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511
m
1700.11
Eur 51122
1700,11
Mercure
<36616463080016
<36616463080016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE
1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DCC .
Avec Privilege du Roy
Rayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui se trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
A iji
AU LECTEUR.
de défigurez, eftantimpoffble
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1700 .
A Paix donnée par le
Roy n'eft pas nouvelle ;
mais comme la maniere
de la donner paroiftra
toujours une chofe auffi nou .
velle qu'extraordinaire , on en
parlera éternellement . C'eſt
A iij
6 MERCURE
ce qui m'oblige à vous en
voyer le Sonnes qui ſuit,
TV calmes l'Univers en
nant tes Exploits ,
bor
Prince auffi moderé que Heros in
vincible
,
Et ta grande Ame trouve un plais
fir plusfenfible
▲ le pacifier qu'à luy donner dés
www Loix.
Jufqu'icy triomphante , ou tran
quille à tonchoix ,
La France deformais affurée &
paifible ,
Aux tempeftes de Mars toujours
inacceffible,
J
GALANT! 7
Se rira des debats des Peuples &
dés Rois.
Te plaift il d'enchaîner le Démon
de la Guerre ?
Quel Titan oferoit réveiller ton
tonnerre ,
Quifrape fans obftacle. au gré de
tesfouhaits ?
Quand tu veux tepriver, au comble
de la gloire ,
l'on goûte au
Des douceurs que
fein dela Victoire ,
Tu relegues Bellone , & tu fixes
la Paix.
A iiil
8 MERCURE
Le Sieur Nafrallah Gilda ,
natif de la Ville de Damas en
Syrie , Medecin de profeffion ,
ayant fait preſent au Roy de
trois beaux Manufcrits Arabes ,
pour eſtre placez dans fa riche
& magnifique Bibliotheque, a
cru qu'il eftoit neceffaire de
donner une idée de ce qu'ils
contiennent dans leur tresgrande
rareté , & des peines
qu'il a euës à les découvrir .
Ces trois Manufcrits , auffi
rares qu'ils font curieux , renferment
une Religion , des
Loix , des Statuts , & des Ordonnances
dont on n'avoit
GALANT. 9
1
point entendu parler juſqu'à
prefent. C'eft la Religion des
Druzes , Peuples qui habitent
aux environsdu Mont - Liban ,
d'Alep , Egypte , & autres lieux
circonvoifins. On ne fçait pas
au jufte l'origine de cette Na
tion . Quelques - uns veulent
qu'ils defcendent des reftes
des François que Godefroy de
Bouillon mena avec luy pour
la conqueste de la Terre Sainte
, & qu'un de leurs Emirs ,
ou Princes , eft Parent des
Ducs de Lorraine. D'autres reprennent
leur origine de bien
plus haut , & difent au con10
MERCURE
traire, que les anciens Druides
des Gaules defcendent de
ceux cy. Quoy qu'il en foit , il
eft conftant qu'ils fe font toujours
diftinguez parmy les Nations
d'Orient , par leur maniere
de vivre toute fingulie
re , & par les grandes connoif
fances , qu'ils ont communément
des Sciences , de l'Aftrologie
& de la Magie.
Ils attribuent leurs Loix àun
certain Roy , qui a paru en
Egypte quatre cens ans aptés
le Prophete Mahomet, & veulent
que ce pretendu Roy foit
defcendu de la lignée d'Aly,
GALANT.
29
11
quatriéme Calife , ou Succeffeur
de Mahomet , Heros des
Schiaytes , qui eft la fameuſe
Secte des Perfans.
4
Entre quantité de chofes
qu'ils difent de luy , voicy ce
qui fe trouve de plus remarqnable
, qu'il s'est donné le
nom de Hâkim , c'eſt à dire ,
Souverain Juge ; ou comme ils
interpretent eux mêmes , celuy
qui a jugé & condamné
toutes les Religions ; qu'il a
fait mourir tous les chiens
d'Egypte ; qu'il s'eft reveſtu
d'un habit de laine noire pendant
fept ans qu'il a laiffé
12 MERCURE
croiftre les cheveux pendant
fept ans ; qu'il a fait enfermer
les Femmes pendant fept ans ;
qu'il a monté un Afne , fellé
d'une felle de fer pendant
fept ans ; qu'il en changeoit
par le chemin , & en montoit
d'autres en voyageant ; que
fa demeure eftoit fous la terre ;
qu'on y entroit par un grand
jardin , qui conduiſoit au lieu
fouterrain où il fe retiroit; qu'il
fortoit par la porte du jardin
pour traiter avec les hommes ,
& que perfonne n'entroit avec
luy dans fa caverne ; qu'il y
avoit à coté de ce jardin des
GALANT. 13
Femmes de mauvaiſe vie , &
toutes fortes de débluchez &
de déterminez. Qu'i a publié
de luy même qu'il eftoit unDieu
incarné , que la Divinité du
Tres haut avoit réfidé en luy,
& qu'il eftoit le Dies Eternel;
qu'il a traité tous les autres
Prophetes d'ignorans & de
beftes ; qu'il parcouroit l'Egypte
, qu'il s'arreftoit pour
entendre les Baladins & les
Charlatans ; qu'il prenoit plaifir
à voir les Lutteurs , à écouter
les chants & à le trouver
aux danfes ; que les Baladins
jouoient devant luy avec des
14 MERCURE
baftons & des fouëts , & qu'il
les obligeoit de parler de cho
fes obfcenes , & d'autres que
la bienfeance ne permet point
de nommer ; qu'il a détruit les
Mofquées des Mahometans ,
les Eglifes des Chreftiens , &
les Synagogues des Juifs ; qu'il
a maudit Mahomet , & tous
ceux qui le fuivoient , & qu'il
en auſé de même à l'égard des
autres Prophetes ; qu'il a aboli
le Jeune , la Priere , les Decimes
, les Pelerinages , & autres
Exercices de Pieté ; qu'il contraignoit
les Juifs & les Chre
ftiens , à force de coups de
GALANT.
IS
bafton , d'embraffer fa Religion
contre leur gré , qu'en,
fin eftant en colere contre les
hommes , & tres mécontent
de leur conduite, il s'eft retiré
dans fa grotte fouterraine , &
qu'on ne l'a plus vû depuis.
Ses Sectateurs , qui font ces
Drufes , l'attendent encore.
Ils debitent bien d'autres chofes
extraordinaires , qui furpalfent
l'imagination , dont il eft
parlé tout au long dans ces
trois Livres , on n'en a dit
qu'une fort petite partie. Mais
ce qu'il y a de plus curieux ,
ce font les Loix touchant le
16 MERCURE
Mariage , les Teftamens , &
fa feconde venue dans le monde
; fes opinions à l'égard de
la Refurrection
des morts , &
de la Metempsycofe , & comme
il s'explique fur la maniere
dont il traiteroit pour lors les
Juifs , les Chreftiens , & les
Mahometans, qui refuſeroient
d'embraffer ſa Religion , les
peines & les fupplices qu'il
établit pour cela , & autres
chofes qu'il feroit trop long
de rapporter en détail , à moins
que de traduire ces mêmes
Livres.
Il eft à remarquer que ces
GALANT. 17
Drufes s'efforcent de donner
un fens myftique & fpirituel
à la vie extravagante de ce
prétendu Legiflateur , qu'ils
foûtiennent eftre le veritable
Meffie contre les Juifs & les
Chreftiens , & à qui par impieté
, ils donnent une Epi.
thete en Arabe, qui n'eft duë
qu'à Dieu feul Giallas Dikyoubou
, c'est - à - dire , que fon
nom foit glorifié . Voicy comment
le Sieur Nafrallah a dé.
couvert ces Livres. Ayant ap
pris que M Colbert avoit
demandé plufieurs fois les Livres
des Drufes , & que per-
Novembre 1700. B
18 MERCURE
fonne n'avoit pû luy en don
ner aucune connoiffance , ny
l'inftruire d'un feul point de
leur Religion , il s'eſt donné
la peine d'en faire la recherche,
& voyant que pendant un
temps confiderable , il n'en
avoit pû çavoir aucune nouvelle
, il s'eft tranfporté dans
leur Pays , & y a traité leurs
Malades , s'informant d'eux
des choles qui regardoient
leur Religion,leur promettant
la fanté & de l'argent s'ils vouloient
s'ouvrir à luy fur cela.
Comme il ne put rien gagner
fur eux pendant un an tout
GALANT 19
entier , il s'en retourna chez
luy , tres chagrin du manvais
fuccés de fon voyage ; il ne
laiffa pas cependant de s'en in
former encore de temps en
temps pendant douze années.
Enfin , il arriva que les Dru
fes fe broüillerent avec le
Grand Seigneur , qui leur dé
clara la guerre
, , & fit marcher
contr'eux fept Bachas , entre
lefquels eftoit celuy de Da
mas , qui s'appelloit Muftapha
, auprés de qui eftoit le S
Nafrallah , en qualité de Medecin,
qu'il confideroit beaucoup.
Ainfi il l'accompagna
4
Bij
20 MERCURE
T.
&
dans cette expedition. Les
Bachas ayant mis les Princes
des Drufes en fuite , brûlérenc
leur Pays & leurs moiffons , &
aprés avoir ravagé par tout ,
Ails allérent en un endroit où
les Docteurs des Drufes a.
voient coûtume de s'affembler.
Ils détruifirent ce lieu ,
& ils y trouvérent une grotte
fort fpacieufe , tenduë de tapis
, dans laquelle il y avoit
un coffre de cuivre
ils rompirent .
Dan
Up
qu'-
ce coffre
Peftoit la figure d'un homme en
argent , ayant fur fa tefte une
couronne d'or. Il eftoit affis
AGALANT.08 21
5 .
ES 20
fur un Trône d'argent Le Ba
cha fit rompre certe Pigure.
Il y avoit encore dans la muraille
de cette grotte un fac
pendu , dans lequel eftoient
ces trois Livres , qui furent
confiez au Sieur Nafiallah ,
qui fçavoit l'Arabe , afin de
leur en lire quelque chofe . Ils
connurent qu'ils n'eſtoient
remplis que d'impietez , ce
qui fic
que le Bacha ordonna
qu'on les brûlaft fur le champ ,
mais le Sieur Nafrallah le
pria de les luy donner , ce qui
luy fut refufé d'abord , & enfuite
accordé par les inftances
22 MERCURE
qu'il continua de faire. Les
Drufes s'eftant accommodez
avec les Turcs , revinrent dans
leur Pays. Ils s'informérent
d'abord du Coffre & des LiZ
vres. Ayant fçû qu'ils eftoient
entre les mains du Sieur Naf
rallah , ils luy envoyerent un
Religieux Grec pour luy dire
que s'il vouloit leur rendre
leurs Livres , ils luy donneroient
ce qu'il demanderoit.
Nafrallah n'accepta point
cette offre , ce qui fit qu'ils le
menacerent de l'égorger dans
fon lit.Ils envoyérent quarante
hommes , pour le tuer & pour
fe faifir des Livres. Ils defcenGALANT.
230
doient dans les maiſons pen- p
dant la nuit , & volérent par
tout pendant l'espace d'un an
& demy. Enfin les Gens de la
Ville les ayant pris , n'en épar-!
gnérent aucun. Ce fut de cette
maniére que le Sieur Nafrallah
devint maiftre de ces Livres
, qui eſtoient gardez fi ſe.
crettement qu'il n'eftoit permis
qu'aux feuls Docteurs de
les lire en prefence de ceux
qui eftoient déja confirmez
dans leur foy , ainfi qu'il leur
eft commandé dans ces mêmes
Livres
Le même Sieur Nafrallah
a preſenté au Roy un rouleau
24 MERCURE
de cuir , fur lequel est écrit
tout le Pentateuque en Hebreu
; il eft long de cinquante
aulnes & large de trois pieds.
LesJuifs croient que cet exem
plaire du Pentatheuque eft fi
facré que fi quelqu'un faiſoit
ferment fur ce Livre , ou s'il
le lifoit feulement , il feroit
profané , & qu'il arriveroic
neceffairement un malheur
terrible à celuy qui auroit ofé
le profaner. En confequence
de cette fauffe perfuafion , ils
l'enfermérent dans un lieu élevé
d'un mur qu'ils fermérent
d'une feneftre qu'ils cadena.
cérent ,
GALANT.
25
cérent , & le laiffant en cet
eftat , ils mirent une lampe
devant. C'estoit au Bourg de
Joubar , fitné à deux licuès de
Damas , dans la maifon du
Prophete Eliacha , diſciple de
Saint Elie .
Les Mahometans eftant
poffeffeurs de ce Bourg, trouverent
que les Juifs avoient
fait une Synagogue de cette
maifon , & voyant le lieu où
eftoit ce rouleau , ayant une
lampe devant , ils s'imagine.
rent qu'il y avont là un trefor
caché , & allerent ouvrir ce
lieu par derriere ce mur. Ils en
Novembre 1700.
C
26 MERCURE
enleverent ce rouleau , aprés
quoy ils le murerent , le laif
fant dans le même eftat qu'ils
l'avoient trouvé. Les Ancefres
de Nafrallah l'acheterent
des Mahometans ; & é
tant demeuré dans la Famille
juſqu'à aujourd'huy , il a crû
que cette rareté eftoit beaucoup
plus digne d'eftre dans
la Bibliotheque de l'Empe .
reur des François qu'entre les
mains .
Comme cette Lettre ne
pourra vous eſtre renduë qu'au
commencement de l'Avent ,
je vous envoye une traduction
GALANT 27
en Paraphrafe des Prieres que
Mrs de l'Oratoire chantent
tous les jours pendant ce faint
temps. Ces Prieres commen
cent par , Rorate Cæli defuper ,
&nubes pluant Juſtum.
Lleux élevez qu'habite le
Seigneur ,
Brillant fejour , voûte aZurée,
Tout gemit icy bas , la terre eft
alterée ,
Nous cedons à noftre langueur.
Ouvrez- vous à nos cris, & faites
cale que la nuë)
Répande enfin fur nous la rofée
salvattenduëje Nova molé
Cij
24 MERCURE
de cuir , fur lequel est écrit
tout le Pentateuque en Hebreu
, il eft long de cinquante
aulnes & large de trois pieds.
LesJuifs croient que cet exemplaire
du Pentatheuque eft ſi
facré que fi quelqu'un faifoit
ferment fur ce Livre , ou s'il
le lifoit feulement , il feroit
profané , & qu'il arriveroit
neceffairement un malheur
terrible à celuy qui auroit ofé
le profaner. En confequence
de cette fauffe perfuafion , ils
l'enfermérent dans un lieu élevé
d'un mur qu'ils fermérent
d'une feneftre qu'ils cadena.
cérent ,
*
GALANT.
25
cérent , & le laiffant en cet
eftat , ils mirent une lampe
devant. C'eftoit au Bourg de
Joubar , fitné à deux lieuës de
Damas , dans la maifon du
Prophete Eliacha , diſciple de
Saint Elie.
Les Mahometans eftant
poffeffeurs de ce Bourg , trouverent
que les Juifs avoient
fait une Synagogue de cette
maifon , & voyant le lieu où
eftoit ce rouleau , ayant une
lampe devant , ils s'imagine.
rent qu'il y avoit là un trefor
caché , & allerent ouvrir ce
lieu par derriere ce mur. Ils en
Novembre 1700. C
26 MERCURE
enleverent ce rouleau , aprés
quoy ils le murerent , le laif
fant dans le même eftat qu'ils
l'avoient trouvé. Les Ancefres
de Nafrallah l'acheterent
des Mahometans ; & étant
demeuré dans fa Famille
jufqu'à aujourd'huy , il a crû
que cette rareté eftoit beaucoup
plus digne d'eftre dans
la Bibliotheque de l'Empe .
reur des François qu'entre les
mains .
Comme cette Lettre ne
pourra vous eftre renduë qu'au
commencement de l'Avent ,
je vous envoye une traduction
GALANT . 27
en Paraphrafe des Prieres que
Mrs de l'Oratoire chantent
tous les jours pendant ce faint
temps. Ces Prieres commen.
cent par , Rorate Coeli defuper ,
nubes pluant Juſtum
Lleux élevez qu'habite le
Seigneur ,
Brillant fejour , voûte a Zurée,
Tout gemit icy bas ; la terre eft
alterée ,
Nous cedons à noftre langueur.
Ouvrez- vous à nos cris , & faites
sit que la nuë)
Répande enfin fur nous la rofée
rodalvattenduë, 13 OTRO
Cij
28 MERCURE
Qui nous doit donner le Sauveur.
Arrefte, Dieu puiffant , le cours de
ta colere ,
Ne tereffouviens plus de nos honteuxforfaits.
Languirons nous toujours dans la
longue mifere
D'attendre le Meffie , & ne le
voir jamais ?
Si tu fus offenfé , ta gloire eft bien
vangée.
Ferufalem eft ravagée ,
Certe auguste Cité , cette fainte
Sion
Où l'on celebrojt tongrand nom,
GALANT 29
Où tu fis élever le Temple de ta
gloire ,
Où nos Peres jadis t'ontoffri de
l'encens, s
N'est plus qu'un lieu defert qui
retrace à nos fens
Latrifte& douloureuſe hiſtoire
Defa grandeur paffée , &de nos
maux prefens..
Il est vray , nous avonspeché.
Loin d'écouter les voix celeftes,
Nous nous fommes livrez à nos
panchans funeftes,
A violer ta loy chacun s'eft ataché.
Mais que nous payons cher tous
ces crimes énormes !
C iij
30 MERCURE
Comme on voit les feuilles des
Ormes
Sur la fin des beaux jours tomber
dansles deferts
Ainfi nousfuccombons à tant de
maux foufferts ,
Et cedons aux torrens où nous por
tent nos vices ;
Pareils à ces vents furieux
Quipouffent dans les précipices,
Ils nousfont abifmer en des gouf
fres affreux.
Mais comment éviter cette fatale
ifuë ?
Pouvons nous efperer de voir finis
nos maux ,
Puifque tu détournes la veuë
GALANT
3r
En nous livrant à nos propres
defauts.
Grand Dieu, jette lesyeux fur un
Peuple éperdu ,
Ne le traite plus en coupable ;
Finis le tourment qui l'accable,
Fais defcendre des Cieux le Meffie
attendu.
Donne nous cet Agneau qui doit
regler le monde ,
Qui dufond des deferis jufqu'au
mont de Sion
Répandra fes bontez &faprote-
Etion ;
3. Qui vient donner fes loix furla
terre & fur l'onde.
C'eft luy qui brifera nosfers
C iiij
32 MERCURE
Il nous fera fortir d'un honteux
esclavage ,
Par luy nous reprendrons noftre
ancien heritage ,
Etferont vainqueurs des Enfers.
Confole toy , mon Peuple , appaife
tes foupirs..
P
Je vais contenter tes defirs.
D'où vient que tous les jours ta
douleur renouvelle ?
Efpere & ne crains plus , taplain .
te eft criminelle ,
Je ne veux pas te réprouver.
Je fuis Dieu d'Ifraël, ton Seigneur
&ton Maistre ,
Sic.ft moy feul qui t'ay fait
naiftre,
GALANT 33
C'est moy feul qui veux tefau
ver.
Leeux élevez qu'habite le Sei
gneurs
Brillant fejour , voûte aZurée,
Fout gemit icy bas , la serre eft
alterée .
Nous cedons à noftre langueur?
Ouvrez vous à nos cris, & faites
que la nue
Répande enfin fur nous la rofée
attenduë ,
Qui nous doit donner le Sau.
veur.
La Priere que j'ajoûte à celle-
cy , eft du même Auteur ,
34 MERCURE
qui n'a voulufe faire connoifr
que sous le nom de Clidamon.
SUR SESTIENNE.
Toy, don : j honore la memoi-
Te ,
Heureux Martir, ilfaut t'imiter
icy bas ,
Si l'on veut aprés le trépas
Meriter le bonheur de l'éternelle
gloire.
S'intereffer à la fortune
Dun Ami qu'on voit en danger,
Le chercher pour le foulager,
Eft leffet d'une ame commune;
Mais prier Dieupour fes bour
reaux,
GALANT.
༢༣
Er leurpardonner tousfesmaux,
C'eft l'effort d'une ameChreftienne,
Et c'est ce qu'afait S. Eftienne,
Pour meriter an Ciel un éternel
repos.
Evitons la cruelle peine
Degarder dans le coeur une mor-
7 telle haine ?
Helas !qui de nous eft certain
Qu'il vivrajufques à demain?"
Toy qui veux bien ceder au torrent
qui t'emporte ;
Toy qui ne pardonnes jamais ,
Si Dieu te traitoit de laforte,
Pecheur pourrois- tu vivre en
paix?
36 MERCURE
Voicy des Reflexions mo
ralės fur ces paroles de David ,
Defiderium peccatorum peribit.
Elles font de M' de la Tron .
che de Rouen.
Il n'eft rien de fi vray que
le defir des
Pecheurs perira .
C'est un Oracle du S. Elprit ,
forti de la bouche du Prophe
te Roy ; cela ne le voit que
trop dans un Siecle auffi corrompu
que le noftre . Combien
de rules , de fineffes , de
flateries ne mettent point en
ufage les Courtifans
dans la
Cour des Princes , pour favorifer
leurs defirs injuſtes , lans
GALANT. 37
qu'ils puiffent parvenir à leurs
fins?
Si de la Cour des Princes
nous parcourons les Tribu ,
naux , nous verrons plufieurs,
Particuliers s'élever fur la tefte
des autres ,fans confiderer que
leur ambition fera caufe de
leur
perte.
La bonne foy qui fait tant
d'honneur aux Marchands , fe
trouve - t- elle toujours parmy .
cux ? Il y en à beaucoup quien
font leur capital ; mais combien
en trouve ton qui ne
s'en mettent point en peine ,
pourvû qu'ils contentent leurs
38 MERCURE
defirs infatiables d'avoir du
bien à quelque prix que ce
foit , fans faire reflexion que
le bien mal acquis ne dure pas
longtemps , & qu'il couvre d'i
gnominie ceux qui n'agiffent
pas fidellement?
La Science, qui d'ordinaire
donne plus d'orgueil que d'humilité
, fait naiftre dans les
efprits vains le defir de fe fin
gularifer par des fentimens
tout particuliers. Elle leur inf.
pire l'envie de s'ériger enChefs
de Parti , pour s'attirer de la
gloire ; mais Dieu qui n'ai
me pas les fuperbes , les abang
GALANT. 395
3.
donnant à
leurs propres lu
mieres les laiffe tomber
d'erreurs en erreurs , qui atti
rent fur leurs teftes criminelles
les foudres de l'Eglife.
Ceux qui font fufceptibles
de jaloufie ne manquent jamais
d'avoir recours à la médifance
& à la calomnie . Ils s'en
fervent contre ceux dont la
fortune ou le merite leur font
ombrage ; mais lors que les
coups envenimez qu'ils por
tent , rejailliffent fur eux , par
le mépris qu'on en fait , ils font
obligez de reconnoiſtre la verice
de ces paroles , Defiderium
40 MERCURE
peccatorum
peribit,
Les orgueilleux , qui s'ente
ftent de leur fçavoir faire , ou
de leur prétendu merite , regardent
avec un efprit de hau
teur ceux qu'ils croyent au
deffous d'eux : mais il arrive
fouvent qu'au lieu de s'attirer
quelque eftime , ils ont le cha
grin de fe voir méprilez par
ceux qui découvrent leur faux
merite
, m
4. Ceux qui font devorez du
defir de vengeance, éprouvent
la même chofe . Quand ils
veulent executer le deffein
qu'ils ont de perdre leurs enGALANT:
47″
ges
4
nequis , ils tombent d'ordinai
re eux- mêmes dans les pieges
qu'ils leur avoient dreffez .
Les Flateurs , qui pour faire
leur fortune auprés des
Grands , donnent des louanà
leurs crimes ; font à pëpeu
prés comme ces Parafites , qui
louent à table avec excés tous
les mets qui s'y rencontrent
mais les uns & les autres , à
force de donner de l'encens ,
découvrent leideffein qui les
fait parler , & font enfin chaffez
comme des gens qui expo .
fent de la fauffe monnoye
.
Combien voit on de , ces
Novembre
1700.
-
D
42 MERCURE
peftes publiques , qui en peu
de temps fe font enrichis en
opprimant le Peuple , traîner
aprés eux un grand équipage?
Les couleurs dont leur train
eft reveftu , devroient bien les
faire reffouvenir de celles qu'
ils ont autrefoisportées , & les
obliger à rentrer dans euxmêmes
en reftituant , fans attendre
qu'on les contraigne
de rendre ce qu'ils ont mal
acquis.
Ces Vieillards , qui pour
fatisfaire à un refte d'incontinence
, ſe remarient à de jeumes
perfonnes ,font bien tromGALANT:
43
pez lors qu'ils ne rencontrent
pour toute reconnoiffance des
grands biens qu'ils leur donnent
, que du mépris & de
l'infidelité.
Ces Peres cruels , qui pour
éternifer leur nom & leur for
tune en faveur d'un Fils aîné,
forcent leurs autre s enfans
d'embraffer un estat contraire
à leur vocation , égorgent ,
pour ainfi dire , ces innocen
tes victimes jufqu'au pied
des Autels , & voyent enfin
cette Idole de leur vanité, enlevée
par une mort précipi
tée , & leur bien paffer en
1
t
Dij
44 MERCURE
des mains
étrangeres.
Ceux qui par des confpira
tions honteufes penfent changer
de fortune en changeant
de Maiſtre , trouvent d'ordi
naire fur un échafaut la récompenfe
de leur trahiſon.
Ceux qui le couvrent du
manteau de la vertu, ces doucereux
hipocrites , qui s'infi
nuent finement dans les efprits
des Grands pour tromper
plus impunément , ne jouent
pas longtemps leur perſonnage
. Ils font bien roft décou
verts , & obligez de ſe retirer
tout chargez de confufion &
d'opprobres .
GALANT
45
Lors qu'on voit des enfans
qui par leurs fouhaits creufent
le tombeau de leurs peres ,
efperant le mettre au large
dans leur libertinage
; & qu'on
les voit eux - mêmes furpris
d'une mort fubite , ne peut
on pas dite , defiderium peccato !
rúm peribit ?
Les Avares, qui fe promet
tent du repos aprés avoir acquis
de grandes richeffes , n'en
trouvent cependant jamais ,
eftant toujours tourmentez
du defir infatiable d'augmenter
leurs trefors . Ces riches
gueux , fi l'on peut parler
34 MERCURE
qui n'a voulufe faire connoifr
que fous le nom de Clidamon.
SUR S. ESTIENNE.
Toy, dont j'honore la memoire
,
Heureux Martir , ilfaut t'imiter
icy bas ,
Si l'on veut aprés le trépas
Meriter le bonheur de l'éternelle
gloire.
S'intereffer à la fortune
D'un ami qu'on voit en danger,
Le chercher pour le foulager,
Eft l'effet d'une ame commune;
Mais prier Dienpour les bour
reaux
GALANT
35
Et leurpardonner tousfes maux
C'eft l'effort d'une ameChreftienne,
Et c'eft ce qu'afait S. Eftienne,
Pour meriter an Ciel un éternel
repos.
Evitons la cruelle peine
Degarder dans le coeur une mor
telle haine ?
Helas ! qui de nous eft certain
Qu'il vivrajufques à demain?"
Toy qui veux bien céder au torrent
qui t'emporte ;
Toy qui ne pardonnes jamais ,
Si Dien te traitoit de la forte,,
Pecheur pourrois- tu vivre en
paix?
46 MERCURE
ainfi , reffentent fans ceffe la
difette au milieu de l'abondance.
Les Amis infidelles , dont
les langues à deux tranchans
portent toujours par leursfaux
rapports la divifion dans les
Familles les plus unies , afin de
profiter des deux coſtez , font
à la fin teconnus pour four
bes , & bannis pour jamais de
la focieté civile.
für
&
Ces Ufuriers qui preftent
gages à gros intereſt
qui pour enrichir leurs enfans
ruinent ceux des autres , en
ne leur donnant que la moitié
GALANT 47
$
de la fomme dont ils leur font
paffer Contrat , font preſque
toujours punis en la perfoune
de leurs propres enfans , qui
trouvent de pareils Ufuriers.
2. Que de Filles coquettes ,
qui pour eftre en liberté dans
leur galanterie , cherchent,
mais inutilement , à furpren
dre la vigilance de leurs Pa.
rens , qui veillent fans ceffe
à leur conduite , & combien
a ton vû d'Adulteres trouver
la mort au milieu de leurs infames
plaifirs?
Combien voit - on de Tuteurs
, qui affamez du bien
48 MERCURE
de leurs Pupilles , fe fervent de
mille tours de chicane pour
les accabler en procés , fe rui
ner eux - mêmes ?
Il n'y a rien qui foit plus
connu que le differend que
fir naiftre la Pomme d'or entre
Junon , Pallas & Venus.
Voicy comment cette matie.
re a efté traitée par M Caf
fan.
F
LE
GALANT. 49
********** ##
LE JUGEMENT
Ar
DE PARIS.
Par le commandement du Souverain
des Cieux ,
Sur le Mont Pelion on convoqua les
Dieux ,
Pourvenir honorer la celebre Affemblée
,
De l'himen glorieux de Thetis &
Pelée.
On oublia pourtant la Difcorde à
deffein
D'éviter les horreurs qu'elle porte en
fonfein.
Elle en reffent l'affront, & roule dans
fa tefte
Les moyens de caufer du trouble dans
la Fefte,
Novembre 1700.
E
50
MERCURE
puis s'élevant en l'air elle prend fon
"effor
Vers l'aimable contrée où font les
Pommes d'or
Après avoirpaßefür les plaines liquides
,
Elle voit Iss Jardins des Nimphes
Hefperides
Dont l'agreable afpect vient offrir à
*
fesyeux.
Mille fruits deftinez pour la table
des Dieux ,
Et c'est là qu'elle prend cette Pomme
admirable ,
Qui rendit à Paris Venus fifavora
ble.
De retourfur le Mont , fe couvrant
d'un buiffon ,
Ellejette cefruit atnfi quun bameçon.
LesDéeffes d'abordcourent toutes en
foule;
GALANT
ཏ་
Mais la Difiorde ayant écritfurcette
boule ,
Je fuis pour la plus belle, à centefterce
don
-Il n'enparutque trois, Venus, Pal
las ,Junon.
Chacune de cederne pouvant ſe réſoudre,
[ la foudre,
On remit cette Pomme au Maistre de
Chacune feflatant de pouvoir l'emporter
Mais ce Dieu fur ce point ne veut
rien écouter.
De l'une ileft Mary. des autres il eft
Pere
Etpour cette raifon il remet cette affaire
Au jugement d'un tiers, & leur fait
ce difcours.
Du haut du Firmament je vis un de
ces jours
E ii
50
MERCURE
d
Puis s'élevant en l'air elle prend fon
effor
Vers l'aimable contrée où font les
Pommes d'or
Après avoirpaßefür les plaines liquides
,
Elle voit Iss Jardins des Nimphes
Hefperides
Dont l'agreable afpect vient offrir à
fesyeux senca mateso na A
Mille fruits deftinez pour la table
des Dieux , 1 ག
Et c'est là qu'elle prend cette Pomme
admirable 2.
Qui rendit à Paris Venus fifavora
ble.
De retourfur le Mont , fe couvrant
d'un buiffon,
Ellejette cefruit ainſiquunbameçon.
LesDéeffes d'abordcourent toutes en
foule;
GALANT
ད་
Mais la Difiorde ayant écritfur cette
boule ,
Je fuis pour la plus belle, à centefterce
don
Il n'enparut que trois, Venus, Pallas
,Junon.
Chacune de cederne pouvantſe réfoudre
, [ la foudre,
On remit cette Pomme au Maitre de
Chacune feflatant de pouvoir l'emporter.
Mais ce Dien fur ce point ne veut
rien écouter:
De l'une ileft Mary. des autres il eft
Pere ,
Etpour cette raifon il remet cette affaire
Au jugement d'un tiers, & leur fait
ce difcours.
Du haut du Firmament je vis un de
ces jours
E ii
52 MERCURE
Combattre deux Taureaux auprés
d'une Geniffe ,
Quipaiffat fansfonger quel eftoit leur
caprice.
UnBerger,fpectateur d'un fi rude de
bat,
combat.
Sembloit s'eftre arrefte pour juger du
A la fin le plus lâche abandonnant
la place ,
Ilva droit au vainqueur , ravi de
fon audace >
De cent bouquets de fleurs luy couronne
le front,
› Tandis que le vaincu , pour digerer
l'affront
D'avoir cedé le champparfonpeu de
courage
Vir à l'écart de furie & de
rage.
Cet Alte d'équité me plut dans ce
Berger,
GALANT
$3
Deslors je leftimay capable de juger,
Etfans plus differer je luy donne le
titre
Survoftre démeflé, de fouverain Ar
bitre ,
Allez ditJupiter. A ce commandement
Chaque Déeffe prend fon riche vestement:
Mercure eft prépofe pourleurfervir de
guide ,
Et la Troupe le fuit d'une courfe ra
pide.
Paris au Mont Ida veilloit furfon
Troupeau ,
Quand le Ciel luy fit voir ce qu'ila
de plus beau.
Dés l'inftant mille éclairs éblouiffant
la veuë
D'un prompt étonnement fon ame fu
émuë.
E iij
14 MERCURE
Il tremble , & croit déja voir la fin
de fes jours,
Quand Mercure l'approche , & luy
tient ce difcours.
Berger , raffurez- vous , le maistre dutonnerre
M'afait commandement de venirfur
la
terre ,
Pour conduire vers vous ces trois Divinitez,
Quifont en démeflé concernant leurs
beautez
C'est à vous de juger quelle des trois
l'emporte
.
Jupiter dans le Ciel l'ordonne de la
obliger forte.
Quoy , dit-il , Jupiter vondroit- il
Un habitant des bois , un ruftique
Berger,
Aportéjugement fur le choix de trois
Rofes
GALANT.
55
Au leverdu Seleil également éclofes ?
Encore fi c'eftoit pourjuger d'un troupeau
,
Ou bien de mes montons lequel eft le
plus beau,
Je pourrois mefonderfurquelque experience
,
Mais pour un tel fujet il faut plus
de fcience.
Ne peut- il dans le Ciel prononcer cet
Arreft? A
Non , répondit Mercure , il eft dansl'intereft
,
Et de même que luy chaque Dieufe
recufe ;
Mais enfinfur ce point vous n'avez
pas d'excufe ;
Jeparts, obeiffer & l'ordre en eft
précis ,
Ecoutez leurs raifens, Paris s'eftant
affis ,
E iiij
16 MERCURE
La Dieffe Junon s'avança la premiere.
Son front n'est plus fuperbe , & fon
humeur altiere
La
Fait place à la douceur , qui vient à
fon fecours,
Et d'un ton moderéfait ainfifondifcours.
Berger, fi ma beauté n'eftoit point
fans égalé , Erivale,
Ma place auroit efté le prix d'une
Etje n'aurois jamais rempli parmy
les Dieux
Le Tronefouverain de la Reine des
Cieux.
Jupiter qui m'a fait compagne defa
couche ,
S'explique par fon choix au defaut
de fa bouche
Et ce choix qu'il afait vous eft un
préjugé ,
GALANT 4
Pour confirmer un point qu'il a deja
jugé.
Prononcer hardiment fans craindre
mes Rivales ,
Leur haine ne faureit vous les rendrefatales,
Ma
Et Junon en tout temps fçaura vous
[ger. proteger.
Si leur dépit alloitjusqu'à vous outra-
Fepuis vous en promettre une pleine
affurance, [ bondance
Et vousdonnre encor des biens en a-
Et Venus & Pallas ne fçauroient
vous offrir et
Qu'un bien accompagné de quelque
déplaifir
A l'eftat de Berger vous dounez trop
de lustres fance illuftre
Paris , apprenez donc qu'une naif-
Dans un Palais Royal vous a donné
lejour.
18 MERCURE
Unfonge vous avoit éleigné de la
Cour
Allez-y promptement vous faire reconnoiftre
Prince , c'eft de Priam que vous receuftes
l'eftre.
Junou ayantparlė , Pallas dit à fon
tour,
Arbirre délegué par la cclefte Cour ,
L'honneur du mont Ida , Berger incomparable
,
Les Dieux vous ont choifi comme un
Inge équitable ,
Et Paris a l'honneur par fon integrité
,
De tenir en fes mains le prix de la
beauté.
S'il aime la vertu , c'eft Pallas qui
l'infpire,
C'est par là qu'il me doit l'honneur
que je defire ;
GALANT. 59
Et puis que rien ne peut égaler la
vertu
Son efpric nesçauroit fe trouver com
battu.
Elle eft de tous les biens leplus confi
derable.
Sans doute il fera choix d'une beauté
durable.
Il s'agit d'établirvoftre felicité.
Mefme aux dépens des biens & de
la volupté.
Si par de vains prefeus Iunon vent
vous furprendre,
Que peut-elle donner que vous ne
puilliez preudre ?
Vous eftes Fils d'un Roy , qui parles
droits du fang
Vous doit auprés de luy redonner voftre
rang.
Aux charmes de Venus ne foyezpas
fenfible ,
60 MERCURE
Berger , on fe repent d'eftre trop fuf
ceptible.
Teplaindrois voftre fort , fi par legereté
Votre
coeur's
ado
Votre coeur s'adonnoit à cette volupté.
Souvent lesfruits trompeurs d'une indigne
molleffe
Nous plongent dans l'ennuy d'une
longue trifteffe.
Ainfi pour l'éviter gardez votre rai
fon ,
Et ne fuccombez pas fous cefatalpor
Jon.
Qu'une male vigueur vous donne
laffurance
Pourjugerfainement fur cette préfe
rence
Et balançant la caufe au poids de
L'équité,
Offrez à la vertu ce qu'elle a me
rité.
GALANT. 65
Par les raifons de l'une & de l'autre
Deeffe ,
dyr
Son efprit en fufpens tomboit dans
la foibleffe.
Quand Venus fouriant dit d'un air
gracieux
,
Voila mon tour venu , Berger , ouvrez
Les
yeux
.
La beauté toute feule attend voftre
Sentence ,
C'est pour elle qu'icy vous avez pris
feance.
On a beau vous parler de vertu , de
trefor,
Lifezl'infeription de cette pomme d'or,
Vous verrez qo'elle dit, Le fuispour la
plus belle.
C'est là l'unique point quifait noftre
querelle.
Après cela , Berger, jugezde nos attraits
,
62 MERCURE
De chacune de nous examinez les
iraits.
Le coloris vermeil dont mes jouës font
teintes, [teintes,
Donne à leur vanité de funeftes at-
Et Paris ne fçauroit,fans mefaire un
affront ,
Comparer àleur teint l'albatre de mon
front.
L'or de mes blonds cheveux , où l'Amourfe
retire ,
Defcendantfur monfein flote augré
du zephire,
Man teint que
& delicat.
l'on admire eft frais
Et la beauté des Lis n'eut jamais
tant d'eclat.
Mesyeux dont le regardjette une viveflame
,
Font fentir leur ardeur juſques du
fond de l'ame,
GALANT. 64
·
Mes levres où le rouge étalefa couleur,
blancheur.
Des Perles d'Orient laiſſent voir la
Des neiges de mon fein la veuë eft
éblouie ;
Mais c'est trop fatiguer & les yeux
& P'ouie
D'un Fuge comme vous plein de dif
cernement
Fay dit , mais écoutezencor pour un
moment.
Paris , fans differer quittez ce lieu
champestre ,
Allez chez les Parens de qui vous
tenez l'eftre ,
Et pour vous rendre heureux le refte de
vos jours ,
Faites dun digne chuix l'objet de ves
amours.
Helene eft aujourd'huy le Soleil deba
Grece,
64 MERCURE
Te la rendraypour vous fenfible à la
tendreffe.
Tentez l'occafiou , & fecondani vos
voeux ,
Amoureux.
le fauray l'enflamer d'un defir a-
Tandis quefurunfait de cette confequence,
Les Deeffes tenoient leur Arbitre en
balance ,
Il voulut pour juger avec plus d'équite,
Parcourir avecfainles traits de leur
beautè.
Junon y confentit , & Pallas avec
crainte .
Venus feule parut obeir fans eontrainte.
Enfin après avoir longtemps confidere
,
Venus recent leprixqu'elle avoit de
fire.
GALANT. 6
La Deeffe Innon abandonne la
place ,
En regardant Paris d'un oil plein de
menace ,
Et Pallas qui perdoit l'avantage du
Prix ,
Le regarde en partant d'un air plein
de mèprts.
Ce qui eft contenu dans
Fextrait de Lettre que je vous
envoye , merite bien d'eftre
fceu .
A Lifbonne le 4 Sept. 1700, "
C
E n'eft poinr raillerie ,
Monfieur, ces Pays vont
eltre coufus d'or. L'année paf
fée il en vint une affez bonne
Novembre 1700.
F
66 MERCURE
quantité du Brefil , provenant
des Rivieres du Rio-Janeiro
vers les Montagnes de Saint
Paul , & le Gouverneur promettoit
qu'il en viendroit cette
année dix fois davantage.
Cela fera ainfi en effet. L'on
a eu avis ces jours palez par
des Lettres arrivées de Per
nembourg , que le travail de
tirer l'or de ces Rivieres eft
devenu fertile ; que l'année
derniere les Officiers du Roy
de Portugal au Rio-Janeiro ,
ont receu pour le Cinquiéme
qui fe paye à ce Prince , de
tribut de tout l'or qui fe tire ,
; ,
4
GALANT. 67
V
trente- fix Arrobes , chaque
Arrobe pefant trente deux li
vres , fuppofé que ce droit fe
payé avec fidelité. Voyez à
quoy monte le total ; mais on
croit icy qu'il eft encore plus
confiderable , parce qu'il
aifé de frauder les droits dư
Roy , dans une matiere auffe
précieufe que celle cy. Juſqu'à
prefent ce n'eft encore que de
l'or de lavage qui fe trouve
dans ces Rivietes parmy le fable
, & qui devient frequent a
mefure qu'on approche des
montagnes, où font apparem
ment ces Mines d'or. L'or
Fij
68 MERCURE
tombe dans ces Rivieres , dans
lelquelles il roule avec le fable.
Jugez quelles richeſſes von
Trouvera , quand on parvien
dra aux montagnes mêmes-
Tout l'or qui eft venu juſqu'à
prefent de ce Pays - là , s'efb
trouvé prefque tout au de- là.
de vingt trois carats , & fresmaniable.
Le Pays où font ces
Rivieres & ces Montagnes , eft
habité par une Nation pareſfeufe
, qu'on nomme Potaffes,
du nom des Monts de Saint
Paul . Ils ont reconnu le Roy
de Portugal comme Prote
&eur , & font convenus de luy
GALANT
.
L
payer par forme de tribut
cinquième
du produit de leut
travail à condition de ne point
exercer für eux fon autorité , &
de les laiffer vivre comme ils
ont fait juſqu'à prefent , fuivant
les Loix particulieres
éta
blies entre eux . Ce font eux
qui ont fait la découverte
de
aces Rivieres où le trouve l'or ,
& qui ont entrepris de le ti-
Irer. C'a efté d'abord avec beau:
coup de peine , & peu de profit
. Comme le Pays dans leyoquel
coulent ces Rivieres eft
fort couvert , ils avançoient
yudifficilement
, & faifoient peu
70 MERCURE
de chemin dans les premieres
années. D'ailleurs en s'éloi
gnant de leurs habitations , ils
trouvoient beaucoup de difficulté
à fubfifter . Ces inconve
niens les ont déterminez à défricher
les bords de ces Rivie
res , & à les femer en même
temps qu'ils avancent , pour
laiffer toujours de quoy vivre
derriere eux. Leur projet a fi
bien réuffi qu'ils cheminentà
prefent fort facilement , & que
le profic de leur découverte
devient d'année en année infiniment
plus confiderable. A
l'arrivée des Vaiffeaux qu'on
GALANT. 7
attend icy dans un mois du
Rio Janeiro, on apprendra de
nouvelles particularitez fur
cette découverte.
Je croy ne pouvoir rien faire
de mieux pour votre plaifir
que de vous faire part d'une
Lettre , qui a efté écrite depuis
peu à une Dame d'un tres
grand merite, Le tour aifé &
particulier de cette Lettre , &
le brillant dont elle eft remplie
, vous en doivent faire
connoiftre l'Auteur.Il n'eft pas
permis à tout le monde d'écrire
auffi finement ; & comme
▸
Plie
72 MERCURE
if eſt des plus diſtinguez , c'eſt
affez vous en dire , pour vous
apprendre de qui elle vienr.
A la Belle & Spirituelle
MADAME DAMOND ,
J
Sur la mort de Moufle ,
fon Doguin.
3
E ne pretens pas , Mada
me , effuyer vos larmes ;
vous les croyez trop juftes , &
la Philofophie n'a poinr enco
re imaginé de confolations .
pour un malheur comme le
*voftre. Il reffemble à ces ma
ladies
GALANT
73
ladies extraordinaires , dont
les caufes font fi bizarres , que
tout l'art de la Medecine n'a
pûles prévoir , & pour lefquel.
par confequent elle n'a pû
donner de remedes.
les
Pleurez , pleure , Madame ,
fondez- vous en eau ,
La Parque inexorable a mis
Moufle au tombeau ;
Et ne vous laiffe plus aprés ce
coupfunefte ,
Qu'un dégouft éternelpour tout
anchosce qui vous refte.
En effet , qu'est - ce qu'un
Mary 2 Un grandeur en titre
d'Office , qui fait tres- mal fon
Novembre 1700.
G
74 MERCURE
devoir , & qui empêche autant
qu'il peut , que les autres ne
te faffent. Qu'est ce que des
Enfans ? Un fardeau dont la
nature nous accable , & dont
l'honneur nous empêche de
nous défaire ; des Créanciers
impitoyables qui nous ſuivent
par tout , envers lefquels on
n'eſt jamais quitte , quoy qu'-
on les paye tous les jours .
Qu'est- ce que la fanté ? Un
bien dont la poffeffion ne ſe
fait prefque pas fentir, & dont
la pertenous defefpere.Qu'eſtce
que la beauté Unavantage
d'un moment , qui met la verGALANT
.
75
tu en grand danger , qui fait
la tentation de tous les hom.
mes , & la jaloufie de toures
les femmes. Qu'est ce que des
Amans ? Des imporruns qui
demandent ce qu'on ne veut
pas leur donner ; ou des ingrats
qui fe laffent de cen
leur donne. Qu'est- ce que les
richeffes ? Une chofe tres dif.
ficile à acquerir , auffi malaifée
à conferver & dont
preſque perfonne ne ſçait faire
un bon ufage. Enfin , qu'estce
que la vie ? Un chemin plein
d'épines qui nous conduit à la
mort. Voila, Madame , ce qui
و
Gij
76 MERCURE
vous refte , & ce que vous poffedez
encore , tel à peu prés
que vous le pourriez fouhaiter
; mais en verité tout cela
eft fi peu de choſe en compataifon
de Moufle , qu'on ne
doit pas s'étonner fi vous etes
inconfolable.
Si Moufle avec tout fon merite
Eft fur les rives du Cocite ,
Simalgré tous vos foins vous l'avez
vú perir,
У
Pourquoy nous autres pauvres
hommes
Pleins de defauts , comme nous
Jommes ,
Nous plaignons nous qu'ilfaut
mourir ?
GALANT.
77
Je fçay bien que voftre parfion
pour cet incomparable
Moufle vous faifoit croire qu'il
ne devoit mourir que fur voftre
tombeau ; mais fi en cela
le deftin ne luy a pas rendu juftice
, il a prétendu vous faire
grace ; fi toutefois c'est grace
de vous obliger de furvivre à
un Chien que vous avez tant
aimé. Quoy qu'il en soit , une
mort fi glorieufe luy auroit
moins fait d'honneur que les
larmes que vous répandez
pour luy.
Enfin Moufle , l'honneur des
Doguins d'aujourd'huy.
Giij
78 MERCURE
Chargé de vos baifers a paſſé
l'onde noire
Ab ! que de gens mettroient leur
plaifir & leur gloire
A vivre & mourir comme luy.
Voicy , Madame , une Epi .
taphe que je vous envoye , &
que vous ferez graver fur le
tombeau du pauvre defunt, fi
vous le jugez à propos.
Je fus en mon vivant fort aimé
d Vranie,
Mais comme en ce bas monde on
n'aime pas toujours ,
Crainte de voir finir de fi tendres
amours
Fay voulu fortir de la vie.
GALANT. 79
Apprenez bienheureux Amans,
Qu'il n'est point d'amour evernelle
; addi
Quand on ne veut point voir fa
Maistreße infidelle ,
Il ne faut pas vivre longtemps .
Voicy les noms des per .
fonnes diftinguées de l'un &
de l'autre Sexe , mortes fur la
la fin du mois paffé , & au
commencement de celuy.cy .
Religieux Seigneur , frere
Marc Antoine de Voyer Paumy
, Chevalier de l'ordre de
S. Jean de Jerufalem , Com,
mandeur de Nantes.
G iiij
80 MERCURE
DameMarie Bannelier. Elle
étoit femme de Meffire Nicolas.
René Boucher S de Livry,
Orand Andiencier de France.
Dame Marie Boucher
Epouſe de Meffire François
de Bragelongue , Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur.
... Meffire Denis l'Evêque ,
Confeiller au Chafteler.
étoit Chanoine & Tréforier
del'Eglife Cathedrale de Lan .
gres , Prieur de Montmort &
de S. Pierre de Meaux.
Meffire Jacques Pinette de
GALANT.
Charmoy , Mailtre ordinaire
en fa Chambre des Comptes
de Paris. Il étoit Secretaire
des commandemens
de feur
Son Alteffe Royale Madame
de Guife .
Meffire Sebastien , Sire de
Rofmadec , chef du nom &
armes , Marquis dudit lieu &
de Molac , Comte des Chap
peles, de Guebriant &c . Lieutenant
General de Bretagne,
Gouverneur des Ville Château
& Comté de Nantes , & Tour
de Pillemy , Maistre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie,
& Brigadier des armées, du
82 MERCURE
Roy, mort fans pofterité. Il
avoit époufé en 1681. Mademoifelle
de Rouffille , four
de feu Madame la Ducheffe
de
Fontanges.
Dame Marie de Villiers.
Elle étoit veuve de M. de
Villette, Couverneur de la Citadelle
de Nanci , & ancien
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Bretagne.
.Comme les moindres cho
fes qui partent de la plume de
M'l'Evêque de Noyon , font
dignes d'eftre remarquées ,
vous ferez fans doute bien aife
de voir ceque ce Prelata écrit
GALANT. 83
le dernier mois , aux Doyens ,
Chanoines , Chapitres, Abbez,
Prieurs , Curez , Ecclefiafti
ques & Fidelles de fon Dioce.
fe , pour affembler un Synode.
Voicy les termes dont il s'eft
fervi .
Que le fort du Miniftre de
l'Evangile feroit malheureux,
s'il eftoit femblable à celuy de
la Loy , fi là Figure l'empor
toit furla Verité , & fi lesom.
bres avoient plus de force que
le jour ! Cependant, helas ! ne
fommes nous point réduits &
forcez de nous plaindre dans
la même efpece & les mêmes
84 MERCURE
7
termes du Roy Prophete ? J'ay
efté quarante ans durant à
exhorter ce Peuple , & j'ay
dit , Ce Peuple fe laiffe toujours
emporter à l'égarement
de fon coeur ; ils n'ont point
connu mes voyes . Quadraginta
annis offenfus fui generacioni illi,
dixi femper , hi errant corde ,
& ifti non cognoverunt vias
meas ,
Mais à Dieu ne plaife , mes
Freres , que tels foient nos fentimens
, puis qu'au contraire,
nous efperons la joye de vous
voir tous portez , & zelez pour
remplir fidellement
les fonGALANT.
85
ctions de vos differens minifteres
; que les lignes enfin
commencent à tendre à leur
centre , où elles feront promptement
réunies ; que nos Ordonnances
feront fidellement
obfervées , & qu'il feroit inutile
d'en ajoûter & publier de
nouvelles.
Il ne nous refte donc plus
qu'à vous recommander de
joindre vos juftes actions de
graces aux noftres , de tant de
fuccés dont la mifericorde de
Dieu a comble noftre cher
Diocefe ,& que Saint Gregoire
de Nazianze parlantà Saint Ba
86 MERCURE
file , appelle à ce propos les
combats genereulement ſou.
tenus pour le falut du Trou
peau , & les victoires heureufement
remportées par la gra.
ce & pour la gloire de Jefus-
Chrift : Bella illa pro gregis falute
fufcepea , victorias illas quas in
Christo adeptus es.
Continuez donc, mes chers
Freres , de conferver toujours
la verité de la doctrine fans
aucun mélange d'erreur ; l'integrité
de la difcipline fans
aucun relâchement ; la pureté
de la morale fans corruption ,
& l'autorité de la Hierarchie
GALANT. 87
fans aucune crainte de Schif
me , & de divifion ,fuivant les
regles inviolables des tradi
tions Apoftoliques, dont nous
fommes les dépofitaires. Ita.
que ,frames , flate & tenete,graditiones
quasididiciftis.
C'eftainfi qu'après avoir en
l'honneur de fervir filongtemps
cette illuftre Eglife , &
da confolation deramener à la
bergerie , par le concours du
Sacerdoce & de l'empire , les
ouailles égarées & feparées
par le fchifme & l'èrneur , &
qu'aprés avoir de plus établi la
charité & la liberté publique
88 MERCURE
& particuliere en faveur des
Pauvres invalides & valides ,
fuivant les fages & pieuſes in
tentions du Roy , nous pour
rons dire enfin avec Salomon ,
Maintenant le Seigneur mon
Dieu m'a donné la paix par
tout , & il n'y aura bientoft
plus d'ennemi qui s'oppose à
moy , ny qui m'inquiete par
fes tentatives , & les vaines
entrepriſes. Nunc autem requiem
dedit Dominus Deus mihi
in circuitum , & non eftfatan ne
que occurfus ejus .
"
Ce qui fuit eft une tradu
GALANT. 89
tion de la quatriéme Eglogue
de Virgile.
POLLIO. N...
MUfes de la Sicile , élevez vaftre
veix
A des fujets plus hauts que nos
champs & nos bois ,
Les bumbles arbriffeaux à tous ne
Scauroientplaire ?
Sipourtant des ferrfts nous ne fçaurions
nous taire ,
Chantons d'nn ton fi baut & les bois
& les champs ,
Qu'un Conful des Romains daigne
entendre nos chants.
&
Enfin, voicy cet age en mille biens
fertile ,
Que nous avotentpromis lès Vers de
la Sibile ,
Nov, 1700.
H
90 MERCURE
1
Où dans unlong repos lesfiecles écou
lez,
Vont pour notre bonheur eftre renouvellez
'Leretour attendu de la divine Aftree
Nous ramene le
de Rhée..
temps de Saturne &
Le Fils de Pollion vient de naiftre
en ces lieux,
Dont la race immortelle eft nn prefent
des Cieux.
Soudain le fage Enfant terminera la
guerre,
Et l'heureux fiecle d'or regnera far la
trrre,
<
Lucine , fois propice à ce Heros
naiffant,
Deja cet Apollon eft icy tour -puiffant.
Pendant ton Confulat , on a cet
avantage ,
GALANT. gi
Illure Pollion, de vair naiftre cet
âge.
Sous ton autorité commenceront ces
jours ,
Dont un parfait bonheur fuivra
bien- toft le cours.
Sous toyfo de la guerre ou voit encor
A Ades reftes ,
On ne craindre plus rien de fes fuites
funeftes sal ola
Il vivra comme un Dict, ce Enfant
bagudAgtorieuxA CĂ [ Dicux's
Il verrra les Heros meflez avec les
Il enfera và même, & dans la paix
profonde ,
Plein des vertus du pere il regira la
monde.
Ea terre Enfant divin , foudain
vousfera part
De fes petits prefens fans façon &
fans art ,
C H j
92 MERCURE
Du lierre tortu dont la tige eft ram
pante ,
Et du baccar, de peur que l'on ne
vous enchante ,
De la feve d' Egipte à l'éclat ver
doyant , [riant ;
Et de la branche urfine , au feuillage
Les chevres aux hameaux le foir
s'eftant rendues outlay on Lo
Y porteront de lait los mamelles tcndues
,
Les taureaux , les haras en liberté
paiſfans ,
Ne craindront plus l'affaut des lions
rugiffans ,
ulitus
Et même voftre souche eu fleurs tou_ \
jours feconde ,
En produira pour vous les plus belles
du monde.
Tous ferpens periront , tous fimples
veneneux
GALANT.
93
Prompts à nous recevoir , periront
avec eux ;
L'Amone d'Affirie , & fa plus douce
effence
Parfumera nos champs , par tout
prendra naiffance
Mais quaud de vostre pere & de
vosgrands ayeux
Vous pourrez voir écrits les exploits
glorieux ,
Et que vous fentirez cette divineflame
Que l'amour des vertus allume dans
une ame ,
Les champs feroutjaunis du bel ordes
moiffons ,
Le noir raifin pendra des incultes \
buiffons.
Le miel mème à travers la dureté des
chefnes
Ainfi qn'une fueur , coulera de leurs
veines ,
94 MERCURE
Quelques reftes legers de nos premiers
defauts,
Nous poufferont encore à voguer fur
les eaux.
Thetis verra des Nefs furfesplaines
mobiles ,
Encore on donnera des murailles aux
Villes ;
Encor le foc armé defes coutres tran➡
chans ,
Suivi du Laboureur fillonnera les
champs .
Alors d'autres Tifisfurlefeind' Amphitrite,
Conduiront, un Vaiffeau plein de
Heros d'élite.
UnAchille nouveaupour de nouveaux
exploits
Verra la grande Troye une feconde
fois.
GALANT. 94
Quandvousferez dans l'age où la
vigueurde l'homme
Parles ans s'affermit, s'acheve &ſe
confomme ,
Surla mer fans vaiſſeaux un avide
Marchand
Ne portera plus rien de l'aurore att
couchant
,
De tous les biens épars dans le refte
du monde ,
J
La terre en tous endroitsfe trouvera.
feconde, [fein,
Le coutre n'ira plus lui déchirer le
Lavignefans travail fera naiftre
le vin
Le bouvier aux taureaux dtant leur
atelage ,
Les laiffera courir libres de labou
rage ,
Et l'on ne verra plus , fur la laine é
clater,
96 MERCURE
Ces couleurs que de l'art on luy voit
emprunter.
La brebis dans nos prez ſe trouvera
parée ,
Fantôt de toifon rouge , & tantôt de
dorée ,
La pourpre d'elle même ornera les
Agneaux. C
C'est là cefiecle d'Or , qu'en roulant
leursfufeaux,
Les parques ont prédit à vos belles
années >
Sur l'immuable Arreft qu'onfait les
[ Dieux , deftinées.
Race de Jupiter, enfantfi cher aux
Heft temps d'accepter vos emplois
glorieux ,
Voyez cet univers que le poids de fes
crimes
Allaitprecipiterdans le fouds des abimes
,
D'aife
GALANT
97
D'aife cetUnivers nepeutfe conte
nir ,
Et tout fe réjouit de cefiecle à venir,
Le Ciel contentera pleinement mon
envie ,
Sijufqu'à ce beau fiecle il confervema
vie,
Et fi j'ay dans ce temps encore affezde
voix,
Pour chanter dignement vos glorieux
exploits.
Je ne crains pointqu'alors le Chantre
de la Trace ,
Ce Fils de Caliope en beaux Vers me
furpaffe ,
Ny que le grand Linus , Fils du bel
Apollon ,
Sur un fi baut fujet obfcurciffe mon
nom .
Si pour me furmonter dans ce noble
exercice ,
Nov.
1700.
I
98 MERCURE
Le Dieu Pan contre moy vouloit en-
'trer en lice ,
Quand même l'Arcadie en devroit
décider >
"Aux yeux de l'Arcadie il me devroit
ceder
[ mere,
Enfant dont la grandeur nous doit
eftre fichere ;
Témoignez en riant connoiftre vostre
Commencez d'appaiferpar un ris tendre
& doux,>
Les maux qu'en fa groffeffe elle a
foufferts pour vous.
Faites que cet air tendre un fouris
vous attire .
Ceux à qui les parens ne daignent
point fourire.
Jupiter de fa table àjamats les bannit,
Et Pallas pour toujours leur refuſe
fon lit.
#
GALANT
. 99
à
M' Antier qui a donné en
general les proprietez
de la
perfpective
dans ma lettre
du mois paffé , veut bien pour
contenter
les Curieux en don
ner quelque explication
convenable
à chaque proprieté ,
afin de ne pas laiffer les efprits
en fufpens , & de les porter
aimer cette fcience lorsqu'ils
en connoîtront
veritablement
l'utilité . Avant que de commencer
d'en parler , il eſt
bon de dire que dépuis que
l'on enfeigne la perfpective
,aucun
Ecrivain
n'ayant
encore
dit quel nom on donne-
I ij
100 MERCURE
aprés
roit à celuy qui fçait ou qui
enfeigne cette fcience , le
fieur Antier a creu
qu'il en a découvert la preuve
, qu'il étoit à propos de
faire porter le nom de Perf
pecteur à celuy qui fçait cette ,
ſcience , pour rendre familiers
lenom & la preuve qui juf
qu'icy ont paffe pour barba .
res. Il rapporte à ce fujet un
petit colloque qui ne fervira
pas peu à nous faire dévelo .
per cette fcience. Voicy ce
qu'il a dit la deffus .
Ce nom de Perfpecteur
étant reçû differemment de
GALANT.
t
chacuu a fait déja l'entretien
des plus beaux efprits . Un
Deffinateur
difoit dans une
affemblée que le fieur Reitna
avoit de l'efprit , qu'il faifoit
fortune , & qu'il étoit bien venu
chez les Grands , parce qu'il
fçavoit tres bien deffiner. Un
Pefpecteur
qui étoit
préfent
repera , il fait bien deffiner , it
faut donc qu'ilfçache la perspective
Le
Deffinateur le regardant
fierement luy dit ,
aparemmènt]
Mr , vous êtes de ces Perf
pecteurs du nom à la mode . Je fuis
bien aife de vous
detromper, &
de vousfaire
connoître qu'il n'est
I iij
102 MERCURE
pas befoin qu'un Deffinateurfea
che la perspective , puifque deffiner
, n'est autre chose que reprefenter.
Or il eft conftant qu'un
Deffinateurpouvant tres bien reprefenter
la nature , n'a pas befoïn
de cette fcience , puis que nous
voyons que plufieurs Peintresn'ont
pas voulu s'enfervir , & par con
fequent, vous ne devez pas nous
faire croire qu'ellefoit utile & ne
ceffaire. Le Perfpecteur voyant
que la rifée était prefteà tom
ber fur luy , répondit an Deffis
nateur , je vois bien , Mr, que ce
que vous dites tendànousfermer la
bouche , mais avant que l'on deci.
GALANT. 103
de qui de nous deux a raifon , il
faut queje vousexplique nettement
ce que c'est qu'un Perspecteur , &
ce que c'est qu'un Deffinateur .
Lefimple Perfpecteur eft celuy qui
voit & connoît la difpofition des
lignes vifuelles , & les fçait pla
cer dans fon deffein , par connoif.
fancede caufe. Le fimple Deffina
Leur ou copifte , eft celuy qui voite
place dans fon deffein des lignes vi
fuelles par imitation &fans con
noiffance
Le - Praticien Perfpecteur , eft
celuy qui voit , conncit trace
dansfon deffein des lignes vifuelles
par connoiffance de caufe.
1 iiij
104 MERCURE
S
Le bon Deffinateur , eft celuy
qui voit , connoîs & trace dansfon
deffein des lignes vifuelles , par
connoiffance de caufe , fçavoirpar
la perspectivefelon les définitions ,
le tout étant bien entendu , fi l'on
s'eft fervi juſqu'à prefent du nom
de Deffinateur préferablement à
celuy de Perfpecteur , ce n'a deu
être quepourfon excellence , puifque
nous voyons que dans fa defini.
tion , il renferme aufficelle du Perf
pecteur , mais voulant
par affec
tationignorer fes belles qualitez ,
on s'eft tellement accoustumé à le
ravaler , qu'au lieu de le traiter
comme il merite , on dit ouverte.
·
い
GALANT. ros
ment par une fauffe définition ,
qu'un bon Deffinateur n'est autre
chofe qu'un Copifte de bons def
feins Remettez dans vostre me .
moire , que le Perspecteur Pra
ticien , & le bon Deffinateur ont
toujours été de Compagnie , & que
fi vous voulez n'oublier pas qu'ils
font étroitement mariez enſembles
par une même définition qui leur
eft propre , noftre different fera
terminé, Ce quinous brouilloit venoit
feulement de ce que vous ne
les connoiffiezpas. Enfin , le Perf
pecteur auffi bien
teur,doit travaillerpar connoiffan
ce de cauſe , & ilfaut dire abfolu
que ·le Deffina.
106 MERCURE
ment que celuy qui n'entre pas dans
la maison par la porte eft un Lar.
ron & un Voleur. Ainfi celuy qui
n'entre pas dans le deffein par la
perspective , fçavoir par connoif.
fancede caufe ne pourra hardiment.
travailler d'invention &ne fera
jamais qu'un copiſte un Larron .
Aprés cela les enfans de qualiténe
doivent pasdire comme ilsfont tous
les jours fur ce qu'ils entendent
dire à des gens peu éclairez , qu'ils
ne veulent êtreque Deffinateurs ,
qu'ils n'ontpas besoin pour cela
d'aprendre la perspective . Fondez
fur ce beau raifonnement , ils pour
rotent continuer toute leur vie à def
GALANT . 107
finer, perfonne neles em¡ êche, mais
ils ne fçauront jamais rien faire
qu'ils ne foient , ou en preſence de
leur Maiftre , ou devant un bon
deffein Au contraire s'ils s'appli
quoient à la perspective , ils/gauroient
travailler bardiment, connoi.
trejufqu'aux moindresfautes quife
gliffent dans les ouvrages , & rendre
vaifon de leurfçavoir par conno
flance de cauſe.
Lefieur Antier continue
toûjours à donner des leçons
de cette fcience. Sa demeure
eſt au Lyon d'Or , ruë de l'E
chelle proche les Tuilleries.
Dans l'article que je vous
108 MERCURE
envoyay le mois paffé de M
Antier, l'Imprimeur a mis dans
ce qui eft marqué XVII . Nous
apprenons à faire toute forte
de roues, aulieu de , toute forte
de roures ; dans ce qui eft
marqué XVIII . Cartes Morines,
pour Cartes Marines ,
Vous voudrez bien faire
part à vos aimables Amies , de
la Chanfon que je vous envoye
.
2
7
GALANT
109
TS
S
AIR NOUVEAU .
BEaux yeux , pourquoy vous
ay je vús ?
Te vay perdre à jamais le repos
de ma vie :
Yous donne trop d'éclat à l'ai .
mable Silvie ,
Fuge de mon amour par mes regards
confus.
Ahi ne triomphez pas du feu qui
me devore,
Sans flater mon amour de quelque
doux espoir.
Que je payerois cher le plaifir de
vous voir ,
o MERCURE
Si je n'eftois aimé de l'objet que
j'ador!
Le Vendredy 12 de ce mois ,
on fit l'ouverture des audieno
ces à la Cour des Aides , aprés
une Meſſe baffe , où M le
premier Prefident le Camus ,
Mrs. les autres Prefidens , &
les Confeillers affifterent en
Robes noires à la maniere accouſtumée,
Enſuite on paſſa
dans la premier Chambre , où
aprés la lecture des reglemens,
concernant les Huiffiers , faite
par le Greffier , M' le premier
Prefident leur adreffant la pa
GALANT.
111
e
role , les exhorta à remplir
leurs fonctions & leurs devoirs
avec fidelité , exactitude &
application , s'ils vouloienc
meriter la prote & oin de la
Cour. Aprés cela , ce même
Greffier ayant fait lecture d'un
Reglement qui concerne les
Greffiers , & leurs Commis , il
leur recommandale definter . f
fement,l'application & la probité.
Les Reglemens concer
nant les Confeillers & les Gens
du Roy , ayant eſté lûs aprés
ces premiers , M ' le premier
Prefident prit la parole , & fit
un diſcours aux uns & aux au .
112 MERCURE
<res , qui roula fur l'obligation
indiſpenſable où le Magiſtrat
fe trouvoit de faire une continuelle
attention fur la perfonne
, fur la conduite , & fur fes
moeurs , pour parvenir à la
perfection de fon eftat.
Il fit voir que l'étude continuelle
fur luy même eſtoir une
des parties les plus neceffaires,
parce que fans cette étude on
tomboit dans l'erteur , qu'on
fe laiffoit prévenir par les paffions
, & qu'on ne pouvoit
parvenir à cette fcience parfaire
de juger les autres , fans
avoir auparavant fceu le juger
GALANT
113 ng
foy même, que cette connoiffance
de les défauts levoit une
infinité d'obſtacles , & nous
apprenoit à conduire les au
tres , quand on avoit appris a
fe
conduire foy - même ; qu'à
la verité il eftoit difficile de
parvenir à cette connoiffance
de foy méme que l'ignorance,
vengeance , l'ambition , la
prévention , & l'amour propre,
eftoient de puiffans feducteurs !
qui
obfedoient l'efprit , &
l'empêchoient de réfìfter à les
habitudes. Il finit par un riche
parallele qu'il fit des qualitez
des Juges qui fe trouvoient
la
Nov,
1700. - K
114 MERCURE
oppofez les uns aux autres,
l'honnefte de la douceur , de
la probité , de la moderation
de l'affabilité , de la prudence,
& de la ſcience, à la prévention,
àl'emportement , à l'aveugles
ment, à la pareffe & à la fureur
des follicitations , des cabaless
& des efperances trompeuſes
de la faveur. Tout cela fut acai
compagné d'une grace & d'u
ne éloquence merveilleuse qui
eft le partage de ce grand Map
giftrat , qui s'eft toûjours di
ftingué par un merite fingulier !
& par une affabilité , qui luy ont
attiré une eſtime univerfelle .
GALANT. n5
M'Delpeche l'un des Avo
cats Generaux , prit enfuite la
parole , & fon difcours qu'il
prononça avec tout l'agre
ment imaginable , roula fur
le méme fujet.
Il fit un portrait du coeur de
l'homme qui cherche fon éle
vation fur la ruine de ceux
qui luy font obftacle , & dit , qu
abandonné de fa raison dans
les emplois les plus importans ,
il neglige les roures qu'il doit
tenir , & n'a d'autre application
qu'à cenfurer les actions
& la conduite de ſes ſemblables
pour le donner un relief, &
Kij
116 MERCURE
pour le mettre en état de decider
de tout par luy même ; que
fa propre gloire l'empêchoit
de faire attention fur la conduite
, qu'enflé d'une ſcience
vaine , d'un faux merite , qui
n'étoit connu qu'à luy ſeul , il
s'abandonnoit
à tout ce que les
paffions les plus déréglées a
voient la force de luy infpirer ,
que negligeant les devoirs , &
les engagemens d'une profef
fion toute élevée , & qui ne
devoit avoir d'autre objet , que
la vertu , & la justice , il don
noit de terribles prifes fur luy
qui le rendoient méprifable au
GALANT
public, qui ne connoiffoit plus
les hautés Idées ; & la confide
ration qu'on devoit avoir pour
fa dignité.
Il ajoûta, que cette attention
ne confiftoit pas feulement
pour l'interieur, mais auffi pour
Fexterieur. Il fit un portrait de
certains magiftrats qui remplis
de leur merite , de leur fcience ?
& deleur experience , ne fe me.
nagoient point dans les follici .
tations , ni dans les occafions ,
ou il s'agiffoit d'examiner , ou
de jugerles affaires , qui compofez
, coleres, impatiens ou pre
venus , donnoient à connoître
1: 8 MERCURE
le fentiment de leur coeur. Il
donna desroutespour éviter ces
écueils, & fit voir qu'un Juge ne
devoit pas feulement étre fça .
vant ,& verfé dans la connoif.
fance du Droit & des Ordonnances
; mais qu'il devoit ſe
rendre acceffible , écouter avec
douceur, propoſerlesdifficultez
fans emportement , & decider
par les principes , eftre circon
fpect fans crainte , & patient
fans foibleffe. Il finit par l'és
loge qu'il fit de M' le premier
Prefident , & de Mrs fes Enfans,
& fit voir que l'on ne pouvoit
trouver de modele plus par
GALANT 119
fait pour la
Magiftrature ; &
que leur profonde érudition ,
leur application
laborieuſe
leur zele de la juftice , & leur
moderation
leur avoit acquisl'eftime
univerfelle du pu
blic.old
Dans le temps que l'on pro
nonçoit ! lles Harangues
la Cour des Aides , l'ouverture
du Parlement , fe fit en la mas
niere ordinaire. Elle comnien
ça par une Meffe folemnelle ,
qui fut celebrée pontificale
ment par M Bouthillier , Evêque
de Troye dans la Chapel .
le de la grande Salle du Palais;
120 MERCURE
& qui fut accompagnée d'une
excellente Mufique, de la com
pofition du S' Charpentier, M
de mufique de la Sie Chapelle.
-M le Premier Prefident , &
Mrs les Prefidens , le Pelletier
& de Crevecoeur , en Mortier ,
Epitoge & enfoururesd'hermine
, & quantité de M's les Con
feillers du Parlement , y affifte
rent en robes rouges. L'on entra
enfuite danslagrand'Cham .
bre, ou M' l'Evêque de Troyes
ayant pris la place à la gauche
de M'le Premier Prefident fur
les hauts Sieges , cet Illuftre
Chef du Parlement , luy fitun
compliment
GALANT. 121
compliment de la part de la
Compagnie , avec des termes
choifis , une politeffe , & une
éloquence qui charma l'Auditoire
, qui eftoit des plus
X
nombreux , Il s'étendit fur la
naiffance , la pieté , l'érudi
tion , le zele , la charité
& les autres vertus ; de ce Prelat,
fit voir qu'il réüniffoit dans
fa perfonne les rares qualitez ,
tant de de ſes Anceftres qui s'étoient
diftinguez autant dans
la Robe & la
Magiftrature ,
que dans l'Eglife , que
• que de M
l'ancien Evêque de Troye, fon
Oncle , dont il rempliſſoit la
*
Novembre 1700 . L
>
122 MERCURE
place. Il fit l'éloge de cet illuftre
Prelat , qui aprés avoir
paffé plufieurs années à remplir
les devoirs de l'Epilcopat ,
avoir fait une glorieuſe retrai
te , & procuré à fes Oüailles ,
un fi digne Succeffeur , qu'il
étoit rarede voir defemblables
exemples qui devoient eftre
fuivis par ceux, qui aprés avoir
confumé la meilleure partie
de leurs jours, à la gloire , aufalut
, & à l'avantage du public ,
fe trouvoient en eftat de jouir
d'une heureuſe tranquillité , &
de penfer férieufement à leur
falut. Il s'étendit fur le bon
GALANT. 123
ㄥˋ
heur des peuples , qui étoient
gouvernez par des Evêques ,
qui femblables à ces deux Prelats
, les édifioient par leur pieté,
par leur zele , par leur droi .
ture , & par leur humanité. Il
l'affura de la protection de la
Cour , & de l'estime qu'elle avoit
pour fa naiſſance , pour
fa pieté , & pour les autres rares
& fublimes vertus . M' l'Evêque
de Troye repondit à ce
Compliment par un autre des
plus éloquens. Il fit voir que
le choix que l'on avoit fait
de fa perfonne pour implorer
l'affiftance du Ciel par le plus
Lij
124 MERCURE
augufte de tous les Myfteres ,
à l'ouverture du Parlement ,
dans un jour auffi celebre ; luy
eftoit infiniment pretieux . Il
s'étendit fur la protection que
cette Illuftre Compagnie donnoit
aux Prelats de fon reffort
contre ceux qui par des chicanes
, & des procedures artifi .
cieuſes , s'efforçoient de fe fouftraire
de la Jurifdiction Ecclefiaftique
, afin de trouver l'impunité
de leurs dereglemens ,
& dit que cette jufteprotection
maintenoit la difcipline Eccle.
fiaftique.Cela fut fuivi d'un pa
rallele judicieux de la puiffance
GALANT . 125
temporelle & de la fpirituelle.
Il fit voir la neceffité & l'union
de ces deux puiffances pour le
bonheur des peuples , pour la
confervation de la pureté de
Religion , & pour l'execution
des loix . Il en fit
l'application
fur les chofes les plus memorables
du regne glorieux de Sa
Majefté , fes conqueftes , fes
victoires , fa moderation , ſa
pieté , & fa fermeté à foutenir
l'Eglife , abolir les herefies , les
fages Reglemens qu'il avoit
faits pour la pureté de la Foy ,
le
retabliffement de la difcipli
ne Ecclefiaftique , l'azile qu'il
Liij
126 MERCURE
donnoit à un grand Monarque
& la bonté paternelle qu'il avoit
pour les peuples. Ce Pre
lat fit enfuite une deſcription ,
du malheur & de l'incendie de
l'Eglife Cathredale de Troye.
Il fit voir qu'il falloit adorer
les ordres de la Providence ,
jufqu'à ce que la charité des fidelles
puft rétablir cerce Egli
fe , fe jetter à les pieds , demeu
rerdans la douleur & dans l'hu .
miliation , & eleverdansle coeur
un temple de larmes & de prieres.
H finit en adreffant là
role à Mile Premier Prefident,
& fir l'éloge de la profonde ca.
paGALANT.
127
pacité , de fon zele infatigable
à rendre la Juſtice avec la pureté
, & avec la ſuffiſance qu'il
tenoit hereditairement de fes
Hluftres Ancestres , dont il
rempliffoit fidignement la pla
Ge.
L'ouverture des Audiences
du Parlement le fit dans la
même grand'Chambre le Lun.
dy15. de ce mois. M'Jolly de
Fleury , qui est devenu premier
Avocat General par la promotion
de M Dagueffeau à la
Charge de Procureur General,
fir un beau difcours fur la fagef
fe que les Avocats devoienta
Liiij
128 MERCURE
voir pour objet dans l'exercice
de leur profeffion . Il en fit voir
les differens caracteres par
l'oppofition des qualitez contraires
,avec cette merveilleule
éloquence qu'il a herité de ſes
Illuftres Anceftres dont il occupe
la place avec un merite
diftingué , & une reputation.
univerfelle.
Mle Premier Prefident
prit enfuite la parole qu'il adreffa
pareillement aux Avo⚫
cars . Il fit voir qu'il étoit plus
juſte de leur faire connoiftret
les obligations indifpenfables
où ils fe trouvoient de remplir
GALANT. 129
tous les devoirs de leur profef
fion & de concourir au bien
de lajuſtice, que de leur donner
des preceptes pour l'éloquencè.
Il montra par de riches expreffions
& des ſentimens éle
vez , qu'ils devoient plutôt.
s'attacher à perfuader qu'à
plaire dans les difcours qu'ils
faifoient en public ; que l'étu
de la verité, de la vertu & de la
fageffe devoit être leur uni
que objet ; qu'il ne faloit point
fe prevaloir de les propres
lumieres
, qui fe trouvoient fou
vent inutiles ou funeftes, lors
que l'on n'avoit point la vertu
to MERCURE
dans le coeu¿r que la capacité
fans la probité n'attiroit ny
Feftime , ny la confiance ;
qu'elle produifoit au contrai
re de la défiance & du mépris.
Il ajoûta qu'ils devoient recevoir
avec reſpect &foumiffion ,
les avertiffemens qu'on leur
donnoit , pour les porter
perfection de leur état ; que
' étoit la marque infaillible de
la corruption du coeur quand
ils s'élevoient contre ceux qui
avoient droit de cenfurer les
vices &leségaremens, &quand
ils prenoient la verité pour une
injure , & ceux qui par fon
à la
GALANT:
IZE
moyen reprenent les deffauts
pour des ennemis Il invita enfuite
les Avocats à fe rendre
affidus aux heures qui leur
eroient marquées , & à ne point
faire perdre des heures & un
temps, confacré au public.Il les
exhorta d'écouter
avec honneur
les avertiffements
de
Mrsles Gens du Roy , de deferer
à leurs avis , de ne point
ſe revolter contre les apointemens
qu'ils propofoient
& que la Cour ne recevoic
qu'avec des formes & des regles
certaines, de ne point favo
rifer l'opiniâtreté
des mauvais12
MERCURE
Plaideurs , de n'agir que par
des principes d'équité , & de
juftice , d'ufer de moderation ,
de chercher la netteté & la
briéveté , de ne s'éloigner jamais
de la verité , de s'attacher
à la droiture , à la prudence &
à la probité. Il ajouta que
la
veritable habiilté confiftoit à
ne fe point fervir de fineffes
& d'artifice; que l'on ne devoit
point s'aplaudir pour de vaines
fubtilitez, ny infulter ſes Confreres
par des mines, des geftes
& des clameursin difcretes , mais
imiter la modeftie de ceux qui
les avoient precedez , qu'ils deGALANT
133
voient avoir pour butla raifon ,
la verité , la fageffe , & ne point
enviſager ces preceptes com .
me des fervitudes , puifqu'ils
n'étoientqu'honorables legers
&faciles , au lieu que la fervitu
de où le libertinage , la revolte
& l'irregularité entrainoient
l'efprit del'homme, étoit dure ,
difficile & pefante. Il joignit
à tout cela une infinité de beldes
reflections fur cette ma.
tiere , mais dans des termes
élégans & choifis , & avec des
expreffions riches & des fenti
mens élevez , formez par un
genie fuperieur , une étude &
$
134 MERCURE
•
une application continuelle
aux ſciences , à la fageſſe , à la
droiture & à l'amour qu'il a
toûjours fait paroistre de
rendre la juftice indiftincte
ment .
7
Il parla enfuite aux Procureurs,&
ils'éleva contre lesprocedures
multipliées & irregu
lieres , dont les frais confommoient
& ruinoient une in
finité des parties , menaçant
de punir avec feverité ceux
qui par un defir immoderé
d'établir leur fortune par une
conduite fi condamnable, fe
roient trouvez en contraven
tion.
GALANT 1:35
Les Avocats & Procureurs
prêterent enfuite les fermens
fur l'Evangile , que M' le Premier
Prefident leur préfenta,
fuivant l'ufage & la forme qui
s'obſerve depuis plufieurs fiecles.
Le Samedi 13. Novembre
l'Academie Royale des Sciences
fe raffembla , & ouvrit
fes portes au Public , felon
l'ordre qu'elle pratique. M
l'Abbé Bignon préfidoir à
l'ordinaire. Il fit commencer
la Séance par M' de Fontenel
le , Secretaire de cette Com
pagnie , qui luy rendit compte
.
136 MERCURE
de la continuation de la Me
ridienne , à laquelle M' Caffini
travaille par ordre du Roy.
Il y a préfentement 30. ans
qu'on entreprit ce travail le
plus utile pour la Geographic
& pour l'Aftronomie qui ait
jamais été proposé , & en
même temps le plus grand &
le plus magnifique. On prit
la Meridienne de l'Obfervatoire,
on la conduifit du cofté.
du Septentrion jufque par delà
Amiens , ce qui donna la me
fure de la terre , plus exacte &
plus feure qu'on ne l'avoit ja .
mais eue. Le deffein étoit de
GALANT. 137
tirer cette ligne à travers toute
la France , mais il fut interrompu
. Le Roy ordonna cet
Eté qu'on le reprift & M
Caffini eft allé du cofté du
midipour tirer la Meridienne'
jufqu'aux extremitez les plus
Meridionales de la France. I
eft prefentement fur les Con
fins de l'Auvergne , & du
Rouergue , toujours bien feur
qu'il ne s'eft pas le moins du
monde écarté d'une ligne qui
part de l'Obfervatoire. Enfuite.
Mr de la Hire dit qu'il avoit
obfervé dépuis quelques jours
des taches dans le Soleil où
Novembre 1700. M
18 MERCURE
l'on n'en avoit point vû de
puis fort long temps.
Mr.Dodart fit un difcours
tres curieux fur la formation
de la voix de l'homme. Il fic
voir qu'elle dépend entierement
de la Glotte , & que le
Diametre de cette petite fente
, qui n'eft que d'une ligne ,
doit recevoir actuellement
dans une petite étendue plus
de 7000. divifions , ce qui efe
au- deffus de tout ce que l'ima
gination peut fe reprefenter.
Mr Varignon parla de la
force qui fait tendre toutes
les Planet es vers le Soleil , co
GALANT. 1797
qu'on appelle leur Pefanteur
par rapport au Soleil. Il dé
montra
geometriquement
qu'elle devoit être cette force
pour faire décrire aux Planetes
les Orbes ovales qu'elles décrivent
; car ce ne font plus
des cordes comme les Anciens
& même les Modernes juf
qu'à ce temps cy , l'ont cru
Enfin Mr Méry fit voir ce
que devient l'Air qui entre
dans le fang par la reſpiration.
Il foutint qu'après avoir cir
culé avec le fang des Arteres,
ileft rapporté par les veines
dans le Ventricule droit du
Mij
140 MERCURE
coeur , d'où il va dans le Poumon
pour en fortir par la
Trachée , par où il y étoit entré.
Mr l'Abbé Bignon mefla
à fon ordinaire dans tous ces
diſcours fçavans , des reflec
tions qui les éclairciffoient , qui
les mettoient un peu plus à la
portée des Auditeurs , & qui
en même temps y jettoient de
l'agrément .
Le merite & les talens de
M' de Betoulaud vous font
connus. Vous fçavez qu'il fignale
fort fouvent par d'agreables
jeux d'efprit , l'amitié.
GALANT.141
་་
qu'il a voüée à Mademoiſelle
de Scuderi. Il a envoyé depuis
peu à cette illuftre Fille une
Orange merveilleuse qui eft
venue chez luy à une Terre
qu'il a auprés de Bordeaux :
Cette Orange eft d'une grof
feur extraordinaire , & a efté
produite en forme de couronne
antique , d'une maniere fi
particuliere & fi bien marquée
, qu'elle a paru un prodige
à tout le monde. M ' de Betoulaud
en a fait prelent à
Mademoiſelle de Scuderi , &
ce prefent a efté accompagné
de fort jolis vers , ce qui enga#
42 MERCURE
gea cette fçavante Perſonneà
prier Mademoiſelle Lheritier,
pour qui elle a une amitié dif
tinguée , de vouloir bien travailler
fur ce fujet. Mademois
felle Lheritier fit auffitoft le
Madrigal que vous allez lire ,
& il donna lieu à tous les au
tres que vous trouverez enfui
te.t
SUR L'ORANGE
COURONNE' E.
Envoyée par Mr de Betoulaud
à Mademoiſelle de Scuderi .
I Ecourdi de Berger qui juge a
Les Déeßes
,
GALANT. 143
De frivoles appas follement em
chanté,
Ne pus iamais avoir efté tenté
Par de glorieufes promeffes.
Sans goust pour le fçavoir ,fans
gout pour les vertus ,
Il donnala Pomme à Venus .
Damon de qui l'efprit , les beaux
Lovers , lafcience ,
Sont cheris de tante la France,
N'imilepoint Paris , &ſçait choi
fir bien mieux.
Maistre de la deftinée
De l'Orange couronnée,
Il confacre à Saphocefruit fipré
cieux.
Son équitable politeffe
4
144 MERCURE
Honerant les vertus & les dons
excellens
D'une Nymphe, qu'avec largef
Je
Les DiviniteZdu Permeffe
Ornerent de tous leurs talens ,
Voitfans ceffe applaudir un choix
plein de fageße.
De l'imprudent Berger qui mit en
feu la Grece ,
Le nom fera toujours odieux , de
refté;
Et celuy de Damon a jamais reſpecté.
Voici la réponse que Mademoiſelle
de Scuderi a faite à ce
Madrigal.
Sçavante
GALANT. 145
Sçavante Lheritier , dont l'esprit
eft charmant ,
Vous me loueztrop fortement.
Pourb en répondre à vos loüan.
ges
Ilfaudroit employer le langagedes
Anges ;
Mais je déclare fimplement
Que j'ay de vos talens une
grande idée ,
fort
Et que matendre eftime eſtjuſte&
bien fondée.
M' de Betoulaud ayant vû
les vers de Mademoiſelle Lhe,
ritier , ya fait cette réponſe .
Si j'ay mieux jugé que Paris ,
Quand mon Orange couron née
Nov. 1700. N
146 MªRCURE
Fut parmoy comme un digne prix ,
A l'illuftre Sapho donnée ;
Lheritier qu'un efprit charmant
Rendit fi brillante au Parnaffe ,
M'en a louéfi noblement ,
Avec tant d'art & tant degrace.
Que Paris luy même autrefois ,
Aprés avoir par preference
Fait de Venus le fameux choix ,
Eut une moindre recompenfe.
Mademoiſelle Lheritier a
envoyé cet autre Madrigal à
Mademoiſelle de Scuderi , fur
celuy de M' de Betoulaud .
Sapho ,fi monforble fuffrage
ADamon peut paroiftre un prix
GALANT. 1147
Plus glorieux encor que celuy qu' -
eut Paris,
Que j'applaudis au fort de mon
petit onvrage!
Jefeay que vofire Ami , galant &
gracieux ,
Me lone auec trop d'art , & trop
de politeffe,
Mais que je trouve precieux
Ce noble amour qu'il a pour les
dons du Permeſſe !
Son gouft exquis n'a , ie croy , point
d'égal.
Quoy que l'immortalité tente ,
NosBergets recevrojent d'une ame
"plus contente
Une Helene qu'un Madrigal,
Nij
48 MERCURE
Quandmême il partiroit de poftre
main fçavante .
En voici un autre de Made
moiſelle du Scuderi à M de
Betoulaud.
Voftre Madrigal eftgalans ,
Il eſt agreable & brillant ,
Et vous parlez avec iufteffe
De l'aimable Heritier comme d'u
ne Déeffe.
2.
La nuit du jeudi 7. d'Octo
bre , un peu aprés minuit , un
terrible coup de Tonnerre ,
fuivi de deux autres coups , fe
fit entendre. La Foudre alla
frapper le clocher de l'Eglife
GALANT 149
de Saint Pierre , Cathedrale
de Troyes , & mit le feu un
pié au- deffous de la Croix. Il
demeura un espace de tems
affez confiderable attaché au
faiſte , & ne parut durant prés
d'une heure que comme un
Flambeau , croiſſant peu à peu .
Il fe fit voir une heure aprés
comme une boule moyenne
quia deux pieds de diametre
en circonférence ; mais la flâme
groffiffant à mesure qu'el
le deſcendoit , le feu ſe montra
alors dans une large étendue
& dans une prodigieufe hauteur.
L'on employatous les fe
Niij
150 MERCURE
courspoffibles pour l'éteindre,
mais les efforts des feringues-
& des éponges furent inutiles,
& il fut impoffible d'en venir
à bout. Il brûla l'une des plus
belles & des plus hautes Flêches
que l'on puiffe voir , &
gagnant la ramée de l'Eglife ,
il la confuma entierement en
moins de douze heures: Les
Voutes ont été crevées en
plufieurs endroits ; fur tout
celle qui foûtenoit le Clocher
eft fort endommagée , & fait
voir de larges brèches qui ont
été faites par la pefanteur des
piéces de bois , & des barres
GALANT SE
de fer qui font tombées fur elle
Trois hommes montez fur ces
voutes pour éteindre les reftes
de l'incendie , furent écrasez
la nuit fuivante par une figure
de pierre élevée fur le pignon
du grand Portail , qui
tomba fur eux, & qui crevant
la voute alla fe brifer fur le pavé
de l'Eglife qu'elle enfonça
par le poids de fa chûte. Le
tonnerre avoit déja frappé
cette haute & fuperbe Flèche ,
& étoit tombé plufieurs fois
fur cette Eglife. Ily a trois ans
qu'il mit une vitre en pièces,
& fit quelque dégafts au Clocher.
N iiij
152 MERCURE
Je vous envoye un Sonnet
que Mr Maugard de Troyes
fait fur cet Incendie.
Clel! quel bruit fe répand dans
le vague des airs,
Quelfurprenant éclat faifit ma
foible veuë !
Dans un nuage en feu la Foudre
retenuë
Gronde tonne en Octobre , &
lance des éclairs .
Quel trait defeu traçanı mille cor .
cles divers ,
Part dufein enflâmé d'une brûlan .
te nuë ,
GALANT. 153
Etfrappe , en décrivant une route
connuë,
La cime d'un Clocher pour paffer
à travers?
Dufer & de l'airain les défenfi
ves lames
Servent d'un vain renfort contre
l'ardeur desflâmes ;
Tous cedealafureur du rapide Vul
cain:
Le feu confume enfin une Flêche
Superbe.
Tremble , Ambitieux , &redou▴
tez la main,
Qui détruit les Pala is &les rés
duit à l'herbs.
1
154 MERCURE
Vous me fçaurez gré de ce
que vous allez trouver icy .
C'est la copie d'une lettre
écrite a Maubuiffon fur la
mort de Mademoitelle de
Condé.
C
A MADAME
. ***
V
Ousvous intereffeztrop
Madame,à ce qui regar .
de la maifon de Condé , &
vous me demandez avec trop
d'inftance quelques particularitez
de la mort de S. A. S
Mademoiſelle de Condé, pour
vous refufer cette fatisfaction
GALANT. ISS
Je vous diray donc que le rare
merite de cette Princeffe
la fait regréter univerfellement
à la Cour & à la Villeg
mais à quel point ne l'eft elle
point de fes Domestiques, qui
font penetrez des bontez qu'
elle avoit pour eux ? Elle les
voulut voir tous quelques heures
avant que de mourir, & par
une humilité bien rare parmi
Jes plus parfaites , elle leur de
manda pardon & d'une mániere
fitouchante qu'il auroir
falu un coeur de bronze pour
ne pas fondre en larmes . Elle
expirale Samedy 23. Octobre
Y
156 MERCURE
entre 10. & 1. heures du foit.
Le Pere de la Tour , General
de l'Oratoire
, ne la quitta pas
un moment , les fix derniers
jours de fa maladie , qui a été
tres longue . Je lui ai oüi dire
qu'il l'avoit trouvée remplie
d'une pieté folide , qu'elle avoit -
fouffert les maux avec tant de
patience , & attendu la mort
avec tant de réfignation à la
volonté de Dieu , qu'il la regar
doit comme une Sainte . Huit
jours avant fa mort , M¹ le Curé
de Saint Sulpice lui porta
le Saint Viatique qu'elle receut
avec un reſpect , & une
GALANT. 157
devotion , qui répondoient
à fa vertu toute édifiante. Le
même jour , elle luy fit donner
pour fon Egliſe un habit.
magnifique qu'elle avoit eu
pour les Noces de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne ,
& qui avoit coûté plus de huit,
mille livres Elle diftribua enfuite
à fes domeftiques toute)
fa garderobe , & leur donna
aufli tout ce dont elle eftoit
maiftreffe de difpofer , & elle
en fit même le partage , dans
les vues d'une charité chre
ftienne , afin d'empêcher les
differens que ce
partage
158 MERCURE
auroit pû caufer entre eux.
Aprés cela elle ne voulut plus
oüir parler que de la mort &
de l'éternité , à laquelle elle
s'eftoit difpofee depuis longremps
, même pendant le fejour
qu'elle a fait à Aniêre ,
qu'elle a fanctifié en l'em .
ployant à faire faire plufieurs
Ornemens pour l'Eglife , & à
faire foulager les pauvres , fon
plus grand chagrin eftant de
ne pouvoir pas yfubvenir auffi
abondamment qu'elle l'au-'
roit fouhaité , quoi que Madame
la Princeffe qui la cheriffoit
fort tendrement , luy
a
GALANT 159
donnaft au- delà de ce qu'el
le luy demandoit. Le corps
de cette Princefle a efté porté
aux Carmelites de la rue Saint
Jacques , avec une pompe digne
de fa naiffance. Je ne vous
diray rien de la douleur de
Madame la Princeffe , n'ayant
point de termes affezforts pour
F'exprimer . Elle en eft inconfolable
, & il n'y a rien qu'elle
n'ait fait devant Dieu , & devant
les hommes , pour fauver
la vie de cette chere Fille. Elle
n'a rien épargné , ny prieres ,
ny aumônes, de forte que pendant
qu'elle eftoit à Aniêre ,
160 MERCURE
elle a fait donner au Curé de
Saint Sulpice cent trente cinq
Louis d'or pour les Pauvres ,
fans compter tout ce qu'elle a
donné pendant le cours de
fa maladie. Je fuis , Madame
, & c .
Quatre Galeres eftant for
ties du Port de Malte au commencement
du mois paffé ,
pour aller faire les courſes dans
les mers de Barbarie , le 8. Octobre
à la pointe du jour , la
Garde découvrit un gros Navire
par Sud- Est , auquel ayant
donné chaffe jufques à trois
GALANT. 161
heures aprés midy qu'on fe
trouva à la portée du Canon ,
elles reconnurent que c'eftoit
un Vaiffeau Turc qui portoit
environ.trente- cinq pieces de
Canon par bande & plufieurs
gros pierriers au Corps de garde
, furquoy le General Spino
la avec fon intrepidité ordinai
re, ayant fait reflexion qu'attendu
la fuperiorité de la grande
artillerie du Navire ennemy
, on ne pouvoit efperer au .
cun avantage fi l'on perdoit le
temps à le canonner , refolut
de l'aborder , & de s'en rendre
le maitre l'épée à la main avec
Νου , 1700 .
162 MERCURE
fes vaillans & courageux Chevaliers
, qui ne cherchent qu'à
verfer leur fang contre lesen.
nemis de la Foy. Cela fut executé
avec tant de vigueur , que
dés que la Galere Saint Louis
eur joint la Capitane & la Ma
giftrale , & que le General cut
fait faire le fignal de l'aborda .
ge , elles approchérent , quoy
que la Galere Sainte - Marie ,
qui eftoit plus pefante que les
autres , ne fuft pas encore arrivée.
Elle ne laiffa pourtant pas
d'arriver à temps pour jetter
du monde fur le Vaiffeau avant
qu'il le fuft rendu.La Capitane
GALANT. 163
& la Magiftrale commandées
par le Chevalier de Ricard ,En ,
feigne de Galere du Roy , &
celle de S. Louis commandée
par le Chevalier de Grogne ,
Sicilien , devoient aborder en
mêmetemps ; mais le vaiffeau
ayant orfé , évita l'abordage de
la Capitane qui fut obligée
de prolonger le flanc droit
du Vaiffeau , & d'en effuyer
tout le feu. Cependant la Galere
Magiftrale commandée
par le Chevalier Ricard qui
ne perdit pas un moment de
temps , aborda le Navire avec
une valeur extraordinaire . Le
O ij
164 MERCURE
Chevalier de la Javy , qui eft
le Lieutenant , & Frere du Capitaine
, les Chevaliers de
Trans , de Buffenville , de Damien
, & de Millaud , fauterent
les premiers fur le Vaiffeau.
Le Chevalier de la Javy.
fut dangereuſement bleffé. La
Galere Saint Louis avoit auffi
abordé , & le Lieutenant &
quatre autres Chevaliers furent
tuez. La Capitane qui
s'eftoit redreffée , fic fon
abordage , ainfi que celle de
Sainte- Marie , commandée
par le Chevalier Bentivoglio ,
Boulonois, & elles jettérent du
GALANT. 169
monde fur cette grande Sul
tane , en forte qu'on demeura
maistre de la couverte. Les
Turcs qui s'eftoient retirez
fous couverte fe défendirent
vigoureuſement, & avec beau
coup d'opiniâtreté , mais les
Chevaliers de Millaud , de Ligondez
, de Saint Germain
Beaupré , de Tianche , de Laf
cozia , Dom Louis Congalle ,
de Bouillon, & Dom Auguftin
Vergos,defcendirent avec une
intrepidité qui n'eft pas croya
ble , l'épée à la main , & fe rendirent
maiftre de la premiere
batterie. Les Chevaliers de
:
166 MERCURE
و د
Millaud & de Ligondez y fu
rent bleffez , & les autres Chevaliers
qui les ſecondérent
avec une égale valeur , ſe ren
dirent maistres du Vaiffeau.
Dix Turcs qui s'eftoient retirez
dans la Sainte Barbe avec
leurs méches allumées pour
mettre le feu aux poudres , ne
voulurent jamais fe rendre que
M' le General avec lequel ils
demandérent à capituler , ne
leur euft donné la Croix pour
ôtage. C'eſt une merveille que
que quatre Galeres ayent pû
prendre une fi groffe Sultane ,
qui eft une des plus belles du
GALANT. 167
Grand Seigneur. Tous les Ca
pitainesy ont fait des merveil
les , entre- autres M'le General
Spinola , Mle Chevalier de
Ricard , qui a invefti le premier,
& à qui le Grand Maiſtre
a promis la premiere Commanderie
de grace. Tous les
Chevaliers fe font fignalez, &
c'eftoit à l'envi les uns des autres
à qui pourroit fauter des
premiers.
CHEVALIERS MORTS .
De la Langue de France.
Le Chevalier Edme de Choi.:
feuil de
Chevigny.
168 MERCURE
Langue d'Italie.
Le Chevalier Dom Pietro
Paterno , Sicilien , Lieutenant
de la Galere Saint Louis.
Arragon.
Le Chevalier Don Emma,
nuel Espeletta , Navarrois.
Caftille.
Le Chevalier Don Laurenzo
Munnos.
Caftellenie d'Emp ofte.
Le Chevalier Don Jayme
Zamorra,
CHEVALIERS BLESSEZ.
Langue de Provence.
Le Chevalier Dominique de
Ricard de laJavy ,Lieutenantde
la
GALANT. 169
Galere Magiſtrale , Frere du
Capitaine de la même Galere ,
bleffé au vifage & au bras, d'un
coup de Moufquet & d'un
éclat de Canon .
Langue d'Auvergne.
Le Chevalier Michel de Lis
gondez , la cuiffe percée d'un
coup de Pierrier.
Langue de France.
Le Chevalier Charles de
la Luzerne , bleffe d'un coup
de Sabre à l'eſtomac , & d'un
coup de Moufquet au bras.
Le Chevalier Jean de Villeneuve
de Trans .
Novembre 1700. P
170 MERCURE
Langue d'Italie.
Le Chevaliet Don Joſeph
d'Alimena , Calabrois .
Gens de Cap. morts.
41
Un Bombardier.
Deux Mariniers.
Cinq Soldats.
Un Valet de Chevalier.
LeRoya donné à M¹le Nain,
Fils de Melfire Jean le Nain ,
Confeiller en la Grand'Cham,
bre , l'agrément pour la Char
ge d'Avocat General au Parle..
ment de Paris , qui eft demeurée
vacante par la nomination
de Mª Dagueffeau à celle de
1-
GALANT.
171
Procurear General. Sa Majesté
en luy accordant cet
agrément , luy dit, qu'elle con .
noiffoit fon merite perfonnel ,
& les fervices de fes Anceftres.
Il eft en effet d'une maifon ;
qui a toûjours fait profeffion
d'une vertu tres auftere & d'une
parfaite integrité. M' le
Nain,ſon Ayeul, eftoit Maiſtre
des Requeſtes , & Fils de Meffire
Jean le Nain , Confeiller
en la Grand'Chambre ; de
forte que M' l'Avocat General
eft le quatrième dans la Robe.
Dame Anne Legras la Mere ,
eft Fille de feu M' Legras ,
P ij
172 MERCURE
·
Maistre des Requeftes , & Da
meMarie le Ragois fon Ayeu
le , eftoit de la Famille des
le Ragois de Bretonvilliers ,
dont le dernier étoit Prefident
en la Chambre des Comptes.
M' le Nain de Beaumont qui a
laiffé de tres beaux ouvrages
fur l'Hiftoire Ecclefiaftique ,
eftoit Frere du Confeiller de
la Grand Chambre , & Oncle
de Mi le Nain , qui a un autre
Oncle Prieur de l'Abbaye de
la Trape. J'oubliois de vous
dire que ce nouvel Avocat General
a efté vingt trois ans
Avocat du Roy au Chafteler ,
·
GALANT
173
& depuis Confeiller au Parlement
dans la Cinquiéme des
Enqueftes. Il a brillé dans
Tune & dans l'autre de ces
Charges . M ' l'Avocat General
Portail eft fon Coufin:
M' Denots , Chef d'Efcadre
, a eſté pourven du Gou
<vernement des les Françoi
fes en Amerique , vacant par
la moit de M' d'Amblimont.
Le Cordon rouge de l'Ordre
de Saint Louis , qu'avoit ce
dernier , a efté donnéà M' le
Marquis de Nefmond , Lieurenant
General , & la penfion
Piij
174 MERCURE
qu'avoit m' d'Amblimont
, à
M' des Augers , ancien Capi
taine de Vaiffeau .
Le Roy a auffi fait la grace
à Mi de Monbron, Lieutenant
General de fes Armées , &
Gouverneur de Cambray , de
faire paffer la Penfion qu'il a
de deux mille écus , à Mle
Comte de Monbron fon fils ,
Colonel d'Infanterie .
Voici les Chevaliers de S.
Louis qui ont eu depuis peu
des Penfions.
M. Duquefne - Moſnier ,
M' de Lifle ;
Isool.
15001.
GALANT. 199
M'de Droüard ,
м de Baflan ,
1000 l.
1000l .
On a auffi donné les Pen
fions fuivantes dans la Marine.
3
M' de la Galiffonniere a eu ;
M' le Chevalier d'Arbouvil.
le
,
15001
.
1500 !.
1000 l.
Me le Marquis de Rouvray ,
Je n'ay pas les noms des
trois autres qui ont auffi eſté
gratifiez .
Mr de Treville , Abbé de
Montmirandé , dont le pere
eftoit Capitaine - Lieutenant
P iiij
176 MERCURE
des Moufquetaires fous le Re
gne de Louis XIII . eſtant decede
, le Roy a accordé cette
Abbaye à M' le Grand , pour
M' l'Abbé d'Armagnac fon
fils , & cela d'une maniere fi
obligeante , que ce Prince en
a efté plus touché que du
prefent que Sa Majeſté lui a
fait.
Dame Charlotte de Prie ,
veuve de Me Noël de Bullion ,
Marquis de Bullion , fieur de
Bonnelle , Confeiller du Roy
en fes Confeils , & Commandeur
de fes Ordres , mourut
ale 14. de ce mois âgée de
GALANT .
07
foixante & dix - huit ans Elle
eftoit foeur de Madame la Ma
refchale de la Mothe , & mere
de M' de Bullion , Prevost de
Paris , Gouverneur & Lieute
nant General pour le Roy en
fes Provinces du Maine , Per?
che & Comté de Laval.
a
M'de Bullion fon mari étoit
fils de M. de Bullion , Sur In
tendant des Finances , & frere
du feu marquis de monloüet,
Premier Ecuyer du Roy. Mas
dame de Bonelle qui vient de
mourir , étoit fort eftimée de
la Reine mere & de M. le Cardinal
Mazarin. C'étoit une
178 MERCURE
Dame de merite , qui a fort
brillé dans cette Cour là .
Meffire Pierre Henry This
bault de Montmorency - Lu
xembourg , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Nô
tr -Dame d'Ourfcamp , mout
rut le 23. de ce mois , âgé de
trente-leptans ou environ. Il
étoit fils du feu Maréchal Dud
de Luxembourg.la
Meffire Henry Lambert ,
Seigneur d'Herbigny , mare
quis de Tribouville , Con
feiller du Roy en fes Cons
feils , maistre des Requeſtes
ordinaire de fon Hoftel , cy
.
GALANT.
179
devant Intendant des Provin
ces de Champagne , Berry ,
Bourbonnois & Daufiné , &
Intendant General de la Marine
mourut le méme jour 28.
de ce mois âgé de foixante &
dix fept ans.
1.
Il y a déja quelque temps
que
Meffire Claude Hourlier,
Prefident à la Cour des Monnoyes
& Lieutenant General
au Bailliage du Palais , eft mort.
Il avoit été Lieutenant particulier
du Chafteler . C'étoit
une perfonne de diftinction
& de merite a qui le Roy & le
Parlement avoient confié plus
180 MERCURE
**
fieurs commiffions importanres
. M' Sanguiniere , Confeiller
au Chafteler , a acheté la
charge de Lieutenant General
au Bailliage du Palais , &
M' Chefnard , auffi Confeiller
au Chaſtelet , celle de Prefident
à la Cour des Monnoyes.
M' Delrieu , Maiftre d'Hô .
tel Ordinaire de la Maifon
du Roy , ayant émoigné qu'il
fouhaitoit vendre cette charge
, Mr de Vauvray , Intendant
de Marine à Toulon en
a obtenu l'agrément du Roy.
Lemor d'agrément fignifie en
GALANT:
181
cette occafion plus que permiffion
d'achepter , puifque
le Roy a fait fon éloge en luy
donnant cet agrément ; qu'il
luy a marqué qu'il étoit content
de fes fervices dans la Ma
rine , & qu'il luy a dit qu'il pres
tendoit qui continuaft à le ter
vir.
On a veu icy une lettre de
M' l'Abbé de Belnigan , Chanoine
de Saint Germain l'au
xerois , où font des marques.
fur l'aymant qui paroiffent cu
rieufes & utiles. Il dit que pour
obferver la veritable Inclinaifon
de l'aymant , il ne faut pas
182 MERCURE
placer le Meridien de la bouffole
d'Inclinaifon
fur une ligne
Meridienne , comme on l'a
fait julques à prefent , mais
qu'il le faut placer fur une ligne
de Déclinaison de l'aymant;
qu'on peut neanmoins obferver
cette Inclinaifon dans les
autres fituations de la bouffoule
pour comparer toutes
ces differentes Inclinaifons
les unes aux autres , & comparer
"aufli les differentes caufes
qui peuvent y apporter du
changement. Il promet le
moyen de faire ces obfervations
, même celle de la DéGALANT.
183
' ג
clinailon , exactement & fen.
fiblement avec des aiguilles
tres courtes. Enfin il avertic
que fi l'on faifoit toutes ces
obfervations dans la Machine
Pneumatique on pourroit
faire fur cette matiere de nou
velles découvertes . Pour cela
il fouhaiteroit que l'on changeaft
quelque chofe à cette
Machine & qu'on la preparaſt
exprés.
On vous a dit vray, Madame
, en vous diſant que M' le
Duc du Maine avoit achetté
la terre de Sceaux. Cette acquifition
convient bien à ce
184 MERCURE
3
grand Prince, qui étant natu?
rellement magnifique non
feulement foutiendra la dépenfe
neceffaire pour entre
tenir cette maifon qui en del
mande beaucoup , mais qui
pourra même encore l'embel
lir , quoy qu'il fuffiſe de la
bien entretenir pour avoir
une des plus belles & agrea
bles maifons que l'on puiffe
fouhaiter...
La mort de Nôtre Saint
Pere le Pape Innocent XII.
étant arrivée la nuit du 27 au
28. de Septembre , fon corps
fut expolé dans l'Eglife de
GALANT. 185
Saint Pierre jufqu'au Vendredy
au foir , premier jour d'Oc.
tobre , & alors en prefence
des trois Cardinaux du Palais&
des Creatures , il fut mis ha
billé en Chafuble , Mître &
Pallium , dans une Caiffe de
bois de Cyprés , avec une
bourfe de medailles d'or ,
d'argent & de metal à fes pieds.
On luy couvrit le viſage avec
des Voiles blancs & rouges ,
& on mit enfuite cette Caiffe
dans un coffre de plomb , où
étoient les Armes , fon nom
& lejour de fa naiſſance & de
fa mort. Le coffre de plomb
Novembre 1700.
Q
186 MERCURE
fut mis encore dans une autre
Caiffe de bois fort épuiffe , &
on l'éleva avec des poulies
dans le Tombeau de Marbre
que ce Pape avoit fait faire luymême
pendant la vie , & qui
eft placé au devant de celoy
de la fameufe Comteffe Mathilde.
Le même jour , les Ambal
fadeurs de France & de Venife
allerent en grand Cortege
haranguer le Sacré College
affemblé dans la Sacriftie de
Saint Pierre. Ceux de l'Empi
re & d'Eſpagne n'y allerent
point à cauſe qu'ils ne font
GALANT. 187
pas en Public . Le Cardinal
de Bouillon ne s'y étant point
trouvé , le Cardinal Acciaioli
, Sous - doyen répondit aux
Harangues des Ambaffadeurs.
Le (Cardinal, de Bouillon n'a
paru qu'une fois dans les
Chapelles qui fe font tenuës
tous les matins pour les Ob
feques. Il s'y trouva le jour que
le corps du Pape fut porté ca.
proceffion de la Chapelle du
Vatican dans l'Eglife de Saint
Pierre. On a tenu chez luy tou
tes les aprés dinées la Cons
gregation des trois Chefs d'or,
dre touchant les affaires de
Qij
188 MERCURE
l'Etat Ecclefiaftique. Celles
qui n'étoient pas de la derniere
importance ſe ſont re
glées par la déciſion de ces
trois Cardinaux , mais les autres
ont été feulement diſcutées,&
on les a decidées le lendemain
au matin dans la Con
gregation Generale qui s'eft
tenue dans la Sacriftie de
Saint Pierre. Les Cardinaux
ont êlû le Procureur Ceneral
des Servites pour Confeffeur
du Conclave , & les Signori
Cinibaldi & Lancifi pour Medecins
Monfignor Palavicini
a étécontinuté Gouverneur de
GALANT. 1891
4. du même
Rome pendant le Conclave
& Monſeignor Borghese a
été fait Gouverneur du Cons
clave, dont les Cellules furent
tirées au fort le
mois, Les Obfeques du Pape
finirent le 8. par une grande
Chapelle ardente , élevée an
milieu de l'Eglife de S. Pierre,
& par fon Oraifon funebre
que l'Abbé Forteguerra prononça
en preſence de tout le
Sacré College & de toute la
Prelature. Le lendemain , lá
Meffe du Saint Efprit fut ce
lebrée par le Cardinal de
Bouillon , comme Doyen da
6
190 MERCURE
Sacré College. L'Evêque de
Lipari prononça enfuite le
difcours Latin De eligendofum
mo Pontifice , & cela fait , les
Cardinaux allerent en Proceffion
dans le Conclave , & la
plufpart en fortirent le même
matin. Il n'y eut que douze
ou treize Zelanti qui y eſtant
une fois entrez , n'en voulurent
point fortir. Les autres
qui s'en allerent chez eux ,
retournerent au Conclave vers
le commencement de la nuit .
Il y eut jufqu'à minuit liberté
d'aller leur rendre vifite dans
leurs Cellules . Le Cardinal
GALANT 191
4
Durazzo qui arriva le même
foir reçût dans les rues &
dans la place de Saint Pierre,
de grands applaudiffement du
Penple , qui le proclamojt
Pape par avance. Le Cardinal
de Bouillon n'entra au Conclave
que le 10. Il y dit la
Mefle , & communia tous les
Cardinaux enfermez , apres
quoy il leur fit un difcours
fur l'élection d'un Pape , Le
même jour , il y eut Scrutin ,
où le Cardinal Marefcotti egt
dix - fept voix de trente fix
Cardinaux qui eftoient alors
dans le Conclave . Depuis le
192 MERCURE
12. d'Octobre , les Scrutins
Lont efté tantoft en faveur du
Cardinal Albano , tantoſt du
Cardinal Coloredo. Le premier
a eu quatorze voix , & le
fecond en a eu jufqu'à dix-
-neuf; mais à travers tout cela,
on découvre que toutes ces
voix font pour le Cardinal
Marefcotti. Il y a pour luy
un parti confiderable , & qui
paroift fort uni. Cependant
les Cardinaux François qu'on
a voulu faire declarer fur fon
chapitre , ayant répondu en
general qu'ils ne donnoient
Fexclufion à perfonne , mais
qu'ils
GALANT.
193
qu'ils ne pouvoient auffi conclurre
en faveur d'aucun Cardinal
jufqu'à l'arrivée des au
tres Cardinaux François qui
eſtoient en chemin . Cette ré
ponſe a un peu rallenti la
chaleur du Parti qui vouloit
faire ce Cardinal Pape. Le 19:
d'Octobre le nombre des Cardinaux
enfermez dans le Com
clave eftoit de cinquante-un,
& on attendoit inceffamment
les Cardinaux Delvermé &
Archinto , qui manquoient
feuls des Italiens avec le Cardinal
Sachetti qui eſtoit toûjours
indifpofé. Le Cardinal
Novembre 1700. R
194 MERCURE
le Camus arriva le 20. & en
tra le lendemain aus Conclave.
Aprés vous avoir entretenuë
du dedans du Conclave ,
je ne dois pas oublier de vous
dire , que c'eft m'le Prince de
Savelli qui en eft Grand Maréchal.
Cette Charge eft he
reditaire dans fon illuftre mai.
fon , & lui donne l'autorité de
prendre connoiffance de tout
ce qui entre dans le Conclave
, jufques au moindre Billet.
Ce Prince qui eft auffi
Grand d'Eſpagne , a toûjours
apporté toute fon application
GALANT. 195
& tous ces foins a remplir
tres- dignement, ainfi que tous
fes Anceftres , une Charge de
cette confequence . Tant que
le Siege eft vacant , il fait fa
demeure dans le Conclave ,
appellé le Palais Vatican .
On fait Garde tout à l'entour,
& pour cela , ce Prince a fous
fes Ordres quatre à cinq mille
'hommes , dont il peut difpo.
fer abfolument. Il nonime
tous fes Officiers jufques au
Colonel General , & il ne fort
de fon appartement qu'au
bruit des tambours , & des
fanfares. Il eſt entouré de
Rij
196 MERCURE
Gardes Suiffes , & marche avec
tout l'éclat que demande cette
premiere Charge ; auffi eft.il
fort aimé , & refpecté dans
Rome , tant à cause de fa
naiffance & de fon merite
perfonnel, que par les grandes.
dignitez dont il a toûjours
efté revêtu : Sa Maifon eft
tres noble & tres ancienne ,
& Chiaconius , qui a fait la
Vie des Papes , dit qu'il y en
a eu plufieurs de ce nom , &
un tres grand nombre de Cardinaux.
Il y a eu auffi quantité
de Saints de cette famil .
le. On trouve dans le marti ,
GALANT. 197
rologe des Chevaliers qui fu
rent tuez au Siege de Malte
, l'action celebre de Frere
Pompée de Savelli de Rome,
qui fe jetta dans un trou pour
découvrir la mine que faifoient
les Turcs à ce Siege.
Ily fut tué l'an 1365 .
Parles Lettres du deuxieme
de ce mois , le Parti qui veur
élever le Cardinal Marefcetti
au Pontificat fe foûtenoit toujours
, & pour donner lieu de
s'expliquer à une faction qu'il
croyoit oppofée à fon exaltation
, il s'cft avifé de donner
dans les Scrutins , au Cardig
R iij
198 MERCURE
nal Coloredo toutes les voix
qu'avoit euës jufques alors le
Cardinal Marefcotti ; dans la
vûë que ceux qui eftoient en;
core moins portez pour luy
que pour le Cardinal Marefcotti
, donneroient leur voix à
l'exaltation de ce dernier ; c'é
toit alors le deffeins des Zelan.
ti, qui,bien qu'ils n'ayentpoint
de Chef , ne laiffent pas d'ètre
fort unis. Leur Faction a
même efté renforcée par quel
ques Cardinaux des dernieres-
Promotions. Les Cardinaux
Cantelmi , & Imperiale, creatures
d'Alexandre VIII. fe
GALANT 199
font détachez de la Faction
du Cardinal Ottobon , & fe
font auffi joints aux Zelanti,
On croit même que le Car
dinal Albano en a fait autant.
Le Cardinal Altieri ne demeure
attaché à la Faction
qu'autant qu'elle n'eft pas oppolée
aux creatures de Clement
X. c'est à dire , aux Car
dinaux Carpegna, Mareſcotti,
Nerli , & Spada. Le Cardinal
Barberin ne pense qu'à faire
fon Oncle Pape , & il ne fui-
Vrada Faction d'Ottobon que
quand il verra qu'il n'y aura
plus d'efperance de réuflir.
R iiij
200 MERCURE
Quant aux creatures du der
nier Pape , ces Cardinaux
n'ont point de Chef, & l'on
croit que s'ils ne peuvent fai
re Pape quelqu'un d'eux , ce
qui ne peut regarder que les
Cardinaux Noris , Moriggia ,
Rodołowic , del Vermé &
Sperelli , ils fe débanderont ,
& que chacun ira du côté què
fon inclination luy fera choi
fir . Voilà le plan du Conclave
quant à prefent. Il peut avoir
changé , ou peut changer du
jour au lendemain , puis qu'il
manquoit encore au Concla
ve , quand ces nouvelles font
GALANT. 100
venues , des Cardinaux Fran
çois , Espagnols & Allemand.
Peut- eftre même que le Pape
fera élû avant que vous rece
viez cette Lettre.
M² Feuillet, Maître de Dan
fes , vient de donner au public
deux Danfes nouvelles de M
Pecour , gravées , comme il en
a déja donné pluſieurs autres .
L'une eft le Paffe pied nouveau;
& l'autre , la feconde Nouvelle
Mariée. On a appellé ainfi
cette derniere , par ce qu'elle
n'eft proprement que la fuite
de la Nouvelle Mariée , qui
102 MERCURE
elt du Ballet de la Mafcara:
de , & que m' Feüillet a déja
pris foin de faire graver . Ceux
qui ne pourront déchiffrer
les Danfes gravées auront recours
à fon livre de la Choregraphie
, qui leur en donnera
la parfaite connoiffance . Les
Maîtres à Danfer des Provinces
& des Cours Etrangeres,
qui voudront avoir des Ballets
ou autres Danfes fur quel
qu'Air ou fur quelque mou
vement que ce puiffe eftre ,
n'auront qu'à lui envoyer leurs
Airs notez , & il leur envoye
ra - les Danfes ou Ballers qu'ils
GALANT.
203
?
auront fouhaitez , écrits &
compofez dans le gouft que
les Airs demanderont .
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Jeu de
Cartes. Voici les noms de ceux
qui l'ont expliquée dans fon
vray fens
>
Mrs Francour
de la ruë S. Sauveur ; l'Abbé
Guyart du quartier S. André,
de la Lucaziere de la Place de
Greve ; la Chine de la ruë
Dauphine ; l'Abbé de S. Do ,
minique , le P. Prouvanfal de
Mante fur Seine, Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye , le Pere
Boilleau , &fon Amy le Guef
200 MERCURE
Quant aux creatures du der
nier Pape , ces Cardinaux
n'ont point de Chef, & l'on
croit que s'ils ne peuvent faire
Pape quelqu'un d'eux , ce
qui ne peut regarder que les
Cardinaux Noris , Moriggia
,
Rodolowic , del Vermé &
Sperelli , ils fe débanderont ,
& que chacun ira du côté que
fon inclination luy fera chor
fir. Voilà le plan du Conclave
quant à prefent. Il peut avoir
changé , ou peut changer du
jour au lendemain , puis qu'il
manquoit encore au Concla
ve , quand ces nouvelles font
GALANT."
venues , des Cardinaux Fran
çois , Efpagnols & Allemand.
Peut-etre même que
le Pape
fera élû avant que vous rece
viez cette Lettre.
M Feuillet,Maître de Dan
fes , vient de donner au public
deux Danfes nouvelles de M
Pecour , gravées , comme il en
à déja donné plufieurs autres.
L'une eft le Paffe pied nouveau,
& l'autre , la feconde Nouvelle
Mariée. On a appellé ainfi
cette derniere , par ce qu'elle
n'eft proprement que las fuites
de la Nouvelle Mariée , qui
102 MERCURE
elt du Ballet de la Mafcara
de , & que m' Feüillet a déja
pris foin de faire graver. Ceux
qui ne pourront déchiffrer
les Danfes gravées auront recours
à fon livre de la Choregraphie
, qui leur en donnera
la parfaite connoiffance . Les
Maîtres à Danfer des Provinces
& des Cours Etrangeres,
qui voudront avoir des Ballets
ou autres Danfes fur quek
qu'Air ou fur quelque mou
vement que ce puiffe eftre ,
n'auront qu'à lui envoyer leurs
Airs notez , & il leur envoye
ra - les Danfes ou Ballers qu'ils
GALANT.
203
=
écrits &
auront fouhaitez
compoſez dans le gouft que
les Airs demanderont.
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Jeu de
Cartes. Voiciles noms de ceux
qui l'ont expliquée dans fon
vray fens Mrs Francour
de la ruë S. Sauveur ; l'Abbé
Guyart du quartier S. André,
>
;
de la Lucaziere de la Place de
Greve la Chine de la ruë
;
Dauphine ; l'Abbé de S. Do.
minique ; le P. Prouvanfal de
Mante fur Seine , Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye ; le Pere
Boilleau , & fon Amy le Guef
204 MERCURE
pin. Mademoifelle Angeli
que , Fille de Tamirifte de la
ruë de la Cerifaye ; Mademoi
felle Hebert , Veuve ; le fidelle
Amant de l'aimable Javotte
du Perron du May ; le fidelle
Efclave de l'Engageante Mademoiſelle
Mongin , de la ruë de
la Harpe ; les Nouveaux Mariez
du marché aux poires ; la
toute aimable Mademoiſelle
Dupain prés S. Paul ; la nounouvelle
Dragonne de la ruë
de la Perle , la Mufe de Saint
Gevras ; Geneviève à la belle
voix de la rue Comteffe d'Artois
; la vieille Pie du defert ; la
GALANT. 205
charmante Brune de la rue de
d'Ourfine , Fauxbourg Saing
Marcel , les Indifferentes de la
rue de la Monnoye , & de Saint
Martin ; la Mere trop tendre
de la même ruë ; la jeune des
neuf Mufes du coin de la ruë
de Richelieu ; la charmante
Brune des Galleries du Louvre
; la Belle Flamande de la
ruë Saint Guillaume ; Cecile
de la rue de l'Arbre - fec
&fon Compere de la ruë du
Roulle.
W
L'Enigme nouvelle que je
yous envoye eft de M' Mou206
MERCURE
cherean Gentilhomme de
Leon en Baſſe Bretagne.
ENIGM E.
Tous les Eftres vivans mettent
leur induſtrie
Apouvoir conferver &prolonger.
leur vie.
Moyfeul, ennemy de monfort ,
Je bâtis monfepulcre &travaille
à ma mort.
Vous ferez fans doute con
rente de l'Air que je vous en.
voye.
GALANT. 207
AIR NOUVEAU.
Ris , vous m'ordonnez de
boire ,
Et vous medéfende de vousparler
d'amour:
A Bacchus loin de vous je fçay
faire ma Cour ,
Mais auprés de vous je fais,
gloire
De fçavoir mieux aimer que
boire.
Voicy la fuite du Journal
du voyage de Fontainebleau .
Le Jeudi 21. Octobre
t
208 MERCURE
i
Monfeigneur fit chanter à fa
Meffe un Motet du fieur Bernier
Maistre de Mufique de
Saint Germain l'Auxerrois
qu'il avoit entendu en particulier
quelques jours auparavant.
lly eut Chaffe du Cerf
avant deux heures , ' où Mef
feigneurs les Princes le trou .
verent & le foir il y eut des
Appartemens chez Monfeigneur.
Le Vendredi 22. l'on chanta
à la Meffe du Roy le Motet
du fieur Bernier , qui fut
fort applaudi de ſa Majefté.
Monfeigneur , & Monfei,
GALANT. 209
gneur le Duc de Bourgogne
coururent le Loup , & le Roy!
alla tirer aprés fon dîné. Le
for à fix heures , il y eut dans an
Galerie des Cerfs une répetition
des trois derniers Actes
de l'Opera d'Hercule & d'Om
phale, du freur Deſtouches .
Le Samedi 23. le Roy en
tendit à fa Meffe pour la fes
conde fois le Motet du jour :
précedent , & en parut encore
plus fatisfait. Madame la Ducheffe
de Bourgogne accom
pagna l'apréfdinée Sa Majef
té à la Chaffe du Cerf. Le foir
les Comédiens repreſenterent
Nov. 1700. S
210 MERCURE
l'Iphigenie de M' Racine , &
le Cocu Imaginaire de Mo
liere. L'on receut à minuit la
nouvelle de la mort de Made.
moifelle de Condé.
Le Dimanche 24. le Roy
alla tirer aprés fon dîner.
Monfeigneur & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , quine
fortirent point , entendirent
far les cinq heures dans la Ga
lerie des Cerfs,un Te Deum de
la compofition du fieur Ber
nier, executé par toute la Mu
fique du Roy , qui fut trouvé
d'une grande beauté . Mon.
feigneur témoigna fa fatisfac
GALANT. 211
tion au fieur Bernier en des
termes fort obligeans.
Le Lundi 25. Le Roy ny
Monfeigneur ne fortirent de
la journée. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes fes Fre
res coururent le Cerf. Les Co.
médiens repréſenterent le foir
le Menteur de M Corneille
l'Aîné , &les Allard , celebres
Sauteurs , firent enfuite des
chofes étonnantes.
Le Mardi 26. Monseigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup .
Meffeigneurs les Ducs d'Any
Sij
212 MERCURE
jou & de Berry allerent voir
voler du côté de Moret. Le
Roy alla tirer à deux heures .
Le foir il y eut dans la Galerie
des Cerfs une répétition de
l'Opera d'Hercule & d'Omphale
, à laquelle Madame la
Princeffe de Conty aſſiſta .
Le Mecredi 27. le Roy ac
compagné de Monfeigneur
& des Princes , courut un
Cheureüil avec les Chiens de
M' le Comte de Toulouze?
Le foir les Comédiens
reprefenterent
la Tragedie des Ho
races de M' Corneille l'Aîné,
& l'Eté des Coquettes
du ſieur
d'Ancourt
GALANT 213
Le Jeudi 28: Monfeigneur
& Monseigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup ?
Le Royalla tirer avant deux
heures , & n'en revint que
tard à cauſe du beau temps.
Sa Majesté entendit pendant
fon fouper une partie de l'O
pera d'Hercule & d'Omphale ,
du fieur Deftouches , & en
fut fort fatisfaits.
LeVendredivingt-neuf mon
feigneur le Duc de Bourgo
gné & Madame allerent dés
neuf heures du matin à la
T
Chaffe du Loup , Le Roy
accompagné de madame la
210 MERCURE
l'Iphigenie de M ' Racine , &
le Cocu Imaginaire de Mo
liere. L'on receut à minuit la
nouvelle de la mort de Made.
moiſelle de Condé.
.
Le Dimanche 24. le Roy
alla tirer aprés fon dîner.
Monfeigneur & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , quine
fortirent point , entendirent
far les cinq heures dans la Ga
lerie des Cerfs ,un Te Deum de
la compofition du fieur Ber
nier, executé par toute la Mu
fique du Roy , qui fut trouvé
d'une grande beauté. Mon.
feigneur témoigna fa fatisfacGALANT.
211
tion au fieur Bernier en des
termes fort obligeans..
Le Lundi 25. Le Roy ny
Monſeigneur ne fortirent de
la journée. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes fes Freres
coururent le Cerf. Les Co
médiens repréſenterent le foir
le Menteur de M Corneille
L'Aîné , & les Allard , celebres
Sauteurs , firent enfuite des
chofes étonnantes.
Le Mardi 26. Monseigneur,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup.
Meffeigneurs les Ducs d'An
Sij
212 MERCURE
jou & de Berry allerent voir
voler du côté de Moret. Le
Roy alla tirer à deux heures .
Le foir il y eut dans la Galerie
des Cerfs une répetition de
l'Opera d'Hercule & d'Omphale
, à laquelle Madame la
Princeffe de Conty affifta .
Le Mecredi 27. le Roy ac
compagné de Monfeigneur
& des Princes , courut un
Cheureüil avec les Chiens de
M' le Comte de Toulouze,
Le foir les Comédiens reprefenterent
la Tragedie des Ho
races de M' Corneille l'Aîné
& l'Eté des Coquettes du fieur
d'Ancourt
GALANT: 213
་
Le Jeudi 28 : Monseigneur
& Monſeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup?
Le Roy alla tirer avant deux
heures , & n'en revint que
tard à cauſe du beau temps.
Sa Majefté entendit pendant
fon fouper une partie de l'O
pera d'Hercule & d'Omphale ,
du fieur Deftouches , & en
fat fort fatisfaits, and mo
LeVendredi vingt- neuf Mon?
feigneur le Duc de Bourgo
gné & Madame allerent dés
neuf heures du matin à la
Chaffe du Loup , Le Roy
accompagné de Madame la
214 MERCURE
Ducheffe de Bourgogne , cou
rut le Cerf. Le foir l'on chang
ta au fouper de fa majeſté une
autre partie de l'Opera d'Her
cule & d'Omphale , du ficur
4
d'Eftouches.
Le Samedi 30. il y eut deux
chaffes de Cerf; l'une pour
le Roy, & l'autre pour Monfeigneur.
Monfeigneur le Duc
de Bourgogne,& Meffeigneurs
les Princes fes Freres coururent
avec Sa Majefté , & мa
dame avec мonfeigneur, Les
Comediens reprefenterent le
foir la Tragedie de Mithrida
te de Racine , le fils de
?
GALANT 215
M' Poiffon y parut avec fuccés,
les Srs Allard donnerent enfuite
un divertiffement de leur
façon.
Le Dimanche 31. il n'y eues
ny chaſſe ny autre divertiffement
, le Roy entendit les premieres
Vefpres de la Fefte de
de tous les Saints dans la Chapelle
en bas. Il avoit donné
le matin avant la мeffe , Audiance
à Mr Zinzendorf Envoyé
de l'Empereur.
Le Lundy premier Novem
bre , Fefte de tous les Saints
le Roy fit fes devotions à neuf
heures & demie dans la Cha
216 MERCURE
pelle des Mathurins , & tou
cha enfuite grand nombre de
Malades. Il retourna à onze
heures à la grand' мeffe , &
dina à fon grand Couvert .
Il entendit l'aprefdîuée le Sermon
du Pere Maure , Preftre
de l'Oratoire , & les Vefpres
chantées par la muſique de Sa
Majefté , qui furent fuivies de
celles des Morts. Il nomma
enfuite aux Benefices vacans,
& donna l'Evêché de Bayonne
à m' l'Abbé du Rivau de
Beauzau , Neveu & Grand-
Vicaire de m' l'Evêque de
Sarlat , qui a travaillé avec
r
?
un
GALANT. 217
ungrand fuccés àla converfion
des nouveaux Catholiques .
L'Abbaye de Bonnefons ,
Diocefe de Cominge à Mr
l'Abbé de Candeau , Frere de
M' de Candeau , Gentil homme
de la manche de monſeigneur
le Duc d'Anjou .
Le Prieuré de la Vaudieu,
Diocele de Clermont à мadame
d'Angenes.j
Un Canonicat de la Sainte
Chapelle de Vincennes à M
de Mefferiger Vicaire de Vincennes.
Un Canonicat de Peronne à
M' de la Porte , preftre du lieu .
I Nov.
1700.
218 MERCURE
2 Le Canonicat d'Avennes àm'
Hannegard, Preftre du lieu.
L'Abbaye des Chanoineffes
d'Andeleau , Diocefe de
Tréves à Madame Flaixeland,
qui a eu tous les Suffrages de
la Communauté.
Le Mardi 2. Monseigneur
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup.
Le Roy alla tirer avant deux
heures. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qui avoit fait
le matin fes devotions , alla
l'apreſdînée à Moret .
Il y eut le foir des Appare
temens chez Monfeigneur.
A
GALANT. 219
Le Mercredi 3. Fefte de S.
Hubert, il y eut grande chaffe
du Cerf. Les Comediens reprefenterent
le foir la Tragedie
de Rodogune de M' Corneille
l'aîné , & le Mariage
forcé de Moliere , & les Allard
entre les deux pieces firent
de nouvelles Scenes à
leur maniere.
Le Jeudi 4. il y eut encore
chaffe de Cerf, où Monfeigneur
& Monſeigneur le Duc
de Bourgogne coururent avec
Sa Majefte. Le foir , Monfeigneur
entendit dans la Galerie
des Cerfs pour la premiere
Tij
220 MERCURE
fois Opera d'Hercule &
d'Omphale du fieur Deftou .
ches.
Le Vendredi 5. Monfeigneur
&Monfeigneur le Duc de Bourgogne
coururent le Loup , &
Meffeigneurs les Ducs d'Anjou.
& de Berry allerent à la chaſſe
du Cerf Le Roy alla tirer
avant deux heures. Le foir il
y cut des Appartemens chez
Monfeigneur.
Le Samedi fixieme il y
cut chaffe du Cerf , où Madame
la Ducheffe de Bourgogne
accompagna Sa мajefté.
Le foir , les Comediens
GALANT. 221
repreſenterent le George
Dandin de Moliere , & le
Grondeur.
Le Dimanche 7. le Roy
alla tirer aprés fon difner.
Monſeigneur ny Meffeigneurs
les Princes ne fortirent point
de la journée ; il y eut le foir
des appartemens chez Mon
feigneur.
.
Le Lundy 8: le Roy accom²
pagné de Monfeigneur , & de
Meffeigneurs les Princes , courut
un Chevreül. Le foir les
Comediens repreſenterent
l'Amphitrion de Moliere , qui
fut fuivy de quelques Scenes
Tiij
222 MERCURE
nouvelles des Allard.
9. Le Mardy 9 Monfeigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent leLoup.
Le Roy apprit à midy que
Charles 11. Roy d'Espagne
eftoit decedé à Madrid le premier
jour de ce mois , à deux
heures cinquante minutes
aprés midy , dans le tems que
l'on commencoit à concevoir
quelque efperance de fa guerifon.
En effet , il s'étoit au
tant bien porté la veille de fa
mort qu'on le pouvoit fouhaiter
, & tous ceux qui étoient
dans le Palais , s'étoient don
1
GALANT. 223
né des marques de leur joye
les uns aux autres ; mais le
lendemain fa tefte s'eftant
trouvée attaquée , il perdit la
parolequelque tems aprés.Son
Teftament fut buvert dans le
Confeil de Caftille. Il appelle
premierement Monfeigneur le
Duc d'Anjou à la fucceffion
entiere de toute la monarchie
d'Espagne . Il luy fubftitue
Monfeigneur le Duc de Berry,
& à leur deffaut , il déclare
l'Archiduc Charles d'Auftri
che , fecond fils de l'Empereur
, fon heritier univerfel , &
aprés luy Monfieur le Duc de
Tiiij
224 MERCURE
-
Savoye. Ce Monarque a declaré
pour Regens du Royaume.
Tot
La Reine Douairiere d'Ef
pagne.
ཝཾ ཀ ॰ ས, ༦ ཏྠ
Le Cardinal Portocarrero .
Dom Manuel Arias , comme
Gouverneur ou Prefident
du Confeil de Caftille.
Le Duc de Montalto, com
me Prefident du Confeil d'A
ragon.
Don Baltazar de мendoça ,
comme Grand Inquifiteur.i
Le Comte de Frigiliana ou
d'Aquilar , comme Confeiller
d'Etat.
GALANT. 225
Le Comte de Benevente, en
qualité de Grand d'Espagne.
La Reine n'a que la voix
dans ce Confeil.
Les Exilez furent rappel
lez aprés la mort du Roy ,
fuivant l'ufage étably en Efpagne
de les rappeller aprés
la mort des Rois.
Ileft à remarquer que Char
les II . eft le fixiéme Roy, d'Ef
pagne mort au mois de Nov.
& que le 21. Octobre il
parut
fur Madrid à midy une gran
de Etoille fort brillante du
côté de France , dans le tems.
que le Soleil eftoit encore en
236 MERCURE
fa force , & fort lumineux .
Si toft que le Roy apprit la
mort de ce Monarque , il envoya
chercher Monfeigneur le
Dauphin qui eftoit à la Chaffe ,
& lors qu'il fut venu , y tint un
long Confeil avec ce Prince , &
avec les Miniftres , dont les refolutions
ont efté tenues filecretes
, qu'il a efté impoffible à
toute la France d'en rien penetrer,
jufqu'à ce qu'il ait plû à S.
de le declarer elle - même..
Le Mercredy 10. il y eut
chaffe du Cerf , où Madame
la Ducheffe de Bourgogne
accompagna Sa Majefté. La
GALANT. 237
comedie qui devoit être jouées
le foir fut contremandée , 82
les Comediens congediez a
caufe de la mort du Roy d'Ef
pagne . Il arriva ce jour- là un
Courier de la Regence de
cette Monarchie .
"
Le Jeudy 11. Monfeigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent leLoupi
Le Roy alla tirer. Le Marquis
de Caftel - Dos Rios , Ambaf..
fadeur d'Espagne , eut ce jourla
audience particuliere de Sa
Majefté , dans laquelle il luy
donna part de la mort du Roy
fon Mailtre. Monfeigneur , &
228 MERCURE
Monfieur le Marquis de Torcy
furent prefens à cette audien
ce où le Teftament du Roy
d'Eſpagne fut lû . On vit ce
jour- là des Lettres de quelques
Elpagnols, qui portoient
que la douleur d'avoir perdu
un auffi bon Prince que leur
Roy , eftoit bien foulagée par
l'efperance d'avoir Monfeigneur
le Duc d'Anjou pour
leur Maiftre ; qu'on n'avoit jamais
rien tant fouhaité à Madrid
, que d'y voir regner un
Prince de France ; que l'on
comptoit bien en Eſpagne que
le Roy ne refuferoit pas cette
GALANT. z2g
Couronne pour fon petit Fils ,
& que la Regence
y avoit deja
pris la refolution
de fufpendie
pendant
quelques
Semaines
.
le deuil du feu Roy , dés que
le nouveau
Monarque
entre
roit dans les Etats d'Espagne ,
pour donner au peuple la li
berté de fatisfaire leur joye , &
leur zele. Le Roy tint le foir
confeil où Monſeigneur
le
Dauphin
affifta. Il y eut enfuite
Appartement
chez ce
Prince.
Le Vendredy 12. Monſeigneur
& Monfeigneur le Duc
de Bourgogne coururent en-
1
230 MERCURE
bo
core le Loup dés le matin. Il
y eut chaffe du Cerf l'apreſdînée
pour Sa Majesté , où l'accompagnerent
Madame la
Ducheffe de Bourgogne , Ma
-dame , & Meffeigneurs les
Ducs d'Anjou & de Berry.
Monfeigneur & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , aprés
avoir pris le Loup , vinrent
joindre le Roy à la chaffe du
.Cerf.
5. Le Samedy 13. il y cut encore
chaffe du Cerf pour Sa
Majefté , où Monfeigneur
&
Monseigneur
le Duc de Bourgogne
le trouverent
ſur la fin
·
GALANT. 231
du jour , aprés avoir couru le
Loup.
Le Dimanche 14. Monfeigneur
, Monfeigneur le Duc
de Bourgogne & Meffeigneurs
les Princes allerent dés le matin
a la chaffe du Loup , & le
Roy tira l'aprefdînée,
Le Lundy 15. le Roy partit
de Fontainebleau à neuf heures
& un quart , & arriva à
Verfailles à quatre heures &
demie , aprés avoir changé
trois fois de relais . Monfieur ,
Madame , & Monfieur le Duc
de Chartres , qui partirent en
même tems allerent coucher
32 MERCURE
à Paris . Monſeigneur le Duc
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne , Madame la Duchefle
, Madame la Princeffe
de Conty , & Madame la Ducheffe
du Lude , allerent dans
le Caroffe du Roy. Monlei.
gneur alla coucher à мeudon
.
Le Roy en arrivant à Verfailles
, apprit par l'Ambaſſadeur
d'Espagne que fon Ex.
cellence eftant à Neubourg
à moitié chemin de Fontainebleau
, chez м ' le Comte
de Saint Majol , où elle avoit
couché le 14. elle avoit reçû
GALANT. 233
la nuit un Courrier de la
Regence d'Espagne , avec une
Lettre pour Sa Majesté , que
cet Ambaffadeur luy rendit.
Cette Lettre eftoit datée de
Madrid du
3.
"
de ce mois , &
portoit qu'elle avoit écrit à Sa
Majefté le jour de la mort du
Roy d'Espagne , pour le prier
de vouloir bien leur accorder
Monſeigneur le Duc d'Anjou
pour Roy , conformément au
Teftament de SaMajefté Cath .
dont ils luy apprenoient en
même temps la mort , mais
que comme le jour du decés
Novembre 1700. V
234 MERCURE
C
de ce Monarque , ils eftoient
tout occupez de leur douleur
, & des affaires preffantes
qui demandent beaucoup
de foins dans ces funeftes
momens , ils ne croyoient pas
avoir affez marqué à Sa Ma
jefté avec combien d'ardeur
ils fouhaitoient qu'elle leur accordaft
Monfeigneur le Duc
d'Anjou pour Roy , ny l'avoir
affés inftamment priée
de leur envoyer ce Prince
ce qui les obligeoit à redou
bler leurs inftances pour le demander
à Sa Majesté.
Le mardi 16. le Roy eſtane
GALANT; 235
entré dans fon Cabinet aprés
fon lever, fic appeller l'Am .
baffadeur d'Espagne , & luy
declara en particulier l'ac
ceptation qu'il avoit faite de
la Couronne d'Efpagne pour :
Monfeigneurs le Duc d'Ane
jou & mit ce Prince à fa
droite , & en même temps il-le,
fit paffer dans le fecond Cabinet
où eftoit ce Prince avec
Mónſeigneur le Duc de Bourgogne
& Monfeigneur le
Duc de Berry. L'Ambaffadeur
à qui Sa Majesté le
fenta , le falua à genoux , &
luy baifa la main , & un mopre
Vij
236 MERCURE
ment aprés il fortit du Cabi
net , & retourna dans le Sal
lon. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & Monfeigneuro
le Duc de Berry embraffes
rent alors Monfeigneur lei
Duc d'Anjou , & ils rentré
rent tous trois avec le Roy
dans le Cabinet du Confeil ,
dont Sa Majesté fit ouvrir àl
l'inftant la porte des deuxi
côtez. Auffi toft beaucoup der
perfonnes de confideration
& des Miniftres étrangers enti
trérent dans le Cabinet , & >
le Roy leur declara que Monfeigneur
le Duc d'Anjou étoit
GALANT. 237
Be
Roy d'Espagne , & fit appel
ler pour la feconde fois l'Am
baffadeur , qui entra fuivi des
fon Fils aîné & de plufieurs
Espagnols. Le Roy luy dit ,
en luy montrant Monſeigneur
le Ducs d'Anjou , Monfieur ,
Salucz voftre Roy , Aufli toft
Ambaffadent fe jetta à fes
pieds , & luy baifa la main
syeux remplis de larmes de
joye , & s'eftant relevé , il fit
avancer fon fils , & les Ef
pagnols de fa fuite qui en fi
rent autant . Il s'écria alors
Quelle joye ! il n'y a plus de Pi.
renées , elles font abimées ,
les
238 MERCURE
nous ne fommes plus qu'un. voë
L'Audience coul fut com.l
duit un moment aprés l'End
voyé de l'Empereur pour
faire part à fa Majefté de la
naiffance d'un Fils du Roy des
Romains , obligea le Roy!
d'Efpagne avec meffeigneurs
fes Freres , & l'Ambaffa
deur d'Espagne de paffer dans
le fecond Cabinet . Si tôt
que cette Audience fut finie,
le Roy fit avancer le Roy
d'Espagne , & ils fe mirent en
marche pour aller à la Meffe.
Le Roi luy donna la main
droite le long des Appartes
GALANT. 239
mens , & dans la Tribune , &
pouffa fon Carreau à côté, par
ce qu'il n'y en avoit point
pour le Roy d'Efpagne . Les
deux Rois revinrent de la
Meffe dans le même ordre , &
S. M. laiffa le Roy d'Efpagne :
dans le grand Appartement ou
il fut falué de toute la Cour, cet
Appartement luy ayant été
deftiné pour le refte de fon
fejour en France Monfeigneur.
le Duc de Bourgogne le vifita
dans fon Cabinet , & Monfeise
gneur le Duc de Berry le vifita
pareillement. Onlay fervit
à diner dans le grand Ca
249 MERCURE
biner , où il fut traité de la
même maniere que le Roys
par Mr le Duc de Beauvilliers,
en qualité de premier Gentil .
homme de la Chambre , les
Maitre d'Hôtel portant le bâ
ton, & la Nefétant fur la table,
& l'on demanda à boire pour a
le Roy d'Espagne. Aprés s'étre
repofé quelque temps dans
fon petit Cabinet à la fortie de
table , il alla à Meudon voir ;
Monseigneur avec le même
nombre de Gardesque le Roy,
commandez par un Lieutenant
que le Roy mit aupres
de luy, Monfeigneur le reçût .
dans
GALANT. 241
dans la Cour à la defcente du
Carroffe , & le conduifit dans
fon Appartement. Il le reconduifit
a fon Carroffe , &
ne rentra point qu'il ne fuſt
parti ; enallant & en revenant
les Gardes Françoiſes & Suiffes
eftoient fous les armes
dans l'avancour , & les tambours
battoient aux Champs.
Le Roy d'Espagne à fon reretour
à Versailles , rendit vifi
re a Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & ſe retira jufqu'au
fouper dans fon Appartement.
Adix heures lorſque le
Novembre 1700. ~ X
240 MERCURE
2
binet , où il fut traité de la
même maniere que le Roys
par Mr leDuc de Beauvilliers,
en qualité de premier Gentil.
homme de la Chambre , les
Maistre d'Hôtel portant le bâton,
& la Nefétant fur la table,
& l'on demanda à boire pour
le Roy d'Eſpagne. Aprés s'étre
repofé quelque temps dans
fon petit Cabinet à la fortie de
table , il alla à Meudon voir
Monfeigneur avec le même
nombre de Gardesque le Roy,
commandez par un Lieutenant
que le Roy mit aupres
de luy, Monfeigneur le reçût
dans
GALANT 241
dans la Cour à la defcente du
Carroffe , & le conduifit dans
fon Appartement . Il le reconduifit
a fon Carroffe , &
ne rentra point qu'il ne fuft
parti ; en allant & en revenant
les Gardes Françoiſes & Suiffes
eftoient fous les armes
dans l'avancour , & les tambours
battoient aux Champs.
Le Roy d'Eſpagne à fon reretourà
Versailles , rendit vifi
te a Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & fe retira jufqu'au
fouper dans fon Apparrement.
Adix heures lorſque le
Novembre 1700. X
242 MERCURE
Maistre d'Hôtel eut averti le
Roy que la viande étoit fur
table , Sa M. envoya avertir
le Roy d'Elpagne , & l'attendit
à la portede la Galerie , le
conduifit à la table , le fit af
fcoir à fa droite dans un fauteül
, & aprés le fouper ils:
rentrerent dans le fallon , &
le Roy le reconduiſit juſqu'à
la fortie de fa chambre. Le
Roy d'Elpagne fit donner le
bougeoir à lon coucher à fon
Ambaffadeur.
Le 17. au matin , Monſeigneur
le Dauphin vint de
Meudon , ce Prince rendit
GALANT 243
vifite au Roy d'Eſpagne dans
fon Cabinet. Il entendit la
Meffe avec les deux Rois , &
retourna dînerà Meudon. Sa
Majefté Catholique rendit la
vifite à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne qui la receut
à l'entrée de fon Apparte
ment , & le reconduifit au
même lieu. Le Roy d'Efpa
gne vit Madame la Ducheffe
dans la même matinée , & peu
aprés cette Princeffe luy rendit
vifite.
Vers le midy Monfieur
Madame , Monfieur le Duc de
Chartres , & Madame la Gran
X ij
244 MERCURE
de Ducheffe de Tofcane vinrent
voir le Roy d'Eſpagne .
Sa Majefté Catholique receut
Monfieur , & Madame prés la
porte de fon grand Cabinet ,
dans lequel le fit la vifite
enfuite elle alla dîner avec le
Roy à fon grand Couvert , ou
dînérent auffi Monseigneur le
Duc de Bourgogne , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
Monſeigneur le Duc de Berry
, Monfieur , madame &
Monfieur le Duc de Chartres .
Sur le foir , le Roy & la Reine
de la Grande Bretagne vinrent
voir Sa Majefté Catholi
>
GALANT. 245
que , elle receut leurs Majef
tez Britanniques à l'entrée de
fon Appartement , dans le
quel il y avoit trois fauteüils
égaux. La Reine de la Gran
de Bretagne occupa le fau
teuil du milieu , le Roy de la
Grande Bretagne celuy de la
droite , & le Roy d'Eſpagne
celuy de la gauche. Quatre
Dames de la Cour d'Angleterre
, & Madame la maré
chale de la Motte Gouver
nante des Enfans de France ,
eurent des tabourets . Sa Ma
jefté Catholique reconduifit
leurs Majeftez Britanniques au
x iij
246 MERCURE
hieu où elle les avoir reçûës !
M' le Nonce , M' l'Am
baffadeur de Venife , & Mrs
les Envoyez de Portugal , de
Suede , de Lorraine , & de
Tofcane , firent le 16. & le 17.
leurs complimens à Sa Majeſté
Catholique furfon avénement
à la Couronne d'Eſpagne.
Le 18 le Roy alla prendre
le Roy dropagne pour la
Meffe , ainfi qu'il avoit fait le
jour precedent , Sa Majeſté
Catholique donna la main
droite au Roy dans fon Appartement
, & Sa Majesté la
luy rendit avant que d'en ..
•
GALANT: 247
trer dans la Chapelle ; ce qui
fe paffa de mème au retour.
Le Roy dîna à fon petit Couvert
, & le Roy d'Efpagne au
fien ; Sa Majefté Catholique
fut fervie par M ' le Duc d'Aumont
premier Gentil homme
de la Chambre. Ce Prince
alla l'apreſdinée tirer des
Lapins , & fit faire une batuë
, le Roy alla tirer des Perdrix
dans fon Parc. Il y eut
grand Couvert au fouper, ainfi
que les jours precedens.
Le 19. le Roy d'Eſpagne
prit le grand Deüil en noir ,
le violet n'ft nt d'ufage qu'
x iiij
248 MERCURE
en France , & en Angleterre .
L'Ambaffadeur de Sa Majefté
Catholique ſe trouva au
lever de ce Prince auffi en
grand Deüil , & en manteau
traînant , & enfuite il paffa
dans l'Appartement du Roy,
& il eut l'honneur de faluer
S. M. Peu de temps aprés le
Roy, & le Roy d'Espagne allerent
enſemble à la Meffe , la
queue de S. M C.traînant d'u
ne aune & demie , fut portée
par м ' le Duc d'Aumont qui
fert auprés de ce Prince en
qualité de premier Gentil
homme de la Chambre du
Roy , juſqu'à l'antrée de la
GALANT. 249
Salle des Gardes , où il la
remit entre les mains de м²
le Comte de Druy , Lieutenant
des Gardes du Corps
qui fert auprés de Sa Majefté
Catholique. Ce Comte la porta
jufques dans la Tribune . Ce
qui fe paffa de la même ma
niere au retour de la Meffe.
Sur les cinq heures du foir
Monfieur le Prince de Galles
vint vifiter le Roy d'Eſpagne,
Sa Majesté Catholique le receur
en manteau à la porte
de fa chambre , le conduifit
juſqu'au milieu gardant toû
jours la main fur ce Prince , &
250 MERCURE
-
en fe couvrant elle le fit con
vrir. Le Prince de Galles pria le
Roy d'Espagne d'avoir toûjours
les mêmes fentimens
pour luy qu'il avoit eus juf.
ques alors , ce que Sa Majesté
de luy promit. La vifite fe
paffa debout , & Monfieur le
Prince de Galles s'eftant découvert
pour prendre congé,
le Roy d'Efpagne fe décou
vrit , prit la main fur luy , & le
reconduifit au lieu où il l'a
voit receu.
Le 20. le Roy d'Efpagne
allant à la meffe , la queuë de fon
manteau fut portée alternati
GALANT 25
vement par
་
le marquis de
Gefvres, premier Gentil hom.
me de la chambre duroy, & par
m' le marquisde Chaferon Lieu .
tenant des Gardes du Corps..
Le même jour , fur les fix
heures le Roy d'Elpagne ren.
dit vifite à
Monfeigneur
le
Duc de Berry , qui receut
Sa Majesté Catholique
l'entrée de fon Appartement
,
& la reconduifit au même lieu .
Le 21. le Roy prit le grand
Deüil en violet pour la mort
du Roy d'Espagne .
Le même jour , l'Envoyé de
Mantque fit fon compliment
à Sa Majefté Catholique.
252 MERCURE
Le 22. le Roy d'Espagne
alla au Manége , M' le Com
te de Brionne , Grand Ecuyer
de France en furvivance de
Mr le Comte d'Armagnac fon
pere , reçût Sa Majefte Catholique
,& M ' de Memont ,le plus
ancien des Ecuyers du Roy,
nomme par Sa Majefté pour
avoir la conduite des Exer
cices des Princes Enfans de
France , luy fit monter plu
fieurs Chevaux Enfuite le
Roy d'Espagne courut la Bague
, & les Teftes . L'Ambaf
fadeur & ceux qui eftoienc
prefens , admirerent la force
:
QALANT. 253
& l'adreffe de Sa Majefté Ca
tholique . Si- toft qu'elle fut
defcendue de Cheval , l'Ambaffadeur
s'en approcha , &
un genouil en terre , il lui dit,
SIRE , Vôtre Majesté est faite
pour eftre fur des Chevaux de
Triomphe , que Le Ciel luy faffe
la grace de s'en fervir toujours
avec autant d'adreffe , & avec
tous les fuccés poßibles , pendant
une infinité d'années.
Au fortir du Manége l'Ambaffadeur
d'Espagne qui avoit
dépefché un Courier à M
l'Electeur de Baviere pour luy
dire que le Roy avoit accepté
294 MERCURE
le Teftament de feu Sa Ma
jefté Catholique , & que Monfeigneur
le Duc d'Anjou étoit
declaré Roy d'Espagne , recûr
réponse de cet Electeur qui
luy mandoit que rien ne luy
eftoit plus agreable que cette
nouvelle, & ne pouvoit mieux
convenir au bon heur de l'Ef
pagne , & au repos de l'Eu
rope ; qu'il en avoit une ve.
ritable joye en fon particulier,
& que toute la Flandre en
alloit témoigner la fienne ;
qu'il envoyoit fes Ordres par
le méme Courier , à M' le
Comte de Monafterol fon
GALANT 255
Envoyé , qui fe trouvoit à
Paris , afin qu'il demandaft
Audience de Sa Majesté Catholique
pour luy tëmoigner
les fentimens où il eftoit , &
qu'il prioit fon Excellence de
le conduire en tout ce qu'il
devoit faire ; qu'outre cela ib
envoyoit M le Marquis de
Bedmar qui eft le Premier
aprés luy dans le Gouvernement
, & qui commande les
Troupes de Flandres pour
les Espagnols , pour compli
menter , & reconnoître le Roy
d'Espagne. M de Monafte
rol écrivit en mefme temps de
246 MERCURE
Paris à m' l'Ambaffadeur d'ES
pagne , que le 20. de ce mois
M'l'Electeur de Baviere avoit
fait chanter le Te Deum à Bru
xelles ; qu'il s'y eftoit trouvé
en Perfonne , & que fa Maifon
, & fa Garde avoient paru
dans la plus grande pompe ,
que fon Alteffe Electorale
avoit donné enfuite l'Opera ,
& ordonné des Feux de joye ,
& des illuminations .
ner ,
Le même jour , aprés le difle
Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des
Aydes , la Cour des monnoyes,
le Corps de Ville , & l'Univer
GALANT. 257
fité haranguerent Sa Majesté.
Catholique.Ils fortirent àdeux
heures aprés midy du lieu ou
ils s'eftoient affemblez , traverferent
la Cour en ordre
monterent par le grand Efca
lier , & fe rendirent à la chan
bre du Roy d'Espagne . Tou
tes ces Cours Superieures , &
Compagnies en Corps , & en
Habit de Ceremonie , furent
prefentées par M' le Marquis
de Blainville Grand Maiſtre
des Ceremonies , & par M'des
Granges Maistre des Ceremo
nies. le Roy d'Eſpagné lés
reçût en Manteau affis , &
Novembre 1700. Y
28 MERCURE
Couvert. Derriere le fauteuil
de fa Majefté Catholique , é
toit M' le Duc de Beauvilliers '
Premier Gentil homme de la
Chambre du Roy , en Mans
teau long , & à fa gauche M
le Marquis de Chafferon
Lieutenant des Gardes du
Corps.
A
M'de Harlay premier Prefident,
porta la parole au
nom du Parlement : Son dif
cours fut admité. Il eftoit de
cette énergie & de cette élo .
quence mâle dont ce grand
Magiftrar as coûtume d'ac
Compagner tout ce qu'il dit,
GALANT. 259
Il rendit à l'Eſpagne cette
Justice qu'il fçait rendre à
tout le monde . Il en fit l'é.
loge d'une maniere noble &
préciſe qui ne plut pas moins
aux François qu'aux Efpagnols.
Il fit des reflexions
auffi iuftes qu'obligeantes fur
le merite de M ' l'Ambaffadeur
d'Espagne , & il fit vee
amarquer à Sa Maiefté Catho
lique , que l'Espagne ayant
befoin d'un Souverain , avoit
ietté les yeux fur tout l'Univers
, & ne les avoit arrêtez
que fur duy feul.
Le Parlement fortit par la
Y
ij.
260 MERCURE
grande Galerie , & la Cham
bre des Comptes entra par le
meme côté que le Parlement
eftoit entré avec les mêmes
Ceremonies. M' de Nicolay
premier Prefident porta la
parole pour tout le corps. Il
parla d'une maniere noble
& digne de fa place & de fon
nom. Il fit remarquer au Roy
d'Espagne que la France dans
la joye qu'elle luy témoignoit,
fçavoit facrifier fon propre
intereft à celuy de Sa Majeſte ,
puis qu'elle ne pouvoit luy
cacher la fatisfaction qui luy
revenoit d'un avantage qui la
GALANT 25:1
privoit de la prefence d'un
Prince qui luy eftoit fi cher.
3 La Cour des Aides fuivit à
fon rang Mr le Camus premier
Prefident, parla avec cet
te raiſon & cette fageffe , que
tout le monde luy connoift.
La Cour des Monnoyes
vint enfuite , & Mr le premier
Prefident fit un difcours
delicat & de bon goût.
Le Corps de Ville entra
aprés avec les prefens ordinai
res qu'elle offrit à Sa Majefté
Catholique ; Mr le Prevoſt
des marchands parla au nom
de la Ville , & foûtint l'idée
262 MERCURE
33
qu'on a toûjours eu de fon ef
prit & de fon merite.
L'Univerfité
en Corps ter
mina cette grande ceremonie
: Mr le Recteur fit un dif
cours convenable à ſon eſtat ,
& proportionné au caractere
grave & folide de ceux au nom
de qui il parloit.
Le 23. M' le Comte de Mo
nafterol Envoyé Extraordi
naire de M l'Electeur de Baviere
au Roy d'Espagne , eut
audience publique de Sa Ma
jefté Catholique , il y fut con
duit par m' de Saintot Introducteur
des Ambaffadeurs. Il
GALANT. 263
"
eftoit en deuil & en manteau
crainant. Le Roy d'Espagne
enmanteau , le reçût à la ruelle
de fon Lit , affis , & couvert
de la même maniere que le
Roy reçoit les Envoyez. If
preſenta une Lettre de m ' l'Es
lecteur de Baviere , par la
quelle cet Electeur marquois
qu'il eftoit preft de recevoir
fes ordres. Sa Majefté Catho
lique alla au Manege peu de
tems aprés cette Audience , &
fit l'honneur à M l'Ambaſſa .
deur d'Espagne de le faire
monter dans fon Caroffe en y
allant , & à fon retour.
264 MERCURE
Le grand Confeil en Corps
& en Robes de Ceremonies
la harangua l'aprêdifnée de ce
mefme jour , M' de Vertha.
mon premier Preſident de ce
Corps porta la parole, & l'Academie
Françoiſe eut enſuite le
même honneur. Ils farent prefentez
par le Grand Maiſtre, &
le Maistre des Ceremonies. M
de la Chapelle Receveur Ge
neral des Finances de la Ro
chelle , porta la parole pour
l'Academie comme Directeur
de cette Compagnie , & dit
que le Roy d'Espagne avoir
plus de Royaumes que d'an-
1
nées.
GALANT. 265
nées. Il fut fort applaudi.
Sur les quatre heures du
foir le Roy d'Efpagne alla à
Saint Germain en Laye rendre
vifite au Roy , & à la Reine
de la Grande Bretagne, & à
Monfieur le Prince de Galles..
Sa Majesté Britanique reçût fa
Majefté Catholique à la porte
de la Salle des Gardes fur le
Grand Escalier , & la conduifit
à fon Appartement où il y
avoit deux Fauteuils ; le Roy
d'Espagne occupa celuy de la
droite , & le Roy de la Grande
Bretagne reconduifit Sa Ma-:
jefté Catholique à l'endroit où
Nov. 1700.
Ꮓ
Y
266 MERCURE
elle l'avoit reçûe , enſuite le
Roy d'Espagne alla chez la
Reine de la Grande Bretagne
elle le reçût à la porte de la
Salle de fes Gardes, & eftant
entrez dans l'Appartements,
ils s'affierent, fur deux Fau
reuils . LeRoy di Efpagne ayant
pris congé de la Reme , rendie
vifite à Monfieur le Prince de
Galles qui le reçût à la Salle
des Gardes , & le conduifit
dans fa Chambre où il
un Fauteuil
y avoit
la vifite fe paffa
debout , & fon Alteffe Royale
reconduifit
S. M. C. jufqu'à
fon Caroffe
, & la vie partir,
GALANT: 267
Les Envoyez de Danemark
& de Modene , & le Refident
, ont compli
de
Cologne
menté le Roy d'Efpagne.
Le 24 le Roy d'Eſpagne
vint à Paris rendre vifie au
Palais Royal à Monfieur , à
Madame , à Monfieur
le Duct
de Chartres
, & à Madame la
Ducheffe de Chartres. Monfieur
, & Monfieur le Duc
de Chartres
allérent recevoir
Sa Majesté
Catholique ,
qui fe promena
avec fon Alteffe
Royale dans la nouvel
le Galerie , & fur le Balcon
Z ij.
268 MERCURE
qui regarde le Jardin . Le Roy
d'Espagne revenant dans les
Appartemens , Madame le re.
ceut à la porte de l'anticham ,
bre de Monfieur. La vifite fe
paffa debout , enfuite de la
quelle , le Roy d'Espagne
ayant pris congé de Madame
quilrentra chez elle , alla chez
Monfieur le Duc de Char.
tres , & chez Madame la Ducheffe
de Chartres . Les vifites
fe pafférent auffi debout ,
& leurs Aiteffes Royales reconduifirent
Sa Maiefté Catholique
à fon caroffe , & la
virent partir. Le Peuple cria ,
GALANT. 269
-
Vive le Roy d'Espagne , dans
toutes les rues de Paris , par
lefquelles Sa Majesté Catho
lique paffa . Elle alla coucher
à Marly , où le Roi eftoit . Il
ne fe paffa rien de remarqua
ble le 25.
Le 26. M le Marquis de
Bedmar , General des Armés
de Flandre , Envoyé de M²
l'Electeur de Baviere , alla à
Marly, Sa Majeſté Catholi ,
que le receut dans fon Cabinet
, debour , & fans chapeau
. Le Marquis de Bedmar
le falua profondément à l'Eſ
pagnole , mit un genoüil à
Z iij
270 MERCURE
terre , & luy baifa la main.
Mr le Prince de Chimey , &
quelques Espagnols en firent
autant . Le compliment de
M' de Bedmar fut affez long,
& le Roy d'Espagne
y répon
dit de tres bonne grace.
On a fceu que tous les Of
ficiers de confideration qui
font dans les Places de Flan .
dre eftoient venus à Bruxelles
demander à M' l'Electeur
de Baviere permiffion de venir
faluer le Roy d'Efpagne ;
mais qu'il leur avoit dit de retourner
dans leurs Garnifons ,
& de n'en point fortit fans
ordre. D
GALANT: 277
لز
Si.toft
que le Roy
eut des
claré
Monfeigneur
le Duc
d'Anjou
, Roy
d'Espagne
, Sa
Majefté
luy dit de remercier
Dieu
de la grace
qu'il
luy
avoit
faite , & qu'il ne la de .
voir
qu'à
lui feul ; qu'il
alloit
regner
fur une Nation
fidelle
, & qui aimoit
beaucoup
fon Roy
; qu'il
devoit
eftre
bon
Efpagnol
, & fuivre
les
avis
de fes
miniftres
qui
eftoient
d'un
grand
merite
;
mais de
n'oublier
jamais
qu'il
eftoit
né
François
. On
me
peut
dire
davantage
en peu
de paroles
. C'eft
la maniere
Z
iiij
272 MERCURE
du Roy, s'il manque quelque
chofe à ce que je viens de rapa
porter , c'est que Sa Majesté
sexpliqua beaucoup mieux
que je neviens de faire , ne vous
ayant rapporté que les pen.
fees , & non les termes dont ce
Princes'eft férvi .
Le Roy a fait auffi connoît
tre à Sa Majesté Catholique
tout le merite de l'Ambaffadeur
d'Espagne qui eften cete
te Cour , & luy a dit que fes
graces ne pouvoient tomber
fur un Sujet plus digne , plus
zelé , plus fidelle , & plus honnefte
homme.
GALANT 273
Sa Majesté Catholique doit
partir le 4. de Decembre.
Je vous envoye une lifte ou
vous trouverez la route que
ce Prince doit tenir , les lieux
où il doit fejourner , & com ?
bien de temps il doit y demeurer.
DE VERSAILLES.
IA Chaftres .
24A Eftampes.
3 A Toury.
4 A Orleans.
s Sejour.
གྱུན་
6A Saint Laurent des Eaux,
274 MERCURE
7 A Blois.
8 A Amboife.
9 Sejour.
10 A Mantelan .
11 A Chaftellerault
.
Iz A Poitiers .
13%
14
Sejour.
15 A Lufignan
.
16 A MeЛle.
17 A Sain Jean d'Angely.
3
18 A Sainctes.
19 Sejour,
20 A Mirambau
.
21 A Blaye .
22 Sejour.
23.A Bordeaux.
GALANT. 275
24
25 Sejour.
26
27 A Langon.
28 A Bazas .
29 A Capejoux ,
30 A Rocquefort de Marfan :
31 Au Mont de Marfan .
32 Sejour.
33 A Tartas .
34 A Dax.
35 A Bayonne,
36
37
Seiour.
38 A Saint Jean de Lus:
39 Seiour
.
40 A Iron en Eſpagne.
276 MERCURE
Vous fçavez que le Roy a
nommé M le Controlleur
General , Miniftre d'Etat. Il
n'y a perfonne qui en voyant
la maniere dont мr de Cha.
millard fert Sa Majesté , &
les applaudiffemens qu'il reçoit
dans un employ 'où il eſt
difficile de contenter le Public
, ne fe foit attendu à ce
choix . Un miniftre fifage fous
un Roy jufte & pieux , peut
eftre d'une grande utilité à
l'Etat. Je fuis , Madame , vô .
tre , & c. .
AParis, ce 30. Novembre 1700 .
Les Villes qui voudront enGALANT
277
voyer des Relations de ce
qu'elles auront fait pour la reception
du Roy d'Eſpagne ,
n'auront qu'à les adreffer au
Sr Brunet Libraire , dans la
Grand' Salle du Palais , au mer.
cure Galant; elles y pourront
joindre les harangues qu'on
luy aura faites , & les autres
chofes de cette nature .
P
TABLE.
Relude.
Sonnet.
Prefent fait au Roy de trois Manufcrits
Arabes. SA
Paraphrafe. 27
Priere.
34
Reflexions morales.
36
Poëme.
Lettre de Lifbonne.
49
65
Autrefur la mort d'un Doguin.72
Morts.
Mandement.
79
82
Traduction de la quatrième EgloTABLE.
gue de Virgile.
89
Explication des proprietez de la
Perspective. 99
Fout ce qui s'eft paẞé à l'overture
des Audiences du Parlement .
de la Chambredes Comptes.
110
Ce qui s'eft passé à la derniere
Affemblée publique de l' academie
des Sciences .
335
Madrigaux.
140
Incendie arrivée à Troye $ 49
Lettre fur la mort de Mademoi
fellede Condé.
154
Combat de quatre Galeres de
Malte contre un Vaiſſeau
Turc. 160*
TABLE.
Agrément donné par le Roy à Mt
le Nain de la Charge d' Avocat
General.
Gouvernemens , Penfions & Be
nefices donnezpar le Roy, 173
Autre article de Monts
CHI
?
~376
Mr de Vauvray obtient l'agré
ment de la Charge de Maistre
d'Heffel ordenale du Roy 181
Remarques fur l'Aimant
181
Terre de Sceaux achetée par Mr
te Duc du Mayne.
Nouvelles de Rome.
183
184
Nouvelles Danfes gravées, 201
Article des Enignes,
Suite du
180.203
voyage
de Fontainebleau
, avec un
avec un Journal de
TABLE.
Versailles, depuis que Monfeia
le Duc d'Anjou eft re gneur
connu Roy d'Espagne.
9
207
Route que ce Monarque doit tenir
pour aller en Espagne. 273
Mr de Chamillart nommé Miniftre
d'Etat.
276
A &
Nov. 1700.
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Beaux yeux , pourquoy vous
ay je vús , doit regarder la
page 109.
L'Air qui commence par ,
vous m'ordonncz de boire
doit regarder la page 207.
511
m
1700.11
Eur 51122
1700,11
Mercure
<36616463080016
<36616463080016
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE
1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DCC .
Avec Privilege du Roy
Rayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui se trouvent dans
les Memoires
qu'on envoye
pour efire employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantité
A iji
AU LECTEUR.
de défigurez, eftantimpoffble
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1700 .
A Paix donnée par le
Roy n'eft pas nouvelle ;
mais comme la maniere
de la donner paroiftra
toujours une chofe auffi nou .
velle qu'extraordinaire , on en
parlera éternellement . C'eſt
A iij
6 MERCURE
ce qui m'oblige à vous en
voyer le Sonnes qui ſuit,
TV calmes l'Univers en
nant tes Exploits ,
bor
Prince auffi moderé que Heros in
vincible
,
Et ta grande Ame trouve un plais
fir plusfenfible
▲ le pacifier qu'à luy donner dés
www Loix.
Jufqu'icy triomphante , ou tran
quille à tonchoix ,
La France deformais affurée &
paifible ,
Aux tempeftes de Mars toujours
inacceffible,
J
GALANT! 7
Se rira des debats des Peuples &
dés Rois.
Te plaift il d'enchaîner le Démon
de la Guerre ?
Quel Titan oferoit réveiller ton
tonnerre ,
Quifrape fans obftacle. au gré de
tesfouhaits ?
Quand tu veux tepriver, au comble
de la gloire ,
l'on goûte au
Des douceurs que
fein dela Victoire ,
Tu relegues Bellone , & tu fixes
la Paix.
A iiil
8 MERCURE
Le Sieur Nafrallah Gilda ,
natif de la Ville de Damas en
Syrie , Medecin de profeffion ,
ayant fait preſent au Roy de
trois beaux Manufcrits Arabes ,
pour eſtre placez dans fa riche
& magnifique Bibliotheque, a
cru qu'il eftoit neceffaire de
donner une idée de ce qu'ils
contiennent dans leur tresgrande
rareté , & des peines
qu'il a euës à les découvrir .
Ces trois Manufcrits , auffi
rares qu'ils font curieux , renferment
une Religion , des
Loix , des Statuts , & des Ordonnances
dont on n'avoit
GALANT. 9
1
point entendu parler juſqu'à
prefent. C'eft la Religion des
Druzes , Peuples qui habitent
aux environsdu Mont - Liban ,
d'Alep , Egypte , & autres lieux
circonvoifins. On ne fçait pas
au jufte l'origine de cette Na
tion . Quelques - uns veulent
qu'ils defcendent des reftes
des François que Godefroy de
Bouillon mena avec luy pour
la conqueste de la Terre Sainte
, & qu'un de leurs Emirs ,
ou Princes , eft Parent des
Ducs de Lorraine. D'autres reprennent
leur origine de bien
plus haut , & difent au con10
MERCURE
traire, que les anciens Druides
des Gaules defcendent de
ceux cy. Quoy qu'il en foit , il
eft conftant qu'ils fe font toujours
diftinguez parmy les Nations
d'Orient , par leur maniere
de vivre toute fingulie
re , & par les grandes connoif
fances , qu'ils ont communément
des Sciences , de l'Aftrologie
& de la Magie.
Ils attribuent leurs Loix àun
certain Roy , qui a paru en
Egypte quatre cens ans aptés
le Prophete Mahomet, & veulent
que ce pretendu Roy foit
defcendu de la lignée d'Aly,
GALANT.
29
11
quatriéme Calife , ou Succeffeur
de Mahomet , Heros des
Schiaytes , qui eft la fameuſe
Secte des Perfans.
4
Entre quantité de chofes
qu'ils difent de luy , voicy ce
qui fe trouve de plus remarqnable
, qu'il s'est donné le
nom de Hâkim , c'eſt à dire ,
Souverain Juge ; ou comme ils
interpretent eux mêmes , celuy
qui a jugé & condamné
toutes les Religions ; qu'il a
fait mourir tous les chiens
d'Egypte ; qu'il s'eft reveſtu
d'un habit de laine noire pendant
fept ans qu'il a laiffé
12 MERCURE
croiftre les cheveux pendant
fept ans ; qu'il a fait enfermer
les Femmes pendant fept ans ;
qu'il a monté un Afne , fellé
d'une felle de fer pendant
fept ans ; qu'il en changeoit
par le chemin , & en montoit
d'autres en voyageant ; que
fa demeure eftoit fous la terre ;
qu'on y entroit par un grand
jardin , qui conduiſoit au lieu
fouterrain où il fe retiroit; qu'il
fortoit par la porte du jardin
pour traiter avec les hommes ,
& que perfonne n'entroit avec
luy dans fa caverne ; qu'il y
avoit à coté de ce jardin des
GALANT. 13
Femmes de mauvaiſe vie , &
toutes fortes de débluchez &
de déterminez. Qu'i a publié
de luy même qu'il eftoit unDieu
incarné , que la Divinité du
Tres haut avoit réfidé en luy,
& qu'il eftoit le Dies Eternel;
qu'il a traité tous les autres
Prophetes d'ignorans & de
beftes ; qu'il parcouroit l'Egypte
, qu'il s'arreftoit pour
entendre les Baladins & les
Charlatans ; qu'il prenoit plaifir
à voir les Lutteurs , à écouter
les chants & à le trouver
aux danfes ; que les Baladins
jouoient devant luy avec des
14 MERCURE
baftons & des fouëts , & qu'il
les obligeoit de parler de cho
fes obfcenes , & d'autres que
la bienfeance ne permet point
de nommer ; qu'il a détruit les
Mofquées des Mahometans ,
les Eglifes des Chreftiens , &
les Synagogues des Juifs ; qu'il
a maudit Mahomet , & tous
ceux qui le fuivoient , & qu'il
en auſé de même à l'égard des
autres Prophetes ; qu'il a aboli
le Jeune , la Priere , les Decimes
, les Pelerinages , & autres
Exercices de Pieté ; qu'il contraignoit
les Juifs & les Chre
ftiens , à force de coups de
GALANT.
IS
bafton , d'embraffer fa Religion
contre leur gré , qu'en,
fin eftant en colere contre les
hommes , & tres mécontent
de leur conduite, il s'eft retiré
dans fa grotte fouterraine , &
qu'on ne l'a plus vû depuis.
Ses Sectateurs , qui font ces
Drufes , l'attendent encore.
Ils debitent bien d'autres chofes
extraordinaires , qui furpalfent
l'imagination , dont il eft
parlé tout au long dans ces
trois Livres , on n'en a dit
qu'une fort petite partie. Mais
ce qu'il y a de plus curieux ,
ce font les Loix touchant le
16 MERCURE
Mariage , les Teftamens , &
fa feconde venue dans le monde
; fes opinions à l'égard de
la Refurrection
des morts , &
de la Metempsycofe , & comme
il s'explique fur la maniere
dont il traiteroit pour lors les
Juifs , les Chreftiens , & les
Mahometans, qui refuſeroient
d'embraffer ſa Religion , les
peines & les fupplices qu'il
établit pour cela , & autres
chofes qu'il feroit trop long
de rapporter en détail , à moins
que de traduire ces mêmes
Livres.
Il eft à remarquer que ces
GALANT. 17
Drufes s'efforcent de donner
un fens myftique & fpirituel
à la vie extravagante de ce
prétendu Legiflateur , qu'ils
foûtiennent eftre le veritable
Meffie contre les Juifs & les
Chreftiens , & à qui par impieté
, ils donnent une Epi.
thete en Arabe, qui n'eft duë
qu'à Dieu feul Giallas Dikyoubou
, c'est - à - dire , que fon
nom foit glorifié . Voicy comment
le Sieur Nafrallah a dé.
couvert ces Livres. Ayant ap
pris que M Colbert avoit
demandé plufieurs fois les Livres
des Drufes , & que per-
Novembre 1700. B
18 MERCURE
fonne n'avoit pû luy en don
ner aucune connoiffance , ny
l'inftruire d'un feul point de
leur Religion , il s'eſt donné
la peine d'en faire la recherche,
& voyant que pendant un
temps confiderable , il n'en
avoit pû çavoir aucune nouvelle
, il s'eft tranfporté dans
leur Pays , & y a traité leurs
Malades , s'informant d'eux
des choles qui regardoient
leur Religion,leur promettant
la fanté & de l'argent s'ils vouloient
s'ouvrir à luy fur cela.
Comme il ne put rien gagner
fur eux pendant un an tout
GALANT 19
entier , il s'en retourna chez
luy , tres chagrin du manvais
fuccés de fon voyage ; il ne
laiffa pas cependant de s'en in
former encore de temps en
temps pendant douze années.
Enfin , il arriva que les Dru
fes fe broüillerent avec le
Grand Seigneur , qui leur dé
clara la guerre
, , & fit marcher
contr'eux fept Bachas , entre
lefquels eftoit celuy de Da
mas , qui s'appelloit Muftapha
, auprés de qui eftoit le S
Nafrallah , en qualité de Medecin,
qu'il confideroit beaucoup.
Ainfi il l'accompagna
4
Bij
20 MERCURE
T.
&
dans cette expedition. Les
Bachas ayant mis les Princes
des Drufes en fuite , brûlérenc
leur Pays & leurs moiffons , &
aprés avoir ravagé par tout ,
Ails allérent en un endroit où
les Docteurs des Drufes a.
voient coûtume de s'affembler.
Ils détruifirent ce lieu ,
& ils y trouvérent une grotte
fort fpacieufe , tenduë de tapis
, dans laquelle il y avoit
un coffre de cuivre
ils rompirent .
Dan
Up
qu'-
ce coffre
Peftoit la figure d'un homme en
argent , ayant fur fa tefte une
couronne d'or. Il eftoit affis
AGALANT.08 21
5 .
ES 20
fur un Trône d'argent Le Ba
cha fit rompre certe Pigure.
Il y avoit encore dans la muraille
de cette grotte un fac
pendu , dans lequel eftoient
ces trois Livres , qui furent
confiez au Sieur Nafiallah ,
qui fçavoit l'Arabe , afin de
leur en lire quelque chofe . Ils
connurent qu'ils n'eſtoient
remplis que d'impietez , ce
qui fic
que le Bacha ordonna
qu'on les brûlaft fur le champ ,
mais le Sieur Nafrallah le
pria de les luy donner , ce qui
luy fut refufé d'abord , & enfuite
accordé par les inftances
22 MERCURE
qu'il continua de faire. Les
Drufes s'eftant accommodez
avec les Turcs , revinrent dans
leur Pays. Ils s'informérent
d'abord du Coffre & des LiZ
vres. Ayant fçû qu'ils eftoient
entre les mains du Sieur Naf
rallah , ils luy envoyerent un
Religieux Grec pour luy dire
que s'il vouloit leur rendre
leurs Livres , ils luy donneroient
ce qu'il demanderoit.
Nafrallah n'accepta point
cette offre , ce qui fit qu'ils le
menacerent de l'égorger dans
fon lit.Ils envoyérent quarante
hommes , pour le tuer & pour
fe faifir des Livres. Ils defcenGALANT.
230
doient dans les maiſons pen- p
dant la nuit , & volérent par
tout pendant l'espace d'un an
& demy. Enfin les Gens de la
Ville les ayant pris , n'en épar-!
gnérent aucun. Ce fut de cette
maniére que le Sieur Nafrallah
devint maiftre de ces Livres
, qui eſtoient gardez fi ſe.
crettement qu'il n'eftoit permis
qu'aux feuls Docteurs de
les lire en prefence de ceux
qui eftoient déja confirmez
dans leur foy , ainfi qu'il leur
eft commandé dans ces mêmes
Livres
Le même Sieur Nafrallah
a preſenté au Roy un rouleau
24 MERCURE
de cuir , fur lequel est écrit
tout le Pentateuque en Hebreu
; il eft long de cinquante
aulnes & large de trois pieds.
LesJuifs croient que cet exem
plaire du Pentatheuque eft fi
facré que fi quelqu'un faiſoit
ferment fur ce Livre , ou s'il
le lifoit feulement , il feroit
profané , & qu'il arriveroic
neceffairement un malheur
terrible à celuy qui auroit ofé
le profaner. En confequence
de cette fauffe perfuafion , ils
l'enfermérent dans un lieu élevé
d'un mur qu'ils fermérent
d'une feneftre qu'ils cadena.
cérent ,
GALANT.
25
cérent , & le laiffant en cet
eftat , ils mirent une lampe
devant. C'estoit au Bourg de
Joubar , fitné à deux licuès de
Damas , dans la maifon du
Prophete Eliacha , diſciple de
Saint Elie .
Les Mahometans eftant
poffeffeurs de ce Bourg, trouverent
que les Juifs avoient
fait une Synagogue de cette
maifon , & voyant le lieu où
eftoit ce rouleau , ayant une
lampe devant , ils s'imagine.
rent qu'il y avont là un trefor
caché , & allerent ouvrir ce
lieu par derriere ce mur. Ils en
Novembre 1700.
C
26 MERCURE
enleverent ce rouleau , aprés
quoy ils le murerent , le laif
fant dans le même eftat qu'ils
l'avoient trouvé. Les Ancefres
de Nafrallah l'acheterent
des Mahometans ; & é
tant demeuré dans la Famille
juſqu'à aujourd'huy , il a crû
que cette rareté eftoit beaucoup
plus digne d'eftre dans
la Bibliotheque de l'Empe .
reur des François qu'entre les
mains .
Comme cette Lettre ne
pourra vous eſtre renduë qu'au
commencement de l'Avent ,
je vous envoye une traduction
GALANT 27
en Paraphrafe des Prieres que
Mrs de l'Oratoire chantent
tous les jours pendant ce faint
temps. Ces Prieres commen
cent par , Rorate Cæli defuper ,
&nubes pluant Juſtum.
Lleux élevez qu'habite le
Seigneur ,
Brillant fejour , voûte aZurée,
Tout gemit icy bas , la terre eft
alterée ,
Nous cedons à noftre langueur.
Ouvrez- vous à nos cris, & faites
cale que la nuë)
Répande enfin fur nous la rofée
salvattenduëje Nova molé
Cij
24 MERCURE
de cuir , fur lequel est écrit
tout le Pentateuque en Hebreu
, il eft long de cinquante
aulnes & large de trois pieds.
LesJuifs croient que cet exemplaire
du Pentatheuque eft ſi
facré que fi quelqu'un faifoit
ferment fur ce Livre , ou s'il
le lifoit feulement , il feroit
profané , & qu'il arriveroit
neceffairement un malheur
terrible à celuy qui auroit ofé
le profaner. En confequence
de cette fauffe perfuafion , ils
l'enfermérent dans un lieu élevé
d'un mur qu'ils fermérent
d'une feneftre qu'ils cadena.
cérent ,
*
GALANT.
25
cérent , & le laiffant en cet
eftat , ils mirent une lampe
devant. C'eftoit au Bourg de
Joubar , fitné à deux lieuës de
Damas , dans la maifon du
Prophete Eliacha , diſciple de
Saint Elie.
Les Mahometans eftant
poffeffeurs de ce Bourg , trouverent
que les Juifs avoient
fait une Synagogue de cette
maifon , & voyant le lieu où
eftoit ce rouleau , ayant une
lampe devant , ils s'imagine.
rent qu'il y avoit là un trefor
caché , & allerent ouvrir ce
lieu par derriere ce mur. Ils en
Novembre 1700. C
26 MERCURE
enleverent ce rouleau , aprés
quoy ils le murerent , le laif
fant dans le même eftat qu'ils
l'avoient trouvé. Les Ancefres
de Nafrallah l'acheterent
des Mahometans ; & étant
demeuré dans fa Famille
jufqu'à aujourd'huy , il a crû
que cette rareté eftoit beaucoup
plus digne d'eftre dans
la Bibliotheque de l'Empe .
reur des François qu'entre les
mains .
Comme cette Lettre ne
pourra vous eftre renduë qu'au
commencement de l'Avent ,
je vous envoye une traduction
GALANT . 27
en Paraphrafe des Prieres que
Mrs de l'Oratoire chantent
tous les jours pendant ce faint
temps. Ces Prieres commen.
cent par , Rorate Coeli defuper ,
nubes pluant Juſtum
Lleux élevez qu'habite le
Seigneur ,
Brillant fejour , voûte a Zurée,
Tout gemit icy bas ; la terre eft
alterée ,
Nous cedons à noftre langueur.
Ouvrez- vous à nos cris , & faites
sit que la nuë)
Répande enfin fur nous la rofée
rodalvattenduë, 13 OTRO
Cij
28 MERCURE
Qui nous doit donner le Sauveur.
Arrefte, Dieu puiffant , le cours de
ta colere ,
Ne tereffouviens plus de nos honteuxforfaits.
Languirons nous toujours dans la
longue mifere
D'attendre le Meffie , & ne le
voir jamais ?
Si tu fus offenfé , ta gloire eft bien
vangée.
Ferufalem eft ravagée ,
Certe auguste Cité , cette fainte
Sion
Où l'on celebrojt tongrand nom,
GALANT 29
Où tu fis élever le Temple de ta
gloire ,
Où nos Peres jadis t'ontoffri de
l'encens, s
N'est plus qu'un lieu defert qui
retrace à nos fens
Latrifte& douloureuſe hiſtoire
Defa grandeur paffée , &de nos
maux prefens..
Il est vray , nous avonspeché.
Loin d'écouter les voix celeftes,
Nous nous fommes livrez à nos
panchans funeftes,
A violer ta loy chacun s'eft ataché.
Mais que nous payons cher tous
ces crimes énormes !
C iij
30 MERCURE
Comme on voit les feuilles des
Ormes
Sur la fin des beaux jours tomber
dansles deferts
Ainfi nousfuccombons à tant de
maux foufferts ,
Et cedons aux torrens où nous por
tent nos vices ;
Pareils à ces vents furieux
Quipouffent dans les précipices,
Ils nousfont abifmer en des gouf
fres affreux.
Mais comment éviter cette fatale
ifuë ?
Pouvons nous efperer de voir finis
nos maux ,
Puifque tu détournes la veuë
GALANT
3r
En nous livrant à nos propres
defauts.
Grand Dieu, jette lesyeux fur un
Peuple éperdu ,
Ne le traite plus en coupable ;
Finis le tourment qui l'accable,
Fais defcendre des Cieux le Meffie
attendu.
Donne nous cet Agneau qui doit
regler le monde ,
Qui dufond des deferis jufqu'au
mont de Sion
Répandra fes bontez &faprote-
Etion ;
3. Qui vient donner fes loix furla
terre & fur l'onde.
C'eft luy qui brifera nosfers
C iiij
32 MERCURE
Il nous fera fortir d'un honteux
esclavage ,
Par luy nous reprendrons noftre
ancien heritage ,
Etferont vainqueurs des Enfers.
Confole toy , mon Peuple , appaife
tes foupirs..
P
Je vais contenter tes defirs.
D'où vient que tous les jours ta
douleur renouvelle ?
Efpere & ne crains plus , taplain .
te eft criminelle ,
Je ne veux pas te réprouver.
Je fuis Dieu d'Ifraël, ton Seigneur
&ton Maistre ,
Sic.ft moy feul qui t'ay fait
naiftre,
GALANT 33
C'est moy feul qui veux tefau
ver.
Leeux élevez qu'habite le Sei
gneurs
Brillant fejour , voûte aZurée,
Fout gemit icy bas , la serre eft
alterée .
Nous cedons à noftre langueur?
Ouvrez vous à nos cris, & faites
que la nue
Répande enfin fur nous la rofée
attenduë ,
Qui nous doit donner le Sau.
veur.
La Priere que j'ajoûte à celle-
cy , eft du même Auteur ,
34 MERCURE
qui n'a voulufe faire connoifr
que sous le nom de Clidamon.
SUR SESTIENNE.
Toy, don : j honore la memoi-
Te ,
Heureux Martir, ilfaut t'imiter
icy bas ,
Si l'on veut aprés le trépas
Meriter le bonheur de l'éternelle
gloire.
S'intereffer à la fortune
Dun Ami qu'on voit en danger,
Le chercher pour le foulager,
Eft leffet d'une ame commune;
Mais prier Dieupour fes bour
reaux,
GALANT.
༢༣
Er leurpardonner tousfesmaux,
C'eft l'effort d'une ameChreftienne,
Et c'est ce qu'afait S. Eftienne,
Pour meriter an Ciel un éternel
repos.
Evitons la cruelle peine
Degarder dans le coeur une mor-
7 telle haine ?
Helas !qui de nous eft certain
Qu'il vivrajufques à demain?"
Toy qui veux bien ceder au torrent
qui t'emporte ;
Toy qui ne pardonnes jamais ,
Si Dieu te traitoit de laforte,
Pecheur pourrois- tu vivre en
paix?
36 MERCURE
Voicy des Reflexions mo
ralės fur ces paroles de David ,
Defiderium peccatorum peribit.
Elles font de M' de la Tron .
che de Rouen.
Il n'eft rien de fi vray que
le defir des
Pecheurs perira .
C'est un Oracle du S. Elprit ,
forti de la bouche du Prophe
te Roy ; cela ne le voit que
trop dans un Siecle auffi corrompu
que le noftre . Combien
de rules , de fineffes , de
flateries ne mettent point en
ufage les Courtifans
dans la
Cour des Princes , pour favorifer
leurs defirs injuſtes , lans
GALANT. 37
qu'ils puiffent parvenir à leurs
fins?
Si de la Cour des Princes
nous parcourons les Tribu ,
naux , nous verrons plufieurs,
Particuliers s'élever fur la tefte
des autres ,fans confiderer que
leur ambition fera caufe de
leur
perte.
La bonne foy qui fait tant
d'honneur aux Marchands , fe
trouve - t- elle toujours parmy .
cux ? Il y en à beaucoup quien
font leur capital ; mais combien
en trouve ton qui ne
s'en mettent point en peine ,
pourvû qu'ils contentent leurs
38 MERCURE
defirs infatiables d'avoir du
bien à quelque prix que ce
foit , fans faire reflexion que
le bien mal acquis ne dure pas
longtemps , & qu'il couvre d'i
gnominie ceux qui n'agiffent
pas fidellement?
La Science, qui d'ordinaire
donne plus d'orgueil que d'humilité
, fait naiftre dans les
efprits vains le defir de fe fin
gularifer par des fentimens
tout particuliers. Elle leur inf.
pire l'envie de s'ériger enChefs
de Parti , pour s'attirer de la
gloire ; mais Dieu qui n'ai
me pas les fuperbes , les abang
GALANT. 395
3.
donnant à
leurs propres lu
mieres les laiffe tomber
d'erreurs en erreurs , qui atti
rent fur leurs teftes criminelles
les foudres de l'Eglife.
Ceux qui font fufceptibles
de jaloufie ne manquent jamais
d'avoir recours à la médifance
& à la calomnie . Ils s'en
fervent contre ceux dont la
fortune ou le merite leur font
ombrage ; mais lors que les
coups envenimez qu'ils por
tent , rejailliffent fur eux , par
le mépris qu'on en fait , ils font
obligez de reconnoiſtre la verice
de ces paroles , Defiderium
40 MERCURE
peccatorum
peribit,
Les orgueilleux , qui s'ente
ftent de leur fçavoir faire , ou
de leur prétendu merite , regardent
avec un efprit de hau
teur ceux qu'ils croyent au
deffous d'eux : mais il arrive
fouvent qu'au lieu de s'attirer
quelque eftime , ils ont le cha
grin de fe voir méprilez par
ceux qui découvrent leur faux
merite
, m
4. Ceux qui font devorez du
defir de vengeance, éprouvent
la même chofe . Quand ils
veulent executer le deffein
qu'ils ont de perdre leurs enGALANT:
47″
ges
4
nequis , ils tombent d'ordinai
re eux- mêmes dans les pieges
qu'ils leur avoient dreffez .
Les Flateurs , qui pour faire
leur fortune auprés des
Grands , donnent des louanà
leurs crimes ; font à pëpeu
prés comme ces Parafites , qui
louent à table avec excés tous
les mets qui s'y rencontrent
mais les uns & les autres , à
force de donner de l'encens ,
découvrent leideffein qui les
fait parler , & font enfin chaffez
comme des gens qui expo .
fent de la fauffe monnoye
.
Combien voit on de , ces
Novembre
1700.
-
D
42 MERCURE
peftes publiques , qui en peu
de temps fe font enrichis en
opprimant le Peuple , traîner
aprés eux un grand équipage?
Les couleurs dont leur train
eft reveftu , devroient bien les
faire reffouvenir de celles qu'
ils ont autrefoisportées , & les
obliger à rentrer dans euxmêmes
en reftituant , fans attendre
qu'on les contraigne
de rendre ce qu'ils ont mal
acquis.
Ces Vieillards , qui pour
fatisfaire à un refte d'incontinence
, ſe remarient à de jeumes
perfonnes ,font bien tromGALANT:
43
pez lors qu'ils ne rencontrent
pour toute reconnoiffance des
grands biens qu'ils leur donnent
, que du mépris & de
l'infidelité.
Ces Peres cruels , qui pour
éternifer leur nom & leur for
tune en faveur d'un Fils aîné,
forcent leurs autre s enfans
d'embraffer un estat contraire
à leur vocation , égorgent ,
pour ainfi dire , ces innocen
tes victimes jufqu'au pied
des Autels , & voyent enfin
cette Idole de leur vanité, enlevée
par une mort précipi
tée , & leur bien paffer en
1
t
Dij
44 MERCURE
des mains
étrangeres.
Ceux qui par des confpira
tions honteufes penfent changer
de fortune en changeant
de Maiſtre , trouvent d'ordi
naire fur un échafaut la récompenfe
de leur trahiſon.
Ceux qui le couvrent du
manteau de la vertu, ces doucereux
hipocrites , qui s'infi
nuent finement dans les efprits
des Grands pour tromper
plus impunément , ne jouent
pas longtemps leur perſonnage
. Ils font bien roft décou
verts , & obligez de ſe retirer
tout chargez de confufion &
d'opprobres .
GALANT
45
Lors qu'on voit des enfans
qui par leurs fouhaits creufent
le tombeau de leurs peres ,
efperant le mettre au large
dans leur libertinage
; & qu'on
les voit eux - mêmes furpris
d'une mort fubite , ne peut
on pas dite , defiderium peccato !
rúm peribit ?
Les Avares, qui fe promet
tent du repos aprés avoir acquis
de grandes richeffes , n'en
trouvent cependant jamais ,
eftant toujours tourmentez
du defir infatiable d'augmenter
leurs trefors . Ces riches
gueux , fi l'on peut parler
34 MERCURE
qui n'a voulufe faire connoifr
que fous le nom de Clidamon.
SUR S. ESTIENNE.
Toy, dont j'honore la memoire
,
Heureux Martir , ilfaut t'imiter
icy bas ,
Si l'on veut aprés le trépas
Meriter le bonheur de l'éternelle
gloire.
S'intereffer à la fortune
D'un ami qu'on voit en danger,
Le chercher pour le foulager,
Eft l'effet d'une ame commune;
Mais prier Dienpour les bour
reaux
GALANT
35
Et leurpardonner tousfes maux
C'eft l'effort d'une ameChreftienne,
Et c'eft ce qu'afait S. Eftienne,
Pour meriter an Ciel un éternel
repos.
Evitons la cruelle peine
Degarder dans le coeur une mor
telle haine ?
Helas ! qui de nous eft certain
Qu'il vivrajufques à demain?"
Toy qui veux bien céder au torrent
qui t'emporte ;
Toy qui ne pardonnes jamais ,
Si Dien te traitoit de la forte,,
Pecheur pourrois- tu vivre en
paix?
46 MERCURE
ainfi , reffentent fans ceffe la
difette au milieu de l'abondance.
Les Amis infidelles , dont
les langues à deux tranchans
portent toujours par leursfaux
rapports la divifion dans les
Familles les plus unies , afin de
profiter des deux coſtez , font
à la fin teconnus pour four
bes , & bannis pour jamais de
la focieté civile.
für
&
Ces Ufuriers qui preftent
gages à gros intereſt
qui pour enrichir leurs enfans
ruinent ceux des autres , en
ne leur donnant que la moitié
GALANT 47
$
de la fomme dont ils leur font
paffer Contrat , font preſque
toujours punis en la perfoune
de leurs propres enfans , qui
trouvent de pareils Ufuriers.
2. Que de Filles coquettes ,
qui pour eftre en liberté dans
leur galanterie , cherchent,
mais inutilement , à furpren
dre la vigilance de leurs Pa.
rens , qui veillent fans ceffe
à leur conduite , & combien
a ton vû d'Adulteres trouver
la mort au milieu de leurs infames
plaifirs?
Combien voit - on de Tuteurs
, qui affamez du bien
48 MERCURE
de leurs Pupilles , fe fervent de
mille tours de chicane pour
les accabler en procés , fe rui
ner eux - mêmes ?
Il n'y a rien qui foit plus
connu que le differend que
fir naiftre la Pomme d'or entre
Junon , Pallas & Venus.
Voicy comment cette matie.
re a efté traitée par M Caf
fan.
F
LE
GALANT. 49
********** ##
LE JUGEMENT
Ar
DE PARIS.
Par le commandement du Souverain
des Cieux ,
Sur le Mont Pelion on convoqua les
Dieux ,
Pourvenir honorer la celebre Affemblée
,
De l'himen glorieux de Thetis &
Pelée.
On oublia pourtant la Difcorde à
deffein
D'éviter les horreurs qu'elle porte en
fonfein.
Elle en reffent l'affront, & roule dans
fa tefte
Les moyens de caufer du trouble dans
la Fefte,
Novembre 1700.
E
50
MERCURE
puis s'élevant en l'air elle prend fon
"effor
Vers l'aimable contrée où font les
Pommes d'or
Après avoirpaßefür les plaines liquides
,
Elle voit Iss Jardins des Nimphes
Hefperides
Dont l'agreable afpect vient offrir à
*
fesyeux.
Mille fruits deftinez pour la table
des Dieux ,
Et c'est là qu'elle prend cette Pomme
admirable ,
Qui rendit à Paris Venus fifavora
ble.
De retourfur le Mont , fe couvrant
d'un buiffon ,
Ellejette cefruit atnfi quun bameçon.
LesDéeffes d'abordcourent toutes en
foule;
GALANT
ཏ་
Mais la Difiorde ayant écritfurcette
boule ,
Je fuis pour la plus belle, à centefterce
don
-Il n'enparutque trois, Venus, Pal
las ,Junon.
Chacune de cederne pouvant ſe réſoudre,
[ la foudre,
On remit cette Pomme au Maistre de
Chacune feflatant de pouvoir l'emporter
Mais ce Dieu fur ce point ne veut
rien écouter.
De l'une ileft Mary. des autres il eft
Pere
Etpour cette raifon il remet cette affaire
Au jugement d'un tiers, & leur fait
ce difcours.
Du haut du Firmament je vis un de
ces jours
E ii
50
MERCURE
d
Puis s'élevant en l'air elle prend fon
effor
Vers l'aimable contrée où font les
Pommes d'or
Après avoirpaßefür les plaines liquides
,
Elle voit Iss Jardins des Nimphes
Hefperides
Dont l'agreable afpect vient offrir à
fesyeux senca mateso na A
Mille fruits deftinez pour la table
des Dieux , 1 ག
Et c'est là qu'elle prend cette Pomme
admirable 2.
Qui rendit à Paris Venus fifavora
ble.
De retourfur le Mont , fe couvrant
d'un buiffon,
Ellejette cefruit ainſiquunbameçon.
LesDéeffes d'abordcourent toutes en
foule;
GALANT
ད་
Mais la Difiorde ayant écritfur cette
boule ,
Je fuis pour la plus belle, à centefterce
don
Il n'enparut que trois, Venus, Pallas
,Junon.
Chacune de cederne pouvantſe réfoudre
, [ la foudre,
On remit cette Pomme au Maitre de
Chacune feflatant de pouvoir l'emporter.
Mais ce Dien fur ce point ne veut
rien écouter:
De l'une ileft Mary. des autres il eft
Pere ,
Etpour cette raifon il remet cette affaire
Au jugement d'un tiers, & leur fait
ce difcours.
Du haut du Firmament je vis un de
ces jours
E ii
52 MERCURE
Combattre deux Taureaux auprés
d'une Geniffe ,
Quipaiffat fansfonger quel eftoit leur
caprice.
UnBerger,fpectateur d'un fi rude de
bat,
combat.
Sembloit s'eftre arrefte pour juger du
A la fin le plus lâche abandonnant
la place ,
Ilva droit au vainqueur , ravi de
fon audace >
De cent bouquets de fleurs luy couronne
le front,
› Tandis que le vaincu , pour digerer
l'affront
D'avoir cedé le champparfonpeu de
courage
Vir à l'écart de furie & de
rage.
Cet Alte d'équité me plut dans ce
Berger,
GALANT
$3
Deslors je leftimay capable de juger,
Etfans plus differer je luy donne le
titre
Survoftre démeflé, de fouverain Ar
bitre ,
Allez ditJupiter. A ce commandement
Chaque Déeffe prend fon riche vestement:
Mercure eft prépofe pourleurfervir de
guide ,
Et la Troupe le fuit d'une courfe ra
pide.
Paris au Mont Ida veilloit furfon
Troupeau ,
Quand le Ciel luy fit voir ce qu'ila
de plus beau.
Dés l'inftant mille éclairs éblouiffant
la veuë
D'un prompt étonnement fon ame fu
émuë.
E iij
14 MERCURE
Il tremble , & croit déja voir la fin
de fes jours,
Quand Mercure l'approche , & luy
tient ce difcours.
Berger , raffurez- vous , le maistre dutonnerre
M'afait commandement de venirfur
la
terre ,
Pour conduire vers vous ces trois Divinitez,
Quifont en démeflé concernant leurs
beautez
C'est à vous de juger quelle des trois
l'emporte
.
Jupiter dans le Ciel l'ordonne de la
obliger forte.
Quoy , dit-il , Jupiter vondroit- il
Un habitant des bois , un ruftique
Berger,
Aportéjugement fur le choix de trois
Rofes
GALANT.
55
Au leverdu Seleil également éclofes ?
Encore fi c'eftoit pourjuger d'un troupeau
,
Ou bien de mes montons lequel eft le
plus beau,
Je pourrois mefonderfurquelque experience
,
Mais pour un tel fujet il faut plus
de fcience.
Ne peut- il dans le Ciel prononcer cet
Arreft? A
Non , répondit Mercure , il eft dansl'intereft
,
Et de même que luy chaque Dieufe
recufe ;
Mais enfinfur ce point vous n'avez
pas d'excufe ;
Jeparts, obeiffer & l'ordre en eft
précis ,
Ecoutez leurs raifens, Paris s'eftant
affis ,
E iiij
16 MERCURE
La Dieffe Junon s'avança la premiere.
Son front n'est plus fuperbe , & fon
humeur altiere
La
Fait place à la douceur , qui vient à
fon fecours,
Et d'un ton moderéfait ainfifondifcours.
Berger, fi ma beauté n'eftoit point
fans égalé , Erivale,
Ma place auroit efté le prix d'une
Etje n'aurois jamais rempli parmy
les Dieux
Le Tronefouverain de la Reine des
Cieux.
Jupiter qui m'a fait compagne defa
couche ,
S'explique par fon choix au defaut
de fa bouche
Et ce choix qu'il afait vous eft un
préjugé ,
GALANT 4
Pour confirmer un point qu'il a deja
jugé.
Prononcer hardiment fans craindre
mes Rivales ,
Leur haine ne faureit vous les rendrefatales,
Ma
Et Junon en tout temps fçaura vous
[ger. proteger.
Si leur dépit alloitjusqu'à vous outra-
Fepuis vous en promettre une pleine
affurance, [ bondance
Et vousdonnre encor des biens en a-
Et Venus & Pallas ne fçauroient
vous offrir et
Qu'un bien accompagné de quelque
déplaifir
A l'eftat de Berger vous dounez trop
de lustres fance illuftre
Paris , apprenez donc qu'une naif-
Dans un Palais Royal vous a donné
lejour.
18 MERCURE
Unfonge vous avoit éleigné de la
Cour
Allez-y promptement vous faire reconnoiftre
Prince , c'eft de Priam que vous receuftes
l'eftre.
Junou ayantparlė , Pallas dit à fon
tour,
Arbirre délegué par la cclefte Cour ,
L'honneur du mont Ida , Berger incomparable
,
Les Dieux vous ont choifi comme un
Inge équitable ,
Et Paris a l'honneur par fon integrité
,
De tenir en fes mains le prix de la
beauté.
S'il aime la vertu , c'eft Pallas qui
l'infpire,
C'est par là qu'il me doit l'honneur
que je defire ;
GALANT. 59
Et puis que rien ne peut égaler la
vertu
Son efpric nesçauroit fe trouver com
battu.
Elle eft de tous les biens leplus confi
derable.
Sans doute il fera choix d'une beauté
durable.
Il s'agit d'établirvoftre felicité.
Mefme aux dépens des biens & de
la volupté.
Si par de vains prefeus Iunon vent
vous furprendre,
Que peut-elle donner que vous ne
puilliez preudre ?
Vous eftes Fils d'un Roy , qui parles
droits du fang
Vous doit auprés de luy redonner voftre
rang.
Aux charmes de Venus ne foyezpas
fenfible ,
60 MERCURE
Berger , on fe repent d'eftre trop fuf
ceptible.
Teplaindrois voftre fort , fi par legereté
Votre
coeur's
ado
Votre coeur s'adonnoit à cette volupté.
Souvent lesfruits trompeurs d'une indigne
molleffe
Nous plongent dans l'ennuy d'une
longue trifteffe.
Ainfi pour l'éviter gardez votre rai
fon ,
Et ne fuccombez pas fous cefatalpor
Jon.
Qu'une male vigueur vous donne
laffurance
Pourjugerfainement fur cette préfe
rence
Et balançant la caufe au poids de
L'équité,
Offrez à la vertu ce qu'elle a me
rité.
GALANT. 65
Par les raifons de l'une & de l'autre
Deeffe ,
dyr
Son efprit en fufpens tomboit dans
la foibleffe.
Quand Venus fouriant dit d'un air
gracieux
,
Voila mon tour venu , Berger , ouvrez
Les
yeux
.
La beauté toute feule attend voftre
Sentence ,
C'est pour elle qu'icy vous avez pris
feance.
On a beau vous parler de vertu , de
trefor,
Lifezl'infeription de cette pomme d'or,
Vous verrez qo'elle dit, Le fuispour la
plus belle.
C'est là l'unique point quifait noftre
querelle.
Après cela , Berger, jugezde nos attraits
,
62 MERCURE
De chacune de nous examinez les
iraits.
Le coloris vermeil dont mes jouës font
teintes, [teintes,
Donne à leur vanité de funeftes at-
Et Paris ne fçauroit,fans mefaire un
affront ,
Comparer àleur teint l'albatre de mon
front.
L'or de mes blonds cheveux , où l'Amourfe
retire ,
Defcendantfur monfein flote augré
du zephire,
Man teint que
& delicat.
l'on admire eft frais
Et la beauté des Lis n'eut jamais
tant d'eclat.
Mesyeux dont le regardjette une viveflame
,
Font fentir leur ardeur juſques du
fond de l'ame,
GALANT. 64
·
Mes levres où le rouge étalefa couleur,
blancheur.
Des Perles d'Orient laiſſent voir la
Des neiges de mon fein la veuë eft
éblouie ;
Mais c'est trop fatiguer & les yeux
& P'ouie
D'un Fuge comme vous plein de dif
cernement
Fay dit , mais écoutezencor pour un
moment.
Paris , fans differer quittez ce lieu
champestre ,
Allez chez les Parens de qui vous
tenez l'eftre ,
Et pour vous rendre heureux le refte de
vos jours ,
Faites dun digne chuix l'objet de ves
amours.
Helene eft aujourd'huy le Soleil deba
Grece,
64 MERCURE
Te la rendraypour vous fenfible à la
tendreffe.
Tentez l'occafiou , & fecondani vos
voeux ,
Amoureux.
le fauray l'enflamer d'un defir a-
Tandis quefurunfait de cette confequence,
Les Deeffes tenoient leur Arbitre en
balance ,
Il voulut pour juger avec plus d'équite,
Parcourir avecfainles traits de leur
beautè.
Junon y confentit , & Pallas avec
crainte .
Venus feule parut obeir fans eontrainte.
Enfin après avoir longtemps confidere
,
Venus recent leprixqu'elle avoit de
fire.
GALANT. 6
La Deeffe Innon abandonne la
place ,
En regardant Paris d'un oil plein de
menace ,
Et Pallas qui perdoit l'avantage du
Prix ,
Le regarde en partant d'un air plein
de mèprts.
Ce qui eft contenu dans
Fextrait de Lettre que je vous
envoye , merite bien d'eftre
fceu .
A Lifbonne le 4 Sept. 1700, "
C
E n'eft poinr raillerie ,
Monfieur, ces Pays vont
eltre coufus d'or. L'année paf
fée il en vint une affez bonne
Novembre 1700.
F
66 MERCURE
quantité du Brefil , provenant
des Rivieres du Rio-Janeiro
vers les Montagnes de Saint
Paul , & le Gouverneur promettoit
qu'il en viendroit cette
année dix fois davantage.
Cela fera ainfi en effet. L'on
a eu avis ces jours palez par
des Lettres arrivées de Per
nembourg , que le travail de
tirer l'or de ces Rivieres eft
devenu fertile ; que l'année
derniere les Officiers du Roy
de Portugal au Rio-Janeiro ,
ont receu pour le Cinquiéme
qui fe paye à ce Prince , de
tribut de tout l'or qui fe tire ,
; ,
4
GALANT. 67
V
trente- fix Arrobes , chaque
Arrobe pefant trente deux li
vres , fuppofé que ce droit fe
payé avec fidelité. Voyez à
quoy monte le total ; mais on
croit icy qu'il eft encore plus
confiderable , parce qu'il
aifé de frauder les droits dư
Roy , dans une matiere auffe
précieufe que celle cy. Juſqu'à
prefent ce n'eft encore que de
l'or de lavage qui fe trouve
dans ces Rivietes parmy le fable
, & qui devient frequent a
mefure qu'on approche des
montagnes, où font apparem
ment ces Mines d'or. L'or
Fij
68 MERCURE
tombe dans ces Rivieres , dans
lelquelles il roule avec le fable.
Jugez quelles richeſſes von
Trouvera , quand on parvien
dra aux montagnes mêmes-
Tout l'or qui eft venu juſqu'à
prefent de ce Pays - là , s'efb
trouvé prefque tout au de- là.
de vingt trois carats , & fresmaniable.
Le Pays où font ces
Rivieres & ces Montagnes , eft
habité par une Nation pareſfeufe
, qu'on nomme Potaffes,
du nom des Monts de Saint
Paul . Ils ont reconnu le Roy
de Portugal comme Prote
&eur , & font convenus de luy
GALANT
.
L
payer par forme de tribut
cinquième
du produit de leut
travail à condition de ne point
exercer für eux fon autorité , &
de les laiffer vivre comme ils
ont fait juſqu'à prefent , fuivant
les Loix particulieres
éta
blies entre eux . Ce font eux
qui ont fait la découverte
de
aces Rivieres où le trouve l'or ,
& qui ont entrepris de le ti-
Irer. C'a efté d'abord avec beau:
coup de peine , & peu de profit
. Comme le Pays dans leyoquel
coulent ces Rivieres eft
fort couvert , ils avançoient
yudifficilement
, & faifoient peu
70 MERCURE
de chemin dans les premieres
années. D'ailleurs en s'éloi
gnant de leurs habitations , ils
trouvoient beaucoup de difficulté
à fubfifter . Ces inconve
niens les ont déterminez à défricher
les bords de ces Rivie
res , & à les femer en même
temps qu'ils avancent , pour
laiffer toujours de quoy vivre
derriere eux. Leur projet a fi
bien réuffi qu'ils cheminentà
prefent fort facilement , & que
le profic de leur découverte
devient d'année en année infiniment
plus confiderable. A
l'arrivée des Vaiffeaux qu'on
GALANT. 7
attend icy dans un mois du
Rio Janeiro, on apprendra de
nouvelles particularitez fur
cette découverte.
Je croy ne pouvoir rien faire
de mieux pour votre plaifir
que de vous faire part d'une
Lettre , qui a efté écrite depuis
peu à une Dame d'un tres
grand merite, Le tour aifé &
particulier de cette Lettre , &
le brillant dont elle eft remplie
, vous en doivent faire
connoiftre l'Auteur.Il n'eft pas
permis à tout le monde d'écrire
auffi finement ; & comme
▸
Plie
72 MERCURE
if eſt des plus diſtinguez , c'eſt
affez vous en dire , pour vous
apprendre de qui elle vienr.
A la Belle & Spirituelle
MADAME DAMOND ,
J
Sur la mort de Moufle ,
fon Doguin.
3
E ne pretens pas , Mada
me , effuyer vos larmes ;
vous les croyez trop juftes , &
la Philofophie n'a poinr enco
re imaginé de confolations .
pour un malheur comme le
*voftre. Il reffemble à ces ma
ladies
GALANT
73
ladies extraordinaires , dont
les caufes font fi bizarres , que
tout l'art de la Medecine n'a
pûles prévoir , & pour lefquel.
par confequent elle n'a pû
donner de remedes.
les
Pleurez , pleure , Madame ,
fondez- vous en eau ,
La Parque inexorable a mis
Moufle au tombeau ;
Et ne vous laiffe plus aprés ce
coupfunefte ,
Qu'un dégouft éternelpour tout
anchosce qui vous refte.
En effet , qu'est - ce qu'un
Mary 2 Un grandeur en titre
d'Office , qui fait tres- mal fon
Novembre 1700.
G
74 MERCURE
devoir , & qui empêche autant
qu'il peut , que les autres ne
te faffent. Qu'est ce que des
Enfans ? Un fardeau dont la
nature nous accable , & dont
l'honneur nous empêche de
nous défaire ; des Créanciers
impitoyables qui nous ſuivent
par tout , envers lefquels on
n'eſt jamais quitte , quoy qu'-
on les paye tous les jours .
Qu'est- ce que la fanté ? Un
bien dont la poffeffion ne ſe
fait prefque pas fentir, & dont
la pertenous defefpere.Qu'eſtce
que la beauté Unavantage
d'un moment , qui met la verGALANT
.
75
tu en grand danger , qui fait
la tentation de tous les hom.
mes , & la jaloufie de toures
les femmes. Qu'est ce que des
Amans ? Des imporruns qui
demandent ce qu'on ne veut
pas leur donner ; ou des ingrats
qui fe laffent de cen
leur donne. Qu'est- ce que les
richeffes ? Une chofe tres dif.
ficile à acquerir , auffi malaifée
à conferver & dont
preſque perfonne ne ſçait faire
un bon ufage. Enfin , qu'estce
que la vie ? Un chemin plein
d'épines qui nous conduit à la
mort. Voila, Madame , ce qui
و
Gij
76 MERCURE
vous refte , & ce que vous poffedez
encore , tel à peu prés
que vous le pourriez fouhaiter
; mais en verité tout cela
eft fi peu de choſe en compataifon
de Moufle , qu'on ne
doit pas s'étonner fi vous etes
inconfolable.
Si Moufle avec tout fon merite
Eft fur les rives du Cocite ,
Simalgré tous vos foins vous l'avez
vú perir,
У
Pourquoy nous autres pauvres
hommes
Pleins de defauts , comme nous
Jommes ,
Nous plaignons nous qu'ilfaut
mourir ?
GALANT.
77
Je fçay bien que voftre parfion
pour cet incomparable
Moufle vous faifoit croire qu'il
ne devoit mourir que fur voftre
tombeau ; mais fi en cela
le deftin ne luy a pas rendu juftice
, il a prétendu vous faire
grace ; fi toutefois c'est grace
de vous obliger de furvivre à
un Chien que vous avez tant
aimé. Quoy qu'il en soit , une
mort fi glorieufe luy auroit
moins fait d'honneur que les
larmes que vous répandez
pour luy.
Enfin Moufle , l'honneur des
Doguins d'aujourd'huy.
Giij
78 MERCURE
Chargé de vos baifers a paſſé
l'onde noire
Ab ! que de gens mettroient leur
plaifir & leur gloire
A vivre & mourir comme luy.
Voicy , Madame , une Epi .
taphe que je vous envoye , &
que vous ferez graver fur le
tombeau du pauvre defunt, fi
vous le jugez à propos.
Je fus en mon vivant fort aimé
d Vranie,
Mais comme en ce bas monde on
n'aime pas toujours ,
Crainte de voir finir de fi tendres
amours
Fay voulu fortir de la vie.
GALANT. 79
Apprenez bienheureux Amans,
Qu'il n'est point d'amour evernelle
; addi
Quand on ne veut point voir fa
Maistreße infidelle ,
Il ne faut pas vivre longtemps .
Voicy les noms des per .
fonnes diftinguées de l'un &
de l'autre Sexe , mortes fur la
la fin du mois paffé , & au
commencement de celuy.cy .
Religieux Seigneur , frere
Marc Antoine de Voyer Paumy
, Chevalier de l'ordre de
S. Jean de Jerufalem , Com,
mandeur de Nantes.
G iiij
80 MERCURE
DameMarie Bannelier. Elle
étoit femme de Meffire Nicolas.
René Boucher S de Livry,
Orand Andiencier de France.
Dame Marie Boucher
Epouſe de Meffire François
de Bragelongue , Capitaine
Lieutenant des Gensdarmes
de feu Son Alteffe Royale
Monfieur.
... Meffire Denis l'Evêque ,
Confeiller au Chafteler.
étoit Chanoine & Tréforier
del'Eglife Cathedrale de Lan .
gres , Prieur de Montmort &
de S. Pierre de Meaux.
Meffire Jacques Pinette de
GALANT.
Charmoy , Mailtre ordinaire
en fa Chambre des Comptes
de Paris. Il étoit Secretaire
des commandemens
de feur
Son Alteffe Royale Madame
de Guife .
Meffire Sebastien , Sire de
Rofmadec , chef du nom &
armes , Marquis dudit lieu &
de Molac , Comte des Chap
peles, de Guebriant &c . Lieutenant
General de Bretagne,
Gouverneur des Ville Château
& Comté de Nantes , & Tour
de Pillemy , Maistre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie,
& Brigadier des armées, du
82 MERCURE
Roy, mort fans pofterité. Il
avoit époufé en 1681. Mademoifelle
de Rouffille , four
de feu Madame la Ducheffe
de
Fontanges.
Dame Marie de Villiers.
Elle étoit veuve de M. de
Villette, Couverneur de la Citadelle
de Nanci , & ancien
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Bretagne.
.Comme les moindres cho
fes qui partent de la plume de
M'l'Evêque de Noyon , font
dignes d'eftre remarquées ,
vous ferez fans doute bien aife
de voir ceque ce Prelata écrit
GALANT. 83
le dernier mois , aux Doyens ,
Chanoines , Chapitres, Abbez,
Prieurs , Curez , Ecclefiafti
ques & Fidelles de fon Dioce.
fe , pour affembler un Synode.
Voicy les termes dont il s'eft
fervi .
Que le fort du Miniftre de
l'Evangile feroit malheureux,
s'il eftoit femblable à celuy de
la Loy , fi là Figure l'empor
toit furla Verité , & fi lesom.
bres avoient plus de force que
le jour ! Cependant, helas ! ne
fommes nous point réduits &
forcez de nous plaindre dans
la même efpece & les mêmes
84 MERCURE
7
termes du Roy Prophete ? J'ay
efté quarante ans durant à
exhorter ce Peuple , & j'ay
dit , Ce Peuple fe laiffe toujours
emporter à l'égarement
de fon coeur ; ils n'ont point
connu mes voyes . Quadraginta
annis offenfus fui generacioni illi,
dixi femper , hi errant corde ,
& ifti non cognoverunt vias
meas ,
Mais à Dieu ne plaife , mes
Freres , que tels foient nos fentimens
, puis qu'au contraire,
nous efperons la joye de vous
voir tous portez , & zelez pour
remplir fidellement
les fonGALANT.
85
ctions de vos differens minifteres
; que les lignes enfin
commencent à tendre à leur
centre , où elles feront promptement
réunies ; que nos Ordonnances
feront fidellement
obfervées , & qu'il feroit inutile
d'en ajoûter & publier de
nouvelles.
Il ne nous refte donc plus
qu'à vous recommander de
joindre vos juftes actions de
graces aux noftres , de tant de
fuccés dont la mifericorde de
Dieu a comble noftre cher
Diocefe ,& que Saint Gregoire
de Nazianze parlantà Saint Ba
86 MERCURE
file , appelle à ce propos les
combats genereulement ſou.
tenus pour le falut du Trou
peau , & les victoires heureufement
remportées par la gra.
ce & pour la gloire de Jefus-
Chrift : Bella illa pro gregis falute
fufcepea , victorias illas quas in
Christo adeptus es.
Continuez donc, mes chers
Freres , de conferver toujours
la verité de la doctrine fans
aucun mélange d'erreur ; l'integrité
de la difcipline fans
aucun relâchement ; la pureté
de la morale fans corruption ,
& l'autorité de la Hierarchie
GALANT. 87
fans aucune crainte de Schif
me , & de divifion ,fuivant les
regles inviolables des tradi
tions Apoftoliques, dont nous
fommes les dépofitaires. Ita.
que ,frames , flate & tenete,graditiones
quasididiciftis.
C'eftainfi qu'après avoir en
l'honneur de fervir filongtemps
cette illuftre Eglife , &
da confolation deramener à la
bergerie , par le concours du
Sacerdoce & de l'empire , les
ouailles égarées & feparées
par le fchifme & l'èrneur , &
qu'aprés avoir de plus établi la
charité & la liberté publique
88 MERCURE
& particuliere en faveur des
Pauvres invalides & valides ,
fuivant les fages & pieuſes in
tentions du Roy , nous pour
rons dire enfin avec Salomon ,
Maintenant le Seigneur mon
Dieu m'a donné la paix par
tout , & il n'y aura bientoft
plus d'ennemi qui s'oppose à
moy , ny qui m'inquiete par
fes tentatives , & les vaines
entrepriſes. Nunc autem requiem
dedit Dominus Deus mihi
in circuitum , & non eftfatan ne
que occurfus ejus .
"
Ce qui fuit eft une tradu
GALANT. 89
tion de la quatriéme Eglogue
de Virgile.
POLLIO. N...
MUfes de la Sicile , élevez vaftre
veix
A des fujets plus hauts que nos
champs & nos bois ,
Les bumbles arbriffeaux à tous ne
Scauroientplaire ?
Sipourtant des ferrfts nous ne fçaurions
nous taire ,
Chantons d'nn ton fi baut & les bois
& les champs ,
Qu'un Conful des Romains daigne
entendre nos chants.
&
Enfin, voicy cet age en mille biens
fertile ,
Que nous avotentpromis lès Vers de
la Sibile ,
Nov, 1700.
H
90 MERCURE
1
Où dans unlong repos lesfiecles écou
lez,
Vont pour notre bonheur eftre renouvellez
'Leretour attendu de la divine Aftree
Nous ramene le
de Rhée..
temps de Saturne &
Le Fils de Pollion vient de naiftre
en ces lieux,
Dont la race immortelle eft nn prefent
des Cieux.
Soudain le fage Enfant terminera la
guerre,
Et l'heureux fiecle d'or regnera far la
trrre,
<
Lucine , fois propice à ce Heros
naiffant,
Deja cet Apollon eft icy tour -puiffant.
Pendant ton Confulat , on a cet
avantage ,
GALANT. gi
Illure Pollion, de vair naiftre cet
âge.
Sous ton autorité commenceront ces
jours ,
Dont un parfait bonheur fuivra
bien- toft le cours.
Sous toyfo de la guerre ou voit encor
A Ades reftes ,
On ne craindre plus rien de fes fuites
funeftes sal ola
Il vivra comme un Dict, ce Enfant
bagudAgtorieuxA CĂ [ Dicux's
Il verrra les Heros meflez avec les
Il enfera và même, & dans la paix
profonde ,
Plein des vertus du pere il regira la
monde.
Ea terre Enfant divin , foudain
vousfera part
De fes petits prefens fans façon &
fans art ,
C H j
92 MERCURE
Du lierre tortu dont la tige eft ram
pante ,
Et du baccar, de peur que l'on ne
vous enchante ,
De la feve d' Egipte à l'éclat ver
doyant , [riant ;
Et de la branche urfine , au feuillage
Les chevres aux hameaux le foir
s'eftant rendues outlay on Lo
Y porteront de lait los mamelles tcndues
,
Les taureaux , les haras en liberté
paiſfans ,
Ne craindront plus l'affaut des lions
rugiffans ,
ulitus
Et même voftre souche eu fleurs tou_ \
jours feconde ,
En produira pour vous les plus belles
du monde.
Tous ferpens periront , tous fimples
veneneux
GALANT.
93
Prompts à nous recevoir , periront
avec eux ;
L'Amone d'Affirie , & fa plus douce
effence
Parfumera nos champs , par tout
prendra naiffance
Mais quaud de vostre pere & de
vosgrands ayeux
Vous pourrez voir écrits les exploits
glorieux ,
Et que vous fentirez cette divineflame
Que l'amour des vertus allume dans
une ame ,
Les champs feroutjaunis du bel ordes
moiffons ,
Le noir raifin pendra des incultes \
buiffons.
Le miel mème à travers la dureté des
chefnes
Ainfi qn'une fueur , coulera de leurs
veines ,
94 MERCURE
Quelques reftes legers de nos premiers
defauts,
Nous poufferont encore à voguer fur
les eaux.
Thetis verra des Nefs furfesplaines
mobiles ,
Encore on donnera des murailles aux
Villes ;
Encor le foc armé defes coutres tran➡
chans ,
Suivi du Laboureur fillonnera les
champs .
Alors d'autres Tifisfurlefeind' Amphitrite,
Conduiront, un Vaiffeau plein de
Heros d'élite.
UnAchille nouveaupour de nouveaux
exploits
Verra la grande Troye une feconde
fois.
GALANT. 94
Quandvousferez dans l'age où la
vigueurde l'homme
Parles ans s'affermit, s'acheve &ſe
confomme ,
Surla mer fans vaiſſeaux un avide
Marchand
Ne portera plus rien de l'aurore att
couchant
,
De tous les biens épars dans le refte
du monde ,
J
La terre en tous endroitsfe trouvera.
feconde, [fein,
Le coutre n'ira plus lui déchirer le
Lavignefans travail fera naiftre
le vin
Le bouvier aux taureaux dtant leur
atelage ,
Les laiffera courir libres de labou
rage ,
Et l'on ne verra plus , fur la laine é
clater,
96 MERCURE
Ces couleurs que de l'art on luy voit
emprunter.
La brebis dans nos prez ſe trouvera
parée ,
Fantôt de toifon rouge , & tantôt de
dorée ,
La pourpre d'elle même ornera les
Agneaux. C
C'est là cefiecle d'Or , qu'en roulant
leursfufeaux,
Les parques ont prédit à vos belles
années >
Sur l'immuable Arreft qu'onfait les
[ Dieux , deftinées.
Race de Jupiter, enfantfi cher aux
Heft temps d'accepter vos emplois
glorieux ,
Voyez cet univers que le poids de fes
crimes
Allaitprecipiterdans le fouds des abimes
,
D'aife
GALANT
97
D'aife cetUnivers nepeutfe conte
nir ,
Et tout fe réjouit de cefiecle à venir,
Le Ciel contentera pleinement mon
envie ,
Sijufqu'à ce beau fiecle il confervema
vie,
Et fi j'ay dans ce temps encore affezde
voix,
Pour chanter dignement vos glorieux
exploits.
Je ne crains pointqu'alors le Chantre
de la Trace ,
Ce Fils de Caliope en beaux Vers me
furpaffe ,
Ny que le grand Linus , Fils du bel
Apollon ,
Sur un fi baut fujet obfcurciffe mon
nom .
Si pour me furmonter dans ce noble
exercice ,
Nov.
1700.
I
98 MERCURE
Le Dieu Pan contre moy vouloit en-
'trer en lice ,
Quand même l'Arcadie en devroit
décider >
"Aux yeux de l'Arcadie il me devroit
ceder
[ mere,
Enfant dont la grandeur nous doit
eftre fichere ;
Témoignez en riant connoiftre vostre
Commencez d'appaiferpar un ris tendre
& doux,>
Les maux qu'en fa groffeffe elle a
foufferts pour vous.
Faites que cet air tendre un fouris
vous attire .
Ceux à qui les parens ne daignent
point fourire.
Jupiter de fa table àjamats les bannit,
Et Pallas pour toujours leur refuſe
fon lit.
#
GALANT
. 99
à
M' Antier qui a donné en
general les proprietez
de la
perfpective
dans ma lettre
du mois paffé , veut bien pour
contenter
les Curieux en don
ner quelque explication
convenable
à chaque proprieté ,
afin de ne pas laiffer les efprits
en fufpens , & de les porter
aimer cette fcience lorsqu'ils
en connoîtront
veritablement
l'utilité . Avant que de commencer
d'en parler , il eſt
bon de dire que dépuis que
l'on enfeigne la perfpective
,aucun
Ecrivain
n'ayant
encore
dit quel nom on donne-
I ij
100 MERCURE
aprés
roit à celuy qui fçait ou qui
enfeigne cette fcience , le
fieur Antier a creu
qu'il en a découvert la preuve
, qu'il étoit à propos de
faire porter le nom de Perf
pecteur à celuy qui fçait cette ,
ſcience , pour rendre familiers
lenom & la preuve qui juf
qu'icy ont paffe pour barba .
res. Il rapporte à ce fujet un
petit colloque qui ne fervira
pas peu à nous faire dévelo .
per cette fcience. Voicy ce
qu'il a dit la deffus .
Ce nom de Perfpecteur
étant reçû differemment de
GALANT.
t
chacuu a fait déja l'entretien
des plus beaux efprits . Un
Deffinateur
difoit dans une
affemblée que le fieur Reitna
avoit de l'efprit , qu'il faifoit
fortune , & qu'il étoit bien venu
chez les Grands , parce qu'il
fçavoit tres bien deffiner. Un
Pefpecteur
qui étoit
préfent
repera , il fait bien deffiner , it
faut donc qu'ilfçache la perspective
Le
Deffinateur le regardant
fierement luy dit ,
aparemmènt]
Mr , vous êtes de ces Perf
pecteurs du nom à la mode . Je fuis
bien aife de vous
detromper, &
de vousfaire
connoître qu'il n'est
I iij
102 MERCURE
pas befoin qu'un Deffinateurfea
che la perspective , puifque deffiner
, n'est autre chose que reprefenter.
Or il eft conftant qu'un
Deffinateurpouvant tres bien reprefenter
la nature , n'a pas befoïn
de cette fcience , puis que nous
voyons que plufieurs Peintresn'ont
pas voulu s'enfervir , & par con
fequent, vous ne devez pas nous
faire croire qu'ellefoit utile & ne
ceffaire. Le Perfpecteur voyant
que la rifée était prefteà tom
ber fur luy , répondit an Deffis
nateur , je vois bien , Mr, que ce
que vous dites tendànousfermer la
bouche , mais avant que l'on deci.
GALANT. 103
de qui de nous deux a raifon , il
faut queje vousexplique nettement
ce que c'est qu'un Perspecteur , &
ce que c'est qu'un Deffinateur .
Lefimple Perfpecteur eft celuy qui
voit & connoît la difpofition des
lignes vifuelles , & les fçait pla
cer dans fon deffein , par connoif.
fancede caufe. Le fimple Deffina
Leur ou copifte , eft celuy qui voite
place dans fon deffein des lignes vi
fuelles par imitation &fans con
noiffance
Le - Praticien Perfpecteur , eft
celuy qui voit , conncit trace
dansfon deffein des lignes vifuelles
par connoiffance de caufe.
1 iiij
104 MERCURE
S
Le bon Deffinateur , eft celuy
qui voit , connoîs & trace dansfon
deffein des lignes vifuelles , par
connoiffance de caufe , fçavoirpar
la perspectivefelon les définitions ,
le tout étant bien entendu , fi l'on
s'eft fervi juſqu'à prefent du nom
de Deffinateur préferablement à
celuy de Perfpecteur , ce n'a deu
être quepourfon excellence , puifque
nous voyons que dans fa defini.
tion , il renferme aufficelle du Perf
pecteur , mais voulant
par affec
tationignorer fes belles qualitez ,
on s'eft tellement accoustumé à le
ravaler , qu'au lieu de le traiter
comme il merite , on dit ouverte.
·
い
GALANT. ros
ment par une fauffe définition ,
qu'un bon Deffinateur n'est autre
chofe qu'un Copifte de bons def
feins Remettez dans vostre me .
moire , que le Perspecteur Pra
ticien , & le bon Deffinateur ont
toujours été de Compagnie , & que
fi vous voulez n'oublier pas qu'ils
font étroitement mariez enſembles
par une même définition qui leur
eft propre , noftre different fera
terminé, Ce quinous brouilloit venoit
feulement de ce que vous ne
les connoiffiezpas. Enfin , le Perf
pecteur auffi bien
teur,doit travaillerpar connoiffan
ce de cauſe , & ilfaut dire abfolu
que ·le Deffina.
106 MERCURE
ment que celuy qui n'entre pas dans
la maison par la porte eft un Lar.
ron & un Voleur. Ainfi celuy qui
n'entre pas dans le deffein par la
perspective , fçavoir par connoif.
fancede caufe ne pourra hardiment.
travailler d'invention &ne fera
jamais qu'un copiſte un Larron .
Aprés cela les enfans de qualiténe
doivent pasdire comme ilsfont tous
les jours fur ce qu'ils entendent
dire à des gens peu éclairez , qu'ils
ne veulent êtreque Deffinateurs ,
qu'ils n'ontpas besoin pour cela
d'aprendre la perspective . Fondez
fur ce beau raifonnement , ils pour
rotent continuer toute leur vie à def
GALANT . 107
finer, perfonne neles em¡ êche, mais
ils ne fçauront jamais rien faire
qu'ils ne foient , ou en preſence de
leur Maiftre , ou devant un bon
deffein Au contraire s'ils s'appli
quoient à la perspective , ils/gauroient
travailler bardiment, connoi.
trejufqu'aux moindresfautes quife
gliffent dans les ouvrages , & rendre
vaifon de leurfçavoir par conno
flance de cauſe.
Lefieur Antier continue
toûjours à donner des leçons
de cette fcience. Sa demeure
eſt au Lyon d'Or , ruë de l'E
chelle proche les Tuilleries.
Dans l'article que je vous
108 MERCURE
envoyay le mois paffé de M
Antier, l'Imprimeur a mis dans
ce qui eft marqué XVII . Nous
apprenons à faire toute forte
de roues, aulieu de , toute forte
de roures ; dans ce qui eft
marqué XVIII . Cartes Morines,
pour Cartes Marines ,
Vous voudrez bien faire
part à vos aimables Amies , de
la Chanfon que je vous envoye
.
2
7
GALANT
109
TS
S
AIR NOUVEAU .
BEaux yeux , pourquoy vous
ay je vús ?
Te vay perdre à jamais le repos
de ma vie :
Yous donne trop d'éclat à l'ai .
mable Silvie ,
Fuge de mon amour par mes regards
confus.
Ahi ne triomphez pas du feu qui
me devore,
Sans flater mon amour de quelque
doux espoir.
Que je payerois cher le plaifir de
vous voir ,
o MERCURE
Si je n'eftois aimé de l'objet que
j'ador!
Le Vendredy 12 de ce mois ,
on fit l'ouverture des audieno
ces à la Cour des Aides , aprés
une Meſſe baffe , où M le
premier Prefident le Camus ,
Mrs. les autres Prefidens , &
les Confeillers affifterent en
Robes noires à la maniere accouſtumée,
Enſuite on paſſa
dans la premier Chambre , où
aprés la lecture des reglemens,
concernant les Huiffiers , faite
par le Greffier , M' le premier
Prefident leur adreffant la pa
GALANT.
111
e
role , les exhorta à remplir
leurs fonctions & leurs devoirs
avec fidelité , exactitude &
application , s'ils vouloienc
meriter la prote & oin de la
Cour. Aprés cela , ce même
Greffier ayant fait lecture d'un
Reglement qui concerne les
Greffiers , & leurs Commis , il
leur recommandale definter . f
fement,l'application & la probité.
Les Reglemens concer
nant les Confeillers & les Gens
du Roy , ayant eſté lûs aprés
ces premiers , M ' le premier
Prefident prit la parole , & fit
un diſcours aux uns & aux au .
112 MERCURE
<res , qui roula fur l'obligation
indiſpenſable où le Magiſtrat
fe trouvoit de faire une continuelle
attention fur la perfonne
, fur la conduite , & fur fes
moeurs , pour parvenir à la
perfection de fon eftat.
Il fit voir que l'étude continuelle
fur luy même eſtoir une
des parties les plus neceffaires,
parce que fans cette étude on
tomboit dans l'erteur , qu'on
fe laiffoit prévenir par les paffions
, & qu'on ne pouvoit
parvenir à cette fcience parfaire
de juger les autres , fans
avoir auparavant fceu le juger
GALANT
113 ng
foy même, que cette connoiffance
de les défauts levoit une
infinité d'obſtacles , & nous
apprenoit à conduire les au
tres , quand on avoit appris a
fe
conduire foy - même ; qu'à
la verité il eftoit difficile de
parvenir à cette connoiffance
de foy méme que l'ignorance,
vengeance , l'ambition , la
prévention , & l'amour propre,
eftoient de puiffans feducteurs !
qui
obfedoient l'efprit , &
l'empêchoient de réfìfter à les
habitudes. Il finit par un riche
parallele qu'il fit des qualitez
des Juges qui fe trouvoient
la
Nov,
1700. - K
114 MERCURE
oppofez les uns aux autres,
l'honnefte de la douceur , de
la probité , de la moderation
de l'affabilité , de la prudence,
& de la ſcience, à la prévention,
àl'emportement , à l'aveugles
ment, à la pareffe & à la fureur
des follicitations , des cabaless
& des efperances trompeuſes
de la faveur. Tout cela fut acai
compagné d'une grace & d'u
ne éloquence merveilleuse qui
eft le partage de ce grand Map
giftrat , qui s'eft toûjours di
ftingué par un merite fingulier !
& par une affabilité , qui luy ont
attiré une eſtime univerfelle .
GALANT. n5
M'Delpeche l'un des Avo
cats Generaux , prit enfuite la
parole , & fon difcours qu'il
prononça avec tout l'agre
ment imaginable , roula fur
le méme fujet.
Il fit un portrait du coeur de
l'homme qui cherche fon éle
vation fur la ruine de ceux
qui luy font obftacle , & dit , qu
abandonné de fa raison dans
les emplois les plus importans ,
il neglige les roures qu'il doit
tenir , & n'a d'autre application
qu'à cenfurer les actions
& la conduite de ſes ſemblables
pour le donner un relief, &
Kij
116 MERCURE
pour le mettre en état de decider
de tout par luy même ; que
fa propre gloire l'empêchoit
de faire attention fur la conduite
, qu'enflé d'une ſcience
vaine , d'un faux merite , qui
n'étoit connu qu'à luy ſeul , il
s'abandonnoit
à tout ce que les
paffions les plus déréglées a
voient la force de luy infpirer ,
que negligeant les devoirs , &
les engagemens d'une profef
fion toute élevée , & qui ne
devoit avoir d'autre objet , que
la vertu , & la justice , il don
noit de terribles prifes fur luy
qui le rendoient méprifable au
GALANT
public, qui ne connoiffoit plus
les hautés Idées ; & la confide
ration qu'on devoit avoir pour
fa dignité.
Il ajoûta, que cette attention
ne confiftoit pas feulement
pour l'interieur, mais auffi pour
Fexterieur. Il fit un portrait de
certains magiftrats qui remplis
de leur merite , de leur fcience ?
& deleur experience , ne fe me.
nagoient point dans les follici .
tations , ni dans les occafions ,
ou il s'agiffoit d'examiner , ou
de jugerles affaires , qui compofez
, coleres, impatiens ou pre
venus , donnoient à connoître
1: 8 MERCURE
le fentiment de leur coeur. Il
donna desroutespour éviter ces
écueils, & fit voir qu'un Juge ne
devoit pas feulement étre fça .
vant ,& verfé dans la connoif.
fance du Droit & des Ordonnances
; mais qu'il devoit ſe
rendre acceffible , écouter avec
douceur, propoſerlesdifficultez
fans emportement , & decider
par les principes , eftre circon
fpect fans crainte , & patient
fans foibleffe. Il finit par l'és
loge qu'il fit de M' le premier
Prefident , & de Mrs fes Enfans,
& fit voir que l'on ne pouvoit
trouver de modele plus par
GALANT 119
fait pour la
Magiftrature ; &
que leur profonde érudition ,
leur application
laborieuſe
leur zele de la juftice , & leur
moderation
leur avoit acquisl'eftime
univerfelle du pu
blic.old
Dans le temps que l'on pro
nonçoit ! lles Harangues
la Cour des Aides , l'ouverture
du Parlement , fe fit en la mas
niere ordinaire. Elle comnien
ça par une Meffe folemnelle ,
qui fut celebrée pontificale
ment par M Bouthillier , Evêque
de Troye dans la Chapel .
le de la grande Salle du Palais;
120 MERCURE
& qui fut accompagnée d'une
excellente Mufique, de la com
pofition du S' Charpentier, M
de mufique de la Sie Chapelle.
-M le Premier Prefident , &
Mrs les Prefidens , le Pelletier
& de Crevecoeur , en Mortier ,
Epitoge & enfoururesd'hermine
, & quantité de M's les Con
feillers du Parlement , y affifte
rent en robes rouges. L'on entra
enfuite danslagrand'Cham .
bre, ou M' l'Evêque de Troyes
ayant pris la place à la gauche
de M'le Premier Prefident fur
les hauts Sieges , cet Illuftre
Chef du Parlement , luy fitun
compliment
GALANT. 121
compliment de la part de la
Compagnie , avec des termes
choifis , une politeffe , & une
éloquence qui charma l'Auditoire
, qui eftoit des plus
X
nombreux , Il s'étendit fur la
naiffance , la pieté , l'érudi
tion , le zele , la charité
& les autres vertus ; de ce Prelat,
fit voir qu'il réüniffoit dans
fa perfonne les rares qualitez ,
tant de de ſes Anceftres qui s'étoient
diftinguez autant dans
la Robe & la
Magiftrature ,
que dans l'Eglife , que
• que de M
l'ancien Evêque de Troye, fon
Oncle , dont il rempliſſoit la
*
Novembre 1700 . L
>
122 MERCURE
place. Il fit l'éloge de cet illuftre
Prelat , qui aprés avoir
paffé plufieurs années à remplir
les devoirs de l'Epilcopat ,
avoir fait une glorieuſe retrai
te , & procuré à fes Oüailles ,
un fi digne Succeffeur , qu'il
étoit rarede voir defemblables
exemples qui devoient eftre
fuivis par ceux, qui aprés avoir
confumé la meilleure partie
de leurs jours, à la gloire , aufalut
, & à l'avantage du public ,
fe trouvoient en eftat de jouir
d'une heureuſe tranquillité , &
de penfer férieufement à leur
falut. Il s'étendit fur le bon
GALANT. 123
ㄥˋ
heur des peuples , qui étoient
gouvernez par des Evêques ,
qui femblables à ces deux Prelats
, les édifioient par leur pieté,
par leur zele , par leur droi .
ture , & par leur humanité. Il
l'affura de la protection de la
Cour , & de l'estime qu'elle avoit
pour fa naiſſance , pour
fa pieté , & pour les autres rares
& fublimes vertus . M' l'Evêque
de Troye repondit à ce
Compliment par un autre des
plus éloquens. Il fit voir que
le choix que l'on avoit fait
de fa perfonne pour implorer
l'affiftance du Ciel par le plus
Lij
124 MERCURE
augufte de tous les Myfteres ,
à l'ouverture du Parlement ,
dans un jour auffi celebre ; luy
eftoit infiniment pretieux . Il
s'étendit fur la protection que
cette Illuftre Compagnie donnoit
aux Prelats de fon reffort
contre ceux qui par des chicanes
, & des procedures artifi .
cieuſes , s'efforçoient de fe fouftraire
de la Jurifdiction Ecclefiaftique
, afin de trouver l'impunité
de leurs dereglemens ,
& dit que cette jufteprotection
maintenoit la difcipline Eccle.
fiaftique.Cela fut fuivi d'un pa
rallele judicieux de la puiffance
GALANT . 125
temporelle & de la fpirituelle.
Il fit voir la neceffité & l'union
de ces deux puiffances pour le
bonheur des peuples , pour la
confervation de la pureté de
Religion , & pour l'execution
des loix . Il en fit
l'application
fur les chofes les plus memorables
du regne glorieux de Sa
Majefté , fes conqueftes , fes
victoires , fa moderation , ſa
pieté , & fa fermeté à foutenir
l'Eglife , abolir les herefies , les
fages Reglemens qu'il avoit
faits pour la pureté de la Foy ,
le
retabliffement de la difcipli
ne Ecclefiaftique , l'azile qu'il
Liij
126 MERCURE
donnoit à un grand Monarque
& la bonté paternelle qu'il avoit
pour les peuples. Ce Pre
lat fit enfuite une deſcription ,
du malheur & de l'incendie de
l'Eglife Cathredale de Troye.
Il fit voir qu'il falloit adorer
les ordres de la Providence ,
jufqu'à ce que la charité des fidelles
puft rétablir cerce Egli
fe , fe jetter à les pieds , demeu
rerdans la douleur & dans l'hu .
miliation , & eleverdansle coeur
un temple de larmes & de prieres.
H finit en adreffant là
role à Mile Premier Prefident,
& fir l'éloge de la profonde ca.
paGALANT.
127
pacité , de fon zele infatigable
à rendre la Juſtice avec la pureté
, & avec la ſuffiſance qu'il
tenoit hereditairement de fes
Hluftres Ancestres , dont il
rempliffoit fidignement la pla
Ge.
L'ouverture des Audiences
du Parlement le fit dans la
même grand'Chambre le Lun.
dy15. de ce mois. M'Jolly de
Fleury , qui est devenu premier
Avocat General par la promotion
de M Dagueffeau à la
Charge de Procureur General,
fir un beau difcours fur la fagef
fe que les Avocats devoienta
Liiij
128 MERCURE
voir pour objet dans l'exercice
de leur profeffion . Il en fit voir
les differens caracteres par
l'oppofition des qualitez contraires
,avec cette merveilleule
éloquence qu'il a herité de ſes
Illuftres Anceftres dont il occupe
la place avec un merite
diftingué , & une reputation.
univerfelle.
Mle Premier Prefident
prit enfuite la parole qu'il adreffa
pareillement aux Avo⚫
cars . Il fit voir qu'il étoit plus
juſte de leur faire connoiftret
les obligations indifpenfables
où ils fe trouvoient de remplir
GALANT. 129
tous les devoirs de leur profef
fion & de concourir au bien
de lajuſtice, que de leur donner
des preceptes pour l'éloquencè.
Il montra par de riches expreffions
& des ſentimens éle
vez , qu'ils devoient plutôt.
s'attacher à perfuader qu'à
plaire dans les difcours qu'ils
faifoient en public ; que l'étu
de la verité, de la vertu & de la
fageffe devoit être leur uni
que objet ; qu'il ne faloit point
fe prevaloir de les propres
lumieres
, qui fe trouvoient fou
vent inutiles ou funeftes, lors
que l'on n'avoit point la vertu
to MERCURE
dans le coeu¿r que la capacité
fans la probité n'attiroit ny
Feftime , ny la confiance ;
qu'elle produifoit au contrai
re de la défiance & du mépris.
Il ajoûta qu'ils devoient recevoir
avec reſpect &foumiffion ,
les avertiffemens qu'on leur
donnoit , pour les porter
perfection de leur état ; que
' étoit la marque infaillible de
la corruption du coeur quand
ils s'élevoient contre ceux qui
avoient droit de cenfurer les
vices &leségaremens, &quand
ils prenoient la verité pour une
injure , & ceux qui par fon
à la
GALANT:
IZE
moyen reprenent les deffauts
pour des ennemis Il invita enfuite
les Avocats à fe rendre
affidus aux heures qui leur
eroient marquées , & à ne point
faire perdre des heures & un
temps, confacré au public.Il les
exhorta d'écouter
avec honneur
les avertiffements
de
Mrsles Gens du Roy , de deferer
à leurs avis , de ne point
ſe revolter contre les apointemens
qu'ils propofoient
& que la Cour ne recevoic
qu'avec des formes & des regles
certaines, de ne point favo
rifer l'opiniâtreté
des mauvais12
MERCURE
Plaideurs , de n'agir que par
des principes d'équité , & de
juftice , d'ufer de moderation ,
de chercher la netteté & la
briéveté , de ne s'éloigner jamais
de la verité , de s'attacher
à la droiture , à la prudence &
à la probité. Il ajouta que
la
veritable habiilté confiftoit à
ne fe point fervir de fineffes
& d'artifice; que l'on ne devoit
point s'aplaudir pour de vaines
fubtilitez, ny infulter ſes Confreres
par des mines, des geftes
& des clameursin difcretes , mais
imiter la modeftie de ceux qui
les avoient precedez , qu'ils deGALANT
133
voient avoir pour butla raifon ,
la verité , la fageffe , & ne point
enviſager ces preceptes com .
me des fervitudes , puifqu'ils
n'étoientqu'honorables legers
&faciles , au lieu que la fervitu
de où le libertinage , la revolte
& l'irregularité entrainoient
l'efprit del'homme, étoit dure ,
difficile & pefante. Il joignit
à tout cela une infinité de beldes
reflections fur cette ma.
tiere , mais dans des termes
élégans & choifis , & avec des
expreffions riches & des fenti
mens élevez , formez par un
genie fuperieur , une étude &
$
134 MERCURE
•
une application continuelle
aux ſciences , à la fageſſe , à la
droiture & à l'amour qu'il a
toûjours fait paroistre de
rendre la juftice indiftincte
ment .
7
Il parla enfuite aux Procureurs,&
ils'éleva contre lesprocedures
multipliées & irregu
lieres , dont les frais confommoient
& ruinoient une in
finité des parties , menaçant
de punir avec feverité ceux
qui par un defir immoderé
d'établir leur fortune par une
conduite fi condamnable, fe
roient trouvez en contraven
tion.
GALANT 1:35
Les Avocats & Procureurs
prêterent enfuite les fermens
fur l'Evangile , que M' le Premier
Prefident leur préfenta,
fuivant l'ufage & la forme qui
s'obſerve depuis plufieurs fiecles.
Le Samedi 13. Novembre
l'Academie Royale des Sciences
fe raffembla , & ouvrit
fes portes au Public , felon
l'ordre qu'elle pratique. M
l'Abbé Bignon préfidoir à
l'ordinaire. Il fit commencer
la Séance par M' de Fontenel
le , Secretaire de cette Com
pagnie , qui luy rendit compte
.
136 MERCURE
de la continuation de la Me
ridienne , à laquelle M' Caffini
travaille par ordre du Roy.
Il y a préfentement 30. ans
qu'on entreprit ce travail le
plus utile pour la Geographic
& pour l'Aftronomie qui ait
jamais été proposé , & en
même temps le plus grand &
le plus magnifique. On prit
la Meridienne de l'Obfervatoire,
on la conduifit du cofté.
du Septentrion jufque par delà
Amiens , ce qui donna la me
fure de la terre , plus exacte &
plus feure qu'on ne l'avoit ja .
mais eue. Le deffein étoit de
GALANT. 137
tirer cette ligne à travers toute
la France , mais il fut interrompu
. Le Roy ordonna cet
Eté qu'on le reprift & M
Caffini eft allé du cofté du
midipour tirer la Meridienne'
jufqu'aux extremitez les plus
Meridionales de la France. I
eft prefentement fur les Con
fins de l'Auvergne , & du
Rouergue , toujours bien feur
qu'il ne s'eft pas le moins du
monde écarté d'une ligne qui
part de l'Obfervatoire. Enfuite.
Mr de la Hire dit qu'il avoit
obfervé dépuis quelques jours
des taches dans le Soleil où
Novembre 1700. M
18 MERCURE
l'on n'en avoit point vû de
puis fort long temps.
Mr.Dodart fit un difcours
tres curieux fur la formation
de la voix de l'homme. Il fic
voir qu'elle dépend entierement
de la Glotte , & que le
Diametre de cette petite fente
, qui n'eft que d'une ligne ,
doit recevoir actuellement
dans une petite étendue plus
de 7000. divifions , ce qui efe
au- deffus de tout ce que l'ima
gination peut fe reprefenter.
Mr Varignon parla de la
force qui fait tendre toutes
les Planet es vers le Soleil , co
GALANT. 1797
qu'on appelle leur Pefanteur
par rapport au Soleil. Il dé
montra
geometriquement
qu'elle devoit être cette force
pour faire décrire aux Planetes
les Orbes ovales qu'elles décrivent
; car ce ne font plus
des cordes comme les Anciens
& même les Modernes juf
qu'à ce temps cy , l'ont cru
Enfin Mr Méry fit voir ce
que devient l'Air qui entre
dans le fang par la reſpiration.
Il foutint qu'après avoir cir
culé avec le fang des Arteres,
ileft rapporté par les veines
dans le Ventricule droit du
Mij
140 MERCURE
coeur , d'où il va dans le Poumon
pour en fortir par la
Trachée , par où il y étoit entré.
Mr l'Abbé Bignon mefla
à fon ordinaire dans tous ces
diſcours fçavans , des reflec
tions qui les éclairciffoient , qui
les mettoient un peu plus à la
portée des Auditeurs , & qui
en même temps y jettoient de
l'agrément .
Le merite & les talens de
M' de Betoulaud vous font
connus. Vous fçavez qu'il fignale
fort fouvent par d'agreables
jeux d'efprit , l'amitié.
GALANT.141
་་
qu'il a voüée à Mademoiſelle
de Scuderi. Il a envoyé depuis
peu à cette illuftre Fille une
Orange merveilleuse qui eft
venue chez luy à une Terre
qu'il a auprés de Bordeaux :
Cette Orange eft d'une grof
feur extraordinaire , & a efté
produite en forme de couronne
antique , d'une maniere fi
particuliere & fi bien marquée
, qu'elle a paru un prodige
à tout le monde. M ' de Betoulaud
en a fait prelent à
Mademoiſelle de Scuderi , &
ce prefent a efté accompagné
de fort jolis vers , ce qui enga#
42 MERCURE
gea cette fçavante Perſonneà
prier Mademoiſelle Lheritier,
pour qui elle a une amitié dif
tinguée , de vouloir bien travailler
fur ce fujet. Mademois
felle Lheritier fit auffitoft le
Madrigal que vous allez lire ,
& il donna lieu à tous les au
tres que vous trouverez enfui
te.t
SUR L'ORANGE
COURONNE' E.
Envoyée par Mr de Betoulaud
à Mademoiſelle de Scuderi .
I Ecourdi de Berger qui juge a
Les Déeßes
,
GALANT. 143
De frivoles appas follement em
chanté,
Ne pus iamais avoir efté tenté
Par de glorieufes promeffes.
Sans goust pour le fçavoir ,fans
gout pour les vertus ,
Il donnala Pomme à Venus .
Damon de qui l'efprit , les beaux
Lovers , lafcience ,
Sont cheris de tante la France,
N'imilepoint Paris , &ſçait choi
fir bien mieux.
Maistre de la deftinée
De l'Orange couronnée,
Il confacre à Saphocefruit fipré
cieux.
Son équitable politeffe
4
144 MERCURE
Honerant les vertus & les dons
excellens
D'une Nymphe, qu'avec largef
Je
Les DiviniteZdu Permeffe
Ornerent de tous leurs talens ,
Voitfans ceffe applaudir un choix
plein de fageße.
De l'imprudent Berger qui mit en
feu la Grece ,
Le nom fera toujours odieux , de
refté;
Et celuy de Damon a jamais reſpecté.
Voici la réponse que Mademoiſelle
de Scuderi a faite à ce
Madrigal.
Sçavante
GALANT. 145
Sçavante Lheritier , dont l'esprit
eft charmant ,
Vous me loueztrop fortement.
Pourb en répondre à vos loüan.
ges
Ilfaudroit employer le langagedes
Anges ;
Mais je déclare fimplement
Que j'ay de vos talens une
grande idée ,
fort
Et que matendre eftime eſtjuſte&
bien fondée.
M' de Betoulaud ayant vû
les vers de Mademoiſelle Lhe,
ritier , ya fait cette réponſe .
Si j'ay mieux jugé que Paris ,
Quand mon Orange couron née
Nov. 1700. N
146 MªRCURE
Fut parmoy comme un digne prix ,
A l'illuftre Sapho donnée ;
Lheritier qu'un efprit charmant
Rendit fi brillante au Parnaffe ,
M'en a louéfi noblement ,
Avec tant d'art & tant degrace.
Que Paris luy même autrefois ,
Aprés avoir par preference
Fait de Venus le fameux choix ,
Eut une moindre recompenfe.
Mademoiſelle Lheritier a
envoyé cet autre Madrigal à
Mademoiſelle de Scuderi , fur
celuy de M' de Betoulaud .
Sapho ,fi monforble fuffrage
ADamon peut paroiftre un prix
GALANT. 1147
Plus glorieux encor que celuy qu' -
eut Paris,
Que j'applaudis au fort de mon
petit onvrage!
Jefeay que vofire Ami , galant &
gracieux ,
Me lone auec trop d'art , & trop
de politeffe,
Mais que je trouve precieux
Ce noble amour qu'il a pour les
dons du Permeſſe !
Son gouft exquis n'a , ie croy , point
d'égal.
Quoy que l'immortalité tente ,
NosBergets recevrojent d'une ame
"plus contente
Une Helene qu'un Madrigal,
Nij
48 MERCURE
Quandmême il partiroit de poftre
main fçavante .
En voici un autre de Made
moiſelle du Scuderi à M de
Betoulaud.
Voftre Madrigal eftgalans ,
Il eſt agreable & brillant ,
Et vous parlez avec iufteffe
De l'aimable Heritier comme d'u
ne Déeffe.
2.
La nuit du jeudi 7. d'Octo
bre , un peu aprés minuit , un
terrible coup de Tonnerre ,
fuivi de deux autres coups , fe
fit entendre. La Foudre alla
frapper le clocher de l'Eglife
GALANT 149
de Saint Pierre , Cathedrale
de Troyes , & mit le feu un
pié au- deffous de la Croix. Il
demeura un espace de tems
affez confiderable attaché au
faiſte , & ne parut durant prés
d'une heure que comme un
Flambeau , croiſſant peu à peu .
Il fe fit voir une heure aprés
comme une boule moyenne
quia deux pieds de diametre
en circonférence ; mais la flâme
groffiffant à mesure qu'el
le deſcendoit , le feu ſe montra
alors dans une large étendue
& dans une prodigieufe hauteur.
L'on employatous les fe
Niij
150 MERCURE
courspoffibles pour l'éteindre,
mais les efforts des feringues-
& des éponges furent inutiles,
& il fut impoffible d'en venir
à bout. Il brûla l'une des plus
belles & des plus hautes Flêches
que l'on puiffe voir , &
gagnant la ramée de l'Eglife ,
il la confuma entierement en
moins de douze heures: Les
Voutes ont été crevées en
plufieurs endroits ; fur tout
celle qui foûtenoit le Clocher
eft fort endommagée , & fait
voir de larges brèches qui ont
été faites par la pefanteur des
piéces de bois , & des barres
GALANT SE
de fer qui font tombées fur elle
Trois hommes montez fur ces
voutes pour éteindre les reftes
de l'incendie , furent écrasez
la nuit fuivante par une figure
de pierre élevée fur le pignon
du grand Portail , qui
tomba fur eux, & qui crevant
la voute alla fe brifer fur le pavé
de l'Eglife qu'elle enfonça
par le poids de fa chûte. Le
tonnerre avoit déja frappé
cette haute & fuperbe Flèche ,
& étoit tombé plufieurs fois
fur cette Eglife. Ily a trois ans
qu'il mit une vitre en pièces,
& fit quelque dégafts au Clocher.
N iiij
152 MERCURE
Je vous envoye un Sonnet
que Mr Maugard de Troyes
fait fur cet Incendie.
Clel! quel bruit fe répand dans
le vague des airs,
Quelfurprenant éclat faifit ma
foible veuë !
Dans un nuage en feu la Foudre
retenuë
Gronde tonne en Octobre , &
lance des éclairs .
Quel trait defeu traçanı mille cor .
cles divers ,
Part dufein enflâmé d'une brûlan .
te nuë ,
GALANT. 153
Etfrappe , en décrivant une route
connuë,
La cime d'un Clocher pour paffer
à travers?
Dufer & de l'airain les défenfi
ves lames
Servent d'un vain renfort contre
l'ardeur desflâmes ;
Tous cedealafureur du rapide Vul
cain:
Le feu confume enfin une Flêche
Superbe.
Tremble , Ambitieux , &redou▴
tez la main,
Qui détruit les Pala is &les rés
duit à l'herbs.
1
154 MERCURE
Vous me fçaurez gré de ce
que vous allez trouver icy .
C'est la copie d'une lettre
écrite a Maubuiffon fur la
mort de Mademoitelle de
Condé.
C
A MADAME
. ***
V
Ousvous intereffeztrop
Madame,à ce qui regar .
de la maifon de Condé , &
vous me demandez avec trop
d'inftance quelques particularitez
de la mort de S. A. S
Mademoiſelle de Condé, pour
vous refufer cette fatisfaction
GALANT. ISS
Je vous diray donc que le rare
merite de cette Princeffe
la fait regréter univerfellement
à la Cour & à la Villeg
mais à quel point ne l'eft elle
point de fes Domestiques, qui
font penetrez des bontez qu'
elle avoit pour eux ? Elle les
voulut voir tous quelques heures
avant que de mourir, & par
une humilité bien rare parmi
Jes plus parfaites , elle leur de
manda pardon & d'une mániere
fitouchante qu'il auroir
falu un coeur de bronze pour
ne pas fondre en larmes . Elle
expirale Samedy 23. Octobre
Y
156 MERCURE
entre 10. & 1. heures du foit.
Le Pere de la Tour , General
de l'Oratoire
, ne la quitta pas
un moment , les fix derniers
jours de fa maladie , qui a été
tres longue . Je lui ai oüi dire
qu'il l'avoit trouvée remplie
d'une pieté folide , qu'elle avoit -
fouffert les maux avec tant de
patience , & attendu la mort
avec tant de réfignation à la
volonté de Dieu , qu'il la regar
doit comme une Sainte . Huit
jours avant fa mort , M¹ le Curé
de Saint Sulpice lui porta
le Saint Viatique qu'elle receut
avec un reſpect , & une
GALANT. 157
devotion , qui répondoient
à fa vertu toute édifiante. Le
même jour , elle luy fit donner
pour fon Egliſe un habit.
magnifique qu'elle avoit eu
pour les Noces de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne ,
& qui avoit coûté plus de huit,
mille livres Elle diftribua enfuite
à fes domeftiques toute)
fa garderobe , & leur donna
aufli tout ce dont elle eftoit
maiftreffe de difpofer , & elle
en fit même le partage , dans
les vues d'une charité chre
ftienne , afin d'empêcher les
differens que ce
partage
158 MERCURE
auroit pû caufer entre eux.
Aprés cela elle ne voulut plus
oüir parler que de la mort &
de l'éternité , à laquelle elle
s'eftoit difpofee depuis longremps
, même pendant le fejour
qu'elle a fait à Aniêre ,
qu'elle a fanctifié en l'em .
ployant à faire faire plufieurs
Ornemens pour l'Eglife , & à
faire foulager les pauvres , fon
plus grand chagrin eftant de
ne pouvoir pas yfubvenir auffi
abondamment qu'elle l'au-'
roit fouhaité , quoi que Madame
la Princeffe qui la cheriffoit
fort tendrement , luy
a
GALANT 159
donnaft au- delà de ce qu'el
le luy demandoit. Le corps
de cette Princefle a efté porté
aux Carmelites de la rue Saint
Jacques , avec une pompe digne
de fa naiffance. Je ne vous
diray rien de la douleur de
Madame la Princeffe , n'ayant
point de termes affezforts pour
F'exprimer . Elle en eft inconfolable
, & il n'y a rien qu'elle
n'ait fait devant Dieu , & devant
les hommes , pour fauver
la vie de cette chere Fille. Elle
n'a rien épargné , ny prieres ,
ny aumônes, de forte que pendant
qu'elle eftoit à Aniêre ,
160 MERCURE
elle a fait donner au Curé de
Saint Sulpice cent trente cinq
Louis d'or pour les Pauvres ,
fans compter tout ce qu'elle a
donné pendant le cours de
fa maladie. Je fuis , Madame
, & c .
Quatre Galeres eftant for
ties du Port de Malte au commencement
du mois paffé ,
pour aller faire les courſes dans
les mers de Barbarie , le 8. Octobre
à la pointe du jour , la
Garde découvrit un gros Navire
par Sud- Est , auquel ayant
donné chaffe jufques à trois
GALANT. 161
heures aprés midy qu'on fe
trouva à la portée du Canon ,
elles reconnurent que c'eftoit
un Vaiffeau Turc qui portoit
environ.trente- cinq pieces de
Canon par bande & plufieurs
gros pierriers au Corps de garde
, furquoy le General Spino
la avec fon intrepidité ordinai
re, ayant fait reflexion qu'attendu
la fuperiorité de la grande
artillerie du Navire ennemy
, on ne pouvoit efperer au .
cun avantage fi l'on perdoit le
temps à le canonner , refolut
de l'aborder , & de s'en rendre
le maitre l'épée à la main avec
Νου , 1700 .
162 MERCURE
fes vaillans & courageux Chevaliers
, qui ne cherchent qu'à
verfer leur fang contre lesen.
nemis de la Foy. Cela fut executé
avec tant de vigueur , que
dés que la Galere Saint Louis
eur joint la Capitane & la Ma
giftrale , & que le General cut
fait faire le fignal de l'aborda .
ge , elles approchérent , quoy
que la Galere Sainte - Marie ,
qui eftoit plus pefante que les
autres , ne fuft pas encore arrivée.
Elle ne laiffa pourtant pas
d'arriver à temps pour jetter
du monde fur le Vaiffeau avant
qu'il le fuft rendu.La Capitane
GALANT. 163
& la Magiftrale commandées
par le Chevalier de Ricard ,En ,
feigne de Galere du Roy , &
celle de S. Louis commandée
par le Chevalier de Grogne ,
Sicilien , devoient aborder en
mêmetemps ; mais le vaiffeau
ayant orfé , évita l'abordage de
la Capitane qui fut obligée
de prolonger le flanc droit
du Vaiffeau , & d'en effuyer
tout le feu. Cependant la Galere
Magiftrale commandée
par le Chevalier Ricard qui
ne perdit pas un moment de
temps , aborda le Navire avec
une valeur extraordinaire . Le
O ij
164 MERCURE
Chevalier de la Javy , qui eft
le Lieutenant , & Frere du Capitaine
, les Chevaliers de
Trans , de Buffenville , de Damien
, & de Millaud , fauterent
les premiers fur le Vaiffeau.
Le Chevalier de la Javy.
fut dangereuſement bleffé. La
Galere Saint Louis avoit auffi
abordé , & le Lieutenant &
quatre autres Chevaliers furent
tuez. La Capitane qui
s'eftoit redreffée , fic fon
abordage , ainfi que celle de
Sainte- Marie , commandée
par le Chevalier Bentivoglio ,
Boulonois, & elles jettérent du
GALANT. 169
monde fur cette grande Sul
tane , en forte qu'on demeura
maistre de la couverte. Les
Turcs qui s'eftoient retirez
fous couverte fe défendirent
vigoureuſement, & avec beau
coup d'opiniâtreté , mais les
Chevaliers de Millaud , de Ligondez
, de Saint Germain
Beaupré , de Tianche , de Laf
cozia , Dom Louis Congalle ,
de Bouillon, & Dom Auguftin
Vergos,defcendirent avec une
intrepidité qui n'eft pas croya
ble , l'épée à la main , & fe rendirent
maiftre de la premiere
batterie. Les Chevaliers de
:
166 MERCURE
و د
Millaud & de Ligondez y fu
rent bleffez , & les autres Chevaliers
qui les ſecondérent
avec une égale valeur , ſe ren
dirent maistres du Vaiffeau.
Dix Turcs qui s'eftoient retirez
dans la Sainte Barbe avec
leurs méches allumées pour
mettre le feu aux poudres , ne
voulurent jamais fe rendre que
M' le General avec lequel ils
demandérent à capituler , ne
leur euft donné la Croix pour
ôtage. C'eſt une merveille que
que quatre Galeres ayent pû
prendre une fi groffe Sultane ,
qui eft une des plus belles du
GALANT. 167
Grand Seigneur. Tous les Ca
pitainesy ont fait des merveil
les , entre- autres M'le General
Spinola , Mle Chevalier de
Ricard , qui a invefti le premier,
& à qui le Grand Maiſtre
a promis la premiere Commanderie
de grace. Tous les
Chevaliers fe font fignalez, &
c'eftoit à l'envi les uns des autres
à qui pourroit fauter des
premiers.
CHEVALIERS MORTS .
De la Langue de France.
Le Chevalier Edme de Choi.:
feuil de
Chevigny.
168 MERCURE
Langue d'Italie.
Le Chevalier Dom Pietro
Paterno , Sicilien , Lieutenant
de la Galere Saint Louis.
Arragon.
Le Chevalier Don Emma,
nuel Espeletta , Navarrois.
Caftille.
Le Chevalier Don Laurenzo
Munnos.
Caftellenie d'Emp ofte.
Le Chevalier Don Jayme
Zamorra,
CHEVALIERS BLESSEZ.
Langue de Provence.
Le Chevalier Dominique de
Ricard de laJavy ,Lieutenantde
la
GALANT. 169
Galere Magiſtrale , Frere du
Capitaine de la même Galere ,
bleffé au vifage & au bras, d'un
coup de Moufquet & d'un
éclat de Canon .
Langue d'Auvergne.
Le Chevalier Michel de Lis
gondez , la cuiffe percée d'un
coup de Pierrier.
Langue de France.
Le Chevalier Charles de
la Luzerne , bleffe d'un coup
de Sabre à l'eſtomac , & d'un
coup de Moufquet au bras.
Le Chevalier Jean de Villeneuve
de Trans .
Novembre 1700. P
170 MERCURE
Langue d'Italie.
Le Chevaliet Don Joſeph
d'Alimena , Calabrois .
Gens de Cap. morts.
41
Un Bombardier.
Deux Mariniers.
Cinq Soldats.
Un Valet de Chevalier.
LeRoya donné à M¹le Nain,
Fils de Melfire Jean le Nain ,
Confeiller en la Grand'Cham,
bre , l'agrément pour la Char
ge d'Avocat General au Parle..
ment de Paris , qui eft demeurée
vacante par la nomination
de Mª Dagueffeau à celle de
1-
GALANT.
171
Procurear General. Sa Majesté
en luy accordant cet
agrément , luy dit, qu'elle con .
noiffoit fon merite perfonnel ,
& les fervices de fes Anceftres.
Il eft en effet d'une maifon ;
qui a toûjours fait profeffion
d'une vertu tres auftere & d'une
parfaite integrité. M' le
Nain,ſon Ayeul, eftoit Maiſtre
des Requeſtes , & Fils de Meffire
Jean le Nain , Confeiller
en la Grand'Chambre ; de
forte que M' l'Avocat General
eft le quatrième dans la Robe.
Dame Anne Legras la Mere ,
eft Fille de feu M' Legras ,
P ij
172 MERCURE
·
Maistre des Requeftes , & Da
meMarie le Ragois fon Ayeu
le , eftoit de la Famille des
le Ragois de Bretonvilliers ,
dont le dernier étoit Prefident
en la Chambre des Comptes.
M' le Nain de Beaumont qui a
laiffé de tres beaux ouvrages
fur l'Hiftoire Ecclefiaftique ,
eftoit Frere du Confeiller de
la Grand Chambre , & Oncle
de Mi le Nain , qui a un autre
Oncle Prieur de l'Abbaye de
la Trape. J'oubliois de vous
dire que ce nouvel Avocat General
a efté vingt trois ans
Avocat du Roy au Chafteler ,
·
GALANT
173
& depuis Confeiller au Parlement
dans la Cinquiéme des
Enqueftes. Il a brillé dans
Tune & dans l'autre de ces
Charges . M ' l'Avocat General
Portail eft fon Coufin:
M' Denots , Chef d'Efcadre
, a eſté pourven du Gou
<vernement des les Françoi
fes en Amerique , vacant par
la moit de M' d'Amblimont.
Le Cordon rouge de l'Ordre
de Saint Louis , qu'avoit ce
dernier , a efté donnéà M' le
Marquis de Nefmond , Lieurenant
General , & la penfion
Piij
174 MERCURE
qu'avoit m' d'Amblimont
, à
M' des Augers , ancien Capi
taine de Vaiffeau .
Le Roy a auffi fait la grace
à Mi de Monbron, Lieutenant
General de fes Armées , &
Gouverneur de Cambray , de
faire paffer la Penfion qu'il a
de deux mille écus , à Mle
Comte de Monbron fon fils ,
Colonel d'Infanterie .
Voici les Chevaliers de S.
Louis qui ont eu depuis peu
des Penfions.
M. Duquefne - Moſnier ,
M' de Lifle ;
Isool.
15001.
GALANT. 199
M'de Droüard ,
м de Baflan ,
1000 l.
1000l .
On a auffi donné les Pen
fions fuivantes dans la Marine.
3
M' de la Galiffonniere a eu ;
M' le Chevalier d'Arbouvil.
le
,
15001
.
1500 !.
1000 l.
Me le Marquis de Rouvray ,
Je n'ay pas les noms des
trois autres qui ont auffi eſté
gratifiez .
Mr de Treville , Abbé de
Montmirandé , dont le pere
eftoit Capitaine - Lieutenant
P iiij
176 MERCURE
des Moufquetaires fous le Re
gne de Louis XIII . eſtant decede
, le Roy a accordé cette
Abbaye à M' le Grand , pour
M' l'Abbé d'Armagnac fon
fils , & cela d'une maniere fi
obligeante , que ce Prince en
a efté plus touché que du
prefent que Sa Majeſté lui a
fait.
Dame Charlotte de Prie ,
veuve de Me Noël de Bullion ,
Marquis de Bullion , fieur de
Bonnelle , Confeiller du Roy
en fes Confeils , & Commandeur
de fes Ordres , mourut
ale 14. de ce mois âgée de
GALANT .
07
foixante & dix - huit ans Elle
eftoit foeur de Madame la Ma
refchale de la Mothe , & mere
de M' de Bullion , Prevost de
Paris , Gouverneur & Lieute
nant General pour le Roy en
fes Provinces du Maine , Per?
che & Comté de Laval.
a
M'de Bullion fon mari étoit
fils de M. de Bullion , Sur In
tendant des Finances , & frere
du feu marquis de monloüet,
Premier Ecuyer du Roy. Mas
dame de Bonelle qui vient de
mourir , étoit fort eftimée de
la Reine mere & de M. le Cardinal
Mazarin. C'étoit une
178 MERCURE
Dame de merite , qui a fort
brillé dans cette Cour là .
Meffire Pierre Henry This
bault de Montmorency - Lu
xembourg , Abbé Commandataire
de l'Abbaye de Nô
tr -Dame d'Ourfcamp , mout
rut le 23. de ce mois , âgé de
trente-leptans ou environ. Il
étoit fils du feu Maréchal Dud
de Luxembourg.la
Meffire Henry Lambert ,
Seigneur d'Herbigny , mare
quis de Tribouville , Con
feiller du Roy en fes Cons
feils , maistre des Requeſtes
ordinaire de fon Hoftel , cy
.
GALANT.
179
devant Intendant des Provin
ces de Champagne , Berry ,
Bourbonnois & Daufiné , &
Intendant General de la Marine
mourut le méme jour 28.
de ce mois âgé de foixante &
dix fept ans.
1.
Il y a déja quelque temps
que
Meffire Claude Hourlier,
Prefident à la Cour des Monnoyes
& Lieutenant General
au Bailliage du Palais , eft mort.
Il avoit été Lieutenant particulier
du Chafteler . C'étoit
une perfonne de diftinction
& de merite a qui le Roy & le
Parlement avoient confié plus
180 MERCURE
**
fieurs commiffions importanres
. M' Sanguiniere , Confeiller
au Chafteler , a acheté la
charge de Lieutenant General
au Bailliage du Palais , &
M' Chefnard , auffi Confeiller
au Chaſtelet , celle de Prefident
à la Cour des Monnoyes.
M' Delrieu , Maiftre d'Hô .
tel Ordinaire de la Maifon
du Roy , ayant émoigné qu'il
fouhaitoit vendre cette charge
, Mr de Vauvray , Intendant
de Marine à Toulon en
a obtenu l'agrément du Roy.
Lemor d'agrément fignifie en
GALANT:
181
cette occafion plus que permiffion
d'achepter , puifque
le Roy a fait fon éloge en luy
donnant cet agrément ; qu'il
luy a marqué qu'il étoit content
de fes fervices dans la Ma
rine , & qu'il luy a dit qu'il pres
tendoit qui continuaft à le ter
vir.
On a veu icy une lettre de
M' l'Abbé de Belnigan , Chanoine
de Saint Germain l'au
xerois , où font des marques.
fur l'aymant qui paroiffent cu
rieufes & utiles. Il dit que pour
obferver la veritable Inclinaifon
de l'aymant , il ne faut pas
182 MERCURE
placer le Meridien de la bouffole
d'Inclinaifon
fur une ligne
Meridienne , comme on l'a
fait julques à prefent , mais
qu'il le faut placer fur une ligne
de Déclinaison de l'aymant;
qu'on peut neanmoins obferver
cette Inclinaifon dans les
autres fituations de la bouffoule
pour comparer toutes
ces differentes Inclinaifons
les unes aux autres , & comparer
"aufli les differentes caufes
qui peuvent y apporter du
changement. Il promet le
moyen de faire ces obfervations
, même celle de la DéGALANT.
183
' ג
clinailon , exactement & fen.
fiblement avec des aiguilles
tres courtes. Enfin il avertic
que fi l'on faifoit toutes ces
obfervations dans la Machine
Pneumatique on pourroit
faire fur cette matiere de nou
velles découvertes . Pour cela
il fouhaiteroit que l'on changeaft
quelque chofe à cette
Machine & qu'on la preparaſt
exprés.
On vous a dit vray, Madame
, en vous diſant que M' le
Duc du Maine avoit achetté
la terre de Sceaux. Cette acquifition
convient bien à ce
184 MERCURE
3
grand Prince, qui étant natu?
rellement magnifique non
feulement foutiendra la dépenfe
neceffaire pour entre
tenir cette maifon qui en del
mande beaucoup , mais qui
pourra même encore l'embel
lir , quoy qu'il fuffiſe de la
bien entretenir pour avoir
une des plus belles & agrea
bles maifons que l'on puiffe
fouhaiter...
La mort de Nôtre Saint
Pere le Pape Innocent XII.
étant arrivée la nuit du 27 au
28. de Septembre , fon corps
fut expolé dans l'Eglife de
GALANT. 185
Saint Pierre jufqu'au Vendredy
au foir , premier jour d'Oc.
tobre , & alors en prefence
des trois Cardinaux du Palais&
des Creatures , il fut mis ha
billé en Chafuble , Mître &
Pallium , dans une Caiffe de
bois de Cyprés , avec une
bourfe de medailles d'or ,
d'argent & de metal à fes pieds.
On luy couvrit le viſage avec
des Voiles blancs & rouges ,
& on mit enfuite cette Caiffe
dans un coffre de plomb , où
étoient les Armes , fon nom
& lejour de fa naiſſance & de
fa mort. Le coffre de plomb
Novembre 1700.
Q
186 MERCURE
fut mis encore dans une autre
Caiffe de bois fort épuiffe , &
on l'éleva avec des poulies
dans le Tombeau de Marbre
que ce Pape avoit fait faire luymême
pendant la vie , & qui
eft placé au devant de celoy
de la fameufe Comteffe Mathilde.
Le même jour , les Ambal
fadeurs de France & de Venife
allerent en grand Cortege
haranguer le Sacré College
affemblé dans la Sacriftie de
Saint Pierre. Ceux de l'Empi
re & d'Eſpagne n'y allerent
point à cauſe qu'ils ne font
GALANT. 187
pas en Public . Le Cardinal
de Bouillon ne s'y étant point
trouvé , le Cardinal Acciaioli
, Sous - doyen répondit aux
Harangues des Ambaffadeurs.
Le (Cardinal, de Bouillon n'a
paru qu'une fois dans les
Chapelles qui fe font tenuës
tous les matins pour les Ob
feques. Il s'y trouva le jour que
le corps du Pape fut porté ca.
proceffion de la Chapelle du
Vatican dans l'Eglife de Saint
Pierre. On a tenu chez luy tou
tes les aprés dinées la Cons
gregation des trois Chefs d'or,
dre touchant les affaires de
Qij
188 MERCURE
l'Etat Ecclefiaftique. Celles
qui n'étoient pas de la derniere
importance ſe ſont re
glées par la déciſion de ces
trois Cardinaux , mais les autres
ont été feulement diſcutées,&
on les a decidées le lendemain
au matin dans la Con
gregation Generale qui s'eft
tenue dans la Sacriftie de
Saint Pierre. Les Cardinaux
ont êlû le Procureur Ceneral
des Servites pour Confeffeur
du Conclave , & les Signori
Cinibaldi & Lancifi pour Medecins
Monfignor Palavicini
a étécontinuté Gouverneur de
GALANT. 1891
4. du même
Rome pendant le Conclave
& Monſeignor Borghese a
été fait Gouverneur du Cons
clave, dont les Cellules furent
tirées au fort le
mois, Les Obfeques du Pape
finirent le 8. par une grande
Chapelle ardente , élevée an
milieu de l'Eglife de S. Pierre,
& par fon Oraifon funebre
que l'Abbé Forteguerra prononça
en preſence de tout le
Sacré College & de toute la
Prelature. Le lendemain , lá
Meffe du Saint Efprit fut ce
lebrée par le Cardinal de
Bouillon , comme Doyen da
6
190 MERCURE
Sacré College. L'Evêque de
Lipari prononça enfuite le
difcours Latin De eligendofum
mo Pontifice , & cela fait , les
Cardinaux allerent en Proceffion
dans le Conclave , & la
plufpart en fortirent le même
matin. Il n'y eut que douze
ou treize Zelanti qui y eſtant
une fois entrez , n'en voulurent
point fortir. Les autres
qui s'en allerent chez eux ,
retournerent au Conclave vers
le commencement de la nuit .
Il y eut jufqu'à minuit liberté
d'aller leur rendre vifite dans
leurs Cellules . Le Cardinal
GALANT 191
4
Durazzo qui arriva le même
foir reçût dans les rues &
dans la place de Saint Pierre,
de grands applaudiffement du
Penple , qui le proclamojt
Pape par avance. Le Cardinal
de Bouillon n'entra au Conclave
que le 10. Il y dit la
Mefle , & communia tous les
Cardinaux enfermez , apres
quoy il leur fit un difcours
fur l'élection d'un Pape , Le
même jour , il y eut Scrutin ,
où le Cardinal Marefcotti egt
dix - fept voix de trente fix
Cardinaux qui eftoient alors
dans le Conclave . Depuis le
192 MERCURE
12. d'Octobre , les Scrutins
Lont efté tantoft en faveur du
Cardinal Albano , tantoſt du
Cardinal Coloredo. Le premier
a eu quatorze voix , & le
fecond en a eu jufqu'à dix-
-neuf; mais à travers tout cela,
on découvre que toutes ces
voix font pour le Cardinal
Marefcotti. Il y a pour luy
un parti confiderable , & qui
paroift fort uni. Cependant
les Cardinaux François qu'on
a voulu faire declarer fur fon
chapitre , ayant répondu en
general qu'ils ne donnoient
Fexclufion à perfonne , mais
qu'ils
GALANT.
193
qu'ils ne pouvoient auffi conclurre
en faveur d'aucun Cardinal
jufqu'à l'arrivée des au
tres Cardinaux François qui
eſtoient en chemin . Cette ré
ponſe a un peu rallenti la
chaleur du Parti qui vouloit
faire ce Cardinal Pape. Le 19:
d'Octobre le nombre des Cardinaux
enfermez dans le Com
clave eftoit de cinquante-un,
& on attendoit inceffamment
les Cardinaux Delvermé &
Archinto , qui manquoient
feuls des Italiens avec le Cardinal
Sachetti qui eſtoit toûjours
indifpofé. Le Cardinal
Novembre 1700. R
194 MERCURE
le Camus arriva le 20. & en
tra le lendemain aus Conclave.
Aprés vous avoir entretenuë
du dedans du Conclave ,
je ne dois pas oublier de vous
dire , que c'eft m'le Prince de
Savelli qui en eft Grand Maréchal.
Cette Charge eft he
reditaire dans fon illuftre mai.
fon , & lui donne l'autorité de
prendre connoiffance de tout
ce qui entre dans le Conclave
, jufques au moindre Billet.
Ce Prince qui eft auffi
Grand d'Eſpagne , a toûjours
apporté toute fon application
GALANT. 195
& tous ces foins a remplir
tres- dignement, ainfi que tous
fes Anceftres , une Charge de
cette confequence . Tant que
le Siege eft vacant , il fait fa
demeure dans le Conclave ,
appellé le Palais Vatican .
On fait Garde tout à l'entour,
& pour cela , ce Prince a fous
fes Ordres quatre à cinq mille
'hommes , dont il peut difpo.
fer abfolument. Il nonime
tous fes Officiers jufques au
Colonel General , & il ne fort
de fon appartement qu'au
bruit des tambours , & des
fanfares. Il eſt entouré de
Rij
196 MERCURE
Gardes Suiffes , & marche avec
tout l'éclat que demande cette
premiere Charge ; auffi eft.il
fort aimé , & refpecté dans
Rome , tant à cause de fa
naiffance & de fon merite
perfonnel, que par les grandes.
dignitez dont il a toûjours
efté revêtu : Sa Maifon eft
tres noble & tres ancienne ,
& Chiaconius , qui a fait la
Vie des Papes , dit qu'il y en
a eu plufieurs de ce nom , &
un tres grand nombre de Cardinaux.
Il y a eu auffi quantité
de Saints de cette famil .
le. On trouve dans le marti ,
GALANT. 197
rologe des Chevaliers qui fu
rent tuez au Siege de Malte
, l'action celebre de Frere
Pompée de Savelli de Rome,
qui fe jetta dans un trou pour
découvrir la mine que faifoient
les Turcs à ce Siege.
Ily fut tué l'an 1365 .
Parles Lettres du deuxieme
de ce mois , le Parti qui veur
élever le Cardinal Marefcetti
au Pontificat fe foûtenoit toujours
, & pour donner lieu de
s'expliquer à une faction qu'il
croyoit oppofée à fon exaltation
, il s'cft avifé de donner
dans les Scrutins , au Cardig
R iij
198 MERCURE
nal Coloredo toutes les voix
qu'avoit euës jufques alors le
Cardinal Marefcotti ; dans la
vûë que ceux qui eftoient en;
core moins portez pour luy
que pour le Cardinal Marefcotti
, donneroient leur voix à
l'exaltation de ce dernier ; c'é
toit alors le deffeins des Zelan.
ti, qui,bien qu'ils n'ayentpoint
de Chef , ne laiffent pas d'ètre
fort unis. Leur Faction a
même efté renforcée par quel
ques Cardinaux des dernieres-
Promotions. Les Cardinaux
Cantelmi , & Imperiale, creatures
d'Alexandre VIII. fe
GALANT 199
font détachez de la Faction
du Cardinal Ottobon , & fe
font auffi joints aux Zelanti,
On croit même que le Car
dinal Albano en a fait autant.
Le Cardinal Altieri ne demeure
attaché à la Faction
qu'autant qu'elle n'eft pas oppolée
aux creatures de Clement
X. c'est à dire , aux Car
dinaux Carpegna, Mareſcotti,
Nerli , & Spada. Le Cardinal
Barberin ne pense qu'à faire
fon Oncle Pape , & il ne fui-
Vrada Faction d'Ottobon que
quand il verra qu'il n'y aura
plus d'efperance de réuflir.
R iiij
200 MERCURE
Quant aux creatures du der
nier Pape , ces Cardinaux
n'ont point de Chef, & l'on
croit que s'ils ne peuvent fai
re Pape quelqu'un d'eux , ce
qui ne peut regarder que les
Cardinaux Noris , Moriggia ,
Rodołowic , del Vermé &
Sperelli , ils fe débanderont ,
& que chacun ira du côté què
fon inclination luy fera choi
fir . Voilà le plan du Conclave
quant à prefent. Il peut avoir
changé , ou peut changer du
jour au lendemain , puis qu'il
manquoit encore au Concla
ve , quand ces nouvelles font
GALANT. 100
venues , des Cardinaux Fran
çois , Espagnols & Allemand.
Peut- eftre même que le Pape
fera élû avant que vous rece
viez cette Lettre.
M² Feuillet, Maître de Dan
fes , vient de donner au public
deux Danfes nouvelles de M
Pecour , gravées , comme il en
a déja donné pluſieurs autres .
L'une eft le Paffe pied nouveau;
& l'autre , la feconde Nouvelle
Mariée. On a appellé ainfi
cette derniere , par ce qu'elle
n'eft proprement que la fuite
de la Nouvelle Mariée , qui
102 MERCURE
elt du Ballet de la Mafcara:
de , & que m' Feüillet a déja
pris foin de faire graver . Ceux
qui ne pourront déchiffrer
les Danfes gravées auront recours
à fon livre de la Choregraphie
, qui leur en donnera
la parfaite connoiffance . Les
Maîtres à Danfer des Provinces
& des Cours Etrangeres,
qui voudront avoir des Ballets
ou autres Danfes fur quel
qu'Air ou fur quelque mou
vement que ce puiffe eftre ,
n'auront qu'à lui envoyer leurs
Airs notez , & il leur envoye
ra - les Danfes ou Ballers qu'ils
GALANT.
203
?
auront fouhaitez , écrits &
compofez dans le gouft que
les Airs demanderont .
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Jeu de
Cartes. Voici les noms de ceux
qui l'ont expliquée dans fon
vray fens
>
Mrs Francour
de la ruë S. Sauveur ; l'Abbé
Guyart du quartier S. André,
de la Lucaziere de la Place de
Greve ; la Chine de la ruë
Dauphine ; l'Abbé de S. Do ,
minique , le P. Prouvanfal de
Mante fur Seine, Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye , le Pere
Boilleau , &fon Amy le Guef
200 MERCURE
Quant aux creatures du der
nier Pape , ces Cardinaux
n'ont point de Chef, & l'on
croit que s'ils ne peuvent faire
Pape quelqu'un d'eux , ce
qui ne peut regarder que les
Cardinaux Noris , Moriggia
,
Rodolowic , del Vermé &
Sperelli , ils fe débanderont ,
& que chacun ira du côté que
fon inclination luy fera chor
fir. Voilà le plan du Conclave
quant à prefent. Il peut avoir
changé , ou peut changer du
jour au lendemain , puis qu'il
manquoit encore au Concla
ve , quand ces nouvelles font
GALANT."
venues , des Cardinaux Fran
çois , Efpagnols & Allemand.
Peut-etre même que
le Pape
fera élû avant que vous rece
viez cette Lettre.
M Feuillet,Maître de Dan
fes , vient de donner au public
deux Danfes nouvelles de M
Pecour , gravées , comme il en
à déja donné plufieurs autres.
L'une eft le Paffe pied nouveau,
& l'autre , la feconde Nouvelle
Mariée. On a appellé ainfi
cette derniere , par ce qu'elle
n'eft proprement que las fuites
de la Nouvelle Mariée , qui
102 MERCURE
elt du Ballet de la Mafcara
de , & que m' Feüillet a déja
pris foin de faire graver. Ceux
qui ne pourront déchiffrer
les Danfes gravées auront recours
à fon livre de la Choregraphie
, qui leur en donnera
la parfaite connoiffance . Les
Maîtres à Danfer des Provinces
& des Cours Etrangeres,
qui voudront avoir des Ballets
ou autres Danfes fur quek
qu'Air ou fur quelque mou
vement que ce puiffe eftre ,
n'auront qu'à lui envoyer leurs
Airs notez , & il leur envoye
ra - les Danfes ou Ballers qu'ils
GALANT.
203
=
écrits &
auront fouhaitez
compoſez dans le gouft que
les Airs demanderont.
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Jeu de
Cartes. Voiciles noms de ceux
qui l'ont expliquée dans fon
vray fens Mrs Francour
de la ruë S. Sauveur ; l'Abbé
Guyart du quartier S. André,
>
;
de la Lucaziere de la Place de
Greve la Chine de la ruë
;
Dauphine ; l'Abbé de S. Do.
minique ; le P. Prouvanfal de
Mante fur Seine , Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye ; le Pere
Boilleau , & fon Amy le Guef
204 MERCURE
pin. Mademoifelle Angeli
que , Fille de Tamirifte de la
ruë de la Cerifaye ; Mademoi
felle Hebert , Veuve ; le fidelle
Amant de l'aimable Javotte
du Perron du May ; le fidelle
Efclave de l'Engageante Mademoiſelle
Mongin , de la ruë de
la Harpe ; les Nouveaux Mariez
du marché aux poires ; la
toute aimable Mademoiſelle
Dupain prés S. Paul ; la nounouvelle
Dragonne de la ruë
de la Perle , la Mufe de Saint
Gevras ; Geneviève à la belle
voix de la rue Comteffe d'Artois
; la vieille Pie du defert ; la
GALANT. 205
charmante Brune de la rue de
d'Ourfine , Fauxbourg Saing
Marcel , les Indifferentes de la
rue de la Monnoye , & de Saint
Martin ; la Mere trop tendre
de la même ruë ; la jeune des
neuf Mufes du coin de la ruë
de Richelieu ; la charmante
Brune des Galleries du Louvre
; la Belle Flamande de la
ruë Saint Guillaume ; Cecile
de la rue de l'Arbre - fec
&fon Compere de la ruë du
Roulle.
W
L'Enigme nouvelle que je
yous envoye eft de M' Mou206
MERCURE
cherean Gentilhomme de
Leon en Baſſe Bretagne.
ENIGM E.
Tous les Eftres vivans mettent
leur induſtrie
Apouvoir conferver &prolonger.
leur vie.
Moyfeul, ennemy de monfort ,
Je bâtis monfepulcre &travaille
à ma mort.
Vous ferez fans doute con
rente de l'Air que je vous en.
voye.
GALANT. 207
AIR NOUVEAU.
Ris , vous m'ordonnez de
boire ,
Et vous medéfende de vousparler
d'amour:
A Bacchus loin de vous je fçay
faire ma Cour ,
Mais auprés de vous je fais,
gloire
De fçavoir mieux aimer que
boire.
Voicy la fuite du Journal
du voyage de Fontainebleau .
Le Jeudi 21. Octobre
t
208 MERCURE
i
Monfeigneur fit chanter à fa
Meffe un Motet du fieur Bernier
Maistre de Mufique de
Saint Germain l'Auxerrois
qu'il avoit entendu en particulier
quelques jours auparavant.
lly eut Chaffe du Cerf
avant deux heures , ' où Mef
feigneurs les Princes le trou .
verent & le foir il y eut des
Appartemens chez Monfeigneur.
Le Vendredi 22. l'on chanta
à la Meffe du Roy le Motet
du fieur Bernier , qui fut
fort applaudi de ſa Majefté.
Monfeigneur , & Monfei,
GALANT. 209
gneur le Duc de Bourgogne
coururent le Loup , & le Roy!
alla tirer aprés fon dîné. Le
for à fix heures , il y eut dans an
Galerie des Cerfs une répetition
des trois derniers Actes
de l'Opera d'Hercule & d'Om
phale, du freur Deſtouches .
Le Samedi 23. le Roy en
tendit à fa Meffe pour la fes
conde fois le Motet du jour :
précedent , & en parut encore
plus fatisfait. Madame la Ducheffe
de Bourgogne accom
pagna l'apréfdinée Sa Majef
té à la Chaffe du Cerf. Le foir
les Comédiens repreſenterent
Nov. 1700. S
210 MERCURE
l'Iphigenie de M' Racine , &
le Cocu Imaginaire de Mo
liere. L'on receut à minuit la
nouvelle de la mort de Made.
moifelle de Condé.
Le Dimanche 24. le Roy
alla tirer aprés fon dîner.
Monfeigneur & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , quine
fortirent point , entendirent
far les cinq heures dans la Ga
lerie des Cerfs,un Te Deum de
la compofition du fieur Ber
nier, executé par toute la Mu
fique du Roy , qui fut trouvé
d'une grande beauté . Mon.
feigneur témoigna fa fatisfac
GALANT. 211
tion au fieur Bernier en des
termes fort obligeans.
Le Lundi 25. Le Roy ny
Monfeigneur ne fortirent de
la journée. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes fes Fre
res coururent le Cerf. Les Co.
médiens repréſenterent le foir
le Menteur de M Corneille
l'Aîné , &les Allard , celebres
Sauteurs , firent enfuite des
chofes étonnantes.
Le Mardi 26. Monseigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup .
Meffeigneurs les Ducs d'Any
Sij
212 MERCURE
jou & de Berry allerent voir
voler du côté de Moret. Le
Roy alla tirer à deux heures .
Le foir il y eut dans la Galerie
des Cerfs une répétition de
l'Opera d'Hercule & d'Omphale
, à laquelle Madame la
Princeffe de Conty aſſiſta .
Le Mecredi 27. le Roy ac
compagné de Monfeigneur
& des Princes , courut un
Cheureüil avec les Chiens de
M' le Comte de Toulouze?
Le foir les Comédiens
reprefenterent
la Tragedie des Ho
races de M' Corneille l'Aîné,
& l'Eté des Coquettes
du ſieur
d'Ancourt
GALANT 213
Le Jeudi 28: Monfeigneur
& Monseigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup ?
Le Royalla tirer avant deux
heures , & n'en revint que
tard à cauſe du beau temps.
Sa Majesté entendit pendant
fon fouper une partie de l'O
pera d'Hercule & d'Omphale ,
du fieur Deftouches , & en
fut fort fatisfaits.
LeVendredivingt-neuf mon
feigneur le Duc de Bourgo
gné & Madame allerent dés
neuf heures du matin à la
T
Chaffe du Loup , Le Roy
accompagné de madame la
210 MERCURE
l'Iphigenie de M ' Racine , &
le Cocu Imaginaire de Mo
liere. L'on receut à minuit la
nouvelle de la mort de Made.
moiſelle de Condé.
.
Le Dimanche 24. le Roy
alla tirer aprés fon dîner.
Monfeigneur & Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , quine
fortirent point , entendirent
far les cinq heures dans la Ga
lerie des Cerfs ,un Te Deum de
la compofition du fieur Ber
nier, executé par toute la Mu
fique du Roy , qui fut trouvé
d'une grande beauté. Mon.
feigneur témoigna fa fatisfacGALANT.
211
tion au fieur Bernier en des
termes fort obligeans..
Le Lundi 25. Le Roy ny
Monſeigneur ne fortirent de
la journée. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & Meffeigneurs
les Princes fes Freres
coururent le Cerf. Les Co
médiens repréſenterent le foir
le Menteur de M Corneille
L'Aîné , & les Allard , celebres
Sauteurs , firent enfuite des
chofes étonnantes.
Le Mardi 26. Monseigneur,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup.
Meffeigneurs les Ducs d'An
Sij
212 MERCURE
jou & de Berry allerent voir
voler du côté de Moret. Le
Roy alla tirer à deux heures .
Le foir il y eut dans la Galerie
des Cerfs une répetition de
l'Opera d'Hercule & d'Omphale
, à laquelle Madame la
Princeffe de Conty affifta .
Le Mecredi 27. le Roy ac
compagné de Monfeigneur
& des Princes , courut un
Cheureüil avec les Chiens de
M' le Comte de Toulouze,
Le foir les Comédiens reprefenterent
la Tragedie des Ho
races de M' Corneille l'Aîné
& l'Eté des Coquettes du fieur
d'Ancourt
GALANT: 213
་
Le Jeudi 28 : Monseigneur
& Monſeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup?
Le Roy alla tirer avant deux
heures , & n'en revint que
tard à cauſe du beau temps.
Sa Majefté entendit pendant
fon fouper une partie de l'O
pera d'Hercule & d'Omphale ,
du fieur Deftouches , & en
fat fort fatisfaits, and mo
LeVendredi vingt- neuf Mon?
feigneur le Duc de Bourgo
gné & Madame allerent dés
neuf heures du matin à la
Chaffe du Loup , Le Roy
accompagné de Madame la
214 MERCURE
Ducheffe de Bourgogne , cou
rut le Cerf. Le foir l'on chang
ta au fouper de fa majeſté une
autre partie de l'Opera d'Her
cule & d'Omphale , du ficur
4
d'Eftouches.
Le Samedi 30. il y eut deux
chaffes de Cerf; l'une pour
le Roy, & l'autre pour Monfeigneur.
Monfeigneur le Duc
de Bourgogne,& Meffeigneurs
les Princes fes Freres coururent
avec Sa Majefté , & мa
dame avec мonfeigneur, Les
Comediens reprefenterent le
foir la Tragedie de Mithrida
te de Racine , le fils de
?
GALANT 215
M' Poiffon y parut avec fuccés,
les Srs Allard donnerent enfuite
un divertiffement de leur
façon.
Le Dimanche 31. il n'y eues
ny chaſſe ny autre divertiffement
, le Roy entendit les premieres
Vefpres de la Fefte de
de tous les Saints dans la Chapelle
en bas. Il avoit donné
le matin avant la мeffe , Audiance
à Mr Zinzendorf Envoyé
de l'Empereur.
Le Lundy premier Novem
bre , Fefte de tous les Saints
le Roy fit fes devotions à neuf
heures & demie dans la Cha
216 MERCURE
pelle des Mathurins , & tou
cha enfuite grand nombre de
Malades. Il retourna à onze
heures à la grand' мeffe , &
dina à fon grand Couvert .
Il entendit l'aprefdîuée le Sermon
du Pere Maure , Preftre
de l'Oratoire , & les Vefpres
chantées par la muſique de Sa
Majefté , qui furent fuivies de
celles des Morts. Il nomma
enfuite aux Benefices vacans,
& donna l'Evêché de Bayonne
à m' l'Abbé du Rivau de
Beauzau , Neveu & Grand-
Vicaire de m' l'Evêque de
Sarlat , qui a travaillé avec
r
?
un
GALANT. 217
ungrand fuccés àla converfion
des nouveaux Catholiques .
L'Abbaye de Bonnefons ,
Diocefe de Cominge à Mr
l'Abbé de Candeau , Frere de
M' de Candeau , Gentil homme
de la manche de monſeigneur
le Duc d'Anjou .
Le Prieuré de la Vaudieu,
Diocele de Clermont à мadame
d'Angenes.j
Un Canonicat de la Sainte
Chapelle de Vincennes à M
de Mefferiger Vicaire de Vincennes.
Un Canonicat de Peronne à
M' de la Porte , preftre du lieu .
I Nov.
1700.
218 MERCURE
2 Le Canonicat d'Avennes àm'
Hannegard, Preftre du lieu.
L'Abbaye des Chanoineffes
d'Andeleau , Diocefe de
Tréves à Madame Flaixeland,
qui a eu tous les Suffrages de
la Communauté.
Le Mardi 2. Monseigneur
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent le Loup.
Le Roy alla tirer avant deux
heures. Madame la Ducheffe
de Bourgogne , qui avoit fait
le matin fes devotions , alla
l'apreſdînée à Moret .
Il y eut le foir des Appare
temens chez Monfeigneur.
A
GALANT. 219
Le Mercredi 3. Fefte de S.
Hubert, il y eut grande chaffe
du Cerf. Les Comediens reprefenterent
le foir la Tragedie
de Rodogune de M' Corneille
l'aîné , & le Mariage
forcé de Moliere , & les Allard
entre les deux pieces firent
de nouvelles Scenes à
leur maniere.
Le Jeudi 4. il y eut encore
chaffe de Cerf, où Monfeigneur
& Monſeigneur le Duc
de Bourgogne coururent avec
Sa Majefte. Le foir , Monfeigneur
entendit dans la Galerie
des Cerfs pour la premiere
Tij
220 MERCURE
fois Opera d'Hercule &
d'Omphale du fieur Deftou .
ches.
Le Vendredi 5. Monfeigneur
&Monfeigneur le Duc de Bourgogne
coururent le Loup , &
Meffeigneurs les Ducs d'Anjou.
& de Berry allerent à la chaſſe
du Cerf Le Roy alla tirer
avant deux heures. Le foir il
y cut des Appartemens chez
Monfeigneur.
Le Samedi fixieme il y
cut chaffe du Cerf , où Madame
la Ducheffe de Bourgogne
accompagna Sa мajefté.
Le foir , les Comediens
GALANT. 221
repreſenterent le George
Dandin de Moliere , & le
Grondeur.
Le Dimanche 7. le Roy
alla tirer aprés fon difner.
Monſeigneur ny Meffeigneurs
les Princes ne fortirent point
de la journée ; il y eut le foir
des appartemens chez Mon
feigneur.
.
Le Lundy 8: le Roy accom²
pagné de Monfeigneur , & de
Meffeigneurs les Princes , courut
un Chevreül. Le foir les
Comediens repreſenterent
l'Amphitrion de Moliere , qui
fut fuivy de quelques Scenes
Tiij
222 MERCURE
nouvelles des Allard.
9. Le Mardy 9 Monfeigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent leLoup.
Le Roy apprit à midy que
Charles 11. Roy d'Espagne
eftoit decedé à Madrid le premier
jour de ce mois , à deux
heures cinquante minutes
aprés midy , dans le tems que
l'on commencoit à concevoir
quelque efperance de fa guerifon.
En effet , il s'étoit au
tant bien porté la veille de fa
mort qu'on le pouvoit fouhaiter
, & tous ceux qui étoient
dans le Palais , s'étoient don
1
GALANT. 223
né des marques de leur joye
les uns aux autres ; mais le
lendemain fa tefte s'eftant
trouvée attaquée , il perdit la
parolequelque tems aprés.Son
Teftament fut buvert dans le
Confeil de Caftille. Il appelle
premierement Monfeigneur le
Duc d'Anjou à la fucceffion
entiere de toute la monarchie
d'Espagne . Il luy fubftitue
Monfeigneur le Duc de Berry,
& à leur deffaut , il déclare
l'Archiduc Charles d'Auftri
che , fecond fils de l'Empereur
, fon heritier univerfel , &
aprés luy Monfieur le Duc de
Tiiij
224 MERCURE
-
Savoye. Ce Monarque a declaré
pour Regens du Royaume.
Tot
La Reine Douairiere d'Ef
pagne.
ཝཾ ཀ ॰ ས, ༦ ཏྠ
Le Cardinal Portocarrero .
Dom Manuel Arias , comme
Gouverneur ou Prefident
du Confeil de Caftille.
Le Duc de Montalto, com
me Prefident du Confeil d'A
ragon.
Don Baltazar de мendoça ,
comme Grand Inquifiteur.i
Le Comte de Frigiliana ou
d'Aquilar , comme Confeiller
d'Etat.
GALANT. 225
Le Comte de Benevente, en
qualité de Grand d'Espagne.
La Reine n'a que la voix
dans ce Confeil.
Les Exilez furent rappel
lez aprés la mort du Roy ,
fuivant l'ufage étably en Efpagne
de les rappeller aprés
la mort des Rois.
Ileft à remarquer que Char
les II . eft le fixiéme Roy, d'Ef
pagne mort au mois de Nov.
& que le 21. Octobre il
parut
fur Madrid à midy une gran
de Etoille fort brillante du
côté de France , dans le tems.
que le Soleil eftoit encore en
236 MERCURE
fa force , & fort lumineux .
Si toft que le Roy apprit la
mort de ce Monarque , il envoya
chercher Monfeigneur le
Dauphin qui eftoit à la Chaffe ,
& lors qu'il fut venu , y tint un
long Confeil avec ce Prince , &
avec les Miniftres , dont les refolutions
ont efté tenues filecretes
, qu'il a efté impoffible à
toute la France d'en rien penetrer,
jufqu'à ce qu'il ait plû à S.
de le declarer elle - même..
Le Mercredy 10. il y eut
chaffe du Cerf , où Madame
la Ducheffe de Bourgogne
accompagna Sa Majefté. La
GALANT. 237
comedie qui devoit être jouées
le foir fut contremandée , 82
les Comediens congediez a
caufe de la mort du Roy d'Ef
pagne . Il arriva ce jour- là un
Courier de la Regence de
cette Monarchie .
"
Le Jeudy 11. Monfeigneur ,
& Monfeigneur le Duc de
Bourgogne coururent leLoupi
Le Roy alla tirer. Le Marquis
de Caftel - Dos Rios , Ambaf..
fadeur d'Espagne , eut ce jourla
audience particuliere de Sa
Majefté , dans laquelle il luy
donna part de la mort du Roy
fon Mailtre. Monfeigneur , &
228 MERCURE
Monfieur le Marquis de Torcy
furent prefens à cette audien
ce où le Teftament du Roy
d'Eſpagne fut lû . On vit ce
jour- là des Lettres de quelques
Elpagnols, qui portoient
que la douleur d'avoir perdu
un auffi bon Prince que leur
Roy , eftoit bien foulagée par
l'efperance d'avoir Monfeigneur
le Duc d'Anjou pour
leur Maiftre ; qu'on n'avoit jamais
rien tant fouhaité à Madrid
, que d'y voir regner un
Prince de France ; que l'on
comptoit bien en Eſpagne que
le Roy ne refuferoit pas cette
GALANT. z2g
Couronne pour fon petit Fils ,
& que la Regence
y avoit deja
pris la refolution
de fufpendie
pendant
quelques
Semaines
.
le deuil du feu Roy , dés que
le nouveau
Monarque
entre
roit dans les Etats d'Espagne ,
pour donner au peuple la li
berté de fatisfaire leur joye , &
leur zele. Le Roy tint le foir
confeil où Monſeigneur
le
Dauphin
affifta. Il y eut enfuite
Appartement
chez ce
Prince.
Le Vendredy 12. Monſeigneur
& Monfeigneur le Duc
de Bourgogne coururent en-
1
230 MERCURE
bo
core le Loup dés le matin. Il
y eut chaffe du Cerf l'apreſdînée
pour Sa Majesté , où l'accompagnerent
Madame la
Ducheffe de Bourgogne , Ma
-dame , & Meffeigneurs les
Ducs d'Anjou & de Berry.
Monfeigneur & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , aprés
avoir pris le Loup , vinrent
joindre le Roy à la chaffe du
.Cerf.
5. Le Samedy 13. il y cut encore
chaffe du Cerf pour Sa
Majefté , où Monfeigneur
&
Monseigneur
le Duc de Bourgogne
le trouverent
ſur la fin
·
GALANT. 231
du jour , aprés avoir couru le
Loup.
Le Dimanche 14. Monfeigneur
, Monfeigneur le Duc
de Bourgogne & Meffeigneurs
les Princes allerent dés le matin
a la chaffe du Loup , & le
Roy tira l'aprefdînée,
Le Lundy 15. le Roy partit
de Fontainebleau à neuf heures
& un quart , & arriva à
Verfailles à quatre heures &
demie , aprés avoir changé
trois fois de relais . Monfieur ,
Madame , & Monfieur le Duc
de Chartres , qui partirent en
même tems allerent coucher
32 MERCURE
à Paris . Monſeigneur le Duc
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne , Madame la Duchefle
, Madame la Princeffe
de Conty , & Madame la Ducheffe
du Lude , allerent dans
le Caroffe du Roy. Monlei.
gneur alla coucher à мeudon
.
Le Roy en arrivant à Verfailles
, apprit par l'Ambaſſadeur
d'Espagne que fon Ex.
cellence eftant à Neubourg
à moitié chemin de Fontainebleau
, chez м ' le Comte
de Saint Majol , où elle avoit
couché le 14. elle avoit reçû
GALANT. 233
la nuit un Courrier de la
Regence d'Espagne , avec une
Lettre pour Sa Majesté , que
cet Ambaffadeur luy rendit.
Cette Lettre eftoit datée de
Madrid du
3.
"
de ce mois , &
portoit qu'elle avoit écrit à Sa
Majefté le jour de la mort du
Roy d'Espagne , pour le prier
de vouloir bien leur accorder
Monſeigneur le Duc d'Anjou
pour Roy , conformément au
Teftament de SaMajefté Cath .
dont ils luy apprenoient en
même temps la mort , mais
que comme le jour du decés
Novembre 1700. V
234 MERCURE
C
de ce Monarque , ils eftoient
tout occupez de leur douleur
, & des affaires preffantes
qui demandent beaucoup
de foins dans ces funeftes
momens , ils ne croyoient pas
avoir affez marqué à Sa Ma
jefté avec combien d'ardeur
ils fouhaitoient qu'elle leur accordaft
Monfeigneur le Duc
d'Anjou pour Roy , ny l'avoir
affés inftamment priée
de leur envoyer ce Prince
ce qui les obligeoit à redou
bler leurs inftances pour le demander
à Sa Majesté.
Le mardi 16. le Roy eſtane
GALANT; 235
entré dans fon Cabinet aprés
fon lever, fic appeller l'Am .
baffadeur d'Espagne , & luy
declara en particulier l'ac
ceptation qu'il avoit faite de
la Couronne d'Efpagne pour :
Monfeigneurs le Duc d'Ane
jou & mit ce Prince à fa
droite , & en même temps il-le,
fit paffer dans le fecond Cabinet
où eftoit ce Prince avec
Mónſeigneur le Duc de Bourgogne
& Monfeigneur le
Duc de Berry. L'Ambaffadeur
à qui Sa Majesté le
fenta , le falua à genoux , &
luy baifa la main , & un mopre
Vij
236 MERCURE
ment aprés il fortit du Cabi
net , & retourna dans le Sal
lon. Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & Monfeigneuro
le Duc de Berry embraffes
rent alors Monfeigneur lei
Duc d'Anjou , & ils rentré
rent tous trois avec le Roy
dans le Cabinet du Confeil ,
dont Sa Majesté fit ouvrir àl
l'inftant la porte des deuxi
côtez. Auffi toft beaucoup der
perfonnes de confideration
& des Miniftres étrangers enti
trérent dans le Cabinet , & >
le Roy leur declara que Monfeigneur
le Duc d'Anjou étoit
GALANT. 237
Be
Roy d'Espagne , & fit appel
ler pour la feconde fois l'Am
baffadeur , qui entra fuivi des
fon Fils aîné & de plufieurs
Espagnols. Le Roy luy dit ,
en luy montrant Monſeigneur
le Ducs d'Anjou , Monfieur ,
Salucz voftre Roy , Aufli toft
Ambaffadent fe jetta à fes
pieds , & luy baifa la main
syeux remplis de larmes de
joye , & s'eftant relevé , il fit
avancer fon fils , & les Ef
pagnols de fa fuite qui en fi
rent autant . Il s'écria alors
Quelle joye ! il n'y a plus de Pi.
renées , elles font abimées ,
les
238 MERCURE
nous ne fommes plus qu'un. voë
L'Audience coul fut com.l
duit un moment aprés l'End
voyé de l'Empereur pour
faire part à fa Majefté de la
naiffance d'un Fils du Roy des
Romains , obligea le Roy!
d'Efpagne avec meffeigneurs
fes Freres , & l'Ambaffa
deur d'Espagne de paffer dans
le fecond Cabinet . Si tôt
que cette Audience fut finie,
le Roy fit avancer le Roy
d'Espagne , & ils fe mirent en
marche pour aller à la Meffe.
Le Roi luy donna la main
droite le long des Appartes
GALANT. 239
mens , & dans la Tribune , &
pouffa fon Carreau à côté, par
ce qu'il n'y en avoit point
pour le Roy d'Efpagne . Les
deux Rois revinrent de la
Meffe dans le même ordre , &
S. M. laiffa le Roy d'Efpagne :
dans le grand Appartement ou
il fut falué de toute la Cour, cet
Appartement luy ayant été
deftiné pour le refte de fon
fejour en France Monfeigneur.
le Duc de Bourgogne le vifita
dans fon Cabinet , & Monfeise
gneur le Duc de Berry le vifita
pareillement. Onlay fervit
à diner dans le grand Ca
249 MERCURE
biner , où il fut traité de la
même maniere que le Roys
par Mr le Duc de Beauvilliers,
en qualité de premier Gentil .
homme de la Chambre , les
Maitre d'Hôtel portant le bâ
ton, & la Nefétant fur la table,
& l'on demanda à boire pour a
le Roy d'Espagne. Aprés s'étre
repofé quelque temps dans
fon petit Cabinet à la fortie de
table , il alla à Meudon voir ;
Monseigneur avec le même
nombre de Gardesque le Roy,
commandez par un Lieutenant
que le Roy mit aupres
de luy, Monfeigneur le reçût .
dans
GALANT. 241
dans la Cour à la defcente du
Carroffe , & le conduifit dans
fon Appartement. Il le reconduifit
a fon Carroffe , &
ne rentra point qu'il ne fuſt
parti ; enallant & en revenant
les Gardes Françoiſes & Suiffes
eftoient fous les armes
dans l'avancour , & les tambours
battoient aux Champs.
Le Roy d'Espagne à fon reretour
à Versailles , rendit vifi
re a Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & ſe retira jufqu'au
fouper dans fon Appartement.
Adix heures lorſque le
Novembre 1700. ~ X
240 MERCURE
2
binet , où il fut traité de la
même maniere que le Roys
par Mr leDuc de Beauvilliers,
en qualité de premier Gentil.
homme de la Chambre , les
Maistre d'Hôtel portant le bâton,
& la Nefétant fur la table,
& l'on demanda à boire pour
le Roy d'Eſpagne. Aprés s'étre
repofé quelque temps dans
fon petit Cabinet à la fortie de
table , il alla à Meudon voir
Monfeigneur avec le même
nombre de Gardesque le Roy,
commandez par un Lieutenant
que le Roy mit aupres
de luy, Monfeigneur le reçût
dans
GALANT 241
dans la Cour à la defcente du
Carroffe , & le conduifit dans
fon Appartement . Il le reconduifit
a fon Carroffe , &
ne rentra point qu'il ne fuft
parti ; en allant & en revenant
les Gardes Françoiſes & Suiffes
eftoient fous les armes
dans l'avancour , & les tambours
battoient aux Champs.
Le Roy d'Eſpagne à fon reretourà
Versailles , rendit vifi
te a Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & fe retira jufqu'au
fouper dans fon Apparrement.
Adix heures lorſque le
Novembre 1700. X
242 MERCURE
Maistre d'Hôtel eut averti le
Roy que la viande étoit fur
table , Sa M. envoya avertir
le Roy d'Elpagne , & l'attendit
à la portede la Galerie , le
conduifit à la table , le fit af
fcoir à fa droite dans un fauteül
, & aprés le fouper ils:
rentrerent dans le fallon , &
le Roy le reconduiſit juſqu'à
la fortie de fa chambre. Le
Roy d'Elpagne fit donner le
bougeoir à lon coucher à fon
Ambaffadeur.
Le 17. au matin , Monſeigneur
le Dauphin vint de
Meudon , ce Prince rendit
GALANT 243
vifite au Roy d'Eſpagne dans
fon Cabinet. Il entendit la
Meffe avec les deux Rois , &
retourna dînerà Meudon. Sa
Majefté Catholique rendit la
vifite à Monfeigneur le Duc
de Bourgogne qui la receut
à l'entrée de fon Apparte
ment , & le reconduifit au
même lieu. Le Roy d'Efpa
gne vit Madame la Ducheffe
dans la même matinée , & peu
aprés cette Princeffe luy rendit
vifite.
Vers le midy Monfieur
Madame , Monfieur le Duc de
Chartres , & Madame la Gran
X ij
244 MERCURE
de Ducheffe de Tofcane vinrent
voir le Roy d'Eſpagne .
Sa Majefté Catholique receut
Monfieur , & Madame prés la
porte de fon grand Cabinet ,
dans lequel le fit la vifite
enfuite elle alla dîner avec le
Roy à fon grand Couvert , ou
dînérent auffi Monseigneur le
Duc de Bourgogne , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
Monſeigneur le Duc de Berry
, Monfieur , madame &
Monfieur le Duc de Chartres .
Sur le foir , le Roy & la Reine
de la Grande Bretagne vinrent
voir Sa Majefté Catholi
>
GALANT. 245
que , elle receut leurs Majef
tez Britanniques à l'entrée de
fon Appartement , dans le
quel il y avoit trois fauteüils
égaux. La Reine de la Gran
de Bretagne occupa le fau
teuil du milieu , le Roy de la
Grande Bretagne celuy de la
droite , & le Roy d'Eſpagne
celuy de la gauche. Quatre
Dames de la Cour d'Angleterre
, & Madame la maré
chale de la Motte Gouver
nante des Enfans de France ,
eurent des tabourets . Sa Ma
jefté Catholique reconduifit
leurs Majeftez Britanniques au
x iij
246 MERCURE
hieu où elle les avoir reçûës !
M' le Nonce , M' l'Am
baffadeur de Venife , & Mrs
les Envoyez de Portugal , de
Suede , de Lorraine , & de
Tofcane , firent le 16. & le 17.
leurs complimens à Sa Majeſté
Catholique furfon avénement
à la Couronne d'Eſpagne.
Le 18 le Roy alla prendre
le Roy dropagne pour la
Meffe , ainfi qu'il avoit fait le
jour precedent , Sa Majeſté
Catholique donna la main
droite au Roy dans fon Appartement
, & Sa Majesté la
luy rendit avant que d'en ..
•
GALANT: 247
trer dans la Chapelle ; ce qui
fe paffa de mème au retour.
Le Roy dîna à fon petit Couvert
, & le Roy d'Efpagne au
fien ; Sa Majefté Catholique
fut fervie par M ' le Duc d'Aumont
premier Gentil homme
de la Chambre. Ce Prince
alla l'apreſdinée tirer des
Lapins , & fit faire une batuë
, le Roy alla tirer des Perdrix
dans fon Parc. Il y eut
grand Couvert au fouper, ainfi
que les jours precedens.
Le 19. le Roy d'Eſpagne
prit le grand Deüil en noir ,
le violet n'ft nt d'ufage qu'
x iiij
248 MERCURE
en France , & en Angleterre .
L'Ambaffadeur de Sa Majefté
Catholique ſe trouva au
lever de ce Prince auffi en
grand Deüil , & en manteau
traînant , & enfuite il paffa
dans l'Appartement du Roy,
& il eut l'honneur de faluer
S. M. Peu de temps aprés le
Roy, & le Roy d'Espagne allerent
enſemble à la Meffe , la
queue de S. M C.traînant d'u
ne aune & demie , fut portée
par м ' le Duc d'Aumont qui
fert auprés de ce Prince en
qualité de premier Gentil
homme de la Chambre du
Roy , juſqu'à l'antrée de la
GALANT. 249
Salle des Gardes , où il la
remit entre les mains de м²
le Comte de Druy , Lieutenant
des Gardes du Corps
qui fert auprés de Sa Majefté
Catholique. Ce Comte la porta
jufques dans la Tribune . Ce
qui fe paffa de la même ma
niere au retour de la Meffe.
Sur les cinq heures du foir
Monfieur le Prince de Galles
vint vifiter le Roy d'Eſpagne,
Sa Majesté Catholique le receur
en manteau à la porte
de fa chambre , le conduifit
juſqu'au milieu gardant toû
jours la main fur ce Prince , &
250 MERCURE
-
en fe couvrant elle le fit con
vrir. Le Prince de Galles pria le
Roy d'Espagne d'avoir toûjours
les mêmes fentimens
pour luy qu'il avoit eus juf.
ques alors , ce que Sa Majesté
de luy promit. La vifite fe
paffa debout , & Monfieur le
Prince de Galles s'eftant découvert
pour prendre congé,
le Roy d'Efpagne fe décou
vrit , prit la main fur luy , & le
reconduifit au lieu où il l'a
voit receu.
Le 20. le Roy d'Efpagne
allant à la meffe , la queuë de fon
manteau fut portée alternati
GALANT 25
vement par
་
le marquis de
Gefvres, premier Gentil hom.
me de la chambre duroy, & par
m' le marquisde Chaferon Lieu .
tenant des Gardes du Corps..
Le même jour , fur les fix
heures le Roy d'Elpagne ren.
dit vifite à
Monfeigneur
le
Duc de Berry , qui receut
Sa Majesté Catholique
l'entrée de fon Appartement
,
& la reconduifit au même lieu .
Le 21. le Roy prit le grand
Deüil en violet pour la mort
du Roy d'Espagne .
Le même jour , l'Envoyé de
Mantque fit fon compliment
à Sa Majefté Catholique.
252 MERCURE
Le 22. le Roy d'Espagne
alla au Manége , M' le Com
te de Brionne , Grand Ecuyer
de France en furvivance de
Mr le Comte d'Armagnac fon
pere , reçût Sa Majefte Catholique
,& M ' de Memont ,le plus
ancien des Ecuyers du Roy,
nomme par Sa Majefté pour
avoir la conduite des Exer
cices des Princes Enfans de
France , luy fit monter plu
fieurs Chevaux Enfuite le
Roy d'Espagne courut la Bague
, & les Teftes . L'Ambaf
fadeur & ceux qui eftoienc
prefens , admirerent la force
:
QALANT. 253
& l'adreffe de Sa Majefté Ca
tholique . Si- toft qu'elle fut
defcendue de Cheval , l'Ambaffadeur
s'en approcha , &
un genouil en terre , il lui dit,
SIRE , Vôtre Majesté est faite
pour eftre fur des Chevaux de
Triomphe , que Le Ciel luy faffe
la grace de s'en fervir toujours
avec autant d'adreffe , & avec
tous les fuccés poßibles , pendant
une infinité d'années.
Au fortir du Manége l'Ambaffadeur
d'Espagne qui avoit
dépefché un Courier à M
l'Electeur de Baviere pour luy
dire que le Roy avoit accepté
294 MERCURE
le Teftament de feu Sa Ma
jefté Catholique , & que Monfeigneur
le Duc d'Anjou étoit
declaré Roy d'Espagne , recûr
réponse de cet Electeur qui
luy mandoit que rien ne luy
eftoit plus agreable que cette
nouvelle, & ne pouvoit mieux
convenir au bon heur de l'Ef
pagne , & au repos de l'Eu
rope ; qu'il en avoit une ve.
ritable joye en fon particulier,
& que toute la Flandre en
alloit témoigner la fienne ;
qu'il envoyoit fes Ordres par
le méme Courier , à M' le
Comte de Monafterol fon
GALANT 255
Envoyé , qui fe trouvoit à
Paris , afin qu'il demandaft
Audience de Sa Majesté Catholique
pour luy tëmoigner
les fentimens où il eftoit , &
qu'il prioit fon Excellence de
le conduire en tout ce qu'il
devoit faire ; qu'outre cela ib
envoyoit M le Marquis de
Bedmar qui eft le Premier
aprés luy dans le Gouvernement
, & qui commande les
Troupes de Flandres pour
les Espagnols , pour compli
menter , & reconnoître le Roy
d'Espagne. M de Monafte
rol écrivit en mefme temps de
246 MERCURE
Paris à m' l'Ambaffadeur d'ES
pagne , que le 20. de ce mois
M'l'Electeur de Baviere avoit
fait chanter le Te Deum à Bru
xelles ; qu'il s'y eftoit trouvé
en Perfonne , & que fa Maifon
, & fa Garde avoient paru
dans la plus grande pompe ,
que fon Alteffe Electorale
avoit donné enfuite l'Opera ,
& ordonné des Feux de joye ,
& des illuminations .
ner ,
Le même jour , aprés le difle
Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des
Aydes , la Cour des monnoyes,
le Corps de Ville , & l'Univer
GALANT. 257
fité haranguerent Sa Majesté.
Catholique.Ils fortirent àdeux
heures aprés midy du lieu ou
ils s'eftoient affemblez , traverferent
la Cour en ordre
monterent par le grand Efca
lier , & fe rendirent à la chan
bre du Roy d'Espagne . Tou
tes ces Cours Superieures , &
Compagnies en Corps , & en
Habit de Ceremonie , furent
prefentées par M' le Marquis
de Blainville Grand Maiſtre
des Ceremonies , & par M'des
Granges Maistre des Ceremo
nies. le Roy d'Eſpagné lés
reçût en Manteau affis , &
Novembre 1700. Y
28 MERCURE
Couvert. Derriere le fauteuil
de fa Majefté Catholique , é
toit M' le Duc de Beauvilliers '
Premier Gentil homme de la
Chambre du Roy , en Mans
teau long , & à fa gauche M
le Marquis de Chafferon
Lieutenant des Gardes du
Corps.
A
M'de Harlay premier Prefident,
porta la parole au
nom du Parlement : Son dif
cours fut admité. Il eftoit de
cette énergie & de cette élo .
quence mâle dont ce grand
Magiftrar as coûtume d'ac
Compagner tout ce qu'il dit,
GALANT. 259
Il rendit à l'Eſpagne cette
Justice qu'il fçait rendre à
tout le monde . Il en fit l'é.
loge d'une maniere noble &
préciſe qui ne plut pas moins
aux François qu'aux Efpagnols.
Il fit des reflexions
auffi iuftes qu'obligeantes fur
le merite de M ' l'Ambaffadeur
d'Espagne , & il fit vee
amarquer à Sa Maiefté Catho
lique , que l'Espagne ayant
befoin d'un Souverain , avoit
ietté les yeux fur tout l'Univers
, & ne les avoit arrêtez
que fur duy feul.
Le Parlement fortit par la
Y
ij.
260 MERCURE
grande Galerie , & la Cham
bre des Comptes entra par le
meme côté que le Parlement
eftoit entré avec les mêmes
Ceremonies. M' de Nicolay
premier Prefident porta la
parole pour tout le corps. Il
parla d'une maniere noble
& digne de fa place & de fon
nom. Il fit remarquer au Roy
d'Espagne que la France dans
la joye qu'elle luy témoignoit,
fçavoit facrifier fon propre
intereft à celuy de Sa Majeſte ,
puis qu'elle ne pouvoit luy
cacher la fatisfaction qui luy
revenoit d'un avantage qui la
GALANT 25:1
privoit de la prefence d'un
Prince qui luy eftoit fi cher.
3 La Cour des Aides fuivit à
fon rang Mr le Camus premier
Prefident, parla avec cet
te raiſon & cette fageffe , que
tout le monde luy connoift.
La Cour des Monnoyes
vint enfuite , & Mr le premier
Prefident fit un difcours
delicat & de bon goût.
Le Corps de Ville entra
aprés avec les prefens ordinai
res qu'elle offrit à Sa Majefté
Catholique ; Mr le Prevoſt
des marchands parla au nom
de la Ville , & foûtint l'idée
262 MERCURE
33
qu'on a toûjours eu de fon ef
prit & de fon merite.
L'Univerfité
en Corps ter
mina cette grande ceremonie
: Mr le Recteur fit un dif
cours convenable à ſon eſtat ,
& proportionné au caractere
grave & folide de ceux au nom
de qui il parloit.
Le 23. M' le Comte de Mo
nafterol Envoyé Extraordi
naire de M l'Electeur de Baviere
au Roy d'Espagne , eut
audience publique de Sa Ma
jefté Catholique , il y fut con
duit par m' de Saintot Introducteur
des Ambaffadeurs. Il
GALANT. 263
"
eftoit en deuil & en manteau
crainant. Le Roy d'Espagne
enmanteau , le reçût à la ruelle
de fon Lit , affis , & couvert
de la même maniere que le
Roy reçoit les Envoyez. If
preſenta une Lettre de m ' l'Es
lecteur de Baviere , par la
quelle cet Electeur marquois
qu'il eftoit preft de recevoir
fes ordres. Sa Majefté Catho
lique alla au Manege peu de
tems aprés cette Audience , &
fit l'honneur à M l'Ambaſſa .
deur d'Espagne de le faire
monter dans fon Caroffe en y
allant , & à fon retour.
264 MERCURE
Le grand Confeil en Corps
& en Robes de Ceremonies
la harangua l'aprêdifnée de ce
mefme jour , M' de Vertha.
mon premier Preſident de ce
Corps porta la parole, & l'Academie
Françoiſe eut enſuite le
même honneur. Ils farent prefentez
par le Grand Maiſtre, &
le Maistre des Ceremonies. M
de la Chapelle Receveur Ge
neral des Finances de la Ro
chelle , porta la parole pour
l'Academie comme Directeur
de cette Compagnie , & dit
que le Roy d'Espagne avoir
plus de Royaumes que d'an-
1
nées.
GALANT. 265
nées. Il fut fort applaudi.
Sur les quatre heures du
foir le Roy d'Efpagne alla à
Saint Germain en Laye rendre
vifite au Roy , & à la Reine
de la Grande Bretagne, & à
Monfieur le Prince de Galles..
Sa Majesté Britanique reçût fa
Majefté Catholique à la porte
de la Salle des Gardes fur le
Grand Escalier , & la conduifit
à fon Appartement où il y
avoit deux Fauteuils ; le Roy
d'Espagne occupa celuy de la
droite , & le Roy de la Grande
Bretagne reconduifit Sa Ma-:
jefté Catholique à l'endroit où
Nov. 1700.
Ꮓ
Y
266 MERCURE
elle l'avoit reçûe , enſuite le
Roy d'Espagne alla chez la
Reine de la Grande Bretagne
elle le reçût à la porte de la
Salle de fes Gardes, & eftant
entrez dans l'Appartements,
ils s'affierent, fur deux Fau
reuils . LeRoy di Efpagne ayant
pris congé de la Reme , rendie
vifite à Monfieur le Prince de
Galles qui le reçût à la Salle
des Gardes , & le conduifit
dans fa Chambre où il
un Fauteuil
y avoit
la vifite fe paffa
debout , & fon Alteffe Royale
reconduifit
S. M. C. jufqu'à
fon Caroffe
, & la vie partir,
GALANT: 267
Les Envoyez de Danemark
& de Modene , & le Refident
, ont compli
de
Cologne
menté le Roy d'Efpagne.
Le 24 le Roy d'Eſpagne
vint à Paris rendre vifie au
Palais Royal à Monfieur , à
Madame , à Monfieur
le Duct
de Chartres
, & à Madame la
Ducheffe de Chartres. Monfieur
, & Monfieur le Duc
de Chartres
allérent recevoir
Sa Majesté
Catholique ,
qui fe promena
avec fon Alteffe
Royale dans la nouvel
le Galerie , & fur le Balcon
Z ij.
268 MERCURE
qui regarde le Jardin . Le Roy
d'Espagne revenant dans les
Appartemens , Madame le re.
ceut à la porte de l'anticham ,
bre de Monfieur. La vifite fe
paffa debout , enfuite de la
quelle , le Roy d'Espagne
ayant pris congé de Madame
quilrentra chez elle , alla chez
Monfieur le Duc de Char.
tres , & chez Madame la Ducheffe
de Chartres . Les vifites
fe pafférent auffi debout ,
& leurs Aiteffes Royales reconduifirent
Sa Maiefté Catholique
à fon caroffe , & la
virent partir. Le Peuple cria ,
GALANT. 269
-
Vive le Roy d'Espagne , dans
toutes les rues de Paris , par
lefquelles Sa Majesté Catho
lique paffa . Elle alla coucher
à Marly , où le Roi eftoit . Il
ne fe paffa rien de remarqua
ble le 25.
Le 26. M le Marquis de
Bedmar , General des Armés
de Flandre , Envoyé de M²
l'Electeur de Baviere , alla à
Marly, Sa Majeſté Catholi ,
que le receut dans fon Cabinet
, debour , & fans chapeau
. Le Marquis de Bedmar
le falua profondément à l'Eſ
pagnole , mit un genoüil à
Z iij
270 MERCURE
terre , & luy baifa la main.
Mr le Prince de Chimey , &
quelques Espagnols en firent
autant . Le compliment de
M' de Bedmar fut affez long,
& le Roy d'Espagne
y répon
dit de tres bonne grace.
On a fceu que tous les Of
ficiers de confideration qui
font dans les Places de Flan .
dre eftoient venus à Bruxelles
demander à M' l'Electeur
de Baviere permiffion de venir
faluer le Roy d'Efpagne ;
mais qu'il leur avoit dit de retourner
dans leurs Garnifons ,
& de n'en point fortit fans
ordre. D
GALANT: 277
لز
Si.toft
que le Roy
eut des
claré
Monfeigneur
le Duc
d'Anjou
, Roy
d'Espagne
, Sa
Majefté
luy dit de remercier
Dieu
de la grace
qu'il
luy
avoit
faite , & qu'il ne la de .
voir
qu'à
lui feul ; qu'il
alloit
regner
fur une Nation
fidelle
, & qui aimoit
beaucoup
fon Roy
; qu'il
devoit
eftre
bon
Efpagnol
, & fuivre
les
avis
de fes
miniftres
qui
eftoient
d'un
grand
merite
;
mais de
n'oublier
jamais
qu'il
eftoit
né
François
. On
me
peut
dire
davantage
en peu
de paroles
. C'eft
la maniere
Z
iiij
272 MERCURE
du Roy, s'il manque quelque
chofe à ce que je viens de rapa
porter , c'est que Sa Majesté
sexpliqua beaucoup mieux
que je neviens de faire , ne vous
ayant rapporté que les pen.
fees , & non les termes dont ce
Princes'eft férvi .
Le Roy a fait auffi connoît
tre à Sa Majesté Catholique
tout le merite de l'Ambaffadeur
d'Espagne qui eften cete
te Cour , & luy a dit que fes
graces ne pouvoient tomber
fur un Sujet plus digne , plus
zelé , plus fidelle , & plus honnefte
homme.
GALANT 273
Sa Majesté Catholique doit
partir le 4. de Decembre.
Je vous envoye une lifte ou
vous trouverez la route que
ce Prince doit tenir , les lieux
où il doit fejourner , & com ?
bien de temps il doit y demeurer.
DE VERSAILLES.
IA Chaftres .
24A Eftampes.
3 A Toury.
4 A Orleans.
s Sejour.
གྱུན་
6A Saint Laurent des Eaux,
274 MERCURE
7 A Blois.
8 A Amboife.
9 Sejour.
10 A Mantelan .
11 A Chaftellerault
.
Iz A Poitiers .
13%
14
Sejour.
15 A Lufignan
.
16 A MeЛle.
17 A Sain Jean d'Angely.
3
18 A Sainctes.
19 Sejour,
20 A Mirambau
.
21 A Blaye .
22 Sejour.
23.A Bordeaux.
GALANT. 275
24
25 Sejour.
26
27 A Langon.
28 A Bazas .
29 A Capejoux ,
30 A Rocquefort de Marfan :
31 Au Mont de Marfan .
32 Sejour.
33 A Tartas .
34 A Dax.
35 A Bayonne,
36
37
Seiour.
38 A Saint Jean de Lus:
39 Seiour
.
40 A Iron en Eſpagne.
276 MERCURE
Vous fçavez que le Roy a
nommé M le Controlleur
General , Miniftre d'Etat. Il
n'y a perfonne qui en voyant
la maniere dont мr de Cha.
millard fert Sa Majesté , &
les applaudiffemens qu'il reçoit
dans un employ 'où il eſt
difficile de contenter le Public
, ne fe foit attendu à ce
choix . Un miniftre fifage fous
un Roy jufte & pieux , peut
eftre d'une grande utilité à
l'Etat. Je fuis , Madame , vô .
tre , & c. .
AParis, ce 30. Novembre 1700 .
Les Villes qui voudront enGALANT
277
voyer des Relations de ce
qu'elles auront fait pour la reception
du Roy d'Eſpagne ,
n'auront qu'à les adreffer au
Sr Brunet Libraire , dans la
Grand' Salle du Palais , au mer.
cure Galant; elles y pourront
joindre les harangues qu'on
luy aura faites , & les autres
chofes de cette nature .
P
TABLE.
Relude.
Sonnet.
Prefent fait au Roy de trois Manufcrits
Arabes. SA
Paraphrafe. 27
Priere.
34
Reflexions morales.
36
Poëme.
Lettre de Lifbonne.
49
65
Autrefur la mort d'un Doguin.72
Morts.
Mandement.
79
82
Traduction de la quatrième EgloTABLE.
gue de Virgile.
89
Explication des proprietez de la
Perspective. 99
Fout ce qui s'eft paẞé à l'overture
des Audiences du Parlement .
de la Chambredes Comptes.
110
Ce qui s'eft passé à la derniere
Affemblée publique de l' academie
des Sciences .
335
Madrigaux.
140
Incendie arrivée à Troye $ 49
Lettre fur la mort de Mademoi
fellede Condé.
154
Combat de quatre Galeres de
Malte contre un Vaiſſeau
Turc. 160*
TABLE.
Agrément donné par le Roy à Mt
le Nain de la Charge d' Avocat
General.
Gouvernemens , Penfions & Be
nefices donnezpar le Roy, 173
Autre article de Monts
CHI
?
~376
Mr de Vauvray obtient l'agré
ment de la Charge de Maistre
d'Heffel ordenale du Roy 181
Remarques fur l'Aimant
181
Terre de Sceaux achetée par Mr
te Duc du Mayne.
Nouvelles de Rome.
183
184
Nouvelles Danfes gravées, 201
Article des Enignes,
Suite du
180.203
voyage
de Fontainebleau
, avec un
avec un Journal de
TABLE.
Versailles, depuis que Monfeia
le Duc d'Anjou eft re gneur
connu Roy d'Espagne.
9
207
Route que ce Monarque doit tenir
pour aller en Espagne. 273
Mr de Chamillart nommé Miniftre
d'Etat.
276
A &
Nov. 1700.
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Beaux yeux , pourquoy vous
ay je vús , doit regarder la
page 109.
L'Air qui commence par ,
vous m'ordonncz de boire
doit regarder la page 207.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères