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Eur.
511
m
1700.1
Eur 511m
17001
Mercure
1
<36624505570019
<36624505570019
Bayer. Staatsbibliothek
Eur.
511
511m
.
17091
Mercure
F
<36624505570019
< 36624505570019
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant,
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DCC.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
Lya lieu decroire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiteées
qu'on afaites d'écrire en
Caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
Aij
AU LECTEUR .
dedefigurez , eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
Avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port..
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1700.
'AMOUR que les
Peuples ont pour le
Roy , eft fi profondément
gravé dans leurs coeurs,
que depuis qu'on a pofé la
Statue Equeftre de ce Prince
dans la Place que l'on appelle
A iij
6 MERCURE
aujourd'huy la Place de Louis
le Grand, il n'y a preſque point
de Ville en France , où l'on ne
fe foit empreffé à faire des
Inſcriptions pour mettre au
deffous de cette Staturë. En
voicy une de M' Pérille , Avo .
cat à Troyes , qui a efté extremement
approuvée.
Hoc ftabit Lodoix are perennior.
Vous ne ferez pas fachée de
voir fur cette matiere , ce qui
a efté écrit de Bordeaux.
GALANT:
7:
5
1
A MONSIEUR
****
Sa
, à I l'on devoir , Monfieur ,
la Statue Equeftre du Roy,
le grand Feu d'artifice , qui fut
tiré le jour qu'elle fut pofée ,
on ne luy doit pas moins ce
doux feu naturel , ce beau feu
de genie , qui naift des rayons
& des influences d'Apollon .
Vous jugez bien par ces expreffions
poëtiques , qu'il s'agit
de vers . En effet , les vers
conviennent aux Statuës . Il
faut que le langage foit fublime
, pour meriter d'eftre gra-
A iiij
8 MERCURE
vé fur ces glorieux Ouvrages ,
ces merveilles de l'Art , qui
veut le difputer à la Nature ,
Vivis certantia vultibus ara,
Auffi Stace compofa de compte
fait , cent fept vers pour la
Statue Equeftre de Domitien ,
&il nous apprend dans fa lettre
à Stella , que i Empereur vou
lut les voir . Sa veine poëtique
eftoit bien enflée , lorsqu'il en
coula en un jour ce grand
nombre de vers , qu'une Infcription
ne peut contenir.
Il nomme cette Statuë de
l'Empereur un Coloffe ,
Molesgeminata Coloffo ,
J
GALANT.
quoy que les Statues auguftes
fuffent propres aux Empereurs
, & que les Coloffales ne
fuffent que pour les Dieux , à
qui on donnoit une taille prodigieufe
, furpaffant celle des
hommes de plufieurs coudées.
Il fait venir encore à fon ſujet
les plus grands chevaux de la
Fable ; le Cheval de Troye ;
le Cheval Arion qui avoit efté
à Neptune , & qui fut enfuite à
Hercule , & enfin au Roy Adrafte
& le Cheval de Thrace,
Biftonius Sonipes , autrement le
Cheval de Mars : & cela pour
les faire paroistre de petits
8 MERCURE
vé fur ces glorieux Ouvrages ,
ces merveilles de l'Art , qui
veut le difputer à la Nature ,
Vivis certantia vultibus ara ,
Auffi Stace compofa de compte
fair , cent fept vers pour la
Statue Equeftre de Domitien,
&il nous apprend dans fa lettre
à Stella , que i Empereur vou
lut les voir . Sa veine poëtique
eftoit bien enflée , lorsqu'il en
coula en un jour ce grand
nombre de vers , qu'une Infcription
ne peut contenir.
Il nomme cette Statuë de
l'Empereur un Coloffe ,
Molesgeminata Coloffo ,
GALANT.
ל
quoy que les Statues auguftes
fuffent propres aux Empereurs
, & que les Coloffales ne
fuffent que pour les Dieux , à
quion donnoit une taille prodigieufe
, furpaffant celle des
hommes de plufieurs coudées .
Il fait venir encore à fon fujet
les plus grands chevaux de la
Fable ; le Cheval de Troye ;
le Cheval Arion qui avoit efté
à Neptune , & qui fut enſuite à
Hercule , & enfin au Roy Adrafte
& le Cheval de Thrace,
Biftonius Sonipes , autrement le
Cheval de Mars : & cela pour
les faire paroistre de petits
IO MERCURE
3
chevaux auprés du cheval de
la Statuë de Domirien. Je ne
fçay fi cette maffe pelant
deux cens foixante & douze
vers , n'eftoit pas pour l'égaler
à celle de fon Coloffe , & fi ce
furcroift de matiére n'accable
pas fon fujet plutoft que de
luy donner de l'éclat . Le mot
de Scaliger contre luy , eft
jufte ,fic ubi excellere conatus eft ,
excrevit in tumorem , lorfqu'il
s'efforce d'exceller , ce n'eft
qu'une groffe enflure. Les Mu
fes de Virgile font plus economes.
Cet illuftre Poëte
ayant une occafion de loüer
GALANT. II
Augufte , le fait en deux Vers.
que la Cour du Prince & le
Senat de Rome admirérent .
Nocte pluit tota , redeunt spectacula
manè ,
Divifum imperium cum fove
Cafar habet.
Jupiter inonde la nuit.
La pluye en eft continuelle ,
Et Cefar le jour embellit
Defpectacles qu'il renouvelle .
Commeje fuis Andinicultor
vatis , je me conforme avec
peu de vers à fon exemple.
Ainfi un feul Diftique Latin
fait fes honneurs à la Statue
Equeftre du Roy..
12 MERCURE
Pro Equestri Statuâ.
Effigies regis regina spector in
Urbe ,
Are gerens Magni Lodoicifortia
facta.
En voicy l'explication .
Statue augufte, effort de mains
babiles ,
F'attire les regards de la Reine des
Villes
,
Etpour rendre immortel le grand
Nom de LOUIS ,
Mon Bronze s'eft chargé de fes
fairs inouis.
Je fuis toûjours , & c .
La Ville de Toulouſe a imi
té celle de Lyon pour le foulaGALANT.
13
gement de fes Pauvres . Je
vous envoye ce qu'elle a fait
publier touchant une Loterie
que le Roy luy a permis de
faire en leur faveur.
Les Directeurs de l'Hôpi
tal General de Toulouſe ayant
tres humblement fupplié le
Roy d'accorder la permiffion
de faire une Lotterie qui puiffe
procurer à l'Hôpital de cette
Ville quelque fecours dans fes
preffans befoins , il a plû à Sa
M.de la permettre , par les ordres
du 11. Novembre 1699.
Elle fera de vingt mille
Louis en efpece , dont il fera
"
1
14 MERCURE
levé quinze pour cent fur les
quatre premiers Lots , & dix
pour cent fur tous les autres
Lots , pour ce revenant bon
eftre employé à la ſubſiſtance
des Pauvres.
Premierement , pour remplir
ledit compte de vingt
mille Louis , on fera vinge
mille billets d'un Louis en
efpece chacun , dont quatre
cens feront bons Lots , & les
dix-neuf mille fix cens reftans.
feront de nulle valeur.
II. Ceux qui voudront met
tre à cette Lotterie , s'adreffe .
ront à l'un des trois Directeurs
GALANT:
15
;
dudit Hôpital icy nommez
fçavoir , les Sieurs du Confeil ,
Charlary & Delvolvé, anciens
Capitouls ; lefquels auront
chacun un livre chiffré & paraphé
par M' le Premier Prefident
, & par le plus ancien des
Directeurs , pour y écrire les
noms de ceux de qui ils recevront
de l'argent , & le nombre
des billets fuivant leur
numero,
III. Les trois Directeurs
mettront tous les huit jours
l'argent qu'ils auront reçu
dans un coffre , qui fera dans
les Archives de l'Hôpital , &
16 MERCURE
ils en auront chacun une
clef.
IV. On coupera vingt mille
petits carrez de papier d'une
même grandeur , fur lesquels
on écrira le nom & les numeros
de ceux qui auront donné
leur argent , ils feront enfuite
roulez , colez & mis dans une
boëte , que l'on remuëra plufieurs
fois , pour les bien mêler.
V. On coupera autres vingt
mille petits carrez de papier
auffi d'une même grandeur ,
defquels il y en aura dix- neuf
milie fix cens de blancs de nul,
GALANT: 17
le valeur , & quatre cens de
bons où feront écrits les Lots
fuivant la divifion cy- aprés ,
ils feront tous roulez , colez ,
& mis dans une autre boete ,
que l'on remuera plufieurs
fois.
VI. La Loterie fera tirée à
la fin du mois d'Avril , fi plutoft
elle n'eft remplie , dans le
Bureau de l'Hôpital , en prefence
de M' le Premier Prefi
dent , de M's le Doyen du Parlement
, & Doyen des Confeillers
Clercs , de Mles Gens
du Roy , de M' les Maire &
Capitouls , de tous les Direc-
Fanvier 1700.
B
18 MERCURE
teurs , & des Intereſſez qui
voudront s'y trouver.
VII. On prendra le nom
de douze enfans , dont deux
choifis au fort , tireront les
billets des deux boëtes , par
l'ouverture , qui fera de la
grandeur à y pouvoir paffer
feulement la main.
VIII. Ces deux enfans ti
reront en même temps un billet
de chaque boëte , & ils les
donneront aux deux perfonnes
qui auront efté commifes
pour les ouvrir.
IX. Celuy qui aura reçu le
billet de la premiere boëte
GALANT 19
ES
prononcera à haute voix le
numero , & les noms qui y
feront écrits , celuy qui aura
x ouvert le billet de la feconde
boëte prononcera , blanc , s'il
eft blanc , & le montrera
à
l'Affemblée; fi au contraire il
eft noir , il dira , bon pourtant
de Louis , & le montrera à
l'Affemblée
; le tout fera en
1. même temps écrit fur le Regiftre.
X. Comme cette Loterie
ne pourra eftre tirée qu'en
plufieurs féances , à la fin de
chacune on fermera & fcellera
de cinq differens cachets
Bij
20 MERCURE
les deux boëtes , & on les mettra
aux Archives dans un cof:
fre fous cinq clefs , qui feront
entre les mains de M' le Premier
Prefident , de M le
Doyen du Parlement , de M
le Procureur General , de
Mrs les Maire & Capitouls , &
des Directeurs. On publiera
à haute voix le jour que l'on
aura choisi pour continuer , &
à chaque féance on tirera au
fort deux enfans fur le même
nombre de douze , & on remuëra
les boëtes.
XI. Tous les billets eftant
tirez, on payera inceffamment
GALANT : 21
à chacun les lors qui leur fe
ront échus , en retenant les
quinze pour cent fur chacun
des quatre premiers lots , &
dix fur chacun des autres , en
faveur des Pauvres , fans que
le furplus puiffe eftre laifi ny
arrefté.
XII. On fera imprimer les
noms & le numero des Lots &
bons billets , pour informer le
Public de ceux aufquels ils fe
ront échus , & il a efté refolu
qu'aucun des Directeurs dudic
Hôpital ne pourra mettre à
ladite Loterie .
XIII. Les Lots font divi22
MERCURE
fez en la maniere fuivante .
I Et gros Lot de trois mille
louis.
1 De deux mille louis.
■ De quinze cens louis .
1 De mille louis.
2 De deux cens cinquante
louis chacun.
2 De cent cinquante louis
chacun .
4
De cent louis chacun.
8 De cinquante louis cha-
10 De trente - deux louis
chacun.
120 De trente louis chacun .
240 De vingt cinq louis
chacun .
GALANT.
23
De cent cinquante louis
pour le premier billet tiré
blanc .
1 De cent cinquante louis
pour le dernier billet tiréblanc
I De cent cinquante louis
pour le billet blanc qui prece
dera le gros Lot .
1. De cent cinquante louis
pour le billet blanc qui fuivra
le gros Lot.
i Decent louis pour le billet
blanc qui precedera le fecond
Lot.
1 De cent louis pour le billet
blanc qui fuivra le ſecond
Lot.
2A MERCURE
1 De foixante louis pour le
billet blanc qui precedera le
troifiéme Lot.
1. De foixante louis pour le
billet blanc qui fuivra le troifiéme
Lot .
I De trente louis pour le
billet blanc qui precedera le
quatriéme Lot .
De trente louis qui fuid
ura le quatriéme Lot.
Failant quatre cens bons
Lots , qui montent à vingt
mille louis.
Pour la commodité du Pu
blic , les Sieurs Directeurs ont
nommez pour leurs Receveurs
:
GALANT: 25
A Paris , M' Eftienne Luc
'de Meuves , Banquier , au cul
de fac de la rue des Bourdon.
nois.
A Lyon , Mrs Colomés ,
Oncle & Neveu , Banquiers.
A Bayonne , Mrs Colomés ,
Oncle & Neveu , Banquiers
.
A Bordeaux , Eftienne Luc
Mercier , Banquier , ruë Rouf
felle .
L'on commencera à rece
voir dés le 15. Decembre courant.
Le Traité que vous allez
lire eft de M' Dumont , Chi-
Janvier 1700.
C
26 MERCURE
rurgien Juré à Auch Vous le
trouverez rempli de chofes
fort particulieres
.
IL DISSERTATION
fur la petrification des Excremens,
corrigée
L
augmentée.
"Avanture du Maitre .
d'Hotel de M'de Cara
>
man , qui a rendu par le fondement
pendant quinze
jours , deux cens foixante &
quinze pierres de la groffeur
d'un oeuf de poule ou de pigeon
, de differentes couleurs ,
unies comme des glaces , def-
2
GALANT.
27
quelles il fort du feu comme
des pierres à fufil , eſt
un prodige des plus furprenans
. On ne peut cependant
douter de la verité de ce Phenomene
, puiſqu'il eſt´arrivé
à peu prés un pareil cas à
une femme de ce Pays,fujette
à la colique , & attaquée de la
dyfenterie. Voicy le fait .
Elle jetta par le fondement
une vingtaine de pierres jaunes
de la groffeur d'une noix .
Il y a lieu de croire qu'elles
eftoient defcenduës de la vef
fie du fiel , par le meat cholidoque
dans les boyaux , &
Cij
28 MERCURE
qu'elles s'étoient nichées dans
les cellules du colon , eftant
devenues plus groffes qu'elles
n'eftoient dans le lieu de leur
origine , par les matieres tarta
reules qui s'y eftoient jointes ,
eftant tres vray - femblable
qu'elles avoient efté formées
dans la veffie du fiel , non feulement
par la colique qu'elles
caufoient à la malade , mais
par leur couleur jaune.
11 y a une Dame du cofté
de Montpellier , qui en jetta
auffi il y a fept ou huit ans
plus de cent quarante par le
fondement , pendant deux ou
GALANT
. 29
trois mois qu'elle fut travaillée
de la colique.
Un homme de qualité de la
Ville d'Auch , rendit par fa
bouche , il y a quatorze ou
quinze ans , une pierre grifa
tre par deffus , & d'un rouge
marbré au dedans , de la groffeur
d'un oeuf de pigeon , de figure
triangulaire , aprés avoir
efté travaillé pendant quatre
ou cinq ans de la colique ,
avec un vomiffement periodi
que. Ce qu'il y a de remarquable
,c'eft que les huit derniers
mois il vomiffoit regulierement
un quart d'heure aprés
C iij
28 MERCURE
qu'elles s'étoient nichées dans
les cellules du colon , eftant
devenues plus groffes qu'elles
n'eftoient dans le lieu de leur
origine , par les matieres tarta
reules qui s'y eftoient jointes ,
eftant tres vray - femblable
qu'elles avoient efté formées
dans la veffie du fiel , non feulement
par la colique qu'elles
caufoient à la malade , mais
par leur couleur jaune,
Il y a une Dame du cofté
de Montpellier , qui en jetta
auffi il y a fept ou huit ans
plus de cent quarante par le
fondement , pendant deux ou
GALANT. 29
trois mois qu'elle fut travaillée
de la colique .
Un homme de qualité de la
Ville d'Auch , rendit
rendit par fa
bouche , il y a quatorze ou
quinze ans , une pierre grifa
tre par deffus , & d'un rouge
marbré au dedans , de la groffeur
d'un oeuf de pigeon , de figure
triangulaire , aprés avoir
efté travaillé pendant quatre
ou cinq ans de la colique ,
avec un vomiffement periodi
que. Ce qu'il y a de remarquable
, c'eft que les huit derniers
mois il vomiffoit regulierement
un quart d'heure aprés
C iij
30 MERCURE
de
qu'il avoit mangé ; & lorfque
cette pierre eftoit dans le fond
du ventricule , & les pointes
triangulaires tournées vers le
pilore & les membranes
l'eftomach , il s'en enſuivoit
une douleur fi aiguë , que fon
ventre devenoit tout- à coup
d'une prodigieufe grandeur.
Ce fymptôme difparoiffoit
demi-heure aprés ; depuis ce
temps- là il n'a eu aucune at ,
teinte de fon mal.
J'ay trouvé dans la veffie du
fiel une centaine de pierres
jaunes de la groffeur d'une
noifette , rempliffant toute ſa
GALANT.
31
.
cavité , l'ayant même dilatée
confiderablement , au de là de
fa dimenfion naturelle , caufant
par les grandes diftentions
qu'elles y faifoient une
auffi grande douleur que la
nephrotique , eftant engagées
dans le meat cholidoque , lefquelles
fermoient le paffage à
la bile , qui couloit du canal
hepatique , ce qui produifit
des ulceres dans le foye , la
jauniffe & le maraſme.
J'ay trouvé auffi trois petits
os blancs , folides & pointus ,
fur la fuperficie extérieure du
cerveau , ayans efté faits de la
C iiij
32 MERCURE
matiére qui nourrit les os
qui eft plus compacte & plus
terrée que celle qui nourric
les membranes & les chairs
dont le tranſport en fut une
fuite funefte , puifque la mort
furprit la malade dans un paroxiíme
de délire.
Il faut
avouer que la generation
& production
de ces os
paroift
auffi
particuliere
, que
le
Phenomene
en queſtion .
L'on peut donc
voir par là
combien
la nature
eft admirable
dans fes
productions
extraordinaires
, & on a déja vû
affez de prodiges
, pour croire
GALANT.
33
qu'il y en peut arriver de plus
furprenans , que tout ce qu'on
peut imaginer. Tous ces étranges
dereglemens de la nature
ne font rien , eu égard à ce
qu'elle produit aujourd'huy.
Il y auroit lieu de foupçon .
ner que les deux cens foixante
& quinze pierres que le
Maiftre d'Hoftel de M' de Caraman
a jettées par le fondement
, avoient efté formées
dans la veffie du fiel , fi elles
n'eftoient pas d'une forme &
d'une grandeur tout à fait
furprenante , & felon moy ,
elles ont efté engendrées dans
34 MERCURE
f
les boyaux , s'eftant nichées
dans les cellules du colon , &
y eftant devenues plus groffes
qu'elles n'eftoient à leur naif
fance , par les matieres tartareuſes
qui s'y cftoient jointes.
On ne peut donc attribuer la
generation de tant de pierres ,
foit dans les boyaux , foit all .
leurs , qu'à des matieres acides
, falines , & terreftres , qui
ont des angles & des pores qui
fe joignent facilement enfemble
, & par leur étroite union
forment ces corps durs & ſolides.
Cet accouchement pierGALANT.
35
reux inopiné eft arrivé , parce
& que ces pierres eftant unies ;
spolies & ufées , ne tenant que
tres peu dans les cellules du
colon, elles ont efté détachées
5 par l'infufion des cloportes ,
ว car l'accroiffement de tant de
pierres ne le faifoit pas fans
que ce gros inteftin en reçuſt
-de l'alteration en fe relâchant ,
& en s'affoibliſſant à meſure
qu'elles augmentoient . Ce
fyfteme dans lequel je me renferme
, me forme quelque
idée , pour prouver que pour
la generation de tant de pierres
de differentes couleuts ,
26 MERCURE
l'eftomach , le foye , la veffie
du fiel , le canal hepatique &
pancreatique , fourniffent aux
inteftins grefles & gros , une
matiere acide , faline & terref.
tre , qui en fe condenfant au
milieu des excremens , forme
un corps pierreux. Quoy que
les principes effentiels de ces
corps étrangers , en quoy confifte
la femence petrifique ,
foient dans les matieres fecales
, elle a befoin d'un levain
qui excite & faffe germer la femence
, ainfi qu'aux autres generations.
C'est donc un ferment
vicieux qui s'engendre
GALANT. 37
X
dans les excremens , qui réveille
& arrefte les principes
de petrification , lefquels s'u
niffant intimement forment
la pierre .
L'experience nous apprend
qu'elles peuvent fe former
dans les corps des animaux
comme dans les entrailles de
la terre , eftant differemment
modifiées felon la nature , la
quantité & l'arrangement des
matieres qui les produifent,
L'idée qu'on peut avoir enco❤ ,
re pour la generation de tant
de pierres , ne peut eftre qu'un.
fuc qui fe petrifie , joint à un
2, R
38 MERCURE
certain efprit petrifiant , naturel
à ce fuc , c'est à dire , une
matiere terreftre me flée à une
certaine portion de fel .
Nous prenons ce fuc , qui
fe trouve par tout dans la terre
, avec les alimens que nous
mangeons , fi la coction , ou
l'excretion ne s'en fait pas
bien , tant par la foibleffe des
levains & des fermens qui
font dans l'eftomach , que
par la trop grande quantité
qui s'en trouve dans les alimens
. Ce fuc paffant des inteftins
grefles dans les gros
avec les matieres, groffieres ,
GALANT. 39
S
devient la matiere du calcul ,
& prend petit à petit la figure
d'un fable meflé avec des glaires
, pour fervir de baze & de
fondement à la pierre ; & fi
les cellules du colon font flêtries
ou relâchées , & d'un
fentiment groffier , obfcur &
foible, le fable qui s'y engendre
,y demeure jufqu'à ce que
plufieurs molecules de ce fable
s'uniffant enſemble , forment
la pierre , & les parties
tartareuſes mal mélangées avec
les glaireuſes , reftent dans
legros inteftin , où eftant elles
le
convertiffent en pierre par
40 MERCURE
la liaifon qu'elles font de ce
qu'elles contiennent de ſalin
& de terreftre , & par la difpo
fition qu'elles ont à fe coaguler
; & ainfi par le furcroift
d'une nouvelle matiere ,
les pierres groffiffent infenfiblement
, de même que nous
voyons que les petits grains ,
de fable proche des Rivieres
fe forment en petites pierres ;
fucceffion
qui groffiffent par
de temps , & de là s'engen .
drent de groffes pierres.
Il y a dans les cellules du
colon , comme dans le baffin
des reins & dans la veffie , un
}
GALANT. 41
efprit acide & volatile , lequel
fe meflant avec une ſubſtance
huileufe , faline & tartareuſe ,
il fe fait une fermentation &
effervefcence contre nature ,
enfuite une coagulation , parce
que cet efprit acide & volatile
s'embaraffe dans les petits
rameaux de la mati re huis
leufe , & penetrant fort avant
5 dans les pores du tartre qui ſe
trouve dans ce gros inteftin ,
il s'en forme du fable par fon
mélange avec la matiere tartareuſe
, à peu prés de mème
qu'il s'en fait dans la pierre de
Bezoard, qui eft toujours faite
Janvier 1700 .
D
42 MERCURE
de plufieurs couches de ma
tiere les unes fur les autres .
Il eft abfolument neceffaire
pour la generation dela pierre,
qu'il y ait deux fortes de matieres
, l'une faline & terrcftre
, & l'autre un efprit acide
volatile & penetrant , pour fai
re par leur union & par leur
mélange un corps dur , folide
& compacte ; c'est pourquoy
il ne fe fait point de petrifica
tion fans un efprit acide & falin.
Cependant il n'y a point
de partie dans noftre corps où
il ne fe puiffe engendrer des
pierres , de forte qu'elles n'ont
GALANT . 43
C
1
3
point de lieux ny de matrices
particulierement deftinées à
leur generation.
Mais revenant à l'avanture
du Maitre d'Hoſtel de M' de
Caraman , il eft conftant que
ce cas eſt tres- extraordinaire ,
tant par la forme , groffeur &
nombre des pierres qu'il a jettées,
que par la varieté de leurs
couleurs; ce qui provient,tant
1 de la diverfe détermination
de lumiere , caufée par la differente
modification des parties
, que du mouvement de
l'air, & de la collifion & entrechoquement
de quelques par
Dij
44 MERCURE
ties ignées , dont ces pierres
font impregnées ; lesquelles
enfin par leur frotement continuel
deviennent polies &
unies.
&
On a reçu depuis peu une
nouvelle Abbeffe à Maubeuge
en Hainaut. La Lettre que
je vous envoyé vous apprendra
les circonftances de cette
reception.
A MADAME DE.. :::
JE
E ne fçay , Madame , fi vous
lirez avec autant de plaifir
le détail que vous m'avez de
GALANT:
45
{
•
10
:
mandé , de ce qui s'eft paffé
icy , à la reception de la nouyelle
Abbeffe , dont j'ay déjà
eu l'honneur de vous parler ,
que je m'en fais de vous l'envoyer
; mais je fçay bien que
la nouveauté des chofes que
vous y trouverez , doit en quel
que forte fatisfaire vostre curiofité
, puifque toutes les autres
receptions qui ont precedé
celle - cy , n'en ont jamais
approché. Je ne m'arreſteray
point à vous parler de l'établiffement
de l'illuftre Chapi .
tre de Maubeuge , fonde' depuis
douze cens ans , par une
46 MERCURE
Comteffe de Haynault , & je
croy que vous en fçaurez af
fez , fije vous dis qu'il eft com
pofé , de quarante Demoifelles
, toutes d'une extraction
tres - noble & tres -ancienne ,
dont il faut neceffairement
faire preuve pour y pouvoir
entrer qu'elles ont à leur
tefte une Abbeffe & quatre
Aînées , ou Anciennes , qui
gouvernent , & que lors que le
Siege devient vacant , elles ne
peuvent s'affembler , que par
un ordre du Roy , qui nommé
des Commiffaires pour eftre
prefens à l'élection qu'elles
GALANT.
47
font de trois d'entre elles , &
qu'elles luy prefentent enſuite
pour en nommer une Abbeffe.
Toutes ces formalitez
s'eftant obfervées quelque
temps aprés la mort de la
dérniere , Sa Majesté nomma
Mademoiſelle de Noyelle
premiere Aînée . Son choix a
paru d'autant plus jufte que le
plus grand nombre de voix
avoit efté pour elle , qu'il ne
luy manque aucune des qualitez
neceffaires pour remplir
dignement cette éminente
place , & que plufieurs de fa
Famille l'ont déja occupée ,
48 MERCURED
non-feulement dans ce Cha
pitre , mais encore dans les
autres qui font dans les Pays
bas. Le jour eftant pris pour
fa reception & pour fon en
trée dans cette Ville dont elle
porte le nom , toute la Bour
geoifie , pour luy marquer fa
joye , s'eftant préparée à luy
faire tous les honneurs poffibles
, elle en fortit le Dimanche
quinziéme de Novembre,
dans un Caroffe artelé de fix
chevaux , fuivi d'un autre ,
precedée de tous les Officiers
de fon Chapitre , eſcortée par
une Compagnie de Bourgeois
GALANT.
49
geois métamorphofez en Huffars
, leftement équipez ; d'u
ne autre Compagnie de Bourgeois
Grenadiers , tres - belle ;
d'une troupe de Sauvages ,
affez plaifamment déguiſez
& du reste de la Bourgeoifie
armée. Elle fut ainfi conduite
au fon des Trompettes
, des
Tambours , & des Hautbois ,'
àune Abbaye de Benedictins
présde cetteVille , où elle trouva
tous les Habitans du lieu
fous les armes . Elle y coucha,
gardée par la Compagnie des
Grenadiers , dont je viens de
vous parler. Le lendemain
Fanvier 1700.
E
50. MERCURE
Lundy , l'Abbé donna un
grand repas , où plufieurs
perfonnes de confideration
fe trouverent, & on y but la
fanté de Madame l'Abbeffe ,
au bruit de plufieurs décharges
de Boëtes & de Mouſque-,
terie. Ce même jour devant
eftre celuy de fon entrée , M
de la Mothe , Lieutenant de
Roy& Commandant de cette
Place , alla au devant d'elle
avec une partie des Officiers,
de la Garnifon , aprés avoir
ordonné de faire prendre les,
armes à toute l'Infanterie, à la
Cavalerie de monter à cheval,
GALANT.
ད་
& de fortir hors la Ville pour
la recevoir. Ses ordres ayant
eſté executez , & tout s'eſtant
joint , la marche commença
par une troupe de Cavalerie,
fuivie de la Compagnie des
Huffars , avec deux Trompettes
à leur refte , & de celle des
- Grenadiers avec quatre Hautbois
. Tout cela marchant en
bon ordre fut fuivi d'un Caroffe
, où eftoient les Femmes
de la fuite de Madame l'Abbeffe
. Celuy de M ' le Marquis
de Bernieres , Intendant de la
Province , marchoir aprés ,
rempli d'Officiers de la Gar-
E ij
52 MERCURE
1
nifon , & enfuite paroiffoit le
Caroffe du corps , environné
de douze Gardes à pied , où
eftoitMadame l'Abbeffe avec
trois Chanoineffes fes Parentes
. On voyoit enſuite la troupe
de Sauvages , fuivie de tou .
tes les Compagnies Bourgeoi
fes , avec plufieurs Hautbois ,
& le refte de la Cavalerie fermoit
la marche . Elle entra
ainfi dans la Ville à quatre
heures aprés midy , au bruit
de plufieurs falves de Canon
& de Moufqueterie , & trouva
depuis le premier Pont jufqu'à
la porte de la Maifon de M
GALANT . 53
12.
l'Intendant , où elle alla def
cendre, une double haye d'Infanterie
, avec tous les Officiers
à leurs poftes . Elle paffa
fous plufieurs Arcs de triomphe
de verdure , qu'on avoit
dreffez dans toutes les rues ,
avec beaucoup d'Infcriptions
à fon honneur. Sa marche fut
interrompue en quelques endroits
de la Ville par des Filles
qui venoient luy réciter des
Vers . Enfin elle arriva chez
Mile Marquis de Bernieres , où
elle mit pied à terre , pour y
foger , eftant neceffaire qu'el
le couchaft hors du Chapitre
E iij
54 MERCURE
cette nuit là , & peu de temps
aprés elle y receut les compli
mens de Mrs les Magiftrats ,
avc le prefent de Ville ordinaire.
Madame la Marquife
de Bernieres , qui n'oublie rien
de tout ce qui peut faire par
faitement les honneurs de fa
Maifon , avoit engagé une petite
Societé de perfonnes qui
aiment la Mufique , à s'affembler
chez elle , pour y faire un
concert de voix & d'Inftru .
mens qui dura une heure &
demie , aprés lequel on fervit
un magnifique foupé fur deux
tables differentes , où mange
Л
"
GALANT.
55
rent quarante perfonnes , au
bruit de plufieurs Flûtes douces
merveilleufes. Quelque
temps aprés la fortie de table,
Madame l'Abbeffe fe retira
dans l'appartement qu'on luy
avoit deftiné , jufqu'au lendemain
dix heures , qu'elle monta
en Caroffe en habit de
Chanoineffe , dont le principal
ornement confiſte en un man.
teau de drap noir , pliffé & attaché
fur le derriere des épaules,
avec une queue trainante,
dont tout le tour eft bordé
d'hermines , à l'Abbeffe feulement.
Elle mit pied à terre à
E iiij
56 MERCURE
la moitié du chemin de fon
Eglife , d'où les Dames Chanoineffes
eftoient forties proceffionnellement
avec les
Chanoines , leurs Chapelains ,
pour venir au devant d'elle ,
& fe trouver à l'endroit où elle
venoit de defcendre de Ca.
roffe Aprés luy avoir fait compliment
, elles la conduifirent
à l'Eglife , au fon des Trompettes
, des Tambours & des
Hautbois , M de la Mothe
luy donnant la main. Elle entra
dans le Choeur , où elle
fe mit à genoux vis - à - vis du
Maiftre Autel, fur un Priedieu
*
GALANT.
$ 7
couvert d'un tapis de velours
cramoifi , avec un carreau de
même pour entendre la мeffe,
qui fut celebrée par un Abbé,
revetu de fes habits Pontificaux
, & chantée par la Mufi ,
que. Enfuite apres avoir juré
fur les Evangiles d'obferver
les anciennes Coutumes du
Chapitre , & de nerien inno.
ver, la plus ancienne des Cha
noineſſes luy donnal a Croffe
& alla la mettre en poffeffio
de fa place , où elle refta pendant
le Te Deum , chanté par
la Mufique , au bruit du Ca
non & de la Moufqueterie
$8 MERCURE
•
Lors qu'il fut finy , les Chanoineffes
conduffirent leur
Abbeffe à la vieille Eglife , qui
refte encore du temps de Sainte
Aldegonde , leur Fondatrice
, où elles fembrafferent
toutes en luy promettant
honneur & respect , & de là
à fa Maifon Abbatiale , oùl'on
fervit à dîner fur quatre tables,
de vingt couverts chacune ,
vec toute la magnificence
Foffible M & Madame l'Intendante
, M' & Madame la
Lieutenante de Roy , & d'au-
Tres Perfonnes de marque de
La Ville , s'y trouverent. Le
GALANT. 19
repas finy , pendant lequel il y
eut un concert de plufieurs
Inftrumens , les Chanoineffes
fe rendirent à leur Eglife ,
pour y chanter Vefpres , &
enfuire à leurs Toilettes , où
aprés s'eftre parées , elles retournerent
toutes chez Madame
l'Abbeffe , qui felon
l'ancien ufage , eft obligée le
jour de la reception , de leur
donner un grand Bal aprés le
foupé Il ne fe paffa pas grande
chofe dans cette belle Affem .
blée jufqu'à huit heures & demie
, qu'on fervit les mêmes
tables du matin, avec la même
60 MERCURE
magnificence. A dix heures ,
toutes les Dames ferendirent
dans une grande Salle , trésilluminée,
où elles firent ,pour
commencer le Bal , un des
plus agreables fpectacles que .
l'on puiffe voir. Cecy , Madaîne
, ne doit pas vous étonner,
puis que ce Chapitre eft nonfeulement
le plus illuftre & le
plus confiderable que nous
connoiflions , par fa nobleffe
& par fon ancienneté , mais
encore par le grand nombre
de jeunes perfonnes , belles &
bien faites qui le compofent .
Je n'aurois jamais fait , fi je
GALANT. 61
voulois vous parler de toutes
vous nommer celles qui parurent
avec le plus d'éclat . Cependant
je ne fçaurois m'empêcher
de vous dire , que mademoiſelle
d'Hamal s'y fit
beaucoup remarquer par fon
grand air & par les graces qui
fe trouvant toujours en foule
autour d'elle , femblent vouloir
encore y paroiftre en plus
grand nombre lors qu'elle
danfe. Je crois , Madame , r
vous pas faire un mediocre.
plaifir , en vous apprenant le
nom d'une auffi aimable perfonne
, qui a fceu trouver le
ne
62
MERCURE
fecret de joindre à une grande
jeuneffe toutes les autres perfections.
Aprés le Bal , qui du .
ra jufques à deux heures , les
Dames furent conduites chez
elles , & plufieurs Cavaliers
fortirent de cet endroit avec
bien moins de tranquillité ,
qu'ils n'y eftoient entrez, Le
lendemain Mercredy , elles
fe rendirent toutes aprés midy
à la Maiſon des Jefuites , où il
fur chanté par de jeunes gens,
une petite Paftorale à la loüange
de Madame l'Abbeſſe , &
ce fut par où finirent les marde
réjouiflance ques que tout
GALANT. 63
+
le monde s'eft empreffe de faire
paroistre pour l'élevation
de cette Dame , dont le me,
rite eft infini , & à laquelle on
ne (çauroit refuſer beaucoup
l'eftime , & la veneration.
Jefuis voftre , &c .
L.C.M. Men
vid
Je vous fais part d'une Lettre
écrite de Mâcon , à M' B ****
qui avoit envoyé des Devifes
à l'Auteur de cette Lettre.
ms buirs old
A Mâcon , le 23. Decembre 1699.
V
Ous m'avez mis dans le
gouft des Deviles, Mon64
MERCURE
fieur , par les charmantes
productions de cette efpéce
, que vous venez tout
nouvellement
de m'envoyer ,
& mon efprit , né pour l'imi
tation , veur à toute force
devenir le Copiſte du voſtre.
Je viens donc de faire une Devife
, pour vous témoigner ma
reconnoiffance fur les nou.
veaux foins que veut fe don .
ner pour moy voftre infatiga
ble amitié . N'attendez pas de
voir quelque chofe qui répon
de à la fublimité
de vos pen .
fées ; je me fais juftice , & je
n'y puis atteindre. D'ailleurs ,
GALANT. 65.
mon objet a beaucoup moins
. de nobleffe , & il ne feroit pas
raifonnable que les dilgraces
fuffent peintes avec des couleurs
auffi brillantes que la
e bonne fortune.
I
1
2. Si je m'eftois rencontré
. dans une Ville , où l'on euft à
a fa difpofition des Coypels , &
des Corneilles , dont la fçavante
main pult répondre
dans l'execution au feu de la
penſée , je vous aurois envoyé
pour vos étreines de l'année
nouvelle , une feüille du plus
beau velin , dans laquelle j'au
rois fait deffiner un riche car-
Janvier 1700.
F
&
66 MERCURE
-
touche bien doré , foûtenu
d'un cofté par Apollon & de
l'autre par Bacchus , orné par
le haut & par le bas , de maf
ques , de Satyres , & de Silénes.
Dans le rond du milieu ,
j'aurois fait reprefenter avec
du paſtel ou de la fanguine ,
les ruines d'un magnifique
Palais , dont toute l'Architec
rure eft bouleversée , & dont
les colomnes brifées par mor.
ceaux , font voir fur la terre
leurs chapiteaux confondus
avec leurs bafes Il n'y auroit
rien paru d'entier , qu'un vieux
mur tapiffé de lierre, ouvert de
GALANT 67
1- routes parts , & menaçant une
ruine prochaine , qu'il n'auroit
point évitée , s'il n'avoit butté
contre un arc . boutant maflif
& folide , par l'appuy duquel
il auroit efté facile de voit
qu'il euft encore fubfifté . C'elt
la le corps de la Devife , à laquelle
aurois fait ajoûterpour
ame , cès deux mots qui font la
fin & le commencement d'au
tant de vers fapphiques ,
Fulcit.
Irreparabilem
Puifque nous n'avons point
icy d'habile Deffinateur , vous
vous contentercz , s'il vous
Fij
68 MERCURE
plaiſt, de ma deſcription.L'explication
que je vais vous en
donner ne vous concerne pas .
Je fçay que vous avez une penetration
à laquelle rien ne
peut échaper ; mais vous pour
riez faire part de cette Lettre
à des efprits moins penetrans ,
aufquels il eft bon de faire fça
voir , que par les débris de cet
augufte Palais , j'entens reprefenter
la Maiſon de la feuë
Reine , noftre commune Maî .
treffe , dont la mort prématu
rée a renversé tout l'édifice ,
Les colomnes brifées , font les
Richelieux , les Bethunes , les
GALANT. 69
la Vieuville , les Hauteforts ,
les Villacerfs , dont il ne refte
plus que de grands noms.
. Pour moy , quoy qu'indigne
e de figurer avec tant d'illuftres
Perlonnages , je prens la liber
eté de me prefenter fur la Sce-
, ne , fous la figure de ce vieux
mur tapiffé de lierre , qui eft
encore debout , mais qui me,
nace ruine de toutes parts.
Chacun fçait que le Lierre
eftoit une plante confacrée au
Dieu des Vers , & noftre Horace
, parce qu'il en portoit
une Couronne , ofoit bien s'egaler
aux Dieux immortels.
10 MERCURE
C'eftoit faire fon Apotheofe
à bon marché :
•
Me doctarum Ederæ præmia
frontium
Dis mifcent fuperis.
Cet Arbuſte n'appartenoir
pas moins à Bacchus qu'à Apollon
, & ces deux Divinitez
amies entroient en focieté de
cette poffeffion , comme de
beaucoup d'autres choſes . Le
même Horace nous en fourniť
la preuve , lorfqu'invitant fa
Maîtreffe à faire la debauche
avec luy , il l'affure , pour la
perfuader, qu'il a dans fon jar .
din quantité d'Apy , & de
A
GALANT. 71
Lierre , propres à faire des
Couronnes .
Eft in horto
Phylli , nectendis Apium coronis,
Eft Edera vis
Multa, qua comas religata nites.
Si je voulois icy affecter
: quelque érudition , je pourrois
vous dire aprés Pline , que les
Anciens avoient coutume ,
quand ils vouloient faire la
débauche, de fe garnir la teſte
de ces herbes fortes , parce
qu'ils eftimoient que l'odeur
qui en exhaloit , combattoit
les vapeur du vin , & en affoi .
bliffoit l'action ; mais ce le72
MERCURE
3
roit de l'érudition mal placée ,
& je renouvellerois l'hiftoire
de ce Peintre qui mettoit un a
Cyprés dans tous fes Tai
bleaux , parce qu'il réuffiffoic
à bien peindre cet arbre. Re
venons donc à noftre Devile ,
& trouvez bon que je vous
dife , que je puis bien m'ap-.
pliquer allegoriquement l'or .
nement du Lierre , également
confacré au Dieu des Vers &
à celuy de la joye , puis que ,
graces à mon Etoile , je fuis
homme levant & couchant ,
de l'une & l'autre de ces deuxi
Divinitez . La caducité du mur
elt
A
།
GALANT. 73
eft le fimbole de ma mauvaiſe
fortune , que je crois irreparable
, comme je l'explique par
le mot de la Deviſe , puis que
les foins que vous vous eltes
donnez de faire quelque cho,
fe
pour moy, ont toujours efté
infructueux , par une fatalité
- qui me perfecute, & qui auroit
été furmontée par votre atten
tion fur mes intereſts , fi quel.
que chofe avoit été capable de
la furmonter
. Aprés cela vous
ne devez plus douter que vous
ne foyez cet Arc boutant folide
& inébranlable
fur lequel
je m'appuye , & fans le fou
Janvier 1700 .
G
74
MERCURE
tien duquel il y a longtemps
que je ferois par terre. Il ne
refte plus qu'à orner ma Devife
de quelques Vers , & s'ils
vous paroiffent
mediocres
, je
m'en confoleray
par la reffemblance
que j'auray par cet endroit
avec le fameux Jurifconfulte
Alciat , qui a expliqué
plufieurs
Emblêmes
bien
froids , par des Vers encore
plus glacez ; foit dit avec le
refpect que je dois au Siecle
paffe , qui en faifoit fon admi
ration & fes delices . Voicy
donc ce que j'aurois mis au
deffous de ma Devile.
GALANT. 75
1
Vieuxmurdufuperbe Palais
Qu'habital' Augufte Thereſe , Qu'l
Où les Hiboux les Follers
Nichent
maintenant tout à
Tamaffe àgrand' peine entretient
Ses debris couverts de Lierre,
Maisfans l'appuy qui tefou
tient ,
Tu n'aurois paspierrefur pierre,
Sans luy tu pourrois attefter
De ton longcouchéfur laplace,
Qu'ornerfans faire fubfifter,.
Gij
76 MERCURE
Eft la coutume du Parnaſſe .
Sur le lien qui vous unit
Ta caducitéfe repofe ,
Son feulfecours , qui te munit,
Fait voir que tu fus quelque
chofe
Avec cela je finis mon allegorie
& mon remercîment ,
mais non pas ma reconnoiffance
, qui ne finira qu'avec
moy, vous fuppliant de croire
que ce n'eft ny allegorie , ny
metaphore , mais pure & fincere
réalité , quand je vous
protefte que je feray jufqu'à la
fin de mes jours , moins par
GALANT. 77
devoir que par inclination ,
Voftre , &c.
Vous lirez , fans doute , avec
plaifir , ce que M' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife Me.
"tropolitaine de Bordeaux , a
écrit aux Dames de cette Ville-
là , pour leur infpirer la conduite
reguliere , qui fied fi
bien à voftre Sexe. Il eft l'Auteur
d'un Ouvrage que je vous
ay envoye depuis peu de
temps ; intitule , L'éloignement
des Emplois. On défigura fon
nom , en y mettant Cantenace
pour Cantenac,
G iij
78 MERCURE
AUX DAMES.
Vous qui faites briller tant d'ap
pas qu'on admire .
Qui par vos feuls regards vous formez
un empire,
Beau Sexe , en qui le Ciel verfa mille
trefors ,
Descharmes de l'efprit , & des beautez
du corps .
La plupart des humains vous flattent
pour vous nuire ,
Ils tâchent de vous perdre , & je
veux vous inftruire ,
Non des erreurs d'Amour qui font
tout fon pouvoir ,
Et dont l'ame s'aveugle & choque
fon devoir.
GALANT. 79 75
Je veux pour votre gloire établir des
maximes
Qui détournent
les coeurs de l'amorce
des crimes ,
Qui font commeun rempart fur le
vice abattu
Contre tous les affauts qu'il donne
àlaverto
22.8%
Pour conquerir des coeurs , n'employez
d'autres armes ,
Qu'une chatte pudeur qui releve vos
chatmes.
C'eft fort diminuer le prix de la
[té.
beauté ,
Que de les enlever par un air effron-
Il faut que vos regards , vos moeurs ,
& vos parures ,
Soient de cette pudeur la marque &
les augures,
Un air fage & modefte eft toûjours
plus charmant ,
G iiij
80 MERCURE
"
Il excite , & retient les defirs d'un
Amant ,
Mais l'air doux & coquet fait voir
trop de tendreffe.
Ce qui paroift Lais , ne fut jamais
Lucrece.
Tous vos vains ornemens , par
mode inventez ,
la
Découvrent vos défauts , autant que
vos beautez , [ certaine ,
Et leur excès nous fert d'une preuve
Ou d'un corps imparfait , ou d'une
ame mal faine.
Dites moy , Jeune Iris , pourquoy
yous fardez-vous ,
Pour plaireà vos Galans , & tromper
vôtre Epoux ?
Les foins
que vous prenez pour devenir
plus belle ,
Sont autant de moyens,de vous ren
dre infidelle.
GALANT 81
Tous ceux que vous tâchez de vous
rendre foûmis ,
Paroiffent vos Amans , & font vos
ennemis.
A leurs vaftes defirs rien ne femble
impoffible . [ fenfible.
Qui veut les faire naiftre y doit eftre
Quand vous n'auriez jamais de tendreffe
pour eux ,
Un Amant rebuté croit fon Rival
heureux .
Et perdant tout à coup , & l'amour
& l'eftime ,
D'un dépit infolent il vous fait la
victime.
Climene accoûtumée à quitter fa
maiſon ,
Croit que s'en éloigner , c'eft fortit
de prifon ,
Et laiffant aux valets le foin de fa famille
,
1
82 MERCURE
Va ruiner au Jeu fon Mari qu'elle
pille.
De ce déréglement naift un plus
grand malheur.
Femme qui perd lon bien rifque fort
fon honneur.
Un Amant liberal qui la voit defolée
,
Profite du chagrin dont elle eſt acca❤
blée ,
Et prend fi bien fon temps pour
dédommager ,
la
Qu'il trouve enfin fon foible , &
l'heure du Berger .
La fameuſe Doris & la belle Sylvie
Puifent à l'Opera les regles de leur
vie,
Apprennent le fecret des plus tendres
Amours ,
Et pour les mieux fçavoir les exercent
toûjours.
GALANT. 83
4X4
Mais pourquoy me fervir d'une plume
inhumaine ,
Pour noircir les erreurs d'Iris & de
Climene T
Cet erreurs , ou ces maux , ſont par
tout répandus: I plus .
La vertu devient rare , elle ne regne
Pardonnez
moy , beau Sexe , & fouffrez
que mon zele
Faffe des moeurs du temps , la pein-
: ture fidelle,
Le merite & l'efprit font bannis de
chez vous.
La dépenfe , & le bien ont des charmes
plus doux .
En un mor , pour vous plaire , il ſuffit
d'eftre riche.
Quand on eft liberal , vous n'eftes
jamais chiche,
Mais comment paffez vous & les
jours & les nuits
84 MERCURE
Le foin de vos Enfans charme- t-il
vos ennuis ?
Dormant profondement juſqu'à midy
qui fonne ,
Vous n'occupez encore , & ne voyez
perfonne,
Voſtre couvert eft mis , il faut vous
éveiller ,
Le temps eft toujours court quand
on doit s'habiller,
Les mets font fur la table , il eſt
temps de les prendre ,
Et voftre Époux chagrin eſt las de
Vous attendre.
A peine ce repas eft pris legerement,
Qu'abandonnant la table avec empreffement.
Aprés quelques atours pris à votre
Toilette ,
Vous allez vous plonger au Jeu de
la Baffette.
GALANT. 8
1
S
C'eft là qu'adroitement vous meflez
tour à tour
Les traits de l'avarice avec ceux de
l'amour ,
Et que d'un doux regard , qui flate
l'efperance ,
Vous payez d'un Amant la fotte
complaifance . (l'Opera,
Enfin la nuit s'approche , on court à
C'eft Rolland qu'on y jouë , & qui
Vous charmera ,
Vous yportez des coeurs difpofez a
fe rendre.
Seroient-ils inhumains , où l'amour
eft fi rendre?
C'est là qu'avec l'attrait des tons
harmonieux
On apprend que l'amour eft le plus
grand des Dieux ,
Qu'il captive les Rois , & que fous
fon empire
86 MERCURE
Sonpouvoir ablolu met tout ce qui
refpire.
Voilà comme le coeur prend un fc.
cret poiſon ,
Qui mine l'innocence , & troublela
raiſon . (charmante ,
Fortement prévenu d'une erreur fi
On en retient les vers , on les lit , on
les chante.
Cette erreur paffe enfin pour une
verité ,
Et l'on vient de la fable à la realité.
Mais l'Opera finit & chacun fe retire.
Le galant qui vous méne , en dif
court ,en foupire ,
Et vous donne un louper , dont à gros
intereſt
Le fameux Gabaret luy fait payer
l'apreft .
Traiteur à Bordeaux.
GALANT. 87
1
1
1
Là de millebons mots la table affaifoncée
,
Termine en folâtrant cette aimable
journée.
Voilà minuit qui fonne , il fautjouer
pourtant,
Erdonner fa revanche à Lyfis qui
perd tant.
Mais on le plume encore , & fa
bourſe épuifée
Separe au point du jour cette troupe
rufée, 15
Iris revient chez elle , & frape tant
de coups ,
Qu'elle alarme fes gens , fes voilins
fon Epoux.
Ce pauvre homme affoupi que fa
Femme cajole,
Fait femblant d'approuver (on excule
frivole .
Mais détefte en fon coeur un train
fidéréglé , tuneab o
88 MERCURE
Etle cruel hymen qui l'avoir aveuglé.
C'est ainsique pour vous roule cha
que journée
Dans les mêmes plaifirs dont elle eft
enchaînée ; "
Vos devoirs , voftre honneur , & la
perte du temps
Font pour vous en priver des efforts
impuiffans.
༅།།
Les Femmes dont la vie embellit
Ts noftre Hiftoire,
Quide leur Siecle heureux faifoient
coure la gloire ,
Trouvoient dans leurs maifons les
plaifirs les plus doux ,
Et ne faifoient jamais d'Amans ny
dejaloux.
L'Epoux , comme aujourd'huy
complaiſant & facile, f
Ne donnoit pas matiere aux fables
d'une Ville,
GALANT. 89
Il poffedoit la Femme,& ne la laiffoit .
pas
A des galans outrez prodiguer fes
appas.
On ne la voyoit pas avec tant de li
сепсе
S'entêter follement du Jeu ny de la
Danfe.
Un honneftelabeur , fon Epoux , fes
Enfans ,
Et le culte du Ciel partageoient tout
fon temps.
Elle n'affe &toit pas cet air de nos Co.
quetes ,
A compoſer leurs yeux aujourd'huy
fi bien faites ,
Et pe venoit jamais jufqu'au pied
des Autels ,
Irtiter tous les Dieux pour charmer
les Mortels.
Fanvier 1700.
H
90 MERCURE
2
Son veftement modefte & fa vic
exemplaire,
Sans fafte , fans orgueil trouvoient
mieux l'art de plaire.
Elle fuivoit les loix de fon fidelle
Epoux ,
Et n'aimoit que luy feul ; Iris , le fai .
tes vous ?
On a fceu par des Lettres
de Toulouse . que le St Jean
la Combe , Procureur Juridictionnel
de M' de Saint Felix,
Seigneur de Varenne , dans
ce Diocefe , Senechauffée de
Lauragois , eftoit mort le 17.
du mois paffé , âgé de cent
huit ans , trois mois & cinq
GALANTA 91
OR
jours. Il y en avoit douze qu'il
ne vivoit que de pain trempé
dans de l'eau.
Ilya encore dans la même
Terre de M' de Saint Felix , le
Ex nommé Guillaume Quans ,
quia cent dix ans , & qui gar
de actuellement
le Troupeau
de fon Seigneur. Cependant
on peut affurer que de tous
ceux qui verront finir le dix ,
leptiéme Siecle , qui a encore
un an à durer , il y en aura
tres peu qui , verront la fin du
dix huitième.
On a formé un deffein ,
dont la Ville de Dijon , deja
Hij
92 MERCURE
fort recommandable par elle
même , recevra encore de
grands embelliffemens . Elle a
deux Rivieres, appellées Suſon
& l'Ouche. Sufon n'eſt proprement
qu'un torrent qui paroift
de temps en temps ; &
l'Ouche eſt une riviere qui
fournit de l'eau route la Ville.
On prend des mesures pour
creuler un grand Canal qui
joindra ces deux rivieres , en
forte qu'avec le fecours de
quelques autres , que l'on y
fera tomber , elles porteront
des Bateaux , qui d'un colté
iront à Paris , & de l'autre
GALANT: 91
jufques à Lyon. Ainfi Dijon
afera commele centre des eaux
as qui iront chercher l'une &
d'autre mer. C'eft fur ce def
3. lein que M' Morelet , Audi.
teur de la Chambre des Comptes
de Dijon , a fait le Sonnet
que je vous envoye.
AUX RIVIERES
de Dijon.
T
Orrent qui ne coulois que
quatre fois l'année,
Et vous paifibles Eaux qui baignez
nos remparts;
Si l'on en croit au bruit qui court
de toutes parts,.
94 MERCURE
Un honneur fans égalfuis vostre
deftinée.
613.
Neptune ménageant un célébre
bymenée
Sur vous , pour cet Ouvrage , a
jetté fes regards ,
Et mêlant avec vous mille ruif
feaux épars ,
Veut joindre à l'Ocean lá Medi ,
terranée.
Vos Canaux agrandis , dans tou .
tes les Saifons ,
Porteront à nos yeux de flotante's
maiſons ,
Dijon
fera
fameux
du Midyjuf
và
Fourfer
GALANT 195
Mais fi le Dieu des Eaux travaille
à ce deßein ,
Par ce Bras qui peut tout , Louis
en eft la fource ,
Et fans luy ce Dieu mêmêy penferoit
en vain.
**
Je vous ay fait part de la
Deſcription que M l'Abbé
Geneft de l'Academie Françoiſe
, a faite du lieu où Madame
la Ducheffe du Maine a
paffé quelque temps , pendant
que la Cour eftoit à Fontainebleau
. Cet ouvrage a donné
lieu à ce Madrigal de M
Dader.
г
96 MERCURE
Appotton fe plaignoit de ges efprits
vulgaires
Qui l'importunent tous les
jours ,
Et qui remplis de leurs chi
meres
Penfentrimerfansfonfecours.
UneMufeentendans cetteplainte
équitable
Pour l'appaifer , luy dit tous
bus
Tous les efprits nefe reffemblent
pas.
Fen connois un inestimable
Et dont les vers
pas.
sfont pleins d'ap-
Cift
GALANT.
C'est le fameux Geneft , dont la
plume fçavante
D'un Augufte Princeße a tracé le
Tableau ,
Maisd'unefaçonficharmante
Qu'on n'en fçauroit voir un
plus bean;
Il ne manque plus rien àfa gloire
Méclatantes
Le petit Ouvrage que j'ajoûteicy
, eft du même M' Dader.
NOUVELLES
du Parnaffe.
VNefoule d'esprits élevez dans
la craffe ,
5
Et dépourvus de jugement ,
Janvier 1700.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
98 MERCURE
Affiegeoient Appallon fur te
Mont du Parnaffe
Le Dieu des Vers qu'arrite un tel.
déréglement , shreds
Aleurs voeux inſenſez montre
un coeur infenfible ,
Les repouffe , & s'enfuit dans le
facre Vallon.
La cobueauffi toft cours aprés Ap.
pollon.
S'échaper des fâcheux , il luy fut
impoffible ;
Ils vouloient malgré lay monter
fur l'Helicon.
Phoebus , plus prompt que le
Tonnerre ,
Jetta fon violon , le caffa contri
serre.
GALANT: 99
Surles nouveaux Titans,Pegaze
furieuse
Redouble à coups de pieds le trouble
de ces lieux:
L'Helicon en trembla , les fiers
grimpeurs tombérent,
Et par un contre- coup leurs cerveaux
s'ébranlérent.
Ne vous éconnè plus de voir
qu'en l'Univers
Hefttant d'esprits de travers,
Le Traité qui fait contient
un fait des plus curieux & fort
extraordinaire. Il s'agit d'une
jeune Fille , qui a décreu de
plus d'un grand pied, ce qui eft
15
100 MERCURE
rapporté par le S Dominique
Anel , premier Garçon Chirurgien
à l'Hôpital S. Jacques
de Touloule. vinnuh
OBSERVATION
Anatomique.
B
Ernarde Armagnac , na?
tive de Toulouse , entra
malade dans l'Hôpital Saint
Jacques de la même Ville , le
17, Mars 1698. Elle avoit la
fiévre , & quelque temps aprés
qu'elle fut en ce lieu - là , elle
fouffrir de grandes douleus
dans tout fon corps . On s'app
GALANT. iot
1
8
perçut enfuite qu'elle ne pou
voit plus fe foutenir fur fes
pieds , qu'elle devenoit con.
trefaite , & qu'elle décroiffoit
fenfiblement
. On remarqua
quelque temps aprés , qu'elle
ne fe fervoit plus d'aucun de
les membres , & qu'on ne
pouvoit la remuër fans que
fes os pliaffent , ce qui donnoit
lieu de croire qu'on les rompoit
. Cela fit qu'on ne la reu
muoit plus qu'avec circonfpection.
Elle avoit pourtant
ungrand appetit, & mangeoit
beaucoup Enfin les membres
fe plierent ; elle devint bouffic
7
1 iij
102 MERCURE
& enfla de tout fon corps . Son
cuir s'épaiffit & durcit confiderablement
, & aprés avoin
refté quelques mois dans cet
eftat , elle mourut le 18. Novembre
dernier , dans fa vinge
deuxième année.
Quoique depuis quelque
temps on ouvre rarement des
cadavres dans cette Maiſon ,
je voulus m'inftruire par moymefme
des changemens qui
pouvoient eftre arrivez au
corps de cette Fille , & ayant
remarqué qu'elle avoit avant
fa mort les membres fouples ,
j'ouvris un des doigts de la
GALANT. 103
main. Je fus furpris de voir que
les tegumens refiftoient plus
au tranchant du rafoir que les
os des phalanges , que je cou
pois tranfverfalement , obliz
-quement , & en long , avec une
grande facilité Je fus encore
plus furpris de luy trouver le
crane d'une fi grande molleffe,
que je l'ouvris fans fcie ,
coûteau. Je pris une fpatule ,
que j'enfonçay dedans , avec
laquelle je fis le tour de la
tefte , & le crane cedoit à cer
inftrument avec fort peu de
refiftance: Le Tibia ny le Pezoné
n'avoient ny couleur ny
ny
I iiij
104 MERCURE
confiftance offeufe. Ils reffem2
bloient à une chair fongueule ,
divifée en plufieurs lobes de figure
fort irreguliere. Au bout
de ces fongues paroiffoient les
teftes de ces os , qui n'avoient
aucune folidité. Les maleoles,
le tarfe , le metatarſe , eftoient
d'une égale molleffe . Le femur
n'eftoit qu'une chair fongueufe
abbreuvée de beaucoup de
ferofitez fanguinolentes , fans
aucune cavité ny apparence
de moëlle. Je ne remarquay
aucun changement confiderable
les parties internes,
j'ouvris les trois cavitez fans
GALANT. 109
que je diftinguaffe rien qui
fuft contre nature.
Le bruit d'un accident fi
peu attendu fe répandit dans
5 toute la maifon. M' Lambert
qui la fert en qualité de Medecin
, accourut , je le priay
d'agréer qu'on appellaft quelques
Medecins de la Ville qui
auroient efté bien aifes d'eftre
les témoins d'une maladie fi
extraordinaire. Il ne répondit
rien , me fit quitter le cadavre,
& ordonna qu'on l'enterraft,
J'aurois bien voulu pouffer
plus avant mes recherches , &
avoir efté guidé par quelque
106 MERCURE
$
bon Maiſtre , mais la choſe ne
dépendit plus de moy , il me
fallut quitter prife , & mereti .
rer. Il eſt à remarquer que
cette Fille avoit tous les os
ramollis comme de la cire )
les dents feules avoient confervé
leur dureté naturelle .
Elle avoit décru d'un grand
pied tout au moins. Je puis
le certifier , & j'ay le témoi
gnage de la plus grande para
tie des Soeurs grifes qui fervent
cette maiſon.
Co cas eft extraordinaire!
Je vais râcher de l'expliquer ,
foumettant néanmoins mon
GALANT: 107
efentiment à ceux qui en
e fçavent plus qu'un jeune
homme à peine initié dans la
Chirurgie. Je me ferviray de
ce que j'ay appris aux leçons
d'Anatomie que M ' Courtial ,
Medecin du Roy & fçavant
-
Anatomifte , fait tous les ans
dans l'Amphitheatre de cette
Ville. Pour venir donc au fair ,"
il faut examiner en premier
lieu la compofition
des os
& enfuite la nature du diffol .
vant qui a pû les ramollir.
Les os font les parties les
plus durés & les plus legeres
de noftre corps , à raifon de
108 MERCURE
leur maffe. Ils ne font point
fairs d'un tas de matieres irregulierement
difpofées , mais
au contraire , ils ont une ftruc
ture mechanique. Ils fonc
compoſez de fibres creuſes ,
qui forment deslames minces,
couchées les unes fur les autres.
Cette ftructure paroift
aux yeux dans les coftes , dans
les os des Baleines , & dans les
fiffures qui arrivent quelquefois
aux os . On a cru que les
fibres qui les forment alloient
d'un bout de l'os à l'autre
mais il n'y a que celles qui for
ment les lames externes , qui
GALANT. 109
ayent cette longueur . Celles
quifont au deffous , font plus
Courtes , & venant des deux
bouts de l'os s'uniffent en
s'enchaffant les unes dans les
interftices des autres , & fe
uefois
*
mê
·
confondent:
me en fe rencontrant , elles
fe refléchiffent en maniere
d'arc. Ces fibres ainfi arrangées
forment des lames , &
e plufieurs de ces lames cou
1
S
chées les unes fur les autres
forment les os . Les exfolia
rions qui leur artivent prou
vent affez qu'ils font compofez
de lames offeufes ; & pour
110 MERCURE
s'en convaincre à n'en plus
douter , on n'a qu'à examiner
les cornes des animaux , on
verra qu'elles font formées de
plufieurs lames placées les
unes fur les autres.
Toutes ces lames ou tables
offeufes , font jointes & liées
enfemble par de petits os , qui
par leur figure & par leur ufage,
peuvent eftre appellez des
clous. Les uns percent les lames
perpendiculairement , les
autres obliquement , quel .
ques-uns font comme rivez ,
& quelques autres ont une
gefte à la manière des clous de
GALANT
de
1
C
fer , jufque là qu'il eft vray de
dire que les os les plus durs
font formez de lames ajustées
senfemble par des clous àtefte
on par des clous rivez. Br
Outre les trous par où les
vaiffeaux fanguinaires paffent
dans les os , on y a remarqué
deux fortes de pores ou con.
duits. Les uns percent les la.
mes offeufes du dedans au dehors
, & les autres font dans
l'entre deux des mêmes las
mes. Ces derniers font longs ,
& vont d'une extrémité de
l'os à l'autre , fuivant la direction
des fibres , & les
ti MERCURE
!
& premiers font courts
vont tranfverfalement , fans
pourtant répondre les uns
atx autres. Ils font en plus
grand nombre dans les la
mes internes que dans les
externes ; c'est à dire , que la
premiere des internes enga
plus que la feconde , la fecon
de en a plus que la troifiéme ,
& ainfi des autres : ce qui fait:
que les lames externes , font
plus folides que les internes.
Toutes ces lames & toutes ces
fibres font arrofées d'une liqueur
oleagincufe quela moël
le leur fournit ; de telle manié,
GALANT 113
te que cette huile paffant par,
sles pores tranfverfes de la premiere
lame interieure , & ne
trouvant pas que ceux de la
feconde répondent à ceux de
ES la premiere , elle eft obligée
de couler dans les pores longitudinaux
, qui font entre les
deux lames , & rencontrant
les pores lateraux de la fecon .
delame , les traverſe & s'écou
lé entre la fecondé & la troifié ,
me lame ; & paffant ainfi des
pores tranfverfes dans les longitudinaux
, elle imbibe toute
la fubftance de l'os.
nt
On remarque dans la ftru-
Janvier 1709.
K
#14 MERCURE
cture interne des os deux for
res de cavitez! On en voit de
grandes dans les grands os , &
de petites dans les petits , qu'
on appelle des cellules . Les
cavitez des grands os font
terminées par certaines fepa
rations offcufes , faites en ma
niere de balustradë , qui fervent
à foutenir la moëlle & les
vaiſſeaux ſanguinaires qui s'y
diftribuent. Ces grandes cavi.
tez des os ont efté formées par
les fibres & les lames offeufes,
qui fe ferrant & fe preffant
beaucoup les unes les autres ,
pour rendre ces os plus durs
GALANTA 115
་ I5
& plus folides , ont laiffé en
tre elles un efpacé confidera
ble& fuffifant à contenir toute
la moëlle qui leur eft necef.
faire pour fournir aux grands
&continuels mouvemens qu'+
ils font obligez de faire. C'eſt
pourquoy les os qui ne fervent
qu'à de petits mouvemens , ne
font point fi folides , & n'ont
point de ces grandes cavitez,
mais feulement des cellules de
differente grandeur & de differentes
figures , dans lefquet-
Jesontrouve quelques glandes
medullaires,qui feparent cetre
huile qui les doit humecter ,
Kij
116 MERCURE
en paffant d'une cellule &
d'une lame à l'autrencilers
7. Les arteres qui portent la
nourriture aux os , entrent une
à une dans les pores deſtinez
pour les recevoir . Les principales
percent le bout de l'os
à l'endroit le plus prés du
tronc , & l'on peut les fuivre
entre les fibres offeuſes. Les
veines qui rapportent
le lang
font en plus grand nombre ,
ne fortent point par les trous
des arteres , & ne gardentau
cun ordre fixe dans leur for
tie.
La moëlle des os eft comGALANT
117
pofée de trois fortes de parties,
de vaiffeaux , de veſicules ,
& d'une matiere huileufe . Les
vaiffeaux font des arteres &
des veines ; les veficules font
glanduleufes , & la matiere
huileufe eft une huile fépadée
par ces glandes , & contes
nue dans ces veficules . Tous
tes ces parties font envelo
pées d'une membrane mince
& transparente , laquelle contient
les petits facs membra
neux qui renferment les vefia
cules ou petites glandes rem .
plies du fuc de la moëlle . On
a experimenté que cette huile
118 MERCURE
paffe d'une veficule à l'autre
par leur contraction , & de là
va fe répandre dans la lame
offeuſe de la plus voiſine , &ſe
diftribue de l'une à l'autre
comme nous avons ditang
Cette huile medullaire a
une grande analogie avec la
graiffe. On la trouve en cer
cains animaux & en certains
$
os en forme plus liquide qu'en
d'autres. Elle ne s'épaiflit &
ne fe congele que par un efprit
acide , qui la fige , & qui ar
rête fa liquidité. M Greva
nous en donne une conviction
entiere par l'experience qu'il
GALANT. Tig
ך
nous propofe. On prend de
l'huile d'olive, on yjette quelques
gouttes d'efprit de nitre
rectifié, on laiffedigerer ce mélange
pendant quelques jours,
& l'ons'apperçoit que cette
huile prend infenfiblement la
lacouleur & la confiftance de la
graiffe.
1
Le premier ufage de la
moëlle eft de conferver le
temperament des os , de les
humecter , de leur donner
quelque foupleffe , de peur
qu ils ne crevaffent , qu'ils ne
felent, & qu'ils ne rompent.
Le fecond eft de faciliter le
120 MERCURE
...
mouvement des bouts des os ,
en les graiffant , d'autant que
cette huile medullaire coule
des teftes des os par de petits
trous dans les articulations ,
& fe mellant avec l'humeur
mucilagineuſe , exprimée des
glandes qui font à toutes les
articulations
, avec mouve
mene , fait une espece d'en
duit ou de liqueur onctueule
qui graiffe les teftes des os
pour en faciliter les mouvemens
. Cette huile medullaire
fert encore à empefcher que
les articulations ne s'échauf
fent dans leurs mouvemens
&
1
GALANT
127
& que les teftes des os qui les
e forment , ne s'ufent, dans le
frottement qu'elles ſouffrent,
en coulant les unes fur les au-
› trestng auther
La nourriture des os fé fait
comme celle de toutes les
autres parties , par le fuc nourericier
, porté par les artères
avec le fang. Ce fuc eft une
lymphe blanchâtre & viſ.
queufe. La plupart des Scr
vans croyent aujourd'huy
qu'il eft feparé du fang par de
petites glandes , qui font à la
fuperficie externe de la membrane
exterieure des arceres,
Os !
Fanvier 1700.
L
122 MERCURE
qu'ils appellent glandes nour,
ricieres , à la difference decel
les qui font à l'extrémité de
ces vaiffeaux , qui feparent
les differentes humeurs de
corps , comme l'urine , la
fueur , la bile , le lait , & aus
tres qu'on appelle excretoires,
Il y a apparence que le fue
nourricier des os eſt la partie
la plus gluante & la plus vif
queufe de cette limphe, char
gée de beaucoup de terre & de
fels , laquelle comme la plus
pefante , occupe le centre de
la colomne du liquide des
arteres & s'employant la
GALANT. 123
t
1
derniere , parvient jufqu'à leur
arrémité , & fe diftribue dans
lés fibres offenfes .
Laglutinofiré de la fubftan
dce des os prouve cette verité.
On n'a qu'à diffoudre des os
avec l'eau forte dans un vaif,
leau de verre , faire évaporer
la liqueur , & laiffer refroidig
le vaiffeau , on verra que cette
liqueur fe durcira , & s'atta
achera au vaiffeau à la maniere
de la glu. Il est donc aiſé de
comprendre que la dureté des
os dépend de cette glu , qui
fe durciffant unit & ferre les
expanfions des fibres tendi
Lij
124 MERCURE
neules des muſcles qui for
ment les os . Or comme ces fi
bres dans les commencemens
de la vie ne different point
de celles des parties charnuës ,
elles ne fouffrent dans la ſuité
d'autre changement, que les
differens degrez d'endurciffe
ment qu'elles acquierent dans
les differens âges de forces
qu'il eft vray de dire que plus
on vit , plus elles durciffent.
Puifque la fubftance vifqueule
qui forme & nourrit
les os ne les rend durs qu'on
darciffant elle - même , il eft
aifé de comprendre que tout
GALANT. 125
de qui fera capable de diffou
drez & de fondre cette glu ,
les ramollira. Il femble qu'on'
ne peut rechercher le diffol.
yant qui a produit cet effet
dans les os de cette Fille , que
dans le fang ou dans le fuc de
la moëlle qui les arroſcient.
Il paroift même d'abord que
tous les deux peuvent y avoir
contribué. Le fang s'alterang
en un nombre prelque infini
de manieres , peut en degenerant
avoir acquis cette qualité
propre à faire ce ramoliffe.
ment,& le fue medullaire peut
l'avoir empruntée du fang qui
Liij
126 MERCURE
4
la luy a communiquée
, ou
bien encore il peut avoir
contractée
fans la participa :
tion d'autruy
, par l'exaltation
de quelqu'un
de fes principes
,
de maniere
qu'il ne s'agiroit
que de déterminer
quelle a
efté la nature du fang ou du
fuc medullaire
de cette Fille
qui les a rendus
propres à
mollifier fes os.
Aprés avoir refléchi fur la
differente nature des menftruës
, & fçachant qu'il faut
qu'il y ait une proportion entre
le diffolvant
& le corps qui
doit eftre diffout , on pourroit
GALANT. 127
foupçonner d'abord que le
fang de cette Fille s'eftoit ai
gri de la même maniere que
levin saigrit quand il fe convertit
en vinaigre . Tous les
Sçavans connoiffent le rapeport
qu'il y a entre le vin & le
fang , & que le vinaigre ſe fait
{ e
= par l'exaltation du fel acide
du vin , qui lie & embaraffe les
parties fpiritueufes & volat
les. Si nous regardons le fang
de cette Fille comme un vinaigre,
il ne nous fera pas diffici
le de comprendre qu'il a pû
ramollir les os. Le vinaigre
diffout le plomb , les Coraux ,
Lij
128 MERCURE
les Perles , & les os des animaux.
Le bon appetit qu'avoir cette
Fille eft une preuve de l'aigreur
que fon fang avoit contractée.
Le levain de l'efto
mac n'eftant plus adouci ny
temperé par les parties fpiri
tueufes embaraffées & concentrées
avec les autres princi
pes , la faifoient beaucoup
manger. Ce fang aigri dans
toute fa malle eftant porté
aux os , les les penetra peu à peu ,
& fondit la glu qui unit leurs
fibres , & qui les rend dures.
Les acides dont il eftoit chars
GALANT. 129
2
gé , eftant de petits corps
longs , polis , un peu plians &
-pointus des deux coſtez , à la
maniere des fuſeaux , rencontrant
des pores où ils pouvoient
s'infinuer , furent comme
autant de petits coins , qui
diviférent le tiffu des parties ..
qu'ils penetrerent Ils eftoient
- pouffez inceffamment tant
par la contraction des arteres ,
1 que par le retour des lames
Ipiralesde l'air me fleés au fang ,
entre les fibres offeufes , &
pepar cette penetration fondi-:
rent peu à peu la glu qui fait
la dureté des os.
30 MERCURE
On ne fçauroit deſavouër que
la chofe n'ait pûfe paffer ainfi,
puifquel'experience journalie
re nous fait voir que les acides
diffolvent les corps qui leur
refiftent. Ces mêmes acides
ag ffant fur le Periofte ont
caufé cés douleurs interieures
&generales qui la firent tant
fouffrir : & finalement ramolliffant
la tiffure des os , les
fibres qui les compofent perdant
leur couleur blanche &
leur dureté , ont para char
muës, ou en maniére de chair
fongueule, & puifqu'il eft vray
que les fibres des os ne vont
GALANT. 131
point d'une extremité
de l'os
àl'autre , comme
nous l'avons
fait remarquer
, & qu'elles
ſe
ramaffent
en plufieurs
pelo
tons pour former
un os , il
falu qu'ils ayent paru fongueux
& divifez en lobes .
Cette ferofité
fanguinolente
qui fut trouvée
dans les cavi
tez des grands os , au lieu de la
moëlle , n'eftoit
que la glu des
os fondue
& mellée àun peu
de fang qui eftoit forti, de les
vaiffeaux
, ou par la divifion
caufée par la pointe des acides
, ou par la rupture
de quelques
capillaires
, qui a pû ar,
t
132 MERCURE
fiverpar l'écartementdesfibres
qui compofent les os , lefquelles
s'étoientdilatées
& grofliess
& en fe ramolliffant le féparérent
& laifférent entre, elles
de plus grands efpaces , & les
vaifleaux n'ayant pas autant
d'extenſibilité
qu'elles , purent
s'ouvrir ou fe rompre parle
tiraillement qu'ils fouffri
rent en cette occafion .
On peut croire que la cavi
té de ces os ne pouvoit avoir
que tres - peu de cette huile
medullaire , dont nous avons
parlé , l'aigreur du fang en des
voit empefcher la production ;
GALANT 138
car l'experience nous montre
que le vinaigre eſt un remede
contre le trop de graifle. Ainfi
il femble qu'on peut le réduire
à prétendre que le fang ayant
acquis une acidité pareille à
celle du vinaigre , a efté trespropre
luy feul à caufer ce ra
molliffement , & tout ce qui
s'en est enfuivi , comme l'épaiſſeur
& la dureté des tegu
mens.
On infere aifément de tour
ce que diffus , que cette Fille
devoit devenir contrefaite; les
os qui donnent la rectitude
& la figure au corps eftant
134 MERCURE
plicz en plufieurs manieres
differentes ; de forte que ce
n'eſt pas merveille qu'elle fakt
dans fon lit en maniere de
grenouille . fly a apparence
que le gramen oflifraguin qui
croift dans la Nortwege
, &
qui , au rapport de Simon
Pauli , ramollit les os des animaux
qui le mangent , produir
cet effet en aigriffent le fang.
Ce cas eft rare, mais il n'eft
pas fingulier , comme quelques-
uns le croyent. Fernel
dans le chapitre 9. du fecond
Livre De abditis rerum caufis ,
dit avoir vu un Soldat à qui
GALANT.
les os des cuifles , des jambes
& desbras eftoient devenus fi
mous & fafoibles , enfuite d'u
ne maladie , qu'ils plioient en
tous fens comme de la cire,
& qu'il fur gueri par des bains.
Il dit encore que ce cas eft
femblable à celuy que Rucklius
luy avoit écrit quelque
temps auparavant. M'Hollier
dans la feptiéme Obſervation ,
parle d'une Femme de Paris ,
qui n'avoit aucun os folide , &
de qui tout le corps plioit en
differentes manieres , d'unc
façon toute extraordinaire.
Pierre Affelin , Medecin Fran136
MERCURË
1
çois , a vû encore un ramolif
fement
femblable
de tous les
os du corps , qui fut guéri par
des bains préparez
avec le
fouphre
, l'alun & le fel gem .
me , & ordonnez
par un Empirique.
Petrus à Cafto , Wor
mius , Bartholin
, & Foreftus
nous racontent
de pareilles
obfervations
; & l'on trouve
dans le Journal
d'Allemagne
une hiftoire
décrite au long ,"
& tres curieufe
, d'une maladie
pareille
à celle de cette
Fille de Toulouſe
. C'eftoit
un
habitant
de Sedan ; nommé
"Petrus Siga , qui en fut arraGALANT
137
S
qué , elle est écrite par Abraham
Bauda , Chirurgien du
Roy , qui en eft le témoin,
Certe obfervation eft intitu
lée, Microcofmus mirabilis , fou
home in miferrimum compendium
redactus. Elle merite d'eftre
lue, & l'on fera convaincu que
ce n'eft pas fans de grandes
raifons , qu'Hippocrate écri
vant à Theffale le Fils , luy recommande
fur tout de s'appliquer
à la connoiſſance des
os & de leurs maladies , i
Vous voudrez bien voir un
petit Opera fpirituel . Il eft de
Janvier 1700..
M
128 MERCURE
Mr Dader , & regarde la gran
de Feſte que l'Eglife vient de
celebrer.
st *
EGLOGUE
SUR LA FESTE
C
DES ROIS
DAPHNI S.
Effez de raiſonner ſur ce proẻ
fond Miftere ,
Foibles Mortels , qui voulez tour
fçavoir.
Les Anges feuls peuvent le con
cevoir
Et noftre raifon doit fe taire,
GALANT. 139
UnDieu qui dans le Ciel eft engendré
fans Mere ,
Entes heux fortunez vient de naiftre
fans Pere.
Adorons la Divinité
Sansle voile facré de fon Humanit
LICAS.
Qu'on revere en tous lieux fa divine
naiſſance.
Bergers, que noftre fort eft doux ! T
Le Roy des Rois habite parmy
nous,
Tout Enfant qu'on le voit & réduit
au filence ,
Seslarmes,fes foupirs parlent mieux
qu'on ne penfe.
Ah, que vos coeurs le ſçavent bien ,
Vos coursqui répondent au fion!
BO LE CHOEUR
Chantons tous les louanges
Da Fils de l'Evernelle.
Mij
140 MERCURE
Du Roy des hommes & des An-
Spaansges
:
Que chacun luy dreſſe an Autel.
Que tout le réjouiffe .
Bds Dans nos climats heureux.1
Uniffons nos voix, nos coeurs , &
nos voeux.11
Que tout retentiſſe
Des air's melodieux;
La Terre pour jamais s'accorde avec
les Cieux .
PHILENE.29
Admirons tant que nous fommes,
Du Ciel für nous les divines fa.
veurs ,*:
Un Dieu le mefle avec les hom
mes
Et les Rois avec les Paſteurs. !
TERSANDRE,
Bergers , lors qu'icy - bas
GALANT.
141
Le Soleil adorable éclipfe fa lumiere,
Vn Aftre au Firmament commence
dona facarriere fatised
Pour éclairer les pas
Des Rois , qui pour le voir ont quitté
leurs Etats.
ALEXIS
Ah quel charmant ſpectacle !
Ah, quel miracle !
Ce bel Aftre qui les conduit,!
Fait éclater le jour au milieu de la
nuit.
LICAS.
Cet Aftre qui les éclaire ,
Dans fon cours miraculeux
Leur confirme le miftere
Qui rend les Mortels heureux ;
Et cette celefte flâme ,
Qui rejallir fur leur corps,
Répand auffi dans leur « m;
Ses clartez & festrefors.
42 MERCURE
ATHIS
,
P
Cette lumiere admirable™
Que répand l'Aftre nouveau ,
Na rien qui foit cumpatable an
A ce Soleil adorable
Qui brille dans fon berceau.inhei
PHILENE.
Qu'à l'envi chacun s'aprofte
Pour lay marquer fon amour.
Pour mieux celebrer la fefte
Les Mages ont quitté leur Cours
Aprés nous dans la retraite
Ces Rois l'adorent à leur tour
Et les fceptres en ce jour
Cedeni à noftre houlette.
DAPHNIS.
Damon , d'où vient ta triſtelſe ?
D'où vient ton air fi chagrin ,
Quand par tout l'Enfant divin
Vient répandre l'allegreffe ?
Déclare luy la douleur qui te preffe ;
GALANT. 143
Ce charitable Medecin
Sans hefiter y mettra fin..
DRY DAMON.
Dans l'eftat où je fuis je crains de
luy déplaire
lefuis nud , cher Daphnis , je n'ofe
l'approcher :
Le feul excés de ma mifere
Me force à me cacher ,
DAPHNIS.
La mifere qui t'accable b
Fait ton bonheur aujourd'huy :
L'Enfant paroift miſerable ,
Tu le parois comme luy , M
Et fon coeur tout charitable ,
Que charme la pauvreté ,
Content de voir dans la tienné,
Une image de la fienne ,
Couvrira ra nudité.
LICAS,
De ce Roy & redoutable
144 MERCURE
Confidere le befoin ,
Son Louvre n'eft qu'une étable,
Et fon Trône un peu de foin.
DAPHNIS.
Je voudrois comme vous luy donner
quelque Etréne ,
Et je ne puis efperer ce bonheur ?
Je n'ay tien pour offiir : voilà toute
ma peine ,
Je ne puis plus longtemps vous cacher
ma douleurs
DAPHNIS.
Trifte Damon, fituvoulois me croire ,
Tuluy ferois un beau prefent ,"
Ettu peux t'affuter le bonheur & la
gloire
#
D'eſtre le favory de ce Roy tourpuiffanc
.
DAMON.
Aluy faire un prefent ay je droit de
pretendre ,
Sans
GALANT 145
Sans credit & fans bien ?
Ah, je ne puis le comprendre,
Et qui manque de tout ne sçauroit
donner rien.
DAPHNIS..
Si les Rois dans leur opulence
Trouvent des trefors précieux
Pour bonorer le Roy des Cieux,
Les Bergers dans leur indigence,
Plaiſent à fa Divinité
Dés qu'ils en ont la volonté.
ATHIS.
Un coeur qui pour ce Roy foupire
N'eft jamais dans l'embarras
Et fi ce coeur ne peut pas
Accomplir ce qu'il defire ,
Cher Damon , en pareil cas,
Les defirs peuvent fuffire.
Vn coeur qui pour ce Roy foupire
N'eft jamais dans l'embarras.
Janvier 1700.
N
146 MERCURE
-
LICAS.
Noftre coeur qu'il nous demande,
Eft un hommage affez doux ;
Prefentons-luy ceite offrande ,
Il fera content de nous.
TIRICIS
Cet Enfant qui vient de naiſtrë
Fait la paix de nos Hameaux ,
Nos brebis & nos agneaux
Sans alarmes s'en vont paiſtre
L'ennemi de nos troupeaux
Devant eux n'ole paroiftre ;
Get Enfant qui vient de naiftre
Fait la paix de nos Hameaux.
PHILENE………
Bergers , pour mieux reconnoiſtre
Ses bienfaits & fes travaux ,
D'un air gay , doux & champeſtre
Enfons Tous nos chalumeaux ;
A l'honneur d'un fibon Maiftre
Formons des FONGETISBOUvraux,
GALANT. 147
LE CHOEUR.
0
Chantons tous les louanges
Du Fils de l'Erergel ,
DuRoy des hommes & des Anges.
Que chacun luy dreffe un Autel.
Que tout le réjouïffe
Dans nos climats heureux.
Uniflons nos voix , nos coeurs 80
nos voeux .
Que tout retentiffe
Des airs melodieux.
La Terre pour jamais s'accorde avec
37les Cieux .
Les Lotteries qu fe font
faites en plufieurs Villes de
France , en faveur des HôpirauxGeneraux,
ont fiheureuſe.
ment réüffi , qu'on a crû devoir
Nij
148 MERCURE
faivre cer exemple à Paris ,
pour le foulagenient des Pau
vres . Voicy ce qui a efté deeffé
pour en informer le Public .
L'Hôpital General fe trou
vant actuellement chargé de
plus de fept mille cinq ens
Pauvres , & les Revenus ordi
naires ne pouvant au plus
faffire que pour la nourriture
& l'entretien de quatre mille
cinq cens , le Roy informé de
fes preffans befoins , a eu la
bonté d'accorder aux Dire
&teurs la permiſſion de faire
une Lotterie , de laquelle ils
puiffe tirer une partie des
GALANT. 149
3
a
fommes qui leur font neceffaires
pour foutenir un éta ,
bliffement fi utile au Public.
Certel Lotterie fera de foi .
xante mille Louis d'or . L'on
fera pour la remplir autant
de Biller's d'un Louis chacun ,
done douze cens cinquante
feront bons Lots , & les autres
cinquante huit mille lept cens
cinquante feront de nulle vaz
leur . Il fera levé an profit de
Hôpital quinze pour cent für
les cent cinquante principaux
koist , montant enſemble à
trenie mille fouis , & dix pour
cent fur les bazę cens autres »
N iij
150 MERCURE
631
montant à pareille fommet
Ceux qui voudront mettre
à cette Lotterie , s'adrefferont
à l'un des fix Directeurs de
'Hôpital General , prépofez
par le Bureau pour la diftribu.
rion des Billers , dont les noms
& demeures feront cy- aprés
marquez , lefquels auront
chacun un Registre chiffré
& paraphé par M le Lieute
nant General de Police , l'un
des Chefs de la Direction , ou
deux autres Directeurs , pour
y écrire le nombre des billets
qu'ils diftribueront ſuivant
leur numero , & les noms de
A
!
GALANT.
11
ceux dont ils recevront l'ar
genta mebrew for wed
1 Ces - Directeurs mettront
tous les huit jours l'argent qu
ils auront reçû, dans un coffre ,
qui fera gardé dans l'Hotel
den Ville fous les ordres de
Mile Prevoft des Marchands ,
dont il aura une clef, & une
autre fera donnée à l'un des
-mêmes Directeurs . Dock
3. Ordre pour tirer la Lotteries
On fera foixante mille petits
carrez de papier .d'une
même grandeur , fur lesquels
con écrira les noms & les numero
de ceux qui auront don
N iiij
152 MERCURE
5
ne leur argent , ils feront ens
fuite roulez, colez, & mis dans
one Boere que l'on remuera
plufieurs fois , afin que les billers
foient bien meltz.long as
On fera autres foixante mille
carrez de papier , auffi d'une
même grandeur , defquels il
y en aura cinquante-huit mille
fept cens cinquante de
blancs , & douze cens cine
quante où feront écrits les
lots fuivant la divifion cyaprés
; ils feront tous roulez ,
colez , & mis dans une autre
Boëte que l'on remuëra pas
reillement plufieurs fois de
GALANT. 183
Cette Lotterie fera tirée au
15. de Mars de la preſence and
née 1700. fi plutoft elle n'eft
remplie dans l'Archevefche
en preſence de Meflicurs les
Chefs de la Direction , & des
autres Directeurs.Ap
On prendra les noms de
douze Enfans , dont deux
chojfis au fort tireront les Bil
lets des Boëtes par l'ouvertu
re qui fera de grandeur a
pouvoir paffer feulement la
main.
Ces deux Enfans tireront
en même temps un Billet de
chaque Boëte , & les donne154
MERCURE
ront aux deux perſonnes qui
auront efté commifes pour les
ouvrir.
Celuy qui aura reçu le billet
de la premiere boëte pro
noncera à haute voix le nuề
mero & le nom quity feront
écries. Celuy qui aura ouvert
le billet de la feconde boëte
prononcera de même Blanc ,
s'il eft blanc , & le montrera à
PAffemblée ;frau contraire it
eft noir , il dira Bon pour telle
fomme , le montrera pareilles
ment à l'Affemblée ; & letout
fera en même temps écrit fuc
le Regiſtre qui fera tenu à cet
effet.
GALANT ISS
Comme cette lotterie nepourra
eftre tirée qu'en plufieurs
féances , à la fin de chacune
on fermera & féclerade quatre
differens cachets les boëtes ,
& on les mettra dans un coffre
fous deux clefs , dom l'une
fera remiſe à M' l'Archevefa
que , & l'autre à Mle Premier
Prefident. On publiera à hau
tes voix le jour qu'on aura
choifi pour continuerà
chaque féance on tirera au
fort les noms des deux Enfans
fur le même nombre de
douze , & on remuëra desi
boëtes.
46 MERCURE
La Lotterie eftant tirée , on
fera imprimer les noms & nu.
mero de tous ceux qui auront
eu les bons billets , pour infor
mer le Public de ceux aufquels
ils feront échus. On payera
inceffamment à chacun lest
fommes qui leur appartien-1
dront , en retenant les quinze
pour cent fur chacun des centi
cinquante principaux : lots ,
& dix pour cent fur chacun
des autres , en faveur des Pauvres.
Ila efté refolu que les Ad-t
miniftrateurs ne
pourronts
mettre à la Lotteries, & quel
GALANT igy 157
l'on nerecevra point de Saifies
fous quelque prétexte que ce
foirmus top med 2001 65 998–
- Divifion des Lots.
De quatre mille Louis d'or.
De trois mille.
31 De deux mille. 105
I-De mille.
De neuf cens. eoru
De huit cens.
1 De ſept cens.
Defix cens, malo gr
2 De cinq cens . ! el
4 De quatre cens.
8 De trois cens.
20 De deux cens,
De cent.
18 MERCURE
68 De cinquante. 349150967 )
1. De trois cens Louis pour le
premier Billet tiré blanc.
De trois cens Louis pour le
dernier Billet tiré blanc.
¡ De deux cens Louis pour le
Billet blanc qui précedera
le gros Lot.
1 De deux cens Louis pour le
Billet blanc qui fuivra le
gros Lot.
1 De cent cinquante Louis
Enpour le Billet blanc qui précedera
le fecond Lor.
iDe cent cinquante Louis
pour le Billet blanc quifui *
vra le fecond Lor.
GALANT 159
ว
1 Decent Louis pour le Biller
si blanc qui précedera le troi
Géme Lot.
1 De cent Louis pour le Billet
blanc qui fuivra le troifiéme
Lot.
De cinquante Louis pour le
Billet blanc qui précedera
le quatrième Loc
1 De cinquante Louis pour le
Billet blanc qui fuivra le
¿ quatriéme Lor.
150 Principaux Lots , faifant
trenie mille Louis..
oo De trente Louis .
600 De vingt- cinq Louis.
1250 bons Billets , montant àl
160 MERCURE
3 foixante mille Lobisnu
·Noms & demeures des Directeurs
del Hôpital General, prépofer
pour la diftribution des Billers.
Mi le Beuf, rue Saint Antoine
,'prés l'Hôtel de Sully .
M' Soubeyran, ruë S Honoré,
prés les P P. de l'Oratoire.
M'Collins, fur le Quay del la
Tournelle
.Mother
M' Flory de Leffart, à l'Hoftele
de Guiſe... vi and
M' de Paris , rue de Sorbonne.
M' Robert , àLuxembourg,
Ces Meffieurs recevront
l'argent , & diftribueront les
Billets tous les jours , depuis
GALANT 1166101
une heure jufqu'à quatrevor
Arrefté du Bureau de l'Hôpitali
General, tenuen l'Archevêché le
deuxième jour de Janvier 1700.
Signé, DE L'ISLE , Greffier.
dudit Bureau.nivngs ]
Depuis que M' le Comte
de Pontchartrain exerce feul
la Charge de Secretaire d'Etat,
& qu'il templit tous les autres
Emplois attachez à cette
Charge , dont je vous manday
le nombre , & les fonctions
il y a quelques mois , le Roy
a efté fi fatisfait de fon exacti
ude , de fes foins , de fa vigi
Janvier 1700 .
O
165 MERCURE
•
lance , & de la maniere done
il s'en acquiste , que Sa Ma.
jefté luy a donné la Penfior
dont jouiffent les Miniftre
d'Etat
Le Roy eftant auffi fe
fatisfait de M' le Marquis
Seignelay, qui fait voir be
coup de fageffe dans un a
fort peu avancé ; & qu
la furvivance de la Char
de Maiſtre de la Garderob
que poffede M' le Marq
de la Salle , lay , a acor
deux mille écus de Penfior
& a donné la furvivance di
ne penfion de pareille fon
IGALANTA 163
me, dont jouit Mile Duc del
Gefvres , à Mademoiſelle de
Gefvres , fa Fille. Sa Majeftë a
pareillement accordé deux
Penfions . vacantes dansl'Ora
dre de S. Louis , fçavoir, Pure
M du Pont , premier Capi
taine de Grenadiers du Regi
ment de Navarre ; & l'autre a
M Philippe , Exempt dans le
Gardes du Corps.
Je vous envoye les Jettons
qui ont efté frapez cette an
née au Balancier des Médail
les dont M de Launay eft
Directeur General. Je vou
drois que la graveure cuft pu
O ij
264 MERCURE
répondre à la beauté de ces
Jettons.biran lupausualls ;
Vous avez fouvent vu des
Cachets d'Agathes avec des
Teftes antiques , ce qui avoit
fait fouhaiter il y a longtemps,
de voir des Teftes modernes
fur des Cachets. M' Verien
en a gravé fur des Cachers
d'acier poly , en forme de
pierre , montez fur de l'or &
fur de l'argent. Il a déja len
Portrait du Roy , celuy de
Monfeigneur le Dauphin , &
ceux de toute la Famille Royal
le, ainfi que ceux du Roy &
de la Reine d'Angleterre
, &
GALANT. 165
'de Monſeigneur le Prince de
Galles. Ceux qui voudront en
avoir les trouveront fur/ le
Quaysdes Orfévrès , aux Armes
de Mademoiſelle. Il fait
auff des Portraits ad vivum,
pour mettres fur des Bagues
& fur des Cachets. azbuk
* Meflire Charles . François
de Montholon
, Seigneur
d'Aubervilliers prés Paris , Premier
Prefident au Parlement
de Rouen, & auparavant Con - t
feiller au Grand Confeil , épou
fale s . de ce mois Dame Anne
Marie Madeleine de Canous!
ville , Dame de Grolmente
166 MERCURE
Beaucamp , Criquetor , & c3
Mi de Montholon avoit épou
fé en premieres Noces Marie
Anne de la Guillaumie , Sour
de Nicolas de la Guillaumie
Confeiller au Parlement de :
Paris en la feconde des Envi
queſtes , dont il a deux Gara
çons & quelques Filles. Ielts
le Chef de la feconde Bran
che des Fondateurs de la Mai-i
fon & College.de Boiffy à Pa
ris , & defcend en ligne directes
des deuxGarde - des - Sceaux de
France de Montholon , dont
le premier avoit efté aupara
vant Avocat General puisv
GALANT. 167
Prefident au Parlement de
Paris, Il eft aufli petit Neven
du Cardinal Guillaume de
Madame mode Montholon.
Montholon qui vient d'eftra
mariée , a un merite particu
lier , eftant dans le commerce!
des belles Lettres , & fort in
telligente dans l'Hiftoire , Elle
eftoit Veuve de Meffire Rod
bert le Roux d'Efneval, Barons
d'Efneval , Vidame de Nor
mandie , Sire de Pavilly , d'Ac
quigny, & c . qui eft mort Am
baffadeur Extraordinaire pour
le Roy en Pologne , aprés a…
voir efté Ambaffadeur en
168 MERCURE
Portugal. Elle eft de l'illuftre
Maifon de Canouville , Filles !
d'Adrien de Canouville , Sei
gneur de Grofmefnil , & d'Elizabeth
Marie Bretel , Marquife
de Gremonville , & per
tite Fille d'Anne - Françoiſe
de Lomenie , Comteffe de
Compans , Epoule en fecondes
Noces de défunt Mile Chan -j
celier Boucherat . La ceremo
nie du mariage a efté faite ,
dans la Chapelle de l'Hofteh
Boucherat à Paris . par Ml'E
vêque de Coutance , Charles-
François deLoménie de Brien
ne , Parent de la Mariée.
Mc
GALANT.I
16g
"
Meffire Michel - Eftienne'
Barbery Seigneur de Saint .
Conteſt , Confeiller du Roy ,
Maiſtre des Requeſtes ordi
naires de fon Hoftel , époula
preſque dans le même temps
Mademoiſelle le Maitre. Il
eft Frère de Jacques Barbery
Seigneur de Saint - Contelt,
Confeiller au Parlement en la
Troifiéme Chambre des En
queftes , & Fils de défunt Mi
chel Barbery , Seigneur de
Saint Contelt , Maiftre des
Requeftes , & de Marie Dau-"
rat. La Mariée eft Soeur de
Henry Louis le Maiſtre , Sei-
Fanvier 1700 .
S
P
170 MERCURE
L
gneur de Bellejame , Confeil.
ler au Parlement , & d'Anne
le Maiſtre , Epouſe de Charles
de la Boutiere , Maitre des
Requeſtes , & Fille de défunt
Jerôme le Mailtre , Prefident
en la Quatrieme
des Enque
ftes , & de Marie- Françoife
Feideau , & Tante d'Anne le
Févre-d'Ormeflon
, Epoule de
Henry François Dagueffeau
Avocat General au Parlement
Cette Famille des le Maiſtre
a donné un grand nombre
d'Officiers de diftinction dans
l'Epée & dans la Robe , M
l'Evêque d'Amiens , Henry
GALANT. 156.
Feideau de Brou , a fait la ce
remonie des Epoufailles , dans
l'Eglife de Saint André des
Arcs. Il eft Parent de la Ma
riée , laquelle eft de la Famille
des Fondateurs de la Maifon
& College de Boiffy de Paris.
M'Moreau de Mautour en
voya ce Madrigal à Made.
moifelle de Scudery , le pre
mier jour de l'année.
CE
Siecle heureux qui tient nos
efprits en balance ,
Soit qu'il finiffe on qu'il coma
mence ,
Pij
172 MERCURE
Admire encore en toy , fçavante
Scudery,
L'ornement de ton Sexe, l'hon
neur de la France .
Apollon parmy nous n'a point de ¹
Favory ,
Charmé de tes beaux Vers & de
ton éloquence ,
Quine craigne lors qu'ily pen.
ſe,
Que la Parque trop soft n'en ser
mine le cours ;
Mais le Ciel , maistre de nos
jours ,
Et qui regle nos deftinées ,
S'interesse pour toy, pour la poſte
rité
GALANT: 173
En donnant à ta vie un grand
nombre d'années ,
A ton nom l'immortalité.
Voicy la réponse que luy
fit l'illuftre Sapho.
9
Moreau vous employezune
vive éloquence
, 1
Tous vos Vers font remplis
d'appas ,
Fen ay de la reconnoiffance
Mais ils ne me tromperont pas,
Je me connois trop bien pour m'y
lafferSurprendre ,
Et j'aime top la verité.
Jemebâte de vous apprendre
Queje ne pretens rien à l'immortalué.
Piij
174 MERCURE
M' Moreau de Mautour luy
nvoya ce Quatrain fur fa
éponſe.
Docte Sapho , peu de perfonnes
Meritent l'immortalité ,
Mais par ton efprit ſi vanté
Tu te l'acquiers , & tu la donnes.
Vous avez fans doute en
tendu parler de Mademoiſelle
Coulon. Le bruit qu'a fait icy
fa beauté a efté trop grand ,
pour n'avoir pas efté jufqu'à
vous Comme elle fort grande ,
elle meritoit d'eftre chantée
par une Mufe de diftinction.
Lifezles vers qu'on a faits pour
GALANT. 175
elle , & voyez ſi je me trompe ;
en vous dilant qu'ils ne font
pas'au deffous du ſujet qu'ils
trajtent.nolagi n
XUPV ROY
A MADEMOISELLE
COULON.
nod tusi é'upauly 16 Axing
A Beauté mit fout en ufage
Et fa main liberale épuifa les crebafors
inculciat
Quand elle forma voftie corps ,
2bEt les traits de voſtre viſage.
Le Printemps luy prétales Roles &
fes Lis ,
La Jeunefle fournit & les Jeux & les
Ris
176 MERCURE
Ec les Graces voulant faire encor
davantage ,
Avant que de s'en deffaifir ,
2. Voulurent avoir le plaifir
D'admirer un fi belouvrage,
$
On diroit que l'Amour pour regner
dans vos yeux
Quitte le fejour d'Amathonte.
Cent beautez dont Paris eftoit fi
glorieux ,
Ne paro ffint plusqu'à leur honte,
Etc'eft vous foute enfin que l'on fuit
en tous lieux.
Telle Venus fortant de l'onde
Parut autrefois dans le monde ,
Et le fit admirer des hommes & des
33
Dieux! memiri : 1
Mais répondez- moy ,je vous prie,
Cette beauté , l'objet de tant de ja
loufie ,
GALANT
77
Qu'on ne peut voir fans l'admirer ,
Où les yeux méme de l'envié
Ne trouventtien à cenſurer ,
Croyez- vous que ce foit un bien fi
deſirable , gesp
Et ne craignez vous point de ne l'avoir
receu soka jomub 271
Que pour voirun heureux coupa
ble
esluption
Triompher de voſtre vertu ? 2)
S
Non , les folles amours voustrouvechio
sons cruelle
Un Epoux feultendre & fidelle
Diſpoſera de voſtre coeurs
Vous aimez encor plus l'honneur
Que vous ne cheriffez la gloire d'eftre
belle.
Jeune Iris , ne içavez- vous pas
Que malgré toute la fageffe,
178 MERCURE
Ilen conta cher à Lucrece
D'eftre née avec tant d'appas ?
77.107
De pareilles faveurs font fouvent
dangereufes ,
Le Ciel dans les prefens qu'il fait,
Ne donne pas tout à fouháit,
Erlesgrandes beautéz font rarement
heureufes.
Les charmes inconftans paffent com-
>> 70 me les fleurs : 2940
Et vous trouverez que l'hiftoire
Qui nous vante tant leur mchloire
Finit preſque toujours en pleurant
leurs malheurs.
Vous verrez à vos pieds fe rendre
Une foule d'Amans empreſſez &
foumis.
GALANT. 179
Qu'on a de peine à fe défendre
Detant d'aimables d'ennemis !
a
Il eft des momens de foibleffe
Où la nature peut tomber ;
On n'eft pas feur de n'y point fuc
comber,
Quand on eft obligé de combattre
fans ceffe.
S
Malgré tous ces perils où vous peut
engager
Une beauté qui charme & la Cour
& la Ville.
J'en connois icy plus de mille
Preftes avec vous de changer ,
Qui , quel que foit enfin le fort qui
Vous menace ,
Prendroient volontiers le danger,
Et voudroient eftre à voftre place.
180 MERCURE
Il n'y a perfonne qui n'air
fes foibleffes , mais il eft tresfurprenant
que l'on en puiffe
avoir fur des chofes qui ne
„valent pas qu'on s'y arreste ,
& qu'on ait l'enteftement de
les vouloir fatisfaire, fans nulle
reflexion aux chagrins qu'il en
peur coûter enfuite. Une fort
aimable Fille ayant du merite
& de l'efprit , vivoit applaudie
de tout le monde. Les louanges
qu'elle recevoit de tous
coftez fur les agrémens de fa
perfonne , luy donnoient un
petit air fier , qui tenant fes
Adorateurs dans le refpect ,
GALANT.
redoubloit en eux l'eftime
qu'ils avoient pour elle . Les
honnefterez qui accompa
gnoient toutes les maniéres
les indemnifoient de ce qu'ils
pouvoient y trouver de trop'
fevere , & quoy qu'aucun d'eux
ne pult fe vanter d'eftre mieux
traité que fes rivaux , elle lés
ménageoit avec tant d'adreſſe
qu'ils paroiffoient tous contens
. Cette conduite eftoit
dans les règles , & elle euſt ;
mené une vie heureuſe , fi les
déferences qu'ils luy ren
doient ne l'euffent point trop
accoûtumée à vouloir primer
182 MERCURE
par tout. Une jeune Blonde ,
à qui la liaiſon qui ſe rencon ~
troit entre leurs familles , l'o
bligeoit de marquer quelque
amitié , partageoit
l'encens
qu'elle croyoit n'eftre dû qu'à
elle feule. Elle eftoit brillante ,
& par l'éclat de fon teint , &
par l'enjouement
de fon humeur
, & la converſation
aifée
la faifoit rechercher
par tout,
où l'on vouloit que la joye re
gnaft . Ce fut affez pour faire,
peine à la Belle. La jaloufie
s'empara de fon clprit , & fi
elle eftoit forcée par bienfeance
d'avoir pour elle quel
9
0
GALANT. 183
ques dehors obligeans , ello
luy vouloit du mal dans le
fond de l'ame , d'avoir un me
rite qu'on pull égaler au fien .
Ainfila regardant comme une
Rivale qui lay difputoit l'empire
de la beauté , elle fappor
toit impatiemment qu'on para
laft d'elle avec avantage
pour affoiblir le bien que l'on
en difoit , elle luy trouvoit
toûjours quelque défaut dont
il falloit convenir fi l'on avoit
envie de luy plaire. Pleine de
ces fentimens , elle s'appli
quoit avec grand foin jufque
dans les moindrés chofes , à cel
184 MERCURE
qui pouvoit luy donner fur
elle quelque préference , &
comme fielle l'euft fort abaiffée
en prenant des airs de fuperiorné
, elle ne vouloit luyceder
en rien . Son Amie
d'une humeur plus douce &
moins clfimerique
, ne piprenoit
point garde àfes caprices ,
& continuoit à joüir fans trou
ble du plaifir d'eftre estimée
de cous ceux qui la voyoient
.
Un Cavalier
, tres diltingué
par un vray merite, parut com
mencer à prendre de l'attache?
ment pour elle. La Belle dont
la jaloufie- s'augmentoit
de
GALANT. 185
jour en jour , ne l'eut pas plus
toft appris , queregardant cet
artachement comme un bon
neur dont elle n'eftoit pas dis
gne, elle réſolut de luy enlever
cette conquefte . Elle en vint à
bout, en prenant pourle Cava;
her des airs plus infinuans qu'
elle n'avoir accoutumé d'emai
voir pour ceux dont elle dai
gnoit agréer les foins. Jamais
triomphe ne luy fur plus doux!
Afin de s'en mieux affarer la
gloire , elle mit tout en ufage
pour engager fortement le Ca
valier ; & comme il eft diffi
cile de fe défendre contre des
Janvier 17.00. QUIS
186 MERCURE
qualites eftimables , fur tout
quand on cherche à plaire ,
elle aima autant qu'elle for
aimée. Cet amour tres violent
dans le Cavalier, & applaudi
par la Belle , fit bien-coft dire
par tout que c'eftoir un ma
riage qui s'alloit conclurre.
En effet , on pouffa fi loin les
choſes , qu'on attendoit fu
lement un Oncle pour en ar
refter le jour. Cependant le
Cavalier fe flata mal à propos
. La Belle changea tout à
coup pour luy ,fans qu'il euft
donné aucun fujet à ce changement.
Son Amie en fut la
caufe . Un homme ayant deux
2
GALANT 18+
C
A
fort belles Terres , & tenant
un fang tres confiderable
dans la Ville par la Charge
qu'ily'exerçoit , fut touché de
ce qu'on luy dit de fon hu
meur & de fa perfonne . Il voukit
la voir , elle lay plut , &
Paffaire ayant efte terminée
ʼn peu de jours , la Belle fuc
obligée de luy rendre fur ſon
mariage , les complimens qu'-
elle en avoit receus fur le fien .
Ce ne fut qu'avec beaucoup
de chagrin qu'elle fe fit cette
violence. Elle la voyoit mon.
ter dans un rang qui ne pouvoit
luy permettre de luy dif-
Q ij
188 MERCURE
puter lepas fi elle épouloit
le Cavalier , & cette facheufe
idée la frapa fi vivement , que
le regret de le perdre ne put
femporter fur la honte qu'elle
le faifoit d'avoir à ceder à la
jeune Blonde Le facrifice luy
fat dur à faire , mais enfinelle
le fit , & ne voulant pas avouer
fon foible , elle fe fervit d'excufes
peu recevables pour au
torifer fon changement. Le
Cavalier les combatit quel
que temps , & les mauvai,
fes raifons qu'elle employa
pour les foutenir , luy paroiffant
venir d'un caprice ,
GALANT. 189
qui ne pouvoit eftre que d'un
fort mauvais préfage pour le
repos de la vie , il la quitta
pour ne la revoir jamais. Le
fecret dépit qu'elle cute din
bonheur de fon Amie ne dura
que quelques mois . Aprés
plufieurs partis refuſez , um
des premiers Magiftrats de
toute la Ville ,luy fit demander
fi elle confentiroit qu'il
Il fongeaft à elle , eftoit
vieux , de mauvaiſe humeur ,
& fujet à quelques mauxaffez
dégoûtans pour une jeune
perfonne Elle ſe ſentoit d'ail
leurs incapable de l'aimer ,
190 MERCOURE
mais en l'époufant, elle ſe met?
toit au- deffus de cette Amie
dont elle avoit enviél'établiſſe
ment , & il ne fallut point de
raiſon plus forte pourrendre fa
réponie favorable . La perte du
Cavahër, qui luy revenoit forr
ſouvent dans la memoire , luy
faifoit
beaucoup de peine , &
elle pouvoit d'autant moins
étouffer l'amour qu'il luy avoit
inſpire , que ſon coeur n'eftant
remply d'aucune tendreſſe
pour celuy qu'elle époufoir ,
elle demeuroit
toujours fenfible
au merite qui luy avoit
fait ſouhaiter d'en eſtre aimée,
GALANT 191
"
Cependant le mariage fe fit ,
& le plaifir de voir fon Amie
au deffous d'elle , la confola
du defagrément d'avoir à paſfer
de belles années avec un
homme d'un âge extrémement
avancé , & rempli d'infirmirez.
Ce plaifir ne laiffa
pas d'eftre moderé par le vio .
lent dépit qu'elle eut de ce
que le Cavalier, qu'elle aimoit
toujours , & dont la ruptute
eftoit entiere avec elle , confervoit
beaucoup d'égards
pour fon Amie , qu'il n'avoit
jamais ceffe d'eftimer , & qu'il
alloit voir de temps en temps.
191 MERCURE
Elle paffa trois ou quatre any
nées de cette forte , pendant
lelquelles il arriva de grands
changemens dans la fortune
de cet Amant dédaigné.Com .
me il avoit de puiffans Amis
on luy donna part dans des
affaires qui luy firent acquerie
beaucoup de bien , & par un
enchaînement
de bonheur , à
quoy il n'avoit aucun fujet de
sattendre , il luy échut une
fucceflion tres confiderable ,
fur laquelle il eftoit bien éloi
gné de compter , puis qu'il ne
pouvoit l'avoir que par la mort
de trois ou quatre perfonnes
·
qur
GALANT 193
qui estoient encore dans une
grande jeuneffe. Differentes
maladies les emporterent
en
deux ou trois mois fans qu'au
cun laiffaft d'enfans ; & cette
grande fortune venuë tout à
coup , le mettant en pouvoir
de s'élever , il crut fes Amis
qui luy confeillérent d'ache
ter le Gouvernement de la
Ville. Ce fut alors que la Dame
qui n'avoit cherché à rom .
pre avec luy , que parce qu'il
ne pouvoit luy donner le rang
qu'elle fouhaitoit , fe repentit ,
mille fois d'avoir fatisfait fa
vanité aux dépens de fon
Fanvier 1700 .
R
194 MERCURE
amour . Elle s'en vit bien pu
nie , & elle le fut encore beaucoup
davantage par ce qui arriva
quelque temps aprés .
Son Amie eftant demeurée
Veuve avec un affez gros bien ,'
dés ce moment elle fe mit
dans la tefte que le Cavalier
fongeroit à l'épouler. Son
preffentiment le trouva jufte ;
le Cavalier commença à ſe
montrer affidu auprés de la jolie
Veuve , & comme en examinant
fon caractere , il ne decouvrit
en elle des qualique
tez qui pouvoient
contribuër
à lerendre heureux , la premie-
30
GALANT. 195
re année de fon deüil ne fut
pas plutoft finie , qu'il l'enga
gea à un fecond mariage . Le
titre de Gouvernante avoit
dequoy la flatter , & d'ailleurs
le Cavalier eftime de tout le
monde , meritoit par fa perfonne
ce qu'elle faifoit pour
luy. La Dame jalouſe , ne put
voir l'élevation de fon Amie,
qui luy paroiffoit un abaiſſe.
ment honteux pour elle , fans
laiffer aller ſon dépit juſques
à la rage. La contrainte qu'elle
eftoit obligée de s'impofer
pour ne laiffer pas appercevoir
ce qu'elle fentoir , eftoit
Rij
196 MERCURE
R
un nouveau tourment pour
elle. Sa fanté en demeura alterée
, & ne pouvant foûtenir
l'image de ce qui s'offroit fans
ceffe à fes yeux , elle refolut de
s'éloigner . Le befoin de changer
d'air luy fur un prétexte
favorable. Elle fe retira dans
une Terre où fon Mary luy
permit d'aller , & fi l'on en
croit ce qui fe dit , elle eft fort
déterminée à ne plus paroistre
dans un lieu où fon ambition
mortifiée la feroit fouffrir inceffamment,
"
Parmy le grand nombre
IM
GALANT. 197
d'Etrangers qui fe rendent à
Rome , à l'occafion de l'année
fainte , il sen
e, il s'en rencontre plufieurs
qui n'eftant pas Catholiques
, y viennent feulement
par pure curiofité, ce qui eftant
venu à la connoiffance de Sa
Sainteté , Elle donna ordre
quelques jours avant la mala
die, au Pere du Buc, Religieux
François Theatin , de conti
nuer de travailler à leur converfion
, comme il a déja faiz
depuis longtemps avec beau
coup de fuccés . Il s'en eft encore
rencontré plufieurs, qui
ayant profité de fes inftru-
R. iij
198 MERCURE
tions , ont abjuré tout rés
cemment leurs erreurs, entre
autres un Hollandois , Officier
de l'Empereur , & un jeune
homme , d'une bonne Famille
de Mets en Lorraine. Le Pere
du Buc avoit efté choifi
pour prêcher pendant l'Avent
dernier dans la Paroiffe de
Saint Louis , qui eft une des
fept Eglifes de Rome affectées
à la Nation Françoiſe , où il y
a eu toujours un grand concours
de Cardinaux , de Pre.
lats , & de ce qu'il y a de plus
qualifié dans la Ville.
Voicy les noms des perfon .
GALANT 199
21
nes confiderables mortes depuis
ma derniere Letrre.
& Mle Chevalier de la Rongere
, Capitaine de Vaiffeau
du Roy , & Chevalier de Malte
b eftoit Frere de Meffre Hiacinte de Ona Meffre
Marquis de la Rongere , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Chevalier d honneur de Madame.
Dame Marie-Anne- Scola
ftique de Bertin , Religieufe
de la Congregation de Nottre-
Dame de Compiegne , Fille .
de Meffire Claude de Bertin ,
Seigneur de Brelincour , & de
Riiij
200 MERCURE
4
Dame Catherine de Seron .
Eile eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercéisks
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regence dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés
GALANT.0201
azo Meffire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
Saint- Dié Villemonble , Avron
, Noily le- ſecq , & auares
lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
Ctre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers , Avron , Noify
, &c. & de Marie Acarie . H
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bre200
MERCURE
Dame Catherine de Seron.
Ele eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercé les
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regence dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés.
GALANT 201
ezo Meflire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
Saint - Dié , Villemonble , A.
fo
vron , Noily le fecq , & au
ares lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
Ctre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers ,Avron , Noify
, &c. & de Marie Acarie. H
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bre-
1
202 MERCURE
tonvilliers , Confeiller au Pardement
en la Quatriéme
Chambre des Enquestes , reçu
en ſurvivance en la Charge
de Prefident en la Chambre
des Compses ; M le Ragois
de Bretonvilliers , Seigneur de
Saiat Die , Lieutenant General
pour le Royau Gouvernement
de la Ville , Prevoſté , &
Vicomté de Paris , cy devant
Capitaine aux Gardes ; N. le
Ragois de Bretonvilliers , Epoufe
d'Anne - Louis - Jules
Malon de Bercy , Maistre des
Requeftes ; N. le Ragois de
Bretonvilliers Epoufe de
GALANT. 203
Louis Bechameil , Marquis de
Nointel , Maitre des Requeftes
& Intendant en Bretagne ;
& Françoife le Ragois de Bretonvilliers
, Veuve d'Anne
Hervart , auffi Maistre des Requestes
. Male Prefident de
Bretonvilliers qui vient de
mourir , avoit une Soeur , Marie
le Ragois , qui avoit épousé
Louis de Bailleul , Seigneur de
Soify & d'Etiolle fur Seine ,
Marquis de Chateaugontier ,
Prefident à Mortier , dont elt
venu entr'autres enfans Nico
las . Louis de Bailleul , Seigneur
des mêmes lieux , &
204 MERCURE
Marquis de Chasteaugontier ,
qui eft aujourd'huy Prefident
à Mortier, yli 33 ( Roube10)
Mi le Vaffeur , ancien Râtonnier
, & Doyen des Avocats
du Parlement. Il avoir
efté reçû Avocat le 21. Juillet
1638 & a toûjours fuivi le Barreau
avec candeur & fatisfaetion
de fes Parties . Il a confervé
jufqu'à fa mort l'ancien
habit du Palais que porroient
les Avocats & Officiers de Judicature
, qui eſt une Soutane ,
avec un large ruban de foye
pour ceinture , & par deffus, la
Robe du Palais , ouverte par
GALANT. 205
devant. Cette Soutane faifoit
la diftinction des Lettrez &
Graduez , & il n'y a prefque
plus que les Prefidens au Mor.
tier qui la portent de cette
maniére. Il avoit épousé Anne
de la Roche , dont il laiffe
entr'autres enfans , René le
Vaffeur, Sous Gouverneur des
Pages de la grande Ecurie du
Roy , cy - devant Refident
pour le Roy en Eſpagne , M
le Vaffeur , Gentilhomme fervant
de Sa Majeſté ; & plufieurs
autres dont la plupart
ont pris le parry de l'Eglife . Sa
Niece, Catherine Madeleine
206 MERCURE
le Vaffeur a épouſe René 2
Jofeph de la Vaigne , Lieutenant
General des Eaux & Forefts
à la Table de Marbre de
Paris, cy - devant Confeiller au
Chaſtelet.htm la inst
Dame Elizabeth Louiſe de
Plancy , Epouſe de Meffire
Marc Antoine - Valentin de
Rollinde , Seigneur de Chantrayne
, Confeiller au Parle
ment , en la Troifiéme Cham .
bre des Enquestes. Elle eft
morte à vingt - deux ans fans
pofterité , & eftoit Fille de
M' de Plancy , cy - devant
Maiftre d'Hoftel de S. A.R.
GALANT. 207
Monfieur , & de N. Boudet ,
Fille de François Boudet , Seigneur
de Belliere , Confeiller
du Roy en la Cour des Monnoyes
, & d'Antoinette de
Creil . M' de Rollinde , fon
Epoux , eft Frere d'Elizabeth
de Rollinde , Epoule de
Charles Doujat, Confeiller au
Parlement de Mets , tous deux
enfans de Marc - Antoine de
Rollinde , Secretaire du Roy
& Secretaire des Commande.
mens de feuë S. A. R. Mademoifelle
, & d'Elizabeth du
Bois .
Mle Prince de Naflau ,
208 MERCURE
aîné de la Maifon & de tous
ceux de ce nom , Souverain
des Pays de Naffan & de Liege
, Gouverneur du Pays de
Gueldre , & Doyen des Chevaliers
de la Toifon d'or , eſt
mort à Ruremonde le 17. du
mois paffé , âgé de foixantedix
- huit ans. Son Gouverne.
ment a efté donné à M le
Comte de Horn , qui a épousé
la Fille de Mile Prince de Li.
gne ; le Regiment de M le
Comte de Horn a efté donné
au Prince de Naffau , Fils de
celuy qui vient de mourir. Ilavoit
pour Soeur unique Ma. "
GALANT. 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M' le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vousaimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers,
& je ne puis mieux fatisfaire
voltre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ce 5. Janvier 1699;
Urengzeb Empereur du
Mogal, eft encore en vie. Il
Janvier 1700
Ꮪ
210 MERCURE
5
retientfes trois Enfans prés de fa
perfonne. Le Raja de ce Pays qui
avoir pris les armes ,& qui s'eftoit
rendumaistre deplus de cent lieuës
de terrain , s'eft foumis , & s'est
rendu au Fils du Prince aîné,
qu'on avoit envoyé en ces quartiers
avec une puiffante Armée.
Toutes les Nations luy ont fait des
prefens confiderables. Il ramaffe
tous les jours desfommes immen
fes..
>
Le 4. d'Octobre dernier , PEclipfe
du Soleil, qu'on a foigneufe
ment obfervée , commença icy a
vant le lever du Soleil. Elle finit à
buit beures cinquante minutes. Le
"GADANT 21
milien arrivaà fix heures cinquante
quatre minutes fa quantitéfut
de huit doigts & deux tiers.
Le 23 de Novembre les trois
jours fuivans , il parut en l'air
une quantité prodigieufe de fanverelles
àquatre ailes , qui allaient
wers le Nore. Elles eftoient quel
quefois durant des heures entieres ,
-plus épaiffes que ne font lesflocons
de nege , quand elle tombe mediocrement.
Cela paroift incroyable,
àmoins que de l'avoir vú. Ces
fauterelles eftoient de la groffeur
de la longueur dupetit dorge de
la main. Elles auroient fan's donne
caufé la famine , fi la récolte du
Sij
212 MERCURE
bled du ris neuft efté faite.
Nous avons appris que l'Am•
phitrite , Vaiffeau François qui
va à la Chine , partit du Cap de
Bonne- Esperance le 10. de fuin.
Il vouloit paffer le Détroit de la
Sonde , & aller à Batavie , mais
les courans , ou les vents contraires
Lobligérent de relâcher à Stehem ,
dans la grande Ifle de Sumatra .
Ce fut un bonheur pour luy , car
ily trouva un Capitaine François
habitué en ce pays là , lequel
luy procura en trois jours tous les
rafraichißemens dont il avoit befoin.
Il fir plus , il leur donna de
bonnes Cartes marines pour la
GALANT 213
Chine Deux Pilotes Chinois
qui ont fouvent fait ce voyage,
s'embarquerent fur ce Vaisseau
avec quatre Marchands de la
même Nation , s'offrirent à
les conduire feurement à la Chi
ne , où l'on eft perfuadé qu'ils font.
‹arriveZ.
Verne
SA
&
a
J'ay à vous parler de quel
ques livres nouveaux , & com,
me tout ce qui eft curieux &
edifiant vous fait plaifir , je
vous diray que le Pere le Gobien
Jefuite , vient de donner
au Public l'Hiftoire des fles
Marianes , nouvellement con
214 MERCURE
verties à la Religion Chre.
ftienne. C'est un pays nouveau
pour nous ; car quoy que
Magellan euft découvert ces
Ifles au commencement du
Siecle paffé , dans le fameux
Voyage qu'il fit autour de la
Terre, nous n'en connoiffions
ny le nombre , ny la ſituation ,
ny même les veritables noms,
encore moins les moeurs & les
coutumes des Peuples qui les
habitent .
Magellan appella ces mles ,
les Ifles des Larrons , à caufe que
ces Infulaires luy prirent quel
ques morceaux de fer . Les
EI
no
du
Ba
es
pa
C
M
I'I
d
e
GALANT 215
"
Efpagnols leur donnérent le
nom de Islas de las velas , à caufe
du grand nombre de petits
Bâtimens qui viennent à voiles
déployées au devant des
Vaiffeaux Espagnols ; mais depuis
que la feue Reine d'Efpagne
, Marie Anne d'Autri
che ,Mere du Roy Catholique
Charles II . y a envoyé des
Miffionnaires pour y prefcher
l'Evangile , on les a appellées
Ifles Marianes.
Ces Iflés font à l'extremité
de l'Orient , dans , cette vafte
étenduë de mer qui eft entre
le Japon , les Philippines , & le
26 MERCURE
Royaume de Mexique , que
les Espagnols appellent l
Nouvelle Espagne. Elles occur
pent environ cent cinquante
lieuës de mer entre le Tropi
que du Cancre & la Ligne
Equinoctiale depuis Guahan
La plus grande & la plus me
ridionale de ces Illes, eft Urae,
qui eft la plus proche du Tro
pique.
Quoy qu'elles foient fous
la Zone Torride , le Ciel y eft
doux & ferain , on y refpire
un air pur , & la chaleur n'y
eft point exceffive. Les montagnes
chargées d'arbres prel
que
GALANT 217
A
que toûjours verds , & entre .
coupées d'un grand nombre
de ruiffeaux , qui fe répandant
dans les vallées & dans les plai
nes , rendent ce Pays agreable.
a
Avant que les Espagnols
euffent paru dans ces Ifles , la
plufpart des chofes que nous
croyons neceffaires à la vie ,
manquoient à ces Infulaires.
Ils n'avoient aucuns animaux ,
& ils ne s'en feroient pas même
formé d'idée , s'ils n'avoient
vu des oifeaux. Ce qui
eft plus étonnant , c'eft qu'ils
Janvier 1700, 1000 TU
"
218 MERCURE
n'avoient jamais vu de feu.
Cet élément leur eftoit incon
nu , & ils ne furent jamais plus
furpris que quand Magellan
leur en fit voir pour la premie
re fois , Ils le regarderent d'a
bord comme un animal qu
s'attachoit au bois dont il f
nourriffoit. Quelques uns s'e
eftant approchez de trop prés
fe brûlérent, & crurent que
cet animal les avoit mordus
Ils en donnérent de la crainte
à leurs Compatriotes qui n'o
foient s'en approcher. Cette
crainte frivole ne dura pas ,
ils s'accoutumérent à le voir
GALANT 219 221
& à s'enfervir comme nous.
Ces Peuples vivoient dans
une entiére liberté , & dans
une indépendance abſoluë ,
avantqu'ils fuffent Chrêtiens.
Chacun eftoit maistre de fes
actions, & n'en rendoit com.
pre àperfonnescar quoy qu'il
yait parmy eux comme trois
Etats , la Nobleffe,le Peuple ,
& les gens d'une condition
mediocre ,laNobleffe n'a au
acher
a leur
affent
laiffer
faire
Is ren
jr , &
Occa
nger
r paft
dom
cun pouvoir fur lePeuple . Elle
eft d'une fierté
incroyable, &
a un fi grand mépris pour les
gens du commun , que c'eſt
un crime à un Noble de s'al
I'ils
fo
: leur
ables
rec
le
ulen's
Tij
208. MERCURA
aîné de la Maifon & de tous
ceux de ce nom , Souverain
des Pays de Naffau & de Liege
, Gouverneur du Pays de
Gueldre , & Doyen des Chevaliers
de la Toifon d'or , eſt
mort à Ruremonde le 17. du
mois paffé , âgé de foixantedix-
huit ans. Son Gouverne.
ment a efté donné à M le
Comte de Horn, qui a époufé
la Fille de M ' le Prince de Li
gne ; le Regiment de M² le
Comté de Horn a efté donné
au Prince de Naffau , Fils de
celuy qui vient de mourir . Ilavoit
pour Soeur unique Ma-
I
GALANT 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M❜le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vous aimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers ,
& je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ces. Janvier 1699;
Urengzeb Empereur du
Mogel , eft encore en vie. Il
Janvier 1700.
S
194 MERCURE
amour. Elle s'en vit bien pu
nie ,& elle le fut encore beaucoup
davantage par ce qui arriya
quelque temps aprés.
Son Amie eftant demeurée
Veuve avec un affez gros bien,'
dés ce moment elle fe mit
dans la tefte que le Cavalier
fongeroit à l'épouler.
preffentiment le trouva jufte ;
le Cavalier commença à ſe
montrer affidu auprés de la jolie
Veuve , & comme en examinant
fon caractere , il ne decouvrit
en elle que des qualitez
qui pouvoient contribuer
àle rendre heureux , la premie-
Son
GALANT. 195
re année de fon deuil ne fut
pas plutoft finie , qu'il l'enga
gea à un fecond mariage. Le
titre de Gouvernante avoit
dequoy la flatter , & d'ailleurs.
le Cavalier eftime de tout le
monde , meritoit par
fa perfonne
ce qu'elle faifoit pour
luy. La Dame jaloufe , ne put
voir l'élevation de fon Amie
qui luy paroiffoit un abaiffe .
ment honteux pour elle , fans
laiffer aller fon dépit jufques
à la rage. La contrainte qu'elle
eftoit obligée de s'impoſer
pour ne laiffer pas apperce.
voir ce qu'elle fentoir , eftoit
Rij
196 MERCURE
un nouveau tourment pour
elle. Sa fanté en demeura alterée
, & ne pouvant foûtenir
l'image de ce qui s'offroit ſans
ceffe à ſes yeux , elle refolut de
s'éloigner . Le befoin de changer
d'air luy fur un prétexte
favorable. Elle fe retira dans
une Terre où fon Mary luy
permit d'aller , & fi l'on en
croit ce qui fe dit , elle eft fort,
déterminée à ne plus paroiſtre
dans un lieu où fon ambition
mortifiée la feroit fouffrir inceffamment.
Parmy le grand nombre
GALANT. 197
d'Etrangers qui fe rendent à
Rome, à l'occafion de l'année
fainte , il s'en rencontre plu
fieurs qui n'eftant pas Catho
liques , y viennent feulement
par pure curiofité ; ce quieftant
venu à la connoiffance de Sa
Sainteté , Elle donna ordre
quelques jours avant la mala
die, au Pere du Buc , Religieux
François Theatin , de conti
nuer de travailler à leur converfion
, comme il a déja faiz
depuis longtemps avec beau
coup de fuccés. Il s'en eft encore
rencontré plufieurs, qui
ayant profité de fes inftrub
R. iij
198 MERCURE
ctions , ont abjuré tout rés
cemment leurs erreurs , entre
autres un Hollandois , Officier
de l'Empereur , & un jeune
homme , d'une bonne Famille
de Mets en Lorraine. Le Pere
du Buc avoit efté choifi
pour prêcher pendant l'Avent
dernier dans la Paroiffe de
Saint Louis , qui eft une des
fept Eglifes de Rome affectées
à la Nation Françoife , où ily
a eu toujours un grand concours
de Cardinaux , de Pre.
lats , & de ce qu'il y a de plus
qualifié dans la Ville.
Voicy les noms des perfon .
GALANT 199
nes confiderables mortes depuis
ma derniere Letrre.
Mle Chevalier de la Rongere
, Capitaine de Vaiffeau
du Roy, & Chevalier de Malte
Ib eftoit Frere de Meffire
Hacinte de Onatrebarbe ,
de la Rongere , Che-
Marquis
valier des Ordres du Roy , &
Chevalier d honneur de Madame
.
Dame Marie-Anne- Scolaftique
de Bertin , Religieufe
de la Congregation de Notre-
Dame de Compiegne , Fille .
de Meffire Claude de Bertin ,
Seigneur de Brelincour , & de
R iiij
200 MERCURE
9
Dame Catherine de Seron.
Eile eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercé les
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regente dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M¹ Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés.
GALANT.10201
COR
zo Meflire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
@ Saint- Dié Villemonble Avron
, Noily le- fecq , & au
ares lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
qtre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers , Avron , Noify,
&c. & de Marie Acarie. I
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bret
202 MERCURE
tonvilliers , Confeiller au Par
dement en la Quatriéme
Chambre des Enquestes , re-
“çuen ſurvivance en la Charge
de Prefident en la Chambre
des Compses ; M ' le Ragois
de Bretonvilliers , Seigneur de
Saiat Die , Lieutenant Gene
ral pour le Royau Gouvernement
de la Ville , Prevoſté , &
Vicomté de Paris , cy devant
Capitaine aux Gardes ; N. le
Ragois de Bretonvilliers , Epoufe
d'Anne - Louis - Jules
Malon de Bercy , Maitre des
Requeftes ; N. le Ragois de
Bretonvilliers Epoufe de
GALANT. 203
Louis Bechamel , Marquis de
Nointel , Maitre des Requef
tes & Intendant en Bretagne ,
& Françoife le Ragois de Bretonvilliers
, Veuve d'Anne
Hervart , auffi Maitre des Requeftes
Mle Prefident de
Bretonvilliers qui vient de
mourir , avoit une Soeur , Mariele
Ragois , qui avoit époulé
Louis de Bailleul , Seigneur de
Soify & d'Etiolle fur Seine ,
Marquis de Chateaugontier ,
Prefident à Mortier , dont eft
venu entr'autres enfans Nico
las . Louis de Bailleul , Seigneur
des mêmes lieux , &
204 MERCURE
Marquis de Chasteaugontier ,
qui eft aujourd'huy Prefidenc
à Mortier, vi i V6
Mi le Vaffeur , ancien Râtonnier
, & Doyen des Avocats
du Parlement. Il avoit
efté reçû Avocat le 21. Juillet
1638 & a toûjours fuivi le Barreau
avec candeur & fatisfac
tion de fes Parties. Il a confervé
jufqu'à fa mort l'ancien
habit du Palais que portoient
les Avocats & Officiers de Judicature
, qui eft une Soutane ,
avec un large ruban de foye
pour ceinture , & par deffus, la
Robe du Palais , ouverte par
GALANT. 205
devant. Cette Soutane faifoit
la diftinction des Lettrez &
Graduez , & il n'y a prefque
plus que les Prefidens au Mortier
qui la portent de cette
maniére. Il avoit épousé Anne
de la Roche , dont il laiffe
entr'autres enfans , René le
Vaffeur, Sous Gouverneur des
Pages de la grande Ecurie du
Roy , cy - devant Refident
pour le Roy en Espagne , M
le Vaffeur , Gentilhomme fervant
de Sa Majeſté ; & plufieurs
autres dont la plufpart
ont pris le parry de l'Eglife . Sa
Niece, Catherine Madeleine
1.
206 MERCURE
le Vaffeur a épousé René
Jofeph de la Vaigne , Lieute
nant General des Eaux & Forefts
à la Table de Marbre de
Paris, cy- devant Confeiller au
Chaſtelet.kome I insa
Dame Elizabeth Louiſe de
Plancy , Epouſe de Meffire
Marc Antoine - Valentin de
Rollinde , Seigneur de Chan .
trayne , Confeiller au Parle
ment , en la Troifiéme Cham.
bre des Enquestes. Elle eft
morte à vingt - deux ans fans
pofterité , & eftoit Fille de
M ' de Plancy , cy - devant
Maiftre d'Hoftel de S. A.R.
GALANT. 207
Monfieur , & de N. Bouder ,
Fille de François Boudet , Seigneur
de Belliere , Confeiller,
du Roy en la Cour des Monnoyes
, & d'Antoinette de
Creil . Mi de Rollinde , fon
Epoux , eft Frere d'Elizabeth
de Rollinde , Epoule de
Charles Doujat, Confeiller au
Parlement de Mets , tous deux
enfans de Marc- Antoine de
Rollinde , Secretaire du Roy
& Secretaire des Commandemens
de feuë S. A. R. Mademoifelle
, & d'Elizabeth du
Bois :
Mle Prince de Naflau
208. MERCURE
é de la Maiſon
& de tous
ceux
de
ce
nom
, Souverain
des
Pays
de
Naffan
& de Liege
, Gouverneur
du
Pays
de
Gueldre
, & Doyen
des
Chevaliers
de la Toifon
d'or
, eft
mort
à Ruremonde
le 17.
du
mois
paffé
, âgé
de foixantedix-
huit
ans. Son
Gouverne
ment
a efté
donné
à M
le
Comte
de
Horn
, qui
a époufé
la Fille
de M ' le Prince
de
Li
gne
; le Regiment
de
M
le
Comte
de Horn
a efté
donné
au Prince
de
Naffau
, Fils
de
celuy
qui
vient
de
mourir
. Ilavoit
pour
Soeur
unique
Ma-
2.
GALANT 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M❜le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vous aimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers ,
& je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ce 5. Janvier 1699 ;
AUrengzeb Empereur du
Mogel, eft encore en vie. Il
Janvier 1700
S
210 MERCURE
retient fes trois Enfans prés de fa
perfonne. Le Raja de ce Pays qui
avoir pris les armes , & qui s'eftoit
rendumaistre de plus de cent lieuës
de terrain , s'eft foumis , & s'est
rendu au Fils du Prince aîné ,
qu'on avoit envoyé en ces quartiers
avec une puiffante Armée.
Toutes les Nations luy ont fait des
prefens confiderables. Il ramaffe
tous les jours desfommes immen
fes.
Le 4. d'Octobre dernier , PEclipfe
du Soleil, qu'on a foigneufe
ment obfervée , commença icy a
vant le lever du Soleil . Elle finit à
buitbeures cinquante minutes. Le
"GADANT 20
milien arriva à fix heures cinquante
quatre minutes fa quantiréfur
de huit doigts & deux tiers.
Le 23 de Novembre les trois
jours fuivans , il parut en l'air
une quantité prodigieufe de fanverelles
àquatre ailes , qui allaient
vers le Nore. Elles eftoient quel.
quefois durant des heures entières ,
-plus épaiffes que ne font les flocons
de nege , quand elle tombe mediocrement.
Cela paroift incroyable,
amoins que de l'avoir vu. Ces
fauterelles eftoient de la groffeur
de la longueur dupetit doigt de
la main. Elles auroientfan's donne
caufé la famine , fi la récolte du
Sij
212 MERCURE
bled &du ris neuft efté faite.
Nous avons appris que l'Am
phitrite , Vaiffeau François qui
va à la Chine , partis du Cap de
Bonne- Esperance le 10. de Fuin.
Il vouloit paffer le Détroit de la
Sonde , & aller à Batavie , mais
les courans, ou les vents contraires
L'obligérent de relâcher à Stehem ,
dans la grande Ile de Sumatra .
Ce fut un bonheur pour luy , car
il y trouva uu Capitaine François
habitué en ce pays là , lequel
luy procura en trois jours tous les
rafraichißemens dont il avoit befoin.
Il fir plus , il leur donna de
bonnes Cartes marines pour la
GALANT. 213
Chine. Deux Pilotes Chinois
•qui
ont fouvent
fair
ce
voyage ,
sembarquerent fur ce Vaisseau
&
avec quatre Marchands de la
même Nation , s'offrirent
à
les conduire feurement à la Chis
one , où l'on eft perfuadé qu'ils font.
arrivez
J'ay à vous parler de quel
teques livres nouveaux , & com ,
me tout ce qui eft curieux &
edifiant vous fait plaifir , je
vous diray que le Pere le Gobien
Jefuite , vient de donner
au Public l'Hiftoire des fles
Marianes , nouvellement con
214 MERCURE
verties à la Religion Chreftienne.
C'est un pays nouveau
pour nous; car quoy que
Magellan euft découvert ces
Ifles au commencement dus
Siecle paffé , dans le fameux
Voyage qu'il fit autour de la
Terre, nous n'en connoiffions
ny le nombre , ny la fituation ,
ny même les veritables noms,
encore moins les moeurs & les
coutumes des Peuples qui les
habitent.
.C
Magellan appella ces Ifles ,
les Ifles des Larrons , à caufe que
ces Infulaires luy prirent quel
ques morceaux de fer . Les
GALANT 215
Espagnols leur donnérent le
nom de Islas de las velas à caufe
du grand nombre de petits
Bâtimens qui viennent à voiles
déployées au devant des
Vaiffeaux Efpagnols ; mais depuis
que la feue Reine d'Efpagne
, Marie Anne d'Autri
che, Mere du Roy Catholique
Charles II . y a envoyé des
Miffionnaires pour y prefcher
l'Evangile , on les a appellées
Ifles Marianes.
..
Ces Ifles font à l'extremité
de l'Orient , dans , cette vafte
étenduë de mer qui eft entre
le Japon , les Philippines , & le
26 MERCURE
Royaume de Mexique , que
les Espagnols appellent her
Nouvelle Espagne. Elles occu
pent environ cent cinquante
lieuës de mer entre le Tropi
que du Cancre & la Ligne
Equinoctiale depuis Guahan
La plus grande & la plus meridionale
de ces Illes, eft Urac,
qui eft la plus proche du Tropique.
Quoy qu'elles foient ſous
la Zone Torride , le Ciel y eft
doux & ferain , on y refpire
un air pur , & la chaleur n'y
eft point exceffive. Les montagnes
chargées d'arbres pref
que
GALANT. 217
que toujours verds , & entre .
coupées d'un grand nombre
de ruiffeaux , qui fe répandant
dans les vallées & dans les plai
nes , rendent ce Pays agreable.
a
Avant que les Espagnols
euſſent paru dans ces mles , la
pluſpart des chofes que nous
croyons neceffaires à la vie ,
manquoient à ces Infulaires.
Ils n'avoient aucuns animaux ,
& ils ne s'en feroient pas même
formé d'idée , s'ils n'avoient
vu des oifeaux . Ce qui
eft plus étonnant , c'eſt qu'ils
Janavier 1700,00 T
3
218 MERCURE
n'avoient jamais vû de feu.
Cet élément leur eftoitincon
nu , &ils ne furent jamais plus
furpris que quand Magellan
leur en fit voir pour la premie
re fois , Ils le regarderent d'abord
comme un animal qui a
s'attachoit au bois done it ſe
nourriſſoit. Quelques unss'en
eftant approchez de trop prés,
fe brûlérent, & crurent que
cet animal les avoit mordus
Ils en donnérent de la crainte
à leurs Compatriotes qui n'ofoient
s'en approcher. Cette
crainte frivole ne dura pas ,
& ils s'accoutumérent à le voir
GALANT. 219
& à s'en fervir comme nous.
Ces Peuples vivoient dans
une entiére liberté , & dans
une indépendance abfolue ,
avant qu'ils fuffent Chrêtiens ,
Chacun eftoit maistre de fes
actions , & n'en rendoit com
pre à perfonnes car quoy qu'il
y ait parmy eux comme trois
Etats , la Nobleffe , le Peuple ,
& les gens d'une condition
mediocre , la Nobleffe n'a au
cun pouvoir fur le Peuple . Elle
eft d'une fierté incroyable , &
sa un fi grand mépris pour les
gens du commun , que c'eſt
un crime à un Noble de s'al
Tij
220 MERCURE
lier à une fille du Peuple. Si
quelqu'un le fait , il eft perdu
d'honneur , & fa famille eft en
droit de laver dans lon fang
L'affront qu'il luy fait . Les en
fans ne fuccedent pas à leurs
Peres , mais les Freres ou les
Neveux. La Nobleffe a des
Eiefs , & quoy qu'elle prefide
dans les Affemblées , on
ne défere à fes fentimens
qu'aucant qu'on le juge à propos.
Ces Peuples ne font pas
guerriers , mais ils font extrê ,
mement fourbes. Jamais Naxion
n'a eſté plus habile en
GALANT. 227
l'art de diffimuler & de cacher
fes fentimens Quand on leur
a fait une injure , ils paffent
deux ou trois ans fans laiffer
rien échaper qui puiffe faire
connoiftre l'aigreur qu'ils rent
fernrent dans leur coeur , &
quand ils trouvent une occa
hion favorable de fe vanger ,
alors ils fe livrent à leur paf
fron , & tâchent de fe dédom
mager de la violence qu'ils fe
font faite.
Lear inconftance & leur
legereté font incroyables.
Ce qu'ils fouhaitent avec le
plus d'ardeur , ils ne le veulens
Tiij
232 MERCURE
plus un moment aprés . Ils ai ♪
ment la joye & le plaifir. Ils
fe raillent agréablement
les
uns les autres , & font mille
boufonneries pour ſe divertir.
Ils aiment la Danfe & la Poë.
fre. Un Poëte paffe chez eux
pour un homme merveilleux .
Ces Infulaires font beaucoup
plus grands & plus forts que
les Européens. Ils font rare
ment malades , & ce n'eft point
une chofe extraordinaire parmy
eux de vivre cent ans &
même davantage
.
Le fentiment des femmes
de ce Pais là eft bien different
GALANT 215
de celuy des Dames de l'Europe
, fur le chapitre de la beauté
, car elles s'en piquent là
comme ailleurs. Elles font
confifter la leur à avoir les
dents noires & les cheveux
'blancs . Elles fe noirciffent les
dents avec de certaines herbes
dont elles les frottent ; &
fe blanchiffent les cheveux à
force de fe les laver. Elles les
portent fort longs , au lieu que
les hommes fe les rafent prefque
entierement .
Si elles ont un mauvais
goult en ce qui regarde la
beauté , elles fe font attribué
THE
224 MERCURE
des droits qui doivent faire
plaifir aux Dames d'Europes
Les femmes font les maîtref
fes en ce pais là. Elles ont pris
un empire abfolu fur leurs
maris , & les tiennent dans la
dépendance. Un Marine peut
difpofer de la moindre chofe
de la maiſon . Quand il n'a pas
pour la femme toute la defe
rence qu'elle fe croit en droit
d'exiger de luy , elle s'en vange
d'une maniere qui fera
plaifir à lire aux Dames de vô
tre Province, na wala
-Ces femmes ont leurs affem
blées & leurs parties de divers
GALANT . 225
tiffement. Elles y viennent
fort parées , fi l'on peut don
ner le nom de parure aux bi
zarres ornemens dont elles fo
fervent. Unde leurs plus
grands plaifirs eft de chanter
les vers fabuleux de leurs Poë
tes ; ce qu'elles font avec un
agiément & une juſteſſe qui
plairoit en Europe , car l'accord
de leur voix eſt admira
ble.
Avant que les Jefuires euf
fent porte la lumiere de l'E
vangile dans ces Terres infi
delles , ces Peuples ne reconnoiffoient
aucune Divinité, &
226 MERCURE
n'avoient aucune idée de Re
ligion . Ils eftoient fans Tem.
ple , fans Autels , fans Sacrifices
& fans Preftres . Il y avoit
feulement parmy eux quel
ques Charlatans qui fe mêloient
de faire des Prophe
ties. Ils eftoient cependant
perfuadez de l'Immortalité de
l'ame , & reconnoiffoient même
un Paradis & un Enfer Ils
plaçoient leur Paradis fous la
terre , & en faifoient confifter
la beauté dans des arbres de
Coco , des cannes de fucre , &
dans les autres fruits qu'ils dio
foient y eftre d'un gouft mers
GALANT. 227
veilleux Pour l'Enfer , ils l'appelloient
ZaZarraguan , ou la
mailon de Chayfi , & difoient
que le Chayfi , ( c'eſt le nom ·
qu'ils donnent au Demon ) y
tourmente cruellement ceux
qui ont le malheur de toma
ber en fon pouvoir. Ce n'é
toir point , felon eux , le crime
ou la vertu qui conduifoit
dans ces lieux là , les bonnes
beuvres n'y fervoient de rien.
Tout dépendoit de la maniére
dont on forroit de ce monde.
Si on avoit eu le malheur de
mourir d'une mort violente ,
on avoit l'enfer pour partage ,
228 MERCURE
& Fon eftoit renfermé dans le
Zazarraguan. Si l'on mouroit
au contraire de mort naturel
le , on alloit en Paradis.
Ils font perfuadez que les
Elprits reviennent aprés la
mort , foit que le Démon les
trompe en prenant la figure
de leurs Parens défunts , foig
que leur imagination échaufee
leur reprefente ce qu'ils
entendent dire aux autres . 11
eft certain qu'ils fe plaignent
d'eftre maltraitez par des Spe
tres , qui les effrayent quelquefois
terriblement. Je no
parleray point icy de leurs
GALANT: 229
fuperftitions à l'égard de leurs
morts , parce que cela nous
meneroit trop loin . Rien n'eſt
plus lugubre que leurs enter.
remens , ny plus expreffif que
la maniere dont ils marquent
leur douleur,
On doit la converfion de
ces Iles auzele & aux travaux
du Pere Diego Louis de Sanvitorés
, de la Compagnie de
Jefus , qui a efté le premier
Apoftre de cette Nation . Il
paffa aux Ifles Marianes avec
ſes Compagnons en l'année
1667 , & y fut martyrifé le 2 .
d'Avril 1672. Dix autres Je
230 MERCURE
20
fuites , & plufieurs Catechi.
ftes,ont eu le bonheur de don
ner leur vie pour la Foy Ca
tholique , depuis trente ans
qu'on travaille à la converſion
de ces Peuples avec des peines
& des travaux immenfes . Les
grands exemples de vertu
qu'on trouvera dans cetté Hiftoire
, feront voir ce qu'il en
coute aux hommes Apoftoliques
pour porter la Foy aux
Nations barbares , & pour
établir la Religion dans les
Terres infidelles .
F
2
ت ا ب
Je ne vous dis rien de la
maniere delicate & polie dont
#GALANT . 23r
cette Hiftoire eft écrite . Tout
-ce que le Pere le Gobien a
donné au Public eft de ce caaractere.
Je luis leur que l'Hiftoire
des Hles Marianes ne
vous plaira pas moins que
'Hiftoire de l'Edit de l'Em
pereur de la Chine en faveur
de la Religion Chrestienne ,
que vous m'avez tant loüée ,
& qui eft du même Auteur.
Le Pere le Gobien a ajoûté
à la fin de l'Hiftoire des Ifles
Marianes une Lettre écrite
des Philippines le 10. Juin
16974 par laquelle onapprend
qu'on vient de faire une nou222
MERCURE
velle découverte de trentedeux
ifles au Sud des Ifles Matianes
dans lesquelles il y a
un peuple infini. Certe Lettre
eft digne de voftre curia.
fité. Les Jefuites fe difpofent
à aller porter la lumiere de
l'Evangile dans ces nouvelles
Terres , & à faire connoiftre
le Sauveur du monde à ces
peuples , qui n'en ont jamais
entendu parler.jp
Je n'ay pû vous envoyer
encore les Airs que je vous ay
promis de M Marchand , Or.
ganifte de Saint Benoist ; des
Cordeliers & des Jefuites . Je
GALANT. 233
audirois
encore de plufieurs
tres Eglifes , fi cet habile
homme pouvoit s'y trouvet
en même temps . Le Public ,
qui à reçu avec tant d'applau
diffemens la premiere faite de
Claveffin qu'il donna il y a
quelque temps , fera fans dou
te ravi d'apprendre qu'il donne
la premiere fuite des Pie.
ces d'Orgues du premier ton,
& que pour tenir la parole ,
elle fera inceffamment fuivie
des autres , aufquelles il joindra
une inftruction pour le
toucher du Claveflin , le mé
lange particulier des Jeux , &
Janvier 170010
V
34 MERCURE
l'execution fur l'Orgue. Toutes
ces Pieces fe vendront
chez l'Auteur.
Il y a un Livre nouveau in
titule , Choregraphie , ou Liart
de décrire la Danfe par caracteres
&fignes demonſtratifs , avec leſ.
quels on apprend facilement de
foy même toutes fortes de Danfes
Ce Livre , compofé par M
Feüiller , Maitre de Danfe,
eft un ouvrage tres - curieux ,
puis qu'il n'en a jamais paru
de femblable , & tres utile
pour les perfonnes qui s'appli
quent à la Danfe , & particu
lierement aux Maiſtres à danfer
, tant de Paris que des ProGALANT.
235
vinces , & des autres Royau
mes , parce que par le fecours
des fignes , qui y font exp'i
quez , on pourra facilement
déchifrer toutes fortes de Dan
fes , comme on dechifre les
Airs de Muſique notez. Cela
fe fait par le moyen de certains
caracteres qui démontrent par
leurs figures , toutes les diffe
rentes actions que les jambes
peuvent faire.
1. D'abord on explique des
quoy la Dance eft composée
& les termes dont on le fert ..
Enfuite on fait connoiſtre le
lieu où l'on dance , comme
Veij
236 MERCURE
l'on doit s'y placer , & le che
min , ou la figure que l'on doit
fuivre en danfant , aprés quoy
on defigne la repreſentation
des pieds , & tous les differens
endroits où l'on peut les pofer
en danfant , & l'on demontre
le pas par une petite ligne qui
eft figurée , felon que la jambe
marche. Par exemple , fi la
jambe marche droit , la figu.
re de la ligne eft droite'; & fi
la jambe forme un rond ou un
arc de cercle en marchant ,
la figure de la ligne qui repre
fente le pas eft femblable.
On démontre auffi par de
GALANT. 237
petits fignes appliquez fur les
pas , tous les differens mouve
mens qu'on fait en danfant ,
comme de plier les genoux ?
les étendre , fauter , tourner le
corps , & c.
HIl y a des tables dans lef
quelles on trouve les pas qui
font le plus en ufage dans la
danfe , à cofté defquels font
écrits leurs noms, aveteur ex
plication , & la maniere dont
ils doivent eltre faits. Aprés
cela on fait voir comme chaquepas
a rapport à chaque me
fure de l'air fur lequel ces pas
font compofez, ce qui eft noté
238 MERCURE
au haut de chaque page où il
y a la cadence écrite. On voit
encore par des caracteres dé
monſtratifs , tous les ports de
bras , leurs differens mouvemens
, & comme ils doivent
accompagner les pas. 1
Ib eft auffi parlé de la batterie
des Caftagnettes, qui eft mar
quée avec des notes de Mufi
que fur une feule ligne, placée
au deffous de l'Air noté en for
me de partition; le tout dans
un ordre fi bien expliqué, que
les perfonnes les moins éclai
rées pourront apprendre cette
fcience d'elles mêmes , & en
GALANT. 239
l'on ne
fort peu de jours , en lifant co
Livre ; & en cas qu'il s'y trouve
quelque chofe que
puiffe aifément comprendre,
l'Auteur te charge de l'expli
quer gratis . Sion ne veut point
s'affujétir.à lire fon livre il s'engage
de montrer parfaitement
en moins de quinze jours , à
déchiffrer toutes fortes de
Danſes , tant hautes que baf
fes , & il eft fi vray que cela eft
poffible , que plus de cent cind
quante Maiftres à danfer , &
autres perfonnesqui les ont dé
ja appriſes , & qui s'en fervent
actuellement , n'y ont point
240 MERCURE
4
employé un plus long remps3
L'Auteur a mis à la fin de
ce Traité un Recueil de quany
the de belles, Entrées de Bal
let , & autres Danfes de l'al
compofition . Hy en a qui
font propres pour des Mai
ftres & d'autres plus aifées ,
convenables à des Ecoliers
déja avancez en cet exercice,
tant pour une perſonne ſeule,
pour deux , pour quatre , que
pour huit, hommes & femmes
Outre cela il a mis à la fin
du Livre un autre Recueil de
toutes les plus belles Danfes
de Bat les plus nouvelles , B
celles
GALANT. 241
celles qui ont le plus de cours.
Le volume eft un in quarto ,
rempli de plus de deux cens
planches, & fe vend dix francs.
Le debit s'en fait à Paris chez
l'Auteur , ruë de Buffy , Fauxbourg
S. Germain , à la Cour
Imperiale , & chez Michel
Brunet , Marchand Libraire ,
dans la grande Salle du Palais ,
au Mercure galant. L'Auteur
avertit le Public qu'il fera graver
à l'avenir toutes les nou,
velles danles de Bal à meſure
qu'elles fe compoſeront. On
les pourra envoyer dans une
Lettre , comme on envoye un
Janvier 1700. X
242 MERCURE
air de Mufique note. Chaque
danfe fe donnera pour dix fols.
11 promet dans peu
de temps
un Recueil des plus belles En.
trées de Ballet de la compofi
tion de M ' Pecour , pour hom
me & pour femme, foit pour
une perfonne feule , foit pour
plufieurs Eiles feront gravées
fidellement felon l'intention
de l'Auteur,
Le g . de ce mois mourut
'Meffire Louis Claude Barjot ,
Seigneur Marquis d'Auneüil ,
"de l'illuftre Maifon des Bar
jot . Il commença de fervir
GALANT.
243
Sa Majesté au premier Siege
de Valenciennes , où il donna
des marques de fa valeur . Il
eftoit alors Enſeigne au Regiment
des Gardes . Sa Majesté
luy donna la Lieutenance
, pour le récompenfer des
belles actions qu'il avoit faites
à ce Siege. Aprés pluſieurs
campagnes il quitta le Regi
ment des Gardes , & acheta la
Charge de Capitaine - Lieute
nant de la Mestre de Camp
generale de la Cavalerie lege
re , où il a fervi plus de quinze
ans fans difcontinuer. Ila fait
paroître fon courage en toutes
X ij
244 MERCURE
fortes d'occafions , & ne s'eſt
retiré dufervice de S M. que
parce que la vue luy eftoit tele
lement diminuée , qu'à peine
voyoit il à fe conduire . Ileftoit
Fils de Meffire Louis Barjot ,
Seigneur Marquis d'Auneüil ,
de Silly Billiar , & du Mareft
du Mazy , Marche froy , & autres
lieux , Maistre d'Hoftel
ordinaire du feu Roy , &
Grand- Maiftre des Eaux &
Forefts de Lorraine , & de
Dame Marie - Elizabeth de
Beaumont , Fille d'honneur
de la Reine Anne d'Autriche,
Mere du Roy , & Fille de M
GALANT. 245
le Marquis de Saint Etienne,
Seigneur du Mazy , Lechelle ,
Chaumuzy , Clavé , Ovile &
autres lieux, Gouverneur pour
le Roy des Places de Chateaurenault
& de Linchamps , &
Colonel d'un Regiment d'in.
fanterie , qui portoit le nom
de Saint Etienne . M' le Marquis
d'Auneüil dont je vous
apprens la mort mourut le
Vendredy à cinq heures du
foir , & la Femme le lendemain
Samedy , à fix heures du
matin. Ellefe nommoit Loui
le de Bolligny, alliée à tout ce
qu'ily a de plus qualifié en Li-
*
X iij
245 MERCURE
mofin . Ils ont efté enterrez
dans leur Paroiffe d'Argy en
Berry.
Les autres perfonnes confiderables
mortes ce même
mois , font
Meffire Charles Duret ;
Seigneur de Chevry , Prefident
en la Chambre des Compres
de Paris , cy devant Confeiller
au Parlement de Mets ,
puis en celuy de Paris , Secretaire
& Commandeur des Ordres
de Sa Majesté . Il est mort
à quatre - vingt - cinq ans , &
eftoit Fils de Charles Duret' ,
Seigneur de Chevry & de la
GALANT. 247
Grange , auffi Preſident en la
Chambre des Comptes , Secretaire
& Commandeur des
Ordres du Roy , & Controlleur
General des Finances de
France, & de Françoile Remy.
Il avoit époufé Madeleine Gobelin
, Fille de Baltafar Gobelin
, Prefident en la Chambre
des Comptes , & de Madeleine
de Laubefpine , dont
il a eu plufieurs enfans .
Dame Catherine de Brigard
, Veuve de Melfire jacques
Mallet , Confeiller du
Roy en fon Confeil d'Etat ,
Controlleur general des Eaux
x iiij
248 MERCURE
& Forefts de France. Elle laiffe
plufieurs enfans , entr'autres
Jacques Mallet , Seigneur de
Drufy , & Brugnieres , Confeiller
au Parlement de la Cinquiéme
des Enqueſtes , & Marie
Maller , Epouse de Gedeon
du Mets , Prefident en la
Chambre des Comptes , Intendant
, & Controlleur general
des meubles de la Couronne
, cy devant Garde du Trefor
Royal
.
Dame Catherine du Chefne
, Veuve de Meffire André
de Gaumont , Seigneur du
Sauffay , Vaurichard & Ches
GALANT. 249
minieres. Elle eftoit d'une
noble & ancienne Famille de
Bearn , alliée aux Maifons de
Coiflin , & Mazarin Elle laiffe
quatre Enfans , fçavoir deux
Garçons , dont Fun , Jean de
Gaumont , eft Confeiller de la
Cour des Aides . N. de Gaumont,
Époufe de Jacques Jan-
Confeiller au Grand
∙
nart ,
Confeil
, & Marie
de Gaumont
Epouse
de
Pierre
de
Bragelongne
, Prefident
aux
Enqueftes
du Parlement
de Bretagne
.
Meffire Ilambert Saver , Seigneur
de la Houffaye, Doyen
250 MERCURE
des Treforiers Generaux de
France au Bureau des Finances
de la Generalité de Rouen.
Dame Marie . Madeleine-
Therefe Coicault de Clérigny,
Epouse de Meffire Alexandre
Milon , Maistre des Reques
ftes , cy devant Confeiller au
Grand Confeil , Frere de Meffire
Louis Milon , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Evelque & Seigneur de
Condom. Elle eftoit Fille de
René Coicault , Seigneur de
Clérigny , Confeiller aux Requeftes
du Parlement , & de
N. Carré de Montgeron.
GALANT. 25x
Meffire Jean Gitton de Puifeaux
, Seigneur de Montgi
ron , Confeiller Secretaire du
Roy, & Confeiller Véteran au
Prefidial d'Orleans .
Dame Marie - Madeleine
Adam , Epouſe de Meffire Gal
briel Guibert de Buffy , Seigneur
de Coeüilly , Fontenays
Gagny , & autres lieux . Elle
eftoit Fille unique de défunt
M' Adam , Avocat au Parle
ment.
M' le Boullenger Confeil .
ler au Parlement , Fils de M
le Boullenger d'Hacqueville ,
Maistre des Requeſtes,a épou
25? MERCURE
fé Mademoiſelle de Chavaudon.
Mile Boullenger eft dune
Maiſon confiderable dans
la Robe , & des mieux alliees ;
mais une chofe fort particulié.
re, & qui ne s'eft peut eftre ja
mais rencontrée dans aucune
famille que dans la fienne ;
c'eft que M d'Hacqueville ,
qui vit actuellement, a quatre
Fils l'aîné Maiftre des Requeftes
, un autre , Confeiller
au Parlement , qui vient de fe
marier, un troifiéme , Maiftre
desComptes ; & un quatrième,
Confeiller au Grand Confeil.
Mademoiſelle de Chavandon
i
GALANT. 253
eft une tres- aimable perfonne
pour fa figure , pour fon
efprit , & pour les manieres.
Elle eft Fille de M' de Chavaudon
, Seigneur de Sainte
Maure , Lieutenant general
de Troyes en Champagne ,
& d'une Soeur de feu M' de la
Jonchere Treforier general
de l'Extraordinaire des Guer
res , morte il y a quelques an
nées.
Le 17. de ce mois , M le
Comte de Vernon , Ambaffa .
deur ordinaire de Savoye , fit
fon Entrée publique à Paris .
M' le Maréchal de Tourville ,
254 MERCURE
4
& M le Baron de Breteuil ,
Introducteur des Ambaffa .
deurs , allerent le prendre à
Picpus dans le Caroffe du
Roy. La marche commença
par le Caroffe de ce Baron ,
attelé de fix beaux chevaux.
Son Suiffe eftoit à la teste ,
précedé de deux Officiers à
cheval de cet Introducteur, &
de plufieurs de fes gens. L'E
cuyer de M' le Maréchal de
Tourville paroiffoit enfuite ,
fuivi de fes Pages à cheval ,
& du Caroffe de ce Maréchal,
Le Caroffe du Roy venoit
aprés , dans lequel eftoit M
A
GALANT. 255
l'Ambaffade ur , ayant M' le
Maréchal de Tourville à fa
gauche . M' le Baron de Breteüil
eftoit fur le devant Ce
Caroffe eftoit précedé de dix
huit Valets de pied , veflus de
bleu avec un galon velouré
aurore & blanc. Iis avoient
tous des Plumes rouge cramoifi
, mêlées d'un peu de blanc .
L'Ecuyerde M ' l'Ambaffadeur
paroiffoit enfuite à la tefte de
quatre Pages. Leurs veftes &
leur galon or &argent eftoient
des plus riches. Tous les Caroffes
des Princes & Princef
fes de la Maiſon Royale fui
256 MERCURE
voient felon leur rang , dont
je vous ay déjà parlé plufieurs
fois. On voyoit aprés cela l'un
des Suiffes de l'Ambaffadeur à
la tefte de trois Caroffes magnifiques:
Le premier eftoit
auffi riche que de bon goufts
& quoy que l'or le rendift des
plus éclatans , la peinture ne
laiffoit pas de s'y faire remar
quer. Les glaces en estoient
ceintrées , & les ceintres gardoient
leurs diſtances jufqu'au
haut de la graveure duCaroflc.
Le dedans eftoit de velours
cramoifi plein , garny de ga
lon d'or , & la campane d'une
GALANT. 257
broderie d'or. Le fiege du Co.
cher eftoit de même , & les
houffes des huit chevaux dont
il eftoit attelé , estoient du
même velours , avec une broderie
d'or , terminée par une
frange d'or relevée en fiftons.
Les huit chevaux eftoient
noirs.
Le fecond Caroffe eftoit
coupé, & plus leger . Il n'eftoir
guere moins riche que le pre
mier Lafculpture avoit moins
de relief, mais la peinture n'en
eftoit pas moins fine. Le de
dans eftoit de velours à fond
d'or , nue de cramoifi & de
Fanvier 1700,
Y
258 MERCURE
vert , auec un galon d'or &
une magnifique campane. Il
eftoit attelé de fix chevaux
gris , dont les harnois eftoient
d'une beauté finguliere , &
leurs houffes de la même étofe
, avec deux grands galons
& une frange d'or. Le fiege
du Cocher eftoit de même.
J
Le troifiéme Caroffe eftoit
nne Caleche fort legere , &
bien peinte , attelée de fix
chevaux noirs , avec des houffes
de peaux de Tigres , ornées
de plaques de cuivre do
ré. Le dedans eftoit de velours
bleu. Cet Ambaſſadeur n'alla
GALANT. 259
point loger à l'Hôtel des Am .
baffadeurs
, parce qu'il n'y a
que les Ambaffadeurs Extraordinaires
quiy font défrayez
pendant trois jours . Ainfi il
fut conduit àl'Hôtel de Soif
fons , où il loge. Il y fut complimenté
de la part des Princes
& Princeffes de la Famille
Royale.
Le 19. il fut conduit à la
premiere Audience publique
du Roy à Versailles , par Mle
Prince Camille de Lorraine ,
& tout s'y paffa à la maniere
ordinaire dont je vous ayfou
vent fait le détail.
Y ij
256 MERCURE
voient felon leur rang , dont
je vous ay déja parlé plufieurs
fois. On voyoit aprés cela l'un
des Suiffes de l'Ambaffadeur à
la tefte de trois Caroffes magnifiques:
Le premier eftoit
auffi riche que de bon gouft :
& quoy que l'or le rendift des
plus éclatans , la peinture ne
laiffoit pas de s'y faire remar
quer. Les glaces en estoient
ceintrées , & les ceintres gardoient
leurs diftances jufqu'au
haut de la graveure duCaroflc.
Le dedans eftoit de velours
cramoifi plein , garny de ga
lon d'or , & la campane d'une
GALANT 257
broderie d'or . Le fiege du Co
cher eftoit de même , & les
houffes des huit chevaux dont
il eftoit attelé , eftoient du
même velours , avec une broderie
d'or , terminée par une
frange d'or relevée en feftons.
Les huit chevaux eftoient
noirs . Sel
Le fecond Caroffe eftoit
coupé , & plus leger . Il n'eftoir
guere moins riche que le pre
mier Lafculpture avoit moins
de relief, mais la peinture n'en
eftoit pas moins fine . Le de
dans eftoit de velours à fond
d'or , nue de cramoifi
& de
Fanvier 1700.
Y
258 MERCURE
vert , auec un galon d'or &
une magnifique campane. Il
eftoit attelé de fix chevaux
gris , dont les harnois eftoient
d'une beauté finguliere
, &
leurs houffes de la même étofe
, avec deux grands galons
& une frange d'or. Le fiege
du Cocher eftoit de même.
J
Le troifiéme Caroffe eftoit
nne Caleche fort legere , &
bien peinte , attelée de fix
chevaux noirs , avec des houffes
de peaux de Tigres , ornées
de plaques de cuivre dos
ré. Le dedans eftoit de velours
bleu. Cet Ambaſſadeur n'alla
GALANT. 259
point loger à l'Hôtel des Ambaffadeurs
, parce qu'il n'y a
que les Ambaffadeurs
Extraordinaires
quiy font défrayez
pendant trois jours . Ainfi il
fut conduit àl'Hôtel de Soif
ions , où il loge. Il y fut complimenté
de la part des Princes
& Princeffes de la Famille
Royale.
-Le 19. il fut conduit à la
premiere Audience publique
du Roy à Verſailles , par Mile
Prince Camille de Lorraine ,
& rout s'y paffa à la maniere
ordinaire dont je vous ayfour
vent fait le détail.
Y ij
260 MERCURE
Je ne vous lay point parle
de Mule Comte de Zintzendorff
, Envoyé de l'Empereur ,
parce que des Envoyez ne font
point d'Entrée. Ce Comte qui
eut le mois paffé fa premiere
Audience publique du Roy à
Verfailles , & de toute la Famille
Royale , y fut accompa
gné par Mrs les Comtes Français
Adam de Schwartzenberg.
Frideric & Charles de
Naflau Weilbourg. Henry
XV . Reüfs de Plaven . De Leir
ningen: Weſterbourg. › Chary
les & Leopold Truchsefs de
Zayl . Adam de Paar . Fran
GALANT. 261
çois Antoin de Lichtenftein
à Caftelkorn François Antoin
& Jofeph de Lamberg, Leo.
pold de Zintzendorff. Jofeph
Emmanuel de Tauffkitchen ,
& par Mrs les Barons Charles
Henry de Schonbourg . François
Charles de Wratiflas , Maximilien
Wratislaw , de Mitrowits.
Godefroy Daniel de
Wunſchwitz . Guilliaum Gof
vin , & François Henry de Galen.
Mrs les Comtes Pierre
Nicolas Straka de Nedabilitz
& Libefchan , n'ayant pû aqcompagner
M le Comte de
Zintzendorff , envoyérent
262 MERCURE
leurs Carroffes , pour groffis
fon cortège.
Tous ces Comtes & Barons
avoient chacun leur Caroffe
qui fervoient de cortège à M²
le Comte de Zintzendorff.
Cet Envoyéfait icy une figure
qui répond à la grandeur de
Sa Majeftě Imperiale , & s'eft
attiré l'eftime de toute la
Cour.
Je ne vous parleray point
des Ceremonies qui ont efté
obfervées à l'ouverture de la
Porte fainte à Rome. Les Gazettes
, tant de France qu'és
trangeres , en font fi remplies,
GALANT. 263
que n'ayant rien à ajoûter , &
ne vous donnant jamais la
peine de lire une feconde fois
ce que vous fçavez déja , j'ay
crû ne devoir rien dire d'un
article fi rebattu.
. ג
Je croy que vous n'attendez
pas que je vous parle ce
mois - cy des divertiffemens
dont la Cour vient de prendre
le plaifir. Ils ont efté faits
fi tard , qu'il m'eft impoffible
d'en apprendre à fond tout le
détail avant que de finir cette
Lettre.
Ml'Abbé Larché , que j'ay
mis Clerc de Chapelle en pars
264 MERCURE
lant des prefens donnez par
Monfieur le Duc de Lorraine ,
a l'honneur d'eftre Chapelain
de Monfieur , & a fervi en cette
qualité auprés de Monfieur
de Lorraine, tant que ce Prince
a demeuré au Palais Royal.
Le S Guigard , Libraire ruë
S. Jacques, commence à debiter
un excellent Livre ; dont
les perfonnes veritablement
pieufes peuvent tirer de grandes
utilitez. Il eft du Pere D,
Bernard , Superieur de Sainte
Anne la Royale des Theatins
de Paris , qui nous a donné
depuis quelque temps la Vie
de
GALANT: 265
de Saint Gaëtan , que vous
avec trouvée fi bien écrite.
Ce dernier Ouvrage eft intitulé,
Effais des motifs particuliers
de la Reconnoißance Chreftienne.
Jufqu'icy diversEcrits ont traité
des graces vifibles du Ciel .
On a tiré des motifs de reconnoiffance
du bien fait de la
Creation & de celuy de l'Adoption
facrée , du Decret de
l'Election des Saints & de la
Juftification des Pécheurs , &
le Pere D. Bernard s'eft attaché
dans fon livré à confide
rer à fond le miftere de la liberalité
de Dieu , & ce qu'il y a
Ꮓ
Fanvier 1700.
9
266 MERCURE
de plus particulier dans fes
dons , afin d'amener infenfiblement
l'ame à l'eftime & à
l'amour qu'on luy doit. Il dit
à l'efprit tout ce qui eft capa ,
ble d'y imprimer des fentimens
fi juftes & ſi ſalutaires ,
& il luy ébauche les motifs les
plus preffans de fe répandre
en actions de graces , en pre
fence d'un Dieu toûjours oc
cupé à nous confoler. Ce n'est
pas qu'il ne donne au coeur
tout ce qui peut le nourrir
dans la ferveur de la pieté,
Tantoft c'est un profond
aneantiffement de l'ame , à la
GALANT. 267
vie de fon injuftice & de fon
ingratitude ; tantoft c'eſt un
fentiment vif d'admiration &
d'attendriffement ; tantoft
c'eft une refolution conſtante
de nous laiffer toucher aux
bienfaits innombrables de la
Grace , & de les confacrer par
un ufage plus Saint. Ainfiles .
Curieux pourront fatisfaire
leur curiofité par cette lecture,
& les perſonnes zelées y trouveront
dequoy exciter davantage
leur ferveur. J'emprunté
ces termes de la Preface de
l'Auteur , qui fait connoiftre
qu'il a pris le deffein de ces
Z ij
268 MERCURE
•
Ouvrage , d'un Traité intitulé,
Les Delices da Divin Amour ,
compofé en latin , par le Pere
Novarin de la Congregation
des Theatins , dont il a retranché
ce qui eftoit trop diffus ,
& étendu ce qui luy a paru
trop fuccint. Le ftile eft pur ,
& d'un homme qui entend
parfaitement les fineffes de la
Langue .
Le même Libraire debite
une Lettre Paftorale , que M'
Evefque de Gap adreffe aux
Nouveaux Catholiques de fon
Diocefe. Elle eft divifée en
deux parties. La premiere fait
GALANT. 269
connoistre que la Religion
Prétendue Reformée n'eft
pas celle de Jefus Chrift parce
que l'unité de la Foy ne
s'y trouve pas qu'elle manque
de la Sainteté des moeurs ;
qu'elle n'eft ny apoftolique
ny ancienne ; qu'aucun de ſes
articles n'eft dans l'Ecriture
Sainte , & qu'enfin elle n'en
feigne pas la doctrine que les
Apoftres & les Saints Peres
des premiers fiecles ont en
feignée. La feconde partie de
cette Lettre traite de la realité
du Corps de Jefus Chrift dans
Euchariftic ; de la Commu
Z iij
266 MERCURE
de plus particulier dans fes
dons , afin d'amener infenfiblement
l'ame à l'eſtime & à
l'amour qu'on luy doit. Il dit
à l'efprit tout ce qui eft capa ,
ble d'y imprimer des fentimens
fi juftes & fi falutaires ,
& il luy ébauche les motifs les
plus preffans de fe répandre
en actions de graces , en pre
fence d'un Dieu toûjours oc,
cupé à nous confoler. Ce n'eft
pas qu'il ne donne au coeur
tout ce qui peut le nourrir
dans la ferveur de la pieté,
Tantoft c'est un profond
aneantiffement de l'ame , à la
GALANT: 267
vie de ſon injuſtice & de fon
ingratitude ; tantoft c'est un
fentiment vif d'admiration &
d'attendriffement ; tantoft
c'eft une refolution conſtante
de nous laiffer toucher aux
bienfaits innombrables de la
Grace , & de les confacrerrppar
un ufage plus Saint. Ainfiles
Curieux pourront fatisfaire
leur curiofité par cette lecture,
& les perfonnes zelées y trouveront
dequoy exciter davantage
leur ferveur. J'emprunte
ces termes de la Preface de
l'Auteur , qui fait connoiftre
qu'il a pris le deffein de cet
Z ij
268 MERCURE
Ouvrage, d'un Traité intitulé,
Les Delices da Divin Amour ,
compofé en latin , par le Pere
Novarin de la Congregation
des Theatins , dont il a retranché
ce qui eftoit trop diffus ,
& étendu ce qui luy a paru
trop fuccint. Le ftile eft pur,
& d'un homme qui entend
parfaitement les fineſſes de la
Langue .
Le même Libraire debite
une Lettre Paſtorale , que M
Evefque de Gap adreffe aux
Nouveaux Catholiques de fon
Diocefe. Elle eft divifée en
deux parties. La premiere fait
GALANT. 269
;
connoistre que la Religion
Prétendue Reformée n'eft
pas celle de Jefus Chrift parce
que l'unité de la Foy ne
s'y trouve pas qu'elle manque
de la Sainteté des moeurs ;
qu'elle n'eft ny apoftolique
ny ancienne ; qu'aucun de fes
articles n'eft dans l'Ecriture
Sainte , & qu'enfin elle n'en
feigne pas la doctrine que les
Apoftres & les Saints Peres
des premiers fiecles ont en
feignée . La feconde partie de
cette Lettre traite de la realité
du Corps de Jefus Chrift dans
T'Euchariftie ; de la Commu-
Z iij
(270 MERCURE
nion fous une espece ; du Sa
crifice de la Meffe , de la Confeffion
& du Purgatoire . Tous
ces points font traitez folidement
, & d'une maniere digne
de la pieté de ce Prelat.
"
Le Roy a donné le Gouver
nement de Seyffel , petite Vila
le importante fur la frontiere
de Savoye , à M' d'Ormois ,
quia efté autrefois fon Page ,
& qui eft actuellement Major
'de fon Regiment . Ce Gouver >
nement eftoit vacant depuis
quelques mois par la mort de
Meffire Marc de Baret , Gens
tilhomme tres confiderable
GALANT. 270
par fa naiffance , & par les fervices
qu'il a rendus pendant
plus de cinquante ans en qualité
de Capitaine de Cavalerie ,
& ancien Major dans le Regiment
de Crequile Duc , d'oùil
fut tire pour eftre fait Exempe
des Gardes du Corps . Il avoit
épousé Marie de Tricaud , d'u
ne des plus nobles & ancien
nes Maiſons de Bugey , dong
il n'a laiffé qu'une Fille mariée
à Mªª
depuis quelques annariée
de Riccé , Gentilhomme tres
qualifié de la Province de Bref
fe , qui a fervi longtemps dans
le Regiment Etranger du
Yo nij
272 MERCURE
Roy , & qui a eu l'honneur de
commander
une Campagne
l'Arriereban
de Breffe, Bugey ,
& quelques autres Bailliages ,
où il s'eft acquis beaucoup
d'eftime. M' de Baret , depuis
qu'il avoit quitté le fervice ,
à efté plufieurs années Syndic
de la Nobleffe de Bugey , employ
deftiné aux perfonnes les
plus diftinguées de la Provin
ce. Il eft mort dans fa quatrevingt
feptième année .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Toile , & il a
efté trouvé par Mrs Verron de
la rue des vieux Auguftins ; le
GALANT. 273
l'a-
Pere Bonla du Pont Royal , le
Chevalier fans croix & fon frere
le Mignon Guerrier Avocat
au Prefidial de Mets , de la Gerardiere
de la rue des Lions &
fa Commere. Mademoiſelle
Dablemont , & fon aimable
fille de la rue Saint Louis ;
greable Fanchon & le bon
Henry de la rue Quinquempoix
; l'Amant déguilé , l'heu
reux Minet de la rue neuve des
petits Champs ; la Beauté de
la rue des deux Portes , la jolie
Veuve de la ruë de Richelieu ,
du cofté des Quinze vingts ,
& l'illuftre Celar de la même
274 MERCURE
ruë , fon bon amy ; la Dame de
la ruë de Savoye . Mefdemoi .
felles Bajolet & Bourgonne del
la rue des vieux Auguftins ; l'ai- .
mable Indifferente de la ruel
le de S. Laurent , avec fa chari
mante Amie de Beauvais , &
l'Amant fans efpoir du même
quartier:
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye eft de M' de las
Fevrerie.
ENIGME.
Souvenile
Ouvent
le
foir
Ouvent lefoir le matin,
Du Maistre & du Valetnous oc
cupons la main.
GALANT. 275
Sans que l'on y trouve à redire.
De nous avoir on eft jaloux ,
Et dans l'occafion pour sefervir de
nous
On nous cherche , & l'on nous
defire.
Un camarade qui nousfuit,
• Et qui méne beaucoup de bruit ,
• Nous tient fidelle compagnies
Ilnousfert & nous luy fervons
Et dans tout ce que nousfaifons .
! Il est toujours de lapartie.
Enfin de nous on fe trouve fibiens
Que dans la folitude , ou bien dans
Bentretien
Chacun aveeque nous marque fa
1êmerie,
276 MERCURE
J'ay encore à vous parler de
la mort de plufieurs perfonnes
confiderables que nous avons
perdues ce mois cy.
Meffire Claude Joly, Chan .
tre & Chanoine de l'Eglife de
Paris , & Official de M' l'Archevêque.
Il est mort âgé de
quatre vingt treize ans , ay int
confervé une vivacité d'efprit
& un jugement fain & entier
juſqu'au dernier moment de
fa vie. Il eftoit infatigable au
travail , & affidu à remplir cous
fes devoirs , n'ayane jamais
manqué depuis le 1. Decembre
1631. qu'il eftoit Chanoine,
GALANT. 277
à fe trouver à tous les Offices
de l'Eglife , même aux Matines
qui fe difent tous les jours
à l'heure de minuit . Il eftoit
Fils de M' Joly , Lieutenant de
la Conneftablie , & de N. Loifel
, qui venoit d'Antoine Loi.
fel , celebre & fameux Avocat,
dont nous avons tant de beaux
Ecrits . M' Joly qui vient de
mourir , a compofé plufieurs
Ouvrages , qui font,
Traité hiftorique des Ecoles
Epifcopales
.
: Propofitions Chreftiennes
pour le foulagement des Payvres.
278 MERCURE
Voyage fait par luy à Munfter
en 1646 .
Traduction des deux Livres
de l'eftat du mariage , compofez
par François Barbaro ,
Noble Venitien.
Inftruction Chreftienne pour
les Financiers .
:.
Avis Chreftiens & moraux
pour l'instruction des Enfans .
La Veuve Chreftienne , dé
diée à la Reine.mere défunte .
Divers Opufcules, tirez des
Memoires de M.Antoine Loi .
fel , Avocat au Parlement, fon
Ayeul maternel.
De Verbis Ufuardi , quæ in
GALANT. 279
Martyrologio Ecclefiæ Parifienfis
referuntur , infefto Affumptionis
B⋅ Maria Virginis.
•
Traditio antiqua Ecclefiarum
-Francia ,feu totius Imperii Occidentalis
que in ipfius Martyrologio
ad feftum Affumptionis B.
Maria Virginis referuntur, vin.
dicata.
eis ,
De reformandis horis canoni
rite conftituendis Clericorum
minoribus confultatio .
Il a compilé les oeuvres de M,
Guy Coquille , qui contiennent entre
aurres plufieurs Traitez touchant
Jes Libertez de l'Eglife Gallicane. Il
a encore fait la Vie d'Erafme , tirée
fur fes Lettres , fur les Memoires &
280 MERCURE
fur plufieurs Ouvrages particuliers ,
Ce Livre n'eft pas encore imprimé.
On luy attribue divers autres ouvrages
;
Le Recueil des Maximes veritables
& importantes pour l'inftitution
du Roy , Traité de la Reftitution
des Grands , & c . ་
Meffire Glaude Gatllard , Confeiller
au Parlement , & Sous . Doyen
de la Grand' Chambre . Il avoit
epoufé N. Gobelin , Fiile de Jacques
Gobelin , Maiftre des Comptes,
& de Marie Bachaffon . Il eftoit Fre
rede N. Gaillard , Epoufe de Jean-
Baptifte Voifin , Seigneur de la Noraye
, Maistre des Comptes: Il laiffe
plufieus Enfans : entre autres Claude
Gaillard , Confeiller au Par
lement de la Cinquiéme des Enqueftes..
Meffire Louis Charreton , Sei
GALANT . 28t
gneur de la Douze , cy-devant A vocat
General aux Eaux & Forefts ,
morr fans alliance , âgé d'environ
cinquante-cinq ans . Il eftoit fils de
Louis Charreton , Seigneur de lå
Douze , mort Prefident aux Reque
ftes du Palais , & Doyen du Parlement
, & de Charlote de Godefroy .
Il avoit une Soeur N Charreton , qui
avoit époufé Male Boultz , Maiftre
des Requeſtes,
Pierre de la Chapelle ; Ecuyer ,
Seigneur de Pleix , Doyen des Profeffeurs
en Droit dans l'Univerfité
de Bourges , où il a profeffe pendant
55. ans , mort à Bourges âgé d'envis
ron foixante & douze ans . Il a efté
Maire de Bourges , & a un frete ,
Claude de la Chapelle , Chanoine ' ,
Chancelier , & Docteur en Theolo-
Aasta 1.
Janvier 1700.
282 MERCURE
gie , de la méme Univerfité , cy - devant
Official & Grand - Vitaire de
Ml'Archevelque de Bourges H
laiffe plufieurs enfans , entr'autres,
Jean de la Chapelle , Seigneur de S
Port , Receveur general des Finan
ces en la Generalité de la Rochelle,
l'un des Quarante de l'Academie :
Françoife . Mr de la Chapelle , Cha
noine & grand Archidiacre de Bout.
ges , N de la Chapelle , Epoufe der
François Margat , Seigneur de Buf.
fedes , Doyen des Confeillers du
Prefidial de Bourges , & N de la
Chapelle , Epoufe de Mr Gaffot ,
Seigneur de Boisfort , Avocat du
Rov au même Prefidial."
Mademoiselle Elifabeth de Per
rien de Ciénan , fille d'honneur de
la feue Reine , âgée d'environ 50%
ans Elle eftoit fille de Pierre Perrien
GALANT. 28 ;
Marquis de Crénan en Bretagne,
Grand Echanlon de France , & de
Marguerite de Beuil , fa premiere
femme , & petite fille de Maurice
Seigneur de Perrien , & d'Anne Ur.
voy de Crénan.
Meffire Jean de Cornelius , Che
valier de Saint Louis , moit àNeüil 'your
Saint Front, pres Auchy le Chateau
Il avoit quatre- vingt ans , & aetés
Lieutenant Colonel au Regiment
Dauphin.
Mademoiſelle le Porier de Blancmefnil
, fille & unique heritiere des
défunt René Petier , Seigneur de
Blanomefnil, Prierten la premie--
reChambredes Enquetes , Chefile:
la Maifon des Potier , fi connue par
quantité de fujets de merite qu'elle
nous a donnez dans les premiere s
Charges de l'Epée & de le Robe . E
Aalijs
284 MERCURE
eft morte fans alliance , laiffant une
fort grande fucceffion .
Il y a toujours eu des gens qui fe.
font diftinguez plus que d'autres:
dans les Arts & dans les Sciences.
Mr Petitor excelloit autrefois dans
les Portraits en émail ; il faifoit ceux.
du Roy qui le donnoient aux Ambaffadeurs
, & autres perfonnes de:
marque , que Sa Majesté vouloit en
gratifier. Il faut que la perfection
dans cet art foit bien difficile, à acquerir
, puifque dans un Royaume
auffi grand que celuy de Frauce , &
où les Arts fleuriffent avec autant de
fuccés , il ne s'eft trouvé que deuxi
perfonnes qui ayent réuffi dans cet
art depuis la mort de Mr Petitot , les
autres n'ayant ofé fe produire. Mr
Perraut qui avoit le premier donné
des Portraits d'émail au Public des
GALANT. 285
puis la mort de M Petitot , vient de
mourir Il auroit fans doute pouflé
l'émail encore plus loin qu'il n'a fait ,
par fon application continuelle à ce
travail , & par les connoiffances qu'il
y acqueroit tous les jours , failant
luy-même fon émail , & n'épargnant
ny foins ny peines pour tâcher à fe
perfectionner On a trouvé chez
luy quelques Portraits de miniature,
qui apparemment luy avoient eféi
donnez pour faire en émail. On en
a auffi trouvé quelques autres qu'on
ne connoift point ; & comme ces
Portraits peuvent luy avoir efté envoyez
par des perfonnes qui en feront-
en peine , il faut pour en avoir
des nouvelles s'adreffer où il demeu :
roit , rue du Chantre , ou chez M
Cornu , Sculpteur du Roy , Place
du Louvre .
286 MERCURE
Il ne reste plus que Me de Chitil
lon pour les Portraits en émail , Ieft
Graveur & Definateur du Roy &
de l'Académie des Sciences , & : cess
thlens outil réuffit parfaitement , luy:
ont fait, meriter un logement que
Sa Majesté luy a donné il y a déja !
plufieurs années dans la Galerie dur
Louvre. Iln'a travaillé en émail que
depuis ce temps- là , quoy qu'il cuft
il y a longtemps des lumieres tou
chant cet Art , qui dannoient fujet
de croire qu'il y réuffiroit. On ne
s'eft pas trompé , & il eft hors de
doute qu'un homme dont la prófeffion
a toujours efte de deffiner &
qui excelledansce talent , deitréuffir
mieux qu'un autre dans des ouvrages.
dont la correction du Deffein fair :
une des principales parties. Je fuis .
A Paris , ce 31. Janvier 1700.
TABLE.
P
Relude.
Lettre fur la Statue Equeftre du Roy. 6
Lotterie à Toulouse . IZ
Seconde Differtation fur la petrification
des excremens .
Ceremoniefaite à Maubeuge en Hainaut.
Lettre écrite de Mácon.
Lettre auxDames de Bordeaux.
Morts.
Canal nouveau:
Madrigaux.
26
44
63
77
ވ
95
· Differiotion touchant la maladie d'une
Fille qui a décru.
Opera Spirituel.
Lotterie a Paris . '
.
Penfions données par le Roy.
99
137
147
161
Nouvelle maniere de faire des Cachets,
Mariages.
164
165
TABLE.
Madriganx.
171
Avis à une Beauté.
175
Hiftoire.
180
Converfions.
196
198
209
213
Morts.
Lettre écrite de Chandernagor.
Hiftoire des Ifles Marianes.
Premiere fuite des Pieces d'Orgues dupremiertonde
Mr Marchand.
Choregraphie
Autre Article de Morts.
232 1
234
242
Entrée de Mrl' Ambaſſadeur de Savoye.
Article refervé.
Erreur.
Effais des motifs de la Reconnoiffance
253
263
263
Chreftienne. 264
Lettre Paftorale. 268
Gouvernement donnè.
270
Article des Enigmes. 272
Troifieme article des Morts 276
Les Jettons doivent regarder la page 163.
Bayerische
Staub Mothek
München
511
m
1700.1
Eur 511m
17001
Mercure
1
<36624505570019
<36624505570019
Bayer. Staatsbibliothek
Eur.
511
511m
.
17091
Mercure
F
<36624505570019
< 36624505570019
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1700 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant,
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DCC.
Avec Privilege du Roy.
AU LECTEUR.
Lya lieu decroire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure
, puis
que malgré les prieres réiteées
qu'on afaites d'écrire en
Caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité
Aij
AU LECTEUR .
dedefigurez , eftant impoffible
de de viner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
Avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires
, que l'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour, pourvû qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchißent le port..
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1700.
'AMOUR que les
Peuples ont pour le
Roy , eft fi profondément
gravé dans leurs coeurs,
que depuis qu'on a pofé la
Statue Equeftre de ce Prince
dans la Place que l'on appelle
A iij
6 MERCURE
aujourd'huy la Place de Louis
le Grand, il n'y a preſque point
de Ville en France , où l'on ne
fe foit empreffé à faire des
Inſcriptions pour mettre au
deffous de cette Staturë. En
voicy une de M' Pérille , Avo .
cat à Troyes , qui a efté extremement
approuvée.
Hoc ftabit Lodoix are perennior.
Vous ne ferez pas fachée de
voir fur cette matiere , ce qui
a efté écrit de Bordeaux.
GALANT:
7:
5
1
A MONSIEUR
****
Sa
, à I l'on devoir , Monfieur ,
la Statue Equeftre du Roy,
le grand Feu d'artifice , qui fut
tiré le jour qu'elle fut pofée ,
on ne luy doit pas moins ce
doux feu naturel , ce beau feu
de genie , qui naift des rayons
& des influences d'Apollon .
Vous jugez bien par ces expreffions
poëtiques , qu'il s'agit
de vers . En effet , les vers
conviennent aux Statuës . Il
faut que le langage foit fublime
, pour meriter d'eftre gra-
A iiij
8 MERCURE
vé fur ces glorieux Ouvrages ,
ces merveilles de l'Art , qui
veut le difputer à la Nature ,
Vivis certantia vultibus ara,
Auffi Stace compofa de compte
fait , cent fept vers pour la
Statue Equeftre de Domitien ,
&il nous apprend dans fa lettre
à Stella , que i Empereur vou
lut les voir . Sa veine poëtique
eftoit bien enflée , lorsqu'il en
coula en un jour ce grand
nombre de vers , qu'une Infcription
ne peut contenir.
Il nomme cette Statuë de
l'Empereur un Coloffe ,
Molesgeminata Coloffo ,
J
GALANT.
quoy que les Statues auguftes
fuffent propres aux Empereurs
, & que les Coloffales ne
fuffent que pour les Dieux , à
qui on donnoit une taille prodigieufe
, furpaffant celle des
hommes de plufieurs coudées.
Il fait venir encore à fon ſujet
les plus grands chevaux de la
Fable ; le Cheval de Troye ;
le Cheval Arion qui avoit efté
à Neptune , & qui fut enfuite à
Hercule , & enfin au Roy Adrafte
& le Cheval de Thrace,
Biftonius Sonipes , autrement le
Cheval de Mars : & cela pour
les faire paroistre de petits
8 MERCURE
vé fur ces glorieux Ouvrages ,
ces merveilles de l'Art , qui
veut le difputer à la Nature ,
Vivis certantia vultibus ara ,
Auffi Stace compofa de compte
fair , cent fept vers pour la
Statue Equeftre de Domitien,
&il nous apprend dans fa lettre
à Stella , que i Empereur vou
lut les voir . Sa veine poëtique
eftoit bien enflée , lorsqu'il en
coula en un jour ce grand
nombre de vers , qu'une Infcription
ne peut contenir.
Il nomme cette Statuë de
l'Empereur un Coloffe ,
Molesgeminata Coloffo ,
GALANT.
ל
quoy que les Statues auguftes
fuffent propres aux Empereurs
, & que les Coloffales ne
fuffent que pour les Dieux , à
quion donnoit une taille prodigieufe
, furpaffant celle des
hommes de plufieurs coudées .
Il fait venir encore à fon fujet
les plus grands chevaux de la
Fable ; le Cheval de Troye ;
le Cheval Arion qui avoit efté
à Neptune , & qui fut enſuite à
Hercule , & enfin au Roy Adrafte
& le Cheval de Thrace,
Biftonius Sonipes , autrement le
Cheval de Mars : & cela pour
les faire paroistre de petits
IO MERCURE
3
chevaux auprés du cheval de
la Statuë de Domirien. Je ne
fçay fi cette maffe pelant
deux cens foixante & douze
vers , n'eftoit pas pour l'égaler
à celle de fon Coloffe , & fi ce
furcroift de matiére n'accable
pas fon fujet plutoft que de
luy donner de l'éclat . Le mot
de Scaliger contre luy , eft
jufte ,fic ubi excellere conatus eft ,
excrevit in tumorem , lorfqu'il
s'efforce d'exceller , ce n'eft
qu'une groffe enflure. Les Mu
fes de Virgile font plus economes.
Cet illuftre Poëte
ayant une occafion de loüer
GALANT. II
Augufte , le fait en deux Vers.
que la Cour du Prince & le
Senat de Rome admirérent .
Nocte pluit tota , redeunt spectacula
manè ,
Divifum imperium cum fove
Cafar habet.
Jupiter inonde la nuit.
La pluye en eft continuelle ,
Et Cefar le jour embellit
Defpectacles qu'il renouvelle .
Commeje fuis Andinicultor
vatis , je me conforme avec
peu de vers à fon exemple.
Ainfi un feul Diftique Latin
fait fes honneurs à la Statue
Equeftre du Roy..
12 MERCURE
Pro Equestri Statuâ.
Effigies regis regina spector in
Urbe ,
Are gerens Magni Lodoicifortia
facta.
En voicy l'explication .
Statue augufte, effort de mains
babiles ,
F'attire les regards de la Reine des
Villes
,
Etpour rendre immortel le grand
Nom de LOUIS ,
Mon Bronze s'eft chargé de fes
fairs inouis.
Je fuis toûjours , & c .
La Ville de Toulouſe a imi
té celle de Lyon pour le foulaGALANT.
13
gement de fes Pauvres . Je
vous envoye ce qu'elle a fait
publier touchant une Loterie
que le Roy luy a permis de
faire en leur faveur.
Les Directeurs de l'Hôpi
tal General de Toulouſe ayant
tres humblement fupplié le
Roy d'accorder la permiffion
de faire une Lotterie qui puiffe
procurer à l'Hôpital de cette
Ville quelque fecours dans fes
preffans befoins , il a plû à Sa
M.de la permettre , par les ordres
du 11. Novembre 1699.
Elle fera de vingt mille
Louis en efpece , dont il fera
"
1
14 MERCURE
levé quinze pour cent fur les
quatre premiers Lots , & dix
pour cent fur tous les autres
Lots , pour ce revenant bon
eftre employé à la ſubſiſtance
des Pauvres.
Premierement , pour remplir
ledit compte de vingt
mille Louis , on fera vinge
mille billets d'un Louis en
efpece chacun , dont quatre
cens feront bons Lots , & les
dix-neuf mille fix cens reftans.
feront de nulle valeur.
II. Ceux qui voudront met
tre à cette Lotterie , s'adreffe .
ront à l'un des trois Directeurs
GALANT:
15
;
dudit Hôpital icy nommez
fçavoir , les Sieurs du Confeil ,
Charlary & Delvolvé, anciens
Capitouls ; lefquels auront
chacun un livre chiffré & paraphé
par M' le Premier Prefident
, & par le plus ancien des
Directeurs , pour y écrire les
noms de ceux de qui ils recevront
de l'argent , & le nombre
des billets fuivant leur
numero,
III. Les trois Directeurs
mettront tous les huit jours
l'argent qu'ils auront reçu
dans un coffre , qui fera dans
les Archives de l'Hôpital , &
16 MERCURE
ils en auront chacun une
clef.
IV. On coupera vingt mille
petits carrez de papier d'une
même grandeur , fur lesquels
on écrira le nom & les numeros
de ceux qui auront donné
leur argent , ils feront enfuite
roulez , colez & mis dans une
boëte , que l'on remuëra plufieurs
fois , pour les bien mêler.
V. On coupera autres vingt
mille petits carrez de papier
auffi d'une même grandeur ,
defquels il y en aura dix- neuf
milie fix cens de blancs de nul,
GALANT: 17
le valeur , & quatre cens de
bons où feront écrits les Lots
fuivant la divifion cy- aprés ,
ils feront tous roulez , colez ,
& mis dans une autre boete ,
que l'on remuera plufieurs
fois.
VI. La Loterie fera tirée à
la fin du mois d'Avril , fi plutoft
elle n'eft remplie , dans le
Bureau de l'Hôpital , en prefence
de M' le Premier Prefi
dent , de M's le Doyen du Parlement
, & Doyen des Confeillers
Clercs , de Mles Gens
du Roy , de M' les Maire &
Capitouls , de tous les Direc-
Fanvier 1700.
B
18 MERCURE
teurs , & des Intereſſez qui
voudront s'y trouver.
VII. On prendra le nom
de douze enfans , dont deux
choifis au fort , tireront les
billets des deux boëtes , par
l'ouverture , qui fera de la
grandeur à y pouvoir paffer
feulement la main.
VIII. Ces deux enfans ti
reront en même temps un billet
de chaque boëte , & ils les
donneront aux deux perfonnes
qui auront efté commifes
pour les ouvrir.
IX. Celuy qui aura reçu le
billet de la premiere boëte
GALANT 19
ES
prononcera à haute voix le
numero , & les noms qui y
feront écrits , celuy qui aura
x ouvert le billet de la feconde
boëte prononcera , blanc , s'il
eft blanc , & le montrera
à
l'Affemblée; fi au contraire il
eft noir , il dira , bon pourtant
de Louis , & le montrera à
l'Affemblée
; le tout fera en
1. même temps écrit fur le Regiftre.
X. Comme cette Loterie
ne pourra eftre tirée qu'en
plufieurs féances , à la fin de
chacune on fermera & fcellera
de cinq differens cachets
Bij
20 MERCURE
les deux boëtes , & on les mettra
aux Archives dans un cof:
fre fous cinq clefs , qui feront
entre les mains de M' le Premier
Prefident , de M le
Doyen du Parlement , de M
le Procureur General , de
Mrs les Maire & Capitouls , &
des Directeurs. On publiera
à haute voix le jour que l'on
aura choisi pour continuer , &
à chaque féance on tirera au
fort deux enfans fur le même
nombre de douze , & on remuëra
les boëtes.
XI. Tous les billets eftant
tirez, on payera inceffamment
GALANT : 21
à chacun les lors qui leur fe
ront échus , en retenant les
quinze pour cent fur chacun
des quatre premiers lots , &
dix fur chacun des autres , en
faveur des Pauvres , fans que
le furplus puiffe eftre laifi ny
arrefté.
XII. On fera imprimer les
noms & le numero des Lots &
bons billets , pour informer le
Public de ceux aufquels ils fe
ront échus , & il a efté refolu
qu'aucun des Directeurs dudic
Hôpital ne pourra mettre à
ladite Loterie .
XIII. Les Lots font divi22
MERCURE
fez en la maniere fuivante .
I Et gros Lot de trois mille
louis.
1 De deux mille louis.
■ De quinze cens louis .
1 De mille louis.
2 De deux cens cinquante
louis chacun.
2 De cent cinquante louis
chacun .
4
De cent louis chacun.
8 De cinquante louis cha-
10 De trente - deux louis
chacun.
120 De trente louis chacun .
240 De vingt cinq louis
chacun .
GALANT.
23
De cent cinquante louis
pour le premier billet tiré
blanc .
1 De cent cinquante louis
pour le dernier billet tiréblanc
I De cent cinquante louis
pour le billet blanc qui prece
dera le gros Lot .
1. De cent cinquante louis
pour le billet blanc qui fuivra
le gros Lot.
i Decent louis pour le billet
blanc qui precedera le fecond
Lot.
1 De cent louis pour le billet
blanc qui fuivra le ſecond
Lot.
2A MERCURE
1 De foixante louis pour le
billet blanc qui precedera le
troifiéme Lot.
1. De foixante louis pour le
billet blanc qui fuivra le troifiéme
Lot .
I De trente louis pour le
billet blanc qui precedera le
quatriéme Lot .
De trente louis qui fuid
ura le quatriéme Lot.
Failant quatre cens bons
Lots , qui montent à vingt
mille louis.
Pour la commodité du Pu
blic , les Sieurs Directeurs ont
nommez pour leurs Receveurs
:
GALANT: 25
A Paris , M' Eftienne Luc
'de Meuves , Banquier , au cul
de fac de la rue des Bourdon.
nois.
A Lyon , Mrs Colomés ,
Oncle & Neveu , Banquiers.
A Bayonne , Mrs Colomés ,
Oncle & Neveu , Banquiers
.
A Bordeaux , Eftienne Luc
Mercier , Banquier , ruë Rouf
felle .
L'on commencera à rece
voir dés le 15. Decembre courant.
Le Traité que vous allez
lire eft de M' Dumont , Chi-
Janvier 1700.
C
26 MERCURE
rurgien Juré à Auch Vous le
trouverez rempli de chofes
fort particulieres
.
IL DISSERTATION
fur la petrification des Excremens,
corrigée
L
augmentée.
"Avanture du Maitre .
d'Hotel de M'de Cara
>
man , qui a rendu par le fondement
pendant quinze
jours , deux cens foixante &
quinze pierres de la groffeur
d'un oeuf de poule ou de pigeon
, de differentes couleurs ,
unies comme des glaces , def-
2
GALANT.
27
quelles il fort du feu comme
des pierres à fufil , eſt
un prodige des plus furprenans
. On ne peut cependant
douter de la verité de ce Phenomene
, puiſqu'il eſt´arrivé
à peu prés un pareil cas à
une femme de ce Pays,fujette
à la colique , & attaquée de la
dyfenterie. Voicy le fait .
Elle jetta par le fondement
une vingtaine de pierres jaunes
de la groffeur d'une noix .
Il y a lieu de croire qu'elles
eftoient defcenduës de la vef
fie du fiel , par le meat cholidoque
dans les boyaux , &
Cij
28 MERCURE
qu'elles s'étoient nichées dans
les cellules du colon , eftant
devenues plus groffes qu'elles
n'eftoient dans le lieu de leur
origine , par les matieres tarta
reules qui s'y eftoient jointes ,
eftant tres vray - femblable
qu'elles avoient efté formées
dans la veffie du fiel , non feulement
par la colique qu'elles
caufoient à la malade , mais
par leur couleur jaune.
11 y a une Dame du cofté
de Montpellier , qui en jetta
auffi il y a fept ou huit ans
plus de cent quarante par le
fondement , pendant deux ou
GALANT
. 29
trois mois qu'elle fut travaillée
de la colique.
Un homme de qualité de la
Ville d'Auch , rendit par fa
bouche , il y a quatorze ou
quinze ans , une pierre grifa
tre par deffus , & d'un rouge
marbré au dedans , de la groffeur
d'un oeuf de pigeon , de figure
triangulaire , aprés avoir
efté travaillé pendant quatre
ou cinq ans de la colique ,
avec un vomiffement periodi
que. Ce qu'il y a de remarquable
,c'eft que les huit derniers
mois il vomiffoit regulierement
un quart d'heure aprés
C iij
28 MERCURE
qu'elles s'étoient nichées dans
les cellules du colon , eftant
devenues plus groffes qu'elles
n'eftoient dans le lieu de leur
origine , par les matieres tarta
reules qui s'y eftoient jointes ,
eftant tres vray - femblable
qu'elles avoient efté formées
dans la veffie du fiel , non feulement
par la colique qu'elles
caufoient à la malade , mais
par leur couleur jaune,
Il y a une Dame du cofté
de Montpellier , qui en jetta
auffi il y a fept ou huit ans
plus de cent quarante par le
fondement , pendant deux ou
GALANT. 29
trois mois qu'elle fut travaillée
de la colique .
Un homme de qualité de la
Ville d'Auch , rendit
rendit par fa
bouche , il y a quatorze ou
quinze ans , une pierre grifa
tre par deffus , & d'un rouge
marbré au dedans , de la groffeur
d'un oeuf de pigeon , de figure
triangulaire , aprés avoir
efté travaillé pendant quatre
ou cinq ans de la colique ,
avec un vomiffement periodi
que. Ce qu'il y a de remarquable
, c'eft que les huit derniers
mois il vomiffoit regulierement
un quart d'heure aprés
C iij
30 MERCURE
de
qu'il avoit mangé ; & lorfque
cette pierre eftoit dans le fond
du ventricule , & les pointes
triangulaires tournées vers le
pilore & les membranes
l'eftomach , il s'en enſuivoit
une douleur fi aiguë , que fon
ventre devenoit tout- à coup
d'une prodigieufe grandeur.
Ce fymptôme difparoiffoit
demi-heure aprés ; depuis ce
temps- là il n'a eu aucune at ,
teinte de fon mal.
J'ay trouvé dans la veffie du
fiel une centaine de pierres
jaunes de la groffeur d'une
noifette , rempliffant toute ſa
GALANT.
31
.
cavité , l'ayant même dilatée
confiderablement , au de là de
fa dimenfion naturelle , caufant
par les grandes diftentions
qu'elles y faifoient une
auffi grande douleur que la
nephrotique , eftant engagées
dans le meat cholidoque , lefquelles
fermoient le paffage à
la bile , qui couloit du canal
hepatique , ce qui produifit
des ulceres dans le foye , la
jauniffe & le maraſme.
J'ay trouvé auffi trois petits
os blancs , folides & pointus ,
fur la fuperficie extérieure du
cerveau , ayans efté faits de la
C iiij
32 MERCURE
matiére qui nourrit les os
qui eft plus compacte & plus
terrée que celle qui nourric
les membranes & les chairs
dont le tranſport en fut une
fuite funefte , puifque la mort
furprit la malade dans un paroxiíme
de délire.
Il faut
avouer que la generation
& production
de ces os
paroift
auffi
particuliere
, que
le
Phenomene
en queſtion .
L'on peut donc
voir par là
combien
la nature
eft admirable
dans fes
productions
extraordinaires
, & on a déja vû
affez de prodiges
, pour croire
GALANT.
33
qu'il y en peut arriver de plus
furprenans , que tout ce qu'on
peut imaginer. Tous ces étranges
dereglemens de la nature
ne font rien , eu égard à ce
qu'elle produit aujourd'huy.
Il y auroit lieu de foupçon .
ner que les deux cens foixante
& quinze pierres que le
Maiftre d'Hoftel de M' de Caraman
a jettées par le fondement
, avoient efté formées
dans la veffie du fiel , fi elles
n'eftoient pas d'une forme &
d'une grandeur tout à fait
furprenante , & felon moy ,
elles ont efté engendrées dans
34 MERCURE
f
les boyaux , s'eftant nichées
dans les cellules du colon , &
y eftant devenues plus groffes
qu'elles n'eftoient à leur naif
fance , par les matieres tartareuſes
qui s'y cftoient jointes.
On ne peut donc attribuer la
generation de tant de pierres ,
foit dans les boyaux , foit all .
leurs , qu'à des matieres acides
, falines , & terreftres , qui
ont des angles & des pores qui
fe joignent facilement enfemble
, & par leur étroite union
forment ces corps durs & ſolides.
Cet accouchement pierGALANT.
35
reux inopiné eft arrivé , parce
& que ces pierres eftant unies ;
spolies & ufées , ne tenant que
tres peu dans les cellules du
colon, elles ont efté détachées
5 par l'infufion des cloportes ,
ว car l'accroiffement de tant de
pierres ne le faifoit pas fans
que ce gros inteftin en reçuſt
-de l'alteration en fe relâchant ,
& en s'affoibliſſant à meſure
qu'elles augmentoient . Ce
fyfteme dans lequel je me renferme
, me forme quelque
idée , pour prouver que pour
la generation de tant de pierres
de differentes couleuts ,
26 MERCURE
l'eftomach , le foye , la veffie
du fiel , le canal hepatique &
pancreatique , fourniffent aux
inteftins grefles & gros , une
matiere acide , faline & terref.
tre , qui en fe condenfant au
milieu des excremens , forme
un corps pierreux. Quoy que
les principes effentiels de ces
corps étrangers , en quoy confifte
la femence petrifique ,
foient dans les matieres fecales
, elle a befoin d'un levain
qui excite & faffe germer la femence
, ainfi qu'aux autres generations.
C'est donc un ferment
vicieux qui s'engendre
GALANT. 37
X
dans les excremens , qui réveille
& arrefte les principes
de petrification , lefquels s'u
niffant intimement forment
la pierre .
L'experience nous apprend
qu'elles peuvent fe former
dans les corps des animaux
comme dans les entrailles de
la terre , eftant differemment
modifiées felon la nature , la
quantité & l'arrangement des
matieres qui les produifent,
L'idée qu'on peut avoir enco❤ ,
re pour la generation de tant
de pierres , ne peut eftre qu'un.
fuc qui fe petrifie , joint à un
2, R
38 MERCURE
certain efprit petrifiant , naturel
à ce fuc , c'est à dire , une
matiere terreftre me flée à une
certaine portion de fel .
Nous prenons ce fuc , qui
fe trouve par tout dans la terre
, avec les alimens que nous
mangeons , fi la coction , ou
l'excretion ne s'en fait pas
bien , tant par la foibleffe des
levains & des fermens qui
font dans l'eftomach , que
par la trop grande quantité
qui s'en trouve dans les alimens
. Ce fuc paffant des inteftins
grefles dans les gros
avec les matieres, groffieres ,
GALANT. 39
S
devient la matiere du calcul ,
& prend petit à petit la figure
d'un fable meflé avec des glaires
, pour fervir de baze & de
fondement à la pierre ; & fi
les cellules du colon font flêtries
ou relâchées , & d'un
fentiment groffier , obfcur &
foible, le fable qui s'y engendre
,y demeure jufqu'à ce que
plufieurs molecules de ce fable
s'uniffant enſemble , forment
la pierre , & les parties
tartareuſes mal mélangées avec
les glaireuſes , reftent dans
legros inteftin , où eftant elles
le
convertiffent en pierre par
40 MERCURE
la liaifon qu'elles font de ce
qu'elles contiennent de ſalin
& de terreftre , & par la difpo
fition qu'elles ont à fe coaguler
; & ainfi par le furcroift
d'une nouvelle matiere ,
les pierres groffiffent infenfiblement
, de même que nous
voyons que les petits grains ,
de fable proche des Rivieres
fe forment en petites pierres ;
fucceffion
qui groffiffent par
de temps , & de là s'engen .
drent de groffes pierres.
Il y a dans les cellules du
colon , comme dans le baffin
des reins & dans la veffie , un
}
GALANT. 41
efprit acide & volatile , lequel
fe meflant avec une ſubſtance
huileufe , faline & tartareuſe ,
il fe fait une fermentation &
effervefcence contre nature ,
enfuite une coagulation , parce
que cet efprit acide & volatile
s'embaraffe dans les petits
rameaux de la mati re huis
leufe , & penetrant fort avant
5 dans les pores du tartre qui ſe
trouve dans ce gros inteftin ,
il s'en forme du fable par fon
mélange avec la matiere tartareuſe
, à peu prés de mème
qu'il s'en fait dans la pierre de
Bezoard, qui eft toujours faite
Janvier 1700 .
D
42 MERCURE
de plufieurs couches de ma
tiere les unes fur les autres .
Il eft abfolument neceffaire
pour la generation dela pierre,
qu'il y ait deux fortes de matieres
, l'une faline & terrcftre
, & l'autre un efprit acide
volatile & penetrant , pour fai
re par leur union & par leur
mélange un corps dur , folide
& compacte ; c'est pourquoy
il ne fe fait point de petrifica
tion fans un efprit acide & falin.
Cependant il n'y a point
de partie dans noftre corps où
il ne fe puiffe engendrer des
pierres , de forte qu'elles n'ont
GALANT . 43
C
1
3
point de lieux ny de matrices
particulierement deftinées à
leur generation.
Mais revenant à l'avanture
du Maitre d'Hoſtel de M' de
Caraman , il eft conftant que
ce cas eſt tres- extraordinaire ,
tant par la forme , groffeur &
nombre des pierres qu'il a jettées,
que par la varieté de leurs
couleurs; ce qui provient,tant
1 de la diverfe détermination
de lumiere , caufée par la differente
modification des parties
, que du mouvement de
l'air, & de la collifion & entrechoquement
de quelques par
Dij
44 MERCURE
ties ignées , dont ces pierres
font impregnées ; lesquelles
enfin par leur frotement continuel
deviennent polies &
unies.
&
On a reçu depuis peu une
nouvelle Abbeffe à Maubeuge
en Hainaut. La Lettre que
je vous envoyé vous apprendra
les circonftances de cette
reception.
A MADAME DE.. :::
JE
E ne fçay , Madame , fi vous
lirez avec autant de plaifir
le détail que vous m'avez de
GALANT:
45
{
•
10
:
mandé , de ce qui s'eft paffé
icy , à la reception de la nouyelle
Abbeffe , dont j'ay déjà
eu l'honneur de vous parler ,
que je m'en fais de vous l'envoyer
; mais je fçay bien que
la nouveauté des chofes que
vous y trouverez , doit en quel
que forte fatisfaire vostre curiofité
, puifque toutes les autres
receptions qui ont precedé
celle - cy , n'en ont jamais
approché. Je ne m'arreſteray
point à vous parler de l'établiffement
de l'illuftre Chapi .
tre de Maubeuge , fonde' depuis
douze cens ans , par une
46 MERCURE
Comteffe de Haynault , & je
croy que vous en fçaurez af
fez , fije vous dis qu'il eft com
pofé , de quarante Demoifelles
, toutes d'une extraction
tres - noble & tres -ancienne ,
dont il faut neceffairement
faire preuve pour y pouvoir
entrer qu'elles ont à leur
tefte une Abbeffe & quatre
Aînées , ou Anciennes , qui
gouvernent , & que lors que le
Siege devient vacant , elles ne
peuvent s'affembler , que par
un ordre du Roy , qui nommé
des Commiffaires pour eftre
prefens à l'élection qu'elles
GALANT.
47
font de trois d'entre elles , &
qu'elles luy prefentent enſuite
pour en nommer une Abbeffe.
Toutes ces formalitez
s'eftant obfervées quelque
temps aprés la mort de la
dérniere , Sa Majesté nomma
Mademoiſelle de Noyelle
premiere Aînée . Son choix a
paru d'autant plus jufte que le
plus grand nombre de voix
avoit efté pour elle , qu'il ne
luy manque aucune des qualitez
neceffaires pour remplir
dignement cette éminente
place , & que plufieurs de fa
Famille l'ont déja occupée ,
48 MERCURED
non-feulement dans ce Cha
pitre , mais encore dans les
autres qui font dans les Pays
bas. Le jour eftant pris pour
fa reception & pour fon en
trée dans cette Ville dont elle
porte le nom , toute la Bour
geoifie , pour luy marquer fa
joye , s'eftant préparée à luy
faire tous les honneurs poffibles
, elle en fortit le Dimanche
quinziéme de Novembre,
dans un Caroffe artelé de fix
chevaux , fuivi d'un autre ,
precedée de tous les Officiers
de fon Chapitre , eſcortée par
une Compagnie de Bourgeois
GALANT.
49
geois métamorphofez en Huffars
, leftement équipez ; d'u
ne autre Compagnie de Bourgeois
Grenadiers , tres - belle ;
d'une troupe de Sauvages ,
affez plaifamment déguiſez
& du reste de la Bourgeoifie
armée. Elle fut ainfi conduite
au fon des Trompettes
, des
Tambours , & des Hautbois ,'
àune Abbaye de Benedictins
présde cetteVille , où elle trouva
tous les Habitans du lieu
fous les armes . Elle y coucha,
gardée par la Compagnie des
Grenadiers , dont je viens de
vous parler. Le lendemain
Fanvier 1700.
E
50. MERCURE
Lundy , l'Abbé donna un
grand repas , où plufieurs
perfonnes de confideration
fe trouverent, & on y but la
fanté de Madame l'Abbeffe ,
au bruit de plufieurs décharges
de Boëtes & de Mouſque-,
terie. Ce même jour devant
eftre celuy de fon entrée , M
de la Mothe , Lieutenant de
Roy& Commandant de cette
Place , alla au devant d'elle
avec une partie des Officiers,
de la Garnifon , aprés avoir
ordonné de faire prendre les,
armes à toute l'Infanterie, à la
Cavalerie de monter à cheval,
GALANT.
ད་
& de fortir hors la Ville pour
la recevoir. Ses ordres ayant
eſté executez , & tout s'eſtant
joint , la marche commença
par une troupe de Cavalerie,
fuivie de la Compagnie des
Huffars , avec deux Trompettes
à leur refte , & de celle des
- Grenadiers avec quatre Hautbois
. Tout cela marchant en
bon ordre fut fuivi d'un Caroffe
, où eftoient les Femmes
de la fuite de Madame l'Abbeffe
. Celuy de M ' le Marquis
de Bernieres , Intendant de la
Province , marchoir aprés ,
rempli d'Officiers de la Gar-
E ij
52 MERCURE
1
nifon , & enfuite paroiffoit le
Caroffe du corps , environné
de douze Gardes à pied , où
eftoitMadame l'Abbeffe avec
trois Chanoineffes fes Parentes
. On voyoit enſuite la troupe
de Sauvages , fuivie de tou .
tes les Compagnies Bourgeoi
fes , avec plufieurs Hautbois ,
& le refte de la Cavalerie fermoit
la marche . Elle entra
ainfi dans la Ville à quatre
heures aprés midy , au bruit
de plufieurs falves de Canon
& de Moufqueterie , & trouva
depuis le premier Pont jufqu'à
la porte de la Maifon de M
GALANT . 53
12.
l'Intendant , où elle alla def
cendre, une double haye d'Infanterie
, avec tous les Officiers
à leurs poftes . Elle paffa
fous plufieurs Arcs de triomphe
de verdure , qu'on avoit
dreffez dans toutes les rues ,
avec beaucoup d'Infcriptions
à fon honneur. Sa marche fut
interrompue en quelques endroits
de la Ville par des Filles
qui venoient luy réciter des
Vers . Enfin elle arriva chez
Mile Marquis de Bernieres , où
elle mit pied à terre , pour y
foger , eftant neceffaire qu'el
le couchaft hors du Chapitre
E iij
54 MERCURE
cette nuit là , & peu de temps
aprés elle y receut les compli
mens de Mrs les Magiftrats ,
avc le prefent de Ville ordinaire.
Madame la Marquife
de Bernieres , qui n'oublie rien
de tout ce qui peut faire par
faitement les honneurs de fa
Maifon , avoit engagé une petite
Societé de perfonnes qui
aiment la Mufique , à s'affembler
chez elle , pour y faire un
concert de voix & d'Inftru .
mens qui dura une heure &
demie , aprés lequel on fervit
un magnifique foupé fur deux
tables differentes , où mange
Л
"
GALANT.
55
rent quarante perfonnes , au
bruit de plufieurs Flûtes douces
merveilleufes. Quelque
temps aprés la fortie de table,
Madame l'Abbeffe fe retira
dans l'appartement qu'on luy
avoit deftiné , jufqu'au lendemain
dix heures , qu'elle monta
en Caroffe en habit de
Chanoineffe , dont le principal
ornement confiſte en un man.
teau de drap noir , pliffé & attaché
fur le derriere des épaules,
avec une queue trainante,
dont tout le tour eft bordé
d'hermines , à l'Abbeffe feulement.
Elle mit pied à terre à
E iiij
56 MERCURE
la moitié du chemin de fon
Eglife , d'où les Dames Chanoineffes
eftoient forties proceffionnellement
avec les
Chanoines , leurs Chapelains ,
pour venir au devant d'elle ,
& fe trouver à l'endroit où elle
venoit de defcendre de Ca.
roffe Aprés luy avoir fait compliment
, elles la conduifirent
à l'Eglife , au fon des Trompettes
, des Tambours & des
Hautbois , M de la Mothe
luy donnant la main. Elle entra
dans le Choeur , où elle
fe mit à genoux vis - à - vis du
Maiftre Autel, fur un Priedieu
*
GALANT.
$ 7
couvert d'un tapis de velours
cramoifi , avec un carreau de
même pour entendre la мeffe,
qui fut celebrée par un Abbé,
revetu de fes habits Pontificaux
, & chantée par la Mufi ,
que. Enfuite apres avoir juré
fur les Evangiles d'obferver
les anciennes Coutumes du
Chapitre , & de nerien inno.
ver, la plus ancienne des Cha
noineſſes luy donnal a Croffe
& alla la mettre en poffeffio
de fa place , où elle refta pendant
le Te Deum , chanté par
la Mufique , au bruit du Ca
non & de la Moufqueterie
$8 MERCURE
•
Lors qu'il fut finy , les Chanoineffes
conduffirent leur
Abbeffe à la vieille Eglife , qui
refte encore du temps de Sainte
Aldegonde , leur Fondatrice
, où elles fembrafferent
toutes en luy promettant
honneur & respect , & de là
à fa Maifon Abbatiale , oùl'on
fervit à dîner fur quatre tables,
de vingt couverts chacune ,
vec toute la magnificence
Foffible M & Madame l'Intendante
, M' & Madame la
Lieutenante de Roy , & d'au-
Tres Perfonnes de marque de
La Ville , s'y trouverent. Le
GALANT. 19
repas finy , pendant lequel il y
eut un concert de plufieurs
Inftrumens , les Chanoineffes
fe rendirent à leur Eglife ,
pour y chanter Vefpres , &
enfuire à leurs Toilettes , où
aprés s'eftre parées , elles retournerent
toutes chez Madame
l'Abbeffe , qui felon
l'ancien ufage , eft obligée le
jour de la reception , de leur
donner un grand Bal aprés le
foupé Il ne fe paffa pas grande
chofe dans cette belle Affem .
blée jufqu'à huit heures & demie
, qu'on fervit les mêmes
tables du matin, avec la même
60 MERCURE
magnificence. A dix heures ,
toutes les Dames ferendirent
dans une grande Salle , trésilluminée,
où elles firent ,pour
commencer le Bal , un des
plus agreables fpectacles que .
l'on puiffe voir. Cecy , Madaîne
, ne doit pas vous étonner,
puis que ce Chapitre eft nonfeulement
le plus illuftre & le
plus confiderable que nous
connoiflions , par fa nobleffe
& par fon ancienneté , mais
encore par le grand nombre
de jeunes perfonnes , belles &
bien faites qui le compofent .
Je n'aurois jamais fait , fi je
GALANT. 61
voulois vous parler de toutes
vous nommer celles qui parurent
avec le plus d'éclat . Cependant
je ne fçaurois m'empêcher
de vous dire , que mademoiſelle
d'Hamal s'y fit
beaucoup remarquer par fon
grand air & par les graces qui
fe trouvant toujours en foule
autour d'elle , femblent vouloir
encore y paroiftre en plus
grand nombre lors qu'elle
danfe. Je crois , Madame , r
vous pas faire un mediocre.
plaifir , en vous apprenant le
nom d'une auffi aimable perfonne
, qui a fceu trouver le
ne
62
MERCURE
fecret de joindre à une grande
jeuneffe toutes les autres perfections.
Aprés le Bal , qui du .
ra jufques à deux heures , les
Dames furent conduites chez
elles , & plufieurs Cavaliers
fortirent de cet endroit avec
bien moins de tranquillité ,
qu'ils n'y eftoient entrez, Le
lendemain Mercredy , elles
fe rendirent toutes aprés midy
à la Maiſon des Jefuites , où il
fur chanté par de jeunes gens,
une petite Paftorale à la loüange
de Madame l'Abbeſſe , &
ce fut par où finirent les marde
réjouiflance ques que tout
GALANT. 63
+
le monde s'eft empreffe de faire
paroistre pour l'élevation
de cette Dame , dont le me,
rite eft infini , & à laquelle on
ne (çauroit refuſer beaucoup
l'eftime , & la veneration.
Jefuis voftre , &c .
L.C.M. Men
vid
Je vous fais part d'une Lettre
écrite de Mâcon , à M' B ****
qui avoit envoyé des Devifes
à l'Auteur de cette Lettre.
ms buirs old
A Mâcon , le 23. Decembre 1699.
V
Ous m'avez mis dans le
gouft des Deviles, Mon64
MERCURE
fieur , par les charmantes
productions de cette efpéce
, que vous venez tout
nouvellement
de m'envoyer ,
& mon efprit , né pour l'imi
tation , veur à toute force
devenir le Copiſte du voſtre.
Je viens donc de faire une Devife
, pour vous témoigner ma
reconnoiffance fur les nou.
veaux foins que veut fe don .
ner pour moy voftre infatiga
ble amitié . N'attendez pas de
voir quelque chofe qui répon
de à la fublimité
de vos pen .
fées ; je me fais juftice , & je
n'y puis atteindre. D'ailleurs ,
GALANT. 65.
mon objet a beaucoup moins
. de nobleffe , & il ne feroit pas
raifonnable que les dilgraces
fuffent peintes avec des couleurs
auffi brillantes que la
e bonne fortune.
I
1
2. Si je m'eftois rencontré
. dans une Ville , où l'on euft à
a fa difpofition des Coypels , &
des Corneilles , dont la fçavante
main pult répondre
dans l'execution au feu de la
penſée , je vous aurois envoyé
pour vos étreines de l'année
nouvelle , une feüille du plus
beau velin , dans laquelle j'au
rois fait deffiner un riche car-
Janvier 1700.
F
&
66 MERCURE
-
touche bien doré , foûtenu
d'un cofté par Apollon & de
l'autre par Bacchus , orné par
le haut & par le bas , de maf
ques , de Satyres , & de Silénes.
Dans le rond du milieu ,
j'aurois fait reprefenter avec
du paſtel ou de la fanguine ,
les ruines d'un magnifique
Palais , dont toute l'Architec
rure eft bouleversée , & dont
les colomnes brifées par mor.
ceaux , font voir fur la terre
leurs chapiteaux confondus
avec leurs bafes Il n'y auroit
rien paru d'entier , qu'un vieux
mur tapiffé de lierre, ouvert de
GALANT 67
1- routes parts , & menaçant une
ruine prochaine , qu'il n'auroit
point évitée , s'il n'avoit butté
contre un arc . boutant maflif
& folide , par l'appuy duquel
il auroit efté facile de voit
qu'il euft encore fubfifté . C'elt
la le corps de la Devife , à laquelle
aurois fait ajoûterpour
ame , cès deux mots qui font la
fin & le commencement d'au
tant de vers fapphiques ,
Fulcit.
Irreparabilem
Puifque nous n'avons point
icy d'habile Deffinateur , vous
vous contentercz , s'il vous
Fij
68 MERCURE
plaiſt, de ma deſcription.L'explication
que je vais vous en
donner ne vous concerne pas .
Je fçay que vous avez une penetration
à laquelle rien ne
peut échaper ; mais vous pour
riez faire part de cette Lettre
à des efprits moins penetrans ,
aufquels il eft bon de faire fça
voir , que par les débris de cet
augufte Palais , j'entens reprefenter
la Maiſon de la feuë
Reine , noftre commune Maî .
treffe , dont la mort prématu
rée a renversé tout l'édifice ,
Les colomnes brifées , font les
Richelieux , les Bethunes , les
GALANT. 69
la Vieuville , les Hauteforts ,
les Villacerfs , dont il ne refte
plus que de grands noms.
. Pour moy , quoy qu'indigne
e de figurer avec tant d'illuftres
Perlonnages , je prens la liber
eté de me prefenter fur la Sce-
, ne , fous la figure de ce vieux
mur tapiffé de lierre , qui eft
encore debout , mais qui me,
nace ruine de toutes parts.
Chacun fçait que le Lierre
eftoit une plante confacrée au
Dieu des Vers , & noftre Horace
, parce qu'il en portoit
une Couronne , ofoit bien s'egaler
aux Dieux immortels.
10 MERCURE
C'eftoit faire fon Apotheofe
à bon marché :
•
Me doctarum Ederæ præmia
frontium
Dis mifcent fuperis.
Cet Arbuſte n'appartenoir
pas moins à Bacchus qu'à Apollon
, & ces deux Divinitez
amies entroient en focieté de
cette poffeffion , comme de
beaucoup d'autres choſes . Le
même Horace nous en fourniť
la preuve , lorfqu'invitant fa
Maîtreffe à faire la debauche
avec luy , il l'affure , pour la
perfuader, qu'il a dans fon jar .
din quantité d'Apy , & de
A
GALANT. 71
Lierre , propres à faire des
Couronnes .
Eft in horto
Phylli , nectendis Apium coronis,
Eft Edera vis
Multa, qua comas religata nites.
Si je voulois icy affecter
: quelque érudition , je pourrois
vous dire aprés Pline , que les
Anciens avoient coutume ,
quand ils vouloient faire la
débauche, de fe garnir la teſte
de ces herbes fortes , parce
qu'ils eftimoient que l'odeur
qui en exhaloit , combattoit
les vapeur du vin , & en affoi .
bliffoit l'action ; mais ce le72
MERCURE
3
roit de l'érudition mal placée ,
& je renouvellerois l'hiftoire
de ce Peintre qui mettoit un a
Cyprés dans tous fes Tai
bleaux , parce qu'il réuffiffoic
à bien peindre cet arbre. Re
venons donc à noftre Devile ,
& trouvez bon que je vous
dife , que je puis bien m'ap-.
pliquer allegoriquement l'or .
nement du Lierre , également
confacré au Dieu des Vers &
à celuy de la joye , puis que ,
graces à mon Etoile , je fuis
homme levant & couchant ,
de l'une & l'autre de ces deuxi
Divinitez . La caducité du mur
elt
A
།
GALANT. 73
eft le fimbole de ma mauvaiſe
fortune , que je crois irreparable
, comme je l'explique par
le mot de la Deviſe , puis que
les foins que vous vous eltes
donnez de faire quelque cho,
fe
pour moy, ont toujours efté
infructueux , par une fatalité
- qui me perfecute, & qui auroit
été furmontée par votre atten
tion fur mes intereſts , fi quel.
que chofe avoit été capable de
la furmonter
. Aprés cela vous
ne devez plus douter que vous
ne foyez cet Arc boutant folide
& inébranlable
fur lequel
je m'appuye , & fans le fou
Janvier 1700 .
G
74
MERCURE
tien duquel il y a longtemps
que je ferois par terre. Il ne
refte plus qu'à orner ma Devife
de quelques Vers , & s'ils
vous paroiffent
mediocres
, je
m'en confoleray
par la reffemblance
que j'auray par cet endroit
avec le fameux Jurifconfulte
Alciat , qui a expliqué
plufieurs
Emblêmes
bien
froids , par des Vers encore
plus glacez ; foit dit avec le
refpect que je dois au Siecle
paffe , qui en faifoit fon admi
ration & fes delices . Voicy
donc ce que j'aurois mis au
deffous de ma Devile.
GALANT. 75
1
Vieuxmurdufuperbe Palais
Qu'habital' Augufte Thereſe , Qu'l
Où les Hiboux les Follers
Nichent
maintenant tout à
Tamaffe àgrand' peine entretient
Ses debris couverts de Lierre,
Maisfans l'appuy qui tefou
tient ,
Tu n'aurois paspierrefur pierre,
Sans luy tu pourrois attefter
De ton longcouchéfur laplace,
Qu'ornerfans faire fubfifter,.
Gij
76 MERCURE
Eft la coutume du Parnaſſe .
Sur le lien qui vous unit
Ta caducitéfe repofe ,
Son feulfecours , qui te munit,
Fait voir que tu fus quelque
chofe
Avec cela je finis mon allegorie
& mon remercîment ,
mais non pas ma reconnoiffance
, qui ne finira qu'avec
moy, vous fuppliant de croire
que ce n'eft ny allegorie , ny
metaphore , mais pure & fincere
réalité , quand je vous
protefte que je feray jufqu'à la
fin de mes jours , moins par
GALANT. 77
devoir que par inclination ,
Voftre , &c.
Vous lirez , fans doute , avec
plaifir , ce que M' de Cantenac
, Chanoine de l'Eglife Me.
"tropolitaine de Bordeaux , a
écrit aux Dames de cette Ville-
là , pour leur infpirer la conduite
reguliere , qui fied fi
bien à voftre Sexe. Il eft l'Auteur
d'un Ouvrage que je vous
ay envoye depuis peu de
temps ; intitule , L'éloignement
des Emplois. On défigura fon
nom , en y mettant Cantenace
pour Cantenac,
G iij
78 MERCURE
AUX DAMES.
Vous qui faites briller tant d'ap
pas qu'on admire .
Qui par vos feuls regards vous formez
un empire,
Beau Sexe , en qui le Ciel verfa mille
trefors ,
Descharmes de l'efprit , & des beautez
du corps .
La plupart des humains vous flattent
pour vous nuire ,
Ils tâchent de vous perdre , & je
veux vous inftruire ,
Non des erreurs d'Amour qui font
tout fon pouvoir ,
Et dont l'ame s'aveugle & choque
fon devoir.
GALANT. 79 75
Je veux pour votre gloire établir des
maximes
Qui détournent
les coeurs de l'amorce
des crimes ,
Qui font commeun rempart fur le
vice abattu
Contre tous les affauts qu'il donne
àlaverto
22.8%
Pour conquerir des coeurs , n'employez
d'autres armes ,
Qu'une chatte pudeur qui releve vos
chatmes.
C'eft fort diminuer le prix de la
[té.
beauté ,
Que de les enlever par un air effron-
Il faut que vos regards , vos moeurs ,
& vos parures ,
Soient de cette pudeur la marque &
les augures,
Un air fage & modefte eft toûjours
plus charmant ,
G iiij
80 MERCURE
"
Il excite , & retient les defirs d'un
Amant ,
Mais l'air doux & coquet fait voir
trop de tendreffe.
Ce qui paroift Lais , ne fut jamais
Lucrece.
Tous vos vains ornemens , par
mode inventez ,
la
Découvrent vos défauts , autant que
vos beautez , [ certaine ,
Et leur excès nous fert d'une preuve
Ou d'un corps imparfait , ou d'une
ame mal faine.
Dites moy , Jeune Iris , pourquoy
yous fardez-vous ,
Pour plaireà vos Galans , & tromper
vôtre Epoux ?
Les foins
que vous prenez pour devenir
plus belle ,
Sont autant de moyens,de vous ren
dre infidelle.
GALANT 81
Tous ceux que vous tâchez de vous
rendre foûmis ,
Paroiffent vos Amans , & font vos
ennemis.
A leurs vaftes defirs rien ne femble
impoffible . [ fenfible.
Qui veut les faire naiftre y doit eftre
Quand vous n'auriez jamais de tendreffe
pour eux ,
Un Amant rebuté croit fon Rival
heureux .
Et perdant tout à coup , & l'amour
& l'eftime ,
D'un dépit infolent il vous fait la
victime.
Climene accoûtumée à quitter fa
maiſon ,
Croit que s'en éloigner , c'eft fortit
de prifon ,
Et laiffant aux valets le foin de fa famille
,
1
82 MERCURE
Va ruiner au Jeu fon Mari qu'elle
pille.
De ce déréglement naift un plus
grand malheur.
Femme qui perd lon bien rifque fort
fon honneur.
Un Amant liberal qui la voit defolée
,
Profite du chagrin dont elle eſt acca❤
blée ,
Et prend fi bien fon temps pour
dédommager ,
la
Qu'il trouve enfin fon foible , &
l'heure du Berger .
La fameuſe Doris & la belle Sylvie
Puifent à l'Opera les regles de leur
vie,
Apprennent le fecret des plus tendres
Amours ,
Et pour les mieux fçavoir les exercent
toûjours.
GALANT. 83
4X4
Mais pourquoy me fervir d'une plume
inhumaine ,
Pour noircir les erreurs d'Iris & de
Climene T
Cet erreurs , ou ces maux , ſont par
tout répandus: I plus .
La vertu devient rare , elle ne regne
Pardonnez
moy , beau Sexe , & fouffrez
que mon zele
Faffe des moeurs du temps , la pein-
: ture fidelle,
Le merite & l'efprit font bannis de
chez vous.
La dépenfe , & le bien ont des charmes
plus doux .
En un mor , pour vous plaire , il ſuffit
d'eftre riche.
Quand on eft liberal , vous n'eftes
jamais chiche,
Mais comment paffez vous & les
jours & les nuits
84 MERCURE
Le foin de vos Enfans charme- t-il
vos ennuis ?
Dormant profondement juſqu'à midy
qui fonne ,
Vous n'occupez encore , & ne voyez
perfonne,
Voſtre couvert eft mis , il faut vous
éveiller ,
Le temps eft toujours court quand
on doit s'habiller,
Les mets font fur la table , il eſt
temps de les prendre ,
Et voftre Époux chagrin eſt las de
Vous attendre.
A peine ce repas eft pris legerement,
Qu'abandonnant la table avec empreffement.
Aprés quelques atours pris à votre
Toilette ,
Vous allez vous plonger au Jeu de
la Baffette.
GALANT. 8
1
S
C'eft là qu'adroitement vous meflez
tour à tour
Les traits de l'avarice avec ceux de
l'amour ,
Et que d'un doux regard , qui flate
l'efperance ,
Vous payez d'un Amant la fotte
complaifance . (l'Opera,
Enfin la nuit s'approche , on court à
C'eft Rolland qu'on y jouë , & qui
Vous charmera ,
Vous yportez des coeurs difpofez a
fe rendre.
Seroient-ils inhumains , où l'amour
eft fi rendre?
C'est là qu'avec l'attrait des tons
harmonieux
On apprend que l'amour eft le plus
grand des Dieux ,
Qu'il captive les Rois , & que fous
fon empire
86 MERCURE
Sonpouvoir ablolu met tout ce qui
refpire.
Voilà comme le coeur prend un fc.
cret poiſon ,
Qui mine l'innocence , & troublela
raiſon . (charmante ,
Fortement prévenu d'une erreur fi
On en retient les vers , on les lit , on
les chante.
Cette erreur paffe enfin pour une
verité ,
Et l'on vient de la fable à la realité.
Mais l'Opera finit & chacun fe retire.
Le galant qui vous méne , en dif
court ,en foupire ,
Et vous donne un louper , dont à gros
intereſt
Le fameux Gabaret luy fait payer
l'apreft .
Traiteur à Bordeaux.
GALANT. 87
1
1
1
Là de millebons mots la table affaifoncée
,
Termine en folâtrant cette aimable
journée.
Voilà minuit qui fonne , il fautjouer
pourtant,
Erdonner fa revanche à Lyfis qui
perd tant.
Mais on le plume encore , & fa
bourſe épuifée
Separe au point du jour cette troupe
rufée, 15
Iris revient chez elle , & frape tant
de coups ,
Qu'elle alarme fes gens , fes voilins
fon Epoux.
Ce pauvre homme affoupi que fa
Femme cajole,
Fait femblant d'approuver (on excule
frivole .
Mais détefte en fon coeur un train
fidéréglé , tuneab o
88 MERCURE
Etle cruel hymen qui l'avoir aveuglé.
C'est ainsique pour vous roule cha
que journée
Dans les mêmes plaifirs dont elle eft
enchaînée ; "
Vos devoirs , voftre honneur , & la
perte du temps
Font pour vous en priver des efforts
impuiffans.
༅།།
Les Femmes dont la vie embellit
Ts noftre Hiftoire,
Quide leur Siecle heureux faifoient
coure la gloire ,
Trouvoient dans leurs maifons les
plaifirs les plus doux ,
Et ne faifoient jamais d'Amans ny
dejaloux.
L'Epoux , comme aujourd'huy
complaiſant & facile, f
Ne donnoit pas matiere aux fables
d'une Ville,
GALANT. 89
Il poffedoit la Femme,& ne la laiffoit .
pas
A des galans outrez prodiguer fes
appas.
On ne la voyoit pas avec tant de li
сепсе
S'entêter follement du Jeu ny de la
Danfe.
Un honneftelabeur , fon Epoux , fes
Enfans ,
Et le culte du Ciel partageoient tout
fon temps.
Elle n'affe &toit pas cet air de nos Co.
quetes ,
A compoſer leurs yeux aujourd'huy
fi bien faites ,
Et pe venoit jamais jufqu'au pied
des Autels ,
Irtiter tous les Dieux pour charmer
les Mortels.
Fanvier 1700.
H
90 MERCURE
2
Son veftement modefte & fa vic
exemplaire,
Sans fafte , fans orgueil trouvoient
mieux l'art de plaire.
Elle fuivoit les loix de fon fidelle
Epoux ,
Et n'aimoit que luy feul ; Iris , le fai .
tes vous ?
On a fceu par des Lettres
de Toulouse . que le St Jean
la Combe , Procureur Juridictionnel
de M' de Saint Felix,
Seigneur de Varenne , dans
ce Diocefe , Senechauffée de
Lauragois , eftoit mort le 17.
du mois paffé , âgé de cent
huit ans , trois mois & cinq
GALANTA 91
OR
jours. Il y en avoit douze qu'il
ne vivoit que de pain trempé
dans de l'eau.
Ilya encore dans la même
Terre de M' de Saint Felix , le
Ex nommé Guillaume Quans ,
quia cent dix ans , & qui gar
de actuellement
le Troupeau
de fon Seigneur. Cependant
on peut affurer que de tous
ceux qui verront finir le dix ,
leptiéme Siecle , qui a encore
un an à durer , il y en aura
tres peu qui , verront la fin du
dix huitième.
On a formé un deffein ,
dont la Ville de Dijon , deja
Hij
92 MERCURE
fort recommandable par elle
même , recevra encore de
grands embelliffemens . Elle a
deux Rivieres, appellées Suſon
& l'Ouche. Sufon n'eſt proprement
qu'un torrent qui paroift
de temps en temps ; &
l'Ouche eſt une riviere qui
fournit de l'eau route la Ville.
On prend des mesures pour
creuler un grand Canal qui
joindra ces deux rivieres , en
forte qu'avec le fecours de
quelques autres , que l'on y
fera tomber , elles porteront
des Bateaux , qui d'un colté
iront à Paris , & de l'autre
GALANT: 91
jufques à Lyon. Ainfi Dijon
afera commele centre des eaux
as qui iront chercher l'une &
d'autre mer. C'eft fur ce def
3. lein que M' Morelet , Audi.
teur de la Chambre des Comptes
de Dijon , a fait le Sonnet
que je vous envoye.
AUX RIVIERES
de Dijon.
T
Orrent qui ne coulois que
quatre fois l'année,
Et vous paifibles Eaux qui baignez
nos remparts;
Si l'on en croit au bruit qui court
de toutes parts,.
94 MERCURE
Un honneur fans égalfuis vostre
deftinée.
613.
Neptune ménageant un célébre
bymenée
Sur vous , pour cet Ouvrage , a
jetté fes regards ,
Et mêlant avec vous mille ruif
feaux épars ,
Veut joindre à l'Ocean lá Medi ,
terranée.
Vos Canaux agrandis , dans tou .
tes les Saifons ,
Porteront à nos yeux de flotante's
maiſons ,
Dijon
fera
fameux
du Midyjuf
và
Fourfer
GALANT 195
Mais fi le Dieu des Eaux travaille
à ce deßein ,
Par ce Bras qui peut tout , Louis
en eft la fource ,
Et fans luy ce Dieu mêmêy penferoit
en vain.
**
Je vous ay fait part de la
Deſcription que M l'Abbé
Geneft de l'Academie Françoiſe
, a faite du lieu où Madame
la Ducheffe du Maine a
paffé quelque temps , pendant
que la Cour eftoit à Fontainebleau
. Cet ouvrage a donné
lieu à ce Madrigal de M
Dader.
г
96 MERCURE
Appotton fe plaignoit de ges efprits
vulgaires
Qui l'importunent tous les
jours ,
Et qui remplis de leurs chi
meres
Penfentrimerfansfonfecours.
UneMufeentendans cetteplainte
équitable
Pour l'appaifer , luy dit tous
bus
Tous les efprits nefe reffemblent
pas.
Fen connois un inestimable
Et dont les vers
pas.
sfont pleins d'ap-
Cift
GALANT.
C'est le fameux Geneft , dont la
plume fçavante
D'un Augufte Princeße a tracé le
Tableau ,
Maisd'unefaçonficharmante
Qu'on n'en fçauroit voir un
plus bean;
Il ne manque plus rien àfa gloire
Méclatantes
Le petit Ouvrage que j'ajoûteicy
, eft du même M' Dader.
NOUVELLES
du Parnaffe.
VNefoule d'esprits élevez dans
la craffe ,
5
Et dépourvus de jugement ,
Janvier 1700.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
98 MERCURE
Affiegeoient Appallon fur te
Mont du Parnaffe
Le Dieu des Vers qu'arrite un tel.
déréglement , shreds
Aleurs voeux inſenſez montre
un coeur infenfible ,
Les repouffe , & s'enfuit dans le
facre Vallon.
La cobueauffi toft cours aprés Ap.
pollon.
S'échaper des fâcheux , il luy fut
impoffible ;
Ils vouloient malgré lay monter
fur l'Helicon.
Phoebus , plus prompt que le
Tonnerre ,
Jetta fon violon , le caffa contri
serre.
GALANT: 99
Surles nouveaux Titans,Pegaze
furieuse
Redouble à coups de pieds le trouble
de ces lieux:
L'Helicon en trembla , les fiers
grimpeurs tombérent,
Et par un contre- coup leurs cerveaux
s'ébranlérent.
Ne vous éconnè plus de voir
qu'en l'Univers
Hefttant d'esprits de travers,
Le Traité qui fait contient
un fait des plus curieux & fort
extraordinaire. Il s'agit d'une
jeune Fille , qui a décreu de
plus d'un grand pied, ce qui eft
15
100 MERCURE
rapporté par le S Dominique
Anel , premier Garçon Chirurgien
à l'Hôpital S. Jacques
de Touloule. vinnuh
OBSERVATION
Anatomique.
B
Ernarde Armagnac , na?
tive de Toulouse , entra
malade dans l'Hôpital Saint
Jacques de la même Ville , le
17, Mars 1698. Elle avoit la
fiévre , & quelque temps aprés
qu'elle fut en ce lieu - là , elle
fouffrir de grandes douleus
dans tout fon corps . On s'app
GALANT. iot
1
8
perçut enfuite qu'elle ne pou
voit plus fe foutenir fur fes
pieds , qu'elle devenoit con.
trefaite , & qu'elle décroiffoit
fenfiblement
. On remarqua
quelque temps aprés , qu'elle
ne fe fervoit plus d'aucun de
les membres , & qu'on ne
pouvoit la remuër fans que
fes os pliaffent , ce qui donnoit
lieu de croire qu'on les rompoit
. Cela fit qu'on ne la reu
muoit plus qu'avec circonfpection.
Elle avoit pourtant
ungrand appetit, & mangeoit
beaucoup Enfin les membres
fe plierent ; elle devint bouffic
7
1 iij
102 MERCURE
& enfla de tout fon corps . Son
cuir s'épaiffit & durcit confiderablement
, & aprés avoin
refté quelques mois dans cet
eftat , elle mourut le 18. Novembre
dernier , dans fa vinge
deuxième année.
Quoique depuis quelque
temps on ouvre rarement des
cadavres dans cette Maiſon ,
je voulus m'inftruire par moymefme
des changemens qui
pouvoient eftre arrivez au
corps de cette Fille , & ayant
remarqué qu'elle avoit avant
fa mort les membres fouples ,
j'ouvris un des doigts de la
GALANT. 103
main. Je fus furpris de voir que
les tegumens refiftoient plus
au tranchant du rafoir que les
os des phalanges , que je cou
pois tranfverfalement , obliz
-quement , & en long , avec une
grande facilité Je fus encore
plus furpris de luy trouver le
crane d'une fi grande molleffe,
que je l'ouvris fans fcie ,
coûteau. Je pris une fpatule ,
que j'enfonçay dedans , avec
laquelle je fis le tour de la
tefte , & le crane cedoit à cer
inftrument avec fort peu de
refiftance: Le Tibia ny le Pezoné
n'avoient ny couleur ny
ny
I iiij
104 MERCURE
confiftance offeufe. Ils reffem2
bloient à une chair fongueule ,
divifée en plufieurs lobes de figure
fort irreguliere. Au bout
de ces fongues paroiffoient les
teftes de ces os , qui n'avoient
aucune folidité. Les maleoles,
le tarfe , le metatarſe , eftoient
d'une égale molleffe . Le femur
n'eftoit qu'une chair fongueufe
abbreuvée de beaucoup de
ferofitez fanguinolentes , fans
aucune cavité ny apparence
de moëlle. Je ne remarquay
aucun changement confiderable
les parties internes,
j'ouvris les trois cavitez fans
GALANT. 109
que je diftinguaffe rien qui
fuft contre nature.
Le bruit d'un accident fi
peu attendu fe répandit dans
5 toute la maifon. M' Lambert
qui la fert en qualité de Medecin
, accourut , je le priay
d'agréer qu'on appellaft quelques
Medecins de la Ville qui
auroient efté bien aifes d'eftre
les témoins d'une maladie fi
extraordinaire. Il ne répondit
rien , me fit quitter le cadavre,
& ordonna qu'on l'enterraft,
J'aurois bien voulu pouffer
plus avant mes recherches , &
avoir efté guidé par quelque
106 MERCURE
$
bon Maiſtre , mais la choſe ne
dépendit plus de moy , il me
fallut quitter prife , & mereti .
rer. Il eſt à remarquer que
cette Fille avoit tous les os
ramollis comme de la cire )
les dents feules avoient confervé
leur dureté naturelle .
Elle avoit décru d'un grand
pied tout au moins. Je puis
le certifier , & j'ay le témoi
gnage de la plus grande para
tie des Soeurs grifes qui fervent
cette maiſon.
Co cas eft extraordinaire!
Je vais râcher de l'expliquer ,
foumettant néanmoins mon
GALANT: 107
efentiment à ceux qui en
e fçavent plus qu'un jeune
homme à peine initié dans la
Chirurgie. Je me ferviray de
ce que j'ay appris aux leçons
d'Anatomie que M ' Courtial ,
Medecin du Roy & fçavant
-
Anatomifte , fait tous les ans
dans l'Amphitheatre de cette
Ville. Pour venir donc au fair ,"
il faut examiner en premier
lieu la compofition
des os
& enfuite la nature du diffol .
vant qui a pû les ramollir.
Les os font les parties les
plus durés & les plus legeres
de noftre corps , à raifon de
108 MERCURE
leur maffe. Ils ne font point
fairs d'un tas de matieres irregulierement
difpofées , mais
au contraire , ils ont une ftruc
ture mechanique. Ils fonc
compoſez de fibres creuſes ,
qui forment deslames minces,
couchées les unes fur les autres.
Cette ftructure paroift
aux yeux dans les coftes , dans
les os des Baleines , & dans les
fiffures qui arrivent quelquefois
aux os . On a cru que les
fibres qui les forment alloient
d'un bout de l'os à l'autre
mais il n'y a que celles qui for
ment les lames externes , qui
GALANT. 109
ayent cette longueur . Celles
quifont au deffous , font plus
Courtes , & venant des deux
bouts de l'os s'uniffent en
s'enchaffant les unes dans les
interftices des autres , & fe
uefois
*
mê
·
confondent:
me en fe rencontrant , elles
fe refléchiffent en maniere
d'arc. Ces fibres ainfi arrangées
forment des lames , &
e plufieurs de ces lames cou
1
S
chées les unes fur les autres
forment les os . Les exfolia
rions qui leur artivent prou
vent affez qu'ils font compofez
de lames offeufes ; & pour
110 MERCURE
s'en convaincre à n'en plus
douter , on n'a qu'à examiner
les cornes des animaux , on
verra qu'elles font formées de
plufieurs lames placées les
unes fur les autres.
Toutes ces lames ou tables
offeufes , font jointes & liées
enfemble par de petits os , qui
par leur figure & par leur ufage,
peuvent eftre appellez des
clous. Les uns percent les lames
perpendiculairement , les
autres obliquement , quel .
ques-uns font comme rivez ,
& quelques autres ont une
gefte à la manière des clous de
GALANT
de
1
C
fer , jufque là qu'il eft vray de
dire que les os les plus durs
font formez de lames ajustées
senfemble par des clous àtefte
on par des clous rivez. Br
Outre les trous par où les
vaiffeaux fanguinaires paffent
dans les os , on y a remarqué
deux fortes de pores ou con.
duits. Les uns percent les la.
mes offeufes du dedans au dehors
, & les autres font dans
l'entre deux des mêmes las
mes. Ces derniers font longs ,
& vont d'une extrémité de
l'os à l'autre , fuivant la direction
des fibres , & les
ti MERCURE
!
& premiers font courts
vont tranfverfalement , fans
pourtant répondre les uns
atx autres. Ils font en plus
grand nombre dans les la
mes internes que dans les
externes ; c'est à dire , que la
premiere des internes enga
plus que la feconde , la fecon
de en a plus que la troifiéme ,
& ainfi des autres : ce qui fait:
que les lames externes , font
plus folides que les internes.
Toutes ces lames & toutes ces
fibres font arrofées d'une liqueur
oleagincufe quela moël
le leur fournit ; de telle manié,
GALANT 113
te que cette huile paffant par,
sles pores tranfverfes de la premiere
lame interieure , & ne
trouvant pas que ceux de la
feconde répondent à ceux de
ES la premiere , elle eft obligée
de couler dans les pores longitudinaux
, qui font entre les
deux lames , & rencontrant
les pores lateraux de la fecon .
delame , les traverſe & s'écou
lé entre la fecondé & la troifié ,
me lame ; & paffant ainfi des
pores tranfverfes dans les longitudinaux
, elle imbibe toute
la fubftance de l'os.
nt
On remarque dans la ftru-
Janvier 1709.
K
#14 MERCURE
cture interne des os deux for
res de cavitez! On en voit de
grandes dans les grands os , &
de petites dans les petits , qu'
on appelle des cellules . Les
cavitez des grands os font
terminées par certaines fepa
rations offcufes , faites en ma
niere de balustradë , qui fervent
à foutenir la moëlle & les
vaiſſeaux ſanguinaires qui s'y
diftribuent. Ces grandes cavi.
tez des os ont efté formées par
les fibres & les lames offeufes,
qui fe ferrant & fe preffant
beaucoup les unes les autres ,
pour rendre ces os plus durs
GALANTA 115
་ I5
& plus folides , ont laiffé en
tre elles un efpacé confidera
ble& fuffifant à contenir toute
la moëlle qui leur eft necef.
faire pour fournir aux grands
&continuels mouvemens qu'+
ils font obligez de faire. C'eſt
pourquoy les os qui ne fervent
qu'à de petits mouvemens , ne
font point fi folides , & n'ont
point de ces grandes cavitez,
mais feulement des cellules de
differente grandeur & de differentes
figures , dans lefquet-
Jesontrouve quelques glandes
medullaires,qui feparent cetre
huile qui les doit humecter ,
Kij
116 MERCURE
en paffant d'une cellule &
d'une lame à l'autrencilers
7. Les arteres qui portent la
nourriture aux os , entrent une
à une dans les pores deſtinez
pour les recevoir . Les principales
percent le bout de l'os
à l'endroit le plus prés du
tronc , & l'on peut les fuivre
entre les fibres offeuſes. Les
veines qui rapportent
le lang
font en plus grand nombre ,
ne fortent point par les trous
des arteres , & ne gardentau
cun ordre fixe dans leur for
tie.
La moëlle des os eft comGALANT
117
pofée de trois fortes de parties,
de vaiffeaux , de veſicules ,
& d'une matiere huileufe . Les
vaiffeaux font des arteres &
des veines ; les veficules font
glanduleufes , & la matiere
huileufe eft une huile fépadée
par ces glandes , & contes
nue dans ces veficules . Tous
tes ces parties font envelo
pées d'une membrane mince
& transparente , laquelle contient
les petits facs membra
neux qui renferment les vefia
cules ou petites glandes rem .
plies du fuc de la moëlle . On
a experimenté que cette huile
118 MERCURE
paffe d'une veficule à l'autre
par leur contraction , & de là
va fe répandre dans la lame
offeuſe de la plus voiſine , &ſe
diftribue de l'une à l'autre
comme nous avons ditang
Cette huile medullaire a
une grande analogie avec la
graiffe. On la trouve en cer
cains animaux & en certains
$
os en forme plus liquide qu'en
d'autres. Elle ne s'épaiflit &
ne fe congele que par un efprit
acide , qui la fige , & qui ar
rête fa liquidité. M Greva
nous en donne une conviction
entiere par l'experience qu'il
GALANT. Tig
ך
nous propofe. On prend de
l'huile d'olive, on yjette quelques
gouttes d'efprit de nitre
rectifié, on laiffedigerer ce mélange
pendant quelques jours,
& l'ons'apperçoit que cette
huile prend infenfiblement la
lacouleur & la confiftance de la
graiffe.
1
Le premier ufage de la
moëlle eft de conferver le
temperament des os , de les
humecter , de leur donner
quelque foupleffe , de peur
qu ils ne crevaffent , qu'ils ne
felent, & qu'ils ne rompent.
Le fecond eft de faciliter le
120 MERCURE
...
mouvement des bouts des os ,
en les graiffant , d'autant que
cette huile medullaire coule
des teftes des os par de petits
trous dans les articulations ,
& fe mellant avec l'humeur
mucilagineuſe , exprimée des
glandes qui font à toutes les
articulations
, avec mouve
mene , fait une espece d'en
duit ou de liqueur onctueule
qui graiffe les teftes des os
pour en faciliter les mouvemens
. Cette huile medullaire
fert encore à empefcher que
les articulations ne s'échauf
fent dans leurs mouvemens
&
1
GALANT
127
& que les teftes des os qui les
e forment , ne s'ufent, dans le
frottement qu'elles ſouffrent,
en coulant les unes fur les au-
› trestng auther
La nourriture des os fé fait
comme celle de toutes les
autres parties , par le fuc nourericier
, porté par les artères
avec le fang. Ce fuc eft une
lymphe blanchâtre & viſ.
queufe. La plupart des Scr
vans croyent aujourd'huy
qu'il eft feparé du fang par de
petites glandes , qui font à la
fuperficie externe de la membrane
exterieure des arceres,
Os !
Fanvier 1700.
L
122 MERCURE
qu'ils appellent glandes nour,
ricieres , à la difference decel
les qui font à l'extrémité de
ces vaiffeaux , qui feparent
les differentes humeurs de
corps , comme l'urine , la
fueur , la bile , le lait , & aus
tres qu'on appelle excretoires,
Il y a apparence que le fue
nourricier des os eſt la partie
la plus gluante & la plus vif
queufe de cette limphe, char
gée de beaucoup de terre & de
fels , laquelle comme la plus
pefante , occupe le centre de
la colomne du liquide des
arteres & s'employant la
GALANT. 123
t
1
derniere , parvient jufqu'à leur
arrémité , & fe diftribue dans
lés fibres offenfes .
Laglutinofiré de la fubftan
dce des os prouve cette verité.
On n'a qu'à diffoudre des os
avec l'eau forte dans un vaif,
leau de verre , faire évaporer
la liqueur , & laiffer refroidig
le vaiffeau , on verra que cette
liqueur fe durcira , & s'atta
achera au vaiffeau à la maniere
de la glu. Il est donc aiſé de
comprendre que la dureté des
os dépend de cette glu , qui
fe durciffant unit & ferre les
expanfions des fibres tendi
Lij
124 MERCURE
neules des muſcles qui for
ment les os . Or comme ces fi
bres dans les commencemens
de la vie ne different point
de celles des parties charnuës ,
elles ne fouffrent dans la ſuité
d'autre changement, que les
differens degrez d'endurciffe
ment qu'elles acquierent dans
les differens âges de forces
qu'il eft vray de dire que plus
on vit , plus elles durciffent.
Puifque la fubftance vifqueule
qui forme & nourrit
les os ne les rend durs qu'on
darciffant elle - même , il eft
aifé de comprendre que tout
GALANT. 125
de qui fera capable de diffou
drez & de fondre cette glu ,
les ramollira. Il femble qu'on'
ne peut rechercher le diffol.
yant qui a produit cet effet
dans les os de cette Fille , que
dans le fang ou dans le fuc de
la moëlle qui les arroſcient.
Il paroift même d'abord que
tous les deux peuvent y avoir
contribué. Le fang s'alterang
en un nombre prelque infini
de manieres , peut en degenerant
avoir acquis cette qualité
propre à faire ce ramoliffe.
ment,& le fue medullaire peut
l'avoir empruntée du fang qui
Liij
126 MERCURE
4
la luy a communiquée
, ou
bien encore il peut avoir
contractée
fans la participa :
tion d'autruy
, par l'exaltation
de quelqu'un
de fes principes
,
de maniere
qu'il ne s'agiroit
que de déterminer
quelle a
efté la nature du fang ou du
fuc medullaire
de cette Fille
qui les a rendus
propres à
mollifier fes os.
Aprés avoir refléchi fur la
differente nature des menftruës
, & fçachant qu'il faut
qu'il y ait une proportion entre
le diffolvant
& le corps qui
doit eftre diffout , on pourroit
GALANT. 127
foupçonner d'abord que le
fang de cette Fille s'eftoit ai
gri de la même maniere que
levin saigrit quand il fe convertit
en vinaigre . Tous les
Sçavans connoiffent le rapeport
qu'il y a entre le vin & le
fang , & que le vinaigre ſe fait
{ e
= par l'exaltation du fel acide
du vin , qui lie & embaraffe les
parties fpiritueufes & volat
les. Si nous regardons le fang
de cette Fille comme un vinaigre,
il ne nous fera pas diffici
le de comprendre qu'il a pû
ramollir les os. Le vinaigre
diffout le plomb , les Coraux ,
Lij
128 MERCURE
les Perles , & les os des animaux.
Le bon appetit qu'avoir cette
Fille eft une preuve de l'aigreur
que fon fang avoit contractée.
Le levain de l'efto
mac n'eftant plus adouci ny
temperé par les parties fpiri
tueufes embaraffées & concentrées
avec les autres princi
pes , la faifoient beaucoup
manger. Ce fang aigri dans
toute fa malle eftant porté
aux os , les les penetra peu à peu ,
& fondit la glu qui unit leurs
fibres , & qui les rend dures.
Les acides dont il eftoit chars
GALANT. 129
2
gé , eftant de petits corps
longs , polis , un peu plians &
-pointus des deux coſtez , à la
maniere des fuſeaux , rencontrant
des pores où ils pouvoient
s'infinuer , furent comme
autant de petits coins , qui
diviférent le tiffu des parties ..
qu'ils penetrerent Ils eftoient
- pouffez inceffamment tant
par la contraction des arteres ,
1 que par le retour des lames
Ipiralesde l'air me fleés au fang ,
entre les fibres offeufes , &
pepar cette penetration fondi-:
rent peu à peu la glu qui fait
la dureté des os.
30 MERCURE
On ne fçauroit deſavouër que
la chofe n'ait pûfe paffer ainfi,
puifquel'experience journalie
re nous fait voir que les acides
diffolvent les corps qui leur
refiftent. Ces mêmes acides
ag ffant fur le Periofte ont
caufé cés douleurs interieures
&generales qui la firent tant
fouffrir : & finalement ramolliffant
la tiffure des os , les
fibres qui les compofent perdant
leur couleur blanche &
leur dureté , ont para char
muës, ou en maniére de chair
fongueule, & puifqu'il eft vray
que les fibres des os ne vont
GALANT. 131
point d'une extremité
de l'os
àl'autre , comme
nous l'avons
fait remarquer
, & qu'elles
ſe
ramaffent
en plufieurs
pelo
tons pour former
un os , il
falu qu'ils ayent paru fongueux
& divifez en lobes .
Cette ferofité
fanguinolente
qui fut trouvée
dans les cavi
tez des grands os , au lieu de la
moëlle , n'eftoit
que la glu des
os fondue
& mellée àun peu
de fang qui eftoit forti, de les
vaiffeaux
, ou par la divifion
caufée par la pointe des acides
, ou par la rupture
de quelques
capillaires
, qui a pû ar,
t
132 MERCURE
fiverpar l'écartementdesfibres
qui compofent les os , lefquelles
s'étoientdilatées
& grofliess
& en fe ramolliffant le féparérent
& laifférent entre, elles
de plus grands efpaces , & les
vaifleaux n'ayant pas autant
d'extenſibilité
qu'elles , purent
s'ouvrir ou fe rompre parle
tiraillement qu'ils fouffri
rent en cette occafion .
On peut croire que la cavi
té de ces os ne pouvoit avoir
que tres - peu de cette huile
medullaire , dont nous avons
parlé , l'aigreur du fang en des
voit empefcher la production ;
GALANT 138
car l'experience nous montre
que le vinaigre eſt un remede
contre le trop de graifle. Ainfi
il femble qu'on peut le réduire
à prétendre que le fang ayant
acquis une acidité pareille à
celle du vinaigre , a efté trespropre
luy feul à caufer ce ra
molliffement , & tout ce qui
s'en est enfuivi , comme l'épaiſſeur
& la dureté des tegu
mens.
On infere aifément de tour
ce que diffus , que cette Fille
devoit devenir contrefaite; les
os qui donnent la rectitude
& la figure au corps eftant
134 MERCURE
plicz en plufieurs manieres
differentes ; de forte que ce
n'eſt pas merveille qu'elle fakt
dans fon lit en maniere de
grenouille . fly a apparence
que le gramen oflifraguin qui
croift dans la Nortwege
, &
qui , au rapport de Simon
Pauli , ramollit les os des animaux
qui le mangent , produir
cet effet en aigriffent le fang.
Ce cas eft rare, mais il n'eft
pas fingulier , comme quelques-
uns le croyent. Fernel
dans le chapitre 9. du fecond
Livre De abditis rerum caufis ,
dit avoir vu un Soldat à qui
GALANT.
les os des cuifles , des jambes
& desbras eftoient devenus fi
mous & fafoibles , enfuite d'u
ne maladie , qu'ils plioient en
tous fens comme de la cire,
& qu'il fur gueri par des bains.
Il dit encore que ce cas eft
femblable à celuy que Rucklius
luy avoit écrit quelque
temps auparavant. M'Hollier
dans la feptiéme Obſervation ,
parle d'une Femme de Paris ,
qui n'avoit aucun os folide , &
de qui tout le corps plioit en
differentes manieres , d'unc
façon toute extraordinaire.
Pierre Affelin , Medecin Fran136
MERCURË
1
çois , a vû encore un ramolif
fement
femblable
de tous les
os du corps , qui fut guéri par
des bains préparez
avec le
fouphre
, l'alun & le fel gem .
me , & ordonnez
par un Empirique.
Petrus à Cafto , Wor
mius , Bartholin
, & Foreftus
nous racontent
de pareilles
obfervations
; & l'on trouve
dans le Journal
d'Allemagne
une hiftoire
décrite au long ,"
& tres curieufe
, d'une maladie
pareille
à celle de cette
Fille de Toulouſe
. C'eftoit
un
habitant
de Sedan ; nommé
"Petrus Siga , qui en fut arraGALANT
137
S
qué , elle est écrite par Abraham
Bauda , Chirurgien du
Roy , qui en eft le témoin,
Certe obfervation eft intitu
lée, Microcofmus mirabilis , fou
home in miferrimum compendium
redactus. Elle merite d'eftre
lue, & l'on fera convaincu que
ce n'eft pas fans de grandes
raifons , qu'Hippocrate écri
vant à Theffale le Fils , luy recommande
fur tout de s'appliquer
à la connoiſſance des
os & de leurs maladies , i
Vous voudrez bien voir un
petit Opera fpirituel . Il eft de
Janvier 1700..
M
128 MERCURE
Mr Dader , & regarde la gran
de Feſte que l'Eglife vient de
celebrer.
st *
EGLOGUE
SUR LA FESTE
C
DES ROIS
DAPHNI S.
Effez de raiſonner ſur ce proẻ
fond Miftere ,
Foibles Mortels , qui voulez tour
fçavoir.
Les Anges feuls peuvent le con
cevoir
Et noftre raifon doit fe taire,
GALANT. 139
UnDieu qui dans le Ciel eft engendré
fans Mere ,
Entes heux fortunez vient de naiftre
fans Pere.
Adorons la Divinité
Sansle voile facré de fon Humanit
LICAS.
Qu'on revere en tous lieux fa divine
naiſſance.
Bergers, que noftre fort eft doux ! T
Le Roy des Rois habite parmy
nous,
Tout Enfant qu'on le voit & réduit
au filence ,
Seslarmes,fes foupirs parlent mieux
qu'on ne penfe.
Ah, que vos coeurs le ſçavent bien ,
Vos coursqui répondent au fion!
BO LE CHOEUR
Chantons tous les louanges
Da Fils de l'Evernelle.
Mij
140 MERCURE
Du Roy des hommes & des An-
Spaansges
:
Que chacun luy dreſſe an Autel.
Que tout le réjouiffe .
Bds Dans nos climats heureux.1
Uniffons nos voix, nos coeurs , &
nos voeux.11
Que tout retentiſſe
Des air's melodieux;
La Terre pour jamais s'accorde avec
les Cieux .
PHILENE.29
Admirons tant que nous fommes,
Du Ciel für nous les divines fa.
veurs ,*:
Un Dieu le mefle avec les hom
mes
Et les Rois avec les Paſteurs. !
TERSANDRE,
Bergers , lors qu'icy - bas
GALANT.
141
Le Soleil adorable éclipfe fa lumiere,
Vn Aftre au Firmament commence
dona facarriere fatised
Pour éclairer les pas
Des Rois , qui pour le voir ont quitté
leurs Etats.
ALEXIS
Ah quel charmant ſpectacle !
Ah, quel miracle !
Ce bel Aftre qui les conduit,!
Fait éclater le jour au milieu de la
nuit.
LICAS.
Cet Aftre qui les éclaire ,
Dans fon cours miraculeux
Leur confirme le miftere
Qui rend les Mortels heureux ;
Et cette celefte flâme ,
Qui rejallir fur leur corps,
Répand auffi dans leur « m;
Ses clartez & festrefors.
42 MERCURE
ATHIS
,
P
Cette lumiere admirable™
Que répand l'Aftre nouveau ,
Na rien qui foit cumpatable an
A ce Soleil adorable
Qui brille dans fon berceau.inhei
PHILENE.
Qu'à l'envi chacun s'aprofte
Pour lay marquer fon amour.
Pour mieux celebrer la fefte
Les Mages ont quitté leur Cours
Aprés nous dans la retraite
Ces Rois l'adorent à leur tour
Et les fceptres en ce jour
Cedeni à noftre houlette.
DAPHNIS.
Damon , d'où vient ta triſtelſe ?
D'où vient ton air fi chagrin ,
Quand par tout l'Enfant divin
Vient répandre l'allegreffe ?
Déclare luy la douleur qui te preffe ;
GALANT. 143
Ce charitable Medecin
Sans hefiter y mettra fin..
DRY DAMON.
Dans l'eftat où je fuis je crains de
luy déplaire
lefuis nud , cher Daphnis , je n'ofe
l'approcher :
Le feul excés de ma mifere
Me force à me cacher ,
DAPHNIS.
La mifere qui t'accable b
Fait ton bonheur aujourd'huy :
L'Enfant paroift miſerable ,
Tu le parois comme luy , M
Et fon coeur tout charitable ,
Que charme la pauvreté ,
Content de voir dans la tienné,
Une image de la fienne ,
Couvrira ra nudité.
LICAS,
De ce Roy & redoutable
144 MERCURE
Confidere le befoin ,
Son Louvre n'eft qu'une étable,
Et fon Trône un peu de foin.
DAPHNIS.
Je voudrois comme vous luy donner
quelque Etréne ,
Et je ne puis efperer ce bonheur ?
Je n'ay tien pour offiir : voilà toute
ma peine ,
Je ne puis plus longtemps vous cacher
ma douleurs
DAPHNIS.
Trifte Damon, fituvoulois me croire ,
Tuluy ferois un beau prefent ,"
Ettu peux t'affuter le bonheur & la
gloire
#
D'eſtre le favory de ce Roy tourpuiffanc
.
DAMON.
Aluy faire un prefent ay je droit de
pretendre ,
Sans
GALANT 145
Sans credit & fans bien ?
Ah, je ne puis le comprendre,
Et qui manque de tout ne sçauroit
donner rien.
DAPHNIS..
Si les Rois dans leur opulence
Trouvent des trefors précieux
Pour bonorer le Roy des Cieux,
Les Bergers dans leur indigence,
Plaiſent à fa Divinité
Dés qu'ils en ont la volonté.
ATHIS.
Un coeur qui pour ce Roy foupire
N'eft jamais dans l'embarras
Et fi ce coeur ne peut pas
Accomplir ce qu'il defire ,
Cher Damon , en pareil cas,
Les defirs peuvent fuffire.
Vn coeur qui pour ce Roy foupire
N'eft jamais dans l'embarras.
Janvier 1700.
N
146 MERCURE
-
LICAS.
Noftre coeur qu'il nous demande,
Eft un hommage affez doux ;
Prefentons-luy ceite offrande ,
Il fera content de nous.
TIRICIS
Cet Enfant qui vient de naiſtrë
Fait la paix de nos Hameaux ,
Nos brebis & nos agneaux
Sans alarmes s'en vont paiſtre
L'ennemi de nos troupeaux
Devant eux n'ole paroiftre ;
Get Enfant qui vient de naiftre
Fait la paix de nos Hameaux.
PHILENE………
Bergers , pour mieux reconnoiſtre
Ses bienfaits & fes travaux ,
D'un air gay , doux & champeſtre
Enfons Tous nos chalumeaux ;
A l'honneur d'un fibon Maiftre
Formons des FONGETISBOUvraux,
GALANT. 147
LE CHOEUR.
0
Chantons tous les louanges
Du Fils de l'Erergel ,
DuRoy des hommes & des Anges.
Que chacun luy dreffe un Autel.
Que tout le réjouïffe
Dans nos climats heureux.
Uniflons nos voix , nos coeurs 80
nos voeux .
Que tout retentiffe
Des airs melodieux.
La Terre pour jamais s'accorde avec
37les Cieux .
Les Lotteries qu fe font
faites en plufieurs Villes de
France , en faveur des HôpirauxGeneraux,
ont fiheureuſe.
ment réüffi , qu'on a crû devoir
Nij
148 MERCURE
faivre cer exemple à Paris ,
pour le foulagenient des Pau
vres . Voicy ce qui a efté deeffé
pour en informer le Public .
L'Hôpital General fe trou
vant actuellement chargé de
plus de fept mille cinq ens
Pauvres , & les Revenus ordi
naires ne pouvant au plus
faffire que pour la nourriture
& l'entretien de quatre mille
cinq cens , le Roy informé de
fes preffans befoins , a eu la
bonté d'accorder aux Dire
&teurs la permiſſion de faire
une Lotterie , de laquelle ils
puiffe tirer une partie des
GALANT. 149
3
a
fommes qui leur font neceffaires
pour foutenir un éta ,
bliffement fi utile au Public.
Certel Lotterie fera de foi .
xante mille Louis d'or . L'on
fera pour la remplir autant
de Biller's d'un Louis chacun ,
done douze cens cinquante
feront bons Lots , & les autres
cinquante huit mille lept cens
cinquante feront de nulle vaz
leur . Il fera levé an profit de
Hôpital quinze pour cent für
les cent cinquante principaux
koist , montant enſemble à
trenie mille fouis , & dix pour
cent fur les bazę cens autres »
N iij
150 MERCURE
631
montant à pareille fommet
Ceux qui voudront mettre
à cette Lotterie , s'adrefferont
à l'un des fix Directeurs de
'Hôpital General , prépofez
par le Bureau pour la diftribu.
rion des Billers , dont les noms
& demeures feront cy- aprés
marquez , lefquels auront
chacun un Registre chiffré
& paraphé par M le Lieute
nant General de Police , l'un
des Chefs de la Direction , ou
deux autres Directeurs , pour
y écrire le nombre des billets
qu'ils diftribueront ſuivant
leur numero , & les noms de
A
!
GALANT.
11
ceux dont ils recevront l'ar
genta mebrew for wed
1 Ces - Directeurs mettront
tous les huit jours l'argent qu
ils auront reçû, dans un coffre ,
qui fera gardé dans l'Hotel
den Ville fous les ordres de
Mile Prevoft des Marchands ,
dont il aura une clef, & une
autre fera donnée à l'un des
-mêmes Directeurs . Dock
3. Ordre pour tirer la Lotteries
On fera foixante mille petits
carrez de papier .d'une
même grandeur , fur lesquels
con écrira les noms & les numero
de ceux qui auront don
N iiij
152 MERCURE
5
ne leur argent , ils feront ens
fuite roulez, colez, & mis dans
one Boere que l'on remuera
plufieurs fois , afin que les billers
foient bien meltz.long as
On fera autres foixante mille
carrez de papier , auffi d'une
même grandeur , defquels il
y en aura cinquante-huit mille
fept cens cinquante de
blancs , & douze cens cine
quante où feront écrits les
lots fuivant la divifion cyaprés
; ils feront tous roulez ,
colez , & mis dans une autre
Boëte que l'on remuëra pas
reillement plufieurs fois de
GALANT. 183
Cette Lotterie fera tirée au
15. de Mars de la preſence and
née 1700. fi plutoft elle n'eft
remplie dans l'Archevefche
en preſence de Meflicurs les
Chefs de la Direction , & des
autres Directeurs.Ap
On prendra les noms de
douze Enfans , dont deux
chojfis au fort tireront les Bil
lets des Boëtes par l'ouvertu
re qui fera de grandeur a
pouvoir paffer feulement la
main.
Ces deux Enfans tireront
en même temps un Billet de
chaque Boëte , & les donne154
MERCURE
ront aux deux perſonnes qui
auront efté commifes pour les
ouvrir.
Celuy qui aura reçu le billet
de la premiere boëte pro
noncera à haute voix le nuề
mero & le nom quity feront
écries. Celuy qui aura ouvert
le billet de la feconde boëte
prononcera de même Blanc ,
s'il eft blanc , & le montrera à
PAffemblée ;frau contraire it
eft noir , il dira Bon pour telle
fomme , le montrera pareilles
ment à l'Affemblée ; & letout
fera en même temps écrit fuc
le Regiſtre qui fera tenu à cet
effet.
GALANT ISS
Comme cette lotterie nepourra
eftre tirée qu'en plufieurs
féances , à la fin de chacune
on fermera & féclerade quatre
differens cachets les boëtes ,
& on les mettra dans un coffre
fous deux clefs , dom l'une
fera remiſe à M' l'Archevefa
que , & l'autre à Mle Premier
Prefident. On publiera à hau
tes voix le jour qu'on aura
choifi pour continuerà
chaque féance on tirera au
fort les noms des deux Enfans
fur le même nombre de
douze , & on remuëra desi
boëtes.
46 MERCURE
La Lotterie eftant tirée , on
fera imprimer les noms & nu.
mero de tous ceux qui auront
eu les bons billets , pour infor
mer le Public de ceux aufquels
ils feront échus. On payera
inceffamment à chacun lest
fommes qui leur appartien-1
dront , en retenant les quinze
pour cent fur chacun des centi
cinquante principaux : lots ,
& dix pour cent fur chacun
des autres , en faveur des Pauvres.
Ila efté refolu que les Ad-t
miniftrateurs ne
pourronts
mettre à la Lotteries, & quel
GALANT igy 157
l'on nerecevra point de Saifies
fous quelque prétexte que ce
foirmus top med 2001 65 998–
- Divifion des Lots.
De quatre mille Louis d'or.
De trois mille.
31 De deux mille. 105
I-De mille.
De neuf cens. eoru
De huit cens.
1 De ſept cens.
Defix cens, malo gr
2 De cinq cens . ! el
4 De quatre cens.
8 De trois cens.
20 De deux cens,
De cent.
18 MERCURE
68 De cinquante. 349150967 )
1. De trois cens Louis pour le
premier Billet tiré blanc.
De trois cens Louis pour le
dernier Billet tiré blanc.
¡ De deux cens Louis pour le
Billet blanc qui précedera
le gros Lot.
1 De deux cens Louis pour le
Billet blanc qui fuivra le
gros Lot.
1 De cent cinquante Louis
Enpour le Billet blanc qui précedera
le fecond Lor.
iDe cent cinquante Louis
pour le Billet blanc quifui *
vra le fecond Lor.
GALANT 159
ว
1 Decent Louis pour le Biller
si blanc qui précedera le troi
Géme Lot.
1 De cent Louis pour le Billet
blanc qui fuivra le troifiéme
Lot.
De cinquante Louis pour le
Billet blanc qui précedera
le quatrième Loc
1 De cinquante Louis pour le
Billet blanc qui fuivra le
¿ quatriéme Lor.
150 Principaux Lots , faifant
trenie mille Louis..
oo De trente Louis .
600 De vingt- cinq Louis.
1250 bons Billets , montant àl
160 MERCURE
3 foixante mille Lobisnu
·Noms & demeures des Directeurs
del Hôpital General, prépofer
pour la diftribution des Billers.
Mi le Beuf, rue Saint Antoine
,'prés l'Hôtel de Sully .
M' Soubeyran, ruë S Honoré,
prés les P P. de l'Oratoire.
M'Collins, fur le Quay del la
Tournelle
.Mother
M' Flory de Leffart, à l'Hoftele
de Guiſe... vi and
M' de Paris , rue de Sorbonne.
M' Robert , àLuxembourg,
Ces Meffieurs recevront
l'argent , & diftribueront les
Billets tous les jours , depuis
GALANT 1166101
une heure jufqu'à quatrevor
Arrefté du Bureau de l'Hôpitali
General, tenuen l'Archevêché le
deuxième jour de Janvier 1700.
Signé, DE L'ISLE , Greffier.
dudit Bureau.nivngs ]
Depuis que M' le Comte
de Pontchartrain exerce feul
la Charge de Secretaire d'Etat,
& qu'il templit tous les autres
Emplois attachez à cette
Charge , dont je vous manday
le nombre , & les fonctions
il y a quelques mois , le Roy
a efté fi fatisfait de fon exacti
ude , de fes foins , de fa vigi
Janvier 1700 .
O
165 MERCURE
•
lance , & de la maniere done
il s'en acquiste , que Sa Ma.
jefté luy a donné la Penfior
dont jouiffent les Miniftre
d'Etat
Le Roy eftant auffi fe
fatisfait de M' le Marquis
Seignelay, qui fait voir be
coup de fageffe dans un a
fort peu avancé ; & qu
la furvivance de la Char
de Maiſtre de la Garderob
que poffede M' le Marq
de la Salle , lay , a acor
deux mille écus de Penfior
& a donné la furvivance di
ne penfion de pareille fon
IGALANTA 163
me, dont jouit Mile Duc del
Gefvres , à Mademoiſelle de
Gefvres , fa Fille. Sa Majeftë a
pareillement accordé deux
Penfions . vacantes dansl'Ora
dre de S. Louis , fçavoir, Pure
M du Pont , premier Capi
taine de Grenadiers du Regi
ment de Navarre ; & l'autre a
M Philippe , Exempt dans le
Gardes du Corps.
Je vous envoye les Jettons
qui ont efté frapez cette an
née au Balancier des Médail
les dont M de Launay eft
Directeur General. Je vou
drois que la graveure cuft pu
O ij
264 MERCURE
répondre à la beauté de ces
Jettons.biran lupausualls ;
Vous avez fouvent vu des
Cachets d'Agathes avec des
Teftes antiques , ce qui avoit
fait fouhaiter il y a longtemps,
de voir des Teftes modernes
fur des Cachets. M' Verien
en a gravé fur des Cachers
d'acier poly , en forme de
pierre , montez fur de l'or &
fur de l'argent. Il a déja len
Portrait du Roy , celuy de
Monfeigneur le Dauphin , &
ceux de toute la Famille Royal
le, ainfi que ceux du Roy &
de la Reine d'Angleterre
, &
GALANT. 165
'de Monſeigneur le Prince de
Galles. Ceux qui voudront en
avoir les trouveront fur/ le
Quaysdes Orfévrès , aux Armes
de Mademoiſelle. Il fait
auff des Portraits ad vivum,
pour mettres fur des Bagues
& fur des Cachets. azbuk
* Meflire Charles . François
de Montholon
, Seigneur
d'Aubervilliers prés Paris , Premier
Prefident au Parlement
de Rouen, & auparavant Con - t
feiller au Grand Confeil , épou
fale s . de ce mois Dame Anne
Marie Madeleine de Canous!
ville , Dame de Grolmente
166 MERCURE
Beaucamp , Criquetor , & c3
Mi de Montholon avoit épou
fé en premieres Noces Marie
Anne de la Guillaumie , Sour
de Nicolas de la Guillaumie
Confeiller au Parlement de :
Paris en la feconde des Envi
queſtes , dont il a deux Gara
çons & quelques Filles. Ielts
le Chef de la feconde Bran
che des Fondateurs de la Mai-i
fon & College.de Boiffy à Pa
ris , & defcend en ligne directes
des deuxGarde - des - Sceaux de
France de Montholon , dont
le premier avoit efté aupara
vant Avocat General puisv
GALANT. 167
Prefident au Parlement de
Paris, Il eft aufli petit Neven
du Cardinal Guillaume de
Madame mode Montholon.
Montholon qui vient d'eftra
mariée , a un merite particu
lier , eftant dans le commerce!
des belles Lettres , & fort in
telligente dans l'Hiftoire , Elle
eftoit Veuve de Meffire Rod
bert le Roux d'Efneval, Barons
d'Efneval , Vidame de Nor
mandie , Sire de Pavilly , d'Ac
quigny, & c . qui eft mort Am
baffadeur Extraordinaire pour
le Roy en Pologne , aprés a…
voir efté Ambaffadeur en
168 MERCURE
Portugal. Elle eft de l'illuftre
Maifon de Canouville , Filles !
d'Adrien de Canouville , Sei
gneur de Grofmefnil , & d'Elizabeth
Marie Bretel , Marquife
de Gremonville , & per
tite Fille d'Anne - Françoiſe
de Lomenie , Comteffe de
Compans , Epoule en fecondes
Noces de défunt Mile Chan -j
celier Boucherat . La ceremo
nie du mariage a efté faite ,
dans la Chapelle de l'Hofteh
Boucherat à Paris . par Ml'E
vêque de Coutance , Charles-
François deLoménie de Brien
ne , Parent de la Mariée.
Mc
GALANT.I
16g
"
Meffire Michel - Eftienne'
Barbery Seigneur de Saint .
Conteſt , Confeiller du Roy ,
Maiſtre des Requeſtes ordi
naires de fon Hoftel , époula
preſque dans le même temps
Mademoiſelle le Maitre. Il
eft Frère de Jacques Barbery
Seigneur de Saint - Contelt,
Confeiller au Parlement en la
Troifiéme Chambre des En
queftes , & Fils de défunt Mi
chel Barbery , Seigneur de
Saint Contelt , Maiftre des
Requeftes , & de Marie Dau-"
rat. La Mariée eft Soeur de
Henry Louis le Maiſtre , Sei-
Fanvier 1700 .
S
P
170 MERCURE
L
gneur de Bellejame , Confeil.
ler au Parlement , & d'Anne
le Maiſtre , Epouſe de Charles
de la Boutiere , Maitre des
Requeſtes , & Fille de défunt
Jerôme le Mailtre , Prefident
en la Quatrieme
des Enque
ftes , & de Marie- Françoife
Feideau , & Tante d'Anne le
Févre-d'Ormeflon
, Epoule de
Henry François Dagueffeau
Avocat General au Parlement
Cette Famille des le Maiſtre
a donné un grand nombre
d'Officiers de diftinction dans
l'Epée & dans la Robe , M
l'Evêque d'Amiens , Henry
GALANT. 156.
Feideau de Brou , a fait la ce
remonie des Epoufailles , dans
l'Eglife de Saint André des
Arcs. Il eft Parent de la Ma
riée , laquelle eft de la Famille
des Fondateurs de la Maifon
& College de Boiffy de Paris.
M'Moreau de Mautour en
voya ce Madrigal à Made.
moifelle de Scudery , le pre
mier jour de l'année.
CE
Siecle heureux qui tient nos
efprits en balance ,
Soit qu'il finiffe on qu'il coma
mence ,
Pij
172 MERCURE
Admire encore en toy , fçavante
Scudery,
L'ornement de ton Sexe, l'hon
neur de la France .
Apollon parmy nous n'a point de ¹
Favory ,
Charmé de tes beaux Vers & de
ton éloquence ,
Quine craigne lors qu'ily pen.
ſe,
Que la Parque trop soft n'en ser
mine le cours ;
Mais le Ciel , maistre de nos
jours ,
Et qui regle nos deftinées ,
S'interesse pour toy, pour la poſte
rité
GALANT: 173
En donnant à ta vie un grand
nombre d'années ,
A ton nom l'immortalité.
Voicy la réponse que luy
fit l'illuftre Sapho.
9
Moreau vous employezune
vive éloquence
, 1
Tous vos Vers font remplis
d'appas ,
Fen ay de la reconnoiffance
Mais ils ne me tromperont pas,
Je me connois trop bien pour m'y
lafferSurprendre ,
Et j'aime top la verité.
Jemebâte de vous apprendre
Queje ne pretens rien à l'immortalué.
Piij
174 MERCURE
M' Moreau de Mautour luy
nvoya ce Quatrain fur fa
éponſe.
Docte Sapho , peu de perfonnes
Meritent l'immortalité ,
Mais par ton efprit ſi vanté
Tu te l'acquiers , & tu la donnes.
Vous avez fans doute en
tendu parler de Mademoiſelle
Coulon. Le bruit qu'a fait icy
fa beauté a efté trop grand ,
pour n'avoir pas efté jufqu'à
vous Comme elle fort grande ,
elle meritoit d'eftre chantée
par une Mufe de diftinction.
Lifezles vers qu'on a faits pour
GALANT. 175
elle , & voyez ſi je me trompe ;
en vous dilant qu'ils ne font
pas'au deffous du ſujet qu'ils
trajtent.nolagi n
XUPV ROY
A MADEMOISELLE
COULON.
nod tusi é'upauly 16 Axing
A Beauté mit fout en ufage
Et fa main liberale épuifa les crebafors
inculciat
Quand elle forma voftie corps ,
2bEt les traits de voſtre viſage.
Le Printemps luy prétales Roles &
fes Lis ,
La Jeunefle fournit & les Jeux & les
Ris
176 MERCURE
Ec les Graces voulant faire encor
davantage ,
Avant que de s'en deffaifir ,
2. Voulurent avoir le plaifir
D'admirer un fi belouvrage,
$
On diroit que l'Amour pour regner
dans vos yeux
Quitte le fejour d'Amathonte.
Cent beautez dont Paris eftoit fi
glorieux ,
Ne paro ffint plusqu'à leur honte,
Etc'eft vous foute enfin que l'on fuit
en tous lieux.
Telle Venus fortant de l'onde
Parut autrefois dans le monde ,
Et le fit admirer des hommes & des
33
Dieux! memiri : 1
Mais répondez- moy ,je vous prie,
Cette beauté , l'objet de tant de ja
loufie ,
GALANT
77
Qu'on ne peut voir fans l'admirer ,
Où les yeux méme de l'envié
Ne trouventtien à cenſurer ,
Croyez- vous que ce foit un bien fi
deſirable , gesp
Et ne craignez vous point de ne l'avoir
receu soka jomub 271
Que pour voirun heureux coupa
ble
esluption
Triompher de voſtre vertu ? 2)
S
Non , les folles amours voustrouvechio
sons cruelle
Un Epoux feultendre & fidelle
Diſpoſera de voſtre coeurs
Vous aimez encor plus l'honneur
Que vous ne cheriffez la gloire d'eftre
belle.
Jeune Iris , ne içavez- vous pas
Que malgré toute la fageffe,
178 MERCURE
Ilen conta cher à Lucrece
D'eftre née avec tant d'appas ?
77.107
De pareilles faveurs font fouvent
dangereufes ,
Le Ciel dans les prefens qu'il fait,
Ne donne pas tout à fouháit,
Erlesgrandes beautéz font rarement
heureufes.
Les charmes inconftans paffent com-
>> 70 me les fleurs : 2940
Et vous trouverez que l'hiftoire
Qui nous vante tant leur mchloire
Finit preſque toujours en pleurant
leurs malheurs.
Vous verrez à vos pieds fe rendre
Une foule d'Amans empreſſez &
foumis.
GALANT. 179
Qu'on a de peine à fe défendre
Detant d'aimables d'ennemis !
a
Il eft des momens de foibleffe
Où la nature peut tomber ;
On n'eft pas feur de n'y point fuc
comber,
Quand on eft obligé de combattre
fans ceffe.
S
Malgré tous ces perils où vous peut
engager
Une beauté qui charme & la Cour
& la Ville.
J'en connois icy plus de mille
Preftes avec vous de changer ,
Qui , quel que foit enfin le fort qui
Vous menace ,
Prendroient volontiers le danger,
Et voudroient eftre à voftre place.
180 MERCURE
Il n'y a perfonne qui n'air
fes foibleffes , mais il eft tresfurprenant
que l'on en puiffe
avoir fur des chofes qui ne
„valent pas qu'on s'y arreste ,
& qu'on ait l'enteftement de
les vouloir fatisfaire, fans nulle
reflexion aux chagrins qu'il en
peur coûter enfuite. Une fort
aimable Fille ayant du merite
& de l'efprit , vivoit applaudie
de tout le monde. Les louanges
qu'elle recevoit de tous
coftez fur les agrémens de fa
perfonne , luy donnoient un
petit air fier , qui tenant fes
Adorateurs dans le refpect ,
GALANT.
redoubloit en eux l'eftime
qu'ils avoient pour elle . Les
honnefterez qui accompa
gnoient toutes les maniéres
les indemnifoient de ce qu'ils
pouvoient y trouver de trop'
fevere , & quoy qu'aucun d'eux
ne pult fe vanter d'eftre mieux
traité que fes rivaux , elle lés
ménageoit avec tant d'adreſſe
qu'ils paroiffoient tous contens
. Cette conduite eftoit
dans les règles , & elle euſt ;
mené une vie heureuſe , fi les
déferences qu'ils luy ren
doient ne l'euffent point trop
accoûtumée à vouloir primer
182 MERCURE
par tout. Une jeune Blonde ,
à qui la liaiſon qui ſe rencon ~
troit entre leurs familles , l'o
bligeoit de marquer quelque
amitié , partageoit
l'encens
qu'elle croyoit n'eftre dû qu'à
elle feule. Elle eftoit brillante ,
& par l'éclat de fon teint , &
par l'enjouement
de fon humeur
, & la converſation
aifée
la faifoit rechercher
par tout,
où l'on vouloit que la joye re
gnaft . Ce fut affez pour faire,
peine à la Belle. La jaloufie
s'empara de fon clprit , & fi
elle eftoit forcée par bienfeance
d'avoir pour elle quel
9
0
GALANT. 183
ques dehors obligeans , ello
luy vouloit du mal dans le
fond de l'ame , d'avoir un me
rite qu'on pull égaler au fien .
Ainfila regardant comme une
Rivale qui lay difputoit l'empire
de la beauté , elle fappor
toit impatiemment qu'on para
laft d'elle avec avantage
pour affoiblir le bien que l'on
en difoit , elle luy trouvoit
toûjours quelque défaut dont
il falloit convenir fi l'on avoit
envie de luy plaire. Pleine de
ces fentimens , elle s'appli
quoit avec grand foin jufque
dans les moindrés chofes , à cel
184 MERCURE
qui pouvoit luy donner fur
elle quelque préference , &
comme fielle l'euft fort abaiffée
en prenant des airs de fuperiorné
, elle ne vouloit luyceder
en rien . Son Amie
d'une humeur plus douce &
moins clfimerique
, ne piprenoit
point garde àfes caprices ,
& continuoit à joüir fans trou
ble du plaifir d'eftre estimée
de cous ceux qui la voyoient
.
Un Cavalier
, tres diltingué
par un vray merite, parut com
mencer à prendre de l'attache?
ment pour elle. La Belle dont
la jaloufie- s'augmentoit
de
GALANT. 185
jour en jour , ne l'eut pas plus
toft appris , queregardant cet
artachement comme un bon
neur dont elle n'eftoit pas dis
gne, elle réſolut de luy enlever
cette conquefte . Elle en vint à
bout, en prenant pourle Cava;
her des airs plus infinuans qu'
elle n'avoir accoutumé d'emai
voir pour ceux dont elle dai
gnoit agréer les foins. Jamais
triomphe ne luy fur plus doux!
Afin de s'en mieux affarer la
gloire , elle mit tout en ufage
pour engager fortement le Ca
valier ; & comme il eft diffi
cile de fe défendre contre des
Janvier 17.00. QUIS
186 MERCURE
qualites eftimables , fur tout
quand on cherche à plaire ,
elle aima autant qu'elle for
aimée. Cet amour tres violent
dans le Cavalier, & applaudi
par la Belle , fit bien-coft dire
par tout que c'eftoir un ma
riage qui s'alloit conclurre.
En effet , on pouffa fi loin les
choſes , qu'on attendoit fu
lement un Oncle pour en ar
refter le jour. Cependant le
Cavalier fe flata mal à propos
. La Belle changea tout à
coup pour luy ,fans qu'il euft
donné aucun fujet à ce changement.
Son Amie en fut la
caufe . Un homme ayant deux
2
GALANT 18+
C
A
fort belles Terres , & tenant
un fang tres confiderable
dans la Ville par la Charge
qu'ily'exerçoit , fut touché de
ce qu'on luy dit de fon hu
meur & de fa perfonne . Il voukit
la voir , elle lay plut , &
Paffaire ayant efte terminée
ʼn peu de jours , la Belle fuc
obligée de luy rendre fur ſon
mariage , les complimens qu'-
elle en avoit receus fur le fien .
Ce ne fut qu'avec beaucoup
de chagrin qu'elle fe fit cette
violence. Elle la voyoit mon.
ter dans un rang qui ne pouvoit
luy permettre de luy dif-
Q ij
188 MERCURE
puter lepas fi elle épouloit
le Cavalier , & cette facheufe
idée la frapa fi vivement , que
le regret de le perdre ne put
femporter fur la honte qu'elle
le faifoit d'avoir à ceder à la
jeune Blonde Le facrifice luy
fat dur à faire , mais enfinelle
le fit , & ne voulant pas avouer
fon foible , elle fe fervit d'excufes
peu recevables pour au
torifer fon changement. Le
Cavalier les combatit quel
que temps , & les mauvai,
fes raifons qu'elle employa
pour les foutenir , luy paroiffant
venir d'un caprice ,
GALANT. 189
qui ne pouvoit eftre que d'un
fort mauvais préfage pour le
repos de la vie , il la quitta
pour ne la revoir jamais. Le
fecret dépit qu'elle cute din
bonheur de fon Amie ne dura
que quelques mois . Aprés
plufieurs partis refuſez , um
des premiers Magiftrats de
toute la Ville ,luy fit demander
fi elle confentiroit qu'il
Il fongeaft à elle , eftoit
vieux , de mauvaiſe humeur ,
& fujet à quelques mauxaffez
dégoûtans pour une jeune
perfonne Elle ſe ſentoit d'ail
leurs incapable de l'aimer ,
190 MERCOURE
mais en l'époufant, elle ſe met?
toit au- deffus de cette Amie
dont elle avoit enviél'établiſſe
ment , & il ne fallut point de
raiſon plus forte pourrendre fa
réponie favorable . La perte du
Cavahër, qui luy revenoit forr
ſouvent dans la memoire , luy
faifoit
beaucoup de peine , &
elle pouvoit d'autant moins
étouffer l'amour qu'il luy avoit
inſpire , que ſon coeur n'eftant
remply d'aucune tendreſſe
pour celuy qu'elle époufoir ,
elle demeuroit
toujours fenfible
au merite qui luy avoit
fait ſouhaiter d'en eſtre aimée,
GALANT 191
"
Cependant le mariage fe fit ,
& le plaifir de voir fon Amie
au deffous d'elle , la confola
du defagrément d'avoir à paſfer
de belles années avec un
homme d'un âge extrémement
avancé , & rempli d'infirmirez.
Ce plaifir ne laiffa
pas d'eftre moderé par le vio .
lent dépit qu'elle eut de ce
que le Cavalier, qu'elle aimoit
toujours , & dont la ruptute
eftoit entiere avec elle , confervoit
beaucoup d'égards
pour fon Amie , qu'il n'avoit
jamais ceffe d'eftimer , & qu'il
alloit voir de temps en temps.
191 MERCURE
Elle paffa trois ou quatre any
nées de cette forte , pendant
lelquelles il arriva de grands
changemens dans la fortune
de cet Amant dédaigné.Com .
me il avoit de puiffans Amis
on luy donna part dans des
affaires qui luy firent acquerie
beaucoup de bien , & par un
enchaînement
de bonheur , à
quoy il n'avoit aucun fujet de
sattendre , il luy échut une
fucceflion tres confiderable ,
fur laquelle il eftoit bien éloi
gné de compter , puis qu'il ne
pouvoit l'avoir que par la mort
de trois ou quatre perfonnes
·
qur
GALANT 193
qui estoient encore dans une
grande jeuneffe. Differentes
maladies les emporterent
en
deux ou trois mois fans qu'au
cun laiffaft d'enfans ; & cette
grande fortune venuë tout à
coup , le mettant en pouvoir
de s'élever , il crut fes Amis
qui luy confeillérent d'ache
ter le Gouvernement de la
Ville. Ce fut alors que la Dame
qui n'avoit cherché à rom .
pre avec luy , que parce qu'il
ne pouvoit luy donner le rang
qu'elle fouhaitoit , fe repentit ,
mille fois d'avoir fatisfait fa
vanité aux dépens de fon
Fanvier 1700 .
R
194 MERCURE
amour . Elle s'en vit bien pu
nie , & elle le fut encore beaucoup
davantage par ce qui arriva
quelque temps aprés .
Son Amie eftant demeurée
Veuve avec un affez gros bien ,'
dés ce moment elle fe mit
dans la tefte que le Cavalier
fongeroit à l'épouler. Son
preffentiment le trouva jufte ;
le Cavalier commença à ſe
montrer affidu auprés de la jolie
Veuve , & comme en examinant
fon caractere , il ne decouvrit
en elle des qualique
tez qui pouvoient
contribuër
à lerendre heureux , la premie-
30
GALANT. 195
re année de fon deüil ne fut
pas plutoft finie , qu'il l'enga
gea à un fecond mariage . Le
titre de Gouvernante avoit
dequoy la flatter , & d'ailleurs
le Cavalier eftime de tout le
monde , meritoit par fa perfonne
ce qu'elle faifoit pour
luy. La Dame jalouſe , ne put
voir l'élevation de fon Amie,
qui luy paroiffoit un abaiſſe.
ment honteux pour elle , fans
laiffer aller ſon dépit juſques
à la rage. La contrainte qu'elle
eftoit obligée de s'impofer
pour ne laiffer pas appercevoir
ce qu'elle fentoir , eftoit
Rij
196 MERCURE
R
un nouveau tourment pour
elle. Sa fanté en demeura alterée
, & ne pouvant foûtenir
l'image de ce qui s'offroit fans
ceffe à fes yeux , elle refolut de
s'éloigner . Le befoin de changer
d'air luy fur un prétexte
favorable. Elle fe retira dans
une Terre où fon Mary luy
permit d'aller , & fi l'on en
croit ce qui fe dit , elle eft fort
déterminée à ne plus paroistre
dans un lieu où fon ambition
mortifiée la feroit fouffrir inceffamment,
"
Parmy le grand nombre
IM
GALANT. 197
d'Etrangers qui fe rendent à
Rome , à l'occafion de l'année
fainte , il sen
e, il s'en rencontre plufieurs
qui n'eftant pas Catholiques
, y viennent feulement
par pure curiofité, ce qui eftant
venu à la connoiffance de Sa
Sainteté , Elle donna ordre
quelques jours avant la mala
die, au Pere du Buc, Religieux
François Theatin , de conti
nuer de travailler à leur converfion
, comme il a déja faiz
depuis longtemps avec beau
coup de fuccés . Il s'en eft encore
rencontré plufieurs, qui
ayant profité de fes inftru-
R. iij
198 MERCURE
tions , ont abjuré tout rés
cemment leurs erreurs, entre
autres un Hollandois , Officier
de l'Empereur , & un jeune
homme , d'une bonne Famille
de Mets en Lorraine. Le Pere
du Buc avoit efté choifi
pour prêcher pendant l'Avent
dernier dans la Paroiffe de
Saint Louis , qui eft une des
fept Eglifes de Rome affectées
à la Nation Françoiſe , où il y
a eu toujours un grand concours
de Cardinaux , de Pre.
lats , & de ce qu'il y a de plus
qualifié dans la Ville.
Voicy les noms des perfon .
GALANT 199
21
nes confiderables mortes depuis
ma derniere Letrre.
& Mle Chevalier de la Rongere
, Capitaine de Vaiffeau
du Roy , & Chevalier de Malte
b eftoit Frere de Meffre Hiacinte de Ona Meffre
Marquis de la Rongere , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Chevalier d honneur de Madame.
Dame Marie-Anne- Scola
ftique de Bertin , Religieufe
de la Congregation de Nottre-
Dame de Compiegne , Fille .
de Meffire Claude de Bertin ,
Seigneur de Brelincour , & de
Riiij
200 MERCURE
4
Dame Catherine de Seron .
Eile eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercéisks
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regence dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés
GALANT.0201
azo Meffire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
Saint- Dié Villemonble , Avron
, Noily le- ſecq , & auares
lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
Ctre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers , Avron , Noify
, &c. & de Marie Acarie . H
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bre200
MERCURE
Dame Catherine de Seron.
Ele eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercé les
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regence dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés.
GALANT 201
ezo Meflire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
Saint - Dié , Villemonble , A.
fo
vron , Noily le fecq , & au
ares lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
Ctre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers ,Avron , Noify
, &c. & de Marie Acarie. H
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bre-
1
202 MERCURE
tonvilliers , Confeiller au Pardement
en la Quatriéme
Chambre des Enquestes , reçu
en ſurvivance en la Charge
de Prefident en la Chambre
des Compses ; M le Ragois
de Bretonvilliers , Seigneur de
Saiat Die , Lieutenant General
pour le Royau Gouvernement
de la Ville , Prevoſté , &
Vicomté de Paris , cy devant
Capitaine aux Gardes ; N. le
Ragois de Bretonvilliers , Epoufe
d'Anne - Louis - Jules
Malon de Bercy , Maistre des
Requeftes ; N. le Ragois de
Bretonvilliers Epoufe de
GALANT. 203
Louis Bechameil , Marquis de
Nointel , Maitre des Requeftes
& Intendant en Bretagne ;
& Françoife le Ragois de Bretonvilliers
, Veuve d'Anne
Hervart , auffi Maistre des Requestes
. Male Prefident de
Bretonvilliers qui vient de
mourir , avoit une Soeur , Marie
le Ragois , qui avoit épousé
Louis de Bailleul , Seigneur de
Soify & d'Etiolle fur Seine ,
Marquis de Chateaugontier ,
Prefident à Mortier , dont elt
venu entr'autres enfans Nico
las . Louis de Bailleul , Seigneur
des mêmes lieux , &
204 MERCURE
Marquis de Chasteaugontier ,
qui eft aujourd'huy Prefident
à Mortier, yli 33 ( Roube10)
Mi le Vaffeur , ancien Râtonnier
, & Doyen des Avocats
du Parlement. Il avoir
efté reçû Avocat le 21. Juillet
1638 & a toûjours fuivi le Barreau
avec candeur & fatisfaetion
de fes Parties . Il a confervé
jufqu'à fa mort l'ancien
habit du Palais que porroient
les Avocats & Officiers de Judicature
, qui eſt une Soutane ,
avec un large ruban de foye
pour ceinture , & par deffus, la
Robe du Palais , ouverte par
GALANT. 205
devant. Cette Soutane faifoit
la diftinction des Lettrez &
Graduez , & il n'y a prefque
plus que les Prefidens au Mor.
tier qui la portent de cette
maniére. Il avoit épousé Anne
de la Roche , dont il laiffe
entr'autres enfans , René le
Vaffeur, Sous Gouverneur des
Pages de la grande Ecurie du
Roy , cy - devant Refident
pour le Roy en Eſpagne , M
le Vaffeur , Gentilhomme fervant
de Sa Majeſté ; & plufieurs
autres dont la plupart
ont pris le parry de l'Eglife . Sa
Niece, Catherine Madeleine
206 MERCURE
le Vaffeur a épouſe René 2
Jofeph de la Vaigne , Lieutenant
General des Eaux & Forefts
à la Table de Marbre de
Paris, cy - devant Confeiller au
Chaſtelet.htm la inst
Dame Elizabeth Louiſe de
Plancy , Epouſe de Meffire
Marc Antoine - Valentin de
Rollinde , Seigneur de Chantrayne
, Confeiller au Parle
ment , en la Troifiéme Cham .
bre des Enquestes. Elle eft
morte à vingt - deux ans fans
pofterité , & eftoit Fille de
M' de Plancy , cy - devant
Maiftre d'Hoftel de S. A.R.
GALANT. 207
Monfieur , & de N. Boudet ,
Fille de François Boudet , Seigneur
de Belliere , Confeiller
du Roy en la Cour des Monnoyes
, & d'Antoinette de
Creil . M' de Rollinde , fon
Epoux , eft Frere d'Elizabeth
de Rollinde , Epoule de
Charles Doujat, Confeiller au
Parlement de Mets , tous deux
enfans de Marc - Antoine de
Rollinde , Secretaire du Roy
& Secretaire des Commande.
mens de feuë S. A. R. Mademoifelle
, & d'Elizabeth du
Bois .
Mle Prince de Naflau ,
208 MERCURE
aîné de la Maifon & de tous
ceux de ce nom , Souverain
des Pays de Naffan & de Liege
, Gouverneur du Pays de
Gueldre , & Doyen des Chevaliers
de la Toifon d'or , eſt
mort à Ruremonde le 17. du
mois paffé , âgé de foixantedix
- huit ans. Son Gouverne.
ment a efté donné à M le
Comte de Horn , qui a épousé
la Fille de Mile Prince de Li.
gne ; le Regiment de M le
Comte de Horn a efté donné
au Prince de Naffau , Fils de
celuy qui vient de mourir. Ilavoit
pour Soeur unique Ma. "
GALANT. 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M' le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vousaimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers,
& je ne puis mieux fatisfaire
voltre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ce 5. Janvier 1699;
Urengzeb Empereur du
Mogal, eft encore en vie. Il
Janvier 1700
Ꮪ
210 MERCURE
5
retientfes trois Enfans prés de fa
perfonne. Le Raja de ce Pays qui
avoir pris les armes ,& qui s'eftoit
rendumaistre deplus de cent lieuës
de terrain , s'eft foumis , & s'est
rendu au Fils du Prince aîné,
qu'on avoit envoyé en ces quartiers
avec une puiffante Armée.
Toutes les Nations luy ont fait des
prefens confiderables. Il ramaffe
tous les jours desfommes immen
fes..
>
Le 4. d'Octobre dernier , PEclipfe
du Soleil, qu'on a foigneufe
ment obfervée , commença icy a
vant le lever du Soleil. Elle finit à
buit beures cinquante minutes. Le
"GADANT 21
milien arrivaà fix heures cinquante
quatre minutes fa quantitéfut
de huit doigts & deux tiers.
Le 23 de Novembre les trois
jours fuivans , il parut en l'air
une quantité prodigieufe de fanverelles
àquatre ailes , qui allaient
wers le Nore. Elles eftoient quel
quefois durant des heures entieres ,
-plus épaiffes que ne font lesflocons
de nege , quand elle tombe mediocrement.
Cela paroift incroyable,
àmoins que de l'avoir vú. Ces
fauterelles eftoient de la groffeur
de la longueur dupetit dorge de
la main. Elles auroient fan's donne
caufé la famine , fi la récolte du
Sij
212 MERCURE
bled du ris neuft efté faite.
Nous avons appris que l'Am•
phitrite , Vaiffeau François qui
va à la Chine , partit du Cap de
Bonne- Esperance le 10. de fuin.
Il vouloit paffer le Détroit de la
Sonde , & aller à Batavie , mais
les courans , ou les vents contraires
Lobligérent de relâcher à Stehem ,
dans la grande Ifle de Sumatra .
Ce fut un bonheur pour luy , car
ily trouva un Capitaine François
habitué en ce pays là , lequel
luy procura en trois jours tous les
rafraichißemens dont il avoit befoin.
Il fir plus , il leur donna de
bonnes Cartes marines pour la
GALANT 213
Chine Deux Pilotes Chinois
qui ont fouvent fait ce voyage,
s'embarquerent fur ce Vaisseau
avec quatre Marchands de la
même Nation , s'offrirent à
les conduire feurement à la Chi
ne , où l'on eft perfuadé qu'ils font.
‹arriveZ.
Verne
SA
&
a
J'ay à vous parler de quel
ques livres nouveaux , & com,
me tout ce qui eft curieux &
edifiant vous fait plaifir , je
vous diray que le Pere le Gobien
Jefuite , vient de donner
au Public l'Hiftoire des fles
Marianes , nouvellement con
214 MERCURE
verties à la Religion Chre.
ftienne. C'est un pays nouveau
pour nous ; car quoy que
Magellan euft découvert ces
Ifles au commencement du
Siecle paffé , dans le fameux
Voyage qu'il fit autour de la
Terre, nous n'en connoiffions
ny le nombre , ny la ſituation ,
ny même les veritables noms,
encore moins les moeurs & les
coutumes des Peuples qui les
habitent .
Magellan appella ces mles ,
les Ifles des Larrons , à caufe que
ces Infulaires luy prirent quel
ques morceaux de fer . Les
EI
no
du
Ba
es
pa
C
M
I'I
d
e
GALANT 215
"
Efpagnols leur donnérent le
nom de Islas de las velas , à caufe
du grand nombre de petits
Bâtimens qui viennent à voiles
déployées au devant des
Vaiffeaux Espagnols ; mais depuis
que la feue Reine d'Efpagne
, Marie Anne d'Autri
che ,Mere du Roy Catholique
Charles II . y a envoyé des
Miffionnaires pour y prefcher
l'Evangile , on les a appellées
Ifles Marianes.
Ces Iflés font à l'extremité
de l'Orient , dans , cette vafte
étenduë de mer qui eft entre
le Japon , les Philippines , & le
26 MERCURE
Royaume de Mexique , que
les Espagnols appellent l
Nouvelle Espagne. Elles occur
pent environ cent cinquante
lieuës de mer entre le Tropi
que du Cancre & la Ligne
Equinoctiale depuis Guahan
La plus grande & la plus me
ridionale de ces Illes, eft Urae,
qui eft la plus proche du Tro
pique.
Quoy qu'elles foient fous
la Zone Torride , le Ciel y eft
doux & ferain , on y refpire
un air pur , & la chaleur n'y
eft point exceffive. Les montagnes
chargées d'arbres prel
que
GALANT 217
A
que toûjours verds , & entre .
coupées d'un grand nombre
de ruiffeaux , qui fe répandant
dans les vallées & dans les plai
nes , rendent ce Pays agreable.
a
Avant que les Espagnols
euffent paru dans ces Ifles , la
plufpart des chofes que nous
croyons neceffaires à la vie ,
manquoient à ces Infulaires.
Ils n'avoient aucuns animaux ,
& ils ne s'en feroient pas même
formé d'idée , s'ils n'avoient
vu des oifeaux. Ce qui
eft plus étonnant , c'eft qu'ils
Janvier 1700, 1000 TU
"
218 MERCURE
n'avoient jamais vu de feu.
Cet élément leur eftoit incon
nu , & ils ne furent jamais plus
furpris que quand Magellan
leur en fit voir pour la premie
re fois , Ils le regarderent d'a
bord comme un animal qu
s'attachoit au bois dont il f
nourriffoit. Quelques uns s'e
eftant approchez de trop prés
fe brûlérent, & crurent que
cet animal les avoit mordus
Ils en donnérent de la crainte
à leurs Compatriotes qui n'o
foient s'en approcher. Cette
crainte frivole ne dura pas ,
ils s'accoutumérent à le voir
GALANT 219 221
& à s'enfervir comme nous.
Ces Peuples vivoient dans
une entiére liberté , & dans
une indépendance abſoluë ,
avantqu'ils fuffent Chrêtiens.
Chacun eftoit maistre de fes
actions, & n'en rendoit com.
pre àperfonnescar quoy qu'il
yait parmy eux comme trois
Etats , la Nobleffe,le Peuple ,
& les gens d'une condition
mediocre ,laNobleffe n'a au
acher
a leur
affent
laiffer
faire
Is ren
jr , &
Occa
nger
r paft
dom
cun pouvoir fur lePeuple . Elle
eft d'une fierté
incroyable, &
a un fi grand mépris pour les
gens du commun , que c'eſt
un crime à un Noble de s'al
I'ils
fo
: leur
ables
rec
le
ulen's
Tij
208. MERCURA
aîné de la Maifon & de tous
ceux de ce nom , Souverain
des Pays de Naffau & de Liege
, Gouverneur du Pays de
Gueldre , & Doyen des Chevaliers
de la Toifon d'or , eſt
mort à Ruremonde le 17. du
mois paffé , âgé de foixantedix-
huit ans. Son Gouverne.
ment a efté donné à M le
Comte de Horn, qui a époufé
la Fille de M ' le Prince de Li
gne ; le Regiment de M² le
Comté de Horn a efté donné
au Prince de Naffau , Fils de
celuy qui vient de mourir . Ilavoit
pour Soeur unique Ma-
I
GALANT 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M❜le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vous aimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers ,
& je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ces. Janvier 1699;
Urengzeb Empereur du
Mogel , eft encore en vie. Il
Janvier 1700.
S
194 MERCURE
amour. Elle s'en vit bien pu
nie ,& elle le fut encore beaucoup
davantage par ce qui arriya
quelque temps aprés.
Son Amie eftant demeurée
Veuve avec un affez gros bien,'
dés ce moment elle fe mit
dans la tefte que le Cavalier
fongeroit à l'épouler.
preffentiment le trouva jufte ;
le Cavalier commença à ſe
montrer affidu auprés de la jolie
Veuve , & comme en examinant
fon caractere , il ne decouvrit
en elle que des qualitez
qui pouvoient contribuer
àle rendre heureux , la premie-
Son
GALANT. 195
re année de fon deuil ne fut
pas plutoft finie , qu'il l'enga
gea à un fecond mariage. Le
titre de Gouvernante avoit
dequoy la flatter , & d'ailleurs.
le Cavalier eftime de tout le
monde , meritoit par
fa perfonne
ce qu'elle faifoit pour
luy. La Dame jaloufe , ne put
voir l'élevation de fon Amie
qui luy paroiffoit un abaiffe .
ment honteux pour elle , fans
laiffer aller fon dépit jufques
à la rage. La contrainte qu'elle
eftoit obligée de s'impoſer
pour ne laiffer pas apperce.
voir ce qu'elle fentoir , eftoit
Rij
196 MERCURE
un nouveau tourment pour
elle. Sa fanté en demeura alterée
, & ne pouvant foûtenir
l'image de ce qui s'offroit ſans
ceffe à ſes yeux , elle refolut de
s'éloigner . Le befoin de changer
d'air luy fur un prétexte
favorable. Elle fe retira dans
une Terre où fon Mary luy
permit d'aller , & fi l'on en
croit ce qui fe dit , elle eft fort,
déterminée à ne plus paroiſtre
dans un lieu où fon ambition
mortifiée la feroit fouffrir inceffamment.
Parmy le grand nombre
GALANT. 197
d'Etrangers qui fe rendent à
Rome, à l'occafion de l'année
fainte , il s'en rencontre plu
fieurs qui n'eftant pas Catho
liques , y viennent feulement
par pure curiofité ; ce quieftant
venu à la connoiffance de Sa
Sainteté , Elle donna ordre
quelques jours avant la mala
die, au Pere du Buc , Religieux
François Theatin , de conti
nuer de travailler à leur converfion
, comme il a déja faiz
depuis longtemps avec beau
coup de fuccés. Il s'en eft encore
rencontré plufieurs, qui
ayant profité de fes inftrub
R. iij
198 MERCURE
ctions , ont abjuré tout rés
cemment leurs erreurs , entre
autres un Hollandois , Officier
de l'Empereur , & un jeune
homme , d'une bonne Famille
de Mets en Lorraine. Le Pere
du Buc avoit efté choifi
pour prêcher pendant l'Avent
dernier dans la Paroiffe de
Saint Louis , qui eft une des
fept Eglifes de Rome affectées
à la Nation Françoife , où ily
a eu toujours un grand concours
de Cardinaux , de Pre.
lats , & de ce qu'il y a de plus
qualifié dans la Ville.
Voicy les noms des perfon .
GALANT 199
nes confiderables mortes depuis
ma derniere Letrre.
Mle Chevalier de la Rongere
, Capitaine de Vaiffeau
du Roy, & Chevalier de Malte
Ib eftoit Frere de Meffire
Hacinte de Onatrebarbe ,
de la Rongere , Che-
Marquis
valier des Ordres du Roy , &
Chevalier d honneur de Madame
.
Dame Marie-Anne- Scolaftique
de Bertin , Religieufe
de la Congregation de Notre-
Dame de Compiegne , Fille .
de Meffire Claude de Bertin ,
Seigneur de Brelincour , & de
R iiij
200 MERCURE
9
Dame Catherine de Seron.
Eile eft morte à trente deux
ans , aprés avoir exercé les
Charges de Maiſtreffe odes
Penfionnaires , Regente dans
les Claffes , Dépenfiere , Robiere
, & autres , dont elle
s'eft acquittée avec beaucoup
d'exactitude & de regularité.
M¹ Errard , ancien Avocat
au Parlement , l'un des plus
celebres , des plus employez ,
& des plus éloquens. Il laiffe
entr'autres enfans deux jeunes
garçons , qui commencent
déja à fuivre le Barreau avec
fuccés.
GALANT.10201
COR
zo Meflire Benigne le Ragois,
Seigneur de Bretonvilliers
@ Saint- Dié Villemonble Avron
, Noily le- fecq , & au
ares lieux , Prefident en la
Chambre des Comptes de
Paris la efté auparavant Maî
qtre des Comptes , & eft Fils
de Claude le Ragois , Seigneur
de Bretonvilliers , Avron , Noify,
&c. & de Marie Acarie. I
avoit époulé Claude Elizabeth
Perrot de Fercourt , Fille de
Jean Perrot de Fercourt , &
de Madeleine de Combault ,
dont il a eu Meffire Benigne
le Ragois , Seigneur de Bret
202 MERCURE
tonvilliers , Confeiller au Par
dement en la Quatriéme
Chambre des Enquestes , re-
“çuen ſurvivance en la Charge
de Prefident en la Chambre
des Compses ; M ' le Ragois
de Bretonvilliers , Seigneur de
Saiat Die , Lieutenant Gene
ral pour le Royau Gouvernement
de la Ville , Prevoſté , &
Vicomté de Paris , cy devant
Capitaine aux Gardes ; N. le
Ragois de Bretonvilliers , Epoufe
d'Anne - Louis - Jules
Malon de Bercy , Maitre des
Requeftes ; N. le Ragois de
Bretonvilliers Epoufe de
GALANT. 203
Louis Bechamel , Marquis de
Nointel , Maitre des Requef
tes & Intendant en Bretagne ,
& Françoife le Ragois de Bretonvilliers
, Veuve d'Anne
Hervart , auffi Maitre des Requeftes
Mle Prefident de
Bretonvilliers qui vient de
mourir , avoit une Soeur , Mariele
Ragois , qui avoit époulé
Louis de Bailleul , Seigneur de
Soify & d'Etiolle fur Seine ,
Marquis de Chateaugontier ,
Prefident à Mortier , dont eft
venu entr'autres enfans Nico
las . Louis de Bailleul , Seigneur
des mêmes lieux , &
204 MERCURE
Marquis de Chasteaugontier ,
qui eft aujourd'huy Prefidenc
à Mortier, vi i V6
Mi le Vaffeur , ancien Râtonnier
, & Doyen des Avocats
du Parlement. Il avoit
efté reçû Avocat le 21. Juillet
1638 & a toûjours fuivi le Barreau
avec candeur & fatisfac
tion de fes Parties. Il a confervé
jufqu'à fa mort l'ancien
habit du Palais que portoient
les Avocats & Officiers de Judicature
, qui eft une Soutane ,
avec un large ruban de foye
pour ceinture , & par deffus, la
Robe du Palais , ouverte par
GALANT. 205
devant. Cette Soutane faifoit
la diftinction des Lettrez &
Graduez , & il n'y a prefque
plus que les Prefidens au Mortier
qui la portent de cette
maniére. Il avoit épousé Anne
de la Roche , dont il laiffe
entr'autres enfans , René le
Vaffeur, Sous Gouverneur des
Pages de la grande Ecurie du
Roy , cy - devant Refident
pour le Roy en Espagne , M
le Vaffeur , Gentilhomme fervant
de Sa Majeſté ; & plufieurs
autres dont la plufpart
ont pris le parry de l'Eglife . Sa
Niece, Catherine Madeleine
1.
206 MERCURE
le Vaffeur a épousé René
Jofeph de la Vaigne , Lieute
nant General des Eaux & Forefts
à la Table de Marbre de
Paris, cy- devant Confeiller au
Chaſtelet.kome I insa
Dame Elizabeth Louiſe de
Plancy , Epouſe de Meffire
Marc Antoine - Valentin de
Rollinde , Seigneur de Chan .
trayne , Confeiller au Parle
ment , en la Troifiéme Cham.
bre des Enquestes. Elle eft
morte à vingt - deux ans fans
pofterité , & eftoit Fille de
M ' de Plancy , cy - devant
Maiftre d'Hoftel de S. A.R.
GALANT. 207
Monfieur , & de N. Bouder ,
Fille de François Boudet , Seigneur
de Belliere , Confeiller,
du Roy en la Cour des Monnoyes
, & d'Antoinette de
Creil . Mi de Rollinde , fon
Epoux , eft Frere d'Elizabeth
de Rollinde , Epoule de
Charles Doujat, Confeiller au
Parlement de Mets , tous deux
enfans de Marc- Antoine de
Rollinde , Secretaire du Roy
& Secretaire des Commandemens
de feuë S. A. R. Mademoifelle
, & d'Elizabeth du
Bois :
Mle Prince de Naflau
208. MERCURE
é de la Maiſon
& de tous
ceux
de
ce
nom
, Souverain
des
Pays
de
Naffan
& de Liege
, Gouverneur
du
Pays
de
Gueldre
, & Doyen
des
Chevaliers
de la Toifon
d'or
, eft
mort
à Ruremonde
le 17.
du
mois
paffé
, âgé
de foixantedix-
huit
ans. Son
Gouverne
ment
a efté
donné
à M
le
Comte
de
Horn
, qui
a époufé
la Fille
de M ' le Prince
de
Li
gne
; le Regiment
de
M
le
Comte
de Horn
a efté
donné
au Prince
de
Naffau
, Fils
de
celuy
qui
vient
de
mourir
. Ilavoit
pour
Soeur
unique
Ma-
2.
GALANT 209
dame la Princeffe de Ligne ,
Femme de feu M❜le Prince de
Ligne , dont je vous parlay
amplement le mois paffé.
Vous aimez à apprendre des
nouvelles des lieux Etrangers ,
& je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité , qu'en vous
faifant part de l'extrait d'une
Lettre écrite de Chandernagor
, lieu de la Loge Françoife
prés d'Ougly dans le Royau
me de Bengale..
Ce 5. Janvier 1699 ;
AUrengzeb Empereur du
Mogel, eft encore en vie. Il
Janvier 1700
S
210 MERCURE
retient fes trois Enfans prés de fa
perfonne. Le Raja de ce Pays qui
avoir pris les armes , & qui s'eftoit
rendumaistre de plus de cent lieuës
de terrain , s'eft foumis , & s'est
rendu au Fils du Prince aîné ,
qu'on avoit envoyé en ces quartiers
avec une puiffante Armée.
Toutes les Nations luy ont fait des
prefens confiderables. Il ramaffe
tous les jours desfommes immen
fes.
Le 4. d'Octobre dernier , PEclipfe
du Soleil, qu'on a foigneufe
ment obfervée , commença icy a
vant le lever du Soleil . Elle finit à
buitbeures cinquante minutes. Le
"GADANT 20
milien arriva à fix heures cinquante
quatre minutes fa quantiréfur
de huit doigts & deux tiers.
Le 23 de Novembre les trois
jours fuivans , il parut en l'air
une quantité prodigieufe de fanverelles
àquatre ailes , qui allaient
vers le Nore. Elles eftoient quel.
quefois durant des heures entières ,
-plus épaiffes que ne font les flocons
de nege , quand elle tombe mediocrement.
Cela paroift incroyable,
amoins que de l'avoir vu. Ces
fauterelles eftoient de la groffeur
de la longueur dupetit doigt de
la main. Elles auroientfan's donne
caufé la famine , fi la récolte du
Sij
212 MERCURE
bled &du ris neuft efté faite.
Nous avons appris que l'Am
phitrite , Vaiffeau François qui
va à la Chine , partis du Cap de
Bonne- Esperance le 10. de Fuin.
Il vouloit paffer le Détroit de la
Sonde , & aller à Batavie , mais
les courans, ou les vents contraires
L'obligérent de relâcher à Stehem ,
dans la grande Ile de Sumatra .
Ce fut un bonheur pour luy , car
il y trouva uu Capitaine François
habitué en ce pays là , lequel
luy procura en trois jours tous les
rafraichißemens dont il avoit befoin.
Il fir plus , il leur donna de
bonnes Cartes marines pour la
GALANT. 213
Chine. Deux Pilotes Chinois
•qui
ont fouvent
fair
ce
voyage ,
sembarquerent fur ce Vaisseau
&
avec quatre Marchands de la
même Nation , s'offrirent
à
les conduire feurement à la Chis
one , où l'on eft perfuadé qu'ils font.
arrivez
J'ay à vous parler de quel
teques livres nouveaux , & com ,
me tout ce qui eft curieux &
edifiant vous fait plaifir , je
vous diray que le Pere le Gobien
Jefuite , vient de donner
au Public l'Hiftoire des fles
Marianes , nouvellement con
214 MERCURE
verties à la Religion Chreftienne.
C'est un pays nouveau
pour nous; car quoy que
Magellan euft découvert ces
Ifles au commencement dus
Siecle paffé , dans le fameux
Voyage qu'il fit autour de la
Terre, nous n'en connoiffions
ny le nombre , ny la fituation ,
ny même les veritables noms,
encore moins les moeurs & les
coutumes des Peuples qui les
habitent.
.C
Magellan appella ces Ifles ,
les Ifles des Larrons , à caufe que
ces Infulaires luy prirent quel
ques morceaux de fer . Les
GALANT 215
Espagnols leur donnérent le
nom de Islas de las velas à caufe
du grand nombre de petits
Bâtimens qui viennent à voiles
déployées au devant des
Vaiffeaux Efpagnols ; mais depuis
que la feue Reine d'Efpagne
, Marie Anne d'Autri
che, Mere du Roy Catholique
Charles II . y a envoyé des
Miffionnaires pour y prefcher
l'Evangile , on les a appellées
Ifles Marianes.
..
Ces Ifles font à l'extremité
de l'Orient , dans , cette vafte
étenduë de mer qui eft entre
le Japon , les Philippines , & le
26 MERCURE
Royaume de Mexique , que
les Espagnols appellent her
Nouvelle Espagne. Elles occu
pent environ cent cinquante
lieuës de mer entre le Tropi
que du Cancre & la Ligne
Equinoctiale depuis Guahan
La plus grande & la plus meridionale
de ces Illes, eft Urac,
qui eft la plus proche du Tropique.
Quoy qu'elles foient ſous
la Zone Torride , le Ciel y eft
doux & ferain , on y refpire
un air pur , & la chaleur n'y
eft point exceffive. Les montagnes
chargées d'arbres pref
que
GALANT. 217
que toujours verds , & entre .
coupées d'un grand nombre
de ruiffeaux , qui fe répandant
dans les vallées & dans les plai
nes , rendent ce Pays agreable.
a
Avant que les Espagnols
euſſent paru dans ces mles , la
pluſpart des chofes que nous
croyons neceffaires à la vie ,
manquoient à ces Infulaires.
Ils n'avoient aucuns animaux ,
& ils ne s'en feroient pas même
formé d'idée , s'ils n'avoient
vu des oifeaux . Ce qui
eft plus étonnant , c'eſt qu'ils
Janavier 1700,00 T
3
218 MERCURE
n'avoient jamais vû de feu.
Cet élément leur eftoitincon
nu , &ils ne furent jamais plus
furpris que quand Magellan
leur en fit voir pour la premie
re fois , Ils le regarderent d'abord
comme un animal qui a
s'attachoit au bois done it ſe
nourriſſoit. Quelques unss'en
eftant approchez de trop prés,
fe brûlérent, & crurent que
cet animal les avoit mordus
Ils en donnérent de la crainte
à leurs Compatriotes qui n'ofoient
s'en approcher. Cette
crainte frivole ne dura pas ,
& ils s'accoutumérent à le voir
GALANT. 219
& à s'en fervir comme nous.
Ces Peuples vivoient dans
une entiére liberté , & dans
une indépendance abfolue ,
avant qu'ils fuffent Chrêtiens ,
Chacun eftoit maistre de fes
actions , & n'en rendoit com
pre à perfonnes car quoy qu'il
y ait parmy eux comme trois
Etats , la Nobleffe , le Peuple ,
& les gens d'une condition
mediocre , la Nobleffe n'a au
cun pouvoir fur le Peuple . Elle
eft d'une fierté incroyable , &
sa un fi grand mépris pour les
gens du commun , que c'eſt
un crime à un Noble de s'al
Tij
220 MERCURE
lier à une fille du Peuple. Si
quelqu'un le fait , il eft perdu
d'honneur , & fa famille eft en
droit de laver dans lon fang
L'affront qu'il luy fait . Les en
fans ne fuccedent pas à leurs
Peres , mais les Freres ou les
Neveux. La Nobleffe a des
Eiefs , & quoy qu'elle prefide
dans les Affemblées , on
ne défere à fes fentimens
qu'aucant qu'on le juge à propos.
Ces Peuples ne font pas
guerriers , mais ils font extrê ,
mement fourbes. Jamais Naxion
n'a eſté plus habile en
GALANT. 227
l'art de diffimuler & de cacher
fes fentimens Quand on leur
a fait une injure , ils paffent
deux ou trois ans fans laiffer
rien échaper qui puiffe faire
connoiftre l'aigreur qu'ils rent
fernrent dans leur coeur , &
quand ils trouvent une occa
hion favorable de fe vanger ,
alors ils fe livrent à leur paf
fron , & tâchent de fe dédom
mager de la violence qu'ils fe
font faite.
Lear inconftance & leur
legereté font incroyables.
Ce qu'ils fouhaitent avec le
plus d'ardeur , ils ne le veulens
Tiij
232 MERCURE
plus un moment aprés . Ils ai ♪
ment la joye & le plaifir. Ils
fe raillent agréablement
les
uns les autres , & font mille
boufonneries pour ſe divertir.
Ils aiment la Danfe & la Poë.
fre. Un Poëte paffe chez eux
pour un homme merveilleux .
Ces Infulaires font beaucoup
plus grands & plus forts que
les Européens. Ils font rare
ment malades , & ce n'eft point
une chofe extraordinaire parmy
eux de vivre cent ans &
même davantage
.
Le fentiment des femmes
de ce Pais là eft bien different
GALANT 215
de celuy des Dames de l'Europe
, fur le chapitre de la beauté
, car elles s'en piquent là
comme ailleurs. Elles font
confifter la leur à avoir les
dents noires & les cheveux
'blancs . Elles fe noirciffent les
dents avec de certaines herbes
dont elles les frottent ; &
fe blanchiffent les cheveux à
force de fe les laver. Elles les
portent fort longs , au lieu que
les hommes fe les rafent prefque
entierement .
Si elles ont un mauvais
goult en ce qui regarde la
beauté , elles fe font attribué
THE
224 MERCURE
des droits qui doivent faire
plaifir aux Dames d'Europes
Les femmes font les maîtref
fes en ce pais là. Elles ont pris
un empire abfolu fur leurs
maris , & les tiennent dans la
dépendance. Un Marine peut
difpofer de la moindre chofe
de la maiſon . Quand il n'a pas
pour la femme toute la defe
rence qu'elle fe croit en droit
d'exiger de luy , elle s'en vange
d'une maniere qui fera
plaifir à lire aux Dames de vô
tre Province, na wala
-Ces femmes ont leurs affem
blées & leurs parties de divers
GALANT . 225
tiffement. Elles y viennent
fort parées , fi l'on peut don
ner le nom de parure aux bi
zarres ornemens dont elles fo
fervent. Unde leurs plus
grands plaifirs eft de chanter
les vers fabuleux de leurs Poë
tes ; ce qu'elles font avec un
agiément & une juſteſſe qui
plairoit en Europe , car l'accord
de leur voix eſt admira
ble.
Avant que les Jefuires euf
fent porte la lumiere de l'E
vangile dans ces Terres infi
delles , ces Peuples ne reconnoiffoient
aucune Divinité, &
226 MERCURE
n'avoient aucune idée de Re
ligion . Ils eftoient fans Tem.
ple , fans Autels , fans Sacrifices
& fans Preftres . Il y avoit
feulement parmy eux quel
ques Charlatans qui fe mêloient
de faire des Prophe
ties. Ils eftoient cependant
perfuadez de l'Immortalité de
l'ame , & reconnoiffoient même
un Paradis & un Enfer Ils
plaçoient leur Paradis fous la
terre , & en faifoient confifter
la beauté dans des arbres de
Coco , des cannes de fucre , &
dans les autres fruits qu'ils dio
foient y eftre d'un gouft mers
GALANT. 227
veilleux Pour l'Enfer , ils l'appelloient
ZaZarraguan , ou la
mailon de Chayfi , & difoient
que le Chayfi , ( c'eſt le nom ·
qu'ils donnent au Demon ) y
tourmente cruellement ceux
qui ont le malheur de toma
ber en fon pouvoir. Ce n'é
toir point , felon eux , le crime
ou la vertu qui conduifoit
dans ces lieux là , les bonnes
beuvres n'y fervoient de rien.
Tout dépendoit de la maniére
dont on forroit de ce monde.
Si on avoit eu le malheur de
mourir d'une mort violente ,
on avoit l'enfer pour partage ,
228 MERCURE
& Fon eftoit renfermé dans le
Zazarraguan. Si l'on mouroit
au contraire de mort naturel
le , on alloit en Paradis.
Ils font perfuadez que les
Elprits reviennent aprés la
mort , foit que le Démon les
trompe en prenant la figure
de leurs Parens défunts , foig
que leur imagination échaufee
leur reprefente ce qu'ils
entendent dire aux autres . 11
eft certain qu'ils fe plaignent
d'eftre maltraitez par des Spe
tres , qui les effrayent quelquefois
terriblement. Je no
parleray point icy de leurs
GALANT: 229
fuperftitions à l'égard de leurs
morts , parce que cela nous
meneroit trop loin . Rien n'eſt
plus lugubre que leurs enter.
remens , ny plus expreffif que
la maniere dont ils marquent
leur douleur,
On doit la converfion de
ces Iles auzele & aux travaux
du Pere Diego Louis de Sanvitorés
, de la Compagnie de
Jefus , qui a efté le premier
Apoftre de cette Nation . Il
paffa aux Ifles Marianes avec
ſes Compagnons en l'année
1667 , & y fut martyrifé le 2 .
d'Avril 1672. Dix autres Je
230 MERCURE
20
fuites , & plufieurs Catechi.
ftes,ont eu le bonheur de don
ner leur vie pour la Foy Ca
tholique , depuis trente ans
qu'on travaille à la converſion
de ces Peuples avec des peines
& des travaux immenfes . Les
grands exemples de vertu
qu'on trouvera dans cetté Hiftoire
, feront voir ce qu'il en
coute aux hommes Apoftoliques
pour porter la Foy aux
Nations barbares , & pour
établir la Religion dans les
Terres infidelles .
F
2
ت ا ب
Je ne vous dis rien de la
maniere delicate & polie dont
#GALANT . 23r
cette Hiftoire eft écrite . Tout
-ce que le Pere le Gobien a
donné au Public eft de ce caaractere.
Je luis leur que l'Hiftoire
des Hles Marianes ne
vous plaira pas moins que
'Hiftoire de l'Edit de l'Em
pereur de la Chine en faveur
de la Religion Chrestienne ,
que vous m'avez tant loüée ,
& qui eft du même Auteur.
Le Pere le Gobien a ajoûté
à la fin de l'Hiftoire des Ifles
Marianes une Lettre écrite
des Philippines le 10. Juin
16974 par laquelle onapprend
qu'on vient de faire une nou222
MERCURE
velle découverte de trentedeux
ifles au Sud des Ifles Matianes
dans lesquelles il y a
un peuple infini. Certe Lettre
eft digne de voftre curia.
fité. Les Jefuites fe difpofent
à aller porter la lumiere de
l'Evangile dans ces nouvelles
Terres , & à faire connoiftre
le Sauveur du monde à ces
peuples , qui n'en ont jamais
entendu parler.jp
Je n'ay pû vous envoyer
encore les Airs que je vous ay
promis de M Marchand , Or.
ganifte de Saint Benoist ; des
Cordeliers & des Jefuites . Je
GALANT. 233
audirois
encore de plufieurs
tres Eglifes , fi cet habile
homme pouvoit s'y trouvet
en même temps . Le Public ,
qui à reçu avec tant d'applau
diffemens la premiere faite de
Claveffin qu'il donna il y a
quelque temps , fera fans dou
te ravi d'apprendre qu'il donne
la premiere fuite des Pie.
ces d'Orgues du premier ton,
& que pour tenir la parole ,
elle fera inceffamment fuivie
des autres , aufquelles il joindra
une inftruction pour le
toucher du Claveflin , le mé
lange particulier des Jeux , &
Janvier 170010
V
34 MERCURE
l'execution fur l'Orgue. Toutes
ces Pieces fe vendront
chez l'Auteur.
Il y a un Livre nouveau in
titule , Choregraphie , ou Liart
de décrire la Danfe par caracteres
&fignes demonſtratifs , avec leſ.
quels on apprend facilement de
foy même toutes fortes de Danfes
Ce Livre , compofé par M
Feüiller , Maitre de Danfe,
eft un ouvrage tres - curieux ,
puis qu'il n'en a jamais paru
de femblable , & tres utile
pour les perfonnes qui s'appli
quent à la Danfe , & particu
lierement aux Maiſtres à danfer
, tant de Paris que des ProGALANT.
235
vinces , & des autres Royau
mes , parce que par le fecours
des fignes , qui y font exp'i
quez , on pourra facilement
déchifrer toutes fortes de Dan
fes , comme on dechifre les
Airs de Muſique notez. Cela
fe fait par le moyen de certains
caracteres qui démontrent par
leurs figures , toutes les diffe
rentes actions que les jambes
peuvent faire.
1. D'abord on explique des
quoy la Dance eft composée
& les termes dont on le fert ..
Enfuite on fait connoiſtre le
lieu où l'on dance , comme
Veij
236 MERCURE
l'on doit s'y placer , & le che
min , ou la figure que l'on doit
fuivre en danfant , aprés quoy
on defigne la repreſentation
des pieds , & tous les differens
endroits où l'on peut les pofer
en danfant , & l'on demontre
le pas par une petite ligne qui
eft figurée , felon que la jambe
marche. Par exemple , fi la
jambe marche droit , la figu.
re de la ligne eft droite'; & fi
la jambe forme un rond ou un
arc de cercle en marchant ,
la figure de la ligne qui repre
fente le pas eft femblable.
On démontre auffi par de
GALANT. 237
petits fignes appliquez fur les
pas , tous les differens mouve
mens qu'on fait en danfant ,
comme de plier les genoux ?
les étendre , fauter , tourner le
corps , & c.
HIl y a des tables dans lef
quelles on trouve les pas qui
font le plus en ufage dans la
danfe , à cofté defquels font
écrits leurs noms, aveteur ex
plication , & la maniere dont
ils doivent eltre faits. Aprés
cela on fait voir comme chaquepas
a rapport à chaque me
fure de l'air fur lequel ces pas
font compofez, ce qui eft noté
238 MERCURE
au haut de chaque page où il
y a la cadence écrite. On voit
encore par des caracteres dé
monſtratifs , tous les ports de
bras , leurs differens mouvemens
, & comme ils doivent
accompagner les pas. 1
Ib eft auffi parlé de la batterie
des Caftagnettes, qui eft mar
quée avec des notes de Mufi
que fur une feule ligne, placée
au deffous de l'Air noté en for
me de partition; le tout dans
un ordre fi bien expliqué, que
les perfonnes les moins éclai
rées pourront apprendre cette
fcience d'elles mêmes , & en
GALANT. 239
l'on ne
fort peu de jours , en lifant co
Livre ; & en cas qu'il s'y trouve
quelque chofe que
puiffe aifément comprendre,
l'Auteur te charge de l'expli
quer gratis . Sion ne veut point
s'affujétir.à lire fon livre il s'engage
de montrer parfaitement
en moins de quinze jours , à
déchiffrer toutes fortes de
Danſes , tant hautes que baf
fes , & il eft fi vray que cela eft
poffible , que plus de cent cind
quante Maiftres à danfer , &
autres perfonnesqui les ont dé
ja appriſes , & qui s'en fervent
actuellement , n'y ont point
240 MERCURE
4
employé un plus long remps3
L'Auteur a mis à la fin de
ce Traité un Recueil de quany
the de belles, Entrées de Bal
let , & autres Danfes de l'al
compofition . Hy en a qui
font propres pour des Mai
ftres & d'autres plus aifées ,
convenables à des Ecoliers
déja avancez en cet exercice,
tant pour une perſonne ſeule,
pour deux , pour quatre , que
pour huit, hommes & femmes
Outre cela il a mis à la fin
du Livre un autre Recueil de
toutes les plus belles Danfes
de Bat les plus nouvelles , B
celles
GALANT. 241
celles qui ont le plus de cours.
Le volume eft un in quarto ,
rempli de plus de deux cens
planches, & fe vend dix francs.
Le debit s'en fait à Paris chez
l'Auteur , ruë de Buffy , Fauxbourg
S. Germain , à la Cour
Imperiale , & chez Michel
Brunet , Marchand Libraire ,
dans la grande Salle du Palais ,
au Mercure galant. L'Auteur
avertit le Public qu'il fera graver
à l'avenir toutes les nou,
velles danles de Bal à meſure
qu'elles fe compoſeront. On
les pourra envoyer dans une
Lettre , comme on envoye un
Janvier 1700. X
242 MERCURE
air de Mufique note. Chaque
danfe fe donnera pour dix fols.
11 promet dans peu
de temps
un Recueil des plus belles En.
trées de Ballet de la compofi
tion de M ' Pecour , pour hom
me & pour femme, foit pour
une perfonne feule , foit pour
plufieurs Eiles feront gravées
fidellement felon l'intention
de l'Auteur,
Le g . de ce mois mourut
'Meffire Louis Claude Barjot ,
Seigneur Marquis d'Auneüil ,
"de l'illuftre Maifon des Bar
jot . Il commença de fervir
GALANT.
243
Sa Majesté au premier Siege
de Valenciennes , où il donna
des marques de fa valeur . Il
eftoit alors Enſeigne au Regiment
des Gardes . Sa Majesté
luy donna la Lieutenance
, pour le récompenfer des
belles actions qu'il avoit faites
à ce Siege. Aprés pluſieurs
campagnes il quitta le Regi
ment des Gardes , & acheta la
Charge de Capitaine - Lieute
nant de la Mestre de Camp
generale de la Cavalerie lege
re , où il a fervi plus de quinze
ans fans difcontinuer. Ila fait
paroître fon courage en toutes
X ij
244 MERCURE
fortes d'occafions , & ne s'eſt
retiré dufervice de S M. que
parce que la vue luy eftoit tele
lement diminuée , qu'à peine
voyoit il à fe conduire . Ileftoit
Fils de Meffire Louis Barjot ,
Seigneur Marquis d'Auneüil ,
de Silly Billiar , & du Mareft
du Mazy , Marche froy , & autres
lieux , Maistre d'Hoftel
ordinaire du feu Roy , &
Grand- Maiftre des Eaux &
Forefts de Lorraine , & de
Dame Marie - Elizabeth de
Beaumont , Fille d'honneur
de la Reine Anne d'Autriche,
Mere du Roy , & Fille de M
GALANT. 245
le Marquis de Saint Etienne,
Seigneur du Mazy , Lechelle ,
Chaumuzy , Clavé , Ovile &
autres lieux, Gouverneur pour
le Roy des Places de Chateaurenault
& de Linchamps , &
Colonel d'un Regiment d'in.
fanterie , qui portoit le nom
de Saint Etienne . M' le Marquis
d'Auneüil dont je vous
apprens la mort mourut le
Vendredy à cinq heures du
foir , & la Femme le lendemain
Samedy , à fix heures du
matin. Ellefe nommoit Loui
le de Bolligny, alliée à tout ce
qu'ily a de plus qualifié en Li-
*
X iij
245 MERCURE
mofin . Ils ont efté enterrez
dans leur Paroiffe d'Argy en
Berry.
Les autres perfonnes confiderables
mortes ce même
mois , font
Meffire Charles Duret ;
Seigneur de Chevry , Prefident
en la Chambre des Compres
de Paris , cy devant Confeiller
au Parlement de Mets ,
puis en celuy de Paris , Secretaire
& Commandeur des Ordres
de Sa Majesté . Il est mort
à quatre - vingt - cinq ans , &
eftoit Fils de Charles Duret' ,
Seigneur de Chevry & de la
GALANT. 247
Grange , auffi Preſident en la
Chambre des Comptes , Secretaire
& Commandeur des
Ordres du Roy , & Controlleur
General des Finances de
France, & de Françoile Remy.
Il avoit époufé Madeleine Gobelin
, Fille de Baltafar Gobelin
, Prefident en la Chambre
des Comptes , & de Madeleine
de Laubefpine , dont
il a eu plufieurs enfans .
Dame Catherine de Brigard
, Veuve de Melfire jacques
Mallet , Confeiller du
Roy en fon Confeil d'Etat ,
Controlleur general des Eaux
x iiij
248 MERCURE
& Forefts de France. Elle laiffe
plufieurs enfans , entr'autres
Jacques Mallet , Seigneur de
Drufy , & Brugnieres , Confeiller
au Parlement de la Cinquiéme
des Enqueſtes , & Marie
Maller , Epouse de Gedeon
du Mets , Prefident en la
Chambre des Comptes , Intendant
, & Controlleur general
des meubles de la Couronne
, cy devant Garde du Trefor
Royal
.
Dame Catherine du Chefne
, Veuve de Meffire André
de Gaumont , Seigneur du
Sauffay , Vaurichard & Ches
GALANT. 249
minieres. Elle eftoit d'une
noble & ancienne Famille de
Bearn , alliée aux Maifons de
Coiflin , & Mazarin Elle laiffe
quatre Enfans , fçavoir deux
Garçons , dont Fun , Jean de
Gaumont , eft Confeiller de la
Cour des Aides . N. de Gaumont,
Époufe de Jacques Jan-
Confeiller au Grand
∙
nart ,
Confeil
, & Marie
de Gaumont
Epouse
de
Pierre
de
Bragelongne
, Prefident
aux
Enqueftes
du Parlement
de Bretagne
.
Meffire Ilambert Saver , Seigneur
de la Houffaye, Doyen
250 MERCURE
des Treforiers Generaux de
France au Bureau des Finances
de la Generalité de Rouen.
Dame Marie . Madeleine-
Therefe Coicault de Clérigny,
Epouse de Meffire Alexandre
Milon , Maistre des Reques
ftes , cy devant Confeiller au
Grand Confeil , Frere de Meffire
Louis Milon , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , Evelque & Seigneur de
Condom. Elle eftoit Fille de
René Coicault , Seigneur de
Clérigny , Confeiller aux Requeftes
du Parlement , & de
N. Carré de Montgeron.
GALANT. 25x
Meffire Jean Gitton de Puifeaux
, Seigneur de Montgi
ron , Confeiller Secretaire du
Roy, & Confeiller Véteran au
Prefidial d'Orleans .
Dame Marie - Madeleine
Adam , Epouſe de Meffire Gal
briel Guibert de Buffy , Seigneur
de Coeüilly , Fontenays
Gagny , & autres lieux . Elle
eftoit Fille unique de défunt
M' Adam , Avocat au Parle
ment.
M' le Boullenger Confeil .
ler au Parlement , Fils de M
le Boullenger d'Hacqueville ,
Maistre des Requeſtes,a épou
25? MERCURE
fé Mademoiſelle de Chavaudon.
Mile Boullenger eft dune
Maiſon confiderable dans
la Robe , & des mieux alliees ;
mais une chofe fort particulié.
re, & qui ne s'eft peut eftre ja
mais rencontrée dans aucune
famille que dans la fienne ;
c'eft que M d'Hacqueville ,
qui vit actuellement, a quatre
Fils l'aîné Maiftre des Requeftes
, un autre , Confeiller
au Parlement , qui vient de fe
marier, un troifiéme , Maiftre
desComptes ; & un quatrième,
Confeiller au Grand Confeil.
Mademoiſelle de Chavandon
i
GALANT. 253
eft une tres- aimable perfonne
pour fa figure , pour fon
efprit , & pour les manieres.
Elle eft Fille de M' de Chavaudon
, Seigneur de Sainte
Maure , Lieutenant general
de Troyes en Champagne ,
& d'une Soeur de feu M' de la
Jonchere Treforier general
de l'Extraordinaire des Guer
res , morte il y a quelques an
nées.
Le 17. de ce mois , M le
Comte de Vernon , Ambaffa .
deur ordinaire de Savoye , fit
fon Entrée publique à Paris .
M' le Maréchal de Tourville ,
254 MERCURE
4
& M le Baron de Breteuil ,
Introducteur des Ambaffa .
deurs , allerent le prendre à
Picpus dans le Caroffe du
Roy. La marche commença
par le Caroffe de ce Baron ,
attelé de fix beaux chevaux.
Son Suiffe eftoit à la teste ,
précedé de deux Officiers à
cheval de cet Introducteur, &
de plufieurs de fes gens. L'E
cuyer de M' le Maréchal de
Tourville paroiffoit enfuite ,
fuivi de fes Pages à cheval ,
& du Caroffe de ce Maréchal,
Le Caroffe du Roy venoit
aprés , dans lequel eftoit M
A
GALANT. 255
l'Ambaffade ur , ayant M' le
Maréchal de Tourville à fa
gauche . M' le Baron de Breteüil
eftoit fur le devant Ce
Caroffe eftoit précedé de dix
huit Valets de pied , veflus de
bleu avec un galon velouré
aurore & blanc. Iis avoient
tous des Plumes rouge cramoifi
, mêlées d'un peu de blanc .
L'Ecuyerde M ' l'Ambaffadeur
paroiffoit enfuite à la tefte de
quatre Pages. Leurs veftes &
leur galon or &argent eftoient
des plus riches. Tous les Caroffes
des Princes & Princef
fes de la Maiſon Royale fui
256 MERCURE
voient felon leur rang , dont
je vous ay déjà parlé plufieurs
fois. On voyoit aprés cela l'un
des Suiffes de l'Ambaffadeur à
la tefte de trois Caroffes magnifiques:
Le premier eftoit
auffi riche que de bon goufts
& quoy que l'or le rendift des
plus éclatans , la peinture ne
laiffoit pas de s'y faire remar
quer. Les glaces en estoient
ceintrées , & les ceintres gardoient
leurs diſtances jufqu'au
haut de la graveure duCaroflc.
Le dedans eftoit de velours
cramoifi plein , garny de ga
lon d'or , & la campane d'une
GALANT. 257
broderie d'or. Le fiege du Co.
cher eftoit de même , & les
houffes des huit chevaux dont
il eftoit attelé , estoient du
même velours , avec une broderie
d'or , terminée par une
frange d'or relevée en fiftons.
Les huit chevaux eftoient
noirs.
Le fecond Caroffe eftoit
coupé, & plus leger . Il n'eftoir
guere moins riche que le pre
mier Lafculpture avoit moins
de relief, mais la peinture n'en
eftoit pas moins fine. Le de
dans eftoit de velours à fond
d'or , nue de cramoifi & de
Fanvier 1700,
Y
258 MERCURE
vert , auec un galon d'or &
une magnifique campane. Il
eftoit attelé de fix chevaux
gris , dont les harnois eftoient
d'une beauté finguliere , &
leurs houffes de la même étofe
, avec deux grands galons
& une frange d'or. Le fiege
du Cocher eftoit de même.
J
Le troifiéme Caroffe eftoit
nne Caleche fort legere , &
bien peinte , attelée de fix
chevaux noirs , avec des houffes
de peaux de Tigres , ornées
de plaques de cuivre do
ré. Le dedans eftoit de velours
bleu. Cet Ambaſſadeur n'alla
GALANT. 259
point loger à l'Hôtel des Am .
baffadeurs
, parce qu'il n'y a
que les Ambaffadeurs Extraordinaires
quiy font défrayez
pendant trois jours . Ainfi il
fut conduit àl'Hôtel de Soif
fons , où il loge. Il y fut complimenté
de la part des Princes
& Princeffes de la Famille
Royale.
Le 19. il fut conduit à la
premiere Audience publique
du Roy à Versailles , par Mle
Prince Camille de Lorraine ,
& tout s'y paffa à la maniere
ordinaire dont je vous ayfou
vent fait le détail.
Y ij
256 MERCURE
voient felon leur rang , dont
je vous ay déja parlé plufieurs
fois. On voyoit aprés cela l'un
des Suiffes de l'Ambaffadeur à
la tefte de trois Caroffes magnifiques:
Le premier eftoit
auffi riche que de bon gouft :
& quoy que l'or le rendift des
plus éclatans , la peinture ne
laiffoit pas de s'y faire remar
quer. Les glaces en estoient
ceintrées , & les ceintres gardoient
leurs diftances jufqu'au
haut de la graveure duCaroflc.
Le dedans eftoit de velours
cramoifi plein , garny de ga
lon d'or , & la campane d'une
GALANT 257
broderie d'or . Le fiege du Co
cher eftoit de même , & les
houffes des huit chevaux dont
il eftoit attelé , eftoient du
même velours , avec une broderie
d'or , terminée par une
frange d'or relevée en feftons.
Les huit chevaux eftoient
noirs . Sel
Le fecond Caroffe eftoit
coupé , & plus leger . Il n'eftoir
guere moins riche que le pre
mier Lafculpture avoit moins
de relief, mais la peinture n'en
eftoit pas moins fine . Le de
dans eftoit de velours à fond
d'or , nue de cramoifi
& de
Fanvier 1700.
Y
258 MERCURE
vert , auec un galon d'or &
une magnifique campane. Il
eftoit attelé de fix chevaux
gris , dont les harnois eftoient
d'une beauté finguliere
, &
leurs houffes de la même étofe
, avec deux grands galons
& une frange d'or. Le fiege
du Cocher eftoit de même.
J
Le troifiéme Caroffe eftoit
nne Caleche fort legere , &
bien peinte , attelée de fix
chevaux noirs , avec des houffes
de peaux de Tigres , ornées
de plaques de cuivre dos
ré. Le dedans eftoit de velours
bleu. Cet Ambaſſadeur n'alla
GALANT. 259
point loger à l'Hôtel des Ambaffadeurs
, parce qu'il n'y a
que les Ambaffadeurs
Extraordinaires
quiy font défrayez
pendant trois jours . Ainfi il
fut conduit àl'Hôtel de Soif
ions , où il loge. Il y fut complimenté
de la part des Princes
& Princeffes de la Famille
Royale.
-Le 19. il fut conduit à la
premiere Audience publique
du Roy à Verſailles , par Mile
Prince Camille de Lorraine ,
& rout s'y paffa à la maniere
ordinaire dont je vous ayfour
vent fait le détail.
Y ij
260 MERCURE
Je ne vous lay point parle
de Mule Comte de Zintzendorff
, Envoyé de l'Empereur ,
parce que des Envoyez ne font
point d'Entrée. Ce Comte qui
eut le mois paffé fa premiere
Audience publique du Roy à
Verfailles , & de toute la Famille
Royale , y fut accompa
gné par Mrs les Comtes Français
Adam de Schwartzenberg.
Frideric & Charles de
Naflau Weilbourg. Henry
XV . Reüfs de Plaven . De Leir
ningen: Weſterbourg. › Chary
les & Leopold Truchsefs de
Zayl . Adam de Paar . Fran
GALANT. 261
çois Antoin de Lichtenftein
à Caftelkorn François Antoin
& Jofeph de Lamberg, Leo.
pold de Zintzendorff. Jofeph
Emmanuel de Tauffkitchen ,
& par Mrs les Barons Charles
Henry de Schonbourg . François
Charles de Wratiflas , Maximilien
Wratislaw , de Mitrowits.
Godefroy Daniel de
Wunſchwitz . Guilliaum Gof
vin , & François Henry de Galen.
Mrs les Comtes Pierre
Nicolas Straka de Nedabilitz
& Libefchan , n'ayant pû aqcompagner
M le Comte de
Zintzendorff , envoyérent
262 MERCURE
leurs Carroffes , pour groffis
fon cortège.
Tous ces Comtes & Barons
avoient chacun leur Caroffe
qui fervoient de cortège à M²
le Comte de Zintzendorff.
Cet Envoyéfait icy une figure
qui répond à la grandeur de
Sa Majeftě Imperiale , & s'eft
attiré l'eftime de toute la
Cour.
Je ne vous parleray point
des Ceremonies qui ont efté
obfervées à l'ouverture de la
Porte fainte à Rome. Les Gazettes
, tant de France qu'és
trangeres , en font fi remplies,
GALANT. 263
que n'ayant rien à ajoûter , &
ne vous donnant jamais la
peine de lire une feconde fois
ce que vous fçavez déja , j'ay
crû ne devoir rien dire d'un
article fi rebattu.
. ג
Je croy que vous n'attendez
pas que je vous parle ce
mois - cy des divertiffemens
dont la Cour vient de prendre
le plaifir. Ils ont efté faits
fi tard , qu'il m'eft impoffible
d'en apprendre à fond tout le
détail avant que de finir cette
Lettre.
Ml'Abbé Larché , que j'ay
mis Clerc de Chapelle en pars
264 MERCURE
lant des prefens donnez par
Monfieur le Duc de Lorraine ,
a l'honneur d'eftre Chapelain
de Monfieur , & a fervi en cette
qualité auprés de Monfieur
de Lorraine, tant que ce Prince
a demeuré au Palais Royal.
Le S Guigard , Libraire ruë
S. Jacques, commence à debiter
un excellent Livre ; dont
les perfonnes veritablement
pieufes peuvent tirer de grandes
utilitez. Il eft du Pere D,
Bernard , Superieur de Sainte
Anne la Royale des Theatins
de Paris , qui nous a donné
depuis quelque temps la Vie
de
GALANT: 265
de Saint Gaëtan , que vous
avec trouvée fi bien écrite.
Ce dernier Ouvrage eft intitulé,
Effais des motifs particuliers
de la Reconnoißance Chreftienne.
Jufqu'icy diversEcrits ont traité
des graces vifibles du Ciel .
On a tiré des motifs de reconnoiffance
du bien fait de la
Creation & de celuy de l'Adoption
facrée , du Decret de
l'Election des Saints & de la
Juftification des Pécheurs , &
le Pere D. Bernard s'eft attaché
dans fon livré à confide
rer à fond le miftere de la liberalité
de Dieu , & ce qu'il y a
Ꮓ
Fanvier 1700.
9
266 MERCURE
de plus particulier dans fes
dons , afin d'amener infenfiblement
l'ame à l'eftime & à
l'amour qu'on luy doit. Il dit
à l'efprit tout ce qui eft capa ,
ble d'y imprimer des fentimens
fi juftes & ſi ſalutaires ,
& il luy ébauche les motifs les
plus preffans de fe répandre
en actions de graces , en pre
fence d'un Dieu toûjours oc
cupé à nous confoler. Ce n'est
pas qu'il ne donne au coeur
tout ce qui peut le nourrir
dans la ferveur de la pieté,
Tantoft c'est un profond
aneantiffement de l'ame , à la
GALANT. 267
vie de fon injuftice & de fon
ingratitude ; tantoft c'eſt un
fentiment vif d'admiration &
d'attendriffement ; tantoft
c'eft une refolution conſtante
de nous laiffer toucher aux
bienfaits innombrables de la
Grace , & de les confacrer par
un ufage plus Saint. Ainfiles .
Curieux pourront fatisfaire
leur curiofité par cette lecture,
& les perſonnes zelées y trouveront
dequoy exciter davantage
leur ferveur. J'emprunté
ces termes de la Preface de
l'Auteur , qui fait connoiftre
qu'il a pris le deffein de ces
Z ij
268 MERCURE
•
Ouvrage , d'un Traité intitulé,
Les Delices da Divin Amour ,
compofé en latin , par le Pere
Novarin de la Congregation
des Theatins , dont il a retranché
ce qui eftoit trop diffus ,
& étendu ce qui luy a paru
trop fuccint. Le ftile eft pur ,
& d'un homme qui entend
parfaitement les fineffes de la
Langue .
Le même Libraire debite
une Lettre Paftorale , que M'
Evefque de Gap adreffe aux
Nouveaux Catholiques de fon
Diocefe. Elle eft divifée en
deux parties. La premiere fait
GALANT. 269
connoistre que la Religion
Prétendue Reformée n'eft
pas celle de Jefus Chrift parce
que l'unité de la Foy ne
s'y trouve pas qu'elle manque
de la Sainteté des moeurs ;
qu'elle n'eft ny apoftolique
ny ancienne ; qu'aucun de ſes
articles n'eft dans l'Ecriture
Sainte , & qu'enfin elle n'en
feigne pas la doctrine que les
Apoftres & les Saints Peres
des premiers fiecles ont en
feignée. La feconde partie de
cette Lettre traite de la realité
du Corps de Jefus Chrift dans
Euchariftic ; de la Commu
Z iij
266 MERCURE
de plus particulier dans fes
dons , afin d'amener infenfiblement
l'ame à l'eſtime & à
l'amour qu'on luy doit. Il dit
à l'efprit tout ce qui eft capa ,
ble d'y imprimer des fentimens
fi juftes & fi falutaires ,
& il luy ébauche les motifs les
plus preffans de fe répandre
en actions de graces , en pre
fence d'un Dieu toûjours oc,
cupé à nous confoler. Ce n'eft
pas qu'il ne donne au coeur
tout ce qui peut le nourrir
dans la ferveur de la pieté,
Tantoft c'est un profond
aneantiffement de l'ame , à la
GALANT: 267
vie de ſon injuſtice & de fon
ingratitude ; tantoft c'est un
fentiment vif d'admiration &
d'attendriffement ; tantoft
c'eft une refolution conſtante
de nous laiffer toucher aux
bienfaits innombrables de la
Grace , & de les confacrerrppar
un ufage plus Saint. Ainfiles
Curieux pourront fatisfaire
leur curiofité par cette lecture,
& les perfonnes zelées y trouveront
dequoy exciter davantage
leur ferveur. J'emprunte
ces termes de la Preface de
l'Auteur , qui fait connoiftre
qu'il a pris le deffein de cet
Z ij
268 MERCURE
Ouvrage, d'un Traité intitulé,
Les Delices da Divin Amour ,
compofé en latin , par le Pere
Novarin de la Congregation
des Theatins , dont il a retranché
ce qui eftoit trop diffus ,
& étendu ce qui luy a paru
trop fuccint. Le ftile eft pur,
& d'un homme qui entend
parfaitement les fineſſes de la
Langue .
Le même Libraire debite
une Lettre Paſtorale , que M
Evefque de Gap adreffe aux
Nouveaux Catholiques de fon
Diocefe. Elle eft divifée en
deux parties. La premiere fait
GALANT. 269
;
connoistre que la Religion
Prétendue Reformée n'eft
pas celle de Jefus Chrift parce
que l'unité de la Foy ne
s'y trouve pas qu'elle manque
de la Sainteté des moeurs ;
qu'elle n'eft ny apoftolique
ny ancienne ; qu'aucun de fes
articles n'eft dans l'Ecriture
Sainte , & qu'enfin elle n'en
feigne pas la doctrine que les
Apoftres & les Saints Peres
des premiers fiecles ont en
feignée . La feconde partie de
cette Lettre traite de la realité
du Corps de Jefus Chrift dans
T'Euchariftie ; de la Commu-
Z iij
(270 MERCURE
nion fous une espece ; du Sa
crifice de la Meffe , de la Confeffion
& du Purgatoire . Tous
ces points font traitez folidement
, & d'une maniere digne
de la pieté de ce Prelat.
"
Le Roy a donné le Gouver
nement de Seyffel , petite Vila
le importante fur la frontiere
de Savoye , à M' d'Ormois ,
quia efté autrefois fon Page ,
& qui eft actuellement Major
'de fon Regiment . Ce Gouver >
nement eftoit vacant depuis
quelques mois par la mort de
Meffire Marc de Baret , Gens
tilhomme tres confiderable
GALANT. 270
par fa naiffance , & par les fervices
qu'il a rendus pendant
plus de cinquante ans en qualité
de Capitaine de Cavalerie ,
& ancien Major dans le Regiment
de Crequile Duc , d'oùil
fut tire pour eftre fait Exempe
des Gardes du Corps . Il avoit
épousé Marie de Tricaud , d'u
ne des plus nobles & ancien
nes Maiſons de Bugey , dong
il n'a laiffé qu'une Fille mariée
à Mªª
depuis quelques annariée
de Riccé , Gentilhomme tres
qualifié de la Province de Bref
fe , qui a fervi longtemps dans
le Regiment Etranger du
Yo nij
272 MERCURE
Roy , & qui a eu l'honneur de
commander
une Campagne
l'Arriereban
de Breffe, Bugey ,
& quelques autres Bailliages ,
où il s'eft acquis beaucoup
d'eftime. M' de Baret , depuis
qu'il avoit quitté le fervice ,
à efté plufieurs années Syndic
de la Nobleffe de Bugey , employ
deftiné aux perfonnes les
plus diftinguées de la Provin
ce. Il eft mort dans fa quatrevingt
feptième année .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit la Toile , & il a
efté trouvé par Mrs Verron de
la rue des vieux Auguftins ; le
GALANT. 273
l'a-
Pere Bonla du Pont Royal , le
Chevalier fans croix & fon frere
le Mignon Guerrier Avocat
au Prefidial de Mets , de la Gerardiere
de la rue des Lions &
fa Commere. Mademoiſelle
Dablemont , & fon aimable
fille de la rue Saint Louis ;
greable Fanchon & le bon
Henry de la rue Quinquempoix
; l'Amant déguilé , l'heu
reux Minet de la rue neuve des
petits Champs ; la Beauté de
la rue des deux Portes , la jolie
Veuve de la ruë de Richelieu ,
du cofté des Quinze vingts ,
& l'illuftre Celar de la même
274 MERCURE
ruë , fon bon amy ; la Dame de
la ruë de Savoye . Mefdemoi .
felles Bajolet & Bourgonne del
la rue des vieux Auguftins ; l'ai- .
mable Indifferente de la ruel
le de S. Laurent , avec fa chari
mante Amie de Beauvais , &
l'Amant fans efpoir du même
quartier:
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye eft de M' de las
Fevrerie.
ENIGME.
Souvenile
Ouvent
le
foir
Ouvent lefoir le matin,
Du Maistre & du Valetnous oc
cupons la main.
GALANT. 275
Sans que l'on y trouve à redire.
De nous avoir on eft jaloux ,
Et dans l'occafion pour sefervir de
nous
On nous cherche , & l'on nous
defire.
Un camarade qui nousfuit,
• Et qui méne beaucoup de bruit ,
• Nous tient fidelle compagnies
Ilnousfert & nous luy fervons
Et dans tout ce que nousfaifons .
! Il est toujours de lapartie.
Enfin de nous on fe trouve fibiens
Que dans la folitude , ou bien dans
Bentretien
Chacun aveeque nous marque fa
1êmerie,
276 MERCURE
J'ay encore à vous parler de
la mort de plufieurs perfonnes
confiderables que nous avons
perdues ce mois cy.
Meffire Claude Joly, Chan .
tre & Chanoine de l'Eglife de
Paris , & Official de M' l'Archevêque.
Il est mort âgé de
quatre vingt treize ans , ay int
confervé une vivacité d'efprit
& un jugement fain & entier
juſqu'au dernier moment de
fa vie. Il eftoit infatigable au
travail , & affidu à remplir cous
fes devoirs , n'ayane jamais
manqué depuis le 1. Decembre
1631. qu'il eftoit Chanoine,
GALANT. 277
à fe trouver à tous les Offices
de l'Eglife , même aux Matines
qui fe difent tous les jours
à l'heure de minuit . Il eftoit
Fils de M' Joly , Lieutenant de
la Conneftablie , & de N. Loifel
, qui venoit d'Antoine Loi.
fel , celebre & fameux Avocat,
dont nous avons tant de beaux
Ecrits . M' Joly qui vient de
mourir , a compofé plufieurs
Ouvrages , qui font,
Traité hiftorique des Ecoles
Epifcopales
.
: Propofitions Chreftiennes
pour le foulagement des Payvres.
278 MERCURE
Voyage fait par luy à Munfter
en 1646 .
Traduction des deux Livres
de l'eftat du mariage , compofez
par François Barbaro ,
Noble Venitien.
Inftruction Chreftienne pour
les Financiers .
:.
Avis Chreftiens & moraux
pour l'instruction des Enfans .
La Veuve Chreftienne , dé
diée à la Reine.mere défunte .
Divers Opufcules, tirez des
Memoires de M.Antoine Loi .
fel , Avocat au Parlement, fon
Ayeul maternel.
De Verbis Ufuardi , quæ in
GALANT. 279
Martyrologio Ecclefiæ Parifienfis
referuntur , infefto Affumptionis
B⋅ Maria Virginis.
•
Traditio antiqua Ecclefiarum
-Francia ,feu totius Imperii Occidentalis
que in ipfius Martyrologio
ad feftum Affumptionis B.
Maria Virginis referuntur, vin.
dicata.
eis ,
De reformandis horis canoni
rite conftituendis Clericorum
minoribus confultatio .
Il a compilé les oeuvres de M,
Guy Coquille , qui contiennent entre
aurres plufieurs Traitez touchant
Jes Libertez de l'Eglife Gallicane. Il
a encore fait la Vie d'Erafme , tirée
fur fes Lettres , fur les Memoires &
280 MERCURE
fur plufieurs Ouvrages particuliers ,
Ce Livre n'eft pas encore imprimé.
On luy attribue divers autres ouvrages
;
Le Recueil des Maximes veritables
& importantes pour l'inftitution
du Roy , Traité de la Reftitution
des Grands , & c . ་
Meffire Glaude Gatllard , Confeiller
au Parlement , & Sous . Doyen
de la Grand' Chambre . Il avoit
epoufé N. Gobelin , Fiile de Jacques
Gobelin , Maiftre des Comptes,
& de Marie Bachaffon . Il eftoit Fre
rede N. Gaillard , Epoufe de Jean-
Baptifte Voifin , Seigneur de la Noraye
, Maistre des Comptes: Il laiffe
plufieus Enfans : entre autres Claude
Gaillard , Confeiller au Par
lement de la Cinquiéme des Enqueftes..
Meffire Louis Charreton , Sei
GALANT . 28t
gneur de la Douze , cy-devant A vocat
General aux Eaux & Forefts ,
morr fans alliance , âgé d'environ
cinquante-cinq ans . Il eftoit fils de
Louis Charreton , Seigneur de lå
Douze , mort Prefident aux Reque
ftes du Palais , & Doyen du Parlement
, & de Charlote de Godefroy .
Il avoit une Soeur N Charreton , qui
avoit époufé Male Boultz , Maiftre
des Requeſtes,
Pierre de la Chapelle ; Ecuyer ,
Seigneur de Pleix , Doyen des Profeffeurs
en Droit dans l'Univerfité
de Bourges , où il a profeffe pendant
55. ans , mort à Bourges âgé d'envis
ron foixante & douze ans . Il a efté
Maire de Bourges , & a un frete ,
Claude de la Chapelle , Chanoine ' ,
Chancelier , & Docteur en Theolo-
Aasta 1.
Janvier 1700.
282 MERCURE
gie , de la méme Univerfité , cy - devant
Official & Grand - Vitaire de
Ml'Archevelque de Bourges H
laiffe plufieurs enfans , entr'autres,
Jean de la Chapelle , Seigneur de S
Port , Receveur general des Finan
ces en la Generalité de la Rochelle,
l'un des Quarante de l'Academie :
Françoife . Mr de la Chapelle , Cha
noine & grand Archidiacre de Bout.
ges , N de la Chapelle , Epoufe der
François Margat , Seigneur de Buf.
fedes , Doyen des Confeillers du
Prefidial de Bourges , & N de la
Chapelle , Epoufe de Mr Gaffot ,
Seigneur de Boisfort , Avocat du
Rov au même Prefidial."
Mademoiselle Elifabeth de Per
rien de Ciénan , fille d'honneur de
la feue Reine , âgée d'environ 50%
ans Elle eftoit fille de Pierre Perrien
GALANT. 28 ;
Marquis de Crénan en Bretagne,
Grand Echanlon de France , & de
Marguerite de Beuil , fa premiere
femme , & petite fille de Maurice
Seigneur de Perrien , & d'Anne Ur.
voy de Crénan.
Meffire Jean de Cornelius , Che
valier de Saint Louis , moit àNeüil 'your
Saint Front, pres Auchy le Chateau
Il avoit quatre- vingt ans , & aetés
Lieutenant Colonel au Regiment
Dauphin.
Mademoiſelle le Porier de Blancmefnil
, fille & unique heritiere des
défunt René Petier , Seigneur de
Blanomefnil, Prierten la premie--
reChambredes Enquetes , Chefile:
la Maifon des Potier , fi connue par
quantité de fujets de merite qu'elle
nous a donnez dans les premiere s
Charges de l'Epée & de le Robe . E
Aalijs
284 MERCURE
eft morte fans alliance , laiffant une
fort grande fucceffion .
Il y a toujours eu des gens qui fe.
font diftinguez plus que d'autres:
dans les Arts & dans les Sciences.
Mr Petitor excelloit autrefois dans
les Portraits en émail ; il faifoit ceux.
du Roy qui le donnoient aux Ambaffadeurs
, & autres perfonnes de:
marque , que Sa Majesté vouloit en
gratifier. Il faut que la perfection
dans cet art foit bien difficile, à acquerir
, puifque dans un Royaume
auffi grand que celuy de Frauce , &
où les Arts fleuriffent avec autant de
fuccés , il ne s'eft trouvé que deuxi
perfonnes qui ayent réuffi dans cet
art depuis la mort de Mr Petitot , les
autres n'ayant ofé fe produire. Mr
Perraut qui avoit le premier donné
des Portraits d'émail au Public des
GALANT. 285
puis la mort de M Petitot , vient de
mourir Il auroit fans doute pouflé
l'émail encore plus loin qu'il n'a fait ,
par fon application continuelle à ce
travail , & par les connoiffances qu'il
y acqueroit tous les jours , failant
luy-même fon émail , & n'épargnant
ny foins ny peines pour tâcher à fe
perfectionner On a trouvé chez
luy quelques Portraits de miniature,
qui apparemment luy avoient eféi
donnez pour faire en émail. On en
a auffi trouvé quelques autres qu'on
ne connoift point ; & comme ces
Portraits peuvent luy avoir efté envoyez
par des perfonnes qui en feront-
en peine , il faut pour en avoir
des nouvelles s'adreffer où il demeu :
roit , rue du Chantre , ou chez M
Cornu , Sculpteur du Roy , Place
du Louvre .
286 MERCURE
Il ne reste plus que Me de Chitil
lon pour les Portraits en émail , Ieft
Graveur & Definateur du Roy &
de l'Académie des Sciences , & : cess
thlens outil réuffit parfaitement , luy:
ont fait, meriter un logement que
Sa Majesté luy a donné il y a déja !
plufieurs années dans la Galerie dur
Louvre. Iln'a travaillé en émail que
depuis ce temps- là , quoy qu'il cuft
il y a longtemps des lumieres tou
chant cet Art , qui dannoient fujet
de croire qu'il y réuffiroit. On ne
s'eft pas trompé , & il eft hors de
doute qu'un homme dont la prófeffion
a toujours efte de deffiner &
qui excelledansce talent , deitréuffir
mieux qu'un autre dans des ouvrages.
dont la correction du Deffein fair :
une des principales parties. Je fuis .
A Paris , ce 31. Janvier 1700.
TABLE.
P
Relude.
Lettre fur la Statue Equeftre du Roy. 6
Lotterie à Toulouse . IZ
Seconde Differtation fur la petrification
des excremens .
Ceremoniefaite à Maubeuge en Hainaut.
Lettre écrite de Mácon.
Lettre auxDames de Bordeaux.
Morts.
Canal nouveau:
Madrigaux.
26
44
63
77
ވ
95
· Differiotion touchant la maladie d'une
Fille qui a décru.
Opera Spirituel.
Lotterie a Paris . '
.
Penfions données par le Roy.
99
137
147
161
Nouvelle maniere de faire des Cachets,
Mariages.
164
165
TABLE.
Madriganx.
171
Avis à une Beauté.
175
Hiftoire.
180
Converfions.
196
198
209
213
Morts.
Lettre écrite de Chandernagor.
Hiftoire des Ifles Marianes.
Premiere fuite des Pieces d'Orgues dupremiertonde
Mr Marchand.
Choregraphie
Autre Article de Morts.
232 1
234
242
Entrée de Mrl' Ambaſſadeur de Savoye.
Article refervé.
Erreur.
Effais des motifs de la Reconnoiffance
253
263
263
Chreftienne. 264
Lettre Paftorale. 268
Gouvernement donnè.
270
Article des Enigmes. 272
Troifieme article des Morts 276
Les Jettons doivent regarder la page 163.
Bayerische
Staub Mothek
München
Qualité de la reconnaissance optique de caractères