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807156
DE
MERCURE
GALANT(CON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1699 .
LYON
#18931
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
WOX
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
Avec Prívilégé du Roy.
น
ن ا د ن ا
AU LECTEUR.
[Lys lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres quifetrouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantus
A ij
AU LECTEUR.
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en en-
•voyent d'yprendre garde
sits veulent
que !
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Me-
>
les
noms
maires , qu'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les
envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANTE
NOVEMBRE 169
O
LYON
/113
Uoyque je vous
aye déja envoyé plufieurs
Ouvrages fur
la Paix concluë à Rifwick , le
Sonnet que je fais fervir de
commencement à cette Lettre
, eft trop beau pour pou-
A iij
6
MERCURE
voir me difpenfer de vous l'envoyer
,fur ceque la matiere n'en
eft pas nouvelle. Il a pleu à
tous ceux qui l'ont entendu
lire , & ie fuis perfuadé qu'il
ne vous plaira pas moins.
AU ROY.
APpliqué dés l'enfance au bien
de tes Sujets ,
Dans tes Eftats troublez tu diffipas
l'Orage ;
Et ton amour pour eux , par de
juftes arrests ,
Du Demon des Duels fçent
étouffer la rage.
GATANT.. 7
20
Dans un âge plus meur› , plein
de vaſtes projets ,
On te vit traverſer les Fleu -
ves à la nâge ,
Vaincre tes Ennemis , leur im -
pofer la Paix ;
Et l'Herefie éteinte acheva ton
Ouvrage.
Ace coup , tout l'Enfer s'éleva
contre toy
Tu triomphois encore ; en cet inftant
, grand Roy ,
Ton peuple gemiffant s'offrit à
ta memoire.
A iiij
8 MERCURE
S
La tendrese de Pere arrefta le
Heros , liqq se mu znali
Et quels que foient tes faits , ta
plus belle Victoireysel )
Eft d'avoir immoléta gloire à
fon repos
le
pos
Voicy un vers Latin fur la
Statue Equeftre du Roy qui
exprime bien le grand air &
port majestueux de ce Monarque
. Il eſt de M Saro de
Bordeaux , & fait connoiftre
que le fpectacle de cette bel
le Statue n'eft pas feulement
pour Paris , mais pour l'Uni
vers entier.
GALANT. 9
Talife ore ferens Lodoix often.
ditur orbi.
Je vous envoye un projet
d'Hiftoire du Diocefe de
Bayeux, avec le Jugement des
Ecrits dé feu M ' Petite , Official
, fur cette matière . Il eft
de M' de la Fevrerie de Coû.
tance , & contient deux plans ,
fur lefquels il fuplie les connoiffeurs
de vouloir marquer
leur fentiment. Si quelques ·
uns prennent intereft à cette
Hiftoire , foit dans la Province
ou ailleurs , il leur fera obligé
, s'ils veulent bien pren -
dre la peine de l'aider de leurs
-
10 MERCURE
Memoires & de leurs Confeils
, ce qu'ils pourront faire ,
ou en luy écrivant directement
prés de l'Eglife S Pierre à Coutance,
ou en les adreffant au St
Brunet ,Libraire à Paris , dans
la grande Salle du Palais .
PROJET D'HISTOIRE.
A
Prés avoir lû avec aplication
, & examiné foigneufement
les memoires deм '
Petite , j'ofe avancer dans un
efprit entierement dépoüillé
de prevention & de critique ,
que je n'ay jamais vû d'ouvra
GALANT.
II
ge plus fterile, & qui ait moins
d'agrément ; car enfin fans
parler du ftile qui en eft pitoyable
, de la confufion des
matieres & des fautes qui
y font frequentes , on n'y
trouve rien qui faffe plaifir ,
& qui foit d'une grande utilité.
Quel fruit & quelle édification
pour les ames pieuſes
& devotes dans les Vies des
Evêques & des Saints du Diocele
de Bayeux ? Quelles lumieres
& quelles découvertes
pour les Sçavans , dans les an,
tiquitez des Villes & des autres
lieux du Beffin ? Quel in
12 MERCURE
tereft & quelle fatisfaction
pour la Nobleffe de ce canton
, dans les recherches de
fes Terres , de fes Familles ,
de fes Armoiries ? Enfin quel
plaifir & quel attachement
pour un Lecteur indifferent ,
& qui n'eft point de ce Dio.
cefe, dans plufieurs catalogues
de Paroiffes & de Chapelles ?
Ajoûtez à cela un ennuyeux
détail de Rubriques & de
Ceremonies d'une longueur
mortelle .
Un Hiftorien peut eftré
court & fuccint en deux manieres
, l'une quand il s'arrefte
GALANT.
13.
à un petit nombre de faits &
d'évenemens principaux , mais
dont il décrit toutes les circonſtances
dans une cample
narration : l'autre , quand il
ramaffe & qu'il joint beau
coup de faits dont il retran -
che toutes les circonftances
inutiles , & qu'il raconte en
peu de paroles . Dans l'une
il abrege la matiere , dans
l'autre le difcours , & dans
toutes les deux , il eft bien
digne de louanges quand ils
eft habile. Mais fouvent il
devient ennuyeux , obfcura,
& cmbarraffé. Peu de faits &
14
MERCURE
beaucoup de paroles laffent
& degoûtent le Lecteur. Un
grand nombre d'évenemens
& de matieres entaflées les
unes fur les autres , & qu'il
faut entendre
à demy mot
le rebutent & l'embarraffent
On ne sçauroit dire laquelle
de ces deux methodes M' Petite
a ſuivie dans fes Memoires
, ny en quoy il eft plus
digne de louange que de
blâme , car il n'a raffemblé
que les chofes qui paroiffent
effentielles , & il les a traitées
d'une maniere fimple & concife
, fans réflexions , fans fen.
GALANT.
15
tences , fans digreffions , ficon
en excepte quelques differta
tions qui ne font pas abfolument
inutiles. Cependant il
a fait une Hiftoire extremement
longue & fort ennuyeufe
; mais à le bien prendre ,
ce n'eft icy qu'une Hiftoire
informe & confuſe qu'il n'avoit
fait qu'ébaucher ; & comme
les materiaux d'un grand
édifice contiennent dix fois
plus de place que , le bafti
ment , il ne faut pas s'éton
ner fi les écrits de M Petite
compofent neuf Volumes qui
n'en feroient qu'un raiſonna
16. MERCURE
ble s'ils eftoient bien mis en
oeuvre. Mais ce ne font que
des pieces faufilées enſemble
& fans aucun ordre , ou tout
au plus , ce n'est qu'un Dictionnaire
du Dioceſe de
Bayeux ,Dictionnairedécharné
qui n'a que la peau & les os , >
rien de curieux & de recher
ché , rien d'expliqué & d'ap .
profondi , nul tour , nul ſtile
d'Hiftorien. S'il y a quelque
érudition , elle confifte en des
citations de Poëtes de peu
d'importance , & qui ne don
nent pas grand ornement à
l'Quvrage . Le nombre desc
GALANT . 17
Auteurs dont M' Petite s'eft
fervi eft mediocre , auffi bien
que le choix qu'il en a fait.
Ils font communs & d'une
autorité peu confiderable
pour la plûpart : mais où en
trouver de rares , & de recherchez
fur cette matière ? Quand
on a dit que pour travailler
fur ces memoires , il falloit
beaucoup de Livres , & fouiller
dans les Bibliotheques curieuſes
, il me femble qu'on n'a
pas bien examiné la chofe, ou
qu'on a voulu dire qu'il falloit
recomm ncer tout de
nouveau cette Hiftoire ,
Novembre 1699 . B
a
18 MERCURE
moins que d'eftre comme M'
l'Evêque d'Avranche qui ne
trafique , & ne fait des courfes
fur la Mer des belles Lettres
, qu'avec une nombreuſe
Flotte de Vaiffeaux de haut .
bord , & montez du premier
rang. M' Petite au contraire ,
s'eft contenté d'écumer la
Mer du Beffin avec un fimple
Brigantin & quelques Flutes.
Je ne fuis donc pas du fentiment
que pour le fuivre on
ait befoin d'un grand appareil
de Vaiffeaux; ou pour quit,
ter la Metamorphofe , & pour
parler plus naturellement, qu'il
I
GALANT. 19
er
S
foit neceflaire de tant de livres
& d'avoir recours à tant
de Bibliotheques pour ſe ſer -
vir de fon ouvrage , à moins ,
e comme j'ay dit , qu'on ne
veüille faire une Hiftoire toute
nouvelle du Dioceſe de
Bayeux: car fim Petite a épuisé
dans les bonnes fources , comme
M' Huet en convient luymême
, on doit fe contenter
des Auteurs qu'il a cirez , &
ne pas s'embarraffer dans une
plus longue recherche , qui ne
feroit que groffir cette Hiftoi.
re, & la charger inutilement.
D'ailleurs , comme on n'a pas
Bij
20 MERCURE
lieu de douter de la bonne foy
de M' Petite , & que je fuis
perfuadé que fes erreurs &
fes égaremens ne ´viennent
pas de fes guides , mais de ce
qu'il les a fouvent abandonnez
pour marcher feul , je ne voy
pas qu'il foit befoin de verifier
fur les lieux tous les paffages
qu'il a citez. Ce leroit fe
fatiguer en vain . Tout ce qu'il
y a donc à faire, c'eſt d'obferver
exactement fes pas &
fes démarches , afin de le re 1
dreffer dans les lieux où il s'eft
égaré : & qui eft Hiſtorien
de plus exact & le plus fidelGALANT.
2
S
२
1
"
le qui ne fe trompe pas que!-
quefois ? M' Petite eft en ce
cas plus excufable qu'un autre.
Il n'étoit point du Dioceſe de
Bayeux , & il n'en connoiffoit
le Païs & la Carte , que pour y
avoir paffé feulement , je veux
dire que par les lumieres que
fa Charge d'Official luy avoit
données. Enfin , cette Hiſtoire
eft fon coup d'efſay , & je ne
fuis pas furpris de quelques
-bévues qu'il a pû faire , je le
ferois bien davantage s'il n'en
avoit point fait On pourroit
l'accufer d'un peu de temeri -
té dans cette entrepriſe , mais
22 MERCURE
au refte cette temerité eft pardonnable
, & même elle merite
quelques louanges pour
un travail auffi difficile , & qui
luy a couté une longue & penible
étude. M' l'Evêque d'Avranche
& plufieurs Sçavans
qui ont leu fes écrits , en ont jugé
de la forte, & font demeurez
d'accord qu'il y a de tresbonnes
chofes. Qu'en puis- je
dire davantage, ou plutoft que
veut - on de moy fur ce fujet
?
On fouhaiteroit que je dif
pofafle ces memoires avec plus
d'ordre & d'oeconomic qu'ils
GALANT.
23
г
i
ne le font ; & que je les miffé
en noſtre Langue, afin de les
rendre plus utiles au public ,
& fur tout aux peuples du Dio.
cefe de Bayeux. Que fçay - je ?
Ne les confiderant que com.
S me de fimples materiaux , &
me regardant comme un habile
Architecte , on voudroit
peut estre que j'en fiſſe un Bâtiment
régulier ; mais comme
je fens mon incapacité plus
que perfonne , & que je ne
m'infatuë pas de la bonne
opinion que l'on peut avoir de
moy , je regarde cette entreprife
beaucoup au deffus de
24 MERCURE
mon genie & de mes forces .
Il me faudroit des lumieres &
une fanté que je n'ay pas pour
m'en bien acquirer . De plus ,
quel honneur & quelle gloire
à prétendre dans cette entreprife
? Ne courrois je pas rifque
de perdre le peu de réputa
tion que je pourrois avoir ,
puifqu'on ne manqueroit pas
d'attribuer
a M' Petite tout
ce qu'il y auroit de bon dans
cet Ouvrage , & de m'impu .
ter toutes les fautes qu'il auroit
faites? Enfin je ferois cau.
tion de toutes fes béveuës , &
redevable
à foa travail de toutes
*
GALANT
25
5
tes mes recherches & de toutes
mes lumieres .
Cependant pour fatisfaire
en quelque maniere aux defirs
de mes amis , & pour répon .
dre aux fentimens fentimens
avan -
tageux qu'on a fait prendre
de moy à Monſieur l'Evê -
que de Bayeux , j'oſe me commettre
dans certe entrepriſe
ou plutoft le zele & le devoüement
que j'ay pour fa Grandeur,
me font paffer par deffus
toutes autres confiderations
.
afin de luy complaire en cette
rencontre , en luy donnanc
une marque auffi effentielle
Novembre
, 1699.
C
26 MERCURE
de mon respect & de ma foû.
miffion à fes ordres ,
Dans cette veuë , j'ay donc
relu & examiné a fond ces
Memoires ; enfin je les ay tournez
de tous coftez , pour voir
quelle forme je leur pourrois
donner mais foit manque de
genie ou d'invention , je n'ay
pû trouver que les deux plans
que je vais expofer icy à la cenfure
des Connoiffeurs & des
Critiques , ou plutoſt ſur leſ
quels je demande leur confeils
& leurs fentimens , car quelle
idée noble & fublime à la
veue de ces Memoires ; l'efprit
GALANT. 27
S
S
S
·
eft - il capable de concevoir ?
Voicy le Titre & toute l'économie
que M Petite a don
née à cette Hiftoire , dont je
ne pretens pasfaire icy une critique
dans les formes , mais je
ne puis pas en paffant m'em..
pêcher de jetter les yeux f
fur
le frontifpice de ce vaſte Bá -
ftiment quia fi peu de nobleſſe
& de bon gouft ; on en va ju .
ger. Hiftoria Bajocenfis perfonas,
res , acta Clericorum Regularium
, & Laicorum complectens ,
in tres diftributa titulos vel partes.
Prima per capitafummatim,
Secunda per tempora brevi chro-
C 1)
28 MERCURE
nico. Tertia per themata toto in
operefuſius diſperſa . Ordre ſim -
ple & general , ou plutoft or -
dre groffier & barbare , & que
j'appellerois volontiers un Ördre
Gothique dans l'Hiftoire
comme dans l'Architecture ,
& qui ne fe trouve que dans
les Auteurs de la baffe latinité.
Quand cet Ecrivain a dit per
themata toto in opere fufius difperfa
, il devoit dire confufius
avec juftice , & à la Lettre
dans le defordre & dans le
dérangement où font ces Memoires
& pour exprimer
le veritable caractere de fes
écrits.
GALANT. 29
Voicy l'ordre different que
j'y ay apporté, & les deux plans
que j'en ay tracez, en donnant
à cette Hiftoire plus ou moins
d'étenduë , felon la diverfité
des goufts qui pourront choi
fir du grand ou du petit deſfein.
Voyons le premier.
HISTOIRE
Du Diocefe de Bayeux, divifée en
deux Parties.
La premiere , traite de l'état
ancien & prefent du Beffin , des
Villes & Bourgs qui le compo .
fent , comme Bayeux , Cain , Vire;
Ciij
30 MERCURE
de leur Gouvernement Civil &
Politique & des chofes les plus
carienfes , & les plus remarquables
qui s'y rencontrent, & quiy
font arrivées.
tre ,
竟
La f conde , contient les Vies
des Evêques des Saints du
Diocefe ,Jon Gouvernement Spirituel
& Eclefiaftique , le Chapiles
Abbayes , les Ordres
Religieux , les Fondations e
Le tout recueilli des Memoire's la.
tins defeu Monfieur Petite , Official
& Grand Vicaire de Bayeux .
Part of a
On divife ce deffein en deux
Parties , qui contiennent fepa
GALANT.
31
rément toutes les chofes Saintes
, & Profanes , Eclefiafti-
1. ques & Seculieres du Dioceſe
Jde Bayeux ; & ces deux Parties
compofent deux juftes Volumes
, diviſez'chacun en fix Livres
, dont voicy les Sommaires
, qui font voir la diftribution
, & l'économie de tout
l'Ouvrage.
SOMMAIRE
Des Livres de la premiere Partie.
LIVRE I.
Deffein de tout l'Ouvrage ;
l'origine du nom du Beflin ,
fon étendue , fa deſcription ,
leschofes les plus confidera .
C iiij
32 MERCURE
bles qui s'y trouvent , de fon
Gouvernement ancien & moderne
, les moeurs des Peuples
du Beffin .
LIVRE II.
L'Hiftoire des Comtes du
Beffin. L'Etat de la Nobleffe
avec les Armoiries des principales
Familles. Les Terres nobles
& les dignitez du Beffin ,
comme Comtez , Baronnies,
& les Chasteaux & les Fortereffes
du Beffin-
LIVRE III.
Les Villes & les gros Bourgs
du Beffin . Fondation de la
Ville de Bayeux , fes AntiquiGALANT
. 33
+
S
tez , fon Gouvernement Civil
&
Politique
; les Guerres &
les Sieges qu'elle a foufferts ;
les Rois & les Princes qui y
ont fait leurs entrées .
LIVRE IV .
穢Fondation de la Ville de
Caen , & de fon Univerfité ,
fes Antiquitez , fon Gouvernement
Civil & Politique
Guerres & Sieges de la Ville
de Caën .
LIVRE V.
Fondations de Vire , de
Thorigny , Condée , Tinche
bray, leurs Antiquitez , leurs
Gouvernement Civil & Po34
MERCURE
litique ; ce qui s'y eſt paſſé de
plus remarquable.
LIVRE VI,
Les Monumens , les Hommes
illuftres , & les plus célé
bres Ecrivains du Dioceſe de
Bayeux , avec un Catalogue
de leurs Ouvrages
..
SOMMAIRE
des Livres de la feconde Partie.
LIVRE I.
De l'Antiquité du Dioceſe
de Bayeux , de la dignité , &
des prérogatives de fes Evêqués
, changemens arrivez
dans l'Eglife de Bayeux , fon
état prefent, Sinode tenu l'an
mil trois cens .
GALANT. 35
LIVRE II.
Divifion de ce Dioceſe &
fon étendue , fes Paroiffes , fes
Doyennez, fes Chapelles . Du
Chapitre de Bayeux , les Pićbendes
, fes Dignitez . Dela
maniere d'affembler le Cha
pitre , fon Gouvernement Spi
rituel & Eclefiaftique. Les
Perſonnes les plus illuftres ,
qui ont poffedé des Benefices
dans ce Dioceſe .
LIVRE II .
Fondations des Collegiales ,
des Abbayes , des Prieurez ,
des Hôpitaux , des Maladres
ries & des Ordres Religieux
26 MERCURE
de l'un & de l'autre fexe dans
tout le Dioceſe . Ceux qui les
ont faites , & les Perfonnes les.
plus confiderables qui les ont
poffedez.
LIVRE IV .
Les Vies des Evêques de
Bayeux. Le ferment de fi .
delité qu'ils preftent au Roy ,
à l'Archevêque de Rouen , &
à l'Eglife de Bayeux . Ce qui
s'eft paffé de plus memorable
fous leur Pontificat .
LIVRE V...
Les Conciles où ils ont affif.
té. Les Sinodes qu'ils ont tenus,
leurs Reglemens & leurs
GALANT.
37
Conſtitutions . La Rubrique
de a Cathedrale de Bayeux .
Les Rites , & les Ufages de
quelques Eglifes de ce Diocefe.
LIVRE VI.
Les Vies des Saints Particuliers
du Diocefe de Bayeux;
des Reliques qui y font en vénération
,avec quelques Réflé
xions Chrétiennes fur toute
cette Hiftoire pour les Ames
Dévotes qui la liront.
Voicy un autre deſſein .
Les Vies des Evêques de Bayeux.
Où l'on voit ce qui s'eft paffé
de plus remarquablefous leur Pon38
MERCURE
tificat , & dans le Gouvernement
·Spirituel & Temporel de ce Diocefe
, avec fon Antiquité & fes
Prérogatives. Le tout recueilli
fuivant l'ordre Chronologique des
Memoires Latins de Mª Petite,
Official de Monfeig. de Nemond,
Evêque de Bayeux .
Voicy l'Analife ou l'Idée
générale de ce deffein , qu'on
divife par Chapitres , dans lefquels
on fait entrer fommairement
tous les Memoires de
M ' Petite .
On met à la tefte des Vies
des Evêques , les deux Differtations
de l'Antiquité du Dio,
GALANT.
39
J.
cefe de Bayeux , & de la Di
gnité de fes Prélats , avec ſon
étendue & fa deſcription ; ce
qui fait l'entrée & le préam ;
bule de l'Ouvrage
.
Enſuite , la Vie de chaque
Evêque , contient fon nom
le lieu de fa naiffance , fa Fa -`
mille , fes armoiries , fon portrait
, fes bonnes & fes mauvaifes
qualitez , fous quel Roy
de France ou Duc de Normandie
il a eſté fait Evêque .
L'état alors de fon Dioceſe ,
les perfonnes dont il s'eft ferpour
le gouverner , les Sinodes
qu'il a tenus ,
vi
les Re40
MERCURE
glemens qu'il a faits , les Conciles
où il a affifté. Ce qui
s'eſt paſſe de plus remarquable
pendant fon Pontificat ;
comme les Fondations d'Hôpitaux
, d'Abbayes , & d'Or .
dres Religieux de l'un & de
l'autre fexe. Les Eglifes & les
Baftimens publics. Les Guerres
, les Sieges de Villes & les
autres évenemens extraordinaires.
Enfin à quel âge , en
quelle année , & en quel lieu
il est mort ; & combien de
temps il a gouverné l'Eglife
de Bayeux. Après quoy on
fait mention fuccintement du
GALANT. 41
+
1
Chapitre , des Chanoines , des
Doyens , des Perfonnes diftin
guées par leur naiſſance ou par
leur merite , tant du Pays ,
qu'Etrangers , qui y ont poffe .
dé des Benefices . Des Hommes
Illuftres , & des Ecrivains
celebres de ce Dioceſe . A la
fin de tout lOuvrage , on met
un ample Catalogue des Paroifles
& des Chapelles , des
Prébendes & des Dignitez ,
des Abbayes & des Prieurez
pour la curiofité des Lecteurs .
On fera tel changement
que l'on jugera àpropos
deux deffeins.
Novembre 1699. D
à ces
42 MERCURE
Le premier, quicft plus vafte,
comprend généralement tous
les Memoires de M : Petite ,
& même d'une maniere plus
étendue, quoyque dansla nar
ration on en puiffe retrancher
beaucoup de chofes inutiles ,
ou de trop peu de confequence
pour y entrer. Car qu'on ne
s'imagine pas , que ce ne foit
icy qu'une Traduction Françoife
de ces Mémoires Latins.
J'en tire feulement les chofes
les plus éffentielles , & les plus
remarquables , pour en faire
une Hiftoire toute nouvelle ,
qui fans faire tort à M' Petite,
GALANT. 43
1
fera un pur Ouvrage de ma
s façon .
€
Le
ſecond
deffein ,
quoyque
plus petit , & moins
étendu ,
-ne laiffera pas de contenir
tout
ce que cet Auteur
a ramafle
de plus curieux, mais d'une ma
niere plus ferrée & plus fuccin.
te, en abregeant
les Titres , &
les Catalogues
qu'on mettroit
en Table à la fin . Pour le ftile,
on ] tâchera
dans l'un & dans
l'autre de le conformer
à la
matiere
, & fur tout de le rendre
concis & propre àl'hiſtoire
.
Le petit deffein
ne deman
de pas moins de temps que le
Dij
44 MERCURE
grand , & l'execution en eft
moins agreable & plus difficile
, toûjours refferré dans les
bornes de la Chronologie
, &
fans ceffe appliqué à arranger
les évenemens fous chaque
Epoque ; ce qu'on appelle un
caffe-tefte , dans lequel il eft
prefque impoffible d'éviter
l'obfcurité , & de donner aucun
agrément à la narration .
Il n'en eft pas de même du
grand deffein. L'Hiſtorien a la
liberté d'égayer la matiere , &
d'embellir le recit de defcriptions,
de Sentences & de mille
chofesqui rendent une HiftoiGALANT.
45
I
e
1
ire agreable; mais enfinjene fuis
pas libre fur le choix , il apparstient
auPublic; mais foit qu'on
prenne l'un ou l'autre deffein ,
on a beſoin d'inſtructions plus
particulieres pour les Vies des
1 Evêques, & des Saints du Dio-
1 cefe de Bayeux ; car ce qu'en
a raporté M Petite , eft rrop
fec & trop abregé. Il eft vray
qu'il eft prefque impoffible
d'avoir de grandes lumieres
là deffus , quelques recherches
qu'on faffe.
Perfonne ne s'intereffe dansles
Hiftoires particulieres : celles
mêmes des Provinces les plus
46 MERCURE
confiderables de ce Royaume
attirent la curiofité de peu de
gens. Il ne faut donc pas s'attendre
, que celle cy , qui ne
contient qu'une partie de la
Baffe Normandie , trouve un
gtand nombre de Lecteurs.
Les Sçavans & les Curieux du
Siecle enteftez de l'Antiquité ,
negligent l'Histoire de leur
Pays , plus touchez de la
Grece & de l'Italie , que de leur
Patrie , fe mettent plus en
peine des ruines de Rome &
d'Athenes , que de la Fondation
des Villes qu'ils habitent,
& qui leur ont donné la naif-
›
ノ
GALANT.
47
1.
0
1
e fance. Les autres qui n'aiment
que ce qui parle du Nouveau
Monde, ne prennent plai ,
fir qu'aux Livres de voyages,
fiers de fçavoir la deſcription
de l'Amerique , & peu hon!
teux d'ignorer la Carte de leur
Province. De là vient cette
grande négligence d'écrire
nôtre hiftoire,&cetre groffiere
ignorance des chofes qui concernent
noftre Nation , & hos
affaires . Si chacun avoit eu la
curiofité de remarquer dans
les temps , les choles les plus
confiderables quifle font palfées
dans la Province, ou dans
48 MERCURE
fon Canton , & d'en laiffer des
Memoires à la pofterité , que
de doutes éclaircis , que de
conteftations finies , que de
fables réfutées , que de tenebres
évanouyes , que de fauffes
conjectures
, que de recherches
innutiles ! C'eft ce
qui arriveroit des Memoires
de M Petite fi quelque Curieux
de cette Province , ou de
ce Dioceſe , où il y a tant d'ha
biles gens , déterroit les Ma .
nufcrits en faveur d'un grand
Evêque, quipropoſe cet Ouvra
ge au Public pour contenter la
pieté , & pour l'édification de
fes
GALANT.
49
fes Peuples le demandent .
Vous voulez bien que je
e vous faffe part de quelques
= nouvelles de Perfe , du 31 Octo
bre de l'année dernier . Voi
Icy ce qu'elles portent,
Le mois paffé , l'Ambaffadeur
de Mofcovie étoit toû
jours retenu dans fon Palais à
Hilpahan , pour ne vouloir pas
t donner les Lettres de lon
Maitre qu'au Sofy en main
propre,contre le ftile pratiqué
en cette Cour. On y attend
un autre Ambaffadeur de
Moſcovie, nomméFabricius , on
autre de Suede,un de Pologne ,
Novembre 1699. E
5.
MERCURE
17
qui eft un Georgien , & un
de la Porte , qui va prendre
poffeffion de Baffora retir
par les Perlans des mains des
Arabes.songt
ob and
On écrit de Spaham que
les Hollandois veulent faire
chaffer les Portugais de
Congo, notash urejen zrnuj
On attend à Spaham M
l'Archevêque d'Ancyre, Ambaffadeur
du Pape , SYDAM
Je vous enyoye la copie
d'une Lettre écrite de Hama
dan à M. de S. Olon Made , par
M' l'Évêque de Babilone ton
Frere, lo¶ abnu , about ab pijns
+6281 Sidmouck
GALANT . se
A Hamadan , le
1
bre 1698.
L
24
Novem
A Victoire qu'on dit que
le Kam ou Gouverneur
de cette Ville , & General des
Troupes de Perfe , a depuis peu
remportée fur Soliman Beigk ,
Prince Curde vers Mouffel ,
ancienne Ninive , m'ayant
donné occafion d'en aller faire
compliment à ſon Janifchim
ou fous- Gouverneur , je
luy fis
is demander Audience ',
& j'y allay en Ceremonie avec
mes trois Compagnons vers
les deux heures aprés midy.
Le S. Jofeph , jeune Catholi -
TOTO EN Eij
joen
53
MERCURE
>
que Armenien de Teflis , &
le S Harentius , riche Marchand
d'Akoulis , & Catholique
d'autant plus zelé qu'l
n'y a point la de Miffion
m'y accompagnerent
.On nous
avoit prefté des Chevaux , &
nous eſtions tous affez bien
montez. Nous avions des
Baltons de Spahan qui font
d'un Vernis admirable de diveries
couleurs tres vives . Nos
Chapeaux vous aurojent fat
rire , m is tout eft bon icy ;
ils font bordez de dentelle
d'or & d'argent avec des audaces
. L'un étoitnoir, l'autre
GALANT.
53
J
couvert de Drap rouge avec
un galon de faux or , l'autre
couvert de taffetas vert , &
l'autre de tabis bleu . Outre
que ces couvertures les confervent
, vous fçaurez que les
Perfans n'aiment point le noir.
LeChapeau rouge eft une vieille
relique d'un Franc qui a efté
icy quelque tems , & c'est le
Chapeau de Ceremonie de M'
Roch , l'un de mes Miffion-
1 naires , qui les jours de Ferie
1
1
porte le Bonnet comme les
autres , avec les fouliers ferrez
à la Perfienne , auffi bien
que moy , qui ay neanmoins
E iij
54. MERCURE
pour les Festes , quelques anciennes
Pantoufles de velours
vert , avec des Gants fourrez ,
couverts de drap vert que j'ay
apportez de Spahan .
Dans la Cavalcade , le S.
Roch qui eft bon Cavalier
marchoit devant comme le
Conducteur & Maiftre des
Ceremonies. Je venois aprés
feul , mais entouré de plufieurs
Valets dont une partie étoit
d'emprunt. Les Sieurs Parizot
& Belay , auffi Miffionnaires ,
fuivoient en droite ligne , &
aprés eux le S Jofeph , Interprete
titulaire fçachant l'Itat
GALANT
55 is
5
5
hen , & enfin le S Harentius .
Après avoir traverſe une gran
de partie de la Ville , où a quelques
Ofneziens prés , tout le
monde nous beniffoit , nous
arrivâmes au Palais du Janif.
chin & nous entrâmês ¹à cheval
dans fa Cour , qu'on dait
plûtoft nommer un grand &
beauJardin avec des eaux plattes
, y en ayant ſeulement un
Jet & des allées à la Franque ,
mais fort étroites . Nous y fûmes
receus par les Officiers ,
Fuziliers & Serviteurs de
ce Seigneur qui eft âgé
d'environ quarante ans , beau ,
,
E iiij
56 MERCURE
bienfait & affez poli.lls étoient
tousen hayejufqu'à une grande
Salle ouverte , donnant fur
le Jet d'Eau, entourée de Parterres
de fleurs , dans laquelle
fon Excellence nous reçut .Elle
me fit affeoir à la droite , &
M' Roch & fes autres Confre,
res à ſa gauche. Le S Haren .
tius demeura debout auprés
d'eux , & l'Interprete, Jofeph
auprés de moy.al's 290 35 3 : T
Je commençay par le com
plimenter fur les Victoires du
Kam , parlant Italien à Jofeph
qui le luy redifoit en fa langue
, car le Janilchin¸ GeorGALANT.
17
gien de Teflis , entendoit peu
L'Armenien. Noftre colloque
dura prés d'une heure , & il
me répondit avec beaucoup
• d'efprit & d'honnefteté , de
forte qu'il me fembloit que
je traitois encore avec Mle
Comte de Crecy à Ratifbonne.
Il affirmoit avec tant d'af- ne..!!
fectation , tout ce qu'il me
difoit , qu'il fe fervoit louvent
de ces paroles. Non funt fermones
nec loquela. Je répondis
de mon mieux à fes civilitez,
& je vous avoue que pour lors
je defirois dans mon coeur
un peu de voſtre éloquence &
58 MERCURE
de vos fpirituelles repliques
l'Empereur de Maroc . Il ne
manqua pas de faire mention
dans cette Conference , de l'amitié,
correfpondance & bonne
intelligence qui eſt entre
noftre grand Monarque &
le Sofy.
Je pris de- là l'occafion meditée
de luy dire que Sa Ma.
jefté Imperialé de France ,
ayant fceu que Baffora étoit
entre les mains du Sofy ; en
avoit conceu tant de joye ,
qu'elle m'avoit expedié fis
Patentes de Conful de Bagdad
& Païs circonvoifins ", pour
GALANT.
59
réfider dans cette Efchelle
ou y envoyer un Vice - Conful
, & je luy fis voir ces Pa
tentes enfermées dans une
riche Bourfe. Il les regarda
avec beaucoup de refpect , &
luy ayant demandé s'il jugeoit
à propos que j'y allaffe à prefent
en perfonne, il me répondit
fagement qu'il falloit attendre
l'arrivée de l'Ambaffa.
deur de la Porte à Spahan , &
fçavoir ce que l'on concluëroit
avec luy , aprés quoy il fe
plaignit comme auparavant ,
que je ne l'employois en rien
pour mefervir , & qu'il ne dor.
60 MERCURE
moit point là deffus . Je répondis
avec les remercimens
convenables , que fon Excellence
imitoit les grands Rois ,
qui veillent toûjours pour le
bien & le repos des Peuples.
Là- deffus M Roch prit la
parole en Turc qu'il fçait aflez
bien , & le pria de vouloir nous
proteger toûjours , & preſentement
contre deux ou trois impertinens
qui nous inquietent ,
& ne peuvent fouffrir que les
Armeniens viennent chez
nous nous aider à continuet
nos prieres pour noftre Em .
pereur , & pour la profperité
GALANT. 61
du grand Sofy , du glorieus
Kam de cette Province , & de
fon Excellence. Il s'échauffa
là - deffus obligeamment, difant
que nous l'offenfions de ne
pas l'avertir de tout ; qu'il
fuffifoit que je luy envoyaffe
le moindre enfant pluroft que
de m'incommoder ny aucun
de mes gens pour le venir
trouver , & peu s'en falluc
que la choſe n'allaft plus loin ,
& qu'il ne fiſt appeller ces
infolens: mais comme cela ne
nous convenoit pas ,je l'appaifay
le mieux qu'il me fut poffi .
ble , & je finis en luy difant
62 MERCURE
que puifque je ne pouvois luy
en marquer autrement ma reconnoiffance
, je ne manquerois
pas de faire parvenir jufqu'aux
oreilles de mon Empereur,
les bontez que les premiers
Seigneurs du grand Sofy
ont pour les derniers de
fes Sujets, enfuite dequoy nous
primes congé en nous levant.
Il fe leva auffi , & nous conge.
dia tres gracieuſement. Nous
regagnâmes nôtre Logis dans
le même ordre & par le même
chemin que nous eftions venus
, & nous trouvâmes tous
nos Catholiques extremement
GALANT. 63
!
re
SLEVED
animez & confolez de cette
Conference , ce qui m'engage
a yous reuouveller mes remercimens
de m'avoir procuré
ces Patentes, & 2à.Vvoouuss en demander
, sil fe peut , ler
nouvellement
.
FM le Marquis de la Vernide
aprés s'eftre fignale par
les armes au fervice de Sa Majefté
, s'eft tellement tourné du
cofté de lavertu , quenon constent
de la pratiquer en ſon
particulier , il a bien voulu y
porter le prochain , par l'éta -
bliffement d'une nouvelle
Compagnie de Penitens gris ,
64 MERCURE
qu'il a înſtituée par permiffion
& Lettres Patentes de M'FEvêque
de Perigueux , dans l'Eglife
de Sainte Hailaire prés
de Perigueux , ayant pris pour
Patron S. Guillaume , Duc de
Guyenne , Comte de Poitiers-
On attend de jour en jour
la
Bulle de Rome qui confirmera
les Statuts de cette Compagnie
. Elle devient fi celebre
, & fait Rant de bruit , qu'il
n'y a prèſque perſonne de diftinction
qui ne demande à s'y
faire recevoir , entr'autres
M's de Buiffeaux , de Poudel ,
de Bercau , de Vallade Dan
ventr
GALANT. 65
giboys , de Barot , de la Dours ?
. de Chapoüille , de Rancay &
plufieurs autres , tous fort diftinguez
par leur qualité &
par leur merite . Is ont
tous unaniment choisi pour
leur Prieur M' Offire , Chanoine
de la Cathedrale de
Perigueux , & Abbé de Belleveuë.
Voicy une Lettre de Mada .
me de Saliez Viguiere d'Alby
à M' de Vertron. Ils font tous
deux de la docte Academie
des Ricovrati de Padoue .
Novembre 1699 . F
66 MERCURE
Onfieur , mon cher
Frere en Apollon
M
Ricovrate.
J'ay une veritable impatiende
lire LA NOUVELLE PANDO .
RE , & de voir unies tant de
matieres differentes , dont je
ne puis m'imaginer la liaiſon
entr'elles , ny avec le Titre.
PANDORE eft un nom fatal .
Jene çay comment vous vous
garantirez des reproches qu'il
nous caufe depuis bien des
fiecles ; mais enfin il faut fe
confier au Protecteur du beau
Sexe.
Ah! vous avez beau dire , un
GALANT. 67
#otel Titre d'honneur ,
Se doit a voftre efprit , autant
qu'à vostre coeur.
1
En attendant la lecture de
će oeuvres mêléestant de
voltre façon que de celle des
1 Dames Illuftres du Siecle de
LOUIS LE GRAND , je vous
diray ingenuëment que vous
avez eu tort d'y placer une
Mufe Albigeoife . J'en fuis con.
fufe & furpriſe. Je ne le fuis
pas moins que vous me demandiez
fi tard mon fenti
ment far la queſtion agitée
depuis plus de deux ans , fi le
nouveau Siecle commencera
A
Fij
68 MERCURE
en 1700.00 en 1701. L'éloquent
M' Mallement de Meffan -
ges, & tant d'excelle .. Auteurs,
dans leurs fçavantes & fpiri
tuelles differtations pour &
contre qui ont couru le monde,
& vos propres Reflexions
Académiques vous ont lans
doute déja fait prendre voftre
parci. Je ne fuis pas femme à
voir de pareils débats , fans
prendre le mien auffi , mais
je voudrois bien me trouver
a ngée de voſtre coſté.
Comme je n'ay ni affez
d'efprit ni affez de fçavoir ,
pour inventer & pour fouteGALANT.
69
nir des opinions nouvelles &
fingulieres, qui font toûjours
agréables , quand la Religion
n'y est pour rien , je vous réapons
ce qui fe prefente naturel .
lement & de luy même . Je
croy donc , Monfieur , que le
Siécle prochain commencera
quand le précedent fera en .
tierement accompli & qu'il
fera entierement accompli
quand il aura duré cent ans ;
car il me femble que toutes
les Epoques conviennent
e qu'un Siecle eft toûjours de
cent années completes , foit
depuis la Creation du mon8
MERCURE
tisle!
&
par
'con
+
de, depuis le Deluge, depuis la
fondationde Rome , depuis la
Naiffance, la Circoncifion , où
l'Incarnation du Fils de Dieu ,
où s'arreftant préciſement à
noftre Epoque vulgaire , il
faut toujours fuppofer , qu'on
a commencé le Siecle par la
premiere année ,
fequent par un , car bien que
l'unité ne foit pas nombre, c'eſt
le commencement de tous les
nombres
. Enfin , Monfieur
je croy qu'il faut dix - fept
centaines d'Années pour
faire dix- fept Siecles , autre
ment il faudroit que l'un de
GALANT: 71
2
ces Siecles ne fuft que de
quatre vingt dix neuf ans , ou
s'imaginer qu'Adam fut aſſez
fimple pour compter pour un
andu premierSiecleunanavant
I que le monde fuft fait , ou
bien les fix jours que Dieu
mit à le faire pour une année ,
lefquels fix jours
avec
les quatre vingt dix neuf ans
i veritables fuivans , auroient
fait un Siecle , & le fecond
auroit alors commencé à la
centieme année . Cela fe peut
imaginer, mais non pas croire,
fans quelque revelation que
nous n'avons pas , & que nous
n'aurons jamais .
72 MERCURE
Tenons - nous ,fi vous m'en
croyez ,Monfieur à noftre feule
Epoque. Marchons fur des
routes frayées , appellons un
ce qui eft veritablement un ,
& cent ce qui eft cent. Sui .
vons la Chronologie du Pere
Labbe , dans laquelle on voit
les Siecles de Rome finis par
100. & 200. & commencez
par 101. & par 201. Je ne fçai
fi c'est là , ou ailleurs que j'ai
lû , qu'on appelloit à Rome
Année feculaire la derniere année
de chaque Siècle , dans
le commencement de laquel
le & fur la fin , on repreſentoit
GALANT. 73
toit les fpectacles . Quelle raifon
auroit - on euë d'apeller
féculaire la premiere année ?
L'on a fujet de fe réjouir ,
quand on acheve le travail , &
non pas quand on le commence
. Ainfi la Gazette de France ,
fifage , fi circonſpecte dans
tout ce qu'elle avance , a déacidé
en parlant de l'ouverture
du Jubilé, que le Siecle finiffoit
en 1700. & un des grands
hommes de ce temps a dit fur
certe matiere , que le Jubille
aétant accordé , pour expier le
paffé , il devoit donc eftre
regardé comme étant à la fin
Novembre 1699 .
G
74 MERCURE
du Siécle , & non pas au commencement
.
Mais aprés tout , Monfieur ,
que nous importe la fin , ou
le commencement
d'un Sie -
cle: Cela n'attire aucune vertu
du Ciel , qui fe faffe fentir
fur la Terre. Un Siecle n'eft
autre chofe que l'ouvrage de
l'efprit de l'homme & de fon
choix ,de fon efprit qui a ainſi
arrangé un certain nombre
d'années , & donné le nom
de Siecle à cet affemblage
;
& de fon choix , puifqu'on
au
roit pû luy donner plus ou
moins de cent ans , & qu'on
GALANT. 75
a pu faire autant d'Epoques
qu'on a voulu. En effet , il me
femble avoir entendu dire
qu'il s'en trouve jufqu'à foixante
& huit. On a continué
long temps cellequi commen.
çoit à la mort de S. Martin , &
l'on affeure que l'on fe fert encore
en certains lieux de celle
qui commença en Sirie , à la
mort d'Alexandre le Grand.
11 eft vray que fi le Sauveur
du monde avoit voulu donner
quelque vertu à l'Epoque Chré
tienne , il l'auroit pu , mais il
ne nous paroift pas qu'il l'ait
voulu , ni qu'il le foit fervi du
G ij
76 MERCURE
temps , ni de les parties pour
operer les merveilles .
Vous conviendrez avec moi ,
Monfieur , que fi la pieté de
noftre Augufte Monarque ne
s'y opofoit pas , nous pourrions
changer noftre Epoque , & en
commencer une nouvelle au
5. Septembre 1638. jour de fa
naiffance , comme l'on a fait
autrefois fur des commencemens
moins confiderables.
Alors l'année feculaire meriteroit
une attention particyliere
, puifqu'elle exciteroit la
mémoire du plus Grand de
tous les Rois de la Terre ,
GALANT. 77
dont vous avez fi bien prouvé
la Grandeur dans le beau
Parallele de S. M. avec tous
les Princes qui ont porté ce
glorieux furnom , &ª dont la
Jurprenante Hiſtoire que vous
compoſez en Latin , fait depuis
plufieurs années voſttre
principale occupation , & qui
fera l'admiration des Siecles à
venir. Dieu veüille que nous
nous voyions dans le prochain
autrement que par les yeux
de l'efprit , tous deux en fanté
, & plus heureux que par
le paffé . Cependant croyez
que je fuis remplie d'eſtime
G iij
78 MERCURE
de reconnoiffance , de tendreffe
pour toutes vos manieres
à mon égard , & que je fuis
prefque inconfolable , que la
diſtance qui nousfépare , ne me
permette pas de vous témoigner
à quel point je fuis ,
voſtre trés, &c.
J'efpere que vous ferez contente
de l'Ouvrage que je
vous envoye . Il eſt de M'de
Cantenace , Chanoine de l'Eglife
Metropolitaine de Bor
deaux.
GALANT. 79
LE SOLITAIRE ,
Ou l'éloignement des Emplois.
D
Efabulé du monde & de
l'erreur commune
Qomefure la gloire aux biens de
5. la Fortune
Je ne m'agite plus des foins d'en
acquerit ,
Et m'occupe en repos à fonger â
mourir, ..
Sur les bords d'un grand Fleuve , où
T'Onde tributaire
-Va rendre à l'Ocean fon hommage
ordinaire , munge
Solitaire & content dans ma pauvre
maiſon
Des vanitez du temps j'affranchis
ma raiſon . C
G iiij
80 MERCURE
Saintement rebuté des maximes du
monde ,
Helas ! dis je , on voit moins d'inconfiance
dane
l'Onde ,
Tous fes Fiots mugiflans , & leurs
noires vapeurs ,
Cachent moins de perils , que ne
font les grandeurs ,
La Cour eſt une Mer qui n'a point
de bonace ,
Quelque Orage toûjours s'y forme
& nous menace ,
Et le plus élevé peut à peine éviter
Les Ecueils où fon fort le va precipiter
;
Mais, dira- t'on , la Cour n'eft pas
comme nos Villes
Où l'on a des emplois moins grands
& plus tranquiles ,
Où fous l'autorité d'un jufte Potentat
a
1...
GALANT. 8t
du
in.
eur!
Leat
Doint
orme
viter
breck
It pas
Tand
Po
On fert utilement , ou l'Eglife , ou
l'Estat .
Mais les plus doux emplois fuivis
de mille peines ,
Ont des attachemens qui font autant
de chaines ,
Il en coufte beaucoup pour s'en bien
acquiter , (meriter.
Qui n'en eft pas captif , ne peut les
Il eft vray que la mode en bannit
la
contrainte ,
On neglige fouvent la Charge la
plus fainte ,
Et content de l'honneur , ou du
bien qui la fuit .
On ne s'attache guere aux foins
qu'elle produit. 21
Un jeune Rapporteur qu'un Procés
embarraſſe •
En commer à fon Clerc l'importu
ne Liaffe,
82 MERCURE
Et fur fon Tribunal prononce des
Arrests , ( a faits .
Qui font déja payez au Clerc qui les
Ainfi tous les chagrins d'une pelante
Charge ,
Touchent peu l'Officier qui fouvent
s'en décharge , har
Un autre en a les foins , il n'a que
les plaifirs >
Du lucre , & des honneurs qui bor.
nent fes defirs .
Mais cette erreur injufte & ces laches
Maximes ,
Font naiftre le defordre , & caufent
mille crimes.
Quelque Charge qu'on ait , la raiſon
nous apprend ,
Que qui ne la fait pas , dérobe ce .
qu'il prend .
Chacun faifoit jadis tout ce qu'il
devoit faire
GALANT. 83
est
S.
es
Ent
Que
Dor
Lent
Et le Paſteur faifoit ce que fait fon
Vicaire.
fles biens
Le Prelat vertueux n'employoit pas
A remplir fon Palais de Chevaux 82
de chiens
Les mets les plus friands ne couvroient
pas fa table.
Affable à tout le monde , aux pauvres
charitable >
A fes pieux devoirs ſaintement attaché
,
Il pratiquoit toûjours ce qu'il avoit
preſché.
Tout ce falte éclatant de la gran
deur humaine ,
fon N'épuifoit pas alors les fruits de fon
Domaine
, ce
Le pauvre , & les Autels le partageoient
toûjours ,
Et tout leur revenoit à la fin de ſes
jours,
84 MERCURE
24
Touchons un autre abus que la mode
autorife,
Combien voit on de gens dans
l'Etat , dans l'Eglife ,
Indignes des emplois , dont ils font
reveſtus
,
Faire une guerre ouverte à toutes
les vertus ?
Alidor qu'on employe au regime
des ames ,
Fait pourtant le Coquet , badine
avec les Dames ,
Croit monter , par l'orgueil , au rang
des beaux efprits ,
Et prétend d'enſeigner ce qu'il n'a
pas appris , (Digeſte
Tel qui n'a jamais leu ny Code , ni
Dont l'ignorance craffe eft aux plaideurs
funeftes
Sortant de la baſſeffe où ſon fort l'avoit
mis ,
GALANT . 85
no Souille avec fon argent , l'éclat des
Fleurs de Lys .
dan En tous états le luxe , ou le liberfor
Dute
gim
adin
rang
il n'
igelt
He ,
pla
tinage ,
Etouffe les devoirs où l'honneur nous
engage ,
On court à la débauche , & la plufpart
des gens .
Aviliffent leur Charge , & fauffent
leurs fermens.
Mais peut- on abuſer noftre Monarque
Augufte ,
Qui toujours éclairé , ne fait rien
que de jufte ,
Et les fujets qu'il nomme à differens
emplois ,
Ne font- ils pas fans tache , & dignes
de fon choix ?
Il eft vray que ce choix marque un
merite infigne , [digne
ort Et que pour l'obtenir , il faut en être
86 MERCURE
Mais lorsque Dieu forma lepremier
des humains ,
N'étoit- il pas tout pur en fortant de
fes mains ?
Cependant abuſé d'une faufſe eſperance
(nocence.
Dans un Paradis même il perdit l'in-
Tels deviennent fouvent par de nouveaux
honneurs ,
Ceux dont on admiroit la fainteté
des moeurs.
C'est le penchant de l'homme , il a
beau fe contraindre ,
Plus il est élevé , plus fa chute eft à
craindre .
Le plaifir , l'abondance & l'éclat des
grandeurs ,
Sont le piege fatal où trebuchent
nos coeurs.
Noftre foible vertu que tant d'objets
combattent ,
GALANT 87
Ne réfifte qu'à peine aux douceurs
qui l'abbattent ,
Et le comble des biens pervertit au »
trefois des Rois.
L'incomparable efprit du plus fage
Des grandeurs toutefois l'attrait le
plus fenfible ,
N'eft pas aux faintes moeurs , un ob.
ftacle invincible ,
L'on peut devenir Saint & grand
tout à la fois .
Tel paroift aux mortels le plus grand
de nos Rois .
L'Invincible LOUIS , grand par tant
de Conqueftes ,
1
A lever vers le Ciel tient fes mains
toûjours prestes ';
Il trouve en couronnant les exploits
immortels
Le comble de fa gloire au culte des
Autels, t
88 MERCURE
1
Mais a-t-il fon pareil , dans le temps
où nous fommes
Puifqu'il eft le plus grand , & des
Rois & des hommes ,
Et qu'en executant tous fes pieux
deffeins , { ( des Saints ?
Il marche dignement fur les traces
L'Eglife a des Paſteurs dont la vie
exemplaire
Fait briller faintement leur divin
Caractere ,
Qui pieux & fçavants , comme aux
Siecles paffez ,
Sont dignes du haut
les a placez .
rang où Dieu
Il eft des Magiftrats dont la vertu
fublime
Protege l'innocence , & condamne
le crime ,
Qui dignement munis du pouvoir
de nos Rois ,
GALANT. 89
Ne violentjamais la fainteté des Loix .
Mais enfin on eft homme , & dés
noftre naiffance ,
Nous fommes tous fujets au vice , à
l'inconftance .
Comme un leger feftu qui tombe au
moindre vent ,
Noftre vertu chancele & trebuche
fouvent ,
Mais dans la folitude elle devient
tranquille
Contre noftre foibleffe elle
ve un azile ,
A couvert des
f
y trouchagrins
& des foins
dangereux ,
On fuit des faux plaifits les attraits
malheureux,
Les Vers qui fuivent ont été
mis en air par Mademoiſelle
Novembre 1699 .
H
90 MERCURE
Bataille. C'est une jeune perfonne
de ſeize ans , qui poffe .
de a fonds la Mufique , & le
Claveffin . Elle execute à livre
ouvert les pieces les plus diffi .
ciles , & les tranfpoſe fur tous
les tons qu'on veut , avec une
facilité qui paffe l'imagination.
Plufieurs Maiftres des
plus habiles qui ont été témoins
de ce qu'elle ſçait faire
, ont efté furpris de fa ca.
pacité . Elle enfeigne aux perfonnes
de fon fexe , & va don.
ner fes Leçons accompagnée
d'une Mere , dont la fageffe &
la conduite paroiffent avanta
GALANT.
91و أ
Aducation
BELA
LYON
*
1893
90 MERCURE
novembre 1699+
Bachus dontj'aime la tig
is
la victor- re .
6 6 4
re, Vou
66
ray
tousiours amoureux, fiv
GALANT.
و أ
geufement dans l'éducation
qu'elle s'eft attachée à luy donner.
Elle demeure dans la ruët
Chriftine , entre Madame de
Monchal , & M de Montelon..
AIR NOUVEAU.
Acchus dont j'aime la li
B.40
queur ,
Difpuce avec l'amour l'Empire
-de mon coeurnos.
les
g
ac
Je sens balancer la Victoire,
Vous pouvez , belle Iris ,
350 corder tous deux
Je feray toûjours amoureux
300 LCHi
92 MERCURE
Si vous voulez me laiffer
boire.
Le Sieur Vignon , Garde des
Plaiſirs du Roy dans la Capitainerie
Royale de Vincenne ,
réfident dans le Chasteau , faic
preparer les Grains de Multiplication
, pour l'utilité du Public
, dans Saint Mandé , vis .
à - vis la Chapelle de ce même
lieu. Ceux qui en voudront
accommoder , trouveront
une perfonne de fes amis ,
qui veut bien luy faire le plaifir
de luy préter la main pour cet
effet . Il faut fur tout que ceux
qui en voudront faire prepafaire
GALANT. 93
A
rer , l'apportent bien net , &
qu'il foit nouveau. 11 fuffit de
quatre Boiffeaux par Arpent
L'on en preparera de telle forte
que l'on voudra , dans les
mois de Septembre , Octobre
& Novembre ; & pour les
Mars , au mois de Mars &
Avril. Afin que chacun fçache
ce que c'est que la Multiplication
des Grains , l'on avertic
le Public , qu'un feul Grain
rapporte depuis douze juſqu'à
vingt , trente, quarante & foixante
Epis de toute efpece.
Ceux qui en voudront faire
apprêter quelques Boiſſeaux ,
H iij
94 MERCURE
Papporteront à Saint Mandé,
où ils verront des Affiches furla
porte . Ceux qui n'en voudront
avoir que pour en faire l'effay
cette année , on leur en délis
vrera par Litron de tout pre
paré & tout preft à femer
foit dans les Terres ou dans
lesJardins L'on paye zolols par
Boiffeau lorfque l'on veut en
faire aprefter . Les autres années
on donnera , les Dro
gues toutes preparées , afin
qu'on puiffe apprèſter . ‹
Jevous envoye une Lettre que
vousne ferez pas fâchée de hre.
•
GALANT.
95
Elle eft d'un Homme qui poffede
tres bien noftre langue.
A M' L'ABBE' DE H...
fur l'Hiftoire des Sybilles.
V
A Bourdeaux ce 18 Octobre.
Oicy, Monfieur,la réponà
votre Lettre fur les
Sybilles , vous ferez peut eftre
furpris de ce que je vay vous
en di re , mais je fuis affuré que
vous changerez d'opinion ,
quand vous aurez fait réflexion
fur l'Histoire de ces prétenduës
Propheteffes ; & pour enrrer
d'abord dans le fujet , je
ne nie pas que des grands
96 MERCURE
les
hommes n'ayent donné trop
facilement dans ces contes
fur ce qu'il eft dit dans l'Ecriture
que vos fils & vos fil .
prophetiſeront , & fur ce
qu'il eft rapporré des femmes
qui prophetifoient parmi les
Hebreux, & des Pythoniffes .
Mais nous n'avons point d'écrits
de ces veritables Propheteffes
qui ont part dans la Loy
de Moyfe , ny des fauffes qui
predifoient par
artifice ou par
le fecours du Demon , telles
qu'il s'en trouvoit encore du
temps de S. Paul . Les Grecs
avoient parmi eux des Pythien .
nes
GALANT. 97
nes aufquelles ils avoient grande
confiance. On les prenoit
toutes jeunes, ce qui étoit une
rufe de leurs Preftres ; & Theodore
raporte qu'Enechrates de
Theffalie en ayanr enlevé une
pour la beauté , il fut ordonné
que dans la fuite le Trepié
Sacré d'Apollon n'auroit
plus que des Vierges de
foixante ans. Ce n'est pas que
les Grecs fuffent perfuadez
qu'il y euft en ce temps là dans
leur Païs des Vierges de cet
âge , avoient trop d'efprit
pour cela , mais ils croyoient.
de fi vieilles femmes ne
que
Novembre 1699. I
98 MERCURE
donneroient pas lieu à fe faire
enlever à des Etrangers
,
& qu'elles n'écouteroient pas
les fleurettes des jeunes
Preftres de Delphes . S. Jerô ,
me ne vouloit pas parler affurement
de ces Sybilles , lorf
qu'il dit que la vertu de prédire
les chofesà venir leur avoit
été donnée en recompenfe de
leur virginité : car les Payens
peu reglez , n'ont jamais crû
que ce fuft une vertu digne de
recompenfe , & s'il eſt vray
ce que dit ce Pere , il ne fe
faut point étonner que nous
n'ayons plus de Sybilles , &
SOOTHEGUE
99€
LYOR GALANT.
que nous ne voyions p
Fils & nos Filles propheller.
Pour le nombre des Sybil .
·les , Varron en compte dix
Suidas quatorze , & elles ſe re- -
duisent à quatre dans Elien , à
trois dans Solin & dans Aufone
noftre concitoyen , & à deux
dans Martianus Capella . Enfin
Mr. Petit les réduit toutes à
une feule , appellée Sybille ,
nom qui a esté enfuite com.
mun à toutes les Prophetesfes.
On l'appelle Erithée d'une
Ville de ce nom qui eft en
Ionie , Eriphile d'une autre
Ville , & Cumée de Cumes en
I ij
ICO MERCURE
Troade, parcequ'elle a demeu
ré dans tous ces endroits - là ,
Elle fut ensevelie dans cette
derniere Ville , felon S. Juftin
Martyr, qui a decrit l'Antre de
Cumes , peut être aprés Virgile.
Ainfi il n'y a rien de fixe
fur le nombre des Sybilles .
Lactance dit que tous les
Livres des Sybilles étoient
écrits en Grec , dont on conclud
que les Sybilles de Phrigie,
de Babylone & de Cumes
ne font que des chimeres , car
pourquoy auroient - elles écrit
plutoft en Grec qu'en leurLangue
naturelle Pline , Servius
GALANT. 101
& Aulugelle ne tombent pas
d'accord du nombre des Livres
qu'on appoita à Rome du
temps de Tarquin , & le fçavant
Theodoret & M Van .
dale ont fait voir la fauff.té
de leurs oracles , & de leurs
predictions , qui font en effet fi
confuſes , fi obfcures & fi douteufes
, qu'il eft aifé de conclure
qu'il n'y a rien là qui fur.
pafle l'artifice & les rufes des
Preftres Payens & de ces Femmes
. Vous penferez ce que
vous voudrez des Propheties
de S. Malachie , de l'Abbé
Joachim , de Noftradamus &
I iij
102 MERCURE
de l'Anglois Drabicius ; pour
moy, je crois que les uns fe
font trompez , & qu'on a attri
bué à d'autres beaucoup de
choſes qu'ils n'ont jamais euës
dans l'efprit .
Les Livres des Sybilles
dont les Romains fe fervoient,
& qui furent portez à Rome
pendant le Regne de Tarquin ,
furent brûlez dans l'incendie
du Capitole du temps de la
Guerre Marique 671 ans aprés
la fondation de la Ville , la feconde
année de la 174 Olympiade
, felon le témoignage de
Varron Apud Dionif. l . 4. Sept
GALANT. 103
ans aprés on repara le Capitole
, & on envoya des Legats
chez les Erythréens pour chercher
les Livres des Sybilles ou
Oracles , dont le bruit eftoit
parvenu jufqu'en Italie. Ces
Legats acheterent à bon marché
quelques Vers Grecs qu'ils
recueillirent de diverfes per
fonnes . Ils regardent le culte
qu'on doit rendre au veritable
Dieu , & quoyqu'il n'y en
cuſt originairement que mille ,
felon le témoignage de Lactance
, de Celle & de Varron
, on ne laiffe pas d'en trouver
aujourd'huy trois mille
I iiij
104 MERCURE
aficz méchans , d'où l'on peut
conjecturer qu'on en a ajouſté
beaucoup , & que ceux qui font
pris de l Evangile y ont été inferez
par des Chreftiens . Ily
a encore une feconde Sybille
Erythrée qui parle des Loix
& des Preceptes qu'on obfervoit
dans des Jeux publics des
Romains , ce qui eſt une marque
qu'elle eft fuppofée , non
par des Juifs ou des Chré
tiens , mais par des Payens
mefmes .
La Sybille Cumée , la plus
fameufe de toutes dont parle
Lucain 1. 8. prédit la venue
GALANI . 105
*
d'un nouveau Roy , qui fans
force & fans gloire devoit fou
mettre tout le monde à fon
Empire. Elle a efté fuppo
fée par les Juifs d'Alexandrie
, qui perfuadez que ce
nouveau Roy étoit le Meffie
qu'ils attendoient , refuferent
de recevoir les faifceaux confulaires
des Romains. Les
Egyptiens perfuadez par ces .
Livres fuppofez , que ce nouveau
Roy étoit Jefus Chrift
qui étoit déja venu , & que
les Chrétiens adoroient , entrerent
en foule dans la Religion
Chrétienne , & multiplic106
MERCURE
rent tellement les Ordres Religieux
, que dans la feule Ville
d'Oxirinque on compta jufqu'à
dix mille Moines & vingt
mille Moineffes.
Il y a auffi des Sybilles , c'eſtà
dire des Livres Sybillins parmi
les Chreftiens . Ils les lifoient
dans leurs affemblées,
mais ils les avoient receus en
partie des Juifs , comme la Sy.
bille BabylonienneouErithrée ,
dont les Vers font tirez des
Propheties en partie des Chrê .
tiens,quiles écrivirentfix.vingt
ans aprés la venue de Nôtre
Seigneur , comme on peut
GALANT. 107
voir par l'Hiſtoire des Empereurs
, que fait cette Sybille
depuis Cefar jufqu'à Adrien .
Dans les Vers mêmes faits par
les Juifs , les Chrêtiens y infererent
beaucoup de chofes de
leur façon ; ce qui fe connoift
par ces Acroftiches , qui fentent
l'artifice & l'étude des
Siecles fuivans , & par les
chofes qu'en dit Varron au Livre
de la fcience des choſes
Divines . Saint Paul ne deffen?
dit point de lire les Livres des
Sybilles compofez par les
Juifs ; parce que les Chrêtiens
s'en pouvoient fervir avanta
108 MERCURE
geufement pour leur prouver
la venue du Meffie.
Ils lurent encore les Livres
d'Enoch,d'Abraham , de Moyfe
, d'Elie , les nouveaux Livres
d'lfaie , de Jeremie ; & ceux
qui portoient les noms des
AuteursPayens, comme d'Hyftafpes,
de Mercure Trifmegifte,
de Zoroastre, d'Orphée ,
de Phocilide , & de plufieurs
autres , qui parlent tous de la
venuë de ce Grand Roy , &
qui parurent fur la fin des feptante
femaines de Daniel , aprés
la mort d'Antigonus dont
le Sceptre avoit paffé entre
GALANT. 109
les mains du Roy Herode ,
c'eſt à dire cinquante ans
avant J. C En ce temps là, les
Juifs attendoient le Meffie ,
& ils ne croyoient pas
fa venuë
fort éloignée. Herode même
craignant quelque tumulte
de la part du Peuple , qui le
traitoit d'Etranger & d'Ufurpateur
, voulut deffendre ces
Livres, comme fuppofez, & per
nicieux au repos de l'Etat , &
pour faire croire aux Juifs , qu'il
eftcit ce Roy dont on parloit
tant, il fit re baftir magnifiquement
le Temple de Salomon,
& par ce moyen , il perſuada à
110 MERCURE
beaucoup de gens qu'il eftoit
le nouveau Roy prédit par les
Sybilles &les Prophetes paiens .
Il fe forma parmi eux une Secte
appellée des Herodiens , dont
il eft parlé dans l'Evangile , &
qui a duré jufques au 4.ou 5.
Siecle de l'Eglife .
Aurefte , pour ce qui regarde
la plufpart de ces Livres , il
ya apparence , que ce font de
pieufes fuppofitions . C'eft- là
le fentiment du Grand S. Auguftin
Liv , 18. de la Cité de
Dieu , Chap . 47. Ce Pere n'étoit
pas trop crédule , & ilavoit
eu la curiofité de s'infor
GALANT. III
mer de l'origine de ces Propheties
. Il y a
remarqué pluhieurs
chofes , qui ne
peuvent
venir que des Chrêtiens ; & en
effet , peut- on attribuer à d'au
tres , ce qui eft dit de la naiffance
de J. C. & de la derniere
fin de l'homme par le feu à Les
Juifs n'avoient point affez
d'intelligence deleurs Prophe
tes, pour écrire des chofes qui
n'ont efté connuës , que lors
qu'elles font arrivées ; & les
Payens n'avoient point d'affez
patticulieres revelatious pour
prédire des évenemens fi
grands , fi milterieux , & fi
112 MERCURE
propres à J. C. & aux Chrêtiens
ennemis de leurs fuperftitions
& les detructeurs de leurs Ido .
les.Voila, Monfieur ce que j'avois
àvous dire desSy billes, qui
ont paru parmi les Grecs , les
Romains , les Juifs , & les Chrêtiens
. Examinez bien le tout ,
& fi vous trouvez encore quel .
que difficulté , vous m'oblige . +
rez de me la communiquer
,
afin
que je vous en écrive , &
que j'aye occafion de vous faire
voir avec combien d'eftime
& d'amitié , je fuis , &c.
On commence à debiter un
Livre nouveau , qui doit eftre
GALANT. 113
recherché , non feulement par
l'utilité de fa matiere ; mais par
la capacité & la longue experience
de fon Auteur la pour
titre , La Coutume de la Prevofté
Vicomté de Paris dans l'ordre
naturel de la difpofition defes Aricles
, avec la refolution des Queftions
, que l'ambiguité ou l'obscu
fait
naî naî ve
;
le
vité du Texte ont fait
Sentiment des Auteursfur chaque
difficulté , & les raifons tant de
douter que de decider . Il cft de M²
le Mailtre , Avocat trés cfti .
mé au Parlement de Paris . La
Coutume n'eft pas Article
Article
en ce Commenta
:re
Novembre 1697.
par
K
114 MERCURE
comme dans le Texte . Pour
réduire les Difpofitions dans
un ordre plus naturel , il a divifé
chaque Chapitre en autant
de Chefs , qu'il y a rencontré
de matieres differentes, & fous
chaque Chef, il a placé les Articles
qui le concernent . En
raportant les Articles dans le
corps de l'Ouvrage , il a retranché
les mots inutiles , ou
que la pureté de la Langue
n'admet plus , afin que le ftile
fuft plus pur ; mais à la fin le
Texte eft en fon entier , avec
un renvoy au bas de chaque
Article à la Page où il eſt traité
GALANT.
115
Les Queftio ns fuivent les Articles
qu'elles regardent . Elles
font propofées en forme de
Décifions, pour éviter la lon .
gueur , & lorfque le motif en
pourroit eftre ignoré, ou que les
lentimens font partagez , ilex .
plique les rifons de douter &
de décider. Cet Ouvrage dont
tous les Plaideurs pourront tirer
de grandes lumieres , fe
vend chez le freur Cavilier
Libraire dans la Grande Salle
du Palais , à la Palme. M'le
Maiftre qui en elt l'Auteur,
eft d'une Famille , à laquelle
on peut dire que les belles
Kij
116 | MERCURE
Lettres font naturelles. M' le
Maistre fon Pere , fameux
Avocat auffibien que luy , a
fait voir fon éloquence dans
des pieces composées pour le
prix , que donne l'Academie
Françoife , & par une excellente
Traduction des quatre
premiers Livres de l'Eneide ,
qu'il fit imprimer en 1668.
chez le fieur le Petit Il a tra
duit auffi d'Italien en François
un Panegyrique de Mad me
Chriftine de France , Ducheffe
de Savoye, prononcé pendant ,
la vie de cette Princeffe dans
l'Academie de Turin , par le
2
GALANT. 117
Comte Emmanuel Thefauro.
Ce que vous allez lire eft
curieux. C'eft une Lettre de
M Papin , Profeſſeur en
Mathématique à Marbourg.
Il y eft parlé d'une Caffette
avec une Serrure d'une invention
particuliére.
J
A MONSIEUR ***
$
Ay eu l'honneur de faire
voir à fon AlteffeSéréniflime
Monſeigneur le * Landgrave ,
une Caffette avec une Serrure
d'une invention curieufe , que
* De Hoffe Caffel
118 MERCURE
je propoſe à deviner . La Caf.
fette eft toute d'une piece faite
d'os fondus & fi polis , que ,,
s'il y avoit feulement quelque
fente , on la remarqueroit
,
comme à une glace de miroir.
Le couvercle eft auffi de mê
me; &ainſi on ne fçauroitſoupçonner
, qu'il y ait quelque ar .
tifice caché fous quelque
pie.
ce de raport, ou fous quelques
cloux , comme cela fe fait aux
cofres forts : mais on peut s'af
furer, quand laCaffette eft fermée
, qu'il n'y a que le trou
fait pour la clef,par où l'on puifferemuerquelque
chofe, au deGALANT.
119
dans de la Serrure . Néanmoins
, aprés avoir ouvert &
refermé plufieurs fois cette
Caffette en préſence de quelques
Serruriers fort habiles ,
on leur a remis entre les mains
la Caffette avec la clef, & pas
un n'a efté capable de l'ou--
vrir. Ainfi il n'y a pas lieu de
craindre , qu'ils puiffent , non
plus , avec des crochers , fauffes
clefs , ou autres inftrumens
la crocheter fans la rompre ,
puifqu'ils nele fçauroient faire
même avec la clef, quia efté
faite exprés pour l'ouvrir.
Onm'objectera , peut cftre,
110 MERCURE
que la chofe ne fera pas de
grand ulage , parce que , lors
qu'onpubliera cette invention
pour ceux qui voudront s'en
fervir , il faudra en même
temps découvrir tout le fecret ,
afin qu'on puiffe ouvrir la ferrure,
quand on en aura affaire ;
& ainfi les fi oux pourront s'en
prévaloir , auffi bien que les
propriétaires des biens qu'on
enferme. Cette difficulté a
effectivement lieu à l'égard
d'une fetrure fort curieuſe ,
que S. A. S. a reçuë d'Angleterre
: mais à l'égard de cellecy,
' efpere qu'on fera fatisfair
lur
GALANT.
121
fur cette difficulté , quand on
fçaura , que cette invention
eſt fondée ſur un artifice général
, qui fe peut diverfifier
d'une infinité de manieres differentes
, comme l'écriture en
chiffres , qui peut cacher tout
ce qu'on veut à ceux mêmes,
qui fçavent tous les artifices
généraux dont on fe fertpour
rendre un chifre indéchifrable.
Il y a même icy quelque
chofe de plus , que dans l'art
d'écrire en chiffre. C'est que
quand on a dérobé la clef d'un
chifre, on peut déchifter tour
ce qui eft écrit conformement
Novembre 1699.
!
L
122 MERCURE
à cette clefs mais quand même
on auroit dérobé la clef du
fecter d'une ferture de cette
nouvelle invention , le voleur
ne pourroit pourtant s'en fervirs
parce que cette clef peut
toûjours eſtre composée de
quelques pieces mobiles , qui
pourront le placer en tant de
manieres differentes , que ce
feroit le plus grand hazard du
monde , fi le voleur rencon
troit celle qui eft la bonne.
S.A.S. a daigné elle- même
examiner la chofe avec beaucoup
d'exactitude , & enfuite ,
Elle cut la bonté d'en témoi
GALANT
123.
gner fa
fatisfaction , non feulement
par les paroles , mais
encote par les libéralitez . Son´
Excellence Monfieur le Baron ,
de Ketteler,Grand
Maréchalden
la Cour a auff yû &
approu
vé cette Invention; & l'onſçait
que fon approbation eft auffi
d'un tres- grand poids pour ,
tout ce qu'il ya de plus cu .
rieux dans les Sciences & dans
les beaux,
Affsh´nsid mogl
Voilà donc une matiére digne
d'exercer pendant quelque
temps, ceux qui ont l'ef
prit tourné à ces fortes de cho
fes. Il eft à,
fouhaiter que cette
<
C
Lij
124 MERCURE
recherche puiffe donner occe?
fion à inventer quelque cho .!
fe de meilleur mais fi perfonne
n'da devine le fecret en
8
fix mois de temps , on ne per
mettra pas que le Publie des !
meure plus long- temps privé
d'une Invention , qui peut fer?
vir à empêcher quantité de
vols & de friponneries 30
En faveur de ceux qui voudront
bien donner quelque
applications cette recherche,
je diray en peu de moes , que
tout ce qu'on peut obſerver
en voyant ouvrir & refermer
cette "Caffette à diverfes Tre
#I
GALANT 125
prifes , c'eft que , quand on ne
fait qu'un demi tour de la
clef,on la peut toûjours ouvrir
& refermer tant qu'on
veut , comme une ferrure ordinairs
, mais quand on
fait
tour entier , quelquefois on
peut encore l'ouvrir une ou
même deux fois , felon les dif.
ferentes rencontres, mais aprés
cela , fi on fait un troifiéme
tour de la Clef , on ne sçauroit
plus l'ouvrir , ni tourner
la clef , à moins d'employer
un autre inftrument , que j'apelle
, la Clef du Secrer , par le
moyen de laquelle on peut ,
"
Liij
726 MERCURE
en moins d'une demi minute
remettre la ferrure en état
-d'eftre ouverte ,
comme auparavant,
avec la clef ordinai
re. Je fuis & c.maco
Le Conte que je vous en,
voye vous divertira , il eft de
in
u quol
s
Made Vino
LE RAMON NEUR
pris pour un Spectre. •High
or
pour
V
Eux-tu remplir ton coeur
d'une maſle affeurance ,
Et ne point te troubler au plus af.
freux afpect della
Vy bien , & pour ton Dieu plein
d'un pieux refpect
GALANT. 127
Ne mers rien fur ta confcience,
Q de la plus legere , offence
Paroiffe même eftre fufpect..
SS
Maitre Grippon , chez luy retour
noit plein de joye ,
0
D'un Ecu qu'à la boulle il venoit de
gagner , ( donner ,
Er de toutes les dents s'appreftoit à
Sur un Dindon qu'âpre à la proye
Depuis deux jours ce Procureur
Avoit escroqué d'un plaideur .
Déja pantoufle au pied , bonnet de
nuit en tefte ,
Et robbe domestique au dos ,
D'une fçavante main il mettoit en
morceaux
La groffe & fucculente befte .
Déja dans l'appetit glouton
Qu'excitoit de fon jeu le penible
exercice ,
Liiij
128 MERCURE
Il s'eftoit emparé du milieu d'une
cuifle
Déja fon maitre Clerc en habile
garçon
Avoit coupé le pain , & tourné la
Salade ;
Déja même , déja d'une grande rafade
,
190962
2910
On le voyoit lourire au brillant
gracieux ,
Quand plus noir qu'un charbon , un
Ramonneur
mauffade ,
Vint s'offrir , tel qu'un Spectre , à
fes timides yeux .
Il fortoit de la Cheminée ,
Et dans fon ame confternée
Cet objet impreveu jetta tant de
frayeur ,
I
Que de fes gains illegitimes ,
Il crût que le demon vangeur
S'élançoit du fond des abîmes ,
GALANT. 129
Pour l'en punir comme un voleur.
A cet affreux afpe &t , & dans cette
penſée ,
d sc
Il friffonne , il paflit , & ce grand
trait de Vin
Qu'il s'appreftoit de boire , échappe
de fa mainan li..
A fon tour la femme préffée
Par le prompt fouvenir de la pudeur
bleffée
S'imagina du Ciel que le jufte couroux
Ne cherchoit qu'elle feule , & vangeoit
fon Epoux.
Enfin voyant Lacquais , Enfans ,
Clercs & Servantes ,
Prendre la fuite d'épouvente ,
Ils quitterent la table , & fur leurs
pas tous deux ,
Plus tremblans qu'ils n'étoient , fe
fauverent comme eux .
130 MERCURE
Le Spectre prétendu par là refté le
2.1 maiftre.. 1 Xub fi . top A
De la Salade & du Dindon ,
Donnadeflus, & mieux peut eftre
Que n'euft fait l'affamé Grippon.
De toute cette énorme befte
Bien-toft il n'en refta que les os &
la tefte •
2
Ou plutoft il n'en reſta rien
Car il fut de Grippon fecondé
le chien ,
par
Qui fans imiter ſa bévûë ,
Loin que d'un mets fi delicat ,
Il poft quitter l'objet de veuë ,
Voulut fe regaler de ces reftes du
plat.
Cependant revenu de fa terreur panique
,
Et raffeuré par les amis ,
Accourus au bruit paretique
Qui s'étoit fait dans fon logis ,
GALANT. 131
Grippon avec un Commiffaite
Retourna dans la Salle du Spectre
apparu ,
Allis beuvant & bien repu
A fa confufion découvrit le miftere.
D'abord par un verre de vin
Qu'il tenoit encore à la main ,
Sorty deffon erreur quoy , dit - en
colere , TwoM &
Venu pour me voler tu bois mon
bourguignonne
T
C'a' , ça , Monfieur de Commif ·
&
faire , salm 67
Conduifez dur le champ ce coquin
en priſon ,
Et que bien - toft une potence
Puniffe aux yeux de tous une telle
infolence .
Il faut pourtant,maistre fripon ,
Avant que de mourir me payer mon
Dindon .
132 MERCURE
Ah ! répond- il , à la menace
Vous vous en tiendrez, s'il vous
plaift LICO . $ 11
9 $
Et malgré voftre injufte Atreft
Je ne crois pas qu'on ait l'audace
Quand même à ce Dindon j'aurois
joint deux poullets ,
De paffer jufques aux effet's 2
Ce Cas, Monfieur , n'eſt pas pendable
,
Et fi devorer dans la faim
Tout ce qu'on trouve loys ,la main.
Eft un crime , il eft, pardonnable .
Je ne fuis cependant ny coquin ny
voleur
( monneur •
Mais à voſtre ſervice un pauvre Ra .
Qui dans un Four * voifin jeté
par violences for ti
* On nomme ainfi les lieux où l'on enferme
les Soldats Enrôlez. na
"
GALANT.
33
[
zivEltam speur Soldat & fans coeurs. [
Ay crû , pour m'en fauver , devoit
Summer sinfciencel neko talA
HoDeployedstogta ma fcience , O
Par le toit de certè Rafon
-Day Jagriep vollreicheminées
Trop heureux ja puis obtenir le
21ng onpardonyl for ( donnéé,
De la terrible peur que je vous ay
Enifindplus alaudit des Fours
Echappé par bonheur à jeun , deno
pulstrois jours , lem : E
Je ne crois pas eftre coupable
Ny de mon, appetic , ny de ce brufs
que effioy , no sv
audiovqustasforcé malgré moy
De m'abandonner voſtre table.
Bonne comme elle étoit auffitoft
j'ay penfémp CV
Que votre évafion m'exhortoit à
m'y mettreiava l'up
$34 MERCURE
NA
J'en avois grand belain , je m'y fuis
ovab donc placémoq ,
Ainfi qu'on fembloit le permettre.
Quet autre encas pareil s'em feroit
difpofilém abejojol I
Je vousdiray de plus qu'en Ramonlineor
hopaeffe gustosd qo. F.
Bay fait à votre chien bonne part
Ps auodusDindonsy oldini ola
Quand il s'eft de luy mômelinvité
-55 , nde lá foftenod iq qad
Eft.ce mal en ufer Pour votreBour.
slurguignong, ang 2015 sus
Ma fay, je lay,buû keul , je le trou,
ve bon. voitte sup
t
Agréez , s'il vous plaiſt, qu'on vous
oldssens felicingobardifesa
Ev que , voftre obligé àedeffusoje
vous quitter v bl
Grippon de fom Souper dans la faim
qu'il avoid y'a
GALANT £25
Se voyant leuré , ne pouvoit
S'appaiſer ny le fatisfaire
De la douceur du compliment ,
Et vouloit que le Commiffaire
En prifon menaft ce Gourmand ,
Mais en fin forcé de louſonice
Aux raifons de tous fes Amis,
Le Ramonneur fortit d'abord, qu'il
l'euft permis
Et de tout on ne fio que rire.
Je vous envoye un Madrigal
de M Dader ; qui fut
envoyé à Madame la Marqui
fe S. Prié , le jour de la Feſte
de S. François , dont elle
porte le nom .
4
136 MERCURE
Jiowog an , bina inov
MADRIGAL
still ja 9. slepp no
DA
Ans le fond d'un deſertion
Calm Adir que le Demon KƐA
Pour triompher du Saint dont
vous portez le nom
*
Fadis luy prefenta le portrait d'uithrine
femme ogla
Capable d'ébranler fon ame.
Ge grand Saint Jurmonta cette
so tentation
Et de vaincre Satan cet Atlete
cut la gloire :
*
Mais s'ileuft pú vous voir en cetté
occafion .
GALANT 17
Fo ne fçay qui des deux aurcit
en la victoire,
Monfieur Morelet, Auditeur
en la Chambre des Comptes
de Bourgogne , à fait le Son .
net qui fuit.
5
CONTRE LA FUREUR
du . Jeu sudi
Vel démon ennemi di repos
de la vie
Aux avides mortels , du foir an
lendemain ,
Met tous les jours les deZ on des
cartes en main
Novembre 1699. M
138 MERCUR E
Et poule à ce defordre , & Das
mon & Silvie ?
ន
Souvent à fe régler la raison les
convie ;
Helas ! contre l'ufage elle travaille
en vain .
DesJeux on veut fentir le caprice
inhumain
,
C'est toujours à ce prix qu'on en
quitte l'envie
S
Qu'eft devenu le temps ou Bacchus.
& l'Amour ,
Dans nos cercles heureux paroiffoient
tour à tour ?
GALANT 139
Lanfquenet , Pharapn , vous re
gnez en leur place ?
S
Il eft vray qu'à vans ſuivre on
voit perir fon bien ,
Mais d'un fi trifte fort bien loin
Lo qu'an s'embaraffe ;
On ne fuit vos rigueurs , que
quand on n'a plus rien .
J'ajoûte un Idille qui ne
vous deplaira pas , Il eſt de
M' de la Blanchere,
Mij
140 MERCURE
LES RUISSEAUX .
Rviſſeaux , que vostre fore
eft doux!
Toujours gais & riants , vous
Suivez dans la plaine
Le doux penchant qui vous
entraine ,
Et fiquelquefois parmi vous,
Vous vous liez d'une éternelle
chaine,
Voftre union ne fait point de
jaloux .
Vous ranimezla mourante na ,
ture.
En vain le retour du Printemps.
GALANT. 141
Rameneroit les Fleurs & la
Verdure ,
Sans vous nos Vallons & nos
Champs
Perdroient bientoft leur naiſſanteparure.
Rien ne trouble vostre repos.
Rien n'arrefte le cours de vos paifibles
Eaux;
Des paffions vous ignorez l'ú
Jage,
Vous ne rende jamais aucunſervile
homage.
Helas , Ruiffeaux , ce n'est que
parmi vous ,
Qu'on voit regner le calme
Linnocence !
&
142 MERCURE
L'union & l'independance, i
Ces tranquilles douceurs ne re.
gnent plus the Znous..
Nous avons, il eft, vray, la raison
en partage ,
Mais en connoiffons- nous l'u .
fage?
L'homme eft toujours la dupe de
Jon coeur ,
Il ne jouitjamais d'un ‹ſſurébon .
beur;
La vanité lefuit , l'ambition le
guide,
De ricbeffes , dhonneurs il eft
fans ceffe avide .
En vainil croit contenterfon
efprit,
GALANT.
143
1
Il ne peut eftre heureux même
quandtout luy rit.
En proye aux durs remords que
fait naître le vice,
inceffamment defupplice en
Il erre
fupplice.
Ce qui tantoft luy plaiſt, bientoft
aprés luy nuit ,
Il cherche le repos , mais lereposle
fuic.
Hélas Ruiffeaux , faut il que
Lanature
Soit pour nous inflexible
Berdure,
Tandisqu'ellerépandfur vous
Ses bienfaits les plus doux .
Mais , pourquay vous porter
envie!
*44 MERCURE
C'est trop en vains regret's confu -
mer noftre vie
Allez , Ruiffeaux, courez toû
jours
Nos peines dureront autant que
voftre cours .
Mr le Chevalier de G ....
ayant demandé une regle aifee
pour trouver le nombre d'Or
de la prefente année 1699, &
des autres fuivantes , fans eftre
obligé de faire la divifion par
19. on luy a envoyé cette Pra
tique.
1. Prenez la quatriéme partie
des deux premiers chifres ,
GALANT. 145
à gauche & marquez la à
part.
2. Ajoutez le refte , s'il y
en a comme autant de dizaines
au troifieme chiffre , &
prenez- en la moitié que vous
marquerez au deffous du
nombre mis à part
3. Ajoutez aufli le refte
comme une dixaine au dernier
chiffre , & marquez- le
à part tout entier audeffous
des deux autres
.
4. Faites l'addition de ces
trois nombres , & ajoutez y
toûjours un de plus , vous aurez
le nombre d'Or cherché.
Novembre 1699 . N
146 MERCURE
Si la fomme paffe 19. il faut
en fouftraire ce nombre , &
le refte fera le nombre d'or.
Exemple , pour trouver le
nombre d'or de l'an 1699.
La quatrieme partie des
deux premiers chiffres à gau
che 16. eft 4. qu'on écrit à
part . La moitié de neuf, troi.
fiéme chiffre , elk aufli 4.
qu'on marque au deſſous du
premier , & parce qu'il refte
un , il faut l'ajouter comme
une dixaime au dernier chiffre
9. & il fait 19 qu'on écrit tout
entier fous les deux autres
nombres à part. On joint enGALANT.
147
femble les trois nombres 4.
4. 19. La fomme eft 27. à laquelle
on ajouſte un pour regle
generale , ce qui fait 28.
duquel nombre ayant ofté 19.
le refte eft le nombre d'or de
la prefente année.
1699.
•
4.
4
19 .
Somme.
27.
I.
Ajoustez..
OfteZ····
28.
19.
Nombre d'Or. 9.
Nij
148 MERCURE
AUTRE EXEMPLE.
1700.....
S.
4. 4° partie de 17.
moitié
de 10.
9. fomme.
1. ajouſté.
Nomb. d'Or 10 .
Cette pratique eft fondée
fur la proprieté generale de
tous les nombres , fçavoir
qu'en divifant le nombre fimple
de tout nombre donné
par un , les dixaines par 2 .
les centaines par 4. les mille
par 8. & ainfi de fuite en
GALANT. 149
augmentant toûjours les divifeurs
en progreffion Geome
trique , la fomme de tous les
quotiens eft le reste du même
nombre divifé par 19 .
Et à ce fujet on peut remarquer
qu'en faiſant les mê .
mes divifions dans tous les
nombres par les diviſeurs en
raifon triple 1.´3 9. 27. &C.
la fomme des quotiens fera
le refte de la divifion du même
nombre par 29.
Que files divifeurs font en
raifon quadruple1.4 . 16.64 . & c.
la fomme des quotiens fera le
refte de la divifion par 39 .
Niij
50 MERCURE
La Demonſtration en eft aifée
, & pourroit fournir de regles
generales tres commodes
dans l'ufage , fi quelque Sçavant
avoit le loifir & l'envie
d'y donner fon application ,
& d'en faire part au Public-
Voicy ce qu'il a paru de Declarations
& d'Arrefts depuis
ma derniere Lettre.
Declaration du Roy ,
portant
peine de Galeres
contre les
Officiers
, Mariniers
& Mate
lots qui abandonneront
en
Mer fans permiffion
, les Vaiffeaux
fur lesquels
ils feront
employez
.
GALANT. **
Donné à Fontainebleau le 27 .
: Septembre 1699 .
F
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 6 Octobre pour le
recouvrement des dettes &
deniers revenans bons à S. M.
tant avant que depuis l'année
1670. juſqu'au dernier Decem
bre 1690
Arrest du Confeil d'Etat
du Roy , qui maintient en
leur nobleffe ceux qui ont
obtenu des Certificats de
confirmation de M' le Mar,
quis de Louvois . Donné à
Fontainebleau le 17 Octo .
bre
1699:0
Niiij
12 MERCURE
*
La Lettre qui fuit eft de M' de
Moralec , Commiſſaire d'Artillerie
& contient la defcription
d'un Poële de nouvelle
invention .
MONSIEUR ,
Je prens la liberté de vous
envoyer la defcription du Poële
de mon invention , que je crois
beaucoup plus commode , que tous
ceux qui out paru jufqu'à prefent.
La conftruction en est telle.
Le corps de ce Poële eft de fer ou
de terre. Sa longueur eft de treize
pouces 7. lignes : fa hauteur,y
GALANT. 153
par
compris celle de fa couverture , de
is pouces , &fa largeur de 8 pouces.
Le dedans de ce Poële eft divifé
felonfa largeur en deux
ties incgales , par une cloifon de
la même matiere. La plus
grande , qui a 9. pouces 2. lignes
de profondeur,fert de foyer, & la
petite reçoit la chaleur de la cloi
Son échauffée par le feu , qui la
touche par le cofte oppofé . Lefoyer
eft élevé de deux pouces fur le rez
de chauffée , auffs bien que le bas
de la cloifon¸ à laquelle il eft exactement
joint , pour empêcher que
la cendre ne tombe deffous. A deux
pouces au.deffus de ce foyer on
554 MERCURE
peut mettre une grille de for , laquelle
puiffe s'ofter & ſe remettre
quand on veut. Sur la couvertyre
de ce Poële , il y a un double
tuyau , ou plutoft deux tuyaux
joints enfemble par un feul diaphragme
; dont lun , qui répond
fur le foyer, & fert de conduit à
la fumée , s'élève à plomb à 2 ou
3. pouces prés du plancher , & ſe
recourbant entre dans le tuyau de
la cheminée de la chambre , s'il y
en a une , ou paffe au travers de
la muraille , s'il n'y a point de che.
minée. L'autre , qui eft deftinépour
recevoir répandre la chaleur
dans la Chambre , s'éleve feuleGALANT.
155
ment à un pied prés du plancher.
Il est couvert par deffus , & percé
de dix ou douze trous de fix lignes
de diamètre , à un pouce prés
du bout , pour obliger l'air chand
qui enfort, de fe répandre en rond
dans la chambre . Ces tuyaux ont
chacun trois à quatre pouces de
diametre.
Ce Poële peut eftre d'une tresgrande
utilité dans les lieux où le
bois eft cher. Sa conftruction eftfacile
; & coute peu , parce qu'on le
peut faire de fer en feuilles , on
même de terre verniffée , ce qui eft
fort propre. Il peut échauffer parfaitement
, en moins d'un quart
16 MERCURE
d'heure , une chambre d'une me.
diocregrandeur. L'ony peut brûler
du bois ou du charbon ordinaire
, en ôtant la grille : & il eft
clair ,
que
ce
bois
ou
ce
charbon
n'étant
point
fouflé
par
deffous
, comme
dans
les
Poeles
ordinaires
,
il
s'en
confumera
moins
de
la
moitié
.
Si
l'on
veut
fe
fervir
de
charbon
de
terre
, on
mettra
la
grille
, &
le
charbon
deffus
,
parce
que
cette
efpece
de
charbon
ne
brûleroit
pas
s'il
n'étoit
fouflé
par
deffous
.
Les
Tourbes
de
marais
ou
de
Taneur
font
fort
propres
pour
ce
Pole
,
elles
coûtent
peu
, brûlent
fort
bien
,
&
durent
longtemps
fans
fe
con
.
GALANT. 157
Sumer. Ainfi enfefervant de cette
matiere, l'on peut tenir une cham .
brechaude tout un jour fans qu'il
en coûte plus de quatre fous , &
ce qu'il y a de commode dans cette
machine , pour ceux qui necroyent
pas bien fe chauffer , s'ils ne voyent
le feu , ony voir le feu & la flam.
me fans eftre incommodé de fumée
; & par confequent , l'on
peut faire du Caffe , du Thé , du
Chocolat , même y faire
bouillir une petite marmite , fi
Leon veur.
&
A l'égard du tuyau deftiné
pour augmenter & répandre la
chaleur dans la chambre , les per
18 MERCURE
fonnes unpeu verfées dans la Phyfique
en comprendront facilement
Lufage ; lors qu'ilsferont réflexion
que le foyer co la cloifon étant
également échauffez par le feu
qui les touche , rarefient l'air
contenu fous ce foyer derriere
cette cloifon , & ce few cherchant
àoccuper un plusgrand espace , eft
obligé de monter & defortir par
le haut du tuyau , où il trouve
moins de réfiftance , à cause de l'i
negalité des deux colonnes d'air ,
dont celle qui appuye fur l'ouverture
d'enbas étant plus haute, &
par confequens plus pefante que
celle qui appuye fur l'ouverture
GALANT. 6159
d'enbaur, s'oppose àlafortie del air
par cet endroit , lefuit pour occuper
la place qu'il abandonne ; & érant rarefie afon tour aft
ilfe fait
ane circulation continuelle d'air
échauffé , qui fe répandant inceffamment
dans la chambre par le
haut du ruyau , contribuï extré
mement à l'échauffer. Ainsi ,
Monfieur , vous voyez que ce
Poële a des utilitez , qui le doi
vent faire préferer à tous crux
qu'on a faits jusqu'à prefent . Celuy
que j'ayfait faire , dont je
me fers actuellement , eft de serre
vernißée,cuite au four d'un potier;
✔ comme j'ay eu foin de faire
160 MERCURE
,
travailler les tuyaux
proprement,
& même avec quelques ornemens,
cette machine ne défigure nullement
la chambre. Plufieurs Curieux
en ont déjafait faire de pareils,
dont ilsfe trouvent
parfaitement
bien. Je fouhaite , Monfieur ,
qu'elle vous foit de quelque uti.
lité, & pour peu que vous la jugiez
digne d'être communiquée
aux Curieux Sçavans , je vous
prie de vouloirbien l'inférer dans
le Journal , que vous donnez de
temps en temps au Public. Je
fuis , &c.
GALANT. 161
ر
Vous ferez fans doute bien.
aile d'apprendre que M' Hebert,
Trelorier de France , de
l'Accademie Royale de Soif.
fons , dont vous avez fouvent
entendu parler avec éloge ,
vient de nous donner un Recueil
de fes Difcourse defes Harangues.
C'est un modele excellent
pour ceux qui le trou
vent dans une condition , qui
les oblige à complimenter pu .
bliquement les perſonnes élevées
en dignité , aufquelles on
ne peut fe difpenfer de rendre
de certains honneurs dans les
Villes où elles paffent . M ' He-
Novembre 1699 . Ο
162 MERCURE
bert nous fait voir dans ces
Difcours qu'il eft maiſtre de la
Langue. Ses expreffions font
nobles , fes penſées vives , &
rien n'eft plus naturel que
l'heureux tour qu'il leur fçait
donner . Il y en a plufieurs pour
le Roy , d'autres pour la Reine
, pour Madame la Dauphine
, pour Madame , & d'autres
pour divers Seigneurs &
Dames de la Cour , du rang
le plusdiftingué Les occafions
qui l'ont obligé à leur témoigner
les fentimens de la Ville
de Soiffons étant differentes ,
vous feront trouver ce Recueil
GALANT. 163
rempli de cette agréable diver
fité qui plaiſt toujours quan l
elle eſt bien menagée . Il fe debite
chez le S ' Brunet Librai .
re , dans la grande Salle du
Palais .
On commence auffi à debiter
chez le S Guignard, Libraire
, un autre Livre nou .
veau que ie fçay que vous lirez
avec beaucoup de plaifir,
Le Titre qu'il porre m'en fert
d'affeurance , C'eſt Le Cel bat
volontaire , op La vie fans enga
gement. Vons eftes demeurée
Veuve dans un âge fi peu avan,
cé, qu'ayant refulé de changer
O ij
164 MERCURE
d'état depuis ce temps là , on
peut dire qu'il n'y eut jamais
de Celibat plus volontaire que
celuy que vous gardez. Ċet
Ouvrage qui eft approuvé de
tous ceux qui ont du gouft ,
merite d'eftre leu avec l'appli
cation quel'on donne aux bonnes
choſes . Le ftile en eft naturel,
& n'a rien d'embarraffe;
les raiſonnemens en font fo .
lides, appuyez de l'autorité des
Peres & des Philoſophes , &
l'on y trouve par tout répan
due une Morale Chrétienne ,
qui ne peut produire que de
tres bons & tres · utiles ef
GALANT. 165
fets . Cet ouvrage dont je ne
puis vous parler d'une maniere
trop avantageuſe , eft de
Mademoiſelle Suchon , qui
nous fait connoiftre que
quand cellés de voltre Sexe
veulent prendre foin de ſe cultiverl'efprit,
il n'y apoint dema
tiere qu'elles ne puiflenttraiter
avec grace & avec force . Cette
fçavante perfonne ayant entrepris
de faire voir le merite
du Celibat volontaire, qui eſt
une vie fans engagement , a
divifé fon ouvrage en trois
parties. Dans la premiere, elle
montre en quoy confifte 1 :
166 MERCURE
Celibat volontaire , fes differences
particulieres , les utilitez
dans la Societé civile , &
dans la Republique Chretienne
, les proprietez qui luy ap
partiennent fingulierement ,
& comme de tout temps il a
éré profeffé par des perfonnes:
d'une fainteté exemplaire , &
enfin elle répond à l'objection
de ceux qui difent , que fi la
neutralité eft dangereuse dans
les diffenfions d'un Royaume
ou d'une Republique , elle ne
l'eft pas moins dans la focieté
humaine , où la profeffion d'u
ne vie indifferente , qui ne
GALANT 167
veut point d'autre engagement
que celuy de n'en point
avoir,paroift oppofée à la Coû
tume univerſelle de s'établir
dans le Cloiſtre , ou dans un
menage fous la conduite d'un
mari. Dans la feconde partie,
elle fait le parallele du Celibat
volontaire avec les deux autres
Etats , & aprés avoir remarqué
que la vie Monaſtique , quoyque
tres-fainte & tres- parfaite ,
n'eſt pas indifferemment pro
pre à tout le monde , elle fait
voir que c'est un grand avan
tage aux perfónnes qui n'y
font point appellées , de paffer
168 MERCURE
leur vie dans un état , moins
penible , & où les charges de
confcience ne font pas fi rudes
, & où l'on peut garder
la continence , & mener la
vie parfaite ; & comme par
les liens du mariage les femmes
font fujettes à leurs maris
, attachées à leurs enfans ,
inquietées par leurs domeftiques
, & par les foins d'acquerir
des biens temporels qui
font des épines fi facheufes,
qu'il eft difficile d'en comprendre
les peines & les travaux
, elle fait connoiftre le
bonheur des perfonnes libres,
qui
GALANT . 159
qui font exempts de tant de
chagrins. Enfin dans la troifié .
me partie , elle remarque l'em .
ploy du temps , & les occupa
tions qui font les plus neceffaires
aux perfonnes libres, &
aprés avoir confideré leurs
plus ordinaires exercices , elle
fait réflexion fur les vertus
qui leur conviennent le plus,
étant comme des ornemens
- precieux qui fervent à embellir
toutes les perfonnes qui
ont embraffé cet heureux
état.
Le même Libraire vient
de donner une Edition
Novembre 1699. P
170 MERCURE
nouvelle & tres correcte d'un
livre qui a pour Titre , Trai
té des Droits Honorifiques des
Seigneurs dans les Eglifes , avet
un Traité du Droit de Patronage
de la prefentation aux Benefices
, le tout augmenté de nou.
velles obfervations & de plufieurs
nouveaux Arrefts & Reglemens
fur ces matieres . Il
prie ceux qui auront obtenu
des Arretts touchant les
Droits Honorifiques , tant du
Parlement de Paris , que des
autres Parlemens & Cours Superieures
de France, de vouloir
bien luy en faire part, afin qu'il
GALANT.
17 :
les faffe inferer dans cet ou
viage , pourvû qu'ils foient en
forme, avec les raifons & l'explication
du fait . Il prie auffi
ceux qui remarquerant quel
que faute en cette Edition ,
foit dans les dattes des Arrefts
ou dans less Citations , ou qui
auront fait quelques Notes ou
obfervations , d'avoir la bonté
de les luy communiquer ,
afin qu'il puiffe mettre , s'il
eft poffible , cet ouvrage dans
ſa perfection , ſuivant l'uſage
& la Jurifprudence universelle
du Royaume.lm
On vient de faire encore
Pij
172 MERCURE
une Edition nouvelle du fai
meux Dictionnaire de Moreri.
Non feulement on a mis par
ordre alphabetique le troifiéme
volume qui fervoit de fupplement
aux deux premiers
qui avoient paru depuis long.
temps , mais only a joint plus
de quinze cen's articles nous
veaux, qui ne le trouvent dans
aucunes desEditions quien ont
efté faites jufqu'à aujourd'huy
Ce grand ouvrage fi utiles à
tout le monde , eft prefentementen
quatre volumes . Le S
Coignard qui le debite, a eu
l'honneur de le prefenter au
GALANT. 173
Roy qui l'a receu agreable .
ment. 312 VOICE
Vous avez vû dans l'une de
mes dernieres Lettres , la def
cription des divertiffemens
qu'a pris Madame la Ducheffe
du Maine dans une charmante
folitude que cette Princeffe
avoit choifie , pendant que
la Cour étoit à Fontainebleau.
M' l'Abbé Geneft , de l'A.
cademie Françoile , qui avoit
adreffé cette defcription à l'llluflre
Mademoiſelle de Scudery,
en a receu la réponse que
vous allez lite
Piij
174 MERCURE
A MONSIEUR
l'Abbé Geneft....
Vand on fçait regler fes de.
Qr
firstbo
On trouve d'innocens plaiſirs ;
Fen découvre dans voftre ou
Vrage
Une tres agréable image .
Vous en parlez fi galamment,
Quoyque cefoit tres -fagement,
Qu'à la vertu la plus fevere
Vous avez trouvé l'art› de
plaire ,
"Mais je ne m'en étonne pas ,
Car la Princeße a tant d'appas
GALANT. 175
A qui vous confacrez vos
veillas ,
Que pour la contenter vous fain
tes des merveilles.
En effet , Monfieur , vous
me donnez une idée de cette
Princeffe qui me charme ; je
la vois toute aimable , toure
belle & toute parfaite . Ce
n'eft pas feulement à la peindre
que vous excellez. Les autres
Portraits que vous faites
font de même fi bien touchez
& fi vrais , & vos defcriptions
fi vives & fi attachantes , que
je foûtiens hardiment qu'en .
Piiij
176 MERCURE
le
tre tous les plaifirs qu'on peut
avoir , celuy de lire vôtre ouvrage
eft le plus noble ,
plus grand & le plus innocent.
En rendant juſtice au rare merite
de cette Princeffe , Monfieur
, vous faites connoiftre
le vôtre d'une maniere fiavantageuſe
, qu'on ne peut s'empêcher
de vous admirer. J'ay
affez lû en François , en Italien
en Eſpagnol & en Portugais ,
& je n'ay rien vû en ces quatre
Langues de plus agreable
& de plus achevé que vostre
Lettre.
L'honneur que vous
m'avez fait , Monfieur , de par .
GALANT. 177
4
"
ler de moy en loüant une fi
charmante Prince ffe , m'empêche
de m'étendre davantage
fur vos loüanges , & j'aime
mieux finir par un Madrigal
pour elle.
A MADA ME
la Ducheffe du Maine.
PRinceſſe à qui tous rend hommage
,
Vous eftes jeune , belle & ſage,
Et vous avez choisi les innocens
• plaifirs ,
Dignes de contenter les plus juſtes
defirs.
178 MERCURE
Ce beau choix vous comble de
gloire ,
Et fe fait approuver des Filles
de Memoire.
Par elles vostre nom est déja fi.
vanté ,
Qu'il paffera fans doute à l'Immortalité.
L'Hiver qui approche a
donné occafion de faire les
Vers que je vous envoye.gra .
vez .
ARNOUVEAU.
REviens, affreuse Hiver ¸regne
dans nos boccages ,
GALANT.
179
Népargnacfleurs fais mon.
Nou
£2
P:
nos
fleurs
fais
mour
65
br one
Zemabergere
tune
scau
*
1
122haise
soncoeur
reneminporte
guer
178 MERCURE
Ce beau choix vous comble de
PUBLIC
THEE
ا ر ا ت
LYON
*
1893
*
GALANT . 179
Népargnepas nosfleurs fais mou
rir nos ombrages ;
enos Troupeaux éprouvent
da rigueur
.
२
Je fuis aiméde ma Bergere ,
Tu ne fçaurois glacer fon
incoeur laut , 29
29 105
| Le refte ne m'importe quere.
Le Samedy 14 de ce mois,
l'Academie des Sciences recommença
fes Affemblées ,
& felon le nonveau Reglement
elle ouvrit les Portes ,
parce que c'eftoit la premiere
affemblée d'aprés la S Martin .
Je ne vous repeteray point ce
180 MERCURE
que je vous ay deja dit furcel .
le d'aprés Pafques . Ce fut en
celle - cy la mème choſe pour
la forme. Le Pere Sebastien
Carme , Academicien Hono .
raire, tres- habile dans les Mechaniques
, fut le premier de
la Compagnie qui parla . Il fit
voir une Machine par laquelle
il prouvoitavec plus de facilité
qu'on ne l'avoit fait encore
par aucune experience , que la
chute des corps pefans s'acce .
lere felon la progreffion
des
nombres impairs
, ce qui eſt
une des plus belles découvertes
du Fameux Galilée . Enfuite
GALANT. 181
M Abbé Galois lut un Difcours
fur une Fontaine de Dauphiné,
dont S. Auguftin a par
lé , & qu'il a prétendu qui al ·
lumot des Flambeaux , & éteignoit
ceux qui estoient allumez
. On l'appelle la Fontai.
ne brûlantes M l'Abbé Galois
détruifit les fauffes merveilles
qu'on luy attribue , comme
celle qui a étonné S. Auguftin ,
& donna par la Phifique , des
raiſons propables & ingenieu
fes des Phenomenes veritables
qu'on y obſerve. Tout fe re
duit à un petit terrain, quijer
te effectivement des flâmes .
182 MERCURE
Il y a un ruiffeau qui n'en eſt
pas loin , & qui peut- eftre a
paffé deffus autrefois , ce qui
a fait croire que c'eſtoit une
Fontaine brûlante.bomul
M' de la Hire qui parla a
prés , examina quelles font les
forces d'un homme pour éle
ver ou pour tirer des fardeaux
dans les differentes fituations
où il fe peut mettre , tout cela
par les loix de la Mechanique.
Enfuite il compara les forces
des Hommes à celles des Che
vaux . Toutes ces connoiffances
qu'il faut, puiſer d'abord
dans la Theorie des Mathema
GALANT. 183
àtiques, fant enfuite d'un grand
ulage pour la pratique des
Arts, & pour les commoditez
de la vie. M' du Verney ter
mina la féance par unDiſcours
tres exact & tres- profond fur
la Structure du coeur de laTor.
tuë . Cette Structure eft fort
extraordinaire , & propre à
exercer un aufli habile Anato ,
miſte . D'ailleurs , elle a quel .
ques rapports au coeur du
Foetus humain , & par-là elle
peut fervir à decider la que ,
tion, qui divife prefentement
les Anatomiftes de l'Acade
mie fur la circulation du fang
184 MERCURE
dans le Foetus . Auffi M' 'du
Verney tira t- il beaucoup de
confequences du coeur de la
Tortue pour appuyer l'opi .
nion qu'ila embraffée fur le
Foetus humain .
M'l'Abbé Bignon qui pre.
fidoit à la féance, mefla à tous
ces differens Difcours les é .
clairciffemens
dont les Auditeurs
pouvoient avoir befoin ,
& même des agrémens dont
ces matieres ne paroiffent pas
trop fufceptibles.
*. L'Ouverture du Parlement
fe fit le Jeudy 12 de ce mois.
Elle commença par une Meſſe
GALANT. 185
par
Solemnelle , qui fut celebrée
M'l'Evefque Duc de Laon
à la Chapelle de la Grande
Salle du Palais , accompagnée
d'une excellente Mufique de
la compofition de M' Charpentier
, Maistre de celle
de la Sainte Chapelle . Aprés
la Mefle, M's les Prefidens &
Confeillers dn Parlement, en
Robes Rouges, entrerent en
la Grand Chambre , & ayant
pris place fur les Hauts Sieges,
M' le Premier Prefident fit
à ce Prélat un remerciment
de la part de la Compagnie.
Son Difcours fut court & des
Novembre 1699. Q
186 MERCURE
plus polis . Il confiitoit à peu
prés à luy marquer l'obligation
que la Cour reconnoiffoit
luy avoit, de ce qu'il avoit prefté
fon miniftere pour implo
rer la grace du Ciel fi neceffai
re dans l'adminiftration de la
Juftice. Il fic un éloge de ce
Prélat fur fon application infatigable
dans le Gouvernement
de fon Dioceſe , & fur la
nobleffe de la Famille dont il
eft iffu , qui s'eftoit diftinguée
depuis plufieurs Siecles dans
les Armes & dans l'Eglife . Il
dit que cette diftinction eſtoir
d'autant plus grande , que des
GALANT. 187
fixpremieres anciennes Digni .
tez Ecclefiaftiques , qui avoient
droit d'entrer au Parlement
& d'y prendre leurs
féances en qualité de Pairs , il
s'en trouvoit prefentement
trois occupées & remplies dignement
par trois Prelats dir
nom de cette llluftre Famille.
M'l'Evefque, Duc de Laon ,
repondità ce compliment par
un remerciment qu'il fit à la
Compagnie de l'honneur qu'-
elle luy avoit fait de fe fervir
de fon miniftere pour une
action fimportante. Il fit un
pompruxéloge de la pieté , &
Q IJ
188 MERCURE
des excellentes qualitez du
Roy , un detail de tout ce
qu'il avoit fait pendant le
cours de fon Regne , dans la
Guerre & dans la Paix , pour
le maintien de la Religion , &
pour le bonheur de les Sujets.
ily mefla ingenieufement celuy
de M' le Premier Prefident ,
dont il éleva les qualitez fu .
perieures , fon zele pour le
Public , fa profonde capacité,
fon noble defintereffement ,
&l'aplication infatigable qu'il
faifoit voir à rendre juftice à
tout le monde. Il remercia la
Compagnie de la protection.
GALANT. 189
qu'elle donnoit aux Eglifes de
fon departement , & fit voir
par des paffages & des auto ,
ritez qu'il cita , l'union étroite
& infeparable qui devoit eftre
entre la Religion & la Juſtice .
Les Avocats& lesProcureurs,
au nombre de fix à ſept cens,
furent enfuite appellez, & pre
fterent ferment d'obferver les
Reglemens en mettant la
main fur l'Evangile.
L'Ouverture des Audiences
de la Cour des Aides fe fit
dans le même temps . Aprés la
lecture des Reglemens , M ' le
190 MERCURE
Camus;PremierPreſident, qui
remplit cette grande Charge
avec toute la reputation qu'on
peut defirer d'un fi fage &
habile magiftaat,fit une exhor.
tation aux Huiffiers , pour les
obliger à obferver la regula .
rité dans l'exercice de leurs
fonctions. llen fit enfuite une
autre aux Greffiers , aufquels
il recommandala moderation
dans la perception de leurs
Droits, & d'en foul ager le Public
d'une partie. Enfuite il
adreffa la parole à M les
Gens du Roy, & fit un éloge de
leur fuffifance , de leur aplica
GALANT. 197
tion, de leur capacité, de l'artention
& de l'amour qu'ils
avoient pour la Juſtice & pour
l'expedition des affaires du Pu
blic , & les propofa pour exemples.
Aprés cela il fit entendre
que fi dans les années précedentes
on avoit fait la peintu
re des foibleffes de l'homme ,'
& traité cette multitude de
paffions qui l'obfedoient con
tinuellement , & qui l'emper
choient d'arriver à la perfection
qui eftoit fi neceffaire
pour remplir les obligations
importantes de la Magiftra192
MERCURE
ture , on avoit marqué en
même temps , ce qu'il devoit
pratiquer pour éviter lesécueils
& les naufrages où l'on étoit´
precipité par la mauvaiſe conduite,
par la negligence , & par
le peu d'attention qu'on faifoit
fur les devoirs defa profeffion ;
que l'on devoit faire toutes
chofes pour rendre utiles les
remedes que l'on prefentoit
pour le delivrer des mauvaiſes
qualitez & des méchantes habitudes
que l'on contractoit
infenfiblement
; qu'il avoit re.
marqué que par la forte & erieufe
application qu'on ' étoit
donnée ,
GALANT 193
donnée, qu'ils avoient fait tout
l'effet qu'on en avoit attendu .
Il ajoufta que le filence & la
modeftie , l'amour pour la ve .
rité& l'application à la connoiffance
de fon état & des ob'igations
qui y eftoient attachées
, eftoient abfolument
neceffaires au Magiftrat qui
afpiroit à la perfection , & qui
par la moindre inconftance &
la moindre irregulariré dans
fa conduite & dans des démarches
éloignées de la vertu
, perdoit en un moment
toute la réputation qu'il s'étoit
acquife pendant plufieurs
Novembre. 1699 , R
194 MERCURE
années ; que le feul moyen
d'éviter ces defordres , confiftoit
dans l'attention continuelle
que les Juges doivent
avoir à connoiftre l'étenduë
des devoirs de leur profeffion ,
que le chemin n'en étoit point
inacceffible, mais aifé, autant
aux jeunes qu'aux anciens ;
que c'eftoit moins par l'im
portance des dignitez , par
le choix du Prince , par l'ap .
probation du Public & par le
refpect des peuples , qu'on
étoit confideré, que par la ré,
gularité a bien s'acquiter de
fes devoirssique l'application
GALANT: ·195
*
à les connoistre dans toute leur
étendue , Hartachement à les
remplie avec exactitude , produifditubtémoignage
&uncon.
tentementfecret dans une con .
fcience pure qui en faifoitle veritable
prix que quand on
avoit un amour fincere pour
la vertul, onos'y perfection .
noit infenfiblement ; que les
lumieres s'offroient en foule ,
& que l'on en découvroit à
chaque démarche ; que les
premiers Degrez pour y par
venir étoient d'avoir l'ame
genereufe & bien faifante , en
nes trouvant du plaifir que
Rij
-
196 MERCURE
dans celuy d'en faire aux au
tres , & en leur rendant la juftice
qui leur étoit duë . Il dit
encore que le propre de l'homme
eftoit de penser qu'il étoit
infini dans fes vuës ; que fon
coeur infatiable ne fe bornoit
jamais dans les découvertes ,
qu'il vouloir tout sçavoir !
tout poffeder , & que fi dans
ces agitations continuelles
il n'eftoit fecouru de la rai.
fon , il tomberoit dans des
égaremens continuels : que les
vices qui fembloient les plus
oppoſez les uns aux autres
ne laiffoient pas d'avoir de cerGALANT
197
taines regles particulieres &
des liaiſons & des enchaînemens
les uns avec les autres ,
pour pouvoir poffeder le coeur,
que fouvent la pareffe dégeneroit
dans une agitation turbulente
, la molleffe dans une
opiniaftreté dure & inflexible ,
qu'i's changeroientles vertusen
Vices ,enforte qu'une ignorance
paifible & voluptueule prenoit
la place de l'étude & de
la fcience; que pour fe deffendre
des paffions , il falloit leur
oppofer leurs contraires , le
defintereffement à l'avarice ,
l'humilité & la moderation à
R iij
98 MERCURE
l'ambition , la vigilance à la
pareffe , l'affabilité & la douceur
à l'orgueil , la folitude &
la temperance à la volupté. Il
ajousta que l'on ne pouvoit ja
mais mieux exciter l'homme
à la vertu que par fes propres
interefts , que fans cette vertu
l'autorité fuprême n'eftoit
jamais relpectée , qu'elle de
voit cftre attachée à fa
perfonne
& à la dignité , que fr
l'on ne pouvoit l'acquerir qu'avec
peine , la gloire en étoir
plus grande , & fur tour quand
on ne la quittoit jamais de
vûë , qu'une courageufe perGALANT.
69
feverance étoit autant lear
tage desGuerriers que des !!*
giftrats. Il ñiarqua les routes
neceffaires pour fe conferver
la poffeffion de la parfaite vertu.
11 en défigna les caracteres
, il s'étendit fur le defre
tereffement & fur la preference
qu'on devoit donner plutoft
aux interefts d'autruy qu'aux
fiens propres , & laiffa d'excellentes
idées de l'éta : heureux
d'un Magiftrat qui donne toute
fon attention à fe deffendre
de cette multitude infinie de
paffions qui s'efforcent d'obfeder
le coeur, qui tâchent d'en
Riiij
200 MERCURE -
troubler la tranquilité , & d'en
arracher cette vertu fi neceffaire
à ceux quife font devouez
à la Magiftrature .
M' des Haguais , premier
Avocat General , & qui eft un
des premiers & des plus parfaits
de fon Siecle , prit enfuite
la parole , & fit voir dans
des termes choifis & brillans
que la Juftice étoit une Divinité
bien - faifante : que fon
pouvoir ne confiftoit qu'à répandre
des graces & des bienfaits
de tous coftez ; que fes
regards dépouilloient les hom
mes de leurs diftinctions ima
GALANT . 2.00
ginaires ; qu'elle eftoit également
favorable aux pauvres &
aux riches , aux puiffans & aux
foibles, qu'elle infpiroit à ceux
qui estoient commis pour la
diftribuer aux autres, une raifon
pure & defintereffée , ca.
pable de feparer le vray du
faux , & de les déterminer
à pancher du colté qui fe
trouvoit le plus jufte ; que
le coeur du Magiftrat n'étoit
point touché par les affections
particulieres ; qu'attaché fidellement
à la Juſtice , il n'eftoit
jamais ébranlé ny par la prevention
, ny par les follicita202
MERCURE
tions des amis, ny par les attraits
& les efperances de la faveur
& de la fortune ; que fa vertu
fe trouvoit toûjours fixé , inebranlable
, & toûjours occupée
au fervice de fa patrie. Il
parla des effets merveilleux de
la vertu & de la Justice dont
il fit des peintures achevées
par des pensées élevées &
choifies , & avec une eloquen
ce admirable. Il mania les dif.
ferens caracteres des Juges ,
en élevant ceux qui remplif.
foient l'importance de tous
leurs devoirs avec toute l'exactitude
& toute l'applica
E
GALANT . 203
tion
neceffaire , & en propo
fant des moyens & des routes
à ceux qui tomboient
dans le
déreglement
, dont il fit des
defcriptions
ingenieuſes . 11
s'étendit fur cette infinité d'oc
cafions dangereufes qui fe pre
fentoient dans le cours des occupations
du Magiftrat , & dit
qu'il devoir eftre le protecteur
de ceux qui vouloient évirer
fon tribunal , & des Juges infe.
rieurs , fe dépouiller de fon
autorité pour les en reveftir ,
avoir de la charité, de la compaffion
, & de la douceur pour
les plaideurs , avoir ſa maifon
204 MERCURE
ouverte pour les recevoir &
les entendre , faire enforte
que ce defintereffement & cet,
te humani é qu'il devoit avoir,
fe trouvaffent dans les dome ,
ftiques , & empêcher qu'un
malheureux plaideur ne fuit
confumé par des depences
inutiles , dans le temps qu'il
eftoit prefque dans l'impuiffance
de payer celles qu'il
eftoit obligé d'avancer pour
l'inftruction de fon affaire . 11
dit encore , mais dans des termes
choifis , que le Juge de
voit toûjours cftre prevenu
pour le bien public , & fereGALANT
205
volter contre lay- même; que
fa vertu , fa ſcience , fon autorité&
la fuffifance, devenoient
inutiles quand il permettoit
l'entrée de fon coeur à la corruption
; que le coeur étant le
fanctuaire de la Juſtice , il devoit
eftre plus fevere à luymême
qu'aux autres ; que l'on
ne devoit avoir de l'indulgen .
ce que pour ceux qui cher、
choient leur deffenfe fur le
vifage de la Juſtice , & que
fi
la farouche aufterité , la rudeffe
& l'impatience querel -
leufe d'un Juge, découragoient
le plaideur , l'humanité le con206
MERCURE
foloit dans fa difgrace. Il fit
enfuite le parallele des Juges,
éclairez,vertueux & appliquez
à leurs devoirs avec ceux qui
les negligeoient, & enleva tous
ceux qui étoient prefens à la
prononciation de ce Difcours
qui fut univerfellement ad
mire.
L'ouverture des Audiences.
du Parlement fe fitle Lundy
16 de ce même mois dans la
Grand'Chambre , où il y avoit
un concours infini de perfonnes
diftinguées , & de peuple.
M Dagueffeau, premier Avo .
cat General adre ffant la paGALANT
207
role aux
Avocats , leur marqua
qu'il y avoit plus de vingt ans
que l'éloquence
du Barreau
eftoit
degenerée ; qu'il fem ,
bloit n'eftre plus que l'ombre
de ce qu'il avoit efté autrefois,
que l'ignorance
avoit pris la
place de l'érudition
, la mol.
Jeffe & la negligence , celle de
la ſcience & de l'application ,
que les grands hommes
mouroient
& qu'il n'en renaiffoit
point d'autres. Il fit une ri .
che peinture
de l'eftar floriffant
où autrefois
l'on avoit
veu leBarreau, & des réflexions
judicieufes
fur l'état prefent
208 MERCURE
fi different & fi peu ſemblable
à celuy des temps paffez ; que
l'on ne voyoit plus ces fages
vieillards qui en avoient fait
l'ornement & la fplendeur ;
qu'une fuffifante mediocrité
avoit fuccedé à l'élevation &
à l'experience; que le Pilier fembloit
eftre devenu muet , languiffant
, & confiné dans la ſo ·
litude ; que fi ce qui en reftoit
venoit à mourir , on ne laiffe.
roit pas encore de deplorer la
perte de cette mediocrité ; que
cependant l'efprit n'avoit jamais
efté fi commun , & que
jamais il n'y avoit eu tant d'oc
GALANT. 209
cafions de le faire paroiftre ,
que depuis deux ans il s'eftoit
prefenté au Barreau des fujets
tellement
extraordinaires par
leurs évenemens & Icurs queftions
, qu'il étoit impoffible
à la fable la plus
ingenieuſe ,
& à l'invention la plus brillante
, d'en imaginer des fen blables
; que malgré cela on ne
voyoit plus que des peintures
infipides , des recitateurs ennuyeux
, des fquelettes de la
veritable éloquence 11 paffa
de ces peintures qu'il fit avec
des termes agreables & remplis
de cette heureuſe facilité
Novembre 1699. S
210 MERCURE
qui le fait admirer de tous
ceux qui ont le plaifir de l'entendre
, dans les moyens neceffaires
aux Avocats pour rétablir
la gloire du Barreau . Il
fit voir qu'outre l'application
laborieufe & l'eftude des Loix,
des Conſtitutions , des Reglemens
& des Couftumes , les
Avocats , dont la profeſſion
eftoit toute noble & toute libre,
devoient avoir l'ame belle
& en eftat de réſiſter à toutes
les paffions ; qu'elle ne devoit
point eftre fervile ny merce.
naire ; qu'ils ne devoient point
fe proftituer ny fe hazarder
GALANT. ' zif
de paroiftre en public avant
que d'avoir efté inftruits à
fond ; quela remerité de vouloir
plaider avant que d'eftre
parfaitement preparé , faiſoit
des playes incurables ; qu'ils
devoient non feulement eftre
Jurifconfultes mais auth Hiftoriens
, Politiques , Poëtes
& Grammaticiens ; que s'ils
devoient bien connoiftre la
politiffe des Grecs & des Ro
mains , ils devoient plutoft entrer
dans leur genie que dans
leur caractere ; que l'on devoir
confacrer à la vertu certe jeuneffe
qui refloit prefque toû-
Sij
212 MERCURE
jours dans une orgueilleuſe
ignorance , ne point paroistre
en public avant que d'avoir
fait des fonds de notions , de
fciences & de connoillances ,
ne point cueillir des fleurs
dans le printemps , ce qui em.
pêchoit les arbres de rapporter
des fruits dans l'Automne.
Enfin il fit voir par l'exemple
de feu M' l'Anglois , fameux
Avocat , qui avoit fuivi le confeil
d'un grand Prefident
d'un illuftre nom , que l'on
devoit quelquefois s'abftenir
de paroistre au Barreau
pour paſſer quelques années
GALANT
213
dans la retraitte , afin d'y revenir
enfuitte avec plus de
gloire , & avec cette haute reputation
que cet Avocat avoit
meritée dans la fuitte . Il
prouva que la perfection ne
s'acqueroit que par l'applica
tion & la
perfeverance
; que
dans la compofition des Difcours
on devoit imiter les habiles
Sculpteurs , qui ne perfectionnoient
leurs Ouvrages
& leurs Statues, qu'à force d'en
ofter & d'en retrancher de la
matiere. Il fit auffi un éloge
de feu M' Nouet, ancien Avo.
cat , & le propofa pour exem214
MERCURE
ple à ceux qui fuivoient le Barreau
; aprés quoy , il exhorta
les Procureurs à retrancher
leurs Procedures , à conferver
l'ordre & la difcipline dans
leur Compagnie
, à ne point
entreprendre fur la fonction
des Avocats , & à faire enforte,
que furpaffant fon efperance
ils fe trouvaffent en état de
meriter fon approbatien pluftoft
que fa cenfure .
Mle Premier Prefident
parla enfuite fur le même fujet,
& fit voir que la difference
qu'il y avoir , entre l'élo .
quence des Anciens , & des
GALANT. 215
Romains , & celle des Ora -
reurs modernes , venoit de ce
qu'il ne s'agiffuit plus d'em
porter par la beauté du Dif
Cours la preference
pour le
Confular, ou pour la Preture;
que la negligence & le peu
de preparation
des Avocats
en avoit avili la profeflion
;
qu'elle n'eftoit plus fi confi ."
derée , parce qu'il y en avoir ,
qui fe confiant fur leur facilité
à parler fur l'heure , venoient
à l'audience plaider des Caufes
dont ils ne fçavoient
auque
ce que
tre chofe leurs Par.
ties leur en avoient dit en les
216 MERCURE
accompagnant
au Palais. Il les
exhorta à s'appliquer ferieuſement
à connoiftre & à remplir
leurs devoirs , conſeilla à
quelques Anciens , dont l'âge
étoit avancé, de jouir de l'heu
reufe tranquilité qu'ils meri.
toient , & exhorta les Jeunes à
ceffer pour quelque temps de
paroiftre à de certaines Audiences
deſtinées
à l'expeditions
des Affaires , où il ne faut
fe fervir que de termes ferrcz
& concis ; que l'on ne pouvoit
parvenir à cette briéveté,
que par la méditation , la ré-
Action & l'application
. Ilfi-,
nit
GALANT. 217
nit par une exhortation qu'il
fit aux Procureurs de s'attacher
à obferver lesReglemens
de la Cour.
Le Mecredy 18. du même
mois , on fit les Mercuriales en
la Grand'Chambre . Le même
jour , M' Dagueffeau , Premier
Avocat General , prononça
un tres - beau Difcours
fur la Grandeur d'ame que les
Juges doivent avoir dans
l'exercice de leurs profeffions.
Il en fit le portrait & en donna
les définitions d'une maniere
qui enleva tous fes Au
diteurs. Il marqua de quelle
Novembre 1699. T
218 MERCURE
de
maniere les Magiftrats étoient
toujours obligez d'eftre dans
une laborieufe application , la
connoiffance parfaite qu'ils
devoientavoir d'unemultitude
de Loix, de Conftitutions ,
Coutumes, d'Ordonnances &
de Reglemens, la difficulté des
Queſtions épineufes , les formalitez
embarraffantes de la
procedure ; qu'ils devoient
eftre fur tontattentifs à le défendre
de toutes les paffions
aufquelles ils le trouvoient expofez
, & entre autres de celle
de l'ambition , qu'on fai
foit paffer prefentement pour
GALANT. 219
une vertus qu'un bon Juge
devoit méprifer les coups &
les évenemens de la fortune &
de la faveur, fe contenter des
voeux & des fouhaits du public
pour le voir élevé à des poftes
& à des dignitez plus éclatantes
, fans les rechercher ny les
ambitionner , toûjours fage,
égal , ferme , appliqué à remplir
tous fes devoirs; jamais in
quiet ny embarraffe , & en
état de rendre jufqués au dernier
foupir de fa vie des fervices
utiles à fa patrie . Il dit une
infinité de belles chofes fur
cette grandeur d'ame qui étoit
Tij
225 MERCURE
le partage d'un grand Magiftrat.
Tout ce qu'il dit fut ac .
compagné d'une grace merveilleule,
& de cette vive élo.
quence qui luy eft fi familiere
, & qui le fait confiderer
comme un des plus habiles)
Magiftrats de fon temps.
M le premier Prefident
prit enfuite la parole , & aprés
avoir marqué qu'il avoit traité
cette matiere de la grandeur,
d'ame par un Difcours qu'il
avoit prononcé en la Grand'
Chambre il y avoit trentedeux
ans , il traça fort éloquemment
les caracteres de
GALANT. 2zI
ceux qui la poffedoient , & fit
connoiftre les moyens par lef
quels on y pouvoit parvenir.
Il fit voir que c'étoit principalement
pendant la jeuneffe
que l'on devoit s'appliquer à
la rechercher ; qu'on étoit incapable
de la pouvoir avoir
dans toute fon étendue dans
un âge avancé , & dans un
temps que le corps accablé
d'infirmitez & de foibleffes tenoit
l'ame enfermée , & l'empêchoit
de faire éclater les
fentimens nobles dont el
le devoit eftre embellie. Il
mella à tout cela des exhor-
Tiij
222 MERCURE
tations pathetiques qu'il
fit à Meffieurs fur l'obferva- a
tion des Ordonnances & fur
l'application qu'ils devoient
avoir dans l'exercice de leurs
fonctions , dans le jugement, &
l'expedition des procés . A
quoy il ajoûta qu'ils devoient
particulierement s'occuper
du foin de foulager les Parties,
qui étoient rebutées & accablées
par une infinité de dé.
penfes qu'elles étoient obligées
de faire dans le cours de .
l'inftruction de leurs affaires.
Je ne fuis point étonné,Maj
GALANT. 223
dame, que lintereft que vous
avez toûjours pris aux perfonnes
qui fe font diftinguées
dans quelque profeffion , vous
ait donné de l'inquietude
pour Mile Begue , également
recommandable par fa rare
pieté & par l'excellence de
fon Art. Il eft vray que fouf.
frant de grandes douleurs depuis
quelques mois , aprés une
Confultation autentique , &
des prejugez qui ne laiffoient
point douter, qu'elles ne luy
fuffent caulées par la
pierre,
il s'eft refolu à fouffrit la taille.
C'eftoit beaucoup hazarder
I iiij
224 MERCURE
pour un homme qui a plus de
foixante ans , mais M Colo ,
l'un des plus habiles & des
plus experimentez
en ce genre
d'Operation
, qui ayent paru
jufques à prefent , l'a faite fi
à propos , que le fuccés a répondu
à tout ce qu'on s'estoit
promis de fon adreffe . Ce fut
au commencement
du mois
paſſé que M ' le Begue s'y expofa.
Pendant toute l'operation
,l'une des plus douloureu
fes qu'il y ait , il demeura ferme
fans rien dire que ce que
fon coeur veritablement Chrétien
luy infpiroit par des mou
GALANT. 225
A
vemens & des infpirations interieures
. Enfin au bout de
huit jours il fe trouva hors de
tout peril , & il eft prefentement
dans une fanté parfaite,
n'attendant plus que l'heu
reux moment de rentrer dans
le fervice de la Chapelle du
Roy, dont il eft l'un des qua.
tre Organiftes , auffi bien qu'il
l'eft de l'Eglife de Saint Mederic
.Vous fçavez que Sa Ma.
jefté l'honore d'une eftime
particuliere , & qu'il ne revient
jamais de la Cour qu'il
ne foit chargé d'applaudiffemens
.
226 MERCURE
Le S ' François Gerard Jollain
, Marchand & Graveur à
Paris , donne avis au Public ,
qu'il diſtribuëra au mois de
Decembreprochain
un grand
Almanach , reprefentant la
Ceremonic obfervée par la
Ville de Paris à l'erection de
la Statue Equeftre de Sa Majefté
dans la Place de Louis
le Grand, avec toutes les Eglifes,
Convents , Monafteres , Palais,
Hôtels , Colleges, Ponts ,
Quais, Fontaines , Cours , Remparts,
Places publiques , Ruës ,.
Statues Equeftre , & Pedefre
de nos Rois qui ont efté éle-
.
GALANT. 227
vées & conftruites depuis,
l'année 1600. juſqu'à 1700.
Ouvrage tres curieux , par lequel
l'on pourra connoiftre
l'augmentation de la Ville de
Paris pendant tout ce fiecle ,
& fçavoir l'erection des plus
grands Edifices qui la rendent
recommandable .
Voicy les noms des perfon..
nes diftinguées de l'un & de
l'autre fexe, mortes depuis ma
derniere Lettre.
Anne -Marie de Lorraine,
Abbeffe de Montmartre,âgée
de quarante- deux ans . Elle
228 MERCURE
eftoit foeur d'Alfonfe- Henry-
Charles de Lorraine , Prince
de Harcourt, & fiile de défunt
François de Lorraine, Comte
de Harcourt & de S. Romain ,
Marquis de Maubec , & de dé .
funte Anne d'Ornano , niéce
du Maréchal de ce nom.
Meflire Français de Montmignon,
Docteur en Theologie
de la Maiſon & Société
Royale de Navarre , Curé de
S. Nicolas des Champs. II .
eftoit natifd'Amiens , & a gou
verné cette Paroiffe depuis
l'année 1665 .
Meffire Jean des Foffcz , Sei ,
GALANT. 229
gneur de Coyoles , frere de
Louis René des Foffez , Chas
noine de l'Eglife de Paris , &
fils de feu M'des Foffez, Seigneur
de Coyoles , & de N. de
Bragelongne. Il avoit épousé
la fille unique de M' Pajot ,
Doyen des Docteurs Regens
de la Faculté de Medecine de
Paris , & Medecin de feuë Mademoiſelle
de Montpenfier. Il
laiffe deux garçons & une fille
mariée à M de Melun de
Maupertuis , neveu de M' de
Melun de Maupertuis, Gouverneur
de Saint Quentin,
Lieutenant General des . Ar230
MERCURE
mées du Roy , & Capitaine-
Lieutenant de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires
de Sa Majesté .
Dame Marie Boucot , époufe
de M' Benoift, Conſeiller du
Royen faCour des Monnoyes.
Elle étoit fille de Nicolas Boucot
, cy devant Receveur de
l'Hôtel de Ville de Paris , foeur
deJaques Boucot , qui poffede
aujourd'huy la même Charge,
& niéce de Madame Robinet
de Villiers , dont je vous
apptis la mort dans ma Lettre
du mois paffé .
Dame Catherine · Cecile
Langlois de Canteleu , morte
GALANT. 231
à vingt-huit ans . Elle eftoit
Veuve de Méffire Pierre de
Turgis , Confeiller au Parlement
de la Troifième Chambre
des Enqueftes
.
Meffire Louis Berbier du
Metz , Confeiller Aumônier
du Roy , Protonotaire du Saint
Siege Apoftolique , Abbé de
Saint Martin de Huiron, & de
Sainte Croix ,& Prieur de Rof.
nay. I eftoit frere de Meffire
Gedeon Berbier duMetz ,
Prefident en la Chambre des
Comptes , Intendant & Controlleur
general des meubles
de la Couronne , cy- devant
J
232 MERCURE
Garde du Trefor Royal , & Treforier
des Parties Cafuelles , &
de feuë Dame Madeleine Berbier
du Metz , épouse de Louis
Moret , Seigneur de Bournonville,
pere & mere de Madame
la Prefidente de la Premiere
des Requeftes , Benard de Rezay
, tous trois enfans de deffunt
Jaques Berbier du Metz ,
Seigneur de Chalettes , Treforier
& Payeur de la Compagne
des Gardes du Corps de
la Reine , & Treforier des Revenus
Cafuels de Sa Majefté,
& de Dame Marie le Grand.
GALANT. 233
Le Roy voulant établir l'egalité
& l'uniformité dans les
Conftitutions des Rentes fur
l'Hôtel de Ville de Paris , &
prevenir par ce moyen le defordre
& la confufion qui s'y
pourroient introduite dans la
fuite des temps , par la difference
du prix qui fuit necef.
fairement la difference des
Conſtitutions
, a ordonné par
Arreft du 17 de ce mois , le
remboursement
des Rentes
conftituées au denier dix huit
cn execution de fa Declara .
tion du mois de Sept mbre
1683. & de les Edits des mois
Novembre
1699.
V
1
M
234 MERCURE
de May & Juillet 1684. & voulant
continuer fucceffivement
le remboursement des
autres Rentes conftituées au
denier dix huit , & donner
moyen à ſes Sujets d'emploier
leurs deniers avec autant de
feureté que d'avantage , Sa
Majeſté a ſtatué & ordonné,
que par les Commiſſaires de
fon Confeil qu'il luy plaira de
nommer , il fera vendu & alie.
né à Meffieurs les Prevoft &
Echevins de la Ville de Paris,
la fomme de deux millions de
livres actuels & effectifs de
rente annuelle & perpetuelle,
GALANT. 235
à les prendre generalement
fur tous les deniers provenans
de fes Droits d'Aides & Gabelles
, qu'Elle a declaré fpecialement
& par privilege affectez
, obligez , & hipote
quez au payement & continuation
de ces Rentes , voulant
que les Conſtitutions
particulieres en foient faites
par Mles Prevost des Mar.
chands & Echevins à ceux de
fes Sujets qui les voudronr acquerir
, & les Contrats paſſez
pardevant les Notaires que les
Acquereurs voudront choisir ,
pour en jouir pa . eux comme
V ij
236: MERCURE
de leur propre choſe , vray &
loyal acqueft, enſemble leurs
fucceffeurs & ayans caufe, pleinement
& paisiblement en
vertu de leurs Contrats , & en
eftre payez par demie année ,
à Bureau ouvert en deux paye
mens par chacun an , actuellement
& effectivement , fans
que ces Rentes puiffent eftre
retranchées ny reduites pour
quelque caufe & occafion que
ce foit , ny les Acquereurs depoffedez
, fi ce n'eft en les
remboursant en un feul & actuel
payement , des fommes
portées par lesContrats & des
GALANT. 237
arrerages qui en feront alors
dûs & écheus , frais & loyaux
coufts , le tout en payant par
eux actuellement
en deniers
comptans au Garde du Trefor
Royal, le prix principal de ces
acquifitions
à raiſon du denier
vingt du pay ement actuel
des Rentes ' , les Conftitutions
ne pouvant eftre au deffous
de cent livres de joüiffance .
actuelle chaque année. Il y a
cet avantage, que les Acque-
1
reurs de ces rentes recevront
les arrerages des trois derniers
mois de cette prefente année ,
en quelque temps qu'ils en
238 MERCURE
faffent l'acquifition , ce qui
n'eft pas feulement pour les
Sujets de Sa Majeſté, mais auffi
pour les Etrangers non natu
ralifez , mefme pour ceux qui
demeurent hors duRoyaume,
aufquels il eft permis par cet
Edit de faire des acquifitions :
de ces rentes , & en difpofer
entre vifs ou par Teftament ,
en forte que leurs heritiers
leur fuccedent , foit que les
Donataires, Legataires ouHeritiers
foient Etrangers ou Regnicoles,
le Roy voulant bien
renoncer pour cet effet au :
droit d'Aubaine , & autres
GALANT. 239
droits , mefme à celuy de confifcation
, s'il fe trouvoit qu'ils
fuffent Sujets des Princes ou
Etats contre lefquels Sa Mejefté
pourroit estre en guerre.
Il eft permis par le mefme
Edit aux proprietaires,tant des
Parties des rentes au denier
dix-huit dont Elle a ordonné
le remboursement par l'Arrest
de fon Confeil du 17 de ce
mois , que des autres rentes
fubfiftantes au mefme denier,
qui feront fucceffivement
remboursées , de les convertir
en rentes au denier vingt ; ce
qu'Elle veut eftre executé à
1
}
240 MEK CURE
l'égard des Augmentations
de gages au denier dix huit ,
attribuées
pár fes Edits des
mois d'Octobre 1683. de Mars
1684 de Juillet 1689. de Decembre
1691. & de Septembre
1692. ordonnant que ceux qui
convertiront ces rentes & augmentations
de Gages au de
nier dix -huit en rentes au de.
nier vingt, joüiffent des arrerages
de ces nouvelles rentes ,
des trois derniers mois de cet .
te année , & des arrerages des
fix derniers mois en entier de
la mefine année de ces rentes
& augmentations de Giges au
denier
GALANT. 241
denier dix huit , qui feront
converties en rentes au denier
vingt , quoyque les Quic
tances de remboursement
ayent efté faites & écheuës
avant l'écheance du dernier
Decembre prochain,
Madame la Marquife de
Montchevreuil , femme de M
le Marquis de Montchevreuil
de la Noble & Illuftre Maifon
de Mornay , Chevalier des Ordres
du Roy & Gouverneur de
Ş. Germain en Laye, eft morte
depuis peu de jours . Elle
eftoit de la Maiſon de Bou-
Novembre 1699. X
242
MERCURE
de
ther d'Orsay , l'une des plus
anciennes & des meilleurs de
la Robe , illuftrée par des
Chanceliers
& Garde des
Sceaux. Elle fut une des Dames
choifies en 1679. pour
eftre auprés de Madame la
Dauphine & Gouvernante
fes Filles d'Honneur
. Depuis ,
Sa Majesté luy confia le foin
de l'éducation
de Mademoiſelle
de Blois, à preſent Madame
la Ducheffe de Chartres .
Il n'eft pas neceffaire de parler
icy de fon merite diftingué , il
eftoit connu de tout le mon
de, & il n'y a perfonne qui ne
GALANT. 247
fuft prévenu d'estime pour
la vertu & la pieté.
Dame Françoife, du Pleflis
Chaſtillon , Dame de Boisbe
ranger, épouse de Meffire Hia.
cinte de Quatrebarbe , Marquis
de Rongete , Comte de
Saint Denis du Mayně , Chevalier
des Ordres du koy, &
Chevalier d'Honneur de Ma .
dame , ett morte environ dans
le même temps Elle eftoit fille
unique d'André , Marquis
du Flefſis Chaſtillon , Seigneur
de Rugles , de Boisberanger
& autres lieux, & de Renée le
Porc de la Porte .
6 A. Ba7
X ij
244
MERCURE
Les Satyriques
feroient
ex
cufables
s'ils reffembloient
à
l'Auteur
de l'ouvrage
que
vous allez lire.
•
SATIRE
fans chagrin.
10
On,je ne me fais pas un plaifir
de médire.... Noi
Je hais les traits hardis que lance la
Satire
Dans mes Vers , dans ma Proſe , on
ne me voit jamais
Couvrir le bon cofté pour montrer
le mauvais.
Si je parle des moeurs , je les peins
fans malice
(qu'au vice.
Et s'il eft à propos
j'épargne
juf
#X
GALANT 245
J'éleve à la beauré des Autels precieux
,
Et je rens la laideur fupportable en
tous lieux . 2 }
S'il falloit de Philis , cette Coquette
ufée "
Faire un Portrait parlant & digne
de rifée
Je me garderois bien de groffir les
objets ;
En les adouciffant je rendrois traits
pour traits ,
Ou du moins je dirois , elle fut
jadis belle , on ub
Et l'on en peut juger par ce qui réfte
en elle .
Ie dirois
que
fes yeux éteints & lan.
guiffans ,
Se trouvent affoibiis par la force des
ans
Et je ne dirois
1
(tiere ,
pas fur pareille ma.
x iij
246 MERCURE
L'horreur eft à l'abry ſous la noire
paupiere .
Pour bien peindre fon reint de
diverfes couleurs
Je voudrois l'appeller on teint de
nulles A urs .. 9
Ainfi d'un air naïf , & fans lay faire
injure ,
•
Le reprefenterois & l'art & lana.
ture
Ie traiterois l'efprit de même que
corps ,
le
Les défauts du dedans comme ceux
du dehors a
1
Et venant à parler de fa galanterie
J'y joindrois pour excufe un peu
de flatterie
Et deguifant les traits qui pourroient
la tacher ,
Je me garderois bien de la vouloir
facher
GALANT 247
Par des termes choifis je la ferois
connoiftre ,
Enfin je conduirois mon ouvrage en
bon maistre .
De même , fi Triphon me fervoit
de fujet ,
Je tafcherois d'en faire un agreable
objet
,
Triphon de qui l'efprit & l'humeur
& la mine ,
Pourroient fortifier une Satyre fine
Triphon qu'on vit un jour , quittane
fon air hautun ,
Renoncer à l'amour pour le donnec
au vin ,
Pour en prendre a long traits en
beuvant des rafades
Et paffer chez Cloris jufques aux
incartades ;
Y perdre le refpect , y manquer a
devoir ,
X
iiij
248 MERCURE
Qu'un veritable Amant doit toûjours
faire voir ,
Injuftement faché , s'oublier de la
forte >
Qu'on le vit s'emparer de l'employ
de la porte
La hallebarde en main infultet les
paflans ,
Mircher , & ne trouver par tout que
pas gloffins .
N'eft ce pas là dequoy former une
Satire ?
Cependant qu'ay je dit qui ne foit
bon à dire ?
Y pourroit on trouver fujet de corriger
Triphon aime le vin Bacchus le rend
leger , frique,
Rebelle à la Cloris , emporté, cole-
Et je le nomme ainfi fans eftre fa-
Erje
tirique ,
GALANT . 349
Au lieu amy qui tourne
que noftre
tout en mal ,
L'auroit au moins traité d'yvrogne
& de brutal ,
En cela , comme en tout , chacun
à la methode
Et comme le nouveau donne cours
à la mode
I'eftime qu'un Auteur qui parle du
prochain ,
De ces fortes d'écrits doit ofter le
venin ,
Et ne pas imiter ceux contre qui
l'on gronde ,
Pour ofer à leur gré déchirer tout
le monde.
Si l'on veut habiller la Satire en
leçon , (çon ,
Il faut l'envelopper d'agreable fa
Des moindres faletez éloigner les
idées ,
250 MERCURE
Et
que
les veritez s'y trouvent bieh
fondées.
Sans cela la Satire , au lieu dádivertir,
Cauſe un jufte dégouſt , qu'on ne
peut trop fentir.
Si fur ce grand fujet je parois trop
modelte .
Qui croira faire mieux , pourra
+ le refte.
dire
Le Pape s'eft trouvé fort
que
c'est d'une
mal , on dit
goute remontée
. Si les voeux
de tous les gens de bien, pou
voient
luy redonner
la fanté ,
il iroit bien loin par de là le
Siecle , mais comme
il eft
dans fa
quatre
vingt - cinquieme
année , il n'y a pas fujet de
GALANT 21
croire que l'Eglife puiffe jouir
du bonheur de le poffeder en
core long temps . Les Peuples
perdront beaucoup à la mort ,
ou pour mieux dire , toute la
Chretienté. Ce faint homme
a voulu avant fa mort laiffer
de dignes fujets à l'Eglife,dans
le nombre de ceux qui peuvent
efperer de la gouverner
uno jour. Has nommé Car .
dinaux les Nonces qui font auprés
de l'Empereur , & des
Rois de France & d'Espagne ,
le General des Feuillans, &
M' d'Aftig fort eftimé dans la
252 MERCURE
prelature . Sa Sainteté en a auſſi
nommé quatre in petto .Je croy
que vous n'avez point eftéfur.
priſe de trouver parmi le nom .
bre de ceux qu'elle a declarez ,
M' Delphino Nonce en France
, puifque perfonne n'a ja
mais douté qu'il n'eut toutes
les qualitez requifes pour rem .
plir cette haute dignité , &
qu'il a paru avec beaucoup
de diftinction dans un Pais
où le faux merite n'ébloüit
point. La maniere dont il a
vécu en Feance , fait voir qu'il
fouftiendra
avec un éclat de
Prince , la dignité de Prince
GALANT
253
de l'Eglife , où les éminenles
qualitez ne l'ont pas moins
élevé que fa naiffance. Je ne
vous dis rien de la grandeur de
fa Maiſon , vous en ayant parlé
plufieurs fois. q with anna
Ileft vray , Madame , ainſi
que les nouvelles publiques
vous l'ont appris , que le Roy
& la Reine d'Espagne étant à
Efcurial , ont vifité le Pan.
theon ,qui eft le lieu de la Se
pulture de la Maiſon Royale ,
depuis Charles Quint , & qu'ils
y ont fait ouvrir quelques Cer
cueils. On ne doit pas en eftre
furpris ; c'eft un ufage du Païs .
254 MERCURE
On ouvrit d'abord celuy de
la feue Reine Mere du Roy ,
dont le corps fe trouva confommé,
à la réserve d'une main
fur laquelle on remarquoic encore
une peau décharnée. Le
Roy baifa . cette main , & fir
voirenula baifant beaucoup
de respect de tendreffe & de
douleur. On couvritenfuite ce
luy de la feue Reine Marie
"
Loüile pre
ne
du
Roy d'Espagne , & Fille de
Monfieur, Frere unique de Sa
Majefte. leftia remarquer
qu'elle eft morte, dix ou onze
années avant la feue Rei-
。
GALANT. 255
ne , fa belle -Mere ; cependant
fon corps fe trouva entier avec
fes habits. On affure même
que la chair eftoit ferme &
que fon vilage étoit un peu
coloré. Le Roy fut tellement
frappé & ému de ce qu'il vit ,
qu'il le retira avec precipitation
. La Reine fon Epouſe
refta quelque temps à confi
derer cette fpece de miracle,
& retint quelques Dames qui
étoient avec elle qui avoient
fervi la Reine défunte , & qui
vouloient fe retirer . Elle leur
demanda s'il eftoit vray que
cette Princeffe fuft fi recon256
MERCURE
noiffable que le Roy avoit dit,
& fi elles eftoient autant frapéesque
cePrince , de cette reffemblance
, qu'il fe figuroit
peut - eftre plus grande qu'el
le n'étoit. Elles luy répondi
rent que fi le Roy eftoit
demeuré plus long- temps à
la confiderer , il l'auroit en,
core trouvée plus reſſemblante
, & s'étendirent en verfant
des larmes fur les grandes qualitez
de cette Princeffe .
Je ne vous dis rien des modes
nouvelles, Ceux qui les
inventent ou qui les fuivent
les premiers eftant en deuil ,
GALANT. 257
il n'y a pas
de lieu d'en atren .
dre fitoft , puifque le deuil ne
finira pas avant la fin de l'an .
" née. Je vous diray feulement
,
que les nouvelles
coëffures
,
que je vous ay envoiées
gra
vées,continuent
à s'établir , &
que la hauteur des anciennes
commence
àparoiftre
ridicule
auprés de celles , qu'une telle
proportion
rend plus convenables
aux Dames qui s'en fervent
, ainfi que de meilleur
fens, & de meilleur gouft On
porte beaucoup
deNonpareil
.
le dans les coëffures . On com.
mence à voir des Rubans à
Novembre 1699.
Y
258 MERCURE
franges , & il n'y a point à douter
, que cette mode ne foit
bientoft établie .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit une Giroüttte. Il a
efté trouvé par M's de la Feverie
, la Chine , Abbé de S. Dominique
; Frere Jean du quartier
desQuinze- vingts ; Millin
Avocat ; Pigis ; & le Petit
Nouette Made moiſelle Javo .
te Ogier du coin de la rue de
Richelieu ; la belle Henriette
de Chantelou de la rue des
petits Peres ; la charmante
Manon de laruë de la Ha-pe ;
la brillante Catin de Vaugi .
*
GALANT. 259
rard avec la four , la fçavante
Madelon , les deux Inteparables
de la rue des Petits
Champs ; la Mufe naiffante
de Villeneuve , Madame Bailloit
les quatre Solitaires du
coin de la rue Bourtibourg.
L'Enigmenouvelleque jevous
envoye divertira vos amies .
ENIGME
Ousfommes d'un grand ufage,
Dedans un petit manage .
On nous vend fans nous compter.
A qui nous veut acheter ,
Y ij
260 MERCURE
Tous les jours deẞus la brune ,
De nous il perit quelqu'une ,
Qui laiße en finiffant fon fort,
Quelque odeur aprésfa mort.
Ce qui fuit cft une traduction
des vers Anglois , qui ont efté
faits parM leChevalier Baber,
fur le depart de Madame la
Comteffe de Saliſbury , qui
eftoit à Paris ces jours paffez,
& qui en eft partie pour aller à
Rome , & pour voir enfuitte
toute l'Italie , l'Allemagne ,
la Flandre , & la Hollande . Le
Roy luy a fait des honneurs
particuliers , comme à une
GALANT. 261
Dame,auffi diftinguée par fon
merite , que par la naiffance .
La traduction eft fortlitterale,
& M'Ranchin qui l'a faite , s'eſt
entierement attaché aux termes
Anglois.
S'llfe pouvoir, belle Etran.
gere,
Que vous puffiez par tout pren.
dre autant de plaifir,
Que vostre afpect divin a coustu
me d'enfaire ,
Chacun dans le Climat qu'on vous
verroit choisir,
S'emprefferoit de vous offrir.
Une demeure heureuſe , &digne
de vous plaire.
262 MERCURE
S
Vous, qui de tout le genre bumain
Eftes le charme la merveille,
Pourrez- vous dans voftre chemin
Famais trouver vostre pareille ?
Verrez- vous plus d'esprit & des
charmes plus doux,
Que vous n'en portez avec
vous ?
S
Sidans divers Etats vous faites
des
voiages,
C'est pour apprendre feulemens
La forme di Gouvernement ,
les Langages . Les Coutumes
GALANT. 263
S
Et cependant on fçait tres- bien,
Quand de voftre merite on a la
connoiffance,
J.
Que le volage nepeut rien
Ajouter à vostre fcience ;
Et comme par le feu de vos divins
appas
Les coeursfont enflamez , les ames
échauffées,
Veftre langue ne manque pas
D'élever à l'Amour de glorieux
trophées .
S
Ceux quipeuvent vous aprocher
Sont charmez de vostre prefence ;
Mais ils ne peuvent s'empêcher
Defonpirer de voftre abfence .
264 MERCURE
M' le Comte de Manchefter
, Ambaffadeur ' extraordinaire
d'Angleterre , a fait icy
fon Entrée publique . Je ne
vous diray rien du Ceremoni a
qui eft toûjours le meſme , &
fur lequel je me fuis fouvent
fort étendu . C'eſtroûjours un
Maréchal de France qui va
recevoir les Ambaſſadeurs,
mais comme ce n'eſt pas toûjours
le mefme , je vous diray
que M' le Maréchal Duc de
Villeroy avoit efté nommé
pour aller prendre M ' leComre
de Manch.fter à Ram
boüillet . A l'égard de l'Audience
,
*
GALANT
265
dience , les Ambaffadeurs extraordinaires
font toûjours
conduits par des Princes , &
Mile Bailly d'Armagnac fut
nommé pour faire cette fon-
&tion.La Livrée de l'Ambaffa ,
deur eftoit fort riche & furun
fond vert enfoncé , il y avoit
un gros galon d'or duquel
fortoient de riches houpes de
foye verte. Ses pages eftoient
tres magnifiques & bien montez
, fes Caroffes furent trou .
vez extremement beaux par
le peuple, & c'eſt une marque
qu'il le font en effet . 11 yen
avoit deux à huit chevaux ,
Novembre
, 1699. Ꮓ
£66 MERCURE
trois à fix , & quelques au
tres auffi à fix , qui appartenoientà
des perfonnes de diftinction
d'Angleterre, L'affluence
du Peuple fut grande
à voir cette Entrée , qui parut
d'autant plus belle qu'elle n'avoit
point efté vantée . Les
chofes qui le font ordinairement
beaucoup , perdent de
leur prix , lorsqu'on en a trop
exageré la beauté.
M Pifani , Ambaffadeur de
Venife , fit fon Entrée publique
le Dimanche fuivant . M
le Maréchal de Choifeüil fut
nommépour l'accompagner.
GALANT. 267
Ses Caroffes furent trouvez
parfaitement beaux , il en
avoit quatre , & il s'en eft
peu 'vû de plus riches & de
mieux entendus. Sa Livrée
parut tres belle & tresmagnifique
. Le fond en eft
rouge. Il y a deffus un galon
de foye de diverfes couleurs,
& un galon d'argent aux deux
coftez de ce galon.Les habits
des Pages font de velours cou
vert dés mefmes galons . ll
yen avoit fix , & dix - huit
Valets de pied. Cet Am .
baſſadeur n'allaspoint loger
al'Hôtel des Ambaſſadeurs,
Zij
268 MERCURE
parce qu'il n'est qu'Am .
baffadeur ordinaire
. Cependant,
il n'a pas laiffé d'être con .
duit à l'Audience par un Prince
, le Roy ayant accordé les
Honneurs Royaux au dernier
Ambaffadeur delaRepublique
Vous attendez fans doute
que jevous parle de Monfieur
le Duc de Lorraine , & de ce
qui s'eft paffé à fon égard ;
vous avez vaifon d'avoir de la
curiofitefuracet Article
Prince ne devoit pas eftre
peu embaraflé pour le Ceremonial,
lil yja de fi grands Botentats
, que tout ce qui fost
Ce
GALANT. 269
de leur Sang ne cede le Pas
qu'aux feules Teftes Couronnées
. Monfieur de Lorraine a
pris le party de venir icy inco
gnito , où il a paru fous le nom
de M le Marquis de Pont à
Mouffon, hors le tems qu'il a
fallu pour prefter la foy &
hommage que les Ducs de
Lorraine doivent au Roy en
qualite de Ducs de Bar . Mon
fieur, Madame, & Monfieur le
Duc de Chartres le font trouvez
à la rencontre un peu au
deffus de la Villette . Ils defcéndirent
tous de Caroffe ,
s'embrafferent , & nonrerent
Z iij
270 MERCURE
tous enfuite dans le mefme
Caroffe. Les Equipages de
Monfieur le Duc de Lorraine
s'en retournerent
, parce que
Monfieur devoit défrayer ce
Duc & toute fa fuite , & luy
donner des Voitures tant qu'il
refteroit -icy. Monfieur & Ma .
dame eftoient placez dans le
fond , & Monfieur le Duc , &
Madame la Ducheffe de Lorraine
fur le devant. Monfieur
le Duc de Chartres qui étoit
venu avec Monfieur dans une
Portiere de fon Caroffe ,
voulut encore prendre la
mefme place , parce qu'il fe
>
GALANT 271
trouvoit incommodé fur ledevant.
Madame la Ducheffe de
Vantadour fe mit àl'autre portiere.
Ondefcendit au Palais
Royal , dans l'appartementqui
avoit efté preparé pour Mile
Duc de Lorraine , & aprés
qu'on s'y fut repofé quelque
temps , on alla à l'Opera.
Monfieur avoit dans fa Loge
Monfieur & Madame la Du
cheffe de Chartres . Monfieur
deLorraine entra dans une autre
, & fe plaça entre Madame,
& Madame la Ducheffe Roya.
le de Lorraine . On vit enfui-
Zeiiij
272 MERCURE
·
te les Appartemens , aprés
quoy on le mit à table pour
fouper. Il n'y eut que monfieur
& Madame qui prirent
leur rang. Monfieur de Lorraine
fe trouva vis à vis de
Monfieur & Monfieur le
Duc de Chartres le plaça auprés
de ce Prince. Il n'y a eu
aucun rang reglé à tous les
repas .
Le Samedy 21. Monfieur &
Monfieur de Lorraine arriverent
à Versailles à midy &
demi quart. Ils décendirent
de Carroffé au bas du grand
Efcalier de Marbre qui conGALANT.
273
duit à l'Appartement du Roy.
Ils monterent tous deux de
front, Monfieur de Lorraine à la
gauche de Monfieur . Ils craverferent
la Salle des Gardes ,
les Gardes fous les armes , comme
ils font ordinairement pour
Monfieur , ils pafferent dans
l'Antichambre & dans les
deux Chambres du Roy. Tou
te leur fuite refta dans celle
du lit, & Monfieur de Lorraine
attendit auprés de la porte du
Salon , où Monfieur entra
feul. Le Roy y eftoit . feul
auffi , & affis dans un Fauteuil.
274 MERCURE
Monfieur, aprés avoir parlé
un inftant au Roy , revint à la
porte faire entrer Monfieur de
Lorraine feul , qui s'avança
vers Sa Majefté , & le bailfant
fort bas luy embraffa les
genoux . Le Roy le releva dans
le moment, perfonne n'enten .
dit la converfation qui dura un
quart d'heure. Monfieur même
s'éloigna pendant quelque
temps , & vint enfuite à la porte
faire entrer ceux de leur fui.
te qui estoient reſtez dans la
chambre du Roy , parmi lef.
quels étoit M de Carlinfort ,
GALANT. 275
avec plufieurs autres perfon
nes de confideration de la
Cour de Lorraine , qui pafferent
au travers du fallon , en
faluant la Majeſté , mais fans
s'arrefter , & entrerent par le
Cabinet & la Chambre du
Billard dans la petite Galerie
dont Monfieur de Lorraine
remarqua les beautez . Ils
montérent enfuite par le haut
du grand Eſcalier d'où ils entrerent
dans le grand Appartement
qu'ils virent d'un bout
à l'autre.Ils rencontrerent dans
le milieu de la galerie Madame
276 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne qui
alloit à la Meffe . Monfieur
s'avança vers elle , & luy dit
en luy montrant Monfieur de
Lorraine qui s'eftoit arreſté &
rangé à coſté. Voilà un Seigneur
que je ne vous prefente
point,& le tournant enfuitevers
M' de Lorraine , il luy dit ,
Voilà une Dame qui me touche
d'aßezprés,puifqu'elle eftma petite
Fille. Aprés quelques r veren .
ces de part & d'autre , chacun
continua fon chemin . Monfieur
& Mr de Lorraine pafferent
par l'Apartement de Ma
GALANT.
277
dame la Ducheffe de Bourgogne
, defcendirent
par le même
efcalier par lequel ils
eftoient montez , & partirent
de Verſailles à une heure pour
aller difner à S. Cloud . On a
fceu que Sa Majesté avoit dit
beaucoup de bien de Monfieur
le Duc de Lorraine . Ce Prince
aprés avoir dîné à S. Cloud ,
vit une partie des eaux &
des Jardins de cette maiſon .
Il paffa avec Monfienr par
Challiot pour voir le Roy &
la Reine d'Angleterre , qui devoient
eftre au Convent des
Filles de Sainte- Marie , mais
278 MERCURE
le Roy d'Angleterre s'étant
trouvé incommodé , ils ne virent
que la Reine . ¡ ¡ t
Monfieur de Lorraine a efté
voir les Invalides ,les Apparte.
mens des Thuilleries , & ceux
du Louvre. Ce Prince a auffi
efté voir jouer une partie de
Paulme au Jeu de la rue des
Vieux Auguftins , où il fit de
grandes liberalitez. Cette partie
fut parfaitement bien
jouée, & il admita les Joueurs.
Il a esté tirer , & a fait paroi,
ftre beaucoup d'adreffe dans
cet exercice , ayant tué prés
de foixante pieces de Gibier.
GALANT. 279
Ilya.outous les foirs Appar
tement chez Monfieur . Tout
y eftoit d'une magnificence
extraordinaire .
Duchefle Royale de Lorrainė
s'étant trouvée indifpofée le
Madame la
mefme jour qu'elle arriva,
Monfieur le Duc d'Anjou , &
Monfieur le Duc de Berry la
vinrent voir deux jours aprés .
Monfieur & Madame la Ducheffe
de Bourgogne devoient
auffi venir , mais Madame de
Lorraine ayant efté furprile
de la petite verole , cette maladie
a non feulement empêché
ces Vifites , mais elle a
280 MERCURE
mefme interrompu plufieurs
Divertiffemens qu'on preparoit
à la Cour.
Le Mecredy 25. le dîn erde
Monfieur fut fervi à onze heures
du matin , parce que S. A.
R. devoit mener Monfieur le
Duc de Lorraine à Verſailles.
Ils dînereut enſemble , & les
grands Officiers de ces deux
Princes eurent l'honneur de
manger avec eux. On monta
en Caroffe au fortir de table,
& l'on paffa par Saint Cloud ,
où l'on acheva de voir les
caux , qui n'avoient pas toutes
joué le Samedy précedent ,
GALANT. 281
que Monfieur de Lorraine a
voit efté pour les voir. Ces
Princes le rendirent enfuite à
Verfailles , où ils arriverent
fur les trois heures aprés midy.
Monfieur monta chez le
Roy , & Monfieur le Duc de
Lorraine alla chez MileComte
d'Armagnac . Le Roy entra
dans le Salon de fon petit
Appartement , & Sa majeſté ſe
mit dans un fauteuil qui estoie
placé au milieu . Les Princes
qui accompagnoient le Roy
eftoient dans l'or tre fuivant
fçavoir à la droite de Sa Majeſté.
Novembre 1699.
A a
282 MERCURE
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Monſeigneur le Duc de Berry .
Monfieur le Duc de Chartres :
Monfieur le Duc.
Monfieur le Duc du Maine..
A la gauche eftoient ,
Monfeigneur le Duc d'Anjou ..
Monfieur.
Monfieur le Prince.
Monfieur le Prince de Conti .
Monfieur le Comte de Touloufe.
Mr le Marquis de Torcy , Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
M' le Comte de Pontchartrain
étoient prefens.Le Salon
GALANT. 283
eftoit rempli de tout ce que
la Cour a de plus diftingué.
Chacun ayant pris la place ,
M' de Niert , premier Valec
de Chambre du Roy , apporta
un carreau , qu'il mit aux pieds
de S. M. M ' le Duc de Lorraine
arriva auffi - toft aprés
Ce Duc fit trois profondes
reverences en s'approchant
de Sa Majeſté qui ne fe leva
point , & ne le découvrit pas.
Enfuite il quitta fon épée , fon
chapeau & fes gands que reçûc
M'de Gêvres, comme premier
Gentilhomme
de la Chambre.
M de Gefvres les devoit
Aa ii
284 MERCURE
remettre à un Huiflier , mais
la foule ſe trouva fi grande
que l'Huiffier ne put avancer.
+ M' le Duc de Lorraine fe
mit à genoux fur le carreau
qui eftoit aux pieds du Roy,
& S. M luy prit les mains
jointes entre les fiennes ,
durant
que le ferment fut lû à
haute voix , par M' le Chancelier,
& que Monfieur le Duc
de Lorraine prefta foy & hom-:
mage au Roy pour le Duché
de Bar & autres Domaines
mouvans de la Couronne , en
execution du traité de Rifwick ,
& en la maniere qu'avoit fait
GALANT. 285
le Duc Charles fon grand Oncle
en 1661. M' le Duc de
Lorraine promit d'observer le
Serment que lut m'leChancelier.
Enfuite le Roy fe leva ;
fe découvrit , fe recouvrit auffitoft,
& fitcouvrir Monfieu leDuc
de Lorraine. Tous les Princes
que j'ay nommez fe couvrirent
en même temps . Le Roy
répondit à M' le Duc de Lor
raine lorſque ce Duc prononça
les dernieres paroles
par lesquelles il acheva de
prefter fon Serment ; & moy ,
Monfieur , puifque vous m'en
286 MERCURE
affurez , je vous feray connoiftre
que vous trouverez en moy un
bon amy
,
& un bon voifin.
"
Le Roy fe retira enfuite dans
fon Cabinet , où M' le Duc de
Lorraine entra un moment
aprés. Il y demeura quelque
temps , & le Roy dit, quand
ce Prince en fut forri
qu'il avoit peu vû de perſonnes
de fon age entendre fi
bien fes affaires , & en parler
fijutte .
Le Jeudy 26 il alla à la Chaf
ſe au Cerf à Fremont avec les
Equipages de M ' le Chevalier
de Lorraine. Il y cut un tresGALANT
. 287
magnifique repas . M ' le Che
valier de Lorraine en devoit
faire les honneurs , mais m'le
Comte de Marfan les fit pour
luy.
LeVendredy matin , Monfieur
le Duc de Lorraine , alla
voir l'Eglife Noftre Dame &
l'Arfenac- Ce Prince alla l'aprefdînée
au Château de Meu -
don , dont il vit les Apartemens
, & les Jardins . Il revint
enfuite à Paris a l'Opera de
Proferpine.
Le Samedy , il alla voir les
Ecuries , les Eaux & les Jardins
de Verfailles , Trianon &-
288 MERCURE
la Menagerie , & au retour ,
ce Prince alla à l'Hoftel des
Comediens François où l'on
joüa l'Athenaïs.
Le Dimanche il alla à la
Chaffe au Loup . L'apreldînée
il prit le divertiffement d'un
Opera nouveau, intitulé Mar.
tesie dont la Mufique eft de M'
Deftouches , & le foir , Mi le
Comte de Marfan luy donna
un magnifique foupé .
Ce Princea efté aujourd'huy
à Marly, & à Trianon , & il doit
partir demain pour fe rendre
en Lorraine , comblé des bon .
tez du Roy , & de les manieres
GALANT . 289
>
res
honneftes &
engageantes.
Il feroit mal ailé d'exprimer
tout ce que Monfieur a fait
en cette occafion . Il a paru
grand & magnifique
en tout ;
tendre Pere , Beau Fere tout
rempli de bonté & d'amour
pour fon Gendre , Prince fçavant
dans tout ce qui convient
à un Prince de çavoir pour
vivre avec les autres Princes ,
& fcachant , par fon efprit &
par fes lumieres , le tirer fur le
champ des embarras où des
incidens impréveus les pour-
Novembre 1699. Bb
290 MERCURE
TALOUS
Toient jetter. Je fuis , Madag
me , voftre & c.
.
A Paris ce 30. Novembre 1699.
Page 244. ligne s . du Mer
cure précedent , au lieu de ces
mots , entr'autres à Madame
la Ducheffe , lifez entre'autres
à la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame la Ducheffe
.
Dans les Stances à M ' de
Pointis , page 167. au lieu de
On voit encore ta gloire , il
faut On voit briller ta gloire .
En parlant des Cardinaux ,
on a mis le Pere General des
Fucillans , au lieu de mettre
le
Procureur General des Fueillans
LYON
DE
25525252525525222
TABLE.
P
Relude.
Sonnet 6 .
Infeription pour la Statuë Eque.
fire du Roy
Projet d'Hiftoire
8.
10.
Hiftoire du Diocefe de Bayeux
divifée en deux parties 19.
Nouvelles de Perfe
49 .
Eftahliffement d'une nouvelle
compagnie de Penitens
Lettre de Madame de SalieZvi-
63.
65. guiere d'Alby
Le Solitaire on l'éloignement des
emplois
78.
TABLE.
Grains de multiplication 92.
Lettre fur l'Hiftoire des Sybilles
95 .
Lettre curieufe où il eſt parlé dune
Serrure dune Invention
Le Ramonneur , conte
particuliere
Madrigal
Sonnet contre le feu .
Idille
117 *
126 .
i35.
137.
-139.
Lettre pour trouver le nombre
d'Or de la prefente année 144 .
Arrefts , Edits & Declarations
Iso .
Defcription d'un Poële de nouvelle
Invention
153
Recueil de Difcours de HaTABLE.
161
rangues
163.
Le Celibat volontaire
Droits des Seigneurs dans les
170.
Eglifes
Dictionnaire de Moreri 171.
Reffe de Mademoiselle de Scudery
à My ficur l'Abbé Geneft
4Jem bléepublique de l'Academie
des Sciences
173.
179.
Ouverturedes Audiences du Parlement
& de la Cour des
Aides Mercuriale faite
en lagrande Chambre 184.
Retour de lafanté de M² le Begue
222.
douce on fe trouve tout ce
TABLE.
qu'ily a de curieux à Paris
266 .
Morts
122
Arrefts
233.
Aurre´article de Moris
41
Satire fans chan.
Nouveaux Cardinaux 250.
Nouvelles de l'Efu !
253.
Modes 2; 3.
Enigmes
259.
Versfur le depart de Madame la
Comteffe de Salisbery
260.
Entrée de M l'Ambaſſadeur
d'Angleterre
.
264.
Entrée de M' l'Ambaſſadeur de
Venife
265
Journal de ce qui regarde
Duc de Lorraine.
TABOFE
68.
1893
Avis pour per les Figures.
L'Air qui commence par ,
Bacchus dont j'aime la liqueur,
doit regarder la page 91.
L'Air qui
commence par,
Reviens affreux Hiver , doit
regarder la page 178.
DE
MERCURE
GALANT(CON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1699 .
LYON
#18931
A PARIS
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant.
WOX
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
Avec Prívilégé du Roy.
น
ن ا د ن ا
AU LECTEUR.
[Lys lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tant d'années
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres quifetrouvent dans
les
Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantus
A ij
AU LECTEUR.
dedéfigurez, eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en en-
•voyent d'yprendre garde
sits veulent
que !
propres foient corrects . On
avertit encore qu'on neprend
aucun argent pour ces Me-
>
les
noms
maires , qu'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les
envoyeront en
affranchissent le port.
MERCVRE
GALANTE
NOVEMBRE 169
O
LYON
/113
Uoyque je vous
aye déja envoyé plufieurs
Ouvrages fur
la Paix concluë à Rifwick , le
Sonnet que je fais fervir de
commencement à cette Lettre
, eft trop beau pour pou-
A iij
6
MERCURE
voir me difpenfer de vous l'envoyer
,fur ceque la matiere n'en
eft pas nouvelle. Il a pleu à
tous ceux qui l'ont entendu
lire , & ie fuis perfuadé qu'il
ne vous plaira pas moins.
AU ROY.
APpliqué dés l'enfance au bien
de tes Sujets ,
Dans tes Eftats troublez tu diffipas
l'Orage ;
Et ton amour pour eux , par de
juftes arrests ,
Du Demon des Duels fçent
étouffer la rage.
GATANT.. 7
20
Dans un âge plus meur› , plein
de vaſtes projets ,
On te vit traverſer les Fleu -
ves à la nâge ,
Vaincre tes Ennemis , leur im -
pofer la Paix ;
Et l'Herefie éteinte acheva ton
Ouvrage.
Ace coup , tout l'Enfer s'éleva
contre toy
Tu triomphois encore ; en cet inftant
, grand Roy ,
Ton peuple gemiffant s'offrit à
ta memoire.
A iiij
8 MERCURE
S
La tendrese de Pere arrefta le
Heros , liqq se mu znali
Et quels que foient tes faits , ta
plus belle Victoireysel )
Eft d'avoir immoléta gloire à
fon repos
le
pos
Voicy un vers Latin fur la
Statue Equeftre du Roy qui
exprime bien le grand air &
port majestueux de ce Monarque
. Il eſt de M Saro de
Bordeaux , & fait connoiftre
que le fpectacle de cette bel
le Statue n'eft pas feulement
pour Paris , mais pour l'Uni
vers entier.
GALANT. 9
Talife ore ferens Lodoix often.
ditur orbi.
Je vous envoye un projet
d'Hiftoire du Diocefe de
Bayeux, avec le Jugement des
Ecrits dé feu M ' Petite , Official
, fur cette matière . Il eft
de M' de la Fevrerie de Coû.
tance , & contient deux plans ,
fur lefquels il fuplie les connoiffeurs
de vouloir marquer
leur fentiment. Si quelques ·
uns prennent intereft à cette
Hiftoire , foit dans la Province
ou ailleurs , il leur fera obligé
, s'ils veulent bien pren -
dre la peine de l'aider de leurs
-
10 MERCURE
Memoires & de leurs Confeils
, ce qu'ils pourront faire ,
ou en luy écrivant directement
prés de l'Eglife S Pierre à Coutance,
ou en les adreffant au St
Brunet ,Libraire à Paris , dans
la grande Salle du Palais .
PROJET D'HISTOIRE.
A
Prés avoir lû avec aplication
, & examiné foigneufement
les memoires deм '
Petite , j'ofe avancer dans un
efprit entierement dépoüillé
de prevention & de critique ,
que je n'ay jamais vû d'ouvra
GALANT.
II
ge plus fterile, & qui ait moins
d'agrément ; car enfin fans
parler du ftile qui en eft pitoyable
, de la confufion des
matieres & des fautes qui
y font frequentes , on n'y
trouve rien qui faffe plaifir ,
& qui foit d'une grande utilité.
Quel fruit & quelle édification
pour les ames pieuſes
& devotes dans les Vies des
Evêques & des Saints du Diocele
de Bayeux ? Quelles lumieres
& quelles découvertes
pour les Sçavans , dans les an,
tiquitez des Villes & des autres
lieux du Beffin ? Quel in
12 MERCURE
tereft & quelle fatisfaction
pour la Nobleffe de ce canton
, dans les recherches de
fes Terres , de fes Familles ,
de fes Armoiries ? Enfin quel
plaifir & quel attachement
pour un Lecteur indifferent ,
& qui n'eft point de ce Dio.
cefe, dans plufieurs catalogues
de Paroiffes & de Chapelles ?
Ajoûtez à cela un ennuyeux
détail de Rubriques & de
Ceremonies d'une longueur
mortelle .
Un Hiftorien peut eftré
court & fuccint en deux manieres
, l'une quand il s'arrefte
GALANT.
13.
à un petit nombre de faits &
d'évenemens principaux , mais
dont il décrit toutes les circonſtances
dans une cample
narration : l'autre , quand il
ramaffe & qu'il joint beau
coup de faits dont il retran -
che toutes les circonftances
inutiles , & qu'il raconte en
peu de paroles . Dans l'une
il abrege la matiere , dans
l'autre le difcours , & dans
toutes les deux , il eft bien
digne de louanges quand ils
eft habile. Mais fouvent il
devient ennuyeux , obfcura,
& cmbarraffé. Peu de faits &
14
MERCURE
beaucoup de paroles laffent
& degoûtent le Lecteur. Un
grand nombre d'évenemens
& de matieres entaflées les
unes fur les autres , & qu'il
faut entendre
à demy mot
le rebutent & l'embarraffent
On ne sçauroit dire laquelle
de ces deux methodes M' Petite
a ſuivie dans fes Memoires
, ny en quoy il eft plus
digne de louange que de
blâme , car il n'a raffemblé
que les chofes qui paroiffent
effentielles , & il les a traitées
d'une maniere fimple & concife
, fans réflexions , fans fen.
GALANT.
15
tences , fans digreffions , ficon
en excepte quelques differta
tions qui ne font pas abfolument
inutiles. Cependant il
a fait une Hiftoire extremement
longue & fort ennuyeufe
; mais à le bien prendre ,
ce n'eft icy qu'une Hiftoire
informe & confuſe qu'il n'avoit
fait qu'ébaucher ; & comme
les materiaux d'un grand
édifice contiennent dix fois
plus de place que , le bafti
ment , il ne faut pas s'éton
ner fi les écrits de M Petite
compofent neuf Volumes qui
n'en feroient qu'un raiſonna
16. MERCURE
ble s'ils eftoient bien mis en
oeuvre. Mais ce ne font que
des pieces faufilées enſemble
& fans aucun ordre , ou tout
au plus , ce n'est qu'un Dictionnaire
du Dioceſe de
Bayeux ,Dictionnairedécharné
qui n'a que la peau & les os , >
rien de curieux & de recher
ché , rien d'expliqué & d'ap .
profondi , nul tour , nul ſtile
d'Hiftorien. S'il y a quelque
érudition , elle confifte en des
citations de Poëtes de peu
d'importance , & qui ne don
nent pas grand ornement à
l'Quvrage . Le nombre desc
GALANT . 17
Auteurs dont M' Petite s'eft
fervi eft mediocre , auffi bien
que le choix qu'il en a fait.
Ils font communs & d'une
autorité peu confiderable
pour la plûpart : mais où en
trouver de rares , & de recherchez
fur cette matière ? Quand
on a dit que pour travailler
fur ces memoires , il falloit
beaucoup de Livres , & fouiller
dans les Bibliotheques curieuſes
, il me femble qu'on n'a
pas bien examiné la chofe, ou
qu'on a voulu dire qu'il falloit
recomm ncer tout de
nouveau cette Hiftoire ,
Novembre 1699 . B
a
18 MERCURE
moins que d'eftre comme M'
l'Evêque d'Avranche qui ne
trafique , & ne fait des courfes
fur la Mer des belles Lettres
, qu'avec une nombreuſe
Flotte de Vaiffeaux de haut .
bord , & montez du premier
rang. M' Petite au contraire ,
s'eft contenté d'écumer la
Mer du Beffin avec un fimple
Brigantin & quelques Flutes.
Je ne fuis donc pas du fentiment
que pour le fuivre on
ait befoin d'un grand appareil
de Vaiffeaux; ou pour quit,
ter la Metamorphofe , & pour
parler plus naturellement, qu'il
I
GALANT. 19
er
S
foit neceflaire de tant de livres
& d'avoir recours à tant
de Bibliotheques pour ſe ſer -
vir de fon ouvrage , à moins ,
e comme j'ay dit , qu'on ne
veüille faire une Hiftoire toute
nouvelle du Dioceſe de
Bayeux: car fim Petite a épuisé
dans les bonnes fources , comme
M' Huet en convient luymême
, on doit fe contenter
des Auteurs qu'il a cirez , &
ne pas s'embarraffer dans une
plus longue recherche , qui ne
feroit que groffir cette Hiftoi.
re, & la charger inutilement.
D'ailleurs , comme on n'a pas
Bij
20 MERCURE
lieu de douter de la bonne foy
de M' Petite , & que je fuis
perfuadé que fes erreurs &
fes égaremens ne ´viennent
pas de fes guides , mais de ce
qu'il les a fouvent abandonnez
pour marcher feul , je ne voy
pas qu'il foit befoin de verifier
fur les lieux tous les paffages
qu'il a citez. Ce leroit fe
fatiguer en vain . Tout ce qu'il
y a donc à faire, c'eſt d'obferver
exactement fes pas &
fes démarches , afin de le re 1
dreffer dans les lieux où il s'eft
égaré : & qui eft Hiſtorien
de plus exact & le plus fidelGALANT.
2
S
२
1
"
le qui ne fe trompe pas que!-
quefois ? M' Petite eft en ce
cas plus excufable qu'un autre.
Il n'étoit point du Dioceſe de
Bayeux , & il n'en connoiffoit
le Païs & la Carte , que pour y
avoir paffé feulement , je veux
dire que par les lumieres que
fa Charge d'Official luy avoit
données. Enfin , cette Hiſtoire
eft fon coup d'efſay , & je ne
fuis pas furpris de quelques
-bévues qu'il a pû faire , je le
ferois bien davantage s'il n'en
avoit point fait On pourroit
l'accufer d'un peu de temeri -
té dans cette entrepriſe , mais
22 MERCURE
au refte cette temerité eft pardonnable
, & même elle merite
quelques louanges pour
un travail auffi difficile , & qui
luy a couté une longue & penible
étude. M' l'Evêque d'Avranche
& plufieurs Sçavans
qui ont leu fes écrits , en ont jugé
de la forte, & font demeurez
d'accord qu'il y a de tresbonnes
chofes. Qu'en puis- je
dire davantage, ou plutoft que
veut - on de moy fur ce fujet
?
On fouhaiteroit que je dif
pofafle ces memoires avec plus
d'ordre & d'oeconomic qu'ils
GALANT.
23
г
i
ne le font ; & que je les miffé
en noſtre Langue, afin de les
rendre plus utiles au public ,
& fur tout aux peuples du Dio.
cefe de Bayeux. Que fçay - je ?
Ne les confiderant que com.
S me de fimples materiaux , &
me regardant comme un habile
Architecte , on voudroit
peut estre que j'en fiſſe un Bâtiment
régulier ; mais comme
je fens mon incapacité plus
que perfonne , & que je ne
m'infatuë pas de la bonne
opinion que l'on peut avoir de
moy , je regarde cette entreprife
beaucoup au deffus de
24 MERCURE
mon genie & de mes forces .
Il me faudroit des lumieres &
une fanté que je n'ay pas pour
m'en bien acquirer . De plus ,
quel honneur & quelle gloire
à prétendre dans cette entreprife
? Ne courrois je pas rifque
de perdre le peu de réputa
tion que je pourrois avoir ,
puifqu'on ne manqueroit pas
d'attribuer
a M' Petite tout
ce qu'il y auroit de bon dans
cet Ouvrage , & de m'impu .
ter toutes les fautes qu'il auroit
faites? Enfin je ferois cau.
tion de toutes fes béveuës , &
redevable
à foa travail de toutes
*
GALANT
25
5
tes mes recherches & de toutes
mes lumieres .
Cependant pour fatisfaire
en quelque maniere aux defirs
de mes amis , & pour répon .
dre aux fentimens fentimens
avan -
tageux qu'on a fait prendre
de moy à Monſieur l'Evê -
que de Bayeux , j'oſe me commettre
dans certe entrepriſe
ou plutoft le zele & le devoüement
que j'ay pour fa Grandeur,
me font paffer par deffus
toutes autres confiderations
.
afin de luy complaire en cette
rencontre , en luy donnanc
une marque auffi effentielle
Novembre
, 1699.
C
26 MERCURE
de mon respect & de ma foû.
miffion à fes ordres ,
Dans cette veuë , j'ay donc
relu & examiné a fond ces
Memoires ; enfin je les ay tournez
de tous coftez , pour voir
quelle forme je leur pourrois
donner mais foit manque de
genie ou d'invention , je n'ay
pû trouver que les deux plans
que je vais expofer icy à la cenfure
des Connoiffeurs & des
Critiques , ou plutoſt ſur leſ
quels je demande leur confeils
& leurs fentimens , car quelle
idée noble & fublime à la
veue de ces Memoires ; l'efprit
GALANT. 27
S
S
S
·
eft - il capable de concevoir ?
Voicy le Titre & toute l'économie
que M Petite a don
née à cette Hiftoire , dont je
ne pretens pasfaire icy une critique
dans les formes , mais je
ne puis pas en paffant m'em..
pêcher de jetter les yeux f
fur
le frontifpice de ce vaſte Bá -
ftiment quia fi peu de nobleſſe
& de bon gouft ; on en va ju .
ger. Hiftoria Bajocenfis perfonas,
res , acta Clericorum Regularium
, & Laicorum complectens ,
in tres diftributa titulos vel partes.
Prima per capitafummatim,
Secunda per tempora brevi chro-
C 1)
28 MERCURE
nico. Tertia per themata toto in
operefuſius diſperſa . Ordre ſim -
ple & general , ou plutoft or -
dre groffier & barbare , & que
j'appellerois volontiers un Ördre
Gothique dans l'Hiftoire
comme dans l'Architecture ,
& qui ne fe trouve que dans
les Auteurs de la baffe latinité.
Quand cet Ecrivain a dit per
themata toto in opere fufius difperfa
, il devoit dire confufius
avec juftice , & à la Lettre
dans le defordre & dans le
dérangement où font ces Memoires
& pour exprimer
le veritable caractere de fes
écrits.
GALANT. 29
Voicy l'ordre different que
j'y ay apporté, & les deux plans
que j'en ay tracez, en donnant
à cette Hiftoire plus ou moins
d'étenduë , felon la diverfité
des goufts qui pourront choi
fir du grand ou du petit deſfein.
Voyons le premier.
HISTOIRE
Du Diocefe de Bayeux, divifée en
deux Parties.
La premiere , traite de l'état
ancien & prefent du Beffin , des
Villes & Bourgs qui le compo .
fent , comme Bayeux , Cain , Vire;
Ciij
30 MERCURE
de leur Gouvernement Civil &
Politique & des chofes les plus
carienfes , & les plus remarquables
qui s'y rencontrent, & quiy
font arrivées.
tre ,
竟
La f conde , contient les Vies
des Evêques des Saints du
Diocefe ,Jon Gouvernement Spirituel
& Eclefiaftique , le Chapiles
Abbayes , les Ordres
Religieux , les Fondations e
Le tout recueilli des Memoire's la.
tins defeu Monfieur Petite , Official
& Grand Vicaire de Bayeux .
Part of a
On divife ce deffein en deux
Parties , qui contiennent fepa
GALANT.
31
rément toutes les chofes Saintes
, & Profanes , Eclefiafti-
1. ques & Seculieres du Dioceſe
Jde Bayeux ; & ces deux Parties
compofent deux juftes Volumes
, diviſez'chacun en fix Livres
, dont voicy les Sommaires
, qui font voir la diftribution
, & l'économie de tout
l'Ouvrage.
SOMMAIRE
Des Livres de la premiere Partie.
LIVRE I.
Deffein de tout l'Ouvrage ;
l'origine du nom du Beflin ,
fon étendue , fa deſcription ,
leschofes les plus confidera .
C iiij
32 MERCURE
bles qui s'y trouvent , de fon
Gouvernement ancien & moderne
, les moeurs des Peuples
du Beffin .
LIVRE II.
L'Hiftoire des Comtes du
Beffin. L'Etat de la Nobleffe
avec les Armoiries des principales
Familles. Les Terres nobles
& les dignitez du Beffin ,
comme Comtez , Baronnies,
& les Chasteaux & les Fortereffes
du Beffin-
LIVRE III.
Les Villes & les gros Bourgs
du Beffin . Fondation de la
Ville de Bayeux , fes AntiquiGALANT
. 33
+
S
tez , fon Gouvernement Civil
&
Politique
; les Guerres &
les Sieges qu'elle a foufferts ;
les Rois & les Princes qui y
ont fait leurs entrées .
LIVRE IV .
穢Fondation de la Ville de
Caen , & de fon Univerfité ,
fes Antiquitez , fon Gouvernement
Civil & Politique
Guerres & Sieges de la Ville
de Caën .
LIVRE V.
Fondations de Vire , de
Thorigny , Condée , Tinche
bray, leurs Antiquitez , leurs
Gouvernement Civil & Po34
MERCURE
litique ; ce qui s'y eſt paſſé de
plus remarquable.
LIVRE VI,
Les Monumens , les Hommes
illuftres , & les plus célé
bres Ecrivains du Dioceſe de
Bayeux , avec un Catalogue
de leurs Ouvrages
..
SOMMAIRE
des Livres de la feconde Partie.
LIVRE I.
De l'Antiquité du Dioceſe
de Bayeux , de la dignité , &
des prérogatives de fes Evêqués
, changemens arrivez
dans l'Eglife de Bayeux , fon
état prefent, Sinode tenu l'an
mil trois cens .
GALANT. 35
LIVRE II.
Divifion de ce Dioceſe &
fon étendue , fes Paroiffes , fes
Doyennez, fes Chapelles . Du
Chapitre de Bayeux , les Pićbendes
, fes Dignitez . Dela
maniere d'affembler le Cha
pitre , fon Gouvernement Spi
rituel & Eclefiaftique. Les
Perſonnes les plus illuftres ,
qui ont poffedé des Benefices
dans ce Dioceſe .
LIVRE II .
Fondations des Collegiales ,
des Abbayes , des Prieurez ,
des Hôpitaux , des Maladres
ries & des Ordres Religieux
26 MERCURE
de l'un & de l'autre fexe dans
tout le Dioceſe . Ceux qui les
ont faites , & les Perfonnes les.
plus confiderables qui les ont
poffedez.
LIVRE IV .
Les Vies des Evêques de
Bayeux. Le ferment de fi .
delité qu'ils preftent au Roy ,
à l'Archevêque de Rouen , &
à l'Eglife de Bayeux . Ce qui
s'eft paffé de plus memorable
fous leur Pontificat .
LIVRE V...
Les Conciles où ils ont affif.
té. Les Sinodes qu'ils ont tenus,
leurs Reglemens & leurs
GALANT.
37
Conſtitutions . La Rubrique
de a Cathedrale de Bayeux .
Les Rites , & les Ufages de
quelques Eglifes de ce Diocefe.
LIVRE VI.
Les Vies des Saints Particuliers
du Diocefe de Bayeux;
des Reliques qui y font en vénération
,avec quelques Réflé
xions Chrétiennes fur toute
cette Hiftoire pour les Ames
Dévotes qui la liront.
Voicy un autre deſſein .
Les Vies des Evêques de Bayeux.
Où l'on voit ce qui s'eft paffé
de plus remarquablefous leur Pon38
MERCURE
tificat , & dans le Gouvernement
·Spirituel & Temporel de ce Diocefe
, avec fon Antiquité & fes
Prérogatives. Le tout recueilli
fuivant l'ordre Chronologique des
Memoires Latins de Mª Petite,
Official de Monfeig. de Nemond,
Evêque de Bayeux .
Voicy l'Analife ou l'Idée
générale de ce deffein , qu'on
divife par Chapitres , dans lefquels
on fait entrer fommairement
tous les Memoires de
M ' Petite .
On met à la tefte des Vies
des Evêques , les deux Differtations
de l'Antiquité du Dio,
GALANT.
39
J.
cefe de Bayeux , & de la Di
gnité de fes Prélats , avec ſon
étendue & fa deſcription ; ce
qui fait l'entrée & le préam ;
bule de l'Ouvrage
.
Enſuite , la Vie de chaque
Evêque , contient fon nom
le lieu de fa naiffance , fa Fa -`
mille , fes armoiries , fon portrait
, fes bonnes & fes mauvaifes
qualitez , fous quel Roy
de France ou Duc de Normandie
il a eſté fait Evêque .
L'état alors de fon Dioceſe ,
les perfonnes dont il s'eft ferpour
le gouverner , les Sinodes
qu'il a tenus ,
vi
les Re40
MERCURE
glemens qu'il a faits , les Conciles
où il a affifté. Ce qui
s'eſt paſſe de plus remarquable
pendant fon Pontificat ;
comme les Fondations d'Hôpitaux
, d'Abbayes , & d'Or .
dres Religieux de l'un & de
l'autre fexe. Les Eglifes & les
Baftimens publics. Les Guerres
, les Sieges de Villes & les
autres évenemens extraordinaires.
Enfin à quel âge , en
quelle année , & en quel lieu
il est mort ; & combien de
temps il a gouverné l'Eglife
de Bayeux. Après quoy on
fait mention fuccintement du
GALANT. 41
+
1
Chapitre , des Chanoines , des
Doyens , des Perfonnes diftin
guées par leur naiſſance ou par
leur merite , tant du Pays ,
qu'Etrangers , qui y ont poffe .
dé des Benefices . Des Hommes
Illuftres , & des Ecrivains
celebres de ce Dioceſe . A la
fin de tout lOuvrage , on met
un ample Catalogue des Paroifles
& des Chapelles , des
Prébendes & des Dignitez ,
des Abbayes & des Prieurez
pour la curiofité des Lecteurs .
On fera tel changement
que l'on jugera àpropos
deux deffeins.
Novembre 1699. D
à ces
42 MERCURE
Le premier, quicft plus vafte,
comprend généralement tous
les Memoires de M : Petite ,
& même d'une maniere plus
étendue, quoyque dansla nar
ration on en puiffe retrancher
beaucoup de chofes inutiles ,
ou de trop peu de confequence
pour y entrer. Car qu'on ne
s'imagine pas , que ce ne foit
icy qu'une Traduction Françoife
de ces Mémoires Latins.
J'en tire feulement les chofes
les plus éffentielles , & les plus
remarquables , pour en faire
une Hiftoire toute nouvelle ,
qui fans faire tort à M' Petite,
GALANT. 43
1
fera un pur Ouvrage de ma
s façon .
€
Le
ſecond
deffein ,
quoyque
plus petit , & moins
étendu ,
-ne laiffera pas de contenir
tout
ce que cet Auteur
a ramafle
de plus curieux, mais d'une ma
niere plus ferrée & plus fuccin.
te, en abregeant
les Titres , &
les Catalogues
qu'on mettroit
en Table à la fin . Pour le ftile,
on ] tâchera
dans l'un & dans
l'autre de le conformer
à la
matiere
, & fur tout de le rendre
concis & propre àl'hiſtoire
.
Le petit deffein
ne deman
de pas moins de temps que le
Dij
44 MERCURE
grand , & l'execution en eft
moins agreable & plus difficile
, toûjours refferré dans les
bornes de la Chronologie
, &
fans ceffe appliqué à arranger
les évenemens fous chaque
Epoque ; ce qu'on appelle un
caffe-tefte , dans lequel il eft
prefque impoffible d'éviter
l'obfcurité , & de donner aucun
agrément à la narration .
Il n'en eft pas de même du
grand deffein. L'Hiſtorien a la
liberté d'égayer la matiere , &
d'embellir le recit de defcriptions,
de Sentences & de mille
chofesqui rendent une HiftoiGALANT.
45
I
e
1
ire agreable; mais enfinjene fuis
pas libre fur le choix , il apparstient
auPublic; mais foit qu'on
prenne l'un ou l'autre deffein ,
on a beſoin d'inſtructions plus
particulieres pour les Vies des
1 Evêques, & des Saints du Dio-
1 cefe de Bayeux ; car ce qu'en
a raporté M Petite , eft rrop
fec & trop abregé. Il eft vray
qu'il eft prefque impoffible
d'avoir de grandes lumieres
là deffus , quelques recherches
qu'on faffe.
Perfonne ne s'intereffe dansles
Hiftoires particulieres : celles
mêmes des Provinces les plus
46 MERCURE
confiderables de ce Royaume
attirent la curiofité de peu de
gens. Il ne faut donc pas s'attendre
, que celle cy , qui ne
contient qu'une partie de la
Baffe Normandie , trouve un
gtand nombre de Lecteurs.
Les Sçavans & les Curieux du
Siecle enteftez de l'Antiquité ,
negligent l'Histoire de leur
Pays , plus touchez de la
Grece & de l'Italie , que de leur
Patrie , fe mettent plus en
peine des ruines de Rome &
d'Athenes , que de la Fondation
des Villes qu'ils habitent,
& qui leur ont donné la naif-
›
ノ
GALANT.
47
1.
0
1
e fance. Les autres qui n'aiment
que ce qui parle du Nouveau
Monde, ne prennent plai ,
fir qu'aux Livres de voyages,
fiers de fçavoir la deſcription
de l'Amerique , & peu hon!
teux d'ignorer la Carte de leur
Province. De là vient cette
grande négligence d'écrire
nôtre hiftoire,&cetre groffiere
ignorance des chofes qui concernent
noftre Nation , & hos
affaires . Si chacun avoit eu la
curiofité de remarquer dans
les temps , les choles les plus
confiderables quifle font palfées
dans la Province, ou dans
48 MERCURE
fon Canton , & d'en laiffer des
Memoires à la pofterité , que
de doutes éclaircis , que de
conteftations finies , que de
fables réfutées , que de tenebres
évanouyes , que de fauffes
conjectures
, que de recherches
innutiles ! C'eft ce
qui arriveroit des Memoires
de M Petite fi quelque Curieux
de cette Province , ou de
ce Dioceſe , où il y a tant d'ha
biles gens , déterroit les Ma .
nufcrits en faveur d'un grand
Evêque, quipropoſe cet Ouvra
ge au Public pour contenter la
pieté , & pour l'édification de
fes
GALANT.
49
fes Peuples le demandent .
Vous voulez bien que je
e vous faffe part de quelques
= nouvelles de Perfe , du 31 Octo
bre de l'année dernier . Voi
Icy ce qu'elles portent,
Le mois paffé , l'Ambaffadeur
de Mofcovie étoit toû
jours retenu dans fon Palais à
Hilpahan , pour ne vouloir pas
t donner les Lettres de lon
Maitre qu'au Sofy en main
propre,contre le ftile pratiqué
en cette Cour. On y attend
un autre Ambaffadeur de
Moſcovie, nomméFabricius , on
autre de Suede,un de Pologne ,
Novembre 1699. E
5.
MERCURE
17
qui eft un Georgien , & un
de la Porte , qui va prendre
poffeffion de Baffora retir
par les Perlans des mains des
Arabes.songt
ob and
On écrit de Spaham que
les Hollandois veulent faire
chaffer les Portugais de
Congo, notash urejen zrnuj
On attend à Spaham M
l'Archevêque d'Ancyre, Ambaffadeur
du Pape , SYDAM
Je vous enyoye la copie
d'une Lettre écrite de Hama
dan à M. de S. Olon Made , par
M' l'Évêque de Babilone ton
Frere, lo¶ abnu , about ab pijns
+6281 Sidmouck
GALANT . se
A Hamadan , le
1
bre 1698.
L
24
Novem
A Victoire qu'on dit que
le Kam ou Gouverneur
de cette Ville , & General des
Troupes de Perfe , a depuis peu
remportée fur Soliman Beigk ,
Prince Curde vers Mouffel ,
ancienne Ninive , m'ayant
donné occafion d'en aller faire
compliment à ſon Janifchim
ou fous- Gouverneur , je
luy fis
is demander Audience ',
& j'y allay en Ceremonie avec
mes trois Compagnons vers
les deux heures aprés midy.
Le S. Jofeph , jeune Catholi -
TOTO EN Eij
joen
53
MERCURE
>
que Armenien de Teflis , &
le S Harentius , riche Marchand
d'Akoulis , & Catholique
d'autant plus zelé qu'l
n'y a point la de Miffion
m'y accompagnerent
.On nous
avoit prefté des Chevaux , &
nous eſtions tous affez bien
montez. Nous avions des
Baltons de Spahan qui font
d'un Vernis admirable de diveries
couleurs tres vives . Nos
Chapeaux vous aurojent fat
rire , m is tout eft bon icy ;
ils font bordez de dentelle
d'or & d'argent avec des audaces
. L'un étoitnoir, l'autre
GALANT.
53
J
couvert de Drap rouge avec
un galon de faux or , l'autre
couvert de taffetas vert , &
l'autre de tabis bleu . Outre
que ces couvertures les confervent
, vous fçaurez que les
Perfans n'aiment point le noir.
LeChapeau rouge eft une vieille
relique d'un Franc qui a efté
icy quelque tems , & c'est le
Chapeau de Ceremonie de M'
Roch , l'un de mes Miffion-
1 naires , qui les jours de Ferie
1
1
porte le Bonnet comme les
autres , avec les fouliers ferrez
à la Perfienne , auffi bien
que moy , qui ay neanmoins
E iij
54. MERCURE
pour les Festes , quelques anciennes
Pantoufles de velours
vert , avec des Gants fourrez ,
couverts de drap vert que j'ay
apportez de Spahan .
Dans la Cavalcade , le S.
Roch qui eft bon Cavalier
marchoit devant comme le
Conducteur & Maiftre des
Ceremonies. Je venois aprés
feul , mais entouré de plufieurs
Valets dont une partie étoit
d'emprunt. Les Sieurs Parizot
& Belay , auffi Miffionnaires ,
fuivoient en droite ligne , &
aprés eux le S Jofeph , Interprete
titulaire fçachant l'Itat
GALANT
55 is
5
5
hen , & enfin le S Harentius .
Après avoir traverſe une gran
de partie de la Ville , où a quelques
Ofneziens prés , tout le
monde nous beniffoit , nous
arrivâmes au Palais du Janif.
chin & nous entrâmês ¹à cheval
dans fa Cour , qu'on dait
plûtoft nommer un grand &
beauJardin avec des eaux plattes
, y en ayant ſeulement un
Jet & des allées à la Franque ,
mais fort étroites . Nous y fûmes
receus par les Officiers ,
Fuziliers & Serviteurs de
ce Seigneur qui eft âgé
d'environ quarante ans , beau ,
,
E iiij
56 MERCURE
bienfait & affez poli.lls étoient
tousen hayejufqu'à une grande
Salle ouverte , donnant fur
le Jet d'Eau, entourée de Parterres
de fleurs , dans laquelle
fon Excellence nous reçut .Elle
me fit affeoir à la droite , &
M' Roch & fes autres Confre,
res à ſa gauche. Le S Haren .
tius demeura debout auprés
d'eux , & l'Interprete, Jofeph
auprés de moy.al's 290 35 3 : T
Je commençay par le com
plimenter fur les Victoires du
Kam , parlant Italien à Jofeph
qui le luy redifoit en fa langue
, car le Janilchin¸ GeorGALANT.
17
gien de Teflis , entendoit peu
L'Armenien. Noftre colloque
dura prés d'une heure , & il
me répondit avec beaucoup
• d'efprit & d'honnefteté , de
forte qu'il me fembloit que
je traitois encore avec Mle
Comte de Crecy à Ratifbonne.
Il affirmoit avec tant d'af- ne..!!
fectation , tout ce qu'il me
difoit , qu'il fe fervoit louvent
de ces paroles. Non funt fermones
nec loquela. Je répondis
de mon mieux à fes civilitez,
& je vous avoue que pour lors
je defirois dans mon coeur
un peu de voſtre éloquence &
58 MERCURE
de vos fpirituelles repliques
l'Empereur de Maroc . Il ne
manqua pas de faire mention
dans cette Conference , de l'amitié,
correfpondance & bonne
intelligence qui eſt entre
noftre grand Monarque &
le Sofy.
Je pris de- là l'occafion meditée
de luy dire que Sa Ma.
jefté Imperialé de France ,
ayant fceu que Baffora étoit
entre les mains du Sofy ; en
avoit conceu tant de joye ,
qu'elle m'avoit expedié fis
Patentes de Conful de Bagdad
& Païs circonvoifins ", pour
GALANT.
59
réfider dans cette Efchelle
ou y envoyer un Vice - Conful
, & je luy fis voir ces Pa
tentes enfermées dans une
riche Bourfe. Il les regarda
avec beaucoup de refpect , &
luy ayant demandé s'il jugeoit
à propos que j'y allaffe à prefent
en perfonne, il me répondit
fagement qu'il falloit attendre
l'arrivée de l'Ambaffa.
deur de la Porte à Spahan , &
fçavoir ce que l'on concluëroit
avec luy , aprés quoy il fe
plaignit comme auparavant ,
que je ne l'employois en rien
pour mefervir , & qu'il ne dor.
60 MERCURE
moit point là deffus . Je répondis
avec les remercimens
convenables , que fon Excellence
imitoit les grands Rois ,
qui veillent toûjours pour le
bien & le repos des Peuples.
Là- deffus M Roch prit la
parole en Turc qu'il fçait aflez
bien , & le pria de vouloir nous
proteger toûjours , & preſentement
contre deux ou trois impertinens
qui nous inquietent ,
& ne peuvent fouffrir que les
Armeniens viennent chez
nous nous aider à continuet
nos prieres pour noftre Em .
pereur , & pour la profperité
GALANT. 61
du grand Sofy , du glorieus
Kam de cette Province , & de
fon Excellence. Il s'échauffa
là - deffus obligeamment, difant
que nous l'offenfions de ne
pas l'avertir de tout ; qu'il
fuffifoit que je luy envoyaffe
le moindre enfant pluroft que
de m'incommoder ny aucun
de mes gens pour le venir
trouver , & peu s'en falluc
que la choſe n'allaft plus loin ,
& qu'il ne fiſt appeller ces
infolens: mais comme cela ne
nous convenoit pas ,je l'appaifay
le mieux qu'il me fut poffi .
ble , & je finis en luy difant
62 MERCURE
que puifque je ne pouvois luy
en marquer autrement ma reconnoiffance
, je ne manquerois
pas de faire parvenir jufqu'aux
oreilles de mon Empereur,
les bontez que les premiers
Seigneurs du grand Sofy
ont pour les derniers de
fes Sujets, enfuite dequoy nous
primes congé en nous levant.
Il fe leva auffi , & nous conge.
dia tres gracieuſement. Nous
regagnâmes nôtre Logis dans
le même ordre & par le même
chemin que nous eftions venus
, & nous trouvâmes tous
nos Catholiques extremement
GALANT. 63
!
re
SLEVED
animez & confolez de cette
Conference , ce qui m'engage
a yous reuouveller mes remercimens
de m'avoir procuré
ces Patentes, & 2à.Vvoouuss en demander
, sil fe peut , ler
nouvellement
.
FM le Marquis de la Vernide
aprés s'eftre fignale par
les armes au fervice de Sa Majefté
, s'eft tellement tourné du
cofté de lavertu , quenon constent
de la pratiquer en ſon
particulier , il a bien voulu y
porter le prochain , par l'éta -
bliffement d'une nouvelle
Compagnie de Penitens gris ,
64 MERCURE
qu'il a înſtituée par permiffion
& Lettres Patentes de M'FEvêque
de Perigueux , dans l'Eglife
de Sainte Hailaire prés
de Perigueux , ayant pris pour
Patron S. Guillaume , Duc de
Guyenne , Comte de Poitiers-
On attend de jour en jour
la
Bulle de Rome qui confirmera
les Statuts de cette Compagnie
. Elle devient fi celebre
, & fait Rant de bruit , qu'il
n'y a prèſque perſonne de diftinction
qui ne demande à s'y
faire recevoir , entr'autres
M's de Buiffeaux , de Poudel ,
de Bercau , de Vallade Dan
ventr
GALANT. 65
giboys , de Barot , de la Dours ?
. de Chapoüille , de Rancay &
plufieurs autres , tous fort diftinguez
par leur qualité &
par leur merite . Is ont
tous unaniment choisi pour
leur Prieur M' Offire , Chanoine
de la Cathedrale de
Perigueux , & Abbé de Belleveuë.
Voicy une Lettre de Mada .
me de Saliez Viguiere d'Alby
à M' de Vertron. Ils font tous
deux de la docte Academie
des Ricovrati de Padoue .
Novembre 1699 . F
66 MERCURE
Onfieur , mon cher
Frere en Apollon
M
Ricovrate.
J'ay une veritable impatiende
lire LA NOUVELLE PANDO .
RE , & de voir unies tant de
matieres differentes , dont je
ne puis m'imaginer la liaiſon
entr'elles , ny avec le Titre.
PANDORE eft un nom fatal .
Jene çay comment vous vous
garantirez des reproches qu'il
nous caufe depuis bien des
fiecles ; mais enfin il faut fe
confier au Protecteur du beau
Sexe.
Ah! vous avez beau dire , un
GALANT. 67
#otel Titre d'honneur ,
Se doit a voftre efprit , autant
qu'à vostre coeur.
1
En attendant la lecture de
će oeuvres mêléestant de
voltre façon que de celle des
1 Dames Illuftres du Siecle de
LOUIS LE GRAND , je vous
diray ingenuëment que vous
avez eu tort d'y placer une
Mufe Albigeoife . J'en fuis con.
fufe & furpriſe. Je ne le fuis
pas moins que vous me demandiez
fi tard mon fenti
ment far la queſtion agitée
depuis plus de deux ans , fi le
nouveau Siecle commencera
A
Fij
68 MERCURE
en 1700.00 en 1701. L'éloquent
M' Mallement de Meffan -
ges, & tant d'excelle .. Auteurs,
dans leurs fçavantes & fpiri
tuelles differtations pour &
contre qui ont couru le monde,
& vos propres Reflexions
Académiques vous ont lans
doute déja fait prendre voftre
parci. Je ne fuis pas femme à
voir de pareils débats , fans
prendre le mien auffi , mais
je voudrois bien me trouver
a ngée de voſtre coſté.
Comme je n'ay ni affez
d'efprit ni affez de fçavoir ,
pour inventer & pour fouteGALANT.
69
nir des opinions nouvelles &
fingulieres, qui font toûjours
agréables , quand la Religion
n'y est pour rien , je vous réapons
ce qui fe prefente naturel .
lement & de luy même . Je
croy donc , Monfieur , que le
Siécle prochain commencera
quand le précedent fera en .
tierement accompli & qu'il
fera entierement accompli
quand il aura duré cent ans ;
car il me femble que toutes
les Epoques conviennent
e qu'un Siecle eft toûjours de
cent années completes , foit
depuis la Creation du mon8
MERCURE
tisle!
&
par
'con
+
de, depuis le Deluge, depuis la
fondationde Rome , depuis la
Naiffance, la Circoncifion , où
l'Incarnation du Fils de Dieu ,
où s'arreftant préciſement à
noftre Epoque vulgaire , il
faut toujours fuppofer , qu'on
a commencé le Siecle par la
premiere année ,
fequent par un , car bien que
l'unité ne foit pas nombre, c'eſt
le commencement de tous les
nombres
. Enfin , Monfieur
je croy qu'il faut dix - fept
centaines d'Années pour
faire dix- fept Siecles , autre
ment il faudroit que l'un de
GALANT: 71
2
ces Siecles ne fuft que de
quatre vingt dix neuf ans , ou
s'imaginer qu'Adam fut aſſez
fimple pour compter pour un
andu premierSiecleunanavant
I que le monde fuft fait , ou
bien les fix jours que Dieu
mit à le faire pour une année ,
lefquels fix jours
avec
les quatre vingt dix neuf ans
i veritables fuivans , auroient
fait un Siecle , & le fecond
auroit alors commencé à la
centieme année . Cela fe peut
imaginer, mais non pas croire,
fans quelque revelation que
nous n'avons pas , & que nous
n'aurons jamais .
72 MERCURE
Tenons - nous ,fi vous m'en
croyez ,Monfieur à noftre feule
Epoque. Marchons fur des
routes frayées , appellons un
ce qui eft veritablement un ,
& cent ce qui eft cent. Sui .
vons la Chronologie du Pere
Labbe , dans laquelle on voit
les Siecles de Rome finis par
100. & 200. & commencez
par 101. & par 201. Je ne fçai
fi c'est là , ou ailleurs que j'ai
lû , qu'on appelloit à Rome
Année feculaire la derniere année
de chaque Siècle , dans
le commencement de laquel
le & fur la fin , on repreſentoit
GALANT. 73
toit les fpectacles . Quelle raifon
auroit - on euë d'apeller
féculaire la premiere année ?
L'on a fujet de fe réjouir ,
quand on acheve le travail , &
non pas quand on le commence
. Ainfi la Gazette de France ,
fifage , fi circonſpecte dans
tout ce qu'elle avance , a déacidé
en parlant de l'ouverture
du Jubilé, que le Siecle finiffoit
en 1700. & un des grands
hommes de ce temps a dit fur
certe matiere , que le Jubille
aétant accordé , pour expier le
paffé , il devoit donc eftre
regardé comme étant à la fin
Novembre 1699 .
G
74 MERCURE
du Siécle , & non pas au commencement
.
Mais aprés tout , Monfieur ,
que nous importe la fin , ou
le commencement
d'un Sie -
cle: Cela n'attire aucune vertu
du Ciel , qui fe faffe fentir
fur la Terre. Un Siecle n'eft
autre chofe que l'ouvrage de
l'efprit de l'homme & de fon
choix ,de fon efprit qui a ainſi
arrangé un certain nombre
d'années , & donné le nom
de Siecle à cet affemblage
;
& de fon choix , puifqu'on
au
roit pû luy donner plus ou
moins de cent ans , & qu'on
GALANT. 75
a pu faire autant d'Epoques
qu'on a voulu. En effet , il me
femble avoir entendu dire
qu'il s'en trouve jufqu'à foixante
& huit. On a continué
long temps cellequi commen.
çoit à la mort de S. Martin , &
l'on affeure que l'on fe fert encore
en certains lieux de celle
qui commença en Sirie , à la
mort d'Alexandre le Grand.
11 eft vray que fi le Sauveur
du monde avoit voulu donner
quelque vertu à l'Epoque Chré
tienne , il l'auroit pu , mais il
ne nous paroift pas qu'il l'ait
voulu , ni qu'il le foit fervi du
G ij
76 MERCURE
temps , ni de les parties pour
operer les merveilles .
Vous conviendrez avec moi ,
Monfieur , que fi la pieté de
noftre Augufte Monarque ne
s'y opofoit pas , nous pourrions
changer noftre Epoque , & en
commencer une nouvelle au
5. Septembre 1638. jour de fa
naiffance , comme l'on a fait
autrefois fur des commencemens
moins confiderables.
Alors l'année feculaire meriteroit
une attention particyliere
, puifqu'elle exciteroit la
mémoire du plus Grand de
tous les Rois de la Terre ,
GALANT. 77
dont vous avez fi bien prouvé
la Grandeur dans le beau
Parallele de S. M. avec tous
les Princes qui ont porté ce
glorieux furnom , &ª dont la
Jurprenante Hiſtoire que vous
compoſez en Latin , fait depuis
plufieurs années voſttre
principale occupation , & qui
fera l'admiration des Siecles à
venir. Dieu veüille que nous
nous voyions dans le prochain
autrement que par les yeux
de l'efprit , tous deux en fanté
, & plus heureux que par
le paffé . Cependant croyez
que je fuis remplie d'eſtime
G iij
78 MERCURE
de reconnoiffance , de tendreffe
pour toutes vos manieres
à mon égard , & que je fuis
prefque inconfolable , que la
diſtance qui nousfépare , ne me
permette pas de vous témoigner
à quel point je fuis ,
voſtre trés, &c.
J'efpere que vous ferez contente
de l'Ouvrage que je
vous envoye . Il eſt de M'de
Cantenace , Chanoine de l'Eglife
Metropolitaine de Bor
deaux.
GALANT. 79
LE SOLITAIRE ,
Ou l'éloignement des Emplois.
D
Efabulé du monde & de
l'erreur commune
Qomefure la gloire aux biens de
5. la Fortune
Je ne m'agite plus des foins d'en
acquerit ,
Et m'occupe en repos à fonger â
mourir, ..
Sur les bords d'un grand Fleuve , où
T'Onde tributaire
-Va rendre à l'Ocean fon hommage
ordinaire , munge
Solitaire & content dans ma pauvre
maiſon
Des vanitez du temps j'affranchis
ma raiſon . C
G iiij
80 MERCURE
Saintement rebuté des maximes du
monde ,
Helas ! dis je , on voit moins d'inconfiance
dane
l'Onde ,
Tous fes Fiots mugiflans , & leurs
noires vapeurs ,
Cachent moins de perils , que ne
font les grandeurs ,
La Cour eſt une Mer qui n'a point
de bonace ,
Quelque Orage toûjours s'y forme
& nous menace ,
Et le plus élevé peut à peine éviter
Les Ecueils où fon fort le va precipiter
;
Mais, dira- t'on , la Cour n'eft pas
comme nos Villes
Où l'on a des emplois moins grands
& plus tranquiles ,
Où fous l'autorité d'un jufte Potentat
a
1...
GALANT. 8t
du
in.
eur!
Leat
Doint
orme
viter
breck
It pas
Tand
Po
On fert utilement , ou l'Eglife , ou
l'Estat .
Mais les plus doux emplois fuivis
de mille peines ,
Ont des attachemens qui font autant
de chaines ,
Il en coufte beaucoup pour s'en bien
acquiter , (meriter.
Qui n'en eft pas captif , ne peut les
Il eft vray que la mode en bannit
la
contrainte ,
On neglige fouvent la Charge la
plus fainte ,
Et content de l'honneur , ou du
bien qui la fuit .
On ne s'attache guere aux foins
qu'elle produit. 21
Un jeune Rapporteur qu'un Procés
embarraſſe •
En commer à fon Clerc l'importu
ne Liaffe,
82 MERCURE
Et fur fon Tribunal prononce des
Arrests , ( a faits .
Qui font déja payez au Clerc qui les
Ainfi tous les chagrins d'une pelante
Charge ,
Touchent peu l'Officier qui fouvent
s'en décharge , har
Un autre en a les foins , il n'a que
les plaifirs >
Du lucre , & des honneurs qui bor.
nent fes defirs .
Mais cette erreur injufte & ces laches
Maximes ,
Font naiftre le defordre , & caufent
mille crimes.
Quelque Charge qu'on ait , la raiſon
nous apprend ,
Que qui ne la fait pas , dérobe ce .
qu'il prend .
Chacun faifoit jadis tout ce qu'il
devoit faire
GALANT. 83
est
S.
es
Ent
Que
Dor
Lent
Et le Paſteur faifoit ce que fait fon
Vicaire.
fles biens
Le Prelat vertueux n'employoit pas
A remplir fon Palais de Chevaux 82
de chiens
Les mets les plus friands ne couvroient
pas fa table.
Affable à tout le monde , aux pauvres
charitable >
A fes pieux devoirs ſaintement attaché
,
Il pratiquoit toûjours ce qu'il avoit
preſché.
Tout ce falte éclatant de la gran
deur humaine ,
fon N'épuifoit pas alors les fruits de fon
Domaine
, ce
Le pauvre , & les Autels le partageoient
toûjours ,
Et tout leur revenoit à la fin de ſes
jours,
84 MERCURE
24
Touchons un autre abus que la mode
autorife,
Combien voit on de gens dans
l'Etat , dans l'Eglife ,
Indignes des emplois , dont ils font
reveſtus
,
Faire une guerre ouverte à toutes
les vertus ?
Alidor qu'on employe au regime
des ames ,
Fait pourtant le Coquet , badine
avec les Dames ,
Croit monter , par l'orgueil , au rang
des beaux efprits ,
Et prétend d'enſeigner ce qu'il n'a
pas appris , (Digeſte
Tel qui n'a jamais leu ny Code , ni
Dont l'ignorance craffe eft aux plaideurs
funeftes
Sortant de la baſſeffe où ſon fort l'avoit
mis ,
GALANT . 85
no Souille avec fon argent , l'éclat des
Fleurs de Lys .
dan En tous états le luxe , ou le liberfor
Dute
gim
adin
rang
il n'
igelt
He ,
pla
tinage ,
Etouffe les devoirs où l'honneur nous
engage ,
On court à la débauche , & la plufpart
des gens .
Aviliffent leur Charge , & fauffent
leurs fermens.
Mais peut- on abuſer noftre Monarque
Augufte ,
Qui toujours éclairé , ne fait rien
que de jufte ,
Et les fujets qu'il nomme à differens
emplois ,
Ne font- ils pas fans tache , & dignes
de fon choix ?
Il eft vray que ce choix marque un
merite infigne , [digne
ort Et que pour l'obtenir , il faut en être
86 MERCURE
Mais lorsque Dieu forma lepremier
des humains ,
N'étoit- il pas tout pur en fortant de
fes mains ?
Cependant abuſé d'une faufſe eſperance
(nocence.
Dans un Paradis même il perdit l'in-
Tels deviennent fouvent par de nouveaux
honneurs ,
Ceux dont on admiroit la fainteté
des moeurs.
C'est le penchant de l'homme , il a
beau fe contraindre ,
Plus il est élevé , plus fa chute eft à
craindre .
Le plaifir , l'abondance & l'éclat des
grandeurs ,
Sont le piege fatal où trebuchent
nos coeurs.
Noftre foible vertu que tant d'objets
combattent ,
GALANT 87
Ne réfifte qu'à peine aux douceurs
qui l'abbattent ,
Et le comble des biens pervertit au »
trefois des Rois.
L'incomparable efprit du plus fage
Des grandeurs toutefois l'attrait le
plus fenfible ,
N'eft pas aux faintes moeurs , un ob.
ftacle invincible ,
L'on peut devenir Saint & grand
tout à la fois .
Tel paroift aux mortels le plus grand
de nos Rois .
L'Invincible LOUIS , grand par tant
de Conqueftes ,
1
A lever vers le Ciel tient fes mains
toûjours prestes ';
Il trouve en couronnant les exploits
immortels
Le comble de fa gloire au culte des
Autels, t
88 MERCURE
1
Mais a-t-il fon pareil , dans le temps
où nous fommes
Puifqu'il eft le plus grand , & des
Rois & des hommes ,
Et qu'en executant tous fes pieux
deffeins , { ( des Saints ?
Il marche dignement fur les traces
L'Eglife a des Paſteurs dont la vie
exemplaire
Fait briller faintement leur divin
Caractere ,
Qui pieux & fçavants , comme aux
Siecles paffez ,
Sont dignes du haut
les a placez .
rang où Dieu
Il eft des Magiftrats dont la vertu
fublime
Protege l'innocence , & condamne
le crime ,
Qui dignement munis du pouvoir
de nos Rois ,
GALANT. 89
Ne violentjamais la fainteté des Loix .
Mais enfin on eft homme , & dés
noftre naiffance ,
Nous fommes tous fujets au vice , à
l'inconftance .
Comme un leger feftu qui tombe au
moindre vent ,
Noftre vertu chancele & trebuche
fouvent ,
Mais dans la folitude elle devient
tranquille
Contre noftre foibleffe elle
ve un azile ,
A couvert des
f
y trouchagrins
& des foins
dangereux ,
On fuit des faux plaifits les attraits
malheureux,
Les Vers qui fuivent ont été
mis en air par Mademoiſelle
Novembre 1699 .
H
90 MERCURE
Bataille. C'est une jeune perfonne
de ſeize ans , qui poffe .
de a fonds la Mufique , & le
Claveffin . Elle execute à livre
ouvert les pieces les plus diffi .
ciles , & les tranfpoſe fur tous
les tons qu'on veut , avec une
facilité qui paffe l'imagination.
Plufieurs Maiftres des
plus habiles qui ont été témoins
de ce qu'elle ſçait faire
, ont efté furpris de fa ca.
pacité . Elle enfeigne aux perfonnes
de fon fexe , & va don.
ner fes Leçons accompagnée
d'une Mere , dont la fageffe &
la conduite paroiffent avanta
GALANT.
91و أ
Aducation
BELA
LYON
*
1893
90 MERCURE
novembre 1699+
Bachus dontj'aime la tig
is
la victor- re .
6 6 4
re, Vou
66
ray
tousiours amoureux, fiv
GALANT.
و أ
geufement dans l'éducation
qu'elle s'eft attachée à luy donner.
Elle demeure dans la ruët
Chriftine , entre Madame de
Monchal , & M de Montelon..
AIR NOUVEAU.
Acchus dont j'aime la li
B.40
queur ,
Difpuce avec l'amour l'Empire
-de mon coeurnos.
les
g
ac
Je sens balancer la Victoire,
Vous pouvez , belle Iris ,
350 corder tous deux
Je feray toûjours amoureux
300 LCHi
92 MERCURE
Si vous voulez me laiffer
boire.
Le Sieur Vignon , Garde des
Plaiſirs du Roy dans la Capitainerie
Royale de Vincenne ,
réfident dans le Chasteau , faic
preparer les Grains de Multiplication
, pour l'utilité du Public
, dans Saint Mandé , vis .
à - vis la Chapelle de ce même
lieu. Ceux qui en voudront
accommoder , trouveront
une perfonne de fes amis ,
qui veut bien luy faire le plaifir
de luy préter la main pour cet
effet . Il faut fur tout que ceux
qui en voudront faire prepafaire
GALANT. 93
A
rer , l'apportent bien net , &
qu'il foit nouveau. 11 fuffit de
quatre Boiffeaux par Arpent
L'on en preparera de telle forte
que l'on voudra , dans les
mois de Septembre , Octobre
& Novembre ; & pour les
Mars , au mois de Mars &
Avril. Afin que chacun fçache
ce que c'est que la Multiplication
des Grains , l'on avertic
le Public , qu'un feul Grain
rapporte depuis douze juſqu'à
vingt , trente, quarante & foixante
Epis de toute efpece.
Ceux qui en voudront faire
apprêter quelques Boiſſeaux ,
H iij
94 MERCURE
Papporteront à Saint Mandé,
où ils verront des Affiches furla
porte . Ceux qui n'en voudront
avoir que pour en faire l'effay
cette année , on leur en délis
vrera par Litron de tout pre
paré & tout preft à femer
foit dans les Terres ou dans
lesJardins L'on paye zolols par
Boiffeau lorfque l'on veut en
faire aprefter . Les autres années
on donnera , les Dro
gues toutes preparées , afin
qu'on puiffe apprèſter . ‹
Jevous envoye une Lettre que
vousne ferez pas fâchée de hre.
•
GALANT.
95
Elle eft d'un Homme qui poffede
tres bien noftre langue.
A M' L'ABBE' DE H...
fur l'Hiftoire des Sybilles.
V
A Bourdeaux ce 18 Octobre.
Oicy, Monfieur,la réponà
votre Lettre fur les
Sybilles , vous ferez peut eftre
furpris de ce que je vay vous
en di re , mais je fuis affuré que
vous changerez d'opinion ,
quand vous aurez fait réflexion
fur l'Histoire de ces prétenduës
Propheteffes ; & pour enrrer
d'abord dans le fujet , je
ne nie pas que des grands
96 MERCURE
les
hommes n'ayent donné trop
facilement dans ces contes
fur ce qu'il eft dit dans l'Ecriture
que vos fils & vos fil .
prophetiſeront , & fur ce
qu'il eft rapporré des femmes
qui prophetifoient parmi les
Hebreux, & des Pythoniffes .
Mais nous n'avons point d'écrits
de ces veritables Propheteffes
qui ont part dans la Loy
de Moyfe , ny des fauffes qui
predifoient par
artifice ou par
le fecours du Demon , telles
qu'il s'en trouvoit encore du
temps de S. Paul . Les Grecs
avoient parmi eux des Pythien .
nes
GALANT. 97
nes aufquelles ils avoient grande
confiance. On les prenoit
toutes jeunes, ce qui étoit une
rufe de leurs Preftres ; & Theodore
raporte qu'Enechrates de
Theffalie en ayanr enlevé une
pour la beauté , il fut ordonné
que dans la fuite le Trepié
Sacré d'Apollon n'auroit
plus que des Vierges de
foixante ans. Ce n'est pas que
les Grecs fuffent perfuadez
qu'il y euft en ce temps là dans
leur Païs des Vierges de cet
âge , avoient trop d'efprit
pour cela , mais ils croyoient.
de fi vieilles femmes ne
que
Novembre 1699. I
98 MERCURE
donneroient pas lieu à fe faire
enlever à des Etrangers
,
& qu'elles n'écouteroient pas
les fleurettes des jeunes
Preftres de Delphes . S. Jerô ,
me ne vouloit pas parler affurement
de ces Sybilles , lorf
qu'il dit que la vertu de prédire
les chofesà venir leur avoit
été donnée en recompenfe de
leur virginité : car les Payens
peu reglez , n'ont jamais crû
que ce fuft une vertu digne de
recompenfe , & s'il eſt vray
ce que dit ce Pere , il ne fe
faut point étonner que nous
n'ayons plus de Sybilles , &
SOOTHEGUE
99€
LYOR GALANT.
que nous ne voyions p
Fils & nos Filles propheller.
Pour le nombre des Sybil .
·les , Varron en compte dix
Suidas quatorze , & elles ſe re- -
duisent à quatre dans Elien , à
trois dans Solin & dans Aufone
noftre concitoyen , & à deux
dans Martianus Capella . Enfin
Mr. Petit les réduit toutes à
une feule , appellée Sybille ,
nom qui a esté enfuite com.
mun à toutes les Prophetesfes.
On l'appelle Erithée d'une
Ville de ce nom qui eft en
Ionie , Eriphile d'une autre
Ville , & Cumée de Cumes en
I ij
ICO MERCURE
Troade, parcequ'elle a demeu
ré dans tous ces endroits - là ,
Elle fut ensevelie dans cette
derniere Ville , felon S. Juftin
Martyr, qui a decrit l'Antre de
Cumes , peut être aprés Virgile.
Ainfi il n'y a rien de fixe
fur le nombre des Sybilles .
Lactance dit que tous les
Livres des Sybilles étoient
écrits en Grec , dont on conclud
que les Sybilles de Phrigie,
de Babylone & de Cumes
ne font que des chimeres , car
pourquoy auroient - elles écrit
plutoft en Grec qu'en leurLangue
naturelle Pline , Servius
GALANT. 101
& Aulugelle ne tombent pas
d'accord du nombre des Livres
qu'on appoita à Rome du
temps de Tarquin , & le fçavant
Theodoret & M Van .
dale ont fait voir la fauff.té
de leurs oracles , & de leurs
predictions , qui font en effet fi
confuſes , fi obfcures & fi douteufes
, qu'il eft aifé de conclure
qu'il n'y a rien là qui fur.
pafle l'artifice & les rufes des
Preftres Payens & de ces Femmes
. Vous penferez ce que
vous voudrez des Propheties
de S. Malachie , de l'Abbé
Joachim , de Noftradamus &
I iij
102 MERCURE
de l'Anglois Drabicius ; pour
moy, je crois que les uns fe
font trompez , & qu'on a attri
bué à d'autres beaucoup de
choſes qu'ils n'ont jamais euës
dans l'efprit .
Les Livres des Sybilles
dont les Romains fe fervoient,
& qui furent portez à Rome
pendant le Regne de Tarquin ,
furent brûlez dans l'incendie
du Capitole du temps de la
Guerre Marique 671 ans aprés
la fondation de la Ville , la feconde
année de la 174 Olympiade
, felon le témoignage de
Varron Apud Dionif. l . 4. Sept
GALANT. 103
ans aprés on repara le Capitole
, & on envoya des Legats
chez les Erythréens pour chercher
les Livres des Sybilles ou
Oracles , dont le bruit eftoit
parvenu jufqu'en Italie. Ces
Legats acheterent à bon marché
quelques Vers Grecs qu'ils
recueillirent de diverfes per
fonnes . Ils regardent le culte
qu'on doit rendre au veritable
Dieu , & quoyqu'il n'y en
cuſt originairement que mille ,
felon le témoignage de Lactance
, de Celle & de Varron
, on ne laiffe pas d'en trouver
aujourd'huy trois mille
I iiij
104 MERCURE
aficz méchans , d'où l'on peut
conjecturer qu'on en a ajouſté
beaucoup , & que ceux qui font
pris de l Evangile y ont été inferez
par des Chreftiens . Ily
a encore une feconde Sybille
Erythrée qui parle des Loix
& des Preceptes qu'on obfervoit
dans des Jeux publics des
Romains , ce qui eſt une marque
qu'elle eft fuppofée , non
par des Juifs ou des Chré
tiens , mais par des Payens
mefmes .
La Sybille Cumée , la plus
fameufe de toutes dont parle
Lucain 1. 8. prédit la venue
GALANI . 105
*
d'un nouveau Roy , qui fans
force & fans gloire devoit fou
mettre tout le monde à fon
Empire. Elle a efté fuppo
fée par les Juifs d'Alexandrie
, qui perfuadez que ce
nouveau Roy étoit le Meffie
qu'ils attendoient , refuferent
de recevoir les faifceaux confulaires
des Romains. Les
Egyptiens perfuadez par ces .
Livres fuppofez , que ce nouveau
Roy étoit Jefus Chrift
qui étoit déja venu , & que
les Chrétiens adoroient , entrerent
en foule dans la Religion
Chrétienne , & multiplic106
MERCURE
rent tellement les Ordres Religieux
, que dans la feule Ville
d'Oxirinque on compta jufqu'à
dix mille Moines & vingt
mille Moineffes.
Il y a auffi des Sybilles , c'eſtà
dire des Livres Sybillins parmi
les Chreftiens . Ils les lifoient
dans leurs affemblées,
mais ils les avoient receus en
partie des Juifs , comme la Sy.
bille BabylonienneouErithrée ,
dont les Vers font tirez des
Propheties en partie des Chrê .
tiens,quiles écrivirentfix.vingt
ans aprés la venue de Nôtre
Seigneur , comme on peut
GALANT. 107
voir par l'Hiſtoire des Empereurs
, que fait cette Sybille
depuis Cefar jufqu'à Adrien .
Dans les Vers mêmes faits par
les Juifs , les Chrêtiens y infererent
beaucoup de chofes de
leur façon ; ce qui fe connoift
par ces Acroftiches , qui fentent
l'artifice & l'étude des
Siecles fuivans , & par les
chofes qu'en dit Varron au Livre
de la fcience des choſes
Divines . Saint Paul ne deffen?
dit point de lire les Livres des
Sybilles compofez par les
Juifs ; parce que les Chrêtiens
s'en pouvoient fervir avanta
108 MERCURE
geufement pour leur prouver
la venue du Meffie.
Ils lurent encore les Livres
d'Enoch,d'Abraham , de Moyfe
, d'Elie , les nouveaux Livres
d'lfaie , de Jeremie ; & ceux
qui portoient les noms des
AuteursPayens, comme d'Hyftafpes,
de Mercure Trifmegifte,
de Zoroastre, d'Orphée ,
de Phocilide , & de plufieurs
autres , qui parlent tous de la
venuë de ce Grand Roy , &
qui parurent fur la fin des feptante
femaines de Daniel , aprés
la mort d'Antigonus dont
le Sceptre avoit paffé entre
GALANT. 109
les mains du Roy Herode ,
c'eſt à dire cinquante ans
avant J. C En ce temps là, les
Juifs attendoient le Meffie ,
& ils ne croyoient pas
fa venuë
fort éloignée. Herode même
craignant quelque tumulte
de la part du Peuple , qui le
traitoit d'Etranger & d'Ufurpateur
, voulut deffendre ces
Livres, comme fuppofez, & per
nicieux au repos de l'Etat , &
pour faire croire aux Juifs , qu'il
eftcit ce Roy dont on parloit
tant, il fit re baftir magnifiquement
le Temple de Salomon,
& par ce moyen , il perſuada à
110 MERCURE
beaucoup de gens qu'il eftoit
le nouveau Roy prédit par les
Sybilles &les Prophetes paiens .
Il fe forma parmi eux une Secte
appellée des Herodiens , dont
il eft parlé dans l'Evangile , &
qui a duré jufques au 4.ou 5.
Siecle de l'Eglife .
Aurefte , pour ce qui regarde
la plufpart de ces Livres , il
ya apparence , que ce font de
pieufes fuppofitions . C'eft- là
le fentiment du Grand S. Auguftin
Liv , 18. de la Cité de
Dieu , Chap . 47. Ce Pere n'étoit
pas trop crédule , & ilavoit
eu la curiofité de s'infor
GALANT. III
mer de l'origine de ces Propheties
. Il y a
remarqué pluhieurs
chofes , qui ne
peuvent
venir que des Chrêtiens ; & en
effet , peut- on attribuer à d'au
tres , ce qui eft dit de la naiffance
de J. C. & de la derniere
fin de l'homme par le feu à Les
Juifs n'avoient point affez
d'intelligence deleurs Prophe
tes, pour écrire des chofes qui
n'ont efté connuës , que lors
qu'elles font arrivées ; & les
Payens n'avoient point d'affez
patticulieres revelatious pour
prédire des évenemens fi
grands , fi milterieux , & fi
112 MERCURE
propres à J. C. & aux Chrêtiens
ennemis de leurs fuperftitions
& les detructeurs de leurs Ido .
les.Voila, Monfieur ce que j'avois
àvous dire desSy billes, qui
ont paru parmi les Grecs , les
Romains , les Juifs , & les Chrêtiens
. Examinez bien le tout ,
& fi vous trouvez encore quel .
que difficulté , vous m'oblige . +
rez de me la communiquer
,
afin
que je vous en écrive , &
que j'aye occafion de vous faire
voir avec combien d'eftime
& d'amitié , je fuis , &c.
On commence à debiter un
Livre nouveau , qui doit eftre
GALANT. 113
recherché , non feulement par
l'utilité de fa matiere ; mais par
la capacité & la longue experience
de fon Auteur la pour
titre , La Coutume de la Prevofté
Vicomté de Paris dans l'ordre
naturel de la difpofition defes Aricles
, avec la refolution des Queftions
, que l'ambiguité ou l'obscu
fait
naî naî ve
;
le
vité du Texte ont fait
Sentiment des Auteursfur chaque
difficulté , & les raifons tant de
douter que de decider . Il cft de M²
le Mailtre , Avocat trés cfti .
mé au Parlement de Paris . La
Coutume n'eft pas Article
Article
en ce Commenta
:re
Novembre 1697.
par
K
114 MERCURE
comme dans le Texte . Pour
réduire les Difpofitions dans
un ordre plus naturel , il a divifé
chaque Chapitre en autant
de Chefs , qu'il y a rencontré
de matieres differentes, & fous
chaque Chef, il a placé les Articles
qui le concernent . En
raportant les Articles dans le
corps de l'Ouvrage , il a retranché
les mots inutiles , ou
que la pureté de la Langue
n'admet plus , afin que le ftile
fuft plus pur ; mais à la fin le
Texte eft en fon entier , avec
un renvoy au bas de chaque
Article à la Page où il eſt traité
GALANT.
115
Les Queftio ns fuivent les Articles
qu'elles regardent . Elles
font propofées en forme de
Décifions, pour éviter la lon .
gueur , & lorfque le motif en
pourroit eftre ignoré, ou que les
lentimens font partagez , ilex .
plique les rifons de douter &
de décider. Cet Ouvrage dont
tous les Plaideurs pourront tirer
de grandes lumieres , fe
vend chez le freur Cavilier
Libraire dans la Grande Salle
du Palais , à la Palme. M'le
Maiftre qui en elt l'Auteur,
eft d'une Famille , à laquelle
on peut dire que les belles
Kij
116 | MERCURE
Lettres font naturelles. M' le
Maistre fon Pere , fameux
Avocat auffibien que luy , a
fait voir fon éloquence dans
des pieces composées pour le
prix , que donne l'Academie
Françoife , & par une excellente
Traduction des quatre
premiers Livres de l'Eneide ,
qu'il fit imprimer en 1668.
chez le fieur le Petit Il a tra
duit auffi d'Italien en François
un Panegyrique de Mad me
Chriftine de France , Ducheffe
de Savoye, prononcé pendant ,
la vie de cette Princeffe dans
l'Academie de Turin , par le
2
GALANT. 117
Comte Emmanuel Thefauro.
Ce que vous allez lire eft
curieux. C'eft une Lettre de
M Papin , Profeſſeur en
Mathématique à Marbourg.
Il y eft parlé d'une Caffette
avec une Serrure d'une invention
particuliére.
J
A MONSIEUR ***
$
Ay eu l'honneur de faire
voir à fon AlteffeSéréniflime
Monſeigneur le * Landgrave ,
une Caffette avec une Serrure
d'une invention curieufe , que
* De Hoffe Caffel
118 MERCURE
je propoſe à deviner . La Caf.
fette eft toute d'une piece faite
d'os fondus & fi polis , que ,,
s'il y avoit feulement quelque
fente , on la remarqueroit
,
comme à une glace de miroir.
Le couvercle eft auffi de mê
me; &ainſi on ne fçauroitſoupçonner
, qu'il y ait quelque ar .
tifice caché fous quelque
pie.
ce de raport, ou fous quelques
cloux , comme cela fe fait aux
cofres forts : mais on peut s'af
furer, quand laCaffette eft fermée
, qu'il n'y a que le trou
fait pour la clef,par où l'on puifferemuerquelque
chofe, au deGALANT.
119
dans de la Serrure . Néanmoins
, aprés avoir ouvert &
refermé plufieurs fois cette
Caffette en préſence de quelques
Serruriers fort habiles ,
on leur a remis entre les mains
la Caffette avec la clef, & pas
un n'a efté capable de l'ou--
vrir. Ainfi il n'y a pas lieu de
craindre , qu'ils puiffent , non
plus , avec des crochers , fauffes
clefs , ou autres inftrumens
la crocheter fans la rompre ,
puifqu'ils nele fçauroient faire
même avec la clef, quia efté
faite exprés pour l'ouvrir.
Onm'objectera , peut cftre,
110 MERCURE
que la chofe ne fera pas de
grand ulage , parce que , lors
qu'onpubliera cette invention
pour ceux qui voudront s'en
fervir , il faudra en même
temps découvrir tout le fecret ,
afin qu'on puiffe ouvrir la ferrure,
quand on en aura affaire ;
& ainfi les fi oux pourront s'en
prévaloir , auffi bien que les
propriétaires des biens qu'on
enferme. Cette difficulté a
effectivement lieu à l'égard
d'une fetrure fort curieuſe ,
que S. A. S. a reçuë d'Angleterre
: mais à l'égard de cellecy,
' efpere qu'on fera fatisfair
lur
GALANT.
121
fur cette difficulté , quand on
fçaura , que cette invention
eſt fondée ſur un artifice général
, qui fe peut diverfifier
d'une infinité de manieres differentes
, comme l'écriture en
chiffres , qui peut cacher tout
ce qu'on veut à ceux mêmes,
qui fçavent tous les artifices
généraux dont on fe fertpour
rendre un chifre indéchifrable.
Il y a même icy quelque
chofe de plus , que dans l'art
d'écrire en chiffre. C'est que
quand on a dérobé la clef d'un
chifre, on peut déchifter tour
ce qui eft écrit conformement
Novembre 1699.
!
L
122 MERCURE
à cette clefs mais quand même
on auroit dérobé la clef du
fecter d'une ferture de cette
nouvelle invention , le voleur
ne pourroit pourtant s'en fervirs
parce que cette clef peut
toûjours eſtre composée de
quelques pieces mobiles , qui
pourront le placer en tant de
manieres differentes , que ce
feroit le plus grand hazard du
monde , fi le voleur rencon
troit celle qui eft la bonne.
S.A.S. a daigné elle- même
examiner la chofe avec beaucoup
d'exactitude , & enfuite ,
Elle cut la bonté d'en témoi
GALANT
123.
gner fa
fatisfaction , non feulement
par les paroles , mais
encote par les libéralitez . Son´
Excellence Monfieur le Baron ,
de Ketteler,Grand
Maréchalden
la Cour a auff yû &
approu
vé cette Invention; & l'onſçait
que fon approbation eft auffi
d'un tres- grand poids pour ,
tout ce qu'il ya de plus cu .
rieux dans les Sciences & dans
les beaux,
Affsh´nsid mogl
Voilà donc une matiére digne
d'exercer pendant quelque
temps, ceux qui ont l'ef
prit tourné à ces fortes de cho
fes. Il eft à,
fouhaiter que cette
<
C
Lij
124 MERCURE
recherche puiffe donner occe?
fion à inventer quelque cho .!
fe de meilleur mais fi perfonne
n'da devine le fecret en
8
fix mois de temps , on ne per
mettra pas que le Publie des !
meure plus long- temps privé
d'une Invention , qui peut fer?
vir à empêcher quantité de
vols & de friponneries 30
En faveur de ceux qui voudront
bien donner quelque
applications cette recherche,
je diray en peu de moes , que
tout ce qu'on peut obſerver
en voyant ouvrir & refermer
cette "Caffette à diverfes Tre
#I
GALANT 125
prifes , c'eft que , quand on ne
fait qu'un demi tour de la
clef,on la peut toûjours ouvrir
& refermer tant qu'on
veut , comme une ferrure ordinairs
, mais quand on
fait
tour entier , quelquefois on
peut encore l'ouvrir une ou
même deux fois , felon les dif.
ferentes rencontres, mais aprés
cela , fi on fait un troifiéme
tour de la Clef , on ne sçauroit
plus l'ouvrir , ni tourner
la clef , à moins d'employer
un autre inftrument , que j'apelle
, la Clef du Secrer , par le
moyen de laquelle on peut ,
"
Liij
726 MERCURE
en moins d'une demi minute
remettre la ferrure en état
-d'eftre ouverte ,
comme auparavant,
avec la clef ordinai
re. Je fuis & c.maco
Le Conte que je vous en,
voye vous divertira , il eft de
in
u quol
s
Made Vino
LE RAMON NEUR
pris pour un Spectre. •High
or
pour
V
Eux-tu remplir ton coeur
d'une maſle affeurance ,
Et ne point te troubler au plus af.
freux afpect della
Vy bien , & pour ton Dieu plein
d'un pieux refpect
GALANT. 127
Ne mers rien fur ta confcience,
Q de la plus legere , offence
Paroiffe même eftre fufpect..
SS
Maitre Grippon , chez luy retour
noit plein de joye ,
0
D'un Ecu qu'à la boulle il venoit de
gagner , ( donner ,
Er de toutes les dents s'appreftoit à
Sur un Dindon qu'âpre à la proye
Depuis deux jours ce Procureur
Avoit escroqué d'un plaideur .
Déja pantoufle au pied , bonnet de
nuit en tefte ,
Et robbe domestique au dos ,
D'une fçavante main il mettoit en
morceaux
La groffe & fucculente befte .
Déja dans l'appetit glouton
Qu'excitoit de fon jeu le penible
exercice ,
Liiij
128 MERCURE
Il s'eftoit emparé du milieu d'une
cuifle
Déja fon maitre Clerc en habile
garçon
Avoit coupé le pain , & tourné la
Salade ;
Déja même , déja d'une grande rafade
,
190962
2910
On le voyoit lourire au brillant
gracieux ,
Quand plus noir qu'un charbon , un
Ramonneur
mauffade ,
Vint s'offrir , tel qu'un Spectre , à
fes timides yeux .
Il fortoit de la Cheminée ,
Et dans fon ame confternée
Cet objet impreveu jetta tant de
frayeur ,
I
Que de fes gains illegitimes ,
Il crût que le demon vangeur
S'élançoit du fond des abîmes ,
GALANT. 129
Pour l'en punir comme un voleur.
A cet affreux afpe &t , & dans cette
penſée ,
d sc
Il friffonne , il paflit , & ce grand
trait de Vin
Qu'il s'appreftoit de boire , échappe
de fa mainan li..
A fon tour la femme préffée
Par le prompt fouvenir de la pudeur
bleffée
S'imagina du Ciel que le jufte couroux
Ne cherchoit qu'elle feule , & vangeoit
fon Epoux.
Enfin voyant Lacquais , Enfans ,
Clercs & Servantes ,
Prendre la fuite d'épouvente ,
Ils quitterent la table , & fur leurs
pas tous deux ,
Plus tremblans qu'ils n'étoient , fe
fauverent comme eux .
130 MERCURE
Le Spectre prétendu par là refté le
2.1 maiftre.. 1 Xub fi . top A
De la Salade & du Dindon ,
Donnadeflus, & mieux peut eftre
Que n'euft fait l'affamé Grippon.
De toute cette énorme befte
Bien-toft il n'en refta que les os &
la tefte •
2
Ou plutoft il n'en reſta rien
Car il fut de Grippon fecondé
le chien ,
par
Qui fans imiter ſa bévûë ,
Loin que d'un mets fi delicat ,
Il poft quitter l'objet de veuë ,
Voulut fe regaler de ces reftes du
plat.
Cependant revenu de fa terreur panique
,
Et raffeuré par les amis ,
Accourus au bruit paretique
Qui s'étoit fait dans fon logis ,
GALANT. 131
Grippon avec un Commiffaite
Retourna dans la Salle du Spectre
apparu ,
Allis beuvant & bien repu
A fa confufion découvrit le miftere.
D'abord par un verre de vin
Qu'il tenoit encore à la main ,
Sorty deffon erreur quoy , dit - en
colere , TwoM &
Venu pour me voler tu bois mon
bourguignonne
T
C'a' , ça , Monfieur de Commif ·
&
faire , salm 67
Conduifez dur le champ ce coquin
en priſon ,
Et que bien - toft une potence
Puniffe aux yeux de tous une telle
infolence .
Il faut pourtant,maistre fripon ,
Avant que de mourir me payer mon
Dindon .
132 MERCURE
Ah ! répond- il , à la menace
Vous vous en tiendrez, s'il vous
plaift LICO . $ 11
9 $
Et malgré voftre injufte Atreft
Je ne crois pas qu'on ait l'audace
Quand même à ce Dindon j'aurois
joint deux poullets ,
De paffer jufques aux effet's 2
Ce Cas, Monfieur , n'eſt pas pendable
,
Et fi devorer dans la faim
Tout ce qu'on trouve loys ,la main.
Eft un crime , il eft, pardonnable .
Je ne fuis cependant ny coquin ny
voleur
( monneur •
Mais à voſtre ſervice un pauvre Ra .
Qui dans un Four * voifin jeté
par violences for ti
* On nomme ainfi les lieux où l'on enferme
les Soldats Enrôlez. na
"
GALANT.
33
[
zivEltam speur Soldat & fans coeurs. [
Ay crû , pour m'en fauver , devoit
Summer sinfciencel neko talA
HoDeployedstogta ma fcience , O
Par le toit de certè Rafon
-Day Jagriep vollreicheminées
Trop heureux ja puis obtenir le
21ng onpardonyl for ( donnéé,
De la terrible peur que je vous ay
Enifindplus alaudit des Fours
Echappé par bonheur à jeun , deno
pulstrois jours , lem : E
Je ne crois pas eftre coupable
Ny de mon, appetic , ny de ce brufs
que effioy , no sv
audiovqustasforcé malgré moy
De m'abandonner voſtre table.
Bonne comme elle étoit auffitoft
j'ay penfémp CV
Que votre évafion m'exhortoit à
m'y mettreiava l'up
$34 MERCURE
NA
J'en avois grand belain , je m'y fuis
ovab donc placémoq ,
Ainfi qu'on fembloit le permettre.
Quet autre encas pareil s'em feroit
difpofilém abejojol I
Je vousdiray de plus qu'en Ramonlineor
hopaeffe gustosd qo. F.
Bay fait à votre chien bonne part
Ps auodusDindonsy oldini ola
Quand il s'eft de luy mômelinvité
-55 , nde lá foftenod iq qad
Eft.ce mal en ufer Pour votreBour.
slurguignong, ang 2015 sus
Ma fay, je lay,buû keul , je le trou,
ve bon. voitte sup
t
Agréez , s'il vous plaiſt, qu'on vous
oldssens felicingobardifesa
Ev que , voftre obligé àedeffusoje
vous quitter v bl
Grippon de fom Souper dans la faim
qu'il avoid y'a
GALANT £25
Se voyant leuré , ne pouvoit
S'appaiſer ny le fatisfaire
De la douceur du compliment ,
Et vouloit que le Commiffaire
En prifon menaft ce Gourmand ,
Mais en fin forcé de louſonice
Aux raifons de tous fes Amis,
Le Ramonneur fortit d'abord, qu'il
l'euft permis
Et de tout on ne fio que rire.
Je vous envoye un Madrigal
de M Dader ; qui fut
envoyé à Madame la Marqui
fe S. Prié , le jour de la Feſte
de S. François , dont elle
porte le nom .
4
136 MERCURE
Jiowog an , bina inov
MADRIGAL
still ja 9. slepp no
DA
Ans le fond d'un deſertion
Calm Adir que le Demon KƐA
Pour triompher du Saint dont
vous portez le nom
*
Fadis luy prefenta le portrait d'uithrine
femme ogla
Capable d'ébranler fon ame.
Ge grand Saint Jurmonta cette
so tentation
Et de vaincre Satan cet Atlete
cut la gloire :
*
Mais s'ileuft pú vous voir en cetté
occafion .
GALANT 17
Fo ne fçay qui des deux aurcit
en la victoire,
Monfieur Morelet, Auditeur
en la Chambre des Comptes
de Bourgogne , à fait le Son .
net qui fuit.
5
CONTRE LA FUREUR
du . Jeu sudi
Vel démon ennemi di repos
de la vie
Aux avides mortels , du foir an
lendemain ,
Met tous les jours les deZ on des
cartes en main
Novembre 1699. M
138 MERCUR E
Et poule à ce defordre , & Das
mon & Silvie ?
ន
Souvent à fe régler la raison les
convie ;
Helas ! contre l'ufage elle travaille
en vain .
DesJeux on veut fentir le caprice
inhumain
,
C'est toujours à ce prix qu'on en
quitte l'envie
S
Qu'eft devenu le temps ou Bacchus.
& l'Amour ,
Dans nos cercles heureux paroiffoient
tour à tour ?
GALANT 139
Lanfquenet , Pharapn , vous re
gnez en leur place ?
S
Il eft vray qu'à vans ſuivre on
voit perir fon bien ,
Mais d'un fi trifte fort bien loin
Lo qu'an s'embaraffe ;
On ne fuit vos rigueurs , que
quand on n'a plus rien .
J'ajoûte un Idille qui ne
vous deplaira pas , Il eſt de
M' de la Blanchere,
Mij
140 MERCURE
LES RUISSEAUX .
Rviſſeaux , que vostre fore
eft doux!
Toujours gais & riants , vous
Suivez dans la plaine
Le doux penchant qui vous
entraine ,
Et fiquelquefois parmi vous,
Vous vous liez d'une éternelle
chaine,
Voftre union ne fait point de
jaloux .
Vous ranimezla mourante na ,
ture.
En vain le retour du Printemps.
GALANT. 141
Rameneroit les Fleurs & la
Verdure ,
Sans vous nos Vallons & nos
Champs
Perdroient bientoft leur naiſſanteparure.
Rien ne trouble vostre repos.
Rien n'arrefte le cours de vos paifibles
Eaux;
Des paffions vous ignorez l'ú
Jage,
Vous ne rende jamais aucunſervile
homage.
Helas , Ruiffeaux , ce n'est que
parmi vous ,
Qu'on voit regner le calme
Linnocence !
&
142 MERCURE
L'union & l'independance, i
Ces tranquilles douceurs ne re.
gnent plus the Znous..
Nous avons, il eft, vray, la raison
en partage ,
Mais en connoiffons- nous l'u .
fage?
L'homme eft toujours la dupe de
Jon coeur ,
Il ne jouitjamais d'un ‹ſſurébon .
beur;
La vanité lefuit , l'ambition le
guide,
De ricbeffes , dhonneurs il eft
fans ceffe avide .
En vainil croit contenterfon
efprit,
GALANT.
143
1
Il ne peut eftre heureux même
quandtout luy rit.
En proye aux durs remords que
fait naître le vice,
inceffamment defupplice en
Il erre
fupplice.
Ce qui tantoft luy plaiſt, bientoft
aprés luy nuit ,
Il cherche le repos , mais lereposle
fuic.
Hélas Ruiffeaux , faut il que
Lanature
Soit pour nous inflexible
Berdure,
Tandisqu'ellerépandfur vous
Ses bienfaits les plus doux .
Mais , pourquay vous porter
envie!
*44 MERCURE
C'est trop en vains regret's confu -
mer noftre vie
Allez , Ruiffeaux, courez toû
jours
Nos peines dureront autant que
voftre cours .
Mr le Chevalier de G ....
ayant demandé une regle aifee
pour trouver le nombre d'Or
de la prefente année 1699, &
des autres fuivantes , fans eftre
obligé de faire la divifion par
19. on luy a envoyé cette Pra
tique.
1. Prenez la quatriéme partie
des deux premiers chifres ,
GALANT. 145
à gauche & marquez la à
part.
2. Ajoutez le refte , s'il y
en a comme autant de dizaines
au troifieme chiffre , &
prenez- en la moitié que vous
marquerez au deffous du
nombre mis à part
3. Ajoutez aufli le refte
comme une dixaine au dernier
chiffre , & marquez- le
à part tout entier audeffous
des deux autres
.
4. Faites l'addition de ces
trois nombres , & ajoutez y
toûjours un de plus , vous aurez
le nombre d'Or cherché.
Novembre 1699 . N
146 MERCURE
Si la fomme paffe 19. il faut
en fouftraire ce nombre , &
le refte fera le nombre d'or.
Exemple , pour trouver le
nombre d'or de l'an 1699.
La quatrieme partie des
deux premiers chiffres à gau
che 16. eft 4. qu'on écrit à
part . La moitié de neuf, troi.
fiéme chiffre , elk aufli 4.
qu'on marque au deſſous du
premier , & parce qu'il refte
un , il faut l'ajouter comme
une dixaime au dernier chiffre
9. & il fait 19 qu'on écrit tout
entier fous les deux autres
nombres à part. On joint enGALANT.
147
femble les trois nombres 4.
4. 19. La fomme eft 27. à laquelle
on ajouſte un pour regle
generale , ce qui fait 28.
duquel nombre ayant ofté 19.
le refte eft le nombre d'or de
la prefente année.
1699.
•
4.
4
19 .
Somme.
27.
I.
Ajoustez..
OfteZ····
28.
19.
Nombre d'Or. 9.
Nij
148 MERCURE
AUTRE EXEMPLE.
1700.....
S.
4. 4° partie de 17.
moitié
de 10.
9. fomme.
1. ajouſté.
Nomb. d'Or 10 .
Cette pratique eft fondée
fur la proprieté generale de
tous les nombres , fçavoir
qu'en divifant le nombre fimple
de tout nombre donné
par un , les dixaines par 2 .
les centaines par 4. les mille
par 8. & ainfi de fuite en
GALANT. 149
augmentant toûjours les divifeurs
en progreffion Geome
trique , la fomme de tous les
quotiens eft le reste du même
nombre divifé par 19 .
Et à ce fujet on peut remarquer
qu'en faiſant les mê .
mes divifions dans tous les
nombres par les diviſeurs en
raifon triple 1.´3 9. 27. &C.
la fomme des quotiens fera
le refte de la divifion du même
nombre par 29.
Que files divifeurs font en
raifon quadruple1.4 . 16.64 . & c.
la fomme des quotiens fera le
refte de la divifion par 39 .
Niij
50 MERCURE
La Demonſtration en eft aifée
, & pourroit fournir de regles
generales tres commodes
dans l'ufage , fi quelque Sçavant
avoit le loifir & l'envie
d'y donner fon application ,
& d'en faire part au Public-
Voicy ce qu'il a paru de Declarations
& d'Arrefts depuis
ma derniere Lettre.
Declaration du Roy ,
portant
peine de Galeres
contre les
Officiers
, Mariniers
& Mate
lots qui abandonneront
en
Mer fans permiffion
, les Vaiffeaux
fur lesquels
ils feront
employez
.
GALANT. **
Donné à Fontainebleau le 27 .
: Septembre 1699 .
F
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 6 Octobre pour le
recouvrement des dettes &
deniers revenans bons à S. M.
tant avant que depuis l'année
1670. juſqu'au dernier Decem
bre 1690
Arrest du Confeil d'Etat
du Roy , qui maintient en
leur nobleffe ceux qui ont
obtenu des Certificats de
confirmation de M' le Mar,
quis de Louvois . Donné à
Fontainebleau le 17 Octo .
bre
1699:0
Niiij
12 MERCURE
*
La Lettre qui fuit eft de M' de
Moralec , Commiſſaire d'Artillerie
& contient la defcription
d'un Poële de nouvelle
invention .
MONSIEUR ,
Je prens la liberté de vous
envoyer la defcription du Poële
de mon invention , que je crois
beaucoup plus commode , que tous
ceux qui out paru jufqu'à prefent.
La conftruction en est telle.
Le corps de ce Poële eft de fer ou
de terre. Sa longueur eft de treize
pouces 7. lignes : fa hauteur,y
GALANT. 153
par
compris celle de fa couverture , de
is pouces , &fa largeur de 8 pouces.
Le dedans de ce Poële eft divifé
felonfa largeur en deux
ties incgales , par une cloifon de
la même matiere. La plus
grande , qui a 9. pouces 2. lignes
de profondeur,fert de foyer, & la
petite reçoit la chaleur de la cloi
Son échauffée par le feu , qui la
touche par le cofte oppofé . Lefoyer
eft élevé de deux pouces fur le rez
de chauffée , auffs bien que le bas
de la cloifon¸ à laquelle il eft exactement
joint , pour empêcher que
la cendre ne tombe deffous. A deux
pouces au.deffus de ce foyer on
554 MERCURE
peut mettre une grille de for , laquelle
puiffe s'ofter & ſe remettre
quand on veut. Sur la couvertyre
de ce Poële , il y a un double
tuyau , ou plutoft deux tuyaux
joints enfemble par un feul diaphragme
; dont lun , qui répond
fur le foyer, & fert de conduit à
la fumée , s'élève à plomb à 2 ou
3. pouces prés du plancher , & ſe
recourbant entre dans le tuyau de
la cheminée de la chambre , s'il y
en a une , ou paffe au travers de
la muraille , s'il n'y a point de che.
minée. L'autre , qui eft deftinépour
recevoir répandre la chaleur
dans la Chambre , s'éleve feuleGALANT.
155
ment à un pied prés du plancher.
Il est couvert par deffus , & percé
de dix ou douze trous de fix lignes
de diamètre , à un pouce prés
du bout , pour obliger l'air chand
qui enfort, de fe répandre en rond
dans la chambre . Ces tuyaux ont
chacun trois à quatre pouces de
diametre.
Ce Poële peut eftre d'une tresgrande
utilité dans les lieux où le
bois eft cher. Sa conftruction eftfacile
; & coute peu , parce qu'on le
peut faire de fer en feuilles , on
même de terre verniffée , ce qui eft
fort propre. Il peut échauffer parfaitement
, en moins d'un quart
16 MERCURE
d'heure , une chambre d'une me.
diocregrandeur. L'ony peut brûler
du bois ou du charbon ordinaire
, en ôtant la grille : & il eft
clair ,
que
ce
bois
ou
ce
charbon
n'étant
point
fouflé
par
deffous
, comme
dans
les
Poeles
ordinaires
,
il
s'en
confumera
moins
de
la
moitié
.
Si
l'on
veut
fe
fervir
de
charbon
de
terre
, on
mettra
la
grille
, &
le
charbon
deffus
,
parce
que
cette
efpece
de
charbon
ne
brûleroit
pas
s'il
n'étoit
fouflé
par
deffous
.
Les
Tourbes
de
marais
ou
de
Taneur
font
fort
propres
pour
ce
Pole
,
elles
coûtent
peu
, brûlent
fort
bien
,
&
durent
longtemps
fans
fe
con
.
GALANT. 157
Sumer. Ainfi enfefervant de cette
matiere, l'on peut tenir une cham .
brechaude tout un jour fans qu'il
en coûte plus de quatre fous , &
ce qu'il y a de commode dans cette
machine , pour ceux qui necroyent
pas bien fe chauffer , s'ils ne voyent
le feu , ony voir le feu & la flam.
me fans eftre incommodé de fumée
; & par confequent , l'on
peut faire du Caffe , du Thé , du
Chocolat , même y faire
bouillir une petite marmite , fi
Leon veur.
&
A l'égard du tuyau deftiné
pour augmenter & répandre la
chaleur dans la chambre , les per
18 MERCURE
fonnes unpeu verfées dans la Phyfique
en comprendront facilement
Lufage ; lors qu'ilsferont réflexion
que le foyer co la cloifon étant
également échauffez par le feu
qui les touche , rarefient l'air
contenu fous ce foyer derriere
cette cloifon , & ce few cherchant
àoccuper un plusgrand espace , eft
obligé de monter & defortir par
le haut du tuyau , où il trouve
moins de réfiftance , à cause de l'i
negalité des deux colonnes d'air ,
dont celle qui appuye fur l'ouverture
d'enbas étant plus haute, &
par confequens plus pefante que
celle qui appuye fur l'ouverture
GALANT. 6159
d'enbaur, s'oppose àlafortie del air
par cet endroit , lefuit pour occuper
la place qu'il abandonne ; & érant rarefie afon tour aft
ilfe fait
ane circulation continuelle d'air
échauffé , qui fe répandant inceffamment
dans la chambre par le
haut du ruyau , contribuï extré
mement à l'échauffer. Ainsi ,
Monfieur , vous voyez que ce
Poële a des utilitez , qui le doi
vent faire préferer à tous crux
qu'on a faits jusqu'à prefent . Celuy
que j'ayfait faire , dont je
me fers actuellement , eft de serre
vernißée,cuite au four d'un potier;
✔ comme j'ay eu foin de faire
160 MERCURE
,
travailler les tuyaux
proprement,
& même avec quelques ornemens,
cette machine ne défigure nullement
la chambre. Plufieurs Curieux
en ont déjafait faire de pareils,
dont ilsfe trouvent
parfaitement
bien. Je fouhaite , Monfieur ,
qu'elle vous foit de quelque uti.
lité, & pour peu que vous la jugiez
digne d'être communiquée
aux Curieux Sçavans , je vous
prie de vouloirbien l'inférer dans
le Journal , que vous donnez de
temps en temps au Public. Je
fuis , &c.
GALANT. 161
ر
Vous ferez fans doute bien.
aile d'apprendre que M' Hebert,
Trelorier de France , de
l'Accademie Royale de Soif.
fons , dont vous avez fouvent
entendu parler avec éloge ,
vient de nous donner un Recueil
de fes Difcourse defes Harangues.
C'est un modele excellent
pour ceux qui le trou
vent dans une condition , qui
les oblige à complimenter pu .
bliquement les perſonnes élevées
en dignité , aufquelles on
ne peut fe difpenfer de rendre
de certains honneurs dans les
Villes où elles paffent . M ' He-
Novembre 1699 . Ο
162 MERCURE
bert nous fait voir dans ces
Difcours qu'il eft maiſtre de la
Langue. Ses expreffions font
nobles , fes penſées vives , &
rien n'eft plus naturel que
l'heureux tour qu'il leur fçait
donner . Il y en a plufieurs pour
le Roy , d'autres pour la Reine
, pour Madame la Dauphine
, pour Madame , & d'autres
pour divers Seigneurs &
Dames de la Cour , du rang
le plusdiftingué Les occafions
qui l'ont obligé à leur témoigner
les fentimens de la Ville
de Soiffons étant differentes ,
vous feront trouver ce Recueil
GALANT. 163
rempli de cette agréable diver
fité qui plaiſt toujours quan l
elle eſt bien menagée . Il fe debite
chez le S ' Brunet Librai .
re , dans la grande Salle du
Palais .
On commence auffi à debiter
chez le S Guignard, Libraire
, un autre Livre nou .
veau que ie fçay que vous lirez
avec beaucoup de plaifir,
Le Titre qu'il porre m'en fert
d'affeurance , C'eſt Le Cel bat
volontaire , op La vie fans enga
gement. Vons eftes demeurée
Veuve dans un âge fi peu avan,
cé, qu'ayant refulé de changer
O ij
164 MERCURE
d'état depuis ce temps là , on
peut dire qu'il n'y eut jamais
de Celibat plus volontaire que
celuy que vous gardez. Ċet
Ouvrage qui eft approuvé de
tous ceux qui ont du gouft ,
merite d'eftre leu avec l'appli
cation quel'on donne aux bonnes
choſes . Le ftile en eft naturel,
& n'a rien d'embarraffe;
les raiſonnemens en font fo .
lides, appuyez de l'autorité des
Peres & des Philoſophes , &
l'on y trouve par tout répan
due une Morale Chrétienne ,
qui ne peut produire que de
tres bons & tres · utiles ef
GALANT. 165
fets . Cet ouvrage dont je ne
puis vous parler d'une maniere
trop avantageuſe , eft de
Mademoiſelle Suchon , qui
nous fait connoiftre que
quand cellés de voltre Sexe
veulent prendre foin de ſe cultiverl'efprit,
il n'y apoint dema
tiere qu'elles ne puiflenttraiter
avec grace & avec force . Cette
fçavante perfonne ayant entrepris
de faire voir le merite
du Celibat volontaire, qui eſt
une vie fans engagement , a
divifé fon ouvrage en trois
parties. Dans la premiere, elle
montre en quoy confifte 1 :
166 MERCURE
Celibat volontaire , fes differences
particulieres , les utilitez
dans la Societé civile , &
dans la Republique Chretienne
, les proprietez qui luy ap
partiennent fingulierement ,
& comme de tout temps il a
éré profeffé par des perfonnes:
d'une fainteté exemplaire , &
enfin elle répond à l'objection
de ceux qui difent , que fi la
neutralité eft dangereuse dans
les diffenfions d'un Royaume
ou d'une Republique , elle ne
l'eft pas moins dans la focieté
humaine , où la profeffion d'u
ne vie indifferente , qui ne
GALANT 167
veut point d'autre engagement
que celuy de n'en point
avoir,paroift oppofée à la Coû
tume univerſelle de s'établir
dans le Cloiſtre , ou dans un
menage fous la conduite d'un
mari. Dans la feconde partie,
elle fait le parallele du Celibat
volontaire avec les deux autres
Etats , & aprés avoir remarqué
que la vie Monaſtique , quoyque
tres-fainte & tres- parfaite ,
n'eſt pas indifferemment pro
pre à tout le monde , elle fait
voir que c'est un grand avan
tage aux perfónnes qui n'y
font point appellées , de paffer
168 MERCURE
leur vie dans un état , moins
penible , & où les charges de
confcience ne font pas fi rudes
, & où l'on peut garder
la continence , & mener la
vie parfaite ; & comme par
les liens du mariage les femmes
font fujettes à leurs maris
, attachées à leurs enfans ,
inquietées par leurs domeftiques
, & par les foins d'acquerir
des biens temporels qui
font des épines fi facheufes,
qu'il eft difficile d'en comprendre
les peines & les travaux
, elle fait connoiftre le
bonheur des perfonnes libres,
qui
GALANT . 159
qui font exempts de tant de
chagrins. Enfin dans la troifié .
me partie , elle remarque l'em .
ploy du temps , & les occupa
tions qui font les plus neceffaires
aux perfonnes libres, &
aprés avoir confideré leurs
plus ordinaires exercices , elle
fait réflexion fur les vertus
qui leur conviennent le plus,
étant comme des ornemens
- precieux qui fervent à embellir
toutes les perfonnes qui
ont embraffé cet heureux
état.
Le même Libraire vient
de donner une Edition
Novembre 1699. P
170 MERCURE
nouvelle & tres correcte d'un
livre qui a pour Titre , Trai
té des Droits Honorifiques des
Seigneurs dans les Eglifes , avet
un Traité du Droit de Patronage
de la prefentation aux Benefices
, le tout augmenté de nou.
velles obfervations & de plufieurs
nouveaux Arrefts & Reglemens
fur ces matieres . Il
prie ceux qui auront obtenu
des Arretts touchant les
Droits Honorifiques , tant du
Parlement de Paris , que des
autres Parlemens & Cours Superieures
de France, de vouloir
bien luy en faire part, afin qu'il
GALANT.
17 :
les faffe inferer dans cet ou
viage , pourvû qu'ils foient en
forme, avec les raifons & l'explication
du fait . Il prie auffi
ceux qui remarquerant quel
que faute en cette Edition ,
foit dans les dattes des Arrefts
ou dans less Citations , ou qui
auront fait quelques Notes ou
obfervations , d'avoir la bonté
de les luy communiquer ,
afin qu'il puiffe mettre , s'il
eft poffible , cet ouvrage dans
ſa perfection , ſuivant l'uſage
& la Jurifprudence universelle
du Royaume.lm
On vient de faire encore
Pij
172 MERCURE
une Edition nouvelle du fai
meux Dictionnaire de Moreri.
Non feulement on a mis par
ordre alphabetique le troifiéme
volume qui fervoit de fupplement
aux deux premiers
qui avoient paru depuis long.
temps , mais only a joint plus
de quinze cen's articles nous
veaux, qui ne le trouvent dans
aucunes desEditions quien ont
efté faites jufqu'à aujourd'huy
Ce grand ouvrage fi utiles à
tout le monde , eft prefentementen
quatre volumes . Le S
Coignard qui le debite, a eu
l'honneur de le prefenter au
GALANT. 173
Roy qui l'a receu agreable .
ment. 312 VOICE
Vous avez vû dans l'une de
mes dernieres Lettres , la def
cription des divertiffemens
qu'a pris Madame la Ducheffe
du Maine dans une charmante
folitude que cette Princeffe
avoit choifie , pendant que
la Cour étoit à Fontainebleau.
M' l'Abbé Geneft , de l'A.
cademie Françoile , qui avoit
adreffé cette defcription à l'llluflre
Mademoiſelle de Scudery,
en a receu la réponse que
vous allez lite
Piij
174 MERCURE
A MONSIEUR
l'Abbé Geneft....
Vand on fçait regler fes de.
Qr
firstbo
On trouve d'innocens plaiſirs ;
Fen découvre dans voftre ou
Vrage
Une tres agréable image .
Vous en parlez fi galamment,
Quoyque cefoit tres -fagement,
Qu'à la vertu la plus fevere
Vous avez trouvé l'art› de
plaire ,
"Mais je ne m'en étonne pas ,
Car la Princeße a tant d'appas
GALANT. 175
A qui vous confacrez vos
veillas ,
Que pour la contenter vous fain
tes des merveilles.
En effet , Monfieur , vous
me donnez une idée de cette
Princeffe qui me charme ; je
la vois toute aimable , toure
belle & toute parfaite . Ce
n'eft pas feulement à la peindre
que vous excellez. Les autres
Portraits que vous faites
font de même fi bien touchez
& fi vrais , & vos defcriptions
fi vives & fi attachantes , que
je foûtiens hardiment qu'en .
Piiij
176 MERCURE
le
tre tous les plaifirs qu'on peut
avoir , celuy de lire vôtre ouvrage
eft le plus noble ,
plus grand & le plus innocent.
En rendant juſtice au rare merite
de cette Princeffe , Monfieur
, vous faites connoiftre
le vôtre d'une maniere fiavantageuſe
, qu'on ne peut s'empêcher
de vous admirer. J'ay
affez lû en François , en Italien
en Eſpagnol & en Portugais ,
& je n'ay rien vû en ces quatre
Langues de plus agreable
& de plus achevé que vostre
Lettre.
L'honneur que vous
m'avez fait , Monfieur , de par .
GALANT. 177
4
"
ler de moy en loüant une fi
charmante Prince ffe , m'empêche
de m'étendre davantage
fur vos loüanges , & j'aime
mieux finir par un Madrigal
pour elle.
A MADA ME
la Ducheffe du Maine.
PRinceſſe à qui tous rend hommage
,
Vous eftes jeune , belle & ſage,
Et vous avez choisi les innocens
• plaifirs ,
Dignes de contenter les plus juſtes
defirs.
178 MERCURE
Ce beau choix vous comble de
gloire ,
Et fe fait approuver des Filles
de Memoire.
Par elles vostre nom est déja fi.
vanté ,
Qu'il paffera fans doute à l'Immortalité.
L'Hiver qui approche a
donné occafion de faire les
Vers que je vous envoye.gra .
vez .
ARNOUVEAU.
REviens, affreuse Hiver ¸regne
dans nos boccages ,
GALANT.
179
Népargnacfleurs fais mon.
Nou
£2
P:
nos
fleurs
fais
mour
65
br one
Zemabergere
tune
scau
*
1
122haise
soncoeur
reneminporte
guer
178 MERCURE
Ce beau choix vous comble de
PUBLIC
THEE
ا ر ا ت
LYON
*
1893
*
GALANT . 179
Népargnepas nosfleurs fais mou
rir nos ombrages ;
enos Troupeaux éprouvent
da rigueur
.
२
Je fuis aiméde ma Bergere ,
Tu ne fçaurois glacer fon
incoeur laut , 29
29 105
| Le refte ne m'importe quere.
Le Samedy 14 de ce mois,
l'Academie des Sciences recommença
fes Affemblées ,
& felon le nonveau Reglement
elle ouvrit les Portes ,
parce que c'eftoit la premiere
affemblée d'aprés la S Martin .
Je ne vous repeteray point ce
180 MERCURE
que je vous ay deja dit furcel .
le d'aprés Pafques . Ce fut en
celle - cy la mème choſe pour
la forme. Le Pere Sebastien
Carme , Academicien Hono .
raire, tres- habile dans les Mechaniques
, fut le premier de
la Compagnie qui parla . Il fit
voir une Machine par laquelle
il prouvoitavec plus de facilité
qu'on ne l'avoit fait encore
par aucune experience , que la
chute des corps pefans s'acce .
lere felon la progreffion
des
nombres impairs
, ce qui eſt
une des plus belles découvertes
du Fameux Galilée . Enfuite
GALANT. 181
M Abbé Galois lut un Difcours
fur une Fontaine de Dauphiné,
dont S. Auguftin a par
lé , & qu'il a prétendu qui al ·
lumot des Flambeaux , & éteignoit
ceux qui estoient allumez
. On l'appelle la Fontai.
ne brûlantes M l'Abbé Galois
détruifit les fauffes merveilles
qu'on luy attribue , comme
celle qui a étonné S. Auguftin ,
& donna par la Phifique , des
raiſons propables & ingenieu
fes des Phenomenes veritables
qu'on y obſerve. Tout fe re
duit à un petit terrain, quijer
te effectivement des flâmes .
182 MERCURE
Il y a un ruiffeau qui n'en eſt
pas loin , & qui peut- eftre a
paffé deffus autrefois , ce qui
a fait croire que c'eſtoit une
Fontaine brûlante.bomul
M' de la Hire qui parla a
prés , examina quelles font les
forces d'un homme pour éle
ver ou pour tirer des fardeaux
dans les differentes fituations
où il fe peut mettre , tout cela
par les loix de la Mechanique.
Enfuite il compara les forces
des Hommes à celles des Che
vaux . Toutes ces connoiffances
qu'il faut, puiſer d'abord
dans la Theorie des Mathema
GALANT. 183
àtiques, fant enfuite d'un grand
ulage pour la pratique des
Arts, & pour les commoditez
de la vie. M' du Verney ter
mina la féance par unDiſcours
tres exact & tres- profond fur
la Structure du coeur de laTor.
tuë . Cette Structure eft fort
extraordinaire , & propre à
exercer un aufli habile Anato ,
miſte . D'ailleurs , elle a quel .
ques rapports au coeur du
Foetus humain , & par-là elle
peut fervir à decider la que ,
tion, qui divife prefentement
les Anatomiftes de l'Acade
mie fur la circulation du fang
184 MERCURE
dans le Foetus . Auffi M' 'du
Verney tira t- il beaucoup de
confequences du coeur de la
Tortue pour appuyer l'opi .
nion qu'ila embraffée fur le
Foetus humain .
M'l'Abbé Bignon qui pre.
fidoit à la féance, mefla à tous
ces differens Difcours les é .
clairciffemens
dont les Auditeurs
pouvoient avoir befoin ,
& même des agrémens dont
ces matieres ne paroiffent pas
trop fufceptibles.
*. L'Ouverture du Parlement
fe fit le Jeudy 12 de ce mois.
Elle commença par une Meſſe
GALANT. 185
par
Solemnelle , qui fut celebrée
M'l'Evefque Duc de Laon
à la Chapelle de la Grande
Salle du Palais , accompagnée
d'une excellente Mufique de
la compofition de M' Charpentier
, Maistre de celle
de la Sainte Chapelle . Aprés
la Mefle, M's les Prefidens &
Confeillers dn Parlement, en
Robes Rouges, entrerent en
la Grand Chambre , & ayant
pris place fur les Hauts Sieges,
M' le Premier Prefident fit
à ce Prélat un remerciment
de la part de la Compagnie.
Son Difcours fut court & des
Novembre 1699. Q
186 MERCURE
plus polis . Il confiitoit à peu
prés à luy marquer l'obligation
que la Cour reconnoiffoit
luy avoit, de ce qu'il avoit prefté
fon miniftere pour implo
rer la grace du Ciel fi neceffai
re dans l'adminiftration de la
Juftice. Il fic un éloge de ce
Prélat fur fon application infatigable
dans le Gouvernement
de fon Dioceſe , & fur la
nobleffe de la Famille dont il
eft iffu , qui s'eftoit diftinguée
depuis plufieurs Siecles dans
les Armes & dans l'Eglife . Il
dit que cette diftinction eſtoir
d'autant plus grande , que des
GALANT. 187
fixpremieres anciennes Digni .
tez Ecclefiaftiques , qui avoient
droit d'entrer au Parlement
& d'y prendre leurs
féances en qualité de Pairs , il
s'en trouvoit prefentement
trois occupées & remplies dignement
par trois Prelats dir
nom de cette llluftre Famille.
M'l'Evefque, Duc de Laon ,
repondità ce compliment par
un remerciment qu'il fit à la
Compagnie de l'honneur qu'-
elle luy avoit fait de fe fervir
de fon miniftere pour une
action fimportante. Il fit un
pompruxéloge de la pieté , &
Q IJ
188 MERCURE
des excellentes qualitez du
Roy , un detail de tout ce
qu'il avoit fait pendant le
cours de fon Regne , dans la
Guerre & dans la Paix , pour
le maintien de la Religion , &
pour le bonheur de les Sujets.
ily mefla ingenieufement celuy
de M' le Premier Prefident ,
dont il éleva les qualitez fu .
perieures , fon zele pour le
Public , fa profonde capacité,
fon noble defintereffement ,
&l'aplication infatigable qu'il
faifoit voir à rendre juftice à
tout le monde. Il remercia la
Compagnie de la protection.
GALANT. 189
qu'elle donnoit aux Eglifes de
fon departement , & fit voir
par des paffages & des auto ,
ritez qu'il cita , l'union étroite
& infeparable qui devoit eftre
entre la Religion & la Juſtice .
Les Avocats& lesProcureurs,
au nombre de fix à ſept cens,
furent enfuite appellez, & pre
fterent ferment d'obferver les
Reglemens en mettant la
main fur l'Evangile.
L'Ouverture des Audiences
de la Cour des Aides fe fit
dans le même temps . Aprés la
lecture des Reglemens , M ' le
190 MERCURE
Camus;PremierPreſident, qui
remplit cette grande Charge
avec toute la reputation qu'on
peut defirer d'un fi fage &
habile magiftaat,fit une exhor.
tation aux Huiffiers , pour les
obliger à obferver la regula .
rité dans l'exercice de leurs
fonctions. llen fit enfuite une
autre aux Greffiers , aufquels
il recommandala moderation
dans la perception de leurs
Droits, & d'en foul ager le Public
d'une partie. Enfuite il
adreffa la parole à M les
Gens du Roy, & fit un éloge de
leur fuffifance , de leur aplica
GALANT. 197
tion, de leur capacité, de l'artention
& de l'amour qu'ils
avoient pour la Juſtice & pour
l'expedition des affaires du Pu
blic , & les propofa pour exemples.
Aprés cela il fit entendre
que fi dans les années précedentes
on avoit fait la peintu
re des foibleffes de l'homme ,'
& traité cette multitude de
paffions qui l'obfedoient con
tinuellement , & qui l'emper
choient d'arriver à la perfection
qui eftoit fi neceffaire
pour remplir les obligations
importantes de la Magiftra192
MERCURE
ture , on avoit marqué en
même temps , ce qu'il devoit
pratiquer pour éviter lesécueils
& les naufrages où l'on étoit´
precipité par la mauvaiſe conduite,
par la negligence , & par
le peu d'attention qu'on faifoit
fur les devoirs defa profeffion ;
que l'on devoit faire toutes
chofes pour rendre utiles les
remedes que l'on prefentoit
pour le delivrer des mauvaiſes
qualitez & des méchantes habitudes
que l'on contractoit
infenfiblement
; qu'il avoit re.
marqué que par la forte & erieufe
application qu'on ' étoit
donnée ,
GALANT 193
donnée, qu'ils avoient fait tout
l'effet qu'on en avoit attendu .
Il ajoufta que le filence & la
modeftie , l'amour pour la ve .
rité& l'application à la connoiffance
de fon état & des ob'igations
qui y eftoient attachées
, eftoient abfolument
neceffaires au Magiftrat qui
afpiroit à la perfection , & qui
par la moindre inconftance &
la moindre irregulariré dans
fa conduite & dans des démarches
éloignées de la vertu
, perdoit en un moment
toute la réputation qu'il s'étoit
acquife pendant plufieurs
Novembre. 1699 , R
194 MERCURE
années ; que le feul moyen
d'éviter ces defordres , confiftoit
dans l'attention continuelle
que les Juges doivent
avoir à connoiftre l'étenduë
des devoirs de leur profeffion ,
que le chemin n'en étoit point
inacceffible, mais aifé, autant
aux jeunes qu'aux anciens ;
que c'eftoit moins par l'im
portance des dignitez , par
le choix du Prince , par l'ap .
probation du Public & par le
refpect des peuples , qu'on
étoit confideré, que par la ré,
gularité a bien s'acquiter de
fes devoirssique l'application
GALANT: ·195
*
à les connoistre dans toute leur
étendue , Hartachement à les
remplie avec exactitude , produifditubtémoignage
&uncon.
tentementfecret dans une con .
fcience pure qui en faifoitle veritable
prix que quand on
avoit un amour fincere pour
la vertul, onos'y perfection .
noit infenfiblement ; que les
lumieres s'offroient en foule ,
& que l'on en découvroit à
chaque démarche ; que les
premiers Degrez pour y par
venir étoient d'avoir l'ame
genereufe & bien faifante , en
nes trouvant du plaifir que
Rij
-
196 MERCURE
dans celuy d'en faire aux au
tres , & en leur rendant la juftice
qui leur étoit duë . Il dit
encore que le propre de l'homme
eftoit de penser qu'il étoit
infini dans fes vuës ; que fon
coeur infatiable ne fe bornoit
jamais dans les découvertes ,
qu'il vouloir tout sçavoir !
tout poffeder , & que fi dans
ces agitations continuelles
il n'eftoit fecouru de la rai.
fon , il tomberoit dans des
égaremens continuels : que les
vices qui fembloient les plus
oppoſez les uns aux autres
ne laiffoient pas d'avoir de cerGALANT
197
taines regles particulieres &
des liaiſons & des enchaînemens
les uns avec les autres ,
pour pouvoir poffeder le coeur,
que fouvent la pareffe dégeneroit
dans une agitation turbulente
, la molleffe dans une
opiniaftreté dure & inflexible ,
qu'i's changeroientles vertusen
Vices ,enforte qu'une ignorance
paifible & voluptueule prenoit
la place de l'étude & de
la fcience; que pour fe deffendre
des paffions , il falloit leur
oppofer leurs contraires , le
defintereffement à l'avarice ,
l'humilité & la moderation à
R iij
98 MERCURE
l'ambition , la vigilance à la
pareffe , l'affabilité & la douceur
à l'orgueil , la folitude &
la temperance à la volupté. Il
ajousta que l'on ne pouvoit ja
mais mieux exciter l'homme
à la vertu que par fes propres
interefts , que fans cette vertu
l'autorité fuprême n'eftoit
jamais relpectée , qu'elle de
voit cftre attachée à fa
perfonne
& à la dignité , que fr
l'on ne pouvoit l'acquerir qu'avec
peine , la gloire en étoir
plus grande , & fur tour quand
on ne la quittoit jamais de
vûë , qu'une courageufe perGALANT.
69
feverance étoit autant lear
tage desGuerriers que des !!*
giftrats. Il ñiarqua les routes
neceffaires pour fe conferver
la poffeffion de la parfaite vertu.
11 en défigna les caracteres
, il s'étendit fur le defre
tereffement & fur la preference
qu'on devoit donner plutoft
aux interefts d'autruy qu'aux
fiens propres , & laiffa d'excellentes
idées de l'éta : heureux
d'un Magiftrat qui donne toute
fon attention à fe deffendre
de cette multitude infinie de
paffions qui s'efforcent d'obfeder
le coeur, qui tâchent d'en
Riiij
200 MERCURE -
troubler la tranquilité , & d'en
arracher cette vertu fi neceffaire
à ceux quife font devouez
à la Magiftrature .
M' des Haguais , premier
Avocat General , & qui eft un
des premiers & des plus parfaits
de fon Siecle , prit enfuite
la parole , & fit voir dans
des termes choifis & brillans
que la Juftice étoit une Divinité
bien - faifante : que fon
pouvoir ne confiftoit qu'à répandre
des graces & des bienfaits
de tous coftez ; que fes
regards dépouilloient les hom
mes de leurs diftinctions ima
GALANT . 2.00
ginaires ; qu'elle eftoit également
favorable aux pauvres &
aux riches , aux puiffans & aux
foibles, qu'elle infpiroit à ceux
qui estoient commis pour la
diftribuer aux autres, une raifon
pure & defintereffée , ca.
pable de feparer le vray du
faux , & de les déterminer
à pancher du colté qui fe
trouvoit le plus jufte ; que
le coeur du Magiftrat n'étoit
point touché par les affections
particulieres ; qu'attaché fidellement
à la Juſtice , il n'eftoit
jamais ébranlé ny par la prevention
, ny par les follicita202
MERCURE
tions des amis, ny par les attraits
& les efperances de la faveur
& de la fortune ; que fa vertu
fe trouvoit toûjours fixé , inebranlable
, & toûjours occupée
au fervice de fa patrie. Il
parla des effets merveilleux de
la vertu & de la Justice dont
il fit des peintures achevées
par des pensées élevées &
choifies , & avec une eloquen
ce admirable. Il mania les dif.
ferens caracteres des Juges ,
en élevant ceux qui remplif.
foient l'importance de tous
leurs devoirs avec toute l'exactitude
& toute l'applica
E
GALANT . 203
tion
neceffaire , & en propo
fant des moyens & des routes
à ceux qui tomboient
dans le
déreglement
, dont il fit des
defcriptions
ingenieuſes . 11
s'étendit fur cette infinité d'oc
cafions dangereufes qui fe pre
fentoient dans le cours des occupations
du Magiftrat , & dit
qu'il devoir eftre le protecteur
de ceux qui vouloient évirer
fon tribunal , & des Juges infe.
rieurs , fe dépouiller de fon
autorité pour les en reveftir ,
avoir de la charité, de la compaffion
, & de la douceur pour
les plaideurs , avoir ſa maifon
204 MERCURE
ouverte pour les recevoir &
les entendre , faire enforte
que ce defintereffement & cet,
te humani é qu'il devoit avoir,
fe trouvaffent dans les dome ,
ftiques , & empêcher qu'un
malheureux plaideur ne fuit
confumé par des depences
inutiles , dans le temps qu'il
eftoit prefque dans l'impuiffance
de payer celles qu'il
eftoit obligé d'avancer pour
l'inftruction de fon affaire . 11
dit encore , mais dans des termes
choifis , que le Juge de
voit toûjours cftre prevenu
pour le bien public , & fereGALANT
205
volter contre lay- même; que
fa vertu , fa ſcience , fon autorité&
la fuffifance, devenoient
inutiles quand il permettoit
l'entrée de fon coeur à la corruption
; que le coeur étant le
fanctuaire de la Juſtice , il devoit
eftre plus fevere à luymême
qu'aux autres ; que l'on
ne devoit avoir de l'indulgen .
ce que pour ceux qui cher、
choient leur deffenfe fur le
vifage de la Juſtice , & que
fi
la farouche aufterité , la rudeffe
& l'impatience querel -
leufe d'un Juge, découragoient
le plaideur , l'humanité le con206
MERCURE
foloit dans fa difgrace. Il fit
enfuite le parallele des Juges,
éclairez,vertueux & appliquez
à leurs devoirs avec ceux qui
les negligeoient, & enleva tous
ceux qui étoient prefens à la
prononciation de ce Difcours
qui fut univerfellement ad
mire.
L'ouverture des Audiences.
du Parlement fe fitle Lundy
16 de ce même mois dans la
Grand'Chambre , où il y avoit
un concours infini de perfonnes
diftinguées , & de peuple.
M Dagueffeau, premier Avo .
cat General adre ffant la paGALANT
207
role aux
Avocats , leur marqua
qu'il y avoit plus de vingt ans
que l'éloquence
du Barreau
eftoit
degenerée ; qu'il fem ,
bloit n'eftre plus que l'ombre
de ce qu'il avoit efté autrefois,
que l'ignorance
avoit pris la
place de l'érudition
, la mol.
Jeffe & la negligence , celle de
la ſcience & de l'application ,
que les grands hommes
mouroient
& qu'il n'en renaiffoit
point d'autres. Il fit une ri .
che peinture
de l'eftar floriffant
où autrefois
l'on avoit
veu leBarreau, & des réflexions
judicieufes
fur l'état prefent
208 MERCURE
fi different & fi peu ſemblable
à celuy des temps paffez ; que
l'on ne voyoit plus ces fages
vieillards qui en avoient fait
l'ornement & la fplendeur ;
qu'une fuffifante mediocrité
avoit fuccedé à l'élevation &
à l'experience; que le Pilier fembloit
eftre devenu muet , languiffant
, & confiné dans la ſo ·
litude ; que fi ce qui en reftoit
venoit à mourir , on ne laiffe.
roit pas encore de deplorer la
perte de cette mediocrité ; que
cependant l'efprit n'avoit jamais
efté fi commun , & que
jamais il n'y avoit eu tant d'oc
GALANT. 209
cafions de le faire paroiftre ,
que depuis deux ans il s'eftoit
prefenté au Barreau des fujets
tellement
extraordinaires par
leurs évenemens & Icurs queftions
, qu'il étoit impoffible
à la fable la plus
ingenieuſe ,
& à l'invention la plus brillante
, d'en imaginer des fen blables
; que malgré cela on ne
voyoit plus que des peintures
infipides , des recitateurs ennuyeux
, des fquelettes de la
veritable éloquence 11 paffa
de ces peintures qu'il fit avec
des termes agreables & remplis
de cette heureuſe facilité
Novembre 1699. S
210 MERCURE
qui le fait admirer de tous
ceux qui ont le plaifir de l'entendre
, dans les moyens neceffaires
aux Avocats pour rétablir
la gloire du Barreau . Il
fit voir qu'outre l'application
laborieufe & l'eftude des Loix,
des Conſtitutions , des Reglemens
& des Couftumes , les
Avocats , dont la profeſſion
eftoit toute noble & toute libre,
devoient avoir l'ame belle
& en eftat de réſiſter à toutes
les paffions ; qu'elle ne devoit
point eftre fervile ny merce.
naire ; qu'ils ne devoient point
fe proftituer ny fe hazarder
GALANT. ' zif
de paroiftre en public avant
que d'avoir efté inftruits à
fond ; quela remerité de vouloir
plaider avant que d'eftre
parfaitement preparé , faiſoit
des playes incurables ; qu'ils
devoient non feulement eftre
Jurifconfultes mais auth Hiftoriens
, Politiques , Poëtes
& Grammaticiens ; que s'ils
devoient bien connoiftre la
politiffe des Grecs & des Ro
mains , ils devoient plutoft entrer
dans leur genie que dans
leur caractere ; que l'on devoir
confacrer à la vertu certe jeuneffe
qui refloit prefque toû-
Sij
212 MERCURE
jours dans une orgueilleuſe
ignorance , ne point paroistre
en public avant que d'avoir
fait des fonds de notions , de
fciences & de connoillances ,
ne point cueillir des fleurs
dans le printemps , ce qui em.
pêchoit les arbres de rapporter
des fruits dans l'Automne.
Enfin il fit voir par l'exemple
de feu M' l'Anglois , fameux
Avocat , qui avoit fuivi le confeil
d'un grand Prefident
d'un illuftre nom , que l'on
devoit quelquefois s'abftenir
de paroistre au Barreau
pour paſſer quelques années
GALANT
213
dans la retraitte , afin d'y revenir
enfuitte avec plus de
gloire , & avec cette haute reputation
que cet Avocat avoit
meritée dans la fuitte . Il
prouva que la perfection ne
s'acqueroit que par l'applica
tion & la
perfeverance
; que
dans la compofition des Difcours
on devoit imiter les habiles
Sculpteurs , qui ne perfectionnoient
leurs Ouvrages
& leurs Statues, qu'à force d'en
ofter & d'en retrancher de la
matiere. Il fit auffi un éloge
de feu M' Nouet, ancien Avo.
cat , & le propofa pour exem214
MERCURE
ple à ceux qui fuivoient le Barreau
; aprés quoy , il exhorta
les Procureurs à retrancher
leurs Procedures , à conferver
l'ordre & la difcipline dans
leur Compagnie
, à ne point
entreprendre fur la fonction
des Avocats , & à faire enforte,
que furpaffant fon efperance
ils fe trouvaffent en état de
meriter fon approbatien pluftoft
que fa cenfure .
Mle Premier Prefident
parla enfuite fur le même fujet,
& fit voir que la difference
qu'il y avoir , entre l'élo .
quence des Anciens , & des
GALANT. 215
Romains , & celle des Ora -
reurs modernes , venoit de ce
qu'il ne s'agiffuit plus d'em
porter par la beauté du Dif
Cours la preference
pour le
Confular, ou pour la Preture;
que la negligence & le peu
de preparation
des Avocats
en avoit avili la profeflion
;
qu'elle n'eftoit plus fi confi ."
derée , parce qu'il y en avoir ,
qui fe confiant fur leur facilité
à parler fur l'heure , venoient
à l'audience plaider des Caufes
dont ils ne fçavoient
auque
ce que
tre chofe leurs Par.
ties leur en avoient dit en les
216 MERCURE
accompagnant
au Palais. Il les
exhorta à s'appliquer ferieuſement
à connoiftre & à remplir
leurs devoirs , conſeilla à
quelques Anciens , dont l'âge
étoit avancé, de jouir de l'heu
reufe tranquilité qu'ils meri.
toient , & exhorta les Jeunes à
ceffer pour quelque temps de
paroiftre à de certaines Audiences
deſtinées
à l'expeditions
des Affaires , où il ne faut
fe fervir que de termes ferrcz
& concis ; que l'on ne pouvoit
parvenir à cette briéveté,
que par la méditation , la ré-
Action & l'application
. Ilfi-,
nit
GALANT. 217
nit par une exhortation qu'il
fit aux Procureurs de s'attacher
à obferver lesReglemens
de la Cour.
Le Mecredy 18. du même
mois , on fit les Mercuriales en
la Grand'Chambre . Le même
jour , M' Dagueffeau , Premier
Avocat General , prononça
un tres - beau Difcours
fur la Grandeur d'ame que les
Juges doivent avoir dans
l'exercice de leurs profeffions.
Il en fit le portrait & en donna
les définitions d'une maniere
qui enleva tous fes Au
diteurs. Il marqua de quelle
Novembre 1699. T
218 MERCURE
de
maniere les Magiftrats étoient
toujours obligez d'eftre dans
une laborieufe application , la
connoiffance parfaite qu'ils
devoientavoir d'unemultitude
de Loix, de Conftitutions ,
Coutumes, d'Ordonnances &
de Reglemens, la difficulté des
Queſtions épineufes , les formalitez
embarraffantes de la
procedure ; qu'ils devoient
eftre fur tontattentifs à le défendre
de toutes les paffions
aufquelles ils le trouvoient expofez
, & entre autres de celle
de l'ambition , qu'on fai
foit paffer prefentement pour
GALANT. 219
une vertus qu'un bon Juge
devoit méprifer les coups &
les évenemens de la fortune &
de la faveur, fe contenter des
voeux & des fouhaits du public
pour le voir élevé à des poftes
& à des dignitez plus éclatantes
, fans les rechercher ny les
ambitionner , toûjours fage,
égal , ferme , appliqué à remplir
tous fes devoirs; jamais in
quiet ny embarraffe , & en
état de rendre jufqués au dernier
foupir de fa vie des fervices
utiles à fa patrie . Il dit une
infinité de belles chofes fur
cette grandeur d'ame qui étoit
Tij
225 MERCURE
le partage d'un grand Magiftrat.
Tout ce qu'il dit fut ac .
compagné d'une grace merveilleule,
& de cette vive élo.
quence qui luy eft fi familiere
, & qui le fait confiderer
comme un des plus habiles)
Magiftrats de fon temps.
M le premier Prefident
prit enfuite la parole , & aprés
avoir marqué qu'il avoit traité
cette matiere de la grandeur,
d'ame par un Difcours qu'il
avoit prononcé en la Grand'
Chambre il y avoit trentedeux
ans , il traça fort éloquemment
les caracteres de
GALANT. 2zI
ceux qui la poffedoient , & fit
connoiftre les moyens par lef
quels on y pouvoit parvenir.
Il fit voir que c'étoit principalement
pendant la jeuneffe
que l'on devoit s'appliquer à
la rechercher ; qu'on étoit incapable
de la pouvoir avoir
dans toute fon étendue dans
un âge avancé , & dans un
temps que le corps accablé
d'infirmitez & de foibleffes tenoit
l'ame enfermée , & l'empêchoit
de faire éclater les
fentimens nobles dont el
le devoit eftre embellie. Il
mella à tout cela des exhor-
Tiij
222 MERCURE
tations pathetiques qu'il
fit à Meffieurs fur l'obferva- a
tion des Ordonnances & fur
l'application qu'ils devoient
avoir dans l'exercice de leurs
fonctions , dans le jugement, &
l'expedition des procés . A
quoy il ajoûta qu'ils devoient
particulierement s'occuper
du foin de foulager les Parties,
qui étoient rebutées & accablées
par une infinité de dé.
penfes qu'elles étoient obligées
de faire dans le cours de .
l'inftruction de leurs affaires.
Je ne fuis point étonné,Maj
GALANT. 223
dame, que lintereft que vous
avez toûjours pris aux perfonnes
qui fe font diftinguées
dans quelque profeffion , vous
ait donné de l'inquietude
pour Mile Begue , également
recommandable par fa rare
pieté & par l'excellence de
fon Art. Il eft vray que fouf.
frant de grandes douleurs depuis
quelques mois , aprés une
Confultation autentique , &
des prejugez qui ne laiffoient
point douter, qu'elles ne luy
fuffent caulées par la
pierre,
il s'eft refolu à fouffrit la taille.
C'eftoit beaucoup hazarder
I iiij
224 MERCURE
pour un homme qui a plus de
foixante ans , mais M Colo ,
l'un des plus habiles & des
plus experimentez
en ce genre
d'Operation
, qui ayent paru
jufques à prefent , l'a faite fi
à propos , que le fuccés a répondu
à tout ce qu'on s'estoit
promis de fon adreffe . Ce fut
au commencement
du mois
paſſé que M ' le Begue s'y expofa.
Pendant toute l'operation
,l'une des plus douloureu
fes qu'il y ait , il demeura ferme
fans rien dire que ce que
fon coeur veritablement Chrétien
luy infpiroit par des mou
GALANT. 225
A
vemens & des infpirations interieures
. Enfin au bout de
huit jours il fe trouva hors de
tout peril , & il eft prefentement
dans une fanté parfaite,
n'attendant plus que l'heu
reux moment de rentrer dans
le fervice de la Chapelle du
Roy, dont il eft l'un des qua.
tre Organiftes , auffi bien qu'il
l'eft de l'Eglife de Saint Mederic
.Vous fçavez que Sa Ma.
jefté l'honore d'une eftime
particuliere , & qu'il ne revient
jamais de la Cour qu'il
ne foit chargé d'applaudiffemens
.
226 MERCURE
Le S ' François Gerard Jollain
, Marchand & Graveur à
Paris , donne avis au Public ,
qu'il diſtribuëra au mois de
Decembreprochain
un grand
Almanach , reprefentant la
Ceremonic obfervée par la
Ville de Paris à l'erection de
la Statue Equeftre de Sa Majefté
dans la Place de Louis
le Grand, avec toutes les Eglifes,
Convents , Monafteres , Palais,
Hôtels , Colleges, Ponts ,
Quais, Fontaines , Cours , Remparts,
Places publiques , Ruës ,.
Statues Equeftre , & Pedefre
de nos Rois qui ont efté éle-
.
GALANT. 227
vées & conftruites depuis,
l'année 1600. juſqu'à 1700.
Ouvrage tres curieux , par lequel
l'on pourra connoiftre
l'augmentation de la Ville de
Paris pendant tout ce fiecle ,
& fçavoir l'erection des plus
grands Edifices qui la rendent
recommandable .
Voicy les noms des perfon..
nes diftinguées de l'un & de
l'autre fexe, mortes depuis ma
derniere Lettre.
Anne -Marie de Lorraine,
Abbeffe de Montmartre,âgée
de quarante- deux ans . Elle
228 MERCURE
eftoit foeur d'Alfonfe- Henry-
Charles de Lorraine , Prince
de Harcourt, & fiile de défunt
François de Lorraine, Comte
de Harcourt & de S. Romain ,
Marquis de Maubec , & de dé .
funte Anne d'Ornano , niéce
du Maréchal de ce nom.
Meflire Français de Montmignon,
Docteur en Theologie
de la Maiſon & Société
Royale de Navarre , Curé de
S. Nicolas des Champs. II .
eftoit natifd'Amiens , & a gou
verné cette Paroiffe depuis
l'année 1665 .
Meffire Jean des Foffcz , Sei ,
GALANT. 229
gneur de Coyoles , frere de
Louis René des Foffez , Chas
noine de l'Eglife de Paris , &
fils de feu M'des Foffez, Seigneur
de Coyoles , & de N. de
Bragelongne. Il avoit épousé
la fille unique de M' Pajot ,
Doyen des Docteurs Regens
de la Faculté de Medecine de
Paris , & Medecin de feuë Mademoiſelle
de Montpenfier. Il
laiffe deux garçons & une fille
mariée à M de Melun de
Maupertuis , neveu de M' de
Melun de Maupertuis, Gouverneur
de Saint Quentin,
Lieutenant General des . Ar230
MERCURE
mées du Roy , & Capitaine-
Lieutenant de la premiere
Compagnie des Mouſquetaires
de Sa Majesté .
Dame Marie Boucot , époufe
de M' Benoift, Conſeiller du
Royen faCour des Monnoyes.
Elle étoit fille de Nicolas Boucot
, cy devant Receveur de
l'Hôtel de Ville de Paris , foeur
deJaques Boucot , qui poffede
aujourd'huy la même Charge,
& niéce de Madame Robinet
de Villiers , dont je vous
apptis la mort dans ma Lettre
du mois paffé .
Dame Catherine · Cecile
Langlois de Canteleu , morte
GALANT. 231
à vingt-huit ans . Elle eftoit
Veuve de Méffire Pierre de
Turgis , Confeiller au Parlement
de la Troifième Chambre
des Enqueftes
.
Meffire Louis Berbier du
Metz , Confeiller Aumônier
du Roy , Protonotaire du Saint
Siege Apoftolique , Abbé de
Saint Martin de Huiron, & de
Sainte Croix ,& Prieur de Rof.
nay. I eftoit frere de Meffire
Gedeon Berbier duMetz ,
Prefident en la Chambre des
Comptes , Intendant & Controlleur
general des meubles
de la Couronne , cy- devant
J
232 MERCURE
Garde du Trefor Royal , & Treforier
des Parties Cafuelles , &
de feuë Dame Madeleine Berbier
du Metz , épouse de Louis
Moret , Seigneur de Bournonville,
pere & mere de Madame
la Prefidente de la Premiere
des Requeftes , Benard de Rezay
, tous trois enfans de deffunt
Jaques Berbier du Metz ,
Seigneur de Chalettes , Treforier
& Payeur de la Compagne
des Gardes du Corps de
la Reine , & Treforier des Revenus
Cafuels de Sa Majefté,
& de Dame Marie le Grand.
GALANT. 233
Le Roy voulant établir l'egalité
& l'uniformité dans les
Conftitutions des Rentes fur
l'Hôtel de Ville de Paris , &
prevenir par ce moyen le defordre
& la confufion qui s'y
pourroient introduite dans la
fuite des temps , par la difference
du prix qui fuit necef.
fairement la difference des
Conſtitutions
, a ordonné par
Arreft du 17 de ce mois , le
remboursement
des Rentes
conftituées au denier dix huit
cn execution de fa Declara .
tion du mois de Sept mbre
1683. & de les Edits des mois
Novembre
1699.
V
1
M
234 MERCURE
de May & Juillet 1684. & voulant
continuer fucceffivement
le remboursement des
autres Rentes conftituées au
denier dix huit , & donner
moyen à ſes Sujets d'emploier
leurs deniers avec autant de
feureté que d'avantage , Sa
Majeſté a ſtatué & ordonné,
que par les Commiſſaires de
fon Confeil qu'il luy plaira de
nommer , il fera vendu & alie.
né à Meffieurs les Prevoft &
Echevins de la Ville de Paris,
la fomme de deux millions de
livres actuels & effectifs de
rente annuelle & perpetuelle,
GALANT. 235
à les prendre generalement
fur tous les deniers provenans
de fes Droits d'Aides & Gabelles
, qu'Elle a declaré fpecialement
& par privilege affectez
, obligez , & hipote
quez au payement & continuation
de ces Rentes , voulant
que les Conſtitutions
particulieres en foient faites
par Mles Prevost des Mar.
chands & Echevins à ceux de
fes Sujets qui les voudronr acquerir
, & les Contrats paſſez
pardevant les Notaires que les
Acquereurs voudront choisir ,
pour en jouir pa . eux comme
V ij
236: MERCURE
de leur propre choſe , vray &
loyal acqueft, enſemble leurs
fucceffeurs & ayans caufe, pleinement
& paisiblement en
vertu de leurs Contrats , & en
eftre payez par demie année ,
à Bureau ouvert en deux paye
mens par chacun an , actuellement
& effectivement , fans
que ces Rentes puiffent eftre
retranchées ny reduites pour
quelque caufe & occafion que
ce foit , ny les Acquereurs depoffedez
, fi ce n'eft en les
remboursant en un feul & actuel
payement , des fommes
portées par lesContrats & des
GALANT. 237
arrerages qui en feront alors
dûs & écheus , frais & loyaux
coufts , le tout en payant par
eux actuellement
en deniers
comptans au Garde du Trefor
Royal, le prix principal de ces
acquifitions
à raiſon du denier
vingt du pay ement actuel
des Rentes ' , les Conftitutions
ne pouvant eftre au deffous
de cent livres de joüiffance .
actuelle chaque année. Il y a
cet avantage, que les Acque-
1
reurs de ces rentes recevront
les arrerages des trois derniers
mois de cette prefente année ,
en quelque temps qu'ils en
238 MERCURE
faffent l'acquifition , ce qui
n'eft pas feulement pour les
Sujets de Sa Majeſté, mais auffi
pour les Etrangers non natu
ralifez , mefme pour ceux qui
demeurent hors duRoyaume,
aufquels il eft permis par cet
Edit de faire des acquifitions :
de ces rentes , & en difpofer
entre vifs ou par Teftament ,
en forte que leurs heritiers
leur fuccedent , foit que les
Donataires, Legataires ouHeritiers
foient Etrangers ou Regnicoles,
le Roy voulant bien
renoncer pour cet effet au :
droit d'Aubaine , & autres
GALANT. 239
droits , mefme à celuy de confifcation
, s'il fe trouvoit qu'ils
fuffent Sujets des Princes ou
Etats contre lefquels Sa Mejefté
pourroit estre en guerre.
Il eft permis par le mefme
Edit aux proprietaires,tant des
Parties des rentes au denier
dix-huit dont Elle a ordonné
le remboursement par l'Arrest
de fon Confeil du 17 de ce
mois , que des autres rentes
fubfiftantes au mefme denier,
qui feront fucceffivement
remboursées , de les convertir
en rentes au denier vingt ; ce
qu'Elle veut eftre executé à
1
}
240 MEK CURE
l'égard des Augmentations
de gages au denier dix huit ,
attribuées
pár fes Edits des
mois d'Octobre 1683. de Mars
1684 de Juillet 1689. de Decembre
1691. & de Septembre
1692. ordonnant que ceux qui
convertiront ces rentes & augmentations
de Gages au de
nier dix -huit en rentes au de.
nier vingt, joüiffent des arrerages
de ces nouvelles rentes ,
des trois derniers mois de cet .
te année , & des arrerages des
fix derniers mois en entier de
la mefine année de ces rentes
& augmentations de Giges au
denier
GALANT. 241
denier dix huit , qui feront
converties en rentes au denier
vingt , quoyque les Quic
tances de remboursement
ayent efté faites & écheuës
avant l'écheance du dernier
Decembre prochain,
Madame la Marquife de
Montchevreuil , femme de M
le Marquis de Montchevreuil
de la Noble & Illuftre Maifon
de Mornay , Chevalier des Ordres
du Roy & Gouverneur de
Ş. Germain en Laye, eft morte
depuis peu de jours . Elle
eftoit de la Maiſon de Bou-
Novembre 1699. X
242
MERCURE
de
ther d'Orsay , l'une des plus
anciennes & des meilleurs de
la Robe , illuftrée par des
Chanceliers
& Garde des
Sceaux. Elle fut une des Dames
choifies en 1679. pour
eftre auprés de Madame la
Dauphine & Gouvernante
fes Filles d'Honneur
. Depuis ,
Sa Majesté luy confia le foin
de l'éducation
de Mademoiſelle
de Blois, à preſent Madame
la Ducheffe de Chartres .
Il n'eft pas neceffaire de parler
icy de fon merite diftingué , il
eftoit connu de tout le mon
de, & il n'y a perfonne qui ne
GALANT. 247
fuft prévenu d'estime pour
la vertu & la pieté.
Dame Françoife, du Pleflis
Chaſtillon , Dame de Boisbe
ranger, épouse de Meffire Hia.
cinte de Quatrebarbe , Marquis
de Rongete , Comte de
Saint Denis du Mayně , Chevalier
des Ordres du koy, &
Chevalier d'Honneur de Ma .
dame , ett morte environ dans
le même temps Elle eftoit fille
unique d'André , Marquis
du Flefſis Chaſtillon , Seigneur
de Rugles , de Boisberanger
& autres lieux, & de Renée le
Porc de la Porte .
6 A. Ba7
X ij
244
MERCURE
Les Satyriques
feroient
ex
cufables
s'ils reffembloient
à
l'Auteur
de l'ouvrage
que
vous allez lire.
•
SATIRE
fans chagrin.
10
On,je ne me fais pas un plaifir
de médire.... Noi
Je hais les traits hardis que lance la
Satire
Dans mes Vers , dans ma Proſe , on
ne me voit jamais
Couvrir le bon cofté pour montrer
le mauvais.
Si je parle des moeurs , je les peins
fans malice
(qu'au vice.
Et s'il eft à propos
j'épargne
juf
#X
GALANT 245
J'éleve à la beauré des Autels precieux
,
Et je rens la laideur fupportable en
tous lieux . 2 }
S'il falloit de Philis , cette Coquette
ufée "
Faire un Portrait parlant & digne
de rifée
Je me garderois bien de groffir les
objets ;
En les adouciffant je rendrois traits
pour traits ,
Ou du moins je dirois , elle fut
jadis belle , on ub
Et l'on en peut juger par ce qui réfte
en elle .
Ie dirois
que
fes yeux éteints & lan.
guiffans ,
Se trouvent affoibiis par la force des
ans
Et je ne dirois
1
(tiere ,
pas fur pareille ma.
x iij
246 MERCURE
L'horreur eft à l'abry ſous la noire
paupiere .
Pour bien peindre fon reint de
diverfes couleurs
Je voudrois l'appeller on teint de
nulles A urs .. 9
Ainfi d'un air naïf , & fans lay faire
injure ,
•
Le reprefenterois & l'art & lana.
ture
Ie traiterois l'efprit de même que
corps ,
le
Les défauts du dedans comme ceux
du dehors a
1
Et venant à parler de fa galanterie
J'y joindrois pour excufe un peu
de flatterie
Et deguifant les traits qui pourroient
la tacher ,
Je me garderois bien de la vouloir
facher
GALANT 247
Par des termes choifis je la ferois
connoiftre ,
Enfin je conduirois mon ouvrage en
bon maistre .
De même , fi Triphon me fervoit
de fujet ,
Je tafcherois d'en faire un agreable
objet
,
Triphon de qui l'efprit & l'humeur
& la mine ,
Pourroient fortifier une Satyre fine
Triphon qu'on vit un jour , quittane
fon air hautun ,
Renoncer à l'amour pour le donnec
au vin ,
Pour en prendre a long traits en
beuvant des rafades
Et paffer chez Cloris jufques aux
incartades ;
Y perdre le refpect , y manquer a
devoir ,
X
iiij
248 MERCURE
Qu'un veritable Amant doit toûjours
faire voir ,
Injuftement faché , s'oublier de la
forte >
Qu'on le vit s'emparer de l'employ
de la porte
La hallebarde en main infultet les
paflans ,
Mircher , & ne trouver par tout que
pas gloffins .
N'eft ce pas là dequoy former une
Satire ?
Cependant qu'ay je dit qui ne foit
bon à dire ?
Y pourroit on trouver fujet de corriger
Triphon aime le vin Bacchus le rend
leger , frique,
Rebelle à la Cloris , emporté, cole-
Et je le nomme ainfi fans eftre fa-
Erje
tirique ,
GALANT . 349
Au lieu amy qui tourne
que noftre
tout en mal ,
L'auroit au moins traité d'yvrogne
& de brutal ,
En cela , comme en tout , chacun
à la methode
Et comme le nouveau donne cours
à la mode
I'eftime qu'un Auteur qui parle du
prochain ,
De ces fortes d'écrits doit ofter le
venin ,
Et ne pas imiter ceux contre qui
l'on gronde ,
Pour ofer à leur gré déchirer tout
le monde.
Si l'on veut habiller la Satire en
leçon , (çon ,
Il faut l'envelopper d'agreable fa
Des moindres faletez éloigner les
idées ,
250 MERCURE
Et
que
les veritez s'y trouvent bieh
fondées.
Sans cela la Satire , au lieu dádivertir,
Cauſe un jufte dégouſt , qu'on ne
peut trop fentir.
Si fur ce grand fujet je parois trop
modelte .
Qui croira faire mieux , pourra
+ le refte.
dire
Le Pape s'eft trouvé fort
que
c'est d'une
mal , on dit
goute remontée
. Si les voeux
de tous les gens de bien, pou
voient
luy redonner
la fanté ,
il iroit bien loin par de là le
Siecle , mais comme
il eft
dans fa
quatre
vingt - cinquieme
année , il n'y a pas fujet de
GALANT 21
croire que l'Eglife puiffe jouir
du bonheur de le poffeder en
core long temps . Les Peuples
perdront beaucoup à la mort ,
ou pour mieux dire , toute la
Chretienté. Ce faint homme
a voulu avant fa mort laiffer
de dignes fujets à l'Eglife,dans
le nombre de ceux qui peuvent
efperer de la gouverner
uno jour. Has nommé Car .
dinaux les Nonces qui font auprés
de l'Empereur , & des
Rois de France & d'Espagne ,
le General des Feuillans, &
M' d'Aftig fort eftimé dans la
252 MERCURE
prelature . Sa Sainteté en a auſſi
nommé quatre in petto .Je croy
que vous n'avez point eftéfur.
priſe de trouver parmi le nom .
bre de ceux qu'elle a declarez ,
M' Delphino Nonce en France
, puifque perfonne n'a ja
mais douté qu'il n'eut toutes
les qualitez requifes pour rem .
plir cette haute dignité , &
qu'il a paru avec beaucoup
de diftinction dans un Pais
où le faux merite n'ébloüit
point. La maniere dont il a
vécu en Feance , fait voir qu'il
fouftiendra
avec un éclat de
Prince , la dignité de Prince
GALANT
253
de l'Eglife , où les éminenles
qualitez ne l'ont pas moins
élevé que fa naiffance. Je ne
vous dis rien de la grandeur de
fa Maiſon , vous en ayant parlé
plufieurs fois. q with anna
Ileft vray , Madame , ainſi
que les nouvelles publiques
vous l'ont appris , que le Roy
& la Reine d'Espagne étant à
Efcurial , ont vifité le Pan.
theon ,qui eft le lieu de la Se
pulture de la Maiſon Royale ,
depuis Charles Quint , & qu'ils
y ont fait ouvrir quelques Cer
cueils. On ne doit pas en eftre
furpris ; c'eft un ufage du Païs .
254 MERCURE
On ouvrit d'abord celuy de
la feue Reine Mere du Roy ,
dont le corps fe trouva confommé,
à la réserve d'une main
fur laquelle on remarquoic encore
une peau décharnée. Le
Roy baifa . cette main , & fir
voirenula baifant beaucoup
de respect de tendreffe & de
douleur. On couvritenfuite ce
luy de la feue Reine Marie
"
Loüile pre
ne
du
Roy d'Espagne , & Fille de
Monfieur, Frere unique de Sa
Majefte. leftia remarquer
qu'elle eft morte, dix ou onze
années avant la feue Rei-
。
GALANT. 255
ne , fa belle -Mere ; cependant
fon corps fe trouva entier avec
fes habits. On affure même
que la chair eftoit ferme &
que fon vilage étoit un peu
coloré. Le Roy fut tellement
frappé & ému de ce qu'il vit ,
qu'il le retira avec precipitation
. La Reine fon Epouſe
refta quelque temps à confi
derer cette fpece de miracle,
& retint quelques Dames qui
étoient avec elle qui avoient
fervi la Reine défunte , & qui
vouloient fe retirer . Elle leur
demanda s'il eftoit vray que
cette Princeffe fuft fi recon256
MERCURE
noiffable que le Roy avoit dit,
& fi elles eftoient autant frapéesque
cePrince , de cette reffemblance
, qu'il fe figuroit
peut - eftre plus grande qu'el
le n'étoit. Elles luy répondi
rent que fi le Roy eftoit
demeuré plus long- temps à
la confiderer , il l'auroit en,
core trouvée plus reſſemblante
, & s'étendirent en verfant
des larmes fur les grandes qualitez
de cette Princeffe .
Je ne vous dis rien des modes
nouvelles, Ceux qui les
inventent ou qui les fuivent
les premiers eftant en deuil ,
GALANT. 257
il n'y a pas
de lieu d'en atren .
dre fitoft , puifque le deuil ne
finira pas avant la fin de l'an .
" née. Je vous diray feulement
,
que les nouvelles
coëffures
,
que je vous ay envoiées
gra
vées,continuent
à s'établir , &
que la hauteur des anciennes
commence
àparoiftre
ridicule
auprés de celles , qu'une telle
proportion
rend plus convenables
aux Dames qui s'en fervent
, ainfi que de meilleur
fens, & de meilleur gouft On
porte beaucoup
deNonpareil
.
le dans les coëffures . On com.
mence à voir des Rubans à
Novembre 1699.
Y
258 MERCURE
franges , & il n'y a point à douter
, que cette mode ne foit
bientoft établie .
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit une Giroüttte. Il a
efté trouvé par M's de la Feverie
, la Chine , Abbé de S. Dominique
; Frere Jean du quartier
desQuinze- vingts ; Millin
Avocat ; Pigis ; & le Petit
Nouette Made moiſelle Javo .
te Ogier du coin de la rue de
Richelieu ; la belle Henriette
de Chantelou de la rue des
petits Peres ; la charmante
Manon de laruë de la Ha-pe ;
la brillante Catin de Vaugi .
*
GALANT. 259
rard avec la four , la fçavante
Madelon , les deux Inteparables
de la rue des Petits
Champs ; la Mufe naiffante
de Villeneuve , Madame Bailloit
les quatre Solitaires du
coin de la rue Bourtibourg.
L'Enigmenouvelleque jevous
envoye divertira vos amies .
ENIGME
Ousfommes d'un grand ufage,
Dedans un petit manage .
On nous vend fans nous compter.
A qui nous veut acheter ,
Y ij
260 MERCURE
Tous les jours deẞus la brune ,
De nous il perit quelqu'une ,
Qui laiße en finiffant fon fort,
Quelque odeur aprésfa mort.
Ce qui fuit cft une traduction
des vers Anglois , qui ont efté
faits parM leChevalier Baber,
fur le depart de Madame la
Comteffe de Saliſbury , qui
eftoit à Paris ces jours paffez,
& qui en eft partie pour aller à
Rome , & pour voir enfuitte
toute l'Italie , l'Allemagne ,
la Flandre , & la Hollande . Le
Roy luy a fait des honneurs
particuliers , comme à une
GALANT. 261
Dame,auffi diftinguée par fon
merite , que par la naiffance .
La traduction eft fortlitterale,
& M'Ranchin qui l'a faite , s'eſt
entierement attaché aux termes
Anglois.
S'llfe pouvoir, belle Etran.
gere,
Que vous puffiez par tout pren.
dre autant de plaifir,
Que vostre afpect divin a coustu
me d'enfaire ,
Chacun dans le Climat qu'on vous
verroit choisir,
S'emprefferoit de vous offrir.
Une demeure heureuſe , &digne
de vous plaire.
262 MERCURE
S
Vous, qui de tout le genre bumain
Eftes le charme la merveille,
Pourrez- vous dans voftre chemin
Famais trouver vostre pareille ?
Verrez- vous plus d'esprit & des
charmes plus doux,
Que vous n'en portez avec
vous ?
S
Sidans divers Etats vous faites
des
voiages,
C'est pour apprendre feulemens
La forme di Gouvernement ,
les Langages . Les Coutumes
GALANT. 263
S
Et cependant on fçait tres- bien,
Quand de voftre merite on a la
connoiffance,
J.
Que le volage nepeut rien
Ajouter à vostre fcience ;
Et comme par le feu de vos divins
appas
Les coeursfont enflamez , les ames
échauffées,
Veftre langue ne manque pas
D'élever à l'Amour de glorieux
trophées .
S
Ceux quipeuvent vous aprocher
Sont charmez de vostre prefence ;
Mais ils ne peuvent s'empêcher
Defonpirer de voftre abfence .
264 MERCURE
M' le Comte de Manchefter
, Ambaffadeur ' extraordinaire
d'Angleterre , a fait icy
fon Entrée publique . Je ne
vous diray rien du Ceremoni a
qui eft toûjours le meſme , &
fur lequel je me fuis fouvent
fort étendu . C'eſtroûjours un
Maréchal de France qui va
recevoir les Ambaſſadeurs,
mais comme ce n'eſt pas toûjours
le mefme , je vous diray
que M' le Maréchal Duc de
Villeroy avoit efté nommé
pour aller prendre M ' leComre
de Manch.fter à Ram
boüillet . A l'égard de l'Audience
,
*
GALANT
265
dience , les Ambaffadeurs extraordinaires
font toûjours
conduits par des Princes , &
Mile Bailly d'Armagnac fut
nommé pour faire cette fon-
&tion.La Livrée de l'Ambaffa ,
deur eftoit fort riche & furun
fond vert enfoncé , il y avoit
un gros galon d'or duquel
fortoient de riches houpes de
foye verte. Ses pages eftoient
tres magnifiques & bien montez
, fes Caroffes furent trou .
vez extremement beaux par
le peuple, & c'eſt une marque
qu'il le font en effet . 11 yen
avoit deux à huit chevaux ,
Novembre
, 1699. Ꮓ
£66 MERCURE
trois à fix , & quelques au
tres auffi à fix , qui appartenoientà
des perfonnes de diftinction
d'Angleterre, L'affluence
du Peuple fut grande
à voir cette Entrée , qui parut
d'autant plus belle qu'elle n'avoit
point efté vantée . Les
chofes qui le font ordinairement
beaucoup , perdent de
leur prix , lorsqu'on en a trop
exageré la beauté.
M Pifani , Ambaffadeur de
Venife , fit fon Entrée publique
le Dimanche fuivant . M
le Maréchal de Choifeüil fut
nommépour l'accompagner.
GALANT. 267
Ses Caroffes furent trouvez
parfaitement beaux , il en
avoit quatre , & il s'en eft
peu 'vû de plus riches & de
mieux entendus. Sa Livrée
parut tres belle & tresmagnifique
. Le fond en eft
rouge. Il y a deffus un galon
de foye de diverfes couleurs,
& un galon d'argent aux deux
coftez de ce galon.Les habits
des Pages font de velours cou
vert dés mefmes galons . ll
yen avoit fix , & dix - huit
Valets de pied. Cet Am .
baſſadeur n'allaspoint loger
al'Hôtel des Ambaſſadeurs,
Zij
268 MERCURE
parce qu'il n'est qu'Am .
baffadeur ordinaire
. Cependant,
il n'a pas laiffé d'être con .
duit à l'Audience par un Prince
, le Roy ayant accordé les
Honneurs Royaux au dernier
Ambaffadeur delaRepublique
Vous attendez fans doute
que jevous parle de Monfieur
le Duc de Lorraine , & de ce
qui s'eft paffé à fon égard ;
vous avez vaifon d'avoir de la
curiofitefuracet Article
Prince ne devoit pas eftre
peu embaraflé pour le Ceremonial,
lil yja de fi grands Botentats
, que tout ce qui fost
Ce
GALANT. 269
de leur Sang ne cede le Pas
qu'aux feules Teftes Couronnées
. Monfieur de Lorraine a
pris le party de venir icy inco
gnito , où il a paru fous le nom
de M le Marquis de Pont à
Mouffon, hors le tems qu'il a
fallu pour prefter la foy &
hommage que les Ducs de
Lorraine doivent au Roy en
qualite de Ducs de Bar . Mon
fieur, Madame, & Monfieur le
Duc de Chartres le font trouvez
à la rencontre un peu au
deffus de la Villette . Ils defcéndirent
tous de Caroffe ,
s'embrafferent , & nonrerent
Z iij
270 MERCURE
tous enfuite dans le mefme
Caroffe. Les Equipages de
Monfieur le Duc de Lorraine
s'en retournerent
, parce que
Monfieur devoit défrayer ce
Duc & toute fa fuite , & luy
donner des Voitures tant qu'il
refteroit -icy. Monfieur & Ma .
dame eftoient placez dans le
fond , & Monfieur le Duc , &
Madame la Ducheffe de Lorraine
fur le devant. Monfieur
le Duc de Chartres qui étoit
venu avec Monfieur dans une
Portiere de fon Caroffe ,
voulut encore prendre la
mefme place , parce qu'il fe
>
GALANT 271
trouvoit incommodé fur ledevant.
Madame la Ducheffe de
Vantadour fe mit àl'autre portiere.
Ondefcendit au Palais
Royal , dans l'appartementqui
avoit efté preparé pour Mile
Duc de Lorraine , & aprés
qu'on s'y fut repofé quelque
temps , on alla à l'Opera.
Monfieur avoit dans fa Loge
Monfieur & Madame la Du
cheffe de Chartres . Monfieur
deLorraine entra dans une autre
, & fe plaça entre Madame,
& Madame la Ducheffe Roya.
le de Lorraine . On vit enfui-
Zeiiij
272 MERCURE
·
te les Appartemens , aprés
quoy on le mit à table pour
fouper. Il n'y eut que monfieur
& Madame qui prirent
leur rang. Monfieur de Lorraine
fe trouva vis à vis de
Monfieur & Monfieur le
Duc de Chartres le plaça auprés
de ce Prince. Il n'y a eu
aucun rang reglé à tous les
repas .
Le Samedy 21. Monfieur &
Monfieur de Lorraine arriverent
à Versailles à midy &
demi quart. Ils décendirent
de Carroffé au bas du grand
Efcalier de Marbre qui conGALANT.
273
duit à l'Appartement du Roy.
Ils monterent tous deux de
front, Monfieur de Lorraine à la
gauche de Monfieur . Ils craverferent
la Salle des Gardes ,
les Gardes fous les armes , comme
ils font ordinairement pour
Monfieur , ils pafferent dans
l'Antichambre & dans les
deux Chambres du Roy. Tou
te leur fuite refta dans celle
du lit, & Monfieur de Lorraine
attendit auprés de la porte du
Salon , où Monfieur entra
feul. Le Roy y eftoit . feul
auffi , & affis dans un Fauteuil.
274 MERCURE
Monfieur, aprés avoir parlé
un inftant au Roy , revint à la
porte faire entrer Monfieur de
Lorraine feul , qui s'avança
vers Sa Majefté , & le bailfant
fort bas luy embraffa les
genoux . Le Roy le releva dans
le moment, perfonne n'enten .
dit la converfation qui dura un
quart d'heure. Monfieur même
s'éloigna pendant quelque
temps , & vint enfuite à la porte
faire entrer ceux de leur fui.
te qui estoient reſtez dans la
chambre du Roy , parmi lef.
quels étoit M de Carlinfort ,
GALANT. 275
avec plufieurs autres perfon
nes de confideration de la
Cour de Lorraine , qui pafferent
au travers du fallon , en
faluant la Majeſté , mais fans
s'arrefter , & entrerent par le
Cabinet & la Chambre du
Billard dans la petite Galerie
dont Monfieur de Lorraine
remarqua les beautez . Ils
montérent enfuite par le haut
du grand Eſcalier d'où ils entrerent
dans le grand Appartement
qu'ils virent d'un bout
à l'autre.Ils rencontrerent dans
le milieu de la galerie Madame
276 MERCURE
la Ducheffe de Bourgogne qui
alloit à la Meffe . Monfieur
s'avança vers elle , & luy dit
en luy montrant Monfieur de
Lorraine qui s'eftoit arreſté &
rangé à coſté. Voilà un Seigneur
que je ne vous prefente
point,& le tournant enfuitevers
M' de Lorraine , il luy dit ,
Voilà une Dame qui me touche
d'aßezprés,puifqu'elle eftma petite
Fille. Aprés quelques r veren .
ces de part & d'autre , chacun
continua fon chemin . Monfieur
& Mr de Lorraine pafferent
par l'Apartement de Ma
GALANT.
277
dame la Ducheffe de Bourgogne
, defcendirent
par le même
efcalier par lequel ils
eftoient montez , & partirent
de Verſailles à une heure pour
aller difner à S. Cloud . On a
fceu que Sa Majesté avoit dit
beaucoup de bien de Monfieur
le Duc de Lorraine . Ce Prince
aprés avoir dîné à S. Cloud ,
vit une partie des eaux &
des Jardins de cette maiſon .
Il paffa avec Monfienr par
Challiot pour voir le Roy &
la Reine d'Angleterre , qui devoient
eftre au Convent des
Filles de Sainte- Marie , mais
278 MERCURE
le Roy d'Angleterre s'étant
trouvé incommodé , ils ne virent
que la Reine . ¡ ¡ t
Monfieur de Lorraine a efté
voir les Invalides ,les Apparte.
mens des Thuilleries , & ceux
du Louvre. Ce Prince a auffi
efté voir jouer une partie de
Paulme au Jeu de la rue des
Vieux Auguftins , où il fit de
grandes liberalitez. Cette partie
fut parfaitement bien
jouée, & il admita les Joueurs.
Il a esté tirer , & a fait paroi,
ftre beaucoup d'adreffe dans
cet exercice , ayant tué prés
de foixante pieces de Gibier.
GALANT. 279
Ilya.outous les foirs Appar
tement chez Monfieur . Tout
y eftoit d'une magnificence
extraordinaire .
Duchefle Royale de Lorrainė
s'étant trouvée indifpofée le
Madame la
mefme jour qu'elle arriva,
Monfieur le Duc d'Anjou , &
Monfieur le Duc de Berry la
vinrent voir deux jours aprés .
Monfieur & Madame la Ducheffe
de Bourgogne devoient
auffi venir , mais Madame de
Lorraine ayant efté furprile
de la petite verole , cette maladie
a non feulement empêché
ces Vifites , mais elle a
280 MERCURE
mefme interrompu plufieurs
Divertiffemens qu'on preparoit
à la Cour.
Le Mecredy 25. le dîn erde
Monfieur fut fervi à onze heures
du matin , parce que S. A.
R. devoit mener Monfieur le
Duc de Lorraine à Verſailles.
Ils dînereut enſemble , & les
grands Officiers de ces deux
Princes eurent l'honneur de
manger avec eux. On monta
en Caroffe au fortir de table,
& l'on paffa par Saint Cloud ,
où l'on acheva de voir les
caux , qui n'avoient pas toutes
joué le Samedy précedent ,
GALANT. 281
que Monfieur de Lorraine a
voit efté pour les voir. Ces
Princes le rendirent enfuite à
Verfailles , où ils arriverent
fur les trois heures aprés midy.
Monfieur monta chez le
Roy , & Monfieur le Duc de
Lorraine alla chez MileComte
d'Armagnac . Le Roy entra
dans le Salon de fon petit
Appartement , & Sa majeſté ſe
mit dans un fauteuil qui estoie
placé au milieu . Les Princes
qui accompagnoient le Roy
eftoient dans l'or tre fuivant
fçavoir à la droite de Sa Majeſté.
Novembre 1699.
A a
282 MERCURE
Monſeigneur le Duc de Bourgogne.
Monſeigneur le Duc de Berry .
Monfieur le Duc de Chartres :
Monfieur le Duc.
Monfieur le Duc du Maine..
A la gauche eftoient ,
Monfeigneur le Duc d'Anjou ..
Monfieur.
Monfieur le Prince.
Monfieur le Prince de Conti .
Monfieur le Comte de Touloufe.
Mr le Marquis de Torcy , Miniftre
& Secretaire d'Etat , &
M' le Comte de Pontchartrain
étoient prefens.Le Salon
GALANT. 283
eftoit rempli de tout ce que
la Cour a de plus diftingué.
Chacun ayant pris la place ,
M' de Niert , premier Valec
de Chambre du Roy , apporta
un carreau , qu'il mit aux pieds
de S. M. M ' le Duc de Lorraine
arriva auffi - toft aprés
Ce Duc fit trois profondes
reverences en s'approchant
de Sa Majeſté qui ne fe leva
point , & ne le découvrit pas.
Enfuite il quitta fon épée , fon
chapeau & fes gands que reçûc
M'de Gêvres, comme premier
Gentilhomme
de la Chambre.
M de Gefvres les devoit
Aa ii
284 MERCURE
remettre à un Huiflier , mais
la foule ſe trouva fi grande
que l'Huiffier ne put avancer.
+ M' le Duc de Lorraine fe
mit à genoux fur le carreau
qui eftoit aux pieds du Roy,
& S. M luy prit les mains
jointes entre les fiennes ,
durant
que le ferment fut lû à
haute voix , par M' le Chancelier,
& que Monfieur le Duc
de Lorraine prefta foy & hom-:
mage au Roy pour le Duché
de Bar & autres Domaines
mouvans de la Couronne , en
execution du traité de Rifwick ,
& en la maniere qu'avoit fait
GALANT. 285
le Duc Charles fon grand Oncle
en 1661. M' le Duc de
Lorraine promit d'observer le
Serment que lut m'leChancelier.
Enfuite le Roy fe leva ;
fe découvrit , fe recouvrit auffitoft,
& fitcouvrir Monfieu leDuc
de Lorraine. Tous les Princes
que j'ay nommez fe couvrirent
en même temps . Le Roy
répondit à M' le Duc de Lor
raine lorſque ce Duc prononça
les dernieres paroles
par lesquelles il acheva de
prefter fon Serment ; & moy ,
Monfieur , puifque vous m'en
286 MERCURE
affurez , je vous feray connoiftre
que vous trouverez en moy un
bon amy
,
& un bon voifin.
"
Le Roy fe retira enfuite dans
fon Cabinet , où M' le Duc de
Lorraine entra un moment
aprés. Il y demeura quelque
temps , & le Roy dit, quand
ce Prince en fut forri
qu'il avoit peu vû de perſonnes
de fon age entendre fi
bien fes affaires , & en parler
fijutte .
Le Jeudy 26 il alla à la Chaf
ſe au Cerf à Fremont avec les
Equipages de M ' le Chevalier
de Lorraine. Il y cut un tresGALANT
. 287
magnifique repas . M ' le Che
valier de Lorraine en devoit
faire les honneurs , mais m'le
Comte de Marfan les fit pour
luy.
LeVendredy matin , Monfieur
le Duc de Lorraine , alla
voir l'Eglife Noftre Dame &
l'Arfenac- Ce Prince alla l'aprefdînée
au Château de Meu -
don , dont il vit les Apartemens
, & les Jardins . Il revint
enfuite à Paris a l'Opera de
Proferpine.
Le Samedy , il alla voir les
Ecuries , les Eaux & les Jardins
de Verfailles , Trianon &-
288 MERCURE
la Menagerie , & au retour ,
ce Prince alla à l'Hoftel des
Comediens François où l'on
joüa l'Athenaïs.
Le Dimanche il alla à la
Chaffe au Loup . L'apreldînée
il prit le divertiffement d'un
Opera nouveau, intitulé Mar.
tesie dont la Mufique eft de M'
Deftouches , & le foir , Mi le
Comte de Marfan luy donna
un magnifique foupé .
Ce Princea efté aujourd'huy
à Marly, & à Trianon , & il doit
partir demain pour fe rendre
en Lorraine , comblé des bon .
tez du Roy , & de les manieres
GALANT . 289
>
res
honneftes &
engageantes.
Il feroit mal ailé d'exprimer
tout ce que Monfieur a fait
en cette occafion . Il a paru
grand & magnifique
en tout ;
tendre Pere , Beau Fere tout
rempli de bonté & d'amour
pour fon Gendre , Prince fçavant
dans tout ce qui convient
à un Prince de çavoir pour
vivre avec les autres Princes ,
& fcachant , par fon efprit &
par fes lumieres , le tirer fur le
champ des embarras où des
incidens impréveus les pour-
Novembre 1699. Bb
290 MERCURE
TALOUS
Toient jetter. Je fuis , Madag
me , voftre & c.
.
A Paris ce 30. Novembre 1699.
Page 244. ligne s . du Mer
cure précedent , au lieu de ces
mots , entr'autres à Madame
la Ducheffe , lifez entre'autres
à la Gouvernante des Filles
d'honneur de Madame la Ducheffe
.
Dans les Stances à M ' de
Pointis , page 167. au lieu de
On voit encore ta gloire , il
faut On voit briller ta gloire .
En parlant des Cardinaux ,
on a mis le Pere General des
Fucillans , au lieu de mettre
le
Procureur General des Fueillans
LYON
DE
25525252525525222
TABLE.
P
Relude.
Sonnet 6 .
Infeription pour la Statuë Eque.
fire du Roy
Projet d'Hiftoire
8.
10.
Hiftoire du Diocefe de Bayeux
divifée en deux parties 19.
Nouvelles de Perfe
49 .
Eftahliffement d'une nouvelle
compagnie de Penitens
Lettre de Madame de SalieZvi-
63.
65. guiere d'Alby
Le Solitaire on l'éloignement des
emplois
78.
TABLE.
Grains de multiplication 92.
Lettre fur l'Hiftoire des Sybilles
95 .
Lettre curieufe où il eſt parlé dune
Serrure dune Invention
Le Ramonneur , conte
particuliere
Madrigal
Sonnet contre le feu .
Idille
117 *
126 .
i35.
137.
-139.
Lettre pour trouver le nombre
d'Or de la prefente année 144 .
Arrefts , Edits & Declarations
Iso .
Defcription d'un Poële de nouvelle
Invention
153
Recueil de Difcours de HaTABLE.
161
rangues
163.
Le Celibat volontaire
Droits des Seigneurs dans les
170.
Eglifes
Dictionnaire de Moreri 171.
Reffe de Mademoiselle de Scudery
à My ficur l'Abbé Geneft
4Jem bléepublique de l'Academie
des Sciences
173.
179.
Ouverturedes Audiences du Parlement
& de la Cour des
Aides Mercuriale faite
en lagrande Chambre 184.
Retour de lafanté de M² le Begue
222.
douce on fe trouve tout ce
TABLE.
qu'ily a de curieux à Paris
266 .
Morts
122
Arrefts
233.
Aurre´article de Moris
41
Satire fans chan.
Nouveaux Cardinaux 250.
Nouvelles de l'Efu !
253.
Modes 2; 3.
Enigmes
259.
Versfur le depart de Madame la
Comteffe de Salisbery
260.
Entrée de M l'Ambaſſadeur
d'Angleterre
.
264.
Entrée de M' l'Ambaſſadeur de
Venife
265
Journal de ce qui regarde
Duc de Lorraine.
TABOFE
68.
1893
Avis pour per les Figures.
L'Air qui commence par ,
Bacchus dont j'aime la liqueur,
doit regarder la page 91.
L'Air qui
commence par,
Reviens affreux Hiver , doit
regarder la page 178.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères