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Eur.
511
m
И 700,5
Eur. 511m
1700,5
Mercure
<36624505740015
<36624505740015
Bayer. Staatsbibliothek
33

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY 1700.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
Bayerische
Staa bibliothek
Münchan
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
'la Salle des Merciers , à la Juſtice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DCC .
Avec Privilége du Roy,
Hans
Salle
AU LECTEUR.
e
ILys
lieu de croire
qu'on
ne lit plus l'Avis
qui a
efté mis depuis
tant d'années
au commencement
de chaque
Volume
du Mercure
, puis
que malgré
les prieres
réiterées
qu'on
afaites
d'écrire
en
caracteres
lifibles
les noms
propres
qui fetrouvent
dans
les Memoires
qu'on envoye
pour eftre employez
, on neglige
de le faire
, ce qui eft
caufe
qu'ily en a quantité
A ij
AU LECTEUR .
de défigurez, eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port.
MERCVRE
GALANT
I
MAY
1700.
L n'y a pas feulement de
la gloire à fervir le Roy,
mais les avantages y font,
proportionnez à la grandeur
d'un fi puiſſant & fi auguſte
Monarque ; & quand on l'a,
fervi longtemps dans les pre-
A iij
6 MERCURE
miers Emplois de l'Etat , &
qui demandent beaucoup de
travail , d'application , & de
lumieres du cofté de ceux qui
les exercent , & beaucoup de
confiance du cofté du Prince
qui les donne , on peut compter
que non - feulement on
joüira toujours de fes graces ;
mais qu'on a même travaillé
pour affurer à fa pofterité les
mêmes avantages , quand elle
en eft digne , & que la jeuneffe
, à qui l'on abandonne
rarement des Emplois dont
dépend le bien de l'Etat , Y
met feule obſtacle. Le Roy a
GALANT.
7
la bonté de le lever en confi
deration des fervices des Peres
qui y meurent , ou qui
montent à de plus hautes di
gnitez. Sa Majefté nomme
leursEnfans pour remplir leurs
places , & le travail auquel ils
ne font pas encore aflez formez
retombant fur elle , elle
prend foin de les inftruire , &
leur prefte les lumieres qu'ils
ne font pas capables d'avoir
fi- toft par eux mêmes. Vous
jugez bien , Madame , que je
veux yous parler des quatre
Secretaires d'Erat qui font au
jourd'huy dans ces grands po-

A iiij
8 MERCURE
ftes , & que je ne vous en parle
qu'à l'occafion de la mort de
M' le Marquis de Chasteauneuf,
dont la place vient d'eftre
remplie par M' le Marquis
de la Vrilliere , fon Fils . Comme
il a de l'efprit infiniment ,
il y a fujet de croire qu'il
s'aquittera parfaitement bien
de toutes les fonctions de ce
grand Employ , & qu'il imitera
feu M' le Marquis de
Chafteau-neuf, fon Pere, que
l'on admiroit dans tous les
rapports qu'il faiſoit au Confeil
des affaires dont il eftoit
chargé. Je vous ay ſi ſouvent
GALANT.
9་
parlé de fa Maiſon , que je ne
crois pas devoir repeter ce qui
fe trouve dans dix de mes
Lettres.
J'ay encore une Inſcription
pour la Statue Equeftre du
Roy à vous envoyer . Elle eſt
de Madame Pepin de Chance.
A cet air martial , à ce vifage
auguste,
L'on reconnoift un Roy , toujours
grand , toujours jufte.
Fentens dire de toutes parts ,'
Teleft Alcide , tel eft Mars.
Pourquoy mettre par tout Louis.
en parallele
10 MERCURE
Pere de fes Sujets , plus vaillant
que ces Dieux.
Défenfeur de la Foy , Herosfage ,
Pieux.
Il s'eft acquis une gloire immortelle
,
Quirejallitjufques aux Cieux.
Cette même Dame a fait
le Sonnet que vous allez lire .
Il eft fur une matiére qui fera
toûjours inépuiſable.
PAr tout du grand Louis on
vante les Exploits ,
Ilsfurent la terreur & du Tibre
& du Tage.
GALANT. 11
Pourrois-je les chanter?La Déeffe
à cent voix
Souvent ne peut fuffire à ce pénible
ouvrage.
Digne à tout l'Univers depreferire
des loix ,
Dugrand Art de regner ilſçait le
noble uſage ,
Seul contre
tous , plus fort , plus
craint
que
tous les Rois ,
Maistre de la Fortune , elle luy
rend hommage
.
Ce Monarque vainqueur des plus
braves Guerriers ,
L'olive dans la main , lefront ceint
de lauriers .
12 MERCURE
En fage Conquerant fignale fa
clémence.
Rien n'euft púfans la Paix defarmerfa
valeur.
Ciel , confervez un Roy qui fait
noftre bonheur ,
Mon fouhait pour fes jours eft ce.
luy de la France.
J'ajoute à ces deux petits
Ouvrages une Ode d'Anacreon
, miſe auffi en Vers par
Madame Pepin de Chance ,
fur la Traduction de Madame
Dacier.
GALANT. 13
L'Amour ayant voltigéfur des
fleurs ,
Vint trouver Cypris tout en
pleurs ,
Et s'écria fort en colére ,
Helas! jefuis perdu , ma Mere ,
Certain petit animal m'a piqué,
Je ne puis endurer cette douleur
amere ;
Regardez fur mon doigt fón si.
guillon marqué
La belle Reine de Cichere ,
Luy répondit d'un air charmant .
Mon Fils juge du mal que ta
che peut faire ,
aflé.
Puifqu'une mouche fait fouffrir
tant de tourment.
14 MERCURE
ΕΝΤΟΥ.
Aprés que ce traiftre d'Amour ,
A tant de gens fait fouffrir le
martire ,
Quand on voit qu'ilfouffre à fon
tour ,
Loin de le plaindre , on èn doit rire.
Voicy une Lettre digne
d'eftre lue des Curieux .
A MONSIEUR
***
JE
E vous envoye , Monſieur
a defcription
d'une Chaire
de Predicateur
que les Jefuites
du gand College de Lion ont
GALANT. 15
fait faire de marbre . L'on ne
peut guére rien voir de plus
magnifique dans ce genre ,
puifqu'outre la beauté , la varieté
& l'éclat des marbres d'Italie
, des Pirenées , & de Languedoc
, jafpez de differentes
couleursqui la compofent , elle
eft encore enrichie de bas re
liefs de bronze doré , & d'autres
ornemens de même métal
dorez d'or moulu à feu , ce qui
la rend d'autant plus fingulié.
re que toutes les plus belles
Chaires de l'Europe ne font
que de bois ou de pierre , excepté
celles d'Italie , qu'on
16 MERCURE
pourroit appeller avec quelque
fondement pluroft des
Balcons que des Chaires, puifqu'elles
ne confiftent la plufpart
qu'en une balustrade de
marbre ou de pierre foutenuë
par des confoles. Ainfi on
pourroit avancer fans exageration
que ce feroir la plus belle
Chaire de l'Europe , quand
même elle ne feroit remarqua
ble que par la richeffe de fes
matieres , mais ce qui la rend
infiniment plus extraordinaire,
c'eft de voir un poids auffi
exceffif que celuy là , & fi je
l'ofe dire , fi terrible , foute
GALANT. 17
ES
1
nu prefque en l'air hors du Pílier
auquel cette Chaire eſt engagée
, c'eſt à dire , ſans eſtre
fupportée fous le centre par
aucun baluftre , ny confole ,
ny autre appuy de cette nature
; de maniere qu'un enfant
peut paffer par tout fous fon
cul de lampe On ne peut fur
tout voir fans étonnement
une
grande piece de marbre de
fept pieds & plus de diametre
fur feize pouces feulement d'épaiffeur
, porter elle feule tou.
te la devanture , & foutenir en
même temps le cul de lampe ,
quoy qu'on ne puiffe point
May 1700.
B
18 MERCURE
s'appercevoir des liens de fer
qui l'attachent. Il ne paroift
pas mêmeà fon profil, ny à ſa
forme , qu'on ait pensé à le
gêner pour les cacher. Une
entrepriſe fi hardie n'a efté
faite , comme vous pouvez
juger , qu'aprés avoir pris
auparavant toutes les feuretez
& toutes les précautions imaginables
pour la faire réuffir ,
& pour éviter tous les incon .
veniens qui pourroient cauſer
la ruine de cet Ouvrage , dont
la fuite inévitable d'un fi funefte
accident , feroit la mort
d'une infinité de perfonnes
.
GALANT.
19
er
Enfin , Monfieur, ce n'eft qu'a
prés avoir établi fortement ,
& par des raiſons invincibles
la maniere ingenieuſe que
l'Architecte de cet Ouvrage a
imaginée pour fupporter à jamais
un fi pefant fardeau , qu'il
a fait executer cette Chaire ,
S en forte que tous ceux qui ont
7 vû de quelle maniere elle eſt
attachée à fon pilier , avoüent
unanimement qu'on ne pou
voit guere inventer rien de
plus judicieux ny de plus foli .
de , & qu'ainfi il n'y a point
lieu de craindre aucun defaftre
, à moins que ce poids
!
Bij
20 MERCURE
n'attiraft mille fois plus pefant
que luy , ce qui eft impoffible,
& ne peut jamais arriver que
par des mouvemens tres.violens
& fouvent réiterez , caufez
par quelques forces majeures
, incomparablement
plus grandes que celle cy ,
puis que jamais le plus foible
fans ces cauſes , ne peut emporter
plus fort que foy.
Peut eftre , Monfieur , ne
trouverez vous pas mauvais
que je vous dife auffi quelque
chofe de fa forme. Le plan ,
tant de la devanture que de
l'imperiale ou de fon Dais ,
GALANT. 21
eft pentagone , ou à cinq faces
droites , dont les deux angles.
les plus proches du pilier font
terminez par deux faces con-
• vexes, qui vont mourir ou finir
dans les coftez . Chacune de
t de ces faces droites forme un
panneau qui renferme un basrelief
de bronze doré., Entre
ces panneaux on voit des pilaftres
en confolesau nombre de
fix , ce qui eft terminé par une
efpece d'entablement qui fert
de main courante , & qui fait
reffaut au deffus de ces pilaftres
, auffi-bien que le foubaffement
, ou fon amortiffement
22 MERCURE
qui regne au deffous . Tout
cela eft porté, comme j'ay dit,
par cette grande piece de mar.
bre , fur les angles de laquelle
font pofées autant de feuilles
de bronze doré , qui fortent
deflus les reffauts du foubaffe.
ment. Sous ce grand marbre
eft attaché le cul de lampe qui
eft terminé par une boule de
bronze doré , formée de feüil.
les de graines , & à peu prés
femblables
à une pomme de
Pin. Quant à l'Imperiale ou
Baldaquin , elle eft composée
d'un grand Entablement
, qui
fait aufli reflaut à l'endroir des
4
GALANT. 23
pilaftres de la devanture , &
forme par fa corniche au milieu
& à fes deux coftez trois
frontons cintrez, fous lesquels
font placées autant d'Ovales
rayonnantes chargées , fçavoir
celles du cofté de l'entrée de
l'Eglife, du faint Nom de Dieu
Jehova en caracteres Hebraïques
; celle du milieu du Monogramme
de Jefus en Latin ,
& celle du cofté du Maiftre
Autel , des premieres lettres
de Chriftos ou Labarum Grec
XP. Cet entablement porte
un Socle , fur lequel pofent fix
confoles differentes de celles
24 MERCURE
de la devanture , & qui foutiennent
un petit entablement
, ou corps de finiment ,
fous lequel il y a cinq feftons
de bronze doré entre les confoles
. Enfin le tout eft terminé
par une boule & une croix du
même métal ; le Saint Eſprit
avec les rayons, qui eft fous la
foffice ou le plafond du grand
entablemement , eft auffi de
même matiere . L'on a reprefenté
dans le premier basreliefde
la devanture , du cofté
de la porte , Moyfe qui expli
que les Tables de la Loy au
Peuple d'Ifraël, dans le fecond,
Saint
GALANT.
25
·
O Saint Jean Baptifte au defert,
exhortant les Juifs à la penitence
; dans le troiſième , qui
eft celuy du milieu , Noftre-
Seigneur fur une Barque enfeignant
le Peuple ; dans le
quatrième , Saint Paul dans
l'Areopage d'Athenes, & dans
le cinquième & dernier , Saint
1 François Xavier annonçant
l'Evangile dans les Indes. Ces
fujets & lesMonogrammes ont
efté donnez par le Pere Meneftrier
, Jefuite , & toute la
Chaire eft de l'invention , &
a efté executée fur les Deffeins
& fous la conduite de M'J.
May 1700.
C
26 MERCURE
Delamonce , de Paris , cy devant
premier Peintre & Archicecte
de S. A. E. de Baviere.
Je ne puis m'empêcher de remarquer
encore en deux mots
que quatre circonftances particulieres
rendent cette Chaire
unique ; la premiere , la hardieffe
de l'invention ; la feconde
, la belle forme ; la troifiéme
, l'union & l'harmonie qui
réfulte de ces Marbres de dif
ferente couleur , pour avoir
efté placez à propos , avec dif
cernement , & non point au
hafard , & la quatrième , la richeffe
de toutes les matieres,
GALANT. 27
re
gere
A
En voilà affez , Monfieur ,
pour vous en donner une leidée
autant qu'il eft poffible
, en attendant que l'Archi
tecte vous en donne une plus
grande par l'Eftampe dont il
K pourra faire part au Public ,
come il femble le faire efpe
1. rer. Cette Chaire fut décou
verte l'onzième du mois paffé ,
J jour de Pafques , & attira l'ad
miration de tous ceux qui la
virent. Je fuis , Monfieur , & c .
T
Le Roy a permis une troifiéme
Lotterie à Lyon , & je
vous fais part de ce que ceux
Cij
28 MERCURE
qui font établis pour en pren
dre foin , ont fait publier.
Le profit que le Grand Hôpital
de Lyon a fait fur deux
precedentes Lotteries eſtant
actuellement employé , tant
pour un Baftiment , qui a efté
reconnu abfolument neceffaire
, que pour d'autres preffans
befoins , & les dépenses de cet
afile affuré aux pauvres affli .
gez , augmentant confiderablement
, par un tres - grand
nombre de Malades , de Soldars
congediez & d'Enfans
expofez , les Adminiſtrateurs
dudit Hôpital , pour contiGALANT.
29.
nuer des fecours auffi necef.
faires,ont eu recours à la bonté
de Sa Majesté, qui a bien voulu
leur accorder la permiffion de
X faire une nouvelle Lotterie
qui fera de cinquante mille
Louis d'or , dont il fera levé
quinze pour cent fur les quatre
premiers Lots , & dix pour
cent fur tous les autres .
1:
OS
et
75-
S
Premierement , pour remplir
ladite fomme de cinquante
mille Louis d'or , on fera
cinquante mille Billets dun
Louis d'or chacun , dont cinq
cens feront bons Lots , & les
quarante- neufmille cinq cens
C iij
30 MERCURE
reftans feront de nulle valeur.
II. Ceux qui voudront mettre
à cette Lotterie , s'adrefferont
à l'un des trois Adminif
trateurs nommez par le Bureau
dudit Hôpital , qui font Mrs
Bouchage , Fayard & Hubert,
lefquels auront chacun un li
vre chifré & paraffé par M' le
Lieutenant General , & par
lefdits Sieurs Administrateurs,
pour y écrire les noms de ceux
de qui ils recevront de l'argent
, & le nombre des Billets
fuivant leur numero.
III. Ces trois Recteurs mettront
tous les huit jours l'arGALANT.
31
gentqu'ils auront reçu dans
un Coffre qui fera dans les
Archives dudit Hôpital.
IV. On coupera cinquante
mille petits carrez de papier
d'une même grandeur , fur lef
quels on écrira les noms & les
Numero de ceux qui auront
donné leur argent ; ils feront
enfuite roulez , colez & mis
dans une boëte.
V. On coupera autres cinquante
mille petits carrez de
papier auffi d'une même grandeur
, defquels il y en aura qua.
rante- neuf mille cinq cens de
blancs & de nulle valeur , &
C iiij
32. MERCURE
cinq cens de bons , où feront
écrits les Lots , fuivant la divifion
cy aprés ; ils teront tous
roulez , colez & mis dans une
autre boëte , que l'on remuëra
plufieurs fois afin de les bien
meller.
VI. Ladite Lotterie fera tirée
au premier de Septembre
prochain , fi plutoſt elle n'eſt
remplie , dans le Bureau dudit
Hôpital , en preſence de M'le
Lieutenant General , dé M' le
Procureur du Roy , de tous les
Recteurs & Adminiſtrateurs ,
& des Intereffez qui voudront
s'y trouver.
GALANT.
33
.
VII. On prendra les noms
de douze Enfans , dont deux
choifis au fort , tireront les Billets
des deux boëtes , l'oupar
verture qui fera de la grandeur
ày pouvoir paffer feulement la
main .
VIII. Ces deux Enfans tireront
en même temps un Billet
de chaque boëte, & ils les donneront
aux deux Perfonnes
qui auront efté commises pour
les ouvrir ,
IX. Celuy qui aura reçu le
Billet de la premiere boëte
prononcera à haute voix Numero
, & nommera le nom qui
34 MERCURE
y fera écrit . Celuy qui aura ou
vert le Billet de la feconde
boëte , prononcera de même
Blanc , s'il eftjblanc , & le montrera
à l'Affemblée ; fi au con .
traire il eft noir , il dira Bon
pour telle fomme , ce qui fera
en même temps écrit fur le Regiftre.
X. Comme cette Lotterie ne
fe pourra tirer qu'à plufieurs
repriſes , à la fin de chacune ,
on fcellera les deux boëtes de
quatre differens cachets , &
on les fermera dans un coffre ,
fous quatre clefs , dont l'une
fera remiſe à M ' le Lieutenant
GALANT.
35
A
General , l'autre à Mile Procu
ereur du Roy , & les deux autres
à deux defdits Sieurs Recteurs
, & on publiera à haute
voix quel jour on aura choiſi
pour continuer, & chaque fois.
que l'on recommencera >
on
tirera au fort deux Enfans fur
le même nombre énoncé cydeffus
.
XI. Tous les Billets eftant
tirez, on payera inceffamment
à chacun les fommes qui leur
feront échues , en retenant les
quinze pour cent fur les quatre
premiers Lots , & dix fur
les autres , en faveur des Pau36
MERCURE
vres , fans que le furplus puifſe
eftre faifi ny arreſté.
XII. On fera deux fois la femaine
pendant qu'on tirera la
Lotterie , un imprimé de tous
ceux qui auront eu de bons
Billets , que l'on fera voir à tous
ceux qui le fouhaiteront ; &
par déliberation du Bureau il
a efté réfolu qu'aucun desdits
Directeurs & Adminiftrateurs
ne pourra mettre à ladite Lotterie
, dont les Lots feront di .
vifez en la maniére fuivante.
1. de Six mille Louis d'or .
1. de Cinq mille .
1. de Quatre mille.
GALANT.
37
1. de Deux mille.
2. de Mille.
4. de Cinq cens.
8. de Deux cens cinquante.
20. de Cent.
452. de Cinquante.
1. de trois Cens pour le
premier
billet tiré blanc.
1. de trois Cens pour le dernier
billet tiré blanc.
1. de trois Cens pour le billet
blanc qui precedera le Lot
de fix mille.
1. de trois Cens pour le billet
blanc qui fuivra ledit Lot
de fix mille.
de deux Cens pour le billet
38 MERCURE
blanc qui precedera le Lot
de cinq mille.
1. de deux Cens pour le billet
blanc qui fuivra le Lot de
cinq mille.
1. de deux Cens pour le billet
blanc qui precedera le Lot
de quatre mille,
1. de deux Cens pour le billet
blanc qui fuivra le Lot de
quatre mille.
1. de deux Cens pour le billet
blanc qui precedera le Lot
de deux mille.
I.
1. de deux Cens pour le billet
blanc qui fuivra le Lot de
deux mille.
GALANT.
39
0 soo. bons Billets , fur le nombre
de soooo. Louis d'or.
Pour la commodité du Public
lefdits Sieurs Recteurs ont
nommé pour leurs Receveurs
à Paris le Sieur Fayard ,
rue des deux Boules , & le Sieur
Dumaine , rue des Mauvaiſes
paroles , tous deux Marchands
Bourgeois de Paris .
Il y aura auffi un Receveur à
Lille en Flandres , & un autre
à Strasbourg. A Strasbourg, le
Receveur fera M ' Quinfard ,
& à Lille en Flandre M' Vambel.
40 MERCURE
Je ne fuis point étonné de
l'envie que vous me marquez
de fçavoir de quelle maniere
la Lotterie d'Angleterre
, dont
on parle tant , doit eſtre tirée .
Comme l'invention en eſt
nouvelle , il y a beaucoup de
gens qui ont peine à la com .
prendre En voicy le détail
dans toutes les circonstances.
Le fond de cette Lotterie eft
de cent mille livres Sterling,
c'est à dire , de cent mille
Louis de noftre Monnoye ,
fuppofé que nos Louis d'orne
valuffent que treize livres.
Cette fomme eft diftribuée
GALANT. 41
e:
ert
1.
en douze mille billets noirs .
Le gros Lot eft de cent mille
livres , & le fecond de cinquante
mille , & les autres à
proportion. On ne fera aucuns
Billets blancs , & on tirera
les noirs de la maniere que
je vais vous l'expliquer . On a
une grande table fort unie ,
au deffus de laquelle on a fait
une foupente où il y a cinq
tuyaux , par lesquels on jette
cinq boules , qui ont
dix petites
faces , fur lesquelles font
diftribuez les numero 1. 2. 3 .
4.5.6.7.8.9 & le zero au lieu
du 10. Ces boules auront
D
May 1700.
42 MERCURE
chacune leur rang marqué.
Premiere , feconde , troifiéme,
quatrième , cinquième. Cha .
que fois qu'on les jettera , on
écrira le numero qu'elles marquent
toutes enſemble par
leur chifre qui fe trouvera au
deffus . Par exemple , fi la premiere
donne le chifre la feconde
le chifre 4. la troifiéme
le chifre 7. la quatrième le chi
fre 2. & la cinquiéme le chi-
9 ceux qui font préposez
à tirer cetre Lotterie écriront
fur un Registre le numero
$4729 & fur l'heure on prendra
au hazard un des douze
fre
GALANT. 43
ar
mille billets noirs , qui feront
ou dans une Urne , ou dans
une Caffette, qui n'aura qu'autant
d'ouverture qu'il en faudra
pour prendre les billets
l'un aprés l'autre. Si le billet
noir qu'on vient de tirer pour
ce numero eft de cinquante
mille livres , celuy qui en donnant
fon argent a dans un de
fes billets le numero 54729
aura auffi la fomme de cin-.
quante mille livres du billet
qui aura efté tiré pour ce numero
, & fi le même numero
revient à plufieurs repriles ,
on tirera également chaque
Dij
44 MERCURE
fois un billet noir pour le nu
mero qui a déja eu quelque
Lot , comme pour tout autre
numero qui n'a pas encore paru
, & qui par confequent n'a
pas encore eu de billet noir ;
de forte qu'un feul billet d'un
Louis pourroit avoir dix &
douze Lots , fi dix & douze
fois le numero qu'on a cu
pour ce Louis revenoit fur les
cinq boules . Ainfi là , comme
ailleurs , ceux qui mettent à
cette Lotterie , en prenant
leurs numero pour leur argent
, choififfent le nom ou le
mot qu'il leur plaift , & ceux
GALANT. 45
2
Z
qui donnent les billets entegiftrent
les noms avee les numero
, pour fçavoir à qui il
faudra donner les Lots des
numero qui feront venus par
ces cinq boules, & qui auront
eu des billets noirs ; mais ceux
qui tireront la Lotterie n'auront
befoin de ces Regiftres
que quand la Lotterie fera tirée
, pour confronter les numero
que l'on aura amenez
avec les boules , avec les noms
qui auront les mêmes nume.
ro ; & parce que les cinq bou -
par leur plus haut numero
ne fçauroient donner cent
les
46 MERCURE
mille , puis que les cinq neuf
ne produisent que 99999. &
que fi on avoit mis fix boules
au lieu de cinq , il y auroit eu
des numero qui auroient paffé
cent mille , on s'eft avisé de
compter les cinq zero pour
un numero qui vaudra celuy
de cent mille ; par là depuis 1 .
jufqu'à 100000. tous les nu.
mero pourront venir fur les
boules les uns comme les
autres dans les douze mille
fois qu'on les tirera ; & il ſe.
roit inutile de les tirer aprés
douze mille fois ; ainfi celuy
qui aura le gros Lot pourra
GALANT. 47
encore efperer d'en avoir d'au.
tres. Le premier bonheur de
cette Lotterie fera d'avoir un
numero qui revienne ſouvent
par les boules ; & le fecond ,
que les billets noirs qu'on tirera
pour ce numero , foient
des fommes les plus fortes.
L'Hoftel . Dieu de la Ville
de Troyes fe trouvant accablé
de dépenſes extraordinaires
par le grand nombre de Malades
, que la difette , plus
grande en Champagne qu'en ·
aucune autre Province , y a
attirez depuis plufieurs an
nées , outre qu'il eft neceffaire
48 MERCURE
d'en rétablir les Baftimens ,
qui font prefque inhabitables
& tres mal fains , Sa Majeſté
a accordé aux Adminiſtrateurs
la permiffion de faire une Lotterie
, pour fubvenir aux pref
fans befoins de cet Hôpital ,
ainfi qu'il a efté fait en plufieurs
autres Villes du Royau
me. Cette Lotterie fera de
quinze mille Louis d'or , pour
remplir un pareil nombre de
billets d'un Louis d'or chacun .
Il y en aura cent cinquante
noirs , qui feront les bons
Lots ; fçavoir un de deux mille
Louis d'or , deux de mille ,
quatre
GALANT.
49
quatre de cinq cens , cinq de
trois cens , huit de deux cens ,
feize de cent , quarante- fix de
cinquante , foixante & quatre
de vingt- cinq ; un de cent
pour le premier Billet tiré
blanc , un autre de cent pour
le dernier billet tiré blanc , &
deux encore de ccnt , l'un
pour le billet blanc qui préce
dera le gros Lot , & l'autre
pour le billet blanc qui le fuivra.
Si le premier billet que
l'on tirera fe trouve eftre le
gros Lot , celuy qui le fuivra
tiendra lieu du premier billet
blanc , le fecond reprefentera
May 1700 .
E
50 MERCURE
le billet tiré avant le gros Lot,
& le troifiéme aura le benefi .
ce du billet qui vient aprés le
gros Lot. Que fi le gros Lot
vient au ſecond billet qui fera
tiré , les deux qui le fuivront
tiendront lieu des deux billets
précedent & fubſequent ; &
s'il vient le dernier de tous les
billets , celuy qui le précedera
immediatement , tiendra licu
du dernier billet tiré blanc, &
les deux autres en retrogra
dant pafferont pour les deux
billets tirez avant & aprés le
gros Lot. Si ce gros Lot vient
au penultieme biller , les deux
GALANT.
St
qui le précederont immedia
tement joüiront du benefice
des deux billets précedent &
fubfequent , & fi eftant venu
dans le cours de la Lotterie, il
arrive que les billets précedent
& fubfequent , foient eux mê.
mes Lots ou bons billets , celuy
qui précedera ou fuivra
immediatement
, paffera pour
le billet précedent ou ſubſe.
quent . Si néanmoins le Lot
qui aura eftè tire immediatement
avant ou aprés le gros
Lot , fe trouvoit d'une moindre
fomme que celle qui eſt
deſtinée aux billets précedent
E ij
52 MERCURE
& fubfequent, en ce cas celuy
dont le nom ou le numero fera
venu immediatement devant
ou apres le gros Lot , prendra
la fomme deftinée par les ar.
ticles de la Lotterie aux billets
précedent & fubfequent , &
celuy qui le précedera ou fuivra
, prendra le Lot tiré imme .
diatement devant ou aprés le
gros Lot. Cette Lotterie fera
tirée de la même forte qu'on
a tiré celle de Paris , & il fera
levé au profit des Pauvres ,
quinze pour cent furles douze
principaux Lots , montant enfemble
à fept mille cinq cens
GALANT.
53
Louis , & dix pour cent fur les
cent trente huit autres , montant
à pareille fomme . Les Directeurs
prépolez pour la dif
tribution des Billets , font M
Paillot , Confeiller au Prefidial
, rue du Bois , prés l'Eglife
de Sainte Madelaine ; M ' Goulard
Confeiller en l'Hoftel
de Ville , rue de la Monnoye
, & M¹ Camufat , Bourgeois
, rue Notre Dame , qui
ont choifi pour leurs Receveurs
à Paris , M' Corbigny ,
Commis du Petit Comptant
,
ruë de Touraine , prés les Ca.
pucins du Marais , & M' Dié-
E iij
54 MERCURE
vre , Banquier , ruë Montmar .
tre , proche S , Euftache.
La même permiffion a eſté
donnée par Sa Majesté à l'Hôpital
General d'Angers , qui
eftant actuellement rempli de
fept à huit cens Pauvres , ne
peut fubfifter qu'avec un fes
cours extraordinaire . Cette
Lotterie qui doit eftre tirée ,
ainfi que celle de Troye ,
premier jour de Juillet , & à
la maniere de la Lotterie de
Paris , ne fera que de quinze
mille Ecus d'argent neufs.
Trois cens de ces Billets feront
des Lots , dont le gros fera de
GALANT. SS
fur
>
1 deux mille Ecus neufs . Il y en
aura un autre de huit cens , un
de quatre cens , cinq de deux
cens, trente de cent , cinquante
de cinquante Ecus neufs ,
cent de trente douze de
[ vingt- cinq , & cent de vingt ;
quoy il fera levé au profit
de l'Hôpital quinze pour cent
fur le gros Lot , & dix pour
cent fur chacun des autres.
Les Directeurs préposez pour
recevoir l'argent des Billets ,
& pour les diftribuer, font M
Raffray , cy devant Notaire ,
ruëdes Cordeliers , M ' Beufcher
, Marchand , au haut de
E iiij
56 MERCURE
la rue Baudriere ; M' Befliere
le Jeune , Bourgeois , proche
la Trinité , & M' de la Porte ,
Marchand , rue de la Poiffonnerie.
M' Moreau de Mautour a
fait à la gloire de l'Illuftre Ma
demoiſelle du Scudery , trois
Devifes , qui ont toutes un
Chefne pour Corps . La premiere
a ces mots pour ame ,
GALLIS NOTA ET CHARA
Jovi
Son efprit plus qu'humain
Eft cheri de la France & de fon
Souverain .
"
GALANT.
57
La feconde a ces paroles ,
PETIT ASTRA
Son merite partoutfi connu,fivan.
té ,
L'éleve à l'Immortalité.
Et la troifiéme celles - cy
ANNIS ET VIRTUTE CLA
RIOR
La vigueur de l'efprit , le nombre
des années
Font admirerfes deftinées .
Le Chefne fi répandu dans
la France , eftoit autrefois l'arbre
de Jupiter. L'on sçait dans
quelle veneration cet arbre
fut parmy les Druydes , anciens
Philofophes ou Preftres
18 MERCURE
Gaulois. Sa hauteur ainfi que
fa durée & ſa force , a efté
chantée par les Poëtes qui ont
élevé fon fommet & fes branches
jufqu'aux Aftres & même
au-delà, & luy ont donné l'epithere
de annofa & le terme fi .
nonime de Robur .
Le même M Moreau de
Mautour a adreffé à M' l'Abbé
Bofquillon , de l'Academie
Royale de Soiffons , l'Idille
que vous allez lire.
GALANT.
19
LES CHESNES .
ARbres qui reſiſtezà lafureur des
vents ,
Vous qui femblezbraver les injures
des
ans,
Dont la feuille aux Heros , aux
Dieuxfut confacrée ,
Et lesfruits aux Humainsfervirent
d'alimens ,
Chefnes fi hauts , fi fiers , qui dans ,
voftre durée ,
Confondez à nos yeux les âges & les
temps ,
Faut-il que Scudery , cette illuftre
Mortelle
Sujette au traitfatal de la Parque
cruelle
Nepuiffe fubfifter du moins autant
que vous ?
10
60 MERCURE
Elle n'ignore pas la loy commune à
tous ,
Mais je vois à regret fleurir voftre
jeuneſſe ,
Lorfqu'elle eft déja loin de cet age ou
tout rit.
Accablefous lepoids d'une lente vieil
[ efprit.
Leffe ,
Son corps n'eft foutenu que de fon feul
De vos feuillages verds dont nos bois
s'embelliffent
La Nature avec foin conferve les
attraits ,
Tandis que de Sapho les forces s'affoibliffent,
Elle dont brille encor l'espritpar mille
traits
Et plein de ce beau feu qu'Apollon
feul inspire
Animeparfes vers les doux chants de™
fa lire.
GALANT. 61
Son grand àge m'allarme , &fes rapidesjours
,
Sur les ailes du temps précipitent leur
cours.
[ vie,
Chefnes , qui joüiffez d'une fi longue
Si voftre heureux deftin ne luy fait
point envie ,
Qui d'elle ou bien de vous devroit
plutoftfinir ?
Ilfaudra que le temps unjour aneantiffe
De vos troncs orgueilleux juſques au
fouvenir ,
Mais en dépit dufort ,&malgré fon
caprice
Legrand nom de Sapho vivra dans
Pavenir.
Enparlant de Sapho ,fije tiens un
langage
Qui de toute autre qu'elle allarmeroit
Pefprit,
62 MERCURE
Dis- moy, cher Bofquillon , Amy dif
cret & fage,
Que fon merite touche , & fon age attendrit,
Aurois -je dans mes Vers manqué de
politeffe ,
Lorfque jay relevé fes jours & fa
vieilleffe ?
Non , non , tu fais trop bien quels
éloges font dûs
Aux nobles fentimens degrandeur &
degloire
Que l'on voit partout répandus
Dansfes écrits gravez du Temple de
Memoire.
Pour elle n'ayons point ces trompeufes
douceurs
Quiflattent l'Amourpropre &feduifent
les coeurs.
Par defauffes délicateffes,
N'impofons point à fes fens abatus;
GALANT.
63
De fon Sexe elle a les vertus ,
Et n'en eutjamais les foibleffes.
Quel
REPONSE.
Vel changementde gouft ! l'auroiton
cru poſſible ?
Tonpinceau gracieux eft devenu terrible..
Ah! cache par pitié de trop fombres
couleurs ,
Qui m'ont déja coufté despleurs.
Pour l'illuftre Sapho connoiſſant ma
tendreffe ,
Evite de toucher & vieilleffe & trepas.
Il est vray ,fon efprit eft exempt defoibleſſes
Mais , Moreau , mon coeur ne l'eft
pas.
Les premiers Vers eftant
64 MERCURE
tombez entre les mains de
Mademoiſelle de Scudery, elle
écrivit la Lettre qui fuit à M'
Moreau de Mautour. Cette
Lettre fait bien voir la force &
le bon caractere d'efprit de
cette rare Perfonne .
VosVers
Vers en me loüant ont de charmans
appas ,
Mais à mon grand regret je ne m'y
connois pas ,
Etfije meritois une telle loüange ,
Pour n'avoirpoint d'orgueil , ilfaudroit
eftre un Ange.
En effet , genereux Moreau ,
vous portez mes loüanges fi
GALANT .
65
loin qu'elles deviennent incroyables.
Cet Arbrefifameux dont vous parlez
fi bien,
Malgré fonJupiter , aujourd'huy n'eft
plus rien.
Soyez donc perfuadé que je
n'atrends pas d'eftre plus heu
reufe que luy , & que je feray
aflez contente fi je puis efperer
de vivre dans vostre fouvenir
, lors même que je ne leray
plus , car je fuis veritablement
avec toute l'eftime que vous
meritez, Vostre , &c.
May 1700.
F
66 MERCURE
Le Couronnement du Roy
& de la Reine de Dannemark
fe fit le mois paffé à Friderixbourg
, avec beaucoup de magnificence.
On avoit dreffé
deux fomptueux Trônes fous
de magnifiques Dais , dans le
milieu de l'Eglife , qui eftoit
tenduë de riches Tapifferies ,
& fon pavé tout couvert d'écarlate.
Les allées , les degrez ,
& le chemin par où L. M.devoient
paffer pour ſe rendre du
Château à cette Eglife , eftoient
auffi garnis d'écarlate. Sur les
onze heures du matin la marche
commença par un grand
GALANT. 67
L
nombre de Chevaliers des Ordres
de l'Elephant & de Danebroech
, fuiuis du Grand Maréchal
de la Cour , tous fuperbemens
veftus . Enfuite on
voyoit venir le Roy portant la
Couronne fur la tefte , le Sceptre
à la main droite , & à la
gauche la Pomme dOr . Sa
Majefté marchoit fous un dais
de velours cramoily
, garny
d'une frange d'or , & foutenu
par quatre Confeillers du Confeil
Privé , tous Chevaliers de
Danebroech. Le Comte de
Guldenlew , Grand Amiral ,
& le Comte de Reventlau ,
Fij
68 MERCURE
Grand Chancelier , portoient
le pan de fon manteau qui
eftoit de velours cramoily ,
avec diverles Couronnes en
broderie d'or , & doublé de
zibeline . Deux Gentilshommes
de la Chambre mar.
choient à chaque coſté de Sa
Majefté. Le Dais eftoit auffi
environné d'une partie des
Gardes du Corps ; & l'on voyoit
enfuite venir plufieurs Cheva.
licrs des deux Ordres . L'Evêque
à la tefte de fon Clergé ,
reçur & harangua le Roy à la
porte de l'Eglife ; & Sa Majefté
n'y fut pas plutoft entrée , qu',
GALANT. 69
on vit paroiftre la Reine . Elle
eftoit pareillement précedée
de beaucoup de Seigneurs &
du Grand Maréchal de la
Cour , & marchoit ſous un magnifique
Dais , foûtenu par
quatre Chevaliers de Dane .
broech. Le Prince Charles la
I menoit par la main . Sa Mante
eftoit portée par Madame la
Chanceliere de Reventlau ,
& par Madame de Bulan
Grande Maiftreffe , & les Dames
de la Cour fermoient la
marche , toutes fomptueufement
vétuës . Sa Majesté fur
auffi reçue & complimentée
70 MERCURE
par l'Evefque à la porte de
l'Eglife , & aprés que ce Prelat
l'eut conduite fur le Trône auprés
du Roy , on entendit un
beau concert de Mufique . Enfuite
l'Evefque fit un Diſcours
fort pathetique , puis il y eur
encore une belle fimphonie ;
& l'Evefque ayant entonné diverfes
fois le Venifancte Spiri.
tus , le Roy defcendit du Trône
& fe rendit au pied du grand
Autel , où s'eftant mis à ge
noux fur un banc , Sa Majesté
pofa la Couronne , le Sceptre ,
& la Pomme d'or , fur un carreau
qu'on avoit placé à fa
GALANT. 70
par PEvê
la
droite , & fut facré
que , qui luy oignit la tefte ,
poitrine , & la main droite ,
eftant affifté de deux autres
Evefques , l'un de Nortwegue,
& l'autre de Jutlande . Aprés
cette ceremonie , l'Evefque fit
encore une Oraifon fuivie
d'un concert de Mufique. La
Reine fut enfuite lacrée en la
même maniere par l'Evefque ,
à l'exception qu'elle n'ofta
point la Couronne , & ne fut
ointe qu'à la tefte & à la poitrine
. Le tout eftant fait à
trois heures , leurs Majeftez
retournérent au Chateau &
72 MERCURE
fe mirent à table avec le Prin
ce Charles & les autres Per.
fonnes de la famille Royale.
Ilyavoit une autre Table pour
les Seigneurs de la Cour à l'au
tre bout de la Salle , & l'on
voyoit entre deux une belle
Orangerietis avec du fruit &
des fleurs . Dans la derniere
cour du Chafteau il y avoit un
Boeuf& trois Veaux roftis tous
entiers, ainfi qu'une Pyramide
faite avec des branches de Genevrier
& toute entrelaffée de
rubans rouges & jaunes , Aux
quatre coins de cette Piramide
eftoient deux Fontaines de
vin
GALANT. 73
vin blanc, & autant de rouge ;
de forte que les Gardes & le
Peuple , qui s'y eftoient rendus
en foule , curent fuffifam .
ment de quoy manger & boire
, fans qu'il arrivaſt aucun
defordre . Enfuite on leur donna
au pillage toute l'écarlate
fur laquelle avoient marché
Leurs Majeftez , comme auffi
tout ce qui eftoit resté de
viande fur les tables . On a remarqué
que cette Feſte avoit
furpaffé en folemnité & en
magnificence toutes celles qui
ont efté faites en pareille oc. ,
cafion.
May 1700 .
G
74 MERCURE
Voicy ce qui a efté écrit de
Copenhague le premier de
Mars dernier.
M ' le Comte de Chamilly ,
Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy à la Cour de Dannemark,
aprés vingt mois de fejour
depuisſon arrivée en cette
Cour- là , & un an jour pour
jour depuis fon Entrée publi
que, cut hier fon Audience publique
duRoy de Dannemark ,
Cette Ceremonie , qui devoit
fe faire immediatement aprés
l'Entrée , avoit d'abord efté
differée par la mauvaiſe fanté
de défunt Chriftian V. dernier
GALANT.
75
Roy, decedé le 4. Sept. 1699 .
que fes incommoditez empêchoient
de fe tenir de bout
comme il convient . Depuis fa
mort , Frederic IV . fon Fils
cftant monté fur le Trône , de
nouvelles difficultez avoient
continué d'apporter du retardement
à cette Ceremonie , &
E principalement celle qu'on
avoit toûjours faite en cette
Cour de recevoir les Lettres
du Roy , fans que le Titre de
Majefté y foit donné au Roy
de Danemark , mais enfin ,
les difficultez eftant levées &
M'l'Ambaffadeur ayant reglé
Gij
76 MERCURE
tous les points du Ceremonial
avec M ' Lerk , Maiftre des Ceremonies
, on choifit pour
l'Audience le 28. & dernier
jour de Février , jour auquel
en retranchant en ce pays dix
jours du Calendrier , & abolif
fant l'ufage du vieux ftile , qui
s'y eftoit toûjours obſervé juf
ques à prefent malgré les inconveniens
quien refultoient ,
on a reglé enfin de fe conformer
au ftile Gregorien , qui
avec le fecours du jour Biffextil
, a depuis 118. ans compaffé
à peu près le cours de l'année
fur celuy du Soleil.
GALANT. 77
Ce même jour donc 28. Fé :
vrier , le Maiſtre des Ceremo
nies fe rendit fur les quatre
heures aprés midy , en l'Hôtel
de M ' l'Ambaffadeur. Son Excellence
le reçut à la porte de
fon Antichambre , & le conduifit
dans fa Chambre , où le
Maitre des Ceremonies donna
avis à Son Excellence que
les Perfonnes deftinées par le
Roy de Danemark pour l'accompagner
à fon Audience ,
alloient arriver.
Peu aprés M Pleifen , Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant
Confeiller Privé , Miniftre
G iij
78 MERCURE
d'Etat , & naguéres Grand
Tréforier de la Couronne , arriva
ſeul avec le costége des
Caroffes de la Maiſon Royale ,
M' Lenth , Grand Maistre des
Ceremonies , qui devoit venir
avec luy , s'eftant trouvé malade.
On a expliqué dans la
Relation de l'Entrée que la
qualité de Confeiller Privé eft
comme celle de Senateur du
Royaume , & des premieres
Dignitez , mais cependant
bien moins confiderable qu'-
elle ne l'eftoit avant que la
Couronne fuft hereditaire.
M' l'Ambaſſadeur en long
P
GALANT. 79
$!
manteau de deüil reçut M
Pleffen au Caroffe du Corps
du Roy , le conduifit dans fon
Appartement , luy donnant le
pas & la main. Ils s'y affirent
quelque temps dans des fauteüils
, fe traitant reciproque-
1 ment d'Excellence . Pendant
les complimens , les Carroffes
1 fe rangérent en ordre , & tout
eftant preft , M' l'Ambaffadeur
conduifit M' Pleffen de
la même maniére juſques au
Caroffe du Corps du Roy ,
dans lequel M' l'Ambaffadeur
entra le premier. M' Pleffen ſe
plaça à fà gauche , luy cédant
G iiij
80
MERCURE
toûjours depuis ce moment le
pas & la main, & le Maistre des
Ceremonies fe mit fur le devant
à la place du Grand Maifre
des Ceremonies malade ,
& enfuite on alla vers le Cha
fteau , dans l'ordre fuivant.
Un Suiffe de M' l'Ambaffadeur
marchoit à la tefte de
douze Valets de pied de fa
maiſon , tous en deul , chacun
un long crefpe pendant au
Chapeau & un noeud d'épaule
de la couleur de la livrée de
Son Excellence. Immediatewent
aprés venoit le Caroffe
de deüil de Son Excellence .
GALANT: 81
tirépar fix chevaux noirs , enharnachez
de même avec de
grandes houffes auffi noires.
Quatre Pages de Son Excellence
eftoient montez devant
& derriere. Leur livrée fe remarquoit
par de grands revers
de velours noir fur les manches
du juftaucorps , couverts
d'un large galon d'argent &
d'un bordé de même ,
& par
un noeud d'épaule du même .
galon d'argent mêlé de rubans
de la couleur de la livrée. Le S
Malorty , Secretaire de l'Ambaflade
, eftoit feul dans ce
Caroffe. Ceux de la Princeffe
82 MERCURE
Sophie de Danemark & des
Princes Charles & Guillaume
venoient enfuite . Aprés eux
fuivoient, le Caroffe du Prince
Royal , dans lequel eftoient les
Sieurs d'Elvern & de Riviere ,
Gentilshommes de M' l'Ambaffadeur
, le fecond Caroffe
du Roy dans lequel eftoient
les Sieurs Arnaud, Gentilhom.
me fervant duRoy Tres Chreftien
, & de la Terviniere , auffi
Gentilshomme de Son Excel.
lence ; le Caroffe de la Reine
qui eftoit vuide , & le Caroffe
du Corps du Roy , dans lequel
eftoit M'l'Ambaffadeur
, comGALANT.
83
me il a efté dit ,
accompagné
des Pages & Valets de pied .
On avança en cet ordre vers
le Chasteau . En traverſant la
Place qui eft au devant , on
trouva le Regiment du Prince
Royal en deux Bataillons , au
lieu du Regiment des Gardes ,
qui eft en Holſtein . Les Tambours
battirent aux champs.
Les Soldats prefentérent les
armes & les Officiers faluérent
M'l'Ambaffadeur du chapeau .
Les Drapeaux eftoient envelopez
de crefpe. Tout le cortege
entra en cet eftar dans la
Cour du Chafteau . M' l'Am .
84 MERCURE
par M' Hann , Chevalier
de Dannebroech
& Ma
réchal de la Cour , qui l'y at
tendoit
avec M's Fink , Olft ,
baffadeur fut reçu au bas de
l'escalier
Cailletoff, & Often , Gentilshommes
de la Cour , & tous
quatre Capitaines . On a die
dans la Relation de l'Entrée
que la Charge de Maréchal de
la Cour eft à peu prés pareille
pour les fonctions à celle de
Grand Maistre de la Maiſon
du Roy en France , Les Valets
de pied de M' l'Ambaſſadeur
fe rangérent en haye le long
de l'Etcalier , jufqu'à la Salle
GALANT. 8
des Gardes où Son Excellence
arriva, precedée de fesGentilshommes
& du Secretaire de
l'Ambaflade, & accompagnée
I de M' Pleffen , du Maréchal
de la Cour , du Maistre des
- Ceremonies , & des quatre
Gentilshommes fufnommez ,
qui tous accompagnérent
auffi M' l'Ambaffadeur aux
autres Audiences . Le premier
Page de Son Excellence portoit
la queuë de fon long manteau
, qu'il quitta dans la Salle
des Gardes , où il refta avec fes
Camarades . Au haut de l'Ef.
calier M' Olft , Chevalier de
86 MERCURE
Danebroech & Ober Kammerjuncker
, ou Premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , reçut M'l'Ambaffadeur
& le conduifit dans une Cham .
bre où Son Excellence fe repofa
pendant que le Maistre des
Ceremonies alla annoncer fon
arrivée au Roy , il revint peu
après avertir M' l'Ambaffa
deur que ce Prince l'attendoit
.
M' l'Ambaffadeur traverſa
l'Antichambre & fut reçu à la
porte de la Salle d'Audience
par M' le Baron Joül , Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant ,
GALANT. 87
Miniftre d'Etat , Grand Amiral,
& cy- devant Ambaffadeur
de cette Couronne en plu.
fieurs Cours. A cette porte les
Gentilshommes de M' l'Am.
baffadeur & ceux de la Cour
ferangérent en haye des deux
coftez , & fuivirent enfuite M
l'Ambaffadeur dans la Salle
qui eftoit remplie de tous les
Miniftres Etrangers , des Miniftres
& Seigneurs Danois ,
qui formoient une groffe
Cour. M' l'Ambaffadeur en
entrant fit une reverence au
Roy. Il la repeta au milieu de
la Salle , & en fit une troifiéme
88 MERCURE
plus profonde en entrant ſous
le Dais , où le Roy debout devant
fon fauteuil , falüa pareil.
lement M' l'Ambaffadeur
; &
s'eftant couverts tous deux en
même temps , S. E. fit fa harangue
en prefentant l'une
aprés l'autre fes Lettres de
créance , de condoleance fur
la mort du défunt Roy , & de
compliment fur l'avenement
du Roy regnant à la Couronne
, & de congratulation fur
la naiffance du Prince Royal.
Ces trois Lettres furent reçuës
fans proteftation contre le
Titulaire , au contraire de ce
GALANT. 89
qu'on avoit coutume de pratiquer
en cette Cour. Le Roy
répondit en Danois à M l'Am
baffadeur , & ils fe décou
vroient tous deux chaque fois
qu'ils prononçoient quelque
nom qui le requeroit , M
l'Ambaffadeur le retira enfuite
aprés avoir fait une profonde
revérence au Roy , qui la luy
rendit . Son Excellence fit une
autre reverence au milieu de la
Salle , & une troifiéme avant
que d'en fortir. M ' le Baron
Joül quitta S. E. à la porte de
cette Salle , & le Premier Gentilhomme
à la porte de l'Anti
May 17.00.
H
90 MERCURE
chambre. м' l'Ambaſſadeur
far conduit enfuite à l'Audien .
ce de la Reine , & reçu par м'
Berflintin , Maréchal , & Ober
Maistre , ou Grand Maistre de
la Maifon de cette Princeffe.
Les reverences fe firent de
part & d'autre comme à l'au
dience du Roy , & M' l'Am .
baffadeur ayant fait femblant
de fe couvrir , pour marquer
la dignité de ſon caractere , fit
fa harangue découvert par po.
liteffe. La Reine l'écouta debout
, & M'Tott , Chevalier
de Danebroech ; Confeiller
Privé & Grand Treforier de
GALANT. 91
la Cour par Commiſſion , en
la place de M'Pleffen , répon .
dit en Danois pour cette Princeffe
, qui ne fçait point cette
Langue. M l'Ambaſſadeur
fortit avec les mêmes ceremonies
qu'il eftoit entré , alla
à l'audience du Prince Royal ,
& fut receu à la porte de l'an,
tichambre par M Manflo ,
Gentilhomme de la Cour, fai.
fant les fonctions de maréchal
de ce Prince. Son Alteffe
Royale eftoit porté par Madame
Munk , Femme du Ge.
neral de l'Artillerie . M' Cra.
gen , Chevalier de l'Ordre de
Hij
92 MERCURE
Danebroech & Confeiller Privé
, répondit en Danois pour
ce jeune Prince . Son Excellence
fortit avec les mêmes ceremonies
, & fut introduite de
même aux Audiences des Princes
Charles & Guillaume , & de
la Princeffe Sophie de Dan .
nemark , & reçue & reconduite
, fçavoir , à la porte de
l'antichambre du Prince Char
les , par M' Pleffen le Cader ,
Gentilhomme de la Chambre,
& à la porte de la Chambre
par M' Behr , Maréchal de ce
Prince , qui répondit en Danois
à M l'Ambaffadeur ,
GALANT.
93
:
à l'Antichambre du Prince
Guillaume , par M' Pfeffen l'aî
né, Premier Gentilhomme de
fa Chambre , & à la porte de
La Chambre par M' Sprefburg,
Gouverneur de ce Prince . M
le Comte de Rantzau , Cheva.
lier de Dannebroech , répon
dit en Danois pour Son A. R.
A l'Appartement de la Princeffe
Sophie , M de Rofenkrans
, Gentilhomme de fa
Chambre , reçut M ' l'Ambaffadeur
à la porte de l'Antichambre
. Son Excellence parla
à cette Princeffe découvert ,
aprés avoir oblervé la même
94 MERCURE
feinte qu'à l'Audience de la
Reine. Cette Princeffe qui ne
fçait pas le Danois , fit répondre
pour elle en cette langue
par M. le Comte de Vedel.
Aprés toutes ces Audiences
M. l'Ambaffadeur fut reconduit
avec les mêmes ceremo .
nies jufques au Caroffe du
Corps du Roy , où M. Pleffen
& M. Hann prirent congé de
luy , & le virent monter dans
ce Caroffe , & partir . Le Mai
ftre des Ceremonies fe mit fur
le devant , & chacun s'eftant
placé dans les Caroffes comme
en venant , le cortege reGALANT.
95
tourna dans le même ordre ,
par la même route & avec les
mêmes Ceremonies à l Hoftel
de M. l'Ambaffadeur , qui fut
falué de trois coups de Canon
des Remparts en fortant du
Chateau Son Excellence étant
defcenduë du Caroffe , le
Maistre des Ceremonies en
defcendit aufli , prit congé de
S. E. au bas de l Efcalier & remonta
dans le même Caroffe
du Corps du Roy , que M.
l'Ambaffadeur
vit partir.
On n'a point particularifé
davantage cette ceremonie ,
parce que le deüil du défunt
96 MERCURE
Roy empêchoit qu'elle ne fuft
auffi brillante que celle de
l'Entrée .
Ce deüil cependant n'a pas
empêché les divertiffemens
particuliers que M'l'Ambaſſa.
deur a donnez dans fon Hoſtel
aux Princes & Miniftres Etrangers
, & même à quelques - uns
des premiers Miniftres de cette
Cour , & aux principaux
Seigneurs & Dames qui s'y
font trouvez affiduement . Les
Feftins , le Jeu & la Mufique
ont efté les premiers amuſemens
de l'hiver . Madame
FAmbaffadrice qui , fans fçavoir
GALANT. 67
voir la Mufique , chante tous
les Opera d'une juſteſſe extraordinaire
, faifoit le premier
charme du Concert . Mademoiſelle
de Malorty , l'une de
fes Filles d'honneur , qui accompagne
du Clavellin &
chante en même temps à livre,
ouvert tout ce qui ſe preſente,
faifoit admirer la propreté de
fon jeu & la delicateffe de fa
voix . Les Violons , Flutes , &
Hautsbois , & les autres voix :
rendoient ce Concert complet
, & d'autant plus furprenant
, qu'aucun prefque de
ceux qui le compofoient , n'é-
May 1700 .
Bayerischo
Mankebiblotnak
Münchhsa
1
98 MERCURE
toit Muficien de Profeffion.
On y chantoit les Opera de
Lully , & quantité de beaux
morceaux Italiens; on y joüoit
auffi des Simphonies & des
Sonates des plus difficiles.
A ces plaifirs ont fuccedé
ceux de la Tragedie , qui a
diverti prefque toute la Cour
& la Ville pendant le Carnaval.
M' l'Ambaſſadeur avoir
compofé luy- même la Trou .
pe. Madame l'Ambaffadrice
& Mademoiſelle de malorty
faifoient les premiers Rolles
de Femmes. Mademoiſelle de
Chamilly , âgée feulement de
GALANT. 99
huit ans , reprefentoit avec
une grace merveilleuse . Mrs
Arnaud de la Terviniere , de
Rivierre , de la Tour, de Combiere
, Gentilshommes de S.
E. eftoient les Acteurs . On
avoit dreffé un Theatre dans
la grande Salle de l'Hoftel ; les
décorations en avoient efté
inventées dans toutes les regles
de la Perſpective , par M
de Rivierre , fort habile en cet
Art , & aux mathematiques.
Le Theatre eftoit éclairé de
plufieurs Luftres dorez , & de
quantité d'autres lumieres.
Les habits cftoient fuperbes,
I ij
100 MERCURE
très bien entendus , & de l'Or.
donnance de Madame l'Ambaffadrice.
On avoit pris de
l'illuftre Mr Racine les principaux
fujets qui ont remply
la Scene , fur laquelle Mithridate
, Britannicus & Andromaque
ont esté repreſentez
avec un fuccés au delà de ce
qu'on pouvoit attendre. Madame
l'Ambaffadrice a ſurpaſ
fé les meilleures Comediendiennes
dans les Rolles d'Agrippine
& d'Hermione . C'eſt
beaucoup & cependant ce
n'eft pas trop dire . Mademoi
felle de Malorry dans les Rol.
GALANT. lot
les de Junie & d'Andromaque
a fçu toucher le coeur des Da
nois , & leur a arraché des larmes
, choſe prefque incroyable
. Les autres Acteurs ont
remply leurs Rolles à proportion
de ce qu'ils demandoient
d'eux ; & quoy qu'on cuft pris
la précaution de ne laiffer entrer
que par billets , four y procurer
aux Auditeurs qui en
auroient , la facilité de voir ce
Spectacle un peu commode.
ment on nepouvoitcependant
refufer la porte à une foule
d'autres Perſonnes de qualité ,
qui furvenoient toûjours au.
Liij
102 MERCURE
&
delà du nombre limité par les
billets. Ce plaifira efté renouvellé
environ quinze fois ,
dans ces jours . là Son Excellence
faifoit fervir à tout le
monde toutes fortes de liqueurs
& de rafraîchiffemens.
La Lettre qui fuit ne fçauroit
eftre plus de faifon , puis
qu'elle a efté écrite à l'occafion
du mois où nous fommes.
Elle eft d'une bonne Plume.
GALANT. 10:3
1
A MONSIEUR
***
Q
Voy
Uoy que je ne faſſe pas
la cour à Apollon
, il
m'arrive
quelquefois
d'en
eftre inspiré. Le mois de may
dans lequel nous fommes
, a
excité ma curiofité
à relire ce
qu'Ovide
en dit dans fes Fa-
Ates. Je n'en ay pas efté content
. Il affemble
les mules , &
fait parler l'une aprés l'autre
fur ce mois de may, Polymnie
,
Uranic
& Calliope
. Qui ne
croiroit
qu'elles
vont mettre
fur le Trône ce Prince des au-
I iiij
104 MERCURE
ne
tres mois , pour employer enfuite
leur voix & leur Lyre à
celebrer fes charmes & fa gloire
? Rien de cela . Tout leur
diſcours , comme fi elles étoient
, non des мules , mais
des Grammairiennes
tend qu'à découvrir l'origine
du mot de Maius , s'il
vient de Majeftas , ou de Ma.
jores , ou de Maia ; & même
fans en convenir , chacune
conferve fon fentiment. Le
Poëte les fait auffi , pour ainfi
dire , promener dans la region
des Aftres & dans l'Empire des
Fables , dont les traits qu'il en.
GALANT. 105
emprunte , ne forment pas la
reffemblance d'un mois charmant
, qui fait les delices de
la Nature. Dans la mauvaiſe
humeur où j'ay efté , de ne
pas trouver ce que je cherchois
, j'ay composé un Idille
Latin fur le mois de May , Facit
indignatio verfus ; oùj'effaye
d'étaler une partie de ſes merveilles.
Ceux qui ont pris
quelque plaifir à lire ces Vers
Latins , ont jugé qu'ils devoient
eftre traduits en Vers
François , à la confideration
de ceux qui n'entendent pas
l'autre Langue. Voilà , Mon106
MERCURE
fieur , l'occafion des deux pe
tites Pieces dont vous avez
oüy parler. C'est un original
& une copie , deux Portraits
qui font dans leur jour au mois
de May.
IDILLE.
BErgers
de nos hameaux
, quitter
là vos boulettes ,
Prenez vos chalumeaux ,prenez tous
vos mufettes ,
Aujourd'huy l'on commence à revoirce
beau Mois ,
Quifaitrire nos champs , nos coteaux
& nos bois:
Ce changement nouveau , cette riche
parure
GALANT. 107
}
Cet air riant qu'on voit dans toute
la Nature ,
Se doit au mois de May , qui faitdurantfon
cours ,
Eclorre le beau temps ' & regner
beaux jours .
les
S'il paroift fe former quelquefois un
nuage,
Il ne fert dans ce mois qu'à faire de
Pombrage.
Ony fent leparfum defon myrthegalant
,
Etfa riche rofée en fait un mois bril
lant.
[ pale ,
Ony voit le rubi , l'émeraude , & l'o-
Dés
que Pon apperçoit l'Amante de
Cephale.
Beau mois auſſi puiſſant dans l'Empire
amoureux ,
Qu'il eft chargé de fleurs pour les Amans
heureux.
108 MERCURE
Cupidon fous ces fleurs caché tire des
fléches ;
Fleches mettant le feu pour accroiftre
les brèches >
Douxfeupour eftre ardent , &qui ne
prend qu'aux caurs
Deftinez à s'unir avec des yeux vainqueurs.
Ce mois donne à la Ferre une grande
tenture ,
Riche Tapiflerie , agréable Verdure,
L'Amant alors épris , plus que n'eft
un galant,
Sent augmenter fon feu qui devient
violent.
Les Moutons arrivezoù le Bergerles
méne ,
Font l'amour en paiffant dans une
belle Plaine
Et les oifeaux charmez du feüillage,
des bois ,...
GALANT. 109
Attendriffent leur caur encor plus que
leur voix.
Les Moutons s'égayant bondiffent
comme on danfe ,
Les Oiseaux en chantant ont auffi
leur cadence ,
Ce spectacle meflé de la danfe & du
chant ,
Pour eftre naturel n'en estpas moins
touchant.
Les
rayons
du Soleil en éclairent la
Scene ,
Etla beauté des lieux épargne à l'Art
lapeine.
Lajeune Nymphe alors fur un lit de
gazon.
Sefoumet à l'Amourfans craindrefon
poifon.
Du Sexe la pudeur y feroit oppofee.
Si la flame de May n'eftoitfavorfee.
110
MERCURE
Et la Prude elle - même a peine àfe
garder,
Dans un mois où l'Amour ofe toutdemander.
Lafoibleße, dit-on , de la Vierge Veftale
,
En eft moins criminelle , & moins
alors fatale :
Diane auffi n'eft pas exempte du
danger,
[ ger.
Unobjet imprévu peutfon coeurdéran-
Adonis arrivant, la Nymphe chaſſereffe
,
Pour luy , comme Venus , aura de la
tendreffe.
Hymen au mois de Maypour eftre encor
mineur ,
N'en a que plus d'attraits , qui luy
font de l'honneur.
Ce Mois eftant de l'an la fleur & le
bel age,
GALANT. III
Ilen ferre plusfort le noeuddu mariage
.
Quel des Mois comme luy peut l'amour
enfeigner?
Mois , où Flore & Venus fe joignent
pour regner,
Où quand la Rofe s'ouvre , & commence
à paroiftre ,
Mille petits Amours enſemble l'on
voit naiftre.
On voit fur un beaufein paroistre de
beaux lys ,
Quipar le feul Hymen doivent eſtre
cueillis;
Où les Gemeaux marquant une heureufe
abondance [ ces
Nous enfontefperer l'entiérejoüiſſan-
Où tout rit, tout enchante : on aime
même à voir,
Le temps un peu chargé menaçant de
pleuvoir.
112 MERCURE
Ce qui m'en plaift le plus , lefeu qui
me devore
Vient enfin d'enflamer un Objet que
j'adore. [ gueur,
La Bergere Philis oubliant fa ri-
M'aime autantqueje l'aime, & m'a
donné fon coeur.
Mois favory pour elle , où les lys &
les rofes ,
Paroiffentfurfon teint nouvellement
éilofes:
Moisfavori pour moy , dans lequel il
n'eftpoint
De jour qui ne me donne un nouvel
embonpoint.
Si Philis des zephirs aime la tendre
haleine
,
Lorfqu'avec fes Moutons elle entre
dans la Plaine ,
Si le Printemps luy doit des fleurs &
de l'encens ,
GALANT. 112
C'est le mois des Zephirs , le mois de
fes prefens.
Seplaift-elle aux accords d'une charmante
Lyre,
Accompagnant la voix qui tendrementfoupire
;
Lorfque le Roffignol chante amoureu
fement ,
Le Ruiffeau s'y conforme , & coule
doucement.
On compte dans ce Mois unjour outre
les trente ,
Pourle rendre auffi long que les mois
qu'on augmente ;
Cependant il eft court pour un mois
gracieux ,
Mois des Ris, des Amours, des Festes,
& de's Feux.
Cher à l' Aftre du jour, charme de la
Nature
[ dure .
Ne durer qu'une Lune eft une loy trap
May 1700.
K
14 MERCURE
L'arbre du mois de May dans fonfort
fortuné,
De guirlandes de fleurs que l'on voit
couronné.
Qu'on plante avec le fon des Flutes ,
des Mufettes ,
Et le bruit des Tambours & l'éclat
des Trompettes
:
Arbre attirant lesyeux , haut Arbre
fans pareil ,
Ne demeure-t-ilpas tout le cours d'un
Soleil?
Apollonfurton Char qui vas reglant
l'année
,
Parqui chaque Saifon dans un temps :
eft bornée , [ ment ,
Laiffe les autres Moispaffer rapide--
Mais le beau mois de Maydoit couler
lentement,
Puifqu'à charmer nos fens tousfes ob--
jets confirent
GALANT.
Qu'illeur donne un éclat , qu'à l'envi
tous admirent :
La Peinture n'a pas de fi vives couleurs
;
Enfinjufqu'aux Buiffons tout eft cou
vert defleurs.
Le mois de May a donné
lieu aux deux Vers Latins que
je vous envoye fur le Regne
du Roy ,qui a commencé dans
cette belle Saiſon .
Gallorum Imperio Lodeix flo
rere daturus
Florente in Maio folium con
fcendere coepit.
Ces deux Vers ont efté tras -
Kij
16 MERCURE
duits en noſtre Langue par ces
quatre autres .
Louis que l'Univers admire ,
Commença de regner dans le plus
beau des mois ,
Ou tout levient riant , dans les
champs, dans les bois ,
Tel on vait fleurir fon Empire .
Les beaux jours font reve
nus , & l'Air nouveau que je
vous envoye fera de faifon.
Ne foyez point furpriſe qu'il
foit fur un ton de plainte , les
Amans fe plaignent presque
toujours.
7
le
?༢ ,
?S
it
n
b
GALANT. 117
AIR NOUVEAU.
Rintemps , qui chaffez lafroi-
PRi
dure ,
N'échaufferez- vous point l'objet de
mes defirs ? T
Et vous ,petits Oiseaux , qui chantez
vos plaifirs,
Ne luy direz- vous point tous les
maux que j'endure ?
Que dis -je , helas ? Ce n'est point
vous , Printemps ,
Quifinirez ma peine ;
C'est le cruel Amour qui peut feulen
tout temps
Fléchir mon inhumaine.
Voicy un Sonnet dont l'Auteur
ne paroift pas plus fatis
118 MERCURE
fait de l'Amour que celuy de
la Chanfon.
TR
Ransports doux &flateurs , dans
une ardeur naiffante ,
Quelplaifirpour les coeurs defe livrer
à vous ?
Vous n'avezrien encor que de tendre
& de doux ,
Et la moindre faveur les charme &
les contente:
S
Mais quand d'un bel objet l'humeur
trop complaifante
Fait naitre dans un coeur des fentimensjaloux
,
Ilfe fent tous les jours percé de nouveaux
coups ;
Etle moindrefoupçon l'allarme & Fé
pouvante:

GALANT. 119%
Non , je ne fçaurois vivre en ce defordre
affreux ;
C'eftgémir trop longtempsfous lepoids:
· de mes feux,
Je t'en conjure , Amour , fais ceffer
mon martire :
26
Etouffe , il en eft temps , ma jaloufe
fureur ;
Ou , fije ne puis vivre heureux fous .
ton Empire
Souffre quepourjamais je dégage mon
coeur.
Ce Sonnet eft de la compo
fition de M' Aliſon , Avocat
au Prefidial de Nifmes , ainfi
que les Stances que vous allezz
lire..
120 MERCURE
3
SUR UNE DAME
qui commence à vieillir,
Oftre coeur, Cidalife , inftruit àſe
contraindre
Arme en vain contre moy vos vieillif
fans appas ;
Je uepuis me refoudre à feindre
Un Amourque je nefens pas.
&
Encorfi de vos ans le nombre affez.
paffable
N'euftpoint enfeveli tous vos défunts
attraits ,
Je pourrois eftre plus traitable ,
Etvous aimer à nouveauxfrais.
S
Mais depuis que les Ris, les Amours,
& les Graces.
Ont
GALANT.
121
Ontfans prendre congé délogé de chez
vous ,
Mesfeuxfe font changezenglaces
Tout comme vos rofes en choux.
S
Cet heureux temps n'eſt plus, où plus
jeune & plus belle
Vous pouviez en plaifant fans le fecours
de l'Artí
Faire une bleffure mortelle
Au coeur du noble Campagnard.
2
Le Printemps de vosjours afournyfa
carriere
Peut-on vous regarderfans s'en ap-,
percevoir?
Vos appasfontfurla litière,
Et vos yeux n'ont plus de pouvoir
2
100b
Croyez- moy , renoncez à cette humeur.
coquette
May 1700.
L
122 MERCURE
Qu'onpardonne avecpeine a dejeunes
beautez
Avoftre age aimer lafleurette';
Cidalife , vous radottez.
2
Quittez un fol efpoir , & deformais
plus fage
Profitez en fecret de mes avis fenfez
Et fongez à plierbagage
Puifque vos beauxjours fontpaffez
Il m'eft tombé entre les
mains un Abregé Hiftorique
de l'établiſſement du Calviniſme
en Ile d'Oleron , &
de la deftruction des Eglifes ,
dont vous ne ferez pas fachée
de voir un extrait. Ce petit
Ouvrage a efté fait par meffire
GALANT. 123
1
Marc Antoine le Berton , Baron
de Bonnemie , Colonel
General des Milices , & Capitaine
Garde.cofte de cette
Ile , à la follicitation de M
Scare , ancien Curé de Charenton
, Chef de la Miffion
qu'entretient Sa Majeſté dans
cette même Ifle d'Oleron ,
pour travailler à la converfion
de ceux qu'on y trouve encore
infectez de l'Herefie. La nouveauté
de la Secte de Calvin
l'ayant fait embraſfer d'abord
à fes principaux Habitans , ils
commencerent en 1548. par
fe révolter contre le Roy , pil-
Lij
16 MERCURE
duits en noftre Langue par ces
quatre autres .
Louis que l'Univers admire,
Commença de regner dans le plus
beau des mois ,
Ou tout levient riant , dans les
champs, dans les bois,
Tel on voit fleurir fon Empire.
Les beaux jours font reve
nus , & l'Air nouveau que je
vous envoye fera de faifon.
Ne foyez point furprifè qu'il
foit fur un ton de plainte , les
Amans fe plaignent prefque
toujours

124 MERCURE
ler & faccager les Eglifes , &
en 1561. un мoine , nommé
Jean Boiffeau , s'eftant fait
Miniftre , vint à la Paroiffe de
Saint Pierre , où il publia les
nouvelles Herefies . Pour faire
valoir fon miniftere , il reprefenta
à ceux qu'il avoit feduits ,
que pour fortifier les veritez
qu'il prêchoit , il eftoit neceſ.
faire de s'affembler , & d'élire
des perfonnes de capacité
pour veiller fur le Troupeau ,
ce qui fut fuivi de l'élection de
quelques Tailleurs d'habits ,
Charpentiers , Cordonniers &
Fariniers , qui furent qualifiez
GALANT.. 125
du nom
d'Anciens , quoy que
le plus vieux n'euft pas encore
trente ans La même chofe
fut faite aux Bourgs du Chafteau
& de Saint Denis , quoy
qu'ils fuffent fans miniftres.
Cette commode
maniere de
vivre ayant groffi leur Troupeau
, Boiffeau & fes adherans
ne fongerent
plus qu'à exterminer
les Catholiques de l'Ife ,
& pour cela ils y appellerent
ceux de Marennes & d'Arvert,
qui avoient abandonné
l'ancienne
Religion , & tous enfemble
, par un Confeil Contorial
, ils s'acharnerent
à
L iij
126 MERCURE
tremper leurs mains dans le
fang des Preftres & des Catho
liques Romains , avec ferment
de ne laiffer la vie à aucun de
ceux qui ne voudroient pas
prendre leur parti. Ils égorge
rent une infinité de monde,
& firent des profanations
terribles
, enlevant les Vales facrez
& tous les ornemens
des Eglifes. Depuis cette fanglante
execution , aprés laquelle
ils s'approprierent
les
biens de plufieurs Catholiques
& d'un grand nombre
d'Ecclefiaftiques
, ceux qui
perlevererent
dans cette Reli
GALANT. 127
gion , demeurerent fans Servi
ce divin jufqu'en 1577. encore
fut- on obligé de le faire dans
des granges , à cauſe de la
ruine & du mauvais eftat des
Eglifes . Il fut permis dans ce
même temps aux Prétendus
Reformez de faire exercice
public de leur Religion ; mais
comme ils n'avoient pas de
Temples à Oleron , ils le firent
quelque temps à Bonnemie ,
dans une grange . L'an 1584.
les Rochelois s'eftant empa ,
rez de l'ifle , fe fortifierent au
Bourg du Chateau , & y mi
rent une garnifon de Soldats ,
Liiij
128 MERCURE
commandée par le S ' d'Aubigné
, qui fut fi zelé pour fon
parti , qu'il fit démolir ce qui
reftoit des Eglifes .
Des actions fi violentes
obligérent M de Saint Luc ,
Gouverneur de Broüage & des
Ifles adjacentes , de marcher
avec les Troupes . Il prit le
Chateau dont il fit démolir
les fortifications
, aprés quoy
il fut convenu entre le Roy de
Navarre & M de Saint Luc ,
que l'ile d'Oleron demeureroit
neutre , mais tous ces troubles
avoient donné tant d'avantages
aux Sectateurs de
GALANT. 129
Calvin , que non contens des
grands maux qu'ils avoient
faits , ils s'emparérent de tous
les revenus des biens non vendus
des Ecclefiaftiques & des
Fabriques , & ils vendirent la
plufpart desfondspour contenter
les Capitaines de leur party,
fans que les Catholiques en
ofaffen : murmurer. Ils s'habillérent
d'une maniére hideufe ,
pour faire trembler le Peuple ,
portant tous des bonnets de
peaux de chèvres avec tout le
poil, faits en morion. Ce temps,
de calamitez dura plufieurs
années par les frequentes re130
MERCURE
voltes qu'ils faifoient en Fran
ce , jufqu'à ce que Henry IV .
fe voyant poffeffeur paifible
du Royaume , leur accorda
l'Edit de Nantes , & ordonna
que l'exercice de la Religion
feroit rétabli aux lieux où il
avoit efté difcontinué. Alors
les Catholiques commencerent
à l'exercer dans l'ifle d'Oleron
, & à reparer une partie
de leurs Eglifes ; mais ils ne
joüirent pas longtemps de cette
tranquillité , par les troubles
que fufcita M' de Rohan. Les
Religionnaires affemblez en
grand nombre à la Rochelle ,.
GALANT. 138
drefférent des Articles conte
nant plufieurs demandes qu'ils
firent au Roy , ce qui l'obligea
d'armer contre ces Rebelles .
Ilprit Saint Jean d'Angely , &
les Religionnaires d'Oleron
pour mieux ébloüir les Catholiques
, leur perfuadérent de
paffer enſemble un Acte d'Union
, par lequel ils promirent
de fe fecourir les uns les autres,
& de s'armer contre les Ro.
chelois qui avoient déja plufieurs
Vaiffeaux en guerre ,
mais ces premiers au lieu d'empêcher
leur defcente , la facilitérent
en fecret. Ainfi
R₂ MPRCURE .
elle fut faite le 8. Novem
bre 1621. par M's de Soubize ,
de Favars , & de Saint Seurin ,
qui vécurent dans l'lfle avec
toute forte de licence , pillérent
& rompirent toutes les
Eglifes, & les Presbiteres que
l'on avoit réparez . Ils abatirent
encore le Convent du
Chateau , & l'Eglife Paroiffiale
de Saint Pierre ,avec la maifon
Curiale , tuérent quelques
Preftres , & chafferent les autres
; en forte qu'il ne refta
dans toute cette Ifle qu'un
pauvre Vieillard , Vicaire de
Dolus , qui ne pouvant fuir ,
GALANT. 133
fut contraint de fe cacher.
Enfin l'entrepriſe des Anglois
s'eftant diffipée , & la Rochelle
ayant efté prife , l'exercice de
la Religion prétenduë reformée
ceffa dans l'ifle d'Oleton .
Ceux qui la profeſſoient voulurent
depuis rétablir leur
Temple de Saint Pierre ,où ils
avoient mis eux- mêmes le feu
par quelques diffentions furvenues
entr'eux , mais les op
pofitions des Catholiques les
en empeſchérent. Comme les
murailles en reftoient encore
dans leur entier , la crainte
qu'ils eurent que l'on n'en fiſt
134 MERCURE
une Eglife , les porta à les dé.
molir jufque dans les fondemens
, ce qu'ils firent au mois
de juillet 1633. Depuis ce
temps - là , ils ont tous figné
l'abjuration de leur Herefie ,
quoy que le venin n'en foit
pas encore entierement chaffé
de leur coeur. L'Auteur de
l'Hiftoire dont je vous donne
l'extrait , explique dans des
circonftances tres - particuliéres
les commencemens de
cette Secte , les progrés par la
liberté qu'on y trouvoit , & les
diverfes maniéres dont l'Egli .
fe a efté dépouillée de tous fes
GALANT . 135
6
biens dans cette Ile . De tous
les Beneficiers qui s'y trou
voient , il n'y en a plus qui y
faffene le Service , que les Je
fuites , qui poffedent le Prieuré
de la Lande , & deux des
Chapelles de Saint Pierre , &
qui dans le temps de l'Union
de ces Chapelles à leur Communauté
, traitérent avec les
Habitans & s'obligérent d'y
venir perpetuellement
con .
feffer & prefcher aux quatre
bonnes Feftes folemnelles , ce
qu'ils executent avec beau
coup de zele & de foin .
136 MERCURE
J'avois bien crû que l'arti
cle d'Elbing , qui eſt dans ma
Lettre du mois paffé , plairoit
à vos Amis qui aiment les
Nouvelles étrangeres , cependant
j'oubliay à vous marquer
que M' le Comte de Wirtemberg
, premier Ministre de
Son Alteffe Electorale de
Brandebourg
, avoit eſté le
principal reffort de l'ajuste
ment dont il eft parlé dans
cet Article . Il fut envoyé deux
fois de fuite au Roy de Polo
gne , & l'affaire ayant eſté terminée
immediatement
après
le retour de ce Miniſtre , cela
GALANT .
137
marque ſon habileté , & fon
zele pour ce qui regarde la
gloire de fon Souverain .
Vous aimez les Nouvelles
Etrangeres , & c'est ce qui
m'engage à vous faire part de
cette Lettre .
AFerufalem 3. Mars 1700.
R de Bremond , nompar
le Roy Conful MRmé
en Jerufalem , aprés avoir refté.
pendant trois mois & demi à
Seide , attendant toujours les
Expeditions de la Cour du
Grand Seigneur , apprit qu'il
venoit un Bacha de Conftan-
May 1700.
M
38 MERCURE
tinople pour Jerufalem , ce
qui le porta à profiter de l'oc.
cafion pour y venir avec luy.
Il fe mit en chemin afin de fe
rendre à Acre , où ayant eſté
pendant un mois , il eut le
bonheur de voir le Racha. Il
l'envoya complimenter par un-
Truchement , & le Bacha luy
rendit la pareille. M le Con .
ful luy ayant donné un tresbeau
fufil , il le trouva fi forta
à fon gré , qu'il témoigna vou
loir en faire preſent au Grand
Seigneur. M le Conful l'alla
vifiter , & le lendemain le Ba
ahaluy rendit la vifite , hon
GALANT.
139
neur qui eft extraordinaire,
Le Conful le regala d'une Co
lation magnifique , & le pria
d'agréer une Corbeille affez
rare , dans laquelle il y avoit
une piece d'étoffe des Indes &
une tres - belle ceinture . Le
Bacha l'en remercia plufieurs
fois , & luy dit qu'il vouloics
convenir de toutes chofes
avec luy, & le traiter en Ami;
que non feulement il luy eftoic
recommandé par M de Chafteauneuf
, ancien Ambaffa
deur à la Porte , & par M. der
Feriol, fon Succeffeur , maiss
auffis par l'Empereur fon mais
Mij
140 MERCURE
ftre , & qu'il ne partiroit point
fans luy pour Jerufalem . Illuy
tint parole. Mle Conful luy
communiqua les avis qu'on
luy donnoit de ne point partir
pour cette Sainte Cité:
fans avoir receu les ordres
de la Porte ; mais le Bacha
l'affeura qu'il n'avoit rien à
craindre eftant avec luy, Ainfi
ils partirent d'Acresle 8 , Fé
vrier , & ne firent qu'en fept .
jours ce qu'ils pouvoient faire
en quatre . Le Bacha le fit tou..
jours difner avec luy , mais le
Conful foupoit dans fa Tente:
avec fon monde , afin de pouGALANT.
14
voir ſe raccommoder , car par
politique il ne beuvoit point
de vin a la table du Bacha ; &
d'ailleurs , les ragoufts à la
Turque ne luy donnoient pas
beaucoup d'envie de manger.
Le huitième jour de leur voyage
, ils fe difpoferent à faire
leur Entrée en Jerufalem ,
tout le monde fe mit dans le
meilleur équipage qu'il put-
Les gens du Bacha eftoient
fort leftes , & le nombre qui
n'eftoit que de huit cens
hommes quand ils fortirent
d'Acre , le trouva fort augmenté
par plufieurs perfonnes
&
142 MERCURE
qui allerent à fa rencontte
& qui voulurent l'accompagner
en Jerufalem : Le tour
faifoit pour le moins quinze
cens hommes . M le Conful
prit les devants avec la Banie .
re qui l'eſcortoit, pour donner
lieu à toutes les puiffances de-
Jerufalem de faire leurs ceremonies
, & de rendre leurs
devoirs au Bacha A la vûë
de Jeruſalem , M' le Conful
attendit le Bacha , tant pour
n'entrer qu'avec luy dans la
Ville , que pour luy faire part
d'une nouvelle qu'il venoit
d'apprendre par un Truche

GALANT . 143
&
ment , qui luy avoit dit que le
Cady eftoit fort animé par la
malice du Grand Muphry , &
de fes Santons , de ce qu'il venoit
en Jerufalem fans les ordres
exprés du Grand Seigneur
, & que s'il entroit il
arriveroit quelque defordre ,
le peuple eftant tout en tumul
re , & qu'on ne répondoit pass
des fuites facheufes que l'affai
re auroit. Mie Conful ayant
fait refter le Truchement , afin
qu'il parlaft luy même au Ba..
cha , le Bacha luy dit qu'il ne
devoit rien craindre , & ques
furfa tefte ille feroit entrer
144
MERCURE
avec luy dans Jerufalem . Auffi
toft il ordonna au Commandant
de la Baniere de M ' le
Conful de l'escorter , & de.
tirer fur quiconque oferoit luy
faire infulte. Un moment a
pés , le Cady arriva pour rendre
fes devoirs au Bacha , &:
luy demanda de quelle autorité
le Conful entroit dans la
Ville fans les ordres de la Porte.
Le Bacha luy répondit que
cleftoit de la fienne., & que
s'eftant mis fous la protection ,
il ne croyoit pas qu'il y euft
perfonne affez hardi pour l'infulter
. Mile Contul marchoir
quinze
GALANT . 145
quinze pas derriere le Bacha ,
monté fur un cheval , avec le
Commandant de la Baniere ,
& derriere luy plus de cinq
cens Cavaliers. Il entra dans
la Ville par la porte des Bachas
, par laquelle jamais ny
Conful , ny aucun Chreftien
n'eft entré. Le Racha qu'il
fuivit à fon Serrail ,luy fit donner
une chambre proche de la
fienne , & le vifita cinq ou fix
fois pendant fix heures qu'il y
demeura , l'exhortant de ne
rien craindre , & l'affurant
qu'on luy arracheroit plûtoft
la barbe, que de fouffrir qu'on
May 1700.
N
146 MERCURE
luy fift le moindre tort . Le
foir le Bacha le fit eſcorter par
vingt hommes le moufquet
fur l'épaule. M' le Confuleftoit
fur le même cheval qu'il eftoit
entré dans la Ville. Deux Janiffaires
tenoient par honneur
les rênes de la bride , & deux
autres portoient des flam .
beaux, il entra ainfi comme
ensiomphe jufque dans l'interieur
de noftre Convent.
Nos Peres le receurent avec
la Croix , & à la porte de l'Eglife
on luy fit le lavement des
pieds.L'on chanta le Te Deum,
& enfuite j'eus l'honneur de
GALANT. 147
je fis
le haranguer , donnant à connoistre
dans le difcours que
, que noftre invincible
Monarque avoit toujours pro.
tegé les Saints Lieux ; qu'il y
avoit environ dix ans qu'il
nous avoit fait reftituer le
Saint Sepulcre, la Pierre d'Onction
, l'Eglife & la Grotte de
Bethleem ; qu'il nous avoit
maintenus dans nos droits ,
privileges & immunitez ; qu'il
nous avoit défendus contre
les manies des Infidelles , &
les infultes des Schifmatiques
,
& qu'il venoit encore d'ordonner
à M' de Feriol , Am .
Nij
148 MERCURE
baffadeur à Conſtantinople ,
de demander au Grand Seigneur
la permiffion de rétablir
le Saint Sepulcre , qui tombe
en ruine ; que Sa Majesté avoit
fait choix de M' de Bremond
de fa
part
pour nous proteger de fa
dans ces lieux Saints , & plufieurs
autres particularitez
qu'il feroit trop long de vous
décrire. Graces au Seigneur ,
tout va affez bien en ce Pays .
Je fuis voftre , & c .
F. N. MACE , Vicaire General
de la Terre, Sainte,
Ceux qui connoiffent les
GALANT: 149
charmes d'une vie tranquille ,
affranchie des embarras &
du tumulte du monde , fçauront
fans doute bon gré à l'Auteur
de cette Epiltre . Elle eft
de M ' Caumette.
# * # 464 OHHIKIK
A MONSIEUR
L'ABBE
BEGAULT ,
Chanoine de l'Eglife Cathedrale
de Nifmes.
[Ngenieux Abbé , quipar de doctes
veilles ,
Scais éclairer les coeurs , & charmer
-les
oreilles ,
Niij
40 MERCURE
Qui de l'Art de preſcherfoûtiens l'augufte
poids ,
Etfais craindre aux Pécheurs ta menaçante
voix.
Toy , qui par les efforts d'une vive
éloquence ,
Confolas ungrand Roy * queprotege
la France ,
Et d'un Saint Potentat luy traçantles
malheurs > [ douleurs.
Sçeus adoucir les fiens,& calmerfes
BEGAULT
, qui t'es acquis par ta
rare fageffe ,
D'un illuftre Prelat + l'eftime & la
tendreffe ,
* Le Roy d'Angleterre , devant
qui il eut l'honneur de prêcher
le Panegyrique de S. Louis .
+ Mr Fléchier , Evefque de Nifmes
GALANT. r
Toy, qui pardesfentiers jufqu'icypeu
battus ,
Televes chuque jour aux fublimes
vertus,
Et gagnant fur toy- même une entiére
victoire ,
Marches d'unpas égal dans lafolide"
gloires
Toy , qui par tes difcours & ton urba
nitė
[ berté ;
Captives de nos coeurs l'aimable li-
Souffre que dans ces Vers , mon ame
toute nue
Te découvre aujourd'huy le chagrin
qui me tuë.
Trahi , perfecuté par de nouveaux
malheurs ,
Je cherche une retraite à répandre des
pleurs.
Quy , laffé de moy -mème & de la multitude
,
Niiij
152 MERCURE
Je ne foupire plus que pour la folitu
de ,
Sur
que de ce fejour
les objets
innocens
Ne feduirontjamais ny mon coeur, ny
mes fens.
C'est l'unique moyen pour foulager
mes peines ;
Là ,je verray couler le cristal desfontaines
,
La terre s'embellir par de nouvelles
fleurs ,
Et l'aimable Printemps étaler fes.
douceurs
L'inconftante Fortune en ces lieux de
delices
Ne fait point redouterfes injuftes caprices
,
Etle coeurrebuté defesfauffesfaveurs.
Ceffe de foupirer aprés les vains honneurs.
GALANT.
13
C'eft - là que le credit , la force & la
puiſſance ,
N'ontjamais opprimé la timide innocence
,
Ny le Vice orgueilleux de pourpre revětu
,
[ tu.
N'ajamais triomphe de lafoible ver
La noire Trahifon , dont la face eft
hideufe ,
Ny la Haine qui mord d'une dent
venimeuſe,
Lesferpens heriffezqui luy rongent le
fein
La jaloufe Fureur , le Dépit inhu
main ,
Et les triftesfoucis qu'enfante la Difette
,
Approchent rarement d'une telle re-.
.traite
Mais on y
voit regner une éternelle
Paixi
154 MERCURE
La Nature prodigue y répand fes
bienfaits.
C'eft- là que fe trouvant à l'abry des
orages ,
On contemple de loin les funeftes naufrages
;
C'eft-là que
lité
l'on jouit avec tranquil
Des douceurs d'une heureufe & pleine
liberté ,
Et c'eft dans ce fejour , dans ce charmant
azile,
Qu'on ne rend point aux Grands un
hommage fervile.
Là, tandis que tufais brillerla verité
AuxPeuples endurcis qui fuyoient fa
clarté ;
Tandis que ton fçavoir , animé de ton
zele ,
Diffipe les erreurs de leur Secte rebelless
GALANT. 155
Que malgré leurs efforts tugueris leur
raifon
Des vices qu'apporta ce funefte poi..
fon ;
Et fçais déveloper avec tant d'energie
Les mifteresprofonds de la Theologie,
Moy rempli de mépris pour le monde
trompeur ,
De fa corruption je gueriray mon
coeur.
Quy , cher Abbé , charmé dans cette
folitude ,
L'amour de la vertufera mafeule
étude ;
Et fuyant pour jamais mes vices o
dieux
Ze ne fongeray plus qu'à conquerirles
Cieux
Vous n'aimez pas l'incon156:
MERCURE
tance ; approuverez - vous
l'Ouvrage qui fuit 2
SUR L'INCONSTANCE.
A MADEMOISELLE ***
Ufqu'à prefent , charmante
Uranie , jay admiré que
l'Inconftance
, que tout le
monde fuit , ait fi peu de
partisans déclarez . Vous fçavez
par voftre propre expe
rience qu'elle communique
mille avantages aux gens qui
embraffent
lon parti , qu'elle.
donne une tranquillité heureufe
, qu'elle conferve la fraî
GALANT. 757
cheur du teint ; qu'elle fait
naiftre tous les jours une infi ,
nité de nouveaux amours pour
leur divertiffement ; qu'elle
répand fur eux la joye à plei
nes mains , & enfin qu'elle est
en aſſez bonne intelligence
avec les Ris & les Graces. Cependant
les gens les plus char,
gez de les bienfaits , la mécon
noiffent & la defavoüent,
Tous le jettent hautement.
dans le parti de fon ennemie;
chacun parle en faveur de la
Coutume , & il ne reste que
quelques bizarres genereux
qui ofent prendre fa défenfe.
$58 MERCURE
2.
Je fçay bien qu'un grand
nombre d'ignorans la décrient
, & que quelques malheureux
peu avantagez de la
Nature , qui ne fçavent où
donner de la tefte , faute d'avoir
ce fond de merite necef
faire pour s'aquerir des coeurs,
& pour les conferver , en ont
formé par dépit une idée mon
trueufes mais je ne pense pas
qu'un efprit fort, & principalement
le vostre , fe laiffe emporter
au courant d'un torrent qui
fort d'une fource fi impure , &
qui ne coule qu'à l'ombre des
tenebres. Les lumieres de la
GALANT.
159
raiſon ne vous abandonnent
point , auffi donnez- vous retraite
à cette infortunée bien
obligeamment dans votre
coeur ; & depuis que vous eftes
adorée , vous vous eftes fi bien
accommodée de cette hu.
meur , que je me tiens fûr que
Vous ne trouverez pas mauvais
de me voir entreprendre
fon Panegyrique.
Que penfez vous que je
croye d'elle ? N'eft. il pas vray
que ce n'eft point une paffion ,
qu'elle ne caufe aucune agita.
tion dans le coeur , que fon regne
eft doux & prefque infen .
160 MERCURE
fible , & que jamais ces guerres
inteftines & ces remuëmens
fomentez par les paffions,
ne font avec elle ?
Ce n'est donc
proprement
qu'un certain eftat où l'ame ſe
trouve , qui rétient fon action
fans violence ; de forte qu'elle
ne penche plus vers l'objet
qui l'attachoit , & quoy que
cet eftat indifferent
ne fe fort
peint d'aucun caractere particulier
fur le viſage , & ne
femble point affecter de fe
faire voir au dehors , néanmoins
on n'a pas laiffé de le
découvrir, & de le nommer in .
GALANT. 161
conftance , comme on appelle
un rien tout ce qui eft oppofé
à l'eftre , bien qu'il ne foit
point dans l'exiſtence des chofes.
L'Inconftance donc , belle
Uranie , ce beau rien qui répand
ou qui conſerve l'abondance
des graces fur toute vô
tre aimable perfonne , qui fait
que la douceur de vos conver
lations charme tout le monde,
& qui vous fert à porter la joye
dans toutes les Affemblées:
que vous honorez de voſtre
prefence , cet eftar heureux ,
dis je , qui fait tant de belles
May 1700.
162 MERCURE
chofes en vous , foit qu'il pro
cede de voftre
temperament ,
& par confequent qu'il vous
foit naturel , foit qu'il foit caufé
par l'imperfection des gens
qui ont le bonheur de vous
plaire , auquel cas il ne vousferoit
pas naturel ; c'eſt une
tres belle qualité , & bien loin
de la blâmer , je fuis d'humeur
à foutenir qu'elle ett tres- loua,
ble.
Si elle eft naturelle , ne vientelle
pas d'une difpofition qu'a
l'ame en loy- même de fe relâcher
de l'attention d'un ob
jet qui luy plaifoit ; en forte
WT
GALANT. 163
que par ce moyen cet objet n'a
plus aucun agrément pour
elle ? Prife de la forte , je foutiens
que c'eſt une difpofition
defirable ; car enfin , elle fait
les grandes ames ;
elle nous
ouvre le chemin des Sciences ,
& même elle nous égale ,pour
ainsi dire , à l'Eftre fouverain
qui embraffe toutes choſes
dans fon étendue infinie . En
effet , s'il n'y avoit des Inconf
tans , y auroit . il des hommes
univerfels ? Verroit on tant de
grands Perfonnages paffer
courageufement de la fpeculation
ennuyeufe & fatigante
O ij
164 MERCURE
d'une Science , à celle d'une
autre qui ne l'eft pas moins ?
Celuy qui a les lumiéres de la
Jurifprudence pour gouverner
un Etat pendant la Paix , entreprendroit.
il de dérober fouvent
l'attention de fon efprit
à certe Science , & de donner
quelques heures du jour aux
Fortifications , & aux exercie
ces du corps , pour apprendre
à défendre courageufement
cet Etat pendant la guerre ?
Et ces Romains dont le nom
fait tant de bruit par toute la
terre , auroient ils accordé
Themis & Pallas dans un mê,
GALANT. 165
me fujet , pour rendre leurs
perfonnes également recommandables
, foit par la force
à qui ils attribuoient le nom
de vertu par excellence , foit
par la juſtice ? Non certes ,
tendue de noftre efprit fe porte
d'elle- même à la diverfite.
Le temps change les faifons
l'é
pour nous contenter , & ne
peut réüffir . L'efprit demande
toûjours quelque autre chofe
que ce qu'il poffede , & cette
glorieufe avidité qu'il fent en
foy même , rend fon eftre admirable
& incomprehenfible
.
Il faut donc avouer que cet
166, MERCURE
te humeur changeante & vagabonde
qu'on nomme Inconftance
, eft une perfection ,
qu'elle donne de l'ornement
à tous les ſujets où elle fe trou
ve , qu'elle rend heureux ceuxqu'elle
favorite , & qu'elle les
éléve puiffamment , tant qu'el
le ne paffe point les bornes de
l'efprit ; car c'eft dans cette
haute region de nous mêmes
qu'elle produit tous ces effets
admirables & extraordinaires.
Faifons la defcendre dans
le coeur. Il eft vray qu'auffi.toft
on en fait une peinture odieu .
fe. C'eft une maladie honteufe,
GALANT. 167
& de laquelle tous ceux qui
font entachez ,font apprehendez
comme s'ils avoient un
air contagieux.
Les Philofophes qui font
Partifans de la raifon , la nomment
foibleffe. Les Amans qui
ne fuivent point d'autre mouvement
que celuy de leur
coeear , la font paffer pour un
vice. Les premiers veulent que
cette foibleffe parte d'une delicateffe
d'organes , qui fe laf.
fent de continuer une même
action pour continuer la joüiffance
d'un même bien. Les feconds
ne foutiennent pas bien
168 MERCURE
clairement que c'eſt un vice ,
mais c'eft un ufage reçu , dis
fent.ils, & quis eft écoulé dans
toute la Republique du Parnaffe
, & ils appuyent leur opinion
avec tant d'agrément ,
qu'ils la font paffer par tout.
Tant de Vers , tant d'Elegies ,
tant de Sonnets , tant de Stances
& tant de Madrigaux
font retentir l'horreur de ce.
vice , qu'il paffe parmy eux
pour un article de foy , & fait
un des points principaux de
leur Religion ; la difference de
ces fentimens . montre affez.
leur erreur. Pour moy , je ſuis
d'avis
GALANT. 169
d'avis de les accorder ; car
aprés tout , je ne difconviens
pas qu'ils ont quelque raiſon ;
mais quand pour prendre le
parti des Philofophes je la
laifferois paffer pour foibleffe ,
j'ajoûterois que c'eft une foibleffe
heureuſe , comme la
foibleffe du temperament d'u-
Ine Femme , qui felon les Naturaliftes
, luy fied mieux que
la force. Si c'eft un vice , c'eft
un de ces vices éclatans qui
ne fe trovent que dans l'ame
de ceux qui font nez pour
commander aux autres , ainfi
que la prodigalité eft ordinaire
May 1700.
P
170 MERCURE
dans la main des Princes , &
la témerité dans le coeur des
Conquerans. En effet , il n'y a
que les coeurs deftinez pour
faire plufieurs conqueftes amoureufes
qui font inconftans.
Les efprits les plus éle
vez ne trouvent rien qui foit
digne de les arrefter tout à fait. ૐ
Les grands coeurs vont tou
jours loin , & les coeurs paffionnez.
courent d'Amans en
Amans , ils ne fe retirent que
quandils font chargez de dé.
poüilles. Il n'y a rien dans
I'Empire de l'Amour qui ne
leur foit un chemin battu , &
GALANT. 171
où ils n'ayent laiffé des veftiges
& des traces . La connoiffance
de toutes les humeurs
& de toutes les belles actions
que le Dieu qui fait aimer
infpire,leur est découverte , les
rêveries d'un mélancolique
,
les emportemens d'un enjoüé ,
leur font un langage auffi familier
que la langue de leur
Mere. Enfin l'Amour n'a point
de plaiſirs que leur foient inconnus
; & ainfi que les Rois
qui font au deffus du murmu
re que produisent les plaintes
de leurs Sujets , ils ne s'ébran
lent point par les larmes &
Pij
172 MERCURE
par les foupirs d'un Amánt
qu'ils ont rendu malheureux .
Au refte , cette indifference
dans laquelle ils font enſevelis
pour les objets qui les touchoient
autrefois , ne pensez
pas qu'elle ait rien de commun
avec cette honreuſe ſtupidité
qui accompagne les infenfibles.
Au contraire ils ne
ceffent d'eltre fenfibles que
pour l'avoir grop efté, & quitrent
un objet , comme une
Abeille quitte une fleur, dont
elle a tiré tout le miel aupara
vant. Il me femble qu'un procedé
de la forte eft une voye
11 T
GALANT. 173
feure & infaillible pour s'enrichir
& tir ribut par tout ;
& que quand un coeur a fait
toutes ces épreuves , il fe peut
vanter d'eftre plus parfait qu'-
un autre qui ne s'attache qu'à
în nrême fujet , comme s'il
eftoit borné .
Il eft vray qu'on accuſe
Cette perfection d'eſtre un
peu criminelle , car enfin une
Beaute inconftante ne devroit
pas s'engager dans le commencement
de fon amour
naiffant “ a n'abandonner ja .
mais un Amant qu'elle fçair
bien qu'elle ne doit aimer que
Piij
174 MERCURE
·
$
pendant un certain temps ,
puis que fon manque de parole
& de foy produit un effer
cruel , & bleffe mortellement
celuy qui s'y fie , mais ne fça,
vons nous pas que c'eſt
c'eft un
principe de la Morale , que
ce qui eft un bien pour les
uns , fait bien fouvent mal
aux autres. L'emportement du
plaifir que fent cette Beauté
inconftante dans la poffeffion
du coeur qu'elle aime , caufe
ce tranſport obligeant , & cet
aimable excés qui luy eſt fans
doute avantageux , puis qu'il
luy fert pour fatisfaire ce coeur
GALANT. 175
qui le donne tout à elle , &
s'il produit quelque mal lors
qu'elle laiffe agir fon incon.
ftance , il n'y a que ce coeur
peu judicieux qui le reffente.
Je dis peu judicieux , car il ne
devoir pas vivre dans une
confiance qui luy devoit eſtre
fi nuifible ; de forte qu'il ne
doit s'en prendre qu'à luy ,
puis que c'eft luy qui s'affuje .
tit , & qui trouve fon malheur
dans cette fujetion . Ceux qui
font au deflus de nous , ont
toujours raiſon ; & quelque
chofe que nous trouvions à
redire à leurs actions , nous ne
Piiij
176 MERCURE
les fçaurions ternir . Si une
perfonne eft inconſtante , on
peut dire que cela ne touche
qu'elle , & que c'eft fon humeur.
Quand les yeux fe laffent
d'un même objet , on les
porte en d'autres lieux cela eft
permis , quand l'efprits'ennuye
d'un même entretien , il en
change , c'eft prudence . Lors
que le coeur cherche de la nouveauté
pour réveiller fa joye
afſoupie dans un méme train
de vie , c'eft un heureux inftinct
, & fi quelques perfonnes
en fouffrent , qu'importe ?
Les perfonnes ne nous font
GALANT. 177
pas ce qu'elles veulent nous
eftre. Que ne fe détachentelles
, puis que nous n'avons
pas deffein de les retenir ? Leur
plaifir eft de s'engager & de
fe fixer , celuy d'une incon
ftante eft de ne s'arreſter nulle
part . N'a t on pas raifon de
changer de demeure , & de
chercher un air nouveau , lors
que l'on ne peut plus fouffrir
celuy que l'on refpire dans un
climat ? Quand j'aurois promis
de finir mes jours dans un
pays , fi j'y menois enfuite une
vie languiffante, ne pourroisje
pas le quitter avec juftice ,
178 MERCURE
& ceder à l'ancipatie de for
temperament? Il faudroit eftre
d'un naturel bien dur pour
voir ma mort avec joye plû.
toft que mon départ,
Voilà , Uranie , ce qui me
femble à peu près de l'Inconftance
que donne le tempera.
ment. Celle que nous sommes
forcez d'époufer , pour nous
delivrer de l'imperfection
d'un coeur, dont l'attache nous
eft honteuse ou importune , eſt
encore plus belle , plus noble ,
plus jufte Elle ne fut ja
mais blâmée ; car comme il
n'y a rien de plus raiſonnable
GALANT. 179
+
que de quitter une ingrate ou
une méprifante , il n'y a point
auffi de party meilleur à prendre
que celuy d'abandonner
un Amant indigne d'entrer
dans l'Empire de l'Amour , &
de qui le fond trahit la bonne
mine. Un coeur né pour ai
mer eft plus délicat mille fois
qu'un autre ; peu de choſe le
rebute , & il ne paffe guére
dans l'eftat indifferent qu'il
n'y fait pouffé. Il ne fe paye
que d'une vraye tendreſſe
de bon alloy , d'abord qu'elle
eft contrefaite , elle ne paſſe
point , & comme le méchant
180 MERCURE
or, elle fe reconnoift impure
au feu de fon veritable amour.
Ce eoeur fe plaint quelque
temps , mais fi les plaintes n'émeuvent
que de la pitié,on ne
chaira point que cette pitié
vienne de l'amour Quelque
fame qui en forte, elle ne rallume
fon ardeur que par des
intervalles qui durent auffi peu
que le feu qui prend aux line
ges trempez dans de l'eau de
vie ; encore la flame n'a plus
cette vivacité brillanteb d'un
vray Amour, ſi bien qu'infenfiblement
le venin de l'Incon ›
ftance paroiſtas aos 18 , Juroj
GALANT. 181
Ileft une pitié cruelle ,
Dont l'éclat abufe nos feux.
Un jufte effortfait unrebelle ,
D'unfujet qui vit malheureux.
Infenfiblement l'on s'ennuye
D'etaller vainement une fauſſe
Langueur ,
67567)
Qu'on ne reffent point dans fon
coeur ,
- Sirbien que fans ceremonie
L'onfe fauffe à tous deux aifémens
no
compagnies
3:1 3. 1
Si voftre coeur reſtoir dans
cestrigaupeux termes avec le
mien, que ferois- je ? J'aurois
recours aux pleurs & à la mort.
182 MERCURE
C
Helas ! vous m'eftes fort fufpecte
de vous laffer de mon
coeur.
Car bien qu'il foit tendrè & fi
delle ,
Et qu'ilfoir affez voftrefait ,
Fe crains le dangereux effet
D'une Inconftance naturelle,
En verité , il eft bien dangereux
de vous voir. Si colt
que l'on vous perd de vue l'on
eft fi interdit , l'on le divertit
par toutfimal , l'on fçait fi peu
ce qu'on dit , & ce qu'on fait ,
que tout autre que vous en
auroit pitié, dy
GALANT. 183
Mais vôtre ame Uranie¸&gran ·
de
magnanime ,
D'un foible mouvement ne fent
point les effets:
Si vous plaigniez les maux que
vos beauxyeux ontfaits,"
Vous vous reprocheriez d avoir
commis un crime.
Pour vous autres Divinitez ,
Dans l'eftat heureux où vʊàs
eftes ,
Vous fçavez nos necefficez ,
Et nos affaires plus fecretes.
Nous répandons des pleurs , nous
pouons des foupirs ,
Vous voyez naiftre les nuages
Que forment dans nos coeurs nos
184 MERCURE
amoureux defirs ,
Sans que rien change vos vi-
Sages,
Et trouble ce repos qui fait tous
vos plaifirs.
Certaine majesté qu'on nesçauroie
dépeindre ,
Un calme environné de milleg
mille appas
,
Tout cela c'eft un fort où l'on ne
peut atteindre ,
Pour nous qui rampons icy.
bas.
Enfin de vos beautez la richeffe
immortelle
Ne reçoit pas de nous le moindre
changement.
GALANT. 185
Ny les foins affidus d'une flame
anov fidellep sliva lala, A
Ny les ardens tranfports d'un
miferable Amant,
N'en peuvent adoucir la fierté
naturelle,
3
Cela veut dire en un mor , que
vouseflesinlenfible de la plus
belle maniere du monde , que
vous confervez certaine grace
àtuer les gens qui fait un admirable
effet n'eft ce pas
eftrenée heureufe , que d'eſtre
faite de la forte? Si vous fçaviez
comme je cours de bon
coeur àcla mort , pour avoir la
fatisfaction de vous plaite , ce
May 1700.
Q
186 MERCURE

feroit bien pis ; mais je ne fuis
pas fi mal avifé que de vous
apprendre ce que j'en ſgay. "
Vous ne manqueriez point de fairevanité
De cette infenfibilisé
Qui vous fait ensaffer victoirefur
victaire,
Sansenremporter quelagloire
D'élever dans les lieux que vous
rendez deferts ,
Un vaste & vain trophée & de
coeurs defers.
Quand je vous verray dif.
pofée à bien uſer de vos cons
queftes , je vous en diray da
GALANT. 187
vantage. Aujourd'huy , belle
Uranie ,
Je n'ay deffein que de dire &
redire ,
Que loin de vous on languis , on
Loupire.
L'Ode que vous allez lire eft
du Pere Dumoret , Prestre de la
Doctrine Chreftienne, Profef
feur de Rethorique du College
de Lefquille à Touloule. C'eft
le même qui avoit compofé
l'Ode contre l'Herefic , qui
concourur pour le prix avec
Ode de la Poëfie , auffi bien
que celle- cy.
Qij
18
MERCURE
Sesesz se sese seses
соCONTRE LES IMPIES .
QUel'objet me frape & m'enchante
?
Quelfeu m'emporte loin de moy ?
Divinité que j'apperçoi ,
Viens foutenirma voix tremblante.
Portez fur les ailes des vents.
Déjames concerts éclatans
Font retentir la terre & l'onde.
Applaudiffez Peuples divers ,
C'est le Dieu qui forma le monde
Queje vais chanter dans mes Vers.
Effre toujours , c'est fon partage.
Tout vit, toutfe meut à fa voix.
Soumis aux forces de fes loix
Les Flots refpectent learrivage.
GALANT 189
י
Des Cieux ilforma les refforts
Les Vents tirez de fes trefors
Le beniffeut par leur murmure.
Seul inſenſe blafphemateur
L'Impie, horreur de la nature ,
Ne.connoift pointfon Createur.

Fiéres merveilles qu'on admire,
Beautez , dont les charmes vainqueurs
Séduiſent tant de foibles coeurs
Et les rangent fous voftre empire!
Cet éclat dont vous vous flatez,
Ces traits , ces appas fi vantez
Viennent du Dieu qui vousfit naiftres
Et l'homme , efclave defesfens ,
Renonce à cet Augufte Maitre ,
Et vous prodigue fon encens.
S
Quel bruitconfus me vientfurprendre
Quels crisfont retentir les airs ?
190 MERCURE
Tout parle dans cet Univers 5
L'Enfer, lesfeuxfe font entendre.
Pleins de juftes reſentimens
Je voi le Ciel , les Elemens
Sarmer deparole & de vie.
Seigneur , anime leur ardeur,
Et fais deformais que l'Impie
Te reconnoiffe à ta grandeur.
&
Que frappé d'une heureuſe crainte
Ilcommence à porterfes yeux
Surces Tableaux mifterieux
On ta Sagelle s'eft dépeinte..
Visible fource de la Foy
Pour ramener fon coeur à toy
L'Univers deviendrafon maistres,
Et par tout tes rayons épars ,
Pour le forcer à te connoiftre ,
Viendront s'offrir àfes regards.

Que defpectacles fe prefentent !
1 .
GALANT.
Ign
Que de charmes victorieux!
Aftres qui brillez dans les Cieux ,
Que vos merveilles nous enchantent!
Le Createur dans vos rayons·
A tracé les nobles crayons
De fes grands &facrez mifteres
Et découvre avec majesté
Dans vos vifibles caracteress
Son invisible immenfité.
&
D'une clarté vive & feconde
Le Soleil répand les attraits ,-
Et de mille trefors fecrets
V
Enrichit l'un & l'autre Monde.
Conftant dans fon cours lumineux-
Du Jour; ouvrage deles feux
Il ouvre & ferme la barriere 3
Mais cet Aftre refplendiffant
Fait moins admirerfa lumière
Que la fplendeur du Tout-puiffant.
F92 MERCURE
Les ans d'ane égale viteffe
Amenent lesfleurs , lesglaçons ;
On voit les Mots & les Saifons's
Mourir & rendiftrefans ceffe.
Les fiecles dans leurs changemens
Ont tous les mêmes mouvemens:
Et fe montrentpour diſparoiſtre : TI
La Nature partant de traits s
S'empreſſe à nous faire connoiftres
Un DIEU qui ne changejamais.
S
C
Que tout celebre vos ouvrages I
Qu'à vous benir tout foit conftant , I
SEIGNEUR , dont le pouvoirs etend
Au-delà des temps & des ages.
fureurs Que renonçant à fes fureurs -
L'Impie admire les faveurs
Dont vous avez combler nos ames 5
touche d'un bien fi doux's
Et que
Il ne brûle
que
de vos flames
.
Et nefoùpire
que
pour
vous
.
I

Le
GALANT. 193
Le Roy ayant par la Décla
ration du mois de Mars 1693.
defuni de l'Ordre de Saint Lazare
les maifons & les biens
de l'Ordre Hofpitalier
du S.
Efprit de Montpelier
, les Religieux
Profés de cet Ordre qui
avoient obtenu cette defunion
, crurent qu'ils ne trouveroient
plus aucune difficulté
pour ſe remettre en poffeffion
de ces Maifons & y rétablir la
regularité & l'hofpitalité
de
leur Inftitut ; mais un certain
nombre
de Seculiers
, la plufpart
mariez , qui prétendoient
que cet Ordre eftoit militaire ,
May 1700, R
194 MERCURE
& qui s'en difoient Chevaliers,
s'y eſtant oppoſez , & redemandant
pour eux ces mêmes
maifons & les biens qui en
dependent , cela a formé un
grand Procés , qui aprés une
tres longue inftruction & de
grands examens faits au Bureau
deM' de la Reynie , Confeiller
d'Etat, pas M's les Com
miffaires generaux du Conſeil,
fut enfin rapporté devant le
Roy par M' de Marillac , auffi
Confeiller d'Etat , & jugé par
Sa Majesté le Lundy 10. de ce
mois en faveur des Religieux.
Cet Ordre fut declaré purets
GALANT. 199
ment Religieux & nullement
militaire , avec défenſe à ces
prétendus Chevaliers de plus
prendre cette qualité , non
plus que celle de Grand Maiftre
, Grands Vicaires ou Commandeurs
, ny d'en porter la
la Croix ou la marque . Sa Majefté
ordonne de plus que le
Brevet de Grand - Maitre qu'-
elle avoit accordé, fera rapporté
comme nul & de nul effet ;
que ceux qui ont donné des
fommes d'argent pourront le
pourvoir pardevant les Juges
ordinaires , pour en eftre tembourfez
, & les autres claules
Rij
196 MERCURE
portées dans l'Arrest Cette af.
faire a efté foutenue & conduite
de la part des Religieux
par les foins du fieur Grandvoynet,
Preftre Religieux Pro .
fés decet Ordre , & Comman .
deur de la Commanderie Conventuelle
de Stephansfeld en
Alface, qui eut quelques jours
aprés l'honneur d'en remercier
le Roy , qui le reçut avec fa
bonté ordinaire , l'écouta obligeamment
, & luy répondit de
même ; en forte qu'on va inceffamment
travailler au rẻ.
tabliffement de cet ancien
Ordre Regulier par tout le
GALANT . 297
Royaume , dans tous les lieux
où il a eu autrefois des établiſ
femens.
Pour vous répondre fur ce
que vous demandez touchant .
le jugement que l'on fait du
livre de la Choregraphie ,
composé par M'Feuillet ,qui le
premier a trouvé le fecret de
nous décrire la Danfe avec
tant d'artifice , je vous diray
que le Public s'en fert , & que
tous les Maiftres à Danfer dif
perfez dans l'Europe , joüiffent
utilement de cequ'il a inventé.
Ils achetent cette Choregra •
R. iij
198
MERCURE
phie , & le debit en eft fi grand
qu'on fera obligé d'en faire
bientoft une edition nouvelle .
C'est vous dire en peu de mots
l'eftime que l'on en fait. Il faut
convenir que ce qui eft utile
devient en quelque façon neceffaire
, & que ce qui eft commode
, facile , & agréable à la
fois , ne fçauroit jamais manquer
de s'attirer une approbation
univerfelle . Tous ces
avantages fe trouvent dans le
livre dont vous me parlez.
Ainfi vous ne devez pas eſtre
ſurpriſe que ſa deſtinée ſoit ſi
heureuſe. L'Auteur animé fans
GALANT . 5 199
doute par le fuccés de fon ou
vrage , s'eft engagé de faire
graver tres correctement tout
ce qu'ily aura de nouveau dans
la Danfe. Il vient d'en mettre
une nouvelle au jour , qui a
pour titre la Pawane des Saifons.
Elle est de la compofition de
M' Pecour , dont le gouft eft
fort eftimé pour la Danfe . Les
Maiftres à Danfer & les Curieux
pourront ſe contenter à peu
de frais , puifque chaque Dan
fe ne leur coûtera que dix fols .
N'a - t on pas lieu d'efperer
que M' Feüillet rendra toutes
fortes de Danſes auffi faciles à
R iiij
200 MERCURE
comprendre que des Airs notez
, avec cette difference que
pour chanter ces Airs il faut
içavoir la Mufique , qui ne
s'apprend qu'en y employant
beaucoup de temps , au lieu
qu'il n'y a qu'à lire la Choregraphie
pour concevoir d'a
bord tout ce qui eft neceffaire
pour bien danfer ? Ces Danfes
gravées fe vendent chez l'Auteur
, ruë de Buffy , Faubourg
S. Germain , à la Cour Imperiale
, & chez Michel Brunet
dans la Salle du Palais , au Mer
cure galant.
GALANT. 201
Voicy les noms des perfonnes
confiderables de l'un & de
Fautre Sexe , mortes depuis ma
Lettre d'Avril .
Meffire René de Voyer de
Paulmy d'Argenfon , Maiftre
des Requeftes , & Ambaſſadeur
pour Sa Majesté vers la
Republique de Venife . Il avoit
époufe Dame Marguerite
Houlier de la Poyade , Dame
de Rouffiac , dont il a eu entre
autres Enfans , Meffire Marc-
René de Voyer de Paulmy .
d'Argenſon , Maiftre des Requeftes
ordinaire de l'Hoſtel
du Roy , Lieutenant General
201: MERCURE
"
de Police de la Ville , Prevoſte
& Vicomté de Paris , & Meffire
François Elie de Voyer
d'Argenfon , Doyen de l'Eglife
Royale de Saint Germain
l'Auxerrois à Paris . M' d'Argenfon
qui vient de mourir,
venoit d'une des plus anciennes
Familles de Touraine , &
eftoit Fils de René de Voyer
de Paulmy , Seigneur d'Argenfon
, Maitre des Reque.
Ates , & Intendant de plufieurs
Provinces du Royaume , qui
ayant efté nommé par Sa Ma
jeftéfon Ambaffadeur vers la
Republique de Venife,y mou.
GALANT. 203
ruten 1651- avant que d'avoir
fait fon Entrée publique . On
luy fit desObfeques folemnels
dans cette fameufe Ville , aux
dépens de la Republique , qui
y affifta en Corps , & l'on voit
fon fuperbe Maufolée dans
l'Eglife de S. Job de Venife, qui
eft un Convent de Religieux
François . La plupart de leurs
Anceftres ont facrifié leur vie
dans les armes pour lefoutien
de la Religion & pour le fervi .
ce de nos Rois ; ce qui a donné
l'avantage à ceux de cette maifon
, parmy les Troubles dont
on a vû tant de fois ce grand
204 MERCURE
Royaume agité , d'avoir tou
jours eftétres Cat holiques &
tres fidelles Serviteurs de leurs
Souverains . On n'en voit aucun,
dans tout ce qu'en difent
nos Hiftoriens , qui fe foit.
laiffé engager dans des partis
contraires à fes devoirs , &
leur Nobleffe eft fi ancienne ,.
qu'on n'en fçauroit découvrir
le commencement L'Hiſtoire
leur donne le nom de Cheva .
liers , il y a plus de huit cens
ans , fous Charles II. furnom .
".
mé le Chauve . Ce Prince ayant
attiré plufieurs Etrangers à fon
fervice ,Bafile de Voyer , CheGALANT
. 205
valier Grec , merita parfes exploits
la bienveillance de
Charles , qui pour récompen
fe de les fervices luy donna
une contrée dans la Tourai .
ne , où il fit baftir le Chafteau
de Paulmi, appellé ains,
felon ce qu'en rapporte Belle.
foreft dans fon Hiftoire de
Charles le Chauve , & dans la
Cofmographie , à cauſe des
palmes & des victoires de Bafile.
Il eut deux Enfans , Conrad
& Othon de Voyer , dignes
Succeffeurs de les vertus.
Jean de Voyer , Vicomte de
Paulmi , Chevalier de l'Ordre
"
206 MERCURE
du Roy & grand Bailly de
Touraine, a fervi fous quatre
Rois. Il commença fous François
I. qu'il n'abandonna dans
aucune occafion , quelque perilleuse
qu'elle fuft , & le trouva
à la Bataille de Pavie , où
deux de fes Freres furent tuez .
Aprés le malheur que la prifon
de ce Prince cauſa à la France ,
il affifta au Traité de Madrid ;
& avant cela il eut l'honneur
de travailler plufieurs fois pour
fa liberté. Il ne rendit pas de
moindres fervices fous Henry
II. dans les occafions de
Metz , de Thionville , de CaGALANT.
207
lais & de Guienne , ce qu'il
continua fous François II . &
fous Charles IX . quoy que
dans des temps tres difficiles ,
& déja réduit dans une extrême
vieilleffe. Comme il joignoit
à fes grandes qualitez
l'amour des Lettres & les belles
connoiſſances , plufieurs
Sçavans de fon temps tâcherent
d'éternifer fa memoire
par leurs Ouvrages , & par
plufieurs Epitaphes , parmy
lefquelles celle - cy , qui contient
toute la vie en deux Vers
Latins , fut fort remarquée.
Dux , Legatus , Eques , fudit ,
fociavit , adauxit ,
208 MERCURE
Hoftes , Hifpanos , titulos , vi ,
fædere fama.
De Jean de Voyer fortirent
René de Voyer , Seigneur de
Paulmi , & Pierre de Voyer ,
Grand Bailly de Touraine , Sei-
-gneur d'Argenton . Louis de
Voyer , Baron de Baugé , Lieu .
tenant de l'Artillerie , l'un de
leurs Defcendans , mourut de
fes bleffures à la levée du Siege
de Cafal par les Espagnols.
Depuis ce temps là René de
Voyer d'Argenfon , aprés plufieurs
Negociations en Allemagne
, en Italie , & en Catalogne
, finit fa vie glorieuse.
GALANT. 209
ment dans l'Ambaſſade de Ve.
nife . Armand de Voyer , Marquis
de Paulmi , & Joſeph de
Voyer , Comte de Dorce , fon
Coufin , ont efté tuez dans le
Combat de Senef. Le premier
eftoit Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie , & le
fecond qui eftoit fort jeune,
avoit efté pourvu d'une Enfei
gne au Regiment des Gardes .
Meffire Michel Antoine-
Baudrand , Protonotaire du
S. Siege Apoftolique , Prieur
de Rouvre & de Neufmarché.
Il avoit esté Conclavifte de
de Mile Cardinalle Camus
May 1700.
210 MERCUREl'Election
de noftre Saint Pere
le Pape , & eftoit tres - verſé
dans l'Hiftoire , & principalement
dans la Geographie ,
donr il nous a donné un Dictionnaire
en Latin , quia efté
imprimé pour la derniere fois
en deux volumes in folio . Il a
encore fait plufieurs autres
Ouvrages , qui font prefts à
voir le jour , & entre autres la
Geographie Univerſelle de
tous les Evêchez du monde.
Il eftoit Frere de Louis Baudran
, Doyen des Subftiturs
de M' le Procureur General
de la Cour des Aides , &
GALANT. 211
ancien Echevin de la Ville de
Paris . Ils font originaires des
Baudran , une des bonnes Familles
de Lyon .
· Dame Anne Catherine
Pollart , Epoufe de Mellire
Louis François Dey, Seigneur
de Seraucourt , Maitre des
Requeftes. Elle avoit quaran
te deux ans , & eftoit Secur de
Mefire Jacques Pollart , S ' de
Villequoy , les Bois S Martin,
Villarſault , Chavernay , Confeiller
au Parlement de la Premiere
des Enqueftes , de M*
Pollart , Preftre de l'Oratoire ,
& de N. Pollart , Epoule de M²
S ij
212 MERCURE
le Coigneux de Bellavre , cy
devant Maistre des Requeftes..
Dame Catherine d'Warcy ,
Fille de feu Md Warcy , Prevoft
de lifle de France , &
Bailly du Palais à Paris , &
Femme de feu Jean Bergeron ,
Seigneur de la Goupilliere ,
Maistre d'Hoſtel , & Doyen
des Maréchaux des Logis du-
Roy , avec lequel elle a eu
quatorze Enfans . Elle eft mor .
te au Chateau de Cangey
prés d'Amboiſe , âgée de cent
& un an.
François - Eftienne Iffaly ,
Avocat au Parlement , & AGALANT.
213
vocat General de S. A. R
Monfieur. Il n'y avoit que
quinze jours qu'il avoit épou
fé Mademoiſelle du Vaulx ,
Fille de Jean Baptifte du
Vaulx , Treforier des Gardes-
Françoiſes 1 eftoit Frere de
M'Iffaly, Payeur des Rentes
de l'Hoſtel de Ville , de N. Iffa
ly , Epoufe de Guillaume Ale
xandre Joubert de Godonvil
le , Confeiller en la Cour des
Aides , & de Mademoiſelle I
faly , qui n'eſt pas encore ma→
riée. Ils font tous enfans de
Jean -Iffaly fameux Avocat au
Parlement , & Docteur Hono
214 MERCURE

raire de la Faculté de Droir
Civil , Canonique & François
en l'Univerfité de Paris , qui a
donné au Publicles Plaidoyers
de M' le Maiſtre , auffi fameux
Avocat au Parlement.
Meflire Antoine Camus
Comte d'Argigny , qui aprés
avoir étéмoufquetaire duRoy,
& Capitaine dans le Regiment
de Poitou , obtint de Sa Majesté
le Regiment d'Infanterie
de Limoges , à la tefte duquel
il a fervy avec application &
diftinction pendant la dernie
re guerre. leftoit Frere cadet
du feu Marquis de Pufignan ,
GALANT. 215
qui fut tué en Irlande.
Meffire Pierre Raymond ,
Secretaire de Sa Majefté. Il
laiffe entr'autres enfans Meffire
Claude Raymond , Sei
gneur d'Arfeuil , Confeiller en
la Cour des Aides , M' Raymond
, Officier aux Gardes ,
N. Raymond , Epoufe d'Antoine
. Leonor Lhofte , Seigneur
de Beaulieu , Maiſtre
des Comptes
.
Dame Anne Angelique de
Goder de Soudé , Epoufe de
Meffire René de Harlus , Marquis
de Vertilly , Major General
de la Gendarmerie , Briga216
MERCURE
dier des Armées du Roy , &
Chevalier de S. Louis
Meffire Antoine de France
de la Tour , Seigneur de Monthiers
, Grofloy , Bouraiche &
autres lieux , Vicomte de Cli
gnon , Gouverneur pour le
Roy des Ville & Chafteau de
Saint Dizier & Ribemont. It'
eſt mort à Parisâgé de quatrevingt
neuf ans. Son corps a
efté porté à Monthiers en
Champagne. M fon Fils a
époufé Mademoiſelle Morel ,
Soeur de M' Morel, Confeiller
au Parlement,
Gilles de Chanhuon , Sieur
de :
GALANT. 217
de la Boffiere , Ingenieur , Architecte
du Roy , & Chevalier
de l'Archiconfrairie Royale
du Saint Sepulchre de Jerufalem
.Il laiffe une Fille fort bien
faite & d'un merite fingulier ,
& deux Garçons qui fuivent le
party de l'Epée , & qui ſe ſont
fait deja remarquer en diverfes
occafions .
Meffire Paul Fiacre Mabile,
Maréchal des Logis de S. A.
S. Monfieur le Prince. Il eftoit
dans la quatre- vingt- ſeiziéme
année , & édifioit tout le monpar
la pieté ſincére & ſans
fard. Il a eu grand foin toute
May 1700.
de
T
218 MERCURE
ſa vie de ſoulager les neceffireux
, & dans fon teftament
qui ne refpire que la Charité
Chreftienne , il n'a pas oublié
l'Eglife de Saint Sulpice ſa Paroiffe
, où de fon vivant il avoit
fait accommoder la Chapelle
de Saint Fiacre fon Patron . Il
s'eftoit trouvé mal le foir qui
preceda le jour de fa mort , &
en moins de vingt quatre heures
la chaleur naturelle s'étei .
gnit. Il avoit efté à feu M' &
å feuëмadame de Longueville,
dont il avoit une penfion confiderable
, affignée fur une
Terre. Il en a joüi jufqu'à fa
GALANT . 219
mort, & Madame de Longu eville
le recommanda à Mon.
fieur le Prince . Il ne laiffe
point d'enfans , & avoit perdu
la femme , il y a quelques an
nées . Elle eftoit aufli fort eftimée
de Madame de Longue.
ville , qui la donna aux jeunes
Princeffes de Condé , comme
un prefent qui leur devoit cftre
confiderable.
Madame de Capdeville
diftinguée par fon nom & par
fon merite . Elle eſt morre à
Caftillonnois en Agenois
âgée de cent cinq ans.
On a appris qu'une femme
Tij
220 MERCURE
de la Paroiffe d'Epiré en Anjou
d'où viennent les bons vins
de cette Province , y eft accou
chée à cinq mois , depuis peu
de temps , d'un Enfant , qui
avoit quatre pieds , quatre
jambes , quatre cuiffes , quatre
feffes , deux épines du dos ,
un feul nombril , la tefte & le
viſage un peu extraordinaires ,
les bras & les mains qui paffoient
les genoux depuis les
hanchesjufqu'au
bas . C'eftoit
un double garçon qu'on a baptilé
, & qui a vécu un peu
moins d'une heure . Il avoit
deux langues, & ſes excremens
GALANT. 221
fortoient par les deux paffages
'ordinaires. Sa poitrine & fon
eftomac fe font trouvez féparez
en deux. On dit qu'on le
garde pour le montrer au Public.
Vous attendez , fans doute ,
que je vous parle de la Lotterie
Royale , mais je ne vous
diray rien des Arrefts du Confeil
d'Etat du Roy touchant
cette Lotterie , parce qu'ayant
efté imprimez , ils doivent
avoir efté rendus publics dans
voftre Province , & que je vous
écris le moins qu'il m'eft poffi
ble fur les chofes dont j'ay fu
Tiij.
222 MERCURE
jet de vous croire inftruite . Je
vous diray feulement , que
ceux qui mettront à cette Lot
terie n'en peuvent avoir que
de la fatisfaction , quand mê .
me ils ne fe trouveroient pas
du nombre des heureux lors
qu'elle fera tirée . S'ils en font
ce leur. fera un grand avantage
de fe voir une rente viage
re confiderable , pour une
fomme fi modique , qu'elle ne
peut eftre miſe en ligne de
compte , dans la famille la
moins accommodée , en la
comparant aux avantages que.
l'on en peut retirer,
Si elle ne produit rien à ceux
GALANT.
223
qui l'auront rifquée , ils doivent
eftre ravis qu'aprés que
des inconnus, ou même leurs
Amis auront joüy toute leur
vie d'un revenu qui ne leur
aura rien coûté ( car ce qu'il
en coûtera pour quelques billets
ne doit pas eftre compte
pour quelque choſe ) le fond
de ce revenu retourne au Roy ,
& à l'Etat , à qui l'on doit plutoft
fouhaiter du bien qu'à des
particuliers , parce que moins
le Prince & l'Etat en ont befoin
,moins le Prince eft obligé
de faire d'affaires pour tirer
de l'argent de fes Sujets, Ainfi
T iiij
224 MERCURE
la Lotterie Royale ne peut
eftre utile au Roy , qu'elle ne
le foit en même temps à fes
Sujets de plus d'une maniere.
Si la Lotterie doit faire quel
que plaifir à un honnefte hom.
me qui n'aura rien gagné par
rapport au bien qu'elle doit
un jour procurer à l'Etat , celuy
qui aura efté affez heureux
pour avoir une rente confiderable
, dont il joüira pendant
fa vie , ne doit point fe plaindre
quand cette rente finiroit
avec les jours , puifque le capital
ne luy aura prefque rien
coûté, & qu'il aura le plaifir de
GALANT. 225
voir en mourant que la rente
dont il ne pourra plus jouir, retournera
à l'Etat , c'eft à dire au
foulagement du Peuple. En .
fin , ceux qui ne feront pas des
heureux , auront cette fecrete
fatisfaction d'avoir,fans s'eftré
incommodez , contribué au
bonheur de quatre cens foi
xante & quinze familles , dont
plufieurs feront enrichies
d'autres mifes à leur aife , &
d'autres un peu plus accom
modées qu'elles n'eftoient au
paravant.
Cette Lotterie doit faire
auffi un extrême plaifir aux
226 MERCURE
perfonnes oberées qui n'ont
pu fe défendre d'abandonner
leur bien à leurs Creanciers .
Elle peut leur faire avoir dequoy
vivre fans craindre que
ces Créanciers les inquiétent ,
& cet avantage eft fi grand ,
qu'il n'y a perfonne qui n'y
doive rifquer quelque chofe.
Ceux qui renoncent à fe mas
rier & qui mettent leur bien à
fond perdu pour vivre plus
commodement , pourront auffi
voir augmenter leurs revenus
par le moyen de cette Lotterie
, fans s'eftre incommodez
par le peu d'argent que deux
GALANT 227
ou trois billets leur auront
coûté. Mile Févre eft Receveur
à Verſailles , pour la Lotterie
Royale. Je vous ay
fi fouvent
parlé de luy qu'il me feroit
inutile de rien ajouter à ce
que je vous en ay dit dans mes
autres Lettres. Tout le monde
fçait qu'il eft chargé par le Roy
de la plupart des emplois de
confiance .
Le Lundy 19. du mois paffé,
l'on fic à Nancy de grandes
ceremonies pour l'Enterrement
de Charles V. Prince
de Lorraine , & Pere de Mon228
MERCURE
fieur le Duc de Lorraine d'au
jourd'huy. Vous fçavez combien
il s'eftoit acquis de gloire
dans les guerres d'Allema
gne , fous le nom de Prince
Charles de Lorraine , & combien
elle avoit fenti fa perte;
arrivée il y a déja plufieurs
années . On alla prendre fon
corps au Novitiat des Jeſuites,
qui eft à la Porte de Saint Ni
colas , où il eftoit en dépoft.
Il fut porté par M de Guftine,
de Curelles , de Vitrimont
& de Crayon: Ils ettoient feize
tant pour le corps que pour
le Dais. La marche dura plus
GALANT 229
&
de trois heures , & fut ouverte
par M Lançon , Lieutenant
au Gouvernement de Nancy ,
par M ' de la
Pommeraye ,
Major de la Ville , qui furent
fuivis de quarante Officiers de
Milice de la Bourgeoifie , vêtus
de leurs habits uniformes,
en écharpes de creípe, portant
leurs efpontons renverfez .
Enfuite marchoit la Compagnie
des Buttiers en habits
uniformes , précedez de leurs
Officiers en écharpes & cref
pes , & fuivis de quarante Ser
gens du Regiment de la Bourgeoifie.
230 MERCURE
Vingt Sonneurs , vêtus de
deuil en chaperons .
Cent Pauvres de l'Hôpital
& des Paroiffes de Nancy ,
vétus de noir par S. A. R.
portant chacun une torche de
cire blanche , avec les Armes
de feu S. A. S parties de Lorraine
, de Pologne & d'Autriche.
Les Commis ou Quarteniers
de la Ville de Nancy en habits
de deüil & en manteaux courts,
avec un crefpe fur leurs chapeaux
tombant de deux pieds.
Cent Bourgeois de la Ville
de Nancy , pareillement en
GALANT. 231
habits de deüil & manteaux
courts ,avec de femblables crépes
fur leurs chapeaux , portant
un cierge blanc avec les
Armes de la Ville de Nancy .
Cent Confrères du S Sacrement,
vêtus comme cy.deffus,
portant chacun un flambeau
avec les Armes de la Confrairie
du Saint Sacrement.
Les Penitens au nombre de
cent , portant chacun un cier.
ge blanc.
Les Auguſtins au nombre de
, portant chacun un douze
cierge blanc .
Les Jacobins au nombre de
feize .
232 MERCURE
Les Tiercelins au nombre
de vingt quatre .
Les Capucins au nombre
de cent.
Les Minimes au nombre
de quarante quatre.
Les Cordeliers au nombre
de cent.
La Paroiffe de Noftre- Da
me, dix Preftres.
Celle de Saint Epure , dix.
huit Preftres .
Celle de Saint Sebaſtien ,
douze Preftres .
Les Chapitres de la Primatiale
& de Saint Georges marcherent
alternativement l'un
GALANT. 233
aprés l'autre , au nombre de
cinquante un , tenant chacun
un cierge ,
Les Profeffeurs de l'Univerfé
de Pont à Mouffon , é
toient à la gauche de ces Chapitres
, & avoient chacun un
Aambeau de cire blanche.
Les Députez des Villes du
Barrois non mouvant , fuivant
P'ordre des Bailliages , fçavoir,
Deux Députez de la Prevo
fté
d'Arancy.
Deux de
Longuyon.
Deux d'Eftain
Bailliage du Ponte
Deux de Thiancourt .
May 1700.
Vin
234 MERCURE
Deux de la Chauffée .
Deux de Mandre,
Deux de Pont - à Mouffon .
Bailliage de S. Mihel.
Deux de Morroy devant Metz.
Deux de Conflans.
Deux d'Apremont .
Deux de Morroy le Sec.
Deux de Bouconville.
Deux de Rambercourt aux
Pot.
Deux de Sancy.
Deux de Hattonchaftel .
Deux de Bricy.
Deux de S. Mihiel.
Baffigny mouvant .
Deux de la Prevosté de la
Marche .
GALANT 235
Deux de Chatillon fur Saone.
Deux de Conflan en Baffigny.
Deux de la Senechauffée de
Bourmont.
Barrois mouvant,
Deux de Gondzecourt.
Deux de Souilly.
Deux de Morlay .
Deux de Pierre fitte .
Deux de Stainville .
Deux d'Anferville.
Deux de Ligny...
Deux de Bar,
Deux de
Mommeny.
Deux de Chaftel.
Deux
d'Eſpinal.
Deux de Vezelife .
V
236 MERCURE
Deux de
Bouquemont.
Deux de Bicche, 100 obx
Deux de S. Avold
Deux de Saralbe .
Deux de Chwmbourg.
Deux de Sierberck?
Deux de Freiftroff
Deux de Boulay.
Deux de Berus & de Valdrevange.
Deux de Dieuze.
Deux de Zarguemines .
Bailliage de Fofges
Deux de la Prevofté de Darnay.
Deux de Charmes-
Deux de Valfroicourt ,
GALANT. 237
Deur de Dompaire.
Deux d'Arshere .
Deux de Remiremont.
Deux de Chaftenoire.
Deux de Remoncourt..
Deux de Bruyere .
Deux de Mirecourt.
Bailliage de Nancy.
Deux de Sainte Marie aux
Mines-
Deux de Ravon .
·
Deux de Saint- Diez.
Deux de Badonviller-
Deux de Deneuvre.
Deux d'Azerailles.
Deux de Blamont.
Deux de Luneville .
238 MERCURE
Suite du Bailliage de Nancy.
Deux d'Eviville .
Deux de Marfal .
Deux de Chaligny,
Deux de Condé .
Deux de Preny.
Deux de Gondreville.
Deux de Chateau Salin.
Deux d'Amance.
Deux de Rozieres .
Deux de Saint Nicolas,
Deux du Neufchateau ,
Tous ces Deputez avoient
chacun un Ecuffon à leur bras
gauche portant les Armes de
leurs Villes , & eftoient en
habits noirs & en manteaux
GALANT 239
courts , avec un crefpe de deux
pieds de longueur à leurs chapeaux.
L'Hoſtel de Ville de Nancy,
precedé des Valets de Ville
de leurs livrées , & fuivis des
Confeillers de ce même Hoftel
de Ville , en habits noirs ,
manteaux courts , & crefpes de
trois pieds de longueur.
Les Avocats .
Les Huiffiers du Bailliage
de Nancy en Robes , portant
leurs Baguettes.
Les Greffiers.
Les Confeillers du Bailliage
de Nancy.
240 MERCURE
Les Archers des deux Cham
bres des Comptes
.
Les Confeillers & Prefidens .
de la Chambre des Comptes
de Bar dans leurs habits de:
Ceremonie.
Les Confeillers & Prefidens
de la Chambre des Comptes
de Lorraine , avec leurs habits
de Ceremonie.
Les Officiers & Archers de
la Marefchauffée de Nancy
marchérent à la tefte de la
Cour Souveraine .
Les Huiffiers.
Les Greffiers.
Les Conleillers & Prefidens
de
GALANT. 241
de la Cour Souveraine .
Le Confeil d'Etat precedé
de fes Huffiers , Hoquetons ,
& des Secretaires ordinaires
& Commandemens .
C
J
Les Trompettes & Timbales
touchant à la Sourdine .
Maifon de Son Alteffe Royale.
Les Maiftres d'Hoftel en
habits de drap de Hollande ,
noir , & en manteaux longs
rafant la terre , avec des cref
pes de chapeaux de même longueur
, portant leurs baſtons..
Les Gentilshommes
portant
les trente deux quartiers de
Nobleſſe .
May 1700 .
X
242 MERCURE
Le Cheval de Service capa .
raçonné de deüil , conduit par
deux Ecuyers , à coté defquels
eftoit un Palefrenier.
Le Cheval d'honneur en
harnois & houffe de broderie ,
& un toquet de plumes , conduit
par deux Ecuyers , à cofté
de chacun defquels marchoit
un Palefrenier.
Les
Gentilshommes portant
les marques d'honneur
en manteaux & crefpes rafant
la terre .
Le Heraut d'Armes en fon
habit de ceremonie en broderie.
GALANT 243
Les deux Marefchaux de
Lorraine & de Barrois portant
leurs baftons de Marefchal ,
veftus de reveſche frilée , en
manteaux longs traînans d'une
aune , & le crefpe de leurs
chapeaux de même .
A colté des Gentilshommes
& des Marefchaux de Lorrai
ne & de Barrois , marchérenr,
Vingt Abbez & Prelats
mitrez , quatorze ou quinze à
droite de leurs Affiftans em
Chappes , avec chacun un cierge
blanc.
M' l'Abbé de Riguer
Grand Aumônier de S. A. R.
X ij
244 MERCURE
S
Officiant ; M' l'Abbé mitré,
addextrez de M's les Generaux
d'Ordre , & des Chanoines
Reguliers.
Le Corps de feu S. A. Char
les V. porté par huit Chambellans
, fous un Dais porté par
fix autres Chambellans.
Les coins du drap d'or portez
par quatre Chambellans , tous
les Chambellans en manteaux
longs rafant la terre ,
avec des crefpes à leurs chapeaux
, rafant de même la
terre .
A cofté droit du Dais le
grand Veneur portant l'EtenGALANT.
245
dart de Lorraine , à la gauche
la Cornette jaune portée par
Te grand Gruyer, & du derriere
le Guidon porté par le grand
Maistre de l'Artillerie , & du
derriere la Banniere aux Armes
de Lorraine portée par ce
même grand Veneur , grand
Gruyer , grand Mailtre d'Artillerie
, en manteaux de revefche
frisée , & en crefpes traî
nans d'une demi - aune.
Le grand Ecuyer portant
l'Epée nue hors du fourreau.
Le grand Chambellan por
tant la Clef dorée.
Le grand Maitre portant le
X iij
246 MERCURE
Baſton de grand Maiftre , ces
trois grands Officiers en manreaux
de reveſche friſée , & en
crefpes traînans d'une aulne.
S. A, R. en manteau de grof.
fe reveſche unie traînante de
cinq aunes ; immediatement
devant elle fur fà droite le Colonel
des Suiffes en manteau
de revefche frisée , traînant
d'une demi faune , à fa gauche
au même endroic , le Lieutenant
des Chevaux legers de
quartier , veſtu de même ; à
droite à cofté de S. A. R. fon
Aumônier , à la gauche fon
Confeffeur. A la droite derrie.
GALANT. 247
re elle , le Capitaine des Gardes
de quartier , à la gauche ,
Te premier Gentilhomme de
quartier , qui avoit foin du
manteau.
Monfieur le Prince Charles
, Evefque d'Ofnabruck ,
avec un habit de reveſche vi .
ve , & le manteau traînant de
quatre aunes ; immediatement
devant luy , à la gauche
de Lieutenant des Chevaux - legers
qui n'eftoit pas de
quartier
, à fon cofté droit le Baron
de Vahtentum
, Chanoine
d'Ofnabruck , fon grand Au
mônier , à fon cofté gauche
X iiij
248 MERCURE
fon Confeffeur , plus bas le
grand Maitre de la Garde
robe de S. A. qui avoit foin du
manteau, Ces Lieutenant de
Chevaux legers , Capitaine
des Gardes , premier Gentilhomme
, & grand Maiftre de
la Garderobe , avoient chacun
un manteau de revefche frifée
traînant d'une demi aulne.
Monfieur le Prince François
en habit de reveſche, avec
un manteau traînant de trois
aulnes , precedé du Marquis de
Trichafteau fon Gouverneur ,
fon Confeffeur à coté droit ,
& fon Chambellan à droite , &
GALANT . 249
plus bas à gauche fon Sous-
Gouverneur.
Les Princes de la Maiſon
en habits de reveſche unie , en
manteaux & crefpes traînant.
de deux aulnes.
Les Gentilshommes qui
n'ont point de rang & d'Office
, fuivoient en gros les Princes
en habits noirs.
Les Pages de S. A. R. en
manteaux ra´ant la terre , portant
de part & d'autre du
Corps de Charles V. des flambeaux
de cire blanche , à come
mencer depuis les Princes jufques
aux Gentilshommes fans
250 MERCURE
rang , qui fuivirent S. A. R.
Les Suiffes faifant long bois
coftoyant la marche , à commencer
depuis les Trompet.
tes jufques aux Gentilshom .
mes fans rang, qui fuivirent S.
A. S.
Les fix Caroffes de deüil
marchérent aprés ces Gentils.
hommes qui alloient fans
rang.
Les Chevaux legers & les
Gardes finirent la marche , les
Gardes à la gauche & les Che
vaux legers à la droite . .
Le Regiment des Gardes à
pied coltoya en double haye
GALANT. 25
tout le long de la marche , jufqu'aux
Trompettes , où les
Suiffes commencerent à la
coltoyer.
La place de l'Affemblée ſe
fit fur les glacis entre les Villes
, à neuf heures , les Commis
de Ville , les Bourgeois
de Nancy , les Confreres du
Saint Sacrement , & les Députez
des Hostels de Ville.
Tous les Religieux s'affemblerent
dans le Convent
des
Carmes , où les cierges leur
furent diftribuez
, & d'où ils
fortirent ſuivant
leur rang
leur marche ordinaire
.
&
252 MERCURE
Les Paroiffes & Chapitres
s'affemblerent au College ou
leurs cierges leur furent dif
tribuez , & d'où ils fortirent
pour prendre leur marche.
Les Officiers de l'Hotel
de Ville de Nancy , les Avo
cats , les Officiers du Bailliage,
les Chambres des Comptes
de Lorraine & Barrois , & la
Cour Souveraine , s'affemblerent
en l'Hotel de Ville de
Nancy , d'où ils fortirent en
leur marche.
Tous dans cet ordre mar
cherent aux grand' Jefuites ,
en paffant droit le long de la
GALANT.
253
rue , & des Egliſes , & tour
nant autour du Convent des
Annonciates .
Les Confeillers d'Etat , les
Maistres d'Hoſtel , les Gentils .
hommes portant les quartiers, '
les Ecuyers avec les chevaux
de fervice & d'honneur , les
Gentilshommes portant les
marques d'honneur , le He
raut d'armes , les deux Maréchaux
de Lorraine & Bar .
rois , les Valets de pied de
S. A. R. les Chambelans , le
Grand Ecuyer , le Grand Mai
ftre d'Artillerie & le Grand
Ecuyer , le Grand Chambel .
254 MERCURE
¿
lan , le Grand Maistre d'Hoftel
, les Lieutenans des Che.
vaux - legers , Colonel des Suitfes
, Capitaines des Gardes ,
premiers Gentils - hommes ,
Grand Maistre de Garderobe ,
s'affemblerent tous chez les
Jefuites , où le rendit S. A. R.
avec les Princes dans les Caroffes
drapez , ainfi que les
Suiffes & la Gendarmerie à
cheval .
Les quarante Officiers de
la Bourgeoifie , les Sergens
de la Bourgeoifie , le Buttiers ,
le Regiment des Gardes à
pied , s'affemblerent fur l'Ef.:
planade.
GALANT.
དོན པ
On ne laiffa entrer dans
l'Eglife des Cordeliers aucuns
Pauvres , Bourgeois ny Confrere
. Les Chapitres & Univerfitez
, fe mirent à la Cha .
pelle ronde , les Religieux'
dans le Cloiftre.
Cette Eglife eftoit tapiffée
de velours & Damas noir. Ily
avoit une frife & campane à la
hauteur des chapiteaux des
colomnes , fur laquelle eftoit?
un rang de cierges blancs . Au
deffous de la frife eftoient attachez
tous les Tableaux des
Victoires de S. A. Entre cha
que Tableau
il y avoit trois
256 MERCURE
grandes plaques d'argent , &
entre la frife & ces Tableaux ,
un rang de grandes & petites
Armoiries de S. A. Il y avoit
ornement d'Autel tour
neuf, de velours noir à bandes
de moire d'argent , enrichi
d'Armes en broderie , partie
de Lorraine , d'Autriche & de
Pologne.
un
Au milieu du Choeur eftoit
élevé un Dome d'une tresbelle
architecture , pofé fur
huit piliers en octogone , fous
lequel fut mis le corps de Son
A. S. Ce Dome eftoit enrichi
deffus & deffous des plus bel
GALANT: 257
le's Figures que l'on puiſſe
voir.
Le lendemain Mardy , on
shanta la grande Meffe , & le
Pere Daubanton , Jefuite , prononça
l'Oraiſon funebre . Le
Mercredy on chanta encore
une grande Meffe , & le foir
les Vigiles, Le Jeudy , aprés
une autre grande Meffe chang
tée , on porta le corps dans la
Chapelle ronde , où il doic
demeurer quarante jours.
M'de Pontchartrain , Chane
celier de France , ayant efte
pourvû de la Charge de Sex-
May 1790%
Yi
28 MERCURE
cretaire & Commandeur de
l'Ordre du Saint Efprit , en a
prété ferment entre les mains
de Sa Majesté. Quand on a
fervi le Roy avec autant d'ardeur
, de zele & de fuccés que
ce Miniftre a fait , dans un Employ
auffi difficile que l'eſt
celuy des Finances pendant
une rude guerre , on doit tout
attendre d'un Prince fi jufte.
Madame la Comteffe de
Pontchartrain eft accouchée
d'un Fils prefque dans le même
temps , ce qui fait voir
les benedictions du Ciel
que
fe répandent fur cette maiſon .
GALANT. 259
Vous me mandez qu'il y a
des gens dans vostre Province
qui font fort embaraffez touchant
l'interpretation de l'Edit
qui regle l'or & l'argent
qu'on permet aux uns de porter
, ce que l'on défend aux
autres . me paroit que le
doute oùilsfe trouveut devroit
ceffer s'ilsexaminoient bien les
termes de cet Edit. Il défend
à tous Marchands , & à tous
Artifans de porter de l'or &
de l'argent , c'est à dire , à toute
perfonne qui vend , qui tra
fique , qui travaille de fes
mains , & à tous Bourgeois ,
Y ij
260
MERCURE
Cet Article ne doit point faire
d'embarras parmy les gens de
Profeffion , & foit que les un
foient plus puiffans en biens
& en merite que les autres ,
aucuns de ceux qui trafiquent
comme Marchands ou qui tra
vaillent de leurs mains , n'en
doivent porter puifque qui
dit tout n'excepte rien .
L'Edit defend auffi de por
ter de l'or & de l'argent , aux
Femm s & aux Filles non encore
mariées , de Greffiers , &
autres que Greffiers en Chef,
de Notaires , de Procureurs
de Commiffaires , & d'Huif
;
GALANT. 261
frers. Il nomme les Femmes,
parce qu'on ne compte pas.
que les Maris de ces Profeffions
ayent jamais dû en por
ter.
Quoy que les Femmes des
Avocats ne foient point com
prifes dans le nombre de celles
à qui il eft défendu de porter
de l'or & de l'argent , on
affure que leurs Maris de leur
plein gré , & par un effet de
leur fageffe & de leur bon efprit
, ont refolu qu'elles n'en
porteroient pas , ce qui doit
fermer la bouche à beaucoup
d'autres , la Profeffion d'Avo
262 MERCURE
cat eltant une profeflion no
ble , libre , & qui défend les
biens , la vie , & l'honneur des
hommes.
Les Profeffions qui font
nommées ſeulement pour fervir
d'exemple à celles qui font
au deffous , font d'autant plus
confiderables que les Notaires
gardent les dépoſts publics
& qu'on ne fouffre perfonne
dans ce Corps , que d'une probité
& d'une fidelité éprou- .
vée.
Il eft aifé de deviner que
tout ce qui eft moins titré que
les perfonnes de cette confiGALANT.
263
deration , ne doivent porter
ny or ny argent , par la raiion
que qui défend le plus , défend
le moins , & c'eſt apparemment
la raifon pour laquelle
on n'a point nommé dans l'Edit
un grand nombre de per
fonnes , dont la diverfité des
Profeflions va à l'infiny . Tous
ces gens là doivent le rendre
juſtice , en regardant ceux qui
font infiniment au deffus
d'eux , & qui ne porteront ny
or ny argent. Quant à ceux
qui en doivent porter , per.
fonne ne doute que c'eft la
veritable nobleffe , qui a de
264 MERCURE
bons titres , bien prouvez &
bien reconnus , & tous ceux
qui ont de grandes Charges
dans l'Epée , dans la Robe , &
dans les Finances , & qui leur
tiendroient lieu de Nobleffe ,
sils n'estoient pas nez avec
cet avantage. Tous ceux qui
ont la qualité d'Ecuyer , font
aufli de ce nombre , pourvû
qu'ils la poffedent à bon titre,
ainfi que la plupart des Offi.
ciers du Roy , & de la Maiſon
Royale. Je n'entens pas les
grands Officiers plus titrez,
puis qu'il n'eft pas beſoin d'ex .
plication pour des perſonnes
fi qualifiées.
Ceux
GALANT. 265
Ceux à qui il restera quelques
doutes , n'ont qu'à faire
reflexion qu'il y a trois Etats
dans un Royaume fçavoir
le Clergé , la Nobleffe , & le
Tiers Etat , que le Clergé n'eſt
point compris dans l'Edit donc
il s'agit ; que la Nobleffe comprend
tous les Gentilshom ?
mes , & toutes les perfonnes
nobles & annoblies du Royaume
, ainſi que toutes celles qui
poffedent les premieres Charges
de la Robe , & que tour
le refte doit eftre generale .
ment appellé Tiers - Etat , auquel
l'or & l'argent elt défen-
May 1700 .
Z
266 MERCURE
du. Voilà ce que plufieurs pen.
fent icy de l'Edit auquel quantité
de gens cherchent à donner
une interpretation qui accommode
leur vanité, en vou .
lant y faire trouver ce qui n'y
eft pas . J'ay cru qu'eftant rendu
public il eftoit donné , afin
que chacun le rendilt justice ,
en ſe diſant à foy- même ce qui
y eft fous- entendu , fans qu'il
fuft neceffaire de nommer une
centaine de Profeffions , dont
ceux qui les exercent font la
plufpart domeftiques, ou gens
qui reçoivent des gages de
ceux quiont de grandes CharGALANT.
267
beau
ges & de grands Emplois , qui
demandent qu'ils ayent
coup de perfonnes à leurs gages.
Les Emplois de ces derniers
eftant fort lucratifs , ils
font fi magnifiques lors que
L'or & l'argent font également
permis à tout le monde , que
la nobleffe eft comme effacée
auprés d'eux , en forte qu'elle
eft fort peu reconuuë , & femble
avoir honte & rougir de
fon eftat en les regardant ; à
quoy la fageffe de l'Edit du
Roy a pourvû.
Peut etre quelqu'un de
mandera pourquoy jay parlé
Z ij
268 MERCURE
des Gentilshommes & des Ecuyers,
comme d'une Noblefle
differente. J'ay crû pouvoir
parler de la forte , puifque tout
Gentilhomme eft Ecuyer , &
que tout Ecuyer n'eft pas tou
jours né Gentilhomme . Il ya
des Charges qui donnent à
ceux qui en font pourvûs la
qualité d'Ecuyer pendant qu'
ils les poffedent ; mais comme
ils ne peuvent faire tige , cette
qualité ne paffe point à leurs
Enfans.
Vous me demandez fi on
reglera le plus ou le moins
qu'on devra porter d'or &
GALANT. 269
d'argent , felon que la No.
bleffe eft qualifiée , & fi on
The défendra pas la foye àceux.
qui font d'un eftat à n'en devoir
pas porter. C'eſt ce que
je ne puis encore vous dire , ny
fion fera un Reglement pour
empêcher la grande confommation
de la foye , à quoy
vous dites que le préparent
ceux à qui l'or & l'argent font
défendus , & qui par le moyen
des modes & des ornemens
inutiles , doivent en charger
tellement leurs habits , qu'il
n'y en aura point où il n'en
enire plus d'une fois aurant
Z iij
270 MERCURE
qu'il ne fera neceffaire .
M de Villiers , Capitaine
aux Gardes , a époulé Mademoiſelle
Planlon . Il eft Frere
de M' de Villiers , Maistre des
Compres , &Coufin de m'l'Ab.
bé de Villiers , dont je vous ay
fouvent parlé dans mes Let
tres . Mademoiſelle Planfon
eft Soeur de Mademoiſelle
Planſon , qui épouſa l'année
paffée M' le Comte de la Feuil
lée , Fils de M' de la Feüillée ,
Lieutenant General des Ar
mées du Roy.
Le 16 de ce mois , Monfieur
le Prince de Dombes receut
GALANT. 270
les ceremonies du Baptefme
dans la Chapelle de Versailles .
Elles furent faités par M ' l'Ab
bé de Pomponne , Aumônier
ordinaire de Sa Majesté , afli.
fté de M'Hebert , Curé de ce
Hieu fut nommé Louis-
Augufte par Monseigneur le
Dauphin & par Madanie la
Ducheffe de Bourgogne. Le
Roy fit l'honneur à M le
Duc du Maine de luy dire
la veille de la ceremonie, qu'il
y vouloit affifter, & que c'eftoit
un devoir de Grand pere, & Sa
Majefte ne s'en difpenfa que
fur.Kinftante priere que luy fit
Z iiij
272 MERCURE
ce Prince , trop convaincu
d'ailleurs de fa tendreffe & de
fes bontez. Le Roy envoya
quelques jours aprés un prefent
magnifique à Madame
de Malezieu , Gouvernante de
Monfieur le Prince de Dombes
, & fic donner quatre cens
piftoles aux Domestiques
de
ce jeune Prince .
Voicy une Epigramme Latine
que M Cadot , âgé de
quinze ans , Fils de M ' Cadot ,
Confeiller en la Cour des
Monnoyes , a faite fur cette
ceremonie.
Quod tibi fit tantum Lodoico à
Principe nomen
GALANT. 273
·Impofitum ,fortis non fuit illud
opus. noda
Quanta , Auguste puer, rerum hic
fe pandit imago!
Afolo Auguftus Cafare nomen
habet , dere
Cette Epigramme a esté
miſe en noftre Langue par ces
quatre Vers.
Ce grand Nom que Louis
'impofe
N'eftpas, Augufte Prince, un effet
du hazard.
Nous n'en augurons pas une petite
chofe ,
Car pourfaire un Auguſte ilfal-
W lait un Cafar.
274 MERCURE
Le zo , de ce mois , jour de
l'Afcenfion , Monfieur le Prince
de Galles vint voir à Paris
la célébré Proceflion I'E .
que
glife de Notre Dame fait tous
les ans ce jour- là dans la Cité.
Il fe rendit à neuf heures du
matin , chez M' l'Abbé de la
Roche, Chanoine de l'Eglife
de Paris , & Archidiacre de
Brie , qui le vint recevoir à la
defcente de fon Caroffe & le
conduifit dans une gallerie de
fa maifon , des plus propres
des mieux entendues. Mon.
fieur le Prince de Gales avoit
plufieurs Gardes du Corps du
&
GALANT. 275
Roy autour de luy , & eftoit
accompagné de мylord Perth,
Chancelier d'Ecoffe fon Gouverneur
, de M ' le Duc de Lauzun
Chevalier de la Jarretiere ,
de Mylord Melfort , & de plu
fieurs autres Seigneurs Anglois
. Il vit paffer la Proceffion
de cette Gallerie. Le Cler
gé de Noftre Dame eftoit en
Chappes , accompagné des
quatre Egliles Collegiales ,
qu'on appelle communément
fes quatre Filles , qui font Saint
Mederic , Saint Benoift , Saint
Eftienne des Grecs , & le Sepulore
, & des autres Eglifesi
1
276 MERCURE
Collegiales nommées les Filles
de l'Archevêché
; fçavoir ,
Saint Germain l'Auxerois
Saint Marcel , Saint Honoré ,
& Sainte Opportune . La Chaf
fe où il y a des Reliques de la
Vierge eftoit portée par deux
Ecclefiaftiques
en Tuniques ,
& celle de Saint Marcel par
les Mailtres , Gouverneurs
&
Adminiftrateurs
de la Confrairie
Royale de Sainte Anne
, & de Saint Marcel , tous,
Orfévres Jouailliers
de Paris ,
& comme cette Chaffe eft
tres -belle, & des plus riches ,
les Confreres
qui la portoient
GALANT
277
-
qui estoient tous en manteau ,
avec des couronnes de fleurs
fur la tefte , s'arreſtérent un ef
pace de temps confiderable
fous les feneftres où eftoit le
Prince , pour luy donner le
temps de la bien voir. M
l'Archevefque avoit la Mitre
en tefte , & donnoit la benediction
au Peuple. Aprés que
la Proceffion fut paffée. Mr
l'Abbé de la Roche régala ce
jeune Prince , & les Seigneurs
quieftoient avec luy , de Caffé ,
de Thé , de Chocolat , & de
liqueurs , puis il l'accompagna
en l'Eglife de Noftre Dame
278 MERCURE
où le Prince voulut aller à pied .
Là , M ' l'Archeveſque le reçut
à la porte en camail & en rochet
, & le conduifit à la place
qui luy avoit eſté préparée
dans les Stales hautes du
Choeur , vis à vis la Chaire
Archiepifcopale. Il entendit
la grand'Meffe qui fut cele .
brée par ce Prelat . M' Courcier
, Theologal , qui fervoit
de Diacre , luy apporta le
Livre des Evangiles à baiſer ,
l'encenfa, & luy donna la Paix ,
& les Orfévres luy preſentérent
un Bouquet de fleurs dans
un baffin de vermeil doré.
GALANT. 279
Aprés la Meffe le Prince alla
voir le modéle du nouvel Au..
tel que le Roy fait faire à
Noftre. Dame , & enfuite M
l'Archevefque le traita ſplendidement
à dîner dans fon Palais
Archiepifcopal , avec les
Seigneurs qui luy faifoient
compagnie , & pour lesquels
y avoit auffi une feconde table.
Toute la fuite de ce Prince fut
auffi regalée. Il y eut des tables
pour les Gardes du Corps , &
les gens de livrées en trouvérent
aufli pour eux .
L'Enigme du mois paffé fur
280 MERCURE
le Pouls , a efté trouvée fort
belle , & tous ceux qui ont ,
connu que le mot de Pere qui
eft dans le premier Vers y
eftoit mis pour le Coeur , n'ont
point efté embaraffez fur le
refte. Ce font Ms Bordeaux
Chirurgien Juré de la Ville de
Sarlat , de Beaumont , la Tou .
che ; Baudin , Deftinville ; Baricot
; les Abbez Maronnet &
Capdeville ; le cher petit Mary
du quartier des Quinze-
-vingts ; l'inconfolable de la
perte d'Elifabeth de la rue S...
Honoré , Alcidor de Caën ;
l'Indifferent de la ruë de Ri-,
GALANT. 28
chelieu ; Mirtil , ou le Berger
Fidele ; le jeune Efculape.
Mademoiſelle Javotte Ogier ,
du coin de la rue de Richelieu ;
la belle Angelique de la ruë
S. Honoré ; la Bergere de Flore
de la ruë S. Antoine ; la Coufine
à la mode de la rue S. Denis
; la belle Gilone.
Mila Prairie Cairon , Profeffeur
à Caen aux Mathematiques
, a fait l'Enigme que
Vous allez lire .
ENIGM E.
On efpece eft rare ; une
tefte
Mon
May 1700 .
A a
282 MERCURE
Et deux jambes font tout mon
corps,
Celuy qui me conduit fait mouvoir
mes refforts ,
Fe marche quand il veut , quand il
veut je m'arrefte.
2
Sur mer comme fur terre exempt de
tout danger
On me fait voyager,
Et bien fouvent fi rapide eft ma
courfe,
Qu'à marcher du Levant aux rives
d'Occident ,
Ou des climats brûlezjuſqu'aux dimats
de l'Ourſe ,
Je ne mets prefque qu'un moment.
2
De mefme qu'en tous Arts , neceßaire
à la Guerre,

282
MERCURE
Et deux
jambes
font
tout mon
corps.
Cel
Fe
Su
&

Guit mouvoir
D'
P
GALANT. 283
On conftruit avec moy ,Villes , Forts ,
& Chateaux,
Et je puis me vanter devant toute la
terre
'avoir renda fervice au plus grand
5. des Heros
Il faut peu
de
chofe
pour apaifer
une
Amante
. Les paroles
e la nouvelle
Chanfon
que je
ous envoye
enfont une preuve
.
F
AIR NOUVEAU.
Aloux tranfports , ceffez de m'agiter
Mon Amant n'est point infidelle
Dans ce moment il vient de mejurer
Un amour éternelle .
De fes fermens flateurs:
Laiffez- moy la douce esperance.
A.a ij
284 MERCURE
De l'Amourfans foupçons , je goufte
les douceurs
Et ne crains plus quefon abfence.
J'efpere vous donner le mcis
prochain un Article fur les Moaes
, & vous entretenir de la
grande nouvelle qui fait tant de
bruit. Je fuis voftre , & c.
A Paris , ce 31. May 1700.
SZ5252 52 Sese seses.
TABLE.
DRelude.
tre du Roy
Infcription pour la Statuë Equef-
Sonnet.
Ode d Anacreon .
Lettre curieufe.
Troifiéme Lotterie à Lion .
Explication de la Lotterie d'Angleterre.
Lotterie à Troyes.
Lotterie à Angers.
Devifes.
Idille
9.
IO
12
14
27
40
47
54
56
58
Lettre de Mademoiselle de Scudery.
64
Couronnement du Roy de Dannemarck.
66
TABLE.
Audience publique donnée à Mr de
Chamilly , aprés ce Couronnement.
74
Lettre à l'occafion du mois de May.
Idille.
Autres Vers fur ce que
ΤΟΣ
126
le
regne
du
118
Roya commencé au mois deMay.115
Sonnet.
Sur une Dame qui commence à vieil
120 Lir.
Abrige hiftorique de l'établiſſement
du Calvinisme dans Ifle d'Oleron.
122
Addition à l' Article d' Elbingdu mois
paffe.
Nouvelles deJeruſalem.
Lettre en Versfur la Vie
Lettrefur l'Inconftance.
Ode.
136
137
tranquille.
149
$
187
156
TABLE.
Procés jugé par le Roy.
La -Pavane des Saifons.
Morts.
Accouchement extraordinaire.
Lotterie Royale.
193
197
ΤΟΥ
219
225
Ceremonies funebres faites à Nancy.
222
Mr le Chancelier eft nommé Commandeur
& Secretaire de l'Ordre
du S. Efprit.
Madame la Comteffe de Pontchar
train accouche d'un garçon.
257
258
Article pour ceux qui n'ont pas l'u
avec affezd'attention l'Edit du Roy
portant reglement pour l'or & l'ar
gent qu'on employe fur les habits.
259
Mariage. 270
Monfieur le Prince de Dombes eft.
nommé par Monseigneur & par
Madame la Ducheffe de BourgoTABLE
gne.
270
272 Epigramme fur ce fujet,
Monfieur le Prince de Galles vient
à l'Eglife de Notre-Dame de Paris.
Enigmes
274
281
L'Air qui commence par Printemps
qui cbaffez , page 117.
L'Air qui commence par Jaloux
transports , page 283.
Bayerische
Stowl. Li Muhek
München


xx ( 2 Bde) X1.87
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le