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807156
MERCURE
DE
SALANT
DEDIE A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE
1699.
1893
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle de
Palais au Mercure Galant.
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Vcau &c.
vingt-cinq fols en Parchemin .
>
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC . XCIX.
Avec Privilége du Rojs
AU LECTEUR.
IL
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efte mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
} caufe qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR.
de defigurez.eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& qu'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
.....
SEPTEMBRE 1699.
QUE
LYON
DE
#1893*
E vous envoye un Sonnet.
et qui fera nouveau
pour vous , quoy qu'il
foit fur une matiere qui n'eft
pas nouvelle. Les beaux Ou .
vrages ont cet avantage, qu'ils
font faits pour tous les temps ,
A iij
6
MERCURE
& que ceux qui ne les ont
point encore vûs , les lifent
avec plaifir longtemps aprés
que l'occafion qui les a produits
, a ceffé de faire bruit.
C'est ce qui me fait croire
que vous ne defapprouverez
pas le commencement de
cette Lettre.
SUR LA PAIX.
SONNET.
LAuriers, toujours trempez de
fueurs de larmes .
Au prix du plus beau fang triom .
phes achetez
GALANT. 7
Equivoques fujets d'allegreffes &
d'alarmes ,
Et vous , qu'on goûte peu , triftes
profperitez.
Evanoüiffez - vous avec le bruit,
des armes
,
Et rendez à nos coeurs trop longtemps
agitez ,
Des plaifirs fans mélange , un
repos plein de charmes ,
Dans le tranquille cours de nos
felicitez.
2.
Mais toy , qui vois renaiftre un
calme joubairable,
A iiij
8 MERCURE
Europe , à quel Heros en estu
redevable?
Baife humblement la main d'un
Roy victorieux.
2
Voyles débris récents d'Ath & de
Barcelonne ,
Voy la Ligue affoiblie & tremblante
en tous lieux :
Quand Louis fait la Paix , c'eft
Loüis qui la donne.
Voicy la derniere Partie du
Traité la Tarentole , par M' de
la Févrerie .
GALANT:
LE SOLDAT
DANSEUR ,
Ov
LES MERVEILLEUX EFFETS
DE LA TARENTOLE.
Ca
O MM E je ne traite
pas cette matiere en
Medecin , je ne m'arreſte.
ray point à examiner icy tous
les tymptômes de la Taren .
tole qui regardent la maladie
du Corps , ny à recherpher
tous les remedes qui font
to MERCURE
propres pour fa gueriſon. Je
pafferay legerement fur toutes
ces chofes , fans néanmoins
rien oublier d'effentiel , & de
remarquable ; mais je m'attacheray
principalement
aux
mouvemens que ce poifon ex.
cite dans l'ame comme les
plus extraordinaires
, & qui
meritent davantage noftre attention
. Cependant
je ne me
hazarderay pas à l'expliquer en
Phyficien ; cette matiere eft
trop épineule , & je me fuis
declaré trop hautement là - deffus
contre la Philofophie moderne.
Je prendray fimpleGALANT.
If
ment la liberté de raiſonner à
sma maniere , & de dire mes
fentimens & mes conjectures
efur des effets fi furprenans. Je
propoferay mes doutes , mes
difficultez & mes objections ;
je feray des remarques & des
découvertes que peut eftre on
i n'a pas encore faites. Enfin ,
je purgeray cette matiere de
e tout ce qui fent le merveil
leux & la Fable, dont le peuple
fuperftitieux & credule , & même
les Auteurs de ce caractere
, l'ont infectée par leurs pitoyables
hiſtoires ; ce qui fera
un grand acheminement pour
12 MERCURE
découvrir la verité , & pour
connoiftre à fond la nature de
la Tarentole.
Comme cet Infecte ne fe
découvre que pour faire mal,
il est toujours au guèt dans la
faifon qu'il peut nuire , afin de
furprendre ceux qui ne fe précautionnent
pas contre fa pi-:
queure. Pour le faire plus fa
cilement , & avec plus de feureté
, il les attaque prefque
toujours en dormant , & le côte
gauche au deffous du ſein , eſt
la partie du corps qu'il affecte
davantage ; car il pique moins
fouvent aux pieds , & prelque
GALANT.
13
jamais aux mains & aux bras.
Il femble néanmoins que
la danfe eftant le caractere
propre de la Tarentole , elle
devroit plûtoft affecter le pied
& la jambe , qui en font les
parties effentielles. Mathiole
dit auffi qu'elle pique d ordinaire
les Moffonneurs & les
gens de la campagne en cet
endroit là , qui pour ce fujet
font prefque toujours bottez;
mais ce n'eft que par occafion,
& dans les grandes chaleurs ,
qu'elle les pique aux pieds &
aux jambes , car elle affecte
toujours l'endroit que j'ay
14 MERCURE
marqué
, foit
pour porter fon
venin plus prés du coeur , &
au centre du corps , afin qu'il
ait plus d'effet
, foit qu'ele
y
trouve
le fang plus friand qu'-
ailleurs
, qui l'excite
& l'y porte
naturellement
. Il arrive
auffi que ceux qui en font piquez
, laiffent
en dormant
leur
eftomac
découvert
, où elle ne
manque
pas de s'aller placer.
La piqueure
de la Tarentole
ne jette point de lang , & ne
laiffe aucune rougeur
, ny aucune
enflure
d'abord
. Elle eſt
méme fi egere & fi fubtile ,
qu'elle
eft prefque
imperce
GALANT.
15
ptible; en forte que la plufpart
5 de ceux qui en font mordus
en dormant , ne s'en réveillent
pasle plus fouvent De là vient
qu'ils ignorent la cauſe de leur
mal , & qu'ils n'y apportent
pas d'abord les remedes propres
; ce qui fait qu'ils en font
plus tourmentez dans la fuite.
3 De là vient auffi que la Tarentole
fe retire toujours la vie
fauve , & qu'elle n'eſt jamais
punie fur le champ du mal
qu'elle a fait ; ce qui feroit
d'un grand fecours contre fa
piqueure , pour plufieurs raifons
que je diray dans la fuite.
16 MERCURE
Dominique fentit un peu plus
que la piqueure d'une puce
comme celle d'un Couſin. Il
fut trois jours fans en reffentir
aucun effet. Il y en a qui font
des années entieres ; mais il
tomba dans de violentes convulfions,
qui penferent l'étoufer
, parce qu'on en ignoroit la
caule , & ce ne fut que par
un ſoupçon affez ordinaire en
fon pays pour ces fortes de
maladies , qu'on luy donna les
remedes propres , & qu'on le
fit revenir peu à peu au fon
d'une Guitarre , qui fe rencontra
par hafard.
GALANT.
17
S
La Tarentole pique auffi les
beftes , mais plus rarement
1 que les hommes , foit par la
foibleffe de fon aiguillon , &
Equ'elle trouve la peau des animaux
trop dure , foit par une,
antipathie naturelle qu'elle a
pour le genre humain ; mais
enfin c'eft à luy principale-
Iment qu'elle en veut . Il me
femble que les Sçavans qui
e ont écrit de la Tarentole , devoient
bien s'appliquer à cher
cher la raison pourquoy cet
Infecte , & tous les autres animaux
venimeux attaquent
plûtoft l'homme que la beſte,
Septembre 1699.
B
18 MERCURE
&
que
le
leur venin luy fait plus
d'impreffion. Je ne fuis pas
moins furpris de ce qu'aucun
n'a remarqué les effets que
poifon de la Tarentole fait fur
les beſtes , & quelle en eft la
difference ; car les fymptomes
de l'ame & du corps
devroient eftre en ce cas
femblables , il n'y a que
du plus ou du moins . Un
chien enragé , un homme enragé
ont les mêmes accidens .
Quoy qu'il en loit , j'aurois plus
de curiofité , & je prendrois
plus de plaifir à voir une befte
piquée de la Tarentole , qu'u
GALANT. 19
ne perfonne . L'homme eft la
plus miferable des creatures ,
quand il eft malade de corps
ou d'efprit. Sa figure inſpire
alors je ne fçai quelle horreur,
dont on n'eft point ſaiſi à la
veuë des animaux ; frayeur
qui vient moins de la reffemblance
& de la fympathie
, que
du changement & de l'alteration
qui paroift dans la forme
humaine. Mais pour revenir
à la Tarentole , l'agréable
chofe de voir danſer & caprioler
des Chevres ! fauter & bondir
des petits moutons en cadence
au fon des Inftrumens !
Bij
20 MERCURE
Quel plaifir ne donneroit
point un Singe en cet eftat !
Un certain Ferdinandus , qui
eft l'Auteur favory de Meyf
fonnier , dit qu'il a vû danſer
au fon de la Vieille une mouche
Guelpe & un Cocq avec la
Tarentole qui les avoit piquez
J'ay vû danſer fans au
cun Inftrument une poule enragée
plus d'un quart d'heure
à la fois. Elle s'élevoit de terre
fort haut , tournoit , faifoit la
rouë de les plumes , rien n'eftoit
plus plaifant . Ce n'eft
pas que parmy les Tarentolez
il n'y en ait que l'on prend
GALANT. 21
plaifir de voir danſer , & faire
tout leur manege. Les jeunes
igens naturellement gais & de
belle humeur ; ceux qui font
finges , badins & gefticulatifs ,
réjoüiffent affurément pendant
leurs accés . Ils font des
geftes & des poftures ridicu
les des yeux , des mains & de
la bouche , même de tout le
corps ; ce font de vrais Pantomimes.
Je voudrois bien voir
en cette fituation une jeune
Fille amoureuſe & galante ,
heureuſe ou malheureuſe en
Amour. Je croy aufli que plus
la perfonne a d'efprit , & les
22 MERCURE
inclinations nobles , tendres
& polies , plus les mouvemens.
font divertiffans , & fes poilures
agréables. Les Vieillards
chagrins,fombres , & rêveurs ,
n'ont guere d'agrément , non
plus que les Boiteux & les Paralitiques,
quelque agilité que.
ce poiſon leur puiſſe donner ;
mais il y a de certains mélancoliques
qui paroiffent graves
comme des Espagnols , dit
Jonfton ; ces gens là ne laifferoient
pas de faire rire avec
leur air majestueux & concerté.
Kirker les compare
avec raiſon , aux anciens Gla ,
GALANT.
23
le
diateurs , lorfqu'en dançant ils
eftocadent avec leurs épées.
Il dit auffi que les furieux &
s les emportez reffemblent aux
Bacchantes.
Qoy qu'on affure que
venin de la Tarentole agiffe
conformement à l'inclination ,
& au temperament de ceux
qu'elle a piquez , elle aime toû
jours mieux les melancoliques
que les autres , & comme elle
a plus de pouvoir fur eux , elle
fait le plus fouvent des furieux ,
des vifionnaires , & des fanatiques.
Pour un qu'elle fait rire ,
elle en fait pleurer un cent ;
&
24 MERCURE
& prefque tous parmy la joye ;
& le fon des inftrumens , font
rêveurs , triftes & fombres.
Quelques uns fe pendent aux
branches des arbres comme
par defefpoir, plutoft que pour
fe brandiller à l'imitation de
la Tarentole ; car on a tant de
peine à les en retirer, qu'ils y fia
niroient leur vie fi l'on n'y prenoit
garde. Ils gemiffent &
fe lamentent comme s'ils
eftoient bien affligez , & rien
ne les peut confoler , ny les
détourner de leurs rêveries .
Les autres fe jettent par terre
avec tant deviolence qu'ils ref
femblent
GALANT:
25
•
femblent à des
lunatiques , &
à des poffedez. Il y en a qui
courent au bord des eaux
comme des enragez , non feulement
pour s'y
baigner à caufe
de
l'exceffive
chaleur qu'ils
reffentent , mais plutoft pour
s'y regarder , ou plutoſt pour y
confiderer la
Tarentole qui
les a piquez , & qu ils y cherchent
comme dans le miroir.
Il y en a même de ſi vifionnai
.
res , qu'ils croyent
voir dans
l'eau un Violon , a la veuë duquel
peu s'en faut qu'ils ne
danfent. On fçait cela par
leurs geftes qui le font devi-
Septembre 1699.
C
26 MERCURE
1
ner ; car ils gardent toujours
un religieux filence pendant
leurs accés , & ils ne fe fouviennent
jamais de rien quand
le mal eft paffé. C'eſt donc
par conjectures qu'on parle
des Tarentolez , & qu'on en
dit tant de merveilles , conjectures
qui trompent bien des
gens , & qui font de foibles
témoignages de tant de chofes
qu'on avance fur cette
matiere . Les Hiftoriens de la
Tarentole font fort fujets à
caution .
Je ne fuis pas furpris que
les Tarentolez aiment les miGALANT.
27
roirs,car s'il eft vrai que cet Infecte
a fous le ventre une efpece
de miroir , dans lequel l'on
fe voit fort diftinctement , il fe
peut faire que fon venin eſtant
impregné de l'idée de ce miroir
, en trace la figure dans le
cerveau de ce Malade , qui luy
cauſe cette envie d'y voir la
Tarentole qu'il cherche ; outre
que la clarté du miroir le
réjouit comme l'eau , & le
brillant des épées : car toutes
les chofes tranfparentes difli .
pent ce poiſon , & en dimi .
nuent les accés. C'eft auffi par
un miroir , ou par un baſſin
C ij
28- MERCURE
plein d'eau qu'on les fait re
venir de leur affoupiffement
& de leur pâmoifon. Enfin le
miroir , ou le vafe plein d'eau ,
eft fi effentiel dans l'accés de
de cette maladie , que fi on
vient à l'ofter , on caufe au
Tarentolé de facheux fympto..
mes ; comme il arriva à Dominique
, lors qu'un Cavalier en
badinant , ayant feulement
tourné le miroir , il pouffa un
grand cri , & tomba en fois.
bleffe ; au lieu que ceux qui
font enragez , fe troublent &
font emus en voyant de l'eau,
quoy qu'ils la cherchent pour
GALANT. 29
éteindre le feu qui les embrafe
, parce qu'elle avance &
redouble leurs acces. Les Tarentolez
font foulagez en la
voyant ; mais il faut auffi remarquer
que nonobftant qu'-
ils fe trouvent échauffez , qu'ils
danfent , & qu'ils s'agitent
beaucoup , ils ne font point
alterez, & ne demandent point
à boire pendant leurs accés.
Ils affectent une certaine cou
leur particuliere , qu'ils aiment
plus que les autres ; c'eft pourquoy
ils courent aprés les rubans
, & les mangent . Ils ont
auffi de l'antipathie pour des
C iij
30 MERCURE
couleurs qu'ils ne peuvent
voir fans horreur. Domini
que tomba à la veuë d'un ruban
qu'on mit fur la table lors
qu'il danfoit , & qu'il apperçut
de fort loin . Cette ſympathie,
ou cette antipathie pour les
couleurs , eft un pur effet du
venin de la Tarentole , par
rapport à celles dont elle eft
marquée , ou vient de l'inclination
& de l'humeur dominante
de la perfonne qu'elle a
morduë , excitée par ſa fermentation
. Ainfi ily a une couleur
qui luy fait peine, & une autre
quiluy fait plaifir. Les matieres
GALANT .
༢r
qu'elle rend dans fes vomiffe.
mens , font aufli diverſement
colorées, felon l'humeur , & le
temperamentou felon la varieté
descouleurs de laTarentole ,
d'où ellesprennent cesdiverles
teintures ; à ce que dit Meyf
fonnier. Cet Auteur ajoûte
que les Tarentolez haïffent la
couleur de cet Infecte , & qu'-
ils aiment le rouge , le vert , le
jaune, & le bleu turquin N'eft.
ce pas le contredire étrangement
? & d'ailleurs peuventils
hair la couleur de la Tarentole
, dont ils prennent
tant de plaifir de voir la figure?
C
iiij
32 MERCURE
Si elle n'avoit qu'une feute
couleur , ce feroit la fienne
qu'ils devroient aimer , & s'ils
en haïffent
quelqu'une , il y
a bien de
l'apparence que c'eſt
celle qu'elle abhorre , ou pour
laquelle ils ont
naturellement
de
l'averfion . Mais ce que je
ne puis
comprendre , c'eſt qu'-
ils aiment cet Infecte qui les a
mordus , car il eft naturel de
haïr tout ce qui nous a fait
du mal , & même de ne le
pouvoir regarder fans horreur .
Cela ne
viendroit il point de
l'éducation & de
l'habitude ,
dans les lieux où la Tarentole
GATANT.
33
eft commune , comme dans la
Poüille , où le peuple timide
& fuperftitieux , la regarde
comme une espece de Divinité
vengereffe ? Accoutumez
dés l'enfance à la craindre &
à la reſpecter, ces pauvres gens
courent aprés elle dans leurs
accés , pour l'adorer , & pour
la fléchir par les hommages
qu'ils luy rendent. Je doute
fort qu'un Etranger , & qu'un
homme de bon fens , qui en
eft piqué , & qui n'a jamais
entendu parler de fes effets ,
& de tout ce qu'en difent les
Tarentins , ait les mêmes fym
34 MERCURE
ptomes qu'eux; car cette phre
nefie fuperftitieufe eft terrible
dans un efprit fanatique de
ce pays là . Ce feroit une efpece
d'enchantement & de mo.
nomanie , file venin de la Tarentole
agiffoit fur l'ame en
fait de Religion , & luy inſpiroit
des fentimens d'Idolatrie ,
jufqu'à offrir des Sacrifices à
cet Infecte , comme fait Dominique.
Cet effet ſympathi
que & antipathique de la Tarentole
me paroilt viſionnaire.
Tout ce qu'elle a de merveilleur
vient en partie de l'humeur
& du temperament de
GALANT.
35
la perfonne piquée , que le
venin remuë & agite diverſement
, felon l'âge , les lieux ,
les faifons ; mais il n'imprime
aucun caractere particulier &
fpecifique , non plus que la
Julquiame ou les vapeurs du
vin , la rage ou la folie. A le
bien prendre , chacun n'a - t- il
pas fes inclinations & fes averfions
particulieres , qui de
temps en temps s'excitent &
fe réveillent en nous ,foit par
la révolution de nos humeurs,
ou par quelqu'autre qualité
étrangere ; ce qui a donné lieu
à ce Proverbe Italien , Ogn' us
36 MERCURE
ha la fua Tarentola , que tout
le monde a fa Tarentole ; &
comme nous difons , chacun
a fon caprice , ſa fantaiſie .
Mathiole attribuë auffi tous
ces differens effets dont j'ay
parle , à la diverfité des tem .
peramens comme à la diverfité
du poifon ; & parce que le
poifon & l'humeur du malade
Le confondent enfemble , &
prennent la qualité l'un de
l'autre , il eft impoffible de dire
précilément lequel agit feul.
L'humeur impregnée des caracteres
du venin prend la mê
me nature , & agit conformeGALANT.
37
ment avec luy. S'il eft donc
vray que le temperamment &
l'inclination
de la perfonne
piquée de la Tarentole change
la nature de fon poiſon , la dif-
1. ference en fera bien plus gran.
.
de felon le Païs & le climat
d'où elle eft. Un Allemand ou
un Anglois n'auroit pas les
mêmes fymptômes qu'un Italien
, ou un Efpagnol, & même.
leurs accés feront plus ou
moins violens , felon les lieux
où ils fe trouveront , parce
qu'ils fuënt & tranfpirent plus
ou moins dans les païs chauds
& dans les païs froids. Mais
38 MERCURE
&
d'où vient que dans la plus
grande chaleur de l'Eſté ,
lorfque les pores font plus ouverts
& qu'on fue davantage ,
les Tarentins & les Peuples
d'Italie en font plus tourmentez
qu'en hiver? En verité les
Medecins ne fçavent où ils en
font , quand ils fe mèlent d'ex
pliquer cette maladie . Dira ton
que par une elpece de revolution
, le venin de la Tarentole
fe fermente , & agit
ivec plus de violence dans la
Taifon où elle pique d'ordinai .
'e , & où elle eft plus dangereufe
: Mais Dominique a eſté
GALANT:
39
1
1.
piqué dans le mois de May, & il
en eft plus travaille dans l'Automne
. Je croy donc que l'humeur
dominante de la perfonne
y fait beaucoup , felon la
faifon , comme la Pituite &la
Melancolie dans l'Automne
& dans l'Hiver ; le fang & la
2 Bile dans le Printemps & dans
l'Eſté. Dominique eft auffi
mélancolique & bilieux ; c'eſt
pourquoy il avoit des accés
plus frequens au mois de No.
vembre , & dans la contrée de
Normandie la plus froide. La
conftitution de la perfonne ,
le climat d'où elle eft , & où
40 MERCURE
elle demeure , contribuent
beaucoup pour diminuer , ou
pour augmenter l'effet du poifon
Ceux qui ont la peau du.
re & les pores ferrez , qui fuënt
& qui tranfpirent peu , le diffipent
moins , & en font plus
malades. Il ne faut donc pas
dire que la Tarentole eft moins
nuifible dans les pays froids
que dans les pays chauds , à
l'égard du temperament de la
perlonne qui en eft piquée , &
du climat qu'elle habite ; car
à l'égard du poiſon de cet Infecte
, je croy bien qu'il eft
plus fubtil & plus dangereux
1
GALANT. 41
dans les pays chauds que dans
les pays froids ; auffi y a- t il
rarement des Tarentoles dans
ces lieux là ; ou s'il y en a,
elles y font peu nuifibles . Lors
que la Tarentole a piqué quel
ques perfonnes , dit le fcientifique
Richelet aprés Jonfton ,
elle les jette dans d'étranges
fymptomes. Les uns courent ,
les autres crient , dorment ,
veillent , fautent , ou rient
toujours . Les autres aiment
de certaines choſes , & en font
de tout à fait furprenantes.
Furetiere dit qu'on en meurt ,
& que fon venin change de
Septembre 1699.
D
42 MERCURE
qualité d'heure en heure , à
caufe de la diverfité des paf
fions qu'il infpire à ceux qui
en font piquez ; & qu'une perfonne
qui s'imagineroit
eftre
Roy dans le moment , le croiroit
toujours eftre. Renaudot
dit que c'eſt une espece d'yvreff
, & que ce poifon s'accommode
tellement aux in .
clinations des personnes , qu'il
leur caufe des delires & des
extravagances
differentes felon
leurs temperamens
. Aprés
avoir bien examiné Maistre
Dominique , je puis affurer
que le venin de la Tarentole
GALANT.
43
f
n'inſpire point d'autres pafmas
que celles qui viennent
de l'humeur & de l'inclination
de la perfonne qui en a
efté piquée , qu'il excite , &
& qu'il réveille dans l'ame
avec plus de force qu'auparavant.
Il brouille la fantaifie par
differentes images , mais ces
images font toujours confor
mes à l'humeur dominante ,
en forte qu'elle n'a point d'au
tres paffions pendant fes accés
, que celles aufquelles elle
eft le plus fujette , autrement
celuy qui croit eftre Roy , ne
le croiroit pas toujours eftre,
Dij
44 MERCURE
& cette fanta fie luy changeroit
pour un autre. A l'éga
du corps , j'avoue que ce poi.
fon change d'heure en heure ,
& même de moment en mo.
ment , c'eft pourquoy le Malade
, tantoft brûle , & tantoft
eft glacé ; mais c'eſt dans le
temps de la fermentation , &
qu'il femble que l'ame a perdu
toutes les fonctions ; car fitoft
qu'elle fe réveille au fon
des Inftrumens ,& que le venin
s'eft diffipé par la danfe , le
Malade n'eft plus fujet à ces
changemens , quoy qu'il ne
foit pas entierement guéri
GALANT.
45
#
Dominique fait toujours , la
même choſe, ce font toujours
les mêmes inclinations , les
mêmes mouvemens , les mêmes
fymptomes , qui confi .
ftent à rendre de grands ref.
pects à fa Tarentole , à bien
danfer , & à faire quelques pe
tits fecrets de Berger , qu'il a
appris dans fa jeuneffe.
On n'a point remarqué fi
le venin de la Tarentole affecte
quelque nombre mifterieux
dans fes accés , comme
celuy de neuf dans la rage ,
dont on ne fe reffent qu'au
bout de neuf jours , neuf fe46
MERCURE
maines , neuf Lunes qu'on a
efté mordu. On a feulement
obſervé qu'on eft quelque
temps après avoir efté piqué,
avant que d'en reffentir les
effets , & qu'au bout de l'an
on en eft encore plus tour .
menté. Les Tarentolez ont
d'ordinaire leurs accés envi .
ron dans la faiſon qu'ils ont
efté piquez ; mais cela n'eſt
pas toujours reglé , comme
nous l'avons remarqué à l'égard
du Soldat qui n'a plus de
faifon affectée. En effet , le
lieu , le temps , la fatigue dérange
l'oeconomie de ce poiGALANT:
47
fon, en retarde , en avance , en
redouble ou en diminuë les
e accés , comme dans la Fiévre .
Pomponace qui croit cette
obſervation , l'attribue à l'in-
Aluence & au cours des Aftres.
S
1
Comme on voit , dit - il , des
herbes & des fleurs qui renaiffent
toujours au même
jour de l'année ; & comme il
y a des gens qui font fujets
dans la même faifon à la Fiévre-
tierce ou à la Fiévre quarte
, de même les Tarentolez
font attaquez tous les ans en
pareille failon ; lors que le
Soleil eft au Solstice d'Efté , les
48 MERCURE
mois de Juillet & d'Aouft leurs
accés font plus violens & plus
dangereux . On meurt rarement
de ce mal , mais il continuë
juſqu'à vingt , trente &
quarante années. Renaudor
pretend que quand on donne
en heure & en temps , c'eſt â
dire d'abord qu'on eft piqué,
le remede de la Mufique & de
la danſe fans interruption , &
jufqu'à faire tomber le malade
par terre , que l'on couvre
bien , & que l'on fait fuer co
pieufement, on eftabſolument
garanti de ce mal , mais qu'autrement
on retombe du moins
une
GALANT:
49
une fois l'an , au méme jour &
àla même heure qu'on a efté
piqué. Mais encore un coup ,
l'exemple de Dominique prou,
ve le contraire.
Les maux periodiques ne
gueriffent jamais du premier
accés , quelque remede fpecifique
qu'on y apporte . C'eſt
donc une erreur de croire qu'.
un Tarentolé guerit auffitoft
, s'il eft promptement &
foigneufement fecouru . Tous
les Violons du monde ne le
pourroient pas faire au com,
mencement , parce que le
poifon ne fermente pas enco
Septembre 1699. E
fo
To
MERCURE
re , & n'a point d'effet . Ce ne
feroit pas un remede , ce feroit
un préfervatif; & du moment
que le poifon s'eftfait fentir, on
ne peut pas le chaffer du premier
coup , parce que les accés
font reglez & comptez jufqu'à
un certain nombre , & doivent
durer un certain temps limité.
La Mufique & la danſe le diffipent
pour un temps , & le
malade femble gueri ; mais
l'accés revient comme dans la
Fiévre , plus ou moins violent,
felon la force & la qualité du
venin , qui diminue avec le
emps , & l'âge de la perfonne?
GALANT. 51
& qui eft plus ou moins dangereux
, que la Tarantole a piqué
plus ou moins de fois , car
fuppofé que cet Infecte pique
plufieurs perfonnes , & ne
perde pas fon aiguillon du
premier coup , ce que les Naturaliftes
devoient bien remar
quer , & dont je doute avec
railon , il eft aifé de concevoir
que le premier qu'elle
mord eft plus tourmenté , &
fouffre davantage que les autres
qu'elle pique aprés . Il faut
donc réiterer le remede à
fure que le poiton réitere les
accés, car fi on ne guerit point
E ij
52 MERCURE
que la Tarentole ne meure ;
n'eft . ce pas en vain qu'on
prétend d'eftre délivré de ce
mal avant que de l'avoir reffenti
, ou aprés les premiers
accés. Rhodiginus eft du fentiment
, que fi l'on n'eft pas
fecouru d'abord , on en meurt,
ou du moins qu'on devient
Nephretique ; & qu'on a ces
fymptomes extraordinaires
qu'on admire tant : ce qui eft
fi peu vray , qu'il y a des per
fonnes qui furent foigneufement
traitées d'abord , & qui
n'ont pas laiffé de danſer vingr
& trente ans durant avec le
GALANT 53
1
&
même manége , & les mêmes
accidens que les autres. Ca.
merarius dit qu'il n'y a queles
perfonnes robuftes & vigou-
S reufes qui en gueriffent parfaitement
, & que les foibles
& les infirmes s'en reffentent
toute leur vie. Ils deviennent
prefque aveugles & fourds ;
ne font que languir tout triftes
& ftupides. Les Tarentolez
font toujours blêmes ,fuans
& livides , à cauſe du poiſon.
qui fermente en eux ,
& qui
les agite. Tel eft Dominique
qui a la peau gluante & le.
teint olivaftre, non . feulement
E iij
54 MERCURE
pendant fon accés , mais dans
le temps qu'il fe porte bien .
Cependant je l'attribuë à ſa
complexion & à fon temperament
, & j'ay remarqué dans
fa plus forte agitation , qu'il a
feulement la peau moite , &
que fa fueur n'eft pas abondante.
Enfin les Tarentolez
ont des envies & des goufts
dépravez qui viennent de l'humeur
dominante excitée par
ce poifon , & que l'on pourroit
comparer à celles des Femmes
groffes , & des Filles qui ont
les pâles couleurs. Ils mangent
de la cendre , du plâtre ,
GALANT . 55
5
des charbons , & même de la
matiere fecale , comme cette
Dame de la Cour de Henry II .
dont parle Brantôme , qui en
avoit fes poches pleines au lieu
de confitures feches .
Le venin des autres Infectes
n'agit que fur le corps , celuy
de la Tarentole agit fur l'ame,
&fur le corps en mêmetemps,
en quoy il reffemble à la rage,
qui rend ceux qui en font attaquez
frenetiques & furieux
mais au refte bien differens
des Tarentalez . Il ya auffi cet
te difference , que le venin de
rage n'eft qu'accidentel , &
la
E iiij
56 MERCURE
celuy de la Tarentole eft naturel.
Dans l'une & dans l'au- &
tre maladie , le premier accés
vient fouvent lans y penfer ,
& quelque temps apiés la
morlure. La rage agite & altere
le lang , la Tarentole fermente
& corrompt les humeurs
. Ses accés font periodiques
, & de la méme durée
que ceux de la rage , mais
comme la maladie eft plus
longue , & n'eft pas mortelle ,
ils reviennent plus fouvent.
Les enragez font furieux , &
courent pendant trois jours
mais ils n'ont que neuf accés
GALANT.
57
au plus , deux communement ,
& quelquefois qu'un feul ,
E comme je l'ay oblervé d'un
homme , & d'un chien , qui
amoururent du premier accés,
au bout de neuffemaines qu'-
ils avoient efté mordus , &
fans avoir offenfé qui que ce
foit . L'homme avoit efte touché
d'un Chevalier de Saint
Hubert , & fon accés le prit
en voyant la mer , où il eftoit
allé le promener avec les Afe
mis. On eut foin de baigner
le chien pendant neuf matins
en pleine mer , mais à la
fin des neuf femaines il parut
58 MERCURE
trifte , & ne mangea point.
Sur le foir s'eftant dérobé ,
on le trouva mort aprés l'avoir
bien cherché , dans la
cave , enfoui dans une foffe
qu'il avoit faite. La poule dan-.
feufe dont j'ay deja parlé, avoit
auffi efté baignée dans la mer,
qu'on dit eftre un fouverain
remede contre la rage . Elle
eut jufqu'à neuf accés de trois ,
de cinq , de fept , & de neuf
jours d'intervalle ; en forte qu'
elle fut longtemps enragée avant
que de mourir . Elle tomboit
apres fes accés dans
un affoupiffement qui duroit
MA
ル
GALANT. 59
quelquefois vingt quatre heures
, qu'elle eftoit froide comglace
, & qu'on la croyoit morte.
C'est ce qui arrive auffi aux
e Tarentolez avec une grande
foibleffe des pieds & des mains
dont ils ne guériffent qu'en
danfant , & en s'agitant beaucoup
. Je ne fçay fi ce venin
communiqueroit point ne fe
auffi comme la rage en buvant
après la perfonne piquée,
ou en couchant avec elle , fur
tout pendant les accés . Il eſt
vray que le fang corrompu
communique plus facilement
fa malignité que les humeurs
60 MERCURE
infectées; mais dans le Taren .
tolé le fang peut eftre égale.
ment corrompu comme les
humeurs , & poifon pour poiſon
, je ne voudrois pas m'y
expofer.
un
C'eft encore icy une espece
de folie periodique & reglée ,
où le corps fouffre autant que
l'ame , frenefie muette qui fait
garder aux Tarentol z
morne filence qu'ils n'interrompent
jamais pour quelque
occafion que ce foit , excepté
quelques cris qu'ils pouffent à
la vûë des objets qui leur déplaiſent
, ou quand la ſimphoGALANT.
61
nie manque , & que le poiſon
leur caute de la douleur, Outre
les extravagances qu'ils
font à l'égard de la Tarentole
qu'ils adorent , ils s'imaginent
eftre Rois , Papes , comme les
autres fous ; car du moment
que le poifon agit , il leur
broüille la fantaifie de l'idée
dont ils font infatuez . Il eft
vray qu'ils paroiffent moins
égarez , & que tout ce qu'ils
font elt regulier & concerté ,
mais enfin ils ont l'imagina
tion troublée , & ne le fouvien
nent point de ce qu'ils font.
Une perfonne dans la fièvre
62 MERCURE
chaude perd le fouvenir de ce
qu'elle fait & de ce qu'elle dit ,
mais tous les mouvemens font
dereglez . Il n'en eft pas de mê
me du Tarentolé; & je ne com .
prens pas comment tant de
mouvemens fi juftes & fi compaſſez
réiterez cent & cent fois,
ne laiffent aucune trace , & aucunes
images dans fon cer.
veau, qui luy en rappellent le
fouvenir. Quand la fièvre & la
vapeur du vin fixe l'humeur
dominante , il eft certain que
l'on fe fouvient de ce qu'on dit
& de ce qu'on fait dans ce
temps la. Ceux qui boivent ,
GALANT.
63
& qui connoiffént leur caractere
, difent je fais cela , ou je
dis cela quand j'ay bû , & il y
en a même qui fe reffouvien
nent de la moindre circonf
tance . Il femble à plus forte
raifon , qu'un Tarentolé devroit
bien ſe reffouvenir de ce
qu'il dit & de ce qu'il fait pendant
fon accés ; mais on ne
le peut mieux comparer qu'à
celuy qui refve haut , & qui
parle & agit en dormant , comme
s'il eftoit éveillé . Il ne s'en
fouvient point du tout , à
moins qu'on ne le réveille ſur
le champ. Le Marefchal Fa64
MERCURE
ber fe reffouvint toute fa vie
de cet admirable entretien
qu'il eut avec lon genie , ou
avec luy - même , fur la creation
du monde. Il n'en oublia
pas un mot , parce qu'il fut
reveillé dans le moment par
l'Officier aux Gardes qui eftoit
couché avec luy .
Il eft furprenant que lána.
ture , qui a toujours mis le remede
où eft le mal , n'ait pas
produit quelque fimple dans
la Poüille , & aux environs de
Tarente ,
contre le venin de la Tarentole.
On dit qu'il y a une herpour
préſervatif
GALANT.
65
be qui porte le nom de Phalange
, pour la qualité qu'elle
a de guerir de fa morfure ,
mais les Medecins d'Italie n'en
font aucune mention , & Dominique
, qui eft de ce payslà
, nela connoift point . Pour
les remedes furnaturels
, je ne
doute pas que les Tarentins
n'invoquent quelque Saint ,
qui a le pouvoir de guerir de
cette maladie , & même qu'il
n'y ait quelque Prince d'Italie
qui ait pour prérogative ce
don là . Il me femble qu'il
manque quelque chofe à la
Septembre 1699 .
F
66 MERCURE
gloire de nos fameux Nor
mans , qui ont regné dans la
Poüille & dans la Calabre , de
n'avoir pas gueri de la Tarentole
, fi elle n'eft pas plus nouvelle
que leurs conqueftes .
Comme en Italie le peuple
elt fort fuperftitieux , & cu .
rieux de fecrets , je m'étonne
qu'ils n'ont des talifmans
& des gamahez , ou du moins
quelques brevets contre laTarentole
, comme on en a inventé
contre les Serpens , les rats &
les fouris. On peut croire qu'
ils ont des prieres , & des exorcifmes
pour les conjurer , & les
GALANT. 67
excommunier certains jours
de l'année , comme ceux de
Troyes en Champagne en
ont dans leur vieux Rituel ,
contre les Chenilles & les
Sauterelles , qui les défoloient
autrefois , & qui font bien
moins à craindre que la Tarentole.
Je l'ay déja dit , je ne traite
pas cette matiere en Medecin ;
ainfi je diray peu de chofes
des reme des qui font propres
à une maladie dont la caufe
eft fi cachée , & les effets fi
extraordinaires
. Cependant ,
pour ne rien negliger de ce
Fij
68 MERCURE
qui dépend de mon fujet , je
ne laifferay pas de rapporter
icy les plus curieux que j'ay remarquez
en paffant dans les
Auteurs qui ont écrit de la
Tarentole . J'en trouve de deux
fortes , de specifiques & de naturels
, d'aruficiels , & d'empyriques
. On dit que la Tarentole
même porte ſon contrepolon
avec elle , comme beaucoup
d'autres animaux venimeux
, & que fi on la peut
prendre dans le temps qu'elle
a piqué , il ne faut que l'écrafer
, & la bander fur la playe ,
où on la faiffe ju'qu'à ce qu'el
GALANT. 69
le fe deffeche & tombe d'elle
même . On ſe ſert pour la prendre
d'un chalumeau qu'on approche
du trou où elle eſt cachée
, & dans lequel on l'attire
en bourdonnant à la maniere
des mouches à qui elle fait la
chaffe , & dont elle fe nourrit .
Pline dit que le remede contre
la piqueure des Phalanges
eft d'en montrer un autre de la
même cipece au Patient , &
quand on en peut trouver de
morts on n'a qu'à les garder
pour cet effet , & luy en faire
prendre les pelures pulverifees.
dans fa boiffon . On peut faire
50 MERCURE
la même chofe de la Tarento .
le , puifque c'e ft auffi une Araignée
Phalange. Les Mouches
cantharides , les Bourdons &
les Fieflons font des prefervatifs
naturels contre fon venin ,
& il ne faut pas s'en étonner ,
puifqu'ils luy fervent de nourriture.
C'eft furquoy eft fondé
le ipecifique celebre de Scaliger
contre cet Infecte , qui eft
compofé d'un carteron de
Mouches prifes fur les fleurs
du Napel , incorporées avec
deux onces de Mithridate ,
autant d'Ariftoloche ronde ,
dmi once de terre figiliée , &
GALANT. 71
quelques gouttes de jus de citron
, remede qui a beaucoup
$ de convenance avec la nature ,
& les qualitez de la Tarentole ,
la Mouche guefpe devroit bien
eftre un antidote contre fon
venin , puis qu'il y a une fi
grande antipathie entre elle &
' Araignée , qu'elles font toujours
en guerre. Il en eft de
même de la Couleuvre , à qui
l'Araignée donne la mort ors
qu ' lle la voit endormie fous
l'arbre où elle s'eft mife en
embuſcade pour la tuer . Elle
fe laffe defcendre par le fil
qu'elle fait , & entre dans le
72 MERCURE
cerveau de la Couleuvre , qu
elle mord, & fi attache jufqu'à
ce qu'elle meure par fon venin.
Comme il y a auffi une
grande antipathie entre la
Tarentole & le Scorpion , &
que celuy qui eft mordu du
Scorpion, guerit avec de l'huile
où l'on a fuffoque la Taren-.
tole , je croy pareillement que
celuy qui eft piqué de la Tarentole
, peut guerir avec de
l'huile où l'on aura étouffé un
Scorpion ; mais rien à mon
gré ne feroit meilleur contre
fon venin , que la pierre Serpentine
, dont les Brachmanes
ont
10
GALANT.
73
A
ont trouvé le fecret à la Chine,
& dans les Indes . Cette pierre
eft en partie naturelle , parce
qu'elle croift dans le Serpent,
& fur tout dans la Couleuvre
velue ; c'eft pourquoy les Portugais
l'appellent Cobra de Ca
pelos , mais elle eſt en partie
artificielle , parce qu'elle eft
compofée du poifon de divers
animaux venimeux. Elle eſt
le
admirable pour la piqueure
des Serpens & des Viperes ,
dont elle guerit fur le champ
les hommes & les beftes p
s par
fimple attouchement. Kirker
dit qu'il en a fait l'experience
Septembre 1699 .
G
74 MERCURE
luy même , fur un chien mor?
du de la Vipere , & qu'un Italien
l'avoir auffi éprouvé fur
un homme piqué d'un Ser
pent. On applique cette pierre
fur la playe , où elle s'attache
incontinent , & où elle
demeure colée jufqu'à ce qu'
elle ait attiré tout le venin , &
qu'elle tombe d'elle- même
comme une Sangſuë , horſmis
qu'elle ne change point de
Couleur , de groffeur , ny de
confiftance; mais il faut pren
dre garde qu'elle ne tombe
pas à terre ; car elle perd toute
fa vertu , pour peu qu'elle
GALANT.
75
ypofe , ce qui luy arrive aufli
dans l'eau , comme on l'obà
ferve lors que l'on s'en fert
pour purger les eaux empoifonnées
, defquelles elle attiré
auffi - toft tout le venin , &
toutes les mauvaises qualitez ;
mais où elle perd toute fa
force , & ne fert plus enfuite.
= Il n'en eft pas de même des
playes , où elle ne diminuë
rien de la vertu , & où il femble
au contraire qu'elle aug .
mente en continuant de s'en
fervir. On pretend encore
qu'elle guerit de la rage ; mais
on a de la peine à la trouver ,
Gij
76 MERCURE
& elle eft inconnue en Euros
pe. Cependant les Tarentins
&les Napolitainsen devroient
faire la recherche , & en fçavoir
la compofition ; elle leur
feroit d'un grand fecours. La
Theriaque , qui eft auffi un remede
compofe de plufieurs
contrepoifons , eft fort bonne
contre le venin de la Tarento
le, mais elle ne guerit pas abfolument
le malade , ou ce
n'eft qu'avec beaucoup de
temps . Elle le foulage un peu
'd'abord, &modere feulement
fes accés ; il en eft de même
de l'eau de vie qui luy fait du
bien.
32
GALANT: 77
A l'égard des Simples, outre
la Scorzonere , dont j'ay parlé
1 dans la feconde Partie de ce
Difcours , il y a le Phalangium ,
qui'eft fort commun . Sa fleur
eft petite. On le diftingue en
deux efpeces , Phalangium ras
mofum, & Phalangium pulchrius
non ramofum. On en trouve en
quantité desdeux fortes auprés
de Surenne , & fur la bute de
Seve aux environs de Paris . Ne
s'y trouveroit- il point auffi des
Infectes du même nom : car la
nature n'y a pas mis cette plante
en vain , mais on ne s'eft pas
donné la peine d'en faire l'ob-
Giij
78 MERCURE
fervation. Il pourroit y avoir de
petits Phalanges , & même
quelques Tarentoles, quoy qu
elles ne fe fiffent pas reffentir,
parce qu'elles ne feroient pas
malfaifantes ; & en effet , feroient-
elles venimeufes dans
des lieux où leur antidote eft
enfigrande abondance , & d'où
elles tirent en quelque façon
leur nourriture , quand ce ne
feroit que par l'odeur que la
fleur de cette plante exhale.
Comme je fuis perfuadé que
tous les remedes qui font promaladies
mélancoli
pres a
ques & hypochondriaques fe
GATANT. 79
roient fort bons contre le ve
nin de la Tarentole , je croy
qu'on pourroit utilement fe
fervir , non- feulement des
plantes qui gueriffent de la
morfure des beftes venimeufes
& des chiens enragez , comme
l'Afclepias ou dompte venin
, la fleur de Moron bleuë,
le gland de chefne , la Brunel
le ,le Plantain, le Sureau , mais
auffi l'huile ou l'extrait d'Hyfpericum
, en Francois Mille
pertuis , la Fumeterre , le
Creffon d'eau , la Buglofe , la
Chicorée fauvage , le Houblon
femelle , le Polipode , la Paffe-
G iiij
80 MERCURE
rage , la Balotte ou Marube
noir , & tant d'autres qu'en .
feignent les habiles Mede:
eins . Je croy , dis- je , que tous
ces Simples feroienc d'un
grand uſage dans cette maladie
, puis qu'on s'en fert avec
fuccés dans les vapeurs , dans
la mélancolie
, dans la manie ,
& dans les égaremens d'efprit,
qui ont tant de rapport aux
accés des Tarentolez
. On a
même donné à la plante
d'Hypericum
, ou Mille- pertuis,
le nom de Fugadæmonum
, parce
qu'on la croit propre à gue.
rir ceux qui fe difent poffedez;
GALANT. 81
·
2
0: mais comme remarque fort
1 bien M' Pifton , fçavant Profeffeur
en Botanique , au Jar-
S din Royal des Plantes , ces
} fortes de gens font la plufpart
des fripons , ou de veritables
Hippochondriaques. J'ofe avancer
qu'on en pourroit dire
autant de la plupart des
Tarentolez fans beaucoup fe
5
tromper.
Voilà les remedes naturels
& propres contre le ve
nin de la Tarentole . Les artificiels
, les Empiriques , &
les charmes font fi badins
& fi frivoles , outre que la
2
82 MERCURE
Religion les défend , que
je n'ay garde de les rappor
ter icy. Mais je ne puis paffer
fous filence un fecret de
guerir la piqueure de la Tareronde
, qui eft la Tarentole
de la Mer , il eft out . à - fait
fingulier. On prend fá queue ,
& on l'attache à un Chefne
vert , qui meurt auſſi toft , &
le Malade guerit en même
temps. On pourroit faire la
même chose à l'égard de la
Tarentole , mais la queue eft
un peu difficile à trouver ; outre
que cette gueriſon a tout
L'air d'un pacte, & qu'on ditſans
GALANT. 83
1.
e
<
doute quelques paroles ; car je
ne croy pas qu'elle fe faffe par
transplantation , comme parelent
les Medecins ; c'eft à dire
que la maladie paffe naturellement
de l'homme au chefne.
Ces fortes de guerifons font
du reffort & du métier des
Sorciers & des Charlatans
pour lesquels on a heureuſe
C ment trouvé le mot de tranf
plantation ou d'envoy.de ma-
1. ladie , qui n'eft proprement
qu'une chimere dont on couvre
l'horreur du pacte & de la
diablerie. Si la tranfplantation
eftoit veritable à l'égard de la
3
&
84 MERCURE
Tarentole , le remede feroit
auffi merveilleux que la mala .
die , & il ne feroit pas moins
furprenant de voir danfer des
Cheſnes que des Paralytiques
& des Boiteux .
La Mufique & la Danſe font
les vrais remedes , ou plutoft
les vrais fymptômes de cette
maladie. Meyffonier dit qu'el
les ont tant de rapport & de
fympathie avec les effets de la
Tarentole , qu'elles attirent
fon venin au dehors de la même
maniere que l'ambre atti
re la paille , le fer l'aimant , let
Soleil l'Heliotrope , la Remo
GALANT. 85
3:
ง
ר
S
rele Navire , en forte que les
fons l'entraînent avec leur
douce violence par une repetition
continuelle de la danfe
& des inftrumens , fans laquelle
cette attraction ne fe feroit
pas. Renaudot croit que les
Anciens ont ignoré cette fympathie
de la Tarentole & de la
Mufique , mais ce n'eft pas
une chofe furprenante puifqu'ils
n'ont pas connu ces Infectes
, car pour les merveilleux
effets de la Mufique , ils ne les
ont pas ignorez dans les maladies
du corps & de l'ame.
Ce font eux qui nous ont ap86
MERCURE
* •
pris que la Flute d'Ifmenias
gueriffoit de la Sciatique , &
qu'Afclepiades remettoit dans
leur bon fens par le moyen de
l'harmonie , ceux qui avoient
l'efprit égaré ; mais foit la faute
des Mailtres , ou qu'on ait aujourd'huy
l'oreille plus dure
qu'en ce temps là , la Mufique
ne guerit plus de la Sciatique ,
& de la Folie , il n'y a que les
Tarentolez
qui en reçoivent
quelque foulagement. Elle remedie
à deux accidens dont
ils font fort affligez
, une gran
de douleur d'oreilles
, & une
grande foibleffe des jambes,
GALANT. 87
&
& des pieds ; mais ce qu'il y a
de plus admirable dans ce poífon
, c'est qu'il fait danſer les
Paralytiques & les Boiteux .
Meyffonnier affure qu'il a vû
un Vieillard de quatre - vingts
ans perclus de fes membres ,
danfer & fauter comme un
Chevreuil . On fait une queftion
là- deffus , & on demande
par la même raiſon fi un enfant
au berceau , ou une perfonne
qui auroit perdu les jambes,
danferoit comme ce Vieil
lard ? Il femble que non ; car
le venin de la Tarentole par
le moyen de l'harmonie peut
$5 MERCURE
bien rétablir , & redonner la
difpofition naturelle qu'on
avoit pour la danſe , mais non
pas celle qu'on n'a pas encore ,
ou qu'on a perduë par le retranchement
des parties neceffaires
pour cela ; car fans
elles peut -on paſſer à l'acte
dont on n'a pas la puiſſance ?
l'Invalide n'a pas plus de jambes
,l'enfant n'en a pas encore
l'ufage. Il feroit beau voir un
tronc d'homme danfer & fe
mouvoir en cadence. Cependant
comme on fent encore
de la douleur au bras ou à la
main qu'on a perduë , & que
GALANT. 89
t
les enfans au maillot fautillent
& s'agitent , de joye à la
vûë de leurs Nourrices, je croy.
que s'ils eftoient Tarentolez
l'Enfant & l'Invalide danſe .
roient comme les Boiteux &.
les Paralytiques dont parle
Meyffonnier. On dit que ce
miracle le fait par la confor
mité qui fe rencontre dans les
tons de la Mufique , & la vertu
du venin de la Tarentole , qui
eftant froid & melancolique ,
fait retirer la chaleur , & les
efprits au dedans du corps
pour le préferver contre le
froid mortel ce qui caufe
Septembre 1699.
>
H
90 MERCURE
d'abord des affoupiffemens &
des convulfions ; & le fon des
Inftrumens venant à réveiller
ces efprits engourdis , & à les
attirer au dehors , il excite les
nerfs , les muſcles , & les autres
organes du mouvement. Ainfi
la Mufique rend les Boiteux
mêmes capables de la danſe,
en les purgeant de ce poifon
par les fueurs , & l'infenfible
transpiration que luy cauſe
l'agitation & l'exercice . Camerarius
dit aufli que ce venin
amaffé fe répand par tout le
corps par l'harmonie des voix
& des Inftrumiens , d'où enfuiGALANT.
gr
5
C
te il fe coule & s'évanouit par
la tranſpiration , & par l'ouverture
des pores . Cet Auteur
rapporteune plaifante hiſtoire
qu'il a tirée de Guyon , d'une
Demoiſelle de Rouen , nommée
du Pareau , qui ne fe fervit
jamais pendant cent fix
ans qu'elle vêcut , que d'un
Joueur de Flute & de Tambour
de Baſque, qu'elle faifoit
joüer plus ou moins long .
temps , felon qu'elle eftoit
malade , & dont elle ne manquoit
point d'eftre foulagée ,
& guerie . Il y a une montagne
dans l'Afrique
ou
Hij
91 MERCURE
l'on ne peut paffer qu'en char
tant & en danfant , autrement
l'on eft faifi de la fiévre. La
Muſique a un fort bon effet
fur les Nefretiques & les mélancoliques
; mais fi elle gue
rit de la piqueure de la Vipere,
comme dit Macrobe , elle
peut bien guerir de la piqueure
de la Tarentole.
Mais à moins que le venin
de cet Infecte n'inſpire dans
le même moment qu'on en eft
piqué , l'inclination pour la
Mufique , & la difpofition
pour la danfe ; comment faire
danfer un Boiteux & un ParaGALANT.
93
-lytique d'un mal qu'ils n'ont
pas encore ? Ce n'eft pas le
a premier appareil qu'on doit
appliquer à ces gens . là ; mais
la Theriaque , la Cantharide ,
& les autres remedes que la
Medecine enfeigne. Al'égard
des jeunes gens , & des perfonnes
robuftes , on peut com
mencer par ce remede , qui
eft prompt & facile ; mais en
ce cas-là il n'y a que l'agitation
& le mouvement qui les
garantit ; & on ne peut pas
dire que ce foit proprement
la Mufique & la danfe , qui
n'ont d'effet que lors que le
94 MERCURE
poifon agit & le fait fentir , &
dont elles font également les
fymptomes , de même que les
remedes. Mais enfin c'eft avec
raiſon que ces pauvres Tarentolez
, ad Muficam tanquam ad
facram anchoram confugiunt , dic
le Docteur de Complute.Aufli
quand les Violons manquent
de pratique en Italie , ils vont
à Tarente , à Naples , & dans
les lieux où il y a des Tarentolez
, qui leur donnent de la
pratique tout l'Efté. Il y en a
même de gagez pour le foulagement
des pauvres à la
campagne , dans les Bourgs
GALANT.
97
& dans les Villes , où ils s'affemblent
pour danfer les uns
e avec les autres. Les perfonnes
de qualité fe rendent viſite en
1 ces cccaſions là , & le divertiffent
enfemble . Cependant
je croy que ces fortes de Frenetiques
font comme les au-
། tres Fous , qui ne fe plaifent
guere avec leurs femblables .
Dominique choififfoit fort
bien ceux avec lesquels il vouloit
danfer. Il prenoit toujours
les plus fages , & les
mieux faits . C'est une chofe
affez
remarquable que les
hommes ne danfent point
46 MERCURE
d'ordinaire avec les femmes ,
ny les femmes avec les hommes.
Chaque Sexe invite fes
Camarades , & fes Compagnes
, qui pour s'entre- faire
honneur & plaifir , le tiennent
leftes & propres. Les femmes
n'ont point d'épées, mais elles
n'oublient
pas les miroirs , les
baffins pleins d'eau , les branches
de verdure , & les bouquets
de fleurs. Ce divertiffe.
ment dure quelquefois plus
d'une femaine , car il y en a
qui danfent jufqu'à quinze
jours de fuite.
Chaque Malade affecte un
certain
GALANT:
97
e
Certain air &un certain fon.Ily
en a qui aimentpaffionnément
le fon des Cloches ; & cela
vient du poifon qui fixe l'hu
meur dominante . Ainfi je croy
qu'il n'y a que ceux d'Italie .
qui affectent principalement
le branle de la Tarentole ,
parce que c'eſt la danſe des
Bergers de ce pays là . Kirker
dit qu'ils aiment fur tout ce
qu'on appelle le Tabourin , &
la Zampona ruftica de Paftori ,
la Flute des Bergers. La Mufique
bruyante leur plaiſt beaucoup
, & le chant qui fe mêle
au fon de la Flute. Ils font plus
Septembre 1699.
I
98 MERCURE
touchez de certains tons que
d'autres , & ils en reçoivent
plus de foulagement , parce
qu'ils font proportionnez à la
qualite du poilon qui les travaille.
Comme aufli il y a de
certains tons qui leur déplaifent
, & qui les font fouffrir
davantage , parce qu'ils irri
tent & aigriffent fon humeur
maligne ; mais generalement
parlans , tout ce qui s'apelle fon
& mufique les foulage , & leur
fait du bien.
Dominique fut
d'abord retiré de fon afſoupiffement
par le premier air que
joüa le Violon qu'on envoya
DE
LA
VILLES
LYON
130
HEATE
DE
LA
VILLE
+
GALANT - 99
querir, & même il danfoit
Menuets & nos Gavotes avec
autant de jufteffe & d'agré
ment que le branle de la Tarentole.
Il eft vray qu'il l'aimoit
mieux que les autres ,
mais cela vient de l'habitude
& de l'ufage de fon pays , où
cet air- là eft confacré à cette
maladie. Il n'y a perſonne qui
ne foit plus touché de certains
fons & de certaines ca
dences, & qui n'ait fon Inftrument
& fa chanfon favorite. "
Ceux qui fe récrient fur
l'éloignement des lieux , comme
fait le pieux Ecrivain que
I ij
foo MERCURE
jay déja cité , cherchent icy
des fujets d'admiration où
il n'y en a point du tout ; car
enfin , qu'y a til de furprenant
que la Tarentole faffe
danfer une perfonne à cent ,
à mille lieuës loin d'elle. C'eft
fon venin qui la fait danfer ,
& qu'elle porte par tout. Il ne
faut point là chercher des fecrets
de fympathie ; & quand
il feroit vray que la Tarentole
& le Tarentolé danfent dans
le même moment, & que c'est
toujours l'Infecte qui com.
mence le Bal , ce n'eſt pas une
merveille. Le mouvement
ر پ
GALANT : Jot
qu'il fe donne excite , & fermente
le venin qu'il a com
muniqué, & le Tarentolé danferoit
à Siam comme à Tarente.
Mais qui peut avoit remar."
qué cette fympathie ? Quelqu'un
a t il confervé dans une
boëte la Tarentole qui l'a
piqué , pour fçavoir que lors
qu'elle danfe , il faut qu'il
danfe auffi , & qu'il ne danfe
jamais que lors qu'elle danfe?
Il n'y a rien de certain , c'eft
une vifion qui groffit les ob.
jets , & qui trouve tout extraordinaire
; mais quand il yauroit
de la fympathie , l'éloi-
Iiij
102 MERCURE
gnement des lieux ne la rend
point plus admirable. Aprés
avoir bien examiné tous les
fymptomes
de Dominique
,
les laifons , les lieux , & cent
autres circonftances
que je ne
rapporte point icy , il n'y a pas
d'apparence que cela arrive
de la forte. La Tarentole
danfe , fon venin excite à la
danfe , cela eft certain ? Pour
le refte , fauffe conjecture
,
propre à exercer les Orateurs
& les nouveaux Philofophes
. Soit donc qu'on
regarde la danfe comme le
ǝmede , ou comme l'effet du
"
GALANT 103
venin de la Tarentole , c'eft
toujouts une merveille qui la
erend celebre parmy les anine
e , maux venimeux ; car cette jufteffe
de cadence qu'elle don.
ne à ceux qui en font piquez ,
S & qu'ils obfervent fi exactee
ment en quelque danfe que
ce foit , & de quelque Inftrua
ment qu'on jouë , en forte
qu'ils ne s'y trompent jamais ,
non plus que le meilleur dan.
feur du monde : difpofition
néanmoins qui ne dure que
pendant leurs accés , & qu'ils
perdent auffi toft qu'il eft paffé
, jufqu'à oublier le branle
I
iiij
104 MERCURE
même de la Tarentole qu'ils
affectent davantage , & dont
ils ont une habitude de quin,
ze ou vingt années ; tout cela ,
dis je , eft bien digne d'admi
ration , mais eft ce qu'un fi
habile Maiftre de danſe , qui
fans art , fans étude , fans inclination
, fait danſer toutes
fortes de danſes avec tant de
grace
& de jufteffe , n'a jamais
fait un écolier , & qu'il ne luy
demeure rien de tant de leçons
qu'il luy a données ?
Tout ce que je puis dire làdeffus
, eft que Dominique a
fans doute autrefois appris à
GALANT. JOS
danfer , ou que la Tarentole
luy a laiffé dans les jambes &
dans fon attitude ordinaire ,
un air & une diſpoſition à la
danſe que les meilleurs Maiftres
n'ont pas. Heureux les
Tarentolez , fi en perdant le
talent pour la danſe aprés leurs
accés , ils recouvroient la fanté;
mais aprés avoir fouvent
danfé toute leur vie , ils meurent
encore de ce mal , ou la
Tarentole qui l'a caufé , dont
il attendoit la mort pour avoir
fa guerifon ; car c'est encore
icy une des merveilles , out
plûtoft une des erreurs où l'on
106 MERCURE
eft à l'égard de cet Infecte ,
que l'on ne guerit de fa pi.fi
queure que par La mort. C'eſt
l'opinion de Dominique , qui
attend depuis quinze ans que
fa Tarentole foit morte pour
eftre gueri , s'il n'eft point
mort luy même , comme le
bruit en a couru .
Cette erreur populaire qui
eſt commune dans la Poüille ,
& à tous les Auteurs qui ont
écrit de la Tarentole ,n'a pourtant
aucun fondement ; car
s'il eft vray qu'on a vû des
perſonnes danſer trente ou
quarante années durant , eft .
GALANT
107
CL
e
ב
la
il poffible que cet Infecte vive
fi longtemps : Et s'il eft de la
nature des autres Infectes , qui
meurent & qui renaiffent tous
les ans , on gueriroit bien toft
de cette maladie . On ne peut
répondre à ces deux objections
; car de fuppofer que
Tarentole ne meurt point
comme les autres Infectes ,
tous les ans , & qu'elle vit
plufieurs années , c'eft dont il
faut avoir une preuve qu'on
ne trouvera point chez tous
les Naturaliſtes , afin d'établir
cette opinion ; au lieu que
pour la détruire on a de tres108
MERCURE
fortes conjectures. Ainfi je ne
croy point que le Tarentolé
gueriffe fi toft que la Tarentole
vient à mourir , & que fi
on la tue dans le moment de
la piqueure , il n'en tombe
qu'une feule fois. Mais ne fuf.
fir il pas qu'il ait un feul accés ,
& qu'il danfe une feule fois
aprés qu'on l'a tuée , pour af
furer qu'on ne guerit pas aprés
la mort de cet Infecte. N'y
auroit il pas autant de raiſon
de dire qu'en le tuant fur le
champ , celuy qu'il a piqué
n'en reffent aucun effet. Pourquoy
fon venin ne perdra t il
GALANT: 109
D
pas fa force dans le même
moment
, & avant que de
s'eftre
fermenté
, auffi- bien
qu'aprés
plufieurs
accés , &
une plus longue
fermentation
qui a corrompu
le fang & les
humeurs
: Tous ces Auteurs
,
qui n'ont fongé qu'à faire des
Déclamations
fur la Tarentole
, n'ont pas
examiné
la cho .
fe , & fe font laiffé prévenir
de tout le merveilleux
que le
vulgaire
leur en a pû dire. Le
Proverbe
, Morte
eft la beste,
mors eft le venin , n'a point icy
de lieu ; car on a beau tuer la
Tarentole
fur le champ
, le
110 MERCURE
malade n'en guerit pas plûtoft
pour cela , il faut que fon ve
nin opere dans toute fon éten
due , & felon le temperament
& la complexion du malade . Il
en eft comme de la rage, dont
on ne guerit point pour tuer
le chien qui a mordu.
Je fçay bien qu'on peut
expliquer cette hypotheſe par
l'émanation des corpufcules ,
&par la vertu de la ſympathie
qui eft entre la Tarentole &
celuy qu'elle a piqué ; en forte
que cette communcation venant
à ceffer par la mort de cet
Inſecte , ſon venin n'agit plus ,
GALANT. HE
!
& la perfonne eft guerie ; mais
je fuis perfuadé que les gens
fages & judicieux s'en tiendront
aux preuves de fait , &
préfereront mon fentiment à
tous les raifonnemens creux
de la Philofophie corpufcu
laire & fympatique. Cependant
ces pauvres Tarentins
abuſez de cette créance , vont
à la chaffe aux Tarentoles , &
en tuent autant qu'ils en peuvent
attraper ; dans l'efperance
que celles qui les ont piquez
, ou leurs Amis , feront
du nombre , & qu'ils gueri
ront tous ; mais ils ſe flatent .
112 MERCURE
en vain , & n'entendent pas le
veritable fens du Proverbe ,
qui veut dire feulement que le
poifon de la befte morte eft
mort auffi , parce qu'elle n'agit
plus, & qu'il n'a d'effet que
dans fon action ; mais lors
que fa piqueure a une fois
operé , il agit indépendamment
d'elle , & ne perd rien
de fa vertu par fa mort. On
pretend que deflechée & priſe
en poudre , elle caule les mê,
mes fymptomes que fi on en
eftoit piqué , & qu'elle opere
bien plus promptement , puis
qu'elle fait fauter & danfer fur
GALANT. 113
le champ ceux aufquels on en
donne. Les curieux de fecrets
divertiffans s'en fervent pour
cela. Cet Infecte fuffoqué &
dégorgé dans quelque liqueur,
a auffi les mémes effets , & agit
d'une maniere plus violente
qu'en poudre ; mais il eft cer
1 tain que toute la force de fon
I venin confifte dans fon aiguillon
, & qu'il eft moins dangereux
mort que vivant. Pomponace
, celebre Medecin de
Mantouë , en parlant de la
Tarentole , propofe la queftion
, & demande fi le mal
ceffe lors qu'elle meurt de
Septembre 1699.
K
114 MERCURE
mort naturelle , ou par acci
dent. Il avouë de bonne foy
qu'il eft difficile d'en rappor
ter la cauſe , & que c'est une
merveille dans la nature dont
il doute, parce qu'il n'en arien
trouvé dans les bons Auteurs,
& que
c'eſt une opinion particuliere
des peuples de la
Poüille. Il ajoûte neanmoins
c'eft un
qu'on
peut dire que
effet de la vertu de la Taren .
tole , qui regle ainſi la durée
de fon venin , par la même
conftellation qui abrege ou
qui prolonge fa vie; mais n'eftce
pas alambiquer fa raiſon
GALANT.
fur un principe faux ? Pourquoy
ne pas s'affurer du fait
I avant que d'en raifonner ?
- Etrange effet de l'illufion des
faux Sçavans , qui cherchent
O par tout le merveilleux pour
dire des chofes extraordinai .
res . Tel eft cet Auteur , qui
s'embaraffe encore de cette
- diftinction frivole , fçavoir la
difference qu'il y a quand la
Tarentole meurt proprio fato ,
vel alieno . En effet , für quoy
fonder cette diftinction ? On
peut bien avoir obfervé fi la
mort de cet Infecte guetit ou
ne guerit pas de fon venin ,
Kij
116 MERCURE
parce que mille gens l'ont
tuée fur champ , mais c'eft
auffi la feule experience qu'on
a pû faire , car fi dans ce moment
que la Tarentole eft
morte fato alieno, on ne reffent
point d'effet extraordinaire &
fympathique de cette mort
violente , par quel preffentiment
peut on fçavoir fa mort
naturelle , & comment en remarquer
la difference ? C'efto
une chofe impoffible , mais
on ne s'en mettroit guere en
peine , fi la propofition eftoits
veritable
, que le malade eft
gueri par la mort de la Tarento
GALANT .
117
tole. Pourvû qu'elle meure ,
il n'importe de quel genre ,
vel proprio fato , vel alieno ; car
je ne croy pas que quand un
autre la tuë , ou qu'on la tuë
foy- même , les accés en foient
plus forts , & qu'on expie ce
Tarentolicide jufqu'au periode
fatal de fa fin naturellle ,
comme Pomponace la veut
infinuër par la conftellation
qui préfide à la deſtinée de
cet Infecte ; ou que quand ce
période eft accompli , & que
la Tarentole meurt naturellement
, on gueriffe tout d'un
coup , plus doucement & >
118 MERCURE
d'une maniere imperceptible.
Tradition imaginaire des Tarentins
, & des Auteurs credules
, vaine fuppofition , queftion
chimerique des nou .
veaux Philofophes , comme
tant d'autres qu'on agite dans
l'Ecole , & fur lesquelles on
dit tant de pauvretcz .
Je finis donc ce Difcours
de la Tarentole
, pour ne pas.
tomber moy même dans le
defaut que je reproche aux
autres , en entrant dans un
plus long détail , ou plûtoſt
pour ne pas groflir davantage
le nombre de mes béveuës ,
GALANT. 119
& de mes erreurs ; car je fens
bien qu'on ne peut pas traiter
une matiere comme celle cy,
fans que l'imagination s'égare
quelquefois , & fans que le
bons fens faffe de faux écarts.
Puis que l'avanture en Vers
de la Melalliance avantageuſe,
employée dans ma Lettre du
mois paffé , a efté de vostre
gouft , j'ay fujet de croire que
vous ne ferez pas moins con.
tente de celle cy. Elle eft du
même Auteur.
120 MERCURE
"
LE REVEIL
MAL APPRESTE'.
E
AVANTURE.
Nun Hoftel garny du Fauxbourg
Saint- Germain ,
Certaine Dame à petit train ,
Se faifoit appeller Marquife de la
Rofte.
Elle avoit un Caroffe au mois
Qu'elle payoit comme fon Hoftes
Cela veut dire en bon François,
Qu'elle payoit fort mal , Le Loucur
de Voiture
Prévoyant fâcheufe avanture .
Ne vouloit plus préter , l'Hofte pareillement.
La
GALANT. 121
La Dame promettoit toujours contentement
y
Du retour du Marquis elle amuſoit
fes duppes ,
6
Tandis qu'elle vendoit nippes , manteaux
& juppes ,
Pour fournir aux preffans befoins .
Le Marquis fuppofé n'eftoit qu'une
chimere ,
La Marquife eftoit prefte à tomber
en mifere ,
Elle ne fçavoit plus à quoy donner
fes foins ,
La marmite eſtoit renverſée .
Enfin des vifs chagrins dont elle
eftoit preffée
Rien ne fembloit pouvoir là ga
rantir.
Lors qu'un jour allant par la Ville,
A pied , s'entend ,
vertir ,
Septembre 1699.
non pour
L
ſe di122
MERCURE
$
Maispour chercher quelque moyen
utile
A fetirer de tous les embarras.
Ainu marchant à petits pas ,
Eile fit vers le feir rencontre d'un
seyjoy jeune homme ,
A peu prés fait en Gentilhomme,
Il s'avançoit au bord de l'eau.
Affez proche eftoit un bateau.
La Dame y paffa la premiere ,
L'Inconnu la fuivic ; traverlane la
Riviere
1 L'un à l'autre fit les doux yeux.
Ils fe dirent quelques paroles ,
Et jouërent fi bien leurs rôles,
Qu'au gré de deux Amans rien na
fe pouvoit mieux .
En débarquant l'Inconnu prit la
Dame
,
Ou par le bras , ou par la main , y
Les volà tous deux en chemin ,
GALANT $ 23
Ecuyer , le coeur tout en flâme,
Ne parle que d'aimer , ne promet
que plaifirs.
La Dame fans façon répond à ſes
defirs ,
Chez l'Hofte mal content ils arrivent
enfemble .
Le Galant dans la chambre eſt d'abord
introduit ,
Il est trop heureux.ce luy femble,
De ce qu'on luy permet de paffer la
la nuit ;
La Marquife tenant fa proye ,
Chez fon Hofte auffi- toft va publiant
fa joye.
Enfin , mon Hofte , enfin , luy ditelle
en riant ,
Mon Epoux eft venu ,nous payerons
nos detres.
Vifte pour fon fouper quelque morceau
friand ,
Lij
124 MERCURE
Et jufques à demain , toutes chofes
fecretes.
Il ne veut point paroiftte aux yeux
de nos Amis ,
Qu'il n'ait icy fon Equipage ,
Et repris fes plus beaux habits,
Nous aurons dans deux jours fes
Laquais & fon Page.
L'Hofte plein de refpect répond
honneftement,
Aprefte à fouper promptement,
Joint deux Poulardes à l'éclanche,
Bon deffert & bon vin , bon feu , rien
d'épargné .
Le repas eft fuivi d'une Toilette
blanche ,
Et l'Hofte fans plaider croit fon procés
gagné .
Cafcaret aide Simonnette ;
De draps blancs te lit eft couvert.
Noftre Inconnu d'une ferviette
GALANT. 125
Fait un bonnet en homme expert..
Le Domestique fe retire ,
L'Hofte de fon cofté ne fonge plus
qu'à rire.
Le lendemain à peine a- t-il ouvert
les yeux ,
Qu'il allume le feu , fait bouillir la
marmite,
En peu de temps la chair eft cuite.
Ildreffe deux bouillons , & les porte
tous deux
A la chambre de la Marquiſe.
Il ne la trouve plus. Pour luy quelle
furprife !
La Toilette eft pliée, & le coffre eft
vuidé .
L'Inconnu dort encor l'Hofte
troublé l'éveille ,
Et par l'ardeur du procedé,
Liij
126 MERCURE
Luy met bien pis que la puce à l'oreille
,
Lejette dans la crainte , & le rém-
"plit d'effroy.
Un Commiffaire vient qui parle au
nom du Roy, since 20
Pour éviter l'affront l'homme duppé
compoſe,
On dit qu'il faut payer , il convient
de la chofe ;
It compte des Louis , l'Hofte pa
roift content.
Il n'eft for à Paris qui n'en mérite
autant.
Vous avez lû fans doute ,
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
Le nom de Vertron me
fait fouvenir d'une Lettre que
vous ferez bien aife de voir.
Il l'a écrite à l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , fur la
mort de fon Perroquet .
MADEMOISELLE
En lifant le Mercure jap
prens la trifte nouvelle de la
mort de voſtre inimitable Perroquet.
En verité je prens tou
te la part qu'un Ami doit
prendre à la perte d'un oiſeau
ཡནམའོི་་ི་
GALNIM 139
de fon illuftre Amie , qui en
faifoit le plus doux de fes
plaifirs.
Confolez vous du Perroquet,
Recevez en un en peinture;
OV
Celay cyn'a point de caquet,
Mais ilplaira par fa figure.
Je ne doute point que les
Mufes Françoiles , & les Italiennes,
parmy lefquelles vous
brillez , ne vous témoignent
leur fenfibilité pour ce qui
vous touche ; & certes ,
Mademoiselle
, fi Pithagore , ce
Philofophe fameux , Auteur de
la Metempficofe , revenoit
dans le nouveau Siecle , il ai
Mij
146 MERCURE
meroit mieux que fon ame
paffaft dans le corps de votre
Perroquet , pour le ranimer ,
& pour vous réjouir , que dans
celuy d'un cheval qu'il prétend
avoir efté. Mais fans nous ar
refter icy à combattre fon
opinion de la
tranfmigration
drs Ames , il faut avouër , Mademoiſelle
, que voſtre Perroquet
eftoit un joly animal.
Pardonnez à ce mor échapé,
& excufez moy , fi je parle
ainfi d'une petite befte qui
avoit tant d'efprits , int
Je le dis en une parole ,
*3)Qui n'en auroit à voſtre écoles
GALANT. 140
Que Perfe ceffe de nous
vanter dans le Prologue de
fes Satires un certain Perroquet,
qui avoit appris à don
ner tous les matins le bon jour
à fon Maistre. Levoftre quien
faifoit de même , en pronon
çant fi diftinctement le beau
noni de fa chere Maiftreffe ,
SAPHO , aura des Epitaphes
& des Eloges Funebres , comme
en a eu celuy de Madame
de Foix , lequel , fi j'ay bonne
memoire , mourut le 6. Février
1682. Toutes les perfonnes
qui ont l'avantage d'avoir
avec yous un commerce de
14ª MERCURE
Vers , ne manqueront Pas d'en
faire. Je juge que vostre agréa
ble Fauvette ſe confolera aifément
de n'avoir plus un fi
dangereux Rival , qui partageoit
vos momens de loifir &
voftre coeur.
Les Oiseaux , foit dans l'air , ou
no bien dans une cage ,
N'aiment , non plus que nous , un
femblable partage.
939523
Le Sonnet de M ' l'Abbé
de Poiffy , fur le fujet de voſtre
perte , eftoit digne de voftre
réponſe , rien n'eft plus fpirituel
de part & d'autre,
GALANT. 143
Votre Oifeaufurpaffoul'Aigle de
Jupiter ;
Pour vous feule Apollon fe fair
Pharmacopole.
En langage divinje ne fuis qu'un
Frater ,
Mais Poißy pour les Vers eft un
Xantre
Nicole .
Je ne sçaurois achever ce Sonnet
fur de vieilles rimes , que
ce galant Abbé vient de rem .
plir de nouvelles penfêes avec
tant de fuccés .
Pour l'efprit, pour le coeur point de
captivité:
En Vers comme en amourje veux
ma liberté,
144 MERCURE
Cependant pour vous plaire ,
Mademoiſelle, j'ay tâché d'ac.
corder dans cet Impromptu la
Rime avec la Raiſon ; jugezen
, je vous prie , fouveraine
ment , vous qui fçûtes toujours
fi bien unir l'une & l'autre
dans vos Ouvrages.
Enfin il n'eft donc plus celuy , dont
le
ramage , [ nuit.
Sapho, vous charmoit jour ,
Faloufe de cet avantage,
La fiere Parque l'a détruit .
Que ne puis je avec vous parta .
ger l'heritage!
Vous garderiez fa plume , &
j'auroisfon langage ;
Le
GALANT 45
Le vostre fçait charmer le plus
grand des Humains ;
Sans eftre tout parfait rien ne fort
de vos mains.
Si vous me faites l'honneur de
répondre à ma Lettre , je demeure
dans l'lfle des Perro
quets , proche Meſdemoiſelles
de Tronchot .
Celuy de ces aimables Soeurs
Parfa voix charme les oreilles,
Ses Maiftreffes, ces deux Merveilles
,
Par leurs appas charment les
voeurs.
Soyez perfuadée , Mademoitelle
, que dans le ferieux ,
Septembre 1699.
N
146 MERCURE
comme dans la bagatelle , je
ne manqueray jamais de vous
marquer ou ma doulenr , ou
ma joye , prenant intereſt à
tout ce qui vous regarde , en
qualité de voſtre , &c.
$
M l'Evêque de Limoges
ayant fait de grandes charitez
dans fon Dioceſe , tant
qu'a duré la cherté du bled ,
le Roy pour luy donner lieu
de les continuer , l'a pourvu
de l'Abbaye de Montebourg,
& Sa Majesté en repandant fes
graces fur ce Prelat , a récom.
penié la veritable pieté , & fait
GALANT. 147
connoiftre en même temps
#combien elle eft fenfible à
tout ce qui regarde les Pauvres.
1CM l'Abbé de Valebelle de
Tourves , Grand Vicaire de
M' l'Evêque de Saint Omer ,
Neveu de ce Prelat , & Frere
de M ' de Valebelle , Chef
d'Eſcadre , a efté pourvû pag
le Roy de la Charge d'Aumô.
nier de Sa Majesté , vacante
par la démiffion de M ' l'Abbé
Fleury , nommé à l'Evêché de
Fréjus.
Je vous parlay le mois paſſé
du Carrouzel qui s'eft fait à
Nij
148. MERCURE
1Academie de Meffieurs de
Rochefort , de Vandeüil &
d'Avricourt, mais l'article que
je vous en ay envoyé n'eftant
pas affez étendu , j'ay cru vous
en devoir entretenir une feconde
fois. Voicy les noms
de leurs Eleves qui fe font
diftinguez dans cette Fefte.
M' le Marquis de Charoft, Fils
aîné du Duc de ce nom.
M' le Marquis d'Ancenis , fon
Frere.
Milord Melford .
Meffieurs ,
Le Baron de Wradiflaus.
Le Chevalier de Wradiflaus ;
fon Frere.
GALANT. 149
Le Comte de Jordan , Fils de
M'l'Envoyé de Pologne. "
Le Duc d'Eftrées .
De Sainte Julie.
Le Comte de Staremberg.
Le Marquis d'Alegre.
Le Comte de Lamberg , Fils
de l'Ambaffadeur de l'Empereur
en Pologne .
Le Chevalier de Vandeüil, Fils
d'un des Ecuyers.
D'Avricourt , Neveu d'un des
Ecuyers.
Ils parurent tous animez d'une
noble émulation , & la firent
éclater dans les courfes de
Bagues & de Teftes . On com
Niij
150 MERCURE
mença par celle de la Bague ;
qui
fut couruë par M ' de Cha.
roft , Milord Melford , & Mrs
le Comte de Jordan , le Baron
de Wradiflaus , le Duc d'E
ftrées , de Sainte Julie , & le
Comte de Staremberg . M'le
Duc d'Eftrées auroit partagé
l'honneur de cette courſe , fi
fon chapeau ne fuft point
tombé dans la carriere. Vous
fçavez que ce malheur , qui
n'ofte rien de l'adreffe du Cavalier
, rend la courfe nulle.
Milord Melford , & M' le
Marquis d'Ancenis en difputerent
fi longtemps le Prix ,
GALANT: 151
T
qu'on fut obligé de remettre
la courfe au lendemain , à cau .
fe de la laffitude des chevaux,
dont il n'eft pas permis de
Echanger. Le dernier le remporta
le lendemain , aprés l'avoir
encore diſputé deux fois. La
courſe de Bague eſtant achevée
, tous les Gentilshommes
monterent à cheval , & firent
une marche autour du мanege
découvert , qui eft bordé
de chaque cofté de trois rangs
d'arbres. Un Timballier, quatre
Trompettes & quatre
Hautbois la commencerent.
Mrs de Vandeüil & d'Avri ,
N iiij
952 MERCURE
court eftoient à la tefte de
leurs Eleves , qui gardoient
chacun leur rang . Les crins
de tous les chevaux eftoient
ornez de rubans de differentes
couleurs , meflez d'or & d'argent.
Ils paffer nt en cet ordre
devant les Dames , qu'ils fa
luérent de fort bonne grace
en entrant dans le manege
découvert. M de Vandeüil
commença parune galopade,
dont les airs fatisfirent les
Connoiffeurs. M ' d'Avricourt
parut enfuite, Tous les Spectateurs
fe récrierent fur fa
fermeté & fur la bonne grace ,
GALANT!
157 .
い
auffi bien que fur la jufteffe
de fon cheval , qu'il ne faifoit
manier qu'avec un fimple ru
ban paffé dans la bouche. Il
eft aifé de juger que les Gen
tilshommes qui
apprennent
d'auffi bons Maiftres , ne peuvent
manquer de fe perfectionner.
En effet , ils repondirent
tous à l'attente des
perfonnes de diftinction qui
fe trouverent à cette Feſte.
Les galopades , les changemens
de main , les caprioles ;
& les arrêts à courbette qu'ils
firent faire à leurs chevaux ,
fe trouverent dans toute la
154 MERCURE
jufteffe qu'on pouvoit fouhai
ter. Il n'y eut pas même juſ
qu'aux deux Sauteurs, que l'on
monta par le droit en liberté,
qui garderent les temps . L'un
fut monté par M' le Baron de
Wradiflaus , & l'autre par Mr
d'Avricourt
le jeune. Ce мanege
eſtant achevé . Mrs de
Charoft , Milord Melford ,
Mile Baron de Wradiflaus , &
M' de Sainte Julie coururent
les Teftes. Mi le Marquis de
Charoft y fit voir une adreffe
furprenante , de douze Teftes
il n'en manqua pas une. Madame
la Ducheffe de Charoft,
GALANT
155
fa mere , luy en donna le Prix,
jqui eftoit une tres belle épée .
Il fembloit que l'on ne pouvoit
plus rien demander à des
Gentilshommes qui avoient
fait paroiftre tant d'habileté ;
cependant on fut furpris lors
qu'on les vit manier fur d'autres
chevaux dans une figure
de neufqu'ils formerent ; trois
fe placerent au milieu , deux
dans les coftez du milieu , &
les quatre autres dans les
coins. Ils commencerent au
pas leur manege , pendant que
M'le Comte de Jordan , M' le
Marquis d'Aleigre , & le jeune
156 MERCURE
M'd'Avricour , faifoient fau
ter leurs chevaux entre les piliers
, & enfuite Mrs de Vandeüil
& d'Avricour firent partir
les neuf en même temps ;
fçavoir les trois du milieu fur
les voltes , & les fix autres fur les
demi- voltes , avec tant d'ar
deur , & fi peu de confuſion ,
que tout le monde s'en retourna
tres-fatisfait de la capacité
des Ecuyers , & de l'adreffe
des Gentilshommes .
Les paroles fuivantes ont
efté miſes en Air par un treshabile
Maiſtre.
f
11 .
Meme
THELUS
BIBLIO
LYON
1833
DE
211
#
Quand verray de ce queje : 0
Ө
2
Э
доих momens отот,ke mo
*
mens O momens pretieu.
656
1699
W
"
GALANT: 157
AIR NOUVEAU.
2 Vand verray je ce que j'a- .
dore
Eclairer ces aimables lieux.
O doux
momens ,
cieux ,
momens pré-
Nereviendrez vous point en-.
core !
La Lettre Paftorale de M
l'Archevêque de Rouën , adreffée
au Clergé de fon Dio
cefe , eft dans un applaudiffement
fi general , que ceux
même qui ne font pas enco
1,8 MERCURE
bien perfuadez des veritez de
noftre Religion , ne peuvent
s'empêcher de l'admirer . Ce
Prelat dit d'abord , que rien
n'eft plus digne de fon miniftere
, que de travailler avec
zele à inftruire , & à affermir
dans la veritable Foy ceux
que Dieu a tirez du Schifme,
pour les réunir à l'Eglife , que
plufieurs d'entre eux pleinement
détrompez de leurs erreurs
, n'ont d'autre regret que
d'avoir connu fitard la verité,
& qu'ils édifient autant les
Fidelles par leur ferveur , qu'-
ils confolent les Paſteurs par
GALANT 159
Π
leur foumiffion ; mais qu'il en
refte encore , qui faute d'in-
- ftruction & de docilité , demeurent
attachez à leurs anciennes
préventions ; que
quelques-uns par un faux hon
neur , ou par des veuës d'intereft
, n'ofent faire le devoir
de Catholiques , & que d'autres
paroiffent dans le doute
de leur erreur , fans chercher
à fe perfuader de la verité , &
que cet eftat est d'autant plus
dangereux , qu'il vient d'une
grande indifference pour le
falut , & qu'il conduit à l'irres
ligion ; que ces maux ont efté
160 MERCURE
tres difficiles à guerir , pen
dant que les Miniftres fortis
du Royaume ont pû par leurs
Libelles & leurs Emiflaires entretenir
les nouveaux Convertis
dans de fauffes efperances
d'un rétabliffement d'exercice
de leur Religion , & qu'ils ont
tout mis en ufage pour les détourner
d'entendre les Inftructions
des Evêques ; qu'en fin la
Paix que Dieu a rendue à l'Europe
,a dû les defabufer de tous
les vains projets dont des fedu-
Aeurs , également témeraires
& feditieux , les avoient flatez ,
& que le Roy par fa Declara
GALANT. 161
tion du 18. de Decembre 1698 .
a fait connoiftre qu'il avoit
toujours le même zele pour le
falut des nouveaux Réunis, &la
même fermeté pour ne point
fouffrir d'Affemblées fchifmatiques
; qu'ils devoient eftre
convaincus qus fous un Roy
Equimet toute fa gloire à maintenir
la Religion dans toute
fa pureté , il n'y a de graces à
efperer que pour ceux qui vivent
en bons Catholiques , &
qu'un Prince fi religieux ne
met au nombre de fes Sujets
fideles ,que ceux qui le font en
versDieu; que dans cette fitua-
Septembre 1699.
O
162 MERCURE
tion il croyoit eftre obligé de d
preffer inftamment les nouveaux
Réunis , que des motifs !
humains ont retenus jufqu'à
prefent , de ne ſuivre deformais
que les mouvemens de
leur confcience , & de ne fe
laiffer toucher que du feulintereft
de leur falut , qu'il vouloit
aufli faire de nouveaux
efforts pour achever de déterminer
les autres qui demeurent
depuis plufieurs années
dans un eftat de doute & d'incertitude
, & de redoubler fes
foins pour engager les plus
prévenus à entrer dans une
GALANT. 163
邐
difcution férieufe de toutes les
opinions qu'ils n'ont fuivies
que parce qu'ils ne les ont jamais
examinées ; que comme
la Priere & le miniftere de la
Parole font les fonctions que
les Apoftres s'eſtoient refer .
Avées pour travailler à l'etabliffement
de la Religion ; fe font
auffi les moyens les plus effic
caces qu'il doit employer pour
éclairer les nouveaux Réünis ;
que c'eft ce qui luy a fait juger
neceffaire d'établir dans fon
Diofece des inftructions reglées
par rapport à eux & qu'a.
fin qu'elles foient exactes &
O ij
164 MERCURE
uniformes ; il a cru devoir
commencer par leur propofer
dans fa Lettre Paftorale les
yües qui luy paroiffent les
plus propres pour éclaircir les
Controverfes ; que tout ce qu'il
a à leur dire fur cette impor
tante matiere , fe réduit à deux
points ; que le premier eft
l'examen des préjugez que
l'on forme de part & d'autre.
fur l'exterieur de la Religion ,
qui font communément ce
qui fait le plus d'impreffion.
fur l'efprit des Peuples ; que
cet examen fera voir aux nou .
veaux Réunis que leurs préju
GALANT. 165
gez contre l'Egliſe ſont auffi
injuftes & peu importans que
les noftres contre le Calvinif
me font legers & decififs ; que
le fecond point regarde la
methode que fon Clergé doit
fuivre avec les perfonnes les
plus inftruites pour établir le
Dogme de l'Eglife & pour
combattre
les erreurs qui y
font oppofées ; qu'il fçait que
plufieurs perfonnes de fon
Clergé qui ont fort étudié la
Doctrine de l'Eglife & l'état
des Controverfes avec les Heretiques
, n'auront pas befoin
des avis renfermez dans cette
166 MERCURE
•
inſtruction , mais que fon Miniftere
le rend redevable à
tous , & qu'il aime mieux dire
des chofes inutiles pour les
Ecclefiaftiques habiles que.
d'en obmettre de neceffaires
pour ceux qui font moins
inftruits.
Mademoiſelle d'Aumale
Fille de S. A. S. Monfieur le
Duc du Maine , eftant morte
le 24. du mois paffé , ce Prince
& la Princeffe fon Epoufe en
ont efté vivement touchez.
On ne doit pas s'en étonner ,
fçachant l'attachement qu'ils
GATANT. 167
ont pour leur Famille , & la
grande union qui eft entr'eux .
Elle fert d'exemple à toute la
Cour , ou pour mieux dire à
toute la France . Le Roy , la
Reine d'Angleterre , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& tous les Princes & Princeffes
de la Maiſon Royale , ont
eſté leur rendre vifite pour
leur marquer la part qu'elles
prennent à leur douleur .
M Chevillard , Hiftorio .
graphe de France , vient de
mettre au jour les deux dernieres
Cartes des Chevaliers
168 MERCURE
A
1
•
& Commandeurs du Saint
Efprit , qui font celles du re
gne du Roy. Il en a donné cydevant
au Public trois des
Rois Henry III. Henry IV.
& Louis XIII. ainfi il vient
de donner la fuite de tous ces
Chevaliers , depuis l'Inftitution
de cet Ordre en 1578.
jufqu'à preſent. Il a eu l'honneur
de prefenter au Roy ces
deux dernieres Cartes , comme
il avoit déjà fait les trois
autres des regnes precedens ;
& comme le livre dont je vous
ay parlé dans ma Lettre du
mois de Janvier dernier , qu'il
avoit
GALANT: 169
avoit eu l'honneur de prefenter
au Roy n'eftoit qu'un
échantillon de celuy qu'il
vient de faire . Il a en même
temps preſenté ce dernier à
Sa Majesté relié & blafonné
fort proprement. Ce Prince
a eu la bonté de recevoir ces
Cartes & ce Livre avec tout
l'agrément & toute la fatis
faction que le fieur Chevillard
en pouvoit efperer , & l'a
gratifié d'une fomme de quinze
cens livres pour marquer -
l'eftime qu'il faifoit de fon ouvrage
& de fa perſonne. Il à
en même temps preſenté à
Septembre 1699. P
170 MERCURE
Monfeigneur le Dauphin une
Carte de tous Meffeigneurs
les Dauphins & de Meldames
les Dauphines , depuis la ceffion
du Dauphiné faite par
Humbert dernier Dauphin de
Viennois , aux premiers Fils
de France . Il donnera inceffamment
une Carte de tous
les Grands Maiftres de France.
Il a auffi ajoûté à la Carte
des Chanceliers , les armes de
M' de Pontchartrain , que le
Roy vient d'honorer de cette
grande Charge. Cet Auteur
demeure toûjours dans la ruë
neuve nôtre- Dame.
GALANT: 17
Je vous envoye un Madrigal
que M Perachon a fait
pour l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , qui eft âgée de
quatre-vingt quatorze ans , &
lit fans lunettes ce qu'on luy
dir par écrit , cftant dure
-d'oüie.
8001 SL
14 divine Sapho , par une longue
vie
Qui dure prés d'un fiecle entier,
Fait voir quefon merite au deffús
de l'envie
S'eft atriré du Ciel un amour fingulier.
f
Son corps auffi bien quefon ame,
Pij
172 MERCURE
A des yeux clairvoyans pleins
d'une vive flame
Dont les rayons font toûjours pe
netrans.
Elle n'a pas besoin de ces yeuse
qu'on achete.
Pour les traits les plus fins fa vûë
eft toûjours prefte.
Et fes yeux font fes truchemens :
Dans cet objet plein de merveila
les
Les yeux font en effet l'office des
oreilles ,
Lors que nous confultonsfes oracles
charmans..
Cet honneur de fon Sexe approchant
de vingt luftres
GALANT. 173
Triomphe en deux façons de cent
Auteurs illuftres.
Et l'on diroit qu'en
augmentant
fes ans ,
Avantque d'honorer le Temple de
Memoire ,
Son corps afon esprit veut dispu
ter la gloire
De triompher des âges des
temps .
L
Mr Bion , Ingenieur pour
les Inftrumens de Mathe
matique , vient de mettre un
Livre au jour , intitulé , L'ufage
des Globes celefte & terre.
fire , & des Spheres , fuivant les
Piij
174 MERCURE
differens fyftêmes du monde , prêsedé
d'un traité de Cofmog raphie,
où eft expliqué avec ordre tout ce
qu'il y a de plus curieux dans la
defcription de l'Univers , fuivant
les Memoires & Obfervations des
plus habiles Aftronomes & Geographes.
Ce Volume , qui eft
in 12. fe vend chez l'Auteur ,
für le Quay de l'Horloge du
Palais , au Soleil d'or , & chez
Laurent d'Houry , ruë Saint
Jacques , au Saint Efprit , &
chez Jean Boudot , Libraire
de l'Academie Royale des
Sciences , ruë S. Jacques , au
Soleil d'or.
GALANT. 175
Cet Ouvrage contient une
ample defcription de tout ce
qu'il y a de plus curieux & de
plus utile à fçavoir , au fujec
de l'ordre , de la difpofition ,
de la figure , de l'étenduë , des
mouvemens , & de toutes les
autres proprietez , des principales
parties de l'Univers felon
les Obfervations & les conje
Єtures des plus fçavans Philofophes
& Aftronomes de
ee Siecle. L'Auteur y a joine
quantité de Planches bien
gravées , qu'il a jugées neceffaires
pour l'intelligence de
cet Ouvrage, il eft divifé en
Piiij
176 MERCURE
trois parties , dont la premiere
contient l'explication de tour
ce qui appartient à la connoiffance
des Corps celeftes , le
Syftême de Copernic , qui au
jugement des Sçavans , eft le
plus beau & le mieux imaginé
de tous les Syftêmes , y eft
plus nettement & plus ample .
ment expliqué , que dans tous
les Ouvrages qui ont paru
jufqu'à preſent fur ce fujet en
noftre Langue. On a fini cette
premiere partie par un petit
Difcours du flux & reflux de la
Mer , & un autre des Metheores
, lefquels , quoy que forc
GALANT 177
courts , ne laiffent pas de donner
une idée claire des caules
naturelles de ces Phenomenes ,
que nous devons , ce femble,
tâcher de mieux connoiftte
que les autres , parce qu'ils
fe font proche la partie de
I'Univers que nous habitons .
La feconde contient en peu
de pages ce qu'il y a de plus
neceffaire à fçavoir en la defcription
de la furface de la
terre , fon étendue , fa mefure,
fes мers, fes Rivieres , fes Montagnes
, & fes Villes . Enfin la
troifiéme partie renferme plus
de cent Ulages des plus utiles
178 MERCURE
& des plus curieux que l'on
puiffe pratiquer , avec la Sphe
re & les Globes celeftes & rerreftres
; comme auffi la defcription
de la Sphere de Copernic.
On a fini ce traité par les
principaux problêmes neceffaires
à l'intelligence du Calendrier
.
Le tout y eft traité avec un
ordre qui fait plaifir aux Le-
Eteurs ; & en même temps
d'une maniere fi intelligible, &
tellement débaraffée des diffi
cultezordinaires, que toutesles
perfonnes raisonnables de l'un
& de l'autre Sexe pourront en
GALANT. 179
tirer tout le fruit que l'on peut
fouhaiter fans autre fecours
que celuy des Inftrumens ne .
ceffaires , qui fe trouvent auffi
chez l'Auteur
, qui prend
grand foin de les faire fort
juſtes , & avec toute la perfe
ction poffible.
L'on y trouve des Spheres
& des Globes de differentes
groffeurs , qu'il a fait graver
tres correctement fuivant les
dernieres obfervations de Mrs
de l'Academie Royale des
Sciences.
Il travaille prefentement à
dreffer , & faire graver des
180 MERCURE
Planches propres à monter un
Aftrolabe d'une bonne grandeur
, auquel il employera
fes foins , afin que les Curieux
de l'Aftronomie puiflent s'en
fervir utilement . Il y joindra
un petit Traité qui en expli .
quera les ufages .
3090
Son Alteffe Royale Madame
la Ducheffe de Lorraine
fe voyant avancée dans fa
groffeffe , fit dire à M Clement
; qui a eu l'honneur d'ac .
coucher feuë Madame la Dauphine
, par l'Envoyé de Lor
raine , qu'elle fouhaitoit qu'il
GALANT. ~ 181
Paccouchaft , & qu'il fe tinft
p'reft à partir. Cette Princeffe
fe rendit à Bar- le - Duc le 24•
de Juillet pour y faire les couches.
MClement y arriva le
26. dés que cette Princeffe
l'apperçût elle luy fit l'hon .
neur de luy dire , qu'elle eftoit
ravie de le voir , que M¹ de Lorraine
n'en eftoit pas moins réjoui
qu'elle , & qu'elle ne craignoirplus
tant d'accoucher. Le 26. Aouft à
trois heures du matin cette
Princeffe ayant commencé à
fentir quelques douleurs , M
Clement affura Monfieur le
Duc de Lorraine que c'eftoit
r
182 MERCURE
pour accoucher : En effet , fes
douleurs ne firent qu'augmen
ter , particulierement fur les
fix à sept heures du foir , &
continuérent
avec une fi grande
force que les marques prochaines
de l'accouchement
parurent vers les dix heures.
La Princeffe dit plufieurs fois
à M' Clement je craindrois de
ne pas fortir heureusement de cette
affaire , fi je ne vous avois pas.
A onze heures moins trois
minutes , elle accoucha d'un
Prince qui cria d'un ton mo.
ribond. M Clement l'ayant
examiné & s'eſtant apperçû
GALANT. 183
黎
¿qu'il eftoit dans un eftat dangereux
, y donna ordre , & remit
enfuite ce Prince entre les
mains de Madame la Mar,
quife d'Udicour , la Gouver
nante. Monfieur le Duc de
Lorraine en eut une fi grande
joye qu'il embraffa M Cleament
à deux differentes repri
fes , en luy difant : On ne peut
vous cftre plus obligé que je vous
lefuis , de m'avoirfauvé Mada.
me ,& de m'avoir donné un Fils .
Madame la Ducheffe de Lor,
raine luy fit auffi l'honneur de
Juy dire , ne vous avois- je pas diɛ
que je mourois fi je ne vous avois
184 MERCURE
pas. Puis fe tournant vers Monfieur
le Duc de Lorraine , elle
luy dit : Monfieur , vous ne
m'auriez plus , ny vostre enfant ,
fi je n'avons pas eu cet Homme là !
Ab que je me say bon gré de ce
que jay fait àfon égard , & d'avoir
tenu bon contre tout le mon
de. Monfieur le Duc de Lorraine
luy dit , qu'il vouloit l'embraffer
une troisièmefois , pour luy
marquer combien il eftoit content
lobligation éternelle de luy ,
qu'il luy avoit. M' Clement fit
une profonde inclination , &
répondit pendant que le Prin
ce luy faifoit l'honneur de
GALANT. 185
ce
que
l'embraffer , qu'il s'eftimoit heu
reux que Dieu luy euſt fait lagra
le tout fe fuft bien passé ,
nonobftant le danger que le Prince
avoit couru de fa vie. Auffi toft
aprés l'accouchement Monfieur
le Duc de Lorraine fit
délivrer quatre Prifonniers qui
eftoient dans les Prifons de
Bar. Il ordonna que les Bou
tiques fuffent fermées pendant
trois jours , & envoya des
Couriers à Nancy & dans tous
fes Etats pour porter de pareils
ordres , & M' le Marquis
de Lenoncour fut nommépar
ce Prince Envoyé Extraordi
Septembre 1699.
186 MERCURE
naire pour faire fçavoir au
Roy cette heureuſe nouvelle .
Le jour de Saint Louis toute
la Cour de Lorraine fut extraordinairement
parée. On fit
de grandes illuminations , on
tira beaucoup de fufées volantes
, il y eut un grand Bal à la
Cour , & l'on but à la fanté du
Roy dans toute la Ville de
Bar.
Onze faignées , fçavoir ;
trois du bras & huit du pied ,
n'ayant pû en huit jours guerir
la Reine de Portugal d'une
fluxion à la teſte , cauſée par la
GALANT. 187
1
douleur qu'on luy avoit faite
en luy perçant les oreilles , &
queles remedes exterieurs qu'-
on y avoit appliquez avoient
fait rentrer , cette Princeffe
mourut la nuit du 3. au 4.
d'Aouft , aprés avoir reçû tous
fes Sacremens. Elle n'avoit
que trente trois ans moins
deux jours. Elle eftoit en partie
caufe de la grande reforme
des habits en Portugal . Le feu
Duc de Newbourg fon Pere ,
devenu Electeur Palatin par
la mort du dernier Electeur ,
avoit de grandes obligations
au Roy , qui aprés l'avoir ſervi
•Q ij
188 MERCURE
en differentes occafions , avoit
donné l'Abbaye de Fécampà
l'un des Princes fes Enfans
Frere de l'Electeur Palatine,
aujourd'huy regnant . La Reine
de Portugal eftoit Soeur de
l'Imperatrice & de la Reine
d'Espagne , avec laquelle
des raifons politiques l'obli
geoient à avoir de grandes
liaiſons. Le Roy de Portugal
auffi toft aprés la mort de la
Reine fon Epoufe , s'eft enfer
mépour quarante jours , felon
l'uſage du Royaume.
Madame la Princeffe Guillelmine
Heydon , dont vous
GALANT. 189
avez appris la mort , eftoir
Fille de Monfieur le Landgra
ve Philippe , Frere unique de
Monfieur le Landgrave de
Caffel. Elle eftoit Niece de la
Reine de Dannemarck , tresproche
Parente de Madame la
Duchefle d'Orleans , & Niece
à la mode de Bretagne de
Monfieur l'Electeur de Brandebourg,
Madame fa mere eft
de l'illuftre & ancienne Maiſon
de Solmz. Elle eftoit d'une
grande pieté , & avoit une
tendreffe infinie pour tous
ceux de fon illuftre maifon ,
dont elle eftoit aimée juſqu'à
*
190 MERCURE
l'adoration , s'il m'eſt permis
de parler ainfi . Elle fçavoit la
Theologie & la Geographie
auffi à fond que ceux qui en
font profeffion , ayant laiffé
des Cartes qu'elle faifoit ellemême
, d'une jufteffe & d'un
travail admirable . Elle avoit
une tres grande connoiffance
de la Chronologie , & de
T'Hiftoire ancienne & moderne
Elle fçavoit le Globe celefte
, & n'ignoroit rien de ce
que la Phifique a de plus neceffaire
& de plus agréable .
Elle écrivoit parfaitement en
Allemand ; mais le François
GALANT: 191
& l'Italien eftoient ces Langues
favorites . On a trouvé
plufieurs de fes Lettres , qui
1 font pleines de politeffe & de
vivacité , & qui font d'un ftile
pur & chaſtié. Elle a prévû &
prédit fa mort avant fa maladie
& cela hors de toute fu
perſtition , mais par des préfentimens
& des fonges , qui
~n'arrivent
guere qu'aux perfonnes
que Dieu cherit parti
culierement
. Elle a efté quatorze
jours malade de la petite
verole , & n'a jamais marqué
la moindre foibleffe. Elle
a dit des chofes furprenantes
192 MERCURE
pendant tout le cours de fon
mal , confolant tout le monde ,
& ne regretant que les Amis ,
dont elle faifoit un cas extrême
; ce qui doit engager tous
les honneftes gens à cherir fa
memoire , car elle fe connoiffoit
parfaitement au merite ,
& protegeoit avec une bonté
extrême tous ceux qui en avoient
. Elle avoit fur tout une
grande paffion pour la Langue
& les manieres Françoifes
;
elle a même fait fur ce fujet
une maniere de Traité , auffi
galant que fpirituel . Elle eftoit
fort eftimée en Allemagne
.
Sa
GALANT. 193
Sa modeftie égaloit fon efprit,
& fon fçavoir ne paroiffoit
qu'à propos , & fans eftre accompagné
de la yanité ordinaire
à la plupart des Sçavans.
L'Epitaphe que vous allez
lire eft fur la mort de cette
Princeffe , pour laquelle on a
fait des Vers en pluſieurs Langues.
Heydon qui gift icy ne dura qu'un
moment
[ admirable,
Ses charmes , fa douceur fon efprit
Comme un éclair belas ! ont paßé
promptement.
Les Prodiges font courts , leurfort:
n'est pas durable.
Sept. 1699,
R
194 MERCURE
*
Voicy un Extrait du Sifteme
de l'Aimant de M' G.
L.N.
Il prétend que dans noſtre
Tourbillon , comme dans les
autres , il fe fait une circulation
de matiere celefte , que
le Soleil pouffe continuellement
dans l'Ecliptique
, qui
de là paffe vers les Poles , &
des Poles retombe fur l'Ecliprique
& dans le Soleil .
Il fait cette matiere tresfubtile
, & la prend pour
Magnetique , fans luy donner
la figure canelée de celle de
M ' Delcartes.
GALANT. 195
U
f
Il fait voir comment cette
matiere magnetique forme
des colomnes paralleles les
unes aux autres dans fon retour
des Poles vers l'Ecliptique
& le Soleil; & pourquoy
c'eſt principalement
fur les
orbes des Planetes , qui font
petits par rapport
à la
grandeur
du tourbillon que ces
colomnes font encore mieux
paralleles.
Il fuppofe qu'à un de nos
Poles eftobliquementplacé un
grand tourbillon, & qu'il n'en
eft pas de même à l'autre Pole ,
ce qu'il appuye de plufieurs
raitons. Rij
196 MERCURE
Il fait continuellement for
tir de l'Ecliptique de ce grand
tourbillon , puis entrer dans
le noftre par fon Pole une pareille
matiere magnetique ,
laquelle fe mêlant avec celle
de circulation , luy communique
fon obliquité , luy augmente
non feulement le parallelifme
de les colomnes
julqu'à l'étendre au delà de
l'orbe de Saturne , mais encore
la force , & fait que du cofté
du Pole où eit placé le grand
tourbillon , cette , matiere de
circulation a beaucoup plus de
force que du cofté de l'autre
Pole.
GALANT. 197
Il paffe enfuite à la formation
de la Terre. Il dit que
1 d'abord elle n'eftoit qu'un
limon mol , dans lequel de
toutes parts , cà & là , pefle
mefle , fans aucun ordre ny
arrangement , nâgeoient des
corpufcules differens en foli
dite , groffeur & figure , qu'il
y. en avoit entre autres qui
eftoient branchus.
Il fait voir comment la ma
tjere magnetique du cofté du
Pole où eft placéle grand tourbillon
, ayant beaucoup plust
de force , que celle du cofté
de l'autre Pole fit rebrouffer
R iij
198 MERCURE
chemin dans la terre, & cellecy
, comment toutes deux ,
pour s'accorder formerent
autour de la terre un tourbil
lon de matiere magnetique
entrant par un Pole de la ter
re , & fortant par l'autre Pole,
& comment cette matiere magnetique
perçant la terre pen
dant qu'elle eftoit encore en li
mon mol , & la traverfant d'un
Pole à l'autre, arrangea & coucha
les corpufcules branchus,
& forma par le moyen du h
mon mol , qui par la fuite s'eft
endurcy , les pores magneti
ques , dont il explique la na,
GALANT.
く
ture de l'Aimant & du
Il prétend qu'il eft arrive a
même chofe à l'égard des
Planetes , & par confequens
e qu'ellesfont , comme la terre,
autant d'Aimans.
Par cela même il donne la
raiſon pourquoy la Lune prefente
toujours un meíme de
fes meridiens , ou plûtoft une
mefme face à la terre.
Aprés avoir étably ce Sifteme,
il en tire les confequences
, & rend raiſon pourquoy
l'Aiman eft noir , & moins pe,
fant que l'or , l'argent , le
plomb,&c. quoy que fes pores
R iiij
200 MERCURI
ne permettent qu'à la matie
te magnetique , plus fubtile
que la lumiere , de paffer à
travers.
Il rend
pareillement raifon
de la difference des Poles de
l'Aiman , de fa direction , de
fa
déclinaiſon , de fon inclinaiſon
, de ſa variation , & de
fon attraction .
Il explique comment l'Aiman
communique fa vertu au
fer , & pourquoy cftant armé
il leve
confiderablement plus
qu'eſtant nud.
Il explique ce que c'eſt que
la
rouille de fer , & pourquoy
GALANT. 201
la commune n'a point de vertu
magnetique.
Il explique les Aimans irreguliers
; ceux à plus de deux
Poles , celuy de Chartres , &
donne le moyen d'en faire de
la même efpece , avec le temps
neceffaire , & d'en faire d'une
autre espece en moins de huit
jours.
Il explique encore la caufe
'du mouvement de la machine
dont il eft parlé dans le Journal
des Sçavans du de ce
mois de Septembre . Voicy
Les propres termes.
7.
La Lune & la Terre font
202 MERCURE
donc deux Aimans.
La Lune & lon tourbillon
magnetique vont fucceffivement
de meridiens en meri .
diens autour de la terre & de
fon tourbillon magnetique
; &
l'action de ces deux tourbil
lons l'un fur l'autre , eft la
cauſe du mouvement de la
machine que l'on dit eftre de
fer, & de laquelle l'on n'exclut
point la vertu magnetique.
Au refte , il dit que
le corps de la Lune , ou fon
tourbillon magnetique
qui
fait la preffion des marées, ce
qu'il déterminera dans la fuic'eft
ou
GALANT. 203
te. Ainfi , Madame , ne craignez
point pour le Siſteme du
flux & reflux de la mer , de M
Deſcartes.
ECOURTE REMARQUE
furl Equilibre des Corps &fur
le Flux & le Reflux dela Mer.
Μ
R. D .... a remarqué
Mque
l'impreffion qui
fe fait fur les eaux de la Mer
pour le Flux & le Reflux, fe fait
auffi à peu pres fur les Corps
folides. L'experience en eft aifée.
Il n'y a qu'à prendre un
bâton , ou fuft , de telle matié,
204 MERCURE
re qu'on voudra , & le fufpendre
par le milieu de fa longueur
, en forte qu'il foit dans'
un parfait équilibre. Qu'on le
laiffe en cet eftat , il le fituëra
de luy même peu à peu d'une
maniere oblique fur l'horifon
, c'est à dire qu'un de fes
bouts s'élevera & l'autre s'abaiffera.
Puis il reprendra fa
fituation parallele , c'eſt à dire
fon équilibre ; aprés quoy
il redeviendra oblique fur
l'horiſon , mais d'un fens oppofé
à celuy dont il l'eftoit
auparavant. Ce mouvement
continuëra ainfi alternativeGALANT.
205
ment fans ceffer ; & les viciffitudes
en feront reglées à peu
prés comme celles du flux &
reflux de la Mer , dont il ob.
fervera même les retai demens
& les autres irregularitez par
rapport aux conjonctions , aux
oppofitions & aux quadratures
. L'experience fe fera mieux
fi un des bouts du bâton regarde
l'Orient & l'autre l'Occident
, que s'il eftoit difpofé
d'une autre forte.
Les paroles que je vous envoye
ont efté miles en air par
MrNormandeau l'aîné , cy-devant
Page de la Chapelle dy
Roy.
206 MERCURE
IAiffons là , chers Amis , l'empire
deVenus,
N'admirons plus fa beauté fans
pareille ,
Rangeons nous tous fous la loy de
Bacchus
,
Retirons nous à l'ombre de la treille
,
Goutons la douceur defon jus.
Mrs de l'Academie Françoife
s'eftant rendus le jour
de Saint Louis , dans la Chapelle
du Louvre , M ' l'Evêque
Comte de Noyon , Pair de
France , l'un des Quarante de
+
Fich
Lais
nadmirons plussa beaute sanspareil-.
to
Nadmirons plus sa beautesanspareilte
pour tous sous taloy deBachus retirons
te :
deBachus, Retirons nous
nout
treilleGoutogoutonsla dou-
2
Retu
Streille,
TRO
Goutons gouceurlast
tons
Septembre 199
!
LIOTHER
BIBI
LYON
GALANT. 207
l'Academie , celebra la Meſſe ,
pendant laquelle on chanta un
Motet en Mufique , & M'
l'Abbé Drevillet , Docteur de
Sorbonne , prononça le Pane ~
gyrique du Saint , dont on ce
lebroit la Fefte , & fit voir avec
beaucoup d'éloquence que ce
Saint avoit remply tous fes
devoirs comme Chreftien &
comme Roy. Il fut ailé à l'Au .
direur de faire une jufte appli.
cation de tout ce que cet Orateur
dit fur une fi riche matiere
; puiſque jamais Monarque
n'a mieux remply que
LOUIS LE GRAND ,
208 MERCURE
toutes les fonctions d'un veritable
Chreftien , & d'un grand
Monarque . M'S de l'Academie
qui avoient efté conviez
à díner chez M ' de Noyon fe
rendirent àl'Hôtel de ce Prelat
à l'iffuë de cette Ceremonie.
Ils furent magnifiquement
traitez . La table eftoit
de trente couverts , & fur fervie
avec autant de propreté
que de delicateffe & d'abondance
. Ce Prelat , dont la magnificence
eft connuë , s'eſt
toûjours diftingue dans tout
ce qu'il a entrepris , & a toûjours
foûtenu avec un éclat
GATANT. 209
e
et
digne de fa naiffance , & de la
grandeur de fà Maiſon.
L'aprefdinée l'Academie
Françoiſe s'eftant renduë au
Louvre , dans la Salle où elle
s'affemble ordinairement , dif
tribua le Prix d'Eloquence &
de Poëfie. Le premier fondé
par M' de Balzac , fut donné
à M' Mongin , qui l'avoit auffi
Temporté il y a deux ans , &
celuy de Poëfie à M¹ de Clerville,
Gentilhomme de Rouen .
Feu M' Peliffon donnoit ce
Prix avant la mort , mais ne
l'ayant point fondé , on n'en
auroit diftribué qu'un dans la
Septembre 1699.
S
210 MERCURE
fuire , fi M" de l'Academie ne
l'uffent donné à leurs dépens ;'
mais Mr l'Evêque de Noyon
qui ne laiffe échaper aucune
occafion de faire voir l'ardeur
de fon zele pour le Roy ,
ayant fouhaité de fonder ce
Prix à perpetuité,ces Meffieurs
y ont donné leur confente .
ment ainfi que je vous l'ay
déja marque' , & ce Prelat à
commencé par donner celuy
que M' de Clerville a remporté.
M' le Marquis de Dangeau
trouva fa Piece fi belle
qu'il crut en devoir faire une
lecture au Roy , & Sa Majeſté
GALANT . 211
dit à M' de Noyon qui l'avoit
fait imprimer , & qui en avoit
donné des exemplaires aux
plus confiderables perfonnes
de la Cour , qu'il agréoit qu'il
luy preſentaft l'Auteur : Il eut
l'honneur de la faluer le lendemain
, & d'entendre de la
propre bouche de ce Prince ,
qu'il avoit vû (on ouvrage , qu'il
l'avoit trouvé beau & qu'ilfal-
·loit qu'il le fuft effectivement ,
puiſqu'il avoit efte jugé tel par
tant d habiles gens.
M' de Clerville avoit remporté
le Prix de l'Eloquence
en 1691. ce qui ne s'eftoit point
Sij
212 MERCURE
encore vû , parce qu'il n'eſt
pas ordinaire qu'une même
perfonne reüffiffe également
bien en Profe & en Vers.
On luy envoya ce Madrigal
le lendemain.
En Profe comme en Vers turemporte
les Prix
Sur nos plus excellens esprits ,
Et in portes fihaut ta gloire
Qu'on te verra bien toft paroiſtre
fur les rangs
Des Arbitres de la Victoire ,
Aprés avoir vaincu parmy
Combatans.
les
L'Academie Royale des
GALANT.
213
ans ,
Sciences , depuis peu établie
e dans le Louvre , ayant pris
: Saint Louis pour fon Patron ,
& chofi l'Eglife des Reverends
Peres de l'Oratoire pour
y entendre la Meffe tous les
elle y fut celebrée pour
la premiere fois par le R. Pere
Malebranche , de l'Oratoire,
le jour de ce Saint. La Mufique
eftoit de M ' Bourfet . Le Pancgyrique
du Saint fut prononcé
par le R. Pere de la Roche ,
de l'Oratoire avec beaucoup
d'éloquence. Il fit voir la pieté
de ce Monarque & tout ce
qu'il avoit fait pour l'extirpa214
MERCURE
tion de l'Herefie , & fit remar..
quer la même pieté dans le
Roy & le même zele pour la
veritable Religion . Tous les
Academiciens qui eftoient
pour lors à Paris , ſe trouvé .
rent à cette Ceremonie. Voicy
les noms de tous ceux qui
compoſent cette Academie .
Academiciens Honoraires .
M' l'Abbé Bignon , premier:
Prefident de l'Academie .
M' le Marquis de Lhofpital ,
Second Prefident.
M' l'Abbé de Louvois ,
M ' Fagon.
GALANT: 215
Le R. P. Mallebranche .
de Vauban .
Renaud.
Le R. P. Sebaſtien Truchet
Carme.
M' de Malezieu .
Le P. Gouye , Jeſuite.
!
ANATOMISTES.
Meffieurs
,
L'Abbé du Hamel .
Du Verney.
Mery.
Tauvry.
De Liftre .
Poupart .
Du Verney, Cadet.
216 MERCURE
Bourdelin , Fils .
BOTANISTES.
Meffieurs
,
Dodar.
Marchand.
Tournefort .
Morin.
Langlade.
Burlet.
Reneaume.
Berger.
CHIMISTES.
Meffieurs ,
Bourdelin .
Hombec.
GALANT: 217
Hombec.
Bolduc.
Morin .
Lemery.
Bolduc , Fils.
Thuilié.
Geofroy.
GEOMETRES
Meffieurs ,
L'Abbé Galois.
Varignon.
Rolle.
De
Lagny.
Regis .
Carré .
Chevalier.
Septembre 1699
H
218 MERCURE
Du Torar.
Simon.
Geometres
Etrangers .
Meffieurs ,
Romer , Danois .
Libuiz , Allemand .
de Tchirnaus , Allemand,
Guglielmini , Italien.
Bernoulli , Suiffe.
Bernoulli , Cadet , Suiffe,
Newton , Anglois.
Harfouker , Hollandois.
ASTRONOMES.
Meffieurs ,
De Caffini .
GALANT, 219
De la Hire.
Le Fevre.
De Caffini , Fils.
De la Hire , Fils .
Maroldi .
Monti .
Amontons.
Licuraut.
MECHANICIENS.
Meffieurs .
Couplet , Treforier de l'Aca
demie.
Des Billettes
Jaujon.
Daleſme,
Sauveur.
Tij
220 MERCURE
Chafelle.
Couplet , Fils.
Parens .
De Senne .
De Beauvilliers.
M' de Chatillon , Deffinateur
des Ouvrages de l'Acade
mie .
M' Boudor , Libraire .
M'Colleffon monte les Sque
lets , & fait les Ouvrages
que l'Academie luy com
mande.
Le même jour , Meffieurs
les Officiers du Regiment dy
GALANT 227
Roy, qui campe à Marly , celebrerent
la Fefte de S. Louis ,
dans la Chapelle du Camp , on
y benitun pain;que lesSergens
du Regiment preſenterent au
Roy , avec un bouquet. Le R.
Pere Eloy , Recollect du Convent
de Verſailles , fir un compliment
pour eux à Sa Majefté.
La ceremonie fe fit au
bruit des Tambours , Hautbois
& Violons , & le Roy
leur fit diftribuer une fomme
confiderable.
La grande Meffe fut celebrée
par M' Famvel , Aumônier
du Camp , & chantée par
Tiij
223 MERCURE
1
les Recollets de S. Germain ;
que le Roy employe pour
fervir les malades de l'Hôpital
en qualité d'Aumôniers ordinaires
de fes Armées . A l'iffuë
de la grande Meffe , le Pere
Eloy prononça le Panegyrique
de Saint Louis en pretence de
M ' le Marquis de Surville , qui
commande le Regiment du
Roy. Ce Colonel eftoit à la
teſte de tous les Officiers du .
Regiment , & accompagné de
plufieurs perfonnes de diftinction
. Le Pere Eloy rapporta
fur la fin de fon Sermon toutes
les paroles remarquables du
9
GALANT : 223
Roy , comme autant de Sentences
prononcées par ce Prince
depuis l'âge de treize ans ,
dans toutes les occafions les
plus importantes , ce qui parur
# tres- beau & tres curieux . Ce
Prédicateur
& les principaux
Officiers furent invitez à dîner
par Mile Marquis de Surville ,
& la fefte fe termina par la
revenë que le Roy fit faire
de fon Regiment , que S. M.
trouva fort beau .
་
DO
Le même jour , M' le мarquis
de Dangeau , Grand-
Maistre de l'Ordre de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel & de
Tiiij
224 MERCURE
Saint Lazare , s'eftant rendu
avec les Commandeurs de fon
Ordre aux Carmes des Billettés
, receut Chevalier de cet
Ordre M' de Bofferend , Capisaine
au Regiment d'Alface .
Monfieur le Duc de Saxe , &
Meffieurs les Princes d'Ifan .
guen furent prefens à cette
Ceremonie,
Mrs de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture
celebroient autrefois la Fefte
de Saint Louis par l'expofi .
tion de leurs plus beaux Ouvrages
, qu'il eftoit permis au
Public de venir admirer ; mais
GALANT:
225
Comme ils eftoient dans une
cour , où ils avoient à craindre
les injures du temps , qui
obligeoient fouvent de les retirer
avant que la curiofité du
Public fuft fatisfaite , l'uſage
de cette fefte avoit efté infenfiblement
aboly ; mais M
Manfard , Surintendant & Ordonnateur
des Baſtimens du
Roy ; & Protecteur de l'Academie
, voulant renouveller
tout ce qui peut contribuer à
l'avancement des beaux Arts ,
& ayant pour cet effet obtenu
du Roy que les Ouvrages des
Peintres & Sculpteurs feroient
226 MERCURE
expofez dans la grande Galle?
rie de fon Palais du Louvre ,
le peuple a marqué par fon
concours le plaifir que luy a
donné l'expofition de tant de
Chefd'oeuvres. Les Etrangers
les ont admirez , & font demeurez
d'accord qu'il n'y a
que la France capable de produire
tant de merveilles , &
qu'elle est bien redevable au
Roy , qui par fa protection &
par fes liberalitez , donné lieu
aux beauxArts de parvenir à un
fi haut degré de perfection ,
qu'il n'y a point aujourd'huy
de Nation qui puſt ofer préGALANT
237
tendre d'y parvenir. Je ne
vous parle point des Ouvra
ges qui ont efté expoſez , puis
qu'il s'en debite une Lifte qui
yous inftruira de tout ce que
vous pourriez fouhaiter d'apprendre
là - deffus.
Meffire Louis Boucherat ,
Chevalier , Comte de Com .
te de Compans , de Saint-
Mefme , & autres lieux , Com;
mandeur des Ordres du Roy ,
Chancelier & Garde des-
Sceaux de France , mourut à
Paris le Mecredy 2. jour de
Septembre dernier âgé de
128 MERCURE
quatre vingt trois ans & qua?
torze jours . Il avoit efté Correcteur
des Comptes , Confeiller
au Parlement , Commiffaire
aux Requeſtes du Palais ,
Mailtre des Requeſtes ordinaires
de l'Hôtel du Roy , In
tendant de Juſtice en Langue.
doc , Ile de France & Champagne
, & dans les Armées de
Sa Majefté , Commiſſaire pour
l'Execution
des Edits de
Nantes en plufieurs Provin
ces , & Commiffaire
aux Etats
de Languedoc & de Brettagne
, Confeiller d'honneur
au Parlement , Confeiller
GALANT. 229
4
au Confeil Royal des Finan
ces. Il fut un des Confeillers
d'Etat choifis & nommez par
le Roy , pour affifter au Sceau ,
lorfqu'aprés la mort de M' le
Chancelier Seguier Sa Maje
fté voulut bien tenir le Sceau
en perfonne. Le'koy le nom
ma Chancelier de France le
premier jour de Novembre
de l'année 1685. Il prefta le
ferment à Sa Majesté le troi-.
fiéme jour du même mois. H
eftoit Frere de Meffire Aymond
Jean Baptifte Boucherat
, Seigneur de Choify, Confeiller
d'honneur au Parle
230 MERCURE
f lement , tous deux Fils de
Jean Boucherat , Confeiller
du Roy en fes Conſeils , Doyen
des Maiftres des Comptes , &
de Catherine de Machaud . Ce
Jean Boucherat eftoit d'un
merite diftingué , & poffedoit
également lês Langues Grec
que , Latine , Efpagnole , Ita
lienne & Françoife , & mourut
à Paris âge de quatre vingts.
quatorze ans & un mois , au
mois de Février de l'année
1671.
Madame la Chanceliere fe
nommoit Anne Françoile de
Lomenic. Elle eft morte à
GALANT. 231
et
Foris âgée de quatre - vingtstrois
ans , au mois de Février
de l'année 1697. & inhumée
dans fa Chapelle , en l'Egliſe
paroiffiale de Saint Gervais,
Defunt Mile Chancelier
laiffe trois Filles. La premiere
eft Dame Madeleine Bouche
rat , Epoufe de meffire Henry
de Fourcy , Comte de Cheffy,
Confeiller d'Etat , cy devant
Prevoft des Marchands . La
feconde eft Dame Catherine
Boucherat , Veuve en premieres
Noces de M' de Neſmond ,
Seigneur de Saint Dizan , mai-
Atre des Requeftes , & Inten
232 MERCURE
dant de Juſtice en la Genera
lité de Limoges , & en fecon,
des Noces , de M' Barillon-
Morangis , auffi Maistre des
Requeſtes , & Intendant de
Juſtice à мerz & dans les
Generalitez d'Alençon , de
Caën & d'Orleans , dont eſt
venu entre autres EnfansJean.
Jacques Barillon , Seigneur de
Morangis , Conſeiller au Parle
ment de la Seconde des Enqueſtes
, & auparavant Avocat
du Roy au Chaftelet : &
la troifiéme , Dame Anne-
Loüife Françoiſe Marie Bou
cherat , Epoufe de Meffire Ni
GALANT 233
Colas Augufte de Harlay ,
Comte de Celi , Confeiller
d'Etat , & l'un des Plenipoten ,
tiaires de France pour la Paix
que le Roy vient de donner à
fes peuples .
Aufli toft que M' le Chan
celier fut mort , Mrs de Four.
cy & de Harlay , Confeillers
'Etat , fes Gendres , & M ' de
Barillon Morangis , Confeiller,
fon petit Fils , allerent à Verfailles
, & remirent les Sceaux
entre les mains de Sa Majeſté .
Il y en a deux ; l'un eft le grand
Sceau de France , & l'autre le
grand Sceau du Dauphiné , fur
Septembre e699 . Y
234 MERCURE
le premier le Roy eft reprefen
té dans fon Trône , reveſtu
de fes habits Royaux , ayant la
Couronne fur la tefte , & tenant
le Sceptre & la main de Juſtice.
Il eft fous un pavillon Royal,
dont deux Anges foulevent
le devant des rideaux , on en
fceile en cire jaune toutes les
expeditions du Royaume , à
l'exception de celles qui paffent
à la posterité , & aufquelles
on met , 4 tous prefens & à
venir , qu'on fcelle du même
Sceau , mais en cire verte , &
avec des lacs de foye rouge &
verte. Sur le fecond , le Roy
GALANT.
235
eft repreſenté à cheval , armé
de pied en cap , le caſque en
tefte , tenant l'épée nuë de la
main droite , avec les Ar
mes de France écartelées du
Dauphiné . On en ſcelle en
cire rouge toutes les expeditions
qui concernent cette
Province , à l'exception de
celles qui paffent à la pofterité
, qu'on fcelle du même
Sceau en cire verte , avec pareils
lacs de foye verte & rouge.
Ces deux Sceaux font enfermez
dans un coffret de vermeil
doré , fleurdelifé , dont
Mi le Chancelier ne quitte
Vij
236 MERCURE
jamais la clef, la portant jour
& nuit fur fa poitrine.
Dés le lendemain on expofa
en public le corps de M' le
Chancelier, qui refta plufieurs
jours . Il eftoit dans une chambre
toute tenduë de deüil ,
avec deux lez de velours fur
lefquels eftoient les écuffons
de fes Armes. On l'avoit mis
dans un Lit de parade , fous
un riche poëfle de velours noir
bordé d'hermines , fur lequel
eftoient le Mortier de Chancelier
, la Courone Ducale , la
Croix de l'Ordre du S. Efprit ,
deux Maſſes de vermeil doré ,
GALANT: 237
& la Robe de Chancelier de
velours violet doublée de fatin
rouge , avec la Croix du Saint
Efprit brodée en argent ; tous
ces honneurs eftoient fur des
couffins de velours couverts
de crefpe , avec un grand nombre
de cierges aux Armes de
Mile Chancelier , qui eftoient
fur des Chandeliers d'argent ,
& brûloient jour & nuit. Plufieurs
Preftres en furplis , &
Religieux de divers Ordres
pfalmodiant autour du corps
Pour parvenir à cette chambre
il falloit traver(er la court,
& plufieurs Salles & anti238
MERCURE
chambres toutes tendues de
noir , avec deux lez de velours ,
& Armoiries , qui estoient
éclairées par quantité de bougies
dans des plaques le long
des murs. Plufieurs Compagnies
de gens de Robe , &
Communautez
de Religieux,
vinrent luy jetter de l'Eaubenite
; les Officiers de M'le
Chancelier alloient les recevoir
; on chantoit un De pro
fundis , quand elles arrivoient ,
& un Aumônier de la Chancellerie
leur prefentoit le Gou
pillon. De là les Compagnies
alloient complimenter Mrs de
GALANT. 239
Fourcy , de Harlay , & de Barillon
morangis , qui les conduifoient
plus ou moins a
vant chacun felon leur dignité!
Banggooie
Le Lundy fuivant 7 de ce
mois , à neuf heures du foir ,
fe fit le tranfport du corps
en l'Eglife de Saint Gervais .
Cent cinquante gens de livrée
veftus de deüil , précedoient ,
marchant à pied deux à deux ,
chacun avec un flambeau de
de poing de cire blanche ;
enfuite venoit le Juré Cricur
für un cheval caparaçon.
né de noir , & aprés plufieurs
240 MERCURE
Officiers en deüil fur de pa
reils chevaux , la plufpart portant
auffi des flamboaux de
cire blanche- Aprés venoit un
Caroffe drapé , dans lequel
eftoient quatre des principaux
Officiers de Mile Chancelier ,
l'épée au cofté avec de longs
manteaux de deüil & des cref
pes pendans ; ils portoient les
honneurs qu'on avoit expolez
fur le corps . Immediatement
aprés fuivoit un autre grand
Caroffe auffi drapé , tiré par fix
chevaux caparaconez de deüil.
& croifez de moire d'argent ;
le corps de M ' le Chancelier
eftoit
GALANT. 241
Ct
eftoit dedans fous un Poifle
armorié de fes Armes , avec
quelques Ecclefiaftiques ent
furplis . Ileftoit fuivi d'un troifiéme
Caroffe drapé , où
eftoient fes Aumôniers , &
autres Ecclefiaftiques ; plufieurs
Domestiques en deüil
à cheval accompagnoient ces
trois Caroffes avec des flambeaux
de poing , & préce
doient trente autres Caroffes
drapez , chacun éclairé par de
pareils flambeaux , dans lef
quels eftoient Mrs de Fourcy,
de Harlay, Barillon morangis,
Boucherat , Mrs leurs Enfans,
Septembre 1699. X
242 MERCURE
& d'autres Parens de M le
Chancelier , avec un grand
nombre de perfonnes de qua,
lité.
Ce Cortege lugubre arriva
à Saint Gervais entre dix à
onze heures du foir , où le
corps fut receu par tout le
Clergé de la Paroiffe , tous
les Preftres ayant un cierge
à la main. Aprés qu'on eut
chanté les Velpres des Morts ,
& qu'on eut jetté de l'Eaubenite,
la compagnie s'en alla,
on mit le corps dans une
Chapelle ardente fur une ef
grade de plufieurs degrez, avec
GALANT. 243
quantité de cierges ardens armoriez
qu'on renouvelle
tous les jours . Il restera ainfi
jufqu'aprés la Saint maitin ,
1 qu'on celebrera un Service
folemnel , & qu'il fera inhumé
dans la cave de fa Chapelle
, auprés de madame fon Epouſe.
Jofeph de Aguirre , Religieux
de Saint Benoist , Efpa .
gnol , Cardinal du Saint Siege,
eft mort à Rome , laiffant un
huitiéme Chapeau vacant dans
le Sacré College . Il eftoit né
le 24. Mars 1630. & fut créé
Cardinal par le Pape Inno-
Xij
*44 MERCURE
cent XI. le 2. jour de Septem
brembre 1686.. Il eftoit tresbon
Theologien , & a compofé
plufieurs fçavans Ouvra
ges .
Monſeigneur le Dauphin
ayant efté tres- fatisfait de la
reception que luy fit l'année
derniere M le Marquis d'Antin
, lors qu'il alla coucher à
Petitbourg en allant à Fontainebleau
, ce Prince a voulu
faire cette année le même
honneurà ce marquis , avec la
même compagnie. Il feroit
difficile de rien ajoûter à l'a
GALANT: 24%
bondance , à la delicateffe , &
à la propreté de tout ce qui
lear a efté fervi . Les plaifirs y
ont fuccedé les uns aux autres ,
& tout s'y eft paffé avec tant
d'agrément , qu'on ne peut
donner trop de loüanges aux
manieres galantes & fpirituel
les de
M' le Marquis d'Antin .
On nepouvoit attendre moins
du grand attachement de ce
Marquis pour Monfeigneur le
Dauphin, & de l'ardeur de fon
zele:
*
Il s'en eft peu fallu que vous
n'ayez
trouvé icy des Vers
Anglois
qu'on me preffoit de
X iij
246 MERCURE
vous envoyer , pour vous faire
voir qu'il y a de beaux efprits
dans toutes les Nations , qui
ne peuvent refufer des loüanj
ges au Roy. M' le Chevalier
Baber , qui le trouve banni de
fa Patrie pour avoir fervi fon
Roy fidellement , eft l'Auteur
de ces Vers . Ils ont efté traduits
par M ' Ranchain , fort
connu dans l'Empire de Let
tres , & je vous envoye cette
traduction .
GALANT. 247
POUR LE ROY,
Sur fa Statuë Equeftre .
S'I le soleil , dont l'influen=
ce
Vainement tant de foisfe répandit
fur nous ,
Cette année eft beni de tous ,
Pour avoir à nos champs redonné
l'abondance ,
Combien à plus forte raifon,
Ne doit-on pas benir le Soleil de la
France , [ ny defaifon.
Pour lequel il n'eft point de temps
Depuis que nous vivons fous fon
obeißance
X iiij
£48 MERCURE
Il ajoûte toujours puiffance fur
puiffance,
Fait regner la magnificence,
Et répand la richeffe & les biens
àfoifon.
2
On n'a qu'à voirfa Statue
Elle aje ne fçay quoy de noble
d'éclatant,
gut
furprende frape la vûë,
Plus que ce Soleil inconftant ;
Et comme pour le bien de fon peuple
fidelle
Il est plus jufte dans fon cours,
Son influence aura toujours
Quelque chofe de grand de dis
vin en elle
&
GALANT 245
Qui nous donnera d'heureux
jours.
Queue la voix de la Renommée
Apprenne fes grandeurs à la terre
alarmée ,
Qu'elle annoncefa gloire publis
en tout lieu,
Qu'un grand Saint fut Ložis
le neuvième ,
Et qu'à rendre juftice à Louis
quatorZiéme,
Il devroit pafferpour un Dieu,
Voicy les noms de quelques
perfonnes décedées co
mois.cy.
250 MERCURE
ར
Dame Françoise de Challard
, Epoufe de мeffire Charles
Louis de Vieil - Chattel ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Brigadier des
Armées du Roy.
*
Damoifelle Deniſe. Michelle
Bernard de Villemond , & Damoifelle
Claude - Françoiſe
Bernard du мefny , la Soeur.
Elles eftoient Filles de feu
Meffire Jacques Bernard , Maitre
des Comptes honoraire.
Damoiſelle Marie - Madelei
ne Henriette le Clerc de Leffeville
, Fille d'Euftache- Augufte
le Clerc de Leffevillel ,
Seigneur de Saillancour , la
3.
GALANT 231
$ Brifardiere , & autres lieux
Confeiller de la Seconde des
Enqueftes , & de Marie - Fran
coife Olivier. M ' de Leffeville,
aprés la mort de fon Epouſe ,
prit les Ordres de Soufdiaco
nat , & fe fit Confeiller. Clerg
dans la même Chambre .
Meffire Anne Hervart mourut
le mois paffé . Il eftoit Chevalier
, Seigneur de Bois - le-
Vicomte , Confeiller du Roy,
Maistre des Requeſtes de fon
Hoftel. Il ne laiffe point d'Enfans
, & avoit époulé N. le
Ragois , Fille de Benigne le
Ragois , Seigneur de Breton952
MERCURE
t
villiers , Prefidenten la Cham
bre des Comptes. 11 eftoit
Fils de Barthelemy Hervart ,
Intendant des Finances , &
d'Efther Vimar , & Frere de
Mr Hervart , Seigneur des
Haut & Bas Lauzertes , & de
Efther Hervart , Veuve de
Charles de la Tour , Marquis
de Gouvernet , Pere & мere
de Charles- Barthelemy de la
Tour , Marquis de Gouvernet,
Lieutenant de Roy en Dauphiné
, de Sabine de la Tour ,
Epoufe de François de Grolée ,
Marquis de Verville , & de
Jean Frederic de la Tour ,
·
GALANT. 253
It
ui fuit le parti de l'Eglife .
Meflire Nicolas de Bethune
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , Abbé de
Saint Michel de Treport , âgé
de trente huit ans. Il faifoit de
grandes charitez, & pratiquoit
la veritable pauvreté Evangelique
, allant prêcher dans les
Villages , & confeffant toutes
fortes de perfonnes , comme
un fimple Ecclefiaftique. Il
eftoit Frere d'Armand de Bethune
, aujourd'huy Duc de
Charoft & Pair de France , &
Fils d'Armand de Bethune ,
Duc de Charoft , Chevalier
254 MERCURE
des Ordres du Roy, cy- devant
Capitaine des Gardes duCorps
de Sa Majeſté , & de marie
Fouquet , Fille de Nicolas
Fouquet , Miniftre d'Etat , &
Surintendant des Finances. Il
n'y a perfonne qui ne foit informé
de la grandeur de la
Maifon de Bethune.
René Claude Robert, ſieur
de Chaftillon , Confeiller au
Chaftelet. Il eftoit Frere de
M' Robert , Confeiller au
Parlement , & de N. Robert,
Epouſe de Pierre Grout , fieur
de la Mothe , Maiftre des
Comptes , tous Enfans de
GALANT: 255
g
Claude Robert , Procureur du
Roy au Chastelet , & de N.
Helior. M' de Chaſtillon eft
mort dans un âge peu avancé.
Il y avoit quelques années
qu'il fentoit les approches de
là mort , & ils y eftoit préparé
de maniere , qu'il n'en a point
efté furpris. Sa réfignation
eftoit entiere pour la volonté
de Dieu , & jamais on n'en a
vû une fi parfaite dans un
homme de fon âge .
M' de la Feüillée , Abbé du
Mont Sainte Marie , Ordre de
Cifteaux , Diocefe de Befançon.
Il eftoit Fils de défuur
256 MERCURE
M' le Comte de la Feüillée ,
Lieutenant General des Arnées
du Roy , Gouverneur
de Dole & de Chatillon fur
Seine , Grand- Croix de l'Or
dre Royal de Saint Loüis . Cet
Abbé eft mort fort jeune. Il
avoit de l'efprit , de la naiffance
& de la pieté , & il
n'y a point de dignité dans
l'Eglife à laquelle il ne puft
prétendre.
Je vous envoye une Lettre
qui paffe icy pour un chef
d'oeuvre .
GALANT: 257
LETTRE A MONSIEUR
DE S. EVREMONT,
Sur la mort de Madame
MaZarin.
JE prens trop de plaifir , Monfieur,
au commerce que j'ay avec vous
par vos Ouvrages , pour ne me pas
intereffer àvoftre peine . Vous venez
de perdre Madame Mazarin ;
vous aviez de la fenfibilité pour fes
attraits . & de l'admiratión pour fon
elprit , vous l'avez dit trop de fois
pour n'en eftre pas cru. Tout le
monde en eft fi perfuadé , que perfonne
ne parle icy de fa mort , fans
parler de voſtre douleur , les regrets
que l'on luy donne font infeparas
Septembre 1699. YL
258 MERCURE
bles de ceux que l'on ne fçauroit vous
réfufer . En nous faifanr reffentir fa
perte , par la maniere dont vous
peignez les qualitez qui brilloient
en elle , & dont vous eftiez fi charmé
: vous nous faites reffentir voſtre
affliction , & l'on eft également touché
pour elle , & pour vous . Voltre
douleur intereffe d'autant plus , qu'
elle eft dans le coeur & dans l'efprit ,
& que vous ne fçauriez guere emprunter
le fecours de la raison pour
furmonter les mouvemens de la nature.
Cependant la perte que vous venez
de faire eft irreparable , & dans
les afflictions où il n'y a point de
parti à prendre que celuy de fe confoler
& de pleurer toujours , on doit
faire un effay de fa fermeté , plûtoft
que de fuccomber a la foibleffe. Il
GALANT . 259
Faut que l'impoffibilité du remede
nous force à nous mettre au deffus
du mal , & de toutes les raifons qui
nous manquent pour foulager noftre
douleur , nous devons nous en forsmer
une qui nous ferve , s'il fe peut ,
à nous guerir .
Hortenfe eft defcenduë aufejour du trépas ,
Tu ne verras plus fes appas. *
Pour fléchir la rigueur dufort qui l'a ravíc
Tu tenterois un vain effort,
On paffe tous lesjours de la vie à la mort ,
Perfonne ne revient de la mort à la vie.
S
Le fort qui l'a foumise à fes barbares loix
Fait voir que la Beauté ne rend point im
mortelle.
Tu nefçaurois louer en elle
Que ce qu'elle fut autrefois .
2
Celle que tu voyois fans ceffe ,
Celle qu'au gré de ta tendreffe
Y ij
260 MERCURE
Tu ne voyois jamais affez ;
Celle dont les appas avec tant de nobleffe
Dans tes écrits font retracez ,
N'aplus cet air aimable , engageant , vif
tendre
Qus força ton coeur àfe rendre.
Tu n'entens plus fa voix , tu ne pens plus
la votr ;
Hortense enfin n'eſt plus qu'une funcſte
cendre
"
Que tes pleurs & tes cris ne sçauroient
émouvoir.
2
Depuis cette trifte difgrace
Tout te paroift affreux , tout a changé de
face ,
L'Univers appauvry ne t'offre plus d'ar
traits
Qui ne tefemblent imparfaits.
De l'aftre qui nous luit la lumiere te bleſſe .
Rien ne fe paffe au monde où ton coeur s'intereffe.
Rien ne peut t'arracher des voeux ny des
foubaits.
GALANT. 267
Four tenter le fecours que l'amour propre
infpire
Tu parcours vainement d'un regard curieux
Tout ce qui plait à d'autres yeux,
La terren'a plus rien qui tepuiſſeſuffire »
Hortenfe te manque en tous lieux.
Rien,fans doute , ne nous eft plus
fenfible que de perdre ce qui nous eft
cher. Si ce n'eft pas tout- à fait ceffer
de vivre , c'est toujours mourir en
quelque forte. On jouit de tout avec
une perfonne que l'on aime , on ne
goûte rien , on ne jouit de rien !
dés qu'elle n'eft plus , c'eft preique
ne plus tenir à la vie ; mais rien n'eft
plus vain que de s'attacher à ce qui
eft periffable. Nous avons des defits
infinis , & nous nous limitons à une
petite portion de ce monde ,
beauté qui perit , à une fleur qui ſe
à
une
262 MERCURE
fane, nous n'aimons rien , n'envifa
geons rien au delà : vous venez de
faire la trifte épreuve de ce que je
dis , tous les hommes la font com.
me vous , & perfonne ne fe corrige,
Tu vois par ce trifte revers
Que toutpaffe dans l'Univers.
Celle que tu trouvois fi charmante &fi
belle
Afabi cette loy cruelle [ nir;
C'est peur toy , je l'avoue , un triftefouve-
Mais aprés cetrépas il eft un avenir ,
Ettupeux efperer de revivre avec elle.
S
En vain pour faire l'efpritfort
On veut que tout periffe en nom aprés la
mort.
Pourfe defabufer d'une erreur fi groffiere
On n'a qu'à lire tes écrits ,
Peut- on penfer que la matiere
Infpire tout ce que tu dis ?
Le corps n'a quelefeul afage
Desfens qu'il reçut pour partage
GALANT. 263
Il signoreluy -même , il ne peut s'éclairer
Il ne fait ce que c'eft de craindre & d'efperer
.
L'ame eftune immortelle effence
Qui conçoit , qui doute , qui penſe
Quijuge, qui contemple , & qui fait écar
ter
L'erreur des Veritez où l'on doit se sou
mettre.
11'eft rien de caché que l'esprit ne penetre
Heureux , fi comme il voitfans en pouvoir
douter
L'impofture & le vice attachez à ſon eſtre
Il ne cherchoit à les connoiftre
Qu'afin de les mieux éviter.
&
L'ame en quittant le corps ànoftre heure
derniere
Vole auféjour de la lumiere ,
Et fi-toft que ce corps ceffe d'eftre animӐ.
Il retourne dans la pouffiere
Dont la main de Dieu l'aformé
2
Enfin quoy qu'Epicure avance »
164 MERCURE
L'ame ne perit point dans le féjour
morts
Et le tombeau de ton Hortenfe
En cache feulement le corps.
Voftre Heros , Mr le Comte de
Grammont , qui s'intereffe à vostre
repos , comme vous vous intereffez
à la gloire , feroit d'avis que vous
Vous éloignaffiez des lieux où vous
eftes , qui rappellent fans ceffe à
voftre efprit l'Image de Madams
Mazarin , & qui ne font propres
qu'à entretenir voftre douleur.
~ Ces lieux ne font pour toy qu'un sujet de
trifteße ,
Et loin d'eftre touchez de tes crisfuperflus ,
Ils te font fouvenirfans ceffe
Qu'elle fut , & qu'elle n'eft plus .
Rien ne doit t'engager d'y refter davantage,
Quitte, quitte , unfejourfatal à ton repos y
Repalle
GALANT 265
Repaffe fur noftre rivage
Et vien retrouver ton Heros .
Il joint encore au bon efprit du
Comic , les agrémens qu'avoit autrefois
le Chevalier . Ilefface les jeunes
Courtilans par ſon enjoûment
& par fa vivacité , & il leur fait honte
par fa politeffe.
Toûjours vif dans fes reparties ,
Toûjours nouveau dans fes faillies
Inimitable enfes façons ,
Iln'abandonne point fon brillant caractere?
Pourfçavoir vivre en l'art de plaire
On doit prendre de fes leçons.
Courtifan toujours affidu , ce qui
eft ordinaire , & toujours agréable
à fon Maiſtre , ce qui eft rare , il ne
cede à perfonne la gloire de luy
plaire , & il ne l'approche jamais
fans y réuffir.
Avoüons la verité, il faudroit eſtre
Septembre 1699.
Z
266 MERCURE
bien infenfible , pour n'eftre pas exci
té à ce deffein par toutes les vertus
qui brillent dans ce grand Prince. Je
fçay que la Renommée vous en intruit
fort fouvent , & que vous en
écoutez le récit avec étonnement ;
mais vous perdez beaucoup à ne les
pas confiderer de plus prés. Il ne
tient qu'à vous de le voir & de l'entendre.
Il vous l'a permis depuis
longtemps , c'est un beau ſpectacle
qu'un Roy digne de fervir de modelle
aux autres Rois , & qui réunit
en luy toutes les vertus de la Guerre
& de la Paix. Venez jouir de ce
bonheur , venez voir le plus grand
& le meilleur de tous les Princes.
Vous letrouverez au deffus des He
ros dont vous avez ranimé la gloire
dans vos Ecrits & l'idée mefme
que vous avez d'Alexandre fera place
GALANT.
267
:
l'admiration que vous ne pourrez
luy refufer.
Alexandre, il eft vray, par desfaits inoйis
S'est fait un grand nom dans l'Hiftoire ;
Mais fi fur le Granique il eut trouvé
LOUIS
Je n'auroispas voulu répondre de fa gloire.
S
De la moitiédu monde il accrutfes Etats
La Victoire pour luyfut conftante & fidelle
Peut- eftre qu'àfa voix elle euſt eſté rebelle
S'il avoit en l'Europe fur les bras ,
.Et LOUIS a triomphe d'elle.
S
Ceux qui devoient dans leurs projets
Attaquer nos remparts , & les reduire en
cendre ,
Ont vû par nos Soldats defoler leurs gue
rets ,
Forcer lents Bataillons , & leur Ville à fo
rendre.
Surleur proprefoyer contraints de fe dé
fendre
Z ij
268 MERCURE
Is le verroient encore faire d'autres pro
grés ,
Si LOUIS fenfible aux regrets
Que Cent Peuples faifoient entendre
Ne leur avoit donné la Paix.
Toute l'Europe avoit confpire
contre luy , fes Ennemis preffoient
de tous coftez fa Frontiere , fon
Royaume eftoit comme une Place
afficgée. Il fe met en défenfe , il attaque
, il combat , il triomphe de
ceux qui s'estoient promis de l'accabler
; & aprês leur avoir fait reffentir
les malheurs de la Guerre , il leur a
donné la Paix , & leur en a impofé
luy mefme les conditions ,
Mele Marquis de Caftel - doş-
Rios eftant parti de Barcelonne , &
n'ayant pas voulu donner avis de fa
marche , ny permettre que les Gou
GATANT. 269
Verneurs d'Espagne en avertiffent
ceux du Rouffillon , ainſi qu'il fe
pratique en pareille rencontre , M
du Breuil , Gouverneur de Bellegarde
, qui eft le plus avancé de tous,
& qui vouloit luy rendre les honncurs
dus à fon caractere , ayant fait
toutes les diligences poffibles pour
eftre inftruit de fa marche , apprit
qu'il avoit couché à Figuieres la nuit
du 26. Aouft , il dépefcha auffi-toft
le Major de la Place à la Jonquiere ,
qui eft le dernier Village d'Eſpagne .
Cet Ambaffadeur y arriva prefqu'en
mefme temps que le Major , qui luy
fit compliment , & luy dit que
Mr du
Breuil l'attendoit dans fon Jardin
fous Bellegarde , où il le prioit de luy
faire l'honneur de venir dîner avec
luy Cet Ambaffadeur s'en excufa fug
une incommodité furvenue à un dẹ
Z iij
270 MERCURE
fes Enfans, & dit au Major qu'il iroit
en paffant faire collation avec Mr du
Breuil . Peu de temps aprés il dépef
cha le Secretaire de l'Ambaſſade à
ce Gouverneur , & fon Secretaire à
Madame la Femme , qui n'eftoit
point deſcenduë de la Place , pour
luy faire excufe de ce qu'il ne montoit
pas pour luy rendre fes devoirs &
le Secretaire de l'Ambaffade ayant
trouvé M du Breuil dans fon Jardin ,
qui eft fur le grand chemin , le remercia
de la part du Marquis de Ca
ftel- dos -Rios , de l'honnefteté qu'il
luy avoit envoyé faire par le Major
de la Place , & de la peine qu'il avoit
bien voulu prendre de defcendre
pour luy dans fon Jardin . Ce Secretaire
ajoûta , que fon Maiftre avoit
efté bien mortifié de ce que l'incommodité
de fon Fils l'avoit privé de
GALANT 271
P'honneur de dîner avec luy , mais
du qu'il auroit celuy d'y boire , & de
vifiter fon Jardin . Peu de temps
aprés cet Ambaffadeur partit de la
Jonquiere , & ayant rencontré à l'entrée
du col , & tout-à - fait fur les limi
tes un détachement de cinquante
hommes , que Mr du Breuil y avoit
fait pofter , il vint avec cette efcorte
jufqu'auprés de fon Jardin , d'où il
fortit avec les Officiers de fa Garnifon
. Dés que l'Ambaffadeur les ept
apperçus il mit pied à terre , & M
du Breuil luy dit en l'abordant qu'il
s'eftimoit tres- heureux d'eftrele premier
à luy témoigner la joye que tou
te la France avoit de voir un Ambafe
fadeur d'Espagne , aprés en avoir
efté privée fi long- temps , & que Sa
Majefté Catholique euft fait un auffi
bon choix que celuy de fa perfonne
Ziiij
272 MERCURE
L'Ambaffadeur répondit avec beau
coup d'honnefteté & d'efprit ,& marqua
la joye qu'il avoit d'entrer dans
leRoyaume fous les ordres de M¹du
Breuil , & le Canon de la Place ayant
tiré dans ce temps - là , ils entrérent
dans le Jardin où ils trouverent une
collation magnifique Toute la fuite
de cet Ambaffadeur fut auffi rega
lée. Il remercia Mdu Breuil de la
part des principaux Gentilshommes
de Catalogne , du foin qu'il avoit eu
de conferver leurs terres pendant la
derniere guerre , & d'exempter leurs
Vaffaux des pilleries qu'on exerée
ordinairement en ce temps - là. Il
partit au bruit du Canon de la Place ,
& avec la même eſcorte , qu'il renvoya
auffi-toft aprés que fon équipage
cuft paffé le mauvais chemin , &
aprés luy avoit fentir des effets de fa
liberalité.
GALANT. 273
Ayant à vous parler de мonfieur
de Pontchartrain ', dont
le nom eft Phelypeaux , à prefent
Chancelier de France , je
doy commencer par vous dire
qu'il fut reçu Confeiller au
Parlement le 11. Février 1661.
où aprés avoir paru d'une maniere
diftinguée , il fut nommé
en 1677. premier Prefident
au Parlement de Bretagne ,
n'ayant encore que trentequatre
ans. Il fit voir dans
l'exercice de cette importante
= Charge un efprit & vif & fi
penetrant , que le Roy connoiffant
le befoin qu'il avoit
274 MERCURE
de luy dans fon Confeil , luy
fit accepter une place d'Inten
dant de fes Finances au mois
de May 1687. En Septembre
1689. M' le Pelletier ayant prié
le Roy d'agréer qu'il le démiſt
de la penible Charge de Contrôleur
General de fes Finan
ces , ce Prince receut fa démiffion.
Ce pofte eftoit diffi
cile à remplir , les plus avides
des grands Emplois n'ofoient
alors le fouhaiter , tant l'exer.
cice en eftoit difficile , il faloit
faire trouver de l'argentauRoy
pour combattre les forces de
Loute l'Europe, & ce Prince ne
GALANT. 275
[
Oi
vouloit pas que fon peuple fuft
auffi chargé , que les befoins
de l'Etat le demandoient Il
eftoit neceffaire de trouver un
homme laborieux, intelligent,
que les difficultez n'étonnaffent
point , & qui aimaft le
Roy , l'Etat & le Peuple. Il y
avoit deux ans que M' de
Pontchartrain eftoit Inten
dant des Finances. Il avoit
rempli tous les devoirs de cet
Employ avec tant d'exactitu
de , de vivacité & de probité ,
qu'en Septembre 1689. le Roy
le fit Contrôleur General des
Finances , & il répondit f
£76 MERCURE
bien à l'attente de Sa Maje
fté , qu'en Novembre 16.90.
Elle le nomma Secretaire , &
Miniftre d'Etat , & fes lumie,
res ont paru fi grandes dans
le Confeil , fur tout ce qui re
garde la Juftice , que le Roy
a cru l'en devoir déclarer le
Chef, en le nommant Chancelier
& Garde des Sceaux de
France.
Le Confeil du Roy a depuis
longtemps efté rempli de per
fonnages illuftres de cette
Maiſon , & on y a vû plufieurs
Miniftres & Secretaires d'Etat
, qui ont tous foutenu avec
GALANT. 277
éclat la réputation qu'ils y ont
9 acquife , mais fur tout , qui
ont fait paroiftre une grande
probité , & un attachement
inviolable à la perfonne de
leurs Souverains . Auffi leur
habileté dans leurs Emplois
a- t elle esté récompenfee , &
#par
le fuccés des chofes qui
leur ont etté ordonnées , ou
confiées , & par la juſtice que
Eles Hiftoriens leur ont rendue
là deffus .
La place de Contrôleur Ge
neral des Finances eftant dela
pro meurée
vacante par
motion de Mr de Pontchar
278 MERCURE
train à celle de Chancelier }
le choix du Roy s'eft trouvé
d'accord avec les fouhaits de
la Cour & du Peuple , & Sa
Majefté a nommé pour la
remplir Mr de Chamillard ,
cy devant Confeiller au Par
lement , de la Seconde des
Enqueftes , Maiftre des Requeftes
, Intendant en Normandie
, & Intendant des Finances.
Il a fait voir tant de
fageffe , tant de lumiere , &
tant d'équité dans tous ces
Emplois , qu'on ne doit pas
eftre furpris fi le choix du Roy
aefté generalement applaudi,
GALANT. 279
Mr Bignon , Chevalier , Seigneur
de Blanzy , a efté pourvû de laCharge
d'Intendant des Finances qu'avoit
4 Mr de Chamillard. Il a efté Avocat
General à la Cour des Aydes en 1689.
puis Maitre des Requestes en 1693 .
Il eft Frere de Mr Bignon Confeiller,
d'Etat , & qui a efte cy - devant Avocat
du Roy au Chafteler , Conſeiller
au Parlement , puis Maistre des
Requeftes & Intendant à Rouen , &z
en Picardie , où il eft prefentement.
Il a encore deux Freres , qui font
Mr Bignon , Capitaine aux Gardes ,
& Mr Bignon , Abbé de S Quentin
en l'Iffe ,l'un des Quarante de l'Aca
demie Françoile , President de l'Aca
demie des Sciences , & Predicateur
ordinaire du Roy , tous Fils de feu
Jerôme Bignon , Confeiller d'Etat
ordinaire , Confeiller d'honneur au
280 MERCURE
Parlement , & auparavant Avocat
General au Parlement , & Grand
Maiftre de la Biblioteque du Roy.
Les agrémens que Mr Bignon , pre
fentement Intendant des Finances ,
a reçûs lorsqu'il a efté pourvu de cette
Charge , font voir qu'il eft fort eftimé.
Le département du Commerce
qu'avoit Mr Dagueffeau a efté donné
à Mr Amelot de Gournay , cydevant
Ambaffadeur à Venife & en
Suiffe. La maniere dont il s'eft acquitté
de ces grands emplais , fait
voir qu'il n'exercera pas avec moins
de gloire & de fuccés celuy qui vient
de luy eftre confié .
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eft le Temps. Ceux qui l'ont trouvé
font Mis de Tilliers : Pinchon ;
GALANT: 281
0C
le Rouleux : de Raconval : le Vaffeur
& Avice ; le nouveau Convertis
le Romain François : le paffionné
pour l'Aftrologie , & le Berger Alcidon,
Mademoifelle Javote Ogier,
du coin de la rue de R chelieu : la
Dame Solitaire : Rozelinde , ou la
Nimphe enjouée : les belles Veoves
de la rue Saint Antoine : la Dame
au Rebus : la cha mante Babet de la
rue de Condé : le bon Voyage de
Boulogne.
L'Enigme que vous allez
lire eft de M le Comte de
Turlan.
Septembre 1699. A 2
282 MERCURE
ENIGM E.
LE Sexe m'aime & me veu ;
mal.
L'Homme par un dépitfatal ,
Apres avoir longtemps fouhaité
ma venuë ,
Derefte mon retour& me met tou
te nuë.
Mais de mon fort voyez l'effet,
On penfe me défaire , &pourtant,
on mefait.
Je vous envoyeray le mois pro
chain le projet d'une Hatoire du
Rooffillon , à laquele Mr Abbé le
Raguet a commencé de travailler ,
GALANT: 283
Cependant ceux qui voudront luy
envoyer des Memoires chez M
l'Evêque de Perpignan , luy feront
plaifir.
Vous aurez le mois prochain un
détail de tous les Divertiff mens de
Fontainebleau . Je fuis , Madame ,
voftre, &c.
1
A Paris , ce 30. Septembre 16993
DE
LYON
1893
A a ij
222525525 :2525ZSSZ
TABLE.
PRelude.
Sonnet.
6
Derniere partie du Traité de la
Tarentole.
Avanture.
9
119
Nouvelle Pandore , ou des Femmes
illuftres du Siecle de Louis
le Grande 126
Lettre en Profe & en Vers à Mademoifelle
de Scudery , fur la
mort de fon Perroquet
Abbayes & Charge d'Aumônier
138
du Roy donnée par S, M , 146
TABLE.
Nouvelles particularitez du Cas
rouſel qui s'estfait à l Acadequie
de Mrs de Rochefort , de
Vandeüild Avricourt 147
Lettre Paftorale de Mr l'Archevêque
de Rouen.
Madrigal.
157
171
Lafage des Globes celefte & ter.
reftre des Spheres furwant
Les differens Siftemes du monde,
·
173
Couches de Madame la Ducheffe
#
de Lorraine.
Morts.
180
186
Extrait d'un Sisteme de l'Aimant .
194
Remarquefur l'équilibre des corps,
TABLE.
}
fur le flux & reflux de lu
Mer. 203
Ce qui s'eft passé le jour de Saint
Louis dans toutes les Academies
établies par le Roy. 205
Ce qui seft paßé le même jour au
Camp de Marly
220
Mrde Bofferend eft reces Chevalier
de l'Ordre de S. Lazare.
223
Expofition des Ouvrages de Mrs
de l'Academie de Peinture &
224
de Sculpture
Mort Pompe funebre de Mt
le Chancelier Boucherat. 227
Vers Anglois traduits
Ranchain
par
Mr
24
TABLE.
Autre article de Morts. 249
Lettre à Mr de S. Evremont 257
Reception faite à Bellegarde à
I Ambassadeur d Efpagne en
268 France .
Mr de Pontchartrain eft nommé
Chancelier de France , & Mr
de Chamillard Contrôleur Ge-
273 neral.
Agrément de la Charge d'Inten .
dant des Finances qu avoit ce
dernier , donné à Mr Bignon
279
de
Blanzy.
Département du Commerce don.
néà Mr Amelot de Gournay.
Article des Enigmes.
280
282
匪
DE
LA
YON
1
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Quand verray je ce que j'ado .
re , doit regarder la page
157.
L'Air qui commence par ,
Laiffons là , chers Amis,l'Empire
de Venus , doit regarder
la page 206.
MERCURE
DE
SALANT
DEDIE A MONSEIGNEU
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE
1699.
1893
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle de
Palais au Mercure Galant.
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Vcau &c.
vingt-cinq fols en Parchemin .
>
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC . XCIX.
Avec Privilége du Rojs
AU LECTEUR.
IL
Lya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efte mis depuis tant d'années
au commencement de chaque
Volume du Mercure , puis
que malgré les prieres réiterées
qu'on afaites d'écrire en
caracteres lifibles les noms
propres qui fe trouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on neglige
de le faire , ce qui eft
} caufe qu'il y en a quantité
A ij
AU LECTEUR.
de defigurez.eftant impoffible
de deviner le nom d'une Terre
, ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent
d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects . On
avertit encorequ'on neprend
aucun argent pour ces Memoires,
& qu'on employera
tous les bonsOuvrages à leur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent
perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en
affranchisent le port.
MERCVRE
GALANT
.....
SEPTEMBRE 1699.
QUE
LYON
DE
#1893*
E vous envoye un Sonnet.
et qui fera nouveau
pour vous , quoy qu'il
foit fur une matiere qui n'eft
pas nouvelle. Les beaux Ou .
vrages ont cet avantage, qu'ils
font faits pour tous les temps ,
A iij
6
MERCURE
& que ceux qui ne les ont
point encore vûs , les lifent
avec plaifir longtemps aprés
que l'occafion qui les a produits
, a ceffé de faire bruit.
C'est ce qui me fait croire
que vous ne defapprouverez
pas le commencement de
cette Lettre.
SUR LA PAIX.
SONNET.
LAuriers, toujours trempez de
fueurs de larmes .
Au prix du plus beau fang triom .
phes achetez
GALANT. 7
Equivoques fujets d'allegreffes &
d'alarmes ,
Et vous , qu'on goûte peu , triftes
profperitez.
Evanoüiffez - vous avec le bruit,
des armes
,
Et rendez à nos coeurs trop longtemps
agitez ,
Des plaifirs fans mélange , un
repos plein de charmes ,
Dans le tranquille cours de nos
felicitez.
2.
Mais toy , qui vois renaiftre un
calme joubairable,
A iiij
8 MERCURE
Europe , à quel Heros en estu
redevable?
Baife humblement la main d'un
Roy victorieux.
2
Voyles débris récents d'Ath & de
Barcelonne ,
Voy la Ligue affoiblie & tremblante
en tous lieux :
Quand Louis fait la Paix , c'eft
Loüis qui la donne.
Voicy la derniere Partie du
Traité la Tarentole , par M' de
la Févrerie .
GALANT:
LE SOLDAT
DANSEUR ,
Ov
LES MERVEILLEUX EFFETS
DE LA TARENTOLE.
Ca
O MM E je ne traite
pas cette matiere en
Medecin , je ne m'arreſte.
ray point à examiner icy tous
les tymptômes de la Taren .
tole qui regardent la maladie
du Corps , ny à recherpher
tous les remedes qui font
to MERCURE
propres pour fa gueriſon. Je
pafferay legerement fur toutes
ces chofes , fans néanmoins
rien oublier d'effentiel , & de
remarquable ; mais je m'attacheray
principalement
aux
mouvemens que ce poifon ex.
cite dans l'ame comme les
plus extraordinaires
, & qui
meritent davantage noftre attention
. Cependant
je ne me
hazarderay pas à l'expliquer en
Phyficien ; cette matiere eft
trop épineule , & je me fuis
declaré trop hautement là - deffus
contre la Philofophie moderne.
Je prendray fimpleGALANT.
If
ment la liberté de raiſonner à
sma maniere , & de dire mes
fentimens & mes conjectures
efur des effets fi furprenans. Je
propoferay mes doutes , mes
difficultez & mes objections ;
je feray des remarques & des
découvertes que peut eftre on
i n'a pas encore faites. Enfin ,
je purgeray cette matiere de
e tout ce qui fent le merveil
leux & la Fable, dont le peuple
fuperftitieux & credule , & même
les Auteurs de ce caractere
, l'ont infectée par leurs pitoyables
hiſtoires ; ce qui fera
un grand acheminement pour
12 MERCURE
découvrir la verité , & pour
connoiftre à fond la nature de
la Tarentole.
Comme cet Infecte ne fe
découvre que pour faire mal,
il est toujours au guèt dans la
faifon qu'il peut nuire , afin de
furprendre ceux qui ne fe précautionnent
pas contre fa pi-:
queure. Pour le faire plus fa
cilement , & avec plus de feureté
, il les attaque prefque
toujours en dormant , & le côte
gauche au deffous du ſein , eſt
la partie du corps qu'il affecte
davantage ; car il pique moins
fouvent aux pieds , & prelque
GALANT.
13
jamais aux mains & aux bras.
Il femble néanmoins que
la danfe eftant le caractere
propre de la Tarentole , elle
devroit plûtoft affecter le pied
& la jambe , qui en font les
parties effentielles. Mathiole
dit auffi qu'elle pique d ordinaire
les Moffonneurs & les
gens de la campagne en cet
endroit là , qui pour ce fujet
font prefque toujours bottez;
mais ce n'eft que par occafion,
& dans les grandes chaleurs ,
qu'elle les pique aux pieds &
aux jambes , car elle affecte
toujours l'endroit que j'ay
14 MERCURE
marqué
, foit
pour porter fon
venin plus prés du coeur , &
au centre du corps , afin qu'il
ait plus d'effet
, foit qu'ele
y
trouve
le fang plus friand qu'-
ailleurs
, qui l'excite
& l'y porte
naturellement
. Il arrive
auffi que ceux qui en font piquez
, laiffent
en dormant
leur
eftomac
découvert
, où elle ne
manque
pas de s'aller placer.
La piqueure
de la Tarentole
ne jette point de lang , & ne
laiffe aucune rougeur
, ny aucune
enflure
d'abord
. Elle eſt
méme fi egere & fi fubtile ,
qu'elle
eft prefque
imperce
GALANT.
15
ptible; en forte que la plufpart
5 de ceux qui en font mordus
en dormant , ne s'en réveillent
pasle plus fouvent De là vient
qu'ils ignorent la cauſe de leur
mal , & qu'ils n'y apportent
pas d'abord les remedes propres
; ce qui fait qu'ils en font
plus tourmentez dans la fuite.
3 De là vient auffi que la Tarentole
fe retire toujours la vie
fauve , & qu'elle n'eſt jamais
punie fur le champ du mal
qu'elle a fait ; ce qui feroit
d'un grand fecours contre fa
piqueure , pour plufieurs raifons
que je diray dans la fuite.
16 MERCURE
Dominique fentit un peu plus
que la piqueure d'une puce
comme celle d'un Couſin. Il
fut trois jours fans en reffentir
aucun effet. Il y en a qui font
des années entieres ; mais il
tomba dans de violentes convulfions,
qui penferent l'étoufer
, parce qu'on en ignoroit la
caule , & ce ne fut que par
un ſoupçon affez ordinaire en
fon pays pour ces fortes de
maladies , qu'on luy donna les
remedes propres , & qu'on le
fit revenir peu à peu au fon
d'une Guitarre , qui fe rencontra
par hafard.
GALANT.
17
S
La Tarentole pique auffi les
beftes , mais plus rarement
1 que les hommes , foit par la
foibleffe de fon aiguillon , &
Equ'elle trouve la peau des animaux
trop dure , foit par une,
antipathie naturelle qu'elle a
pour le genre humain ; mais
enfin c'eft à luy principale-
Iment qu'elle en veut . Il me
femble que les Sçavans qui
e ont écrit de la Tarentole , devoient
bien s'appliquer à cher
cher la raison pourquoy cet
Infecte , & tous les autres animaux
venimeux attaquent
plûtoft l'homme que la beſte,
Septembre 1699.
B
18 MERCURE
&
que
le
leur venin luy fait plus
d'impreffion. Je ne fuis pas
moins furpris de ce qu'aucun
n'a remarqué les effets que
poifon de la Tarentole fait fur
les beſtes , & quelle en eft la
difference ; car les fymptomes
de l'ame & du corps
devroient eftre en ce cas
femblables , il n'y a que
du plus ou du moins . Un
chien enragé , un homme enragé
ont les mêmes accidens .
Quoy qu'il en loit , j'aurois plus
de curiofité , & je prendrois
plus de plaifir à voir une befte
piquée de la Tarentole , qu'u
GALANT. 19
ne perfonne . L'homme eft la
plus miferable des creatures ,
quand il eft malade de corps
ou d'efprit. Sa figure inſpire
alors je ne fçai quelle horreur,
dont on n'eft point ſaiſi à la
veuë des animaux ; frayeur
qui vient moins de la reffemblance
& de la fympathie
, que
du changement & de l'alteration
qui paroift dans la forme
humaine. Mais pour revenir
à la Tarentole , l'agréable
chofe de voir danſer & caprioler
des Chevres ! fauter & bondir
des petits moutons en cadence
au fon des Inftrumens !
Bij
20 MERCURE
Quel plaifir ne donneroit
point un Singe en cet eftat !
Un certain Ferdinandus , qui
eft l'Auteur favory de Meyf
fonnier , dit qu'il a vû danſer
au fon de la Vieille une mouche
Guelpe & un Cocq avec la
Tarentole qui les avoit piquez
J'ay vû danſer fans au
cun Inftrument une poule enragée
plus d'un quart d'heure
à la fois. Elle s'élevoit de terre
fort haut , tournoit , faifoit la
rouë de les plumes , rien n'eftoit
plus plaifant . Ce n'eft
pas que parmy les Tarentolez
il n'y en ait que l'on prend
GALANT. 21
plaifir de voir danſer , & faire
tout leur manege. Les jeunes
igens naturellement gais & de
belle humeur ; ceux qui font
finges , badins & gefticulatifs ,
réjoüiffent affurément pendant
leurs accés . Ils font des
geftes & des poftures ridicu
les des yeux , des mains & de
la bouche , même de tout le
corps ; ce font de vrais Pantomimes.
Je voudrois bien voir
en cette fituation une jeune
Fille amoureuſe & galante ,
heureuſe ou malheureuſe en
Amour. Je croy aufli que plus
la perfonne a d'efprit , & les
22 MERCURE
inclinations nobles , tendres
& polies , plus les mouvemens.
font divertiffans , & fes poilures
agréables. Les Vieillards
chagrins,fombres , & rêveurs ,
n'ont guere d'agrément , non
plus que les Boiteux & les Paralitiques,
quelque agilité que.
ce poiſon leur puiſſe donner ;
mais il y a de certains mélancoliques
qui paroiffent graves
comme des Espagnols , dit
Jonfton ; ces gens là ne laifferoient
pas de faire rire avec
leur air majestueux & concerté.
Kirker les compare
avec raiſon , aux anciens Gla ,
GALANT.
23
le
diateurs , lorfqu'en dançant ils
eftocadent avec leurs épées.
Il dit auffi que les furieux &
s les emportez reffemblent aux
Bacchantes.
Qoy qu'on affure que
venin de la Tarentole agiffe
conformement à l'inclination ,
& au temperament de ceux
qu'elle a piquez , elle aime toû
jours mieux les melancoliques
que les autres , & comme elle
a plus de pouvoir fur eux , elle
fait le plus fouvent des furieux ,
des vifionnaires , & des fanatiques.
Pour un qu'elle fait rire ,
elle en fait pleurer un cent ;
&
24 MERCURE
& prefque tous parmy la joye ;
& le fon des inftrumens , font
rêveurs , triftes & fombres.
Quelques uns fe pendent aux
branches des arbres comme
par defefpoir, plutoft que pour
fe brandiller à l'imitation de
la Tarentole ; car on a tant de
peine à les en retirer, qu'ils y fia
niroient leur vie fi l'on n'y prenoit
garde. Ils gemiffent &
fe lamentent comme s'ils
eftoient bien affligez , & rien
ne les peut confoler , ny les
détourner de leurs rêveries .
Les autres fe jettent par terre
avec tant deviolence qu'ils ref
femblent
GALANT:
25
•
femblent à des
lunatiques , &
à des poffedez. Il y en a qui
courent au bord des eaux
comme des enragez , non feulement
pour s'y
baigner à caufe
de
l'exceffive
chaleur qu'ils
reffentent , mais plutoft pour
s'y regarder , ou plutoſt pour y
confiderer la
Tarentole qui
les a piquez , & qu ils y cherchent
comme dans le miroir.
Il y en a même de ſi vifionnai
.
res , qu'ils croyent
voir dans
l'eau un Violon , a la veuë duquel
peu s'en faut qu'ils ne
danfent. On fçait cela par
leurs geftes qui le font devi-
Septembre 1699.
C
26 MERCURE
1
ner ; car ils gardent toujours
un religieux filence pendant
leurs accés , & ils ne fe fouviennent
jamais de rien quand
le mal eft paffé. C'eſt donc
par conjectures qu'on parle
des Tarentolez , & qu'on en
dit tant de merveilles , conjectures
qui trompent bien des
gens , & qui font de foibles
témoignages de tant de chofes
qu'on avance fur cette
matiere . Les Hiftoriens de la
Tarentole font fort fujets à
caution .
Je ne fuis pas furpris que
les Tarentolez aiment les miGALANT.
27
roirs,car s'il eft vrai que cet Infecte
a fous le ventre une efpece
de miroir , dans lequel l'on
fe voit fort diftinctement , il fe
peut faire que fon venin eſtant
impregné de l'idée de ce miroir
, en trace la figure dans le
cerveau de ce Malade , qui luy
cauſe cette envie d'y voir la
Tarentole qu'il cherche ; outre
que la clarté du miroir le
réjouit comme l'eau , & le
brillant des épées : car toutes
les chofes tranfparentes difli .
pent ce poiſon , & en dimi .
nuent les accés. C'eft auffi par
un miroir , ou par un baſſin
C ij
28- MERCURE
plein d'eau qu'on les fait re
venir de leur affoupiffement
& de leur pâmoifon. Enfin le
miroir , ou le vafe plein d'eau ,
eft fi effentiel dans l'accés de
de cette maladie , que fi on
vient à l'ofter , on caufe au
Tarentolé de facheux fympto..
mes ; comme il arriva à Dominique
, lors qu'un Cavalier en
badinant , ayant feulement
tourné le miroir , il pouffa un
grand cri , & tomba en fois.
bleffe ; au lieu que ceux qui
font enragez , fe troublent &
font emus en voyant de l'eau,
quoy qu'ils la cherchent pour
GALANT. 29
éteindre le feu qui les embrafe
, parce qu'elle avance &
redouble leurs acces. Les Tarentolez
font foulagez en la
voyant ; mais il faut auffi remarquer
que nonobftant qu'-
ils fe trouvent échauffez , qu'ils
danfent , & qu'ils s'agitent
beaucoup , ils ne font point
alterez, & ne demandent point
à boire pendant leurs accés.
Ils affectent une certaine cou
leur particuliere , qu'ils aiment
plus que les autres ; c'eft pourquoy
ils courent aprés les rubans
, & les mangent . Ils ont
auffi de l'antipathie pour des
C iij
30 MERCURE
couleurs qu'ils ne peuvent
voir fans horreur. Domini
que tomba à la veuë d'un ruban
qu'on mit fur la table lors
qu'il danfoit , & qu'il apperçut
de fort loin . Cette ſympathie,
ou cette antipathie pour les
couleurs , eft un pur effet du
venin de la Tarentole , par
rapport à celles dont elle eft
marquée , ou vient de l'inclination
& de l'humeur dominante
de la perfonne qu'elle a
morduë , excitée par ſa fermentation
. Ainfi ily a une couleur
qui luy fait peine, & une autre
quiluy fait plaifir. Les matieres
GALANT .
༢r
qu'elle rend dans fes vomiffe.
mens , font aufli diverſement
colorées, felon l'humeur , & le
temperamentou felon la varieté
descouleurs de laTarentole ,
d'où ellesprennent cesdiverles
teintures ; à ce que dit Meyf
fonnier. Cet Auteur ajoûte
que les Tarentolez haïffent la
couleur de cet Infecte , & qu'-
ils aiment le rouge , le vert , le
jaune, & le bleu turquin N'eft.
ce pas le contredire étrangement
? & d'ailleurs peuventils
hair la couleur de la Tarentole
, dont ils prennent
tant de plaifir de voir la figure?
C
iiij
32 MERCURE
Si elle n'avoit qu'une feute
couleur , ce feroit la fienne
qu'ils devroient aimer , & s'ils
en haïffent
quelqu'une , il y
a bien de
l'apparence que c'eſt
celle qu'elle abhorre , ou pour
laquelle ils ont
naturellement
de
l'averfion . Mais ce que je
ne puis
comprendre , c'eſt qu'-
ils aiment cet Infecte qui les a
mordus , car il eft naturel de
haïr tout ce qui nous a fait
du mal , & même de ne le
pouvoir regarder fans horreur .
Cela ne
viendroit il point de
l'éducation & de
l'habitude ,
dans les lieux où la Tarentole
GATANT.
33
eft commune , comme dans la
Poüille , où le peuple timide
& fuperftitieux , la regarde
comme une espece de Divinité
vengereffe ? Accoutumez
dés l'enfance à la craindre &
à la reſpecter, ces pauvres gens
courent aprés elle dans leurs
accés , pour l'adorer , & pour
la fléchir par les hommages
qu'ils luy rendent. Je doute
fort qu'un Etranger , & qu'un
homme de bon fens , qui en
eft piqué , & qui n'a jamais
entendu parler de fes effets ,
& de tout ce qu'en difent les
Tarentins , ait les mêmes fym
34 MERCURE
ptomes qu'eux; car cette phre
nefie fuperftitieufe eft terrible
dans un efprit fanatique de
ce pays là . Ce feroit une efpece
d'enchantement & de mo.
nomanie , file venin de la Tarentole
agiffoit fur l'ame en
fait de Religion , & luy inſpiroit
des fentimens d'Idolatrie ,
jufqu'à offrir des Sacrifices à
cet Infecte , comme fait Dominique.
Cet effet ſympathi
que & antipathique de la Tarentole
me paroilt viſionnaire.
Tout ce qu'elle a de merveilleur
vient en partie de l'humeur
& du temperament de
GALANT.
35
la perfonne piquée , que le
venin remuë & agite diverſement
, felon l'âge , les lieux ,
les faifons ; mais il n'imprime
aucun caractere particulier &
fpecifique , non plus que la
Julquiame ou les vapeurs du
vin , la rage ou la folie. A le
bien prendre , chacun n'a - t- il
pas fes inclinations & fes averfions
particulieres , qui de
temps en temps s'excitent &
fe réveillent en nous ,foit par
la révolution de nos humeurs,
ou par quelqu'autre qualité
étrangere ; ce qui a donné lieu
à ce Proverbe Italien , Ogn' us
36 MERCURE
ha la fua Tarentola , que tout
le monde a fa Tarentole ; &
comme nous difons , chacun
a fon caprice , ſa fantaiſie .
Mathiole attribuë auffi tous
ces differens effets dont j'ay
parle , à la diverfité des tem .
peramens comme à la diverfité
du poifon ; & parce que le
poifon & l'humeur du malade
Le confondent enfemble , &
prennent la qualité l'un de
l'autre , il eft impoffible de dire
précilément lequel agit feul.
L'humeur impregnée des caracteres
du venin prend la mê
me nature , & agit conformeGALANT.
37
ment avec luy. S'il eft donc
vray que le temperamment &
l'inclination
de la perfonne
piquée de la Tarentole change
la nature de fon poiſon , la dif-
1. ference en fera bien plus gran.
.
de felon le Païs & le climat
d'où elle eft. Un Allemand ou
un Anglois n'auroit pas les
mêmes fymptômes qu'un Italien
, ou un Efpagnol, & même.
leurs accés feront plus ou
moins violens , felon les lieux
où ils fe trouveront , parce
qu'ils fuënt & tranfpirent plus
ou moins dans les païs chauds
& dans les païs froids. Mais
38 MERCURE
&
d'où vient que dans la plus
grande chaleur de l'Eſté ,
lorfque les pores font plus ouverts
& qu'on fue davantage ,
les Tarentins & les Peuples
d'Italie en font plus tourmentez
qu'en hiver? En verité les
Medecins ne fçavent où ils en
font , quand ils fe mèlent d'ex
pliquer cette maladie . Dira ton
que par une elpece de revolution
, le venin de la Tarentole
fe fermente , & agit
ivec plus de violence dans la
Taifon où elle pique d'ordinai .
'e , & où elle eft plus dangereufe
: Mais Dominique a eſté
GALANT:
39
1
1.
piqué dans le mois de May, & il
en eft plus travaille dans l'Automne
. Je croy donc que l'humeur
dominante de la perfonne
y fait beaucoup , felon la
faifon , comme la Pituite &la
Melancolie dans l'Automne
& dans l'Hiver ; le fang & la
2 Bile dans le Printemps & dans
l'Eſté. Dominique eft auffi
mélancolique & bilieux ; c'eſt
pourquoy il avoit des accés
plus frequens au mois de No.
vembre , & dans la contrée de
Normandie la plus froide. La
conftitution de la perfonne ,
le climat d'où elle eft , & où
40 MERCURE
elle demeure , contribuent
beaucoup pour diminuer , ou
pour augmenter l'effet du poifon
Ceux qui ont la peau du.
re & les pores ferrez , qui fuënt
& qui tranfpirent peu , le diffipent
moins , & en font plus
malades. Il ne faut donc pas
dire que la Tarentole eft moins
nuifible dans les pays froids
que dans les pays chauds , à
l'égard du temperament de la
perlonne qui en eft piquée , &
du climat qu'elle habite ; car
à l'égard du poiſon de cet Infecte
, je croy bien qu'il eft
plus fubtil & plus dangereux
1
GALANT. 41
dans les pays chauds que dans
les pays froids ; auffi y a- t il
rarement des Tarentoles dans
ces lieux là ; ou s'il y en a,
elles y font peu nuifibles . Lors
que la Tarentole a piqué quel
ques perfonnes , dit le fcientifique
Richelet aprés Jonfton ,
elle les jette dans d'étranges
fymptomes. Les uns courent ,
les autres crient , dorment ,
veillent , fautent , ou rient
toujours . Les autres aiment
de certaines choſes , & en font
de tout à fait furprenantes.
Furetiere dit qu'on en meurt ,
& que fon venin change de
Septembre 1699.
D
42 MERCURE
qualité d'heure en heure , à
caufe de la diverfité des paf
fions qu'il infpire à ceux qui
en font piquez ; & qu'une perfonne
qui s'imagineroit
eftre
Roy dans le moment , le croiroit
toujours eftre. Renaudot
dit que c'eſt une espece d'yvreff
, & que ce poifon s'accommode
tellement aux in .
clinations des personnes , qu'il
leur caufe des delires & des
extravagances
differentes felon
leurs temperamens
. Aprés
avoir bien examiné Maistre
Dominique , je puis affurer
que le venin de la Tarentole
GALANT.
43
f
n'inſpire point d'autres pafmas
que celles qui viennent
de l'humeur & de l'inclination
de la perfonne qui en a
efté piquée , qu'il excite , &
& qu'il réveille dans l'ame
avec plus de force qu'auparavant.
Il brouille la fantaifie par
differentes images , mais ces
images font toujours confor
mes à l'humeur dominante ,
en forte qu'elle n'a point d'au
tres paffions pendant fes accés
, que celles aufquelles elle
eft le plus fujette , autrement
celuy qui croit eftre Roy , ne
le croiroit pas toujours eftre,
Dij
44 MERCURE
& cette fanta fie luy changeroit
pour un autre. A l'éga
du corps , j'avoue que ce poi.
fon change d'heure en heure ,
& même de moment en mo.
ment , c'eft pourquoy le Malade
, tantoft brûle , & tantoft
eft glacé ; mais c'eſt dans le
temps de la fermentation , &
qu'il femble que l'ame a perdu
toutes les fonctions ; car fitoft
qu'elle fe réveille au fon
des Inftrumens ,& que le venin
s'eft diffipé par la danfe , le
Malade n'eft plus fujet à ces
changemens , quoy qu'il ne
foit pas entierement guéri
GALANT.
45
#
Dominique fait toujours , la
même choſe, ce font toujours
les mêmes inclinations , les
mêmes mouvemens , les mêmes
fymptomes , qui confi .
ftent à rendre de grands ref.
pects à fa Tarentole , à bien
danfer , & à faire quelques pe
tits fecrets de Berger , qu'il a
appris dans fa jeuneffe.
On n'a point remarqué fi
le venin de la Tarentole affecte
quelque nombre mifterieux
dans fes accés , comme
celuy de neuf dans la rage ,
dont on ne fe reffent qu'au
bout de neuf jours , neuf fe46
MERCURE
maines , neuf Lunes qu'on a
efté mordu. On a feulement
obſervé qu'on eft quelque
temps après avoir efté piqué,
avant que d'en reffentir les
effets , & qu'au bout de l'an
on en eft encore plus tour .
menté. Les Tarentolez ont
d'ordinaire leurs accés envi .
ron dans la faiſon qu'ils ont
efté piquez ; mais cela n'eſt
pas toujours reglé , comme
nous l'avons remarqué à l'égard
du Soldat qui n'a plus de
faifon affectée. En effet , le
lieu , le temps , la fatigue dérange
l'oeconomie de ce poiGALANT:
47
fon, en retarde , en avance , en
redouble ou en diminuë les
e accés , comme dans la Fiévre .
Pomponace qui croit cette
obſervation , l'attribue à l'in-
Aluence & au cours des Aftres.
S
1
Comme on voit , dit - il , des
herbes & des fleurs qui renaiffent
toujours au même
jour de l'année ; & comme il
y a des gens qui font fujets
dans la même faifon à la Fiévre-
tierce ou à la Fiévre quarte
, de même les Tarentolez
font attaquez tous les ans en
pareille failon ; lors que le
Soleil eft au Solstice d'Efté , les
48 MERCURE
mois de Juillet & d'Aouft leurs
accés font plus violens & plus
dangereux . On meurt rarement
de ce mal , mais il continuë
juſqu'à vingt , trente &
quarante années. Renaudor
pretend que quand on donne
en heure & en temps , c'eſt â
dire d'abord qu'on eft piqué,
le remede de la Mufique & de
la danſe fans interruption , &
jufqu'à faire tomber le malade
par terre , que l'on couvre
bien , & que l'on fait fuer co
pieufement, on eftabſolument
garanti de ce mal , mais qu'autrement
on retombe du moins
une
GALANT:
49
une fois l'an , au méme jour &
àla même heure qu'on a efté
piqué. Mais encore un coup ,
l'exemple de Dominique prou,
ve le contraire.
Les maux periodiques ne
gueriffent jamais du premier
accés , quelque remede fpecifique
qu'on y apporte . C'eſt
donc une erreur de croire qu'.
un Tarentolé guerit auffitoft
, s'il eft promptement &
foigneufement fecouru . Tous
les Violons du monde ne le
pourroient pas faire au com,
mencement , parce que le
poifon ne fermente pas enco
Septembre 1699. E
fo
To
MERCURE
re , & n'a point d'effet . Ce ne
feroit pas un remede , ce feroit
un préfervatif; & du moment
que le poifon s'eftfait fentir, on
ne peut pas le chaffer du premier
coup , parce que les accés
font reglez & comptez jufqu'à
un certain nombre , & doivent
durer un certain temps limité.
La Mufique & la danſe le diffipent
pour un temps , & le
malade femble gueri ; mais
l'accés revient comme dans la
Fiévre , plus ou moins violent,
felon la force & la qualité du
venin , qui diminue avec le
emps , & l'âge de la perfonne?
GALANT. 51
& qui eft plus ou moins dangereux
, que la Tarantole a piqué
plus ou moins de fois , car
fuppofé que cet Infecte pique
plufieurs perfonnes , & ne
perde pas fon aiguillon du
premier coup , ce que les Naturaliftes
devoient bien remar
quer , & dont je doute avec
railon , il eft aifé de concevoir
que le premier qu'elle
mord eft plus tourmenté , &
fouffre davantage que les autres
qu'elle pique aprés . Il faut
donc réiterer le remede à
fure que le poiton réitere les
accés, car fi on ne guerit point
E ij
52 MERCURE
que la Tarentole ne meure ;
n'eft . ce pas en vain qu'on
prétend d'eftre délivré de ce
mal avant que de l'avoir reffenti
, ou aprés les premiers
accés. Rhodiginus eft du fentiment
, que fi l'on n'eft pas
fecouru d'abord , on en meurt,
ou du moins qu'on devient
Nephretique ; & qu'on a ces
fymptomes extraordinaires
qu'on admire tant : ce qui eft
fi peu vray , qu'il y a des per
fonnes qui furent foigneufement
traitées d'abord , & qui
n'ont pas laiffé de danſer vingr
& trente ans durant avec le
GALANT 53
1
&
même manége , & les mêmes
accidens que les autres. Ca.
merarius dit qu'il n'y a queles
perfonnes robuftes & vigou-
S reufes qui en gueriffent parfaitement
, & que les foibles
& les infirmes s'en reffentent
toute leur vie. Ils deviennent
prefque aveugles & fourds ;
ne font que languir tout triftes
& ftupides. Les Tarentolez
font toujours blêmes ,fuans
& livides , à cauſe du poiſon.
qui fermente en eux ,
& qui
les agite. Tel eft Dominique
qui a la peau gluante & le.
teint olivaftre, non . feulement
E iij
54 MERCURE
pendant fon accés , mais dans
le temps qu'il fe porte bien .
Cependant je l'attribuë à ſa
complexion & à fon temperament
, & j'ay remarqué dans
fa plus forte agitation , qu'il a
feulement la peau moite , &
que fa fueur n'eft pas abondante.
Enfin les Tarentolez
ont des envies & des goufts
dépravez qui viennent de l'humeur
dominante excitée par
ce poifon , & que l'on pourroit
comparer à celles des Femmes
groffes , & des Filles qui ont
les pâles couleurs. Ils mangent
de la cendre , du plâtre ,
GALANT . 55
5
des charbons , & même de la
matiere fecale , comme cette
Dame de la Cour de Henry II .
dont parle Brantôme , qui en
avoit fes poches pleines au lieu
de confitures feches .
Le venin des autres Infectes
n'agit que fur le corps , celuy
de la Tarentole agit fur l'ame,
&fur le corps en mêmetemps,
en quoy il reffemble à la rage,
qui rend ceux qui en font attaquez
frenetiques & furieux
mais au refte bien differens
des Tarentalez . Il ya auffi cet
te difference , que le venin de
rage n'eft qu'accidentel , &
la
E iiij
56 MERCURE
celuy de la Tarentole eft naturel.
Dans l'une & dans l'au- &
tre maladie , le premier accés
vient fouvent lans y penfer ,
& quelque temps apiés la
morlure. La rage agite & altere
le lang , la Tarentole fermente
& corrompt les humeurs
. Ses accés font periodiques
, & de la méme durée
que ceux de la rage , mais
comme la maladie eft plus
longue , & n'eft pas mortelle ,
ils reviennent plus fouvent.
Les enragez font furieux , &
courent pendant trois jours
mais ils n'ont que neuf accés
GALANT.
57
au plus , deux communement ,
& quelquefois qu'un feul ,
E comme je l'ay oblervé d'un
homme , & d'un chien , qui
amoururent du premier accés,
au bout de neuffemaines qu'-
ils avoient efté mordus , &
fans avoir offenfé qui que ce
foit . L'homme avoit efte touché
d'un Chevalier de Saint
Hubert , & fon accés le prit
en voyant la mer , où il eftoit
allé le promener avec les Afe
mis. On eut foin de baigner
le chien pendant neuf matins
en pleine mer , mais à la
fin des neuf femaines il parut
58 MERCURE
trifte , & ne mangea point.
Sur le foir s'eftant dérobé ,
on le trouva mort aprés l'avoir
bien cherché , dans la
cave , enfoui dans une foffe
qu'il avoit faite. La poule dan-.
feufe dont j'ay deja parlé, avoit
auffi efté baignée dans la mer,
qu'on dit eftre un fouverain
remede contre la rage . Elle
eut jufqu'à neuf accés de trois ,
de cinq , de fept , & de neuf
jours d'intervalle ; en forte qu'
elle fut longtemps enragée avant
que de mourir . Elle tomboit
apres fes accés dans
un affoupiffement qui duroit
MA
ル
GALANT. 59
quelquefois vingt quatre heures
, qu'elle eftoit froide comglace
, & qu'on la croyoit morte.
C'est ce qui arrive auffi aux
e Tarentolez avec une grande
foibleffe des pieds & des mains
dont ils ne guériffent qu'en
danfant , & en s'agitant beaucoup
. Je ne fçay fi ce venin
communiqueroit point ne fe
auffi comme la rage en buvant
après la perfonne piquée,
ou en couchant avec elle , fur
tout pendant les accés . Il eſt
vray que le fang corrompu
communique plus facilement
fa malignité que les humeurs
60 MERCURE
infectées; mais dans le Taren .
tolé le fang peut eftre égale.
ment corrompu comme les
humeurs , & poifon pour poiſon
, je ne voudrois pas m'y
expofer.
un
C'eft encore icy une espece
de folie periodique & reglée ,
où le corps fouffre autant que
l'ame , frenefie muette qui fait
garder aux Tarentol z
morne filence qu'ils n'interrompent
jamais pour quelque
occafion que ce foit , excepté
quelques cris qu'ils pouffent à
la vûë des objets qui leur déplaiſent
, ou quand la ſimphoGALANT.
61
nie manque , & que le poiſon
leur caute de la douleur, Outre
les extravagances qu'ils
font à l'égard de la Tarentole
qu'ils adorent , ils s'imaginent
eftre Rois , Papes , comme les
autres fous ; car du moment
que le poifon agit , il leur
broüille la fantaifie de l'idée
dont ils font infatuez . Il eft
vray qu'ils paroiffent moins
égarez , & que tout ce qu'ils
font elt regulier & concerté ,
mais enfin ils ont l'imagina
tion troublée , & ne le fouvien
nent point de ce qu'ils font.
Une perfonne dans la fièvre
62 MERCURE
chaude perd le fouvenir de ce
qu'elle fait & de ce qu'elle dit ,
mais tous les mouvemens font
dereglez . Il n'en eft pas de mê
me du Tarentolé; & je ne com .
prens pas comment tant de
mouvemens fi juftes & fi compaſſez
réiterez cent & cent fois,
ne laiffent aucune trace , & aucunes
images dans fon cer.
veau, qui luy en rappellent le
fouvenir. Quand la fièvre & la
vapeur du vin fixe l'humeur
dominante , il eft certain que
l'on fe fouvient de ce qu'on dit
& de ce qu'on fait dans ce
temps la. Ceux qui boivent ,
GALANT.
63
& qui connoiffént leur caractere
, difent je fais cela , ou je
dis cela quand j'ay bû , & il y
en a même qui fe reffouvien
nent de la moindre circonf
tance . Il femble à plus forte
raifon , qu'un Tarentolé devroit
bien ſe reffouvenir de ce
qu'il dit & de ce qu'il fait pendant
fon accés ; mais on ne
le peut mieux comparer qu'à
celuy qui refve haut , & qui
parle & agit en dormant , comme
s'il eftoit éveillé . Il ne s'en
fouvient point du tout , à
moins qu'on ne le réveille ſur
le champ. Le Marefchal Fa64
MERCURE
ber fe reffouvint toute fa vie
de cet admirable entretien
qu'il eut avec lon genie , ou
avec luy - même , fur la creation
du monde. Il n'en oublia
pas un mot , parce qu'il fut
reveillé dans le moment par
l'Officier aux Gardes qui eftoit
couché avec luy .
Il eft furprenant que lána.
ture , qui a toujours mis le remede
où eft le mal , n'ait pas
produit quelque fimple dans
la Poüille , & aux environs de
Tarente ,
contre le venin de la Tarentole.
On dit qu'il y a une herpour
préſervatif
GALANT.
65
be qui porte le nom de Phalange
, pour la qualité qu'elle
a de guerir de fa morfure ,
mais les Medecins d'Italie n'en
font aucune mention , & Dominique
, qui eft de ce payslà
, nela connoift point . Pour
les remedes furnaturels
, je ne
doute pas que les Tarentins
n'invoquent quelque Saint ,
qui a le pouvoir de guerir de
cette maladie , & même qu'il
n'y ait quelque Prince d'Italie
qui ait pour prérogative ce
don là . Il me femble qu'il
manque quelque chofe à la
Septembre 1699 .
F
66 MERCURE
gloire de nos fameux Nor
mans , qui ont regné dans la
Poüille & dans la Calabre , de
n'avoir pas gueri de la Tarentole
, fi elle n'eft pas plus nouvelle
que leurs conqueftes .
Comme en Italie le peuple
elt fort fuperftitieux , & cu .
rieux de fecrets , je m'étonne
qu'ils n'ont des talifmans
& des gamahez , ou du moins
quelques brevets contre laTarentole
, comme on en a inventé
contre les Serpens , les rats &
les fouris. On peut croire qu'
ils ont des prieres , & des exorcifmes
pour les conjurer , & les
GALANT. 67
excommunier certains jours
de l'année , comme ceux de
Troyes en Champagne en
ont dans leur vieux Rituel ,
contre les Chenilles & les
Sauterelles , qui les défoloient
autrefois , & qui font bien
moins à craindre que la Tarentole.
Je l'ay déja dit , je ne traite
pas cette matiere en Medecin ;
ainfi je diray peu de chofes
des reme des qui font propres
à une maladie dont la caufe
eft fi cachée , & les effets fi
extraordinaires
. Cependant ,
pour ne rien negliger de ce
Fij
68 MERCURE
qui dépend de mon fujet , je
ne laifferay pas de rapporter
icy les plus curieux que j'ay remarquez
en paffant dans les
Auteurs qui ont écrit de la
Tarentole . J'en trouve de deux
fortes , de specifiques & de naturels
, d'aruficiels , & d'empyriques
. On dit que la Tarentole
même porte ſon contrepolon
avec elle , comme beaucoup
d'autres animaux venimeux
, & que fi on la peut
prendre dans le temps qu'elle
a piqué , il ne faut que l'écrafer
, & la bander fur la playe ,
où on la faiffe ju'qu'à ce qu'el
GALANT. 69
le fe deffeche & tombe d'elle
même . On ſe ſert pour la prendre
d'un chalumeau qu'on approche
du trou où elle eſt cachée
, & dans lequel on l'attire
en bourdonnant à la maniere
des mouches à qui elle fait la
chaffe , & dont elle fe nourrit .
Pline dit que le remede contre
la piqueure des Phalanges
eft d'en montrer un autre de la
même cipece au Patient , &
quand on en peut trouver de
morts on n'a qu'à les garder
pour cet effet , & luy en faire
prendre les pelures pulverifees.
dans fa boiffon . On peut faire
50 MERCURE
la même chofe de la Tarento .
le , puifque c'e ft auffi une Araignée
Phalange. Les Mouches
cantharides , les Bourdons &
les Fieflons font des prefervatifs
naturels contre fon venin ,
& il ne faut pas s'en étonner ,
puifqu'ils luy fervent de nourriture.
C'eft furquoy eft fondé
le ipecifique celebre de Scaliger
contre cet Infecte , qui eft
compofé d'un carteron de
Mouches prifes fur les fleurs
du Napel , incorporées avec
deux onces de Mithridate ,
autant d'Ariftoloche ronde ,
dmi once de terre figiliée , &
GALANT. 71
quelques gouttes de jus de citron
, remede qui a beaucoup
$ de convenance avec la nature ,
& les qualitez de la Tarentole ,
la Mouche guefpe devroit bien
eftre un antidote contre fon
venin , puis qu'il y a une fi
grande antipathie entre elle &
' Araignée , qu'elles font toujours
en guerre. Il en eft de
même de la Couleuvre , à qui
l'Araignée donne la mort ors
qu ' lle la voit endormie fous
l'arbre où elle s'eft mife en
embuſcade pour la tuer . Elle
fe laffe defcendre par le fil
qu'elle fait , & entre dans le
72 MERCURE
cerveau de la Couleuvre , qu
elle mord, & fi attache jufqu'à
ce qu'elle meure par fon venin.
Comme il y a auffi une
grande antipathie entre la
Tarentole & le Scorpion , &
que celuy qui eft mordu du
Scorpion, guerit avec de l'huile
où l'on a fuffoque la Taren-.
tole , je croy pareillement que
celuy qui eft piqué de la Tarentole
, peut guerir avec de
l'huile où l'on aura étouffé un
Scorpion ; mais rien à mon
gré ne feroit meilleur contre
fon venin , que la pierre Serpentine
, dont les Brachmanes
ont
10
GALANT.
73
A
ont trouvé le fecret à la Chine,
& dans les Indes . Cette pierre
eft en partie naturelle , parce
qu'elle croift dans le Serpent,
& fur tout dans la Couleuvre
velue ; c'eft pourquoy les Portugais
l'appellent Cobra de Ca
pelos , mais elle eſt en partie
artificielle , parce qu'elle eft
compofée du poifon de divers
animaux venimeux. Elle eſt
le
admirable pour la piqueure
des Serpens & des Viperes ,
dont elle guerit fur le champ
les hommes & les beftes p
s par
fimple attouchement. Kirker
dit qu'il en a fait l'experience
Septembre 1699 .
G
74 MERCURE
luy même , fur un chien mor?
du de la Vipere , & qu'un Italien
l'avoir auffi éprouvé fur
un homme piqué d'un Ser
pent. On applique cette pierre
fur la playe , où elle s'attache
incontinent , & où elle
demeure colée jufqu'à ce qu'
elle ait attiré tout le venin , &
qu'elle tombe d'elle- même
comme une Sangſuë , horſmis
qu'elle ne change point de
Couleur , de groffeur , ny de
confiftance; mais il faut pren
dre garde qu'elle ne tombe
pas à terre ; car elle perd toute
fa vertu , pour peu qu'elle
GALANT.
75
ypofe , ce qui luy arrive aufli
dans l'eau , comme on l'obà
ferve lors que l'on s'en fert
pour purger les eaux empoifonnées
, defquelles elle attiré
auffi - toft tout le venin , &
toutes les mauvaises qualitez ;
mais où elle perd toute fa
force , & ne fert plus enfuite.
= Il n'en eft pas de même des
playes , où elle ne diminuë
rien de la vertu , & où il femble
au contraire qu'elle aug .
mente en continuant de s'en
fervir. On pretend encore
qu'elle guerit de la rage ; mais
on a de la peine à la trouver ,
Gij
76 MERCURE
& elle eft inconnue en Euros
pe. Cependant les Tarentins
&les Napolitainsen devroient
faire la recherche , & en fçavoir
la compofition ; elle leur
feroit d'un grand fecours. La
Theriaque , qui eft auffi un remede
compofe de plufieurs
contrepoifons , eft fort bonne
contre le venin de la Tarento
le, mais elle ne guerit pas abfolument
le malade , ou ce
n'eft qu'avec beaucoup de
temps . Elle le foulage un peu
'd'abord, &modere feulement
fes accés ; il en eft de même
de l'eau de vie qui luy fait du
bien.
32
GALANT: 77
A l'égard des Simples, outre
la Scorzonere , dont j'ay parlé
1 dans la feconde Partie de ce
Difcours , il y a le Phalangium ,
qui'eft fort commun . Sa fleur
eft petite. On le diftingue en
deux efpeces , Phalangium ras
mofum, & Phalangium pulchrius
non ramofum. On en trouve en
quantité desdeux fortes auprés
de Surenne , & fur la bute de
Seve aux environs de Paris . Ne
s'y trouveroit- il point auffi des
Infectes du même nom : car la
nature n'y a pas mis cette plante
en vain , mais on ne s'eft pas
donné la peine d'en faire l'ob-
Giij
78 MERCURE
fervation. Il pourroit y avoir de
petits Phalanges , & même
quelques Tarentoles, quoy qu
elles ne fe fiffent pas reffentir,
parce qu'elles ne feroient pas
malfaifantes ; & en effet , feroient-
elles venimeufes dans
des lieux où leur antidote eft
enfigrande abondance , & d'où
elles tirent en quelque façon
leur nourriture , quand ce ne
feroit que par l'odeur que la
fleur de cette plante exhale.
Comme je fuis perfuadé que
tous les remedes qui font promaladies
mélancoli
pres a
ques & hypochondriaques fe
GATANT. 79
roient fort bons contre le ve
nin de la Tarentole , je croy
qu'on pourroit utilement fe
fervir , non- feulement des
plantes qui gueriffent de la
morfure des beftes venimeufes
& des chiens enragez , comme
l'Afclepias ou dompte venin
, la fleur de Moron bleuë,
le gland de chefne , la Brunel
le ,le Plantain, le Sureau , mais
auffi l'huile ou l'extrait d'Hyfpericum
, en Francois Mille
pertuis , la Fumeterre , le
Creffon d'eau , la Buglofe , la
Chicorée fauvage , le Houblon
femelle , le Polipode , la Paffe-
G iiij
80 MERCURE
rage , la Balotte ou Marube
noir , & tant d'autres qu'en .
feignent les habiles Mede:
eins . Je croy , dis- je , que tous
ces Simples feroienc d'un
grand uſage dans cette maladie
, puis qu'on s'en fert avec
fuccés dans les vapeurs , dans
la mélancolie
, dans la manie ,
& dans les égaremens d'efprit,
qui ont tant de rapport aux
accés des Tarentolez
. On a
même donné à la plante
d'Hypericum
, ou Mille- pertuis,
le nom de Fugadæmonum
, parce
qu'on la croit propre à gue.
rir ceux qui fe difent poffedez;
GALANT. 81
·
2
0: mais comme remarque fort
1 bien M' Pifton , fçavant Profeffeur
en Botanique , au Jar-
S din Royal des Plantes , ces
} fortes de gens font la plufpart
des fripons , ou de veritables
Hippochondriaques. J'ofe avancer
qu'on en pourroit dire
autant de la plupart des
Tarentolez fans beaucoup fe
5
tromper.
Voilà les remedes naturels
& propres contre le ve
nin de la Tarentole . Les artificiels
, les Empiriques , &
les charmes font fi badins
& fi frivoles , outre que la
2
82 MERCURE
Religion les défend , que
je n'ay garde de les rappor
ter icy. Mais je ne puis paffer
fous filence un fecret de
guerir la piqueure de la Tareronde
, qui eft la Tarentole
de la Mer , il eft out . à - fait
fingulier. On prend fá queue ,
& on l'attache à un Chefne
vert , qui meurt auſſi toft , &
le Malade guerit en même
temps. On pourroit faire la
même chose à l'égard de la
Tarentole , mais la queue eft
un peu difficile à trouver ; outre
que cette gueriſon a tout
L'air d'un pacte, & qu'on ditſans
GALANT. 83
1.
e
<
doute quelques paroles ; car je
ne croy pas qu'elle fe faffe par
transplantation , comme parelent
les Medecins ; c'eft à dire
que la maladie paffe naturellement
de l'homme au chefne.
Ces fortes de guerifons font
du reffort & du métier des
Sorciers & des Charlatans
pour lesquels on a heureuſe
C ment trouvé le mot de tranf
plantation ou d'envoy.de ma-
1. ladie , qui n'eft proprement
qu'une chimere dont on couvre
l'horreur du pacte & de la
diablerie. Si la tranfplantation
eftoit veritable à l'égard de la
3
&
84 MERCURE
Tarentole , le remede feroit
auffi merveilleux que la mala .
die , & il ne feroit pas moins
furprenant de voir danfer des
Cheſnes que des Paralytiques
& des Boiteux .
La Mufique & la Danſe font
les vrais remedes , ou plutoft
les vrais fymptômes de cette
maladie. Meyffonier dit qu'el
les ont tant de rapport & de
fympathie avec les effets de la
Tarentole , qu'elles attirent
fon venin au dehors de la même
maniere que l'ambre atti
re la paille , le fer l'aimant , let
Soleil l'Heliotrope , la Remo
GALANT. 85
3:
ง
ר
S
rele Navire , en forte que les
fons l'entraînent avec leur
douce violence par une repetition
continuelle de la danfe
& des inftrumens , fans laquelle
cette attraction ne fe feroit
pas. Renaudot croit que les
Anciens ont ignoré cette fympathie
de la Tarentole & de la
Mufique , mais ce n'eft pas
une chofe furprenante puifqu'ils
n'ont pas connu ces Infectes
, car pour les merveilleux
effets de la Mufique , ils ne les
ont pas ignorez dans les maladies
du corps & de l'ame.
Ce font eux qui nous ont ap86
MERCURE
* •
pris que la Flute d'Ifmenias
gueriffoit de la Sciatique , &
qu'Afclepiades remettoit dans
leur bon fens par le moyen de
l'harmonie , ceux qui avoient
l'efprit égaré ; mais foit la faute
des Mailtres , ou qu'on ait aujourd'huy
l'oreille plus dure
qu'en ce temps là , la Mufique
ne guerit plus de la Sciatique ,
& de la Folie , il n'y a que les
Tarentolez
qui en reçoivent
quelque foulagement. Elle remedie
à deux accidens dont
ils font fort affligez
, une gran
de douleur d'oreilles
, & une
grande foibleffe des jambes,
GALANT. 87
&
& des pieds ; mais ce qu'il y a
de plus admirable dans ce poífon
, c'est qu'il fait danſer les
Paralytiques & les Boiteux .
Meyffonnier affure qu'il a vû
un Vieillard de quatre - vingts
ans perclus de fes membres ,
danfer & fauter comme un
Chevreuil . On fait une queftion
là- deffus , & on demande
par la même raiſon fi un enfant
au berceau , ou une perfonne
qui auroit perdu les jambes,
danferoit comme ce Vieil
lard ? Il femble que non ; car
le venin de la Tarentole par
le moyen de l'harmonie peut
$5 MERCURE
bien rétablir , & redonner la
difpofition naturelle qu'on
avoit pour la danſe , mais non
pas celle qu'on n'a pas encore ,
ou qu'on a perduë par le retranchement
des parties neceffaires
pour cela ; car fans
elles peut -on paſſer à l'acte
dont on n'a pas la puiſſance ?
l'Invalide n'a pas plus de jambes
,l'enfant n'en a pas encore
l'ufage. Il feroit beau voir un
tronc d'homme danfer & fe
mouvoir en cadence. Cependant
comme on fent encore
de la douleur au bras ou à la
main qu'on a perduë , & que
GALANT. 89
t
les enfans au maillot fautillent
& s'agitent , de joye à la
vûë de leurs Nourrices, je croy.
que s'ils eftoient Tarentolez
l'Enfant & l'Invalide danſe .
roient comme les Boiteux &.
les Paralytiques dont parle
Meyffonnier. On dit que ce
miracle le fait par la confor
mité qui fe rencontre dans les
tons de la Mufique , & la vertu
du venin de la Tarentole , qui
eftant froid & melancolique ,
fait retirer la chaleur , & les
efprits au dedans du corps
pour le préferver contre le
froid mortel ce qui caufe
Septembre 1699.
>
H
90 MERCURE
d'abord des affoupiffemens &
des convulfions ; & le fon des
Inftrumens venant à réveiller
ces efprits engourdis , & à les
attirer au dehors , il excite les
nerfs , les muſcles , & les autres
organes du mouvement. Ainfi
la Mufique rend les Boiteux
mêmes capables de la danſe,
en les purgeant de ce poifon
par les fueurs , & l'infenfible
transpiration que luy cauſe
l'agitation & l'exercice . Camerarius
dit aufli que ce venin
amaffé fe répand par tout le
corps par l'harmonie des voix
& des Inftrumiens , d'où enfuiGALANT.
gr
5
C
te il fe coule & s'évanouit par
la tranſpiration , & par l'ouverture
des pores . Cet Auteur
rapporteune plaifante hiſtoire
qu'il a tirée de Guyon , d'une
Demoiſelle de Rouen , nommée
du Pareau , qui ne fe fervit
jamais pendant cent fix
ans qu'elle vêcut , que d'un
Joueur de Flute & de Tambour
de Baſque, qu'elle faifoit
joüer plus ou moins long .
temps , felon qu'elle eftoit
malade , & dont elle ne manquoit
point d'eftre foulagée ,
& guerie . Il y a une montagne
dans l'Afrique
ou
Hij
91 MERCURE
l'on ne peut paffer qu'en char
tant & en danfant , autrement
l'on eft faifi de la fiévre. La
Muſique a un fort bon effet
fur les Nefretiques & les mélancoliques
; mais fi elle gue
rit de la piqueure de la Vipere,
comme dit Macrobe , elle
peut bien guerir de la piqueure
de la Tarentole.
Mais à moins que le venin
de cet Infecte n'inſpire dans
le même moment qu'on en eft
piqué , l'inclination pour la
Mufique , & la difpofition
pour la danfe ; comment faire
danfer un Boiteux & un ParaGALANT.
93
-lytique d'un mal qu'ils n'ont
pas encore ? Ce n'eft pas le
a premier appareil qu'on doit
appliquer à ces gens . là ; mais
la Theriaque , la Cantharide ,
& les autres remedes que la
Medecine enfeigne. Al'égard
des jeunes gens , & des perfonnes
robuftes , on peut com
mencer par ce remede , qui
eft prompt & facile ; mais en
ce cas-là il n'y a que l'agitation
& le mouvement qui les
garantit ; & on ne peut pas
dire que ce foit proprement
la Mufique & la danfe , qui
n'ont d'effet que lors que le
94 MERCURE
poifon agit & le fait fentir , &
dont elles font également les
fymptomes , de même que les
remedes. Mais enfin c'eft avec
raiſon que ces pauvres Tarentolez
, ad Muficam tanquam ad
facram anchoram confugiunt , dic
le Docteur de Complute.Aufli
quand les Violons manquent
de pratique en Italie , ils vont
à Tarente , à Naples , & dans
les lieux où il y a des Tarentolez
, qui leur donnent de la
pratique tout l'Efté. Il y en a
même de gagez pour le foulagement
des pauvres à la
campagne , dans les Bourgs
GALANT.
97
& dans les Villes , où ils s'affemblent
pour danfer les uns
e avec les autres. Les perfonnes
de qualité fe rendent viſite en
1 ces cccaſions là , & le divertiffent
enfemble . Cependant
je croy que ces fortes de Frenetiques
font comme les au-
། tres Fous , qui ne fe plaifent
guere avec leurs femblables .
Dominique choififfoit fort
bien ceux avec lesquels il vouloit
danfer. Il prenoit toujours
les plus fages , & les
mieux faits . C'est une chofe
affez
remarquable que les
hommes ne danfent point
46 MERCURE
d'ordinaire avec les femmes ,
ny les femmes avec les hommes.
Chaque Sexe invite fes
Camarades , & fes Compagnes
, qui pour s'entre- faire
honneur & plaifir , le tiennent
leftes & propres. Les femmes
n'ont point d'épées, mais elles
n'oublient
pas les miroirs , les
baffins pleins d'eau , les branches
de verdure , & les bouquets
de fleurs. Ce divertiffe.
ment dure quelquefois plus
d'une femaine , car il y en a
qui danfent jufqu'à quinze
jours de fuite.
Chaque Malade affecte un
certain
GALANT:
97
e
Certain air &un certain fon.Ily
en a qui aimentpaffionnément
le fon des Cloches ; & cela
vient du poifon qui fixe l'hu
meur dominante . Ainfi je croy
qu'il n'y a que ceux d'Italie .
qui affectent principalement
le branle de la Tarentole ,
parce que c'eſt la danſe des
Bergers de ce pays là . Kirker
dit qu'ils aiment fur tout ce
qu'on appelle le Tabourin , &
la Zampona ruftica de Paftori ,
la Flute des Bergers. La Mufique
bruyante leur plaiſt beaucoup
, & le chant qui fe mêle
au fon de la Flute. Ils font plus
Septembre 1699.
I
98 MERCURE
touchez de certains tons que
d'autres , & ils en reçoivent
plus de foulagement , parce
qu'ils font proportionnez à la
qualite du poilon qui les travaille.
Comme aufli il y a de
certains tons qui leur déplaifent
, & qui les font fouffrir
davantage , parce qu'ils irri
tent & aigriffent fon humeur
maligne ; mais generalement
parlans , tout ce qui s'apelle fon
& mufique les foulage , & leur
fait du bien.
Dominique fut
d'abord retiré de fon afſoupiffement
par le premier air que
joüa le Violon qu'on envoya
DE
LA
VILLES
LYON
130
HEATE
DE
LA
VILLE
+
GALANT - 99
querir, & même il danfoit
Menuets & nos Gavotes avec
autant de jufteffe & d'agré
ment que le branle de la Tarentole.
Il eft vray qu'il l'aimoit
mieux que les autres ,
mais cela vient de l'habitude
& de l'ufage de fon pays , où
cet air- là eft confacré à cette
maladie. Il n'y a perſonne qui
ne foit plus touché de certains
fons & de certaines ca
dences, & qui n'ait fon Inftrument
& fa chanfon favorite. "
Ceux qui fe récrient fur
l'éloignement des lieux , comme
fait le pieux Ecrivain que
I ij
foo MERCURE
jay déja cité , cherchent icy
des fujets d'admiration où
il n'y en a point du tout ; car
enfin , qu'y a til de furprenant
que la Tarentole faffe
danfer une perfonne à cent ,
à mille lieuës loin d'elle. C'eft
fon venin qui la fait danfer ,
& qu'elle porte par tout. Il ne
faut point là chercher des fecrets
de fympathie ; & quand
il feroit vray que la Tarentole
& le Tarentolé danfent dans
le même moment, & que c'est
toujours l'Infecte qui com.
mence le Bal , ce n'eſt pas une
merveille. Le mouvement
ر پ
GALANT : Jot
qu'il fe donne excite , & fermente
le venin qu'il a com
muniqué, & le Tarentolé danferoit
à Siam comme à Tarente.
Mais qui peut avoit remar."
qué cette fympathie ? Quelqu'un
a t il confervé dans une
boëte la Tarentole qui l'a
piqué , pour fçavoir que lors
qu'elle danfe , il faut qu'il
danfe auffi , & qu'il ne danfe
jamais que lors qu'elle danfe?
Il n'y a rien de certain , c'eft
une vifion qui groffit les ob.
jets , & qui trouve tout extraordinaire
; mais quand il yauroit
de la fympathie , l'éloi-
Iiij
102 MERCURE
gnement des lieux ne la rend
point plus admirable. Aprés
avoir bien examiné tous les
fymptomes
de Dominique
,
les laifons , les lieux , & cent
autres circonftances
que je ne
rapporte point icy , il n'y a pas
d'apparence que cela arrive
de la forte. La Tarentole
danfe , fon venin excite à la
danfe , cela eft certain ? Pour
le refte , fauffe conjecture
,
propre à exercer les Orateurs
& les nouveaux Philofophes
. Soit donc qu'on
regarde la danfe comme le
ǝmede , ou comme l'effet du
"
GALANT 103
venin de la Tarentole , c'eft
toujouts une merveille qui la
erend celebre parmy les anine
e , maux venimeux ; car cette jufteffe
de cadence qu'elle don.
ne à ceux qui en font piquez ,
S & qu'ils obfervent fi exactee
ment en quelque danfe que
ce foit , & de quelque Inftrua
ment qu'on jouë , en forte
qu'ils ne s'y trompent jamais ,
non plus que le meilleur dan.
feur du monde : difpofition
néanmoins qui ne dure que
pendant leurs accés , & qu'ils
perdent auffi toft qu'il eft paffé
, jufqu'à oublier le branle
I
iiij
104 MERCURE
même de la Tarentole qu'ils
affectent davantage , & dont
ils ont une habitude de quin,
ze ou vingt années ; tout cela ,
dis je , eft bien digne d'admi
ration , mais eft ce qu'un fi
habile Maiftre de danſe , qui
fans art , fans étude , fans inclination
, fait danſer toutes
fortes de danſes avec tant de
grace
& de jufteffe , n'a jamais
fait un écolier , & qu'il ne luy
demeure rien de tant de leçons
qu'il luy a données ?
Tout ce que je puis dire làdeffus
, eft que Dominique a
fans doute autrefois appris à
GALANT. JOS
danfer , ou que la Tarentole
luy a laiffé dans les jambes &
dans fon attitude ordinaire ,
un air & une diſpoſition à la
danſe que les meilleurs Maiftres
n'ont pas. Heureux les
Tarentolez , fi en perdant le
talent pour la danſe aprés leurs
accés , ils recouvroient la fanté;
mais aprés avoir fouvent
danfé toute leur vie , ils meurent
encore de ce mal , ou la
Tarentole qui l'a caufé , dont
il attendoit la mort pour avoir
fa guerifon ; car c'est encore
icy une des merveilles , out
plûtoft une des erreurs où l'on
106 MERCURE
eft à l'égard de cet Infecte ,
que l'on ne guerit de fa pi.fi
queure que par La mort. C'eſt
l'opinion de Dominique , qui
attend depuis quinze ans que
fa Tarentole foit morte pour
eftre gueri , s'il n'eft point
mort luy même , comme le
bruit en a couru .
Cette erreur populaire qui
eſt commune dans la Poüille ,
& à tous les Auteurs qui ont
écrit de la Tarentole ,n'a pourtant
aucun fondement ; car
s'il eft vray qu'on a vû des
perſonnes danſer trente ou
quarante années durant , eft .
GALANT
107
CL
e
ב
la
il poffible que cet Infecte vive
fi longtemps : Et s'il eft de la
nature des autres Infectes , qui
meurent & qui renaiffent tous
les ans , on gueriroit bien toft
de cette maladie . On ne peut
répondre à ces deux objections
; car de fuppofer que
Tarentole ne meurt point
comme les autres Infectes ,
tous les ans , & qu'elle vit
plufieurs années , c'eft dont il
faut avoir une preuve qu'on
ne trouvera point chez tous
les Naturaliſtes , afin d'établir
cette opinion ; au lieu que
pour la détruire on a de tres108
MERCURE
fortes conjectures. Ainfi je ne
croy point que le Tarentolé
gueriffe fi toft que la Tarentole
vient à mourir , & que fi
on la tue dans le moment de
la piqueure , il n'en tombe
qu'une feule fois. Mais ne fuf.
fir il pas qu'il ait un feul accés ,
& qu'il danfe une feule fois
aprés qu'on l'a tuée , pour af
furer qu'on ne guerit pas aprés
la mort de cet Infecte. N'y
auroit il pas autant de raiſon
de dire qu'en le tuant fur le
champ , celuy qu'il a piqué
n'en reffent aucun effet. Pourquoy
fon venin ne perdra t il
GALANT: 109
D
pas fa force dans le même
moment
, & avant que de
s'eftre
fermenté
, auffi- bien
qu'aprés
plufieurs
accés , &
une plus longue
fermentation
qui a corrompu
le fang & les
humeurs
: Tous ces Auteurs
,
qui n'ont fongé qu'à faire des
Déclamations
fur la Tarentole
, n'ont pas
examiné
la cho .
fe , & fe font laiffé prévenir
de tout le merveilleux
que le
vulgaire
leur en a pû dire. Le
Proverbe
, Morte
eft la beste,
mors eft le venin , n'a point icy
de lieu ; car on a beau tuer la
Tarentole
fur le champ
, le
110 MERCURE
malade n'en guerit pas plûtoft
pour cela , il faut que fon ve
nin opere dans toute fon éten
due , & felon le temperament
& la complexion du malade . Il
en eft comme de la rage, dont
on ne guerit point pour tuer
le chien qui a mordu.
Je fçay bien qu'on peut
expliquer cette hypotheſe par
l'émanation des corpufcules ,
&par la vertu de la ſympathie
qui eft entre la Tarentole &
celuy qu'elle a piqué ; en forte
que cette communcation venant
à ceffer par la mort de cet
Inſecte , ſon venin n'agit plus ,
GALANT. HE
!
& la perfonne eft guerie ; mais
je fuis perfuadé que les gens
fages & judicieux s'en tiendront
aux preuves de fait , &
préfereront mon fentiment à
tous les raifonnemens creux
de la Philofophie corpufcu
laire & fympatique. Cependant
ces pauvres Tarentins
abuſez de cette créance , vont
à la chaffe aux Tarentoles , &
en tuent autant qu'ils en peuvent
attraper ; dans l'efperance
que celles qui les ont piquez
, ou leurs Amis , feront
du nombre , & qu'ils gueri
ront tous ; mais ils ſe flatent .
112 MERCURE
en vain , & n'entendent pas le
veritable fens du Proverbe ,
qui veut dire feulement que le
poifon de la befte morte eft
mort auffi , parce qu'elle n'agit
plus, & qu'il n'a d'effet que
dans fon action ; mais lors
que fa piqueure a une fois
operé , il agit indépendamment
d'elle , & ne perd rien
de fa vertu par fa mort. On
pretend que deflechée & priſe
en poudre , elle caule les mê,
mes fymptomes que fi on en
eftoit piqué , & qu'elle opere
bien plus promptement , puis
qu'elle fait fauter & danfer fur
GALANT. 113
le champ ceux aufquels on en
donne. Les curieux de fecrets
divertiffans s'en fervent pour
cela. Cet Infecte fuffoqué &
dégorgé dans quelque liqueur,
a auffi les mémes effets , & agit
d'une maniere plus violente
qu'en poudre ; mais il eft cer
1 tain que toute la force de fon
I venin confifte dans fon aiguillon
, & qu'il eft moins dangereux
mort que vivant. Pomponace
, celebre Medecin de
Mantouë , en parlant de la
Tarentole , propofe la queftion
, & demande fi le mal
ceffe lors qu'elle meurt de
Septembre 1699.
K
114 MERCURE
mort naturelle , ou par acci
dent. Il avouë de bonne foy
qu'il eft difficile d'en rappor
ter la cauſe , & que c'est une
merveille dans la nature dont
il doute, parce qu'il n'en arien
trouvé dans les bons Auteurs,
& que
c'eſt une opinion particuliere
des peuples de la
Poüille. Il ajoûte neanmoins
c'eft un
qu'on
peut dire que
effet de la vertu de la Taren .
tole , qui regle ainſi la durée
de fon venin , par la même
conftellation qui abrege ou
qui prolonge fa vie; mais n'eftce
pas alambiquer fa raiſon
GALANT.
fur un principe faux ? Pourquoy
ne pas s'affurer du fait
I avant que d'en raifonner ?
- Etrange effet de l'illufion des
faux Sçavans , qui cherchent
O par tout le merveilleux pour
dire des chofes extraordinai .
res . Tel eft cet Auteur , qui
s'embaraffe encore de cette
- diftinction frivole , fçavoir la
difference qu'il y a quand la
Tarentole meurt proprio fato ,
vel alieno . En effet , für quoy
fonder cette diftinction ? On
peut bien avoir obfervé fi la
mort de cet Infecte guetit ou
ne guerit pas de fon venin ,
Kij
116 MERCURE
parce que mille gens l'ont
tuée fur champ , mais c'eft
auffi la feule experience qu'on
a pû faire , car fi dans ce moment
que la Tarentole eft
morte fato alieno, on ne reffent
point d'effet extraordinaire &
fympathique de cette mort
violente , par quel preffentiment
peut on fçavoir fa mort
naturelle , & comment en remarquer
la difference ? C'efto
une chofe impoffible , mais
on ne s'en mettroit guere en
peine , fi la propofition eftoits
veritable
, que le malade eft
gueri par la mort de la Tarento
GALANT .
117
tole. Pourvû qu'elle meure ,
il n'importe de quel genre ,
vel proprio fato , vel alieno ; car
je ne croy pas que quand un
autre la tuë , ou qu'on la tuë
foy- même , les accés en foient
plus forts , & qu'on expie ce
Tarentolicide jufqu'au periode
fatal de fa fin naturellle ,
comme Pomponace la veut
infinuër par la conftellation
qui préfide à la deſtinée de
cet Infecte ; ou que quand ce
période eft accompli , & que
la Tarentole meurt naturellement
, on gueriffe tout d'un
coup , plus doucement & >
118 MERCURE
d'une maniere imperceptible.
Tradition imaginaire des Tarentins
, & des Auteurs credules
, vaine fuppofition , queftion
chimerique des nou .
veaux Philofophes , comme
tant d'autres qu'on agite dans
l'Ecole , & fur lesquelles on
dit tant de pauvretcz .
Je finis donc ce Difcours
de la Tarentole
, pour ne pas.
tomber moy même dans le
defaut que je reproche aux
autres , en entrant dans un
plus long détail , ou plûtoſt
pour ne pas groflir davantage
le nombre de mes béveuës ,
GALANT. 119
& de mes erreurs ; car je fens
bien qu'on ne peut pas traiter
une matiere comme celle cy,
fans que l'imagination s'égare
quelquefois , & fans que le
bons fens faffe de faux écarts.
Puis que l'avanture en Vers
de la Melalliance avantageuſe,
employée dans ma Lettre du
mois paffé , a efté de vostre
gouft , j'ay fujet de croire que
vous ne ferez pas moins con.
tente de celle cy. Elle eft du
même Auteur.
120 MERCURE
"
LE REVEIL
MAL APPRESTE'.
E
AVANTURE.
Nun Hoftel garny du Fauxbourg
Saint- Germain ,
Certaine Dame à petit train ,
Se faifoit appeller Marquife de la
Rofte.
Elle avoit un Caroffe au mois
Qu'elle payoit comme fon Hoftes
Cela veut dire en bon François,
Qu'elle payoit fort mal , Le Loucur
de Voiture
Prévoyant fâcheufe avanture .
Ne vouloit plus préter , l'Hofte pareillement.
La
GALANT. 121
La Dame promettoit toujours contentement
y
Du retour du Marquis elle amuſoit
fes duppes ,
6
Tandis qu'elle vendoit nippes , manteaux
& juppes ,
Pour fournir aux preffans befoins .
Le Marquis fuppofé n'eftoit qu'une
chimere ,
La Marquife eftoit prefte à tomber
en mifere ,
Elle ne fçavoit plus à quoy donner
fes foins ,
La marmite eſtoit renverſée .
Enfin des vifs chagrins dont elle
eftoit preffée
Rien ne fembloit pouvoir là ga
rantir.
Lors qu'un jour allant par la Ville,
A pied , s'entend ,
vertir ,
Septembre 1699.
non pour
L
ſe di122
MERCURE
$
Maispour chercher quelque moyen
utile
A fetirer de tous les embarras.
Ainu marchant à petits pas ,
Eile fit vers le feir rencontre d'un
seyjoy jeune homme ,
A peu prés fait en Gentilhomme,
Il s'avançoit au bord de l'eau.
Affez proche eftoit un bateau.
La Dame y paffa la premiere ,
L'Inconnu la fuivic ; traverlane la
Riviere
1 L'un à l'autre fit les doux yeux.
Ils fe dirent quelques paroles ,
Et jouërent fi bien leurs rôles,
Qu'au gré de deux Amans rien na
fe pouvoit mieux .
En débarquant l'Inconnu prit la
Dame
,
Ou par le bras , ou par la main , y
Les volà tous deux en chemin ,
GALANT $ 23
Ecuyer , le coeur tout en flâme,
Ne parle que d'aimer , ne promet
que plaifirs.
La Dame fans façon répond à ſes
defirs ,
Chez l'Hofte mal content ils arrivent
enfemble .
Le Galant dans la chambre eſt d'abord
introduit ,
Il est trop heureux.ce luy femble,
De ce qu'on luy permet de paffer la
la nuit ;
La Marquife tenant fa proye ,
Chez fon Hofte auffi- toft va publiant
fa joye.
Enfin , mon Hofte , enfin , luy ditelle
en riant ,
Mon Epoux eft venu ,nous payerons
nos detres.
Vifte pour fon fouper quelque morceau
friand ,
Lij
124 MERCURE
Et jufques à demain , toutes chofes
fecretes.
Il ne veut point paroiftte aux yeux
de nos Amis ,
Qu'il n'ait icy fon Equipage ,
Et repris fes plus beaux habits,
Nous aurons dans deux jours fes
Laquais & fon Page.
L'Hofte plein de refpect répond
honneftement,
Aprefte à fouper promptement,
Joint deux Poulardes à l'éclanche,
Bon deffert & bon vin , bon feu , rien
d'épargné .
Le repas eft fuivi d'une Toilette
blanche ,
Et l'Hofte fans plaider croit fon procés
gagné .
Cafcaret aide Simonnette ;
De draps blancs te lit eft couvert.
Noftre Inconnu d'une ferviette
GALANT. 125
Fait un bonnet en homme expert..
Le Domestique fe retire ,
L'Hofte de fon cofté ne fonge plus
qu'à rire.
Le lendemain à peine a- t-il ouvert
les yeux ,
Qu'il allume le feu , fait bouillir la
marmite,
En peu de temps la chair eft cuite.
Ildreffe deux bouillons , & les porte
tous deux
A la chambre de la Marquiſe.
Il ne la trouve plus. Pour luy quelle
furprife !
La Toilette eft pliée, & le coffre eft
vuidé .
L'Inconnu dort encor l'Hofte
troublé l'éveille ,
Et par l'ardeur du procedé,
Liij
126 MERCURE
Luy met bien pis que la puce à l'oreille
,
Lejette dans la crainte , & le rém-
"plit d'effroy.
Un Commiffaire vient qui parle au
nom du Roy, since 20
Pour éviter l'affront l'homme duppé
compoſe,
On dit qu'il faut payer , il convient
de la chofe ;
It compte des Louis , l'Hofte pa
roift content.
Il n'eft for à Paris qui n'en mérite
autant.
Vous avez lû fans doute ,
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
Le nom de Vertron me
fait fouvenir d'une Lettre que
vous ferez bien aife de voir.
Il l'a écrite à l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , fur la
mort de fon Perroquet .
MADEMOISELLE
En lifant le Mercure jap
prens la trifte nouvelle de la
mort de voſtre inimitable Perroquet.
En verité je prens tou
te la part qu'un Ami doit
prendre à la perte d'un oiſeau
ཡནམའོི་་ི་
GALNIM 139
de fon illuftre Amie , qui en
faifoit le plus doux de fes
plaifirs.
Confolez vous du Perroquet,
Recevez en un en peinture;
OV
Celay cyn'a point de caquet,
Mais ilplaira par fa figure.
Je ne doute point que les
Mufes Françoiles , & les Italiennes,
parmy lefquelles vous
brillez , ne vous témoignent
leur fenfibilité pour ce qui
vous touche ; & certes ,
Mademoiselle
, fi Pithagore , ce
Philofophe fameux , Auteur de
la Metempficofe , revenoit
dans le nouveau Siecle , il ai
Mij
146 MERCURE
meroit mieux que fon ame
paffaft dans le corps de votre
Perroquet , pour le ranimer ,
& pour vous réjouir , que dans
celuy d'un cheval qu'il prétend
avoir efté. Mais fans nous ar
refter icy à combattre fon
opinion de la
tranfmigration
drs Ames , il faut avouër , Mademoiſelle
, que voſtre Perroquet
eftoit un joly animal.
Pardonnez à ce mor échapé,
& excufez moy , fi je parle
ainfi d'une petite befte qui
avoit tant d'efprits , int
Je le dis en une parole ,
*3)Qui n'en auroit à voſtre écoles
GALANT. 140
Que Perfe ceffe de nous
vanter dans le Prologue de
fes Satires un certain Perroquet,
qui avoit appris à don
ner tous les matins le bon jour
à fon Maistre. Levoftre quien
faifoit de même , en pronon
çant fi diftinctement le beau
noni de fa chere Maiftreffe ,
SAPHO , aura des Epitaphes
& des Eloges Funebres , comme
en a eu celuy de Madame
de Foix , lequel , fi j'ay bonne
memoire , mourut le 6. Février
1682. Toutes les perfonnes
qui ont l'avantage d'avoir
avec yous un commerce de
14ª MERCURE
Vers , ne manqueront Pas d'en
faire. Je juge que vostre agréa
ble Fauvette ſe confolera aifément
de n'avoir plus un fi
dangereux Rival , qui partageoit
vos momens de loifir &
voftre coeur.
Les Oiseaux , foit dans l'air , ou
no bien dans une cage ,
N'aiment , non plus que nous , un
femblable partage.
939523
Le Sonnet de M ' l'Abbé
de Poiffy , fur le fujet de voſtre
perte , eftoit digne de voftre
réponſe , rien n'eft plus fpirituel
de part & d'autre,
GALANT. 143
Votre Oifeaufurpaffoul'Aigle de
Jupiter ;
Pour vous feule Apollon fe fair
Pharmacopole.
En langage divinje ne fuis qu'un
Frater ,
Mais Poißy pour les Vers eft un
Xantre
Nicole .
Je ne sçaurois achever ce Sonnet
fur de vieilles rimes , que
ce galant Abbé vient de rem .
plir de nouvelles penfêes avec
tant de fuccés .
Pour l'efprit, pour le coeur point de
captivité:
En Vers comme en amourje veux
ma liberté,
144 MERCURE
Cependant pour vous plaire ,
Mademoiſelle, j'ay tâché d'ac.
corder dans cet Impromptu la
Rime avec la Raiſon ; jugezen
, je vous prie , fouveraine
ment , vous qui fçûtes toujours
fi bien unir l'une & l'autre
dans vos Ouvrages.
Enfin il n'eft donc plus celuy , dont
le
ramage , [ nuit.
Sapho, vous charmoit jour ,
Faloufe de cet avantage,
La fiere Parque l'a détruit .
Que ne puis je avec vous parta .
ger l'heritage!
Vous garderiez fa plume , &
j'auroisfon langage ;
Le
GALANT 45
Le vostre fçait charmer le plus
grand des Humains ;
Sans eftre tout parfait rien ne fort
de vos mains.
Si vous me faites l'honneur de
répondre à ma Lettre , je demeure
dans l'lfle des Perro
quets , proche Meſdemoiſelles
de Tronchot .
Celuy de ces aimables Soeurs
Parfa voix charme les oreilles,
Ses Maiftreffes, ces deux Merveilles
,
Par leurs appas charment les
voeurs.
Soyez perfuadée , Mademoitelle
, que dans le ferieux ,
Septembre 1699.
N
146 MERCURE
comme dans la bagatelle , je
ne manqueray jamais de vous
marquer ou ma doulenr , ou
ma joye , prenant intereſt à
tout ce qui vous regarde , en
qualité de voſtre , &c.
$
M l'Evêque de Limoges
ayant fait de grandes charitez
dans fon Dioceſe , tant
qu'a duré la cherté du bled ,
le Roy pour luy donner lieu
de les continuer , l'a pourvu
de l'Abbaye de Montebourg,
& Sa Majesté en repandant fes
graces fur ce Prelat , a récom.
penié la veritable pieté , & fait
GALANT. 147
connoiftre en même temps
#combien elle eft fenfible à
tout ce qui regarde les Pauvres.
1CM l'Abbé de Valebelle de
Tourves , Grand Vicaire de
M' l'Evêque de Saint Omer ,
Neveu de ce Prelat , & Frere
de M ' de Valebelle , Chef
d'Eſcadre , a efté pourvû pag
le Roy de la Charge d'Aumô.
nier de Sa Majesté , vacante
par la démiffion de M ' l'Abbé
Fleury , nommé à l'Evêché de
Fréjus.
Je vous parlay le mois paſſé
du Carrouzel qui s'eft fait à
Nij
148. MERCURE
1Academie de Meffieurs de
Rochefort , de Vandeüil &
d'Avricourt, mais l'article que
je vous en ay envoyé n'eftant
pas affez étendu , j'ay cru vous
en devoir entretenir une feconde
fois. Voicy les noms
de leurs Eleves qui fe font
diftinguez dans cette Fefte.
M' le Marquis de Charoft, Fils
aîné du Duc de ce nom.
M' le Marquis d'Ancenis , fon
Frere.
Milord Melford .
Meffieurs ,
Le Baron de Wradiflaus.
Le Chevalier de Wradiflaus ;
fon Frere.
GALANT. 149
Le Comte de Jordan , Fils de
M'l'Envoyé de Pologne. "
Le Duc d'Eftrées .
De Sainte Julie.
Le Comte de Staremberg.
Le Marquis d'Alegre.
Le Comte de Lamberg , Fils
de l'Ambaffadeur de l'Empereur
en Pologne .
Le Chevalier de Vandeüil, Fils
d'un des Ecuyers.
D'Avricourt , Neveu d'un des
Ecuyers.
Ils parurent tous animez d'une
noble émulation , & la firent
éclater dans les courfes de
Bagues & de Teftes . On com
Niij
150 MERCURE
mença par celle de la Bague ;
qui
fut couruë par M ' de Cha.
roft , Milord Melford , & Mrs
le Comte de Jordan , le Baron
de Wradiflaus , le Duc d'E
ftrées , de Sainte Julie , & le
Comte de Staremberg . M'le
Duc d'Eftrées auroit partagé
l'honneur de cette courſe , fi
fon chapeau ne fuft point
tombé dans la carriere. Vous
fçavez que ce malheur , qui
n'ofte rien de l'adreffe du Cavalier
, rend la courfe nulle.
Milord Melford , & M' le
Marquis d'Ancenis en difputerent
fi longtemps le Prix ,
GALANT: 151
T
qu'on fut obligé de remettre
la courfe au lendemain , à cau .
fe de la laffitude des chevaux,
dont il n'eft pas permis de
Echanger. Le dernier le remporta
le lendemain , aprés l'avoir
encore diſputé deux fois. La
courſe de Bague eſtant achevée
, tous les Gentilshommes
monterent à cheval , & firent
une marche autour du мanege
découvert , qui eft bordé
de chaque cofté de trois rangs
d'arbres. Un Timballier, quatre
Trompettes & quatre
Hautbois la commencerent.
Mrs de Vandeüil & d'Avri ,
N iiij
952 MERCURE
court eftoient à la tefte de
leurs Eleves , qui gardoient
chacun leur rang . Les crins
de tous les chevaux eftoient
ornez de rubans de differentes
couleurs , meflez d'or & d'argent.
Ils paffer nt en cet ordre
devant les Dames , qu'ils fa
luérent de fort bonne grace
en entrant dans le manege
découvert. M de Vandeüil
commença parune galopade,
dont les airs fatisfirent les
Connoiffeurs. M ' d'Avricourt
parut enfuite, Tous les Spectateurs
fe récrierent fur fa
fermeté & fur la bonne grace ,
GALANT!
157 .
い
auffi bien que fur la jufteffe
de fon cheval , qu'il ne faifoit
manier qu'avec un fimple ru
ban paffé dans la bouche. Il
eft aifé de juger que les Gen
tilshommes qui
apprennent
d'auffi bons Maiftres , ne peuvent
manquer de fe perfectionner.
En effet , ils repondirent
tous à l'attente des
perfonnes de diftinction qui
fe trouverent à cette Feſte.
Les galopades , les changemens
de main , les caprioles ;
& les arrêts à courbette qu'ils
firent faire à leurs chevaux ,
fe trouverent dans toute la
154 MERCURE
jufteffe qu'on pouvoit fouhai
ter. Il n'y eut pas même juſ
qu'aux deux Sauteurs, que l'on
monta par le droit en liberté,
qui garderent les temps . L'un
fut monté par M' le Baron de
Wradiflaus , & l'autre par Mr
d'Avricourt
le jeune. Ce мanege
eſtant achevé . Mrs de
Charoft , Milord Melford ,
Mile Baron de Wradiflaus , &
M' de Sainte Julie coururent
les Teftes. Mi le Marquis de
Charoft y fit voir une adreffe
furprenante , de douze Teftes
il n'en manqua pas une. Madame
la Ducheffe de Charoft,
GALANT
155
fa mere , luy en donna le Prix,
jqui eftoit une tres belle épée .
Il fembloit que l'on ne pouvoit
plus rien demander à des
Gentilshommes qui avoient
fait paroiftre tant d'habileté ;
cependant on fut furpris lors
qu'on les vit manier fur d'autres
chevaux dans une figure
de neufqu'ils formerent ; trois
fe placerent au milieu , deux
dans les coftez du milieu , &
les quatre autres dans les
coins. Ils commencerent au
pas leur manege , pendant que
M'le Comte de Jordan , M' le
Marquis d'Aleigre , & le jeune
156 MERCURE
M'd'Avricour , faifoient fau
ter leurs chevaux entre les piliers
, & enfuite Mrs de Vandeüil
& d'Avricour firent partir
les neuf en même temps ;
fçavoir les trois du milieu fur
les voltes , & les fix autres fur les
demi- voltes , avec tant d'ar
deur , & fi peu de confuſion ,
que tout le monde s'en retourna
tres-fatisfait de la capacité
des Ecuyers , & de l'adreffe
des Gentilshommes .
Les paroles fuivantes ont
efté miſes en Air par un treshabile
Maiſtre.
f
11 .
Meme
THELUS
BIBLIO
LYON
1833
DE
211
#
Quand verray de ce queje : 0
Ө
2
Э
доих momens отот,ke mo
*
mens O momens pretieu.
656
1699
W
"
GALANT: 157
AIR NOUVEAU.
2 Vand verray je ce que j'a- .
dore
Eclairer ces aimables lieux.
O doux
momens ,
cieux ,
momens pré-
Nereviendrez vous point en-.
core !
La Lettre Paftorale de M
l'Archevêque de Rouën , adreffée
au Clergé de fon Dio
cefe , eft dans un applaudiffement
fi general , que ceux
même qui ne font pas enco
1,8 MERCURE
bien perfuadez des veritez de
noftre Religion , ne peuvent
s'empêcher de l'admirer . Ce
Prelat dit d'abord , que rien
n'eft plus digne de fon miniftere
, que de travailler avec
zele à inftruire , & à affermir
dans la veritable Foy ceux
que Dieu a tirez du Schifme,
pour les réunir à l'Eglife , que
plufieurs d'entre eux pleinement
détrompez de leurs erreurs
, n'ont d'autre regret que
d'avoir connu fitard la verité,
& qu'ils édifient autant les
Fidelles par leur ferveur , qu'-
ils confolent les Paſteurs par
GALANT 159
Π
leur foumiffion ; mais qu'il en
refte encore , qui faute d'in-
- ftruction & de docilité , demeurent
attachez à leurs anciennes
préventions ; que
quelques-uns par un faux hon
neur , ou par des veuës d'intereft
, n'ofent faire le devoir
de Catholiques , & que d'autres
paroiffent dans le doute
de leur erreur , fans chercher
à fe perfuader de la verité , &
que cet eftat est d'autant plus
dangereux , qu'il vient d'une
grande indifference pour le
falut , & qu'il conduit à l'irres
ligion ; que ces maux ont efté
160 MERCURE
tres difficiles à guerir , pen
dant que les Miniftres fortis
du Royaume ont pû par leurs
Libelles & leurs Emiflaires entretenir
les nouveaux Convertis
dans de fauffes efperances
d'un rétabliffement d'exercice
de leur Religion , & qu'ils ont
tout mis en ufage pour les détourner
d'entendre les Inftructions
des Evêques ; qu'en fin la
Paix que Dieu a rendue à l'Europe
,a dû les defabufer de tous
les vains projets dont des fedu-
Aeurs , également témeraires
& feditieux , les avoient flatez ,
& que le Roy par fa Declara
GALANT. 161
tion du 18. de Decembre 1698 .
a fait connoiftre qu'il avoit
toujours le même zele pour le
falut des nouveaux Réunis, &la
même fermeté pour ne point
fouffrir d'Affemblées fchifmatiques
; qu'ils devoient eftre
convaincus qus fous un Roy
Equimet toute fa gloire à maintenir
la Religion dans toute
fa pureté , il n'y a de graces à
efperer que pour ceux qui vivent
en bons Catholiques , &
qu'un Prince fi religieux ne
met au nombre de fes Sujets
fideles ,que ceux qui le font en
versDieu; que dans cette fitua-
Septembre 1699.
O
162 MERCURE
tion il croyoit eftre obligé de d
preffer inftamment les nouveaux
Réunis , que des motifs !
humains ont retenus jufqu'à
prefent , de ne ſuivre deformais
que les mouvemens de
leur confcience , & de ne fe
laiffer toucher que du feulintereft
de leur falut , qu'il vouloit
aufli faire de nouveaux
efforts pour achever de déterminer
les autres qui demeurent
depuis plufieurs années
dans un eftat de doute & d'incertitude
, & de redoubler fes
foins pour engager les plus
prévenus à entrer dans une
GALANT. 163
邐
difcution férieufe de toutes les
opinions qu'ils n'ont fuivies
que parce qu'ils ne les ont jamais
examinées ; que comme
la Priere & le miniftere de la
Parole font les fonctions que
les Apoftres s'eſtoient refer .
Avées pour travailler à l'etabliffement
de la Religion ; fe font
auffi les moyens les plus effic
caces qu'il doit employer pour
éclairer les nouveaux Réünis ;
que c'eft ce qui luy a fait juger
neceffaire d'établir dans fon
Diofece des inftructions reglées
par rapport à eux & qu'a.
fin qu'elles foient exactes &
O ij
164 MERCURE
uniformes ; il a cru devoir
commencer par leur propofer
dans fa Lettre Paftorale les
yües qui luy paroiffent les
plus propres pour éclaircir les
Controverfes ; que tout ce qu'il
a à leur dire fur cette impor
tante matiere , fe réduit à deux
points ; que le premier eft
l'examen des préjugez que
l'on forme de part & d'autre.
fur l'exterieur de la Religion ,
qui font communément ce
qui fait le plus d'impreffion.
fur l'efprit des Peuples ; que
cet examen fera voir aux nou .
veaux Réunis que leurs préju
GALANT. 165
gez contre l'Egliſe ſont auffi
injuftes & peu importans que
les noftres contre le Calvinif
me font legers & decififs ; que
le fecond point regarde la
methode que fon Clergé doit
fuivre avec les perfonnes les
plus inftruites pour établir le
Dogme de l'Eglife & pour
combattre
les erreurs qui y
font oppofées ; qu'il fçait que
plufieurs perfonnes de fon
Clergé qui ont fort étudié la
Doctrine de l'Eglife & l'état
des Controverfes avec les Heretiques
, n'auront pas befoin
des avis renfermez dans cette
166 MERCURE
•
inſtruction , mais que fon Miniftere
le rend redevable à
tous , & qu'il aime mieux dire
des chofes inutiles pour les
Ecclefiaftiques habiles que.
d'en obmettre de neceffaires
pour ceux qui font moins
inftruits.
Mademoiſelle d'Aumale
Fille de S. A. S. Monfieur le
Duc du Maine , eftant morte
le 24. du mois paffé , ce Prince
& la Princeffe fon Epoufe en
ont efté vivement touchez.
On ne doit pas s'en étonner ,
fçachant l'attachement qu'ils
GATANT. 167
ont pour leur Famille , & la
grande union qui eft entr'eux .
Elle fert d'exemple à toute la
Cour , ou pour mieux dire à
toute la France . Le Roy , la
Reine d'Angleterre , Madame
la Ducheffe de Bourgogne
& tous les Princes & Princeffes
de la Maiſon Royale , ont
eſté leur rendre vifite pour
leur marquer la part qu'elles
prennent à leur douleur .
M Chevillard , Hiftorio .
graphe de France , vient de
mettre au jour les deux dernieres
Cartes des Chevaliers
168 MERCURE
A
1
•
& Commandeurs du Saint
Efprit , qui font celles du re
gne du Roy. Il en a donné cydevant
au Public trois des
Rois Henry III. Henry IV.
& Louis XIII. ainfi il vient
de donner la fuite de tous ces
Chevaliers , depuis l'Inftitution
de cet Ordre en 1578.
jufqu'à preſent. Il a eu l'honneur
de prefenter au Roy ces
deux dernieres Cartes , comme
il avoit déjà fait les trois
autres des regnes precedens ;
& comme le livre dont je vous
ay parlé dans ma Lettre du
mois de Janvier dernier , qu'il
avoit
GALANT: 169
avoit eu l'honneur de prefenter
au Roy n'eftoit qu'un
échantillon de celuy qu'il
vient de faire . Il a en même
temps preſenté ce dernier à
Sa Majesté relié & blafonné
fort proprement. Ce Prince
a eu la bonté de recevoir ces
Cartes & ce Livre avec tout
l'agrément & toute la fatis
faction que le fieur Chevillard
en pouvoit efperer , & l'a
gratifié d'une fomme de quinze
cens livres pour marquer -
l'eftime qu'il faifoit de fon ouvrage
& de fa perſonne. Il à
en même temps preſenté à
Septembre 1699. P
170 MERCURE
Monfeigneur le Dauphin une
Carte de tous Meffeigneurs
les Dauphins & de Meldames
les Dauphines , depuis la ceffion
du Dauphiné faite par
Humbert dernier Dauphin de
Viennois , aux premiers Fils
de France . Il donnera inceffamment
une Carte de tous
les Grands Maiftres de France.
Il a auffi ajoûté à la Carte
des Chanceliers , les armes de
M' de Pontchartrain , que le
Roy vient d'honorer de cette
grande Charge. Cet Auteur
demeure toûjours dans la ruë
neuve nôtre- Dame.
GALANT: 17
Je vous envoye un Madrigal
que M Perachon a fait
pour l'illuftre Mademoiſelle
de Scuderi , qui eft âgée de
quatre-vingt quatorze ans , &
lit fans lunettes ce qu'on luy
dir par écrit , cftant dure
-d'oüie.
8001 SL
14 divine Sapho , par une longue
vie
Qui dure prés d'un fiecle entier,
Fait voir quefon merite au deffús
de l'envie
S'eft atriré du Ciel un amour fingulier.
f
Son corps auffi bien quefon ame,
Pij
172 MERCURE
A des yeux clairvoyans pleins
d'une vive flame
Dont les rayons font toûjours pe
netrans.
Elle n'a pas besoin de ces yeuse
qu'on achete.
Pour les traits les plus fins fa vûë
eft toûjours prefte.
Et fes yeux font fes truchemens :
Dans cet objet plein de merveila
les
Les yeux font en effet l'office des
oreilles ,
Lors que nous confultonsfes oracles
charmans..
Cet honneur de fon Sexe approchant
de vingt luftres
GALANT. 173
Triomphe en deux façons de cent
Auteurs illuftres.
Et l'on diroit qu'en
augmentant
fes ans ,
Avantque d'honorer le Temple de
Memoire ,
Son corps afon esprit veut dispu
ter la gloire
De triompher des âges des
temps .
L
Mr Bion , Ingenieur pour
les Inftrumens de Mathe
matique , vient de mettre un
Livre au jour , intitulé , L'ufage
des Globes celefte & terre.
fire , & des Spheres , fuivant les
Piij
174 MERCURE
differens fyftêmes du monde , prêsedé
d'un traité de Cofmog raphie,
où eft expliqué avec ordre tout ce
qu'il y a de plus curieux dans la
defcription de l'Univers , fuivant
les Memoires & Obfervations des
plus habiles Aftronomes & Geographes.
Ce Volume , qui eft
in 12. fe vend chez l'Auteur ,
für le Quay de l'Horloge du
Palais , au Soleil d'or , & chez
Laurent d'Houry , ruë Saint
Jacques , au Saint Efprit , &
chez Jean Boudot , Libraire
de l'Academie Royale des
Sciences , ruë S. Jacques , au
Soleil d'or.
GALANT. 175
Cet Ouvrage contient une
ample defcription de tout ce
qu'il y a de plus curieux & de
plus utile à fçavoir , au fujec
de l'ordre , de la difpofition ,
de la figure , de l'étenduë , des
mouvemens , & de toutes les
autres proprietez , des principales
parties de l'Univers felon
les Obfervations & les conje
Єtures des plus fçavans Philofophes
& Aftronomes de
ee Siecle. L'Auteur y a joine
quantité de Planches bien
gravées , qu'il a jugées neceffaires
pour l'intelligence de
cet Ouvrage, il eft divifé en
Piiij
176 MERCURE
trois parties , dont la premiere
contient l'explication de tour
ce qui appartient à la connoiffance
des Corps celeftes , le
Syftême de Copernic , qui au
jugement des Sçavans , eft le
plus beau & le mieux imaginé
de tous les Syftêmes , y eft
plus nettement & plus ample .
ment expliqué , que dans tous
les Ouvrages qui ont paru
jufqu'à preſent fur ce fujet en
noftre Langue. On a fini cette
premiere partie par un petit
Difcours du flux & reflux de la
Mer , & un autre des Metheores
, lefquels , quoy que forc
GALANT 177
courts , ne laiffent pas de donner
une idée claire des caules
naturelles de ces Phenomenes ,
que nous devons , ce femble,
tâcher de mieux connoiftte
que les autres , parce qu'ils
fe font proche la partie de
I'Univers que nous habitons .
La feconde contient en peu
de pages ce qu'il y a de plus
neceffaire à fçavoir en la defcription
de la furface de la
terre , fon étendue , fa mefure,
fes мers, fes Rivieres , fes Montagnes
, & fes Villes . Enfin la
troifiéme partie renferme plus
de cent Ulages des plus utiles
178 MERCURE
& des plus curieux que l'on
puiffe pratiquer , avec la Sphe
re & les Globes celeftes & rerreftres
; comme auffi la defcription
de la Sphere de Copernic.
On a fini ce traité par les
principaux problêmes neceffaires
à l'intelligence du Calendrier
.
Le tout y eft traité avec un
ordre qui fait plaifir aux Le-
Eteurs ; & en même temps
d'une maniere fi intelligible, &
tellement débaraffée des diffi
cultezordinaires, que toutesles
perfonnes raisonnables de l'un
& de l'autre Sexe pourront en
GALANT. 179
tirer tout le fruit que l'on peut
fouhaiter fans autre fecours
que celuy des Inftrumens ne .
ceffaires , qui fe trouvent auffi
chez l'Auteur
, qui prend
grand foin de les faire fort
juſtes , & avec toute la perfe
ction poffible.
L'on y trouve des Spheres
& des Globes de differentes
groffeurs , qu'il a fait graver
tres correctement fuivant les
dernieres obfervations de Mrs
de l'Academie Royale des
Sciences.
Il travaille prefentement à
dreffer , & faire graver des
180 MERCURE
Planches propres à monter un
Aftrolabe d'une bonne grandeur
, auquel il employera
fes foins , afin que les Curieux
de l'Aftronomie puiflent s'en
fervir utilement . Il y joindra
un petit Traité qui en expli .
quera les ufages .
3090
Son Alteffe Royale Madame
la Ducheffe de Lorraine
fe voyant avancée dans fa
groffeffe , fit dire à M Clement
; qui a eu l'honneur d'ac .
coucher feuë Madame la Dauphine
, par l'Envoyé de Lor
raine , qu'elle fouhaitoit qu'il
GALANT. ~ 181
Paccouchaft , & qu'il fe tinft
p'reft à partir. Cette Princeffe
fe rendit à Bar- le - Duc le 24•
de Juillet pour y faire les couches.
MClement y arriva le
26. dés que cette Princeffe
l'apperçût elle luy fit l'hon .
neur de luy dire , qu'elle eftoit
ravie de le voir , que M¹ de Lorraine
n'en eftoit pas moins réjoui
qu'elle , & qu'elle ne craignoirplus
tant d'accoucher. Le 26. Aouft à
trois heures du matin cette
Princeffe ayant commencé à
fentir quelques douleurs , M
Clement affura Monfieur le
Duc de Lorraine que c'eftoit
r
182 MERCURE
pour accoucher : En effet , fes
douleurs ne firent qu'augmen
ter , particulierement fur les
fix à sept heures du foir , &
continuérent
avec une fi grande
force que les marques prochaines
de l'accouchement
parurent vers les dix heures.
La Princeffe dit plufieurs fois
à M' Clement je craindrois de
ne pas fortir heureusement de cette
affaire , fi je ne vous avois pas.
A onze heures moins trois
minutes , elle accoucha d'un
Prince qui cria d'un ton mo.
ribond. M Clement l'ayant
examiné & s'eſtant apperçû
GALANT. 183
黎
¿qu'il eftoit dans un eftat dangereux
, y donna ordre , & remit
enfuite ce Prince entre les
mains de Madame la Mar,
quife d'Udicour , la Gouver
nante. Monfieur le Duc de
Lorraine en eut une fi grande
joye qu'il embraffa M Cleament
à deux differentes repri
fes , en luy difant : On ne peut
vous cftre plus obligé que je vous
lefuis , de m'avoirfauvé Mada.
me ,& de m'avoir donné un Fils .
Madame la Ducheffe de Lor,
raine luy fit auffi l'honneur de
Juy dire , ne vous avois- je pas diɛ
que je mourois fi je ne vous avois
184 MERCURE
pas. Puis fe tournant vers Monfieur
le Duc de Lorraine , elle
luy dit : Monfieur , vous ne
m'auriez plus , ny vostre enfant ,
fi je n'avons pas eu cet Homme là !
Ab que je me say bon gré de ce
que jay fait àfon égard , & d'avoir
tenu bon contre tout le mon
de. Monfieur le Duc de Lorraine
luy dit , qu'il vouloit l'embraffer
une troisièmefois , pour luy
marquer combien il eftoit content
lobligation éternelle de luy ,
qu'il luy avoit. M' Clement fit
une profonde inclination , &
répondit pendant que le Prin
ce luy faifoit l'honneur de
GALANT. 185
ce
que
l'embraffer , qu'il s'eftimoit heu
reux que Dieu luy euſt fait lagra
le tout fe fuft bien passé ,
nonobftant le danger que le Prince
avoit couru de fa vie. Auffi toft
aprés l'accouchement Monfieur
le Duc de Lorraine fit
délivrer quatre Prifonniers qui
eftoient dans les Prifons de
Bar. Il ordonna que les Bou
tiques fuffent fermées pendant
trois jours , & envoya des
Couriers à Nancy & dans tous
fes Etats pour porter de pareils
ordres , & M' le Marquis
de Lenoncour fut nommépar
ce Prince Envoyé Extraordi
Septembre 1699.
186 MERCURE
naire pour faire fçavoir au
Roy cette heureuſe nouvelle .
Le jour de Saint Louis toute
la Cour de Lorraine fut extraordinairement
parée. On fit
de grandes illuminations , on
tira beaucoup de fufées volantes
, il y eut un grand Bal à la
Cour , & l'on but à la fanté du
Roy dans toute la Ville de
Bar.
Onze faignées , fçavoir ;
trois du bras & huit du pied ,
n'ayant pû en huit jours guerir
la Reine de Portugal d'une
fluxion à la teſte , cauſée par la
GALANT. 187
1
douleur qu'on luy avoit faite
en luy perçant les oreilles , &
queles remedes exterieurs qu'-
on y avoit appliquez avoient
fait rentrer , cette Princeffe
mourut la nuit du 3. au 4.
d'Aouft , aprés avoir reçû tous
fes Sacremens. Elle n'avoit
que trente trois ans moins
deux jours. Elle eftoit en partie
caufe de la grande reforme
des habits en Portugal . Le feu
Duc de Newbourg fon Pere ,
devenu Electeur Palatin par
la mort du dernier Electeur ,
avoit de grandes obligations
au Roy , qui aprés l'avoir ſervi
•Q ij
188 MERCURE
en differentes occafions , avoit
donné l'Abbaye de Fécampà
l'un des Princes fes Enfans
Frere de l'Electeur Palatine,
aujourd'huy regnant . La Reine
de Portugal eftoit Soeur de
l'Imperatrice & de la Reine
d'Espagne , avec laquelle
des raifons politiques l'obli
geoient à avoir de grandes
liaiſons. Le Roy de Portugal
auffi toft aprés la mort de la
Reine fon Epoufe , s'eft enfer
mépour quarante jours , felon
l'uſage du Royaume.
Madame la Princeffe Guillelmine
Heydon , dont vous
GALANT. 189
avez appris la mort , eftoir
Fille de Monfieur le Landgra
ve Philippe , Frere unique de
Monfieur le Landgrave de
Caffel. Elle eftoit Niece de la
Reine de Dannemarck , tresproche
Parente de Madame la
Duchefle d'Orleans , & Niece
à la mode de Bretagne de
Monfieur l'Electeur de Brandebourg,
Madame fa mere eft
de l'illuftre & ancienne Maiſon
de Solmz. Elle eftoit d'une
grande pieté , & avoit une
tendreffe infinie pour tous
ceux de fon illuftre maifon ,
dont elle eftoit aimée juſqu'à
*
190 MERCURE
l'adoration , s'il m'eſt permis
de parler ainfi . Elle fçavoit la
Theologie & la Geographie
auffi à fond que ceux qui en
font profeffion , ayant laiffé
des Cartes qu'elle faifoit ellemême
, d'une jufteffe & d'un
travail admirable . Elle avoit
une tres grande connoiffance
de la Chronologie , & de
T'Hiftoire ancienne & moderne
Elle fçavoit le Globe celefte
, & n'ignoroit rien de ce
que la Phifique a de plus neceffaire
& de plus agréable .
Elle écrivoit parfaitement en
Allemand ; mais le François
GALANT: 191
& l'Italien eftoient ces Langues
favorites . On a trouvé
plufieurs de fes Lettres , qui
1 font pleines de politeffe & de
vivacité , & qui font d'un ftile
pur & chaſtié. Elle a prévû &
prédit fa mort avant fa maladie
& cela hors de toute fu
perſtition , mais par des préfentimens
& des fonges , qui
~n'arrivent
guere qu'aux perfonnes
que Dieu cherit parti
culierement
. Elle a efté quatorze
jours malade de la petite
verole , & n'a jamais marqué
la moindre foibleffe. Elle
a dit des chofes furprenantes
192 MERCURE
pendant tout le cours de fon
mal , confolant tout le monde ,
& ne regretant que les Amis ,
dont elle faifoit un cas extrême
; ce qui doit engager tous
les honneftes gens à cherir fa
memoire , car elle fe connoiffoit
parfaitement au merite ,
& protegeoit avec une bonté
extrême tous ceux qui en avoient
. Elle avoit fur tout une
grande paffion pour la Langue
& les manieres Françoifes
;
elle a même fait fur ce fujet
une maniere de Traité , auffi
galant que fpirituel . Elle eftoit
fort eftimée en Allemagne
.
Sa
GALANT. 193
Sa modeftie égaloit fon efprit,
& fon fçavoir ne paroiffoit
qu'à propos , & fans eftre accompagné
de la yanité ordinaire
à la plupart des Sçavans.
L'Epitaphe que vous allez
lire eft fur la mort de cette
Princeffe , pour laquelle on a
fait des Vers en pluſieurs Langues.
Heydon qui gift icy ne dura qu'un
moment
[ admirable,
Ses charmes , fa douceur fon efprit
Comme un éclair belas ! ont paßé
promptement.
Les Prodiges font courts , leurfort:
n'est pas durable.
Sept. 1699,
R
194 MERCURE
*
Voicy un Extrait du Sifteme
de l'Aimant de M' G.
L.N.
Il prétend que dans noſtre
Tourbillon , comme dans les
autres , il fe fait une circulation
de matiere celefte , que
le Soleil pouffe continuellement
dans l'Ecliptique
, qui
de là paffe vers les Poles , &
des Poles retombe fur l'Ecliprique
& dans le Soleil .
Il fait cette matiere tresfubtile
, & la prend pour
Magnetique , fans luy donner
la figure canelée de celle de
M ' Delcartes.
GALANT. 195
U
f
Il fait voir comment cette
matiere magnetique forme
des colomnes paralleles les
unes aux autres dans fon retour
des Poles vers l'Ecliptique
& le Soleil; & pourquoy
c'eſt principalement
fur les
orbes des Planetes , qui font
petits par rapport
à la
grandeur
du tourbillon que ces
colomnes font encore mieux
paralleles.
Il fuppofe qu'à un de nos
Poles eftobliquementplacé un
grand tourbillon, & qu'il n'en
eft pas de même à l'autre Pole ,
ce qu'il appuye de plufieurs
raitons. Rij
196 MERCURE
Il fait continuellement for
tir de l'Ecliptique de ce grand
tourbillon , puis entrer dans
le noftre par fon Pole une pareille
matiere magnetique ,
laquelle fe mêlant avec celle
de circulation , luy communique
fon obliquité , luy augmente
non feulement le parallelifme
de les colomnes
julqu'à l'étendre au delà de
l'orbe de Saturne , mais encore
la force , & fait que du cofté
du Pole où eit placé le grand
tourbillon , cette , matiere de
circulation a beaucoup plus de
force que du cofté de l'autre
Pole.
GALANT. 197
Il paffe enfuite à la formation
de la Terre. Il dit que
1 d'abord elle n'eftoit qu'un
limon mol , dans lequel de
toutes parts , cà & là , pefle
mefle , fans aucun ordre ny
arrangement , nâgeoient des
corpufcules differens en foli
dite , groffeur & figure , qu'il
y. en avoit entre autres qui
eftoient branchus.
Il fait voir comment la ma
tjere magnetique du cofté du
Pole où eft placéle grand tourbillon
, ayant beaucoup plust
de force , que celle du cofté
de l'autre Pole fit rebrouffer
R iij
198 MERCURE
chemin dans la terre, & cellecy
, comment toutes deux ,
pour s'accorder formerent
autour de la terre un tourbil
lon de matiere magnetique
entrant par un Pole de la ter
re , & fortant par l'autre Pole,
& comment cette matiere magnetique
perçant la terre pen
dant qu'elle eftoit encore en li
mon mol , & la traverfant d'un
Pole à l'autre, arrangea & coucha
les corpufcules branchus,
& forma par le moyen du h
mon mol , qui par la fuite s'eft
endurcy , les pores magneti
ques , dont il explique la na,
GALANT.
く
ture de l'Aimant & du
Il prétend qu'il eft arrive a
même chofe à l'égard des
Planetes , & par confequens
e qu'ellesfont , comme la terre,
autant d'Aimans.
Par cela même il donne la
raiſon pourquoy la Lune prefente
toujours un meíme de
fes meridiens , ou plûtoft une
mefme face à la terre.
Aprés avoir étably ce Sifteme,
il en tire les confequences
, & rend raiſon pourquoy
l'Aiman eft noir , & moins pe,
fant que l'or , l'argent , le
plomb,&c. quoy que fes pores
R iiij
200 MERCURI
ne permettent qu'à la matie
te magnetique , plus fubtile
que la lumiere , de paffer à
travers.
Il rend
pareillement raifon
de la difference des Poles de
l'Aiman , de fa direction , de
fa
déclinaiſon , de fon inclinaiſon
, de ſa variation , & de
fon attraction .
Il explique comment l'Aiman
communique fa vertu au
fer , & pourquoy cftant armé
il leve
confiderablement plus
qu'eſtant nud.
Il explique ce que c'eſt que
la
rouille de fer , & pourquoy
GALANT. 201
la commune n'a point de vertu
magnetique.
Il explique les Aimans irreguliers
; ceux à plus de deux
Poles , celuy de Chartres , &
donne le moyen d'en faire de
la même efpece , avec le temps
neceffaire , & d'en faire d'une
autre espece en moins de huit
jours.
Il explique encore la caufe
'du mouvement de la machine
dont il eft parlé dans le Journal
des Sçavans du de ce
mois de Septembre . Voicy
Les propres termes.
7.
La Lune & la Terre font
202 MERCURE
donc deux Aimans.
La Lune & lon tourbillon
magnetique vont fucceffivement
de meridiens en meri .
diens autour de la terre & de
fon tourbillon magnetique
; &
l'action de ces deux tourbil
lons l'un fur l'autre , eft la
cauſe du mouvement de la
machine que l'on dit eftre de
fer, & de laquelle l'on n'exclut
point la vertu magnetique.
Au refte , il dit que
le corps de la Lune , ou fon
tourbillon magnetique
qui
fait la preffion des marées, ce
qu'il déterminera dans la fuic'eft
ou
GALANT. 203
te. Ainfi , Madame , ne craignez
point pour le Siſteme du
flux & reflux de la mer , de M
Deſcartes.
ECOURTE REMARQUE
furl Equilibre des Corps &fur
le Flux & le Reflux dela Mer.
Μ
R. D .... a remarqué
Mque
l'impreffion qui
fe fait fur les eaux de la Mer
pour le Flux & le Reflux, fe fait
auffi à peu pres fur les Corps
folides. L'experience en eft aifée.
Il n'y a qu'à prendre un
bâton , ou fuft , de telle matié,
204 MERCURE
re qu'on voudra , & le fufpendre
par le milieu de fa longueur
, en forte qu'il foit dans'
un parfait équilibre. Qu'on le
laiffe en cet eftat , il le fituëra
de luy même peu à peu d'une
maniere oblique fur l'horifon
, c'est à dire qu'un de fes
bouts s'élevera & l'autre s'abaiffera.
Puis il reprendra fa
fituation parallele , c'eſt à dire
fon équilibre ; aprés quoy
il redeviendra oblique fur
l'horiſon , mais d'un fens oppofé
à celuy dont il l'eftoit
auparavant. Ce mouvement
continuëra ainfi alternativeGALANT.
205
ment fans ceffer ; & les viciffitudes
en feront reglées à peu
prés comme celles du flux &
reflux de la Mer , dont il ob.
fervera même les retai demens
& les autres irregularitez par
rapport aux conjonctions , aux
oppofitions & aux quadratures
. L'experience fe fera mieux
fi un des bouts du bâton regarde
l'Orient & l'autre l'Occident
, que s'il eftoit difpofé
d'une autre forte.
Les paroles que je vous envoye
ont efté miles en air par
MrNormandeau l'aîné , cy-devant
Page de la Chapelle dy
Roy.
206 MERCURE
IAiffons là , chers Amis , l'empire
deVenus,
N'admirons plus fa beauté fans
pareille ,
Rangeons nous tous fous la loy de
Bacchus
,
Retirons nous à l'ombre de la treille
,
Goutons la douceur defon jus.
Mrs de l'Academie Françoife
s'eftant rendus le jour
de Saint Louis , dans la Chapelle
du Louvre , M ' l'Evêque
Comte de Noyon , Pair de
France , l'un des Quarante de
+
Fich
Lais
nadmirons plussa beaute sanspareil-.
to
Nadmirons plus sa beautesanspareilte
pour tous sous taloy deBachus retirons
te :
deBachus, Retirons nous
nout
treilleGoutogoutonsla dou-
2
Retu
Streille,
TRO
Goutons gouceurlast
tons
Septembre 199
!
LIOTHER
BIBI
LYON
GALANT. 207
l'Academie , celebra la Meſſe ,
pendant laquelle on chanta un
Motet en Mufique , & M'
l'Abbé Drevillet , Docteur de
Sorbonne , prononça le Pane ~
gyrique du Saint , dont on ce
lebroit la Fefte , & fit voir avec
beaucoup d'éloquence que ce
Saint avoit remply tous fes
devoirs comme Chreftien &
comme Roy. Il fut ailé à l'Au .
direur de faire une jufte appli.
cation de tout ce que cet Orateur
dit fur une fi riche matiere
; puiſque jamais Monarque
n'a mieux remply que
LOUIS LE GRAND ,
208 MERCURE
toutes les fonctions d'un veritable
Chreftien , & d'un grand
Monarque . M'S de l'Academie
qui avoient efté conviez
à díner chez M ' de Noyon fe
rendirent àl'Hôtel de ce Prelat
à l'iffuë de cette Ceremonie.
Ils furent magnifiquement
traitez . La table eftoit
de trente couverts , & fur fervie
avec autant de propreté
que de delicateffe & d'abondance
. Ce Prelat , dont la magnificence
eft connuë , s'eſt
toûjours diftingue dans tout
ce qu'il a entrepris , & a toûjours
foûtenu avec un éclat
GATANT. 209
e
et
digne de fa naiffance , & de la
grandeur de fà Maiſon.
L'aprefdinée l'Academie
Françoiſe s'eftant renduë au
Louvre , dans la Salle où elle
s'affemble ordinairement , dif
tribua le Prix d'Eloquence &
de Poëfie. Le premier fondé
par M' de Balzac , fut donné
à M' Mongin , qui l'avoit auffi
Temporté il y a deux ans , &
celuy de Poëfie à M¹ de Clerville,
Gentilhomme de Rouen .
Feu M' Peliffon donnoit ce
Prix avant la mort , mais ne
l'ayant point fondé , on n'en
auroit diftribué qu'un dans la
Septembre 1699.
S
210 MERCURE
fuire , fi M" de l'Academie ne
l'uffent donné à leurs dépens ;'
mais Mr l'Evêque de Noyon
qui ne laiffe échaper aucune
occafion de faire voir l'ardeur
de fon zele pour le Roy ,
ayant fouhaité de fonder ce
Prix à perpetuité,ces Meffieurs
y ont donné leur confente .
ment ainfi que je vous l'ay
déja marque' , & ce Prelat à
commencé par donner celuy
que M' de Clerville a remporté.
M' le Marquis de Dangeau
trouva fa Piece fi belle
qu'il crut en devoir faire une
lecture au Roy , & Sa Majeſté
GALANT . 211
dit à M' de Noyon qui l'avoit
fait imprimer , & qui en avoit
donné des exemplaires aux
plus confiderables perfonnes
de la Cour , qu'il agréoit qu'il
luy preſentaft l'Auteur : Il eut
l'honneur de la faluer le lendemain
, & d'entendre de la
propre bouche de ce Prince ,
qu'il avoit vû (on ouvrage , qu'il
l'avoit trouvé beau & qu'ilfal-
·loit qu'il le fuft effectivement ,
puiſqu'il avoit efte jugé tel par
tant d habiles gens.
M' de Clerville avoit remporté
le Prix de l'Eloquence
en 1691. ce qui ne s'eftoit point
Sij
212 MERCURE
encore vû , parce qu'il n'eſt
pas ordinaire qu'une même
perfonne reüffiffe également
bien en Profe & en Vers.
On luy envoya ce Madrigal
le lendemain.
En Profe comme en Vers turemporte
les Prix
Sur nos plus excellens esprits ,
Et in portes fihaut ta gloire
Qu'on te verra bien toft paroiſtre
fur les rangs
Des Arbitres de la Victoire ,
Aprés avoir vaincu parmy
Combatans.
les
L'Academie Royale des
GALANT.
213
ans ,
Sciences , depuis peu établie
e dans le Louvre , ayant pris
: Saint Louis pour fon Patron ,
& chofi l'Eglife des Reverends
Peres de l'Oratoire pour
y entendre la Meffe tous les
elle y fut celebrée pour
la premiere fois par le R. Pere
Malebranche , de l'Oratoire,
le jour de ce Saint. La Mufique
eftoit de M ' Bourfet . Le Pancgyrique
du Saint fut prononcé
par le R. Pere de la Roche ,
de l'Oratoire avec beaucoup
d'éloquence. Il fit voir la pieté
de ce Monarque & tout ce
qu'il avoit fait pour l'extirpa214
MERCURE
tion de l'Herefie , & fit remar..
quer la même pieté dans le
Roy & le même zele pour la
veritable Religion . Tous les
Academiciens qui eftoient
pour lors à Paris , ſe trouvé .
rent à cette Ceremonie. Voicy
les noms de tous ceux qui
compoſent cette Academie .
Academiciens Honoraires .
M' l'Abbé Bignon , premier:
Prefident de l'Academie .
M' le Marquis de Lhofpital ,
Second Prefident.
M' l'Abbé de Louvois ,
M ' Fagon.
GALANT: 215
Le R. P. Mallebranche .
de Vauban .
Renaud.
Le R. P. Sebaſtien Truchet
Carme.
M' de Malezieu .
Le P. Gouye , Jeſuite.
!
ANATOMISTES.
Meffieurs
,
L'Abbé du Hamel .
Du Verney.
Mery.
Tauvry.
De Liftre .
Poupart .
Du Verney, Cadet.
216 MERCURE
Bourdelin , Fils .
BOTANISTES.
Meffieurs
,
Dodar.
Marchand.
Tournefort .
Morin.
Langlade.
Burlet.
Reneaume.
Berger.
CHIMISTES.
Meffieurs ,
Bourdelin .
Hombec.
GALANT: 217
Hombec.
Bolduc.
Morin .
Lemery.
Bolduc , Fils.
Thuilié.
Geofroy.
GEOMETRES
Meffieurs ,
L'Abbé Galois.
Varignon.
Rolle.
De
Lagny.
Regis .
Carré .
Chevalier.
Septembre 1699
H
218 MERCURE
Du Torar.
Simon.
Geometres
Etrangers .
Meffieurs ,
Romer , Danois .
Libuiz , Allemand .
de Tchirnaus , Allemand,
Guglielmini , Italien.
Bernoulli , Suiffe.
Bernoulli , Cadet , Suiffe,
Newton , Anglois.
Harfouker , Hollandois.
ASTRONOMES.
Meffieurs ,
De Caffini .
GALANT, 219
De la Hire.
Le Fevre.
De Caffini , Fils.
De la Hire , Fils .
Maroldi .
Monti .
Amontons.
Licuraut.
MECHANICIENS.
Meffieurs .
Couplet , Treforier de l'Aca
demie.
Des Billettes
Jaujon.
Daleſme,
Sauveur.
Tij
220 MERCURE
Chafelle.
Couplet , Fils.
Parens .
De Senne .
De Beauvilliers.
M' de Chatillon , Deffinateur
des Ouvrages de l'Acade
mie .
M' Boudor , Libraire .
M'Colleffon monte les Sque
lets , & fait les Ouvrages
que l'Academie luy com
mande.
Le même jour , Meffieurs
les Officiers du Regiment dy
GALANT 227
Roy, qui campe à Marly , celebrerent
la Fefte de S. Louis ,
dans la Chapelle du Camp , on
y benitun pain;que lesSergens
du Regiment preſenterent au
Roy , avec un bouquet. Le R.
Pere Eloy , Recollect du Convent
de Verſailles , fir un compliment
pour eux à Sa Majefté.
La ceremonie fe fit au
bruit des Tambours , Hautbois
& Violons , & le Roy
leur fit diftribuer une fomme
confiderable.
La grande Meffe fut celebrée
par M' Famvel , Aumônier
du Camp , & chantée par
Tiij
223 MERCURE
1
les Recollets de S. Germain ;
que le Roy employe pour
fervir les malades de l'Hôpital
en qualité d'Aumôniers ordinaires
de fes Armées . A l'iffuë
de la grande Meffe , le Pere
Eloy prononça le Panegyrique
de Saint Louis en pretence de
M ' le Marquis de Surville , qui
commande le Regiment du
Roy. Ce Colonel eftoit à la
teſte de tous les Officiers du .
Regiment , & accompagné de
plufieurs perfonnes de diftinction
. Le Pere Eloy rapporta
fur la fin de fon Sermon toutes
les paroles remarquables du
9
GALANT : 223
Roy , comme autant de Sentences
prononcées par ce Prince
depuis l'âge de treize ans ,
dans toutes les occafions les
plus importantes , ce qui parur
# tres- beau & tres curieux . Ce
Prédicateur
& les principaux
Officiers furent invitez à dîner
par Mile Marquis de Surville ,
& la fefte fe termina par la
revenë que le Roy fit faire
de fon Regiment , que S. M.
trouva fort beau .
་
DO
Le même jour , M' le мarquis
de Dangeau , Grand-
Maistre de l'Ordre de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel & de
Tiiij
224 MERCURE
Saint Lazare , s'eftant rendu
avec les Commandeurs de fon
Ordre aux Carmes des Billettés
, receut Chevalier de cet
Ordre M' de Bofferend , Capisaine
au Regiment d'Alface .
Monfieur le Duc de Saxe , &
Meffieurs les Princes d'Ifan .
guen furent prefens à cette
Ceremonie,
Mrs de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture
celebroient autrefois la Fefte
de Saint Louis par l'expofi .
tion de leurs plus beaux Ouvrages
, qu'il eftoit permis au
Public de venir admirer ; mais
GALANT:
225
Comme ils eftoient dans une
cour , où ils avoient à craindre
les injures du temps , qui
obligeoient fouvent de les retirer
avant que la curiofité du
Public fuft fatisfaite , l'uſage
de cette fefte avoit efté infenfiblement
aboly ; mais M
Manfard , Surintendant & Ordonnateur
des Baſtimens du
Roy ; & Protecteur de l'Academie
, voulant renouveller
tout ce qui peut contribuer à
l'avancement des beaux Arts ,
& ayant pour cet effet obtenu
du Roy que les Ouvrages des
Peintres & Sculpteurs feroient
226 MERCURE
expofez dans la grande Galle?
rie de fon Palais du Louvre ,
le peuple a marqué par fon
concours le plaifir que luy a
donné l'expofition de tant de
Chefd'oeuvres. Les Etrangers
les ont admirez , & font demeurez
d'accord qu'il n'y a
que la France capable de produire
tant de merveilles , &
qu'elle est bien redevable au
Roy , qui par fa protection &
par fes liberalitez , donné lieu
aux beauxArts de parvenir à un
fi haut degré de perfection ,
qu'il n'y a point aujourd'huy
de Nation qui puſt ofer préGALANT
237
tendre d'y parvenir. Je ne
vous parle point des Ouvra
ges qui ont efté expoſez , puis
qu'il s'en debite une Lifte qui
yous inftruira de tout ce que
vous pourriez fouhaiter d'apprendre
là - deffus.
Meffire Louis Boucherat ,
Chevalier , Comte de Com .
te de Compans , de Saint-
Mefme , & autres lieux , Com;
mandeur des Ordres du Roy ,
Chancelier & Garde des-
Sceaux de France , mourut à
Paris le Mecredy 2. jour de
Septembre dernier âgé de
128 MERCURE
quatre vingt trois ans & qua?
torze jours . Il avoit efté Correcteur
des Comptes , Confeiller
au Parlement , Commiffaire
aux Requeſtes du Palais ,
Mailtre des Requeſtes ordinaires
de l'Hôtel du Roy , In
tendant de Juſtice en Langue.
doc , Ile de France & Champagne
, & dans les Armées de
Sa Majefté , Commiſſaire pour
l'Execution
des Edits de
Nantes en plufieurs Provin
ces , & Commiffaire
aux Etats
de Languedoc & de Brettagne
, Confeiller d'honneur
au Parlement , Confeiller
GALANT. 229
4
au Confeil Royal des Finan
ces. Il fut un des Confeillers
d'Etat choifis & nommez par
le Roy , pour affifter au Sceau ,
lorfqu'aprés la mort de M' le
Chancelier Seguier Sa Maje
fté voulut bien tenir le Sceau
en perfonne. Le'koy le nom
ma Chancelier de France le
premier jour de Novembre
de l'année 1685. Il prefta le
ferment à Sa Majesté le troi-.
fiéme jour du même mois. H
eftoit Frere de Meffire Aymond
Jean Baptifte Boucherat
, Seigneur de Choify, Confeiller
d'honneur au Parle
230 MERCURE
f lement , tous deux Fils de
Jean Boucherat , Confeiller
du Roy en fes Conſeils , Doyen
des Maiftres des Comptes , &
de Catherine de Machaud . Ce
Jean Boucherat eftoit d'un
merite diftingué , & poffedoit
également lês Langues Grec
que , Latine , Efpagnole , Ita
lienne & Françoife , & mourut
à Paris âge de quatre vingts.
quatorze ans & un mois , au
mois de Février de l'année
1671.
Madame la Chanceliere fe
nommoit Anne Françoile de
Lomenic. Elle eft morte à
GALANT. 231
et
Foris âgée de quatre - vingtstrois
ans , au mois de Février
de l'année 1697. & inhumée
dans fa Chapelle , en l'Egliſe
paroiffiale de Saint Gervais,
Defunt Mile Chancelier
laiffe trois Filles. La premiere
eft Dame Madeleine Bouche
rat , Epoufe de meffire Henry
de Fourcy , Comte de Cheffy,
Confeiller d'Etat , cy devant
Prevoft des Marchands . La
feconde eft Dame Catherine
Boucherat , Veuve en premieres
Noces de M' de Neſmond ,
Seigneur de Saint Dizan , mai-
Atre des Requeftes , & Inten
232 MERCURE
dant de Juſtice en la Genera
lité de Limoges , & en fecon,
des Noces , de M' Barillon-
Morangis , auffi Maistre des
Requeſtes , & Intendant de
Juſtice à мerz & dans les
Generalitez d'Alençon , de
Caën & d'Orleans , dont eſt
venu entre autres EnfansJean.
Jacques Barillon , Seigneur de
Morangis , Conſeiller au Parle
ment de la Seconde des Enqueſtes
, & auparavant Avocat
du Roy au Chaftelet : &
la troifiéme , Dame Anne-
Loüife Françoiſe Marie Bou
cherat , Epoufe de Meffire Ni
GALANT 233
Colas Augufte de Harlay ,
Comte de Celi , Confeiller
d'Etat , & l'un des Plenipoten ,
tiaires de France pour la Paix
que le Roy vient de donner à
fes peuples .
Aufli toft que M' le Chan
celier fut mort , Mrs de Four.
cy & de Harlay , Confeillers
'Etat , fes Gendres , & M ' de
Barillon Morangis , Confeiller,
fon petit Fils , allerent à Verfailles
, & remirent les Sceaux
entre les mains de Sa Majeſté .
Il y en a deux ; l'un eft le grand
Sceau de France , & l'autre le
grand Sceau du Dauphiné , fur
Septembre e699 . Y
234 MERCURE
le premier le Roy eft reprefen
té dans fon Trône , reveſtu
de fes habits Royaux , ayant la
Couronne fur la tefte , & tenant
le Sceptre & la main de Juſtice.
Il eft fous un pavillon Royal,
dont deux Anges foulevent
le devant des rideaux , on en
fceile en cire jaune toutes les
expeditions du Royaume , à
l'exception de celles qui paffent
à la posterité , & aufquelles
on met , 4 tous prefens & à
venir , qu'on fcelle du même
Sceau , mais en cire verte , &
avec des lacs de foye rouge &
verte. Sur le fecond , le Roy
GALANT.
235
eft repreſenté à cheval , armé
de pied en cap , le caſque en
tefte , tenant l'épée nuë de la
main droite , avec les Ar
mes de France écartelées du
Dauphiné . On en ſcelle en
cire rouge toutes les expeditions
qui concernent cette
Province , à l'exception de
celles qui paffent à la pofterité
, qu'on fcelle du même
Sceau en cire verte , avec pareils
lacs de foye verte & rouge.
Ces deux Sceaux font enfermez
dans un coffret de vermeil
doré , fleurdelifé , dont
Mi le Chancelier ne quitte
Vij
236 MERCURE
jamais la clef, la portant jour
& nuit fur fa poitrine.
Dés le lendemain on expofa
en public le corps de M' le
Chancelier, qui refta plufieurs
jours . Il eftoit dans une chambre
toute tenduë de deüil ,
avec deux lez de velours fur
lefquels eftoient les écuffons
de fes Armes. On l'avoit mis
dans un Lit de parade , fous
un riche poëfle de velours noir
bordé d'hermines , fur lequel
eftoient le Mortier de Chancelier
, la Courone Ducale , la
Croix de l'Ordre du S. Efprit ,
deux Maſſes de vermeil doré ,
GALANT: 237
& la Robe de Chancelier de
velours violet doublée de fatin
rouge , avec la Croix du Saint
Efprit brodée en argent ; tous
ces honneurs eftoient fur des
couffins de velours couverts
de crefpe , avec un grand nombre
de cierges aux Armes de
Mile Chancelier , qui eftoient
fur des Chandeliers d'argent ,
& brûloient jour & nuit. Plufieurs
Preftres en furplis , &
Religieux de divers Ordres
pfalmodiant autour du corps
Pour parvenir à cette chambre
il falloit traver(er la court,
& plufieurs Salles & anti238
MERCURE
chambres toutes tendues de
noir , avec deux lez de velours ,
& Armoiries , qui estoient
éclairées par quantité de bougies
dans des plaques le long
des murs. Plufieurs Compagnies
de gens de Robe , &
Communautez
de Religieux,
vinrent luy jetter de l'Eaubenite
; les Officiers de M'le
Chancelier alloient les recevoir
; on chantoit un De pro
fundis , quand elles arrivoient ,
& un Aumônier de la Chancellerie
leur prefentoit le Gou
pillon. De là les Compagnies
alloient complimenter Mrs de
GALANT. 239
Fourcy , de Harlay , & de Barillon
morangis , qui les conduifoient
plus ou moins a
vant chacun felon leur dignité!
Banggooie
Le Lundy fuivant 7 de ce
mois , à neuf heures du foir ,
fe fit le tranfport du corps
en l'Eglife de Saint Gervais .
Cent cinquante gens de livrée
veftus de deüil , précedoient ,
marchant à pied deux à deux ,
chacun avec un flambeau de
de poing de cire blanche ;
enfuite venoit le Juré Cricur
für un cheval caparaçon.
né de noir , & aprés plufieurs
240 MERCURE
Officiers en deüil fur de pa
reils chevaux , la plufpart portant
auffi des flamboaux de
cire blanche- Aprés venoit un
Caroffe drapé , dans lequel
eftoient quatre des principaux
Officiers de Mile Chancelier ,
l'épée au cofté avec de longs
manteaux de deüil & des cref
pes pendans ; ils portoient les
honneurs qu'on avoit expolez
fur le corps . Immediatement
aprés fuivoit un autre grand
Caroffe auffi drapé , tiré par fix
chevaux caparaconez de deüil.
& croifez de moire d'argent ;
le corps de M ' le Chancelier
eftoit
GALANT. 241
Ct
eftoit dedans fous un Poifle
armorié de fes Armes , avec
quelques Ecclefiaftiques ent
furplis . Ileftoit fuivi d'un troifiéme
Caroffe drapé , où
eftoient fes Aumôniers , &
autres Ecclefiaftiques ; plufieurs
Domestiques en deüil
à cheval accompagnoient ces
trois Caroffes avec des flambeaux
de poing , & préce
doient trente autres Caroffes
drapez , chacun éclairé par de
pareils flambeaux , dans lef
quels eftoient Mrs de Fourcy,
de Harlay, Barillon morangis,
Boucherat , Mrs leurs Enfans,
Septembre 1699. X
242 MERCURE
& d'autres Parens de M le
Chancelier , avec un grand
nombre de perfonnes de qua,
lité.
Ce Cortege lugubre arriva
à Saint Gervais entre dix à
onze heures du foir , où le
corps fut receu par tout le
Clergé de la Paroiffe , tous
les Preftres ayant un cierge
à la main. Aprés qu'on eut
chanté les Velpres des Morts ,
& qu'on eut jetté de l'Eaubenite,
la compagnie s'en alla,
on mit le corps dans une
Chapelle ardente fur une ef
grade de plufieurs degrez, avec
GALANT. 243
quantité de cierges ardens armoriez
qu'on renouvelle
tous les jours . Il restera ainfi
jufqu'aprés la Saint maitin ,
1 qu'on celebrera un Service
folemnel , & qu'il fera inhumé
dans la cave de fa Chapelle
, auprés de madame fon Epouſe.
Jofeph de Aguirre , Religieux
de Saint Benoist , Efpa .
gnol , Cardinal du Saint Siege,
eft mort à Rome , laiffant un
huitiéme Chapeau vacant dans
le Sacré College . Il eftoit né
le 24. Mars 1630. & fut créé
Cardinal par le Pape Inno-
Xij
*44 MERCURE
cent XI. le 2. jour de Septem
brembre 1686.. Il eftoit tresbon
Theologien , & a compofé
plufieurs fçavans Ouvra
ges .
Monſeigneur le Dauphin
ayant efté tres- fatisfait de la
reception que luy fit l'année
derniere M le Marquis d'Antin
, lors qu'il alla coucher à
Petitbourg en allant à Fontainebleau
, ce Prince a voulu
faire cette année le même
honneurà ce marquis , avec la
même compagnie. Il feroit
difficile de rien ajoûter à l'a
GALANT: 24%
bondance , à la delicateffe , &
à la propreté de tout ce qui
lear a efté fervi . Les plaifirs y
ont fuccedé les uns aux autres ,
& tout s'y eft paffé avec tant
d'agrément , qu'on ne peut
donner trop de loüanges aux
manieres galantes & fpirituel
les de
M' le Marquis d'Antin .
On nepouvoit attendre moins
du grand attachement de ce
Marquis pour Monfeigneur le
Dauphin, & de l'ardeur de fon
zele:
*
Il s'en eft peu fallu que vous
n'ayez
trouvé icy des Vers
Anglois
qu'on me preffoit de
X iij
246 MERCURE
vous envoyer , pour vous faire
voir qu'il y a de beaux efprits
dans toutes les Nations , qui
ne peuvent refufer des loüanj
ges au Roy. M' le Chevalier
Baber , qui le trouve banni de
fa Patrie pour avoir fervi fon
Roy fidellement , eft l'Auteur
de ces Vers . Ils ont efté traduits
par M ' Ranchain , fort
connu dans l'Empire de Let
tres , & je vous envoye cette
traduction .
GALANT. 247
POUR LE ROY,
Sur fa Statuë Equeftre .
S'I le soleil , dont l'influen=
ce
Vainement tant de foisfe répandit
fur nous ,
Cette année eft beni de tous ,
Pour avoir à nos champs redonné
l'abondance ,
Combien à plus forte raifon,
Ne doit-on pas benir le Soleil de la
France , [ ny defaifon.
Pour lequel il n'eft point de temps
Depuis que nous vivons fous fon
obeißance
X iiij
£48 MERCURE
Il ajoûte toujours puiffance fur
puiffance,
Fait regner la magnificence,
Et répand la richeffe & les biens
àfoifon.
2
On n'a qu'à voirfa Statue
Elle aje ne fçay quoy de noble
d'éclatant,
gut
furprende frape la vûë,
Plus que ce Soleil inconftant ;
Et comme pour le bien de fon peuple
fidelle
Il est plus jufte dans fon cours,
Son influence aura toujours
Quelque chofe de grand de dis
vin en elle
&
GALANT 245
Qui nous donnera d'heureux
jours.
Queue la voix de la Renommée
Apprenne fes grandeurs à la terre
alarmée ,
Qu'elle annoncefa gloire publis
en tout lieu,
Qu'un grand Saint fut Ložis
le neuvième ,
Et qu'à rendre juftice à Louis
quatorZiéme,
Il devroit pafferpour un Dieu,
Voicy les noms de quelques
perfonnes décedées co
mois.cy.
250 MERCURE
ར
Dame Françoise de Challard
, Epoufe de мeffire Charles
Louis de Vieil - Chattel ,
Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Brigadier des
Armées du Roy.
*
Damoifelle Deniſe. Michelle
Bernard de Villemond , & Damoifelle
Claude - Françoiſe
Bernard du мefny , la Soeur.
Elles eftoient Filles de feu
Meffire Jacques Bernard , Maitre
des Comptes honoraire.
Damoiſelle Marie - Madelei
ne Henriette le Clerc de Leffeville
, Fille d'Euftache- Augufte
le Clerc de Leffevillel ,
Seigneur de Saillancour , la
3.
GALANT 231
$ Brifardiere , & autres lieux
Confeiller de la Seconde des
Enqueftes , & de Marie - Fran
coife Olivier. M ' de Leffeville,
aprés la mort de fon Epouſe ,
prit les Ordres de Soufdiaco
nat , & fe fit Confeiller. Clerg
dans la même Chambre .
Meffire Anne Hervart mourut
le mois paffé . Il eftoit Chevalier
, Seigneur de Bois - le-
Vicomte , Confeiller du Roy,
Maistre des Requeſtes de fon
Hoftel. Il ne laiffe point d'Enfans
, & avoit époulé N. le
Ragois , Fille de Benigne le
Ragois , Seigneur de Breton952
MERCURE
t
villiers , Prefidenten la Cham
bre des Comptes. 11 eftoit
Fils de Barthelemy Hervart ,
Intendant des Finances , &
d'Efther Vimar , & Frere de
Mr Hervart , Seigneur des
Haut & Bas Lauzertes , & de
Efther Hervart , Veuve de
Charles de la Tour , Marquis
de Gouvernet , Pere & мere
de Charles- Barthelemy de la
Tour , Marquis de Gouvernet,
Lieutenant de Roy en Dauphiné
, de Sabine de la Tour ,
Epoufe de François de Grolée ,
Marquis de Verville , & de
Jean Frederic de la Tour ,
·
GALANT. 253
It
ui fuit le parti de l'Eglife .
Meflire Nicolas de Bethune
, Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris , Abbé de
Saint Michel de Treport , âgé
de trente huit ans. Il faifoit de
grandes charitez, & pratiquoit
la veritable pauvreté Evangelique
, allant prêcher dans les
Villages , & confeffant toutes
fortes de perfonnes , comme
un fimple Ecclefiaftique. Il
eftoit Frere d'Armand de Bethune
, aujourd'huy Duc de
Charoft & Pair de France , &
Fils d'Armand de Bethune ,
Duc de Charoft , Chevalier
254 MERCURE
des Ordres du Roy, cy- devant
Capitaine des Gardes duCorps
de Sa Majeſté , & de marie
Fouquet , Fille de Nicolas
Fouquet , Miniftre d'Etat , &
Surintendant des Finances. Il
n'y a perfonne qui ne foit informé
de la grandeur de la
Maifon de Bethune.
René Claude Robert, ſieur
de Chaftillon , Confeiller au
Chaftelet. Il eftoit Frere de
M' Robert , Confeiller au
Parlement , & de N. Robert,
Epouſe de Pierre Grout , fieur
de la Mothe , Maiftre des
Comptes , tous Enfans de
GALANT: 255
g
Claude Robert , Procureur du
Roy au Chastelet , & de N.
Helior. M' de Chaſtillon eft
mort dans un âge peu avancé.
Il y avoit quelques années
qu'il fentoit les approches de
là mort , & ils y eftoit préparé
de maniere , qu'il n'en a point
efté furpris. Sa réfignation
eftoit entiere pour la volonté
de Dieu , & jamais on n'en a
vû une fi parfaite dans un
homme de fon âge .
M' de la Feüillée , Abbé du
Mont Sainte Marie , Ordre de
Cifteaux , Diocefe de Befançon.
Il eftoit Fils de défuur
256 MERCURE
M' le Comte de la Feüillée ,
Lieutenant General des Arnées
du Roy , Gouverneur
de Dole & de Chatillon fur
Seine , Grand- Croix de l'Or
dre Royal de Saint Loüis . Cet
Abbé eft mort fort jeune. Il
avoit de l'efprit , de la naiffance
& de la pieté , & il
n'y a point de dignité dans
l'Eglife à laquelle il ne puft
prétendre.
Je vous envoye une Lettre
qui paffe icy pour un chef
d'oeuvre .
GALANT: 257
LETTRE A MONSIEUR
DE S. EVREMONT,
Sur la mort de Madame
MaZarin.
JE prens trop de plaifir , Monfieur,
au commerce que j'ay avec vous
par vos Ouvrages , pour ne me pas
intereffer àvoftre peine . Vous venez
de perdre Madame Mazarin ;
vous aviez de la fenfibilité pour fes
attraits . & de l'admiratión pour fon
elprit , vous l'avez dit trop de fois
pour n'en eftre pas cru. Tout le
monde en eft fi perfuadé , que perfonne
ne parle icy de fa mort , fans
parler de voſtre douleur , les regrets
que l'on luy donne font infeparas
Septembre 1699. YL
258 MERCURE
bles de ceux que l'on ne fçauroit vous
réfufer . En nous faifanr reffentir fa
perte , par la maniere dont vous
peignez les qualitez qui brilloient
en elle , & dont vous eftiez fi charmé
: vous nous faites reffentir voſtre
affliction , & l'on eft également touché
pour elle , & pour vous . Voltre
douleur intereffe d'autant plus , qu'
elle eft dans le coeur & dans l'efprit ,
& que vous ne fçauriez guere emprunter
le fecours de la raison pour
furmonter les mouvemens de la nature.
Cependant la perte que vous venez
de faire eft irreparable , & dans
les afflictions où il n'y a point de
parti à prendre que celuy de fe confoler
& de pleurer toujours , on doit
faire un effay de fa fermeté , plûtoft
que de fuccomber a la foibleffe. Il
GALANT . 259
Faut que l'impoffibilité du remede
nous force à nous mettre au deffus
du mal , & de toutes les raifons qui
nous manquent pour foulager noftre
douleur , nous devons nous en forsmer
une qui nous ferve , s'il fe peut ,
à nous guerir .
Hortenfe eft defcenduë aufejour du trépas ,
Tu ne verras plus fes appas. *
Pour fléchir la rigueur dufort qui l'a ravíc
Tu tenterois un vain effort,
On paffe tous lesjours de la vie à la mort ,
Perfonne ne revient de la mort à la vie.
S
Le fort qui l'a foumise à fes barbares loix
Fait voir que la Beauté ne rend point im
mortelle.
Tu nefçaurois louer en elle
Que ce qu'elle fut autrefois .
2
Celle que tu voyois fans ceffe ,
Celle qu'au gré de ta tendreffe
Y ij
260 MERCURE
Tu ne voyois jamais affez ;
Celle dont les appas avec tant de nobleffe
Dans tes écrits font retracez ,
N'aplus cet air aimable , engageant , vif
tendre
Qus força ton coeur àfe rendre.
Tu n'entens plus fa voix , tu ne pens plus
la votr ;
Hortense enfin n'eſt plus qu'une funcſte
cendre
"
Que tes pleurs & tes cris ne sçauroient
émouvoir.
2
Depuis cette trifte difgrace
Tout te paroift affreux , tout a changé de
face ,
L'Univers appauvry ne t'offre plus d'ar
traits
Qui ne tefemblent imparfaits.
De l'aftre qui nous luit la lumiere te bleſſe .
Rien ne fe paffe au monde où ton coeur s'intereffe.
Rien ne peut t'arracher des voeux ny des
foubaits.
GALANT. 267
Four tenter le fecours que l'amour propre
infpire
Tu parcours vainement d'un regard curieux
Tout ce qui plait à d'autres yeux,
La terren'a plus rien qui tepuiſſeſuffire »
Hortenfe te manque en tous lieux.
Rien,fans doute , ne nous eft plus
fenfible que de perdre ce qui nous eft
cher. Si ce n'eft pas tout- à fait ceffer
de vivre , c'est toujours mourir en
quelque forte. On jouit de tout avec
une perfonne que l'on aime , on ne
goûte rien , on ne jouit de rien !
dés qu'elle n'eft plus , c'eft preique
ne plus tenir à la vie ; mais rien n'eft
plus vain que de s'attacher à ce qui
eft periffable. Nous avons des defits
infinis , & nous nous limitons à une
petite portion de ce monde ,
beauté qui perit , à une fleur qui ſe
à
une
262 MERCURE
fane, nous n'aimons rien , n'envifa
geons rien au delà : vous venez de
faire la trifte épreuve de ce que je
dis , tous les hommes la font com.
me vous , & perfonne ne fe corrige,
Tu vois par ce trifte revers
Que toutpaffe dans l'Univers.
Celle que tu trouvois fi charmante &fi
belle
Afabi cette loy cruelle [ nir;
C'est peur toy , je l'avoue , un triftefouve-
Mais aprés cetrépas il eft un avenir ,
Ettupeux efperer de revivre avec elle.
S
En vain pour faire l'efpritfort
On veut que tout periffe en nom aprés la
mort.
Pourfe defabufer d'une erreur fi groffiere
On n'a qu'à lire tes écrits ,
Peut- on penfer que la matiere
Infpire tout ce que tu dis ?
Le corps n'a quelefeul afage
Desfens qu'il reçut pour partage
GALANT. 263
Il signoreluy -même , il ne peut s'éclairer
Il ne fait ce que c'eft de craindre & d'efperer
.
L'ame eftune immortelle effence
Qui conçoit , qui doute , qui penſe
Quijuge, qui contemple , & qui fait écar
ter
L'erreur des Veritez où l'on doit se sou
mettre.
11'eft rien de caché que l'esprit ne penetre
Heureux , fi comme il voitfans en pouvoir
douter
L'impofture & le vice attachez à ſon eſtre
Il ne cherchoit à les connoiftre
Qu'afin de les mieux éviter.
&
L'ame en quittant le corps ànoftre heure
derniere
Vole auféjour de la lumiere ,
Et fi-toft que ce corps ceffe d'eftre animӐ.
Il retourne dans la pouffiere
Dont la main de Dieu l'aformé
2
Enfin quoy qu'Epicure avance »
164 MERCURE
L'ame ne perit point dans le féjour
morts
Et le tombeau de ton Hortenfe
En cache feulement le corps.
Voftre Heros , Mr le Comte de
Grammont , qui s'intereffe à vostre
repos , comme vous vous intereffez
à la gloire , feroit d'avis que vous
Vous éloignaffiez des lieux où vous
eftes , qui rappellent fans ceffe à
voftre efprit l'Image de Madams
Mazarin , & qui ne font propres
qu'à entretenir voftre douleur.
~ Ces lieux ne font pour toy qu'un sujet de
trifteße ,
Et loin d'eftre touchez de tes crisfuperflus ,
Ils te font fouvenirfans ceffe
Qu'elle fut , & qu'elle n'eft plus .
Rien ne doit t'engager d'y refter davantage,
Quitte, quitte , unfejourfatal à ton repos y
Repalle
GALANT 265
Repaffe fur noftre rivage
Et vien retrouver ton Heros .
Il joint encore au bon efprit du
Comic , les agrémens qu'avoit autrefois
le Chevalier . Ilefface les jeunes
Courtilans par ſon enjoûment
& par fa vivacité , & il leur fait honte
par fa politeffe.
Toûjours vif dans fes reparties ,
Toûjours nouveau dans fes faillies
Inimitable enfes façons ,
Iln'abandonne point fon brillant caractere?
Pourfçavoir vivre en l'art de plaire
On doit prendre de fes leçons.
Courtifan toujours affidu , ce qui
eft ordinaire , & toujours agréable
à fon Maiſtre , ce qui eft rare , il ne
cede à perfonne la gloire de luy
plaire , & il ne l'approche jamais
fans y réuffir.
Avoüons la verité, il faudroit eſtre
Septembre 1699.
Z
266 MERCURE
bien infenfible , pour n'eftre pas exci
té à ce deffein par toutes les vertus
qui brillent dans ce grand Prince. Je
fçay que la Renommée vous en intruit
fort fouvent , & que vous en
écoutez le récit avec étonnement ;
mais vous perdez beaucoup à ne les
pas confiderer de plus prés. Il ne
tient qu'à vous de le voir & de l'entendre.
Il vous l'a permis depuis
longtemps , c'est un beau ſpectacle
qu'un Roy digne de fervir de modelle
aux autres Rois , & qui réunit
en luy toutes les vertus de la Guerre
& de la Paix. Venez jouir de ce
bonheur , venez voir le plus grand
& le meilleur de tous les Princes.
Vous letrouverez au deffus des He
ros dont vous avez ranimé la gloire
dans vos Ecrits & l'idée mefme
que vous avez d'Alexandre fera place
GALANT.
267
:
l'admiration que vous ne pourrez
luy refufer.
Alexandre, il eft vray, par desfaits inoйis
S'est fait un grand nom dans l'Hiftoire ;
Mais fi fur le Granique il eut trouvé
LOUIS
Je n'auroispas voulu répondre de fa gloire.
S
De la moitiédu monde il accrutfes Etats
La Victoire pour luyfut conftante & fidelle
Peut- eftre qu'àfa voix elle euſt eſté rebelle
S'il avoit en l'Europe fur les bras ,
.Et LOUIS a triomphe d'elle.
S
Ceux qui devoient dans leurs projets
Attaquer nos remparts , & les reduire en
cendre ,
Ont vû par nos Soldats defoler leurs gue
rets ,
Forcer lents Bataillons , & leur Ville à fo
rendre.
Surleur proprefoyer contraints de fe dé
fendre
Z ij
268 MERCURE
Is le verroient encore faire d'autres pro
grés ,
Si LOUIS fenfible aux regrets
Que Cent Peuples faifoient entendre
Ne leur avoit donné la Paix.
Toute l'Europe avoit confpire
contre luy , fes Ennemis preffoient
de tous coftez fa Frontiere , fon
Royaume eftoit comme une Place
afficgée. Il fe met en défenfe , il attaque
, il combat , il triomphe de
ceux qui s'estoient promis de l'accabler
; & aprês leur avoir fait reffentir
les malheurs de la Guerre , il leur a
donné la Paix , & leur en a impofé
luy mefme les conditions ,
Mele Marquis de Caftel - doş-
Rios eftant parti de Barcelonne , &
n'ayant pas voulu donner avis de fa
marche , ny permettre que les Gou
GATANT. 269
Verneurs d'Espagne en avertiffent
ceux du Rouffillon , ainſi qu'il fe
pratique en pareille rencontre , M
du Breuil , Gouverneur de Bellegarde
, qui eft le plus avancé de tous,
& qui vouloit luy rendre les honncurs
dus à fon caractere , ayant fait
toutes les diligences poffibles pour
eftre inftruit de fa marche , apprit
qu'il avoit couché à Figuieres la nuit
du 26. Aouft , il dépefcha auffi-toft
le Major de la Place à la Jonquiere ,
qui eft le dernier Village d'Eſpagne .
Cet Ambaffadeur y arriva prefqu'en
mefme temps que le Major , qui luy
fit compliment , & luy dit que
Mr du
Breuil l'attendoit dans fon Jardin
fous Bellegarde , où il le prioit de luy
faire l'honneur de venir dîner avec
luy Cet Ambaffadeur s'en excufa fug
une incommodité furvenue à un dẹ
Z iij
270 MERCURE
fes Enfans, & dit au Major qu'il iroit
en paffant faire collation avec Mr du
Breuil . Peu de temps aprés il dépef
cha le Secretaire de l'Ambaſſade à
ce Gouverneur , & fon Secretaire à
Madame la Femme , qui n'eftoit
point deſcenduë de la Place , pour
luy faire excufe de ce qu'il ne montoit
pas pour luy rendre fes devoirs &
le Secretaire de l'Ambaffade ayant
trouvé M du Breuil dans fon Jardin ,
qui eft fur le grand chemin , le remercia
de la part du Marquis de Ca
ftel- dos -Rios , de l'honnefteté qu'il
luy avoit envoyé faire par le Major
de la Place , & de la peine qu'il avoit
bien voulu prendre de defcendre
pour luy dans fon Jardin . Ce Secretaire
ajoûta , que fon Maiftre avoit
efté bien mortifié de ce que l'incommodité
de fon Fils l'avoit privé de
GALANT 271
P'honneur de dîner avec luy , mais
du qu'il auroit celuy d'y boire , & de
vifiter fon Jardin . Peu de temps
aprés cet Ambaffadeur partit de la
Jonquiere , & ayant rencontré à l'entrée
du col , & tout-à - fait fur les limi
tes un détachement de cinquante
hommes , que Mr du Breuil y avoit
fait pofter , il vint avec cette efcorte
jufqu'auprés de fon Jardin , d'où il
fortit avec les Officiers de fa Garnifon
. Dés que l'Ambaffadeur les ept
apperçus il mit pied à terre , & M
du Breuil luy dit en l'abordant qu'il
s'eftimoit tres- heureux d'eftrele premier
à luy témoigner la joye que tou
te la France avoit de voir un Ambafe
fadeur d'Espagne , aprés en avoir
efté privée fi long- temps , & que Sa
Majefté Catholique euft fait un auffi
bon choix que celuy de fa perfonne
Ziiij
272 MERCURE
L'Ambaffadeur répondit avec beau
coup d'honnefteté & d'efprit ,& marqua
la joye qu'il avoit d'entrer dans
leRoyaume fous les ordres de M¹du
Breuil , & le Canon de la Place ayant
tiré dans ce temps - là , ils entrérent
dans le Jardin où ils trouverent une
collation magnifique Toute la fuite
de cet Ambaffadeur fut auffi rega
lée. Il remercia Mdu Breuil de la
part des principaux Gentilshommes
de Catalogne , du foin qu'il avoit eu
de conferver leurs terres pendant la
derniere guerre , & d'exempter leurs
Vaffaux des pilleries qu'on exerée
ordinairement en ce temps - là. Il
partit au bruit du Canon de la Place ,
& avec la même eſcorte , qu'il renvoya
auffi-toft aprés que fon équipage
cuft paffé le mauvais chemin , &
aprés luy avoit fentir des effets de fa
liberalité.
GALANT. 273
Ayant à vous parler de мonfieur
de Pontchartrain ', dont
le nom eft Phelypeaux , à prefent
Chancelier de France , je
doy commencer par vous dire
qu'il fut reçu Confeiller au
Parlement le 11. Février 1661.
où aprés avoir paru d'une maniere
diftinguée , il fut nommé
en 1677. premier Prefident
au Parlement de Bretagne ,
n'ayant encore que trentequatre
ans. Il fit voir dans
l'exercice de cette importante
= Charge un efprit & vif & fi
penetrant , que le Roy connoiffant
le befoin qu'il avoit
274 MERCURE
de luy dans fon Confeil , luy
fit accepter une place d'Inten
dant de fes Finances au mois
de May 1687. En Septembre
1689. M' le Pelletier ayant prié
le Roy d'agréer qu'il le démiſt
de la penible Charge de Contrôleur
General de fes Finan
ces , ce Prince receut fa démiffion.
Ce pofte eftoit diffi
cile à remplir , les plus avides
des grands Emplois n'ofoient
alors le fouhaiter , tant l'exer.
cice en eftoit difficile , il faloit
faire trouver de l'argentauRoy
pour combattre les forces de
Loute l'Europe, & ce Prince ne
GALANT. 275
[
Oi
vouloit pas que fon peuple fuft
auffi chargé , que les befoins
de l'Etat le demandoient Il
eftoit neceffaire de trouver un
homme laborieux, intelligent,
que les difficultez n'étonnaffent
point , & qui aimaft le
Roy , l'Etat & le Peuple. Il y
avoit deux ans que M' de
Pontchartrain eftoit Inten
dant des Finances. Il avoit
rempli tous les devoirs de cet
Employ avec tant d'exactitu
de , de vivacité & de probité ,
qu'en Septembre 1689. le Roy
le fit Contrôleur General des
Finances , & il répondit f
£76 MERCURE
bien à l'attente de Sa Maje
fté , qu'en Novembre 16.90.
Elle le nomma Secretaire , &
Miniftre d'Etat , & fes lumie,
res ont paru fi grandes dans
le Confeil , fur tout ce qui re
garde la Juftice , que le Roy
a cru l'en devoir déclarer le
Chef, en le nommant Chancelier
& Garde des Sceaux de
France.
Le Confeil du Roy a depuis
longtemps efté rempli de per
fonnages illuftres de cette
Maiſon , & on y a vû plufieurs
Miniftres & Secretaires d'Etat
, qui ont tous foutenu avec
GALANT. 277
éclat la réputation qu'ils y ont
9 acquife , mais fur tout , qui
ont fait paroiftre une grande
probité , & un attachement
inviolable à la perfonne de
leurs Souverains . Auffi leur
habileté dans leurs Emplois
a- t elle esté récompenfee , &
#par
le fuccés des chofes qui
leur ont etté ordonnées , ou
confiées , & par la juſtice que
Eles Hiftoriens leur ont rendue
là deffus .
La place de Contrôleur Ge
neral des Finances eftant dela
pro meurée
vacante par
motion de Mr de Pontchar
278 MERCURE
train à celle de Chancelier }
le choix du Roy s'eft trouvé
d'accord avec les fouhaits de
la Cour & du Peuple , & Sa
Majefté a nommé pour la
remplir Mr de Chamillard ,
cy devant Confeiller au Par
lement , de la Seconde des
Enqueftes , Maiftre des Requeftes
, Intendant en Normandie
, & Intendant des Finances.
Il a fait voir tant de
fageffe , tant de lumiere , &
tant d'équité dans tous ces
Emplois , qu'on ne doit pas
eftre furpris fi le choix du Roy
aefté generalement applaudi,
GALANT. 279
Mr Bignon , Chevalier , Seigneur
de Blanzy , a efté pourvû de laCharge
d'Intendant des Finances qu'avoit
4 Mr de Chamillard. Il a efté Avocat
General à la Cour des Aydes en 1689.
puis Maitre des Requestes en 1693 .
Il eft Frere de Mr Bignon Confeiller,
d'Etat , & qui a efte cy - devant Avocat
du Roy au Chafteler , Conſeiller
au Parlement , puis Maistre des
Requeftes & Intendant à Rouen , &z
en Picardie , où il eft prefentement.
Il a encore deux Freres , qui font
Mr Bignon , Capitaine aux Gardes ,
& Mr Bignon , Abbé de S Quentin
en l'Iffe ,l'un des Quarante de l'Aca
demie Françoile , President de l'Aca
demie des Sciences , & Predicateur
ordinaire du Roy , tous Fils de feu
Jerôme Bignon , Confeiller d'Etat
ordinaire , Confeiller d'honneur au
280 MERCURE
Parlement , & auparavant Avocat
General au Parlement , & Grand
Maiftre de la Biblioteque du Roy.
Les agrémens que Mr Bignon , pre
fentement Intendant des Finances ,
a reçûs lorsqu'il a efté pourvu de cette
Charge , font voir qu'il eft fort eftimé.
Le département du Commerce
qu'avoit Mr Dagueffeau a efté donné
à Mr Amelot de Gournay , cydevant
Ambaffadeur à Venife & en
Suiffe. La maniere dont il s'eft acquitté
de ces grands emplais , fait
voir qu'il n'exercera pas avec moins
de gloire & de fuccés celuy qui vient
de luy eftre confié .
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eft le Temps. Ceux qui l'ont trouvé
font Mis de Tilliers : Pinchon ;
GALANT: 281
0C
le Rouleux : de Raconval : le Vaffeur
& Avice ; le nouveau Convertis
le Romain François : le paffionné
pour l'Aftrologie , & le Berger Alcidon,
Mademoifelle Javote Ogier,
du coin de la rue de R chelieu : la
Dame Solitaire : Rozelinde , ou la
Nimphe enjouée : les belles Veoves
de la rue Saint Antoine : la Dame
au Rebus : la cha mante Babet de la
rue de Condé : le bon Voyage de
Boulogne.
L'Enigme que vous allez
lire eft de M le Comte de
Turlan.
Septembre 1699. A 2
282 MERCURE
ENIGM E.
LE Sexe m'aime & me veu ;
mal.
L'Homme par un dépitfatal ,
Apres avoir longtemps fouhaité
ma venuë ,
Derefte mon retour& me met tou
te nuë.
Mais de mon fort voyez l'effet,
On penfe me défaire , &pourtant,
on mefait.
Je vous envoyeray le mois pro
chain le projet d'une Hatoire du
Rooffillon , à laquele Mr Abbé le
Raguet a commencé de travailler ,
GALANT: 283
Cependant ceux qui voudront luy
envoyer des Memoires chez M
l'Evêque de Perpignan , luy feront
plaifir.
Vous aurez le mois prochain un
détail de tous les Divertiff mens de
Fontainebleau . Je fuis , Madame ,
voftre, &c.
1
A Paris , ce 30. Septembre 16993
DE
LYON
1893
A a ij
222525525 :2525ZSSZ
TABLE.
PRelude.
Sonnet.
6
Derniere partie du Traité de la
Tarentole.
Avanture.
9
119
Nouvelle Pandore , ou des Femmes
illuftres du Siecle de Louis
le Grande 126
Lettre en Profe & en Vers à Mademoifelle
de Scudery , fur la
mort de fon Perroquet
Abbayes & Charge d'Aumônier
138
du Roy donnée par S, M , 146
TABLE.
Nouvelles particularitez du Cas
rouſel qui s'estfait à l Acadequie
de Mrs de Rochefort , de
Vandeüild Avricourt 147
Lettre Paftorale de Mr l'Archevêque
de Rouen.
Madrigal.
157
171
Lafage des Globes celefte & ter.
reftre des Spheres furwant
Les differens Siftemes du monde,
·
173
Couches de Madame la Ducheffe
#
de Lorraine.
Morts.
180
186
Extrait d'un Sisteme de l'Aimant .
194
Remarquefur l'équilibre des corps,
TABLE.
}
fur le flux & reflux de lu
Mer. 203
Ce qui s'eft passé le jour de Saint
Louis dans toutes les Academies
établies par le Roy. 205
Ce qui seft paßé le même jour au
Camp de Marly
220
Mrde Bofferend eft reces Chevalier
de l'Ordre de S. Lazare.
223
Expofition des Ouvrages de Mrs
de l'Academie de Peinture &
224
de Sculpture
Mort Pompe funebre de Mt
le Chancelier Boucherat. 227
Vers Anglois traduits
Ranchain
par
Mr
24
TABLE.
Autre article de Morts. 249
Lettre à Mr de S. Evremont 257
Reception faite à Bellegarde à
I Ambassadeur d Efpagne en
268 France .
Mr de Pontchartrain eft nommé
Chancelier de France , & Mr
de Chamillard Contrôleur Ge-
273 neral.
Agrément de la Charge d'Inten .
dant des Finances qu avoit ce
dernier , donné à Mr Bignon
279
de
Blanzy.
Département du Commerce don.
néà Mr Amelot de Gournay.
Article des Enigmes.
280
282
匪
DE
LA
YON
1
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Quand verray je ce que j'ado .
re , doit regarder la page
157.
L'Air qui commence par ,
Laiffons là , chers Amis,l'Empire
de Venus , doit regarder
la page 206.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères