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<36624505530011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1701 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Gefant.
A
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau
vingt-cing fols en Parchemin.
&
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M DCCI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staat: bibliothek
München
AU
LECTEUR .
ILya tien de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envye
pour eftre
employez , on neglige
de le faire , cé qui eft
caufe qu'il y en a
quantité
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoffible
dedeviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne
qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages àleur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
६ FEVRIER 1701 .
L
'
EPITRE en Vers
qui fert de
commencement
à cette Lettre ,
n'a point beſoin d'éloges . Elle
eft de M' de Senecé , dont
tous les Ouvrages ont merité
l'eftime des premieres Perfon
A iij
6 MERCURE
nes du monde. Celuy- cy eft
pour le Roy , & le fujet en eft
beau. Je ne vous diray rien
davantage , pour ne pas reculer
de quelques momens le
plaifir que vous doit donner
cette lecture .
4
EPITRE AU ROY,
Sur le départ du Roy
d'Eſpagne .
Es plaifirs les plus doux lafource
eft mélangée ,
D
Etd'un peu d'amertume elle est fou
vent chargée.
Grand Roy , vous l'éprouvez dans
cet évenement ,
GALANT. 7
6
Quifait de votre Hiftoire unfi riche
ornement;
Mais pendant que l'Espagne à vos
pieds profternée ,
Change enprofonds refpects une haine
obftinée,
Pendant que de fon coeur l'amour
chaffant l'effroy ,
S'incline à vos vertus , & vous demande
un Roy
Que pour luy rendre hommage un
même zele inspire
Tous les membres épurez qui forment
ton Empire.
Que pour graver ce fait fur des tables
d'atrain ,
[ burin. Les Tacites
François
aiguisent
leur
Que la Profe , les Vers , les Odes, les Harangue's
Celebrent ce bonheur en cent diverfes
Langues ,
A iij
8 MERCURE
Que par trop d'abondance Apollon
rebuté,
Hefite fur le choix, & craint la pauvreté
* ་
•Qui croiroit qu'à ma Muſe une ardeur
imprévûë
•Fournit fur ce fuccés un autre paint
de vûë ,
Et que par des fentiers qu'aucun n'ofa
fouler lignine
Sa tendreffe y trouvast dequoy vous
confoler ?
Permettez le grand Roys pour peu
qu'on la retouches nes
La douleur s'affoiblit , & devient
moins farouche ,
Et la reflexion puiffante à l'appaifer,
La tourne en habitude , & la fait
mépriser.
Appartement de Seaux , curieufe
Structure ,
GALANT. "
Qui d'arbres précieux épuifas la
Nature ,
Si de tes Cabinets les lambris fi vantez,
t
Des Chefnes de Dodone avoient les
facultez,
S'ils pouvoient s'énoncer en voix intelligibles
,
Que n'apprendroit on point de ces
mamensfenfibles ;
Où l'amour ( quoy qu'Ovide autrement
air chanté ) ·Esté ?
L'unitparfaitement
avec Sa Maje-
•Que tu m'épargnerois
d'inutiles tortures
Si Pon fçavoit par toy ces hautes
avantures.
Ces difcours de Louis , où l'artfut fi
puiffant,
Qu'on ne les redit point qu'en les
affoibliffant.
:)
10 MERCURE
Heureux qui comme toy les puife
dans fa fource.
Jafte Ciel , ma difgrace eft - elle fans
reſſource ,
Et ne puis-je efperer d'entendre encore
unjour
Cet Oracle des Rois au milieu de fa
Cour.
Elle parut enfin cette trifte journée,
Qu'à fe priver d'Anjou Louis a def
tinée :
( Carmalgré ces dehorsjaloux de la
grandeur,
Il est encore Anjou , grand Roy , pour
voftre coeur. )
Famais , lors
de Fudée
que David au Trône
Refolut de placer le Fils de Berfa
bée , ་
On n'entendit fortirfur cet augufte
employ,
GALANT: II
De plusfaintes leçons de la bouche
d'un Roy.
Adorez du Seigneur la puissancefu
prême ,
Qui metfur votre front l'honneur du
Diademe.
Autant qu'il vous éleve au deffus
des Mortels
Mon Fils , abaiffez- vous aux pieds
de fes Autels.
Avecfincerité, de l'Etat Catholique
Epoufez l'intereft , les moeurs, la politique
Cheriffez votre Peuple , & dans tous
vos projets ,
Dans leur Roy faites voir leur Pere
avecfuccés.
Enfin ,fouvenez-vous qu'au doux air
de la France
Elevé dans fon fein , vous avez pris
naiffance,
12 MERCURE
La gloire ades trefors qu'on ne peut
épuifer ,
Qu'en commun vos Etats apprennent
d'en ufer.
Faifons leur concevoir par des preuves
fenfibles ,
Qu'en demeurant Amis ils feront
invincibles.
Alors au jeune Prince il vous plut
d'enfeigner
Les miferes profonds du grand art de
.... regner;
Mais fans vous arrefter dans un détail
plus ample :
Crand Roy , pour abreger propofezvo
"Are exemple ,
L'attelagefuperbe, & trop toft arrivé,
Hannit d'impatience , & frape la
pavé.
Philippe à ce fignal qui de vous le
Separe
GALANT .
17
Rappelle fa conftance , & fent qu'elle
s'égare.
La gravité d'Espagne en vain veut
le calmer,
La tendreffe Françoise infifte à l'op
primer
Sa doulenr fe produit , la voſtre la
feconde ,
Elle paroift plus fage , & n'eſtpas
moins profonde.
Les Princes aux adieux appellez par
leur rang
Se livrent enHerosà la force duSang.
Le Sexe a d'autres droits , & permet
aux Princeſſes
En de moins fermes coeurs de plus
grandes foibleffes.
Les perles de leurs yeux par l'amour
embellis,
Coulent furle parquet par des che
mins de lis,
14 MERCURE
Et l'Inde à fon Monarque , enfes
fes ardeurs nouvelles ,
N'en offrira jamais , ny tant ny defi
belles.
Ainfi quand Jupiter d'un visage troublé
[ blé ,
Faitobfcurcirles
airs au nuage aſſem-
L'Aurore
en Orient s'attrifte
à portes
cloſes ,
Etfous un voile épais cache fon teint
de rofes ;
L'Amante des Zephirs languit.comme
fes fleurs
Iris s'évanouit furfon arc fans couleurs
;
Sous l'abri de fes Tours Cibele eft taciturne
;
·Chaque Fleuve à grands flots répand
toute fon Urne ,
Etla Nature en pleurs dans cesfombres
momens
GALANT. 35
Se conforme àfon Maistre , & fuitfes
mouvemens.
Je ne viens point paré d'unefauf
fe éloquence
Affoiblir voftre perte & celle de la
France ;
Lamaxime eft conftante , & ne m'échape
pas ,
L'Etat qui perd un Prince eft defarmé
d'un bras ,
Encorplus parmi nous , où fur la Loi
[ que
Salique
Se fonde , s'affermit la fortune publi
D'ailleurs , le jeune Prince à nos
voeux enlevé ,
Par les mains de Pallas paroiffoit
cultivé 3
Nous admirions en lui dès fa tendre
jeuneffe
Les fruits prématurez d'une haute
Sageffe.
16 MERCURE
Un amas de vertus un trefor de
bonté,
La douceurtemperée avec lagravité,
Et de ces qualitez le brillant affemblage
Frapoit déja nosyeux, grand Roy, de
voftre Image.
Comme on voit l'Univers Jaifi d'etonnement
,
S'augurer en filence un rare evenement,
Lors que l'Aftre du jour aux yeux de
la Nature ,
Dans le vague des airs reproduit fafigure
i
Mais enfin ce Sujet par les graces
orne ,
Manquoit par la fortune , & fo
trouvoit borné.
Noftre fort conftamment le refufoie
pour Maiftre.
GALANT.
17
Ce Prince , cet Ainé qui merite de
l'estre ,
·Par un éclat plus vifattiroit nos regards
,
On adreffoit au Ciel des voeux de toutes
parts >
On invoquoit Lucine , & la tendre
Deeffe
D'Adelaide encore épargnoit la jeu
neſſe ,
Attentive aux momens d'une maturité
Qui doit éternifer voftre Pofterite,
Dans cette conjoncture où se trouve
Philippe ,
Charles , des fages loix confultant le
principe,
Le fait fon Succeffeur , & cette volonté
De fes derniers
l'équité.
momens confacre
Février 1701
B
18 MERCURE
Souffrez que vostre Race , où tant de
gloire abonde ,
Se partage le foin de gouverner le
monde ;
Trop heureux fi bien - toft quelque
Peuple aguerri
Ne vient pas pourfon Roy nous de
mander Berri. ~
Laiffez auxfoibles coeurs qu'un noud
vulgaire affemble ,
Les obfcures douceurs de vieillir tous.
enfemble ,
Prodiguez vosfaveurs à cent climats
divers ,
Le beau Sang de Bourbon fe doit à
l'Univers.
Et qu'importe qu'aux Cieux les Pla
netes rangées, [tagées ?
En ordres differens paroiffent par-
Le Soleil les entraîne , & leurs divers
emplois
GALANT.
19
De fon impulfion reconnoiffent les
loix.
Quels flots d'illuftre Sang ont inonde
nos Terres
Endeuxfiecles entiers d'impitoyables
guerres,
Mais fide voftre foin les decrets inhu
mains ,
Pour couronner Anjou manquoient
d'autres chemins ,
•
Deftins , on vous pardonne , & nos
pertes paffées
Par ce rare bienfaitfe trouvent.compenfées,
Fleft temps que l'amour de nos deux
Nations
+
[ tions,
Debrouille le chaos de leurs diffen.
Nos Heros & nos Rois dans les
champs Elizées
Triomphent du plaifir de les voir aps
paifees,
Bij
120
MERCURE
Et le nom de Philippe à peine eft publié,
Que tout reffentimentyparut oublié.
Epoufe de Louis , & vous , fa tendre
Meremans zaludanah mir
Que nos maux penetroient d'une douleur
amere; gh ,2017
s
Je fens voftre prefence , & crois voir
qu'en ces lieux, tous mat
Pour affermir la Paix vous defcendez
des Cieux.
Sans faire à la nature aucune viofence
"
Reines , voftre credit peut proteger la
Frances
Et vous pouvez auſſi ſur l'Eſpagne à
fon tour
Repandre vos bienfaits fans outrager
l'amour
Mais c'eft affez , grand Roy , vous
prêcher la conftances
GALANT. 21
Fe fens mon ridicule , & vois mon
imprudencent's
Pardonnez; debiter cet indifcret Sermon
C'est en fait de fageffe inftruire Salomon:
Je vous envoye la Relation
d'une Fefte qui meriteroit d'avoir
efté donnée par un Sou
verain , puis qu'il eft inoüy
qu'un Particulier ait jamais
convié deux cens perfonnes à
un repas , & traité le même
jour prefque toute une grande
Ville . Voicy la Lettre qu'un
Officier de la Garnifon de
Douay a écrite fur ce fujet à
un de fes Amis.
1
22 MERCURE
A MONSIEUR
NE me reprochez plus mon indifference
pour les plaiſirs de
Paris , nous en avons qui font en
petit ce que les vostresfont engrand.
Toute la Flandre retentip des acr
clamations des Peuples . On entend
crier de toutes parts , Vive le Roy
de France , vive le Roy d'Efpagne
; vive Louis le Grand , vive
Philippe Cinquième. Les Feux ,
les illuminations , les fimphonies ,
les repas magnifiques , & le bruis
de l'artillerie qui fe fuccedent pour
celebrer l'alliance des deux Mo
7
GALANT.
23*
narchies , ce font des spectacles qui
valent bien la Comedie && 104
pera.
Lerepas que M. le Marquis du
Foreft nous a donné à l'entrée du
Siecle,fuffiroit feulpour vousfaire
defirer lefejour de la Province ; il
eftoit des mieux entendus. La magnificence
& la propretéy difpute
rent la gloire , & la profuſion ne
fit aucun tort à la délicateffe , on
n'en devoir pas moins attendre du
Seigneur de la Tramerie , dont les
Anceftres ont efté, les uns grands
Chambellans des Ducs de Bourgos
gne ,& les autres ont rempli des
Charges tres confiderables dans
24 MERCURE
l'Etat. On y remarquoit auff
le bon gouft de Madame la Marquife
du Foreft. C'est une Das
me defcendue de la Maifon de
Mileudonck qui eft allié à plufieurs
des plus illuftres familles de Franz
ce , d'Espagne , & d'Allemagne.
Mademoiselle de la Framerye
l'unique heritiere de leurs biens ,
s'y diftingua par des manieres con
formes à fa naiffance àfon édu
cation
-to
Leur fidelle attachement & leur
profond respect pour ces deux .
grands Monarques furent des motifs
qui les porterent à donner au
public des témoignages de leurjoye
Lur
GALANT.
25
fur l'heureux eftat de la France
de l'Espagne
.
Pour rendre la Fefteplusfolemnelle
on choiſit la nuit qui fermant
le fiecle paßé ouvroit lefiecle prefent.
Vers les fix heures du for ,
les perfonnes les plus qualifiées de
la Ville du voisinage , M le &
Gouverneur , Mrs de l'Etat Ma
jor , & tous les Officiers de la Gar -
nifon , commencerent de s'affembler,
Le nombre des Convie eftoit de
deux cens perfonnes. Plufieurs
chambres richement parées , & du
gouft de Mi le Marquis da Foreft ,
l'un des Seigneurs les plus magnifi.
ques en me-bles , tins à la Ville
Février 1701. C
26
MERCURE
qu'à la Campagne
,furent deſtinées
·
pour ceux qui vouloient
joüer. On
referva
les appartemens
de plein
piedpoury donner
un Baltres
bien
un repas encore plus
que
concerté,
delicat . Cen eftoit qu'illuminations
,
dorures , que fimphonies
. La
danfe & le jeu durerent jusqu'à
minuit , à deffein d'enfevelir
le
fiecle avec bonneur au fon des inftrumens.
Apeine apperçut
on la naissance
du fiecle fuivant
, qu'on fe mit en
devoir
de celebrer
fon arrivée
par
un repas tres propre fur une table
de quarante
couverts
. Les mets
les plus exquis
& le gibier le plus
GALANT. 27
R
1
terare eftoient arrangez parmý des
corbeilles remplies de confitures feches
& de conferves , mais ce que
jeremarquayde plusfingulier , c'est
qu'au milieu de la table s'élevoit
une roche piramidale en forme
d'amphiteatre , haute d'environ
•quatre pieds , couverte de mouffe
où l'on avoit enchaffe tres propre.
ment & parmi les bougies les
plus beauxfruits d'hiver que produifent
la France & l'Espagne.
Vous jugez bien que leurs differentes
couleurs fur un fond werd ,
s'accordoient à former des nuances
·qui charmoient les yeux ¸ EP annonçoient
à l'efprit sous les avan .
Cij
28 MERCURE
tages que nous pouvons efperer de
l'alliance des deux Nations.
Au deffus de la Piramide eftoit
placéun globe ovale à fond d'aZur
fur lequel on avoit peint deuxfois
les armes de France & celles d E.
fpagne. Dans la fituation de celles
deFrance tournées vers le Midi
vers le Septentrion , il eftoit facile
d'appercevoir l'intention du Pein
tre , qui avertiffoit par là que les
Conquestes du Roy s'étendent de
ces deux coflez Les armes d'Eſpagne
qui regardoient l'Orient & le
Couchant , apprenoient par leur
attitude que le Soleil éclaire tou .
jours quelque partie de la Monar,
ton-
1
GALANT. 29
chie Espagnole. Autour des Armoiries
de France & d'Eſpagne on
lifoit ces deux Diftiques Latins
qui leur font communs :
Sæcula dum feries annorumdividit
orbis,
Dividit imperium cum Lodoïce
nepos,'
Pendant que lafuite des années
partage les fiveles , Louis le Grand
partage avecſon Petit- Filsl'Empire
du monde.
Quam benè magnanimo funt
lilia juncta leoni ,
Ut fub Borbonidis aurea fæcla
"
Auant !
La candeur des lis jointe au
Ciij.
30 MERCURE
courage du lion , nous prefage fous
le regne des Bourbons , tous les
avantages dufiecle d'or.
Ce Globe ovale eftoit furmontés
d'une Couronne écartelée des deux
Royaumes ; à deffein de nous apprendre
par cefimbole que l'alliance
des deux Monarchies les met en
eftat degouverner le monde entier ,
ou du moins de ne le pas craindre.
Enfinfur le touton avoit placé
un globe celefte , chargé de deux Soleils
, l'un àfon Midy , & l'autre
àfon Orient Quoy que le Ciel ne
s'accommode pas de deux Soleils
la terre trouve fon compte àpoffedèr
ces deux cy Vous en devineZ
GALANT.
31
&
le miftere , & vous avez déja penfé
que celuy qui eftoit à fon midi , defignoit
ce cours glorieux de la vie
de Louis le Grand , ce que les Peuplesfouhaitent
encore autant d'an .
nées dans le fiecle prefent qu'il en
a regné dans le dernier fiecle.
L'autre Soleil naiffantfur l'horifon
nous promet dans la perfonne
de Philippe Cinquième un regne
auffi 'éclatant , auſſi durable que
celuy defon Grand Pere . La der
miere idée estoit placée la plus haute
au deffus du globe , parce qu'elle
renferme éminemment tout ce queje
viens de dire . On l'avoit exprimé
avec ceste fine ce commencement
deVers: C iiij
32 MERCURE
Borbonidum nil fanguine
majus
Refpicit in terris.
Le Soleil ne voit rien de plus
grandſur la terre , que le fangdes
Bourbons.
Je vous ay décrit l'ordonnance.
du repus , mais je ne puis vous en
reprefenter la défaite . On cuft dis
que c'eſtoit une Place à qui on
donnoit un affaut general. Qua.
rante Dames , foutenues de cent
foixante Officiers quiformoient autour
d'elles une triple Couronne
porterent les premiers coups , & le
carnage fut fi grand que fans aucune
diftinction d'âge ny de fexe,
GALANT.
33
tous les affiegez pafferent par le fib
de l'épée. Après que la premiere
fureur fut rallentie , on fit quàr
tier à ceux qui s'estoient retirez.
an Donjon. On envoya les bleſſez
à l'Hôpital , marchant en victo.
rieuxfur les cadavres des morts,
On but trois fois la fanié de Louis
le Grand , & trousfor celle de Phi.
lippe Cinquiéme au bruit des fim.
phonies , des fanfares , des acelamarions
&des boëtes . Pendant ce
carillon bachique , les Officiers fer.
voient à boire aux Dames ,
Dames donnoient à manger aux
Cavaliers . Ce ne fut que profuſion
de vins & de liqueurs ; cependans
les
34 MERCURE
tour s'y paſſa dans la joie fans *
aucun trouble. La Fefte achevée ,
chacun fe retira dans fa maison
tres-contente prêt à recommencer.
Vous croyez peut eftre qu'au
milieu de l'abondance & du plaifir
on n'ait point entendu la voix de
l'indigent , vous eftes dans l'erreur.
Le Marquis du Foreft a rendu la
joye generale in faiſant diſtribuer
quelque fomnie aux Pauvres de la
Ville parles mains des Echevins ,
& plufieurs mesures de blé à ceux
de la Campagne. Sa liberalité a
pentré jufque dans l'interieur des
"Cloiftres , où elle a fait couler quanthé
d'excellent vin pour troubler
GALANT. 35
agreablement la retraite du Solitaire
se l'engager à chanter avecplus
de force un Domine falvum
fac Regem
.
Avouez aprés cela que je n'ay
point fujes de regretter les plaifirs
de Paris , & que fi le Theatre &
les machines , les voix & les fim
phonies,la Comediefes Acteurs,
vous charment les fens l'esprit ,
nous avons ici de petits Feux quenous
pourrions comparer en quelque
chofe à ceux que les Anciens
appelloient Seculaires , & qui
valent en leur maniere plus que
vos /pectacles , puifqu'on trouve
en abregé chezle feul Marquis da
36 MERCURE
Forest , plus d'agrément qu'à l'Opera.
La nouvelle de l'exaltation
de noftre faint Pere le Pape
Clement XI eftant arrivée à
Carpentras , Ville Capitale du
Comtat Venaifin , par des
Lettres particulieres de Rome,
tout le monde commença à
en reffentir une joye fingulie
liere , & M' l'Evêque voulue
d'abord donner des marques.
publiques de la fienne par une
Procellion generale , qu'il or
donna à tout fon Clergé Seculier
& Regulier , à laquelle il
alliſta luy même. Le Te Deum
GALANT. 37
4
fut chanté au retour d'une
maniere fort devote , aprés
quoy fuivir la benediction du
Saint Sacrement. A l'entrée
de la nuit , on alluma trois feux
de joye devant le Palais Epif
copal , dont les feneftres furent
illuminées par plufieurs
lanternes aux Armes de noftre
Saint Pere ,
Quinze jours aprés , les Ma
giftrats & Confuls firent auffi.
chanter le Te Deum dans l'E .
glife du College des Jefuites ,
fondé par Mrs du Corps de
Vile, Ces Peres n'ont pas man
qué dans cette occafion de
38 MERCURE
donner des marques publiques
de leur joye & de leur
attachement particulier au
Saint Siege .
Le Mecredy 22. de Decem
M' Barbarouffa , Recteur
bre ;
& Gouverneur du Comiat
Venaiffin,qui par fes manieres
également polies & magnifi.
ques s'eftdiftingué de tous fes
Predeceffeurs, ayant donné les
ordres de faire fermer les Boutiques
, & mettre fous les ar
mes les Compagnies de Bourgeois,
fortit fur les quatre heures
du foir du Palais Rectorial,
accompagné des Magiftrats ,
GALANT .
39
4
la
des Confuls , & du plus beau
& nombreux cortege de Nobleffe
qu'on ait jamais vû dans
cette Ville en pareille occafion.
Il traverfa la grande Place
du Palais au lon des trom .
pettes & des tambours
Soldatelque bordant la haye
depuis le Palais Rectorial juf
ques à l'Eglife des Jefuites . On
la trouva ornée de tapifferies ,
avec une grande Illumination
au Maistre Autel. Au cofte de
l'Evangile eftoit un Trône
magnifiquement pare , avec
un riche Portrait de Sa Sainteté.
Le Recteur du College
40 MERCURE
entonna le Te Deum , qui fut
chanté par l'élite des Muficiens
accompagnez de la meilleure
Simphonie de la Province. Il
fe fit en méme temps une
falve d'Artillerie & trois
de Moufqueterie . Le Te Deum
fini , M'Barbarouffa fe retira
avec le même cortege dans
fon Palais , aux acclamarions
de tout le Penple , qui ne ce f
foit de temoigner fon allegreffe
par mille cris redoublez
de Vive le Pape Clement X I.
vive le Vicelegat , vive le Recteur
de Carpentras.
La joye ne fut pas peu augGALANT.
41
mentéepar les liberalite zde ce
Gouverneur , quià diverfes reprifes
jetta à pleines mains de
l'argent , par les feneftres
du Palais , ce qu'il a réiteté
pendant les trois jours que du
ra la fefte.
On trouva au retour de l'E
glife dans la grande Place &
vis- à - vis la porte du Palais,une
Fontaine de vin qui coula pendant
les trois jours , avec l'illu.
mination de toutes les feneftres
du Palais Rectorial, par
quatre lanternes aux Armes
de Sa Sainteté, & par deux gros.
flambeaux de cire blanche à
D
Février 1701.
42 MERCURE
chacune. Un peu aprés , M¹le--
Gouverneur accompagné des
Magiftrars & Confuls de la
Ville , alluma en ceremonie les
Feux de joye dreffez au milieu
de la Place . Il fe fit alors une
falve d'artillerie , & trois autres
de moufqueterie , & quantité
de fulées & autres feux d'artifi
ce ,, furent
tirez
de la plus haurte
Tour
du Palais
, aprés
quoy
les Confuls
állérent
à l Hoftel
de Ville
, allumer
les Feux
de
joye
, & par leur foin on vit en
un moment
toute
la Ville
éclairée
par l'illumination
à toutes
les feneftres
, & par
les feux
GALANT.
43
•
de joye des particuliers. Ce
foir- là , M' le Gouverneur fur
vifité de toutes les Dames &
de toute la Nobleffe de la Ville
, qu'il regala d'un concert
de Mufique.
Par les foins de Mrs les Directeurs
de la Charicé , les Pauvres
de cette Maifon témoi.
gnérent la part qu'ils pre.
noient à cette Fefte , fur un
char magnifiquement paré
fuivi de violons & de divers in?
ftrumens de Mufique . Ils reprefentérent
le Triomphe de
L'Eglife & des Vertus qui bril
lent avec tant d'éclat dans la
Dij
44 MERCURE
Perfonne du Saint Pere , fur
tour de la Clemence qui fait
fon caractere particulier , &
dont il porte le nom à fijuſte
titre. Cette Fefte dura trois
jours & trois nuits avec une
grande pompe.
?
Le Sonnet que vous allez
lire eft de M' Simart , de Sezanne
en Brie , & l'un des
miers fruits de fa Muſe .
pre
AU ROY D'ESPAGNE .
DIgne Sang des Bourbons ,
Heros que la Victoire
GALANT.
45
Aformé dans fonfein pour les plus.
beaux exploits ,
Eleve du plus fage & du plus.
grand des Rois,
Ceft à luy que tu dois tes Vertus &
La Gloire.
De fes nobles leçons conferve l'a
memoire ,
Ili'enfeigne à regner ; attentif àfa
Voix
Apprens de ta Couronne àfoûte
nir le poids ,
Et de cent traits brillans enrichis
ton Hiftoire.
$$
Sois comme luyprudent, jufte affa
ble , pieux;
•
46 MERCURE
Pere de tesSujets , rens tes Peuples ^
beureux ,
Du jougde l'Afriquain va déliofer
leurs teftes.
Grand Roy , par ta valeur & tes
travaux divers ,
De ton Augufte Ageul égale les
Conqueftes ,
Et partage avec luy l'amour de
1Univers
J'ajoûte un Madrigal dont
l'Auteur m'eft.inconnu
.
AU ROY ,
Souffrez , Auguste Roy , que ma
Mufe vous chante ,
GALANT. 47
Lagloire & les vertus d'un Prine
ce fortuné:
Il commence à remplir l'attente
De cette grandeur étonnante ,
Où vostre Sang eft deſtiné.
Chacun voit que le Cielfeconde" ·
Vos foins pour la Juſtice , & vos
foins pour la Paix:
Et pour recompenfer vostre race
feconde ,
Il veut qu'elle donne à jamais -
Des Maiftres au reste du monde,
Ces autres Vers ont efté faits
fur l'Air de Joconde.
48 MERCURE
L'Espagnefut long- temps en pleurs,
Fort trifte , & languiffante
Mais à prefent qu'elle eft enfleurs,
Qu'elle fera contente !
Le Ciel par un coupfans pareil
De fes maux la délivres
Il tire un rayon du Soleil
Pour la faire revivre.
On n'a point encore donné
de Relation de la Victoire
remportée par le Roy de Suede
, fur l'Armée du Grand Duc
de Mofcovie, le 30 de Novembre
de l'année derniere . Ainfi
j'auray l'avantage d'eftre le
premier qui vous en auray fait
voir une Relation dans les formes
GALANT.
49
mes , car quoy qu'on en ait
beaucoup parlé , on n'en a vû
aucun détail regulier , & tout
ce qu'on en a dica efté fi confus
, qu'on auroit raiſon de dire
que ceux qui en ont beaucoup
parlé font peut eftre ceux qui
fçavoient le moins le fonds de
cette affaire , dont les circonftances
ont efté rapportées fi
diverſement. Avant que d'entrer
dans ce détail , qui fera
fans doute plaifir à toute l'Europe
, je vous diray que le Roy
de Suede ayant fait affembler
fon Confeil de Guerre , propos
Février 1701
EX
50 MERCURE
fa d'attaquer les Mofcovites.
Tous ceux qui compofoient.
ce Confeil en parurent étonnez.
Leur valeur les portoit à
feconder les intentions du
Roy leur Maiſtre , mais la pru.
dence ne vouloit pas qu'ils
confentiffent à une entreprife
qui , felon toutes les apparences
, devoit faire perir
toute l'Armée Suedoife , &
ne luy laiffer que la gloire
d'avoir ofé s'expoſer à des perils
manifeftes . Le Roy de
Suede remarqua leur embarras
, & en devinant la caufe,
illeur dit qu'il avoit obferGALANT.
St
vé dans l'Hiftoire de fes Predeceffeurs
, qu'ils avoient toûjours
batu leurs ennemis avec
des forces infiniment inferieures
aux leurs ; qu'il fortoit du
même Sang , & qu'il efperoic
vaincre comme eux ; qu'à l'égard
de ce qui regardoiz les
Officiers qui commandoient
fes Troupes , & les Soldats qui
leur obéiffoient , ils eftoient
auffi defcendus des vaillans
Officiers & des braves Troupes
qui avoient gagné tant de
Batailles à nombre inégal , en
combatant fous fes Anceſtres ,
& qu'ainfi il ne doutoit point
E ij
52 MERCURE
qu'eftant tous nez d'un fang
victorieux & accoutumé aux
actions extraordinaires , ils
n'euffent les mêmes avantages
fur les ennemis de la Suede ,
que leurs Ayeux avoient eus .
Tous admirérent une refo .
lution fi genereuſe dans un
fi jeune Prince , & témoigné.
rent qu'ils eftoient prefts de le
fuivre.
Le 23. Novembre Sa Majefte
Suedoife fe mit en marche
pour aller à Weſemberg ,
qui eft à quinze lieuës de Narva,
avec une armée de huit mille
hommes feulement , le dan
1
GALANT.
53
ger preffant où fe trouvoit la
Place n'ayant pas permis à fa
Majefté d'attendre les autres
Troupes qui eftoient en chemin
pour le rendre auprés
d'elle. La marche fut fort pemible
, tant à caufe des mau
vais chemins
, que parce que
le Pays jufqu'à dix lieues de
Narva avoit efté tellement ravagé
par les ennemis , qu'on n'y
trouvoit ny vivres ny fourages.
Le 29 le Roy arriva à Lacana ,
à une lieuë & demie de Narva.
Les Moscovites avoient negli
gé d'occuper les défilez de
Maholm , de Partz , de Pheje-
E iij
54 MERCURE
ky & de Syllamechi. Il parut
feulement à Phejekky fix mille.
chevaux , fous le Commande.
ment de Scheremetiof , dont
les fourageurs furpris en deçà
du defilé par les Avantcoureurs
de l'Armée Suedoife , le.
repafferent avec precipitation ,
laiffant leurs trouffes & quelques
morts fur la place . Leur :
General qui eftoit de l'autre
cofté, en ayant pris l'épouvan
te , fe retira la nuir en diligence
avec tout fon corps vers le
gros de l'Armée.
Le 30. au matin celle de
Suede marcha de Lacana , &
GALANT . SS
arriva vers le midy prés du
Camp du Czar qui ſe trouva
couvert d'un bon retranchement
heriffé & garny de che
vaux de Frife , ayant devant
foy un foffé bien profond , &
d'ailleurs des batteries & des
ouvrages détachez fur les hauteurs
qui flanquoient les lignes.
Le Royrangea fes Troupes
le long du retranchement}
nonobftant le feu continuel
du Canon des ennemis , & ordonna
à l'Infanterie de prepa
rer des fafcines. Après avoir
fait le tour du Camp pour reconnoiftte
les endroits où il
E iiij
56 MERCURE
pouvoit eftre infulté avec
moins de defavantage , il refolut
de faire deux attaques prin
cipales , & fit pour cet effet
la diſpoſition ſuivante.
A l'aile droite commandée
par le General Wellingk , le
General Major Poffe devoit
conduire l'attaque que devoient
commencer cinquante
Grenadiers du Regiment des
Gardes , fous le commandement
du Lieutenant Reenf
chiold. Ils devoient eftre fuivis
d'un Bataillon de Grenadiers
du même Regiment
commandé par le Capitaine
GALANT. 57
Sperling. Celuy- cy eftoit foutenu
par trois Bataillons du
même Regiment , le Bataillon
du Corps commandé par lel
Lieutenant Colonel Palmquist
eftant au milieu , & ayant à fa
droire le Major Numers , & à
fa gauche le Capitaine Ehreenfteen.
A prés eux eftoient Char
les Poffe à la droite , & Sparre
à fa gauche , tous deux Capitaines
dans le même Regiment
. Enfuite le Colonel
Knorring avec un Bataillon de
Helfingland & le Capitaine
Cafimir Wrangel , avec un
Bataillon de Weftmanland ,
1
58 MERCURE
le
foutenus par les Finlandois du
Colonel Tiefenhufen , par le
Major Wulfen avec un Bataillon
de Helfingland
, & par
Capitaine Kurk , avec un Bataillon
de Weftmanland. Le
Lieutenant General Wacht
meiſter avoit ordre de fuivre
avec la Cavalerie , à mefure
que l'Infanterie luy en auroit
montré le chemin pour entrer
dans le retranchement.
A l'aile gauche comman
dée par le Lieutenant General
Reenſkiola , le Roy ordonna
deux attaques , dont l'une devoit
eftre conduite par le GeGALANT.
59
neral Major Maides , en deux
Colonnes . La droite eftoit
composée de quatre Batail .
lons qui devoient le foutenir
fucceflivement. Ils eftoient
commandez par le Lieutenant
Colonel Roſe , le Capitaine
Focks , le Major Flitzen , & le
Capitaine Saff. La gauche
.commençoit par le Lieutenant
Colonel Grundes , ſuivi
de trois Bataillons de Finlande
qui cftoient commandez par
le Colonel Mellin , le Lieute
nant Colonel Loue & le Major
Berg. Les deux Colonnes de
voient attaquer le retranche ,
60 MERCURE
ment à la gauche , au deffous
d'un grand ouvrage des ennemis
qui rafoit les lignes des
deux coftez , & commandoit
la Campagne . La feconde at
taque de l'aile gauche commi
fe à la conduite du Colonel
Comte Steenbock , foutenu
par le Lieutenant Colonel
Haffer avec un Bataillon de .
Finlande , eftoit deſtinée contre
ce grand ouvrage . Le Roy
voulut luy même eftre à cette
attaque , parce que felon toutes
les apparences le combat
y devoit eftre plus rude , &
qu'il efperoit d'ailleurs y renGALANT.
61
contrer le Czar qui avoit fon
quartier de ce colté . là . Sa Majefté
avoit auprés d'elle le Lieu .
tenant general Reenſchiold &
le General Major Horn , Capitaine
Lieutenant des Gardes
du Corps , avec la Cavalerie de
l'aile gauche , dont le Corps de
reſerve eftoit commandé par
le General Major Rebbing.
L'artillerie de la même aile qui
confiſtoit en vingt une pieces
de bronze , eftoit commandée
par le Sieur Sioblad , Grand-
Maistre de l'Artillerie , & celle
de l'aile droite par le Major
Appelman.
62 MERCURE
A
Les chofes eftant ainfi dif.
polées , & le Roy ayant donné
à ſon Armée le mot qui estoit
Dieu aidant , le figual de l'attaque
fut donné à deux heures
aprés midi , par deux fufées .
L'Infanterie qui s'avança à la
faveur d'un temps couvert &
meflé de neiges que le vent
pouffoit contre les Ennemis ,
fit fi bien fon devoir que malgré
la refiftance vigoureufe
qu'elle trouva , le retranchement
fut forcé aux deux attaques
en moins d'un quart
d'heure. Les ennemis furent
pouffez le long des lignes avec
GALANT.
63
beaucoup de carnage . L'aile
gauche des Suedois pouffa la
droite des Mofcovites jufqu'à
la riviere de Narva , où ils
chercherent à fe fauver fur le
Pont , mais ce Pont rompit
fous eux , & il s'en noya un fort
grand nombre. La fuite eftant
ainfi devenuë impoffible à ceux
qui reftoient , ils firent de neceffité
vertu , & formérent entre
les maifons de bois & les
barraques qu'ils avoient faites
dans leur Camp , un Tabor ou
retranchement de Chariots ,
où il fallut faire une feconde
attaque . Elle dura avec un feu
64 MERCURE
continuel de part & d'autre
juſques à la nuit.
L'aile droite des Suedois eut
le même fuccés contre les en-
R
nemis de la gauche . Ils furent
mis en déroute , & le Regiment
des Gardes qui eftoit dans cette
aile , ſe joignit à la gauche
pour attaquer ce retranchement.
Quoy que le terrain fuft
fort incommode pour la Cavalerie
, elle ne laiffa pas d'eftre
d'un grand fecours , ayant furmonté
les obftacles par une
valeur extraordinaire .
L'obſcurité de la nuit qui
fut fort noire , ayant fait ceffer
GALANT. 65
le combat , le Roy rangea fes
Troupes entre les retranchemens
& la Ville , de maniere
qu'elles puffent eftre fur leurs
gardes , contre les furpriſes des
ennemis . Sa Majefté fit auffi
occuper une de leurs principales
batteries fur une hauteur
qui commandoit tout le retranchement
, & coupa ainfr
la communication entre leurs
ailes.
Enfin comme ils fe virent en
fermez fans aucune efperance
de fe rejoindre à ceux du res
tranchement , ils envoyerent
le même foir faire leurs fou
Février 17.01. F
66 MERCURE
miſſions au Roy, & demander
la vie fauve. Sa Majeſté leur
ayant répondu avec beaucoup
de clemence , on vit venir un
moment aprés le Keneſt Jacob
Frederofvitz Dolgoraka , Maréchal
& Commiffaire General
de la Guerre. Le General
Aftemon Michailofvitz Golof.
vin , & le Prince Artzchelowitz
Grand Maistre de l'Artillerie ,
qui mirent bas leurs armes aux
pieds de Sa Majefté , & ſe rendirent
à difcretion , livrant en
même temps les Poftes qu'ils
occupoient. Le Roy reçut cette
foumiffionavec tant de bon.
GALANT
: 67
té qu'il permit à leurs Troupes
de paffer la riviere , & de s'en
aller avec leurs armes , à condition
feulement
qu'ils livreroient
tous leurs Drapeaux
&
leurs Etendarts
, ce qui fut
executé.
Le General Weide qui com
mandoit le reste de l'aile gaufe
che des ennemis, & qui le trouz
voit pareillement enfermé par
les Suedois , ayant appris ce
qui avoit efté accordé à ceux
del'aîle droite , envoya vers le
matin un Tambour avec une
Lettré aŭ General Wellingk ,
par laquelle il demanda la mê
་ ཏ་
Fij
68
MERCURE
me grace. Le Roy ayant accor
dé la
retraite à ces
Troupes ,
mais
defarmees, des
Regimens
entiers , avec un tres grand
nombre
d'Officiers ,
vinrent
pöfer leurs armes & leurs Drai
peaux aux pieds de Sa Majeſté ,
&
marcherent enfuite la tefte
découverte devant l'Armée
victorieuſe , vers le Pont par
où ils fe
retirerent. Ainfi touc
le Camp des Moſcovites demeura
au pouvoir du Roy. On
y trouva une grande abondance
de toutes chofes , une tresbelle
artillerie de cent quaran
te- cinq pieces de fonte toute
GALANT. 69
neuve , dont les plus groffes
font de quarante cinq livres
de balle , vingt huit mortiers ,
auffi de fonte , fix pierriers
une grande quantité de muni
tions & d'armes , fix paires de
timballes , cent cinquante &
un Drapeaux & vingt Etendarts
, fans compter ceux que
l'on repefche encore tous les
jours dans la riviere , ou qui
fe trouvent au lieu du combat
déchirez , ou enfoncez dans
la boue , caiffe de l'Armée ,
grand nombre de tentes , beaucoup
de provifions de bouche
& de fourage , avec d'autre bu
70 MERCURE
tin confiderable qui fut abandonné
aux Soldats .
€ Le Roy ne fe contenta pas
de conduire cette action glorieufe
avec toute la fermeté ,
& en même temps avec toute
la prudence imaginable , il
voulut encore animer fesTrou
pes par fon exemple , menant
luy même à la charge tantoft
l'Infanterie , tantoft la Cavale
rie , tantoft à cheval , tantoft
à pied , aux endroits où la refiftance
eftoit la plus opiniâ
trée , & le feu le plus fort , mais
quoy qu'il s'expofaft à tous les
dangers avec une intrepidité
GALANT.
71
extraordinaire , Dieu a fi bien
protegé fa perfonne , qu'il n'a
reçu aucune bleffure . Sa va
leur en infpira une fort grande
à fon Armée ; ainfi depuis
les premiers Officiers jufqu'au
dernier Soldat , on ne vit qu'une
noble émulation à qui fe
roit de plus belles actions , en
quoy les Gardes du Corps .
fe diftinguerent particulierement.
་
La veille de cette action , le
Czar s'eftoit retiré precipitamment
du Camp , & avoit laiffé
le Commandement de l'Armée
au Duc de Croy, Ce Ge72
MERCURE
neral voyant tout perdu , vint
pendant le combat fe rendre
au Roy , avec le fieur Allard
Lieutenant general & premier
Ingenieur , le Baron Lang , General
Major , & Envoyé du
Roy de Pologne auprés du
Czar , le fieur Plonberq , Colonel
des Gardes , le Colonel le-
Fort , le Major Pihel , & quel..
ques Ingenieurs , qui font demeurez
Prifonniers de guerre ,.
avec tous les Generaux &
grand nombre de Colonels.
C'eſt ainfi que la Ville de
Narva a efté délivrée par le
courage du Roy de Suede
d'un
GALANT.
73-
d'un Siege qu'elle avoir vaillamment
foutenu pendanc
deux mois & demi.
Cette victoire eft d'autant
plus remarquable & glorieuſe ,
que les Suedois n'estoient qu'-
une poignée de monde contre
une Armée nombreuſe , les
Moscovites difant eux- mêmes
qu'ils eftoient quatre vinge
mille hommes
, à quoy
à quoy l'on
peut joindre que les Suedois
eftoient fort fatiguez d'une
marche penible par un Pays
où ils avoient manqué de tour .
La perte des ennemis eft
de dix huit mille hommes au
Février 1701 . G
74 MERCURE
J
moins , en y comprenant les
noyez . Du cofté des Suedois ,
il y a tout au plus deux mille
hommes tuez ou bleffez , & on
elpere la guerifon de la pluſpart
des derniers.
Le Grand Duc de Mofcovie
qui a voulu déguiſer ſa
perte , a écrit au Roy de Pologne
, qu'il n'y avoit eu que
trois mille hommes tuez de
ſes Troupes. C'eſt jetter une
grande note de lâcheté fur les
Moſcovites , fi une perte fi peu
confiderable les a obligez de
fe retirer, eux qui estoient fort
fuperieurs aux Suedois. Voicy
GALANT. 75
la lifte des Officiers qui ont
efté faits Prifonniers dans ce
combat.
t
Le Duc de Croy , Maréchal
General.
Le Keneft Jacob Fredero .
witz Dolgaruka , Maréchal &
Commiſſaire general de l'Armée.
Aftemont Michaielowitz
Golovin , General de l'Infanterie.
Adam Veidé , General de
l'Infanterie.
Le Keneſt Jurſcovitz Traberftxoa
, General & Gouver
neur de Novogrod .
Gij
76 MERCURE
Artchelowitz , Prince de
Georgie Grand Maitre de
l'Artillerie.
Alard , Lieutenant general ,
& premier Ingenieur .
Le Baron Lang , General
-Major , & Envoyé de Pologne
auprés du Czar .
Juan Juanofvitz Buterlm² ,
General Major.
TA
Cafimir Voukrager , Colo .
nel d'Artillerie .
Blumberg , Colonel des Gar
des du Czar.
Le Colonel le Fort.
Le Colonel Deldend
Le Colonel Jacob Gordou .
1
GALANT.
7%
Le Colonel
Sehneventz.
Le Colonel Gulch .
Le Colonel Werthoff.
Le Colonel Pendegraff.
Le Colonel Ivanirsky.
Et plufieurs autres Colonels
, Lieutenans Colonels ;
Majors , & Officiers de moindre
rang , qu'il feroit trop long
de nommer.
On devoit en laiffer partir
un grand nombre avec les
Troupes qui mirent bas leurs
armes , le Roy n'ayant pas jugé
à propos de fe charger de tant
de Prifonniers .
G iij
78 MERCURE
Je vous envoye deux Sonnets
qui font du Pere Mourgues
, Jefuite . Ce nom ne sçauroit
manquer de vous donner
envie de les lire.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
P
Ar le deftin d'un Frere à vos
yeux couronné ,
Prince , jugez dufort que vous devez
attendre.
Vousferiez ce qu'il eftfi vous pouviez
defcendre;
C'eft eftre plus que Roy que d'eftre
Lon Ainé.
GALANT. 79.
Glorieux & content
rangfortuné,
dans ce
De montrer à Louis un coeur docile
& tendre ,
Et d'apprendre à regner du feul qui
peut l'apprendre ,
A ce noble projet vous vous eftes
borné.
C'eft fans aucun regret que vostre
ame abandonne
Au plus digne aprés vous , uneriche
Couronne
,
Qui fait pouffer ailleurs tant de
Loupirs jaloux.
來
G iiij.
80 MERCURE
Il n'eftoit rien plus propre à vous
faire connoistre
La hauteur de la place où le Ciel
vous fit naiftre,
Qu'un Trône qui fe trouve eftre
encore audeffous.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRY.
Prince
Rince , on voit qu'à voire âge
une rare fageffe
Vous rend inacceffible aux foins
ambitieux ,
Capables de troubler ce calmepres
cieux
Qu'attache à nos beaux jours la
tranquille jeuneſſe .
GALANT.
8t
Voftre efprit élevé qui connoift fa
nobleffe ,
Trouve qu'iln'est pour luy d'empire
glorieux ,
Que celuy qui le rend libre on victoa
rieux
Des defirs inquiets qu'enfante la
foibleffe.
D'un brillant embaras garentirfon
bonheur
Pour rendre la Raifon maiſtreſſe de
fon coeur ,
Que ce regne eft charmant , & quel
autre l'égale!
82 MERCURE
Sichacun comme vous fçavoit rez
gner furfoy ,
Chaque Mortelauroit l'ame 'vraiment
royale ,
Et lon ne prendrois pas la peine
d'eftre Roy
J'ajoute un Madrigal , fur le
choix que l'Espagne a fait de
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
pour eftre fon Roy.
L'Espagne qui voyoit fes Etats
partager
Afçû fes intereftsfagement ména.
ger
Elle nous a fait voirfon grandfond
de prudence
GALANT. 83
Choififfant pour fon Maistre un
Prince , Fils de France.
Par ce grand coup d'Etat , enfin
elle a trouvé ,
Quoy qu'elle ait donné tour , qu'elle
a toutconfervé.
Ce qui fuit eft de M de
Montclair.
SUR L'UNION
DE LA FRANCE ,
5
ET DE L'ESPAGNE.
LE Cogele Lion dans la Paix
affermis
Depuis leur union nouvelle¸.
84 MERCURE
Ne craindront jamais la querelle
Que leurferont leurs Ennemis.
Leur vigilance eft fans pareille ,
Le Lion dort les yeux ouverts
Le Coq avant jour Je réveil
le ;
Et qui donc ofera dans tout cet
Univers
Du Coq ou du Lion , fi vaillans
& fifiers ,
Venir tirer ou la plume ou l'o
reille?
Malheur à qui contre eux voudra
tenter le choc ;
S'il cherche le Lion , il trouvera le
Gog ,
S
GALANT. &
Et ce Coq quifçait bien attaquer
défendre ,
A toujours faitfentir dans fes har
dis combats
Qu'il n'estpas
Un Coqafe laifferprendre.
Quand la memoire de M¹
Bontemps ne vous feroit pas
auffi chere que vous me l'avez
marqué , il fuffiroit de vous di
re que fon Eloge que je vous
envoye eft de M ' de Bellocq ,
pour vous donner envie de le
lire , tant tout ce qu'il fait eft
de bon gouſt.
86 MERCURE
ELOGE
DE M BONTEMPS.
Vivre enfaveurfans oftentation,
Faire du bienfeulement pour le
faire ,
Eftre équitable au poids du Sanctuaire
,
Foindre au bonheur la moderation:
N'eftre jamais au merite contraire ,
Mais d'obligerfaifir l'occasion :
Aux affligez donner protection ;
Sans amaffer , content du neceffai .
re,
De l'intereft fuir la contagion :
GALANT. 87
C'est un fentier que peu d'hommes
battirent
Sans s'écarter , &fur toutfoixante
ans ;
Ce font Vertus , qui de la Cour
partirent
Le même jour qu'on vit mourir
Bontemps.
Je vous fais part d'une Lettre
qui merite bien d'eftre luë
des Curieux .
A Naples le 12. Janvier 1701 .
LE 6. du mois paffe , jour des
Rois , le Viceroy fur les deux
88 MERCURE
heures aprés midi , accompagné de
toute la Nobleffe , des Magistrats
des Officiers de Ville , tous magnifiquement
vétus à l'Espagnole ,
brillans d'une prodigieuse quantitédepierreries
, eftant monté avec
toute fa fuite fur de tres beaux
chevaux , partit defon Palais ,
traverfant la grande Place ,fe ren .
dit à la principale porte di Chafteau
neuf , à laquelle Son Excellence
ayant frappé , & le Chaftelain
on Gouverneur de la Place
ayant répondu par un Qui víve ,
auffitoft que fon Excellence eut
repliqué , Vive Philippe V. les
battans de la portefurent abbatus ,
GALANT. 89
la porte ouverte , toute la Garniſon
au dedans , & le Peuple an
dehors , faifant retentir le même
cri de Vive Philippe V. Ces cris
furent tels qu'ils ne purent eftre interrompus
par le bruit de toute la
Moufqueterie & du Canon de la
Place , auquel répondirent le Chafteau
Saint Elme , & celuy de l'oeuf,
dont les falves furent miflées aux
acclamations de joye du Peuple répandu
dans toutes les ruës. De là
Son Excellence fe rendit par les
quartiers du Lanzieri à la Place
des Carmes enfuite à la Vicai
rie , où la même ceremonie fut obfervée.
Enfin Son Excellence re-
Février 1701.
H
90 MERCURE
tourna dans fon Palais prefque à
nuit clofe par la belle & grande
ruë de Toledo , n'ayant point ceffé
pendant toute cette Cavalcade de
jetter à pleines mains au Peuple de
petites monnoyes d'argent neuves
appellées cy devant Carlins , &
àprefenthilippins , eftant marquez
au coin du nouveau Roy:
Cette diftribution a coufté à son
Excellence
mille ducats ou
quatre
quinze mille livres de France On
ne peut exprimer ny décrire la richße
& la magnificence avec laquelle
Son Excellencefit éclater la
grandeur de fon ame dans cette occafion.
Le mords bors de la bouche
GALANT
gr
de fon cheval , toute la teftiere , la
éperons , eftoient
lepoignard ,
bride , eftriers
couverts à plein de diamans . La
Cafaque de Son Excellence toute
chamarrée d'agrémens & de bou.
tons de diamans ; les coftezde la
culote de même , le cordon du cha.
peau & fon retrouffis , la grande
épéeà l'Espagnole ,
tout en eftoit garny ; & moy qui
ay vu manié le tout , je puis
affurer qu'il y en avoir tout au
moins pour fept cens mille ducats ,
ou deux millions & demi de Fran .
ce. La plus grande partie de ces
pierreries estoit empruntée par fon
Excellence , mais ce qui eſt à confi-
Hij
92 MERCURE
1
derer , c'est qu'elle fit démonter tous
ces joyaux, lesremonter expreße.
ment pour l'usage de cettefonction.
·Ce remontage luy coûte quatre
mille deux cens cinquante ducats ,
ou feize mille livres de France ,
fans ce qu'il en coûtera pour les re-
·mettre dans le méme eftat où elles
eftoient , à quoy fon Excellence s'eft
obligée.
On a eu avis de Malthe que
M' le Grand Prieur de l'Eglife
de Malthe, nommé Frere Pierre
Viany de la Ville d'Aix en
Provence , mourut le 18, de
Novembre , âgé de ſoixanteGALANT.
93
neufans , dont il en avoit paffe
trente quatre à gouverner cette
Eglife avec une tres- grande
édification . C'eftoit un Prelat
d'un merite diftingué, fçavant,
pieux , & liberal envers les Eglifes
& les Pauvres . Il fut enterré
le 20. avec les ceremonies
accoutumées , au grand regret
de Monfieur le Grand Maiftre
dont il eftoit le
Confeffeur ,
auffi bien que de tout l'Or
dre.
La Terre Sainte , ancienne
, moderne , & hiſtorique ,
que M' de Fer vient de don.
ner au public , eft traitée
94 MERCURE
d'une manière à inftruire & a
faire plaifir , tant pour la Geo.
graphie , que pour l'Hiftoire
fainte & prophane , qui luy
fert d'ornement. Quoy qu'il
n'y ait pas de fujet fur lequel
on ait plus travaillé que fur
celuy là , l'Auteur le flatte
qu'on y trouvera l'agrément
de la nouveauté , tant fur les
paralleles des Plans élevez de
Jerufalem ancien & moderne ,
que fur le Mont Liban , fur le
paffage de la Mer morte par
les Arabes , & fur les autres
fujets qui compofent cette
Carte , qui eft de la grandeur
<
GALANT. 99
des autres que l'Auteur a déja
données. Il demeure toûjours
dans l'ile du Palais , fur le
Quay de l'Orlogé , à la Sphere
Royale.
Le Roy qui ne connoift pas
moins les perfonnes de merite
& de valeur, qui le ſervent avec
fuccés dans des Regions tres
éloignées , que ceux qui com
battent prefque fous les yeux,
parce que gouvernant tout par
luy même , il voit & fçait tout
ce qui fe paffe , a donne ordre
depuis peu à M' le Comte de
Pontchartrain , d'écrire à M'le
Marquis de Dangeau d'ad
96 MERCURE
mettre M'Martin dans l'Ordre
de Saint Lazare , en qualité de
Chevalier , & comme M' Martin
n'eft point en France , on a
expedié une Commiffion à
M' de Cicé , Evêque de Sabul.
la , pour le recevoir Chevalier
de cet Ordre . Ce Prelat s'embarqua
le 7. de ce mois ,fur les
Vaiffeaux qui font partis du
Port Louis pour Pondicheri.
Ce n'eft pas la feule chofe que
Sa Maiefté ait faite en faveur
de M' Martin . Elle luy a donné
des Lettres de Nobleffe ,
qui contiennent des morceaux
d'hiſtoire affez curieux pour
eftre
1
•
GALANT: 97
eftre lûs avec plaifir . Voicy ce
qu'elles portent , aprés qu'on
ya parlé de l'Efcadre qui fut
envoyée aux Indes Orientales
en 1671 pour établir le Commerce
, & ancantir l'Idolâtrie
dans ces Pays éloignez Comme
entre les differens Sujets qui ont
efté choifis pour cela , lefieur Mar
tin que la Compagnie des Indesy
envoya dés l'année 1665; s'y éft
particuliérement
diftingué che l'a
choifi aprés qu'il a exercé divers
emplois , pour Chef & Directeur
general de Pondicheri , pour fon
commerce & fes ètabliffemens
dans toutes les Costes de Carob
Février 1701 . I
98 MERCURE
mander , du Golphe de Bengale &
autres parties Orientales . Il s'eft
rendu fi babile & a acquis des
Lumieresfi juftes& fi étendues par
fon application defintereffée qu'il
s'eft attiré avec une grande repu
tation , la confiance & l'amitié des
Souverains des Peuples , en
forte qu'en l'année 1675. Chircan
Londy , General des Armées du
Roy de Vifiapour , qu'il a remis
dans l'alliance des François , le
chargea de s'emparer de la fameuſe
Fortereffe de Valdaour , fiuéeprés
de Pondicheri , qui estoit au pouvoir
du Prince de Chingy , laquel-
Le s'eftoit fonftraite de l'obéiſſance
GALANT.1
99
du Roy de Vifiapour , ce qu'il exe
cuta avec tant de valeur & de
prudence , qu'ayant fait escalader
laFortereße par deuxendroits pèndans
qu'il faifoit donner une fauſſe
attaque àla grande porte ilfe rene
dit maistre de cette Platè en une de.
miheure, quoy qu'il n'eaft que quas
rante de nos Sujets & les gens du
Pays qu'il avoir affemblez pour
l'execution d'une entreprise de cette
importance. Ilconferva ceitè Conquefte
contre les Ennemis , & alla
mettre le Siege devant une autre
Fortereffe appellée Tandinanon
avec un Corps de Troupes da dés
tachement del Armie de Chircan
I ij
100 MERCURE
7
Londy qui affiegeoir Chingy , avec
lequel Prince de Chingy ilfacilita
un Traité. Ces actions & d'au .
tres où il s'est trouvé . La fagrffe,
de fes confeils , & les avantages.
qu'il a fair concevoir aux Souverains
de ces parties de la Terre ,
qu'ils tireroient de negocier avec
les François , luy ont attiré déslors
& augmenté depuis ce tempslà
leur confiance & leur confideration
, & unun grand credit dans le
commerce , en forte que Pondicheri
n'eftant qu'un petit Village il s'en
eft forméparfa conduite une Ville
Françoife , qu'il a eu permiffion de
fortifier, & qu'il afortifiée & mife
GALANT. tol
hors d'eftat d'eftre infultée . Cerre
Ville a fervi de retraite aux Vaif
feaux & aux Troupes que nous
avons envoyées aux Indes , &
en fert aux gens des Nations voi
fines , qui font actuellement en
guerre avec le Mogol . Il a auffi
établi des Comptoirs dans les autres
Royaumes & Etats , particuliere .
ment dans ceux de Golconde
Bengale , & comme il continuë en
execution de nos ordres , & de ceux
de la Compagnie d'affister les Miffionnaires
que nous envoyons, àfai .
refentir noftre Puißance àsoutenir
le commerce de nos Sujets , & qu'il
n'oublie rien de ce qui peut augde
I iij
102 MERCURE
menter la gloire de Dieu & la
nafire, nous avoñons qu'il eft raifonnable
de luy donner des marques
de l'estime que nous faiſons de
fa perfonne , en l'honorant du titre
de Noble , c.
&
a
J'ajouteray à ce qui eft marqué
dans ces Lettres , qu'en
4684 M² Martin connoiffant
que les Hollandois étoient
extraordinairement jaloyx de
l'affermiffement de la Compa.
gnie dans Pondicheri , fit aug
menter & quelques fortifica ,
tions, Cette prévoyance luy
fut fort utile , puis que fur la
fin de cette année ayant eu
GALANT. 103
1
avis de la guerre declarée en .
tre la France & la Hollande ,
fe mit en eftat de le précau
tionner de nouveau . Il fit faire
des baricades aux avenues des
rues qui alloient à la Fortereffe,
gardée par les Soldats de la
terre , & mettre fix picces de
Canon fur chaque Tour.Quel,
que temps aprés les Anglois &
Hollandois le menacerent de
le canonner & de rafer cette
Fortereffe. Comme il s'infor
moit fous main des deffeins
des Ennemis , il fut averti que
les Hollandois mettoient tout
en uſage pour avoir ce pofte,
I iiij
104 MERCURE
& qu'ils armoient à Toutoncouvin
, des Navires , des Bar
ques , des Bateaux & des Chaloupes
. Ce dernier avis bien
confirmé le porta a ſe défaife
re des Bouches inutiles , qu'il
fit paffer à Saint Thomé chez
les Portugais . Il fit provifion
de munitions
de guerre & de
vivres , prit des Soldats de la
terre, & fit élever une Redoute
fur le terrain où les Capucins
avoient commencé leurs Bâtimens.
Il fit ncore fortifier
un autre endroit , où il crut
que les Ennemis pouvoient
le loger , & fe mit par là en
1
GALANT. 105
""
eftar de le défendre . Tous ces
mouvemens continuerent jufqu'en
1693. que les Hollandois
fe rendirent devant Pondicheri
, avec des forces capables
d'emporter la plus importante
Place. Leur Elcadre eftoit
compofée de dix neuf Navires ,
de plufieurs Botes & demi-
Botes , doubles Chaloupes ,
des Baftimens du Pays . Il fut
mis à terre deux mille hommes
de Troupes réglées , fous plufreurs
bons Officiers , nombre
de Matelots , des Bouchies des
Macaffars, des Chingales plus
de deux mille hommes , onze
FC6 MERCURE
pieces de Canon de fonte de
dix huit livres de bale , vingt
quatre pieces de Campagne ,.
fix Mortiers , & des munitions
beaucoup au delà de ce qu'il
en falloit pour ce Siege . M
Martin s'appercevant que les
Ennemis fe fortifioient , qu'ils
dreffoient leurs Batteries , &
que leurs travaux avançoient,
fit faire une fortie qui fut affez
heureuſe , Il en fit une autre le
lendemain avec un pareil ſuc
cés . M' de la Covene , Capitaine
d'une Compagnie d'Infanterie
, eftant monté fur une
hauteur pour voir l'effet de
GALANT. 107
eette fortie , eut l'épaule emportée
d'un coup de Canon ,
& en mourut quatre heures
aprés . Les Ennemis faifoient
grand feu de vingt quatre pieces
de Canon qu'ils avoient en
batterie , & continuerent pendant
huit jours à battre la Pla
ce . M' Martin commençant à
manquer de poudre & de munitions,
& voyant que la Cour
tine du Nord & les deux Tours
qui la flanquoient , eftoient
renverfées , les Ennemis pouvoient
entrer de plein faut
dans le Fort , demanda à capituler
,& il luy fut accordé que
108 MERCURE
la Garniſon fortiroit Tambour
battant , Enfeignes déployées,
Moufquer fur l'épaule , méche
allumée , & deux pieces de
Canon . Depuis le Traité de
Paix de Rifwick , M ' Martin eft
rentré en poffeffion de la Ville
& Fortereffe de Pondicheri ,
que les Hollandois luy ont re
mis ,fuivant le Traité . Le Roy
pour reconnoiftre les bons
fervices que M ' Martin luya
rendus , l'a fait General de fes
Troupes , tant par terre que
par mer dans les Indes , &
Gouverneur de la Ville & For .
tereffe de Pondicheri.
GALANT 109
M' Cottin , Curé de Marli ,
mourut dans les premiers jours
de ce mois. Voicy le difcours
que prononça Meffire Simon
Chapuis de Saint Jean , Preftre
Licentié en Theologie , Confeffeur
du Défunt , en prelentant
fon Corps à Marli le r .
Février 1701 .
MONSIEUR,
Je viens vous remettre un depoft
qui doit eftre bien cher à cette Eglife.
C'eft le corpsde Melfire François Cottin
, Preftre , Docteur en Theologie de
la Maifon Royale de Navarre
Abbé de Notre - Dame de Clerfay,
10 MERCURE
Prieur & Curé de cette Paroiffe , &
Chapelain de Sa Majeftë , qui après
avoir donné pendant quatorze jours
de maladie l'exemple d'une patience
vraymentchreftienne , & des marques
dune foumiſſion entiere aux ordres du
Seigneur , aprés avoir reçu les der
niers Sacremens avec une grande
piete & lesfentimens les plus vifs de
la Religion , eft mort à Paris le 9. de
ce mois dans la Paroiffe de S. Etienne
du Mont. Il auroit fouhaitefinir
au milieu de fon Troupeau une vie
qu'il luy avoit tant de fois confacrée
, mais la Providence dont ilfaut
adorerlesfecrets , l'ayant appelé dans
un temps & dans un lieu ou les befoins
de ce même Troupeau l'obligeoient
d'en eftrefeparé pourquelques
momens , il a cru ne luy pouvoir don_
ner un gage plusfenfible nyplus affu-
?
GALANT. #ti
oeu
re de fon affection qu'en luy confiant
ce qu'il laiffe ici bas de luy- même.
Ce nefera pourtant pas le feul precienx
depoft qui en restera à fa Pa
roiffe. Ses vertus & fes bonnes auvres
contre lesquelles la mort & le
temps ne peuvent rien demeureront
toujours dans la memoire des hommes
Ce zele qu'il a eu pour tout ce qui
pouvoit contribuer à la decoration de
ceTemple , ce defintereffement qui luy
faifoit employer les bontez & la faveur
du plus Chreftien des Rois , pour
l'embelliffement de la Maifon de celuy
à quifeul il est foumis , cette charité
qui alloit même jufqu'a pourvoir
auxbefoins de ceux qui n'eftoient pas
encore , feront àjamais des engage.
mens aux Paroiffiens de Marli d'une
éternelle reconnoiffance , &un modele
parfait pour ceux à qui Dieu
112 MERCURE
confiera le foin de cette Eglife apres
Luy.
Je ne veux pas m'étendre davantage
fur les louanges du Pafteur , de
peur d'augmenter la douleur de ceux
qui ont le malheur de l'avoir perdu .
Faites - le donc repofer , Monfieur,
dans le fein de fon Epoufe ; dmnezluy
part dans le fejour de la Paix ;
mette - le avec les Fidelles qu'il a conduits
luy-même au repos , afin qu'il
y puiffe attendre l'heureux avenement
du Sauveur, qui dépouillant nos corps
de ce qu'ils ont de corruptible , lesfera
entrer en la participation de fon immortaliteglorieufe.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes diftinguées ,
mortes fur la fin du dernier
1
GALANT. 113
mois , ou au commencement
de
celuy cy.
Meflire Jules Goth d'Efpernon
, Marquis de Roüillac ,
Seigneur de Veaux , de Saint
Germain de l'Epiné , & c . Abbé
de Nôtre Dame du Tronchet.
Il eftoit Frere de feu Jean- Baptifte
Gafton Goth , Duc d'Epernon
, Marquis de Roüillac ,
qui de Dame Marie d'Eftam .
pes de Valencey , a laiffé pour
Fille unique Madame la Du
cheffe d'Epernon , qui n'eſt pas
mariée.
> Damoiſelle Marie de Ro
chechouart Chandenier , âgée
Février
1701 .
K
114 MERCURE
de quatre-vingt- fept ans . Elle
eftoit Soeur de feu Mre François
Chandenier , ancien premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy de la Compagnie
Ecoffoile , dont je vous
appris la mort dans ma Lettre
d'Aouft 1696.
MeffireJean Jollain, Preftre
Docteur en Theologie de la
Maifon & Societé de Sorbonne
, ancien Sindic de cette ce.
lebre Faculté Prieur Commandataire
de Saint Quentin
de Paffy . Il eftoit âgé de foixan
re- quatre ans , & avoit paffé fes
jours dans une continuelle apGALANT.
15 '
plication des belles Lettres &
dans de tres grands exercices
de pieté. Il fut inhumé dans la
Cave de l'Eglife de Saint Hi
laire du Mont , où il avoit pofe
la premiere pierre de l'Autel
le cinquième d'Aouft de l'année
1700. Il y fut conduit par
Mi le Curé de Saint Severin
qui le remit entre les mains de
M' Piror , Docteur. Ce dernier
fir la fonction de Curé au nom
de toute la Faculté , qui y affifta
en Corps en habit de cere
monie, 9696 noha labatab
Meffire Jacques de Courtaruel
, Seigneur de Pezé , Abbé
Kij
116 MERCURE
de Saint Martial de Limoges ,
âge de foixante quinze ans
Meffire Charles de Laubef
pine de Verderonne , Capitalne
, au Regiment du Roy , &
Capitaine des Chiens Ecoffois
chaffant le Liévre pour les plai
firs de Sa Majesté. Il fut bleffé
d'une pouire qui tomba fur luy
en l'Eglife de Saint Louis em
l'lfle , le deux de ce mois pendant
l'ouragan , & il en mou
rut quatre jours aprés fans al
liance , âgé de trente fept ans.
Il eftoit Fils de Claude de Lau
befpine , Marquis de Verderonne
qui a efté Capitaine
x
GALANT. 17
aux Gardes , & de Dame Helene
Daligre , Fille du Chance
hier de ce nom .
Dame Louife Catherine
Fautereau de Meinieres , Veuve
de Meffire Louis François
de Brancas , Marquis de Villars
, Comte de Maubec , Ba
ron d'Oise , morte dans fa cinquante
& suniéme année . Je
vous ay parlé de fa Maifon dans
le temps de fon Mariage avec
Mi le Duc de Villars , dont elle
eftoitla troifiéme Femme.
Meffire Claude Dargouges
de Fleury , Confeiller & Avor
cat du Roy des Requeftes du
118 MERCURE
Palais , mort fans alliance âge
de vingt- trois ans . Il eftoit Fils
aîné de Meffire Charles Dargouges
, Seigneur de Rannes ,
Confeiller d'Etat , & de Dame
N.le Pelletier, Fille de Meffire
Claude le Pelletier , Miniftre
d'Etat , & cy devant Controlleur
general des Finances.
Mademoifelle le Pelletier ,
Fille du Prefident au Parletan
ment , & de Dame Genevieve
Jofeph de Coftaer de Rofambo
, la premiere Femme, morte
âgée de huit à neuf ans , & petite
Fille de M' le Pelletier , Mi
niftre d'Etat.
GALANT. 199
Madame la Ducheffe du
Maine propofa ily a quelquesjours
à M l'Abbé Geneft de
faire un Sonnet en Bouts rimez
fur l'acquifition de Seaux , Elle
donna les rimes que vous allez
voir, M l'Abbé Geneft luy envoya
le lendemain le Sonner
que voicy.
Eureux Seaux l'on va voirfous
tan riche
HE
portique
Les Nimphesjour & nuit danfer en
1
falbala
Dom Bertrandfe repete , on apprend
Attila
Tout bandit dans tes prez , Brebis
Fache &
&
Bourique ,
120 MERCURE
Moy, quandj'auray bien lù lefaint
Fils de
Monique ,
Comme aufiecle où le lait en rivieres
coula ,
Firay boire à longs traits , fans qu'on
dife hola,
"Un Nectar rafraichi dans le cristal ·
S
arctique
Là ,je feray fi gras qu'on me croira
camus ,
·Sans foin d'Academie & de Committimus
Goûtant de doux plaisirs exempts de
nadia
S
finderefe ,
Seaux où tout eft brillant doré jufar
qu'au
marteau
Qù l'Aurore du Brunpaſſe Paul Veronefes
Que
+
GALANT. 121
Que tes Maitres cent ans recoivent
le chanteau.
Quelques jours après , Mr le
Comte de Fiefque envoya cet autre
Sonnet fur les mêmes rimes.
U Maine eft en ces lieux , venez
Dv
fous ce portique ,
Dryadesde ces Bois.en fimplefalbala ,
Voir ce Heros forti des Vainqueurs
ď Attila ,
Et laiffez-là Silene avecquefa bou-
S
rique.
Chantez, Nymphes de Seaux , fur un
ton har
monique
Comme le Sang des Dieux dans fes
veines coula ,
Sans craindre que l'envie ofe dire
Fevrier 1701 .
hola ,
L
122 MERCURE
Faites volerfon nomjufques au Pole
Arctique
S
mafoy
camus .
Mais malgre mongrand nez , mafoy
je fuis
Comment diable fortirde ce Committimus
?
Des momens que j'y pers ,je crains la
S
finderefe .
Ma tefte en a fouffert mille coups de
marteau ,
Et je peindrois plutoft comme Paul
Veronese ,
Que deplacericy voftre maudit chanteau
,
Voici laréponſe qu'on a faite à
ce Sonnet.
Vous qu'avoit admirè la Grece &
Jon
Portique ,
GALANT.
123
Vous qu'admire la gent qui porte
falbala ,
Votre Mufe euft flechi le farouche
Attila,
Etfait danfer Silene avecquefa bourique.
Vous avez plus d'efprit que le Fils
de
Monique ,
Grand Comte , pour vous feul Hippocrene
coula ,
Lifez, lifezvos versfans craindre le
hola ,'
Leur renom volera jufques au Pole
aratique.
Tous nos pauvres Auteurs vont eftre
bien camus ,
Les uns prés de chez vous * aurint
Committimus .
au Fauxbourg S , Germain
Lij .
124 MERCURE
Les autres fentiront mortelle finde-
2
refe .
Qu'ils aillent manier la hache & le
marteau.
Ce font de francs Broyeurs , vous, un
Paul Veroneſe ,
De la main d'Apollon vous aurez le
chanteau .
Mt Moreau de Mautour a travaillé
fur les mêmes Bouts- rimez
; ce quatrième Sonnet eft de
la façon,
M.Arbre, bronze, dans Seaux
grille , balcon , Portique,
Miroirs , plafonds dorez , meubles à
falbala ,
Embelliffent ce lieu digne d'un Attila
,
GALANT. Izs
·Prez , doù l'on voit paſſer Mulet ,
Cheval ,
S
Bourique.
Son air fain gueriroit le mal d'un
pul
monique ,
L'eau telle qui d'un Roc par miracle
coula ,
Arrofe fes Jardins , fans qu'on dife
hola ,
On croit voir dans fon Bois l'ombre
du Pole
S
arctique.
· Autre Acquercur qu'un Prince auroit
camusj
eftè
Tel Officier toutfier defon Committimus
.
N'auroitpu garder Seauxfans grande
finderefe,
Ce Prince , pour s'y plaire emploira
le
marteau ,
Liij
116 MERCURE
Tout l'Art de Phidias & de Pauf
Veronefe
Er du Pain-Benit même yprendra le
chanteau .
Ce Madrigal eft du même Me
Moreau de Mautour , qui l'a envoyé
à une Demoiſelle de qualité,
belle & de grande taille.
Vous avez ta
Ous avez taille de Minerve
,
Nobleffe de Junon , & beauté de Venus.
En vain contre vos yeux on ufe de
reserve ,
D'indifference en vain les coeurs font
prévenus ,
Dés qu'on vous voit on n'en aplus.
Que de vous l'Amourmepreſerve.
GALANT. 127
Je vous envoyé
les Jettons
qui ont efté frappez
cette année.
Si la gravure
pouvoir
repondre
à la beauté
de ces
Jettons
, vous
verriez
qu'il ne
fort rien
que
d'achevé
de la
Monnoye
des Medailles
done
Mr Delaunay
eft Directeur
general
.
Vous fçavez que M. l'Ele-
&teur de Brandebourg a esté
proclamé & couronné Roy
de Pruffe , & vous attendez
fans doute que je vous faffe un
détail fi digne de la curiofité
publique, Vous allez être fa
Liiij
128 MERCURE
tisfaite , & ce travail ne me
coutera pas beaucoup , puif.
qu'en vous envoyant plufieurs
Lettres vous ferez parfaitement
inftruite de tout ce que
vous defirez fçavoir . Je com
mence par celle qui fuir .
Elle m'a efté envoyée par un
homme de diftinction, & dont
l'efprit & l'érudition repondent
à fes grands Emplois..
Vous savez que noftre Auguſte
Maistre s'est fait couronner Roy
le 18. de Janvier. Il s'eft mis fa.
Couronne luy mefme avec des cere...
monies fi éclatantes , &fi particu
·lieres, que je croy que vous ferez bien
GALANT. 219
aife den fçavoir le détail. Notre
Roy ne l'eft ny parfucceffion , ny par
election , ny par création , qui font
les voyes les plus ordinaires par lefquelle's
on montefur le Trone. Non ,
il n'est Roy par aucun de ces titres ,
& ne doit fa Couronne à aucun fecours
étranger. Il eft Roy Far luymesme
, & par fa prudence , ayant
érigé luy-mefme en Royaume fon Duche
de Pruffe qu'il poffedoit en toute
fouveraineté , & ayant fcù gagner
parfa prudence , les approbations
neceffaires pourfaire reuir une entrepriſe
fi digne de fon grand coeur ,
& d'un coeur élevé , il s'eft mis la
Couronne luy-mefme , & la mife auſſi
à la Reine. Ils font entrez tous deux
dans l'Eglife la Couronne furla tefte,
&file Roy l'a quittée auſſi bien que
fon Septre pendant l'Ontlion , c'eft
130 MERCURE
qu'il a voulu faire cette foumiſſion &
Dieu, en reconnoiffance de ce qu'il la
tient uniquement de luy , & non
d'aucune Puiffance humaine, & que
par cette confideratton il fe l'eft remife
aufi luy-mefme après l'Onition
faite . Vous verrez tout cecy , Mr ,
plus amplement dans les deux Rela
tions queje vous envoye , qui ne font
pas
de moy; mais de deux Miniftres
eftrangers , & par confequent moins
fufpeits d'exageration & de partialité.
La matiere eft riche & extraordinaire.
Plufieurs fiecles fe font
paffez , fans qu'on ait vù un nouveau
Royaume , & mesme qu'il fe
faitfait de la maniere que le noftre
Ceux de Hongrie & d'Irlande font
les deux derniers ; mais tous deux
faits par une autorité fuperieure &
eftrangere par la creation du Pape,
GALANT. 20
à ce que vostre Eglife nous affures
au lieu que le noftre s'eft érigé en
Royaume defon chef , & parfonpropre
Prince, à l'exemple des Royaumes
les plus anciens , qui ne le font
devenus que par leur propre declaration.
Noftre Auguste Maistre eft né
en Pruffe dans fa Capitale de Co
nigfberg, c'est à dire , Mont- Royal,
ou Regiomontum , & comme il eft
le premier Prince de la Maifon
Electorale , qui foit né en cette Province
, & mefme en cette Ville , un
de nos Poëtes a fait la même année
de la naiffance de noftre Roy ce Difique.
Nafcitur in REGIS Fredericus
monte , quid illud ? prædicant
Mufæ : REX Fridericus.
erit. Cequi fe trouve dans le livre intitulé
Epigrammata Juvenilia , die
Poëte, lib.9. eft d'ailleurs eftfort re→
132′ MERCURE
ร
marquable . La Maifon de Brandobourg
fubfifte déja depuis trois fiecles.
Le premier a donné à la Pruffe un
Duc. Le fecond un Electeur , & le
troifiéme luy donne un Roy de cette
Maifon , & mefme dans le commencement
du fiecle pour eftre Gloria
novi fæculi, felon la Legende d'une
Medaille qu'on va frapper. Un de
nos Electeurs , à fcavoir Joachimus,
qui a efté grand Aftronome , a prédit
que la dignité Royale entreroit
un jour dans fa Maifon, & le Sceptre
que les Electeurs portent de la
part de l'Empire a toujours efté confideré
comme une marque d'un préfage
infaillible d'une future Royauté.
Enfin le temps de l'accomplissement
eft venu, & Frideric III. en a pris
le titre , qui feul luy manquoit pour
eftre Roy carje vous affure , Mr.,
:
GALANT 422
que depuis longtemps tout eft Royal
chez nous , & qu'on n'a pas eu be-
Join de changer la moindre chofe pour
rendre noftre Cour majestueufe. Vous
connoiffez l'étendue de nos Etats , le
nombre de nos Provinces , de nos
Troupes nos Ports de mer , nos
Courtifans , nos grands Officiers , &
mefmes les Princes qui nous fervent ,
la magnificence de noftre Cour , la
fplendeur defes Baftimens , fes Meubles
, fes Gardes , fes Trefors , fes
Joyaux , fes établissemens de toutes
fortes de Manufactures , fes Sciences
& fes Academies . Joignez à cela la
grandeur d'ame de noftre Roy , fa
prudence , fa clemence , fa justice , fa
liberalite , fes alliances avec pref
que cous les Potentats de l'Europe ,
la reputation , & la valeur de fes
Armées , la grandeur defa Maifon,
134 MERCURE
de merite extraordinaire de fon Epou
fe, & de fon Prince Royal, & l'habileté
de fes Miniftres dontje ne vous
nomme que celuy que vous connoiffezi
deja , à fcavoir le grand Chambe
lan M le Comte de VVartenberg.
C'est le premier en rang, & en credit;
mais c'est le premier auſſi en zele &
en merite , & qui dans l'affaire de
la Royauté a tellement fait diftinguerfon
application & fa capacité,
que S. M. pour reconnoiftre ce fignalé
fervice , l'a fait par deffus
toutes les autres Charges qu'il poffede
deja , fous-Surintendant & Directeur
General de toutes fes Poftes ,
lefquelles il luy a données en fief
pour luy & pour toute fa pofterité. Je
m'affure que quand vous ramafferez
toutes ces chofes , vous n'aurez aucun
fcrupule de parler d'un point
R
GALANT. 135
d'Hiftoire dont tout le monde parle
& qui ne fcauroit eftre defavoüée.
3.
J'attends vos fentimens la - deffus ,
&fuis , Mr Veftre tres - humble &
tres- obeiffant ferviteur , de B.
J'ay cru que le party que je
devois prendre en cette occafion
, eftoit de me fervir de
l'une des deux Relations dont
il est parlé dans la Lettre
que vous venez de lire , parce
que n'eftant point faite
par des Sujets du nouveau
Roy , elles font moins partiales
& moins fufpectes. J'ay
choifi celle $ du Miniftre du
Prince de Saxe à la Cour de
36 MERCURE
Brandebourg , &j'ay mis à la
tefte la Lettre que ce Miniftre
écrit au Prince fon Maistre fur
ce fujer, & qui peut fervir d'un
beau Prelude à cette Relation.
A S. A. S. MONSIEUR
LE PRINCE DE SAXE .
De Conigsberg lc 28. Janv.1701.
FE
ne fçaurois exprimer à V.
A. S. le déplaifir que j'ay en
d'apprendre qu'Elle n'ait pû executer
la rfolution qu'elle avoit priſe
fur mes tres humbles remontranGALANT.
137
ces , de fe rendre icy , pour voir le
Sacre du Roy , je puis dire affurement
qu'elle y a perdu en bien des
manieres Comme V. A. S. n'a
pas encore vu cette Cour , elle n'auroit
jamais pú avoir une occafion
plus favorable de le faire , & de
Je mettre dans les bonnes graces du
Roy. Elle auroit eu fa part aux
réjouiſances qui fe font faires à
l'occafion de cette folemnité , d'au
tant plus rare, qu'il y a apparence
qu'on n'en verra jamais depareille.
Il y avoit à voir des Ceremonies
d'Egliſe & de Cour fort remarquables
. Four y eftoit grand , ma .
gnifique , bien entendu , & auffi
Février 1701
M
18 MERCURE
bien execute qu'ordonné. Ceux
qui ont eu le foin de les regler , s'y
entendent parfaitement bien Ils
pefent tout par de bonnes raifons ,
& n'ordonnent rien au hazard.
Jay eu , Monfeigneur , l'honneur
de vous envoyer l'année paffée les
defcriptions imprimées des ceremonies
obfervées dans cette Cour àla
reception del Ambaffade deMofco.
vie à divers hommages dernie
rement au mariage du Prince de
Heße Ces reglemenspaſſent pour
des chefs d'oeuvres , & pour des
modeles qu'on tache d'imiter ailleurs
Ceft Mr de Beßer , Grand-
Maitredes Ceremonies & Intro
GALANT. 139
ducteur des Ambaffadeurs , qui
dreffe ces Reglemens fous la direction
du premier Miniftre &
Grand Chambellan , Comte Var
temberg , dont il faut admirer le
gouft & le difcernement auſſi deli .
cat que jufte , pour tout ce qui regarde,
non feulement la Cour, mais
encore le gouvernement , & quieft
auffi habile grandMiniftre qu'il
eftun modele achevé d'unparfait
homme de Cour. Je dois encore
dire à fa louange , que tout acca.
blé qu'il eft de differentes affaires ,
il écoute chacun avec douceur &
bonnefteré , foir qu'il accorde
ou qu'il refuse , on nefort jamais
Mij
140 MERCURE
6
mécontent d'auprés de luy. C'eft
le Pere des honneftes gens & be
Mecenas des gens de merite. Dans
cette occafion fur tout , où il acontribué
le plus à faire réuffir cente
grande affaire fuivant les intentions
du Roy , il a donné les ordres
pour procurer toutes fortes de plaifirs
aux perfonnes diftinguées qui
font venues voir ces folemnitez.
Les autres Miniftres & les Principaux
de la Cour & du Pays
ont fecondé fes intentions ,
donné chacun à leur tour
ftins , Bals
Fe-
Affemblées. V. A.
Sy auroit brille , comme elle afait
par tout ailleurs , &je fuis fem
(
GALANT . 148
qu'icy elle auoit eu plus defariss
faction & d'agrément qu'elle n'a
peut eftre pas gonflé dans les au
tres Cours où elle s'est trouvée A
Iheure qu'il eft , je vous fupplie
Monfeigneur, defaire enforte que
vous purffic vous trouver à Ber
lin au temps de 1 Entrée du Roy ,
laquellefera auffi magnifique que
réjouiffante. Le plaifir que vous
aurez de voir la Cour , vaudra
Jans cela le voyage , vú qu'elle fo
diftingue des autres del Allemagne,
Elle eft non feulement tres magnis
fique , mais ily regne auffi beau.
coup de politeffe & d'ordre. On
envoye prefentement à Berlin
<
$42 MERCURE
quantité de jeunes Seigneurs pour
apprendre les exercices & les ma
nieres de vivre , on y voit un
grandnombred Etrangers de quali
té. On leur fait un accueil bonneste
& conforme à leur merite & à
leur naißance , & ils peuvent tour
apprendre dans un fejourſi agrea
ble
Je n'ay pas encore vû le Me
moire qui doit eftre fait fur les
raifons qui ont engagé Sa Majefté
à fe faire proclamer Roy. I
eft à croire qu'elles rouleront furla
puiffance de ce Prince , & furfa
Souveraineté
indépendance on
Pruffe
•
GALANT. 43
la
Les Miniffres de cette Cour auront
à l'avenir moins de difficultez
fur le pas quand il s'agira de traiter
avec des Puiffances étrangeress
ce qui arrive ſifouvent , à cauſe
du grand nombre de Princes qui
font voifins de Sa Majesté par
grande étendue de fes Provinces.
Jufques icy on n a encore rien im
primény communiqué de lapart de
la Courfur cette matiere , nyfur
les Ceremonies de la Proclamation
&du Couronnement
de leurs Ma.
jefteZ Ainfi je ne fçai ,fi dans la
Relation que je me donne l'honneur
de joindre icy , j'ay bien rencontrétoutes
les circonstances . M
144 MERCURE
de Beẞr nous en promet une qui
fera exacte & bien fuivie. Ily
ioindra fans doute les raifons cydeffus
mentionnées , mais elle ne
fera imprimée que quand le Roy
aurafaitfon entrée à Berlin . Alors
je ne manqueray pas d'en envoyer
quelques exemplaires en Cour ,
je continueray toujours de donner
à V. A S. des marques du tresrespectueux
attachement avec les
quel ie fuis ,
Monfeigneur ,
DeV. A. S.
Leplus bumble & tresobéiffant
ferviteur.
RELATION
GALANT. 145
De
RELATION
De ce qui s'est paffé à la Procla .
mation , au Couronnement , &
au Sacre du Roy de Prufe.
S Br
A Serenité Electorale de
Brandebourg ayant refolu
de prendre le titre & la dignité
de Roy de Pruffe , partic
de Berlin le 17. de Decembre
1700. & arriva à Koniſberg le
29. du même mois. Aprés que
toutes les chofes furent reglées
pour la Ceremonie du
Sacre , la Publication de la
Royauté le fit le
Février 1701.
15. de Janvier
N
146 MERCURE
1701. par quatre Herauts , fuivis
de quantité d'Officiers &
de Gentilshommes
de la Cour ,
tous à cheval & habillez ma .
gnifiquement. Voici l'ordre
de cette belle cavalcade.
1. Il paroiffoit cinquante
Dragons qui faifoient faire
place dans les ruës.
2. Ils eftoient fuivis de vingtquatre
Trompettes de la Coar
marchant trois à trois , & di
vifez en deux choeurs , conduits
par leurs Timballiers .
3. Le Heraut qui devoit faire:
la Proclamation , feul , fuivi de
trois autres dans leurs habits
GALANT . 47
de ceremonie , tous richement
brodez & faits à la Romaine.
Ils avoient fur la tefte des chapeaux
de velours noir , avec
des plumes blanches , & leurs -
Maffes d'armes eftoient garnies
de velours bleu , au haut
defquelles il y avoir des Cou
ronnes àla Royale dorées .
4. Les deux Grands Maréchaux
, Comtes de Lottum &
Wallenrad.
5.
Le Grand Maistre des Ceremonies
, le Maréchal de la
Cour, & le premier Echanfon ;"
Mrs de Beffer , de Winfen &
de Grumkau .
•
Nij
148 MERCURE
6. Les Gentilshommes & Of
ficiers de la Cour , quatre à
quatre.
7. Quarante Dragons qui
fermoient la marche.
Sur les neuf heures du matin
, la premiere Publication fe
fit dans la cour du Chateau ;
la feconde à la Franchiſe ; &
les trois autres dans les trois
differentes Villes de Konigfberg,
Altstedt , Kneiphof,
Lobenicht , dont les Magiftrats
regalerent la Compagnie de
Vin & de Confitures , qu'ils
prefentoient fur de grands
baffins d'argent.
GALANT. 149
le
On diftribua fur le champ
quelques exemplaires du For.
mulaire de la Publication , &
lors que le Heraut la procláma
, tous les Affiftans l'écoutérent
chapeau bas . Le contenu
en eftoit , que Puifque la
Providence avoit voulu que
Duché de Pruße fust érigé en
Royaume , e quefon Souverain ,
le Sereniffime & Tres - Puiffant
Prince FREDERIC , en devinst
Roy , on le faifoit fçavoir à chacun
par cette Proclamation . Le
Heraut finit cette lecture par
un Vive noftre Roy FREDERIC ,
la Reine fon Epouse , ce qui
Niij
150 MERCURE
fur fuivi d'un grand bruit des
voix du Peuple , qui redoublant
leurs cris de joye & leurs
veux repetoit inceffamment ,
vive le Roy & la Reine. Ces cris
eftoient mêlez confufément
avec les fanfares des Trompet
tes , & le fon des Timbales , le
Carillonnement des cloches
& le bruit de l'Artillerie . Les
Muficiens placez dans les
Tours & les Maiſons de Ville ,
faifoient auffi entendre les fons
réjoüiffans d'une infinité d'inftrumens
de Muſique .
Le 17. de Janvier , le Roy
潍
eftant couvert & affis fur un
GALANT.
15t
Trône , créa dix neuf Cheva-
-liers , qui eftant appellez par
Mr le Grand Chambellan , fe
mirent l'un aprés l'autre devant
le Roy , qui prit les Colliers
de l'Ordre de la main du
Chambellan , Comte de Denhoff
, & les mit au cou des
Chevaliers , qui , aprés avoir
baifé la main à Sa Majefté , fe
retiroient en faisant une profonde
reverence.
La Croix de cet Ordre eft
d'or émaillée de bleu , au milieu
de laquelle il y a les chif
fres du Roy , F. R. & aux an.
gles l'Aigle de Pruffe émaillée
N iiij
12 MERCURE
de noir. Cette Croix eft atta .
chée à un ruban couleur d'orange
, que les Chevaliers portent
par deffus l'épaule gau
che jufques à la hanche droite,
au deffus du juftaucorps . ( La
couleur d'orange aefté choiſie
apparemment en memoire de
la feuë Mere du Roy , Prin .
ceffe d'Orange . ) Ces Cheva.
liers portent encore fur le côté
gauche de leurs habits une
Croix brodée d'argent en forme
d'étoile , au milieu de laquelle
eft un Aigle en brode.
rie d'or , fur un fond d'orange.
L'Aigle tient dans les ferres
GALANT. 153
Sun Sceptre d'or , avec cette
infcription au deffus de la
telle ,Sunm cuique , en broderie
d'argent
.
Cet Ordre ne fera donné
qu'à ceux qui ont l'honneur
d'eftre des Parens de Sa Majeſté
& aux Perſonnes les plus
confiderables de l'Etat , en reconnoiffance
de leur merite.
Ceux qui l'ont reçu font , le
Prince Royal , les trois Margraves
, Freres du Roy , le Margrave
d'Anfpac , les Ducs de
Courlande & de Holſtein , les
Comtes de Wartenberg , de
Barfous , de Dona & Loitum ,,
54 MERCURE
Jes quatre Confeillers Regens
de Pruffe , Mrs de Berbant ,
Ranſchke , Creutz , & Wallenrod
; le Grand Maiftre de
L'Artillerie & le General Major
; Mrs de Tetau , le Com
miffaire General Comte d'Onhoff
; le Chambellan Comte
de Dona , & M' de Bilau
Grand Maiftre d'Hoftel de las
Reine .
Le 18. jour deſtiné pour le
Couronnement & le Sacre de
Leurs Majeftez , il y eut dés le
matin Sermon & Prieres dans
toutes les Eglifes du Royaume.
Ceux qui devoient affifter
"
1.
GALANT.
"
à la Ceremonie, s'affemblerent
dans les antichambres de leurs
Majeftez. Le Roy ayant efté
reveſtu de tous fes ornemens
royaux par le Comte de Wartenberg
, fon Grand Chambellan
, fic diftribuer par le
même les ornemens de la
Couronne à ceux qui avoient
efté nommez le foir préce
dent pour les porter à la Ceremonie.
Sa Majesté alla enfuite , la
Couronne fur la tefte & le
Sceptre à la main , accompa
gné de Leurs Alteffes Royales ,
le Prince Royal & de Meffei16
MERCURE
gneurs les deux Margraves
Albert & Chrétien . Louis ,
trouver la Reine , pour luy
- mettre fur la tefte la Couron .
ne que le Comte de Denhoff,
Commiffaire General des Gue
tes , porta devant le Roy.
La Reine accompagnée de
toutes les Dames d'honneur ,
vint au devant du Roy jufqu'à
la porte de la derniere antichan
bre , où Sa Majefte'prir la
Couronne des mains du Com.
te de Denhoff , & dans le mihieu
de cette chambre la mit
fur la tefte de la Reine. Le Roy
la mena enfuite dans fon ap
GALANT. 157
partement , où elle fe fit attacher
la Couronne par Madame
la Ducheffe de Holftein
, & par
Mesdames les Gouvernantes
de Fleélant & de Bulau .
Cela eftant fait , le Roy en.
tra dans la Salle d'Audience ,
& la Reine immediatement
aprés , menée par leurs Altef. ·
fes Royales les deux Margra .
ves . Leurs Majeftez eftant affifes
fur leurs Trônes , toute la
Cour & les Affiftans leur firent
de tres profondes réverences ..
Aprés que le premier Heraut
, fuivant les ordres du
Grand Maistre des Ceremo .
158 MERCURE
nies , cut reglé la marche de
ceux qui devoient fervir à la
pompe de la Ceremonie , l'on
entendit fonner toutes les cloches
de la Ville , & la Proceffion
fe fit de cette maniere ,
fur un chemin largement cou .
vert de drap rouge, depuis les
Appartemens
de leurs Majeftez
jufques à l'Eglife .
1. Deux Herauts habillez
comme à la Proclamation
marcherent
les premiers
.
2. Les Valets de pié , Heiduques
, & Pages de leurs Majeftez
, avec leurs riches livrées.
Y
GALANT.
159
3. Un Timballier .
4. Douze
Trompettes .
5. Le Maréchal de la Cour ,
& le premier
Echanſon , portant
des Bâtons de Maréchal
6. Tous les Confeils & les
Cours Souveraines & Subal
ternes , comme :
La Chambre des Comptes.
Les Chancelleries de la
Cour & des Guerres .
La Chambre pour la Juſti
ce Criminelle.
Le Confiftoire.
Les Deputez de l'Univerfité.
-La Cour de Juftice.
Le Parlement ou le Tribu160
MERCURE
nal des
Appellations .
Les Députez des Etats du
Pays , des Villes , de la Nobleffe
, & des Comtes.
7. Les Gentilshommes de la :
Chambre & de la Cour , & les
Miniftres d'Etat.
8. Deux autres Herauts .
9. Un Timballier.
10. , Douze Trompettes.
11. Les deux Grands Maréchaux
avec leurs Bâtons.
12. Le Chancelier portant.
le Sceau du Royaume fur un
Couffin de velours ..
13. Le Landhaffineifter portant
le Globe fur un couffin de
velours.
GALANT. 161
•
14. Le Grand Bourggrave
portant l'épée.
15. Les Officiers Suiffes habillez
de fatin blanc , de pied
en cap. Les manteaux avec la
cappe à l'antique , eftoient ri .
chement garnis de dentelles
d'or ou d'argent , felon leur
rang. Ils avoient fur la tefte
une toque de velours ras noir ,
avec une plumette , la fraiſe
gauderonnée , un ceinturon ,
des pourpoints à manches tailladées
, les chauffes trouffées
à l'Eſpagnole entrecoupées
avec les bas de foye blancs ,
- les rofes fur la toque , les jar-
Février
1701
. O
162 MERCURE
retieres & les escarpins ou fou
liers de maroquin coupez à
1 +Elpagnole.
7
16. S. A. R. le Cron Prince
leftement habillé d'un drap
d'or , portant le Collier com
me les autres Chevaliers , &
ayant fon Grand Gouverneur
le Comte de Dona à latere ,
tant foit peu en arriere.
A
18. Le Roy fous un Dais de
velours rouge richement garni
de franges & de cordons
d'or , & porté par dix Chambellans,
Sa Majesté eftoit habillée
d'une écarlate rouge
brodée d'or javec la plus belle
GALANT . 163°
garniture de boutons de dia .
mans qu'on puiffe voir. Au
Manteau Royal de velours
rouge , fourré d'hermines , &
brodé de Couronnes & d'Aigles
d'or , il y avoit une agrafe
de trois beaux diamans ,
eftimée cent mille écus. Son
Excellence , M le Comte de
Wartemberg , en portoit la
queue , affifté par deux Chambellans
les Comtes de Dona
& Donhoff. A la Couronne il
y avoit des diamans extrémemens
brillans , & d'une beauté
extraordinaire
. Le Sceptre
eftoit artiftement garni de
O ij
364 MERCURE
grands diamans , de rubis &
d'autres pierreries
.
18. Son E. le Feldmarchal ,
Comte de Barfous , comme
Connettable du Royaume ,
entre les Capitaines de la Gar
de du Corps & des Cent Suif
Les .
19. Deux Gardes du Corps.
20. Le Comte de Dona de
Reichfwald l'aîné de la Famille
qui eft en Pruffe , portant
la Banniere du Royaume.
21. S. A. le Duc de Holſtein.
22. Sa Majesté , la Reine entre
les deux Marggraves , fous
un Dais pareil à celui du Roy.
GALANT. 165
Elle eftoit parée de groffes
perles parfaitement rondes &
d'autres pierreries extrémement
belles , & habillée d'une
riche étofe d'or de Ponfon, garnie
de Malines d'or . Madame
la Ducheffe de Holftein , &
Mefdames de Steeland & de
Bilau portoient la queue du
Manteau Royal , & un Gentilhomme
portoit celle de la
Ducheffe La Princeffe fa Fille
eftoit menée par м ' de Grum .
kow , Gentilhomme de la
Chambre de la Reine.
23. Deux Gardes du Corps.
24. Les Dames d'honneur
165 MERCURE
la Reine avec les Dames de
qualité du Pays
Les Cent Suiffes eftoient
partagez de chaque cofté du
Dais de leurs Majeftez , marchant
avec les Fiffres , Tambour
battant , & Drapeaux
déployez.
Sur le chemin il y eut les
Gardes du Roy à cheval & à
pied , rangez en haye.
CEREMONIES
du Sacre.
རྟ
A l'Eglife du Chateau con
avoit ofté les Bancs & élevé
GALANT. 167
un Amphiteatre , garni de velours
pour les principaux ; &
de drap rouge pour les autres
Spectateurs. Les tapifferies
eftoient d'un deffein admirable
, & les ornemens de toute
l'Eglife magnifiques , & d'un
tres-bon gouft.
Les deux Trônes eftoient
avantageufement placez aux
piliers vis - à vis de l'Autel. Ils
eftoient d'un velours cramoifi
garni au dos d'un drap d'or ,
& par tout de cordons , de galons
& de franges d'or , parfe
mé de Gouronnes & d'Aigles
brodées d'or. Ily avoit au def
168 MERCURE
fus des Dais des Aigles étendusnoirs
, tenans dans leurs ferres
une Couronne & un Sceptre
d'or , & le tout eftoit de l'or
donnance de M' d'Enzander ,
Capitaine & Intendant des
Bâtimens. L'endroit où é
"toient ces Trônes , & les marchepieds
pour leurs Majeftez ,
eftoit par tout garni du même
velours.
:
A la porte de l'Eglife leurs
Majeftez furent reçues par M
-Urfinus de Berlin , premier Evêque
& Confecrateur , & par
le Docteur Sanden de Conigl
berg , Evêque Aſſiſtant . Ils
avoient
GALANT. 169
2
avoient des robes de velours
noir faites exprés pour cette
Ceremonie, & eftoient accompagnez
de fix autres Miniftres
Lutheriens & Réformez .
Le Confecrateur dit à leurs
Majeftez, Benis de l'Eternel, Roy
Reine , entrez dans la force du
Seigneur ; que vostre entrée &
vostre iffuefoient benies dés maintenant
à toujours, Amen.
Pendant la Mufique , leurs
Majeftez occuperent leurs
Trônes , & les Eccleſiaſti .
rangerent en ordre
· ques
fe
prés de l'Autel.
Après que l'Eglife eut chan-
Février
1701 . P
170 MERCURE
té un Cantique pour implorer
le fecours du Ciel , l'Evêque
affiftant die une priere affez
longue , faite au ſujet du Sacre
, & l'Eglife chanta le Gloria
en Vers Allemans.
Aprés le Sermon fait par M²
Urfing , fur les paroles du z.
Sam. 2. v. 20.Jhonore qui m'bo.
nore , on chanta en Mufique les
verlets 2. 3. 4. 5. 6. 7.8. & 14.
du Pf. 21. & enfuite avec toute
l'Eglife , Veni Creator Spiritus
de la Traduction de Luther. ·
Le Roy ſe mit à genoux fur
un Priedieu,placé devant l'Au-
Lel , fous un Dais de velours
GALANT. 170
Cramoifi , attaché à la voûte
brodé comme les autres. Sa
Majefté ôta elle- même fa Cou.
ronne , & la mit fur le carreau
avec le Sceptre. Le Confecra .
teur tenant une affiette d'or
en les mains , y receut de S. E.
M ' le Grand Chambellan , la
fiole de Jafpe où eftoit l'huile
deftinée pour le Sacre , &
l'ayant donnée à tenir à ſon
Affiftant , il en verfa fur les
deux premiers doigts de fa
main droite, & en facra le Roy
au front & au pouce des deux
mains, aprés que S. E.le Grand
Chambellan luy eut retiré un
Pij
172 MERCURE
peu la perruque , pour rendre.
le front plus libre à recevoir
l'onction .
Cette action fut accompa
gnée d'un Difcours de la part
du Confecrateur
, fur l'autorité
royale , que Sa Majesté recevoit
de Dieu, le Roy des Rois.
Le Chaur y applaudit en
chantant Amen , amen. Vive le
Roy, que Dieu prolonge fa vie ;
& S. E. le Grand Chambellan
effuya cependant au Roy les
places ointes , d'un mouchoir
qu'il mit entre les mains du
Confecrateur
.
Les mêmes ceremonies fu-
1
GALANT . 173
rent obfervées à l'égard du Sacre
de la Reine , excepté que
Madame la Ducheffe de Holftein
luy effaya l'huile de
l'onction . Là - deffus les Evê- "
ques & les Miniftres fe ran .
gerent devant le Roy , firent
de profondes reverences ,
adorerent Sa Majesté . C'eſt le
terme affecté à cette ceremo
nie dans le Vieux Teftament ,
& parmy les Anciens .
Le Confecrateur donna la
benediction à leurs Majeſtez ,
& le Choeur repeta l'Amen',
comme cy deffus , & chanta
en Mufique , Gloria in excelfis
Piij
174 MERCURE
Deo, & in terra pax hominibus
bona voľnntatis , en Allemand .
Le Confecrateur dit au peuple,
Craignez Dieu , bonerez le Roy
& la Reine , & tourna en voeu
& prieres pour la profperité de
leurs maicftez le Pfeaume 121
On chanta en action de graces
les deux des
d'un
Cantique.
L'Evêque affiftant M de
Sande finit la ceremonie par
une priere affez longue , qu'il
fit devant l'Aurel , & donna la
benediction aux affiftans . Le
Te Deum fut chanté au fon des
Trompettes & d'autres Inftru
GALANT. 175
mens. Toutes les cloches de
la Ville fonnerent , & on fit
une triple décharge de l'Artil
lerie de la Fortereffe , auffibien
que des rampars de la Ville .
Le Margrave M' de Racifchke ,
proclama le pardon general
pour tous lesPrifonniers , excepté
ceux qui étoient coupables
de crimes de leze Majefté di
vine, humaine & Royale , comme
auffi les Prifonniers pour
meurtres & pour deties.
Aprés que leurs Majeftez
fe furent retirées dans leurs
appartemens , & que le fignal
eut efté donné par un Heraut,
Piiij.
176 MERCURE
&
le drap rouge , avec lequel le
chemin de l'Eglife avoir efte
largement couvert , fur déchiré
, & coupé en pieces par le
menu peuple. Le S ' Steffius ,
Secretaire de l'Epargne
quelques autres Officiers de la
Cour , eftant à cheval , jetterent
avec profufion des Medailles
d'or & d'argent , frapées
au coin du Roy. D'un
cofté il y avoit FRIDERI
CUS REX: & en bas , Unit.
Regiomont , 18. Fan . & de l'autre
une Couronne royale avec ces
mots , Prima mea Gentis , 1701.
GALANT. 177
CEREMONIES
Obfervées à la Table du Roy ,
apiés le Sacre:
A la grande Salle du Châ
teau richement tapiffée , on
avoir drefféla Table fous deux
Baldachins , furune eftrade éle
vée à trois degrez de terre .
Aprés le fignal que l'on donne
ordinairement
par vingtquatre
Trompettes & deux
Timbaliers pour couvrir la Table
, les Services furent portez
de cette maniere .
Quatre Herauts precedoient
178 MERCURE
marchant deux à deux , puis
les Hautsbois , Timballiers &
Trompettes , joüant alternativement
les uns aprés les autres
; les deux Grands Maréchaux
& les deux Maréchaux
de la Cour , les Gentilshommes
de la Cour & Officiers ,
tous couverts,juſqu'à ce qu'ils
euffent polé les Services fur
la Table.
Deux Chambellans prefen
terent à laver à leurs Majeſtez .
Le Grand Chambellan donna
lafervierte au Roy , & Madame
la Ducheffe de Holftein à
la Reine. Mile Comte de Do.
GALANT. 179
na prefenta la ferviette moüillée
au Prince Royal & trois
Chambellans à leurs Alteffes
Royales , à Madame la Ducheffe
de Courlande & auxdeux
Marggraves
.
18
La Priere ayant efté recitée
par M ' Urfinus , premier Con
cionateur de la Cour , leurs
Majeftez le mirent au milieu
de la table ; du cofté du Roy,
le Prince Royal & le Marcgrave
A bert , & de celuy de la
Reine , Madame la Ducheffe
de Courlande
, & le Marcgra
ve Chreftien Louis .
Ceux qui avoient porté la
80 MERCURE
queue des Manteaux Royaux ,
le Teldmaréchal , le Gonfalonier
du Royaume , les deux
Capitaines des Gardes du
Corps & des Cent Suiſſes , &
le Grand Maiftre d'Hoftel de
la Reine fe mirent derriere
leurs Majeftez .
Ceux qui avoient porté les
Ornemens de la Couronne ,
& les Députez des Etats fe
rangérent du cofté droit , &
les Dames de la Reine , & les
Officiers & Confeillers de la
Cour & du Pays , à la main
gauche.
Les deux Maréchaux de la
GALANT. 181
Cour accompagnez de quel
ques Gentilshommes allérent
querir une piece d'un boeuf
qu'on avoit rofti à la Place de
l'Ecurie , & la donnérent au
Grand Maréchal qui la prefen
ta à la table du Roy.
Deux Chambellans firent
les fonctions d'Ecuyers tranchans
, & portoient les affiettes
pour le Roy au Grand
Chambellan ; pour la Reine ,
à Madame la Ducheffe de
Holſtein ; & pour le Prince
Royal , à fon Grand Gouverneur.
Leurs Alteffes Royales
Madame la Ducheffe de Cour182
MERCURE
lande & les Freres du Roy recurent
leurs affiettes des mains
de ces Chambellans mêmes .
Un Gentilhomme de la
Chambre porta
à
boire
pour
le Roy à un Chambellan , &
le Grand Chambellan
le pre-
Tenta à Sa Majesté .
Une Demoiſelle de la Reine
le donnoit à Madame la Gou.
vernante , celle- cy à Madame
la Ducheffe de Holſtein , qui
le prefentoit enfuite à la Reine.
Pour le Prince , c'eftoit un
Chambellan titulaire , duquel
le Grand Gouverneur Comte
GALANT. 183
E
de Dona le prit pour prefenter
à S. A. R.
Aux autres Alteffes Royales
, un Chambeilan titulaire
le prefentoit , aprés l'avoir reçu
d'un Gentilhomme de la
Cour.
Les quatre autres Services
furent apportez avec les mêmes
ceremonies que les premiers
Ily curun Service tout
d'or maflif , & le buffet eftoit
extrémement riche & magnifique.
En toute autre chofe
on ne pouvoit affez admiter
la magnificence & le grand
ordre de cette Table , qui fut
184 MERCURE
tenue les bougies allumées ,
Le Roy aprés avoir lavé &
prié Dieu , reprit le Sceptre à
la main , & precedé des quatre
Maréchaux & de tous les
Grands du Royaume , conduifit
la Reine dans fes Appartemens."
Lorfqu'il fut retourné dans
les fiens , les Etats du Royaume
, les Miniftres & les Prinpaux
de la Cour furent traitez
avec une magnificence & une
profuſion extraordinaire.
Durant la Table du Roy ,
on avoit fait couler du vin par
deux Aigles , qui eftoient fur
GALANT. 185
une fontaine faite exprés dans
la Place de l'Ecurie.
En même temps on avoit
donné en pillage un Boeuf
rôti tout entier , farci , & lardé
de liévres , de
moutons , de
veaux , & de plufieurs , fortes
de volailles. Le Peuple fe jetta
là deffus , & fur toute la Cuifine
, & en fit dans un moment
mille pieces , aprés que les Maréchaux
de la Cour eurent cou
pé une piece de ce Boeuf pour
la Table du Roy.
Vers le foir il y eut de grandes
illuminations dans toute
a Ville. Celles qui estoient
Février 1701 .
Q
M
186 MERCURE
dans la grande ruë dû Kneiphof
, où demeurent les plus
riches Bourgeois , eftoient les
plus belles.
Leurs Majeftez aprés avoir
foupé en particulier , allerenc
avec toute la Cour en Caroffe
voir ces illuminations , & s'arreftérent
en plufieurs endroits
pour regarder les belles Peintures
& Infcriptions , & pour
entendre le beau Concert
qui fe donna dans la plufpart
des Maiſons .
Tous les Bourgeois fous les
armes & rangez en haye demeurérent
dans les rues de
GALANT. 187
puis le matin jufque bien
avant dans la nuit , que la
Cour eut fait le tour dans la
Ville. En plufieurs endroits il
y eut des Muficiens , qui au
paffage de la Cour failoient
retentir des voix & des inftru .
mens.
M' Pouletier , Receveur ge
neral des Tailles de Rouen , a
efté fait Fermier general en la
place de Mª Germain , mort
depuis peu de jours.
M'Pouletier , fon Fils , âgé
de vingt quatre ans , & Avocat
au Chaftelet , & Mr Regnaut ,
Fils deM' Regnaut, Confeiller
Qij
188.
MERCURE
du Roy , & ancien Subftitud
de M' le Procureur du Roy ,
font les deux premiers qui
ayent executé la Declaration
de S. M. du mois de Janvier de
l'année derniere , qui ordonne
aux Etudians en Droit de fubir
un examen public en Droit
François , avant que d'eftre
receus Avocats . Ils firent le
Panegyrique de Sa Majefté
avec un applaudiffement general
. Par ce moyen , il n'y aura
que d'habiles gens pour defen.
dre les droits des Particuliers,
& le Roy acheve de remedier
par là aux abus qui fe com-
•
GALANT. 189
fur leur
mettoient autrefois , la plufpart
des Avocats ignorant ce
qu'ils devroient fçavoir pour la
Profeffion qu'ils embraffent ,
parce qu'ils comptent
efprit, perfuadez qu'il peut fuppléer
à la fcience . Cependant ,
on paffe de là aux grandes
Charges , & on decidefur des
queftions qu'on n'entend pas.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois paffé du ma
riage de M de Chailly & de
Mademoiſelle de Normanvil
le. C'est ce qui a engagé un
Favori d'Apollon, des plus efti
mez , à faire cet Epithalame.
100 MERCURE
Vous vous connoiffez en belle
Poefie , & vous trouverez fans
doute en celle cy tout ce que
cherchez . Vous y
Nfin elle paroift, cette bellejournée
,
EN
*
Qui va de ces Amans remplir tous
les defirs.
Hymen, & doux Hyman , remplis leur
deftinée,
Et verfe dans leurs coeurs la joye &
& les plaifirs.
L'Amour qui dans fon Temple aujourd'huy
les appelle ,
A luy-mêmeformé cette union fi belle,
Et quandfa main propice en a ferré
les noeuds ,
Une conftante paix , une ardeur mu
tuelle
GALANT. Fg F
Dans le fein des Ris & des Jeux
Leurfont couler desjours heureux.
Voy quel est l'agrément & la délicateffe
De la jeune Beauté que t'immole
l'Amour.
Dés fes plus tendres ans formée à la
fageffe
Elle en prit le modèle au milieu de la
Cour ,
Et fceuty conferver avec la politeffe
La modefte pudeur qui fuit l'éclat du
jour,
Pour captiver ce coeur orné de tant de
graces
Il enfalloit un autre où regnaft la
candeur ,
Etqui de la vertu fuivant les nobles
traces
Gardaft pourcette Epoufe une eternelle
ardeur.
192 MERCURE
Le voici , cet Epoux , conftant , &rdid'elle
gne
Fils d'un Pere obligeant , fincere ,
Ami fidelle ,
Et qui dins fa Famille a pris foin
de nourrir
Cet efprit d'union que l'on y voit
fleurir.
Hate-toy defceller cette heureuſe alliance
Où le merite & l'opulence ,
Les dignitez, l'honneur brillent avec
eclat ,
Et qui fournit des Sujets à la France
Quifervent l'Eglife , & l'Etat.
Mais c'eft en vain , Hymen , que
ma Mufe Leprefe
De prendre tonflambeau , ta couron
ne , tes traits ,
Toy-même as devancé les voeux que
je t'adreffe ,
Es
GALANT. 193
Et bien- toft nos Amans vont eftre
fatisfaits.
Tu fais qu'un celefte Genie
Qui veille fans relache au bonheur
des
François
Rangeant ces deux coeurs fous tes
loix
T'engage d'affurer le repos de leur
vie.
C'en eft affez, Hymen ; en te parlant
je vois
Lebel Aftre dujour qui fe cache dans
l'Onde.
N'allons pas te ravir ces precieux
momens ,
Et laiffons à la Nuit feconde
Le foin de prefider à leurs contente
mens.
Février 1701 .
R
194 MERCURE
Le r6 . de ce mois mourut
icy Meffire François Menard ,
âgé de cinquante fix ans , d'un
Schire qui s'eftoit formé à
l'embouchure de fon eftomach.
Il avoit esté pendant
prés de vingt années Procureur
General du Roy à la Table
de marbre, & eftoit actuellement
Procureur General
commis par Sa Majesté pour
la réformation des Eaux & Forefts
de France à la Chambre
de l'Arfenal. Il eftoit Fils de
François Menard & de Charlotte
de Pouffemothe , dont il
s'eftoit fait fa principale étude
GALANT.
195
d'imiter les vertus , en fuivant
des traces de fon Pere dans les
Emplois qu'il avoit exercez
pendant un long cours d'années
avec tant de candeur &
de defintereffement , & fa mere
dans une pieté exemplaire .
Cette Famille , comme je vous
l'ay déja marqué dans une autre
Lettre , eft originaire de
Poitou & de Touraine. Il y a
les Branches de Menard de
Touchepris , de Pouzanges &
de Tiffouges. Celle cy eft de
cette derniere. Quant à la Famille
de Pouffemothe , cette
Branche - cy eft de Thierfan-
Rij
196 MERCURE
ville , dont il ne reste plus que
deux Chevaliers de Malthe ,
Coufins germains du défunt ,
& une Fille. Les autres font de
l'Etoile , de Graville , & de
Montbrizeüil. Toutes ces Fa .
milles ont donné plufieurs
perſonnes de diftinction dans
la Robe & dans l'Epée , & ont
fait de grandes alliances Il ne
refte icy de la Famille & du
nom de celuy qui vient de
mourir , que M l'Abbé Menard
, qui apparemment répandra
la tendreffe qu'il avoit
pour M Menard fon Frere ,
fur les trois Enfans qu'il laiffe
GALANT.
197
de Marguerite des Hayettes,
fon Epoufe , Soeur de Jean-
Baptifte des Hayettes , Docteur
de Sorbonne , Prieur de
Mouffy , & de Marie des
Hayettes , Epoule de M' de
Lozandieres , Confeiller à la
Cour des Aides . Mrs Menard
portent d'argent à trois Porcs-
Epics de fable.
Le 17. du même mois mourut
Dame Catherine Talon ,
Veuve de Meffire Jean Baptifte
le Picart , Seigneur de Perigay
, Maistre des Requeftes.
Il y avoit cinquante & un an
qu'elle eftoit Veuve . Elle laiffe
R iij.
198 MERCURE
deux Filles , fçavoir , Cathe
rine le Picart , Veuve de
Meffire Nicolas le Pelletier ,
Seigneur de la Houffaye
Maiftre des Requeftes , & Clai
re le Picart , mariée à Meffire !
Henry Dagueffeau , qui a esté
Confeiller au Parlement de
Mets , puisмaître des Requêtes ,
Prefident au Grand Confeil, &-
quieftprefentement Confeiller
d'Etat ordinaire , & Confeiller:
au Confeil Royal des Finan
ces , Pere de мeffire Henry
François Dague fleau , Procu
reur General au Parlement .
Du mariage de Catherine le
GALANT.
99
..
Picart avec Nicolas le Pelle
tier , font fortis , un Fils Confeiller
au Parlement , & a prefent
Maiftre des Requeftes , &
une Fille mariée à Meffire
Michel Amelor , Marquis de
Gournay , Confeiller au Parle
ment , puis Maistre des Requeftes,
Ambaffadeur à Venife
& en Suiffe , & à prefent Confeiller
d'Etat.
t
ན་
Meffire François de Cler
mont Tonnerre , Evêque
Comte de Noyon , Pair de
France , eft mort à peu prés
dans le même temps . Il eftoit
Prelat Commandeur de l'Or
Riitj
200
MERCURE
dre du Saint Eſprit ,
Confeiller
d'Etat , & l'un des
Quarante
de
l'Academie Françoife . Je
vous ay parlé tant de fois de
la Maifon de
Clermont Tonnerre
, que je n'ay plus rien à
vous en dire . Il en eft peu qui
foient plus connuës. Le Défunt
n'eftant encore qu'Abbé
de
Tonnerre ; &
n'ayant guere
plus de vingt ans , fe diftinguoit
parmi les
Predicateurs ,
& faifoit déja paroiſtre beaucoup
d'érudition , eftant fort
attaché à
remplir tous les
devoirs , & aimant le Roy naturellement.
Sa
Charge de
>
GALANT. 201
Confeiller d'Etat d'Egliſe a été
donnée à M. l'Abbé Bignon ,
Neveu de M' le Chancelier.
Elle eft d'une grande diftinction
, puifqu'il n'y en a que
trois , qui font d'ordinaire trois
Evêques. M' l'Abbé Bignon
eft du fang dont les Confeillers
d'Erat fe font . Feu M' Bi
gnon fon Pere eftoit Conſeiller
d'Etat ordinaire , & avoit
brillé auparavant dans le Parlement
, en qualité d'Avocat
General. Mrs fes Freres joüif
fent prefentement de la même
dignité. Je ne vous diray
rien de plus de cette illuftre
202 MERCURE
Famille , n'y ayant perſonne
qui ne foit inftruit de tout ce
qui la diftingue . M' l'Abbé
Bignon eft eftimé generalement
par la bonté de fon
coeur , & par mille qualitez
qui fe trouvent rarement dans
une même perfonne. Il eſt
grand Predicateur, & univerfel
dans tout ce qu'il eſt avanta
geux de fçavoir . Heft de l'Academie
Françoiſe , & Prefi
dent de l'Academie des Sciences
, dont il a renouvellé l'éclat
par fes foins , & pour la
quelle il a fait faire quantité
de Reglemens fort avanta-
1
GALANT. 203
geux pour ceux qui compos
ient cette Academie.
La place que feu M'l'Evê- ·
que de Noyon occupoit dans
l'Academie Françoiſe , vient
d'eftre remplie par M'de Safli ,
Avocat au Confeil , des plus
renommez.La reputation qu'il
s'eft acquife dans cet employ ,
& l'approbation que le Public
a donnée à la Traduction qu'il
a faite des Lettres de Pline le
Jeune , ont déterminé cette
illuftre Compagnie à luy donner
fes fuffrages. Je vous parleray
le mois prochain de ce
qui fe fera paffé le jour de fa
204 MERCURE
reception dans ce Corps .
SoeurMarguerite Bourgeois,
premiere Abbeffe de Noftre-
Dame de Montréal en Cana
da , & d'une des plus anciennes
familles de Troye en Champa
gne , mourut il y a quatre ou
cinq mois dans ce Monaf
tére , âgée de quatre- vingtdix
ans. Son zele pour la Foy
eftoit inimitable , & la charité
qu'elle avoit pour le prochain
luy a fait traverſer plufieurs
fois les mers , & expofer
la vie parmi les Sauvages ,
qui firent mourir cruellement
deux de fes Nieces. Les Peu
GALANT. 205
ples de la Nouvelle France la
reclament comme une Sainte.
Le 12. de ce mois , M' le
Cardinal de Noailles , Arche
vêque de Paris , à la fin de la
Meffe qu'il celebra à l'Autel
de la Chapelle de la Vierge , fit
la ceremonie de donner l'Ordre
de l'Etoile de Noftre Dame
à Louis Aniba , Roy d'Ef-
Linie à la cofte d'or en Afrique,
aprés luy avoir donné la Communion
de fa main ; & ce Roy
en
reconnoiffance des graces
que Dieu luy a faites de le
retirer de
l'aveuglement de
Les Predeceffeurs , où les Peu206
MERCURE
ples ont vêcu juſqu'à preſent,
& des bontez de Sa Majefté ,
qui l'a fait élever en France à
fes dépens dans le culte de la
vraye Religion , & dans la pratique
des plus nobles Exercices
, & auffi des obligations
qu'il a a M¹ l'Evêque de Meaux
qui l'a baptifé , & qui affiſtoic
à cette ceremonie , fe mit ce
jour là , luy & fon Royaume ,
fous la protection de la Sainte
Vierge , & inftitua l'Ordre
de l'Etoile de Noftre Dame
avant que d'aller prendre pol
feffion de fes Etats ; où il va
par les foins du Roy , qui a
GALANT. 207
toujours procuré l'augmentation
de la Religion ; en memoire
de quoy il a prefenté un
Tableau , où il eft reprefenté
genoux recevant cet Ordre,
imitant en cela Louix XII .
qui mit fa Couronne & fes
Erats fous la protection de la
Vierge, le 15. Aouſt 16 ..
à
Mr Turgot de Saint Clair ,
Maistre des Requeſtes , a elté
nommé Intendant de Touraine
, à la place de Made Miromenil
, qui avoit esté aupara
IntendantdeChampagne
, vant
& à qui le Roy a donné une
penfion , ce qui fait voir com .
208 MERCURE
bien Sa Majesté eft contente
des fervices qu'il luy a rendus
dans fes emplois.
Le S Guignard , Libraire
à Paris , rue Saint Jacques , a
fait une cinquiéme edition
des Reflexions fur le Ridicule ,
de M' l'Abbé de Bellegarde
,
avec de nouvelles augmentations.
Ce n'est que des livres
generalement applaudis qu'on
-peut faire tant d'editions en fi
peu de temps.
Quoy que le Journal que
je vous ay envoyé dans mes
deux dernieres Lettres , de
GALANT.
209
Tout ce qui s'est fait dans les
lieux qui avoient efté marquez
pour la route du Roy
d'Espagne , depuis Verfailles
jufques à Saint Jean de Luz ,
air paru fort exact , & que je
n'aye rien negligé de ce qui
pouvoit le rendre tel , il s'eft
tant paffé de chofes qu'il eft
impoffible que je n'en aye oublié
quelques -unes . Ainfi j'ay
cru les devoir ajoûter icy afin
que ceux quiauront toutesmes
Lettres puiffent dire qu'ils y
ont trouvé tout ce qu'on peut
dire de plus curieux de cette
fameufe route,
Février
1701
2TO MERCURE
&
On fortit d'Orleans par lë
Pont de la Pucelle , & l'on
trouva à la vue de l'Abbaye.
de S. Memin , les Feuillans de
cette Maifon , qui prefente
rent des fruits & des gâteaux ,
comme ils ont accoûtumé
d'en prefenter au Roy quand
Sa Majesté va à Chambord .
Les Bourgeois de Boilgency
fe trouvérent au même lieu ,
& firent leurs preſens au Roy
d'Efpagne & à Meffeigneurs
les Princes .
Sa Majefté Catholique &
Meffeigneurs les Princes entrerent
dans une des deux
•
GALANT 211
groffes Tours de l'Eglife d'Amy
boife , qui ont chacune un degré
uni en pente , & fans marches
, paré de brique , par lequel
montoient autrefois toutes
fortes de voitures . On découvre
de leur Donjon une
des plus belles vues du monde,
au deffus & au deffous le long
de la Loire , & l'on apperçoit
la Ville de Tours dans l'éloi
gnement.
Mr Duché qui
accompagne
Mile Comte d'Ayen en qualité
de Secretaire
, & d'Homme
d'efprit & de Lettres , don
lieu dans la route au petit
donna
Sij
212 MERCURE
divertiffement dont vous al
lez voir le fujet.
FESTE IMPROMPTU
DONNE'E
AU ROY D'ESPAGNE
A Lufignan , le jour de fa
Naiffance .
Un Suivant d'Apollon .
QUittez, Mufes , quittez les ri—
Que
ves du Permeffe
le nom de Philippe éclate dans
les airs.
Préparez des chants d'allégreffe ,
Pour l'un des plus grands Rois qui
foient dans l'Univers.
GALANT.
217
Sonfang & fes vertus à l'envy le
Couronnent ;
Les plaifirs innocens que la raison
conduit ,.
Le précedent & l'environnent ,
Et toûjours Minerve lefuit.
Un autre .
Que mille fleurs naiffent fur fon
pallage.
Formez pour luy les plus aimables
fons ;
Quelle gloire , quel avantage
S'il applaudit à nos chansons !
Choeur.
Que mille fleurs, &c.
Entrée des Mufes & des Suivans
d'Appollon .
Un des Suivans .
Que fes hauts faits confacrentfa
memoire
214 MERCURE
Que de fes jours heureux rien ne
trouble le cours ;
Que fes plaifirs foient égaux à fa
gloire ,
Qu'ils renaiffent fans ceffe, & qu'ils
durent toûjours.
Choeur.
Que fes hauts faits , &c.
Seconde entrée .
Trois des Suivans d'Apollon .
Mais quel éclat rempli de Majefté
,
Donne un nouveaujour à la terre ;
Eft- ce Philippe , ou le Dieu du Tonnerre
,
Qui répand en ces lieux cette vive
clarté?
Un autre.
C'eft Appollon ,je le voy qui s'avance
GALANT. 21
Gardons tous-un profondfilence .
Apollon.-
Le Ciel exaucera vos voeux.
Philippe doit jouir d'une gloire im--
mortelle ,
Ses vertus pafferont à fes derniers
Neveux ,
Et Louis fera fon Modele.
Vous peuples , que le Ciel raffemble
deformais >
P
De qui l'Ebre & la Seine arrofent
les Campagnes ,
Demeurez unis à jamais.
Les Dieux du Ciel , de la terre &
de l'onde >
De voftre fort heureux en vain fe
roient jaloux ,
Si vous vous confervez dans une paix
profonde.
L'Empire du monde ,
Ne fera qu'à vous.
216 MERCURE
Choeur.
Grand Roy, foyez comble de gloire,
Regnez, s'ilfe peut , à jamais.
Que devant vous foient Mars & la
Victoire
Soyez toujoursfuivi des jeux & de l'a
Paix.
Quoy que pour n'eftre point
accablé de pieces Latines je
n'en mette point dans mes
Lettres , lors qu'elles excedent
la longueur de quatre Vers ,
je ne puis vous refufer le Ma.
tet qui fut chanté dans l'E .
glife de Saintes. Les paroles en
font fi chantantes , & le Latin
eft fi facile à entendre , qu'on
ne
1
GALANT. 217.
le peut lire fans qu'il faffe plai .
fir à l'efprit & à l'oreille .
IN LAUDEM PHILIPPI V.
HISPANIARUM REGIS .
CARMEN MUSICUM.
Cantate Domino canticum novum,
Cantate novo Regi novum canticum.
Cantate Domino, cantate Philippo,
Canter Regi Catholico totus orbis
Chriftiadum.
Cantare Galli,cantate Hifpani.
Hic nofter amor eft defiderium.
"
Février 1701 .
T
218 MERCURE
Spes unica tot gentium .
Cantate Galli, cantate Hifpani.
Cantet totus orbis Chriftiadum .
Hic nofter amor efter defiderium ,
Cantate Dominofaculum novum,
Cantate Philippo faculum aureum
,
Cantate fæculo Regnum Borbo
nidum .
Cantate Galli, cantate Hifpani .
Canter Regi Catholico totus orbis
Chriftiadum.
OPhilippe Rex invičte.
Qui videt te ; videt , & Patrem ,
Patrem tuum.
O Philippe , qui videt te ,
Videt delicias hominum.
GALANT. 219
Cantate Galli, cantate Hiſpani .
Quivider Philippum , videi deli .
cias hominum.
Oquantâfeptus es gloria Prin
cipum !
Aureafeptus es corona Borboni .
dum .
O Philippe , ô decor , robur
imperium.
O Philippe , Tu decor es , &
corona Borbonidum .
Cantate Galli , cantate Hifpani.
Canter Philippo nunc nunctorus
orbis terrarum .
Cantemus cantemus Regi
Catholico,
Sæculum
novum ,
Tij
220 MERCURE
Saculum aureum.
Sæculum Borbonidum .
Je vous envoye une des Ha
rangues qui ont efté faites à Sa
Majefté Catholique , dans la
Generalité de la Rochelle. Je
ne puis vous en dire davantage.
SIRE ,
L'avenement de Voftre Majefté
à la Couronne d'Espagne, n'eft pas
tant l'ouvrage des hommes que
l'ouvrage de Dieu , qui tient en
fes mains lefort des Rois & la deftinée
des Princes. Cet avenement,
fi avantageux auxdeux plus puiffans
Royaumes du monde , & fi
?
GALANT. 221
glorieux à la Famille Royale, n'a
rien que de grand & de miraculeux
. Les veues de la plus delicate´
Politique yfont confondues , les
projets desplusſages teftes de l'Europe
yfont renverfez, & Voftre
Majefté par leffeeuull-aattttrraaiitt d'un
merite fuperieur , qui l'élève au
défus des Princes qui n'ont que
des vertus communes , détermine
Charles II. au choix quil fair
defon Succeffeur ; enleve lesfuf.
frages du Confeil de Madrid ; fe
concilie des efprits qui estoient dé
vouez àune Puiffance jalouse du
bonheur de la France ; gagne des
cours qu'une noble fierté ne laifle
Tiij
222 MERCURE
pas aifément captiver ; ouvre &
fe fasilite enfin les avenues d'un
Royaume que la nature mêmefem.
bloit rendre inacceffible aux François
par l'interpofition d'une longue
chaine de Montagnes.
Mais qui pouvoir à plus jufte
titre monterfur le Trône des Rois
Catholiques que l'Heritier du zele
des vertus du Fils aîné de l'Eglife
qu'un Prince digne de la Monarchie
universelle , & qui fur le
modele de Louis le Grand fon
Ayeul fera le puiffani Protecteur
des droits de la Religion ?
Le plus fage des Rois d'Ifrael
fouffre qu'on batiffe des Temples à
GALANT. 223
des Dieux étrangers , & for
Royaume eft divife , & fa Pofte.
rité privée pour toûjours du plus
grand nombre de Tribus qui
eftoient foumises à fon obéißance.
Le plus religieux des Rois tres-
Chreftiens abar & démolit les
Temples que l'Herefie avoit élevez
d'une main auffi rebelle
profane , & le Ciel donne de furcroift
àfa Pofteritéune autre Mo
narchie composée de plufieurs Etats
riches & floriffans .
que
Dieu qui ne laiffe point fes onurages
imparfaits , remplira les
grands deffeins qu'il a fur Voftre
Majesté. si dés le premier pas
Tiiij
224 MERCURE
qu'elle fait dans le monde , elle
porte l'étendue de fa puiſſance juf.
qu'où l'Aigle n'a pû voler , & ne
donne point de bornes à fa Souveraineté
que les extremitez de l'Afie
, de l'Afrique , & de l'Amerique
, que d'heureux progrés dans
la fuite des temps vont augmenter
fa gloire ! Sire , c'est le fujer des
væsx , &c .
Je ne vous ay point parlé
de Libourne dans ma derniere
Relation. Les jeunes gens de
ce lieu là , & les plus experimentez
au fait de la Marine ,
fe rendirent à Blaye à l'arrivée
GALANT. 225
du Roy d'Eſpagne & de Meffeigneurs
les Princes dans une
Barque conftruite en forme
de Galere qu'ils nommerent
la Fidelle de Libourne . Elle attira
les yeux & l'admiration de .
tous les affiftans dont le con
cours eftoit fort grand . Le
corps de ce Bâtiment eftoit
peint en azur , & tout parfe
mé de Fleures - de Lis couleur
d'or. La couverture faire en
berceau eftoit fort élevée , &
peinte de melme que le corps..
A l'Eſperon eftoit un Monſtre
marin , aux deux coftez duz
quel eftoient montées fepe
226 MERCURE
pieces de Canon de fonte ,
fervies par un habile homme
de la mefme Compagnie
, qui
aprés avoir eu l'honneur de
faluer Sa Majefté Catholique
& Meffeigneurs les Princes ,
les fuivit jufques à Bordeaux,
faifant leur décharge fi à propos
, qu'on eftoit furpris de
leur action & de leur feu.
On voyoit des deux coftez
du Gaillard , foutenus de Dauphins
& de Termes à propor
tion , une Galerie qui paroiffoit
plus élevée de quatre pieds
que le corps . Au coſté droit
de cette Galerie eftoint les
1
"
GALANT. 227
Portraits de leurs Majeftez
tres Chreftienne & Catholi
que , au milieu defquels eftoit
un lacs d'amour en Ruban
rouge , dont chacun des Roistenoit
un bout , & l'ame eftoit
Nous éloignant nous le ferrons
& au cofte gauche les Armies
de Grenade , qui porte d'argent
à la Grenade de Sinople:
tigée & feüillée de mefme
ouverte & grenée de gueulles
pour ame ; on lifoit ,
fruit vaut plus que ma Couronne,
,
Mon
Au derriere de la mefme
Gallerie eftoit un Soleil avec
cet hemiftiche Latin . Necplus
ribus
impar.
228 MERCURE
Au grand Pavillon , paroif
foit les Armes de France , au
tour defquelles on lifoit ces
deux Vers Latins qui expriment
les voeux de Libourne .
Borbonidum Princeps æternum
vivat iberis ,
Er nobis Rex pacis amans hæc
vota Liburna.
Ces deux Vers ont efté ren;
dus ainfi .
Qu'un Prince des Bourbons, foit
toujours Roy d'Espagne ,
Que l'amour de la paix , en tous
lieux l'acompagne
.
Du Maft pendoit une grand
de Flame.
GALANT. 329
Digna Liburnenfis fulgent infi
gnia gentis.
C'est à dire ,
On voit icy l'éclat des Armes de
Libourne.
Carles Armes de cette Ville
font reprefentées par un Navire
d'or à trois Mafts fom .
mez de trois Fleurs de Lis de
mefme, au champ d'azur ondoyé
en pointe & foutenu d'un
Croiffant d'argent . De l'autre
cofté de cette Flame on lifoit,
Filia Burdigala veftros etiam
ambit amores , id eft.
La Fille de Bordeaux prétend à
vos amours.
230 MERCURE
Ce Titre de Fille de Bor
deaux à toujours efté donné
à Libourne par les Chroniques.
Je vous envoye la Harangue
que fit à Sa Majefté Catholique
M' de la Trene , premier
Prefident au Parlement,
de Bordeaux,
SIRE ,
Depuis que Voftre Majesté s'eft
difpofée à quittter l'heureux Pays
où elle a pris naiffance , pour aller
prendre poffeffion d'un des premiers
Trônes du monde , on a tâché de
luy relever, autant que l'éloquence.
1
GALANT: 231.
le peutfaire , toutes les circonstances
de ce grand évenement , qui font
une foule deprodiges arrivez, comme
d'intelligence & de concert pour
faire un Fils de France Roy d'Efpagne
, & de tous les Royaumes
qui en dépendent . Ce Fils de
France , à peine entré dans les
premieres années de la Jeunesse ,
mais déja tout animé des vertus
royales.
Ce feroit donc une témerité à
nous , & vouloir abufer , Sire , de
la patience de Voftre Majesté , que
de vouloir entreprendre de donner
un nouveau jour à tant de merveilles
; mais une Compagnie auſſi
232 MERCURE
foumife qu'eft la noftre àfon incomparable
Roy , voftre Ayeul, nepeut
fe tairefur unedes plus effentielles
circonftances , qui vous est fans
doute la plus agreable de toutes.
C'eft la décifion qu'a prononcée le
grand Roy, l'arbitre fouverain de
1 Europe , qui ne cherche qu'à
la rendreheureufe. Dans cette décifion
, jointe à l'avisformé par la
tendreffe de Monfeigneur le Dauphin
, Prince genereux jufqu'à
L'excés fe trouve l'illuftre modele
de la foumißion filiale , & de l'amour
paternel.
On peut dire à V.M. qu'elle a
déja efté couronnéepar lesmains de
GALANT: 233
1
cés deux Heros , fi dignes de dif
penfer les Couronnes , & que la
pompe de vostre couronnement
d'Espagne , ne fera qu'une cere
monte pour les Grands , & un
Spectacle pour le Peuple .
Mais encore , quelle joye pour
Voftre Majefté, de fe voir accompagnée
de Meffeigneurs les Princes
fes Freres , qui attachez à elle par
les liens de la plus tendre amitié ,
n'ont pû ſe résoudre à la quitter®,
qu'elle ne foit comme enlevée d'entre
leurs mains par de nouveaux Su .
jers , qui depuis la mort de leur
Roy foupirent aprés vostre arrivée.
Février 1701.
V
234 MERCURE
&
Si toute la France , Sire , eft
penetrée des mêmes fentimens , fi
fa gloire montée dans cette occafion
plus baut que jamais , luy coutefi
cher, qu'il luy faut perdre l'un.
des trois Princes , les objets fidignes
de fon amour , dont le
fiecle prefent fait fes delices , nous
pouvons
dire ce Parlement
que
tout fon reffort auront l'avantage:
de n'estre pas auffi feparez que lerefte
du Royaume des Etats de
Voftre Majesté.
Ce n'est point dans cette érendue
de terres que la France eft
feparée de l'Espagne par des rochers
des montagnes inacceffibles; nos
GALANT. 275
limites ne font que des Eaux pai
fibles & des Ifles heureuſes , qui
nous rappellent le fouvenir de mille
alliances entre les deux Etats ,
fur tout de ce fortuné mariage ,
Pilluftrefource de la glorieufe defti
née ne Voftre Majefte . Toutes ces
alliances , Sire , ont esté les facrez
augures de la Paix éternelle que
vous annonce entre les deux
Empires , Paix d'autant plus beureuse
pour nous, que cette Province
par l'avantage de fafituation , en
recueillera les premiers fruits, dont
ce Parlement , comme compofé des
premieres teſtes , aura la meilleure
pars.
Vij
236 MERCURE
de
Il fera auffi plus attentif que
tout le reste aux profperite
regne d'un Royfi digne de l'eftre ,
prefagées par des commencemensfi
miraculeux, & il fera mêmefa
Cour à fon augufte Maiftre par
cette attention.
Quel bonheur pour nous , Sire,
d'eftre auffi voifins des fpectateurs ·
d'un fi glorieux regne d'eftre les
premiers canaux de la Francepar
où pafferont les agreables nouvelles
qui en feront portées au Roy vo
ftre Ayeul.
Nous fupplions Voftre Majesté
d'eftre perfuadée que ces fentimens
fout auffi gravez dans nos coeurs
GALANT. 237
que l'eft nostre profonde veneration
pourfa Perfonnefacrée.
Je viens d'apprendre que le
Roy ayant lu cette Harangue,
& celles que le même M ' de la
Trefne a faite à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & à
Mónſeigneur le Duc de Berry,
Sa Majeſte a témoigné publi
quement à Mr le Marquis de
Comminge , Frere de Madame
de la Trefne , qu'elle avoit
remarqué avec plaifir l'attachement
inviolable que ce
Magiftrat avoit pour fa Perfon
ne , fon caractere ne l'obli
238 MERCURE
geant à porter la parole qu'aux
Rois , & qu'elle luy fçavoir
bon gré de l'hommage qu'il
luy avoir rendu en la perfonne
des Princes fes petits Fils , &
à Madame de la Trefne de l'at
tention qu'elle a euë à bien regaler
les Seigneurs qui les fuivent
, pendant le ſejour, qu'ils
ont fait à Bordeaux. Plufieurs
perfonnes de la plus haute diftinction
de la Cour & qui
honorent cette Dame de leur
eftime , luy ont marqué avec
beaucoup d'amitié la part qu
elles prennent à la fatisfaction
que le Roy en a receuë.
GALANT. 239
Aprés les harangues faites
par les Cours Superieures des
Bordeaux , M' de la Trene ,
Fils de M' le Marquis de 3:
Trene , Prefident à la premiere
Chambre des Enqueftes ,
& Petit fils de M' le premier
Preſident , âgé de cinq ans fix
mois , harangua le Roy d'Efpagne
en preſence de Monfei.
gneur le Duc de Bourgogne.
& de Monfeigneur le Duc de
Berry. Il fut prefenté par M
le Duc de Beauvilliers , &
parla en ces termes avec une
fermeté admirable.
240 MERCURE
SIRE ,
Je ne puis trop admirer les ſe.
srets refforts de la Providence
quand je confidere qu'on viene
vous enlever dans le fein de las
France pour vous placer fur undes
plus puiffans Trones du monde.
Ce changement eft viſiblement
l'oeuvre de Dieu ; c'eft fa droite ,
SIRE , qui l'a fait . C'eft luy qui
tenant le coeur du Roy Charles II.
d'heureufe memoire , dansfa main,
luy a infpiré le deffein de vous confier
cette grande Monarchie, Jamais
choix n'a fait plus d'honneur.
Les Peuples l'ont reçu avec
applaudiſſement
.
GALANT.
241
applaudiffement. Les Heretiques
même l'ont respecté ; Enfin toute
1 Europe parle du bonheur del Efpagne
, & il n'y a perfonne qui ne
publie , SIRE , que vous etes
un Roy felon le coeur de Dien
auffi bien que felon le coeur du
Peuple.
ja
On ne doitpas etre furpris
de la prefence d'efprit de ce
jeure Seigneur , puiſqu'il a l'avantage
de fortir de l'illuſtre
Maifon de le Conte , dont les
Ayeux ont rendu de fi grands
fervices à l'Etat par
l'attachement
inviolable qu'ils ont eu
Février
1701. X
242 MERCURE
pour leur Prince , ayant rem
pli les premieres Charges du
Parlement de Bordeaux de
puis fa creation, 344
Vous connoiffez м' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
Metropolitaine & Primatiale
de Bordeaux , où il fait fa refidence
ordinaire. Je vous ay
déja fait part de plufieurs ouvrages
de fa façon , que vous
avez lûs avec plaifir. C'eſt luy
qui a fait ce Madrigal.
GALANT.
243
AU ROY
CATHOLIQUE.
MADRIGAL.
SI, charms de vostre merite ,
Etfoumis a dejuftes loix ,
Plein de zele & d'ardeur , l'Ibere
vous excite
A vous aller charger du poids
De tant de Sceptres a lafois.
D'un éclat fans pareil , vous ornez
fa Couronne.
Ily trouve fon interest ;
Maisfon choix , toutjuste quil eft ,
Nous ofte plus qu'il ne vous donne.
Les Vers Latins qui fuivent
font de M² Saro. Il a fait une
X ij
244 MERCURE
ties belle Relation de ce qui
s'eft pafle à Bordeaux à la reception
de Sa Majeſté Catholique
& de Meffeigneurs les
Princes ; mais eftant arrivée
trop tard , je ne pus vous l'en .
voyer le mois paffé.
Infcribendum imagini PhilippiV.
Hifpania Regis.
Hic Lodoicis Avifpecimen , fpes
altera Patris ,
Plurima Sceptra gerit redivivo
clara Philippo.
Ces autres Vers furent prefentez
au Roy d'Eſpagne , & à
Meffeigneurs les Princes , à leur
GALANT: 245
arrivée à Bordeaux, Ils font de
M' Robert Avocat au Prefidial
de Perigueux
.
MADRIGAL
Courez, Pemples ,courez de toutos
paris
Venez enfoule admirer les Cefars,
que la France, à la fois en tant de
Rois feconde ,
Eleve dans fon fein pourgouverner le
monde.
Cet air fi grand &fi majestueux ,
Cet éclat qui les environne
Qui nous ravit & nous étonne.
Ce noble feu qui brille dans leurs
yeux ,
Etqui reffemble & celuy de Bellon-
X iij
246 MERCURE
·Enfin ces traits divins l'on remarque
en eux,
que
Exigent des Mortels leurs encens &
leurs
voeux,
Offrons leur donc & nos biens & nos
nos vies :
Ce font les Petits -Fils d'un Heros
fans égal ,
Qui fans doute feront les illuftres Copies
De cet augufte Original..
A LA GLOIRE
DE SA MAJESTE
CATHOLIQUE .
E Spagnols
, fi le Ciel vous
ofta
voftre Maistre ,
GALANT 247
E
E.
T
us
Il vous en donne un autre iffu dufang
des Dieux ,
Qui va bien- tôt dans vos Etats
paroitre ,
Preft à vous foutenir , en tour temps ,
en tous lieux.
Qu'heureufe eft voftre destinée !
De vivre fous les douces loix ,
D'un augufte Prince François ,
Dont l'ame eft de vertus & degraces
ornée !
Etquiprenantpourmodele Louis ,
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre ,
↑
Et l'imitant dans fes faits inouis ,
Se rendra comme lui les amours de la
terre.
Caftillans , qui fuivrez par tout fes
heureux pas ,
A quelle gloire unjour ne prétendrez
vouspas ?
X iiij
248 MERCURE
Hatez- vous donc de couronner la
tefte
D'un Heros dont le coeuranimera vos
bras ,
Et qui mettrapour vous conqueftefur
conquefte .
2
PHILIPPE , dont le nom va remplir
l'Univers
Ma Mufe ofe toffrir humblement
pourétrene
Un Madrigal de dix-feptVers.
Ces champreftres enfans d'une rustique
veine ,
Ont du moins le bonheur d'eftre au
nombre précis
Grand Roy , de tes belles années.
Dieux ! dans un long cours rendez
les fortunées ,
Et mefurez fon regne à celuy de
LOUIS!
GALANT.
249
S
Paris , tupouvois te vanter'
De renfermer dans tes murailles ,
Lesgrands Dieux des Batailless
Mais Madriddeformais fçaura bien
timiter
Et retrouverfon ancienne vaillan
се
Dans ce Maistre nouveau que lui
donne la France
$
Va poffeder , Grand Roy , tonpuiſſant
Heritage ,
C'est le prix de ton coeur ; lafuftice &
la Paix
Applaudiffent à ce partage.
Le Ciel à ton grand nom le conferve
à jamais !
On prefenta à Bazas au Roy
250 MERCURE
d'Eſpagne les Vers fuivans en
langage du Pays....
AU REY
DE LES ESPAIGNES.
Q
Ve ma lengue mepruts de dife ma
Mais ma Mufeprun Rey n'eft pas
prou delicade
Práce n'eftrey pas de ly dife en Gafcon
Philip , en bous befen on bey bostepaybon
.
&
Anets luzy , Grand Rey , fur lou
Trône d'Efpaigne ,
Effaçats Charle-quint , obfcurcits
Charlemagne ,
1
GALANT: 257
Auta doux que Davit , fage coum
Salomon ,
·De boftes grands exploits hazets treni
Lou
nom.
Fou preguy lou bon Diu qu'après un
maridatge
"Affortit de bonbur , & bous dongui
mainatge,
Qui coum lonjouen Grec nou manqui
de ploura ,
En difen quats tant heit que nya res
plus aha.
GrandRey en bous quittant dats nous
l'affegurance
Defta lou bon ami tout jamei de la
France
[ part
Que ne pot chob plora beze boſte de-
Et chob farrejouir tabé d'une autre
park.
252 MERCURE
2
Quendfonge quetsbati ha regna dens
Galice
A Madrit & per tout la Foy & la
Justice
Et ligna Efpagnon abfque los
Frances
Sire , acquets deux units non barran
mey de tres.
Voici une espece de Traduction
de ces Vers Gafcons .
AU ROY D'ESPAGNE.
Que
Ve ma Mufe eftfertile & fent
d'impatience
De pouvoir à fon tour dire cequ'elle
penfe
De confacrer fes voeux à l'honneur
d'un Grand Roy
GALANT. 532
Mais comment s'acquitter d'un auffi
digne employ ?
Je luy diraypourtant fans tarderdavantage
Qu'il eft de fon Ayeul une parfaite
image ,
Qu'il en a la valeur , l'esprit , lejugement,
Et qu'en voyant PHILIPPE on voit
LOUIS LE GRAND .
2
Ouy , Sire , quoy que jeune & d'un
age affez tendre ,
L'Homme parfait chez vous ne fe
fait point attendre.
Iffu de ce Heros , de fonfang ani
mé
Vous avez les vertus d'un Prince
confommé.
S
254 MERCURE
Allez donc au plutoft fur le Trone
d'Espagne
EffacerCharlequint, obſcurcirCharlemagne
,
Vivre comme David , regner en Salomon
Erremplirl'Univers du bruit de votre
nom .
2
Allez, & que le Ciel aprés un Hymenée
,
Afforty du bonheur d'une longue lignée
Vouslaiffe quelquejour un digne Sueceffeur
,
Quipareil à ee Grec ,jeune & fameux
Vainqueur,
Sinftruifant des vertus , des hauts
faits de fon Pere ,
Et voyant quefon bras ne trouve rien
àfaire ,
GALANT. 255
S'écrie , en gemiſſant & pleurant de
regret ,
PHILIPPE a tout conquis , fa valeur
a toutfait.
24
Allez encore un coup , nous laiffant
l'esperance
Que vousferez toujours bon ami de la
France
Quine peuts'empêcher , voyant voftre
départ ,
Depleurer d'un cofte , tandis que d'au
tre part
Elle fe réjouit penfant qu'en la Galice
Et dans tous vos Etats va regner la
Fuftice ,
Que vous allez unir l'Espagnol au
- **Francois ':
Sire , ces deux unis en vaudront plus
detrois.
256 MERCURE
Sa Majefté Catholique &
Meffeigneurs les Princes arriverent
au mont de marfan , où
M' l'Evêque d'Aire s'eftoir
rendu la veille pour leur faire
compliment , le Mont de Marfan
eftant de fon Diocele . Il
officia en habits pontificaux ,
& y tint une table tres magnifique
pendant le fejour quele
Roy d'Eſpagne , & Meffeigneurs
les Princes y firent .
Quoy que l'on ne s'arrendiſt
pas à trouver grand monde
dans ce lieu , il y vint tant de
Nobleffe des environs , que la
Compagnie fe trouva nomGALANT.
257
breuſe au Bal que donna M² .
l'Intendant. M' le Duc de Ve.
jar , M' le Comte de Villalva,
fon Oncle , & Mr le Duc de
Pigneranda , firent couler le
foir des fontaines de vin devant
leur logis.
A Dax on trouva la grande
porte de l'Evêché & la cour
ornées de plufieurs Cartou
ches , avec des Devifes converables
aux affaires du temps.
M Duché , dont j'ay déja
parlé plufieurs fois & qui
eft auprés de M' le Comte
d'Ayen , prefenta les Vers ſuivans
à Sa Majefté Catholique.
Février 1701 . Y
258 MERCURE
PARAPHRASE
du
Pleaume 127 .
Beati qui timent Dominum , qui
ambulant in viis ejus.
2
Velle gloire , GrandRoy , que
profperitez !
Quel comble de felicitez
de
De celuy qui craint Dieu rempliffent
l'esperance !
En fuivant fes fentiers heureux &
peu battus
2
Tu vois de tes travaux quelle eft la
recompenfe ,
Et déja tujouis du fruit de tes vertus
2
De ton augufte Sang une race puiffante
.
GALANT. 259
Comme la vigne floriffante
Remplit de toutes parts tes auguftes
Palais ,
Et tels que des rameaux de l'olivier
paifible
Tes Fils èternifant ton pouvoir invincible
,
Affurent à ton Trône & la Gloire &
la Paix.
S
Ainfi , qui du Seigneur n'a pointper
du la crainte
Ne fentira jamais l'atteinte
Des redoutables traits qu'il lance en
fa fureur.
Ainfi , plein des defféins que luy- même
il t'infpire
Puiffes- tu comble d'ans voir ton heureux
Empire
Eftre du monde entier l'Amour & la
terreur.
Y ij
260 MERCURE
Que les Fils de tes Fils répandusfur
la
terre ,
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre ,
Au bout de l'Univers aillent porter ta
Loy ,
Que comblez à tes yeux de bonheur &
de gloire ,
Conduits par l Equité ,fuivis par la
Victoire
Toujours Grands , toujours Saints , ils
foient dignes de toy.
On ne peut rien ajoûter aux
Illuminations qui fe firent à
Bayonne ; car outre les lanternes
de papier coloré , rempli
de Devifes , les lampes & les
flambeaux qui eftoient aux fe
GALANT. 2611
་
neftres , & dont vous avez vû
le détail dans ma Lettre précedente
, il y avoit fix cens
groffes lumieres dans des quar.
rez de fer blanc , élevez fur des
pofteaux de fept pieds de haur,
mais ce qui parut encore plus.
furprenant , fut l'Illumination.
des Vaiffeaux , qui aprés une
décharge de tout leur Canon ,.
mirent des lumieres à tous.
leurs huniers , mafts , poulies,
bords , & generalement à tous
les endroits où il n'y avoit
point de rifque que le feu prift.
Ce qui formoit ces lumieres,
eftoit gaudronné & huilé , &
262 MERCURE
parut d'autant plus brillant,
qu'il y avoit un grand nombre
de Vaiffeaux.
Plufieurs Efpagnols le mê
ferent pendant toute la foirée ,
& la plus grande partie de la
nuit , aux Bourgeois & aux
Bafques , chancans & danfans ,
dont j'ay déja parlé , & marque .
rent au fon de leurs Guitarres
la joye exceffive dont ils é.
toient penetrez
.
Sa Majesté Catholique &
Meffeigneurs les Princes allerent
voir pendant leur fejour
à Bayonne , le lieu nommé la
Chambre d'Amour , qui eft une
GALANT. 263
efpece de gouffre fous des ro
chers creufez par les flots.
On tira par delà la prairie,
& de l'autre coſté de l'Eau ,
environ quatre vingt Bombes ..
Il y avoit onze мortiers qui
ne tiroient que des Bombes
chargées de terre , & qui ne
crevoient pas ; mais il y en
avoit deux dont les Bombes
eftoient chargées de poudre.
Elles eftoient extrémement
éloignées des Princes , ou plûtoft
de Bayonne , & tomboient
dans l'eau , ne pouvant faire
aucun mal en tombant.
M
Avant que de parrir de
264 MERCURE
Bayonne , M' le Maréchal de
Noailles , toujours plein de
confideration
pour les Efpagnols
, envoya Mr de Hauterive
, l'un de fes Gentilshommes
, pour fçavoir comment
Mile Comte d'Ognate , Dons
Antonio Martin , Fils de M ' le
Duc d'Albe , & M' le Prince
Pio fe portoient de l'accident
qu leur eftoit arrivé pendanc
le combat de Taureaux , s'ils
n'avoient befoin de rien , &
s'il ne leur pourroit eſtte bon
à quelque chofe . Ces Seigneurs
recurent ce Gentilhomme
fi gracieulement
qu'ils
GALANT.
265
qu'ils ne voulurent point entendre
le compliment qu'il
avoit à leur faire , qu'il ne fuft
affis auprés d'eux ; aprés quoy
ils le chargerent de mille re
merciemens pour M' le Duc
de Noailles , & répondirent ,
Que leur plus grand mal eftoic
d'eftre hors d'eftat de faire leur
Cour àS. M.C.
Comme j'attendis pour fer.1
mer ma Lettre le mois paffé ,
les premieres nouvelles de ce
qui s'eftoit paffé à l'arrivée du
Roy d'Espagne à Saint Jean de
Luz , & à la ſeparation de Sa
Majefte & de Meffeigneurs les
Février
1701
Ꮓ
266 MERCURE
Princes , & que je n'eus pas le
temps d'attendre tout ce qui
s'est écrit là. deffus , je croy .
devoir parler de nouveau de
ces deux Articles , afin qu'il ne
manque rien au Journal de
leur route , pour lequel j'ay
pris foin de recueillir tout ce
qui en a efté écrit.
Le jour que Sa Majeſté Ca
tholique & Meffeigneurs les-
Princes partirent pour ſe rendre
à Saint Jean de Luz, ils
dînerent en Caroffe à moitié
chemin , fur une hauteur , au
bord de l'Ocean , & arriverent
de bonne heure à S. Jean
GALANT. 267
L
de Luz , le plus agreble féjour
du monde , au jugement de
toute la Cour , Les Pirenées
s'élevent derriere , & la mer
pardevant y entre dans une
Anfe en forme de croiffant
d'environ une lieue , fermée
par deux hauteurs , fur l'une
defquelles on baſtic un Fort ,
pour
la feureté du Port qui eſt
au deffous. Il y a des Quais par
tout où ils font neceffaires?
Les Baftimens entrent avec la
marée jufque dans le Bourg ,
& un beau Pont en fait la
communication avec l'autre
partie , appellée Sibourg . Les
Zij
268 MERCURE
rues y font larges & bien pa
vées , les mailons propres &
bien baſties , les Habitans aifez
& honneftes , mais parlant
un Jargon auquel on ne comprend
rien . Les Femmes y font
belles , & il y vint quantité de
jolies perfonnes pour voir, admirer,
& le faire admirer elles
mêmes.
Quoy qu'il le fuſt trouvé
quantité d'Espagnols
à Bayonne
, on ne laiffa pas d'en trouver
encore beaucoup à Saint
Jean de Luz , parmy lefquels
il y avoit même des Dames
que la curiofité y avoit attiGALANT
269
4
rées. Les Balquesy firent merveilles
, ainfi qu'à Bayonne. Its
eftoient tout couverts de rubans
, & avoient des camisoles
blanches , des fouliers fans ta
lon , & des bas blancs ou rouges
, entourez de grelots dont
le fon joint à celuy de leurs
fifres faifoit un trop grand
bruit pour ceux qui n'y étoient
pas accoûtumez.
Pendant les deux jours qu'-
on paffa à Bayonne le Roy Catholique
& Meffeigneurs les
Princes fe promenérent & tirérent
fur le bord de la mer.
Els vifitérent tout ce qu'il y
Z iij
270 MERCURE
P
avoit à voir , & le dernier jour ,
pour ne pas aigrir la douleur
qu'ils fentoient en penfant que.
leur feparation approchoit , Sa
Majefté Catholique alla feule
à la chaffe , & Meffeigneurs.
les Princes au Fort d'Andaye,
vis à vis de Fontarabie , dont
le Gouverneur , les envoya
complimenter , & les fit faluer
de toute fon Artillerie à
leur arrivée , & à leur départ.
Il fit auffi mille honneftetez à
quantité de François que la
curiofité de voir cette fameufe
Place y avoit fait paffer.
M' le Duc de Beauvilliers ,.
9
GALANT. 27
M le Maréchal de Noailles
voulant fçavoir fi la Maifon
de Sa Majesté Catholique , qui
l'attendoit depuis deux jours
à Iron , avoit affez de Mules
•pour emporter les hardes ,
.meubles , & autres chofes fervant
au Roy d'Espagne , qu'il
faifoit porter avec luy , & en
même temps fi le Pont de Bateaux
qu'on y faifoit pour fon
paffage fur la riviere de Bidaffoa,
prés d'Iron , s'avançoit , &
feroit preft pour le 22 envoyé.
rent en poſte à Iron , par ordre
de S. M. C. M' de Hauterive ,
dont je vous ay déja parlé plus
Z iiij
272 MERCURE
fieurs fois avec une Lettre de
M' le Duc d'Harcourt pour
M' le Marquis de Quintana ,
premier Gentilhomme de la.
Chambre du Roy d'Efpagne ,
à prefent en quartier , & Capitaine
de la Garde Efpagnole.
Il trouva à Iron dans la chambre
de ce Marquis M ' le Marquis
de Lameida , Majordome.
Il donna fon paquet , à M' le
Marquis de Quintana , luy
preſenta le Memoire des Mules
qu'il falloit pour porter les
hardes de Sa Majesté Catho
lique , & ce Marquis promit
de faire fournir dés le lende
GALANT. 273
main quatre vingt Mules que
le Roy demandoit. Sçavoir ,
Pour ce qui regardoit la
Bouche ,
20.
Pour ce qui regardoit la
Chambre & la Garderobe, 49.
Pour ce qui regardoit l'E
curie , comme houffes , brides ,
&
felles ,
S
Pour ce qui regardoit le
linge 6. ,
Enfuite ils chargérent M' de
Hauterive d'affurer M le Duc
de Beauvilliers , & M' le Maréchal
de Noailles , que le Pont
feroit preft pour le 21. au foir,
& qu'il y avoit cent cinquante
274 MERCURE
hommes qui y travailloient.Ils
firent prendre du chocolat à
M'de Hauterive , & en prirent
avec luy , & luy donnérent une
Lettre pour répondre à celle
de Mile Duc d'Harcourt , qui
eftoit à Saint Jean de Luz , où
ce Gentilhomme ne fut de
retour qu'à minuit .
Le 22. à neufheures du ma
matin , le Roy Catholique
après avoir efté le trifte témoin
des pleurs que répandoient
ceux de fa Maifon qui
le quittoient , alla entendre la
Meffe à S Jean de Luz , & au
retour ce Prince fir un leger.
$
GALANT 275
4
で
déjeuné , qui fut fort troublé
par la pensée de la féparation
qui eftoit fur le point de fe
faire. Sa Majesté n'attendit
pas Meffeigneurs les Princes
dans fa Chambre , ainfi qu'elle
faifoit ordinairement , mais
elle en fortit auffi toft qu'elle
eut appris qu'ils montoient
l'efcalier . Ils fe faluérent les
uns les autres , fans fe parler ,
mais leurs larmes firent connoiftre
leur douleur , & ce
qu'ils auroient pû fe dire s'ils
avoient eu la force de proferer
feulement quelques paro
les. Sa Majelté Catholique
276 MERCURE
monta en Caroffe avec Me
feigneurs les Princes , & Mrs
les Ducs de Beauvillers & de
Noailles pour se rendre à Iron ,
Bourg en Espagne , où la Maifon
l'attendoit. Elle eftoit accompagnée
du même Cortege
qu'elle l'avoit efté dans
tout le voyage
, à l'exception
des gros équipages . Toute la
Cour eftoit fort propre. On
marcha tres lentement , &
l'on n'arriva qu'à midi . Cette
heure fut bien dure à paffer.
Ces trois Princes fe regardé
rent fouvent , fans fe parler
que des yeux , & le profond
·
GALANT . 277
F
filence que la douleur , dont
ils eftoient penetrez , les obligeoit
à garder , faifoit mieux
entendre leurs foupirs. Ils tiré
rent des larmes de Mrs les
Ducs de Noailles & de Beau..
villiers & de tous ceux qui fe
trouvérent prefens , & arrivérent
au bruit des Timbales ,
des Trompettes & des Tambours
. Quatre mille François
ou environ eftoient accourus
de toutes parts fur le bord de
la Riviere. La Milice du Pays
s'y trouva pareillement
, ayant
eu ordre de s'y rendre. Il y
278 MERCURE
avoit auffi quelques Compagnies
de Fuzeliers , & de Bourgeois
de Bayonne. Le Pont
qui eftoit du coſté de France , '
eftoit le plus petit. Les Gardes
du Corps , & les Cent Suiffes
leurs Officiers en tefte , for.
moient trois rangs des deux'
coftez , le Caroffe de Sa Ma
jefté Cath. paffa au milieu , ce'
Caroffe s'eftant arrefté auprés
de l'ifle qui eft entre les deux '
bras de la Riviere , & qu'on
appele l'ifle de Joma , les larmes
& les foupirs des trois auguftes
Freres fur qui eftoient tournez
GALANT. 279
les regards de toute l'Affemblée
, redoublérent , & il ſe
forma alors comme un echa
des foupirs de toute cette trifte
Affemblée. Sa Majesté Catho ,
lique auroit traversé l'lfle , &
paffé l'autre Pont , qui eftoit
tout le chemin qui reftoit à
faire pour le rendre fur les
Coftes d'Efpagne ; mais la
Ville de Fontarabie luy ayant
envoyé un Brigantin pour fon
paffage , avec plufieurs petites
Barques pour celuy de la fuite ,
Sa Majesté voulut bien s'en
fervir. M ' le Duc d'Harcourt
cftant allé voir fi ce Brigan
280 MERCURE
tin eftoit preft , & fi toutes
chofes eftoient en bon eftat
pour le petit trajet qu'il reftoit
à faire par Sa Majeſté Catholi
que , eftant venu luy en rendre
compte, ce Prince fondant
en larmes , & comme immobile
, defcendit de Caroffe ;
Meffeigneurs les Princes def
cendirent en même temps , &
Monfeigneur le Duc de Bour
gogne fe baiffa fort bas en pre
nant congé du Roy fon Frere ,
qui le tint quelque temps entre
les bras, & le ferra tendrement.
Ils répandirent beaucoup
de larmes , & pendant
GALANT. 28
que leur rendre douleur qui les
faifoit paroiftre dans un abat
tement dont toute l'Affeme
blée fe reffentoit , leur oftoit
la force de parler , Monſeigneur
le Duc de Borry donna
des marques d'une douleur
plus éclatante , mais qui nean
moins ne pouvoit eftre plus
vive que celle de Meffeigneurs
fes Freres , bien qu'elle éclataft
davantage. Mrs les Ducs de
Beauvilliers & de Noailles qui
s'efforçoient de cacher leur
douleur , pour ne pas aigrig
celle de ces Auguftes Perfonaes
, ne purent retenir leurs
Février
1701.
A a
282 MERCURE
"
Jarmes , aufquelles fe joigni
rent celles de toute l'Affem .
blée. C'eſtoit un ſpectacle
affez touchant , & aſſez nòu !
yeau , d'en voir tomber des
yeux des Troupes , & de voir
infpirer de la pitié par ceux
qui les armes à la main , ainfi
qu'ils les avoient alors , ne doi
vent infpirer que de la crainte .
M' le Duc de Noailles voyant
que les trois grands Princes ,
dont les tendres adieux , qui
ne finiffoient non plus que
leurs larmes , & qui tenoient
toute l'Affemblée attentive,
fans parler que du coeur & des
GALANT. 283
yeux , n'auroient pas la force
de fe féparer , prit la Majefte
Catholique par le bras , & ufa
d'une espece de violence abfolument
neceffaire , pour abreger
des momens fi durs & luy
donna la main pour lui aider
à marcher jufqu'au Brigantin
,
où M'le Duc d'Harcourt qui
venoit de prendre les devans ,
l'attendoit . Sa Majesté Catholique
y entra avec ce Duc &
M' le Comte d'Ayen. On demanda
avant que de partir
Mile Duc d'Offune , & Dom
Antonio Martin , Fils de Mr
le Duc d'Albe ; mais comme
Ava ij
284 MERCURE
•
on ne les trouva ny l'un ný
l'autre , Sa Majesté Catholi
que partit , & on tira auffi toft
les rideaux du Bâtiment où ce
Prince venoit d'entrer , afin
que fa douleur ne redoublaft
point , ou du moins ne continuaſt
pas , en tournant les re
gards du cofté qu'il venoit de
quitter , & d'où il auroit pû
voir encore pendant quelques
momens douloureux , les chers
Princes dont il venoit de ſe
feparer , & dont l'extrême tendreffe
avoit fait redoubler la
fienne , & attendri tout un
Peuple.
GALANT. 285
Mr le Duc de Beauvillers
agiffant en même temps par
le même efprit , en entrans
dans les mêmes penſées , que
ceux , qui par une fage précaution
, venoient de faire ti
rer le rideau du Brigantin
voulut détourner Meffeigneurs
les Princes d'un objet fi cher,
& fi trifte en même temps , &
pour cela il les engagea à rea
monter en Caroffe le plus
promptement qu'il lui fut pof
fible. Il en releva les glaces ,
comme pour leur cacher à
demy les lieux où leurs regards
eftoient attachez , & fit mar28%
MERCURE
cher le Catoffe pour les en éloi.
gner encore davantage ; mais
chacun garda dans fon coeur
l'idée des chers objets qu'il ve
noit de perdre de vûë . Toute
l'Affemblée fortit alors de l'ex
tafe où l'avoient jettée les images
de tendreffe & de douleur
qu'elle avoit encore preſentes ,
& fe remit en mouvement ;
mais fi la parole luy revint , ce
ne fut que pour s'entretenir
de ce qu'on venoit de voir , &
que pour fe dire les uns aux
tres , en commençant à verſer
des larmes de joye , qu'une
rendreffe fi parfaite , & fondée
GALANT. 287
fur une amitié établie & forti
fiée par les liens du fang , &
par la bonne intelligence qui
avoit toûjours regné entre ces
Princes , promettoit à la France
& à l'Espagne une union de
longue durée , qui les couvri
roit d'une gloire immortelle ,
& qui feroit jouir l'Europe ,
aprés avoir diffipé les broüil .
lards qui la vouloient offuf
quer des douceurs de la Paix
puifque ces deux Couronnes
unies feroient toujours affez
puiffantes pour l'impoſer à
ceux qui entreprendroient de
la troubler.
288 MERCURE
Le Brigantin où le Roy
d'Eſpagne venoit d'entrer
eftoit d'une tres belle fculptu
re remplie en dehors de quan
tité d'ornemens. Il y avoit
plufieurs feftons à l'entour
L'Ecuffon d'Efpagne eftoit à la
Poupe , & toute cettre fculptu
re eftoit dorée ou argentée ,
felon qu'il convenoit à ces or
nemens. La Chambre s'éle
voit en dôme de Pavillon. Un
tapis de Turquie en couvroit
l'entrée , & tout le dedans
eftoit tapiffe d'un Brocard
bleu à grandes fleurs d'or tresriche.
Le Pilote avoit une
Toque
GALANT. 289
Toque de velours noir , avec
une aigrette de plumes blanches
deffus. Le Roy d'Espagne
avoit pour la garde dans ce
Brigantin quatre des Deputez
de la Province de Guipufcoa .
Leurs habits eftoient à la
Françoife , tres magnifiques ,
& uniformes . Ces quatre Gen.
tilshommes demeurérent debout
, avec chacun un petit
Moufqueton fur l'épaule , leur
chapeau eftoit retrouffé à la
Françoiſe avec une cocarde
de rubans de plufieurs cou,
leurs Ils reftérent aupres des
Rameurs. Le Roy eftoit placé
Février 1701. Bb
290 MERCURE
dans le fond du Brigantin , M
le Duc d'Harcourt , & Mr le
Comte d'Ayen eftoient ſur le
devant. Il y avoit une douzai .
ne de Barques ou Chaloupes
remplies de la plupart des
Espagnols qui estoient venus
de Madrid à Bayonne , & de
tous ceux qui eſtoient venus
d'Iron pour joüir des premiers
de l'honneur & du plaifir de
voir Sa Majeſté Catholique ,
& pour accompagner le Brigantin.
On remarqua qu'un
de ces Bâtimens eftoit rem .
pli de Dames . Il y avoit des
Trompettes dans quelquesGALANT.
25E
uns. Au premier mouvement
qui fe fic pour faire partir lé
Brigantin , on entendit en
même temps un mélange des
foupirs des François qui bordoient
la Riviere en deça , &
des cris de joye des Espagnols
qui la bordoient de l'autre
cofté. Ces cris produits par le
chagrin des uns , & par la joye
des autres , furent pouffez
avec des tranfports fi vifs &
rant de fois repetez , que les
montagnes en retentirent, Un
grand bruit de Trompettes
te fit entendre enfuice. Il fe
mêla aux cris de joye des Ef
Bb ij
292 MERCURE
pagnols , & les François ayant
perdu de vûë le grand Prince
que la Gloire enlevoit , fe retirérent
, ravis de le voirfur un
des premiers Trônes du mon
de , & chagrins de le perdre.
Le Brigantin s'étendit en partant
du cofté de Fontarabie ,
comme pour égayer la vûë de
de Sa Majefté , & reprenant un
peu aprés fur la gauche , vint
defcendre au pied d'Iron.
Toute l'Artillerie de Fontara .
bie & d'Andaye le fit entendre
par plufieurs décharges.
Trouvez bon que je laiffe à
Iron Sa Majesté Catholique ,
GALANT. 293
&que je travaille à vous don
ner une Relation auffi exacte ,
de ce qui fe fera paffé fur fa
route , depuis Iron iufqu'à madrid
, que l'ai eu le bonheur
de vous en donner une de ce
qui s'eft paffé dans le voyage
de ce Monarque depuis Verfailles
iufques à Saint Jean de
Luz .:
Pendant que les Peuples
qui bordoient la Riviere du
cofté d'Iron fembloient par
leurs cris de ioye , par leurs
acclamations , & par leurs
voeux faire avancer le Bâti
ment qui portoit toutes leurs
Bb iij
294 MERCURE
efperances , Monseigneur le
Duc de Bourgogne , & Monfeigneur
le Duc de Berry avan
çoient du cofté de Saint Jean
de Luz . On marqua la joye
que l'on avoit de les y revoir ,
de la même maniere qu'on
l'avoit déja fait paroiftre. On
fit plufieurs décharges detou .
te l'Artillerie , & il y eut de
nouvelles Illuminations.
Le 23. Meffeigneurs les
Princes , aprés avoit entendu
la Meffe , partirent pour
Bayonne , où ils vinrent dî .
ner. Ils trouverent le Maire
& les Echevins à la porte de
GALANT. 295
la Garnila
Ville , & la Bourgeoifie fous
les armes ,
ainfi que
fon , chacun à fon Pofte . Il y
eut plufieurs décharges du
Canon de la Citadelle , des
cent pieces qui font fur l'ef.
planade , & des Mortiers : Ces
décharges fervirent de fignal
pour commencer les illuminations
qui forent fuivies de
toutes les demonftrations de
joye que les Habitans purent
imaginer.
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne commença à tenir
ce foir là une Table de dixhuit
couvers , pour ceux des
Bb iiij
.
296 MERCURE
Seigneurs de fa fuite qu'il luy
plairoit de nommer chaque
fois.
Comme on apprehendoit
que la fonte de neges , dont
on commençoit à s'appercevoir
ne caufaft l'inondation
qui furvint peu de temps aprés ,
M' le Maréchal de Noailles
demanda à M ' du Sauffoy un
homme de l'Ecurie pour aller
voir fi les eaux de Dax n'empêcheroient
point d'y arriver.
Cependant , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne donna ordre
qu'auffi toft que le Poftil
lon auroit fait fon rapport à
GALANT. 297
M' le Maréchal de Noailles ,
& qu'il feroit venu dire fi les
eaux laiffoient le paffage libre ,
on tiraft feulement trois coups
de Canon , qui ferviroient de
fignal pour le départ , & qu'à
trois heures du matin on batift
la generale , afin que chacun
fuft averti. On entendit la
Meffe aux flambeaux. Les che,
mins eftoient firompus qu'en .
core que l'on ne fe fuft arrefté
que fort peu de temps à Saint
Vincent pour y dîner , on ne
put arriver qu'aux flambeaux
à Dax. Les Jurats attendoient
à la tefte du Pont , & la Bour
298 MERCURE
geofie eftoit en armes à la
porte de la Ville qu'on trouva
fort éclairée. L'eau avoit cru
de deux pieds le jour de l'arri .
vée , & plufieurs Caroffes &
Fourgons n'arrivérent que le
lendemain , que l'eau conti
nua de croiftre.
Le 25. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne dîna chez M²
l'Evefque Dax.
L'Adour , & les autres ri
vieres eftant débordées à caufe
des pluyes continuelles , &
des fontes de neges des Pire.
nées , on fut obligé de demeurer
à Dax jufqu'au 3 de Février.
GALANT. 299
Pendant le fejour que l'on y
fit ; & qu'on n'avoit pas refolu
d'y faire , puifqu'il a duré dix
jours , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne donna deux fois à
manger auxSeigneurs de fa fui .
te , & Mi le Duc de Beauvillers :
leur donna auffi un magnifique
repas. Ils donnérent prefque
tous les foirs le Bal aux
principales Dames de la Ville
& des environs , avec des Collations
magnifiques . Meflei .
gneurs les Princes chafférent ,
& joüerent plufieurs fois , &
Ml'intendant eut l'honneur
de jouer avec Monseigneur le
60 MERCURE
Duc de Bourgogne . Le jour de
la Purification , Meffeigneurs
les Princes firent leurs devotions
à la grande Eglife , dés
huit heures du matin. Ils vin-.
rent enfuite dans leur apparte
ment , & quelque temps aprés:
ils retournerent à l'Eglife , &
affiftérent à la Proceflion & à
la grande Meffe. Ils allérent
l'apreldinée à la même Eglife ,
où ils entendirent Vefpres , où
M'l'Evêque officia .
L'inondation de l'Adour
eftant un peu diminuée , & le
Pont qu'on avoit fait fur un
petit bras de cette même ri
GALANT. 301
viere , à deux cens pas de la
Ville , eftant achevé , on en
partit le 3 pour aller coucher
à Tartas. On alla le 4. au mont
de Marfan , où finit l'Intendance
de M' de la Bourdonnaye
, Intendant de Guyenne.
Il y prit congé de Meffeigneurs
les Princes , qui luy marquérent
la fatisfaction qu'ils avoient
de la maniére dont il
s'eftoit acquitté des differentes
fonctions de fon employ.
Il avait tenu table depuis le
26. Decembre , jufqu'à ce jourlà
, avec autant de magnificence
que de propreté. Mi le
302 MERCURE
*
Duc de Beauvilliers n'eftant
pas tout à fait remis de fa longue
indifpofition , & ayanc
beaucoup fatigué pendant un
fi grand voyage , que fon zele
luy avoit fait entreprendre
pour le fervice du Roy , &
pout voir plus longtemps un
jeune Monarque , qui avoit
encore befoin de luy, & dont
l'éducation luy fait honneur ,
puifqu'il a paru un Prince orné
de toutes les vertus neceffaires
à un grand Monarque ,
aux yeux de les nouveaux Su
jets , ainfi qu'aux François qui
ont eu l'honneur de le voir de
GALANT.
303
prés ; M' le Duc de Beauvilliers
, disie , prit congé au
Mont de Marfan de Meffeigneurs
les Princes , pour revenir
chercher à la Cour le
foulagement & le repos qu'il
eft impoffible de trouver dans
l'agitation où l'on le trouve
continuellement , lorsqu'on
eft obligé de marcher fans ceffe
, & de répondre aux honneurs
fatigans qu'en de certaines
fituations , on ne peut ,
quoy qu'on foit indifpolé ,
s'empêcher de recevoir pendant
une longue & penible
marche.
304 MERCURE
,
Les . Meffeigneurs les Prin
ces partirent du Mont de Mar.
fan aux flambeaux , pour traverfer
des chemins tres méchants
, & même peu pratiqua
bles en quelques endroits . La
nege qui avoit commencé
avant leur départ continua juſqu'à
Houga . Comme on eftoit
alors dans la Generalité de
de Montauban dont M' le
Gendre eft Intendant , il commença
à en faire les honneurs
par un tres grand repas qu'il
donna. Ce repas fut fuivi de
plufieurs autres , cet Intendant
ayant tenu tous les iours trois
L
GALANT 30%
tables , qui ont efté magnifi
quement fervies foir & matin,
tant que Meffeigneurs les
Princes ont efté dans fa Ge
neralité.
On arriva à une heure de
jour à Nogaro en Armagnac ,
furnommé le Negre. Meffeigneurs
les Princes y furent ha
ranguez par le Lieutenant ge.
neral. M' le Maréchal de
Noailles les traitta magnifi
quement à fouper , & il leur
fir une chere plus grande que
l'on ne devoit attendre en ce
lieu là on y fejourna le lende
main. La nuit du fixiéme, le feu
Février 1701. CC
306 MERCURE
prit à une poutre qui donnoit
dans la Chambre de Monfei
gneur le Duc de Berry Un Of
ficier du Gobelet qui eftoit los
gé proche de là , s'en apperçut.
M ' le Marquis dé Rafilly mena
ce Prince en robe de Chambre
dans la Chambre de Monfei.
gneur le Duc de Bourgogne ,
qui demeura iufqu'au départ ,
qui fut à huit heures du matin ,
que meffeigneurs les Princes
montérent en Caroffe pour
aller à la мeffe aux Cordeliers,
qui font hors de la Ville fur le
chemin de Vic Fezenzać. On
monta au moins vingt mon-
1
GALANT 307
tagnes pendant cette iournée,
& l'on defcendit autant de
fois par des chemins tres mé
chans .
On alla dîner à Demeu , &
coucher à Vic- Fezenzac , où
l'on arriva à trois heures . Le
Juge du lieu qui eft un Garde
du Roy , fit une Harangue qui
fut affez bien reçuë.
4
Sur les deux heures aprés
minuit le feu prit encore fous
le foyer de la Chambre de
Monfeigneur le Duc de Berry.
Ce fut un Garde de la Brigade
de la Motte qui eftoit couché
deffous , qui s'en apperçut ,
"
Cc ij
208 MERCURE
ou plutoft la Sentinelle de la
Salle des Gardes qui tout d'un
coup vit fortir une groffe fu
mée qui fortoit de l'endroit
où eftoit ce Garde de la Motte
, qu'il éveilla aufli toft , &
en même temps celuy cy sappercevant
du danger , prit une
paillafle proche de luy , la jetta
fur le feu qui avoit pris à celle
fur laquelle iléroit couché, & fe
coucha deffus pour l'éteindre .
Pendant ce temps- là les Gardes
& Cent-Suiffes vinrent au
fecours , & avec leurs hallebardes
jettérent toute la paille
dehors , & en même temps
GALANT. fog
M' de Vandeüil monta dans
la Chambre & éveilla M' du
Chefne , premier Valet de
Chambre , & M' de Rafilly , &
auffi toft on leva les carreaux
de l'âtre qui cachoient le feu ,
& l'on jetra quantité d'eau qui
Féteignit . Tout cela fe fit fans
que Monſeigneur le Duc de
Berry s'éveillaft . Ce Prince
ayant fçu ce qui s'eftoit paffé
fit donner cinquante Louis
aux Gardes . Ne foyez pas furprife
, fi j'entre jufque dans les
moindres chofes , c'eft pour
vous faire voir que mon Journal
eft eft exact , & d'ailleurs ,
10 MERCURE
le feu dont je viens de vous
parler , avoit fait affez de bruit
pour m'obliger à rendre compte
de cet accident , qui fair
voir que la pieté de nos Prin
ces engage le Ciel à les proger.
•
On partit le 8 de ce mois
de Vic Fezenzac , aprés avoir
entendu la Meffe à neufheures
du matin , & l'on vint dîner à
Oudan. On alla de là coucher
à Auch , où l'on arriva à trois
heures . A la porte de la Ville ,
Mr Defgranges , Maistre des
Ceremonies , prefenta à Meffeigneurs
les Princes , le MaiGALANT.
311
re & les Confuls , qui leur firent
compliment . Ils trouvé.
rent les Bourgeois fous les armes
, & en haye dans toutes
les rues de leur paffage . Toute
cette Bourgeoifie eftoit lefte
& nombreuſe . Elle fit garde
à la porte de l'Archevêché où
Meffeigneurs les Princes logerent
, & y refta tant que ces
Princes demeurérent à Auch .
Le foir du même jour qui
eftoit le dernier du Carnaval ,
ils foupérent chez M' le Maréchal
de Noailles , qui leur fit
à fon ordinaire une chere magnifique.
Plufieurs Seigneurs
31 MERCURE
eurent l'honneur d'eftre de ce
repas , aprés lequel ils allérent
au Bal chez M l'Intendant ,
& en fortirent très fatisfaits ,
rien n'ayant manqué à ce divertiffement.
Le lendemain 9. Mrs de
Ville firent prefent à Meſſei -
gneurs les Princes , de plu-
Lieurs corbeilles remplies de
Poires de Bonchrestien , qui
font fort estimées en ce lieulà
, & qui paffent pour une
des raretez du Pays . Dans ces
occafions on regarde moins à
la magnificence des prefens
qu'à donner ce que chaque.
Pays
GALANT .
313
Pays produit de rare. C'eft un
ufage établi de tout temps.
Le même jour Meſſeigneurs
les Princes fe rendirent à l'Eglife
Cathedrale , où en l'ab .
fence de M'
l'Archevêque
.
M' l'Abbé de Chaufne , fon
Grand Vicaire , les reçut à la
porte de l'Eglife , & les complimenta,
Ils reçurent les cendres
par les mains de M'l'Abbé
Turgot Aumônier du Roy,
& y entendirent la Meffe.
Cette Cathedrale eft tresbelle
. Le Vaiſſeau en eft grand,
& bien bâty . Deux hautes
Tours compofées de deux or-
Février 1701. Dd
314 MERCURE
dres Corinthiens l'un fur l'autre
, avec un grand Atrique ,
en forment le Portail. Vingt
Chapelles en entourent le
Choeur dans les bas coftez.
Toutes ont des balustrades de
marbre , & des Autels differemment
ornez. Levitrage en
eft admirable par le beau coloris
, & l'execution du travail.
Les quatre Evangeliſtes font
fur le Jubé , directement au
deffus de la porte du Choeur.
Une Baluftrade de marbre
regne autour du dedans du
Choeur. A la droite eft la
chaiſe de l'Archevêque tenant
GALANT.
315
à la fuite des autres chaifes ,
admirables par leur fculpture,
par la delicateffe du travail , &
par le coloris du bois. Chaque
chaife reprefente quelque Fi
gure de l'Ancien & du Nou .
veau Teftament. Il en eft de
même du Vitrage.
Meffeigneurs les Princes à
leur retour de la Meffe , don-
-nérent audience aux Officiers
du Prefidial & de l'Election ,
qui leur firent compliment
.
Le même jour pluſieurs Seigneurs
eurent l'honneur de
diner avec Meffeigneurs les
Princes. Monleigneur le Duc
A
Dd ij
316 MERCURE
> Bourgogne
qui fe fentoit incommodé
ne mangea point ,
mais ce Prince ne voulant
pas allarmer
fa Cour jufqu'à
ce qu'il fçeuft fi cette incommodité
auroit quelques
fuites
diffimula
fon mal, & dit qu'il a.
voit fi bien foupé la veille qu'il
n'avoit point d'appetit . Il s'enferma
à l'iffuë du dîner , & ne
vit perfonne
. Sur les quatre
heures il envoya querir M' le
Maréchal
de Noailles
, & fe
coucha quelques
temps aprés.
On apprehenda
que ce ne fuft
une fiévre tierce , parce que
ce Prince avoit fenti la même
GALANT.
317
indifpofition à Vic Fezenzac ,
ce qui fut caufe que pour le
laiffer repofer , on féjourna à
Auch le 10. & le 11. de crainte
que ce ne fuft fon jour de fievre
tierce. Monfeigneur le
Duc de Berry alla ſeul à la мeſfe
le 10. & l'on ne joüa point
ce jour là ny le lendemain .
Le 12. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne eftant parfaitement
guery ſans le fecours
d'aucun autre remede que celuy
de la diete , partit d'Auch
avec Monſeigneur le Duc de
de Berry , aprés avoir entendu
la Meffe dans la Chapelle de
Dd iij
318 MERCURE
l'Archevêché. Ils vinrent di
ner à Aubedefte , & coucher.
à Gimont , petite Ville où ces
Princes furent logez attenant
l'un de l'autre . Ils reçurent ce
jour là des Lettres d'Espagne,
qui marquoient qu'un Gentilhomme
d'unAmbaſſadeur qui
n'avoit point quitté Madrid
depuis la mort du feu Roy , &
qui venoit par des chemins
de traverſe , avoit efté trouvé
noyé dans la Navarre ; qu'il
avoit une boefte de fer blanc
fur fa poitrine , qui avoit eflé
portée au Viceroy de Navarre,
& que l'ayant ouverte , il y
GALANT. 319
avoir trouvé trente-fix lettres
adreffées à plufieurs perfonnes
en France , & en Angleter
re , & fur tout à plufieurs Mi
niftres Etrangers , & que ce
Viceroy de Navarre avoit envoyé
ces Lettres au Roy fon
Maiſtre .
On partit de Gimont le
Dimanche 13 mais on n'en
partit qu'à onze heures , afin
que chacun eut le temps
d'entendre la Meffe . On-arri.
va fur les deux heures avec un
affez beau temps , à l'Ifle en
Jourdan , petite Ville affez
peuplée , & dans laquelle il
Dd iiij.
320 MERCURE
y aune Place, où Meffeigneurs
les Princes furent affez bien:
logez. Toute la Bourgeoifie
eftoit fous les armes , & il s'y
trouva méme quantité de
Payfans des lieux circonvoi
fins , qui s'eftoient parez à
leur maniere , & dont l'ajufte .
ment , qui marquoit plus de
zele que de magnificence , ne
laiffoit pas d'avoir quelque
chofe qui divertit Meffei .
gneurs les Princes. Ils leur
fccurent bon gré. Ils reçurent
le même jour des Lettres du
Roy d'Espagne , par lesquelles
on apprit que ce Monarque.
GALANT. 321
en continuant fa route vers
Madrid , avoit trouvé de fi
mauvais chemins , qu'il avoit
couru quelques riſques ; qu'il
y avoit eu des mules , & même
des hommes perdus ; que la
Nourrice de Sa Majesté Ca.
tholique avoit verfé , qu'elle
s'eftoit bleffée , & qu'elle fuivoit
en Litiere. J'oubliois de
vous dire que Monſeigneur le
Duc de Bourgogne faifant
attention fur l'eftat des affai
res prefentes , écrivit au Roy,
pour le prier de ne le pas laiffer
inutile , en cas qu'il jugeaſt à
propos de l'employer pourfon
fervice.
322 MERCURE
On partit le Lundy 17. de
Fifle en Jourdan . On alla dîner
à Becaret , & coucher à
Toulouſe , où l'on fouhaitoit
avec beaucoup d'impatience
d'arriver , parce qu'on eftoit
perfuadé que cette Ville là
ne fouhaitoit pas moins im
patiemment d'avoir l'honneur
de recevoir Meffeigneurs les
Princes , que fon zele pour le
Roy, & pour tout le Sang
Royal , l'avoit engagée à faire
des aprefts dignes de fa mas
gnificence & de fon amour
pour toute la Maiſon Roya
le .
1
GALANT. 323
En attendant que les nouvelles
de ce qui s'eft paffé à
Toulouſe arrivent , je croy ,
pour ne point perdre de temps ,.
devoir interrompre mon Jour.
nal , pour vous envoyer les
Articles fuivans.
Voicy la copie d'un Brefdu
Pape au Roy Catholique. Il
fait voir que Sa Sainteté reconnoift
Monseigneur le Duc
d'Anjou pour Roy d'Efpagne.
324 MERCURE
A noftre tres- cher Fils
EN JESUS - CHRIST
LE ROY
CATHOLIQUE ,
Roy des Efpagnes .
CLEMENT PAPE XI.
Noftre tres cher Fils en fefus
- Chrift , Salut . Quand'
Voſtre Majesté nous écrit , parfa´
Lettre dattée de Bordeaux le 30.
du mois de Decembre dernier
qu'elle tire un bon augure de ce
que precifement dans le temps
méme que Voftre Majeflé fe met
GALANT. 325
en chemin pour aller occuper fon
Trône dans les Efpagnes , elle a
remarqué que nous avons efté placezfur
le Trône Apoftolique ; c'eft
une preuve bienforte de vos bonnes
intentions pour nous ; dont vous
nous donnez encore un plus grand
témoignage quand vous nous affurez
du foin que vous aurez de
vous conferver dans l'idée que
vous avez du siege où noftre
humilité a efté élevée . Mais
quand nous pourrions vous per
fuader , par un aveu fincere deno .
infuffifance , que ce n'est que par
une tendreffe finguliere pour nous
que vous nous regardez avec trop.
326 MERCURE
4
d'indulgence dans les louanges que
vous nous donnez avec tant d'affection
; & que nous puiffions vous
porter à nous plaindre platoft qu'à
nousfeliciter par le poids du fardeau
qui furpaffe nos forces , nous
aimons mieux cependant vous tai ·
re les juftes fujets de noftre inquieaude
, que de diminuer le moins du
monde en vous les xprimant , la
joye qui doit vous revenir de l'applaudiffement
des Peuples qui
vous voyent venir fur le Trone
avec les perfections de vos Peres ,
avec vospropres vertus. Allez
donc , Grand Roy , avancez ben.
reuſement & regnez; mais regnez
+
GALANT. 327
prenant Dieu pour guide& pour
Protecteur de vos deffeins ; & égalez
la piete infigne de vos Ancêtres
par vôtre religion , & par
voftrejuftice , & par une deference
filiale pour ce Saint Siege. Rempliffezfi
dignement le titre de Ca.
tholique que perfonne ne puiffe fe
défendre d'avouer que vous l'avez
pris avec raison. Pour nous , nous
demanderons au Ciel par nos prieres
réiterées , comme vous lefou
haitez ; qu'il vous éclaire de fes
lumieres ;& pour un gage fincere
de noftre bien veillance paternelle,
Nous vous donnons avec beaucoup
de tendreffe noftre Benediction
#28 MERCURE
Apoftolique . Donné à Rome le6 .
jour de Février del'année 1701.
Le 2. de ce mois , M ' l'Ambaffadeur
d'Espagne donna un
Souper des plus delicats & des
plus magnifiques à M ' le Nonce
, à M' le Conneftable de
Caftille , à Mrs les Ambaffadeurs
de Savoye & de Veniſe ,
à M l'Envoyé de Florence ,
M ' le Comte d'Aro , Fils unique
de Mr le Conneſtable , à
tous les autres Seigneurs Efpagnols
qui font icy , & à beau .
coupd'autres perfonnes dequa
lité. On ne peut dans un repas
à
GALANT.
329
porter plus loin la delicatefle
& la magnificence. Deux tables
furent fervies en mème.
temps , & la profufion des
mets n'en troubla pas l'ordre.
On fe récria à chaque fervice ,
mais on alla au dernier jufqu'à
l'admiration
par le mélange
des plus beaux fruits , des confitures
les plus rares & des glaces
les plus belles & les meilleures
. Les liqueurs les plus
excellentes y furent fervies
avec la même profufion , & les
Seigneurs Espagnols avoüerent
qu'ils n'avoient jamais
rien vû de femblable . Beau-
Février
1701
.
Ee
330 MERCURE
Coup de perfonnes de l'un &
de l'autre fexe , du voifinage ,
eurent la curiofité de voir ce
grand repas. M l'Ambaſſa.
deur qui n'aime qu'à faire plai
fir , leur permit d'entrer , &
dés qu'on fut hors de table , il
leur fir abandonner les fruits
& les confitures . Il n'oublia
rien pour témoigner à tous les
François avec quelle reconnoiffance
il répond à tout ce
qu'on a pour luy d'eſtime , de
tendreffe & de refpect.
Quand vous aurez lû ce qui
fuit , vous en fçaurez autant
que moy fur cet article.
GALANT. 331
Prix propofé par Mademoi
felle de Dommaigné de la
Rochehuë.
PAr ce fameux Cartel , ose
Défi d'importance ,
Dommaigné fait fçavoir aux
beaux Efprits de France,
Qu'elle s'eft impofée une agreable
loy
Pour marquerfon refpect &fare:
connoiffance ,
De donner le Portrait du Roy,
Protecteur defon innocence ;
看
Aqui détaillèra le mieux dans chaq
que Stance
Ee ij
332 MERCURE
Ses rares Qualitez , fa Juſtice ,ſa
Foy ,
Ses Travaux glorieux , & fa
Magnificence.
·
Les Paquets affranchis de port
Seront pendant trois mois , d'une
main tres fidele ,
Reçus avec ce Paffeport
Au logis de la Demoiselle ,
Dans l'enclos du Palais , rue de
Lamoignon,
On avertit que chacun àfa'guife,
Soit aftreint au lieu de fon
nom ,
A ne mettre qu'une Devife.
La Bougie eftoit le mot de
GALANT.
333°
l'Enigme du mois paffé. Ceuxqui
l'ont trouvé font , Mrs
Mongin du quartier S. Roch ;
Antier Perspecteur ; le Brun
aux petits yeux , Remond Lie--
vre & la Madeleine douloureuſe
de l'Ile Noftre- Dame ;
Louvat de Marne ; la Fléche
de Guillamardet; le jeune Marquis
de S. Julien ; le Chevalier
de Chevreville ; & Jean Berge.
rat . Charles le Roux Procureur
au Chaſteler , & l'aimable Efpagnolette
de la ruë de la Femme
fans tefte ; Grenan Maiſtre
du quartier du Pleffis ; Moller
de Fontenelle , Jarry le Jeune
34 MERCURE
& Mademoiſelle Renaud Fla
mard , demeurante aux quatre
vents ; Angot & fon infeparable
amy Baudouin du coin de:
la rue du Coq , ruëS. Honoré ;
de la Roche & Dangereux du
Pont S. Michel ; Loret Paf-··
quier l'Amant fidelle , de la
ruë de la Harpe ; Tamirifte ,
Bonhomme des Rigolles ; les
bon homme Boileau & fon intime
amy le Guefpin de la rue
dela Harpe , le beau Colin de
la rue du Bac , & ſa petite mere
de la rue S. Guillaume ; l'Aureus
de des Marinades de la rue de
• Haure- feuille , & l'Orateur
GALANT.
33
Vaudron ; l'Avocat Gafcon &
fa jeune & liberale Epouſe ; le
le Chevalier de Longpont de
la rue de la Licorne & fon frere:
le Magiftrat de la rue des Canettes
, le Chevalier & la Chevaliere
nouveaux mariez de la
rue de Savoye , le jeune Ra ,
guenet de la rue du Monceau
S. Gervais , le Solitaire de la
rue des Marmouzers , le Valers
de Chambre , l'incomparable
Demoyerot de vis à vis le
Cadran de S. Honoré ; l'Amant
genereux du Marais ; &
la belle Ladifferente de la rue
S. Martin Benigar de Cour
·
336 MERCURE
;
brillant le Poete aux Ima
promptu ; la plus aimable Dame
da quartier S. Julien ; & fa
charmante amie du quartier
S: Euftache , le beau Narciffe
du cul de fac de S. Sauveur ;
les deux Beautez de Carrieres ,
& le Coq aux fept Poules , leur
oncle , Richard la Barbe ; les
Pelerins , & Louvet leur amy ;
du Poe fle ; & les quatre fidelles
amis de Champagne de la rue
du Coq ; l'Amant paffionné
d'une belle Brune de la rue de
Seine ; la Mouche Angelique
du beau Mouton ; la belle Ber.
nardine du coin de la rue Beau
treillis ,
GALANT. 337
1
treillis , l'agreable Procureur
de la ruë d'Argenteüil ; la
charmante Sulon aux yeux
doux , l'Amant de la belle aux
grands yeux de la ruë S. Honoré
, l'aimable Madelon du
Faubourg S- Germain ; & PP .
DA. S. le faux Acteon cru ve,
ritable du Quay de l'Ecole , &
les Rats de la rue S. Honoré;
Demonlievre & la Madeleine
douloureuſe de l'Ile Notre-
Dame , Frere & Soeur de l'Auteur
de la derniere Enigme ;
des Plancs , le moins favorité
de rous les Amans de l'incom
parable Brune la trop aimable
Février 1701 . Ff
276 MERCURE
Mademoiſelle Lolote D. visà
vis la rue de Tarane , Dardonville
de la rue de la Perle ,
Renaud Aamard , demeurante
aux quatre vents , l'aimable C.
de la rue des Marmoufets, Lauvergne
de la Salle des Merciers
au Palais : l'aimable Fan ,
chon Daumont , de la rue
Montmartre , Lalier , rue Bailli
, Geneviève de la Lune , &
Jolicoeur de S. Maur , à l'enfei
gne du Beau procedé ; l'Abbé
Rhinocerot l'Attila des nez :
l'Epoux de Sophie ; le grand
Bourfier de Chaſtenay , & la
Dame d'honneur au manchon
GALANT. 277
pelé , Manette la Devineufe ;
belle Follette du quartier St
Severin, & la plus jolie coquet
te fa Bellefour & Coufine ; la
belle Infenfible de la rue
Montmartre , & fon fidelle
Amant ; la belle Brune de la
rue du Plâtre , & la belle Hol.
landoife fa chere compagne y
le jeune Mufe du coin de la
rue de Richelieu ; la Blon
de de la rue du Coq , & fon
indifcret Amant ; la grande
Mailon de la rue de la Harpe ,
devant la rue du Foin ; la belle
Thetis & fa fidelle Compagne;
la plus riche taille du grand
Ff ij
340 MERCURE
vaires
commun de Versailles ; la Fée
rougeaude de la rue des Prou .
la Brune fujette aux
migraines ; la Godon de la rue
Muret de Chartres , & fa bonne
Amie l'Intrigante de la mê
me rue ; Claude Barbier des
Capucins du Marais , & Geneviéve
Rafrond ; les deux Gendres
Avocats de la rue du Plâtre
, & leur Belle mere la Pro .
cureufe ; l'Allobroge de la rue
du Mail , & le petit Suiffe de
la rue Neuve S. Euftache ; les
quatre Clercs du fieur Bonnefoy
, Procureur au Chafteler ;
la belle Gantiere du Grand
GALANT. 341
Monarque , vis à vis la Fontaine
des Saints Innocens , Sodemer
de la Societé Kirtilaphi
que établie à Argyrone , de la
Chine de la rue Dauphine
;
Dancour & M' & Mademoifelle
Ducraix du coin du cul
de fac de l'Opera ; du Fey &
fon Epouſe,la bonne Marguesite
de la rue Bailli , de Labala
& Mademoiſelle
Marguerite
fon Epouſe , au grand Com
mun de Verſailles ; de la Du .
naye de Rennes en Bretagne ,
l'aimable Veuve de la rue du
Sepulere; le Mignon Praticien
par force le bon Laumeau & :
Ff iij
38 MERCURE
fon aimable Epoule de la rue
1
du Coeur volant : le bon Protecteur
de S. Alban & fa fille
aînée , ruë de Tournon : les
infeparables amis Chagrin &
Lalleu & Laurent de S. Sulpi
ce & fon Epoufe : la belle Mar
guerite de Versailles au grand
Commun : le Samaritain & le
Prudent Mathematicien du
Palais Royal le bon Martin
& l'aimable réchapée , fon
épouse : Conffon & Julien bons
Normands : le bon Cent Suiffe
de Monfieur & fon Epoule de
la rue Bailli le Menton fpirituelles
Clercs de M Boni
GALANT 339
homme Notaire , rue de Bufli ,
& ceux de M ' Cliquet , rue des
bons enfans , Mr & Mademoi
felle Ramire devant S. Roch :
Mr Barbé leur Pere : la Veuve
Rougeois de la porte S. Hono,
ré : Barbo , Doyen de l'Art de
Peinture & de Sculpture ; Cri,
queboeuf & Sauvage ſon Ami ,
Thibourg du pays du Nort :
M' Mollet éclaire tour , le fieur
le Ceuftre & fa vertueufe Fille
de la rue de Tournon ; les bons
Enfans à l'Hotel du Fay , rue
Bailli , le Jugé de la rue des
deux Portes : la belle Janeton
de la Croix des Petits Champs,
Ff iiij
344 MERCURE
la Fidelle Marie du grand puits.
de Bois- commun.
Je croyois n'avoir plus rien
à vous dire de ceux qui ont de
viné la derniere Enigme , mais
je me trouve obligé pour la feconde
fois d'ajouter quelques
noms aux premiers , ce qui
` fait que je ne vous les don .
ne pas dans l'ordre accoutu
mé. Verneüil de l'Hoftel
du Maine à Versailles. Geof.
froy Sebastien Guillor de la
rue aux Ours ; l'excellent Hu.
maniſte de la rue Mazarin ; le
Compere Bertus , les fix EnGALANT.
345
fans de Choeur de l'Eglife Collegiale
de Noftre Dame de
Milly en Gaflinois , le Druide
de la rue de Grenelle , le bon
homme des Rigolles de la rue
S. Honoré , le Solitaire de la
Croix du Tiroir : les deux bruz
nes belles foeurs du même
quartier, Elifabeth de Rantre.
du Pont fa Coufine la belle
Janneton de la rue des Petits-
Champs , la belle des quartiers
de Perelle , & la petite Margot
de la rue de la Paroiffe de Verfailles.
Je ne vous dis rien touchant
342 MERCURE
l'Enigme nouvelle que je vous
envoye , fice n'eft qu'elle viene
de fort bon lieu .
ENIGME.
E ne parois auxyeux que com .
FE
un excrement
Quoy que l'unique enfant du premier
Element,
Cependant la vertu qui me rend
fore usile
Fait que l'on me recueille aux
champs comme à la Ville .
L'Hiver je multiplie ainfi qu'aux
bons
repas.
Soit
que
gras
.
l'on faffe maigre on
GALANT. 343
Si je commence le Carefme ,
Je ne lacheve
pas
de même.
Vous me demandez , Ma
dame , fi nous aurons la paix
ou la guerre. Je lçay que cette
question fait aujourd'huy le
fujet de toutes les converfa
tions , qu'elles commençent ,
qu'elles continuent, & qu'elles
finiffent par là . La chofe eft
difficile à refoudre. Si ceux qui
veulent attaquer l'Espagne i
car cette affaire ne regarde
point la France , & elle n'y entre
que par la grande liaiſon
qui eft entre elle & cette Cous
A
348 MERCURE
3
ronne , fi ceux , dis je , qui veu -
lent attaquer l'Espagne confultent
la raifon , & la juſtice,
ils cefferont bien tot de penfer
à la guerre. Les uns crai
gnent l'union des deux premieres
Couronnes du monde,
& les autres font fâchez de
n'avoir pas herité de l'une de
cés Couronnes. J'avouë qu'il
eft fâcheux de voir une efperance
d'un auffi grand poids
tour à fait détruite , que le mo.
mentoùl'on en reçoit la nou.
velle est un moment où il eft
mal aifé de fe poffeder qu'a.
nimé du depic que caufe un
GALANT.
349
fi grand revers , & foûtenu de
la colere qui met tous les fens
en
mouvement
, on fe croit
affez fort dans cet inftant pour
envahir toute la terre , mais
quand ces tranfports font pal
fez , & que la raiſon a fait ou
vrir les yeux , ou du moins à
dâ les faire ouvrir ; on doit
regarder la perte de fon efperance
comme un mal fans re.
mede , & voir que le dépit qui
fournit des tranfports & des
emportemens , qui les fait éclater
, & qui les foûtient pendant
quelque temps , ne donneny
le droit, ny des hommes,
346
MERCURE
ny de l'argent pour combatre
ceux qui ont plus que nous de
l'un & de l'autre ; & je dirois
même à qui l'on a toûjours efté
contraint de ceder , fi ce lan .
gage eftoit permis en France,
mais tout y eft moderé à l'éxemple
du Souverains on n'y
infulte point les malheureux.
la modeftie y regne , Toften.
tation en eft bannie ; on n'y
fait point parade des profpe .
ritez , & l'on eft toûjours preft
d'embraffer fes ennemis & de
leur donner la paix . C'eſt un
fait conftant puifque toutes
les fois qu'on y a esté en estar
GALANT 347
de porter le dernier coup pour
achever leur destruction on
leur a impoſé la paix , & qu'on
a trouvé la gloire qu'on retiroit
de cette grande actions ,
plus precieufe & moins ordinaire
, que celle qu'on acquiert
en prenant des Places , puifqu'on
ne la partage avec perfonne
, & que l'autre eft com.
mune avec tous les Heros de
Guerre qui ont jamais efté.
La force de la verité m'a pouf
fé à cette reflexion fans y pen.
fer. Il ne faut point le repentir
d'écouter , & de mettre au
jour ce que la verité dicte.
352 MERCURE
•
Mais pour en revenir à ceux
qui dans le fort de leur dépit
n'ont refpiré, & n'ont crié que
Guerre. S'ils ne ſe font point
une honte d'écouter les con .
feils de la fageffe , & de la rai .
fon , & de reconnoiftre la foibleſſe
de leurs droits prouvée
des actes autentiques , &
par
s'ils veulent , fans examiner
leurs forces , & celles qu'ils
auront a combattre, chercher
à fe faire un paffage contre
des Nations entieres qui
combatront pour elles mêmes
afin de garantir leur propte
pays des ruïneufes & cruelles
>
GALANT.
353
fuites de la guerre , fi dis je ,
fans vouloir rien voir de tour
cela , ils s'obſtinent à ne point
ouvrir les yeux , & ne quittent
point les deffeins qu'ils
ont formez tumultuairemeng
& qu'ils veüillent fe batre
parce qu'ils ont dit qu'ils fe
batroient , quoiqu'ils n'ayent
pas eu raifon de le dire , il eft
indubitable que nous aurons
la guerre , c'eſt ce que nous
fçaurons bien toſt.
Voilà mon fentiment , pour
ce qui regarde ceux qui pour
vouloir tout avoir , n'ont eu
rien du tout. 17
Février
1701. Gg
550 MERCURE
Quant à ceux qui ont peur ,
il est triste pour eux de le voir
dans une pareille fituation 3
mais on n'eſt pas obligé de leur
rien donner , parce qu'ils crais
gnent , cela ne leur fait avoir
aucun droit de demander , &
& leur crainte ne fait pas qu'on
leur doive quelque chofe , n'y
qu'on ait rien fait contre le
droit , la justice & la raison . La
France ne doit rien à la Hollande
, parce qu'elle a donné
un Roy à l'Eſpagne , & l'Eſpagne
ne doit rien à la même
Republique , parce que les
Efpagnols ont trouvé leur le
GALANT.
35 *
gitime Souverain en France.
Mais ces deux grandes Puiffances
, dit- elle , eftant unies ,
font en eftat de triompher par
tout dés qu'il leur plaira d'attaquer.
Elles font grandes , il
eft vray : Elles font puiffantes ;
mais elles font juftes . Ainfi il
dépendra toûjours de leurs
Voifins de n'eftre point atta
quez.Le Roy d'Espagne a bien
voulu reconnoiftre la Hollande
pour ce qu'elle eft aujourd'huy
, & écrire aux Etats pour
leur donner part de ſon avene.
ment au Trône d'Espagne . Ils
ont differé de répondre. J'aus
Gg ij
36 MERCURE
rois beaucoup de chofes à dire
là deffus, mais je me tais . Nous
fommes en France , où il n'eft
pas même permis d'écrire
comme on fait par tout ailleurs.
Le Roy s'en eft mêlé; il a
fait parler aux Etats par M' le
Comte d'Avaux , & ils ont aufli
toft reconnu le Roy d'Efpagne.
Ils ont envoyé ordre à
leur Ambaffadeur en France
de faire compliment
au Roy ,
fur l'avenement de Monfei
gneur le Duc d'Anjou à la
Couronne d'Espagne , & ont
député plufieurs de leurs mem
bres à Dom Quiros , Ambaffa
GALANT. 357
deur d'Espagne auprés de leurs
Hautes Puiffances , pour luy
déclarer qu'ils reconnoiffent
ce Prince pour Roy d'Efpagne.
Durefte , ils efperent que
ces Monarques chercheront
de concert avec eux des re
medes pour les garantir de la
peur. Le cas eft fi nouveau , &
Ja demande fi extraordinaire
que je n'ay rien à dire là- deffus.
lla de la prudence à le mettre
l'esprit en repos autant qu'on
trouve de facilitez pour le
faire ; mais les Etats font rede .
vables aux Souverains qui veulent
bien entrer dans leurs
354 MERCURE
craintes , & chercher les
moyens de les en guerir fans
que ces Princes y foient obli
gez, Voila la fituation ou fe
trouvent ceux qui ont peur.
Vous pouvez comme moy ju
ger
là deffus fi nous aurons la
Paix ou la guerre , avec ceux
qui n'ont que leur chagrin
pour objet de cette guerre , &
ceux qui n'ont que leur crainte
pour prétexte. Cependant chacun
arme de foncoſté , les uns
pour obtenir des remedes cels
qu'il leur plaira demander ; &
les autres pour n'accorder que
ceux qu'il leur plaira de don
ner.
II
GALANT
.
335 Il y a d'autres Puiſſances qui
ont leurs raifons pour fe vouloir
mettre de la partie : mais
à bien confiderer les chofes ,
l'affaire ne les regarde point;.
elles n'ont rien à demander ,
& on ne leur demande rien .
Peut- eftre que cette grande
affaire fera terminée avant que
vous receviez cette Lettre.
La Harangue au Roy d'Efpagné
que je vous envoyay le
mois paffé fous le nom de M
de Nicolay , premier Prefident
de la Chambre des Comptes ,
n'eſt point de luy : & je dois
vous avouer, pour luy rendre
360 MERCURE
justice qu'on m'a trompé em
me la donnant. Le nom de
Nicolay s'eft toûjours rendų
fameux par les ouvrages de
cette nature , & quand le bel
efprit le trouve avec l'équité
& l'érudition , dans une famille
de Magiftrats du premier or.
dre , il ne refte rien à y fou
haiter.
J7
Vous ferez ,fans doute , fur.
priſe de ce que Meffeigneurs
les Princes ne fuivent point la
route que je vous envoyay le
mois paffé. Elle avoit esté re
glée de la même maniere que
vous l'avez reçue , mais la
pluye ,
GALANT 357
pluye, & la nege ayant rompu
les chemins en differens endroits
, on s'eft vû obligé d'en
dreffer une nouvelle. C'eft ce
qui a empêché que l'on n'ait
paffé par Pau , où l'on a eſté
fort chagrin de n'avoir point
eu l'honneur de voir meffeigneurs
les Princes , & où ils
n'auroient pas moins reçû de
marques de zele, & d'affection
que dans tous les lieux où ils
ont paffé.
Le jour qu'ils partirent de
I'lle en Jourdan pour fe ren
dre à Toulouſe tous les
ordres & eftoient donnez , &
Février 1701. Hh
9.
362 MERCURE
toutes les mefures prifes pour
y arriver avant trois heures
apres midy , afin que tout ce
qui avoit efté premedité pour
leur reception , pût eftre executé
, & que la curiofité de
tous ceux qui rempliffent certe
grande Ville puft eftre
fatisfaite. Pendant plus d'une
lieuë en deçà de la Ville , on
trouva les chemins remplis de
monde , & lorfque Meffeigneurs
les Princes furent proche
des Fauxbourgs , ils firent
ofter les panneauxde leurs Caroffes
pour eftre mieux vûs....
J'avois la plume à la main
GALANT. 363
pour continuer cette Relation
, mais comme le détail
que je vous en aurois donné
auroit efté peu étendu , & que
je viens d'en recevoir quantité
de Memoires tres amples ,
& qui demandent beaucoup
de temps pour eftre mis en
ordre , j'ai crû devoir remettre
au mois prochainy à vous
envoyer une Relation com.
plette de tout ce qui s'eft páffé
à Touloufe. Elle fera précedée
de plufieurs nouvelles
particularitez qui regardent
la reception de Meffeigneurs
les Princes à Auch.
Hhij
360
MERCURE
Je ne vous dis rien de l'arri
rivee
du Roy
d'Efpagnie
à
Madrid
. Vous
en trouverez
les particularitez
dans la Relation
que je dois vous envoyer
de fon voyage
depuis
Iron , juſqu'à
cette Capitale
de les Etats. Tung
( 5)
A
Je vous envoyela
. Harangue
que le Roy d'Angleterre
a faite à l'ouverture
du nouveau
Parlement
.
asiləvion
pumpitulq
Mards
& Melfieurs
.
Noftre malheur dans la perte du
GALANT. 361
W
Duc deGlocefter eft tel , que cela vous
oblige de vous établir un Succeffeur de
La Couronne aprés moy , & aprés la
Princeffe dans la ligne proteftante Le
bonheurde ba Nation ,& la fureté de
la Religion eft ce qui m'intereffe leplus
ay travailler, &je ne doutepoint que
vous ne le falliez d'un commun accord
Je vous recommande de vous y
appliquerfortement . La mort du feu
Roy d'Efpagne, & la declaration de
Lon Succeffeur à cette Monarchie , a
fait un fi grand changement dans les
affaires étrangeres , que je vous prie
de confiderermurement l'eftat où elles
font aujourd buy, me perfuadant que
vos refolutions là - deffus vous condui
ront a l'intereft à lafureté de l' Angleterre
en particulier, & de la Religion
Proteftante engeneral , & à la
Paixdetoute l'Europe . Ces chofesfont
ak
Hhij
266 MERCURE
d'un fi grand poids que je les ay crues
dignes de ce nouveauParlement , pour
avoir inceffamment fes avis dans la
conjoncture prefente . Je vous deman
de à vous , Meffieurs de la Chambre
des Communes , les fecours que vous
jugerez neceffaires au bien de la Nation
pendant l'année courante , & il
faut pareillement que je vous faffe
fouvenir des non- valeurs , & dettes
publiques , faites dans la derniere
guerre , pour lefquels on n'a pas encore
fait de fonds. Je fuis oblige de
vous recommander de bien examiner
l'eftat de la Flote , puifque c'eft en
quoy confifte la force & la furete de
la Nation , particulierement dans
cette conjoncture. Fous examinerez
auffi ce qu'il faut faire pour la fureté
des Ports , & autres Places
où l'on met les Vaiffeaux pendant
'
GALANT. 359
Hiver. Le Commerce eft d'une fi
grande importance , que j'efpere que
vous n'oublierez rien pour le maintenir
, & l'augmenter ; & fi vous
pouvez trouver moyen de faire tra
vailler les Pauvres , vous vous dé
livrerez vous- même d'un grandfardean
, & employerez en même temps
aux Manufactures , & autres ouvrages
publics , des bras inutiles.
Milords & Mellieurs. F'efpere
qu'il y aura un fi bon accord entre
vous, & tant d'union dans les re-
Jolutions que vous prendrez dans les
affaires importantes qui fe prefen
tent , que vous ferez connaitre que
nous fommes fortement Anis entre
nods. Rien ne peut contribuer day.
vantage à noftre fureté au dedans ,
& nous rendre plus confiderables au
deliors.
Hh iiij
364 MERCURE
Les Politiques raiſonnent
fur cette Harangue
, le temps
fera connoiftre
s'ils ont penfé
juſte. Je fuis , Madame , voſtre,
& c.
A Paris ce 28. Février 1701.
AVIS
Le
Libraire
avertit , pour
la décharge de ceux qui ont
commiffion
d'acheter le Mercure
à Paris , que le der
Volume eftant
beaucoup plus
gros que les précedens
, il la
vendu une piece de trente
GALANT. 365
fols , & trente fols ceux qui
font reliez en parchemin ,
parce que ces Volumes étant
beaucoup plus gros , luy reviennent
à beaucoup davange
que les autres . Il avertit
auffi que le Volume de Mars
qui fera donné au commen .
cement d'Avril , contiendra
deux fois autant de matiere
que ceux qui ont parû jufqu'à
preſent à cauſe que l'impreffion
en fera plus menuë , &
que le Volume en fera une
fois aufli gros. De forte qu'on
en pourroit faire trois de ce
feul Volume fi on les impri
370 MERCURE
moit de la groffeur & du ca
ractere ordinaire . On ne le
fait pas pour épargner cette
dépence au public; mais com
me il eft jufte que le Librairé .
retire une partie de ce que
luy coutera cette augmenta
tion , voulant bien faire préfent
de l'autre partie au public
, ce double Volume de
petit caractere ne fera vendu
que Trois pieces de dix fept
fols en veau , & quarante fix
fols en parchemin . M ne con
tiendra pas feulement un Jour
nal de la marche de Mellei
gneurs les Princes , depuis
GALANT. 378
Auch juſqu'au dernier de
Mars , mais un pareil Journal
de la marche du Roy d'Eſpa
gne depuis Iron jufqu'a Ma
drid , rempli d'une infinité de
chofes curieuſes. Comme il
faut plus de temps pour im
primer ce Volume , il ne fe
debitera que le onze d'Avril .
Ceux qui ont des Memoires
à donner font priez de les envoyer
inceffament , parce que
l'impreffion de ce Volume eft
déja commencée . Les pre
miers chez qui Meffeigneurs
les Princes ont paſſė , doivent
les donner pluftoft que les
368 MERCURE
autres , puifqu'ils doivent eftre
imprimez avant les autres. Le
Libraire donne fa parole de
ne prendre que le prix ordi
naire du Mercure , lorfque
Meffeigneurs les Princes fes
ront de retour à Versailles.
2 .
3)
от таллой
i
2 32.
Lond¡ nonob za
P
TABLE.
Relude.
Epitre au Roy.
Grande Fefte donnée à Douay. 21
Réjouiances faites à Carpentras.
Sonnet.
36
44
46
Madrigal.
Chanfon fur l'air de Joconde 47
Premiere Relation qui ait efté donnée
au Public fur la Victoire
remportée par le Royde Suede.
18
TABLE.
Sonnet à Monſeigneur le Duc de
Bourgogne. 78
Autre à Monfeigneur le Duc de
Berry.
Madrigaux.
Eloge de Mr Bontemps.
Lettre de Naples.
80
82
85
87
Mort de Mr le Grand Prieur de
l'Eglife de Malte. 92
Carte nouvelle de la Terre Sainte,
ancienne , moderne & hiftorique.
93
Ordre de S. Lazare donné à Mr
Martin , avec plufieurs morceaux
d'Hiftoire rapportez
cette occafion.
Morts,
95
109
TABLE .
119
Plufieurs Sonnets fur des Boats :
rime propofez par Madame
la Ducheffe du Maine,
M² l'Electeur de Brandebourg fe
fait proclamer , & couronner
Roy de Pruffe. Détail de ces
Ceremonies. 127
Place de Fermier General donnée
à Mr Pouletier. 127
Premier Examen public en Droit
Françoisfubi avant que d'eftre
reçu Avocat
.
Episalame.
Autre Article de Morts.
188
189
194
Mr de Saffi eft nommé pour remplir
la place de l'Academie
qu'occupoir feu Mr de Nojon .
203
TABLE.
Mort de l'Abbeffe de Montreal
204
en Canada.
Louis Aniba , Roy d'Effinie
, met
Les Etats fous protection de la
205 Vierge.
Intendance
donnée par le Roy. 207
Cinguiéme
Edition
des Reflexions
fur le Ridicule
,
208
Nouveau détail de plufieurs particularitez
qui avoient efté obmifes,
& quife font paffées à la
route du Roy d'Espagne , & de
Meffeigneurs les Princes , depuis
Orleans , jufqu'au moment de
leur feparation , avec plufieurs
nouvelles circonstances qui regardent
cette séparation, Ce
TABLE.
détail contient plufieurs pieces
& plufieurs barangues dont
zailene avoir parté fans les donner.
2901 903
208
Nouveau détail plus exact, &
plus curieux de la feparation
du Roy d'Espagne , & de
Meffeigneurs les Princes, 266
Journal de la route de Meller
279241
eneurs les Princes aprés leur
Jeparation , avec les receptions
qui leur ont eftéfaites dans tous
Les lieux où ils ont paffe. 297
Lettre du Pape à Sa Majesté Cais
Repas donné par r l'Ambaſſatholique.
deur
d'Espagne.
Février 1701
324
32.4
fi
TABLE.
Prix propofe.
Article des Enigmes.
331
333
Sujet de tous les entretiens publics
daujourd buy. 343
Juſtice rendue à Mr le Preſident
Nicolay.
Suite de la route de Meffeigneurs
22
les Princes.
Article de Toulouſe.
335
356
Entrée du Roy d'Espagne à Ma.
drid.
Harangue du Roy d'Angleterre.
NO 2.783
364
364
Avis important.
31
1 ..
Avis pour placer les Figures,
Les Jettons doivent regar
der la page 127.
<36624505530011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1701 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Gefant.
A
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau
vingt-cing fols en Parchemin.
&
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M DCCI.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staat: bibliothek
München
AU
LECTEUR .
ILya tien de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au
commencement de chaque
Volume du
Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les
Memoires qu'on envye
pour eftre
employez , on neglige
de le faire , cé qui eft
caufe qu'il y en a
quantité
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoffible
dedeviner le nom d'une Ter
re , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne
qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
que l'on employera
tous les bonsOuvrages àleur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
६ FEVRIER 1701 .
L
'
EPITRE en Vers
qui fert de
commencement
à cette Lettre ,
n'a point beſoin d'éloges . Elle
eft de M' de Senecé , dont
tous les Ouvrages ont merité
l'eftime des premieres Perfon
A iij
6 MERCURE
nes du monde. Celuy- cy eft
pour le Roy , & le fujet en eft
beau. Je ne vous diray rien
davantage , pour ne pas reculer
de quelques momens le
plaifir que vous doit donner
cette lecture .
4
EPITRE AU ROY,
Sur le départ du Roy
d'Eſpagne .
Es plaifirs les plus doux lafource
eft mélangée ,
D
Etd'un peu d'amertume elle est fou
vent chargée.
Grand Roy , vous l'éprouvez dans
cet évenement ,
GALANT. 7
6
Quifait de votre Hiftoire unfi riche
ornement;
Mais pendant que l'Espagne à vos
pieds profternée ,
Change enprofonds refpects une haine
obftinée,
Pendant que de fon coeur l'amour
chaffant l'effroy ,
S'incline à vos vertus , & vous demande
un Roy
Que pour luy rendre hommage un
même zele inspire
Tous les membres épurez qui forment
ton Empire.
Que pour graver ce fait fur des tables
d'atrain ,
[ burin. Les Tacites
François
aiguisent
leur
Que la Profe , les Vers , les Odes, les Harangue's
Celebrent ce bonheur en cent diverfes
Langues ,
A iij
8 MERCURE
Que par trop d'abondance Apollon
rebuté,
Hefite fur le choix, & craint la pauvreté
* ་
•Qui croiroit qu'à ma Muſe une ardeur
imprévûë
•Fournit fur ce fuccés un autre paint
de vûë ,
Et que par des fentiers qu'aucun n'ofa
fouler lignine
Sa tendreffe y trouvast dequoy vous
confoler ?
Permettez le grand Roys pour peu
qu'on la retouches nes
La douleur s'affoiblit , & devient
moins farouche ,
Et la reflexion puiffante à l'appaifer,
La tourne en habitude , & la fait
mépriser.
Appartement de Seaux , curieufe
Structure ,
GALANT. "
Qui d'arbres précieux épuifas la
Nature ,
Si de tes Cabinets les lambris fi vantez,
t
Des Chefnes de Dodone avoient les
facultez,
S'ils pouvoient s'énoncer en voix intelligibles
,
Que n'apprendroit on point de ces
mamensfenfibles ;
Où l'amour ( quoy qu'Ovide autrement
air chanté ) ·Esté ?
L'unitparfaitement
avec Sa Maje-
•Que tu m'épargnerois
d'inutiles tortures
Si Pon fçavoit par toy ces hautes
avantures.
Ces difcours de Louis , où l'artfut fi
puiffant,
Qu'on ne les redit point qu'en les
affoibliffant.
:)
10 MERCURE
Heureux qui comme toy les puife
dans fa fource.
Jafte Ciel , ma difgrace eft - elle fans
reſſource ,
Et ne puis-je efperer d'entendre encore
unjour
Cet Oracle des Rois au milieu de fa
Cour.
Elle parut enfin cette trifte journée,
Qu'à fe priver d'Anjou Louis a def
tinée :
( Carmalgré ces dehorsjaloux de la
grandeur,
Il est encore Anjou , grand Roy , pour
voftre coeur. )
Famais , lors
de Fudée
que David au Trône
Refolut de placer le Fils de Berfa
bée , ་
On n'entendit fortirfur cet augufte
employ,
GALANT: II
De plusfaintes leçons de la bouche
d'un Roy.
Adorez du Seigneur la puissancefu
prême ,
Qui metfur votre front l'honneur du
Diademe.
Autant qu'il vous éleve au deffus
des Mortels
Mon Fils , abaiffez- vous aux pieds
de fes Autels.
Avecfincerité, de l'Etat Catholique
Epoufez l'intereft , les moeurs, la politique
Cheriffez votre Peuple , & dans tous
vos projets ,
Dans leur Roy faites voir leur Pere
avecfuccés.
Enfin ,fouvenez-vous qu'au doux air
de la France
Elevé dans fon fein , vous avez pris
naiffance,
12 MERCURE
La gloire ades trefors qu'on ne peut
épuifer ,
Qu'en commun vos Etats apprennent
d'en ufer.
Faifons leur concevoir par des preuves
fenfibles ,
Qu'en demeurant Amis ils feront
invincibles.
Alors au jeune Prince il vous plut
d'enfeigner
Les miferes profonds du grand art de
.... regner;
Mais fans vous arrefter dans un détail
plus ample :
Crand Roy , pour abreger propofezvo
"Are exemple ,
L'attelagefuperbe, & trop toft arrivé,
Hannit d'impatience , & frape la
pavé.
Philippe à ce fignal qui de vous le
Separe
GALANT .
17
Rappelle fa conftance , & fent qu'elle
s'égare.
La gravité d'Espagne en vain veut
le calmer,
La tendreffe Françoise infifte à l'op
primer
Sa doulenr fe produit , la voſtre la
feconde ,
Elle paroift plus fage , & n'eſtpas
moins profonde.
Les Princes aux adieux appellez par
leur rang
Se livrent enHerosà la force duSang.
Le Sexe a d'autres droits , & permet
aux Princeſſes
En de moins fermes coeurs de plus
grandes foibleffes.
Les perles de leurs yeux par l'amour
embellis,
Coulent furle parquet par des che
mins de lis,
14 MERCURE
Et l'Inde à fon Monarque , enfes
fes ardeurs nouvelles ,
N'en offrira jamais , ny tant ny defi
belles.
Ainfi quand Jupiter d'un visage troublé
[ blé ,
Faitobfcurcirles
airs au nuage aſſem-
L'Aurore
en Orient s'attrifte
à portes
cloſes ,
Etfous un voile épais cache fon teint
de rofes ;
L'Amante des Zephirs languit.comme
fes fleurs
Iris s'évanouit furfon arc fans couleurs
;
Sous l'abri de fes Tours Cibele eft taciturne
;
·Chaque Fleuve à grands flots répand
toute fon Urne ,
Etla Nature en pleurs dans cesfombres
momens
GALANT. 35
Se conforme àfon Maistre , & fuitfes
mouvemens.
Je ne viens point paré d'unefauf
fe éloquence
Affoiblir voftre perte & celle de la
France ;
Lamaxime eft conftante , & ne m'échape
pas ,
L'Etat qui perd un Prince eft defarmé
d'un bras ,
Encorplus parmi nous , où fur la Loi
[ que
Salique
Se fonde , s'affermit la fortune publi
D'ailleurs , le jeune Prince à nos
voeux enlevé ,
Par les mains de Pallas paroiffoit
cultivé 3
Nous admirions en lui dès fa tendre
jeuneffe
Les fruits prématurez d'une haute
Sageffe.
16 MERCURE
Un amas de vertus un trefor de
bonté,
La douceurtemperée avec lagravité,
Et de ces qualitez le brillant affemblage
Frapoit déja nosyeux, grand Roy, de
voftre Image.
Comme on voit l'Univers Jaifi d'etonnement
,
S'augurer en filence un rare evenement,
Lors que l'Aftre du jour aux yeux de
la Nature ,
Dans le vague des airs reproduit fafigure
i
Mais enfin ce Sujet par les graces
orne ,
Manquoit par la fortune , & fo
trouvoit borné.
Noftre fort conftamment le refufoie
pour Maiftre.
GALANT.
17
Ce Prince , cet Ainé qui merite de
l'estre ,
·Par un éclat plus vifattiroit nos regards
,
On adreffoit au Ciel des voeux de toutes
parts >
On invoquoit Lucine , & la tendre
Deeffe
D'Adelaide encore épargnoit la jeu
neſſe ,
Attentive aux momens d'une maturité
Qui doit éternifer voftre Pofterite,
Dans cette conjoncture où se trouve
Philippe ,
Charles , des fages loix confultant le
principe,
Le fait fon Succeffeur , & cette volonté
De fes derniers
l'équité.
momens confacre
Février 1701
B
18 MERCURE
Souffrez que vostre Race , où tant de
gloire abonde ,
Se partage le foin de gouverner le
monde ;
Trop heureux fi bien - toft quelque
Peuple aguerri
Ne vient pas pourfon Roy nous de
mander Berri. ~
Laiffez auxfoibles coeurs qu'un noud
vulgaire affemble ,
Les obfcures douceurs de vieillir tous.
enfemble ,
Prodiguez vosfaveurs à cent climats
divers ,
Le beau Sang de Bourbon fe doit à
l'Univers.
Et qu'importe qu'aux Cieux les Pla
netes rangées, [tagées ?
En ordres differens paroiffent par-
Le Soleil les entraîne , & leurs divers
emplois
GALANT.
19
De fon impulfion reconnoiffent les
loix.
Quels flots d'illuftre Sang ont inonde
nos Terres
Endeuxfiecles entiers d'impitoyables
guerres,
Mais fide voftre foin les decrets inhu
mains ,
Pour couronner Anjou manquoient
d'autres chemins ,
•
Deftins , on vous pardonne , & nos
pertes paffées
Par ce rare bienfaitfe trouvent.compenfées,
Fleft temps que l'amour de nos deux
Nations
+
[ tions,
Debrouille le chaos de leurs diffen.
Nos Heros & nos Rois dans les
champs Elizées
Triomphent du plaifir de les voir aps
paifees,
Bij
120
MERCURE
Et le nom de Philippe à peine eft publié,
Que tout reffentimentyparut oublié.
Epoufe de Louis , & vous , fa tendre
Meremans zaludanah mir
Que nos maux penetroient d'une douleur
amere; gh ,2017
s
Je fens voftre prefence , & crois voir
qu'en ces lieux, tous mat
Pour affermir la Paix vous defcendez
des Cieux.
Sans faire à la nature aucune viofence
"
Reines , voftre credit peut proteger la
Frances
Et vous pouvez auſſi ſur l'Eſpagne à
fon tour
Repandre vos bienfaits fans outrager
l'amour
Mais c'eft affez , grand Roy , vous
prêcher la conftances
GALANT. 21
Fe fens mon ridicule , & vois mon
imprudencent's
Pardonnez; debiter cet indifcret Sermon
C'est en fait de fageffe inftruire Salomon:
Je vous envoye la Relation
d'une Fefte qui meriteroit d'avoir
efté donnée par un Sou
verain , puis qu'il eft inoüy
qu'un Particulier ait jamais
convié deux cens perfonnes à
un repas , & traité le même
jour prefque toute une grande
Ville . Voicy la Lettre qu'un
Officier de la Garnifon de
Douay a écrite fur ce fujet à
un de fes Amis.
1
22 MERCURE
A MONSIEUR
NE me reprochez plus mon indifference
pour les plaiſirs de
Paris , nous en avons qui font en
petit ce que les vostresfont engrand.
Toute la Flandre retentip des acr
clamations des Peuples . On entend
crier de toutes parts , Vive le Roy
de France , vive le Roy d'Efpagne
; vive Louis le Grand , vive
Philippe Cinquième. Les Feux ,
les illuminations , les fimphonies ,
les repas magnifiques , & le bruis
de l'artillerie qui fe fuccedent pour
celebrer l'alliance des deux Mo
7
GALANT.
23*
narchies , ce font des spectacles qui
valent bien la Comedie && 104
pera.
Lerepas que M. le Marquis du
Foreft nous a donné à l'entrée du
Siecle,fuffiroit feulpour vousfaire
defirer lefejour de la Province ; il
eftoit des mieux entendus. La magnificence
& la propretéy difpute
rent la gloire , & la profuſion ne
fit aucun tort à la délicateffe , on
n'en devoir pas moins attendre du
Seigneur de la Tramerie , dont les
Anceftres ont efté, les uns grands
Chambellans des Ducs de Bourgos
gne ,& les autres ont rempli des
Charges tres confiderables dans
24 MERCURE
l'Etat. On y remarquoit auff
le bon gouft de Madame la Marquife
du Foreft. C'est une Das
me defcendue de la Maifon de
Mileudonck qui eft allié à plufieurs
des plus illuftres familles de Franz
ce , d'Espagne , & d'Allemagne.
Mademoiselle de la Framerye
l'unique heritiere de leurs biens ,
s'y diftingua par des manieres con
formes à fa naiffance àfon édu
cation
-to
Leur fidelle attachement & leur
profond respect pour ces deux .
grands Monarques furent des motifs
qui les porterent à donner au
public des témoignages de leurjoye
Lur
GALANT.
25
fur l'heureux eftat de la France
de l'Espagne
.
Pour rendre la Fefteplusfolemnelle
on choiſit la nuit qui fermant
le fiecle paßé ouvroit lefiecle prefent.
Vers les fix heures du for ,
les perfonnes les plus qualifiées de
la Ville du voisinage , M le &
Gouverneur , Mrs de l'Etat Ma
jor , & tous les Officiers de la Gar -
nifon , commencerent de s'affembler,
Le nombre des Convie eftoit de
deux cens perfonnes. Plufieurs
chambres richement parées , & du
gouft de Mi le Marquis da Foreft ,
l'un des Seigneurs les plus magnifi.
ques en me-bles , tins à la Ville
Février 1701. C
26
MERCURE
qu'à la Campagne
,furent deſtinées
·
pour ceux qui vouloient
joüer. On
referva
les appartemens
de plein
piedpoury donner
un Baltres
bien
un repas encore plus
que
concerté,
delicat . Cen eftoit qu'illuminations
,
dorures , que fimphonies
. La
danfe & le jeu durerent jusqu'à
minuit , à deffein d'enfevelir
le
fiecle avec bonneur au fon des inftrumens.
Apeine apperçut
on la naissance
du fiecle fuivant
, qu'on fe mit en
devoir
de celebrer
fon arrivée
par
un repas tres propre fur une table
de quarante
couverts
. Les mets
les plus exquis
& le gibier le plus
GALANT. 27
R
1
terare eftoient arrangez parmý des
corbeilles remplies de confitures feches
& de conferves , mais ce que
jeremarquayde plusfingulier , c'est
qu'au milieu de la table s'élevoit
une roche piramidale en forme
d'amphiteatre , haute d'environ
•quatre pieds , couverte de mouffe
où l'on avoit enchaffe tres propre.
ment & parmi les bougies les
plus beauxfruits d'hiver que produifent
la France & l'Espagne.
Vous jugez bien que leurs differentes
couleurs fur un fond werd ,
s'accordoient à former des nuances
·qui charmoient les yeux ¸ EP annonçoient
à l'efprit sous les avan .
Cij
28 MERCURE
tages que nous pouvons efperer de
l'alliance des deux Nations.
Au deffus de la Piramide eftoit
placéun globe ovale à fond d'aZur
fur lequel on avoit peint deuxfois
les armes de France & celles d E.
fpagne. Dans la fituation de celles
deFrance tournées vers le Midi
vers le Septentrion , il eftoit facile
d'appercevoir l'intention du Pein
tre , qui avertiffoit par là que les
Conquestes du Roy s'étendent de
ces deux coflez Les armes d'Eſpagne
qui regardoient l'Orient & le
Couchant , apprenoient par leur
attitude que le Soleil éclaire tou .
jours quelque partie de la Monar,
ton-
1
GALANT. 29
chie Espagnole. Autour des Armoiries
de France & d'Eſpagne on
lifoit ces deux Diftiques Latins
qui leur font communs :
Sæcula dum feries annorumdividit
orbis,
Dividit imperium cum Lodoïce
nepos,'
Pendant que lafuite des années
partage les fiveles , Louis le Grand
partage avecſon Petit- Filsl'Empire
du monde.
Quam benè magnanimo funt
lilia juncta leoni ,
Ut fub Borbonidis aurea fæcla
"
Auant !
La candeur des lis jointe au
Ciij.
30 MERCURE
courage du lion , nous prefage fous
le regne des Bourbons , tous les
avantages dufiecle d'or.
Ce Globe ovale eftoit furmontés
d'une Couronne écartelée des deux
Royaumes ; à deffein de nous apprendre
par cefimbole que l'alliance
des deux Monarchies les met en
eftat degouverner le monde entier ,
ou du moins de ne le pas craindre.
Enfinfur le touton avoit placé
un globe celefte , chargé de deux Soleils
, l'un àfon Midy , & l'autre
àfon Orient Quoy que le Ciel ne
s'accommode pas de deux Soleils
la terre trouve fon compte àpoffedèr
ces deux cy Vous en devineZ
GALANT.
31
&
le miftere , & vous avez déja penfé
que celuy qui eftoit à fon midi , defignoit
ce cours glorieux de la vie
de Louis le Grand , ce que les Peuplesfouhaitent
encore autant d'an .
nées dans le fiecle prefent qu'il en
a regné dans le dernier fiecle.
L'autre Soleil naiffantfur l'horifon
nous promet dans la perfonne
de Philippe Cinquième un regne
auffi 'éclatant , auſſi durable que
celuy defon Grand Pere . La der
miere idée estoit placée la plus haute
au deffus du globe , parce qu'elle
renferme éminemment tout ce queje
viens de dire . On l'avoit exprimé
avec ceste fine ce commencement
deVers: C iiij
32 MERCURE
Borbonidum nil fanguine
majus
Refpicit in terris.
Le Soleil ne voit rien de plus
grandſur la terre , que le fangdes
Bourbons.
Je vous ay décrit l'ordonnance.
du repus , mais je ne puis vous en
reprefenter la défaite . On cuft dis
que c'eſtoit une Place à qui on
donnoit un affaut general. Qua.
rante Dames , foutenues de cent
foixante Officiers quiformoient autour
d'elles une triple Couronne
porterent les premiers coups , & le
carnage fut fi grand que fans aucune
diftinction d'âge ny de fexe,
GALANT.
33
tous les affiegez pafferent par le fib
de l'épée. Après que la premiere
fureur fut rallentie , on fit quàr
tier à ceux qui s'estoient retirez.
an Donjon. On envoya les bleſſez
à l'Hôpital , marchant en victo.
rieuxfur les cadavres des morts,
On but trois fois la fanié de Louis
le Grand , & trousfor celle de Phi.
lippe Cinquiéme au bruit des fim.
phonies , des fanfares , des acelamarions
&des boëtes . Pendant ce
carillon bachique , les Officiers fer.
voient à boire aux Dames ,
Dames donnoient à manger aux
Cavaliers . Ce ne fut que profuſion
de vins & de liqueurs ; cependans
les
34 MERCURE
tour s'y paſſa dans la joie fans *
aucun trouble. La Fefte achevée ,
chacun fe retira dans fa maison
tres-contente prêt à recommencer.
Vous croyez peut eftre qu'au
milieu de l'abondance & du plaifir
on n'ait point entendu la voix de
l'indigent , vous eftes dans l'erreur.
Le Marquis du Foreft a rendu la
joye generale in faiſant diſtribuer
quelque fomnie aux Pauvres de la
Ville parles mains des Echevins ,
& plufieurs mesures de blé à ceux
de la Campagne. Sa liberalité a
pentré jufque dans l'interieur des
"Cloiftres , où elle a fait couler quanthé
d'excellent vin pour troubler
GALANT. 35
agreablement la retraite du Solitaire
se l'engager à chanter avecplus
de force un Domine falvum
fac Regem
.
Avouez aprés cela que je n'ay
point fujes de regretter les plaifirs
de Paris , & que fi le Theatre &
les machines , les voix & les fim
phonies,la Comediefes Acteurs,
vous charment les fens l'esprit ,
nous avons ici de petits Feux quenous
pourrions comparer en quelque
chofe à ceux que les Anciens
appelloient Seculaires , & qui
valent en leur maniere plus que
vos /pectacles , puifqu'on trouve
en abregé chezle feul Marquis da
36 MERCURE
Forest , plus d'agrément qu'à l'Opera.
La nouvelle de l'exaltation
de noftre faint Pere le Pape
Clement XI eftant arrivée à
Carpentras , Ville Capitale du
Comtat Venaifin , par des
Lettres particulieres de Rome,
tout le monde commença à
en reffentir une joye fingulie
liere , & M' l'Evêque voulue
d'abord donner des marques.
publiques de la fienne par une
Procellion generale , qu'il or
donna à tout fon Clergé Seculier
& Regulier , à laquelle il
alliſta luy même. Le Te Deum
GALANT. 37
4
fut chanté au retour d'une
maniere fort devote , aprés
quoy fuivir la benediction du
Saint Sacrement. A l'entrée
de la nuit , on alluma trois feux
de joye devant le Palais Epif
copal , dont les feneftres furent
illuminées par plufieurs
lanternes aux Armes de noftre
Saint Pere ,
Quinze jours aprés , les Ma
giftrats & Confuls firent auffi.
chanter le Te Deum dans l'E .
glife du College des Jefuites ,
fondé par Mrs du Corps de
Vile, Ces Peres n'ont pas man
qué dans cette occafion de
38 MERCURE
donner des marques publiques
de leur joye & de leur
attachement particulier au
Saint Siege .
Le Mecredy 22. de Decem
M' Barbarouffa , Recteur
bre ;
& Gouverneur du Comiat
Venaiffin,qui par fes manieres
également polies & magnifi.
ques s'eftdiftingué de tous fes
Predeceffeurs, ayant donné les
ordres de faire fermer les Boutiques
, & mettre fous les ar
mes les Compagnies de Bourgeois,
fortit fur les quatre heures
du foir du Palais Rectorial,
accompagné des Magiftrats ,
GALANT .
39
4
la
des Confuls , & du plus beau
& nombreux cortege de Nobleffe
qu'on ait jamais vû dans
cette Ville en pareille occafion.
Il traverfa la grande Place
du Palais au lon des trom .
pettes & des tambours
Soldatelque bordant la haye
depuis le Palais Rectorial juf
ques à l'Eglife des Jefuites . On
la trouva ornée de tapifferies ,
avec une grande Illumination
au Maistre Autel. Au cofte de
l'Evangile eftoit un Trône
magnifiquement pare , avec
un riche Portrait de Sa Sainteté.
Le Recteur du College
40 MERCURE
entonna le Te Deum , qui fut
chanté par l'élite des Muficiens
accompagnez de la meilleure
Simphonie de la Province. Il
fe fit en méme temps une
falve d'Artillerie & trois
de Moufqueterie . Le Te Deum
fini , M'Barbarouffa fe retira
avec le même cortege dans
fon Palais , aux acclamarions
de tout le Penple , qui ne ce f
foit de temoigner fon allegreffe
par mille cris redoublez
de Vive le Pape Clement X I.
vive le Vicelegat , vive le Recteur
de Carpentras.
La joye ne fut pas peu augGALANT.
41
mentéepar les liberalite zde ce
Gouverneur , quià diverfes reprifes
jetta à pleines mains de
l'argent , par les feneftres
du Palais , ce qu'il a réiteté
pendant les trois jours que du
ra la fefte.
On trouva au retour de l'E
glife dans la grande Place &
vis- à - vis la porte du Palais,une
Fontaine de vin qui coula pendant
les trois jours , avec l'illu.
mination de toutes les feneftres
du Palais Rectorial, par
quatre lanternes aux Armes
de Sa Sainteté, & par deux gros.
flambeaux de cire blanche à
D
Février 1701.
42 MERCURE
chacune. Un peu aprés , M¹le--
Gouverneur accompagné des
Magiftrars & Confuls de la
Ville , alluma en ceremonie les
Feux de joye dreffez au milieu
de la Place . Il fe fit alors une
falve d'artillerie , & trois autres
de moufqueterie , & quantité
de fulées & autres feux d'artifi
ce ,, furent
tirez
de la plus haurte
Tour
du Palais
, aprés
quoy
les Confuls
állérent
à l Hoftel
de Ville
, allumer
les Feux
de
joye
, & par leur foin on vit en
un moment
toute
la Ville
éclairée
par l'illumination
à toutes
les feneftres
, & par
les feux
GALANT.
43
•
de joye des particuliers. Ce
foir- là , M' le Gouverneur fur
vifité de toutes les Dames &
de toute la Nobleffe de la Ville
, qu'il regala d'un concert
de Mufique.
Par les foins de Mrs les Directeurs
de la Charicé , les Pauvres
de cette Maifon témoi.
gnérent la part qu'ils pre.
noient à cette Fefte , fur un
char magnifiquement paré
fuivi de violons & de divers in?
ftrumens de Mufique . Ils reprefentérent
le Triomphe de
L'Eglife & des Vertus qui bril
lent avec tant d'éclat dans la
Dij
44 MERCURE
Perfonne du Saint Pere , fur
tour de la Clemence qui fait
fon caractere particulier , &
dont il porte le nom à fijuſte
titre. Cette Fefte dura trois
jours & trois nuits avec une
grande pompe.
?
Le Sonnet que vous allez
lire eft de M' Simart , de Sezanne
en Brie , & l'un des
miers fruits de fa Muſe .
pre
AU ROY D'ESPAGNE .
DIgne Sang des Bourbons ,
Heros que la Victoire
GALANT.
45
Aformé dans fonfein pour les plus.
beaux exploits ,
Eleve du plus fage & du plus.
grand des Rois,
Ceft à luy que tu dois tes Vertus &
La Gloire.
De fes nobles leçons conferve l'a
memoire ,
Ili'enfeigne à regner ; attentif àfa
Voix
Apprens de ta Couronne àfoûte
nir le poids ,
Et de cent traits brillans enrichis
ton Hiftoire.
$$
Sois comme luyprudent, jufte affa
ble , pieux;
•
46 MERCURE
Pere de tesSujets , rens tes Peuples ^
beureux ,
Du jougde l'Afriquain va déliofer
leurs teftes.
Grand Roy , par ta valeur & tes
travaux divers ,
De ton Augufte Ageul égale les
Conqueftes ,
Et partage avec luy l'amour de
1Univers
J'ajoûte un Madrigal dont
l'Auteur m'eft.inconnu
.
AU ROY ,
Souffrez , Auguste Roy , que ma
Mufe vous chante ,
GALANT. 47
Lagloire & les vertus d'un Prine
ce fortuné:
Il commence à remplir l'attente
De cette grandeur étonnante ,
Où vostre Sang eft deſtiné.
Chacun voit que le Cielfeconde" ·
Vos foins pour la Juſtice , & vos
foins pour la Paix:
Et pour recompenfer vostre race
feconde ,
Il veut qu'elle donne à jamais -
Des Maiftres au reste du monde,
Ces autres Vers ont efté faits
fur l'Air de Joconde.
48 MERCURE
L'Espagnefut long- temps en pleurs,
Fort trifte , & languiffante
Mais à prefent qu'elle eft enfleurs,
Qu'elle fera contente !
Le Ciel par un coupfans pareil
De fes maux la délivres
Il tire un rayon du Soleil
Pour la faire revivre.
On n'a point encore donné
de Relation de la Victoire
remportée par le Roy de Suede
, fur l'Armée du Grand Duc
de Mofcovie, le 30 de Novembre
de l'année derniere . Ainfi
j'auray l'avantage d'eftre le
premier qui vous en auray fait
voir une Relation dans les formes
GALANT.
49
mes , car quoy qu'on en ait
beaucoup parlé , on n'en a vû
aucun détail regulier , & tout
ce qu'on en a dica efté fi confus
, qu'on auroit raiſon de dire
que ceux qui en ont beaucoup
parlé font peut eftre ceux qui
fçavoient le moins le fonds de
cette affaire , dont les circonftances
ont efté rapportées fi
diverſement. Avant que d'entrer
dans ce détail , qui fera
fans doute plaifir à toute l'Europe
, je vous diray que le Roy
de Suede ayant fait affembler
fon Confeil de Guerre , propos
Février 1701
EX
50 MERCURE
fa d'attaquer les Mofcovites.
Tous ceux qui compofoient.
ce Confeil en parurent étonnez.
Leur valeur les portoit à
feconder les intentions du
Roy leur Maiſtre , mais la pru.
dence ne vouloit pas qu'ils
confentiffent à une entreprife
qui , felon toutes les apparences
, devoit faire perir
toute l'Armée Suedoife , &
ne luy laiffer que la gloire
d'avoir ofé s'expoſer à des perils
manifeftes . Le Roy de
Suede remarqua leur embarras
, & en devinant la caufe,
illeur dit qu'il avoit obferGALANT.
St
vé dans l'Hiftoire de fes Predeceffeurs
, qu'ils avoient toûjours
batu leurs ennemis avec
des forces infiniment inferieures
aux leurs ; qu'il fortoit du
même Sang , & qu'il efperoic
vaincre comme eux ; qu'à l'égard
de ce qui regardoiz les
Officiers qui commandoient
fes Troupes , & les Soldats qui
leur obéiffoient , ils eftoient
auffi defcendus des vaillans
Officiers & des braves Troupes
qui avoient gagné tant de
Batailles à nombre inégal , en
combatant fous fes Anceſtres ,
& qu'ainfi il ne doutoit point
E ij
52 MERCURE
qu'eftant tous nez d'un fang
victorieux & accoutumé aux
actions extraordinaires , ils
n'euffent les mêmes avantages
fur les ennemis de la Suede ,
que leurs Ayeux avoient eus .
Tous admirérent une refo .
lution fi genereuſe dans un
fi jeune Prince , & témoigné.
rent qu'ils eftoient prefts de le
fuivre.
Le 23. Novembre Sa Majefte
Suedoife fe mit en marche
pour aller à Weſemberg ,
qui eft à quinze lieuës de Narva,
avec une armée de huit mille
hommes feulement , le dan
1
GALANT.
53
ger preffant où fe trouvoit la
Place n'ayant pas permis à fa
Majefté d'attendre les autres
Troupes qui eftoient en chemin
pour le rendre auprés
d'elle. La marche fut fort pemible
, tant à caufe des mau
vais chemins
, que parce que
le Pays jufqu'à dix lieues de
Narva avoit efté tellement ravagé
par les ennemis , qu'on n'y
trouvoit ny vivres ny fourages.
Le 29 le Roy arriva à Lacana ,
à une lieuë & demie de Narva.
Les Moscovites avoient negli
gé d'occuper les défilez de
Maholm , de Partz , de Pheje-
E iij
54 MERCURE
ky & de Syllamechi. Il parut
feulement à Phejekky fix mille.
chevaux , fous le Commande.
ment de Scheremetiof , dont
les fourageurs furpris en deçà
du defilé par les Avantcoureurs
de l'Armée Suedoife , le.
repafferent avec precipitation ,
laiffant leurs trouffes & quelques
morts fur la place . Leur :
General qui eftoit de l'autre
cofté, en ayant pris l'épouvan
te , fe retira la nuir en diligence
avec tout fon corps vers le
gros de l'Armée.
Le 30. au matin celle de
Suede marcha de Lacana , &
GALANT . SS
arriva vers le midy prés du
Camp du Czar qui ſe trouva
couvert d'un bon retranchement
heriffé & garny de che
vaux de Frife , ayant devant
foy un foffé bien profond , &
d'ailleurs des batteries & des
ouvrages détachez fur les hauteurs
qui flanquoient les lignes.
Le Royrangea fes Troupes
le long du retranchement}
nonobftant le feu continuel
du Canon des ennemis , & ordonna
à l'Infanterie de prepa
rer des fafcines. Après avoir
fait le tour du Camp pour reconnoiftte
les endroits où il
E iiij
56 MERCURE
pouvoit eftre infulté avec
moins de defavantage , il refolut
de faire deux attaques prin
cipales , & fit pour cet effet
la diſpoſition ſuivante.
A l'aile droite commandée
par le General Wellingk , le
General Major Poffe devoit
conduire l'attaque que devoient
commencer cinquante
Grenadiers du Regiment des
Gardes , fous le commandement
du Lieutenant Reenf
chiold. Ils devoient eftre fuivis
d'un Bataillon de Grenadiers
du même Regiment
commandé par le Capitaine
GALANT. 57
Sperling. Celuy- cy eftoit foutenu
par trois Bataillons du
même Regiment , le Bataillon
du Corps commandé par lel
Lieutenant Colonel Palmquist
eftant au milieu , & ayant à fa
droire le Major Numers , & à
fa gauche le Capitaine Ehreenfteen.
A prés eux eftoient Char
les Poffe à la droite , & Sparre
à fa gauche , tous deux Capitaines
dans le même Regiment
. Enfuite le Colonel
Knorring avec un Bataillon de
Helfingland & le Capitaine
Cafimir Wrangel , avec un
Bataillon de Weftmanland ,
1
58 MERCURE
le
foutenus par les Finlandois du
Colonel Tiefenhufen , par le
Major Wulfen avec un Bataillon
de Helfingland
, & par
Capitaine Kurk , avec un Bataillon
de Weftmanland. Le
Lieutenant General Wacht
meiſter avoit ordre de fuivre
avec la Cavalerie , à mefure
que l'Infanterie luy en auroit
montré le chemin pour entrer
dans le retranchement.
A l'aile gauche comman
dée par le Lieutenant General
Reenſkiola , le Roy ordonna
deux attaques , dont l'une devoit
eftre conduite par le GeGALANT.
59
neral Major Maides , en deux
Colonnes . La droite eftoit
composée de quatre Batail .
lons qui devoient le foutenir
fucceflivement. Ils eftoient
commandez par le Lieutenant
Colonel Roſe , le Capitaine
Focks , le Major Flitzen , & le
Capitaine Saff. La gauche
.commençoit par le Lieutenant
Colonel Grundes , ſuivi
de trois Bataillons de Finlande
qui cftoient commandez par
le Colonel Mellin , le Lieute
nant Colonel Loue & le Major
Berg. Les deux Colonnes de
voient attaquer le retranche ,
60 MERCURE
ment à la gauche , au deffous
d'un grand ouvrage des ennemis
qui rafoit les lignes des
deux coftez , & commandoit
la Campagne . La feconde at
taque de l'aile gauche commi
fe à la conduite du Colonel
Comte Steenbock , foutenu
par le Lieutenant Colonel
Haffer avec un Bataillon de .
Finlande , eftoit deſtinée contre
ce grand ouvrage . Le Roy
voulut luy même eftre à cette
attaque , parce que felon toutes
les apparences le combat
y devoit eftre plus rude , &
qu'il efperoit d'ailleurs y renGALANT.
61
contrer le Czar qui avoit fon
quartier de ce colté . là . Sa Majefté
avoit auprés d'elle le Lieu .
tenant general Reenſchiold &
le General Major Horn , Capitaine
Lieutenant des Gardes
du Corps , avec la Cavalerie de
l'aile gauche , dont le Corps de
reſerve eftoit commandé par
le General Major Rebbing.
L'artillerie de la même aile qui
confiſtoit en vingt une pieces
de bronze , eftoit commandée
par le Sieur Sioblad , Grand-
Maistre de l'Artillerie , & celle
de l'aile droite par le Major
Appelman.
62 MERCURE
A
Les chofes eftant ainfi dif.
polées , & le Roy ayant donné
à ſon Armée le mot qui estoit
Dieu aidant , le figual de l'attaque
fut donné à deux heures
aprés midi , par deux fufées .
L'Infanterie qui s'avança à la
faveur d'un temps couvert &
meflé de neiges que le vent
pouffoit contre les Ennemis ,
fit fi bien fon devoir que malgré
la refiftance vigoureufe
qu'elle trouva , le retranchement
fut forcé aux deux attaques
en moins d'un quart
d'heure. Les ennemis furent
pouffez le long des lignes avec
GALANT.
63
beaucoup de carnage . L'aile
gauche des Suedois pouffa la
droite des Mofcovites jufqu'à
la riviere de Narva , où ils
chercherent à fe fauver fur le
Pont , mais ce Pont rompit
fous eux , & il s'en noya un fort
grand nombre. La fuite eftant
ainfi devenuë impoffible à ceux
qui reftoient , ils firent de neceffité
vertu , & formérent entre
les maifons de bois & les
barraques qu'ils avoient faites
dans leur Camp , un Tabor ou
retranchement de Chariots ,
où il fallut faire une feconde
attaque . Elle dura avec un feu
64 MERCURE
continuel de part & d'autre
juſques à la nuit.
L'aile droite des Suedois eut
le même fuccés contre les en-
R
nemis de la gauche . Ils furent
mis en déroute , & le Regiment
des Gardes qui eftoit dans cette
aile , ſe joignit à la gauche
pour attaquer ce retranchement.
Quoy que le terrain fuft
fort incommode pour la Cavalerie
, elle ne laiffa pas d'eftre
d'un grand fecours , ayant furmonté
les obftacles par une
valeur extraordinaire .
L'obſcurité de la nuit qui
fut fort noire , ayant fait ceffer
GALANT. 65
le combat , le Roy rangea fes
Troupes entre les retranchemens
& la Ville , de maniere
qu'elles puffent eftre fur leurs
gardes , contre les furpriſes des
ennemis . Sa Majefté fit auffi
occuper une de leurs principales
batteries fur une hauteur
qui commandoit tout le retranchement
, & coupa ainfr
la communication entre leurs
ailes.
Enfin comme ils fe virent en
fermez fans aucune efperance
de fe rejoindre à ceux du res
tranchement , ils envoyerent
le même foir faire leurs fou
Février 17.01. F
66 MERCURE
miſſions au Roy, & demander
la vie fauve. Sa Majeſté leur
ayant répondu avec beaucoup
de clemence , on vit venir un
moment aprés le Keneſt Jacob
Frederofvitz Dolgoraka , Maréchal
& Commiffaire General
de la Guerre. Le General
Aftemon Michailofvitz Golof.
vin , & le Prince Artzchelowitz
Grand Maistre de l'Artillerie ,
qui mirent bas leurs armes aux
pieds de Sa Majefté , & ſe rendirent
à difcretion , livrant en
même temps les Poftes qu'ils
occupoient. Le Roy reçut cette
foumiffionavec tant de bon.
GALANT
: 67
té qu'il permit à leurs Troupes
de paffer la riviere , & de s'en
aller avec leurs armes , à condition
feulement
qu'ils livreroient
tous leurs Drapeaux
&
leurs Etendarts
, ce qui fut
executé.
Le General Weide qui com
mandoit le reste de l'aile gaufe
che des ennemis, & qui le trouz
voit pareillement enfermé par
les Suedois , ayant appris ce
qui avoit efté accordé à ceux
del'aîle droite , envoya vers le
matin un Tambour avec une
Lettré aŭ General Wellingk ,
par laquelle il demanda la mê
་ ཏ་
Fij
68
MERCURE
me grace. Le Roy ayant accor
dé la
retraite à ces
Troupes ,
mais
defarmees, des
Regimens
entiers , avec un tres grand
nombre
d'Officiers ,
vinrent
pöfer leurs armes & leurs Drai
peaux aux pieds de Sa Majeſté ,
&
marcherent enfuite la tefte
découverte devant l'Armée
victorieuſe , vers le Pont par
où ils fe
retirerent. Ainfi touc
le Camp des Moſcovites demeura
au pouvoir du Roy. On
y trouva une grande abondance
de toutes chofes , une tresbelle
artillerie de cent quaran
te- cinq pieces de fonte toute
GALANT. 69
neuve , dont les plus groffes
font de quarante cinq livres
de balle , vingt huit mortiers ,
auffi de fonte , fix pierriers
une grande quantité de muni
tions & d'armes , fix paires de
timballes , cent cinquante &
un Drapeaux & vingt Etendarts
, fans compter ceux que
l'on repefche encore tous les
jours dans la riviere , ou qui
fe trouvent au lieu du combat
déchirez , ou enfoncez dans
la boue , caiffe de l'Armée ,
grand nombre de tentes , beaucoup
de provifions de bouche
& de fourage , avec d'autre bu
70 MERCURE
tin confiderable qui fut abandonné
aux Soldats .
€ Le Roy ne fe contenta pas
de conduire cette action glorieufe
avec toute la fermeté ,
& en même temps avec toute
la prudence imaginable , il
voulut encore animer fesTrou
pes par fon exemple , menant
luy même à la charge tantoft
l'Infanterie , tantoft la Cavale
rie , tantoft à cheval , tantoft
à pied , aux endroits où la refiftance
eftoit la plus opiniâ
trée , & le feu le plus fort , mais
quoy qu'il s'expofaft à tous les
dangers avec une intrepidité
GALANT.
71
extraordinaire , Dieu a fi bien
protegé fa perfonne , qu'il n'a
reçu aucune bleffure . Sa va
leur en infpira une fort grande
à fon Armée ; ainfi depuis
les premiers Officiers jufqu'au
dernier Soldat , on ne vit qu'une
noble émulation à qui fe
roit de plus belles actions , en
quoy les Gardes du Corps .
fe diftinguerent particulierement.
་
La veille de cette action , le
Czar s'eftoit retiré precipitamment
du Camp , & avoit laiffé
le Commandement de l'Armée
au Duc de Croy, Ce Ge72
MERCURE
neral voyant tout perdu , vint
pendant le combat fe rendre
au Roy , avec le fieur Allard
Lieutenant general & premier
Ingenieur , le Baron Lang , General
Major , & Envoyé du
Roy de Pologne auprés du
Czar , le fieur Plonberq , Colonel
des Gardes , le Colonel le-
Fort , le Major Pihel , & quel..
ques Ingenieurs , qui font demeurez
Prifonniers de guerre ,.
avec tous les Generaux &
grand nombre de Colonels.
C'eſt ainfi que la Ville de
Narva a efté délivrée par le
courage du Roy de Suede
d'un
GALANT.
73-
d'un Siege qu'elle avoir vaillamment
foutenu pendanc
deux mois & demi.
Cette victoire eft d'autant
plus remarquable & glorieuſe ,
que les Suedois n'estoient qu'-
une poignée de monde contre
une Armée nombreuſe , les
Moscovites difant eux- mêmes
qu'ils eftoient quatre vinge
mille hommes
, à quoy
à quoy l'on
peut joindre que les Suedois
eftoient fort fatiguez d'une
marche penible par un Pays
où ils avoient manqué de tour .
La perte des ennemis eft
de dix huit mille hommes au
Février 1701 . G
74 MERCURE
J
moins , en y comprenant les
noyez . Du cofté des Suedois ,
il y a tout au plus deux mille
hommes tuez ou bleffez , & on
elpere la guerifon de la pluſpart
des derniers.
Le Grand Duc de Mofcovie
qui a voulu déguiſer ſa
perte , a écrit au Roy de Pologne
, qu'il n'y avoit eu que
trois mille hommes tuez de
ſes Troupes. C'eſt jetter une
grande note de lâcheté fur les
Moſcovites , fi une perte fi peu
confiderable les a obligez de
fe retirer, eux qui estoient fort
fuperieurs aux Suedois. Voicy
GALANT. 75
la lifte des Officiers qui ont
efté faits Prifonniers dans ce
combat.
t
Le Duc de Croy , Maréchal
General.
Le Keneft Jacob Fredero .
witz Dolgaruka , Maréchal &
Commiſſaire general de l'Armée.
Aftemont Michaielowitz
Golovin , General de l'Infanterie.
Adam Veidé , General de
l'Infanterie.
Le Keneſt Jurſcovitz Traberftxoa
, General & Gouver
neur de Novogrod .
Gij
76 MERCURE
Artchelowitz , Prince de
Georgie Grand Maitre de
l'Artillerie.
Alard , Lieutenant general ,
& premier Ingenieur .
Le Baron Lang , General
-Major , & Envoyé de Pologne
auprés du Czar .
Juan Juanofvitz Buterlm² ,
General Major.
TA
Cafimir Voukrager , Colo .
nel d'Artillerie .
Blumberg , Colonel des Gar
des du Czar.
Le Colonel le Fort.
Le Colonel Deldend
Le Colonel Jacob Gordou .
1
GALANT.
7%
Le Colonel
Sehneventz.
Le Colonel Gulch .
Le Colonel Werthoff.
Le Colonel Pendegraff.
Le Colonel Ivanirsky.
Et plufieurs autres Colonels
, Lieutenans Colonels ;
Majors , & Officiers de moindre
rang , qu'il feroit trop long
de nommer.
On devoit en laiffer partir
un grand nombre avec les
Troupes qui mirent bas leurs
armes , le Roy n'ayant pas jugé
à propos de fe charger de tant
de Prifonniers .
G iij
78 MERCURE
Je vous envoye deux Sonnets
qui font du Pere Mourgues
, Jefuite . Ce nom ne sçauroit
manquer de vous donner
envie de les lire.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
P
Ar le deftin d'un Frere à vos
yeux couronné ,
Prince , jugez dufort que vous devez
attendre.
Vousferiez ce qu'il eftfi vous pouviez
defcendre;
C'eft eftre plus que Roy que d'eftre
Lon Ainé.
GALANT. 79.
Glorieux & content
rangfortuné,
dans ce
De montrer à Louis un coeur docile
& tendre ,
Et d'apprendre à regner du feul qui
peut l'apprendre ,
A ce noble projet vous vous eftes
borné.
C'eft fans aucun regret que vostre
ame abandonne
Au plus digne aprés vous , uneriche
Couronne
,
Qui fait pouffer ailleurs tant de
Loupirs jaloux.
來
G iiij.
80 MERCURE
Il n'eftoit rien plus propre à vous
faire connoistre
La hauteur de la place où le Ciel
vous fit naiftre,
Qu'un Trône qui fe trouve eftre
encore audeffous.
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRY.
Prince
Rince , on voit qu'à voire âge
une rare fageffe
Vous rend inacceffible aux foins
ambitieux ,
Capables de troubler ce calmepres
cieux
Qu'attache à nos beaux jours la
tranquille jeuneſſe .
GALANT.
8t
Voftre efprit élevé qui connoift fa
nobleffe ,
Trouve qu'iln'est pour luy d'empire
glorieux ,
Que celuy qui le rend libre on victoa
rieux
Des defirs inquiets qu'enfante la
foibleffe.
D'un brillant embaras garentirfon
bonheur
Pour rendre la Raifon maiſtreſſe de
fon coeur ,
Que ce regne eft charmant , & quel
autre l'égale!
82 MERCURE
Sichacun comme vous fçavoit rez
gner furfoy ,
Chaque Mortelauroit l'ame 'vraiment
royale ,
Et lon ne prendrois pas la peine
d'eftre Roy
J'ajoute un Madrigal , fur le
choix que l'Espagne a fait de
Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
pour eftre fon Roy.
L'Espagne qui voyoit fes Etats
partager
Afçû fes intereftsfagement ména.
ger
Elle nous a fait voirfon grandfond
de prudence
GALANT. 83
Choififfant pour fon Maistre un
Prince , Fils de France.
Par ce grand coup d'Etat , enfin
elle a trouvé ,
Quoy qu'elle ait donné tour , qu'elle
a toutconfervé.
Ce qui fuit eft de M de
Montclair.
SUR L'UNION
DE LA FRANCE ,
5
ET DE L'ESPAGNE.
LE Cogele Lion dans la Paix
affermis
Depuis leur union nouvelle¸.
84 MERCURE
Ne craindront jamais la querelle
Que leurferont leurs Ennemis.
Leur vigilance eft fans pareille ,
Le Lion dort les yeux ouverts
Le Coq avant jour Je réveil
le ;
Et qui donc ofera dans tout cet
Univers
Du Coq ou du Lion , fi vaillans
& fifiers ,
Venir tirer ou la plume ou l'o
reille?
Malheur à qui contre eux voudra
tenter le choc ;
S'il cherche le Lion , il trouvera le
Gog ,
S
GALANT. &
Et ce Coq quifçait bien attaquer
défendre ,
A toujours faitfentir dans fes har
dis combats
Qu'il n'estpas
Un Coqafe laifferprendre.
Quand la memoire de M¹
Bontemps ne vous feroit pas
auffi chere que vous me l'avez
marqué , il fuffiroit de vous di
re que fon Eloge que je vous
envoye eft de M ' de Bellocq ,
pour vous donner envie de le
lire , tant tout ce qu'il fait eft
de bon gouſt.
86 MERCURE
ELOGE
DE M BONTEMPS.
Vivre enfaveurfans oftentation,
Faire du bienfeulement pour le
faire ,
Eftre équitable au poids du Sanctuaire
,
Foindre au bonheur la moderation:
N'eftre jamais au merite contraire ,
Mais d'obligerfaifir l'occasion :
Aux affligez donner protection ;
Sans amaffer , content du neceffai .
re,
De l'intereft fuir la contagion :
GALANT. 87
C'est un fentier que peu d'hommes
battirent
Sans s'écarter , &fur toutfoixante
ans ;
Ce font Vertus , qui de la Cour
partirent
Le même jour qu'on vit mourir
Bontemps.
Je vous fais part d'une Lettre
qui merite bien d'eftre luë
des Curieux .
A Naples le 12. Janvier 1701 .
LE 6. du mois paffe , jour des
Rois , le Viceroy fur les deux
88 MERCURE
heures aprés midi , accompagné de
toute la Nobleffe , des Magistrats
des Officiers de Ville , tous magnifiquement
vétus à l'Espagnole ,
brillans d'une prodigieuse quantitédepierreries
, eftant monté avec
toute fa fuite fur de tres beaux
chevaux , partit defon Palais ,
traverfant la grande Place ,fe ren .
dit à la principale porte di Chafteau
neuf , à laquelle Son Excellence
ayant frappé , & le Chaftelain
on Gouverneur de la Place
ayant répondu par un Qui víve ,
auffitoft que fon Excellence eut
repliqué , Vive Philippe V. les
battans de la portefurent abbatus ,
GALANT. 89
la porte ouverte , toute la Garniſon
au dedans , & le Peuple an
dehors , faifant retentir le même
cri de Vive Philippe V. Ces cris
furent tels qu'ils ne purent eftre interrompus
par le bruit de toute la
Moufqueterie & du Canon de la
Place , auquel répondirent le Chafteau
Saint Elme , & celuy de l'oeuf,
dont les falves furent miflées aux
acclamations de joye du Peuple répandu
dans toutes les ruës. De là
Son Excellence fe rendit par les
quartiers du Lanzieri à la Place
des Carmes enfuite à la Vicai
rie , où la même ceremonie fut obfervée.
Enfin Son Excellence re-
Février 1701.
H
90 MERCURE
tourna dans fon Palais prefque à
nuit clofe par la belle & grande
ruë de Toledo , n'ayant point ceffé
pendant toute cette Cavalcade de
jetter à pleines mains au Peuple de
petites monnoyes d'argent neuves
appellées cy devant Carlins , &
àprefenthilippins , eftant marquez
au coin du nouveau Roy:
Cette diftribution a coufté à son
Excellence
mille ducats ou
quatre
quinze mille livres de France On
ne peut exprimer ny décrire la richße
& la magnificence avec laquelle
Son Excellencefit éclater la
grandeur de fon ame dans cette occafion.
Le mords bors de la bouche
GALANT
gr
de fon cheval , toute la teftiere , la
éperons , eftoient
lepoignard ,
bride , eftriers
couverts à plein de diamans . La
Cafaque de Son Excellence toute
chamarrée d'agrémens & de bou.
tons de diamans ; les coftezde la
culote de même , le cordon du cha.
peau & fon retrouffis , la grande
épéeà l'Espagnole ,
tout en eftoit garny ; & moy qui
ay vu manié le tout , je puis
affurer qu'il y en avoir tout au
moins pour fept cens mille ducats ,
ou deux millions & demi de Fran .
ce. La plus grande partie de ces
pierreries estoit empruntée par fon
Excellence , mais ce qui eſt à confi-
Hij
92 MERCURE
1
derer , c'est qu'elle fit démonter tous
ces joyaux, lesremonter expreße.
ment pour l'usage de cettefonction.
·Ce remontage luy coûte quatre
mille deux cens cinquante ducats ,
ou feize mille livres de France ,
fans ce qu'il en coûtera pour les re-
·mettre dans le méme eftat où elles
eftoient , à quoy fon Excellence s'eft
obligée.
On a eu avis de Malthe que
M' le Grand Prieur de l'Eglife
de Malthe, nommé Frere Pierre
Viany de la Ville d'Aix en
Provence , mourut le 18, de
Novembre , âgé de ſoixanteGALANT.
93
neufans , dont il en avoit paffe
trente quatre à gouverner cette
Eglife avec une tres- grande
édification . C'eftoit un Prelat
d'un merite diftingué, fçavant,
pieux , & liberal envers les Eglifes
& les Pauvres . Il fut enterré
le 20. avec les ceremonies
accoutumées , au grand regret
de Monfieur le Grand Maiftre
dont il eftoit le
Confeffeur ,
auffi bien que de tout l'Or
dre.
La Terre Sainte , ancienne
, moderne , & hiſtorique ,
que M' de Fer vient de don.
ner au public , eft traitée
94 MERCURE
d'une manière à inftruire & a
faire plaifir , tant pour la Geo.
graphie , que pour l'Hiftoire
fainte & prophane , qui luy
fert d'ornement. Quoy qu'il
n'y ait pas de fujet fur lequel
on ait plus travaillé que fur
celuy là , l'Auteur le flatte
qu'on y trouvera l'agrément
de la nouveauté , tant fur les
paralleles des Plans élevez de
Jerufalem ancien & moderne ,
que fur le Mont Liban , fur le
paffage de la Mer morte par
les Arabes , & fur les autres
fujets qui compofent cette
Carte , qui eft de la grandeur
<
GALANT. 99
des autres que l'Auteur a déja
données. Il demeure toûjours
dans l'ile du Palais , fur le
Quay de l'Orlogé , à la Sphere
Royale.
Le Roy qui ne connoift pas
moins les perfonnes de merite
& de valeur, qui le ſervent avec
fuccés dans des Regions tres
éloignées , que ceux qui com
battent prefque fous les yeux,
parce que gouvernant tout par
luy même , il voit & fçait tout
ce qui fe paffe , a donne ordre
depuis peu à M' le Comte de
Pontchartrain , d'écrire à M'le
Marquis de Dangeau d'ad
96 MERCURE
mettre M'Martin dans l'Ordre
de Saint Lazare , en qualité de
Chevalier , & comme M' Martin
n'eft point en France , on a
expedié une Commiffion à
M' de Cicé , Evêque de Sabul.
la , pour le recevoir Chevalier
de cet Ordre . Ce Prelat s'embarqua
le 7. de ce mois ,fur les
Vaiffeaux qui font partis du
Port Louis pour Pondicheri.
Ce n'eft pas la feule chofe que
Sa Maiefté ait faite en faveur
de M' Martin . Elle luy a donné
des Lettres de Nobleffe ,
qui contiennent des morceaux
d'hiſtoire affez curieux pour
eftre
1
•
GALANT: 97
eftre lûs avec plaifir . Voicy ce
qu'elles portent , aprés qu'on
ya parlé de l'Efcadre qui fut
envoyée aux Indes Orientales
en 1671 pour établir le Commerce
, & ancantir l'Idolâtrie
dans ces Pays éloignez Comme
entre les differens Sujets qui ont
efté choifis pour cela , lefieur Mar
tin que la Compagnie des Indesy
envoya dés l'année 1665; s'y éft
particuliérement
diftingué che l'a
choifi aprés qu'il a exercé divers
emplois , pour Chef & Directeur
general de Pondicheri , pour fon
commerce & fes ètabliffemens
dans toutes les Costes de Carob
Février 1701 . I
98 MERCURE
mander , du Golphe de Bengale &
autres parties Orientales . Il s'eft
rendu fi babile & a acquis des
Lumieresfi juftes& fi étendues par
fon application defintereffée qu'il
s'eft attiré avec une grande repu
tation , la confiance & l'amitié des
Souverains des Peuples , en
forte qu'en l'année 1675. Chircan
Londy , General des Armées du
Roy de Vifiapour , qu'il a remis
dans l'alliance des François , le
chargea de s'emparer de la fameuſe
Fortereffe de Valdaour , fiuéeprés
de Pondicheri , qui estoit au pouvoir
du Prince de Chingy , laquel-
Le s'eftoit fonftraite de l'obéiſſance
GALANT.1
99
du Roy de Vifiapour , ce qu'il exe
cuta avec tant de valeur & de
prudence , qu'ayant fait escalader
laFortereße par deuxendroits pèndans
qu'il faifoit donner une fauſſe
attaque àla grande porte ilfe rene
dit maistre de cette Platè en une de.
miheure, quoy qu'il n'eaft que quas
rante de nos Sujets & les gens du
Pays qu'il avoir affemblez pour
l'execution d'une entreprise de cette
importance. Ilconferva ceitè Conquefte
contre les Ennemis , & alla
mettre le Siege devant une autre
Fortereffe appellée Tandinanon
avec un Corps de Troupes da dés
tachement del Armie de Chircan
I ij
100 MERCURE
7
Londy qui affiegeoir Chingy , avec
lequel Prince de Chingy ilfacilita
un Traité. Ces actions & d'au .
tres où il s'est trouvé . La fagrffe,
de fes confeils , & les avantages.
qu'il a fair concevoir aux Souverains
de ces parties de la Terre ,
qu'ils tireroient de negocier avec
les François , luy ont attiré déslors
& augmenté depuis ce tempslà
leur confiance & leur confideration
, & unun grand credit dans le
commerce , en forte que Pondicheri
n'eftant qu'un petit Village il s'en
eft forméparfa conduite une Ville
Françoife , qu'il a eu permiffion de
fortifier, & qu'il afortifiée & mife
GALANT. tol
hors d'eftat d'eftre infultée . Cerre
Ville a fervi de retraite aux Vaif
feaux & aux Troupes que nous
avons envoyées aux Indes , &
en fert aux gens des Nations voi
fines , qui font actuellement en
guerre avec le Mogol . Il a auffi
établi des Comptoirs dans les autres
Royaumes & Etats , particuliere .
ment dans ceux de Golconde
Bengale , & comme il continuë en
execution de nos ordres , & de ceux
de la Compagnie d'affister les Miffionnaires
que nous envoyons, àfai .
refentir noftre Puißance àsoutenir
le commerce de nos Sujets , & qu'il
n'oublie rien de ce qui peut augde
I iij
102 MERCURE
menter la gloire de Dieu & la
nafire, nous avoñons qu'il eft raifonnable
de luy donner des marques
de l'estime que nous faiſons de
fa perfonne , en l'honorant du titre
de Noble , c.
&
a
J'ajouteray à ce qui eft marqué
dans ces Lettres , qu'en
4684 M² Martin connoiffant
que les Hollandois étoient
extraordinairement jaloyx de
l'affermiffement de la Compa.
gnie dans Pondicheri , fit aug
menter & quelques fortifica ,
tions, Cette prévoyance luy
fut fort utile , puis que fur la
fin de cette année ayant eu
GALANT. 103
1
avis de la guerre declarée en .
tre la France & la Hollande ,
fe mit en eftat de le précau
tionner de nouveau . Il fit faire
des baricades aux avenues des
rues qui alloient à la Fortereffe,
gardée par les Soldats de la
terre , & mettre fix picces de
Canon fur chaque Tour.Quel,
que temps aprés les Anglois &
Hollandois le menacerent de
le canonner & de rafer cette
Fortereffe. Comme il s'infor
moit fous main des deffeins
des Ennemis , il fut averti que
les Hollandois mettoient tout
en uſage pour avoir ce pofte,
I iiij
104 MERCURE
& qu'ils armoient à Toutoncouvin
, des Navires , des Bar
ques , des Bateaux & des Chaloupes
. Ce dernier avis bien
confirmé le porta a ſe défaife
re des Bouches inutiles , qu'il
fit paffer à Saint Thomé chez
les Portugais . Il fit provifion
de munitions
de guerre & de
vivres , prit des Soldats de la
terre, & fit élever une Redoute
fur le terrain où les Capucins
avoient commencé leurs Bâtimens.
Il fit ncore fortifier
un autre endroit , où il crut
que les Ennemis pouvoient
le loger , & fe mit par là en
1
GALANT. 105
""
eftar de le défendre . Tous ces
mouvemens continuerent jufqu'en
1693. que les Hollandois
fe rendirent devant Pondicheri
, avec des forces capables
d'emporter la plus importante
Place. Leur Elcadre eftoit
compofée de dix neuf Navires ,
de plufieurs Botes & demi-
Botes , doubles Chaloupes ,
des Baftimens du Pays . Il fut
mis à terre deux mille hommes
de Troupes réglées , fous plufreurs
bons Officiers , nombre
de Matelots , des Bouchies des
Macaffars, des Chingales plus
de deux mille hommes , onze
FC6 MERCURE
pieces de Canon de fonte de
dix huit livres de bale , vingt
quatre pieces de Campagne ,.
fix Mortiers , & des munitions
beaucoup au delà de ce qu'il
en falloit pour ce Siege . M
Martin s'appercevant que les
Ennemis fe fortifioient , qu'ils
dreffoient leurs Batteries , &
que leurs travaux avançoient,
fit faire une fortie qui fut affez
heureuſe , Il en fit une autre le
lendemain avec un pareil ſuc
cés . M' de la Covene , Capitaine
d'une Compagnie d'Infanterie
, eftant monté fur une
hauteur pour voir l'effet de
GALANT. 107
eette fortie , eut l'épaule emportée
d'un coup de Canon ,
& en mourut quatre heures
aprés . Les Ennemis faifoient
grand feu de vingt quatre pieces
de Canon qu'ils avoient en
batterie , & continuerent pendant
huit jours à battre la Pla
ce . M' Martin commençant à
manquer de poudre & de munitions,
& voyant que la Cour
tine du Nord & les deux Tours
qui la flanquoient , eftoient
renverfées , les Ennemis pouvoient
entrer de plein faut
dans le Fort , demanda à capituler
,& il luy fut accordé que
108 MERCURE
la Garniſon fortiroit Tambour
battant , Enfeignes déployées,
Moufquer fur l'épaule , méche
allumée , & deux pieces de
Canon . Depuis le Traité de
Paix de Rifwick , M ' Martin eft
rentré en poffeffion de la Ville
& Fortereffe de Pondicheri ,
que les Hollandois luy ont re
mis ,fuivant le Traité . Le Roy
pour reconnoiftre les bons
fervices que M ' Martin luya
rendus , l'a fait General de fes
Troupes , tant par terre que
par mer dans les Indes , &
Gouverneur de la Ville & For .
tereffe de Pondicheri.
GALANT 109
M' Cottin , Curé de Marli ,
mourut dans les premiers jours
de ce mois. Voicy le difcours
que prononça Meffire Simon
Chapuis de Saint Jean , Preftre
Licentié en Theologie , Confeffeur
du Défunt , en prelentant
fon Corps à Marli le r .
Février 1701 .
MONSIEUR,
Je viens vous remettre un depoft
qui doit eftre bien cher à cette Eglife.
C'eft le corpsde Melfire François Cottin
, Preftre , Docteur en Theologie de
la Maifon Royale de Navarre
Abbé de Notre - Dame de Clerfay,
10 MERCURE
Prieur & Curé de cette Paroiffe , &
Chapelain de Sa Majeftë , qui après
avoir donné pendant quatorze jours
de maladie l'exemple d'une patience
vraymentchreftienne , & des marques
dune foumiſſion entiere aux ordres du
Seigneur , aprés avoir reçu les der
niers Sacremens avec une grande
piete & lesfentimens les plus vifs de
la Religion , eft mort à Paris le 9. de
ce mois dans la Paroiffe de S. Etienne
du Mont. Il auroit fouhaitefinir
au milieu de fon Troupeau une vie
qu'il luy avoit tant de fois confacrée
, mais la Providence dont ilfaut
adorerlesfecrets , l'ayant appelé dans
un temps & dans un lieu ou les befoins
de ce même Troupeau l'obligeoient
d'en eftrefeparé pourquelques
momens , il a cru ne luy pouvoir don_
ner un gage plusfenfible nyplus affu-
?
GALANT. #ti
oeu
re de fon affection qu'en luy confiant
ce qu'il laiffe ici bas de luy- même.
Ce nefera pourtant pas le feul precienx
depoft qui en restera à fa Pa
roiffe. Ses vertus & fes bonnes auvres
contre lesquelles la mort & le
temps ne peuvent rien demeureront
toujours dans la memoire des hommes
Ce zele qu'il a eu pour tout ce qui
pouvoit contribuer à la decoration de
ceTemple , ce defintereffement qui luy
faifoit employer les bontez & la faveur
du plus Chreftien des Rois , pour
l'embelliffement de la Maifon de celuy
à quifeul il est foumis , cette charité
qui alloit même jufqu'a pourvoir
auxbefoins de ceux qui n'eftoient pas
encore , feront àjamais des engage.
mens aux Paroiffiens de Marli d'une
éternelle reconnoiffance , &un modele
parfait pour ceux à qui Dieu
112 MERCURE
confiera le foin de cette Eglife apres
Luy.
Je ne veux pas m'étendre davantage
fur les louanges du Pafteur , de
peur d'augmenter la douleur de ceux
qui ont le malheur de l'avoir perdu .
Faites - le donc repofer , Monfieur,
dans le fein de fon Epoufe ; dmnezluy
part dans le fejour de la Paix ;
mette - le avec les Fidelles qu'il a conduits
luy-même au repos , afin qu'il
y puiffe attendre l'heureux avenement
du Sauveur, qui dépouillant nos corps
de ce qu'ils ont de corruptible , lesfera
entrer en la participation de fon immortaliteglorieufe.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes diftinguées ,
mortes fur la fin du dernier
1
GALANT. 113
mois , ou au commencement
de
celuy cy.
Meflire Jules Goth d'Efpernon
, Marquis de Roüillac ,
Seigneur de Veaux , de Saint
Germain de l'Epiné , & c . Abbé
de Nôtre Dame du Tronchet.
Il eftoit Frere de feu Jean- Baptifte
Gafton Goth , Duc d'Epernon
, Marquis de Roüillac ,
qui de Dame Marie d'Eftam .
pes de Valencey , a laiffé pour
Fille unique Madame la Du
cheffe d'Epernon , qui n'eſt pas
mariée.
> Damoiſelle Marie de Ro
chechouart Chandenier , âgée
Février
1701 .
K
114 MERCURE
de quatre-vingt- fept ans . Elle
eftoit Soeur de feu Mre François
Chandenier , ancien premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy de la Compagnie
Ecoffoile , dont je vous
appris la mort dans ma Lettre
d'Aouft 1696.
MeffireJean Jollain, Preftre
Docteur en Theologie de la
Maifon & Societé de Sorbonne
, ancien Sindic de cette ce.
lebre Faculté Prieur Commandataire
de Saint Quentin
de Paffy . Il eftoit âgé de foixan
re- quatre ans , & avoit paffé fes
jours dans une continuelle apGALANT.
15 '
plication des belles Lettres &
dans de tres grands exercices
de pieté. Il fut inhumé dans la
Cave de l'Eglife de Saint Hi
laire du Mont , où il avoit pofe
la premiere pierre de l'Autel
le cinquième d'Aouft de l'année
1700. Il y fut conduit par
Mi le Curé de Saint Severin
qui le remit entre les mains de
M' Piror , Docteur. Ce dernier
fir la fonction de Curé au nom
de toute la Faculté , qui y affifta
en Corps en habit de cere
monie, 9696 noha labatab
Meffire Jacques de Courtaruel
, Seigneur de Pezé , Abbé
Kij
116 MERCURE
de Saint Martial de Limoges ,
âge de foixante quinze ans
Meffire Charles de Laubef
pine de Verderonne , Capitalne
, au Regiment du Roy , &
Capitaine des Chiens Ecoffois
chaffant le Liévre pour les plai
firs de Sa Majesté. Il fut bleffé
d'une pouire qui tomba fur luy
en l'Eglife de Saint Louis em
l'lfle , le deux de ce mois pendant
l'ouragan , & il en mou
rut quatre jours aprés fans al
liance , âgé de trente fept ans.
Il eftoit Fils de Claude de Lau
befpine , Marquis de Verderonne
qui a efté Capitaine
x
GALANT. 17
aux Gardes , & de Dame Helene
Daligre , Fille du Chance
hier de ce nom .
Dame Louife Catherine
Fautereau de Meinieres , Veuve
de Meffire Louis François
de Brancas , Marquis de Villars
, Comte de Maubec , Ba
ron d'Oise , morte dans fa cinquante
& suniéme année . Je
vous ay parlé de fa Maifon dans
le temps de fon Mariage avec
Mi le Duc de Villars , dont elle
eftoitla troifiéme Femme.
Meffire Claude Dargouges
de Fleury , Confeiller & Avor
cat du Roy des Requeftes du
118 MERCURE
Palais , mort fans alliance âge
de vingt- trois ans . Il eftoit Fils
aîné de Meffire Charles Dargouges
, Seigneur de Rannes ,
Confeiller d'Etat , & de Dame
N.le Pelletier, Fille de Meffire
Claude le Pelletier , Miniftre
d'Etat , & cy devant Controlleur
general des Finances.
Mademoifelle le Pelletier ,
Fille du Prefident au Parletan
ment , & de Dame Genevieve
Jofeph de Coftaer de Rofambo
, la premiere Femme, morte
âgée de huit à neuf ans , & petite
Fille de M' le Pelletier , Mi
niftre d'Etat.
GALANT. 199
Madame la Ducheffe du
Maine propofa ily a quelquesjours
à M l'Abbé Geneft de
faire un Sonnet en Bouts rimez
fur l'acquifition de Seaux , Elle
donna les rimes que vous allez
voir, M l'Abbé Geneft luy envoya
le lendemain le Sonner
que voicy.
Eureux Seaux l'on va voirfous
tan riche
HE
portique
Les Nimphesjour & nuit danfer en
1
falbala
Dom Bertrandfe repete , on apprend
Attila
Tout bandit dans tes prez , Brebis
Fache &
&
Bourique ,
120 MERCURE
Moy, quandj'auray bien lù lefaint
Fils de
Monique ,
Comme aufiecle où le lait en rivieres
coula ,
Firay boire à longs traits , fans qu'on
dife hola,
"Un Nectar rafraichi dans le cristal ·
S
arctique
Là ,je feray fi gras qu'on me croira
camus ,
·Sans foin d'Academie & de Committimus
Goûtant de doux plaisirs exempts de
nadia
S
finderefe ,
Seaux où tout eft brillant doré jufar
qu'au
marteau
Qù l'Aurore du Brunpaſſe Paul Veronefes
Que
+
GALANT. 121
Que tes Maitres cent ans recoivent
le chanteau.
Quelques jours après , Mr le
Comte de Fiefque envoya cet autre
Sonnet fur les mêmes rimes.
U Maine eft en ces lieux , venez
Dv
fous ce portique ,
Dryadesde ces Bois.en fimplefalbala ,
Voir ce Heros forti des Vainqueurs
ď Attila ,
Et laiffez-là Silene avecquefa bou-
S
rique.
Chantez, Nymphes de Seaux , fur un
ton har
monique
Comme le Sang des Dieux dans fes
veines coula ,
Sans craindre que l'envie ofe dire
Fevrier 1701 .
hola ,
L
122 MERCURE
Faites volerfon nomjufques au Pole
Arctique
S
mafoy
camus .
Mais malgre mongrand nez , mafoy
je fuis
Comment diable fortirde ce Committimus
?
Des momens que j'y pers ,je crains la
S
finderefe .
Ma tefte en a fouffert mille coups de
marteau ,
Et je peindrois plutoft comme Paul
Veronese ,
Que deplacericy voftre maudit chanteau
,
Voici laréponſe qu'on a faite à
ce Sonnet.
Vous qu'avoit admirè la Grece &
Jon
Portique ,
GALANT.
123
Vous qu'admire la gent qui porte
falbala ,
Votre Mufe euft flechi le farouche
Attila,
Etfait danfer Silene avecquefa bourique.
Vous avez plus d'efprit que le Fils
de
Monique ,
Grand Comte , pour vous feul Hippocrene
coula ,
Lifez, lifezvos versfans craindre le
hola ,'
Leur renom volera jufques au Pole
aratique.
Tous nos pauvres Auteurs vont eftre
bien camus ,
Les uns prés de chez vous * aurint
Committimus .
au Fauxbourg S , Germain
Lij .
124 MERCURE
Les autres fentiront mortelle finde-
2
refe .
Qu'ils aillent manier la hache & le
marteau.
Ce font de francs Broyeurs , vous, un
Paul Veroneſe ,
De la main d'Apollon vous aurez le
chanteau .
Mt Moreau de Mautour a travaillé
fur les mêmes Bouts- rimez
; ce quatrième Sonnet eft de
la façon,
M.Arbre, bronze, dans Seaux
grille , balcon , Portique,
Miroirs , plafonds dorez , meubles à
falbala ,
Embelliffent ce lieu digne d'un Attila
,
GALANT. Izs
·Prez , doù l'on voit paſſer Mulet ,
Cheval ,
S
Bourique.
Son air fain gueriroit le mal d'un
pul
monique ,
L'eau telle qui d'un Roc par miracle
coula ,
Arrofe fes Jardins , fans qu'on dife
hola ,
On croit voir dans fon Bois l'ombre
du Pole
S
arctique.
· Autre Acquercur qu'un Prince auroit
camusj
eftè
Tel Officier toutfier defon Committimus
.
N'auroitpu garder Seauxfans grande
finderefe,
Ce Prince , pour s'y plaire emploira
le
marteau ,
Liij
116 MERCURE
Tout l'Art de Phidias & de Pauf
Veronefe
Er du Pain-Benit même yprendra le
chanteau .
Ce Madrigal eft du même Me
Moreau de Mautour , qui l'a envoyé
à une Demoiſelle de qualité,
belle & de grande taille.
Vous avez ta
Ous avez taille de Minerve
,
Nobleffe de Junon , & beauté de Venus.
En vain contre vos yeux on ufe de
reserve ,
D'indifference en vain les coeurs font
prévenus ,
Dés qu'on vous voit on n'en aplus.
Que de vous l'Amourmepreſerve.
GALANT. 127
Je vous envoyé
les Jettons
qui ont efté frappez
cette année.
Si la gravure
pouvoir
repondre
à la beauté
de ces
Jettons
, vous
verriez
qu'il ne
fort rien
que
d'achevé
de la
Monnoye
des Medailles
done
Mr Delaunay
eft Directeur
general
.
Vous fçavez que M. l'Ele-
&teur de Brandebourg a esté
proclamé & couronné Roy
de Pruffe , & vous attendez
fans doute que je vous faffe un
détail fi digne de la curiofité
publique, Vous allez être fa
Liiij
128 MERCURE
tisfaite , & ce travail ne me
coutera pas beaucoup , puif.
qu'en vous envoyant plufieurs
Lettres vous ferez parfaitement
inftruite de tout ce que
vous defirez fçavoir . Je com
mence par celle qui fuir .
Elle m'a efté envoyée par un
homme de diftinction, & dont
l'efprit & l'érudition repondent
à fes grands Emplois..
Vous savez que noftre Auguſte
Maistre s'est fait couronner Roy
le 18. de Janvier. Il s'eft mis fa.
Couronne luy mefme avec des cere...
monies fi éclatantes , &fi particu
·lieres, que je croy que vous ferez bien
GALANT. 219
aife den fçavoir le détail. Notre
Roy ne l'eft ny parfucceffion , ny par
election , ny par création , qui font
les voyes les plus ordinaires par lefquelle's
on montefur le Trone. Non ,
il n'est Roy par aucun de ces titres ,
& ne doit fa Couronne à aucun fecours
étranger. Il eft Roy Far luymesme
, & par fa prudence , ayant
érigé luy-mefme en Royaume fon Duche
de Pruffe qu'il poffedoit en toute
fouveraineté , & ayant fcù gagner
parfa prudence , les approbations
neceffaires pourfaire reuir une entrepriſe
fi digne de fon grand coeur ,
& d'un coeur élevé , il s'eft mis la
Couronne luy-mefme , & la mife auſſi
à la Reine. Ils font entrez tous deux
dans l'Eglife la Couronne furla tefte,
&file Roy l'a quittée auſſi bien que
fon Septre pendant l'Ontlion , c'eft
130 MERCURE
qu'il a voulu faire cette foumiſſion &
Dieu, en reconnoiffance de ce qu'il la
tient uniquement de luy , & non
d'aucune Puiffance humaine, & que
par cette confideratton il fe l'eft remife
aufi luy-mefme après l'Onition
faite . Vous verrez tout cecy , Mr ,
plus amplement dans les deux Rela
tions queje vous envoye , qui ne font
pas
de moy; mais de deux Miniftres
eftrangers , & par confequent moins
fufpeits d'exageration & de partialité.
La matiere eft riche & extraordinaire.
Plufieurs fiecles fe font
paffez , fans qu'on ait vù un nouveau
Royaume , & mesme qu'il fe
faitfait de la maniere que le noftre
Ceux de Hongrie & d'Irlande font
les deux derniers ; mais tous deux
faits par une autorité fuperieure &
eftrangere par la creation du Pape,
GALANT. 20
à ce que vostre Eglife nous affures
au lieu que le noftre s'eft érigé en
Royaume defon chef , & parfonpropre
Prince, à l'exemple des Royaumes
les plus anciens , qui ne le font
devenus que par leur propre declaration.
Noftre Auguste Maistre eft né
en Pruffe dans fa Capitale de Co
nigfberg, c'est à dire , Mont- Royal,
ou Regiomontum , & comme il eft
le premier Prince de la Maifon
Electorale , qui foit né en cette Province
, & mefme en cette Ville , un
de nos Poëtes a fait la même année
de la naiffance de noftre Roy ce Difique.
Nafcitur in REGIS Fredericus
monte , quid illud ? prædicant
Mufæ : REX Fridericus.
erit. Cequi fe trouve dans le livre intitulé
Epigrammata Juvenilia , die
Poëte, lib.9. eft d'ailleurs eftfort re→
132′ MERCURE
ร
marquable . La Maifon de Brandobourg
fubfifte déja depuis trois fiecles.
Le premier a donné à la Pruffe un
Duc. Le fecond un Electeur , & le
troifiéme luy donne un Roy de cette
Maifon , & mefme dans le commencement
du fiecle pour eftre Gloria
novi fæculi, felon la Legende d'une
Medaille qu'on va frapper. Un de
nos Electeurs , à fcavoir Joachimus,
qui a efté grand Aftronome , a prédit
que la dignité Royale entreroit
un jour dans fa Maifon, & le Sceptre
que les Electeurs portent de la
part de l'Empire a toujours efté confideré
comme une marque d'un préfage
infaillible d'une future Royauté.
Enfin le temps de l'accomplissement
eft venu, & Frideric III. en a pris
le titre , qui feul luy manquoit pour
eftre Roy carje vous affure , Mr.,
:
GALANT 422
que depuis longtemps tout eft Royal
chez nous , & qu'on n'a pas eu be-
Join de changer la moindre chofe pour
rendre noftre Cour majestueufe. Vous
connoiffez l'étendue de nos Etats , le
nombre de nos Provinces , de nos
Troupes nos Ports de mer , nos
Courtifans , nos grands Officiers , &
mefmes les Princes qui nous fervent ,
la magnificence de noftre Cour , la
fplendeur defes Baftimens , fes Meubles
, fes Gardes , fes Trefors , fes
Joyaux , fes établissemens de toutes
fortes de Manufactures , fes Sciences
& fes Academies . Joignez à cela la
grandeur d'ame de noftre Roy , fa
prudence , fa clemence , fa justice , fa
liberalite , fes alliances avec pref
que cous les Potentats de l'Europe ,
la reputation , & la valeur de fes
Armées , la grandeur defa Maifon,
134 MERCURE
de merite extraordinaire de fon Epou
fe, & de fon Prince Royal, & l'habileté
de fes Miniftres dontje ne vous
nomme que celuy que vous connoiffezi
deja , à fcavoir le grand Chambe
lan M le Comte de VVartenberg.
C'est le premier en rang, & en credit;
mais c'est le premier auſſi en zele &
en merite , & qui dans l'affaire de
la Royauté a tellement fait diftinguerfon
application & fa capacité,
que S. M. pour reconnoiftre ce fignalé
fervice , l'a fait par deffus
toutes les autres Charges qu'il poffede
deja , fous-Surintendant & Directeur
General de toutes fes Poftes ,
lefquelles il luy a données en fief
pour luy & pour toute fa pofterité. Je
m'affure que quand vous ramafferez
toutes ces chofes , vous n'aurez aucun
fcrupule de parler d'un point
R
GALANT. 135
d'Hiftoire dont tout le monde parle
& qui ne fcauroit eftre defavoüée.
3.
J'attends vos fentimens la - deffus ,
&fuis , Mr Veftre tres - humble &
tres- obeiffant ferviteur , de B.
J'ay cru que le party que je
devois prendre en cette occafion
, eftoit de me fervir de
l'une des deux Relations dont
il est parlé dans la Lettre
que vous venez de lire , parce
que n'eftant point faite
par des Sujets du nouveau
Roy , elles font moins partiales
& moins fufpectes. J'ay
choifi celle $ du Miniftre du
Prince de Saxe à la Cour de
36 MERCURE
Brandebourg , &j'ay mis à la
tefte la Lettre que ce Miniftre
écrit au Prince fon Maistre fur
ce fujer, & qui peut fervir d'un
beau Prelude à cette Relation.
A S. A. S. MONSIEUR
LE PRINCE DE SAXE .
De Conigsberg lc 28. Janv.1701.
FE
ne fçaurois exprimer à V.
A. S. le déplaifir que j'ay en
d'apprendre qu'Elle n'ait pû executer
la rfolution qu'elle avoit priſe
fur mes tres humbles remontranGALANT.
137
ces , de fe rendre icy , pour voir le
Sacre du Roy , je puis dire affurement
qu'elle y a perdu en bien des
manieres Comme V. A. S. n'a
pas encore vu cette Cour , elle n'auroit
jamais pú avoir une occafion
plus favorable de le faire , & de
Je mettre dans les bonnes graces du
Roy. Elle auroit eu fa part aux
réjouiſances qui fe font faires à
l'occafion de cette folemnité , d'au
tant plus rare, qu'il y a apparence
qu'on n'en verra jamais depareille.
Il y avoit à voir des Ceremonies
d'Egliſe & de Cour fort remarquables
. Four y eftoit grand , ma .
gnifique , bien entendu , & auffi
Février 1701
M
18 MERCURE
bien execute qu'ordonné. Ceux
qui ont eu le foin de les regler , s'y
entendent parfaitement bien Ils
pefent tout par de bonnes raifons ,
& n'ordonnent rien au hazard.
Jay eu , Monfeigneur , l'honneur
de vous envoyer l'année paffée les
defcriptions imprimées des ceremonies
obfervées dans cette Cour àla
reception del Ambaffade deMofco.
vie à divers hommages dernie
rement au mariage du Prince de
Heße Ces reglemenspaſſent pour
des chefs d'oeuvres , & pour des
modeles qu'on tache d'imiter ailleurs
Ceft Mr de Beßer , Grand-
Maitredes Ceremonies & Intro
GALANT. 139
ducteur des Ambaffadeurs , qui
dreffe ces Reglemens fous la direction
du premier Miniftre &
Grand Chambellan , Comte Var
temberg , dont il faut admirer le
gouft & le difcernement auſſi deli .
cat que jufte , pour tout ce qui regarde,
non feulement la Cour, mais
encore le gouvernement , & quieft
auffi habile grandMiniftre qu'il
eftun modele achevé d'unparfait
homme de Cour. Je dois encore
dire à fa louange , que tout acca.
blé qu'il eft de differentes affaires ,
il écoute chacun avec douceur &
bonnefteré , foir qu'il accorde
ou qu'il refuse , on nefort jamais
Mij
140 MERCURE
6
mécontent d'auprés de luy. C'eft
le Pere des honneftes gens & be
Mecenas des gens de merite. Dans
cette occafion fur tout , où il acontribué
le plus à faire réuffir cente
grande affaire fuivant les intentions
du Roy , il a donné les ordres
pour procurer toutes fortes de plaifirs
aux perfonnes diftinguées qui
font venues voir ces folemnitez.
Les autres Miniftres & les Principaux
de la Cour & du Pays
ont fecondé fes intentions ,
donné chacun à leur tour
ftins , Bals
Fe-
Affemblées. V. A.
Sy auroit brille , comme elle afait
par tout ailleurs , &je fuis fem
(
GALANT . 148
qu'icy elle auoit eu plus defariss
faction & d'agrément qu'elle n'a
peut eftre pas gonflé dans les au
tres Cours où elle s'est trouvée A
Iheure qu'il eft , je vous fupplie
Monfeigneur, defaire enforte que
vous purffic vous trouver à Ber
lin au temps de 1 Entrée du Roy ,
laquellefera auffi magnifique que
réjouiffante. Le plaifir que vous
aurez de voir la Cour , vaudra
Jans cela le voyage , vú qu'elle fo
diftingue des autres del Allemagne,
Elle eft non feulement tres magnis
fique , mais ily regne auffi beau.
coup de politeffe & d'ordre. On
envoye prefentement à Berlin
<
$42 MERCURE
quantité de jeunes Seigneurs pour
apprendre les exercices & les ma
nieres de vivre , on y voit un
grandnombred Etrangers de quali
té. On leur fait un accueil bonneste
& conforme à leur merite & à
leur naißance , & ils peuvent tour
apprendre dans un fejourſi agrea
ble
Je n'ay pas encore vû le Me
moire qui doit eftre fait fur les
raifons qui ont engagé Sa Majefté
à fe faire proclamer Roy. I
eft à croire qu'elles rouleront furla
puiffance de ce Prince , & furfa
Souveraineté
indépendance on
Pruffe
•
GALANT. 43
la
Les Miniffres de cette Cour auront
à l'avenir moins de difficultez
fur le pas quand il s'agira de traiter
avec des Puiffances étrangeress
ce qui arrive ſifouvent , à cauſe
du grand nombre de Princes qui
font voifins de Sa Majesté par
grande étendue de fes Provinces.
Jufques icy on n a encore rien im
primény communiqué de lapart de
la Courfur cette matiere , nyfur
les Ceremonies de la Proclamation
&du Couronnement
de leurs Ma.
jefteZ Ainfi je ne fçai ,fi dans la
Relation que je me donne l'honneur
de joindre icy , j'ay bien rencontrétoutes
les circonstances . M
144 MERCURE
de Beẞr nous en promet une qui
fera exacte & bien fuivie. Ily
ioindra fans doute les raifons cydeffus
mentionnées , mais elle ne
fera imprimée que quand le Roy
aurafaitfon entrée à Berlin . Alors
je ne manqueray pas d'en envoyer
quelques exemplaires en Cour ,
je continueray toujours de donner
à V. A S. des marques du tresrespectueux
attachement avec les
quel ie fuis ,
Monfeigneur ,
DeV. A. S.
Leplus bumble & tresobéiffant
ferviteur.
RELATION
GALANT. 145
De
RELATION
De ce qui s'est paffé à la Procla .
mation , au Couronnement , &
au Sacre du Roy de Prufe.
S Br
A Serenité Electorale de
Brandebourg ayant refolu
de prendre le titre & la dignité
de Roy de Pruffe , partic
de Berlin le 17. de Decembre
1700. & arriva à Koniſberg le
29. du même mois. Aprés que
toutes les chofes furent reglées
pour la Ceremonie du
Sacre , la Publication de la
Royauté le fit le
Février 1701.
15. de Janvier
N
146 MERCURE
1701. par quatre Herauts , fuivis
de quantité d'Officiers &
de Gentilshommes
de la Cour ,
tous à cheval & habillez ma .
gnifiquement. Voici l'ordre
de cette belle cavalcade.
1. Il paroiffoit cinquante
Dragons qui faifoient faire
place dans les ruës.
2. Ils eftoient fuivis de vingtquatre
Trompettes de la Coar
marchant trois à trois , & di
vifez en deux choeurs , conduits
par leurs Timballiers .
3. Le Heraut qui devoit faire:
la Proclamation , feul , fuivi de
trois autres dans leurs habits
GALANT . 47
de ceremonie , tous richement
brodez & faits à la Romaine.
Ils avoient fur la tefte des chapeaux
de velours noir , avec
des plumes blanches , & leurs -
Maffes d'armes eftoient garnies
de velours bleu , au haut
defquelles il y avoir des Cou
ronnes àla Royale dorées .
4. Les deux Grands Maréchaux
, Comtes de Lottum &
Wallenrad.
5.
Le Grand Maistre des Ceremonies
, le Maréchal de la
Cour, & le premier Echanfon ;"
Mrs de Beffer , de Winfen &
de Grumkau .
•
Nij
148 MERCURE
6. Les Gentilshommes & Of
ficiers de la Cour , quatre à
quatre.
7. Quarante Dragons qui
fermoient la marche.
Sur les neuf heures du matin
, la premiere Publication fe
fit dans la cour du Chateau ;
la feconde à la Franchiſe ; &
les trois autres dans les trois
differentes Villes de Konigfberg,
Altstedt , Kneiphof,
Lobenicht , dont les Magiftrats
regalerent la Compagnie de
Vin & de Confitures , qu'ils
prefentoient fur de grands
baffins d'argent.
GALANT. 149
le
On diftribua fur le champ
quelques exemplaires du For.
mulaire de la Publication , &
lors que le Heraut la procláma
, tous les Affiftans l'écoutérent
chapeau bas . Le contenu
en eftoit , que Puifque la
Providence avoit voulu que
Duché de Pruße fust érigé en
Royaume , e quefon Souverain ,
le Sereniffime & Tres - Puiffant
Prince FREDERIC , en devinst
Roy , on le faifoit fçavoir à chacun
par cette Proclamation . Le
Heraut finit cette lecture par
un Vive noftre Roy FREDERIC ,
la Reine fon Epouse , ce qui
Niij
150 MERCURE
fur fuivi d'un grand bruit des
voix du Peuple , qui redoublant
leurs cris de joye & leurs
veux repetoit inceffamment ,
vive le Roy & la Reine. Ces cris
eftoient mêlez confufément
avec les fanfares des Trompet
tes , & le fon des Timbales , le
Carillonnement des cloches
& le bruit de l'Artillerie . Les
Muficiens placez dans les
Tours & les Maiſons de Ville ,
faifoient auffi entendre les fons
réjoüiffans d'une infinité d'inftrumens
de Muſique .
Le 17. de Janvier , le Roy
潍
eftant couvert & affis fur un
GALANT.
15t
Trône , créa dix neuf Cheva-
-liers , qui eftant appellez par
Mr le Grand Chambellan , fe
mirent l'un aprés l'autre devant
le Roy , qui prit les Colliers
de l'Ordre de la main du
Chambellan , Comte de Denhoff
, & les mit au cou des
Chevaliers , qui , aprés avoir
baifé la main à Sa Majefté , fe
retiroient en faisant une profonde
reverence.
La Croix de cet Ordre eft
d'or émaillée de bleu , au milieu
de laquelle il y a les chif
fres du Roy , F. R. & aux an.
gles l'Aigle de Pruffe émaillée
N iiij
12 MERCURE
de noir. Cette Croix eft atta .
chée à un ruban couleur d'orange
, que les Chevaliers portent
par deffus l'épaule gau
che jufques à la hanche droite,
au deffus du juftaucorps . ( La
couleur d'orange aefté choiſie
apparemment en memoire de
la feuë Mere du Roy , Prin .
ceffe d'Orange . ) Ces Cheva.
liers portent encore fur le côté
gauche de leurs habits une
Croix brodée d'argent en forme
d'étoile , au milieu de laquelle
eft un Aigle en brode.
rie d'or , fur un fond d'orange.
L'Aigle tient dans les ferres
GALANT. 153
Sun Sceptre d'or , avec cette
infcription au deffus de la
telle ,Sunm cuique , en broderie
d'argent
.
Cet Ordre ne fera donné
qu'à ceux qui ont l'honneur
d'eftre des Parens de Sa Majeſté
& aux Perſonnes les plus
confiderables de l'Etat , en reconnoiffance
de leur merite.
Ceux qui l'ont reçu font , le
Prince Royal , les trois Margraves
, Freres du Roy , le Margrave
d'Anfpac , les Ducs de
Courlande & de Holſtein , les
Comtes de Wartenberg , de
Barfous , de Dona & Loitum ,,
54 MERCURE
Jes quatre Confeillers Regens
de Pruffe , Mrs de Berbant ,
Ranſchke , Creutz , & Wallenrod
; le Grand Maiftre de
L'Artillerie & le General Major
; Mrs de Tetau , le Com
miffaire General Comte d'Onhoff
; le Chambellan Comte
de Dona , & M' de Bilau
Grand Maiftre d'Hoftel de las
Reine .
Le 18. jour deſtiné pour le
Couronnement & le Sacre de
Leurs Majeftez , il y eut dés le
matin Sermon & Prieres dans
toutes les Eglifes du Royaume.
Ceux qui devoient affifter
"
1.
GALANT.
"
à la Ceremonie, s'affemblerent
dans les antichambres de leurs
Majeftez. Le Roy ayant efté
reveſtu de tous fes ornemens
royaux par le Comte de Wartenberg
, fon Grand Chambellan
, fic diftribuer par le
même les ornemens de la
Couronne à ceux qui avoient
efté nommez le foir préce
dent pour les porter à la Ceremonie.
Sa Majesté alla enfuite , la
Couronne fur la tefte & le
Sceptre à la main , accompa
gné de Leurs Alteffes Royales ,
le Prince Royal & de Meffei16
MERCURE
gneurs les deux Margraves
Albert & Chrétien . Louis ,
trouver la Reine , pour luy
- mettre fur la tefte la Couron .
ne que le Comte de Denhoff,
Commiffaire General des Gue
tes , porta devant le Roy.
La Reine accompagnée de
toutes les Dames d'honneur ,
vint au devant du Roy jufqu'à
la porte de la derniere antichan
bre , où Sa Majefte'prir la
Couronne des mains du Com.
te de Denhoff , & dans le mihieu
de cette chambre la mit
fur la tefte de la Reine. Le Roy
la mena enfuite dans fon ap
GALANT. 157
partement , où elle fe fit attacher
la Couronne par Madame
la Ducheffe de Holftein
, & par
Mesdames les Gouvernantes
de Fleélant & de Bulau .
Cela eftant fait , le Roy en.
tra dans la Salle d'Audience ,
& la Reine immediatement
aprés , menée par leurs Altef. ·
fes Royales les deux Margra .
ves . Leurs Majeftez eftant affifes
fur leurs Trônes , toute la
Cour & les Affiftans leur firent
de tres profondes réverences ..
Aprés que le premier Heraut
, fuivant les ordres du
Grand Maistre des Ceremo .
158 MERCURE
nies , cut reglé la marche de
ceux qui devoient fervir à la
pompe de la Ceremonie , l'on
entendit fonner toutes les cloches
de la Ville , & la Proceffion
fe fit de cette maniere ,
fur un chemin largement cou .
vert de drap rouge, depuis les
Appartemens
de leurs Majeftez
jufques à l'Eglife .
1. Deux Herauts habillez
comme à la Proclamation
marcherent
les premiers
.
2. Les Valets de pié , Heiduques
, & Pages de leurs Majeftez
, avec leurs riches livrées.
Y
GALANT.
159
3. Un Timballier .
4. Douze
Trompettes .
5. Le Maréchal de la Cour ,
& le premier
Echanſon , portant
des Bâtons de Maréchal
6. Tous les Confeils & les
Cours Souveraines & Subal
ternes , comme :
La Chambre des Comptes.
Les Chancelleries de la
Cour & des Guerres .
La Chambre pour la Juſti
ce Criminelle.
Le Confiftoire.
Les Deputez de l'Univerfité.
-La Cour de Juftice.
Le Parlement ou le Tribu160
MERCURE
nal des
Appellations .
Les Députez des Etats du
Pays , des Villes , de la Nobleffe
, & des Comtes.
7. Les Gentilshommes de la :
Chambre & de la Cour , & les
Miniftres d'Etat.
8. Deux autres Herauts .
9. Un Timballier.
10. , Douze Trompettes.
11. Les deux Grands Maréchaux
avec leurs Bâtons.
12. Le Chancelier portant.
le Sceau du Royaume fur un
Couffin de velours ..
13. Le Landhaffineifter portant
le Globe fur un couffin de
velours.
GALANT. 161
•
14. Le Grand Bourggrave
portant l'épée.
15. Les Officiers Suiffes habillez
de fatin blanc , de pied
en cap. Les manteaux avec la
cappe à l'antique , eftoient ri .
chement garnis de dentelles
d'or ou d'argent , felon leur
rang. Ils avoient fur la tefte
une toque de velours ras noir ,
avec une plumette , la fraiſe
gauderonnée , un ceinturon ,
des pourpoints à manches tailladées
, les chauffes trouffées
à l'Eſpagnole entrecoupées
avec les bas de foye blancs ,
- les rofes fur la toque , les jar-
Février
1701
. O
162 MERCURE
retieres & les escarpins ou fou
liers de maroquin coupez à
1 +Elpagnole.
7
16. S. A. R. le Cron Prince
leftement habillé d'un drap
d'or , portant le Collier com
me les autres Chevaliers , &
ayant fon Grand Gouverneur
le Comte de Dona à latere ,
tant foit peu en arriere.
A
18. Le Roy fous un Dais de
velours rouge richement garni
de franges & de cordons
d'or , & porté par dix Chambellans,
Sa Majesté eftoit habillée
d'une écarlate rouge
brodée d'or javec la plus belle
GALANT . 163°
garniture de boutons de dia .
mans qu'on puiffe voir. Au
Manteau Royal de velours
rouge , fourré d'hermines , &
brodé de Couronnes & d'Aigles
d'or , il y avoit une agrafe
de trois beaux diamans ,
eftimée cent mille écus. Son
Excellence , M le Comte de
Wartemberg , en portoit la
queue , affifté par deux Chambellans
les Comtes de Dona
& Donhoff. A la Couronne il
y avoit des diamans extrémemens
brillans , & d'une beauté
extraordinaire
. Le Sceptre
eftoit artiftement garni de
O ij
364 MERCURE
grands diamans , de rubis &
d'autres pierreries
.
18. Son E. le Feldmarchal ,
Comte de Barfous , comme
Connettable du Royaume ,
entre les Capitaines de la Gar
de du Corps & des Cent Suif
Les .
19. Deux Gardes du Corps.
20. Le Comte de Dona de
Reichfwald l'aîné de la Famille
qui eft en Pruffe , portant
la Banniere du Royaume.
21. S. A. le Duc de Holſtein.
22. Sa Majesté , la Reine entre
les deux Marggraves , fous
un Dais pareil à celui du Roy.
GALANT. 165
Elle eftoit parée de groffes
perles parfaitement rondes &
d'autres pierreries extrémement
belles , & habillée d'une
riche étofe d'or de Ponfon, garnie
de Malines d'or . Madame
la Ducheffe de Holftein , &
Mefdames de Steeland & de
Bilau portoient la queue du
Manteau Royal , & un Gentilhomme
portoit celle de la
Ducheffe La Princeffe fa Fille
eftoit menée par м ' de Grum .
kow , Gentilhomme de la
Chambre de la Reine.
23. Deux Gardes du Corps.
24. Les Dames d'honneur
165 MERCURE
la Reine avec les Dames de
qualité du Pays
Les Cent Suiffes eftoient
partagez de chaque cofté du
Dais de leurs Majeftez , marchant
avec les Fiffres , Tambour
battant , & Drapeaux
déployez.
Sur le chemin il y eut les
Gardes du Roy à cheval & à
pied , rangez en haye.
CEREMONIES
du Sacre.
རྟ
A l'Eglife du Chateau con
avoit ofté les Bancs & élevé
GALANT. 167
un Amphiteatre , garni de velours
pour les principaux ; &
de drap rouge pour les autres
Spectateurs. Les tapifferies
eftoient d'un deffein admirable
, & les ornemens de toute
l'Eglife magnifiques , & d'un
tres-bon gouft.
Les deux Trônes eftoient
avantageufement placez aux
piliers vis - à vis de l'Autel. Ils
eftoient d'un velours cramoifi
garni au dos d'un drap d'or ,
& par tout de cordons , de galons
& de franges d'or , parfe
mé de Gouronnes & d'Aigles
brodées d'or. Ily avoit au def
168 MERCURE
fus des Dais des Aigles étendusnoirs
, tenans dans leurs ferres
une Couronne & un Sceptre
d'or , & le tout eftoit de l'or
donnance de M' d'Enzander ,
Capitaine & Intendant des
Bâtimens. L'endroit où é
"toient ces Trônes , & les marchepieds
pour leurs Majeftez ,
eftoit par tout garni du même
velours.
:
A la porte de l'Eglife leurs
Majeftez furent reçues par M
-Urfinus de Berlin , premier Evêque
& Confecrateur , & par
le Docteur Sanden de Conigl
berg , Evêque Aſſiſtant . Ils
avoient
GALANT. 169
2
avoient des robes de velours
noir faites exprés pour cette
Ceremonie, & eftoient accompagnez
de fix autres Miniftres
Lutheriens & Réformez .
Le Confecrateur dit à leurs
Majeftez, Benis de l'Eternel, Roy
Reine , entrez dans la force du
Seigneur ; que vostre entrée &
vostre iffuefoient benies dés maintenant
à toujours, Amen.
Pendant la Mufique , leurs
Majeftez occuperent leurs
Trônes , & les Eccleſiaſti .
rangerent en ordre
· ques
fe
prés de l'Autel.
Après que l'Eglife eut chan-
Février
1701 . P
170 MERCURE
té un Cantique pour implorer
le fecours du Ciel , l'Evêque
affiftant die une priere affez
longue , faite au ſujet du Sacre
, & l'Eglife chanta le Gloria
en Vers Allemans.
Aprés le Sermon fait par M²
Urfing , fur les paroles du z.
Sam. 2. v. 20.Jhonore qui m'bo.
nore , on chanta en Mufique les
verlets 2. 3. 4. 5. 6. 7.8. & 14.
du Pf. 21. & enfuite avec toute
l'Eglife , Veni Creator Spiritus
de la Traduction de Luther. ·
Le Roy ſe mit à genoux fur
un Priedieu,placé devant l'Au-
Lel , fous un Dais de velours
GALANT. 170
Cramoifi , attaché à la voûte
brodé comme les autres. Sa
Majefté ôta elle- même fa Cou.
ronne , & la mit fur le carreau
avec le Sceptre. Le Confecra .
teur tenant une affiette d'or
en les mains , y receut de S. E.
M ' le Grand Chambellan , la
fiole de Jafpe où eftoit l'huile
deftinée pour le Sacre , &
l'ayant donnée à tenir à ſon
Affiftant , il en verfa fur les
deux premiers doigts de fa
main droite, & en facra le Roy
au front & au pouce des deux
mains, aprés que S. E.le Grand
Chambellan luy eut retiré un
Pij
172 MERCURE
peu la perruque , pour rendre.
le front plus libre à recevoir
l'onction .
Cette action fut accompa
gnée d'un Difcours de la part
du Confecrateur
, fur l'autorité
royale , que Sa Majesté recevoit
de Dieu, le Roy des Rois.
Le Chaur y applaudit en
chantant Amen , amen. Vive le
Roy, que Dieu prolonge fa vie ;
& S. E. le Grand Chambellan
effuya cependant au Roy les
places ointes , d'un mouchoir
qu'il mit entre les mains du
Confecrateur
.
Les mêmes ceremonies fu-
1
GALANT . 173
rent obfervées à l'égard du Sacre
de la Reine , excepté que
Madame la Ducheffe de Holftein
luy effaya l'huile de
l'onction . Là - deffus les Evê- "
ques & les Miniftres fe ran .
gerent devant le Roy , firent
de profondes reverences ,
adorerent Sa Majesté . C'eſt le
terme affecté à cette ceremo
nie dans le Vieux Teftament ,
& parmy les Anciens .
Le Confecrateur donna la
benediction à leurs Majeſtez ,
& le Choeur repeta l'Amen',
comme cy deffus , & chanta
en Mufique , Gloria in excelfis
Piij
174 MERCURE
Deo, & in terra pax hominibus
bona voľnntatis , en Allemand .
Le Confecrateur dit au peuple,
Craignez Dieu , bonerez le Roy
& la Reine , & tourna en voeu
& prieres pour la profperité de
leurs maicftez le Pfeaume 121
On chanta en action de graces
les deux des
d'un
Cantique.
L'Evêque affiftant M de
Sande finit la ceremonie par
une priere affez longue , qu'il
fit devant l'Aurel , & donna la
benediction aux affiftans . Le
Te Deum fut chanté au fon des
Trompettes & d'autres Inftru
GALANT. 175
mens. Toutes les cloches de
la Ville fonnerent , & on fit
une triple décharge de l'Artil
lerie de la Fortereffe , auffibien
que des rampars de la Ville .
Le Margrave M' de Racifchke ,
proclama le pardon general
pour tous lesPrifonniers , excepté
ceux qui étoient coupables
de crimes de leze Majefté di
vine, humaine & Royale , comme
auffi les Prifonniers pour
meurtres & pour deties.
Aprés que leurs Majeftez
fe furent retirées dans leurs
appartemens , & que le fignal
eut efté donné par un Heraut,
Piiij.
176 MERCURE
&
le drap rouge , avec lequel le
chemin de l'Eglife avoir efte
largement couvert , fur déchiré
, & coupé en pieces par le
menu peuple. Le S ' Steffius ,
Secretaire de l'Epargne
quelques autres Officiers de la
Cour , eftant à cheval , jetterent
avec profufion des Medailles
d'or & d'argent , frapées
au coin du Roy. D'un
cofté il y avoit FRIDERI
CUS REX: & en bas , Unit.
Regiomont , 18. Fan . & de l'autre
une Couronne royale avec ces
mots , Prima mea Gentis , 1701.
GALANT. 177
CEREMONIES
Obfervées à la Table du Roy ,
apiés le Sacre:
A la grande Salle du Châ
teau richement tapiffée , on
avoir drefféla Table fous deux
Baldachins , furune eftrade éle
vée à trois degrez de terre .
Aprés le fignal que l'on donne
ordinairement
par vingtquatre
Trompettes & deux
Timbaliers pour couvrir la Table
, les Services furent portez
de cette maniere .
Quatre Herauts precedoient
178 MERCURE
marchant deux à deux , puis
les Hautsbois , Timballiers &
Trompettes , joüant alternativement
les uns aprés les autres
; les deux Grands Maréchaux
& les deux Maréchaux
de la Cour , les Gentilshommes
de la Cour & Officiers ,
tous couverts,juſqu'à ce qu'ils
euffent polé les Services fur
la Table.
Deux Chambellans prefen
terent à laver à leurs Majeſtez .
Le Grand Chambellan donna
lafervierte au Roy , & Madame
la Ducheffe de Holftein à
la Reine. Mile Comte de Do.
GALANT. 179
na prefenta la ferviette moüillée
au Prince Royal & trois
Chambellans à leurs Alteffes
Royales , à Madame la Ducheffe
de Courlande & auxdeux
Marggraves
.
18
La Priere ayant efté recitée
par M ' Urfinus , premier Con
cionateur de la Cour , leurs
Majeftez le mirent au milieu
de la table ; du cofté du Roy,
le Prince Royal & le Marcgrave
A bert , & de celuy de la
Reine , Madame la Ducheffe
de Courlande
, & le Marcgra
ve Chreftien Louis .
Ceux qui avoient porté la
80 MERCURE
queue des Manteaux Royaux ,
le Teldmaréchal , le Gonfalonier
du Royaume , les deux
Capitaines des Gardes du
Corps & des Cent Suiſſes , &
le Grand Maiftre d'Hoftel de
la Reine fe mirent derriere
leurs Majeftez .
Ceux qui avoient porté les
Ornemens de la Couronne ,
& les Députez des Etats fe
rangérent du cofté droit , &
les Dames de la Reine , & les
Officiers & Confeillers de la
Cour & du Pays , à la main
gauche.
Les deux Maréchaux de la
GALANT. 181
Cour accompagnez de quel
ques Gentilshommes allérent
querir une piece d'un boeuf
qu'on avoit rofti à la Place de
l'Ecurie , & la donnérent au
Grand Maréchal qui la prefen
ta à la table du Roy.
Deux Chambellans firent
les fonctions d'Ecuyers tranchans
, & portoient les affiettes
pour le Roy au Grand
Chambellan ; pour la Reine ,
à Madame la Ducheffe de
Holſtein ; & pour le Prince
Royal , à fon Grand Gouverneur.
Leurs Alteffes Royales
Madame la Ducheffe de Cour182
MERCURE
lande & les Freres du Roy recurent
leurs affiettes des mains
de ces Chambellans mêmes .
Un Gentilhomme de la
Chambre porta
à
boire
pour
le Roy à un Chambellan , &
le Grand Chambellan
le pre-
Tenta à Sa Majesté .
Une Demoiſelle de la Reine
le donnoit à Madame la Gou.
vernante , celle- cy à Madame
la Ducheffe de Holſtein , qui
le prefentoit enfuite à la Reine.
Pour le Prince , c'eftoit un
Chambellan titulaire , duquel
le Grand Gouverneur Comte
GALANT. 183
E
de Dona le prit pour prefenter
à S. A. R.
Aux autres Alteffes Royales
, un Chambeilan titulaire
le prefentoit , aprés l'avoir reçu
d'un Gentilhomme de la
Cour.
Les quatre autres Services
furent apportez avec les mêmes
ceremonies que les premiers
Ily curun Service tout
d'or maflif , & le buffet eftoit
extrémement riche & magnifique.
En toute autre chofe
on ne pouvoit affez admiter
la magnificence & le grand
ordre de cette Table , qui fut
184 MERCURE
tenue les bougies allumées ,
Le Roy aprés avoir lavé &
prié Dieu , reprit le Sceptre à
la main , & precedé des quatre
Maréchaux & de tous les
Grands du Royaume , conduifit
la Reine dans fes Appartemens."
Lorfqu'il fut retourné dans
les fiens , les Etats du Royaume
, les Miniftres & les Prinpaux
de la Cour furent traitez
avec une magnificence & une
profuſion extraordinaire.
Durant la Table du Roy ,
on avoit fait couler du vin par
deux Aigles , qui eftoient fur
GALANT. 185
une fontaine faite exprés dans
la Place de l'Ecurie.
En même temps on avoit
donné en pillage un Boeuf
rôti tout entier , farci , & lardé
de liévres , de
moutons , de
veaux , & de plufieurs , fortes
de volailles. Le Peuple fe jetta
là deffus , & fur toute la Cuifine
, & en fit dans un moment
mille pieces , aprés que les Maréchaux
de la Cour eurent cou
pé une piece de ce Boeuf pour
la Table du Roy.
Vers le foir il y eut de grandes
illuminations dans toute
a Ville. Celles qui estoient
Février 1701 .
Q
M
186 MERCURE
dans la grande ruë dû Kneiphof
, où demeurent les plus
riches Bourgeois , eftoient les
plus belles.
Leurs Majeftez aprés avoir
foupé en particulier , allerenc
avec toute la Cour en Caroffe
voir ces illuminations , & s'arreftérent
en plufieurs endroits
pour regarder les belles Peintures
& Infcriptions , & pour
entendre le beau Concert
qui fe donna dans la plufpart
des Maiſons .
Tous les Bourgeois fous les
armes & rangez en haye demeurérent
dans les rues de
GALANT. 187
puis le matin jufque bien
avant dans la nuit , que la
Cour eut fait le tour dans la
Ville. En plufieurs endroits il
y eut des Muficiens , qui au
paffage de la Cour failoient
retentir des voix & des inftru .
mens.
M' Pouletier , Receveur ge
neral des Tailles de Rouen , a
efté fait Fermier general en la
place de Mª Germain , mort
depuis peu de jours.
M'Pouletier , fon Fils , âgé
de vingt quatre ans , & Avocat
au Chaftelet , & Mr Regnaut ,
Fils deM' Regnaut, Confeiller
Qij
188.
MERCURE
du Roy , & ancien Subftitud
de M' le Procureur du Roy ,
font les deux premiers qui
ayent executé la Declaration
de S. M. du mois de Janvier de
l'année derniere , qui ordonne
aux Etudians en Droit de fubir
un examen public en Droit
François , avant que d'eftre
receus Avocats . Ils firent le
Panegyrique de Sa Majefté
avec un applaudiffement general
. Par ce moyen , il n'y aura
que d'habiles gens pour defen.
dre les droits des Particuliers,
& le Roy acheve de remedier
par là aux abus qui fe com-
•
GALANT. 189
fur leur
mettoient autrefois , la plufpart
des Avocats ignorant ce
qu'ils devroient fçavoir pour la
Profeffion qu'ils embraffent ,
parce qu'ils comptent
efprit, perfuadez qu'il peut fuppléer
à la fcience . Cependant ,
on paffe de là aux grandes
Charges , & on decidefur des
queftions qu'on n'entend pas.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois paffé du ma
riage de M de Chailly & de
Mademoiſelle de Normanvil
le. C'est ce qui a engagé un
Favori d'Apollon, des plus efti
mez , à faire cet Epithalame.
100 MERCURE
Vous vous connoiffez en belle
Poefie , & vous trouverez fans
doute en celle cy tout ce que
cherchez . Vous y
Nfin elle paroift, cette bellejournée
,
EN
*
Qui va de ces Amans remplir tous
les defirs.
Hymen, & doux Hyman , remplis leur
deftinée,
Et verfe dans leurs coeurs la joye &
& les plaifirs.
L'Amour qui dans fon Temple aujourd'huy
les appelle ,
A luy-mêmeformé cette union fi belle,
Et quandfa main propice en a ferré
les noeuds ,
Une conftante paix , une ardeur mu
tuelle
GALANT. Fg F
Dans le fein des Ris & des Jeux
Leurfont couler desjours heureux.
Voy quel est l'agrément & la délicateffe
De la jeune Beauté que t'immole
l'Amour.
Dés fes plus tendres ans formée à la
fageffe
Elle en prit le modèle au milieu de la
Cour ,
Et fceuty conferver avec la politeffe
La modefte pudeur qui fuit l'éclat du
jour,
Pour captiver ce coeur orné de tant de
graces
Il enfalloit un autre où regnaft la
candeur ,
Etqui de la vertu fuivant les nobles
traces
Gardaft pourcette Epoufe une eternelle
ardeur.
192 MERCURE
Le voici , cet Epoux , conftant , &rdid'elle
gne
Fils d'un Pere obligeant , fincere ,
Ami fidelle ,
Et qui dins fa Famille a pris foin
de nourrir
Cet efprit d'union que l'on y voit
fleurir.
Hate-toy defceller cette heureuſe alliance
Où le merite & l'opulence ,
Les dignitez, l'honneur brillent avec
eclat ,
Et qui fournit des Sujets à la France
Quifervent l'Eglife , & l'Etat.
Mais c'eft en vain , Hymen , que
ma Mufe Leprefe
De prendre tonflambeau , ta couron
ne , tes traits ,
Toy-même as devancé les voeux que
je t'adreffe ,
Es
GALANT. 193
Et bien- toft nos Amans vont eftre
fatisfaits.
Tu fais qu'un celefte Genie
Qui veille fans relache au bonheur
des
François
Rangeant ces deux coeurs fous tes
loix
T'engage d'affurer le repos de leur
vie.
C'en eft affez, Hymen ; en te parlant
je vois
Lebel Aftre dujour qui fe cache dans
l'Onde.
N'allons pas te ravir ces precieux
momens ,
Et laiffons à la Nuit feconde
Le foin de prefider à leurs contente
mens.
Février 1701 .
R
194 MERCURE
Le r6 . de ce mois mourut
icy Meffire François Menard ,
âgé de cinquante fix ans , d'un
Schire qui s'eftoit formé à
l'embouchure de fon eftomach.
Il avoit esté pendant
prés de vingt années Procureur
General du Roy à la Table
de marbre, & eftoit actuellement
Procureur General
commis par Sa Majesté pour
la réformation des Eaux & Forefts
de France à la Chambre
de l'Arfenal. Il eftoit Fils de
François Menard & de Charlotte
de Pouffemothe , dont il
s'eftoit fait fa principale étude
GALANT.
195
d'imiter les vertus , en fuivant
des traces de fon Pere dans les
Emplois qu'il avoit exercez
pendant un long cours d'années
avec tant de candeur &
de defintereffement , & fa mere
dans une pieté exemplaire .
Cette Famille , comme je vous
l'ay déja marqué dans une autre
Lettre , eft originaire de
Poitou & de Touraine. Il y a
les Branches de Menard de
Touchepris , de Pouzanges &
de Tiffouges. Celle cy eft de
cette derniere. Quant à la Famille
de Pouffemothe , cette
Branche - cy eft de Thierfan-
Rij
196 MERCURE
ville , dont il ne reste plus que
deux Chevaliers de Malthe ,
Coufins germains du défunt ,
& une Fille. Les autres font de
l'Etoile , de Graville , & de
Montbrizeüil. Toutes ces Fa .
milles ont donné plufieurs
perſonnes de diftinction dans
la Robe & dans l'Epée , & ont
fait de grandes alliances Il ne
refte icy de la Famille & du
nom de celuy qui vient de
mourir , que M l'Abbé Menard
, qui apparemment répandra
la tendreffe qu'il avoit
pour M Menard fon Frere ,
fur les trois Enfans qu'il laiffe
GALANT.
197
de Marguerite des Hayettes,
fon Epoufe , Soeur de Jean-
Baptifte des Hayettes , Docteur
de Sorbonne , Prieur de
Mouffy , & de Marie des
Hayettes , Epoule de M' de
Lozandieres , Confeiller à la
Cour des Aides . Mrs Menard
portent d'argent à trois Porcs-
Epics de fable.
Le 17. du même mois mourut
Dame Catherine Talon ,
Veuve de Meffire Jean Baptifte
le Picart , Seigneur de Perigay
, Maistre des Requeftes.
Il y avoit cinquante & un an
qu'elle eftoit Veuve . Elle laiffe
R iij.
198 MERCURE
deux Filles , fçavoir , Cathe
rine le Picart , Veuve de
Meffire Nicolas le Pelletier ,
Seigneur de la Houffaye
Maiftre des Requeftes , & Clai
re le Picart , mariée à Meffire !
Henry Dagueffeau , qui a esté
Confeiller au Parlement de
Mets , puisмaître des Requêtes ,
Prefident au Grand Confeil, &-
quieftprefentement Confeiller
d'Etat ordinaire , & Confeiller:
au Confeil Royal des Finan
ces , Pere de мeffire Henry
François Dague fleau , Procu
reur General au Parlement .
Du mariage de Catherine le
GALANT.
99
..
Picart avec Nicolas le Pelle
tier , font fortis , un Fils Confeiller
au Parlement , & a prefent
Maiftre des Requeftes , &
une Fille mariée à Meffire
Michel Amelor , Marquis de
Gournay , Confeiller au Parle
ment , puis Maistre des Requeftes,
Ambaffadeur à Venife
& en Suiffe , & à prefent Confeiller
d'Etat.
t
ན་
Meffire François de Cler
mont Tonnerre , Evêque
Comte de Noyon , Pair de
France , eft mort à peu prés
dans le même temps . Il eftoit
Prelat Commandeur de l'Or
Riitj
200
MERCURE
dre du Saint Eſprit ,
Confeiller
d'Etat , & l'un des
Quarante
de
l'Academie Françoife . Je
vous ay parlé tant de fois de
la Maifon de
Clermont Tonnerre
, que je n'ay plus rien à
vous en dire . Il en eft peu qui
foient plus connuës. Le Défunt
n'eftant encore qu'Abbé
de
Tonnerre ; &
n'ayant guere
plus de vingt ans , fe diftinguoit
parmi les
Predicateurs ,
& faifoit déja paroiſtre beaucoup
d'érudition , eftant fort
attaché à
remplir tous les
devoirs , & aimant le Roy naturellement.
Sa
Charge de
>
GALANT. 201
Confeiller d'Etat d'Egliſe a été
donnée à M. l'Abbé Bignon ,
Neveu de M' le Chancelier.
Elle eft d'une grande diftinction
, puifqu'il n'y en a que
trois , qui font d'ordinaire trois
Evêques. M' l'Abbé Bignon
eft du fang dont les Confeillers
d'Erat fe font . Feu M' Bi
gnon fon Pere eftoit Conſeiller
d'Etat ordinaire , & avoit
brillé auparavant dans le Parlement
, en qualité d'Avocat
General. Mrs fes Freres joüif
fent prefentement de la même
dignité. Je ne vous diray
rien de plus de cette illuftre
202 MERCURE
Famille , n'y ayant perſonne
qui ne foit inftruit de tout ce
qui la diftingue . M' l'Abbé
Bignon eft eftimé generalement
par la bonté de fon
coeur , & par mille qualitez
qui fe trouvent rarement dans
une même perfonne. Il eſt
grand Predicateur, & univerfel
dans tout ce qu'il eſt avanta
geux de fçavoir . Heft de l'Academie
Françoiſe , & Prefi
dent de l'Academie des Sciences
, dont il a renouvellé l'éclat
par fes foins , & pour la
quelle il a fait faire quantité
de Reglemens fort avanta-
1
GALANT. 203
geux pour ceux qui compos
ient cette Academie.
La place que feu M'l'Evê- ·
que de Noyon occupoit dans
l'Academie Françoiſe , vient
d'eftre remplie par M'de Safli ,
Avocat au Confeil , des plus
renommez.La reputation qu'il
s'eft acquife dans cet employ ,
& l'approbation que le Public
a donnée à la Traduction qu'il
a faite des Lettres de Pline le
Jeune , ont déterminé cette
illuftre Compagnie à luy donner
fes fuffrages. Je vous parleray
le mois prochain de ce
qui fe fera paffé le jour de fa
204 MERCURE
reception dans ce Corps .
SoeurMarguerite Bourgeois,
premiere Abbeffe de Noftre-
Dame de Montréal en Cana
da , & d'une des plus anciennes
familles de Troye en Champa
gne , mourut il y a quatre ou
cinq mois dans ce Monaf
tére , âgée de quatre- vingtdix
ans. Son zele pour la Foy
eftoit inimitable , & la charité
qu'elle avoit pour le prochain
luy a fait traverſer plufieurs
fois les mers , & expofer
la vie parmi les Sauvages ,
qui firent mourir cruellement
deux de fes Nieces. Les Peu
GALANT. 205
ples de la Nouvelle France la
reclament comme une Sainte.
Le 12. de ce mois , M' le
Cardinal de Noailles , Arche
vêque de Paris , à la fin de la
Meffe qu'il celebra à l'Autel
de la Chapelle de la Vierge , fit
la ceremonie de donner l'Ordre
de l'Etoile de Noftre Dame
à Louis Aniba , Roy d'Ef-
Linie à la cofte d'or en Afrique,
aprés luy avoir donné la Communion
de fa main ; & ce Roy
en
reconnoiffance des graces
que Dieu luy a faites de le
retirer de
l'aveuglement de
Les Predeceffeurs , où les Peu206
MERCURE
ples ont vêcu juſqu'à preſent,
& des bontez de Sa Majefté ,
qui l'a fait élever en France à
fes dépens dans le culte de la
vraye Religion , & dans la pratique
des plus nobles Exercices
, & auffi des obligations
qu'il a a M¹ l'Evêque de Meaux
qui l'a baptifé , & qui affiſtoic
à cette ceremonie , fe mit ce
jour là , luy & fon Royaume ,
fous la protection de la Sainte
Vierge , & inftitua l'Ordre
de l'Etoile de Noftre Dame
avant que d'aller prendre pol
feffion de fes Etats ; où il va
par les foins du Roy , qui a
GALANT. 207
toujours procuré l'augmentation
de la Religion ; en memoire
de quoy il a prefenté un
Tableau , où il eft reprefenté
genoux recevant cet Ordre,
imitant en cela Louix XII .
qui mit fa Couronne & fes
Erats fous la protection de la
Vierge, le 15. Aouſt 16 ..
à
Mr Turgot de Saint Clair ,
Maistre des Requeſtes , a elté
nommé Intendant de Touraine
, à la place de Made Miromenil
, qui avoit esté aupara
IntendantdeChampagne
, vant
& à qui le Roy a donné une
penfion , ce qui fait voir com .
208 MERCURE
bien Sa Majesté eft contente
des fervices qu'il luy a rendus
dans fes emplois.
Le S Guignard , Libraire
à Paris , rue Saint Jacques , a
fait une cinquiéme edition
des Reflexions fur le Ridicule ,
de M' l'Abbé de Bellegarde
,
avec de nouvelles augmentations.
Ce n'est que des livres
generalement applaudis qu'on
-peut faire tant d'editions en fi
peu de temps.
Quoy que le Journal que
je vous ay envoyé dans mes
deux dernieres Lettres , de
GALANT.
209
Tout ce qui s'est fait dans les
lieux qui avoient efté marquez
pour la route du Roy
d'Espagne , depuis Verfailles
jufques à Saint Jean de Luz ,
air paru fort exact , & que je
n'aye rien negligé de ce qui
pouvoit le rendre tel , il s'eft
tant paffé de chofes qu'il eft
impoffible que je n'en aye oublié
quelques -unes . Ainfi j'ay
cru les devoir ajoûter icy afin
que ceux quiauront toutesmes
Lettres puiffent dire qu'ils y
ont trouvé tout ce qu'on peut
dire de plus curieux de cette
fameufe route,
Février
1701
2TO MERCURE
&
On fortit d'Orleans par lë
Pont de la Pucelle , & l'on
trouva à la vue de l'Abbaye.
de S. Memin , les Feuillans de
cette Maifon , qui prefente
rent des fruits & des gâteaux ,
comme ils ont accoûtumé
d'en prefenter au Roy quand
Sa Majesté va à Chambord .
Les Bourgeois de Boilgency
fe trouvérent au même lieu ,
& firent leurs preſens au Roy
d'Efpagne & à Meffeigneurs
les Princes .
Sa Majefté Catholique &
Meffeigneurs les Princes entrerent
dans une des deux
•
GALANT 211
groffes Tours de l'Eglife d'Amy
boife , qui ont chacune un degré
uni en pente , & fans marches
, paré de brique , par lequel
montoient autrefois toutes
fortes de voitures . On découvre
de leur Donjon une
des plus belles vues du monde,
au deffus & au deffous le long
de la Loire , & l'on apperçoit
la Ville de Tours dans l'éloi
gnement.
Mr Duché qui
accompagne
Mile Comte d'Ayen en qualité
de Secretaire
, & d'Homme
d'efprit & de Lettres , don
lieu dans la route au petit
donna
Sij
212 MERCURE
divertiffement dont vous al
lez voir le fujet.
FESTE IMPROMPTU
DONNE'E
AU ROY D'ESPAGNE
A Lufignan , le jour de fa
Naiffance .
Un Suivant d'Apollon .
QUittez, Mufes , quittez les ri—
Que
ves du Permeffe
le nom de Philippe éclate dans
les airs.
Préparez des chants d'allégreffe ,
Pour l'un des plus grands Rois qui
foient dans l'Univers.
GALANT.
217
Sonfang & fes vertus à l'envy le
Couronnent ;
Les plaifirs innocens que la raison
conduit ,.
Le précedent & l'environnent ,
Et toûjours Minerve lefuit.
Un autre .
Que mille fleurs naiffent fur fon
pallage.
Formez pour luy les plus aimables
fons ;
Quelle gloire , quel avantage
S'il applaudit à nos chansons !
Choeur.
Que mille fleurs, &c.
Entrée des Mufes & des Suivans
d'Appollon .
Un des Suivans .
Que fes hauts faits confacrentfa
memoire
214 MERCURE
Que de fes jours heureux rien ne
trouble le cours ;
Que fes plaifirs foient égaux à fa
gloire ,
Qu'ils renaiffent fans ceffe, & qu'ils
durent toûjours.
Choeur.
Que fes hauts faits , &c.
Seconde entrée .
Trois des Suivans d'Apollon .
Mais quel éclat rempli de Majefté
,
Donne un nouveaujour à la terre ;
Eft- ce Philippe , ou le Dieu du Tonnerre
,
Qui répand en ces lieux cette vive
clarté?
Un autre.
C'eft Appollon ,je le voy qui s'avance
GALANT. 21
Gardons tous-un profondfilence .
Apollon.-
Le Ciel exaucera vos voeux.
Philippe doit jouir d'une gloire im--
mortelle ,
Ses vertus pafferont à fes derniers
Neveux ,
Et Louis fera fon Modele.
Vous peuples , que le Ciel raffemble
deformais >
P
De qui l'Ebre & la Seine arrofent
les Campagnes ,
Demeurez unis à jamais.
Les Dieux du Ciel , de la terre &
de l'onde >
De voftre fort heureux en vain fe
roient jaloux ,
Si vous vous confervez dans une paix
profonde.
L'Empire du monde ,
Ne fera qu'à vous.
216 MERCURE
Choeur.
Grand Roy, foyez comble de gloire,
Regnez, s'ilfe peut , à jamais.
Que devant vous foient Mars & la
Victoire
Soyez toujoursfuivi des jeux & de l'a
Paix.
Quoy que pour n'eftre point
accablé de pieces Latines je
n'en mette point dans mes
Lettres , lors qu'elles excedent
la longueur de quatre Vers ,
je ne puis vous refufer le Ma.
tet qui fut chanté dans l'E .
glife de Saintes. Les paroles en
font fi chantantes , & le Latin
eft fi facile à entendre , qu'on
ne
1
GALANT. 217.
le peut lire fans qu'il faffe plai .
fir à l'efprit & à l'oreille .
IN LAUDEM PHILIPPI V.
HISPANIARUM REGIS .
CARMEN MUSICUM.
Cantate Domino canticum novum,
Cantate novo Regi novum canticum.
Cantate Domino, cantate Philippo,
Canter Regi Catholico totus orbis
Chriftiadum.
Cantare Galli,cantate Hifpani.
Hic nofter amor eft defiderium.
"
Février 1701 .
T
218 MERCURE
Spes unica tot gentium .
Cantate Galli, cantate Hifpani.
Cantet totus orbis Chriftiadum .
Hic nofter amor efter defiderium ,
Cantate Dominofaculum novum,
Cantate Philippo faculum aureum
,
Cantate fæculo Regnum Borbo
nidum .
Cantate Galli, cantate Hifpani .
Canter Regi Catholico totus orbis
Chriftiadum.
OPhilippe Rex invičte.
Qui videt te ; videt , & Patrem ,
Patrem tuum.
O Philippe , qui videt te ,
Videt delicias hominum.
GALANT. 219
Cantate Galli, cantate Hiſpani .
Quivider Philippum , videi deli .
cias hominum.
Oquantâfeptus es gloria Prin
cipum !
Aureafeptus es corona Borboni .
dum .
O Philippe , ô decor , robur
imperium.
O Philippe , Tu decor es , &
corona Borbonidum .
Cantate Galli , cantate Hifpani.
Canter Philippo nunc nunctorus
orbis terrarum .
Cantemus cantemus Regi
Catholico,
Sæculum
novum ,
Tij
220 MERCURE
Saculum aureum.
Sæculum Borbonidum .
Je vous envoye une des Ha
rangues qui ont efté faites à Sa
Majefté Catholique , dans la
Generalité de la Rochelle. Je
ne puis vous en dire davantage.
SIRE ,
L'avenement de Voftre Majefté
à la Couronne d'Espagne, n'eft pas
tant l'ouvrage des hommes que
l'ouvrage de Dieu , qui tient en
fes mains lefort des Rois & la deftinée
des Princes. Cet avenement,
fi avantageux auxdeux plus puiffans
Royaumes du monde , & fi
?
GALANT. 221
glorieux à la Famille Royale, n'a
rien que de grand & de miraculeux
. Les veues de la plus delicate´
Politique yfont confondues , les
projets desplusſages teftes de l'Europe
yfont renverfez, & Voftre
Majefté par leffeeuull-aattttrraaiitt d'un
merite fuperieur , qui l'élève au
défus des Princes qui n'ont que
des vertus communes , détermine
Charles II. au choix quil fair
defon Succeffeur ; enleve lesfuf.
frages du Confeil de Madrid ; fe
concilie des efprits qui estoient dé
vouez àune Puiffance jalouse du
bonheur de la France ; gagne des
cours qu'une noble fierté ne laifle
Tiij
222 MERCURE
pas aifément captiver ; ouvre &
fe fasilite enfin les avenues d'un
Royaume que la nature mêmefem.
bloit rendre inacceffible aux François
par l'interpofition d'une longue
chaine de Montagnes.
Mais qui pouvoir à plus jufte
titre monterfur le Trône des Rois
Catholiques que l'Heritier du zele
des vertus du Fils aîné de l'Eglife
qu'un Prince digne de la Monarchie
universelle , & qui fur le
modele de Louis le Grand fon
Ayeul fera le puiffani Protecteur
des droits de la Religion ?
Le plus fage des Rois d'Ifrael
fouffre qu'on batiffe des Temples à
GALANT. 223
des Dieux étrangers , & for
Royaume eft divife , & fa Pofte.
rité privée pour toûjours du plus
grand nombre de Tribus qui
eftoient foumises à fon obéißance.
Le plus religieux des Rois tres-
Chreftiens abar & démolit les
Temples que l'Herefie avoit élevez
d'une main auffi rebelle
profane , & le Ciel donne de furcroift
àfa Pofteritéune autre Mo
narchie composée de plufieurs Etats
riches & floriffans .
que
Dieu qui ne laiffe point fes onurages
imparfaits , remplira les
grands deffeins qu'il a fur Voftre
Majesté. si dés le premier pas
Tiiij
224 MERCURE
qu'elle fait dans le monde , elle
porte l'étendue de fa puiſſance juf.
qu'où l'Aigle n'a pû voler , & ne
donne point de bornes à fa Souveraineté
que les extremitez de l'Afie
, de l'Afrique , & de l'Amerique
, que d'heureux progrés dans
la fuite des temps vont augmenter
fa gloire ! Sire , c'est le fujer des
væsx , &c .
Je ne vous ay point parlé
de Libourne dans ma derniere
Relation. Les jeunes gens de
ce lieu là , & les plus experimentez
au fait de la Marine ,
fe rendirent à Blaye à l'arrivée
GALANT. 225
du Roy d'Eſpagne & de Meffeigneurs
les Princes dans une
Barque conftruite en forme
de Galere qu'ils nommerent
la Fidelle de Libourne . Elle attira
les yeux & l'admiration de .
tous les affiftans dont le con
cours eftoit fort grand . Le
corps de ce Bâtiment eftoit
peint en azur , & tout parfe
mé de Fleures - de Lis couleur
d'or. La couverture faire en
berceau eftoit fort élevée , &
peinte de melme que le corps..
A l'Eſperon eftoit un Monſtre
marin , aux deux coftez duz
quel eftoient montées fepe
226 MERCURE
pieces de Canon de fonte ,
fervies par un habile homme
de la mefme Compagnie
, qui
aprés avoir eu l'honneur de
faluer Sa Majefté Catholique
& Meffeigneurs les Princes ,
les fuivit jufques à Bordeaux,
faifant leur décharge fi à propos
, qu'on eftoit furpris de
leur action & de leur feu.
On voyoit des deux coftez
du Gaillard , foutenus de Dauphins
& de Termes à propor
tion , une Galerie qui paroiffoit
plus élevée de quatre pieds
que le corps . Au coſté droit
de cette Galerie eftoint les
1
"
GALANT. 227
Portraits de leurs Majeftez
tres Chreftienne & Catholi
que , au milieu defquels eftoit
un lacs d'amour en Ruban
rouge , dont chacun des Roistenoit
un bout , & l'ame eftoit
Nous éloignant nous le ferrons
& au cofte gauche les Armies
de Grenade , qui porte d'argent
à la Grenade de Sinople:
tigée & feüillée de mefme
ouverte & grenée de gueulles
pour ame ; on lifoit ,
fruit vaut plus que ma Couronne,
,
Mon
Au derriere de la mefme
Gallerie eftoit un Soleil avec
cet hemiftiche Latin . Necplus
ribus
impar.
228 MERCURE
Au grand Pavillon , paroif
foit les Armes de France , au
tour defquelles on lifoit ces
deux Vers Latins qui expriment
les voeux de Libourne .
Borbonidum Princeps æternum
vivat iberis ,
Er nobis Rex pacis amans hæc
vota Liburna.
Ces deux Vers ont efté ren;
dus ainfi .
Qu'un Prince des Bourbons, foit
toujours Roy d'Espagne ,
Que l'amour de la paix , en tous
lieux l'acompagne
.
Du Maft pendoit une grand
de Flame.
GALANT. 329
Digna Liburnenfis fulgent infi
gnia gentis.
C'est à dire ,
On voit icy l'éclat des Armes de
Libourne.
Carles Armes de cette Ville
font reprefentées par un Navire
d'or à trois Mafts fom .
mez de trois Fleurs de Lis de
mefme, au champ d'azur ondoyé
en pointe & foutenu d'un
Croiffant d'argent . De l'autre
cofté de cette Flame on lifoit,
Filia Burdigala veftros etiam
ambit amores , id eft.
La Fille de Bordeaux prétend à
vos amours.
230 MERCURE
Ce Titre de Fille de Bor
deaux à toujours efté donné
à Libourne par les Chroniques.
Je vous envoye la Harangue
que fit à Sa Majefté Catholique
M' de la Trene , premier
Prefident au Parlement,
de Bordeaux,
SIRE ,
Depuis que Voftre Majesté s'eft
difpofée à quittter l'heureux Pays
où elle a pris naiffance , pour aller
prendre poffeffion d'un des premiers
Trônes du monde , on a tâché de
luy relever, autant que l'éloquence.
1
GALANT: 231.
le peutfaire , toutes les circonstances
de ce grand évenement , qui font
une foule deprodiges arrivez, comme
d'intelligence & de concert pour
faire un Fils de France Roy d'Efpagne
, & de tous les Royaumes
qui en dépendent . Ce Fils de
France , à peine entré dans les
premieres années de la Jeunesse ,
mais déja tout animé des vertus
royales.
Ce feroit donc une témerité à
nous , & vouloir abufer , Sire , de
la patience de Voftre Majesté , que
de vouloir entreprendre de donner
un nouveau jour à tant de merveilles
; mais une Compagnie auſſi
232 MERCURE
foumife qu'eft la noftre àfon incomparable
Roy , voftre Ayeul, nepeut
fe tairefur unedes plus effentielles
circonftances , qui vous est fans
doute la plus agreable de toutes.
C'eft la décifion qu'a prononcée le
grand Roy, l'arbitre fouverain de
1 Europe , qui ne cherche qu'à
la rendreheureufe. Dans cette décifion
, jointe à l'avisformé par la
tendreffe de Monfeigneur le Dauphin
, Prince genereux jufqu'à
L'excés fe trouve l'illuftre modele
de la foumißion filiale , & de l'amour
paternel.
On peut dire à V.M. qu'elle a
déja efté couronnéepar lesmains de
GALANT: 233
1
cés deux Heros , fi dignes de dif
penfer les Couronnes , & que la
pompe de vostre couronnement
d'Espagne , ne fera qu'une cere
monte pour les Grands , & un
Spectacle pour le Peuple .
Mais encore , quelle joye pour
Voftre Majefté, de fe voir accompagnée
de Meffeigneurs les Princes
fes Freres , qui attachez à elle par
les liens de la plus tendre amitié ,
n'ont pû ſe résoudre à la quitter®,
qu'elle ne foit comme enlevée d'entre
leurs mains par de nouveaux Su .
jers , qui depuis la mort de leur
Roy foupirent aprés vostre arrivée.
Février 1701.
V
234 MERCURE
&
Si toute la France , Sire , eft
penetrée des mêmes fentimens , fi
fa gloire montée dans cette occafion
plus baut que jamais , luy coutefi
cher, qu'il luy faut perdre l'un.
des trois Princes , les objets fidignes
de fon amour , dont le
fiecle prefent fait fes delices , nous
pouvons
dire ce Parlement
que
tout fon reffort auront l'avantage:
de n'estre pas auffi feparez que lerefte
du Royaume des Etats de
Voftre Majesté.
Ce n'est point dans cette érendue
de terres que la France eft
feparée de l'Espagne par des rochers
des montagnes inacceffibles; nos
GALANT. 275
limites ne font que des Eaux pai
fibles & des Ifles heureuſes , qui
nous rappellent le fouvenir de mille
alliances entre les deux Etats ,
fur tout de ce fortuné mariage ,
Pilluftrefource de la glorieufe defti
née ne Voftre Majefte . Toutes ces
alliances , Sire , ont esté les facrez
augures de la Paix éternelle que
vous annonce entre les deux
Empires , Paix d'autant plus beureuse
pour nous, que cette Province
par l'avantage de fafituation , en
recueillera les premiers fruits, dont
ce Parlement , comme compofé des
premieres teſtes , aura la meilleure
pars.
Vij
236 MERCURE
de
Il fera auffi plus attentif que
tout le reste aux profperite
regne d'un Royfi digne de l'eftre ,
prefagées par des commencemensfi
miraculeux, & il fera mêmefa
Cour à fon augufte Maiftre par
cette attention.
Quel bonheur pour nous , Sire,
d'eftre auffi voifins des fpectateurs ·
d'un fi glorieux regne d'eftre les
premiers canaux de la Francepar
où pafferont les agreables nouvelles
qui en feront portées au Roy vo
ftre Ayeul.
Nous fupplions Voftre Majesté
d'eftre perfuadée que ces fentimens
fout auffi gravez dans nos coeurs
GALANT. 237
que l'eft nostre profonde veneration
pourfa Perfonnefacrée.
Je viens d'apprendre que le
Roy ayant lu cette Harangue,
& celles que le même M ' de la
Trefne a faite à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & à
Mónſeigneur le Duc de Berry,
Sa Majeſte a témoigné publi
quement à Mr le Marquis de
Comminge , Frere de Madame
de la Trefne , qu'elle avoit
remarqué avec plaifir l'attachement
inviolable que ce
Magiftrat avoit pour fa Perfon
ne , fon caractere ne l'obli
238 MERCURE
geant à porter la parole qu'aux
Rois , & qu'elle luy fçavoir
bon gré de l'hommage qu'il
luy avoir rendu en la perfonne
des Princes fes petits Fils , &
à Madame de la Trefne de l'at
tention qu'elle a euë à bien regaler
les Seigneurs qui les fuivent
, pendant le ſejour, qu'ils
ont fait à Bordeaux. Plufieurs
perfonnes de la plus haute diftinction
de la Cour & qui
honorent cette Dame de leur
eftime , luy ont marqué avec
beaucoup d'amitié la part qu
elles prennent à la fatisfaction
que le Roy en a receuë.
GALANT. 239
Aprés les harangues faites
par les Cours Superieures des
Bordeaux , M' de la Trene ,
Fils de M' le Marquis de 3:
Trene , Prefident à la premiere
Chambre des Enqueftes ,
& Petit fils de M' le premier
Preſident , âgé de cinq ans fix
mois , harangua le Roy d'Efpagne
en preſence de Monfei.
gneur le Duc de Bourgogne.
& de Monfeigneur le Duc de
Berry. Il fut prefenté par M
le Duc de Beauvilliers , &
parla en ces termes avec une
fermeté admirable.
240 MERCURE
SIRE ,
Je ne puis trop admirer les ſe.
srets refforts de la Providence
quand je confidere qu'on viene
vous enlever dans le fein de las
France pour vous placer fur undes
plus puiffans Trones du monde.
Ce changement eft viſiblement
l'oeuvre de Dieu ; c'eft fa droite ,
SIRE , qui l'a fait . C'eft luy qui
tenant le coeur du Roy Charles II.
d'heureufe memoire , dansfa main,
luy a infpiré le deffein de vous confier
cette grande Monarchie, Jamais
choix n'a fait plus d'honneur.
Les Peuples l'ont reçu avec
applaudiſſement
.
GALANT.
241
applaudiffement. Les Heretiques
même l'ont respecté ; Enfin toute
1 Europe parle du bonheur del Efpagne
, & il n'y a perfonne qui ne
publie , SIRE , que vous etes
un Roy felon le coeur de Dien
auffi bien que felon le coeur du
Peuple.
ja
On ne doitpas etre furpris
de la prefence d'efprit de ce
jeure Seigneur , puiſqu'il a l'avantage
de fortir de l'illuſtre
Maifon de le Conte , dont les
Ayeux ont rendu de fi grands
fervices à l'Etat par
l'attachement
inviolable qu'ils ont eu
Février
1701. X
242 MERCURE
pour leur Prince , ayant rem
pli les premieres Charges du
Parlement de Bordeaux de
puis fa creation, 344
Vous connoiffez м' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife
Metropolitaine & Primatiale
de Bordeaux , où il fait fa refidence
ordinaire. Je vous ay
déja fait part de plufieurs ouvrages
de fa façon , que vous
avez lûs avec plaifir. C'eſt luy
qui a fait ce Madrigal.
GALANT.
243
AU ROY
CATHOLIQUE.
MADRIGAL.
SI, charms de vostre merite ,
Etfoumis a dejuftes loix ,
Plein de zele & d'ardeur , l'Ibere
vous excite
A vous aller charger du poids
De tant de Sceptres a lafois.
D'un éclat fans pareil , vous ornez
fa Couronne.
Ily trouve fon interest ;
Maisfon choix , toutjuste quil eft ,
Nous ofte plus qu'il ne vous donne.
Les Vers Latins qui fuivent
font de M² Saro. Il a fait une
X ij
244 MERCURE
ties belle Relation de ce qui
s'eft pafle à Bordeaux à la reception
de Sa Majeſté Catholique
& de Meffeigneurs les
Princes ; mais eftant arrivée
trop tard , je ne pus vous l'en .
voyer le mois paffé.
Infcribendum imagini PhilippiV.
Hifpania Regis.
Hic Lodoicis Avifpecimen , fpes
altera Patris ,
Plurima Sceptra gerit redivivo
clara Philippo.
Ces autres Vers furent prefentez
au Roy d'Eſpagne , & à
Meffeigneurs les Princes , à leur
GALANT: 245
arrivée à Bordeaux, Ils font de
M' Robert Avocat au Prefidial
de Perigueux
.
MADRIGAL
Courez, Pemples ,courez de toutos
paris
Venez enfoule admirer les Cefars,
que la France, à la fois en tant de
Rois feconde ,
Eleve dans fon fein pourgouverner le
monde.
Cet air fi grand &fi majestueux ,
Cet éclat qui les environne
Qui nous ravit & nous étonne.
Ce noble feu qui brille dans leurs
yeux ,
Etqui reffemble & celuy de Bellon-
X iij
246 MERCURE
·Enfin ces traits divins l'on remarque
en eux,
que
Exigent des Mortels leurs encens &
leurs
voeux,
Offrons leur donc & nos biens & nos
nos vies :
Ce font les Petits -Fils d'un Heros
fans égal ,
Qui fans doute feront les illuftres Copies
De cet augufte Original..
A LA GLOIRE
DE SA MAJESTE
CATHOLIQUE .
E Spagnols
, fi le Ciel vous
ofta
voftre Maistre ,
GALANT 247
E
E.
T
us
Il vous en donne un autre iffu dufang
des Dieux ,
Qui va bien- tôt dans vos Etats
paroitre ,
Preft à vous foutenir , en tour temps ,
en tous lieux.
Qu'heureufe eft voftre destinée !
De vivre fous les douces loix ,
D'un augufte Prince François ,
Dont l'ame eft de vertus & degraces
ornée !
Etquiprenantpourmodele Louis ,
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre ,
↑
Et l'imitant dans fes faits inouis ,
Se rendra comme lui les amours de la
terre.
Caftillans , qui fuivrez par tout fes
heureux pas ,
A quelle gloire unjour ne prétendrez
vouspas ?
X iiij
248 MERCURE
Hatez- vous donc de couronner la
tefte
D'un Heros dont le coeuranimera vos
bras ,
Et qui mettrapour vous conqueftefur
conquefte .
2
PHILIPPE , dont le nom va remplir
l'Univers
Ma Mufe ofe toffrir humblement
pourétrene
Un Madrigal de dix-feptVers.
Ces champreftres enfans d'une rustique
veine ,
Ont du moins le bonheur d'eftre au
nombre précis
Grand Roy , de tes belles années.
Dieux ! dans un long cours rendez
les fortunées ,
Et mefurez fon regne à celuy de
LOUIS!
GALANT.
249
S
Paris , tupouvois te vanter'
De renfermer dans tes murailles ,
Lesgrands Dieux des Batailless
Mais Madriddeformais fçaura bien
timiter
Et retrouverfon ancienne vaillan
се
Dans ce Maistre nouveau que lui
donne la France
$
Va poffeder , Grand Roy , tonpuiſſant
Heritage ,
C'est le prix de ton coeur ; lafuftice &
la Paix
Applaudiffent à ce partage.
Le Ciel à ton grand nom le conferve
à jamais !
On prefenta à Bazas au Roy
250 MERCURE
d'Eſpagne les Vers fuivans en
langage du Pays....
AU REY
DE LES ESPAIGNES.
Q
Ve ma lengue mepruts de dife ma
Mais ma Mufeprun Rey n'eft pas
prou delicade
Práce n'eftrey pas de ly dife en Gafcon
Philip , en bous befen on bey bostepaybon
.
&
Anets luzy , Grand Rey , fur lou
Trône d'Efpaigne ,
Effaçats Charle-quint , obfcurcits
Charlemagne ,
1
GALANT: 257
Auta doux que Davit , fage coum
Salomon ,
·De boftes grands exploits hazets treni
Lou
nom.
Fou preguy lou bon Diu qu'après un
maridatge
"Affortit de bonbur , & bous dongui
mainatge,
Qui coum lonjouen Grec nou manqui
de ploura ,
En difen quats tant heit que nya res
plus aha.
GrandRey en bous quittant dats nous
l'affegurance
Defta lou bon ami tout jamei de la
France
[ part
Que ne pot chob plora beze boſte de-
Et chob farrejouir tabé d'une autre
park.
252 MERCURE
2
Quendfonge quetsbati ha regna dens
Galice
A Madrit & per tout la Foy & la
Justice
Et ligna Efpagnon abfque los
Frances
Sire , acquets deux units non barran
mey de tres.
Voici une espece de Traduction
de ces Vers Gafcons .
AU ROY D'ESPAGNE.
Que
Ve ma Mufe eftfertile & fent
d'impatience
De pouvoir à fon tour dire cequ'elle
penfe
De confacrer fes voeux à l'honneur
d'un Grand Roy
GALANT. 532
Mais comment s'acquitter d'un auffi
digne employ ?
Je luy diraypourtant fans tarderdavantage
Qu'il eft de fon Ayeul une parfaite
image ,
Qu'il en a la valeur , l'esprit , lejugement,
Et qu'en voyant PHILIPPE on voit
LOUIS LE GRAND .
2
Ouy , Sire , quoy que jeune & d'un
age affez tendre ,
L'Homme parfait chez vous ne fe
fait point attendre.
Iffu de ce Heros , de fonfang ani
mé
Vous avez les vertus d'un Prince
confommé.
S
254 MERCURE
Allez donc au plutoft fur le Trone
d'Espagne
EffacerCharlequint, obſcurcirCharlemagne
,
Vivre comme David , regner en Salomon
Erremplirl'Univers du bruit de votre
nom .
2
Allez, & que le Ciel aprés un Hymenée
,
Afforty du bonheur d'une longue lignée
Vouslaiffe quelquejour un digne Sueceffeur
,
Quipareil à ee Grec ,jeune & fameux
Vainqueur,
Sinftruifant des vertus , des hauts
faits de fon Pere ,
Et voyant quefon bras ne trouve rien
àfaire ,
GALANT. 255
S'écrie , en gemiſſant & pleurant de
regret ,
PHILIPPE a tout conquis , fa valeur
a toutfait.
24
Allez encore un coup , nous laiffant
l'esperance
Que vousferez toujours bon ami de la
France
Quine peuts'empêcher , voyant voftre
départ ,
Depleurer d'un cofte , tandis que d'au
tre part
Elle fe réjouit penfant qu'en la Galice
Et dans tous vos Etats va regner la
Fuftice ,
Que vous allez unir l'Espagnol au
- **Francois ':
Sire , ces deux unis en vaudront plus
detrois.
256 MERCURE
Sa Majefté Catholique &
Meffeigneurs les Princes arriverent
au mont de marfan , où
M' l'Evêque d'Aire s'eftoir
rendu la veille pour leur faire
compliment , le Mont de Marfan
eftant de fon Diocele . Il
officia en habits pontificaux ,
& y tint une table tres magnifique
pendant le fejour quele
Roy d'Eſpagne , & Meffeigneurs
les Princes y firent .
Quoy que l'on ne s'arrendiſt
pas à trouver grand monde
dans ce lieu , il y vint tant de
Nobleffe des environs , que la
Compagnie fe trouva nomGALANT.
257
breuſe au Bal que donna M² .
l'Intendant. M' le Duc de Ve.
jar , M' le Comte de Villalva,
fon Oncle , & Mr le Duc de
Pigneranda , firent couler le
foir des fontaines de vin devant
leur logis.
A Dax on trouva la grande
porte de l'Evêché & la cour
ornées de plufieurs Cartou
ches , avec des Devifes converables
aux affaires du temps.
M Duché , dont j'ay déja
parlé plufieurs fois & qui
eft auprés de M' le Comte
d'Ayen , prefenta les Vers ſuivans
à Sa Majefté Catholique.
Février 1701 . Y
258 MERCURE
PARAPHRASE
du
Pleaume 127 .
Beati qui timent Dominum , qui
ambulant in viis ejus.
2
Velle gloire , GrandRoy , que
profperitez !
Quel comble de felicitez
de
De celuy qui craint Dieu rempliffent
l'esperance !
En fuivant fes fentiers heureux &
peu battus
2
Tu vois de tes travaux quelle eft la
recompenfe ,
Et déja tujouis du fruit de tes vertus
2
De ton augufte Sang une race puiffante
.
GALANT. 259
Comme la vigne floriffante
Remplit de toutes parts tes auguftes
Palais ,
Et tels que des rameaux de l'olivier
paifible
Tes Fils èternifant ton pouvoir invincible
,
Affurent à ton Trône & la Gloire &
la Paix.
S
Ainfi , qui du Seigneur n'a pointper
du la crainte
Ne fentira jamais l'atteinte
Des redoutables traits qu'il lance en
fa fureur.
Ainfi , plein des defféins que luy- même
il t'infpire
Puiffes- tu comble d'ans voir ton heureux
Empire
Eftre du monde entier l'Amour & la
terreur.
Y ij
260 MERCURE
Que les Fils de tes Fils répandusfur
la
terre ,
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre ,
Au bout de l'Univers aillent porter ta
Loy ,
Que comblez à tes yeux de bonheur &
de gloire ,
Conduits par l Equité ,fuivis par la
Victoire
Toujours Grands , toujours Saints , ils
foient dignes de toy.
On ne peut rien ajoûter aux
Illuminations qui fe firent à
Bayonne ; car outre les lanternes
de papier coloré , rempli
de Devifes , les lampes & les
flambeaux qui eftoient aux fe
GALANT. 2611
་
neftres , & dont vous avez vû
le détail dans ma Lettre précedente
, il y avoit fix cens
groffes lumieres dans des quar.
rez de fer blanc , élevez fur des
pofteaux de fept pieds de haur,
mais ce qui parut encore plus.
furprenant , fut l'Illumination.
des Vaiffeaux , qui aprés une
décharge de tout leur Canon ,.
mirent des lumieres à tous.
leurs huniers , mafts , poulies,
bords , & generalement à tous
les endroits où il n'y avoit
point de rifque que le feu prift.
Ce qui formoit ces lumieres,
eftoit gaudronné & huilé , &
262 MERCURE
parut d'autant plus brillant,
qu'il y avoit un grand nombre
de Vaiffeaux.
Plufieurs Efpagnols le mê
ferent pendant toute la foirée ,
& la plus grande partie de la
nuit , aux Bourgeois & aux
Bafques , chancans & danfans ,
dont j'ay déja parlé , & marque .
rent au fon de leurs Guitarres
la joye exceffive dont ils é.
toient penetrez
.
Sa Majesté Catholique &
Meffeigneurs les Princes allerent
voir pendant leur fejour
à Bayonne , le lieu nommé la
Chambre d'Amour , qui eft une
GALANT. 263
efpece de gouffre fous des ro
chers creufez par les flots.
On tira par delà la prairie,
& de l'autre coſté de l'Eau ,
environ quatre vingt Bombes ..
Il y avoit onze мortiers qui
ne tiroient que des Bombes
chargées de terre , & qui ne
crevoient pas ; mais il y en
avoit deux dont les Bombes
eftoient chargées de poudre.
Elles eftoient extrémement
éloignées des Princes , ou plûtoft
de Bayonne , & tomboient
dans l'eau , ne pouvant faire
aucun mal en tombant.
M
Avant que de parrir de
264 MERCURE
Bayonne , M' le Maréchal de
Noailles , toujours plein de
confideration
pour les Efpagnols
, envoya Mr de Hauterive
, l'un de fes Gentilshommes
, pour fçavoir comment
Mile Comte d'Ognate , Dons
Antonio Martin , Fils de M ' le
Duc d'Albe , & M' le Prince
Pio fe portoient de l'accident
qu leur eftoit arrivé pendanc
le combat de Taureaux , s'ils
n'avoient befoin de rien , &
s'il ne leur pourroit eſtte bon
à quelque chofe . Ces Seigneurs
recurent ce Gentilhomme
fi gracieulement
qu'ils
GALANT.
265
qu'ils ne voulurent point entendre
le compliment qu'il
avoit à leur faire , qu'il ne fuft
affis auprés d'eux ; aprés quoy
ils le chargerent de mille re
merciemens pour M' le Duc
de Noailles , & répondirent ,
Que leur plus grand mal eftoic
d'eftre hors d'eftat de faire leur
Cour àS. M.C.
Comme j'attendis pour fer.1
mer ma Lettre le mois paffé ,
les premieres nouvelles de ce
qui s'eftoit paffé à l'arrivée du
Roy d'Espagne à Saint Jean de
Luz , & à la ſeparation de Sa
Majefte & de Meffeigneurs les
Février
1701
Ꮓ
266 MERCURE
Princes , & que je n'eus pas le
temps d'attendre tout ce qui
s'est écrit là. deffus , je croy .
devoir parler de nouveau de
ces deux Articles , afin qu'il ne
manque rien au Journal de
leur route , pour lequel j'ay
pris foin de recueillir tout ce
qui en a efté écrit.
Le jour que Sa Majeſté Ca
tholique & Meffeigneurs les-
Princes partirent pour ſe rendre
à Saint Jean de Luz, ils
dînerent en Caroffe à moitié
chemin , fur une hauteur , au
bord de l'Ocean , & arriverent
de bonne heure à S. Jean
GALANT. 267
L
de Luz , le plus agreble féjour
du monde , au jugement de
toute la Cour , Les Pirenées
s'élevent derriere , & la mer
pardevant y entre dans une
Anfe en forme de croiffant
d'environ une lieue , fermée
par deux hauteurs , fur l'une
defquelles on baſtic un Fort ,
pour
la feureté du Port qui eſt
au deffous. Il y a des Quais par
tout où ils font neceffaires?
Les Baftimens entrent avec la
marée jufque dans le Bourg ,
& un beau Pont en fait la
communication avec l'autre
partie , appellée Sibourg . Les
Zij
268 MERCURE
rues y font larges & bien pa
vées , les mailons propres &
bien baſties , les Habitans aifez
& honneftes , mais parlant
un Jargon auquel on ne comprend
rien . Les Femmes y font
belles , & il y vint quantité de
jolies perfonnes pour voir, admirer,
& le faire admirer elles
mêmes.
Quoy qu'il le fuſt trouvé
quantité d'Espagnols
à Bayonne
, on ne laiffa pas d'en trouver
encore beaucoup à Saint
Jean de Luz , parmy lefquels
il y avoit même des Dames
que la curiofité y avoit attiGALANT
269
4
rées. Les Balquesy firent merveilles
, ainfi qu'à Bayonne. Its
eftoient tout couverts de rubans
, & avoient des camisoles
blanches , des fouliers fans ta
lon , & des bas blancs ou rouges
, entourez de grelots dont
le fon joint à celuy de leurs
fifres faifoit un trop grand
bruit pour ceux qui n'y étoient
pas accoûtumez.
Pendant les deux jours qu'-
on paffa à Bayonne le Roy Catholique
& Meffeigneurs les
Princes fe promenérent & tirérent
fur le bord de la mer.
Els vifitérent tout ce qu'il y
Z iij
270 MERCURE
P
avoit à voir , & le dernier jour ,
pour ne pas aigrir la douleur
qu'ils fentoient en penfant que.
leur feparation approchoit , Sa
Majefté Catholique alla feule
à la chaffe , & Meffeigneurs.
les Princes au Fort d'Andaye,
vis à vis de Fontarabie , dont
le Gouverneur , les envoya
complimenter , & les fit faluer
de toute fon Artillerie à
leur arrivée , & à leur départ.
Il fit auffi mille honneftetez à
quantité de François que la
curiofité de voir cette fameufe
Place y avoit fait paffer.
M' le Duc de Beauvilliers ,.
9
GALANT. 27
M le Maréchal de Noailles
voulant fçavoir fi la Maifon
de Sa Majesté Catholique , qui
l'attendoit depuis deux jours
à Iron , avoit affez de Mules
•pour emporter les hardes ,
.meubles , & autres chofes fervant
au Roy d'Espagne , qu'il
faifoit porter avec luy , & en
même temps fi le Pont de Bateaux
qu'on y faifoit pour fon
paffage fur la riviere de Bidaffoa,
prés d'Iron , s'avançoit , &
feroit preft pour le 22 envoyé.
rent en poſte à Iron , par ordre
de S. M. C. M' de Hauterive ,
dont je vous ay déja parlé plus
Z iiij
272 MERCURE
fieurs fois avec une Lettre de
M' le Duc d'Harcourt pour
M' le Marquis de Quintana ,
premier Gentilhomme de la.
Chambre du Roy d'Efpagne ,
à prefent en quartier , & Capitaine
de la Garde Efpagnole.
Il trouva à Iron dans la chambre
de ce Marquis M ' le Marquis
de Lameida , Majordome.
Il donna fon paquet , à M' le
Marquis de Quintana , luy
preſenta le Memoire des Mules
qu'il falloit pour porter les
hardes de Sa Majesté Catho
lique , & ce Marquis promit
de faire fournir dés le lende
GALANT. 273
main quatre vingt Mules que
le Roy demandoit. Sçavoir ,
Pour ce qui regardoit la
Bouche ,
20.
Pour ce qui regardoit la
Chambre & la Garderobe, 49.
Pour ce qui regardoit l'E
curie , comme houffes , brides ,
&
felles ,
S
Pour ce qui regardoit le
linge 6. ,
Enfuite ils chargérent M' de
Hauterive d'affurer M le Duc
de Beauvilliers , & M' le Maréchal
de Noailles , que le Pont
feroit preft pour le 21. au foir,
& qu'il y avoit cent cinquante
274 MERCURE
hommes qui y travailloient.Ils
firent prendre du chocolat à
M'de Hauterive , & en prirent
avec luy , & luy donnérent une
Lettre pour répondre à celle
de Mile Duc d'Harcourt , qui
eftoit à Saint Jean de Luz , où
ce Gentilhomme ne fut de
retour qu'à minuit .
Le 22. à neufheures du ma
matin , le Roy Catholique
après avoir efté le trifte témoin
des pleurs que répandoient
ceux de fa Maifon qui
le quittoient , alla entendre la
Meffe à S Jean de Luz , & au
retour ce Prince fir un leger.
$
GALANT 275
4
で
déjeuné , qui fut fort troublé
par la pensée de la féparation
qui eftoit fur le point de fe
faire. Sa Majesté n'attendit
pas Meffeigneurs les Princes
dans fa Chambre , ainfi qu'elle
faifoit ordinairement , mais
elle en fortit auffi toft qu'elle
eut appris qu'ils montoient
l'efcalier . Ils fe faluérent les
uns les autres , fans fe parler ,
mais leurs larmes firent connoiftre
leur douleur , & ce
qu'ils auroient pû fe dire s'ils
avoient eu la force de proferer
feulement quelques paro
les. Sa Majelté Catholique
276 MERCURE
monta en Caroffe avec Me
feigneurs les Princes , & Mrs
les Ducs de Beauvillers & de
Noailles pour se rendre à Iron ,
Bourg en Espagne , où la Maifon
l'attendoit. Elle eftoit accompagnée
du même Cortege
qu'elle l'avoit efté dans
tout le voyage
, à l'exception
des gros équipages . Toute la
Cour eftoit fort propre. On
marcha tres lentement , &
l'on n'arriva qu'à midi . Cette
heure fut bien dure à paffer.
Ces trois Princes fe regardé
rent fouvent , fans fe parler
que des yeux , & le profond
·
GALANT . 277
F
filence que la douleur , dont
ils eftoient penetrez , les obligeoit
à garder , faifoit mieux
entendre leurs foupirs. Ils tiré
rent des larmes de Mrs les
Ducs de Noailles & de Beau..
villiers & de tous ceux qui fe
trouvérent prefens , & arrivérent
au bruit des Timbales ,
des Trompettes & des Tambours
. Quatre mille François
ou environ eftoient accourus
de toutes parts fur le bord de
la Riviere. La Milice du Pays
s'y trouva pareillement
, ayant
eu ordre de s'y rendre. Il y
278 MERCURE
avoit auffi quelques Compagnies
de Fuzeliers , & de Bourgeois
de Bayonne. Le Pont
qui eftoit du coſté de France , '
eftoit le plus petit. Les Gardes
du Corps , & les Cent Suiffes
leurs Officiers en tefte , for.
moient trois rangs des deux'
coftez , le Caroffe de Sa Ma
jefté Cath. paffa au milieu , ce'
Caroffe s'eftant arrefté auprés
de l'ifle qui eft entre les deux '
bras de la Riviere , & qu'on
appele l'ifle de Joma , les larmes
& les foupirs des trois auguftes
Freres fur qui eftoient tournez
GALANT. 279
les regards de toute l'Affemblée
, redoublérent , & il ſe
forma alors comme un echa
des foupirs de toute cette trifte
Affemblée. Sa Majesté Catho ,
lique auroit traversé l'lfle , &
paffé l'autre Pont , qui eftoit
tout le chemin qui reftoit à
faire pour le rendre fur les
Coftes d'Efpagne ; mais la
Ville de Fontarabie luy ayant
envoyé un Brigantin pour fon
paffage , avec plufieurs petites
Barques pour celuy de la fuite ,
Sa Majesté voulut bien s'en
fervir. M ' le Duc d'Harcourt
cftant allé voir fi ce Brigan
280 MERCURE
tin eftoit preft , & fi toutes
chofes eftoient en bon eftat
pour le petit trajet qu'il reftoit
à faire par Sa Majeſté Catholi
que , eftant venu luy en rendre
compte, ce Prince fondant
en larmes , & comme immobile
, defcendit de Caroffe ;
Meffeigneurs les Princes def
cendirent en même temps , &
Monfeigneur le Duc de Bour
gogne fe baiffa fort bas en pre
nant congé du Roy fon Frere ,
qui le tint quelque temps entre
les bras, & le ferra tendrement.
Ils répandirent beaucoup
de larmes , & pendant
GALANT. 28
que leur rendre douleur qui les
faifoit paroiftre dans un abat
tement dont toute l'Affeme
blée fe reffentoit , leur oftoit
la force de parler , Monſeigneur
le Duc de Borry donna
des marques d'une douleur
plus éclatante , mais qui nean
moins ne pouvoit eftre plus
vive que celle de Meffeigneurs
fes Freres , bien qu'elle éclataft
davantage. Mrs les Ducs de
Beauvilliers & de Noailles qui
s'efforçoient de cacher leur
douleur , pour ne pas aigrig
celle de ces Auguftes Perfonaes
, ne purent retenir leurs
Février
1701.
A a
282 MERCURE
"
Jarmes , aufquelles fe joigni
rent celles de toute l'Affem .
blée. C'eſtoit un ſpectacle
affez touchant , & aſſez nòu !
yeau , d'en voir tomber des
yeux des Troupes , & de voir
infpirer de la pitié par ceux
qui les armes à la main , ainfi
qu'ils les avoient alors , ne doi
vent infpirer que de la crainte .
M' le Duc de Noailles voyant
que les trois grands Princes ,
dont les tendres adieux , qui
ne finiffoient non plus que
leurs larmes , & qui tenoient
toute l'Affemblée attentive,
fans parler que du coeur & des
GALANT. 283
yeux , n'auroient pas la force
de fe féparer , prit la Majefte
Catholique par le bras , & ufa
d'une espece de violence abfolument
neceffaire , pour abreger
des momens fi durs & luy
donna la main pour lui aider
à marcher jufqu'au Brigantin
,
où M'le Duc d'Harcourt qui
venoit de prendre les devans ,
l'attendoit . Sa Majesté Catholique
y entra avec ce Duc &
M' le Comte d'Ayen. On demanda
avant que de partir
Mile Duc d'Offune , & Dom
Antonio Martin , Fils de Mr
le Duc d'Albe ; mais comme
Ava ij
284 MERCURE
•
on ne les trouva ny l'un ný
l'autre , Sa Majesté Catholi
que partit , & on tira auffi toft
les rideaux du Bâtiment où ce
Prince venoit d'entrer , afin
que fa douleur ne redoublaft
point , ou du moins ne continuaſt
pas , en tournant les re
gards du cofté qu'il venoit de
quitter , & d'où il auroit pû
voir encore pendant quelques
momens douloureux , les chers
Princes dont il venoit de ſe
feparer , & dont l'extrême tendreffe
avoit fait redoubler la
fienne , & attendri tout un
Peuple.
GALANT. 285
Mr le Duc de Beauvillers
agiffant en même temps par
le même efprit , en entrans
dans les mêmes penſées , que
ceux , qui par une fage précaution
, venoient de faire ti
rer le rideau du Brigantin
voulut détourner Meffeigneurs
les Princes d'un objet fi cher,
& fi trifte en même temps , &
pour cela il les engagea à rea
monter en Caroffe le plus
promptement qu'il lui fut pof
fible. Il en releva les glaces ,
comme pour leur cacher à
demy les lieux où leurs regards
eftoient attachez , & fit mar28%
MERCURE
cher le Catoffe pour les en éloi.
gner encore davantage ; mais
chacun garda dans fon coeur
l'idée des chers objets qu'il ve
noit de perdre de vûë . Toute
l'Affemblée fortit alors de l'ex
tafe où l'avoient jettée les images
de tendreffe & de douleur
qu'elle avoit encore preſentes ,
& fe remit en mouvement ;
mais fi la parole luy revint , ce
ne fut que pour s'entretenir
de ce qu'on venoit de voir , &
que pour fe dire les uns aux
tres , en commençant à verſer
des larmes de joye , qu'une
rendreffe fi parfaite , & fondée
GALANT. 287
fur une amitié établie & forti
fiée par les liens du fang , &
par la bonne intelligence qui
avoit toûjours regné entre ces
Princes , promettoit à la France
& à l'Espagne une union de
longue durée , qui les couvri
roit d'une gloire immortelle ,
& qui feroit jouir l'Europe ,
aprés avoir diffipé les broüil .
lards qui la vouloient offuf
quer des douceurs de la Paix
puifque ces deux Couronnes
unies feroient toujours affez
puiffantes pour l'impoſer à
ceux qui entreprendroient de
la troubler.
288 MERCURE
Le Brigantin où le Roy
d'Eſpagne venoit d'entrer
eftoit d'une tres belle fculptu
re remplie en dehors de quan
tité d'ornemens. Il y avoit
plufieurs feftons à l'entour
L'Ecuffon d'Efpagne eftoit à la
Poupe , & toute cettre fculptu
re eftoit dorée ou argentée ,
felon qu'il convenoit à ces or
nemens. La Chambre s'éle
voit en dôme de Pavillon. Un
tapis de Turquie en couvroit
l'entrée , & tout le dedans
eftoit tapiffe d'un Brocard
bleu à grandes fleurs d'or tresriche.
Le Pilote avoit une
Toque
GALANT. 289
Toque de velours noir , avec
une aigrette de plumes blanches
deffus. Le Roy d'Espagne
avoit pour la garde dans ce
Brigantin quatre des Deputez
de la Province de Guipufcoa .
Leurs habits eftoient à la
Françoife , tres magnifiques ,
& uniformes . Ces quatre Gen.
tilshommes demeurérent debout
, avec chacun un petit
Moufqueton fur l'épaule , leur
chapeau eftoit retrouffé à la
Françoiſe avec une cocarde
de rubans de plufieurs cou,
leurs Ils reftérent aupres des
Rameurs. Le Roy eftoit placé
Février 1701. Bb
290 MERCURE
dans le fond du Brigantin , M
le Duc d'Harcourt , & Mr le
Comte d'Ayen eftoient ſur le
devant. Il y avoit une douzai .
ne de Barques ou Chaloupes
remplies de la plupart des
Espagnols qui estoient venus
de Madrid à Bayonne , & de
tous ceux qui eſtoient venus
d'Iron pour joüir des premiers
de l'honneur & du plaifir de
voir Sa Majeſté Catholique ,
& pour accompagner le Brigantin.
On remarqua qu'un
de ces Bâtimens eftoit rem .
pli de Dames . Il y avoit des
Trompettes dans quelquesGALANT.
25E
uns. Au premier mouvement
qui fe fic pour faire partir lé
Brigantin , on entendit en
même temps un mélange des
foupirs des François qui bordoient
la Riviere en deça , &
des cris de joye des Espagnols
qui la bordoient de l'autre
cofté. Ces cris produits par le
chagrin des uns , & par la joye
des autres , furent pouffez
avec des tranfports fi vifs &
rant de fois repetez , que les
montagnes en retentirent, Un
grand bruit de Trompettes
te fit entendre enfuice. Il fe
mêla aux cris de joye des Ef
Bb ij
292 MERCURE
pagnols , & les François ayant
perdu de vûë le grand Prince
que la Gloire enlevoit , fe retirérent
, ravis de le voirfur un
des premiers Trônes du mon
de , & chagrins de le perdre.
Le Brigantin s'étendit en partant
du cofté de Fontarabie ,
comme pour égayer la vûë de
de Sa Majefté , & reprenant un
peu aprés fur la gauche , vint
defcendre au pied d'Iron.
Toute l'Artillerie de Fontara .
bie & d'Andaye le fit entendre
par plufieurs décharges.
Trouvez bon que je laiffe à
Iron Sa Majesté Catholique ,
GALANT. 293
&que je travaille à vous don
ner une Relation auffi exacte ,
de ce qui fe fera paffé fur fa
route , depuis Iron iufqu'à madrid
, que l'ai eu le bonheur
de vous en donner une de ce
qui s'eft paffé dans le voyage
de ce Monarque depuis Verfailles
iufques à Saint Jean de
Luz .:
Pendant que les Peuples
qui bordoient la Riviere du
cofté d'Iron fembloient par
leurs cris de ioye , par leurs
acclamations , & par leurs
voeux faire avancer le Bâti
ment qui portoit toutes leurs
Bb iij
294 MERCURE
efperances , Monseigneur le
Duc de Bourgogne , & Monfeigneur
le Duc de Berry avan
çoient du cofté de Saint Jean
de Luz . On marqua la joye
que l'on avoit de les y revoir ,
de la même maniere qu'on
l'avoit déja fait paroiftre. On
fit plufieurs décharges detou .
te l'Artillerie , & il y eut de
nouvelles Illuminations.
Le 23. Meffeigneurs les
Princes , aprés avoit entendu
la Meffe , partirent pour
Bayonne , où ils vinrent dî .
ner. Ils trouverent le Maire
& les Echevins à la porte de
GALANT. 295
la Garnila
Ville , & la Bourgeoifie fous
les armes ,
ainfi que
fon , chacun à fon Pofte . Il y
eut plufieurs décharges du
Canon de la Citadelle , des
cent pieces qui font fur l'ef.
planade , & des Mortiers : Ces
décharges fervirent de fignal
pour commencer les illuminations
qui forent fuivies de
toutes les demonftrations de
joye que les Habitans purent
imaginer.
Monſeigneur le Duc de
Bourgogne commença à tenir
ce foir là une Table de dixhuit
couvers , pour ceux des
Bb iiij
.
296 MERCURE
Seigneurs de fa fuite qu'il luy
plairoit de nommer chaque
fois.
Comme on apprehendoit
que la fonte de neges , dont
on commençoit à s'appercevoir
ne caufaft l'inondation
qui furvint peu de temps aprés ,
M' le Maréchal de Noailles
demanda à M ' du Sauffoy un
homme de l'Ecurie pour aller
voir fi les eaux de Dax n'empêcheroient
point d'y arriver.
Cependant , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne donna ordre
qu'auffi toft que le Poftil
lon auroit fait fon rapport à
GALANT. 297
M' le Maréchal de Noailles ,
& qu'il feroit venu dire fi les
eaux laiffoient le paffage libre ,
on tiraft feulement trois coups
de Canon , qui ferviroient de
fignal pour le départ , & qu'à
trois heures du matin on batift
la generale , afin que chacun
fuft averti. On entendit la
Meffe aux flambeaux. Les che,
mins eftoient firompus qu'en .
core que l'on ne fe fuft arrefté
que fort peu de temps à Saint
Vincent pour y dîner , on ne
put arriver qu'aux flambeaux
à Dax. Les Jurats attendoient
à la tefte du Pont , & la Bour
298 MERCURE
geofie eftoit en armes à la
porte de la Ville qu'on trouva
fort éclairée. L'eau avoit cru
de deux pieds le jour de l'arri .
vée , & plufieurs Caroffes &
Fourgons n'arrivérent que le
lendemain , que l'eau conti
nua de croiftre.
Le 25. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne dîna chez M²
l'Evefque Dax.
L'Adour , & les autres ri
vieres eftant débordées à caufe
des pluyes continuelles , &
des fontes de neges des Pire.
nées , on fut obligé de demeurer
à Dax jufqu'au 3 de Février.
GALANT. 299
Pendant le fejour que l'on y
fit ; & qu'on n'avoit pas refolu
d'y faire , puifqu'il a duré dix
jours , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne donna deux fois à
manger auxSeigneurs de fa fui .
te , & Mi le Duc de Beauvillers :
leur donna auffi un magnifique
repas. Ils donnérent prefque
tous les foirs le Bal aux
principales Dames de la Ville
& des environs , avec des Collations
magnifiques . Meflei .
gneurs les Princes chafférent ,
& joüerent plufieurs fois , &
Ml'intendant eut l'honneur
de jouer avec Monseigneur le
60 MERCURE
Duc de Bourgogne . Le jour de
la Purification , Meffeigneurs
les Princes firent leurs devotions
à la grande Eglife , dés
huit heures du matin. Ils vin-.
rent enfuite dans leur apparte
ment , & quelque temps aprés:
ils retournerent à l'Eglife , &
affiftérent à la Proceflion & à
la grande Meffe. Ils allérent
l'apreldinée à la même Eglife ,
où ils entendirent Vefpres , où
M'l'Evêque officia .
L'inondation de l'Adour
eftant un peu diminuée , & le
Pont qu'on avoit fait fur un
petit bras de cette même ri
GALANT. 301
viere , à deux cens pas de la
Ville , eftant achevé , on en
partit le 3 pour aller coucher
à Tartas. On alla le 4. au mont
de Marfan , où finit l'Intendance
de M' de la Bourdonnaye
, Intendant de Guyenne.
Il y prit congé de Meffeigneurs
les Princes , qui luy marquérent
la fatisfaction qu'ils avoient
de la maniére dont il
s'eftoit acquitté des differentes
fonctions de fon employ.
Il avait tenu table depuis le
26. Decembre , jufqu'à ce jourlà
, avec autant de magnificence
que de propreté. Mi le
302 MERCURE
*
Duc de Beauvilliers n'eftant
pas tout à fait remis de fa longue
indifpofition , & ayanc
beaucoup fatigué pendant un
fi grand voyage , que fon zele
luy avoit fait entreprendre
pour le fervice du Roy , &
pout voir plus longtemps un
jeune Monarque , qui avoit
encore befoin de luy, & dont
l'éducation luy fait honneur ,
puifqu'il a paru un Prince orné
de toutes les vertus neceffaires
à un grand Monarque ,
aux yeux de les nouveaux Su
jets , ainfi qu'aux François qui
ont eu l'honneur de le voir de
GALANT.
303
prés ; M' le Duc de Beauvilliers
, disie , prit congé au
Mont de Marfan de Meffeigneurs
les Princes , pour revenir
chercher à la Cour le
foulagement & le repos qu'il
eft impoffible de trouver dans
l'agitation où l'on le trouve
continuellement , lorsqu'on
eft obligé de marcher fans ceffe
, & de répondre aux honneurs
fatigans qu'en de certaines
fituations , on ne peut ,
quoy qu'on foit indifpolé ,
s'empêcher de recevoir pendant
une longue & penible
marche.
304 MERCURE
,
Les . Meffeigneurs les Prin
ces partirent du Mont de Mar.
fan aux flambeaux , pour traverfer
des chemins tres méchants
, & même peu pratiqua
bles en quelques endroits . La
nege qui avoit commencé
avant leur départ continua juſqu'à
Houga . Comme on eftoit
alors dans la Generalité de
de Montauban dont M' le
Gendre eft Intendant , il commença
à en faire les honneurs
par un tres grand repas qu'il
donna. Ce repas fut fuivi de
plufieurs autres , cet Intendant
ayant tenu tous les iours trois
L
GALANT 30%
tables , qui ont efté magnifi
quement fervies foir & matin,
tant que Meffeigneurs les
Princes ont efté dans fa Ge
neralité.
On arriva à une heure de
jour à Nogaro en Armagnac ,
furnommé le Negre. Meffeigneurs
les Princes y furent ha
ranguez par le Lieutenant ge.
neral. M' le Maréchal de
Noailles les traitta magnifi
quement à fouper , & il leur
fir une chere plus grande que
l'on ne devoit attendre en ce
lieu là on y fejourna le lende
main. La nuit du fixiéme, le feu
Février 1701. CC
306 MERCURE
prit à une poutre qui donnoit
dans la Chambre de Monfei
gneur le Duc de Berry Un Of
ficier du Gobelet qui eftoit los
gé proche de là , s'en apperçut.
M ' le Marquis dé Rafilly mena
ce Prince en robe de Chambre
dans la Chambre de Monfei.
gneur le Duc de Bourgogne ,
qui demeura iufqu'au départ ,
qui fut à huit heures du matin ,
que meffeigneurs les Princes
montérent en Caroffe pour
aller à la мeffe aux Cordeliers,
qui font hors de la Ville fur le
chemin de Vic Fezenzać. On
monta au moins vingt mon-
1
GALANT 307
tagnes pendant cette iournée,
& l'on defcendit autant de
fois par des chemins tres mé
chans .
On alla dîner à Demeu , &
coucher à Vic- Fezenzac , où
l'on arriva à trois heures . Le
Juge du lieu qui eft un Garde
du Roy , fit une Harangue qui
fut affez bien reçuë.
4
Sur les deux heures aprés
minuit le feu prit encore fous
le foyer de la Chambre de
Monfeigneur le Duc de Berry.
Ce fut un Garde de la Brigade
de la Motte qui eftoit couché
deffous , qui s'en apperçut ,
"
Cc ij
208 MERCURE
ou plutoft la Sentinelle de la
Salle des Gardes qui tout d'un
coup vit fortir une groffe fu
mée qui fortoit de l'endroit
où eftoit ce Garde de la Motte
, qu'il éveilla aufli toft , &
en même temps celuy cy sappercevant
du danger , prit une
paillafle proche de luy , la jetta
fur le feu qui avoit pris à celle
fur laquelle iléroit couché, & fe
coucha deffus pour l'éteindre .
Pendant ce temps- là les Gardes
& Cent-Suiffes vinrent au
fecours , & avec leurs hallebardes
jettérent toute la paille
dehors , & en même temps
GALANT. fog
M' de Vandeüil monta dans
la Chambre & éveilla M' du
Chefne , premier Valet de
Chambre , & M' de Rafilly , &
auffi toft on leva les carreaux
de l'âtre qui cachoient le feu ,
& l'on jetra quantité d'eau qui
Féteignit . Tout cela fe fit fans
que Monſeigneur le Duc de
Berry s'éveillaft . Ce Prince
ayant fçu ce qui s'eftoit paffé
fit donner cinquante Louis
aux Gardes . Ne foyez pas furprife
, fi j'entre jufque dans les
moindres chofes , c'eft pour
vous faire voir que mon Journal
eft eft exact , & d'ailleurs ,
10 MERCURE
le feu dont je viens de vous
parler , avoit fait affez de bruit
pour m'obliger à rendre compte
de cet accident , qui fair
voir que la pieté de nos Prin
ces engage le Ciel à les proger.
•
On partit le 8 de ce mois
de Vic Fezenzac , aprés avoir
entendu la Meffe à neufheures
du matin , & l'on vint dîner à
Oudan. On alla de là coucher
à Auch , où l'on arriva à trois
heures . A la porte de la Ville ,
Mr Defgranges , Maistre des
Ceremonies , prefenta à Meffeigneurs
les Princes , le MaiGALANT.
311
re & les Confuls , qui leur firent
compliment . Ils trouvé.
rent les Bourgeois fous les armes
, & en haye dans toutes
les rues de leur paffage . Toute
cette Bourgeoifie eftoit lefte
& nombreuſe . Elle fit garde
à la porte de l'Archevêché où
Meffeigneurs les Princes logerent
, & y refta tant que ces
Princes demeurérent à Auch .
Le foir du même jour qui
eftoit le dernier du Carnaval ,
ils foupérent chez M' le Maréchal
de Noailles , qui leur fit
à fon ordinaire une chere magnifique.
Plufieurs Seigneurs
31 MERCURE
eurent l'honneur d'eftre de ce
repas , aprés lequel ils allérent
au Bal chez M l'Intendant ,
& en fortirent très fatisfaits ,
rien n'ayant manqué à ce divertiffement.
Le lendemain 9. Mrs de
Ville firent prefent à Meſſei -
gneurs les Princes , de plu-
Lieurs corbeilles remplies de
Poires de Bonchrestien , qui
font fort estimées en ce lieulà
, & qui paffent pour une
des raretez du Pays . Dans ces
occafions on regarde moins à
la magnificence des prefens
qu'à donner ce que chaque.
Pays
GALANT .
313
Pays produit de rare. C'eft un
ufage établi de tout temps.
Le même jour Meſſeigneurs
les Princes fe rendirent à l'Eglife
Cathedrale , où en l'ab .
fence de M'
l'Archevêque
.
M' l'Abbé de Chaufne , fon
Grand Vicaire , les reçut à la
porte de l'Eglife , & les complimenta,
Ils reçurent les cendres
par les mains de M'l'Abbé
Turgot Aumônier du Roy,
& y entendirent la Meffe.
Cette Cathedrale eft tresbelle
. Le Vaiſſeau en eft grand,
& bien bâty . Deux hautes
Tours compofées de deux or-
Février 1701. Dd
314 MERCURE
dres Corinthiens l'un fur l'autre
, avec un grand Atrique ,
en forment le Portail. Vingt
Chapelles en entourent le
Choeur dans les bas coftez.
Toutes ont des balustrades de
marbre , & des Autels differemment
ornez. Levitrage en
eft admirable par le beau coloris
, & l'execution du travail.
Les quatre Evangeliſtes font
fur le Jubé , directement au
deffus de la porte du Choeur.
Une Baluftrade de marbre
regne autour du dedans du
Choeur. A la droite eft la
chaiſe de l'Archevêque tenant
GALANT.
315
à la fuite des autres chaifes ,
admirables par leur fculpture,
par la delicateffe du travail , &
par le coloris du bois. Chaque
chaife reprefente quelque Fi
gure de l'Ancien & du Nou .
veau Teftament. Il en eft de
même du Vitrage.
Meffeigneurs les Princes à
leur retour de la Meffe , don-
-nérent audience aux Officiers
du Prefidial & de l'Election ,
qui leur firent compliment
.
Le même jour pluſieurs Seigneurs
eurent l'honneur de
diner avec Meffeigneurs les
Princes. Monleigneur le Duc
A
Dd ij
316 MERCURE
> Bourgogne
qui fe fentoit incommodé
ne mangea point ,
mais ce Prince ne voulant
pas allarmer
fa Cour jufqu'à
ce qu'il fçeuft fi cette incommodité
auroit quelques
fuites
diffimula
fon mal, & dit qu'il a.
voit fi bien foupé la veille qu'il
n'avoit point d'appetit . Il s'enferma
à l'iffuë du dîner , & ne
vit perfonne
. Sur les quatre
heures il envoya querir M' le
Maréchal
de Noailles
, & fe
coucha quelques
temps aprés.
On apprehenda
que ce ne fuft
une fiévre tierce , parce que
ce Prince avoit fenti la même
GALANT.
317
indifpofition à Vic Fezenzac ,
ce qui fut caufe que pour le
laiffer repofer , on féjourna à
Auch le 10. & le 11. de crainte
que ce ne fuft fon jour de fievre
tierce. Monfeigneur le
Duc de Berry alla ſeul à la мeſfe
le 10. & l'on ne joüa point
ce jour là ny le lendemain .
Le 12. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne eftant parfaitement
guery ſans le fecours
d'aucun autre remede que celuy
de la diete , partit d'Auch
avec Monſeigneur le Duc de
de Berry , aprés avoir entendu
la Meffe dans la Chapelle de
Dd iij
318 MERCURE
l'Archevêché. Ils vinrent di
ner à Aubedefte , & coucher.
à Gimont , petite Ville où ces
Princes furent logez attenant
l'un de l'autre . Ils reçurent ce
jour là des Lettres d'Espagne,
qui marquoient qu'un Gentilhomme
d'unAmbaſſadeur qui
n'avoit point quitté Madrid
depuis la mort du feu Roy , &
qui venoit par des chemins
de traverſe , avoit efté trouvé
noyé dans la Navarre ; qu'il
avoit une boefte de fer blanc
fur fa poitrine , qui avoit eflé
portée au Viceroy de Navarre,
& que l'ayant ouverte , il y
GALANT. 319
avoir trouvé trente-fix lettres
adreffées à plufieurs perfonnes
en France , & en Angleter
re , & fur tout à plufieurs Mi
niftres Etrangers , & que ce
Viceroy de Navarre avoit envoyé
ces Lettres au Roy fon
Maiſtre .
On partit de Gimont le
Dimanche 13 mais on n'en
partit qu'à onze heures , afin
que chacun eut le temps
d'entendre la Meffe . On-arri.
va fur les deux heures avec un
affez beau temps , à l'Ifle en
Jourdan , petite Ville affez
peuplée , & dans laquelle il
Dd iiij.
320 MERCURE
y aune Place, où Meffeigneurs
les Princes furent affez bien:
logez. Toute la Bourgeoifie
eftoit fous les armes , & il s'y
trouva méme quantité de
Payfans des lieux circonvoi
fins , qui s'eftoient parez à
leur maniere , & dont l'ajufte .
ment , qui marquoit plus de
zele que de magnificence , ne
laiffoit pas d'avoir quelque
chofe qui divertit Meffei .
gneurs les Princes. Ils leur
fccurent bon gré. Ils reçurent
le même jour des Lettres du
Roy d'Espagne , par lesquelles
on apprit que ce Monarque.
GALANT. 321
en continuant fa route vers
Madrid , avoit trouvé de fi
mauvais chemins , qu'il avoit
couru quelques riſques ; qu'il
y avoit eu des mules , & même
des hommes perdus ; que la
Nourrice de Sa Majesté Ca.
tholique avoit verfé , qu'elle
s'eftoit bleffée , & qu'elle fuivoit
en Litiere. J'oubliois de
vous dire que Monſeigneur le
Duc de Bourgogne faifant
attention fur l'eftat des affai
res prefentes , écrivit au Roy,
pour le prier de ne le pas laiffer
inutile , en cas qu'il jugeaſt à
propos de l'employer pourfon
fervice.
322 MERCURE
On partit le Lundy 17. de
Fifle en Jourdan . On alla dîner
à Becaret , & coucher à
Toulouſe , où l'on fouhaitoit
avec beaucoup d'impatience
d'arriver , parce qu'on eftoit
perfuadé que cette Ville là
ne fouhaitoit pas moins im
patiemment d'avoir l'honneur
de recevoir Meffeigneurs les
Princes , que fon zele pour le
Roy, & pour tout le Sang
Royal , l'avoit engagée à faire
des aprefts dignes de fa mas
gnificence & de fon amour
pour toute la Maiſon Roya
le .
1
GALANT. 323
En attendant que les nouvelles
de ce qui s'eft paffé à
Toulouſe arrivent , je croy ,
pour ne point perdre de temps ,.
devoir interrompre mon Jour.
nal , pour vous envoyer les
Articles fuivans.
Voicy la copie d'un Brefdu
Pape au Roy Catholique. Il
fait voir que Sa Sainteté reconnoift
Monseigneur le Duc
d'Anjou pour Roy d'Efpagne.
324 MERCURE
A noftre tres- cher Fils
EN JESUS - CHRIST
LE ROY
CATHOLIQUE ,
Roy des Efpagnes .
CLEMENT PAPE XI.
Noftre tres cher Fils en fefus
- Chrift , Salut . Quand'
Voſtre Majesté nous écrit , parfa´
Lettre dattée de Bordeaux le 30.
du mois de Decembre dernier
qu'elle tire un bon augure de ce
que precifement dans le temps
méme que Voftre Majeflé fe met
GALANT. 325
en chemin pour aller occuper fon
Trône dans les Efpagnes , elle a
remarqué que nous avons efté placezfur
le Trône Apoftolique ; c'eft
une preuve bienforte de vos bonnes
intentions pour nous ; dont vous
nous donnez encore un plus grand
témoignage quand vous nous affurez
du foin que vous aurez de
vous conferver dans l'idée que
vous avez du siege où noftre
humilité a efté élevée . Mais
quand nous pourrions vous per
fuader , par un aveu fincere deno .
infuffifance , que ce n'est que par
une tendreffe finguliere pour nous
que vous nous regardez avec trop.
326 MERCURE
4
d'indulgence dans les louanges que
vous nous donnez avec tant d'affection
; & que nous puiffions vous
porter à nous plaindre platoft qu'à
nousfeliciter par le poids du fardeau
qui furpaffe nos forces , nous
aimons mieux cependant vous tai ·
re les juftes fujets de noftre inquieaude
, que de diminuer le moins du
monde en vous les xprimant , la
joye qui doit vous revenir de l'applaudiffement
des Peuples qui
vous voyent venir fur le Trone
avec les perfections de vos Peres ,
avec vospropres vertus. Allez
donc , Grand Roy , avancez ben.
reuſement & regnez; mais regnez
+
GALANT. 327
prenant Dieu pour guide& pour
Protecteur de vos deffeins ; & égalez
la piete infigne de vos Ancêtres
par vôtre religion , & par
voftrejuftice , & par une deference
filiale pour ce Saint Siege. Rempliffezfi
dignement le titre de Ca.
tholique que perfonne ne puiffe fe
défendre d'avouer que vous l'avez
pris avec raison. Pour nous , nous
demanderons au Ciel par nos prieres
réiterées , comme vous lefou
haitez ; qu'il vous éclaire de fes
lumieres ;& pour un gage fincere
de noftre bien veillance paternelle,
Nous vous donnons avec beaucoup
de tendreffe noftre Benediction
#28 MERCURE
Apoftolique . Donné à Rome le6 .
jour de Février del'année 1701.
Le 2. de ce mois , M ' l'Ambaffadeur
d'Espagne donna un
Souper des plus delicats & des
plus magnifiques à M ' le Nonce
, à M' le Conneftable de
Caftille , à Mrs les Ambaffadeurs
de Savoye & de Veniſe ,
à M l'Envoyé de Florence ,
M ' le Comte d'Aro , Fils unique
de Mr le Conneſtable , à
tous les autres Seigneurs Efpagnols
qui font icy , & à beau .
coupd'autres perfonnes dequa
lité. On ne peut dans un repas
à
GALANT.
329
porter plus loin la delicatefle
& la magnificence. Deux tables
furent fervies en mème.
temps , & la profufion des
mets n'en troubla pas l'ordre.
On fe récria à chaque fervice ,
mais on alla au dernier jufqu'à
l'admiration
par le mélange
des plus beaux fruits , des confitures
les plus rares & des glaces
les plus belles & les meilleures
. Les liqueurs les plus
excellentes y furent fervies
avec la même profufion , & les
Seigneurs Espagnols avoüerent
qu'ils n'avoient jamais
rien vû de femblable . Beau-
Février
1701
.
Ee
330 MERCURE
Coup de perfonnes de l'un &
de l'autre fexe , du voifinage ,
eurent la curiofité de voir ce
grand repas. M l'Ambaſſa.
deur qui n'aime qu'à faire plai
fir , leur permit d'entrer , &
dés qu'on fut hors de table , il
leur fir abandonner les fruits
& les confitures . Il n'oublia
rien pour témoigner à tous les
François avec quelle reconnoiffance
il répond à tout ce
qu'on a pour luy d'eſtime , de
tendreffe & de refpect.
Quand vous aurez lû ce qui
fuit , vous en fçaurez autant
que moy fur cet article.
GALANT. 331
Prix propofé par Mademoi
felle de Dommaigné de la
Rochehuë.
PAr ce fameux Cartel , ose
Défi d'importance ,
Dommaigné fait fçavoir aux
beaux Efprits de France,
Qu'elle s'eft impofée une agreable
loy
Pour marquerfon refpect &fare:
connoiffance ,
De donner le Portrait du Roy,
Protecteur defon innocence ;
看
Aqui détaillèra le mieux dans chaq
que Stance
Ee ij
332 MERCURE
Ses rares Qualitez , fa Juſtice ,ſa
Foy ,
Ses Travaux glorieux , & fa
Magnificence.
·
Les Paquets affranchis de port
Seront pendant trois mois , d'une
main tres fidele ,
Reçus avec ce Paffeport
Au logis de la Demoiselle ,
Dans l'enclos du Palais , rue de
Lamoignon,
On avertit que chacun àfa'guife,
Soit aftreint au lieu de fon
nom ,
A ne mettre qu'une Devife.
La Bougie eftoit le mot de
GALANT.
333°
l'Enigme du mois paffé. Ceuxqui
l'ont trouvé font , Mrs
Mongin du quartier S. Roch ;
Antier Perspecteur ; le Brun
aux petits yeux , Remond Lie--
vre & la Madeleine douloureuſe
de l'Ile Noftre- Dame ;
Louvat de Marne ; la Fléche
de Guillamardet; le jeune Marquis
de S. Julien ; le Chevalier
de Chevreville ; & Jean Berge.
rat . Charles le Roux Procureur
au Chaſteler , & l'aimable Efpagnolette
de la ruë de la Femme
fans tefte ; Grenan Maiſtre
du quartier du Pleffis ; Moller
de Fontenelle , Jarry le Jeune
34 MERCURE
& Mademoiſelle Renaud Fla
mard , demeurante aux quatre
vents ; Angot & fon infeparable
amy Baudouin du coin de:
la rue du Coq , ruëS. Honoré ;
de la Roche & Dangereux du
Pont S. Michel ; Loret Paf-··
quier l'Amant fidelle , de la
ruë de la Harpe ; Tamirifte ,
Bonhomme des Rigolles ; les
bon homme Boileau & fon intime
amy le Guefpin de la rue
dela Harpe , le beau Colin de
la rue du Bac , & ſa petite mere
de la rue S. Guillaume ; l'Aureus
de des Marinades de la rue de
• Haure- feuille , & l'Orateur
GALANT.
33
Vaudron ; l'Avocat Gafcon &
fa jeune & liberale Epouſe ; le
le Chevalier de Longpont de
la rue de la Licorne & fon frere:
le Magiftrat de la rue des Canettes
, le Chevalier & la Chevaliere
nouveaux mariez de la
rue de Savoye , le jeune Ra ,
guenet de la rue du Monceau
S. Gervais , le Solitaire de la
rue des Marmouzers , le Valers
de Chambre , l'incomparable
Demoyerot de vis à vis le
Cadran de S. Honoré ; l'Amant
genereux du Marais ; &
la belle Ladifferente de la rue
S. Martin Benigar de Cour
·
336 MERCURE
;
brillant le Poete aux Ima
promptu ; la plus aimable Dame
da quartier S. Julien ; & fa
charmante amie du quartier
S: Euftache , le beau Narciffe
du cul de fac de S. Sauveur ;
les deux Beautez de Carrieres ,
& le Coq aux fept Poules , leur
oncle , Richard la Barbe ; les
Pelerins , & Louvet leur amy ;
du Poe fle ; & les quatre fidelles
amis de Champagne de la rue
du Coq ; l'Amant paffionné
d'une belle Brune de la rue de
Seine ; la Mouche Angelique
du beau Mouton ; la belle Ber.
nardine du coin de la rue Beau
treillis ,
GALANT. 337
1
treillis , l'agreable Procureur
de la ruë d'Argenteüil ; la
charmante Sulon aux yeux
doux , l'Amant de la belle aux
grands yeux de la ruë S. Honoré
, l'aimable Madelon du
Faubourg S- Germain ; & PP .
DA. S. le faux Acteon cru ve,
ritable du Quay de l'Ecole , &
les Rats de la rue S. Honoré;
Demonlievre & la Madeleine
douloureuſe de l'Ile Notre-
Dame , Frere & Soeur de l'Auteur
de la derniere Enigme ;
des Plancs , le moins favorité
de rous les Amans de l'incom
parable Brune la trop aimable
Février 1701 . Ff
276 MERCURE
Mademoiſelle Lolote D. visà
vis la rue de Tarane , Dardonville
de la rue de la Perle ,
Renaud Aamard , demeurante
aux quatre vents , l'aimable C.
de la rue des Marmoufets, Lauvergne
de la Salle des Merciers
au Palais : l'aimable Fan ,
chon Daumont , de la rue
Montmartre , Lalier , rue Bailli
, Geneviève de la Lune , &
Jolicoeur de S. Maur , à l'enfei
gne du Beau procedé ; l'Abbé
Rhinocerot l'Attila des nez :
l'Epoux de Sophie ; le grand
Bourfier de Chaſtenay , & la
Dame d'honneur au manchon
GALANT. 277
pelé , Manette la Devineufe ;
belle Follette du quartier St
Severin, & la plus jolie coquet
te fa Bellefour & Coufine ; la
belle Infenfible de la rue
Montmartre , & fon fidelle
Amant ; la belle Brune de la
rue du Plâtre , & la belle Hol.
landoife fa chere compagne y
le jeune Mufe du coin de la
rue de Richelieu ; la Blon
de de la rue du Coq , & fon
indifcret Amant ; la grande
Mailon de la rue de la Harpe ,
devant la rue du Foin ; la belle
Thetis & fa fidelle Compagne;
la plus riche taille du grand
Ff ij
340 MERCURE
vaires
commun de Versailles ; la Fée
rougeaude de la rue des Prou .
la Brune fujette aux
migraines ; la Godon de la rue
Muret de Chartres , & fa bonne
Amie l'Intrigante de la mê
me rue ; Claude Barbier des
Capucins du Marais , & Geneviéve
Rafrond ; les deux Gendres
Avocats de la rue du Plâtre
, & leur Belle mere la Pro .
cureufe ; l'Allobroge de la rue
du Mail , & le petit Suiffe de
la rue Neuve S. Euftache ; les
quatre Clercs du fieur Bonnefoy
, Procureur au Chafteler ;
la belle Gantiere du Grand
GALANT. 341
Monarque , vis à vis la Fontaine
des Saints Innocens , Sodemer
de la Societé Kirtilaphi
que établie à Argyrone , de la
Chine de la rue Dauphine
;
Dancour & M' & Mademoifelle
Ducraix du coin du cul
de fac de l'Opera ; du Fey &
fon Epouſe,la bonne Marguesite
de la rue Bailli , de Labala
& Mademoiſelle
Marguerite
fon Epouſe , au grand Com
mun de Verſailles ; de la Du .
naye de Rennes en Bretagne ,
l'aimable Veuve de la rue du
Sepulere; le Mignon Praticien
par force le bon Laumeau & :
Ff iij
38 MERCURE
fon aimable Epoule de la rue
1
du Coeur volant : le bon Protecteur
de S. Alban & fa fille
aînée , ruë de Tournon : les
infeparables amis Chagrin &
Lalleu & Laurent de S. Sulpi
ce & fon Epoufe : la belle Mar
guerite de Versailles au grand
Commun : le Samaritain & le
Prudent Mathematicien du
Palais Royal le bon Martin
& l'aimable réchapée , fon
épouse : Conffon & Julien bons
Normands : le bon Cent Suiffe
de Monfieur & fon Epoule de
la rue Bailli le Menton fpirituelles
Clercs de M Boni
GALANT 339
homme Notaire , rue de Bufli ,
& ceux de M ' Cliquet , rue des
bons enfans , Mr & Mademoi
felle Ramire devant S. Roch :
Mr Barbé leur Pere : la Veuve
Rougeois de la porte S. Hono,
ré : Barbo , Doyen de l'Art de
Peinture & de Sculpture ; Cri,
queboeuf & Sauvage ſon Ami ,
Thibourg du pays du Nort :
M' Mollet éclaire tour , le fieur
le Ceuftre & fa vertueufe Fille
de la rue de Tournon ; les bons
Enfans à l'Hotel du Fay , rue
Bailli , le Jugé de la rue des
deux Portes : la belle Janeton
de la Croix des Petits Champs,
Ff iiij
344 MERCURE
la Fidelle Marie du grand puits.
de Bois- commun.
Je croyois n'avoir plus rien
à vous dire de ceux qui ont de
viné la derniere Enigme , mais
je me trouve obligé pour la feconde
fois d'ajouter quelques
noms aux premiers , ce qui
` fait que je ne vous les don .
ne pas dans l'ordre accoutu
mé. Verneüil de l'Hoftel
du Maine à Versailles. Geof.
froy Sebastien Guillor de la
rue aux Ours ; l'excellent Hu.
maniſte de la rue Mazarin ; le
Compere Bertus , les fix EnGALANT.
345
fans de Choeur de l'Eglife Collegiale
de Noftre Dame de
Milly en Gaflinois , le Druide
de la rue de Grenelle , le bon
homme des Rigolles de la rue
S. Honoré , le Solitaire de la
Croix du Tiroir : les deux bruz
nes belles foeurs du même
quartier, Elifabeth de Rantre.
du Pont fa Coufine la belle
Janneton de la rue des Petits-
Champs , la belle des quartiers
de Perelle , & la petite Margot
de la rue de la Paroiffe de Verfailles.
Je ne vous dis rien touchant
342 MERCURE
l'Enigme nouvelle que je vous
envoye , fice n'eft qu'elle viene
de fort bon lieu .
ENIGME.
E ne parois auxyeux que com .
FE
un excrement
Quoy que l'unique enfant du premier
Element,
Cependant la vertu qui me rend
fore usile
Fait que l'on me recueille aux
champs comme à la Ville .
L'Hiver je multiplie ainfi qu'aux
bons
repas.
Soit
que
gras
.
l'on faffe maigre on
GALANT. 343
Si je commence le Carefme ,
Je ne lacheve
pas
de même.
Vous me demandez , Ma
dame , fi nous aurons la paix
ou la guerre. Je lçay que cette
question fait aujourd'huy le
fujet de toutes les converfa
tions , qu'elles commençent ,
qu'elles continuent, & qu'elles
finiffent par là . La chofe eft
difficile à refoudre. Si ceux qui
veulent attaquer l'Espagne i
car cette affaire ne regarde
point la France , & elle n'y entre
que par la grande liaiſon
qui eft entre elle & cette Cous
A
348 MERCURE
3
ronne , fi ceux , dis je , qui veu -
lent attaquer l'Espagne confultent
la raifon , & la juſtice,
ils cefferont bien tot de penfer
à la guerre. Les uns crai
gnent l'union des deux premieres
Couronnes du monde,
& les autres font fâchez de
n'avoir pas herité de l'une de
cés Couronnes. J'avouë qu'il
eft fâcheux de voir une efperance
d'un auffi grand poids
tour à fait détruite , que le mo.
mentoùl'on en reçoit la nou.
velle est un moment où il eft
mal aifé de fe poffeder qu'a.
nimé du depic que caufe un
GALANT.
349
fi grand revers , & foûtenu de
la colere qui met tous les fens
en
mouvement
, on fe croit
affez fort dans cet inftant pour
envahir toute la terre , mais
quand ces tranfports font pal
fez , & que la raiſon a fait ou
vrir les yeux , ou du moins à
dâ les faire ouvrir ; on doit
regarder la perte de fon efperance
comme un mal fans re.
mede , & voir que le dépit qui
fournit des tranfports & des
emportemens , qui les fait éclater
, & qui les foûtient pendant
quelque temps , ne donneny
le droit, ny des hommes,
346
MERCURE
ny de l'argent pour combatre
ceux qui ont plus que nous de
l'un & de l'autre ; & je dirois
même à qui l'on a toûjours efté
contraint de ceder , fi ce lan .
gage eftoit permis en France,
mais tout y eft moderé à l'éxemple
du Souverains on n'y
infulte point les malheureux.
la modeftie y regne , Toften.
tation en eft bannie ; on n'y
fait point parade des profpe .
ritez , & l'on eft toûjours preft
d'embraffer fes ennemis & de
leur donner la paix . C'eſt un
fait conftant puifque toutes
les fois qu'on y a esté en estar
GALANT 347
de porter le dernier coup pour
achever leur destruction on
leur a impoſé la paix , & qu'on
a trouvé la gloire qu'on retiroit
de cette grande actions ,
plus precieufe & moins ordinaire
, que celle qu'on acquiert
en prenant des Places , puifqu'on
ne la partage avec perfonne
, & que l'autre eft com.
mune avec tous les Heros de
Guerre qui ont jamais efté.
La force de la verité m'a pouf
fé à cette reflexion fans y pen.
fer. Il ne faut point le repentir
d'écouter , & de mettre au
jour ce que la verité dicte.
352 MERCURE
•
Mais pour en revenir à ceux
qui dans le fort de leur dépit
n'ont refpiré, & n'ont crié que
Guerre. S'ils ne ſe font point
une honte d'écouter les con .
feils de la fageffe , & de la rai .
fon , & de reconnoiftre la foibleſſe
de leurs droits prouvée
des actes autentiques , &
par
s'ils veulent , fans examiner
leurs forces , & celles qu'ils
auront a combattre, chercher
à fe faire un paffage contre
des Nations entieres qui
combatront pour elles mêmes
afin de garantir leur propte
pays des ruïneufes & cruelles
>
GALANT.
353
fuites de la guerre , fi dis je ,
fans vouloir rien voir de tour
cela , ils s'obſtinent à ne point
ouvrir les yeux , & ne quittent
point les deffeins qu'ils
ont formez tumultuairemeng
& qu'ils veüillent fe batre
parce qu'ils ont dit qu'ils fe
batroient , quoiqu'ils n'ayent
pas eu raifon de le dire , il eft
indubitable que nous aurons
la guerre , c'eſt ce que nous
fçaurons bien toſt.
Voilà mon fentiment , pour
ce qui regarde ceux qui pour
vouloir tout avoir , n'ont eu
rien du tout. 17
Février
1701. Gg
550 MERCURE
Quant à ceux qui ont peur ,
il est triste pour eux de le voir
dans une pareille fituation 3
mais on n'eſt pas obligé de leur
rien donner , parce qu'ils crais
gnent , cela ne leur fait avoir
aucun droit de demander , &
& leur crainte ne fait pas qu'on
leur doive quelque chofe , n'y
qu'on ait rien fait contre le
droit , la justice & la raison . La
France ne doit rien à la Hollande
, parce qu'elle a donné
un Roy à l'Eſpagne , & l'Eſpagne
ne doit rien à la même
Republique , parce que les
Efpagnols ont trouvé leur le
GALANT.
35 *
gitime Souverain en France.
Mais ces deux grandes Puiffances
, dit- elle , eftant unies ,
font en eftat de triompher par
tout dés qu'il leur plaira d'attaquer.
Elles font grandes , il
eft vray : Elles font puiffantes ;
mais elles font juftes . Ainfi il
dépendra toûjours de leurs
Voifins de n'eftre point atta
quez.Le Roy d'Espagne a bien
voulu reconnoiftre la Hollande
pour ce qu'elle eft aujourd'huy
, & écrire aux Etats pour
leur donner part de ſon avene.
ment au Trône d'Espagne . Ils
ont differé de répondre. J'aus
Gg ij
36 MERCURE
rois beaucoup de chofes à dire
là deffus, mais je me tais . Nous
fommes en France , où il n'eft
pas même permis d'écrire
comme on fait par tout ailleurs.
Le Roy s'en eft mêlé; il a
fait parler aux Etats par M' le
Comte d'Avaux , & ils ont aufli
toft reconnu le Roy d'Efpagne.
Ils ont envoyé ordre à
leur Ambaffadeur en France
de faire compliment
au Roy ,
fur l'avenement de Monfei
gneur le Duc d'Anjou à la
Couronne d'Espagne , & ont
député plufieurs de leurs mem
bres à Dom Quiros , Ambaffa
GALANT. 357
deur d'Espagne auprés de leurs
Hautes Puiffances , pour luy
déclarer qu'ils reconnoiffent
ce Prince pour Roy d'Efpagne.
Durefte , ils efperent que
ces Monarques chercheront
de concert avec eux des re
medes pour les garantir de la
peur. Le cas eft fi nouveau , &
Ja demande fi extraordinaire
que je n'ay rien à dire là- deffus.
lla de la prudence à le mettre
l'esprit en repos autant qu'on
trouve de facilitez pour le
faire ; mais les Etats font rede .
vables aux Souverains qui veulent
bien entrer dans leurs
354 MERCURE
craintes , & chercher les
moyens de les en guerir fans
que ces Princes y foient obli
gez, Voila la fituation ou fe
trouvent ceux qui ont peur.
Vous pouvez comme moy ju
ger
là deffus fi nous aurons la
Paix ou la guerre , avec ceux
qui n'ont que leur chagrin
pour objet de cette guerre , &
ceux qui n'ont que leur crainte
pour prétexte. Cependant chacun
arme de foncoſté , les uns
pour obtenir des remedes cels
qu'il leur plaira demander ; &
les autres pour n'accorder que
ceux qu'il leur plaira de don
ner.
II
GALANT
.
335 Il y a d'autres Puiſſances qui
ont leurs raifons pour fe vouloir
mettre de la partie : mais
à bien confiderer les chofes ,
l'affaire ne les regarde point;.
elles n'ont rien à demander ,
& on ne leur demande rien .
Peut- eftre que cette grande
affaire fera terminée avant que
vous receviez cette Lettre.
La Harangue au Roy d'Efpagné
que je vous envoyay le
mois paffé fous le nom de M
de Nicolay , premier Prefident
de la Chambre des Comptes ,
n'eſt point de luy : & je dois
vous avouer, pour luy rendre
360 MERCURE
justice qu'on m'a trompé em
me la donnant. Le nom de
Nicolay s'eft toûjours rendų
fameux par les ouvrages de
cette nature , & quand le bel
efprit le trouve avec l'équité
& l'érudition , dans une famille
de Magiftrats du premier or.
dre , il ne refte rien à y fou
haiter.
J7
Vous ferez ,fans doute , fur.
priſe de ce que Meffeigneurs
les Princes ne fuivent point la
route que je vous envoyay le
mois paffé. Elle avoit esté re
glée de la même maniere que
vous l'avez reçue , mais la
pluye ,
GALANT 357
pluye, & la nege ayant rompu
les chemins en differens endroits
, on s'eft vû obligé d'en
dreffer une nouvelle. C'eft ce
qui a empêché que l'on n'ait
paffé par Pau , où l'on a eſté
fort chagrin de n'avoir point
eu l'honneur de voir meffeigneurs
les Princes , & où ils
n'auroient pas moins reçû de
marques de zele, & d'affection
que dans tous les lieux où ils
ont paffé.
Le jour qu'ils partirent de
I'lle en Jourdan pour fe ren
dre à Toulouſe tous les
ordres & eftoient donnez , &
Février 1701. Hh
9.
362 MERCURE
toutes les mefures prifes pour
y arriver avant trois heures
apres midy , afin que tout ce
qui avoit efté premedité pour
leur reception , pût eftre executé
, & que la curiofité de
tous ceux qui rempliffent certe
grande Ville puft eftre
fatisfaite. Pendant plus d'une
lieuë en deçà de la Ville , on
trouva les chemins remplis de
monde , & lorfque Meffeigneurs
les Princes furent proche
des Fauxbourgs , ils firent
ofter les panneauxde leurs Caroffes
pour eftre mieux vûs....
J'avois la plume à la main
GALANT. 363
pour continuer cette Relation
, mais comme le détail
que je vous en aurois donné
auroit efté peu étendu , & que
je viens d'en recevoir quantité
de Memoires tres amples ,
& qui demandent beaucoup
de temps pour eftre mis en
ordre , j'ai crû devoir remettre
au mois prochainy à vous
envoyer une Relation com.
plette de tout ce qui s'eft páffé
à Touloufe. Elle fera précedée
de plufieurs nouvelles
particularitez qui regardent
la reception de Meffeigneurs
les Princes à Auch.
Hhij
360
MERCURE
Je ne vous dis rien de l'arri
rivee
du Roy
d'Efpagnie
à
Madrid
. Vous
en trouverez
les particularitez
dans la Relation
que je dois vous envoyer
de fon voyage
depuis
Iron , juſqu'à
cette Capitale
de les Etats. Tung
( 5)
A
Je vous envoyela
. Harangue
que le Roy d'Angleterre
a faite à l'ouverture
du nouveau
Parlement
.
asiləvion
pumpitulq
Mards
& Melfieurs
.
Noftre malheur dans la perte du
GALANT. 361
W
Duc deGlocefter eft tel , que cela vous
oblige de vous établir un Succeffeur de
La Couronne aprés moy , & aprés la
Princeffe dans la ligne proteftante Le
bonheurde ba Nation ,& la fureté de
la Religion eft ce qui m'intereffe leplus
ay travailler, &je ne doutepoint que
vous ne le falliez d'un commun accord
Je vous recommande de vous y
appliquerfortement . La mort du feu
Roy d'Efpagne, & la declaration de
Lon Succeffeur à cette Monarchie , a
fait un fi grand changement dans les
affaires étrangeres , que je vous prie
de confiderermurement l'eftat où elles
font aujourd buy, me perfuadant que
vos refolutions là - deffus vous condui
ront a l'intereft à lafureté de l' Angleterre
en particulier, & de la Religion
Proteftante engeneral , & à la
Paixdetoute l'Europe . Ces chofesfont
ak
Hhij
266 MERCURE
d'un fi grand poids que je les ay crues
dignes de ce nouveauParlement , pour
avoir inceffamment fes avis dans la
conjoncture prefente . Je vous deman
de à vous , Meffieurs de la Chambre
des Communes , les fecours que vous
jugerez neceffaires au bien de la Nation
pendant l'année courante , & il
faut pareillement que je vous faffe
fouvenir des non- valeurs , & dettes
publiques , faites dans la derniere
guerre , pour lefquels on n'a pas encore
fait de fonds. Je fuis oblige de
vous recommander de bien examiner
l'eftat de la Flote , puifque c'eft en
quoy confifte la force & la furete de
la Nation , particulierement dans
cette conjoncture. Fous examinerez
auffi ce qu'il faut faire pour la fureté
des Ports , & autres Places
où l'on met les Vaiffeaux pendant
'
GALANT. 359
Hiver. Le Commerce eft d'une fi
grande importance , que j'efpere que
vous n'oublierez rien pour le maintenir
, & l'augmenter ; & fi vous
pouvez trouver moyen de faire tra
vailler les Pauvres , vous vous dé
livrerez vous- même d'un grandfardean
, & employerez en même temps
aux Manufactures , & autres ouvrages
publics , des bras inutiles.
Milords & Mellieurs. F'efpere
qu'il y aura un fi bon accord entre
vous, & tant d'union dans les re-
Jolutions que vous prendrez dans les
affaires importantes qui fe prefen
tent , que vous ferez connaitre que
nous fommes fortement Anis entre
nods. Rien ne peut contribuer day.
vantage à noftre fureté au dedans ,
& nous rendre plus confiderables au
deliors.
Hh iiij
364 MERCURE
Les Politiques raiſonnent
fur cette Harangue
, le temps
fera connoiftre
s'ils ont penfé
juſte. Je fuis , Madame , voſtre,
& c.
A Paris ce 28. Février 1701.
AVIS
Le
Libraire
avertit , pour
la décharge de ceux qui ont
commiffion
d'acheter le Mercure
à Paris , que le der
Volume eftant
beaucoup plus
gros que les précedens
, il la
vendu une piece de trente
GALANT. 365
fols , & trente fols ceux qui
font reliez en parchemin ,
parce que ces Volumes étant
beaucoup plus gros , luy reviennent
à beaucoup davange
que les autres . Il avertit
auffi que le Volume de Mars
qui fera donné au commen .
cement d'Avril , contiendra
deux fois autant de matiere
que ceux qui ont parû jufqu'à
preſent à cauſe que l'impreffion
en fera plus menuë , &
que le Volume en fera une
fois aufli gros. De forte qu'on
en pourroit faire trois de ce
feul Volume fi on les impri
370 MERCURE
moit de la groffeur & du ca
ractere ordinaire . On ne le
fait pas pour épargner cette
dépence au public; mais com
me il eft jufte que le Librairé .
retire une partie de ce que
luy coutera cette augmenta
tion , voulant bien faire préfent
de l'autre partie au public
, ce double Volume de
petit caractere ne fera vendu
que Trois pieces de dix fept
fols en veau , & quarante fix
fols en parchemin . M ne con
tiendra pas feulement un Jour
nal de la marche de Mellei
gneurs les Princes , depuis
GALANT. 378
Auch juſqu'au dernier de
Mars , mais un pareil Journal
de la marche du Roy d'Eſpa
gne depuis Iron jufqu'a Ma
drid , rempli d'une infinité de
chofes curieuſes. Comme il
faut plus de temps pour im
primer ce Volume , il ne fe
debitera que le onze d'Avril .
Ceux qui ont des Memoires
à donner font priez de les envoyer
inceffament , parce que
l'impreffion de ce Volume eft
déja commencée . Les pre
miers chez qui Meffeigneurs
les Princes ont paſſė , doivent
les donner pluftoft que les
368 MERCURE
autres , puifqu'ils doivent eftre
imprimez avant les autres. Le
Libraire donne fa parole de
ne prendre que le prix ordi
naire du Mercure , lorfque
Meffeigneurs les Princes fes
ront de retour à Versailles.
2 .
3)
от таллой
i
2 32.
Lond¡ nonob za
P
TABLE.
Relude.
Epitre au Roy.
Grande Fefte donnée à Douay. 21
Réjouiances faites à Carpentras.
Sonnet.
36
44
46
Madrigal.
Chanfon fur l'air de Joconde 47
Premiere Relation qui ait efté donnée
au Public fur la Victoire
remportée par le Royde Suede.
18
TABLE.
Sonnet à Monſeigneur le Duc de
Bourgogne. 78
Autre à Monfeigneur le Duc de
Berry.
Madrigaux.
Eloge de Mr Bontemps.
Lettre de Naples.
80
82
85
87
Mort de Mr le Grand Prieur de
l'Eglife de Malte. 92
Carte nouvelle de la Terre Sainte,
ancienne , moderne & hiftorique.
93
Ordre de S. Lazare donné à Mr
Martin , avec plufieurs morceaux
d'Hiftoire rapportez
cette occafion.
Morts,
95
109
TABLE .
119
Plufieurs Sonnets fur des Boats :
rime propofez par Madame
la Ducheffe du Maine,
M² l'Electeur de Brandebourg fe
fait proclamer , & couronner
Roy de Pruffe. Détail de ces
Ceremonies. 127
Place de Fermier General donnée
à Mr Pouletier. 127
Premier Examen public en Droit
Françoisfubi avant que d'eftre
reçu Avocat
.
Episalame.
Autre Article de Morts.
188
189
194
Mr de Saffi eft nommé pour remplir
la place de l'Academie
qu'occupoir feu Mr de Nojon .
203
TABLE.
Mort de l'Abbeffe de Montreal
204
en Canada.
Louis Aniba , Roy d'Effinie
, met
Les Etats fous protection de la
205 Vierge.
Intendance
donnée par le Roy. 207
Cinguiéme
Edition
des Reflexions
fur le Ridicule
,
208
Nouveau détail de plufieurs particularitez
qui avoient efté obmifes,
& quife font paffées à la
route du Roy d'Espagne , & de
Meffeigneurs les Princes , depuis
Orleans , jufqu'au moment de
leur feparation , avec plufieurs
nouvelles circonstances qui regardent
cette séparation, Ce
TABLE.
détail contient plufieurs pieces
& plufieurs barangues dont
zailene avoir parté fans les donner.
2901 903
208
Nouveau détail plus exact, &
plus curieux de la feparation
du Roy d'Espagne , & de
Meffeigneurs les Princes, 266
Journal de la route de Meller
279241
eneurs les Princes aprés leur
Jeparation , avec les receptions
qui leur ont eftéfaites dans tous
Les lieux où ils ont paffe. 297
Lettre du Pape à Sa Majesté Cais
Repas donné par r l'Ambaſſatholique.
deur
d'Espagne.
Février 1701
324
32.4
fi
TABLE.
Prix propofe.
Article des Enigmes.
331
333
Sujet de tous les entretiens publics
daujourd buy. 343
Juſtice rendue à Mr le Preſident
Nicolay.
Suite de la route de Meffeigneurs
22
les Princes.
Article de Toulouſe.
335
356
Entrée du Roy d'Espagne à Ma.
drid.
Harangue du Roy d'Angleterre.
NO 2.783
364
364
Avis important.
31
1 ..
Avis pour placer les Figures,
Les Jettons doivent regar
der la page 127.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères