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MERCURE
C&Llmr
DEDIE' AMONSEIGNEUR
A PARIS,
'ChezMICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais,au Mercure Galant.

A SON EXCELLENCE
MONSEIGNEUR D.EMANUEL D'OMS
ETDESANTAPAU,
SANT-MANAT ET LANUZA
MAR Il I S
DE CASTEL-DOS-RIUS,
Du Conseil de Guerre de Sa Majesté
Catholique,cy-devant Vice-Roy do
Majorque, & son Ambassadeur en
Portugal, à present Ambassadeur eur
France.
ONSEIGNEUR
1
VOTRE EXCELLENCE
M doit point estresurprise de
'Voirson nom à la tefied'un livreimprimé
en France. Les
FrançoisJefont une étude d'approfondir
le merite, £7* lesgrandes
qualité%deceux quiparoiffenten
avoir, &.jsi-i-ttô"tt qquu'"iillss ont
connu quils nontpointejlèéblouis
par desfausses lueurs, ils n'oublient
rien pour les mettre dans
leur jjoouurr..LLoorsrquilspeuventenventru
bout, de la maniéré dont je
crois reiijjtr aujourd'hui, ilsy
trouvent autant d'avantage que
j'en pretends recueillir de gloire.
Plus la matiere de mon Epiflre
fera belle,plusj'ai lieu de meflatter
d'un suçcésavantageux}puis
qu'unepartie dela gloire quivoui
fera deuetoute entiere, retombera
surmoy, & qu'on donnera des
louanges a une Epistre qui tiendra
toutesa beautéde la richejjè
des materiaux) que je tacherai
djyfaireentrer. Cependant lepu^
blic ne laijjera pas peut-estre de
s'etonner de mon entreprise. Le
Mercure efl depuisuing-cinq
annéesfous la proteéliondeMonseigneur
le Dauphin,laugufle - nom de ce Princeatoujours efteoe
la tesse, il lui a eslé consacré pen.
dant lapremiere annee par douze * Epistres liminaires &sidepuis
ce tems là il riy en apas eu chaquc
mots, ce naesié quepour nepoint
blesser la modeflie de ce Prince:
mais ily a toujours eu dans le
corps de chaque volume des arti.
<des qui ont fait Tv;oo/irr t~anoto/?lf/oin~
expérience dans le mestier de la.
Guerre, tontoft[onintrepiditl,
& tantofl sa fagefe dans toutes
les affaires morales&politiques.
Ce Prince dont l'extrême bonté
égalé la splendeur de lanaijjance,
voudra bien foujfrir pour une.
foisfeulement que votre nom occupe
la place du sen dans un des
volumes que je lui ay conftcre2\
Je ne connois que V. E. pour qui
ilpujl mestrepermis de le faire,
& cela à cause de la conjoncture
des ajfairesprefentes>& que V.E.
a travaillé à mettre sur le Trâne
y
lefilsde cegrand
, de cepigeJ
de cet augufle Prince. Qefl par
cette raisonquefaysujetd'ejperer
de la bonté qui lui est naturelle,
quilexcujera ce que je fais
aujourd'hui dans un livre qui a
le bonJJeurd'estre vû dans toutes
les parties du monde, non pasà
caufi du merite de l'auteur, mais
parce qufierme chaquemois
quantité de choses fort curieusès. Jin[î,MONSEIGNEUR,
fay resolu de faire voir dans
cette Epiflre combien V. E.s'ejl
rendue recommendable à la Cour
de France. Vous y parûtes avant
la mort du Roy votre Alaître.
Ce qui fepaffoit alors demanr
doit un Aîiniflreaujjifage &
aujji prudentquevous, pourfaire
reujjirlesgrandes choses que vorn
meritie,\ pour la gloire delE
pagne: elles ne parurentpas d"abord
tourner de la maniéré que
'Vous fouhaittie Vous ensufles
Al/arme) mais vous nenparûtes
pas moinsmodéréy&rien nefortit
de 'votre bouche q^bn^fîtéclatervotresagesse.
Le Roy Charles
11. mourut) & l'ejlime qUI le
Roy tres-Chrétien & toute la
Cour avoient pour V^E. parut
dans la maniéré dont ils vous
plaignirent. Les affaires changerent
defacepeu de tempsaprès;
mais toûjours égal,vouspartîtes
tujjîgrand dans la joye, que vous
'Veniez.de le paroître dans la douleur,&
le chagrin qu'on avoit eu
du malheurdont votrefortune étoit
menacée, changea en admiration
pour V' E. Toute la France -vous
felicita) & vous Jutes dans le
mesmetemps accable de complu
mens & d'affaires importantes»
mais rien ne vous caujad'embarras.
Vvous montrâtes auf
sicapable defoûtenir lesplusgrandes
faveurs de la fortune,qu'on
vous avoit veuvousmettreen état
de rejifler à jes plus durs rétveurs..
Onavoit toujours remarqué beaucoup
de fuftejJè &beaucoupd*esprit
dans toutes vosparolesj maie
toute la Cour sirécria aSeauxi
iorfquevoyant Je. Rpy^ embrasser
SaA4ajefléCatholiquey&luy
Mire adieu avec une douleur qui
marquoit l'excés delà tmdrejfe9
-vous luy dîtes,queparlagrandeur
duchagrinqu'iltémoignoit de
la perte qu'ilfaisoit,l'Espagne
revoie encore mieux connoître
le Drix de ce qu'elle gagnoit.
fatre esPrit ayantbrillé par tout
ou les ajfaires du feu Roy voflre
Jidaiflre vous ont appellé , &
seflant ajJez.. découvert à la Cour
..Je France
, je- dois ajouter ieyy
quela.AdaiJon. de Santmanat est
ïjtne^dcs£lusJllujlres de toute laCatalogne;fin originese pèrd
dansl'antiquité. Plus on y fait
de recherches, plus ony trouve
d'éclat, sans que les plus habiles
Genealogifiesayent encorepu en
déterminer la jource. Despremiers
drgreZ. qui enfont connusy
on nesçauroit remonter>qu'on
n'y démêle toujours de nouveaux
traits degrandeur; lesmonumens
publics en rendant toujours presente
la gloire paffie. Cette illujlre
Aiaifon ason tombeaufoutenu
par des colonnes de marbre>
quifert de dais à un ancien Autel
de FEglife desaint Pierre de Barcelonne.
C'est une dijlinftion qui
fut accordée a la M.aison de
Santmanat
) en reconnoissancede
te quu31 n Seiggnneeuurr de ce nom avoit
garenti fitr cet Autel le saint Ciboire
de limpiété & de la barbarie
des Adorespendant le regne
de Dorn laimé. Les Seigneurs
de Santmanat se distinguerent à
la conqueste de Majorque. On en
uoit encore une preuve illustre
dans une inscription curieuse qui
est sur le Portique de noflre Dame
de Mercy à Barcelonne.. Ils
y servirent le mesme Roy avec
éclat pendant ses autres conquestes;
& dans tous les temps ils
ont' eu' des emplois auprès de leurs
Souverains. Ils leur ont fourni
des Viee-Rois) des Gowverneurs"
ÉL* &de bons Ojjiciers deguerre. Ces
Seigneurs ont toujours eu des Ter+
res tres-conftderables; La Ville
de Santmanat, qui est le Fiefdç
leurnom, le prouve encore aujourd'h.
ui. C'ejl une Villefort -
peuplée, & qui a de tres-beaux
droits. Vne autre branche de cette
Maison en jouit encore, & le
titre de Addrquiss'estconférai
dans rune & dans l'autre branche.
Les Rois d'EfPaz.n( les ont
toujours traitez comme ilstraitent
les Grands. îlsluy donnent
les titres de CoujinC d'illuflret;.
Cette Adaifondepuis plusieurs
Jiecles a pour cimier de ses Armes
un Globeterreflre, avec cette
Devise autour: Quis en Menos
en ti Tubiere, vivira quando
muriera. Elle efl aussi fort
illuflre par ses alliances avec les
Adaifins deRequefens, deBor- ~ens ,
de Borgiay
Ducs -Je- Ganaie, &-Ducs
aliar, & d'autres desplusillusires
d'Efp'agne. VOSTRE
EXCELLENCE en son particulier
a eslé proteéleur de la Nor
blesse Catalane, Gouverneur de
Places, Vice-RoydeAdajorquey
& AmbajJàdeuy en Portugal.
-
Elle efl du Conseil de guerre,
elle a eu l'honneur de tenirsur les
Fonts au nom du Roy Charles II.
(Infante de Portugal. Les Maifins
d' Oms, de Santapau, C de
tAnuXay dont -vous porter les
noms avec les voflres, font de
mesme fort illustres. Toutes les
Histoires d'Espagne en marquent
l'éclat&ladiflinêlion. Les Armes
que la A4aisondeSantmanat
en porte avec lesvoflres, en marquent
assez la grandeur & l'origine.
Celle deijénuT^a
---- porte les mesmesArmeTquTITsRois d'Arragon,
& les unes & les autres
ont este diflinguées dans tous les
temps par des Vice-Royaute% , &par les emploislesplusconfiaerables.
Mais à voflreégard,
MONSEIGNEUR,ilnes'agitpoint
icy de'VostreMaifln,jen'enparle
que pourvos defèendans. Vous
'rende, a cette Maison,quelque
JWlluftre qu'elle foit, plus que le
fang ne vousadonné. Vowsvous
estes mis audessus de voflre naif
sànce;& ilny apointd'honneurs,
quelque grands quilssoienty que
nous ne meritie^, &que V. E.
nefoit en droit d'esperer. Toute la
Franceen convient, &le publie;
-& ily a lieu de .croirequeÏEf
jpagnequi vous doit encore plus,
.est dans le mesmesentiment.J'eJ-
£ere publier bien-tost la juflict
-quelle vousçtura rendue.Cependantjefuis,
MONSEIGNEUR,
DE Y-OSTKE EXCELLENCE,
Ae tres-humble&tres-obeïssant serviteur
Diinn/au^ ~y~zc.
- ---1
MERCV"RE
GALAU(TI
CMASiS 1701 LdA Vie du Roy est une,
fuite si continueled'évenemens
surprenans,
que vous ne vous lasserez
jamais devoir le Portrait en
racourci de cet Auguste Monar- -
que. Vous le trouverez dansle
Madrigal qui fuit. Il cil court,
mais il dit beaucoup de choses,
n'y ayant aucune action de Sa
Majesté qui ne tienne du prodige.
PORTRAIT DU ROY.
DAns la Paix, dans la
Guerre,
Mortels, ne ftyezpointsurpris
Des nombreuxexploits de Louis.
JÎ n'est point de Heros sur l'onde
> sur la terre } Qui puisse l'égaler dans ses faits
inouis.
Z'EuroPe forme en vain un parti
redoutable
3 11 la combatcentfois
3
& luy donne
la Paix.. la Paix conclue3 il détruit pour
jamais
De Vimpojleur Calvin la Secte dé:"
teflable ;
Etpour comble de gloire, en soncher
Petit-fils)
Louis le Grand unitles Lions &les
Lis.
Ce petit Ouvrage est de Mr
Robert
,
uiaetil'Avocat de Perigueax , honneur d'en presenter
à Sa Majesté Catholique
,
dans
r IL' p sa route, qui ont cffcé extrcmcment
applaudis.
Voicy un autre Madrigal fait
pour Monleigneur le Duc d'Anjou,
aprésqu'il eut esté déclaré
rRoey dv'EspiaglnelIel cH.deMrDie- Allez,jeune Heros,oùvous
appelle, ilsedéclareenfin pourvous.
Qu'il vavousfairedejaloux!
Vofiregloire en feraplus brillante&
plus belle.
Vn Roy vous donne JîsEtats>
Z>''autres enfaisoientlepartagey
Mais pour empêcher leurs débats,
Parugnchoixjuefie au.tant)que far- Quelquesjoursavantsonr ~y &~y trépa~s->
, Il en afaitvofire héritage.
Ony va suivre vofire loyh
Vous egeritez, ce quilvous donne.
- Les Petits-fils du pltu gyand Roy
Doiventtousporter laCouronne.
Le même Mr Diereûile n a fait
les autres Vers q»u-*re vous allez
lire. Je croy que vous ne desaprprouverez
pas la prédiction qui
les finit.
SUR LA ROYAUTE.
de Monseigneur le Duc
d'Anjou. pOlitiques trop vains, de Ville&
de campavne , Qui pretende^Ravoir lesintereflt,
des Rois)
Qtfallez^vom dire cette fois
Quand vous verrez les Lis transplantez
en FJPagne l
Quelsferontvos raisonnemens
Sur de sigrands cvenemens?
Comptâtes-voussurla Couronne,
DontTéclatavosyeux brillede tarif
dattraits,
Quandla Fille du Ciel, la Paixy
la douce Paix
Vint desarmer à Barcelonne
Lafiere&fupcrbePclionne
5
Et dans [on cours rapide ancfief ses
projets
POUI murmurezde voirterminerune
guerrey
Qui depuissilongtcrnps troubloittoute
la terre.
Malgré la douceur du repos
Dont vous deviezaiJner les charmes
,
Vous auriezjvouluque les armes
Duplus grand de tous les Héros,
Enflentjusquk Madridrempli ces
lieux d'alarmes.
Alors VJUS ne compreniez^pas ,
Vous interessant à sa gloire)
Cormnent il pourroit bien anefier la
vif/vire)
Toujours attachée à ses pas,
Rien ne refifiant à son bras,
Tantofi renversant desmuraillesy
Et tantofi (ragnant.desbatailles
Vous vouliez^qu'iljoignifi/'Efyagm
à ses Etats.
Elle eustalors coûts trop d'hommes,
Cess ungros morceau queMadridi
Tsfom devions au temps où nou4
sommes
Vobtenir à plusjufie prx,
De nofiregrand Louis laprudence efi
extrerne,
Son jugementprofondne peutse concevoir.
m Lors quyiloffrit la Paix
3
& lafit
recevoir
Aux Ennemisjaloux desa grandeur
,
(upréme,
Les biens qu'ilen devoitavoir5
Neftoientprévus que de- luy-même.
On nepeut rien connoifireàses vafict
desseins
, C'efi un secret, cesi un mijJereJ.
Les efforts de Peffritpour en juger
fontvains3
Ilfaut dans ce qu'ilfait l'admirer
&setaire.
Peut-on dans le Soleil voirce qu'il a
de beau l
Louis nleerégslépvoinot sefs ldersseeinsssu.r
170114 voyez arriver un prodige nouveatt,
Attendezfeulement, vous en verrez
bien d'autres.
Je vousay parlé dans ma Lettre
du mois passé, du Tableau que la
Prince Louis Aniaba,Royd'Ei£-
zinie, apresentéàla Viergedans
-r'E-gfife:de Nostre-Dame de Paris.
9CeRoyaume est situé fous la
Zone Torride à la Coste d'or,
que baigne l'Ocean d'Afrique,
êchabite par des Negresqui
n'ont aucunes marquesdeReli-
: gion, que quelque reste d'une
-
idolâtrie aussi superstitieuseque
déplorable. MrDucasse,General
desFlibustiers,estantabordé il y a quinze ans ou environ à cette
Coite) v descendit pour saluer
le Roy du Pays qui fut charmé
d'entendre de sa bouche la continuation
des merveilles du regdnoent
de LOUIS LE GRAND,
le brutitrépanduparl'Univers
avoit penetré ses climats
brûlez. La gloire estans l'objet
lperincipal des grandes ames, fut
moyen dont la Providence se
servit pour le salut de Louis
Aniaba. Le Roy son Pere ne pou- vantvenirlui même admirer
tant de -prodiges,votilutbiieii confier
ce jeune Prince à MrDucasse,
pour l'approcher du plus parfaitj
modele de tous les Rois. A peine
Aniaba eut-il esté presente à Sa
Majesté, qu'elle donna ordre
pour lefaire instruire des Miste- !
res denostre Religion. La Grace
qui l'avoit conduit si heureusement
en France, opera en même
temps siefficacement, qu'ellelui
fit bien-tost demander le Baptême
avec instance. Baptiser un j
Prince idolâtre, convenoit bien
à celui dont les vives lumieres
ont percé la nuit des Heresies
les plus delicates qu'il a confonduës
avec tant de gloire Mrl'Evêque
de Meaux, comme un autre
Sainte Philippe, baptisa ce
Prince Negre, à qui le Roy don- j'
nale nom de LOUIS. Lasuitea
fait voir avec quelle attention
ce jeune Prince s'est appliqué à
le rendre digne de ce nom auguste.
Ce fut une douce consolation
pour les Peuples d'Eiszinie,
affligez de la mort de deux
Rois, Pere & Frere de Louis
Aniaba, d'entendre les heureux
commencemens de celui qui devoit
leur succeder, & qu'ils appellent
au Trône avec le plus
grand empressement. Ce nouveau
Roy,avant que de quitter
la France, a voulu laisser par le
Tableau que l'on voit à Nostre-
Dame, un pieux monument de sa
reconnoissance à la Vierge,fous
la protection de laquelle il a mis
ion Royaume & sa Personne. Le
Sr Justina estcelui qui a fait ce
Tabîëâu"i au bas duquel on lit
ces paroles.
A LA GLOIRE DE DIEU,
LOUISANIABA,
JLoy cfEfzlnie
)
a la? cojle dOr en
Afrique
> en reconnoissance de la
grace que Dieu luy a faite de le
retirer de £aveuglementouses Predeceffeurs&
leurs peuples ont vécu
jufquà frefent
, & dès hunte, de
Louis LE GRAND, qui l'a
fait élever en France à ses dépens
dans le culte de la vraye Religion
3 &dans la pratique des plus nobles
Exercice-s; & aufft des obligations
qu'il a à M* lËvèque de Mettux,
pour luy avoir donné le Baptême;
avant quederetoitmer prendrejpoffi/
lion deses Etats, ou il va parles
foins de nostre pieux Õ"'genereuxMonarque
3
à dessein d'y planter la Foy>"
&pource sujetfeflantmis luyy &
finRoyaume fous la protection de
la tres-fainte Vierge) à l'honneur de
laquelle il ainstitué lOrdre deL"ETOILE
DE NOSTRE-DAMTT
fôûr~tuylgrfelSliTceJfeùrsàperpétuité^
a donné ce Tableau pour monument
detsap.ieté, Pan deyrace 1701. y Le 16. du mois passé, JVIr de
Court, Abbé de Saint Georges
ffirT-ÕÍre
,
fut receu à l'Academie
Royale d'Angers, N 2c fit ce remerciment à ceux qui com-
-
posentcetteillustre Compagnie.
MESSIEURS,< 9 j
S'il me falloit
, pour meriter la
grace que vous me faites,quel'eslimerbeaucoup
,
d- la relJcntirvivr-
- A
ment >
je ne craindrois point qu'on
puft vous reprocher davoir fait un
choix indigne; mats quand je fais
reflexion aux loix de vostre AcademieRoyale3&
aumerte de toutes
les psrfonnes qui la composent3je ne
puisaeez,,m"étonner, de me trouver
place parmy tant dhommessçavans'>
&plus cet honneurparoildU de[fus
de moy ,
plusjejùifpenetrltie reconnoi-
ffance 3que Vous ayez^daigné1me loffrir,Je ne crains paf que vous
doutiez, Mcffieurs3 d'un fijufle réf.
sentiment, maisje crains avec raifin
de ne Le pouvoir exprimer avec
teloquence &la delicatesse quevofire
choix semble faire efyererde moy.
Cestalens ont paru avec tant
dtcelat dans lilluflre Académicien
que vous regretez^&jefuis sipeu
propre à lesfaire brillerparmi vous9
quejerioferois me flatterde pouvoir
reparerunepert-c à laquelle vous esses sisensibles.
Mr /'Abbëpeletier n'a pu à la
vérité> estre pluszgîffourvous, que
je leferaytoute mavie; mais quand
je lui rejjemblerois du cofté du coeur, il
S'efl acquis tant de réputation par
le merite de l'esprit ( qualiti essentielle
a un Académicien ) que je n'ay
pas la temerité de croire queje puisse
jamais l'entier.
Z*efpritnaturel, orné de toutes les
graces) cf soutenu de tous les secours
d'une accable erudition, brillaitdans
ses conversations, & paroiftm toujours
dans ses ouvrdges. Son application
à l'etude, quelque a/liduë qu'-
elle aitejlè sil'on en jugepar les
effets, ne l'a jamaisempêche de sa.
•fisfaireàtous lesdevoirs de lapieté)
& de la vie civile. il efloitbon amia
poli, officieux envers taut le monde;
en un mot) aussihonnefie homme3que ffavant 15 éclairé.
iln'y a que vous, Me/liettrs
Ire , qui le veritable eloge d'un
merite , quivous con,-iu,nonfeulement ,PdT la longue
habitude
3 que vous avez, eue avec
cet illufire Confrere ; mais encore,
parce que vous troltvez en vous-mêmes
des qualité?^semblables à celles
que vous avezcfliméeJ dans sa personne.
En effets le travail inseparable
de lascience, le genie quiproduit L'abondance
& l'elevation des pensées,
l'art de bien vivre,auricultivè que
celui de bien parler, toutes les vertus
même, ne font-cepas les caraFlerest
qui diftinyuent tous ceux, quicompo-
-. .-
fent cette célébré Compagnie?
Quej'aurois de joye
,
Mt/lieurs,
sije pouvois entrer dans ce détail, &
Jatisfaire à laforte inclination queje
fins) de proportionner vos propres
louanges à vostre mérité & hmon
%e!e !
J'y trouve un Prélat, * quiparsa
capacité&savigilance infatigable,
estregardé,commeun des plus grands
ornemens de lEglise
,
& comme le
vrai Pere ,&le\elè Pasteur du
Troupeau nombreux que la Providence
lui a confié.
Quel plusgrand avantage pour
moy3 que de témoignericypublique*
ment mon refpecl& ma ieconnoiffltnce,
à unProtelleur * dtflingué par
fpnrang,&par esPrit, si naturel
4 Mr l'Evêque d'Angers.
* Mr le Comte de S.-rianî,(haufo*
à toute fit famille! Que ne puisse
vous reprefenterfon imagination vive,
&fécondé,(on difcours pur&poli,
sa rLtifondraite6"éclairée,songenie
noble 5" elevé, &sesmaniérés engageantes
toujoursinseparables de
j-jn bon coeur!
Combien y voit-on de personnes *
en qui l'amou;, des Lettres,ejl d'autantplusdignedeftime,
quilsetrouve
joint à une naissance illuflre, &
aux emplois les plus conjiderables de
cette Province. Il n'ejl point de genre de mérité
,
que l'on ne remarque en vous3 Meffleurs.
Comment-doncpourrais-je en
faire dignement Reloge ?
Mr d'Autichant
,
Gouverneur du
Chasteau d'Angers, Mr le Marquis
duBellay, Mr le Marquis de Vezins,&
c. —
Combien me ferait-ilplus difficile
dè m'clever Jul'qu"à parler de iAugufte
Monarque ,
fous la protection
duqueltant de ferfonneschoiftesont
forme cette Ajfcmblèe 1 La Poëje la
plus sublime ne peut égaler un sujet
siëlevè Pourrois-je donc le faire en^
trerdans un difeours aufjfffiimmpplleeqquuee
celui-ci Si l'on regarde les qualité
personnelles dece Rry, qui a mérité
avec tant ddeejujlice le titre de Grand.) 1
ou si l'on conjiderc les merveilles de
son Regne, Von cfï toujoursébloui de
la gloire defes iiiions,,-,u- de la
grandeur desesvertus. J'ay encore la
vuj trop faible3pourfoàte~nircetéclat,
&quelqueesperance a,uej',zyed'eflre
.n jouréclairéde vos lumières,je ne
crois pa*aUoir'jamais afiezde corfe*"
fiance pouroser traiter une matiere , n90-feuItmentfiaudessus de mesfoK
ces,mais dont la difficulté étonne les flusfameux Orateurs. ilparoist
y
Me.ssieurs, que vous
avez compté sur cette utilité que je
pretens trouver dans vos drilcs Arsemblées
' &quesans faire reflexion
le cequejefuis
,
vous,avezpenfé àce
quejepouvaisestre un jourparvofire
secours. Una fineere admiration pour
vous 3
& un deflr extrême de vous
ressembler en quelque forte
,
m'ont
attiré une yace qui ne s',tccorde ordinairement
qua un mérité deja acquis.
ilsemble que vous ayczdeja oubliévos
Coutumes&vos Loix en faveur
d'un Etranger ,
&' que vous
ayczvoulu me traitercomme ces heureux'
Atbletes que l'on couronnoit
avant qu'ils eussent combatu. La
generofté qu'ils avaient b. s'expofer
à combatre meritoit en effetctefire
recompenfle; maisfour moy 3faurois
mérité au contraired'estrepuni,si
j'avois eu la temerité de me presen,
ter moi-même à la gloneufe carriere
où vos feules !Jontezpouvoient m'introduire.
Il est vray quecefi deja temoigner
du courage que d'acceptercet
honneur,& dedesirerardemment de
s'enrendredigne.Cefifeulementcetteardeur
pour l'etude, qui a puvous
fairepenser que je marchois sur let
traces d'un Oncle * qui a eu davantage
d'ejirf appelle le plus doEfa de
son temps , ou queje fuis celles d'un Frere. A ce nom3je mesens le
coeurpenetré de douleur 5 &je nepuit
rouvrir cette pl:zye
, que je n'en fois
vivement tauchê, &que mon imap--
*"'Mr. de Saumaise,
nation émuê nejettt le tfoubledafis
mon esprit.
Jescai qu'ily a des perfonrïes qui
mefont honneurdenientendre
}
qui
ont esié de fs-s Amisi*&qui dans le
momentque jeparle, ont labonté de
prodiguer en safaveurles louantes
queje iioferops moi-même lui donner.
Ptlrdonnez cette digrerion
3 au
trifie souvenir de la perted'unFrere
si regretté,&quejeregrétteray toute
ma vie.
Je ne crois ptf- même incftre trop
éloigné de mon sujet, pieifqu"en vous
montrant la sensibilité de mon coeur,
--p dois vous faire cottclurre qu'il efl
aussi vivement touché de vos bentez^
que mon effritestpénétré d'une estime
sincere pour vojire merite. Vous ne
POllVCZjJ;U douter>Messieurs>quelle
n^devienncplus forteparles moyens-
que vous medonnezjle vous connoifirs
àfondde profiterauprès de vous„-
plusjefais reflexion à une gracc"
fiprecieufe,plus je me trouvesurpris
de mon bonheur satisfait des
termes quejemployépourvous exprimermareconnoissance:
f(spèrequela force de lavérité
fupp/écrlt: k mon peud'éloquence> &
que connoissant vous --mêmes le prix
de vofire hienfait, &les circonfiances
qui doivent me le faireestimer davantage
, vous demefierendes(entimens
plus .forts que mes exprc.fjîons
>
en attendant quevous m't.tyezappris
à vous faire un plus digne remercia
ment.
Ju/ques à cet heureux temps
3
Mef-
Jteurs3 ll:¡:ryez, J'il vousplaift
3 attention
qu'à mon rejfeïl& à mon attachement
pour vous 3
qui vous enga..-
géra ,sans doutea mhonorettoèjours
de cette mêmebien-vciUance à laquelle
je crois devoir uniquement la
glorieuse qualité de vofire Confrerc.
FESTE DONNEE
-Jvl à-Villefranche enBeaujolois. QUoy que nostre invincible
,
Monarque ait porté pendant
le dernier Siecle la gloire
dela France au suprêmedegré,
la joye & les empressemens des
François au commencement de
celuy-cy ne luy promettent rien
moins que la longue fuite d'un
regne encore plus glorieux. On
n'entend parler que de plaisirs
& de festes. Mr Bessie de Peloux,
Secretaire de l'Academie de Vil- lefranche
lefranche en Beaujolois, en VL donné une d'autant plus furpret<
l1,ante., que la condition sous
laquelleelleavoitestépromise,
avoit toujours este fort incertaine.
Il l'avoit fait dépendrede
la duréede sa viependant cinquanteans;
ilest âgé de soixante
&dix,&c'estdésl'âgede vingt
qu'il s'estoit proposé decelebrer
avec sesAmis lecommencement
-du Sieclenouveau par cette fr--
ûc. Elle commença le 2. Janvier
par un {aupe donne à cent
dix Conviez,genschoisis del'un
&de l'autre Sexe, dans une
: Salle fort spatieuse, 8eiHumincc
d'un grand nombre debougies.
Les tables eAoicnt'n avantageusement
disposées autour de cette
Salle, qu'il restadans le milieu.
une espaceassezconsiderable
pour dresser les buffets> ou entre
autres ornemens il y avoitun
Bacchus assis sur un tonneau,
entouré de pampres, & couron- né de raisins
, tenant une eipec-e
de longue citrouille,d'où sortoit
une fontaine d'un vin tres.
excellent, qui coula pendant les
six heures que dura ce grand repas.
Les mets estoient ce qu'il y
a de plus délicaten grosses viandes,
volailles, gibier,ragoûts,
entremets, fruits & confitures.
Les vins de Champagne
,
de
Bourgogne & de liqueurs, les
plus delicieux n'yfurent pas
épargnez Tout fut abondant,
propre, bien ordonné, 2c sans
confusion.La Symphonie & les
»
Instrumens se firent entendre
jusqu'àla fin du soupé
, a près
lequel on dansa jusqu'au jour.
Le lendemain, la feste continua
par une representation de la
Tragedie du Cid, suivie d'Qll
grand Bal & d'une Cotation magnifique.
Bien des gens considerables
, attirez de loin&. des
autres Villes voisines; furent
extrémement surpris qu'on refufast
leur argent dans les cabarets.
L'ordre estoit de Mr du PeIollx,
qui voulut défrayer tous les Etrangers.
Enfin, quelque- bon
ordre quiil y eust par tout, il
n'est personne qui n'ait estéplus
charmé du bon coeur & de la
bonne humeur de Mr 4jjJ~pu~
que des plaisirs & de la bonne
chere de lafeste.
Je vous envoye des Vers qui
ont esté presentez A Mr le Cardinal
de Noailles, sur son retour
v4e Romeïansfo^i Diocese.
EÎNfin
3 nos voeux sint exaucez,
PRÉLAT, Phonneur de nofire
France,
Tu nous sens enfin ta prtfènce.
La craintese di.ffipe3on tev°it-, c'cft
ajJcK.
nos ardens defrs quand le Cielte
renvoye
.Tu ramenesicy la plus parfaite
loye. Lttpie*té qui réglé tous tespas,
rafaireécloresur tes traces
Mille vertus ,
mille nouvelles
grâces,
Quesanstoyl'on ne verraitpas.
Lors qu'à ta pieté voulant rendre
fuftice
Un Pontife cheri des Cieux
Orna ton nomsacrê d'un titre glorieux
, Le Ciel à nos dprsfemhloit efirepropiCè"
£ajoye& lesplaisirs animerentce*
lieuxy
Mais que ces jours, helas !si doux5
sipleins de charmes,
Nous ont coûte depuis de troubles &--.
Mallarmés!
Ce Pontife Pieux, si desireux de voir
&éclat detes vertus dans Rçrnesir
répandre>
Qui pour jouir de cet efyoir
T'invitoitluy-même à ty'rendre]
Ce pontife, l'amour de cent Peupjïi
divers ,
EJt ravi par la mort aux vaux de
l'Vnivers.
,
Paris, à ta faintealleqreffe
Succédé en ce moment la pltcs vive
douleur
La crainte3 lesdejirs viennentsaisir
ton coeur,
Tu vois l'objet de ta tendresse ;
Bien-toflparfan devoir-il va iefire
arraché.
Si sa Pourpret'dvoit touché,
Ton coeur> qui pour lui s'interessè
Né la vottplm qu'avec trifiejfey,
En voyant le devoir qui sy tiouve
: attaché. iifautpartirilfuitson ardeur &
son %cleilvoleou j
il VEglise Rappelle. vole où
Quelles teneurs alors vinrent l'épouvanterl
Tu lécriais dans ta douleurprofonde
>
No AILLES va partir3il quitte
ces climats! il j'éloigne au travers des neiges desfrimats , , Ilvafier(esala fureur de
l'onde.
0 Ciel, daigne écouter nos voeux,
Mer3calme tes flotsècumeux.
Affreux Rochers). fourciileufes Montagnes,
Devenez^fous(es pas les plus douces
Campagnes.
Vents rigoureux,chail en
Zephirs,
Consèrvez.. nous l'objet denostendra
deJin:
Ses VCEUX font exautez) le Cifl nous'
fivorife.
Au milieu des tranortf de sa juste
douleur [ surprise,
>
Homej quite reçoit, &charmée &,
Oublie à tonafpeclfdn deuil, &fonmalheur.
Mllevoit taferveur,tapietésîncerer-
Et toutes les vertus qu'avoit eu son
Pafteur-:
De tes foinsprécieux aussï-tost elle
espere
UnSuccesseur digne d'un si b.o1Jt
Pere:
Dansfin venerable Sénat
A peint prenois-tu ta place,
- Var tes voeux aqjffans
3 par ton zefc
efficace
La vkelart.tud'-tz,eiî-
Son front est couronné de la tripli
Tiare.
Tour le Peuple chrestien quel bonheur
sepréparé!
jkfaisficegrandfuccéspourl'Univers
l'si duux.,
il efiencore plussensiblepournous.
Saint Prélat, Paris te rappellet
Quoy que le Pontifepieux)
2?s- voyant d'unPasseurleplus par-
.faitmodele
,
Sefassisacrerà tesyeuxi
Quoy que,pourtecomblerd'uneyrace
nouvelle3
ilse difaflè en ta faveur
D'u.ne illufiremarque d'honneur,
Il ne peut moderer ton amoureuse
ardeur.
Tu te rens aux desirs duneEpouse
fidelle.
Tu veuxfaire cejjemos craintes, nos
soupirs. [zele,
ytprês avoir rempli ton devoir& ton",
Tu veux nous ramenerlajoye&les
pkujiTS.
Animé ponrles tiens duftintfeuquiu
yndc
JJun pas précipité, aunecourse rJpide,
Tu veux hâter nostre bonheur;
Mais ta rapidité dans nostre ame
timide
Cause le trouble&la douleury
Que ton retourse précipité:
PPoouurr rPoobbtetennir>lr, eatuu CCiieel/n.noouuss avons eemie
recours ;
-Mais rme nostre interest t'excite
AnePMprodiguertesjours.
A-nos desirssots moinsfenftble
S'il faut encor £expofer au trépas.
2)hiver3 le Ftoid) les Vwts3pour
nous tout est terrible.
L'Enfer pourroit mais non> le
Ciel conduit tes pas, ilmet autour detoysessinges tutçlaires3
ildaio, IIdaigne écouternosprieres,
TonTroupeau necraintpus le lion
rugissant.
Tpuupairsosisa. nAtu. retour d'un -A4ffllrreesrie
Nos champs vont se couvrir d'une
- grâce nouvelle3
Chacunà l"envifous tesyeux
Va redoublersa ferveur&son zg~
le..
Qutwd L o VIS te forfit, pour lin~-
teretf desÇieux,
D'cfla. le Pdfteur de ces lieux
3
Si ton exempleyfiteclore •Millegrâces,mille vertusj Ton retour efi pour nous une nouvelle
Aurore
Elle enfera naifireencorplus.
N{)us ne craignons plus rien3 touteJl
en assûrance
Nos vaux vïennent. d'estre exau~
ce^}
- prcldt, lhonneurdeno
ce,
1 Tsfous te revoyons,tess
On a fait unemachine appellée
Diogiromètre, qui peut marquer
fort juste le changement
deslongitudes& des latitudessur
tous les Bastimens de la Mer,
en tout lieu, à toute heure, Sc.
quelque temps qu'il fasse. Elle aestéinventée par leSieurAymon,
M.R.qui a faitvoirpar
experience qu'elle est propre à
résoudre le fameux Problême
des Longitudes, qu'on a cherché
depuis longtemps, pour perfectionner
l'estat de la Navigation.
C'est une espèce de Montre,
qui marque fort juste le
Sillage detous les Bastimens de"
laMer, & combien ils dérivent
à droite& à gauche du Rumb,
oùle Cap est mis, £àns¡que l'irrégularité
des balancemens,l'impetuosité
des vagues, le changdeement
des vents, ny lescourans
l'eau puissent en arrester le
mouvement; car ce DÙgiromet;'e
ne tourne que par le moyen de lasoliditéoustabilitédela Olatiere
subtile qui se trouve dans
l'Hemisphere, ou Tourbillon de
l'air, &: si l'humidité ou la rarefaction
y causent quelque variation
, on trouve dans les Tables
d'équation, faites sur un Thermometre,
pour combien on la
doit compter.
Pour faire cette Machine il
faut avoir quatre ou cinq roues decuivre, qui s'unissent par des
Pignons de fer, comme celles de lasonnerie d'un Horloge, & met-
,.;tre à la place du delay quatre petites aîles de velin, ou de taffetas
,
qui soient attachéespour
tourner perpendiculairement à
l'horizon, comme un Moulinet àvent. Ces-rouës estant unies
par des Pignons qui agissent sur
les dents de leur circonference, produisent un effet tout contraire
à celui des Horloges, dont les
rouës agissent sur les Pignons;
car cette Machine fait une espece
de levier si delicat
,
& dont
la force est pourtant si grande, qu'il fait tourner plusieurs grosses
roues avec un seul gram de
poids, ou à la seule rencontre;
de l'air qui touche obliquement
les aîles de ce Moulinet, d'abord --.:.j.<.1 ,,
.<mil
,
change deplace, parle
transport ou le mouvement horisontal
du vaisseau sur lequel on le suspend comme une Boussole,
en le mettant dans une caisse en
forme de cone, dont le costé
Je plus large soit exposé à l'air,
.,& tourné vers la prouë du Vais-
'[eau) & le plus étroit,ducosté
de la Poupe, & couvert à peu
prés comme le dessus des lanternes
sourde, afinqu'ilsoit là
couvert du vent, & que la seule
impression de l'airdonnant le
mouvement aux aîles qui tournent
à proportion de la vîtesse
ou lenteur duVaisseau fassetourner
les rouës de cette Machine, qui par le moyen d'un cadran ou
d'un com pte- pas qui lui est uni,
marque le sillage ou cheminque
le Navire fait, sans qu'il soitbesoin
d'en tenir aucune notte, puisqu'on y peuttoujours voir
dessus le calcul tout fait, &
trouver ensuitele changement
des longitudes, par un simple
quarré de réduction.
Si on veut aussî connoistre le
changement des latitudes, il
faut mettre uneautre pareille
Machine sur le bord du Vaisseau
ayant les aîles détournées nonantedegrez
de la premiers, &
ellemontrera aux Pilotes combien
le Bâtiment dérive, & le
lieu où ils sont arrivez.
Voici le Problème & sa resolution
d'une autre maniéré à sçavoir
par les Tables Loxodromiques.
Qnand on ne sçait point la,
declinaison de la Boussole ,nyla
r6ute qu'on a tenuë en faisant la
course marquée sur le Cadran du
Diogiromettre.
Les latitudes des deux Termes
estant connuës,&le chemin, trouver
le Rumb devent, &la différence
des longitudes.
Que la latitude du Terme de
départ soit,par exemple, de iO. • degrez; &qu'après plusieurs
joursde navigation on là trouve .,
de 46. 50 &c
que le chemin foic'"
de 4-iOO.. milles sur le Cadran
Diogiromerre) ayant soustrait
la plus petite latitude de la plus
grande, on trouve 16. degrez
50. minutes, on prend les Tables
loxodromiques, & on cherche
dans quel Rumbse trouvent
4200. milles, visàvis de la latitude
de 26. degrez 50. minutes,
& on trouve le sixiéme Rumb de"
vent.
Pour avoir la différence des
longitudes, on soustrait 49. 15. la
longitudequirépond à 10. degrez.
de latitude, de 118. 18. qui
est celle qui répond à 46. degrez
5. minutes de latitude. Le reste
sera 79. dégrez de différence de
longitude. Cela est tres-facile &
tres-assuré. '-. --4"
LesîeurAvnion donne avisaux
Sçavans^tnî^a une autre
Machine qui est encore plus curieuse
6c plusassurée pour mesurer
le siliage & ledérivement
des Vaisseaux, & une pour faire
remonter les Bateaux sur les fleuves
ou rivieres, par le moyen du
courant de l'eau
,
sansqu'il foit
besoin d'attacheraucuncable sur
lebord ou rivage enterre ferme,
ny fairetravailler personne dedans
& dehors du Bateau.
• Les Peses de laCongregation
de Saint Maur n'ayant point de
Maison hors du Royaume, n'ont
rienaussi tant à coetir que lagloire
du Roy,aux volontez duquel
ils s'efforcent d'obéir en
toûtes sortesd'occasions..Ils
i-ont fait d'une maniere toute
particu lière dans' celle que le
Ciel leur a accordée, derecevoir
les trois Princes Enfans de
cet Àuguste Monarque
,
dansles
Abbayes Royales de S. Lomer
de Blois, & deSaint Jeand'AngeWj
mais cette dorniere.nes'est
pas contentée de marquer,.con>
biea cetiKwineur luyestoit serw
sible, le jour qu'ils y arrivèrent;.
Elle avoulu faire une feste particulière
le 5.dumois passé,ou
elle donna des marques éclatantes
de la joyequ'elle ressent de
voir MonseigneurleDuc d'Anjou
élevé sur le Trône d'Espa- gne. - LesRhetoriciens duCollege
de Saint Jeand'Angely, dont
les: Benedictins ont laconduite,
joüerent,selonla Tragédie, coutume, une: qui sutaccompagnée
d'entractes pour le Roy Catholique.
Dans le premier, l'onvit
paroistre une Etoile fort brillante,
qui representoit ceile qui
parut sur Madrid le 21. du mois
* d'Oclobredernier. DesAstrologues
l'ayant considerée, prirent
oc,casson. de direqu'elle. 4
presageoit l'arrivée d'un nouvel j
Astre en Espagne, s'étendirent
sur les loüanges du Roy , &.,
des Enfansde France,ausquels
cette Couronne appartient de
droit, commme l'Etoile tournée
du costé. dela Francesembloit
l'indiquer
Le second Entracte estoit divjfé*
en trois petites Scenes.
Dans premiere on vit la Prudence,
la Justice, la Vertu&
la Fortune,quiaprès avoir fait;
l'ElogedeMonseigneur le Dux dAnjou,allerent luy préparer
une Couronne Dans la seconde
Scene
,
les Hérauts Espagnols
proclamerent Philippe V. Roy
d'Espagne, avec presque les mê- - mesceremonies qu'on avoitfaites
àMadrid le jour de la veritable-».
Proclamation ; & cetterepresentation
fit tant de plaisîr au
peuple de Saint Jean, que Je"
Parterrecria hautement, vivat,
Le Ray fut couronnédans, la
troi siéme, & revestu desornemens
Royaux. La Fortune l'orna
du Manteau Royal, en disantcesVers.
Philippe,* ta vertu nesemble pas
cé>mmunt, prens ce MauteauRoyaldes mains
de L1 Fortune.
La Vertu luy mettant la Couronne
sur la teste, luy dit.
Deporter la Couronne il n'appartient
quk toy ,t Reçois celle d'ii/pagne
3
& le titre de
Roy.
La Prudence luy presentant leSceptre.
Phns ce SceptreRoyal}i'EJfr'agne le
desire.
On te verra bien loin étendre ton
Empire.
La Justice luy donnant son
Epce.
Fils des Héros3 refois le glaive de
Themis1- il exterminera tes plus ifers Ennemis.
Dans letroisiémeEntracteon
vit la Regence & les Grands
d'Espagne
,
qui complimenterent
le Roy Catholique) & s'étendirent
sur les loüanges du
Roy &deMonseigneur le Dauphin.
Cet Entrace fut termine
par une Chanson
, qu'un François
&un Espagnol chanterent
alternativement
,
sur l'Air des
jolies d'Espagne ,
êcsur unpétir
Ballet.
Le quatrièmerepresentoitdes
Artisans François quialloient en
Espagne, & le bon acueil qQeles
Espagnolsleurfont.
Enfin on vit dans le dernier,
qui parut le plusdivcrt:iuanc,fbic'
parce qu'il y avoit plusîeurs petits
incidens fort agréables, soit
parce qu'il estoit en langage
Saintongeob ; on vit, dis-je, des
Paysans qui s'entretinrent sur
les belles' qualicez des trois Princes
qu'ils avoient vûs à S'. Jean,
& qui après avoirbûàleur santé,
tetminerenr la feste parunedanse
que les Spectateurs trouverent
très-agréable. Les Peres
Bénédictins eurent sujet d'en
estre d'autantplus contens,qu'il,
Dene
le peut qu'ils ne conservent
toujours une parfaite reconnoissance
pour l'honneur que le Roy
leur a fait, de marquer leur
Maison pour le logis des Princes
ses Petit-Fils. On doit la disposltion
de tous ces Entractes à Dom
JRachqeuteosriB-qouy*eêr',. Professeur de
Mr de Cantenac, Chanoine
de rEgIIfë"*'Mctrbpolitaine de
Bordeaux, vous est déjà connu
bplairc divers Ouvrages que le Pua
fort approuvez.C'estluy
qui a fait la nouvelle Satire que
je vous envoye.
MOTIFS
DELA SOLITUDE.
pOurquoy me blâme-t-on d'aimer
la Solitude
Le commerce du monde efiplein d'inquietude
Il n'a plus , de douceurs qui puissent
niattirer,
Et quaJndela rnueit tapiprorchee irlfa.ut
Je vois beureufement ma raison détrompée
Desfoltespa.Uions qui l'ont prcoccupée
Et fuyant leschagrins dontfessoit
agité,
Je goûte le repos qu'elles mavoient
- oIl te-.
Zcsplaisirsinquiets> les faveurs in*
certaines,
QuePamour & la Cour meslentde
mille peines,
Ces vains amnfemens & ces charmestrompeurs,
-Quiflatenttoutensemble&dechirent
nos coeurs,
Sepourroientexcufirdanslesfouettes
dun âge niaisfltge.
Ou Ionsefait honneur de rfeftreja~
Mais on doit mieux userdefin bien
& dIt temps, Quand unâgeavancefaitmeurir le
bonifns.
On ne cultive pasles champs leiplus
fertiles,
Quindlaluilon glacé rend foins inutilei. nés
Vn CourtisanrideperdfintempsàU
Cour,
Et lefang refroidi rieft pluspropre
a l'amour.
\Ala Cour la vieillejjTee eejf?l ttoouujjoouurrss
importune, Ellesiplainten vain d'une ingrate
fortune
3 Etpar un long recit de services rendus
,
Eatigueun grand Seigneur, qui ne
l'écoute plus.
Ze fort d'un vieil Amant efl bien
plus deplorahle;
Ases voeuxfuranez^tontefl inexorable.
Pitoyablejoiiet d'unejeune Beauté,
illuy paye à grands frais l'honneur
d'eflre écouté.
En quelque âge qu'onfoitcespa/lions
cruelles
tfont trouvey des ingrats &des coeurs
infidelles,
Soyezjpdelie Amantyfaites bien Vofire
cour,
ZafortUne efiaveugle aufjîbicn que
l'amour.
L'envie efiattachée auplus rare me*
rite, [ l'trrite;
Et sa fureur combat la ver»u qui
Ellegémitsouvent d'unforttrop rigoureux
, Et le plus bonnefie homme efi le plus
malheureux
Z'homme aveugle devient l'auteur
de sa misere
il laisse > un biensolide, &court à la
chimere,
Etpourpunovasiniefêolirdont ilefi en- sa li- Au prix de son repos il vend liberté.
Heureux quisepossedë, voi-tCass.
Ur sa vie
Loindesfeux de l'amour&des trairs
de l'envie,
Quisans ambition,&content defort
bien,
Psutfepafferdes Grands & n'en
effcere rien.
Heureux qui délivré te de tout ce qui fâche,
De tentretiendes mOTtJfaitfie fias
grandeattache
Et quipourson y repos s'éloigne3&fçdéfend
Du commerceimportun des visites
qu'on rend.
Faut-il que sans raison nofireeffcrit
s'embarasse
D'unesocietéqui nous nuit & nous
'a./fè;,
Et toujours accabledunefoule degensy
fJ.!!.ou ne,fassi qu'unjeu de laperte du
tempsl
Ctft-Ià qu'on s'èvapore en mille Gagatelles
y
On v parle du jeu, de chanftns, de
nouvelles,
On riépargnepersonne, & les moins
medifans
D'une langue daspicJ pincent les
absens.
L'Empereur&lEfpagneypassenten
revue. [ prévuë,
On cave les motifsd'une guerre ini,
Et censeurignorant de plus d'un Potentat)
Chacun veut se mêler de reformer i'Etat,
Je scay bien que /'efyrriittsseefsaaçfoonnnnee d"
s'exerce
Par des gens éclaireavec qui Ion
converse ;
Maisen ce temps cruel3cequ'onfait9
et qu'on dit,
Efipour le bien du corps3 & non pas
de l'cfprit.
Les esprits les mieux faits ne font
plus à la mode.
On redoute un Sçavant
, on le croit
incommode:
On ne veut pass'inflruire,oncherche
ce qui plaift3
Z''Ignorance triomphe
3
6" la Vertu
se tassi.
Voyezccjeune A/;/;é, qui vit en petit
Maistre
Il , est au/Iifeavant que s'il venoit de
naistre3 [ égalt
Et toutefois,bouffd'un orgueilsans il veut toujours parler, 6-parletoù
jours mal.
lyreisplusfanfaronqueriestoit Spacamonte
3 AccableunAuditeur des Combats.
qu'il raconte,
Dés qu'ilouvre la bouche
}
il noUô
comble d'ennuy $ Mais ilfaut l'écouter, ou se battre
avec luy.
Iris maintenantprude
s
&jadisfort
coquette > Des moeurs de tout le monde infidelle
interprete
Parle , contre l'amour qui futsonseul
objety
v
[ fait,
htse vange par là du méprisquilen
Cefaux Devot contraire à l'exemple
qu'il donne,
Presche toûjours lagrâce}&n'enfait
à perfoune. il cacheses défauts pour nous mieux
abusèr,
Maisilditqu'il efihomme
3
&quort
doit l'excuser.
Un Noble de troisjourss nousfaitavec,
audace
Un récit fabuleux des Héros de fie
race,
Mais ilsefait connoistre, en. vivant
comme il vit,
Et porte encor du drap queson pere
vendit.
Vn pitoyableAuteur nous calife un
long martyre,
Par des Vers languissans,qu'ilnous
veut toujours lirej
il croit que desaMufe onfait beaftcoup
de cas,
Mais défi-la sa Marotte
5
il n'en
guérira pas.
Ze Bourgeois affamese plaint de la
Police.
Le Plaidturmécontent condamne la
Justice, [batuy
Et l'avide Marchand, defouets com-
Déplore à tous proposson Commerce
abattu.
Chezjapluspart du monde.,on agitdelaforte;
Chacun fuit[on penchant, & l'ardeur
qui l'emporte,
La retraite eflp/us douce3&ne laJJè
pas tant5
Heureux qui vit chezfoy
3
solitaire
efi" content!
J'ajoûte un Sonnet de Mr le
Chevalier dçMai11y, sur les
avantages remportez dans la Livonie
par les Suedois, contre
l'armée du grand Duc de Moscosvle.
.~M~.-~*~'S%. -MPns.forces, sans secours
3
la trisse
Livonie
Par cent mille Ennemisse voyoit ravager
, Etses plus forts remparts dans et
frejfantdanger,
Nepenvoient garantirIsfarva de~
fire ajservie_
Ze Tonnerre eclatoitJur la Place
assailliey
Et sans que rien s'ojfrift qui lapufl
dég,,ger,.
Leformidable Czarpress à lasaccager,
Deson biasfoudroyant redoublait la
furie.
Zorsquunjeune Monarque affrontant
ledefin,
Vint luy faire tomber làfoudre de la
mains
Et remplir toutson Camp defang&
de carnaqe
Q vous3 dont ce Vainqueur a mis
l'orgueil à basy
jtâofïovites
3
craignez déff,ovrrmmaaisirfosornt
courage,
Et neVoUôjiezplus au nombre des
Soldats.
Je vous fais part d'une Fable
dont la lecture doit faire plaisir
à toutes celles de vostre Sexe.
Vous y trouverez des caracteres
qui marquent la vive imagination
de l'Auteur,
FABLE DE LA PUDEUR. HEbé, fille de Junon, estoit laDéesse de la Jeuneire.
De toutes les Divinitez c'estoit
celle qui conservoit plus constamment
la fraischeur de son
teint, son visage estoit toûjours
fleury. Oneust dit à la voir qu' -
elle ne faisoit que sortir de l'ensance
; les agrémens inseparables
.des tendres années, la joye.toujours
riante, & les plaisirs innocens
accompagnoient par tout
cette jeune Déesse. Jupiter qui
la cherissoit
,
luy avoit donné
l'cmploy de le lervir à table. Un
jour qu'elle luy portoit du nec- tar,elle fit un faux pas qui la fit
tomber. Dans son desordre elle
montra par hazard une partie
de là cuisse aux Dieux qui la regardoient,
qui sans doute prirent
plaisirà cespectacle, s'il en faut
juger par le temperamment qu'ils
ont & s'ils font tels qu'on nous
les reprefenie. Hebé fut si touchée
de cet accident, se confusion
en fut si vive
, & son imaginationsifrappée,
qu'elle en dc-e
TÎnt grosse Les Dieux ne furent
point étonnez de cet effet furprenant.
De pareils accidens arrivoient
assez souvent parmi la
Troupeceleste. Depuis que Jupiter
avoit estégros de Pallas,
&: que par un effort de ion imagination
ill'avoit fait naistre de
là teste, ces fortes de prodiges
ne furprenoient plus. Oniçavoit
encore,que la naissance d Hebé
n'avoit pas esté moins extraordi-
-
naire. Junon l'avoit conçue en
mangeant une laitue ; au moins
elle l'avoit dit ainsi
,
& Jupiter
qui connoissoit son humeur, fie
qui vouloit conserver la paix
dans son ménage, avoit esté d'assez
bonne foy pour le croire.
La jeune Déesse estant devenue
grosse de cette maniéréaccouchaau
bout de quelque temps
d'une fille la plus aimable qu'on
ait vue, & qu'onappella la Pudeifr.
Elle parut
belle
dés sa naif.
jfance, sa couleur vive & éclatante
failoit le plaisir des yeux, & le charme du coeur; la douceur
modeste de ses regards se
faisoit sentir dans le fond de l'anie,
& la surprenoit sans qu'elle
eust le temps de s'en défier.
Tous les Dieux qui se trouverent
dans le Ciel, s'empreflerent
de l'aller voir, & de luy
faire des presens. Jupiter luy
presenta un bouquet de diamans
auun Grec qui avoit depuis peu
remporté le prix aux Jeux Olimpiques
, luy avoit offert.Apollon
luy fit present d'une Musette
& chanta des Vers sur sa naiifance
j Vulcain luy donna de petics
outils de femme, curieuiement
travaillez de la main des
Cyclopes; Mercure luy offrit
quelques babioles d'enfant, qu'il
venoit de voler à des Nourriffes ?
il n'y eut pas jusquau vieux Saturne
qui ne voulust luy faire
un presènt. Il s'approcha d'un
pas tremblant, appuyé sur sa
faux, & luy donna de vieux peudans-
d'oreillesqui avoient fait
tout leur usage durant les beaux
jours de Rhée son épouse,&,
qu'il estimoitinfiniment, car ies
vieilles gens ont cetentêtement
pour leur ficcle, qu'ils méprisent
toutes les choies nouvellesy &
rroiit de l'estime & du gousi:
,
que pour les ouvrages du temps pâlie.
Les Déessestâcherent à Ietnr
tour de faire honneur à la Diviniténaissante,
elles le parerent
comme pour un jour de feste,
& chacune y parut marquée du
caraclere de sa Divinité. Junon
vint la premiere,environnée de
tout ce qui pouvoit rehausser la
majelté du rang qu'elle tenoit
dans le Ciel; elle estoit precedée
par le Refpea qui marchoit
à pas lents., la telle baffe, la contenance
niodefte, les veux baifiez,
& les mains jointes sur la
poitrine. Après luy marchoient
à grand bruit la Pompe & la
Magnificence, courbée fous le
poids de leurs superbes habits,
& versant à pleines mains sur
leur chemin l'or & les pierreries.
On voyoit ensuite la Grandeur
cfédaignçufe qui ne le nourrit
que de Ton propre éclat, l'Orgueil
qui porte toujours le fourcil
élevé, & qui se plaist à marcher
sur la teste des hommes. La
Déesse parut après avec des
charmes dignes de l'Epouse du
Maistre des Dieux, elle attira
tous les regards,jamais sa beauté
n'avoit esté si brillante. Jupiter
oublia en ce moment qu'elle fust
sa femme
, & l'aima. Cependant
la Déesse s'approcha avec majesté
du berceau de la Pudeur;
mais la petite Divinité ne la regard'o'ir
point, le seul Respect artiroit
toute son attention; elle
luy fourioit,elle lecaressois,elle
n'avoir dess yeux que pour luv,
& lo-rfque Junonvoulut irc lui pren- la' main, laPudeur leva lesyeux
, ('--z surprisede sa grandeur,,
la regarda, puis rougit
,
& s'enveloppa
dans les langes. Encette
occasion pouvoit-elle faire autre
chose, 6c de quelques titres, fuperbes
dont on foitrevêtu
quelque distinguez que soient
les talensqui peuvent flatter l'amour
propre, la- Pudeur peutelle
souffrir sans confu sion d'en
voir faire cet étalage arrogant ? Renferméeeaelle-même,& cons
tente de sa vertu,n'est-elle pas
en droit dedédaigner cesillusions
failueufes que les hommes ont
inventées pour sétourdir sur les
IT1iÍ eres deleur condit ion.
La blonde Venus vint ensuite
cocfFée de la. main des Grâces.
Elle estoit belle autant qu'on
pouvoitl'eflre5maiielle,vouloir:
îe paroître autant qu'el le l'é--
toit5 elle efloitvétuë de la même
robe qu'elle avoit, lors que.
le beau Berger duMont Ida luy
donna ia pomme ,
&. son vilage
n'avait rien perdu des charmes
qu'il étala dans le beau jour de
son triomphe. Sa démarche estoit
languissante & négligée
,
ses
beaux cheveux flottoient sans
ftrt, les yeuxvifs&. pleins d'amour
jettoient un feu violent 6c
sensible
,
dontlame la plus farouche
se sentoit émue , les delicieux
Zephirs qui voltigeoient
sur sonfein.
,
le mettoient par
leur agitationdans un tendre desordre
! Oqu'elle estoit belle en
cet eilat! Les Dieux enfurent
ébloiiis
: ils dirent dans leur
coeur en rappercevant avec une
émotion sensible.Voicy sa DeeC
se de laBeauté. Les Ris toujours
contens, les Jeux qui badinent
incessamment", les Graces naïves
& riantes-la devançoient. La
Mollesse oisive & voluptuenfe
répandoit sanscefîc autourd'elle)
des parfums exquis, & des liqueurs
précieuses. Elle menoit
l'Amour par la main. Le fune/le
enfant regardoir tour le monde
avec un soûris (malin; la troupe
folâtre des Plaisirs voloit devant
luv
,
ils efloient dans une
agitation continuelle,ils échapoient
aux yeux, ils difparoifioient
à tout moment, quelquefois
ils revenoient,souvent même
on croyoit les tenir, mais ils
fuyoient avec préci pitation 3C'
s'alloient cacher derriere unnuage
sombre. L'éclairquisortdela
îiuëne disparoît pasplusvîteaux
yeux du voyageureffrayé. L'Amour
estoitencoreprécédé de la
Douceur qui laissoit sur ses pas
une longue trace de miel;laComplaisance
flateuie & les Soins
officieux paroissoient ensuite
,
portant les traits favorables du
petit-Dieu; on voyoit marcher
après luy les Soucis inquiets, la
sombre Melancholie, les Desirs
avec un visage toujoursagité ;
les Esperances timides, le Dépit
qui se ronge luy- même, les
Soupçons devorans, l'affreufc
Jalousie occupée à aiguiser sans
cesse sur une pierre ensanglantée
un poignarddontellese perce
le coeur, la Haine farouche
qui ne se laisse jamais de nuire,
la Vangeance toûjours alterée
de fang
y
& laTrahison impie
qui sourit, &qui cache la mort
en ses mains. On voyoit encore
derriere luy la Douleur couverte
de playes, jettant de profonds
soupirs,le Repentir pâle& défiguré
qui répandoit des pleurs
amers, & frappoit sans cesse sa
poitrine, mais ceux cy ne suivoient
que de fort loin, &: à
moins de connoistre l'Amour, on
ne pouvoit pas, s'appercevoir
qu'ils fussent asa fuite.
C'estainsi quemarchoitlabelle
Déessè avec le pernicieux Enfant.
Elle s'approcha mollement
du berceau de la Pudeur ;, mais a
peine rellt-ellc vue,que sa beauté
l'éblouir, & son coeur se sentant
Ci1111, comme quand on ad-
& mire:
mire des choses nouvelles ; elle,
avoua qu'elle n'avoit jamais rien
vû de semblable. Vousavez raiiOn
,
luy répondit le Dieu Momus
qui le plaist toujours à médire;
c'est fort bien dit
3
Déesse
aux beaux yeux de parler ainsi.
A la vérité vosexperiences vous
ont éclairéesur bien deschoses
» & principalement sur tout ce qui
regarde la Beauté; mais je ne
pense pas quevous ayez rien vû
ny connu desemblable à la petite
Divinité qui vient de naistre. La
Dene n'eut point de confusion
de cette malicieuse raillerie;car
l'habitude au vice produit cet
effet,qu'on écoute le reproche
sans en rougir. Elle s'avança hardiment
pour embrasser
la
Pudeur
; mais la Petite prit un air
dédaigneux, & ne la regarda
pas. L'Amour de son costé dés
qu'il l'eut envisagée
,
se cacha
tout troublé sous un coin de
la robe de sa Mere,où il se mit
à pleurerdetoute sa force. Venus
allarmée. luy demande la
cause de ses pleurs. Cet enfant
qui efl au berceau, luy répondit
l'Amour tout éperdu, m'a fait
peur; elle me regarde comme si
ellevouloit me quereller; je ne
veux point la voir, sortons d'icy;
je veux aller à Paphos, où l'on ne
me regarde pas avec tant de severité.
Venus ferra l'Amour entre
ses bras, appuya sa teste contre
son sein, & le
réchauffa
de sonhaleine.
Elle tâcha de le consol sr
enluy promettant de luydonner
des leçons dont la pratique allarmeroit
la Pudeur à son tour,
&: rendroit vains tous les efforts
qu'elle pourroit faire.
Tandis que la belle Reine de
Cythere railuroit l'Amour effrayé,
Pallas entra avec une fierté
qui n'avoit rien d'orgüeilleux
ny de farouche, & portant en sa
main la redoutable Ægide. Elle
ne cedoit en rien à Venus
, &on
l'eustprise aisément pour la Déesse
de la Beauté, si elle n'eust pas
esté plus modeste. Son visage n'avoit
rien d'effeminé, ses attraits
ne devoient rien à l'artifice, elle
negligeoitmême de les montrer.
On jugeoit à sonair qu'à peine
s'estoit-elle apperçuë qu'elle fust
belle, ou si elle le sçavoit, c'étoit
au moins sans en paroistre
vaine, tout estoit grand en cette
Déesse
, tout estoit beau ,& il y
avoit dans toutes ses manieres
jenesçay quel charme touchant
qui gagnoit le coeur & la raison
tout ensemble. Elleestoit precedée
de l'humble Modestie
)
de
la Sobrieté saine & robuste
,
de
la Prudence avec cent yeux qui
percent le douteux avenir. Cette
Décile n'avoit point d'autres
Compagnes. Sans doute qu'elle
auroit pû en avoir davantage;
car toutes les Vertus sont de la
fuite de la Sagesse
y mais elle les
reservoit pour les occasions où il
estoit necessaire de les montrer,
elle se contentoit de ces trois qui
ne l'abandonnoient jamais, parce
que la Sagesse est toûjours
modeste
,
toujours sobre, & toûjours
précautionnée. A peine la
PudeureutapperçuPallas
,
qu*-*
-
une joye naïveserépandit sur
son visage;elle ne se lassa point
de la regarder
,
de luy sourire,
de la caresser, ôtl'an jugea par
tous les petits mouvemeris qui
l'agitoient à sa vue combien la
sageDéesseestoit selon son coeur.
De bonne soy,Pallas, s'écria;
Momus
,
qui ne pouvoit s'empêcher
de dire son sentiment sur
tout ce qui se presentoit
, vous
méritiez que la Pudeur vous fist
un accueil moins* favorable.
-
Vous n'avez pas oublié que vous
la vendîtes sur le Mont Ida pour
l'esperance d'une pomme
pour,
lorsquevous vous fistes voir toute
nuë au jeune Berger Paris, arbitre
de la Beauté. Tous les Dieux
rirent de la piquante raillerie:
Venus sur tant fit éclater toute
sa joye ; car c'est lecaractère du
Vice dese réjoüirquand la Médifance
attaque la Vertu. La
Déesse guerriere touchée de ce
reproche, ne répondit que par
sa rougeur, qui la rendit plus
belle; elle se couvrit levisage de
son Ægide pour ne lasser pas
voir toute la confu sion.
Il faut croire que ce que disoit
Momus estoit une calomnie. Sans
doute,s'il eust esté vray ,
jamais
- les hommes qui sont si exacts à
chercher les deffauts dans les autres,&
si prompts à les publier,
n'auroient pas donné à cette
Déesse
,
les titres glorieux dont
ils l'ontrevêtuë.C'estoit une
invention malignede ce Dieu
piquant&amer,quiseplaisoit
a noircir la vertu la mieux établie.
Il n'est pas possible que Pallas
qui elloit si sage
,
si prudente,
& si modeste
,
le fust oubliée en.
cette occasion j car enfin la Sagesse
n'estpoint venale nv interessée
,
elle ne se met à aucun
prix, parce qu'elle trouve en
elle-même sa plus salide récompense,
elle ne se laisse point ébloüir
parl'éclat de la fortune,
ny par les avantages de la Beauté,
& comme elle n' envisageque la
vertu, onnela voit jamaischanceler
dansla pratique deCes devoirs
; ny démentir son caractère.
Les Dieux rioient encore de lamalice de Momus,quand la
belle Déesse Diane se presenta.
Elle estoitprecedée de ses plus
cheres Nymphes qui foufoient
l'Olimpe d'un pied leger en
chantant des Vers à sa louange.
Voicy la Divine Soeur du
Dieu du Jour, direntles Dieux
en l'appercevant. Elle portoit
une robe teinte du fang du pre- tieuxpoisson qui nous fournit
la pourpre. Ses cheveux
estoient noüez par derriere sans
affectation, elle avoit un arc
d'ébene en sa main, son carquois
estoitplein de fléches,qui
lancées par une main si sure, portoient
toûjours un coup mortel.
Quoy qu'ellefustnée parmy les
Dieux, & qu'elle full: accoûtumée
à voir leur pompe, on eust
dit que c'estoit pour la premiere
fois qu'elle y paroissoit, tantelle
baissoit ses yeux modelies , tant
elle avoit de confusion de paroî~
chtree belle ; on jugeoit à sa démar- douteuse, qu'elle gemissoit
en secret de se voir exposée à la
multitude de tant de regards avides
? 0 qu'en cette occasion elle
regretta les ombres obscures des
t Bois, si cheres à sa modestie ! 0 qu'elle eustsouhaité l'avantage
qu'elle avoit lorsqu'en pour- suivant les timides Daims dans
I une vanc Prairie,&se regardant
par hasard dansle miroirliquide
des fontaines, elle avoit au moins
la liberté de luir en rougissant
dans les lieux lesplus sombres des
Forests, honteuse de se trouver si
belle.La Pudeurtressaillitde joïe
en appercevant cette Déesse.Elle
tâchar d'exprimer par mille
carellesle plaisir qu'elle ressentoit
à sa vue. Diane l'embrassa
tendrement
,
& ne put s'empêcherdetémoigner
combien
elle estoit contente de voir naître
une Divinité si conforme à
ses sentimens naturels.
Cependant Momus ne pouvoit
souffrir de voir cette Déessesi
bien d'intelligence avec la Pudeur.
Leurs caresses innocentes
luy déplaisoient, car tout irrite
la Médisance
,
rien ne luy plaist
que le fiel & le poison dont elle
se nourrit. Il me semble,dit-il,
en le tournant vers les Dieux,
que Diane ne devroit pas tant
se réjoüir de la naissance de la
Pudeur, elle n'est pas trop soigneuse
de se cacher quand elle
veut prendre le bain, & Acteon
sçavoit bien comment elle estoit
faite.Méchant bousson, luy ré-f
ponditlachaste Déesse,enrou.
gissant de colere
, apprenez que
nostre vertu n'est point blessee
,
pour estre vuës dans un ellat indigne
de nous, lorsque nous n'y
pensons pas. Si le hasard ou la
violence donnent quelqueavantage
à vostre Sexe sur le nostre,
est-ce un crime qui doive nous
estre imputé ? Linnocence ne se
perd point sans que le coeur y
consente, & c'est la seule intention
qui rend nos mouvemens
criminels, ou qui les justifie. Si
cela estoit, interrompit Momus,
( qui voyoit que les Dieux luy
applaudissoient ) il y auroit peu
de femmes qui ne fussent vercueuteS)
car elles disent toûjours
., non: & à les entendre
leur intention n'est pas de faire
ce qu'elles font.. Cependant il
faut vous rendrejustice
, Acteon
fut bien puni de sa témérité
, &
vous mîtes ce pauvre Chasseur
dans un estat bien pitoyable.
Vous aviez grandpeur
,
si je ne
me trompe, qu'il ne le vantast
de ce qu'il avoit vu Puisque
vous craignez tant l'Indiseretion
, je ne doute pas que vous
n'ayez la précaution de faire de
temps en temps desemblables
metamorphoses. La Déesse se
contenta de ce qu'elle avoit dit,
& ne
répondantque par un soûris
dédaigneux, elle prit le parti
du silence. Elle fit bien d'en user
ainG, parce que la Vertu se défend
toujours mal contre la Calomnie
quand elle se défend par
les raisons. L homme de bien se
taît en ces occasions
,
il est content
du témoignage de sa conscience,
& laisse à ses avions le
foin de le justifier.
Toutes les Divinitez se retirérentaprès
avoir visité la Pudeur,
elles la différent auxtendres
caresses de sa Mere qui l'éleva
sous ses yeux avec beaucoup de
foin. Elle embellissoit à mesure
qu'elle croissoit, chaque jour
ajoûtoit quelque choseà sa beauté,
& chaque instant, pour ainsi
dire, découvroit dans son naturel
,
des dispositions si heureuses
qu'on , ne pouvoit s'empêcher de
les admirerQuandelle fut enâge
de paroître,Hebé samerela mena
dans les Assemblées des Dieux:
dont la pluspart ne peurent
souffrir sa severe modestie. Comme
la Pudeur n'est point déguisée,
elle s'allarmoit naïvement de
tout ce qui luy faisoit peur, de
forteque les Dieux accoutumez
à vivre dans les plaisirs
,
souffroient
impatiemment sa presence,
qui leur reprochoit sans cesse
leur vie voluptueuse. Telle est
la disposition de ceux qui ne pratiquent
point la vertu, ils cherchent
sibien à l'oublier qu'ils ne
veulent rien voir devant leurs
yeux qui puisse leur en retracer
l'image. Dans toutes les occasions
où la Pudeur se trouvoit
avec eux,ils ne pouvoient diffimuler
le chagrinqu'ils avoient
contre elles. On les entendoit
s'écrier sanscesse quec'estoitun
esprit farouche,& mal cultivé,
<:}ui vouloit introduire dans le
Ciel des moeurs austeres & barbares
, inconnuës jusques alors.
Enfin leur peu d'intelligence alla
si loin, que les Dieux qui aimoient
le plus les plaisirs
,
se
bannirent volontairement du
Ciel pour ne vivre pas avec
elle. Bacchusenyvré de Nectar,
alla goûter les vins du Mont
Tmole, suivi de la troupe furieuse
des Bacchantes. Mercure
se retira sur les grands chemins,
moins pour recevoir sur les carrefours
l'encens des Voyageurs,
que pour les détrousser fous d'-
verses figures. Apollon ne sortit
plus du Temple de Delphes, où
il vendoit à grand prix aux curieux
Mortels la connoissance de
l'avenir
1 que les Dieux favorables
leur ont caché. Venus alla
respirerl'air delicieux de Paphos.
Le cruel Amour instruit
par sa Mere
,
s'enfuit à Lemnos,
en pleurant de dépit & de honte.
Il vol tigea quelque tem ps autour
des fournaises ardentes où Vulcain
travaille sans cesse
, ces effroyables
cavernes retentirent
de ses gemissemens. Les Cyclo-
<.. tr' J pes épouvantez laisserent tomber
de leurs mains leurs pesans
marteaux &: demeurérent immobiles
Dans sa fureur il brife en
fremissant les fléches inutiles
qu'il portoit, il en demande de
funestes qui portent le desespoir
dans tous les coeurs. Le Divin
Forgeron obéït sans remise k
l'imperieux Enfant. Trois fois,
l'Amour trempa dans le fiel
& dans le fang la pointe de cee
nouveaux traits, & content de
voir entre ses mainsces ajrmee
cruelles, il s'envole en jurant de
troubler à jamais le repos dumonde.
Cependant Jupiter voyoità
regret toutesces Divinitez dispersées
: il sçavoit bien que la
Pudeur en
estoit
la cause ,.& il
n'estoit pas lui-mêmeexempt
des mouvement qui agitoient les
autres Dieux. Il ne pouvoit se
consoler de la naissance de cette
jeune Déesse. Depuis qu'elle
estoit dans le Ciel, il éprouvoit
je ne sçay quelle lumiere importune
qui éclairoit sa raisonmalgréluy-
même. Il avoit beaucacher
saDivinité sous des figures
étrangéres. Il empruntoit vainement
le secours des nuages , il
sentoit que la Pudeur le suivoit
en tous lieux pour luy reprocher
la honte de ses arrachemens.
Comme il ne coûte rien de bannir
la Vertu quand elles'oppose
aux penchans du coeur, Jupiter
se resolut bien-tostà l'éloignement
decette Déesse. Ill'appella
devant son Trône d'or de
d'ivoire. Aprés luy avoir representé
que l'Olimpe devenoit une
solitude, & que son absence estoit
necessaire au repos des Dieux,
illuy ordonna d'aller vivre parmi
les Mortels. La jeune Déesse
ne murmura point contre la dureté
de cet ordre suprême
,
elle
fut contente de quitter le Ciel,
puisqu'ellen'auroit plus à soûtenir
la presencedu Vice,&qu'elle
.;.
seroit à l'abry des allarmes qui
l'agitoient.
Voilà donc la Pudeur qui
vient sur la terre, réduite à cherc
her des vertus parmy les hommes,
que les Dieux qu'ils adoroient
ne pratiquoient pas. A
peine elle fut dans le monde,
qu'elleregarda le Sexe comme
l'objet le plus propre à fixer
Ses soins; mais elle ne voulut
vivre que parmy les Filles
, parce
que leur estatestoitleplus
propre à la cul tiver. Elle espera
qu'estant éloignée des occasions
qu'elle avoit à craindre, elle
goûteroit avec elles une profonde
paix..
I*e§ commencemens de, son
.exil furent assez heureux, parce
qu'elle trouva le monde dans un
estat allez paisible. L'Egalité,
mere de la douce Paix, faisoit
regner lajustice
,
la candeur &
la '- bonne foy. Les hommes ne
sçavoient point se tromper les
uns les autres, & quand ils l'auroient
sceu, ilsauroient rougi
de le pratiquer. La Verité sortoit
de.leur bouche aussi naturellement
que l'air qu'ils respiroient;
leur vertu les avoit heureusementaffranchis
de la tyranniedes
mauvais usages & de
la contagion des exemples nicieuxCette per- foule tumultueuse
des passions quiagitent si naturellement
le coeur
du Sexe, n'avoic
pas osé tenter de paroistre. La
Beauté n'avait point causé les
guerres sanglantes
,
les querelles
injustes, ny les cruels assassinats,
& les femmes n'avoient encore
couté rien à l'innocence des
hommes. Ils les regardoient comme
un present du Ciel, dont
l'usage venoit au secours de la
brieveté de lavie
>
& la necessité
de s'en servir imposée à l'homme
estoit le seul motif de ses actachemens.
L'Amour impatient dese varbger
de la Pudeur., ne souffrit pasqu'elle
joüist longtem ps de la
douceur de cetasile. Ilne parut
pas d'abord luy-même
> car sa
presence cllfi trop effrayé des
coeurs accoutumez à la vertu; il
se servi t de la pernicieuse A bondance
, pour introduire lesPlaisirs
qui furent la source seconde
des vices. Ils réveillerent dans le
Sexe la mollesse
,
l'amourpropre,
&la vanité. De là vint le'
desir de voir & d'estrevûë, qui
fut le premierécueilqui causa le
naufrage de la vertu. Le soinde
la parure& de la beauté,le luxe
& ta régularité des traits commencerent
deslors à faire presque
tout le merite des Femmes.
Comme le coeur se laissoit seduire
aux apparences, chacune répandit
dans tous ses dehors tout ce
que l'art de plaire pouvoitinsinuer
de flateur. Vains ornemensusages
ridicules, tout fut ployé em- pour y réussir;laraison ne
fut plus écoutée,cebiensolide,
cet heureux don du Ciel ne fut
comté pourrien. Les Amans firent
une autre espece d'hommes
parmy les autres; ils eurent leurs
maximes,leurculte, & leur Religion
à part;Religion d'autant
plus dangereuse pour l'innocence
,
qu'elle eH: impunie, & que
sans craindre les menaces de la
loy
,
chacun peut au moins une
foisensaviese faire une Divinitéselon
son coeur. 0 que la Pudeur eut à souffrir
de voirque les jeunes Filles donc
elle cultivoit les moeurs, tomboient
dans ces dereglemens !
Quelle confusion n'eut - elle
point detrouver dans le fonds
de leur naturel de si riches ressources
pour appuyer le vice, &
d'en trouver si peu pour s'affermir
dans la vertu! Que ne htelle
point pour arrester le cours
de ce desordre ? Elle arma pour
les deffendre la Défiance & laPrécaution: elle effraya leur
esprit par la peinture d'un Amour
terrible, tout cela fut inutile.
Elle appella laRaisonà son
secours
,
qui ne marchoit plus
dans la droiture delesvoyes;elle
demandaau Coeur la fuite des
Entrevuës
,
& le sacrifice des
Occassions. Le Coeur au lieu de
l'entendre trahissoit ses plus
chers interest-. Enfin, triste,
confuse, abandonnée, après avoir
répandu par un dernier effort
le plus pur du fang sur la
sur face du v isage,pourfairerespecler
sa presence, elle vit le;
douloureux instant oùelle fut
en proye à tous les desirs d'une
Jeunesse inconsiderée.
Après un outrage si CenGble,
la Pudeur re pouvoitplus rester
dans le coeur des Filles qui l'avoient
voientsilâchement trahie j elle
en sorti t donc en fermant les
yeux, bien embarassée de se pratiquer
un azile où elle puft vivre
en fureté. Sa modestieestoitsi
levere
,
ses moeurs estoient si
faintes & si pures ,
qu'elle ne
pouvoit mêmesouffrir la vue des
plaisirs les pluslegitimes. C'efl:
ce qui l'avoitéloignée désle commencement
du commerce des
femmes; mais puisqu'elle estoit
condamnée à vivre sur la terre,
la neceincé dure & inflexible, à
laquelle les Dieux même obéïssent,
l'obligea de le retirer dans
leur coeur, & de s'y fortificr s'il
estoit possible, contre les attaques
de son ennemi.
Elle ne demeura pas longtemps
à s'appercevoir que l'Amour
avoit déjà disposé toutes choses
pour luy rendre encore une fois
cette retraite douloureuse. Elle
découvrit que les plaisirs dont
les femmes sont en possession,
bien loin de les éloigner des occasions,
ne leur servent que d'aiguillon
pour leur en faire desirer
d'autres, & comme un pot
d'argile qu'on descend tous les
jours dans une cisterne, n'en reçoit
pas une nouvelle dureté
pour le défendre des pierres qui
l'environnent, ainsi l'experience
du monde ou la pratique du matiage
ne mettent point les femmes
à l'abri de leur penchant.
La Pudeur ne se rebuta point
de ces obstacles; elle tâcha de
réveiller dans leur coeur le desir
de cette ancienne innocence qui
i
rendoit tout le monde heureux:
ellerappela à leur esprit la confiance
de leurs épouxhonteusement
trahie. Elle leur montrade
loin les routes paisibles de la
Vertu;mais toutesdétournoient
- leurs yeux , elle ne fut point
écoutée
, chacune vouloitavoir
une raison pour se justifier. Les
unes disoient qu'onavoit vendu
leur coeur au plus offrant; que
le mariage estoit devenuun
-fic, & qu'on ne consultoitplus
pour le formerladouce sympathie.
D'autres gemissantà la
vue des cheveux blancs de leur
époux, & murmurant sans ceflç
contre l'inégalité des années,
croyoient estre en droit de leur
faire expier lecrime d'estre vetlllS
trop tostau monde ; d'autres
s'ecrioient qu'elles n'avoient
consenti à une passion que pour
se vanger d'un époux infidelle
,
comme si pour punirun crime on
pouvoit cesser d'estre innocent.
Il y en avoit un grand nombre
quine trouvant rien pour autoriser
leurs passions, enaccusoient
mal à propos la malignité de leur
étoile qui ne peutrien contre la
solide vertu. Enfin, toutes avoient
un prétexte pour diminuer
leur faute; tant il est vrai
que nous n'osonsjamais abandonner
la vertu tout à fait, sans
chercher une raison qui nous
justifie au moins à nous-mêmes,
tant nous en connoissons naturellement
lemerite & le prix.
Que pouvoit faire la Pudeur
quallâ elle vit les choses dans un
estat si déplorable? Elle gémit,
ellesoupira,elle la s'emporta contre dureté du Dieu persecuteur
qui ne souffroit pas que son exil
fust paisible. A la verité parmi ce
grand nombre de femmes dont
elle penetra les coeurs, elle en
trouva bien quelques-unes de sidellesà
leurs époux;mais c'estoit
pour la pluspart de ces femmes
chastes par temperament, dont
la bonne conscience est incommode,
& dont l'imperieuse vertu,
qu'elles font valoir sans ceue)en:
toujours preste à quereller un
mari. Leur caractere déplut à
la Pudeur,parce
,
qu'elleest douce,
patiente, & soumise; de sorte
que ne pouvant plus vivre
dans des lieux où elle estoit exposée
à tant d'outrages, elle fc
retira tout a fait, & touchée des
cruelles épreuves qu'elleavoit
faites, les larmes aux yeux &
la rougeur sur le front, elle dir.
Puisque les Dieux ennemis,aprés
m'avoir condamnée à vivre sur
la terre, ont souffert que les
hommes m'ayent outragée, &
que je n'ay pu faire marcher le
Sexe dans la voye que je lui prefcrivois,
je vous prens à témoin ,
Ô. Stix,fleuve de la mort & des
tenebres
, que je ne rentreray
bplaunsnidea.ns les coeurs dont on m'a
Les hommesme chercheront
vainement dans les femmes,
je me cacherai pourjamais à leurs
yeux, & ils n'auront plus la satisfaction
deme voir leur victime Je
n'enflammeray plus l'amour par
une longue & sincere resistance )
Sans moi toutes les passions qu'il
inspirera deviendront en peu de
temps insipides.Ainsi mon absence
va me vanger du Dieu
cruel qui me persecute. O que
je vois naistre de desordres dans
l'U nivers' Lessieclesàveniren-
1\ * traînez par ces mauvais exemples,
encheriront sur les precedens
pour la corruption des
moeurs & pour leraffinementdes
mauvais usages. Les femmes uniquement
revêtuës du dehors de
la modestie ne trouveront rien
dans le vice qui les étonne ,que
la difficulté de le déguiser. Ce
ne sera plus l'amour de la vertu
qui confcrvera leur innocence ;
mais seulement la honte que le
crime traîne aprés luy quand il
se publie, on leur apprendra à
rougir par habitude. Je proteste
cependant que cette apparence
depudeur qui couvrira leat
front, sera un figue fort équivoque
de leur vertu,& la bonne
foi des hommes y sera trompée.
Pour moy, puisque je dois vivre
encore sur la terre,je vais entrer
dans le coeur des enfans, mais
j'ensortiray dés la douziéme année,
afin de n'estre plus exposée
aux disgraces que j'ai éprouvées.
0 Jupiter, souffre que je puisse
goûter la paix que je propose.
Après ces mots la Pudeur entra
dans lecoeur des jeunes Filles
au berceau. Elle a tenu depuis

religieusement sa parole, elle en
sort dés l'âge de douze ans. Elle
reconnoît meme souvent que l'âge
est un garand infidelle en ces
occanons, & que la malicedans
le Sexe devance les années, ce
que fait qu'ayant à soutenirde
rudes combats avant le temps
qu'elle seifc prescrit, où souvent
même elle succombe
,
elle-se repent
tous les jours de l'indiscretron
de ion ferment, & des'estre
engagée pour un si long terme.
allez lire, & que je vous aurois
envoyez pour effcre placer
dans leur rang, si je les avois
receus plutost, ont estéfaits à
Bayonne, lors que la pluye y
arrestoit SaMajeité Catholique
& Messeigneurs les Princes-
Retirez,-vous ,
frimats 3fuyez^-> noirs
Aquilons,
Dans les plus rectilez,veillons
Et que le blond Phoebus parcourant
sa carriéré,
Aux Mortels languissans redonne la
.,
lumiere.
Que le Ciel retienneseseaux,,
Que des vents &deslfots il calme la
furiey
Quilyr dusse en ce jour des miracles
nouveaux C'rjl , un Fils de LuftiS qui paffe en
i Hcfpenc,
Que loin du Tronc icy rien narrefie
ses pas,
Qu'il trouve par tout mille appas, ~7 ~y~&/ ,~~f,
Allez^y 6, devancez^/'Aurore,
Zephire, & vous,aimable Flore,
preparez^luy mille douceurs.
C'eftainfiqueLouisïordone.
Un chemin qui conduitau Trbne?
Doit etlre parsemé de fleurs,
Quandvous verrez Philippe aufein
deses Provinces)
Que Paris dans ses murs aura receu
nos Princes
Hiver, si t ta le veux 3 ramene tes
gUçons.
Que lesventssans couroux sortentde
leursprisons
3 Quefculs des £..(pdgnols ils gardent,
lesfrontières3
Qu^ilsfoientaux AileMans d'invincibles
barrièresj w
Enfinj que tout confptreaubonheur
dece Roy) [froy.
Etque[es Ennemis enpàlijtentd'ef-
Vousavez trouvé dansma Lettre
du mois passe, un grand Arti..
cle sur le dommage que le Tonnerre
a causé à l'Eglise Cathédrale
de Troye.MrdePomereu,
-- Intendant de Champagne, afait
la visite de cette Eglise, & c'est
là-dessus que MrRgniermier
Echevin, Juv a adressé Vers. ces
A Iv1v-.-t~~D?E.~-PMOtM)eE&R~E-~U~. un* quif^avez^meflerunedouceur
affable
, A"
Avec une illustre grandeur, -
Vous- qui chClrmcz nos coeurs J votif cflesseulcapable.
jyappaifer leur vive douleur?
Vcnez^i fage ItfinJire> (y- voyez
noflreEglises
VoycZ.(es refies précieux,
Voyez^leflcitfunefie où lafoudre l'a
mise
3 Qui tire les larmes des yeux.
Durant cette visite , encor qu'on la
defirc
Etquellefo, it au grédetorts,
Si par trop de douleur on ne votis
peut rien dire,
Lespierres parleront pour nous.
Leurs Bouches font les trous d'une
voûte entre-ouverte)
Qui crironttoutes à la fois,
Quilfautpourréparerunesigrande
perte,
LefecounduplusyanddesRois.
VeJJez^donc degémir3 ceffiz, Peuple
de Troye,
Et vosplaintes& vosfollcif;
Mettez bas la trifleffe, & repïenez lajoye
Si-tojl qu'on parledeLouis.
Zélépourle Seigneur3 ilse plaist æ
répandre
Ses bienfaits danstouslessaints
lieux.
,C()nfolez-vous
3
Troyem, vous dever,
tout attendre
D'un Roy magnanimc.&pieux.
Tant de Templesfacrezj>atis parce
Monarque
Avecquesomptuosités
Tant (Tautres tétablis-3 fontl*infaillible
ynarque
Defafolide picte.
Ddns ces Lieux il apart a tous les
Sacrifices
Ou l'on rmïhols le Sauveur ;
Ainsiplus il afoin de ces samsi édifices,
plusil en reçoit defaveur.
Le Ciel reconnoijfunt ce Princemagnifique
3 Quifaitaux Temples tant de bien,
Veut que fan Petit-ifls foit le Roy
Catholique,
Commeilefrle Roy Tres-Chrcftien.
Toutes les questions curieuses
vous ont toujours plû, &: c'est
ce qqUuIimm'eennggaaggee aà vous eennvvooyyeerr
la petite Dissertation que vous
trouverez dans cetteLettre. Elle
est de Mr de la Separdie de Givaux,
~—
A MONSIEUR **¥- yApprcnsy Afonfîeur, par vofire
derniere Lettre, que vous sentez
dejourenjour augmenter la difficulté
avec laquelle vous rejfiircz^furles
montagnes, mais que vous le fanes
encore librement dans les vallées,
Vousfoubaitez^ qveje votis dise mon
sentimentsur cette dtjfeicnce,& vous
me marquez^que ceux que vous avez^
déjà confuitez,
, ne vous ont point
donné de raisonsplus satisfaisantes,
que les remedes qu'on vous afait
prendrepourguérir vos poumons. Je
vais vousdire naïvement ce que je
pense,&je meflimeray heureux si
mes conjeïlurcspeuvent contribuer4
faire trouver un reniedeassuré a la
maladie dont vous esses attaqué. Je
rientreray point dans Vexamen des
differens sentimens sur luftge des
poumons,&sur iescauses&les effets
de la. respiration;je me coutenteray
île vous dire queje crois avec de treshabilesgens
3 que l'airentre dans la
poitrine après avoir, pafiepar le poumon
, comme parun crible3 qui arreste
lescorpufeules étrangers quifeferoient
gliffe^ à travers lesnarines & les
rameaux de la Trachée artere: mais
je ne feaurojs efire de l'avis de. ceux
qui prétendent que le principal effet
de la respir-ation efi de rdfraÍchir.
Quelque probable même que m'ait
paru jusques à present le sentiment
des autres, qui soutiennent que l'air
que notes rejpitons fert particulière.-
ment à volatiliser leftng3je ne puir
rnempêcher de luy attribuer une faculté
bien plus consîderable &plus
effenticlle, depuis les reflexions que fai faites sur la questionque vous
mepropoftz 7esoûtiens doncque la
fin de la refinration efi de fournir à
l'animal un aliment qui luv est toujours
necessaire. En effet, l'air contient
un efpnt vivifiant dontaucun
ejlre ne peut se paffer. il efi nofire
nourriture immédiate
, nom le mangeons
a totis momenspar la respiration3
& nousnom en nourrissons d'une
manieteplusgrof/icre&plusfoli->
depar le moyen dupain &des autres
alimens ,lesquelssans luy neferoient
que d'intttiles excremens. La pluye
imprégnée de cet cerit lentraîne
avec elle dtns la terre où ilflcorpor:
fie avec , .:,ix ,ilont il de- les végétaux ,
dontil de"
vientlapartieffiermatiquenourreante.
Il efi vray que cette portion
spiritueuse(parexemple dans le froment)
efi très-petite 3
aussi tout le
pain que nous mangeons riefi-ilpas
nourriture.Leprincipe de vie qui efi
en nom ne prend pour son entretien
que ce qui luy cil analogue. Après
l*avoir dèbaraffc par plusîeurs digestions
, il rejette le resse comme inutile
&feculent. Tout de même dans l'air
quinous environne, toutriefipasvivissant
, au contraire, cet air efi
tout gro/lier d" tout corporel ; mais il
fert du véhiculé à une fuhftttncefpiritueufe
,
dont nous avons besoin à
tons rlZomens. Morts attirons par la
respirationcette fubfiance avec son
vehicule. L'esprit demeure en nous
pour entretenir le feu vitalqui nousanime
lair mfjierefipouffé dehors
comme un excrement qui efi bien-tofi.
ranimépar une nouvelle portion decemême
cfprit ; car enfinsila fubifance
d1 l'air estoit
3
félon le sentiment le
plu-s reçuy unfermentpour volatilife^-
le f^ngy ilsemble que la nature qui
ne fait rien en vain3 nedevraitnous,
en-fournir à chaque refpinttion que
la quantité qui doit efire unie au.
mêmefm^ pour cette volatilisation..
Jesçai.bienqu'on ne manquerapoint
de dire que l'air que nous repoussons.
n'est pas inutile, qu'il nettoyé 3
&
quil emporte lesfuJiginofitvz^ï mais.
on ne le trouvera que plus propre à
cet office en lesupposant comme rendu,
por\eux parla fuchonquisefait dans
lapoitrineJe ïcfprit nourrissant qu'il
renferme
,
& dont ileftanimé aufjï-,
bien que toutes les autres créatures.
Spiritus intus alit, &c,
Cet espritvivifiatiffe faitsentir
en bien des rencontres & en bien des
maniérésdifférentes ,
dont le détail
feroit trop lotiLa Vipere nous fournit
une preuve bien fenfîblc de fan
exiflence. On fyait quyelle demeure en.
nie un long espace de tempssans aucune
autre nourriture que cellequelle
tire de Pair. Orsi cet air ne faifait
que volatiliserson fang
, il devroit.
bien-toflcftredijjipèpar tant de vo—
latihfttionssisouvent réïtcrées.il
efl bien plus vrai-femblabla que cet
animaltrouve dans l'air un aliment.
qui lui convient, & comme cet alimentçfl
trej-subtilvaussîensecorporifiantdans
luy
,
ilyproduiten abondance
un sel volatil, lequelefl. un.
remede d'autantplusprecieux qu'ilefl
moins éloigné de la nature du principe
devie. dontila esiéformé,llejl donc.
certain que l\nrefi le véhiculé d'un
espritvivifiant,&jepourray vous
en donner de nouvellespreuves quand
vous le (ouhaiterez. Or ileflconfiant
que cete(prit efl plus abondant dans
les vallées que sur les montagnes , foitparce quefiant toujours en mouvement
pour entretenir un commerce
continuel entre le Ciel el;'" la terre,
les lieux bas & concaves doivent en
recevoir eJ. en réfléchirbeaucoup plus
que les sommets des montagnes 5 foit
parce que l'àir,receptacle de cet esprit,
cfiant condensè dans les vallées, il
encontientdavantage3 qu'aux lieux
où il esi plus rare, à peu près comme
un grdnd tuyauperpendiculaireà'
l'horison, rempli de petites ve/lies
pleines dîefprit de vin, contiendrait
plus de cette liqueur en bas que non
par ausommet> où les ve.ffk$moinspreffceslaifferoientdesinterfticcspins
considerables. En un mot, lafécondité
.feule des valléesy prouve l'abondance
de l'cfprit universel. Vous
pouvez^ comprendre à present d'ou
vient ladifficultéque vousfente en
respirantsur les montagnesjcarsùppose
quilfaille à chaquerespiration
un grain de cet espritvivifiant pour
entretenir la chaleur ndturelle, 6"
que dans les vallées ce grain foit
contenu dansun pouce cubique d'air,
dU lieu quesur unemontagne la même
ctendué'etairn en contientquun demy
grain,il s'ensuivra qu'un homme
dontlepoumon bien conditionné3laisse
unpassagelibre a deux pouces cubiques
dair, ne remarquera aucune
altérationfenfible (Linsfa respiration
lorsquilse trouverasur la montagne;
mais un-poumon embaiaffé tel que Iz
vojhe, qui ayant le tiers deses pores
bouchez, ne tnmfmet tout au plus
quun pouce 6" derny cubique d'dir).
doit rendre la rcfpiration plus difficile (£•plusfréquentesurles hauteurs,ou
comme j-e viens de supposerl'cfprit
nourrissant occuperoit deux pouces
dairj gSji la rarefaHion devient
telle qu'unpiedcubique de cet élément
ne contienne pasun-grain de cette
prècieuse not/rriture, alors quelque
bien conditionné que foit le poumon
la poitrine ne pouvant admettre unsi,
grand volume dair, l'animal doit
tomberendéfaillance,commejeme
fruviensd!avoir [il, quilarrive sur
le pilde Tenerijfe ,.&-ccoommmmee on ppeeuutt.
Pobferver tous lesjours avec une machine
Pneumatique. Voila"ceme
semble, la solution dé la quefiion que
vous M'avez, Propofie & le même.
grincigt
principe peut fsrvir à en éclaircir
beaucoup àautres> carpar exemple,
de ce que l'air comprimé des vallées
contient plus d'esprit nourrissant, il
s'enfuitqiiony doitmangermoins que
furies montagnes. Aujji dit-onsans
enRavoir la raison que l'airy efi dévorant.
il s'enfuit qu'en pleine mer
on doit manger plus qu'en terre fer-
1ne, en Hiverplusqu'en Esté3il s'enfuit
aussi qtiunPhtisique doitseporter
mieuxdanslebasLanguedocquàLon~
dres3&c.Jeferoistrop longfïje vouloir
parcourirtoutes lesconfcquencesquon
peut tirer de ce principeJene niarrejleraypas
non plus apreuenir les objections
qu'on mepeutfaire;je fuis .affuré
quelles ne fontpoint capables de
détruire un SifrcTue formé d'après nature
: maispour en donner une preuve
audessus detoute contefiationyil n'yau*
Toit qtia. rendre visible &palpable
cet aliment si effenciel à la vie. Ce
feroit en mime temps un remede efficace
pour le ma1 dont vous ejles attaqué5
car ayantacquis un-e nouvelle
perfection par cette metamorphose
>
~<?/
non-seulement il ranime la chaleur
naturelle dout ilefile principe; mais
encore contenant un alcaliextrêmementvolatil,
il di'craffe&enleve les
mucofitez, dupoumon,àpeuprès comme
les alcalis dusavon détachent eli" emportentlesordures
du linge.Jevous ay fait voir par une admirablemanipulation
quilrfefipasimpo.fjible de donnera
l'espritdeviecontenu dans l'air
UNe formesensible, mais quandilefi
Attrape &qu'on le tient enchaînéJ il
fautplus de loisir que je n'en ay pour
lui redonner la liberté dont il a besoin
ttfindemontrersapuissance&fa ver.
tu. Cela nesefait que parune longue
fuited'opérations qui pour eflre toutes
naturelles ne laijfentpas de demander
une application entiere &une attentioncontinuelle
pendantplusieurs
mois. Je la donnerois avec plaisir
pour me rendre plusfamilières cessublimesconnoifftnceS
,
& ce meferoit
une doublejoye de me flatter que mon
travailferoitsuivi du rètabliffcment
de voflre finté '> mais vous [:avez
Pimpoffibilitèohjefuis de me fatisf'aire.
Mes occupations ordinaires
qui font la meilleure pardé de mon
patrimoine, ne me laissentpoint aJJez.
de loisir,&font bailleurs trop opposées
à la méditation &aPétude de la
nature. Au nefte
,
jeferay tres - content
des èclairciffemens que je viens
de vous donner, si quelqu'un de vos
Amisplus libre queje. nefuis, feait
en tirerlesconsèquences naturellcs.,
& s'en servir pour vous procurer le
ftulagement que je fouhaiteroisde
vous donnermoi-même.Jefuisvojlre
) &c.
Voicy un Distique Latin en
lettres numerales
,
sur l'heureuse
entrée du Roy Philippe V.
en Espagne.
IngreDItVr prlnCeps hlspanICa
regna phILlppVs,
HVnC CVnCtl cXClpIVnt,
& probat Ipse DeVs.
Ces lettres numerales font
DIIDIICIICîÇICIICIC.,VVVV VV qui marquent
1701.
Ce Distiquem'engage à vous
faire part d'une Epigramme Latine,
faite par Gon> Asses-,
-seuren l'EleéUûn de Rhetel, firr
la nomination de M'rfcPhnmîl
Uxd à la Charge de Secretaire
d'Etat pour le département Je,
la guerre. - - -
-
Quamftrtunatunzte grandiafacto,
-
décorants
Confilio egregius quem Loddicujamatl
Divifoes mrumZmperii tibi tradit
habena*.
ttoecpobiratis amor rmnera tanta saris.
Jevous envoye des paroles
fort propres à estre misesen Air.
Elles font de Mr Daubicourt,
qui a eftç Capitaine au Regrment
de Poitou, & le sujet en est
beau,puis qu'il regarde l'impa-
1 -tience qu'on a dans toute 1,%
Cour
,
de voir de retour Metreigneurs
les Princes.
pRrinces , qui paroifit,deux Af-
-
trèséclatans>
NOIM n'attendons qiiaprèsvojlre
douce influence.
Jtfe nous privez^pasplus longtemps
Du bonheurqtien tous lieux répand
vojlre presence.
; Rayons du Soleil de la Francey
C'est devojlreretour quelleattendis
Printerftps.
D'un Pere & d'un Ayeulle tendre
emprejjement,
De Paris, de la Cour les vaux &
l'efyerance,
Les larmes d'un Sexe charmanti
De la Princejje enfin l'aimable im.
patience
> Disent que pendantvostre absence
Le Printemps le plus beau irauroit
nul agrément.
Les Vers qui suivent ont esté
envoyez à l'illustre Mademoiselle
deJ5cud££y, sur l'Orange couronnéedont
Mr de Betoulaud
luy a fait present.LesVcrssont
de MrCueron.
-lLE MERITE
Triomphe de la Jaloalie?
L,Arhrefameux qui croistaupied
du MontParnajfe3
Dont le plus petit rejetton
Dans l'Immort,IÙt¿ nous affure une
place.
JEt qui seul animant dunelouable
audace
Fait des meilleurs ejprits la noble
amrbition
3 Avoitproduit une branche nouvcUe,
Que lafeavante Nation
Defiinoiten secretpour couronne immortelle
A maint Auteur du- plus illufire
nom.
Brefau dire de centperfonnes,
Etsans exageration, On en eufi bienfaitdeuxcouronnes
D'assizboUe proportion..
Chacun d'un oeilpleinaémulation
Lavoyoitembellir &croiftre,
Et par cent beaux écrits de dosse invention,
S'effarait de faire connoifbe,
Qu'àbienjtiquerildevoitestre
Couronné d'unsi beau féfim.
Le temps venu aenfaire don,
Apollon du poignardqueporte Melpomene,
D"ontScrideryJefertendécrivant la
peine
]je ces Héros troubleZd'un amoureux
poison
, La coupe, lafait voir. On l'envic,
on l'admire,
Puis d'un riche ruban, Vornement
desa Lire,
TiJJupar les lleufSoeurs dans lesacrà
Vallon
il la y noüe en couronne. & la pcnd
au buisson.
Cependant à ta troupe ilfaitprendre
fiance,
Etdesa main impose lesilence
JPour declarersa jujle intention»
Ce Prix charmant dit-il, ferzipour
le Genie, Quifaisant éclater les plus rares
talens,
Et dusçavoir& delamodestie,'
Aura sur ces côteauxprimé le
plus longtemps.
Quelques-uns parvenus au faîte
de lagloire,
Contens de voir leurs noms au
Temple de memoire
> Afin de prolonger leurs jours
dans le repos,
Nn'oonutvpelausuxfa,itt dd''ootiuvvrar"acgs-e,.s,
Et nous ont laissé lieu de croire
Qu'ils s'estoientépuisez en gagnant
la victoire,
Oucraignoient les doctes tra~-
vaux.-
Quelques autres ont vu leur
vie
Par la Parque trop tost ravie,
Et n'ont pas pu montrer cette
fertilité)
Qui de graces toujours suivie,
D une égale vivacité,
Dans un Aage avanc,e, comme
dans la jeunesse,
Prouve d'un bel esprit le scavoir,
la justesse,
,Et sans se copier, & sans piller
autruy , Fait dire avec honneur, lisez,
c'est toujours luy.
La moderne Sapho, Scudery, ce
me semble
,
-
Ces illustrestalens raissemble,
Et pourroit feule meriter
Ce Prix que peu d'Auteurs peuvent
luy disputer.
'Qu'en pensez-vous,Sçavans?
Que la Troupe décide,
Et que mon jugement ne serve
point de guide
A ceux qui pourroient en-douter.
Que l'on y refléchisseavant de
l'accepter.
A ces mots ilJefitpar tout unpuni
murmure,
Chacun parlasans fard, & mit à
la censure
Jufqucs auxplus graves Auteurf.
Enfin malgréleursdèfenseurs,
> 'Ayant fujjîfamment raisonnè pour
conclurrc,
On entenditcentfoisrepeterà F.cho>
C'est pour la moderne Sapho.
jLesplusintere[Je\ à ces crisse rendirentj
Du bruit confus des mains lesforejh
retentirent.
Le Parnasse trembla de tantdemouwmcns,
Et les [ombres grottes munirent
Aux merveilleux redoublemens
Des communs applaudissemens.
Mais Cantique S-apho) la Sapho de
.la Greee,
Seule a ces cris joyeux sentant une
trifieffe
> Qui. naissoit d'un eJPrit jaloux,
De voir qtCanjugement de tous
L'autre Saphojoignoit à l'ejfirit la,
(Demierequa)lité qui taufoit son
couroux )
Jjun air, d'un pas subtilse glisse
dans la presse,
Prend la couronne adroitement,
W La cache, & court avec vitesse
¡Ell faire.un sacrisice à son rejfentL
ment.
Aupiedd'un Oranger la jalousel'enterre,
Et la couvre de cent cailloux.
Sers donc à couronner d'autres
Saphoque nous.
Le Dieu qui lance le tonnerre
Ne me feroi t jamais ceder un
--
bien si doux.
Elle dit3&courut rejoindre l'-AJJ-e-mblèe-
y
Qui déja toute troublée
-Cherche cette Couronne, & traite
avec mépris
.,Ceux qui _fontfospconnez,.davoir ofè
la prendre.
Mais en vain Apollon lui-même en
efisurpris,
t -
Enfin voyant ajjez^quonneveutpas
l'a rendre,
Que le deuil en paroiss chez les plus
-
beaux esprits ; .- On elt content, dit-il laissez, on
1 abandonne.
A quoy bon la chercher ? Scudery
,
dans ce jour, ".,c
Par làcommune voix de ma fcavante
Cour
Reçoit bien plus d'une couronne.
Cet applaudïssement général
qu'on lui donne, Avec bien plusd'éclat vient de
la couronner,
Que le simple laurier qu'on vouloit
lui donner.
Quesertun prix ou l'on en re-
, çoit mille?
Aprés un tel honneur tout autre
est inutile.
Le front de Scudery porte encor
cent Lauriers;
On n'y peut distinguer les premiers
ou derniers;
Tous paroissent nouveaux, ont
toujours mêmegrace,
Et leur feüillage épais n'y laillc
plus de place.
A peine sçauroient-ils y refier
tous entiers.
Pomone) qui de loin venoit de voir LiMufe
Fairecetindigne larcin,
Courut montrer l'endroit qui cachoit
le butin
Et découvrit toute la rufe.
Mais le docle Apollon deffenditde
1 ojier.
L'envieuse
,
dit-il
,
doit estre
assez punie
De samauvaise jalousie,
Scudery pouvantsevanter,
D'avoir
feule
sçu meriter
Plus de couronnes dans sa vie",
Que son front n'en pouvoic
porter.
Cependant la belle Dceffe
Cherchant en secretune adresse
TllufîreJscft/JRJCITL-tquipufl
VOTM obliger,
Potir vous d'un beau Ztleanimée"
De cette branche confommce
JFdifant pajjer le suc au coeur de l'Oranger;
[ né9
De.sa main aformé l'orange courotz-
Que Betoulaud:vous a donnée ;
Etpoïïff^ïïr^alammentvanger
JEhéroïque Sapho de Sapholafriponne
, Ne pouvant plus chez vous placer
d'autre couronne>
ïrous en a faite une à manger.
- Voici la réponse de Mademoiselle
d.e S,cud1eri à M.r C,h?eron, MADRIGAL.
vOs Verss invertieux cheron
Sont marquezau coindapol-
Non j jamaisla Sapho de Grece
Ne mela dans les fiens tant de[ett
dejufleffe, )
Etjamais de Damon ïOrangerpretieuxy
7W produisit des fruits aussî deli.
deux,
Que l'est vofireagreableouvrage.
J'y parois avec avantage;
ulfais je métonne peu de m'y voir
peinte en beau,
Car tout efi inventé dam Ci charmant
tableau.,
Dans ma Lettre du mois de
Janvier dernier, vous avez appris
que lapreuve dans le Dessein
est aussi utile pour connoître
un ouvrage complet, qu'elle est
necessaire dans l'Arithmetique
pour nous donner un compte assuré.
Aujourd'hui touchant les
proprietezdu Cube entier, je
m'arreste à l'ArticleXVII.
NottS apprenons à faire toutes sortes
de routes, Se voila ce que j'en ay
sçû, Mr Antier qui connoist à
fond l'origine ôc lesprincipes de
i la Perspective
, nous en fait voir
| des effets itirlirenans, &s'il nous
t amontré qu'elle est l'ame & la
* vie dans le Dessein, ik nous fait
, connoi stre qu'elle est tres-utile
dans toutes fortes de voyages, &
qlÍ'on peut faire sur ce principe
une route jusqu'à Rome, où une
personne pourra aller sans demander
le chemin. Comme cette
proposition paroist un peu hardie,
plusieurs ne l'ont pas bien
goûtée, faute d'en voir les experiences,
mais l'Auteur qui pense
que le seul moyen pour la bien
appuyer, est de communiquer sa
science, a trouvé à propos de la
donner au fils de Mr ~~nbe~
son Eleve , afin d'en avoir des
effets
, & ce que je vais vous dire
si'est passé en prcfence des Curieux.
Mr Antier avant fait une route
depuisle Lion d'or, ruë de
l'Echelle, lieu de sa demeure jusqu'à la ruë des vieux Augus-,
tins, chez un Particulier,le Sr
Faubonne ayant la route env
s»» J
main,aesté dans ce lieu à la
troisiéme chambre, a demandé
le nom de ce Particulier, &
l'a nommé à son Maistre, pour
montrer qu'il avoit esté julquelà.
Autreexperience.MrAntier
après avoir fait une routé
,
depuis
les Tuilleries jusqu'à la
grande Pente t
la fit donner au
sieur Fftubgjine, qui le vint trouver
dans le même lieu, sur la
connoissance de cette route )
quoy qu'il ne [çufi pas de quel
costéestoit allé son Maistre.
Autre témoignage. Plusieurs
curieux & sçavans Académiciens
de l'Academie Royale, estant
dans les Tuilleries;prièrent M1
ÂQtÏer de leur faire voir une
route, ce qu'il accepta, en leur
disant qu'ils pouvoient se promener,
& dans le temps qu'ilsfaisoient
divers tours d'allées,
,
Mr Ancier faisoit la route, &'
estant aubut qu'ils s'estoient
proposé
, on fit entrer dans les
Tuillerieslefleur de Faubonne
àqui , on donna la routeà"Pfciuree
de la porte, sansluy parler.Il
commenca à connoistre son chemin,
& alla sur les mêmes traces
où ces Meilleurs avoient estéauparavant,
& trouva à la fin de sa
route un maron d'Inde que Mr
Lenez, Portier des Tuilleries
avoit caché , ; ce qui fut admiré
de toute l'Assemblée.
Autre experience. Mr Antier
envoya le sieur Faubonne -ch<Z",
Mr d'ArajfiûûiBâlIH^TTy alla
avec une router& sans parler au
Portier, qui n'y estoit pas pour
lors, il entra dans l'Hostel, 6c
alla trouver Mr le Chevalier de
Paris dans la chambre
,
où il
avaitesté envoyé; ce qui parut
étonnant, puisquejamais il n'avoit
estédans cetHostel.
Par cette connoissance,
Une personne peut aller dans
toutes fortes d'endroits & de
Pays sans demander le chemin.
Passer toutesfortes de Forests
sans s'égarer.
Porter une Lettre sans adresse,
& la donner à celui qui doit la
i re.
Aller au même endroit où son
Maistre auroit remarqué du gibier.
Trouver une piece d'argent,
ou autre chose que quelqu'un
aura cachée à son inscu.
Se trouver à toutes fortes de
rendez-vous.
Aller saluer la Personne qu'on
voudra dans une Compagnie.
Prendre sur une table tel verre
devin qu'on voudra parmy plusieurs
autres, & faire enfinmille
autres subtilitez de cette nature.
MrAntier qui a commencé à
donner cette connoissanceau fils
de Mr Hervé, âgédesix ans, à
qui il a pprendà Dessiner par la
Perspective
,
lui a fait faire des
toursd'adresse si beaux que les
domestiques de la maison lui dirent
en riant, qu'il estoit Sorcier.
Si un enfant de six ans, joli
à la vérité, de corps & d'esprit
s conçoit aisément cette science,
combien
combienplus facilement les personnes
âgées la comprendront
elles, pour s'en servir dans leurs
besoins ? Afin de ne pas passer
pour Magicien, il faut sçavoir
que la route du lieu ou l'on doit
aller,doit estre faice6c donnée à
celui qu'on employe pour y aller.
Cela bien entendu, on passera
pour adroit & non pour magicien
,ce que Mr Antier s'offre
de faire voir par experience aux
personnes de mérité qui voudront
avoir ce 'diverciuemenc.
Si-tost qu'il aura la permission
de faire des routes de Ville en
Ville, il les donnera au Public.
Il faut remarquer que pour bien
s'entendre à faire des routes, on doit avoir quelques leçons de
Perspective,puisquec'estla baze
& le fondement de ces routes,
&qu'elle sert comme de flambeau
& d'écriture parlante, pour
connoistre tout ce que nous a-Í
vons à faire dans cette rencontre..
Dans ma Lettre du mois
prochain,jevousparleraid'une
connoissance pour éviter les
éciicils sur mer ,
qui fera plaisir
à tous les sçavans Pilotes On
voit allez parlà combien la Perspective
est aiséeàapprendre de
combien elle est necessaire à un
honneste homme pour se bien
perfectionner dans les Arts & les
Sciences,& pour bien-se-diitiliguer
du commun. 1 Mr Chevreau est mort a Loudun
leT^TrhTniois dernier, âgé
de quatre-vingt-sept ans neuf
mois & trois jours. Il estoit né
dans cette même Ville le 12, de
May 1613.& s'appelloit Urbain
Chevreau. Déssa jeunesse,son
inclinationleportaà l'étude, Bi ilestoit devenu l'un des plus
doctes & des plus profonds hommes
quiayent paru dans le dixseptiéme
siecle, quoy qu'il ait
esté seconden grands Pe sonnages.
Il a esté Secretaire des
Commandemens de la Reine
Christine deSuede, Fille du
Grand GustaveAdosse.Ensuite
le Roy de DannpnT^r^ l'engagea
de demeurer quelque temps
à sa Courainsi que plusieurs
Princesd'Allemagne
, entre-autres
feu Monfîenrl'F.UffieHrPalatinCharles-
LOUIS., Pere de Madame, qui le retint avec te
titre de Conseiller
,
&ileut l'avantage
de travailler à la conversion
de cette Pri-ncefl'e &d'y
réunir. Enfin aprés estre revenu
à Paris,il eut l'honneur d'estre
choisi pour Precepteur de Son
Altesse Serenissime Monsieur le
Duc du Maine, aprés quoyil a
esté Secretaire de ses Commandemens,
&il est mort avec cette
qualité. Il a fait quantité
d'ouvrages, comme leTableau
de la Fortune
,
des Poësies,l'Histoire
du Monde , des Oeuvres
mêlées, des Prieresen Prose
& en Vers, & des Chevrota,,
na, qui ont eu l'estime & l'ap,..
probation de tous les Sçavans.
Il s'estoit retiré depuis vingt
ans ou environ à Loudun dans
une belle Maison qu'il y avoit
fait bâtir, pour vivre chrestiennement
dans la solitude, & sur
la fin de sa vie il a consacré
cette mai son à Dieu en la donnant
aux Filles de l'Union Chreliicnne
, à condition qu'elles
recevroient trois Religieuses
,
& enfin il est mort avec des sentimensde
pieté admirables.Il
laisse une Bibliothèque à vendre,
qui lui acoûtê plus de soixante
mille livres; &qui sans estreune
des plus nombreuses, estune des
plus belles qu'on puisse voir, par
la rareté deslivres, le choix
des Auteurs, le papier, l'impres-
MonJ &larelieure.
On voit depuis un mois uil
Livre intitulé, Le Prince dccom..
flyj ou l'Idée du parfait Monarque
,
&desessentimens. Cet Ouvrage
prometbeaucoup, & je
suis persuadé que dans un autre
Siecle on n'auroit pas cru que
l'Auteur eust pû réussîr dans une
entreprise aussi difficile; mais il
est heureux d'avoir travaillé
fous le regne d'un Souverain,
qui luy met devant les yeux ce
que lesHistoires des Siecles passez
n'auroient pû luy fournir, &
ce que l'imagination la plus
étenduë n'auroit pû luy préter
pour peindre un Souverain aussi
parfait
, que celuy que nous
voyons aujourd'huy. Aussi n'at-
il pû le faire sans emprunter
ce que son Livre a de plus
beau
,
de la vie du plus grand
& du plus accompli des Monarques
, & qui feule fournit une infinitédechosesinconnuës,
à tous
les Siecles, & pourtant necessaires
à cette perfection que l'on
souhaite dansun Souverain pour
le pouvoirnommer accompli.On
voitdans le livre dont jevous parle
, non-seulement tout ce qu'un
Monarque doit faire pour estre
parfait ; mais ce que le Roy a
fait se trouvant dans l'idée que
l'Auteur veut donner d'un parfait
Souverain, on y remarque
presque toutes les actions éclatantes
de Sa Maiesté, avec un
tres-grand nombre de Portraits
de ceux qu'il a jugez dignes desplus
grands Emplois; & cesPortraits
estans bien touchez
,
doivent
faire plaisir aux Familles
interessées à leur gloire. Cet
ouvrageestd'une Proseferrée &
vive. Ilapprend beaucoup en
peirde paroles, & l'on y remarque
que l'Auteur connoist parfaitement
la Cour, & les caracteres
de toutes les personnes de
distinction qui la composent. Il
est deMrde Montfort,quivient
d'adresser à Mr l'Ambassadeur
d'Espagne,une Epître en Vers
qui lity a attiré de grands applaudiiremens.
Le Prince accompli
,ou l'idée du parfait Monarque
, se vend dans la grande
Salledu Palais, chez le sieur
Brunet, au Mercure galant.
Rien ne sçauroit estre plus digne
de la sainteté du temps où
nous sommes
, que la lecture d'un
autre livre nouveau que debite le
Sr Guignard
,
Libraire, ruë Saint
Jacques,intitulé,Pensées Chrerstiennes
enforme de Meditations
J pourchaquejour du mois. Onne fj donner trop de loüangesaupzeeulet deMcl'AbbédeBellegarde,son
1 Auteur, qui ayant resolude faire
) une suite de Meditations pour
! tout le cours de l'année sur les
IMyfteres
,
sur les Festes principales
, 8z, sur les plus importantes
veritez de l'Evangile&
de la Morale Chrêtienne, té-
1 moigne qu'il ne donne cet es-
I say que pour profiter, des lu.
; mieres des personnes vertueu-
;
ses & intelligentes qui luy vou-
} dront, bien faire part de leurs
¡ avis. Si on lit avec reflexion la
> Meditation qui se trouve pour
chaque jour dans ce livre,c'està
dire si on prend foin de bien
f: penetrer la verité qui en fait le fujcc3 & d'exciteren son coeur,
!
l'amour de la vertu que l'on y
propose
, ou l'horreur du vice
que l'on y condamne, il est impossible
qu'en fort peu de temps
on n'en tire de grands fruits. Il paroi stun autre Livre nouveau
, dont le titre ne sçauroit
promettre davantage. Ce sont
des Dialogues entre MessieursPci~
-trU &dAblancourt,sur les Plaisirs.
L'Auteur qui nous a donné une
tres- belleHistoire de la Vie de
Charles VII. a rempliparfaitement
tout ce que ce titre pouvoit
faire attendre, & quand il
dit dans sa Preface qu il a voulu
en passantjustifierMrd'Ablancour
du reproche injustequeluy
sont quelques personnes, de n'avoir
pas assez d'esprit, il n'a pas
dû craindre,comme il le témoigne,
quelamanieredontille fait:
parler ne confirme leur opinion.
Son stileestvif& ferré, Ôcil dit
peu de choses qui ne plaisent.
Les plaisirs dont ce livre traite
font un point de Morale qui merite
bien d'estre examiné avec
grand foin. Il fait dire d'abord
à Mr Patru, afin de donnera ses
Lecteursde l'aversion pour les
plaisirs
,
qu'il tient que la Volupté
dégrade l'homme&aneantit
le Chrestien. C'est la raison
qui fait l'homme y Se comment
peut-on s'imaginer, poursuit-il
Jo que dans le tumulte & l'emportement
desplaisirs
, on puisse
avoir le libre usage de la raison ? Il faut penser pour cela, & penser
d'une maniere conforme à la
dignité &. à la pureté de nostre
nature, & il n'est pas a croire
que l'on foit capable de penser au
milieu de ces transports&de ces
chatoüllemens de la Volupté
quisurprennent
,
qui saisissent
l'esprit & qui l'occupent tour
entier. Ce livre se vend chez
le Sr de Luyner,Libraire, dans
la Place Dauphine, &chez le
Sr Jean- Baptiste TAnglois»
dans la grand'Salle du Palais, a:
l'Ange Gardien.
Mr le Marquis deVera£rtia,
Viceroy de Sicile,ayant appns
que non-seulement le Roy avoir
accepté le testament dufeu Roy
d'Espagne, mais même que Mon.
seigneur le Duc d'Anjou avoit
esté reconnu dans tous les Etats
dépendans de cette grande
Monarchie, fit voir par toutes
les démonstrations de la plus
vive allegresse
,
qu'il estoit veritablement
penetré de joye, e qu'ilne le cedoit à aucun
des Vicerois & des Gouverneurs
Generaux, qui avoient
appris cette nouvelle avant luy.
Ce Seigneur résolut aussi- tost
d'envoyer Mr le Marquis de Xamaica,
sonFils,à Madrid,pour
marquer sa joye, sa foumi ssion
& son attachement inviolable à
son nouveau Maistre. Ce Marquis
a passé en France, & a eu
l'honneur desaluër Sa Majesté,
à laquelle il fut presenté par
Mr
le
Marquis deCastel dos
Rios, Ambassadeur d'Espagne.
Il a remis au Roy une Lettte
du Viceroy son Pere, par laquelle
il marque qu'il avoit toujours
souhaité ardemment de voir un
Prince François sur le Trône
d'Espagne, & qu'ainsi il a dû
ressentir beaucoup de joye en
apprenant que ses souhaits étoient
accomplis;mais que cette
joyeavoit beaucoup augmentée)
lors qu'illuy avoitestéordonné
de suivre en tout les ordres
qui luy seroient envoyez
par le Roy, ce qu'il seroit avec
un tres-sensible plaisir, Mr le
Marquis de Xamaica, a elle re.
ceu du Roydelamaniere du
monde la plus obligeante, &: il
est parti aussï charmé de ce Monarque,
que l'ont toujours esté
tous ceux qui ont eu l'honneur
de luy parler.
Le Chapitre de laCathédrale
de Strasbourg a du tout d'une
voix Mr l'Abbé de SoubiseCoadjuteur
de MrlefMUELUIAJU.de
Furstemberg, Evêque 6c Prince
derrailiourg. Sanaissanceseule
ne luy a pas faitmeriter cette
grande dignité, quoyquellesoit
des plus illustres, &qu' elle pust
luy donner lieu d'y prétendre,
mais ses bonnes moeurs&sa grande
éruditionyont aussi beaucoup
contribué. Je vous ay fait voir
plusieurs fois combien elle avoit
éclaté dans les actions publiques
, dont je vous ay parléa mesure
qu'elles sontarrivées.
Comme je commence mes Lettres
dans les premiers jours de
chaque mois,quoy que jene
vous les envoyé qu'à la fin,il y a
quelquefois des affaires dont la
situation le trouve changée lorlque
vous les recevez. Voicy un
estat des Troupes que l'Empereur
a sur pied. Peut-estre en
en aura-t-il plus, peut-estre en
aura-t-il moins, lorsque vous
commencerez à lire ma Lettre,
.& peut-estre aussï qu'avant que
xle la fermer, je vous parleray
juste là-dessus, & que j'entreray
dans une
matieresur
laquelle il
n'est pas encoHtttop permis de
raisonner.
LISTE DES TROUPES
de l'Empereur destinées
pour l'Italie.
- Infanterie,
Le vieuxRegiment de Starem-
1. berc-111
MansfeJd.
Nigrelh.
Le Regiment du Comte de Staremberg.
Herbersteyn.
Guttensteyn.
Bagny.
Le Jeune Taun.
Ces huit Regimens font igicol
hommes.
Commercy
Vaudemont.
ïâÂfi-
Lorraine.
VHeoniL
CïïfTnT
CëSlix Regimens font 6000.
hommes.
Dragons.
Savoye.
Serini.
DTedrychcfteyn.
Vaubonne.
Cesquatre Regimens font
400a. bommes.
Total 25)100.- LISTE DES TROUPES
de l'Empereur qui doivent
agrirsurleRhin.
- Infanterie
Bade.
Furstemberg.
Thungen. II.Y¡QjgrTràrianirete. ., .,
GeCchvvind.
Révenflavv.
Cessix Regimens font14400.
llommes.
Cavalerie.
Xiir-
Le vieux Hanover.
Les deux Regimens Hussars de
Colonitz , &. d'Ebergeni.
Ces quatreRegimens font
4000. hommes.
Dragons.
Stvrum. 7. Capli-
CescTeux Regimens font zooo.'
hommes.
Total 20400.
LISTE DES TROUPES
del'Empereur qui doivent
rester dans l'Esclavonie,
Infanterie.
Eill¥-
Solary.
Huit Compagnies du Regimenr deNeubonrg.
Ces Troupes consistent en
6600. hommes.
Cavalerie,
Le Jeune Hanover.
'Zaiit.
Steynville.
Ces Troupes consistent en 3000..
hommes.
Dragons.
Rabutin.
Ce Regiment est composé de
1000. hommes.
Total 10600. hommes.
LISTE DES TROUPES
de l'Empereur qui doivent
rester en Hongrie.
Infanterie. -
H,%^U&Wejv
Lichternileyn..
Rhingraf.
Marsigli.
Thnreimb.
Quatre Compagnies du Regiment
de Neubourg.
Ces Troupesfont 13200. hom.,
mes.
Cavalerie».
Caprara.
HUohTenëSfoellaerrn".
Cestrois Regimens font 3000.
hommes.
Dragons.
Heberville.
Schlick.
'Tútal 18-100. hommes.
LISTE DES TROUPES
de l'Empereur dans les Pays
Hereditaires.
Infanterie.
HLeavsiteiunxgReneg.iment deTaun.
Ces deux Regimens font 3600.
hommes.
Cavalexie-
Neubourg.
Kounseld.
Corbelli,
Darmflaç^.
Ces quatre Regimens font
4000.hommes.
Total 7600. hommes.
MademoiselleLhéritiera fait
le Sonnet en Bouts-rimez que
vous allez lire, sur l'acquisition
du Chafteaude Seaux, par Monsieur
le Duc du Maine. MAgniftquc Palais à superbe
- -
portique,
Plein demeubles dorez, à galant falbala>
Acquisparun Hérospins brave qu"-
Attila,
Seaux,lepoids de ton nom rend Pefl;
afe bourique.
Semblable en eloquence au saintFils
de Moniquey
Du MAINE3dans tonfeinl'abondance
coula.
Scngrandcoeur iifcs dons rCajamais
dit hola,
Aussi sa gloire va jusquau Pois
Ant arétiquc.
jamais en le chantant Apollonnefi
camus.
Que ce Dieu donne ou non droit de
committimus3
i On vante tafplcndeurfIns nulle sinderese..
Tufais voir ce que peut coloris &
marteau
Dans l'Art de Phidias & de Paul
Veronefc»
Mais cependantDu Maine efiton
plusbeau- cnanteau:,
Mr Moreau de Mautour a envoyé
depurspeuceMadrigal à
Mademoiselle de Scudery, aLi
sujetde cjuelqifeTpenfionWont
elle ne peut estrepayée, à cause
que ceux qui ont herité des biens
qui en sont chargez, font en procéfs.
Ovous0qui de iespritpojfedemies
richejjes,
.La F01tune& Thelnis
} ces aveugles
IJécffis,
De vos rares talens
*
de vos doctes
écrits, m
2fe connoissentpas tout leprix,
Jalousesdesneuf Saurs &duDieu
du Pamaffe,
Qui rendent immortelvofire nomglêrieux,
Honneur qui tous lesbiensfurpaffis
Zîunc & tautre pourVOfH fontsans
mains &sansyeux.
.ConJôlez.;;'VotM3Sapho,d'encourirleur
disgrace.
Louis efl équitable, éclairé3y:nejl
reuxj cheritlit vertu, connoiflle vray
mérité > Et vous en rcJJente.zfllns cesse les effets.
Heureux quiycommevous,fcavante
Favorite,
Apandansson efiime} &partà
ses bienfaits.
Mr le Duc de Heauvilîiérs,
aprés avoir conduit le Rov dT£
pagne jusque sur la frontiere de
ses Etats, arriva à Versailles au
commencement de ce mois, &
eut l'honneur de saluër Sa Majesté
,
qui luy fit un accüeil rresobligeant,
& luy dit que le voyage
qu'il venoit de faire avoit esté
grand pour un homme incommodé
; qu'elle estoit bien aise de
le revoir en meilleure fanté &
qu'elle avoit besoin de luy dans
la conjondure presente desaffaires.
Ce Duc se trouvant dans (on
année d'exercice de la Charge
de premier Gentilhomme de la
Chambre, voulut avoir l'honneur
de servir Sa Majesté dés le
jour même
, quoy qu'il ne fuffc
pas tout a fait remis de salongue
indisposition,&qu'il luy
restastencoreassez de foiblesse
pour te pouvoir dispenser de ce
service ; mais ion zèle) & le
lpelsaisir de servirun Prince dont
douces manieres ne diminuent
rien de la grandeur que son rang
l'oblige de soutenir
,
firent revenir
ses forces
,
& luy en donnerent
même de nouvelles.
Quoy que vous me témoigniez
estre satisfaite du détail
que je vous ay envoyé delavietoire
remportée par le RoV Je
SuédettrriArméëçfes. Sîçfcovites,
je ne puis m'empêcher d'y
joindre la Relation qui a couru
icy
, &que l'on ditavoir esté faite
par Mr dsJjaijUL£.i.,Adp^.Elle
est fort à la mode, & ce qui
regarde la retraite du Czar 11 quelque chose de si singulier,
&paroist si opposéà ses manieres
, que je croy que c'estce qui la fait rechercher avec tant
d'empressement. Vous aurez par là les deux uniques Relations
suivies qui ayent paru de cette
grande a&ioru
La Royde Suedepartit deson
Campd'Arcot, pour aller secourir
Nerva,son Armée composée
tout au plus de douze mille
hommes, n'ayant pas voulu attendre
le reste de ses Troupes,
qui devoient arriver de Revel,
où elles avoient débarqué, &
qui jointes aux autres , auroient
pû faire une Armée de vingt
mille hommes. Il fit la premiere
journée une marche de quatre
lieuës d'Allemagne, & arriva
sur la fin dujour au défilé de
Leagagu,éloigné de Nerva pareillement
de quatre lieuës Les
bords de ce défilé sont profonds
de plus de trente toises de chaque
costé. Il ya dans le milieu
un gros ruisseau, dont le pont est
assez large pour passerune marche
de Bataillon de front. On
s'attendoit à y trouver de la résistance.
On fit halte sur la hauteur,
& on assembla les Troupes
pour les mettre en bataille,
autant que l'obscurité le pouvoit
permettre.On voyoit de l'autre
costé de ce défilé quantité de
feux, & beaucoupde Cavalerie,
passant au travers.L de la lumiere
que leur feu nous donnoit. Sur
les onze heures du soir, leRoy fit
descendre son Regiment des
Gardes, dont les Grenadiers passerent
le Pont, & y resterent toute
la nuit.Ons'attendoit à combatre
le lendemain
,
mais on ne
trouva plus personne qui disputast
le passage. C'estoitune part
ie de quatremille chevaux que
le Czar avoit envoyez à la découverte,
&qui estoit retournée
de son Camp pour donner seulement
la nouvelle de l'arrivée de
l'Armée de Suede, s'estant contentée
de l'avoir vue C'est une
tres grande faute du Czar de n'avoir
pas disputé ce passage. Quatre
mille hommes en auroient
arresté trente mille.L'Armée de
Suede continua sa route, fit deux
lieuës & demie, & le même jour
passa un second défilé, aussi diffitf
11
cile que Jre premier ; de qui ne
fut pas mieux gardé. Elle cou- cha au Bioüac., sans fourrage
pour les chevaux, & avec fort
peu de vivres, par un temps tresrude.
Le Roy fit tirer quatre
coups de Canon pour le signal
du secours de la Ville. On arri-
-
va le lendemain surles dix heures
du matin àlavuë du Retranchement
,
l'Armée marchant sur
une feule colomne entre des
Bois ,n'ayant point d'autre chemin.
On alla reconnoistre la situation,
Les lignes estoient fort
hautes &fortes,épaisses, sans fossez
devant, le chemin qui est
tout de roc ne le permettant pas. On choisit deux hauteurs qui
estoientassez prés pour placer
l'Artillerie, On resolutaussi de
conduire lechemin-.par les deux
attaques fort prés les unes des autres, environ dansle centre de la ligne de circonvallation
Le Roy prit celle de la gauche, & donna celle de la droite au General Vejjing. Les.Troupes cqiubilfeonrtmoientcesdeux attaques
pour chacune vingt- deux Escadrons & dix Bataillons,
dontles plus forts n'estoient que de trois cens hommes,le Roy les
ayant partagez en deux. CesBataillons
ne devoientpoints'élteandre
ny marcher de front dans maniereordinaire. Un Batail- londe Grenadiersestoit soutenu
de deux Bataillons. Ces deux
Bataillonsestoient soutenus de trois, & ces trois de quatre: La disposition citantajnlj faite, on
t s'avança sur le midy droit auRetranchement,
sans pouvoir estre
vû. Un homme à peine en pouvoit-
il distinguer un autre, à
cause de la quantitéde nege qui
tomba danslemoment. Les Moscovites
qui ne virent les Troupes
que quand elles furent sur
eux, firent d'abord leur décharge,
maison fut bien-tost sur le
Retranchement que l'on emporta
sans autre resistance. Les
deuxattaques reüssirent également.
Le Roy qui avoir pris celle
de la gauche, replia allai tout
d'un coup sur lagauc he 6c poussa
les Bataillons des Moscovites les
uns sur lesautres,tout lelong
du Retranchement.L'épouvante
qui estoitparmi eux les ayant
empêchez de voir la petite
quantitédes Troupespar laquelle
ils estoient attaquez, fitqu'ils
ne songerent qu'à gagner le Pont
qui eI1 entre Nerva & la Mer.
On en tua beaucoup dans ce desordre,
& l'on s'étendit le plus
que l'on put dans leur Camp,
ce qui estoit assez difficile, tant
par la situation du lieu, que
par la grande quantité de maisons
de bois qu'ils avoient bâties,
car c'estoit proprement une secondeVille
que le Czar avoit
bâtie autour de Narva. Le General
Velling replia aussi sur la
gauche, &vint reprendre l'attaque
du Roy laissantderriere luy
toute leur aîle gauche, qui au
lieu de le suivre & de le charger,
resta toute la journéeimmobile
dans son poste.L'aile droite
estant ainsi chargée par le Roy,
le GeneralVelling:qui ne leur
-
donnoit pas le tem ps de se reconnoistre,
les precipita dans la riviere
, avec confusion
3
& de dessusle
Pont; mais par malheur
pour tous les deux partis, le
Pont serompit. Ceux qui étoient
dessus senoyerent
,
& ceux qui
n'avoient pu y entrer voyant
qu'il n'yavoit pointd'esperance
de se sauver
,
firent de
necessité vertu, & retournérent
à la charge contre les Suedois.
Le feu fut fort grand. Ils tuerent
beaucou p de monde, &
même regagnerent du terrain.
Le combat s'échauffoit de plus
en plus,lors que la nuit vint,
& ralentit la chaleur des Combattans.
Personne ne quitta son
poste ,& jusqu'à minuit l'on tira.
les uns sur les autres, tantCanon
que Mousquets. A lafin
, un Trompette Moscovite vint dire
que si l'on vouloit leur faire
quartier, & les renvoyer chez
eux, ils mettroient les armes
bas. On consentit à cette proposition.
Le General qui commandoit
la gauche, & qui s'estoit
tenu toute la journée sans rien
faire, envoya dés la pointe du
jour une Lettre au General 'l.e.k
îi-ng
, pour luy faire la même
proposition, qui fut acceptée
sans peine, car il avoit luy seul
deux fois plus de monde que le
Roy de Suede n'enavoit. Un autre
qui commandoit dans un
Fort ; en fit autant. Ainsi le Roy
de Suede se trouva maistre du
champ de Bataille, & secourut
Nerva,après avoir forcé ccac
mille hommes retranchez avec
des Troupes presque toutes nouvelles.
La perte des Moscovites
eil de plus de vingt mille hommes
tuez sur le,cliampdeBataille,
fajjscompter ceux qui fone
dans la Rivière.Xe Butin suc
fort considerable. On trouva
soixante&quinzepiecesde gros
Canon, cinquante d'Artillerie
-de campagne,trente Mortiers,
cent quatre-vingt Drapeaux ou
Etendants, beaucoup de munitions
de guerre, .& soixante mille
Ecus en argent comptant. Les
Suedoisy qntperdu quinze cen$
hommes, tant morts que blessez.
Le Roy y a fait luy-meme de
grandes acLions.11 a tué trois
hommes de sa main, & aeu un
coup demousquet dans sa cra-1
vate. La Tranchée des Moscovites
estoit pousseeassez prés de
-
la Contre-eîcarpe. Leurs travaux
font beaux & fort dans les
reg les; mais ils estoient inutiles,
car on pouvoit prendre le chemin
couvert d'emblée, n'y ayant
aucune palissade, & la Place
etstaéntrou-te colnveàrte de.ce cô- fMrle Duc de Croy, GénéraliflîmedecetteArfflfée
,
estoit à
table quand on le vint attaq uer.
Il fut un des premiers qu'on fit
prisonnier. Il n'eut le temps que
de se botter une jambe, & quand
on luy demanda pourquoy il n'avoit
gardé aucun des défiiez qui
estoient sur le chemin, il répondit
qu'il n'avoit eu le comrnaii.
dément que du jour d'auparavant;
que jllCquc-là le Czar luy
avoit caché jusqu'aux moindres'
choses, qu'il ne connoissoit pas
un seulOfficier3 ni un seulRégiment
; que le Czar estoit venu
tout tremblant à satente la veille
du signal, que le Roy de Suede'
avoit donné à la Ville, luy dire
qu'il lefaisoitGencraliflime, &
luy remettoit le commandement
de l'Armée; que pour luy il s'en
alloita six licuës de la attendre
l'évcnement. Il dit qu'il le remercia
d'abord, & ne voulut
point accepter ce commandement;
mais que le Czarle menaça
de luy faire cou per la telle
s'il le refusoit. Ce Prince luy fit
iur le champ expedier un Brevet,
de Generalissime
, qu'il a mon--[
ré , & qui effectivement n'est
datté que du jour d'auparavant,
après quoy il partitj en lui laissantenviron
deuxcensAides de
Camp, ou Majors,qu'il dit avoir
assemblez quand le Royde Suede
parut, pour les envoyer où il
auroit jugé a propos; malS qu'aux
premiers coups de mousquet toute
latroupe se dissipa, & qu'il
ne trouva pas un seul homme
pour porter un ordre. Si le Roy
de Suede avoit eu un quart des
Troupes qu'il alaissees dans le
-.coeur de son Royaume, avec
celles qu'il avoit, il ne feroit pas
échapé un seul Moscovit-e. C'est
cependant une aétion trc&hardie,
tres-heureuse & tres-bien conduite.
Parmile nombre des prisonniers
il y a vingt-cinq Officiers
Généraux,& entre autres
le Prince Alexandre de Tarzane,
le Grand Maistre crêrA'r-tilleïlë
, & le PrinceMitiscy,
Messîeurs de la Compagnie des
Lanterniftes de Toulouse ont
publié ce que jevous envoye.
BOUTS-RIMEZ,
Proposez par les Lanterniftes,
pour l'année 1701. NOs Bouts-rimez ne manqueront
jamaisdematiere5
ils ont pour objetles- belles actions
de LOUIS LE GRAND.
Que son regne est heureux! on y
voitparoistre sans cesse des prodiges
cclatans. L'élévation du
Jeune Prince qui est appelle à
tant de Royaumes, fait aujourdhuy
l'attention de tout l'Univers;
c'est l'ouvrage de son Auguste
Ayeul. Ses victoires l'ont
preparé, & son desinteressement
va misladerniere main. Cet invincible
Monarque sçait également
proteger & faire des Rois.
Les Mufes ont icy une nouvelle
occasion de briller; on les invite
à redoubler leur énllllation, pour
répondre en quelque forte, par
leurs expressions les plusvives, à
la dignité du fiijet qui leur est
-
proposé.
BOUTS-RIMEZ.
S pectacles, surpris, épris, Oracl
es. Miracles,Prix,entrepris,obftaçlcs.
Nouveau, flambeau, terminées.
Adions, Destinées, Nations.
Les Sonnets doivent estreaccompagnez
d'une Priere pour le
Roy,& d'une Sentence. Les Auteurs
mettront leur seing couvert
& cac heté au bas de leurs
Sonnetsou dans une Lettre fepa,
rée, le tout sous la même envelope,
& rendu franc de port chez
Mr Seré, prés la Place de Roaix,
à Touïoufe>huit jours avant la
Saint Jean. On avertit. que les
Sonnets qui feront en petits Vers
ou àrimes çomposées, ne pourront
prétendre au Prix.
Voicy les noms de quelques
personnes distinguées, mortes
depuis ma derniere Lettre.
Dame Anne-Cathermedela
JBriffe, Epouse de Messire Jean
Rouille
, Comte de MelIay,
Conseiller an Parlement, morte
en Févrierâgée de vingt-quatre
ans, laiÏÏantun Filsunique. Elte
efloit Fille de lvlcffirc Arnauldde
la Brrtfe). MarquisdeFerrierc>^
Procureurgénéral du Parlement:,
-mortau mois de Septembre dernier,
&de Marthe-Agnès PortierdeNovion,
sa premiere Femme.
AÏ*HeMeslay estFils de
MessîreJeanRoitil[é. Comte de
Meslay ,Conseiller d'Etatordinaire
,
dont je vous appris la
mort dans maLettre de Février
1698.
MessîreHenrydeGravefon >
Brigadier des Armées -JURoyJ
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis, &., LieutenantColonel
du Régiment Royal de la Marine.
Il est mort sans alliance.
MessireAntoine Guyet, Mailire
des Comptes. Il
cft
mort4g<é
de quatre-vingts ans, &laisse
trois Filles de Dame Marie Vincent.
L'ainée estant Veuvede
MessïreClaude de la Barde,Marquis
de Marqllesv Conseiller au
Parlement, aepouséM1leGr.ain,
La fécondé est Veuve de Messire
Jôseph1s. Clerc de Lefreville
Conseiller auParlement dont je
vous appris la mort dans ma Lettre
du mois de Septembre dernier;
& la derniere est mariée à
Messire LouisleBoulanger, Seigneur
de Hacquevville>Conseiller
au Parlement
, & à present
Maistre des Requestes.
• DameFrançoifePatUj Egoufs
de Messire Henry le Grand,
Maistre des Comptes.
Mr Tanvry-, mort le premier
jour de Marsâgédetrente-deux
ianls.Il estoitnatif de Laval,où avoitsoûtenu une These générale
de Philosophieà l'âge de
dix ans. A quinze il estoitDocteur
en Medecine de la Faculté
d'Angers.Havoit l'honneurd'être
de l'A cademie Royale des
Sciences, & Docteur en Medecine
de la Faculté de Paris. Ila
composé plusieurs beaux ouvrages
d'Anatomie & de Medecine
qui ont esté très- bien reçus du
Public.C'estoit un des plus
beaux esprits de ce temps.
Rien n'est plus necessaire aux
en sans qu'une bonne éducation,
puisque le bonheur de leurvie
en dépend Couvent. Ainsi ne
peut en prendre trop de soin, &
afin de ne se rien reprocherlà
dessus, il eÍt bon de voir tout ce
qui enseigne les moyens d'y parvenir
La veuve Rondet,ruë S.
Jacquesalalongue Alice
, à la longueAtrée, vveenndd
depuis peu un petit livre qui regarde
en quelque façon cette matiere est intitulé, Reflexions
surla manière d'instruire les petits
Enfans,Il n'y a pointdelivres
où il n'y ait
quelque
chose d'utile
quand ils ne font point directement
opposez aux bonnes
moeurs.
Le Jeudi 17. de ce mois, Mr
de Saci, Avocat au Conseil, vintprendre séance à l'A cademie
Françoise, en la place de feu
MrlePresident Rose. Je m'estois

grand dans tous les desseinsqu'il
avoit formez pour les avantages
& pour la grandeur de la Monarchie,
jamais il ne s'estoit fait
voir plus grand que dans l'établissement
de l'Academie, qui
devoit estre la dépositaire des
surprenantes actions de Louis le
Grand, pour les transmettre a
la Posterité, qui toutes vrayes
qu'elles estoient
,
auroit peine
un jour à les trouver vray-semblables.
Il ditentre-autres choses
en sassantl'éloge de cet Auguste
Monarque,que le Vainqueur
de l'Asie, ou plutost de
tout le monde, Alexandre, en
s'oubliant assez pour oser croire
qu'il estoit un Dieu, s'estoi t
montré homme
, au lieu que le
Roy s'estantsouvenu dans toutes
ses actions qu'il estoit homme
ne l'avoit jamais paru.
Mr Perraut,Directeur alors
de laCompagnie, en sotint tresbien
l'honneur, par la réponse
qu'il fit à ce nouvel Académicien.
Ilfitconnoiffcre quec'estoit
à feu Mr Rose
,
qu'elle devoit
l'honneur dont elle est en possession,
d'estreadmise à l'Audience
du Roy dans les occasions
éclatantes, où Sa Majesté
veut bien recevoirlesHarangues&
les Complimens de ses
Sujets, & d'y estre admise avec
les mêmesprorogatives qui font
accordées aux Cours Supérieures.
Son Discours fut fort applaudi,
& après avoir entretenu
l'Assemblée en Prose
, il l'entretint
agréablement en Vers
p.lr la bouche de Mr l'Abbé de
Çhojfi
,
qui lut la Traduction
que le même Mr Perraut a faite
d'une Ode Latine de Mr l'Abbé
Boutard
>
sur l'entrée du Roy
Philippe Cinquièmeen Espagne.
Je ne vous diray rien de plus»
touchant la beautéde ces Ouvrages
,puisque vous les trouverez
imprimez au prnmier jour chez
le sieur Coignard
, Imprimeur 8c
Libraire du Roy & de l'Academie
Françoise, ruë S. Jacques,
àla Bible d'or.
Si les Lettres qu'on m'adresse
m'estoient rendues dansle temps
qu'elles me sontnecessaires pour
les nouvelles dont j'ay à vous
faire part, tous les Articles des
Relations que je vous envoye.,
seroient tou jours à leur place,&
je vous aurois parti du Sermon
que fit le Pere Justin Bergue, Recolet,le jour de Noël ,dans
l'Eglise Cathedrale de Saintes,
quand je vous marquay que le
Roy d'Espagne avoit passéquelques
jours en cette Ville-la.
Voici le Compliment qu'il fit à
ce Prince,
SIRE,
Si je ne devois annoncer icy que
vofiregloire3 jepourrois direqueSalomon
ne fut jamais si grand que
vous,puis qu'unfeut Lis , comme
dit/'Ecriture, estnaturellementorne
d'une plus grande majefié que luy,
mais quelle apparence déleverVostre
Majestè3 quelque grande quelle
fui/Je eflre ? Vous Ptvez, fournife
alujourdhuy au pied du Trône de Agneau
,
& vous esses venu
danscesaintTemple
,
bienmoins
pour y entendrepublier vostre gloiie
f
que foury recmmifîre vom oz
memu
celiedeDieu,
Qjue nedevex^ vouspas, Sire, À
un Dieu quia tantfaitpeurvous î
£V Dieu
e
qui poursagloire chercha
un Daviddmsla Camilled'Ifai,
d'" qui pour le bonheur des peuples,
trouva un pacifique Salomon
,
dans
la Famille de David
, a cherché&
a trouvé dans celle de Louis le Grand,
umn fécoondnDav,id, un fécondSalo- d
, fecgnd Salo«.
Quelle étendue de la gloire de Dieu.
J'uppercoisdéjà fous voflre règne ,

nouveaumonde
J
le monde entierfou-*
mis aJ. C. Quelle éternellepaixpour
les Peuples!Je croy voir l'univers
auJJî tranquille quil efioit fous le
wyie d'Au^nJle,
MeureufeEspagne, que vos peuples
feront heureux! que nom feront
heureux nous-mêmes! Adorateurs du
même Dieu,Sujets de Princes d'un
même Sang, n'ayant tous qu'uncoeur
& qumte.ame ,
nousneferons dcftrmais
qu'un même peuple, Quipourvoit
bnfer une alliance &siancienne
6"sinouvelle 3que la main de Dieu
seul aforméeQui oseroit attaquer
Jfrael&Iuda, quandils feront unis ensanble
Mcfions dJnc nos vvooiixx avec celles
des Anges, & ccàons-nousaveceux,I
Gloire à Dieuauplus haut des*
Cieux) & paix sur la terre aux j
hommes de bonne volonté.
M- -ats quelle inj/,"T" ué_8tion tirerons- 1
nous de ces paroles de mon texte, qui
•I
nous donnant une idée auiujîe du mifiere,
fuit conforme à ce qui se passi 1
aujourdkuyfous nosyeux 1La voicy
avec ma division.
Iesus naissantfournis à la ioy de
fort Pere , pour procurer sa gloire
J apprend aux Grands à fefoumettre à
la loy de Dieupour sa gloire.
Jefus naissantfournis à la loy des
Princes du monde pour le bien de la
paix, apprend aux peuples à se
soumettre à la loydesGrandspour le
bien de la paix.
Il commença son premier Point
parune énumeration brillante,
qui montra la grandeur duFils de
Dieu, son égalité avec son Pere,
& fit voir son humiliation à Bethléem
,
sa soumi ssion à la volonté
de DieusonPere;il paraphrasa
les paroles du Prophete, citées
par S+V&uLSamficium&obla.-
tionem noiuifii corpus
J autem aptd'-.
ftimihi3 tune dixi ecce venio
3
in
capte Libriferiptum efi de me utfaciamvoluntatem
tuam ,
Deus meus
voluij&legem tuam in medio cordis. mei: Il fît voir que la Loy à laquelle
Jesus se fourmit estoit detoutes
les Loix la plus dure: Loy
de croix, Loy de souffrances,& il
prouve qu'il s'y estoit fournis autant
pour glorifier sonPere que
pour racheter les hommes.
Leretourde ce premierpoine
fut de donner aux Grands du
monde, une idée auguste de leur
grandeur., & se servant des exlparessions
de l'Ecriture,il les apël-,
les coadjuteurs, les aides,
les ministresdeDieu, les Dieux
sur la terre, ôc les enfans-du très*
Haut par excellence.
Ensuite il fit voir la grandeur
de leurs engagemens à l'égardde
Diell,& qu'ils dévoient par leurs
adorations, lui remettre les soumiffiojis
des peuples. Il compara
leur coeur à un sanctuaire sa.:.
créqui conservoit la sainteté des
Loix i illeur dit que c'étoit
d'eujc qu'il étoit écrit à la tête
du livre des vivans ; qnils observeroient
laLoy de Dieu, parce
qu'étant les colomnes , les bases
, & les lumieres du monde
ils devoient ausside grands v exemples
au monde, & conclut que
lorsqu'ils en ufoient ainsi, c'étoit
pour Dieu une grande gloire;
qu'il s'applaudissoitsur l'hu-
- miliation d'un Grand. Il cita
i'^ndfioic. des Roi&où Dieu dit
à Elie:Vous avez veu Acab hu- '1
milié en ma presence. 1
Il dit avec beaucoup d'esprit
que lorsque les peuples obser- j
voient la Loy de Dieu & shu- k
milioient en J sa presence, c'é- ;
toient des grains de fable qui naturellemsnt
couvraient la face
de la terre, à qui il coutoit peu
de ramper:quec'étaient des roseaux
qui seplioient sans peine,
des nuageslégersqui alloient
fclon l'ordre deDieu.Dieu, dit.
il) leSaime,lesvoit,- maispourlui,
jeparle humainement
3 ce rieftpas
une grandegloirej tout au contraire
lorsquelesgrands s'humiliente!;"" 06':"-
fervent lafaillie Loy de Dieu, ce
font les collines
,
les montagnes du'
monde qui se courbent fous les pas
de tEtcrnitdde Dieu: çe font les cc+r
â-'cs qui- plient foussa main. -
Quelfpetiaclc de voir ie Soleil, la.
Lune & les Etoiles qui adorent leuir
Createur ,
qui fartent au son desa
voix3 &qui vontbrillerdans les endroits
du. monde qu'il leur marqueî
Cela ne vousparoist -il pas plus
grandpourDieu,que de voirie neant
fournisàsapui/fance ?
Quelle gloire pour Jefits de voir
trois Rois profiernez^ au pied de fort
berceau
,
dÓPofer leur Couronna &
leur Diadème ; &pro/cfter à ce Roy
desfiedes immortels &invijblc, que
luyseulest digne d'honneur! Cela ne
vous paroiss-ilpas plus grandque de
voir les Pasteurs de Judée aupied de
ce même Berceau? Ilappuyacela par les exemdpeles
de David, de Salomon, 6c
Josias ; & conclud que quand.
l'insensée Michol insulteroit le
saint Roy David, parce qu'il
chantoit en presence de l'Arche,
David ne devroit pas se rebuter
; & que quand le monde
encore plus insensé
,
mépriseroit
ces Grands si soumis & si religieux
, ils devroient toujours
procurer la gloire de Dieu en lui
rendant ce qu'ils lui dévoient.
Dans le second Point, il fit
voir l'indépendance de JcCus,
Fils de tant de Roisselon l'humanité,
Fils de Dieu selon la divinité
, & avec cela sa soumission
aux Princes de la terre. Cette
soumission parut dans l'exactitude
à obéir a l'Edit de Cesar Auguste,
les raisons que Marie pouvoit
avoir pour s'en dispenser,
ta soumissiondu Fils qui voulut
estre inscritau nombre des Sujets
de Cesar.
L'application fut aux peu- ples, pour leur inspirer leurs
sacrez devoirs à l'égard des
Grandsàqui il devaient des hontneurs
& des tributs; des honneurs
à leur autorité, des tributs à leur dignité Il cita tout les
endroits ne l'Ecriture qu'il lia.
avec beaucoup de delicatesse
3
<£ç finit par.ces paroles.
Ceferadans cette dépendancechrétienne
qu'on verra .tout l'Univers
tranquille
3 nous ne déplorerons plus
le desordre que voyaitleprophete Ifaye
Ivrfque l'Homme.du peuple insulta
VHommenoble 5 .& que l'enfaritfe -pttlevoitcontre leMaqjftrat.
Onferafournis aux Rois,comme
-
auxplus
excellentes creatures du monde
felon lexprefîfondesaintPierre;
à leurs Irfiniftres
,
à leurs Officiers
comme à desCoadjuteurs,adesAides,
qu'ils envoyeent dans les Provinces,
portant le glaive d'une main
pour châtier le crime
,
& des couronne
de l'autre pourrecompenfer la vertu.
Ce fera ponr lors ( quel Jïecle,
quel heureuxjïeclel) Ceferapourlors
que les Grands rendront à Dieu ce
qu'ils lui doiventquelespeuples
rendront aux Grands tout ce qui leur
cfi dit. Le Cielretentira de la gloire
de Dieu, & la paixse répandra sur
les hommes de bonne volonté Les
Grandsseprosternerontfousle Trône
de lEtemel, & lespeuples s'humilieront
fous le pouvoir des Grands.
Dieu trouverasa gloire dans la soumissîondespuissances
; &lepeuple
tiîde bonnevolonté^fournisIlces mkmss
fuiffances3jouiradelapaix. LeRay.
tkiicndta lefalutdes mains de Dieu
fèJJ.t./juLle.d(Jnne, &le-P.e&pkpriant,
$**rson Roy élèvera ses mains,sa.
-yaix &son•c&urpourlui dire.
Seigneur Dieu,par qui les
Rois regnent, les Princes com-
.mandent,ô^les-Potentats de
/J^Univecs rendent la justice,
conservez le Roy que vous donnez
à l'Espagne, sauvez le Roy,
exaucez vostrepeuple
Grtnd Prince quel'Efp-agn-ea- ttire
après elle,y &que la France m oitpartir qu'avec regret, vous emportez,
avec vous une pdxtie des COEHTS
•& de la. gloire. de l'Etat.Ifefes!
avencx-vtws de nous quandvous*
stre,,-iWTU ce Royaume i foye%J§*-.
joursuniàneus,regpei^fetr.M<uaf^
fies Etats ;vous regnereztoûjoursftr
nos CoeUfS.
Pour moy ,
Sire, je le dis dans
toute, la penetration de mon ame ,
ces peuples font plus heureux que
vous plu s heureux de vous possider
,
que vous nefies heureux de regner.
Zorfque foffriray l'agneausanstache3vousmefûre^
toujoursprefent-, &
si ce Dieu immortel écoute mesprie-
TeS, je lui diray incejjamment pour
vous.
SouverainRoy des Rois, quitenez
les coeurs desRois entre vos
mains,conservez_(ooittttteenneezz,,; cceelluui que
vous-même avez consacre ; que son
Royaumeflit le Royaume de tous les
fieeles; queson Trône dure autant
que lecoursdu Soleil j qu'ilfoitatiffî
grand,au,(Jipieux que son Ayeul,
aujjt heureux quesonaugufie Pere3
éju'ilvêy#les cnfans- de fies enfans , jufqtfà la quatrième génération,
Pierre angulaire
,
Sauveur lefus>
quides deuxpeuples n'-enfaitesquun,
unifiez^nous avec luijusqu'à tafin
dessiecles > & lorsque vous en.eve
rez,toutes ces couronnes, que vousmême
j o mon Dieu! avezimpo¡;es
surfittètejcouronnez-.les degloire& ilimmortalite ; qu'il enporte autant
dans le Cielqu'il en possedesurlar
terre. Cefontles souhaitsquejefais
à vofire Mctjejlé avec toutes les bewediftims
du fage Prélat qui presid?
surcette Eglise
,
& toutes les benediHions
du Dieze immortel qui pre-
Jidesurl'Bglife & sur le Prélat.
Cette fin attendrit tout l'auditoire
quiestoit composédel'élite
des trois Provinces Saintonge, Aunis& Angoumois, PLudeurs
verserent des larmes, le Predicateur
même fut touché,&le Roy
& toute la Cour témoignerent
en avoir rçuune tres - grande
satisfaction.
Les nouvel les particularitez
qui me sont venues touchant ce
qui s'estpassé à Auch à la réception
de Messeigneurs les
Princes, m'obligent à vous parler
de nouveau de cet Article.
Ils y arrivèrent le 8. Février a
quatre heures du soir
,
& trouvérent
hors la Ville une double
hayed'Artisans fous les armes,
au milieu de laquelle ils passerent.
CetteSoldatesqueestoit
composée de cinq Compagnies
de cent cinquante hommes chacune
, pour répondre aux cinq
quartiers de la ville d'Auth. Ils-,-
avoient tous un chapeau unipagnie
composée des plus notables
Bourgeois, & de leurs Fils
& Neveux, avec des chapeaux
uniformes, bordez d'or, & une
cocarde blanche,avant chacun
un noeud de ruban couleur de
feu au lieu de cravate. M1de
Bafcous estoit à la tesse de cette
Compagnie. Cette double have
se terminoit à l'entrée de l'Archevêché.
Mr le Maréchal de Noailles
ayant permis aux Bourgeois de
fairela garde auprés de Messeigneurs
les Princes, on forma
d'abord un corps de garde de
cinquante hommes, qui fut posé
à l'Hostel de Ville, fort prés de
l'Archevêché, & l'on posa en
même temps deux Sentinelles à
la porte de l'Archevêché.
Peu de temps après l'arrivée
deMesseigneurs les Princes, les-
Maire& Consuls leur firent les
prefcns de la Ville, consistant
entre-autres en vingt - quatre
douzaines de poires- de Bonchrestien
d'Auch, si renommées
pour leur delicatesse&pour leur
bonté.
A six heures toutela Ville fut
illuminée par quantité de lumieres
aux fenestres; oc à huit on
alluma des feux dans tes Places,
& dans toutes les ruës.
Messeigneurs les Princes souperent
chez Mr le Maréchalde
jfcjoaiiles. Monseigneur le Duc
de Bourgogne en se retirant fit
l'honneur à l'Officier de garde
de luy donner l'ordre.
Après le soupé de Messeigneurs
les Princes, Mr l'Intendant
le Gendre donna un Bal
magnifique c hez Madame de
Bascous, oùil estoit logé. Tous
les jeunes Seigneurs de la Cour
s'y rendirent. Toutes les Dames
dela Ville en avoientesté priées.
Quelques-unes s'y distinguerent
par leur danse
,
d'autres par l'agreable
& brillante vivacité qui
reg ne en ce Pays-là. Il y eut
ensuite un assez gros jeu, auquel
succeda une colation ruperbe.
Le 9. Messeigneurs les Princes
allerent à la Messe à la Cathedrale.
I ls y furent receus au bas de
la Nef par le Corps du Chapitre,
Mr l'AbbédeChaulnes Prevost,
à la teste. Voicy le Discours
qu'il adressa à Monseigneur le
DucdeBourgogne.
MO2fSEIGKEVR,
L-eClergéduDiocese etAucbmefie"
avec empressement sesrefpcHueux
hommages aux acclamations publia
quess'acquiteavecjoye dutribut:
d'tldmirdtion qui vous cft si legitimement
drt. Vousvenex^, Monfe-
gneur, de mettre un Prince en possessîon
d'une Monarchie, où vous
'attrie'{, regné vous-même, si voflre
droit à une Couronne glorieuse nefloit
quelquechosedeplusgrandque d'cftre
en effet Roy des Efyagnes.Quelaugurepourvoflre
gloire, de conduirefitofi
des Souverains sur ie Trbne.
Mais oserons-nous vous le dire,
Monseigneur, qu'il en coute cherà
voflre coeurs de n'avoir pu livrer un
Empire qu'en vous separant d'un
oeuqj'fie Frere dont lapersonne vous
cfi el;core plus chere que la Monarchie
que vous luy cedez La France a
esiétémoin de sa tendressepourvous.
Nos heureux voisins l'ont esié de la
vostrefour ce Prince
3
d"" dusujet de
vofire peine
3
ils ontfaitlesujet &
la mesure de leurjoye.
En recevant de vofire main. leur
nouveau Roy ,
ils ont cru avec raison
voir renaitre parmy eux le bon
ordre, lavaleur3 lapieté&lajufiiice
: biens precieux qu'ils ne pouvoient&
ne devoientjamaisattendre
que du digne Fils du Héros qui dans
les derniers tempsaportél'épouvante
dans le feinmêmedel1Empire.
Philippecinquième a détruit en un
moment dans l'esprit& dans lecoeur
de ses peuples lidée fafiueufe de ce
Monarque si renommé çaimi eux
dspuii
depuis tant d'années,il ne falloit
pas moins qu'un Prince du Sang augufis
de France pourfaire ce miracle,
&J'EJ}agne ne pouvoitfe dédommager
deses pertes quepar un Dependant
du Heros qui les luy a causees.
Les cris dyallegrejfe qui retentissent
de toutes parts dans ces ROYtlUmes)
viennent jufqu*ùuous3 & nous affligent;
mais les cris de joye qu'excite
voflre presence passent jusquà eux,
& leur apprennent que si nous leur
avons donné beaucoup
,
il notts reste
encore davantage.
Héritier prèsomptif des Etats de
Louis le Grand, vous jëmhle'Zdéja
en posseder toutes les vertus. Jeune
comme vous il vint autrefois les inipirer
à ses Sujets,formésur ce rare
modele vous venez les affermir parmy
nous.
Quelplaifirpour ce Héros
3
dont
vous nom retrdcez si vivement la
glorieuseImage} lors qu'ilapprendra
de voflre bouche que lespeuples defin
vaste Empirefontglorieux&contens;
les Villes emhellieJ, les campagnes
fertiles
3
le monjbre de l'Heresie détruit,&
la Religion Catholique
refyettée partout, autant par l'exemple
de ce Monarque
3 quepar
fin autorité.
Vostre heureux retour & lesimple
"dCÍt de tant de merveilles, peuvent
seuls le consoler de l'eloignementd'un
Prince dont il a fignè le dessin en
R°yi& dont il a vû le départ en
Pere.
Pottrnous
,
Monseigneur3consacre,
auservice des Autels, nousne
cesserons de prier le Très-haut qu'il
répandesur vous ses benedié/ions infinies,&
qu'il comble di."profjerite-(.
des Princes dont la réputation cJm,
mencée passe déja les ejperances les
pluslfateufes, & dont les vertus feront
un jour l'admiration de l'Unir,
vers.
Messeigneurs les Princes témoignerent
qu'ils estoient trescontens
de ce Discours, qui fut
unanimement applaudi de tous
ceuxqui l'entendirent. Mrl'Abbé
de Chauines est homme de
naissance,de beaucoup d'esprit,&
Vicaire General deMr l'Archevêque
d'Auch depuis prés de
quinze ans. Il est aussi son Parent,
& gouverne le Diocese en son
absence. Ils'yestdistinguésouvent
par l'heureux avantage
qu'il a eu de ramener à leur devoir
les Nouveaux Convertis
quis'en estoient écartez.
Aprés la Messe, les Officiers
duPresidial, & ceux de l'Election
separément, presentez par
Mr Desgranges, eurent l'honneur
de saluër Messeigneursles
Princes, MrDaspe
>
Juge Mage,
à la teste du
Presidial,&Mrdis
Marignan, President de l'Election
, porterent la parole.
Pendant leur sejour à Auch,
la joye fut si generalement répanduë
nuit & jour dans les maisons
,
dans les Places & dans les
rues ,
qu'on n'y fit que chanter,
danser, &: donner les signes les
plus parfai ts d'une allegresse extraordinaire,
& qu'il n'est pas
aisé de representer.
Le 12. Messeigneurs les Princes
partirent d'Auch aprèsavoir
entendu la Messe dans la Chapelledel'A
rchevêché. Ils trouverent
à leur sortie les mêmes
Bourgeois 6c la même Soldatesque
fous les armes, disposez de
même qu'à leur entrée, Se furent
conduits jusqu'aux portes de la
Ville,& bien au delà par un peuple
infini, tant d'Auch que du
voi sinage, avec des cris de Vive
le Roy 6 Messeigneurs les Princes,
qui remplissoient l'air de toutes
parts.
On neûtpasplutôt appris à,
Toulouse que Monseigneur le
Duc de Bourgogne, 6c Monseigneur
le Duc deBerry devoient 1
y passer à leur retour de la frontière
d'Espagne que cette nouvelle
donna une extrême joye à
tous les Toulousains
,
Sujets fidelles,
& tres-zelez pour leur
Roy.
Onassembla le Conseil de Ville
sur les ordres qu'on avoitreçus:
Il fut deliberé de faire paroitre
en cette rencontre leplaisir que
l'on ressentoit de recevoir deux
Princes qui fontles voeux de tous
les peuples:on resolut pour cela
de ne point menager les deniers
publics, afin de rendre cette fête
solemnelle, &. de mander les
arts & métiersau nombredecinquante-
cinq compagnies faisant
quatre à cinq milles
hommes.
On
forma en même temps le dessein
de faire huit Compagnies de
Bourgeois, & on les leva dans
leshuit capitoulats qui composent
la Ville. On donna à ces
Compagnies d'anciens Capitouls
pour Capitaines, & des fils
d anciens Capitouls pour Lieutenans
ou Enseignes fous les
ordres de Mrs de Barravi &
Dencausse Capitouls&Colonels,&
de MonsieurC&UÎBÊISLJ»
ancien Capitoul, qui servit de
Major de la Ville en cette occasson.
On lui donna quatre
Aydes - Majors: sçavoir Mrs
Dambelot, Chapuis
, Favier &
Caumels duBousquet. Les Huit
Compagniesde Bourgeois furent
commandées par Mrs Barravi
& Dencausse Capitouls; & les
Capitaines furentMrs de Lagarrigue,
le Baron de Launaguet de
Lamazoire, de Martin, de RuoC,..
set &deGaillard.
Les Marchands qui font par,
tie du Corps de Bourgeoisie, de~
manderent à la Ville de sa-ire
quatre.Compagnies à leurs frais
ce qui leur fut accordé liberté denommer avec la leursOfficiers.
Elles furent composées chacune
d'un Capitaine, d'un Lieutenant
,d'un Sous-Lieutenant.,
de trois Sergens,de cinquantedeux
Soldats, de quatre Tambours
&de quatre Fifres. Dans
la compagnie Colonelle il yeut
un Sergent-Major & un Tambour-
Major de plus que dans les
autres. Il fut resolu que chacune
des huit Compagnies Bourgeoises
feroit de cent hommes, tous grands,bien-faits, bienvêtus
avec des chapeaux bordez de
galon d'argent, & unecocarde
dela couleur du Drapeau&du
Capitoulat;queles quatre Compagnies
des Marchands seroient
de cinquante hommes chacune
tous jeunes
,
habillez de grisblanc
avec des chapeaux bordez,
des Cocardes
,
des bas rouges,
& tous uniformes; qu'on donneroit
à chacune de ces Compagnies
quatre Tambours & quatre
Fifres, & qu'ils feroient habillez
de rouge, avec des chapeaux
bordez, que ceux des huit
CompagniesBourgeoiSes feroient
distinguez par les manches & les
poches de leurs justaucorps ga- lonnez d'argent.
On resolut encore d'habiller
les Soixantes hommes qui font la
Compagnie du Guet,d'un drap
gris-blanc doublé d'écarlate,
avec des culottes, & des basrouges
; de leur donner des chapeaux
bordez d'argent,& des cocardes
,de faire des justaucorps
aux Tambours, aux Fifres &
trompettes de la ville d'un drap
d'écarlate galonnez d'argent
avec les armes de la Ville. En un
mot,il fut déliberé qu'on habilleroit
de neuf tous les Officiers
del'Hôtelde Ville, chacun félon
faCharge.On ordonna quatre
fontaines devin, l'une au bout du
pont, l'autre à la placeduSalin,
une autre à la place saint Estienne
,
& une quatrièmeà l'Hôtel
de Ville, qui couleroient tout
le jour de l'arrivée de Messeigneurs
les Princes, & tout le lendemain,
& un feu d'artificedans
la p lace saint Estienneau devant
de leur Palais.
La Ville resolut de faire un
Dais à huit bâtons qui par la richesse
de son étofe
,
& par tout
ce que l'art y peut ajouter
surpassât en magnificence tout
ce qu'ona vû jusqu'à present.
Toutes ces resolutions furent
executéesavec une entiere exactitude
par les Capitouls qui ont
témoigné par leurs soins infatigables
, & extraordinaires la reconnoissance
qu'ils doivent à la
grace que le Roy leur a faite de
les nommer à cette place, & qui
ont voulu repondre par-tout ce
qu'ils ont pû
,
à l'honneur que
la Ville avoit de recevoir Meuei"
gneurs les Princes.
Toutes ces chosesestant arrêtées,
on delivra l'instruction suivante
à ceux à quielleestoit necessaire.
Comme il y a un grand terrain
à border a droit & à gauche depuis
la porte de Saint Ciprien
jusqu'à l'Archevêché, & qu'il
est important qu'il y ait suffisamment
des Bourgeois pour border
les ruës dece terrain, il faut que
tous les Commandans fassent
leur possible pour rendre les
Compagnies les plus nombreuses
qu'il se pourra, ne souffrant
dans les rangs aucun de ceux
qui ont enr\:é réformez
, tant
vieillards, trop petits,qu'enfans
ou Porte-cane,ny qui que ce
soit pour servir d'aide au Porte-
Enseigne, & sur tout il ne fera
donné aucune exemption pour
ce jour-la. ; Chaque Compagnie aura sa
cocarde de lacouleur qu'il aura.
esté résolu dans la Compagnie
aussibien , que des chapeaux bordez.
On ne souffrira point qu'il y
ait de pierres aux fusils, ny de
méches aux mouiquecs, ny poudre
ny plomb, défendantexprefsément
qu'aucun Soldat ne tire
un cou p ,
fous peine de punition
exemplaire, ordonnantexpressement
au Commandant de chaque
Compagnie de faire arrester
le premier qui seroit assez hardi
pour tirer un coupaprès la désense
faite.
Un Sergent de chaque Comlpeasgnie
ira regulierement tous
jours à l'ordre dans l'Hostel
de Ville.
Aucune Compagniene semettra
fous les armes, sans en avoir
receu l'ordre des Capitouls.
Quand ront ces Compagnies au- l'ordre de prendre les armes
, on s'assemblera chez le
Capitaine
s pour se rendre à
l'heure & aulieu quiseramarqué
bien regulierement, &après
que le Commandant aura satisfait
à ce qui fera ordonné, il remenera
sa troupeau lieu oùelle
aura esté assemblée
, pour la separer
en bon ordre,sans souffrir
qu'aucun de ceux qui composent
sa Compagnie quitte les rangs
qu'après qu'il fera congédié, après quoy il défendra aux Tambours
& Fiffres de battre & de
joüer dans les ruës ny dans les
Cabarets, pour ne point troubler
le repos public.
Le jour
de
l'entrée, chacun des
Commandans tiendra la main a
ce que chaque troupe occupe le
poste qui luy fera marqué, ne
permettant a aucun Soldat de
quitter ses rangs pour quelque
raison que ce puisse estre, & ne
souffrant qui que ce soit devant
eux.
Lors que Messeigneurs les
Princes auront passé, le Major
General avec les Aides-Ma jors,
auront foin de mettrre en marche
toutes les troupes, pour les
renvoyer en bon ordre chacune
à leur quartier.
Le Major General aura soinde
posier la Garde de Messeigneurs
les Princes, composée de cent
hommes, à la droite de la porte
de l'Archevêchè,à l'heure qui
luy fera marquée.
Pendant que toutes ces choses
se passoient, la Ville de Toulouse
le remplissoit continuellement
d'Etrangers, & il nese passa pas
un jour durant un mois
,
sans
qu'il y en entrait quelques-uns;
de sorte que le nombre qui s'y
trouva, approcha de quarante mille, & ce nombre y fut entier
pendant les dix derniers
jours, parce que ceux qui
croyoient avoir pris leurs mesures
juste, pour s'y trouver precisement
dans le temps de l'entrée
de Messeigneurs
les
Princes,
furent trompez, sans avoirpourtant
pris
de
fausses mesures,
Monseigneur le Duc de Bourgogne
)
& Monseigneur le Duc
de Berry estant arrivez à Toulouse
dix jours plus tard que le
jourqui avoitesté marque pour
leur arrivée, à cause des débordemens
d'eaux qui les avoient
arrestez à Dax; de sorte que
pendant huit jours, toutes les
ruës de Toulouse se trouverent
remplies d'une foule incroyable
de personnes de l'un & de l'autre
Sexe, & de toutes fortes d'estats,
mais comme la Villeestcommode
pour le logement, à cause de sa
bcraiidèur,&Ll'elleefl abondante
en toutes
sortes
de vivres, elle
n'en fut point incommodée,&
tout ce grand monde que lacuriosité
y avoit attiré, fut fort
satisfait des maniérés honnestes
de Mrs de Toulouse, & de leur
pdorelitesse. On ne pouvoit atten-
Autre chose d'une Ville où.
l'onfait professionde belles Lettrès,&
oùl'esprit abonde encore
plus que toutes les autres choses
qui fervent à vivre commodement
, quoy quelles n'y soient
point rares. Mr l'Archevêque,
Mrle Comte deBroglio, Commandant
en Languedoc, Mr de
JBa^ille, Intendant dela Province
,
ècM* Riquet President à
Mortier au Parlement deToulouse,
qui en l'absence de Mr Morajq^
premier President, se trouva à la
teste de la Compagni ,
tinrent
table ouverte pendant trois semaines
avant l'arrivée de Messeigneurs
les Princes, & la Noblesle
de plus de trente licuës à
la ronde se trouva à ces tables.
Les principaux de la Ville en
tinrent aussi pour les personnes
de leur connoissance, & pour les
-
Amis de ces personnes qui les
5
accompagnoient. Ainsi l'on peut

dire que l'on tenoittable ouverte
dans toute la Ville de Toulouse,
&. que chacun regalant à l'envi
ses Amis, &. les Amisde ses Amis,
tous les Etrangers trouverent des
Amis dans les Toulousains. Leur
Ville a elle pendant tout le Carnaval
le sejour du monde le plus
agréable. LaComedie, la bonne
chere
,
le Bal & la conversation
y ont reg né; de fortequ'on peut
affurer que la joye y avoit de.
vancé Messeigneurs les Princes.
&. que celle qui avoit misToulouse
jen mouvement, n'avoit
commencéqu'a l'occasion du
- plaisir que toute la Province se
faisoit de les voir. Les Compagnies qui devoient
estre sous les armes le jour de
leur entrée,passerent plusieurs
fois en revue devant Mr le Comte
deBroglioo, &; devant Mr l'Intendant.
Ily avoit non-seulement
de quoy contenter la vûë,
mais mêmede quoy réjouirl'oüe
par le grand nombre de Tambours
,
de Hautsbois & de Fifres
, que chaque Compagnie se
piquoit d'avoir à l'envi l'une de lautre. Toutes ces Troupes surent
mandées pour se trouver
fous les armes le quatorzième de
Janvier. Elles commencèrent à
marcher dés sept heures du matin
, pour occu per les postes qui
leur furent aflignez par le Major.
Les deux ailes du Pontneuf,
qui est un Ouvrageadmirablede feet~ Mr d & qui sfeeppaarreeIkc:
Faubourg) delà Ville, furent
bordées par quatre Compagnies,
de Marchands. La premiere
commandée par Mr Bertrand
l'aîné, Banquier,avec Mr Reynal
&. Mr Jalabert pour Lieutetenant&
Sous-lieutenantj la
fécondé par Mr Panebeuf, & Mr
BormandeleFils pour Lieutenant,
&Mr Doneffan pour Sous-
Lieutenant ;latroisiéme par M.
Viguier,ayant M. le Combes Fils
M. Riviere pour Lieutenant êc
Souslieutenant, & la quatrième
par M.. Amieux, M. Duvergier
Fils Lieutenant, & M. EraiIfa-üt
le Fils Souslieutenant. Il n'y.
avoit rien de plus beau que ces
quatre Compagnies. Le Major
çftoit vefiu d'un habit d'écarlate,
garni d'agremens brodez d'orLes
douze Officiers avoient des
babits uni formes, d'undrap couleur
de Prince, enrichis de bouronnieres
& de galon d'or, & des
vestes d'un glacé d'or, & leurs
chapeaux estoient bordez d'un
tissud'or, & au dessus une plume
blanche. Plusieurs avoient des
sangles de vingt & de trente-
Louis d'or. Les Soldats estoient
des Garçons Marchands, & tous
jeunes,gensvêtus uniformément
d'un drap gris de Castor
, & les
paremensde même, la velle, la
culote &les bas, couleur d'écarlate.
Un noeud de ruban couleur
de cerise, leur servoit de cravate
Leurs chapeaux estoient
bordez d'or, & lur leretrouflîs
ils avoient chacun une grosse
cocarde de Juban de la couleur
dela Compagnie. Le blanc estoit
celle de la premiere
, avec un
Drapeau de cette même couleur,
le bleu, de la feconde, qui avoit
son Etendart my-parti de cerisè
& de bleu, & la croix blanche;
le rouge de la troisiéme, ainli
que de son Drapeau, avec la
croix blanche, & le cerise de la
quatrième. Son Etendart eiloit
auiïi de cerise, Scavoic une croix
blanche. Ces quatre Drapeaux
portoient au milieu les Armes
de France richement brodées.
Celuy de la Compagnie Colonelle
estoit borde d'un galon
d'or, pour le distinguer du Drapeau
Colonel de la Ville.
Les Compagnies qui avoient
esté formées par les Arts & Mé.
tiers estoient aussi magnifiques,
& toutes en cocardes: elles bordoient
les deux côtez des ruës.
Six Compagnies de Bourgeois
bordoient ensuite les ruës jufqiiYi
l'Archevêché. Leurs cocardes
estoient de ruban violet & blanc,
jaune & blanc,vert&blanc.selon
la couleur des Capitaines. Toutes
ces Troupes montant à cinq.
ou six mille hommes, formerent,
deux haves de douze cens toises
de longueur It.ifqLià l'Archevêché
où Messeigneurs les Princes
devoient loger.
On avoit bâti des galeries en?
forme d'amphiteatre dans la
grande ruë du fauxbourg saint
Cyprien,le long de l'entrée, ôc
au bas du pont neuf, dansles places
du Salin, Perchepinee, sain-
&
la plùpartdes places furent
loiices juiqu'â demi Louis d'or:
elles furent remplies désneuf
heures du matin , toutes les rues
tapiiIees, & la plupart des fenêtres
ornées de rithes ta pis.
Touteschoses estantaind difpo/
eus p&Uf'taréception de Mefîeigneurs
les Princes, & toute la
Ville fetrouvant dans une agitationquiluifaisoitplaisir,
les 1huit
Capitouls en hahits de ceremonies
, partirent pour se rend re à
la porte desaint Cyprien. Ilsétoient
precedez par la Compagniedu
Guet que Conduisoient
le Capitaine & leLieutenant
,
dont les hahits étoient
d'écarlate & brodez d'or
& d'argent, & accompagnez
des anciens Capitouls, de
cent notables Bourgeois & de
tous les Officiers de Ville. Leurs
Trompettesavoientdes casaques
couvertes d'une grande natte
d'argent, les banderolesdes trompettes
estoient tres-riches. Il y
avoit seize Tambours & autant de Fifresvêtus de rpuge , &
plusieurs Hautbois.
Mr le Comte de Broglio Lieutenant
General des Armées du
Roy, & commandant les Troupes
de Sa Majesté dans le Languedoc,
&MrdeBaville, Intendant,
se rendirent aussi à la porte
de la Ville avec quatre tresbeaux
carrosses à six chevaux,&
douze Gardes fort bien montez
, qu'ilsavoient en qualité de
- Commandans de la Province.
Onavoitdresse une batterie de
canons hors la porte dela Ville,
donc on fit plusieurs decharges.
Le cheminestoit bordé de monde
une lieuë au-delà de la même
Ville. Mr le Sénéchal de Toulouse
enestoit aussi sorti pouraller
au-devant de Messeigneurs les
Princes. Il yavoit environ trois
cens Gentilshommesvêtus de
deuil. Mr de Vitrac
,
Ecuyer de
la Ville de Toulouse, estoit à
cheval à latêtedesAcademistes.
Mr le Prevost general des Marechaux
de France au département
du haut Languedoc, alla aussi
une lieuë au-delà de Toulouse
avec sa compagnie, qui estoit
fort leste
,
&. bien montée. Les
- Cavaliers avoient des bandoulieres
brodées d'or, & bordées de
nates d'argent. Leurs écharpes
estoient bordées d'un galon d'argent,
& ils avoient tous de fort
belles cocardes. Toute laCavalerie
se joignitauxGardesdeMesseigneurs
les Princes, & parut l'épée
haute devant leurs carrosses,
qui furent suivis de plus de cent
autres, laplûpart àsix chevaux.
Quatre carrosse de Mr le Maréchal
deNoailles à huit chevaux
prececlerent quatre carrosses du
Roy aussî à huit chevaux,dans le
dernier desquels estoient Messeigneurs
les Princes. SoixanteGardes
du Corps à cheval & l'épée
haute, marchoient devant ce carrosse
qui estoit suivi d'un pareil
nombre de Gardes. Messeigneurs
les Princes en firent oster
les glaces en entrant dans
le fauxbourg de saint Cyprien 1
pour estre mieux vûs. Ils arrivèrent
a trois heures a près
midy & les Capitouls leur furent
presentez à la porte de ce
fauxbourg
, par Mr Qd.gung.<:$)
Maistredes Ceremonies. Ils leur
presenterent lesclefs de la Ville
dans un baffin d'argent, mais ils
n'offrirent point le Dais dont
j'ayparlé au commencement de
cette relation quoiquils en euffent
fait la dépense,Monsèigneur
leDuc deBourgognc ayant ordonné
qu'il ne lui fuit pas presenté.
Mr Garde, Capitoul, & chef
du Consistoire,porta la parole,&
soutint parfaitement la réputation
que Toulouse a toujours
euë d'estre une Ville sçavante.
Monseigneur le Duc de Bourgogne
luy dit qu'il avoit tres-bien
parlé, & il reçut des applaudissemens
de tous ceux qui purent
l'entendre. Les haut-bois de la
Ville jouerent aussi-tôt que son
Compliment fut achevé; & servirent
d'averdtlemenc pour recommencer
la marche.Ellecontinua
par larue des Couteliers
de la Dalbade ,
, desainteClaire,
de Salin deNazareth,& desaintes
Carbes. Lorsque qu'on approcha
de l'Archevêché, la grande cloche
de la Cathedrale, nommée
laJ^zdâilblc•> sonna
,
&à ce signaldont
on estoit convenu, tourtes
les cloches de la Ville sonnerent.
Tous les principaux Officiers
de Messeigneurs les Princes 1
logèrent à l'Archevêché. Plusieurs
Seigneurs y eurent aussi des
aparcemensrichement meublez,
Messeigneurs les Princes ne vous
lurent point qu'on tendist leurs
lits; & coucherent dans ceux que
ce Prélat leur avoit fait rer,&quiestoientnouvelplermépean-t
faits.
Il y avoit environ une heure
qu'ils estoient arrivez, quand
lesCa pitotrls leur firent au nom
de la Ville les preiens accoutumez
en pareille occasion. Ils
consistoient en soixante & quatre
flambeaux de cire blanche ,
& en douze douzaines de boettes
de confitures seches
,
nouées
avec du ruban ponceaumlceau ôc du
ruban blanc.Monseigneur le
Ducde Berry eut de pareils presens
,
mais le nombre de chaque
chose fut moins grand.
Lorsque le jour commença à
baisser, les ombres de la nuit su"
rent changeées par l'illumination
que l'onavoit préparée.
Tout le Palais Achiépiscopal parut
en feu a cause de la quantité
de lumieres dont il estoit
éclairé. Il yavoit un nombreinfini
de flambeaux de poing mêlez
avec des lanternes de différentes
couleurs. La muraille de
ce Palais estoit illuminée de la
même forte. Le Portail de l'Eglise
Cathedrale qui est a côtéfaisoit
voir, outre les lumieres qui le
couvroient, trois piramides de
feu qui tâchoient d'atteindre le
clocher, où il y avoit plifts de
trois cens lanternes trasparantes,
sur lesquelles on avoit peint
des milliers de fleurs de Lys qui
remplissoientl'air de leur éclat,
6c empêchoient les étoiles de se
faire remarquer. Tous les autres
clochers estoient éclairez; -
les portes de la Ville & du Pont l'estoientaussi
,
&l'Hôtelestoit
tout brillant de lumieres. Mrs de
Ville firent remettre plusieurs
fois des flambeaux aux endroits
dont ilsavoient soin
) parce que
le vent les faisant couler en precipitoit
la fin.
Pour sebien figurer l'illumination
de l'Hôtel de Ville, on
n'a qu'à se representer, que sa
Tour
, & toutes ses
Galeries
estoient éclairées avec une prodigieuse
quantité de flambeaux &
de falots, & qu'on voyoit de
tous cotez des vases 6c des chiffres
, avec les armes du Roy &
de Messeigneurs les Princes &
celles dela Ville. Toutelaplace
citait aussi illuminée avec des
flambeaux, & des lanternes posées
alternativement,ce qui faisoit
une décoration aussiagreable
que bien imaginée. Toutes
les maisons qui appartiennent à
la Villeestoient illuminées de
la même sorte, & sur-tout les
deux Pavillons de l'entrée du
Pont. Chacun tacha de se surpasser
danslaVille, pour illuminer
sa maison. Les Jesuites,
les Augustins & plusieurs autres
Convens firent illuminer leurs
clochers, avec une infinité de
lanternes, dont la variété des
couleurs produisituntresagrea
ble effet.Tous les particuliers
firent des feux devant leurs maisons,
& donnèrent toutes les
marques qu'ils purent imaginer
d'une parfaite joye.
Sur les neuf heures du soir,
Messeigneurs les Princes, après
avoit soupéen public, traverserent
la place saint Estienne pour
se rendre chez Mr de Cambron
5 Gonseiller au Par1emérïTToirMs
le Marechal de Noailles estoit
logé,cette mailoiTëfefix1$mieux
située pour voir tirer le feu d'artifice
qui avoitesté préparé. Ce
Maréchal regala Messeigneurs
les Princes d'une excellente musique.
Le PereMourcyues-.,Jeftiite,
également versédans toutes les
sciences
, comme ill'est dans les
Mathématiques dont il est Proreueur
; avoit fait le dessein du
feu. Il representoit l'entrée de-
Gastor & de Pollux dansOebalie,j,
l'une des principales Villes de
glenuérEstat, après avoir accompa-
Jason a
la
conqueste de la
Toison d'Or. Cette entrée semble
avoir quelque rapport avec
celle des deuxPrinces dansToulouse
à leur retour de la frontière,
où ils avoient accompagné
le Royd'Espagne,quiportel'Ordre
dela Toison d'Or. C'est ce
que marquoient les vers suivans.
Tels un peuple charmévit Pollux
& Cafior.
Accompagner Jason dans la ricbe
Contrée,
Ou le Ciel en ses mains remit la
Toison d'Or,
Et tels dans Qebalwilsfirent leur
entrée.
Onsçait que ces jeunes Heros
montoient lecélébré Navire Argo,
quand ils allèrent a cette cxpedition;
& commeon voit d'ailleurs
par les plus anciennesMédaille&
en particulier par celle
de Janusreçu dans le Latium,
que la figure d'unVaisseau étoit
le Symbole d'une heureuse arrivée,
suivant ces deux Vers d'Ovide.
At bona posteritaspuppim Jignavit
in ære
HofpitisadventUm teflificataDei.
On avoit choisi pour le Corps
de l'Artifice le Navire Argo portant
sur son Tillac les deux figures
au naturel de Castor & Pollux.
Le reste de la representation
se rapportoit a une Mer,
& à un Port. On peut dire que
la Ville de Toulouseedt devenue
le Port commun de l'Océan, &.
de la Mediterranée par le Canal
Royal de communication entre
les deux Mers. - <4
Les quatre faces du Theatre
qui portoit l'Artifice,estoient ornées
de Médailles, d'Emblêmes,
.& de Devises en cet ordre.
» Dans la principale face qui regardoit
le Palais des Princes,
estoient les Armes de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, une
medaille portant un Lis avec la
Legende, Spespublica.
Z'Objetde tous les voeux, l'espoir
de tout rempire.
Le Lisestoit le vrayHieroglyphe
de l'esperance parmi les anciens,
commeon le voit dans plusieurs
médailles qui ont un Lis
avec ces motsspesaugusta ouspes
publica, L'applicationenestoit
fort naturelle; une Devise pour
marquer qu'en l'abfencc de
Louïsle Grand & de Monseigneur
leDauphin,on ne voit
rien de plus parfait que Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Une montre d'Horlogeavec ce
mot duomaximaLuminasupplet.
C'ejll'heureuxfupplemcntdesdeux qra.nds Luminaires.
Une seconde Devise ayant
pour corpsun Royd'Abeilles.On
dit que ce Roy ayant beaucoup
plus de courage que les autres
Abeilles, il a pourtant les ailes
plus courtes Se plus foibles; la
nature lui ayant osté par-là le
moven d'abandonner jamais son
Essain
, ce qu'on exprimoit par
ce Vers latin.
Nascituralarum brevior ne deferat
aigmcn.
Les trois dernieres paroles nr.
deseratagmen faisoient l'ame de la-,
Devise.
Sa naiss-ance L- 'arrefie au coeur de
son Estat.
Tel est le glorieuxprivilege
de ce grand Prince de ne pouvoir
renoncer à gouverner cet
Empire dans la fuite des ans.
Une troisiéme Devise pour
établir un presage del'opulence
&de la gloire de son Regne, &
pour marquer combien cette
Ville s'estimoit honorée de poilèder
ce Prince, même pour peu
de jours. LeRametlurlOravec.ce
mot EspagnolRiqueça,y Resplendor.
',' Aussi richetresorquebrillantornement.
Dans la seconde face les Armes
de Monseigneur le Duc de
Berry, Devise. La lune dans son
renouveau, avec ce mot Solis erit
quod crescam.
Je croiftrai, ce fera l'ouvrage du
Soleil.
Autre Devise. Un Heliotrope
tourné vers leSoleil, dont cette
fleursuivoit lemouvement ; avec
ce Vers Italien.
Dolce nbbidire à chi me sa ftorire.
Mtlgloireestdobeir a qui mefait.•
jleurir.
Embleme. On compte parmi
les travaux d'Hercule celuy d'avoir
eu trois pommes d'or du
jardin des Hesperides. La figure
de l'Emblèmeestoit Hercule,
representant le Roy ;Se tenant
dans sa main ces trois pommes
d'or avec ce Vers,
Tertium qa.?zens lalÚtura munusl
QuelEmpireobtiendra mon troifiemc
present?
Il est aisé d'entrer dans le sens
de l'Emblème.
Dans celle qui suivoit on
voyoit Achille encore jeune,
qui recevoit des leçons de valeur
du fameux Guerrier Chiron.
Héros Mcroc Mapftro.
Le Héros qui Vinjlruit n'ous promet
unAchille.
On ne peut attendre un moindre
succés del'Education royale
& heroïque que reçoit Monseigneur
le Duc deBerry, jointe
à l'élévation de ses sentimens
naturels.
Dans la troi siémeface les Armes
accollées des deux jeunes
Princes.
Deux Médailles. Dans la premiere
deux Ancres avec la legende
Firmitas Imperii.
L'Empire des François pour ja-
7nais dffermi.
Dans la seconde le Caducée,
& le mot Concordia.
La charmanteunion de deux Ag.:.
gtifles Freres.
Une Devise ayant pour corps
un Vol. En termes de Blason
c'estoient deux ailes jointes dos,
à dos & éployées, avec ces paroles
Espagnoles
, Subido mientras
unido.
Vn mouvement commun rend leur
vol plus (ltbÙme.
Une secondeDevise, parra pport
à l'agréableidée que cette
Ville se faisoit des beaux jours,
durant lesquels elle auroit le
bonheur de posseder deux Princes
si accomplis, & par rapport
à la dispositionpresente de l'Europe,
dont les Puissances les plus
considerables déclaroient en ce
même temps la résolutionoù
elles sont de maintenir la Paix.
Deux de ces feux volans , que
nos Marins appellent Feux Saint
Elme,onCastor&Pollax,& qui
ne font de bon augure pour la
navigation, que lors qu ilen paroist
deux à la fois. Lemot,
Placididuo (îina Screni.
C,efont d'un calme heureux deux .prè(aecJcertains.
Dans lauquatrième fa-ce - , les
Armes de la Ville de Toulouse.
.-
Deux Médailles. Dans l'une
l'ancien Capitole de cette Ville
avec la legende,
Antiquitas &gloria.
Sdglairerépondbien afan antiquité.
<
Dans l'autre le Palladium Toulousain,
& pour legende, Armis
&Litteris.
- Z?Ecole des Guerriers d"" des Auteurs
celebres.
On a des preuves que la fondation
de Toulouse est antérieure
à celle de Rome. Elle a esté
nommée Palladienne,ainsi qu'Athenes
; & pour la jufUfiçation
des legendes de ces deux, Médailles,
onn'a qu'à parcourir les
Eloges des illustres Toulousains,
dont onvoitlesBustes dans la
superbe Galerie de la Maison
de Ville,qui est le nouveau
Capitole, & le Palladium moderne,
de Toulouse.
Elle portepour. Armes un
Belier , ce qui avoit donné lie il
à la Devisesuivante. Le Belier
celeste, qui est nommé par les:1
Poëtes SignorumPrinceps parce
qu'il est le premier des Signes
du Zodiaque, & ces paroles pour
amej Principibus nunc gloriorAs- .:
tris. h
Je me trouve enrichi de deux AstreShriltans.
-
Enfin pour faire connoistre lesi
grands avantages que Toulouse
avoit lieu de se promettre de la
protection des deux augustes
Princes qui l'honoroientde leur
visite, cette Ville estoit representée
par une pierre d'Aiman
attirant deuxanneaux d'acier.
On sçait que la force de cette j
pierre est considerablement augmentée
par une armure dece •
.j
métal, &: c'est ce qu'on avoit
exprimé par ces mots ,
Illeciifa—
dent mihi crescere vires.
Ceux quejattire a moy me rendrontpluspuissante.
Ladisposition de l'artifice parut
mieux par l'exécution que
par tout ce qu'on en sçauroit
dire. On peut se former quelque
idée du fracas de la Batterie,
& de la beauté du Feu, par
quarante douzaines de petards, boëtes & carrelets à lance, trente
douzaines de fusées qui volerent
en gerbes, en Fleurs de lis, &.
autres figures; trenre-cinq douzaines
de serpenteaux, huit douzaines
de lances ou chandelles
ardentes, huit Soleilsrayonnans
ou girandoles
,
huit fontaines à
feu '", quatre mortiers à feu. Les
Capitouls qui avoient ordonné
ce Feu, avoient suivi leurs nobles
& genereuses inclinations,
ainsi qu'ils l'ont fait dans tout le
reste qui a concerné la reception
qu'ils ontfaite àMesseigneursles
Princes.
Le Feu estant tiré, & la Musique
qui luy succeda estantfinie,
ils furent reconduits à l'Archevêché
avec plusieurs flambeaux
de cire blanche ,.& auxacclamations
du peuple. Toute la nuit
[e passa en réjouissances
,
& le
jour parut, qu'on buvoit encore
dans Toulouse a la santé duRoy,
ôc de Messeigneurs les Princes.
Le lendemain 15. Monseigneur
Je Duc de Bourgogne, & Monseigneur
le Duc de Berry allérent
àla Messeà l'Eglise Cathedrale
drale, où ils furent reçus plus
avant que le Benitier, par Mr
Colbert, Archevêque de Toulouse,
qui les harangua, & leur,
presenta l'eau-benite. Il estoit
en Habits pontificaux, la Mitre
en teste
,
&la Crosse à la main.
Son Chapitre qui est tres-nombreux
,estoitenChapes, rangé àdroite & à gauche. Le Discours
de Mr l'Archevêque reçut
de grands applaudissemens. Messcigneurs
les Princes furent ensuite
conduits dans le Choeur , où ils trouvérentunPriédieu à
deux places. Un de leurs Aumôniers
dit la Me-fle
,
pendant laquelle
Mr Gillet, Maistre de Musique
du Chapitre, fit chanter un
très - beau Motet par les plus
belles voix ,& avec les meilleurs
instrumens de la Province, Mrs que du Chapitre avoient fait vejîir
exprés à Toulouse. A l'isuë
de la Messe, Mr l'Archevêque en
camail & en rochet, & Mrs du
Chapitre en surplis, reconduisirent
Messeigneurs les Princes
jusqu'à la porte de l'Eglise. Le
même jour, le Parlement alla
les complimenter par Députez,
& fut presenté par Mr Defgxao^
ges. Ils estoient quarante ; sçavoir
six Presidens à Mortier,quacorze
Conseillers de la Grand'
Chambre & de la Tournelle,
dix-huit des Enquestes
,
six de
chaque Chambre, & deux des
Requestes. Mr le President Ri-
,ij.l!ç,J,qui se trouvoit à la testedu
Parlement, par l'absence de Mr
Morant) premier President, porta
la parole, & harangua Monseigneur
le Duc de Bourgogne
dans son appartement, & ensuite
Monseigneur le Duc de Berry,
dans le sien.Aprés quoy , ce
Prince estant descendudans l'appartement
de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, Mrs les
Tresoriers Generaux de France
en Corps, & avec leurs robes
de ceremonie, eurent le même
honneur. Mr Nolet, qui cil de
leur Corps,&Académicien de
l'Academie des Jeux F loraux de
Toulouse, porta la parole, Se
fit un Discours rempli defeu, de
politesse & d'éloquence, L'Université&
le Senecbal eurent le
même avantage.MrMenard parla
pour l'Université,&MrdeCarrgieren,
Jugei-Meage,.pour faCompa- Zjj
Le même jour MrBuraz, Capaitoul
Colonel, quiavoit monté garde la veille à la porte de
Messeigneurs les Princes, fut relevé
par Mr le Baron Dencausse,
Capitoul Colonel, qui la 010nta
à son courra la teste de deux Compagnies
Bourgeoises.
Messeigneurs les Princes avoient
resolu d'aller l'aprésdinée
prendre le plaisir de la promenade
au Cours;mais la pluye leur
fit changer de dessein.Quand ils
eurent soupé, ils se placérent
avec les personnes les plus qualifiées
de leur Cour, dans un balcon
qui regarde lescoursde l'Archevêché,
où Mrl'Archevêque
les accompagna. Ils virent la Ba-
(bche> composée des Clercs du
Parlement, & de ceux du Sénéchai,
ce qui se passa de la maniere
suivante.
Les Clercs du Senechal au
nombre de plus de cent, tous
lestement vétus, & montez sur
des chevaux de prix, precedez
de leurs Trompettes, 6c avant
leur Capitaine en teste, & leur
Guidon cuirassé, entrérent l'épée
haute dans les courts de
l'Archevêché, & firent une revue
dans ces grandes courts. Cette
Cavalerie te rangea sur deux
lignes dans la premiere cour; les
équipages passerent cnfuite
, &
plusieurs Mulets chargez de coffres
3
sur lesquels estoient de riches
couvertures, ensuite de
quoy les Suisses du Roy de la
Basoche qui sont tous Clercs du
Parlement
, entrérent quatre à
quatre, leurs halebardes sur l'épaule.
Ils estoient prés de deux
cens cinquante, leur Capitaine
à leur teste. Son habit estoittresriche
, ainsi que ceux de leur
Lieutenant, &deleurEnseigne.
Tout le reste de la Compagnie
vétuëà l'ancienne mode; c'est à
dire à la maniere des Suisses d'aujourd'hui
,
avoit des habits neufs,
des chapeaux bordez, de belles
cocardes, & des noeuds de cravates
uniformes. Ils avoient
trente- deux Tambours,& autant
deFifres
, placez de quatre
en quatre rangs,habillez & coëffez
à la Polonoise, qui battoient
la marche des Suisses. Le Roy
de la Bazoche paroissoit ensuite
sur un tres-beau cheval, une
Couronne d'argent sur un bonnet
carré,& un Sceptre d'argent
a la main. A son cotéestoit le
Senechal precedé du Connestable
portant l'épée nuë
,
son Amiral
, ses quatre Maréchaux avec
leursbâtons de commandement,
f011 Greffier, 6c les Huissiers tous
bien montez, & tres-proprement
vêtus. Ils estoient éclairez
par trois. cens flambeaux de cire
blanche, portez par des gens
choisis
>
dispersez dans les rangs.
Ils firent le tour de la premiere
& seconde cour, & passérent sous
le balcon où estoient Messeigneurs
les Princes. Ensuite ils
le rangerent à un des cotez de la
cour,sçavoir les Clercs du Senechal
qui formèrent deux Escadrons
, & les Suisses deux Bataillons.
Ils défilérent ensuite en
tres-bon ordre, & retoUrné:",
rent dans la cour Ju Parle- }
ment d'où ils estoient partis. t
Messeigneurs les Princes prirent
beaucoup de plaisir à lesvoir.
Le lendemain 16. l'Academie
des Jeux Floraux eut aussil'a-
,vantage de complimenter Mes- :
seigneurs les Princes, & même
de le faire separement Mr le
Chevalier Catelan porta la parole,
& sonDiscours fut trouvé
rres-éloquent & tres-poli. Mr
Saget, Prieur dela Bourse, &
en cette qualité Chef du Corps
des Marchands, fit en leur nom
à Monseigneur le Duc de Bourgogne
le compliment que vous
allez lire. MONS EIGNEVR,
Nousvenons vous rendrelestrès*•
humbleshommages que font dus au
Petit-fils deLouis le GrandJ&à l'heritierdelàplus
belleCouronne du, monde.
Unsigrand nom& une presence Ji
Augufle nous remplirent de refpeéf
&de veneriltion; mais nous avoüons,
MonseigneurJ que nous ne sommes
Pd5 moins touchezjie ce que la renommée
a déjà publié des grandes qualiiez..
qui soutiennent cette puissance
,
&quiformenten vous une Ame toute
Royale, & propre au gouvernement
des peuplesj un efyritpénétrant, des
connoissancesétendues dans un âgeJt
peu avancé, de la moderation
3
de
lapieté, du courage y.
de l'intrepidité.
Ces jentimensd%admiration&de
refpett dont noussommes pleins,se
répandent encore sur le Prince que
noIU voyons auprès de vous. ÀYvi.
cxurs ne peflvent/eparer ce que nos
yeux unissent
>
& que nofire devoir
rassemble.
Nous honorons en l'un & en l'autre
le Sang des B-ourbons, qui a donnétantdeRois
àla France, qui va
en donner à l'Ej}>agne3 &qui pourroit
en donner, tous dignes de ce haut
Sangyauxatitrès Couronnes del'Eu.
rope les plus éclatantes.
Nous nen dirons pas davantage,
JvLonfcigneur3 d'autresontpu s'expliquerplus
noblement que nous, qui
vivons dtns une profession plus dessinee
àagirqu'à bienparler; mais
nous feronstoujours gloire de ne le
ceder à personne dans le reJjeéftresprofond&
le%ele très-ardentque nous
aurons toujours pour des Princes si
accomplis, &sidignes de l'efiime &
de-l'amourdetouslespeuplesK
Dans la même matinée, Mr
l' Archevêque presenta à Medeigneurs
les Princes, la Compagnie
Royale des Penitens bleus
de Toulouse
,
dont il est un des
Confreres, Mr 1 Abbé de Catelan
Conseiller au Parlementête-
Toulouse, & Chanoine de
Moissac, porta la parole, &s'étendit
sur l'honneur qu'ellea
d'avoir dans ses registres
, les
seings de Loüis le Grand & de
Loüis le Juste qui voulut bien
poser la premiere pierre de leur
Royale Chapele une des plus
regulieres de l'Europe, dans laquelle
se trouve le rond, l'ovale
& le carré. Il parla aussi de la
pieté de ceux qui la composent
& des motifs de leur institution,
qui sont de prier incessamment
pour la prosperité & santé de la
sacrée personne de Sa Majesté & de demander à Dieul'extin-,
ction de l'Heresie de Calvin. Il
dit que les Penitens bleus s'efloient
aquite\du voeu qu'ils avaientfait à
Dieu, après la naissance de Monfeiprieur
le Duc de Bourgogne de réciter
à haute voix y cinq Pater, &- cinq
Avependant dix ans, en presence
du saint Sdcrelilent, tous lesvendredis
de Vannéepour obtenir du Ciely
de preserverson 4iigufle personne des -»
infirmitezqui accompagnent les foiblesses
del'enfance.
La Harangue finie, Monseilguntevuor
lierDuc de Bourgogne voules
seings du feu Roy,
-
du Roy&de Monsieur frere unique
de Sa Majesté; ensuite de
cjuoy il fit l'honneur à cette Con>

très-belle &tres-élevée. Messeigneurs
les Princes furent conduits
après la Messe,qui fut dite
dans le Choeur, & chantée par
la Musique, qui les accompagne
dans les Caves .& dans les Chapelles
souterraines, qui estoient
tres - éclairées
, & fort parées.
Toute leur Cour les yaccompagna.
Ils y virent toutes les Reliques.
Après estre remontez ils
virent les Chapelles hautes, qui
sont en aussi grand nombre, &
aussi grandes. Messieurs de Toulouse
prétendent quil y a iix
corps d'Apostres dans cette Eglise,
& une sainte Epine, Messeigneurs que les Princes baiserent.
Aprés qu'on leur eut montré
tout ce qu'il y a a voir dans
cette Eglise
,
ils remontèrent en -
caroiïe
,
r" en passant par la Place
de Saint Georges, ils y trouvèrent
les deux Compagnies des
Marchands, dont les Officiers
les saluérent de leurs Spontons.
Mr Barravy, Ecuver Capitoul,
vint ensuite prendre ces deux
Compagniespour relever la garde
Bourgeoise, &: il fut convenu
que ce feroit sous le Drapeau Colonel
des Marchands.
Au tetour de la Messe on fervit
à dîner à Messeigneurs les
Princes dans une grande Sale de
l'Archevêché, dans laquelle
pour la commodité du public,
on avoit dressé un Amphithearre.
Ce jour-la, Mr Labat
,
Maître
en fait d'Armes,dela Ville

lx. Academiede Toulouse, connu
par plusieurs ouvrages quiregar-.
dent son arc, eut l'honneur de
leur presenter un Livre qui fut
favorablement reçu. Ce livre est
dedié à Monseigneur le Duc de
Bourgogne,& a pourtitre, Questionsur
l'Art en fait d'Armes ou de
l%Epêe.
Les Peres de la Doctrine chrétienne
du College de 1 oulouse
furent presentez par Mr le Maréchal
Duc deNoaillesa Meifcigneurs
les Princes,&le Professeur
de Rhetorique,eut l'honneur
de leur offrir un ouvrage
dont ils faisoient le sujet. Lesoir
du même jour ces Peres firent
une illumination qui parut tresbelle
, & qui fut suivie d'un Feu
d'artifice,& le lendemain ils firentrepresenter
à l'honneur.de
MesseigneurslesPrinces unBa-ll-et
qui a pour ùtrcJesBergers heureux.
Ces Princes allélrent l'aprefdînée
au Cours quiest alTez
beau, àla & le long dun Quay descente du, Pont neuf.
Ils y trouvèrent plus de deux
cens cinquante carosses tant de la ville que de la Noblesse voisine,
& même de quelques lieux
plus éloignez. Ces carosses é- toient remplis de quantité de beau monde, ce qui faisoit un tres- bel cffct lelong decette
DclMie&longue
promenade. Toute
les Dames estoient parées
maisil yavoitune si grande af- fluence de peuple, que les vuides
qui estoiententre leur carosse, « les files de ceux qui remplis. soientle Cours, (car les Princes
(e promenoient dans le milieu-)
en estant remplis, il fut presque
impossible aux Princes de voir
les Dames,& aux Dames d'avoir
l'honneur &: le plaisir de les voir,
ce qui fut causequ'ils ne firent
qu'untour. Ilss'attacherentfort
à regarder la beautéde l'ouvrage
du Pont neuf. tf„ Le jeudy 17.
Messeigneurs les
Princes
allèrent
à la maison professe
,
oii Mr l'Archevêque lesreçut
àlatête des Peres decette
Maison
>
&leur presenta l'eau
beniste. Le pere Provincial des
Jesuites
>
le reçutaussî suivi de
tous les Jesuites des quatre Maisons
qu'ils ont à Toulouse, les
deux dernieres Compagnies des
Marchands s'y estoient trouvées
pour border la haye & garder la
porte. On fit pendant la Messe
un détachement tiré de ces mêmes
Compagnie ,
qui alla se rendre
maistre de la porte du Couvent
des Jacobins oùMesseigneurs
les Princes allèrentaprès
avoir entendu la Messe. Ces Peres
leur montrèrent le crâne de
de saint Thomas Daquin
, que
Messeigneurs les PrîncèT baiserent,
Monseigneur le Duc de
Bourgogne demanda à voir lUI
ornement en broderie auquelun
frere de leur Ordre travaille ctuellement. ac- C'est un parement
d'Autel tout complet en broderie
or de argent avec des fleurs
aunacurel. Cet ouvrage fut fort
admiré
,
ôç l'on dit qu'on ne pouvoitrien
voir de plus beau en ce genreMonseigneur le Duc de
Bourgogne ordonna à une personne
de sa suite qui dessine parfaitement
bien, de dessiner cet
ouvrage , pour le lui donner, ce
Prince ayant beaucoup de gOÛt:
pour ce qui regarde les Arts &
le Dessein, aussi bien que pour
les ouvrages d'esprit. j Mésseigneurs les princes allèrentensuite
à l'Hôtel de Ville.
Ils furent reçus à la porte par
les Capitouls qui sonten Charge
, par les anciens Capitouls U
par tous les Officiers de la Mai--
sonde Ville. On les conduisit au5
petit Consistoire
, ou ilsvirent:-.
d'abord les grands Registres en
veslin ou livres d'Histoire II*
estàremarquer que le Consistoire
fait chaque année l'Histoirede
ce qui s'estpasséde remarqua—
ble dansl'Etat & dans la Ville
pendant son année, cette Histoire
estécrite dans ce Livre, &
cet usage s'observe depuis six
ou sept siecles- Les huit Capitouls
&; le Chefdu Consistoire y
sont peints en miniature On
voit dans ces Registres les entrées
des Rois, des Reines) &
des Dauphins dans la Ville de
Toulouse, depuis la réunion du
Comté à la Couronne: Messeigneurs
les Princes y virent l'entrée
de Charles VII. celle de
Louis XI. estant Dauphin, qui
pour faire donner à la Reine sa
mere le dais qu'on lui avoit refusé,
la fitentrer en trousse derriere
luy
, ce qui fitremarquer que
le nom de Chevalier d'Honneur
venoit de l'honneur qu'avoient
ceux qui portoient autrefois
leurs Maîtresses en croupe derriere
eux. Messeigneurs les Princes
virent auiu dans ces Registres
les entrées de Louis XII.
de François I. de Charles IX.
de IX. de Louis XIII. & de
Louis le Grand; toutes ces Entrées
font d'une peinture tresque.
Ils virent encore cette der--
niere dans un grand tableau qui
e/l dans le grand Consistoire, fait
par feu Mr RSIJ::an}i.; un des plus
fameux Peintres de son temps.
Ils remarquèrent avec plaisir la
singularité des habits qui se trouvent
dans les entrées peintes
dans les anciens registres. Ils:
trouvèrent que ces registres étoient
de tres-beaux monumens, & louèrent ja vigilance 4çfÇ&7
pîtouls qui ont conservédepuis
si longtemps un usage si loüable
&: si glorieux pour la Ville de
Toulouse.Ils passérent ensuite
dans les Galeries & dans les Sales
dont ils admirèrent la beauté &
la grandeur, & où l'on voit en rableaux les entrées de plusieurs
RoisOn y trouve aussi les portraits
desCapitoulsqui ont droit
de tableau. Ils lurent quelquesunes
des Inscriptionsqui sont au
lpuisetdredses figures des hommes ilde
Toulouse. Ils admirerent
la belle Perspective qui est
au bout de la troisiéme galerie, qui represente la fondation d'Ancyre
par les Toulousains, & en
remarquèrent les beautez d'une
manière qui fit voirqu'ilsen par- taientavecconnoissance, Ils demandèrent
le nom du Peintre'
qui a fait ce bel ouvrage,&s'il
estoitmort: On leurdit quenon,
& que ce chef-d'oeuvre estoit de
Mr Rivals,
Le Sonnet qui fuit regardant
la Galerie de l'Hôtel de Ville,
doit estre lû avant que Messeigneurs
les Princes partentde cet
Hôtel. TOULOUSE
OFFRANT A MESSEIGNEURS LES PRINCES
Des places distinguées dans la
Galerie des Hommes illustres
de son Capitole.
CEux dontje forte la parole,
Princes, qui me comblezdbonneur,
Ce
Cefontmes Rois dont la valeur -
Brilla de l'un à l'autre Pole.
Vostre merited-voflreSing
Tous y feront tenir un rang
Conformeàvostre caraEfere-
Et L OV IS au dejjus Ide totts v Verra près de vous vostre Perey
Ettous les Cefarsavecvous, :
* Toulousea esté nommée la
Rome dela Garonne; & l'ancienne
Rome la faisoit traiter de Soeur
par sesDêputez,
Messeigneurs les Princes dînerent
à leur retour de -YHofief
de Ville, & virent ensuite,
comme ils l'avoient souhaité,
passer en reveuë les Compagnies
"-des Marchands. Mr le Comte de
Broglip & Mr son Fils prirent
eux-memes le soin de les faire
mettre en bataille dans la premiere
cour de l'Archevêché
aprèsquoy ces Princes estanc
descendus avec Mr le Maréchal
deNoaille.& une nombreuse
fuitede personnes dedistinction,
les quatre Compagnies passerent
dans la secondé cour. Mr Barra-
-vi«.Capitoul d'Epée, eftoTTala
te ste. Aprés luy venoit le Major
des Marchands, suivi des deux
premieres Compagnies, après
lesquellesestoit aussi Mr d'Encause,
Capitoul d'Epée, suivi
dïjreftedetroupe, de laquelle
Messeigneurs les Princes parurent
tres-satisfaits.
La reveuë faite
,
les deux dernieres
Compagnies montèrent la
Garde à la porte de l'Archevêché
, & releverent les deux premières,
sous les ordres d'un Colonel
Capitoul, &du Major de
la Ville.
Messeigneurs les Princes allerent
l'aprêdinée à laChartreuse.
On les reçut dans l'Eglise
,
&: le
prieur fit la Priere pour le Roy.
Cette Eglise est tres-belle Messeigneurs
les Princes visiterent
toute la maison
,
qu'ils trouverent
tres-belle. LeCloistre leur
fit plaisir à voir à cause de sa longueur.
Ilsentrerent dans lacel- 4
lule du Pere Prieur & dans son (
jardin, qui estoit tout, rempli •
d'Orangers, & au bout duquelil
y a une Orangerie. Ces Peres
leur donnèrent une très-belle
colation dans leur Refectoire
Messeigneurs les Princes y mangerent
peu, & leur fuite en fut
regalée. Ils allérent de Li au
Moulin nommé du Bazacie. On
voit en ce lieu-là les Moulins que
la Garonne fait tourner, estant
retenue par une digue courte, & qui est trèsforte. II ya seize
Moulins qui vont toujours sans
qu'on entende aucun bruit de
rouë ny de meule, on n'y entend
mêmeaucun bruit. Messeigneurs
les Princes virent descendre trois
Bateaux par le Pas de la navigation
,
qui est le long de la chauffée
prés du Bazacle. Ces.Bateaux
descendent avec une vitesse prodigieuse,
on les croit engloutis
lorsqu'ils sont au pied du pen,
chant, parceque la rapidité de
l'eau y forme de gros boui llons
d'écume qui s'élévent plus de six.
pieds pardessus
,
qui font faire
auxBateaux qui donnent contre,
un mouvement extraordinaire;
ainsi il faut empêcher que la
pointe du Bateau n'entre dans
l'eau. Les hommes qui qont
dedans en qont tout couverts,
mais cela passe si vîte que l'eau
ne leur fait aucun rnaf.
On alla ensuite à Nostreme
de la Daurade, qui est une
Eglise deBenedictins si ancienne,
qu'elle a servi autrefois de Tem- pleàApollon.L'image de la
Vierge, qui est dans cette Eglise,
fait le sujet de la pieté, &
de la devotion de tous les peupies
de la Province. On croit
qu'elle est une de celles qui ont
esté faites par S. Luc, qui estoit
Peintre & Sculpteur. Messeigneurs
les Princes chez ne rentrèrent eux qu'à la nuit.
Le lendemain 18. ils allèrent
avant neuf heures à la Messe à
l'Eglise Métropolitaine de saint
Estienne
,
où Mr l'Archevêque,
accompagnédesonChapitre en
surplis, leur presenta l'eau benite,
& les conduisit au Choeur.
Ils voulurent que MrGillet,
MaigredeMunque de cette Cathedrale
,
dont la rnufique avoir
déja eu le bonheur de leur plaire
, fist chanter pendant la Messe.
Il eut avant leur départ des marques
de leurs liberalitez. Mc-
1 Archevêque les accompagna.
en sortant, suivi de tous les Evêques
ses suffragans, & de tout
son Clergé.Ilsmontèrentencarrosse
,
& partirent en même
temps. Toutes les rues par lesquelles
ils passerent jusqu'à la
porte de la Ville
,
estoient tendues
de tres-bellss ta pisseries.
Ils trouvèrent les Arts & Métiers
, &la Bourgeoisie fous les
armes, formant une haye jusqu'à:'
,
la porte du Château Narbonnois
par oùilssortirent. Les Capitouls
s'y estoient rendus avec une grande troupe d'autresCapitouls
à la tête de la Compagnie du
<
Guet, ils eurent l'honneur d'y
faire la reverence à Messeigneurs
les Princes. Ils passerent dans la Ibelle Se grande rue du Fauxbourg
saint Michel
,
& leur passage
jusqu'aune lieuë au-delà de la
Ville, se trouva bordé d'une
foule prodigieuse de gens de divers
états,qui faisoient des voeux
four leurprosperité, & pour heureux succés de leur voyage.
Le même canon qui avoit tire à
leur entrée fit plusieurs décharges
à leur sortie, Pendant lestrois
jours que cesPrinces ontséjourné
à Toulouse
,
il y a eu à lArchevêche
un concours extraordinaire
pour les voir, & chacun
cherchoit des habitudes pour s'y
faire introduire. On fut obligéde
faire un Amphiteatre autour
de la grande salle où ils mangeoient,
& les places y estoient
prises cinq & six heures avant
celle de leurs repas. On avoit
foin de s'informeroùils dévoient
allers afin de s'y rendre, & de
se trouver sur leur toute, où il y
avoit toujours tant de monde
qu'on avoit de la peine à y trouver
place. On ne peut faire paroistreplus
dejoye, qu'en ont
témoigné les Toulousainsen cette
occasion s & jamars l'amour
&: latendresse des Sujets pour
leur Prince, n'a plus éclaté dans que les heureux jours que les
habitans deToulouse ont eu
1 honneur d'avoirdans leur Ville
Monseigneur le Duc de Bourgogne
, & Monseigneur le Duc de
Berry. Toutes les boutiques y
ont esté fermées pendant tout le
temps qu'ils y ont demeuré.
Toute la Noblesse de la Province
se seroit assemblée, pour
venir en corps, mais celle de
Toulouse feule eut cet avantage, Mr leMarechal deNoailles ayant
mandé que Monseigneur le Duc
de Bourgogne ne vouloit pas que
la Noblessemontât à cheval, ni
qu'elle se rendît à Toulousede
tous les endroits de la Province.
de forte que Mr le Comte jde
Broglio
,
& Mr de Bavillequi allérenta
l'entréedecetteProvince
recevoir Messeigneurs lesPrinces,
ne furent accompagnez que desGentilshommes qui font leur
sejour à Toulouse.
Voici l'ouvrage dont j'ay remis
à vous faire part à la fin de
cet article, pour n'en pas interrompre
la suite.Il est du Pere
Courties, Prestrede la Doctrine
Chrétienne
,
& Professeur de
Rhetorique dans le premier College
deTouloule.
O
EGLOGUE,
A
MESSEIGNEURS
LESPRINCES,
DAPHNIS. H'Onneur denos cotaux 3
£crgery
dont la muCette
Parses accords harmonieux
Efface les airs glorieux,
Que pouffe avec éclat la brùiante
trompette.
QEutittepromptementteshameaux,
viens de deux jeunes Heros
Célébrer la naissante Mifioire5
Parle de l'édrlt de leurgloire.
sEst-ilaprès nos Dieux de sujet se
charmant.
Quit'occupe plus noblement l
Aminte.
Berger, les plus beaux airs de nos
tendres musettes
Ne peuvent qu*affoiblir l'éclat de
leurgrandeur.
Que nos languesfoientmuettes3
Laissonsparler noflre coeur.
Daphnis.
Chaque état à lenvi fera briller
fajoye3
Aux yeux de ces Héros que le Ciel
nous enzroye, Etseuls nous fu[pendrons nos voix ?
Aminte.
Ah ! depuis leur départ, déja plus
d? centfois
Des difeoursimportuns ontfrappé
leurs oreilles.
Dans ce bois écarté célébrons leurs
merveilles,
Pourquoi les fatiguer par le bruit
de nos airs ?
Daphnis.
Aminte, ignores-tuqu'auxrives
de la Seine,
Aimant de nos Bergers les rufiiques
concerts,
Ces jeunes Demi - Dieux ecouterent
sans peine
Le chant qu à ces Bergers la ioye
avoit dicté*
Aminte.
Oui3je lefraisDaphnis, leurfacile
bonté
Leur fit de ces Bergers remarquer
allegresse.
- 0 ciel! quel comble de bonheur!
pe ces mêmes Bergers nous avons latendreffe 3
Mais commentnouslfateraavoir le
même honneur?
Daphnis.
[Ainfî donc dans nos coeurs renfermant
nofirezele
Nousferonsseuls témoins denofireardeurjîdelie!
Aminte.
Jlerger3contentons-nousd'aprendre à
nos échos
'A repeter le nom de nosjeunesMeros.
Pourparler dignement de l'eclat de
leurgloire,
llfaudroitemprunterlesauyifies accens.
Du Change dont jadis on nous contoitIhiftoire,
Qui par lesfons ravissans.
Que formoieMses flNtes champêtres
, [leshêtrer.
Surfespasglorieuxfatfoit danfer
Daphnis., Du moins que du beau nom desUe~
veux de Louis
Dans le secret des tois nous foions
réjouis.
Excitons des échos les voix retenti./Jtln..
tes.
Yous qui faites/'objet denos vaux
lesplus doux,
Ah! Princes, que ne pouvez^vous
,Animer par vos yeux nos chansons
innocentes !
Aminte.
Sortez de vos hameaux 6"" marchez
surnospas.
Bergers3 de ce beau jourgoûtez^tcus
les appas.
Je sens qu'un nouveau feuhors de moi
metransporte ;
Etbien que ma voix[oitpe.forte)
Je vais mêler le nom de nos jeunes
Hem
.- Aux accords de mes chalumeaux.
Quelle gloire> o Ciel,sepresènte !
Berger,ce beau nom queje chante,
Souvent dans mesairs répeté
Va conduirelemien a l'immortal,ité.
Héros, que l'univers admire,
Princes, nofiretendre amoury
A vous louer tourconfpirc
, Nos bocages comme la Cour.
Déja dans ces vassescontrées
Parvos noblespas illuftreées
On voit briller l*éclat de vos hautes
vertus 3:
Et toutes cesgrandeursqu'à vofire
Ayeul illufire
2fous voions donnertantde lufirey
£Univers éblouivous en voitrevêtus.
Cettefoisde la bellegloire
Qui dés vos premiers ans embrasa,
vofire caury
Sous les ailes de laviéfoirf, - -
Montrera desBourbons Phéroïque
valeur.
Sur les vefligesrefpeïlables
Dedeux Héros incomparables
Brilleront vosexploitsfameux.
Vous que les plus beaux traits ne
peuventajjezj>eindre
InvincihleLouis, , qui pourroit vous
atteindre,
Si le cielpropiceà nosvoeux
Ne vous eufidonne des Neveux!
Jyeu~nes .HHé~r~osJi pour viftoire , <?&f
Vous comptezcette noble gloire
DeRavoirconquérir lescoeurs3
.Z'éclat de vo; vertus,vefire heroïque
audace,
Vojlre air majestueux efface
Les exploits glorieux des plus fameux
vdinqueurs.
M<.itsjusqu'oà mon zgleniengage?
- Prenons un plus noble langage.
A vosyeux ,k vofireabordJeul
Et du pere, &del'ayeul
Princes3 nous retrouvons l'image.
Tel cet aflre brillant qui ramene le
jour
Vientfepeindre tour a tour
Surla glaced'unenuë :
Et soudain noflrefoiblevué3
Confond son portrait avec lui.
Daphnis.
Berger, quels
nobles
airs ta voixforme
aujourd'hui !
Ah! daignerepeterces chansons im.
mortellesj
De tes concerts échosfidelles
Nous les redironsmillefois.
Peuples, que vofireardeur à la notre
réponde
:
Dâja nous animons nos fûtes, nos
hautbois,
Que les Hérosformez^pourle bonheurdumonde
Soientchantez,.partoutes lesvoix.
JÊtvcns jeunes Héros ,.delicesde-la-
France ) De vosPalais brillans ecoútez nos
concerts.
Je cfais que vos vertus au dejjus de
mrsairs
Perdent entre nos mains de leur ma.,
gnificence5
Maiss'ilfiloitleségaler-, N
Princes, quipourroitenparler?
Ilfautvous parler du Ballet
auquel cette Eglogue servoit de
Prelude. La composition de la
Musique estoit de Mr -Arphi-i--
dize. Wwlvmt
..;;:
LES
BERGERS HEUREUX,
BALLET.
PREMIERE PARTIE. LE Theatre representoit un
Bocage
,
ou les Bergers de
la Garonnes'estoient assemblez
pour faire retentir mille concerts
à la gloire des Princes Augustes
quifaisoient le sujet de leur joye,
Plusieurs Peuples s'estantjoints
à eux, il y parut des Bergers Efpagnols
qui vinrent rendre graces
au Roy de la bonté avec laquelle
il leur a donné un de ses
Petit-fils pour Roy. Ilsmêlerent
les éloges de leur Monarque avec
ceux
de
tous nos Princes. On y
- vit encore des Bergers de la Seine
qui vinrent au devant des
jeunes Héros, & joignirent leurs
concerts à ceux des autres Bergers.
Premier Récit,
L'ouverture du Theatre se nt
par un Recit qui contenoit le fujet
de la joye qui brilloit dans
tous les yeux. Ce recit fut terminé
parunconcert de plusieurs
Divinitez.
Premiere entrèe.
Troupe de Bergers François.
Secondrécit.
Plusieurs Bergers s'entretinrent
des vertus heroïques des
deux jeunes Princes. Ils firent
-
voir que ces jeunes Heros estant
nez du plus beau fang du monde,
avoient eu en naissant des avantagesqui
font les Princes les plus
accomplis.
Secondeentyce.
Troupe de BergersEspagnols.
Troisième récit. -
Dans ce reci t on par la dubonheur
de Tonlouse, devoir dans
l'enceinte de ses murs des Princes
qui feront un jour l'admiration
des Nations Etrangères, &
la felicité decet Empire: du bonhdiir
de l'Espagne,devenuë enfin
l'Empire des Bourbons, de celuy
de l'Europe calmée par la sagesse
d'un Prince qui n'a annoncé la
Paix que par la voixde la victoire.
Troisième entrée.
Nouvelle Troupe de Bergers.
SECONDE PARTIE.
Premier récit.
Les Bergers du Tage parurent
effrayezpar le bruit d'une nouvelle
guerre qui les menaçoit.
Leurs malheurs passez se retracèrent
a leurs yeux ;mais les exploits
& la force invincible d'un
Roy qui combatra fous les auspices
de Louis, les rassurérent.
Premiereentrée.
Troupe de Combatans.
Second rtcit.
Les
@
Bergers de la Garonne
rassurérent ceux duTage. Ils ne
parlèrent que de jeux; & ne purent
souffrir que dans des jours
que les Princes rendoient si lebres, cé- on s'entretinst d'une
vaine crainte. Ce recit fut terminé
par des chants d'allegresse.
Seconde entrée. -
Troupe de Divinitez.
Champêtres.
Troificme recit.
Les grands exploits de Louis
furent le sajet de ce récit. Les
Bergers du Tage firent voirpar
la comparaison de ce qu'a fait
ce Monarque, ce qu'il pourra
faire. Ils trouvèrent dans nos
jeunes Princesjutant de Mars
invincibles.
Troisîème entrée.
Le Dieu Faune danse seul.
TROISIEME PARTIE.
Premier redt.
Les Bergers de la Seine firent
éclater leur joyevoyant que les
Princes précipitoient leur marche,
pour rejoindre les Heros
dont la presence fait leur bonheur.
Premiere enrree.
Troupe de Bergers de la Seine,
& de la Garone.
Second

Motifs de la solitude. 49
Sonnet de Monsieur le Chevalier
de Mailly. 59
Fable de la pudeur qui peut servir
d'histoire. 61
Imitation des vers de Madame
la Presidente de la Trefne. 106
Stances à Monsieur de Pomereu.
108
Dissertation. 111
Distique en lettres numerales.
124*
Epigramme. 115
Paroles propres à mettre en air.
115
Letriomphe de la jalousië par
Monsieur Cheron. 117
MSadrcigaul ddeeMradyem.o1ise3lle8de
Le moyen d'apprendre à faire
toutes fortes de routes. 139
Le Prince accomply, ou l'idée du
~pâcvait Monarque, & de les
sentimens. 149
Pensées chrétiennes en forme de
méditation pour chaque mois.
M*
Dialogue. 15'- 4-
Le fils de Monsieur le Marquis
-
Rde Voeragyuas .ef1l pre5senté6au Liste des Troupes que l'Empereur
adestinées pour l'Italie &
autres lieux. 160 Bouts-rimez.166
Madrigal. 168
Retour de Monsieur lé Duc dp
deBeauvilliers.
,- 170
Seconde Relation dela victoire
remportée par les Suédois sur
les Moscovites.171
Nouveaux Bouts-rimez proposez
par lesLanternistes. i8<
Reflexions sur la manietfëainstruire
les petits enfans. 190
Monsieur deSacy estreçûà l'A-
«
cademie Françoise. 191
Discours prononcé à Saintes
par lePere Justin Berger Recolet.
196
Nouvelles Particularitez touchant
lareception de Messeigneurs
les Princes à Auch, avec
là Harangue de Monsieur l'Abbéde
Chaulnes. 214
Suite du Journal de la route de
Messeigneurs les Princes. 210
Monsieur le Comte estreçû.
Lieutenant Criminel, 412
Autre article de morts. 413
Description de l'entrée de Monsieur
leConnétabledeCastille,
avec tout ce qui s'est passé aux
Audiences qu'il a euësduRoy^
4J7v
Article des Enigmes. 44^
Memoire contenant le détail de
la maladie de Monseigneur
le Dauphin.463.
Benefices donnez par le Roy.
Journal de la route du Royd'Espagnedepuis
Iron jusqu'à Madrid
& tout ce qui s'est passé
pendant cette route, 477»
Affaires du temps.. 53?
Avis. 54Q1
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le