Fichier
Nom du fichier
1700, 07
Taille
8.50 Mo
Format
Nombre de pages
319
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur.
511
m
1700.7
Eur
. 511
m
1700,7
Mercure
<36624505490012
<36624505490012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET , 17.00 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Crande Salle du
Palais au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DCC .
Avec Privilege du Roy
Bayerische
Staatsbibliothe
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puts
que malgré les prieres retterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez, on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantuié
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memaires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1700 .
Q
UAND le Roy forme
quelque deff. in, ou pour
le bieu de l'Etat , ou pour celuy
de la Religion , on peut
dire que ce Prince ne le perd
jamais de veuë , & que le
temps ne peut affoiblir les ré
A iij
6 MERCURE
folutions qu'il a prifes . A peine
S. M. commença- t elle à gouverner
fonEtat par elle même ,
qu'Elle réfolut de travailler
à la réunion de tous fes Sujets à
la veritable Eglife. Elle connut
que les Evêques y pouvoient
beaucoup contribuer , & pour
cet effet , Elle n'en nomme.
point qu'Elle ne les en croye
capables , ainfi que d'y donner
leurs foins & leur application
. M'l'Evêque de Poitiers ,
nommédepuis peu à cet Evêché
, a fait voir que le Roy
fçait bien choisir pour mettre
dans les Chaires Epifcopales,
GALANT. 7
des Sujets qui répondent à
fes intentions ; & vous en fe
rez convaincuë en apprenant
dans la Lettre fuivante ce que
ce Prelat vient de faire .
Tout le monde fçait que la
Ville de Loudun a toujours eu un
grand nombre de fes Habitans
engage dans le Calvinism ; ily
avoit même un Temple où ils s'af
fembloient: quoy que Sa Ma.
jefté l'ait fait rafer , ils ne
foient pas de continuer leurs affem.
blées dans des lieux particuliers ,
aprés même avoirfait abjuration,
pour conferver , ouleurs Charges ,
ou leurs biens . Ils n'affiftoient
laif-
A iiij
8 MERCURE
point aux divins Offices , & on n'en
voyoit aucun approcher des Sacremens
de l'Eglife . M de Poitiers in
formé de ces defordres , envoya à
Loudun , il y a quatre mois , M
l'Abbé de la Bournat , fonfrere ,
Docteur de Paris , &fon Grand.
Vicaire , qui pendant fon fejour
dans cette ville , cut de frequentes
controverfes avec les plus opinia.
tres Heretiques . Il les ébranla ,
mais ils ne furent pas convertis.
Ces heureux commencemens
enga
gerent ce Prelat à vouloir perfe
étionner ce que M. l'Abbé de
la Bournat avoir commencé Il
vint à Loudun le 14 May , ac :
GALANT
.
9
compagné de huit Miffionnaires ,
dans le deffein de combattre l'Herefie
jufque dansfesretranchemens.
Le Dimanche fuivant ,feiziéme
du même mois , il celebra la grande
Meffe dans l'Eglife de Saint
Pierre du Marchay. Aprés l'Evangile
il monta en Chaire , &
prêcha pendant une heure avec une
éloquence une onction toute divine
fur les deffeins de la Miffion.
qu'il commandoit , & fur lesfruits
qu'il efperoit d'en recueillir avec
le fecours de Dieu. Aprés Vefpres ,
il ordonna une Proceffion generale,
où ce digne Prelat porta le Saint
Sacrement , avec cette pieté qui
10 MERCURE
luy eft fi naturelle , & où affifte
rent les Capucins , les Cordeliers ,
les Carmes , les Paroiffes de Saint
Pierre du Marchay , de S. Pierre
du Martray , le Chapitre de Sain
te Croix , le Prieur du Chafteau.
L'ordre de la Miffion fut
reduit à trois Sermons chaque
jour , & à une Controverſe publi
que, M de Poitiers affifta pendant
un mois à ces Exercices , qui
ne finiffoient qu'aprés buit heures
du foir,par la benediction du S.Sa.
crement qu'il donnoit , eſtant retiré
le reste du temps dans le Convent
des Carmes . Il avoit de continuel .
les Conferences avec les Heretis
GALANT.
II
ques,
ceur
que
les traitant avec cette doule
Sauveur du monde
recommande aux Paſteurs , &
cette douceur les gagnost & les
enchantoit.S'ilfortout du Convent
des Carmes , c'eftoit pour aller les
voir dans leurs maiſons , ou vifiter
les malades , on porter des paroles
dereconciliation à ceux qui estoient
definis . Toutes les Festes & tous
les Dimanches il prêchoit avec un
fuccés qui arrachoit les larmes des
yeux de fes Auditeurs ; en forte
que les plus endurcis Heretiques ne
pouvant refifter à l'efprit Saint qui
parloit par fa bouche , ont détesté
leurs erreurs , & receu defa
main
12
MERCURE
les Sacremens de l'Euchariftie &
de la Confirmation . Ainfi il en
restepeu qui ne fe foient rendus.
Il y a tour lien d'efperer qu'ils
Suivront bien toft l'exemple des
autres:
3
Je ne dois pas omettre ce que ce
Prelat afait à l'égard des Catholiques
. Tous ont communié de fa
main dans trois Communions generales
qu'il afaites. Tous luy one
raconté leurspeines , illes a tous
confolez Ses charitez envers les
Pauvres ont estéfort grandes , &
dans l'espace d'un mois qu'il a resté
dans cette ville , il a donné plus de
deux mille livres Luy at on pre
GALANT.
13
de
fenté des Filles heretiques qui vouloient
fe convertir , il les a fait
conduire dans la Maifon de l'U.
nion Chreftienne , & a payé leurs
penfions ; a t il trouvé des gens
bien inconnus , il leur a procuré ou
des Amis , ou des Emplois . Savie
toute religieufe eftoit une mortifi.
cation continuelle , vivant avec
les Religieux Carmes comme s'il
euft efté un de leurs Freres ; jamais
il n'a voulu qu'on luy fervist rien
d'extraordinaire
. Il a établi dans
la Ville une Societé de Dames de
la Mifericorde , qui auroni lefoin
de vifier les Pauvres , g de les
Loulager dans leur pauvreté. Les
14 MERCURE
plus confiderables fe font fait un
plaifir d'entrer dans les fentimens
de ce fage Evêque ; on les voir
dans ces lieux où la miferefe retire,
porter leurs aumônes , &fecourir
ceux quifont dans l'indigence . Il a
formé une Societé d'habiles Ecclefiaftiques
, qui accordent les differends
, terminent les Procés
Jans les porter au Barreau Enfin
tout ce que la charité , tout ce que
le zélepeuvent inspirer , ce Prelat
l'a accompli. C'est le témoignage
que vous rend voftre , &c.
Je ne puis m'empêcher de
vous dire encore ce que je
GALANT.
15
vous ay déja mandé plufieurs
fois , qui eft que ce qui n'eft.
point nouveau ne perd point
la grace de la nouveauté pour
ceux qui n'ont pas encore eu
la fatisfaction de le lire. Ce
que je vous envoye pourroit
feul paffer pour un petit livre
de Voyage tres - curieux . Il a
efté vû de fort peu de
gens ,
& il ne s'en faut pas étonner ,
puifque ce qui excede la longueur
de quelques feuillets
voláns , ne paffe pas ailément
de main en main , & qu'on
regarde ces chofes là comme
unVolume dont la lecture fait
16 MERCURE
peur fur un Manufcrit , fonvent
mal peint. Ainfi , ou l'on
voit peu ces fortes d'ouvrages,
dont il n'y a pas beaucoup de
copies , parce qu'elles font iongues
à faire , ou l'on ne les voit
point dutout , oubien on attend
qu'elles foient imprimees pour
les voir. Ce n'est pas que la
fin de la Relation que je vous
envoye n'ait couru léparée du
commencement, à caufe qu'el
le , eftoit regardée alors comme
une chole nouvelle , trescurieufe
& tres - importante
.
Vous allez lire le tout dans les
propres termesqu'il a été écrit ,
GALANT. 17
l'Auteur ayant vû tout ce qu'il
a remarqué dans fa Relation ,
& ayant efté un des Acteurs
de ce qui en regarde la fin.
INLEXINA test in 1610-14
RELATION
DU VOYAGE
De M. de Feriol , Ambaſſadeur
Extraordinaire du Roy à la
Porte Ottomane ; de fon arri
vée à Conftantinople ; de l'Audience
qu'il a cie du Grand
Vifir de ce qui s'eft paffé,
chez le Grand Seigneur, lejour
que S E, le devoit voir.
Juillet
1700.
BA
18 MERCURE
MR
A Pera le 7. Février 1700.-
R de Feriol , Ambaſſadeur
extraordinaire du
Roy a la Porté , s'embarqua le
28. Juillet 1699 fur le Vaiffeau
de Sa Majefté , le Bizarre , commandé
par M Bidault . Ce
Vaiffeau avoit efté preparé à
Toulon , avec l'Affuré , commandé
par M de Bagneux
,
pour le porter à Conftantino--
ple. Quand Son Excellence
paffa devant celuy qui feres
d'Amiral , elle fut faluée de
onze coups de Canon , & enfuite
de quinze coups de cha
GALANT. 19
cun des deux Vaiffeaux. On
appareilla le même jour pour
aller au Chateau de Sainte
Marguerite . Le 30 , on mit à la
voile par un vent qui nous fa-'
vorila jufques au Golphe de
Palme , où nous nous trouvâ
mes le z Aouft. Le calme nous
ayant furpris , on moüilla devant
Caillery. Le lendemain ,
nous en partîmes par un vent
fi bon,que le 6 nous entrâmes
dans le Port de Malthe. Le
Bizarre falua la Ville de onze
coups de Canon , le falut luy
fat rendu coup pour coup .M
le Commandeur de Luignan
Bij
20
MERCURE
vint à bord complimenter M
l'Ambaffadeur de la part de
M' le Grand Maiftre , fur fon
heureufe arrivée . M' l'Ambaf
fadeur envoya le lendemain.
M' Bidault , avec tous les Of
ficiers du Vaiffeau , les Gardes
Marines , & les Gentilshom:
mes de fa fuite au nombre de
cent perſonnes , magnifiquement
vétuës , pour laluër M'
le Grand Maiftre . Le Dimanche
Son Eminence envoya
un preſent à M ' l'Ambaffadeur,
compofé de plufieurs paniers
de gibier , des corbeil
les de fruit , des Veaux , plir.
9.
GALANT. 21
fieurs pieces de volaille , de
toutes fortes de vins , & une
balle de glace . Le 10. M ' l'Am
baffadeur alla rendre vifite à
M'l'Inquifiteur qui l'eftoit venu
voir le jour precedent . Pendant
fa vifite ; on preſenta une
foucoupe de liqueurs à S. E
feule , & plufieurs autres aux :
Gentilshommes de fa fuite.
M'
l'Ambaſſadeur fut reconduit
jufque dans la ruë par
M'l'Inquifiteur , qui ne quitta
point fon Excellence qu'elle ne
fuft entrée dans fa chaife . Cet
Inquifiteur le tourna enfuite
vers fon cortége , pour affurer.
22 MERCURE
de fes fervices les Gentilshome
mes qui le compofoient . M
l'Ambaffadeur trouva au Bizarre
, M' le Commandeur
d'Oraifon qui le venoit avertir
que les Carroffes du Grand
Maitre l'attendoient fur le
Port du cofté de la Ville. Son
Excellence fut faluée en ſe dé.
barquant de treize coups de
Canon & de dix-huit boëtes .
Elle monta avec toute fa fuite
dans les Carroffes preparez ,
qui firent le tour des Fortifications.
Les 11. 12. & 13. Aouft
M l'Ambaffadeur vifita les
` trois Forts qui défendent l'en .
GALANT. 23
trée du Port de Malte , où ME
le Grand Maiſtre envoya regulierement
des eaux glacées
& des rafraîchiffemens . Le 14.
Il envoya encore à Son Excellence
un Poiffon, appellé Espa
don. Le même jour le Bizarre
fortit du Port de Malte par un
petir vent , qui ceffa d'abord
qu'il eut paffé l'embouchure ,
&furprit l'Affuré entre un Fort
& un Rocher , en forte qu'il
ne pouvoit avancerny reculer.
Il fut en danger jufqu'à ce
que s'eftant fait remorquer
par une Felouque , il rentras
dans le Port heureufement ,
"
24 MERCURE
& y refta moüillé ce jour- là ,
quoy que le Bizarre fuft à la
voile. M' l'Ambaffadeur don
na ordre le méme jour à fon
premier Secretaire , d'aller remercier
de fa part M' le Grand
Maiftre , des honneurs qu'il luy
avoit faits , & d'offrir les fervi
ces à fon Eminence s'il pouz
voir luy eftre utile , ou à la Religion
de Malte à Conftantinople.
M' le Grand Maistre
répondit qu'il acceptoit volon
tiers la correfpondance que
Mr l'Ambaffadeur luy offroit ,
& qu'il s'adrefferoit à Son Excellence
, comme ilavoit toû
jours
GALANT.
25
jours fait à fon Prédeceffeur
pour les affaires de la Religion
de Malte à Conftantinople
.
Le lendemain 15. l'Affuré fortit
du Port , & nous filmes route
du cofté du Serigues , à la
hauteur duquel nous nous
trouvâmes le 20 Son Excellence
expédia le même jour
pour Conftantinople une Barque
qu'elle avoit priſe à Marfeille
, pour porter tous fes
équipages , & qui nous avoit
fuivis depuis noftre départ de
France . Le 21. nous moüillâmes
à la Suḍ , Fortereſſe qui
appartient aux Venitiens . Le
Juillet 1700 .
C
26 MERCURE
22. le Commandant envoya
un Officier au Provediteur
Morofini qui commande dans
ce Fort , & à tous ceux qui appartiennent
aux Venitiens de
ce cofte - là . Le 23. les Vail
feaux appareillérent pour aller
mouiller dans le fond de la
Rade , & le Bizarre paffant devant
la Fortereffe la falua de
cinq coups de Canon , & la
Fortereffe luy en rendit fix .
On fut furpris de ce coup fur
numeraire , mais nous avons
appris depuis qu'il fut tiré par
la faute d'un Sergent que le
Provediteur fit mettre aux fers,
GALANT.
27
W
& le condamna à deux Sequins
d'amende . Le calme
nous ayant furpris , nous ne
pûmes aller que le lendemain
24 au fond du Port , & nous y
demeurâmes juſqu'au premier
de Septembre. Pendant ce
temps là , M' l'Ambaffadeur
prit connoiffance des affaires
de la Nation de la Canée . La
veille du jour de la Feſte de
S. Louis , les deux Vaiffeaux
du Roy furent illuminez , le
Bizarre fur les deux Platsbords
, & l'Affuré aux extremitez
des mafts & des vergues.
Le jour de Saint Louis,
C ij
28 MERCURE
les Vaiffeaux furent ornez de
leurs Pavois , & l'on n'oublia
rien pour la folemnité de
la Fefte de Sa Majesté. Le premier
Septembre nous partîmes
du Port de la Sud , & nous
moüillâmes le même jour devant
Candie. Le 2. M' l'Ambaffadeur
envoya fon Interprete
avertir le Pacha & l'Aga
des Janiffaires qu'il fouhaitoit
de les voir. Le même jour S.
E. defcendit à terre avec les
Gentilshommes de fa fuite , &
quelques Officiers . Nous trouvâmes
vingt- cinq chevaux fur
le Port. On nous conduifit
GALANT. 29
J
premierement chez le Kiaïa
du Pacha , & chez le Pacha .
Enfuite nous allâmes chez
Aga des Janiffaires , qui témoigna
beaucoup de joye de
voir S. E. qu'il avoit connuë
-à l'Armée . Le lendemain nous
vifitâmes les Fortifications
,
qui estoient en bon estat . Le
Pacha avoit envoyé vingtcinq
chevaux à la Marine , &
il ordonna que trente Janiffaires
, & fon Capitaine des
Gardes à leur tefte , précederaient
deux à deux S. E. que
les Officiers fe trouveroient
chacun dans leur pofte fur le
Cij
30 MERCURE
paffage de Ml'Ambaſſadeur ;
que les Canonniers feroient la
méche allumée auprés de leur
Canon , les Janiffaires avec
leurs armes hors des Corps
de garde , & que fix Porteurs
d'eau ordinaires en jetteroient
devant les chevaux de Son
Excellence, comme s'il paffoit
luy même , fuivant la Coutu
me Turque. La Ville falüa ce
jour là S. E. de fept coups de
Canon à boulet , tirez de la
diſtance d'un demi - quart
d'heure à l'autre. Il nous eft
revenu depuis qu'un des Canons
, qui eftoit de fonte , &
1. ว
GALANT.
31
de cent livres de balle , avoit
crevé.
Nous partîmes de Candie
le 6 Septembre pour aller au
Mile . Les vents nous furent
contraires , & ils s'éleverent
avec tant de violence , que
nous reftâmes les 10. 11. 12. &
13. à l'abry de cette Iſle , bienheureux
de trouver cet azile
contre une tempefte offroyable,
que nous cuffions ( fluyée
en pleine Mer. Nous entiâmes
dans le Port le 14. & nous
reflâmes jufqu'au 25. L'Affuré
avoit appareillé
le 24 pour
aller à Athenes , & vifiter e
y
C iiij
32 MERCURE
ch : min faifant quelque Echel
le de l'Archipel . Il y a une Caverne
dans l'Ifle de Mile , dont
l'entrée eft fort baffe . Aprés
s'eftre avancé douze pas , on
fent une chaleur extrême: plus
avant on le peut tenir debout ,
& à gauche l'on trouve un
bain d'eau chaude , un peu
falée , que l'on dit tres - falutaire
, On s'y baigne fort commodement
& avec plaifir.
Nous moüillames le 26. Septembre
prés de Paros dans
un Port appellé Trio . Ce font
trois petites ifles inhabitées ,
qui ont donne le nom à ce
GALANT.
33
Moüillage ; mais c'eft propre.
ment la Rade de Paros . Naxis
n'en est éloignée que de douze
ou quinze milles . Le 30 .
quelques Gentilshommes
de
S. E. allerent à Antiparis voir
une Grotte de Congellations
qui eft dans cette lfle , & dont
on nous avoit fait un récit .
merveilleux. Elle est éloignée
du Chafteau de quatre milles.
L'entrée feule merite la curiofité
des Voyageurs. Elle eſt
valte & voûtée , en forre qu'il
s'y rangeroit deux mille hom
mes facilement. Il y a une cokomne
congelée , fur laquelle
34 MERCURE
paroift le refte d'un Buſte. Les
gens du pays difent que c'e.
ftoit un Idole qui rendoit les
Oracks autrefois . A main
droite , il y a une feneftre par
laquelle les Preftres répondoient
aux demandes qui fe
faifoient à l'Idole . Nous def.
cendîmes dans cette Grotte à
huit heures du foir , & à force
de cordes & d'échelles nous
parvinſmes à une roche qui fe
trouve creusée en deux endroits.
L'on puife dans l'un la
meilleure eau douce qui fe
puiffe boire , & dans l'autre
une eau jaunaftre . Nous def-
"
GALANT.
35
cendîmes enfuite dans un endroit
où M' de Nointel , cydevant
Ambaffadeur à Conftantinople
, fit dire la Meffe
de minuit en 1673. Nous vîmes
avant que d'y arriver, plufieurs
congellations , dont , les unes
reprefentoient des colomnes ,
d'autres des figures d'hommes
, de Lion , d'Enfant ; mais
entre autres choſes nous vîmes
un Pavillon , fous lequel
nous eftions quinze ou feize .
L'endroit où la Meffe fut dite
reprefente un Autel , deux
grands chandeliers aux coſtez,
& la façade reprefente plu36
MERCURE
fieurs arbres les uns fur les
autres. Dans l'éloignement
gauche paroift une foreſt formée
par ces congellations ;
d'autre part des ornemens à
la Gothique. M'de Nointel a
fait mettre Infcription fuivante
à l'endroit où l'on pofa
la pierre pour dire la Meffe.
HIC IPSE CHRISTUS
ADFUIT EJUS NATALI
DIE MEDIA NOCTE.
CELEBRATO .
M. DC. LXXIM.
Nous defcendîmes dansun
endroit , où l'on nous fit remarquer
des draperies . fort
GALANT.
37
bien figurées. Noftre Condu
&teur nous fit voir à gauche
un abîme effroyable , & nous
entendions fort longtemps les
pierres qu'il jettoit dedans.
Nous remontâmes avec beaucoup
de peine, principalement
à un endroit où M' de Nointel
a laiffé une échelle , qui depuis
ce temps eft prefque pourrie.
Nous fortîmes de cette Grotte
à une heure aprés minuit ,
& nous reftâmes dans l'entrée
pour lire le matin les Inferiptions
quiy font . Celle - cy fut
la premiere qui fe preſenta à
nos yeux , & que nous eûmes
28 MERCURE
.
beaucoup de peine à déchifrer
.
ΚΡΙΤΟΝΟΣ
ΟΙΔΕ ΗΛΙΟΝ
ΜΕΝΑΝΔΡΟΣ
ΣΩΧΑΡΜΟΣ
ΜΕΝΕΚΡΑΤΗΣ
ΑΝΤΙΠΑΤΡΟΣ
ΙΠΤΟΜΕΔΟΝ
APISTE ΑΣ
ΦΙΛΕΑΣ
ΓΟΡΓΟΣ
ΔΙΟΓΕΝΗΣ
ΦΙΛΟΓΡΑΤΗΣ
ΟΝΗΕΙΜΟΣ
Nous jugeâmes que ce pouvoit
eftre , comme on le di .
foit , les noms d'Antipater &
GALANT.
39
de fes compagnons , qui avoient
paffé par cette lle en
fe retirant aprés fa conjuration
contre Alexandre . Cellecy
n'est pas fort éloignée de
la premiere . Elle a efté mife
par M ' de Nointel.
CEDANT TENEBRÆ
LUMINI ,
FICTA NUMINA
VERO DEO
HOC ANTRUM ,
NOCTURNO EREPTUM
JO VI ,
NASCENTI CHRISTO
DEDICAVIT
CAR. FRANC . OLLIER
DE NOINTEL, ·
4: 0 MERCURE
Cetre autre Infcription eft
à droite en entrant . Elle com.
mence à s'effacer ; cependant
nous y lûmes encore .
EX
HOC ANTRUM
NATURE MIRACULIS
PARISSIMUM ,
UNA CUM COMITATU,
RECESSIBUS EJUSDEM
PROFUNDIORIBUS
ET ABDITIORIBUS
PENETRATIS
SUSPICIEBAT , ET SATIS
SUSPICI NON POSSE
EXISTIMABAT
CAR . FRANC . OLLIER
DE NOINTEL ,
IMP GALLIARUM
LEGATUS,
GALANT. 4t
DIE NAT . CHR . QUO
CONSECRATUM FUIT.
AN. M. DC . LXXIII..
Il y a encore deux Infcri-
Fiions à droite , dont nous ne
pûmes déchiffrer une feule
lettre. C'eft d'un Grec ancien ,
& fi effacé , qu'il n'en refte
que quelques traces. Nous
retournâmes
le même jour à
Bord , & le Octobre nous
allâmes à Naxis . L'lfle eft bien
grande , & tres peuplée . Le
Chafteau de fon nom eft fur
le bord de la mer , & paroift
fort ancien . Nous y vi
mes une des Portes du Tema -
Fuillet 1700.
DⓇ
4...
42 MERCURE
ple de Bacchus , qui eft hors
du Chateau , dans une petite
Iffe détachée de Naxis. Nous
y vîmes auffi les reftes d'un
Aqueduc qui conduifoit l'eau
dans ce Temple , & près de
l'Aqueduc il y a un pavé de
Mofaïque fort ancien. Nous
ne fûmes pas plûtoſt de retour
à Bord , que les vents contrai .
res & forcez fouflerent vive.
ment , & nous fûmes retenus
prés de Paros juſqu'au 15. Le
16. nous arrivâmes à la Rade
de Syra , & nous rencontrâ.
mes le même jour le Vaiffeau
Afluré , qui faifoit la route
GALANT. 43
vers Chio , où devoit eftre fon
rendez vous à fon retour d'Athenes,
S. E. alla le lendemain
à l'lfle de Delos , voit les rui
nes de l'ancien Temple d'Apollon
. Un vent tres favorable
nous porta en quatre heures
à Delos fur une Barque Françoile
qui s'eftoit jointe à nous
à la Mer. Nous examinâmes
les ruines incomprehenfibles,.
non -feulement du Temple
d'Apollon , mais de l'iſle entiére
, qui eft prefentement in
habitée. Ce font des Montagnes
de pierres & de marbre ,,
qui perfuadent de la magni-
Dij
44 MERCURE
ficence des Baltimens qui ont
eſté élevez en cet endroit.
Nous nous embarquâmes à
trois heures aprés midy , par
un vent contraire pour retour -
ner à Bord. Lorfque nous fû.
mes en pleine mer , il ſe renforça
tellement qu'un de nos
maſts ſe rompit ; nous rela
châmes heureuſemeur à Mico .
ny , où Son Excellence futreçue
par le Conful de la Nation .
Le 18 nous retournâmes à
Bord , & reftâmes moüillez
juſqu'au 29. devant Syra . Le z.
Novembre les Grecs Schifmatiques
députérent quatre d'en.
GALANT. 4:5
tre - eux pour aller ſaluer Son
Excellence qui les reçut avec
bonté , quoy qu'ils foient les
Perfecuteurs des Grecs Latins .
Elle leur dit cependant que
elle apprenoit qu'ils continuaffent
leurs perfecutions envers
eux , ils devoient craindre la
vangeance de Sa Majefté , qui
leur avoit accordé la protection
Hs répondirent à Son Excellence
qu'ils eftoient venus
dans le deffein de l'affurer qu'-
ils vouloient bien vivre avec :
leurs Compatriotes
; qu'ils
eftoient tous Chriftiens , &
que dans la fuite on ne luy
46 MERCURE
porteroit aucune plainte de
leur conduite. Ils offrirent.
d'en faire ferment fur les
Saints Evangiles ; ce que M
l'Ambaffadeur refufa , difant
qu'ils feroient doublement
coupables , s'il manquoient à
leur devoir & à leur parole ,
dont il fe contentoit.
Le 4 Novembre nous ap .
pareillames , & nous doublâmes
le même jour le Cap
Bornouth. Depuis ce tempslà
, les vents nous furent conttaires
, & les Vaiffeaux ne purent
moüiller au Chateau de
Smirne que le 9. Cependant le
GALANT. 47
:
7. le Confulde la Nation vint
au devant de S. E. à quarante
milles de la Ville . Ils couchérent
dans le Vaiffeau , & le
lendemain 8. Son Excellence
s'embarqua dans fon Canot
pour aller à Smirne . M' Bi .
dault la falua de dix lept coups
de Canon à boulet , & M de
Bagneux de treize coups feulement.
En paffant devant le
Chafteau de Smirne , un Vaif
ſeau de guerre Hollandois , &
une autre petite Fregate Angloife
, faluerent S. E. de treize
coups de Canon chacun . Elle
fur auffi faluée en entrant dans
48 MERCURE
le Port de Smirne de tout le
Canon des Vaiffeaux François,
Anglois, Hollandois , & autres
Nations qui s'y trouvérent.
La Maiſon du Conful eft fituée
fur le bord de la mer , en
forte que l'on débarque fur
un quay qui en dépend, Ceux
de la Nation qui n'eftoient
point venus à bord , fe trou
vérent fur ce Quay , avec une
multitude de Perfonnes, de
toutes les autres Nations . M'
l'Ambaffadeur , aprés avoir reçu
leurs complimens , fuc
conduit dans l'Appartement
qui luy avoit eſté préparé , &
par
GALANT. 49
par tous les endroits où il paffa
la Nation avoit fait conftruire
des Arcs ornez de fleurs , fur
chacun defquels eftoient les
Armes du Roy , celles de S. E.
& celles de la Ville de Marfellle.
S. E. alla enfuite entendre
le Te Deum , que l'on chanta
dans l'Eglife des Capucins , en
action de graces de ſon heureuſe
arrivée . Le 10. le Conful
d'Angleterre accompagné de
toute la Nation , vint rendre
vifite à M l'Ambaffadeur .
Le 11. celuy de Hollande , &
le 12. celuy de la Republique
de Ragufe. S. E. alla voir le
Juillet 1700.
E
50 MERCURE
Conful d'Angleterre le 16. qui
receut Ml'Ambaffadeur hors
la
porte de fa maiſon , dont la
Nation Angloife bordoit l'entrée
à droite & à gauche. Il fut
conduit dans un Apartement
,
d'où l'on fortit un quart d'heure
aprés , fous prétexte de voir
la maifon , & nous entrâmes
dans une Salle où l'on avoit
fervi une magnifique Colation.
Enfuite Son Excellence
fut conduite par le Conful juf
-ques à l'endroit où il l'avoit
receu , & la Nation Angloiſe
fuivit jufque chez le Conful de
France. Le 18. S. E. alla voir
GALANT.
>
le Conful de Hollande , & les
chofes s'y pafferent ainsi que
chez le Conful d'Angleterre.
Le 22. elle envoya fon premier
Secretaire chez le Conful de
Ragule , avec deux des Gen.
tilshommes de fa fuite , pour
le remercier de la peine qu'il
avoir priſe de le venir voir , &
luy offrir les fervices . Le 25 les
Confuls d'Angleterre , de Hol
lande & de Ragule vinrent
dire adieu à S. E. & luy fou
haiter un heureux voyage . Elle
s'embarqua le 27. avec tous
ceux qui l'avoient fuivie àSmir.
ne , & la Nation qui l'accom-
E ij
52 MERCURE
pagna jufques au Vaiffeau.
Le 28. nous moüillâmes
aux
Iles Dourlac , le 29 à Mof.
cointchy. Le 30 nous appa .
reillâmes , mais le calme nous
ayant furpris prés du Cap Baba
, nous fufmes obligez de
relacher à Moſcointchy
, où
nous demeurames
le premier
& le 2. de Decembre. Sur le
tard le vent eftant favorable ,
& le temps clair , nous mîmes
à la voile , mais l'Affuré ayant
rangé la terre de trop prés
s'échoüa à trois braffes dans
un endroit de vafe de la longueur
duVaiffeau . Il tira d'aGALANT
53
bord un coup de Canon pour
nous demander du fecours . Le
Bizarre moüilla en ce moment
, & s'eftant approché de
l'Affuré le plus qu'il put , on
attacha un greflin au pied du
grand maft de l'Affuré , dont
on porta l'autre bout au Bizarre
, pour l'attacher au Cabeftan
, & à force de virer on
tira l'Affuré du danger où il
eftoit. Le lendemain 3. Decembre
, nous appareillâmes ,
& le même jour nous moüil .
lâmes devant Tenedos . Le 4.
nous paffâmes à neuf heures
du matin entre les deux Cha-
E iij
14 MERCURE
fteaux neufs ; mais la pluye
fut fi violente & le temps fi
Couvert , que nous moüillâ .
mes à la pointe des Barbiers
dans un moment heureux ; car
le vent contraire vint fubitement
, & avec beaucoup de
violence. Le Conful des Dardanelles
, qui avoit apperceu
nos Vaiffeaux , vint dés le jour
même rendre compte à S. E.
des affaires dont il est chargé.
Le 6. le Pacha de Jerufalem ,
qui avoit pris une Barque
Françoiſe pour le porter à
Jaffa avec la Maifon
moüiller prés de nosVaiſſeaux.
A
vint
·
GALANT .
Il envoya faire compliment à
S. E. qui dans le moment luy
envoya auffi fon premier Secretaire
pour l'aflurer de fes
fervices , luy recommander les
Conful que la Cour a nommé
depuis peu pour Jerufalem , &
luy demander la protection
pour les Peres de la Terre-
Sainte , qui follicitoient
la reftitution
des Saints Lieux dont
les Grecs font en poffeffion.
H répondit qu'il profiteroit
dans l'occafion des affurances
de fervice de S. E. qu'à l'égard
du Conful , il fuffifoit qu'il
fuft François pour eftre de fes
E iiij
16 MERCURE
Amis , & qu'il eftoit dans le
deffein d'accorder
fa protection
aux Peres de la Terre .
Sainte . Il dit même que le
Grand Seigneur l'envoyoit
Pacha à Jerufalem , pour réta
blic ce que fes Prédeceffeurs
avoient ruiné par leurs concuffions
, particulierement par
les prefens qu'ils avoient tirez
des Grecs & des Latins à l'occafion
de leurs Procés . M
l'Ambaffadeur
luy fit prefenter
une fort belle montre , &
le fit faluër de ſept coups de
canon lors qu'il mir à la voile.
Le 10. nous appareillâmes par
GALANT. 57
un vent tres favorable . Le Bizarre
falua les deux Chafteaux
des Dardanelles
de fept coups
de canon , qui rendirent le fa.
lut coup pour coup , & faluérent
enfuite M'l'Ambaffadeur
de huit autres coups. Nous
continuâmes noftre route , &
nous nous trouvâmes à midy
devant Gallipoly , & fur le foir
à la pointe de l'ile de Marmora
, Le vent eftoit fi bon
que nous ferrâmes une partie
de nos voiles , de peur de
trop avancer , en forte que
nous cftions à la pointe
du jour à la veuë de Conftantinople
, &
entrames.
18 MERCURE
dans le Port à dix heures
du matin . M' l'Ambaffadeur
fut complimente' le même
jour par les Ambaſſadeurs
des Cours Etrangeres , & par
le Prince Tekely , qui envoye
rent leurs Secretaires à bord
dés que les Vaiffeaux eurent
moüillé. M' de Chateauneuf,
Ambaffadeur de France , vint
luy même prier S. E. de débar
quer. Il ne deſcendit cepena
dant que le lendemain , aveco
les Gentilshommes de fa fùite,
au bruit d'une partie de l'Ar
tillerie des Vaiffeaux . Nous
montames en ordre au Palais
de France . M' de Caſtagneres
GALANT .
59
avoit envoyé toute fa' Maiſon
& des chevaux à la Marine,
Il receut Mr de Feriol à l'entrée
du Palais , & le conduifit
jufqu'à la Chapelle , où les
Capucins chanterent un Te
Deum pour fon heureuſe arrivée.
M' de Caftagneres traita
magnifiquement M' de Feriol
pendant trois jours , aprés
lefquels il fe retira dans un
logis particulier , pour luy
laifler toute la maiſon libre.
Il envoya le 13. fon premier
Drogman chez le Grand
Vifir , pour luy faire part de
fon arrivée. Quelques jours
apres , ce Miniftre l'envoya
60 MERCURE
complimenter par le Fils de
Maurocordato
, Interprete de
la Porte. L'Audience fut fixée.
au 25. Decembre . M' de Caftagneres
& M' de Feriol forti .
rent du Palais de France à midy
& de ny , M' de Caſtagneres
à la droite , & M ' de Ferioł
à la gauche . Ils eftoient préce
dez de leurs Maiſons , & fuivis
des douze Gentilshommes
qui ont accompagné Mr de
Feriol à Conftantinople
, & de
toute la Nation Françoiſe.
Cette marche fe fit en ordre
jufqu'à la Marine , où les deux
Ambaffadeurs , qui estoient
feuls à cheval , mirent pied à
GALANT. 61
terre. Ils trouverent fur le Port
foixante Officiers ou Gardes-
Marine , qui s'embarquerent
avec le reste du cortege, pour
paffer à Conſtantinople fur
des Caïques qui avoient
efté préparées. Lors que le
Canot de Mrs les Ambaffadeurs
paffa prés des Vaiffeaux
du Roy , ils furent faluez de
vingt & un coups de Canon
du Bizarre , & autant de l'Af
furé. Ils eftoient parez & pavoiſez
, & les Soldats fous les
armes. Le grand Vifir avoit
envoyé deux Chevaux riche.
ment enharnachez pour Mrs.
les Ambaſſadeurs , & foixante
62 MERCURE
pour les Gentilshommes
de la
fuite de M' de Feriol , les Offi
ciers , Gardes - Marine , & les
principaux
de fa Maiſon. Ce
nombre n'auroit
pas fuffi
pour un fi grand cortége ,
mais S. E. en avoit encore ordonné
quarante qui fe trouvérent
fur le Port , & chacun des
Marchands
de la Nation y
avoit auffi envoyé les fiens ,
en forte
que tous ceux qui accompagnérent
M ' de Feriol à
cette Audience , furent fort
bien montez . La marche com.
mença par quarante Janifſai .
res , que le Vifir avoit envoyez
à la Marine ; enfuite les deux
GALANT.
63
Maiſons de Mrs les Ambafladeurs
, celle de M' de Caftagneres
à la droite , & celle de
M' de Feriolà la gauche. Dixhuit
Valets de pied de M' de
Feriol eftoient vêtus d'une li
vrée de deux galons de foye ,
& un galon d'or au milicu . Il
ne s'en eft jamais vû dans aucune
Cour de plus magnifi
que & de meilleur gouft . Six
Janniffaires de la Maifon de
M' de Caſtagneres , & fix de
M' de Feriol , marchoient de
vant les Drogmans avec leurs
bonnets de Ceremonie . Douze
Gentilshommes & le premier
Secretaire de M' de Fe.
64 MERCURE
riol precedoient
Mrs les Am .
baſſadeurs
, veftus fi magnifi .
quement , que les Turcs ont
avoué qu'ils n'ont jamais rien
vû de fi riche lors que les precedens
Ambaffadeurs
ont eu
leurs Audiences
. Le Chaoux
Bachi qui vint prendre S. E.
marcha immediatement
devant
Mrs les Ambaffadeurs
& Mrs de Court & de Broille ,
Capitaines
en fecond des
Vaiffeaux , les fuivoient à la
tefte des Officiers des Gardes
Marines qui marchoient
deux
à deux chacun dans leur rang.
Les Marchands
François qui
compofent
la Nation , finiſGALANT.
65
foient cette marche , enfuite
des Gardes Marines & dans le
mefme ordre. Les deux Cours
du Palais du Vifir ne fe trouvérent
pas affez grandes pour
contenir un cortége fi nombreux
, mais l'ordre y fut ob .
fervé d'une maniére que lors
que Mrs les Ambafladeurs entrérent
, les Janniffaires & le
Chaoux que le Vifir avoit en--
voyez le trouvérent fur fon
paffage dans ces deux Cours ,
& les douze Gentilshommes
avec le premier Secretaire de
de M' de Feriol eftoient def
cendus de cheval pour attent
Fuilles 17.00.
F
66 MERCURE
dre Mrs les Ambafladeurs au
bas de l'escalier du Palais . Ils
les fuivirent dans la Chambre
d'Audience , avec les Officiers
de marine . Mes les Ambaffadeurs
prirent place fur deux
Tabourets qui leur avoient
efté preparez ſur le Sopha ,
M' de Caftagnères à la droite
& M ' de Feriol à la gauche , le
reſté du cortége demeura debout
Le grand Vifir , avec fon
bonnet Vificial , entra contre
fa coutume d'abord que les
Ambaffadeurs furent placez ,
& paſſant auprés d'eux il fe
mit fur un des carreaux du
Sopha . M' de Caftagneres pric
1
GALANT. 67
la parole le premier pour dire
au Vifir que Sa Majesté avoit
choifi M' de Feriol pour fon
fucceffeur. M' de Feriol luy
prefenta la Lettre du Roy , &
la mit entre les mains du neuviéme
Chancelier qui eftoit
debout avec les principaux
Officiers de l'Empire , aux
coftez du grand Vifir. Enfuite
M' de Feriol dit au grand Vifir
, que Sa Majefté avoit vû
avec plaifir que Sa Hauteffe
euft confié les principales affaires
de fon Empire à un
homme auffi éclairé que luy
& qu'elle ne doutoit pas qu'il
Fij
68 MERCURE
"
ne contribuaft de tout fon
pouvoir à entretenir l'union
& la correfpondance qui eft
établie depuis fi longtemps.
entre les jeux. Empires . Aprés
ce Compliment on apporta
les confitures , deux taffes de
de Caffé pour Mrs les Ambaffadeurs
, enfuite le Sorbec , &
Jes Parfums Le Vifir fit demander
à M' de Feriol s'il y
avoit longtemps qu'il eftoit
party de France. Maurocordato
qui eftoit Plenipotentiaire
de la Porte dans le Traité
de Paix qu'elle a fait avec l'Empereur
, fervit d'Interprete , &
rapportoit en Latin à M' de
GALANT 69
Feriol ce que le grand Vifir luy
demandoit de fon voyage. M
de Feriol luy répondit auffi
en latin. On diftribua enfuite
cinquante fept Caffetans ou
Veftes à Mr. de Feriol , à Mr
de Caftagneres & au refte du
cortege. Ceux de Mrs les Ambaffadeurs
eftoient riches &
les autres de la valeur à peu
prés de cinq ou fix Sequins.
Aprés cette diftribution , Mrs
les Ambaffadeurs fè leverent ,
& fortirent de la Chambre
d'Audience . On les fuivit avec
ordre,& lorsqu'ilsfurent montez
à cheval , Mr de Feriol pric
alors la droite & fa Maifon
70 MERCURE
fur celle de M' de Caſtagneres.
Le reste du cortège garda
le même ordre qu'il avoit
obſervé en allant. Il y avoit
une infinité de Peuple dans
les paffages de cette marche ,
& toutes les Nations y eftoient
accourues pour voir cette magnifique
Entrée . Mrs les Ambaffadeurs
mirent pied à terre
au même endroit qu'ils avoient
monté à cheval , & ils
fe rembarquérent dans leur
Canor , après que M ' de Feriol
eut fait remercier le Chaoux
Bachi de l'avoir accompagné
avec les Chaoux, Lors que Mrs
A
GALANT. 71
les Ambaladeurs pafférent devant
les Vaiffeaux ils furent encorefaluez
de vingt & un coup
de canon de chacun des deux
vaiffeaux . Mrs les Ambaffadeurs
eftant arrivez à la Marinedu
côté de Pera, les Capitaines
& Officiers de la marine s'en
retournérent à leur Bord , &
Mrs les Ambaffadeurs montérent
à cheval & marchérent
avec leur fuite dans le même
ordre qu'ils eftoient defcendus.
Les deux Ambaffadeurs
fe féparérent dans la premiere
Cour du Palais de France. Le
26. M' de Feriol ordonna fes
72 MERCURE
·
preſens pour les envoyer le
lendemain 27. Il y avoit un
Miroir dont la glace eftoit de
foixante pouces de hauteur ,
montée fur une bordure auffi
de glaces peintes en deffous ,
avec des ornemens d'une fculpture
tres recherchée . Son
Excellence donna auffi une
tres belle Pendule marquée à
la Turque , dont la boëte & le
pied eſtoient d'une marqueterie
tres- fine , avec des ornemens
parfaitement beaux . M
de Feriol donna encore une
douzaine de Veftes des plus
belles étoffes qui fe faffent à
Lyon ,
1
GALANT. 73
S.
Lyon, & quantité d'autres d'un
drap le plus fin qui fe foit trouvé
en cette Ville . Le 31. Decembre
le Grand Seigneur fir
dire à M ' de Feriol qu'il luy
donneroit Audience le Mardy
de Janvier , M'de Feriol s'y
diſpoſa, & envoya la veille au
Serrail les prefens qu'il avoit
deftinez pour le Grand Seigneur
afin de les préparer
parce qu'on les porte ordinai
rement devant l'Ambaffadeur
lorfqu'il entre chez Sa Hautef
fe. Ce jour- là M ' de Feriol.
fortit du Palais de France à
fept heures du matin . Ileftoit
Juillet 1700.
G
74 MERCURE
precedé de fa Maiſon , & ſuivy
des Gentilshommes de fa fuite
& de la Nation . Il defcendit
à pied jufqu'à la Marine , où
les Officiers des Vaiffeaux l'attendoient.
Son Excellence
s'embarqua dans fon Canot ,
& fon Cortége la fuivit dan´s
plufieurs Caïques qu'on avoit
fait preparer. Le Chaoux Bachi
attendoit Son Excellence
fur le Port du cofté de Conf.
tantinople. Aprés s'eſtre débarquée
, elle monta un des
Chevaux du Grand Seigneur ,
richement enharnaché , qui
luy avoit cfté envoyé avec
GALANT.
75
3
foixante autres pour fon Cortege.
La marche commença
parles Janniffaires que la Porte
avoit envoyez , enſuite la Maifon
de Son Excellence compofée
de fix Janniffaires , de fix
Valets de Chambre , & de
vingt -cinq Valets de pied ,
fans parler des fix Eftafiers
veftus à la Turque, qui estoient
autour du Cheval de l'Ambaf.-
fadeur. Les Drogmans marchoient
aprés , & les douze
Gentilshommes , les Chaoux ,
& le Chaoux Bachi , qui precedoit
immediatement Mr.
l'Ambaffadeur. Il vouloit pren
Gij
76 MERCURE
dre fa droite , diſant que cet
honneur luy eftoit dû , mais
Son Excellence luy dit de fe
mettre à fa gauche , s'il n'aimoit
mieux paffer devant , ce
qu'il accepta. M' l'Ambaſſadeur
eftoit fuivy des Officiers ,
de Marine , qui marchoient
deux à deux chacun dans leur
rang, & enſuite la Nation dans
le même ordre . Nous entrâ
mes ainfi dans la premiere
Cur du Serrail , que nous tra
versâmes à cheval jufqu'à la
portedelafeconde
cour, oùl'on
nous avertit de defcendre. M
l'Ambaſſadeur mit auffi pied
*
GALANT. 77
à terre , & fut reçu par huic
Capigis qui le precedérent jufques
à la Salle du Divan . Lors
que nous entrâmes dans la feconde
Cour , quatre mille
Janniffaires qui eftoient refferrez
prés de la muraille à droite ,
parrirent comme un trait pour
aller prendre des Gamelles de
Ris , qui bordoient le chemin
par où nous paffions . Son Excellence
entra dans la Chambre
du Divan en méme temps.
que le grandVifir y entroit par
une autre porte. Après s'eftre
faluez , M' l'Ambaffadeur fe
mit à la place qui luy avoit
G iij
78 MERCURE
efté préparée , & le grand Vi
fir fur un banc avec trois Vi.
firs à la droite , & fes deux Cadilefquiers
à fa gauche. Nous
vîmes rendre la Justice , & l'on
remit plufieurs Requeftes réponduës
aux particuliers qui
les avoient prefentées . Enfuite
l'on donna à laver à M ' l'Am.
baffadeur & au grand Vifir
en même temps dans deux
baffins , dont l'un eftoit d'ar
gent , qui fut celuy de Son Ex
cellence , & l'autre de cuivre ,
qui fut celuy du Vifir . L'on
donna auffi à laver aux autres
Vifirs , aux quatre Capitaines
GALANT. 79
des Vaiffeaux du Roy, & à ceux
qui devoient manger aux cinq
tables qui furent fervies dans
la même Salle où l'on tint
le Divan . M¹ l'Ambaffadeur
mangea feul avec le grand Vi--
fir , les quatre Capitaines avec
les autres Vifirs ; les deux Cadilefquiers
ou Chefs de la Juftice
mangérent feuls , & fix
perfonnes nommées par Son
Excellence eftoient aux deux
autres tables , avec les pre--
miers Officiers de l'Empire.
Ces cinq tables furent fervies
également de plus de trente
plats chacune , qui ſe met
Giiij
80 MERCURE
toient fucceffivement fur la
table , & n'y reſtoient qu'un
inftant. Quoy que les ragoufts
des Turcs foient bien differens
des noftres , Son Excellence
ne laiffa pas de faire
honneur à ce repas , en mangeant
de tout ce que l'on fervit
. Aprés qu'on fe fut levé
de table on donna encore à
laver. Le Vilir ordonna enfuite
qu'on filt apporter dans
la Salle du Divan un Miroir
que Son Excellence devoit
donner au Grand Seigneur.
Comme c'est une piece rare.
par fa grandeur prodigieufe
4
"
GALANT.
8r
d'une glace de quatre - vingt
fept pouces fur cinquantehuit
, elle fut admirée de tout
le monde . Le Grand Seigneur
même confideroit ce Miroir
d'une jaloufie où il eft ordinairement
pendant qu'on
tient le Divan . On le fit porter
enfuite à la porte de la
Salle d'Audience , avec les autres
Prefens qui confiſtoient
en une Pendule plus belle que
celle qui fut prefentée au Vi
fir. Une autre picce d'horlo .
gerie qui marque en même
temps les minutes , les heures ,
les mouvemens de la Lune
82 MERCURE
les degrez du froid& du chaud,
& les varietez du temps ; vingt
veftes d'étoffes d'or des plus
magnifiques, & quantité d'au
tres de drap d'Angleterre du
plus fin. Le grand Vifir écrivit
au Grand Seigneur pour
demanderà Sa Hauteffe fi l'on
introduiroit M l'Ambaffadeur.
Le Maiftre des Ceremonies
qui portoit cette Lettre
en rapporta une autre du
Grand Seigneur que le Vifir
baifa & porta au front avant
que de la lire. Aprés l'avoir
lûë , les Officiers detinez pour
conduire Son Excellence la 5
GALANT. 83
9
menérent dans un endroit de
la Cour où l'on diftribua quarante
Caffetans à M' l'Ambaffadeur
& à ſon Cortege. Le
Chaoux Bachi picqué de ce
que Son Excellence luy avoit
refufé la droite , avertit Maurocordato
que M' l'Ambaffa
deur avoit une épée , & qu'il
ne devoit point eftre introduit
chez le Grand Seigneur avec
des armes. Maurocordato prévit
deflors le refus que feroit
Son Excellence de quitter fon
épée. Il ne put cependant fe
difpenfer de dire à M² l'Ambaffadeur
que le Chaoux Ba84.
MERCURE
chi avoit apperçu fon épée , &
qu'il falloit la quitter pour
voir le Grand Seigneur. M
l'Ambaffadeur luy répondit ,
que fes Fredeceffeurs avoient
eu leurs Audiences l'épée au
collé. Cette conteftation fut
portée au grand Vifir qui étoit
encore dans le Divan , & qui
envoya affurer M ' l'Ambafladeur
que fes Predeceffeurs n'avoient
point d'épée , lorsqu'ils
avoient vû leGrandSeigneur,à
quoy Son Excellence repliqua
que M de Caftagneres , qui
eftoit encore à Conftantinople
, l'avoit écrit à l'Empereur
GALANT. 85
fon Maiftre. Maurocordato
luy dit que fi M' de Caftagneres
l'avoit mandé , il n'eftoit
pas vray. M' de Feriol répon
dit que M' de Caftagneres
eftoit homme d'honneur , &
n'eftoit point capable d'impoferà
Sa Majesté. Le grand Vifir
à qui l'on rapportoit tous
les exemples que M'l'Ambaf
fadeur citoit , luy envoya fix
des plus anciens Capigis pour
rendre témoignage que cela
ne s'eftoit jamais pratique , &
pour luy reprefenter que le
grand Vifir même ne portoit
point d'armes dans le Serrail ,
86 MERCURE
ny le Janniffaire Aga. Son Excellence
leur dit , que le Vifir
& le Janniffaire Aga eftoient
Sujets du Grand Seigneur, que
les Loix eftoient faites pour
eux , mais que pour luy il
ne quitteroit les armes qu'avec
la vie . Le Vifir fit dire à
M' l'Ambaſſadeur , que s'il
voyoit le Grand Seigneur fans.
épée , Sa Hauteffe en écriroit
au Roy pour le diſculper de
l'avoir fait; mais il luy répondit
, qu'il n'avoit point envie
de commettre cette faute . On
propofa encore à M ' l'Ambaſfadeur
de luy donner des atGALANT.
87
teftations du Vifir & de tous
les Grands de
l'Empire , pour
l'affurer quejamais aucun Ambaffadeur
ne verroit le Grand
Seigneur avec fon épée , pas
même celuy de l'Empereur ,
mais il demeura toûjours ferme
dans la reſolution de per .
dre plutot la vie que de quitter
les armes . Maurocordato
dit à M l'Ambaffadeur de
prendre confeil des Officiers
François qui fe trouvoient prefens
; à quoy il repliqua , qu'il
eftoit luy mefme l'Interprete
des ordres de Sa Majesté fur
ce qui regardoit fa gloire. Son
88 MERCURE
Excellence s'offrir de rentrer
dans le Divan pour expliquer
luy même les raiſons. Le Vifir
le refufa. Maurocordato luy
dit qu'il prévoyoit que cette
journée feroit caufe de bien
des malheurs , s'il ne fe refolvoit
à prendre fon Audience
fans armes. Tant pis pour le
plus foible , luy répondit - il ,
mais je deshonore.ois l'Empereur
mon Maiſtre , fi je quittois
mon épée. Le grand Vifir
fut obligé de fortir de la chambre
du Divan pour aller parler
au Grand Seigneur für cette
difficulté. M' de Feriol eftoit
GALANT: 1 89
7
toujours au mefme endroit où.
l'on avoit diftribué les Caffetans
. Ilfe leva quand legrand
Vifir paffa , & le Vifir le falua.
Les Turcs voyânt la fermeté
de Mr l'Ambaffadeur
, parurent
confentir à l'introduire
chez le Grand Seigneur , avec
fon épée , pour fe fervir d'une
fupercherie qui ne leur a pas
réüfli, Le Maitre des Ceremo.
nies le vint prendre , comme
fi l'affaire euft efté accommodée
, & ne le laiffant fuivre
que des quatre Capitaines des
Vaiffeaux , de fon premier Secretaire
, & de deux Lieute-
H
Juillet
1700.
90 MERCURE
nans , deux Capigis nous prirent
par deffous les bras , com
me cela s'obferve quand l'on
paroift devant le Grand Seigneur.
Cependant un autre
Capigi s'approcha de Son Excellence
pour luy ofter fon
épée. Mr l'Ambaffadeur le repouffa
vigoureuſement , & s'é
tant adroitement défait de
ceux qui le tenoient , il mit la
main gauche fur la garde de
fon épée , & demanda fiérementà
Maurocordato s'il étoit
parmi des Ennemis , & fi l'on
traitoitainfi l'Ambaffadeur de
France. Nous étionsfortreffer
GALANT. 91
rez par nos deux Capigis , mais
par force , ou autrement , nous
nous débaraffames pour nous
approcher de S. E. Le Chef
des Eunuques blancs fortit de
la chambre du Grand Seigneur
, & failant figne de cef.
fer le bruit , il s'approcha pourr
demander à M'l'Ambaffadeur
s'il vouloit fon Audience ,
condition de ne point avoir
d'épée . M l'Ambasadeurr
l'ayant refulée à cette condi---
tion , nous retournâmes vers ✨
noftre Cortege, qui ne fçavoit
pas ce qui s'eftoit paffé à l'en
trée de la Chambre d'Audien
Hij
92 MERCURE
ce. Cependant S. E. & les autres
à ton exemple , rendirent
leurs Caffecans à ceux qui
nous les avoient mis fur les
épaules . Les Turcs dirent aux
Interpretes d'envoyer cher .
cher les Prefens . Nous fortî.
mes en bon ordre , & lors que
nous fumes remontez fur nos
chevaux , on nous fit ranger
pour laiffer paffer les Janiffaires
, qui fortirent tumultueufement
en courant les uns fur
les autres . Enfuite nous nus
mîmes en marche dans le méme
ordre que nous eſtions venus,
& nous retournâmes à la
GALANT .
93
Marine , où Mr l'Ambaffadeur
s'embarqua dans fon Canot
pour paffer à Pera. Les Vaiffeaux
le faluerent de vingt &
un coups de Canon chacun ;
les Officiers de la Marine qui
Favoient accompagné , vinrent
dîner au Palais , où il y
à tous les jours trois tables de
quatorze couverts , également
fervies & couvertes des mets
les plus exquis , & des viandes
les plus delicates .
Vous ferez fans doute bien .
aife de voir ce que M'l'Abbé
de Poiffi vient de faire pour le
Roy.
94 MERCURE
AA
LOUIS LE GRAND.
ROY, le plus paiffant des :
Rois,
LOUIS , tu ne doispas attendre
Que je faffe un détail de tes nombreux
Exploits ,
Fe craindrois d'échouër , ou de trop entreprendre.
Pourfaire tou éloge il ne faut que·
deux mots :
L'on trouve en toy Cefar, Annibal,
Alexandre ,
Mais on les trouve fans defauts.
Vous fçavez , Madame , ce
que j'aurois à vous dire fur le
merite de M' l'Abbé de Poiffi
GALANT. 95
à qui le Pere Tavillon , Jefuire
fameux , a adreffé cette Let
tre.
3.
Vous me donnez de la con
fufion , vous & l'illuftre Mª de
Segrais , de vous fouvenir de
moy d'une maniere auffi obligeante
que vous le faites. Le
morceau de Lettre que vous s
m'envoyez , Monfieur , me
flate bien agréablement , &
les Vers que vous y ajoûtez ,
me paroiffent d'un tour &
d'un gouſt tout à fait nou
veau. Il fuffit qu'ils viennent
de M ' l'Abbé de Poiff , pour
prévenir auffi- toft . Je fuis feu
96 MERCURE
lement fâché que mon fuffra
ge dans le monde Poëtique
foit compté pour fi peu de
chofe. Depuis que je me fuis
exilé par devoir , plûtoft que
par inclination , de cet agréable
& riant Pays , je trouve que
mes anciennes idées fe font
évanouies ; la fevere Theologie
a tout chaffé , & a établi à
la place merum rus , &meram
barbariem. Voilà , Monfieur ,
en partie ce qui m'a obligé de
me retirer à petit bruit , & à ne
plus me montrer aux yeux delicats
& clairvoyans du grand
M' de Segrais. Quoy que les
badinages
1
t
1
6
GALANT. 97
!
badinages du Parnaſſe me
foient maintenant de fort peu
de chofe , depuis qu'on m'a
lié à des Etudes toures oppofées
, j'ay pourtant de l'obligation
aux plaifantes folies de
ma jeuneffe , de m'avoir valu
la connoiffance , & fi je l'ofe
dire , la bienveillance d'un
homme comme luy, Si même
il eftoit d'humeur à me pardonner
mes omiffions du paflé
, & à ne fe point rebuter de
mes groffieretez prefertes ,
volontiers , Monfieur , je rous
prierois de ménager mon pardon.
En tout cas j'ay un jeune
Juillet 1700
•3
98 MERCURE
Frere , qui de temps en temps
tiendroit la Plume en ma place
, & le dédommageroit de
l'ennuy que je donne aux
Gens . Je crois avoir eu déja
l'honneur de vous parler de
ce jeune homme de vingtdeux
ans . Pour vous en rafraíchir
l'idée , trouvez bon que
je finiffe ma Lettre par une bagatelle
de fa façon . Il y a quelque
temps que le jeune Comte
de Crecy fit ces quatre Vers
Latins fur la Paix.
de procul Mavors , niveis
pax alma quadrigis
Ecce redit tandem , votaque
noftra beat.
GALANT. 99
Cedeprocul victor Lodoixjubet,
armaque
ponit
Tamfacilis
, facili quam capit
arma manu,
Mon Frere fit cette espece
de traduction paraphrafée.
Dieu des Combats , retirezvous
,
La Paix vient finir nos allarmes
Et combler nos voeux les plus
doux,
Porttz ailleurs vos triftes ar
mes ,
Dieu des Combats retirez-
VOUSI
ij
100 MERCURE
A faire des heureux Louis borne
fa gloire,
Luy même il fe defarme au fort
de fa victoire ;
Ces foudres que jamais rien neput
arreſter ;
Il veut enfin les fufpendre ,
Auffi prompt à les quitter,
Qu'il estprompt à les reprendre
Quand on ofel'irriter.
Les Vers & la traduction
furent fort goûtez à la Cour ;
mais tout cela eft peu de chofe,
fi vous & Mr de Segrais
n'y mettez voſtre marque . Je
fuis , Monfieur , à l'un & à
l'autre voſtre tres , &c .
GALANT. 10!
Le Sonnet qui fuit eft de
Mr Bonnecamp, Medecin de la
Marine. Il a efté envoyé à мrs
les Lanternißes de Touloufe ..
fur les Bouts rimez qu'ils ont
propoſez pour le Prix de cette
année. Je ne doute point qu'ils
ne vous paroiffent fort heu
reufement remplis
.
REpofe - toy , LOUIS , à l'ombre
de
l'olive ,
Laiffe nous applaudir à tes faits
éclatans ;
Aprés tant de combats , grund Monarque
, il eft temps
De donner quelque trève à ta valeur
active .
S
Liij
102 MERCURE
Au bien de tes Sujets ta fageſſe attentive
Se fait un doux plaifir de les rendre
contens;
Ton invincible bras a dompté les
Titans ,
Et tu tiens fous tes loix la Difcorde
captive .
S
Le Sabre & le Moufquet ne font
plus de faifon
Ton Aflre luit par tout , fans quitter
l'horifon ;
Le Soldat dorttran quille au pied de
la
S
barriere .
Tu n'as plus rien à vaincre , & rien
à foûtenir .
Ton Soleil fans éclipfe a fourni fa
carriere ,
Et tu fers de modèle aux Princes à
venir.
GALANT. 103
PRIERE POUR LE ROY.
O Toy , qui dans Louis tant de
vertus affembles
Conduis loin fes beauxjours dans le
fiecle à venir ;
Etpuifque tous les deux , enfin , doiventfinir,
Qrdonne leur , SEIGNEUR , de ne
finir qu'enfemble.
Voicy un Madrigal qui fut envoyé
à Mr le Marquis de
par Mr Dader, le jour de la Fefte
de Saint Paulin, dont ce Marquis
porte le nom .
UN
Njeune homme autrefois réduit
à l'eflavage ,
Dansfesfers craignoit d'expirer ;
I iiij.
104 MERCURE
Satnt PAULIN rompli de courage
Se venditpour l'en délivrer:
Contre moy vainemeut le fort forme
un orage ,
Ce grand Saint eft voftre Patron.
Vous avez fon zèle & fon nom,
Vous me fauverez du naufrage.
Si vous n'aviez pas déja vû
divers Ouvrages de Mr Dader ,
les Vers qui fuivent fuffiroient
pour vous apprendre combien
on eftime le talent qu'il a pour
la Poëfie.
A MONSIEUR DADER .
S'Ans contredit , Monfieur Dader
,
De tous les Madrigaux les plus
beaux font lesvoftres;
GALANT . 105
Ainfi que l'or eft au deffus dufer
Vos Vers font au deffus des au-.
tres.
Cheri du divin Apollon
Pour vous rien n'eft caché dans lefacré
Vallon ,
Et vons pouvez fans péril & fans
peine
Puiferde l'eau de l'Hippocrene,
Tandis que lesfçavantes Soeurs
Repouffent cefatras de Verfificateurs.
Que n'ont-ils comme vous,
reux avantages !
tant d'heu-
On verroit beaucoup moins d'impertinens
Auteurs
Et beaucoup plus de beaux Ouvrages.
L'Auteur de ces Vers ne m'eft
fous le nom du Perroconnu
que
quet des Sevennes . Cependant
106 MERCURE
il ne parle pas comme ces Oifeaux
, c'eſt - à - dire fans fçavoir
ce qu'il dit , lorfque par ces autres
Vers , ii veut faire rentrer le
libertin dans la contemplation
de fa mifere .
Toy, qui pendant le cours de ta
profperité ,
Meprifes du Seigneur la puiſſance,
fupreme ,
Et ne rapportes qu'à toy-même.
Tafragile felicite :
MORTEL , voy quelle eft ta mifere
,
Au milieu des plaifirs , des biens , &
des honneurs,
Et s'il t'eft permis , confidere ,
Pour te guerir de tes erreurs ,
Que de ton corps réduit enpourriture
,
GALANT. 107
Les Vers feront ltur nourriture :
Etqu'un même coup de cifeau
Terminant à la fois &tesjours &tes
crimes ;
Mettra le corps dans le tombeau,
Et precipitera l'ame dans les abi-.
mes.
Affez & trop longtempspar tes dereglemens
,
On t'a vu meriterle plus rudefupplice.
Honteux de tes forfaits , plein d'hor_
reurpour le vice ,
Reviens de tes égaremens ;
De ton divin Sauveur , fuy les Commandemens
,
Etpour te dérober aux ceups defajufti-
се ,
Te confiant enfafainte bonté,
Ne regle tes deffeins que parfa volonté.
108 MERCURE
Par aucunfol espoir ne te laiffe feduire
,
Et de tout autrefoin l'esprit débaraffe,
Songe que l'avenirpeut à peine ſuffire
,
Pour expier lesfautes dupaffe.
Aprés tant d'Ouvrages ferieux
, il faut vous divertir par
une Epigramme fur une vieille
avanture .:
Certain Maistre à chanter , fäns
fouliers & fans bas ,
Sans culote , furtout , on voyoitfon
derriere .
( Cette remarque eft neceſſaire .)
Or ce Quidam , queje ne nomme
pas ,
Vint unjour à LULLI demander la
palade.
GALANT . 109
Je chanteray, dit-il , tout ce qu'il vous
plaira ,
Baffe , Deffus , & cætera .
Jamais le Grand Gautier ne me fera
bravade
1
Pour le fredon & la roulade.
De ma voix en un motje fais ce que
je veux :
Comment , répond LULLI , qui m'a
donné ce Gueux !
Dequoy te fervent donc le Nottes
?
Si de ta voix tufais ce que tu veux,
Que ne t'enfais- tu des culot
tes ?
Mademoiſelle Lheritier a fait
les Vers que je vous envoye gravez.
L'Air eft de Mr de Collignon.
C'eſt un jeune homme
dont les compofitions en Mufi710
MERCURE
I
que , font fort approuvées des
Connoiffeurs Il fait des Concerts
chez luy , & il fe trouve
toûjours dans ces Affemblées ,
grand nombre de perſonnes de
diftinction .
AIR NOUVEAU.
PRintemps , dont la belle verdure
Ranime toute la Nature ,
Que j'aime ton charmant retour.
Ab , qu'un coeur goûte bien tes charmes
Quand ilnefent point les allarmes
Qne donne le cruel Amour !
F'entens en vain dans ces boccages
Vanter fesfeux & fes tendres defirs.
Printemps , tes fleurs & tes om-.
brages
Font les plns doux de mes plaifirs.
++ག་
ce
to
gi
di
1
GALANT.
TIL
C'eft avec plaifir que je fatis .
fais voftre curiofité touchant
ce qui s'eft paffé fous quelques
autres Regnes que celuy d'aujourd'huy,
dans ce qui regarde
la défenfe de l'or & de l'argent
fur les habits. Songez cependant
que les modes de ces
temps- là eftoient fort differentes
de celles qui ont cours
prefentement. Ainfi il pourra
y avoir beaucoup de chofes ,
qui ne feront pas aifées à
comprendre.
En 1549. Henry II . défendit
pour la feconde fois de porter
des habillemens de drap d'or
112 MERCURE
& d'argent , & declara les perfonnes
non compriſes dans
dans la défenfe. Le Parlement
luy envoya les doutes fuivans
fur l'interpretation de fon
Ordonnance , & Sa Majeftéles
éclaircit , ainfi que vous pouvez
voir par la réponſe de ce
Prince.
DOUTES ENVOYEZ
au Roy parla Cour , fur l'in
terpretation de l'Ordonnance
fur la reformation des Habillemens,
Squee
I les Brodures d'Orfévrie
que portent les Femmes
que les
GALANT. 113
für la tefte , & les Chaînes
d'or qu'elles portent en cein
tures & bordures , font comprifes
& défenduës fous ces
mots d'Orfévrie.
I. Le Roy n'entend que lesdites
dorures , broderies chaînes , pasenoftres
, & autres efpeces de ba
gues , foient comprifes en l'Edit.
Si fur ce mot de Paffement
les bandes de velours qur font.
fur les habits & ailleurs , qu'aux
bords , font compriſes & dé.
fendues.
L
11. Le Roy n'entendpoint qu'il
yait bandes , finon aux fentes ¿
bordsdes rabes..
Juillet 1700 .
K
114 MERCURE
Si les petits enfans de l'âge
de dix ans , & au deffous font
compris en l'Edic , foit pour
les coëffures , robes , ou autres
vêtemens.
III. L'Edit s'entend autant
pour les petits quepour les grands.
Si le tanné en foye eft défendu
& compris fous les robes
de couleur .
IV. Ledit tanné n'eft point dé
fendu.
S'il fera permis aux Gens
d'Eglife qui ne font point Gentilshommes
, de porter foye
fur foye.
V. Les Evêques , Abbez,
GALANT us
premieres Dignitez des Eglifes
Cathedrales & Collegiales pour
ront porterfoyefurfoye.
... Si fur ces mots , Gentilshom
mes ,les Gens de Juftice & Ro
bes longues , qui font Gentils.
hommes , font compris , & en
ce plaira confiderer que fous
ombre de ce, l'Edit n'eſt point
gardé , car chacun fe die Genfilhomme
; & fi les Offices de
la Cour , de Confeiller-Secre
taire du Roy , & autres , enno--
bliffent les perſonnes quant à
l'obſervance de l'Edit , ores
qu'ils foient d'ailleurs Nobles..
VI. Le Roy entend, que less
Kij
116 MERCURE
Gens de Robe longue , qui font
Gentilshommes , puiffent porter
Joye , & en ufer ainsi que les autres
Gentilshommes , hormis és lieux
aufquels eft défendu à nos Officiers
porter robe defoye. Veut auffi que
les Secretaires de luy de la Mai
fon & Couronne de France en
puiffent porter comme Nobles ,
non compris audit Edir.
Editing
Si fous ces mots , Bonnets de
velours , les chapeaux & calot .
tes de velours font compris . 5
VII. Ledit Seigneurs entend
que les Chapeaux de velours font
compris audit Edit, n
Si les Domeftiques de la
GALANT. 17
r& qui
Maifon du Roy , qui ne font
actuellement Servans & qui
font hors leur quartier , font
compris en l'execution de l'Edit..
VIII. Lefdits Domestiques
jouiront de l'exemption de l'Edit en
fervice & autrement.
Si fous ces mors de Mechaniques
font compris les Marchands
vendans en détail , &
Jes principaux Meftiers de Pa
ris , comme Orfévres , Apothicaires
& autres , & fi les fem
des Mechaniques porteront
foye en leurs bordures & ailleurs.
118 MERCURE
1X. Tous Marchands ven »
dans en détail gens de Mé
tierfont compris audit Edit ; mais
bien pourront leurs femmes porter
foye en doublures bords & manchons...
A CHARLES IX. det
Article J46 . Id Orleans 1560.6
Défendons à tous Manans ..
& Habitans de nos Villes, toures
fortes de dorures fur
plomb, fer ou bois , & l'uſage
des parfums apportez des
Pays étrangers , & hors noftre
Royaume , à peine d'amende
arbitraire , & de confifcation
des marchandiſes .
"
GALANT. 19
Charles IX . en l'an 1563 , fit
le Reglement que vous allez
hire.
I. Que tous Gens d'Eglife fe
vêtiront dorefnavant d'habits
modeftes , décens , & convenant
à leur profeſſion , fans
qu'ils puiffent porter aucuns
draps de foye , foit en robes ,
fayes , pourpoints ou chauffes
aucunement découpées , & fi
porteront des fayes longs.
II. Les Cardinaux porteront
toutes foyes . & toutefois dif
cretement . & fans fuperfluite
ny enrichiffement.
III . Les Archevêques & E120
MERCURE
vêques en robes de taffetas , &
damas pour le plus , & velours
& fatin plein en pourpoint &
foutanes.
IV. Tous nos autres Sujets
de quelque eftat , dignite &
qualité qu'ils foient , fans exe
ceptions de perfonnes , fors
de noftres tres chers & tresh
amez Freres , Soeur & Tantes,
les Princes & Princeffes , &
ceux qui portent titre de Ducs ,
ne pourront dorefnavant fe
veftir & habiller d'aucun drap
de toile d'or ou d'argent , ufer
de pourfilares , broderies ,
paffement , franges , torrils ,
canetilles,
GALANT. 121
canetilles , recamares, velours ,
loyes , ou toiles barrées d'or
ou d'argent , foit en robes ,
fayes , pourpoints , chauffes ,
ou autres habillemens en quelque
forte & maniere que ce
loit : ce que nous leur avons
inhibé & defenda , inhibons &
défendons , & ce fur peine de
mille écus d'amende , applicable
partie à nous , autre partie
enx Pauvres du lieu, & autre
au dénonciateur .
V. Défendons en outre à
nofdits Sujets , foit hommes ,
femmes , ou leurs Enfans ,
d'ufer és habits qu'ils porte-
Juillet 1700.
L
122 MERCURE
ront ,foir qu'ils foient de foye,
ou non ; d'aucunes bandes de
broderies , piqueures ou em.
boutiffemens de foye , paffemens
, franges , tortils ou canetilles
, bords ou bandes de
quelque foye que ce foit , dont
leurs habillemens , ou partie
d'iceux, puiffent estre couverts
ou enrichis , fi ce n'eft feulement
un bord de velours où
de foye de la largeur d'un
doigt , ou pour le plus deux
bords ou arrierepoints , aux
aux bords de leurs habille .
mens: de forte que la façon ,
tant pour les hommes que
GALANT. 123
femmes , ne revienne à plus de
7
foixante fols pour chacune
piece d'habillement , & ce,
pour obvier à la dépenſe qui
fe fait és façons defdits habillemens
, qui excedent tellement
la matiere & l'étoffe ,
qu'au lieu d'y faire quelque
épargne , fuivant noftre
intention , il s'en fait plus
grande fuperfluiré qu'aupara
vant , & ce fur peine de deux
cens livres parifis d'amende
pour chacune fois , moitié applicable
aux Pauvres , & l'au
tre au dénonciateur , fans aucune
remiffion .
Lij
124 MERCURE
VI. Permettons aux Dames
& Demoiselles de Maifon , qui
réfident aux champs &hors de
nos Villes , s'habiller de robes
& cottes de drap de foye de
toutes couleurs ,felon leure ftat
& qualiré , pourvû toutefois
que ce foit fans aucun enrichiffement.
VII. Et quant à celles qui
font à la fuite & à l'eftat de
noftredite Dame & Mere , &
de noftredite Soeur, elles pour.
ront porter les habillemens
que bon leur femblera lors
qu'elles feront à noftre fuite ,
ou de nofdites Mere & Soeur ,
GALANT. 125
& hors de là , garderont la
prefente Ordonnance , fur les
mêmes peines .
VIII. Défendons en fem
blable aux Veuves l'ufage de
toutes foyes , fi ce n'eft à celles
qui feront à ladite fuite d'icelles
nofdites Mere & Soeur , &
à celles de Maifon demeurant
aux champs & hors les Villes ,
qui pourront porter feulement
ferge , camelot de foye,
taffetas , fatin & velours plein ,
& toutefois fans aucun enri .
chiffement, ne autre bord que
celuy qui fera mis pour arrêter
la couture.
Liij
126 MERCURE
IX. Défendons en outre
à toutes femmes de porter
vertugales ayant plus d'une
aune ou aune & demie de
tour.
X. Pareillement défendons
à tous Seigneurs , Gentilshom
mes , & autres perfonnes , de
quelque qualité qu'ils foient ,
de ne faire porter à leurs Pages
aucun drap de foye, broderies,
bandes de velours , ny autres.
enrichiffemens de foye ,foit en
pourpoint , chauffes , fayes ,
manteaux , collets , ne autres
habillemens , hormis les noftres
, ceux de nofdites Mere ,
GALANT 127
Freres & Soeur, & des Princes,
Princeffes & Ducs.
XI. Et quant aux Prefidens,
n'eftant de noftre Confeil Privé
, Maiftres des Requeftes ,
Confeillers de nos Cours Souveraines
& Grand Confeil ' ,
Gens de nos Comptes , & toust
Miniftres de noftre Juſtice ( fi
ce n'eft quant aufdits Maitres
des Requeftes , lors qu'ils fe.
ront à noftre fuite ) & gene .
ralement tous autres nos Offi
ciers , Sujets , Habitans & ré-
Tidens és Villes de nos Royau
mes , & Pays de noftre obeif.
fance , ne pourront porter
Liiij
128 MERCURE
efdites Villes loyes en bonnets
, chapeaux , fouliers &
fourreau d'épées , ny femblablement
aucuns habillemens,
de foye , fi ce n'eft quant aux
hommes , pourpoints & fayes ;
& les Femmes , Filles & Demoifelles
, taffetas & fatin de
foye tant feulement en robe ,
& non autre forte de foye ,
quelle qu'elle foit pour lefdites
robes. Bien pourront en
devant des cottes , manchons
& doublures de manches de
leurs robes , porter toutes foyes
& de toutes couleurs, excepté
le cramoify , & toutefois fans
GALANT. 129
aucun enrichiffement , ne qu²-
elles puiffent faire doubler entierement
lefdites robes de
velours , fatin , ny autre forte
de drap de foye ; ne femblablement
les hommes , leurs
robes , capes ou manteaux , fi
ce n'eft du lay ou demi- lay de
velours , fatin ou autre forte de
drap de foye par les devants
defdites robes
cappes , &
de trois doigts tout autour , fi
bon leur femble,
XII. Ne pourront auffiles
Demoifelles porter dorures à
la tefte , de quelque forte qu'-
elles foient, finon la premiere
270 MERCURE
année qu'elles feront mariées.
Bien pourront porter chaînes ,
carquans & bracelets , pourvû
qu'ils loient fans aucun émail ,
& ce fur peine de deux cens
livres parifis d'amende , pour
chacune fois , la moitié de la
quelle avons dés à preſent
donnée aux Pauvres , & l'autre
au dénonciatiar , fans que nos
Juges la puiffent moderer .
XIII. Les Femmes de Marchands
, & autres de moyen
eftat , ne pourront porter des
Perles , ne auffi dorures qu'en
patenoftres & bracelets , fous
les mefmes peines,
1
GALANT.
131
XIV . Défendons auffi fur
pareille peine aux Treforiers
de France , Generaux de nos
Finances , nos Notaires & Secretaires
, Officiers comprables
, & autres Officiers, quels
qu'ils foient , l'ufage de foye
en robes , chapeaux , bonnets
& fouliers , excepté quant aufdits
Treforiers de France &
Generaux de nos Finances ,
Notaires & Secretaires , ceux
qui feront à noftre fuite tant
feulement tous lefquels tou
tefois ne pourront ufer d'aucun
enrichiffement en leurs
habits , felon que deffus eft.
dit .
532 MERCURE
XV Et quant aux Artifans ,
gens de métier , Serviteurs &
Laquais , avons défendu l'ufage
de toutes foyes , en quelques
habits qu'ils puiffent porter
, & même en doublures de
chauffes , fur peine quant aufdits
Artifans & gens de métier,
de cinquante livres tournois
d'amende, applicable aux Pau.
vres ; & pour le regard des
Serviteurs & Laquais , de pri,
fon & confilcation d'habits
Quelques jours aprés Charles
IX donna l'interpretation
fuivante , touchant quelqes
Articles de ce Reglement.
GALANT. 133
CHARLES , par la grace
de Dieu Roy de France , A nos
amez & feaux les Gens tenans
nos Cours de Parlement
, Salut.
Par
l'Ordonnance
que nous avons
fait expedier le 17. jour de Jan
vier dernier paßé , pour ofter à nos
Sujets toute
occafion de depenfe
fuperflue
en leurs
habillemens , nous
avons entre autres
chofes permis
aux
Femmes
& Filles de nos
Officiers , quiferont
Demoiselles ,
l'usage de taffetas & famy defoye
tant
cen
robes , ayant dés
lors entendu que leurs Maris ( de
la fplendeur defquels elles reluifent)
enffentfemblable permiffion , mais
134 MERCURE
pource qu'il n'en a esté fait aucune
mention en ladite Ordonnance, la.
quelle femble plutoft leur ofter de
pouvoir porter ledit taffetas en
robes,que de leur permettre , Nous ,
en amplifiant & interpretant no .
ftredite Ordonnance, avons dit
déclaré , difons déclarons que
noftre vouloir intention eft que
nofdits Officiers de la qualité qui
s'enfuivent , àfçavoir les Prefi.
dens , Maiftres des Requeftes &
Confeillers de nos Cours Souve
raines , les Prefidens & Maiftres
des Comptes ordinaires en nos
Chambres des Comptes , les Prefidens
& Generaux des Aides , les
GALANT. 357
Treforiers de France & Gen eraux
de nos Finances , nos Notaires&
Secretaires , Treforiers de noftre
Epargne , de l'Ordinaire &
Extraordinaire de nos Guerres&
de noftre Maifon , pource qu'ils
font ordinairement à la fuite de
noftre Perfonne , puiffent porter
ledit taffetas & Jamı defoje en
robes , & non autre forte de foye,
quelle qu'elle foit , pourvû quant
aux Officiers de nofdites Cours
Souveraines , que ce foit en nos
Cours de Parlement , tout ainfi
qu'ils euffent fait & pûfaire , s'il
leur euft efte permis par noftredite
Ordonnance.
136 MERCURE
Je me fouviens que vous
m'avez demandé pourquoy
l'année où nous fommes n'elt
point biffextile. L'Auteur du
Difcours qui fuit vous l'apprendra.
I
A MONSIEUR ***
Ly a trois obfervations à
faire fur la prefente Année .
1700. La premiere , qu'elle
n'eft point Biffextile , la fe
conde, que l'Epacte eft ix. &
la troifiéme , qu'il n'y a qu'u
ne lettre Dominicale. Quand
on dit qu'elle n'eft point
Biffextile , cela veut dire qu'on
GALANT.
137
n'y ajoute point un jour dans
le mois de Février, comme on
l'y devroit ajoûter fuivant la
metode ordinaire, puis qu'elle
eft la quatrième année d'aprés
celle de 1696 , & que de quatre
ans en quatre ans on ajoûte
un jour dans l'année , pour
employer & confumer , pour
ainfi dire , les onze minutes .
dont les foixante font une
heure , & les quarante quatre
fecondes , qu'on ajoûte tous
les ans aux trois cens foixante
& cinq jours cinq heures qua
rante-neuf minutes & feize
fecondes , que le Soleil em-
Juillet 1700.
M
18 MERCURE
ploye à faire fon cours annuel ,
fuivant l'établiffement qui en
a efté fait par Jules Celar , Empereur
Romain , qui vivoit
foixante & cinq ans avant la
naiflance de Noftre Seigneur ::
ce qui s'eft continué depuis
jufqu'à prefent. Ces quarante
neufminutes & ſeize fecondes
que le Soleil employe à faire.
fon cours annuel , par delà
cinq heures , & les onze mi .
nutes & quarante quatre fecondes
que l'on y ajoûte jointes
aux cinq heures , en font
fix entieres , & ces quatre fois
& heures compofen t le jour
GALANT. 139
que l'on ajoûte dans l'année
tous les quatre ans ,
nomme Biffextil .
& qu'on
Cette metode d'ajoûter un
jour dans l'année de quatre:
ans en quatre ans , a efté interrompue
en la prefente année
1700 , d'autant qu'on a obmis
d'y infererun jour , comme érant
une des années des quatre
Siecles, dans les trois premiers
defquels on doit faire l'omilfion
d'un jour , pour employer
& confumer en chacun de ces
Siecle un jour , qui fe former
en cent trente- quatre ans dee
ces minutes & de ces fecondess
Mij
140 MERCURE
jointes à ces cinq heures , &
qui s'en formera à l'avenir .
C'eft le remede à l'erreur que
cela auroit caufé dans la fuite
des temps. Il y a efté apporté
par le Pape Gregoire XIII .
lors qu'en 1582. il a retranche
du Calendrier Romain dix
jours , que ces mêmes minu
tes & fecondes avoient produits
depuis le Concile de Nicée
, tenu en l'an 325 .
La feconde obfervation eft ,
que l'Epacte de cette aunée
eft ix . au lieu que dans la methode
ordinaire , nous devrions
avoir x. d'Epacte , d'autant
GALANT #41
que l'Epacte n'eft autre chofe
la difference
de onze
que
jours , dont le cours du Soleil
furpaffe les douze Lunes , dont
l'année eft compofée . Ainfi
pour avoir l'Epacte d'une année
, il ne faut qu'ajoûter onze
à l'Epacte de l'année prece
dente ; & fuivant cette meto
de , l'Epacte de l'année 1699.
eftant vingt neuf, on auroit dû
ajoûter onze ; mais attendu l'o .
million que l'on a faite d'un
jour en cette année , on n'y
ajoufte que dix , qui eft un de
moins qu'à l'ordinaire , & ce
nombre qu'on ajoufte à vingtneuf
faiſant trente - neuf , il
142 MERCURE
faut en retrancher trente , ce
qui fait qu'il ne reste que Ix.
pour l'Epacte de l'année 1700 .
La troifiéme obfervation
eft , que dans cette année il n'y
a qu'une lettre Dominicale ,
au lieu que dans la metode
ordinaire il y en devroit avoir
deux , comme eftant la quatriéme
année d'après celle de
1696. & que de quatre ans en
quatre ans il y a deux lettres
Dominicales , ce qui fe fait
afin que les fept premieres
lettres de l'Alphabeth , qui
font A. B. C. D. E. F. G. qu'on
nomme Dominicales , parce
GALANT 143
qu'elles marquent tous les
Dimanches d'une année , deviennent
les unes aprés les
autres fucceffivement
Domitres
ac
nicales , ce qui arriveroit tous
les feptans, fi cer ordre n'eftoir
interrompu tous les quatre
ans dans la quatrième aunée,
dans laquelle il y a deux let
Dominicales ; ce qui fait
que cet ordre ne s'y peut éta
blir qu'aprés quatre fois fept
ans , qui font vingt huit années
révoluës , aprés lesquelles
ces fept lettres de l'Alphabeth
deviennent Dominicales fucceffivement
les unes aprés les
144 MERCURE
autres. Elles le deviennent par
ordre retrograde, à cauſe qu'
eftant appofées à chaque jour
de l'année , la lettre A qui eft
appofée au premier jour de
Janvier , fe trouve auffi appo
fée au dernier jour de Decembre
; ce qui fait que comme
ces lettres font immuables
dans le Calendrier , cette lettre
A appofée au premier jour
de l'an ayant marqué le Dimanche
, la lettre Dominicale
de l'année fuivante fera le B ;
car aprés une année , en laquelle
le premier jour a efté
un Dimanche , marqué par la
lettre
GALANT. 145
lettre A , le premier jour de
l'année fuivante , qui . commencera
par un Lnndy , fera
marqué par la méme lettre A ,
le fecond , qui fera le Mardy ,
par la letrre B , le Mercredy
pat la lettre C , le Jeudy parla
lettre D , le Vendredy par la
lettre E , le Samedy parla lettre
F , & cela eftant , le feptié.
me jour , qui fera le Dimanche
, fera marqué par la lettre
G , de même dans les autres
années fuivantes par le même
ordre retrograde..
Les Souverains Pontifes Romains
, qui ont fuccedé aux
Juillet 700 .
N
146 MERCURE
र
Empereurs dans la domination
temporelle de Rome , où
ils ont établi leur Siege , pour
conferver encore quelque
chofe de la grandeur de Conftantin
& de Charlemagne
, fe
fervent dansleurs Bulles & dans
leurs Mandats Apoftoliques
,
des mêmes chofes dont fe fervoient
les Romains , fçavoir
des mois d'Indiction , de No.
nes , d'Ides & de Calendes .
L'Indiction eft une revolution
du nombre de quinze ,depuis
un juſques à quinze , qui
comprenoit trois Luftres.compofez
chacun de cinq années,
GALANT. 347
dans lefquels les Sujets de la
RepubliqueRomaine eftoient
obligez d'apporter à Rome
leurs tailles & leurs tributs.
Ces trois Luftres eftant écou-
Jez , ils comptoient une Indiction
, & aprés fix Luftres ils
en comptoient deux , & ainſi
du refte .
Les Nones , les Ides & les
Calendes partageoient leurs
mois. Le premier jour de chacun
avoit le nom de Calendes.
LesNonesvenoient enfuite au
nombre de quatre , dans les
** mois de Janvier , Février , Avril ,
Juin, Aouft , Septembre, No.
Nij
148 MERCURE
vembre & Decembre ; dans
lefquels le jour que l'on appelloit
précisément le jour des
Nones , eftoit le cinquième
de chacun de ces mois. Ces
mêmes Nones eftoient au
nombre de fix dans les mois
de Mars , de May , de Juillet
& d'Octobre , dans lef
quels le jour qu'on nommoit
précisément le jour des None's
eftoit le feptiéme de chacun
debces Mois,
DB Aux Nones fuccedoient les
Ides au nombre de huit dans
tous les mois également. Le
jour qu'on nommoit préciſéGALANT.
149
ment le jour des Ides eftoit le
treifiéme jour dans chacun
des huit mois dont on a déja
parlé , à caufe qu'ils n'ont que
quatreNones . C'eftoit le quinziéme
dans chacun des quatre
autres mois qui ont fix Nones .
& depuis ces Ides , juſques &
compris le dernier jour de cha
que mois , tous les jours fe
nomment du nom de Calen
des ,mais par ordre rétrogra .
de , en forte que le dernier de
chaque mois fe nomme la veille
des Calendes , les Calendes
fe trouvant toûjours le premier
jour de chaque mois , le
Niij
150 MERCURE
penultiéme jour du mois fe
nomme le troifiéme avant les
Calendes , l'antepenultiéme fe
nomme le quatrième avant
les Calendes , & les autres toû
jours par ordre retrograde ,
jufqu'aux Ides , fe nomment
de même , avant les Calendes,
le tour du nom du mois fuivant
. Pareillement tous les
jours qui font avant les Nones
& avant les Ides , fe nomment
de même que ceux qui font
avant les Calendes par ordre
retrograde.
Cette Methode de compter
ainfi tous les jours avant les
GALANT. HE
·
Calendes a fait nommer Bif
fextil celuy qu'on ajoûte tous
les quatre ans à l'année , &dans
cette année on infere ce jour
entre le vingt troiſième & le
vingt - quatrième du mois de
Février , & on le nomme bif
fexto Calendas Martii , ce qui
veur dire , deux fois fix avant
les Calendes de Mars , puifque
ce jour le nomme deux fois le
fixiéme avant les Calendes.Le
dernier jour de Fev. qui eft le
28. fe nomme la veille des Ca.
lendes de Mars , le penultiéme
qui eft le 27.jour, eft le troifié.
me avant les Calendes , le 26
Niiij
42 MERCURE
elt le quatrième avant les
Calendes , le 25 eft le cinquiéme
avant les Calendes , le 24.
eft appellé le fixiéme avant les
Calendes , & le 23. quand on
y infere un jour,fe nomme encore
le fixiéme avant les Calendes
, comme fi ces deux
jours n'en faifoient qu'un.
Vous lirez fans doute avec
plaifir l'extrait d'une lettre du
Pere Elie de fainte Madelai
ne , Religieux Carme à Loudun
du 1o. de ce mois .
M l'Evefque de Poitiers
l'ayant employé à une Mif
GALANT
.
153
fion établie dans la ville dů
Puy- Notre Dame , voicy ce
qu'il en rapporte. L'on ne
change rien dans les termes
dont il s'eft fervi.
Exerçant le Miniftere de la
parole dans ce lieu Saint ( il parle
de Nôtre - Dame du Puy )
il nous prit envie le lendemain de
la S. Pierre derniere , à mon
Compagnon, nommé le P. Philipe
de S. Nicolas , & à moy, de
wifiter la campagne de la Paroiffe
de cette ville , avant que de
terminer notre Miffion , afin de
conføler les malades & de di-
Atribuer quelques aumônes aux
W
$4 MERCURE
Pauvres dont nous trouvâmes un
tres -grand nombre , maisfur tout
un qui merite une attention toute
particuliere, Ce fut un venerable
vieillard , nommé Pierre da
Mont , natif de la Paroiffe de
Viez, diftante de celle du Puy-
Notre Dame d'une lieuë feulement
, où il eft aprefent domicilié ,
car jamais il ne s'eft éloigné du
lieu de fa naiffance de plus d'une
lieue ou deux , depuis cent buit
ans qu'il eft au monde . J'eus la
confolation de lui faire faire une
confeßion generale , je dois rendre
ce temoignage à la mifericor.
de de Dien , qu'à peine y trou
GALANT. 155
way.je matière d'abfolution. It
est d'une mediocre ftature , blanc
comme un cigne , d'un vifage plein
vermeil , ayant de bons yeux ,
de bonnes oreilles , la languefort
libre , le fens affez raßis, & fur
tout ne manquant point d'appes
tir , s'il avoit raisonnablement
de quoy fe nourrir. Il a toujours
gagné fa vie à la fueur de fon
front , étant Vigneron de profef
fion , excepté depuisfept on buit
ans que fon grand âge le retient
couché fur un peu de paille qu'il a
pour toutes richeffes . Il m'a pourtant
dit que jamais il n'a manqué
de pain tandis qu'il a eu la
16 MERCURE
force de travailler , & qu'il n'a
eu du chagrin que depuis qu'il ne
peut plus fe fervir de fon pic &
de få bêche. Fay toûjours efté
gay , me dit-il , fi ce n'eſt depuis
que je fuis obligé de garder le lit ,
que cette jeune femme , me monirant
la fienne avec le doigt qui
a foixante & dix ans paſſez ,
commence à me chagriner , &
veut m'obliger à me lever pour
luy gagner la vie , quoy que je
ne l'aye pourtant prife depuis
vingt. cinq ans , que pour me gou-
Verner dans ma vieillesse . Fe lay
demanday s'il n'avoit jamais efté
plus riche que je le voyois ; il me
GALANT. 157
répondit qu'il avoit en affez de
moyens de s'enrichir , mais que
n'ayant pas voulu eftrefripon com.
me les autres paysans qui volent
le tiers & le quart , & trompent
leurs maiftres , il avoit toûjours
eftéfort pauvre.
Je ne doute point , Madame
, que fi vous demeuriez
à Loudun ou aux environs ,
vous ne vous ferviffiez du canal
du Pere Elie, pour foulager
ce bon homme dans fon extreme
vieilleffe . Il merite bien
que l'on prenne foin de luy..
On vend chez Pierre Bienfait
, libraire fur le Quay des
158 MERCURE
&
grands Auguftins , un livre
dedié à M¹ le Cardinal de
Noailles , qui doit eſtre d'une
fort grande utilité . En voicy
de Tirre.
L'abftinence de la viande, renduë
aisee ou moins difficile à pratiquer,
ou regime de vie, avec le .
quel on peut prévenir , on rendre
moins grandes les incommodite
qui furviennent à ceux qui font
maigre,par le ménagement des tem.
peramens , le choix&le bon uſa.
gedes alimens maigres ,fimplement
apprêtez' ,&c. par Mr Barthelemi
Linant , Docteur en medecine
GALANT. 159
"
Cet ouvrage eft divifé en
trois parties.Dans la premiere
l'Auteur parle de ceux qui ne
font point abſtinence , parce
qu'ils ne le veulent pasou
qu'ils ne la fçauroient pratiquer.
Dans la feconde , il
traite des differentes caules ,
qui empêchent que ceux qui
voudroient bien faire abfti.
nence , ne la puiffent garder.
La troifiéme prefcrit un regime
dans l'ulage des alimens
maigres , avec lequel on peut
prévenir ou rendre plus fupportables
, la plupart des accidens
qu'ils ont accoûtumé
3
160 MERCURE
de caufer , quand on ne fe mé.
nage point fur le choix & fur la
maniere de preparer cette
nourriture. Non feulement il
entre dans le détail des differens
mets qui conviennent le
plus aux perfonnes delicates ,
mais il va jufqu'à marquer la
morde de les appiêter , &
fait voir encore les qualitez
particulieres de chaque chofe
dont tous ces mets font compofez.
La lecture de ce livre
ne sçauroit eftre que tres avantageuſe
à une infinité de perfonnes
. Elle n'a rien d'en.
nuïeux , ce fujeteftant touche
1
GALANT . 161
d'une maniere fimple , &avec
beaucoup de netteté. Ce qui
s'y trouve , ou de Phyfique , on
de medecine , n'a rien que
l'on puiffe dire embaraffé ;
& jufqu'aux réflections que
M' Linand fait fur l'intemperance
des hommes , & fur le
déréglement des paffions ,
tout y eft dans l'ordre & bien
place . Ainfi le public lui doit
eftre d'autant ples obligé de
cet ouvrag, qu'il eft le premier
qui ait parlé fur certe importante
matiere qui regarde la
Penitence Chreftienne.
On avertit les Sçavans &
les Curieux , qu'on travaille à
Juillet 1700.
O
T62 MERCURE
leur donner inceffamment
une nouvelle découverte fur
la lumiere , d'un moyen trouvé
depuis peu de la mefurer , &
d'en compter les degrez , ce
qui ne s'eftoit point encore
vû jufqu'à prefent . L'Auteur a
eu l'honneur de s'expliquer fur
ce fujet dans une des Séances
de l'Academie des Sciences.
On vient d'achever la fecon .
de edition d'un Ouvrage tresconfiderable
, qui a pour titre
Traité des Succeffions , par M ' le
Brun , Avocat au Parlement.
La premiere fut faite en 1692 .
& le prompt debit qui s'en eft
fait,quoyque ce foit un infolia,
GALANT 163
des
eft un témoignage convainquant
de l'approbati , qu'on
luy a donnée. Il y a de granaugmentations
dans cellecy
, & l'on peut dire que la matiere
en eft importante pour
tous les particuliers , car qui
eft ce qui n'a pas befoin qu'on
luy explique qui fuccede & à
qui l'on fuccede ; à quelles
chofes on fuccede , comment
on fuccede , & quelles fone
les charges ordinaires des
Succeffions ? L'Auteur en examinant
qui fuccede & à qui on
fuccede , traite de l'ouverture
des Succeffions ; de ceux qui
font capables ou incapables de
154 MERCURE
fucceder ; de ceux qui ne font
pas lors de l'ouverture
d'une fucceffion ; de la fuccef.
fion des Defcendans , de celles
des Afcendans ; de celle des
Collateraux , & de celle d'entre
Mari & Femme. En faifant
le dénombrement des chofes
aufquelles on fuccede , il parle
des Meubles & Acquefts ; des
Propres , des Fiefs ; de la legiti
me ; des Referves Coutumieres
; du Douaire ; de l Edit des
fecondes Noces , & des fruits .
En paffant aux manieres de
fucceder il a pour premier objet
cette Regle ,le Mortfaifit le
GALANT. 165
Vif, aprés quoy fe prefentent
les Inftitutions contractuelles,
les Adoptions & Affiliations ,
le Benefice d'Inventaire , la
Repreſentation , les Rapports ,
l'incompatibilité des qualitez
de Donataire,, Legataire ,
Doüairier & Heritier , les Acceptations
& les Renonciations
, les indignes , les Rappels
; & enfin en recherchant
les charges des Succeffions , il
fait voir qu'elles confiftent à
en payer les dectes & en partager
les biens avec les cohe .
ritiers . Toutes ces choles font
traitées avec beaucoup d'exa166
MERCURE
titude & de netteté dans ce
grand Ouvrage , qui fe vend
chez le S ' Guignard , Libraire ,
rue S. Jacques , à l'Image de
છે .
Saint Jean .
Le même Libraire commenee
aufli à debiter la feconde
édition d'un Ouvrage intititulé
, Reflexions fur la Politeffe
des Moeurs , avec des Maximes
pour la Societe Civile. C'est une
fuite des Reflexions fur le Ridicule.
Cet Ouvrage qui eft
augmenté en beaucoup d'endroits
, eft de M' l'Abbé de
Bellegarde, & ne fçauroit eſtre
que fort utile à tous ceux qui
GALANT. 167
font dans le commerce du
monde , puiſqne la politeſſe
eft l'affaifonnement du merite.
On peut fe tenir fûr d'en
avoir, quand on a lesfentimens
équitables , & de la droiture
dans le coeur , mais ce merité
diminue beaucoup de prix
quand on eft groffier , bizarre ,
& qu'on manque de ces ma
niéres honneftes , qui font l'agrément
des Societez . Ainfi
rien n'importe tant que d'eftre
poły, & on ne peut s'attacher
de foin à le deve
avec trop
nir.
Le S' Liébaux vien de met
168 MERCURE
tre au jour le Plan de la Foreft
Royale de Compiegne , où
font marquées toutes les routes
, & par ordre de qui elles
ont efté faites , avec les environs
de la Ville de ce nom , le
tout dreffé exactement fur les
lieux . Cette Carte qui eft de- ´
diée au Roy , a efté bien reçuë
à la Cour . On la trouvera chez
l'Auteur , Faubourg Saint Germain
, prés la Comedie , chez
le Sieur Gregoire , Limonadier
.
M' Chevillard, Hiftoriographe
de France , vient d'ajouter
le Nom & les Armes de M'le
Cardinal
GALANT. 169
}
Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , dans la Carte
des Cardinaux François qu'il
a donnée au Public . On a mis
dans le Mercure du mois paffé,
qu'il demeuroit rue S. Jacques.
à la Croix d'or , cependant il
demeure toujours ruë neuve
Noftre- Dame , prés M' Herif
fant , Libraire.
On trouve chez le S ' Rouffel
les Pieces à deux , Baffe de
Viole , & Baffe de Violon ,
compofées par M Philidor ,
l'aîné , Ordinaire de la Mufi .
du Roy , & l'un des deux
Fuillet 1700.
P
que
170 MERCURE
Gardiens des Livres de Mufique
de Sa Majesté.
L'on y trouve auffi plufieurs
Motets de M' Marchand , Organiſte
du Roy , & Ordinaire
de fa Mufique , avec les Pieces
de Viole de M' Denyau , &
un livre de Trio pour le Violon
, le Hautbois , & la Flute.
Voicy encore un Sonnet .
fur les Bouts rimez de Mrs
des Lanterniftes . Il eft de celuy
qui depuis long- temps
prend le nom de Tamirifte ,
que vous voyez dans la pluſpart
de mes Lettres .
GALANT. 171
A LA GLOIRE DU ROY .
Nous refpirons enfin , &la paifible
olive ,
Couronne de Louis mille faits
éclatans ;
Mais de ce Royfi grand , la prudence
en tout
temps ,
Veillant à nos befoins , n'en est pas
moins active.
Aux ordres de fon Dieu fa fageffe
attentive
Cherche à rendre aujourd'huy tous fes
contens ;
Peuples
Il luyfuffit d'avoirfoudroyé les Titans
,
Luy-même , enfe vainquant, rendfa
valeur
captive.
s
Pij
172 MERCURE
Le Payfan en paix cueille en toute
faifon
,
Les fruits que fon travail produit
fur
l'horifon ;
Pour le Commerce , il n'eft ny terme ,
ny
ន
barriere .
Aprés tant de grandeur qu'il a fou
foutenir .
Que luy reste - t- il plus qu'à fournirfa
carriere ,
Pourjouir dans le Ciel des biens de
avenir .
PRIERE POUR LE ROY.
D'un Roy d'une vertu fipure
Confervez- nous , SEIGNEUR , les
jours tres-precieux.
Qu'iljouiffe long-temps du bien qu'il
nous procure ,
GALANT. 173
un
Pouren trouver enfuite plusgrand
dans les Cieux.
Le Samedi 17. de ce mois ,
les Avocats aux Confeils de
Sa Majefte' firent celebrer un
fuperbe fervice en l'Eglife des
Auguftins du grand Convent ;
pour feu M le Chancelier
Boucherat.L'Eglife eftoit tenduë
de drap jufqu'aux vou
tes , avec deux rangs d'Armoiries
fur des bandes de Ve .
lours . La repreſentation étoit
au milieu du Choeur , fous un
haut Dais , élevé fur une
eftrade de quatre degrez , en.
tourée de cent cierges fur des
Piij
174 MERCURE
chandeliers d'argent avec
écuffons , & cartouches de maf
fes entrelaffées : Une fife régnoit
autour du Choeur & du
Jubé > avec cent cinquante
Cierges pareillement fur des
chandeliers d'argent , & cinquante
autres fur l'Autel &
les Credences. M'de Harlay,
Confeiller d'Etat , M' de Four.
cy, &toute la famille de défunt
M' leChancelier, s'y trou
verent avec un grand nombre
de perfonnes de qualité.
L'Academie Royale de Soif
fons a perdu M' Bertherand ,
Receveur General des Gabel-
;
GALANT. 175.
les , ancien Prefident & Bailly
de ce Comté, Ilmourut en
la ville de Soiffons le 30. du
mois paffé , aprés avoir reçû
deux fois en peu de jours les
Sacremens de l'Eglife avec
une pieté exemplaire , & avoir
fouffert des operations tresdouloureufes
avec une ferme,
té heroïque , une tranquilité
d'efprit qui alloit prelque juf
qu'à la gayeté , & une foumiflion
parfaite à la volonté
de Dieu. Il eftoit d'une bon
ne & ancienne famille origi
naire de la Ferté Millon , &
avoit fuccedé à M' fon Pere ,
Piiij
176 MERCURE
homme d'efprit & de merite ,
dans les Charges de Prefident
& de Bailly du Comté.
Il laiffe de défunte Dame Madelaine
Joifel fon Epouſe , un
fils unique digne de lui , Treforier
de France au Bureau
des Finances de Soiffons. Sa
moart a esté pleurée comme
une perte publique . l'Academie
le regretera toûjours
comme un de fes principaux
ornemens & n'oubliera jamais
qu'il avoit contribué autent
que perfonne à ſon établiffement
, & lui avoit attiré
l'eftime & l'amitié glorieuſe
GALANT. 177
du celebre Olivier Patru . Ces
circonftances fe lifent dans
l'histoire de cette Compagnie,
écrite en Latin avec une pu
reté digne du fiecle d'Augufte
par le 1çavant M ' de Hericourt
; & dans l'hiftoire de
Soiffons. Quoy que M' Bertherand
eût un talent fort
heureux pour la Poéfie , &
qu'il ait fait beaucoup de Vers
tres agreables , on n'a rien
d'imprimé de lui qu'une petite
Piece fort ingenieuſe , intilée
le Ballet de la Comete ; &
le Portrait d'Armande de Lor.
raine d'Harcourt , Abbeffe de
1978 MERCURE
Notre Dame de Soiffons. Voi .
cy le fien au naturel . Il fut
envoyé avec un Almanac , le
premier jour de l'année 1698.
par un de fes Confreres , qui
eftoit encore jeune alors , mais
qui avoit déja beaucoup de
part à fon amitié & à fa confiance
; à qui fa memoire fera
toûjours précieuſe : & qui
pourra quelque jour faire part
au plublic de fes ouvrages ,
dont il eft depofitaire,
GALANT. 179
L'ALMANAC.
ETRENNES.
AM BERT HERAND
de l'Academie Royale de Soiffons.
A
Voir l'efprit aifé , le coeur
droit , l'ame belle ,
Penfer, parler, écrirefinement ,
Vivre d'une maniere , & fimple ,
naturelle .
Pour les autres , pourfoy toûjours
Commodément ;
Faire des vers avec la mème
grace ,
Que , s'il fût né François , en eût
púfaire horace ;
180 MERCURE
Sefervir noblement du bien de fes
yeux ;
Eftre dans fes emplois exact , religieux
;
Eftre bon Maître , tendre Pere,
Fidelle Ami , Parent officieux;
En converfation , en plaifir , en
affaire ,
Par toutee foutenir , & partout
fçavoir plaire;
Eftre eftimé, cheri de fes Superieurs,
Defes égaux,defes inferieurs;
Ennemi déclaré de la fombre tri-
Reffe ,
Par des airs toujours gais , gracieux
, & galans
Montrer qu'on ne craintpoint les
GALANT. 181
injures des ans
N'avoir de vray defaut qu'un peu
trop deparelle
A cultiver les précieux talens
Qu'on a reçus avec largeße ;
Pour fe cacher avoir la même
ardeur
Que les autres ontpour paroître:
Clidamis à ces traits peut bien fe
reconnoître ,
1
Mon Almanach n'est point
menteur.
M' Bertherand répondit à
ces vers par une lettre trespolie
& tres modeſte , dans
laquelle il employa ce Qua
train.
82 MERCURE
Vous flate trop vos amis ,
Et vous avez tort defaire!
Du bon homme Clidamis ,
Un Heros imaginaire.
Voicy les noms des Perfonnes
confiderables mortes
fur la fin du mois paffé , &
dans le commencement de
celuy cy.
Meffire Nicolas le Jay , Sei
gneur , & Baron de la Maifon .
rouge , Tilly , Saint Fargeau ,
les Salles , Toify , & autres
lieux , Confeiller au Parlement
, en la Troifiéme Cham .
bre des Enqueftes . Il avoit
GALANT. 183
A
époulé Mademoiſelle
de la
Boutiere , Soeur de Meffire
Charles de la Boutiere , Confeiller
au Parlement de Dijon ,
puis Maistre des Requeftes.
Mile Jay , ne laiffe point d'enfans
, & vient de l'illuftre Fa
mille des le Jay , dont nous
avons eu Nicolas le Jay , Premier
Preſident au Parlement
fous le regne du feu Roy .
Mellire François Chriflophe.
Guillaume , Comte de Schallemberg,
S ' de Rofenaw & de
Hackelhoff. C'eftoit un jeune
Seigneur Allemand , qui venoit
de l'Année fainte de Ro.
184 MERCURE
me , & qui eftoit arrivé à Paris,
depuis peu avec un Frere cadet
, pour voir le Roy , & dans
le deffein d'y refter quelque
temps pour prendre l'air &
les manieres de la Cour de
France .
Meffire Pierre Egaffe du
Boulay , Doyen de la Tribu de
Tours en la Nation de France ,
& ancien Recteur de l'Univerfité
de Paris. Il a fait plufieurs.
legs pieux , & a fondé entreautres
quatre Bourſes dans
l'Univerfité. 11 eftoit Frere de
défunt Céfar- Egaffe du Boulay
, auffi Recteur & Greffier
GALANT. 185
·
de
l'Univerfité , qui nous a
donné une fçavante Hiftoire
de cette
Univerfité , avec plufieurs
Traitez
particuliers touchant
la dignité de Recteur ,
& les Benefices qui font à la
nomination de l'Univerfité.
Mr Mathion , natif de Dijon
, étably à Paris , mort à
quatre- vingts ans ou environ .
C'eftoit un celebre
Mathema
ticien , fort entendu dans les
Mechaniques
. Il a laiffé deux
fçavans
Ouvrages qui ne font
pas imprimez , fçavoir , une
Arithmesique
raifonnée & démontrée
, & une Introduction
Fuillet 1700 . Q
186 MERCURE
à la Geometrie.
Meffire Profper Baüyn, Sei
gneur d'Angervillers , cy - devant
Maiftre de la Chambre.
aux Deniers. Il eftoit Frere de
Mr Baüyn de Cormery , l'un
des Fermiers Generaux de Sa
Majefté , de feu M ' l'Abbé
Baüyn , celebre Predicateur ,
& de M² Baüyn. de Ber
fan , Pere de Profper André
Baüyn , Seigneur de
Berfan , Confeliler au Parlement
de la Seconde Chambre
des Enquestes tous Fils
de Proſper Baüyn , Seigneur
d'Angervilliers , Confeiller du
粤
·
GALANT. 187
Roy en la Cour des Aides , &
Petit fils de M ' Baüin , Confeiller
au Parlement .M' Baüyn
qui vient de mourir , avoit
epoulé D Gabrielle Choart
dontillaiffe quatre enfans, qui
font Meflire Nicolas - Profper
Bauyn , Confeiller au Parle,
ment ,puis Maitre de Reque,
ftes,M Bauyn, Seigneur d'An
• gervilliers , Lieutenant aux
Gardes de Sa Majeſté , & deux
Filles
Dame Marie Angelique
Turpin , Veuve de Mellire
François Dugué , Confeiller
d'Etat ordinaire , & Sous
Qÿj
188 MERCURE
Doyen des Confeillers de Sa
Majefté. Elle a eu entr'autres
trois enfans , fçavoir , François
Dugué , Confeiller au
Parlement de Grenoble , puis
Confeiller auGrand Confeil ,
& enfuite Prefident en la
Chambre
des Comptes
, qui
de N. de Paris fon Epoule ,
Fille de défunt Anne de Paris ,
Confeiller en la Grand'Chambre
, a eu une Fille qui a époufé
M' le Comte de la Chaife ,
Neveu du Pere de la Chaiſe ,
Jefuite , Confeffeur du Roy ,
N. Dugué , Epouſe de Dreux-
Louis Dugué de Bagnols ,Con-
I
GALANT. 89
feiller d'Etat , & N. Dugué ,
Epoufe de Philippes - Emmanuel
de Coulanges , cy devant
Maiftre des Requeftes . Mada .
me Dugué , qui vient de mou ..
rir eftoit Soeur de Pere de défunte
Elifabet Turpin , Epoufe
Forde Mile Chancelier le Tellier,
& Fille de Jean Turpin , Seigneur
de Vauvredon & de
Briou , Confeiller en la Cour
des Aides , puis Confeiller d'Etat
ordinaire , & d'Angelique
Habert , & Petite fille de Jean
Turpin , Seigneur de Vauvredon
, Confeiller au Parlement
de Bretagne , puis Confeiller
190 MERCURE
au Grand Confeil , & de Fran
çoife Acarie , Dame de Liffer
meau , Fille de Claude Acarie ,
Seigneur de Liffermeau , E.
chançon ordinaire du Roy,&
de la Reine de Navarre.
Meflire Claude Hourlier
Seigneur de Mericourt, Prefi
dent à la Cour des Monnoyes,
Commiffaire de Sa Majesté en
cette Cour , Lieutenant Ge
neral au Bailliage du Palais ,
& cy devant Lieutenant Par
ticulier au Chatelet. Il laiffe
trois enfans de défunte Catherine
Joffet fon Epouſe , fçavoir
un garçon , une fille maGALANT.
19t
rié à François Commeau , Cor
recteur des Comptes , & une
autre fille.
Meffire Claude Contenot ,
Auditeur en la Chambe des
Comptes leftoit fils de Claude
Contenot , auffi Auditeur
des Comptes
.
Dame Catherine Hardouin-
Manfart , Epouſe de Meffire
Vincent Maynon , Conſeiller
au Parlement en la feconde
Chambre des Enqueftes . Elle
eft morte en couche , n'ayant
efté mariée que depuis un an.
Elle eftoit feeur de Louis Hardoüin
Manſart , Confeillerau
192 MERCURE
Parlement en la Premiere
Chambre des Enqueftes , &
fille de Jules Hardouin Mans
fart , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Surintendant & Ordonnateur
General des Bâtimens ,
Ars , & Manufactures Royal ,
& de Anne Baudin.
Dame Françoise de Villers .
Elle est morte dans fa Terré
de Mautour âgée de ſoixante
& douze ans. Sa maifon eft
originaire de Flandre du Châ
teau qui porte fon nom , entre
l'ifle & Armentiers , poffedé
en 1352. par les Seigneurs
de Villers dont elle eft iffuë ,
&
GALANT #493
& qui ont eu plufieurs Sei
gneuries dans le Païs , & des
emplois confiderables fous le
Duc Jean de Valencienne
fous l'Empereur Charlequint,
fous le Prince de Parme , &
fous le Seigneur de Raveſtein ,
Curateur de Marie de Valois,
Ducheffe de Bourgogne . Ces
Seigneurs ont pris leurs allian
ces dans les Maiſons nobles
& anciennes de Marluans , de
Warlus , de Marquais , du Bus ?
le Cefard , & dans celle de la
Viêville, dont eft chefla Maifon
des Duc de Richebourg ,
Prince Défpinois ,de Wazieres
Fuilles 1700 .
R
194 MERCURE
des Prés Daffonleville , Baron
de Boucaut , de Grancourt ,
de la Rachy Dobie &o de
Pouillon en France , où elle a
paffé en 1540. s'eftant alliée
en Picardie avec la Maifon
Doccoche , Seigneur Duhamel
de Bonguerer , Leblanc
de Chandon , Brialle , Delaiffay
Briçonner , Devillebois
de Mareuil , Scarron de Vavre
& le Roy. Cetre Dame
étoit veuve de Meflire Francois
de Bourgogne Seigneur
de Mautour , Brigadier des
Armées du Roi , Gouverneur
de Danviliers & deBrie conceGALANT.
195
Robert Commandant du
Regiment d'Infanterie de
Monfieur le Prince de Conty,
elle ne laiffa que deux filles.
La Maiton de Villers porte
pour Armes en champ defable
trois Lions d'argent rampans ,
armez & lampaffez de gueules ,
deux en chef & un en pointe ,
au fecond quartier , quatre
barres d'or e quatre barres d'azur
avec trois ronds de gueules ,
brochant fur la premiere fecon
de barre, qui eft de la Vieville.
zab Vous aurez peut être entendu
parler de la courfe qui fe
fie au bas du Pecq le premier
Rij
196 ME
en fait
jour de ce mois . Il ne s'en fait
guere de pareilles en France,
& elles font affez ordinaires
en Angleterre. C'est ce que
les Anglois appellent courir la
vaiſſelle. Ils ont des chevaux
qu'ils eftiment fort , qu'ils vendent
cher , & qui ne font dref
fez qu'à cela . Monfieur le Duc
de Chartres en a un, qu'il a fait
acheter fix cens piftoles à Londres.
La viteffe de ce cheval
a donné occafion à cette der
niere courfe . M' l'Ambaffa.
deur d'Angleterre en a trois
qu'il n'eftime pas moins , &
M ' le Grand Prieur en a un
יד
GALANT
. 199197
ļ
qui
ne cede
pasion
pas
aux
autres
.
On
propofa
de courir
fur la vitelle
furprenante
de ces cinq
. chevaux
Anglois
. Les grands
Seigneurs
de la Cour
, felon
l'ufage
d'Angleterre
, s'offrirent
de donner
quelque
chole
pour
celui
des
Paltreniers
,
qui
monteroit
le cheval
qui arriveroit
au terme
marqué
.
plûtôt
que
les
autres
, nomma
un homme
de confiance
qui
tint
un memoire
des
perfonnes
& des
fommes
qu'ils
offroient
. On
fit plan- ter enfuite
quatre
gros
poteaux
en quarré
à la diftance
,
On
"
}
Riij.
199 MERCURE
,
CO.
de mille pas l'un de l'autre.
On nomina des Juges de la
courfe . Monfeigneur vouluc
bien l'eftre. M ' le Comte de
Brionne l'étoit auffi d'un cô .
té , & Milord Graffin de l'autre
. Le jour arrivé , le Roy
d'Angleterre qui fçavoit que
Monleigneur
& Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
y dévoient venir , voulut bien
auffi s'y trouver avec M le
le Prince de Galles & les per
fonnes les plus diftinguées de
fa Cour. Monfieur le Duc de
Chartres , Monfieur le Prince
de Conti , & Monfieur leGALANT.
199
grand Prieur s'y trouverent
de même , avec un concours
prodigieux de perfonnes de
marque de la Cour & de la
Ville. Cette courfe fe fait autour
de ces quatre poteaux ,.
& on la recommence à trois
repriſes , aprés qu'à la fin de
chacune on a effuye & rafrai
chi les chevaux avec du Bif
cuit & du vin d'Eſpagne avec
quoy on les nourrit . Le premier
poteau d'où l'on part eft
en forme de potence,où font
attachées des balances où l'on
pele les hommes & les har-
R iiij.
92
200 MERCURE
nois des chevaux qui doivent
courir. On attache du plomb
aux plus legers pour les rendre
tous d'un poids égal. Le fignal
donné, les cinq Palfre
niers à cheval , habillez fort
galamment de Taffetas & de
Satin , tous de couleur diffe
rente , partent comme des
éclairs , & reviennent en peu
de minutes au premier pilier
d'ou ils font partis , tournant
toûjours au dehors des quatre
, car celui qui couperoit
par dedans auroit perdu la
courle fans retour. Il y avoir
des paris, confiderables , & les
ily
FOALANT. 201
C
plus forts étoient pour le che
valode Monfieur le Duc de
Chartres . En effet , à la trois
fiéme courfe il arriva le premier
au dernier poteau , mais
le cheval de M le grand
Prieur l'avoit devancé aux
deux premicers , & à la troifiéme
il arriva le premier à
la diftance , ce qui fuffifoie
pour gagner , felon les regles
de cette courfe . Ce qu'-
on appelle la diftance , c'eſt
une maniere de drapeau qui
eft entre les deux derniers po
teaux , à deux cens cinquante
pas du terme où finit la cour202
MERCURE
fe , qui eft toûjours ce premier
poteau d'où l'on part , & ou
Pon vient finir. Le cheval de
Male Grand Prieur gagna.
donc les trois courfes. L'a
dreffe du Pálfrenier qui le
montoit n'eut pas moins de
part à ce fuccez que la vitef
fe du cheval même . Tout le
monde convient que jamais
cheval n'a efté plus leger &
plus vite que celui de Monfeur
le Duc de Chartres.
Quelques jours auparavant,
Il fe fit une courfe du Pont de
Seve à la porte de la Confe
rence entre Male Duc de
GALANT 203
Mortemar , Mile Marquis de
St Germain le fils & M' de
Raré. Ils coururent eux mêmes
fur leurs chevaux , & cha4.
cun parioir cent Louis d'or
pour le fien. M' de Raré ga ,
gna , il vint en moins de onze
minutes d'un terme à l'au
tre. Il faut pour cela qu'un
cheval foit bien vîte , & que
celui qui le monte ait beau
coup d'adreffe à le mener.
Le 14 de ce mois, il fe fir
un Carouſel ainſi que l'année
paffée , dans l'Academie de
Mide Rochefort de Vandeüik
& d'Auricour , dont le rare
204 MERCURE
merite attire une grande quan
tité de jeunes Seigneurs étran
gers en France . Cette Fête
commença par une courfe de
bague dont M' le Comte de
Lanfe eut l'honneur , aprés l'avoir
diſputé pendant fix cour-
Les avec M le Duc d'Avré de
Croy , Grand d'Espagne , &
tous deux furent admirez des
fpectateurs . Les autres Seigneurs
qui coururent, étoient
Miles Marquis de Tilladet, de
Sandricour , & d'Alégre , M'
les Comtes de Calemberg ,
d'Halteſtein , d'Aubarede , &
de
Scaupon.
GALANT 201
34
M ' le Marquis de Mony,
qui eftoit juge du Carouſel ,
donna le prix de la Bague , qui
étoit une Epée , à M' le Comte
de l'Ante , mais avec des
termes & des manieres fi gra
rme
que
ce
jeune
Gentil
Not s homme en parut plus touché
que du prix même. La mar.
che fe fit à l'ordinaire autour
des maneges , aprés laquelle
Mrs de Vandeüil & d'Auricour
firent manier leurs che
vaux avec toute la jutteffe &
toute la bonne grace qui leur
eft naturelle. Une fort groffe
pluye interrompit le rang des
*
206 MERCURE
Gentilshommes qui devoient
marcher fur les traces de leurs
maîtres. On profita enſuite
du rayon de beau temps qui
parut , & que l'on deſtina à la
courfe des reftes , qui furent
couruës deux à deux par ces
mêmes Gentilshommes. M
le Comte de Lanfe en remporta
encore une Epée pour le
prix, & elle lui fut donnée par
Mile Marquis deMouy On fit
enfuite manier neuf chevaux
enfemble , fçavoir fix fur les
demy Voltes , & trois fur les
Voltes , pendant que Mrs du
Bouexi & d'Aubarede fai
GALANT: 267
foient fauter deux chevaux entre
les piliers. La fefte finit
par deux fauteurs en liberté ,
qui furent montez par Mrs de
Vaudeuil fils , & d'Auricourt,
Neveu de l'Ecuyer. Lyk75
Vous n'êtes pas la feule qui
ayez approuvé la Requeste du
Superlicocantieux. Toutes les
perfonnes de bon goult luy
ont donné des louanges , &
Mi l'Abbé de Vertron a efté
du nombre . Voicy ce qu'il
écrit là-deffus à l'Auteur.
2 X
208 MERCURE
A MONSIEUR DE B ***
Nomalam
L'un des Valets de Chambre
J
du Roy, snov ud
Ay lû avec tant de plaifir,
Monfieur , les jolis vers ,
qu'on nous a donnez de vô .
tre façon dans le Mercure pres
cedent , que je n'ay pû réfiz
fter à la tentation d'y répon
dre. Votre Superlicocantieux y
parle trop bien le langage des
Muſes , pour ne pas mériter
d'être mis aux prifes , avec
Pegafe .J'affecte mefme de don,
ner un caractere jaloux à ce
GALANT 209-
dernier , & je ne pouvois , ce
me femble , vous mieux exprimer
les fentimens que j'ay
fur votre ingenieule requeste ,.
qu'en faifant voir que fa beaute
avoit allarmé nâure cheval .
ailé , à qui le Parnaffe doit la
naiffance
d'Hippocrene. Je
fçay bien , qu'étant aufli fier
qu'il eft , il me fçaura mauvais
gré , de ne lavoir fait entrer
en lice qu'à fa confufion
Comme c'eft toûjours le maître
qui fait la bonté du cheval,
la honte de fa défaite retom
bera fur moy, & la gloire du
triomphe du Superlicocanțiena
Fuiller 700.
S
210 MERCUAD
vous appartiendra toute entiere
. Je n'ay garde de vous
rien difputer , & je ne rime
ici que pour vous marquer une
partie de l'eftime que j'ay pour -
vous, en qualité de vôtre , &c .
PEGASE JALOUX , ⠀
AU SUPERLICOCANTIEUX .
DEpuis quandfur mes droits ofet-
on entreprendre ?
Quoi ?SUPERLICOCANTIEUX,
Tuparles , comme moy, le langage
des Dieux!
Et quelMaitre apu te l'apprendre
?
GALANT
201
Le grand Appollon quéje fers ,for
Autrefois me tira du rang des autres
beftes ,
rang
Pour chanterma partie en fes divins
concerts Buy Nog Sop tor
Hanny , fetu veux , des Requeftes,
C'est à moy de bannir desVers.
2
Tout Cheval que je fuis , j'ay l'ame "
un peu hautaine ,
Et ne sçaurois fouffrir de me voir co- .
pie,
Moy , quijadis d'un coup de pie
Fis fortir la riche Fontaine
Qui porte le nom d'Hippocrene.
Ob! nefais point le Fanfaron
Etparlefurun autre ton ,
Si tu ne veux que je t'ecrafe.
Va rimer, s'il lefaut , fur le Mont .
Cytheronnas INR 10
Cytheron VERI
Sur Pelion , ou fur Caucafe ,.
Sil
:
212 MERCUR
E
·Et ne crois
pas que l'Helicon
Reconnoiffe
plus d'un Pegafe.
Tu dis qu'au Petit-fils du plus puif
fant des Rois
GASSY
Tufus affez cher autrefois
Sans doute cet honneur t'onhardit à la
rime ;
Mais , fur ma foy , je n'en croy
rien ,
,
Et ce-Heros marque fi bien ,
Quelle fut pour toy fon eftime
Qu'à te parlericyfansfard
Je ne te croispas un BAYARD.
•Pour croire qu'autrefois tu fus cher à
ton Maiftre ,
Je voudrois quejufqu'aujourd'huy
Il teuftjugé digne de luy,
C'est en te confervant , qu'il me l'ent
fait connoiftre.
GALANT . $4213
Vit- on jamais les Paladins
Donner les BRIDEDORS , Les
BAYARDS ,les FRONTINS ?
Jufque là les Heros ont l'ame liberale.
Quifut plusgenereux qu ' Alexandre
Le Grand? not
A-t-on dit que ce Conquerant
Aitjamais donné BUCEPHALE?
Croy- moy , mon pauvre amy , tu n'és
qu'un Palefroy ,
Ne banny plus que de la Profe ;
Ton Maiftre connut bien , fe défaifantde
toy,
Que tu nevalois pas grand chofe .
2
J'admire ton ambition ;
Tout enyvré de ton merite ,
Tu voudrois te troquercontre une Penfion
Ta Requefte la follicite ,
214 MERCURE
Etc eft encor ce qui m'irrite
Ne cefferas-tu point de courirfurmes
droits ?
Quoy ? tu deviendras donc ma copie
éternelle?
C'eft le plus beau demes emplois ,
Etje ne puis fouffrir cette infulte nou-··
velle.
Prefenterun Placet ,poursuivre Penfion
,
Brevet , Gratification ,
STOT
C'est un employ qui me regarde ,
Et qu'on nepeut me difputer.
Il eſt vray , qu'aujourdhuyj'ay beau
folliciter ,
Contre mon eftocade on eft toûjours en
garde
Et depuis certain temps j'y réuſſis fi
mat, ) an $
HOT SHQ
Que je n'y fuis qu'un franc Che
vely
GALANT 20
Et de plus , Cheval de caroffe ,
Si tu comprens ce compliment ,
C'eft te dire tacitement,
Que tu n'y ferois qu'une Roffe.
Ainfi prens un autre parti ,
C'est le confeil d'un bon Ami ,. )
La mode des Vers eftpaffee;
Je veux tefaire part d'une bonne pen
fee.
1
Ton Maistre eft brave , je le
Seay ;
This
Veux- tufaire chofe qui vaille
Fay qu'il voye avec toy la premiere
Bataille ,
Ou ton jeune Heros fera fon coup
s d'effay.
Je luy garantis la victoire ,
Et mêmeje ne doute pas
Que ton Maiftre , en fuivant fes
pas
Ne puiffe avoirpart à fa gloire.
216 MERCURE
Sur tout , je répondrois du fuccés de
Les voeux
Si quelque noble cicatrice
Luy faifoit foy de fonfervice.
Le confeil eft fort bon , mais un peu
dangereux ,
( Diras - tu ) je connois que tu n'és
· pasfi hefte,
Et j'aime ta reflexion i
Mais enfin il n'eft point de plus forte?·
Requefte,
Pour folliciter Penfion ,
Qu'un coup de moufquet dans la
tefte.
St ce coup glorieux à ton Maistre eft
fatal
Du moins la Penfion fera pour le
cheval.
Rien
GALANT. 217
Rien n'eft fi ordinaire que
de voir des gens qui croyent
avoir trouvé des fecrets pour
differentes maladies , & rien fi
louable que la peine, qu'ils fe
donnent , en faisant ces fortes
de recherches ; mais comme
il n'y a rien de fi incer
tain que le fuccés de leurs remedes
, il m'arrive rarement
de vous en parler , dans
l'apprehenfion que ce que
j'en dirois n'obligeât à s'en
fervir, & qu'on n'euft fujer de
n'en eftre pas content . Il n'en
eft pas de même aujourd'huy,
& peut eftre n'y a - t- il jamais
Juillet 700.
T
218 MERCURE
eu aucun remede dont on
doive uler avec plus de confiance
que de celuy dont je
vais vous entretenir , ce que
je fais d'autant plus volontiers
qu'il peut eftre utile aux
trois quarts de la Nobleſſe du
Royaume , à caufe que la jeu .
neffe fair fouvent beaucoup
d'efforts en s'exerçant à faire
des armes , & en montant à
cheval. C'eft ce qui lui attire
'dés Defcentes dont vous
voyez bien que je veux parler.
Ce mal eft ordinaire pref
que à tous ceux qui font des
efforts
& quelques fem.
GALANT. 219
mes même en font attaquées.
Ainfi plus il eft commun, plus
on doit eftre obligé à ceux
qui ont trouvé un remede qui
le guerit infailliblement . Il
me paroît qu'on n'en peut
douter aprés l'approbation de
Mr Fagon , premier Medecin
de Sa Majeſté , qui n'a efté
donnée que fur les certificats
de Mr le Doyen de la Facul
ré de Medecine de Paris , du
Medecin de l'Hôtel Royal des
Invalides du premier Chr
rurgien , & du Chirurgien ordinaire
du Roy , ainfi que du
premier Chirurgien de Mon-
Tij
220 MERCURE
fieur , des Sindics des Chirur
giens des maifons Royales
& de l'Academie des Scien
ces, du Chirurgien des Camps
& Armées de Sa Majefté , du
Lieutenant des Chirurgiens
de Paris , & du juré Prevoſt
en Charge , du Chirurgien
Major de l'Hôtel Royal des
Invalides , ainfi que de celuy
de la Charité des hommes
& des plus fameux Chirurgiens
de cette Ville , quin'ont
rous donné leurs certificats à
M' Fagon qu'aprés avoir fait
d'exactes experiences de ce
remede dans l'Hôtel des In-
>
GALANT 22F
valides. Ces certificats por
rent qu'ils y ont vu guerir diverfes
perfonnes , même tresagées
& affligées depuis long.
temps de Defcentes , & fou
7
lager ceux qui n'ont pas efté
tout à fait gueris. M' Fagon
témoigne auffi dans fon approbation
, qu'il a efté luy,
mefme témoin de la gue
rifon procurée à plufieurs
perfonnes , & qu'il a foi.
gneufement examiné la com
pofition que la Demoisel
le de Vaux qui a ce fecret , a
faite en fa prefence , par l'ordre
de Sa Majesté , qui a bien
Tiij
223 MERCURE
voulu ( fuivant fa magnificen
ce , & la bonté ordinaire pour
Les peuples ) accorder à cette
Demoiſelle une fomme confiderable
afin qu'elle dé
clarât fon fecret. M ' Fagon
ajoute qu'il a cru qu'il eftoit
de fon devoir & de fon zele
pour le bien public , de luy répondre
de la bonté des drogues
,qui entrent dans la com .
pofition de ce remede , & de
T'heureux fuccés qu'il a coûtume
d'avoir , lors qu'on l'appli
fur l'un & fur l'autre fexe ,
afin que ceux qui en auront
befoin ne faffent aucune dif
GALANT. 223
ficulté de fe confier à la Dest
moiſelle de Vaux. Elle eft
veuve de feu Mr de Vaux ,
maître Chirurgien Jaré à Paris
, & demeure rue de l'Arbre→→
Sec , au coin de la rue Bait ..
leal au premier appartement
.
L'application de ton remede :
ne contraint point à garder let
lit ny la chambre. Elle en
donne pour ceux des Invali
des qui font attaquez de ce
mal, & elle a l'honneur d'eftre
fur Fetat de ceux à qui Sa мa,
jeſté donne des penfions.
Voicy ce que Mrs. les Lan
ternistes de Toulouſe ont fait
Tiiij
224 MERCURE
imprimer fur le prix qu'ils ont
donné cette année.
C'eft Mr. l'Abbéde Poiffy qui
a remporté le Prix . Son nom eft
connu ' parmi les gens de Lestrés ,
& l'on sçait que cet ingenieux
Auteur a des talensfinguliers pour
les beaux Arts. Son Sonnet, fans.
faire tort au merite d'un grand
nombre de concurrens , eft d'une
délicateffe diftinguée . Chacun s'eft
fignalé dins l'agréable carriere des
Bouts Rimez, & ious generale.
ment ont donne dans les mêmes:
fentimens & dans les mêmes pen- ·
fées touchant la Paix ; tant il eft
vray que tous les efprits &tous
GALANT.
225
T
les coeurs s'accordent à loiter Fau
gufte Heros qui nous l'a fi avansageuſement
procurée.
SONNET AU ROY ..
L
E Laurier a pour Toy moins d'atolive
,
traits que
La
Paix
devient
le prix de tesfaits
éclatans ;
Tes Ennemis vaincus en tous lieux,
en tout temps ,
Ont gémi fous le poids de ta valeur
S
active.
Tu preftes à leurs cris une Oreille
attentive
Et ta clemence cherche à les rendre
contens s
Loin de les foudroyer, ces orgueilleux
Titans ,
226 MERCURE
Turens en leurfaveur ta puiffances
S
captive.
L'Orage eft diffipé ; quelle heureufe
faifon !
Le calme des beaux jours regne fur
l'horifon
Ton br.us du Champ de Mars afermé
la
$
barriere.
Armer contre l'Europe , attaquer
foûtenir,
Etfe vaincre au milieu d'une augufte
carriere ,
Seul , tu l'as fait, Grand Roy , qu'en
croira ľ
avenir?
PRIERE A DIEU
POUK LE ROY.
SEIGNEUR , exauce lesfouhaits
GALANT. 227
Quadreffent vers le Ciel de fidelles
Sujets.
Que Louis fans ceffe profpere ,
Et regne affez longtemps pour fe voir
fept fois Pere.
J'ay à vous dire , Madame,
que l'Aimant dont il eft parlé
dans ma lettre du mois de
Septembre de l'année derniere,
eft compofé d'un grand
nombre d'aiguilles aimantées;
une fur un Pole d'un Aimant,
une autre fur l'autre Pole : &
alternativement d'aiguille en
aiguille.
ΣΤ. Le , de ce mois Meffire
Jean Furnier Monmorenci ,
Baron de Neuville , Seigneur
2:28 MERCURE
d'Aunen , ' Saint- Acheu , Ca
hieux , Montigni , Anchi
Fété , & c . agé de vingt ans
fit abjuration de l'herefie de
Calvin dans l'Eglife des Barnabarcs
de Paris , entre les
mains du Pere Bidal Barnabi
te , Miffionnaire Apoftolique
au Septentrion , par l'ordre de
Mr l'Archevêque de Paris ;
qui étant allé récevoir le Bonnet
de Cardinal des mains de
S. M. ne put faire la ceremos
nie de cette abjuration . Le
Pere Bidal avoit amené avec
luy de Hambourg Mr. de
Neuville & M. l'Abbé Bidal
GALANT. 229
Envoyé Extraordinaire du
Roy vers plufieurs Princes &
Etats de la Baffe Saxe , l'avoir
retenu quelque temps chezluy
a Hambourg , & avoit
prié Madame la Comteffe de
Chamilly , Ambaſſadrice du
Roy en Dannemarck , qui revenoit
en France , de le rece
voir fur fon Bord.
Mrs de l'Academie des
Jeux , Floreaux de Touloufe
ont rendu les derniers devoirs
à la memoire de M, Bouche .
rat , Chancelier de France ,
qui ils doivent le retabliffe.
ment de leur Academie . Il en
230 MERCURE
a été le premier Protecteur ,
& il luy a procuré l'honneur
d'être à l'avenir fous la pro-
·
tection de Mrs. les Chanceliers
de France fes fucceffeurs .
Ceux qui compofene cer illu .
ftre Corps firent faire le 19 .
du mois paffé un Service dans
la vafte & magnifique Chapelle
de Nôtre Dame du
Mont Carmel , bâtie par Mr
Malepoire , Magiſtrat Prefidial
de cette Ville , l'un des
Academiciens , & affectée à
l'Academie. On avoit pris
foin de la tapiffer de noir du
haut de la voutejufqu'en bas.
GALANT.
231
W
Des Litres de Velours noir
regnoient autour del certe
Chapelle , chargées des Atmoiries
de Mr. le Chancelier.
Sous le Dome de la Chapelle
-étoit placé un Lit ou un Dais
de Velour noir élevé ſur une
Eftrade à plufieurs marches ,
fous lequel on voyoir une Reprefentation
accompagnée de
toutes les marques de la dignté
de Chancelier & qui étoit
entourée d'un grand nom
bre de Bougies. Les Ecuffons
étoient femez de tous côtez ,
& rien ne manquoit pour la
décoration à cetté lugubre ce232
MERCURE
remonie. Le Mefle fut celebrée
folemnellemnt par Mr.
Compain , Chanoine de l'E
glife Cathédrale St. Etienne ,
l'un des Academiciens , &
chantée par une très belle Mufique.
L'Oraifon Funebre fut
prononcée
par Mr. l'Abbé
d'Auterive , Chancelier de
l'Univerfité de Toulouſe , un
des Academiciens. Elle reponditalagrandeur
du fujet, &
reçut un applaudiffement general.
Toutes les Compagnies
avoient été invitées à ce Service
par Mrs. de l'Academie.
Mrs, du Parlement , les TréſoGALANT.
233
riers de France , les Officiers
da Senechal & Prefidial ,l'Uni
verfité , les Capitouls , y affifte
rent en Corps , & toutes les
perfonnes qui tiennent quelquerang
dans la ville de Tou.
toufe ne manquerent pas de
s'y trouver. La ceremonie te
fit fans confufion , & avce
beaucoup d'ordre par les précautions
que l'on avoit prifes
d'eloigner la grande foule de
peuple , que lacuriofité yattiroit
de toute parts.
Le Sr. Michel Brunet , Libraire
dans la Grande Salle du
Balais auMercure Galang,vient
V
Juillet 1790.
234 MERCURE
de donner au Public un Livre
nouveau fous le titre de Saint-
Evremoniana. C'eft un recueil
de plufieurs chofes que quelques
perſonnes le font fouvenuës
d'avoir oüy dire autrefois
à Mr. de S. Evremons. Quoyque
cetOuvrage contienne diverfes
chofes galantes , on n'y
en trouve aucune qui ne foit
honnête , & qui ne puiffe être
lûe par ceux qui font les
plus fcrupuleux. L'Auteur en
les affemblant n'a eu autre
deffein que de faire voir qu'on
peut écrire des Livres de cette
elpece meflez de chofes cuGALANT.
237
rieufes & de galanteries , fans
y employer un mot dont la
vertu puiffe être blefféé. On
peut dire même que ces fottes
de lectures ont leur utilité.
Les matieres traitées par prin
cipes & par raifonnement ,
font excellentes pour une étu
de folide , & pour ſe remplirs
des fciences dont chacun a be
foin dans fonétar ; mais aprés ›
ces.applications longues & pe
nibles , on n'eft pas fâché detrouver
quelquefois fous fa
main un petit Livre qui en de
laffantle Lecteur le puiffe fais
refouvenir de certains devoirs »
Vij
236 MERCURE
qui regardent la focieté , la
droiture du coeur & même le
reſpect qu'on doit à la Religion
. C'est à quoy eſt propre
le Saint Evremoniana dont je
vous parle.
On a fait une maniere de
Fefte à Soiffons pour la reception
des Arquebufiers de
Meaux . Une Compagnie compofée
de jeunes gens les mieux
faits & des meilleures familles,
biens montez & en habits
magnifiques, allerent les recevoir
à une lieuë de cette premiere
Ville. Les Arquebus.
GALANT 237
fiers de Soiffons en habit uni
forme , & tous fur des Chevaux
de prix, les joignirentun.
moment apres. Les civilitez
ordinaires finies , ces trois
Troupes marcherent fur trois
files , les Arque buſiers de Soif
fons à la droite , & la Compagnie
de la Jeuneffe à la gauche.
Celle de Meaux étoit au
milieu , & fembloit être con
duite dans la Ville comme er
uriomphe. On y voyoit les
prix qu'elle a remportez, & le
Bouquet magnifique que rano
d'autres Villes avoient defaré
inutilement , étoit porté par
238 MERCURE
2
quatre hommes. Les Tambours
, les Hautbois , les Vio
lons , les Timbales & les Trom
pettes, fe répondant les unsaux
autres , faifoient une harmo
nie de fons differens qui avoit
quelque chofe d'agréable &
de ſurprenant . On trouva à la
porte du Capitaine de l'Ar
quebufe un regale pour feras
fraichir en paffant , & une fon
taine de vin y réjouit & y.arrêta
long temps le menu Peuple.
On alla enfuite fe montrer
chez Mintendant
, à
l'Evêche & à l'Abbaie de Nô
me Dame , & aprés contes
GALANT. 239
ces vifites , la Compagnie de
Meaux fut conduite dans les
lieux qui lui avoient été deſtinez.
Elle fe rendit le foir dans
la grande Salle de l'Arquebu
fe où elle avoit été invitée
à fouper. La Table en fer - à-
Cheval de foixante couvertsdonna
moyen à tous ceux qui
-la compofoient d'être bien
placez. On y fervit tous ce
qu'on avoit pû trouver de
meilleur pour la faiſon , & les
fantez des perfonnes diftinguées
fûrent buës au bruit
-de l'Artillerie placée fur le Ca
valier quieft au bout du jar
240 MERCURE
din. Les Hautbois , les Tim
bales & les Trompettes fe faifoient
entendre dans le mê.
metemps , & n'excitoient pas
peu à la joye. En fortant de
Table , on donna des bou.
teilles & des verres aux jeunes
gens , & ils allerent avec ces
armes faire la ronde autour
du Jardin , invitant les hommes
à boire , & les Dames a
embellir le bal par leur profence.
Cependant plufieurs
fufées volantes firent ouir dans
des airs un petit tonnerre qui
ne déplut pas. Un Soleil parut
au milieu de la nuit fur le
haur
..
GALAMT. 241
haut du Cavalier & fit longtemps
un tres bel effet . Au
lieu d'eau de la Fontaine qui
eft au milieu de ce Jardin , parut
un groffe gerbe de feu qui
faifoit un nouveau jour. Une
partie de la Ville s'y étoit rendue
pour prendre part à ce divertiffement.
Ainfi toutes les
allées pouvoient le remplir
de monde , le bal dura pref
que jufqu'au jour , & il y eut
des rafraichiffemens de toutes.
fortes , mais les hommes s'en
tinrent au bon vin de Reinis
qui ne manqua point . Ainfi
Mrs les Arquebufiers de meaux
Juillet 1700.
X
242 MERCURE
eurent tout fujet d'être contens
de la reception qui leur
fut faite.
Le premier de ce mois Ma.
dame la D. de Bourgogne al.
la à Arcücil chez Madame la
Princeffe d'Harcourt qui l'y
avoit invitée , & qui l'y reçut
avec de grands témoignages
de refpect , de reconnoiffan .
ce & de joye. Elle n'oublia rien
pour rendre complette la Fê
te qu'elle luy avoit préparée .
Elle fit trouver entre le Bourgla
Reine & Arcüeil des Trom
pettes & des Timbales de fa
livrée , qui précederent le CaGALANT
243
1
roffe du Corps de Madame la
Ducheffe de Bourgogne jufque
dans fa maifon , près de
laquelle tous les habitans du
Bourg étoient rangez fous les
armes. Elle attendit dans fa
Cour Madame la Ducheffe de
Bourgogne à la defcente de
fon Caroffe , & la conduifit
dans tous les Appartemens ,
z qui font nombreux & trespropres.
Elle lui fit remarquer
la fituation de cette
maiſon , qui touche à l'Aque
duc , & qui , comme luy a
£ eſté bâtie par la Reine Marie
de Medicis . Madame la Du .
*3
1
" A
X ij
244 MERCURE
i
cheffe de Bourgogne fut auffi
furprife que les perfonnes de
fa fuite qui n'y avoient jamais
efté de trouver de
beaux Jardins , embellis de
de Fontaines jalliffantes , de
plein pied à chaque étage . Je
ne parle point du Rez de
chauffée ; il est à préfumer
qu'il n'en manque pas. L'on
admira au premier étage un
grand Sallon plus long que
large , terminé par une lon.
gue allée en berceau , que finit
une Grotte d'où fort continuellement
de l'eau len
abondance. De l'un des ApGALANT.
245
partemens du ſecond étage ,
Madame la Pridcefle d'Harcourt
fit entrer Madame la
Ducheffe de Bourgogne dans
une Allée fort lombre , au
milieu de laquelle elle avoir
fait placer un Fauteuil pour
scette Princeffe , & des Sieges
à droite & à gauche pour les
Dames de fa fuite . A peine la
Compagnie fur affife qu'on
vit avancer par le bout de
d'allée qui lui étoit oppofé
troupe de Dieux champêtres
conduits par le Dieu Pan ,
i dont les uns jouoient du
Haut bois , & les autres danune
X iij
246 MERCURE
foient de fort bonne
grace
"
& lors que cette Troupe fut
arrivée à certaine diftance,
les Dieux danfans firent deux
Entrées fort agreables . Le S
Baftaron , ordinaire de la Mu .
fique du Roy , qui reprefentoit
le Dieu Pan , chanta quelques
recits en l'honneur de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Derriere ces Faunes ,
parurent deux jeunes Bergers,
la houlette à la main , & tresgalamment
vetus ; mais ils refterent
toûjours affez loin , &
ne danferent point.Enfuite ces
Divinitez le retirerent en ar
GALANT. 247
de
riert dans le même ordre, & en
cadence comme elles étoient
arrivées , & difparurent au
bout de l'Allée . Alors Madame
la Princeffe d'Harcourt
conduifit Madame la Duchef.
fe de Bourgogne dans des Jardins
encore plus hauts , ou ,
au pied d'un grand corps
logis qui eft de la dépendan
ce de la maiſon , elle la fit entrer
dans l'Aqueduc , & luy
fit voir la fource qui fournit
d'eau à tant de Fontaines de
Paris . Madame la Ducheffe
de Bourgogne n'y demeura
pas longtemps à caufe de la
X inj
+48 MERCURE
trop grande fraicheur , & s'é
tant affile fur un banc dans
un allée voifine , elle vit paroître
la Troupe des Divini
tez champêtres pour la feconde
fois. Pan y chanta de nouveaux
recits , & les Danfeurs
y firent des Entrées nouvelles.
Les deux jeunes Bergers
y furent vûs de plus prés que
la premiere fois , & furent re ,
connus pour les Princes Fils
de Madame la Princeffe
d'Harcourt. Ils danferent l'un
& l'autre avec toute la no
bleffe & tout l'agrément pof
fible , & eurent l'honneur de
2
GALANT 249
falüer Madame la Ducheffe
de Bourgogne comme des
Princes de leur fang Apres
cette Fefte , la compagnie retourna
à la maifon , & comme
il eftoit encore de bonne
heure , l'on apporta une gran
de table & l'on fit une repriſe
de Laniquenet dans le Sallon
du premir étage. L'on y fervit
avant que de commencer le
jeu , une grande colarion , &
l'on y aporta pendant toute la
reprife , des liqueurs & des gla
ces à profufion. Madame la
Ducheffe de Bourgogne quitta
le jeu fur les fept heures ,
20 MENCURE
& le promena jufqu'à neuf
heures dans les Jardins hauts.
L'on fervit le louper dans le
mefme Sallon parfaitement
éclairé. Toutes les Dames fe
mirent à table avec Madame
la Ducheffe de Bourgogne
.
Le repas fut tres grand & fort
delicat , & fe paffa au bruit des
fanfares des Trompettes
qui
étoient dans le jardin. Tous
les gens de la fuite de Mada.
me la Ducheffe de Bourgogne
, les Gardes & la livrée furent
traitez à diverſes tables
magnifiquement
. Lors que
dette Princeffe eut foupé elle
GALANT } 2RE
fit dans le melme lieu une fe
conde repriſe de Lanfquenet!
qui dura jufqu'à onze heures ,
& quand elle fut finie
qu'on eut ôté la table du
jeu , les Hautsbois & les Danfeurs
parurent pour la troifié .
me fois , & les derniers firent
des merveilles à l'envi l'un de
l'autre , ce qui n'eft pas diffici
le à croire , puis que c'étoit l'é
lite des danfeurs de l'Opera.
Les Hautsbois étoient les Philidors
& leurs camarades , qui
fans contredit font les meil.
leurs qu'il y ait en France.
Après ce petit Ballet , l'on
commença un Bal , où les
..
252 MERCURE
་
jeunes Princes eurent l'hon.
neur de danfer avec Madame
la Ducheffe
de Bourgogne
,
qui partit d'Arcueil à minuit
& demi , fort contente de la
reception de Madame la Princeffe
d'Harcourt & des foins
qu'elle avoit pris pour la divercir
& pour la bien régaler ,
Elle l'en remercia plus d'une
fois avant que de partir. Les
Trompettes & les Timbales
precederent le caroffe de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
juſqu'au Bourg la Reine.
Je vous dis le mois paffe
que M ' de Fer , Geographede
Monfeigneur
le Dauphin , feGALANT
253
3
roit paroître dans quelques
jours fon Atlas curieux intitulé
le monde . Il vient de le donner
au public , & ce livre
pour titre Atlas curieux , ou le
monde reprefenté dans des cartes
generales du ciel de la serve
divisé , tant en fes quatre principales
parties , que par Etats &
Provinces , & ornépar des plans,
des deferiptions des villes capitales
principales , des plus
Superbesédifices qui les embeliffent ,
comme font les Eglifes , les Palais ,
les Maifons de plaifance , les farc.
dins , lesfontaines,
On voit dans cette Partie
que M de Fer vient de mettre
au jour.
254 MERCURE
Une Mappemonde , ou
Carte generale de l'Afrique
dreffée fur les obfervations
de Meffieurs de l'Academie
Royale des Sciences .
L'Europpe fuivant les nouvelles
obfervations de la mef
me Academie .
XLAQ
L'Afie fuivant les nouvel
les découvertes , dont les
points principaux font placez
fur les obfervations de la mefme
Academie.
L'Afrique dreffee felon les
dernieres Relations , & fuivant
les nouvelles découvertes ,
dont les points principaux
GALANT 955
1
font placez fur les obfervations
de la mefme Academie .
L'Amerique meridionale
& feptentrionale , dreffée felon
les dernieres Relations , &
fuivant les dernieres découvertes
, dont les points princi
paux font placez fur les Obfervations
de la même Academie.
La France , fes Conqueftes ,
Acquifitions , & fes bornes ,
par les derniers Traitez , &
dont les Points principaux
fon pofez felon , & c.
Le grand Portail , & Dome
de l'Eglife des Invalides , & le
256 MERCURE
Plan general à vûë d'oiſeau , de
l'Hoftel Royal des Invalides.
Le Plan general de Vertailles
, fon Parc ,fon Louvre , fes
Jardins , fes Fontaines , fes Bofquets
, & la Ville.
LaMachine fituée fur la Ri
viere de Seine , prés Saint Germain
en Laye , & encore plus
prés du Chateau de Marly ,
dont elle porte le nom. Cette
Machine éléve deux cens pou
ces d'eau foixante & deux toifes
de haut qu'elle fournit à
Verfailles , qui n'en eſt éloigné
que d'une bonne heure
de chemin.
GALANT.
287
La Ville de Lion.
La Souveraineté de Neuf.:
chaſtel & de Vallangin .
to
Le Plan des Villes de Londres
, & de Weſtminſter , &
de leurs Fauxbourgs , avec le
Bourg de Southwark .
La Haye.
Copenhague !
Le Sond ou Détroit du
Sond.
La Ville de Milan .
Le Plan de la Ville de Rome.
L'Eglife de Saint Pierre de
Rome .
La Ville de Madrid.
Juillet 1700.
Y
258 MERCURE
Le Plan des Villes , Forts
Port , Rade , & environs de
Cartagene.
Une Carte de la Californie ,
& du nouveau Mexique.
LeDétroit de Magellan.
Voicy l'Avertiffement que
Mr de Fer a mis à la tefte de la
Partie qui renferme tous ces
Ouvrages.
AVERTISSEMENT
Quand je donnay la dernie
ré partie des forces de l'Europe
, je promis d'en donner
bien-tôt les Beautez ; c'eſt à
L
GALANT
259
તી
dire , les Cartes , les Plans , &
les Defcriptions de tout ce
qu'il y a de plus confiderable
dans cette partie du Monde ,
qu'il nous importe le plus de
connoître . Mais depuis ce
temps - la´, il est tombé entre
mes mains tant de memoires
curieux , qui concernent
generalement toutes les
autres parties de l'Univers,
que je me fuis trouvé engagé
de changer de deffein . En
effet je donne incomparablement
plus que je n'avois pro .
mis ; Et au lieu de me borner
implement aux Beautez des
Y ij
;
-70003 Th
.
260 MERCURE
l'Europe ; je vais publier les
Beautez du Monde entier,
Ceft pour cela que j'ay aban
donné le Titre que j'avois d'a ,
bord en vûë , afin d'en don.
ner un à celui cy quiluy convient
entierement. Jele nom.
me LE MONDE , ou l'Atlas
curieux , & le public aura lieu
d'être content de ce que je fe
ray pour remplir un beau titre.
3
Comme ce dernier deffein
eft vafte qu'il eft de longue
haleine , & qu'il n'eft pas
fa
cile de l'executer tout à la fois,
& qu'il faut pourtant accorGALANT.
261
der quelque chofe à l'empreffement
de plufieurs perfonnes
confiderables , qui
fouhaitent que l'on publie ce
qui eſt déja gravé je me ſuis
déterminé de mettre au jour
dans chaque année , une partie
de ce grand Ouvrage ,
Ainfi je commence cette an
née par donner cinquante
feuilles , dont il y en a vingtcinq
qui font des Cartes , &
des Plans ; & les vingt - cinq T
ont des
Delcriptions
.
dans l'année
en paroîtra encore aurant
1701. & ainfi de
ſuite. On donne cet avis , afin
262 MERCURE
que ceux qui acheteront cer
Ouvrage , à mesure qu'on le
publiera , ne fe preffent pas de
le faire relier , il y aura pour
le moins deux cens figures quis
avec leurs defcriptions com
poferont deux juftes Volumes .
Dans la derniere partie je mar
queray l'ordre , felon lequel
il faudra ranger routes ces fi
gures , pour les faire relier ; &
jofe meprometre que la me
tode que l'on fuivra , aura ,
outre fon agrément , l'art de
bien reprefenter le Monde ,
& ce qu'il y a de plus curieuz
dans le Ciel , & fur la terre.
.579 A
GALANT. 263
Ces Volumessavec celuy des
forces de l'Europe , que j'ay
déja donné , font un Ouvra
ge tres complet , tres utile &
tres agreable.
J'ay donné le premier au
public des Cartes Geographiques
,fur les obfervations de
Meffieurs de l'Accademie des
Sciences , & m'étant fervi de
ce que j'enay trouvé d'impri
mé dans les Tables Aftronomiques
de M' de la Hire , l'ay
cru que je devois rapporter
dans ma Mappemonde , imprimée
en 1694. les raifons
qu'il a cues de pofer la longi
264 MERCURE
tude de Paris de zo . degrez
30. minutes feulement . C'eſt
pourquoy il n'y a pas lieu de
douter que les Cartes que j'ay
miles au jour depuis ce tempslà
, n'ayent beaucoup plus de
celles qui ont pa
C
jufteffe que
ru jufqu'à
preſent
.
Cet Ouvrage
qui eſt dedié
à Meſſeigneurs
les Ducs
de
Bourgogne
, d'Anjou
, & de
Berry
, a esté tres
favorablede
ces Princes
, &
ils prirent
tant de plaifir
à l'exa
miner
, qu'ils
ne le quitterent
qu'avec
peine
, & aprés
qu'on
les en eut
preffez
plufieurs
ment reçu
fois ,
GALANT. 265.
fois , parce qu'ils avoient laiſſé
paffer l'heure de leur dîner.
M de Fer vend auffi une
Carte initulée Etats des Couronnes
de Dannemarch ; Suede&
Pologne , fur la Mer Baltique.
Il loge fur le Quay de l'horlo
ge dans l'lfle du Palais , à la
Sphere Royale.
Monſeigneur le Dauphin
ayant réfolu de prendre le divertiffement
de la chaffe au
Loup aux environs de Saint
Maur , & d'aller coucher au
Château qui appartient à S.
A. S. Monfieur le Duc , ce
Z
Juillet 1700 .
266 MERCURE
Prince arriva le 18. de ce mois
d'affez bonne heure pour fe
promener dans tous les jardins
, que S. A. S. avoit fait
orner pendant cinq jours de
tout ce qui pouvoit les rendre
plus agreables , & les em
bellir. On avoit travaillé
y
--
avec tant de diligence , que
pendant ce court efpace de
cinq jours on vint à bout
de faire jaillir de nouvelles
Fontaines , dans des Baffins
nouveaux. Ce lieu eft dans
une des plus belles fituations
de France , à caufe des
differentes veues qui font for.
GALANT . 267
mées par des Plaines , & des
Cofteaux , par un Parc d'une
étendue extraordinaire ,
& par la Riviere qui fert de
Canal à cette belle Maiſon .
Ceux qui compofoient
la Cour de Monfeigneur
eſtoient
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne.
Monfieur le Duc de Chartres
.
Monfieur le Duc.
Monfieur le Prince de
Conty.
Mile Com te de Toulouſe.
M ' le Grand Prieur.
Z ij
268 MERCURE
Mr le Duc de Grammont.
M' le Comte de Brionne.
M' le Duc de la Rocheguyon.
M' de Liancourt.
Mr le Duc de Villeroy.
M' le Duc de
Rocquelaure.
M'de Matignon .
M' le Comte d'Eftrées.
M' le Duc de Luxembourg.
Mile Marquis d'Antin .
M' le Duc de la Feuillade.
M' le Comte de Fieſque.
Mrle Comte de Rouffy.
M' le Comte de fainte
Maure.
GALANT. 269
M' le Marquis d'Urfé .
M' le Comte de Chemeraulc.
re.
Mr le Marquis de la Vallie
M' le Marquis d'O .
M' le Marquis de Livry.
Il y avoit outre ces Sergneurs
une infinité de perfonnes
que la curiofité avoit
attirées en ce lieu -là. On y
remarqua tous ceux qui ont
des maifons dans le Village ,
qui fe faifoient un plaifir fenfib'e
de l'honneur de voir
Monseigneur. Ce Prince fe
promena dans tous les jar-
Z iij
270 MERCURE
dins , & on eut grand foin pendant
la promenade de le détourner
du lieu , où Monfieur.
le Duc avoit fait preparer un
divertiffement ; mais à peine.
la nuit eut elle commencé ,
qu'on le fit entrer dans un
Bofquer où il y avoit un chea
tre de jardin. Toutes les
grandes allées qui y conduifoient
eftoient illuminées . IIy
avoit dans le milieu de la
plus grande Allée une Fontaine
dont le Baffin étoit
d'environ vingt toiles de diamettre.
Cette allée à eftoit .
bornée d'une grille illumiGALANT
271
née par des Lampes qui for
- moient la grille , & la faitoient
paroître en feu . Cette
allee communique au Thea.
tre , lequel eft grand , & bien
proportionné . Il y a une maniere
de Parterre , & des Amphiteatres
formez de plufieurs
gradins redoublez , feparez
par des tablettes de
pierres de taille avec des ga.
zons , de la charmille , & des
Arbres qui en defignent les
plans. Ce Theatre eſt élevé
de trois pieds . Il a deux Efcaliers
aux deux côtez. La face
eft de quinze toifes fur
OL SIGNS
Z iiij ⠀⠀
273 MERCURE
quarante trois de long. La
décoration eft formée par
des Maronniers , & de la
Charmille dans fa proportion
neceffaire pour former un
Theatre agreable. On avoit
placé fur ce Theatre , afin
d'en augmenter la beauté , de
tres- beaux Orangers entre
deux Maronniers , & des fi
gures en maniere de termes
fur des Piedeltaux au devant
de chaque Maronnier . Chaque
figure portoit une girandole
dorée à fix branches gar.
nies de bougies . Dans l'eloignement
eftoit une Nape
GALANT .
273
d'eau qui provenoit de celle
que jettoit un Dauphin dans
une coquille , & qui retomboit
dans un Baffin foutenu
par un grand Fiédeſtal . Deux
figures fourenoient la coquille
, avec des feftons de
Roſeaux. Ces deux figures
reprefentoient les fleuves de
la Marne , & de la Seine. It
y avoit fur la hauteur une figure
reprefentant la Déeffe
Flore . Tous les Piedeftaux
& les quaiffes des Orangers ,
eftoient peints en Porcelaines
, & ornez des chifres , &
des Armes de Monſeigneur ,
4
274 MERCURE
& de feftons de fleurs. Le
Theatre eftoit bordé de qua.
tre - vingt vafes de Fayence
remplis de Lauriers rofe,
Toutes les Statues , ainfi
que
les Piedeftaux , les quaiffes
d'Oranger & les Arcades ,
eftoient remplies de Lampes
par derriere , & ces Lampes
répandoient par tout le Theatre
une lumiere vivé fans
qu'on put voir d'où elle ve.
noit , celle des Girandoles
que portoient les termes ne
pouvant produire cet effet .
A peine Monfeigneur fut il
affis , que le Dieu Pan parut
GALANT. 275
ན་ au fond du Theatre , & fut
amené dans un Char de
feuillée trainé par des Satires.
Ce Chár étoit accompagne
d'autres Satires jouant du
Hautbois , & d'autres qui tenoient
des feftons attachez
au Char . Plufieurs autres Sa ---
tires dançoient , & tous en
fembleformoient une marche
tres- agreable. Le fieur Ballon.
reprefentoitle Dieu Pan Voici
ce qui fut chanté pour le Roy.
LOUISIS a defarme Bellonne.
Sur ce Trône de gloire où la Paix le
couronne.
276 MERCURE
Sans peine il fuffitfeul à regir l'Univers
,
Et nous laiffejouir du repos qu'il nous
donne .
Dans ce loifir tranquille écoutez nos
concerts.
Repofez- vous fous nos ombrages
verds.
Un Faune chanta enfuite ces
Vers à la gloire de Monſeigneur .
Vous avez fur le Rhinfait voler la
Victoire , ·
Digne Fils duplus grand des Rois .
Plus d'une fois
Les rayons de votre gloire
Ont éclairéla Forest Noire.
Les Faunes & les Sylvains ajoûtérent
.
GALANT. 277
Mais doit - on moins louer dans le
fein du repos
Les charmantes vertus d'un aimable
Heros?
Qu'il estbeau , qu'il eft rare en la vive
jeuneſſe
De commander à fes defirs ,
De fçavoir éviter dans ces heureux
loifirs
Lafuperbe licence , & l'oifive mollef
fe ,
D'eftre en un rang fuprême entouré
de plaifirs ,
Et n'en éprouver point l'yvreffe !
Qu'il est beau , qu'il eft rare en la vive
jeuneffe
De commanderà fes defirs!
La Mufique de ce divertiffement
a été faite par M' Colaffe
, l'un des quatre Maîtres
278 MERCURE
de Mufique de la Chapelle du
Roy , & les entrées lont du
Sieur Pecour. Tout ce qui regarde
le Theatre , l'illumination
, & la décoration a été
inventé par M' Berain qui eut
charge du foin de l'executer.
Aprés le divertiffement, Monfeigneur
revint au Château ,
où l'on fervit un fouper avec
toute la magnificence , la profufion
& la politeffe poffible.
Sur la fin de ce repas , on
entendit desHaut bois, & l'on
vit auffitoft paroître le Dieu
des Eaux qui accompagnoit
le Dieu de la Marne , repreGALANT.
279
fenté
par
le Sieur de la Toril .
liere . Ce dernier invita Monfeigneur
à venir vifiter les
caux , & luy dit qu'il luy avoic
préparé un divertiffement.
Monfeigneur les fuivit , & defcendit
par le grand Elcalier
du Jardin , éclairé par les funbeaux
que tenoient ces deux
Divinitez. Ce Prince trouva
des fiegesfur la terraſſe , & vit
de ce lieu un fort beau Feu
d'Artifice qui dura environ
trois quarts d'heure . Ce Feu
étoit fur deux grands Bâteaux
qui combatoient l'un contre
l'autre , & qui paroiſſant vain.
280 MERCURE
ne
queurs, & vaincus tour à tour,
donnerent beaucoup de plai.
fir aux fpectateurs . Ce Dieu
des Eaux , & celuy de la Marreconduifirent
Monfei
gneur au Château en l'éclairant
toûjours. Je ne vous dis
point qu'il y eut pluſieurs tables
fervies , tant pour ceux
qui ne purent avoir place à
la table de Monfeigneur
, que
pour toutes les perfonnes de
diftinction qui le trouverent
à cette Fête , & pour tous ceux
qui avoient contribué aux divertiffemens.
Quand la maiſon
de Condé fe mêle d'une Fête,
GALANT. 281
rout Paris s'y trouveroit qu'on
n'y manqueroit de rien . Monfieur
le Duc avoit retenu des
Chambres dans toutes les principales
maiſons du Village , &
ce Prince y faifoit même fervir
des tables . On alla à la Chaſſe
le lendemain Lundy & le Mardy
fuivant , & pendant tour
le temps que Monfeigneur a
bien voulu paffer à S. Maur
la table de ce Prince à été fervie
avec la même magnificence
, & toutes les autres à pro
portion.
•
Le 29. du mois paffé , Mef-
Fuillet 1700.
A a
282 MERCURE
fire Pierre Catinat , Seigneur
de Saint Mars , Confeiller en
la Quatriéme Chambre des
Enqueftes , épousa Mademoifelle
Fraguier , & jamais mariage
n'a paru mieux afforti . M
de Catinat eft Fils de Meffire
René de Catinat , Confeiller
d'honneur au Parlement de
Paris , & de Dame Françoile
Frefon , & Neveu du Maréchal
de ce nom , qui en faveur de
ce mariage a donné à ces nouveaux
Mariez la fomme de
cent mille livres , & a bien
voulu faire les frais des Noces,
où il y avoit trois tables de
GALANT. 283
yingt cinq couverts chacune ,
fervies avec abondance , &
avec une grande propreté. It
eft auffi Neveu de Meffire
Guillaume de Catinat , Seigneur
de Croifil , cy . devant
Capitaine aux Gardes . Ces
Mellieurs avoient un autre
Frere , auffi Capitaine aux Gardes
, qui fut tué en 1667. au
Siege de Lille en Flandre. Mef
fire Pierre de Catinat , leur Pere,
mourut Doyen de la Grand'.
Chambre en 1673. & avoit époufé
Dame Françoife Poille ,
Fille de Meffire Jacques Poille
, Seigneur de Saint Gratien ,
3)
Aaij
284 MERCURE
auffiConfeiller auparlementde
Paris . M' de Carinat nouveau
marié , n'a qu'un Frere , qui eft
Abbé de S. Julien de Tours.
Mademoiſelle Fraguier eft
pareillement d'une Famille
tres - ancienne dans la Robe
y ayant plus de deux cens ans
qu'elle tient rang dans le Par
lement & dans la Chambre
des Comptes de Paris . Elle a
trois Freres , Martin Fraguier ,.
Jean François Fraguier , &
François Jean Fraguier. Ce
dernier eftoit Chevalier de
Malte dés l'âge de deux ans.
Cette jeune Mariée eft Fille de
GALANT. 285
Meffire Nicolas Fraguier , Sei
gneur de Quincy , Confeilleren
la premiere Chambre des
Enqueftes , & de Dame Jeanne
Charpentier, & Petite Fille
de François Fraguier , Seigneur
de Longperier & de
Quincy , & de Marie- Barbe
d'Auxilli. Nicolas Fraguier ,
Pere de la mariée , a pour Soeur
Dame Marie Fraguier , Epoufe
de мeffire Henry Feydeau ,
Prefident en la Quatrième
Chambre des Enquestes , &
François Fraguier leur Pere ,
mort Sous- Doyen du Parle
ment de Paris en 1689. fut fi
286 MERCURE
regretté , que la Compagnie
ordonna par Arreft que l'Au.
dience leveroit pour affifter à
fes funerailles , honneur qui
n'avoit été deferé depuis long.
temps à aucun du Corps. Il
eftoit Fils de Robert Fraguier ,
Seigneur de malétroit & de
Longperier, &dename Claude
Bernard de Montebife , Soeur
de Mathieu de Montebife
Chevalier de Malte , & Robert
Fraguier avoit eu pour Pere
Pierre Fraguier , reçû Mailtre
des Comptes à Paris en 1541.
Ce Pierre Fraguier fut honoré
de plufieurs emplois confi
GALANT. 287
dérables du temps du Roy
Charles IX. Il eftoit Fils de
Jean Fraguier , reçu auffi Maiftre
des Comptes en 1507.
Madame Loüife de Savoye ,
Mere de François 1. le fit Prefrdent
de la Chambre des-
Comptes de Bourbonnois . Il
eut une Fille mariée à Claude...
Guiot , Seigneur de Charmaut
, Prefident de la Chambre
des Comptes , & Prevoft
des marchands de Paris , dont
elle cut un Fils & cinq Filles ,
toutes mariées , qui ont donné
à cette Famille de grandes &
illuftres alliances..
288 MERCURE
Mr le Marquis de Montenay
, Colonel d'Infanterie , a
époufé Mademoiſelle Madeleine
de Refuge , fille de M¹ le
Marquis de Refuge , Chevalier
de S. Louis , Gouverneur de
Charlemont, & de N.d'Elbenne.
Vous fçavez que ces Maifons
font tres- confiderables .
J'étois mal informé lors que
je vous dis le mois páffé que
le Fils de M' le Duc de Beauviliers
avoit foutenu une The .
fe au College du Pleffis Sorbonne
, cette Theſe ayant été
foutenue par M'T'Abbé de S.
Aignan , Frere de ce Duc ,
mais
GALANT, 289
mais d'un ſecond lit. Mr. l'Ab.
bé Colbert de Maulevrier en a
foutenu une ce mois cy dans
le même College , où il a été
reçû Maître és Arts . Vous
doutez pas que l'Affemblée
n'ait été nombreuſe à cauſe
à caufe des grnds poftes que
cette Famille occupe dans l'Etat
, & de fes grandes alliances
. Le Repondant s'attira
beaucoup d'applaudiſſemens
de tout fon auditoire . On ne
doit pas en être furpris , puifque
tout ceux de cette Fa
mille reuffiffent dans toutes
Juillet 1700.
Bb
290 MERCURE
les choſes auſquelles ils s'ap ,
pliquent.
Je ne vous aprends point la
promotion de M' de Noailles
Archevêque de Paris au Car.
dinalat. La renommé repand
toûjours fi vîte ces fortes de
de nouvelles , que ce n'est ja
mais dans des Lettres telles
que les miennes qu'on les
aprend . Je doute même que
je puiffe vous rien dire fur ce
fujet que vous n'ayez deviné ,
à caufe de la parfaite connoif.
fance que vous avec de tout
ce qui le rend digne de la pourpre.
La nomination du Roy
GALANT. 291
fut fi agréable au Pape , que
Sa Sainteté fit elle même l'é.
loge de cé Prélat , & dit en
applaudiſſant au choix de S.
M. que fi elle n'avoit pas éré
prévenue par la recommandation
de ce Monarque Elle
fe feroit fait un plaifir de luy
donner un jour cette marque
de fon eftime . Auffi doit- on
avouer qu'on trouve en cet
Illuftre Archevêque toutes
les qualitez neceffaires pour
remplir dignement une place
de Prince de l'Eglife. Je ne
dis rien de fa naiſſance puif
qu'elle n'y a point de part
Bb ij
282 MERCURE
quelque illuftre qu'elle foit ,
non plus que fa lageſſe qui a
toûjours fait une des principales
qualitez de tous ceux de
fa Maiſon , chofe rare quand
elle eft fi generale . Ainfi ce
Prélat doit le haut rang qu'il
occupe aujourd'huy dans l'E .
glife à une pieté fincere ,
une devotion fans fafte , &
fans politique, & depuis long.
temps éprouvée , à une vie exemplairequi
ne s'eft pointdé.
mentie , & à une modeftie qui
lors qu'il a appris la nouvelle
de fon élevation au Cardinalat
, a juſtifié le choix du Roy,
à
GALANT. 283
& la promotion du Pape.Cette
nouvelle fut d'abord apportée
par un Courier dépeché par
M' le Prince, de Monaco. Le
Courier du Pape arriva trois
jours aprés , avec un Bref de
Sa Sainteté tres obligeant &
remply de louanges pour ce
nouveau Cardinal. Ce Cou--
rier apporta la Calote rougeque
M' le Cardinal de Noailles
reçût de la main du Roy.
M l'Abbé de Barriere Camerier
fecret participant arriva
de Rome dix- huit jours aprés
& apporta le Bonner avec un
nouveau Bref pour le même
Bb iij
294 MERCURE
même Cardinal. Trois jours
aprés M' de Saintor , Intro
ducteur des Ambaſſadeurs al ·
la le prendre à l'Archevêché
avec les Carroffes du Roy &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & le conduifit à
Verſailles. M' l'Abbé de Barriere
qui l'accompagnoit cut
Audience particulière de S.
M. à laquelle il preſenta un
Bref du Pape. M des Gran
ges , Maître des Ceremonies
reçût м le Cardinal de Noailles
à la porte de la Chapelle
& à la fin de la Meffe le Roy
luy donna le Bonnet que M
GALANT. 295
L'Abbé de Barriere luy prefenta
dans un Baffin de vermeil
doré. Ce Cardinal s'étant
revêtu des habits de fa nouyelle
dignité , alla en Camail
& en Rochet remercier le Roy
dans fon Cabinet , aprés quoy
il fut chez Monſeigneur le
Dauphin , chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , chez
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & chez meſſeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry.
Il alla auffi chez Madame la
Ducheffe de Chartres , chez
Madame la Ducheffe , & chez
Madame la Princeſſe Douai
296 MERCURE
riere de Conti , ayant été con
duit à toutes ces Audiences
par l'Introducteur & par M
des Granges , maître des Ce
remonies. On le reconduific à.
l'Archevêché comme il avoit
été amené.
M' le Prince de Monaco
Ambaffadeur Extraordinaire
de France auprés de Sa Sainteté
, à fait fon entrée publi
que à Rome avec une magni.
ficence extraordinaire. Il avoir
quatre vingt perfonnes de livrée
vétues magnifiquement ,
& cinq fuperbes Carroffes
GALANT. 297
dont il y en avoit un de vuis
de fuivant l'ufage partiqué
depuis peu afin de s'en fervir
en cas qu'il arrivât quelque
accident , à celuy où eft l'Ambaffadeur
. J'efpere vous don
ner une plus ample Relation
de cette Entrée .
Le mot de l'Enigme du
mois paflé eftoit un Caroffes
Ila efté trouvé par M' du
Mont de la ruë S. Antoine ,
Charles de la ruë de l'Arbre
fec de la Chine de la ruë
Dauphine ; Bardet de l'Hô
pital du Mans , Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye , l'Abbé
298 MERCURE
;
Blondin de S. Gengouft de
Mets
Mademoiſe Javotte
Ogier , la belle indifferente
de la ruë S. Martin ; & la mere
trop tendre du même quar .
tier .
La nouvelle Enigme que
je vous envoye merite l'attention
de vos amis .
ENIGM E. :
JE ſuis le cher enfant d'une mere
feconde ,
Qui compofa mon corps du plus pur
de fon jang ,
Sans avoir de commerce avec.homme
du monde ,
GALANT. zao
Qu'avec ceux dont les mains mont
tiré de fonflanc.
Je fais un bruit tonnant aufortird'un
Regale ,
Quand de fubtils efprits s'échaufent
avec
moy.
A ma valeur rien ne s'égale :
Et je fuis plus puissant qu'un
Roy.
Je fais naiftre la joye , &fais couler
des larmes ,
Le vice & la vertu trouvent en moy
des charmes ,
Carje deviens fouvent le prix ,
De ces deux mortels ennemis.
Ce n'est qu'en mafaveur qu'on fait
prendre des armes ,
Sans épargner les grands ny les
petits :
De crainte queje ne fois pris .
༠༠ kMFRCURE
Celuy qui me poffede , a d'étranges
allarmes.
Voicy une feconde Chanfon
dont Mademoiſelle Lheritier
a fait les paroles. M ' de Colignon
les a encore mifes en
air.
AIR NOUVEAU.
L'Agreable Printempsfait regner:
Zephirs ,
Il ramene tous les plaifir,
Nos Plaines , & nos Bois brillent de
mille charmes ,
Mais que tout cet éclat me coûte de
douleurs !
Ab , les beaux jours m'oftent mal--
gré mes larmes
GALANT.
301
2
La beauté qui charme mon
coeur.
Le Printemps n'eft pour moy qu'un
Hiver plein d'horreur.
Le Mariage de Monfieur
le Prince de Heffe- Caffel , &
de Madame la Princeffe Ele-
Atorale de Brandebourg s'eft
fait avec un fi grand éclat
que fi l'on s'en rapporte à la
Renommée
on a peu veu
de Ceremonies auffi dignes
de la curiofité du public , &
même de la pofterité. J'elpe .
re vous en envoyer le mois
prochain une relation fort
exacte. Je remets jufqu'au mê302
MERCURE
me mois à vous parler de la
mort de Madame la Ducheffe
d'Ufés & de Mr Logeois . Je
fuis , Madame , vôtre , &c.
A Paris , ce 31.Juillet 1700.
kokok
TA BL É.
P
Relude.
Million faite par Mr Evefque de
Poitiers. 7
Relation du Voyage de Mr de Feriol,
Ambaffadeur Extraordinaire du
Roy à la Porte Ottomane ; de fon
arrivée à Conftantinople ; de
l'Audience qu'il a euë , du grand
Vifir ; & de ce qui s'eft passé chez
le Grand Seigneur, le jour que S.
E. le devoit avoir.
17
94
Lettre du PereTavillon à M³ l'Ab-
Madrigal.
bé de Poiffy.
Sonnet.
Madrigaux.
*9.5
IJI
103
TABLE.
Avis à un Libertin..
106
108 Epigramme.
Ce qui s'eft paffe fous les regnes de
plufieurs Rois , touchant la défenfe
de l'or & de l'argent fur les hdbits.
III
Difcours qui demontre pourquoy l'année
où nousfommes n'eftpoint Bif
fextile.
Lettre curieufe touchant un homme
de cent huit ans , qui vit encore.
136
153
L'Abftinence de la Viande rendue aifée
, ou moins difficile à pratiquer.
157
Nouvelle découverte fur la lumiere.
162
162 Traitédes Succeffions .
Reflexionsfurlapoliteffe des Maurs ,
avec des Maximes pour la Societé.
160
TABLE
Cartes nouvelles. 167
Ouvrages de Mufique. 169
Sonnet.
171
Service pour feu M le Chancelier.
173
1 Morts.
Courfes de Chevaux.
Caroufel.
174
195
203
Pegafe jaloux au Superlicocantieux.
Prix des Bouts -rimez emporté à
Remede affuré.
Toulouſe...
Aimant. L
207
217
Abjuration
Service.
Saint-Evremoniana;
Fefte à Soiffons.
223
227
228
229
234
2367
Reception faite à Madame la Du
cheffe de Bourgogne par Madame
Cc
Fuilles 1700.
TABLE.
laPrinceffe d'Harcourt à Arcueil.
242
L'Atlas curieux , ou le Monde reprefenté
dans de nouvelles Cartes.
253
Divertiffement de Saint Maur donné
à Monfeigneur le Dauphin ,
par S. A. S. Monfieur le Duc.
265
Mariages. 281
Thefes foutenues.
28.8
Promotion de Mr Archevêque de
Paris au Cardinalat. 290
Entrée de Mrle Prince de Monaco ,
Ambasadeur de France à Rome.
Enigmes.
296
297
Articles refervez pour le mois prochain.
·301
TE
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par ;
Printemps , dont la belle verdure,
doit regarder la page no .
L'Air qui
commence par ,
L'agreable
Printemps fait regner
les Zephirs , doit regarder la
page 300.
511
m
1700.7
Eur
. 511
m
1700,7
Mercure
<36624505490012
<36624505490012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET , 17.00 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Crande Salle du
Palais au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DCC .
Avec Privilege du Roy
Bayerische
Staatsbibliothe
München
AU LECTEUR.
IL y a lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puts
que malgré les prieres retterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez, on neglige
de le faire , ce qui eft
cause qu'il y en a quantuié
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftant impoſſible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'est bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres
foient corrects
. On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memaires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchissent le port,
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1700 .
Q
UAND le Roy forme
quelque deff. in, ou pour
le bieu de l'Etat , ou pour celuy
de la Religion , on peut
dire que ce Prince ne le perd
jamais de veuë , & que le
temps ne peut affoiblir les ré
A iij
6 MERCURE
folutions qu'il a prifes . A peine
S. M. commença- t elle à gouverner
fonEtat par elle même ,
qu'Elle réfolut de travailler
à la réunion de tous fes Sujets à
la veritable Eglife. Elle connut
que les Evêques y pouvoient
beaucoup contribuer , & pour
cet effet , Elle n'en nomme.
point qu'Elle ne les en croye
capables , ainfi que d'y donner
leurs foins & leur application
. M'l'Evêque de Poitiers ,
nommédepuis peu à cet Evêché
, a fait voir que le Roy
fçait bien choisir pour mettre
dans les Chaires Epifcopales,
GALANT. 7
des Sujets qui répondent à
fes intentions ; & vous en fe
rez convaincuë en apprenant
dans la Lettre fuivante ce que
ce Prelat vient de faire .
Tout le monde fçait que la
Ville de Loudun a toujours eu un
grand nombre de fes Habitans
engage dans le Calvinism ; ily
avoit même un Temple où ils s'af
fembloient: quoy que Sa Ma.
jefté l'ait fait rafer , ils ne
foient pas de continuer leurs affem.
blées dans des lieux particuliers ,
aprés même avoirfait abjuration,
pour conferver , ouleurs Charges ,
ou leurs biens . Ils n'affiftoient
laif-
A iiij
8 MERCURE
point aux divins Offices , & on n'en
voyoit aucun approcher des Sacremens
de l'Eglife . M de Poitiers in
formé de ces defordres , envoya à
Loudun , il y a quatre mois , M
l'Abbé de la Bournat , fonfrere ,
Docteur de Paris , &fon Grand.
Vicaire , qui pendant fon fejour
dans cette ville , cut de frequentes
controverfes avec les plus opinia.
tres Heretiques . Il les ébranla ,
mais ils ne furent pas convertis.
Ces heureux commencemens
enga
gerent ce Prelat à vouloir perfe
étionner ce que M. l'Abbé de
la Bournat avoir commencé Il
vint à Loudun le 14 May , ac :
GALANT
.
9
compagné de huit Miffionnaires ,
dans le deffein de combattre l'Herefie
jufque dansfesretranchemens.
Le Dimanche fuivant ,feiziéme
du même mois , il celebra la grande
Meffe dans l'Eglife de Saint
Pierre du Marchay. Aprés l'Evangile
il monta en Chaire , &
prêcha pendant une heure avec une
éloquence une onction toute divine
fur les deffeins de la Miffion.
qu'il commandoit , & fur lesfruits
qu'il efperoit d'en recueillir avec
le fecours de Dieu. Aprés Vefpres ,
il ordonna une Proceffion generale,
où ce digne Prelat porta le Saint
Sacrement , avec cette pieté qui
10 MERCURE
luy eft fi naturelle , & où affifte
rent les Capucins , les Cordeliers ,
les Carmes , les Paroiffes de Saint
Pierre du Marchay , de S. Pierre
du Martray , le Chapitre de Sain
te Croix , le Prieur du Chafteau.
L'ordre de la Miffion fut
reduit à trois Sermons chaque
jour , & à une Controverſe publi
que, M de Poitiers affifta pendant
un mois à ces Exercices , qui
ne finiffoient qu'aprés buit heures
du foir,par la benediction du S.Sa.
crement qu'il donnoit , eſtant retiré
le reste du temps dans le Convent
des Carmes . Il avoit de continuel .
les Conferences avec les Heretis
GALANT.
II
ques,
ceur
que
les traitant avec cette doule
Sauveur du monde
recommande aux Paſteurs , &
cette douceur les gagnost & les
enchantoit.S'ilfortout du Convent
des Carmes , c'eftoit pour aller les
voir dans leurs maiſons , ou vifiter
les malades , on porter des paroles
dereconciliation à ceux qui estoient
definis . Toutes les Festes & tous
les Dimanches il prêchoit avec un
fuccés qui arrachoit les larmes des
yeux de fes Auditeurs ; en forte
que les plus endurcis Heretiques ne
pouvant refifter à l'efprit Saint qui
parloit par fa bouche , ont détesté
leurs erreurs , & receu defa
main
12
MERCURE
les Sacremens de l'Euchariftie &
de la Confirmation . Ainfi il en
restepeu qui ne fe foient rendus.
Il y a tour lien d'efperer qu'ils
Suivront bien toft l'exemple des
autres:
3
Je ne dois pas omettre ce que ce
Prelat afait à l'égard des Catholiques
. Tous ont communié de fa
main dans trois Communions generales
qu'il afaites. Tous luy one
raconté leurspeines , illes a tous
confolez Ses charitez envers les
Pauvres ont estéfort grandes , &
dans l'espace d'un mois qu'il a resté
dans cette ville , il a donné plus de
deux mille livres Luy at on pre
GALANT.
13
de
fenté des Filles heretiques qui vouloient
fe convertir , il les a fait
conduire dans la Maifon de l'U.
nion Chreftienne , & a payé leurs
penfions ; a t il trouvé des gens
bien inconnus , il leur a procuré ou
des Amis , ou des Emplois . Savie
toute religieufe eftoit une mortifi.
cation continuelle , vivant avec
les Religieux Carmes comme s'il
euft efté un de leurs Freres ; jamais
il n'a voulu qu'on luy fervist rien
d'extraordinaire
. Il a établi dans
la Ville une Societé de Dames de
la Mifericorde , qui auroni lefoin
de vifier les Pauvres , g de les
Loulager dans leur pauvreté. Les
14 MERCURE
plus confiderables fe font fait un
plaifir d'entrer dans les fentimens
de ce fage Evêque ; on les voir
dans ces lieux où la miferefe retire,
porter leurs aumônes , &fecourir
ceux quifont dans l'indigence . Il a
formé une Societé d'habiles Ecclefiaftiques
, qui accordent les differends
, terminent les Procés
Jans les porter au Barreau Enfin
tout ce que la charité , tout ce que
le zélepeuvent inspirer , ce Prelat
l'a accompli. C'est le témoignage
que vous rend voftre , &c.
Je ne puis m'empêcher de
vous dire encore ce que je
GALANT.
15
vous ay déja mandé plufieurs
fois , qui eft que ce qui n'eft.
point nouveau ne perd point
la grace de la nouveauté pour
ceux qui n'ont pas encore eu
la fatisfaction de le lire. Ce
que je vous envoye pourroit
feul paffer pour un petit livre
de Voyage tres - curieux . Il a
efté vû de fort peu de
gens ,
& il ne s'en faut pas étonner ,
puifque ce qui excede la longueur
de quelques feuillets
voláns , ne paffe pas ailément
de main en main , & qu'on
regarde ces chofes là comme
unVolume dont la lecture fait
16 MERCURE
peur fur un Manufcrit , fonvent
mal peint. Ainfi , ou l'on
voit peu ces fortes d'ouvrages,
dont il n'y a pas beaucoup de
copies , parce qu'elles font iongues
à faire , ou l'on ne les voit
point dutout , oubien on attend
qu'elles foient imprimees pour
les voir. Ce n'est pas que la
fin de la Relation que je vous
envoye n'ait couru léparée du
commencement, à caufe qu'el
le , eftoit regardée alors comme
une chole nouvelle , trescurieufe
& tres - importante
.
Vous allez lire le tout dans les
propres termesqu'il a été écrit ,
GALANT. 17
l'Auteur ayant vû tout ce qu'il
a remarqué dans fa Relation ,
& ayant efté un des Acteurs
de ce qui en regarde la fin.
INLEXINA test in 1610-14
RELATION
DU VOYAGE
De M. de Feriol , Ambaſſadeur
Extraordinaire du Roy à la
Porte Ottomane ; de fon arri
vée à Conftantinople ; de l'Audience
qu'il a cie du Grand
Vifir de ce qui s'eft paffé,
chez le Grand Seigneur, lejour
que S E, le devoit voir.
Juillet
1700.
BA
18 MERCURE
MR
A Pera le 7. Février 1700.-
R de Feriol , Ambaſſadeur
extraordinaire du
Roy a la Porté , s'embarqua le
28. Juillet 1699 fur le Vaiffeau
de Sa Majefté , le Bizarre , commandé
par M Bidault . Ce
Vaiffeau avoit efté preparé à
Toulon , avec l'Affuré , commandé
par M de Bagneux
,
pour le porter à Conftantino--
ple. Quand Son Excellence
paffa devant celuy qui feres
d'Amiral , elle fut faluée de
onze coups de Canon , & enfuite
de quinze coups de cha
GALANT. 19
cun des deux Vaiffeaux. On
appareilla le même jour pour
aller au Chateau de Sainte
Marguerite . Le 30 , on mit à la
voile par un vent qui nous fa-'
vorila jufques au Golphe de
Palme , où nous nous trouvâ
mes le z Aouft. Le calme nous
ayant furpris , on moüilla devant
Caillery. Le lendemain ,
nous en partîmes par un vent
fi bon,que le 6 nous entrâmes
dans le Port de Malthe. Le
Bizarre falua la Ville de onze
coups de Canon , le falut luy
fat rendu coup pour coup .M
le Commandeur de Luignan
Bij
20
MERCURE
vint à bord complimenter M
l'Ambaffadeur de la part de
M' le Grand Maiftre , fur fon
heureufe arrivée . M' l'Ambaf
fadeur envoya le lendemain.
M' Bidault , avec tous les Of
ficiers du Vaiffeau , les Gardes
Marines , & les Gentilshom:
mes de fa fuite au nombre de
cent perſonnes , magnifiquement
vétuës , pour laluër M'
le Grand Maiftre . Le Dimanche
Son Eminence envoya
un preſent à M ' l'Ambaffadeur,
compofé de plufieurs paniers
de gibier , des corbeil
les de fruit , des Veaux , plir.
9.
GALANT. 21
fieurs pieces de volaille , de
toutes fortes de vins , & une
balle de glace . Le 10. M ' l'Am
baffadeur alla rendre vifite à
M'l'Inquifiteur qui l'eftoit venu
voir le jour precedent . Pendant
fa vifite ; on preſenta une
foucoupe de liqueurs à S. E
feule , & plufieurs autres aux :
Gentilshommes de fa fuite.
M'
l'Ambaſſadeur fut reconduit
jufque dans la ruë par
M'l'Inquifiteur , qui ne quitta
point fon Excellence qu'elle ne
fuft entrée dans fa chaife . Cet
Inquifiteur le tourna enfuite
vers fon cortége , pour affurer.
22 MERCURE
de fes fervices les Gentilshome
mes qui le compofoient . M
l'Ambaffadeur trouva au Bizarre
, M' le Commandeur
d'Oraifon qui le venoit avertir
que les Carroffes du Grand
Maitre l'attendoient fur le
Port du cofté de la Ville. Son
Excellence fut faluée en ſe dé.
barquant de treize coups de
Canon & de dix-huit boëtes .
Elle monta avec toute fa fuite
dans les Carroffes preparez ,
qui firent le tour des Fortifications.
Les 11. 12. & 13. Aouft
M l'Ambaffadeur vifita les
` trois Forts qui défendent l'en .
GALANT. 23
trée du Port de Malte , où ME
le Grand Maiſtre envoya regulierement
des eaux glacées
& des rafraîchiffemens . Le 14.
Il envoya encore à Son Excellence
un Poiffon, appellé Espa
don. Le même jour le Bizarre
fortit du Port de Malte par un
petir vent , qui ceffa d'abord
qu'il eut paffé l'embouchure ,
&furprit l'Affuré entre un Fort
& un Rocher , en forte qu'il
ne pouvoit avancerny reculer.
Il fut en danger jufqu'à ce
que s'eftant fait remorquer
par une Felouque , il rentras
dans le Port heureufement ,
"
24 MERCURE
& y refta moüillé ce jour- là ,
quoy que le Bizarre fuft à la
voile. M' l'Ambaffadeur don
na ordre le méme jour à fon
premier Secretaire , d'aller remercier
de fa part M' le Grand
Maiftre , des honneurs qu'il luy
avoit faits , & d'offrir les fervi
ces à fon Eminence s'il pouz
voir luy eftre utile , ou à la Religion
de Malte à Conftantinople.
M' le Grand Maistre
répondit qu'il acceptoit volon
tiers la correfpondance que
Mr l'Ambaffadeur luy offroit ,
& qu'il s'adrefferoit à Son Excellence
, comme ilavoit toû
jours
GALANT.
25
jours fait à fon Prédeceffeur
pour les affaires de la Religion
de Malte à Conftantinople
.
Le lendemain 15. l'Affuré fortit
du Port , & nous filmes route
du cofté du Serigues , à la
hauteur duquel nous nous
trouvâmes le 20 Son Excellence
expédia le même jour
pour Conftantinople une Barque
qu'elle avoit priſe à Marfeille
, pour porter tous fes
équipages , & qui nous avoit
fuivis depuis noftre départ de
France . Le 21. nous moüillâmes
à la Suḍ , Fortereſſe qui
appartient aux Venitiens . Le
Juillet 1700 .
C
26 MERCURE
22. le Commandant envoya
un Officier au Provediteur
Morofini qui commande dans
ce Fort , & à tous ceux qui appartiennent
aux Venitiens de
ce cofte - là . Le 23. les Vail
feaux appareillérent pour aller
mouiller dans le fond de la
Rade , & le Bizarre paffant devant
la Fortereffe la falua de
cinq coups de Canon , & la
Fortereffe luy en rendit fix .
On fut furpris de ce coup fur
numeraire , mais nous avons
appris depuis qu'il fut tiré par
la faute d'un Sergent que le
Provediteur fit mettre aux fers,
GALANT.
27
W
& le condamna à deux Sequins
d'amende . Le calme
nous ayant furpris , nous ne
pûmes aller que le lendemain
24 au fond du Port , & nous y
demeurâmes juſqu'au premier
de Septembre. Pendant ce
temps là , M' l'Ambaffadeur
prit connoiffance des affaires
de la Nation de la Canée . La
veille du jour de la Feſte de
S. Louis , les deux Vaiffeaux
du Roy furent illuminez , le
Bizarre fur les deux Platsbords
, & l'Affuré aux extremitez
des mafts & des vergues.
Le jour de Saint Louis,
C ij
28 MERCURE
les Vaiffeaux furent ornez de
leurs Pavois , & l'on n'oublia
rien pour la folemnité de
la Fefte de Sa Majesté. Le premier
Septembre nous partîmes
du Port de la Sud , & nous
moüillâmes le même jour devant
Candie. Le 2. M' l'Ambaffadeur
envoya fon Interprete
avertir le Pacha & l'Aga
des Janiffaires qu'il fouhaitoit
de les voir. Le même jour S.
E. defcendit à terre avec les
Gentilshommes de fa fuite , &
quelques Officiers . Nous trouvâmes
vingt- cinq chevaux fur
le Port. On nous conduifit
GALANT. 29
J
premierement chez le Kiaïa
du Pacha , & chez le Pacha .
Enfuite nous allâmes chez
Aga des Janiffaires , qui témoigna
beaucoup de joye de
voir S. E. qu'il avoit connuë
-à l'Armée . Le lendemain nous
vifitâmes les Fortifications
,
qui estoient en bon estat . Le
Pacha avoit envoyé vingtcinq
chevaux à la Marine , &
il ordonna que trente Janiffaires
, & fon Capitaine des
Gardes à leur tefte , précederaient
deux à deux S. E. que
les Officiers fe trouveroient
chacun dans leur pofte fur le
Cij
30 MERCURE
paffage de Ml'Ambaſſadeur ;
que les Canonniers feroient la
méche allumée auprés de leur
Canon , les Janiffaires avec
leurs armes hors des Corps
de garde , & que fix Porteurs
d'eau ordinaires en jetteroient
devant les chevaux de Son
Excellence, comme s'il paffoit
luy même , fuivant la Coutu
me Turque. La Ville falüa ce
jour là S. E. de fept coups de
Canon à boulet , tirez de la
diſtance d'un demi - quart
d'heure à l'autre. Il nous eft
revenu depuis qu'un des Canons
, qui eftoit de fonte , &
1. ว
GALANT.
31
de cent livres de balle , avoit
crevé.
Nous partîmes de Candie
le 6 Septembre pour aller au
Mile . Les vents nous furent
contraires , & ils s'éleverent
avec tant de violence , que
nous reftâmes les 10. 11. 12. &
13. à l'abry de cette Iſle , bienheureux
de trouver cet azile
contre une tempefte offroyable,
que nous cuffions ( fluyée
en pleine Mer. Nous entiâmes
dans le Port le 14. & nous
reflâmes jufqu'au 25. L'Affuré
avoit appareillé
le 24 pour
aller à Athenes , & vifiter e
y
C iiij
32 MERCURE
ch : min faifant quelque Echel
le de l'Archipel . Il y a une Caverne
dans l'Ifle de Mile , dont
l'entrée eft fort baffe . Aprés
s'eftre avancé douze pas , on
fent une chaleur extrême: plus
avant on le peut tenir debout ,
& à gauche l'on trouve un
bain d'eau chaude , un peu
falée , que l'on dit tres - falutaire
, On s'y baigne fort commodement
& avec plaifir.
Nous moüillames le 26. Septembre
prés de Paros dans
un Port appellé Trio . Ce font
trois petites ifles inhabitées ,
qui ont donne le nom à ce
GALANT.
33
Moüillage ; mais c'eft propre.
ment la Rade de Paros . Naxis
n'en est éloignée que de douze
ou quinze milles . Le 30 .
quelques Gentilshommes
de
S. E. allerent à Antiparis voir
une Grotte de Congellations
qui eft dans cette lfle , & dont
on nous avoit fait un récit .
merveilleux. Elle est éloignée
du Chafteau de quatre milles.
L'entrée feule merite la curiofité
des Voyageurs. Elle eſt
valte & voûtée , en forre qu'il
s'y rangeroit deux mille hom
mes facilement. Il y a une cokomne
congelée , fur laquelle
34 MERCURE
paroift le refte d'un Buſte. Les
gens du pays difent que c'e.
ftoit un Idole qui rendoit les
Oracks autrefois . A main
droite , il y a une feneftre par
laquelle les Preftres répondoient
aux demandes qui fe
faifoient à l'Idole . Nous def.
cendîmes dans cette Grotte à
huit heures du foir , & à force
de cordes & d'échelles nous
parvinſmes à une roche qui fe
trouve creusée en deux endroits.
L'on puife dans l'un la
meilleure eau douce qui fe
puiffe boire , & dans l'autre
une eau jaunaftre . Nous def-
"
GALANT.
35
cendîmes enfuite dans un endroit
où M' de Nointel , cydevant
Ambaffadeur à Conftantinople
, fit dire la Meffe
de minuit en 1673. Nous vîmes
avant que d'y arriver, plufieurs
congellations , dont , les unes
reprefentoient des colomnes ,
d'autres des figures d'hommes
, de Lion , d'Enfant ; mais
entre autres choſes nous vîmes
un Pavillon , fous lequel
nous eftions quinze ou feize .
L'endroit où la Meffe fut dite
reprefente un Autel , deux
grands chandeliers aux coſtez,
& la façade reprefente plu36
MERCURE
fieurs arbres les uns fur les
autres. Dans l'éloignement
gauche paroift une foreſt formée
par ces congellations ;
d'autre part des ornemens à
la Gothique. M'de Nointel a
fait mettre Infcription fuivante
à l'endroit où l'on pofa
la pierre pour dire la Meffe.
HIC IPSE CHRISTUS
ADFUIT EJUS NATALI
DIE MEDIA NOCTE.
CELEBRATO .
M. DC. LXXIM.
Nous defcendîmes dansun
endroit , où l'on nous fit remarquer
des draperies . fort
GALANT.
37
bien figurées. Noftre Condu
&teur nous fit voir à gauche
un abîme effroyable , & nous
entendions fort longtemps les
pierres qu'il jettoit dedans.
Nous remontâmes avec beaucoup
de peine, principalement
à un endroit où M' de Nointel
a laiffé une échelle , qui depuis
ce temps eft prefque pourrie.
Nous fortîmes de cette Grotte
à une heure aprés minuit ,
& nous reftâmes dans l'entrée
pour lire le matin les Inferiptions
quiy font . Celle - cy fut
la premiere qui fe preſenta à
nos yeux , & que nous eûmes
28 MERCURE
.
beaucoup de peine à déchifrer
.
ΚΡΙΤΟΝΟΣ
ΟΙΔΕ ΗΛΙΟΝ
ΜΕΝΑΝΔΡΟΣ
ΣΩΧΑΡΜΟΣ
ΜΕΝΕΚΡΑΤΗΣ
ΑΝΤΙΠΑΤΡΟΣ
ΙΠΤΟΜΕΔΟΝ
APISTE ΑΣ
ΦΙΛΕΑΣ
ΓΟΡΓΟΣ
ΔΙΟΓΕΝΗΣ
ΦΙΛΟΓΡΑΤΗΣ
ΟΝΗΕΙΜΟΣ
Nous jugeâmes que ce pouvoit
eftre , comme on le di .
foit , les noms d'Antipater &
GALANT.
39
de fes compagnons , qui avoient
paffé par cette lle en
fe retirant aprés fa conjuration
contre Alexandre . Cellecy
n'est pas fort éloignée de
la premiere . Elle a efté mife
par M ' de Nointel.
CEDANT TENEBRÆ
LUMINI ,
FICTA NUMINA
VERO DEO
HOC ANTRUM ,
NOCTURNO EREPTUM
JO VI ,
NASCENTI CHRISTO
DEDICAVIT
CAR. FRANC . OLLIER
DE NOINTEL, ·
4: 0 MERCURE
Cetre autre Infcription eft
à droite en entrant . Elle com.
mence à s'effacer ; cependant
nous y lûmes encore .
EX
HOC ANTRUM
NATURE MIRACULIS
PARISSIMUM ,
UNA CUM COMITATU,
RECESSIBUS EJUSDEM
PROFUNDIORIBUS
ET ABDITIORIBUS
PENETRATIS
SUSPICIEBAT , ET SATIS
SUSPICI NON POSSE
EXISTIMABAT
CAR . FRANC . OLLIER
DE NOINTEL ,
IMP GALLIARUM
LEGATUS,
GALANT. 4t
DIE NAT . CHR . QUO
CONSECRATUM FUIT.
AN. M. DC . LXXIII..
Il y a encore deux Infcri-
Fiions à droite , dont nous ne
pûmes déchiffrer une feule
lettre. C'eft d'un Grec ancien ,
& fi effacé , qu'il n'en refte
que quelques traces. Nous
retournâmes
le même jour à
Bord , & le Octobre nous
allâmes à Naxis . L'lfle eft bien
grande , & tres peuplée . Le
Chafteau de fon nom eft fur
le bord de la mer , & paroift
fort ancien . Nous y vi
mes une des Portes du Tema -
Fuillet 1700.
DⓇ
4...
42 MERCURE
ple de Bacchus , qui eft hors
du Chateau , dans une petite
Iffe détachée de Naxis. Nous
y vîmes auffi les reftes d'un
Aqueduc qui conduifoit l'eau
dans ce Temple , & près de
l'Aqueduc il y a un pavé de
Mofaïque fort ancien. Nous
ne fûmes pas plûtoſt de retour
à Bord , que les vents contrai .
res & forcez fouflerent vive.
ment , & nous fûmes retenus
prés de Paros juſqu'au 15. Le
16. nous arrivâmes à la Rade
de Syra , & nous rencontrâ.
mes le même jour le Vaiffeau
Afluré , qui faifoit la route
GALANT. 43
vers Chio , où devoit eftre fon
rendez vous à fon retour d'Athenes,
S. E. alla le lendemain
à l'lfle de Delos , voit les rui
nes de l'ancien Temple d'Apollon
. Un vent tres favorable
nous porta en quatre heures
à Delos fur une Barque Françoile
qui s'eftoit jointe à nous
à la Mer. Nous examinâmes
les ruines incomprehenfibles,.
non -feulement du Temple
d'Apollon , mais de l'iſle entiére
, qui eft prefentement in
habitée. Ce font des Montagnes
de pierres & de marbre ,,
qui perfuadent de la magni-
Dij
44 MERCURE
ficence des Baltimens qui ont
eſté élevez en cet endroit.
Nous nous embarquâmes à
trois heures aprés midy , par
un vent contraire pour retour -
ner à Bord. Lorfque nous fû.
mes en pleine mer , il ſe renforça
tellement qu'un de nos
maſts ſe rompit ; nous rela
châmes heureuſemeur à Mico .
ny , où Son Excellence futreçue
par le Conful de la Nation .
Le 18 nous retournâmes à
Bord , & reftâmes moüillez
juſqu'au 29. devant Syra . Le z.
Novembre les Grecs Schifmatiques
députérent quatre d'en.
GALANT. 4:5
tre - eux pour aller ſaluer Son
Excellence qui les reçut avec
bonté , quoy qu'ils foient les
Perfecuteurs des Grecs Latins .
Elle leur dit cependant que
elle apprenoit qu'ils continuaffent
leurs perfecutions envers
eux , ils devoient craindre la
vangeance de Sa Majefté , qui
leur avoit accordé la protection
Hs répondirent à Son Excellence
qu'ils eftoient venus
dans le deffein de l'affurer qu'-
ils vouloient bien vivre avec :
leurs Compatriotes
; qu'ils
eftoient tous Chriftiens , &
que dans la fuite on ne luy
46 MERCURE
porteroit aucune plainte de
leur conduite. Ils offrirent.
d'en faire ferment fur les
Saints Evangiles ; ce que M
l'Ambaffadeur refufa , difant
qu'ils feroient doublement
coupables , s'il manquoient à
leur devoir & à leur parole ,
dont il fe contentoit.
Le 4 Novembre nous ap .
pareillames , & nous doublâmes
le même jour le Cap
Bornouth. Depuis ce tempslà
, les vents nous furent conttaires
, & les Vaiffeaux ne purent
moüiller au Chateau de
Smirne que le 9. Cependant le
GALANT. 47
:
7. le Confulde la Nation vint
au devant de S. E. à quarante
milles de la Ville . Ils couchérent
dans le Vaiffeau , & le
lendemain 8. Son Excellence
s'embarqua dans fon Canot
pour aller à Smirne . M' Bi .
dault la falua de dix lept coups
de Canon à boulet , & M de
Bagneux de treize coups feulement.
En paffant devant le
Chafteau de Smirne , un Vaif
ſeau de guerre Hollandois , &
une autre petite Fregate Angloife
, faluerent S. E. de treize
coups de Canon chacun . Elle
fur auffi faluée en entrant dans
48 MERCURE
le Port de Smirne de tout le
Canon des Vaiffeaux François,
Anglois, Hollandois , & autres
Nations qui s'y trouvérent.
La Maiſon du Conful eft fituée
fur le bord de la mer , en
forte que l'on débarque fur
un quay qui en dépend, Ceux
de la Nation qui n'eftoient
point venus à bord , fe trou
vérent fur ce Quay , avec une
multitude de Perfonnes, de
toutes les autres Nations . M'
l'Ambaffadeur , aprés avoir reçu
leurs complimens , fuc
conduit dans l'Appartement
qui luy avoit eſté préparé , &
par
GALANT. 49
par tous les endroits où il paffa
la Nation avoit fait conftruire
des Arcs ornez de fleurs , fur
chacun defquels eftoient les
Armes du Roy , celles de S. E.
& celles de la Ville de Marfellle.
S. E. alla enfuite entendre
le Te Deum , que l'on chanta
dans l'Eglife des Capucins , en
action de graces de ſon heureuſe
arrivée . Le 10. le Conful
d'Angleterre accompagné de
toute la Nation , vint rendre
vifite à M l'Ambaffadeur .
Le 11. celuy de Hollande , &
le 12. celuy de la Republique
de Ragufe. S. E. alla voir le
Juillet 1700.
E
50 MERCURE
Conful d'Angleterre le 16. qui
receut Ml'Ambaffadeur hors
la
porte de fa maiſon , dont la
Nation Angloife bordoit l'entrée
à droite & à gauche. Il fut
conduit dans un Apartement
,
d'où l'on fortit un quart d'heure
aprés , fous prétexte de voir
la maifon , & nous entrâmes
dans une Salle où l'on avoit
fervi une magnifique Colation.
Enfuite Son Excellence
fut conduite par le Conful juf
-ques à l'endroit où il l'avoit
receu , & la Nation Angloiſe
fuivit jufque chez le Conful de
France. Le 18. S. E. alla voir
GALANT.
>
le Conful de Hollande , & les
chofes s'y pafferent ainsi que
chez le Conful d'Angleterre.
Le 22. elle envoya fon premier
Secretaire chez le Conful de
Ragule , avec deux des Gen.
tilshommes de fa fuite , pour
le remercier de la peine qu'il
avoir priſe de le venir voir , &
luy offrir les fervices . Le 25 les
Confuls d'Angleterre , de Hol
lande & de Ragule vinrent
dire adieu à S. E. & luy fou
haiter un heureux voyage . Elle
s'embarqua le 27. avec tous
ceux qui l'avoient fuivie àSmir.
ne , & la Nation qui l'accom-
E ij
52 MERCURE
pagna jufques au Vaiffeau.
Le 28. nous moüillâmes
aux
Iles Dourlac , le 29 à Mof.
cointchy. Le 30 nous appa .
reillâmes , mais le calme nous
ayant furpris prés du Cap Baba
, nous fufmes obligez de
relacher à Moſcointchy
, où
nous demeurames
le premier
& le 2. de Decembre. Sur le
tard le vent eftant favorable ,
& le temps clair , nous mîmes
à la voile , mais l'Affuré ayant
rangé la terre de trop prés
s'échoüa à trois braffes dans
un endroit de vafe de la longueur
duVaiffeau . Il tira d'aGALANT
53
bord un coup de Canon pour
nous demander du fecours . Le
Bizarre moüilla en ce moment
, & s'eftant approché de
l'Affuré le plus qu'il put , on
attacha un greflin au pied du
grand maft de l'Affuré , dont
on porta l'autre bout au Bizarre
, pour l'attacher au Cabeftan
, & à force de virer on
tira l'Affuré du danger où il
eftoit. Le lendemain 3. Decembre
, nous appareillâmes ,
& le même jour nous moüil .
lâmes devant Tenedos . Le 4.
nous paffâmes à neuf heures
du matin entre les deux Cha-
E iij
14 MERCURE
fteaux neufs ; mais la pluye
fut fi violente & le temps fi
Couvert , que nous moüillâ .
mes à la pointe des Barbiers
dans un moment heureux ; car
le vent contraire vint fubitement
, & avec beaucoup de
violence. Le Conful des Dardanelles
, qui avoit apperceu
nos Vaiffeaux , vint dés le jour
même rendre compte à S. E.
des affaires dont il est chargé.
Le 6. le Pacha de Jerufalem ,
qui avoit pris une Barque
Françoiſe pour le porter à
Jaffa avec la Maifon
moüiller prés de nosVaiſſeaux.
A
vint
·
GALANT .
Il envoya faire compliment à
S. E. qui dans le moment luy
envoya auffi fon premier Secretaire
pour l'aflurer de fes
fervices , luy recommander les
Conful que la Cour a nommé
depuis peu pour Jerufalem , &
luy demander la protection
pour les Peres de la Terre-
Sainte , qui follicitoient
la reftitution
des Saints Lieux dont
les Grecs font en poffeffion.
H répondit qu'il profiteroit
dans l'occafion des affurances
de fervice de S. E. qu'à l'égard
du Conful , il fuffifoit qu'il
fuft François pour eftre de fes
E iiij
16 MERCURE
Amis , & qu'il eftoit dans le
deffein d'accorder
fa protection
aux Peres de la Terre .
Sainte . Il dit même que le
Grand Seigneur l'envoyoit
Pacha à Jerufalem , pour réta
blic ce que fes Prédeceffeurs
avoient ruiné par leurs concuffions
, particulierement par
les prefens qu'ils avoient tirez
des Grecs & des Latins à l'occafion
de leurs Procés . M
l'Ambaffadeur
luy fit prefenter
une fort belle montre , &
le fit faluër de ſept coups de
canon lors qu'il mir à la voile.
Le 10. nous appareillâmes par
GALANT. 57
un vent tres favorable . Le Bizarre
falua les deux Chafteaux
des Dardanelles
de fept coups
de canon , qui rendirent le fa.
lut coup pour coup , & faluérent
enfuite M'l'Ambaffadeur
de huit autres coups. Nous
continuâmes noftre route , &
nous nous trouvâmes à midy
devant Gallipoly , & fur le foir
à la pointe de l'ile de Marmora
, Le vent eftoit fi bon
que nous ferrâmes une partie
de nos voiles , de peur de
trop avancer , en forte que
nous cftions à la pointe
du jour à la veuë de Conftantinople
, &
entrames.
18 MERCURE
dans le Port à dix heures
du matin . M' l'Ambaffadeur
fut complimente' le même
jour par les Ambaſſadeurs
des Cours Etrangeres , & par
le Prince Tekely , qui envoye
rent leurs Secretaires à bord
dés que les Vaiffeaux eurent
moüillé. M' de Chateauneuf,
Ambaffadeur de France , vint
luy même prier S. E. de débar
quer. Il ne deſcendit cepena
dant que le lendemain , aveco
les Gentilshommes de fa fùite,
au bruit d'une partie de l'Ar
tillerie des Vaiffeaux . Nous
montames en ordre au Palais
de France . M' de Caſtagneres
GALANT .
59
avoit envoyé toute fa' Maiſon
& des chevaux à la Marine,
Il receut Mr de Feriol à l'entrée
du Palais , & le conduifit
jufqu'à la Chapelle , où les
Capucins chanterent un Te
Deum pour fon heureuſe arrivée.
M' de Caftagneres traita
magnifiquement M' de Feriol
pendant trois jours , aprés
lefquels il fe retira dans un
logis particulier , pour luy
laifler toute la maiſon libre.
Il envoya le 13. fon premier
Drogman chez le Grand
Vifir , pour luy faire part de
fon arrivée. Quelques jours
apres , ce Miniftre l'envoya
60 MERCURE
complimenter par le Fils de
Maurocordato
, Interprete de
la Porte. L'Audience fut fixée.
au 25. Decembre . M' de Caftagneres
& M' de Feriol forti .
rent du Palais de France à midy
& de ny , M' de Caſtagneres
à la droite , & M ' de Ferioł
à la gauche . Ils eftoient préce
dez de leurs Maiſons , & fuivis
des douze Gentilshommes
qui ont accompagné Mr de
Feriol à Conftantinople
, & de
toute la Nation Françoiſe.
Cette marche fe fit en ordre
jufqu'à la Marine , où les deux
Ambaffadeurs , qui estoient
feuls à cheval , mirent pied à
GALANT. 61
terre. Ils trouverent fur le Port
foixante Officiers ou Gardes-
Marine , qui s'embarquerent
avec le reste du cortege, pour
paffer à Conſtantinople fur
des Caïques qui avoient
efté préparées. Lors que le
Canot de Mrs les Ambaffadeurs
paffa prés des Vaiffeaux
du Roy , ils furent faluez de
vingt & un coups de Canon
du Bizarre , & autant de l'Af
furé. Ils eftoient parez & pavoiſez
, & les Soldats fous les
armes. Le grand Vifir avoit
envoyé deux Chevaux riche.
ment enharnachez pour Mrs.
les Ambaſſadeurs , & foixante
62 MERCURE
pour les Gentilshommes
de la
fuite de M' de Feriol , les Offi
ciers , Gardes - Marine , & les
principaux
de fa Maiſon. Ce
nombre n'auroit
pas fuffi
pour un fi grand cortége ,
mais S. E. en avoit encore ordonné
quarante qui fe trouvérent
fur le Port , & chacun des
Marchands
de la Nation y
avoit auffi envoyé les fiens ,
en forte
que tous ceux qui accompagnérent
M ' de Feriol à
cette Audience , furent fort
bien montez . La marche com.
mença par quarante Janifſai .
res , que le Vifir avoit envoyez
à la Marine ; enfuite les deux
GALANT.
63
Maiſons de Mrs les Ambafladeurs
, celle de M' de Caftagneres
à la droite , & celle de
M' de Feriolà la gauche. Dixhuit
Valets de pied de M' de
Feriol eftoient vêtus d'une li
vrée de deux galons de foye ,
& un galon d'or au milicu . Il
ne s'en eft jamais vû dans aucune
Cour de plus magnifi
que & de meilleur gouft . Six
Janniffaires de la Maifon de
M' de Caſtagneres , & fix de
M' de Feriol , marchoient de
vant les Drogmans avec leurs
bonnets de Ceremonie . Douze
Gentilshommes & le premier
Secretaire de M' de Fe.
64 MERCURE
riol precedoient
Mrs les Am .
baſſadeurs
, veftus fi magnifi .
quement , que les Turcs ont
avoué qu'ils n'ont jamais rien
vû de fi riche lors que les precedens
Ambaffadeurs
ont eu
leurs Audiences
. Le Chaoux
Bachi qui vint prendre S. E.
marcha immediatement
devant
Mrs les Ambaffadeurs
& Mrs de Court & de Broille ,
Capitaines
en fecond des
Vaiffeaux , les fuivoient à la
tefte des Officiers des Gardes
Marines qui marchoient
deux
à deux chacun dans leur rang.
Les Marchands
François qui
compofent
la Nation , finiſGALANT.
65
foient cette marche , enfuite
des Gardes Marines & dans le
mefme ordre. Les deux Cours
du Palais du Vifir ne fe trouvérent
pas affez grandes pour
contenir un cortége fi nombreux
, mais l'ordre y fut ob .
fervé d'une maniére que lors
que Mrs les Ambafladeurs entrérent
, les Janniffaires & le
Chaoux que le Vifir avoit en--
voyez le trouvérent fur fon
paffage dans ces deux Cours ,
& les douze Gentilshommes
avec le premier Secretaire de
de M' de Feriol eftoient def
cendus de cheval pour attent
Fuilles 17.00.
F
66 MERCURE
dre Mrs les Ambafladeurs au
bas de l'escalier du Palais . Ils
les fuivirent dans la Chambre
d'Audience , avec les Officiers
de marine . Mes les Ambaffadeurs
prirent place fur deux
Tabourets qui leur avoient
efté preparez ſur le Sopha ,
M' de Caftagnères à la droite
& M ' de Feriol à la gauche , le
reſté du cortége demeura debout
Le grand Vifir , avec fon
bonnet Vificial , entra contre
fa coutume d'abord que les
Ambaffadeurs furent placez ,
& paſſant auprés d'eux il fe
mit fur un des carreaux du
Sopha . M' de Caftagneres pric
1
GALANT. 67
la parole le premier pour dire
au Vifir que Sa Majesté avoit
choifi M' de Feriol pour fon
fucceffeur. M' de Feriol luy
prefenta la Lettre du Roy , &
la mit entre les mains du neuviéme
Chancelier qui eftoit
debout avec les principaux
Officiers de l'Empire , aux
coftez du grand Vifir. Enfuite
M' de Feriol dit au grand Vifir
, que Sa Majefté avoit vû
avec plaifir que Sa Hauteffe
euft confié les principales affaires
de fon Empire à un
homme auffi éclairé que luy
& qu'elle ne doutoit pas qu'il
Fij
68 MERCURE
"
ne contribuaft de tout fon
pouvoir à entretenir l'union
& la correfpondance qui eft
établie depuis fi longtemps.
entre les jeux. Empires . Aprés
ce Compliment on apporta
les confitures , deux taffes de
de Caffé pour Mrs les Ambaffadeurs
, enfuite le Sorbec , &
Jes Parfums Le Vifir fit demander
à M' de Feriol s'il y
avoit longtemps qu'il eftoit
party de France. Maurocordato
qui eftoit Plenipotentiaire
de la Porte dans le Traité
de Paix qu'elle a fait avec l'Empereur
, fervit d'Interprete , &
rapportoit en Latin à M' de
GALANT 69
Feriol ce que le grand Vifir luy
demandoit de fon voyage. M
de Feriol luy répondit auffi
en latin. On diftribua enfuite
cinquante fept Caffetans ou
Veftes à Mr. de Feriol , à Mr
de Caftagneres & au refte du
cortege. Ceux de Mrs les Ambaffadeurs
eftoient riches &
les autres de la valeur à peu
prés de cinq ou fix Sequins.
Aprés cette diftribution , Mrs
les Ambaffadeurs fè leverent ,
& fortirent de la Chambre
d'Audience . On les fuivit avec
ordre,& lorsqu'ilsfurent montez
à cheval , Mr de Feriol pric
alors la droite & fa Maifon
70 MERCURE
fur celle de M' de Caſtagneres.
Le reste du cortège garda
le même ordre qu'il avoit
obſervé en allant. Il y avoit
une infinité de Peuple dans
les paffages de cette marche ,
& toutes les Nations y eftoient
accourues pour voir cette magnifique
Entrée . Mrs les Ambaffadeurs
mirent pied à terre
au même endroit qu'ils avoient
monté à cheval , & ils
fe rembarquérent dans leur
Canor , après que M ' de Feriol
eut fait remercier le Chaoux
Bachi de l'avoir accompagné
avec les Chaoux, Lors que Mrs
A
GALANT. 71
les Ambaladeurs pafférent devant
les Vaiffeaux ils furent encorefaluez
de vingt & un coup
de canon de chacun des deux
vaiffeaux . Mrs les Ambaffadeurs
eftant arrivez à la Marinedu
côté de Pera, les Capitaines
& Officiers de la marine s'en
retournérent à leur Bord , &
Mrs les Ambaffadeurs montérent
à cheval & marchérent
avec leur fuite dans le même
ordre qu'ils eftoient defcendus.
Les deux Ambaffadeurs
fe féparérent dans la premiere
Cour du Palais de France. Le
26. M' de Feriol ordonna fes
72 MERCURE
·
preſens pour les envoyer le
lendemain 27. Il y avoit un
Miroir dont la glace eftoit de
foixante pouces de hauteur ,
montée fur une bordure auffi
de glaces peintes en deffous ,
avec des ornemens d'une fculpture
tres recherchée . Son
Excellence donna auffi une
tres belle Pendule marquée à
la Turque , dont la boëte & le
pied eſtoient d'une marqueterie
tres- fine , avec des ornemens
parfaitement beaux . M
de Feriol donna encore une
douzaine de Veftes des plus
belles étoffes qui fe faffent à
Lyon ,
1
GALANT. 73
S.
Lyon, & quantité d'autres d'un
drap le plus fin qui fe foit trouvé
en cette Ville . Le 31. Decembre
le Grand Seigneur fir
dire à M ' de Feriol qu'il luy
donneroit Audience le Mardy
de Janvier , M'de Feriol s'y
diſpoſa, & envoya la veille au
Serrail les prefens qu'il avoit
deftinez pour le Grand Seigneur
afin de les préparer
parce qu'on les porte ordinai
rement devant l'Ambaffadeur
lorfqu'il entre chez Sa Hautef
fe. Ce jour- là M ' de Feriol.
fortit du Palais de France à
fept heures du matin . Ileftoit
Juillet 1700.
G
74 MERCURE
precedé de fa Maiſon , & ſuivy
des Gentilshommes de fa fuite
& de la Nation . Il defcendit
à pied jufqu'à la Marine , où
les Officiers des Vaiffeaux l'attendoient.
Son Excellence
s'embarqua dans fon Canot ,
& fon Cortége la fuivit dan´s
plufieurs Caïques qu'on avoit
fait preparer. Le Chaoux Bachi
attendoit Son Excellence
fur le Port du cofté de Conf.
tantinople. Aprés s'eſtre débarquée
, elle monta un des
Chevaux du Grand Seigneur ,
richement enharnaché , qui
luy avoit cfté envoyé avec
GALANT.
75
3
foixante autres pour fon Cortege.
La marche commença
parles Janniffaires que la Porte
avoit envoyez , enſuite la Maifon
de Son Excellence compofée
de fix Janniffaires , de fix
Valets de Chambre , & de
vingt -cinq Valets de pied ,
fans parler des fix Eftafiers
veftus à la Turque, qui estoient
autour du Cheval de l'Ambaf.-
fadeur. Les Drogmans marchoient
aprés , & les douze
Gentilshommes , les Chaoux ,
& le Chaoux Bachi , qui precedoit
immediatement Mr.
l'Ambaffadeur. Il vouloit pren
Gij
76 MERCURE
dre fa droite , diſant que cet
honneur luy eftoit dû , mais
Son Excellence luy dit de fe
mettre à fa gauche , s'il n'aimoit
mieux paffer devant , ce
qu'il accepta. M' l'Ambaſſadeur
eftoit fuivy des Officiers ,
de Marine , qui marchoient
deux à deux chacun dans leur
rang, & enſuite la Nation dans
le même ordre . Nous entrâ
mes ainfi dans la premiere
Cur du Serrail , que nous tra
versâmes à cheval jufqu'à la
portedelafeconde
cour, oùl'on
nous avertit de defcendre. M
l'Ambaſſadeur mit auffi pied
*
GALANT. 77
à terre , & fut reçu par huic
Capigis qui le precedérent jufques
à la Salle du Divan . Lors
que nous entrâmes dans la feconde
Cour , quatre mille
Janniffaires qui eftoient refferrez
prés de la muraille à droite ,
parrirent comme un trait pour
aller prendre des Gamelles de
Ris , qui bordoient le chemin
par où nous paffions . Son Excellence
entra dans la Chambre
du Divan en méme temps.
que le grandVifir y entroit par
une autre porte. Après s'eftre
faluez , M' l'Ambaffadeur fe
mit à la place qui luy avoit
G iij
78 MERCURE
efté préparée , & le grand Vi
fir fur un banc avec trois Vi.
firs à la droite , & fes deux Cadilefquiers
à fa gauche. Nous
vîmes rendre la Justice , & l'on
remit plufieurs Requeftes réponduës
aux particuliers qui
les avoient prefentées . Enfuite
l'on donna à laver à M ' l'Am.
baffadeur & au grand Vifir
en même temps dans deux
baffins , dont l'un eftoit d'ar
gent , qui fut celuy de Son Ex
cellence , & l'autre de cuivre ,
qui fut celuy du Vifir . L'on
donna auffi à laver aux autres
Vifirs , aux quatre Capitaines
GALANT. 79
des Vaiffeaux du Roy, & à ceux
qui devoient manger aux cinq
tables qui furent fervies dans
la même Salle où l'on tint
le Divan . M¹ l'Ambaffadeur
mangea feul avec le grand Vi--
fir , les quatre Capitaines avec
les autres Vifirs ; les deux Cadilefquiers
ou Chefs de la Juftice
mangérent feuls , & fix
perfonnes nommées par Son
Excellence eftoient aux deux
autres tables , avec les pre--
miers Officiers de l'Empire.
Ces cinq tables furent fervies
également de plus de trente
plats chacune , qui ſe met
Giiij
80 MERCURE
toient fucceffivement fur la
table , & n'y reſtoient qu'un
inftant. Quoy que les ragoufts
des Turcs foient bien differens
des noftres , Son Excellence
ne laiffa pas de faire
honneur à ce repas , en mangeant
de tout ce que l'on fervit
. Aprés qu'on fe fut levé
de table on donna encore à
laver. Le Vilir ordonna enfuite
qu'on filt apporter dans
la Salle du Divan un Miroir
que Son Excellence devoit
donner au Grand Seigneur.
Comme c'est une piece rare.
par fa grandeur prodigieufe
4
"
GALANT.
8r
d'une glace de quatre - vingt
fept pouces fur cinquantehuit
, elle fut admirée de tout
le monde . Le Grand Seigneur
même confideroit ce Miroir
d'une jaloufie où il eft ordinairement
pendant qu'on
tient le Divan . On le fit porter
enfuite à la porte de la
Salle d'Audience , avec les autres
Prefens qui confiſtoient
en une Pendule plus belle que
celle qui fut prefentée au Vi
fir. Une autre picce d'horlo .
gerie qui marque en même
temps les minutes , les heures ,
les mouvemens de la Lune
82 MERCURE
les degrez du froid& du chaud,
& les varietez du temps ; vingt
veftes d'étoffes d'or des plus
magnifiques, & quantité d'au
tres de drap d'Angleterre du
plus fin. Le grand Vifir écrivit
au Grand Seigneur pour
demanderà Sa Hauteffe fi l'on
introduiroit M l'Ambaffadeur.
Le Maiftre des Ceremonies
qui portoit cette Lettre
en rapporta une autre du
Grand Seigneur que le Vifir
baifa & porta au front avant
que de la lire. Aprés l'avoir
lûë , les Officiers detinez pour
conduire Son Excellence la 5
GALANT. 83
9
menérent dans un endroit de
la Cour où l'on diftribua quarante
Caffetans à M' l'Ambaffadeur
& à ſon Cortege. Le
Chaoux Bachi picqué de ce
que Son Excellence luy avoit
refufé la droite , avertit Maurocordato
que M' l'Ambaffa
deur avoit une épée , & qu'il
ne devoit point eftre introduit
chez le Grand Seigneur avec
des armes. Maurocordato prévit
deflors le refus que feroit
Son Excellence de quitter fon
épée. Il ne put cependant fe
difpenfer de dire à M² l'Ambaffadeur
que le Chaoux Ba84.
MERCURE
chi avoit apperçu fon épée , &
qu'il falloit la quitter pour
voir le Grand Seigneur. M
l'Ambaffadeur luy répondit ,
que fes Fredeceffeurs avoient
eu leurs Audiences l'épée au
collé. Cette conteftation fut
portée au grand Vifir qui étoit
encore dans le Divan , & qui
envoya affurer M ' l'Ambafladeur
que fes Predeceffeurs n'avoient
point d'épée , lorsqu'ils
avoient vû leGrandSeigneur,à
quoy Son Excellence repliqua
que M de Caftagneres , qui
eftoit encore à Conftantinople
, l'avoit écrit à l'Empereur
GALANT. 85
fon Maiftre. Maurocordato
luy dit que fi M' de Caftagneres
l'avoit mandé , il n'eftoit
pas vray. M' de Feriol répon
dit que M' de Caftagneres
eftoit homme d'honneur , &
n'eftoit point capable d'impoferà
Sa Majesté. Le grand Vifir
à qui l'on rapportoit tous
les exemples que M'l'Ambaf
fadeur citoit , luy envoya fix
des plus anciens Capigis pour
rendre témoignage que cela
ne s'eftoit jamais pratique , &
pour luy reprefenter que le
grand Vifir même ne portoit
point d'armes dans le Serrail ,
86 MERCURE
ny le Janniffaire Aga. Son Excellence
leur dit , que le Vifir
& le Janniffaire Aga eftoient
Sujets du Grand Seigneur, que
les Loix eftoient faites pour
eux , mais que pour luy il
ne quitteroit les armes qu'avec
la vie . Le Vifir fit dire à
M' l'Ambaſſadeur , que s'il
voyoit le Grand Seigneur fans.
épée , Sa Hauteffe en écriroit
au Roy pour le diſculper de
l'avoir fait; mais il luy répondit
, qu'il n'avoit point envie
de commettre cette faute . On
propofa encore à M ' l'Ambaſfadeur
de luy donner des atGALANT.
87
teftations du Vifir & de tous
les Grands de
l'Empire , pour
l'affurer quejamais aucun Ambaffadeur
ne verroit le Grand
Seigneur avec fon épée , pas
même celuy de l'Empereur ,
mais il demeura toûjours ferme
dans la reſolution de per .
dre plutot la vie que de quitter
les armes . Maurocordato
dit à M l'Ambaffadeur de
prendre confeil des Officiers
François qui fe trouvoient prefens
; à quoy il repliqua , qu'il
eftoit luy mefme l'Interprete
des ordres de Sa Majesté fur
ce qui regardoit fa gloire. Son
88 MERCURE
Excellence s'offrir de rentrer
dans le Divan pour expliquer
luy même les raiſons. Le Vifir
le refufa. Maurocordato luy
dit qu'il prévoyoit que cette
journée feroit caufe de bien
des malheurs , s'il ne fe refolvoit
à prendre fon Audience
fans armes. Tant pis pour le
plus foible , luy répondit - il ,
mais je deshonore.ois l'Empereur
mon Maiſtre , fi je quittois
mon épée. Le grand Vifir
fut obligé de fortir de la chambre
du Divan pour aller parler
au Grand Seigneur für cette
difficulté. M' de Feriol eftoit
GALANT: 1 89
7
toujours au mefme endroit où.
l'on avoit diftribué les Caffetans
. Ilfe leva quand legrand
Vifir paffa , & le Vifir le falua.
Les Turcs voyânt la fermeté
de Mr l'Ambaffadeur
, parurent
confentir à l'introduire
chez le Grand Seigneur , avec
fon épée , pour fe fervir d'une
fupercherie qui ne leur a pas
réüfli, Le Maitre des Ceremo.
nies le vint prendre , comme
fi l'affaire euft efté accommodée
, & ne le laiffant fuivre
que des quatre Capitaines des
Vaiffeaux , de fon premier Secretaire
, & de deux Lieute-
H
Juillet
1700.
90 MERCURE
nans , deux Capigis nous prirent
par deffous les bras , com
me cela s'obferve quand l'on
paroift devant le Grand Seigneur.
Cependant un autre
Capigi s'approcha de Son Excellence
pour luy ofter fon
épée. Mr l'Ambaffadeur le repouffa
vigoureuſement , & s'é
tant adroitement défait de
ceux qui le tenoient , il mit la
main gauche fur la garde de
fon épée , & demanda fiérementà
Maurocordato s'il étoit
parmi des Ennemis , & fi l'on
traitoitainfi l'Ambaffadeur de
France. Nous étionsfortreffer
GALANT. 91
rez par nos deux Capigis , mais
par force , ou autrement , nous
nous débaraffames pour nous
approcher de S. E. Le Chef
des Eunuques blancs fortit de
la chambre du Grand Seigneur
, & failant figne de cef.
fer le bruit , il s'approcha pourr
demander à M'l'Ambaffadeur
s'il vouloit fon Audience ,
condition de ne point avoir
d'épée . M l'Ambasadeurr
l'ayant refulée à cette condi---
tion , nous retournâmes vers ✨
noftre Cortege, qui ne fçavoit
pas ce qui s'eftoit paffé à l'en
trée de la Chambre d'Audien
Hij
92 MERCURE
ce. Cependant S. E. & les autres
à ton exemple , rendirent
leurs Caffecans à ceux qui
nous les avoient mis fur les
épaules . Les Turcs dirent aux
Interpretes d'envoyer cher .
cher les Prefens . Nous fortî.
mes en bon ordre , & lors que
nous fumes remontez fur nos
chevaux , on nous fit ranger
pour laiffer paffer les Janiffaires
, qui fortirent tumultueufement
en courant les uns fur
les autres . Enfuite nous nus
mîmes en marche dans le méme
ordre que nous eſtions venus,
& nous retournâmes à la
GALANT .
93
Marine , où Mr l'Ambaffadeur
s'embarqua dans fon Canot
pour paffer à Pera. Les Vaiffeaux
le faluerent de vingt &
un coups de Canon chacun ;
les Officiers de la Marine qui
Favoient accompagné , vinrent
dîner au Palais , où il y
à tous les jours trois tables de
quatorze couverts , également
fervies & couvertes des mets
les plus exquis , & des viandes
les plus delicates .
Vous ferez fans doute bien .
aife de voir ce que M'l'Abbé
de Poiffi vient de faire pour le
Roy.
94 MERCURE
AA
LOUIS LE GRAND.
ROY, le plus paiffant des :
Rois,
LOUIS , tu ne doispas attendre
Que je faffe un détail de tes nombreux
Exploits ,
Fe craindrois d'échouër , ou de trop entreprendre.
Pourfaire tou éloge il ne faut que·
deux mots :
L'on trouve en toy Cefar, Annibal,
Alexandre ,
Mais on les trouve fans defauts.
Vous fçavez , Madame , ce
que j'aurois à vous dire fur le
merite de M' l'Abbé de Poiffi
GALANT. 95
à qui le Pere Tavillon , Jefuire
fameux , a adreffé cette Let
tre.
3.
Vous me donnez de la con
fufion , vous & l'illuftre Mª de
Segrais , de vous fouvenir de
moy d'une maniere auffi obligeante
que vous le faites. Le
morceau de Lettre que vous s
m'envoyez , Monfieur , me
flate bien agréablement , &
les Vers que vous y ajoûtez ,
me paroiffent d'un tour &
d'un gouſt tout à fait nou
veau. Il fuffit qu'ils viennent
de M ' l'Abbé de Poiff , pour
prévenir auffi- toft . Je fuis feu
96 MERCURE
lement fâché que mon fuffra
ge dans le monde Poëtique
foit compté pour fi peu de
chofe. Depuis que je me fuis
exilé par devoir , plûtoft que
par inclination , de cet agréable
& riant Pays , je trouve que
mes anciennes idées fe font
évanouies ; la fevere Theologie
a tout chaffé , & a établi à
la place merum rus , &meram
barbariem. Voilà , Monfieur ,
en partie ce qui m'a obligé de
me retirer à petit bruit , & à ne
plus me montrer aux yeux delicats
& clairvoyans du grand
M' de Segrais. Quoy que les
badinages
1
t
1
6
GALANT. 97
!
badinages du Parnaſſe me
foient maintenant de fort peu
de chofe , depuis qu'on m'a
lié à des Etudes toures oppofées
, j'ay pourtant de l'obligation
aux plaifantes folies de
ma jeuneffe , de m'avoir valu
la connoiffance , & fi je l'ofe
dire , la bienveillance d'un
homme comme luy, Si même
il eftoit d'humeur à me pardonner
mes omiffions du paflé
, & à ne fe point rebuter de
mes groffieretez prefertes ,
volontiers , Monfieur , je rous
prierois de ménager mon pardon.
En tout cas j'ay un jeune
Juillet 1700
•3
98 MERCURE
Frere , qui de temps en temps
tiendroit la Plume en ma place
, & le dédommageroit de
l'ennuy que je donne aux
Gens . Je crois avoir eu déja
l'honneur de vous parler de
ce jeune homme de vingtdeux
ans . Pour vous en rafraíchir
l'idée , trouvez bon que
je finiffe ma Lettre par une bagatelle
de fa façon . Il y a quelque
temps que le jeune Comte
de Crecy fit ces quatre Vers
Latins fur la Paix.
de procul Mavors , niveis
pax alma quadrigis
Ecce redit tandem , votaque
noftra beat.
GALANT. 99
Cedeprocul victor Lodoixjubet,
armaque
ponit
Tamfacilis
, facili quam capit
arma manu,
Mon Frere fit cette espece
de traduction paraphrafée.
Dieu des Combats , retirezvous
,
La Paix vient finir nos allarmes
Et combler nos voeux les plus
doux,
Porttz ailleurs vos triftes ar
mes ,
Dieu des Combats retirez-
VOUSI
ij
100 MERCURE
A faire des heureux Louis borne
fa gloire,
Luy même il fe defarme au fort
de fa victoire ;
Ces foudres que jamais rien neput
arreſter ;
Il veut enfin les fufpendre ,
Auffi prompt à les quitter,
Qu'il estprompt à les reprendre
Quand on ofel'irriter.
Les Vers & la traduction
furent fort goûtez à la Cour ;
mais tout cela eft peu de chofe,
fi vous & Mr de Segrais
n'y mettez voſtre marque . Je
fuis , Monfieur , à l'un & à
l'autre voſtre tres , &c .
GALANT. 10!
Le Sonnet qui fuit eft de
Mr Bonnecamp, Medecin de la
Marine. Il a efté envoyé à мrs
les Lanternißes de Touloufe ..
fur les Bouts rimez qu'ils ont
propoſez pour le Prix de cette
année. Je ne doute point qu'ils
ne vous paroiffent fort heu
reufement remplis
.
REpofe - toy , LOUIS , à l'ombre
de
l'olive ,
Laiffe nous applaudir à tes faits
éclatans ;
Aprés tant de combats , grund Monarque
, il eft temps
De donner quelque trève à ta valeur
active .
S
Liij
102 MERCURE
Au bien de tes Sujets ta fageſſe attentive
Se fait un doux plaifir de les rendre
contens;
Ton invincible bras a dompté les
Titans ,
Et tu tiens fous tes loix la Difcorde
captive .
S
Le Sabre & le Moufquet ne font
plus de faifon
Ton Aflre luit par tout , fans quitter
l'horifon ;
Le Soldat dorttran quille au pied de
la
S
barriere .
Tu n'as plus rien à vaincre , & rien
à foûtenir .
Ton Soleil fans éclipfe a fourni fa
carriere ,
Et tu fers de modèle aux Princes à
venir.
GALANT. 103
PRIERE POUR LE ROY.
O Toy , qui dans Louis tant de
vertus affembles
Conduis loin fes beauxjours dans le
fiecle à venir ;
Etpuifque tous les deux , enfin , doiventfinir,
Qrdonne leur , SEIGNEUR , de ne
finir qu'enfemble.
Voicy un Madrigal qui fut envoyé
à Mr le Marquis de
par Mr Dader, le jour de la Fefte
de Saint Paulin, dont ce Marquis
porte le nom .
UN
Njeune homme autrefois réduit
à l'eflavage ,
Dansfesfers craignoit d'expirer ;
I iiij.
104 MERCURE
Satnt PAULIN rompli de courage
Se venditpour l'en délivrer:
Contre moy vainemeut le fort forme
un orage ,
Ce grand Saint eft voftre Patron.
Vous avez fon zèle & fon nom,
Vous me fauverez du naufrage.
Si vous n'aviez pas déja vû
divers Ouvrages de Mr Dader ,
les Vers qui fuivent fuffiroient
pour vous apprendre combien
on eftime le talent qu'il a pour
la Poëfie.
A MONSIEUR DADER .
S'Ans contredit , Monfieur Dader
,
De tous les Madrigaux les plus
beaux font lesvoftres;
GALANT . 105
Ainfi que l'or eft au deffus dufer
Vos Vers font au deffus des au-.
tres.
Cheri du divin Apollon
Pour vous rien n'eft caché dans lefacré
Vallon ,
Et vons pouvez fans péril & fans
peine
Puiferde l'eau de l'Hippocrene,
Tandis que lesfçavantes Soeurs
Repouffent cefatras de Verfificateurs.
Que n'ont-ils comme vous,
reux avantages !
tant d'heu-
On verroit beaucoup moins d'impertinens
Auteurs
Et beaucoup plus de beaux Ouvrages.
L'Auteur de ces Vers ne m'eft
fous le nom du Perroconnu
que
quet des Sevennes . Cependant
106 MERCURE
il ne parle pas comme ces Oifeaux
, c'eſt - à - dire fans fçavoir
ce qu'il dit , lorfque par ces autres
Vers , ii veut faire rentrer le
libertin dans la contemplation
de fa mifere .
Toy, qui pendant le cours de ta
profperité ,
Meprifes du Seigneur la puiſſance,
fupreme ,
Et ne rapportes qu'à toy-même.
Tafragile felicite :
MORTEL , voy quelle eft ta mifere
,
Au milieu des plaifirs , des biens , &
des honneurs,
Et s'il t'eft permis , confidere ,
Pour te guerir de tes erreurs ,
Que de ton corps réduit enpourriture
,
GALANT. 107
Les Vers feront ltur nourriture :
Etqu'un même coup de cifeau
Terminant à la fois &tesjours &tes
crimes ;
Mettra le corps dans le tombeau,
Et precipitera l'ame dans les abi-.
mes.
Affez & trop longtempspar tes dereglemens
,
On t'a vu meriterle plus rudefupplice.
Honteux de tes forfaits , plein d'hor_
reurpour le vice ,
Reviens de tes égaremens ;
De ton divin Sauveur , fuy les Commandemens
,
Etpour te dérober aux ceups defajufti-
се ,
Te confiant enfafainte bonté,
Ne regle tes deffeins que parfa volonté.
108 MERCURE
Par aucunfol espoir ne te laiffe feduire
,
Et de tout autrefoin l'esprit débaraffe,
Songe que l'avenirpeut à peine ſuffire
,
Pour expier lesfautes dupaffe.
Aprés tant d'Ouvrages ferieux
, il faut vous divertir par
une Epigramme fur une vieille
avanture .:
Certain Maistre à chanter , fäns
fouliers & fans bas ,
Sans culote , furtout , on voyoitfon
derriere .
( Cette remarque eft neceſſaire .)
Or ce Quidam , queje ne nomme
pas ,
Vint unjour à LULLI demander la
palade.
GALANT . 109
Je chanteray, dit-il , tout ce qu'il vous
plaira ,
Baffe , Deffus , & cætera .
Jamais le Grand Gautier ne me fera
bravade
1
Pour le fredon & la roulade.
De ma voix en un motje fais ce que
je veux :
Comment , répond LULLI , qui m'a
donné ce Gueux !
Dequoy te fervent donc le Nottes
?
Si de ta voix tufais ce que tu veux,
Que ne t'enfais- tu des culot
tes ?
Mademoiſelle Lheritier a fait
les Vers que je vous envoye gravez.
L'Air eft de Mr de Collignon.
C'eſt un jeune homme
dont les compofitions en Mufi710
MERCURE
I
que , font fort approuvées des
Connoiffeurs Il fait des Concerts
chez luy , & il fe trouve
toûjours dans ces Affemblées ,
grand nombre de perſonnes de
diftinction .
AIR NOUVEAU.
PRintemps , dont la belle verdure
Ranime toute la Nature ,
Que j'aime ton charmant retour.
Ab , qu'un coeur goûte bien tes charmes
Quand ilnefent point les allarmes
Qne donne le cruel Amour !
F'entens en vain dans ces boccages
Vanter fesfeux & fes tendres defirs.
Printemps , tes fleurs & tes om-.
brages
Font les plns doux de mes plaifirs.
++ག་
ce
to
gi
di
1
GALANT.
TIL
C'eft avec plaifir que je fatis .
fais voftre curiofité touchant
ce qui s'eft paffé fous quelques
autres Regnes que celuy d'aujourd'huy,
dans ce qui regarde
la défenfe de l'or & de l'argent
fur les habits. Songez cependant
que les modes de ces
temps- là eftoient fort differentes
de celles qui ont cours
prefentement. Ainfi il pourra
y avoir beaucoup de chofes ,
qui ne feront pas aifées à
comprendre.
En 1549. Henry II . défendit
pour la feconde fois de porter
des habillemens de drap d'or
112 MERCURE
& d'argent , & declara les perfonnes
non compriſes dans
dans la défenfe. Le Parlement
luy envoya les doutes fuivans
fur l'interpretation de fon
Ordonnance , & Sa Majeftéles
éclaircit , ainfi que vous pouvez
voir par la réponſe de ce
Prince.
DOUTES ENVOYEZ
au Roy parla Cour , fur l'in
terpretation de l'Ordonnance
fur la reformation des Habillemens,
Squee
I les Brodures d'Orfévrie
que portent les Femmes
que les
GALANT. 113
für la tefte , & les Chaînes
d'or qu'elles portent en cein
tures & bordures , font comprifes
& défenduës fous ces
mots d'Orfévrie.
I. Le Roy n'entend que lesdites
dorures , broderies chaînes , pasenoftres
, & autres efpeces de ba
gues , foient comprifes en l'Edit.
Si fur ce mot de Paffement
les bandes de velours qur font.
fur les habits & ailleurs , qu'aux
bords , font compriſes & dé.
fendues.
L
11. Le Roy n'entendpoint qu'il
yait bandes , finon aux fentes ¿
bordsdes rabes..
Juillet 1700 .
K
114 MERCURE
Si les petits enfans de l'âge
de dix ans , & au deffous font
compris en l'Edic , foit pour
les coëffures , robes , ou autres
vêtemens.
III. L'Edit s'entend autant
pour les petits quepour les grands.
Si le tanné en foye eft défendu
& compris fous les robes
de couleur .
IV. Ledit tanné n'eft point dé
fendu.
S'il fera permis aux Gens
d'Eglife qui ne font point Gentilshommes
, de porter foye
fur foye.
V. Les Evêques , Abbez,
GALANT us
premieres Dignitez des Eglifes
Cathedrales & Collegiales pour
ront porterfoyefurfoye.
... Si fur ces mots , Gentilshom
mes ,les Gens de Juftice & Ro
bes longues , qui font Gentils.
hommes , font compris , & en
ce plaira confiderer que fous
ombre de ce, l'Edit n'eſt point
gardé , car chacun fe die Genfilhomme
; & fi les Offices de
la Cour , de Confeiller-Secre
taire du Roy , & autres , enno--
bliffent les perſonnes quant à
l'obſervance de l'Edit , ores
qu'ils foient d'ailleurs Nobles..
VI. Le Roy entend, que less
Kij
116 MERCURE
Gens de Robe longue , qui font
Gentilshommes , puiffent porter
Joye , & en ufer ainsi que les autres
Gentilshommes , hormis és lieux
aufquels eft défendu à nos Officiers
porter robe defoye. Veut auffi que
les Secretaires de luy de la Mai
fon & Couronne de France en
puiffent porter comme Nobles ,
non compris audit Edir.
Editing
Si fous ces mots , Bonnets de
velours , les chapeaux & calot .
tes de velours font compris . 5
VII. Ledit Seigneurs entend
que les Chapeaux de velours font
compris audit Edit, n
Si les Domeftiques de la
GALANT. 17
r& qui
Maifon du Roy , qui ne font
actuellement Servans & qui
font hors leur quartier , font
compris en l'execution de l'Edit..
VIII. Lefdits Domestiques
jouiront de l'exemption de l'Edit en
fervice & autrement.
Si fous ces mors de Mechaniques
font compris les Marchands
vendans en détail , &
Jes principaux Meftiers de Pa
ris , comme Orfévres , Apothicaires
& autres , & fi les fem
des Mechaniques porteront
foye en leurs bordures & ailleurs.
118 MERCURE
1X. Tous Marchands ven »
dans en détail gens de Mé
tierfont compris audit Edit ; mais
bien pourront leurs femmes porter
foye en doublures bords & manchons...
A CHARLES IX. det
Article J46 . Id Orleans 1560.6
Défendons à tous Manans ..
& Habitans de nos Villes, toures
fortes de dorures fur
plomb, fer ou bois , & l'uſage
des parfums apportez des
Pays étrangers , & hors noftre
Royaume , à peine d'amende
arbitraire , & de confifcation
des marchandiſes .
"
GALANT. 19
Charles IX . en l'an 1563 , fit
le Reglement que vous allez
hire.
I. Que tous Gens d'Eglife fe
vêtiront dorefnavant d'habits
modeftes , décens , & convenant
à leur profeſſion , fans
qu'ils puiffent porter aucuns
draps de foye , foit en robes ,
fayes , pourpoints ou chauffes
aucunement découpées , & fi
porteront des fayes longs.
II. Les Cardinaux porteront
toutes foyes . & toutefois dif
cretement . & fans fuperfluite
ny enrichiffement.
III . Les Archevêques & E120
MERCURE
vêques en robes de taffetas , &
damas pour le plus , & velours
& fatin plein en pourpoint &
foutanes.
IV. Tous nos autres Sujets
de quelque eftat , dignite &
qualité qu'ils foient , fans exe
ceptions de perfonnes , fors
de noftres tres chers & tresh
amez Freres , Soeur & Tantes,
les Princes & Princeffes , &
ceux qui portent titre de Ducs ,
ne pourront dorefnavant fe
veftir & habiller d'aucun drap
de toile d'or ou d'argent , ufer
de pourfilares , broderies ,
paffement , franges , torrils ,
canetilles,
GALANT. 121
canetilles , recamares, velours ,
loyes , ou toiles barrées d'or
ou d'argent , foit en robes ,
fayes , pourpoints , chauffes ,
ou autres habillemens en quelque
forte & maniere que ce
loit : ce que nous leur avons
inhibé & defenda , inhibons &
défendons , & ce fur peine de
mille écus d'amende , applicable
partie à nous , autre partie
enx Pauvres du lieu, & autre
au dénonciateur .
V. Défendons en outre à
nofdits Sujets , foit hommes ,
femmes , ou leurs Enfans ,
d'ufer és habits qu'ils porte-
Juillet 1700.
L
122 MERCURE
ront ,foir qu'ils foient de foye,
ou non ; d'aucunes bandes de
broderies , piqueures ou em.
boutiffemens de foye , paffemens
, franges , tortils ou canetilles
, bords ou bandes de
quelque foye que ce foit , dont
leurs habillemens , ou partie
d'iceux, puiffent estre couverts
ou enrichis , fi ce n'eft feulement
un bord de velours où
de foye de la largeur d'un
doigt , ou pour le plus deux
bords ou arrierepoints , aux
aux bords de leurs habille .
mens: de forte que la façon ,
tant pour les hommes que
GALANT. 123
femmes , ne revienne à plus de
7
foixante fols pour chacune
piece d'habillement , & ce,
pour obvier à la dépenſe qui
fe fait és façons defdits habillemens
, qui excedent tellement
la matiere & l'étoffe ,
qu'au lieu d'y faire quelque
épargne , fuivant noftre
intention , il s'en fait plus
grande fuperfluiré qu'aupara
vant , & ce fur peine de deux
cens livres parifis d'amende
pour chacune fois , moitié applicable
aux Pauvres , & l'au
tre au dénonciateur , fans aucune
remiffion .
Lij
124 MERCURE
VI. Permettons aux Dames
& Demoiselles de Maifon , qui
réfident aux champs &hors de
nos Villes , s'habiller de robes
& cottes de drap de foye de
toutes couleurs ,felon leure ftat
& qualiré , pourvû toutefois
que ce foit fans aucun enrichiffement.
VII. Et quant à celles qui
font à la fuite & à l'eftat de
noftredite Dame & Mere , &
de noftredite Soeur, elles pour.
ront porter les habillemens
que bon leur femblera lors
qu'elles feront à noftre fuite ,
ou de nofdites Mere & Soeur ,
GALANT. 125
& hors de là , garderont la
prefente Ordonnance , fur les
mêmes peines .
VIII. Défendons en fem
blable aux Veuves l'ufage de
toutes foyes , fi ce n'eft à celles
qui feront à ladite fuite d'icelles
nofdites Mere & Soeur , &
à celles de Maifon demeurant
aux champs & hors les Villes ,
qui pourront porter feulement
ferge , camelot de foye,
taffetas , fatin & velours plein ,
& toutefois fans aucun enri .
chiffement, ne autre bord que
celuy qui fera mis pour arrêter
la couture.
Liij
126 MERCURE
IX. Défendons en outre
à toutes femmes de porter
vertugales ayant plus d'une
aune ou aune & demie de
tour.
X. Pareillement défendons
à tous Seigneurs , Gentilshom
mes , & autres perfonnes , de
quelque qualité qu'ils foient ,
de ne faire porter à leurs Pages
aucun drap de foye, broderies,
bandes de velours , ny autres.
enrichiffemens de foye ,foit en
pourpoint , chauffes , fayes ,
manteaux , collets , ne autres
habillemens , hormis les noftres
, ceux de nofdites Mere ,
GALANT 127
Freres & Soeur, & des Princes,
Princeffes & Ducs.
XI. Et quant aux Prefidens,
n'eftant de noftre Confeil Privé
, Maiftres des Requeftes ,
Confeillers de nos Cours Souveraines
& Grand Confeil ' ,
Gens de nos Comptes , & toust
Miniftres de noftre Juſtice ( fi
ce n'eft quant aufdits Maitres
des Requeftes , lors qu'ils fe.
ront à noftre fuite ) & gene .
ralement tous autres nos Offi
ciers , Sujets , Habitans & ré-
Tidens és Villes de nos Royau
mes , & Pays de noftre obeif.
fance , ne pourront porter
Liiij
128 MERCURE
efdites Villes loyes en bonnets
, chapeaux , fouliers &
fourreau d'épées , ny femblablement
aucuns habillemens,
de foye , fi ce n'eft quant aux
hommes , pourpoints & fayes ;
& les Femmes , Filles & Demoifelles
, taffetas & fatin de
foye tant feulement en robe ,
& non autre forte de foye ,
quelle qu'elle foit pour lefdites
robes. Bien pourront en
devant des cottes , manchons
& doublures de manches de
leurs robes , porter toutes foyes
& de toutes couleurs, excepté
le cramoify , & toutefois fans
GALANT. 129
aucun enrichiffement , ne qu²-
elles puiffent faire doubler entierement
lefdites robes de
velours , fatin , ny autre forte
de drap de foye ; ne femblablement
les hommes , leurs
robes , capes ou manteaux , fi
ce n'eft du lay ou demi- lay de
velours , fatin ou autre forte de
drap de foye par les devants
defdites robes
cappes , &
de trois doigts tout autour , fi
bon leur femble,
XII. Ne pourront auffiles
Demoifelles porter dorures à
la tefte , de quelque forte qu'-
elles foient, finon la premiere
270 MERCURE
année qu'elles feront mariées.
Bien pourront porter chaînes ,
carquans & bracelets , pourvû
qu'ils loient fans aucun émail ,
& ce fur peine de deux cens
livres parifis d'amende , pour
chacune fois , la moitié de la
quelle avons dés à preſent
donnée aux Pauvres , & l'autre
au dénonciatiar , fans que nos
Juges la puiffent moderer .
XIII. Les Femmes de Marchands
, & autres de moyen
eftat , ne pourront porter des
Perles , ne auffi dorures qu'en
patenoftres & bracelets , fous
les mefmes peines,
1
GALANT.
131
XIV . Défendons auffi fur
pareille peine aux Treforiers
de France , Generaux de nos
Finances , nos Notaires & Secretaires
, Officiers comprables
, & autres Officiers, quels
qu'ils foient , l'ufage de foye
en robes , chapeaux , bonnets
& fouliers , excepté quant aufdits
Treforiers de France &
Generaux de nos Finances ,
Notaires & Secretaires , ceux
qui feront à noftre fuite tant
feulement tous lefquels tou
tefois ne pourront ufer d'aucun
enrichiffement en leurs
habits , felon que deffus eft.
dit .
532 MERCURE
XV Et quant aux Artifans ,
gens de métier , Serviteurs &
Laquais , avons défendu l'ufage
de toutes foyes , en quelques
habits qu'ils puiffent porter
, & même en doublures de
chauffes , fur peine quant aufdits
Artifans & gens de métier,
de cinquante livres tournois
d'amende, applicable aux Pau.
vres ; & pour le regard des
Serviteurs & Laquais , de pri,
fon & confilcation d'habits
Quelques jours aprés Charles
IX donna l'interpretation
fuivante , touchant quelqes
Articles de ce Reglement.
GALANT. 133
CHARLES , par la grace
de Dieu Roy de France , A nos
amez & feaux les Gens tenans
nos Cours de Parlement
, Salut.
Par
l'Ordonnance
que nous avons
fait expedier le 17. jour de Jan
vier dernier paßé , pour ofter à nos
Sujets toute
occafion de depenfe
fuperflue
en leurs
habillemens , nous
avons entre autres
chofes permis
aux
Femmes
& Filles de nos
Officiers , quiferont
Demoiselles ,
l'usage de taffetas & famy defoye
tant
cen
robes , ayant dés
lors entendu que leurs Maris ( de
la fplendeur defquels elles reluifent)
enffentfemblable permiffion , mais
134 MERCURE
pource qu'il n'en a esté fait aucune
mention en ladite Ordonnance, la.
quelle femble plutoft leur ofter de
pouvoir porter ledit taffetas en
robes,que de leur permettre , Nous ,
en amplifiant & interpretant no .
ftredite Ordonnance, avons dit
déclaré , difons déclarons que
noftre vouloir intention eft que
nofdits Officiers de la qualité qui
s'enfuivent , àfçavoir les Prefi.
dens , Maiftres des Requeftes &
Confeillers de nos Cours Souve
raines , les Prefidens & Maiftres
des Comptes ordinaires en nos
Chambres des Comptes , les Prefidens
& Generaux des Aides , les
GALANT. 357
Treforiers de France & Gen eraux
de nos Finances , nos Notaires&
Secretaires , Treforiers de noftre
Epargne , de l'Ordinaire &
Extraordinaire de nos Guerres&
de noftre Maifon , pource qu'ils
font ordinairement à la fuite de
noftre Perfonne , puiffent porter
ledit taffetas & Jamı defoje en
robes , & non autre forte de foye,
quelle qu'elle foit , pourvû quant
aux Officiers de nofdites Cours
Souveraines , que ce foit en nos
Cours de Parlement , tout ainfi
qu'ils euffent fait & pûfaire , s'il
leur euft efte permis par noftredite
Ordonnance.
136 MERCURE
Je me fouviens que vous
m'avez demandé pourquoy
l'année où nous fommes n'elt
point biffextile. L'Auteur du
Difcours qui fuit vous l'apprendra.
I
A MONSIEUR ***
Ly a trois obfervations à
faire fur la prefente Année .
1700. La premiere , qu'elle
n'eft point Biffextile , la fe
conde, que l'Epacte eft ix. &
la troifiéme , qu'il n'y a qu'u
ne lettre Dominicale. Quand
on dit qu'elle n'eft point
Biffextile , cela veut dire qu'on
GALANT.
137
n'y ajoute point un jour dans
le mois de Février, comme on
l'y devroit ajoûter fuivant la
metode ordinaire, puis qu'elle
eft la quatrième année d'aprés
celle de 1696 , & que de quatre
ans en quatre ans on ajoûte
un jour dans l'année , pour
employer & confumer , pour
ainfi dire , les onze minutes .
dont les foixante font une
heure , & les quarante quatre
fecondes , qu'on ajoûte tous
les ans aux trois cens foixante
& cinq jours cinq heures qua
rante-neuf minutes & feize
fecondes , que le Soleil em-
Juillet 1700.
M
18 MERCURE
ploye à faire fon cours annuel ,
fuivant l'établiffement qui en
a efté fait par Jules Celar , Empereur
Romain , qui vivoit
foixante & cinq ans avant la
naiflance de Noftre Seigneur ::
ce qui s'eft continué depuis
jufqu'à prefent. Ces quarante
neufminutes & ſeize fecondes
que le Soleil employe à faire.
fon cours annuel , par delà
cinq heures , & les onze mi .
nutes & quarante quatre fecondes
que l'on y ajoûte jointes
aux cinq heures , en font
fix entieres , & ces quatre fois
& heures compofen t le jour
GALANT. 139
que l'on ajoûte dans l'année
tous les quatre ans ,
nomme Biffextil .
& qu'on
Cette metode d'ajoûter un
jour dans l'année de quatre:
ans en quatre ans , a efté interrompue
en la prefente année
1700 , d'autant qu'on a obmis
d'y infererun jour , comme érant
une des années des quatre
Siecles, dans les trois premiers
defquels on doit faire l'omilfion
d'un jour , pour employer
& confumer en chacun de ces
Siecle un jour , qui fe former
en cent trente- quatre ans dee
ces minutes & de ces fecondess
Mij
140 MERCURE
jointes à ces cinq heures , &
qui s'en formera à l'avenir .
C'eft le remede à l'erreur que
cela auroit caufé dans la fuite
des temps. Il y a efté apporté
par le Pape Gregoire XIII .
lors qu'en 1582. il a retranche
du Calendrier Romain dix
jours , que ces mêmes minu
tes & fecondes avoient produits
depuis le Concile de Nicée
, tenu en l'an 325 .
La feconde obfervation eft ,
que l'Epacte de cette aunée
eft ix . au lieu que dans la methode
ordinaire , nous devrions
avoir x. d'Epacte , d'autant
GALANT #41
que l'Epacte n'eft autre chofe
la difference
de onze
que
jours , dont le cours du Soleil
furpaffe les douze Lunes , dont
l'année eft compofée . Ainfi
pour avoir l'Epacte d'une année
, il ne faut qu'ajoûter onze
à l'Epacte de l'année prece
dente ; & fuivant cette meto
de , l'Epacte de l'année 1699.
eftant vingt neuf, on auroit dû
ajoûter onze ; mais attendu l'o .
million que l'on a faite d'un
jour en cette année , on n'y
ajoufte que dix , qui eft un de
moins qu'à l'ordinaire , & ce
nombre qu'on ajoufte à vingtneuf
faiſant trente - neuf , il
142 MERCURE
faut en retrancher trente , ce
qui fait qu'il ne reste que Ix.
pour l'Epacte de l'année 1700 .
La troifiéme obfervation
eft , que dans cette année il n'y
a qu'une lettre Dominicale ,
au lieu que dans la metode
ordinaire il y en devroit avoir
deux , comme eftant la quatriéme
année d'après celle de
1696. & que de quatre ans en
quatre ans il y a deux lettres
Dominicales , ce qui fe fait
afin que les fept premieres
lettres de l'Alphabeth , qui
font A. B. C. D. E. F. G. qu'on
nomme Dominicales , parce
GALANT 143
qu'elles marquent tous les
Dimanches d'une année , deviennent
les unes aprés les
autres fucceffivement
Domitres
ac
nicales , ce qui arriveroit tous
les feptans, fi cer ordre n'eftoir
interrompu tous les quatre
ans dans la quatrième aunée,
dans laquelle il y a deux let
Dominicales ; ce qui fait
que cet ordre ne s'y peut éta
blir qu'aprés quatre fois fept
ans , qui font vingt huit années
révoluës , aprés lesquelles
ces fept lettres de l'Alphabeth
deviennent Dominicales fucceffivement
les unes aprés les
144 MERCURE
autres. Elles le deviennent par
ordre retrograde, à cauſe qu'
eftant appofées à chaque jour
de l'année , la lettre A qui eft
appofée au premier jour de
Janvier , fe trouve auffi appo
fée au dernier jour de Decembre
; ce qui fait que comme
ces lettres font immuables
dans le Calendrier , cette lettre
A appofée au premier jour
de l'an ayant marqué le Dimanche
, la lettre Dominicale
de l'année fuivante fera le B ;
car aprés une année , en laquelle
le premier jour a efté
un Dimanche , marqué par la
lettre
GALANT. 145
lettre A , le premier jour de
l'année fuivante , qui . commencera
par un Lnndy , fera
marqué par la méme lettre A ,
le fecond , qui fera le Mardy ,
par la letrre B , le Mercredy
pat la lettre C , le Jeudy parla
lettre D , le Vendredy par la
lettre E , le Samedy parla lettre
F , & cela eftant , le feptié.
me jour , qui fera le Dimanche
, fera marqué par la lettre
G , de même dans les autres
années fuivantes par le même
ordre retrograde..
Les Souverains Pontifes Romains
, qui ont fuccedé aux
Juillet 700 .
N
146 MERCURE
र
Empereurs dans la domination
temporelle de Rome , où
ils ont établi leur Siege , pour
conferver encore quelque
chofe de la grandeur de Conftantin
& de Charlemagne
, fe
fervent dansleurs Bulles & dans
leurs Mandats Apoftoliques
,
des mêmes chofes dont fe fervoient
les Romains , fçavoir
des mois d'Indiction , de No.
nes , d'Ides & de Calendes .
L'Indiction eft une revolution
du nombre de quinze ,depuis
un juſques à quinze , qui
comprenoit trois Luftres.compofez
chacun de cinq années,
GALANT. 347
dans lefquels les Sujets de la
RepubliqueRomaine eftoient
obligez d'apporter à Rome
leurs tailles & leurs tributs.
Ces trois Luftres eftant écou-
Jez , ils comptoient une Indiction
, & aprés fix Luftres ils
en comptoient deux , & ainſi
du refte .
Les Nones , les Ides & les
Calendes partageoient leurs
mois. Le premier jour de chacun
avoit le nom de Calendes.
LesNonesvenoient enfuite au
nombre de quatre , dans les
** mois de Janvier , Février , Avril ,
Juin, Aouft , Septembre, No.
Nij
148 MERCURE
vembre & Decembre ; dans
lefquels le jour que l'on appelloit
précisément le jour des
Nones , eftoit le cinquième
de chacun de ces mois. Ces
mêmes Nones eftoient au
nombre de fix dans les mois
de Mars , de May , de Juillet
& d'Octobre , dans lef
quels le jour qu'on nommoit
précisément le jour des None's
eftoit le feptiéme de chacun
debces Mois,
DB Aux Nones fuccedoient les
Ides au nombre de huit dans
tous les mois également. Le
jour qu'on nommoit préciſéGALANT.
149
ment le jour des Ides eftoit le
treifiéme jour dans chacun
des huit mois dont on a déja
parlé , à caufe qu'ils n'ont que
quatreNones . C'eftoit le quinziéme
dans chacun des quatre
autres mois qui ont fix Nones .
& depuis ces Ides , juſques &
compris le dernier jour de cha
que mois , tous les jours fe
nomment du nom de Calen
des ,mais par ordre rétrogra .
de , en forte que le dernier de
chaque mois fe nomme la veille
des Calendes , les Calendes
fe trouvant toûjours le premier
jour de chaque mois , le
Niij
150 MERCURE
penultiéme jour du mois fe
nomme le troifiéme avant les
Calendes , l'antepenultiéme fe
nomme le quatrième avant
les Calendes , & les autres toû
jours par ordre retrograde ,
jufqu'aux Ides , fe nomment
de même , avant les Calendes,
le tour du nom du mois fuivant
. Pareillement tous les
jours qui font avant les Nones
& avant les Ides , fe nomment
de même que ceux qui font
avant les Calendes par ordre
retrograde.
Cette Methode de compter
ainfi tous les jours avant les
GALANT. HE
·
Calendes a fait nommer Bif
fextil celuy qu'on ajoûte tous
les quatre ans à l'année , &dans
cette année on infere ce jour
entre le vingt troiſième & le
vingt - quatrième du mois de
Février , & on le nomme bif
fexto Calendas Martii , ce qui
veur dire , deux fois fix avant
les Calendes de Mars , puifque
ce jour le nomme deux fois le
fixiéme avant les Calendes.Le
dernier jour de Fev. qui eft le
28. fe nomme la veille des Ca.
lendes de Mars , le penultiéme
qui eft le 27.jour, eft le troifié.
me avant les Calendes , le 26
Niiij
42 MERCURE
elt le quatrième avant les
Calendes , le 25 eft le cinquiéme
avant les Calendes , le 24.
eft appellé le fixiéme avant les
Calendes , & le 23. quand on
y infere un jour,fe nomme encore
le fixiéme avant les Calendes
, comme fi ces deux
jours n'en faifoient qu'un.
Vous lirez fans doute avec
plaifir l'extrait d'une lettre du
Pere Elie de fainte Madelai
ne , Religieux Carme à Loudun
du 1o. de ce mois .
M l'Evefque de Poitiers
l'ayant employé à une Mif
GALANT
.
153
fion établie dans la ville dů
Puy- Notre Dame , voicy ce
qu'il en rapporte. L'on ne
change rien dans les termes
dont il s'eft fervi.
Exerçant le Miniftere de la
parole dans ce lieu Saint ( il parle
de Nôtre - Dame du Puy )
il nous prit envie le lendemain de
la S. Pierre derniere , à mon
Compagnon, nommé le P. Philipe
de S. Nicolas , & à moy, de
wifiter la campagne de la Paroiffe
de cette ville , avant que de
terminer notre Miffion , afin de
conføler les malades & de di-
Atribuer quelques aumônes aux
W
$4 MERCURE
Pauvres dont nous trouvâmes un
tres -grand nombre , maisfur tout
un qui merite une attention toute
particuliere, Ce fut un venerable
vieillard , nommé Pierre da
Mont , natif de la Paroiffe de
Viez, diftante de celle du Puy-
Notre Dame d'une lieuë feulement
, où il eft aprefent domicilié ,
car jamais il ne s'eft éloigné du
lieu de fa naiffance de plus d'une
lieue ou deux , depuis cent buit
ans qu'il eft au monde . J'eus la
confolation de lui faire faire une
confeßion generale , je dois rendre
ce temoignage à la mifericor.
de de Dien , qu'à peine y trou
GALANT. 155
way.je matière d'abfolution. It
est d'une mediocre ftature , blanc
comme un cigne , d'un vifage plein
vermeil , ayant de bons yeux ,
de bonnes oreilles , la languefort
libre , le fens affez raßis, & fur
tout ne manquant point d'appes
tir , s'il avoit raisonnablement
de quoy fe nourrir. Il a toujours
gagné fa vie à la fueur de fon
front , étant Vigneron de profef
fion , excepté depuisfept on buit
ans que fon grand âge le retient
couché fur un peu de paille qu'il a
pour toutes richeffes . Il m'a pourtant
dit que jamais il n'a manqué
de pain tandis qu'il a eu la
16 MERCURE
force de travailler , & qu'il n'a
eu du chagrin que depuis qu'il ne
peut plus fe fervir de fon pic &
de få bêche. Fay toûjours efté
gay , me dit-il , fi ce n'eſt depuis
que je fuis obligé de garder le lit ,
que cette jeune femme , me monirant
la fienne avec le doigt qui
a foixante & dix ans paſſez ,
commence à me chagriner , &
veut m'obliger à me lever pour
luy gagner la vie , quoy que je
ne l'aye pourtant prife depuis
vingt. cinq ans , que pour me gou-
Verner dans ma vieillesse . Fe lay
demanday s'il n'avoit jamais efté
plus riche que je le voyois ; il me
GALANT. 157
répondit qu'il avoit en affez de
moyens de s'enrichir , mais que
n'ayant pas voulu eftrefripon com.
me les autres paysans qui volent
le tiers & le quart , & trompent
leurs maiftres , il avoit toûjours
eftéfort pauvre.
Je ne doute point , Madame
, que fi vous demeuriez
à Loudun ou aux environs ,
vous ne vous ferviffiez du canal
du Pere Elie, pour foulager
ce bon homme dans fon extreme
vieilleffe . Il merite bien
que l'on prenne foin de luy..
On vend chez Pierre Bienfait
, libraire fur le Quay des
158 MERCURE
&
grands Auguftins , un livre
dedié à M¹ le Cardinal de
Noailles , qui doit eſtre d'une
fort grande utilité . En voicy
de Tirre.
L'abftinence de la viande, renduë
aisee ou moins difficile à pratiquer,
ou regime de vie, avec le .
quel on peut prévenir , on rendre
moins grandes les incommodite
qui furviennent à ceux qui font
maigre,par le ménagement des tem.
peramens , le choix&le bon uſa.
gedes alimens maigres ,fimplement
apprêtez' ,&c. par Mr Barthelemi
Linant , Docteur en medecine
GALANT. 159
"
Cet ouvrage eft divifé en
trois parties.Dans la premiere
l'Auteur parle de ceux qui ne
font point abſtinence , parce
qu'ils ne le veulent pasou
qu'ils ne la fçauroient pratiquer.
Dans la feconde , il
traite des differentes caules ,
qui empêchent que ceux qui
voudroient bien faire abfti.
nence , ne la puiffent garder.
La troifiéme prefcrit un regime
dans l'ulage des alimens
maigres , avec lequel on peut
prévenir ou rendre plus fupportables
, la plupart des accidens
qu'ils ont accoûtumé
3
160 MERCURE
de caufer , quand on ne fe mé.
nage point fur le choix & fur la
maniere de preparer cette
nourriture. Non feulement il
entre dans le détail des differens
mets qui conviennent le
plus aux perfonnes delicates ,
mais il va jufqu'à marquer la
morde de les appiêter , &
fait voir encore les qualitez
particulieres de chaque chofe
dont tous ces mets font compofez.
La lecture de ce livre
ne sçauroit eftre que tres avantageuſe
à une infinité de perfonnes
. Elle n'a rien d'en.
nuïeux , ce fujeteftant touche
1
GALANT . 161
d'une maniere fimple , &avec
beaucoup de netteté. Ce qui
s'y trouve , ou de Phyfique , on
de medecine , n'a rien que
l'on puiffe dire embaraffé ;
& jufqu'aux réflections que
M' Linand fait fur l'intemperance
des hommes , & fur le
déréglement des paffions ,
tout y eft dans l'ordre & bien
place . Ainfi le public lui doit
eftre d'autant ples obligé de
cet ouvrag, qu'il eft le premier
qui ait parlé fur certe importante
matiere qui regarde la
Penitence Chreftienne.
On avertit les Sçavans &
les Curieux , qu'on travaille à
Juillet 1700.
O
T62 MERCURE
leur donner inceffamment
une nouvelle découverte fur
la lumiere , d'un moyen trouvé
depuis peu de la mefurer , &
d'en compter les degrez , ce
qui ne s'eftoit point encore
vû jufqu'à prefent . L'Auteur a
eu l'honneur de s'expliquer fur
ce fujet dans une des Séances
de l'Academie des Sciences.
On vient d'achever la fecon .
de edition d'un Ouvrage tresconfiderable
, qui a pour titre
Traité des Succeffions , par M ' le
Brun , Avocat au Parlement.
La premiere fut faite en 1692 .
& le prompt debit qui s'en eft
fait,quoyque ce foit un infolia,
GALANT 163
des
eft un témoignage convainquant
de l'approbati , qu'on
luy a donnée. Il y a de granaugmentations
dans cellecy
, & l'on peut dire que la matiere
en eft importante pour
tous les particuliers , car qui
eft ce qui n'a pas befoin qu'on
luy explique qui fuccede & à
qui l'on fuccede ; à quelles
chofes on fuccede , comment
on fuccede , & quelles fone
les charges ordinaires des
Succeffions ? L'Auteur en examinant
qui fuccede & à qui on
fuccede , traite de l'ouverture
des Succeffions ; de ceux qui
font capables ou incapables de
154 MERCURE
fucceder ; de ceux qui ne font
pas lors de l'ouverture
d'une fucceffion ; de la fuccef.
fion des Defcendans , de celles
des Afcendans ; de celle des
Collateraux , & de celle d'entre
Mari & Femme. En faifant
le dénombrement des chofes
aufquelles on fuccede , il parle
des Meubles & Acquefts ; des
Propres , des Fiefs ; de la legiti
me ; des Referves Coutumieres
; du Douaire ; de l Edit des
fecondes Noces , & des fruits .
En paffant aux manieres de
fucceder il a pour premier objet
cette Regle ,le Mortfaifit le
GALANT. 165
Vif, aprés quoy fe prefentent
les Inftitutions contractuelles,
les Adoptions & Affiliations ,
le Benefice d'Inventaire , la
Repreſentation , les Rapports ,
l'incompatibilité des qualitez
de Donataire,, Legataire ,
Doüairier & Heritier , les Acceptations
& les Renonciations
, les indignes , les Rappels
; & enfin en recherchant
les charges des Succeffions , il
fait voir qu'elles confiftent à
en payer les dectes & en partager
les biens avec les cohe .
ritiers . Toutes ces choles font
traitées avec beaucoup d'exa166
MERCURE
titude & de netteté dans ce
grand Ouvrage , qui fe vend
chez le S ' Guignard , Libraire ,
rue S. Jacques , à l'Image de
છે .
Saint Jean .
Le même Libraire commenee
aufli à debiter la feconde
édition d'un Ouvrage intititulé
, Reflexions fur la Politeffe
des Moeurs , avec des Maximes
pour la Societe Civile. C'est une
fuite des Reflexions fur le Ridicule.
Cet Ouvrage qui eft
augmenté en beaucoup d'endroits
, eft de M' l'Abbé de
Bellegarde, & ne fçauroit eſtre
que fort utile à tous ceux qui
GALANT. 167
font dans le commerce du
monde , puiſqne la politeſſe
eft l'affaifonnement du merite.
On peut fe tenir fûr d'en
avoir, quand on a lesfentimens
équitables , & de la droiture
dans le coeur , mais ce merité
diminue beaucoup de prix
quand on eft groffier , bizarre ,
& qu'on manque de ces ma
niéres honneftes , qui font l'agrément
des Societez . Ainfi
rien n'importe tant que d'eftre
poły, & on ne peut s'attacher
de foin à le deve
avec trop
nir.
Le S' Liébaux vien de met
168 MERCURE
tre au jour le Plan de la Foreft
Royale de Compiegne , où
font marquées toutes les routes
, & par ordre de qui elles
ont efté faites , avec les environs
de la Ville de ce nom , le
tout dreffé exactement fur les
lieux . Cette Carte qui eft de- ´
diée au Roy , a efté bien reçuë
à la Cour . On la trouvera chez
l'Auteur , Faubourg Saint Germain
, prés la Comedie , chez
le Sieur Gregoire , Limonadier
.
M' Chevillard, Hiftoriographe
de France , vient d'ajouter
le Nom & les Armes de M'le
Cardinal
GALANT. 169
}
Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , dans la Carte
des Cardinaux François qu'il
a donnée au Public . On a mis
dans le Mercure du mois paffé,
qu'il demeuroit rue S. Jacques.
à la Croix d'or , cependant il
demeure toujours ruë neuve
Noftre- Dame , prés M' Herif
fant , Libraire.
On trouve chez le S ' Rouffel
les Pieces à deux , Baffe de
Viole , & Baffe de Violon ,
compofées par M Philidor ,
l'aîné , Ordinaire de la Mufi .
du Roy , & l'un des deux
Fuillet 1700.
P
que
170 MERCURE
Gardiens des Livres de Mufique
de Sa Majesté.
L'on y trouve auffi plufieurs
Motets de M' Marchand , Organiſte
du Roy , & Ordinaire
de fa Mufique , avec les Pieces
de Viole de M' Denyau , &
un livre de Trio pour le Violon
, le Hautbois , & la Flute.
Voicy encore un Sonnet .
fur les Bouts rimez de Mrs
des Lanterniftes . Il eft de celuy
qui depuis long- temps
prend le nom de Tamirifte ,
que vous voyez dans la pluſpart
de mes Lettres .
GALANT. 171
A LA GLOIRE DU ROY .
Nous refpirons enfin , &la paifible
olive ,
Couronne de Louis mille faits
éclatans ;
Mais de ce Royfi grand , la prudence
en tout
temps ,
Veillant à nos befoins , n'en est pas
moins active.
Aux ordres de fon Dieu fa fageffe
attentive
Cherche à rendre aujourd'huy tous fes
contens ;
Peuples
Il luyfuffit d'avoirfoudroyé les Titans
,
Luy-même , enfe vainquant, rendfa
valeur
captive.
s
Pij
172 MERCURE
Le Payfan en paix cueille en toute
faifon
,
Les fruits que fon travail produit
fur
l'horifon ;
Pour le Commerce , il n'eft ny terme ,
ny
ន
barriere .
Aprés tant de grandeur qu'il a fou
foutenir .
Que luy reste - t- il plus qu'à fournirfa
carriere ,
Pourjouir dans le Ciel des biens de
avenir .
PRIERE POUR LE ROY.
D'un Roy d'une vertu fipure
Confervez- nous , SEIGNEUR , les
jours tres-precieux.
Qu'iljouiffe long-temps du bien qu'il
nous procure ,
GALANT. 173
un
Pouren trouver enfuite plusgrand
dans les Cieux.
Le Samedi 17. de ce mois ,
les Avocats aux Confeils de
Sa Majefte' firent celebrer un
fuperbe fervice en l'Eglife des
Auguftins du grand Convent ;
pour feu M le Chancelier
Boucherat.L'Eglife eftoit tenduë
de drap jufqu'aux vou
tes , avec deux rangs d'Armoiries
fur des bandes de Ve .
lours . La repreſentation étoit
au milieu du Choeur , fous un
haut Dais , élevé fur une
eftrade de quatre degrez , en.
tourée de cent cierges fur des
Piij
174 MERCURE
chandeliers d'argent avec
écuffons , & cartouches de maf
fes entrelaffées : Une fife régnoit
autour du Choeur & du
Jubé > avec cent cinquante
Cierges pareillement fur des
chandeliers d'argent , & cinquante
autres fur l'Autel &
les Credences. M'de Harlay,
Confeiller d'Etat , M' de Four.
cy, &toute la famille de défunt
M' leChancelier, s'y trou
verent avec un grand nombre
de perfonnes de qualité.
L'Academie Royale de Soif
fons a perdu M' Bertherand ,
Receveur General des Gabel-
;
GALANT. 175.
les , ancien Prefident & Bailly
de ce Comté, Ilmourut en
la ville de Soiffons le 30. du
mois paffé , aprés avoir reçû
deux fois en peu de jours les
Sacremens de l'Eglife avec
une pieté exemplaire , & avoir
fouffert des operations tresdouloureufes
avec une ferme,
té heroïque , une tranquilité
d'efprit qui alloit prelque juf
qu'à la gayeté , & une foumiflion
parfaite à la volonté
de Dieu. Il eftoit d'une bon
ne & ancienne famille origi
naire de la Ferté Millon , &
avoit fuccedé à M' fon Pere ,
Piiij
176 MERCURE
homme d'efprit & de merite ,
dans les Charges de Prefident
& de Bailly du Comté.
Il laiffe de défunte Dame Madelaine
Joifel fon Epouſe , un
fils unique digne de lui , Treforier
de France au Bureau
des Finances de Soiffons. Sa
moart a esté pleurée comme
une perte publique . l'Academie
le regretera toûjours
comme un de fes principaux
ornemens & n'oubliera jamais
qu'il avoit contribué autent
que perfonne à ſon établiffement
, & lui avoit attiré
l'eftime & l'amitié glorieuſe
GALANT. 177
du celebre Olivier Patru . Ces
circonftances fe lifent dans
l'histoire de cette Compagnie,
écrite en Latin avec une pu
reté digne du fiecle d'Augufte
par le 1çavant M ' de Hericourt
; & dans l'hiftoire de
Soiffons. Quoy que M' Bertherand
eût un talent fort
heureux pour la Poéfie , &
qu'il ait fait beaucoup de Vers
tres agreables , on n'a rien
d'imprimé de lui qu'une petite
Piece fort ingenieuſe , intilée
le Ballet de la Comete ; &
le Portrait d'Armande de Lor.
raine d'Harcourt , Abbeffe de
1978 MERCURE
Notre Dame de Soiffons. Voi .
cy le fien au naturel . Il fut
envoyé avec un Almanac , le
premier jour de l'année 1698.
par un de fes Confreres , qui
eftoit encore jeune alors , mais
qui avoit déja beaucoup de
part à fon amitié & à fa confiance
; à qui fa memoire fera
toûjours précieuſe : & qui
pourra quelque jour faire part
au plublic de fes ouvrages ,
dont il eft depofitaire,
GALANT. 179
L'ALMANAC.
ETRENNES.
AM BERT HERAND
de l'Academie Royale de Soiffons.
A
Voir l'efprit aifé , le coeur
droit , l'ame belle ,
Penfer, parler, écrirefinement ,
Vivre d'une maniere , & fimple ,
naturelle .
Pour les autres , pourfoy toûjours
Commodément ;
Faire des vers avec la mème
grace ,
Que , s'il fût né François , en eût
púfaire horace ;
180 MERCURE
Sefervir noblement du bien de fes
yeux ;
Eftre dans fes emplois exact , religieux
;
Eftre bon Maître , tendre Pere,
Fidelle Ami , Parent officieux;
En converfation , en plaifir , en
affaire ,
Par toutee foutenir , & partout
fçavoir plaire;
Eftre eftimé, cheri de fes Superieurs,
Defes égaux,defes inferieurs;
Ennemi déclaré de la fombre tri-
Reffe ,
Par des airs toujours gais , gracieux
, & galans
Montrer qu'on ne craintpoint les
GALANT. 181
injures des ans
N'avoir de vray defaut qu'un peu
trop deparelle
A cultiver les précieux talens
Qu'on a reçus avec largeße ;
Pour fe cacher avoir la même
ardeur
Que les autres ontpour paroître:
Clidamis à ces traits peut bien fe
reconnoître ,
1
Mon Almanach n'est point
menteur.
M' Bertherand répondit à
ces vers par une lettre trespolie
& tres modeſte , dans
laquelle il employa ce Qua
train.
82 MERCURE
Vous flate trop vos amis ,
Et vous avez tort defaire!
Du bon homme Clidamis ,
Un Heros imaginaire.
Voicy les noms des Perfonnes
confiderables mortes
fur la fin du mois paffé , &
dans le commencement de
celuy cy.
Meffire Nicolas le Jay , Sei
gneur , & Baron de la Maifon .
rouge , Tilly , Saint Fargeau ,
les Salles , Toify , & autres
lieux , Confeiller au Parlement
, en la Troifiéme Cham .
bre des Enqueftes . Il avoit
GALANT. 183
A
époulé Mademoiſelle
de la
Boutiere , Soeur de Meffire
Charles de la Boutiere , Confeiller
au Parlement de Dijon ,
puis Maistre des Requeftes.
Mile Jay , ne laiffe point d'enfans
, & vient de l'illuftre Fa
mille des le Jay , dont nous
avons eu Nicolas le Jay , Premier
Preſident au Parlement
fous le regne du feu Roy .
Mellire François Chriflophe.
Guillaume , Comte de Schallemberg,
S ' de Rofenaw & de
Hackelhoff. C'eftoit un jeune
Seigneur Allemand , qui venoit
de l'Année fainte de Ro.
184 MERCURE
me , & qui eftoit arrivé à Paris,
depuis peu avec un Frere cadet
, pour voir le Roy , & dans
le deffein d'y refter quelque
temps pour prendre l'air &
les manieres de la Cour de
France .
Meffire Pierre Egaffe du
Boulay , Doyen de la Tribu de
Tours en la Nation de France ,
& ancien Recteur de l'Univerfité
de Paris. Il a fait plufieurs.
legs pieux , & a fondé entreautres
quatre Bourſes dans
l'Univerfité. 11 eftoit Frere de
défunt Céfar- Egaffe du Boulay
, auffi Recteur & Greffier
GALANT. 185
·
de
l'Univerfité , qui nous a
donné une fçavante Hiftoire
de cette
Univerfité , avec plufieurs
Traitez
particuliers touchant
la dignité de Recteur ,
& les Benefices qui font à la
nomination de l'Univerfité.
Mr Mathion , natif de Dijon
, étably à Paris , mort à
quatre- vingts ans ou environ .
C'eftoit un celebre
Mathema
ticien , fort entendu dans les
Mechaniques
. Il a laiffé deux
fçavans
Ouvrages qui ne font
pas imprimez , fçavoir , une
Arithmesique
raifonnée & démontrée
, & une Introduction
Fuillet 1700 . Q
186 MERCURE
à la Geometrie.
Meffire Profper Baüyn, Sei
gneur d'Angervillers , cy - devant
Maiftre de la Chambre.
aux Deniers. Il eftoit Frere de
Mr Baüyn de Cormery , l'un
des Fermiers Generaux de Sa
Majefté , de feu M ' l'Abbé
Baüyn , celebre Predicateur ,
& de M² Baüyn. de Ber
fan , Pere de Profper André
Baüyn , Seigneur de
Berfan , Confeliler au Parlement
de la Seconde Chambre
des Enquestes tous Fils
de Proſper Baüyn , Seigneur
d'Angervilliers , Confeiller du
粤
·
GALANT. 187
Roy en la Cour des Aides , &
Petit fils de M ' Baüin , Confeiller
au Parlement .M' Baüyn
qui vient de mourir , avoit
epoulé D Gabrielle Choart
dontillaiffe quatre enfans, qui
font Meflire Nicolas - Profper
Bauyn , Confeiller au Parle,
ment ,puis Maitre de Reque,
ftes,M Bauyn, Seigneur d'An
• gervilliers , Lieutenant aux
Gardes de Sa Majeſté , & deux
Filles
Dame Marie Angelique
Turpin , Veuve de Mellire
François Dugué , Confeiller
d'Etat ordinaire , & Sous
Qÿj
188 MERCURE
Doyen des Confeillers de Sa
Majefté. Elle a eu entr'autres
trois enfans , fçavoir , François
Dugué , Confeiller au
Parlement de Grenoble , puis
Confeiller auGrand Confeil ,
& enfuite Prefident en la
Chambre
des Comptes
, qui
de N. de Paris fon Epoule ,
Fille de défunt Anne de Paris ,
Confeiller en la Grand'Chambre
, a eu une Fille qui a époufé
M' le Comte de la Chaife ,
Neveu du Pere de la Chaiſe ,
Jefuite , Confeffeur du Roy ,
N. Dugué , Epouſe de Dreux-
Louis Dugué de Bagnols ,Con-
I
GALANT. 89
feiller d'Etat , & N. Dugué ,
Epoufe de Philippes - Emmanuel
de Coulanges , cy devant
Maiftre des Requeftes . Mada .
me Dugué , qui vient de mou ..
rir eftoit Soeur de Pere de défunte
Elifabet Turpin , Epoufe
Forde Mile Chancelier le Tellier,
& Fille de Jean Turpin , Seigneur
de Vauvredon & de
Briou , Confeiller en la Cour
des Aides , puis Confeiller d'Etat
ordinaire , & d'Angelique
Habert , & Petite fille de Jean
Turpin , Seigneur de Vauvredon
, Confeiller au Parlement
de Bretagne , puis Confeiller
190 MERCURE
au Grand Confeil , & de Fran
çoife Acarie , Dame de Liffer
meau , Fille de Claude Acarie ,
Seigneur de Liffermeau , E.
chançon ordinaire du Roy,&
de la Reine de Navarre.
Meflire Claude Hourlier
Seigneur de Mericourt, Prefi
dent à la Cour des Monnoyes,
Commiffaire de Sa Majesté en
cette Cour , Lieutenant Ge
neral au Bailliage du Palais ,
& cy devant Lieutenant Par
ticulier au Chatelet. Il laiffe
trois enfans de défunte Catherine
Joffet fon Epouſe , fçavoir
un garçon , une fille maGALANT.
19t
rié à François Commeau , Cor
recteur des Comptes , & une
autre fille.
Meffire Claude Contenot ,
Auditeur en la Chambe des
Comptes leftoit fils de Claude
Contenot , auffi Auditeur
des Comptes
.
Dame Catherine Hardouin-
Manfart , Epouſe de Meffire
Vincent Maynon , Conſeiller
au Parlement en la feconde
Chambre des Enqueftes . Elle
eft morte en couche , n'ayant
efté mariée que depuis un an.
Elle eftoit feeur de Louis Hardoüin
Manſart , Confeillerau
192 MERCURE
Parlement en la Premiere
Chambre des Enqueftes , &
fille de Jules Hardouin Mans
fart , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Surintendant & Ordonnateur
General des Bâtimens ,
Ars , & Manufactures Royal ,
& de Anne Baudin.
Dame Françoise de Villers .
Elle est morte dans fa Terré
de Mautour âgée de ſoixante
& douze ans. Sa maifon eft
originaire de Flandre du Châ
teau qui porte fon nom , entre
l'ifle & Armentiers , poffedé
en 1352. par les Seigneurs
de Villers dont elle eft iffuë ,
&
GALANT #493
& qui ont eu plufieurs Sei
gneuries dans le Païs , & des
emplois confiderables fous le
Duc Jean de Valencienne
fous l'Empereur Charlequint,
fous le Prince de Parme , &
fous le Seigneur de Raveſtein ,
Curateur de Marie de Valois,
Ducheffe de Bourgogne . Ces
Seigneurs ont pris leurs allian
ces dans les Maiſons nobles
& anciennes de Marluans , de
Warlus , de Marquais , du Bus ?
le Cefard , & dans celle de la
Viêville, dont eft chefla Maifon
des Duc de Richebourg ,
Prince Défpinois ,de Wazieres
Fuilles 1700 .
R
194 MERCURE
des Prés Daffonleville , Baron
de Boucaut , de Grancourt ,
de la Rachy Dobie &o de
Pouillon en France , où elle a
paffé en 1540. s'eftant alliée
en Picardie avec la Maifon
Doccoche , Seigneur Duhamel
de Bonguerer , Leblanc
de Chandon , Brialle , Delaiffay
Briçonner , Devillebois
de Mareuil , Scarron de Vavre
& le Roy. Cetre Dame
étoit veuve de Meflire Francois
de Bourgogne Seigneur
de Mautour , Brigadier des
Armées du Roi , Gouverneur
de Danviliers & deBrie conceGALANT.
195
Robert Commandant du
Regiment d'Infanterie de
Monfieur le Prince de Conty,
elle ne laiffa que deux filles.
La Maiton de Villers porte
pour Armes en champ defable
trois Lions d'argent rampans ,
armez & lampaffez de gueules ,
deux en chef & un en pointe ,
au fecond quartier , quatre
barres d'or e quatre barres d'azur
avec trois ronds de gueules ,
brochant fur la premiere fecon
de barre, qui eft de la Vieville.
zab Vous aurez peut être entendu
parler de la courfe qui fe
fie au bas du Pecq le premier
Rij
196 ME
en fait
jour de ce mois . Il ne s'en fait
guere de pareilles en France,
& elles font affez ordinaires
en Angleterre. C'est ce que
les Anglois appellent courir la
vaiſſelle. Ils ont des chevaux
qu'ils eftiment fort , qu'ils vendent
cher , & qui ne font dref
fez qu'à cela . Monfieur le Duc
de Chartres en a un, qu'il a fait
acheter fix cens piftoles à Londres.
La viteffe de ce cheval
a donné occafion à cette der
niere courfe . M' l'Ambaffa.
deur d'Angleterre en a trois
qu'il n'eftime pas moins , &
M ' le Grand Prieur en a un
יד
GALANT
. 199197
ļ
qui
ne cede
pasion
pas
aux
autres
.
On
propofa
de courir
fur la vitelle
furprenante
de ces cinq
. chevaux
Anglois
. Les grands
Seigneurs
de la Cour
, felon
l'ufage
d'Angleterre
, s'offrirent
de donner
quelque
chole
pour
celui
des
Paltreniers
,
qui
monteroit
le cheval
qui arriveroit
au terme
marqué
.
plûtôt
que
les
autres
, nomma
un homme
de confiance
qui
tint
un memoire
des
perfonnes
& des
fommes
qu'ils
offroient
. On
fit plan- ter enfuite
quatre
gros
poteaux
en quarré
à la diftance
,
On
"
}
Riij.
199 MERCURE
,
CO.
de mille pas l'un de l'autre.
On nomina des Juges de la
courfe . Monfeigneur vouluc
bien l'eftre. M ' le Comte de
Brionne l'étoit auffi d'un cô .
té , & Milord Graffin de l'autre
. Le jour arrivé , le Roy
d'Angleterre qui fçavoit que
Monleigneur
& Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
y dévoient venir , voulut bien
auffi s'y trouver avec M le
le Prince de Galles & les per
fonnes les plus diftinguées de
fa Cour. Monfieur le Duc de
Chartres , Monfieur le Prince
de Conti , & Monfieur leGALANT.
199
grand Prieur s'y trouverent
de même , avec un concours
prodigieux de perfonnes de
marque de la Cour & de la
Ville. Cette courfe fe fait autour
de ces quatre poteaux ,.
& on la recommence à trois
repriſes , aprés qu'à la fin de
chacune on a effuye & rafrai
chi les chevaux avec du Bif
cuit & du vin d'Eſpagne avec
quoy on les nourrit . Le premier
poteau d'où l'on part eft
en forme de potence,où font
attachées des balances où l'on
pele les hommes & les har-
R iiij.
92
200 MERCURE
nois des chevaux qui doivent
courir. On attache du plomb
aux plus legers pour les rendre
tous d'un poids égal. Le fignal
donné, les cinq Palfre
niers à cheval , habillez fort
galamment de Taffetas & de
Satin , tous de couleur diffe
rente , partent comme des
éclairs , & reviennent en peu
de minutes au premier pilier
d'ou ils font partis , tournant
toûjours au dehors des quatre
, car celui qui couperoit
par dedans auroit perdu la
courle fans retour. Il y avoir
des paris, confiderables , & les
ily
FOALANT. 201
C
plus forts étoient pour le che
valode Monfieur le Duc de
Chartres . En effet , à la trois
fiéme courfe il arriva le premier
au dernier poteau , mais
le cheval de M le grand
Prieur l'avoit devancé aux
deux premicers , & à la troifiéme
il arriva le premier à
la diftance , ce qui fuffifoie
pour gagner , felon les regles
de cette courfe . Ce qu'-
on appelle la diftance , c'eſt
une maniere de drapeau qui
eft entre les deux derniers po
teaux , à deux cens cinquante
pas du terme où finit la cour202
MERCURE
fe , qui eft toûjours ce premier
poteau d'où l'on part , & ou
Pon vient finir. Le cheval de
Male Grand Prieur gagna.
donc les trois courfes. L'a
dreffe du Pálfrenier qui le
montoit n'eut pas moins de
part à ce fuccez que la vitef
fe du cheval même . Tout le
monde convient que jamais
cheval n'a efté plus leger &
plus vite que celui de Monfeur
le Duc de Chartres.
Quelques jours auparavant,
Il fe fit une courfe du Pont de
Seve à la porte de la Confe
rence entre Male Duc de
GALANT 203
Mortemar , Mile Marquis de
St Germain le fils & M' de
Raré. Ils coururent eux mêmes
fur leurs chevaux , & cha4.
cun parioir cent Louis d'or
pour le fien. M' de Raré ga ,
gna , il vint en moins de onze
minutes d'un terme à l'au
tre. Il faut pour cela qu'un
cheval foit bien vîte , & que
celui qui le monte ait beau
coup d'adreffe à le mener.
Le 14 de ce mois, il fe fir
un Carouſel ainſi que l'année
paffée , dans l'Academie de
Mide Rochefort de Vandeüik
& d'Auricour , dont le rare
204 MERCURE
merite attire une grande quan
tité de jeunes Seigneurs étran
gers en France . Cette Fête
commença par une courfe de
bague dont M' le Comte de
Lanfe eut l'honneur , aprés l'avoir
diſputé pendant fix cour-
Les avec M le Duc d'Avré de
Croy , Grand d'Espagne , &
tous deux furent admirez des
fpectateurs . Les autres Seigneurs
qui coururent, étoient
Miles Marquis de Tilladet, de
Sandricour , & d'Alégre , M'
les Comtes de Calemberg ,
d'Halteſtein , d'Aubarede , &
de
Scaupon.
GALANT 201
34
M ' le Marquis de Mony,
qui eftoit juge du Carouſel ,
donna le prix de la Bague , qui
étoit une Epée , à M' le Comte
de l'Ante , mais avec des
termes & des manieres fi gra
rme
que
ce
jeune
Gentil
Not s homme en parut plus touché
que du prix même. La mar.
che fe fit à l'ordinaire autour
des maneges , aprés laquelle
Mrs de Vandeüil & d'Auricour
firent manier leurs che
vaux avec toute la jutteffe &
toute la bonne grace qui leur
eft naturelle. Une fort groffe
pluye interrompit le rang des
*
206 MERCURE
Gentilshommes qui devoient
marcher fur les traces de leurs
maîtres. On profita enſuite
du rayon de beau temps qui
parut , & que l'on deſtina à la
courfe des reftes , qui furent
couruës deux à deux par ces
mêmes Gentilshommes. M
le Comte de Lanfe en remporta
encore une Epée pour le
prix, & elle lui fut donnée par
Mile Marquis deMouy On fit
enfuite manier neuf chevaux
enfemble , fçavoir fix fur les
demy Voltes , & trois fur les
Voltes , pendant que Mrs du
Bouexi & d'Aubarede fai
GALANT: 267
foient fauter deux chevaux entre
les piliers. La fefte finit
par deux fauteurs en liberté ,
qui furent montez par Mrs de
Vaudeuil fils , & d'Auricourt,
Neveu de l'Ecuyer. Lyk75
Vous n'êtes pas la feule qui
ayez approuvé la Requeste du
Superlicocantieux. Toutes les
perfonnes de bon goult luy
ont donné des louanges , &
Mi l'Abbé de Vertron a efté
du nombre . Voicy ce qu'il
écrit là-deffus à l'Auteur.
2 X
208 MERCURE
A MONSIEUR DE B ***
Nomalam
L'un des Valets de Chambre
J
du Roy, snov ud
Ay lû avec tant de plaifir,
Monfieur , les jolis vers ,
qu'on nous a donnez de vô .
tre façon dans le Mercure pres
cedent , que je n'ay pû réfiz
fter à la tentation d'y répon
dre. Votre Superlicocantieux y
parle trop bien le langage des
Muſes , pour ne pas mériter
d'être mis aux prifes , avec
Pegafe .J'affecte mefme de don,
ner un caractere jaloux à ce
GALANT 209-
dernier , & je ne pouvois , ce
me femble , vous mieux exprimer
les fentimens que j'ay
fur votre ingenieule requeste ,.
qu'en faifant voir que fa beaute
avoit allarmé nâure cheval .
ailé , à qui le Parnaffe doit la
naiffance
d'Hippocrene. Je
fçay bien , qu'étant aufli fier
qu'il eft , il me fçaura mauvais
gré , de ne lavoir fait entrer
en lice qu'à fa confufion
Comme c'eft toûjours le maître
qui fait la bonté du cheval,
la honte de fa défaite retom
bera fur moy, & la gloire du
triomphe du Superlicocanțiena
Fuiller 700.
S
210 MERCUAD
vous appartiendra toute entiere
. Je n'ay garde de vous
rien difputer , & je ne rime
ici que pour vous marquer une
partie de l'eftime que j'ay pour -
vous, en qualité de vôtre , &c .
PEGASE JALOUX , ⠀
AU SUPERLICOCANTIEUX .
DEpuis quandfur mes droits ofet-
on entreprendre ?
Quoi ?SUPERLICOCANTIEUX,
Tuparles , comme moy, le langage
des Dieux!
Et quelMaitre apu te l'apprendre
?
GALANT
201
Le grand Appollon quéje fers ,for
Autrefois me tira du rang des autres
beftes ,
rang
Pour chanterma partie en fes divins
concerts Buy Nog Sop tor
Hanny , fetu veux , des Requeftes,
C'est à moy de bannir desVers.
2
Tout Cheval que je fuis , j'ay l'ame "
un peu hautaine ,
Et ne sçaurois fouffrir de me voir co- .
pie,
Moy , quijadis d'un coup de pie
Fis fortir la riche Fontaine
Qui porte le nom d'Hippocrene.
Ob! nefais point le Fanfaron
Etparlefurun autre ton ,
Si tu ne veux que je t'ecrafe.
Va rimer, s'il lefaut , fur le Mont .
Cytheronnas INR 10
Cytheron VERI
Sur Pelion , ou fur Caucafe ,.
Sil
:
212 MERCUR
E
·Et ne crois
pas que l'Helicon
Reconnoiffe
plus d'un Pegafe.
Tu dis qu'au Petit-fils du plus puif
fant des Rois
GASSY
Tufus affez cher autrefois
Sans doute cet honneur t'onhardit à la
rime ;
Mais , fur ma foy , je n'en croy
rien ,
,
Et ce-Heros marque fi bien ,
Quelle fut pour toy fon eftime
Qu'à te parlericyfansfard
Je ne te croispas un BAYARD.
•Pour croire qu'autrefois tu fus cher à
ton Maiftre ,
Je voudrois quejufqu'aujourd'huy
Il teuftjugé digne de luy,
C'est en te confervant , qu'il me l'ent
fait connoiftre.
GALANT . $4213
Vit- on jamais les Paladins
Donner les BRIDEDORS , Les
BAYARDS ,les FRONTINS ?
Jufque là les Heros ont l'ame liberale.
Quifut plusgenereux qu ' Alexandre
Le Grand? not
A-t-on dit que ce Conquerant
Aitjamais donné BUCEPHALE?
Croy- moy , mon pauvre amy , tu n'és
qu'un Palefroy ,
Ne banny plus que de la Profe ;
Ton Maiftre connut bien , fe défaifantde
toy,
Que tu nevalois pas grand chofe .
2
J'admire ton ambition ;
Tout enyvré de ton merite ,
Tu voudrois te troquercontre une Penfion
Ta Requefte la follicite ,
214 MERCURE
Etc eft encor ce qui m'irrite
Ne cefferas-tu point de courirfurmes
droits ?
Quoy ? tu deviendras donc ma copie
éternelle?
C'eft le plus beau demes emplois ,
Etje ne puis fouffrir cette infulte nou-··
velle.
Prefenterun Placet ,poursuivre Penfion
,
Brevet , Gratification ,
STOT
C'est un employ qui me regarde ,
Et qu'on nepeut me difputer.
Il eſt vray , qu'aujourdhuyj'ay beau
folliciter ,
Contre mon eftocade on eft toûjours en
garde
Et depuis certain temps j'y réuſſis fi
mat, ) an $
HOT SHQ
Que je n'y fuis qu'un franc Che
vely
GALANT 20
Et de plus , Cheval de caroffe ,
Si tu comprens ce compliment ,
C'eft te dire tacitement,
Que tu n'y ferois qu'une Roffe.
Ainfi prens un autre parti ,
C'est le confeil d'un bon Ami ,. )
La mode des Vers eftpaffee;
Je veux tefaire part d'une bonne pen
fee.
1
Ton Maistre eft brave , je le
Seay ;
This
Veux- tufaire chofe qui vaille
Fay qu'il voye avec toy la premiere
Bataille ,
Ou ton jeune Heros fera fon coup
s d'effay.
Je luy garantis la victoire ,
Et mêmeje ne doute pas
Que ton Maiftre , en fuivant fes
pas
Ne puiffe avoirpart à fa gloire.
216 MERCURE
Sur tout , je répondrois du fuccés de
Les voeux
Si quelque noble cicatrice
Luy faifoit foy de fonfervice.
Le confeil eft fort bon , mais un peu
dangereux ,
( Diras - tu ) je connois que tu n'és
· pasfi hefte,
Et j'aime ta reflexion i
Mais enfin il n'eft point de plus forte?·
Requefte,
Pour folliciter Penfion ,
Qu'un coup de moufquet dans la
tefte.
St ce coup glorieux à ton Maistre eft
fatal
Du moins la Penfion fera pour le
cheval.
Rien
GALANT. 217
Rien n'eft fi ordinaire que
de voir des gens qui croyent
avoir trouvé des fecrets pour
differentes maladies , & rien fi
louable que la peine, qu'ils fe
donnent , en faisant ces fortes
de recherches ; mais comme
il n'y a rien de fi incer
tain que le fuccés de leurs remedes
, il m'arrive rarement
de vous en parler , dans
l'apprehenfion que ce que
j'en dirois n'obligeât à s'en
fervir, & qu'on n'euft fujer de
n'en eftre pas content . Il n'en
eft pas de même aujourd'huy,
& peut eftre n'y a - t- il jamais
Juillet 700.
T
218 MERCURE
eu aucun remede dont on
doive uler avec plus de confiance
que de celuy dont je
vais vous entretenir , ce que
je fais d'autant plus volontiers
qu'il peut eftre utile aux
trois quarts de la Nobleſſe du
Royaume , à caufe que la jeu .
neffe fair fouvent beaucoup
d'efforts en s'exerçant à faire
des armes , & en montant à
cheval. C'eft ce qui lui attire
'dés Defcentes dont vous
voyez bien que je veux parler.
Ce mal eft ordinaire pref
que à tous ceux qui font des
efforts
& quelques fem.
GALANT. 219
mes même en font attaquées.
Ainfi plus il eft commun, plus
on doit eftre obligé à ceux
qui ont trouvé un remede qui
le guerit infailliblement . Il
me paroît qu'on n'en peut
douter aprés l'approbation de
Mr Fagon , premier Medecin
de Sa Majeſté , qui n'a efté
donnée que fur les certificats
de Mr le Doyen de la Facul
ré de Medecine de Paris , du
Medecin de l'Hôtel Royal des
Invalides du premier Chr
rurgien , & du Chirurgien ordinaire
du Roy , ainfi que du
premier Chirurgien de Mon-
Tij
220 MERCURE
fieur , des Sindics des Chirur
giens des maifons Royales
& de l'Academie des Scien
ces, du Chirurgien des Camps
& Armées de Sa Majefté , du
Lieutenant des Chirurgiens
de Paris , & du juré Prevoſt
en Charge , du Chirurgien
Major de l'Hôtel Royal des
Invalides , ainfi que de celuy
de la Charité des hommes
& des plus fameux Chirurgiens
de cette Ville , quin'ont
rous donné leurs certificats à
M' Fagon qu'aprés avoir fait
d'exactes experiences de ce
remede dans l'Hôtel des In-
>
GALANT 22F
valides. Ces certificats por
rent qu'ils y ont vu guerir diverfes
perfonnes , même tresagées
& affligées depuis long.
temps de Defcentes , & fou
7
lager ceux qui n'ont pas efté
tout à fait gueris. M' Fagon
témoigne auffi dans fon approbation
, qu'il a efté luy,
mefme témoin de la gue
rifon procurée à plufieurs
perfonnes , & qu'il a foi.
gneufement examiné la com
pofition que la Demoisel
le de Vaux qui a ce fecret , a
faite en fa prefence , par l'ordre
de Sa Majesté , qui a bien
Tiij
223 MERCURE
voulu ( fuivant fa magnificen
ce , & la bonté ordinaire pour
Les peuples ) accorder à cette
Demoiſelle une fomme confiderable
afin qu'elle dé
clarât fon fecret. M ' Fagon
ajoute qu'il a cru qu'il eftoit
de fon devoir & de fon zele
pour le bien public , de luy répondre
de la bonté des drogues
,qui entrent dans la com .
pofition de ce remede , & de
T'heureux fuccés qu'il a coûtume
d'avoir , lors qu'on l'appli
fur l'un & fur l'autre fexe ,
afin que ceux qui en auront
befoin ne faffent aucune dif
GALANT. 223
ficulté de fe confier à la Dest
moiſelle de Vaux. Elle eft
veuve de feu Mr de Vaux ,
maître Chirurgien Jaré à Paris
, & demeure rue de l'Arbre→→
Sec , au coin de la rue Bait ..
leal au premier appartement
.
L'application de ton remede :
ne contraint point à garder let
lit ny la chambre. Elle en
donne pour ceux des Invali
des qui font attaquez de ce
mal, & elle a l'honneur d'eftre
fur Fetat de ceux à qui Sa мa,
jeſté donne des penfions.
Voicy ce que Mrs. les Lan
ternistes de Toulouſe ont fait
Tiiij
224 MERCURE
imprimer fur le prix qu'ils ont
donné cette année.
C'eft Mr. l'Abbéde Poiffy qui
a remporté le Prix . Son nom eft
connu ' parmi les gens de Lestrés ,
& l'on sçait que cet ingenieux
Auteur a des talensfinguliers pour
les beaux Arts. Son Sonnet, fans.
faire tort au merite d'un grand
nombre de concurrens , eft d'une
délicateffe diftinguée . Chacun s'eft
fignalé dins l'agréable carriere des
Bouts Rimez, & ious generale.
ment ont donne dans les mêmes:
fentimens & dans les mêmes pen- ·
fées touchant la Paix ; tant il eft
vray que tous les efprits &tous
GALANT.
225
T
les coeurs s'accordent à loiter Fau
gufte Heros qui nous l'a fi avansageuſement
procurée.
SONNET AU ROY ..
L
E Laurier a pour Toy moins d'atolive
,
traits que
La
Paix
devient
le prix de tesfaits
éclatans ;
Tes Ennemis vaincus en tous lieux,
en tout temps ,
Ont gémi fous le poids de ta valeur
S
active.
Tu preftes à leurs cris une Oreille
attentive
Et ta clemence cherche à les rendre
contens s
Loin de les foudroyer, ces orgueilleux
Titans ,
226 MERCURE
Turens en leurfaveur ta puiffances
S
captive.
L'Orage eft diffipé ; quelle heureufe
faifon !
Le calme des beaux jours regne fur
l'horifon
Ton br.us du Champ de Mars afermé
la
$
barriere.
Armer contre l'Europe , attaquer
foûtenir,
Etfe vaincre au milieu d'une augufte
carriere ,
Seul , tu l'as fait, Grand Roy , qu'en
croira ľ
avenir?
PRIERE A DIEU
POUK LE ROY.
SEIGNEUR , exauce lesfouhaits
GALANT. 227
Quadreffent vers le Ciel de fidelles
Sujets.
Que Louis fans ceffe profpere ,
Et regne affez longtemps pour fe voir
fept fois Pere.
J'ay à vous dire , Madame,
que l'Aimant dont il eft parlé
dans ma lettre du mois de
Septembre de l'année derniere,
eft compofé d'un grand
nombre d'aiguilles aimantées;
une fur un Pole d'un Aimant,
une autre fur l'autre Pole : &
alternativement d'aiguille en
aiguille.
ΣΤ. Le , de ce mois Meffire
Jean Furnier Monmorenci ,
Baron de Neuville , Seigneur
2:28 MERCURE
d'Aunen , ' Saint- Acheu , Ca
hieux , Montigni , Anchi
Fété , & c . agé de vingt ans
fit abjuration de l'herefie de
Calvin dans l'Eglife des Barnabarcs
de Paris , entre les
mains du Pere Bidal Barnabi
te , Miffionnaire Apoftolique
au Septentrion , par l'ordre de
Mr l'Archevêque de Paris ;
qui étant allé récevoir le Bonnet
de Cardinal des mains de
S. M. ne put faire la ceremos
nie de cette abjuration . Le
Pere Bidal avoit amené avec
luy de Hambourg Mr. de
Neuville & M. l'Abbé Bidal
GALANT. 229
Envoyé Extraordinaire du
Roy vers plufieurs Princes &
Etats de la Baffe Saxe , l'avoir
retenu quelque temps chezluy
a Hambourg , & avoit
prié Madame la Comteffe de
Chamilly , Ambaſſadrice du
Roy en Dannemarck , qui revenoit
en France , de le rece
voir fur fon Bord.
Mrs de l'Academie des
Jeux , Floreaux de Touloufe
ont rendu les derniers devoirs
à la memoire de M, Bouche .
rat , Chancelier de France ,
qui ils doivent le retabliffe.
ment de leur Academie . Il en
230 MERCURE
a été le premier Protecteur ,
& il luy a procuré l'honneur
d'être à l'avenir fous la pro-
·
tection de Mrs. les Chanceliers
de France fes fucceffeurs .
Ceux qui compofene cer illu .
ftre Corps firent faire le 19 .
du mois paffé un Service dans
la vafte & magnifique Chapelle
de Nôtre Dame du
Mont Carmel , bâtie par Mr
Malepoire , Magiſtrat Prefidial
de cette Ville , l'un des
Academiciens , & affectée à
l'Academie. On avoit pris
foin de la tapiffer de noir du
haut de la voutejufqu'en bas.
GALANT.
231
W
Des Litres de Velours noir
regnoient autour del certe
Chapelle , chargées des Atmoiries
de Mr. le Chancelier.
Sous le Dome de la Chapelle
-étoit placé un Lit ou un Dais
de Velour noir élevé ſur une
Eftrade à plufieurs marches ,
fous lequel on voyoir une Reprefentation
accompagnée de
toutes les marques de la dignté
de Chancelier & qui étoit
entourée d'un grand nom
bre de Bougies. Les Ecuffons
étoient femez de tous côtez ,
& rien ne manquoit pour la
décoration à cetté lugubre ce232
MERCURE
remonie. Le Mefle fut celebrée
folemnellemnt par Mr.
Compain , Chanoine de l'E
glife Cathédrale St. Etienne ,
l'un des Academiciens , &
chantée par une très belle Mufique.
L'Oraifon Funebre fut
prononcée
par Mr. l'Abbé
d'Auterive , Chancelier de
l'Univerfité de Toulouſe , un
des Academiciens. Elle reponditalagrandeur
du fujet, &
reçut un applaudiffement general.
Toutes les Compagnies
avoient été invitées à ce Service
par Mrs. de l'Academie.
Mrs, du Parlement , les TréſoGALANT.
233
riers de France , les Officiers
da Senechal & Prefidial ,l'Uni
verfité , les Capitouls , y affifte
rent en Corps , & toutes les
perfonnes qui tiennent quelquerang
dans la ville de Tou.
toufe ne manquerent pas de
s'y trouver. La ceremonie te
fit fans confufion , & avce
beaucoup d'ordre par les précautions
que l'on avoit prifes
d'eloigner la grande foule de
peuple , que lacuriofité yattiroit
de toute parts.
Le Sr. Michel Brunet , Libraire
dans la Grande Salle du
Balais auMercure Galang,vient
V
Juillet 1790.
234 MERCURE
de donner au Public un Livre
nouveau fous le titre de Saint-
Evremoniana. C'eft un recueil
de plufieurs chofes que quelques
perſonnes le font fouvenuës
d'avoir oüy dire autrefois
à Mr. de S. Evremons. Quoyque
cetOuvrage contienne diverfes
chofes galantes , on n'y
en trouve aucune qui ne foit
honnête , & qui ne puiffe être
lûe par ceux qui font les
plus fcrupuleux. L'Auteur en
les affemblant n'a eu autre
deffein que de faire voir qu'on
peut écrire des Livres de cette
elpece meflez de chofes cuGALANT.
237
rieufes & de galanteries , fans
y employer un mot dont la
vertu puiffe être blefféé. On
peut dire même que ces fottes
de lectures ont leur utilité.
Les matieres traitées par prin
cipes & par raifonnement ,
font excellentes pour une étu
de folide , & pour ſe remplirs
des fciences dont chacun a be
foin dans fonétar ; mais aprés ›
ces.applications longues & pe
nibles , on n'eft pas fâché detrouver
quelquefois fous fa
main un petit Livre qui en de
laffantle Lecteur le puiffe fais
refouvenir de certains devoirs »
Vij
236 MERCURE
qui regardent la focieté , la
droiture du coeur & même le
reſpect qu'on doit à la Religion
. C'est à quoy eſt propre
le Saint Evremoniana dont je
vous parle.
On a fait une maniere de
Fefte à Soiffons pour la reception
des Arquebufiers de
Meaux . Une Compagnie compofée
de jeunes gens les mieux
faits & des meilleures familles,
biens montez & en habits
magnifiques, allerent les recevoir
à une lieuë de cette premiere
Ville. Les Arquebus.
GALANT 237
fiers de Soiffons en habit uni
forme , & tous fur des Chevaux
de prix, les joignirentun.
moment apres. Les civilitez
ordinaires finies , ces trois
Troupes marcherent fur trois
files , les Arque buſiers de Soif
fons à la droite , & la Compagnie
de la Jeuneffe à la gauche.
Celle de Meaux étoit au
milieu , & fembloit être con
duite dans la Ville comme er
uriomphe. On y voyoit les
prix qu'elle a remportez, & le
Bouquet magnifique que rano
d'autres Villes avoient defaré
inutilement , étoit porté par
238 MERCURE
2
quatre hommes. Les Tambours
, les Hautbois , les Vio
lons , les Timbales & les Trom
pettes, fe répondant les unsaux
autres , faifoient une harmo
nie de fons differens qui avoit
quelque chofe d'agréable &
de ſurprenant . On trouva à la
porte du Capitaine de l'Ar
quebufe un regale pour feras
fraichir en paffant , & une fon
taine de vin y réjouit & y.arrêta
long temps le menu Peuple.
On alla enfuite fe montrer
chez Mintendant
, à
l'Evêche & à l'Abbaie de Nô
me Dame , & aprés contes
GALANT. 239
ces vifites , la Compagnie de
Meaux fut conduite dans les
lieux qui lui avoient été deſtinez.
Elle fe rendit le foir dans
la grande Salle de l'Arquebu
fe où elle avoit été invitée
à fouper. La Table en fer - à-
Cheval de foixante couvertsdonna
moyen à tous ceux qui
-la compofoient d'être bien
placez. On y fervit tous ce
qu'on avoit pû trouver de
meilleur pour la faiſon , & les
fantez des perfonnes diftinguées
fûrent buës au bruit
-de l'Artillerie placée fur le Ca
valier quieft au bout du jar
240 MERCURE
din. Les Hautbois , les Tim
bales & les Trompettes fe faifoient
entendre dans le mê.
metemps , & n'excitoient pas
peu à la joye. En fortant de
Table , on donna des bou.
teilles & des verres aux jeunes
gens , & ils allerent avec ces
armes faire la ronde autour
du Jardin , invitant les hommes
à boire , & les Dames a
embellir le bal par leur profence.
Cependant plufieurs
fufées volantes firent ouir dans
des airs un petit tonnerre qui
ne déplut pas. Un Soleil parut
au milieu de la nuit fur le
haur
..
GALAMT. 241
haut du Cavalier & fit longtemps
un tres bel effet . Au
lieu d'eau de la Fontaine qui
eft au milieu de ce Jardin , parut
un groffe gerbe de feu qui
faifoit un nouveau jour. Une
partie de la Ville s'y étoit rendue
pour prendre part à ce divertiffement.
Ainfi toutes les
allées pouvoient le remplir
de monde , le bal dura pref
que jufqu'au jour , & il y eut
des rafraichiffemens de toutes.
fortes , mais les hommes s'en
tinrent au bon vin de Reinis
qui ne manqua point . Ainfi
Mrs les Arquebufiers de meaux
Juillet 1700.
X
242 MERCURE
eurent tout fujet d'être contens
de la reception qui leur
fut faite.
Le premier de ce mois Ma.
dame la D. de Bourgogne al.
la à Arcücil chez Madame la
Princeffe d'Harcourt qui l'y
avoit invitée , & qui l'y reçut
avec de grands témoignages
de refpect , de reconnoiffan .
ce & de joye. Elle n'oublia rien
pour rendre complette la Fê
te qu'elle luy avoit préparée .
Elle fit trouver entre le Bourgla
Reine & Arcüeil des Trom
pettes & des Timbales de fa
livrée , qui précederent le CaGALANT
243
1
roffe du Corps de Madame la
Ducheffe de Bourgogne jufque
dans fa maifon , près de
laquelle tous les habitans du
Bourg étoient rangez fous les
armes. Elle attendit dans fa
Cour Madame la Ducheffe de
Bourgogne à la defcente de
fon Caroffe , & la conduifit
dans tous les Appartemens ,
z qui font nombreux & trespropres.
Elle lui fit remarquer
la fituation de cette
maiſon , qui touche à l'Aque
duc , & qui , comme luy a
£ eſté bâtie par la Reine Marie
de Medicis . Madame la Du .
*3
1
" A
X ij
244 MERCURE
i
cheffe de Bourgogne fut auffi
furprife que les perfonnes de
fa fuite qui n'y avoient jamais
efté de trouver de
beaux Jardins , embellis de
de Fontaines jalliffantes , de
plein pied à chaque étage . Je
ne parle point du Rez de
chauffée ; il est à préfumer
qu'il n'en manque pas. L'on
admira au premier étage un
grand Sallon plus long que
large , terminé par une lon.
gue allée en berceau , que finit
une Grotte d'où fort continuellement
de l'eau len
abondance. De l'un des ApGALANT.
245
partemens du ſecond étage ,
Madame la Pridcefle d'Harcourt
fit entrer Madame la
Ducheffe de Bourgogne dans
une Allée fort lombre , au
milieu de laquelle elle avoir
fait placer un Fauteuil pour
scette Princeffe , & des Sieges
à droite & à gauche pour les
Dames de fa fuite . A peine la
Compagnie fur affife qu'on
vit avancer par le bout de
d'allée qui lui étoit oppofé
troupe de Dieux champêtres
conduits par le Dieu Pan ,
i dont les uns jouoient du
Haut bois , & les autres danune
X iij
246 MERCURE
foient de fort bonne
grace
"
& lors que cette Troupe fut
arrivée à certaine diftance,
les Dieux danfans firent deux
Entrées fort agreables . Le S
Baftaron , ordinaire de la Mu .
fique du Roy , qui reprefentoit
le Dieu Pan , chanta quelques
recits en l'honneur de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Derriere ces Faunes ,
parurent deux jeunes Bergers,
la houlette à la main , & tresgalamment
vetus ; mais ils refterent
toûjours affez loin , &
ne danferent point.Enfuite ces
Divinitez le retirerent en ar
GALANT. 247
de
riert dans le même ordre, & en
cadence comme elles étoient
arrivées , & difparurent au
bout de l'Allée . Alors Madame
la Princeffe d'Harcourt
conduifit Madame la Duchef.
fe de Bourgogne dans des Jardins
encore plus hauts , ou ,
au pied d'un grand corps
logis qui eft de la dépendan
ce de la maiſon , elle la fit entrer
dans l'Aqueduc , & luy
fit voir la fource qui fournit
d'eau à tant de Fontaines de
Paris . Madame la Ducheffe
de Bourgogne n'y demeura
pas longtemps à caufe de la
X inj
+48 MERCURE
trop grande fraicheur , & s'é
tant affile fur un banc dans
un allée voifine , elle vit paroître
la Troupe des Divini
tez champêtres pour la feconde
fois. Pan y chanta de nouveaux
recits , & les Danfeurs
y firent des Entrées nouvelles.
Les deux jeunes Bergers
y furent vûs de plus prés que
la premiere fois , & furent re ,
connus pour les Princes Fils
de Madame la Princeffe
d'Harcourt. Ils danferent l'un
& l'autre avec toute la no
bleffe & tout l'agrément pof
fible , & eurent l'honneur de
2
GALANT 249
falüer Madame la Ducheffe
de Bourgogne comme des
Princes de leur fang Apres
cette Fefte , la compagnie retourna
à la maifon , & comme
il eftoit encore de bonne
heure , l'on apporta une gran
de table & l'on fit une repriſe
de Laniquenet dans le Sallon
du premir étage. L'on y fervit
avant que de commencer le
jeu , une grande colarion , &
l'on y aporta pendant toute la
reprife , des liqueurs & des gla
ces à profufion. Madame la
Ducheffe de Bourgogne quitta
le jeu fur les fept heures ,
20 MENCURE
& le promena jufqu'à neuf
heures dans les Jardins hauts.
L'on fervit le louper dans le
mefme Sallon parfaitement
éclairé. Toutes les Dames fe
mirent à table avec Madame
la Ducheffe de Bourgogne
.
Le repas fut tres grand & fort
delicat , & fe paffa au bruit des
fanfares des Trompettes
qui
étoient dans le jardin. Tous
les gens de la fuite de Mada.
me la Ducheffe de Bourgogne
, les Gardes & la livrée furent
traitez à diverſes tables
magnifiquement
. Lors que
dette Princeffe eut foupé elle
GALANT } 2RE
fit dans le melme lieu une fe
conde repriſe de Lanfquenet!
qui dura jufqu'à onze heures ,
& quand elle fut finie
qu'on eut ôté la table du
jeu , les Hautsbois & les Danfeurs
parurent pour la troifié .
me fois , & les derniers firent
des merveilles à l'envi l'un de
l'autre , ce qui n'eft pas diffici
le à croire , puis que c'étoit l'é
lite des danfeurs de l'Opera.
Les Hautsbois étoient les Philidors
& leurs camarades , qui
fans contredit font les meil.
leurs qu'il y ait en France.
Après ce petit Ballet , l'on
commença un Bal , où les
..
252 MERCURE
་
jeunes Princes eurent l'hon.
neur de danfer avec Madame
la Ducheffe
de Bourgogne
,
qui partit d'Arcueil à minuit
& demi , fort contente de la
reception de Madame la Princeffe
d'Harcourt & des foins
qu'elle avoit pris pour la divercir
& pour la bien régaler ,
Elle l'en remercia plus d'une
fois avant que de partir. Les
Trompettes & les Timbales
precederent le caroffe de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
juſqu'au Bourg la Reine.
Je vous dis le mois paffe
que M ' de Fer , Geographede
Monfeigneur
le Dauphin , feGALANT
253
3
roit paroître dans quelques
jours fon Atlas curieux intitulé
le monde . Il vient de le donner
au public , & ce livre
pour titre Atlas curieux , ou le
monde reprefenté dans des cartes
generales du ciel de la serve
divisé , tant en fes quatre principales
parties , que par Etats &
Provinces , & ornépar des plans,
des deferiptions des villes capitales
principales , des plus
Superbesédifices qui les embeliffent ,
comme font les Eglifes , les Palais ,
les Maifons de plaifance , les farc.
dins , lesfontaines,
On voit dans cette Partie
que M de Fer vient de mettre
au jour.
254 MERCURE
Une Mappemonde , ou
Carte generale de l'Afrique
dreffée fur les obfervations
de Meffieurs de l'Academie
Royale des Sciences .
L'Europpe fuivant les nouvelles
obfervations de la mef
me Academie .
XLAQ
L'Afie fuivant les nouvel
les découvertes , dont les
points principaux font placez
fur les obfervations de la mefme
Academie.
L'Afrique dreffee felon les
dernieres Relations , & fuivant
les nouvelles découvertes ,
dont les points principaux
GALANT 955
1
font placez fur les obfervations
de la mefme Academie .
L'Amerique meridionale
& feptentrionale , dreffée felon
les dernieres Relations , &
fuivant les dernieres découvertes
, dont les points princi
paux font placez fur les Obfervations
de la même Academie.
La France , fes Conqueftes ,
Acquifitions , & fes bornes ,
par les derniers Traitez , &
dont les Points principaux
fon pofez felon , & c.
Le grand Portail , & Dome
de l'Eglife des Invalides , & le
256 MERCURE
Plan general à vûë d'oiſeau , de
l'Hoftel Royal des Invalides.
Le Plan general de Vertailles
, fon Parc ,fon Louvre , fes
Jardins , fes Fontaines , fes Bofquets
, & la Ville.
LaMachine fituée fur la Ri
viere de Seine , prés Saint Germain
en Laye , & encore plus
prés du Chateau de Marly ,
dont elle porte le nom. Cette
Machine éléve deux cens pou
ces d'eau foixante & deux toifes
de haut qu'elle fournit à
Verfailles , qui n'en eſt éloigné
que d'une bonne heure
de chemin.
GALANT.
287
La Ville de Lion.
La Souveraineté de Neuf.:
chaſtel & de Vallangin .
to
Le Plan des Villes de Londres
, & de Weſtminſter , &
de leurs Fauxbourgs , avec le
Bourg de Southwark .
La Haye.
Copenhague !
Le Sond ou Détroit du
Sond.
La Ville de Milan .
Le Plan de la Ville de Rome.
L'Eglife de Saint Pierre de
Rome .
La Ville de Madrid.
Juillet 1700.
Y
258 MERCURE
Le Plan des Villes , Forts
Port , Rade , & environs de
Cartagene.
Une Carte de la Californie ,
& du nouveau Mexique.
LeDétroit de Magellan.
Voicy l'Avertiffement que
Mr de Fer a mis à la tefte de la
Partie qui renferme tous ces
Ouvrages.
AVERTISSEMENT
Quand je donnay la dernie
ré partie des forces de l'Europe
, je promis d'en donner
bien-tôt les Beautez ; c'eſt à
L
GALANT
259
તી
dire , les Cartes , les Plans , &
les Defcriptions de tout ce
qu'il y a de plus confiderable
dans cette partie du Monde ,
qu'il nous importe le plus de
connoître . Mais depuis ce
temps - la´, il est tombé entre
mes mains tant de memoires
curieux , qui concernent
generalement toutes les
autres parties de l'Univers,
que je me fuis trouvé engagé
de changer de deffein . En
effet je donne incomparablement
plus que je n'avois pro .
mis ; Et au lieu de me borner
implement aux Beautez des
Y ij
;
-70003 Th
.
260 MERCURE
l'Europe ; je vais publier les
Beautez du Monde entier,
Ceft pour cela que j'ay aban
donné le Titre que j'avois d'a ,
bord en vûë , afin d'en don.
ner un à celui cy quiluy convient
entierement. Jele nom.
me LE MONDE , ou l'Atlas
curieux , & le public aura lieu
d'être content de ce que je fe
ray pour remplir un beau titre.
3
Comme ce dernier deffein
eft vafte qu'il eft de longue
haleine , & qu'il n'eft pas
fa
cile de l'executer tout à la fois,
& qu'il faut pourtant accorGALANT.
261
der quelque chofe à l'empreffement
de plufieurs perfonnes
confiderables , qui
fouhaitent que l'on publie ce
qui eſt déja gravé je me ſuis
déterminé de mettre au jour
dans chaque année , une partie
de ce grand Ouvrage ,
Ainfi je commence cette an
née par donner cinquante
feuilles , dont il y en a vingtcinq
qui font des Cartes , &
des Plans ; & les vingt - cinq T
ont des
Delcriptions
.
dans l'année
en paroîtra encore aurant
1701. & ainfi de
ſuite. On donne cet avis , afin
262 MERCURE
que ceux qui acheteront cer
Ouvrage , à mesure qu'on le
publiera , ne fe preffent pas de
le faire relier , il y aura pour
le moins deux cens figures quis
avec leurs defcriptions com
poferont deux juftes Volumes .
Dans la derniere partie je mar
queray l'ordre , felon lequel
il faudra ranger routes ces fi
gures , pour les faire relier ; &
jofe meprometre que la me
tode que l'on fuivra , aura ,
outre fon agrément , l'art de
bien reprefenter le Monde ,
& ce qu'il y a de plus curieuz
dans le Ciel , & fur la terre.
.579 A
GALANT. 263
Ces Volumessavec celuy des
forces de l'Europe , que j'ay
déja donné , font un Ouvra
ge tres complet , tres utile &
tres agreable.
J'ay donné le premier au
public des Cartes Geographiques
,fur les obfervations de
Meffieurs de l'Accademie des
Sciences , & m'étant fervi de
ce que j'enay trouvé d'impri
mé dans les Tables Aftronomiques
de M' de la Hire , l'ay
cru que je devois rapporter
dans ma Mappemonde , imprimée
en 1694. les raifons
qu'il a cues de pofer la longi
264 MERCURE
tude de Paris de zo . degrez
30. minutes feulement . C'eſt
pourquoy il n'y a pas lieu de
douter que les Cartes que j'ay
miles au jour depuis ce tempslà
, n'ayent beaucoup plus de
celles qui ont pa
C
jufteffe que
ru jufqu'à
preſent
.
Cet Ouvrage
qui eſt dedié
à Meſſeigneurs
les Ducs
de
Bourgogne
, d'Anjou
, & de
Berry
, a esté tres
favorablede
ces Princes
, &
ils prirent
tant de plaifir
à l'exa
miner
, qu'ils
ne le quitterent
qu'avec
peine
, & aprés
qu'on
les en eut
preffez
plufieurs
ment reçu
fois ,
GALANT. 265.
fois , parce qu'ils avoient laiſſé
paffer l'heure de leur dîner.
M de Fer vend auffi une
Carte initulée Etats des Couronnes
de Dannemarch ; Suede&
Pologne , fur la Mer Baltique.
Il loge fur le Quay de l'horlo
ge dans l'lfle du Palais , à la
Sphere Royale.
Monſeigneur le Dauphin
ayant réfolu de prendre le divertiffement
de la chaffe au
Loup aux environs de Saint
Maur , & d'aller coucher au
Château qui appartient à S.
A. S. Monfieur le Duc , ce
Z
Juillet 1700 .
266 MERCURE
Prince arriva le 18. de ce mois
d'affez bonne heure pour fe
promener dans tous les jardins
, que S. A. S. avoit fait
orner pendant cinq jours de
tout ce qui pouvoit les rendre
plus agreables , & les em
bellir. On avoit travaillé
y
--
avec tant de diligence , que
pendant ce court efpace de
cinq jours on vint à bout
de faire jaillir de nouvelles
Fontaines , dans des Baffins
nouveaux. Ce lieu eft dans
une des plus belles fituations
de France , à caufe des
differentes veues qui font for.
GALANT . 267
mées par des Plaines , & des
Cofteaux , par un Parc d'une
étendue extraordinaire ,
& par la Riviere qui fert de
Canal à cette belle Maiſon .
Ceux qui compofoient
la Cour de Monfeigneur
eſtoient
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne.
Monfieur le Duc de Chartres
.
Monfieur le Duc.
Monfieur le Prince de
Conty.
Mile Com te de Toulouſe.
M ' le Grand Prieur.
Z ij
268 MERCURE
Mr le Duc de Grammont.
M' le Comte de Brionne.
M' le Duc de la Rocheguyon.
M' de Liancourt.
Mr le Duc de Villeroy.
M' le Duc de
Rocquelaure.
M'de Matignon .
M' le Comte d'Eftrées.
M' le Duc de Luxembourg.
Mile Marquis d'Antin .
M' le Duc de la Feuillade.
M' le Comte de Fieſque.
Mrle Comte de Rouffy.
M' le Comte de fainte
Maure.
GALANT. 269
M' le Marquis d'Urfé .
M' le Comte de Chemeraulc.
re.
Mr le Marquis de la Vallie
M' le Marquis d'O .
M' le Marquis de Livry.
Il y avoit outre ces Sergneurs
une infinité de perfonnes
que la curiofité avoit
attirées en ce lieu -là. On y
remarqua tous ceux qui ont
des maifons dans le Village ,
qui fe faifoient un plaifir fenfib'e
de l'honneur de voir
Monseigneur. Ce Prince fe
promena dans tous les jar-
Z iij
270 MERCURE
dins , & on eut grand foin pendant
la promenade de le détourner
du lieu , où Monfieur.
le Duc avoit fait preparer un
divertiffement ; mais à peine.
la nuit eut elle commencé ,
qu'on le fit entrer dans un
Bofquer où il y avoit un chea
tre de jardin. Toutes les
grandes allées qui y conduifoient
eftoient illuminées . IIy
avoit dans le milieu de la
plus grande Allée une Fontaine
dont le Baffin étoit
d'environ vingt toiles de diamettre.
Cette allée à eftoit .
bornée d'une grille illumiGALANT
271
née par des Lampes qui for
- moient la grille , & la faitoient
paroître en feu . Cette
allee communique au Thea.
tre , lequel eft grand , & bien
proportionné . Il y a une maniere
de Parterre , & des Amphiteatres
formez de plufieurs
gradins redoublez , feparez
par des tablettes de
pierres de taille avec des ga.
zons , de la charmille , & des
Arbres qui en defignent les
plans. Ce Theatre eſt élevé
de trois pieds . Il a deux Efcaliers
aux deux côtez. La face
eft de quinze toifes fur
OL SIGNS
Z iiij ⠀⠀
273 MERCURE
quarante trois de long. La
décoration eft formée par
des Maronniers , & de la
Charmille dans fa proportion
neceffaire pour former un
Theatre agreable. On avoit
placé fur ce Theatre , afin
d'en augmenter la beauté , de
tres- beaux Orangers entre
deux Maronniers , & des fi
gures en maniere de termes
fur des Piedeltaux au devant
de chaque Maronnier . Chaque
figure portoit une girandole
dorée à fix branches gar.
nies de bougies . Dans l'eloignement
eftoit une Nape
GALANT .
273
d'eau qui provenoit de celle
que jettoit un Dauphin dans
une coquille , & qui retomboit
dans un Baffin foutenu
par un grand Fiédeſtal . Deux
figures fourenoient la coquille
, avec des feftons de
Roſeaux. Ces deux figures
reprefentoient les fleuves de
la Marne , & de la Seine. It
y avoit fur la hauteur une figure
reprefentant la Déeffe
Flore . Tous les Piedeftaux
& les quaiffes des Orangers ,
eftoient peints en Porcelaines
, & ornez des chifres , &
des Armes de Monſeigneur ,
4
274 MERCURE
& de feftons de fleurs. Le
Theatre eftoit bordé de qua.
tre - vingt vafes de Fayence
remplis de Lauriers rofe,
Toutes les Statues , ainfi
que
les Piedeftaux , les quaiffes
d'Oranger & les Arcades ,
eftoient remplies de Lampes
par derriere , & ces Lampes
répandoient par tout le Theatre
une lumiere vivé fans
qu'on put voir d'où elle ve.
noit , celle des Girandoles
que portoient les termes ne
pouvant produire cet effet .
A peine Monfeigneur fut il
affis , que le Dieu Pan parut
GALANT. 275
ན་ au fond du Theatre , & fut
amené dans un Char de
feuillée trainé par des Satires.
Ce Chár étoit accompagne
d'autres Satires jouant du
Hautbois , & d'autres qui tenoient
des feftons attachez
au Char . Plufieurs autres Sa ---
tires dançoient , & tous en
fembleformoient une marche
tres- agreable. Le fieur Ballon.
reprefentoitle Dieu Pan Voici
ce qui fut chanté pour le Roy.
LOUISIS a defarme Bellonne.
Sur ce Trône de gloire où la Paix le
couronne.
276 MERCURE
Sans peine il fuffitfeul à regir l'Univers
,
Et nous laiffejouir du repos qu'il nous
donne .
Dans ce loifir tranquille écoutez nos
concerts.
Repofez- vous fous nos ombrages
verds.
Un Faune chanta enfuite ces
Vers à la gloire de Monſeigneur .
Vous avez fur le Rhinfait voler la
Victoire , ·
Digne Fils duplus grand des Rois .
Plus d'une fois
Les rayons de votre gloire
Ont éclairéla Forest Noire.
Les Faunes & les Sylvains ajoûtérent
.
GALANT. 277
Mais doit - on moins louer dans le
fein du repos
Les charmantes vertus d'un aimable
Heros?
Qu'il estbeau , qu'il eft rare en la vive
jeuneſſe
De commander à fes defirs ,
De fçavoir éviter dans ces heureux
loifirs
Lafuperbe licence , & l'oifive mollef
fe ,
D'eftre en un rang fuprême entouré
de plaifirs ,
Et n'en éprouver point l'yvreffe !
Qu'il est beau , qu'il eft rare en la vive
jeuneffe
De commanderà fes defirs!
La Mufique de ce divertiffement
a été faite par M' Colaffe
, l'un des quatre Maîtres
278 MERCURE
de Mufique de la Chapelle du
Roy , & les entrées lont du
Sieur Pecour. Tout ce qui regarde
le Theatre , l'illumination
, & la décoration a été
inventé par M' Berain qui eut
charge du foin de l'executer.
Aprés le divertiffement, Monfeigneur
revint au Château ,
où l'on fervit un fouper avec
toute la magnificence , la profufion
& la politeffe poffible.
Sur la fin de ce repas , on
entendit desHaut bois, & l'on
vit auffitoft paroître le Dieu
des Eaux qui accompagnoit
le Dieu de la Marne , repreGALANT.
279
fenté
par
le Sieur de la Toril .
liere . Ce dernier invita Monfeigneur
à venir vifiter les
caux , & luy dit qu'il luy avoic
préparé un divertiffement.
Monfeigneur les fuivit , & defcendit
par le grand Elcalier
du Jardin , éclairé par les funbeaux
que tenoient ces deux
Divinitez. Ce Prince trouva
des fiegesfur la terraſſe , & vit
de ce lieu un fort beau Feu
d'Artifice qui dura environ
trois quarts d'heure . Ce Feu
étoit fur deux grands Bâteaux
qui combatoient l'un contre
l'autre , & qui paroiſſant vain.
280 MERCURE
ne
queurs, & vaincus tour à tour,
donnerent beaucoup de plai.
fir aux fpectateurs . Ce Dieu
des Eaux , & celuy de la Marreconduifirent
Monfei
gneur au Château en l'éclairant
toûjours. Je ne vous dis
point qu'il y eut pluſieurs tables
fervies , tant pour ceux
qui ne purent avoir place à
la table de Monfeigneur
, que
pour toutes les perfonnes de
diftinction qui le trouverent
à cette Fête , & pour tous ceux
qui avoient contribué aux divertiffemens.
Quand la maiſon
de Condé fe mêle d'une Fête,
GALANT. 281
rout Paris s'y trouveroit qu'on
n'y manqueroit de rien . Monfieur
le Duc avoit retenu des
Chambres dans toutes les principales
maiſons du Village , &
ce Prince y faifoit même fervir
des tables . On alla à la Chaſſe
le lendemain Lundy & le Mardy
fuivant , & pendant tour
le temps que Monfeigneur a
bien voulu paffer à S. Maur
la table de ce Prince à été fervie
avec la même magnificence
, & toutes les autres à pro
portion.
•
Le 29. du mois paffé , Mef-
Fuillet 1700.
A a
282 MERCURE
fire Pierre Catinat , Seigneur
de Saint Mars , Confeiller en
la Quatriéme Chambre des
Enqueftes , épousa Mademoifelle
Fraguier , & jamais mariage
n'a paru mieux afforti . M
de Catinat eft Fils de Meffire
René de Catinat , Confeiller
d'honneur au Parlement de
Paris , & de Dame Françoile
Frefon , & Neveu du Maréchal
de ce nom , qui en faveur de
ce mariage a donné à ces nouveaux
Mariez la fomme de
cent mille livres , & a bien
voulu faire les frais des Noces,
où il y avoit trois tables de
GALANT. 283
yingt cinq couverts chacune ,
fervies avec abondance , &
avec une grande propreté. It
eft auffi Neveu de Meffire
Guillaume de Catinat , Seigneur
de Croifil , cy . devant
Capitaine aux Gardes . Ces
Mellieurs avoient un autre
Frere , auffi Capitaine aux Gardes
, qui fut tué en 1667. au
Siege de Lille en Flandre. Mef
fire Pierre de Catinat , leur Pere,
mourut Doyen de la Grand'.
Chambre en 1673. & avoit époufé
Dame Françoife Poille ,
Fille de Meffire Jacques Poille
, Seigneur de Saint Gratien ,
3)
Aaij
284 MERCURE
auffiConfeiller auparlementde
Paris . M' de Carinat nouveau
marié , n'a qu'un Frere , qui eft
Abbé de S. Julien de Tours.
Mademoiſelle Fraguier eft
pareillement d'une Famille
tres - ancienne dans la Robe
y ayant plus de deux cens ans
qu'elle tient rang dans le Par
lement & dans la Chambre
des Comptes de Paris . Elle a
trois Freres , Martin Fraguier ,.
Jean François Fraguier , &
François Jean Fraguier. Ce
dernier eftoit Chevalier de
Malte dés l'âge de deux ans.
Cette jeune Mariée eft Fille de
GALANT. 285
Meffire Nicolas Fraguier , Sei
gneur de Quincy , Confeilleren
la premiere Chambre des
Enqueftes , & de Dame Jeanne
Charpentier, & Petite Fille
de François Fraguier , Seigneur
de Longperier & de
Quincy , & de Marie- Barbe
d'Auxilli. Nicolas Fraguier ,
Pere de la mariée , a pour Soeur
Dame Marie Fraguier , Epoufe
de мeffire Henry Feydeau ,
Prefident en la Quatrième
Chambre des Enquestes , &
François Fraguier leur Pere ,
mort Sous- Doyen du Parle
ment de Paris en 1689. fut fi
286 MERCURE
regretté , que la Compagnie
ordonna par Arreft que l'Au.
dience leveroit pour affifter à
fes funerailles , honneur qui
n'avoit été deferé depuis long.
temps à aucun du Corps. Il
eftoit Fils de Robert Fraguier ,
Seigneur de malétroit & de
Longperier, &dename Claude
Bernard de Montebife , Soeur
de Mathieu de Montebife
Chevalier de Malte , & Robert
Fraguier avoit eu pour Pere
Pierre Fraguier , reçû Mailtre
des Comptes à Paris en 1541.
Ce Pierre Fraguier fut honoré
de plufieurs emplois confi
GALANT. 287
dérables du temps du Roy
Charles IX. Il eftoit Fils de
Jean Fraguier , reçu auffi Maiftre
des Comptes en 1507.
Madame Loüife de Savoye ,
Mere de François 1. le fit Prefrdent
de la Chambre des-
Comptes de Bourbonnois . Il
eut une Fille mariée à Claude...
Guiot , Seigneur de Charmaut
, Prefident de la Chambre
des Comptes , & Prevoft
des marchands de Paris , dont
elle cut un Fils & cinq Filles ,
toutes mariées , qui ont donné
à cette Famille de grandes &
illuftres alliances..
288 MERCURE
Mr le Marquis de Montenay
, Colonel d'Infanterie , a
époufé Mademoiſelle Madeleine
de Refuge , fille de M¹ le
Marquis de Refuge , Chevalier
de S. Louis , Gouverneur de
Charlemont, & de N.d'Elbenne.
Vous fçavez que ces Maifons
font tres- confiderables .
J'étois mal informé lors que
je vous dis le mois páffé que
le Fils de M' le Duc de Beauviliers
avoit foutenu une The .
fe au College du Pleffis Sorbonne
, cette Theſe ayant été
foutenue par M'T'Abbé de S.
Aignan , Frere de ce Duc ,
mais
GALANT, 289
mais d'un ſecond lit. Mr. l'Ab.
bé Colbert de Maulevrier en a
foutenu une ce mois cy dans
le même College , où il a été
reçû Maître és Arts . Vous
doutez pas que l'Affemblée
n'ait été nombreuſe à cauſe
à caufe des grnds poftes que
cette Famille occupe dans l'Etat
, & de fes grandes alliances
. Le Repondant s'attira
beaucoup d'applaudiſſemens
de tout fon auditoire . On ne
doit pas en être furpris , puifque
tout ceux de cette Fa
mille reuffiffent dans toutes
Juillet 1700.
Bb
290 MERCURE
les choſes auſquelles ils s'ap ,
pliquent.
Je ne vous aprends point la
promotion de M' de Noailles
Archevêque de Paris au Car.
dinalat. La renommé repand
toûjours fi vîte ces fortes de
de nouvelles , que ce n'est ja
mais dans des Lettres telles
que les miennes qu'on les
aprend . Je doute même que
je puiffe vous rien dire fur ce
fujet que vous n'ayez deviné ,
à caufe de la parfaite connoif.
fance que vous avec de tout
ce qui le rend digne de la pourpre.
La nomination du Roy
GALANT. 291
fut fi agréable au Pape , que
Sa Sainteté fit elle même l'é.
loge de cé Prélat , & dit en
applaudiſſant au choix de S.
M. que fi elle n'avoit pas éré
prévenue par la recommandation
de ce Monarque Elle
fe feroit fait un plaifir de luy
donner un jour cette marque
de fon eftime . Auffi doit- on
avouer qu'on trouve en cet
Illuftre Archevêque toutes
les qualitez neceffaires pour
remplir dignement une place
de Prince de l'Eglife. Je ne
dis rien de fa naiſſance puif
qu'elle n'y a point de part
Bb ij
282 MERCURE
quelque illuftre qu'elle foit ,
non plus que fa lageſſe qui a
toûjours fait une des principales
qualitez de tous ceux de
fa Maiſon , chofe rare quand
elle eft fi generale . Ainfi ce
Prélat doit le haut rang qu'il
occupe aujourd'huy dans l'E .
glife à une pieté fincere ,
une devotion fans fafte , &
fans politique, & depuis long.
temps éprouvée , à une vie exemplairequi
ne s'eft pointdé.
mentie , & à une modeftie qui
lors qu'il a appris la nouvelle
de fon élevation au Cardinalat
, a juſtifié le choix du Roy,
à
GALANT. 283
& la promotion du Pape.Cette
nouvelle fut d'abord apportée
par un Courier dépeché par
M' le Prince, de Monaco. Le
Courier du Pape arriva trois
jours aprés , avec un Bref de
Sa Sainteté tres obligeant &
remply de louanges pour ce
nouveau Cardinal. Ce Cou--
rier apporta la Calote rougeque
M' le Cardinal de Noailles
reçût de la main du Roy.
M l'Abbé de Barriere Camerier
fecret participant arriva
de Rome dix- huit jours aprés
& apporta le Bonner avec un
nouveau Bref pour le même
Bb iij
294 MERCURE
même Cardinal. Trois jours
aprés M' de Saintor , Intro
ducteur des Ambaſſadeurs al ·
la le prendre à l'Archevêché
avec les Carroffes du Roy &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , & le conduifit à
Verſailles. M' l'Abbé de Barriere
qui l'accompagnoit cut
Audience particulière de S.
M. à laquelle il preſenta un
Bref du Pape. M des Gran
ges , Maître des Ceremonies
reçût м le Cardinal de Noailles
à la porte de la Chapelle
& à la fin de la Meffe le Roy
luy donna le Bonnet que M
GALANT. 295
L'Abbé de Barriere luy prefenta
dans un Baffin de vermeil
doré. Ce Cardinal s'étant
revêtu des habits de fa nouyelle
dignité , alla en Camail
& en Rochet remercier le Roy
dans fon Cabinet , aprés quoy
il fut chez Monſeigneur le
Dauphin , chez Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , chez
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & chez meſſeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry.
Il alla auffi chez Madame la
Ducheffe de Chartres , chez
Madame la Ducheffe , & chez
Madame la Princeſſe Douai
296 MERCURE
riere de Conti , ayant été con
duit à toutes ces Audiences
par l'Introducteur & par M
des Granges , maître des Ce
remonies. On le reconduific à.
l'Archevêché comme il avoit
été amené.
M' le Prince de Monaco
Ambaffadeur Extraordinaire
de France auprés de Sa Sainteté
, à fait fon entrée publi
que à Rome avec une magni.
ficence extraordinaire. Il avoir
quatre vingt perfonnes de livrée
vétues magnifiquement ,
& cinq fuperbes Carroffes
GALANT. 297
dont il y en avoit un de vuis
de fuivant l'ufage partiqué
depuis peu afin de s'en fervir
en cas qu'il arrivât quelque
accident , à celuy où eft l'Ambaffadeur
. J'efpere vous don
ner une plus ample Relation
de cette Entrée .
Le mot de l'Enigme du
mois paflé eftoit un Caroffes
Ila efté trouvé par M' du
Mont de la ruë S. Antoine ,
Charles de la ruë de l'Arbre
fec de la Chine de la ruë
Dauphine ; Bardet de l'Hô
pital du Mans , Tamirifte de
la ruë de la Cerifaye , l'Abbé
298 MERCURE
;
Blondin de S. Gengouft de
Mets
Mademoiſe Javotte
Ogier , la belle indifferente
de la ruë S. Martin ; & la mere
trop tendre du même quar .
tier .
La nouvelle Enigme que
je vous envoye merite l'attention
de vos amis .
ENIGM E. :
JE ſuis le cher enfant d'une mere
feconde ,
Qui compofa mon corps du plus pur
de fon jang ,
Sans avoir de commerce avec.homme
du monde ,
GALANT. zao
Qu'avec ceux dont les mains mont
tiré de fonflanc.
Je fais un bruit tonnant aufortird'un
Regale ,
Quand de fubtils efprits s'échaufent
avec
moy.
A ma valeur rien ne s'égale :
Et je fuis plus puissant qu'un
Roy.
Je fais naiftre la joye , &fais couler
des larmes ,
Le vice & la vertu trouvent en moy
des charmes ,
Carje deviens fouvent le prix ,
De ces deux mortels ennemis.
Ce n'est qu'en mafaveur qu'on fait
prendre des armes ,
Sans épargner les grands ny les
petits :
De crainte queje ne fois pris .
༠༠ kMFRCURE
Celuy qui me poffede , a d'étranges
allarmes.
Voicy une feconde Chanfon
dont Mademoiſelle Lheritier
a fait les paroles. M ' de Colignon
les a encore mifes en
air.
AIR NOUVEAU.
L'Agreable Printempsfait regner:
Zephirs ,
Il ramene tous les plaifir,
Nos Plaines , & nos Bois brillent de
mille charmes ,
Mais que tout cet éclat me coûte de
douleurs !
Ab , les beaux jours m'oftent mal--
gré mes larmes
GALANT.
301
2
La beauté qui charme mon
coeur.
Le Printemps n'eft pour moy qu'un
Hiver plein d'horreur.
Le Mariage de Monfieur
le Prince de Heffe- Caffel , &
de Madame la Princeffe Ele-
Atorale de Brandebourg s'eft
fait avec un fi grand éclat
que fi l'on s'en rapporte à la
Renommée
on a peu veu
de Ceremonies auffi dignes
de la curiofité du public , &
même de la pofterité. J'elpe .
re vous en envoyer le mois
prochain une relation fort
exacte. Je remets jufqu'au mê302
MERCURE
me mois à vous parler de la
mort de Madame la Ducheffe
d'Ufés & de Mr Logeois . Je
fuis , Madame , vôtre , &c.
A Paris , ce 31.Juillet 1700.
kokok
TA BL É.
P
Relude.
Million faite par Mr Evefque de
Poitiers. 7
Relation du Voyage de Mr de Feriol,
Ambaffadeur Extraordinaire du
Roy à la Porte Ottomane ; de fon
arrivée à Conftantinople ; de
l'Audience qu'il a euë , du grand
Vifir ; & de ce qui s'eft passé chez
le Grand Seigneur, le jour que S.
E. le devoit avoir.
17
94
Lettre du PereTavillon à M³ l'Ab-
Madrigal.
bé de Poiffy.
Sonnet.
Madrigaux.
*9.5
IJI
103
TABLE.
Avis à un Libertin..
106
108 Epigramme.
Ce qui s'eft paffe fous les regnes de
plufieurs Rois , touchant la défenfe
de l'or & de l'argent fur les hdbits.
III
Difcours qui demontre pourquoy l'année
où nousfommes n'eftpoint Bif
fextile.
Lettre curieufe touchant un homme
de cent huit ans , qui vit encore.
136
153
L'Abftinence de la Viande rendue aifée
, ou moins difficile à pratiquer.
157
Nouvelle découverte fur la lumiere.
162
162 Traitédes Succeffions .
Reflexionsfurlapoliteffe des Maurs ,
avec des Maximes pour la Societé.
160
TABLE
Cartes nouvelles. 167
Ouvrages de Mufique. 169
Sonnet.
171
Service pour feu M le Chancelier.
173
1 Morts.
Courfes de Chevaux.
Caroufel.
174
195
203
Pegafe jaloux au Superlicocantieux.
Prix des Bouts -rimez emporté à
Remede affuré.
Toulouſe...
Aimant. L
207
217
Abjuration
Service.
Saint-Evremoniana;
Fefte à Soiffons.
223
227
228
229
234
2367
Reception faite à Madame la Du
cheffe de Bourgogne par Madame
Cc
Fuilles 1700.
TABLE.
laPrinceffe d'Harcourt à Arcueil.
242
L'Atlas curieux , ou le Monde reprefenté
dans de nouvelles Cartes.
253
Divertiffement de Saint Maur donné
à Monfeigneur le Dauphin ,
par S. A. S. Monfieur le Duc.
265
Mariages. 281
Thefes foutenues.
28.8
Promotion de Mr Archevêque de
Paris au Cardinalat. 290
Entrée de Mrle Prince de Monaco ,
Ambasadeur de France à Rome.
Enigmes.
296
297
Articles refervez pour le mois prochain.
·301
TE
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par ;
Printemps , dont la belle verdure,
doit regarder la page no .
L'Air qui
commence par ,
L'agreable
Printemps fait regner
les Zephirs , doit regarder la
page 300.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères