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1701, 01
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Mercure
<36624505430010
<36624505430010
Bayer . Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1701 .
A PARTS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , aŭ Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure
premier jour de chaque mois
Galant le
& on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt- cinq fols en Parchemin.
Chez MICHEL
BRUNET
, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M DCC .
Avec Privilege
du Roy
Bayerische
Staatsbliothek
München
AU LECTEUR.
ILy a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
2
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Me--
moires , que l'on employers
tous les bons Ouvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , £5 que
ceux qui les envoyeront en
es
affranchissentle port.
sid
on
LUA
MEREVRE
GALANT
JANVIER 1701
4
E croy ne pouvoir mistis
commencer mas Lettre
dans cette nouvelle année
, la premiere du dix - hui
tiéme Siecle , que par un Sonnet
, où vous trouverez l'Hif
A iij
16 MERCURE
-toire des derniers temps renfermée.
Le premier Quatrain
marque la guerre que le Roy a
toûjours faite avec autant d'avantage
que de gloire . Le fecond
fait voir qu'il a bien voulu
donner la Paix à l'Europe
,
lorfqu'il eftoit le plus en eftat
d'étendre
fes Conqueftes
. Le
premier des deux Tercets regarde
le Traité de Partage par
loquel Sa Majesté cedoir genereuſement
des Couronnes
pour
ne pas troubler le repos dont
tant de Peuples joüiffent
par
bonté , & dans l'autre l'Auteurnous
fait remarquer larécom
fa
#GALANT . 7
-penfe qu'il plaift à Dieu d'accorder
à cet Augufte Monarque
pour un fi grand ſacrifice.
AU ROY.
SONNE T.
26.0
Ainement contre toy Europe t'
conjurée
Paroift lafoudre en main , tonne de
Won toutes parts;
Tu cherches , tu pourfuis l'Hidre
¿ ¸ confederée ,
Tu ménes la Victoire où font tes
étendarts.
A iiij
४.
MERCURE
Lorfqu'à porter tes fers la Ligue
préparée
Te laiße un accés libre à fès plus
forts Remparts ,
Dans tes´ dons redoublez fa perte
eft reparée ,
Par la Paix tu rejoins tès ennemis
épars.
Pour fixer à jamais le repos que tu
donnes.
A tes rivaux confus tu cedes des
Couronnes
Que devoient à tes Fils le Sang&
Féquité.
GALANT.
Mais Dieu pour qui ton coeurfais
un telfacrifice ,
D'un Roy qui va mourirranimant
a la justice doy
Rendfes Etats entiers àta Pofteri
Le Madrigal que vous allez
lire eft de M' Marcel .
POUR
LE ROY D'ESPAGNE:
Dans l'art fameux de bien
regner
PHILIPPE
à l'Univers
vafe
faire
connaiſtre
;
to MERCURE
LOUIS LE GRAND pritfoin
de l'enfeigner;
Eft il au monde un plus grand
Maiftre !
Cet autre Madrigal eft de
M' de la Févrerie .
AU ROY.
Grand Roy , ta gloire eftfans
feconde ,
Quand de tes Petits Fils l'Espagne
fair le choix.
S'il eft beau de regner fur la terre
&furl'onde
Defoumettre tout à tes loix,
GALANT.
Heftencor plus beau d'avoirformé
des Rois
Dignes de gouverner le monde.
M' Boucher eft Auteur des
deux Madrigaux fuivans.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
GRand Prince , grand par excel.
lence,
Quoy ,fans vousfaire violence
Vous cedez des droits bien acquis
,
Pour en revêtir voftre Fils ?
Eft il rien de plus admirable ;
12 MERCURE
De plus beau , ny de plus lonableYAMA
Queue cette ceffion qui vous comble
d'honneur ?
Tout l'Univers furpris applaudis
avec joye ,
Et prendpart à la faveur
Que fur vous le Ciel déploye.
Quel beureux préjugé pour les
temps à venir !
Difons , pour clorre ce chapitre
Que vostre Sang eft à bon titre
Une fource de Rois à ne jamais
finir.
P
GALANT 13
zakh
SUR LA SEPARATION
DESROIS
DE FRANCE ET D'ESPAGNE,
20 .
Ve depleurs , que d'embroffemens
!
Que defoupirs , que de tendreffe!
Que de louables fentimens ,
Pami cela que d'allegreffe !
Des Peres , des Enfans , des Freres
genereux ,
Se difputent le prix que l'amitiéde
mande
,
Es fur l'égalité qui fe rencontre
entre eux
Laraifonfurvient& comman.
de.
14 MERCURE
Ilfaut fe feparerfans espoir de retour
Et combatre enfuyant la Nature
&l'Amour.
Chofe merveillenfe ,& bien ra.
re !
Detous les coeurs la fermeté s'empare
Le jeune Roy fe fouviens qu'on
l'attend
,
Qu'il n'a plus de confeil àpren
dre.
Ainfi plein des honneurs que
viens de luy rendre ,
Il eft parti trifte & content.
l'on
L'Auteur de ce cinquié
GALANT. 15
me Madrigal ne m'eft point
connu , & tout ce que j'en puis
dire, c'eft qu'il m'a efté envoyé
d'Auvergne.
SUR L'UNION
DE LA FRANCE ,
ET, DE L'ESPAGNE.
ECoq le Lion , étroitement
unis ,
Ne craignent point leurs Ennemis,
Leur vigilance eftfans pareille.
Le Lion dort les yeux ouverts
Le Coq avant jourfe réveille ;
Hé! qui donc oferoit dans tout cer
Univers
16 MERCURE
Du Coq & du Lion ,fi vaillans,
2 fifiers ,
Venir trerou la plume ou l'oreille ?
Malheur à qui contre eux voudroit
tenter le choc ,
S'il cherchoit le Lion , it trouveroit
le Coq. C
Je fuis bien aile de vous
pouvoir envoyer une copie de
la Lettre que vous avez tant
d'envie de voir. Elle eft extré
mement recherchée , & voftre
curiofité s'accorde en cela
avec celle de toute la Cour.
GALANT 17
LETTRE
DE MONSIEUR
LE COMTE DE GRAMONT
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRY
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Les grandes douleurs font
muettes . Ainfi je n'ay pû vous
marquer plutoft l'affiction
que j'ay de voftre départ ; mais
la Philofophie , comme vous
fçavez , Monfeigneur , eft d'un
Fanvier 1701. B
18 MERCURE
grand fecours dans les extre
mitez. Elle m'a un peu remis ,
& je prens la liberté de vous
écrire pour vous apprendre ,
car je ne fçay pas flater , que
tous ceux qui font icy ne vous
regrettent pas tant que le
Comte de Gramont. Le peu
de Gibier qui refte dans les
lieux où vous aviez coûtume
de chaffer , regarde voſtre abfence
comme une benediction
, & ce ne font que feux
de joye parmi les Perdrix de la
Plaine. Le Roy ne fçauroit plusmonterà
cheval fans eftre accablé
d'une foule de Liévres &
GALANT 19
2
de Lapins , qui luy prefentent
des Requestes contre vous. Un
petit Lapereau eftropie d'un
pied de derriere , fe mit à genoux
pour demander juftice
de toute fa famille que vous
• avez tué dans un jour . Je ne le
fçay que par un bruit commun
; mais voici ce que je fçay
par moy même. Je me promenois
l'autre jour dans le Pare
felon ma coûtume , refvant à
toutes les qualitez qui vous
rendent aimable. Quoy, dis- je,
ce jeune Prince qui a tant d'ef
prit , tant de bonté pour moy ,
tant de tendreffe pour fes Gou
Bij
20 MERCURE
verneurs , & tant de gouft pour
l'étude , fera donc abfent pendant
trois ou quatre mois , c'eft
le moyen d'en mourir . Au con.
traire , c'eft le moyen de vivre ,
me dir un Faifan blanc comme
nége , qui m'aborda dans le
moment. Quoy , luy dis je , qui!
vous a , s'il vous plaiſt , appris
à parler ? Legros Perroquet ders
Mademoiſelle d'Heudicourt ,
me répondit- il , qui eftoit des
mes amis . Et d'où vient que
vous eftes blanc , luy dis - je ?
C'est que je porte le deuil d'un
frere que le Prince dont yous
parlez , tua quelque temps
GALANT 22
On
avant fon départ. Vous fçavez ,
pourſuivit il, que la Volaille ne
porte point d'autre deuil , &
que tous les Cignes fait
voeu de le porter , & de chanter
en mourant. Voila , luy dis -je ,
de beaux contes. Mais que
fouhaitez . vous de moy ? Je
voudrois , me dit- il , que comme
vous aimez à rendre juſti
ce , & que le Roy vous écoute
avec bonté , vous euffiez celle
dele fupplier tres humblement
de donner quelques
Royaumes à Monfeigneur le
Duc de Berry , où il puft de
guis le matin jufqu'au foir tues
·
"
22 MERCURE
des Faifans fes Sujets , pour laiffer
icy en repos ceux de fon
Grand- Pere . Voila , Monfeigneur
, la Commiffion que
m'a donnée ce pauvre Faiſan
blanc du Parc de Verfailles.
Voyez fi vous voulez que je
m'en charge. En attendant
vos ordres , je fuis avec un profond
refpect , Monfeigneur ,
Voftre , & c.
Tous les Ouvrages de M
de la Granche , l'un des Academiciens
de l'Academie
Royale de Nifmes , font fort
eftimez , & quand vous aurez
GALANT.
23
lu celuy cy , vous avouerez
qu'il merite l'approbation que
tout le monde luy donne.
EPITRE
AU ROY D'ESPAGNE.
Digne Sang des BOURBONS
,
Prince né pour la Gloire
Petit-fils de LOUIS , enfant de la
Victoire
,
D'un Heros intrepide imitateur &.
Fils ,
De quel bonheur tes jours vont - ils
·eftre fuivis 2
Dés la plus tendre enfance , où regne
la foibleffe ,
Tufus pourun grand Trône inftruie
par la Sageffe 3
4
24 MERCURE
Tufais enfoutenir la noble majeſté,
Avec le plus haut rang allier la
bonté ;
·Recevoir fans orgueil un legitime
hommage ,
Elever ton efprit aw deffus de ton
age ,
D'untravail allidu montrerlesfruits
heureux
>
Et les Vertus d'un coeur humain&
genereux.
A ces dons excellens la Pietépréfide
,
L'amour de la Justice en ton ame
réfide.
La Prudence deja miriffant ta raifon
A de l'age viril prévenu la raifon.
Fufque dans tesplaifirs lafobre Temperance
D'une ardente jeuneffe a profcrit la
Licence
GALANT 25
Et de la flaterie , écueil des plus
grands coeurs ,
Elle écarte du tien les charmes fedu-
Eteurs.
Le Ciel te deftinant à la grandear
Suprême ,
Te marqua de fon Sceau des ta
naillance mêmes
Ilrépanditfurtoyfesprecieux trefors,
Qui tefont exprimer les Heros dont
tu fors.
Comme en eux il a peint en toyfa
vive imagery
Telque l'Aftre dujourdans unfecond
nuage ,
Imprime la clarté de fes rayons di
vers
Et fait voir deux Soleils dans le
même Univers.
Dans tesyeux de ton Sang le noble
feu petille.
Janvier 1701. C
26 MERCURE
Que turempliras bien les vaux de la.
Caftille ,
Quand digne Succeffeur de fes plus
fameux Rois
De vingt Sceptres unis tu foutiendras
le poids !
Quand tu confulteraspour guides &
pour maiftres
Dans l'artde bien regner tes illuftres
Ancestres. [ tans
Le fidelle dépoft de leurs faits ecla-
Rendra ton nom celebre & cher à tous
·les
temps.
Des Henris , deouis les illuftres.
exemples
T'ouvriront des lauriers les moiffons
les plus amples.
Parquel ufage heureux de leurs nobles
leçons
Trastu recueillir ces fertiles moiffons
?
GALANT.
27
Quand tujoindras encore à de fihauts
principes
Les faits des Ferdinands, des Char
les , des Philippes
Comme eux à quel degré de gloire
de grandeur
Du Trône Caftillan porteras - the-
Rhonneur ?
Grace au don précieux que le Ciel
nous accorde
corde,
Grace à l'étroit lien qui bannit la dif-
On ne la verra plus femer dans nos
Etats
Le carnage & l'horreur par de fan-"
glans combats.
Un même Sangfera de la Seine , &
du
Tage ,
Entre deux Rois amis, comme uufeul
heritage.
Lears communs interefts , l'union de
leurs coeurs,
Cij
18 MERCURE
De tous leurs Ennemis vont les rendre
vainqueurs.
Pour la Religion pouſſez d'un même
zele
Ilsfçauront fe liguer contre un Pew
ple infidelle ,
Du Pirate Afriquain réprimerlafu
rear , SALA [ reur.
Et chez le fierSultan répandre later-
Par tout ils uniront leurs forces mutuelles
,
Pour vanger de concert leurs communes
querelles ,
Et les deux Nations fembleront à
la fois
Confondre leur pays , leur valeur&
leurs droits.
Elles vont regreterjufques à ces conquestes,
S
Fufques à ces lauriers qui conronnoient
leurs teftes,
GALANT. 24
1
Quand l'un ou l'autre Sang effoit le
prix affreux
Dont il falloit payer quelque fuccès
heureux.
Ces combats plein d'horreur, ces funeftes
Victoires
Nauront plus deformais depart qu'en
nos hiftoires
Du veritable honneur ces Peuples &
jaloux
N'armerontplus contr'eux leur genereux
courroux ;
↑ renées s
Sans ceſſe ils beniront ces heureuſes
journées
Qui ferent enfanter la Paix aux Pi
Où d'un Royal hymen le glorieux
flambeau
Pour noftre commun bienfit naiſtre um
fortfi beau.
Mais admire , Grand Prince
la bonte d'un Pere ,
C iij
30 MERCURE
Et d'un Ayeul pour toy la tendreffe
fincere.
A l'Empire des Lis contens de Je
borner
Ils te cedent leurs droits pour te faire
regner.
Selon l'ordre du Sang dans ta propre
Famille
Deux degrez t'éloignoient du Trône
de Caftille ,
L'amourfeul ten rapproche , & comble
avec plaifiro D
De CHARLES expirant le plus
ardent defir.
Dans ce brillant éclat de gloire & de
puissance
Quel doit eftre l'effort de ta reconnoif
Lance ?
Que ne devras- tu point à ces foinspaternels
Dont l'avenir auradesgages éternels ?
GALANT .
31
Combien tous les Heros qui de toy
vont defcendre
Devront-ils refpecter un fouvenir fi
tendre ?
L'Espagne de LOUIS tiendra tous
ces Heros
Qui doivent pourjamais affurer fon
repos.
Pourrois tu fur le Tròne en perdre
la memoire ?
Non , ce doute , grand Roy , fait injure
à ta gloire ,
Et tu te reconnois redevable à Louis
Du Sceptre & des Vertus mêmes dont
tujouis.
Tuportes fon bon coeur avecson grand
courage ,
. د
Va , cours dans tes Etats achever
fon ouvrage.
Puiffe un heureux commerce entre
tous vos Sujets
C iiij
32 MERCURE
Entretenir toujours l'abondance & la
Paix!
Mille tendres adieux te couteront
des larmes ,
Mais elles feront naiftre en toy de
nouveaux charmes.
Les nostres à leur tourfont preftes
couler,
Et l'honneurqui tefuitpeutfeul nous
confoler.
Je devrois vous avoir fait part
il y a plus de deux mois , du
Madrigal & des Devifés que
je vous envoye , puifque ces
Ouvrages ont efté prefentez
au Roy d'Eſpagne deux jours
aprés que le Roy eut accepté
le Teflament fait en faveur de
GALANT
.
33
ce jeune Prince. Ainfi on peut
dire que ce font autant d'Impromptu
, & qu'il s'en eft
peu vu d'auffi beaux de cette
nature , faits en fi peu
de
temps
; auffi
ont
- ils efté
exrémement
applaudis
AU ROY D'ESPAGNE
MADRIGAL.
Rand Roy , traverse ces mon
tagnes ,
Qui s'ouvrent à ton beau deftin ;
Ton Sang t'applanit le chemin.
Va , cours regner dans les Efpa
gnes
24 MERCURE 34
C'est la route qu'Hercule tint .
Tu vas eftre un autre luy même.
Le Roy Philippes cinquième
Va faire oublier Charles - Quint.
DEVISES
Pour Sa Majefte Catholique .
Les Colomnes d'Hercule ,
201
avec ce mot ,
Initium non meta tibi.
3. EXPLICATION.
L'Espagne voit pourfon repos,
Quefon heureuxfort en décide.
Vous commencez , jeune Heros ,
Par où finis le grand Alcide.
AUTRE
Un Miroir , où le Soleil fe
GALANT.
35
repreſente , avec ce mot Efpagnol.
Bien lo retrato .
EXPLICATION.
Je way le rendre trait poartrait
Dans une reffemblance extrême.
Je ne feray que fon Portrait¦¦
Et l'on croiralle voir luy même,
MOM SÅ UTERIE
Cette Etoile lumineuse qui
a paruzent Elpagne prés du
Soleil en plein midy , avec ce
mor Efpaghop to
Nada le quita .
EXPLICATION.
Quels bons augures fons, les no
210
W buftres in 197
Noftre deftin eft éclaircy,
3626
MERCURE
S'il efface toutes les autres
Il n'ofte rien à celle cy,
Les trois Madrigaux ſuivans
font de M' Bernard, de la Mufique
de Sa Majefté.
AU ROY,
Sur la nomination de Monfer
gneur le Duc d'Anjou à la
Couronne
d'Efpagne
tulo2
HEros
que la veriu comduit
,
Et qu'entous fesprojets le bonheur
accompagne
,
Vous avezfait un Royd'Efpagne,
GALNAT 37
Qu'un autre nouveau Mars &
Minerve ontproduit.
Ce Roy choift du Ciel , que la
gloire environne ,
Le fecond de vos Petits fils,
Eft plus grand d'eftre iffu du bean
Sang de LOUIS
Que d'heriter d'une Couronne.
Que fes Sujets feront heureux
D'avoir un Roy fi ban , fi grand
fi genereux ,
Et dont la fagifle profonde
comblé les fouhaits du plus
grand Roydu monde
38 MERCURE
} ¥ } ' ༣༦ ནཱ
Au Roy d'Espagne
fut fon
Portrait, oda i • D
Digne Monarque de l'Ibere,
Quifuis les pas de ton Grand-
Perego
Mille Peintresfameux ébauchent
santon Portraitym day
Mais Rigauliſent l'a fçu rendre
parfait. alay ?
d'Alexandre,
Apelles
réussitas
katanag
f
Maisau feu qui brille en test
youx ,** abr-
Iln'aurois ofe l'entreprendre,
Sans avoir lepinceau dont on peignoit
les Dieux.
GALANT.y 39
AU ROY ,
Sur le départ du Roy
d'Espagne.
Grand Roy , sais tu que ce
malin
Saturne Jupiter , jaloux defon
deftin ,
Contre ton Petitfils preparoient
un orage ?
Mais l'ayant vu briller ; en vain
nous effayons
D'affembler , ont ils dit , nuage
fur nuage ;
Le Soleil n'eft pas loin quand on
voit fe rayons.
40 MERCURE
La ceremonie du Couron?
nement du Pape Clement XI.
: eſté refoluë pour le Me
credy 8. du mois paffé , jour de
la Conception de la Vierge ,
on fit au Portique de Saint
Pierre, une enceinte ,au dedans
de laquelle on éleva le Trône
de Sa Sainteté , avec fon dais ,
un quarré pour placer les Cardinaux,
Dans l'Eglife, devant
l'Autel du Saint Sacrement, il
y avoit un Prié- Dieu couvert
de velours rouge , avec des
couffins de la même étofe , &
des bancs difpofez des deux
coftez pour leurs Eminences &
GALANT 20
tous les Prelats. La Chapelle
Clementine avoit efté bien
fermée de toutes parts , & fous
l'Orgue eftoit élevé un Trône
avec un Dais. Il y avoit auffi
des fieges en quarré pour les
Cardinaux & les Prelats , l'entrée
ayant le même Autel du
Saint Sacrement en face. Là ,
on avoit preparé les Ornemens
pour la Meffe Pontifica
le, & fur une table à part ,
en avoit pour le Cardinal Diacre
de l'Evangile , pour l'Auditeur
de Rote Soudiacre Apof
tolique , & pour le Diacre &
le Soudiacre Grecs , qui de-
Fanvier 1701
D
ily
42
MECURE
voient chanter refpectivemene
l'Epitre & l'Evangile . Le grand
Trône pour Sa Sainteté avoic
eſté élevé devant le grand Autel
fous un Dais , & des deux
coftez il y avoit des bancs
pour les Cardinaux , & aprés
ceux -cy , pour les Evêques , &
pour les Penitenciers de Saint
Pierre . Derriere ceux des Cardinaux
eftoient des fieges pour
le Gouverneur de Rome , pour
l'Auditeur de la Chambre ,
pour les Protonotaires , & au
tres qui ont place auprés d'eux
dans la Chapelle. Les Mufi
ciens de la Chapelle du Pape
GALANT! 43
eftoient du cofté de l'Evangile.
Dans la loge de la Benediction
on avoit dieffé une efpece de
Theatre ' , fur lequel Sa Saintété
devoit eftre couronnée!
Son Siege eftoit fous un Dais ,
& au dehors eftoient des Tentures
de Brocard & de Taffetas.
Ce jour- là 8 de Decembre ,
vers les quinze heures , le Pape
véru d'une Soutane blanche &
d'une Moffette de velours
rouge,defcendit à la Chambre
appellée Camerino della falda ,
precedé d'une tres grande
multitude de Seigneurs titrez
& de ceux de la Maifon , & fui-
Dij
44 MERCURE
vi de plufieurs Cardinaux em
petits Manteaux & Moffettes
rouges. Sa Sainteté eſtant entrée
dans la Chambre , on luy
ofta fon chapeau , & on luy mit
une barette ou bonnet de ve
lours rouge . On la ceignit d'u
ne petite ceinture , les Maiftres.
des Ceremonies faifanten cela
leurs fonctions , aprés quoy
elle fe rendit en la Chambre
des Ornemens où elle fe mit
au milieu des deux Cardinaux
Diacres , & les Soudiacres Apoftoliques
la revestirent de
Amite, de l'Aube , de la Cein
sure, de l'Etole , & d'un Man
GALANT. +41
*
as beau blanc , avec ce qu'ils ap-
15-pellent Formale preciofo , & la
Mitre: Le premier Maitre des.
Ceremonies ayant dit Extra,
pour marquer qu'il eftoit
temps de fortir , un des Souz
diacres Apoftoliques prie la
Croix qu'il porta devant Sa
al Sainteté , & s'eftant miſe à genoux
pendant qu'elle la bai
foir , il marcha vers l'Eglife de-
Saint Pierre , au milieu de deux
& Officiers, qu'on appelle Verè
ges rouges , precedé des E
cuyers , des Cameriers extra
des Cameriers d'honneur &
fecrets, des Cleres de Chame
46 MERCURE
bre , des Auditeurs de Rote , &
des Soudiacres Apoſtoliques ,
tous en leurs habits accoûtumez
; & portant les Regnes &
les Mitres precieufes . Aprés la
Croix marchoient les Cardinaux
deux à deux , & enfuite
l'Ambaffadeur de Boulogne ,
les Confervateurs du Peuple
Romain , les Princes du Soglio,
les Ambaffadeurs des Rois , le
Gouverneur de Rome , & Sa
Sainteté au milieu de deux Car.
dinaux premiers Diacres , qui
tenoient les bords du Manteau
Papal . Deux Protonotaires faifoient
leurs fonctions , & la
GALANT 47
queue fut portée par le plus
digne Laïque qui fe trouva la
prefent . Aprés luy marchoient
le Doyen de la Rote , au milieu
de deux Cameriers affif.
tans de Sa Sainteté , l'Auditeur
de la Chambre , les Protono.
taires Apoftoliques , & autres.
Tout eftoit gardé par les Soldats
Suifles , & par ceux que
Fon appelle Lancie SpeZattes ,
chaque Garde ayant fes Capiraines.
Sa Sainteté alla dans cet
ordre jufqu'à la Sale Ducale ,
où l'on avoit préparé la chaife
dans laquelle elle eft portée.
Elle s'y aflit , & ayant efté fou
48 MERCURE
levée en haut par ceux de fes
Eftafiers qu'on nomme Pala
frenieri , elle fut portée par la
Salle Royale , & par les grands
degrez au Portique de Saint
Pierre , cftant precedée des
Cardinaux Diacres & de deux
Protonotaires , & les Maffiers
marchant aux coftez. Les Cardinaux
, les Prelats , un grand
nombre de Princes ,& le Chapitre
& le Clergé de Saint Pier
re entrérent dans l'enceinte
dont on a parlé. Là , Sa Sainteté
ayant efté portée jufqu'au
Trône , s'affit fous le Dais au
milieu des deux Cardinaux
Diacres.
GALANT.
49
Diacres afliftans. Alors le Cardinal
Barberin , Archipreftre
de S. Pierre , aprés une courte
Oraifon , fupplia Sa Sainteté
de recevoir le Chapitre & le
Clergé de cette celebre Eglife
au baifer des pieds ; ce qu'elle
accorda , felon la coutume.
Cela eftant fait , elle remonta
dans ſa chaife , entra dans l'Eglife
par la grande Porte , &
alla defcendre fans Mitre de
vant le Saint Sacrement , où
elle fit quelque Priere à genoux
. Enfuite elle fut portée
dans la même chaife à la
Chapelle Clementine la Mi
~Janvier 1701,
E
fo MERCURE
*
tre en tefte. Là , elle defcendit
proche du Trône , & ayant fa
lué l'Autel avec la Mitre , elle
monta au lieu prepare pour recevoir
l'Obedience des Cardinaux,
des Patriarches , des Archevelques,
& des Evéques ,
eftant affiſe au milieu des deux
Cardinaux Diacres. Les Confervateurs
fe tinrent fur les degrez.
L'Obedience finie , un
Soudiacre Apoftolique s'aprocha
du Trône avec la Croix en
face à Sa Sainteté, qui fe leva
aprés qu'on luy eut ofté la Mitre
, & donna la Benediction ,
les Cardinaux & tous les autres
eftant à genoux. Enfuite elle
GALANT
reprit la Mitre , & deux Cardinaux
Diacres furent conduits
au Trône , & mis en la
place des deux autres qui allérent
prendre leurs habits de
Diacres , ce que firent auffi les
Cardinaux Evêques , Preftres ,
& autres Diacres. Les Prelats
Affiftans & non- Affiftans , &
les Soudiacres , le Diacre & le
Soudiacre Crecs furent revêtus
de leurs Ornemens ordi .
naires , & aprés que les deux
premiers Cardinaux Diacres
eurent pris les leurs , ils retournérent
au lieu qu'ils avoient
quitté , & d'où les deux autres
E ij
52 MERCURE
allérent à leurs places . On ofta
la Mitre à Sa Sainteté qui étant
debout entonna le Deus in adjutorium
pour Tierce que le
Choeur continua de chanter
jufqu'à la fin , pendant quoy
Sa Sainteté, la Mitre en tefte
& affiſe , recita avec les deux
Cardinaux Affiftans les Pleaumes
& les Oraifons prepara
toires pour la Meſſe . On luy
mit les Sandales , & les Pfeaumes
de Tierce finis , un des
Muficiens chanta le Chapitre
& aprés les Répons & les Verfets
, Sa Sainteté fe levant dit
l'Oraifon de Tierce , aprés la
quelle elle fe lava les mains
GALANT 53
ce
ayant la Mitre fur la tefte. Ce
pendant le Cardinal de l'Evangile
& le Soudiacre de l'Epître
Latine s'eftant avancez
Cardinal luy ofta la Mitre , le
Manteau , l'Etole & la Ceinture
, & luy mit tous les Ornemens
qui luy convenoient
dans cette Ceremonie , & la
Proceffion le fit dans l'ordre
accoûtumé vers le grand Autel
. Sa Sainteté la fermoit, marchant
fous un Dais porté par
les Referendaires
de la fignatu
re. Elle eftoit fuivie du Doyen
de la Rore au milieu de deux
Cameriers Affiftans , de l'Au-
E iij
54 MERCURE
diteur de la Chambre , des Pro
Prob
tonotaires & autres. Sa chaife
eftoit environnée des Capitaines
des deux gardes & des Maffiers
, outre les Soldats Suiffes
qui eftoient difpofez aux coftez
de toute la Proceffion.
Quand Sa Sainteté fut fortie
de la Chapelle , un Clerc avec
un Cierge allumé mit le feu à
un gros monceau d'étoupe
pendu à un roſeau que tenoit
un Maistre des Ceremonies ,
qui s'eftant mis à genoux tourné
vers Sa Sainteté , luy dit en
chantant, Pater Sancte , fic tran
fit gloria mundi , ce qu'il repeta
GALANT. 55.
deux aut
ady
fois en des diftand'arriver
ces égales avant que
au grand Autel . Quand Sa
Sainteté fut à la Chapelle , on
arrefta la chaife , & les trois.
derniers Cardinaux Preftres
furent reçus ad ofculum oris &
pectoris , aprés quoy elle fut portée
devant l'Autel. Là , ayant
quitté fa Mitre elle fit quelquesprieres
, & s'approcha ens
fuite des degrez de l'Autel , ou
elle dit le Confiteor pour la Mel
fe , au milieu du Cardinal Evêque
Affiftant , & du Cardinal
Diacre de l'Evangile . Pendant
cela , les Cardinaux Diacres
E iiij
56 MERCURE
Affiftans & le Diacre Latin 7
avec le Diacre & le Soudiacre
Grecs , dirent entr'eux le Con:
fireor. Quand elle fut à Indulgentiam,
& c le Soudiacre Latin
mit le Manipule à Sa Sainteté ,
qui ayant fini la Confeffion ,
s'affit dans la chaife où elle eft
portée , & les Cardinaux Evêques
Affiftans lûrent les trois
Öraifons accoûtumées fur Sa
Sainteté , qui s'eftant levée &
approchée de l'Autel fans Mi.
tre , reçut le Pallium par la main
du Cardinal Pamphile ,premier
Diacre . Eftant montée à l'Au.
tel elle benit l'encens , & enGALANT.
57
cenfa l'Autel affiftée du Cardinal
de l'Evangile , qui enfuite
encenfa Sa Sainteté . Cela
fait , elle fe tranfporta au Trône
, & s'eftant affife elle reçut
à l'Obedience les Cardinaux ,
les Prelats Affiftans & non Af
fiftans , & les Penitenciers de
Saint Pierre , tous felon la di
verſe forme qui fe pratique
avec eux. L'adoration finie
Sa Sainteté lut l'Introit & le
Kyrieavec les Affiftans , enton
na le Gloria in excelfis & chanta
le Pax vobis , & les Oraiſons .
Enfuite s'eftant affiſe & ayant
repris la Mitre , le Cardinal
Y
58 MERCURE
Pamphile avec les Soudiacres
Apoftoliques, les Auditeurs den
Rate, les Acolites , les Abrevia
teurs , & les Avocats Confiftoriaux
, fe rendit à la Confeffion
de Saint Pierre , & là s'eftant
diviſez en plufieurs aîles ,leCardinal
commença à chanter les
loüanges du Pape , difant trois
fois Exaudi , Chrifte , & tous les
autres ayant repris Domino nofiro
Clementi XI. à Deo decreto
Summo Pontifici & Univerfali
Papa Vita, le même Cardinala .
jouta trois fois Salvator Mundi,
les autres repliquant toujours
Tu illum adjuva. Les louanges
GALANT 59
achevées , on chanta les Epi.
fres Latine & Grecque , &
l'Evangile Latin & Grec , &
Sa Sainteté entonna enfuite le
Credo. Toutes les autres cere
monies de la Meffe Pontifica
le eftant finies , elle defcendit
de l'Autel , & s'affit avec tous.
fes Ornemens dans la Chaiſe,
où ceux qu'on appelle Palafre
nieri ont accoutumé de la
porter . Ayant repris les gants
& l'anneau Pontifical , elle re
ceut du Cardinal Barberin
Archipreftre de l'Eglife de S.
Pierre , le prefent accoutumé
d'une bourſe de monnoyes
J.
60 MERCURE
antiques , qui luy fut offerte
au nom du Chapitre , pro bene
cantata Mißa. Elle donna cette
bourſe au Cardinal Diacre
de l'Evangile , & fut enfuite
portée à l'Autel duSaint Sacrement
, précedée de la Proceffion
. Là , elle pria à genoux ;
& eftant remontée en chaife ,
on la porta à la Loge de la Be
nediction , où elle monta fur
le lieu le plus élevé , & s'affie
à la veuë de tout le peuple fur
un Siege qui luy avoit eſté pré.
paré. Le Choeur ayant chanté
l'Antiphone , Corona aurea fuper
caput eius , le Cardinal de
GALANT. 61
Bouillon , Doyen , chanta les
Verſets , & enfuite l'Oraiſon ,
Omnipotens fempiterne Deus , di.
gnitas Sacerdotii, L'Oraiſon fi
nie,leCardinalDiacre Affiftant
à gauche luy ofta la Mitre , &
le Cardinal Pamphile, premier
Diacre , luy mit la Thiare
fur la tefte , en difant , Accipe
Thiaram tribus Coronis ornatam ,
fcias te effe Patrem Principum,
& Regum , Rectorem Orhus , in
terra Vicarium Salvatoris Noftri
Jefu Chrifti , cui est honor & gloria
in facula fæculorum . Amen .
Aprés cela , Sa Sainteté donna
une benediction folemnelle
62 MERCURE
au Peuple , en difant , Sancti
Apoftoli tui , &c. & fe levant
à ces paroles , Et benedictio Dei
Patris , & c. elle benit par trois
fois le Peuple avec trois fignes
de croix. Alors la Compagnie
des Chevaux - legers , les deux
de Cuiraffiers , & toutes les
Compagnies d'Infanterie qui
eftoient rangées en Bataillons
dans la Place de Saint Fierre ,
firent leur décharge , auffibien
que le Chasteau S. Ange,
tout le Peuple criant à l'envi ,
VivaPapa Clemente Undecimo.
L'Indulgence pleniere ayant
efté publiée en Latin & en
GALANT 63
Langue vulgaire , par les Cardinaux
Diacres Affiftans , Sa
Sainteté feleva , & fit encore
cun figne de croix fur le Peus
ple : aprés quoy elle remonta
dans fa chaife , & fut portée à
la chambre des Ornemens , où
selle quitta les Pontificaux pour
prendre la Moffette & un bon.
net de velours rouge . Le Cardinal
Diacre luy fit compli
ment enfuite au nom du facré
College . Sa Sainteté y répon
dit avec beaucoup de bonté ,
& fe retira dans fon Palais.
Aprésque M Antier a fait
64 MERCURE
*
voir dans fa derniere Lettre ;
qu'il eftoit à propos de faire
porter le nom de Perſpecteur
à celuy qui fçait la Perſpective
, il reprend fon difcours
touchant la proprieté de fon
Cube , & commence par la
preuve , comme la plus belle ,
la plus utile & la plus effentielle
de toutes, & monite qu'eftant
fuffisamment expliquée , &
bien entendue dans les effets ,
les Deffinateurs auront lieu de
la defirer , d'autant plus qu'ils
connoiftront qu'elle fert de
baze & de déciſion pour toutes
les autres proprietez , tant
GALANT : 65
du Cube que de la Perſpe
ctive.
Par cette preuve , dit-il ,
nous apprenons en peu de
temps tous les principes de la
Perſpective.
Nous connoiffons jufqu'aux
moindres fautes qui fe gliffent
dans les plus beaux Ouvrages.
Nous fçavons fi tous les
Auteurs ont bien écrit de la
Perfpective , & en quoy ils ont
manqué.
Nous fçavons donner la belle
ordonnance dans un Tableau
, & bien placer la lumiere
& fes ombres.
Fanvier 1701,
F
66 MERCURE
Nous jugeons fi une pierre
quarrée eft bien deffinée pour
nous paroiftre
telle dans un
Tableau.
Nous fçavons par exemple ,
fi les pieds d'une figure , fes
bras , fon nez , & toutes les autres
parties , ne font pas trop
longues ou trop courtes dans
la Perfpective.
Nous apprenons par exem
ple , fi une Gallerie de trois
cen s pieds faite en Perspective,
eft dans fa veritable mefure, &
fi elle nous fair la même fenfation
, telle que l'oeil la doit
voir pour une pareille lon
-GALANT. 67
S །
gueur , ce qui fait toute la décifion
de cetre Science .
Mille & mille autres quef.
tions feront decidées
par la
connoiffance
de cette preuve
.
Si l'Auteur
avoit l'avantage
d'enfeigner
cette Science dans
les Ecoles publiques
, où les
Deffinateurs
pourroient
fe
S trouver
fans confequence
, il
eroit pouvoir
le flatter qu'en
un mois de temps il les rendroit
fi fçavans dans cette connoiffance
, qu'ils pafferoient
pour tres- habiles , tant à caufe
de leurs bonnes difpofitions
S
naturelles , que par
la fcience
Eij
68 MERCURE
qu'ils poffederoient entierement.
Il donneroit hardiment
dans ces lieux d'étude les principes
de cette fcience , & ne fe
contenteroit pas de les faire
comprendre par des lignes &
par des demonftrations faites
fur le papier , il en donneroit
une demonſtration
prife mecaniquement
dans la nature
par le Cube entier , qui eft la
plus belle découverte qu'on aft
jamais faite pour la perfection
de cette ſcience .
Il feroit à fouhaiter que tous
ceux qui voyagent pour tâcher
de s'avancer
par la vue des
GALANT. 69
à
beaux ouvrages , poffedaffent
cette preuve , pour ne pas s'ar-
-refter feulement à les voir ,
les admirer & les copier , com
* me font les fimples Deffina..
teurs , mais pour difcerner le
vray d'avec le faux , & connoître
à fond , ainfi que le bon
Perfpecteur , l'ame, l'efprit , &
la force des travaux de ces fameux
Peintres , Sculpteurs , &
Graveurs , qui ne fe font fignalez
dans leurs Arts que par la
Perſpective , & auffi pour faire
de tres bons Ouvrages & Originaux
, afin d'aller par là da
pair avec les plus fçavans , puil
yo MERCURE
que nous avons des perfon
nes qui ne manquent pas d'as
dreffe , d'efprit, de force , ny de
main hardie pour bien tou.
cher toutes fortes de deffeins ,
mais la Perspective & la preuve
qu'ils n'ont pas , eft ce qui les
plonge dans un entier oubly.
Voila une idée des effets de la
preuve qui eft auffi neceffaire
dans le deffein pour fa perfection
, qu'elle eft utile dans l'A
rithmetique pour donner un
compte affuré,
M' Antier qui continuë d'enfeigner
cette fcience avec fuc
sés , peut la donner facilement
t
71
GALANT
.
par lettres aux perfonnes éloi
gnées , puifqu'il luy eft auffi ais
lé de donner les principes de
cette fcience , que d'enfei
gner, un& un font deux . Sa demeure
eft toûjours au Lion
d'or , rue de l'Echelle , proche
les Tuilleries.
Il paroift une Livre nouveau
qui a pour titre , Traité de la
Communion fous les deux especes,
dans lequel l'Auteur fait voir
que les deux efpeces du Sacrement
de l'Euchariftie ne font
point neceffaires au falut des
Laïques , & convainc les Proteftans
d'eftre dans l'erreur fur
72 MERCURE
cette matiere. Il eft ailé de con.
noistre qu'il a étudié à fond
cette queftion , foit à caufe
qu'il a efté autrefois Proteftant
( comme on le voit dans
l'Epître dedicatoire adreffée à
une Dame de qualite , qui a
auffi efté Proteftante ) foit que
la neceffité prefente l'ait porté
à faire un dernier effort , afin
qu'il ne reftaft plus rien à dire
fur ce fujer. Il y rapporte
d'une maniére fort étendue
les Herefies que les Miniftres
ont enfeignées là deffus , &
prouve par des principes que
les Prétendus Reformez ne
peuvent
GALANT.
73
peuvent nier , que la Primitive
Eglife a pû legitimement don .
ner la Communion fous une
feule efpece a des Particuliers ,
& enfuite approuver l'ufage de
cetteCommunionfous une feu
leefpecepour tous les Laïques ;
aprés quoy il refute un grand
nombre d'objections
qui ne
peuvent eftre apprifes que par ,
un long exercice dans les difputes
de Religion . Ce livre ſe
vend chez le S Daniel Jollet ,
Imprimeur Libraire , fur le Pont
S. Michel , vis - à vis le Quay des
Auguftins , au Page du Roy.
M' de la Motte , dont les
G
Fanvier 1701.
74 MERCURE
6
Vers ont eu l'avantage de vous
plaire dans plus d'un Opera de
fa façon , vient de donner au
Public le premier Livre de l'Iliade
en Vers François . Cet
effay fait efperer beaucoup de
la fuite. Il eft rempli de quanti.
té de beaux Vers qui font plaifir
au Lecteur. Cet Ouvrage ,
dédié à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , eft précedé
d'une Préface , qui fait voir le
bon fens & le bon gouft de
l'Auteur. Il fe vend chez le
Sieur Emery , Quay des Augu.
ftins , à l'Ecu de France.
Vous avez fouhaité de voir
la Harangue que M' Nicolaï ,
GALANT.
75
LM
premier Prefident en la Cham .
bre des Comptes , fit au Roy
d'Efpagne , aprés que S. M. euc
accepté le Teftament du feu
Roy Charles II On m'en a don
néune copie, &je vousl'envoye
SIRE .
Le Teftament du Roy, les
vaux de plufieurs Etats viennent
de mettre une multitude de Con
ronnes fur la tefte de VoftreMajesté.
Nous venons devant elle applaudir
avec une infinité de differens
Peuples à cette décifion folemnelle ;
mais , Sire , cette Nation ne paroift
elle pas avoir agi en cette accafion
, moins par cettefageffe &
Gij
76 MERCURE
cette prudence qui la regle depuis
tant d'années , que comme inspirée
du Ciel , & vivement penetrée de
la justice.
L'Espagne ajetté les yeuxfur
le monde entier , elle les a arrefte
fur le Sangde Louis le Grand, Les
vertus du Grand Pere du Pere
luy ont répondu de celles du Petit-
Fils. Cette Nation fi fage & fi
fiere cherchoit un Roy , dans les
veines duquel euffent coulé les femences
de toutes les vertus , pouvoit
elle trouver autre part un
affemblage fi parfait que dans le
fang des Heros ?
Nous n'aurions pas ofé nous
$150
GALANT 77
flater , Sire , qu'aprés les grands
évenemens , dont les jours plutoft
que les années du Roy noftre Mai
fire font remplis , la gloire d'un
fi fameux cuft encore efté refervce
àla France. Que nefommes nous
point en droitd'efperer?
си
Nousn'oferions non plus faire.
trop paroifre la douleur que nous
reffentons de la perte de V. M.
nous sommes trop fenfibles à la
gloire dont elle eft environnée ,
nous craindrions que nos regrets
ne paruffent s'y oppofer
auffibien qu'au bonheur que nous
avons lieu d'en attendre pour la
France. Enfin, Sire , nous efperons
G iij
78 MERCURE
que vous n'oubliere iamais vos
fire Patrie , ny le Sang dont vous
fortez, & que les alliances ,• qui
ons esté fi fouvent réiterées entre
les deux Couronnes , feront pour
jamais affèrmies par le Trônefur
lequel V. M. eft déja montée.
Allez donc , Sire , combler les
vaux ardens de vos Sujets . Allez
regnerfur toutes ces Nations qui
vous attendent avec impatience
,
ne doutez point que vous ne
faffiez lears plus cheres delices . Ils
vous en ont déja affuré par le fa
ge Miniftre qui a eu le bonheur de
rendre le premier fes hommages à
Voftre Majeflé. Faffe le Ciel que
GALANT.1 79.
vous joüiffiez du bonheur de vos
illuftres Ayeux . Ce font les veure
de vos tres bumbles tres refpe.
Aucux ferviteurs , & des tresobeiflans
& tres fidellesferviteurs
• Sujets du Roy noftre Souverain
Seigneur
S5 Les Vers que je vous envoye
gravez , font de M' Tonti , &
iont efté mis en Mufique par
Mrs Piuli & du Breuil, qui alle
rent exprés à Eftampe , où ils
les chanterent au foupé du
Roy d'Espagne . Comme ils
eurent le bonheur de luy plai
re , ce Prince les fit chanter
une feconde fois. #
Giij
80 MERCURE
AIR NOUVEAU.
ALle remplir vos deftinées
,
Prince forti du Sangdes Dieux
Au delà des Pyrenées
Faites voir un Heros naiſſant
glorieux.
L'Espagne vous prepare um·
Trône
Respecté de tout l'Univers ,
Et dont la brillante Couronne
Vous fera dominerfur cent Peuples
divers.
Que le bonheur , que la vi-
Etoire
D
dar
Jour
Эл
son s
18
Duo
I'Espagne Vita
93
9
I'Espagne Vnila
sance, Et leurs es
sance, Et leurs es
+
ceurs les douceurne lo

Paix
,
les douceurne los
80 N
3
ΑΙ
A
P
Fait
L
Vo
T
icassi
GALANT
Accompagnent toujours vos
pas,
Et que l'éclat de voftre gloire
Surpaffe vos vaftes Etats.
L'Espagne unie avecla France:
Fera voler par toutfagloire &fa
puiffance ,
Et leurs Peuples heureux goûteront
deformais
Les douceurs d'une longue
Paix.
Voicy d'autres Vers qui fu
rent prefentez au Roy d'Efpagne
aprés qu'il fut arrivé à
Châtres. Ils font de M' Auboüin
, Subftitut de M ' le Procureur
General du Grand
Confeil.
82 MERCURE
GRand Roy , fouffre ces Vers
Une Mufe inconnuë
is
Dans la foule enhardie ofe briguer
ta veuë ,
Souffre qu'avec refpect elle encenfe
tes
pas ,
Du moins elle aura foin de n'en
abufer pas.
Affez ouvrant pour toy fes bouches
venerables ,
L'Eloquence a vanté tes vertus
admirables,
Et de prés abordant ton Trône
glorieux ,
Afceu faire éclater fes transports.
à tes yeuxs
GALANT. 83
Il faut qu'en prenant part à ta
gloire nouvelle ,
Apollon à fon tour déploye enfin
fon zele.
Tu cheris les beaux Arts , tu connois
tout leur prix .
Puiffent ils te fervir comme tu
les cheris .
Mais déja commençant tes
hautes deftinées ,
Tu pars , & s'élevant du haut des
Pyrenées
L'Espagne , de fes voeux abre.
geant ton chemin ,
Impatiente, attend vingt Sceptres
à la main.
Vainement parmy nous ,
t'aime t'adore,
où tout
84 MERCURE
La nature en pleurant veut t'arrefter
encore
Deformais il n'eft rien qui foitfi
fort que toy ,
Tu regardes la gloire & ne fçais
qu'eftre Roy.
Tufçais en t'accordant au Peuna
plequi t'appelle
Luy vouer dans ton coeur une bonté
fidelle ,
Et recevant beaucoup , mais rendant
encor plus ,
Pour trente Etats offerts luy por
ter cent Vertus .
Pars donc environné des voeux™
que
l'on
t'adreße.
Que toujours le Deftin refpecte ta
Lageße
GALANT 85
Et que tout à tes loix accourant
chaque iour,
Donne moins au Pouvoir qu'il ne
rend à l'Amour.
Je vous envoye trois Son
ners & divers Madrigaux , qui
regardent l'élevation de Monfeigneur
le Duc d'Anjou au
Trône d'Efpagne . Vous trou
verez le nom des Auteurs au
bas de la plus grande partie
de ces Ouvrages
.
86 MERCURE
A L'ESPAGNE.
APpaife
ta douleur, & calme
ta tristeße
,
La France eft ton appuy , le Ciel
te l'a promis ,
Ton Souverain mourant te l'ordonne,
& te preſſe
De mettre ta Couronne à l'ombre
de fes Lis.
Un Prince tout charmant , dés fa
tendre ieuneffe
Va tirerdu tombeau tes Rois enfevelis
,
Ranimer leur vertu, rehauffer leur
fageffe,
GALANT. 87
Et de ton vafte Empire empêcher
le débris .
De tes plusgrands Heros les * no.
bles destinées
De fon regne naiffant ouvriront
les années ,
Philippes fuir fon Pere , il imite
un grand Roy.
Un fiecle d'or fera le fiecle qui
commence.
Comme eux avec éclat il regnera
Jur toy;
Fuge de ton bonheur par celuy de
la France.
Monfeigneur le Duc d'Anjou part pour
l'Espagne à dix fept ans .

Par le P. Garmoineau , Jefuite
à Poitiers.
88 MERCURE
POUR
LE ROY D'ESPAGNE
ES
Stre ieune , bienfait , du plus
beau Sang du monde,
Dans les moeurs compofé, dans le
difcours brillant ,
Sage , bon , genereux , magnanime,
vaillant ,
Sçavoir fe conferver dans une
Paix profonde.
Avoir l'efprit fubtil , la memoire
feconde ,
Le jugement folide & le coeur toujours
grand,
GALANT. 89
Au Lycée , au Parnaffe eftre dans
un baut rang
,
Faire que fa veriu feule de tout
réponde .
·Joindre à ces qualitez une conſtanz
te foy,
Suivrepour bien regner l'exemple
d'un grand Roy,
Se reglerfur LOUIS , garder ,
Ja politique.
1..
Aimer la pieté comme un riche
bijou ,
Faur il moins de talens pour un
Roy Catholique ?
Janvier
1701,
H
90 MERCURE
Et qui peut les avoir que PHI
LIPPE D'ANJOU ?
Par le Pere Raphaël Imbert,
Auguftin Déchauffé de
Provence.
AU ROY D'ESPAGNE
Sur fon départ.
P Artez , jeune Heros , comme
un nouveau Faſon ,
Tout eft preft à la Cour pour ce
fameux Voyage.
Allez donner des loixfur les ri
ves du Tage ,
Le Ciel vous deftinoit cette riche
Toifon.
GALANT.
En vain l'Aigle jaloux pretend
avoir raison
De difputer le tout , ou d'entrer em
partage ;
Le Teftament Royal vous cede un
beritage ,
Que le feul droit du Sang cede à
voftre Maiſon.
Déja les Envoyez commencent
paroiftre,
Les Peuples empreffez vous demandent
pour Maistre,
Et vous verrez bien . toft les
Grands du premier rang,
Hij
92 MERCURE
Ce grand évenement d'immortelle
memoire ,
Kafegraver en bronze au Temple
de la gloire, i
En l'honneur de Philippe de
Louis le Grand.
AU ROY D'ESPAGNE ,
cy. devant Duc d'Anjou .
DEs quelenom d'Anjou,Prince,
vous fut donné ,
Je dis qu'au Trône deftiné
Vous regneriez unjourfur les deux
Hemispheres.
Ce nom est glorieux , ce nom eft
fortuné
GALANTM
Er les Nations étrangeres
Plus d'une fous l'ont couronné.
Mais le nom de Philippe ,
dans l'Hiftoire ,
f
illuftre
Et de l'Espagne reverék we
Mefut unprefage affuré
Qui me confirma voftre gloire.
Ce nom commun à vos Ayeux
Deit rappeller aux Curieux
Untrait digne de leur memoire.
Dela Maifon d' Autriche un Philippe
autrefois
Al'Espagne donna des Loix,
Et deux fiecles entiers a duré fa
puiffance
Par unefuitede cinq Rois ;
Un Philippe auiourd buy de la
Maifon de France,
94 MERCURE
Sur ce même Trône eft monté.
Puiffe dans une paix profonde
Son heureufe Pofterité.
Regnerjusqu'à lafin du monde.
DE LA FEVRERIE,
MADRIGAL.
DEpuis longtemps deux Pewples
divife ,
De moeurs & d'interefts prefque
tout oppofez ,
Sefaifoient tous les jours une mor-
" telle
guerre.
Un coup d'Etat vient de les
réunir ,
Et d'un fi douxlien les ferre,
GALANT.
97
Que rien ne pourra fur la
terre
Lesfeparer à l'avenir.
Ce rare & merveilleux Spes
Etacle
Tient l'Europe enfufpens , & fra
pe les efprits.
Politiques jaloux, n'enfoyez point
Surpris ,
L'Etoile des Bourbons a fait ce
A grand miracle.
Le même.
AUTRE.
L'Espagne a ce qu'elle defire,
Le Duc d'Anjou reçoit (a foy
96 MERCURE
A eftplus glorieux de luy donner
un Roy ,
Que de partagerfon Empire;
Le même .
AU ROY D'ESPAGNE
fur fon départ.
P Artez , brillant Rayon du Sa
leil de la France ,
Puis que de vous des Peuples one
fair choix .
Prevenus de voftre prudence,
Pour regner dans leurs coeurs ,
Bleur donner des Loix.
L'Espagne vous attend , allez en
diligence.
PuiffieZ
GALNAT: 91
Puiffiez vous égaler le plus puif
fant des Rois.
Le Prieur de Chambrehault .
· POUR SA MAJESTE
Catholique.
Dans un calme profond , dans
une paix profonde
Le beaufujet d'étonnement !
Quoy ? pour le Petit fils du plus
grand Roy du monde
Seize Couronnesfeulement ?
Bon ce n'est qu'une bagaielle
Que l'on nous donne pour nouvelle,
Janvier 1701 ,
98 MERCURE
Laiffez le faire ; un jour avec um
coeur François
Vous le verrez où fe level'Au
rore ,
Appellépar un nouveau choix
Se faire couronner encore .
BOUCHER.
Allez, parteZ, volez où leføre
vous appelle ,
L'ordre du Ciel le veut ainsi ,
Vostre destinée eft fi belle ,
Que l'on s'en réjouit icy.
Aprés avoir rempli le devoir le
plus rendre
Par vos pleurs &par vos re,
grets,
GALANT 99
a Vous nedevez plus vous défendre
De partir de vous rendre
Au fein de vos Sujets ,
De qui l'amour pour vous paffe
juſqu'à l'excés.
Quel bonheur! quelle gloire !
Grand Prince, quittez nous, allez
les rendre heureux ,
Vousferezà noftre memoire
Ceque vousferezàleuryseux;
Le même.
Voicy les noms de quelques
perfonnes confiderables morres
fur la fin du mois paffe , &
au commencement de celuycy
.
Lij
100 MERCURE
Dame
Helene
Baugier ,
Epouſe
de Meffire
Jean Louis
de Mairat
, Seigneur
de No.
gent , Maiftre
des Requeftes
ordinaire
de l'Hoftel
du Roy,
àgée de dix- neuf à vingt ans.
Meffire
Antoine
le Meneftrel
de Hauguel
, Seigneur
de
Saint Germain
de Laxis & des
Granges
, & grand Audiencier
de France
, âgé de foixante
&
douze ans. Il laiffe entre autres
Enfans , un Fils Capitaine
aux
Gardes
, un autre Confeiller
au Grand
Confeil
, & une Fille,
mariée
à M' le Marquis
de
Bezons
, Gouverneur
de Gra
velines
.
GALANT
191
Dame Charlotte- Marie de
Frezeau de la Frezeliere, Epou
fe de Meffice François de Frezeau
, Marquis de la Frezeliere
& de Monts , Lieutenant ge
neral des Armées du Roy , &
de l'Artillerie de France, Gouverneur
des Ville & Chasteau
de Salins , âgée de loixante &
dix ans. Je vous en ay parlé
amplement dan ma Lettre du
mois de Juin 1678.
a. Dame Eleonore Danque
chin , Veuve de Meffire Guy
Carré de Genouilly, Seigneur
de Montgeron & autres lieux.
Elle laiffe entre autres Enfans
I ij
102 MERCURE
Meffire Gay Carré de Montgeron
, Maiftre des Requeftes
, & deux Filles , dont l'une
a efté mariée à Meffire René
Coicault , Seigneur de Cherigny
, mort Confeiller au Parlement
; & l'autre à Meffire
Louis de Machault , Seigneur
de la Bourfiere , mort auffi
Confeiller au Parlement .
Meffire Louis- Marie. François
le Tellier , Marquis de
Barbezieux , Secretaire d'Etat
& des Commandemens de Sa
Majefté , Commandeur &
Chancelier de fes Ordres , mort
à Verfailles le s . de ce mois
GALANTM 103
âgé de trente
deux ans. Son
corps a efté apporté aux Capucines
de Paris , où il a efté
inhumé
auprés de M' de Louvois,
fon pere. Il avoit époufe
en premieres
noces ,le so. Novembre
1691. Catherine
- Loui
fe de Cruffol d'Uzez
, Fille d'Ex
manuel
de Cruffol
, Duc d'U
zez , premier Pair de France ,
Chevalier
des Ordres
du Roy,
Gouverneur
de Xaintonge
&
d'Angoumois
, & de Marie-
Julie de Sainte Maure. Elle
mourut
à Versailles
le 4. May
1694, en fa vingtième
année ,
& laiffa une Fille , âgée pre
I iiij
104 MERCURE
fente ment de fept ans . Il avoie
époufé en fecondes noces le it.
Janvier 1696. Marie Therefe.
Daufine d'Alegre, Fille d'Yves
Marquis d'Alegre , Maréchal
de Camp , & de Jeanne Fran
çoiſe de Garaud de Caminades,
dont il a eu deux Filles.
Meffire Touffaint Rofe ,
Marquis de Coye , Secretaire
du Cabinet de Sa Majefte ,
Prefident en fa Chambre dest
Comptes, & l'un des quarante
de l'Academie Françoife, mort
le 6. de ce mois , en ſa quatrevinge
fixième année. Il avoit
efté Secretaire de M' le Cardi
4
GALANTM 105
ñal Mazarin; & a eu pour Fils
Meffire Louis Rofe , Seigneur
de Coye , Confeiller au Parle
ment de Mets , & Secretaire
du Cabinet de Sa Majesté
mort en 1688. aprés avoir épou
fé Dame Madelene de Bailleul,
Fille de M'de Bailleul , Prefident
à Mortier , qui eft remariée à
Meffire Jean Aubert , Marquis
de Vatan. Du mariage de
Meffire Louis Rofe , Fils du
Prefident du même nom , dont
jevous apprens la mort , fong
venus un Fils & une Fille. La
Fille eft Dame Rofe - Madelene
Rofe , qui époufa le 28. Avril
105 MERCURE
1699. Meffire Antoine Portail ,
Avocat general au Parlement.
Meffice Pierre Stoppa , Lieu
tenant general des Armées da
Roy , Colonel general de fes
Gardes Suiffes , & d'un autre
Regiment de la même Nation,
mort le 7. de ce mois , âgé de
foixante & dix-fept ans , fans
avoir laiffé de pofterité de Dame
Charlotte de Gondy, mor
te en Juin 1694 .
Meffire Philippe de Velliard,
Seigneur de Paudy, Dion , & c.
Subdelegué de Meffieurs les
Maréchaux de France en la
Province de Berry.
GALANT. 107
Le Roy a donné l'Abbaye
d'Orcampà M' l'Abbé deMor.
may de Monchevreuil , grand
Vicaire de Beauvais , quia remis
celle de Montier - la- celle à M
l'Abbé de Villebreüil , frere
d'un Gentilhomme de Monfieur
le Comte de Toulouſe.
Sa Majefté a auffi donné l'Ab.
baye de Saint Pierre de Metz
àMadame duHamel , Religieu
fe de la mefme Mailon , celle
de Fervaques à Madame des
Roches,fille de M'des Roches
Gouverneur des Invalides , &
celle de Saint Jean d'Authun,
à Madame de Marey.
108 MERCURE
Le 29. du dernier mois M.
Brunet de Chailli , Maistre des
Requeftes , & Preſident à la
Chambre des Comptes de
Paris , fils de Mr Brunet
ancien Garde du TreforRoyal,
époufa Mademoiſelle de Nor
manville. Elle eft d'une ancienne
Maiſon de Normandie , &
a efté élevée à Saint Cyr.
Madame de Maintenon qui
affifta à la Noce qui fe fit chez
M' le Controleur General?
l'honore de fon amitié avec
une diftinction particuliere ,
ce quieft une preuve éclatante
de la vertu , & de fon merite,
GALANT. 109
Le Roy pour faire voir que
cette alliance luy eft agreable,
a bien voulu y contribuer
par fes liberalitez , qui n'ont
pas efté faites de la maniere
dont quelques nouvelles pu .
bliques ont parlé. Madame
la Ducheffe de
Bourgogne a
fait un preſent à la nouvelle
Mariée digne de la generofité
ordinaire à cette Princeffe.
Quatre ou cinq jours aprés la
celebration de ce mariage
Madame de Maintenon fit
l'honneur aux nouveaux mariés
de venir diner avec eux à Paris
à l'Hôtel d'Albret.
110 MERCURE
"
Je vous envoye le denomi
brement des habitans de
Rome , au mois de Decem
bre 1700. Il aeſté fait ſuivant
l'usage qui s'obſerve à la fin
de chaque Siecle .
Maiſons & Familles
Eglifes Paroiffiales 81
29536
Le Pape & les Cardinaux 59
Evêques
XV42
Preftres . 2587
Religieux 3650
Religieufes 1947
Seculiers des Colleges 1133
Courtifans , Officiers , & Do.
meftiques des Cardinaux
1574
GALANT.
Pauvres dans les Hopitaux 2215
Hommes de tous âges 78371
Femmes de tous âges 56718
Prifonniers
359
Communians
102375
Ceux qui nont pas l'âge pour
communier
32533
Ceux qui ont communié
101297
Ceux qui n'ayant pas commu
nié paffent pour excomuniez
Les Courtisanes
72
532
Les Mores ou Noirs 14
1 Les Soeurs Grifes
95
Les Hebreux ou Juifs
$987
Les femmes Juifves a
5695
# 2 MERCURE
Total 146590, Amesis
Le22.du mois paffé M' l'Evêque
de Couzerans donna un
manifique repas à M ' le Duc
d'Offonne , à M' le Marquis
de Robledo , & aux autres Seigneurs
Efpagnols qui estoient
icy.M'l'Ambaffadeurd'Espagne
y eftoit invité, mais eftant obligé
d'aller à Versailles , il y envoya
Meffieurs fes fils. Ce Prelat
qui fe diftingue fi bien dans
tout ce qu'il fait , y fit trouver
auffi des François de la premiere
qualité , qui avoient quelque
relation avec ce Grand d'Efpagne,
Cet Evêque eft de Navar
GALANT.
5113
A
ře , de la Maiſon de Saint Eſte.
van , Frere du feu Marquis de
Saint Eftevan , Lieutenant des
Gardes du Corps , & Gouverneur
de Broüage. Il eft de la
mefme Maifon que M' le Comte
de San Eftevan , Grand d'Efpagne,
Frere de Madame la Du .
cheffe de Frias , dont м ' le Duc
d'Offone a épouté la Fille. C'eſt à
l'occaſion de cette alliance que
M' l'Evêque de Couzerans donna
ce regale à M' le Duc d'Offone.
La fefte fut complette,
tout y eftoit magnifique , & de
bon gouft. Les mets eftoient exquis
, & on y fervit tout ce que
Fanvier 1701.
K
14 MERCURE
la faifon avoit de plus rare.Labondance
n'empechapointque
l'ordre & la delicateffe ne fe
trouvaffent à ce grand repas
M' de Chamillart ayant eu
l'honneur , avant fon élevation
aux Dignitez dont il eft
pourvû , d'approcher pendant
quelques années la Perfonne
du Roy , & ce Prince penetrant
par les vives lumieres ,
ce qui fe paffe dans le fond du
coeur de ceux à qui il veut bien
permettre de le voir de prés ,
jugea dés lors
que fon extrême
fageffe , & fa grande integrité
le rendroient un jour ca.
GALANT; 115
1
pable des emplois qui demandent
la plus grande confiance .
Les affaires preffantes de la
derniere guerre l'ayant obligé
de créer de nouvelles Charges
d'Intendans des Finances ,
Sa Majefte qui n'a pas befoin
qu'on la faffe fouvenir dans
Foccafion des perfonnes qui
one merité l'honneur de fon
eftime, & qui font capables
de fervir l'Etat , fit connoistre
qu'elle fouhaitoit qu'on gar
daft une de ces nouvelles Char
ges pour M' de Chamillart ,
qui eftoit alors l'Intendant de
Normandie. Il fur pourvû
Kij
116 MERCURE
quelque temps aprés de l'une
de ces nouvelles Charges , &
l'exerça d'une maniére qui pou
voit fervir de modele à tous
ceux qui poffedoient des Emplois
fi épineux de forte quel
la place de Controlleur gene
ral eſtant venuë à vacquer , lelo
Public qui fçavoit le definte
reffement de M' de Chamil.
lart , fes maniéres douces &
honneftes , & fa penetrations
dans les Finances , luy fouhaitan
cette place. Sa M. qui igno
roit les voeux de la Cour & da
Peuple ; mais qui connoiffoit
mieux que perfonne le meritex
GALANT ny
de ce nouvel Intendant ne
balança point à l'élever à ce
pofte. Ce choix fut generale .
ment applaudi. Le Roy auroie
pû le nommer dés lors Miniftre
d'Etat , mais voulant fça
voir encore plus à fond juf
qu'où alloit fon efprit , Sa Ma
jefté ne l'admit qu'aprés plus
d'une année , dans les Confeils
où les chofes qui s'y décident
en dernier reffort , demandent--
un efprit penetrant , profond ,
politique , & inftruit de tout
ce que doivent fçavoir les Mi
niftres du premier Etat dul
monde , & dont le gouverne
118 MERCURE
ment doit fervir de regle à tous
les Souverains de la terre. La
fuite a fait voir au Roy qu'il
avoit jugé jufte des qualitez
de ce nouveau Miniftre , avanc
qu'il fuft dans une ficuation
qui puft faire connoistre dequoy
il eftoit capable. Ainfr
voulant remplir la Charge de
Secretaire d'Etat à laquelle le
Département de la Guerre eft
attaché, & cet Employ deman
dant un homme dont les Off .
ciers qui ont répandu , & font
prefts de répandre encore leur
fang pour la gloire , & pour la
défenſe de l'Etat , ayent lieu
GALANT. 19
crut
deftre contents , Sa Majefté
ne pouvoir mieux choifir
que M' de Chamillart. Ce Miniftre
fe défendit de l'accepter,
avec la modeftie qui luy ef
naturelle , & que fon vifage
marque mieux que tout ce
que je pourrois en dire ; mais
le Roy voulant bien fe charger
de la moitié du fardeau
&luy prefter fes lumieres pour
remplir un poſte d'une fi vaſte
étendue , M de Chamillare fe
trouva obligé d'obeir fans repliquer
davantage . Par l'union
des deux grands emplois qui
regardent les Finances , & la
12.0 MERCURE
Guerre , le Roy fait un bien
confiderable àl'Etat. Le Controlleur
General des Finances
aura foin que les fonds necef
faires pour la Guerre ne manquent
jamais lors qu'on en
aura un veritable befoin , &
le Secretaire d'Etat de la Guerre
n'alterera point les Finan
ces en faifant delivrer , pour
ce quila regarde , des ſommes
immenfes pour les beſoins à
venir. Ce mal , quoyque fais
à bonne intention , doit eftre
regardé comme l'effet d'une
prudence dangereufe, qui pour
garantir l'Etat d'un mal futur
GALANT fï
& incertain , pouvoit le jetter
dans des embarras preffans , &
fâcheux. Chacun connoiffoit
bien les inconveniens qu'il y
avoit à laiſſer ces deux Charges
en diverſes mains ; mais perfonne
n'ofoit penſer au remede
, parce qu'on ne pouvoit
y en apporter fans que le Roy ,
déja tout occupé des affaires
generales de l'Etat , fe char.
geaft d'un nouveau travail. Sa
Majefté a bien voulu le faire ,
en uniffant deux Emplois fi
grands,que même eftane fépa
rez, ils n'ont point de pareils
dans le monde. Enfin on peut
Fanvier 1701.
L
122 MERCURE
dire à la gloire deM'de Chamil .
lart, que le Roy l'a jugé capable
de remplir feul les deuxpoftes ,
fous le travail defquelsM ' Colbert,
& Mr deLouvoisont comme
ployé en mourant. Après
yous avoir parlé des deux Miniftres
qui ont occupé féparément
les deux poftes dont dé.
pend la gloire , & la felicité de
tout l'Etat , l'éloge le plus vif
& le plus étendu , ne fuffiroit
pas pour bien louer un Minif
tre que le Roy, qui connoiffoit
parfaitement ces deux Miniftres
défunts , parce qu'il des
avoit formez , a jugé capable
GALANT
123
fois
de les remplir tous deux à la
c'est pourquoy je ne
feray point d'éloge de Mr
de Chamillart. Je vous diray
feulement qu'il a char
mé les Officiers en leur promettant
une prompte expedition
, & des jours marquez
pour leur donner audience , &
en les affurant qu'il les écou
teroit dans tous les lieux où ils
le rencontreroient.
Le Roy a auffi donné la
Charge de Chancelier de fes
Ordres , qu'avoit feu M de
Barbefieux , à M' le marquis de
Torcy, avec la faculté de ven-
Lij
124 MERCURE
dre la fienne de Grand Treforier
des mêmes Ordres , à condition
qu'il en donneroit deux
cens mille livres à Mª de Saint-
Poüange , qui a acheté cette
Charge depuis ce temps là ,
en vendant celle qu'il a de
Secretaire du Cabinet , à M'de
Charmond , Procureur gene
ral au Grand Confeil.
On a eu nouvelles de Rome
que M' le Prince de Monaco ,
Amb . Exrraordinaire du Roy
àcette Cour-là , y eftoit mort
le 3. de ce mois. Vous fçavez
qu'il avoit époufé Catherine-
Charlotte de Gramont , Fille
GALANT 129
d'Antoine , Duc de Gramont,
Pair & Maréchal de France , &
qu'il en a eu deux garçons &
une Fille . L'un eft Antoine
Grimaldi , Duc de Valenti
nois , qui a épousé Mademoi
felle d'Armagnac , l'autre eft
Preftre de l'Oratoire. Marie,
Charlotte Grimaldi , fa Fille ,
morte depuis peu de temps ,
avoit époulèm ' le Duc d'Ulez.
Je ne vous dis rien de la maiſon
de Grimaldi , l'une des plus il
luftres d'Italie , qui justifie plus
de fix cens ans de poffeflion
de la Principauté de Monaco,
vous en ayant déja parlé am-
Liij
126 MERCURE
plement dans quelqu'une de
mes Lettres .
M' le Comte de Briord
Ambaffadeur Extraordinaire
de France , ayant eu fa prez
miere audience publique des
Etats Generaux , leur a fait le
Difcours fuivant.
Meffieurs. Je viens de donner
à Vos Seigneuries de nouvelles
affurances de la conftana.
te amitié du Roy mon Maistre,
& du defir fincere qu'il a d'ob
ferver inviolablement la derniere
Paix. Toutes les démar
ches que Sa Majesté a faites .
depuis cette Paix concluë, one
GALANT: 127
dâ convaincre le monde en
tier , qu'Elle n'a eu d'autres
vûës que de maintenir par tout
la tranquillité publique.Samajefté
a crû en dernier lieu en
donner une preuve convaincante
en acceptant le Teftament
du feu Roy d'Efpagne.
En effet Elle établit cet équilibre
fi fouhaité dans toute
l'Europe ; & fon union avec la
Couronne d'Efpagne ne fervira
à l'avenir qu'à maintenir
la Paix dans toute la Chrêtienté.
C'eſt le feul but qu'el;
le s'eft propofé en renonçant à
de fi grands avantages pour
fa Couronne. Liiij
28
MERCURE
Sa Majesté efpere, мMeffieurs,
que V.S. convaincuës de cetre
verité , correſpondront à de
fi favorables fentimens pour
le bien public , & qu'elles contribueront
à la confervation
d'un auffi grand bien que celuy
de la Paix. Perfonne ne met
en doute qu'elle ne foit la fource
de tous les biens , & voftre
République eft la Puiſſance de
toute l'Europe qui a le plus
d'intereft à la maintenir . Vous
avez répandu affez de fang
pour établir voftre liberté , &
elle eft prefentement fi affer
mie , que vous n'avez qu'à
GALANT. 129
joüir tranquillement de vos
longs travaux & de vos dépenfes
infinies. C'eſt par le moyen
de la Paix que vous maintien
drez cet Etat fi floriffant , &
que vous augmenterez ce
Commerce que vous avez
étendu jufqu'aux extrémitez
de la terre. Voftre union fincere
avec Sa Majefté fera le
fondement le plus folide de la
durée de cette Paix. Sa puif
fance eft fi connue de tout le
monde , quon ne doit pas.
foupçonner que d'autres motifs
que le bien public l'enga
gent adefirer qu'elle continues
130 MERCURE
La fituation de voftre Repu
blique eft telle , que non feulement
elle peut conferver cet,
te Paix chez elle , mais encore
contribuer à la maintenir dans
la plus grande partie des Etats
de l'Europe. Pour parvenir à
un bien fi fouhaité , vous n'a
vez , Meffieurs , qu'à bannir
des foupçons mal fondez , des
craintes anticipées , & à fermer
les oreilles aux follicita
tions des ennemis & des en,
vieux de la gloire du Roy.
Rappellez , Meffieurs , dans
voftre Memoire cet heureux
temps , où par votre union
12
GALANT.
avec la France , & par une par
faite correſpondance , on tra
vailloità fe procurer mutuelle
ment toute forte d'avantage .
Il dépend de V. S. de remettre
toutes chofes dans le même
eftat. Par une telle conduite
Vous obligerez le Roy de vous
continuer cette bien veillance
que vous avoüez vous . mêmes
vous eſtre ſi précieuſe. Sa Majesté
ne vous demande pour
tout prix de fon amitié , que
de concourir avec elle à maintenir
cette tranquillité fi utile ,
&fi fouhaitée par toutes vos
Provinces,
132 MERCURE
Ce feroit tres inutilement ,
Meffieurs , que je m'expliquerois
plus amplement fur tous
les avantages de la Paix . Cette
Affemblée qui eft composée
de gens fi fages , fi confommez
dans les affaires , & fi zelez
pour le bien public , n'a fans
doute d'autres vuës , ny d'au .
tres intentions que de procu
rer un fi grand bien. D'ailleurs,
un homme de ma profeffion
n'eft pas accoûtumé à de longs
difcours. Je finis donc en pró.
teſtant à V. S. que je tâcheray
toûjours de prouver plus par
des effets que par des paroles ,
GALANT. 133
I que jamais miniftre ne vien
dra dans ces Provinces avec de
meilleures intentions; que j'ay
pour cette illuftre Affemblee ,
toute la veneration qu'elle me
rite , & que jhonoreray tou .
jours tres parfaitement tous
les Particuliers qui la compo-
Lent.
Mr Delier , Prefident de Semaine
, répondit à Son Excellence
, que leurs Hautes Puiffan !
ces eftoient fort obligées à Sa Ma .
jefté Tres Chreftienne de la continuation
de fon amitié , qu'elles la
rechercheroient en toute occafion
qu'elles continueroient toûjours
134 MERCURE
maintenir la Paix , & qu'elles
avoient beaucoup d'eftime pour la
perfonne de Son Excellence.
Mr le Comte de Briord
eſtant tombé dangereuſement
malade peu de temps
aprés avoir eu fa premiere audiance
des Etats, le Roy donna
ordre à M' le Comte d'Avaux
de fe tenir preft à aller en Hollande,
la conjoncture prefente
demandant qu'il n'y ait point
d'interuption dans les affaires
de Sa Majefté. M ' le Comte
d'Avaux eft fouhaité & eftimé
en ce pays là. Il y a travaillé
GALANT: 135
aux affaires du Roy dans les
temps les plus difficiles , & le
choix que Sa Majefté en faic
dans la fituation ou fe trouvent
aujourd'huy les affaires ,
marque fon eftime , & la grande
confiance qu'elle a en fa
capacité.
Je vous parlay dans ma Let
tre de Novembre de quelques
Penfions données par le Roy
à plufieurs Officiers de Mari
ne. On prétend que je me fuis
trompé en quelque chofe , &
que l'eftat qui fuit eft plus
jufte.
136 MERCURE
A Mr de la Barre , mille li
vres.
A Mr le Chevalier Darbou
ville , mille livres.
A Mr le Marquis de Rou
vroy , mille livres.
A Mr de la Galiffonniere ,
qui avoit une penſion de mille
livres , cinq cens écus.
A Mr Desfrancs , qui en
avoit auffi une de mille livres ,
cinq cens écus.
Je devrois vous parler de la
grande victoire remportée par
le Roy de Suede fur l'Armée
des Mofcovites , mais le Jour
nal de la marche du Roy d'E
GALANT. 137
pagne devant occuper prefque
tout le refte de ma lettre ,
je fuis obligé de remettre au
mois prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous
envoye quelques remarques
affez curieuſes touchant cette
guerre .
Le14 . Decembre dernier ar
riva à Stokolm le grand Etendart
de Plefkou , pris fur les
Moscovites , au mois de No
vembre , dans une action où
ils furent battus par les Trou
pes du Roy de Suede . Ce jour
eftoit déja celebre par la grande
Bataille de Lunden , que
Fanvier 1701 .
M
128 MERCURE
feu le Roy fon pere Charles
XI. gagna fur les Danois en
1686.
Le Roy de Suede gagna la
Bataille de Narva le 30. Novembre
dernier. Ce fut à pa
reil jour de l'année precedente
que le Czaar figna à мofcou
le Traité avec la Suede , fit
manger les Ambaſſadeurs à ſa
table , but à la fanté du Roy
de Suede , en jurant une amitié
inviolable , & nomma des
Ambaffadeurs pour la Suede,
dont le premier la verra comme
prifonnier de guerre , &
non comme Ambaffadeur,
GALANT. 139
Voila un bout de l'an bien
marqué.
Hy a quatre mois ou environ
, que l'Envoyé du Czaar
cut Audience du Roy en Zelande.
Celuy de Dannemarck
qui eft party pour aller trouver
Sa Majefté Suedoife pourra
bien avoir la fienne à fon tour
en Moscovie.
S'il eft glorieux de devoir
fa nobleffe à fon fang , il ne
l'eft pas moins de la devoir à
fon Prince, puis qu'il n'ennoblit
que ceux qui font diftinguez
par quelque merite , ou
M ij.
149 MERCURE
qui ont rendu des fervices à
l'Etat . On peut dire que par
my le grand nombre de ceux
qui font nez d'un fang noble,
il s'en trouve plufieurs qui
n'ont pas foutenu l'honneur
de leur naiffance
, & que par
my ceux que le Prince a jugez
dignes d'eftre ennoblis , il n'y
en a point qui ne foient diftin .
guez par quelques endroits .
qui les font eftimer. M'manfard
, Surintendant & Ordonnateur
general des Baftimens
du Roy , eftant perfuadé de
ces veritez , a bien voulu que
M'de Sagone , fon Fils , Con
GALANTM
. 141
la belle
feiller au Parlement , & qui ,
quoy que fort jeune , ſe diſtingua
dernierement par
Harangue qu'il fit en prefentant
au Roy le Scrutin aprés
l'élection des nouveaux Eche .
chevins , époufaft mademoifelle
Bernard , Fille de м ' Samuël
Bernard, à qui le Roy a
fait l'honneur de donner des
Lettres de Nobleffe . J'ay cru ne
devoir pas oublier le nom de
Samuel , pour diftinguer celuy
dont je parle , des autres qui
portent ce nom .
M' Meliand , Confeiller aux
Requeftes du Palais , Fils de
142 MERCURE
Defeu
м Meliand , Seigneur de
Breuvinde , Maistre des Requestes
, & de Dame Jeanne
de Chomont , vient d'époufer
Mademoiſelle Remond , Sour
de м' Remond , receu Confeiller
au Parlement le 9.
cembre 1699 Mademoiſelle
Meliand , Fille du maiſtre des
Requeftes , a épousé en Octo
bre 1695. M¹ Urbain de Lamoignon
, Chevalier Seigneur de
Courfon , Confeiller au Par
lement , & à prefent Maiftre
des Requeftes , fils de M ' de
Lamoignon de Bafville , Confeiller
d'Etat.
GALANT.143
i
M' du Vivans , Brigadier de
Cavalerie , fils de M' du Vivans
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , vient d'épou--
fer Mademoiſelle de Meuve,
M' de Lagny, Conſeiller Secretaire
du Roy , Directeur ge.
neral du Commerce , & Fermier
general de Sa majeſté eſt
mort au commencement de
ce mois. Il laiffe entre- autres
enfans , Charles de Lagny , res
çu Confeiller au Parlement le
premier Juillet 1693 & N. de
Lagny , mariée à N. de Cunacy .
Marquis Dampierre. Mle
Huguets , ancien Avocat Ge
144 MERCURE
neral à la Cour des Aides , &
depuis fait Confeiller d'Honneur
en la même Cour , où l'on
n'avoit point encore vû de
Confeiller d'honneur , a esté
pourvu de la Direction du
Commerce , & м' de мons ,
Greffier au Confeil,a eſté nom
mé Fermier general à la place
de m² de Lagni.
Voicy les noms de quelques
perfonnes qui font auffi decedées
ce mois cy.
Meffire Pierre Rouillé , Prê
tre , Docteur de Sorbonne , an.
cien Doyen de Saint Martin de
Tours , Confeiller du Roy en
la
GALANT 145
La Cour de Parlement.
Meffire Michel - Antoine
Vincent , Preftre , Docteur en
Theologie , de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , & Profeffeur
de ladite Maiſon .
M'Hennequin deCharmond,
qui a acheté la Charge de Secretaire
du Cabinet , en a pretéferment
, & Mr Berrier , frere
de Mr de la Ferriere ,a acheté fa
Charge de Procureur general
au Grand Confeil .
Le rapport qui fuit eft digne
de vostre curiofité , & de celle
de vos Amies .
Le 6. Janvier 1701. à quatre
Fanvier 1701.
N
146 MERCURE
heures aprés midy , nous fouf
fignez Medecins & Chirur
giens, nous fommes tranſpor
tez dans la chambre où eftoit
le corps de feu m ' de Barbezieux
, & l'ayant confideré exterieurement
, avons trouvé
tout le corps bourfoufflé , la
tefte pleine de fang forty par
le nez & par les oreilles en tresgrande
abondance ; le col & le
haut de la poitrine , livide &
fphacelé, comme d'un homme
fuffoqué & étranglé; le ventre
fort tumefié , & le ſcrotum de
même & livide.
Enfuite l'incifion longitu
GALANT. 147
dinale faite , & les muſcles de
la poitrine levez , nous avons
voulu commencer par la parrie
qui a efté attaquée la premiere
dans la maladie dont il
eft mort , quia commencé par
un mal de gorge. Ainsi , nous
avons fait ouvrir les muſcles
du col pour parvenir aux glandes
Tyroïdes , lefquelles nous
avons remarqué tumefiées
chargées de fang noir , grumelé
,vilantes à gangrene, & comme
cauterifees. Le commen
cement de l'ofophage eftoit
du même caractere. Le fternum
levé , & le dedans de la
Nij
148 MERCURE
poitrine découvert , nous avons
vu les poulmons noirs dans
toute leur étendue , &fi pleins
de fang grumelé & noir , qu'il
n'y a pas de doute qu'il n'aic
efté étoufé , & comme étran
glé par l'interruption de la cir
culation du fang; le coeur s'est
trouvé fans aucune eau dans
fon envǝldpe , & du refte dans
fon eftat naturel. Le Diaphrag
me dans fa partie cave qui touche
l'eftomac, s'est trouvé en .
flammé& alteré ; la partie qui
regarde les poulmons eftoit
auffi un peu alterée du cofté
droit.
GALANT. 149
L'Epiploon qui eftoit fort
graiffeux & occupoit une gran
de partie du bas ventre , s'eft
trouvé noir de la grandeur de
la paulme de la main , dans fa
partie fuperieure tirant du cô
té gauche ; tous les inteftins
tres- bourfoufflez , le colon
principalement qui eftoit un
peu noir & alteré au deffous
de l'eftomac.
Nous avons trouvé dans
Feftomac environ deux palet
tes d'un fang noir , lequel fans
doute s'eft épanché à l'heure
de la mort par la rupture de
quelques vaiffeaux , cauſée par
Niij
150 MERCURE
la fuffocation & l'étranglement.
Il y avoit fur la membrane
interne de l'eftomac
place longue d'environ
cinq poulces & large de deux ,
noire , & qui s'enlevoit aifeune
ment.
Le foye eftoit un peu noir
exterieurement , & un peu alteré
dans fa partie concave
qui touchoit l'eftomac, la veficule
du fiel prefque vuide. La
rate dans fa fubftance eftoit
comme en boüillie , les reins
& les autres parties du bas
ventre fe font trouvez dans
leur eftat naturel..
GALANT: 15
3.
Eftant parvenus au Cerveau ,
le crane fcié & enlevé , la dure
mere a d'abord paru rougeâ
tre , chargée de petits points
de fang. Cette membrane en.
levée , tous les vaiffeaux des
anfractuofitez du Cerveau fe
font trouvez tendus & pleins
d'un fang noir. Le Sinus longitudinal
à fa jonction aux Sinus
lateraux , contenoit une demi
cueïllerée de fang noir &grumelé,
comme celuy qui eftois
dans le poulmon. Les ventri
eules du Cerveau eftoient fecs
& fans aucune lerofité , le Plexus
choroide eftoit enflammé
Niiij
152 MERCURE
ayant quelques vaiſſeaux tendus
de fang , & dans le fond de
l'entonnoir
il y avoit un peu
de fang noir , le reste de la
fubftance du Cerveau tant cors
ticale que medullaire
, eftoit
d'une tres belle confiftance
.
Fait à Versailles ledit jour 6.
de Janvier
1701.
Bourdelot , Medecin ordinaite
du Roy , & Pr . de M. L.
D. D. B.
Boudin , Medecin ordinaire
de M. L. D. D. B. Terret , Me.
decin du Roy. Prouvenza , Medecin
des Camps & Armées du
Roy. Dodart , Medecin de la
1
GALANTH
3
Faculté de Paris , & c. Dionis
Chirurgien ordinaire de M.
la D. de B. Pailliet , Chirurgien
de Monfieur le Comte de
Toulouſe.
La Cour vient de perdre
un homme d'un caractere de
bonté fi rare , qu'à peine un
fiecle en produit - il un femblable
, & je ne fçay mefme fr
jamais on en a veu un pareil.
Il paffoit fa vie à rendre fervis
ce. Il faifoit faire du bien aux
uns , & detournoit le mal que
l'on pouvoit faire aux autres..
Il ne vouloit point qu'on per
14 MERCURE
dift de temps à le folliciter
& il fembloit qu'il querellaft
ceux qu'il vouloit fervir , de
forte que plufieurs perfonnes
qui ne connoiffoient pas bienfon
caractere , croyoient qu'il
leur vouloit plus de mal que
de bien. Il ne pouvoit fouf
frir qu'on luy fift les moindres
remercimens , fermant la bous
che à ceux qui commençoient
à luy en faire , & les fuyant
mefmes pour ne rien entendre
de ce que la reconnoiffance
les eût portez à luy dire, Ik
n'a jamais dit de mal de pers
fonne , & n'ouvroit la bouche
GALANT:
155
que pour dire du bien de ceux
dont il entendoit parler. Il eft
impoffible de fervir le Roy
avec plus d'exactitude qu'il a
fait.Il y eftoit uniquement appliqué
, & avoit la mefme ar
deur pour les moindres choſes
lorfqu'il s'agiffoit de ſon ſervi
ce, que pour les plus impor
tantes. Enfin il eftoit moins
né pour luy que pour fon Maî
tre, & pour tous ceux qui imploroient
fon fecours , & mefme
qui en avoient befoin fans
qu'ils l'imploraffent. Le carac
tere de M. Bontemps vous eft
*6 MERCURE
affez connu , pour vous faire
deviner d'abord que c'eft de
Tuy que je parle. Il eftoit premier
Valet de Chambre ordi
naire du Roy , Intendant des
Chafteaux , Parcs , Domaines
& dépendances de Verſailles
Secretaire General des Suiffes
& Grifons , & a eu entre autres
enfans de,feuë Dame Marguerite
Bofe , Soeur de Meflire
Claude Bofe , Procureur General
de la Cour des Aides
& ancien Prevoft des Mar
chands ,Louis Nicolas Alexandre
Bontemps , Gouverneur
de Rennes , & qui eftoit reçu
GALANT: 157
en furvivance de la Charge de
Premier Valet de Chambre ,
& Dame Marie Marguerite
Bontemps mariée à Meffire
Claude Jean Baptifte Lambert
, Seigneur de Thorigny,
Prefident en la Chambre des
Comptes , dont je vous appris
la mort au mois d'Aouft der
nier. M Bontemps eft mort
à l'âge de foixante dix - fept
ans , regreté , eftimé , cheri de
toute la Cour , & mefme de
tous ceux qui avoient oüi parler
de luy fans le connoiftre,
Il eftoit Fils de Meffire Jeans
Baptifte Bontemps , mort re
458 MERCURE
veftu de la même Charge de
Premier Valet de Chambre du
Roy , & de Dame Marguerite
le Roux , & avoit pour Soeur
Dame Marie Bontemps , mariée
à Meffire Nicolas le Cor
dier , Seigneur du Tronc , premier
Prefident de la Chambre
des Comptes de Normandie.
M' Bontemps fon Fils ainé ,
dont j'ay commencé de vous
parler, a été gratifié d'une pen
fion de deux mille ecus. Il a
des enfans de Dame
Vaffeur , Fille de feu Meffire
Nicolas le Vaffeur , Seigneur
de Saint Vrain , Confeiller en
le
GALANT 159
la Grand'Chambre , & de Dame
Marie Elizabeth de Pleure.
Le Cadet , qui eft Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy , a auffi efté gratifié d'une
penfion de quatre mille livres.
Feu M' Bontemps mort le 17.
de ce mois a fait un Teftament
par lequel il a fondé trois Melfes
pour le Roy tous les ans le
s. Septembre , jour de la naiffance
de Sa Majesté. Aprés la
mort de M' Blouin , auffi premier
Valet de Chambre de Sa
Majefté , le Roy donna à M
Bontemps le Gouvernement
du Chateau de Versailles , &
160 MERCURE
Sa Majesté le rend aujourd'huy
au fils de m' Blouin , dont la
prudence, la fageffe & la mo.
deration font connues , & qui
ftoit alors trop jeune pour
eftre pourvu de cette Charge.
M'de Malezieu a eu le Secretariat
des Suiffes qu'avoit feu
M' Bontemps , & M' l'Abbé
Geneft a eu celuy du Gouvernement
de Languedoc , que
M' de Malezicu poffedoit.
Avant que de reprendre le
Journal de la route du Roy
d'Efpagne à l'endroit où je l'ay
laiffe , je dois fatisfaire votre
GALANT. 161
curiofité en vous envoyant
l'eftat fuivant que vous m'avez
demandé . Je vous en fais part
dans l'ordre que je l'ay reçu .
*
Etat des Equipages du Roy d'Ef
pagne de Meßeigneurs les
Ducs deBourgogne de Berry,
& de leur fuite.
Maiſon du Roy d'Espagne ,"
& de мeffeigneurs fes Freres.
Carroffes 15. Chaifes 14. Fourgons
14. Surtouts 14. Charettes &
chariots 18 Chevaux de felle, bafis
mulets 8: 8.
M' le Duc de Beauvilliers ,
Fanvier 1701.
O
162 MERCURE
car. 4. ch. 2.fourg. 6. char. 4. chevaux
120 .
M'le Duc de Noailles &
M' le Comte d'Ayen , car. 4.
ch. 1. four. 7. char. 1. che 160.
Mr de Seignelay, car. 1.fur. 1
chevaux 20.
Mrs de Quintin , de la Baume
& de Nangis , car. 1. fur. 3 .
chevaux 40 .
Mr de Chiverni car. 1. chai.
z, char. 1. chevaux 20.
Mr de Sommery , chai, 1.
four. 1. chevaux-1x.
Mr d'O, chaife 1.four. 1. che.
vaux 10.
Mr de Conflans, chai . 1. fur. 1.
chevaux 7.
GALANT. 163
3..
Mrs de мefme , de la Vrilliere
, Seguiran & de Bartillac,
car. 1, chaife 1.che. 17.
Mr de Peruze, chevaux 3.
Mrs Cando & Vafſan,furt.1 .
chevaux 10.
Mr deRazilly,fur. 1. che. 10
Mrs Dennonville , Pere &
Fils , car. 1. che. 17.
Mr de
Champignolle,carz .
chevaux f.
Mr Dugas , car 1. chev. 6,
Mr Noblet , chai , 1 che.
Mr le Févre, chevaux 2.
4.
Mr de Brancas , chevaux 6.
Mr de Laffé , chevaux 2.
Mr d'Heudicourt, che 2 .
O ij
164 MERCURED
Mr de Bonnelles , char.
chev . 8 .
Mr de Segur , chai, 1 che, f.
Mr de Lignerac , chai . 1.fur.
x.cbe. 6.
Mr de Louville ,fur 1. che.bes
Mr du Monviel ,furt, z . chevaux
6.
M. Defgranges, car. 1. fur. 1.
chevaux 12.
Mrs de Baumanoir, de Tef
fé, de Ricux , & de Torigny ,
car, 1. chai. 1. fur. 4. che. 31.
Mr de Leemput Efpagnol ,
chaife 1. chevaux 3.
Mr le Marquis de Courfillon
, car. 1. fur. 1. chevaux 12.
GALANT.5165
4
Mr le Comte de Mauret ,
chevaux 3.
fur. 1.
Mr le Chevalier de Croiffy,
chai, 1 fur. 1. chevaux 10 .
Mr Pajot , chaifei .fur . 1.che-
Vaux8.
Officiers de Fourriere , che
vaux 2.
Gardes du Roy & Officiers,
chai. 1. fur, 2. chevaux 294.
· Exempts des Cent Suiffes &
Fourriers , chai 1. chevaux 10.
Lieutenans & Gardes de la
Prevofté , chai, 1. chevaux 13, la
Lieutenans & Gardes de la
Porre , chevaux 14.
Blanchiffeules , char. 1. che
466 MERCURE
Total. Carroßes 33. Chaifes 320
Fourgons 27. Snrtous 37. Charettes
& Chariots so. Chervause
& Mulets 1740.
de
7
On n'a point nommé dans
cet eftat Mrs les Marquis de
Beringhen, de Planzy , de Nonan
, & de Livry , M' le Comtede
Biffy , ny Mrs les Chevaliers
Comminge
, & de Chaſteauneuf
, mais comme on n'y a
point mis les noms de ceux qui>
rempliffent
les quinze Caroffes
, les quatorze Chaiſes , &
les quatorze Surtous de la Mai
fon du Roy d'Efpagne , & de
Meffeigneurs
les Princes , il eft
GALANT. 167
acroire que ces Meffieurs ont
place dans ces voitures , ainſi
que beaucoup d'autres qui
n'ont point efté nommez. Les
fix vingts Gardes du Roy font
commandez par un Lieute
nant & un Enſeigne , quatre
Exempts,huitBrigadiers&huir
Soubrigadiers , fans comter les
2.Exempts qui font pour Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
& pour Monſeigneur le Duc
de Berry. lly a outre cela des
Archers de la Prevofté , une
Garde tirée des Suiffes du Roy,
appellez Cent Suiffes , & une
des Gardes de la Porte , avec
les Officiers de ces trois diffe
168 MERCURE
rentes Gardes. M' de Francine
eft auffi du voyage en qualité
de Maiftre d'Hoftel , avec deux
Controlleurs. On a ajoûté aux
Officiers de la Chambre du
Roy d'Espagne deux Huif
fiers & deux Valets de Chambre
du Roy. La Nourrice du
Roy d'Espagne eft auffi du
Voyage , Sa Majeſté Catholi
que ayant ſouhaité qu'elle le
fuivift ; mais elle eft feule , &
n' ny fille ny niéce avec elle.
Elle doit demeurer en Efpagne,
auffi bien que M' Miche
let , Medecin de feuë мadame
de Guife , M' Ricoeur , Apoti
caire
GALANT. 169
daire , fils de 'M ' Ricoeur Apo
ticaire du Roy , & de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
& M² le Gendre Chirurgien ,
qui avoit fuivi Monfieur le Prin
ce de Conti en Pologne. Il
doit auffi refter en Eſpagne
le Pere Dormanton , Jefuite ,
Confeffeur de S. M. Catholique
, quelques Officiers de la
Chambre , de la Garderobe
de la Bouche , du Gobeler , &
du Commun . M' de Nyert eft
parti au commencement de
ce mois , en qualité de Gentil
homme ordinaire du Roy
pour venir rendre compte à
Fanvier 1701 .
P
E
10 MERCURE
Sa Majefte du Couronnement
du Roy d'Espagne,,
J'ay laiffé ce Prince , dans
ma derniere Lettre , à la Haye
en Touraine , où toute la Cour
coucha. Le lendemain Sa Majefté
, & Meffeigneurs les Prinçes
allérent à pied à la Paroiffe ,
quoy que fort éloignée. Ils
partirent enfuite pour aller à
Chaftellerault
. Les Magiftrats
les reçurent à la porte de la
Ville , les Bourgeois eftoient
fous les armes . L'Elu , en qua
lité de Maire , harangua à la
porte, & les prefens forent faits
à la maniere accoûtumée. Le
GALANT. 171
compliment du Lieutenant Generalreçut
beaucoup d'applau
diffemens , & celuy du Doyen ,'
agé de foixante- dix fept ans ,
fut auffi fort applaudy . Mrdes
Granges,Maiftre des Ceremonies
, prefenta tous les Corps .
Je ne l'ay pas marqué par tout,
& ne le repereray pas en parlant
de plufieurs lieux où il a
fait cette mefme fonction , ne
doutant pas que vous ne fça .
chiez que cela ſe pratique
toujours ainfi.
On partit le 16. de Chatellerault
. Sa Majefté Catholique
& Meffeigneurs les Princes
Pij
172 MERCURE
mangerent avant que d'aller
à la мeffe , qu'ils entendirent
aux Cordeliers qui font au bout
du Pont , d'où ils partirent
pour Poitiers. м le Marechal
d'Eftrées qui commande en
Poitou , avoit mandé à m' le
Marquis de Palinieres , Grand
Senechal de cette Province , &
Capitaine du Chateau de Poitiers,
qu'il avoit ordre du Roy
de faire affembler la Nobleffe
pour aller audevant de Sa Majefté
Catholique . Ce Marquis
s'acquita de ce devoir de fa
Charge quoyqu'il fût indifpo
ſé. Il ſe mit à la teſte jufqu'à
GALNAT 173
Poitiers , où eftoit M le Ma
réchal d'Eftrées . Ce Maréchal
commanda cette Nobleffe en
allant au devant de Sa Majefté
Catholique. Mi le Marquis de
Verac, Lieutenant de Roy ,
commanda l'aîle droite , & M
le Grand Seneschal la gauche.
Il y avoit prés de douze cens
Gentilshommes , tres bien
montez & magnifiquement
vétus. Ils allérent à plus d'une
lieuë de la Ville , où м le Ma
réchal d'Eſtrées complimenta
Sa Majesté au nom de toute la
Nobleffe de Poitou , ainfi que
Monfeigneur le Duc de Bourg
·
Pij
174 MERCURE
gogne , & мonfeigneur le Duc
de Berry. Le Lieutenant de
cette Province eut le même
honneur. Toute cette Noblef
fe avoit l'épée haure , & falua
Sa Majefté Catholique de l'é
pée . Ce Prince fit arrefter fon
Caroffe pour écouter ces complimens.
Les jeune gens de la
Ville avoient formé un fecond
Efcadron . Le Corps de Ville
attendoit à la porte de la Ville ,
où Sa Majesté Catholique
&
Meffeigneurs les Princes arrivérent
fur les trois heures aprés
midy. M' de Cothereau &
Maifondieu , Confeillers au Pre-
IS
GALANT. 175
fidial , exerçant la Charge de
Lieutenant general de Police ,
avoient fait conftruire une Sal
le de charpente de quarante
toifes de long, ornée d'une ta
pifferie à fleurs de lis , croyant
que Sa Majesté Catholique y
entreroit, ce qu'elle refula. A
l'entrée de la porte, м² Varin,
Maire , à la tefte du Corps de
Ville,complimentaSa Majefté,
& luy preſenta dans un baffin
d'argent quatre clefs auffi d'argent
, des quatre portes de la
Ville. Quatre Echevins luy prefentérent
un Dais de velours
rouge , garny de frange d'or
Piiij
176 MERCURE
dont les quatre pentes eftoient
ornées des Armes du Roy , de
celles de Meffeigneurs les
Princes, & de celles de la Ville.
Le Roy d'Espagne le refuſa. Ils
avoient aufli fait preparer un
fauteuil pour mettre fous le
Dais , en cas que S. M. y cuft
reçu leurs complimens. Enſui
te la marche continua par les
ruës les plus commodes , & les
plus propres , toutes magnifiquement
tapiffées , & bordées
par deux hayes de Bourgeois
fous les armes , ayant à leurs
chapeaux de groffes cocardes
de rubans de trois differentes
GALANT. 177
Couleurs , avec douze tam
bours veftus des livrées du
Roy. Toute la Cour arriva au
bruit des acclamations du Peu
ple , du Canon , & du carillon
des Cloches de toute la Ville ,.
à la maifon de Madame la Prefidente,
Veuve de M ' le Prefi .
dent de Razes , où Sa Majefté
devoit loger. Elle eft au plan
de Saint Didier , au milieu de
la Ville. Meffeigneurs les Prin
ces y logérent auffi. Le foir , le
Maire & les Echevins prefentérent
au Roy , au nom de la
Ville , des confitures feches ,.
des flambeaux , des bougies ,
178 MERCURE
un grand nombre de bouteil
les de vin .
Le même foir , fur lesneuf
heures , la Maiſon de Ville ,
précedée de Tambours , de
Trompettes , de Violons & de
Hautbois , alla à la Place
Royale , où elle alluma un
grand feu au bruit du Canon
& de la Moufqueterie , & au
fon des Cloches. Les Bour
geois en firent chacun devant
leurs portes , & il y eur des
illuminations pendant les trois
jours que le Roy d'Eſpagne &
Meffeigneurs les Princes demeurerent
à Poitiers. Les Je
GALANT. 179
fuites fe
diftinguerent en cette
occafion .
Le lendemain 17. Sa Majefté
Catholique entendit la мeffe
à l'Eglife Cathedrale de Saint
Pierre , où M' l'Evêque de
Poitiers en habits Pontificaux,
la Mitre en tefte , & la Croffe à
la main , la receut à la tefte
de fon Chapitre en Chappes.
Aprés luy avoir prefenté l'Eau
benite , il luy dit qu'il ne s'étendroit
point fur fes loüanges , fon
habit ny le lieu ne luy
permettant
d'en donner qu'au Souverain Seigneur
, qu'il fupplioit avec fon
Eglife de regner abfolument dans
180 MERCURE
fon coeur, comme Sa Majesté Cas
tholique furfon Peuple , qu'il luy
fouhaitoit un auffi glorieux , &
auffi long regne que celuy de Louis
le Grand , avec le titre de Pereda
Peuple. Le Difcours de ce Prelat
receut de grands applaudiffemens.
La Mufique chanta
un tres beau Motet pendant
la Meffe . Sa Majefté Catholi
que eftant retournée en fon
logis , Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & Monſeigneur
le Duc de Berry , allerent ene
tendre la мeffe dans la même
Eglife , & furent auffi harang
guez par m'de Poitiers
GALANT. 181
Le Roy au retour de la мeffe
fut complimenté par le Chapitre
Royal de Saint Hilaire le
Grand. M' le Doyen , de la
Maiſon de la Meffeliere
, porta
la parole en l'abſence de M'le
Treforier , fon Frere , & s'en
acquitta avec fuccés. L'Univerfité
en robes rouges s'ac
quitta auffi du même devoir
par la bouche de M Lami
rault , qui en eft Recteur , &
qui s'attira beaucoup de
loüanges de toute la Cour .
Le Prefidial parut enfuite en
robes rouges ; & la harangue
fur faite par M de Putigny
182 MERCURE
avec l'approbation de tous
ceux qui l'entendirent . Meffieurs
les Treforiers de France ,
les Elus , & les Confuls , firent
auffi leurs complimens , & l'on
peut dire que chacun felon fon
genie & fon caractere , remplit
parfaitement bien ce devoir.
Les mêmes Corps qui avoient
barangué S. M. Catholique firent
auffi leurs complimens à
Monfeigneur le Duc de Bour .
gogne , & à Monſeigneur le
Duc de Berry , au retour de la
Meffe. Il y eut chaffe l'aprefdinée,
mais le mauvais temps.
ayant fait precipiter le retour
GALANT. 183
de ces Princes , ils tirérent aux
oiſeaux par leurs feneftres pendant
le reste de l'apreſdinée.
Le Recteur des Jefuites prefenta
au Roy & à Meffeigneurs
les Princes , des Vers Latins.
Le Samedi 18. le Roy d'Ef
pagne alla entendre la Meſſe à
Saint Hilaire le Grand. Le
Chapitre le reçut en Chappes ,
avec la Croix , le Doyen à la
tefte , qui preſenta l'eau -benire
à Sa Majesté . Pendant la Meffe,
la Mufique de cette Eglife
chanta un trestres
- beau Motet, &
la Mufique de la Cour le me fla
à celle du Choeur. La Meffe
184 MERCURE
C
finie , S. M. Catholique furre
conduite jufqu'à ſon Caroffe.
Meffeigneurs les Princes vinrent
auffi entendre la Meffe à
la mefme Eglife , pendant laquelle
la même Mufique chanta
le même Motet.
?
Le Regent de Rhetorique
du College des Jefuites prononça
un diſcours Latin , à la
loüange de Sa Majesté Catho
lique & de Meffeigneurs les
Princes , en prefence de l'Univerfité
en fourures & robes de
ceremonies, du Prefidial , & de
quantire de perfonnes de diftinction
. Le 17. M ' le Maréchal
GALANT. 18%
Effrées donna un Bal chez
Varin, maire de la Ville , ou
il efton logé , & le 18. m³ le
Comte d'Ayen en donna unoù
les Dames parurent avec
éclat.
Ily a eu quatre tables ou
vertes , fans compter celles de
M' le Maréchal de Noailles , &*
de m' le Duc de Beauvilliers :
fçavoir , celle de m' le Maréchal
d'Eftrees , celle de m ' le
Marquis de Verac , celle de
M'l'Intendant , & celle de m'le
Lieutenant general
Le Dimanche 19 jour da
départ de Sa Majesté Catholic
Fanvier 1701.
86 MERCURE
que , elle entendit dés le matin
la Meffe à la Paroiffe de S. Didier
, où elle alla à pied à cauſe
de la proximité du lieu , & parce
que le temps eftoit tresbeau.
Les Princes y entendirent
auffi la Meffe , le Roy au
grand Autel de Noftre Dame
dans l'aifle droite. Le Cler
gé qui y eft nombreux eut
T'honneur de leur prefenter
l'Eau- benite à la porte , tous
en furplis , & avec la Croix.
La Cour partit fur les neuf
heures. Son départ fut plus
beau que fon arrivée , tant à
cauſe du beau temps que para
GALANT. 187
der
ce que les ruës jufqu'à la porte
de la Tranchée , & depuis le
lieu où le Roy logeoit , fe trouvérent
plus magnifiquement
ornées. Elles eftoient bordées
comme à l'arrivée de Sa Maje
Até Catholique , de deux hayes
de Bourgeois fous les armes.
Le Maire accompagné de fes
Gardes , & de la Compagnie
des Jurez de chaque Corps de
Meftier , au nombre d'environ
quatre - vingt , tous grotesquement
veftus , fe trouvérent à
la porte auffi tapiffée comme
le Faubourg Saint Jacques. On
y avoit ménagé un lieu pour
Qij
188 MERCURE
les Tambours , & pour les
Trompettes , & un autre pour
les Violons & les Hautsbois ,
& pendant l'agreable bruit de
tant de differens inftrumens
on fit une triple décharge du
Canon , à laquelle fe joignirent
les acclamations publiques
, & le bruit de toutes les
Cloches de la Ville, qui jamais
n'avoit efté fi peuplée , toute
la Nobleffe des environs s'y
eftant renduë. La Ville de Poi
tiers a fait en cette occafion
tout ce que l'on pouvoit attendre
de fon zele pour tout cequi
regarde la gloire de ſon Souve
rain.
GALANT. 18
La Cour arriva le même jour
à Lufignan , par un tres beau
temps. Sa M. C. & Meffejgneurs
les Princes , tirérent le
refte du jour dans le Chafteau ,
où ils logérent , & où ils arrivé
rent de bonne heure. Ils deffi
nérent enfuite, & pourfe diver.
tir ils parlérent fort de l'Hiftch
re de мelufine , Dame du lieu.
Ils partirent le lendemain
de Lufignan aux flambeaux ,
& vinrent dîner à Chefnay
aprés avoir entendu la Meffe.
Ils mangérent dans le Caroffe,
Le temps changea l'apreſdinée
& ils arrivérent par une groffe
190 MERCURE
pluye à Saint Leger , où il n'y a
que huit ou dix maifons . Tous
les Officiers & les Equipages
logérent à Mefle , à trois quarts
de lieuë de là , hors la Bouche
& le Gobelet, qui reftérent à S.
Leger. Le lendemain , S. M. C.
& Meffeigneurs les Princes enrendirent
la Meffe dans une pe
tite Eglife derriere leur logis ;
ils y allérent en Caroffe à caufe
du mauvais temps , & parti
rent à fept heures & demie ,
pour le rendre à Saint Jean
d'Angely . Ce fut l'une des plus
grandes journées de leur Voya
ge, qui fe paffa néanmoins fort
GALANT. Igr
bien , le Soleil ayant paru tout
d'un coup , aprés une longue
pluye. Ils dînérent à Aunay
chez les Carmes , dont l'Eglife
a efté baftie par Charlemagne,
à ce qu'affurent ces Religieux.
Elle eft fort ruinée , mais il en
refte encore le Clocher dont
la fléche eſt toute de pierres
fculpées .
Le Prevoft de Saint Jean
d'Angely , avec la Compagnie
des Bourgeois de la Ville , com
mandée par M Regnier , vin .
rent une lieuë & demie audevant
de Sa Majefté Catholique.
On n'arriva que la
192 MERCURE
nuit , & l'on fut obligé d'alfu
mer des flambeaux en entrang
dans la Ville , bien qu'il y euft
des lumiéres à toutes les fenef
tres . M' Caffin , Affeffeur &
premier Echevin , fit fon com
pliment à la porte de la Ville
Sa Majesté Catholique & мef
feigneurs les Princes logérent
chez les Benedictins , qui fons
tres bien baftis , & qui , bien
qu'ils ayent un grand loge
ment , ne laifférent pas de faire
travailler beaucoup pour le
rendre plus logeable , & firens
faire des portes de communi
nication en plufieurs endroits.
I
GALANT. 193
I plut toute la nuit & tout le
lendemain que l'on fejourna
dans cette Ville là .
Le four fuivant 22, le Prieur
des Benedictins à la tefte de
fa Communauté , le Lieute
nant Particulier du Siege
Royal , & le Liçutenant de
l'Election à la tefte de fa Com.
pagnie , haranguerent Sa мajefté
Catholique & Meffei,
gneurs les Princes , qui ſe divertirent
à tirer des Lapins.
que les Benedictins avoient
fait jetter dans un petitjardin
où les feneftres du Roy don
noient.
Fanvier 1701. R
194 MERCURE
Le
lendemain , on en partit
à neuf heures , & l'on
t dîner à
Elcoyeux , par
une pluye continuelle
, & l'on
trouva des chemins terribles.
Le Roy fit donner cent Louis
d'or à ceux qui travailloient
à
les réparer , & fur lesquels il
eftoit tombé un pan de murail
lequien avoit bleſſé quelquesuns.
Le Roy d'Espagne partit le
23. de Saint Jean d'Angeli pour
fe rendre à Saintes , où l'on
annonça fon arrivée dés le
matin par le fon des Tam.
bours & des Trompettes
. Les
GALANT. 195
"Compagnies de la maréchauf
fée , à la tefte defquelles étoient
M' Berthus , Vice Senechal
, & M' Dangibeaud, allerent
à quatre lieuës au devant
de Sa Majesté Catholique.
UneCompagnie de cent Bour.
geois à cheval , fort bien équi.
pez , fuivit de prés , commandée
par M' Geoffroy , ancien
Echevin , & fur le midy , le
Corps de la Nobleffe de Saintonge
monta auffi à cheval
& priam' de Gafcq , Prefident
& Lieutenant General , de fe
mettre à leur tefte , ce qu'il eut
quelque peine à accepter , à
Rij
196 MERCURE
caufe qu'il devoit faire les
honneurs du Prefidial , dont il
eftle Chef. Sa Majefté Catho
lique fut abordée fur le chemin,
à differentes diftances ,
par ces Compagnies , qui eurent
l'honneur de la fuivre
jufqu'à Saintes , chacune dans
le rang qui luy eftoit dû. A
demi- lieuë de la Ville eftoit la
Jeuneffe au nombre de trois
cens douze , tous habillez magnifiquement,
avec des cocardes
de ruban blanc. La Bourgeoifie
, les Commandans à la
tefte , fe trouva rangée en tresbon
ordre jufqu'à la porte du
GALANT. 197
Palais Epifcopal . Le Roy d'Ef
pagne & Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berry
arriverent à Saintes entre,
trois & quatre heures aprés midy.
Le Pont qui eft fur la Ri
viere de Charente , & fur lequel
il falloit neceflairement
paffer étoit gardé par une com
pagnie de Cadets à pied,affez
proprement veftus. Au milieu
duPont, à l'endroit où font encore
deux Arcs de triomphe
reftes pompeux de l'antiquité
de la fomptuofité des Romains
, eftoit élevé un Dais
magnifique, compofé des plus
Riij
198 MERCURE
riches tapifferies que l'on avoit
pû trouver
& faifant une
belle Salle , dont le frontifpice
eftoit orné des Armes de Sa
Majefté Catholique , & de cel
les de meffeigneurs les Princes,
environnées de feftons & de
Lauriers. Ce fut là que le Car
roffe du Roy d'Efpagne s'étant
arrefté , m' des Granges , Mai
ftre des Ceremonies , luy prefenta
Mr Renauder , мaire perperuel
de la Ville, qui à la teſte
des Echevins , eut l'honneur
de complimenter S. M. C. &
Meffeigneurs les Princes , ce
qu'il fit d'une maniere qui luy
ofitwa
GALANT: 199
attira beaucoup de louanges
11 prefenta à Sa Majeſté les
clefs de la Ville dans un baffin
d'argent . Il y en avoit cinq ,
& elles eftoient auffi d'argent.
Ce Prince les re fula , ainfi que
le Dais qu'on luy avoit prépa
ré. Il eftoit de velours cra
moifi doublé d'un fatin blanc,
avec un galon & une frange
d'or, & porté par quatre Echevins
, qui prirent la tefte des
chevaux de fon Caroffe , & qui
fuivis du Maire & des Echevins
, & au milieu d'une double
haye d'habitans fous les armes,
au bruit des Tambours , & au
Riiij
200 MERCURE
fon de toutes les Cloches , comduific
Sa Majesté Catholique
parmy les acclamations de
tout le Peuple jufques au Palais
Epifcopal , qui avoit cfté
préparé pour fon logement.
Elle traverfa ainfi les princi .
pales rues de la Ville , dont la
plus grande partie eftoit rapif
fée , nonobftant le mauvais
temps qu'il fit ce jour - là ,
toutes les feneftreseltant gar
nies de Dames , & d'un tres
grand nombre d'Etrangers ,
que la curiofité de voir cette
belle Cour avoit attirez .
S. M.C. & Meffeigneurs les
GALANT
.
200
Princes eſtant defcendus
de
Carroffe , furent teceus par
M' l'Evêque
de Saintes , &
conduits dans l'appartement
du Roy , d'où Meffeigneurs
les Ducs de Bourgogne
& de
Berry fortirent peu de temps
aprés, pour le retirer dans ceux
qu'on leur avoit préparez dans
une maiſon voifine , la plus
confiderable
de celles qn'occupent
les Chanoines
de la
Cathedrale
. Deux heures aprés
, le Maire de Saintes , accompagné
des Echevins , eut
l'honneur
d'offrir à Sa Majefté.
les prefens de la Ville. On com202
MERCURE
mença par fix Corbeilles
de
tres beaux fruits. Le fond en
eftoit de fatin blanc garny
d'or. Il y avoit trois autres
Corbeilles
garnies de franges
d'argent , & remplies de trufes
; & quatre , dans chacune
defquelles
eftoient vingt- cinq
perdrix rouges de Perigord.
On avoit ajouté à cela trois
grandes Banaches
d'huiftres
vertes , huit cens dans chacu
ne. On fit les mêmes prefens
à Meffeigneurs
les Princes ,
mais les Corbeilles
eftoient
différemment
garnies
. Les
unes eftoient de Satin & les au
GALANT. 203
F
tres dedamas , avec des franges
d'or & d'argent . Rien ne ſe
peut ajoûter aux foins que pris
M' le Maire , de bien faire executer
les ordres qu'ilavoit don
nez , ayant d'abord établi une
Garde de deux Capitaines & de
quatre vingts hommes ,allumé
le foir un Feu de joye , & tenu
la main à faire que toutes les
maiſons fuffent illuminées
pendant chaque nuit du ſejour
du Roy Le jour de fon arrivée
qui fut le 23. ce Prince ſoupa
en public , ce que Meffeigneurs
les Princes firent auffi
dans leur appartement. M'Be
204 MERCURE
t.
gon , Intendant du Département
de Rochefort , donna à
fouper à M le Maréchal Duc
de Noailles & à M' le Comte
d'Ayen. La plus grande partie
des Seigneurs de la Cour s'y
trouva. Il y eut trois grandes
tables & deux petites , faifant
foixante & quatre couverts.
Ce foupé fut fuivi du divertif
fement de la Comedie , & en .
fuite il y eut bal , où toutes les
Dames de diftinction avoient
efté invitées .
Ce mefme jour , arriva un
Chevalier de Saint Jacques
qui venoit de Madrid , & qui
GALANT
205
a fervy longtemps en Flandre.
Il parloit affez bon Fran
çois , & aporta un paquer au
Roy fon maitre. Il dit qu'on
avoit fait fraper de la monoye
au coin de Sa Majefté , qu'on
en avoit diftribué au peuple
par les feneftres de l'Hôtel de
de Ville de Madrid ; qu'on
avoit mis fon portrait au devant
du Palais avec quatre
flambeaux , qui bruloient tou
jours; que fe peuple venoit
en foule luy faire des demandes
, & qu'enfin jamais Roy
n'avoit efté fouhaitéſi ardem.
ment; que M' le Connestable
206 MERCURE
de Caftille eftoit arrivé à Ba
yonne avec une fuite de plus
de foixante perſonnes. Il ajou-
>ta que tout ce qu'il y avoit de
Grandsen Espagne le trouveroient
dans la mefme Ville.
Il avoit des lettres de la Reine
d'Efpagne pour le Roy , pour ?
Monfeigneur , & pour Madame
.
Le 24. la foule ne fut pas
moins grande au lever de Sa
Majefté Catholique qu'elle
l'avoit efté au foupé . Ce Prince
fe rendit lur les neufheures
à l'Eglife Cathedrale de Saint
Pierre , & il fut receu par M
GALANT: 207
T'Evêque de Saintes en habits
Pontificaux: Il alla enfuite
dans le Choeur entendre la
Meffe , pendant laquelle on
chanta un fort beau Motet de
la compofition de M ' Rouffelet
, Chanoine de Saintes, Peu
de temps aprés , Meffeigneurs
les Princes allerent aufli entendre
la Meffe dans la mefme
Eglife , où ils furent compli
mentez par M' l'Evêque à la
tefte du Chapitre. Sa Majef
té Catholique ne fut pas plutoft
rentrée dans fon appartement
, que M' des Granges
luy prefenta les Officiers du
208 MERCURE
Siege Prefidial , conduits par
M de Gafcq , Prefident &
Lieutenant General, & le mefme
qu'elle avoit veu le jour
precedent à la tefte de la Nobleffe.
La harangue de ce Magiftrat
, qui outre mille bonnes
qualitez , poffede encore Part
de bien parler receut de
grands applaudiffemens . M
des Granges introduifit enfuite
Mrs de l'Election , & M ' de
la Touche , leur Prefident ,
parla d'une maniere qui le
diltingua. Aprés que ces deux
Corps de Jultice curent rendu
leurs devoirs au Roy d'Elpa
>
GALANT: 209
gne, ils allerent complimenter
Meffeigneurs les Princes . Le
Prefidial fut introduit le premier
à l'ordinaire . Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
accompagné de Monseigneur
le Duc de Berry , receut ces
Officiers debout , au lieu que
le Roy d'Espagne eftoit affis
dans un fauteuil , lors qu'ils
curent l'honneur de fuy patter,
Mile Prefident de Galcq porta
encore la parole , & l'adreffa
toujours àMonfeigneur le Duc
de Bourgogne , mais ily mefla
les louanges de Monseigneur
le Duc de Berry avec tant d'a
Fanvier 1701
S
210 MERCURE
dreffe , que tout ce qu'il dit
plut infiniment à ces deux
Princes , ce qui leur fit naiftre
l'envie de fçavoir plus particulierement
qui il eftait. M
le Comte de Gacé,Lieutenant
General des Armées du Roy,
& Gouverneur du Pays d'Au
nis , & Mr l'Intendant Begon ,
fatisfirent leur curiofité d'une
maniere fort avantageufe à ce
premier Magiftrat . Aprés que
Mrs du Prefidial furent fortis ,
M des Granges introduifit
les Officiers de l'Election , &
Mrde la Touche porta encore
la parole avec beaucoup d'élo
GALANT 211
quence. Ce mefme matin , M
le Maire de Saintes , accom
pagné de quelques Echevins ,
eut l'honneur de rendre fes
devoirs à M le Duc de Beauvilliers
, & à M le Marechal
Duc de Noailles , & de leur
faire les prefens de Ville Ils
confiftoient en quelques Bourailles
d'un Vin exellent. Le
Roy & Meffeigneurs les Princes
dinerent en public , mais leparement,
& fur les trois heures
aprés midy Sa Majefté Catho
lique alla entendre les Velpres
à l'Abbaye de Noftre Dame,
dont Madame de Laufun
Si
22 MERCURE
foeur du Duc de ce nom , efter
Abbeffe . Comme elle eft tresattentive
à tout ce qu'elle doit
faire , elle avoit envoyé dés le
matin complimenter le Roy
Catholique par deux Ecclefiaf
tiques, qui luy avoient offert de
fa part & de toute celle de
fa Communauté , un preſent
de perdreaux , de lapereaux
d'huitres & de truffes . Le foir,
Sa Majefté Catholique fit collation
en particulier , & mef
feigneurs les Princes en public.
Le mefme jour , le Roy
d'Eſpagne le confeffa pour la
premiere fois au Pere Dorman,
GALANT. 23
-
16
ton Jefuite , qui a efté choift
pour fon Confeffeur ordinaire .
Sur les dix heurs du foir , ce
Prince , acompagné de Mon
feigneur le Duc de Rourgogne
& de Monfeigneur le Duc
de Berry , alla entendre Matines
dans l'Eglife Cathedrale .
Ils eftoient tous trois reveftus
du Collier & de l'habit de l'Ordre
, & enfuite ils entendirent
Les trois мeffes de la nuit en
des Chappelles differentes . Sa
Majefté Catholique commu
nia à la premiere par les mains,
de M'T'Abbé Turgot fon Aumonier,
& les Princes commu
214 MERCURE
nierent auffi par celles d'un des
Chapelains duRoy. Lors qu'ils
furent de retour , ils mange
rent fort legerement.
Le 25 jour de Noël , le Roy
Catholique entendit la grand
Meffe , qui fut celebrée dans
la Cathedrale par M ' l'Evêque.
Meffeigneurs les Princes allerent
l'entendre à une Abbaye
de Filles . Le Roy & les Princes
dînerent encore ce jour - là en
public , mais toujours feparément
, & avec une tres grande
affluence de peuple.L'apréf
dînée , Sa Majefte Catholique
entendit dans la Cathedrale
GALANT.
215
le Sermon du Pere Juftin , Recollect
, qui fut extrémemente
applaudi , & enfuite Vefpres ,.
chantées par la Mufique. Mef
feigneurs les Princes s'eftant
rendus en l'Eglife des Jefuites,
affifterent au Sermon du Pere
Prorilhac , dans lequel il fit
admirer fon éloquence , & en
faite à Vefpres & à la Benedi
tion. Ce jour- là , le Roy ſoupa
en public , & au grand cou
vert , & Meffeigneurs les Prin
ces dans leur appartement
.
Le 26. jour du départ , lë
Roy d'Espagne alla à la Cathe
drale fur les huit heures , & i
216 MERCURE
y entendit la Meffe , à laquelle
Meffeigneurs les Princes affifterent.
Aprés la Meſſe , leRoy&
les Princes dînerent encore en
public , & feparément , & enfuite
ils monterent en Carroffe
pour aller à Pons. Il falloit
pour y aller , paffer le long
d'une effece de Fauxbourg ,
appelle les Roches , dont le
chemin eftoit tres mauvais ,
& prefque inondé par la quan
uité de pluye qui eftoit. tom.
bée les jours précedens. On
chercha à épargner à la Cour
ce mauvais chemin . Pour cet
effet,les Carroffes s'arrefterent
devant
GALANT. 217
devant la maifon de M'T'Ab
bé, Confeiller au Prefidial . Le
Roy fuivi de Meffeigneurs les
Princes defcendit de Carroffe,
ainfi que tous les autres Seigneurs
, & ils traverferent tou
te cette maiſon au milieu d'u .
ne double haye d'Orangers:
Sa Majefté fe rendit par là à un
des bouts du Quay de la Ville ,
qui en eft une des plus belles
promenades , & l'on y trouva
neuf Chaloupes du Roy , qui
avoient fervi à conduire à Sain
tes du Port de Rochefort, plufieurs
Officiers de Marine, que
la curiofité avoit attirez. Elles
Fanvier 1701 .
T
218 MERCURE
eftoient magnifiquement or
nées & fervies par un fore
grand nombre de Matelots .
Il y avoit aufli trente Bateaux
de la riviere avec des Bande .
roles . Sa Majesté Catholique
& Meffeigneurs les Princes entrérent
dans l'une de ces Chaloupes
qui leur avoit eſté préparée
, & où le Maire & les Echevins
avoient fait porter le
Dais de la Ville , & mis au def.
fus l'un des Drapeaux de la
Compagnie des Cadets . Les
autres Seigneurs remplirent
les autres Chaloupes. M ' de
Bellifle Errard , qui eftoit l'anGALANT.
219
cien Capitaine , cut le commandement
de cette petite
Flote , & prit le timon de la
Chaloupe du Roy. Elle eftoit
precedée d'une autre dans laquelle
eftoient des Officiers
avec des Hauts- bois des Gardes-
Marines . Les autres Seigneurs
entrérent dans les autres
Chaloupes , que Mrs du
Palais , de Saint Mars, & du
Quefne commanderent . M
*Perinet commandoit celles
des Gardes - marines , où é
toient les Hautbois , au fon
defquels le Roy s'embarqua .
On avoit fablé le Quay . Cette
Tij
220 MERCURE
t
Flotte , aprés avoir coſtoyé
la riviere de Charante , dont
les bords eftoient garnis des
Compagnies Bourgeoifes , &
d'un grand concours de peuple
, aborda au lieu appellé
Diconche , où les Carroffes
attendoient S.M. les Princes &
lesSeigneurs . Le trajet fut d'un
quart d'heure , & en débar
quant , les Matelots faluerent
de la voix en la maniere ace
coutumée par des cris reïterez
de Vive le Roy . Sa Majeſté leurs
donna cent Louis d'or , & fic
auffi une liberalité aux Haut
bois. M' l'Intendant Begon ,
SolGALANT. 7221

qui l'avoir receuë dés le 21 .
Fentrée de ſon département
,
la conduifit jufqu'à l'extrémi
té, & ne la laiſſa que le 28. à Pi
raye. Pendant tout ce temps , i !
rint une groffe table à S. Jean
d'Angely, à Saintes , à Pons &
à Mirambeau , ayant eu le foin
de faire trouver fur la route
toute forte de rafraichiffe
mens , & ayant fourni de gi
bier, de fruits , d'huitres & de
trufes , toutes les tables des
Seigneurs , fans que rien man
quaft à la fienne , qui a rou
jours efté des plus delicates &
des plus
propres.
Tij
222 MERCURE
On arriva à Pons à une heure.
Le Roy & Meffeigneurs les
Princes logerent au Chaſteau,
qui appartient à M le Comte
de Marfan , & qui eft tresbien
meuble. Les logemens s'y
trouverent fi grands & fi commodes,
qu'on y auroit ſejour.
né , fi les mesures n'avoient
pas efté prifes autrement. Le
Capitaine des Chaffes de M'le
Comte de Marfan , prefenté
par Mile Marquis de Seignelay
, fi des prefens de gibier
à Sa Majesté Catholique & à
Meffeigneurs les Princes , & ils
en parurent fort contens.
GALANT. 223
Le 27 on partit de Pons
entre fept & huit heures du
matin , pour ſe rendre à mi
rambeau à trois heures , parce
que toute la fuite & les équipages
allerent à Niort . Com.
me il n'y a point d'Egliſe à
Mirambeau , on en partit à la
pointe du jour , pour aller en
tendre la мeffe à Niort ; &
demi -heure aprés que l'on fut
parti , on tomba dans un défilé
entre des bois & des vignes ,
où tous les équipages eftoient
demeurez , ce qui fit prendre
à Sa Majefté Catholique & à
Meffeigneurs les Princes , le
Tiiij
224 MERCURE
7
party de monter à cheval. Is i
pouſſerent
juſqu'au lieu où ils
devoient dîner à quatre lieuës
dela , & où les Carroffes arri
verent quelque temps aprés.
Ils remonterent
dedans pour
aller à Blaye. Ils y arrive
rent le 28. fur les trois heures
aprés midy , & . furent ha
ranguez par M ' Dein , Jurat
de Blaye qui s'en acquitta
tresmbients
: La Bourgenifie
eftoit fous les armes . Certe
Ville eft à douze lieues de la
grande Mar. La Garonne & lai
Dordogne
, deux groffes Ris
vieres qui fe joignant à deux
7
GALANT. 225
lieuës au deffus , y font une
tres groffe Riviere , qui a prés
de deux lieuës de large , & fe
nomme la Gironde . Sa Majeſté
Catholique & Meffeigneurs
les Princes furent d'abord fa
luez par le Canon de la Citadelle.
Le Fort del'ifle , quieft
à une demi lieuëvis à vis , tira
enfuite , & le Fort de Medoc ,
qui eft à une petite lieuë de
L'autre cofté en terre- ferme
falua le dernier. M ' le Marquis
de Sourdis , Commandant de
la Province , prefenta au Roy
d'Eſpagne & à Meffeigneurs
les Princes , Mrs Lavergnac
226 MERCURE
& le Mercier , Jurats de Bor
deaux . Le premier s'attira par
la harangue qu'il fit , les applaudiffemens
de toute la
Cour. Sa Majefté Catholique
& Meffeigneurs les Princes
s'eftant un peu repofez , monterent
à cheval , & allerent
voir le Port . Ils furent faluez
une feconde fois du Canon
de tous les Forts , comme ils
Lavoient efte en arrivant à
Blaye . Un Baftiment Anglois,
& un autre Hollandois , qui
paffoient , faluerent auffi.
Toute la Cour vit de deffus
une hauteur; l'embarquement
GALANT. 227
d'hommes , de chevaux & de
toutes fortes d'équipages , que
l'on faifoit pour paffer à Bor
deaux , ainfi que de quantité
de perfonnes qui profiterent
de la marée, qui monta à trois
heures , pour le rendre ce ſoirlà
à Bordeaux. Cet embarquel
ment fe fit avec beaucoup
d'ordre & de promptitude, par
les foins de M du Sauffoy ,
Ecuyer du Roy , commis par
Sa Majesté à la conduite de
tout ce qui regarde l'Ecurie ,
tant de S. M. C. que de мeffei.
gneurs les Princes . Le Canon
les falua uné feconde fois. M
20
MERCURE
le Marquis de Sourdis , Mdu
Repaire Gouverneur du Châ
reau Trompette , M'de la Bourdonnaye
Intendant de la Province
, Mrs les Jurats , & M
Lombard , Commiffaire de la
Marine , s'y eftoient rendus.
La Garnifon de la Citadelle
qui eft compofée de dix neuf
Compagnies d'Infanterie.
compris le Regiment Barrois ,
commandé par M de l'lfles
eftoit fous les armes, & forma
une double haye , au milieu de
laquelle le Roy d'Elpagne &
Meffeigneurs les Princes pal
férent pour aller à leur loge
ment
GALANT
229
Le jour même MⓇ le Duc de
Beauvilliers prefenta au Roy
d'Espagne Dom André de Regio
, Evêque de Catane en Si
cile. Il en eftoit parti avec quatre
Vaiffeaux pour aller voir le
Roy d'Efpagne défunt, & avoit
effuyé plufieurs dangers pour
fe rendre par mer au Port d'A
licante , mais ayant appris à
Madrid que Sa Majefté Catho
lique eftoit partie de la Cour
de France pour aller dans fes
Etats , il refolut de venir rendre
ſes hommages à ſon nouveau
Roy , & pour cet effet il
prit la route de France. Ily
m
250 MERCURE
avoit trois jours qu'il attendoit
Sa Majefté Catholique à Blayë,
quand la Cour y arriva . Pendant
le féjour qu'on y a fait ,
M' le Marquis de Sourdis , &
M de la Bourdonnaye y ont
tenu deux tables foir & matin ,
qui ont efté trouvées auffi magnifiques
que delicates .
Le 29. le Roy d'Efpagne alla
à pied à la Meffe à l'Eglife Collegiale
, bien que cette Eglife
fuft fort éloignée . Il fut complimenté
par le Chapitre. Mel
feigneurs les Princes y allérent
à cheval. L'aprefdinée S. M.C.
Monſeigneur le Duc de Bour
GALANT.
zzr
gogne , & monſeigneur le Duc
de Berry montérent à cheval
pour aller voir la Citadelle ,
d'où l'on fir deux décharges
de canon , & même à boulets
que l'on entendoit tomber
dans l'eau. Celuy de la Tour
de l'lfle , autrement du Pafté , y
répondit , auffi bien que celuy
du Fort de Medoc. Il y a trois
Baſtions à cette Place , qui eft
bâtie fur un Roc . Elle eft trèsbonne
, & affez reguliére , la
marée en bat les murs . Sa мajefté
Catholique & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
en le vérent le Plan , aprés en
232 MERCURE
avoir fait le tour. Ils virent la
Garnifon fous les armes , & la
trouvérent auffi belle qu'elle
l'eft en effet . Eftant fortis de
cette Citadelle , au bruit des
mêmes falves de canon , ils retournérent
fur le Port , où
l'on demeura jufqu'à cinq
heures. On commença dés la
même aprefdinéeà embarquer
tous les chevaux du Roy. м' de
Noailles en eut un noyé , &
M' de la Baume , fils de m' le
Comte de Tallard , un Cocher
qui entraîna avec luy un matelot
. Sa majeſté Catholique &
Melleigneurs les Princes reving
GALNAT. 233
rent du Port fur lescinq heures,
& foupérent plûtôt qu'à l'ordi
naire , eftant obligez de fe le
verà deux heures aprés minuir
afin de prendre la marée.
Le 30. fur les trois heures
du matin ils entendirent la
Meffe dans une Eglife qui eft
fur le chemin, & où ils allerent
aux flambeaux, M ' le Marquis
de Sourdis , M' l'Intendant ,
M' Durepaire , M- Lombard &
les Jurats , les attendoient fur
le port , qui eftoit tout illuminé
par une infinite de fambeaux
. L'eclat qu'ils rendoient
augmenta par celuy de foixan-
Fanvier 1701.
V
234 MERCURE
te autres flambeaux qui éclai-
Foient le Roy & Meffeigneurs
les Princes lorfqu'ils arrive .
rent. Le Baſtiment fur lequel
ils devoient monter eftoit du
port de quarante tonneaux ,
& avoit dix huit pieds de lar
ge , & cinquante de long . On
avoit élevé,unos
Pavillon au
milieu , dont le deffus qui étoit
peint en façon d'Ardoife, avoit
la forme d'Imperiale avec de
grandes Fleurs de Lys d'or ,
placées de fimetrie aux quatre
coins. Il eftoit de la largeur
du Bateau , & avoit vingtdeux
pieds de long . Les Ar
GALANT: 235
mes de la Ville de Bordeaux
eftoient au deffus peintes en
or. Le dehors de ce fuperbe
Baftiment , que les uns ont
appellé Maiſon navale , & les
autres , Maison Royale , & qui
avoit efté offert au Roy d'Efpagne
par les Jurats de Bor
deaux au nom de la Ville ,
eftant orné de médaillons &
d'Infcriptions à la gloire de Sa
Majefté Catholique , & de
Meffeigneurs les Princes. Il y
avoit des pilaftres d'efpace en
efpace , fur lefquels eftoient
reprefentées les Armes de tous
les Royaumes qui compofene
V ij
236 MERCURE
2
la Monarchie Efpagnole, Cess
Armes efloient toutes réunies
fur le frontifpice des portes ,
& jointes aux Armes de Fran
ce. L'or & l'azur n'avoient on
point efté épargnez dans touseg
les ornemens de ce Baftiment en
qui estoit vitré, & le rendoients
auffi riche que brillant. Une in
Galerie peinte en bleu
en
rouge & en or , & où l'on
pouvoit le promener , regnoics
fe
tour antour , & il y avoit une
grande place à la Poupe & à la
Prouë, dover sosial/ &C Toy
Le dedans du Pavillon eftoito
tapiffé par tout d'un velours
GALANT. 237
rouge cramoifi , bordé d'ur
galon d'or large de quatre
doigts fur toutes les coutures.
Le plafond eftoit garny de
même , & autour regnoit une
pente de neuf pouces de la
même étoffe , & bordé d'un
galon d'or de même en ma
niere de natte , & d'une grande
crêpine d'or à feftons
Une balustrade dorée qui
traverſoit le Pavillon , le fe
paroit comme en deux chambres
. Celle qui eftoit deftinée
pour Sa Majesté Catholique &
pour Meffeigneurs les Princes,
eftoit fur le derriere de la
238 MERCURE
Poupe. Elle n'avoit que neuf
pieds , & formoit une espece
d'Eftrade , dont le marche.
pied eftoit de velours . On y
avoit placé une table couverte
d'un tapis de même étofe garni
d'une frange d'or , & des banquettes
garnies de velours &
de galon d'or , avec trois carreaux
que des nattes d'or cou .
vroient entiérement
. Au deffous
, & de la naiffance de la
voute de l'Imperiale
, qui eftoit
garnie tout autour d'une frange
, & d'un galon d'or boüil.
lonné en falbala , fortoit un
Dais de velours cramoifi
gar
GALANT . 239
ny dedans & dehors d'une cref
pine d'un pied de haur , & d'un
galon d'or d'un demy pied.
Dans l'autre chambre dont le
marchepied n'eftoit que de
moquette , ily avoit fix cáquetoires
, & douze fieges appellez
Perroquets , garnis de ve
lours , & de galon d'or , & au
devant du Pavillon du cofté dé
la Proue , eftoit une porte vis
trée à deux pans. Il y en avoit
une auffi à chaque bout de la
baluſtrade , & à ces portes , de
même qu'à fix croisées dont ce
Baftiment eftoit percé , on
yoyoit des rideaux du haut en
240 MERCURE
bas de la chambre. Ces rideau
eftoient de damas cramoily ,
avec un moles , & de grandes
crefpines d'or. Ce Balliment
eftoit éclairé par un nombre
infini de bougies dans des
flambeaux d'argent, fans celles
qui rempliffient plufieurs lu
ftres , & qui faifoient briller la
richeffe des meubles dont il
eftoit orné. Voicy un eſtat
de ceux qui entrérent dans ce
Baftiment.
Sa Majefté Catholique,
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne.
Monfeigneur le Duc de Berxy.
MA
GALANT. 241
M'le Maréchal Duc de Noailles
.
M' Denonville , Marquis de
Seignelay.
w
M' le Marquis de Sommery.
M² de Rafilly,
Mile Marquis d'O.
Mr de Chiverny.
M' le Marquis de Beringhen.
Gentilshommes de la Manche.
Mrs de Cando .
De Louvilles.
De Monvielle .
De Vaffan.
Premiers Valets de Chambre.
Mrs De la Roche .
t
Moreau .
Fanvier 1701.
X
242 MERCURE
Du Chefne.
Premiers Valets de Garderobe.
Mrs Harfan .
Bachelier.
De Chenedé .
Lieutenans des Gardes du Corps.
Mrs de Vandeüil .
De Monteffon.
Exempts.
Mr de Vacheres , & deux au
tres.
Ecuyers.
Mrs du Sauffoy.
De Malherbe.
Il y avoit outre cela :
Mr le Marquis de Sourdis.
Mr DuRepaire.
GALANT. 243
Mr l'Intendant.
Furats.
Mr Lavergnat .
Mr Mercier.
Mr Marchandon.
Mr Lombard Commiffaire
general de Marine fervit de
Pilote. Sa Majesté voulut bien
luy permettre de s'affeoir , fur
la permiffion qu'en demanda
Mr le Duc de Beauvillers .
Il y avoit outre cela quatre
Matelots.
Mr le Duc de Beauvilliers
avoit pris le devant , à cauſe
de fon indifpofition , & мr le
Comte d'Ayen eftoit aufli
X ij
44 MERCURE
parti deux heures avant Samajefté
Catholique , dans une
Barque , avec toute la Maiſon
de мr le Maréchal de Noailles
& la fienne.
Je ne prétens point avoir reglé
les rangs dans la lifte que
jeviens de donner , & mon but
n'a efté que de nommer ceux
qui ont eu l'honneur de s'embarquer
avec S. M. C. Il fe peut
même qu'il y en ait quelqu'un
d'oublié dans les liftes qui
m'ont efté envoyées.
L'enibarquement fe fit à la
"
Jueur d'une infinité de flambeaux
, comme il a déją eſtë
GALANT. 245
marqué. Outre ceux qui avoient
éclairé toute la Cour
pour le rendre fur le Port , ily
en avoit auffi dans un grand
nombre de Chaloupes . On entendit
au moment de l'embar
quement , le bruit de tout le
canon de la Ville & de la Cita
delle , celuy du Fort de l'Ifle ,
& celuy du Fort de Medoc ,
& des Batteries de plufieurs
Vaiffeaux, avec celuy des Timbales
& des Trompettes, mellé
à un grand nombre d'autres
inftrumens. Tout cela joint
aux acclamations publiques ,
formoit un concert fort écla
X üj
246 MERCURE
tant , & qui avoit quelque cho
fe de fi grand , qu'il feroit dif
ficile d'en bien parler .
Outre ce Bâtiment Royal ,
on en avoit preparé deux pour
les jeunes Seigneurs , deux pour
la Chambre , & la Garderobe
de Sa M. C. un pour la Chambre
, & la Garderobe de monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , un pour la Chambre , &
la Garderobe de Monfeigneur
le Duc de Berry , un pour les
Aumôniers, & les Confeffeurs,
un pour le maistre d'Hoſtel ,
& les Controlleurs , & un pour
les Brigadiers des Gardes du
GALANT. 247
Corps .La plufpart des Officiers
des trois maifons s'eft oientembarquez
la veille , ainſi que la
plus grande partie des quatre
fortes de Gardes de Sa Majefté
Catholique : fçavoir , Gardes
du Corps , Cent Suiffes ,
Gardes de la Prevofté , & Gar
des de la Porte. On partit da
Port dans l'ordre fuivant.
Il n'eftoit pas cinq heures
du matin lorſqu'on mit au large.
L'eau eftoit groffe ; cependant
on vogua fans en fentir
le mouvement.
La Chaloupe de M' de
Sourdis , faite en maniere de
X iiij
248 MERCURE
Galere , & ayant à la Poupeur
Dragon doré , précedoit d'un
quart de lieuë le Baftiment
où eftoit le Roy. Elle avoit un
gros fanal, pour fervir de guide
à la mailon navale , & eftoit
montée de trente Rameurs
vétus à la Turque, avec des ha
bits uniformes , & remorquée
par quatre Barques peintes en
bleu , & femées de Fleurs de
Lis & de Croiffans d'or. Il y
avoit dans chacune de ces Barques
un Pilote , & vingt- quatre
Rameurs choifis , dont les
rames eftoient peintes en
bleu. Leurs habits eftoient de
GALANT 2491
wh
même couleur , garnis d'un
galon d'argent , & leurs bon.
nets de velours , enrichis d'un.
même galon. Il y en avoit une
cinquième qui fuivoit en cas
de befoin , & deux autres
Barques eftoient aux coftez
de la Mailon navale l'une
remplie de Violons , & l'autre
de Hautbois , qui joüerent
pendant tout le trajet . Il y
avoit encore deux petits Brigantins
, qui eftoient montez
chacun de fix pieces de Canon
qui tirerent inceffamment , &
qui voltigerent autour du Pavillon
Royal. On entendoit
P
22 MERCURE
jets differens , capables d'ar
refter la veuë , & de faire plai
fir à l'oüye .
Lors qu'on fut à deux lieües
de Blaye , dans l'endroit où la
Dordogne & la Garonne le
joignant , font la Gironde ,
paffage redouté, qu'on appelle
le Bec Dambez , on fut extré
mement furpris d'entendre
une décharge de Canon . A ce
bruit , le Roy d'Eſpagne &
Meffeigneurs les Princes paffe
rent dans la Galere , & confi
dererent avec plaifir un Na
vire percé de vingt pieces de
Canon , qui tira pour falüer la
GALANT. 253
Maiſon navale. Il appartenoit
à M' Sage , l'un des plus fameuxNegocians
de Bordeaux ,
qui l'avoit fait conſtruire dans
fon Attelier , qui eft fur les
bords de la Garonne . Il y avoit
fait dreffer une batterie de
Canon , qui donna le ſignal
pour l'arrivée de la Cour . L'a
vanture du Vaiffeau donna
lieu de parler des Iſles , de la
maniere de vivre de fes Habi
tans , de leurs moeurs , & de
leur commerce , mais à peine
avoit on fait la moitié du che
min , qu'on entendit de nouveaux
concerts , & que deux
254 MERCURE
Baftimens que la mer fembla
produire , fe rangérent auprés
de la Chambre navale , & l'ac
crochérent avec autant d'a
dreffe que de promptitude.
Vingt cinq Officiers parurent
Tout à coup , & firent fervir
avec autant de diligence que
de propreté , & de magnificence
, un ambigu que les Jurats
avoient fait préparer au nom
de la Ville de Bordeaux. Il fur
fervi dans l'une des deux Chaloupes
qui s'estoient jointes
à la Maiſon Royale . L'autre
eftoit remplie d'une Simpho.
nie compofée de Violons , de
GALANT. 255
Hauts - bois , de Mufettes , &
de Trompettes. Il y avoit en.
core deux autres Chaloupes
où eftoient les mets qu'on devoit
fervir , & les Officiers
qui les avoient appreftez. On
avoit fait drefferdans un de ces
Baftimens , une douzaine &
demie de fourneaux pour te
nir les viandes chaudes . Ce repas
fut fervi à propos , & tout
y fut fi bien apprefte , fi délicat
, & de fi bon gouft , que
tonte la Cour en fut charmée.
On fervit quantité de Perdrix
touges , & même beaucoup de
grifes , quoy que ces dernieres
256 MERCURE
foient tres rares à Bordeaux,
On remarqua un grand nom
bre de Failans dans ce repas ,
où les Ortolans furent fervis
par baffins. Les fruits y furent
admirez à caufe de leur beauté
, & de la rareté où ils de
voient eftre en cette faifon.
Les confitures féches dont le
nombre fur grand , y tinrent
avantageuſement leur place, &
on les trouva tres belles . On y
burde vingt fortes de vins, tous
excellens , fans compter les li
queurs ; il y en avoit d'un nom .
bre infini de forres . Les Jurats
eurent l'honneur de fervir à
GALANT. 297
table , & on leur donna de fr
grandes marques de confiance
auffi bien qu'à la Ville de Bordeaux,
qu'on ne fit les effais ny
du vin , ny d'aucun des mets
qui furent fervis.
Le temps coula infenfiblement
jufqu'à Lormont , où l'on
commença à découvrir Bordeaux.
Si toft qu'on eut die
que cette Ville paroiffoit , Sa
Majefté Catholique & Meffei
gneurs les Princes quittérent
la table , & fortirent dans la
Galerie fur la proue du Vaiffeau
, où ils ne rentrérent plus..
Monfeigneur le Duc de Bour
Fanvier 1701
258 MERCURE
gogne trouva le point de vue
fi beau , qu'il voulut bien fe
donner la peine de le deffiner.
Le Port de Bordeaux qui a
plus d'une lieuë de long , forme
un croiffant , & par cette
raifon on l'appelle le Port de la
Lune, 11 eft fitué fur la droite
de la Garonne. Sur la gauche ,
à une diftance raifonnable ,
paroift un Cofteau affez étendu
, fur lequel on voit un beau
païfage . Au bas ſont des vignobles
, des Aubaredes ou
Saules , & des Prairies , qui dans
la faifon femblent de loin for
GALANT: $259
merun tapis de verdure qui va
joindre le fond de ceCroiffant.
Les Vaiffeaux , dont les mafts
repreſentent une efpece de
grand bois , cachent la Riviere
en cet endroit, de forte que
me paroiffant qu'aux deux extrémitez
de la Ville , on crois
voir deux Rivieres qui vont fe
perdre dans le milieu de Bordeaux
; & de tous ces objets
differens il fe fait une fi belle
confufion , qu'il eft malaiſé de
...la repreſenter.
Au milieu du Port et la
Citadelle. A l'entrée il y a un
ares beau Fauxbourg, où le
Y jj
238 MERCURE
"
ay
Poupe. Elle n'avoit que neuf
pieds , & formoit une espece
d'Eftrade
, dont le marche .
pied eftoit de velours . On
avoit placé une table couverte
d'un tapis de même étofe garni
d'une frange d'or , & des banquettes
garnies de velours &
de galon d'or , avec trois carreaux
que des nattes d'or cou .
vroient entiérement
. Au def
fous , & de la naiffance
de la
voute de l'Imperiale
, qui eftoit
garnie tout autour d'une frange
, & d'un galon d'or boüil.
lonné en falbala
, fortoit un
Dais de velours Cramoifi
gar
GALANT. 239
ny dedans & dehors d'une cref
pine d'un pied de haur , & d'un
galon d'or d'un demy pied.
Dans l'autre chambre dont le
marchepied n'eftoit que de
moquette , ily avoit fix cáquetoires
, & douze fieges, appellez
Perroquets , garnis de velours
, & de galon d'or , & au
devant du Pavillon du cofté de
la Proue , eftoit une porte vi
trée à deux pans. Il y en avoit
une auffi à chaque bout de la
balustrade
, & à ces portes , de
même qu'à fix croisées dont ce
Baftiment eftoit percé , on
voyoit des rideaux du hauten
249 MERCURE
bas de la chambre . Ces rideaux
eftoient de damas cramoily ,
avec un molet , & de grandes
crefpines d'or. Ce Balliment
eftoit éclairé par un nombre
infini de bougies dans des
flambeaux d'argent, fans celles
qui rempliffient plufieurs luftres
, & qui faifoient briller la
richeffe des meubles dont il
eftoit orné. Voicy un eſtat
de ceux qui entrérent dans ce
Baftiment.
Sa Majefté Catholique.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne.
Monſeigneurle Duc de Ber
xy.
M
GALANT. 241
M'le Maréchal Duc de Noail-
-les .
M' Denonville , Marquis de
Seignelay.
Mr le Marquis de Sommery.
Mr de Rafilly .
Mile Marquis d'O.
Mi de Chiverny. ⠀⠀
M' le Marquis de Boringhen.
Gentilshommes de la Manche,
Mrs de Cando .
De Louvilles.
De мonvielle.
De Vaffan.
Premiers Valets de Chambre.
Mrs De la Roche .
*
Moreau .
Fanvier 1701,
X
242 MERCURE
Du Chefne.
Premiers Valets de Garderobe.
Mrs Harfan .
Bachelier.
De Chenedé.
Lieutenans des Gardes du Corps.
Mrs de Vandeüil .
De Monteffon.
Exempts.
Mr de Vacheres , & deux au
tres.
Ecuyers.
Mrs du Sauffoy.
De Malherbe.
Il y avoit outre cela ..
Mr le Marquis de Sourdis.
Mr DuRepaire,
GALANT 243
Mr l'Intendant.
Furats.
Mr
Lavergnat .
Mr Mercier.
Mr Marchandon .
Mr Lombard Commiffaire.
general de Marine fervit de
Pilote. Sa Majesté voulut bien
luy permettre de s'affeoir , fur
la permiffion qu'en demanda
Mr le Duc de Beauvillers .
Il y avoit outre cela quatre
ly
Matelots.
Mr le Duc de Beauvilliers
avoit pris le devant à cauſe
de fon indiſpoſition , & мr le
Comte d'Ayen eftoit auffi
X ij
44 MERCURE
parti deux heures avant Sama.
jefté Catholique , dans une
Barque , avec toute la Maiſon
de мr le Maréchal de Noailles
& la fienne.
Je ne prétens point avoir reglé
les rangs dans la lifte que
jeviens de donner , & mon but
n'a efté que de nommer ceux
qui ont eu l'honneur de s'embarquer
avec S. M. C. Il fe peut
mêmequ'il y en ait quelqu'un
d'oublié dans les liftes qui
m'ont efté envoyées.
L'enibarquement fe fit à la
lueur d'une infinité de flambeaux
, comme il a déją eſté
GALANT. 245
marqué. Outre ceux qui avoient
éclairé toute la Cour
pour le rendre fur le Port , ily
en avoit auffi dans un grand
nombre de Chaloupes . On entendit
au moment de l'embar
quement , le bruit de tout le
canon de la Ville & de la Cita
delle , celuy du Fort de l'Ifle ,
& celuy du Fort de Medoc ,
& des Batteries de plufieurs
Vaiffeaux, avec celuy des Timbales
& des Trompettes , mellé
à un grand nombre d'autres
inftrumens. Tout cela joint
aux acclamations publiques ,
formoit un concert fort écla
Xüj
246 MERCURE
tant , & qui avoit quelque cho
fe de fi grand , qu'il feroit dif
ficile d'en bien parler.
Outre ce Bâtiment Royal,
on en avoit preparé deux pour
les jeunes Seigneurs, deux pour
la Chambre , & la Garderobe
de Sa M. C. un pour la Chambre
, & la Garderobe de monfeigneur
le Duc de Bourgo.
gne , un pour la Chambre , &
la Garderobe de monſeigneur
le Duc de Berry , un pour les
Aumôniers, & les Confeffeurs,
un pour le Maistre d'Hoſtel ,
& les Controlleurs , &un pour
les Brigadiers des Gardes du
GALANT. 247
Corps.La plufpart des Officiers
des trois maifons s'eft oientembarquez
la veille , ainſi que la
plus grande partie des quatre
fortes de Gardes de Sa Majefté
Catholique : fçavoir , Gar
des du Corps , Cent Suiffes ,
Gardes de la Prevoſté , & Gar
des de la Porte. On partit du
Port dans l'ordre fuivant.
Il n'eftoit pas cinq heures
du matin lorſqu'on mit au large.
L'eau eftoit groffe ; cependant
on vogua fans en fentir
le mouvement. 1
La Chaloupe de M de
Sourdis , faite en maniere de
X iiij
248 MERCURE
Galere , & ayant à la Poupeun
Dragon doré , précedoit d'un
quart de lieuë le Baftiment
où eftoit le Roy. Elle avoit un
gros fanal ,pour fervir de guide
la maison navale , & eftoit
montée de trente Rameurs
vétus à la Turque , avec des ha
bits uniformes , & remorquée
par quatre Barques peintes en
bleu , & femées de Fleurs de
Lis & de Croiffans d'or . Il
avoit dans chacune de ces Barques
un Pilote , & vingt- quatre
Rameurs choifis , dont les
rames eftoient peintes en
bleu. Leurs habits eftoient de
GALANT 249
1
même couleur , garnis d'un
galon d'argent , & leurs bon.
nets de velours , enrichis d'un .
même galon. Il y en avoit une
cinquiéme qui fuivoit en cas
de befoin , & deux autres
Barques eftoient aux coſtez
de la Maifon navale , l'une
remplie de Violons , & l'autre
de Hautbois , qui jouerent
pendant tout le trajet . Il y
avoit encore deux petits Brigantins
, qui eftoient montez
chacun de fix pieces de Canon
qui tirerent inceffamment , &
qui voltigerent autour du Pavillon
Royal . On entendoit
250 MERCURE
auffi des décharges de Faucon
neaux & de Moufqueterie , ve
nant des maifons & des Cha.
fteaux qui estoient fur le bord
de la Riviere , à deux ou trois
lieuës de Blaye. Je ne dis rien
d'un nombre infini de Bâtimens
de toutes grandeurs, qui
fuivirent la Maifon navale. Il
eft aifé de fe l'imaginee par
la nombreufe fuite de S. M. C.
& de Meffeigneurs les Princes,
& par l'empreffement que tou
te la Guienne témoignoit de
lés voir. Comme il n'eftoit
pas facile de les compter , il
m'eft impoffible de vous en
GALANT. 251
>
rien dire , finon que toute la
Riviere en paroiffoit couverte,
qu'on voyoit de toutes parts
le feu du Canon , & qu'on en
entendoit le bruit , qui for
moit des échos differens evec
celuy des Timbales des
Trompettes & des Hautbois ,
& que la maiſon navale, à cauſe
des lumieres qu'elle renfer
moit , & qui brilloient au tra
vers des vitres , paroiffoit de
loin comme un tourbillon de
feu , qui fembloit plûtoft voler
dans les airs que fendre les
eaux , dont la furface eftoit
couverte d'une infinité d'ob
25 MERCURE
jets differens , capables d'arz
refter la veuë , & de faire plai
fir à l'oüye .
Lors qu'on fut à deux lieues
de Blaye , dans l'endroit où la
Dordogne & la Garonne le
joignant , font la Gironde ,
paffage redouté, qu'on appelle
le Bec Dambez , on fut extré
mement furpris d'entendre
une décharge dé Canon . A ce
bruit , le Roy d'Eſpagne &
Meffeigneurs les Princes paffe
rent dans la Galere , & confi
dererent avec plaifir un Na.
vire percé de vingt pieces de
Canon , qui tira pour falüer la
GALANT. 253
Maifon navale. Il appartenoic
à M' Sage , l'un des plus fameuxNegocians
de Bordeaux ,
qui l'avoit fait conftruire dans
fon Attelier , qui eft fur les
bords de la Garonne . Il y avoit
fait dreffer une batterie de
Canon , qui donna le ſignal
pour l'arrivée de la Cour. L'a
vanture du Vaiffeau donna
lieu de parler des Ifles , de la
maniere de vivre de fes Habi
tans , de leurs moeurs , & de
leur commerce , mais à peine
avoit on fait la moitié du che
min , qu'on entendit de nouveaux
concerts , & que deux
254 MERCURE
Baftimens que la mer fembla
produire , fe rangérent auprés
de la Chambre navale , & l'ac
crochérent avec autant d'a
dreffe que de promptitude.
Vingt cinq Officiers parurent
Tout à coup , & firent fervit
avec autant de diligence que
de propreté , & de magnificence
, un ambigu que les Jurats
avoient fait préparer au nom
de la Ville de Bordeaux. Il fut
fervi dans l'une des deux Chaloupes
qui s'estoient jointes
à la Maiſon Royale. L'autre
eftoit remplie d'une Simpho
nie compofée de Violons , de
GALANT.
255
Hauts - bois , de Mufettes , &
de Trompettes. Il y avoit encore
deux autres Chaloupes
où eftoient les mets qu'on devoit
fervir , & les Officiers
qui les avoient appreſtez. On
avoit fait drefferdans un de ces
Baftimens , une douzaine &
demie de
fourneaux pour te
nir les viandes chaudes . Ce repas
fut fervi à propos , & tout
y fuc fi bien apprefte' , ſi déli .
cat, & de fi bon gouft , que
toute la Cour en fut charmée.
On fervit quantité de Perdrix
touges , & même beaucoup de
grifes , quoy que ces dernieres
256 MERCURE
foient tres rares à Bordeaux,
On remarqua un grand nombre
de Failans dans ce repas ,
où les Ortolans furent fervis
par baffins. Les fruits y furent
admirez à caufe de leur beauté
, & de la rareté où ils de
voient eftre en cette faifon.
Les confitures féches dont le
nombre fut grand , y tinrent
avantageufement leur place, &
on les trouva tres belles . On y
burde vingt fortes de vins , tous
excellens , fans compter les li
queurs; il y en avoit d'un nom .
bre infini de forres . Les Jurats
eurent l'honneur de fervir à
GALANT. 257
table , & on leur donna de fr
grandes marques de confiance
auffi bien qu'à la Ville de Bordeaux,
qu'on ne fit les effais ny
du vin , ny d'aucun des mets
qui furent fervis.
Le temps coula infenfiblementjufqu'à
Lormont, où l'on
commença à découvrir Bordeaux.
Si toft qu'on eut dir
que cette Ville paroiffoit , Sa
Majefté Catholique & Meffei
gneurs les Princes quittérent
la table , & fortirent dans la
Galerie fur la prouë du Vaiffeau
, où ils ne rentrérent plus ..
Monfeigneur le Duc de Bour-
Fanvier
1701.
258 MERCURE
C
<
gogne trouva le point de vue
fi beau , qu'il voulut bien fe
donner la peine de le deffiner.
Le Port de Bordeaux qui a
plus d'une lieuë de long , forme
un croiffant , & par cette
raiſon on l'appelle le Port dela
Lune. 11 eft fitué fur la droite
de la Garonne. Sur la gauche ,
à une diftance raifonnable
paroift un Cofteau affez étendu
, fur lequel on voit un beau
païfage. Au bas font des vignobles
, des Aubaredes ou
Saules , & des Prairies, qui dans
la faifon femblent de loin for
+
GALANT
:
259
merun tapis de verdure qui va
joindre le fond de ceCroiffant.
Les Vaiffeaux , dont les mafts
repreſentent une efpece de
grand bois , cachent la Riviere
en cet endroit, de forte que
ne paroiffant qu'aux deux extrémitez
de la Ville , on crois
voir deux Rivieres qui vont fe
perdre dans le milieu de Bordeaux
; & de tous ces objets
differens il fe fait une fi belle
confufion , qu'il eft malaiſé de
la reprefenter.
Au milieu du Port et la
Citadelle. A l'entrée il y a un
øres beau Fauxbourg , où le
Yij
260 MERCURE
gent les marchands qui negoz
cient à la Mer , & qui ont tous
là de tres - belles maifons . De
l'autre cofté eft la Ville , fur
un front trés étendu . Il y avoit
buit batteries de Canon fur
les Quais depuis Bucalan jufqu'au
Chafteau , & fix Amphiteatres
dreffez , vis - à - vis l'enc
droit où la Maiſon navale devoit
arriver. Quatre à cinq
cens Vaiſſeaux , tous pavoifez ,
étoient rangez ſur une mêmeligne
à deux cens toifes du bord.
Il y en avoit d'Eſpagnols , de
Flamans, d'Anglois , & de Hol
landois plus de deux cens.
GALANT 2611
Bateaux chargeoient auffi las
Riviere , & eftoient venus audevant
de la Cour jufqu'à Lor
mont.
Toutes chofes eftant en cet
eftar , la Maifon navale avança ,
precedée par les Baftimens
dont j'ay parlé , & fuivie de
trois à quatre cens Chaloupes,
ou Bateaux de charge , les uns
à la voile , & les autres à la ra
me. On la conduifir en coftoyant
le Port , au bruit des
décharges du Canon qu'on
tira des Vaiffeaux , des Citadelles
, & des batteries qu'on
avoit dreffées fur le bord des
262 MERCURE
des Rivieres , qui eftoient cou
verts depuis le Faubourg de
Bucalan, où commence l'éten
duë de Bordeaux , du coffé de
Blaye jufqu'à la Manufacture,
qui eft un grand Baltimentre
gulier à l'autre extremité où le
termine la Ville . On prit la
pointe de la terre du Port, & on
remonta à force de rames devant
le Port du Chapeau rouge
, qui eft dans le centre du
Port ,ou les Rois font leur estrée.
Jamais on ne vit un fi
grand concours de people que
celuy qui s'y eftoit rendu de
soutes parts . On n'entendit
GALANT. 263
A
par tout que des cris de joye ,
& de Vive le Roy , & fur les toits
des maiſons on avoit dreffé
desAmphitheatres qui fe trouvoient
fi remplis , qu'ils faifolent
voir des montagnes
d'hommes. Auffi . toft que le
Chafteau Trompette cut ap
perçu Sa Majefté , il falua de
tout fon Canon , qui eft fort
nombreux , & fon bruit confondu
avec celuy de l'artillerie
des Vaiffeaux , & des cris rel
doublez de Vive le Roy , poulfez
par cent mille bouchés , fi
rent retentir les airs d'une ma
niére qui avoit quelque chofe
264 MERCURE

de fi grand, que les plus hautes
idées qu'on s'en peut former
n'y fçauroient atteindre. Le
Ciel parut tout en feu dans
F'intervalle des falves , & pendani
ce temps le bruit des
Trompettes & des Hauts , bois ,
qui eftoit comme étoufé tandis
que le canon tonnoit , fem.
bloit prendre le deffus , & s'ac.
commoder davantage aux ac
clamations du peuple , mais on
peut dire quede tout enſemble
formoir un concert heroïque ,
& un spectacle dejoye & d'amour
digne de la grandeur des
Rois, qui gouvernent aujour
..
dhuy
GALANT. 265
d'huy les deux premiers Etats
de l'Europe.

Les Jurats attendoient Sa
Majesté Catholique fur un
grand Pont de bois , dont le
deffus & les coftez étoient cou .
verts de tapifferies . Ce Pont
eftoit roulant , & monté fur
quatre rouës , afin qu'on en
pult conduire aisément un
bout vers la Maiſon navale ,
& que l'autre puft joindre là
portiere du Caroffe où Sa Ma
jefté devoit monter avec Mef.
feigneurs les Princes . Les Caroffes
des perfonnes les plus
diftinguées de la Ville atten-
Fanvier 1701.

266 MERCURE
20
doient pour groffir le Cortege .
Ce fut fur ce Pont que Mle
Baron d'Iffan , premier Jurat ,
eut l'honneur de complimen .
ter Sa Majeſté lous un Dais ,
d'une étofe à fond d'or , garny
d'une crefpine & d'un galon
d'or. Ce Dais fut donné aux
Valets de pied. Les Gardes de
la Ville , vétus de rouge avec
des cafaques de même étofe ,
bordoient à droite , & à gauche
, l'efpace qui estoit depuis
le debarquement du Quay jufqu'à
la Porte du Chapeau rouge
par où Sa Majeſté entra
dans la Ville. Elle eftoit prece
GALANT. 267
dée par les Cent Suiffes & par
les Gardes du Corps à cheval
, ces derniers ayant l'épée
haute. Depuis la Porte du Cha
peau rouge jufqu'à l'Archevêché
qui a fervi de logement au
Roy & à Meffeigneurs les Prin
ces , il y avoit plufieurs Balcons
remplis de Dames , &
Cornez de riches tapifferies ,
& grand nombre d'échafaux
chargez de monde . Les fenef
* tres eftoient occupées par les
perfonnes les plus qualifiées ,
& toutes les ruës tendues de
tapifferies de hauteliffe , les
Boutiques eftant fermées , &
Z ij
268 MERCURE
& la Bourgeoifie fous les armes.
Elle compofoit fix Regi
mens en habits uniformes ,
qui formoient par tout une
double haye , & dans la Place
eftoient des détachemens des
Garnisons des Citadelles.commandez
par M' de la Poterie .
Le deffus de la porte de l'Archevefché
où toute la Cour fe
rendit , eftoit orné de couron
nes de laurier , avec les Armes
de France & d'Espagne, & tenduë
de riches tapifleries. Le
Palais Archiepifcopal a efté
gardé pendant tout le féjour
que Sa Majeſté Catholique &
GALANT. 269
Meffeigneurs les Princes ont
fait à Bordeaux , par un déta
chement de deux cens hommes
du Régiment de Charo.
lois , qui eft en Garnifon au
Chafteau Trompette , & dont
M'de Porterie eft Lieutenant
Colonel , & Major.
Jamais Entrée ne fut mieux
entenduë que celle de S. M. C.
& de Meffeigneurs les Princes.
Il y avoit un monde prodigieux
, qui de toutes parts.
eftoit accouru à cette Fefte .
Les cris de Vive le Roy , ne dif
continuerent pas , accompa
gnez de tranſports de joye in
Z iij
270 MERCURE
concevables , & le Canon des
differens endroits dont j'ay
déja parlé , tira tout le jour.
Lorfque la Cour fut arrivée
à l'Archevêché , les Jurats avec
des habits qu'ils ne mettent
que lors qu'ils haranguent les
Rois,firent leurs prefens à S.M.
C. Ils eftoient en robes de fatin
, blanches & rouges , au lieu
qu'elles ne font que de damas
dans les autres occafions. Les
prefens confiftoient en quatre
grandes Corbeilles . Dans l'une
il y avoit trois douzaines de
flambeaux de cire blanche du
poids de quatre livres chacun ,
& trente de bougies dans l'au
GALANT. 271
tre . Il avoit deux quincaux de
toutes fortes de belles confitures
, en differentes boëtes ,
& deux autres eftoient pleines
de bouteilles de vin de toutes
les fortes. Ils firent enfuite
leurs complimens à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
& à Monfeigneur le Duc de
Berry , & leur offrirent de femblables
prefens. Le lendemain
ils offrirent encore au Roy ,
& à chacun de Meffeigneurs
les Princes , deux manequins
d'huiftres vertes , & preſentérent
à Mrs les Ducs de Beauwilliers
& de Noailles la moitié
Z iiijab
i
272 MERCURE
des prefens qu'ils avoient faits
au Roy , & à Meffeigneurs les
Princes. Ils en firent auffi àM
des Granges
.
Le jour de l'arrivée , à deux
heures aprés midy , le Parlement
s'affembla en Cour en
robes rouges , à l'Eglife Saint
André , & fe rendit enfuite à
l'Archevêché. Les Huiffiers
entrerent jufque dans la cham
bre du Roy , mais fans baguet
tes. M' le Marquis de Sourdis
vint prendre le Parlement
dans l'antichambre
, & le pre-
Lenta. Le Roy eftoit affis , &
couvert. Lorfque M ' le pre
mier Prefident commença
à
GALANT. 273
parler , & qu'il prononça Sire ,
Sa Majesté luy fit l'honneurde
fe découvrir , & toutes les fois.
qu'il repeta les mêmes mots ,
le Roy en ufa de même. On
remarqua que lorfque M' le
premier Prefident parla du
Roy de France , Sa Majeſté
Cath. fe découvrit beaucoup
plus bas . Le compliment fini ,
& S.M. C. ayant répondu tresobligeamment
à M' le premier
Prefident , Elle mit fon chapeau
fur les genoux , & tous
les Officiers de ce Corps paf
ferent , & la faluérent. Mi de
Sourdis reconduifit le Parle
X
274 MERCURE
ment juſques fur le haut
du degré , & ſe retira peu de
temps aprés. La Cour des
Aides vint enſuite. M' le Pre
fident Soudiraud porta la pas
role. La difference qu'il y eut
entre la Cour des Aides & le
Parlement , fut que lorsque la
Cour des Aides défila en faluant
le Roy , Sa Majeſté ne ſe
découvrit point. Mrs les Treforiers
de France vinrent à leur
tour , & l'on en ufa à leur égard
comme on avoit fait avec la
Cour des Aides .
S. M. C. & Meffeigneurs les
Princes refterent chez eux le
GALANT. 275
refte de la journée pour le délaffer
de leurs fatigues , & travaillérent
à finir les deffeins
qu'ils avoient commencez à
Blaye , & fur la riviere.
2 Il y eut le foir un grand feu
d'artifice devant l'Hitel de Vil
le , avec des décharges de toute
la Moufqueterie , & de vingtquatre
pieces de Canon qu'on
avoit placées fur les foffez, avec
quatre fontaines de vin , qui ne
cefferent point de couler. On
&fit des illuminations & des feux
par toute la Ville , & fur tout
chez M' le premier Prefident ,
& chez M'l'Intendant. Le Ca,
276 MERCURE
non de la Citadelle fit plufieurs
décharges , & celuy de la Ville
y répondit .
Le même foir, M' le premier
Prefident donna un magnifi.
que foupé , & il y eut Bal chez
Madame la premiere Prefiden
te , où la plus grande partie des
Seigneurs de la Cour ſe trou .
vérent . M' de Sourdis & m' l'In
tendant tinrent table le même
foir , & continuérent foir &
matin les jours fuivans jufques
au départ de la Cour.
Le 31. fecond jour de l'arri
vée , le Parlement falua Meffei.
gneurs les Princes par ComGALANT.
277
miffaires. Ils eftoient au nom .
bre de trente- deux tous en robes
noires , & en bonnet . M'le
premier
Prefident porta la parole
, & dit
Monfeigneur , en
parlant à
Meffeigneurs les
Princes. La Cour des Aides ,
& les autres Cours les faluérent
auffi par Commiffaires
.
Meffeigneurs
les Princes recurent
toutes les Compagnies
debout &
couverts , & le découvrirent
leulement aux interpellations
& au nom du
Roy, La Cour des
Monnoyes ,
les Elus , le
Chapitre de Saint
Surin , & celuy de Saint André
4
278 MERCURE
ont auffi harangué. On atrou .
vé beaucoup d'efprit , de poli ;
teffe & d'éloquence dans tou
tes les haranges qui ont efté
faites à Bordeaux , & tout y a
plu jufqu'à la maniere de les
prononcer, & au fon de la voix,
Le même jour 31. S. M. C.
entendit la Meffe à l'Eglife de
S. André, qui eft la Cathedrale.
Elle fut reçue à la porte de cette
Eglife , par le Chapitre en
Corps , reveftu de Chapes , &
haranguée parM' l'Abbé d'Arche
, Doyen , en l'absence de
l'Archevêque. Le Chapitre reconduifit
S. M. en habit de
GALANT.
279
Meffeigneurs les
Choeur.
Princes y allérent enfuite , &
furent reçus de la même forte.
L'apréfdînée, le Roy & meſ.
feigneurs les Princes monterent
à cheval , & allerent à la
Chartreuſe , dont ils vifiterent
toute la maiſon , qui eſt tresbelle
, aufli bien que l'Eglife ,
dont le maiftre Autel eft fort
magnifique. On leur montra
le Rochet de Saint Charles
Borromée. Ils allerent enfuite
au
Chateau
Trompette , qui
a couté des fommes immenfes.
On n'y tira pas le Canon ,
de peur d'effrayer les chevaux,
280 MERCURE
Ce Chafteau & les fortifications
rafent & battent la Riviere
avec une infinité de
groffes pieces de Canon . M ' du
Repaire, Gouverneur de cette
Place , en fit fort bien les honneurs.
Les rues par lesquelles
la Cour paffa pour y aller , fe
trouverent également remplies
de monde lors qu'ils y
allerent & qu'ils en revinrent .
& ce ne fut qu'un cry de Vive
le Roy , qui dura pendant toute
la journée .
Au retour, Meffeigneurs les
Princes s'enfermerent pour
deffiner jufqu'au foir. Il y eur
GALANT.
281
Bal chez M' de Sourdis , & un
grand Concert, qui réuffit parfaitement
bien, avec un Media
noche qui répondit à la grandeur
de la fefte. L'affemblée
fut nombreuſe.
y
Le premier jour de l'année,
le Roy entendit la grande
Meffe en Mufique dans l'Eglife
Saint André. M' l'Evêque de
Catane y affifta avec sa Majefté
, ainfi qu'aux Vefpres &
aux autres Ceremonies , où Sa
Majefté Catholique s'est trouvée
pendant le fejour qu'elle a
fait à Bordeaux. Mrs les Ducs
de Noailles & de Beauvil
A a
Janvier 1701.
282 MERCURE
: │
liers luy ont fait l'honneur de
luy rendre fa vifite chez Mr
Daly , Confeiller , où il eftoit.
logé. Il doit accompagner Sa
Majefté Catholique jufqu'à
Madrid avec un équipage
nombreux dans le deffein de
repaffer en France , pour avoir
Phonneur d'y faluer Sa Majefté
Tres Chreftienne & Monfeigneur
le Dauphin.
Meffeigneurs les Princes entendirent
la Meffe ce jour - là
aux Carmelites. Le Roy alla
entendre Vefpres aux Chartreux,
& Meffeigneurs les Prin
ces à Saint André , aprés quoy
GALANT. 283
is retournérent chez eux deffi
ner jufqu'à l'heure de fouper.
sto Mile Conneftable de Caf-
Stille , Grand d'Eſpagne de la
Apremiere Claffe , arriva ce jourlà
à Bordeaux , avec un cortege
confiderable , plufieurs
grands Seigneurs de fes parens,.
& plus de vingt Gentilshomames
. Il ne put faluer ce jour- là
Sa Majesté Catholique , parce
qu'il y eut quelques difficultez
fur le ceremonial ; mais
* M * des Granges luy fit entendre
qu'il feroit content . Il demanda
à faluer le Roy comme
Ambaffadeur de la Junte; mais
A a ij
284 MERCURE
il fe defifta de les prétentions ,
lorfqu'on luy eut remontré
qu'on n'eftoit jamais Ambaffadeur
auprés de ſon Maiſtre .
Le foir , M' l'Intendant
donna un magnifique répas
qui fut fuivi d'un grand Bal..
Il avoit fait preparer trois
Chambres , où eftoit un grand
nombre de Violons & de
Hautsbois , & dans lesquelles
on danfoit . Toutes les Dames
de la Ville y allérent maſquées
fort galamment. Outre ces
trois Chambres , il y en avoit
une pour le Jeu. Il y eut des
Collations fervies dans toutes
GALANT 285
ces Chambres , des fruits exquis
pour la faifon , & des liqueurs
de toutes les parties de
l'Europe. Les confitures féches
y estoient en profufion , & l'on
en diſtribua une infinité de paquets
cachetez avec de la
nompareille . Ce Bal finit lors:
que le jour commença . On dit
qu'il y eut cette nuit - là mille
bougies de confumées chez
cet Intendant .
Le Dimanche 2. de ce mois,
M'le Conneftable de Caftille
cut audience du Roy, qui eftoit
dans fa chambre découvert .
lly fut conduit par M des
286 MERCURE
.
Granges , & eftoit en grand
deüil , ainfi que toute toute fa fuite,
1l fit en entrantune reverence
en croifant les jambes à l'Ef
pagnole , & enfuite en s'avan
gant il en fit encore deux autres
aprés quoy il fe jetta à
genoux , & baila la main du
Roy, qui la luy avoit prefen .
tée. Cela eftant fait, il appella
fon Fils & deux Seigneurs Ef
pagnols , dont l'un eftoit de
les Parens , qui l'accompa
gnoient , en difant , Familia ,
familia . Ces Seigneurs s'avancerent
en faifant les mêmes
reverences & eurent tous
GALANT. 284
W
"
T'honneur de baifer la main du
Roy. Ce Conneſtable dit à Sa
Majefté , que fes Sujets l'attendoient
en Espagne avec la même
impatience , que les ames de Purgatoire
ont d'en fortir pour aller
en Paradis. M' le maréchal de
Noailles donna à ce Conneftable
, & à toute fa fuite , un
magnifique dîner , accompagné
d'une tres belle Simpho.
nie , & de quantité d'Airs Italiens
& Efpagnols . M ' Boutilier
, Muficien du Roy , en
chanta quelques uns le foir.
M'le Duc de Beauvilliers don .
na un grand repas à ce même
288 MERCURE
Conneftable , & à toute fa
fuite. Le mauvais temps
n'ayant pas permis de fortir
ce jour là , le Roy , & Meffei .
gneurs
les Princes fe retirérent
dans leurs Appartemens
, où
ils deffinérent.
Le Lundy 3. le Roy donna
une feconde audience à M'le
Conneftable de Caftille , qui
parut avec toute fa fuite en
habits magnifiques , Sa Majef
té luy donna à dîner , & il
dîna avec toute fa fuite avec
Mrs les Ducs de Beauvilliers
& de Noailles . Ce dîné fut
fervi dans le même inftant que
Sa
GALANT. 289
Sa Majefté fur fortie de table.
Le Roy foupa ce foir là à fon
grand couvert , afin de fe faire
voir. Le foir du même jour ,
Mlepremier Preſident donna
un grand repas à Mile Connê.
table: Ibfur fuivi de la Comedie
Italienne, & du Bal qui fe donnérenochez
lay . Les Dames fe
font furpaffées dans ces Bals
par leurs danſes , & par leurs ga.
lantes manieres de fe mafquer.
Mrle Conneftable de Caftil.
le, qui a vû deux de ces Bals , en
a efté fi charmé , qu'il a die
hautement , qu'il n'eftoit pas
poffible de s'ennuyer dans une Vil
Janvier 1701.
Bb
290 MERCURE
&
le où les Dames avoient tant d'a
grémens , où les plaifirs eftoient
en fi grand nombre. Ce Conne
ftable eftant à un repas chez
M' de Sourdis , fut furpris de
la fomptuofité & de l'abon
dance dont fa table eftoit fers.
vie , & ne put s'empêcher de
dire, que cette abondance eftoit
Superfluë , y ayant à mangerpour
fix cens perfonnes. M' de Sourdis
luy répondit que c'eftoit la
coutume en France , & quel
lors qu'on avoit fait bonnel
chere , il falloit que les Dome,
fiques la fiffent auff . LeNe..
veu de Conneftable dit à un
GALANT. 291
homme de confideration qui
parloit de la politeffe Efpagnole
, & qui difoit que les
Efpagnols eftoient nos Amis ,
Nousferons auffi Freres , puis que
nous avons un même Pere , faifant
allufion au Roy de Fran
ce , qui eft Pere de Sa Majeſté
Catholique. Ces Seigneurs Efpagnols
ont dit cent jolies
chofes & pleines d'efprit , &
d'amour pour leur Roy & pour
la France , & que s'ils avoient
eu la guerre contre nous , ils voul
losent vaincre avec nous..
Le Mardy 4. fur les huit
heures du matin , Sa Majefté
Bb ij
292 MERCURE
Catholique & effeigneurs les
Princes , aprés, avoir entendu
la meffe , partirent de Bordeaux
au grand regret de tou
te leur fuite. On leur rendit 2
leur fortie les mêmes honneurs
qu'à leur entrée. Pendant le
fejour que la Cour a fait à Bor
deaux , toutes les Boutiques,
de la Ville & des Fauxbourgs
ont efte fermées. Il ya eu des
feux de joye tous les jours , &
des illuminations toutes les
nuits . On a efté tres fatisfait.
du zele , de l'éfprit & des ma..
nieres honneftes
,
engagean
.
tes & empreffées des Borde
GALANT. 293
Ibis , & ils peuvent dire qu'ils
ont gagné l'eftime d'une Cour
qui ne la prodigue pas . Les
Seigneurs ont trouvé affez de
charmes & affez d'efprit aux
Dames , pour les croire di
dignes de leur fouvenir. Il y a
eu tous les jours des Bals &
Comedie Italienne, où la pluf
part des Seigneurs de la Cour
& des Dames fe font trouvez.
Il y a même eu des Bals aprés
le départ du Roy , donnez par
quelques jeunes Seigneurs qui
ne font pas partis dans le mê
me temps. M' de Sourdis &
M: l'Intendant ont tenu cha
Bb iij
294 MERCURE
cun des tables pendant que la
Cour eftois à Blaye , & ils en
ont tenu à Bordeaux chacun
trois , foir & matin . Ils fuivent
la Cour , l'un pendant l'éten
due de fon Gouvernement , &
l'autre dans tout fon Départe
ment. Ils ont pris toutes leurs
mefures pour tenir fur la route
pour le moins deux tables de
quinze couverts chacune . Ils
marchent l'un & l'autre avec ·
un Carroffe à huit chevaux &
un à fix , une chaife roulante ,
& une Litiere , deux fourgons ,
douze mulets , quantité de
chevaux de main , un grand
GALANT 295
nombre de Domestiques , &
beaucoup de gens de livrée.
Mile premier Prefident a aufh
tenu ſoir & matin une tres ,
groffe table , & tres delicate,
& M Martin , connu par fon
merite , & par fa qualité , en
a tenu auſſi une tres exquife.
Le Roy a fait de grandes libe
ralitez , & de grandes charitez
pendant ſon fejour à Bordeaux.
Ce Prince , & Meffeigneurs fes
Freres y ont charmé ceux qui
les ont vûs ' ; auffi a t - on toû ,
jours cherché à les voir , ce qui
a fait que l'affluence a cfté
grande à leur lever, à leurs me
Bb iiij
296 MERCURE
fes , à leurs repas , à leur cou
cher , & dans tous les lieux où
ils ont efté .
2
Quoy que la Relation que
Vous venez de lire ait efté tirée
de quinze autres , qui ont tou
tes fourny quelques circon,
ſtances particuleres , je viens
neanmoins d'en recevoir une,
dans laquelle s'en trouve de
nouvelles , ce qui m'oblige
d'ajoûter ce qui fuit à ce que
je vous ay déja marqué.
Il y avoit dans le dehors de
la balustrade de la maifon na
vale des banquettes couvertes
de velours , & bordées d'un
GALANT. 197
galon d'or , ainfi que des tabourets,
& autres efpeces de
Lieges couverts de méme.
Mrs les Jurats avoient fair :
éclairer les rues parοoύùςSamajefté
Catholique devoit paffer
pour allerà la Meffe avant fon
embarquement , d'un tresgrand
nombre de flambeaux
de cire blanche . Ils avoient
fait éclairer le Port de la même
maniere.
Je ne vous ay point marqué
que M'Jean , Procureur
Sindic . & Mrs Cal, Capitaines
de la Ville de Bordeaux , eurent
l'honneur d'entrer dans la
298 MERCURE
Maifon navale . M ' de Senaut ,
Baron d'Iffan , premier Jurat ,
eut . l'honneure de donner la
main au Roy en fortant de la
Maifon navale.. M ' de Goffre
tau , Capitaine de Dragons ,
fecond Jurat , Gentilhomme,
la donna à . Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & M'le
Vaffeur , Avocat , troifiéme
Jurat , la donna à Monfeigneur
le Duc de Berry. 19 10 100
Outre cette Maiſon navale,
Mrs les Jurats avoient fait con
duire à Blaye vingt Chaloupes
tres - proprement tapiffées , &
conduites par dix - huit. Ra.
GALANT. 299

meurs chacune. Il y avoit dans
toutes des paftez , des jam .
bons , des viandes froides , &
d'excellent vin .
69
Tous les Vaiffeaux dont j'ay
parlé qu'on avoit fait mettre
fur une même ligne , eftoient
pavoifez , & avoient mis de
hors tous leurs Pavillons , toutes
leurs Bannieres , & toutes
leurs Flames . Ils faluérent de
tout leur Canon , à mesure que
la Maifon navale paffa devant
eux . On leur répondit de def
fus le rivage du cofté de la
Ville , de huit batteries de
gros Canon , de douze pieces
300 MERCURE
perte
chacune . Le Chateau Troms
faifoit en même temps
des décharges de toute fon artillerie
, & de la moulquererie
de la Garnifon qui eftoit en
bataille fur les Baltions du coté
de la mer. Le Fort de Sainte
Croix , & le Chafteau du Ha ,
répondirent de mefme .
Les fix Regimens de Bourgeois
avoient des livrées diffe.
rentes , & les habits de chaque
Regiment eftoient uniformes,
mais differens des autres Regi.
mens,
Mr Durepaire reçut Sa Majefté
Catholique , & Meffe
GALANT.
304
gneurs les Princes , à la premie
re Barriere du Chateau Trom
pette. Ils trouvérent la Gar
nifon en bataille fur la Place.
Madame la Marquife du Repaire
; & Madame de Boiſly,
Femme de M de Bonfly, Lieu
tenant de Roy de cette Plas
ce , les receurent au bas de
l'escalier de
l'appartement du
Gouverneur , & les condui
firent à un Belveder , qui eſt
fur un des Baſtions du cofté
de la mer. Ce beau Port , ce
grand nombre de Vaiffeaux
que l'on y voit ordinairement,
cette belle Riviere , ces richest
302 MERCURE
côteaux dont elle eft bordée ,
&´d'où la veuë s'étend plus
de douze lieues en cet endroit
, forment le plus agréable
aſpect qu'ii foit poffible
d'imaginer. S. M. C. & Mef.
feigneurs les Princes y demeu
rerent pendant plus d'une
heure , & examinerent tous
les differens points de vûë qui
s'y trouvent. Ils firent enfuite
le tour de la Place , & en vifitéren
ttoutes les Fortifications.
Cette mefme Relation porre
que M' le Duc de Beauvil
liers , & M le Maréchal de
Noailles , ont enchanté tout
E
GALANT
303
le monde par leur douceur , &
par leur honnefteté .
Le même jour que Sa M. C.
partit de Bordeaux , elle alla
coucher à Preignac , chez M
de Voigny , dont la Maiſon eft
tres agreable , & le Jardin fort
beau. La Garonne paffe au
bout de ce Jardin , qui eftoit
༥༤ .
alors tout rempli d'orangers , &
dont le parterre eftoit couvert
de fleurs. Sa Majesté & Meffeigneurs
les Princes s'y promenerent
jufqu'à la nuit , que
l'allée du milieu , & fon parterre
fe trouvérent tout à coup
illuminez, auffi bien que le toit
304 MERCURE
*5*
de fa maiſon , qui étoit tout
couvert de lampes. La porte&
une cour en terraffe en étoient
pareillement remplies. LeRoy
& Meffeigneurs les Princes def
finérent jufqu'à l'heure du fou
per. Le lendemain ils parti
rent pour aller coucher à Bazas
. Ils y arrivérent à trois heu
res aprés midy. Le Maire & les
Jurats allerert les recevoir àla
Porte de la Ville , ou le Maire
les harangua. Le Roy d'Efpagne
& Meffeigneurs les Princes
defcendirent à l'Evêché ,
qui avoit efté meublé magnifi .
quement par M de Gourgue ,
GALANT 305
Evéque de Bazas . Ce Prelac
& M¹ fon Frere , Preſident à
Mortier au Parlement de Bordeaux
, les reçurent à la defcen-
-te de leur Caroffe . Meffeigneurs
les Princes s'y trouvé
rent fort commodement lo-
-gez, leurs Apper temens eftant
de plein pied avec celuy de Sa
Majefté Catholique . M le
Duc de Beauvilliers , M' le Maréchal
de Noailles , & les premiers
Officiers du Roy d'Efpagne
& de Meffeigneurs les Prin
ces, y furent tous logez. Monfeigneur
le Duc de Berry , dont
l'Appartement donnoit fur un
Fanvier 1701
CC
306 MERCURE
Parterre en terraffe , fut invité
par le beau temps à tirer lar
des oifeaux qui y eftoient atti
rez par du grain qu'on y avoit
jetté exprés . Le Roy d'Eſpagne
prit aufli ce divertiffement , &
tua le premier un oifeau , qui
eftant tombé hors du Jardin ,
fut ramaffé par une pauvre.
Femme , qui le luy prefenta , &
à qui Sa Majefté Catholique fit
donner quelques Louis d'or.
Monfeigneur le Duc de
Berry en tua fix , & parut y avoir
pris beaucoup de plaifir . Ce di
vertiffement ayant duré prés
de deux heures , le Roy d'Efpas
GALANT 307
gne monta dans fon Appartement
, où il travailla au Plan
des Villes qu'il avoit vuës fur
la route depuis Bordeaux juf
qu'à Bazas. Monleigneur le
Duc de Bourgogne monta
dans le fien avec Monfeigneur
le Duc de Berry , & chacun de
ces deux Princes tint une table
de Jeu , qui dura jufqu'au fou
per.
A fept heures & demie , Sa
Majefte Catholique fe mit à
able dans l'antichambre de
fon Appartement. Meller .
gneurs les Princes en firent
de même dans celle de Mon-
Ccij
308 MERCURE
feigneur le Duc de Bourgo
gne , & il y eut à leur fouper
un grande affluence de peuple.
Pendant ce temps là M'l'E
vêque de Bazas donna à fou
per à M❜le Duc de Beauvilliers
& à la plus grande partie de
ceux qui compofoient la Cour
de S. M. C. dans la maifon où
il s'eftoit retiré , & où il avoit
fait preparer deux tables de
vingt couverts chacune , qui
eftoient magnifiquement fer
vies.
Sa Majefté Catholique n'eut
pas plutoſt achevé de ſouper
qu'on fit tirer un feu d'artifice,
GALANT. 309.
qui eftoit préparé dans la cour
de l'Evêché , vis à vis les fes
neftres de fon Appartement.
I dura prés de trois quarts
d'heure , & durant ce temps
on commença dans toute la:
Ville une illumination qui
parut toute la nuit . Sur le
Portail de la grande Eglife
deux figures , l'une reprefentant
la Concorde , & l'autre la
Paix. Une galerie qui regne
tout le long de cer Portail,
qui donne fur la Place , &
fur lequel on avoit mis des
illuminations . Au milieu il
avoit une grande Fleur de
24
310 MERCURE
Lis foutenue par deux Anges)
& aux coltez eltoient deus
autres Fleurs de Lis d'une
moindre grandeur , le tout illul
miné. Aprés ces fleurs de lis on
avoit mis plufieurs cartouches,
l'on avoit peint des Devifes ,
des Trophées , & des Armes,
qui par le moyen des lampes
qui eftoient derriere , pour
voient cftre lues & diftinguées
Le reste de cette Gallerie eftoir
garni de lampes dimaka
Le Palais Epiſcopal a une
muraille de quinze, à vingt
pieds qui donne fur la Place
& qui eft feparée du Corps de
GALANT. 31
Togis par une cour. Cette muraille
eft chargée de fept, pii
laftres , & le milieu fait un
Fronton en demi cercle. Ces
fept Pilaftres eftoient chargez
chacun d'une lanterne quara
rée . Une face de chaque lanterne
donnoit fur la Place , &
l'autre regardoit les Appartemens
de Sa Majefté Catholi
que. On avoit peint fur ces faces
les Armes de France , de
Caftille , d'Arragon , de Leon ,
de Grenade , de Naples , de
Flandre , de Milan , & c . & des
Vive le Roy. Il y avoit dans
chaque lanterne deux chan
3'2 MERCURE
delles , par le moyen defquel
les tout ce qui eftoit peint fur
les lanternes paroiffoit . Les
deux coftez du Fronton , dont
une face regardoit, la Place , &
l'autre l'Appartement de S. M.
C. eftoient chargez de lam
pes , qui eftant allumées , fai.
foient paroiftre un Arc en ciel
de lumière. Il y avoit fur le
refte de la muraille une quan
tite prodigieufe de lampes.
Sur la porte de l'Evêché on
avoic mis un grand Cartou
che où eftoient les Armes de
France & d'Espagne . J'oubliois
à vous dire qu'entre les deux
Arcs
GALANT.
313
Arcs en ciel de lumiere , on
avoir mis des lampades en forme
de piramides .
214.
M ' l'Evêque de Bazas non
content d'avoir fait faire des
illuminations à fon Eglife & à
fon Palais Epiſcopal , en avoit
fait faire encore en la maifoti
qu'il avoit prife en Ville. Cette
maifon regarde la Place , &
eftoit vis à vis
l'Appartement
de S. M. Catholique , elle est
fort haute , & a une fort belie
face , & foit étendues toute
cette face eftoit illuminée , &
cette illumination regnoit fous
quatre grandes lignes , outre
Janvier 1701.
Dd
314 MERCURE
ce qu'il y en avoit en haut , qui
confiftoit en trois pieces , fçavoir
, en une grande fleur de lis
illuminée , & deux trophées
d'Armes, qui par le moyen des
lampes , pouvoient facilement
eftre vues de l'appartement du
Roy d'Eſpagne. Ces lignes qu'
on peut appeller lignes de lu
mieres , estoient tellement diftantes
les unes des autres
qu'elles ne caufoient aucune
confufion .
Le Feu eſtant fini , le Roy
d'Eſpagne fe retira dans fon
Appartement , auffi bien que
Meffeigneurs les Princes. M
GALANT.
315
TEvêque de Bazas cftant allé re
cevoir l'ordre pour la Meffe du
lendemain . S. M. C. luy fit l'honneur
de luy donner une Vuë de
la Ville de Bazas qu'il avoit tracée
, & le foiril luy donna le Bougeoir
à fon coucher. Le lende
main 6. jour des Rois , S. M. C.
s'eftant rendue dans la Cathedrale
à neuf heures pour y entendre
la Meffe , elle y fut reçue par M⭑
l'Evêque , revefta de fes habits
Pontificaux,à la tefte de fon Clergé
, qui luy fit une harangue dont
Sa Majesté parut tres - contente,
& à laquelle elle répondit d'une
maniére obligeante . Elle entendit
enfuite la Meffe , qui fut celebrée
par cet Evêque , & chantée
par la Mufique de Mile Com
te d'Ayen, Sa Majesté eſtant ren-
Dd ij
216 MERCURE
trée dans fonapartement aprés la
Meffe , on luy apporta plufieurs
baffins remplis de perdrix , ortolans,
faifans , & fruits de toutes façons
auffi beauxqu'ils auroient pâ
l'eftre en Automne . Il y en avoit
entre-autres un de mufcats auffi
frais que s'ils n'avoient efté cueillis
que ce même jour . Ces fruits
avoient un gouft merveilleux ,
Sa Majefté dîna enfuite dans
fon Appartement , & Monſei ,
gneur le Duc de Bourgogne avec
Monfeigneur le Duc de Berry
dans le fien , comme le jour precedent.
Pendant ce temps - là ,
Mrs de Noailles , d'Ayen , de Pcpoli
, Neveu du Cardinal Cantelmi
, Sommery , de Teffé , d'Heu,
dicourt , Lavardin , & plufieurs
autres Seigneurs de la Cour di
GALANT.
317
nérent chez Mr l'Evêque , qui
avoit deux tables fervies comme
ła veille . La chere y fut extrémement
délicate , & l'on y compta
jufqu'à dix fortes de vins .
Sa Majefté alla enſuite entendre
les Vefpres aux Capucins ,
Meffeigneurs les Princes allérent
à la Cathedrale , où ils furent reçus
par M l'Evêque de Bazas ,
qui les harangua à la tefte de fon
Clergé , & dont le difcours fut
fort applaudi. Les Vefpres furent
chantées par la Mufique de
Mile Comte d'Ayen .
Aprés Velpres , Sa Majefté Catholique
le retira dans fon appartement
& Monfeigneur le Duc
de Bourgogne dans le fien , avec
Monfeigneur le Duc de Berry .
Ils tinrent chacun une table de
Dd iij
218 MERCURE
Jeu. Mr l'Evêque leur fit porter
plufieurs baffins couverts d'ortolans
, perdrix , faifans , & fruits ;
comme ceux qu'on avoit prefentez
le matin à S. M. C.2.
Le Roy d'Efpagne eftant allé
peu de temps aprés dans l'Appar
tement de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Mr. l'Evêque de
Bazas luy prefenta deux jeunes
enfans de la Ville , dont l'un luy
fit un compliment en Vers Gafcons
, & l'autre luy en dit l'explication
en Vers François. Ce recit
réjouit fort S. M. C. & Meffeigneurs
les Princes , à qui la vivacité
de la langue Gafcoune plut
beaucoup.
S. M. C. avant que de le mettre
à table , fit encore preſent à
Me l'Evêque de Bazas d'une Vuë
GALANT. 319
de Langon qu'elle avoit deffinée
la veille . Enfuite elle foupa dans
fon appartement , & Meffeigneurs
les Princes dans le leur . Pendant
ce temps , Mr l'Evêque de Bazas
donna à fouper à tous les Seigneurs
de leur fuite.
Le Roy d'Espagne & Meffeigneurs
les Princes fe retirérent
de tres -bonne heure ce foir- là ,
à caufe qu'ils devoient partir le
lendemain de tres - grand matin .
En effet , ils fe levérent à cinq
heures , entendirent la Meffe , &
montérent en Caroffe pour aller
à Pitecq , Village au milieu des
Landes , où ils devoient dîner .
M. l'Evêque les fuivit avec Mile
Preſident de Gourgue jufqu'à ce
lieu- là , qui eft le dernier de fon
Dioceſe . Les ordres qu'il avoit
Dd iiij
10 MERCURE
donnez furent executez avec
tant de foin qu'à peine S. M. C.
& Meffeigneurs les Princes y furent
arrivez, qu'on leur prefenta
une infinité d'huitres vertes , &
des mortes de beurre frais , dont
l'ufage eftoit tres - inconnu dans
ces Landes , où le principal commerce
confifte en miel , en cire ,
& en raifine ; ce qui donna- lieu
à S. M. Catholique de témoigner
à Me l'Evêque avec quelle joye
. elle recevoit ces marques de fon
attention à luy plaire.
Aprés le dîné, le Roy d'Efpagne
partit pour aller coucher à
Rochefort de Marfan , & M l'Evêque
de Bazas ayant pris congé
de lui & deмeffeigneurs les Princes
, revint à Bazas , avec la Nobleffe
qui avoit fuivi Sa M, C. La
GALANT. 321
maniere dont ce Prelat s'eft dif
tingué parmi tous ceux qui ont
eu l'honneur de recevoir S. M.
Ga & Meffeigneurs les Princes ,
répond au zèle que luy & toute
fa Famille ont toûjours marqué
lorfqu'il s'eft agi du ſervice du
Roy .
Sa Majesté Catholique & Meffeigneur
les Princes partirent
de Bazas le Vendredi 7. par un
fort vilain temps , & trouverent
de tres mauvais chemins . Ils
dinerent à Medine , & n'arrive
rent qu'aux flambeaux à Rochefort
. La journée fut grande
car ils eftoient auffi partis de
Bazas aux flambeaux . Sa Majef
té C. & Meffeigneurs les Princes
logérent vis - à - vis les uns des
autres , & leur fuite fut tres mal
322 MERCURE
logée. Ils partirent de Rochefort
le Samedy 8. à huit heures &
demie, & vinrent difner à Texet .
Comme il fit un beau temps
ce jour là, ils marcherent devant
& aprés leur difner , & arriverent
de fort bonne heure au
Mont de Marfan , où le Roy
Catholique & Meffeigneurs les
Princes logerent encore vis - àvis
les uns des autres. La Mr
l'Evêque Dax les vint falüer ,
cette Ville eftant de fon Diocefe
, l'ony féjourna le Dimanche
Sa Majesté Catholique &
Meffeigneurs fes Freres entendirent
la Meffe aux Clariſtes
& y allerent à pied en differens
temps. Ils retournerentchez
eux , & changerent d'habits
pour monter à cheval & aller
GALANT: 323
tirer. Sa Majesté Catholique de
meura toujours à pied ; Meffeigneurs
les Princes allerent d'un
autre côté. A cette chaffe fe trouva
le Duc de Béjar avec fon
Frere , & fon Oncle , & un
autre Seigneur Efpagnol . Ils :
avoient tous été prefentez auRoy
Caholique le jour precedent par
Mr le Duc de Beauvilliers , &
ils l'avoient falüé le genouil en
terre , & luy avoient baifé la
main. Le Duc de Bejar a l'Ordre
de la Toifon , quoyqu'il n'ait
que dix-huit ans , & eft marié
depuis huit mois à la Fille d'un
Grand d'Espagne , Confeiller
d'Etat. Le Roy Catholique leur
fit donner de fes chevaux pour
Faccompagner , & lors que Sa
Majefté defcendit de cheval , ils
324 MERCURE
,
,
en firent autant , & ne la quitterent
poiut . Les Pages par honnefteté
leur mettoient les fufils
entre les mains pour les prefenter
au Roy , & lors que la Chaf
fe fut finie Mr du Sauffoy ,
Ecuyer du Roy leur donna
l'Epée de Sa Majesté pour la luy
rendre. Aprés le difner , le Roy
Catholique alla à Vefpres à la
Paroiffe , où M 1Evêque Dax
officia en Mitre , Meffeigneurs
les Princes allerent dans une autre
Eglife , où ils avoient entendu
la Meffe. Le Lundy 10. l'on
partit à huit heures , & l'on vint
difner dans un Village apelle
Milan. La pluye ne difcontinua
point , & les chemins fe trouverent
fort mauvais , de forte qu'un
des caroffes du Roy fut embour➡
GALANT. 325
bé. L'on arriva à Tartas avec la
même pluye. Les Jurats fe trouverent
à l'entrée de la Ville avec
un Dais de velours à crépine
d'or. Le Roy Catholique &
Meffeigneurs les Princes logerent
encore vis - à - vis les uns des
autres , & la fuite y fut affez incommodée
Mr le Duc d'Offonne
rejoignit Sa Majesté qui luy fit
un accueil des plus obligeans , &
luy dit que s'il vouloit estre de fes
amis , il pouvoit compter d'en avoir
un dans la perfonne du Roy d'Eſpagne
. Le Mardi 11. l'on en partit
encore avec la pluye ; mais fur
les dix heures le vent tourna au
Nort , & le Soleil parut le refte
de la journée . L'on difna au Village
de Ponton . L'on paffa le
Ruiffeau d'Ocfi , où les caroffes
326 MERCURE
eurent de l'eau juſqu'aux Armes
des portieres , & il s'en trouva
enfuite un autre qui ne fut pas
moins profond. On arriva à Dax
d'affez bonne heure. Les Magif
trats fe trouverent fur le Pont
avec un Dais de damas blanc à
fleurs d'or , & fon molet &
crépine de même. La Bourgeoifie
étoit fous les Armes , & les
ruës & les feneftres étoient fort
remplies de monde . L'on avoit
mis des Emblemes aux Portes,
aux tournants des rües , & fur
la porte de l'Evefché , où logea
le Roy Catholique & fur celle
de Meffeigneurs les Princes qui
logerent chez Mr Caſtelſaga
maifon affez éloignée de l'Evef
ché , ce qui n'empêcha pas les
vifites réciproques. Comme il
GALANT.
327
n'étoitque deux heures lors qu'on
arriva , Meffeigneurs les Princes
prirent des Fufils , & allerent
tirer dans le Jardin , où ils refterent
jufqu'à la nuit , L'on féjourna
le 12. Sa Majesté Catolique
après avoir entendu la
Meffe à la Cathedrale à neuf
heures , auffi bien que Meffeigneurs
les Princes , monta à
cheval avec eux pour aller tirer.
Sa Majesté Catholique y retourna
à une heure , & y reſta jufqu'à
quatre Meffieurs les Efpagnols
montez fur fes chevaux l'y
vinrent trouver мr le Duc d'Offonne
eut l'honneur de préſenter
le Fufil à Sa Majesté . Il arriva
un incident à cette chaffe qui
marqua l'ardeur du zele des ÉL
pagnols pour leur Roy . Ce Prince
228 MERCURE
commençant à entrer dans un
bourbier , M le Duc d'Offone
s'y jetta pour l'en retirer , & y
enfonça fort avant . Il fut fuivý
de trois autres Eſpagnols , des
plus qualifiez , qui n'en fortirent
qu'avec beaucoup de peine .
Quelques Gardes du porps plus
forts que ces Seigneurs , en retirerent
Sa Majefté Catholique .
Le 13. ce Monarque & мeffeigneurs
les Princes s'embarquerent
à fix heures & demie dans
une Barque que мs de Bayónne
leur avoient envoyée à Dax;
& qui contenoit feize perfonnes .
Elle eftoit couverte , fort proprement
peinte en dehors & en
dedans , & avoit douze Rámeurs .
Elle eftoit remorquée par deux
autres Barques de douze RaGALANT.
329
·
meurs chacune . L'on avoit envoyé
les Caroffes & les Chevaux
coucher à Saint Vincent
le jour precedent . Les Officiers
de la Bouche & du Gobelet
eftoient dans deux autres Barques
, où ils préparerent le difner
qui fut fervi à la moitié du
chemin , & avec magnificence,
A l'arrivée à Bayonne , les Echevins
fe trouverent en Robes rouges
avec un Dais de damas rouge
à fleurs d'or , au haut duquel
eftoient les Armes de France
écartelées d'Efpagne . Le Roy
Catholique débarqua au bruit
de cent pieces de Canon , dont
foixante eftoient rangées fur le
glacis du côté d'Efpagne . Le
Chafteau avoit fait trois décharges
du fien dés qu'il avoit
Fanvier 1701 Ec
330 MERCURE
1
apperçu la Barque de loin . Le
débarquementfe fit àtrois heures.
Les Jurats n'eurent pas plutoft
finy leur harangue que le bruit
du Canon recommença
.
A peine Sa Majefté Catholique
fut - elle fur le Pont de la
Ville , qu'il parut une douzaine
de Danfeurs , avec leurs Flûtes
& leurs Tambours de Bafque ,
qui accompagnérent le Caroffe
jufqu'à l'Evêché , & donnérent
beaucoup de plaifir . Les ruës
eftoient tendues de tapifferies ,
& fort remplies de monde , auffi
bien que les feneftres. Le Regiment
d'Aulnis , & un Bataillon:
'des Fusiliers eftoient fous les arauffi
bien que la Bourgeoifie
. Le Roy logea à l'Evêché , &
Meffeigneurs les Princes au Châ
mes ,
GALANT. 335

teau. Si-toft que Sa Majesté Ca
tholique fut entrée chez elle s
Mr le Duc d'Harcourt vint la faluër
, & luy prefenta plufieurs
Efpagnols de confideration , &
enfuite d'autres de toutes efpeees
, Nobles , Officiers , Preftres ,
Moines, Pauvres & Riches , dont
la plus grande partie eut l'honneur
de baifer la main à Sa
Majefté. Ceux qui ne pouvoient
la baiſer affez toft , baifoient fon
juftaucorps . Ils difoient à haute
voix que ce jour eftoit le plus
heureux de leur vie . On ne
fçauroit exprimer les tranſports
de joye que tous ces Sujets
zelez firent paroiftre. Ils furent
charmez de leur Roy. Ce
fpectacle fut des plus touchans ,
& plufieurs parurent attendris
A
Ee i
332 MERCURE
jufques aux larmes M le Duc
d'Offone fe tint à la porte du Cas
binet pour empêcher le defordre,
& on les fit tous fortir par une
autre porte qui donnòit dans les
Jardins , & tous generalement,
curent l'honneur de voir le Roy.
Sa Majesté s'enferma enfuite avec
Mr le Duc de Beauvilliers , & Mr
le Duc d'Harcourt , pour travailler
, ce qu'elle fit les jours fuivans
deux fois par jour , pendant
une heure entiere . Mr le Duc de
Noailles s'y est trouvé lorsqu'il
en a eu le temps .
Le même jour 1. le Roy d'Efpagne
eftant chez luy, ne voulut
voir aucun François , qu'il n'euft
fait entrer tous les Efpagnols
qui fe preſenterent pendant une
heure. Il donna fa main à baifer
GALANT .
333
aux Grands & aux perfonnes de
quelque marque , & les autres le
faluerent à l'Espagnole . Mr le
Duc de Noailles & Mr le Duc
de Beauvillers eftoient à cofté
de fon fauteuil , & tous les jours
on luy en preſente quelquesuns
.
A l'entrée de la nuit tout le Canon
qui avoit tiré à l'arrivée fit
trois décharges , qui furent fuivies
de celle de feize Mortiers .
Deux fregates du Roi qui étoient
fur lePort tirérent auffi leurs bor
dées autant de fois que les autres ,
& furent illuminées , auffi bien
que toutes les maifons de la Ville,
dont on vit les feneftres remplies
de lanternes. Les Bourgeois
fe divertirent pendant la plus
grande partie de la nuit , avec
334
MERCURE
leurs Tambours de Baſques & les
inftrumens qui les accompagnent.
ordinairement . Ils fe tenoient en
file avec des fervietes , & avoient
des brins de laurier attachez à
leurs chapeaux . Le grand nombre
de décharges qu'on fit de
tout le canon de Bayonne, tant
à l'arrivée que le foir pendant
les feux de joye , fit dire aux
Efpagnols qui y eftoient au nombre
de prés de trois mille , qu'il
fembloit que la poudre ne cou
taft rien en France .
Le 14. Sa Majefté C. & Meffeigneurs
les Princes allérent à
la Meffe à la Cathedrale . Ils furent
haranguez par le Doyen , &
au retour par Mis de Ville qui les
attendoient . Mr le Lieutenant
general porta la parole, Sa ma
GALANT. 339
jefte ne fortit point , elle joua
aux Echecs avec мr le Comte de
Galves , Neveu du Duc de l'Infantado
, Grand d'Efpagne. мeffeigneurs
les Princes montérent
à cheval à onze heures , par une
grande pluye , & allérent à une
lieuë & demie aux Boucaux , pour
voir la mer. Le 15. le Roy Catholique
y alla aprés midy avec мef--
feigneurs les Princes. Ils trouvérent
une femme qui fe difoit âgée
de plus de cent ans , qui leur dit
qu'elle avoit vû Louis XIII.
Forfqu'il eftoit venu voir la mer
dans le mefme endroit où ils fe
trouvoient. Au retour, le Roy def
cendit de cheval fur le glacis , &
tua des alloüettes . S. M. alla voir
enfuite les foixante pieces de Ca
non qui y estoient rangées dans
326 MERCURE
༢༣6
les dehors , avec vingt Mortiers ,
& rentra. Meffeigneurs les Princes
joüérent le matin à la Paume.
Voici une partie des noms des
plus confiderables Efpagnols qui
eftoient à Bayonne.
Mrs les Ducs d'Offone & de
Bejar.
Les Fils du Duc d'Albe.
Mr les Comtes d'Ognate , de
Soniga , d'Obliteffe , de Bonavifta
, de Duc , de Bonara , & de
Goras , Mr le Marquis de Caſtanaga
, qui a efté Gouverneur des
Pays-bas , Dom Pedro Daguerra ,
& Dom Louis Clement Davarquia.
On ne peut trouver de termes
pour exprimer affez bien la
grande veneration qu'ils ont
pour leur Roy, & combien ils
19
GALANT .
337
fe fentent redevables au Monarque
qui a bien voulu l'accorder
à leurs fouhaits . Ils firent à toute
la fuite de Sa Majefté Catholique
un accueil qui marquoit la
joye dont ils eftoient penetrez
generalement.
Sa Majefté Catholique alla le
16. à Vefpres aux Capucins , &
Meffeigneurs les Prince à la
grande Eglife. Sa Majefté Catholique
les trouva dans fa
chambre à fon retour , & ils y
refterent jufques à fix heures.
Ils allerent tous trois au Chafteau
pour voir tirer des Bombes
des feneftres de l'appartement
de Monfeigneur le Duc de Berry.
Enfuite le Roy fe retira chez
luy , pour travailler avec Mrs
les Ducs de Beauvilliers de
Ff
Fanvier 1701.
338 MERCURE
Noailles & d Harcour , ce qu'il a
fait tous les jours à Bayonnne ,
foir & matin .
Toutes chofes eftant en eſtat
pour le combat de Taureaux
dont cette Ville devoit donner
le divertiffement , ce combat fe
fit le 17. Les Eſpagnols furent
placez préferablement aux François
de la fuite , & ceux - cy preferablement
aux Bourgeois , &
à ceux des environs, qui eftoient
en grand nombre à Bayonne .
Quoy que l'ordre fuft donné
pour obferver toutes ces chofes ,
le grand concours de peuple
l'emporta, & chacun fut placé
comme il put . Il n'y eut que les
places des Seigneurs qui leur furent
toujours confervées , & tous
furent placez avant le Roy , Sa
GALANT.
1339
Majefté &Meffeigneurs les Princes
arriverent à une heure chez
..
Mr Fery , Ingenieur general , ou
·les Echevins avoient fait mettre
un Dais de damas rouge cramoiſi
à Fleurs de lis d'or , au deffus de
la feneftre qu'ils devoient occu
per , qui paroiffoit une maniere
de balcon , fur lequel on avoit
étendu un tapis de velours rouge
cramoifi, garni d'une frange d'or.
Quoy qu'il y euft beaucoup d'é
chafauts tous remplis de monde,
les toits des maifons ne laiffoient
pas d'eftre fort chargez. Tous
les Vaiffeaux du Port en avoient
jufque fur les mafts & fur les
cordages , ce qui faifoit un tresbeau
fpectacle , parce qu'il y
avoit un grand nombre de Bafti
mens . Le Roy eftant placé , les
F fij
24º MERCURE
le
Trompettes fe firent entendre.
On vit auffi-toft entrer par
bout oppofé à celui où eftoit le
Roy , fix hommes fort hauts ,
vêtus de bufle avec une veste de
foye par deffits , & des bas rouges
, qui faluérent ce Prince , &
luy prefentérent enfuite trois.
Mules attelées à une volée qu'un
homme portoit . Elles eftoient
menées par deux autres , &
avoient des rubans bleus , jaunes
& rouges fur la tefte .. Il y avoit
deux autres hommes pour les
fouetter. On leur fit faire le tourde
la place au grand galop , ce
qu'elles firent avec autant de
viteffe que fi elles avoient efté
portées par le vent . On les fit
enfuite fortir par le même endroit
par où l'on venoit de les
GALANT.
341
faire entrer. Ces Mules devoient
eftre employées pour traîner les
Taureaux dehors , aprés leur
mort . Enfuite les fix Tauradores
qui avoient paru d'abord , & qui
devoient combatre les Taureaux ,
fe profternérent devant le Roy
pour en demander la permiffion .
Ceux qui devoient prendre le
foin de faire fortir les Taureaux
eftoient dans la place , ainfi que
ceux qui devoient fournir de
dards aux Combatans . Ces dards
ne font autre chofe qu'un poinçon
de fer fait en hameçon , à un
cofté feulement. Ilsfont montez
fur un petit bâton de la longueur
d'une demie- aune , & gros com →
me une canne de Suiffe . Ce fer
fort du bâton environ d'un peu
ce , & le bâton eft orné de papies
Ff iij
342 MERCURE
en maniére de ruban Il y en
avoit une tres -grande quantité .
On avoit auffi diftribué au premier
rang qui bordoit les planches
de l'enceinte de la place ,
beaucoup de baguettes , où il y
avoit un fer de la même figure
que celuy des petits bâtons , mais
beaucoup plus petit . Les baguettes
avoient environ une aune de
longueur. Les Taureadores profternez
devant le Roy en ayant
reçu quelques fignes qui marquoient
la permiflion qu'il leur
donnoit de combatre , allérent
avec une tres- grande viteffe fe
poſter à dix pas de la porte par
où devoit fortir le premier Taureau.
Les dards de ces deux
pre
miers eftoient ornez d'une ban
derole ou écharpe de taffetas
GALANT. 343
couleur d'or . Si-toft qu'ils fu
rent poftez en tenant un dard à
chaque main , ils commencérent
à crier Venga , venga , & firent
le figne de la Croix . La porte
ayant efté ouverte , on fit ententrer
au bruit des Trompettes un
Taureau tout furieux. Voici de
quelle maniere ces Taureadores
eftoient placez. Il y en avoit trois
en avant , deux enfuite , & trois
derriere. Deux chiens Anglois.
tenoient les oreilles le premier
Taureau qui parut , & le
firent beaucoup crier , mais il
ne put s'en défaire , ce qui obli
gea deux des Taureadores de pren
dre le Taureau , l'un par la
queue , & l'autre par le col & les
cornes, pour retirer les chiens, &
ils en vinrent à bout, L'un d'eux
par
344 MERCURE

prit fi bien fon temps , qu'il luy
planta fes deux dards dans le
col non par à cofté, mais par devant.
Un Cent Suiffe du Roy &
un Page de M le Prince Pio“
furent bleffez . Il évita la rencontre
du Taureau qui fe fentant
picqué par ces deux dards
qui luy refterent dans le col
devint encore plus furieux , &
la Banderolle qui tenoit au Dard
F'épouvantoit tellement qu'on
crut qu'il alloit éventrer tous
ceux qui eftoient dans la place.
Cependant ils avoient l'adreffe.
de l'éviter , & prenoient fi bien
leur temps qu'ils luy planterent
beaucoup de dards , & toujours
par devant. Ceux qui eftoient.
munis de baguettes , avec des aiguillons
au bout , avoient foin de
GALANT. 345
le piquer lors qu'il approchoit
des planches , ou de le darder
quand il en eftoit à portée , ce qui
fanimoit extremement . Quand
ce premier fut unpeu laffe on luy
lacha un chien qui le prit de telle
forte qu'il ne démordit pas . Ce
qui redoubla la furie de ce Taureau
. Pour lors on entendit crier
Mata , mata, Alors tous les Taureadores
fe munirent d'une épée ,
& s'approchant du Taureau feulement
un feul à la fois , & toûjours
pardevant , le premier luy
plongea fon épée dans la gorge
jufqu à la garde . Ce Taureau reçut
plufieurs autres coups d'épée
avant que de tomber . Le
Taureador qui donne le dernier
coup qui abat le Taureau , court
fe profterner devant le Roy en
346 MERCURE
criant , Vittoria , vittoria , aprés
quoy il revient arracher fon épée
de la gorge du Taureau , car il
y a des Taureaux qui en ont
jufqu'à quatre ou cinq , & qui ne
laiffent pas de courir encore
Aprés qu'on eut coupé les deux
jarrets à ce Taureau , il parut
un homme en camifole rouge , qui
mit une chaîne de fer à cet animal
, & l'attacha à la volée des
trois Mcles qui parurent auffitoft
dans la place , & difparurent
dans l'inftant au galop . C'eft ainfi
qu'on retire les Taureaux lors
qu 'ils ont efté tuez , & leur mort
eft celebrée par lesfanfares des
Trompettes .
Il en parut un fecond attaqué
par un feul chien qui combatit
longtemps , bien que le
GALANT. 1
347
ر گ د
Taureau le fiſt pluſieurs fois fauter
en l'air. Enfin on tira le chien
& l'on coupa les deux jarrets au
Taureau , qui ne laiffa pas de
traîner encore le chien , bien
qu'il eut les jambes de derriere
toutes pliés en deffous , puis on
le tua d'un coup d'épée .
201
Le troifiéme Taureau qui parut
donna fi peu de plaifir, qu'on
le chaffa à coups de bafton hors
de la barriere .
Un quatriéme fut tué par un
des Taureadores , avec un fer qu'il
tenoit à la main , pointu comme
celuy d'un Sponton , qu'il luy
enfonça entre les deux épaules.
Le cinquième fut attaqué par
chien tres-vigoureux, qui fit fort
crier fon adverfaire , en le mordant
rudement , Le Taureau s'en
348 MERCURE
,2
débaraffa fouvent en le jettane
loin de luy. Enfin après un long
combat , le chien fe jetta fous
le ventre du Taureau , & s'y attacha
, & bien qu'il y receuft
grand nombre de coups de pied,
il falut le tuer d'un coup d'épée
pour l'en tirer.
Il en parut un fixième . Un des
Taureadores l'attendoit à dix pas
de l'endroit par où les Taureaux
entrent dans la place . Il tenoit
une maniere de pieu ferré commeun
Sponton , gros comme la
jambe & environ d'une aune
& demie de long. Le bois eftoit
à peu prés en
forme de lance.
Ce Taureador avoit creufé la ter
re d'un demi-pied . Ayant pofte
le talon de fon arme dans le trou
qu'il avoit fait, ilbaiffa le bout de
fon
GALANT 349
fon fer le long de fon autre cuiffe,
& tint fon Sponton à deux mains .
Il y avoit d'autres Taureadores auprés
de luy, non pour combattre,
mais pour le fecourir dans le befoin.
Il cria qu'on fift entrer le
Taureau , ce qu'on fit à l'inftant,
Cet animal voulant fe jetter
avec une précipitation furieufe
fur ce qu'il voyoit par terre ,
s'enfonça d'un demi -pied le fer
dans le front. Le Sponton fe
caffa auprés du fer , & le Tauteau
tomba de l'autre cofté roide
mort. Ce coup fut fort admire.
Le feptiéme ayant fenti en for.
tant de fa loge,tout le fang dont
l'arene eftoit couverte, poufla
des mugiffemens terribles , & fit
des élans épouventables, de forteque
toute l'affemblée en eſtant
Gg
Fanvier 1701.
259 MERCURE
251 ibner
épouyentee on crut que es έρουνεητές eloient τη μα
Taureadores
un pey.
Cela fut caufe qu'on lui facha
deux chiens qu'il maltraita
fort ,
les faifant voler en l'air , & les
tenant enfuite collez avec Es
cornes contre les planches
de
forte que l'un des chiens aïant
quitté prife , il n'en refta qu'un,
•que l'on crut tué plufieurs
fois .
Cependant
il revint toujours
à
la charge , & auroit fans doute
efté tué , fi deux hommes ";ne
Teuffent
, emporté . On tua le
Taureau à coups d'épée . Quoy
qu'il luy en fuft refte une dans
le corps , il eftoit fi échauffé
,
qu'il ne fentoit pas que cette
épée le perçoit.
って
of Le huitiéme parut prefque auffi
furieux que le précedent . IlatC
291
32
GALANT, 35t
endit lesTaureado
35
en gratane
la terre avec les pieds , battittes
Hanes de fa queue , mugit en fen
tant le fang qui couvroit la terre,
& fit des élans qui firent manquer
aux attaqueurs les momen's
où il pouvoir eftre atteint. Cependant
un plus hardi que les
autres prit une large épée , &
l'attendit de pied ferme . Le
Taureau grata du pied en faifant
d'horribles mugiffemens , fe tint
quelque temps arrefté , & luy
lança des regards terribles . La
crainte failit tous les fpectateurs
lors qu'on le vit partir comme un
éclair pour fe jetter fur celuy
qui l'attendoit cependant l'adreffe
du Taureador fut telle , que
fans s'étonner il plia doucement
le corps , pour luy chercher le
3
MERCURE
defaut de l'épaule , & luy enfor
cer fon épée jufque dans le coeur.
Une action fi hardie attira de
grandes acclamations .
Comme il parut jufqu'à dix
Taureaux , il y en eut un tue à
coups de poignards . Ces porgnards
n'avoient qu'un pied de
long & trois travers de doigt de
large. Ceux qui le tuerent , l'attaquerent
toujours pardevant .
Ainfi il
faloit
qu'ils s'en approchaffent
de bien prés.
11 y en eut un autre à qui on
avoit plante beaucoup de dards ,
& laché un chien qu'il ne put forcer
de lâcher prife . On luy coupa
les deux jarrets , & il alloit
encore fi bien fur fes deux jambes
de derriere , qu'il fit prefque
le tour de la place , ce qui donGALANT
35:3
یبوخلایور

na beaucoup de fujet de rire
D'autres Relations portent
qu'on prefenta des voiles , de
taffetas avec des Javelots à quelques
Taureaux pour leur boucher
les yeux , & que pour la même
raifon on leur prefentoit encore
plufieurs petites fléches our
guirlandes de papier . On en lança
quelques -unes à l'un de ces
Taureaux , pour Firriter davantage
; & comme il eftoit attaqué .
avec des poignards , & qu il falloit
s'en approcher de fort prés ,
on luy jetta des manteaux pour
luy dérober la vuë de ceux qui
eftoient affez hardis pour le faire.
Le premier manteau qu'on
luy prefenta fe trouva embaraffe
dans les cornes , & il le mit en
pieces . Cependant il fut tué
د
Gg iij
34
MERCURE
comme les autres , avec beau
coup d'adreſſe . Sa Majesté Ca
tholique & Meffeigneurs les
Princes donnérent cent Louis
d'or aux Taureadores. eisvast
Ceux qui firent des coups
fin
guliers
demandérent
les Tau
reaux , & ils leur furent
accor
dez fuivant
la coûtume
. Les autres
furent
diftribuez
aux Soldats
.
qui gardoient
la place . ; , ༢ རཱ
Le combat eftant fini fur lest
quatre heures , Sa Majefté Ca
tholique & Meffeigneurs les
Princes entrérent dans le Cabi
net de Mr Fery qui leur montra
des Plans du Pays, puis ils retour
nerent chez eux.
Aprés la mort du quatrieme
Taureau l'échafaut où eftoient
les Efpagnols les plus diftin
GALANT. ME
guez , & que l'on avoit couvert
à cauſe de la pluye , fut enfoncé
par des laquais qui avoient mon
té deffus , de forte qu'on les crut
dangeteufement bleffez ; cepen
dant il n'y eut que M le Prince:
Pio , & le Fils de Mrle Duc d'Albe
, qui le furent à la jambe.
Comme ce malheur arriva dans
l'inftant qu'on venoit de tuer um
Taureau , il fut plus facile de les
fecourir . Sa Majesté Catholique
envoya chez eux Mr du Sauffoy
pour fçavoir de leurs nouvelles ,
& ils ne voulurent point l'entendre
qu'il ne fuft couvert & affis ,
& eux ne voulurent ny s'affeoir,
ny fe couvrir , & l'envoyérent
reconduire , n'eftans pas en eftat
d'y aller eux-mêmes .
My Valero , premier Gentil
36 MERCURD
homme de la Chambre de S. M
Catholique , vint l'affurer que
fa Maifon eftoit à Iron. I la lalura
à genoux , & luy fit prefent
de melons , de raifins , & de pois
verds.
Le 18. au matin , Sa Majesté
Catholique & Meffeigneurs les
Princes allérent jouer à la paume.
Sur les deux heures aprés
midi ils montérent à cheval pour
aller voir la Citadelle . Ils
eftoient accompagnez de plufieurs
Seigneurs Efpagnols &g
François , & furent reçus au
bruit du Canon. Au retour S. M.,
C. remonta à cheval pour paffer,
le Pont , & Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Berri ,
montérent dans une Chaloupe.
qui avoit efté preparée au bas de
GALANT.M3
la Citadelle , & pafferent Feat
pour aller fur le glacis Is allé
rent jufqu'à la mer , & pafférent
au travers des Vaiffeaux qui font
dans le Port. Tous les Matelots
grimpérent au haut des mafts &
dans tous les cordages , & criérent
de toute leur force , Vive le
Roy. On fit une décharge de tous.
coftez , & fur le glacis.
Sa Majefté Catholique eftant
rentrée chez elle , demanda aux
Officiers de la Garde l'équipage
entier d'un Soldat , & d'un Ca
valier , qu'on luy donna . Sa M.
C. en chargea Me de Boifbrun ,
fon porte Arqucbufe , pour armer
par la fuite des Troupes de même.
Le 19. Sa Majesté Catholique
& Meffeigneurs les Princes par
318 MERCURE
tirent de Bayonne au bruit de
tout le Canon , pour aller com
cher à Saint Jean de Luz , der
niere Ville de France. Le Roy
C.fe promena fur le bord de la
mer fi - toft qu'il fut arrivé , aprés
quoy il deffina jufqu'au fouper .
Le 20. S. M. Catholique &
Meffeigneurs les Princes allérent
à la Chaffe , & enfuite ils
allérent voir enſemble le Fort de
Socos , que l'on conftruit .
Le 21. Sa Majefté Catholique
aprés avoir dîné , alla tirer des
oifeaux, & Meffeigneurs les Prin
ces allérent voir Andaye , fitué.
fur la riviere de Bidaffoa , zqui
fepare la France de l'Espagne
Le Gouverneur de Fontarabic ,..
qui eft de l'autre cofté , falua fon
nouveau Maiſtre.yum bridnota)
GALANT
39
Sa Majesté Catholique aur er
Tour de la Chaffe alla voir Ma
dame la Ducheffe de Beauvil
liers , qui vint quelques heures
aprés prendre congé de Sa Ma
jeftes Le Roy Catholique paffa
la foirée avec Meffeigneurs les
Princes , & toute la Jeuneſſe
Françoife qui a eu l'honneur de
de fuivre au voyage , vint prendre
congé de luy.
Lorfqu'il fut preft de fe mettre
au lit , tous les Officiers du
Roy qui l'ont fuivi eurent l'hon
neur de luy faire la reverence,
Ce Prince voyant tous les François
qui l'alloient quitter , ne
pur s'empêcher de verfer des
larmes.
Le 12. S. M. Catholique aprés
avoir diné monta en caroffe avec
360 MERCURE
Meffeigneurs les Princes , pour
aller jufqu'à Bidaffoa qui devoit
eftre le lieu de la ſéparation : elle
s'eft faite en deça , dans l Ille qui
eft plus haut que celle qu'on
nomme des Faifans . On y avoit
conftruit deux Ponts ; l'un d'un
cofté , & l'autre de l'autre,
Les fix - vingts Gardes du Roy
eftoient rangez en Efcadaons ,
& les Cent- Suiffes s'eftoient emparez
de la moitié du Pont
croyant que Sa Majefté Catho
lique y pafferoit ; mais les Efpagnols
avoient fait faire une efpes
ce de Maifon navale tres- magnifique
, toute dorée en dehors , &
doublée d'un damas bleu à fleurs
d'or , avec un fauteuil de même ,
Le fond de cé Bâtiment eftoit
garai d'un tapis de Turquie.
Auffi- toft
GALANT 361.
Auffi -toft que le Carolle fut ene
tré dans l'Ile , Sa Majefté
Catholique & Meffeigneurs les
Princes en defcendirent fondant
en larmes, & s'embrafférent aved
une tendreffe difficile à expri
mer, & qui tira des pleurs de
tous les Affiftans. On vint dire
au Roy quela Maifon navale l'an
tendoit. Les enbraffemenshared
-Commencérent & les larmes redoublerent
. Enfin le Roy quicra
les deux Princes › conduit par
M de Noailles qui le reniten
tre les mains de Mªle Duc d'Har
court. Ce Duc eut l'honneur.de
Tui donner la main pour entrer
dans la Maifon navalep v Mede
Duc d'Albe , & Me @ amire
d'Ayen eftoient à l'entrée de la
porte en dehors . ” Ils éntrérent
Hh
4.
Janvier 1701 .
862 MERCURE
enfuite dans ce Bâtiment. Ily
avoit plufieurs perfonnes avec
des fulls auprés de celui qui te
noit le Gouvernail. Quatre Cha-
Joupes remorquoient ce beau Bâtiment.
A fon départ tout noftre
bord fondit en larmes , & les
Suiffes mêmes en répandirent ,
andis que le rivage de l'autre
bord retentiffoit des cris de
Joye
continuels , qui faifoient redoubler
les larmes de tous ceux qui
cftoient de noftre cofté . Pendant
cetemps , Meffeigneurs les Prin
ces qui avoient voulu accompagner
Sa Majefté Catholique juf
qu'à la Maiſon navale , ce qu'on
des avoit empêchcz de faire ,
eftoient remontez dans leur caroffe
, accablez d'une douleur fi
vive , qu'elle augmenta celle des
IOT
GALANTM 148
363
me
Ipectateurs . Ils ne voulurent
point partir qu'aprés qu'ils eus
rent perdu la Maiſon navale de
vue , & que M de Noailles fuft
Mo
revenu . M' le Duc de Beauvill
lers ne les avoit point quittez ,
& eftoit remonté en Caroffeavec
cux , pour ne les pas laiffer on
proye à leur douleur . Le Carof
fe reprit le chemin de Saint Jean
de Luz.
+ M Noblet , Commis de Mile
Marquis de Torcy , ayant Ide
meuré deux jours à Iron aprés
le départ du Roy Catholique ,
a rapporté qu'il eftoit non feulg
ment impoffible d'exprimer les
tranfports de joye qu'avoient fair
paroiftre les Espagnols en ee
„lieu- là , mais même de fe bine
giner.
Hb ij
364 MERCURE
3. Voley la route que Mello
Melci
gneurs les Princes doivent tenir
aprés leur retour à Bayonne. Ils
doivent aller
A Peyrourade.
A Ortez.
A Pain
A Tarbes
A Caftelnaud Mognoac
A Lambez.
A Muret .
A Toulouſe )
A Louragais.
A Caftelnaudary.
A Carcaffonne.
AAzille. Ha
A Beziers.
A Mieze.
A Montpellier.
A Luncl.sh
A Nimes.
GALANT. 365.
A Arles
A Salon
A Aix .
A Saint-Maximin.
A Soliers.
A Toulon.
A Aubagnes,
A Marſeille
A Aix .
A Marignangne. for
A Lambefq.
A Cavaillon.
A Avignon.
A Rocquemaure.
A Bagnols.
Au Pont Saint- Efprit.
A Montelimart .
A Lauriol.
A Valence .
A Romans .
A Saint Marcellin.
Hby
1366 MERCURE
A Grenoble.p
A Moras.
A Artasveer
A Lyon.
A la Brefle . Ab
A Tarareis A
A Saint Sophorien
A Roüanne .
A la Pacaudiere.
A Varennes.
A Moulins .
A Saint Pierre le Mouſtier :
A Nevers .
A la Charité .
A Cofne.
A Briare .
A Nogent du droit deMontargis.
VA Nemours .
‹ A Corbeil.
A Verſailles .
Jefpere vous envoyer un déGALANT.
367″
A
tail de tot ce qui fe paffera en
ces lieux- là , auffi exact que celuy
que je vous envoye de ce qui
s'eft paffé depuis Verfailles juf
qu'à Saint Jean de Luzad
Quoy que ma Relation de Bor
deaux foit fort amples je ne puis
m'empêcher d'ajouter ici à ce
que je vous ay déja dit de Mr de
la Trefne , Premier Prefident ,
à qui je n'ay ofé donner d'éloges
à caufe de fa modeftie , que Mele
Comte d'Ayen , Ami particulier
de ce celebre Magiftrat , logea
chez luy , avec Mr le Marquis
de Nonant , & Mr le Marquis
de Comminges , Frere de Madame
la premiere Prefidente . Ity.
areu tous les jours matin & foir ,
cinq tables fuperbement fervies..
Male Maréchal de Noailles , &
268 MERCURE
>
Mr le Duc de Beauvilliers , Tuy
ffrent l'honneur d'y manger plus
freurs fois ainfi que ce qu'il y a
eu de confiderable parmi la No
bleffe Françoife & Espagnole,
Madame de la Trefne , joignit
aux plaifirs de la bonne chere ,
ceux de la Comedie , des Concerts
& des Balets , & comme
elle a efté élevée à la Cour , &
qu'elle en connoift toutes les
délicateffes des Feftes furent
reglées avec tout l'ordre & tout
le bon gouft poffibles . Cette Da
me fit les honneurs des Festes
qui fe donnerent chez elle , d'u
ne manière fiaifée , & avec tant
dee
joye , qu'elle la répandit dans
toutes les tables , qui furent fervies
chez Mle Prefident: Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
"
GALANT. 369

qui connoift fon efprit , & qui
l'honore de fon eftime , luy dit
qu'il fe plaifoit fort à Bordeaux
& qu'il n'en partiroit point tant
qu'il feroit mauvais temps. Elle
compofa fur cela ces quatre:
Vers , dont Mile Comte d'Ayen,
a fait un Air que l'on n'a pas
cellé de chanter.
Frimats , noirs Aquilons , venez
monfecours ,
Oppofez au Soleil un pouvoir que
j'implore , ༣
Ab , fi vous arreftez les Princes que
j'adore,
Plus furement que luy vous ferez nas
beaux jours.
Le 26. de ce mois M² le Con
neftable de Caftille , Ambaffa
IMAJAD
970 MERCURE
deur Extraordinaire d'Efpagne,
arriva à cinq heures du foir M
le Marquis dos Rios Ambalfadeur
d'Efpagne , eftoit alle an
devant de luy avec trois de fes
carolles à fix chevaux . Il le jor
gmit au Bourg la Reine , ou arriva
enfuite Mr le Baron de Bre
teuil , accompagné de plufieurs
Perfonnes de condition , & fuivi
de plufieurs caroffes à fix che
yaux , & de perfonnes à cheval .
Il luy fit compliment de la part
du Roy , fur fon arrivée , & fut
reçu à la porte de l'Hoftelleries
où cette Excellence avoit dîné ,
& conduit au milieu d'une haye
de Gentilshommes depuis la por
te de la ruëjufques enhaut , ouM
le Conneftable l'attendoit. Lors
qu'ils furent affis dans la Cham
GALANT.
371
bre, Mr le Baron de Breteuil pare
la en ces termes : dromura queb
Loccafton éclatante & jufqu'
prefent inouie , qui fait venir Voffre
Excellence ici engageant le Roy
luy donner une distinction extraordi
naire , & à luy faire des honneurs,
qui ne font point en ufage à fa Cour
pour aucun Ambaſſadeur. Sa Majesté
m'a ordonné de venir jusqu'ici
affurer Votre Excellence de fa part
de la joye qu'elle a de fon arrivées
Vous feaurez bien- toft , Monfieury
par la bouche même infiniment mieux
que je ne pourrois vous le dire , à quel
point Sa Majefteporte l'estime qu'elle
fait de la Nation Efpagnole , &
avec quels fentimens elle répond aux
marques d'affection & de confiance
que cette Nation , également vail
lante & fage , luy donne chaquejour.
72 MER CURE
Pour moy , Monfieur, je m'eftime
bienheureux deftre le premier
de natre
Courà rendre mes devoirs à Voftre
Excellence
& à luy marquer l'eftime
la confideration dont tout le monde
y eftprévenapour elle , fur les témoi
gnages que nous a rendus Mrl' Ambaffadeur,
pour les fentimens duquel
nous avons autant de déference , que
nous avons d'amitié pour ſa Perfonne.
Mr le Conneftable répondit
avec toute la politeffe & fa délicareffe
d'efprit poffibles , & avec
cet air qui convient à fa Nation
& à fa Perfonne.
Monfieur, vous voudrez bien dire
Sa Majefte Tres- Chreftienne avec
quelle veneration je reçoisfes hontez,
& de quel prix eft pour may l'honneur
fingulier qu'il daigne mefaire . Il fa
plaift
GALANT
373
plait à paroiftre grand & magnifique
dans tout ce qu'ilfaitpournous. Pour
y répondre d'une maniere digne de
buy je fens redoubler mon empreſſement
pour m'aller jetter à fes pieds ,
& la luy bien exprimer le tranfport
la vanité des Espagnols & avoir
obtenu le bonheur de le voir Amis
avec la France , parle lien le plas
ferre & le plus fort , efperant par la,
& par les bontez magnanimes de
Sa Majefte Tres Chrestienne , que
nous pouvons nous attendre aux progrés
les plus heureux . Il m'est bien
agreable , Monfieur , que cefoit vous
qui me donniez de pareilles affurances
. Fous me faites efperer que jare
tewray de tous ceux de la Nation des
favours que je tacheray de meriter.
oublieray rien de mon colte pour
répondre , & pour m'en rendre digne.
Our
Janvier 1701 . li
$74 MERCURE
Onprefenta enfuite à Mile Ba
ronde Breteuil le Chocolat à
la manière d'Espagne, avec quanntité
de baffins de toutes fortes de
confitures feches , dont on donna
avcem profufion aux perfonnes
de fa fuite , ainsi qu'à plufieurs
François qui s'étoient rendus au
Bourg de la Reine , & le refte fun
abandonné aux perfonnes moins
diftinguées qui voulurent en
prendre. Le Chocolat fut accom
pagné de liqueurs . Mr le Baron
de Breteuil ayant pris congé de
Mole Conneftable fut reconduic
de la maniere qu'il avoit eſté recu
. Mr le Conneftable monta enfuite
dans le premier caroffe de
Ml'Ambaffadeur d'Espagne , &
vint fouper chez ce Miniftre , qui
Le reçut avec les maniéres nobles
GALANT 375
& aifees qui luy ont acquis tant
de réputation. Il luy donna un
foupé auffi delicat que magnifi
que. M le Baron de Breteuil fe
trouva à ce fouper , où il avoit
eſté invité . Voici les noms de
ceux qui en eſtoient : ado di ob
Mule Comte de Salvatiera fon
Neveu , & Mile Comte de Sir
vela Gentilhomme de la Chams
bre , fon proche Parent , & de
fa même Maifon . Ils ont demeu
ré chez Mrl'Ambaffadeur d'Efpagne
, & y ont efté regalez ma
gnifiquement depuis le Mecredy
jufqu'au Vendredy au foir. Mr
le Conneftable a encore avec luy
Dom Miguel de Otazo , Lieute
nant general de Cavalerie & Ser
gent general de Bataille , Dom
Jofeph Ponze de Leon , Capita
kiij
36 MERCURE
ne de la Galere Capitane de l'Ef
cadre de Sicile , & plufieurs autres
perfonnes de condition, Che
valiers de l'Ordre de S. Jacques,
& de cellede Calatrava quifou
perent tous chez M l'Amballas
deur d'Efpagne . Le Vendredy
au foir Male Conneftable alla loger
dans la maiſon qu'on luy
avoit preparée à la ruë S. Dominique
au Fauxbourg S. Germain
Le Samedi à fix heures du matin
, M l'Ambaffadeur alla pren
dre Mile Conneftable avec fes
caraffes , pour le mener à Ver-
"failles Ille prefenta au Roy ,
aprés le lever de Sa Majefté , il
fut conduit par M le Baron de
Breteuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roy par une gra
GALANT
377
ce finguliere permit à Mr le Coneftable
de faire entrer Mr le
Comte de Haro fon fils unique
'avec luy. Ce jeune Seigneur fafua
le Roy. Il n'a que treize ans,
mais il a un efprit fort avancé &
une grace & un air qui le diftinguent
autant par fa perfonne que
par
fon
nom .
Mr le Conneftable alla enfuite
Taluer Monfeigneur le Dauphin ,
'Madame a Ducheffe de Bourgogne
, Monfieur , Madame , Monfieur
le Duc & Madame la Ducheffe
de Chartres.
Ce Seigneur eft de la Maifon
de Velafco , & le quatorzićme
Conneftable de fa Maiſon . Il eft
deux fois Grand de la premiere
claffe. Il s'appelle Dom Jofeph
Fernandez de Velafco & Tovar.
Ii iij
Ge MERCURE
Il eft Conneftable de Caftille &
de Leon , Duc de Frias , Comte
de Haro & dé Caftelnovo , Gentilhomme
de la Chambre du Roy,.
fon Coper & fon Camarera Mayor.
Ileft encore grand Vencur , Marquis
de Verlanga & de Jodar ,
Seigneur des Villes de Ofma &
Arnedo , de Villalpando , de Pedraza
de la Sierra , de Herrera ,
Villa Diego , de Salas de los Infantes
, de Terezo , de Velorado,
& Brivicica , de Medina , de Pomar
, de Alcol , de S. Vincent
de la Sonfierra , & des las caffa's
de los Siete Infantes de Lâră,
Toutes ces Villes & Citez ont de
grandes appartenances , & là
plufpart ont un grand nombre de
Bourgs & de Villages qui en dé
pendent , & qui appartiennent
GALANT 279
également à Mr le Conneftable..
La charge de Conneftable eft
hereditaire dans fa Maifon, mais >
au defaut de maffes , elle paffe à.
l'exclufion des Filles , au plus .
proche parent de nom & d'armes.
Mrle Conneftable a toute l'élevation
de fa Nation , & toute la
politeffe de la noftre . Tout le
monde luy trouve toutes les qualitez
perfonnelles que demandent
fon nom , fon rang , & fon :
employ.
Le mot de l'Enigme du imots
paffe eftoit le Billard. Ceux qui
Font trouvé , font l'aimable
Prince retenu par le pied, at
grand regret des Belles Mrs
Dambet: l'Abbé Semillion , Cha
noine de Preuilly au Mans : Jo180
MERCURE
dou fieur de la Mahoulerie , Licentié
és Loix : l'Abbé du Theil
de Buffiere : de la Chine de la
rue Dauphine : le Page de la
rue des Portes Saint Sauveur :
de Tacq de la rue des Petitschamps
de Logerot de la rue
de Clery : l'Abbé Daguenet :
Renigar de Courbrillant , Davenay
, Major du Regiment
Royal Etranger , & Richard
demeurant à Carentan : H. C.
de S. O. du bout de la rue de
Richelieu de Punty de la
rue des petits Peres le Chevalier
de la Foire de l'Ho
ftel de Noailles : Richard du
cul- de- fac de l'Opera : Billet
Defpreaux : de Villiers : les deux
Mrs Robert , Buiffon & Surgis ,
tous quatre de l'Ile Notre-
>
:
GALANT 381
Thamirifte de la rue
Dame i
Ja Cerifaye , & fa File aînée :
le Chevalier des Maronniers de
la Monnoye l'Auteur du Carnaval
de l'Année fainte : Do
rante du coin de la rue du Plaifir
à Verlailles Jean Fluteau de
Metife Stelpo , Amant de la
belle Brune de la rue Beaubourg:
l'Amoureux paffionné de la jeune
Beauregard de Nantes , Clobereus
de la Societé Kyrielaphique
: Perinote de Verfailles : les
4. Fils Aimon du College de la
Marche : le Curieux de l'Hoftel-
Dieu : l'Amant inconnu de мademoiſelle
de Boifrond de Nantes
les Combats de la rue du
Petit- Lion : leProfeffeur Goffin ,
& l'aimable chant du Pinfon de
la rue du Sepulcre le grand
:
382 , MERCURE
Biaulica & fon ami le petit Tron
quois , & la Nimphe aux yeux
bleus du quartier du Temple
les trois affociez , Cuny , ' Chabre
& Prain , d'auprés les Capu
cins du Marais le fortune Plongeon
de Provins : Jannot du Quay
des Morfondus , & la jeune Amie
du Quay de l'Ecole : l'Ingenieur
du Quay de la Tournelle : l'A .
mant infortuné de la belle Lang
guiffante de la rue de la Juffienne,
& le petit Philofophe du мafais
Finconfolable Amant de là
route aimable Demoiſelle Javote
du Peyron du May : le fidelle
Amant de l'aimable Demoi
felle de Lorme : la Jeune de la
rue de la Pelleterie : Ic charmant
Indiferent de Chartres : Mai
Are Jean Carteron , Avocat au
GALANT 383 3BR
Parlement :
Dae
Nanteaus
la belle Helene de la rue des
Blancs-Manteaux . Mefdemoifelles
Percheron , fille du Prefident
Lieutenant de Monfort- Lamaury
Flatier de la rue Saint Louis
prés le Palais : Mongin de la rue
de la Harpe , & ſon fidelle Amant
& voilin;la charmante Societé
des Mercures de Monfort : la
belle Brune aux trois clochers
la jeune la rue des bons Mufe de
Enfans , exilée du mont Parnaffe
depuis fon mariage : la jeune
Mufe du coin de la rue de Ri
chelieu l'incomparable Blonde
D. L. R. S. G. la Soeur Anne
& le Frere Pierre : la toute aima
ble M. de la Roche : Louiſon la
Brunette de la rue de la Harpe
la charmante Mariane de Boif
t
384 MERCURE
012
commun , & les deux charmantes
fours Madelon & Fanchon d'Amiens
: la Belle de la rue de Ver
neuil , & M Jecutan : la belle
petite Raton du Cloiſtre S. Leu ,
& Grifette fa grande leur : le
bon Martin Procureur , & fon
aimable Epoufe : les fieurs Coffon
& Julien bons Normands : l'ai
mable Anne Cornil : le prudent
Mathematicien de Palais Royal
Mr de la Salle , & Mademoifelle
M. B. fon aimable Epoufe du
grand commun à Verlailles: l'ai
mable Demoifelle M. B. veuve
Hebert de la rue du Sepulcre : le
mignon Praticien par force , le
bon de Laumeau de la rue du Sepulcre
le Bon & la bonne Merciere
de la rue du Coeur Volant
le bon Préteur de S. Alban de la
rue
GALANT. 285
mie de Tournon les infeparables
amis Lubin , Chagrin & Laurent
de Saint Sulpice & la belle
Maguerite B. de Verfailles : les
feurs le Vacher fils , du Palais
Royal Bourgeois , Marchand
chapelier, de la rue deGrenelle :
les bons Clercs du fieur Barbier,
Procureur en la Cour : la foeur
Catherine du bonSpeculateur de
la rue Baillive: Modu Hanat : Me
de Guerbonne & Maraine de la
même rue : le bon cent SuifTe de
S. A. R. Monfieur , & fa femme
Catin : les Clercs de Notaires du
coin de la rue des Bons enfans :
l'aimable couple M & M Ramires ,
Mr Barbé , Doyen des Peintres,
leur pere : la bonne mere partiale
de la Porte Saint Honoré : le
bon Samaritain : le Barbier de la
Fanvier 1701.
KK
386
MERCURE
rue des
Fines
de S. Germain
en Laye
: la bonne four Margues
rite : la bonne Louife
& fon Epoux
: le grand Peintre
: le com
pere Avocat
de la rue du Plaftre
,
& fa commere
la Procureufe
, &
les fix Enfans
de Choeur
de la
Collegiale
N. Dame
de Milly en Gatinois
.
Je vous envoye une
Enigme
nouvelle , dont vous ferez part à
vos Amics.
FE
ENIGME.
fuis fraifche & bien blanche
greable à la vuës
Chacun peut me toucher & me voir
toute nue.
Fay du repos lejour , mais un manvais
deftin
GALANT: 387
Me menace , depuis le foir jufqu'
samatin
.
Eftant vierge & toute innocente
Je ne puis concevoir un criminel def
fein.
Cependant une flame ardente.
Que la nuit allume en mon fein ,
Me devore le corps , m'agite & me
tourmente.
Les paroles que vous allez lire
font de Mademoiſelle Lheritier
& ont efté mises en Air par M
de Colignon
.
AIR NOUVEAU .
NE
E me redites plus que Climene
eft charmante ,
Mon coeur , vous avez pris un funefte
X
poifon
Kk ij
888 MERCURE
Mulgré lefeu qui vous endange
Je vais me degager d'une dure prifon
Mais je meflate , belas ! d'une trom
peufe attente -
Climene ingrate , indifferente
Triomphera toujours de toute maraiorphosen
.
1097004
TAK ONSO
Meffire Louis Bauyn de Cormery
eſt mort le Mercredy 19.
de ce mois , âgé de cinquante -fix
ans . Il eftoit Fils de Meffire Profper
Bauyn,Confeiller de la Cour
des Aides , & de Dame Marie du
Jardin . Cette Famille eft affez
connue , & je vous en ay déja
parlé dans plufieurs de mes Lettres.
Mr de Luffé , Receveur general
des Finances de Guyenne, a
GALANT. 289
gefte nomme pour remplir la pla
-ce de Fermier general qu'avoit
feum de Cormery '. Il ne pouvoit
-manquer de Tavoit
puifque Mis
les Fermiers Generaux fans fçavoir
le deffein que Mle Controlleur
General avoit de Pen
pourvoir l'avoient prie lorfque
cette place eftoit fur le point
d'eftre vacante , de la luy donner
, difant que fa douceur , Tes
* maniéres honneftes, & fa probité
leur convenoient. Je fuis , Madame
, voſtre , & c . yo9191
sbains Monds & sobi A zob
sche Paris , ce 31. Janvier 1701 .
SIJD VA 9101000
-23 ] A POSTILLE
a
an Ceux qui prennent intereft à
La gloire des Villes par où doi-
Kk iij
390.MERCURE
vent
paffer Meffeigneurs les Prin
ces , pourront adreffers leurs Re
lations au fieur Brunet , Librai→
re , dans la grande Salle du Palais
à l'Enfeigne du mercure galanti
Il reste plufieurs ouvrages qui
ont efté prefentez à Sa Majelté
Catholique furfa route , & quel
ques harangues qu'on trouvera
dans le Mercure de Fevrier.
?
J6
ICK
J
Sorescu ,TA
P
TABLE.
Relude:
Sonnet qui renferme l'Hiftoire des
derniers temps.
Madrigaux , & plufieurs autrespie
ces de Vers. 9
Lettre de Mr le Comte de Gramont
à Monfeigneurle Duc de Berry. 16
Epitre au Roy d'Espagne.
Madrigal & Devifes au mème Monarque.
Madrigaux!
23
32
33
36
49
Détail de la ceremonie du Couronne
ment du Pape Clement XI.
Suite du Difcours touchant la proprie-
We du Cubede M Antier.
TABLE.
71
Traitedela Communionfous les deuse
so Elpeces, 4
Traduction du premier Livre delIlliade
en Vers François, roz
Haranguefaite par Mr le Prefident
mt 25 Nicola
Kers prefentez au Roy d'Espagne ,
à Chatres. 81
Trois Sonners & divers Madrigaux
qui regardent l'élevation de Mon
feigneur le Duc d'Anjou au Trône
d'Espagne
Morts.
81
99
Benefices donnez par le Roy, 107
Mariages.
IL
Dénombrement des Habitans de Rome
, au moisde Decemb. 1700. HI
Repas magnifique donné par Me EEvêque
de Conferans.
12
Charge de Secretaire d'Etat donnée à
M de Chamillart
.
14
TABLE.
Charge de Chancelier des Ordresdu
Roy donnée à M le Marquis de
Torcy 125
Mort de Mr le Prince de Monaco , 124
Haranguefaite aux Etats Generaux
parMrle Comte de Briord. 126
Ordre donne a Mr le Comte dAvaux.
134
Penfions données dans la Marine.
134
Grande Victoire remportée parle Roy
de Suede.
Autres Mariages.
Autre Article de Morts .
136
15139
144
145
145
emplois
Dah $163
Rapport de l'ouverture du Corps de
Charges achetées .
FE Mr de Barbefreux.
sirdonnez
.
Mort de Mr Bontemps ,
Journal de la route du Roy d'Espagne,
contenant tout ce qui s'eſt paſſe
TABLE
pendant cette route , ainfi qu'à la
feparation de Sa Majefte Catho
lique & de Meffeigneurs les Princes.
160
Arrivée & Audience de Mr le Cone
neftable de Caftille , Ambaſſadeur
Extraordinaire d'Espagne .
Enigmes.
o
15369
386
'
Mortsmus zal zadregur á 388
Place de Fermier General donnée à
Mr de Luffé,
DMA
18Q
idem ,
KIRAT
Avis pour placer les Figures.
par , L'Air qui
qui commence p
Alle remplir vos deftinées ,
doit regarder la page 8080.
L'Air qui commence par , Në
me reditespas , doit regarder
la page 387.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le