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Eur.
511
m
1700,6
Eur
511m
-1700,6
Mercure
<
36607597740017
<
36607597740017
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN , 1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DCC.
Avec Privilége du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Mongien
AU LECTEUR.
ILya lieu de crowe qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftantimpoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie jd
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
5 que l'on employera
Tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCYRE
I
GALANT
JUIN 1700.
E ne doute point , Madame
ne
le
› que vous
voyiez
avec plaifir
la Devile
qui a efté faite pour
Roy par M' Magnin
, Confeiller
au Prefidial
de Maſcon
,
de l'Academie
Royale
d'Ar
A iij
6 MERCURE
les . Elle a pour corps le Soleil,
& ces paroles pour ame , Orbis
fata librat. On les a rendues
en noftre Langue par ces quatre
Vers .
Il mefure les années ,
Et
par
mille tours divers
Sa courfe , de l'Univers
Balance les deftinées.
Rien ne peut eftre plus jufte ,
puis que le Roy a toujours
etté le maistre de continuer la
guerre , ou d'accorder la Paix
qu'il a donnée quatre fois ,
lors qu'il pouvoit augmenter
fa gloire en augmentant fes
conqueftes , fi toutefois il
GALANT. 7.
eftoit poffible que la gloire
de cer Augufte Monarque
receuft encore quelque éclat
nouveau.
Comme S. M. a fait voir une
nouvelle ardeur pour la Réu
nion des Pretendus Réformez
à la veritable Eglife , depuis
le Traité de Rifwick , qu'Elle
s'eft veuë plus en eftat de s'y
appliquer, M' l'Evêque, Comte
de Noyon , toujours vigilant
fur les fonctions de fon
Miniftere , a cru devoir fecon .
der le zele du Roy , & renouveler
le fien par une Lettre
Paftorale aux Curez de fon
A iiij
8 MERCURE
Diocele , pour ajoûter de
nouveaux Reglemens aux anciens.
Voicy en quels termes
il leur parle au commenceinent
de cette Lettre .
L'extréme defir que nous
avons toujours eu depuis le
long &penible cours de trente
huit années d'Epifcopat, de
voir tous les Fidelles , dont la
Divine Providence nous a
confié le foin , réunis dans le
fein de l'Eglife Catholique ,
lear veritable & feule Mere ,
nous a fouvent obligez de
-vous donner plufieurs Inftru-
&tions & Reglemens de Difci -
GALANT.
9
pline , pour travailler utile.
ment au grand ouvrage de
leur converfion
.
Que d'actions de graces ne
devons- nous pas au Pere des
mifericordes, des benedictions
abondantes , qu'il luy a plû
de répandre fur nos Miffions,
nos Viſites , nos Conferences ,
nos foins & les voftres , en favear
des pauvres aveugles ens
fevelis dans les tenebres de
T'erreut ?
Et comme l'Apoftre Saint
Paul nous apprend que Dieu
ne pouvant fouffrir aucus
vuide dans l'Eglife, aprés en
10IQ
MERCURE
avoir rempli l'un par la voca
cation des Gentils qui luy
manquoient , a réfolu de combler
l'autre par le retour des
Juifs qui s'en eftoient feparez ,
que cette derniere reconciliation
confommera l'ouvrage
d'une gloire qui ne fubfifte
que dans la plenitude , nous
cfperons auffi que le même
Dieu rendra promptement à
Eglife toutes les richeffes fpirituelles
que le nouveau Schif
me luy a injuftement enlevées
; que les reftes malheureux
de cet aveugle Ifraël feront
heureuſement recueilli
GALANT. If
que la Foy joüira de toute fa
plenitude , & qu'enfin les Enfans
de fouftraction & de res
volte deviendront bien.toft
des Enfans de communion &
d'obéillance.
Mais il eft jufte de faire remonter
les ruiffeaux à leurs
ſources , de reconnoiftre avec
l'Eglife Catholique, qu'elle eft
redevable de tant de luccés &
de profperitez à fon digne Fils
Aîné, qui a dompté le mon
ftre de l'Herefie ; que la premiere
Majefté s'eft fervie de
la feconde , & que le Roy des
Rois a choifi la perfonne au
IZ
MERCURE
gufte du plus grand de tous
les Rois , pour faire admirer &
fentir à tout le monde Chreftien
le falutaire effet de cette
veritable Prophetle : Le Donné
de Dieu defcendra du Ciel , ren.
verfera l'Idole de l'Herefte ,
purgera la Maifon de Facob de
toutes fortes d'apierz.
Deurant de profiter de fi
heureufes conjonctures de
l'Empire en faveur du Sacerdoce
, nous redoublerons noftre
application , afin de pro.
curer une fincere converfion
des nouveaux Réunis de noftre
Dioceſe. Preffez par la
GALANT.
13
charité de Noftre - Seigneur ,
animez par les tendres fentimens
de la charité Paftorale ,
excitez par les faints exemples.
de la generofité
Royale & de
la pieté Chreftienne
de noftre
invincible & religieux Monarque,
nous ne pouvons differs r
plus longtemps
à vous décla.
rer nos intentions fur ce qui
peut dépendre
de vos foins
pour la perfection
de ce deffein
,
Que ne pouvons nous par
noftre feule vigilance & par
nous- mêmes achever ce faint
ouvrage que nous avons tant
14 MERCURE
à coeur ! Mais nos forces n'eftant
pas égales à noftre zele ,
nous fommes obligez de nous
décharger fur Vous d'une par .
tie de noftre follicitude , &
d'appeller à noftre fecours les
Timothées & les Tites , les
Coadjuteurs & les Cooperateurs
de noftre divin Miniftere
.
Nous ne pouvons vous exprimer
la confolation que
nous aurions de voir la réunion
de nos Freres , univerfelle
, fincere , & fi bien affermie,
qu'il n'y euft plus aucun fujet
de craindre leur rechute. Nous
GALANT.
15
aurions au contraire une extrême
douleur d'apprendre
S que la converfion de quelques
uns ne fut point parfai
E te , & que le poifon de l'Herefie
euft tellement corrompu
5 leur coeur , qu'ils fuffent encore
dégoûtez des veritez de la
Foy Catholique , quelques
foins que nous ayons pris de
leur en infpirer l'amour & le
respect.
En effet , l'Eglife n'a rien
oublié ny épargné pour les
faire rentrer dans leur devoir.
Elle les a invitez avec beaucoup
de tendreffe ; elle les a
16 MERCURE
recherchez comme des Enfans
égarez , & malgré leur
opiniâtreté , elle a toujours
confervé pour eux des entrailles
de Mere, penetrée de douleur
de ne pouvoir les faire revenir
de leur égarement , &
fe réunir dans fon fein qui
leur a toûjours efté ouvert
& jamais fermé.
Mais enfin fi cette Mere
charitable , aprés avoir épuife"
toutes les voyes de la douceur
, eft forcée de recourir
aux Puiffances établies de
Dieu , pour obliger fes enfans
d'apliquer leur eſprit à la
GALANT.
17
confideration de la verité , fa
conduite eft conforme à celle
que tenoit l'Eglife
d'Afrique
en faveur des Donatiftes , felon
le
témoignage de Saint
Auguftin .
Ce grand Maître de la Dif
cipline étoit perfuadé qu'il eſt
à propos , & même neceffaire,
d'emploier l'autorité des Loix
contre les Hérétiques . Il nous
aprend qu'il avoit une extrẻ-
me joie d'en voir plufieurs ,
qui étant ainfi revenus à l'Unité
de l'Eglife Catholique ,
y étoient fi attachez , & la foû .
tenoient avec tant de zéle &
Juin
1700 .
B
18 MERCURE
de reffentiment de lagrace que
Dieu leur avoit faite , qu'il ne
pouvoit trop les admirer , ni
affés louer Dieude ce qu'il avoit
&
que
c'étoit cetfait
en eux ;
te autorité
qui les avoit rendus
capables
de reconnoître
la véritable
Eglife.Il
avoue qu'il auroit
été leur ennemi
, s'il avoit
détourné
les autres Evêques
fes Confreres
de cette charitable
follicitude
qui les obli
geoit de reclamer
la justice des
Princes
, dont l'éfet étoit fi a
vantageux
, que plufieurs
déteftoient
leur aveuglement
,
& reconnoiffoient
que s'ils
&
GALANT. 19
m'avoient été reveillez par la
crainte des peines , ils feroient
infailliblement péris dans la
malheureuſe & funefte létargie,
dont on les avoit délivrez.
L'Eglife mêloit la crainte
avec l'inftruction , afin que
l'une rompît les chaînes de la
mauvaife coûtume , pendant
que l'autre diffipoit les ténébres
de l'erreur . Quoique Dieu
nous aime d'un amour tendre ,
pur, & parfait, ilajoûte toutefois
aux douceurs de fes inftrutions
les terreurs falutaires de
fes ménaces.
C'est une illufion de s'ima20
MERCURE
giner qu'on ne doit contraindre
perfonne à bien faire . S.
Paul , allant à Damas , ne futil
pas forcé de reconnoître &
d'enibraffer
la vérité , par la
perte de la vûe , qui eft beau-.
coup plus précieuſe que les
biens de la fortune ?
Il ne faut pas regarder , dit
Saint Auguſtin , fi l'on force
mais à quoi l'on force , puifque
la crainte fait rejetter l'erreur
dont on étoit prévenu ,
chercher le vrai qu'on ne
voyoit pas , & qu'il n'y a
rien de fi heureux que la neceffité
qui nous porte au bien.
GALANT. 21
L'Eglife ne peutrien perdre
des droits facrez que le Sauveur
du monde lui a aquis par
le mérite infini.de fon propre
fang. Elle peut en ufer auffi
légitimement & auffi faintement
dans ce fiécle , qu'elle
fit dans celui où vivoit Saint
Auguftin ; elle peut y être por.
tée par les mêmes motifs ,
puifque c'eftioûjours le méme
Efprit qui l'éclaire, quil'anime,
..qui la conduit , qui lui infpice
les mêmes mouvemens de
charité pour les Nouveaux réunis
, qu'il lui donnoit autrefois
pour les Donatiftes . Nous
22 MERCURE
en avons auffi les mêmes con
folations & la même joie , parce
que nous en voyons les
mêmes fruits .
C'eſt ainfi que les Curez
feront connoître aux Fidélles
dans leurs exhortations publi
ques , & dans leurs entretiens
particuliers , la conformité de
la Difcipline de l'Eglife Gallicane
pour la converfion des
Proteftans , avec la Diſcipline
de l'Eglife d'Afrique pour la
réunion des Donatiftes .
Et afin que cette Diſcipline
foit uniforme dans toutes les
Eglifes de nôtre Diocéfe.
GALANT 23
S
j
nous renouvellons les Régle.
mens , & c.
Je vous fait part de ce qui
m'a efté envoyé fur le nombre
d'or. Dans le Mercure
Galant du mois de Novembre
dernier il eft dic que
M' le Chevalier de G .....
avoitdemandé une régle aifée,
$ pour trouver le Nombre d'Or
de l'année 1699. & des autres
fuivantes fans eftre obligé de
faire la divifion par 19 &
quelqu'un luy a envoyé une
pratique tres commode pour
trouver le Nombre d'Or de
24 MERCURE
quelque année que ce foit.
Mais ce même Chevalier feroit
plaifir au public de luy
dire de quelle utilité peut être
à prefent le Nombre d'Or .
Il a cfté autrefois inventé
par Meton, celebre Mathematicien
, & en voicy la raison.
Les Grecs fe fervoient anciennement
de douze mois Lunairespour
lecoursdeleurs années
ordinaires & fimples , & parce
que l'année Solaire qui eft de
trois cens foixante &cinq jours
cinq heures , & environ quarante
neuf minutes , excedoit
tous les ans ces douze mois
Lunaires
GALANT :
25
-e
7
Lunaires pour le cours de leurs
années ordinaires & fimples ,
& parce que l'année Solaire qui
eft de trois cens foixante cinq
jours , cinq heures , & environ
quarante - neuf minutes excedoit
tousles ans cesdouze mois
Lunaires de dix jours vingt &
une heures & quelques m inutes
, les Grecs pour faire revenir
leurs années au cours du
Soleil , ajoûtoient à la fin de la
huitième année , trois mois
qu'ils appelloient intercalai ,
res , parce que dix jours vingtune
heures , & quelques mi ,
nutes multipliés huit fois fai .
Juin 1700.
C
26 MERCURE
foient a peu près trois mois
Lunaires .
Mais parce que de ces huit
annéesil n'y avoit que la premiere
qui répondoit
à peu
prés au cours du Soleil , & que
les fuivantes devançoient toûjours
, Meton , celebre Ma.
thematicien , ayant obfervé
qu'en dix- neuf années Solai .
res , il y avoit deux cens trente
cinq mois Lunaires & qu'en
dix - neuf années Lunaires
communes , il ny avoit que
deux cens vingt- huit mois &
qu'il en reftoit encore fept ,
il s'avifa de dreffer une Table
GALANT.
27
e
5
ou plûtoft un cercle de dixneuf
Nombres , depuis , jufqu'à
19 pour chaque année le
fien , & eut foin de diftribuër
1 ces ſept mois , qui eftoient de
fur - plus dans les nombres
qui répondroient aux années
dont la fin devanceroit de
beaucoup le cours du Soleil ,
afin que le commencement
de l'année fuivante revinft à
1 peu prés au commencement
de l'année Solaire.
Or ces nombres , dont les
années qui y répondoient devoient
avoir treize mois Lunaires
, furent 3 , 6 , 9. 11. 14. 17.
C ij
28 MERCURE
44
19. & ces nombres dans ce
cercle étoient marquez de
couleur differente de ceux qui
marquoient les années communes
, & de douze mois Lu .
naires feulement .
Ce que Meton avoit inventé
pluc fi fort aux Atheniens ,
que dans les places publiques
de la Ville d'Athenes , on y
dreffa ce cycle contre de grandes
murailles , marquant de
noir les nombres des années
qui devoient eftre ſimples &
en lettres d'or , les nombres
des années qui devoient eſtre
de treize mois Lunaires , &
ce fut en l'an
433. avant l'Ere
GALANT. 29
記
J
Chreftienne que ce cycle
commença d'eftre en ufage .
On l'a appellé cycle Lunaire,
parce qu'il exprimoit ladifpofi
tion de chaque année lunaire.
D'autres l'on nommé du
nom de fon Autheur le Cycle
Meronique , & d'autres le
Nombre d'or , à caufe que les
S nombres qui étoient écrits en
lettres d'or marquoient les années
qui devoient avoir treize
mois Lunaires.
Mais comme en deux cens
vingt - huit ans , le cours du Soleil,
devance celuy de la Lune
d'unjour entier , & qu'environ
C iij ·
30 MERCURE
én cent trente annéesjuliennes
le cours du Soleil devance d'un
jour cent trente années juliennes
& civiles ; cela a fait que
le commencement de la 229 .
année Lunaire arrivoit un jour
tout entier plus tard que le
commencement de la 229 année
Solaire , & par confequent,
que le nombre d'or qui avoit
efté dreffé pour marquer la
correfpondance qu'il y avoit
entre le mouvement de la Lu.
ne & celui du Soleil au bout
d'un certain temps n'eftoit pas
jufte , & qu'il avoit befoin
d'eftre reformé de temps en
temps.
GALANT.
31
Dans le fixiéme fiecle, De
nis le Petit, Abbé d'un Monaftere
dans Rome, a renouvellé
ce cycle de dix - neuf Nom .
bres , & puis a pofé ces mêmes
Nombres dans le Calendrier
Romain en un certain
ordre , que le nombre propre
de chaque année marquoit
dans chaque mois Romain ,
en quel jour de ce mois devoir
arriver la nouvelle Lune . 3
Il donna à ce cycle le nom
de Cycle de dix neuf Nombres
. Il l'a nommé cycle , par
ce que quand l'année qui a,
voit le dix neuviéme Nom
C iiij
32 MERCURE
bre eftoit finie , l'année d'apres
on recommençoit le cycle
à 1. l'année fuivante 2. l'année
d'aprés 3. & ainfi des au
tres , & c'étoit une revolution
perpetuelle & fans fin comme
dans un cercle .
Il donna donc à ce cycle le
nom de cycle de dix - neuf
nombres ( cyclus decemnovemnalus
) & il commença à eſtre
en ufage l'an de grace 533. &
comme on a trouvé que ce
cycle de Denis le Petit étoit
a peu prés femblable à celuy
que Meton avoit inventé , &
qu'on nommoit le nombre
GALANT.
33
d'or , ç'a éfté par cette raifon
qu'on a nommé ce cycle de
Denis le Petit de fon premier
nom , Nombre d'or.
>
Or comme le cours du Soleil
devance l'année julienne
& civile d'un jour en cent
trente ans ou environ &
devance auffi d'un jour le
'cours de la Lune en deux cens
vingt huit ans , on a connu
par experience que le nombre
d'or ne marquoit plus jufte
le temps des nouvelles Lunes
dans le Calendrier Romain ,
& qu'il avoit befoin d'eftre
reformé de temps en temps.
34 MERCURE
C'est pourquoy dans la correction
que le Pape Gregoire
XIII a faite du Calendrier
Romain en l'an 1582. il a abandonné
l'ufage du nombre
d'or , & a fubftitué l'Epacte
en fa place , en quoi on a fore
bien fait , parce que fi on n'a
voit fait que le corriger en ce
temps là pour continuer de
s'en fervir , il auroit encore
fallu le corriger en cette prefente
année 1700. à cauſe
qu'il n'y aura point de Biffex
tile , ou jour intercalaire , au
mois de Fevrier , comme il
arrive ordinairement àtoutes
4
GALANT.
35
les années qui peuvent fe divifer
en quatre parties égales
& completes.
L'Epacte n'eft pas plus ftable
que le Nombre d'or , &
cette année , en laquelle il
devroit y avoir 10. d'Epacte ya ,
celle de l'année paſſée ayant
efté 29. on eft obligé de retrancher
un jour de cette Epa-
&te , à caufe qu'on retranche
dans le Calendrier civil la
biffextile , qui auroit dû eftre
ajoûtée au mois de Fevrier de
cette année , felon le cours
ordinaire , & en cette année.
il n'y a que 9. d'Epacte.
36 MERCURE
Or on fe fert plus volontiers
de l'Epacte que du nombre
d'or , parce qu'on peut facilement
changer d'Epacte
fans caufer aucun changement
dans l'ordre des Epactes
qui font décrites dans les Calendriers
civils , & l'Epacte de
chaque année marque à peu
prés le jour au quel la nouvelle
Lune doir paroiſtre , mais il
n'en eftoit pas de même du
nombre d'or.
Ainfi on a efté obligé de le
quitter n'eftant d'aucune utilité
pour le prefent. Cependant
pour fatisfaire la curiofiGALANT.
37
té de M. le Chevalier de G ....
j'ay dreffé la table fuivante ,
afin qu'en un moment , & fans
aucune fupputation il pût
connoistre le nombre d'or de
toutes les années du fiécle qui
finit avec la prefente année
1700 & celles des années du
fiécle futur , & à cotté j'ay
marqué l'Epacte de chaque
année de ces deux fiècles .
38 MERCURE
TABLE DU NOMBRE D'OR ,
& de l'E pacte de chaque année dépuis
l'année 1600. jufqu'à l'année 1800 .
Année
1600
Année
1700
S IS
ΤΟ 9
Nomb. Epacd'or.
tes
6
7
-
Nomb.
d'or.
Epactes,
26 I I 20
7 2
8 I 8
13
12
9 29 14 23
ΙΟ ΙΟ
15 4
21 16
IS
12 2 17 26
13 7
14 24 19 18
*
S
16 16 2
GALANT. 39
17 27
18
19
19
I
11111
2
12
3 23
4 4
S
3
4
S
6
22
3 .
017001012
THIGH
Centaines d'années exprimées
années par années .
I 20
21
3 22
4 23 42
S 24
6
25
7
26
8 27
* |* |* |* |* |* | * |~
$8
-
59
60
-61
62
63
64
65
178
2/5/8/2
FRINLE
40 MERCURE
∞
FFFFFF
PEFFEFFER I
29
30
31
IN
28
의외 의
1
66
001001001
∞
8
GALANTA 41
EXPLICATION
de la Table precedente
.
Cen
Ette Table eft divifée
en trois parties. La premiere
contient deux colom .
nes. La premiere des deux
eft le nombre d'or de l'année
1600 & des 99. années fuivantes
, & en la feconde colomne
de cette premiere par
tie eſt l'Epacte , tant de l'année
1600. que des autres an
nées jufqu'à l'an 1700.
La feconde partie de cette
même table contient pareil-
Juin 1700.
D
42 MERCURE
lement deux colomnes. Dans
F
la premiere
et le nombre
d'or , & dans la feconde
eft
l'Epacte
de l'année
1700.
&
des quatre
-vingt dix neuf annees
fuivantes
.
Et la troifiéme partie de
cette table contient 99. années
, année
par année
.
Ufage
de cette
Table
.
Si on veut fçavoir quel fera
le Nombre d'or ou l'Epacte de
quelque
année que ce foir
contenuë entre 1600. & 1800.
il faut voir dans la troifiéme
partie de cette table où eft le
nombre de l'année propofée,
GALANT.
43
puis fi l'année proposée eft
renfermée entre 1600. & 1700.
il faut voir dans les deux premieres
colomnes qui font
pour les années d'aprés l'an
1600. ) quels font les nombres
qui y répondent en ligne directe
& le nombre qui fe trou
ve dans la premiere de ces
deux colomnes eft lenombre
d'or, & celui qui eft dans la
feconde est l'Epacte felon que
porte le titre des colomnes . Il
faut obferver la même chofe
dans les deux colomnes fui.
vantes qui font la troifiéme
& la quatrième , fi l'année en
Dij
44 -MERCURE
queftion eft renfermée entre
1700 , & 1800, ..
Ainfi en l'année 1699. le
nombre d'or a efté 9. & l'Epacte
29. & en 1701 , on aura
11. de nombre d'or & zo.d'Epacte.
Le nombre d'or & l'Epacte
de l'année 1600. font defcrits
immediatement aprés cette
année , & de même immediatement
au- deffous de l'année
1700. le nombre d'or qui eft
10, & l'Epacte qui eft 9. font
décrits .
Comme nous fommes dans
GALANT.
45
une faifon favorable aux promenades
, vous ne ferez pasfans.
doute fâchée de voir la belle
Maiſon de Campagne de Mr
Brunet , Garde du Trefor
Royal . Je vous en envoye la
defcription qui vous paroîtra
tres curieufe . Elle eft exacte &
de bonne main , puifqu'elle
part de celle de M' l'Abbé
Maumenet , à qui la moindre
loüange qu'on puiffe donner
fur l'heureux commerce qu'il
a avec les Mufes , c'eft d'avoir
merité plufieurs fois le prix
que donnent tous les deux ans
Mrs de l'Academie Françoile
46 MERCUR
E
pour la meilleure Piece de
Poëfie.
A MONSIEUR BRUNET.
DES
ES Trefors de LOUIS fage
Dépofitaire ,
BRUNET,qui t'éloignant d'u
ne route vulgaire
Honores de tes foins le bel Art de rimer
,
Jefens qu'un feu divin pour toy vient
m'enflamer.
En vain à mes defirs oppofant ma
foibleffe ,
Je cherche à differer l'effet de ma promeffe
:
Apollon plein d'eftime & de zele pour
toy,
M'engage de tracer ta Maifon de
"
Brunoy
GALANT . 47
Ce lieu fi plein d'attraits, dont la richeparare
Doit à tes foins divers autant qu'à
la nature
Fait voirfurfon terrain à my - côte.
élevé ,
Un des plus beaux Jardins que l'Art
ait cultivé.
Il n'étale à nos yeux ny marbre , ny
porphire :
Le fafte qui fur toy u'exerce aucun
empire ,
" Ne répand point icy fou éclat orgüeilleux
5
2 Toutyfrape pourtant & le coeur &
les yeux
.
Le bongoût de concert avec la politeffe
,
Yconferve par tout & l'ordre & la
jufteffe ;
La fimplicité mème y marque
la
-graudeur
48 MERCURE
Et qui voit ta Maiſon , reconnoit ta
candeur.
Avantqu'y parvenir une longue *
avenuë
Fufqu'aux murs du Jardin flate &
conduit la vûë ;
Il s'ouvre ; & la terraffe où je porte
mespas ,
M'offre de tous côtez des objets pleins
d'appas
Avide d'obferver leurs beautezdifferentes
,
Je m'en formois déja des images brillantes
,
Quand la nuit commençant à fucceder
aujour ,
Vint cacher à mesyeux cet aimable
Séjour.
Toutfe confond bien tot , & fous fes
voiles fombres ,
*
L'avenue la plus belle de la Maifon
eft celle du fardin , par la Terraffe.
GALANT.
49
Cette nuit n'offrant rien qu'un cabos
& des ombres
F'attens , pour admirer ce Fardin fi
Que
vanté ,
le Pere du jour ramene la clartë.
Apeine a-t-il paru , fortant du fein
de l'onde ,
Et rendant aux Mortels fa lumiere
feconde ,
Que mes fens dégager des liens du
fommeil
·Rappellent de Brunoy l'idée à mon
reveil.
La maifon à mes yeux vient s'offrir
la premiere ;
·Dans fes appartemens commode , reguliere
,
Cette maifon bornée àfon ancien terrein
Enferme en peu d'espace un vafte &
beau deffein.
Juin 1700,
E
50 MERCURE
Entre divers jardins henreufement
allife
Elle frappe la vie avec tant de far
prife , Estaché
Que l'efprit au debors fortement at-
Des beautez du dedans n'est presque
point touche
En vain à mes regards ce Salon fe
prefente :
Tous ces tableaux tracez par une
mainfçavante ,
T
Ces lits avec tantd'ordre & de grace
agencez,
Ces ballins dans le mur avec art enfoncez
Ne fçauroient arrefter mes yeux &
ma penfees
Jefens aufond du coeur que ma Mu
fe empreffée
S'efforce à m'attirer dans ces charmans
dehors ,
GALANT.
Et veut que je me livre à fes juftes
transports.
Mais avant que ceder à fon impatience
,
Contemplons ce chef- d'oeuvre & d'arr
& de fcience ,
Ce Pelican moins beau par fon or
precieux ,
Que par les claires eaux qu'il répand
en ces lieux..
De fon bec il fournit un jet intariſſable
,
[greable
Qui mêle en ce Salon l'utile à l'a-
C'eft icy, qu'étonné d'un ft hardi
deffein ,
Je t'invite , BRUNET , a conduire
ma main.
L'ordre qu'en tes Fardins toy-même
as fçu répandre
A mon efprit charmé déja fefait entendre.
E ij
52
MERCURE
Ie te fais, & par toy guidé dans ces
beaux lieux ,
Rien ne peut échaper à mon oeil curieux.
Tay traverse la cour ; une pompeufe
Serre
Etale les trefors qu'elle rendà la terre.
A peine le Zephire a d'un fouffle
amoureux .
Diffipe de l'hiver les frimats rigoureux
Que de mille Orangers cette terre femée
Y rend de tous coftez ta maiſon parfumée
;
L'air qui repand au loin cette agreable
odeur,
Anime mes efprits d'une nouvelle är
deur.
Il est temps de monterfur ces vaf
tes terraffes ,
GALANT
53
D'où l'on voit cent réduits habitéz
les Graces ;
par
On y goûte un air pur , & de fimples
beautez
Y reveillent l'efprit par cent traits
enchanter
Quel eft ce beau Verger où fous l'épawsfeuillage
On va bien- toft chercher la fraîcheur
&
Pombrage ?
Combien d'excellens fruits dans ce
fecondterroir
De Pheureux Iardinier flatent déja
P'espoir!
Flore y joint fes prefens aux bienfaits
de Pemone ,
Et le pampre naiffant , dent Bacchus
fe couronne 2
Mellant l'éclat du verd aux fleurs de
l'arbriffeau ,
Forme dans ce Verger unſpectacle
[ nouveau
E iij
54 MERCURE
A voir ce petitbois dont la jeune pa
rure
Fait avec le gazon une vive peinture,
Qui ne reconnoiftroit ces arbresfivantez
Que n'agueres la France a de l'Inde
empruntez?
Qu'ils font beaux ! Le Soleil commençantfa
carriere
•
Ny verse pas plutoftfa naifante lumiere
,
Que rehauffant l'eclat de leurs tendres
couleurs·
Ils frapent & l'efprit & l'ail des
pectateurs.
Difpofez avec ordre , une egale diftan-
се
En partage les rangs , en marque
l'ordonnance
JEt
près de cet endroit d'utiles refervoirs
GALANT
.
15
Dans ce riche amas d'eau font an
tant de miroirs.
Parvenus fur le haut de ta maifon
charmante ,
Où le terrein s'abaiffe en une douce
penters
Defcendons vers ces lieux où cent objets
brillans
Surprennent mes efprits , & confon
dent mes fens.
Plus je m'avance icy , plus mon ame
furprife
Admire ce Jardin dont ellefut éprife
Quand la nuit couvrant tout de fes
voiles épais ;
En diſſipant lejour , m'en cacha les
attraits.
Que l'aspect de ces lieux eft doux !
Quels parfages
Prefentent de Chateau , ces Préz , &
ces Villages !
E iiij
16 MERCURE
L
Quej'aime à voir l'Hiere * au pied
de ces cofteaux
Rouler en ferpentant le criftal de fes
eaux !
Entre des peupliers qui couronnent fa
rive ,
Elle femble arrefter fon onde fugiti
ve ,
Et vouloir prefenteraux Nymphes de
ces lieux.
De fes flots fufpendus le miroir graz
cieux.
Parfois, d'arbres epais , & de rofeaux
touffuë ,
Dans ce vallon fertile elle échape à
ma vie ,
Et parfois à travers quelques arbres
fleuris
* Cette Riviere coule au bas des Jardins
.
GALANT. 57
Elle s'ouvre unpaffage à mes regards "
épris.
Au spectacle des Eaux , des Bois &
des Collines ,
Un Temple * renomméjointfes beautez
voifines.
L'Afpect en eft par tout borné diver
fement ;
Maisfi d'un beau lointain il n'apas
Pagrément ,
Tant de varieté qui n'eft point confondue,
Compenfe heureusementle défaut d'é
tenduë
Sur ces riches cofteaux mes regards
arrefter
Sembloient de ce Tardin negliger les
beautez,
Monaftere des Camaldules , ſitué far
une petite colline.
8 MERCURE
Quand Brunoy rappellant la Mufe
qui m'inspire,
Sollicite pour luy les accens de ma
lyre.
D'un Buis verd que la main a doctement
taille,
Et des plus vives fleurs un parterre
emaillé , [ face ,
Pres de ce bâtiment dent il orne - la
Prefente aux fpectateurs fa riante
Surface.
En des balfins que l'art difpofa de
niveau , 3
Combien voit - on monter d'admirablesjets
d'eau ,
Qui confervant entr'eux une egale
figure,
Forment le même aspect , & lemême
murmure !
Parmi le tendre émail de differentes
fleurs
GALANT.
59
Dontl'éclat dugazon anime les couleurs
,
Aufond d'un grand bafin brille une
eau pure & belle
*
Qui fert à ta maiſon , d'une glacefi
delle.
Qu'on fufpende le cours qu'elle prend
dans les airs
>
L'ail aufonddu baffin voit cent ob
jets divers.
Ce fuperbe Balcon enrichi de dorure
Ces murs couleur de marbre , où la
noble fculpture
Id Alcide vainqueur exprimé les
travaux ,
Peignent furfon cristal leurs mobiles
tableaux.
Parcourans les caftez du Lardin
que j'admire.
Quand l'eau n'eft point agitée , toutes
la face de la maiſon paroift dans ce baffin ,
60 MERCURE
Chaque objet different m'invite à le
décrire.
A ma droite ilparoift deux berceaux
gracieeu ,
Où n'approchejamais l'Aquilonfurieux.
Là , le Dieu des Feftins fuivi de l'abondance
,
Faitregner les plaifirs & la magnificence
,
Et mêle à ce spectacle agreable &
charmant,2 [ ment
De fes mets delicats le doux afforti-
Nymphes de ces beaux lieux , quelle
en fut l'allegreffe
,
Quand le Fils d'un grand Roy, digne
de fa tendreffe
Sous ces riches berceaux par vos
mains regalé
Vous careffa , vous fit un accueilfignalé
!
GALANT. 61
Voftre coeur,de cejour heureux & plein
de
gloire ,
Veut que l'on garde icy l'eternelle
memoire ,
Et que ces Cabinets fi refpectez des
vents ,
Le foient par nos écrits de l'injure
des temps.
Mais qu'entens -je ! quel bruit fous
cet épais feuillage ,
M'invite de paffer dans ce fombre
bocage ?
Le chant melodieux des differens oi-
Jeaux ,
Quife meflent au bruit desjailliffantes
eaux
Ce Rocher
découvert , où nappes &
cafcades
Au fond de cette allée attirent les
Naiades,
Ce Rocher coule jour & nuit.
62 MERCURE
Promettent à l'esprit mille agrémens
divers.
Avançons , ces tapis de gazons toùjours
verds ,
Dont la couleur s'unit à la blancheur
dufable ,
Marquent
en defcendant
cette route
agreable.
Tu parois , & foudain
l'eau docile à
ta voix ,
Sous l'ombrage
flotant des arbres de
ce bois
S'éleve dans les airs , où changeant
defigure ,
[ posture.
Elle amufe les fens par fa douce im-
Quel arbre imperieuxpouffefes longs
rameaux
* Jusqu'où
ceje rapide afait monter
fes eaux ?
* Il monte prefque auffi haut que celuy
de S. Cloud.
GALANT.
63
Fe l'entens
murmurer , & mon ame
abufée
Croit voir une volante & liquidefu
fee.
Iln'eftrien que foumis à ton commandement
Nimite dans ces lieux le fluide Element.
[ ble
Tantoft avec effort du centre d'une ta-
Il s'élance, & furprend parfa chute
agreable:
Tantoft il fe transforme en pluye ,
en gerbe , enfleur,.
*
Et tantoft d'une cloche il dépeint la
rondeur.
Que de rians baffins , que de vives
fontaines
Enfantent des trefors de leurs humi
des veines !
* Trois Jets d'eau differens.
64 MERCURE
Enchanté par les yeux , je traverſe ce
bois ,
Fepaffe , je reviens , je m'arrefte cent
fois.
Ley deux gueridons * ornez de coquil_
lage ,
Font avec la rocaille une champeftre
image ;
L'eau qui bouillonne en l'air, enfortant
de leur fein ,
Avant que parvenir jusques à fon
ballin 2
Forme de fan cristal deux nappes
transparentes.
Là s'éleve un Rocher , dont les ondes
bruyantes
* Ily a une table entre ces deux Gueridons
, qui jette de l'eau en forme de
nappe.
* Ce Jet s'appelle le Rocher.
GALANT. 65
• Semblent en écumant livrer laguerr
1
aux cieux ,
Puis tombent en brifant leurs flots
audacieux.
Deux cabinets voifins , de leur onde
plus calme ,
Figurent à nos yeux an⋆ Cyprés ,
une Palme;.
I nezs
Et ces jets de criftaux & deperles or-
Tombent dans des baſſins de gazon
couronnez:
*
D'où naift cette belle eau , qui
borne icyfa courfe ?
* Ces deux Jets fe nomment , l'un le
Palmier , l'autre le Cyprés perlé ,
parce que l'eau en s'élevant forme
quantité de perles
Fontaine qui eft une fource d'eau
viuc , qui ne décroift point. On la
nomme Cerés , parce qu'il y a une
figare de Cerés
Juin
17.00.
E
66 MERCURE
1
Me trompé-je? Cerés en regarde la
fource ,
Et marque par l'epy qu'on voit entre
fes mains ,
Qu'elle fait avec l'eau le deftin des
humains.
F'obfervois avecfoin unefourcefi pure,
Lorfquejaloux des dons qu'y verfe la
nature
Et voulant àfon tour triompherà mes
yeux ,
L'Art éleve foudain unjet deau mer
veilleux.
Voy , dit - il , au milieu de la vive
Fontaine
*
و
Ce fer industrieux , qui ne s'ouvre
qu'à peine,
Quelle eft & l'abondance & la rapidité,
Tuyau dont le trou eft fort petit , qui
néanmoins jette beaucoup d'eau.
GALANT.
Dont il vomit dans l'air l'element
emporté.
Au Maistrede ces lieux intelligent
docile ,
Je découvre enfecret monfavoir dif
ficile,
Etje veux que Brunoy , parfesfains
cultivé ,
Soit de mille jardins le modele ache
vé.
Veux-tu connaitre où vont mes deffeins
magnifiques ?
Viens, quej'ouvre à tesyeux ma Gra
te & mes Portiques.
C'eft-là , que plus pampaux j'obtiens
fans difputer,
Ce qu'icy la nature ofe me contefter..
A Ces mots Art fe tût. Charme
P
de fon langage
Je m'avance,& bien -tôt dans lafond
du borage ,
Fij
68 MERCURE
J'apperços une Grote où la fraicheur
des eaux
*
Ne fouffre point l'ardeur des Etez les
plus chauds.
Là, le Dieu des Amours qui hadine.
fans ceffe,
Prendplaifir d'inventer quelque tour
de foupleffe.
Caché dans cette Grote , à peine on
veut deprés
D'un ouvragefi beau contempler les
attraits ,
"Quepar mille refforts qu'ilfait mouvoirfans
peine,
L'onde de toutes parts s'élance &fe
déchaîne. [ danger,
Tircis , qui de la Grote ignoroit le
Voulut, pour la mieux voir , trop
avant s'engager.
Elle eft de la main de celuy qui fit celle
de Verfailles.
GALANT. 69
Le regard attachéfixementfur l'ou
vrage ,
Il en confideroit l'ordre & le coquillage
,
Quand tout d'un coup l'Amour, de fa
legere main..
D'un déluge de flots inonde le ter
rein.
Tircis veut s'échaper de cette eau qui
l'affiege :
Mais quoi qu'avec viteſſe ilforte de
ce piege ,
Surpris, mouillé , confus auxyeux du
Spectateur,
Itfuit , & ce Fardin perd un admirateur.
[ de rire ,
L'air au loin retentit de mille eclats
Et l'Amour, dont Tircis avoit bravé
·l'empire ,
Luy dit enfe mocquant ; Vante- toy
deformais.
79 MERCURE
Tires , que tune crains ny Famours.
nyfes traits.
A peine eut- il parlé , que la
Troupe attentive
Admire la beaute de trois nappes
d'eau vive.
Fy jettois un coup d'oeil, lorfqu'à mes
fens charmez
Se montrent deux Dauphins artifte
mentformez
Quelcizeau delicat en a d'apres na
ture
Exprime noblement les traits & la
Miew
figure !
Obfervez cet objet , qui paroit au mi-
Et qui femble effrayer dans ce paifible
lieu ,
Ces yeux eftincelans , cette effroyable
bouche ,
D'un Satyre en couroux marquent
Fhumeurfarouche .
GALANT: 7
Be deffus de la Grote , avec art tras
vaille,
Porte un chiffre amoureux adroite
ment mělé.
Tous ces objets divers placez avec
genie ,
3 Forment de ce beau lieu la parfaite
harmonie ,
[ fin ,
Etjamais on ne vircoquillage plus
Mieux refpondre au travail d'une
Savante main.
Après avoirlong-temps contemplé
cet ouvrage
Qui termine fi bien cet aimable bocage
Fattendois le moment , où propice à
mes voeux
L'Art devoit m'étalerfes * Portiques
nombreux,
*Grande Piece , oùtout eft de Portiques.
72 MERCURE
Quand luy-même , des fers tirant
l'onde captive ,
Au bruit qu'elle répand" , rend mon
ame attentive ;
Et pour voir cet endroitfi juftement
vanté
·Rappelle encor mes pas dans ce Bois
enchanté.
De verdure & defleurs quel difcret
affemblage !
Quel noble affortiment couronne ce
treillage !
Chaque pot d'Oranger precede d'un
Jet d'eau.
Donne à chaque Portique un ornement
nouveau.
Icy , gardant toujours l'ordre & la
fymetrie ,
Ces Portiques unis font une gallerie
Où l'eau , qui dans les airsprend un
effor egal
Retombe
GALANT.
73
Retombe auxdeux côtez dans un étroit
canal.
Cet admirable endroit orné de contreallées
,
Prefente fes tapis aux Nymphes af
femblées,
Et l'oeil en penetrantchaque Portique
ouvert ,
Croit en voir un nouveau tracefur un
fond verd.
Là , pourfaire un Salon l'Art trou
vant plus d'espace ,
De fon habile main l'arrondit avec
grace ,
au milieu d'un baffinga- L'embellit au
༢ommé
De differentesfleurs par toutenvironné.
La rocaille arrangée autour de ces
Portiques
Juin
1700.
G
74 MERCURE
Voitfortir defonfein vingt jets d'eau
magnifiques ,
Qui pour flater la vûë avecplus d'agremens,
Ne portent point trop haut leurs rapides
eflans.
A voir tous ces objets que le bongouft
raffemble ,
Et qu'ailleurs rarement on voit unis
enfemble ,
On diroit que ce lieu riant & degage
De tes vaftes Jardins feroit un abrege.
Pour ne rien derober à l'afpell des
*
Portiques,
Tu veux en feparer la Salle des
Antiques.
• On l'appelle la Salle des Antiques
à caufe de plufieurs figures de pierre.
GALANT.
75
C'est là qu'avecfuccès ta main dans
un inftant
Fait fucceder au beau lefublime & te
grand.
La Sculpture y fait voirfurlapierre
animées
Diverfes Deitez que fa main a for-
1 mées .
Flore , Apollon , Venus , Diane , &
d'autres Dieux
Seprefentent autour d'un Ballinfpacieux
;
On peut mefme à coté de ces beautez
divines
-Admirer les portraits de quelques
Heroines ;
Et fi l'on prend bien garde aujeune
Marfyas ,
Ce Mortel a d'un Dieu lagrace &les
appas.
Gij
76 MERCURE
Mon efprit & mon coeur charmez
d'intelligence ,
De ces deux Cabinets contemploient
l'ordonnance ,
Etj'alloisplus long-temps en repaiftre
mes yeux,
Quandtoy-même , BRUNET , m'ar
raches de ces lieux.
Où conduis-tu mespas ? Quelle beauté
nouvelle
"Peût encore animer & ma lyre , &
mon zele ?
Arreftons. F'apperçois un ouvrage
nouveau ,
[ des ,
Qui ne peut échaper aux traits de
mon pinceau.
Ce fecondrefervoir, entouré de Naia-
Forme de fon eau claire un tiffu de
cafcades
,
Qui dans un long canal coulantàpetitsflots
,
GALANT. 77
7
Verfent d'un doux fommeil les tranquiles
pavots.
Vingt beaux jets uniſſant leur bruit
à ce murmure
و
D'un foriche canal relevent laparure.
La pierre , dont fes bordsfontpar tout
embellis
Semble le difputer à nos marbrespa-
Lis;
Et c'eft icy que l'Art, content de fes
ouvrages,
Amis le dernier trait à ces pompeux
boccages.
· Paffons fans differer dans cet au
tre Jardin ,
Quela naturefeule aparé defa main.
Qu'à monfoible pinceau cette Reine
admirable ,
Dansfon air negligéparoift inimita
ble !
G iij
78 MERCURE
Que ne puis-je à mon gré dépeindre
ce Canal ,
Large , etendu , profond , digne d'un
Parc Royal !
Quel Theatre embelli de fleurs & de
verdure
Compare à celuy-cy fa brillante parure
?
Où rencontrer des bois qui plus haut
dans les airs
Elevent leurs rameaux épais & toujours
verds ?
Certes, tant de beautez fimples & naturelles
Meriteroient les foins des neuf Soeurs
immortelles. 8
Ce que j'ofe entracer icy confufément,
Trouveroit dans leurs mains & Por
dre & l'agrément.
En peignant la Maifon , les qualitez
du Maiftre
GALANT.
79
Dans un riche tablean fe feroient
reconnoiftre ,
Et nos neveux charmez de tes Fardins
fleuris ,
Le feroient encor plus des vertus de
ton fils.
Surun mefme terrein vos deux Maifons
unies
Marquent l'heureux accord qui joint
vos deuxgenies.
Elevez par l'esprit , honorez par le
rang
Vous l'eftes encor plus par l'union du
fang.
Pour mieux ferrer les nauds d'une
amitiéfi belle ,
Afes facrez concerts Apollon vous
appelle ,
Vous prodigue des biens que fes divines
mains
G iiij
80 MERCURE
Difpenfent rarement au refte des hu
mains.
Combien de fois , BRUNET , dans
ces fombres retraites.
Ce Dieu t'infpira - t- il de tendres
chanfonnettes ,
Dont l'Amour amusant le coeur de
cent beautez ,
Leurfit trouver Paphos en ces lieux
enchantez
Ah ! fiplein du beaufeu que Melpo
mene infpire,
Sous ces tendres ormeuxje fais parler
ma lyre ,
L'Univers apprendra par de plus
nobles chants ,
Jufques où vont pour toy mes foins
reconnoiffans.
GALANT. 8t
Le 16. du mois paffé , M' le
Marquis de Maniban âgé de
treize ans , fils unique de M
de Maniban , Prefident au
Mortier du Parlement de
Touloufe , foûtint des Thefes
de Philofophie dans fa maiſon
où tout le Parlement le trouva.
L'applaudiffement fur
general , tant il fit paroiſtre
d'érudition & de vivacité dans
fes réponſes.
M Chevillard , Hiftorio.
graphe de France , vient de
nous donner deux Cartes de
Blazon , de Chronologie &
& d'Hiftoire , des Ducs &
82 MERCURE
Pairs de France & des Ducheffes
leurs épouſes , ſuivant
la date de l'érection de chaque
Duché. La premiere de
ces deux Cartes , comprend
les Duchez de Bretagne , de
Bourbon , d'Orleans , de Bar ,
d'Anjou , de Berry , de Touraine
& d'Auvergne ; la feconde
les Duchez de Valois , de
Nemours , d'Alençon , de Valentinois
, de Longueville , de
Vendôme , de Chaftelleraud ,
d'Angoulefme , & de Guiſe.
Elles feront fuivies de cinq
autres qui comprendront le
refle des Duchez depuis , cefi
G
luy de Chares jufqu'à celuy
de Boufflers. Ces fept Cartes
feront précedées de trois autres
qui feront les douze anciens
Pairs Ecclefia (tiques , &
Seculiers Dans ces dix Cartes
fera renfermée l'hiftoire en
abregé de tous les Ducs Pairs,
de tous les Ducs fimples , &
de tous les Ducs à Brever.
L'on voit dans les deux qui
font déja gravées tout d'une
fuite , & fur une même ligne ,
l'érection du Duché, le nom
les armes & l'hiftoire de celuy
, ou de celle en faveur de
qui il a eſté érigé avec tous
T
les Ducs , & comes les Ducheffes
qui l'ont poffedé jul
qu'à prefent ; il donnera ces
Cartes à mesure qu'elles feront
gravées. Il en a fait auffi une
tout nouvellement des Armes
de Meffieurs de la Cour des
Aides , comme elle eftoit en
1672.
lors
que M❜le
Camus
,
premier
Prefident
, y fut reçu
, avec
les additions
juſqu'à
au- jourd'huy
. Il nous
va
auffi donner
inceffamment
Mef
fieurs
du Confeil
d'Eftat
, &
d'autres
ouvrages
. Il demeure
prefentement
dans
la rüe faint
Jacques
à la Croix
d'Or
, vis à
GALANT.
85
vis la rue des Mathurins, chez
le fieur Villette , Libraire.
Les nouveaux Auteurs fe
trouvent obligez quand ils
donnent leurs ouvrages au pu
blic, d'en faire une deſcription
en maniere d'Apologie , mais
comme il y a trente ans quele
Sieur de Fer a mis les premiers
ouvrages au jour , je crois qu'il
fuffit de donner ici les titres
des nouveaux qu'il a mis en
vente depuis 1698 .
L'Introduction à la Geogra
phie.
La Mappe- monde.
86 MERCURE
L'Europe.
L'Afie .
L'Afrique.
L'Amerique.
Ces cinq Cartes ſont la re
duction des grandes qu'il a
données au public. On en a
efte fi fatisfait que M' de Fer
a crû les devoir reduire en
petit.
Le Canal d'Orleans &
de Briare .
L'Ancienne & nouvelle
Thebaide.
La France , felon le traité de
Rifwick.
Les Poftes de France.
GALANT.
87
les .
Les Poftes
d'Italie.
Le Plan
general de
Verfail-
1
Les
nouveaux Plans- Hemif
pheres Celefte de M ' de la Hire
, & la
nouvelle Carte pour
fervir à
l'intelligence des af
faires des
Couronnes du
Nord.
Toutes ces Cartes font
d'une feuille
chacune , & fuivant
les
dernieres
obferva.
tions de
Meffieurs de
l'Academiere
Royale des
Sciences
avec les
changemens que ces
mèmes
obfervations apportent
à la
Geographic. M' de
88 MERCURE
Fer a efté le premier qui les
ait demontrez fur fes Cartes ,
qu'il debite toûjours dans
l'ifle du Palais , fur le quay de
l'Horloge, à la Sphere Royale.
Il donnera dans peu de jours
la premiere partie de fon Atlas
curieux , intitulé le Monde.
Et une grande Terre .fain .
te Ancienne , Moderne & Hiftorique.
Le Plan d'Amiens en quatre
feüilles avec des remar
ques curieuſes , eft de M ....
C. R. & de M' Cornet de
Coupel , Avocat du Roy d'Amiens
. Il a eſté deſſiné par M♫
GALANT. 89,
S
Desbordes , Ingenieur, & gravé
à Paris par leSicur François
Ertinges.
Voicy une objection qui a
efté faite à ce que je vous ay
envoyé dans ma lertre du mois
de Mars , touchant le commencement
du dix - huitiéme
fiecle.
A MONSIEUR
DE LA FEVRERIE.
LAdecifion que vous avez
faite , Monfieur , touchant
le commencement du fiecle
que vous établiſſez en 1601 ..
Juin 1700.
H
90 MERCURE
femble ne fouffrir plus de diffi
culté par toutes les raiſons que
vous donnez pour faire em
braffer voftre fentiment à tous
les'opiniâtres du parti contrai- >
re ; mais quoique je ne veüille
pas porter le nom des der->
niers , agréez que je vous dife
qu'il reste encore un peu de
difficulté, & que vous me ferez
plaifir d'achever de me convaincre
, afin que je puiffe décider
un cas de confcience qui
m'eft tombé en main .
Un Juge de la Grande
Chambre du Parlement de ...
eft venu ſe confeffer, & m'a dit
}
GALANT.
qu'il avoit jugé l'affaire fuivante.
En 1600. le premier Janvier
, le Marquis d'Aubure
acheca de l'Eglife Romaine
la Terre de Troile . En 1700.
le deuxième Janvier , l'Eglife
Romaine actionna le Marquis
d'Aubure pour le recou
vrement de cette Terre , Ce
Marquis oppofa la prefcription
, & prétendit garder cette
Terre difant que l'Eglife
Romaine prefcrivoit
dans
cent ans complets & revo
lus , qui fe trouvoient écoulez
depuis le premier Janv. 1600 .
2.
Hij
*
92 MERCURE
jufqu'au deuxième du même
mois 1700. Le procez a efté jugé
, & le Marquis a gagné lon
affaire avec dépens contre l'Eglife
Romaine.
Monfieur le Grand Chambrier
qui a efté pour la
prefcription
, a quelque remords
de confcience ayant lû voſtre
decifion , parce que , dit- il ,fur
voftre fondement la prefcri .
ption n'étoit pas complette :
car fi la preſcription de l'Eglife
Romaine doiteftre de cent
ans , & files cent ans y étoient
depuis 1600. premier Janvier ,
jufqu'en 1700. deuxième Jan.
GALANT. 93
viers, il y auroit un fiecle , &
c'eſt ce que vous ne voulez pas
par voſtre deciſion de Mars
1700.
Je le priay d'agréer , que je
fufpendiffe l'ablolution qu'il
me demandoit, jufqu'à ce que
j'euffe cu l'honneur de vous
faire faire une reflexion fur
cette matiere, qui n'eftant pas
examinée deux fois dans le
cas preſent par le même Au
teur , demande un examen
plus ferieux.
*
Il est donc queſtion de ſçavoir
,file fiecle a fini ; car s'il
a fini , il y en a un autre nou24
MERCURE
veau commencé. Vous con
venez , Monfieur , que cent
ans complets & revolus font
un fiecle entier , & lors que
cet écoulement fe trouve
entre deux termes differens ,
le fiecle doit eftre parfait. Or
eft- il que dans le contrat du
premier Janvier 1600. cent ans
revolus , juſqu'au deuxième
Janvier 1700.fe trouvent écou
lez. Donc le fiecle du premier
Janvier 1600.ſe trouve fini par
celuy de 1700. au fecond de
Janvier. La confequence eft
évidente , ce femble , parce
qu'elle le tire d'un principe
certain .
GALANT.
95%
Le principe eft que pour
faire un fiecle
complete, il
faut cent ans écoulez & revo
elus d'un terme à un autre.
Or depuis 1600. premier Janvier
, jufqu'en 1700. fecondi
Janvier , on trouve ces cent
ans ; la confequence
eit donct
juste d'inferer que 1700. deu
xiéme lanvier à fini
1600.premier.
Janvier , & par confe
quent le dix huitiéme fiecle a
commencé le premier Janvier
1700. car il ne faut pas plus de
temps pour remplir un fiecle ,
qu'il en faut pour remplir une
preſcription
de centans , Or
96 MERCURE
dans le cas propofé la preſcri
ption s'y trouve , par le temps.
de cent ans ; donc on doit dire
la même chofe du fiecle.
Vous dires , Monfieur , que
l'erreur vient des Notaires , à
cauſe qu'ils marquent les cho .
fes, par des termes Cardinaux ,
& il faut les marquer par des
termes Ordinaux Je conviens
avec vous que pour luivre voftre
parti les chofes fe de,
vroient faire de même , mais
on a contre vous un uſage immemorial
des termes Ordinaux
qui font prefentement
une loy , & decident les queftions
GALANT.
93
S
tions les plus effentielles , pour
le maintien des familles du
Royaumes , tant pour le For
interieur, que pour l'exterieur.
Vous me permettrez auffi ,
Monfieur , de vous dire , que
l'exemple que vous apportez
des Luftres neſemble pas decider,
parce qu'il n'eft pas queltion
de fçavoir en quel temps
les Luftres commençoient
puifqu'il dépend de la volon
té des hommes, de donner &
nommet le commencement
qu'il leur plaît pour les chofes,
mais il eft question de trouver
cent ans écoulez , depuis la
Juin 1700.
1
98 MERCURE
fuppofition du temps pour la
prefcription du premier Janvier
1600 jufqu'à 1700. deu.
xiéme Janvier. Il femble même
que le terme de cent pour
le fiecle , doit faire ce que
fait le Dimanche pour la femaine
; car il finit & commence
à même temps la Semaine
, ce qui ſe voit dans les
eિ
Bulles du Jubilé, ou nous trou
vons toûjours trois Dimanches
, dans les deux femaines
cottées par la Bulle ,& on peut
auffi bien finir la derniere oeu
vre pour gagner le Jubilé ,
par le dernier Dimanche, que
GALANT. 99
par le premier & le fecond.
J'attens voftre decifion fur
mon cas de conſcience
pour
tirer au plus vifte ce fameux
Juge de la perplexité
où il ſe
trouve. Je vous lupplie inftamment
, Monfieur , de ne me la
pas refuler, quoy que vous ayez
proteſté de ne plus écrire fur
cette matiere , & je ne fais
point là deffus difficulté de
mettre mon nom à cette lettre
, aprés vous avoir affuré de
la veneration
finguliere
, que
j'ai pour vostre perfonne , dont
j'ay lû tres fouvent avec plai
fir , les ouvrages polis & deli .
I ij
100 MERCURE
cats , qui m'ont infpiré pour
vous, Monfieur , une veritable
eftime , & le fort attachement
avec lequelje fuis , voftre , & c .
L'Abbé des Sines , Curé
de Valbonne .
Le Lundy 7. de ce mois ,
Monfeigneur le Dauphin , &
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
partirent enſemble de
Verſailles pour aller au Raincy,
maintenant appellé Livry,
où ils furent reçus par M' le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hoftel du Roy. Ils
coururent le Loup à leur arri
GALANT. Joi
vée , & firent au retour un
grand repas , pendant lequel
il y eut une fimphonie de plufieurs
Flutes & Hautsbois , de
la compofition du fieur Philidor
,Ordinaire de la Mufique
du Roy. L'on fe promena enfaire
dans les Jardins.
Le Mardy , l'on courut un
Chevreuil, & lors que la chaffe
fut finie , & que Monſeigneur
rentroit dans le Chateau , fon
cheval fit un écart & une glif
fade en arriere fur le Pont levis
, à deux doigts prés du
bord. Les gens de fa fuite
en furent fort effrayez ; mais
I iij
102 MERCURE
Monfeigneur fans s'étonner ,
le foûtint , & luy donna des
deux fi à propos, que le cheval
fereleva , & s'élança de l'autre
cofté. La premiere parole que
ce Prince fit entendre , aprés
avoir relevé fon cheval , fut
qu'on donnaft quelques Louis
au premier Pauvre qui fe prefenteroit,
& qu'on en donnaft
fur l'heure à un Paylan qu'on
apperçut . Il y eut repas , ou
retour de chaffe , & enfuite
promenade.
Le Mécredy il y eut chaffe
du Loup , aprés quoy , Monfeigneur
s'eftant rendu à Pa
GALANT. 103
I
ris , à l'Hoftel de Gramont ,
avec Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , M le Duc de
Gramont alla les recevoir à la
porte. Il avoit fait tendre à
l'entrée un dais tres- riche . La
cour eftoit fablée , & bordée
de pots de fleurs de toutes couleurs
, d'Orangers , & de plufieurs
autres arbres qui fervi .
rent à l'embelliffement de
cette cour. La fuite de ces
deux Princes eftoit composée
de Monfieur le Duc de Chartres
, de Monfieur le Duc ,
de Monfieur le Prince de
Conty , de Monfieur le Com-
I.iiij
104 MERCURE
te de Toulouſe , de Mrs les
Ducs de Guiche , de Ville
roy & de Bouflers , & de Mrs
les Marquis d'Antin & deSainte
Maure , de Livry , & d'O.
Dans l'inftant que Monfeigneur
commencoit d'entrer ,
le S' Pecourt parut devant ce
Prince , habillé à la Bafque ,
avec les fieurs Balon , Leſtang,
du Mirail , Boureville , du Moulin
& Germain , & douze Bafques
, avec un Tambourin ,
& un Violon du Pays . Leurs
habits eftoient de fatin jaune,
avec des cales de même couleur
, des bas de foye bleuë ,
GALANT. 105
1
1
excepté celuy du fieur Pecourt
, qui eftoit cramoily &
blanc. Les douze Bafques ha,
billez de blanc , lacez avec du
ruban couleur de feu , des efcarpins
noirs à talon rouge , des
bas couleur de feu , des rubans
bleus aux cravates , d'autres
rouges fur l'épaule , & des jarretieres
avec des grelors , ajuftement
ordinaire des Baſques
les jours des Festes celebres.
Monfeigneur s'arrefta un gros
quart d'heure vers la porte ,
pour voir dancer dans la cour
le fieur Pecourt , fuivy de fes
deux quadrilles , qui le furpri
106 MERCURE
rent d'autant plus agréable
ment,que cette façon de danfe
bafque , & la fimphoniedu tam
bourin & du Violon , luy parurent
fort nouvelle. Cette danfe
eftant finie , Monfeigneur fuivy
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne & des Princes &
Seigneurs qui compoſoient fa
Cour , entra dans l'Apparte .
ment de M: le Duc de Gra
mont , le fieur Pecourt entrant
à la tefte de fes Danfeurs
en danfant juſqu'à la Salle.
Monfeigneur paffa trois
quarts d'heure dans l'apparte
ment, qu'il trouva d'une beauGALANT.
107
té furprenante , & d'un gouft
fort agreable. Je ne vous en
feray point le détail , & vous,
diray feulement ce qui fe paffa.
de plus remarquable dans cette
felte. Aprés que Monfeigneur
eut examiné une partie
2 des Tableaux de cet Apparte .
3 ment , ce Prince fortit par la
Salle par où il eftoit entré , &
où le fieur Pecourt l'attendoit
avec les Danfeurs , tant
François que Bafques . Ils firent
encore trois tours dans
la cour devant ce Prince , &
ayant fait celuy de la grande
allée du Jardin , ils le trouvé,
!
108 MERCURE
rent au bout de l'allée couver.
te lorfque Monfeigneur y entroit
par l'autre bout . Alors
ils firent cent tours autour des
arbres , & divertirent fort ce
Prince , & toute la Cour. On
danfa enfuite une Sapatique
baſque. M' le Duc de Gramont
la commença avec le
fieur Pecourt , & s'en acquita
tres bien. Tout le monde Içait
que ce Seigneur a beaucoup
de grace dans tout ce qu'il
fait . Les Danfeurs de l'Opera
danferent cette Sapatique
Bafque , deux à deux , & les
Bafques feul à feul , à la mode
GALANT. 109
de leur Pays , aprés quoy Monfeigneur
entra dans la Galerie ,
où il a mangé. Il trouva qu'-
elle répondoit à la beauté de
l'Appartement. Son Portrait
eftoit dans l'enfoncement , or.
né de guirlandes au.deffus
d'une grande glace . Il y avoit
douze beaux Luttres , des Sca
bellons de marbre des deux
coftez , avec des Girandoles
fur chacun . La Galerie eft
grande Les Paylages que l'on
y voit peints , font tres beaux ,
& les pofitions fort avantageufes
, & tres agreables . Monſeigneur
demanda qu'il fuſt
110 ΣΤΟ
MERCURE
fervy précisément à fix heures ,
à quoy on ne manqua pas d'un
feul inftant En attendant , il
fit apporter des Cartes de Brelan
, & joüa avec Monfieur le
Prince de Conty , Monfieur
le Comte de Touloufe , & Mrs
les Marquis d'Antin & de Sainte
- Maure . Monfeigneur le
Duc de Bourgogne joüa au
même jeu à une autre table ,
avec Monfieur le Duc , Mrs
les Ducs de Guiche & de Villeroy
, & M' le Marquis d'O .
Le Jeu dura juſqu'à cinq heures
trois quarts , que Monfeigneur
alla faire un tour de
GALANT. IIT
Jardin , afin de laiſſer la liberté
du fervice aux Maiftres d'Hôtel
, qui eftoient au nombre
de quatre. Pendant qu'on fervoit
le premier fervice , le fieur
Pecourt n'oublia rien avec fes
deux
Quadrilles ,
Françoiſe &
Bafque , de tout ce qui pouvoit
contribuer au divertiffement
de
Monſeigneur . Je ne
vous parleray point de la grandeur
du repas . Il y cut cinq fervices
, & les plats furent portez
par vingt . quatre Suiffes bien
choifis , bien faits , & fort pro
pres. Le premier fervice.commença
par dix- ſept potages.
112 MERCURE
La feconde Table où eftoient
M'de Joyeux , Gouuerneur de
Meudon , les Officiers des
Gardes , & les Ecuyers de Monfeigneur
, & de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , fut fer.
vie de même , & l'on en fervit
cinq autres de viandes neuves ,
mais à la verité moins fortes .
Monſeigneur trouva tout excellent
leftoit au milieu de
la Table , & vis-à vis le lieu
appellé Montmartre , dont la
Montagne forme un Amphitheatre
tres agreable. мonſeigneur
le Duc de Bourgogne
eftoit à la droite , & monfeiGALANT.
153%
1.
gneur le Duc de Chartres à fa
gauche. Le refte des rangs ne
fut pas obſervé , tous les Prin
ces & Seigneurs qui eftoient
venus avec Monſeigneur
eftoient à la mefme Table.
M' le Comte de Louvigni fervoit
Monseigneur , & M' le
Comte de Lefcun Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
tous deux Fils de M. le Duc de
Guiche , àgez , l'un de douze
ans, & l'autre d'onze . Monfeigneur
,& мonſeigneur de Bour,
gogneen furent tres fatisfaits,
& applaudirent fort . Pendant
que les Officiers s'occupoient
Juin 1700,
K
#4 MERCURE
aux Services de Table , le Sieur
Pecourt s'occupoir fous les
arbres à fervir un plat de fon
métier. Il fit à chaque fervi
ce , cinq entrées , toutes de pas
differens , fur le même air du
Sapatique Baſque , & ces entrées
plûrent fort à Monſeigneur.
Si tot que les Maî
rres d'Hoftel avoient Servi
il entroit avec les Danceurs
de l'Opera , fuivi de douze
Bafques , du Tambourin &
du Violon , qui tous dans leur
genre firent des merveilles.
Monfeigneur dit plufieurs.
fois qu'il n'avoit jamais eu
GALANT.
ns
tant de plaifir. La preuve
la plus certaine qu'on puiffe
vous en donner , c'elt que
ce Prince demeura à table de ,
puis fix heures , jufqu'à neuf
& trois quarts , fans que la
joye ceffaft un moment , Monfeigneur
eftant hors de table,
s'alla repofer dans l'apparte
le Sieur Pecourt , & fa
fuite dançant à la tefte jufqu'à
la Salle , ou les Baſques dan
cerent avec autant de vigueur
que s'ils n'avoient fait que
commencer. L'appartement
étoit illuminé d'un nombre
infini de bougies , ce qui le
ment ,
Kij
1: 6 MERCURE
rendoit encore plus brillant
qu'il n'avoit paru le jour.
Monfeigneur , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & tous
les Princes& Seigneurs de cette
fefte , prirent les liqueurs
qui leur convenoient il y
en avoit de toutes les fortes.
Monseigneur partit de l'Hô
tel de Gramont à dix heures
& demie , & monta en Carroffe
avec Monſeigneur le
Duc de Bourgogne. Le ficur
Pecourt qui l'attendoit à la
Salle , l'accompagna en dangant
devant lui jufqu'à fon
Carrofle , & les Bafques l'ac
GALANT. 117
compagnérent jufqu'à la por.
te S. Honoré avec leur Tambourin
& leur Violon , dan.
çant à la tefte de les chevaux.
Ce fut ainfi que finit la Fefte
qui a efté lans contredit une
des plus galantes que l'on
puiffe imaginer , Mile Duc
de Gramont fut fi fatisfait da
S'Pecourt qu'il luy donna june
tabatiere du prix de cinquanre
Louis d'Or . Il eſt à propos
de vous dire, que ce Duc eut la
précaution d'avoir fix des
meilleurs violons de l'Opera,
avec un recueil des plus vieux
1
118 MERCURE
airs , & des plus beaux de feu
M'de Lully , afin que rien ne
manquât au divertiffement de
Monſeigneur , mais ce Prince
ne voulut les entendre qu'un
moment , & dit qu'il falloit
que la Fefte finift comme elle
avoit commencé , c'eſt à dire,
à la Bafque.
>
Le Samedi 12. de ce mois ,.
à l'iffie du Salut , le Roi &
tous les Princes & toutes les
Princeffes de la Maiſon Roya
le , fe rendirent dans l'Ap
partement de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , pour
affifter aux Fiançailles de M
GALANT. 119
le Marquis de la Vrilliere , &
de Mademoiſelle de Mailly ,
qui fe firent dans le grand ca
binet de cette Princeffe , à
caufe que Mademoiſelle de
Mailly , eft fille de Madame
la Comteffe de Mailly , fa
Dame d'Atour M'l'Evêque .
de Meaux , premier Aumonier
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , en fit la ceremo .
nie en prefence du Curé de la
Paroiffe de Verfailles , & toute.
la Cour s'y trouva.
L'Ouvrage qui fuit eft de
M² de Vertron , dont la res
120 MERCURE
putation vous eſt connuë.
LES NOUVEAUX
CHASTEAUX
EN ESPAGNE .
SI j'avois gagné le gros Lot ,
J'aurois dit & fait des merveilles
Mais quandje perds , je ne dis mot,
Et tout me bleffe les oreilles .
J'aurois payé mes Creanciers ;
Ainfijamais chez moy d'Huilliers ,
Gens d'ordinaire peu traitables ,
Mais des vifages agreables.
J'aurois époufé mon Iris ;
J'aurois le plus bel attelage
Que l'on puiffe voir dans Paris ;
J'aurois pris en Ville un Logis ,
Rempli
GALANT. 121
Rempli deparquet , de lambris ,
Accompagné de Jardinage ,
Et vafte pour mon équipage.
J'aurois faitfaire des Canaux
Aux champs pour orner mes Chaf
teaux ;
J'aurois pris en Cour une Charge ;
J'aurois vécu par tout au large :
Maisjefuis plus fec que Calot, *
Je fuis muet comme un Chabot ,
C'est-à- dire (fans mettre en marge)
Que comme un Poiffon je fuisfot ;
Car pour le coup je fuis capot ,
Et m'en retourne en mon tripot ,
Poury faire bouillir mon pot ,
Cuire en ce temps le haricot ,
Et dans un autre le gigot.
Je ferois un plus fort écot ,
Si j'avois gagné le gros Lot .
k
* Graveur fameux .
Juin 1700.
L
122 MERCURE
J'ajoute une Lettre du mê .
me M'de Vertron . La lecture
vous en fera fans doute agreable.
A MADAME
DE SALIEZ ,
VIGUIERE D'ALBY,
de l'Academie de Ricovrati,
A forte attache que j'ay
Lofjours cuépour la bel euë
le gloire , m'a empêché d'en
avoir beaucoup pour la For
une. Cependant , Madame ,
·
GALANT. 123
contre Fortune bon coeur , c'eſt
ma Deviſe dont j'ay fait rem
plir mes Numero à la Lotterie
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne . Virgile qui eft de
toute maniere Vates , me flate
d'une agréable efperance du
cofté de la Cour , lieu où cerre
volage fait fon fejour le plus
long , parce qu'elle y vient tenir
de temps en temps fes affiles
. Ce Prince des Poëtes
Latins m'encourage par ce
beau Vers ,
Audaces fortuna juvat , timidofque
repellit.
Lij
124 MERCURE
22
""
92
3)
25
A luy faire la Cour elle veut
qu'on s'attache.
Souvent un importun luy fait
ouvrir
les yeux ;
Elle aide un coeur audacieux,
Et méprife toûjours le lâche,
Les Epithetes dont les Orateurs
& les Poëtes fe fervent
contre cette Aveugle , montrent
clairement la diverfité
de fes effets , fes injuftices &
fes caprices dans la diſtribution
de fes largeffes. Les noms
de Hafard , d'Avanture , de
Cas- fortuit , d'Evenement ,
d'Accident , de Rencontre ,
de Chance , d'Heur , d'Occa
GALANT. 125
fion , de Tour , de Coup , d'Etoile
, d'Etat & de Changement
, font autant de finonimes
de la Fortune , & ce que
les Stoïciens appelloient Fa.
tum , qui eft le Deftin ou la
Destinée , c'est ce que nous
appellons Sort , j'oferois dire
Lotterie , car enfin l'experience
nous fait voir que les Lots dépendent
de la Fortune , & que
les billets blancs ou noirs
viennent duSort . Les boëtesoù
l'on les met , & celles d'où on
les tire , aprés les avoir bien
tournez , font des Cornes d'abondance
pour les uns ,
& des
Lij
116 MERCURE
balons remplis de vent pour
les autres . Virgile qu'on ne
fçauroit trop citer , exprime
dans un Hemiftiche , tout ce
qu'on peut penfer de la Lotterie.
Sors omnia verfat .
Voicy comment j'ay éten
du la penſée de cet admirable
genie de l'Antiquité , qui
parle de la Fortune en parlant
du Sort .
22 . A cétte Aveugle Deïté
,, Souvent la Juftice s'oppofes
Son efprit de legereté
A fon gré tourne toute cho-
و د
"
fe ..
Quoy qu'il en foit , MadaGALANT.
127
1
me , avoir ou n'avoir pas à la
Loterie , ne decide point du
merite ny du démerite des
gens , mais feulement de leur
bonheur ou de leur malheur:
c'eſt ce qu'on nomme d'ordi
naire bonne & mauvaise Fortune.
Je fouhaite qu'elle vous
foit à l'avenir auffi favorable ,
qu'elle vous a efté contraire
jufqu'à prefent.
و و
و و
""
Sçavante , aimable , & fage:
Brune ,
Vous fçavez la raison pourquoy
Je pefte contre la Fortune ;;
Mais fi chez la Princeffe elle
s'offroit
à moy ,
Liiij
128 MERCURE
J'employerois le
gros
fervir un grand Roy.
ود
Lot à
Sa Majesté qui n'avoit pas
befoin de Louis comme
,
moy , en a pourtant gagné
einq à la Lotterie de l'Hôpital
General. M' l'Abbé Peregria
de Marfeille , dont vous
avez vû plufieurs Ouvrages ,
vient de m'apporter une Epi .
gramme qu'il a faite fur ce
fujet. Remarquez , Madame ,
que le Roy a retiré trois cens
cinq Louis , de trois cens qu'il
avoit mis.
Cinq Louis ! pour un Roy fi grand!
Sans doute le fort fe méprend.
GALANT. 129
,
Cinq Louis ! Voicy le miftere :
Les Petits - fils , le Fils , le Pere ,
Sont compris dans ce nombre heureux .
N'enjugeons plus fur l'apparence .
' Cinq Louis comblent tous nos voeux,
Et c'est le gros Lot de la France.
J'ay trouvé la pentée de cette
Epigramme fi nouvelle , que
jay cru que je vous ferois plaifir
de vous en envoyer une
Copie dans fa nouveanté.
Sur le point de fermer ma
Lettre , je viens d'apprendre
qu'un des Gardes du Corps
de Sa Majefté a gagné le gros
Lot; & en même temps un Ca
pitaine aux Gardes de mes
amis m'a fait la grace de m'ap
130 MERCURE
porter de Versailles ma boëte
que j'ay ouverte en fa prefence.
Helas ! Madame , je ne fuis
pas plus heureux du cofté de
la Cour que du cofté de la
Ville , où j'ay perdu mon ar
gent , & pour mieux dire , tout
mon or , dans l'efperance de
quelque aubaine ; mais
و د
La Fortune toujours fut aveugle
pourmoy ,
Et plus infenfible qu'un bufte .
Je n'aurayplus recours dans mes befoins
qu'au Roy,
Il eft Fils de Louis le Jufte.
Je vous ouvre mon coeur ,
comme à une bonne amie ,
GALANT.
13t
qui entre genereuſement dans
mes interefts ; car enfin , vous
devez eftre perfuadée que j'entre
même dans les voftres , &
que je fuis avec la derniere fincerité
, Madame ,
Voftre tres - humble , & tresobéïffant
ferviteur , & tresaffectionné
frere en Apollon
RICOVRATO .
Le Pere Courties , de la Doc
trine Chreftienne , Profefleur
des belles Lettres au College
de l'Eſquille , a prefente l'Ode
dont je vous envoye une Co.
pie , à l'Academie des Jeux
Floraux de Toulouſe..
132 MERCURE
SUR LE NEANT
DE L'HOMME HC
FNfans que E l'orgueil à faitnai- tre ,
Triftes fanglots , pefantes Croix ,
Pour nous forcer à nous connoiftre
Daignez-vousprefter à ma voix.
Uniffez-vous , chaine funefte ,
Remords, langueurs ,pauvreté, peſte,
Heritage de nos Дyeux 5
Je veux par la peinture affreuse ,
De voftre image douloureuſe ,
Montrer l'homme à fes propres yeux.
25
Quel objet , & Ciel ! fe prefente ?
Que de foibleffe j'entrevoi !
Une maffe informe , naiſſante ,
GALANT.
133
Viljouet d'une auftere loy.
Sans yeux, fans mains ,fans avantage
Sous les fers d'un dur esclavage,
N'a de ce qu'elle eft aucun trait.
'Homme , poudre de rien fortie ,
Du premier inftant de ta vie ,
Voila le fidelle portrait.
2
Aprés ces honteufes premices
L'homme en est-il moins malheureux
?
L'aveuglement , la pente aux vices
Mille maux , tirans rigoureux ,
Lui fontfentir que la mifere ,
Dans cette demeure étrangere ,
Eft l'apanage des mortels ;
Que leurs corps doivent fe diffoudre
Qu'ilfaut qu'ils retournent en pou
dre ,
Dans les abimes éternels.
,
14 MERCURE
Grand Dieu , nos joursfont mefurables
>
Et fi nous nous connoiſſons bien,
Devanttesgrandeurs adorables
Noftre fubftance eft comme un rien.
Tout ouvrage que l'on mefure
Selon l'ordre de la nature
Afinirfe trouve engagé,
Et tout ce qu'une fin decide
Sort àpeine de l'affreux vuide
Qu'il s'y voit d'abord replongé.
ន
د
Fiers conquerans , dont les penfées
Renfermoient ce vafte univers ,
Vos illufions infenfees
Vontfe diffiper dans les airs.
Déja voftre vertu s'efface ,
A vos noms voftre gloire paſſe ,
Vos titres vont à vos tombeaux ;
Vos trefors ont un fortfunefte ,
De ces grands biens il ne vous refte ,
GALANT. 135
Que le tempsd en fentir les maux.
&
Pourquoi tant priferla fortune
De ces Rois fifort applaudis ,
Qu'une grandeur trop importune
Livre à des defirs interdits ?
Tout paffe , une nuit éternelle
Succede à leur gloire mortelle ,
Un affreux defert à leur cour ,
Un peu de pouliere à leur Louvre
Et fous le marbre qui les couvre
Les vers font leurs Rois à leur tour,
2
>
Cette meurtrierefuperbe
Qui regne infolemmentfur nous
Ainfi qu'un inftant feche l'herbe ,
En moins d un rien nous dompte tous
Pauvres , Riches , la mort moiffonne
Tout ce que le Ciel environne
Les Grands diffipez comme un vent
Vont s'endormir dans la pouffiere ,
Et cette Majefte fifiere
126 MERCURE
Se replonge dans le neant
Qui peut compter fur le menfonge
De centphantomes orgueilleux ?
La vie humaine n'est qu'un fonge ,
Lafanté qu'un bien perilleux.
Les plaifirs , l'éclat , la puiſſance ,
Ne font qu'un nom , qu'une apparence
.
Et cesgrands mots dont noftre orgueil
Tache à s'étourdir de luy -même ,
La gloire , la grandeurfupreme,
Vontfe perdre dans le cercueil,
S
Noftre efprit.... Maisquelle manie
Vient encore nous aveugler ?
Ce rare & fuperbe genie ,
Un rien peut-il pas le troubler?
Firons- nousquelque certitude
De laplus rigoureuſes étude ?
Qui s'eftjamais défentefté
GALANT.
137
Deslongs préjugez où nous sommes ?
Vil eftat ! il n'eft dans les hommes
Qu'un long amas d'infirmité
S
Cependant l'orgueil nous domines
Noftre coeur , par un poids fatal,
Bien que noftre ame foit divine ,
Se fent entrainer vers le mal.
L'amour du monde nous enchante,
Pour le bien cette ame eft pefante.
Oneant de nos foiblesjours !
Nous n'ouvrons les yeux fur nous:
mêmes
Qu'au moment que les loix. fupréi
mes
Wontnous les fermer pour toujours .
L'Air nouveau que je vou
envoye gravé , a efté icy fort
approuvé des Connoiffeurs..
Juin 1700.
M
138 MERCURE
AIR NOUVEAU.
AH! que je fuis heureux , lefeu
qui me devore ,
Vient d'enflamer la beauté que j'ai
dore :
La BergerePhili's oubliantfa rigueur
M'aime autantqueje l'aime,& m'a
donnéfon coeur.
Je me croi obligé de vous
faire part de la Relation d'un
divertiffement public qui fefit
le mois paffé à Chateau
Renard , Ville dans le Gaftinois
, en réjouffance de l'heu
reufe fanté du Roi On y
marque de petits détails , où
re
mies ont fait à ceux qui
dront les imiter. Si l'o
139
me
on
if
&&
veut faire reflexion on tro.
Mij
138
A
A
Viet
Lai
M
fai
di
en réjouffance de l'heu
fanté du Roi. On y
rque de petits détails , où
GALANT. 139
il femble que je pourrois me
paffer d'entrer, mais il fera bon
de vous les faire fçavoir , puif
que c'eſt par ce recit fimple &
naturel , que vousverrez mieux
le zele des habitans dece lieu
là , pour leur Augufte Souverain.
D'ailleurs comme l'établiſſement
qu'ils ont fait
peut eftre caufe que plufieurs
feites femblables s'établiront
beaucoup d'autres endroits,
je fuis bien aife de faire
connoiftre , ce que les premiers
ont fait à ceux qui voudront
les imiter . Si l'on y
veut faire reflexion on trouen
Mij
140 MERCURE
les
vera que deux raifons rendent
ces feltes d'une tres grande
importance. Non feulement
elles font voir à la jeuneffe &
aux peuples l'amour que
merveilleufes qualitez du Roi
infpirent à ceux qui les gouvernent
, ou qu'ils doivent regarder
comme leurs fuperieurs
, mais elles apprennent
à tirer à beaucoup
de gens ,
qui aprés cette forte d'exercice
peuvent eftre utiles à l'Etat
dans les Troupes , dans les
arriere bans , & dans d'aucres
occafions . Si cette fefte ne fe
trouve pas confiderable par
une grande dépense , elle eſt
GALANT. 140
proportionnée à ceux qui l'ont
faite ; & qui ne fçait pas que
l'Aumône de la bonneFemme
de l'Ecriture, fut plus agreable
à Dieu , que ce que les autres
offrirent d'une plus grande
valeur Ainfi je vais dire na
turellement comme la fefte
de Chasteau Renard a efté
imaginée , & quelle en a efté
l'execution: Cela pourra fervir
aux autres villes pour perfectionner
celles qu'elles vou
dront faire.
Chaſteau - Renard n'est
qu'une petite ville , aujour
d'huy peu connüe , eftant
142 MERCURE
écartée des grandes routes , &
fans commerce : mais autrefois
c'étoit une place d'im
portance , & il y avoit une Citadelle
tres forte laquelle für
démolie en 1627 par ordre
du Roi. Sa Majesté n'a pas
laiffé d'y mettre toûjours un
Gouverneur , jufques à prefent.
Cette ville elt fituée au
pied d'une belle & grande cô.
te de vignes expofées au midy,
& fur le bord de la riviere
d'Oüanne dont une lon
gue & large prairie le trouve
arrofée .
La Terre de Châteaurenard
GALANT. 143
appartenoit il n'y a guere au
Prince d'Orange, aujourd'huy
regnant en Angleterre . Il la
vendità M ' Amat du temps de
Mr le Cardinal Mazarin , &
aprés la mort elle fut vendue à
M' Daquin , premier Medecindu
Roy , qui peu de temps
aprés la donna en mariage à
fon fils aîné lequel en eft actuellement
Seigneur , & porte
le nom de Chafteau Renard .
Tout le monde fçait que le
Roi le nomma Intendant de
la Generalité de Moulins en
Bourbonnois , quoi qu'il ne
fuft point Maistre des Requê
S
$44 MERCURE
tes ; il eft aujourd'hui Prefi
dent au Grand Confeil.Madame
fa femme , qu'on ne peut
affez louer pour les rares qualitez
, eft une Dame tres bien
faite , & d'une piete finguliere.
C'eft par fes foins & fes
charitez qu'on a rétabli dans
Chateau Renard l'Hôtel-
Dieu qui eftoit ruïné. Cette
petite ville fe diftingua dans
les réjouiffances generales
qu'on fit pour la paix , & l'on
peut dire qu'il n'y a point de
peuples au monde plus affectionnez
leur Prince que
pour
le font les habitans. Ce grand
amour
GALANT. 145
amour qu'ils ont pour le
Roi , peut venir de ce qu'ils
le regardent , non feulement
comme leur Monarque , mais
comme leur Seigneur naturel
, Chafteau- renard eftant
un ancien Domaine Royal
engagé.
Ce fut dans cette loüable
émulation que vers les festes
de Paſques , quelques habitans
des plus diftinguez , dirent
dans une converfation
fur cette matiere qu'il falloit
faire quelque divertiffement
public ,, pour le réjouir de
Juin 1700.
No
146 MERCURE
l'heureuſe fanté de Sa Majefté.
Cette pensée n'eut pas
plutoft efté declarée , que toute
la ville fe trouva difpofée
à l'executer , & dés le même
jour il fe forma fur la place
un peloton d'honneftes gens
paflionnez pour faire une fêre,
qui reprefenterent qu'il n'y
avoit point de temps à perdre
pour la commencer des le
premier jour de May . Ainfi
s'excitant les uns & les autres,
ils allerent tous ensemble en
parler aux Magiftrats de la
Ville qui approuverent leur
deffein , y applaudiffant &
GALANT. 147
M² Bour . louant leur zele.
going fieur de la Vôve , Procureur
du Roy , homme de
de merite , aimant la joye, &
tres digne fils d'un pere mort.
dans la même charge , ayant
declaré qu'il vouloit ettre de
la partie , route la trouppe
s'affembla chez luy pour déliberer
de quelle maniere on
feroit cette réjoüiffance . Enfin
il fut arrefté que l'on tireroit
l'Oiseau pendant le mois de
May ; qu'à cet effet on feroit
une Compagnie, dans laquel
le on ne recevroit que des
perfonnes honorables qu'on
Nij
148 MERCURE
nommeroit les Chevaliers du
vive le Roy , jufqu'au nombre
de cinquante, & non davanta .
ge pour éviter la confufion ,
& que chaque perfonne payeroit
vingt livres pour fubvenir
aux frais de la Fefte , & pour
acheter les prix , qu'on don .
neroit à celui qui feroit le Roi
de l'Oifeau , & à ceux qui en
abbattroient les ailes ou quel
que éclat , & qu'afin qu'on ne
puft rien innover , on feroit
un reglement qui feroit figné
par toute la compagnie.
Il fe trouva dans cette affemblée
quarante perfonnes des
GALANT. 149
plus diftinguées du lieu , de ce
même fentiment , au nombre
defquelles il y avoit plufieurs
vieillards avec des cheveux
tout blancs : car vous fçaurez
que l'on vit communement
dans cette petite ville jufques
à cent ans & plus , & qu'on y
en voit plufieurs qui en ons
quatre vingt dix , & qui font
vermeils & vigoureux , montent
à Cheval, & font tout ce
que feroit un homme qui n'en
auroit que quarante . Ainfi on
n'y voit poins de goûteux , ni
d'infirmes comme l'on en voir
ailleurs . On impute ce bon
Nin
190 MERCURE
heur , à la bonté des vins du
païs qui font un vray elixir de
vie , qui conferve la vigueur ,
& preferve de toutes les in
commoditez que peut caufer
le grand âge. Voicy en quels
termes fut conçû le regle
ment que ces quarante perfonnes
lignérent
.
En
réjouiſſance
De lheureuſe ſanté de noftre
tres - bon Roy
LOUIS XIV. Sutnommé
LE GRAND.
Toûjours Victorieux , & toûjours
Pacifique.
GALANT. 152
Qui s'eft mis au deffus de tous
les Triomphes
Méprisant la gloire qu'il pouvoir
acquerir
A furmonter tous les Potentars
de l'Europe
,
Liguez enfemble contre luy ,
Eftimant qu'il luy feroit plus
glorieux dedonner la Paix
àlaplus belle partie du Monde,
Dans un temps où il eftoit en tous
heux fuperieur àfes Ennemis ,
NOUS
,F
Nie
TOUS , Habitans de la Vilte
de Chasteaurenard , fous
fignez fous le bon plaifir de Sa
Majesté , avons fait enfemble le
Niiij
152 MERCURE
prefent Traité , Statuts & Regles
de Chevalerie pour tirer l'Oifean
pendant le mois de May , à com.
mencer cette année 1700. & tous
les ans à l'avenir , pour nous rejouir
du long & glorieux Regne
du Roy , noftre tres bon Sire.
1
...
PREMIEREMENT , il ne
fera admis en noftre preſente
Compagnie que des perfon
nes honorables jufqu'au nom .
bre de cinquante , qui feront
nommées les Chevaliers du
Vive le Roy , & chacune confignera
par avance la forame
de vinge livres pour ſubvenis
GALANT. 193
1.
aux frais de noftre réjouiffance
, & avoir des prix honne ftes
pour le Roy de l'Oiseau , &
pour ceux qui en abatront les
aîles , ou quelque éclat.
Nous avons nommé M¹ le
Procureur du Roy pour noftre
Commandant , & jufqu'à ce
qu'il y ait un Roy de l'Oiseau ,'
if donnera l'ordre , & fera Juge
des incidens affifté de fix
Chevaliers.
C
>
HI.
Nous avons auffi nommé
pour Commiffaire ou Trefo
rier de noftre Compagnie M
114 MERCURE
Piochard , entre les mains duquel
nous confignerons tous
chacun la fomme de vingt livres
pour les frais & les Prix
de noftre réjoüiffance , & luy ;
avons donné pouvoir d'achetei
înceffamment , & dans le
premier jour de May prochain!
une épée & un ceinturon de
valeur de trois Louis d'or ,
avec deux flambeaux & une
taffe de vermeil doré ; le tout
pefant trois marcs d'argent ,
& un Diamant de trois Louis
d'or , pour le Prix de celuy qui
abatra l'Oiseau ; & fix paires
de gands , chacune de la valeur
8
A
GALANT. 155
d'un Louis d'or pour donner
à ceux qui abatront la tefte ,
les aîles , la queue , cu qui en
emporteront quelque autre
partie , & fi perfonne ne gagne
les gands , le Roy de l'Ois
feau en difpolera à la volon
τέ.
IV.
On fera un appareille plus
propre qu'on pourra pour nôtre
réjoüiffance , & le jour qu'
on plantera l'Oifeau , il fera
porté avec tous les Prix à la
tefte de la Compagnie , marchant
en ordre militaire , Enfeigne
déployée , au ſon des
156 MERCURE
tambours & des fifres , par les
Places & les ruës les plus confiderables
& en cet ordre on
fe rendra dans l'Eglife Paroif ,
fiale , où l'on chantera l'Exau..
diat , & autres Prieres pour le
Roy; puis on ira planter l'Oi
feau , dans un lieu choifi , où
l'on allumera un feu de joye ,
autour duquel la Compagnie
fera trois decharges , avec ac
clamations de Vive le Roy ...
& le lendemain elle recournera
fur le lieu dans le même or
dre tirer l'Oileau .
V.
Chaque Chevalier tirera
17
GALANT. 157
trois coups par jour . Noftre
Commandant commencera
,
& tirera deux coups à chaque
' tour, dont le premier ( era'pour
Sa Majesté. Les fufils feront
chargez d'une même poudre
commune , fournie par le Treforier
, & par un feul homme
capable , qui fera nommé par
la Compagnie. Le Comman .
dant & les Chevaliers , avant
que de le mettre en poſture
pour tirer , feront obligez de
faluer la Compagnie , en di .
fant , Vivele Roy , & celuy qui
manquera à cette Ceremonie
payera vingt fols fur le cham
158 MERCURE
VI.
Si quelqu'un coupe la verge'
qui tiendra l'Orfeau , le coup
ne vaudra rien , & il fera tenu
de la faire rétablir à fes dépens,
VII.
Aucun de la Compagnie
ne pourra s'en retirer ny s'ab.
fenter pendant le mois de
May , fans caufe legitime , &
fi quelqu'un eftoit negligent
de payer la fomme de vingt
livres , dont on eft convenu
pour la contribution , il y fera
contraint par execution mili,
taire .
GALANT. 159
VIII. :
Celuy qui abatra l'Oiseau
fera proclamé Roy de l'Oi
feau. Il aura tous les Prix que
l'on a specifiez , & le furplus
des deniers confignez luy fera
pareillement délivré , & luy
appartiendra , pour regaler la
Compagnie. On le conduira
en triomphe par les ruës les
plus remarquables , jufque
dans fa mailon ; on plantera
un May àfa porte , & il demeu
rera Chef de la Compagnie
pendant toute l'année , & juſ
qu'à ce qu'un autre ait abatu
le nouvel Oifeau , qu'on plan160
MERCURE
tera le premier jour de May
de l'année fuivante .
Tous lesquels Articles cy.
deffus , Nous foulignéz , pro.
mettons executer , obferver ,
& entretenir , & les faire executer
, entretenir & obferver
par ceux qui feront à l'avenir
admis en noftre Compagnie,
avec tout l'honneur que doi
vent faire de veritables Chevaliers
devoüez au Roy. Fait
à Chafteau.Renard le treiziċme
jour d'Avril 1700.
Ce Traité fut ainfi fait & figné
de toute la Compagnie, M'le
GALANT. 163
Procureur du Roy
commença
le premier à configner
la fomme
dont on eftoit
convenu
, entre les mains du Sieur
Piochard , & tous en firent de
même ; il ſurvint
encore cinq
autres
perfonnes
qui furenc
admiſes
aux régles du traité ,
& qui payerent
pareille
contribution
mais il s'en prefen...
ta auffi
plufieurs
que l'on refufa.
Dés ce jour la , on compta
quarante
cinq Chevaliers
effectifs , avec un fond de
neuf cens francs , entre les
mains du
Commiffaire
; &
M le
Procureur du Roy
Juin 1700.
家
162 MERCURE
ayant pris la parole , parla
ainfi à toute la Troupe .
**
MESSIEURS.
Puifque vous m'avez fair
I bonneur de me choisir pour
vôtre Commandant , je vous:
affure que je n'oublieray rien
pour bien feconder vos nobles in.
tentions. Noftre deffein eft loua .
ble , & je ne doute point que
noftre zele ne ſerve d'exemple.
Permettez moy feulement de vous
tant d'honneftes gens s'édire
que
tant engagez à faire une réjouiffance
ausujet du long & heureux
regne de Sa Majesté, nous ne des
vons rien épargner de noftre petit
GALANT. 163
fondpour executer noftre entreprife
d'une maniere un peu éclarante ,
afin que ce que nous ferons puiſſe
donner de l'émulation à toutes les
autres Villes du Royaume . Si elles .
font mieux que nous parce qu'elles
font plus riches , nous aurons di
moins l'avantage d'avoir com
mence. Ainsi , Meffieurs , tachons
defairefi bienfurvant noftre petit
pouvoir , que nous en ayons route
la gloire. Ce n'eft pas toûjours la
grande dorure qui donne la bonne
grace aux actions , il n'y a
manieres , qui les faffent trouver
agreables . Chacun peut icy dire
fon avis , on choiſira le meilleur
que
les
O ij
164 MERCURE
auquel je foumettray le mien aveć
plaifir...
Toute la compagnie ré .
pondit à ce difcours par un
applaudiffement unanime , &
tous firent connoiftre un ex² .
treme defir de bien faire les
choles. Il y avoit dans la trou
pe des gens tres capables de
donner de jolis deffeins, mais,
le fond que l'on avoit ne répondant
pas à la dépense
que l'on auroit ſouhaité de fai
re. Voicy ce qu'on arreſta .
Qu'on feroit ven ir de Bria.'
re deux Mafts de Sapin , &
qu'on les enteroit l'un fur
"
GALANT.
165:
F'autre pour en faire un d'unes
élevation confiderable , lequel
feroit peint d'azur , &
fleurdelife , qu'à la hauteur
de neuf pieds par le bas , om
y feroit à l'entour une inſcri.)
ption de Vive le Roy en let
tres d'or ; qu'à dix pieds encore
au - deffus de cette infcription
, on feroit une efpecer
de Hune , fur laquelle on pla
ceroit quatre Guidons de dif
ferentes couleurs , en memoire
des quatre fameufes Ba
tailles gagnées par le Roi
dans la derniere guerre , &
qu'au faifte de ce maft onat
166 MERCURE
tacheroit la Banderolle de
France refpectée par toutes
les mers.
Que la charpente qu'on fe-.
roit pour tenir le maſt en
état, feroit pareillement peinte
d'azur & fleurdelifée , &
qu'on y attacheroit de tous
côtez des Feftons & des Cartouches
remplis de voeux pour
la confervation de Sa Majeſté .
Que l'oifeau qu'on avoit refolu
de tirer , feroit attaché
fur le Faifte de ce maft au
bout d'une verge de fer , de
la longueur de fept pieds.
Et qu'enfin outre les quatre
GALANT . 167
Guidons , on feroit faire un
Drapeau de taffetas blanc , ou
feroit écrit des deux coftez en
grandes lettres d'or , Vive le
Rot.
Ce petit deffein ainfi refolu
, l'on chargea quatre des
plus entendus de la compagnie
de le faire executer. L'un
monta à cheval , & s'en alla à
Briare d'où il fit venir deux
trés beaux mafts . L'autre alla
à Fontainebleau d'où ilamena
des Peintres. Les autres
firent toutes les provifions
neceffaires pour le deffein , &
mirent en beſogne tous les
168 MERCURE
Charpentiers & les Menui
fiers du lieu.
Tandis que ces differens
Ouvriers travailloient tous à
la fois chacun à ſon ouvrage,
les Chevaliers fe relayoient
pour y tenir la main , afin que
tout fuft fait promptement
& proprement , de forte que
tout fe trouva fini , & en état
d'eftre dreffé le dernier jour
d'Avril , mais comme on ne
put pas tout faire ce jour là
& que le lendemain premier
jour de May , il y avoit Foire
à Chafteau Renard , les Chevaliers
voulant que l'appareit
de
GALANT. 169
-
de leur réjoüiffance fuft vû .
par les Etrangers dans fa perfection
, firent agir les Ouvriers,
& agirent eux mêmes
avec tant d'ardeur , dés la
-petite
pointe du jour , qu'à fept
heures du matin on vit la ban.
derole de France , attachée au
faifte du Maft , & volant au
grẻ du vent .
Les quatre Guidons de differentes
couleurs furent placez
fur la Hune , comme un Trophée,
& tout autour delaHune,
ily eur des feftons de branches ?
de Laurier , & de fleurs , avec
des Ecuffons de France , &
Juin 1700 .
P
170 MERCURE
des Vive le Roy en lettres d'or
entre-mélez.
1
La Charpente faite pour
tenir le Maft en eftat , le trou .
va tout de mefme ornée &
couverte de pareils Feftons *
& de Cartouches remplis de
voeux pour Sa Majefté ; le
tout avec tant de ſymetrie ,
que les gens du meilleur gouſt
auroient efte fatisfaits de la
maniere dont ce petit appareil
eftoit dreffé. Ce Maft
eftoit admirable par fa hauteur
prodigieufe , & par l'éclat
de l'azur , & des Fleurs de-
Lis.
`
GALANT. 178
On vic auffi le Drapeau
neuf deployé au deffus de la
porte du Commandant
. A
cofté on avoit expolé l'Oiseau
entre deux Ecuffons de France
environnez de Feftons ; &
au deffous de l'Oiseau eftoit
un Cartouche , remply d'un
Vive le Roy en lettres d'or.
On vit encore un bucher
preparé pour faire le feu de
joye. En même temps on entendit
les Tambours & les
Fifres battre l'affemblée dans
toutes les rues pour donner
lieu aux Etrangers venus à la
Foire d'eftre informez de tous!
Pij
17 : MERCURE
ces preparatifs , & exciter les
moins curieux à les venir.
voir.
Cela eut fon effet , & ce
fpectacle attira toute la Foire,
La foule y fut fi grande pen.
dant tout le jour , qu'on fut
obligé d'y mettre des gardes
pour empelcher le defordre,
qui auroit pû arriver , poil
qu'il refta dans la Ville ce
jour là plus de fix cens perfonnes
Etrangeres , pour voir
la ceremonie qu'on devoit
faire le foir.
Sur les quatre heures de
l'aprefdinée, les Tambours &
2
GALANT. 173
la
les Fifres ayant battu par
Ville le dernier coup d'affemblée
, tous les Chevaliers ha
billez fort proprement , avec
des noeuds d'un beau ruban
bleu au trouffis du Chapeau
& à l'épée , ſe rangerent fous
le Drapeau à la porte du Commandant
. Chacun ayant pris
fou rang , felon fon âge ou fa
qualité , le Commandant fe
mit à la tefte , la demi - pique
à la main , & fit battre la marche.
L'Oiseau & les Prix eftoient
portez par deux Gardes , l'é-
-pée au coſté & le Moufqueton
"
P iij
174 MERCURE
pendant à la bandouliere. Ils
marchoient quelques pas
avant le Commandant , qui
eftoit fuivi de quarante cinq
Chevaliers effectifs , allant
deux à deux avec une noble
fierté dans une diſtance raifonnable
, & chacun obfervant
parfaitement bien fon
rang & fa diftance. L'Enfeigne
deployée eftoit portée
par un jeune homme bien
fait , choifi par la Compagnie ,
& placé au troifiéme rang au
milieu de deux Tambours &
de deux Fifres .
Dans ce bel ordre ils paffe.
GALANT. 175
rent par la pluſpart des ruës
de la Ville & fe rendirent
dans l'Eglife Paroiffiale où le
Clergé les attendoit avec les
autres Officiers du Corps de
Juſtice , qui n'eſtoient pas de
la compagnie des Chevaliers ,
& qui s'y eftoient rendus
en Robes de Palais. L'Eglife
eftoit remplie d'une foule extraordinaire
de monde , tant
de la Ville que des Marchands
Forains que la curiofité avoit
arreſtez . On y chanta les Prieres
qu'on a coutume de chanter
pour le Roi , en action de
graces de fon heureuſe fanté.
Piiij
176 MERCURE
Cette Ceremonie-achevée,
les Chevaliers fortifent de
l'Eglife dans le même ordre
qu'ils y eftoient arrivez , &
.
lorfqu'ils furent auprés du
Maft , on le fit baffer pour y
planter l'Oiseau . Les Charpentiers
avoient fait une machine
par laquelle on pouvoit
baiffer ce Maft & le relever
quand on voudroit , quoiqu'il
fût d'une hauteur exceflive, en
forte que quand il fut relevé ,
l'Oifeau ne paroiffoit pas plus
gros qu'un Pinfon .
Aufli - tôt on apporta deux
flambeaux de cire blanche ,
GALANT. 177
dont l'un fut
prefenté au premier
Magiftrat
, & l'autre au
Commandant
des Chevaliers ,
qui mirent enfemble
le feu
au bucher , & les Chevaliers
firent trois décharges
l'une
aprés l'autre , à toutes lefquel
les on fit des acclamations
de
Vivele Roy. On fut furpris de
voir fortir du pied du Maft
plufieurs
Fufées volantes
qui
firent un tres bel effet . C'étoit
T'ouvrage
de deux Bourgeois
qui avoient tenu la choie fe
Crette .
La Compagnie des Chevaliers
ne put fe retirer en bon
788
MERCURE
ordre , tant la foule eftoit
grande. Enfin peu à peu on .
fe retira , & bien - tôt aprés
on vit des feux allumez dans
toutes les ruës , & des tables
dreffées pour manger publi .
quement,
On forçoit à boire tous
ceux qui paffoient , on forma
des danfes dans tous les carrefours
, & toute la nuit fut
employée à cette rejoüiffance.
Le lendemain qui estoit le
Dimanche , tous les Cheva,
liers fe raffemblerent fous le
Drapeau à la porte du Commandant
, $& aprés que le
GALANT. 179
fort cut decidé du rang que
chacun auroit pour tirer l'Oi.
feau , ils marcherent dans le
mefme ordre que le jour pré
cedent , Enfeigne deployée ,
au fon des Tambours & des
Fifres , & fe rendirent au pied
d'une grande & magnifique
Tente qu'on avoit fait dreffer
au Camp de l'Oifeau ,
une diſtance de fix- vingt pas
du Maſt , dans laquelle il y
avoit des tables pour poſer
les Fufils , & plufieurs Cantines
de bon vin , des jambons
& des langues de boeuf pour
tous ceux qui voudroient boi
180 MERCURE
"
re & manger. L'endroit pour
tirer fut marqué à cent pas
mefurez du pied du Maft . Le
Commandant ayant obſervéla
ceremonie de falüer la troupe
en difant Vivele Roy , tira le premier,&
tous les Chevaliers enfuite
firent la meſme chofe
chacun dans le rang que le fort
Jui avoit donné , ce qui fut
fait jufques à trois fois .
誓
Il y en eut plufieurs qui
: donnerent dans la carte. Le
Chevalier de la Fontaine de
fon fecond coup ayant frappé
la Verge , ébranla fi fort l'Oi
feau qu'il en fit tomber les
GALANT. 181
י
ailes , qui n'eſtoient que colées
, & fur le champ on luy
delivra une paire de gands :
d'un Louis d'or. Le Chevalier
de Mony , fort bien fait de fa
perfonne , qui autrefois à fervi
dans la Maifon du Roy:
& qui eft aujourd'huy Fermier
General de la Terre de Château
Renard , fit auffi de fon ;
fecond coup une contufion
au ventre de l'Oiseau ; mais
n'en ayant point emporté
d'éclat il n'eut point de
gands pour cette fois , & c'eft ,
ce qui fut fait de remarquable
ce jour là.
182 MERCURE
Le lendemain , quelques
Chevaliers ayant fait reflexion
fur le coup du Chevalier de la
Fontaine , prétendirent qu'-
ayant fait tomber les aifles
fans toucher l'Oiseau , le coup
ne devoit rien valoir , qu'il
n'avoit point merité les gands ,
& qu'il eftoit obligé par les
Statuts de faire rétablir les
ailes de l'Oifeau . Toute la
Compagnie s'eftant foulevée
fur ce fentiment , elle en alla
faire fa remontrance au Com
mandant , lequel fit venir le
Chevalier de la Fontaine , qui
foutint au contraire que le
GALANT 183
coup eftoit bon , ayant eſté
approuvé , puifqu'on luy avoit
délivré le Prix , & que tous les
Chevaliers avoient continué
de tirer un fecond tour fans
I s'en plaindre , qu'ainfi il n'étoit
plus temps de le contester.
Le Commandant ayant affem ?
blé fon Confeil, decida qué le
coup ne valoit rien , que le
1 Chevalier feroit rétablir les
ailes , & que cependant les
gands luy demeureroient .
1
Is tirerent ainfi trois Diman-
Eches confecutifs , ainfi que le
jour de l'Afcenfion , qui fue
la quatrième journée. Je n'en
184 MERCURE
treray point dans le détail de.
tout ce qui s'y paffa . Je vous
diray feulement
que la pluf
part des Chevaliers
donnoient
prefque à tous coups dans la
Carte. M' de la Fontaine
.
frappa encore deux fois la
verge ; d'un coup il la plia , &
de l'autre il la coupa ner à un
demy pied de l'Oifeau qui
tomba. L'on fit fur l'heure
refouder la verge , & replacer
l'Oiseau , & l'on continua de
tirer. Le Chevalier Tardif, âgé
de plus de foixante ans , qui
eft Capitaine du Chateau , &
qui a fait plufieurs Campagnes
-
GALANT.
185
·
au Service de Sa Majefté , de
trois coups differens abatit le
col , une aile , & la queuë , & il
eut trois paires de Gands . Le
Chevalier de Mony , de deux
autres coups differens abatic
l'autre aile , & un éclat du ventre
, & il eut auff deux paires
de gands . A toutes les journées
qu'on tira, il fe trouva toûjours
une grande foule du monde ,
tant de la Ville que des lieux
voifins , & l'on fir plufieurs partis
de confequence , touchant
celuy qui feroit le Roy de l'Oifeau.
Les uns parioient pour
M' de Mony , d'autres pour
Juin 1700.
186 MERCURE
M Tardiff , & plufieurs pour
M' Blonder Lefnel , bon Bour.
geois , qui a les cheveux tout
blancs. Le Chevalier des
Fourneaux , Fils d'un Brigadier
des Gendarmes Ecoffois
qui fut tué au Service du Roy ,
penfa jetter l'Oiseau par terre.
Mr Garnier Avocat , qui tire
de fort bonne grace , en ap.
procha deux fois de bien prés-
Enfin il fut abattu le jour de
l'Afcenfion , du quinziéme
coup du fecond tour , par Mr
Roulx des Ranains , qui eft
un homme adroit & bien entendu
en toutes choſes. On
GALANT. 187
peut dire même qu'il n'igno
roit rien , s'eftant rendu habile
dans le ſervice du Roy . II
eftoit Officier d'Artillerie dans
la derniere Campagne de M²
de Turenne en Allemagne:
Enfuite il alla fervir fur mer
où il a fait plufieurs Campagnes
, Officier fur le Vaiffeau
du Roy le Bon , monté par M'
de Gabarer , premier Chef
d'Eſcadre de M le Comte
d'Eftrées aux Indes Occiden .
tales ; Officier fur le Vaiffeau
du Roy le Hazardeux , monte
encore pat M' de Gabarer en
1680. dans les mêmes Indes
Qij
188 MERCURE
Officier Major dans le Faucon,
monté par le même Chef en
1682. dans les Illes de l'Amerique
; Officiet major dans l'llluftre
monté par le même
Chef dans la Flote de M' de
Preuilly , Vice-Amiral fur la
Mer Baltique ; dans le Marin :
monté par M Chabert en
courfe aux coftes d'Angle .
terre ; fur l'Excellent , monté
par M' de la Mothe Geneville
, fur les coftes d'Afrique
& dans l'Arc- en - ciel , monté
parM de Colbert Saint Marc,
pour paffer M' le Maréchal de
Schomberg en Portugal , &
21
GALANT. 189
= de là au détroit dans la Flore
de M le Maréchal d'Eftrées ,
ce qui l'a rendu un excellent
homme de Marine . Son coup
fendit Oileau en deux , & la
balle s'applatic contre le bout
de la verge . Il fut donc
proclamé
Roy de l'Oileau , & tous
les Chevaliers en cette qualité
luy rendirent tous les honneurs
qui estoient dûs à fon
rang. Il fut mené en triomphe
par toutes les ruës de la Ville ,
à la tefte de la Compagnie en
belle Ordonnance , jufque
dans fa maifon . Le foir de ce
même jour , tous les Cheva
190 MERCURE
liers , au fon des Violons , des
Tambours, & des Fifres , plantérent
un May à la porte , au
deffus de laquelle ils attachérent
des feftons avec des écuffons
de France , & des Vive le
Roy. Tous les Prix luy furenc
donnez avec le furplus de l'ar
gent refté dans les mains du
Treforier , qui luy rendit compce
de toute la dépenſe que
Fon avoit faite. Le Mardy ,
premier jour de Juin qui eftoit
la derniere fefte de la Pente
cofte , le Roy de l'Oiseau re
gaa magnifiq uement toute la
Compagnie & les Amis , penGALANT.
19
dant toute la journée ; le foir ,
il donna le Bal aux Dames ,
ayant fait venir les meilleurs
Violons du Pays. Ce jour fut
la fin de ce divertiffement public
, entrepris en réjoüiffance
du long & glorieux regne
du Roy. On recommencera
l'année prochaine de la même
forte , & comme ce fera tou.
jours avec même zele , on eft
fort perfuadé que la fefte fera
digne d'eſtre vûë.
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftinguées , qui
font mortes fur la fin du mois
12 e
MERCURE
8
paffé , & au commencement
de celuy cy.
.
"
Meffire Jean- Baptiste Bou
eher , Confeiller du Roy en
tous les Confeils , Prefident au
Mortier au Parlement de Metz,
& auparavant Conſeiller au
Chaftelet, I laiffe deux Garçons
& une Fille.
Meffire Henry- Louis , marquis
de Sainte Hermine , Seigneur
de la Laigne & du Rofeau
, Capitaine commandant
les Vaiffeaux du Roy. Il eft
mort à cinquante deux ans .
Meffire Eftienne Charlet ,
Seigneur d'Efbly , des Garennes,
GALANT .t
193
nes , Tourvoy & autres lieux ,
Mailtre d'Hoftel ordinaire du
Roy. left mort fans Enfans , &
laiffe fa Veuve N. Ribier , de la
Famille de laquelle eftoit le fameux
Guillaume Ribier, Confeiller
d'Etat, qui mourut à qua.
tre vingt- cinq ans en 1663. &
quis eftoit fait diftinguer dans
l'Affemblée des Etats , tenue à
Faris en 1614. Il eftoit Fils de
defunt Etienne Charlet
Doyen des Requeftes du Pa
lais , & de N. Bernage.
Mr Gineft , Maistre des
Comptes de Montpellier. Il
eftoit Pere de M. Gineft ,
Juin 1700 ,
R
94 MERCURE
Conſeiller au Chaſtelet , & de
Mel'Abbé Gineſt.
Meffire François le Vaffeur,
Chanoine Regulier de Saint
Jean de Soiffons , Prieur Curé
d'Auchy le Chateau , & l'un
de M's de l'Academie Roya
le de Soiffons . C'eftoit un
des beaux efprits de la Provin
ce , qui fe faifoit aimer de tout
le monde par les manieres
agréables & engageantes , &
qui rempliffoit merveilleufement
bien fes devoirs de Pafteur.
Dame Marguerite Vitart
de Paffy , épouse de Meffice
GALANT.
195
Louis de Bengy , Confeiller
du Roy , Correcteur en fa
Chambre des Comptes.
J'ajoûte une mort dont les
particularitez font fort ſurprenantes
, c'eft celle d'une Demoifelle
de l'Ile d'Oleron ,
appellée Marie Marguerite le
Berton de Bonnamie , âgée de
quarante fept à quarante huit
ans. Elle avoit toûjours vécu
dans une tres grande devo
tion , fans vouloir entendre
parler de mariage. Le Samedy
elle veilla à fon ordinaire avec
toute la famille jufqu'à dixheures
du foir , qu'elle fe re
Rij
196 MERCURE
tira fur les dix heures . Lelendemain
matin ayant eu une
revelation qu'elle devoit mou
rir dans quelques momens ,
elle en avertit Madame la
mere avec qui elle couchoit ,
& la pria d'envoyer chercher
un Confeffeur , ce qu'elle obtint
aprés avoir fait beaucoup
d'Inftances. Un Recollet vint,
& la confeffa. On envoya
chercher auffi un Chirurgien,
& tous deux luy demanderent
plufieurs fois quel étoit fon
mal. Elle proteſta toûjours
qu'elle n'en fentoit aucun ,
& cependant elle voulut reGALANT.
197
cevoir le Saint Viatique, quoi
1 qu'on s'yoppofaft , parce qu'el
de avoit le pouls auffi reglé que
l'ont ceux qui font dans une
fanté parfaite. Elle le reçût ,
ainfi que l'Extreme- Onction ,
avec des marques d'une joye
fenfible , & mourut un quart
d'heure aprés avec la tranquillité
d'une perfonne qui s'endort.
Si ces circonstances vous
furprennent , vous ne ferez pas
moins éronnée de ce qui fuit.
On l'enterra dans une Chapelle
de fa famille , dédiée à
fainte Anne , dans l'Eglife Patoifale
de faint Pierre , & en
Liij
198 MERCURE
y
creufant fa foffe , on trouva
le corps d'une Demoiselle
entier & tel qu'il eftoit lors
qu'on l'y mit , avec des cheveux
blonds auffi beaux qu'el.
le les avoit eus pendant la vie,
quoi qu'il y ait plus de foixan .
te ans qu'elle foit morte . On
remit ce corps dans la terre ,
mais ceux qui étoient prefens
luy ofterent des braffelets &
des reliquaires qu'elle avoit
aux bras. Les braffelets qui
font d'une paſte qu'on appel.
le de baume en ce pays - là ,
fentent encore auffi bon que
s'ils venoient d'eftre faits.
GALANT. 199
Melire Jean Guinet , Sei-
Igneur d'Arthel , Othiou , Sof
fin & autres lieux , Maiftre ordinaire
en la Chambre des
Comptes de Paris , & Doyen
du Semestre de Janvier. Il
avoit foixante - treize ans . Meffire
Jean Guynet , Seigneur
d'Arthel , fon Fils , Maiftre des
Requeftes, & auparavant Con.
feiller au Parlement , a épousé
Dame Anne du Bois de Guedreville
Fille de Sebaſtien du
Bois de Guedreville , Maiftre
des Requeſtes , & Prefident au
grand Confeil , & il en a un Fils
Abbé , & une Fille mariée à
R iiij
200 MERCURE
M' du Four de Nogent , Secretaire
des Commandemens
de S. A. R. Madame.
Dame Françoiſe de Villers ,
Veuve de Meffire François de
Bourgongne , Seigneur de
Mautour , Capitaine au Regi
ment de la Reine Mere , morte
en la Terre de Mautour en
Brie , à l'âge de foixante- dixhuit
ans . Elle eftoit Fille de
Meffire Gabriel de Villers ,
Seigneur de Loüan & Auflon ,
Capitaine au Regiment de
Rambures , & Gouverneur
des Ville & Chafteau de Meun
fur Yevre , & de Dame Edmée
152
GALANT. 201
le Roy. Je vous ay parlé de
l'ancienne Maifon de Villers ,
dans ma Lettre du mois de
Mars dernier , au ſujet de la
mort de Dame Elifabeth de
1 Villers d'Aurolles fa Soeur.
Quant au fieur François de
Bourgongne , dont elle eſtoit
Veuve , il eftoit Fils de Dieudonne
de Bourgongne , Seigneur
de Mautour , qui fut
Maréchal des Logis des Gardes
du Roy Henry IV. &
Exempt des Gardes de Louis
XIII. & il eut pour Frere
Meffire Louis de Bourgongne,
Colonel du Regiment d'In
4
02 MERCURE
fanterie du Prince de Conty,
Maréchal de Camp , & nommé
au Gouvernement
de
Dampvilliers un peu avant ſa
mort , à l'âge de trente- fix ans.
Cette Famille eft originaire de
Lorraine , defcenduë de Jean
de Bourgongne , Seigneur de
Parey S. Oüain en partie , qui
fut ennob y en l'an 1464 pour
recompenfe de fes fervices militaires
, par René d'Anjou ,
Roy de Jerufalem , & de Sicile,
Duc de Lorraine & de Bar.
Madame de Mautour , qui
vient de mourir , a laiffé deux
Filles , dont l'une a épousé M
GALANT. 203
Moreau de Mautour , Auditeur
de la Chambre des Comptes
, connu par les Poëlies
Galantes
, & par fes Traductions.
Le Pape ayant donné de fon
propre mouvement au Pere du
Buc , Religieux Theatin Fran
çois , la Chaire des Controver
les dans le fameux College de
Propaganda Fide de Rome , il
en prit poffeffion le Lundy de
Quafimodo 19. du mois d'Avril
dernier , par un Diſcours
latin remply d'Eloquence
&
d'erudition , qu'il fit en preſen
204 MERCURE
ce de plufieurs Cardinaux ,
Evêques , & autres Prelats , &
beaucoup de Seigneurs & de
Perfonnes de qualité. Sa S.
a témoigné par cette nomination
une grande diftinction
pour ce Pere , ayant reconnu
en luy un grand zele pour la
Foy, & un talent extraordinaire
pour la converfion des He.
retiques , dont il en a fait revenir
un grand nombre des
plus fçavans d'entre eux , &
des plus enracinez dans leurs
erreurs ; auffi eft il le premier
de la Nation Françoife qui air
Occupé cette Chaire . Le Pape
GALANT. 205
a engagé celuy qui la tenot
depuis quarante ans à s'en démettre
& luy a donné une
penfion confiderable pour le
recompenſer , afin d'y mertre
le Pere du Buc , qui a déjà ren.
du de fi grands fervices à la
Religion , & particulièrement
en Italie . Il a commencé à faire
fes leçons de Controverses ,
& a deja beaucoup d'Ecoliers
d'Allemagne , de Hollande ,
& de diverles Nations d'Orient.
La fituation où se trouvent
les affaires de Riga , Capitale
de la Province de Livonie ,
206 MERCURE
devant faire fouhaiter d'en
voir le Plan , je vous avertis
qu'il y en a un fort exact qu'on
debite fur le Quay des Morfondus
, à l'Enfeigne de l'Etoile.
Ce Plan eft accompagné
d'un Difcours , qui non feu .
lement fait connoiftre tout
ce qui regarde les fortifica .
tions de cette Place , mais.qui
en explique toute l'hiftoire,
& les Sieges qu'elle a ſoutenus
.
Le Sieur Rouffel demeu.
rant rue Saint Jacques , au
Lion d'argent, a grayé le premier
Livre d'Airs ferieux , & à
GALANT.
207
#boire , compofez par M' des
Fontaines , & dédiez à Mon.
feigneur le Duc de Chartres.
- Il
continuera tous les trois
mois à donner un Livre du
même Auteur . La
réputation
de M ' des Fontaines a donné
depuis longtemps au Public
la curiofité de voir fes Ouvrages
gravez. Ce témoignage
univerfel de fa
capacité ne
permet pas de douter que fes
Airs ne foient bien receus On
continue à vendre chez le S
Rouffel des Airs
fpirituels ;
les Ouvrages de M³ Philidor
l'ainé , & ceux de M ' Mar.
208 MERCURE
chand Organiſte , & ordinaire
de la Mufique du Roy.
Le Marquis
témoigné ces jours paffez à
Monſeigneur le Duc de Bour
****
ayant
gogne , qu'un Barbe de fon
Ecurie , appellé le Superlicocantieux
, luy plaifoit d'autant
plus , qu'il feroit fort convenu
à la marquife
fon Epoule, pour
la porter à la promenade
en
fa Province . Ce Prince luy demanda
ce qu'il aimoit mieux ,
ou de ce cheval , ou d'une
Penfion qu'il follicitoit depuis
longtemps
auprés de luy. Ce
Marquis ayant répondu mo
GALANT. 209
deftement , qu'il ne vouloir
que ce qu'il luy plairoit , Monfeigneur
le Duc de Bourgo.
gne luy fit à l'inftant don du
Superlicocantieux .Le repentir
qu'il a depuis fait paroiftre
de n'avoir pas choifi la Penfion
, préferablement au che
val , a donné occafion à la
Requefte que je vous envoye.
Elle eft de M' de B ……….. atta
3 che à la Cour par une Charge
qui l'y retient toute l'année ,
& qui ne fait pas de Vers auffi
ſouvent que les perſonnes de
bon gouft fouhaiteroient
Juin 1700.
$
210 MERCURE
REQUESTE
DU
SUPER LICOCANTIEUX
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
LE
Superlicocantieux
Qui paffe pour Cheval , & n'eft rien
moins que Befte ,
Afon Prince , cheri des Cieux ,
Unjour, rongeant fon frein , hannit
cette Requefte.
GALANT 201
Petit-Fils du plusgrand des Rois ,
Aquel indigne employ m'avez- vous
fait defcendre ,
Moy) , qui vous fus cher autrefois,
Autant que Bucephale à fon Maistre
Alexandre.
$
Qu'ay-je fait pour eftre exilé ?
Ay-je bronché fous vous , à la Chaffe ,
en Revue ?
Suis-je cornu , fuis-je enfellé ?
Ayje quelque défautqui choque votre
vië ?
23
Celle à qui vous me deſtinez,
Eft , à ce qu'on publie , une Beauté
charmante ;
Mais lorfque vous m'abandon
nez,
Puis -je me confoler, fuft- elle Bradamante
?
Sij
212 MERCURE
F'enfremis ,j'en tremble d'effroy.
Moy, porter une Femme ! Ah! Prince
, quelle injure !
Suis-je devenu Palefroy,
Ou d'une baquenée ay-je enfin l'encolure
?
C
S
Paffe encorfi l'on me prifoit
Tout autant quejevaux ; mais fçachez,
je vous prie ,
Ce que voftre Marquis difoit ,
En me voyant manger l'avoine à l'écurie.
Parquelle vaine ambition ,
Un grand Prince à mon choix met→
tant ma récompenſe , ·
Sur une bonne penfion ,
Cheval , t'ay-je donné la folle preferance
?
S
GALANT.
213
a
Dans quatre ans , plus toft ou plus.
tard ,
On verra défaillir tes forces épuifees
;
t
Frontin , Bridedor , & Bayard
Sont aller paiftre l'herbe aux Plai
nes Elifees.
S
Avec plus de fidelité
~Ma cbere penfion m'euft fervi , ce me
femble ;
Elle ne m'auroit point quitté ,
Et le Brevet & may nous ferions:
morts enfemble.
2
Par de paisibles animaux .
-Le Sexe en nos Cantons eft trainé
dans des chaifes :
A monterfur leursgrands chevaux
Trayje donc apprendre aux Beautez
Nivernaifes ?
214 MERCURE
Ma Femme , à ne la pointflatter,
Sur ce hardi fauteur perdroit bientoft
la felle و,
Et fije l'y laiffois monter ,
On croiroit que je cherche à me défaire
d'elle
D'unpareil difcours irrité,
Je refufay lavoine & mon oeilparat
morne
Le Marquis me crut dégouté ,
Et mefis fur le champ donner deux
coups de corne.
25
Prince , rempliffez les fouhaits,
Et vous m'affranchirez d'un rigou
reux fupplices
Accordez luy d'autres bienfaits ,
Et me laissez l'honneur d'eftre à votre
ſervice.
GALANT 215
S
Ne me livrez pas en fes mains
A vous feul appartient un Barbe de
ma taille
Ainfi puifiez- vous fur mes reins
Pour la premierefois gagner une Ba÷taille...
On m'a fait part d'une Relation
qui marque ce qui s'eft
paffé à Spahan , Ville Capita
le de Perfe , pendant le fejour
de M ' l'Archevêque d'Ancire,
Vicaire Apoftolique , Am.
baffadeur de Sa Sainteté , de
Sa Majesté Imperiale
Grand Duc de Tofcane , &
autres Rois . Je vous en envoye
une copie.
du
216 MERCURE
De Spahan , 12. Octobre 1699.
Dans le temps que M. l'Archevêque
d'Ancire vint en Perfe ,
les Miſſionnaires
étoientfort perfecutez
des Armeniens. Ilfemble
que la divine providence ait fufcité
ce fage & Zelé Prélat pour
mettre le calme dans la tempefte
naillante , & pour arreſter lafu
reurde ces Schifmatiques
mutinez
contre l'Eglife
les Difciples
de Jefus Chrift . Ce digne Arche
vêque estant perfuadé que le Saw
veur de nos ames ne demande autre
Science de fes Apoftres que la
donceur
GALANT.
217.
l'humilité de coeur , a douceur
tellement apprivoisé ces efpritsfa .
rouches par fes careffes , que ceux
1 que nous ne pouvions aborder ,
qui nous fuïoient comme aulant
deféducteurs , & qui avoient nô.
tre nomen abomination , commen.
cent à nous approcher & à nous
faire accueil. M. d'Ancire a ob
tenu des Ordres du Roi de Perfe ,
dans lefquels il eft marqué que les
Armeniens
communiquent avec
nous en matiere de Sacremens de
autres Sepulture , de Prieres
Ceremonies Ecclefiaftiques ; enfin
qu'ils font foumis au Souverain
Pontife.
Juin
1700.
T
218 MERCURE
•
la
Le Chefdes Armeniens , qu'on
appelle Calantar en langue du
Pays , vint rendre visite à Son
Excellence avec d autres Mef.
fieurs de la même Nation , On
fit arborer l'étendard de fa Saintesé
& celuy de fa Majesté Im.
periale , la Croix d'un cofté &
Croffe de l'autre. Son Excellen.
ce prit d'abord la Croix , & dit ;
que l'adorable original de cette co .
piefoir mon juge & ma condam
nation , fi je fuis venu ici pour
vous tromper & vous féduire ,
fi je cherche autre chose que vôtre
falus & la plus grande glove de
Dieu. Les Armeniens répondi
GALANT. 219
rent; que demandez vous de nous?
Nous fommes prêts à vous obeïr
comme à noftre Pere , Son Excel-
·lence leur dit , je ne demande de
l'union qui s'eft faite de- -vous que
puis
plus
de deux
cens ans dans
le Concile
de Florence
, entre
vôtre
Nation
, les Grecs
& l'Eglife
Catholique
. Ils repliquerent
, s'il
y a deux
cens ans que nous fommes
feparez
de l'Eglife
, ilfaut
bien tout au moins deux cens heures
pour penſer à s'y reünir. Ils
promirent cependant qu'ilsferoient
certe union , &qu'ils en écriroient
àfa Sainteté & à Sa Majefté
Imperiale.
Tij
220 MERCURE
auffi
Deux ou trois jours après les
Evefques & les Religieux vin.
rent voirfon Excellence ; elle leur
fit encore plus d'accueil qu'elle
n'avoit fait auxfeculiers , on n'au
roit pas reçû leur propre Patriarche
avecplus de pompe & de magnificence.
Ils donnerent d'au
belles paroles , pour le moins , que
les laïques , faffe le Ciel que ce
ne foient pas des paroles feulement
, s'ilfaut jugerfelon les apparences,
ilfemble que tout eftfair:
mais des gens accoutumez à la
fourberie à la duplicité des &
Orientaux , ne doivent pas s'en
tenir là , ni fe laiffer éblouir par
GALANT. 221
*o
le chant de la Syréne .
Environ buit jours aprés M.
dAncire alla voir les Armeniens
à Zulpha, Fauxbourg
de Spahan,
tes étendards
déployez les trom
pettes fonnantes
, la Croix & la
Croffe devant lui. Quand nous
5 fumes hors la ville , nous rencon
trames des Cavaliers qui venoient
au devant de fon Excellence
. Si-
1oft que nous firmes prés de Zulpha
, nous apperçûmes
un grand
concours de peuple hors du Fauxbourg
& une grande multitudefur
les toits ; le nombre desgens
étoit fi grand , qu'on ne pouvoir
marcher dans les ruësfans ſe pref-
Tu
232 MERCURE
fer les uns les autres. Quand nous
cúmes paffé la grande Place , appellée
Méidam en langue vulgai
re , nous rencontrames tous les
Prêtres Armeniens , de chaque
Parroiffe , en habits Sacerdoraux ;
L'encenfoir à la main , accompa .
gnez de treize bannieres , avec un
grand nombre de cierges d'une
grandeur & d'une groffeur monf
treufe ; tous ces Preftres encenfe
rent M. d Ancire , chantant des
Hymnesjufqu'à l'Eglife du grand
Convent. L'Archevêque vint
en habits Pontificaux recevoirfon
Excellence à la porte du Convent,
la conduifit dans l'Eglife juf
GALANT.223
3
• ques fur le marchepié de l'Autel
-il luy dit , Monfeigneur
, preniz
poff-fion de l'Eglife e du Con .
vent , vous en ferez deformais le
maiftic abfolu. Il fit affeoir Son
Excellence fur fon propre faurežile
ordonna à tout lepeuple
de lui venir baifer la main . Pen-
M. d'Ancire fut dans
3
A dant
que
3 Eglife on fit fonner toutes les
cloches , aprés cela on lui fit
voir tout le Convent . On le con
duifit dans une chambre , & on.
lui fit des prefens . Cela étant
fait , on alla diner Les Religieux
& les Evêques de ce Convent ;
regalerentfon Excellence magni-
Tii
224 MERCURE
fiquement , & chanterent des
Hymnes pendant le repas Enfin
its luy firent tant d'accueil &
tant d'honnefteté , que le peuple
l'union et déja faite :
croit
que
mais il n'y aura rien de fait que
les Prêtres ne foient convertis
les premiers : fi ce grand Convens
fe convertiffoit , on viendroitfa
cilement à bout de tous le refte ;
car ilfait quand il veut un Patriarche
à fa mode , & il parle
actuellement de dépofer. celuy d'au
jourd hui .
a
M. d'Ancire afaitparfa dou
ceur ce qu'aucun autre Ambaſſadeur
n'auroit fait par la force des
GALANT.
225
armes . Son Excellence va en Ambaffade
au Grand Mogol , pour
faire fa Miffion dans ce pays là.
Plaife à Dieu qu'elle apprivoise
les Idolatres & les Infideles dans
・ce vafte Royaume , comme elle a
fait les Schifmatiques dans ce-
• Luicy.
Mademoiſelle Lheritier
favorite desMufes quieft toû
jours inftruite des premieres
de tout ce qui le pafle au Parnaffe
, m'a donné moyen de
vous faire voir les deux pieces
qui ont remporté cette
année le Prix aux Jeux Flo
226 MERCURE
raux de Touloufe . Ces deux
pieces qu'elle a pris le foin
de m'envoyer étoient accom
pagnées d'une lettre qu'elle
a adreffée à une de fes Amies,
& dans laquelle eft un tres
bel Eloge de Madame le
Malenfant, Prefidente Douai
riere de Pamiers , dont l'Elegie
vient de remporter le prix.
On y voit auffi celui de Ma
dame de Caulet de Beau :
mont, de la Mailon des Com
tes de Chateauneuf de Tour.
nel , fameufe dans le Langue ."
doc , & des plus diftinguées
parmi les Barons de Tour
}
GALANT. 227
qui Prefident aux Eftars du
Givaudan . On les a nom-
-mez Barons de Tour , parce
qu'il y en a huic qui Prefi
dent chacun à fon Tour.C'eft
fur la mort de Madame de
Caulet qu'a efté faite l'Elegie
victorieufe que vous allez
lire.
ELE GIE
Quizad
LT
le
a remporté le Prix par
Jugement de l'Academie
des Jeux Floraux 1700 .
Sous des arbres épais qu'un deftin
favorable
228 MERCURE
Pritfoin de garantirduferimpitoyable
,
Nonchalamment alife Orante gemifloit
Sur les cruels malheurs qu'elle fe retraçoit.
Tantoft pardes foupirs & des torrens
de larmes ,
Enfant impetueux defes vives allarmes
,
Tantoft par des difcours confus &
languiffans
Elle exprimoit l'excés de fes ennuis
preffans,
Sans relache livrée au transport qui
l'entraine
Elle ne fonge plus qu'à la perte d'Ifmene
Sans ceffe rappellant ce trifte fouvenir
Orante aime toujours à s'en entretenir.
GALANT.
229
S
Monftre denaturé, dit- elle , Mort
terrible ,
Sourde aux cris des humains , à leurs
voeuxinfenfible
Et quipour le débris de ce vafte Univers
Voles en même temps en cent climats
divers ,
De quels aveugles traits ta ragefut
Suivie
Quand tu tranchas le cours d'une fi
belle vie !
Mais en nous feparant ta jalouſe
fureur
Ne fçauroit la bannir un moment de
mon coeur.
On me verra toûjours attentive à fa
gloire ,
Etde noftre amitié confervant la memoire
230 MERCURE
Au fort de mes ennuis faire connoitre
à tous
Cette belle union qui regnoit entre
nous ?
Ouy , mon coeur enchanté par le beau
caractère .
Par les attraitspiquans, par la vertu
fincere
Qui fur l'aimable Ifmene attiroient
*tous les yeux
Eutpour elle des foins tendres , officieux.
Parun heureux retour qui combla mon
attente
Ifmenefeconda mon amitiénaiſſante .
Rien ne pouvoit troubler mes mutuels
accords
De nos coeurs attachez par les nauds
les plus forts ;
Helas ! c'eftoit pour nous une loy neceffaire
GALANT .
231
D'employer tous nos foins à nous voir,
à nous plaire ,
Famais dans cette étroite & tendre
liaifon
-Le dégouft ne verfa fon dangereux
poifon.
Unjour , ( à mon efprit cejour revientfans
ceffe)
Dans ces doux mouvemens qu'infpire
la tendreffe
Et qu'excite le gout d'un plaifir innocent
,
-Chere Orante , dit-elle alors en mem
braffant ,
Meprifons enfaveurde l'amitiécharmante
[ lente.
L'Amour, écueilfatal , paffion vio-
-L'une eft une vertu chez les fages
Mortels ;
-L'autrefouvent au crime éleve des
Autels.
222 MERCURE
Libres dujougfuperbe où ce Tiran attache
A l'abri des poifons qu'il déguife ou
qu'ilcache ,
Livrons-nousfans referve aux tranf
ports raviffans
Qu'à longs traits l'amitié répandra
dans nos fens.
Ifmene , c'eft ainfi que vous m'avez
aimée ;
Acepenchantfi doux mon ame accoutumée
En goûtoit pleinement les folides ap-
[ pas !
pas.
Que de biens m'a ravi ce funefte tré-
Helas ! je le prévis , & l'abfence
cruelle
M'annonça tout le poids de ma douleur
mortelle ,
Un noir preffentiment en fecret m'avertit
GALANT. 233
De mon fort malheureux , lors qu'If
menepartit.
Je fens à tout moment que mox
chagrin redouble ;
Ce matin le fommeil a feul calmé
mon trouble
Je croyois voir d'Ifmene en un fonge
enchanteur
Le port majestueux , l'engageante
douceur.
L'imagination à ce charme attentive,
Rameine à mon eſprit la peinture nai--
ve
De ce brillantamas d'eftimables trefors
Dont le ciel enrichit & fon ame &
fon corps.
Par l'eclat du Soleil cette legere image
Agreable à mesfens paffe commu un
nuage.
Juin 1700..
234 MERCURE
Par le reveil rendue à mes gemiffemens
,
Qu'eftes - vous devenus trop precieux
momens ,
M'écriay-je , où s'enfuit l'Ombre de
mon amie ?
Que ne fuis-je aujou d'huy pour toujours
endormie ,
Sommeil delicieux ,favorable repos
Quels plaifirs m'ont donné vos tranquiles
pavots ?
Orante àces difcours meflez de tendres
plaintes
D'un nouveau defefpoir eprouve les
atteintes:
Ses douloureux accensfont retentir les
bois ?
Les Echos d'alentour repondent àfa
voix ,
Les oifeaux attendris font an trife
ramage,
GALANT. 275
Zephire ne vientplus careffer lefeuillage,
Tout languit en ces lieux , toutyfem
bleperir,
Efmene ne vit plus , Orante veutmou
L
rir:
•
La lettre de Mademoiſelle
Eheritier , dont je vous ai
déja parlé , contient tour ce
qui regarde le merite de Madame
de Cauler de Beaumont
, & fait connoiftre fon
mariage , fa Maifon , fes enfans
, & la parfaite union qui
étoit entr'elle & M de Cau
let fon mari . Elle eft tres -
bien écrite & feroit admirable
Vij
236 MERCURE
dans un recueil d'ouvrages
d'efprit , où l'on ne le prépa
re à lire que ce que l'Auteur
y veut employer ; mais les
portraits des particuliers
quand ils font fort longs , nė
conviennent point aux lettres,
que je vous adreffe , où le
public cherche des nouvelles .
Je ne puis cependant me dif
penſer de vous faire part d'un
Madrigal que Mademoiſelle
Lheritier a envoyé à la fpirituelle
Dame qui a remporté
le prix de l'Elegie.
GALANT.
237:
A MADAME
DE
MALENFANT.
I Ors.que vous remportezune illuſtre
L
victoire
· Sur tant de celebres rivaux ,
Orante , vos doctes travaux .
Vous donnent une double gloire.
Vous avezfi bienpeint la fidele amitié
Que vous reffentiez pour Ifmene
Que cette image émeut d'une noble
pitié.
23. Koftre Mufe attendrit , elle plaiſt „
elle entraine ;
On admire vos Vers , on plaint voftre
douleur;
Enfin voftre ouvrage vainqueur-
Ou brille une grace infinie
238 MERCURE
Fait triompher voftre bon coeur
Autant que votre beau genie:
Voici une Epitaphe que la
même Mademoiſelle Lheritier
a faite à la priere de M.
Caulet , pour la faire graver
fur le Tombeau de Madame
de Caulet fon Epouſe.
Toy , qui fur ce Tombeau viens
fixer tes regards ,
Apprens qu'un tendre époux , pour)
une époufe illuftre ,
En qui mille vertus brilloient de tout`
leurluftre,
Fit ici travailler la Trouppe des
beaux Arts.
Avec cent agrémens fincere , genereuſe
GALANT. 239
Ferme dansfes devoirs , bonne, douce,
pieufe ,
Notre fiecle admira la modefte
Tournel.
Auli pour les vertus dont elle estoit
ornée:
Son Epoux enflame d'un amour é--
ternel ,
L'aima quinze moiffons avantfon
Hyménée
Et dix huit depuis la journée
Qui l'unit avec luy dis ce noeud fo-
Lemnel
Cet époux qui brûla d'une flame fi
belle
Fut Caulet de Beaumont ; fon feu
pur & fidelle moyen alkates
Sera d'un noble exemple à la pofteri-
Du trépas de Tournelfon ame defolée
Arrofe de fes pleurs ce Trifte Mau
folée,
240 MERCURE
Fufqu'à ce que du Ciel la fupreme
bonte
Daigne finir le cours de fa doultur
amere J
En luyfaifant revoir une Epoufe fi
chere
Dans le fein de l'éternité.
L'Ode qui a remporté le
prix cette année aux même
Jeux Floraux de Touloufe ,
eft de M l'Abbé Modoix ,
dont la rare pieté & le merite
ne font pas moins eſtimez
que le fçavoir. En voici une
copie.
Non,
GALANT.
24
LE DELUGE.
Non, ce n'estpoint vous que j'im
plore ,
Fabuleufes Divinitez,
Et le beau feu qui me devore
N'emprunte rien de vos clartez.
Un plus noble defir me preſſe.
En vain le profane Permeffe
Tient pour moyfes canaux ouverts
L'Efprit faint eft mon feul refuge,
Pour chanter le fameux Deluge
Qui fubmergea tout l'Vnivers.
S
2
Ileft temps , à Dieu des vengeances,
De punir ces baches humains
Dont les perfides infolences
Ont mis lafoudre dans tes mains.
Leurs iniquitez entaffées ,
Juin 1700. X
242 MERCUR E
Etjufques au comble pouffées ,,
Ont aigri ton amourjaloux.
C'est trop épargner ces rebelles ;
Efteins leurs flammes criminelles
Dans les torrens de ton couroux .
Deja de leurGrotte profonde.
Les vents fortent avec fureur ,
Et répandent par tout le monde
L'effroy , le defordre & l'horreur.
Les orages & les tempeftes
Font trembler ces coupables teftes
Que lire celefte pourfuit :
L'air eft plein de nuages fombres ,
Et l'affreux amas de fes ombres
Annonce l'éternelle nuit.
Que d'éclairs ! quel bruit de tonnerre!
Le Ciel vangeur de tant de maux
S'ouvre pour inonder la terre
GALANT
143
Il tombe fur elle àgrands flots:
Ruiffeaux , Etangs , Fleuves , Rivieres
,
Rompant leurs plus fortes barrieres ,
En tous lieuxfont retentir l'air ;
Ils vont d'une courfe rapide
Se rendre à la plaine liquide
Pour ne faire tous qu'une Mer
S
Groffi par un tribut immenfe ,
Cet élement impetueux
S'enfle avecplus de vigilence ,
Et montre un tombeau plus affreux.
Il ne connoitpoint les limites
Qu'une loyfupreme a prefcrites
A fes indomptables efforts ;
Malgré cetordre inviolable ,
La Mer brife cefrein de fable ,
Qui la tient captive enfes bords.
S
La mort dans ces flotans abmes
X ij
244 MERCURE
Se promene de toutes parts ,
Et de fes nombreufes victimes
Eleve des monceaux épars.
L'adreffe des bras la plusforte
Cede à la vague qui l'emporte ;
Chaque flot devient un écüeil.
L'artdes hommes eft inutile
Et pour eux le plus feur azile
Eft bien- tot unfatal cercueil.
$
ر
Les plus hauts arbres des campagnes
,
Le faifte des fuperbes tours ,
L'orgueilleuxfommet des montagnes ,
Ne prefentent qu'un vainfecours.
Sur ces retraites orageufes ,
La Peurfous des formes hideufes ,
Exerce unfunefte pouvoir.
C'eft-là que le plus fier courage
Fremit à l'afpelt du naufrage
Et s'abandonne au defefpoir.
GALANT. 24)
Par tout regne un cahos étrange :
Que de cris ! que de burlemens !
Quel épouvantable mélange
D'hommes , de monftres , d'élemens !
Les eaux à lafinparvenuës
Au deffus des croupes chenues
N'ont pour rivage que les Cieux ;
Rien n'échape à ce trouble extreme
Toutperit , & les oifeaux mefme ,
Malgré leur vol audacieux.
S
>
• O chef d'oeuvre de cent années
Et d'un Artifan fi vantė
Toy qui des ondes mutinées
Braves lorgueilleuse fierté.
Bois falutaire , Arche flotante ;
De l'Eglife image éclatante ,
Et de la Foy le digne prix ;
Tu doisfeule eftre garantie ,
Et de la nature engloutie
x ij
246 MERCURE
Reparer les triftes débris.
S
Rens graces aufouverain Maitre ,
Redouble tes voeux enflamez ,
Noé , les beaux jours vont paroître,
L'orage & lesflots font calmez.
Voy Pinnocente Meffagere
Raporter d'une aile legere
L'heureux fimbole de la Paix
Voy cet Arc que la nuë étale
Plus brillant que Por & Popale
Nous la confirmerpour jamais.
• L'ouverture de l'Affemblée
du Clergé qui ſe tient à Saint
Germain en Laye , fe fit le on .
ziéme de ce mois. Les Prelats
& les autres Députez qui la
compofent s'eftant rendus à
GALANT: 247
Verſailles dans un apartement
du Chateau qui leur avoit eſté
preparé, M ' le Comte de Pont
chartrain , Secretaire d'Etat ,
vint les y prendre , & M le
Marquis de Blainville , Grand
Maiftre des Ceremonies , &
M' des Granges , mailtre des
Ceremonies , les conduifireht
à l'audience du Roy . Les Gardes
du Corps eftoient en haye
dans leur Salle , & les deuxbattans
des portes
furent ou
verts. M' l'Archevêque
Duc
de Rheims , premier Pair de
France , Prefident de l'Affemblée,
porta la parole , & dit au
'X inj
248 MERCURE
Roy qu'il venoit luy prefenter
les profondsrefpectsde l'Eglife
de France ,& que les facrez Miniltres
qui l'accompagnoient,
étoient les dépofitairesdes fentimens
de leurs Provinces; qu'il
avoit l'honneur de parler au
nom de tous , & qu'animé de
leur même efprit, il ne pouvoit
exprimer la joye qu'ils avoient
d'approcheren Corps du plus
augufte Trône que Dieu ait élevé
fur la Terre. Après avoir
ajoûté qu'il laiffoit à d'autres
le foin difficile de retracer toutés
les merveilles du regne de
Sa Majesté , voicy les termes
GALANT. 249
'dont il fe fervit pour expliquer
leslentimens que leur inipiroit
la Religion , fur ce qui peut
faire la veritable gloire d'un
Prince. Ces Empereurs Chreftiens
dont on admire tant la prof.
perité , difoit Saint Auguftin
nous ne les appellons pas
beureux
pour avoir efté au comble de lafortune
Cen'eft pas pour avoir regné
longtemps avec éclat , pour avoir
pú laiffer à une Maifon floriffante
la fucceffion paifible de leurs conqueftes
& de leurs Couronnes ,pour
Voir mis le bon ordre , la feureté
& l'abondance au dedans de leurs
Etats , ou pour avoir reprimé au
250 MERCURE
dehors des Ennemis dangereux:
Ce n'est pas pour tous ces avantas
ges temporels que des Empereurs
Chreftiens doivent estre estimez
heureux par des Chreftiens . Ce
font là de ces biens fragiles que
Dieu a quelquefois accordez à des
Princes méme Idolâtres . Nous
eftimons les Rois veritablement
grands & heureux , quand ils
regnent avec juſtice nous les
admirons , quand au milieu des
honneurs qu'on leur doit & qu'on
leur rend , ils fefouviennent
qu'ils
font hommes , quand ils craignent
Dieu qu'ils le font craindre ,
lors qu'en un moi ils font pour
GALANT. 251
Dien ce qu'il n'y a que les Rois
qui puiffentfaire. Voilà les biens
folides , voilà cettegloire pure
fublime que Dieu ne donne qu'aux.
Princes qui font felon fan coeur.
Quellefatisfaction pour nous , Sire,
concinua ce Prelat , de reconnoiftre
dans cet admirable Portrait
de la main dugrand Auguftin , les
traits& les caracteres de V. M.
Qu'y a t il en effet de plus confolant
fur la terre, que d'y obéir à un
Roy que la Souveraine Puiffance
n'éleve pas tant au deffus des bommes
, que fa pieté l'abaiſffe devant
Dieu, le fait defcendre dans
tous les befoins defes Sujets. A
296 MERCUR E
A
Dieu neplaife queje tâche de donner
à VM de vaines louanges .
Elle reflemble par tant d'endroits
à l Empereur Theodoſe , que je
crows pouvoir prendre la liberté de
luy dire aprés Saint Ambroise ,
qu'elle aimeroit beaucoup mieux
entrendre de la bouche des Evêques
un avis falutaire , qu'un Eloge
flateur. Auffine feroit il pas à un
Succeffeur du grand Saint Remy,
de flater l'augufte Succeffeur de
Clovis . Non , vous ne souffrirez
jamais , Sire , que ny moy , ny au .
cun autre éblouis des rayons de la
majesté qui vous environne , nous
venions à oublier la fource de la
GALANT. 253
A
lumiere , d'où découle tout don par-
•fait ,felon l'expreffion d'un pôtre.
Que vos autres Sujets , que les
Etrangers mêmes, s'épuifent donc
à vous donner des loüanges , telles
que vous les meritez · & que l'é
loquence les fçait donner aux
Grands hommes du fiecle Quils
vous nomment Louis le Conquerant
, le Belgique , le Batavique,
le Sequanique , le Germanique ;
qu'ils impriment fur l'or , fur le
bronze fur le marbre les celebres
monumens de vostre histoire
& de vostre gloire Pour nous ,
Sire , il nous convient de louer
en Evêques un Roy Grand ,
254 MERCURE
mais Tres Chreftien . Il nous convient
de vous nommer le Paci
fique , le Pere de la Patrie , le
Deftructeur du Schifme & de
'Herefte , le Protecteur de la Religion.
Ce font là les Titres que
les plus Grands des Empereurs
Chreftiens ont aimez Les Anna .
les de l'Eglife , monumens plus
precieux & plus durables que l'or
& le bronze , ces Annales fascrées
remplies de ce que vous avez
fait pour la Religion , vous attend
nt plus que tout le refle des
prodiges de voftre vie , une une glo.
rieuſe immortalité . Les autres
Monumens fe deftruiſent dans le
GALANT. 255
cours des ficcles , rien nefou
tient tant le caractere de l'immorta.
lité que ce quifefait dans l'Eglife ,
pourl Eglife , qui feule a reçu la
promes d'estre éternelle C'est dans
ces facrées Annales qu'on "irra.
Sire fous voftre Regne , la fureur
des Duelsétonfée leBlafpheme confondul
Irreligion profcrite , Herefie
éteinte, la Pieté hono èe la Difcipline
Ecclefiaftique reftablie ...
I Epifcoparfoustenu , le Sacerdoce
Empirefaintement unis , pour
bannir l'erreur , & le defordre ,&
pour maintenir la fustice & la
erite.
M' l'Archevefque
de Reims
256 MERCURE
fit voir enfuite que dans le
temps de la defolation où tout
eftoit confterné , on n'avoit
jamais vû le Roy abbatu ; que
la fermeté avoit fait toûjours
le courage de fes Soldats , &
la confiance de fon Peuple;
que comme il s'eftoit humilié
devant Dieu à l'exemple de
David fous les fleaux de fa Juftice
, Dieu l'avoit fait triompher
des obftacles les plus infurmontables
, de la rigueur
des Saifons les plus fâcheufes ,
& des adverfitez qui devoient
éprouver la conſtance , comme
la profperité a prefque tou
GALANT. 257
jours éprouvé fa moderation .
Il ajouta que loin que l'Eglife
fe plaignift de l'épuisement où
l'avoit reduite la derniere guer
re, les contributions qu'elle avoit
fournies , immenſes , mais
neceffaires dans les preffans
befoins de l'Etat , avoient efté
routes volontaires par la vive
affection de leurs coeurs, & que
files derniers efforts du Clergé
avoient efté au deffus de fon
pouvoir , il eftoit demeuré
; fort au deffous de fon zele, Il
dit encore , que Sa Majesté
avoit fçu concilier le refpect
inviolable qu'on doit au Saint
Juin 1700.
Y
48 MERCURE
Siege , avec les libertez & le
droit des Evefques , & qu'elle
n'avoit ordonné la publication
de la Cenfure de Rome ,
fi confiderable
par l'impor
tance de la matiere , & par la
dignité de l'Auteur , dont les
opinions myftiques avoient
efté fijuftement condamnées,
qu'aprés que cet équitable ju .
gement avoit eſté accepté li
brement & en connoiffan- -
ce de caufe , dans toutes les
Provinces Ecclefiaftiques du
Royaume, affemblées par leurs
Metropolitains , en confequen.
ce des ordres de Sa Majefté
GALANT. 259
Ce Prelat finit par ces paroles.
Vous voulez, Sire , que nous gardions
exactement les regles du Gouvernement
Ecclefiaftique , comme vous.
gardez admirablement celles du
Gouvernement Politique & Chretien.
Par là vous verrez fleurir la Reli--
gion &tous vos Eftats, & nous n'aurons
plus rien à fouhaiter pour noftre
parfait bonheur, que vostre conferva--
tion . Nous allons redoubler nos prierespour
une fantefi pretieufe . Toutes
les Eglifes du Royaumefuivront notre
exemple. Tous les Preftres du-
Seigneur vont demander à Dieu :
avec une ardeur nouvelle , qu'il lui
plaife vous laiffer long- temps à vos
peuples , plus heureux & plus refpe-
Eté que Charlemagne , aufſi aimé
que Saint Louis , & qu'il vous ren-
E
Yeij
260 MERCURE
de de plus en plus le parfait imitateur
de fa piete, comme vous etes la
plus accompli & le plus digne heritier
de fa Couronne.
Le Roy envoya le 14. à Saint
Germain en Laye en la maniere
accoutumée , faire la propofition
ordinaire pour le Don
gratuit. M' de Pomereu , Confeiller
d'Etat ordinaire , porta
a parole , eftant à la tefte des
Commiffaires de Sa Majefté.
Ils furent reçus & reconduits
par les Députez du premier &
du fecond Ordre avec les ceremonies
ordinaires. Le 18, ils
GALANT. 261
y retournérent pour avoir là
réponſe , qui fut que le Clergé
avoit accordé au Roy d'un
confentement unamine un
don gratuit de quatre millions.
Le Roy , contre l'uſage accoûtumé
, par une bonté & par
une
confideration toute par
ticuliere pour le Clergé , avoit
cru que pour cette fois , il ne
devoit point prefcrire la
fomme qu'il luy donneroit . Sa
Majefté fut fatisfaite de celle
de quatre millions , & dit
qu'Elle ne pouvoit mieux le
marquer, qu'en luy remettant
cinq cens mille livres . M ' l'Ar.
262 MERCURE
chevêque de Reims porta cer
re nouvelle à l'Affemblée , qui
fut encore plus contente , de
ce que le Roy eftoit fatisfait
du Clergé , que des cinq cens
mille livtes qu'il avoit plû à Sa
Majefté de luy remettre.
M' l'Abbé de Saint Aignan,
Fils de M' le Duc de Beauvilliers
, a foutenu des Thefes de
Philofophie au College d'Harcourt
, & a efté receu Maiſtre
és Arts. Quand je vous diray
que tout ce qu'il y a de Per.
fonnes diftinguées dans l'Epée
& dans la Robe , fe font trouvées
à cette Thefe , je ne vous
GALANT . 263
apprendrai rien de furprenant.
La naiffance , les grands Emplois
, & le merite perſonnel
du Pere , n'auront pas manqué
de vous le faire deviner. Vous
devez eftre auffi perfuadée que
le Répondant fit des merveil
les , & que s'il a le feu de M
le Duc de Saint Aignan
fon Grand pere , & la fageffe
de Mile Duc de Beauvilliers
fon pere , il n'y a rien dont il
ne puiffe eftre capable.
Madame la Ducheffe eft
accouchée d'un Prince ; on
nien fçauroit trop avoir d'un
Sang fi illuftre , & fi genereux
264 MERCURE
Ceux qui ont deviné le
mot de l'Enigme du mois paffé
qui étoit le Compas , font
Mrs. de Monbart , de Bourgogne
, l'Anglois de la rüe de
la Harpe , Vauffin Officier
du Roy , Baptifte du Colege
de Harcourt , le Grand , le
Chevalier des Anglois , de la
Foreft du petit S. Nicolas ,
de l'Enfermerie Guinebaut
de Frelon , Charlier , Morin ,
Boffu , Lerat de deffous le Cadran
faint Honoré , Tamirif
te de la rue du Bouloi, Bardet
de l'Hôpital du Mans le
Maiftre Ecrivain Juré , rüe
>
du
GALANT 265
du Monceau de Tours , Beauregard
de la rue de Hicrufa .
lem de la même ville , le plus
poly de la Cour d'Albret , le
malheureux Janot du Parvis
Noftre Dame , l'inconfolable
de la perte de la belle Mariane
, le Solitaire de l'lfle
Noftre Dame , Gilles de la
Vergette du quartier de Nazaret
le fur-Intendant des
Bagues de la Manufacture du
Nivernois , l'Heureux fans
l'estre , le petit Fanchon de la
rüe faint Germain , le rece
veur de la Lotterie de Beauvais
, le maiſtre des huys de
Juin 1700 .
>
Ꮓ
266 MERCURE
Tours , le Solitaire de S. Vincent
& fon amy Yfidore ,
Caltor & Pollux du Mont
Rethel . Mademoiſelle Javote
Ogier du coin de la rue
Richelieu , l'époule du petit
Galcon , cy devant la belle
Solitaire de la rüe fainte Anne
d'Orleans , la belle indif
ferente de la ruelle faint I aurent
avec la mere , la dange.
reuſe dégagée de la cour de
Lamoigon,la charmante Henriette
du Quay des Morfon.
fondus , l'aimable Libraireffe
d'auprés le Cloistre de Nôtre .
Dame de Laon , la petite Ma
GALANT. 267
non de la rüe faint Honoré ,
Mademoiſelle Rapin la Cadette
de la rüe de la Truan .
derie , l'aimable Blonde de la
Fontaine faintAvoye , les.char
mantes foeurs de la rue Miche.
le Comte.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , merite bien
l'application de vos Amies
pour en trouver le vray ſens.
LE
ENIGM E.
Es Mines , les Forefts , les bommes
, & les Beftes ,
Ont tous contribué pour faire ma
beauté:
Zij
268 MERCURE
L'Hidre n'eut jamais que fept
teftes,
Etj'en ay plus de cent quandje fuis,
bien monte.
2
Malgré l'eclat qui m'environne ,
Il me vient des revers dont je fuis
abbatu ,..
Sans diftinction je couronne
Le vice comme la vertu.
$
Mon elevation ne peut eftre commune
,
L'Empirey veut bien concourir.
Je ne devrois jamais perir,
Carj'ay toûjours dequoy foutenir la
Fortune.
' Les paroles qui fuivent ont
efté miles en Air par un habile
Muficien.
GALANT. 269
AIR NOUVEAU.
HElas dequoy me fert la Saifon
des Zephirs ,
Je fuis trop malheureux pour goûter
fes plaifirs.
Ceffez doux Roffignols , voftre amou
reux ramage ;
Il augmente ma langueur
Et n'attendrit pas le coeur
De la Beauté qui m'engage..
Helas ! dequoy me fert la Saifon des
Zephirs ,
Je fuis trop malheureux pourgoufter
fes plaifirs
Naillantes fleurs qui brillez dans la
Plaine ,
Mourez avec mon eſpoir,
Je n'aimois à vous voir
Que pour vous offrir à Climeine
Z.iij
270 MERCURE
On a fait une feconde Edi
tion d'un livre intitulé Avan .
tures & Lettres galantes , avec
la Promenade des Tuilleries , dediées
au beau Sexe . Cet Ouvrage
contient deux volumes . On
trouve dans le premier plu .
fieurs Avantures divertiffan .
tes , arrivées au voyage de
Chaudray , aux Vendanges de
Surefncs , à la Foire de Bezons,
au Bois de Boulogne , aux
Bains de la Porte S. Bernard ,
au Palais , au Bal , à la Comedie
, & fur tour à la Vallée de
riffard, tout cela eſt écrit d'un
tile aifé. Le fecond n'eft pas
GALANT . 271
·
moins curieux , & contient diverfes
Hiftoires qui ont fait
beaucoup de bruit dans l'Europe
. On ne peut douter qu'ils
n'ayent eu un grand fuccés ,
puifqu'on ne fait jamais de fe .
condes Editions des Ouvrages
que le Public n'a point
approuvez. Celle- cy plus correcte
encore que la premiere,
fe debite chez le fieur Guillaume
Cavelier dans la grande
Salle du Palais .
Je ſuis bien aifè , Madame ,
d'apprendre par voftre Lettre ,
que la Lotterie de Toulouſe
a efté tirée ; que M le Mar-
Ziiij.
272 MERCURE
quis de Fimarcon , y a gagné
-trois mille Louis ; que M' Tiburce
des Saints , Chanoine de
Lombez y en a gagné deux mil .
le , & d'autres de vos amis
quinze cens & mille. Quant à
ce que vous me dites qu'il n'y
a perfonne dans votre Provin .
ce qui en voyant emporter
de fi gros Lots , pour des fommes
fort modiques , ne fouhaitaft
de trouuerfur l'heure unc
autre Loiterie ouverte pour y
porter de l'argent , cela n'eſt
pas difficileà croire , puilqué la
perte des fommes qu'on y met ,
ne peut incommoder ceux
GALANT. 273
qui les ont rifquées & que le
gain que l'on y peut faire fuffit
quelquefois pour enrichir
une famille. C'est ce qui fait
qu'on s'empreffe tant à porter
de l'argent aux Lotteries , qu'il
femble qu'il n'y ait que ceux
qui feroient incommodez de
perdre la moindre fomme ou
qui eftant attaquez de quelque
elpece de Mifantropie ,
sil eft permis de parler ainfi ,
croyent fe diftinguer en nefaifant
rien de tout ce qu'ils
voyent faire aux autres , qui fe
difpenfent d'y hafarder quel
que argent. Je connois beau274
MERCURE
coup de gens qui ont rémarqué
, ainfi que vous , que tous
ceux qui ont gagné aux premieres
Lotteries , ont deftiné
des fommes confiderables de
leur gains pour mettre à la
Lotterie Royale , cela ne me
furprend point. Il y a de la
prudence à le faire , & je ne
fçaurois douter que ceux qui
ont déja efté heureux , ou qui
le feront dans les Lotteries
que l'on doit encore tirer , ne
prennent des Billets en cellecy
, & même proportionné.
ment à ce qu'ils auront gagné.
Qu'ils n'y mettent & en leur
#
GALANT. 279
>
particulier & avec les Societez
qui ont partagé leur gain ,
l'argent qu'ils y employeronts
ne dérangera point leurs affaires.
Il n'aura efté deftiné ,
avant qu'on tiraft les Lotterie ,
où ils auront gagné , qu'à faire
des Chasteaux en Espagne
& le deffein d'en mettre quelque
petite partie à la Lotterie
Royale , fera le meilleur employ
qu'ils en pourront faire ,
& qui leur pourra produire le
plus . Il femble en effer qu'il y
a beaucoup plus à efperer d'un
argent que la fortune a donné
, & qu'on auroit à fe repro
276 MERCURE
cher d'avoir foy même arreſté
le cours de fon bonheur , puif.
qu'il eft affez ordinaire de voir
la Fortune continuer de faire
du bien à ceux qu'elle a com
mencé de favorifer. On a lieu
de croire qu'on eft ne fous
une bonne étoile , & on auroit
tort fans doute , de manquer
les occafions qui peuvent faire
voir jufqu'où peuvent aller les
heureufes influences . On rifque
, non pas deux ou trois
Louis , mais tout ce qu'on'
de bien ; on traverle les mers ;
on abandonne fa Patrie , & fa
Famille , pour aller aux dépens
i
GALANT. 277
de fa fanté , & avec mille perils
, travailler à fa fortune
dans des Pays étrangers , quoy
que fouvent on foit aufli malheureux
dans ces fortes de
Voyages , qu'on l'eft aux Lorteries
où l'on n'a aucun billet
noir. Ily a pourtant une gran
de difference , puis qu'on n'a
biens ,
›
riſqué ny ſanté , ny , ny
vie aux Lotteries , & qu'on
s'eft mis en eftat de perdre
tout , en entreprenant des
Voyages de long cours . On
eft obligé au Roy , d'avoir
bien voulu donner lieu à fes
Peuples de gagner beaucoup
278 MERCURE
par le moyen de la Lotterie
Royale , eftant certain que Sa
Majefté ne l'a fait ouvrir que
pour faire plaifirà ſes Sujets ,
qui ne trouvoient pas affez de
Lotteries à leur gré pour fatisfaire
l'empreffement
qu'ils a
voient d'y porter
de l'argent
.
ila efté tel , que la foule la
plus incommode , & la moins
fupportable ne rebutoit point
lors qu'il eftoit queftion de
fe preffer pour faire recevoir
ſon argent , en arrachant des
numero de Lotterie. Il est vray
la fuite de la Lotterie
Royale commencera dans
que
GALANT. 279
quelques années à eftre utile
à l'Etat, mais le Roy en eftant
le Pere , doit en rechercher le
bien , fur tout quand le Corps
eft loulage , fans que fes parties
en reffentent la moindre incommodité.
Je vois bien par ce que
vous me mandez qu'on en uſe
dans voftre Province comme.
l'on fait dans les autres . Tous
ceux qui veulent mettre à la
Lotterie Royale ne fe preffent
pas , parce qu'ils font perfua
dez qu'elle ne fera pas fi toft
remplie. Voilà le caractere
des François , qui ne font qu'à
280 MERCURE
l'extrémité ce qu'ils ont réfo
lu de faire. Il n'y a prefque
perſonne en France qui ne
dife qu'il y prendra des billets.
Cependant il ne faut pas s'étonner
s'il n'y a pas encore
autant d'argent que l'on devroit
en avoir receu , quoy
qu'il y en ait beaucoup , mais
il fe trouvera que chacun remettant
au même temps à
prendre fes billers , on y fera
écrafé par la foule , & qu'elle
fera fermée avant que
tous ceux qui en voudront
prendre , en puiffent avoir ,
ainfi qu'il eft déja arrivé à plu,
GALANT. 28
fieurs Lotteries . Je fuis , Ma
dame , voftre , &c.
AParis , ce 30. Juin 1700.
Fuin 17.00!
Aa
52525252525252525
P
TABLE.
Relude.
Nouveau Mandement de Mrl'Evefque
de Noyon. 7
Difcours touchant l'utilité du nombre
d'or. 23
Defcription de lamaifon de M. Brunet..
Thefe.
44
Cartes de Blafon & de Chronologie.
Autres Cartes nouvelles .
81
81
85%
89
Objection touchant le commencement
du dix-huitième Siecle.
Reception faite à Monfeigneur le
Dauphin au Chateau de Livry ,
100
TABLE.
Fefte donnée à ce Prince par Mr le
Duc de Gramont.
Fiançailles.
102
118
Les Nouveaux Chasteaux en Efpagne.
119
Lettre en Profe & en Vers à Mada-
3 me de Saliez 122
Ode fur le Neant de l'Homme . 132
Etablissement d'une Fefte nouvelle.
Morts.
138
191
Chaire de Controverfe à Rome donnée
par le Pape , au Pere Alexis
du Buc.
203
Plan de Riga. 203
Airs
nouvellement gravez 206
Requeste curieufe.
208
215 Nouvelles de Perfe.
Pieces qui ont remporté le Prix aux
Feux Floraux de Toulouſe.
Affemblée du Clergé.
227
247
A a ij
TABLE.
S. Aignan.
Thefe foutenue par Mr l'Abbé de
262
Accouchement de Madame la Du
cheffe 263
Enigmes.
265
Avantures galantes. 270
Lotterie Royale. 2-71
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Ab ! que je fuis beureux , le feu
quimedevore , doit regarder la
page 138
L'Air qui commence par
Helas dequoy mefert la faifon des
Zephirs, doit regarder la page:
169.
511
m
1700,6
Eur
511m
-1700,6
Mercure
<
36607597740017
<
36607597740017
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN , 1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DCC.
Avec Privilége du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Mongien
AU LECTEUR.
ILya lieu de crowe qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
A ij
AU LECTEUR.
de défigurez, eftantimpoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie jd
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms.
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires,
5 que l'on employera
Tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCYRE
I
GALANT
JUIN 1700.
E ne doute point , Madame
ne
le
› que vous
voyiez
avec plaifir
la Devile
qui a efté faite pour
Roy par M' Magnin
, Confeiller
au Prefidial
de Maſcon
,
de l'Academie
Royale
d'Ar
A iij
6 MERCURE
les . Elle a pour corps le Soleil,
& ces paroles pour ame , Orbis
fata librat. On les a rendues
en noftre Langue par ces quatre
Vers .
Il mefure les années ,
Et
par
mille tours divers
Sa courfe , de l'Univers
Balance les deftinées.
Rien ne peut eftre plus jufte ,
puis que le Roy a toujours
etté le maistre de continuer la
guerre , ou d'accorder la Paix
qu'il a donnée quatre fois ,
lors qu'il pouvoit augmenter
fa gloire en augmentant fes
conqueftes , fi toutefois il
GALANT. 7.
eftoit poffible que la gloire
de cer Augufte Monarque
receuft encore quelque éclat
nouveau.
Comme S. M. a fait voir une
nouvelle ardeur pour la Réu
nion des Pretendus Réformez
à la veritable Eglife , depuis
le Traité de Rifwick , qu'Elle
s'eft veuë plus en eftat de s'y
appliquer, M' l'Evêque, Comte
de Noyon , toujours vigilant
fur les fonctions de fon
Miniftere , a cru devoir fecon .
der le zele du Roy , & renouveler
le fien par une Lettre
Paftorale aux Curez de fon
A iiij
8 MERCURE
Diocele , pour ajoûter de
nouveaux Reglemens aux anciens.
Voicy en quels termes
il leur parle au commenceinent
de cette Lettre .
L'extréme defir que nous
avons toujours eu depuis le
long &penible cours de trente
huit années d'Epifcopat, de
voir tous les Fidelles , dont la
Divine Providence nous a
confié le foin , réunis dans le
fein de l'Eglife Catholique ,
lear veritable & feule Mere ,
nous a fouvent obligez de
-vous donner plufieurs Inftru-
&tions & Reglemens de Difci -
GALANT.
9
pline , pour travailler utile.
ment au grand ouvrage de
leur converfion
.
Que d'actions de graces ne
devons- nous pas au Pere des
mifericordes, des benedictions
abondantes , qu'il luy a plû
de répandre fur nos Miffions,
nos Viſites , nos Conferences ,
nos foins & les voftres , en favear
des pauvres aveugles ens
fevelis dans les tenebres de
T'erreut ?
Et comme l'Apoftre Saint
Paul nous apprend que Dieu
ne pouvant fouffrir aucus
vuide dans l'Eglife, aprés en
10IQ
MERCURE
avoir rempli l'un par la voca
cation des Gentils qui luy
manquoient , a réfolu de combler
l'autre par le retour des
Juifs qui s'en eftoient feparez ,
que cette derniere reconciliation
confommera l'ouvrage
d'une gloire qui ne fubfifte
que dans la plenitude , nous
cfperons auffi que le même
Dieu rendra promptement à
Eglife toutes les richeffes fpirituelles
que le nouveau Schif
me luy a injuftement enlevées
; que les reftes malheureux
de cet aveugle Ifraël feront
heureuſement recueilli
GALANT. If
que la Foy joüira de toute fa
plenitude , & qu'enfin les Enfans
de fouftraction & de res
volte deviendront bien.toft
des Enfans de communion &
d'obéillance.
Mais il eft jufte de faire remonter
les ruiffeaux à leurs
ſources , de reconnoiftre avec
l'Eglife Catholique, qu'elle eft
redevable de tant de luccés &
de profperitez à fon digne Fils
Aîné, qui a dompté le mon
ftre de l'Herefie ; que la premiere
Majefté s'eft fervie de
la feconde , & que le Roy des
Rois a choifi la perfonne au
IZ
MERCURE
gufte du plus grand de tous
les Rois , pour faire admirer &
fentir à tout le monde Chreftien
le falutaire effet de cette
veritable Prophetle : Le Donné
de Dieu defcendra du Ciel , ren.
verfera l'Idole de l'Herefte ,
purgera la Maifon de Facob de
toutes fortes d'apierz.
Deurant de profiter de fi
heureufes conjonctures de
l'Empire en faveur du Sacerdoce
, nous redoublerons noftre
application , afin de pro.
curer une fincere converfion
des nouveaux Réunis de noftre
Dioceſe. Preffez par la
GALANT.
13
charité de Noftre - Seigneur ,
animez par les tendres fentimens
de la charité Paftorale ,
excitez par les faints exemples.
de la generofité
Royale & de
la pieté Chreftienne
de noftre
invincible & religieux Monarque,
nous ne pouvons differs r
plus longtemps
à vous décla.
rer nos intentions fur ce qui
peut dépendre
de vos foins
pour la perfection
de ce deffein
,
Que ne pouvons nous par
noftre feule vigilance & par
nous- mêmes achever ce faint
ouvrage que nous avons tant
14 MERCURE
à coeur ! Mais nos forces n'eftant
pas égales à noftre zele ,
nous fommes obligez de nous
décharger fur Vous d'une par .
tie de noftre follicitude , &
d'appeller à noftre fecours les
Timothées & les Tites , les
Coadjuteurs & les Cooperateurs
de noftre divin Miniftere
.
Nous ne pouvons vous exprimer
la confolation que
nous aurions de voir la réunion
de nos Freres , univerfelle
, fincere , & fi bien affermie,
qu'il n'y euft plus aucun fujet
de craindre leur rechute. Nous
GALANT.
15
aurions au contraire une extrême
douleur d'apprendre
S que la converfion de quelques
uns ne fut point parfai
E te , & que le poifon de l'Herefie
euft tellement corrompu
5 leur coeur , qu'ils fuffent encore
dégoûtez des veritez de la
Foy Catholique , quelques
foins que nous ayons pris de
leur en infpirer l'amour & le
respect.
En effet , l'Eglife n'a rien
oublié ny épargné pour les
faire rentrer dans leur devoir.
Elle les a invitez avec beaucoup
de tendreffe ; elle les a
16 MERCURE
recherchez comme des Enfans
égarez , & malgré leur
opiniâtreté , elle a toujours
confervé pour eux des entrailles
de Mere, penetrée de douleur
de ne pouvoir les faire revenir
de leur égarement , &
fe réunir dans fon fein qui
leur a toûjours efté ouvert
& jamais fermé.
Mais enfin fi cette Mere
charitable , aprés avoir épuife"
toutes les voyes de la douceur
, eft forcée de recourir
aux Puiffances établies de
Dieu , pour obliger fes enfans
d'apliquer leur eſprit à la
GALANT.
17
confideration de la verité , fa
conduite eft conforme à celle
que tenoit l'Eglife
d'Afrique
en faveur des Donatiftes , felon
le
témoignage de Saint
Auguftin .
Ce grand Maître de la Dif
cipline étoit perfuadé qu'il eſt
à propos , & même neceffaire,
d'emploier l'autorité des Loix
contre les Hérétiques . Il nous
aprend qu'il avoit une extrẻ-
me joie d'en voir plufieurs ,
qui étant ainfi revenus à l'Unité
de l'Eglife Catholique ,
y étoient fi attachez , & la foû .
tenoient avec tant de zéle &
Juin
1700 .
B
18 MERCURE
de reffentiment de lagrace que
Dieu leur avoit faite , qu'il ne
pouvoit trop les admirer , ni
affés louer Dieude ce qu'il avoit
&
que
c'étoit cetfait
en eux ;
te autorité
qui les avoit rendus
capables
de reconnoître
la véritable
Eglife.Il
avoue qu'il auroit
été leur ennemi
, s'il avoit
détourné
les autres Evêques
fes Confreres
de cette charitable
follicitude
qui les obli
geoit de reclamer
la justice des
Princes
, dont l'éfet étoit fi a
vantageux
, que plufieurs
déteftoient
leur aveuglement
,
& reconnoiffoient
que s'ils
&
GALANT. 19
m'avoient été reveillez par la
crainte des peines , ils feroient
infailliblement péris dans la
malheureuſe & funefte létargie,
dont on les avoit délivrez.
L'Eglife mêloit la crainte
avec l'inftruction , afin que
l'une rompît les chaînes de la
mauvaife coûtume , pendant
que l'autre diffipoit les ténébres
de l'erreur . Quoique Dieu
nous aime d'un amour tendre ,
pur, & parfait, ilajoûte toutefois
aux douceurs de fes inftrutions
les terreurs falutaires de
fes ménaces.
C'est une illufion de s'ima20
MERCURE
giner qu'on ne doit contraindre
perfonne à bien faire . S.
Paul , allant à Damas , ne futil
pas forcé de reconnoître &
d'enibraffer
la vérité , par la
perte de la vûe , qui eft beau-.
coup plus précieuſe que les
biens de la fortune ?
Il ne faut pas regarder , dit
Saint Auguſtin , fi l'on force
mais à quoi l'on force , puifque
la crainte fait rejetter l'erreur
dont on étoit prévenu ,
chercher le vrai qu'on ne
voyoit pas , & qu'il n'y a
rien de fi heureux que la neceffité
qui nous porte au bien.
GALANT. 21
L'Eglife ne peutrien perdre
des droits facrez que le Sauveur
du monde lui a aquis par
le mérite infini.de fon propre
fang. Elle peut en ufer auffi
légitimement & auffi faintement
dans ce fiécle , qu'elle
fit dans celui où vivoit Saint
Auguftin ; elle peut y être por.
tée par les mêmes motifs ,
puifque c'eftioûjours le méme
Efprit qui l'éclaire, quil'anime,
..qui la conduit , qui lui infpice
les mêmes mouvemens de
charité pour les Nouveaux réunis
, qu'il lui donnoit autrefois
pour les Donatiftes . Nous
22 MERCURE
en avons auffi les mêmes con
folations & la même joie , parce
que nous en voyons les
mêmes fruits .
C'eſt ainfi que les Curez
feront connoître aux Fidélles
dans leurs exhortations publi
ques , & dans leurs entretiens
particuliers , la conformité de
la Difcipline de l'Eglife Gallicane
pour la converfion des
Proteftans , avec la Diſcipline
de l'Eglife d'Afrique pour la
réunion des Donatiftes .
Et afin que cette Diſcipline
foit uniforme dans toutes les
Eglifes de nôtre Diocéfe.
GALANT 23
S
j
nous renouvellons les Régle.
mens , & c.
Je vous fait part de ce qui
m'a efté envoyé fur le nombre
d'or. Dans le Mercure
Galant du mois de Novembre
dernier il eft dic que
M' le Chevalier de G .....
avoitdemandé une régle aifée,
$ pour trouver le Nombre d'Or
de l'année 1699. & des autres
fuivantes fans eftre obligé de
faire la divifion par 19 &
quelqu'un luy a envoyé une
pratique tres commode pour
trouver le Nombre d'Or de
24 MERCURE
quelque année que ce foit.
Mais ce même Chevalier feroit
plaifir au public de luy
dire de quelle utilité peut être
à prefent le Nombre d'Or .
Il a cfté autrefois inventé
par Meton, celebre Mathematicien
, & en voicy la raison.
Les Grecs fe fervoient anciennement
de douze mois Lunairespour
lecoursdeleurs années
ordinaires & fimples , & parce
que l'année Solaire qui eft de
trois cens foixante &cinq jours
cinq heures , & environ quarante
neuf minutes , excedoit
tous les ans ces douze mois
Lunaires
GALANT :
25
-e
7
Lunaires pour le cours de leurs
années ordinaires & fimples ,
& parce que l'année Solaire qui
eft de trois cens foixante cinq
jours , cinq heures , & environ
quarante - neuf minutes excedoit
tousles ans cesdouze mois
Lunaires de dix jours vingt &
une heures & quelques m inutes
, les Grecs pour faire revenir
leurs années au cours du
Soleil , ajoûtoient à la fin de la
huitième année , trois mois
qu'ils appelloient intercalai ,
res , parce que dix jours vingtune
heures , & quelques mi ,
nutes multipliés huit fois fai .
Juin 1700.
C
26 MERCURE
foient a peu près trois mois
Lunaires .
Mais parce que de ces huit
annéesil n'y avoit que la premiere
qui répondoit
à peu
prés au cours du Soleil , & que
les fuivantes devançoient toûjours
, Meton , celebre Ma.
thematicien , ayant obfervé
qu'en dix- neuf années Solai .
res , il y avoit deux cens trente
cinq mois Lunaires & qu'en
dix - neuf années Lunaires
communes , il ny avoit que
deux cens vingt- huit mois &
qu'il en reftoit encore fept ,
il s'avifa de dreffer une Table
GALANT.
27
e
5
ou plûtoft un cercle de dixneuf
Nombres , depuis , jufqu'à
19 pour chaque année le
fien , & eut foin de diftribuër
1 ces ſept mois , qui eftoient de
fur - plus dans les nombres
qui répondroient aux années
dont la fin devanceroit de
beaucoup le cours du Soleil ,
afin que le commencement
de l'année fuivante revinft à
1 peu prés au commencement
de l'année Solaire.
Or ces nombres , dont les
années qui y répondoient devoient
avoir treize mois Lunaires
, furent 3 , 6 , 9. 11. 14. 17.
C ij
28 MERCURE
44
19. & ces nombres dans ce
cercle étoient marquez de
couleur differente de ceux qui
marquoient les années communes
, & de douze mois Lu .
naires feulement .
Ce que Meton avoit inventé
pluc fi fort aux Atheniens ,
que dans les places publiques
de la Ville d'Athenes , on y
dreffa ce cycle contre de grandes
murailles , marquant de
noir les nombres des années
qui devoient eftre ſimples &
en lettres d'or , les nombres
des années qui devoient eſtre
de treize mois Lunaires , &
ce fut en l'an
433. avant l'Ere
GALANT. 29
記
J
Chreftienne que ce cycle
commença d'eftre en ufage .
On l'a appellé cycle Lunaire,
parce qu'il exprimoit ladifpofi
tion de chaque année lunaire.
D'autres l'on nommé du
nom de fon Autheur le Cycle
Meronique , & d'autres le
Nombre d'or , à caufe que les
S nombres qui étoient écrits en
lettres d'or marquoient les années
qui devoient avoir treize
mois Lunaires.
Mais comme en deux cens
vingt - huit ans , le cours du Soleil,
devance celuy de la Lune
d'unjour entier , & qu'environ
C iij ·
30 MERCURE
én cent trente annéesjuliennes
le cours du Soleil devance d'un
jour cent trente années juliennes
& civiles ; cela a fait que
le commencement de la 229 .
année Lunaire arrivoit un jour
tout entier plus tard que le
commencement de la 229 année
Solaire , & par confequent,
que le nombre d'or qui avoit
efté dreffé pour marquer la
correfpondance qu'il y avoit
entre le mouvement de la Lu.
ne & celui du Soleil au bout
d'un certain temps n'eftoit pas
jufte , & qu'il avoit befoin
d'eftre reformé de temps en
temps.
GALANT.
31
Dans le fixiéme fiecle, De
nis le Petit, Abbé d'un Monaftere
dans Rome, a renouvellé
ce cycle de dix - neuf Nom .
bres , & puis a pofé ces mêmes
Nombres dans le Calendrier
Romain en un certain
ordre , que le nombre propre
de chaque année marquoit
dans chaque mois Romain ,
en quel jour de ce mois devoir
arriver la nouvelle Lune . 3
Il donna à ce cycle le nom
de Cycle de dix neuf Nombres
. Il l'a nommé cycle , par
ce que quand l'année qui a,
voit le dix neuviéme Nom
C iiij
32 MERCURE
bre eftoit finie , l'année d'apres
on recommençoit le cycle
à 1. l'année fuivante 2. l'année
d'aprés 3. & ainfi des au
tres , & c'étoit une revolution
perpetuelle & fans fin comme
dans un cercle .
Il donna donc à ce cycle le
nom de cycle de dix - neuf
nombres ( cyclus decemnovemnalus
) & il commença à eſtre
en ufage l'an de grace 533. &
comme on a trouvé que ce
cycle de Denis le Petit étoit
a peu prés femblable à celuy
que Meton avoit inventé , &
qu'on nommoit le nombre
GALANT.
33
d'or , ç'a éfté par cette raifon
qu'on a nommé ce cycle de
Denis le Petit de fon premier
nom , Nombre d'or.
>
Or comme le cours du Soleil
devance l'année julienne
& civile d'un jour en cent
trente ans ou environ &
devance auffi d'un jour le
'cours de la Lune en deux cens
vingt huit ans , on a connu
par experience que le nombre
d'or ne marquoit plus jufte
le temps des nouvelles Lunes
dans le Calendrier Romain ,
& qu'il avoit befoin d'eftre
reformé de temps en temps.
34 MERCURE
C'est pourquoy dans la correction
que le Pape Gregoire
XIII a faite du Calendrier
Romain en l'an 1582. il a abandonné
l'ufage du nombre
d'or , & a fubftitué l'Epacte
en fa place , en quoi on a fore
bien fait , parce que fi on n'a
voit fait que le corriger en ce
temps là pour continuer de
s'en fervir , il auroit encore
fallu le corriger en cette prefente
année 1700. à cauſe
qu'il n'y aura point de Biffex
tile , ou jour intercalaire , au
mois de Fevrier , comme il
arrive ordinairement àtoutes
4
GALANT.
35
les années qui peuvent fe divifer
en quatre parties égales
& completes.
L'Epacte n'eft pas plus ftable
que le Nombre d'or , &
cette année , en laquelle il
devroit y avoir 10. d'Epacte ya ,
celle de l'année paſſée ayant
efté 29. on eft obligé de retrancher
un jour de cette Epa-
&te , à caufe qu'on retranche
dans le Calendrier civil la
biffextile , qui auroit dû eftre
ajoûtée au mois de Fevrier de
cette année , felon le cours
ordinaire , & en cette année.
il n'y a que 9. d'Epacte.
36 MERCURE
Or on fe fert plus volontiers
de l'Epacte que du nombre
d'or , parce qu'on peut facilement
changer d'Epacte
fans caufer aucun changement
dans l'ordre des Epactes
qui font décrites dans les Calendriers
civils , & l'Epacte de
chaque année marque à peu
prés le jour au quel la nouvelle
Lune doir paroiſtre , mais il
n'en eftoit pas de même du
nombre d'or.
Ainfi on a efté obligé de le
quitter n'eftant d'aucune utilité
pour le prefent. Cependant
pour fatisfaire la curiofiGALANT.
37
té de M. le Chevalier de G ....
j'ay dreffé la table fuivante ,
afin qu'en un moment , & fans
aucune fupputation il pût
connoistre le nombre d'or de
toutes les années du fiécle qui
finit avec la prefente année
1700 & celles des années du
fiécle futur , & à cotté j'ay
marqué l'Epacte de chaque
année de ces deux fiècles .
38 MERCURE
TABLE DU NOMBRE D'OR ,
& de l'E pacte de chaque année dépuis
l'année 1600. jufqu'à l'année 1800 .
Année
1600
Année
1700
S IS
ΤΟ 9
Nomb. Epacd'or.
tes
6
7
-
Nomb.
d'or.
Epactes,
26 I I 20
7 2
8 I 8
13
12
9 29 14 23
ΙΟ ΙΟ
15 4
21 16
IS
12 2 17 26
13 7
14 24 19 18
*
S
16 16 2
GALANT. 39
17 27
18
19
19
I
11111
2
12
3 23
4 4
S
3
4
S
6
22
3 .
017001012
THIGH
Centaines d'années exprimées
années par années .
I 20
21
3 22
4 23 42
S 24
6
25
7
26
8 27
* |* |* |* |* |* | * |~
$8
-
59
60
-61
62
63
64
65
178
2/5/8/2
FRINLE
40 MERCURE
∞
FFFFFF
PEFFEFFER I
29
30
31
IN
28
의외 의
1
66
001001001
∞
8
GALANTA 41
EXPLICATION
de la Table precedente
.
Cen
Ette Table eft divifée
en trois parties. La premiere
contient deux colom .
nes. La premiere des deux
eft le nombre d'or de l'année
1600 & des 99. années fuivantes
, & en la feconde colomne
de cette premiere par
tie eſt l'Epacte , tant de l'année
1600. que des autres an
nées jufqu'à l'an 1700.
La feconde partie de cette
même table contient pareil-
Juin 1700.
D
42 MERCURE
lement deux colomnes. Dans
F
la premiere
et le nombre
d'or , & dans la feconde
eft
l'Epacte
de l'année
1700.
&
des quatre
-vingt dix neuf annees
fuivantes
.
Et la troifiéme partie de
cette table contient 99. années
, année
par année
.
Ufage
de cette
Table
.
Si on veut fçavoir quel fera
le Nombre d'or ou l'Epacte de
quelque
année que ce foir
contenuë entre 1600. & 1800.
il faut voir dans la troifiéme
partie de cette table où eft le
nombre de l'année propofée,
GALANT.
43
puis fi l'année proposée eft
renfermée entre 1600. & 1700.
il faut voir dans les deux premieres
colomnes qui font
pour les années d'aprés l'an
1600. ) quels font les nombres
qui y répondent en ligne directe
& le nombre qui fe trou
ve dans la premiere de ces
deux colomnes eft lenombre
d'or, & celui qui eft dans la
feconde est l'Epacte felon que
porte le titre des colomnes . Il
faut obferver la même chofe
dans les deux colomnes fui.
vantes qui font la troifiéme
& la quatrième , fi l'année en
Dij
44 -MERCURE
queftion eft renfermée entre
1700 , & 1800, ..
Ainfi en l'année 1699. le
nombre d'or a efté 9. & l'Epacte
29. & en 1701 , on aura
11. de nombre d'or & zo.d'Epacte.
Le nombre d'or & l'Epacte
de l'année 1600. font defcrits
immediatement aprés cette
année , & de même immediatement
au- deffous de l'année
1700. le nombre d'or qui eft
10, & l'Epacte qui eft 9. font
décrits .
Comme nous fommes dans
GALANT.
45
une faifon favorable aux promenades
, vous ne ferez pasfans.
doute fâchée de voir la belle
Maiſon de Campagne de Mr
Brunet , Garde du Trefor
Royal . Je vous en envoye la
defcription qui vous paroîtra
tres curieufe . Elle eft exacte &
de bonne main , puifqu'elle
part de celle de M' l'Abbé
Maumenet , à qui la moindre
loüange qu'on puiffe donner
fur l'heureux commerce qu'il
a avec les Mufes , c'eft d'avoir
merité plufieurs fois le prix
que donnent tous les deux ans
Mrs de l'Academie Françoile
46 MERCUR
E
pour la meilleure Piece de
Poëfie.
A MONSIEUR BRUNET.
DES
ES Trefors de LOUIS fage
Dépofitaire ,
BRUNET,qui t'éloignant d'u
ne route vulgaire
Honores de tes foins le bel Art de rimer
,
Jefens qu'un feu divin pour toy vient
m'enflamer.
En vain à mes defirs oppofant ma
foibleffe ,
Je cherche à differer l'effet de ma promeffe
:
Apollon plein d'eftime & de zele pour
toy,
M'engage de tracer ta Maifon de
"
Brunoy
GALANT . 47
Ce lieu fi plein d'attraits, dont la richeparare
Doit à tes foins divers autant qu'à
la nature
Fait voirfurfon terrain à my - côte.
élevé ,
Un des plus beaux Jardins que l'Art
ait cultivé.
Il n'étale à nos yeux ny marbre , ny
porphire :
Le fafte qui fur toy u'exerce aucun
empire ,
" Ne répand point icy fou éclat orgüeilleux
5
2 Toutyfrape pourtant & le coeur &
les yeux
.
Le bongoût de concert avec la politeffe
,
Yconferve par tout & l'ordre & la
jufteffe ;
La fimplicité mème y marque
la
-graudeur
48 MERCURE
Et qui voit ta Maiſon , reconnoit ta
candeur.
Avantqu'y parvenir une longue *
avenuë
Fufqu'aux murs du Jardin flate &
conduit la vûë ;
Il s'ouvre ; & la terraffe où je porte
mespas ,
M'offre de tous côtez des objets pleins
d'appas
Avide d'obferver leurs beautezdifferentes
,
Je m'en formois déja des images brillantes
,
Quand la nuit commençant à fucceder
aujour ,
Vint cacher à mesyeux cet aimable
Séjour.
Toutfe confond bien tot , & fous fes
voiles fombres ,
*
L'avenue la plus belle de la Maifon
eft celle du fardin , par la Terraffe.
GALANT.
49
Cette nuit n'offrant rien qu'un cabos
& des ombres
F'attens , pour admirer ce Fardin fi
Que
vanté ,
le Pere du jour ramene la clartë.
Apeine a-t-il paru , fortant du fein
de l'onde ,
Et rendant aux Mortels fa lumiere
feconde ,
Que mes fens dégager des liens du
fommeil
·Rappellent de Brunoy l'idée à mon
reveil.
La maifon à mes yeux vient s'offrir
la premiere ;
·Dans fes appartemens commode , reguliere
,
Cette maifon bornée àfon ancien terrein
Enferme en peu d'espace un vafte &
beau deffein.
Juin 1700,
E
50 MERCURE
Entre divers jardins henreufement
allife
Elle frappe la vie avec tant de far
prife , Estaché
Que l'efprit au debors fortement at-
Des beautez du dedans n'est presque
point touche
En vain à mes regards ce Salon fe
prefente :
Tous ces tableaux tracez par une
mainfçavante ,
T
Ces lits avec tantd'ordre & de grace
agencez,
Ces ballins dans le mur avec art enfoncez
Ne fçauroient arrefter mes yeux &
ma penfees
Jefens aufond du coeur que ma Mu
fe empreffée
S'efforce à m'attirer dans ces charmans
dehors ,
GALANT.
Et veut que je me livre à fes juftes
transports.
Mais avant que ceder à fon impatience
,
Contemplons ce chef- d'oeuvre & d'arr
& de fcience ,
Ce Pelican moins beau par fon or
precieux ,
Que par les claires eaux qu'il répand
en ces lieux..
De fon bec il fournit un jet intariſſable
,
[greable
Qui mêle en ce Salon l'utile à l'a-
C'eft icy, qu'étonné d'un ft hardi
deffein ,
Je t'invite , BRUNET , a conduire
ma main.
L'ordre qu'en tes Fardins toy-même
as fçu répandre
A mon efprit charmé déja fefait entendre.
E ij
52
MERCURE
Ie te fais, & par toy guidé dans ces
beaux lieux ,
Rien ne peut échaper à mon oeil curieux.
Tay traverse la cour ; une pompeufe
Serre
Etale les trefors qu'elle rendà la terre.
A peine le Zephire a d'un fouffle
amoureux .
Diffipe de l'hiver les frimats rigoureux
Que de mille Orangers cette terre femée
Y rend de tous coftez ta maiſon parfumée
;
L'air qui repand au loin cette agreable
odeur,
Anime mes efprits d'une nouvelle är
deur.
Il est temps de monterfur ces vaf
tes terraffes ,
GALANT
53
D'où l'on voit cent réduits habitéz
les Graces ;
par
On y goûte un air pur , & de fimples
beautez
Y reveillent l'efprit par cent traits
enchanter
Quel eft ce beau Verger où fous l'épawsfeuillage
On va bien- toft chercher la fraîcheur
&
Pombrage ?
Combien d'excellens fruits dans ce
fecondterroir
De Pheureux Iardinier flatent déja
P'espoir!
Flore y joint fes prefens aux bienfaits
de Pemone ,
Et le pampre naiffant , dent Bacchus
fe couronne 2
Mellant l'éclat du verd aux fleurs de
l'arbriffeau ,
Forme dans ce Verger unſpectacle
[ nouveau
E iij
54 MERCURE
A voir ce petitbois dont la jeune pa
rure
Fait avec le gazon une vive peinture,
Qui ne reconnoiftroit ces arbresfivantez
Que n'agueres la France a de l'Inde
empruntez?
Qu'ils font beaux ! Le Soleil commençantfa
carriere
•
Ny verse pas plutoftfa naifante lumiere
,
Que rehauffant l'eclat de leurs tendres
couleurs·
Ils frapent & l'efprit & l'ail des
pectateurs.
Difpofez avec ordre , une egale diftan-
се
En partage les rangs , en marque
l'ordonnance
JEt
près de cet endroit d'utiles refervoirs
GALANT
.
15
Dans ce riche amas d'eau font an
tant de miroirs.
Parvenus fur le haut de ta maifon
charmante ,
Où le terrein s'abaiffe en une douce
penters
Defcendons vers ces lieux où cent objets
brillans
Surprennent mes efprits , & confon
dent mes fens.
Plus je m'avance icy , plus mon ame
furprife
Admire ce Jardin dont ellefut éprife
Quand la nuit couvrant tout de fes
voiles épais ;
En diſſipant lejour , m'en cacha les
attraits.
Que l'aspect de ces lieux eft doux !
Quels parfages
Prefentent de Chateau , ces Préz , &
ces Villages !
E iiij
16 MERCURE
L
Quej'aime à voir l'Hiere * au pied
de ces cofteaux
Rouler en ferpentant le criftal de fes
eaux !
Entre des peupliers qui couronnent fa
rive ,
Elle femble arrefter fon onde fugiti
ve ,
Et vouloir prefenteraux Nymphes de
ces lieux.
De fes flots fufpendus le miroir graz
cieux.
Parfois, d'arbres epais , & de rofeaux
touffuë ,
Dans ce vallon fertile elle échape à
ma vie ,
Et parfois à travers quelques arbres
fleuris
* Cette Riviere coule au bas des Jardins
.
GALANT. 57
Elle s'ouvre unpaffage à mes regards "
épris.
Au spectacle des Eaux , des Bois &
des Collines ,
Un Temple * renomméjointfes beautez
voifines.
L'Afpect en eft par tout borné diver
fement ;
Maisfi d'un beau lointain il n'apas
Pagrément ,
Tant de varieté qui n'eft point confondue,
Compenfe heureusementle défaut d'é
tenduë
Sur ces riches cofteaux mes regards
arrefter
Sembloient de ce Tardin negliger les
beautez,
Monaftere des Camaldules , ſitué far
une petite colline.
8 MERCURE
Quand Brunoy rappellant la Mufe
qui m'inspire,
Sollicite pour luy les accens de ma
lyre.
D'un Buis verd que la main a doctement
taille,
Et des plus vives fleurs un parterre
emaillé , [ face ,
Pres de ce bâtiment dent il orne - la
Prefente aux fpectateurs fa riante
Surface.
En des balfins que l'art difpofa de
niveau , 3
Combien voit - on monter d'admirablesjets
d'eau ,
Qui confervant entr'eux une egale
figure,
Forment le même aspect , & lemême
murmure !
Parmi le tendre émail de differentes
fleurs
GALANT.
59
Dontl'éclat dugazon anime les couleurs
,
Aufond d'un grand bafin brille une
eau pure & belle
*
Qui fert à ta maiſon , d'une glacefi
delle.
Qu'on fufpende le cours qu'elle prend
dans les airs
>
L'ail aufonddu baffin voit cent ob
jets divers.
Ce fuperbe Balcon enrichi de dorure
Ces murs couleur de marbre , où la
noble fculpture
Id Alcide vainqueur exprimé les
travaux ,
Peignent furfon cristal leurs mobiles
tableaux.
Parcourans les caftez du Lardin
que j'admire.
Quand l'eau n'eft point agitée , toutes
la face de la maiſon paroift dans ce baffin ,
60 MERCURE
Chaque objet different m'invite à le
décrire.
A ma droite ilparoift deux berceaux
gracieeu ,
Où n'approchejamais l'Aquilonfurieux.
Là , le Dieu des Feftins fuivi de l'abondance
,
Faitregner les plaifirs & la magnificence
,
Et mêle à ce spectacle agreable &
charmant,2 [ ment
De fes mets delicats le doux afforti-
Nymphes de ces beaux lieux , quelle
en fut l'allegreffe
,
Quand le Fils d'un grand Roy, digne
de fa tendreffe
Sous ces riches berceaux par vos
mains regalé
Vous careffa , vous fit un accueilfignalé
!
GALANT. 61
Voftre coeur,de cejour heureux & plein
de
gloire ,
Veut que l'on garde icy l'eternelle
memoire ,
Et que ces Cabinets fi refpectez des
vents ,
Le foient par nos écrits de l'injure
des temps.
Mais qu'entens -je ! quel bruit fous
cet épais feuillage ,
M'invite de paffer dans ce fombre
bocage ?
Le chant melodieux des differens oi-
Jeaux ,
Quife meflent au bruit desjailliffantes
eaux
Ce Rocher
découvert , où nappes &
cafcades
Au fond de cette allée attirent les
Naiades,
Ce Rocher coule jour & nuit.
62 MERCURE
Promettent à l'esprit mille agrémens
divers.
Avançons , ces tapis de gazons toùjours
verds ,
Dont la couleur s'unit à la blancheur
dufable ,
Marquent
en defcendant
cette route
agreable.
Tu parois , & foudain
l'eau docile à
ta voix ,
Sous l'ombrage
flotant des arbres de
ce bois
S'éleve dans les airs , où changeant
defigure ,
[ posture.
Elle amufe les fens par fa douce im-
Quel arbre imperieuxpouffefes longs
rameaux
* Jusqu'où
ceje rapide afait monter
fes eaux ?
* Il monte prefque auffi haut que celuy
de S. Cloud.
GALANT.
63
Fe l'entens
murmurer , & mon ame
abufée
Croit voir une volante & liquidefu
fee.
Iln'eftrien que foumis à ton commandement
Nimite dans ces lieux le fluide Element.
[ ble
Tantoft avec effort du centre d'une ta-
Il s'élance, & furprend parfa chute
agreable:
Tantoft il fe transforme en pluye ,
en gerbe , enfleur,.
*
Et tantoft d'une cloche il dépeint la
rondeur.
Que de rians baffins , que de vives
fontaines
Enfantent des trefors de leurs humi
des veines !
* Trois Jets d'eau differens.
64 MERCURE
Enchanté par les yeux , je traverſe ce
bois ,
Fepaffe , je reviens , je m'arrefte cent
fois.
Ley deux gueridons * ornez de coquil_
lage ,
Font avec la rocaille une champeftre
image ;
L'eau qui bouillonne en l'air, enfortant
de leur fein ,
Avant que parvenir jusques à fon
ballin 2
Forme de fan cristal deux nappes
transparentes.
Là s'éleve un Rocher , dont les ondes
bruyantes
* Ily a une table entre ces deux Gueridons
, qui jette de l'eau en forme de
nappe.
* Ce Jet s'appelle le Rocher.
GALANT. 65
• Semblent en écumant livrer laguerr
1
aux cieux ,
Puis tombent en brifant leurs flots
audacieux.
Deux cabinets voifins , de leur onde
plus calme ,
Figurent à nos yeux an⋆ Cyprés ,
une Palme;.
I nezs
Et ces jets de criftaux & deperles or-
Tombent dans des baſſins de gazon
couronnez:
*
D'où naift cette belle eau , qui
borne icyfa courfe ?
* Ces deux Jets fe nomment , l'un le
Palmier , l'autre le Cyprés perlé ,
parce que l'eau en s'élevant forme
quantité de perles
Fontaine qui eft une fource d'eau
viuc , qui ne décroift point. On la
nomme Cerés , parce qu'il y a une
figare de Cerés
Juin
17.00.
E
66 MERCURE
1
Me trompé-je? Cerés en regarde la
fource ,
Et marque par l'epy qu'on voit entre
fes mains ,
Qu'elle fait avec l'eau le deftin des
humains.
F'obfervois avecfoin unefourcefi pure,
Lorfquejaloux des dons qu'y verfe la
nature
Et voulant àfon tour triompherà mes
yeux ,
L'Art éleve foudain unjet deau mer
veilleux.
Voy , dit - il , au milieu de la vive
Fontaine
*
و
Ce fer industrieux , qui ne s'ouvre
qu'à peine,
Quelle eft & l'abondance & la rapidité,
Tuyau dont le trou eft fort petit , qui
néanmoins jette beaucoup d'eau.
GALANT.
Dont il vomit dans l'air l'element
emporté.
Au Maistrede ces lieux intelligent
docile ,
Je découvre enfecret monfavoir dif
ficile,
Etje veux que Brunoy , parfesfains
cultivé ,
Soit de mille jardins le modele ache
vé.
Veux-tu connaitre où vont mes deffeins
magnifiques ?
Viens, quej'ouvre à tesyeux ma Gra
te & mes Portiques.
C'eft-là , que plus pampaux j'obtiens
fans difputer,
Ce qu'icy la nature ofe me contefter..
A Ces mots Art fe tût. Charme
P
de fon langage
Je m'avance,& bien -tôt dans lafond
du borage ,
Fij
68 MERCURE
J'apperços une Grote où la fraicheur
des eaux
*
Ne fouffre point l'ardeur des Etez les
plus chauds.
Là, le Dieu des Amours qui hadine.
fans ceffe,
Prendplaifir d'inventer quelque tour
de foupleffe.
Caché dans cette Grote , à peine on
veut deprés
D'un ouvragefi beau contempler les
attraits ,
"Quepar mille refforts qu'ilfait mouvoirfans
peine,
L'onde de toutes parts s'élance &fe
déchaîne. [ danger,
Tircis , qui de la Grote ignoroit le
Voulut, pour la mieux voir , trop
avant s'engager.
Elle eft de la main de celuy qui fit celle
de Verfailles.
GALANT. 69
Le regard attachéfixementfur l'ou
vrage ,
Il en confideroit l'ordre & le coquillage
,
Quand tout d'un coup l'Amour, de fa
legere main..
D'un déluge de flots inonde le ter
rein.
Tircis veut s'échaper de cette eau qui
l'affiege :
Mais quoi qu'avec viteſſe ilforte de
ce piege ,
Surpris, mouillé , confus auxyeux du
Spectateur,
Itfuit , & ce Fardin perd un admirateur.
[ de rire ,
L'air au loin retentit de mille eclats
Et l'Amour, dont Tircis avoit bravé
·l'empire ,
Luy dit enfe mocquant ; Vante- toy
deformais.
79 MERCURE
Tires , que tune crains ny Famours.
nyfes traits.
A peine eut- il parlé , que la
Troupe attentive
Admire la beaute de trois nappes
d'eau vive.
Fy jettois un coup d'oeil, lorfqu'à mes
fens charmez
Se montrent deux Dauphins artifte
mentformez
Quelcizeau delicat en a d'apres na
ture
Exprime noblement les traits & la
Miew
figure !
Obfervez cet objet , qui paroit au mi-
Et qui femble effrayer dans ce paifible
lieu ,
Ces yeux eftincelans , cette effroyable
bouche ,
D'un Satyre en couroux marquent
Fhumeurfarouche .
GALANT: 7
Be deffus de la Grote , avec art tras
vaille,
Porte un chiffre amoureux adroite
ment mělé.
Tous ces objets divers placez avec
genie ,
3 Forment de ce beau lieu la parfaite
harmonie ,
[ fin ,
Etjamais on ne vircoquillage plus
Mieux refpondre au travail d'une
Savante main.
Après avoirlong-temps contemplé
cet ouvrage
Qui termine fi bien cet aimable bocage
Fattendois le moment , où propice à
mes voeux
L'Art devoit m'étalerfes * Portiques
nombreux,
*Grande Piece , oùtout eft de Portiques.
72 MERCURE
Quand luy-même , des fers tirant
l'onde captive ,
Au bruit qu'elle répand" , rend mon
ame attentive ;
Et pour voir cet endroitfi juftement
vanté
·Rappelle encor mes pas dans ce Bois
enchanté.
De verdure & defleurs quel difcret
affemblage !
Quel noble affortiment couronne ce
treillage !
Chaque pot d'Oranger precede d'un
Jet d'eau.
Donne à chaque Portique un ornement
nouveau.
Icy , gardant toujours l'ordre & la
fymetrie ,
Ces Portiques unis font une gallerie
Où l'eau , qui dans les airsprend un
effor egal
Retombe
GALANT.
73
Retombe auxdeux côtez dans un étroit
canal.
Cet admirable endroit orné de contreallées
,
Prefente fes tapis aux Nymphes af
femblées,
Et l'oeil en penetrantchaque Portique
ouvert ,
Croit en voir un nouveau tracefur un
fond verd.
Là , pourfaire un Salon l'Art trou
vant plus d'espace ,
De fon habile main l'arrondit avec
grace ,
au milieu d'un baffinga- L'embellit au
༢ommé
De differentesfleurs par toutenvironné.
La rocaille arrangée autour de ces
Portiques
Juin
1700.
G
74 MERCURE
Voitfortir defonfein vingt jets d'eau
magnifiques ,
Qui pour flater la vûë avecplus d'agremens,
Ne portent point trop haut leurs rapides
eflans.
A voir tous ces objets que le bongouft
raffemble ,
Et qu'ailleurs rarement on voit unis
enfemble ,
On diroit que ce lieu riant & degage
De tes vaftes Jardins feroit un abrege.
Pour ne rien derober à l'afpell des
*
Portiques,
Tu veux en feparer la Salle des
Antiques.
• On l'appelle la Salle des Antiques
à caufe de plufieurs figures de pierre.
GALANT.
75
C'est là qu'avecfuccès ta main dans
un inftant
Fait fucceder au beau lefublime & te
grand.
La Sculpture y fait voirfurlapierre
animées
Diverfes Deitez que fa main a for-
1 mées .
Flore , Apollon , Venus , Diane , &
d'autres Dieux
Seprefentent autour d'un Ballinfpacieux
;
On peut mefme à coté de ces beautez
divines
-Admirer les portraits de quelques
Heroines ;
Et fi l'on prend bien garde aujeune
Marfyas ,
Ce Mortel a d'un Dieu lagrace &les
appas.
Gij
76 MERCURE
Mon efprit & mon coeur charmez
d'intelligence ,
De ces deux Cabinets contemploient
l'ordonnance ,
Etj'alloisplus long-temps en repaiftre
mes yeux,
Quandtoy-même , BRUNET , m'ar
raches de ces lieux.
Où conduis-tu mespas ? Quelle beauté
nouvelle
"Peût encore animer & ma lyre , &
mon zele ?
Arreftons. F'apperçois un ouvrage
nouveau ,
[ des ,
Qui ne peut échaper aux traits de
mon pinceau.
Ce fecondrefervoir, entouré de Naia-
Forme de fon eau claire un tiffu de
cafcades
,
Qui dans un long canal coulantàpetitsflots
,
GALANT. 77
7
Verfent d'un doux fommeil les tranquiles
pavots.
Vingt beaux jets uniſſant leur bruit
à ce murmure
و
D'un foriche canal relevent laparure.
La pierre , dont fes bordsfontpar tout
embellis
Semble le difputer à nos marbrespa-
Lis;
Et c'eft icy que l'Art, content de fes
ouvrages,
Amis le dernier trait à ces pompeux
boccages.
· Paffons fans differer dans cet au
tre Jardin ,
Quela naturefeule aparé defa main.
Qu'à monfoible pinceau cette Reine
admirable ,
Dansfon air negligéparoift inimita
ble !
G iij
78 MERCURE
Que ne puis-je à mon gré dépeindre
ce Canal ,
Large , etendu , profond , digne d'un
Parc Royal !
Quel Theatre embelli de fleurs & de
verdure
Compare à celuy-cy fa brillante parure
?
Où rencontrer des bois qui plus haut
dans les airs
Elevent leurs rameaux épais & toujours
verds ?
Certes, tant de beautez fimples & naturelles
Meriteroient les foins des neuf Soeurs
immortelles. 8
Ce que j'ofe entracer icy confufément,
Trouveroit dans leurs mains & Por
dre & l'agrément.
En peignant la Maifon , les qualitez
du Maiftre
GALANT.
79
Dans un riche tablean fe feroient
reconnoiftre ,
Et nos neveux charmez de tes Fardins
fleuris ,
Le feroient encor plus des vertus de
ton fils.
Surun mefme terrein vos deux Maifons
unies
Marquent l'heureux accord qui joint
vos deuxgenies.
Elevez par l'esprit , honorez par le
rang
Vous l'eftes encor plus par l'union du
fang.
Pour mieux ferrer les nauds d'une
amitiéfi belle ,
Afes facrez concerts Apollon vous
appelle ,
Vous prodigue des biens que fes divines
mains
G iiij
80 MERCURE
Difpenfent rarement au refte des hu
mains.
Combien de fois , BRUNET , dans
ces fombres retraites.
Ce Dieu t'infpira - t- il de tendres
chanfonnettes ,
Dont l'Amour amusant le coeur de
cent beautez ,
Leurfit trouver Paphos en ces lieux
enchantez
Ah ! fiplein du beaufeu que Melpo
mene infpire,
Sous ces tendres ormeuxje fais parler
ma lyre ,
L'Univers apprendra par de plus
nobles chants ,
Jufques où vont pour toy mes foins
reconnoiffans.
GALANT. 8t
Le 16. du mois paffé , M' le
Marquis de Maniban âgé de
treize ans , fils unique de M
de Maniban , Prefident au
Mortier du Parlement de
Touloufe , foûtint des Thefes
de Philofophie dans fa maiſon
où tout le Parlement le trouva.
L'applaudiffement fur
general , tant il fit paroiſtre
d'érudition & de vivacité dans
fes réponſes.
M Chevillard , Hiftorio.
graphe de France , vient de
nous donner deux Cartes de
Blazon , de Chronologie &
& d'Hiftoire , des Ducs &
82 MERCURE
Pairs de France & des Ducheffes
leurs épouſes , ſuivant
la date de l'érection de chaque
Duché. La premiere de
ces deux Cartes , comprend
les Duchez de Bretagne , de
Bourbon , d'Orleans , de Bar ,
d'Anjou , de Berry , de Touraine
& d'Auvergne ; la feconde
les Duchez de Valois , de
Nemours , d'Alençon , de Valentinois
, de Longueville , de
Vendôme , de Chaftelleraud ,
d'Angoulefme , & de Guiſe.
Elles feront fuivies de cinq
autres qui comprendront le
refle des Duchez depuis , cefi
G
luy de Chares jufqu'à celuy
de Boufflers. Ces fept Cartes
feront précedées de trois autres
qui feront les douze anciens
Pairs Ecclefia (tiques , &
Seculiers Dans ces dix Cartes
fera renfermée l'hiftoire en
abregé de tous les Ducs Pairs,
de tous les Ducs fimples , &
de tous les Ducs à Brever.
L'on voit dans les deux qui
font déja gravées tout d'une
fuite , & fur une même ligne ,
l'érection du Duché, le nom
les armes & l'hiftoire de celuy
, ou de celle en faveur de
qui il a eſté érigé avec tous
T
les Ducs , & comes les Ducheffes
qui l'ont poffedé jul
qu'à prefent ; il donnera ces
Cartes à mesure qu'elles feront
gravées. Il en a fait auffi une
tout nouvellement des Armes
de Meffieurs de la Cour des
Aides , comme elle eftoit en
1672.
lors
que M❜le
Camus
,
premier
Prefident
, y fut reçu
, avec
les additions
juſqu'à
au- jourd'huy
. Il nous
va
auffi donner
inceffamment
Mef
fieurs
du Confeil
d'Eftat
, &
d'autres
ouvrages
. Il demeure
prefentement
dans
la rüe faint
Jacques
à la Croix
d'Or
, vis à
GALANT.
85
vis la rue des Mathurins, chez
le fieur Villette , Libraire.
Les nouveaux Auteurs fe
trouvent obligez quand ils
donnent leurs ouvrages au pu
blic, d'en faire une deſcription
en maniere d'Apologie , mais
comme il y a trente ans quele
Sieur de Fer a mis les premiers
ouvrages au jour , je crois qu'il
fuffit de donner ici les titres
des nouveaux qu'il a mis en
vente depuis 1698 .
L'Introduction à la Geogra
phie.
La Mappe- monde.
86 MERCURE
L'Europe.
L'Afie .
L'Afrique.
L'Amerique.
Ces cinq Cartes ſont la re
duction des grandes qu'il a
données au public. On en a
efte fi fatisfait que M' de Fer
a crû les devoir reduire en
petit.
Le Canal d'Orleans &
de Briare .
L'Ancienne & nouvelle
Thebaide.
La France , felon le traité de
Rifwick.
Les Poftes de France.
GALANT.
87
les .
Les Poftes
d'Italie.
Le Plan
general de
Verfail-
1
Les
nouveaux Plans- Hemif
pheres Celefte de M ' de la Hire
, & la
nouvelle Carte pour
fervir à
l'intelligence des af
faires des
Couronnes du
Nord.
Toutes ces Cartes font
d'une feuille
chacune , & fuivant
les
dernieres
obferva.
tions de
Meffieurs de
l'Academiere
Royale des
Sciences
avec les
changemens que ces
mèmes
obfervations apportent
à la
Geographic. M' de
88 MERCURE
Fer a efté le premier qui les
ait demontrez fur fes Cartes ,
qu'il debite toûjours dans
l'ifle du Palais , fur le quay de
l'Horloge, à la Sphere Royale.
Il donnera dans peu de jours
la premiere partie de fon Atlas
curieux , intitulé le Monde.
Et une grande Terre .fain .
te Ancienne , Moderne & Hiftorique.
Le Plan d'Amiens en quatre
feüilles avec des remar
ques curieuſes , eft de M ....
C. R. & de M' Cornet de
Coupel , Avocat du Roy d'Amiens
. Il a eſté deſſiné par M♫
GALANT. 89,
S
Desbordes , Ingenieur, & gravé
à Paris par leSicur François
Ertinges.
Voicy une objection qui a
efté faite à ce que je vous ay
envoyé dans ma lertre du mois
de Mars , touchant le commencement
du dix - huitiéme
fiecle.
A MONSIEUR
DE LA FEVRERIE.
LAdecifion que vous avez
faite , Monfieur , touchant
le commencement du fiecle
que vous établiſſez en 1601 ..
Juin 1700.
H
90 MERCURE
femble ne fouffrir plus de diffi
culté par toutes les raiſons que
vous donnez pour faire em
braffer voftre fentiment à tous
les'opiniâtres du parti contrai- >
re ; mais quoique je ne veüille
pas porter le nom des der->
niers , agréez que je vous dife
qu'il reste encore un peu de
difficulté, & que vous me ferez
plaifir d'achever de me convaincre
, afin que je puiffe décider
un cas de confcience qui
m'eft tombé en main .
Un Juge de la Grande
Chambre du Parlement de ...
eft venu ſe confeffer, & m'a dit
}
GALANT.
qu'il avoit jugé l'affaire fuivante.
En 1600. le premier Janvier
, le Marquis d'Aubure
acheca de l'Eglife Romaine
la Terre de Troile . En 1700.
le deuxième Janvier , l'Eglife
Romaine actionna le Marquis
d'Aubure pour le recou
vrement de cette Terre , Ce
Marquis oppofa la prefcription
, & prétendit garder cette
Terre difant que l'Eglife
Romaine prefcrivoit
dans
cent ans complets & revo
lus , qui fe trouvoient écoulez
depuis le premier Janv. 1600 .
2.
Hij
*
92 MERCURE
jufqu'au deuxième du même
mois 1700. Le procez a efté jugé
, & le Marquis a gagné lon
affaire avec dépens contre l'Eglife
Romaine.
Monfieur le Grand Chambrier
qui a efté pour la
prefcription
, a quelque remords
de confcience ayant lû voſtre
decifion , parce que , dit- il ,fur
voftre fondement la prefcri .
ption n'étoit pas complette :
car fi la preſcription de l'Eglife
Romaine doiteftre de cent
ans , & files cent ans y étoient
depuis 1600. premier Janvier ,
jufqu'en 1700. deuxième Jan.
GALANT. 93
viers, il y auroit un fiecle , &
c'eſt ce que vous ne voulez pas
par voſtre deciſion de Mars
1700.
Je le priay d'agréer , que je
fufpendiffe l'ablolution qu'il
me demandoit, jufqu'à ce que
j'euffe cu l'honneur de vous
faire faire une reflexion fur
cette matiere, qui n'eftant pas
examinée deux fois dans le
cas preſent par le même Au
teur , demande un examen
plus ferieux.
*
Il est donc queſtion de ſçavoir
,file fiecle a fini ; car s'il
a fini , il y en a un autre nou24
MERCURE
veau commencé. Vous con
venez , Monfieur , que cent
ans complets & revolus font
un fiecle entier , & lors que
cet écoulement fe trouve
entre deux termes differens ,
le fiecle doit eftre parfait. Or
eft- il que dans le contrat du
premier Janvier 1600. cent ans
revolus , juſqu'au deuxième
Janvier 1700.fe trouvent écou
lez. Donc le fiecle du premier
Janvier 1600.ſe trouve fini par
celuy de 1700. au fecond de
Janvier. La confequence eft
évidente , ce femble , parce
qu'elle le tire d'un principe
certain .
GALANT.
95%
Le principe eft que pour
faire un fiecle
complete, il
faut cent ans écoulez & revo
elus d'un terme à un autre.
Or depuis 1600. premier Janvier
, jufqu'en 1700. fecondi
Janvier , on trouve ces cent
ans ; la confequence
eit donct
juste d'inferer que 1700. deu
xiéme lanvier à fini
1600.premier.
Janvier , & par confe
quent le dix huitiéme fiecle a
commencé le premier Janvier
1700. car il ne faut pas plus de
temps pour remplir un fiecle ,
qu'il en faut pour remplir une
preſcription
de centans , Or
96 MERCURE
dans le cas propofé la preſcri
ption s'y trouve , par le temps.
de cent ans ; donc on doit dire
la même chofe du fiecle.
Vous dires , Monfieur , que
l'erreur vient des Notaires , à
cauſe qu'ils marquent les cho .
fes, par des termes Cardinaux ,
& il faut les marquer par des
termes Ordinaux Je conviens
avec vous que pour luivre voftre
parti les chofes fe de,
vroient faire de même , mais
on a contre vous un uſage immemorial
des termes Ordinaux
qui font prefentement
une loy , & decident les queftions
GALANT.
93
S
tions les plus effentielles , pour
le maintien des familles du
Royaumes , tant pour le For
interieur, que pour l'exterieur.
Vous me permettrez auffi ,
Monfieur , de vous dire , que
l'exemple que vous apportez
des Luftres neſemble pas decider,
parce qu'il n'eft pas queltion
de fçavoir en quel temps
les Luftres commençoient
puifqu'il dépend de la volon
té des hommes, de donner &
nommet le commencement
qu'il leur plaît pour les chofes,
mais il eft question de trouver
cent ans écoulez , depuis la
Juin 1700.
1
98 MERCURE
fuppofition du temps pour la
prefcription du premier Janvier
1600 jufqu'à 1700. deu.
xiéme Janvier. Il femble même
que le terme de cent pour
le fiecle , doit faire ce que
fait le Dimanche pour la femaine
; car il finit & commence
à même temps la Semaine
, ce qui ſe voit dans les
eિ
Bulles du Jubilé, ou nous trou
vons toûjours trois Dimanches
, dans les deux femaines
cottées par la Bulle ,& on peut
auffi bien finir la derniere oeu
vre pour gagner le Jubilé ,
par le dernier Dimanche, que
GALANT. 99
par le premier & le fecond.
J'attens voftre decifion fur
mon cas de conſcience
pour
tirer au plus vifte ce fameux
Juge de la perplexité
où il ſe
trouve. Je vous lupplie inftamment
, Monfieur , de ne me la
pas refuler, quoy que vous ayez
proteſté de ne plus écrire fur
cette matiere , & je ne fais
point là deffus difficulté de
mettre mon nom à cette lettre
, aprés vous avoir affuré de
la veneration
finguliere
, que
j'ai pour vostre perfonne , dont
j'ay lû tres fouvent avec plai
fir , les ouvrages polis & deli .
I ij
100 MERCURE
cats , qui m'ont infpiré pour
vous, Monfieur , une veritable
eftime , & le fort attachement
avec lequelje fuis , voftre , & c .
L'Abbé des Sines , Curé
de Valbonne .
Le Lundy 7. de ce mois ,
Monfeigneur le Dauphin , &
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
partirent enſemble de
Verſailles pour aller au Raincy,
maintenant appellé Livry,
où ils furent reçus par M' le
Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hoftel du Roy. Ils
coururent le Loup à leur arri
GALANT. Joi
vée , & firent au retour un
grand repas , pendant lequel
il y eut une fimphonie de plufieurs
Flutes & Hautsbois , de
la compofition du fieur Philidor
,Ordinaire de la Mufique
du Roy. L'on fe promena enfaire
dans les Jardins.
Le Mardy , l'on courut un
Chevreuil, & lors que la chaffe
fut finie , & que Monſeigneur
rentroit dans le Chateau , fon
cheval fit un écart & une glif
fade en arriere fur le Pont levis
, à deux doigts prés du
bord. Les gens de fa fuite
en furent fort effrayez ; mais
I iij
102 MERCURE
Monfeigneur fans s'étonner ,
le foûtint , & luy donna des
deux fi à propos, que le cheval
fereleva , & s'élança de l'autre
cofté. La premiere parole que
ce Prince fit entendre , aprés
avoir relevé fon cheval , fut
qu'on donnaft quelques Louis
au premier Pauvre qui fe prefenteroit,
& qu'on en donnaft
fur l'heure à un Paylan qu'on
apperçut . Il y eut repas , ou
retour de chaffe , & enfuite
promenade.
Le Mécredy il y eut chaffe
du Loup , aprés quoy , Monfeigneur
s'eftant rendu à Pa
GALANT. 103
I
ris , à l'Hoftel de Gramont ,
avec Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , M le Duc de
Gramont alla les recevoir à la
porte. Il avoit fait tendre à
l'entrée un dais tres- riche . La
cour eftoit fablée , & bordée
de pots de fleurs de toutes couleurs
, d'Orangers , & de plufieurs
autres arbres qui fervi .
rent à l'embelliffement de
cette cour. La fuite de ces
deux Princes eftoit composée
de Monfieur le Duc de Chartres
, de Monfieur le Duc ,
de Monfieur le Prince de
Conty , de Monfieur le Com-
I.iiij
104 MERCURE
te de Toulouſe , de Mrs les
Ducs de Guiche , de Ville
roy & de Bouflers , & de Mrs
les Marquis d'Antin & deSainte
Maure , de Livry , & d'O.
Dans l'inftant que Monfeigneur
commencoit d'entrer ,
le S' Pecourt parut devant ce
Prince , habillé à la Bafque ,
avec les fieurs Balon , Leſtang,
du Mirail , Boureville , du Moulin
& Germain , & douze Bafques
, avec un Tambourin ,
& un Violon du Pays . Leurs
habits eftoient de fatin jaune,
avec des cales de même couleur
, des bas de foye bleuë ,
GALANT. 105
1
1
excepté celuy du fieur Pecourt
, qui eftoit cramoily &
blanc. Les douze Bafques ha,
billez de blanc , lacez avec du
ruban couleur de feu , des efcarpins
noirs à talon rouge , des
bas couleur de feu , des rubans
bleus aux cravates , d'autres
rouges fur l'épaule , & des jarretieres
avec des grelors , ajuftement
ordinaire des Baſques
les jours des Festes celebres.
Monfeigneur s'arrefta un gros
quart d'heure vers la porte ,
pour voir dancer dans la cour
le fieur Pecourt , fuivy de fes
deux quadrilles , qui le furpri
106 MERCURE
rent d'autant plus agréable
ment,que cette façon de danfe
bafque , & la fimphoniedu tam
bourin & du Violon , luy parurent
fort nouvelle. Cette danfe
eftant finie , Monfeigneur fuivy
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne & des Princes &
Seigneurs qui compoſoient fa
Cour , entra dans l'Apparte .
ment de M: le Duc de Gra
mont , le fieur Pecourt entrant
à la tefte de fes Danfeurs
en danfant juſqu'à la Salle.
Monfeigneur paffa trois
quarts d'heure dans l'apparte
ment, qu'il trouva d'une beauGALANT.
107
té furprenante , & d'un gouft
fort agreable. Je ne vous en
feray point le détail , & vous,
diray feulement ce qui fe paffa.
de plus remarquable dans cette
felte. Aprés que Monfeigneur
eut examiné une partie
2 des Tableaux de cet Apparte .
3 ment , ce Prince fortit par la
Salle par où il eftoit entré , &
où le fieur Pecourt l'attendoit
avec les Danfeurs , tant
François que Bafques . Ils firent
encore trois tours dans
la cour devant ce Prince , &
ayant fait celuy de la grande
allée du Jardin , ils le trouvé,
!
108 MERCURE
rent au bout de l'allée couver.
te lorfque Monfeigneur y entroit
par l'autre bout . Alors
ils firent cent tours autour des
arbres , & divertirent fort ce
Prince , & toute la Cour. On
danfa enfuite une Sapatique
baſque. M' le Duc de Gramont
la commença avec le
fieur Pecourt , & s'en acquita
tres bien. Tout le monde Içait
que ce Seigneur a beaucoup
de grace dans tout ce qu'il
fait . Les Danfeurs de l'Opera
danferent cette Sapatique
Bafque , deux à deux , & les
Bafques feul à feul , à la mode
GALANT. 109
de leur Pays , aprés quoy Monfeigneur
entra dans la Galerie ,
où il a mangé. Il trouva qu'-
elle répondoit à la beauté de
l'Appartement. Son Portrait
eftoit dans l'enfoncement , or.
né de guirlandes au.deffus
d'une grande glace . Il y avoit
douze beaux Luttres , des Sca
bellons de marbre des deux
coftez , avec des Girandoles
fur chacun . La Galerie eft
grande Les Paylages que l'on
y voit peints , font tres beaux ,
& les pofitions fort avantageufes
, & tres agreables . Monſeigneur
demanda qu'il fuſt
110 ΣΤΟ
MERCURE
fervy précisément à fix heures ,
à quoy on ne manqua pas d'un
feul inftant En attendant , il
fit apporter des Cartes de Brelan
, & joüa avec Monfieur le
Prince de Conty , Monfieur
le Comte de Touloufe , & Mrs
les Marquis d'Antin & de Sainte
- Maure . Monfeigneur le
Duc de Bourgogne joüa au
même jeu à une autre table ,
avec Monfieur le Duc , Mrs
les Ducs de Guiche & de Villeroy
, & M' le Marquis d'O .
Le Jeu dura juſqu'à cinq heures
trois quarts , que Monfeigneur
alla faire un tour de
GALANT. IIT
Jardin , afin de laiſſer la liberté
du fervice aux Maiftres d'Hôtel
, qui eftoient au nombre
de quatre. Pendant qu'on fervoit
le premier fervice , le fieur
Pecourt n'oublia rien avec fes
deux
Quadrilles ,
Françoiſe &
Bafque , de tout ce qui pouvoit
contribuer au divertiffement
de
Monſeigneur . Je ne
vous parleray point de la grandeur
du repas . Il y cut cinq fervices
, & les plats furent portez
par vingt . quatre Suiffes bien
choifis , bien faits , & fort pro
pres. Le premier fervice.commença
par dix- ſept potages.
112 MERCURE
La feconde Table où eftoient
M'de Joyeux , Gouuerneur de
Meudon , les Officiers des
Gardes , & les Ecuyers de Monfeigneur
, & de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , fut fer.
vie de même , & l'on en fervit
cinq autres de viandes neuves ,
mais à la verité moins fortes .
Monſeigneur trouva tout excellent
leftoit au milieu de
la Table , & vis-à vis le lieu
appellé Montmartre , dont la
Montagne forme un Amphitheatre
tres agreable. мonſeigneur
le Duc de Bourgogne
eftoit à la droite , & monfeiGALANT.
153%
1.
gneur le Duc de Chartres à fa
gauche. Le refte des rangs ne
fut pas obſervé , tous les Prin
ces & Seigneurs qui eftoient
venus avec Monſeigneur
eftoient à la mefme Table.
M' le Comte de Louvigni fervoit
Monseigneur , & M' le
Comte de Lefcun Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
tous deux Fils de M. le Duc de
Guiche , àgez , l'un de douze
ans, & l'autre d'onze . Monfeigneur
,& мonſeigneur de Bour,
gogneen furent tres fatisfaits,
& applaudirent fort . Pendant
que les Officiers s'occupoient
Juin 1700,
K
#4 MERCURE
aux Services de Table , le Sieur
Pecourt s'occupoir fous les
arbres à fervir un plat de fon
métier. Il fit à chaque fervi
ce , cinq entrées , toutes de pas
differens , fur le même air du
Sapatique Baſque , & ces entrées
plûrent fort à Monſeigneur.
Si tot que les Maî
rres d'Hoftel avoient Servi
il entroit avec les Danceurs
de l'Opera , fuivi de douze
Bafques , du Tambourin &
du Violon , qui tous dans leur
genre firent des merveilles.
Monfeigneur dit plufieurs.
fois qu'il n'avoit jamais eu
GALANT.
ns
tant de plaifir. La preuve
la plus certaine qu'on puiffe
vous en donner , c'elt que
ce Prince demeura à table de ,
puis fix heures , jufqu'à neuf
& trois quarts , fans que la
joye ceffaft un moment , Monfeigneur
eftant hors de table,
s'alla repofer dans l'apparte
le Sieur Pecourt , & fa
fuite dançant à la tefte jufqu'à
la Salle , ou les Baſques dan
cerent avec autant de vigueur
que s'ils n'avoient fait que
commencer. L'appartement
étoit illuminé d'un nombre
infini de bougies , ce qui le
ment ,
Kij
1: 6 MERCURE
rendoit encore plus brillant
qu'il n'avoit paru le jour.
Monfeigneur , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , & tous
les Princes& Seigneurs de cette
fefte , prirent les liqueurs
qui leur convenoient il y
en avoit de toutes les fortes.
Monseigneur partit de l'Hô
tel de Gramont à dix heures
& demie , & monta en Carroffe
avec Monſeigneur le
Duc de Bourgogne. Le ficur
Pecourt qui l'attendoit à la
Salle , l'accompagna en dangant
devant lui jufqu'à fon
Carrofle , & les Bafques l'ac
GALANT. 117
compagnérent jufqu'à la por.
te S. Honoré avec leur Tambourin
& leur Violon , dan.
çant à la tefte de les chevaux.
Ce fut ainfi que finit la Fefte
qui a efté lans contredit une
des plus galantes que l'on
puiffe imaginer , Mile Duc
de Gramont fut fi fatisfait da
S'Pecourt qu'il luy donna june
tabatiere du prix de cinquanre
Louis d'Or . Il eſt à propos
de vous dire, que ce Duc eut la
précaution d'avoir fix des
meilleurs violons de l'Opera,
avec un recueil des plus vieux
1
118 MERCURE
airs , & des plus beaux de feu
M'de Lully , afin que rien ne
manquât au divertiffement de
Monſeigneur , mais ce Prince
ne voulut les entendre qu'un
moment , & dit qu'il falloit
que la Fefte finift comme elle
avoit commencé , c'eſt à dire,
à la Bafque.
>
Le Samedi 12. de ce mois ,.
à l'iffie du Salut , le Roi &
tous les Princes & toutes les
Princeffes de la Maiſon Roya
le , fe rendirent dans l'Ap
partement de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , pour
affifter aux Fiançailles de M
GALANT. 119
le Marquis de la Vrilliere , &
de Mademoiſelle de Mailly ,
qui fe firent dans le grand ca
binet de cette Princeffe , à
caufe que Mademoiſelle de
Mailly , eft fille de Madame
la Comteffe de Mailly , fa
Dame d'Atour M'l'Evêque .
de Meaux , premier Aumonier
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , en fit la ceremo .
nie en prefence du Curé de la
Paroiffe de Verfailles , & toute.
la Cour s'y trouva.
L'Ouvrage qui fuit eft de
M² de Vertron , dont la res
120 MERCURE
putation vous eſt connuë.
LES NOUVEAUX
CHASTEAUX
EN ESPAGNE .
SI j'avois gagné le gros Lot ,
J'aurois dit & fait des merveilles
Mais quandje perds , je ne dis mot,
Et tout me bleffe les oreilles .
J'aurois payé mes Creanciers ;
Ainfijamais chez moy d'Huilliers ,
Gens d'ordinaire peu traitables ,
Mais des vifages agreables.
J'aurois époufé mon Iris ;
J'aurois le plus bel attelage
Que l'on puiffe voir dans Paris ;
J'aurois pris en Ville un Logis ,
Rempli
GALANT. 121
Rempli deparquet , de lambris ,
Accompagné de Jardinage ,
Et vafte pour mon équipage.
J'aurois faitfaire des Canaux
Aux champs pour orner mes Chaf
teaux ;
J'aurois pris en Cour une Charge ;
J'aurois vécu par tout au large :
Maisjefuis plus fec que Calot, *
Je fuis muet comme un Chabot ,
C'est-à- dire (fans mettre en marge)
Que comme un Poiffon je fuisfot ;
Car pour le coup je fuis capot ,
Et m'en retourne en mon tripot ,
Poury faire bouillir mon pot ,
Cuire en ce temps le haricot ,
Et dans un autre le gigot.
Je ferois un plus fort écot ,
Si j'avois gagné le gros Lot .
k
* Graveur fameux .
Juin 1700.
L
122 MERCURE
J'ajoute une Lettre du mê .
me M'de Vertron . La lecture
vous en fera fans doute agreable.
A MADAME
DE SALIEZ ,
VIGUIERE D'ALBY,
de l'Academie de Ricovrati,
A forte attache que j'ay
Lofjours cuépour la bel euë
le gloire , m'a empêché d'en
avoir beaucoup pour la For
une. Cependant , Madame ,
·
GALANT. 123
contre Fortune bon coeur , c'eſt
ma Deviſe dont j'ay fait rem
plir mes Numero à la Lotterie
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne . Virgile qui eft de
toute maniere Vates , me flate
d'une agréable efperance du
cofté de la Cour , lieu où cerre
volage fait fon fejour le plus
long , parce qu'elle y vient tenir
de temps en temps fes affiles
. Ce Prince des Poëtes
Latins m'encourage par ce
beau Vers ,
Audaces fortuna juvat , timidofque
repellit.
Lij
124 MERCURE
22
""
92
3)
25
A luy faire la Cour elle veut
qu'on s'attache.
Souvent un importun luy fait
ouvrir
les yeux ;
Elle aide un coeur audacieux,
Et méprife toûjours le lâche,
Les Epithetes dont les Orateurs
& les Poëtes fe fervent
contre cette Aveugle , montrent
clairement la diverfité
de fes effets , fes injuftices &
fes caprices dans la diſtribution
de fes largeffes. Les noms
de Hafard , d'Avanture , de
Cas- fortuit , d'Evenement ,
d'Accident , de Rencontre ,
de Chance , d'Heur , d'Occa
GALANT. 125
fion , de Tour , de Coup , d'Etoile
, d'Etat & de Changement
, font autant de finonimes
de la Fortune , & ce que
les Stoïciens appelloient Fa.
tum , qui eft le Deftin ou la
Destinée , c'est ce que nous
appellons Sort , j'oferois dire
Lotterie , car enfin l'experience
nous fait voir que les Lots dépendent
de la Fortune , & que
les billets blancs ou noirs
viennent duSort . Les boëtesoù
l'on les met , & celles d'où on
les tire , aprés les avoir bien
tournez , font des Cornes d'abondance
pour les uns ,
& des
Lij
116 MERCURE
balons remplis de vent pour
les autres . Virgile qu'on ne
fçauroit trop citer , exprime
dans un Hemiftiche , tout ce
qu'on peut penfer de la Lotterie.
Sors omnia verfat .
Voicy comment j'ay éten
du la penſée de cet admirable
genie de l'Antiquité , qui
parle de la Fortune en parlant
du Sort .
22 . A cétte Aveugle Deïté
,, Souvent la Juftice s'oppofes
Son efprit de legereté
A fon gré tourne toute cho-
و د
"
fe ..
Quoy qu'il en foit , MadaGALANT.
127
1
me , avoir ou n'avoir pas à la
Loterie , ne decide point du
merite ny du démerite des
gens , mais feulement de leur
bonheur ou de leur malheur:
c'eſt ce qu'on nomme d'ordi
naire bonne & mauvaise Fortune.
Je fouhaite qu'elle vous
foit à l'avenir auffi favorable ,
qu'elle vous a efté contraire
jufqu'à prefent.
و و
و و
""
Sçavante , aimable , & fage:
Brune ,
Vous fçavez la raison pourquoy
Je pefte contre la Fortune ;;
Mais fi chez la Princeffe elle
s'offroit
à moy ,
Liiij
128 MERCURE
J'employerois le
gros
fervir un grand Roy.
ود
Lot à
Sa Majesté qui n'avoit pas
befoin de Louis comme
,
moy , en a pourtant gagné
einq à la Lotterie de l'Hôpital
General. M' l'Abbé Peregria
de Marfeille , dont vous
avez vû plufieurs Ouvrages ,
vient de m'apporter une Epi .
gramme qu'il a faite fur ce
fujet. Remarquez , Madame ,
que le Roy a retiré trois cens
cinq Louis , de trois cens qu'il
avoit mis.
Cinq Louis ! pour un Roy fi grand!
Sans doute le fort fe méprend.
GALANT. 129
,
Cinq Louis ! Voicy le miftere :
Les Petits - fils , le Fils , le Pere ,
Sont compris dans ce nombre heureux .
N'enjugeons plus fur l'apparence .
' Cinq Louis comblent tous nos voeux,
Et c'est le gros Lot de la France.
J'ay trouvé la pentée de cette
Epigramme fi nouvelle , que
jay cru que je vous ferois plaifir
de vous en envoyer une
Copie dans fa nouveanté.
Sur le point de fermer ma
Lettre , je viens d'apprendre
qu'un des Gardes du Corps
de Sa Majefté a gagné le gros
Lot; & en même temps un Ca
pitaine aux Gardes de mes
amis m'a fait la grace de m'ap
130 MERCURE
porter de Versailles ma boëte
que j'ay ouverte en fa prefence.
Helas ! Madame , je ne fuis
pas plus heureux du cofté de
la Cour que du cofté de la
Ville , où j'ay perdu mon ar
gent , & pour mieux dire , tout
mon or , dans l'efperance de
quelque aubaine ; mais
و د
La Fortune toujours fut aveugle
pourmoy ,
Et plus infenfible qu'un bufte .
Je n'aurayplus recours dans mes befoins
qu'au Roy,
Il eft Fils de Louis le Jufte.
Je vous ouvre mon coeur ,
comme à une bonne amie ,
GALANT.
13t
qui entre genereuſement dans
mes interefts ; car enfin , vous
devez eftre perfuadée que j'entre
même dans les voftres , &
que je fuis avec la derniere fincerité
, Madame ,
Voftre tres - humble , & tresobéïffant
ferviteur , & tresaffectionné
frere en Apollon
RICOVRATO .
Le Pere Courties , de la Doc
trine Chreftienne , Profefleur
des belles Lettres au College
de l'Eſquille , a prefente l'Ode
dont je vous envoye une Co.
pie , à l'Academie des Jeux
Floraux de Toulouſe..
132 MERCURE
SUR LE NEANT
DE L'HOMME HC
FNfans que E l'orgueil à faitnai- tre ,
Triftes fanglots , pefantes Croix ,
Pour nous forcer à nous connoiftre
Daignez-vousprefter à ma voix.
Uniffez-vous , chaine funefte ,
Remords, langueurs ,pauvreté, peſte,
Heritage de nos Дyeux 5
Je veux par la peinture affreuse ,
De voftre image douloureuſe ,
Montrer l'homme à fes propres yeux.
25
Quel objet , & Ciel ! fe prefente ?
Que de foibleffe j'entrevoi !
Une maffe informe , naiſſante ,
GALANT.
133
Viljouet d'une auftere loy.
Sans yeux, fans mains ,fans avantage
Sous les fers d'un dur esclavage,
N'a de ce qu'elle eft aucun trait.
'Homme , poudre de rien fortie ,
Du premier inftant de ta vie ,
Voila le fidelle portrait.
2
Aprés ces honteufes premices
L'homme en est-il moins malheureux
?
L'aveuglement , la pente aux vices
Mille maux , tirans rigoureux ,
Lui fontfentir que la mifere ,
Dans cette demeure étrangere ,
Eft l'apanage des mortels ;
Que leurs corps doivent fe diffoudre
Qu'ilfaut qu'ils retournent en pou
dre ,
Dans les abimes éternels.
,
14 MERCURE
Grand Dieu , nos joursfont mefurables
>
Et fi nous nous connoiſſons bien,
Devanttesgrandeurs adorables
Noftre fubftance eft comme un rien.
Tout ouvrage que l'on mefure
Selon l'ordre de la nature
Afinirfe trouve engagé,
Et tout ce qu'une fin decide
Sort àpeine de l'affreux vuide
Qu'il s'y voit d'abord replongé.
ន
د
Fiers conquerans , dont les penfées
Renfermoient ce vafte univers ,
Vos illufions infenfees
Vontfe diffiper dans les airs.
Déja voftre vertu s'efface ,
A vos noms voftre gloire paſſe ,
Vos titres vont à vos tombeaux ;
Vos trefors ont un fortfunefte ,
De ces grands biens il ne vous refte ,
GALANT. 135
Que le tempsd en fentir les maux.
&
Pourquoi tant priferla fortune
De ces Rois fifort applaudis ,
Qu'une grandeur trop importune
Livre à des defirs interdits ?
Tout paffe , une nuit éternelle
Succede à leur gloire mortelle ,
Un affreux defert à leur cour ,
Un peu de pouliere à leur Louvre
Et fous le marbre qui les couvre
Les vers font leurs Rois à leur tour,
2
>
Cette meurtrierefuperbe
Qui regne infolemmentfur nous
Ainfi qu'un inftant feche l'herbe ,
En moins d un rien nous dompte tous
Pauvres , Riches , la mort moiffonne
Tout ce que le Ciel environne
Les Grands diffipez comme un vent
Vont s'endormir dans la pouffiere ,
Et cette Majefte fifiere
126 MERCURE
Se replonge dans le neant
Qui peut compter fur le menfonge
De centphantomes orgueilleux ?
La vie humaine n'est qu'un fonge ,
Lafanté qu'un bien perilleux.
Les plaifirs , l'éclat , la puiſſance ,
Ne font qu'un nom , qu'une apparence
.
Et cesgrands mots dont noftre orgueil
Tache à s'étourdir de luy -même ,
La gloire , la grandeurfupreme,
Vontfe perdre dans le cercueil,
S
Noftre efprit.... Maisquelle manie
Vient encore nous aveugler ?
Ce rare & fuperbe genie ,
Un rien peut-il pas le troubler?
Firons- nousquelque certitude
De laplus rigoureuſes étude ?
Qui s'eftjamais défentefté
GALANT.
137
Deslongs préjugez où nous sommes ?
Vil eftat ! il n'eft dans les hommes
Qu'un long amas d'infirmité
S
Cependant l'orgueil nous domines
Noftre coeur , par un poids fatal,
Bien que noftre ame foit divine ,
Se fent entrainer vers le mal.
L'amour du monde nous enchante,
Pour le bien cette ame eft pefante.
Oneant de nos foiblesjours !
Nous n'ouvrons les yeux fur nous:
mêmes
Qu'au moment que les loix. fupréi
mes
Wontnous les fermer pour toujours .
L'Air nouveau que je vou
envoye gravé , a efté icy fort
approuvé des Connoiffeurs..
Juin 1700.
M
138 MERCURE
AIR NOUVEAU.
AH! que je fuis heureux , lefeu
qui me devore ,
Vient d'enflamer la beauté que j'ai
dore :
La BergerePhili's oubliantfa rigueur
M'aime autantqueje l'aime,& m'a
donnéfon coeur.
Je me croi obligé de vous
faire part de la Relation d'un
divertiffement public qui fefit
le mois paffé à Chateau
Renard , Ville dans le Gaftinois
, en réjouffance de l'heu
reufe fanté du Roi On y
marque de petits détails , où
re
mies ont fait à ceux qui
dront les imiter. Si l'o
139
me
on
if
&&
veut faire reflexion on tro.
Mij
138
A
A
Viet
Lai
M
fai
di
en réjouffance de l'heu
fanté du Roi. On y
rque de petits détails , où
GALANT. 139
il femble que je pourrois me
paffer d'entrer, mais il fera bon
de vous les faire fçavoir , puif
que c'eſt par ce recit fimple &
naturel , que vousverrez mieux
le zele des habitans dece lieu
là , pour leur Augufte Souverain.
D'ailleurs comme l'établiſſement
qu'ils ont fait
peut eftre caufe que plufieurs
feites femblables s'établiront
beaucoup d'autres endroits,
je fuis bien aife de faire
connoiftre , ce que les premiers
ont fait à ceux qui voudront
les imiter . Si l'on y
veut faire reflexion on trouen
Mij
140 MERCURE
les
vera que deux raifons rendent
ces feltes d'une tres grande
importance. Non feulement
elles font voir à la jeuneffe &
aux peuples l'amour que
merveilleufes qualitez du Roi
infpirent à ceux qui les gouvernent
, ou qu'ils doivent regarder
comme leurs fuperieurs
, mais elles apprennent
à tirer à beaucoup
de gens ,
qui aprés cette forte d'exercice
peuvent eftre utiles à l'Etat
dans les Troupes , dans les
arriere bans , & dans d'aucres
occafions . Si cette fefte ne fe
trouve pas confiderable par
une grande dépense , elle eſt
GALANT. 140
proportionnée à ceux qui l'ont
faite ; & qui ne fçait pas que
l'Aumône de la bonneFemme
de l'Ecriture, fut plus agreable
à Dieu , que ce que les autres
offrirent d'une plus grande
valeur Ainfi je vais dire na
turellement comme la fefte
de Chasteau Renard a efté
imaginée , & quelle en a efté
l'execution: Cela pourra fervir
aux autres villes pour perfectionner
celles qu'elles vou
dront faire.
Chaſteau - Renard n'est
qu'une petite ville , aujour
d'huy peu connüe , eftant
142 MERCURE
écartée des grandes routes , &
fans commerce : mais autrefois
c'étoit une place d'im
portance , & il y avoit une Citadelle
tres forte laquelle für
démolie en 1627 par ordre
du Roi. Sa Majesté n'a pas
laiffé d'y mettre toûjours un
Gouverneur , jufques à prefent.
Cette ville elt fituée au
pied d'une belle & grande cô.
te de vignes expofées au midy,
& fur le bord de la riviere
d'Oüanne dont une lon
gue & large prairie le trouve
arrofée .
La Terre de Châteaurenard
GALANT. 143
appartenoit il n'y a guere au
Prince d'Orange, aujourd'huy
regnant en Angleterre . Il la
vendità M ' Amat du temps de
Mr le Cardinal Mazarin , &
aprés la mort elle fut vendue à
M' Daquin , premier Medecindu
Roy , qui peu de temps
aprés la donna en mariage à
fon fils aîné lequel en eft actuellement
Seigneur , & porte
le nom de Chafteau Renard .
Tout le monde fçait que le
Roi le nomma Intendant de
la Generalité de Moulins en
Bourbonnois , quoi qu'il ne
fuft point Maistre des Requê
S
$44 MERCURE
tes ; il eft aujourd'hui Prefi
dent au Grand Confeil.Madame
fa femme , qu'on ne peut
affez louer pour les rares qualitez
, eft une Dame tres bien
faite , & d'une piete finguliere.
C'eft par fes foins & fes
charitez qu'on a rétabli dans
Chateau Renard l'Hôtel-
Dieu qui eftoit ruïné. Cette
petite ville fe diftingua dans
les réjouiffances generales
qu'on fit pour la paix , & l'on
peut dire qu'il n'y a point de
peuples au monde plus affectionnez
leur Prince que
pour
le font les habitans. Ce grand
amour
GALANT. 145
amour qu'ils ont pour le
Roi , peut venir de ce qu'ils
le regardent , non feulement
comme leur Monarque , mais
comme leur Seigneur naturel
, Chafteau- renard eftant
un ancien Domaine Royal
engagé.
Ce fut dans cette loüable
émulation que vers les festes
de Paſques , quelques habitans
des plus diftinguez , dirent
dans une converfation
fur cette matiere qu'il falloit
faire quelque divertiffement
public ,, pour le réjouir de
Juin 1700.
No
146 MERCURE
l'heureuſe fanté de Sa Majefté.
Cette pensée n'eut pas
plutoft efté declarée , que toute
la ville fe trouva difpofée
à l'executer , & dés le même
jour il fe forma fur la place
un peloton d'honneftes gens
paflionnez pour faire une fêre,
qui reprefenterent qu'il n'y
avoit point de temps à perdre
pour la commencer des le
premier jour de May . Ainfi
s'excitant les uns & les autres,
ils allerent tous ensemble en
parler aux Magiftrats de la
Ville qui approuverent leur
deffein , y applaudiffant &
GALANT. 147
M² Bour . louant leur zele.
going fieur de la Vôve , Procureur
du Roy , homme de
de merite , aimant la joye, &
tres digne fils d'un pere mort.
dans la même charge , ayant
declaré qu'il vouloit ettre de
la partie , route la trouppe
s'affembla chez luy pour déliberer
de quelle maniere on
feroit cette réjoüiffance . Enfin
il fut arrefté que l'on tireroit
l'Oiseau pendant le mois de
May ; qu'à cet effet on feroit
une Compagnie, dans laquel
le on ne recevroit que des
perfonnes honorables qu'on
Nij
148 MERCURE
nommeroit les Chevaliers du
vive le Roy , jufqu'au nombre
de cinquante, & non davanta .
ge pour éviter la confufion ,
& que chaque perfonne payeroit
vingt livres pour fubvenir
aux frais de la Fefte , & pour
acheter les prix , qu'on don .
neroit à celui qui feroit le Roi
de l'Oifeau , & à ceux qui en
abbattroient les ailes ou quel
que éclat , & qu'afin qu'on ne
puft rien innover , on feroit
un reglement qui feroit figné
par toute la compagnie.
Il fe trouva dans cette affemblée
quarante perfonnes des
GALANT. 149
plus diftinguées du lieu , de ce
même fentiment , au nombre
defquelles il y avoit plufieurs
vieillards avec des cheveux
tout blancs : car vous fçaurez
que l'on vit communement
dans cette petite ville jufques
à cent ans & plus , & qu'on y
en voit plufieurs qui en ons
quatre vingt dix , & qui font
vermeils & vigoureux , montent
à Cheval, & font tout ce
que feroit un homme qui n'en
auroit que quarante . Ainfi on
n'y voit poins de goûteux , ni
d'infirmes comme l'on en voir
ailleurs . On impute ce bon
Nin
190 MERCURE
heur , à la bonté des vins du
païs qui font un vray elixir de
vie , qui conferve la vigueur ,
& preferve de toutes les in
commoditez que peut caufer
le grand âge. Voicy en quels
termes fut conçû le regle
ment que ces quarante perfonnes
lignérent
.
En
réjouiſſance
De lheureuſe ſanté de noftre
tres - bon Roy
LOUIS XIV. Sutnommé
LE GRAND.
Toûjours Victorieux , & toûjours
Pacifique.
GALANT. 152
Qui s'eft mis au deffus de tous
les Triomphes
Méprisant la gloire qu'il pouvoir
acquerir
A furmonter tous les Potentars
de l'Europe
,
Liguez enfemble contre luy ,
Eftimant qu'il luy feroit plus
glorieux dedonner la Paix
àlaplus belle partie du Monde,
Dans un temps où il eftoit en tous
heux fuperieur àfes Ennemis ,
NOUS
,F
Nie
TOUS , Habitans de la Vilte
de Chasteaurenard , fous
fignez fous le bon plaifir de Sa
Majesté , avons fait enfemble le
Niiij
152 MERCURE
prefent Traité , Statuts & Regles
de Chevalerie pour tirer l'Oifean
pendant le mois de May , à com.
mencer cette année 1700. & tous
les ans à l'avenir , pour nous rejouir
du long & glorieux Regne
du Roy , noftre tres bon Sire.
1
...
PREMIEREMENT , il ne
fera admis en noftre preſente
Compagnie que des perfon
nes honorables jufqu'au nom .
bre de cinquante , qui feront
nommées les Chevaliers du
Vive le Roy , & chacune confignera
par avance la forame
de vinge livres pour ſubvenis
GALANT. 193
1.
aux frais de noftre réjouiffance
, & avoir des prix honne ftes
pour le Roy de l'Oiseau , &
pour ceux qui en abatront les
aîles , ou quelque éclat.
Nous avons nommé M¹ le
Procureur du Roy pour noftre
Commandant , & jufqu'à ce
qu'il y ait un Roy de l'Oiseau ,'
if donnera l'ordre , & fera Juge
des incidens affifté de fix
Chevaliers.
C
>
HI.
Nous avons auffi nommé
pour Commiffaire ou Trefo
rier de noftre Compagnie M
114 MERCURE
Piochard , entre les mains duquel
nous confignerons tous
chacun la fomme de vingt livres
pour les frais & les Prix
de noftre réjoüiffance , & luy ;
avons donné pouvoir d'achetei
înceffamment , & dans le
premier jour de May prochain!
une épée & un ceinturon de
valeur de trois Louis d'or ,
avec deux flambeaux & une
taffe de vermeil doré ; le tout
pefant trois marcs d'argent ,
& un Diamant de trois Louis
d'or , pour le Prix de celuy qui
abatra l'Oiseau ; & fix paires
de gands , chacune de la valeur
8
A
GALANT. 155
d'un Louis d'or pour donner
à ceux qui abatront la tefte ,
les aîles , la queue , cu qui en
emporteront quelque autre
partie , & fi perfonne ne gagne
les gands , le Roy de l'Ois
feau en difpolera à la volon
τέ.
IV.
On fera un appareille plus
propre qu'on pourra pour nôtre
réjoüiffance , & le jour qu'
on plantera l'Oifeau , il fera
porté avec tous les Prix à la
tefte de la Compagnie , marchant
en ordre militaire , Enfeigne
déployée , au ſon des
156 MERCURE
tambours & des fifres , par les
Places & les ruës les plus confiderables
& en cet ordre on
fe rendra dans l'Eglife Paroif ,
fiale , où l'on chantera l'Exau..
diat , & autres Prieres pour le
Roy; puis on ira planter l'Oi
feau , dans un lieu choifi , où
l'on allumera un feu de joye ,
autour duquel la Compagnie
fera trois decharges , avec ac
clamations de Vive le Roy ...
& le lendemain elle recournera
fur le lieu dans le même or
dre tirer l'Oileau .
V.
Chaque Chevalier tirera
17
GALANT. 157
trois coups par jour . Noftre
Commandant commencera
,
& tirera deux coups à chaque
' tour, dont le premier ( era'pour
Sa Majesté. Les fufils feront
chargez d'une même poudre
commune , fournie par le Treforier
, & par un feul homme
capable , qui fera nommé par
la Compagnie. Le Comman .
dant & les Chevaliers , avant
que de le mettre en poſture
pour tirer , feront obligez de
faluer la Compagnie , en di .
fant , Vivele Roy , & celuy qui
manquera à cette Ceremonie
payera vingt fols fur le cham
158 MERCURE
VI.
Si quelqu'un coupe la verge'
qui tiendra l'Orfeau , le coup
ne vaudra rien , & il fera tenu
de la faire rétablir à fes dépens,
VII.
Aucun de la Compagnie
ne pourra s'en retirer ny s'ab.
fenter pendant le mois de
May , fans caufe legitime , &
fi quelqu'un eftoit negligent
de payer la fomme de vingt
livres , dont on eft convenu
pour la contribution , il y fera
contraint par execution mili,
taire .
GALANT. 159
VIII. :
Celuy qui abatra l'Oiseau
fera proclamé Roy de l'Oi
feau. Il aura tous les Prix que
l'on a specifiez , & le furplus
des deniers confignez luy fera
pareillement délivré , & luy
appartiendra , pour regaler la
Compagnie. On le conduira
en triomphe par les ruës les
plus remarquables , jufque
dans fa mailon ; on plantera
un May àfa porte , & il demeu
rera Chef de la Compagnie
pendant toute l'année , & juſ
qu'à ce qu'un autre ait abatu
le nouvel Oifeau , qu'on plan160
MERCURE
tera le premier jour de May
de l'année fuivante .
Tous lesquels Articles cy.
deffus , Nous foulignéz , pro.
mettons executer , obferver ,
& entretenir , & les faire executer
, entretenir & obferver
par ceux qui feront à l'avenir
admis en noftre Compagnie,
avec tout l'honneur que doi
vent faire de veritables Chevaliers
devoüez au Roy. Fait
à Chafteau.Renard le treiziċme
jour d'Avril 1700.
Ce Traité fut ainfi fait & figné
de toute la Compagnie, M'le
GALANT. 163
Procureur du Roy
commença
le premier à configner
la fomme
dont on eftoit
convenu
, entre les mains du Sieur
Piochard , & tous en firent de
même ; il ſurvint
encore cinq
autres
perfonnes
qui furenc
admiſes
aux régles du traité ,
& qui payerent
pareille
contribution
mais il s'en prefen...
ta auffi
plufieurs
que l'on refufa.
Dés ce jour la , on compta
quarante
cinq Chevaliers
effectifs , avec un fond de
neuf cens francs , entre les
mains du
Commiffaire
; &
M le
Procureur du Roy
Juin 1700.
家
162 MERCURE
ayant pris la parole , parla
ainfi à toute la Troupe .
**
MESSIEURS.
Puifque vous m'avez fair
I bonneur de me choisir pour
vôtre Commandant , je vous:
affure que je n'oublieray rien
pour bien feconder vos nobles in.
tentions. Noftre deffein eft loua .
ble , & je ne doute point que
noftre zele ne ſerve d'exemple.
Permettez moy feulement de vous
tant d'honneftes gens s'édire
que
tant engagez à faire une réjouiffance
ausujet du long & heureux
regne de Sa Majesté, nous ne des
vons rien épargner de noftre petit
GALANT. 163
fondpour executer noftre entreprife
d'une maniere un peu éclarante ,
afin que ce que nous ferons puiſſe
donner de l'émulation à toutes les
autres Villes du Royaume . Si elles .
font mieux que nous parce qu'elles
font plus riches , nous aurons di
moins l'avantage d'avoir com
mence. Ainsi , Meffieurs , tachons
defairefi bienfurvant noftre petit
pouvoir , que nous en ayons route
la gloire. Ce n'eft pas toûjours la
grande dorure qui donne la bonne
grace aux actions , il n'y a
manieres , qui les faffent trouver
agreables . Chacun peut icy dire
fon avis , on choiſira le meilleur
que
les
O ij
164 MERCURE
auquel je foumettray le mien aveć
plaifir...
Toute la compagnie ré .
pondit à ce difcours par un
applaudiffement unanime , &
tous firent connoiftre un ex² .
treme defir de bien faire les
choles. Il y avoit dans la trou
pe des gens tres capables de
donner de jolis deffeins, mais,
le fond que l'on avoit ne répondant
pas à la dépense
que l'on auroit ſouhaité de fai
re. Voicy ce qu'on arreſta .
Qu'on feroit ven ir de Bria.'
re deux Mafts de Sapin , &
qu'on les enteroit l'un fur
"
GALANT.
165:
F'autre pour en faire un d'unes
élevation confiderable , lequel
feroit peint d'azur , &
fleurdelife , qu'à la hauteur
de neuf pieds par le bas , om
y feroit à l'entour une inſcri.)
ption de Vive le Roy en let
tres d'or ; qu'à dix pieds encore
au - deffus de cette infcription
, on feroit une efpecer
de Hune , fur laquelle on pla
ceroit quatre Guidons de dif
ferentes couleurs , en memoire
des quatre fameufes Ba
tailles gagnées par le Roi
dans la derniere guerre , &
qu'au faifte de ce maft onat
166 MERCURE
tacheroit la Banderolle de
France refpectée par toutes
les mers.
Que la charpente qu'on fe-.
roit pour tenir le maſt en
état, feroit pareillement peinte
d'azur & fleurdelifée , &
qu'on y attacheroit de tous
côtez des Feftons & des Cartouches
remplis de voeux pour
la confervation de Sa Majeſté .
Que l'oifeau qu'on avoit refolu
de tirer , feroit attaché
fur le Faifte de ce maft au
bout d'une verge de fer , de
la longueur de fept pieds.
Et qu'enfin outre les quatre
GALANT . 167
Guidons , on feroit faire un
Drapeau de taffetas blanc , ou
feroit écrit des deux coftez en
grandes lettres d'or , Vive le
Rot.
Ce petit deffein ainfi refolu
, l'on chargea quatre des
plus entendus de la compagnie
de le faire executer. L'un
monta à cheval , & s'en alla à
Briare d'où il fit venir deux
trés beaux mafts . L'autre alla
à Fontainebleau d'où ilamena
des Peintres. Les autres
firent toutes les provifions
neceffaires pour le deffein , &
mirent en beſogne tous les
168 MERCURE
Charpentiers & les Menui
fiers du lieu.
Tandis que ces differens
Ouvriers travailloient tous à
la fois chacun à ſon ouvrage,
les Chevaliers fe relayoient
pour y tenir la main , afin que
tout fuft fait promptement
& proprement , de forte que
tout fe trouva fini , & en état
d'eftre dreffé le dernier jour
d'Avril , mais comme on ne
put pas tout faire ce jour là
& que le lendemain premier
jour de May , il y avoit Foire
à Chafteau Renard , les Chevaliers
voulant que l'appareit
de
GALANT. 169
-
de leur réjoüiffance fuft vû .
par les Etrangers dans fa perfection
, firent agir les Ouvriers,
& agirent eux mêmes
avec tant d'ardeur , dés la
-petite
pointe du jour , qu'à fept
heures du matin on vit la ban.
derole de France , attachée au
faifte du Maft , & volant au
grẻ du vent .
Les quatre Guidons de differentes
couleurs furent placez
fur la Hune , comme un Trophée,
& tout autour delaHune,
ily eur des feftons de branches ?
de Laurier , & de fleurs , avec
des Ecuffons de France , &
Juin 1700 .
P
170 MERCURE
des Vive le Roy en lettres d'or
entre-mélez.
1
La Charpente faite pour
tenir le Maft en eftat , le trou .
va tout de mefme ornée &
couverte de pareils Feftons *
& de Cartouches remplis de
voeux pour Sa Majefté ; le
tout avec tant de ſymetrie ,
que les gens du meilleur gouſt
auroient efte fatisfaits de la
maniere dont ce petit appareil
eftoit dreffé. Ce Maft
eftoit admirable par fa hauteur
prodigieufe , & par l'éclat
de l'azur , & des Fleurs de-
Lis.
`
GALANT. 178
On vic auffi le Drapeau
neuf deployé au deffus de la
porte du Commandant
. A
cofté on avoit expolé l'Oiseau
entre deux Ecuffons de France
environnez de Feftons ; &
au deffous de l'Oiseau eftoit
un Cartouche , remply d'un
Vive le Roy en lettres d'or.
On vit encore un bucher
preparé pour faire le feu de
joye. En même temps on entendit
les Tambours & les
Fifres battre l'affemblée dans
toutes les rues pour donner
lieu aux Etrangers venus à la
Foire d'eftre informez de tous!
Pij
17 : MERCURE
ces preparatifs , & exciter les
moins curieux à les venir.
voir.
Cela eut fon effet , & ce
fpectacle attira toute la Foire,
La foule y fut fi grande pen.
dant tout le jour , qu'on fut
obligé d'y mettre des gardes
pour empelcher le defordre,
qui auroit pû arriver , poil
qu'il refta dans la Ville ce
jour là plus de fix cens perfonnes
Etrangeres , pour voir
la ceremonie qu'on devoit
faire le foir.
Sur les quatre heures de
l'aprefdinée, les Tambours &
2
GALANT. 173
la
les Fifres ayant battu par
Ville le dernier coup d'affemblée
, tous les Chevaliers ha
billez fort proprement , avec
des noeuds d'un beau ruban
bleu au trouffis du Chapeau
& à l'épée , ſe rangerent fous
le Drapeau à la porte du Commandant
. Chacun ayant pris
fou rang , felon fon âge ou fa
qualité , le Commandant fe
mit à la tefte , la demi - pique
à la main , & fit battre la marche.
L'Oiseau & les Prix eftoient
portez par deux Gardes , l'é-
-pée au coſté & le Moufqueton
"
P iij
174 MERCURE
pendant à la bandouliere. Ils
marchoient quelques pas
avant le Commandant , qui
eftoit fuivi de quarante cinq
Chevaliers effectifs , allant
deux à deux avec une noble
fierté dans une diſtance raifonnable
, & chacun obfervant
parfaitement bien fon
rang & fa diftance. L'Enfeigne
deployée eftoit portée
par un jeune homme bien
fait , choifi par la Compagnie ,
& placé au troifiéme rang au
milieu de deux Tambours &
de deux Fifres .
Dans ce bel ordre ils paffe.
GALANT. 175
rent par la pluſpart des ruës
de la Ville & fe rendirent
dans l'Eglife Paroiffiale où le
Clergé les attendoit avec les
autres Officiers du Corps de
Juſtice , qui n'eſtoient pas de
la compagnie des Chevaliers ,
& qui s'y eftoient rendus
en Robes de Palais. L'Eglife
eftoit remplie d'une foule extraordinaire
de monde , tant
de la Ville que des Marchands
Forains que la curiofité avoit
arreſtez . On y chanta les Prieres
qu'on a coutume de chanter
pour le Roi , en action de
graces de fon heureuſe fanté.
Piiij
176 MERCURE
Cette Ceremonie-achevée,
les Chevaliers fortifent de
l'Eglife dans le même ordre
qu'ils y eftoient arrivez , &
.
lorfqu'ils furent auprés du
Maft , on le fit baffer pour y
planter l'Oiseau . Les Charpentiers
avoient fait une machine
par laquelle on pouvoit
baiffer ce Maft & le relever
quand on voudroit , quoiqu'il
fût d'une hauteur exceflive, en
forte que quand il fut relevé ,
l'Oifeau ne paroiffoit pas plus
gros qu'un Pinfon .
Aufli - tôt on apporta deux
flambeaux de cire blanche ,
GALANT. 177
dont l'un fut
prefenté au premier
Magiftrat
, & l'autre au
Commandant
des Chevaliers ,
qui mirent enfemble
le feu
au bucher , & les Chevaliers
firent trois décharges
l'une
aprés l'autre , à toutes lefquel
les on fit des acclamations
de
Vivele Roy. On fut furpris de
voir fortir du pied du Maft
plufieurs
Fufées volantes
qui
firent un tres bel effet . C'étoit
T'ouvrage
de deux Bourgeois
qui avoient tenu la choie fe
Crette .
La Compagnie des Chevaliers
ne put fe retirer en bon
788
MERCURE
ordre , tant la foule eftoit
grande. Enfin peu à peu on .
fe retira , & bien - tôt aprés
on vit des feux allumez dans
toutes les ruës , & des tables
dreffées pour manger publi .
quement,
On forçoit à boire tous
ceux qui paffoient , on forma
des danfes dans tous les carrefours
, & toute la nuit fut
employée à cette rejoüiffance.
Le lendemain qui estoit le
Dimanche , tous les Cheva,
liers fe raffemblerent fous le
Drapeau à la porte du Commandant
, $& aprés que le
GALANT. 179
fort cut decidé du rang que
chacun auroit pour tirer l'Oi.
feau , ils marcherent dans le
mefme ordre que le jour pré
cedent , Enfeigne deployée ,
au fon des Tambours & des
Fifres , & fe rendirent au pied
d'une grande & magnifique
Tente qu'on avoit fait dreffer
au Camp de l'Oifeau ,
une diſtance de fix- vingt pas
du Maſt , dans laquelle il y
avoit des tables pour poſer
les Fufils , & plufieurs Cantines
de bon vin , des jambons
& des langues de boeuf pour
tous ceux qui voudroient boi
180 MERCURE
"
re & manger. L'endroit pour
tirer fut marqué à cent pas
mefurez du pied du Maft . Le
Commandant ayant obſervéla
ceremonie de falüer la troupe
en difant Vivele Roy , tira le premier,&
tous les Chevaliers enfuite
firent la meſme chofe
chacun dans le rang que le fort
Jui avoit donné , ce qui fut
fait jufques à trois fois .
誓
Il y en eut plufieurs qui
: donnerent dans la carte. Le
Chevalier de la Fontaine de
fon fecond coup ayant frappé
la Verge , ébranla fi fort l'Oi
feau qu'il en fit tomber les
GALANT. 181
י
ailes , qui n'eſtoient que colées
, & fur le champ on luy
delivra une paire de gands :
d'un Louis d'or. Le Chevalier
de Mony , fort bien fait de fa
perfonne , qui autrefois à fervi
dans la Maifon du Roy:
& qui eft aujourd'huy Fermier
General de la Terre de Château
Renard , fit auffi de fon ;
fecond coup une contufion
au ventre de l'Oiseau ; mais
n'en ayant point emporté
d'éclat il n'eut point de
gands pour cette fois , & c'eft ,
ce qui fut fait de remarquable
ce jour là.
182 MERCURE
Le lendemain , quelques
Chevaliers ayant fait reflexion
fur le coup du Chevalier de la
Fontaine , prétendirent qu'-
ayant fait tomber les aifles
fans toucher l'Oiseau , le coup
ne devoit rien valoir , qu'il
n'avoit point merité les gands ,
& qu'il eftoit obligé par les
Statuts de faire rétablir les
ailes de l'Oifeau . Toute la
Compagnie s'eftant foulevée
fur ce fentiment , elle en alla
faire fa remontrance au Com
mandant , lequel fit venir le
Chevalier de la Fontaine , qui
foutint au contraire que le
GALANT 183
coup eftoit bon , ayant eſté
approuvé , puifqu'on luy avoit
délivré le Prix , & que tous les
Chevaliers avoient continué
de tirer un fecond tour fans
I s'en plaindre , qu'ainfi il n'étoit
plus temps de le contester.
Le Commandant ayant affem ?
blé fon Confeil, decida qué le
coup ne valoit rien , que le
1 Chevalier feroit rétablir les
ailes , & que cependant les
gands luy demeureroient .
1
Is tirerent ainfi trois Diman-
Eches confecutifs , ainfi que le
jour de l'Afcenfion , qui fue
la quatrième journée. Je n'en
184 MERCURE
treray point dans le détail de.
tout ce qui s'y paffa . Je vous
diray feulement
que la pluf
part des Chevaliers
donnoient
prefque à tous coups dans la
Carte. M' de la Fontaine
.
frappa encore deux fois la
verge ; d'un coup il la plia , &
de l'autre il la coupa ner à un
demy pied de l'Oifeau qui
tomba. L'on fit fur l'heure
refouder la verge , & replacer
l'Oiseau , & l'on continua de
tirer. Le Chevalier Tardif, âgé
de plus de foixante ans , qui
eft Capitaine du Chateau , &
qui a fait plufieurs Campagnes
-
GALANT.
185
·
au Service de Sa Majefté , de
trois coups differens abatit le
col , une aile , & la queuë , & il
eut trois paires de Gands . Le
Chevalier de Mony , de deux
autres coups differens abatic
l'autre aile , & un éclat du ventre
, & il eut auff deux paires
de gands . A toutes les journées
qu'on tira, il fe trouva toûjours
une grande foule du monde ,
tant de la Ville que des lieux
voifins , & l'on fir plufieurs partis
de confequence , touchant
celuy qui feroit le Roy de l'Oifeau.
Les uns parioient pour
M' de Mony , d'autres pour
Juin 1700.
186 MERCURE
M Tardiff , & plufieurs pour
M' Blonder Lefnel , bon Bour.
geois , qui a les cheveux tout
blancs. Le Chevalier des
Fourneaux , Fils d'un Brigadier
des Gendarmes Ecoffois
qui fut tué au Service du Roy ,
penfa jetter l'Oiseau par terre.
Mr Garnier Avocat , qui tire
de fort bonne grace , en ap.
procha deux fois de bien prés-
Enfin il fut abattu le jour de
l'Afcenfion , du quinziéme
coup du fecond tour , par Mr
Roulx des Ranains , qui eft
un homme adroit & bien entendu
en toutes choſes. On
GALANT. 187
peut dire même qu'il n'igno
roit rien , s'eftant rendu habile
dans le ſervice du Roy . II
eftoit Officier d'Artillerie dans
la derniere Campagne de M²
de Turenne en Allemagne:
Enfuite il alla fervir fur mer
où il a fait plufieurs Campagnes
, Officier fur le Vaiffeau
du Roy le Bon , monté par M'
de Gabarer , premier Chef
d'Eſcadre de M le Comte
d'Eftrées aux Indes Occiden .
tales ; Officier fur le Vaiffeau
du Roy le Hazardeux , monte
encore pat M' de Gabarer en
1680. dans les mêmes Indes
Qij
188 MERCURE
Officier Major dans le Faucon,
monté par le même Chef en
1682. dans les Illes de l'Amerique
; Officiet major dans l'llluftre
monté par le même
Chef dans la Flote de M' de
Preuilly , Vice-Amiral fur la
Mer Baltique ; dans le Marin :
monté par M Chabert en
courfe aux coftes d'Angle .
terre ; fur l'Excellent , monté
par M' de la Mothe Geneville
, fur les coftes d'Afrique
& dans l'Arc- en - ciel , monté
parM de Colbert Saint Marc,
pour paffer M' le Maréchal de
Schomberg en Portugal , &
21
GALANT. 189
= de là au détroit dans la Flore
de M le Maréchal d'Eftrées ,
ce qui l'a rendu un excellent
homme de Marine . Son coup
fendit Oileau en deux , & la
balle s'applatic contre le bout
de la verge . Il fut donc
proclamé
Roy de l'Oileau , & tous
les Chevaliers en cette qualité
luy rendirent tous les honneurs
qui estoient dûs à fon
rang. Il fut mené en triomphe
par toutes les ruës de la Ville ,
à la tefte de la Compagnie en
belle Ordonnance , jufque
dans fa maifon . Le foir de ce
même jour , tous les Cheva
190 MERCURE
liers , au fon des Violons , des
Tambours, & des Fifres , plantérent
un May à la porte , au
deffus de laquelle ils attachérent
des feftons avec des écuffons
de France , & des Vive le
Roy. Tous les Prix luy furenc
donnez avec le furplus de l'ar
gent refté dans les mains du
Treforier , qui luy rendit compce
de toute la dépenſe que
Fon avoit faite. Le Mardy ,
premier jour de Juin qui eftoit
la derniere fefte de la Pente
cofte , le Roy de l'Oiseau re
gaa magnifiq uement toute la
Compagnie & les Amis , penGALANT.
19
dant toute la journée ; le foir ,
il donna le Bal aux Dames ,
ayant fait venir les meilleurs
Violons du Pays. Ce jour fut
la fin de ce divertiffement public
, entrepris en réjoüiffance
du long & glorieux regne
du Roy. On recommencera
l'année prochaine de la même
forte , & comme ce fera tou.
jours avec même zele , on eft
fort perfuadé que la fefte fera
digne d'eſtre vûë.
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftinguées , qui
font mortes fur la fin du mois
12 e
MERCURE
8
paffé , & au commencement
de celuy cy.
.
"
Meffire Jean- Baptiste Bou
eher , Confeiller du Roy en
tous les Confeils , Prefident au
Mortier au Parlement de Metz,
& auparavant Conſeiller au
Chaftelet, I laiffe deux Garçons
& une Fille.
Meffire Henry- Louis , marquis
de Sainte Hermine , Seigneur
de la Laigne & du Rofeau
, Capitaine commandant
les Vaiffeaux du Roy. Il eft
mort à cinquante deux ans .
Meffire Eftienne Charlet ,
Seigneur d'Efbly , des Garennes,
GALANT .t
193
nes , Tourvoy & autres lieux ,
Mailtre d'Hoftel ordinaire du
Roy. left mort fans Enfans , &
laiffe fa Veuve N. Ribier , de la
Famille de laquelle eftoit le fameux
Guillaume Ribier, Confeiller
d'Etat, qui mourut à qua.
tre vingt- cinq ans en 1663. &
quis eftoit fait diftinguer dans
l'Affemblée des Etats , tenue à
Faris en 1614. Il eftoit Fils de
defunt Etienne Charlet
Doyen des Requeftes du Pa
lais , & de N. Bernage.
Mr Gineft , Maistre des
Comptes de Montpellier. Il
eftoit Pere de M. Gineft ,
Juin 1700 ,
R
94 MERCURE
Conſeiller au Chaſtelet , & de
Mel'Abbé Gineſt.
Meffire François le Vaffeur,
Chanoine Regulier de Saint
Jean de Soiffons , Prieur Curé
d'Auchy le Chateau , & l'un
de M's de l'Academie Roya
le de Soiffons . C'eftoit un
des beaux efprits de la Provin
ce , qui fe faifoit aimer de tout
le monde par les manieres
agréables & engageantes , &
qui rempliffoit merveilleufement
bien fes devoirs de Pafteur.
Dame Marguerite Vitart
de Paffy , épouse de Meffice
GALANT.
195
Louis de Bengy , Confeiller
du Roy , Correcteur en fa
Chambre des Comptes.
J'ajoûte une mort dont les
particularitez font fort ſurprenantes
, c'eft celle d'une Demoifelle
de l'Ile d'Oleron ,
appellée Marie Marguerite le
Berton de Bonnamie , âgée de
quarante fept à quarante huit
ans. Elle avoit toûjours vécu
dans une tres grande devo
tion , fans vouloir entendre
parler de mariage. Le Samedy
elle veilla à fon ordinaire avec
toute la famille jufqu'à dixheures
du foir , qu'elle fe re
Rij
196 MERCURE
tira fur les dix heures . Lelendemain
matin ayant eu une
revelation qu'elle devoit mou
rir dans quelques momens ,
elle en avertit Madame la
mere avec qui elle couchoit ,
& la pria d'envoyer chercher
un Confeffeur , ce qu'elle obtint
aprés avoir fait beaucoup
d'Inftances. Un Recollet vint,
& la confeffa. On envoya
chercher auffi un Chirurgien,
& tous deux luy demanderent
plufieurs fois quel étoit fon
mal. Elle proteſta toûjours
qu'elle n'en fentoit aucun ,
& cependant elle voulut reGALANT.
197
cevoir le Saint Viatique, quoi
1 qu'on s'yoppofaft , parce qu'el
de avoit le pouls auffi reglé que
l'ont ceux qui font dans une
fanté parfaite. Elle le reçût ,
ainfi que l'Extreme- Onction ,
avec des marques d'une joye
fenfible , & mourut un quart
d'heure aprés avec la tranquillité
d'une perfonne qui s'endort.
Si ces circonstances vous
furprennent , vous ne ferez pas
moins éronnée de ce qui fuit.
On l'enterra dans une Chapelle
de fa famille , dédiée à
fainte Anne , dans l'Eglife Patoifale
de faint Pierre , & en
Liij
198 MERCURE
y
creufant fa foffe , on trouva
le corps d'une Demoiselle
entier & tel qu'il eftoit lors
qu'on l'y mit , avec des cheveux
blonds auffi beaux qu'el.
le les avoit eus pendant la vie,
quoi qu'il y ait plus de foixan .
te ans qu'elle foit morte . On
remit ce corps dans la terre ,
mais ceux qui étoient prefens
luy ofterent des braffelets &
des reliquaires qu'elle avoit
aux bras. Les braffelets qui
font d'une paſte qu'on appel.
le de baume en ce pays - là ,
fentent encore auffi bon que
s'ils venoient d'eftre faits.
GALANT. 199
Melire Jean Guinet , Sei-
Igneur d'Arthel , Othiou , Sof
fin & autres lieux , Maiftre ordinaire
en la Chambre des
Comptes de Paris , & Doyen
du Semestre de Janvier. Il
avoit foixante - treize ans . Meffire
Jean Guynet , Seigneur
d'Arthel , fon Fils , Maiftre des
Requeftes, & auparavant Con.
feiller au Parlement , a épousé
Dame Anne du Bois de Guedreville
Fille de Sebaſtien du
Bois de Guedreville , Maiftre
des Requeſtes , & Prefident au
grand Confeil , & il en a un Fils
Abbé , & une Fille mariée à
R iiij
200 MERCURE
M' du Four de Nogent , Secretaire
des Commandemens
de S. A. R. Madame.
Dame Françoiſe de Villers ,
Veuve de Meffire François de
Bourgongne , Seigneur de
Mautour , Capitaine au Regi
ment de la Reine Mere , morte
en la Terre de Mautour en
Brie , à l'âge de foixante- dixhuit
ans . Elle eftoit Fille de
Meffire Gabriel de Villers ,
Seigneur de Loüan & Auflon ,
Capitaine au Regiment de
Rambures , & Gouverneur
des Ville & Chafteau de Meun
fur Yevre , & de Dame Edmée
152
GALANT. 201
le Roy. Je vous ay parlé de
l'ancienne Maifon de Villers ,
dans ma Lettre du mois de
Mars dernier , au ſujet de la
mort de Dame Elifabeth de
1 Villers d'Aurolles fa Soeur.
Quant au fieur François de
Bourgongne , dont elle eſtoit
Veuve , il eftoit Fils de Dieudonne
de Bourgongne , Seigneur
de Mautour , qui fut
Maréchal des Logis des Gardes
du Roy Henry IV. &
Exempt des Gardes de Louis
XIII. & il eut pour Frere
Meffire Louis de Bourgongne,
Colonel du Regiment d'In
4
02 MERCURE
fanterie du Prince de Conty,
Maréchal de Camp , & nommé
au Gouvernement
de
Dampvilliers un peu avant ſa
mort , à l'âge de trente- fix ans.
Cette Famille eft originaire de
Lorraine , defcenduë de Jean
de Bourgongne , Seigneur de
Parey S. Oüain en partie , qui
fut ennob y en l'an 1464 pour
recompenfe de fes fervices militaires
, par René d'Anjou ,
Roy de Jerufalem , & de Sicile,
Duc de Lorraine & de Bar.
Madame de Mautour , qui
vient de mourir , a laiffé deux
Filles , dont l'une a épousé M
GALANT. 203
Moreau de Mautour , Auditeur
de la Chambre des Comptes
, connu par les Poëlies
Galantes
, & par fes Traductions.
Le Pape ayant donné de fon
propre mouvement au Pere du
Buc , Religieux Theatin Fran
çois , la Chaire des Controver
les dans le fameux College de
Propaganda Fide de Rome , il
en prit poffeffion le Lundy de
Quafimodo 19. du mois d'Avril
dernier , par un Diſcours
latin remply d'Eloquence
&
d'erudition , qu'il fit en preſen
204 MERCURE
ce de plufieurs Cardinaux ,
Evêques , & autres Prelats , &
beaucoup de Seigneurs & de
Perfonnes de qualité. Sa S.
a témoigné par cette nomination
une grande diftinction
pour ce Pere , ayant reconnu
en luy un grand zele pour la
Foy, & un talent extraordinaire
pour la converfion des He.
retiques , dont il en a fait revenir
un grand nombre des
plus fçavans d'entre eux , &
des plus enracinez dans leurs
erreurs ; auffi eft il le premier
de la Nation Françoife qui air
Occupé cette Chaire . Le Pape
GALANT. 205
a engagé celuy qui la tenot
depuis quarante ans à s'en démettre
& luy a donné une
penfion confiderable pour le
recompenſer , afin d'y mertre
le Pere du Buc , qui a déjà ren.
du de fi grands fervices à la
Religion , & particulièrement
en Italie . Il a commencé à faire
fes leçons de Controverses ,
& a deja beaucoup d'Ecoliers
d'Allemagne , de Hollande ,
& de diverles Nations d'Orient.
La fituation où se trouvent
les affaires de Riga , Capitale
de la Province de Livonie ,
206 MERCURE
devant faire fouhaiter d'en
voir le Plan , je vous avertis
qu'il y en a un fort exact qu'on
debite fur le Quay des Morfondus
, à l'Enfeigne de l'Etoile.
Ce Plan eft accompagné
d'un Difcours , qui non feu .
lement fait connoiftre tout
ce qui regarde les fortifica .
tions de cette Place , mais.qui
en explique toute l'hiftoire,
& les Sieges qu'elle a ſoutenus
.
Le Sieur Rouffel demeu.
rant rue Saint Jacques , au
Lion d'argent, a grayé le premier
Livre d'Airs ferieux , & à
GALANT.
207
#boire , compofez par M' des
Fontaines , & dédiez à Mon.
feigneur le Duc de Chartres.
- Il
continuera tous les trois
mois à donner un Livre du
même Auteur . La
réputation
de M ' des Fontaines a donné
depuis longtemps au Public
la curiofité de voir fes Ouvrages
gravez. Ce témoignage
univerfel de fa
capacité ne
permet pas de douter que fes
Airs ne foient bien receus On
continue à vendre chez le S
Rouffel des Airs
fpirituels ;
les Ouvrages de M³ Philidor
l'ainé , & ceux de M ' Mar.
208 MERCURE
chand Organiſte , & ordinaire
de la Mufique du Roy.
Le Marquis
témoigné ces jours paffez à
Monſeigneur le Duc de Bour
****
ayant
gogne , qu'un Barbe de fon
Ecurie , appellé le Superlicocantieux
, luy plaifoit d'autant
plus , qu'il feroit fort convenu
à la marquife
fon Epoule, pour
la porter à la promenade
en
fa Province . Ce Prince luy demanda
ce qu'il aimoit mieux ,
ou de ce cheval , ou d'une
Penfion qu'il follicitoit depuis
longtemps
auprés de luy. Ce
Marquis ayant répondu mo
GALANT. 209
deftement , qu'il ne vouloir
que ce qu'il luy plairoit , Monfeigneur
le Duc de Bourgo.
gne luy fit à l'inftant don du
Superlicocantieux .Le repentir
qu'il a depuis fait paroiftre
de n'avoir pas choifi la Penfion
, préferablement au che
val , a donné occafion à la
Requefte que je vous envoye.
Elle eft de M' de B ……….. atta
3 che à la Cour par une Charge
qui l'y retient toute l'année ,
& qui ne fait pas de Vers auffi
ſouvent que les perſonnes de
bon gouft fouhaiteroient
Juin 1700.
$
210 MERCURE
REQUESTE
DU
SUPER LICOCANTIEUX
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
LE
Superlicocantieux
Qui paffe pour Cheval , & n'eft rien
moins que Befte ,
Afon Prince , cheri des Cieux ,
Unjour, rongeant fon frein , hannit
cette Requefte.
GALANT 201
Petit-Fils du plusgrand des Rois ,
Aquel indigne employ m'avez- vous
fait defcendre ,
Moy) , qui vous fus cher autrefois,
Autant que Bucephale à fon Maistre
Alexandre.
$
Qu'ay-je fait pour eftre exilé ?
Ay-je bronché fous vous , à la Chaffe ,
en Revue ?
Suis-je cornu , fuis-je enfellé ?
Ayje quelque défautqui choque votre
vië ?
23
Celle à qui vous me deſtinez,
Eft , à ce qu'on publie , une Beauté
charmante ;
Mais lorfque vous m'abandon
nez,
Puis -je me confoler, fuft- elle Bradamante
?
Sij
212 MERCURE
F'enfremis ,j'en tremble d'effroy.
Moy, porter une Femme ! Ah! Prince
, quelle injure !
Suis-je devenu Palefroy,
Ou d'une baquenée ay-je enfin l'encolure
?
C
S
Paffe encorfi l'on me prifoit
Tout autant quejevaux ; mais fçachez,
je vous prie ,
Ce que voftre Marquis difoit ,
En me voyant manger l'avoine à l'écurie.
Parquelle vaine ambition ,
Un grand Prince à mon choix met→
tant ma récompenſe , ·
Sur une bonne penfion ,
Cheval , t'ay-je donné la folle preferance
?
S
GALANT.
213
a
Dans quatre ans , plus toft ou plus.
tard ,
On verra défaillir tes forces épuifees
;
t
Frontin , Bridedor , & Bayard
Sont aller paiftre l'herbe aux Plai
nes Elifees.
S
Avec plus de fidelité
~Ma cbere penfion m'euft fervi , ce me
femble ;
Elle ne m'auroit point quitté ,
Et le Brevet & may nous ferions:
morts enfemble.
2
Par de paisibles animaux .
-Le Sexe en nos Cantons eft trainé
dans des chaifes :
A monterfur leursgrands chevaux
Trayje donc apprendre aux Beautez
Nivernaifes ?
214 MERCURE
Ma Femme , à ne la pointflatter,
Sur ce hardi fauteur perdroit bientoft
la felle و,
Et fije l'y laiffois monter ,
On croiroit que je cherche à me défaire
d'elle
D'unpareil difcours irrité,
Je refufay lavoine & mon oeilparat
morne
Le Marquis me crut dégouté ,
Et mefis fur le champ donner deux
coups de corne.
25
Prince , rempliffez les fouhaits,
Et vous m'affranchirez d'un rigou
reux fupplices
Accordez luy d'autres bienfaits ,
Et me laissez l'honneur d'eftre à votre
ſervice.
GALANT 215
S
Ne me livrez pas en fes mains
A vous feul appartient un Barbe de
ma taille
Ainfi puifiez- vous fur mes reins
Pour la premierefois gagner une Ba÷taille...
On m'a fait part d'une Relation
qui marque ce qui s'eft
paffé à Spahan , Ville Capita
le de Perfe , pendant le fejour
de M ' l'Archevêque d'Ancire,
Vicaire Apoftolique , Am.
baffadeur de Sa Sainteté , de
Sa Majesté Imperiale
Grand Duc de Tofcane , &
autres Rois . Je vous en envoye
une copie.
du
216 MERCURE
De Spahan , 12. Octobre 1699.
Dans le temps que M. l'Archevêque
d'Ancire vint en Perfe ,
les Miſſionnaires
étoientfort perfecutez
des Armeniens. Ilfemble
que la divine providence ait fufcité
ce fage & Zelé Prélat pour
mettre le calme dans la tempefte
naillante , & pour arreſter lafu
reurde ces Schifmatiques
mutinez
contre l'Eglife
les Difciples
de Jefus Chrift . Ce digne Arche
vêque estant perfuadé que le Saw
veur de nos ames ne demande autre
Science de fes Apoftres que la
donceur
GALANT.
217.
l'humilité de coeur , a douceur
tellement apprivoisé ces efpritsfa .
rouches par fes careffes , que ceux
1 que nous ne pouvions aborder ,
qui nous fuïoient comme aulant
deféducteurs , & qui avoient nô.
tre nomen abomination , commen.
cent à nous approcher & à nous
faire accueil. M. d'Ancire a ob
tenu des Ordres du Roi de Perfe ,
dans lefquels il eft marqué que les
Armeniens
communiquent avec
nous en matiere de Sacremens de
autres Sepulture , de Prieres
Ceremonies Ecclefiaftiques ; enfin
qu'ils font foumis au Souverain
Pontife.
Juin
1700.
T
218 MERCURE
•
la
Le Chefdes Armeniens , qu'on
appelle Calantar en langue du
Pays , vint rendre visite à Son
Excellence avec d autres Mef.
fieurs de la même Nation , On
fit arborer l'étendard de fa Saintesé
& celuy de fa Majesté Im.
periale , la Croix d'un cofté &
Croffe de l'autre. Son Excellen.
ce prit d'abord la Croix , & dit ;
que l'adorable original de cette co .
piefoir mon juge & ma condam
nation , fi je fuis venu ici pour
vous tromper & vous féduire ,
fi je cherche autre chose que vôtre
falus & la plus grande glove de
Dieu. Les Armeniens répondi
GALANT. 219
rent; que demandez vous de nous?
Nous fommes prêts à vous obeïr
comme à noftre Pere , Son Excel-
·lence leur dit , je ne demande de
l'union qui s'eft faite de- -vous que
puis
plus
de deux
cens ans dans
le Concile
de Florence
, entre
vôtre
Nation
, les Grecs
& l'Eglife
Catholique
. Ils repliquerent
, s'il
y a deux
cens ans que nous fommes
feparez
de l'Eglife
, ilfaut
bien tout au moins deux cens heures
pour penſer à s'y reünir. Ils
promirent cependant qu'ilsferoient
certe union , &qu'ils en écriroient
àfa Sainteté & à Sa Majefté
Imperiale.
Tij
220 MERCURE
auffi
Deux ou trois jours après les
Evefques & les Religieux vin.
rent voirfon Excellence ; elle leur
fit encore plus d'accueil qu'elle
n'avoit fait auxfeculiers , on n'au
roit pas reçû leur propre Patriarche
avecplus de pompe & de magnificence.
Ils donnerent d'au
belles paroles , pour le moins , que
les laïques , faffe le Ciel que ce
ne foient pas des paroles feulement
, s'ilfaut jugerfelon les apparences,
ilfemble que tout eftfair:
mais des gens accoutumez à la
fourberie à la duplicité des &
Orientaux , ne doivent pas s'en
tenir là , ni fe laiffer éblouir par
GALANT. 221
*o
le chant de la Syréne .
Environ buit jours aprés M.
dAncire alla voir les Armeniens
à Zulpha, Fauxbourg
de Spahan,
tes étendards
déployez les trom
pettes fonnantes
, la Croix & la
Croffe devant lui. Quand nous
5 fumes hors la ville , nous rencon
trames des Cavaliers qui venoient
au devant de fon Excellence
. Si-
1oft que nous firmes prés de Zulpha
, nous apperçûmes
un grand
concours de peuple hors du Fauxbourg
& une grande multitudefur
les toits ; le nombre desgens
étoit fi grand , qu'on ne pouvoir
marcher dans les ruësfans ſe pref-
Tu
232 MERCURE
fer les uns les autres. Quand nous
cúmes paffé la grande Place , appellée
Méidam en langue vulgai
re , nous rencontrames tous les
Prêtres Armeniens , de chaque
Parroiffe , en habits Sacerdoraux ;
L'encenfoir à la main , accompa .
gnez de treize bannieres , avec un
grand nombre de cierges d'une
grandeur & d'une groffeur monf
treufe ; tous ces Preftres encenfe
rent M. d Ancire , chantant des
Hymnesjufqu'à l'Eglife du grand
Convent. L'Archevêque vint
en habits Pontificaux recevoirfon
Excellence à la porte du Convent,
la conduifit dans l'Eglife juf
GALANT.223
3
• ques fur le marchepié de l'Autel
-il luy dit , Monfeigneur
, preniz
poff-fion de l'Eglife e du Con .
vent , vous en ferez deformais le
maiftic abfolu. Il fit affeoir Son
Excellence fur fon propre faurežile
ordonna à tout lepeuple
de lui venir baifer la main . Pen-
M. d'Ancire fut dans
3
A dant
que
3 Eglife on fit fonner toutes les
cloches , aprés cela on lui fit
voir tout le Convent . On le con
duifit dans une chambre , & on.
lui fit des prefens . Cela étant
fait , on alla diner Les Religieux
& les Evêques de ce Convent ;
regalerentfon Excellence magni-
Tii
224 MERCURE
fiquement , & chanterent des
Hymnes pendant le repas Enfin
its luy firent tant d'accueil &
tant d'honnefteté , que le peuple
l'union et déja faite :
croit
que
mais il n'y aura rien de fait que
les Prêtres ne foient convertis
les premiers : fi ce grand Convens
fe convertiffoit , on viendroitfa
cilement à bout de tous le refte ;
car ilfait quand il veut un Patriarche
à fa mode , & il parle
actuellement de dépofer. celuy d'au
jourd hui .
a
M. d'Ancire afaitparfa dou
ceur ce qu'aucun autre Ambaſſadeur
n'auroit fait par la force des
GALANT.
225
armes . Son Excellence va en Ambaffade
au Grand Mogol , pour
faire fa Miffion dans ce pays là.
Plaife à Dieu qu'elle apprivoise
les Idolatres & les Infideles dans
・ce vafte Royaume , comme elle a
fait les Schifmatiques dans ce-
• Luicy.
Mademoiſelle Lheritier
favorite desMufes quieft toû
jours inftruite des premieres
de tout ce qui le pafle au Parnaffe
, m'a donné moyen de
vous faire voir les deux pieces
qui ont remporté cette
année le Prix aux Jeux Flo
226 MERCURE
raux de Touloufe . Ces deux
pieces qu'elle a pris le foin
de m'envoyer étoient accom
pagnées d'une lettre qu'elle
a adreffée à une de fes Amies,
& dans laquelle eft un tres
bel Eloge de Madame le
Malenfant, Prefidente Douai
riere de Pamiers , dont l'Elegie
vient de remporter le prix.
On y voit auffi celui de Ma
dame de Caulet de Beau :
mont, de la Mailon des Com
tes de Chateauneuf de Tour.
nel , fameufe dans le Langue ."
doc , & des plus diftinguées
parmi les Barons de Tour
}
GALANT. 227
qui Prefident aux Eftars du
Givaudan . On les a nom-
-mez Barons de Tour , parce
qu'il y en a huic qui Prefi
dent chacun à fon Tour.C'eft
fur la mort de Madame de
Caulet qu'a efté faite l'Elegie
victorieufe que vous allez
lire.
ELE GIE
Quizad
LT
le
a remporté le Prix par
Jugement de l'Academie
des Jeux Floraux 1700 .
Sous des arbres épais qu'un deftin
favorable
228 MERCURE
Pritfoin de garantirduferimpitoyable
,
Nonchalamment alife Orante gemifloit
Sur les cruels malheurs qu'elle fe retraçoit.
Tantoft pardes foupirs & des torrens
de larmes ,
Enfant impetueux defes vives allarmes
,
Tantoft par des difcours confus &
languiffans
Elle exprimoit l'excés de fes ennuis
preffans,
Sans relache livrée au transport qui
l'entraine
Elle ne fonge plus qu'à la perte d'Ifmene
Sans ceffe rappellant ce trifte fouvenir
Orante aime toujours à s'en entretenir.
GALANT.
229
S
Monftre denaturé, dit- elle , Mort
terrible ,
Sourde aux cris des humains , à leurs
voeuxinfenfible
Et quipour le débris de ce vafte Univers
Voles en même temps en cent climats
divers ,
De quels aveugles traits ta ragefut
Suivie
Quand tu tranchas le cours d'une fi
belle vie !
Mais en nous feparant ta jalouſe
fureur
Ne fçauroit la bannir un moment de
mon coeur.
On me verra toûjours attentive à fa
gloire ,
Etde noftre amitié confervant la memoire
230 MERCURE
Au fort de mes ennuis faire connoitre
à tous
Cette belle union qui regnoit entre
nous ?
Ouy , mon coeur enchanté par le beau
caractère .
Par les attraitspiquans, par la vertu
fincere
Qui fur l'aimable Ifmene attiroient
*tous les yeux
Eutpour elle des foins tendres , officieux.
Parun heureux retour qui combla mon
attente
Ifmenefeconda mon amitiénaiſſante .
Rien ne pouvoit troubler mes mutuels
accords
De nos coeurs attachez par les nauds
les plus forts ;
Helas ! c'eftoit pour nous une loy neceffaire
GALANT .
231
D'employer tous nos foins à nous voir,
à nous plaire ,
Famais dans cette étroite & tendre
liaifon
-Le dégouft ne verfa fon dangereux
poifon.
Unjour , ( à mon efprit cejour revientfans
ceffe)
Dans ces doux mouvemens qu'infpire
la tendreffe
Et qu'excite le gout d'un plaifir innocent
,
-Chere Orante , dit-elle alors en mem
braffant ,
Meprifons enfaveurde l'amitiécharmante
[ lente.
L'Amour, écueilfatal , paffion vio-
-L'une eft une vertu chez les fages
Mortels ;
-L'autrefouvent au crime éleve des
Autels.
222 MERCURE
Libres dujougfuperbe où ce Tiran attache
A l'abri des poifons qu'il déguife ou
qu'ilcache ,
Livrons-nousfans referve aux tranf
ports raviffans
Qu'à longs traits l'amitié répandra
dans nos fens.
Ifmene , c'eft ainfi que vous m'avez
aimée ;
Acepenchantfi doux mon ame accoutumée
En goûtoit pleinement les folides ap-
[ pas !
pas.
Que de biens m'a ravi ce funefte tré-
Helas ! je le prévis , & l'abfence
cruelle
M'annonça tout le poids de ma douleur
mortelle ,
Un noir preffentiment en fecret m'avertit
GALANT. 233
De mon fort malheureux , lors qu'If
menepartit.
Je fens à tout moment que mox
chagrin redouble ;
Ce matin le fommeil a feul calmé
mon trouble
Je croyois voir d'Ifmene en un fonge
enchanteur
Le port majestueux , l'engageante
douceur.
L'imagination à ce charme attentive,
Rameine à mon eſprit la peinture nai--
ve
De ce brillantamas d'eftimables trefors
Dont le ciel enrichit & fon ame &
fon corps.
Par l'eclat du Soleil cette legere image
Agreable à mesfens paffe commu un
nuage.
Juin 1700..
234 MERCURE
Par le reveil rendue à mes gemiffemens
,
Qu'eftes - vous devenus trop precieux
momens ,
M'écriay-je , où s'enfuit l'Ombre de
mon amie ?
Que ne fuis-je aujou d'huy pour toujours
endormie ,
Sommeil delicieux ,favorable repos
Quels plaifirs m'ont donné vos tranquiles
pavots ?
Orante àces difcours meflez de tendres
plaintes
D'un nouveau defefpoir eprouve les
atteintes:
Ses douloureux accensfont retentir les
bois ?
Les Echos d'alentour repondent àfa
voix ,
Les oifeaux attendris font an trife
ramage,
GALANT. 275
Zephire ne vientplus careffer lefeuillage,
Tout languit en ces lieux , toutyfem
bleperir,
Efmene ne vit plus , Orante veutmou
L
rir:
•
La lettre de Mademoiſelle
Eheritier , dont je vous ai
déja parlé , contient tour ce
qui regarde le merite de Madame
de Cauler de Beaumont
, & fait connoiftre fon
mariage , fa Maifon , fes enfans
, & la parfaite union qui
étoit entr'elle & M de Cau
let fon mari . Elle eft tres -
bien écrite & feroit admirable
Vij
236 MERCURE
dans un recueil d'ouvrages
d'efprit , où l'on ne le prépa
re à lire que ce que l'Auteur
y veut employer ; mais les
portraits des particuliers
quand ils font fort longs , nė
conviennent point aux lettres,
que je vous adreffe , où le
public cherche des nouvelles .
Je ne puis cependant me dif
penſer de vous faire part d'un
Madrigal que Mademoiſelle
Lheritier a envoyé à la fpirituelle
Dame qui a remporté
le prix de l'Elegie.
GALANT.
237:
A MADAME
DE
MALENFANT.
I Ors.que vous remportezune illuſtre
L
victoire
· Sur tant de celebres rivaux ,
Orante , vos doctes travaux .
Vous donnent une double gloire.
Vous avezfi bienpeint la fidele amitié
Que vous reffentiez pour Ifmene
Que cette image émeut d'une noble
pitié.
23. Koftre Mufe attendrit , elle plaiſt „
elle entraine ;
On admire vos Vers , on plaint voftre
douleur;
Enfin voftre ouvrage vainqueur-
Ou brille une grace infinie
238 MERCURE
Fait triompher voftre bon coeur
Autant que votre beau genie:
Voici une Epitaphe que la
même Mademoiſelle Lheritier
a faite à la priere de M.
Caulet , pour la faire graver
fur le Tombeau de Madame
de Caulet fon Epouſe.
Toy , qui fur ce Tombeau viens
fixer tes regards ,
Apprens qu'un tendre époux , pour)
une époufe illuftre ,
En qui mille vertus brilloient de tout`
leurluftre,
Fit ici travailler la Trouppe des
beaux Arts.
Avec cent agrémens fincere , genereuſe
GALANT. 239
Ferme dansfes devoirs , bonne, douce,
pieufe ,
Notre fiecle admira la modefte
Tournel.
Auli pour les vertus dont elle estoit
ornée:
Son Epoux enflame d'un amour é--
ternel ,
L'aima quinze moiffons avantfon
Hyménée
Et dix huit depuis la journée
Qui l'unit avec luy dis ce noeud fo-
Lemnel
Cet époux qui brûla d'une flame fi
belle
Fut Caulet de Beaumont ; fon feu
pur & fidelle moyen alkates
Sera d'un noble exemple à la pofteri-
Du trépas de Tournelfon ame defolée
Arrofe de fes pleurs ce Trifte Mau
folée,
240 MERCURE
Fufqu'à ce que du Ciel la fupreme
bonte
Daigne finir le cours de fa doultur
amere J
En luyfaifant revoir une Epoufe fi
chere
Dans le fein de l'éternité.
L'Ode qui a remporté le
prix cette année aux même
Jeux Floraux de Touloufe ,
eft de M l'Abbé Modoix ,
dont la rare pieté & le merite
ne font pas moins eſtimez
que le fçavoir. En voici une
copie.
Non,
GALANT.
24
LE DELUGE.
Non, ce n'estpoint vous que j'im
plore ,
Fabuleufes Divinitez,
Et le beau feu qui me devore
N'emprunte rien de vos clartez.
Un plus noble defir me preſſe.
En vain le profane Permeffe
Tient pour moyfes canaux ouverts
L'Efprit faint eft mon feul refuge,
Pour chanter le fameux Deluge
Qui fubmergea tout l'Vnivers.
S
2
Ileft temps , à Dieu des vengeances,
De punir ces baches humains
Dont les perfides infolences
Ont mis lafoudre dans tes mains.
Leurs iniquitez entaffées ,
Juin 1700. X
242 MERCUR E
Etjufques au comble pouffées ,,
Ont aigri ton amourjaloux.
C'est trop épargner ces rebelles ;
Efteins leurs flammes criminelles
Dans les torrens de ton couroux .
Deja de leurGrotte profonde.
Les vents fortent avec fureur ,
Et répandent par tout le monde
L'effroy , le defordre & l'horreur.
Les orages & les tempeftes
Font trembler ces coupables teftes
Que lire celefte pourfuit :
L'air eft plein de nuages fombres ,
Et l'affreux amas de fes ombres
Annonce l'éternelle nuit.
Que d'éclairs ! quel bruit de tonnerre!
Le Ciel vangeur de tant de maux
S'ouvre pour inonder la terre
GALANT
143
Il tombe fur elle àgrands flots:
Ruiffeaux , Etangs , Fleuves , Rivieres
,
Rompant leurs plus fortes barrieres ,
En tous lieuxfont retentir l'air ;
Ils vont d'une courfe rapide
Se rendre à la plaine liquide
Pour ne faire tous qu'une Mer
S
Groffi par un tribut immenfe ,
Cet élement impetueux
S'enfle avecplus de vigilence ,
Et montre un tombeau plus affreux.
Il ne connoitpoint les limites
Qu'une loyfupreme a prefcrites
A fes indomptables efforts ;
Malgré cetordre inviolable ,
La Mer brife cefrein de fable ,
Qui la tient captive enfes bords.
S
La mort dans ces flotans abmes
X ij
244 MERCURE
Se promene de toutes parts ,
Et de fes nombreufes victimes
Eleve des monceaux épars.
L'adreffe des bras la plusforte
Cede à la vague qui l'emporte ;
Chaque flot devient un écüeil.
L'artdes hommes eft inutile
Et pour eux le plus feur azile
Eft bien- tot unfatal cercueil.
$
ر
Les plus hauts arbres des campagnes
,
Le faifte des fuperbes tours ,
L'orgueilleuxfommet des montagnes ,
Ne prefentent qu'un vainfecours.
Sur ces retraites orageufes ,
La Peurfous des formes hideufes ,
Exerce unfunefte pouvoir.
C'eft-là que le plus fier courage
Fremit à l'afpelt du naufrage
Et s'abandonne au defefpoir.
GALANT. 24)
Par tout regne un cahos étrange :
Que de cris ! que de burlemens !
Quel épouvantable mélange
D'hommes , de monftres , d'élemens !
Les eaux à lafinparvenuës
Au deffus des croupes chenues
N'ont pour rivage que les Cieux ;
Rien n'échape à ce trouble extreme
Toutperit , & les oifeaux mefme ,
Malgré leur vol audacieux.
S
>
• O chef d'oeuvre de cent années
Et d'un Artifan fi vantė
Toy qui des ondes mutinées
Braves lorgueilleuse fierté.
Bois falutaire , Arche flotante ;
De l'Eglife image éclatante ,
Et de la Foy le digne prix ;
Tu doisfeule eftre garantie ,
Et de la nature engloutie
x ij
246 MERCURE
Reparer les triftes débris.
S
Rens graces aufouverain Maitre ,
Redouble tes voeux enflamez ,
Noé , les beaux jours vont paroître,
L'orage & lesflots font calmez.
Voy Pinnocente Meffagere
Raporter d'une aile legere
L'heureux fimbole de la Paix
Voy cet Arc que la nuë étale
Plus brillant que Por & Popale
Nous la confirmerpour jamais.
• L'ouverture de l'Affemblée
du Clergé qui ſe tient à Saint
Germain en Laye , fe fit le on .
ziéme de ce mois. Les Prelats
& les autres Députez qui la
compofent s'eftant rendus à
GALANT: 247
Verſailles dans un apartement
du Chateau qui leur avoit eſté
preparé, M ' le Comte de Pont
chartrain , Secretaire d'Etat ,
vint les y prendre , & M le
Marquis de Blainville , Grand
Maiftre des Ceremonies , &
M' des Granges , mailtre des
Ceremonies , les conduifireht
à l'audience du Roy . Les Gardes
du Corps eftoient en haye
dans leur Salle , & les deuxbattans
des portes
furent ou
verts. M' l'Archevêque
Duc
de Rheims , premier Pair de
France , Prefident de l'Affemblée,
porta la parole , & dit au
'X inj
248 MERCURE
Roy qu'il venoit luy prefenter
les profondsrefpectsde l'Eglife
de France ,& que les facrez Miniltres
qui l'accompagnoient,
étoient les dépofitairesdes fentimens
de leurs Provinces; qu'il
avoit l'honneur de parler au
nom de tous , & qu'animé de
leur même efprit, il ne pouvoit
exprimer la joye qu'ils avoient
d'approcheren Corps du plus
augufte Trône que Dieu ait élevé
fur la Terre. Après avoir
ajoûté qu'il laiffoit à d'autres
le foin difficile de retracer toutés
les merveilles du regne de
Sa Majesté , voicy les termes
GALANT. 249
'dont il fe fervit pour expliquer
leslentimens que leur inipiroit
la Religion , fur ce qui peut
faire la veritable gloire d'un
Prince. Ces Empereurs Chreftiens
dont on admire tant la prof.
perité , difoit Saint Auguftin
nous ne les appellons pas
beureux
pour avoir efté au comble de lafortune
Cen'eft pas pour avoir regné
longtemps avec éclat , pour avoir
pú laiffer à une Maifon floriffante
la fucceffion paifible de leurs conqueftes
& de leurs Couronnes ,pour
Voir mis le bon ordre , la feureté
& l'abondance au dedans de leurs
Etats , ou pour avoir reprimé au
250 MERCURE
dehors des Ennemis dangereux:
Ce n'est pas pour tous ces avantas
ges temporels que des Empereurs
Chreftiens doivent estre estimez
heureux par des Chreftiens . Ce
font là de ces biens fragiles que
Dieu a quelquefois accordez à des
Princes méme Idolâtres . Nous
eftimons les Rois veritablement
grands & heureux , quand ils
regnent avec juſtice nous les
admirons , quand au milieu des
honneurs qu'on leur doit & qu'on
leur rend , ils fefouviennent
qu'ils
font hommes , quand ils craignent
Dieu qu'ils le font craindre ,
lors qu'en un moi ils font pour
GALANT. 251
Dien ce qu'il n'y a que les Rois
qui puiffentfaire. Voilà les biens
folides , voilà cettegloire pure
fublime que Dieu ne donne qu'aux.
Princes qui font felon fan coeur.
Quellefatisfaction pour nous , Sire,
concinua ce Prelat , de reconnoiftre
dans cet admirable Portrait
de la main dugrand Auguftin , les
traits& les caracteres de V. M.
Qu'y a t il en effet de plus confolant
fur la terre, que d'y obéir à un
Roy que la Souveraine Puiffance
n'éleve pas tant au deffus des bommes
, que fa pieté l'abaiſffe devant
Dieu, le fait defcendre dans
tous les befoins defes Sujets. A
296 MERCUR E
A
Dieu neplaife queje tâche de donner
à VM de vaines louanges .
Elle reflemble par tant d'endroits
à l Empereur Theodoſe , que je
crows pouvoir prendre la liberté de
luy dire aprés Saint Ambroise ,
qu'elle aimeroit beaucoup mieux
entrendre de la bouche des Evêques
un avis falutaire , qu'un Eloge
flateur. Auffine feroit il pas à un
Succeffeur du grand Saint Remy,
de flater l'augufte Succeffeur de
Clovis . Non , vous ne souffrirez
jamais , Sire , que ny moy , ny au .
cun autre éblouis des rayons de la
majesté qui vous environne , nous
venions à oublier la fource de la
GALANT. 253
A
lumiere , d'où découle tout don par-
•fait ,felon l'expreffion d'un pôtre.
Que vos autres Sujets , que les
Etrangers mêmes, s'épuifent donc
à vous donner des loüanges , telles
que vous les meritez · & que l'é
loquence les fçait donner aux
Grands hommes du fiecle Quils
vous nomment Louis le Conquerant
, le Belgique , le Batavique,
le Sequanique , le Germanique ;
qu'ils impriment fur l'or , fur le
bronze fur le marbre les celebres
monumens de vostre histoire
& de vostre gloire Pour nous ,
Sire , il nous convient de louer
en Evêques un Roy Grand ,
254 MERCURE
mais Tres Chreftien . Il nous convient
de vous nommer le Paci
fique , le Pere de la Patrie , le
Deftructeur du Schifme & de
'Herefte , le Protecteur de la Religion.
Ce font là les Titres que
les plus Grands des Empereurs
Chreftiens ont aimez Les Anna .
les de l'Eglife , monumens plus
precieux & plus durables que l'or
& le bronze , ces Annales fascrées
remplies de ce que vous avez
fait pour la Religion , vous attend
nt plus que tout le refle des
prodiges de voftre vie , une une glo.
rieuſe immortalité . Les autres
Monumens fe deftruiſent dans le
GALANT. 255
cours des ficcles , rien nefou
tient tant le caractere de l'immorta.
lité que ce quifefait dans l'Eglife ,
pourl Eglife , qui feule a reçu la
promes d'estre éternelle C'est dans
ces facrées Annales qu'on "irra.
Sire fous voftre Regne , la fureur
des Duelsétonfée leBlafpheme confondul
Irreligion profcrite , Herefie
éteinte, la Pieté hono èe la Difcipline
Ecclefiaftique reftablie ...
I Epifcoparfoustenu , le Sacerdoce
Empirefaintement unis , pour
bannir l'erreur , & le defordre ,&
pour maintenir la fustice & la
erite.
M' l'Archevefque
de Reims
256 MERCURE
fit voir enfuite que dans le
temps de la defolation où tout
eftoit confterné , on n'avoit
jamais vû le Roy abbatu ; que
la fermeté avoit fait toûjours
le courage de fes Soldats , &
la confiance de fon Peuple;
que comme il s'eftoit humilié
devant Dieu à l'exemple de
David fous les fleaux de fa Juftice
, Dieu l'avoit fait triompher
des obftacles les plus infurmontables
, de la rigueur
des Saifons les plus fâcheufes ,
& des adverfitez qui devoient
éprouver la conſtance , comme
la profperité a prefque tou
GALANT. 257
jours éprouvé fa moderation .
Il ajouta que loin que l'Eglife
fe plaignift de l'épuisement où
l'avoit reduite la derniere guer
re, les contributions qu'elle avoit
fournies , immenſes , mais
neceffaires dans les preffans
befoins de l'Etat , avoient efté
routes volontaires par la vive
affection de leurs coeurs, & que
files derniers efforts du Clergé
avoient efté au deffus de fon
pouvoir , il eftoit demeuré
; fort au deffous de fon zele, Il
dit encore , que Sa Majesté
avoit fçu concilier le refpect
inviolable qu'on doit au Saint
Juin 1700.
Y
48 MERCURE
Siege , avec les libertez & le
droit des Evefques , & qu'elle
n'avoit ordonné la publication
de la Cenfure de Rome ,
fi confiderable
par l'impor
tance de la matiere , & par la
dignité de l'Auteur , dont les
opinions myftiques avoient
efté fijuftement condamnées,
qu'aprés que cet équitable ju .
gement avoit eſté accepté li
brement & en connoiffan- -
ce de caufe , dans toutes les
Provinces Ecclefiaftiques du
Royaume, affemblées par leurs
Metropolitains , en confequen.
ce des ordres de Sa Majefté
GALANT. 259
Ce Prelat finit par ces paroles.
Vous voulez, Sire , que nous gardions
exactement les regles du Gouvernement
Ecclefiaftique , comme vous.
gardez admirablement celles du
Gouvernement Politique & Chretien.
Par là vous verrez fleurir la Reli--
gion &tous vos Eftats, & nous n'aurons
plus rien à fouhaiter pour noftre
parfait bonheur, que vostre conferva--
tion . Nous allons redoubler nos prierespour
une fantefi pretieufe . Toutes
les Eglifes du Royaumefuivront notre
exemple. Tous les Preftres du-
Seigneur vont demander à Dieu :
avec une ardeur nouvelle , qu'il lui
plaife vous laiffer long- temps à vos
peuples , plus heureux & plus refpe-
Eté que Charlemagne , aufſi aimé
que Saint Louis , & qu'il vous ren-
E
Yeij
260 MERCURE
de de plus en plus le parfait imitateur
de fa piete, comme vous etes la
plus accompli & le plus digne heritier
de fa Couronne.
Le Roy envoya le 14. à Saint
Germain en Laye en la maniere
accoutumée , faire la propofition
ordinaire pour le Don
gratuit. M' de Pomereu , Confeiller
d'Etat ordinaire , porta
a parole , eftant à la tefte des
Commiffaires de Sa Majefté.
Ils furent reçus & reconduits
par les Députez du premier &
du fecond Ordre avec les ceremonies
ordinaires. Le 18, ils
GALANT. 261
y retournérent pour avoir là
réponſe , qui fut que le Clergé
avoit accordé au Roy d'un
confentement unamine un
don gratuit de quatre millions.
Le Roy , contre l'uſage accoûtumé
, par une bonté & par
une
confideration toute par
ticuliere pour le Clergé , avoit
cru que pour cette fois , il ne
devoit point prefcrire la
fomme qu'il luy donneroit . Sa
Majefté fut fatisfaite de celle
de quatre millions , & dit
qu'Elle ne pouvoit mieux le
marquer, qu'en luy remettant
cinq cens mille livres . M ' l'Ar.
262 MERCURE
chevêque de Reims porta cer
re nouvelle à l'Affemblée , qui
fut encore plus contente , de
ce que le Roy eftoit fatisfait
du Clergé , que des cinq cens
mille livtes qu'il avoit plû à Sa
Majefté de luy remettre.
M' l'Abbé de Saint Aignan,
Fils de M' le Duc de Beauvilliers
, a foutenu des Thefes de
Philofophie au College d'Harcourt
, & a efté receu Maiſtre
és Arts. Quand je vous diray
que tout ce qu'il y a de Per.
fonnes diftinguées dans l'Epée
& dans la Robe , fe font trouvées
à cette Thefe , je ne vous
GALANT . 263
apprendrai rien de furprenant.
La naiffance , les grands Emplois
, & le merite perſonnel
du Pere , n'auront pas manqué
de vous le faire deviner. Vous
devez eftre auffi perfuadée que
le Répondant fit des merveil
les , & que s'il a le feu de M
le Duc de Saint Aignan
fon Grand pere , & la fageffe
de Mile Duc de Beauvilliers
fon pere , il n'y a rien dont il
ne puiffe eftre capable.
Madame la Ducheffe eft
accouchée d'un Prince ; on
nien fçauroit trop avoir d'un
Sang fi illuftre , & fi genereux
264 MERCURE
Ceux qui ont deviné le
mot de l'Enigme du mois paffé
qui étoit le Compas , font
Mrs. de Monbart , de Bourgogne
, l'Anglois de la rüe de
la Harpe , Vauffin Officier
du Roy , Baptifte du Colege
de Harcourt , le Grand , le
Chevalier des Anglois , de la
Foreft du petit S. Nicolas ,
de l'Enfermerie Guinebaut
de Frelon , Charlier , Morin ,
Boffu , Lerat de deffous le Cadran
faint Honoré , Tamirif
te de la rue du Bouloi, Bardet
de l'Hôpital du Mans le
Maiftre Ecrivain Juré , rüe
>
du
GALANT 265
du Monceau de Tours , Beauregard
de la rue de Hicrufa .
lem de la même ville , le plus
poly de la Cour d'Albret , le
malheureux Janot du Parvis
Noftre Dame , l'inconfolable
de la perte de la belle Mariane
, le Solitaire de l'lfle
Noftre Dame , Gilles de la
Vergette du quartier de Nazaret
le fur-Intendant des
Bagues de la Manufacture du
Nivernois , l'Heureux fans
l'estre , le petit Fanchon de la
rüe faint Germain , le rece
veur de la Lotterie de Beauvais
, le maiſtre des huys de
Juin 1700 .
>
Ꮓ
266 MERCURE
Tours , le Solitaire de S. Vincent
& fon amy Yfidore ,
Caltor & Pollux du Mont
Rethel . Mademoiſelle Javote
Ogier du coin de la rue
Richelieu , l'époule du petit
Galcon , cy devant la belle
Solitaire de la rüe fainte Anne
d'Orleans , la belle indif
ferente de la ruelle faint I aurent
avec la mere , la dange.
reuſe dégagée de la cour de
Lamoigon,la charmante Henriette
du Quay des Morfon.
fondus , l'aimable Libraireffe
d'auprés le Cloistre de Nôtre .
Dame de Laon , la petite Ma
GALANT. 267
non de la rüe faint Honoré ,
Mademoiſelle Rapin la Cadette
de la rüe de la Truan .
derie , l'aimable Blonde de la
Fontaine faintAvoye , les.char
mantes foeurs de la rue Miche.
le Comte.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , merite bien
l'application de vos Amies
pour en trouver le vray ſens.
LE
ENIGM E.
Es Mines , les Forefts , les bommes
, & les Beftes ,
Ont tous contribué pour faire ma
beauté:
Zij
268 MERCURE
L'Hidre n'eut jamais que fept
teftes,
Etj'en ay plus de cent quandje fuis,
bien monte.
2
Malgré l'eclat qui m'environne ,
Il me vient des revers dont je fuis
abbatu ,..
Sans diftinction je couronne
Le vice comme la vertu.
$
Mon elevation ne peut eftre commune
,
L'Empirey veut bien concourir.
Je ne devrois jamais perir,
Carj'ay toûjours dequoy foutenir la
Fortune.
' Les paroles qui fuivent ont
efté miles en Air par un habile
Muficien.
GALANT. 269
AIR NOUVEAU.
HElas dequoy me fert la Saifon
des Zephirs ,
Je fuis trop malheureux pour goûter
fes plaifirs.
Ceffez doux Roffignols , voftre amou
reux ramage ;
Il augmente ma langueur
Et n'attendrit pas le coeur
De la Beauté qui m'engage..
Helas ! dequoy me fert la Saifon des
Zephirs ,
Je fuis trop malheureux pourgoufter
fes plaifirs
Naillantes fleurs qui brillez dans la
Plaine ,
Mourez avec mon eſpoir,
Je n'aimois à vous voir
Que pour vous offrir à Climeine
Z.iij
270 MERCURE
On a fait une feconde Edi
tion d'un livre intitulé Avan .
tures & Lettres galantes , avec
la Promenade des Tuilleries , dediées
au beau Sexe . Cet Ouvrage
contient deux volumes . On
trouve dans le premier plu .
fieurs Avantures divertiffan .
tes , arrivées au voyage de
Chaudray , aux Vendanges de
Surefncs , à la Foire de Bezons,
au Bois de Boulogne , aux
Bains de la Porte S. Bernard ,
au Palais , au Bal , à la Comedie
, & fur tour à la Vallée de
riffard, tout cela eſt écrit d'un
tile aifé. Le fecond n'eft pas
GALANT . 271
·
moins curieux , & contient diverfes
Hiftoires qui ont fait
beaucoup de bruit dans l'Europe
. On ne peut douter qu'ils
n'ayent eu un grand fuccés ,
puifqu'on ne fait jamais de fe .
condes Editions des Ouvrages
que le Public n'a point
approuvez. Celle- cy plus correcte
encore que la premiere,
fe debite chez le fieur Guillaume
Cavelier dans la grande
Salle du Palais .
Je ſuis bien aifè , Madame ,
d'apprendre par voftre Lettre ,
que la Lotterie de Toulouſe
a efté tirée ; que M le Mar-
Ziiij.
272 MERCURE
quis de Fimarcon , y a gagné
-trois mille Louis ; que M' Tiburce
des Saints , Chanoine de
Lombez y en a gagné deux mil .
le , & d'autres de vos amis
quinze cens & mille. Quant à
ce que vous me dites qu'il n'y
a perfonne dans votre Provin .
ce qui en voyant emporter
de fi gros Lots , pour des fommes
fort modiques , ne fouhaitaft
de trouuerfur l'heure unc
autre Loiterie ouverte pour y
porter de l'argent , cela n'eſt
pas difficileà croire , puilqué la
perte des fommes qu'on y met ,
ne peut incommoder ceux
GALANT. 273
qui les ont rifquées & que le
gain que l'on y peut faire fuffit
quelquefois pour enrichir
une famille. C'est ce qui fait
qu'on s'empreffe tant à porter
de l'argent aux Lotteries , qu'il
femble qu'il n'y ait que ceux
qui feroient incommodez de
perdre la moindre fomme ou
qui eftant attaquez de quelque
elpece de Mifantropie ,
sil eft permis de parler ainfi ,
croyent fe diftinguer en nefaifant
rien de tout ce qu'ils
voyent faire aux autres , qui fe
difpenfent d'y hafarder quel
que argent. Je connois beau274
MERCURE
coup de gens qui ont rémarqué
, ainfi que vous , que tous
ceux qui ont gagné aux premieres
Lotteries , ont deftiné
des fommes confiderables de
leur gains pour mettre à la
Lotterie Royale , cela ne me
furprend point. Il y a de la
prudence à le faire , & je ne
fçaurois douter que ceux qui
ont déja efté heureux , ou qui
le feront dans les Lotteries
que l'on doit encore tirer , ne
prennent des Billets en cellecy
, & même proportionné.
ment à ce qu'ils auront gagné.
Qu'ils n'y mettent & en leur
#
GALANT. 279
>
particulier & avec les Societez
qui ont partagé leur gain ,
l'argent qu'ils y employeronts
ne dérangera point leurs affaires.
Il n'aura efté deftiné ,
avant qu'on tiraft les Lotterie ,
où ils auront gagné , qu'à faire
des Chasteaux en Espagne
& le deffein d'en mettre quelque
petite partie à la Lotterie
Royale , fera le meilleur employ
qu'ils en pourront faire ,
& qui leur pourra produire le
plus . Il femble en effer qu'il y
a beaucoup plus à efperer d'un
argent que la fortune a donné
, & qu'on auroit à fe repro
276 MERCURE
cher d'avoir foy même arreſté
le cours de fon bonheur , puif.
qu'il eft affez ordinaire de voir
la Fortune continuer de faire
du bien à ceux qu'elle a com
mencé de favorifer. On a lieu
de croire qu'on eft ne fous
une bonne étoile , & on auroit
tort fans doute , de manquer
les occafions qui peuvent faire
voir jufqu'où peuvent aller les
heureufes influences . On rifque
, non pas deux ou trois
Louis , mais tout ce qu'on'
de bien ; on traverle les mers ;
on abandonne fa Patrie , & fa
Famille , pour aller aux dépens
i
GALANT. 277
de fa fanté , & avec mille perils
, travailler à fa fortune
dans des Pays étrangers , quoy
que fouvent on foit aufli malheureux
dans ces fortes de
Voyages , qu'on l'eft aux Lorteries
où l'on n'a aucun billet
noir. Ily a pourtant une gran
de difference , puis qu'on n'a
biens ,
›
riſqué ny ſanté , ny , ny
vie aux Lotteries , & qu'on
s'eft mis en eftat de perdre
tout , en entreprenant des
Voyages de long cours . On
eft obligé au Roy , d'avoir
bien voulu donner lieu à fes
Peuples de gagner beaucoup
278 MERCURE
par le moyen de la Lotterie
Royale , eftant certain que Sa
Majefté ne l'a fait ouvrir que
pour faire plaifirà ſes Sujets ,
qui ne trouvoient pas affez de
Lotteries à leur gré pour fatisfaire
l'empreffement
qu'ils a
voient d'y porter
de l'argent
.
ila efté tel , que la foule la
plus incommode , & la moins
fupportable ne rebutoit point
lors qu'il eftoit queftion de
fe preffer pour faire recevoir
ſon argent , en arrachant des
numero de Lotterie. Il est vray
la fuite de la Lotterie
Royale commencera dans
que
GALANT. 279
quelques années à eftre utile
à l'Etat, mais le Roy en eftant
le Pere , doit en rechercher le
bien , fur tout quand le Corps
eft loulage , fans que fes parties
en reffentent la moindre incommodité.
Je vois bien par ce que
vous me mandez qu'on en uſe
dans voftre Province comme.
l'on fait dans les autres . Tous
ceux qui veulent mettre à la
Lotterie Royale ne fe preffent
pas , parce qu'ils font perfua
dez qu'elle ne fera pas fi toft
remplie. Voilà le caractere
des François , qui ne font qu'à
280 MERCURE
l'extrémité ce qu'ils ont réfo
lu de faire. Il n'y a prefque
perſonne en France qui ne
dife qu'il y prendra des billets.
Cependant il ne faut pas s'étonner
s'il n'y a pas encore
autant d'argent que l'on devroit
en avoir receu , quoy
qu'il y en ait beaucoup , mais
il fe trouvera que chacun remettant
au même temps à
prendre fes billers , on y fera
écrafé par la foule , & qu'elle
fera fermée avant que
tous ceux qui en voudront
prendre , en puiffent avoir ,
ainfi qu'il eft déja arrivé à plu,
GALANT. 28
fieurs Lotteries . Je fuis , Ma
dame , voftre , &c.
AParis , ce 30. Juin 1700.
Fuin 17.00!
Aa
52525252525252525
P
TABLE.
Relude.
Nouveau Mandement de Mrl'Evefque
de Noyon. 7
Difcours touchant l'utilité du nombre
d'or. 23
Defcription de lamaifon de M. Brunet..
Thefe.
44
Cartes de Blafon & de Chronologie.
Autres Cartes nouvelles .
81
81
85%
89
Objection touchant le commencement
du dix-huitième Siecle.
Reception faite à Monfeigneur le
Dauphin au Chateau de Livry ,
100
TABLE.
Fefte donnée à ce Prince par Mr le
Duc de Gramont.
Fiançailles.
102
118
Les Nouveaux Chasteaux en Efpagne.
119
Lettre en Profe & en Vers à Mada-
3 me de Saliez 122
Ode fur le Neant de l'Homme . 132
Etablissement d'une Fefte nouvelle.
Morts.
138
191
Chaire de Controverfe à Rome donnée
par le Pape , au Pere Alexis
du Buc.
203
Plan de Riga. 203
Airs
nouvellement gravez 206
Requeste curieufe.
208
215 Nouvelles de Perfe.
Pieces qui ont remporté le Prix aux
Feux Floraux de Toulouſe.
Affemblée du Clergé.
227
247
A a ij
TABLE.
S. Aignan.
Thefe foutenue par Mr l'Abbé de
262
Accouchement de Madame la Du
cheffe 263
Enigmes.
265
Avantures galantes. 270
Lotterie Royale. 2-71
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Ab ! que je fuis beureux , le feu
quimedevore , doit regarder la
page 138
L'Air qui commence par
Helas dequoy mefert la faifon des
Zephirs, doit regarder la page:
169.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères