les siclesHebreux & Samaritains.
Il luy demanda en
voyant une StatueEgyptienne
du Dieu Serapis fort antique,
où estoit le Boisseau qu'il porte
sur sa teste, & quilecarractérise.
Se Pere Colonia le luy fit
remarquer, & ce Prince en parut
content. Il remarqua uneStatuë
antiqu e de la victoire, & demanda
pourquoy elle n'avoit qu'-
une aile. Le Pere Colonia luy répondit,
quecetteAile qui ressoit
à la victoire estoit même de trop ,
el?' qu'il vouloit la heyojÜr) parce
que le Roy avoitsceu la fixer si bien,
quelle n'avoitplus besoind'ailes,
pUi(qu'elle ne pouvoit plus s'envoler
ailleurs. Cette réponse plut aux
Princes & à toute leur Cour.
Au sortirdu cabinet, deux Ecoliers
choisis leur presenterentdes
poesies latines 8c françoises que
eCollege avoit composées à leur
honneur, ils les receurent avec
beaucoup de bonté, & donnerent
des vaccances aux Ecoliers.
Lefoir de ce même jour, les
Peres de ce College marquerent
leur joye par une Feste extraordinaire.
Ils avoient fait à laface
de leur Bâtiment une grande illumination
,
& l'on fit dans la
Cour des Classes une décharge
de boëttes au bruit de plusieurs
instrumens. Le peuple qui s'assembla
devant la Porte de ce
College prit part à cetteFeste,
qui dura bien avant dans la nuit.
Messeigneurs les Princes allerent
l'apresdîné à l'Hôtel de
Ville, & furentreceus à la portiere
deleurcarrosse par le Consulat
en Robes de ceremonie.
Les portes estoient gardées par
la Compagnie de deux cens Arquebusiers
de la Ville.Quatre
Bataillons de la Bourgeoisie étoient
rangez en fort bon ordre
dans la plaOce des Terreaux que
cet Hôtel a en face. Estant enjerez
dans le Vestibule,& ayant
veu en passant les anciennes tables
de bronze de l'Empereur
C laude, ilsfurent conduits dans
la salle appellée de l'Abondance,
où l'on avoit disposé des Metiers
& des Ouvriers pour leur faire
voir les Manufactures de brocart
d'or & d'argent, qui entretiennent
les trois quarts de la
Ville. Ils virent fabriquer de
belles étoffes, (4e grands galons
d'or, & tirer l'or par de jeunes
filles
,
les unes habillées fort
proprement à la Lyonnoise, &
les autres vestuës de noir. On
leur expliqua sensiblement la
maniere dont la [ove se forme
dansses commencemens, & la
maniere dont elle se met en oeuvre.
Au sortir de cette Salle,
ils firent un tour dans la grande
Cour de l'Hôtel, & monterent
par le grand Escalier dans la
Chambre du Conseil
où l'on
avoitétalé les plus riches brocards
d'or & d'argent qui ayent esté fabriquez à Lyon, & le
Consulat eut l'honneur de leur
en presenter trente pieces differentes,
estimez au moins dix
mille ecus. De cette Chambre
ils passerent dans la Salle du
mConsulat, où ilsexaminerent le
nouveau Plan des reparations
<lue l'on va faire à l'Hôtel de
Ville. Il virent dans la même
Salle le dessein de la Statue E-:
questre deLouisle Grand, que
le Consulat a fait jetteren bron--*'
ze à Paris, du poids d'environ
trente milliers, & qu'il se pre-4
pare à faire ériger dans la Ville.
a
de Lyon, sitost qu'on l'y aura
conduit de Toulon où elle est
déja arrivée. Ils décendirent de
la dans unedernièreSalle, où
l'on fit en leur presence uneexperience
tres-curieuse. C'est la
maniere dont on dore les lingots
& dont onlesdegrossit a près les
avoir dorez. L'arque c'estdire
la machine- dont onse sert
à Lyon pour les degrossir est si
delicate
,
qu'unlingotd'argent
qui n'a que deux pieds de longueur
, & trois pouces quatre
lignes de circonference, produit
un fil d'or de la longueur
d'un millionquatre-vingt-seize
mille sept cens & quatre pieds,
de sorte que ce fil
, par l'art du.
tirage, s'allonge plus de cinq
cens quarante-trois mille fois
plus qu'il n'estoit auparavant.
Ainsi si l'on attachoit ce fil par
un de ses bouts, & qu'il eut asfez
de consistance pour estre étendu
sans se rompre, il pouroit
estre conduit jusqu'à unedistancedesoixante
& treize lieuës.
Au sortir de l'Hôtel de Ville,
Messeigneurs les Princes toûjours
accompagnez duConsulat
allerent à pied au Monastere
Royal des Religieuses de S.
Pierre, qui est situé dans la mêmeplacedel'HôteldeVille.
Ils
furent receus par Madame de
Chaunes qui en est Abbesse, &
qui par le compliment qu'elle
leur fit à la teste de sa Communauté,
fit connoistre son esprit
& le sang dont elle est née. Ces
Princes apré avoir pris desplaifirs
serieux pendanttoute la
journée, allerent prendre le
divertissement d'une seconderepresentation
de l'Europe 'galante.
1 Le13 jour marquépour leur
départ ils se rendirent a six heures
& demie du matin dans l'Eglise
des Celestinsoù ils entendirent
laMesse- Toutes les ruës
par où ils devoient passer, depuis
la porte de leur Palais jusqu'au
lieu de l'embarquement estoient
bordées d'une double haye Bourgeoise
au nombre de sept mille
hommes sans compter les Officiers.
Le bateau dans lequel ils
s'embarquerent avoitenviron
soixante & cinq pied de long,
douze de large & neuf de haut.
Leur chambre, longue de vingtsix
pieds, estoit garnie d'un damas
rouge cramoisi
3
& ornée
de deux canapées avec leurs carreaux
à houpes d'or, de vingtquatre
perroquets ,
de deux fauteüils
,
de]deux chaises & de
deux tables: le tout de velours
cramoisi avec les crépines & les
molets d'or. Les portieres étoient
de damas avec des crépines
d'or. Il y avoit dans cette
chambre cinq fenestres de trois
pieds de deux de large chacune,
toutes à paneaux de glace avec
des rideaux de taffetas blanc.
La cheminée qui occupoit la
pkee d'une sixiéme fenestre étoit
blanche & or avec sa corniche
dorée. Treize miroirs placez
entre les fenestres à costé
des portes, & sur la cheminée
donnoient à ce lieu tout l'agrement
qu'on y pouroit souhaiter.
Les portes qui estoiént de glaceavecdes
chassis dorez, avoient
huit pieds de haut & quatorze
de large. Le salon pourles Gardes
qui avoit dix pied de long
estoit tapisséde brocard, avec
deux grandesformes de même &
matelassées. Lecabinet desValets
de Chambre de la longueur
de dix pieds estoit auiTI- captuc
de brocatel, & lesautres meubles
estoient de la même étoffe.
On avoit pratiqué dans ce -ca.J binet un escalier pour monter
au dessus du bateau sans paÍfert
par la chambre? des Princes;
Tout le dessus dela barque étoit
couvert d'un drapd'écarlate
bordéd'un galon d'or, ôc. la#
balustradeornée tout au tour
de filetsd'or sur un fond blanc,
La manoeuvre & les cordages
n'ayant pas permisd'y faire un
pavillon
, on y avoi t suplée par
deux parafoles de damas, garnis
de&defranges d'or. Le
grand masts portoit un pavillon
blanc orne de trois Fleurs de lis,
& le mast d'arriéré un pavillon
bleu avec un Lyon d'or,
Ce baccaU) outreceluyde la
Musique qu'ilavoit à ses costez
estoit accompagné de trois autres
Diligences partagées chacune
en deux chambres & toutes
trois tapissees à neuf. La
dperemiere estoit pour l'équipage
Monseigneur le Duc de Bourgogne,
la seconde pour Monseigneur
le Duc de Berry, &
la troisiéme pour celuy de Mr
le Maréchal Duc de Noailles.
Outre ces quatre Diligences,il
y avoit trois grandes barques
pour le bagage, pour les Suisses
& pour les domestiques, une
pour le carrosse du corps, une
pour la cuisine avec ses cheminées
& tous ses fours differens ?
& une à costé pour le Gobelet
6c pour la Fruiterie, ce qui faisoit
en tout dix Barques ou Diligences,
pourvenësavec profusion
de toutes fortes de pieces de
gibier, de venaison, de liqueurs,
de vins & autres rafraichissechiffemens
de toutes manieres.
Cette petite flote fut tirée par
prés de quatre cens chevaux,
lqeu'on avoit choisis dans touc Gouvernement, & qui dans le
temps du départ des Princes
-3 le trouvèrent postez tous à la
fois depuis la route-de Lyon
jusques à Chalons pour se relayer
de deux en deux lieuës.
Messeigneurs les Princes estant
arrivez avant huit heures au
Port Neufville, qui estoit le
lieu de l'embarquement, furent
receus par le Consulatencorps
&en habit de ceremonie à l'entrée
du bateau
,
où il eut l'honneur
de les conduire. Danscet
instant toute l'Artillerie de
Pierre-Cize, &toutes les Boëtes
de laVilletirerent, & l'airretentit
d'une infinité d'acclamations
de Vive le Roy,Douze Prisonniers
que le Consulat avoit fait
mettre enliberté en payant leurs
dettes à l'arrivée des Princes, se
presenterent
lperuerssenteurent, pour remercier
Augustes Libérateurs. Les
Bateliers marquerent leurzele,
par quelques joutes nouvelles,
& les fal üerentense jettant tous
ensemble dans la Riviere dés
qu'ils les virent partir. Le Lieutenant
de Robe-courte accompagna
leurbatiment avec ses
Officiers, &. Archers de sa Compagnie,
jusques hors le Gouvernement
de la Province. Ses Princes
devoient aller coucher à
Mâcon
>
qui selon l'étendue des
lieues du pays n'est qu'à douze
lieuës de Lyon; mais elles en
valent bien vingt des nostres.
Cependant les mesures de ceux
qui avoient entrepris de les conduire
furent si bien prises,
qu'ils y arriverent à huit heures
du soir ;& trouvèrent leurséquipages
qui avoient esté embarquez
le jour precedent.
Pendant le sejour que ces
Princes ont fait à Lion, ilsont
esté gardez par un Penonnage,
c'est-a-dire par les Bourgeois
d'un des quartiers de la Ville de
Lion. Les illuminations n'ont
point cessé pendant toutes les
nuits, & toutes lesmaisons ont
esté éclairées depuis le premier
étage jusqu'au quatrième. La
dpleus grande partie des peuples
la Province, & des lieux circonvoisinsestoit
venue prendre
part aux réjouissances que leur
arrivéefaisoit éclater jour &
nuit dans tous les quartiers de
la Ville. On n'y entendoit que
flûtesj Hautbois, de Trompettes
& Tambours, & l'on ne
voyoit que feux d'artifice,&
autres; tout y retentissoit des
cris de ViveteRoy, &: des prieres
continuelles des peuples qui
demandoient à Dieu de combler
de mille bened ictions les Princes
qu'ils avoient le bonheur de posseder,
& de leur donner les lumieres
dont ontbesoin ceuxqui
doiventregner un jour.
Je vous ay déja dit que Mr
Prost de Grangeblanche & Mr
Perrichon le fils allerent offrir
les presens de la Ville à Messeigneurs
les Princes le jour de leur
arrivée, sans vous en rien dire
davantage, parce qu'aucune des
Relations qui m'estoient tombéesentre
les mains, nemarquoit
en quoy ils consistoient. J'en
viens de voir une qui m'apprend
qu'il y avoit environ vingt
Vestes
, avec des Boëtes proprementpeintes,
dans lesquellesestoient
des essences, &
autres choses semblables. Monseigneur
le Duc de Bourgogne
trouva les trois qui estoient pour
luysi bien peintes & si proprement
ajustées, qu'il ordonna
que l'on en prist soin, afin qu'il
les apportât à Madame la Duchesse
de Bourgogne. Il yavoit
aussi des paquets de boëtes de
conncures, des vins de liqueurs,
& des vins François. Le zele
que la Ville de Lyon a fait
paroistre
,
meritoit que rien
ne fust oublié de tout ce qui
s'y est paflfé pourla reception
de Messeigneurs les Princes
Aussi n'ay-je épargné aucuns
foins pourenramasserjusqu'aux
moindres circonstances ; ensorte
que je croy pouvoir assurer que
la Relation que j'en ay dressée,
est beaucoup plus ample que
l' imprimé qui en a paru.
TandisqueMâcon se preparoit
à recevoir Messeigneurs les
Princes, Mr de Senecé qui est
né dans cette Ville, fit l'Ode
que je vous envoye ,
ôc elle fut
presentéeà MrleMaréchalDuc
de Noailles,
LE VOYAGE
DES PRINCES.
MARS tonne sur la rfontiere3
Etplein d'un dépit mortel
Va meditant la matière
De quelque nouveau Cartel.
Vn jufle effroy,qui le glace
Rend au fortdeleurmenace3
Ses projetsévanouis,
Et sa ligue mal unie
Pâlit devant le genie
De l'Invincible Louis
Cependant,sur ce Royaume
Se répand l'air le pluspur,
MUrJ d'argile
,
toits de chaume
Tout devient d'or & d'ahuri
Phæbé> que ternit Cibelle,
Voit effacer devant elle
Ses honneurs étincelans,
Et les bruyantesfusées
Aux étoilesméprisées
Portent des défis volans.
DesProvinces excitées
Z'ardente émulation,
En Festes bien concertées
Fait briller l'ambition:
Leur Peuple dans ses fontaines
Des plaisirs
,
a tassespleines
puissè l'Enchanteur levain,
Et les Nayades charmées
3 En Bacchantes transformées,
Nagent-d'aise -dans le vin.
Quel est ce Dieu favorable,
Qui nousfaitparsesbontez^
Des mensonges de la Fable
Desensiblesveritezj
Efi-celefils du Tonnerre,
Qui. vient de porter la guerre
Chez.. Epouse de Tithonl
Efi-ce le fils de Latone
Que la Viffaire couronne
Après la mort de Python i
Non ; de ?éclat qu'il fait naifire
Mesyeux ejioient éblouis.
.Ahlje vois mon jeune Maijlre>
£'héritierdes deux Louis.
C'efice Meros qu'à la France
Poursa troisiéme cfyerance
Les uiftres ont dessiné,
Qui surle Trbne dEfpagne
Dans sa premiere Campagne
fientd'établir son puisné.
- - .1
De quelle vive lumiere
Brille ce Prince adoré!
Quel beaufeu,fousJapaupiere
Marque un e'/prit éclairé!
On s'observe
, on se compose
,
Jtfais dure/peff qu'il impose
Lacrainte va redoublant,
jlnesi étude qui serve,
Et l'eloquente Minerve
.Te l'aborde qu'en tremblant.
éMafcon ma chere patrie,
Qui l'attendsaupremierjour,
Quels presens
,
quelle industrie'
Luy prouveront ton amour3
Sita force languissante
Par la dépense éclatante
T'exclud de tesignaler,
Par un Ztle ardent (jr noblev
Lym, Trfarfîiûe
3
& Grenoble
AUlont peine a t évaler.
Bourgogne, qu'a[on passage
Sesignale votre ardtUï;
Mais précipite^ouvrage
Quordonne votre (plendeur.
Tous les momens qu'il vous presle
Aux dons que la gloire apprefie
JLuy paroijjentdérobezj
Déja le Printemps boutonne,
Etsi la Trompettesonne,
Vos SpeHaclesfonttombez,
En vain, la Mere aAchille "*
Dans un Palais enchanté,
D'une valeur indocile
Croit adoucir lajierti.
Jeux galans,vives tendresses,
Doux plaisirs
>
molles careffis,
Tout luy devient odieux,
Sitost que l'adroit Vliffi
Fait parunfage artifice
Briller lefer àses yeux.
Pour vous, depuis vofire enfance
Au fein des Grâcesnourry>
Garderons-nouslesilence
JlIuftre Duc deBerry ?
D'une naiflancetardive
Vojirefortune attentive
Vousvangera p-leinement,
Et le Ciel ria pointfait naiflre
Le gouss de choisir un maistre
Pourl'Eftazneftulement.
Conducteur desjeunes Princes,
Vous, dont Louis a fait choix,
Pourfaire voir aux Provinces
Le plus beau fang de leurs Rois
s Jamaissafaveurpropics
Ne rendit plus dejufiicer
A vos suprémes talens,
Non peU même quand sa foudre
Par vos mains mettoit en poudre
Les ramparts des Catalans,
Bientost, leur noble courage
Dans les Ecoles de Mars
D'un fameux apprentissage
Ira tenter les bazars.
De leurjcunejfc bouillante
Il~, , e bokie
Moderez^ïardeur vaillante
Dans la chaleur du combat.
Est-il employ d'importance,
Où jamais voflre prudence
Puissè mieux fcrvirl'Etat?
Mr de Senecé, dont vous venez
delire lesVers, & dont tous
les Ouvrages font voir beaucoup
d'esprit &d'érudition, a y ant
bien voulu se donner la peine de
faire uneRelation de ce qui s'est
passé dans le lieu de sa naissance
lors que Messeigneurs les Princes
yont elle
,
j'ay cru devoir vous
donner cette Relation dela maniere
qu'il l'a faite, afin de vous
faire connoistre qu' il n'écrit pas
moins bien en Prose qu'en Vers.
La Province de Bourgogne étoit
sensiblement touchée eu» mari- -
heuroùelle paroissoit condamnée
n'estre point honorée de la presence
de Messeigneurs les Princes.
Elle se consideroit comme
rédui te à la tristedestinéede ces
Peuples voisins du Pole, qui ne
participent que parreflexion à la lumiere du jour,& à qui le
j Soleil refuseéternellement ses
favorables regards, quil prodigue
au reste de la terre avec tant de libéralité. Enfin ses voeux
toucherent le Ciel, on apprit
,
que la route des Princes estoit
changée5&que Monseign ur le
Duc de Bourgogne honoreroit
d'une vifitc le pays dont il porte
le nom j mais on l'apprit si tard,
que la joye que causacettenouvelle
fut fort combattuë par la
crainte de n'avoir pas assez de
-
soisirpour semettre en estat àç
répondre à cet honneur par une
reception digne de la grandeur
du Prince, & du zele de la Nation.
Le voisinage de Lion ne
nous estoit pas avantageux. La
Cour en sortoit pleine des idées
de grandeur & de magnificence
que luy avoit laissées. cette superbe
Ville. Nous avions beau
nous retrancher sur l'amour &
sur l'attachement que nous foutenions
pouvoirdisputer à toute
la terre, ces qualitez ne sont
sensibles que par les effets qu'elles
produisent,&tout le monde
se les attribuë.
La Ville de Mâcon, qui est
la plus méridionale de la Province
, fut la premiere avertie
de se mettre enestat de recevoir
Ces jeunes Maistres Onnesceut
qu'ils y passeroient que sur la fin
de Mars? & on apprit en même
temps qu'ilsy arriveroient
dans le commencement d'Avril.
Cependant les ordres réitérez
.de S. A. S. Monsieur le Prince,
nostreGouverneur, la vigilance
de Mr Ferrand
, Intendant de
Bourgogne, & de l'activité de
Mr des Vignes, Maire de cette
Ville; trouverent moyen dans
pn petit intervalle de quinze
jours, de mettre toutes choses
dans la meilleure disposition que
l'on pouvoit esperer de la petitesse
de nos forces
Mrs des Etats du Mâconnois
commanderent d'abord à toutes
les Paroisses qui se trouvent sur
la route, de travailler à la répal
-ration des grands chemins. Ce
peuple s'y porta avec une ardeur
incroyable,On fit des chaussées,
des pavez & des ponts; & l'industrie
surmontant la nature,
qui a fait les abords de nostre
Ville tres-difficiles, comme le
sont ordinairement les avenuës
de tous les pays gras, ilse trouva
qu'au bout de quelques jours
nous n'eûmes plus lieu de porter
envie à la levée de Loire, ou
au grand chemin d'O rleans.
Cette précaution ne servit que
pour les Equipages,car la Cour
arriva par la Riviere. J'ajouteray
, pour n'en pas faireà deux
fois, que ces chemins furent si
bien rétablis, que la prévoyance
de Mrs des Etats fut inutile. Ils
avoient commandé trois cens
jougs de Boeufs, pour le soulagement
des Equipages, fat i guez
par une marche de cinq mois.
On ne s'en servit point, & ils
ne laisserent pas d'arriver heureusement.
Pendant que l'on travailloit à
la Campagne, on ne s'endormoit
pas à la Ville. Tout ce
qu'elle put fournir de Charpentiers
, de Menuisiers, de Sculpteurs
& de Peintres , fut ployé àconstruire em- des Arcs de
Triomphe;& leur diligence fut
telle, qu'il en paruttrois en huit jours, qui semblerent estre
faits par enchantement. Le premier
, placé à l'entrée de la Cour
lu Prévost representoit l'admiration.
Le second élevé au bouc
le lagrande Esplanade du Rempart
de S. Pierre, estoit consacré
à la joye publique. Ilsétoientornez
de peintures, d'emblêmes,
d'hyeroglyphes
,
& de
de devises, qui avoientleurradpuort
à l'intitulation. A la porte
Palais Episcopal,où les Princes
devoient loger
J on en avoit
élevé un troisiéme, par les ordres,
& aux frais de Mr Michel
Cassagnet de Tilladet nôtre Evêque
j
quisignala son zele de
toutes manieres dans cette occasion.
Entre deux grandes allées
d'Arbres qui regnent tour
le long de l'Esplanade, on en>
avoit dresséune artificielle, qui
esloit une colomnade de Char-ji
pente, toute revêtue de verdure,
& ornée d'une infinité de flambeaux,
qui compofoient uneaveniië
lumineuse, par laquelle on
arrivoit à l'A rc de Triomphe.
Toutes les portes de laVille
estoient galament parées. Celle
du Pont, par où les Princes devoient
entrer, estoit embelie
d'unriche Dais, fous lequel étoient
placez les Portraits du
Roy, de Monseigneur
>
& de
Messeigneurssesenfans. Onavoit
refaittout à neuf le pavé
; par ou les Princes devoient passer
5 on en avoit adouci toutes
les pentes, on l'avoit sablé dans
lesendroits les plus glissans
3
êc
on avoit coupé quelques Arbres
antiques , qui depuis plus d'un
Siecle servoientd'ornementaux
places publiques,decraintequ'ils
ne nuisissent au passagedes carosses.
Enfin on avoit dressé en
quatre endroits des plus apparens,
autant de Fontaines jaillissantesdevin,
qui devoient couler
tout le jour, & toute la nuit
de l'entrée des Princes; & on avoit
commandé de tapisser toutes
les ruës sur leur passage,avec
une illumination générale, dans
toutes les maisons de la Ville
Mr de Salornay
,
Colonel de
la milice Bourgeoise faisoit en
même temps ses diligences, pour
la faire paroistre sous les armes d'une maniere convenable , à ce
petit Triomphe. La Ville estdivisée
en neuf quartiers, qui ont
chacun leur Capitaine. Ces-
Chefs choisirent tout ce qu'il
y avoit de plus belle jetinefre
parmi ceux qui reconnoissent
leurs ordres. Ils firent des reveuës
pourdiscipliner leur troupe
,
qu'ils reduisirent au nombre
de huit cens hommes. Il n'en
-,st pas un parmy ce nombre,
qui ne prist selon son pouvoir,
un foin curieux de sesarmes, &
de son habillement. Les Officiers
, firent dans leurs Compagnies
, une grandelargesse de
de plumes, de rubans, & d'or.
nemensmilitaires; & plusieurs
parciculiers, y firent de leur
chef une depenseconsiderable.
Il y avoit des rangs auprès du
Drapeau, composez de la jeunesse
des meilleurs familles,
Itii s'estoient fait faire des habits
uniformes,& galonnez. Les
Officiers deleurcôté, se faioient
diilinguer par leur parure
, & par leur bonne mine.
Leschosesestant disposées de
la forte
3
Mr l'Intendant se rendit
à Mâcon, trois jours avant
l'arrivée des Princes. Sa presence
donna une nouvelle face à
toutes choses, & plus riante &
plus reguliere qu'elle n'estoit
auparavant. Il retrancha des
decorations, ce qui ne luy parut
pas de bon goust
,
il y fit ajoûter
denouveaux ornemens:
il fit passer en reveuë nostre milice
devant luy } enfin, par une
c here delicate & magnifique
qu'il fit soir & matin, tant à la.
Noblessedu Païs, qu'aux Officiers
de Robe, il entretint cet
esprit d'alegresse, qui convenoic
à l'agreable attente dans laquelle
nousvivions.Madame de Rambateau,
mere de nôtreLieutenant
de Roy, chez laquelle
estoit logé Mr l'Intendant, ne
contribüa pas mediocrement à
bien mettre dans son jour la dépense
qu'il faisoit, par son bon
ordre, sa propreté, & sapolitesse
ordinaire. D'un autre côté
, Mr l'Evêque, chef des Etats
du Comté de Mâconnois, n'oublioit rien de tout ce qui
pouvoitembellir la fête Ilavoit
abandonné son Palais, qui étoit
destiné pour le logement des
Princes; mais il tenoit des tables
superbes chez son grand
Vicaire, où tous les honnêtes
gens estoient parfaitement
bien receus. Entre ce Prélat,
& Mr l'Intendant, éclatoit une
noble émulation,qui laissoit indecis,
à qui des deux on devoit
plus de loüange. Ils concoururent
ensemble à bien disposer
toutes choses; ils le regalerent
tour à tour. On semit en devoir,
par les ordres de Monsieur le
Prince, qui avoit envoyé pour
cet effet grand nombre de ses
Officiers, de faire preparer un
magnifique dîner pour la Cour,
à son passage par Tournus,qui
cil: une Ville d: nostre dependance;
à quoy Mr l'Abbé Mercier
, Elû du Clergé, & Mr le
Baron de Vinzelles Elû de la
Noblesse du Païs, aporterent des
soinsextraordinaires. Mais tout
leur empressement fut inutile, t
les Princes ne s'y arresterent
point, & un amas prodigieux
que l'onavoit faitde toute sorte
de regales, ne servit qu'à faire
eonnoiftre-
, i
connoistreau public , qui en
profita, jusqu'oùs'étendoit le
zele de ceux qui gouvernent ici,
sous les ordres de SaMajore.
Enfin, le jour tant desiré parut
sur nostre horison
r & ce fut
un Mecredy treiziéme d'Avril.
Tous les lieux des environs, jaloux
de nôtre bonheur, voulurent
y participer. Il se fit chez
nousuneeffusion de toutes les
Villes voisines jusqu'à dix lieuës
à la ronde, & Mâcon ce jourà
receut dans son sein
, Charrolles
, Bourg en Bresse, Cluny,
Tournuz,Pont de Vaux, Bagé,
5c toutes les autres Villes prochaines
, la foule le, estoit si gran- qu'à peine pouvoit-on se
faire passage dans les ruës. Tout
ce peuplen'avoit aucun souçyde
sonlogement; aussiestoit-il impossibleden
trouver, & il n'étoit
uniquement occupe que du
desirempressé de voir te? Prin-
,
ces. Cettemultitude,assemblée
de tant de differens endroits,
me rappelloit dans l'esprit 14
fondation de Venise
,
lorsque le
petit Bourg de Realte, grossi
subitement par l'afluencede tous
les peuples voisins,formapresque
en un instant, une des plus
nombreuses &des plus florissantes
Villes du monde; aveccette
differenceessentielle, que c'étoit
lacrainte qui avoit peuplé
Venise, & que c'estoit l amour
qui assembloit tant de peuple
dans Mâcon. 1
Cette mul titude, que la Ville
ne pouvoit contenir, avoit remi
1
pli la Prairie & bordé la Rive
Orientale de la Saone du costé
de la Bresse
,
où les Princes devoient
décendre jusqu'à la petite
riviere de Vêle; & quoy
que l'on sçut qu'ils ne devoient
arriver que le soir
,
cependant.
l'empressement de les voir, avoit
obligé tout le monde d'y retenir
son poste depuis le midy Ils
n'arriverent qu'àl'entréede la
nuit dans de magnifiques bateaux
que la Ville de Lion leur
avoit fait preparer. C'est à ceux
qui en ont fait la depense d'en
donner la description. Je diray
seulement, que le superbe Vaisseau
de Cleopatre
,
dont les histoires
ont tant parlé, n'avoit
aucun avantage sur celuy qui
nousamena les Princes. Comme.
tous leurséquipages estoient
embarquez, onavoit commandé
pour les servir tous les carosses
les plus propres de la Ville. Ils
estoient rangez sur le Rivage au
nombre de quinze ou vingt,
pour les recevoir avec leur suite.
Aprés que l'Intendant qui attendoit
les Princes au bord de
la riviere avec un gros de Noblesse,
leur eut fait la reverence,
ils monterent dans le carosse de
Mrl'Evêque
, avec Mr le Maréchal
Duc de Noailles, & leur
fuite se plaça dans les autres.
Cette file de carosses
,
passa
sur une levée, qui avoit esté
faite exprés sur un petit regorgement
de la Riviere de Saone,
que l'on appelle la Goute. Elle
estoit fort large, tournéeendemy
cercle, garnie de ses apuis ,
&bordée de la milice du Bourg
de S. Laurent au nombre de
deux cens hommes, tousenbon
ordre. Ce Bourg
, quoy qu'attenant
au Pont de la Ville,,
n'est pas de sa Jurisdiction : il
apartient à la Bresse, & ses Hatans
avoient fait en leur particulier
leur convocation & leur
dépence, où ils se signalerent
autantque leurs forces le permirent.
Mr le Maire de Mâcon, selon
l'ancien usage, s'estoit placé àl'entrée de la premiere Porte
du Pont, suivi de tout le Consulat
& une partie des ^Excon-»-
suls,avec tous les Officiers de
l'Hôtel de Vilie
, au nombre de
quinze ou seize personnes. Là
ilsattendoient l'arrivéedeMonseigneur
le Duc de Bourgogne,
pour le complimenter à son a- bord; mais Mr Desgranges Maître
des ceremonies estant arrivé
quelque tempsavant les Princes
,dit à ses Officiers, que
Monseigneur le Duc de Bourgogne
pouroit bienestre incommodé
si on l'arrestoit en ce lieulà,&
qu'il estoit plus a propos
de ne leharanguer que quand il
seroitarrivé chez luy. Surcet
avis, ils gagnerent l'Evêché
par le plus court chemin, & ils
y arriverentencore plutôstque
les carosses qui faisoient un plus
grandtour.
Cependant le Cortege des
Princes s'avancoit lentement,
il estoit procedé de la Maréchaussée
à cheval, & environné
des Gardes du Roy. Vingtquatre
flambaux de cire blanche
entouroient le carosse des
Princes, & chacun des autres
carosses estoit precedé de plusieurs
autres flambaux. Le Pont
estoit éclairé d'une infinité de
lumières, & bordé d'une double
haye de Mousquetaires. Le
carrillon des cloches, & l'harmonie
militaire faisoient retentir
les airs, mais le brui t en
estoit dominé par les ac lamations
& les benedictions du peuple.
Jamais tant d'allegressene
s'estoit emparée des esprits. Les
meresmontroient à leurs enfans
cet Auguste Prince. Les vieillards
se rapeloient dans la memoire
l'entrée du Roy dans Mâcon
en 1658. & cherchoient à
reconnoistre les traits dece
Grand Monarque sur le visage
deson petitFils. La jeunesse,
parmy laquelle s'estoit répandu
le bruit que ce Prinedevoit
bientost aller commander les
Armées du Roy, témoignoit une
noble ardeur de combattre £>us
sesordres, Stfrémi(Toit la guerre
dans le sein de la paix. Toute
la Ville estoit en feri", &lejour
naturel s'estoit caché, honteux
de sevoir effacer par un jour
artificiel plus brillant queluy.
Les nobles Chanoinès du Chapitre
de S. Pierreavoientéclairé
leur clocher d'une maniere galante
& particuliere : ceux de la
Cathedrale en avoientfaittout
autant, & ces hautesToursilluminées
du haut en bas, effaçoient
dans les esprits l'idée que
donnel'Histoire des Phares de
Messîne & d'Alexan drieAinsi
passerent les Princes fous les
Arcs de triomphe au milieu des
princi pales ruës de la Ville, richementtapissées,&
traversant
la grandeavenuë du Rempart,
ils se rendirent à l'Evêché,où
l'on avoitdisposé leur logement.
Aussi-tost que Monseigneur le
Duc de Bourgogne fut arrivé
dans son apartement ,
il commanda
que l'on fifi: entrer ceux
qui le doivent haranguer. Il
estoit accompagné de Monseigneur
le- Duc de Berry & de Mr
le Maréchal de Noailles,& environné
des jeunes Seigneurs de
sa suite. Air Desgranges appella
premierement les Eschevins,
qui en attendoient l'ordre dans
l'antichambre, à la teste desquels
Mr des Vignes Maire perpetuel
de nostre Ville s'estant
avancé, aprés de profondes reverences
, par la de cette forte
au Prince.
'» MONSEIGNEVR~
Z'éclatdont brille lanaifance des
Princes & la grandeur quilesenvironne
, nousdisposent à leur rendre
le reeeîl & l'obeissance> mais cefl
par leur mérité qu'ils gagnentFaffection
despeuples, & qu'ilssefont
sur les coeurs un empiredautant
plus glorieux,qu'ils ne le doivent
qu'à leur vertu. Jl.eflavantageux, aux PrincesJ
u jefaireconnoifire à ceux qu'il,
ioiventcommander}& de les con.
vaincre, que quand ils neferoient l?sleursMaistres parun droitlegiimc
, ils feroient toujours les seuls
bùgnesdefefire. jl-
Tout le Royaume votifsvoit, Monl'içneur3
avec ces (èntimens, &
h Espagne qui n'a pu afyirer à la
rloire devous placersurson Trône,
a crû queson bonheur&fafureté demandaient
d'y mettre un Prince de
vofire Sang.
Ainji elle va leffentir ce que la
France éprouvera àftn tour, la douceur
d'obéir à des Héros [ormezfùr
le modele duplus parfait des Rois.
En vain l'union de ces puissans
Etats alarme nos Voisins, leur jalousse
vous ouvre le champ de la
yicèoire, ils vont trouver les
François encore plus invincibles1
lorfqu*ils combatront fous leurs jeunes
& vaillans Maistres.
Sans doute, quand nous en perdons
uny Sa Majefièprend foin de
nous en confier> en nous montrant
dans les deux qui nous ressent les
traits de sa plus vive image. Tant
de vertus qui devancentleursannées
font la rerreur des ennemis & l'amour
des sujets : mais cette Province
en efi touchéeplusqu'aucune autre,
far l'tlVdntdge qu'elle a d'efifeparticulièrement
à vous. E"neffet,cequi
nefi encoie ailleursquenesperance
? efiicyun bienpresent & que nves
possedons.
C'efl
y
Monseigneur
3 par cette
heureuse diftinFlion, que s"efiforme
dins noi coeurs, le lien duplusfort
&duplustefpeclueux tllttlChcment).
: Mr de Reyrolles ,President
e l'Election ayant ensuite esté
ntroduit à la reste de sa Comagnie
compolée de douze ou
reize Officiers fit un discours
lein de force, &: d'un stile ferré
: concis, qui fut fort approuvés
prés quoy Mrs du Presidial fuent
appellez. Ils se prefenteentau
nombre de plusdevingt,
vec MrDesbois,Bailly d'épée,
leur teste. Mr le President
Demaux porta la parole pour
LIX , avec cette éloquence qui
uy est natutelle
,
&. qu'il a fouent
fait admirer,tant aux Etats
Generaux de Bourgogne qu'en
iverfes autres occasions.C'est
n grand chagrin pour moy que
L trop grande modestie de ces
Messieurs les ait obligez à merefuser
une copie de leurs harangues
,
qui feroient sans doute le
plus considerable ornement de
cette Relation. Apres que ces premiers honneurs
eurent esté rendus, À4ri
les Echevins firent aporter dans
l'antichambre des Princes les
presens que la Ville leur avoit
destinez. Ils n'estoient, ny pro-1
portionez à nostre zele, ny à
la grandeur de ceuxà qui on prenoit
la liberté de les offrir, mais
tels que nostre mediocriténous
avoitpermis delesfournir.Ils
consistoient en vingt-quatre
quaissesdeconfitures de Genes,
peintes &- dorées fort proprement,
trente-six douzaines de
grands flambeaux de poing de
cire blanc he, &grand nombre
, 1
de corbeilles remplies de bouteilles
de Vins vieux & nouveaux
des plusexquis sel on la
faison que l'on etlt pû recouvrer
dans la Province Ensuite
Mr le Maréchal Duc de Noailles
s'estant retiré chez luy, il
*
y fut visité & complimenté par
tous les Corps, & regalé des
presensde la Ville. Chacuns'éforça
de luytémoigner sa reconnoissance
pour les services
importans que sa valeur & sa
bonne conduite ont rendus à
l'Etat le soin qu'il vient de prendre
pendant cinq mois de veiller
à la fureté & à la conduite
de nos Princes, n'est pas sans
doute un des moins importans,
ny une des plus legeres marques
que le Roy luy ait donnéesde sa
confiance. Mr le Maire marqua
dans le complément qu'il luy
fit, que le choixdeSaMajesté,
qui luy confïoit ce qu'elle avoit
de plus cher, disoit pour la gloire
plus que tout ce qu'ilpouvoit
dire; que cette préference publioit
hautement quelle part cet
Illustre Maréchal avoit dans
l'estime de ce sage Monarque,
& combien il se reposoit sur son
affection; qu'il neu:.)ic pas nouveau
que la fortune publique
fust entre ses mains; que le soin
qu'il avoit de nous conserver la
personne sacrée du Roy , & le
commandement de ses armées,
toujours victorieusessous sa conduite
,avoient accoutumé les
François à le voir l'arbitre de
nostredestinée.Maisqu'icyl'Etat
luy avoit denouvelles obligations
qu'il venoitderétablir
la Paix entre deux Nations divisées
depuis plusieurs Siecles qu'ilvenait de les unir d'une ) mitié a- aussi étroite que sont les
liens du sang qui unissent leurs
Souverains
; qu'il ne pouvoir
mieux reparer toutes les pertes qu'il avoit fait souffrir à l'Espagne
, qu'en luy conduisant un Prince, fous lequel elle estsûre
de n'en plus faire d'autres; mais
qu'aprésavoir ainsicontribuë au bonheur des Etrangers, il com- J,lait celuy des Françoisen leur
montrant dans les deux Princes objet de leurs plus chers deirs
i qu'ils paroissoient à nos eux, tels que nous voudrions
es faire si cela dependoit de
nous, noble fierté
,
douceur
prévenante & si agréable aux
peuples; heureux mélange de
bonté, de grandeur, d'esprit &
de graces ; que tout animoit nôtre
esperance& nous répondoit
de nostre felicité. Il
finit
en
disant quec'estoit à luy qu'ils
devoient le bien de les connoître,
& qu'une faveur si grande,
excitoit en nous une reconnoissancequi
ne pouvoitestreégalée
que par leurs respects.
Les ceremonies estant terminées,
Mrl'Evêque&Mrl'Intendant
inviterent àsouper toutela
fuite des Princes. Mr le Maréchal
soupachez Mrl'Evêque,où l'abondance,
la propreté&la delicatessesuspendoient
le jugement,
pour sçavoir à laquelleon devoit
donner le prix. Ilavoit deux
tables de quinze couverts, &
Mrs des EJt.ats en tenoient une
autre dans le même endroit. Mr
l'Intendant en fit servir trois
pour sa part, qui ne cedoient en
rien aux premieres, toutes servies
également
,
& dans le même
temps, avec une politesse sans
pareille. On ne s'y contenta pas
de ce que le païs pouvoit fournir,
tout pays de bonne chere qu'il
est, & on avoit fait veni r de Paris
& de Provence, toutcequi s'y
trouvoit alors de plus nouveau
& de plus exquis. PourMesseigneurs
les Princes, ils furent
servis à leur ordinaire, par leurs
Officiers. La Cour fut fort grosse
a leur souper, de la Noblesse, &
des Magistrats du pays,tous en
noir, par rapport au deiiil de la
Cour. Apreslesouper,les Princes
furent divertis du spectacle
d'un Feu d'artifice,disposé
sur la Riv iere, dans un grand
Bateau,placé vis-à-vis de leurs
Fenestres. L'Illumination du
Fauxbourg se fit alors remarquer
, & frapoit agreablement
la veuë, par la reflexion de sa
lumière sur les eaux paisibles de
la Saone. Pendant que le temps
se passoit dans ce divernucmenr,
le Guet fut abondamment regalé
par les soins de Mrs les Echevins
, aussi-bien que les Corps de
Garde de la Milice Bourgeoise,
qui avoient esté placez aux avenuës
du Palais Episcopal. Le ba$|
peuple fut en joye toute la nuie;,
& s'occupa,sans en pouvoir veni-ri
à bout, à épuiser les fontaines de
vin dont nous avonsfait mention.
Il semblamême que Bacchus respectoit
la presence des Princes,
il ne s'y fit aucun desordre
, & le
respect adoucit l'ordinaire serocité
des vapeurs Bachiques.
Le lendemain Jeudy, les Princes
s'estant levez de grand matin,
allerent entendre la Messe dans
l'Eglise Cathedrale de S. Vincent,
quune ancienne tradition
nous apprend avoir esté fondée
par le Roy Dagobert. Ils y furent
reçus par Mr l'Evêque, qui
vint au devant d'eux dans ses
habits Pontificaux
,
jusques au
bas de la Nef. Il estoit suivi des
Dignitez, &des Chanoines de
ses deux Chapitres, tous en chapes.
Il fit un Discours succint à
Monseigneur le Duc de Bouf"-
gogne, rempli également de pieté
& d'éloquence.C'est à mon
grand regret que je n'ay pû le
recouvrer. L'Eglise estoit remplie
d'une foule si prodigieuse de
de peuple
,
qu'à peine les Princes
pûrent la percer, pourarriver
jusqu'au Choeur.Ils y trouverentles
hauts bancs garnis des
plus belles Dames de "la Ville,
toutes en deüil, & sur le visage,
desquelles la joye réparoit le
tort, qu'une nuit passée sans
dormir, avoit pû faire à leur
beauté.Aprés la benediction
solemnelle deMr l'Evêque, donnéesurle
grand Autel, la Metle
y fut celebrée par un Chapelain
du Roy. La Mufiquedes Princes
s'y fit entendre avec tous ses
charmes, mais elle n'y fut pas
goûtée comme elle meritoit de
l'estre, parce que l'ame des Spectateurs
estoit toute dans ses
yeux, & qu'on ne pouvoit se
rassasier d'admirer la bonne mine,
la beauté & la modestie des
jeunesPrinces, pendant la celebration
de la Messe. J'aurois un
beau champ pourm'étendresur
ce sujet, li jenemesouvenois
pas que ce n'est point un éloge,
mais une Relation que je fais,de
laquelle doivent être retranchez
tous les ornemensambitieux.
Au sortir de l'Eglise, les Princes
monterent en carosse
, &
allerent s'embarquer hors de la
Ville prés du Bastion de Saint
Antoi nejoii les attendoient leurs
Bateaux, parce que l'embarquementyest
plus commode. Ilsy
furent suivisdeMr le Maire, &
d'une infinité de peuple, &emporterent
aveceux , outre les
coeurs &-les voeux de la Province
, cette admiration £: cette
joye
j qui faisoient le sujet des-
Inscriptions de nos A-es de
triomphe. Mrs des Etatsavoient
mis ordre à la commoditédeleur
voyage, &: a-voient garny les
Bateaux de leur suite de toute
fortedeprovisions. Mr l'Intendant
enavoit âssuré la diligence,
en établissant des relais de che- -
vaux de trait, quiestoient placez
de deux en- deux lieuës sur 1
le bord de laRiviere,jusqu" la
- Ville de Châlons.
Depuis que le Roy S. Louis ,
p~r le Traité qu'il fit avec Alix,
Comtesse
Comtesse de Mâcon,réunit cette
petite Province à la Couronne
de France, pour n'en estre
jamais separée
,
il n'estpas mémoireque
nostreVille ait jamais
celebré aucune Feste mieux entenduë
3 ny dont le succésait esté
plus heureux. Tout y réussit par
le concert d'une charmante harmonie.
Il parut que nos Princes
estoient contens de nos foins, &
leur Cour eut lieu d'en estre
pleinement satisfaite. Iln'yeut
pas un Bourgeois de quelque
consideration, qui ne se mist en
foin de régaler son hoste, & qui
ne fuit fort affligé de ce que ceux
qui allerent manger aux tables,
ne voulurent pas accepter cette
invitation. Tout le monde couroit
au devant de la Craye,* &
ceux qui n'en pouvoient obtenir,
-
s' estimoient des honorez.
D'ailleurs, l'accés au prés de
la personne des Princes fut facile
àtout le monde Les Gardes&
les Huissiers, qui ne sont pas toujours
traitables, le parurent en
cette occasion
,
& il fut permis
à mille ames de se repaistre à*
souhait du plus charmant de tous
les spectac les pour les yeux François
, que rien ne touche si sensiblementcomme
la veuë de leurs
Maistres.
* Les Maréchaux des Logismar*
quent avec de la Craye pourquifont
les logemens, & cbacun
,
sansattendre
qu'on eufi marqueson logis, de--
mandaitquon le nJarqltaji,
Tout ce qui sembla s'opposer
à nostre entiere satisfaction, ce
fut qu'une pluyecontinuelle,qui
arrivaavecles Princes, dérangea
un peu nostreFeste Les plumes
&les rubans de nostre Milice en
furent gâtez,l'effet de nos Illuminations
en futassoibli
, & l'execution
denostre Feu d'artifice
en fut moins parfaite Un Poëte
du Pays, pour consoler ses Citoyens
de ce petit contretemps, fit des Vers sur ce su jet
) avec
lesquels je vay terminer cette
Relation.
QuandvosPrinces viennent vous
voir.
-
Le Cieljaloux de-vos fpcclacles
Oppose a , vosplaisirs de nubileux obtfacles,
- Etne ceffi point de pleuvoir,
Mâcon, n'en [oyez point surprise
5 Le Roy des hommes 6" des Dieux
Descenditautrefoisparun tempspluvieux)
Dans lefeinfortunédelaFille d'A,.
crise.* *Danaé.
Ces eaux qui coulentpar torrens,
Vous cachent d'importans mifieres.
LeursAugures vousfontgarans
Dela proteciiondevos Dieux Tutelaires
;
Atort, contre un prefientfi doux
Vofire aveugleraison s'excite a la
révolte
y Vous vous dPpercevrezdUtemps de
la récolte
Que cesi de l'or qu'ilpleut cbez,
volts.
Ma Musie, a mon Roy consacree
Enmejéveiliant ce matin,
Sur cettepluvieuse Entrée
: Du beau Sang de Louis m'expliquoit
le défiin.
A pprens
,
m'a-t-elle dit, que l'un
& l'autre Prince
Feront pleuvoir sans cesse ( &e le
fort l'a promis)
Ses graces sur nostreProvince, ,
Ses foudres sur nos Ennemis.
Commeon n'a point mis la description
des Arcs de triomphe
dans le corps de cette Relation,
parce qu'un si 101ig discours en
auroi t tropinterrom pu la suite
en divers endroits
,
j'ay cru la
devoir placer icy. Le Pere Picard
, Jesuite
, a ingenieusement
inventé tout ce qu'elle contient.
La premiere porte du Pont du
costéde Saint Laurent, par la.
quelle entrerent Messeigneurs
les Princes,estoit ornée du Portrait
du Roy d'Espagne, & de
celuy de Monseigneur leDauphin
au milieu des Portrai ts de
Aie/Tei^neursO les Ducs de Bour*«.
ffogric&deBerry>avec cette Inscription.
LtldlVico Regï. maximo,
ThilïppoRégitfrfpanioefelicijjimo,
LudovicisGallia regnumcxpectantini,
Hifpanioe recufantibus, Car,'}
lo utrumque merito,fapicntifjimis.
Se fuofqite Cives D. C. Burgundia
& M-itifco.
Le tout sur une riche tenture
de tapisserie
,
& fous un magnifique
Dais. La porteestoit parée
dz Buis, de fleurs & de Laurier.
La Ville déclaroit ses sentimens
par unHieroglyphefortnaturel
C'estoit un grand coeur ouvert,
exhausse comme unArc de triomphe
au milieu du Port, couronné
de la Couronne Comtale de MâcÓn,
soutenuë par la Sincérité &
& par la Constance. Le coeur
elfcoit appuyé du costé du Midy
par le Genie de Mâcon
,
& du
costé de la source de la Saone,
par la Divinité de ce fleuve. Le
coeuravoit cette Inscription.
Vous avez sur les coeurs un leptime
empire> , Princes, que le Cielaime,&quelu
Terre fert
,
]1
Mâ,cOll voùs cOJ1no~!}, vous admire,
, ,» Etvous reçoitàcoeurouvert.
On lifoic ces autres Vers sur
l'Urne de la Saone
Retiens ton hpleine bruyante,
Père desVents,Aquilon dangereux,
Sortez, courez,,vole,- Zephirs heureuxy
Je vous attens au pied de mon Urne
penchante ;
Le bruit harmonieux de mesflotsargentez.)
Tientdins mon richefeindeuxHéros
enth.lntez
A prés qu'on avoit descendu le
Port, ontrouvoit sur la droite
une fontaine de vin élevée au
dessus d'un puits. Lacirconstance
de ce puits avoit donné lieu à
cette Epigramme.
B-icchusjpressè d'une douleuramere,
7"H dégénérés donc de tes fages Ayeux
Pour le vin, pour la. bonne ch:re ?
Adieu
,
dit-il,peu,fJle odieux,
Et pourse d>ober seurement à ses
veux ,
.,¿.¡"uf-nd dunpuits cachesa trogne.
IJvlns cejour triomphant- les' rondes
des S.qntez,
Les grands noms de Louis, de Berry3
de Bourgogne,
* Aubruit des bouteilleschantez^
L'obligent à leverLenez.
Audessus de la Maison de
Ville, un autre puits se presentoitavec
une autre Fontaine de
vin, & ce Madrigal en dévelopoit
le mistere.
Le Dieu Bacchus veut voir la
Beste,
Peur éviter la foule ilse metsur un
fui.
Cleftraisonner comme une besse,
Dès qu'on le voit, on court à luy.
Le premier Arc de triomphe
avoit quarante pieds de hauteur,
en y comprenant la Figure drce.
sée sur le comble, sur trentequatre
de largeur. Il yavoit trois
portes à chaque face: celle du
milieuestoit de vingt pieds de
haut sur dix de large; les deux
autres à proportion. Cet Arc
portoit sur sa cime le Genie de
Mâcon, un genoüil en terre, la
main gauche ouverte en fiçne
d'étonnement,le bras droit étendu
vers le Char desPrinces,qu'il
montroit. La Statuë estoit de sept
pieds & demi
,
& où on lisoitces
mots sur le piedestal, Admiratio
publica. Voicy quelle estoit la
premiere face.
Dans la table d'attente de l'A ttiqueestoientdeuxPrinces
couronnez
de Laurier, a/fis dans un
Char, & une foule de monde
autour d'eux, avec ce Vers de
Virgile,
Concurrunt,hoeretfedepes denfufque
vtrovir.
Les Armes de France, dTfpagne
,les Croix deSavoye, les
Lions de Leon) les Tours de
Castille, des Fleurs de Lis & des
Dauphins estoient sur la Frise,
&iuc deux coins de l' Arc, &
sur la Corniche paroissoient Minerve&
Mars qui ont presidé à
la naissance & à l'éducation des
deux Princes.
A droite dans une Table d'at- tente posée au dessus des petites
portes, on avoit peint un Grenadier
avec trois Grenades Celr
le du milieuavoit une couronne
fermée, ce que les deux autres
n'avoient pas. Ces paroles, Olim
*fua cuique
,
i faisoient l'ame de cet- teDevise.
Sur l'autre Table d'attente>
on voyoit deux Parelies que ces
mots accompagnoient, Quantnon
âifjïmiles.
Les quatre Piedestaux des prlaflres
portoientdeuxEmblèmes
& deux Devises. Sur la premiere
estoient deux Genies avec des
,- couronnes Ducales, se joignant
les mains; & ce Vers de Calphurnius.
Etdécor, &cant!u
,
&amorfjciav't
&.-etas.
Sur le second deux Diamans
sur uneTable ,
&ces mots Italiens,
Esplendore,efimr^a> (f-fadez&
t.
Digne ouvrage de la nature!
A-t-etLe riien peroduuitxqui?foit Ji-pre- .£eur êm,!Cll~-bri
Leurfeu3leurbrillant* IcuT/i!/,,,)'
D'un éclat quisaisit çbloïuffcnt les
yeux.
Mais le brillant qu'ils ontpourlcur.
fartage,
N'estpas leurplusgrandavantagei
On trouve avec raison que leursolidité
Est leurplus noble qualité.
Sur le troisiéme,la Houlette
d'un Berger, avec ces mots. Arma
ministratpacisamor.
Quepour lesFils de Mars la Viciaire
ait de charmes
3 Pourcauses mille mortsqu'ils lancent
milletraitsi
Je ne prendrayjamais les armes
Ouenfaveurde la Paix.
Surle quatrièmeun jeune Hercule&
ce mot d'Ovide,jamjove
dignus. Ces quatre symboles exprimoientdifférentes
qualitez
, qui convenoient également aux
deux Princes.
L' Inscription Admiratiopublica
setrouvoi t surle quarré duPicdestal
de la premiere Statuë opposée
à la même Inscription de
l'autre face. Sur la Table d attente
de l'Attique, paroissoient
les trois Fils deConstantin
,
qui
partagerent entre-eux l'Empire
de toute l'Europe, & d'une par- tiedel'Asie & de l'Afrique. On
voyoit par cette Emblème ce
ce que le merite des Enfans de
France fait souhaiter aux François
en leur faveur, La Frise
estoit semée de lis, d'anneaux,
de couronnes de laurier, de Colliers
d'Ordres, & de Trophées
d'armes.
Sur la Table d'attente de la
premiere porte cHoit un Taureau
aiguisant ses cornes contre
un arbre, & ces paroles, Veri
compendiabelli. On entendoit parler
du Camp de Compiegne
, en latin Compendium
- Une seconde DeviseremplissoitlaTabled'attente
del'autre
porte C'estoit une grande Tour
aumilieu d'une Ville, avec ces
mots, Nec decori minus.
Bien qil-ejefois un afyeci tout charmant,
Torréfié P£,-memij'e"carte le Rebelle,
Vefuis de ma Patrie une gardefidelle,
I..,
J'enfuis aussî le plus belornement,
Les quatre piedestaux des Piastresdecette
face répondoient
aux quatre de l'autre, parautant
d'Emblème & de Devises.
Aupremier Piedestal
, une
Filleravie d'admiration laissoit
tomber de ses mains une cruche
qu'elle venoit de remplir. Ce
Vers de Properceaccompagnoit
cette Embléme.
Interque çblitasexcidit urna manus,
Au second
, on vovoit le Soleil
caché d'un leger nuage,
Teélufque videtur.
En vain la modestieàmsyeux te
ravitj
Commedeses rayons Phebusperce la
nue
)
Qui le dérobe à nojîrevuë,
L*éclatdetesvertu* malgrétoy te
trahit.
La Devise du troisiéme Picdeval
>
avoit un Roy d'Abeilles
pour corps&ces mots latins pour
ame Licet ultoraculeusabsit.
La Peinture du quatrième Piedestal
, represéntoit Castor &
Pollux, pour marquer que les
Princes estoient dignes d'estreissus
du fang des Dieux,
Le secondArc de triomphe
estoit intitulé, Loetitia publica.
Une troisiéme fontaine de vin
couloitàcostédu puits de la place
de S. Pierre, & une Pyramide
triangulaire ornoit le fond de
cette même Fontaine. Bacchus
y estoit appuvé sur le bord d'un
puits, & ces Vers rendoient rai-
Coh de la fiction.
A'-t-elle donc perdte si force 6" sis
rubis
Du Màconnots ïAmbraifie Bacchiquef
LVaudun Puits lttyfera la niquel
L'eau d'un Puits rendra lesgens
gris?
?fons non, Bacchus paye sa FeJle;
A l'honneur des Bourbons il perce
tous les muids, ilfaitplus
,
il syefi mis en teste
Dechangeren vin l'eau des Puits.
Sur la seconde face de la Pyramide
paroissoit le vieux Silene
piquant son Asne qui refusoit
d'avancer de peur de tomber dans
un Puitsqu'ildécouvroit à ses
pieds; & sur la derniere face
estoit un Satyre
, tenant un godet
d'une main & une bouteille
de l'autre, avec ces paroles
) Natura diverso g,tudet. Les Tigres
& le Thirfe de Bacchus, les
Cors & les Trompettes des Menades,
les Brocs, les Hana ps, &
lesTonneauxdes Satyres étoient
les Trophées de la Pyramide
,
&
une Vigneserpentant de tous
costez formoit une Tente qui
mettoi t tous lesBenveurs à couvert.
Quant àcetArc deTriomphe,
il estoit placé au fond de la grande
Esplanade qui se trouve entre
les remparts & l'Eglise de Saint
Pierre. Il estoitdifferent du premierArc,
en ce que celuy-la n'avoit
point de profondeur,& ne
portoit que trois Statuës ,au lieu
que celuy-cy avoir quatre faces,
huit à dix pieds de profondeur;
dix portes, huit extérieures &
deux intérieures , cinq Stauës,
une au milieu & au-dessus de
l'Attique, & quatre aux quatre
coins de la Cornic he.
La premiere Statuë estoit le
Genie de la Ville de Mâcon,un
pied enl'air & battant des mains.
Sur le Dé de son Piedestal on
lisoit ces mots, Loetitia publica.
Sur l'autre Dé de ce mêmePiedestal
s
& à la seconde face on
voyoit la même Inscription.
Les quatre moindres Statuës
representoient la Mufe Clio les
mains pleines d' Instrumens de
Musique, pour exciter les coeurs
,à la joye.;l'Abondance qui fait
les presens, ApollonPere des
- Arts, ex hortantles Ouvriers par
plusieurs outils qu'on luy voyoit
a la main, àsignaler leur habileté
par la reception des Princes
, & enfin Bacchus, toujours
accompagné de la joye. Jupiter1
& Mercure, qui voyageant allerent
loger chez Philemon & Baucis
,
faisoient ledessein de la
Table d'attente de l'Attiquede
la premiere face.
Aux quatre Piedestaux de.*?1 Pilaires
il y avoit quatre Emblêmes.
Au premier des Satyres
jouant de laflûte; au second,
des Paysans appuyez sur une table
>
où l'on voyoit des pots &
des verres; au -troisiéme
, un
Villageois avec un panier au
bras, priant un Garde de luy
permettre de passer, & au quatrielne,
les deux Ordres du Saint
Esprit & de la Toisond'or, qui
parmi les L couronnées de France
, & les Fusils de Bourgogne, eestonientfelntârelamcez deeszcoe.urs
Les six tables d'attente au dèfsusdespetites
portes, deux à la
premiere face, deux à la secondé
, ôc deux aux costez,estoient
chargées de petits Amours, qui
métamorphosoient les trois anneaux
des Armes de Mâcon, en
une infinité de petites pieces propres
à donner des marques de
leurallegresse.L'unplioitun de
ces anneaux en arc ,
&. y mettoit
une Bêche; l'autre en formait
une chaîne; un autre en faisoit
des couronnes pour les Princes,
descolliers d'O rdres, des colliers
de Perles, des Bracelets &
des Bagues. Une campagne dans j
son Printemps ornoitleplatfond
de la grande porte. Aux deux
plarfonds des deux petites, pa- ;
roissoit d'une part le Roy PhilippeV.
receuenEspagneavec ';
!
les plus grandes démonstrations
-de joye, & de l'autre le même
Prince caressant ses nouveaux
Sujets La Frise estoit couverte
de tous costez des flambeaux,de
fusées
,
de coeurs enflâmez
,
de
Trompettes, de Flutes, Tapis,
Chars, Chevaux, Ponts, Galeres
& Bateaux. >i fol-
* La Table d'attente de l'Attique
sur la seconde face de l'Arc,
-
portoitunemontagne en seu,
avec ces mots Espagnols, Mas
dentro quesuera, pour faire entendre
que l'excès de joye qui est
dans le coeur des peuples, ne
sçauroit estre exprime par les
marques d'allecresse les plus éclatantes.
* Sur les quatre Piedestaux des
Pilastres de la même face, il y
à
avoir quatre Emblêmes,sçavoir,
un Lion couché sur des Lis, &
ces mots, Mitescitinterlilia. Les
Divinitez de la Seine & du Tage
se touchent dans la main, &
ces paroles, Concordibusundis.
Des Peintres, des Sculpteurs ,
des Menuisiers Charpentiers
& autres Ouvriers travaillant
avec ardeur,&unhommed'étude
, que l'amour de son Prince
&de saPatrietiroit de son Cabinet
pour lemettreen action.
Au dessus de.. la porte de Mr
l'Evèque; qui eut l'honneur de
recevoirMesseigneurs les Princes
dans son Palais, on lisoit cette
Inscription, AmolÙ, admirationisac
l.vtitioepublie#parsmagna
Pfoeful & Ecclesia Matiscon. Le
Portrait deMonseigneur le Duc
de
de Bourgogne estoitplacé au
dessus du jambage droit de la
porte, accompagné de ce Madrigal.
-En attendant que la France à genoux
Revere de tonfront l'auvufleDiadèmeJ
Souffre, grandPrince, que l'on
t'aime3
I Le revne des coeurs ee bien doux _&Afouu-sdessus du Jambage gauche,
lePortrait deMonseigneur
•le Duc de Berry, on lisoitcet
autre Madrigal.
Estre digne desa naissance
Etfarte/}rit,&parlecoeur,
'Chantier tous les Mortelsparsafeu.
,
le presence
Etfoûteniravec honneur
Lepr-ids de Pettt-.Fd." de Louii,
Roy de France,
Cest vofirePortrait> Monfei-*
gneur.
Deux Palmiers sortant des
deux costez de la porte, &s'élevant
jusques à la voûte, en trouvoient
un troisiéme qui naissoit
de laclef de la même voûte. Ce
Palmier mêloit Ces branches avec
les leurs, & toustrois enfuite
rampant aux deux costez des
Portraits, & s'échapant entre
deux, couronnoient la porte &
tout le deÍfeio. Le mot Jungit
amor, la Couronne d'Espagne
entrelacée dans les branches du
Palmier le plus élevé, & deux
Couronnes de Fils de France pofées
sur les deux autres Palmiers
éclaircissoient le misterede ces-
Peintures hieroglyphiques.
Messeigneurs les Princes ayant
des relais de deux lieuësen deux
lieuës, allérentdeMâcon coucher
à Châlons
,
où ils arrivé-,
rent à six heures du soir, après
avoir essuyé une fort grosse
pluye pendant le chemin.
Ils trouvèrent en arrivant toutes
les ruës tapissées, &. bordées,
d'une double hâve de Bourgeois
fous les armes. Ils passerenttous
trois ou quatreArcs de triomphe
pour se rendre à l'Evêché
,
où
ils furent complimentez par tous
les Corps de la Ville. Il y eut le:
foir une grande illumination qui
brilla de tous costez, des feux
devant toutes les maisons, & un
Feu d'artiifce sur l'eau. Les Princes
furent haranguez le Lendemain
15. Avril par Mr l'Evêque
de Chalons, & partirent pour
Beauneà neuf heures dumatin
après avoirentendulaMesse. Les,
Magistrats de cette Ville là
estant assurez par tous les avis
qu'ilsavoient de leur marche,
qu'ils arriveroiencde bonne heure
, firent le mêmejour monter à
cheval les principaux habitans
pour aller à leur rencontre à
deux lieuës de laVille. Ils étoient
environ six-vingts Maistres bien
montez, & fort lestement vécus.
Ils avoient des Timbales, &
troisTrompettes,quiportoient
les li vrées de la Ville. Deux
Echevins estoient à la telle de
cette Troupe qui partit de Beaune
dés sept heures du matin.
• 1
Dans le même temps, deuX:
Compagnies de Milice, compofées,
l'une d'hommes mariez, &
l'autre de jeunes garçons,faisant
quatre cens hommesdesmieux
faits, les hommes portant les
couleurs du Roy
,
& les autres
celles de la Ville qui sont vert
& blanc, se mirent sous les armes
, suivantl'ordre qu'ils en
avoient eu, & sur les dix à onze
heures du matin ayant occupé
leurs postes,ils formérent une
double haye dés l'entrée du Fau*-
bourg par où les Princes devoient
passer jusqu'à la porte de
la maison de Mr Brunetqui avoit
esté choisie pour lesloger. Ils
avoient tous des cocardes des livrées
du Roy.
Une heure aprés que MrTriboulet
Controlleur de laMaison
de Madame la DuchessedeBourgogne
& Maire de la Ville eut
achevé de faire tendre des tapisseries
de haute-lisse dans toutes
les ruës par lesquelleslesPrinces
devoientpasser
,
les Magistrats
reçurent une Lettre de Mr
Ferrand, Intendant de la Province,
qui portoit qu'il avoit
ord re de leurmander dene point
tapisser
,
Messeigneurs les Princes
ne le deTirant pas. Le Maire
obéït, & laissa seulement à la
porte de son logis
,
les Portraits
de Monseigneur le Duc & de
Madame la Duchesse de Bour- ;
gogne, &,> de Monseigneur le j
Dnc.de Berry. j
Cependant on eut avis que les
Princes avançoient. Ilsfirent
i
arrester leur carosse pour voir
& pour examiner le Village de
Vollenay
,
fameux par son vin
delicieux. La Compagnie de Cavalerie
ayant joint Messeigneurs
les Princes,eut l' honneur de les
accom pagner jusques au lieu où
ilslogèrent à Beaune.
Le Maire qui à la teste du
Corps de Ville s'estoit rendu de
bonne heure au Faubourg de
Chalons, fut averty sur les trois
heuresaprès midy , que Messeigneurs
les Princesapprochoient,
ce qui luy fit ordonner qu'on
sonnast toutes les c loc hes. Ce
Faubourg estoit bordé par la
Compagnie d' hommes mariez,
& de jeunes garçons,dontj'ay
parlé. Le Maire presenté par Mr
Desgranges
, eut l'honneur de
haranguer Messeigneurs les Princes
à la portiere de leur Carosse
au milieu du Faubourg, en adreslant
la parole à Monseigneur le
Duc de Bourgogne. La Compagnie
des jeunes garçonssuivit
leur Carosse dans la Ville, 6t
lperreiceeda même celle de la Cavabourgeoise
, parce qu'elle
estoit destinée pour la garde du
lieuoù l'on sçavoit qu'ils devoient
descendre. Ils passérent
à labarriere de la Porte de la
Ville fous un Arc de triomphe
dressé sur le chemin couvert de
la Place. J'en donneray la description
, & celle de quelques
autres à la fin de cette Relation
pour ne la point interrompre par
undétail qui seroit d'autant plus
long
, que les Princes en trouvércnt'iin
fecond à l'entrée de la
Ville, & un troisiéme à laPlace
qui estdevantla Maisonoùils logerent.
Les ruës estoient tellement
remplies de monde qu'à
peine les Carosses pouvoient-ils
passer. Les Bourgeois estoient
aussisous les armes dans laVille,
avec les mêmes livrées que les
Compagnies de Cavalerie &
d'Infanteriequi les precedoient
ôe les suivoient CesCompagnies
Bourgeoises commençoient des
la barriere de la Porte de laVille
,
& s'étendaient sur deux lignes
,
jusqu'àl'Eglise Collegiale
qui est beaucoup au delà du lieu
où logérent ces Princes. Si-tost
qu'ils y furent arrivez toutes ces
Compagnies défilérent par quatre,&
furent trouvées tres- belles.
m
Sur les cinq heures dusoir,
MesseigneurslesPrincesreçurent
1les presens de la Ville,&
furent complimentez par les Of
ficiers duBailliage. Mrle Lieutenant
Civil porta la parole. Le
Presidial d'Autun eutaussi l'honneur
de les complimenter,qUO)
que la Ville de Beaune ne soit
pas de son ressort. Mr labl-létic
Morey, Docteur de Sorbonne,
en est premier President
,
de ses
services prés de Monseigneur le
Duc de Bourgogne en qualité de
Chapelain du Roy,l'estime qu'il
s'est acquiselorsqu'il a prêche
devant SaMajesté ,& l'empressement
de toute la Cour de Messeigneurs
les Princes pour l'entendre,
firent meriter cet honneurà
ce Presidial. Voicy la haangue
que cet Abbé fit à la teste
le ion Corps, dont les Conseilers
s'estoient rendus à Beaune.
MONSEIGNEVR,
Le Prcjîâial(£Autunvientjoindre
(es tres-humbleshommages aux a,cclamationsd,ejoyeyd]attachem7Men~t
<& de rcjpeïl qui retentiffint de toutes
parts. Dés les premiers momens de
v "fire vie vous avérait la gloire de
cette Province; vous enferezjtn jour
le Souverain) vous y reznezpa1
avance sur nos coeurs.
Nous devons avoir ces sentimens
fourun Prince dessinèparLouis le
"Grand à infiruire un nouveau Roy)-
wé pour le mettre enpoffi/liondefès
£tats , pourforcer la" bar.rierefatale.
$uidivifoit la Francede E/pagne,
fourformer une étroite allianceentre:
deux Ntttions, quijusque-là ne
voient pû poeffer de l'cftime à l'ami tiè. Il cfiglorieuxj Monseigneur, < conduire si-tofiun Souverain sur
< Trône, il vous l'efi biendavania£
d'efiresiasentisà luyaffùrèrle re
pos,
Apeine la, jalousie éclate conforeIl
si grand événement, que vous fange
à rendreses efforts inutiles. Rempt
de la valeur de tAugufie Prince
< qui vous devez:. le jour, vous voule.
vous mettre à la'ufk des Armées. C
seul Projet ralentitles plus vifs
donne de la moderation à ceux qui et
font les plus éloignez Héureux s'il.
connoissent dans la -fuite leurs véritables
interefis j mdJefois plus heureux
,
-
sipar là ils arrefient vofirt
bras déjà piefi à les foudroyer.
Quene doivent-ilspuscraindrede
JOUS,MQnfeigneur
3
qui injlruift,
ur les deux mers danciens Capitaives,
qui eneberiffez^dans les Citadelles
sur les fortifications les fins vantées
, qui sacrifie à voflre gloire les
vaffions les plus vives , qui donne,
;haquejour de justes sujets d'admiration
au Héros qui a i1honneur de
vous accompagner,toujours au de/Jus
de ceuxquivousapprochent, toujours
vu dessus de vous-même.
; Que toute la terre admire en vous
les grandesqualitez,i que l'ékvation
de vofire geniesurprenne les plussur
Mimes3 que les M.aiftres de i'Eloquence
deviennent plushabiles dés
quilsvous entendentparler; que les
fyavans vous voyent entrer dans
toutes fortesdequefiions
,
les Magirais3
MonJeiqjieur3s'occupentprcipalement
de vofire droiture de (oei
dans les Conseils du Roy, eli" de vojl,
pénétration dans la discussîon des af
faires. Nous vousyvoyons examine
avecfoin
,
decider avec connoijjance
faire triompher la verité.
Que ne dirontpas nos fucccjfeurs h
pluséloignez^, au bruit, au nombre
à réclat de tant de vertus < Que n
publiront-ils pas de voflre Auytft
Frereaufjî difiinytè parla Polite/fè
par l'égalité de son F[prit, par 4
grandeur de son ame, que par fo;
rangJ d"" que neferoient P43 les Ossi
aers du Presidial d"Autunpourmeri,
ter vofire protection ?
Cette harangue fait pour ainsi
dire l'histoiredu voyage de Mon
seigneur le Duc de Bourgogne
Elleenraporte l'objet& les pria,
cipalescirconstances,&elle fait
un peu de mots les Portraits de
deux grands Princes. Ils soupérent ce soir-là à leur
grand couvert,& furentensuite
divertis par un Feu d'artificequi
estoit dressé dans un Bastion de
la Place qui regardoit leurappartement.
Monseigneur le Duc de
Bourgogne alluma ce Feu d'une
des fenestres de sa Chambre, &
le succés en fut telqu'on le pouvoir
souhaiter. Il y eut beaucoup
de Canon tiré, & des feux & des
illuminations dans la Ville pendant
toute lanuit. Le lendemain
ces Princes allérent à la Melfc
au Lieu-Dieu,Abbaye Royale
qui appartient aux Bernardins,
parce que cette Eglise se trouva
proche du lieu où ils estoient logez.
Ils y furent haranguez par
Mr l'Abbé de Roquette, Grand
Vicaire, & Neveu de Mr l'Evêque
d'Autun. Le Compliment
de cet Abbé fut trouvé fort
beau, & ileut l'avantage de parler
longtemps, & bien. Mr l'Evêque
d'Aucun l'avoit envoyé à
Beaune, parce qu'ilestoit tombé
malade quelques jours avant que
Messeigneurs les Princes y arrivassent,
pour les y affurer de ses
respects. Cet Abbé s'acquitta de
sa commission avec beaucoup
d'esprit, & de magnificence
&tintTableouverte soir , &: matin. ouverte f'oir &
Messeigneurs les Princes montérent
en Carosse sur les neuf
heures pour aller à Rossigeot,
sur lechemindeDijon. La même
Bourgeoisie qui estoit fous les armes
à leur entrée, bordoit le
lpoagsissage depuislaportede leur
jusqu'à
celledelaVille,
& ils furent escortez parla même
Cavalerie qui avoitesté la
veille au devant d'eux.
Je vousay promis la defcrii
ption des Arcs de triomphe qui
furent dressez à Beaune. Le pre',J.
mier fous lequel payèrent Messeigneurs
les Princes, repre:.l
sentoit la Sphere du monde. H
estoit composé de quatre grandes
colomnes Isolées, qui fott^
tenoient des figures humaines
par lesquelles chaque partie du
monde estoitrepresentée. Le
fust: de ces colomnes, peint en
marbre,estoitorné des attribuas
qui conviennent à l'Europe, à
l'A sie
,
à l'Afrique, & à l'A merique.
Elles portoient sous leur
chapiteau les Armes du Roy, &
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
& de celles de Monseigneur
le Duc de Berry, & des
trophées sur leur bafe
Audessusde ces colomnes,
qui faisoient un quarréregulier,
s'élevoitune voûte azurée, qui
representoit le firmament, &
plushaut le Soleil dans le milieu.
Ainsi cet Ouvrage composoit
quatre faces. Le Soleil à son le,
ver paroîtroit sur la première,
dissipant les tenebres de la nuit ),
& ces mots pour ame JSfubila.sman,s.
Expliquées par les Verssuivans.
Ses rayons lesplus doux ?approchent
de ces lieux
y
it ;'envont pre[enter ce bel Âstrea
nos yeux,
Sur la face opposée,cemème
Astre répandoit ses rayons sur
la terre ,qui reverdissoit à son
aspect pour marquer la joye que
causoit cette arrivée, avec ces
mots,
GAUDET PRÆS£NTIA.
La terre en[on absence
Zanguijjante&sans , mouvement;
Renaiisparsa presence
, En cet heureux moment.
Dans la troisiéme on lisoit au
bas du Soleilces deux autres
mots latins Quis alter&ces quatre
Vers.
Prive,desa lumière
>
À quel autre
aujoufd'huyi
Pouvions-MUA demanderun hiensi
necefaire!
HeureuéCecmlillae foiisrlea t!erre|qu'il il n'eut jamais d'égal à luy.
I
Et enfin dans la quatrième, sousdes nuages qui se formoient
autour decet AHre,Sequidedgnoient
les mouvemens de l'Empire
, estoient ces mots, Majora
sugavi, expliquez parces quatre
Vers.
Ils n'exciteront point doriges-
Que ne d'.ffîpesa clartel: [nuagesy
Sonpouvoiréprouvésurdepitiégrands
j4ffurepourjamais nofirefelicite,i
Autour du Soleil on avoit mis
en gros caractereen deux mots,,
Imperatorbi. 1
A l'entrée de la Ville estoit un
Portique souslequel passerent
les Princes. Il representoitla
Renommée qui appelloic les
III
Peuples leplus reculez pour voir
les deux Princes.LaFigure qui
là representoit en occupoit la
face, avec cesVersaubas.[Bois!
Faunes, Sylvains, Divinitez. des
Vous Naïades,&vous Nereïdes!
Dèesses des Plaines humides,
Accourezà ma voix;
Pour admirer les Fils. dit lpus fàge
desRois. [Personne,
Vous direz en voyantl'éclat de leur
Leur douce (si modeste fierté,
Que tout ce qui les environne
Pajjeyce quen tous lieuxj'en avois,
raconté.
L'un des Pilastres representoit
Pan suivi de Bergers &. de Bergeres
accourus à la voix de la
Renommée,&au deiïbtis on liient
ces Vers,
Tw voix s'estfait entendre.
-
Denossombres Foreftsnou-s venon:.
dedescendre
Pour voir le Fi,ls de ce Heros)
Qui fait regner icy le calme & h
repos.
La Place de devant la maisonr
où les Princes descendirent de
Carosse
,
estoitornée de deux
fontaines de vin, qui representoient
une feste de Bacchus.
C'estoit un rocher, du milieu
duqueluneBacchante faisoit fortir
une source,en le frapant avec
le Tirfe, & au lieu d'eau couloit
un vin blanc de Meursault
,
le
plus délicat du monde. Du pied
du rocher s'élevoit un jet de vin
clairet par un autre coup de
Tirse, dont une seconde Bacchante
avoit frapé la terre. Ce
jet estoit de seize pieds de haut;
On lisoit ces Vers dan3 un cartouche
poséau dessusde cerocher.
A la gloire d'un si beau jour
Bacchus consacre cetteFesle ;
Que chacun en ce lieu s'arrefie,
Pouryprendre partàson tour.
Le vin clairet que ce Dieu nous
aprefie
Plus d'une fo,is a bleJJèlecerveauï
Mais pour en garantir la tesie,
Bacchus de ce rocher fait sortir un
ruisseau.
En pasjsfant devant l'Hostel de
Ville, lors que ces Princes partirent
de Beaune ils trouvèrent
au milieu de la place un Jet de
vin du crude Beaune même.Cetce
Place estoitembellie de verdure
& d'une Devise qui avoit
pour corps un riche coûcaudc:
vignobleexposéau Soleillevant
avec ces mots, Vires ab 'u(bccht.
De l'un à l'autre bout du monde, ;
Chacun celebrerme's vertus , Sije ¿-Jis lejour à Bacchus
Soleil, fluree de biens & celefie&
feïonde
Ce rfefiqu'à tes premiers?égards
,
Queje dois ma beauté
3
ma-gloire
& ma puil-ince,
Etsijefaisdetoutesparts
Eclaterlar réjoütffilnce'
Je ne dois ce bonheurqu'à ta feule
presence;
Plus loin dans la grande rue
qui aboutit à la porte de la Ville
par où les Princes forrirent ,
il
y avoir un Portique en galerie
qui occupoit presquetoute Il
tongueurôcla largeur delaruë.
Six Divinitez endistanceségales
les, & autant de colomnes posées
dans les distances, en faisoient
l'aucmbtage
, & les Vers
qduei se lisoient sur les Piedestaux
chaque Figure, en expliquoient
le dessein.
Ceresestoit la premicre Divinité
qui paroissoit Elle inv itoit
les Princes à honorer ces lieux
plus longtemps de leur presence,
& cela en la maniere suivante.
Au bonheur de ces lieux toujours interejfiées
,
Petits-Fils de Mars si vçzntc;.
Contemplez^trois Divinité«
A vous retenir emprejfièes : Sivous daignezfavorifèr
Ces heaux lieux de vofirepresence
J'y fieray croifire 3 en abondance
3 Zes biens qu'ailleurs on me voit resusir.
Diane à l'opposite faisoit son
invitation parces Vers.
Princes, qui chenjfez^lesplaisirs de laChasse, 1 Diane tant defois favorable à vos
voeux -1
Avec Ceres voiesdemandelagrâce
De reflerpires longtemps dans ces di..
mats heureux. ," 1
Plus avant & sur la mêmeligne
que Cerés, Bacchus te joignant
à ces Divinitez, disoit aux Prin,
ces. e, f
Zaifjez^enfn toucher vos coeurs, I
Princes, sivous quittez ces fertiles
Campagnes, j Décès sources devinsque versentnos
- montagnes J
Vousferez,dessources depleurs.
I
Momusestoitvis-à-visdecev
te Figure. Il regardoit ces troi:
Divinitez d'unair moqueur, &
leur adressoitainsi la parole.
Divinitezde la mollejje .-,.'
Ces ricbeftes, ces biens qu'avec tant
delargcJTe
Vous repande;.'d:lns ce sejour,
Croyez^- VOUA quilspuijlent furprendre
2.e coeur de deux Heros qui fhvent
syendefendre !
Non, non, rien ne sçauroit différér
leurretour.
Au bruit d'une guerre nouvelle
ils , vont precipiter leurspa* :
QuandlaViïloirelesappelle, 4
Zesplaifïrs ne les touchentp.u..
Bellone&Mars finissoient cetrepresentation
par une couronne
de Laurier que chacune de ces
Divinitez tenoit à la main
*
&
qui formoientun Arc de tr-iomm
phe sous lequel passerent les
Princes. Mars disoit à Monseigneur
leDuc de Bourgogne.
Prince,volezdans lés combats,
Atte\ donner de mortelles aUdrmes
Aux Ennemis de vos Etats.
Vulcainvousaforgedes armes,
Quipar divers exploits guerriers
Au$i loin que mon nom vont porter
vojlregloire,
Btvoila dija les Lauriers
Queje préparé à la villoire
Bellonedisoit.
Yarmoy vous les verrezobcr:r à -vos
loixj
Etcest dela main de Bellonne,
Quepour prix de vosgrands exploits
Vous recevrezcette Couronne.
A la porte de le Ville estoit j
un portique de verdure, avec
une Devise de deux Ruineaux,
qui sortant d'une belle source ,
couloient ensemble. & faisoient
reverdir les plaines ou ils paroissoient.
La campagne qui en
estoit éloignée, en paroissoit langui
ssante. Ces motsLatins servoient
d'ame.
Ex CURSUDECOR.
Sortis d'uneéclatantesource,
Que l'on voit de tune à' lautre
Otirfe,
- Porter sa puijjance&[on nom,«
Nous donnons à ces plaines
Une riche moisson.
Ledoux bruit de nos eauxanime les
Syrenes , Et les fleurs naissent fous vos pas,
Tout languit dans les lieux ou nous
-'-
ne sommes pas,.
Hors de la Ville, entre la
Porte& le Pont.lev isj ilyavoit
un second Portique, avec une
autre Devise. C'estoit un ruisseau,
qui par differens dêtours
cherche sa source pour y rentrer.
On voyoit desfleurs qui se fanoient
dans les lieux dont il s'éloignoit
,
& il y avoit ce mot
pour ame ,
R E CESSU.
Vous nous quitte,) charmant rhifseau?
1
.Etlva!U avancezvostre course
Pour retourner à vofîrefource,
Par un chemin nouveau.
Un coeur pourvous fidelle & tendre
Nos re/peris pourvojbre eau,
Ne vous-sçauroient icy contraindre 4
vous répandre.
Helasl ces vignes, ce costeau,
La campagnelfeurie,
Devostre Ayculla plus cherie
, N'dvoient encor rien c£a(fezj>eaui
jMaissivousfuyez^leurprefence^
Ruisseausipleind'appas,
Au moins en vofire absence
Ne les oubliez,paf.
L'ordonnance de cetteFeste
estoit de Mr TriboletMaire de la
Ville, &. il avoit fait aussi les
Devises & les Vers.
Quoy que le zele 6c l'amour
des Magistratsde Beaune pour
le Roy & pour Messeigneurs les
Princes ait paru fort grand en
cette occasion,ilsenauroient
encore donné de pluséclatantes
marques s'i l s avoient eu plus de
temps pour s'y préparer. Ces dignes
êc zelez Magistratsont este
si satisfaits de l'ardeur empressee
&de la maniere dont les Bourgeois
ont executé leurs ordres , & de l'ardente & sincere assection
qu'ils ont fait voir pour toute
la MaisonRoyale,quils ont
donné un Prix au Pistolet a la
CompagniedeBourgeois à cheval,
&un au Alousquet à chacune
des autres Compagnies.
Si-tost qu'on eut appris à Dijon
que Messeigneurs les Princes
devoient passer par la Bou -
gogne, Mr Ferrand
,
Intendant
de la Province, donna tous les
ordres necessaires
,
afin que les
chemins fussent rétablis, & pendant
ce temps les Magistrats de
Dijon voulant leur marquer, &
particulièrement à Monseigneur
le Duc de Bourgogne, comme
leur Duc, la joye que toute la
Ville ressentoit de ce qu'il devoit
l' honorer de sa presence,ils
convinrent par l'avis de cet Intendant,
de les faire entrer par
la Porte de Saint Pierre, quoy
que ce nesoit pas laPorteordinaire
, par laquelleentrent ceux
qui viennent de Lyon. Cetteresolution
fut prise, à cause que
pour entrer par cette Porte, il
falloit qu'ils padassentpar le
Cours. C'cll: une fort belle avenuë)
plantée d'arbres à quatre
rangs, dont celle du milieuest
la plus large. Au bout de ce
Cours il ya un Parc planté d'arbres
en forme d'étoile, & au
rmeilieu est un parterre de verdu- planté d'Ifs & d'Epiciats. Ce
Partere est bordé d'uneAllée
qui regne le long de la Riviere
d'Ouche, sur laquelle on resolut
deconstruire un Pont S. Ji.,
R. Monsieur le Prince,Gouverneur
de Bourgogne approuva.
fortce dessein,& ordonnaqu'on
n'épargnast:rien pour le bien
executer. On éleva plusieurs
Arcs de triomphe à la Porte de
Saint Pierre.Onvoyoit surcette
porte en dehors deuxVieillards,
appuyez chacun sur uneUrne representant
lesFleuvesde l'Ouche
&Suson qui arrosent laVille Ces
Vieil'ardsestoient couchez sur le
ceintre au milieu duquel estoient
desTrophées,&audessus lesArmesde
SaMajesté On lisoit ces
Vers au dessous de l'Ouche. I
Primes3peurvous m-eux voirj'e'se.;,
De icy meslfctsj Quene dois-je pas au Héros
I
Qui vient par sa presence embellir
Il mon rivage? - prend, quoy que monfeinn'offre
l point de trefors,
Plus r de plaisir à voirmes bords
QÎIKcommandera ceux duTa?e.
ci Au dessous du Suzon onlisoit
ces autres Vers
De rOuche, monvoiJîn
)
Rival am-
:
bitieux., - „ Comme luyje viens ences lieux
Cherchervoifreaimablepresence..
Fier de tenir sur VOlU,Prince) les
'/- yeuxouvertSJ -'
Plus que[îjesentois renaifire l'eJ}erance
Devoir servir mon onde à joindre les
deux Mers.
Pourentendre ce dernierVers,
ail faut sçavoir que l'on parla il y quelque temps de faire un Canal
pour joindre la Seine à
Saone, & ces deux Rivieres
l'Ouche & Suzon dévoientservi
à ceCanal. Dans le milieu au dessous d
centre,il y avoit une table peint,
en marbre noir,où se lisoit cett
Inscri ption Latine.»I Zndovici JVfagni Ncpoti digniffimù
Belphini Filionondegeneri, 1
Hi/paniarvm Régis Fratri-
]
amantiJJimo-i
Tot eoronarum conierrïptorigl&riofa
Glohtiojioeoriunirusequiddemi3ferdIGallici Gloriofîfjîmo Etéonoe'candidato, Ganusamori,nuncspei
fofîhac proefidio3 1
S" P. d D.
On trouvoit sur la Fecondt
Porte la Bourgogne reprefenté<
par une Femme, tenant les Armes
de la Province en [a main
droite, & de la gauche un rouleau
, où ces mots estoient écrits,
Divorum Sedes
3
& une couronne
Ducale sur la teste. Elleestoit
élevéesur un piedestal de marbre
,
où dans le milieu on lisoit
sur une table de marbre noir,
cette Inscriptionen lettres d'or,
Ludovico Burgttndiæ Dîtci
Urbem ingledienti
ArçustriumphaCes excitarunt
S. P. Q D.
De l'autre costéde la Porte en
dedans de la Ville on trouvoit
cette autre Inscription.
fiurguildiæ Duci, omnium maximo)
1 Omntum ut nomine,fievirtHfibus
I Proedico
jr Pia Philippi duÀaçia
Intrepido Joannis anÍJ
PacificaopiimaquealtcriusÀ
Indoles
Be/lutt Caroli fortitudij
Quodperaqratîs florentiffin
Provinciis
Suam quoque fui amantijj
Burgundiam.,
Sua digneturprxfentil
Gratitudinis& loetitioe monu
DivioPrincepsCiviu
P. D.
Mr Baudot, Maire de
voulue qu'on élevait un
que au bouc de la ruë du
pour cacher la defectue
plusieurs vieilles maisons
soient face à la ruë par l'
les Princes devoient entr
Noinville,Architede de
vinceayant esté chargé
soin par ordre de Monsieurle
Prince,il sit élever deux Portiques
, Un qui conduisoit à la ruë
du Potet, & l'autre à la ruë S.
Estienne
,
paroù les Princes devoient
passer. Ces deux Portiques
estoient jointsensemble par
une colonnade au dessus de laquelle
on voyoit un Obelisque
d'une hauteur extraordinaire,
dpeorté sur la croupe de deux Lions
bronze doré,au dessus duquel
il yavoit un Soleil, & cetObe-
1 lisque estoitchargé des Armes
de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Oh voyoit dans le milieu de
cette Colonnade de plusieurs
figures. La France estoit aumilieu,
representée par une femme
couverte d'um Manteau Royal
,.
semé de fleurs de lis
, doublé
d'hermine, assisse sur un Trône
&couverte de la Couronne royale.
Elle presentoit ces deux Prinf~
ces qui estoient habillez à la Romaine
, le casqueen teste. La
Bourgogne estoit representéeà
genoux devant eux, en leur
tendant les bras pour les recevoir
& comme pour les engager
à ne pointla quitter. Elleestoit
aiséeàconnoistre par sa Couronne
& par f011 Manteau Ducal.
La Gloire representéefous la sigure
d'une femme, sesaisoitaisément
distinguer par les lauriers
qu'elle offroit aux Prince. Les
Vers François
, com posez par
Mr de la Monnoye, Correcteur
des Comptes à Dijon, qui s'est
rendu si fameux par les Prix de
* •• »
Poësie qu'il a tant de fois remportez
à l'Académie Françoise
, servoient d'explication à ces figures.
Ces Vers estoient écrits en
lettres d'oren trois différentes
Inscriptions. La premiere estoit
au dessous de la Colonnade, &
voicy ce qu'on lisoit
La France à la Bourgogne.
JDecesjeunes Héros, nofire commun
eJPoir,
Bourgogne ,
à tés dejïrsfaccorde ta
presencej
Encourant à lagloire ils ont la comflaifancé
D'avoirexpréschange leur routepottr
te*voir.
La Bourgogne à la France.
France je vois mon Duc, en rapide
vainqueur, [ VtBoire
Press à mener déjà son Frere à Id
J'afplaudif à tous deux & je Jens
dans moncoeur
- -
Tour eux autant d*amour qu'ils en
ontpour la gloire.
- ""- La seconde estoit au dessus du
Portique par dessous lequel les
Princes devoientpasser. - Messeigneurs les Princes
;
a laBourgogne.
Bien que pour ton ardeur nous ayons
du retour *
Nous trouvons danslagloire un
char-
,-' , t': Il ..f me préférabU, ,-'
Tu dois pour nous, Bourgogne, elJ
avoir plus ri"amour, j
Flusûnainîe Id. gloire5 &pluson
est aimable,*i
La troi siéme estoit au dessusdu
pdortiquueqPui coondulisoeit àtla.rue
La Gloire à la Botir
Bourgogne,preste moy tes deux jeuneseri
v
Laisslê-Iaesnaffiidrer àema,d:aubleguir~ ZZaa gloire à l'dvenii n'cn fera que plusgrande
Quand tu les r&vemras couverts de
~- mesla, uriers.
i
Ce n'estoit pas à ces seu ls ou>
vrages que les Magistrats avoient às'occuper pour lareceptionde
Mefleigneufs les Princes, Comme
il avoit esté resoluaux derniers
Etats de la Provinces,de
faire quelques embenissemens
au Logis du Roy, & qu'ilavoit
cfèé fait un fond pour cela oit
avoit déjà commencé à abattre
uneescalier qui avançoit dans la
cour de cet Hostel,& qui y saifoit
unemauvaisefigure,en forte
qu'une partie de la couverture » & même des A ppartemens, estoit
abatuë. II salut donc dans le
peu de temps quel'onavoir, faire
reparer ces appartemens&recouvrir
ce qui en avoitestédécouvert.
On y employa un si.
grandnombre d'ouvriers que le
tout sur rétabli & mis en estat
deux jours avant l'arrivée des
Princes d'une maniere qu'à peine
pouvoit-ons'appercevoir qu'-
il y eust eu rien d'abatu quinze
|pjurs auparavant. )
J
:- On avoit d'abord resolu de
-
r
,
A
construire un Feu d'artifice dans
le milieu de la place,Royale,dans,
laquelle est l'Hôtel ou ( pour
parler le langagedeDijon ) U
gisdu Roy) mais au lieu de le
mettre dans le' milieu, comme
cettePlace formeun demy cercle
d'arcades au dessu desquelles
regneune balustrade de pier-
.re de taille fort bien faite, on
trouva plus à propos de placer
tout l'artifice sur cette balustrade.
Onéleva en face du lieu d'où
les Princes devoient voir le seu,
une petite Attique ceintrée,au
milieu de laquelle on voyoit le^
armes de Monseigneur le Dutcr
de Bourgogne. Audessus esso.it
la Renommée un pied sur un globe
d'azur, posésur des trophées,
menant sa trompetted'unemain
& de l'autre les armes de Bourgogne.
Aux deux costez de cette
Attique on avoit posé deux figures
donc l'une representoit le
Dieu Mars & l'autre une Minerve.
Toutautourdecette balustrade
on avoit mis au deilut
de chaque pilastre des chiffres
couronnez,sçavoir desL entrelassées,&
des C aussi entrelassez
qui font les chiffres des deux
Princes.
Dans le milieu de cette place
on avoir élevéun large Piedestal
sur lequel on voyoit un Bacchus
sur son tonneau,entouréd'une
feüillée composée defeüilles de
vigne ,de pampre & de lierre,
& ily avoit aux quatre coins de
cepiedestal des fontaines devin
jàIJiJfantcs.
Messeigneurs les Princes qui
des'Atovierinlt venus coucher le 15.
à Beaune en partirent
le 16. au matin
,
& dinérent à
Vougeot ,
petit Village à une
lieuë de Nuits, & à trois lieuës
de Dijon Mr de Jussey
,
Grand
Prevost des Maréchaux en Bourgogne
,monta à cheval à six heures
dumatin, suivy de sa Compagnie
pour aller au devant des
Princes.
- Cependant on assembla toute la Milice Bougeoifw au nombre
de trois mille hommes divisez
en sept Compagnies. Comme il
y a septParoisses qui font les
sept quartiers de la Ville, chaque
Compagnie a un Capitaine, un
Lieutenant& un Enseigne, avec
plusieurs Appointez fous eux. '-
Tous ces Officiersestoient vétul
de différences couleurs, ave4
de fort belles vestes, la pluspart
d étofes d'or & d argent. & couj
avant des écharpes d'or & dir-4
gent tres-magnifiques
, avec desj
plumes blanches sur leurs cha..
peaux & des cocardes de tassetas
de differentes couleurs LcÍ
Enseignes portoientchacun l'En4
feigne de leur Compagnie, 6Î
celuy de la ParoisseNôtre Dame
qui eil: lapremiere Paroisse& la1»
Compagnie Colonelledela Vil.
le, portoitl'Oriflame quine pa
roist que lorsque toutes les Com-^
pagniessontassemblées. Cet Ori-'i
flame est uneespece de Drapeau
plus étroit que les autres, qui vaf
en s'étressissant parsleebnoudt u&re.i,
fendu à peu prés comme le Dradpeesau
des Dragons ou les Flâmes
Vai sseaux ; il y a dessus les
Armes de la Ville en broderie.
Les Dixiniers ou Appointez
n'estoient pas moins bien vétus
que les autres Officiers, &
avoient des pertuifannes garnies
de frange d'or & soye,lebâton
couvertde velours cramoisi garnyd'or
S. les lames fort larges, la pluspartdorées jusques à la
moitié; il y avoit encore à chaque
Compagnie un certain nombre
de Sergens avec la Hallebarde
à la main, tous vétus de la
couleur de leur Paroisse, avec
des galons d'argent sur le revers
de leurs manches. Ch aque Cc~-
pagnie avoit ses Tambours
, les
Fifres,& plusieurs iiantbojs.
Ces Compagnies s'assemblérent
dés le matin c hacun dans
leur quartier & se joignirent toutes
à la place Saint Michel,d'où
elles se rendirent à la porte Saint
Pierre, où elles se posterent en
haye depuis la moitié du Cours
jusqu'à la porte du Logis du
Roy où les Princes devoient loger,
elles furent precedez parMr
l'Intendant qui arrivasur les
trois heures aprés midy. L'on
avoit fait un chemin nouveau
pour conduire les Princes,&on
y avoitplanté d'espace en espace
des giroüettes aux armes deMonsieur
le Prjnce
, pour avertir les
passans de la nouvelle route. On
avoit aussi fait construire un
Pont, comme je vous l'ay déjà
marqué, pour leur faire passer
la riviere d'Ouche à la Colombiere
,
qui est un Jardin trespropre
que Monsieur le Prince
a fait accommoder
>
& a foin de
faire entretenir;ce Jardin aboutit
au Cours. Messeigneurs les
Princes arrivérent sur les cinq
heures du soir. Ils passerent sur
le Pont, & traverserent la grande
allée du Cours au milieu de prés
de trois cens carosses rangez dans
les deux contre-allées. Ces carosses
estoient remplis d'un fort
grand nombre de Dames bieu
coëffées, fort parées quoy qu'en
deüil
)
& ornées de beaucou p de
diamans. Les Princes trouvérent
à la porte de la Ville lesMagistratsen
robe violette avec l'Epi-
R toge d'hermine.
-
Mr Baudot Vicomte Mayeur
presentales clefs dans un bassin
d'argent, & fit une petite harangue
à Messeigneurs les Princes.
Ensuite ilsentrérentdans la Ville
,
dont les ruës estoient tapisfées
jusques au logis du Roy, au
bruit du Canon & de la Mousqueterie
du Chasteau. Dés le
matinilestoit sorti quantité de
personnes à cheval pour voirarriver
ces Princes. Tous ces Cavaliers
marchoient en peloton à
à la teste des Gardes du Corps
quiavoient tous l'épée haute. Le
Carosse des Princes attelé de
huitchevaux paroissoit ensuite,
après lequel il y avoi t soixante
Gardes du Corps qui estoientsuivis
de la Maréchaussée ayant
aussil'épée haute.
Outre le peuple de Dijon, il
y avoit une affluence de mondtf
extraordinaire,qui estoit accouruë
de touscostez pour prendre
part à la joye de ceux de Dijon,
dans une occasion si peuordinaire.
Les Princes arrivérent au Logis
du Roy, oùilsmirent pied à
terre, & où ils furent gardez par
un détachement de la Garnison.
duChasteaude Dijon, & parun
détachement de la Garnison
d'Auxonne, commandé par deux
Capitaines & deux Lieutenans
le tout sous les ordres de Mr de
Fontenay, Gouverneur duChasteau
de Dijon: Ils joüérent jusqu'à
l'heure de leur soupé, &•
Madamela premiere Presidente,
& Madame l'Intendante eurent
l'honneur de le voir jouer. je
dois vous marquer icy que Mr
l'Evêque de Langres qui estoit
venu exprés à Dijon qui estde
son Diocese, pour avoir l'honneur
d'y recevoir les Princes,
proposa à Mrs de la Sainte Chapelle
de dire la Messe le lendemain
de leur arrivée dans l'Eglisedela
SainteChapelle,qui effc
joignant le Logisdu Roy, & qui
a esté fondée par un Due)dè
Bourgogne, pour servir de Chalpaetlleau
PalaisdesDucs. Ce Pretic
connoistre à ces Chanoines
qu'il ne prétendoit point
pour cela déroger en rien à leurs
privileges, parce qu'ils ne reconnoissent
que le Saint Siege.
Cependant cesMessieurs ne voulurent
pointsouffrir qu'il reçust
ny qu'il haranguait les Princes
-. 1 !
dans leur Eglise, comme il leur
avoit proposé,ce qui l'obligea
d'envoyer un Courrier avec une
lettre qu'il écrivit sur ce sujet à
Mr le Maréchal de Noailles dés
la veille de leur arrivée. Il sut
decidé, pour éviter toutes sortes
de difficultez ,que les Princes
iroient à la Messe dans l'Eglise
Collegiale & Paroissiale de Saint
Estienne,qui estaussilaParoisse
du logisdu Roy,ou même Àlonsieur
le
Prince ne manque pas, lorsqu'il est aux Etats; de rendre
une fois le Pain benit, pour
reconnoistre cette Eglise pour sa
Paroisse. Messieurs de la Sainte
Chapelle qui avoient fait de
grands preparatifs dans leur EgIsse
pour y recevoir dignement
lesdeux Princes, les suppliérent
de venir tout au moins v entendre
Vespres, ce qui leur fut acdé
j de sorte que Messeigneurs
les Princes allérent entendre la
Messe le Dimanche 17. qui estoit
le lendemain de leur arrivée, en
l'EgliCe de Sai nt Estienne
,
où Mr EvêquedeLangres,assisté
des Chanoines de cette Collegiale
,
les reçut à la porte de l'Eglise,
où aprés leur avoir presenté
l'Eau benite, il les complimenta
en ces termes.
MONSEIGNEVRy
Votis venez de répandre (Lins une
Partie de ce vasseRoyaumelajoye
& Vadmiration parmy les peuples
& vous joiiiffez^ de vostre réputation
dans un âge où les autres Princes
commencent à peine à se faire
connoifire. Elevé faites lesyeux & par
les foins d'un Roy3 dont toutes les
aélions font des exemples, vous faites
voir qr/en tous lieux on peut
faire briller les feux de la fcuneffi
avec la sagesse &la verttt) & vons
essestellement desimé a lagloiret qluune1N-ation accoutumée à lLafuivre
,
jalouse de la conserver, n'osant
efyerer de vous avoir pour son Maifire
, a cru ne pouvoir trouver que
farmi vos augufies Freres un Roy
digne d'elle.
La France vous regarde
, Mon-
(êigneur, avec desyeux de refpe[f&
de complaisance ; & Ejpagne
, ce
feuplefifier &si genereux 3
qu'une
ancienne émulation faisoit autrefois
xombattrecontre nous pour des Royaumes,
n'envieplus que d efiregouvernée
par des Princes de vofire Sang.
Vn événementsiglorieux ejïoitdu ai
regnedeLouis leGrand. CePrinceJ,
jufiement admire dp toute Europe
, reçoit les recompenfcs (tt/ilmer,"!e]
ilvoit les Couronnestomberaux piedj
defies Ensans ' il voit ses Enfitns di.
gnes de les porter,& pour comble À
gloire, il voit l'E..fPagne dcmandcJ
ses ordres, & mettresa seuretè dam
safidélité.
Qu'il efi heureux pour vous, Afonseigneur3
de faire connoifire d-ln.; tou.
tes vosaflionsleSangdun si qrant
Prince, & qu'il efi beaud'imite\
ses vertus. aussi-tofi que vous avm
pû les connoifire.
Le Clergé, à la tesie duquelj'd;
l'honneur de vous parler, vientvou:
affurer, Monseigneur3 de ses voeux
.& deses prieres. Il leve fies main
auCielpourattirersurvouafiés beticdiclions
; &• chacune de vosvertus,
CT* decelles dece Prince que la nature
a fvrmèpour eJlre aimé, & dont le
mente éclatant se .fait deja fcntir à
tout le mondej il demande à Dieu
qu'il augmente vos années,afin que
conduit par celuy qui tient en ses
mains le coeur des Rois
3 vous ¡Oyez
unjour le modele des Princes & texemple
de tous les Chrestiens.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
parut fort content du discours
de Mr l'Evêque de Langres,
qui dit ensuite la Messe
, pendant laquelle la Musique de
cette Eglise chanta quelques
Motets.
Auretourdela Messe,MrBouchu,
premier President au Parlement
de Bourgogne,accompagnéde
cinq Presidens à Mortier,
& de douze Conseillers au même
Parlement, fut conduit par M1
Desgranges, Maistre des Ceremonies
,jusque dans la chambre
de Monseigneur le Duc de Bour-?
gogne, où il luy fitsa harang ue.
EnsuiteMrDesgranges alla prendre
Mrs de la Chambredes Comptes
,ayant à leur telle Mr Baillet,
leur premier President, qu'il
conduisit dans la chambre de
Monseigneur le Duc de Bourgogne
, où ce President leharanrangua.
Voicy le Compliment
qu'il luy fit. i. 3-i
MOATSEIGNEVR,
Lajoye que notif avons de vous
-
posseder aujourd'huy nous efi <£autant?
finsfenjible3quenous l'avionsmoins<
efyerèe. Jaloux au bonheur de tantdePeuples
que vous avez honorez de
vofirepiefence
, nous languirions
plongez,.dans une triflefle profonde,
ne pouvantnousconfolerque la Bourgogne
fusiprivée d'unpareil honneur.
Elle, Monfcigneur,dont vous portex^
le nOln, &quipar l'amour & la
vénération paiticuliere qu'elle a pour
vous se flattoit d'cjlrepreferee à toutes
les autres Provinces; mais,Monseigneur
3 vos bornez^surpassent auourdJ
huy noflreattente5 vous avez
laignèécouter nosfoupirsy &converir
nos plaintes en acclamations de
<oye.
Quellejoye en effet de voir en vous
fut ce qui faitlesdelices & l'tldmi-
Ution de la Cour, tout ce qui peut
îairelesdesirs,&lafélicité des peu-,
des. Il n'y a ,
Monseigneur qu$
"tter lesyeux sur vous pour cannaifire
d'abord tout ce que vous esses
quand nous pourrions ignorer qu
vous esses dcfiinè à remplir un jourt
premierTrône du monde.
Ce caraciere de grandeur & a
majefié que le Ciel a gravésur voft}
front augufie
, ce coeur grand & ma
gnanime qui VOÎIS fait refuser lt
Sceptres & les Diadèmes
, cette sa
ge/le merveilleuse qui a prévenu e
vous le temps & les années
,
nefuf
(iroient-ils pas pour nous apprend\
que vous esses le Petit-Fils de Lou
le Grand, l*expre.f/îon fidelle de ton
tesses vertus&le digne Successeur
c fdpuNlanec 6" de làgloire l
Formé comme vous l'estes dufan
de ce Héros3 élevéfous Jesyeux dai
les Sciences & dans le métier de J
guerre, infiruitparfin Histoire, 4
par Luy-mime du grand Art de n
ytier,fortifié par jes exemples dans
la vertu & dans la pieté, soutenu
rnftnparles excellentes -,ualitczd'un
Vere lui fait confifler toute sa gloire
è l'imiter & à luy eflreparfaitement
fournis
, que demerveilles n'ajo/ttc-,
tez^vous pæf unjouratoutes les merveilles
deson regne ,
lors que iage &
texperiencefe trouvent jointes à ton-,
tes vos vertus & quelles auront exprimé
lestraits de vofire incOmptlrable
Ayeul.
Fajfe le Ciel que vous foyez^sans
tesse animé de la noble émulation de le
suivrepas àpas,&puif[e naifire de
vous unslonguefuite de Meros dignes
tomme luy & comme vous de commanderà
tout le resse de la terre.
Ce font, Monseigneur, les voeux
ttrdens que cette Compagnie parmy
sesprofondshommagesferasanscesse
pourvofire gloire & pour le bonheut
des peuples qui vousferontfournis.j il Aprés cela,lemêmeMrDesgranges
alla prendre le Parlement,
qu'il mena à l'appartement
de Monseigneur le Duc de
Berry,oùMr le premier President
luy ne une harangue particuliere.
Mrs de la Chambre des Comptes
firent la même chose, & lemême
Mr Bailler parla ain/î-
MONSEIGNEVR,i Apres avoirrendu noshommages
.a MonseigneurLe Duc de Bourgogne,
ilefi bienjufie que nous nous acquit
fions envers vous des mêmesdevoirs;
nous ny sommespasfeulementengagezparleprofond
rejifeclque nous
devons à vofireaugufie nàifJdllce, nou$
,,-(ômmcs encore puissamment exéitez
par les mouveméns de nos cæurs, &
par lleeppllaasisir devoirun Princechar-• Co
mant que toute la terre adore.
Toute ItFrancs, Monseigneur. a
ressentivilement ta perte quelle
vient de faire de ce grand Princeque
vous venez deconduirejusquau pieddu
Trbne. Les desirs empressez de
tous les Royaumes d'Ef}>agne>& cette
éternelle alliance quivient J:ejlre'
faite entfe les deuxpluspuiffantes-,
Monarchies dumonde,riont pû' les
consoler.Il riy a que vostrepersônne).,
Monftignettr,jointe à cellede Mon-,
seigneurle DucdeBourgogne, quiaitestècapabledefairecesserses
regretsy
&cestsansdoute danscedefein }-que
le Royplein de bontépoursespeuples,
toujoursattentif à te qui peu pricurerleursoulagement
& leur bon*-
beur, a bien voulu pour leur con/ôtationleurfaire
voir,quefitEfpagne
leur enleveun Princesi digne de
leuraffection, il luy en resse deuxau*
très dignes de tout leur amoure-trescapables
de leur comma^ier. C'efi,
Monsèigneur, ce qui fait le comble
de nostre joye &lesujet des vaux que
cette Compagnier toujours occupée du
desir de vous honorer& de vousplaire,
ne cejjerajamaisdefaire pourvoftrc
confervationy
Mo.:.~nse/i'agneur le -Duc d.e-Berry
s'étant rendu ensuite dansl'Apartement
de Monseigneur le Duc
deBourgogne son frere, les Princesreceurent
lescomplimensde
Mrs les Tresoriers de France;
Mr Fournet portant la parole,
& de Mrs du Presidial Mr Violet
premier President dece Presidial
& Gouverneur de la Chancellerie
de Bourgogne, portant
la parole, sa harangue fut courte
& eut beaucoup d'aprobation.
1 Les harangues estant finies ,
les Princes se mirentà table&
mangerent en public comme ils
avoient fait le jour de leur arrivée.
On avoit preparé une
Salle où l'on croyoit qu'ils de?-
voient manger, mais Monseigneur
le Duc de Bourgogne l'a
trouva trop petite, & ordonna
qu'on mist
son
couvert dans la
Salle des Etats. Cette Salle a
cftë bâtie pour l'assemblée des
Etats de la Province. Elle eil
tres-spacieuse & tres-belle, en- 4 tourée d'amphiteatrescouverts
detapis bleussemez de Fleurs de
Lis. Dans le fond est un fagteüilpour
le Gouverneursurune
haute estrade avec plusieurs autres
fauteüils moins élevez que
celuy du Gouverneur,pour les
Evêques qui assistent aux Etats,
pour les Lieutenans de Roy,
pour Mrle premier President du
Parlement, & pour Mr l'Intendant.
Dans le parterre il y a plu- !
sieurs bancs ou formes couverts
de pareils tapis pour placer les
Dames & autres personnes,que
la curiosité d'entendre les haranguesqui
se prononcentà l'ouverture
des Etats y attire. Ce fut
dans ce parterre, où après en
avoir rangé les bans, ontmit le
couvert des Princes. On plaça
les Dames BI. les autres perfon- -
nes qui voulurent les voir sur les
amphiteatres&sur les bancs qui
sont au tour de cette Salle. Ces
Princes y ont mangétrois fois,
c'est-à-dire à souper lejour de
leurarrivée & le lendemain à
dîner &àsouper, & toutes les
foisil y a eu une si grande aRucnce
de monde qu'à peine les Officierspouvoient-
ils servir. Mr l'Intendant, quidepuis
Mâconavoit toujours tenu trois
tables magnifiquement servies,
continüa à Dijon. Il avoitdeux
grandes tables servies dans la
même Salle de quinze'couverts
hacune,& comme il y avoit
beaucou p de monde, il y eut
encore jusqu'à trois petites tables
que l'on dressa, & qui fu-
~ent servies toutes d'unemaniere
res- distinguées. Ilfit illuminer
aute la Cour de sonHôtel , càsorte
que lesmurai llesen paroissoient
toutes en feu,&ces illuminations
parurent les deux nuit
que les Princes passerentà Dijon.
<
On avoit mis dans la place
Rovale sur chaque arcade des de
vises ou emblémesilluminées
Elles estoient peintes sur du papier
huilé, & par derriere il ]
avoit un nombre infiny de peti-
- tes lampes de fer blanc, qui faisoient
uneffetmervei lleux, lesdqeuelles
furent allumées le soi
leur arrivée & le lendemain
Les Princes entendirentVespres
le Dimanche 17. à la Sainte
Chapelle. Elleestoit tenduë dl
verdure depuis le haut , ce que produisoituntres-agreableeffet
Ils y furent
receusà laporte pa
i
le Doyen accompagné de tous
les Chanoines, lequel a p rés
leur avoir presenté l'eau benîte une harrangue, les Vespres
furent chantées partie en Musique
,
de laquelle les Princes
parurent contens, & partie en
plain chant & faux bourdon. A
l'issuë des Vespres les Princes
allerent adorer la Sainte Hostie
qu'un Juif perça de plusieurs
coups de canif. On y voit encore
le Sang qui en sortit. Au
dessusestlaCouronne de Louis
XI qu'il donna exprés pour
mettre au dessus de cette Hostie.
Les Peres C hartreux de la
Ville de Dijon s'estoientflattez
que Messeigneurs les Princes
croient voir leur Maisonà cause
des tombeaux magnifiques des
Ducs de Bourgognequi reposent
dans leurEglise, &ils avoientmême
preparé une tres-belle collation;
mais le peu de temps que
ces Princes resterent à Dijon fut
cause qu'ils n'y allerent pas > ces
Religieux en furent tres mortifiez,
& firent porter toute la
collation aux pauvres del'Hôpital.
Les Princes ayant oÜy
Vespres
revinrent chez eux. Monseigneur
le Duc de Bourgogne
écrivit pendant quelque temps,
aprés quov il joua jusqu'au soulp'eemr
pqrueissneemfeunttqpuas'iblienlong, caravoit
de se
rendre à la Cour luy fit
desirer
de se coucher de bonne heurepour
partir le lendemain de
grandmatin. LesPrinces aprés
leur
leur souper vinrent par l'ApartementdeMonseigneur
le Duc
de Berry sur une terrasse qu'on
avoi t dressée, & pour y entrer
on avoit fait percer une mur ille
du Logis du Royquiregarde du
costé de laPlaceRoyale. Il ell:
bon de vous apprendre que le
corps du Bâtimentoù estoitl'Aparternent
de Monseigneur le
Duc de Berry,&quel'on appelle,
vulgairement le corps de
Logis de Rocroy, parce qu'il
fut bâtyquelque temps aprés la
bataille de Rocroy, gagnée par
défunt Monsieur le Prince, doit
estre abatu pour laisservoir une
grande face de Bâtiment qui effc
derriere. Ce Corps de Logis n'a
aucune veuë sur la Place Royale,
& laterrasse qui doit régnercouc
le long de cette Place du costé
du Logis du Roy manquoit justement
à l'endroit oùestsitué
ce Corps de Logis,parce qu'on
attend qu'il soit abbattu pour
continüercette terrasse. C'est
pourquoy on y avoit fait construire
un Balcon de Charpente
qui faisoit la continuation de la
Galerie qui doit regner le long
de la face de cet Hôtel, & pour
yentrer on avoit percé le mur i de ce Corps de Logis par le milieu
, où l'on avoitfaitune Porte
vitrée. Le reste de la muraille
estoit peint en couleur de brique
& de pierre de taille, & au
dessus de la porte on avoit mis
les armes de Monseigneur le
Duc de Bourgogne. L'apuy de i
cette terrasseestoit tout couvert
de ta pis, & dans le milieu il y
en avoit un de velours cramoisi,
quiestoit le lieu d'où les Princes
devoient voir le feu. Les Magistrats
le trouverent sur cette
terrasse, tôt le Maire presenta
deux flambeaux de cire blanche
aux Princes, qui mirent euxmes
le feu à une fusée qui devoit
le mettreà tout l'artifice. Cela
futfort bien executé.Si-tost que
cette fusée fut allumée, elle
partit en glissant le long d'une
corde qui estoit attachée à l'un
des coins de la place, & mit le
feu à tout l'artifice. On vit presqueen
un instant toute cette place
en feu. Cela dura prés d'une
demi-heure, & il partit plusieurs
fusées volantes du milieu
de la place qui firent un tres-bel
effet. Tout l'artifice qui futtir
ne fit pas seulement beaucoup
de plaisir a voir, mais toute l
décoration en paruttres-agreafoie.
Il faut s'imaginer la place
&le College des quatreNation
avecunebalustrade tout au touj
au dessus. Hors le feu d'artifice
tout estoiten partie sur la corniche;
le reste estoit sur la balu
ilrade3 ce quifaisoit deux rangs
Audessus de la cornichependoient
des festons qui foute*
noient les armoiries de France
8c de Bourgogne,lede
des portes estoit orné -d3.eblêmes.
D'abord que le feu si
finy. Messeigneurs lesPrinces
retirerent chacun dans leur -
partement & se coucherent
l'ordre fut donné pour part!
lteilenndem.ain à six heures du ma- Un peu avant qu'on tirât ce
feu tous les Officiers de la milice
bourgeoise s'assemblerent au son
des Tambours & des Hautbois,
6c marcherent en bon ordre, la
pertuisanne à la main devant le
Logis où estoient lesPrinces où. ilslerangerent.Ilsy demeurerent
jusqu'àcequele feu fût fini.
Cependant on avoitilluminé le
Portail de l'Eglise S. Michel
qui fait face à l'une des ruës qui
aboutissent à la Place Royale, 6c
cePortail qui est d'une ftriïcUire
admirable parossoit tout en feu.
Ce ne furent que réjoüissances
par toute la Ville On voyoit des
tables par les ruës où l'on buvoit
à la santé du Roy, de Monseignenr
le Dauphin & de Messeigneurs
les Princes. On invitoit
les passans à faire la même
chose, & ces santez eitoienc
beuës avec des marques inconcevables
de joye.
Les presens deMrs de Ville,
furent plusieursboëttesremplies
de diverses confitures qu'on fait
à Dijon & qu'on ne voit point
ailleurs. Ce font des moyeux 6c
de l'épine vinette On v joignit
quantité de bouteilles du meilleur
Vin que l'on pû trouver.
Le Lundi 18. tout se trouva prest
pour partir à l'heure ordonnée.
«
Monseigneur le Duc de Bourgognequi
avoituneempressement
extraordinaire de revenir à la
Cour avoit entendu la Méfie à
six heures sonantes. Il y avoit
trente chevaux de poste, preparez
tant pour sa chaise que pour
sa suite. Monseigneur le Duc de
Berry voulut le voir monter, ce
qu'il fit à la porte Guillaume,
qui est la porte du costé du chemin
de Paris. Les Princes allerent
en carosse jusqu'à cette porte
où l'on fit arrester
,
&ce futlà
qu'ils separerent Monseigneur
le Duc de Bourgogne
monta dans sa chaise de poste &
Monseigneur le Duc de Berry
rentra dans son carosse. Ils partirent
en même temps, mais bientost
Monseigneur le Duc de
Berry perdit de vue Monseigneur
son frere
,
qui alloit portedans en le dessein d'estre à
Versailles le Mercredy 20. dii
même mois à midy.
Mr Ferrand Intendant suivi
Monseigneur le. Duc de Berry
dans soncarosse à- six chevaux
pour aller jusqu'à Auxerre, &
pendant toute cette route iltint
les mêmestables qu'il aroït te-9
nuës depuisMâcon. 1 Monseigneur leDucdeBourgogne
dîna ciChinceatil,& coucha
à Noyers, où M* le Maré-
-
chal de Noaillesluydonna à fou
& le lendemain àdînerà Pif
ru. Le 19.il coucha à -Sens
&le 20. à VersaillesIlfaloi
avoir pris d'aussi grandes précau
tions que celle que la prudence
fait prendre à ce Maréchaldans
toutes fortes de rencontres, ou
il en a besoin, pour pouvoir
donner plusieurs repas de ibiri
à un aussi grand Prince , en CQUi
rant la poste.
Monseigneur le Duc deBerry
dînaauVal Sufon, 8ccopchaà
Chanceauxle même jour que
Monseigneur le Duc de Bourgogne
partit de Dijon. Il paiiarn au
pied de Talent, autrefoisCapitale
, & ancien sejour des Ducs
de Bourgogne. Ce lieu joüit encore
aujourd'huy de quelquesunes
de ses prérogatives, parce
son Maire précede dans l'Assembléedes
Etats, ceux des autres
Villes de la Province. On y conserve
une Image miraculeusede
la Vierge, qu'on pretend estre
de la main de Saint Luc, &avoir
esté envoyée par un Pape à un
Duc de Bourgogne.MrCaillet,
Bache lier de Sorbonne& ancien
Theologal de Mets, Curé de
Talent, >, pritsoinde fairepréparer
au pied de lamontagne, un
spectacle pour di vertir Monseigneur
leDuc de Berry. LaBourgeoisie
fous les armes receut ce
Prince, qui fit arrester son carrosse
pour se ra fraîc hir au prés
d'une fontaine de vin, qui paroissoit
gardée par quelques
figures habillées de verdure,
avec un bonnet à la Siamoise,
aussi couvert de verdure. La vûë
de ces Statuës grotesques donna
beaucoup de plaisir à ce Prince.
Le Curé le
harangua, & eut
l'honneur de luy presenter les
Vers suivans. .1 J
SERENISSIMO PRINCIPI,
Talentum,antiquam Ducum
BurgundorumSedem pretericolanti,
Civitas Talentina.
ttobilitas exefafumus yfuntnomeny
honor(JIJ At , non urbisopes : hinctibipauca
damus.
Accipe pauca tamcn>Princeps3 nec
fperneferentes
y Non /prévitVetuloe, quantulacumque
Deus.
Monseigneur le Duc de Berry
entendit le lendemain la Melrcà
l'Eglise Paroissiale de Chanceaux
-%
où il fut reçû par Mr
l'Abbé de la Roquette
, cette
Eglise estant encore du Diocese
d'Autun. CetAbbé avoiteusoin
d'assembler des environs une
vingtaine d'Ecclesiastiques à la
teste desquels il luy presenta
l'Eau beniste. Ce Prince partit
de ce lieu à neu f heures du matin
,
& difna à Villeneuve,d'où
ayant esté à Montbar
,
il continuéIrsa
route,& arri'v-aà'AAuxerre
le Jeudy 11. à trois heures aprés
midy.. Un. grosEscadron dejeune
gens des plus considerables
du pays tous avec des plumets ,
& fortlestement vestus,alla l'attendre
en ordre de.bataille à une
lieuë & demie de la Ville
, ou
MrMartineau de Soulleinne,un
des principaux Chefs, le complimenta
à la
-
portiere de son
Carosse, & luy offrit le service
de tous ces jeunes Cavaliers. U
dit qu'on voyoit briller en ce jeune
Prince les plus pures grâces de la
nature5qiïil estoit fait pour estre
autayit aiméquadmireçarjes heureuses
inclinations ; que sa figeffe
prcm.!turÙ 0" .(C.i florissantes vertus
faisoient honneur àson âges 6" que
exempt de pa/lions, il ne marquoit
estre jeune que par ces agremens> &
par(es années5 queson aimable pveofènce
mettoit dans les caurs toute fcf
time ,
& tout /'attachementimaginable
pour sapersonne, & que leur
fang qu'ils fehtoient bouillir dans
leurs veines par de. vifs transports
d'ardeur poursa zloire., estoitcomme
impatient de se répandrefous sa ordres
dans une guerrefufeitee par Servie
de quelquespuissances voisines
jalouses de L'élévation d'un auguste
frerea w, Trbne dû àsanaissance.,
,y a mérité.
Ce compliment parut agreable
à Monseigneur le Duc de Berry
au-icil que l'offre qu'on luy
fit du service des jeunes Cavaliers
du pays. Ils remercia Mr
Martineau de Sou lleinne
,
de son
zele, & luy fit l'honneur de luy
dire qu'illuy estoitobligé de la bonne
volonté desaCompagnie de Cavalerie
, laquelle defilaensuite
en escortant son Carosse l'épée
haute, en troupe reglée
, &
aguerrie. Hors de la Porte de la
Ville Mr Baudesson Maire perpetuel
d'Auxerre à la teste du
Corps de Ville, fit une tres-belle
Harangue qui luy attira des a pplaudissemens
de tous ceux qui
l'entendirent. Ce fut par ses
soins, & parsa vigilante activité
que les ruës par Iefquelles passa
Monseigneur le Duc de Berry
furent tapissées, & fort proprement
décorées, Se bordées de
deux hayes de Bourgeois dont
les armes estoient uniformes, ainsi que les chapeaux bordez de
galon d'or & d'argent. Audessus
de troisArcs de triomphe construits
en differens endroits de la
j,Ville
,
& remplis de divers ori-iemens,
& de plusieurs devises, on
avoit placé des Choeurs de Mu-
"iîque avoc une Simphonie à laquelle
rien ne manqua. La façade
de 1 Hostel de Ville estoit
otrnée de deux Amphiteatres en Portiques qui furent trouvez de
Jbongouft. Les Portraits de la famille
Royale environnez de Fe.
stons, estoient fous un Dais fort
élevé. Plusbasestoit peint un
I -
- grand Soleil, au deflous duquelquatreautres
moindres paroissoient
dans un nuage d'où
sortoit la fou dre avec l'Arc-en-
Ciel. Les Vers suivans étoient
au dessus. )
Le Roy comme un Soleilsepeint en
Monfieigneur, Monfèigncur en ses fils, gp tous
FTaifieacnomtrsmorertuienrl'TIuorninsredrur,efNieind:ela; Ils agssurenut lafaeixparrlefrfroey de l.a*, Sur le Perron de l'Hostel de
Ville jalissoient en l'air plusieurs
fontaines de vin:
Monseigneur le Duc de Berry
ne passer en reveuë dans la Cour
du PalaisEpiscopal toute îaBour-jj
geofie qui luy parut en bon ordre,&
fortbiendisciplinée.Il
1oiici la compagnie particuliere
du Maire vestuëd'habits uniforformes
qui estoit fort nombreuse,
6: pouvoit passer pour belle. Les
Eschevinsaccompagnez des Officicrs
de Ville ayant le Maire à
leur teste
>
presenterent quelques
fruits du pays à Monseigneur
le Duc de Berry. Ensuite
lePresidialle harangua. Monsieur
le President Marrie de Fortbois
porta la parole. Sur le soir
,
les
réjoüissances redoublerent dans
les ruës
,
illuminées de lanternes
>
de flambeaux & de lurnieres
vives. Le Palais Episcopal
sur tout estoitéclairé d'un si
grand nombre de lampes
, que le
jour ne rend pas plus de clarté.
Le Prince, aprèssonsoupé, vit
tirer un tres beau feu d'artifice,
* La constructionenestoit noble,
il n'y avoit rien de confus ny
d'embarassé, & tout y paroissoit
grand. Sur neuf grossescolomnes
s'élevoient quatre grandes piramides,
chacune sur son piedestal,
au milieu desquelles estoit posé
un grand obelifqne
,
& à sa cime
unSoleil, le tout fermé d'une
grande balustrade
,
qui renfermoit
quantité de boëtes.Les fufées
de ce feu furent trouvées
tres-belles. Plusieurs Soleils jetterent
en tournant un nombre
infini d'étincelles
»
& diverses
gerbes pousserent en l'air une
pluye de feu, qui fit un effet
tres-agreable; mais sur tout ce
que les Artificiers appellent Roses
d'or 6"w d'argent, plut fort aux
Spectateurs. Enfin, quatre foudroyantes
lanternes, remplies
de diverses sortes d'artifices, finirent
le spectacle
,
& dissipe*
rent la foule par un fracas éclatant.
Ce feu avoit esté allumé
par Monseigneur le Duc de
Berry, qui parut tres-content
<lu plaisir qu'il luy donna,ainsiqu'à
toute l'assemblée.
Le lendemain zt: les Peres Jefuites
du College d'Auxerre presenterent
de tres-beaux Vers à
ce Prince. Il alla à la Messe à
l'Eglise Cathedrale, & fut à reçu la Porte par Mr l'Evêque d'Auxerre
revestu de ses habits Pontificaux
à la teste de son Clergé
enChappes. Ce sçavant & pieux
Prelat fit un Discours aussi ingenoeLlX
qu'éloquent
, & fit voir
que Monseigneur le Duc de
Berry estoit un des plus beaux
fleurons de la CouronneLesmanieres
affables & genereuses de
ce Prelatluy auroient en cette
occasion attirél'amitié, & même
la veneration de toute la Cour
de Monseigneur le Duc de Berry
, si ces rares vertus ne luy
avoient pas depuis longtemps acquisuneestime
generale. Monseigneur
le Duc de Berry, aprés
avoir marqué sa surprise de la
prodigieuse taille de S. Christophe
,
qui estl au moins une fois
plus gros que celuy de Nostre-
Dame de Paris, monta en carosse
pour se rendre à Joigny , &
trouva dans le même ordre qu'à
son arrivée la Bourgeoisie fous «
les armes, le Maire avec les i
Magistrats à la porredelaVille,
& plus loinlemême Escadron
de Jeunesse dont ce Prince avoit
paru fort atisfait en arrivant.
Lezele&lafidelitéestant des
vertus naturelles aux Auxerrois,
on ne doit pas sétonner si leur
joye a esté aussi vive qu'éclatante
,
&sisur cet articlequi ne dépendoit
que d'eux-mêmes, & de
leur coeur, ils n'ont cedé à aucune
des Villes par lesquelles
les Princes ont passé, & si les cris
de Vive le Roy avec tous les accompagnemens
que demande la
joye la plus sensible,nont point
discontinué pendant que Monseigneur
le Duc de Berry a esté
àAuxerre. Ce Prince arriva à Joigny le
22.Avril. Toutela jeunessede
laVille allaaudevant luy à
trois lieuës, bien montée, bien
équipée, uniforme, en chapeaux
bordez d'argent, cravates noires,
coquardes blanches,&gands
blancs Cette troupeestoitnombreufe
& choisie Le reste des
habitans se tint hors la porte de
la Ville par où le Princedevoit
entrer. C'estlà qu'il sur d'abord
complimenté par le Maire qui
parla à la teste des Echevins &
de tout leCorpsdeVille. Mon-'
seigneur le Duc de Berry alla
droit au Château
,
où Madame1
la Duchesse de Lesdiguieres à
qui cette belle terreappartient
avoitdonné des ordres dignes
du Prince & dignes d'elle. Sitostqu'ilfutarrivé
au Château, Mr
Gaultieraccompagné de Mrs de j J
l'a Brulerie &: Château, L ieutenans
Civil & Criminel furent
introduits dans les formes ordinairesavec
tout les Officiers de
Justice qui formoient un corps
allez considerable.Mr le Presi-.
dent Gaultier porta la parole ,
& prononça un discours qui fut
extremement aprouvé Chacun
s'aquittaà l'envi de son devoir,
& le peuple secondace zele par
des Festes & des réjouissances
quidurerent toute la nuit.Voicy
une des harangues dont je
viens de parlerCeluy qui la prononça
ne sçavoit pas que Mon..
seigneur le Duc de Berry cou.-
cheroic à Sens.
:MVNSEJGNEVR
,9
CV/f icy comme le terme de cette
courft ghrieufe que vous 'venez de
plire. Ccft icy quelle finit, ou c'cft
icy du moins que se terminent ces
Fesses&cesréjoiiiffinces publiques,
qui vous ont fait voir à découvert
dans toutes les différentes Provinces
de ce vasse Royaume, l'amour &le
zglede tous les Peuples pour leur invincible
Monarque, & poursa dignepofierité.
Quevousdirons-nous
fyfon/eigneur, qui réponde dignement
À l'honneur que nous avons de vous
recevoirdans cette Ville3 & à toute
l'idce que notis avuns de. vous lA
7iapartient qu'aux Homeres dd
louer desAchiles, & aux Maifirei
de lEloquencedefaire l'éloge des
héros,
Heros. Tant de grands Maijires
de cet Art vons ont peint les vertus
du Roy & les vojlres) que nous ne
nous aviseronspas d'ajouternosfoibles
traits à des peintures at,
dies. D'ailleuys
,
Monsigneur^ que
pourions-nous voui apprendredes
grandesqUdlitezdu Roy& desmerveillesdeson
regne, quevous nefachiezmieux
& que vousne veye de
plus prés que nous, Vous trouverez,
en villes même lesprincipes detout
ce qu'il efl. Son Sang ell la farce
de ses vertus (J- de sagloirej & nous
reconnoiffom &sa gloire &sesvertus
danstûteslesportionsde luv.-même;
&pour le dire en un mot3 nous le
reconnoiffans luy-meme partoutoà il
- reconnaît son Sang,yojîre Augufle
lyere dit aIsez ce que vaut un Fil
de Louis le Grand, &l£[pa/rned
la France viennent de dévoiler a.vos
yeux toute l'idée que donnent d'eux
dans l'âge le moins avancetous lei
Princes qui peuvent appellerLoua
.le Grand leur Pere. ileflle bonhem
defis Peuples & laterreur deses en. nemissadgne ppfteritê ajfurt
à la n istre dans un long avenir, que
nos neveux ne ferontpas moins heureux
que ns enfans
,
& que nousmêmes.
|
La Compagnie des Chevalier;
de la Butte composée de gen
fort lestes &: fort bien faits, qu
avoit esté audevant de Monsei.-
gneurle Ducde Berry aussi bie
que la jeunesse de la Ville re
conduisit ce Prince hors les por
tes, & ces Chevaliers furen
charmez de la maniere dont i
leur parla,leur ayant fait l'hop
m
ineur de leur dire, que s'ilavoit
Ifait un plus. long séjour à Joigny
i il , auroit pris p-art à leurs jeux.
Monseigneur le Duc de Berry
arrivaà Sens le Samedy 13.Avril.
La Marechausséehabillée 6c
équipée magnifiquement, alla au
devant de luy à une lieuë & demie.
La principale Noblesse des
environs &; l'élite de la jeunesse
-
de laVilletres-bienmontée&
jau nombre de deux cens, (e crqllrverent
vers le Villagede Rofoy,
&gnercommencerent à accompa- ce Prince. Mr Couste Seigneur
de Bracy
,
ancien Capi[
taine dans le Regiment deThian- tges,estoit à leur tesse. , Monseigneur le Duc de Berrv
| fit son entrée par la porte Comrmune
, la principale de la Ville,
où il fut harangué par Marulla
Seigneur de S. Clement Mair
de la Ville, accompagné de
Echevins, depuis le Pont Bruar
qui en est à un quart delieuë
jusqu'au Palais Archiepiscopal
oùlogea ce Prince.Plus de dou
ze cens Bourgeois en armes oc
cu poientlesdeux costez en qui
tre differentesCompagnies,com
poséesdeplusieurs dixaines qu
commandoient les princi paux d
la Ville Ce Princes alla d'abor
à l'Eglise Metropoliraine
,
]
plus ancienne des Gaules,& qi
montre l'antiquité decetteVill<
dont il est parlé dans les Hill:o
res les plus reculées
,
sur tou
dans l' Hii^ore Romaine où le
voit que les fameux Senono
porterent la terreur deleurs au
mes dans toutes les parties du
- monde. Leur intrepidité se fit
connoistre particulièrementdans
la prisede Romemême. Ce qu'ils
firent aux Romains dans le Capitole,
a fait dire a Stace Se.l/Onumfuriaslatioe
sencére cohortes.
* Mr l'A rchevesquehabillé Pontificaletnent,
reCllt ce Prince à
la teste de son Chapitre, & luy
fit un compliment des plus justes.
Ensuite il fut conduit à son Palais
où Mr VezouSeigneur de la-
Cavallerie 6c de Majurat
, President
6cLieutenant^,pfneral du
Bailliage& Presidial ,introdu i t.
par Mr des Granges Maistre des
: Ceremonies, le harangua a la
testede la Compagnie. Enfui te
Mr Boursier President, à la teste
de.l'ElectionluyfieleComplimeilt
qui fuit. Quoy qu'il ayr
soixante & seize ans, il le prononça
avec une vigueur, & une
presenced'esprit qui le firent admi
rer de tout ceux qui l'enten
dirent. -
M02VSE/GNEVR>
C'est un fyeBcicle anifjt doux que
charmant ci des Peuples de connoifire
& de voir les Princes qui les corn*
mandent (;;' qui les gouvernent. il
Tïieferhbleappercevoir dans ces Princés
de grandssentimens de plaisir&
de fatisfaHion de voir ces mêmes
Peuples tout occupez du foin de les
ddmirer & de leur plaire, & d'entëndre
ces acclamationssitouchantes,
cescrisdejoye pouffez^parunfond ni,1-
puifable de tendresse aujjiJîncere que
refyeïlue.ifc
:
c-; dcftnlirICi mouvemens
affectueux d'une infinitédecoeurs
qui s'empressént à leur rendre leurs
hommages.
Louis le Grand dont on ne. peut
entreprendrel'éloge sans temeriré &
devantqui toute la terre doit se tenir
en silence & en admiration) comme
Pétriture le dit du Grand Alexandre,
?te s'efi pas contentépendant laguerre,
demiere de couvrir ses Sujets de son
bouclier impenetra-bie,d, de repousserses
ennemis dtt-delâ de leurs propres
limites avecsonèpée triomphante
3
il a voulu encore que votis ayee,
p4rcourules plus belles Provinces de,
son Royaume pour nous.faire voir les
Héros qui doivent nous gouverner >
6' à ses Peuples laconfiance & la
fecuritéou ils doivent estre, fous desi
grands Princes& deJipuiflaru Protecteurs,
Apeineavons nousappris> AfonfeignenT,
que comme un Afire bienfaisant,
vous d?viezj)aroifirefurnutre
horizon&répandresur nous vos
,
pandre sur t,os
favorables
3
regards que nos dejirs
volant au devant de vous ont precedé
voflre arrivée. Nos voeux vousjiÚ..
vront longtemps aprèsvoflredépart,
6"il nous efi impo.ffîble tft/xprimerla
joye que nous rejlentons de vous voir ¿. de vous posseder.
Heureux Peuples de pouvoiraimer
un sigrand Prince sans mesure,
&le loiier sans excès Formé duplus
,
noble fang des Héros, illuf&irreeF.Fiillss de
Monseigneur le Dauphin, dont la
conferuatton efifiprecieufe&sicbere
à la France, Petit- Fils de Louis
le Grdnd) Eleve de l'un e- de l'autre
, vous n'etttendezpaf le nombre
des années pour montrer que vous
elles héritier des vertus héroïques de
ces deuxg(rands Princes, & quevous
jfid¡vnesdz(eta'uivnrc les heureuses impref-
& de tdutre; comme la
fl-che fuit le mouvement de la main
dwt elle eflpartie. Toute l'l::,'urope efl
infirmée, Afonfeiçneitr, de vos admiribles
qualité^&dins toute la
France
,
chacun danssafamillese
fait un plaisir fenfihle de s'entreteniy
de vfl^eyrandcoeur>delavivacité&
de lajufleffe de voflre esprit &
de voflre parfait mérite. Veuille le
(JJel, Monfèlgneut, continuer toujours
de 'uerfèr ses bened'Flions &fis
grâces survoflre auguflePersonne,&
faireque vosgrandescharitables *'
^allions& vos prosper?tenaillent intfnimentau
delà de nosesperances.
* Cemot decharitablesactions,
a rapport à la generositéque
Monseigneur le Duc de Berry
fit paroistre il y a deja quelques
années , à 1 égard d'un Officier
reformé reduit à la derniere necessité,
en faveur duquel ce jeune
Prince se privoit d'une partie
de ce qui estoitdestiné pour les
plaisirs.
Desdétachemens des quatre
Compagnie de la Bourgeosie qui
se relevoient successivement
)
firent
garde jour & nuit devant
& dedans le Palais Archiepilcopal
; & ce Princeaprés avoir
entendu la MeflTe le lendemain
dansla ChapelledumêmePalais,
marqua beaucoup de satisfaction
de la reception magnifique qu'un
des plus grands Prelats & des
--"'c modestes de l'Eglise Iti,, Avoit
faite, & de la joye universelle
qu'il avoitveuë repanduë
sur tous les visages dans un lieu
où sa presence avoit attiré une
infinité de personnes des environs.
La Cavaleriela Mareschausséequi
avoient estéau devant de
luy
, ne purent l'accompagner
qu'une demi-lieuëàson départ,
ce Prince ayant pris la Poste
pour se rendre plustost à Verfailles.
Ceux qui ont pris foin de compter
combien on a fait de lieuës
pendant ee voyage,trouveront
que le nombre va audelà de
quatre cent cinquante. Ilnes'est
jamais vû que pendant unvoyage
de cinqniois durant une aussi
longue route, on ait tous les
jours regalé des Princes par des
Festes nouvelles &magnifiqlICS;
mais ce n'est qu'en France qu'un
peutvoirde pareilles choses.
Vous pouvez avoir veu diverses
relations de la visitequelePapea
rendu le mois passéà la Reine
doüairiere dePologne;mais je fuis
fort seur que vous n'en avez veu
aucune où le détail en soit assisi
bien marqué, qu'ilest dans la,'
Lettre que vous allez lire,
De Rome ce 10. May 170T. 1Eudydernierjour de ïA'(cen[îqn^
) Le Papeayant esle le matin a
S. Jean de Zatran vint dîner "t.
Montecavallo,d'où a quatre 1 4,OntccdV:lUO) ou a !lClae>
afres midy il vint rendre vijitça la*
Reine Doü"ÚrÍere de Pologne, avec
laquelle il demeurauneheure& trois
quarts en conversation. ilfit cette
visiteavectout l'éclat,toute la dijtinffion,&
toute lafuitequ*unPape
peut avoir, il efloitsuivyde toutela
Prelature, de toute la JSfobLcjjc de
Rome, eI/' de [es deux Compagnies
d: ChevauxLevers& de CuiraJJiers.
Ilefloit en chaise aporteurssuivyAe
deux littiercs& d'un carosse à six
chevaux: letvut de 'uel..ttrs cram-ijï
en broderie d'or, La Reine,lorfqifon
luy vint dire que le Pape efloitforty
de Montecavallo, decenditavecun
nombreux cortege de Dames, & de
Cavaliers dans les Apartemens kas
de son Palais
, pour estreplus à portée
£aller recevoir Sa SainteleM En
effet lePapeapprochant, cette
JPrinceffe firtit de l'Apartément
alla asa rencontre jusques fou* le
ceintreousur lepas de la grande Porte
de larue.Alors la chaises'efiant
ouverte par dcffus 6" pardevant
,
la
Reine haisa les pieds du pape, &
ensuite lamain; après quoy le Pape
fortitdesichaise &mont.isurtefca„
lier à pied avecla Reine qui ltt¡t donna
la droite[ans qu'on pQrt.I,¡!I"l rjbe
de S. M. ny qtfaucun Chevalier
d'honneurluy donnaifla mun. Ils
entrerent ainsi dans /'Appartement
d'audiencefort richement meuble. Sous
le dais dans laplace d honneur il y
avoit un fauteiiil à la droite duquel
efioit un pliant&kgauche trois carreaux
funsur l'autre.Sais le fauteuil
fiaitunepetite estradepardiffus:
a grande) & le marchepied étoit
couvert de velours cramoijï. Auf
fitofl que le Pape sist sosis le dais.
Avantque de s'asseoirS. S. commanda
qu'on aportafi unfauteuil pour la
Reine, mais il fut inférieur à celuy
qui efloitfous le dais. Pendant la
conversation ily eut dans deuxSalles
voisines des rafraiebiffemens pour
toute la fuite
,
Eau'ésfraiches de toutes
fortes3 Chocolat, T;Jé, lriny
Caffej avec des bifeuits. On donna,
aux Suiffes du Pape j qui danscette
occasïons'essaient emparcade laG-it.
de du Palais vingt-quatrejambons,
ftx fro:nages de , Parme[an pesant
l" -'" rI., cinquante livreschacun, (j>fix barils
de vin que douzc faquins portèrent
dans leur logement.
Aprés ce long teste-à-tesse, on fit
entrer les Dames de la fuite de S. M.
qui baiserent lespieds du Pape,&
cette ceremonie achevée, onle leva.
Au sortir de /'Apartement3 â la
Porte duquel le Papravoit ordonné
luesachaisese onner trouvast, peurnepas à la Reine la peine ae té!Ccompagnerjufquoù
elle l'avoit receu, Il entra dans sa chaise, dont S M.
ferma la partej &faisant encore
quelquepaspeursuivre la chaise S S.
lapr:a de rentrer, (y* sa vjÚcjÙÚt
de cette maniéré. -, Papielenan'iytfa-apoitint d'exemp 'e qr/un
unehlongueny d'un
-
P,-ipe en i i iunny d ii ~i si nombreux (ortege. Quatre ou cinq
Souverains Pontifes ont cjte voir la
Reine de Suede, mais leur vifte ;-
toit d'un quart d'heure avec peu de
monde & toujours par orcajion ; ils
envoyoient dire à cette Reine
,
qum
allantou revenant de .y~
ou ils avaient devot/on) ils noient
chezs elle, mais avec peu de fuite.
Ccltiy-cy ne veuhtpasfeulemententter
dans l'Eglise des SS.,Appflres,
ou le Saint Sacrement efloitexposé
quoyque cette Eglisefutvis-à-vis du
palais
x
& il repondit à ceux qui
(enavertirent quitejlo'it forti expféspQurvoirlaReyne.
J'oubliay de vous dire le mois
dernier que le jour de l'Entrée
publique du Roy d'Espagne
,
les
femmes du premier rang, & les
plusqualifiées,prirent 1 un cordon
bleude la mêmefigure que
celuydel'Ordre du S Esprit-
Elles l'avoientbordé de perles
&dediamqns,&elles avoieriç
attaché au bout au lieu dela
Croix de cet Ordre, des Croix
de Malte,ou d'autres medailles
qui faisoient à peu prés le même
effet.
Ondonna quelques jours après*,
un Combat de Taureaux dans
la Place de laMaison Royale du
Bue-n Retiro. La pluye troubla
un peu cette Feste. Sa Majesté
Catholique Voyant un Taureau
plus furieux que les autres ,
demanda
un Fusil
, tira sur luy, &
le tua sur la place, luy ayant
mis une bale dans le coeur.
Sa Majesté C. tira un' second
coup surautre Taureau qui allatomber
à dix pas. Les bâtes Iity
avoient traversé la teste d'nneJ
oreille à : l'autre. La Cour ScZIyAlliance
de la Sagesse avec la
leuneflê,Idille,Pourejqrechantée
devant Meffeïgnenrs les Princes.5 ;.
Harangue faite au Roy cfEfagne
pariVfr/'Evèqued'Aire,
Haranguefaiteparlememeà XfonjeigneurleDucdeBourgogne.
27
ÏÏivers ouvrages preftntt!'{. au. Roy
ÂEfpagneefiantencoremFrari*
ce. 19
Harangue faite à Monfeignenrh
dDucjee BVourgoigane3npar-y}Ax.FAbbè
Diversespiecesadresseés duRoydtEJjMgne>
a Monfeigneur-le Douphin
,
& à Monseigneur le DuedeBeriy.
4j
Compliment des Psres Jesuites de
Dauphmé à Monseigneur le Duc
,
deBourgogne. 51
E-xplication des sept miracles de Dauphiné, avec autant de Devises
sur ces miracles appliquées au
Roy,à. S. M. Catholique, &. à
VlmfeigneurleDauphin.<9
Ode presentèea}Ae([eigneursles
Ptificespendant leursejour à -Avignon} &trouvéeparfaite-
* ment belle. 79
Jnfcriptionquiefioit suruneFontaine
de vin à M'Jrans.. 86
Suitedu YoyagedeMrflèigneursles
¥Tintes. Ce .Journal commence à
Zion & ifnit a Verfaillcs.Ony
voit une partie des Harangues
qui fourontesièfaites ,
les deftriptions
des Troupes
,
des Arcs de
Triomphe, des Feux d'Artifices,
& des différentes Fesses qui leur
ont esiè données, des descriptions
des lieux particuliers où ces Princes
ont esiè dans toutes les Villes,
où ils ontpajje3 ce qu'ilsyont vù
de curieux, les ouvrages qui leur
ontestépresent!z, &diverfesautres
choses dont le détail feroit
trop long dans une Table. 8j
Détail curieux de ce qui fefi pajJé
à la vijite que le Pape a renduë
à la Reine Douairiere de Vologne.
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Galanterie des Dames Espagnoles.
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