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Eur .
511
m
1699.7
Eur: 51122
1
16997
Meruire
<36616463060012
<36616463060012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1699.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant. A
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
Avec Privilége du Roy.
Bayerische
StaatsbibBothek
München
I
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on ne lit
plus l'Avis qui a eftemis depuis
tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mercure
puifque malgré les Prieres réïterées
qu'on afaites d'écrire en caractéres
lifibles les nomspropres quife trouvent
dans les Memoires qu'on envoyepour
eftre employeZon negli .
ge de le faire , ce qui eft caufe qu'il
y en a quantité de défigure ,
eftant impoffible de deviner le
nom d'une Terre , ou d'une Famil
A ij
AU LECTEUR .
les
pe
le, s'il n'eft bien ´écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y
prendre garde, s'ils veulent que
noms propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend au.
cun argent pour ces Memoires , &
qu'on employera tous les bons ou
vrages à leur tour , pourvû qu'ils
ne defobligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en affrånchiffent
le port.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1699 .
OUS fçavez , Madame
, vous qui aimez
tant la gloire
du Roy , combien luy même
il aime la Gloire . Son attachement
pour elle ne doit
point vous étonner , puis
A j
6 MERCURE
qu'elle femble n'avoir d'application
que pour ce qui peut
faire mieux briller les quali
tez merveilleuſes de ce grand
Monarque. Voulez -vous l'entendre
parler ? Elle fe declare
affez fortement dans les Vers
qui fuivent.
SONNET.
Vy , je cede à LOUIS &
mon Trône & monTemple.
De fes travaux guerriers là j'ay
tracé le cours .
On voit icy les Rois implorerſon
Secours
GALANT. 7
Couronné des vertus chacun d'eux
le contemple.
L'honneur fait fon Hiftoire, & le
champ eft trop ample.
C'est à moy de compterfes Exploits
parfes jours;
Je fus désfon berceau
amours,
l'objet defes
Des Heros à venir il doit eftre
l'exemple.
$
Vainqueur , dans la conqueste il
rompt fes Bataillons ,
Il produit l'abondance au defaut
des fillons :
A iiij
8 MERCURE
Le temps ne détruit rien que fa
main ne répare .
S
Sur le bonheur public il a lesyeux
ouverts
En faveur de la Paix fa bonié fe
declare
,
Quand il peut efperer de vaincre
l'Univers
Je ne vous puis dire qui eft
l'Auteur du petit Ouvrage .
que vous allez lire ; mais je
fuis perfuadé qu'il vous plaira
par les chofes fenfées dont il
eft rempli.
GALANT. 9
CONSIDERATION
Sur la vanité& fur les differens
caracteres des hommes ,
Jaume
Aime le Payfan innocent ,
ou le Laboureur foigneux ,
qui travaille journellement
pour nous nourrir. Je veux du
bien au Marchand fidelle , &
à l'Artiſan induſtrieux , qui
prennent peine pour nous lo .
ger & pour nous veftir, J'honore
le bon Soldat , qui répand
genereufement fon fang
pour nous , & le Gentilhom,
me bien né , preft à combattre
pour le falut de la Patrie,
10 MERCURE
Je refpecte le Paſteur difcret,
qui paift fon troupeau dans
l'amour du Seigneur , & felon
l'efprit de charité ; & le faint
Religieux , qui prie humbleblement
& avec ardeur pour
les pechez du peuple mais
l'homme vulgaire & vain me
déplaift , qui ofe s'ériger en
Juge , pour dominer fur plus
grand que luy, ou qui ne fait
pas fcrupule d'acheter à deniers
comptez , le droit de regler
la fortune , ou de décider
dr fort de nos vies & de nos
biens felon fon caprice. Je
n'ay pas moins de mépris pour
GALANT. 11
, ا
le Faquin opulent , qui me
barre en ruë le paffage , ou
qui m'éclabouffe avec fon
char ; pour l'homme d'Egliſe
dépravé , & pour le Jouvenceau
à petit colet , qui ſe donne
des airs de petit Maiſtre.
J'eftime vraiment l'honneſte
homme, qui fait route en la
droite voye , dans la fimplicité
de fon coeur , qui aide volontiers
les foibles & qui
compatit & s'intereffe à la neceffité
des malheureux ; mais
je ne fçaurois fouffrir le mé
chant , le vain , le dur , le
délicat , & le mauvais plai
>
12 MERCURE
fant ; & felon moy , celuy là
feul eft raifonnable , qui fe
confidere , comme il l'eft en
effet, Pelerin , ouEnvoyé fur la
terre; qui dans l'incertitude de
la vie en envifage à toutes fins
le terme ordinaire , ou naturel,
& y conforme , fous le bon
plaifir de la Providence , ſes
loüables entrepriſes , ou fes
innocens projets ; qui fe reduit
aux ufages legitimes de
ce bien commun qu'il a plû à
Dieu de nous donner , & qui
fait en même temps une juſte
attention aux vrais devoirs de
fa miffion . Mais je ne puis
"
GALANT.
13
affez m'étonner de la dureté
de coeur , de l'extravagance ,
ou de l'aveuglement de celuy
qui fe paffionne à l'excés &
fans mefure pour ce qu'on
apppelle les faux biens , ou
pour les chofes , viſiblement
periffables , dont la poffeffion ,
loin de nous pouvoir remplir,
ne nous eft pas certaine un
moment; qui confume incon .
fiderément le temps fi cher &
fi précieux , le plus fouvent
en chofes vaines , frivoles &
abufives , qui ne nous touchent
, ou ne nous conviennent
point ; qui s'attachent
14 MERCURE
avec opiniâtreté à la pourfuite
d'un Procés , ou de quelque
autre intereſt temporel , lors
qu'il devroit par raiſon & par
neceffité ne plus fonger qu'à
mourir ; ou enfin qui par une
autre espece de caprice , ou
de for enteftement , fe réduit
au milieu de fon plus bel âge,,
à donner la gêne à fon imagination
, pour former à fa
maniere un ouvrage pretendu
de fon crû , ou fouvent un
mauvais Livre , non dans la
veuë d'eſtre utile au public ,
& de meriter du prochain ,
mais par le feul & ridicule
GALANT.
15
motif de laiffer une vaine
idée de fon nom à la poſteg
rité , & d'échaper , s'il pouvoit
, au commun deftin des
hommes , qui eft la mortalité.
Toute cette conduite eft
fans doute affez bizarre , & peu
digne de l'homme ſenſe , par
rapport à fa nature & à fa fin;
cependant c'est ce qui fe trou .
ve continuellement preſent à
nos yeux , & tel le blâme ou
l'improuve en autruy, qui dans
le momentou un peu aprés, ne
s'apperçoit pas qu'il tombe à
fon tour dans le meſme égarement
. On ne doit donc pas
16 MERCURE
s'eftonner fi le plus fage des
hommes à prononcé en fes
jours cette notable ſentence ,
Que le nombre des four on des
extravagans eft infini , & le Philofophe
a penlé jufte , qui en
trant dans la confideration de
A
luy- mefme nous a laiffé ces
paroles, Magna vitæ pars elabi.
turmalè agentibus , maxima nihil
agentibus , tota aliud agentibus.
Voicy une propofition nouvelle
de M' Morien , qui prétend
que la Lune ne reçoit pas
fa lumiere du Soleil . Souvenez
vous , s'il vous plaiſt , que
c'eft luy qui parle.
GALANT. 17
C
Hacun fçait , & c'est une
verité établie , que la
caufe du Flux & du Reflux de
la Mer , eſt un effet des vertus
& des proprietez de la Lune ,
Cela pofé,je dis qu'elle agit par
fympathie & par domination ,
nonfeulement fur laMerOccane
& fur les autres Mers qui
ont Flux &Reflux ,pour en être
la caufe , fans le secours du Soleil
: mais encore fur toutes les
eaux qui n'ont point de Flux
ny de Reflux qui nous appa .
roiffe, & qui nous foit fenfible .
N'eft ce pas un Flux & un Re-
Flux à leur maniere , que le dé.
Fuillet 1699.
B
t
18 MERCURE
bordement des Rivieres dont
on cherche tant la cauſe? Et
qu'eft- ce que celuy du Nil qui
eft fi reglé ? Je dis donc que la
Lune eft une Planete qui agit
en faiſant ſon impreffion fur
les eaux en general par toute
la terre, par la ſympathie , l'afcendant,
& par la vertu de l'influence
qu'elle a fur elles , les
dominant,gouvernant & mouvant
entierement , les purifiant
auffi , les nettoyant & les confondant
les unes avec les autres
, celles de la Mer avec
celles des Rivieres , celles de
l'Orient avec celles de l'Oc.
GALANT. 19
cident, celles duMidyavec celles
du Septentrion , fans que
le Soleil y ait part. Je remarque
dans le Soleil trois principales
qualitez ; la premiere
eft fon açimité : les autres font
d'éclairer & d'échauffer par la
preſence , & c'eſt par ces deux
dernieres qualitez , qu'il affoiblit,
pendant qu'il éclaire, les
effets & les proprietez de la
Lune , bien loin de les feconder
, comme il feroit vray
de dire s'il communiquoit fa
lumiere , & par confequentfa
chaleur à la Lune ; car la chaleur
du Soleil eft infeparable
t
Bii
20
MERCURE
de fa
lumiere. La
prefence ou
l'aſpect de la Lune
rafraîchit ,
humecte ,
refferre ,
provoque
la
mélancolie , de
même que
les eaux , foit
qu'on fe
prome.
ne
deffus , ou
qu'on les confidere
en
repos, Au
contraire
le
Soleil
épanouit ,
échauffe ,
réjoüit , anime , &
engendre
toutes
chofes
pendant
qu'il
éclaire , & c'est ce que la
Lune
humecte &
fomente
pendant
la nuit , pour
conduire & mener
ces
creatures ,
productions
du
Soleil , a leur
perfection ,
en lui
prétant
fon
fecours
pour la leur
donner. Ces
GALANT 21
deux effets differens , les uns
du Soleil , & les autres de la
Lune , procedant de deux caufes
differentes & diſtinctes , il
eft vray de dire que la Lune
ne reçoit pas fa lumiere du
Soleil , fans qu'il ſoit beſoin
que je cite le paffage de l'Ecriture
, fecit duo luminaria ma .
gna. Suivant cette opinion
qui eft tres faine , on concilie
toutes les contradictions qui
peuvent naître fur la differen .
ce des lieux & des climats ,
où le Flux & Reflux eft plus
ou moins réglé ou heteroclite
, & même dans les endroits
22 MERCURE
où l'on s'étonne qu'il n'y en
paroiffe point du tout , par le
rapport qu'il devroit y avoir
des uns aux autres Climats.
Le corps de la Lune n'eft pas
rond , mais il a la forme d'un
Globe qui feroit partagé en
deux , plus ou moins également
, dont une moitié eft
le corps de la Lune . Cette moitié
eft concave du côté qu'elle
eft partagée. Ce corps ainfi
formé , elt volubile de fa naenforte
que, depuis le
ture ,
commencement de fon Croif
ſant juſqu'à ſon plein¸il ſe tourne
infenfiblement du côté de
GALANT.
23
fon ouverture vers nous , & lors
qu'il eft dans fon plein , il eſt
fur fa Platte -forme à nôtre
égard; & puis pendant le cours
de fon déclin , il fe retourne
par les mêmes degrez d'intervalles
, jufqu'à ce qu'étant par.
venu au dernier point de fon
déclin , il nous montre à plein
en cette poſture le côté de fon
Corps demy rond , pendant
qu'il reçoit de l'autre, l'influence
des Aftres qui fervent à luy
communiquer la vertu pour
nous la faire ſentir à fon premier
retour.
Le corps de la Lune a les
24 MERCURE
qualitez d'une éponge par rappott
à la matiere dont il eſt
compofé. Dans fon declin , il
s'éleve en haut, pour mieux recevoir
l'influence qui luy eft
propre , & depuis fon croiffant
jufqu'à fon plein , il s'abaiffe
comme pour nous mieux
faire fentir la vertu .
La Lune eft la nature d'un
corps , dont les differentes parties
font les Etoiles & les Planetes
. C'est pour cela qu'elle eſt
la plus baffe de toutes . Le So.
leil eft la tête de ce corps , le
coeur l'ame , l'intelligence
pour ainfi dire. Le corps de la
>
GALANT.
25
Lune eft impenetrable à la lumiere
du Soleil , de fa nature ,
mais encore par cette raiſon
qu'il eft une partie interne de
ce corps , dont le Soleil eft la
tête; d'où je conclus que la Lune
pendant la nuit , eft entierement
cachée à la lumiere du
Soleil , bien loin de la pouvoir
penetrer, qui eft une autre im.
poffibilité,parce que fon corps
eft de luy- même
impenetrable
à cette lumiere. La terre &
ſes creatures , font l'objet des
fonctions & de l'economie de
la Structure , & du
mouvement
des Cieux, & c'eft dans ce fens
Juillet 1699..
C
26 MERCURE
qu'ils font faits pour ceux qui
l'habitent .
Quoy que vous ayez pû
voir quantité de traductions
de la feconde Epode d'Horace
, qui commence par , Bea .
tus ille qui procul negotiis , je ne
laiffe pas de vous envoyer celle
cy avec confiance , ne doutant
point que vous n'y trouviez
des beautez nouvelles par
la netteté & par la douceur de
1. Poëfie. Je rens juſtice à
l'Auteur , dont on m'a laiffé
ignorer le nom .
GALANT. 27
DESCRIPTION
Des charmes de la Vie Rustique.
H Eureux , qui dégagé du monde
& des affaires ,
Dans un fage repos met fes plus doux
plaifirs ,
Et qui fans rien devoir , borne, tous
fes defirs
A cultiver les champs que labouroient
les Pere :
Heureux celuy qui fait fon unique
bonheur
D'aimer la probité , de cherir la
candeur.
Il n'eft point effrayé par le bruit des
Trompettes ,
Mais il dort au doux fon des champeftres
Mufettes .
Cij
28 MERCURE
Ses yeux n'ont jamais vû les flors ,
Enflez par un cruel orage ,
Faite defirer le rivage
Aux plus affurez Matelots .
Content d'un fertile heritage ,
Il ne va point aux Grands rendre
un fervile hommage.
Senfible aux plaifirs feule ment,
Que procure une vie innocente &
rustique ,
On le voit tantoft qui s'applique
A marier adroitement
Aux plus hauts Peupliers les bran◄
ches de fa Vigne ,
Et retranchant l'inutile farment ,
Conferver le meilleur , afin qu'elle
provigne .
Tantoft dans des vallons chat .
mans
Il voit errer fes boeufs parmy les pâ
turages ,
GALANT 29
Qui de leurs longs mugiffemens
Font retentir les bois & les antres
fauvages
Tantoft dans la belle faifon
Il preffe dans fa main le miel qui fort
des ruches ,
Dont il remplit de larges cruches ,
Et tantoft des brebis il coupe la toi
fon.
Mais à quels does plaifirs fon ame
s'abandonne !
Qu'il refleut de charmes divers ,
Quand il voit arriver l'Autom.
nc ,
Le chef orné de
pampres verts!
A cueillir des raifins lors que fa main
s'aprefte ,
C'eft pour vous les offrir au beau
jour d'une fefte ,
Grandes Divinitez , dont les foins
bienfaifans
C iij
30 MERCURE
Confervent fes Jardins , &protegent
les champs.
Couché fur le gazon , affis fous de
vieux chefnes .
Il goûte des zephits les flateuſes ha .
leines ,
Pendant que cent petits ruiffeaux ,
Qui tombent des rochers pour arrofer
les plaines ,
Le chant plaintifde mille oiſeaux,
Et le murmure des fontaines ,
Par un mélange fans pareil
L'invitent à goûter les charmes du
fommeil.
Mais lors que les frimats & l'extrê
me froidure
Font gemir les Mortels , & languic
La nature
Il voit avec plaisir fes genereux Limiers
Faire la guerre aux Sangliers.
GALANT.
31
Tantoft il tend des rets à la Grive
gouluë ,
Tantoft à la facile Gruë.
Quelquefois il s'eftime heureux ,
Quand d'un lacet le piege inévita
ble.
Luy fait prendre un Liévre peureux
,
Comme le fruit d'une Chaffe a
greable.
Parmy des plaifirs fi charmans ,
Qui pourroit reffentir les amoureux
tourmens ?
Que fi les loix d'un heureux hymenée
,
L'ont uni pour jamais ,
Avec une Epoufe bien née ,
Et de qui les vertus furpaffent les
attraits,
Si cette Epouſe, auffi douce
gc ,
que fa-
C iiij
32 MERCURE
Prend foin de fes Enfans , & veille
Si
à fon ménage ,
pour luy fignaler l'excés de fon
amour ,
Et foulager fa laffitude ,
Elle allume un grand feu quand il
eft de retour ;
Si par un rare effet de fon exactitude
Elle renferme fon troupeau
,
Et luy tire du vin agreable & nouveau
:
Si d'ailleurs , fans fe mettre en aucune
dépense
Elle apprefte un repas
bondance ,
cù
regne l'a-
Non , tout ce que le luxe , & l'amour
des plaifirs ,
Peut inventer de propre à flater les
defirs ,
Ny tout ce que des Rois la fuprême
puiffance
GALANT.
33
Peut étaler de fafte & de magnificence
,
Rempliroient beaucoup moins mes
voeux & mes fouhaits ,
Que des plaifirs fi doux , fi grands &
Gi parfaits .
Il eft vray que l'on voit la pompe &
l'opulence
Regner avec éclat dans la Maifon
des Rois ,
Mais on voit regner dans les bois ,
Et la droiture & l'innocence.
Ouy, tout ce qu'ont d'exquis la Perdrix
, Ortolan ,
La Gelinore & le Faiſan ,
Me plairoit moins que l'ozeille
fauvage ,
Que l'olive, qu'un tendre agneau ,
Que la chair d'un jeune chevreau
Qu'un Berger rempli de courage
A garanti des dents des Loups.
34
MERCURE
Reffent-on des plaiſirs plus doux
Que de voir les brebis repuës ,
Le foir à leur bercail revenir lente ,
ment ,
Et les boeufs haraffez trailner languiffamment
Le foc renversé des charuës ;
De voir à ſon foyer de robuſtes Valets
,
[ Signes certains de fa richeffe ]
Raconter à l'envi les travaux qu'ils
ont faits ,
Pendant que leur foupé fe dreffe
?
Quand l'ufurier Damon eut tenu ce
difcours ,
Réfolu de quitter le tumulte des
Villes ,
Et de paffer le reste de fes jours
Parmy des plaifirs fi tranquilles ,
Il ramaffa tout fon argent ;
GALANT .
35
Mais ne pouvant forcer le malheu
reux panchant
Qu'il avoit cu de la nature ,
Il fe repentit de fon choix ,
Et plaça fon argent une feconde fois,
Pour en tirer encore une plus groffe
ufure .
Je vous envoye une piece
d'un genre particulier . Il me
femble quel'Hiver ne doit a.
voir aucun Partifan contre
l'Efté. Cependant vous allez
voir que cette faifon ne laiffe
pas d'avoir les commoditez &
Les avantages.
36 MERCURE
DIALOGUE
SUR L'HIVER ET L'ESTE.
L
'Hiver n'eft pas toûjours
également rigoureux ;
l'on y voit des jours , où les
ardeurs du Soleil nous font dire
que ce font des jours d'Efté.
Ce fut en l'un de ces jours que
l'Efté & l'Hiver s'étant rencontrez
, s'entre- choquerent
rudement, l'un prétendant dé
truire les chaleurs de l'autre ,
qui ne voulant point ceder à
fon Adverfaire , s'efforçoit à
fon tour de diminuer les riGALANT.
37
S
gueurs; Ce trifte combat du
rajufqu'à ce que le Soleil , Pere
de l'Efté, eftant à fon Midy
accorda leur different en les
I obligeant tous deux de re .
gner enſemble pour ce joura.
L'Efté dont la faifon n'e
ftoit plus , fut ravi de cet accommodement
, & l'hiver , ▲
qui c'étoit le tour de regner, y
foufcrivit malgré lay. Cerac
cord invita Arcas & Leandre
à fortir de la Ville encore gla
cée , pour profiter d'un fi char
mant demy jour. Ils fe promenerent
le long des murs , &
aprés avoir avoué l'un &l'au
38 MERCURE
tre , que le chaud de l'Eſté
temperé par le froid de l'Hiver
forme des jours tres agréa
bles , ils voulurent
fçavoir lequel
desdeux eftoitpreferable
àl'autre. Arcas prit le party de
l'hiver , & Leandre
qui fut pour
l'Eté , luy parla de cette forte .
LEANDR
E.
Il faut demeurer d'accord
que de toutes les fatfous , le
Printemps eft celle qu'on doit
le plus fouhaiter.Tant de fleurs
qu'elle fait paroître , tant de
plaifirs qu'on y goûte , font
dire avec beaucoup de Juftice
, que tout y rit , que tout
GALANT.
39
#y enchante , jufque- là même
que pour exprimer que la Parque
a ravy Lycas , nôtre ami
O commun , dans fa verte jeuneffe
, qui eft le plus bel âge
de la vie , nous difons avec
douleur qu'il eft mort au
Printemps de fes jours . On
n'eft pas moins obligé d'avoüer
.....
ARCA S.
Laiffons,je vous prie , mon
cher Leandre , une fi triſte
comparaiſon , & dans un lieu
où nous ne venons cher
cher que la joye , ne renouvellez
point le déplaifir que
40 MERCURE
nous caufe cette fatale feparation
. Je fçais que le Printemps
eft la plus aimable des
Sailons , ou l'unique qui le
ſoit , fi vous voulez , mais pré.
ferer l'Eté à l'Hiver , c'eft ce
que je ne feray jamais .
LEANDRE.
Quels plaifirs peut- on trouver
dans l'Hiver ?
ARCAS.
Quels charmes fi grands
peut avoir l'Eté ?
LEANDREMille
charmes , mille plaifirs
, mille douceurs .A la Campague
les Vallons font émail ,
GALANT . 41
lez de fleurs , dont Tircis orne
- fa chere Lyfette. Les Prezy
font verds , & nous font part
de leur frais & delicieux gazon
pour nousrepofer .Les Bois
y font toufus , & y offrent de
feurs aziles a des amoureux
myfteres. Les arbres y font
chargez de fruits , qui pour fe
laiffer prendre , pendent fur
nos têtes. Les Moiffons y font
abondantes , & fourniſſent au
Laboureur dequoy femer à
pleine main dans l'Autonne .
les Bergers plus attentifs à
LeursBergeres ,qu'occupez du
foin de leurs Troupeaux,y font
Fuillet 1699.
D
42 MERCURE
retentir fans ceffe les Echos
de leurs tendres concerts.
Enfin tout y excite à la joye
pendant l'Eté.
ARCAS.
N'eft- ce pas mal foûtenir le
party que vous prenez que de
le vanter par de fi méchans endroits
? Si les Bois alors épais
font impenetrables au Soleil ,
ne luy cachent - ils pas mille
forfaits?Si l'on voit des Arbres
& des Moiffons , les uns font
fans fruits , les autres trompent
les efperances du Moiffonneur
qui en fe plaignant de l'infertilité
de les Champs , gemit
GALANT: 43
3
1
fous le poids d'une chaleur fatigante.
LEANDRE.
Vous me fourniſſez des ar
mes pour vous battre , Arcas .
Si nous avons le malheur de
voir aprés une longue attente
nos Arbres infructueux , & nos
Moiflons tres peu abondantes
, n'eft ce pas au perfide
Hiver que nous devons nous
en prendre , qui non content
de porter par tout la defola.
tion , pendant la faifon , fait
fouvent au milieu de l'Eté ,
avant le lever du Soleil , fentir
les rigueurs à nos Arbres
Dij
44 MERCURE
& à nos Moiffons ? Combien
de fois jaloux des loüanges
que nous donnions à l'Eté ,
qui nous promettoit dequoy
fatisfaire pleinement à nos befo
ns , en a-t'il troublé le regne
paiſible , & détruit par là nos
legitimes efperances ?
ARCAS.
L'Hiver n'eft pas toûjours
coupable des maux dont vous
le faites l'Auteur. Les trop
exceffives chaleurs de l'Eté en
font toûjours la cauſe, & s'il eſt
vray de dire que quelquefois
l'Hiver' produit ces malheurs,
il n'eft pas moins vray qu'en
revanche, il couvre & engraif5
Le
to
45
GALANT.
ûjours nos Terres de fes
neiges , peu different de ce
Fleu
've admirable , dont le li
mon fertiliſe les Campagnes
d'Egypte .
LEANDRE .
Je le veux , Arcas , mais enfin
quel autre avantage a l'af
freux Hiver , qui foit comparable
à ceux que nous procure
inceffamment à la Campagne
l'agreable Eté ?
ARCAS.
De plus grands que vous
ne penfez , Leandre. Le fidelle
Berger , dont le Troupeau ne
fort plus , s'y occupe unique .
ment de fon aimable Bergere ,
46 MERCURE
& le feu de ſes innocentes
amours qui le fuffoquoit, joine
au chaud de l'Eté , temperé
alors par le froid du favorable
Hiver , luy rend cette faifon
douce,ou fi déguifant fes chaftes
flammes , il feint d'avoir
befoin d'un autre feu , moins
puiffant fur luy mille fois que
celuy de fes amours , n'eft ce
pas pour s'y trouver auprés de
Cloris , à qui fans être interrompu
, il conte à loiſir ſon
tendre martyre , qu'il s'en
approche tremblottant ? Le
Payfany eft parfaitement fain
fans être fujet à une infinité
GALANT. 47
de maladies qui font les fuites
fâcheutes des chaleurs de l'E
té. Le Laboureur , qui s'eft
long temps occupé à de peni
bles exercices , y goûre une
douce tranquilité . Semblable
à la prudente fourmy , il confume
dans le repos & avec
plaifir , ce qu'il a cueilly avec
tant de peine & de travail
pendant l'Efté , fi bien qu'il
femble que cette faiſon n'eſt
faite que pour fervir aux ufages
, & contribuer aux delices
de l'Hiver.
LEANDRE.
Voftre rafonnement , Ar
48 MERCURE
cas eft plus fpecieux quefoli .
de. Les amours de l'Hiver
font toûjours froides ( bien que
je jure le contraire à Sylvic )
& vous ne sçauriez me perfuader
que l'Hiver foit fupportable
, fur tout à la Campagne
?Nos bois qui en fai
foient tout l'ornement , n'ont
rien conſervé de leur beauté
qu'un frais incommode . Les
arbres y font generalement
dépouillez de leurs feuilles ,
& le prefentent à nos yeux , demy
morts , & maudits comme
le Figuier de l'Evangile . Nos
prez y ont perdu leur verdure
2
GALANT. 49
y
re , nos champs enfin font
fecs & arides , & ne nous laiffent
que le déplaifir de les avoir
veus parfemez de mille fleurs
odoriferantes
que l'on n'y voit
plus. Mais quittons la Campagne
, Arcas. Le Bourgeois ,
le Comte , le Marquis
, qui
aprés avoir congedié leur
Train, s'y étoient refugiez pen ,
dant neufmois , pour y épargner
dequoy entretenir pendant
les trois autres , ce miferable
Train qui fe raffemble
,
la quittent, tant elle eft affreufe.
Suivons les à la Ville , &
yoyons fi l'Hiver eft à préfe-
Fuiller 1699.
E
1
50 MERCURE
ferer à l'Efté.
ARCAS .
Il me fera fans doute plus
facile de triompher par cet en
droit que par l'autre.
LEANDRE .
J'en doute, Arcas , & il me
femble que la Ville eft plus
riante l'Eté que l'Hiver , ou
pour mieux dire , qu'elle
l'eft uniquement l'Efté. Elle
n'offre alors à nos yeux ,
que plaifir ; beauté , magnificence
, l'ami eft continuellement
à fe divertir avec fon
amy , l'Amant ne peut quitter
d'un pas fon ainante , & la lon ,
GALANT.
7
S
gueur des jours prolonge fes
doux plaifirs , qu'une courte
nuit ne peut interrompre pour
long- temps
.
ARCAS.
Enfin vous faites fans y penfer
le Portrait fidelle de l'Hi .
ver. Quelle faifon enfante plus
de plaifirs ? Ce ne fontque jeux,.
Bals , Feftins , repas , Aſſemblées
, occafions où la magnificence
eft abfolument necef
faire .
LEANDRE.
Je le veux croire fi c'est vous
faire plaifir, mais tombez d'accord
avec moy que nous avons
"
E ij
12$ 2 MERCURE
mille remedes contrecesmaug
prétendus ; fi la trop exceflive
chaleur nous incommode , le
frais d'une Chambre hors des
atteintes du Soleil nous en ga.
rantit ; fi la foif nous preffe ,
la glace nous defaltere , &
l'ufage de l'éventail , qui ne fut
inventé que pour faire naître
des Zephirs capables de rafraîchir
Sylvie , & de luy rendre
en un inftant la beauté que
la chaleur tâchoit de luy ravir
pourun temps, ne nous eft pas
inconnu. Au refte,fi la chaleur
du midy nous arrefte , que
de douces matinées , que d'aGALANT.
53
18
3.
gréables foirees en révanche ,
mais fi.toft que le trop exac
Hiver revient à nous , helas ,
que de déplorables changemens
! Tout eft trifte , tout
languit, tout eft dans une confufion
étrange . L'Ami con
noift à peine fon Ami métamorphofé.
Le teint décharné
& verdaftre d'Ifabelle rend
Damon parjure . Nos rives
autrefois bordées de peuple ,
font défertes , nos Places autrefois
theatres de Nouvelliftes
, font abandonnées ; nos
champs de promenades autrefois
fi frequentez , ceffent
"
E iij
54 MERCURE
de l'eftre. Hé , pourquoy s'en
étonner ? A peine le Soleil
nous éclaire - t - il de loin . Le
jour nous quitte prefque auffitoft
qu'il paroift ; vents , gelées
, frimats , glaces , broüillards
, pluyes , tout enfin nous
menace & nous accable.
Arcas fe préparoit à répon
dre; mais le pafle Soleil s'eftant
perdu dans le fein de Thetis ,
aprés avoir chancelé quelque
moment ; l'obligea de rentrer
dans la Ville avec Leandre , &
d'avouer que la nuit qui venoit
fitoft pendant l'Hiver ,
donnoit lieu de
regreter la
GALANT.
55
ز ا
Saifon qu'il ne trouvoit pas
digne de luy eftre préfetée .
Voicy le contenu de quelques
Arrefts du Conſeil d'Etat
du Roy , qu'il faut joindre à
l'arricle de ma Lettre du mois
paffé , qui eft fur cette matiere
.
Arreft du Conseil d'Etat, du
5 May , qui fait defenſes aux
Commiffaires des Saifies réelles
, & Commis prépofez pour
faire les fonctions defdits Of
fices , de délivrer ny figner à
l'avenir aucunes quittances
pour les fonctions de leurs
E iiij
56 MERCURE
Charges & Commiſſions , qu'
elles n'ayent efté préalablement
contrôlées par les pourvûs
des Offices de Contrôleurs
des Saifies réelles , ou
Commis prépofez pour en
faire les fonctions , & les droits
de contrôle payez , à peine de
nullité , & de cent livres d'amende
pour chacune contravention
; fait auffi defenſes
fous les mêmes peines aux
mêmes Commiffaires des Saifies
réelles , & Commis prépofez
pourfaire les fonctions
defdits Offices , de recevoir ny
faire comprendre dans une
GALANT: $7
1
1
5
. même quittance , delivrée à
leur décharge par les Fermiers
Judiciaires, les femmes payées
à differens Ouvriers pour les
reparations par eux faites dans
les maifons & biens faifis réellement
, finon & à faute de ce
faire , ordonne que les droits
de quittances en feront payez
de la mefme maniere , que s'il
y avoit autant de quittances
qu'il y aura de diffetens Ou
vrages & Ouvriers mentionnez
enicelle .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 26. May , qui ordonne
que l'Arreft du 16. Mars
58 MERCURE
1669 fera executé , & que les
particuliers recherchez pour
l'ufurpation des titres de Nobleffe
, qui rapporteront des
titres faux , feront condamnez
en cent livres d'amende .
Arreft du Confeil d'Etat du
même jour 26. May , qui ordonne
que les Officiers des
Greniers à Sel de Cofne, Gien ,
la Charité , Montargis , &
Saint Fargeau , & pareillement
tous les Officiers des
autres Greniers à Sel de l'étenduë
de la Ferme des Gabelles
de France , feront tenus
de fe charger des Sels proceGALANT.
59
Er
J.
es
Z
dans du Regratage des facs ,
de mettre lefdits Sels dans les
maſſes,à peine d'interdiction ,
& des pertes , dêpens , dommages
& intereſts du Fermier.
Declaration du Roy , donnée
à Verſailles le 8. Juin , en
interpretation de l'Edir du
mois de Septembre 1696 portant
creation dans la Province
& Comté de Bourgogne , d'un
Siege Prefidial dans chacune
des Villes de Befançon , Ve
zoul , Gray , Salins , & Lousle-
Saunier , avec le nombre
d'Officiers dont ils doivent
eftre compofez.
60 MERCURE
Le 22. May fe fit la conver
fion d'un Turc , qui ayant réfifté
plus de vingt ans à la
voix de Dieu qui l'appelloit ,
fe fentit enfin touché des
exemples de vertu que M
Bouchu , premier Prefident du
Parlement de Dijon , & Madame
la premiere Prefidente ,
fa Femme , donnent à toute la
Province, & les fupplia de voufoir
bien luy fervir de Parrain
& de Marraine , pour la ceremonie
du Baptême qu'il eftoit
dilpofé de recevoir. Ils y confentirent
avec plaifir . Elle fe
fit par M le Doyen de Saint
GALANT. 61
Jean , dans cette Eglife , en
prefence de toutes les perfonnes
de qualité de Dijon. On
luy donna le nom de Pierre &
Paul , & le Te Deum fut chanté
folemnellement en action de
graces.
Le petit Ouvrage que vous
allez lire , cft de M² Teffon , de
Toulouſe.
ELEGI E.
M Illefleurs qu'on voyoit de toutes
parts éclorre,
Annoncent le retour de la brillante
Flore.
62 MERCURE
Du bel Aftre du jour les
naiffans
,
rayons
re-
De leur divin éclat venoient dorer
nos champs ,
Et le chant des oiſeaux ranimant la
nature ,
Des ruiffeaux pour un temps étouffoit
le murmure :
Tandis que dans fon coeur le timide
Tircis
Renfermant à tegret fes plus fecrets
foucis ,
Dans des lieux écarrez , les yeux
baignez de larmis
Détefte de l'amour les invincibles
charmes ,
Et les triftes accens de fa mourante
voix ,
Font gemir les vallons & refonner
les bois,
Lieux tranquilles , dit- il , où mon
coeur infenfible
GALANT. 63
Jouiffoit d'un repos fi charmanr , li
pailible ,
Vous qui jufqu'à ce jour occupant
mes defirs .
Partagez avec moy mes innocens
plaifirs ,
Ne fongez deformais qu'à partager
ma peine ,
L'amour m'a fait fentir tout le poids
de fa chaine .
Ce fuperbe Tiran , jaloux de mon
bonheur ,
Epuife enfin fur moy fa plus dure
rigueur ,
Ou plutoft c'eft iris qui me aend
miferable.
Ce Dieu fans fes appas n'a r'en de
redoutable ,
C'eft d'elle , de fes yeux qu'il emprunte
les traits ,
Qui le vengent d'un coeur qui crut
n'aimer jamais.
64 MERCURE
Helas! aimable Iris , dont l'ame indifferente
Ignore encor l'ardeur de ma flâme
naiffante
,
Que ne me cachiez -vousces charmes
dangereux ,
Que l'amour n'a formez que pour
les malheureux ?
Et toy , cruel deftin , auteur de mon
martyre ,
Sans qui j'aurois toujours rejetté fon
Empire ,
Falloir.il me livrer dans un moment
foudain
Atout ce que fes Loix ont de plus
inhumain ?
Ah! ne nourriffons plus le poiſon qui
me tuë.
Cachons mon triſte amour pour jamais
à fa veuë ,
Et forçons , s'il fe peut , mes rrop
iimides fens
GALANT. 65
Avaincre des tranfporrs fi doux '&
fi preffans.
Vains efforts , vain fecours , que vous
fert de m'inftruire
Des foibleffes d'un coeur qui s'eſt
laiffé feduire ?
Pourriez- vous réfifter à des attraits
fi doux ?
Non ; les beaux yeux d'Iris font plus
puifans que vous .
Brulons plutoft , brulons d'une fâme
fi belle ,
Sacrifions mes jours à fa fierté rebelle
,
Aimons,& fans former d'inutiles regrets
; [beauté m'a faits,
Découvrons. luy les maux que fa
Mais que dis -je ? Je lens ma reifon
inflexible ,
Me la reprefenter encor plus infenfible.
Juillet 1699.
66 MERCURE
C'est
trop , c'eft rrop languir
fous
fes injuftes loix ,
Etouffons mes foupirs pour la derniere
fois.
Quoy ! pourrois-je ceffer d'adorer
tant de charmes ?
Non , non , aimable Iris , Tircis vous
rend les armes ,
Et toy, fors de mon coeur , importune
raiſon ,
Tes feveres confeils ne font plus de
faifon.
Le 3. du mois paffé , M'
l'Abbé de Louvois foutint en
Sorbonne, une des trois Thefes
de Licence , qui s'appelle
Mineure ordinaire , compofée
des Sacremens. Il répondit
GALANT.
6%%
OU
e
QUA
ان
d'une maniere tres vive , qui
luy attira l'applaudiſſement
de tout ce qu'il y a en France
de diftingué dans l'Eglife ,
dans l'Epée & dans la Robe.
M' l'Archevêque de Tours
eftoit Preſident de l'Acte. M'
le Nonce , Mrs les Cardinaux
d Eftrées , de Furftemberg &
Coiflin ,M'l'Archevêque de
Paris , & plufieurs autres Prelats
s'y trouverent . M'l'Abbé
de Louvois a beaucoup d'érv.
dition , & non feulement il
aime l'étude , mais auffi tous
les Sçavans ; auffi en reçoivent-
ils de grandes marques
d'eftime.
de
Fij
68
MERCURE
On a eu nouvelles que
Meffire Roger de Villemur
de Paithus , Seigneur & Baron
de
Beaufort , eftoit mort à
Foix , Diocefe de Pamiers. Il
eftoit âgé de quatre vingtdix
- neuf ans , & Fils de мe flire
Georges de Villemur , Comte
dǝ Paithus , Chevalier des Ordres
du Roy , & de Dame Catherine
'd'Eftein . Il avoit eflê
fait Capitaine en l'année 1632-
dans le Regiment de M' le
Maréchal de la Mothe , & ille
commanda enfuite avec dif.
tinction , ayant receu plufieurs
bleffures, qui ne luy caufoienr
GALANT 69
2 aucune incommodité &
r n'empêchoient point qu'il ne
montaft fouvent à cheval. Ila
àlaiffé trois Filles , dont l'aînée
eft mariée àM' de Seyre , qui
commandoit les Milices de
Foix , fur la Frontiere d'Efpagne
, pendant la dernière
guerre .
Meffire Jacques Picques ,
Seigneur & Baron de Ver ,
Maistre d'Hoftel ordinaire da
Roy, mourut icy le 4. de ce
mois.
Chacun fe dit malheureux,
& tout le mond : temble avoir
70 MERCURE
raifon , tant il y a de fatalité
marquée dans la plupart des
chofes qui nous arrivent. Un
Cavalier des plus accomplis
en a fait l'épreuve depuis peu
de temps . Une fort jolie perfonne
chez qui le voisinage
luy donnoit un libre accés , eut
tant de charmes pour luy ,
qu'infenfiblement il en fut
piqué. Il eftoit vif dans ſes
paffions , & l'amour qu'il eut
pour elle à force de voir , ne
le laiffa pas longtemps balancer
fur le parti qu'il avoit à
prendre. Elle eftoit dans une
grande jeuneffe , mais d'un
GALANT, ΤΙ
3
efprit meur , qui luy donnoit
naturellement ce que les autres
n'ont accoutumé d'aquerir
qu'avec beaucoup de foins
& d'étude . Sa douceur , fa modeftie
, & un caractere honnefte
& infinuant qu'elle faifoit
remarquer en toutes chofes ,
ད eftoient des agrémens trop
fenfibles, pour ne pas produire
un prompt effet fur l'efprit du
Cavalier.Il luy déclara les fentimens
que fon merite luy avoit
fait prendre , & il en eut pour
réponſe ce qu'une Fille bien
née peut fe permettre de dire
dans une pareille occaſion ;
1
72 ZERCURE
beaucoup de marques de res
connoiffance , accompagnées
de certe aimable rougeur, qui
plaift tant à ceux qui la font
naiftre , & qui laiffe deviner ce
qu'on ne dit pas. Elle dépen
doit de fes Parens , qui devoient
regler fa deſtinée , &
ce fut àeux qu'elle le pria de
s'adreffer , s'il vouloit que fa
déclaration euft quelque fuite.
Quoy qu'il ne puft l'obliger à
dire qu'elle fe fentoit touchée
pourluy, c'en eftoit affez pour
luy faire voir qu'il ne feroit pas
haï , fi elle avoit la liberté de
l'aimer. Auffi s'expliqua til
dés
GALANT.
73
dés le
lendemain avec ſa мere,
es qui trouvant en luy des qualitez
eftimables , & affez de
bien
10 pour
rendre fa Fille heureufe
, receut la propofition
fans aucune repugnance , luy
promettant de n'oublier rien
pour la faire agréerà fon Mary,
qui eftoit abfent pour quel
ques affaires , qui le devoient
encore occuper trois ou quatre
mois. Le terme eftoit long.
pour le Cavalier, qui euſt bien
voulu eftre feur de fon bonheur
, afin que la Belle fuft
moins refervée dans fes fentimens
, mais il euft efté dange-
Fuilles 1699.
G
74 MERCURE
reux de luy écrire . C'eſtoit un
homme entier dans fes volontez
, qui peſoit longtemps les
choles avant que de les conclurre
, & auprés de qui il y
avoit de grandes meſures à
prendre pour l'amener à ce
qu'on pouvoit fouhaiter de
luy. La Belle , qui avoit ob .
fervé fon caractere , ſe tint
fur fes gardes pour ne point s'a
bandonner à toute la reconnoiffance
, qu'elle ſe ſentoit capable
d'avoir pour l'amour du
Cavalier. Ce n'eft pas qu'elle
n'eût pour lui des manieres tres
obligeantes, mais fon coeur de
GALANT.
75
meuroit libre , ou du moins
l'engagement qu'il prenoit ,
n'étoit point fi fort , qu'il dût
luy en coûter fon repos s'il le
falloit rompre. Le Cavalier
eût été heureux s'il eût retenu
le fien dans une pareille difpofition,
mais plus il eut fujet
d'efperer , plus il s'enflama , &
il ne fut plusen état de croire
qu'il pût y avoir un autre bonheur
pour luy que celuy de
paffer fa vie avec la Belle. Certe
idée le ren pliffoit tout entier
, & comme il l'avoit fans
ceffe devant les yeux , il devint
le plus amoureux de tous les
Gij
76 MERCURE
hommes . Le Pere revint , &
apprit à fon retour le deſſein
du Cavalier, qui luy fit prefque
auffi toft la même Déclaration
qu'il avoit faite à la Mere,
Il la reçût comme luy faifant
honneur , mais il le pria de luy
donner quelque temps pour
deliberer avant que de luy repondre
, & l'incertitude où il
le laiffa , commença à l'alarmer.
Il eut recours à la Mere
qu'il conjura inftamment de
prendre les intereſts. Ce fut
peut eftre ce qui leur nuifit.
Le trop d'empreffement
qu'el
le témoigna pour faire réüffir
le Mariage, la rendit ſuſpecte à
GALANT. 77
fon Mari , qui trouvant maúvais
qu'elle vouluſt agir en
- maîtreffe , fe mit en tefte
de faire valoir fon autorité de
Pere.Il avoit eu quelque veuë,
avant que de s'éloigner , pour
l'alliance d'un homme encore
plus riche que le Cavalier
& qui n'avoit pas moins de
naiffance. Il luy fit parler fous
main , & les perfonnes qu'il
interpofa , agirent fi adroitement
, que l'ayant mené en
lieu où il paroiffoit que le hazard
l'eût conduit , its luy donnerent
moyen de voir & d'en
tretenic la Belle , fans qu'elle
Gj
78 MERCURE
pût foupçonner que l'on cuſt
formé aucun deffein. Il la trouva
toute aimable , & n'eut pas
pluftoft donné fon confentement
à ce qu'on luy propoſoit,
que le Pere déclara au Cavalier
qu'il ne pouvoit luy donner
få Fille. Ce fut un coup
de foudre pour luy . Il'employa
tout pour en détourner l'effet,
mais toutes fes plaintes auffi
bien que fes prieres demeurerent
inutiles . La Mere s'emporta
pour luy avec hauteur ,
& cette hauteur ne fervit qu'à
avancer ce qu'elle croyoit empêcher
en s'emportant. Il ne
GALANT. 79
S
ג
fe peut rien imaginer , ny de
plus tendre ny de plus touchant
, que ce qu'il dit a la
Belle , mais elle étoit jeune , &
incapable de réfiſter à ſon Pere
qu'elle connoiffoit inebranlable
dans fes réfolutions . Ainfi
aprés l'avoir affeuré que s'il
l'avoit laiffée libre , elle l'auroit
preferé à tout autre a vec
plaifir , elle le pria de ne luy
point imputer l'injufte refus
dont fes foins étoient payez.
Le Mariage fe fit , & le Cava
lier qui nevoulut point en eftre
témoin, alla chercher dans une
Cour étrangere des amuſe-
G iiij
80
MERCURE
mens qui
diffipaffentlechagrin
qui l'accabloit. La Belle trouva
fon Mary fort amoureux
pendant quelque tems , mais
il avoit une paffion qui l'emportoit
fur l'amour. La fureur
du jeu le poffedoit , & el
le augmenta en luy aprés
qu'il fut marié. Il perdic
des fommes fi
confiderables
que le defordre qui fe mit dans
fes affaires , paffa juſqu'à ſon
efprit. Cene fut plus cet hom
me obligeant , honnête , qui
meritoit d'être aimé par fes
complaifances. La mauvaiſe
humeur le prit ; il devint rude
GALANT. 81
n
S
I
fâcheux , & intraitable dans
fon domestique. Sa femme à
qui il cachoit une partie de fes
grandes pertes , eut beau luy
faire de ces douces remon
trances qui gagnent les plus
obftinez dans leurs paffions .
De petits gains qu'il lui arrivoit
quelquefois de faire , le flatant
de l'efperance de ſe rétablir ,
il le roidiffoit avec aigreur
contre les confeils qu'elle
luy donnoit , & la patience fut
le feul remede , dont elle
put fe fervir dans un fi grand
mal . Il
s'abîmoit , cepen ?
dant de plus en plus , &
82 MERCURE
continuant toujours à jouër, il
continuoit toûjours à perdre ,
foit par l'Etoile ,foit parce qu'il
ne fe poffedoit pas affez en
joüant. Il rêvoit fans ceffe à fou
malheur , & aprés divers emprunts
, il ſe trouva fi fort à l'é.
troit, qu'il avoit peine à fournir
aux dépenfes qu'il étoit neceffairement
obligé de faire. Sa
femme qui le plaignoit , & qui
étoit encore plus à plaindre ,
offrit pour le loulager , de fe
retirer avec luyà la Campagne ,
où ils pouvoient vivre plus
commodement , & avec moins
d'embarras. Il refufa ce parti ,
GALANT:
83
&toûjours plongé dans le chagrin
, il la réduifit à l'abandon ,
ner à fa conduite , quelques
malheurs qu'elle en pût pré-
1 voir. Ce fut alors qu'elle cut
fujet de fe repentir d'avoir
deferé trop aveuglement aux
volontez de fon Pere. L'image
de la douce vie qu'elle au
roit menée , fielle euft épousé
le Cavalier qui l'avoit aimée fi
tendrement , ne ſe preſentoit
à fon efprit que pour fon fuplice.
Il y avoit trois ans qu'il
étoit parti , & comme elle s'é
toit plufieurs fois ſouvenuë de
luy avec un trop fenfible res
84 MERCURE
gret de n'avoir pas répondu
à fon amour , la nouvelle
qu'on luy vint donner de fon
retour , luy caufa quelque chagrin
. Elle fut fâchée qu'il vinft
eftre fpectateur de fa mauvaife
fortune ; & quand il auroit
encore efté capable d'entrer
affez vivement dans fes
interefts pour l'en vouloir
confoler il luy paroiffoit
qu'ayant fi peu de fujet d'aimer
fon Mary , elle ne devoit
point fouhaiter la veuë d'un
homme pour qui elle s'eftoit
fenti du panchant. Elle n'en
put refufer quelques vifites ;
GALANT. 85
mais elle eut beau fe tenir dans
une grande réſerve , le Cavalier
qui fe croyoit affermi par
1 trois ans d'abfence contre
les charmes de cette aimable
perfonne , ne put la revoir
fans laiffer renaiftre fon premier
amour.Ses regards pleins
de langueur en furent les marques
, & même il luy échapa
quelques paroles , dont elle
fut obligée d'arreſter la ſuite .
Elle luy reprefenta l'inutilité
d'une paffion qui la rendroit
criminelle , fi elle contribuoit
à l'entretenir , & fe fervant du
pouvoir qu'elle avoit encore
86 MERCURE
fur luy , elle l'obligea de luy
promettre , ou qu'il ne laverroit
plus , ou qu'au moins ce
feroit tres rarement. Le Cavaş
lier connoiffant qu'il y alloit
de fes interefts de luy obeïr ,
& que plus il la verroit , plus
fes fentimens pour elle reprendroient
de force , réſolut
de facrifier à fon repos uno
veuë qui le troubloit. Il fe repandit
en diverſes compagnies
, & comme une paffion
s'éteint par un autre engagement
, il crut enfin fes Amis ,
qui luy confeillerent de fe
marier. On luy propoſa un
GALANT. 87
"
patti avantageux . La perfon .
ne eftoit bien faite , de bonne
Famille ; &avoit de la beauté.
C'en eftoit affez pour luy faire
croire, que quoy qu'il ne fentift
pas fon coeur fortement
touché pour elle , il vivroit
heureux en l'époulant. Il eftoit
tres- honnefte homme , & fe
tenoit affuré que le temps &
"la raiſon y feroient naiftre les
fentimens de tendreffe qui
luy feroient dûs. Ainfi il ne
voulut point laiffer traîner
cette affaire , & s'areſtant au
dehors , fans rien approfondir
par luy-même , il fe mar3i7a. La
88 MERCURE
Dame qu'il avoit aimée avec
tant de paffion , l'apprit avec
joye ; mais cette joye fut bien
moderée , quand elle fceut
quelque temps aprés qu'il n'avoit
pas lieu d'eftre content
de fa Femme. C'eftoit une
perſonne bizarte , dont l'humeur
capricieuſe ne s'accommodoit
de rien . Elle vouloit
ce qu'elle vouloit par un pur
enteftement , & non par raifon
, & ce qu'elle avoit ſouhaité
d'abord ceffoit de luy plaire
un moment aprés . Ce caratere
fi different de celuy du
Cavalier , le rendit tres malGALANT:
89
heureux . Comme il en fouf.
froit beaucoup , il alla s'en
confoler avec la Dame , qu'il
voyoit de temps entemps , &
à qui il avoua qu'il ne s'eftoit
marié que pour tâcher d'affoi .
blir la trop forte paffion qui
Favoit obligée à luy défendre
1 de la voir fouvent Hs ne purent
s'empêcher de comparer
leurs malheurs ; mais ceux de
la Dame finirent bien . toft
aprés , du moins d'une certai
ne maniere, Son Mary ayant
diſparu pendant un mois , fans
qu'elle puft apprendre ce qu'il
eftoit devenu , elle en receut
Juillet 1699.
H
go MERCURE
enfin une Lettre qu'il luy écri
vit de la Rochelle. La Lettre
portoit , que ne pouvant plus
paroiftre dans le defordre ou
Les affaires eftoient , il al
loit voit dans les Pays étran
gers fila fortune ne luy feroit
point plus favorable. Il luy
nommoit le Vaiffeau où il
devoit s'embarquer dés ce mê
me jour avec deux perfonnes
qu'elle connoiffoit , & par
quelque relation qu'elle avoit
avec ceux de leur Famille, elle
fceut fix mois aprés que ce
Vaiffeau avoit fait naufrage ,
fans qu'il s'en fuft échapé que
GALANT. 91
M
C
peu de gens qui s'eftoient fauvez
dans la Chaloupe. Un des
deux avec qui fon Mary luy
avoit mandé qu'il faifoit voya
ge , eftoit de ce nombre , &
il ne fut pas plus d'un an
revenir
. Il luy rapporta
que
le Vaiffeau s'eftant entre ouvert
prefque auffi - coſt qu'il
s'eftoit jetté dans la Chalous
epe , il avoit vû les flots l'engloutir
, & qu'elle pouvoit fe
compter pour Veuve. Elle fit
faise d'exactes perquifitions
dans tous les endroits où l'on
pouvoit avoir eu des nouvelles
de ce naufrage , & par tout ce
Hij
92 MERCURE
qu'on apprit , la perte de fon
Mary demeura conftante . Ce
fut alors que le Cavalier fut au
defeſpoir de ne fe pouvoir
dédire de l'engagement
qu'il
avoit pris . Il offrit fes foins &
fon credit à la Dame , pour
bien établir fes droits contre
les prétentions des créanciers ,
& il la fervit tres utilement ;
mais elle refufa de luy tout
autre fecours , & conduifit fi
bien fes affaires , qu'elle vêcut
en repos , fi ce ne fut pas dans
l'abondance . Son merite ne
laiffa pas de luy attirer encore
des partis avantageux , fi elle
GALANT: 93
e
C
eaſt voulu fe remarier. On
l'en preffa inutilement . Elle
trouvoit trop de charmes dans
la vie tranquille qu'elle menoit
, pour le réfoudre à changer
d'eftat Dix ans le pafferent
de cette forte , tres longs
pour le Cavalier , qu'une fièvre
continue délivra enfin de fon
incommode Femme. Il n'eut
plus alors de penſées que pour
la Dame , qui commença à ſe
repentir de s'eftre déclarée
trop hautement contre un
fecond mariage. Elleluy avoit
obligation , & l'amour ardent
qu'il avoit toujours fenti pour
94 MERCURE
elle , fe montra fi tendre & fi
fi empreffé , qu'elle eftoit fachée
de la réſiſtance qu'elle
apportoit malgré elle à ce qui
pouvoit le rendre heureux. Il
eut befoin de temps & de patience
pour furmonter les obftaclesque
luyfufcita le trop de
delicateffe de la Dame , & ce
ne fut pas fans employer toutes
fortes de moyens qu'il vint
à bout de les vaincre . Il les
vainquit cependant . Tout fut
arrefté ; on fixa le jour du ma
riage , & la joye qu'il en fentir
alla dans un tel excés , qu'il
tomba dangereufement maGALANT.
95 n
lade. Aprés quinze jours d'une
-fiévre violente , on defefpera
e de le fauver. Il le connut
& on ne peut rien ajoûter
à tout ce qu'il dit de tendre
fur le regret qu'il avoit
: de quitter la Dame. Il s'écria
mille fois , qu'il voyoit
bien qu'il eftoit de fon deſtin
de n'avoir jamais que des efperances
, puis que fur le point
d'eftre pleinement heureux , il
falloit qu'il renonçaft à ce qui
luy avoit toujours efté le plus
cher. La Dame répondit à fa
tendreffe , en luy cachant fa
douleur , pour ne le pas ef96
MERCURE
frayer , & en tâchant de luy
faire croire qu'il pouvoit encore
tout efperer . Elle luy dit
vray fans l'avoir cru . Sa fiévre
diminua , & les remedes luy
furent donnez fi à propos ,
qu'aprés avoir demeuré longtemps
entre la mort & la vie ,
il fe vit enfin hors de peril.
On eut grand ſoin de ména
ger fa fanté , & il luy fallur
plus de deux mois pour la rétablirentierement
, aprés quoy
on arreſta de nouveau le jour
heureux , aprés lequel il foupiroit
depuis fi long - temps .
Dame donnoit ordre à
t
reGALANT
97
1
quelque chofe qui regardoit
la Ceremonie que l'on devoit
faire le lendemain , lorsqu'on
la vint avertir que l'on demandoit
à luy parler. Un peu
aprés , elle vit entrer un homme
qu'elle ne put connoître
d'abord , mais dont la voix la
jetta prefque auffi toft dans
une furpriſe qui luy fit faire un
grand cri. C'étoit fon Mary
ce Mary qu'elle croyoit mort
depuis dix ans , & qui s'étant
fauvé fur une planche du Vaiffeau
dont elle avoit appris le
naufrage , étoit paffé dans les
Pays les plus éloignez , où il
Juillet 1699 .
1
98 MERCURE
avoit pris un autre nom.
Le
defir de vaincre fa mauvaiſe
Etoile l'avoit obligé de s'affocier
avec des Flibuftiers fort
déterminez , & cette focieté
qu'il avoit continuée fix ou
fept ans , luy avoit fait amaffer
de grandes richeſſes . Il les raportoit
, & ne doutoit point
qu'il ne meritât par- là qu'on
perdift le fouvenir de fa cónduite
paffée. La Dame l'auroit
oubliée tres aisément , fi
les affurances qu'on luy avoit
données de fa mort ne l'eufſent
pas engagée à des ſentimens
d'amour, qu'elle ne pou
GALANT.
99
I voit plus conferver fans crime.
Elle éprouvoit des peines terribles
fur le facrifice qu'il en
o falloit faire , & l'état où elle fe
reprefentoit qu'alloit être le
0. Cavalier qui l'aimoit veritablement
, & qui étoit fi digne
a de fa tendreffe , la faifoit fouf.
frir cruellement
. Cependant
il falloit ſe vaincre , & ne s'attacher
qu'à fon devoir . Elle le
fit avec des fentimens de ver.
tu que tout le monde admira ,
aprés avoir inftruit ſon Mary ,
de l'engagement que fa fauffe
mort luy avoit fait prendre.
Rien ne fçauroit être compa-
I ij
100 MERCURE
ré aux marques
de defef
poir que donna le Cavalier,
Il s'abandonna
à la plus vive
douleur,& ne pouvant en mou.
rir , il voulut au moins mou.
rir au monde , & alla s'enfermer
dans un Monaftere
, où
le temps & la raifon lui ont fait
ouvrir les yeux fur le peu que
font les chofes qui nous acta.
chent le plus. Il prit l'Habit
de Religieux
quelque temps
aprés , & les voeux qu'il a faits :
enfuite avec une entiere réfi
gnation , l'ont misà couvert des
paffions dont il s'eft veu agité
durant tant d'années.
GALANT . rồi
La Lettre dont je vous en-
Le voye une copie , merite que
en faffiez part à vos
Vous
Amis.
A M' L'ABBE' DE F ...
с A Bordeaux 27 Juin 1699 .
"'b
Oftre curiofité , Monfieur
, & les queſtions
O que vous me faites lur le Sa.
crifice , font dignes de vô -
tre efprit & de vôtre pieté. Ce
n'eft lans doute qu'une fuite
de vos meditations
fur le myftere
que nous avons celebré
pendant
cette Octave.
J02 MERCURE
Pour vous
fatisfaire je répon
dray à vôtre premiere deman.
de , qu'il ne me femble pas que
la raiſon
naturelle ait
enfeigné
aux hommes d'offrir à Dieu
le Sacrifice ou la
deftruction
d'une Victime , pour reconnoître
fa
fouveraineté fur toutes
les
creatures. On a pu naturellement
reconnoître l'Auteur
de toutes choſes , & luy
offrir les biens que nous avons
reçûs , mais détruire ces biens
par le fer , le feu , en reconnoiffance
de la grace que Dieu
nous avoit faite lorſqu'il nous
les a donnez , c'eft ce que la
GALANT: 103
1
raifon demeurant dans fes bor.
nes naturelles , n'a pû enfeigner
ni commander. Elle nou's
auroit bien plûtôt commandé
le facrifice de nous- mêmes ,
1 quoi qu'on ait regardé avec
horreur les Victimes humaines
qu'ont immolé autrefois
les Egyptiens , les Atheniens ,
les Gaulois , les Maffiliens , les
Carthaginois , & les Idolâtres
du Royaume d'Ifraël , quiadoroient
l'Idole de Moloch. En
effet , le Sacrifice d'une Brebis,
ou des fruits , n'eft il point un
figne de celuy que nous devons
faire de nous mêmes ,
I iiil
104 MERCURE
ainfi que dit S. Auguſtin liv
io . de la cité de Dieu p . 19. &
aprés luy Bellarmin l . 1. de la
Meffe , chap. 2 ?
Jecrois donc,
Monfieur, qu'à
l'exemple d'Abel , de Caïn ,
& de leur Pere qui fut inftruic
& infpiré de Dieu , & qui enfeigna
à fes enfans le culte exterieur
qu'on devoit au Createur,
les hommes ont offert en
Sacrifice des animaux & des
fruits avec certaines
Ceremonies,
lefquelles
femblent avoit
commencé au temps d'Enoch
avantle
deluge.Al'exemple des
GALANT 105
4
Fidelles , les Payens immole-
Rrent des animaux aux fauffes
1 Divinitez , c'est à dire que les
hommes ayant reconnu d'au
tres Dieux que le Createur du
Ciel & de la Terre , ils leurs oft
frirent les mêmes Sacrifices
qu'ils venoient de preſenter au
vray Dieu , ce qui fe peut entendre
du commencement de
l'Idolatrie avant & aprés le
Deluge.
Au refte , je ne fçache point
que des Auteurs celebres ayent
foûtenu le contraire , ni que
leur opinion ou la mienne foit
heterodoxe, l'Eglife n'ayant
106 MERCURE
rien defini là- deffus , & laiffant
aux fçavans la liberté de propofer
leurs conjectures.
Sur l'opiniou de M' Grotius
, ce fçavant critique de
nôtre Siecle , touchant les vitimes
offertes par Abel &
par Caïn , qui n'offrirent felon
luy , que du lait & de la laine
de leurs Brebis , ( il pouvoit y
ajoûter des fruits de la terte ,
qui ne font pas moins propres
à noftre nourriture & à noftre
veftement ) je crois fa conjeature
mal fondée , fur ce que
Dieu ne fe plaift point au carnage
des animaux , & que les
GALANT:
107
·
hommes n'ont
mangé de la
viande
qu'aprés le
Deluge . Or
fi cela eftoit , Dieu
n'auroit
point
commandé à Moyſe de
luy
immoler des
animaux , &
Noë n'en auroit pas mis dans
l'Arche
quelques paires pour
fa
nourriture , & pour le Sacrifice
; outre que l'Ecriture dit
clairement
qu'Abel offrit ce
qu'il avoit de meilleur
dans fes
Troupeaux. Jofephe dit à la
verité, que Cain
n'offrit que
des fruits , qui font des biens
cultivez par le
travail , & par
l'avarice des
hommes , & que
ce fut pour cela , que fon Sa108
MERCURE
crifice ne fut pas agréable à
Dieu ; mais c'eft là le rafinement
d'un Juif; car quelle ap .
parence que Caïn cuſt plûcoſt
offert ce que l'avarice lui auroit
fait conferver, que desanimaux
qui viennent fans aucun foin ,
& fans autre travail que celuy
de les garder. Ce que dit Saint
Cyrille dans Salien , eft peuteftre
plus vray- femblable, que
le facrifice de Caïn ne fut defagréable
à Dieu, que parce qu'il
n'avoit offert que les plus méchans
fruits , le réfervant les
meilleurs. Quoy qu'il en foit, il
eft conftant qu'on offrit au
GALANT: 109
Commencement du monde ,
des animaux & des fruits , ce
qui fe prouve par le comman
dement que Dieu fit àMoyſe.
A la feconde queftion que
vous me faites , Monfieur, lur
le Sacrifice de Melchifedech ,
Roy de Salem , aujourd'huy
Jerufalem , il eft vray auffi que
le Souverain Preftre a efté inf
piré de Dieur pour luy offrir
du pain & du vin , en quoy il
a efté imité dans la fuite par
quelques peuples Gentils ,
comme par les Egyptiens, qui
avoient peut eftre lû les Livres
de Moyfe ; car avant ce faint
11. MERCURE
Preftre , ny même de fon
temps
, nous ne trouvons
point que perſonne ſacrifiaft
en pain & en vin . Abraham
même qui vivoit pour lors ,
& qui le connoiffoit, ne l'imita
point, quoy qu'il fceuft que de
telles victimes eftoient agréables
au Tres- haut ; & certes
elles l'eftoient bien autant que
les victimes des animaux , puis
que Dieu les avoit demandées
à Melchifedech
, & qu'elles avoient
une égale force de fignifier
que Dieu eft le maiſtre
de nos vies ; car s'il nous nourrit
& nous entretient , n'eft il
10
GALANT. III
1
1
pas l'Auteur de noftre confervation
, & par confequent
de noftre eftre ? Comme Melchifedech
eftoit different des
autres Preſtres , en cè que fa
Victime eftoit differente de
celle d'Abraham & d'Aaron ,
fon Sacerdoce differoit auffi
de celuy des autres Sacrificateurs,
en ce qu'il avoit receu
le fien de Dieu immediatement
, au lieu qu'Aaron avoit
efté oint & confacré par
main des hommes . La bene.
diction qu'il donna à Abraham
regardoit la Loy de
grace , dit Saint Cyprien à
la
12 MERCURE
Cecilius , & on peut ajoûter
que fon Sacrifice regardoit
encore la même Loy, puis qu'il
a efté la figure de celuy qu'of
frit J. C.un jour avant la mort,
& par le Sacrifice de l'Euchariftie
, & celuy que le Sauveur
"offrit fur la Croix , il accomplit
les figures de la Loy de nature,
& celles de la Loy écrite , &
ainfi il a efté Preftre felon
l'Ordre de Melchifedech , &
felon l'Ordre d'Aaron en
quelque maniere , avec cette
difference , que le premier
Ordre devoit toujours durer ,
au lieu que le fecond devoit
?
GALANT.
13
finir par le Sacrifice de la
Croix, quiavoit efté figuré par
l'immolation de l'AgneauPaf
chal. Voila pourquoy le Sauveur
a pris plûtoft le pain &
le vin pour en faire le Sacrifice
de fonCorps & de fon Sang,
que l'Agneau qu'il mangea
luy même à la derniere Pafque
qu'il fit avec fes Difciples ,
parce que , comme j'ay dit ,
Eil devoit eftre Preftre éternellement
felon l'Ordre de Mel
chifedech. Ce Souverain Sacrificateur
poffedoit la puiſfance
Royale , ainfi que j'ay
remarqué , & en cela même il
Fuillet 1699.
K
14 MERCURE
a efté la figure de J. C. noftre
Souverain Pontife , comme
parle Saint Paul , & Roy par
natute & par naiffance , felon
quelques Peres , entre lefquels
on met , bien on mal , Saint
Epiphane. Il a efté le Meffie
même qui a apparu fur la terre
dans la Loy de nature , & en,
fuite dans la Loy de grace ,
comme fi le Meffie cuft dû
paroiftre dans les trois Loix ;
car il eft venu fous la Loy de
Moyfe , & a commencé la Loy
de grace . Il doit encore venir
aux derniers jours ; & ainſi ,
fuivant l'opinion des Melchi,
GALANT. 115
3
fedechiftes , il devroit appa
roiftre dans tous les temps .
C'eſt de là qu'eft venuë l'erreur
des Millenaires , qui en
feignoient que le Mefie devoit
regner fur la terre mille
ans avec les Saints , ainſi que
l'a entendu encore de nos
1 jours M' Jurieu , Miniftre Proteftant
, qui n'a pas eſté avoüê
en cela par ceux de fon parti.
Pour les aurres rapports qui
font enttre cet ancien Pteftre
& J. C. il eft facile de les trou.
ver. Ainfi je paffe à la derniere
queſtion que vous m'avez faite
; fçavoir fi la Sacrificature
K if
116
MERCURE
-
appartenoit de droit au Pere
de Famille à l'exclufion des
Enfans , ou à l'Aîné des Enfans
à
l'exclufion des autres.
Cela ne me paroift fondé
fur aucun endroit de l'Ecriture
- Sainte ; car dans la Loy
de nature , Cain & Abel facrifierent
du vivant d'Adam : &
Abel plus jeune que fon Ftere,
facrifia auffi bien que luy , ce
qui fut fans doute obiervé
dans la fuite : du moins ne
trouve- t on rien de contraire,
ny dans les Hiſtoires ſacrées ,
ny dans les profanes ; car il ne
me fouvient point d'avoir lû
GALANT. Try
enaucun endroit que les Pontifes
chez les Grecs , chez les
Egyptiens, chez les Romains,
& ailleurs , fuffent les Aînez
des Familles. Je fçay bien que
quelques Auteurs ont eftédu
fentiment contraire. Ils ont
même crû que les Hebreux
n'attacherent la Souveraine
Sacrificature à l'Aîné des Enfans
, qu'en memoire de ce
que Dieu avoit fait mourir
tous les premiers nez des Egyptiens
; mais nous fçavons
que Moyfe & Aaron , tous
deux Freres , ont facrifié , &
que les deux Enfans de ce
118 MERCURE
dernier en furent punis. Ce ne
fut pas à caufe qu'ils avoient
facrifié , mais parce qu'ils s'e .
ſtoient ſervis d'un feu éranger
& profane, Autre choſe feroit
la Souveraine Sacrificature ,
qui n'a efté en ufage que chez
les Juifs , eftant commune par
tout ailleurs , comme eftoit
la fimple Sacrificature , c'eft
à dire le Sacerdoce fimplement
fans cette jurifdiction ,
& ces fouctions réservées aux
Souverains Pontifes ; mais
quand on le diroit , cela net
feroit pas moins faux ; car
nous ne trouvons pas que cela
GALANT. 119.
་
I
4
fuft ainfi. Au contraire , les
Souverains Pontifes eftant
dépofez , leurs Freres cftoient
fouvent mis à leur place ,
fans que les Juifs fe foient
jamais oppoſez à cette nouveauté,
fi c'en eftoit une.
Enfin , pour répondre à voftre
derniere queſtion , bien
differente des premieres que
nous avons traitées , laquelle
confifte à fçavoir , s'il vaut
mieux écrire que n'écrire pas,
dans un fiecle auffi fçavant &
auffi cenfeur que le noſtre , je
vous diray mon avis fort libre .
ment, fi vous le voulez ainfi.
126 MERCURE
·
Ily a certaines gens fi chagrins
& fi difficiles à contenter , qu'
ils ne fçauroient fouffrir qu'on
écrive fur aucune matiere ,
faus fe plaindre de la peine
qu'ils ont à lire , comme ſi
on leur faifoit perdre du
temps , ou qu'on les cuſt priez
de lire les ouvrages d'efprit
qu'on donne au public. Ils ont
grand tort de lire rien ; on ne
les prie point de le faire , & on
ne les oblige point à cela.
D'autres n'approuvent pas
tout ce qui s'éloigne de leur
érudition , ou de l'art qu'ils
ne fçavent pas. Les autres ena
fin
GALANT: 121
fin envieux , jaloux , critiques
d'humeur & de naturel , voudroient
des livres qui ne par
laffent de rien , pour ainfi parler
, & font fachez de ne trqu
ver tien à redire fur un Ou-
1 vrage. Ce n'eft point pour ces
troisfortesde critiquesque l'on
écrit. Lès uns écrivent pour
s'éclaircir, les autres pour com .
batre des ertrurs , ceux - cy pour
faire plaifir au public ; ceuxla
pour s'entretenir avec leurs
Amis , pour le divertir l'efprit ,
comme nous faifons prefentement
. Si l'on n'a qu'un de ces
deffeins dans la compofition
Juillet 1699 .
L
t
122 MERCURE
d'un Ouvrage , ou qu'on les
ait tous enſemble , je croy qu'ii'
eft bon & loüable d'écrire , &
qu'il ne faut pas le mettre en
pehe d'une critique chagrine.
Ainfi , Monfieur
, fans me foucier
beaucoup
de ce que les
Cenfeurs
difent , je ne laifferay
pas de vous écrire quel .
quefois , & fur tout, lorfque
vous me ferez des questions
auffi cutieufes
que celles , fur
leſquelles
vous avez voulu ſçavoir
mon ſentiment
. Je fuis ,
Monfieur
, voftre , & c.
Je ne fçay , Madame
; fi
GALANT. 123
ES vous fçavez que Paris eft preſt
à recevoir un embelliffement
tres confiderable
par la Statuë
Equeftre du Roy , qui doit
être pofée ce mois - cy , ou bien
toft aprés au milieu de la Place,
qu'on a nommée juſqu'à pre.
fentPlace de Vendôme
, & que
l'on nomme aujourd'huy
, La
Place de Louis le Grand Avant
la mort de M'de Louvois , on
avoit fait commencer
la conftruction
des murs de face
qui devoient former cette
grande Place , fuivant le Plan
qu'on en avoit arreſté ; mais
Sa Majesté ayant trouvé que
Lij
124 MERCURE
ees Murs , quoyque convena
bles à fa grandeur par leur éle
vation , & par leur Architectu
re, étoient incommodes & im,
praticables pour l'habitation
& pour l'ufage des particuliers
qui auroient voulu y faire conftruire
des maiſons , avoit for.
me un nouveau deſſein , ce qui
avoit empêché la perfection
de cet ouvrage , Sa Majefté
ayant enfuite confideré l'avantage
dont joüiffent les
Moufquetaires
de la premiere
Compagnie de fa Garde ordinaire
, par le Logement , qui
leur a été donné dans un
GALANT. 125
1
même Hôtel,où ils font réunis
au quartier de S. Germain des
Prez à Paris , & par ce moyen
plus prefts aux ordres de leurs
Commandans felon le befoin
י
1 de fon ſervice , & d'ailleurs le
foulagement que les Proprietaires
des maiſons & les Habitans
de ce quartier en reçoi .
vent , elle réfolut de procurer
le même avantage aux Mouf
quetaires de la feconde Compagnie
de fa Garde , & le même
foulagement aux Proprietaires
& Habitans des Mailons du
Faux - Bourg S. Antoine , où
leurs Logemens fant diftri-
Liij
126
MERCURE
buez , en faisant conftruire un
pareil Hôtel dans ce Faux-
Bourg , avec les Ecuries , Lo
gemens & lieux qui conviennent.
Ainfi Elle a donné
, delaiffé & abandonné à
Meffieurs les Prevoft desMarchands
& Echevins de Paris ,
l'emplacement reftant, tant de
l'Hôtel de Vendôme que de
l'ancien Convent des Capucines
, Places & Terres qui en
dépendent , avec les édifices
qui ont été commencez fur
ces emplacemens , pour for
mer la Place en l'état quelle
eft , & les materiaux qui font
GALANT . 127
actuellement deffus , & aux en,
virons , deſtinez à cet effet , à
condition par eux d'acquerir
l'emplacement qui ſera n÷ceſfaire
pour la conftruction d'un
Hôtel qu'ils feront bâtir , &
qui fervira au Logement des
Moufquetaires de la feconde
Compagnie,au lieu qu'on trou
vera le plus propre dans le
Faux Bourg S. Antoine. M
le Prevoft des Marchands , &
Mrs les Echevins ont accepté
la condition avec de treshumbles
remercimens à SaMajeſté
du don qu'il luy a plû de
leur faire , & fuivant le pou
Liiij
128 MERCURE
voir qui leur a efté donné de
difpofer de toutes les places
& de tous les bâtimens , tant
en fond qu'en fuperficie, qui
reftent de l'emplacement
de
l'Hoſtel de Vendôme , & de
l'ancien Convent des Capucines
, appartenances & dépendances
, ils ont tranſporté
, délaiffé & abandonné au
Sieur Maſneuf, Bourgeois de
Paris , à forfait & à fes rifques
, perils & fortunes , toutes
les fommes , à quoy qu'elles
pniffent monter , qui proviendront
des ventes & adju ,
dications de ces places à bâtir,
GALANT. 129
& de ces
materiaux , moyeng
nant la fo mme de fix cens
vingt mille livres , qu'il s'eft
obligé de payer en divers termes.
Les autres conditions
aufquelles il s'eft foumis , font
de faire démolir, tant enfond
que fuperficie , tous les bâtimens
qui ont efté commen
cez fur les emplacemens qu'-
on luy a abandonnez , & qui
forment l'ancienne Place , &
d'y faire conftruire à fes frais,
ou aux frais des Acqueréurs ,
les édifices
neceffaires pour
former la façade de la nouvel
le Place, avec les rues d'entrée
130 MERCURE
& d'iffuë , fuivant les plan , fi .
gure & élevation qu'on en a
dreffez par les ordres de Sa
Majefté. Tout l'exterieur de
cette façade , & des rues d'entrée
& de fortie doit eftre entierement
achevé , élevé & mis
en oeuvre juſques aux premieres
Plinthes , dans le premier
Juillet de l'année prochaine ;
& le furplus jufqu'au haut ,
dans le premier Octobre 1701.
pour tout delay , à peine de
tous dépens , dommages & in .
terefts , & de la fomme de
trente mille livres de peine.
convenuë, & de rigueur. Ainfi
•
GALANT:
131
la premiere année du Siecle
a prochain , fera celle où l'on
pourra voir ce grand Ouvrage
parfait.
Le Samedy 27. du mois paſ
fé, M de Valincour, Secretaire
General de la Marine , & des
Commandemens de S. A. S.
Monfieur le Comte de Tou
louſe que Mrs. de l'Aca
demie Françoife avoient élû
pour remplir la place de feu
M' Racine , y vint prendre
feance , & fit un tres beau dif
cours . Il dit , en les remerciant
d'avoir fait tomber leur choix
fur luy , que le befoin qu'il a
132 MERCURE
yoit de leurs inftructions leur
avoit fait croire qu'ils les luy
devoient , & qu'ayant eu l'hon.
neur d'eftre affocié à l'un de
leurs plus Illuftres Ecrivains ,
dans l'employ le plus noble
qui puiffe jamais occuper des
gens de Lettres , il eftoit de
leur zele pour la gloire de Sa
Majefté, de faireau moins tout
ce qui dépendroit d'eux pour
le mettre en eftat de s'en ac
quiter dignément. I paffa
de là à l'Eloge de Mr. Raci
ne , & employa des couleurs
fort vives à peindre l'heureux
genie avec lequel il eſtoit venu
GALANT. 133
au monde-Desfon enfance , dit il,
charme des beautez qu'il trouvoit
dans les anciens , & qu'ilafibien
imitées depuis , il s'enfonçoit tour
feul dans la folitude où il eftoit éles
vé. Il y paffoit les journées entie,
res avec Homere , Sophocle
Euripide, dont la langue luy eftoit
= déja auffi familiere que la fienne
I propre , & bientoſt mettant enprá-
Etique ce qu'il avoit apris de ces ex
cellens Maiſtres , il produifitfon
premier chef d'oeuvre dans un age
où l'on compte encore pour un me.
rite , de fçavoir feulement reciter
les ouvrages des autres , Lefameux
Corneille eftoit alors dans fa plus.
134 MERCURE
ن و م
haute reputation . On traduifoitfes
pieces en toutesles Langues de l'Eu.
rope : on les reprefentoitfur tous les
Theatres ; fes Vers eftoient dansla
bouche de tout le monde , & cela
eft beau comme le Cid , eftoit
une louange qui avoit pafféen Proverbe,
La France , avant luy,n'avoit
rien vú fur la Scene de fublime
, ny mefme pour ainfi dire ,
deraisonnable , transportée pour
fes premiers Ouvrages , d'une ad .
miration qui alloit prefquejufques
à l'Idolatrie , ellefembloit pour l'en
recompenfer eftre engagée en
quelquefaçon à n'en jamais admirer
d'autres que ceux qu'il produi.
GALANT. 135
い
voit à l'avenir. Ainfi l'on regar
da d'abord avec quelque forte de
Echagrin l'audace d'un jeune homme,
qui entroit dans la même carriere,
aqui ofoit demanderpartage dans
des applaudiffemens
, dont un au-
• tre fembloit pour toujours avoir
été mis en poffeffion . Mais Mr
Racine conduit parfon feul genie ,
fanss'amufer àfuivre ny mef
me àimiter un homme , que tout le
monde regardoit comme inimitable,
ne fongea qu'à fefaire des routes
nouvelles ; & tandis que Corneille
peignant les caracteres d'aprés l'idée
de cette grandeur Romaine ,
qu'il a le premier miſe en oeuvre
136 MERCURE
avec tant de fuccés , formoit fes
figuresplus grandes que le naturel ,
mais nobles , hardies , admirables
dans toutes leurs proportions ; tandis
que les fpectateurs entraînez
bors d'eux - mêmes ,fembloient n'avoir
plus d'ame , quepour admirer
la richeffe defes expreſſions , la nobleffe
de fes fentimens , & lamaniere
imperieufe dont il manioit la
raifon humaine Mr Racine
antra, pour ainfi dire , dans leur
coeur, & s'en rendit le maistre, Il
y excita ce trouble agreable , qui
nous fait prendre un veritable in
terest à tous les évenemens d'une
fable que l'on reprefente devant
GALANT. 137
ن م
E nous ; il les remplit de cette terreur.
& de cette puié , qui ſelòn Ari.
flore , font les veritables
paffions
que doit produire
la Tragedie
. Il
leur arracha
ces larmes qui font
le plaifir de ceux qui les répandent
,
peignant
la nature,moins fuperbe,
peut eftre moins magnifique
,
mais auffi plus vive & plusfenfible
, il leur apprit à plaindre leurs
• propres
paffions
& leurs propres
foibleffes
, dans celles des Perfonmages
qu'il fit paroistre
à leurs
yeux. Alors le Public équitable
,
fans ceffer d'admirer
la grandeur
majestueuse
du fameux
Corneille
, commença
d'admirer
auffi
Juillet 1699 .
M
138 MERCURE
les graces fublimes & touchantes
de l'illuftre Racine. Alors le Thea
tre François fe vit au comble de
fa gloire , & n'eut plus de fujet de
porter envie au fameux Theatre
d'Athenes floriffante. C'est ainfi
que Sophocle & Euripide , tous
deux incomparables , tous deux
tres differens dans leur genre d'écrire
, firent en leur temps l'honneur
l'admiration de la fçavante
Greee. Quelle foule de Spe-
Etateurs , quelles acclamations ne
fuivirent pas les repreſentations
d'Andromaque , de Mitridate , de
Britannicus ,&Iphigenie de Phedre?
Avec quel transport neles reGALANT.
39
voit- on pas tous les jours, & combien
ont ellesproduit d'Imitateurs,
mêmefort estimables ,mais quitou
jours fort inferieurs à leur Origi
nal , en font encore mieux conce
voir le merite? Mais lors que
renonçant aux Mufes profanes , il
confacrafes Vers àdes objets plus
dignes de luy , guidé par des confeils
& par des ordres que lafageffe
même avoueroit pour les fiens ,
quels miracles ne produifit il pas
encore , & quelle fublimité dans
fes Cantiques , quelle magnificence
dans Athalie , dans Efther
Pieces égales , ou même fuperieures
à tout ce qu'il a fait de plus ache-
Mij
140 MERCURE
que peu
vè, & dignes par tout , autant
des paroles humaines le
vent eftre, de la majesté du Dien
dont il parle , & dont il eftoit fi
penetré.
M' de Valincour coutinua
I Eloge de M' Racine , & parla
de fa pieté folide , du foin qu'il
prenoit de mediter longtemps
fes Ouvrages , & de les retoucher
à differentes repriſes
des charmes de fa converfa
tion , où il faifoit éclater une
imagination brillante , qui
rendoit les chofes les plus
fimples admirables dans fa
bouche. Il vint enfuite aux
GALANT: 14t
2
grandes conqueftes qui font
admirer le regne du Roy, &
aprés avoir fait voir qu'il n'appartenoit
qu'à lui feul de foutenir
la France, contre l'effroya
ble deluge d'Ennen.is qui s'eſtoient
liguez pour la détruire ,
il dit , que voyant enfin qu'elle
commençoit à acheter trop
cher les avantages qu'elle
remportoit tous les ans fur des
Ennemis aguerris par leurs
propres défaites , il avoit offert
plus d'une fois , pour épargner
le fang de fes Sujets , de renouveler
la Paix de Nimegue, mais
que les Ennemis avoient re142
MERCURE
gardé cette propofition com
me un outrage , & que les Efpagnols
fur tour ayant repris
Îeur ancienne audace pour un
peu de temps , avoient preten .
du que nous n'avions plus à
efperer d'autres conditions
que celles de la Paix de Vervins
, ce qui avoit obligé Sa
Majefté à les forcer de defirer
eux mémes cette Paix qu'ils
rejettoient avec tant de hauteur
Alors ( ce font les termes
dontille forvit en cet endroit )
le Roy fait attaquer Barcelonne
par mer par terre , & a VEC
Barcelonne toutes les forces de lEfGALANT
143
pagne , ou renfermées dans cette
Ville pour la défendre, ou campées
afes portes pour la foutenirl L'ancienne
jaloufie de valenr, plus forte
• encore que la haine , ſe réveille en ·
tre les deux Nations. Toute l'Europefufpendue
attend avecfrayeur
le fuccés d'unefi grande entreprise .
La Ville eft emportée aprés la plus
terrible & la plus opiniâtre réfif
tance dont on ait jamais entendu
parler. Alors ceux qui nous redemandoient
l'Ifle & Tournay,
tremblent
pour Madrid &pour
Tolede. Ils font les premiers à
preffer nos Plenipotentiaires, Tous
|_les "Alliez changez en un inftant,
144 MERCURE
de
confentent à figner un Traité
que l'unique fondement de ce
Traitéferoit le renouvellement
la Paix de Nimegue . Le Roy cede
les Places qu'il avoit déja offertes ,
& qu'il n'avoit jamais en effet
regardées que comme des gages &
des conditions certaines de cette
Paix qui devenoit fi neceſſaire à
toute la terres mais il oblige en
même temps l'Empire à luy faire
une juftice qu'on luy refufoit de
puis tant d'années , demeure
pleinement maiftre de Strasbourg
& de toute l'Alface , c'eſt à dire ,
d'une Ville d'une Province, qui
valentfoules un tres grand Roy
ii u.
me.
GALANT.
145
1
me. C'est ainsi que toute la Chrétienté
voit fucceder un calme heureux
à cette guerre effroyable ,
dont les plus habiles Politiques ne
E pouvoient prévoir la fin , & c'eft
pour offrir à Dieu des fruits di-
T gnes d'une Paix , qui eft elle même
lefruit de tant de miracles , que le
Roy n'eft occupé jour & nuit que
- du foin d'augmenter le culte des
Autels , de procurer le repos &
dance
à fes Peuples , o
d'affermir deplus en plus la veri:
table Religion dans fon Royaume;
par fon exemple & par fon auro,
rité.
M' de la
Chapelle , Rece-
Fuillet 1699.
N
146 MERCUR
E
veur General des Finances de
la Rochelle , Directeur alors
de l'Academie , répondit à ce
Difcours avec beaucoup d'éloquence.
Comme M ' de Valincour
avoit parlé du Grand
Corneille en faifant l'Eloge de
M' Racine , il parla auffi de
l'un & de l'autre SouffrezMonfeur,
luy dit- il , que je vous dife
que c'eft meriter defucceder aufa.
meux Racine , que de l'avoir ſçeu
louer auffi éloquemment que vous
awez fait . Vous l'avez dépeint
avec de fi vives & de fi belles
couleurs , que même en vous ad
mirant , même en nous applaw
GALANT.
147
I
rien
diffant de vous avoir acquis , nous
avonsfenti un regret plus violent de
l'avoirperdu , & en même temps ce
nom celebre auprés duquel vous
• avez placé le fien , a renouvelé
dans nos coeurs une playe que
ne peut plus fermer , car enfin tant
que Racine a vécu , tant que nous
avons veu parmi nous le Compagnon
, le Rival , le Succeffeur de ce
Genie divin , qui né pour la gloire
defaNation, a difputé l Empire du
Theatre aux Grecs & aux Romains
, l'a remporté fur tous
Les autres Peuples de la Terre
nous avons penfe le voir encore
lui même . Celuy que nouspoſſedions
Nij
148 MERCURE
nous confoloit de celuy que nous
n'avions plus , & ce n'est qu'en
perdant Racine , que nous croyons
les perdre tous deux , & que noas
commençons àpleurerle grand Cora
meille. Jfee ne veux imiter icy ny
condamner ceux qui les ont comparez.
Si l'un afuivi de plus
prés la nature , & fi l'autre l'afur .
paßie , fi l'un a frapé davantage
l'efprit , fi l'autre a mieux touché
le coeur , ou bien fi tous deux ont
fçú égalementfaifir ,& enlever le
coeur & l'efprit , les Siecles à ve
nir encore mieux que nous , libres
& affranchis de toutes préventions,
en decideront : mais dans ce
GALANT . 149
luy cila fortune met entr'eux après
leur mort une extrême difference.
Lorfque le grand Corneille mourut ,
l'Illuftre Racine occupoit icy lapla
ce que je remplis aujourdhuy , &
Ide même qu'aprés la mort d'Au
gufte , celuy qui fur l'heritier defa
gloire defa puiffance , fit dans
Romel OraifonFunebre du premier.
Empereur du monde , Racine, cette
autre lumiere duTheatre François,
fut le Panegyrifte de celuy que nous
en regarderons toûjours comme
·le Fondateur & le Maître . Ce
fut luy qui recueillit , pour ainfi
dire , qui enferma dans l'urne les
cendres de Corneille. Il ſembla à
Niij
150 MERCURE
la fortune qu'il n'y avoit qu'un
grand Poëte tragique qui pût ren.
dre dignement ce trifte devoir an
grand Poëte tragique que nous perdions
alors. Cette même fortune ,
trompée peut êtrepar quelque aceueil
favorable que le Public
fait à des ouvrages que j'ay ha-
Zardez fur le Theatre , effaye au
jourd'huy defaire en quelqueforte
le même honneur à Racine ; mais
qu'en cette occafion , ellefignale bien
bien fon aveuglement , & la diffe.
rence qu'elle met entre ces deux il.
luftres Confreres.
Qu'il fur glorieux pour Gorneille
d'être loué par Racine ! qu'il
GALANT. 151
4.
neft malheureuxpour Racine, qu'entre
tant de Poëtes & d'Orateurs
excellens dont le nom cut faithon-
1¸neur àſa memoire , lefort ait choift
celuy qui étoit le moins capable de
c. célebrer tant de vertus ! Quelle
ie grandeur , quelle Majefté , quelle
4. fublimité de penſées & de file
'é
claterent dans ces Eloge magnifi.
Je que dont vous nous avezfaisfou
svenir ! Il eft tel que quand tous
les Ouvrages de ces deux Auteurs
incomparables feroient perdus
échapé de l'injare des temps , feul
il pourroit rendre leurs deux noms
immortels. Si celuy que je confacre
aujourd'huy à la gloire d'un homme
N iiij
52 MERCURE
n
qui fçavoit fi bien louer & qui eft
filouable luy même , n'eft pas fortenu
de toute cetteforce & de tou
te cette éloquence digne de la Compagnie
au nom de qui je parle ,
j'efpere au moins qu'ilfe fera diftin- i
guer par un fujet de douleur le plus
jufte co le plus grand qui puiffe af
flager lesgens deLettres , carà prefent
que ces deux Poëtes celebres ne font
one
plus la Mufe
point de le dire , la Mufe tragique
eft enfevelie elle mêmefous la tombe
qui les couvre . Vous connoiſſe
Monfieur toute la grandeur de cette
perte, vous quifçavezque la trage
die donnée aux hommes par les Phitragique,
necraignons
GALANT. 153
1
peu
àà
pess
lofophes comme un remedefalutaire
contre leurs defordres , fut autrefois
une Ecole de verts , où les ef-
• prits corrompus par les paffions
déréglées , trouvoient un plaifir
innocent qui les retiroit, des plus
seriminels , où detournez de leurs
Fvices , ils devenoient
capables de goûter les plaifirs purs
folides de la fageffer enfin , où
les Firans les plus barbares eftoient
contraints quelquefois defe détefter
eux mêmes, & defuir unspectacle,
quien leur infpirant trop d'hor
reur de leur propre cruauté , les
dégoûtoit de leur tyrannie . Je ne
parle point icy de cette Tragedie
et
154 MERCURE
lache & effeminée, qui n'a'd'autre
art ny d'autre but . que celuy de
peindre d infpirer les amoureufes
foibleffes , Fille de l'ignorance,
& dela verve indiferete des jeunes
Ecrivains , quifans étude &fans
connoiffance , apportent fur nos
Theatres les productions cruës &
indigeftes d'ungenie qu'ils n'ont pas
nourri des principes de la lectu .
que
M Racine
redes Anciens . Jeparle de la Tragedie
digne des foins d'Ariſtote&
de Platon , telle
l'envifageoit , lors qu'il ne defefperoit
pas de la réconcilier avec fes
illuftres Ennemis . Qui eft ce qui
entreprendra deformais cette récoms
GALANT.
155
·
ciliation ? Qui eft ce qui aura la
force, qui eft cequi aura le courage
de guerir le gouft corrompu des
• hommes , & de dépouiller cesse
Reine des efprits de ces ornemens
indignes , de ces paffions frivoles ,
qui la défigurent au lieu de la parer
? Qui eft ce qui , pour parler la
Langue des Poëtes ,ferafortir des
Enfers les Ombres des Perfonna .
ges heroïques , &ranimera tansoft
Mitridate , pour nous faire
admirer une vertu feroce & barbare,
mais pure & grande ; tam.
toft I hedremefme , pour faire entrer
dans nos coeurs, avecla com
paffion defon malheur , l'horreur,
156 MERCURE
la haine defon crime.
M de la Chapelle finit en
difant, que l'ordre de la Providence
fixe dans tous les Arts
chex tous les Peuples du mon .
de , un point d'excellence qui
ne s'avance ny ne s'étend jamais
; que cet ordre détermi
ne un nombre certain d'hommes
illuftres , qui naiffent ,
fleuriffent, fe trouvent enfemble
dans un court eſpace de
temps où ils font feparez du
refte des hommes communs ,
que les autres temps produifent
; qu'ainfi Efchyle, Sophocle
, & Euripide, qui porterent
GALANT. 137
3
la TragedieGrecque à fon plus
haut degré de ſplendeur , furent
prefque contemporains
& n'eurent point de Succef
feurs dignes d'eux , & que toutes
les autres Sciences ayant
eu une deftinée femblable
dans Athenes & à Rome, nous
aurions beaucoup à craindre
à la fin d'un Siecle fi beau &
fi fertile en grands Perſonnages
, que nous avons prefque
tous perdus,fi nous ne devions
pas tout efperer en confiderant
celuy qui fait le plus digne
& le plus noble ornement
du beau temps de la Monar
158 MERCURE
chie Françoiſe , ce Roy qui
dans un regne déja de plus
d'un demi -Siecle, compteplus
de fuccés éclatans , & plus de
victoires que d'années. Ce
Difcours receut de grands ap
plaudiffemens.
La Lettre que vous allez
lire , eft de M' de Senecé, premier
Valetde Chambre de la
feuë Reine. Il n'eft pas befoin
que je vous dife rien de plus
en vous l'envoyant Vous fça.
vez que tous ſes Ouvrages
font d'un tres bon gouft , &
qu'ils meritent l'approbation
que tout le monde leur donne.
GALANT. 159
ELOGE
DE LA BELLE MAIN
A Mademoiselle de Chevigny,
It
Left jufte , Mademoiſelle;
de rendre hommage à voftre
merite , dés que l'on a eu l'honneur
de vous voir , & ce feroit
pure felonnic que d'ofer s'èn
difpenfer. L'ancien ufage des
hommages , veut que le Vaffal
mette les mains dans celles de
fon Seigneur , pour luy témoi
gner fa foûmiffion &ſa fidelité,
& le Ciel m'eft témoin que
1
160 MERCURE
je fouhaiterois avec paffion ;
de pouvoir accomplir cette Cé.
rémonie dans toute fon étendue
; mais puifque ma mauvaife
fortune ne mele permet pas,
trouvez bon , je vous prie , que
pour y fupléer en quelque ma
niere , je vous faffe part de certaines
Réflexions que j'ay fai.
tes fur la dignité de la main.
De toutes les parties dont
la merveilleufe machine du
corps humain eft composée ,
il n'en eft aucune qui foit comparable
à la main , pour faire
concevoir une idée fublime ,
de la fuprême intelligence de
GALANT. 161
a
fon Auteur. C'eſt par elle qu'il
a voulu ennoblir & diftinguer
fon plus parfait ouvrage. C'eft
par elle feule qu'il a compenfé
tous les avantages qu'il fembloit
avoir accordez fur l'hom .
me, au refte des animaux . Avec
la main , l'homme furmonte la
er ferocité des Tygres & desLions,
affujettit la maffe énorme des
Elephans , contraint les Chedvaux
indomptez , & les farouches
Taureaux de fervir à fes
ufages. C'eft en vain que pour
dérobet les Oifeaux à fon empire
, la nature leur a donné le
fecours des ailes & les a fait
Juillet 1699.
O
162 MERCURE
habiter dans un élement Superieur
; la main leur difpofe
des filets , & leur lance der
traits qu'ils ne peuvent éviter .
La main forme les plus coura
geux de leur efpece a déclarer
la guerre aux autres , pour fervir
à la nourriture , ou au divertiffement
des hommes.
C'eſtà la main qu'il apartient
d'executer tout cequepeut ima
giner la fecondité de l'efprit , &
il ſemble par là , toute bornée
qu'elle paroît , qu'en quelque
maniere elle participe a l'immenfité
de l'ame raisonnable.
Ses idées ne font , pour ainf
GALANT: 163
dire , que le berceau des Arts.
C'eſt la main qui les porte à
cet accroiffement, & les éleve
à cette perfection qui nous les
fait admirer . Sans le fecours de
la main , l'Architecture ne conrftruiroit
point ces Superbes
Palais, ny ces fomptueux Maufolées
,qui font l'ornement des
Citez , & le dernier effort de la
magnificence des Rois. C'eſt
l'ouvrage de la main qui char.
4 me nos yeux dans la peinture,
& qui dans la Mufique inftru .
mentale nous enchante par les
oreilles. Les fciences , toutes
immaterielles qu'elles fe pic.
Q ij
164 MERCURE
quent d'être , ne luy font pas
moins redevables de leurs progrés
& de leurs accroiffemens.
Par le fecours de la main , l'efprit
forme les caracteres de
l'Ecriture , & trouve le fecret
de peindre , & de communiquer
les penfées. La main par
fon induftrie accomplit les falutaires
operations de cette
partie de la Medecine la plus infaillible
, à qui les Grecs ont
onné par excellence le nom
de Chirurgie , ce qui fignific
Ouvrage de la main . C'eſt la
main qui trace les figures de
la Geometrie , & qui en établit
दे
GALANT 165
les démonſtrations ; c'eſt la
main qui nous reprefente dans
Aftronomie , les pofitions &
les mouvemens des Corps celeftes
, & qui par des fyllêmes
ingenieux , expofe à nos yeux
toute la miraculeufe ,difpofition
de l'Univers . Mais s'il eft
queftion d'envisager la gloire ,
cette paffion dominante des
belles ames , dans fa plus bril
lante fphere , qui confifte dans
les actions Militaires , ne trou ,
verons - nous pas que c'eft de la
main qu'elle emprunte cet
éclat , qui efface tons les au .
tres ?
24
166 WERCURE
Faut-il forcer des Murailles,
renverser des Eſcadrons , ga
gner des Batailles & rempor.
terdes Victoires , c'eft à la main
qu'il apartient d'executér tout
ce qu'infpire le courage . Fautil
graver des Infcriptions , fraper
des Medailles , plier des
Couronnes , élever des Statuës
& des Arcs de triomphe à l'hon
neur immortel des vainqueurs,
la feule induftrie de la maia
peut ſuffice à la validité de la
gloire. En un mot ,
fi c'eft la
main qui fait les Conquerans ,
c'eft auffi la main qui leur di
ftribue les récompenfes .
Je pourrois encore ajoûter ,
GALANT. 167
que les vertus qui paroiffent
les plus intellectuelles , ne luy
font pas moins redevables. La
main chez les Rois eft le Symbole
de leur Juftice, comme le
Sceptre l'eft de leur autorité.
C'est par la main que la valeur
délivre les foibles de l'oppreffion
desplus puiffans ; c'eft
par la main que la Charité foulage
les befoins des malheu-
La Foy , cette Reine
reux.
•
des vertus , fe fert elle même
de la main dans les merveilles
qu'elle opere. L'impofition des
mains fait defcendre les graces
du Ciel , & donne aux Chefs
de laReligion leur caractere
168 MERCURE
le plus augufte. L'élevation
des mains et le ftratagême
innocent dont la Pieté le fert
dans la Priere pour defarmer
le couroux du Seigneur , &
pour en attirer les fecours dans
le befoin le plus preffant, Jamais
le Peuple de Dieu ne put
eftre vaincu par les Amalecites
, tandis que Moyfe eut la
force de tenir fes mains éle
vées .
Je ferois un Livre plûtoft
qu'une Lettre , fi j'entrepre
nois d'épuifer les Eloges de la
main. Tout ce que j'ajoûteray
, Mademoiselle , c'eft que
la
GALANT. 169
la même fuperiorité que la
main exerce fur les autres parties
, la belle Main l'obtient
fans difficulté fur toutes les
autres mains . Les mains les
plus fortes & les plus induftrieufes
rendent hommage à
la belle main , & fe prefentent
d'elles mêmes pour recevoir
les fers qu'il luy plaiſt de leur
faire porter. A la preſence des
belles mains de Dalila ou de
Cleopatre , les mains de Samfon
ne font plus robuftes ,
celles d'Antoine ne font plus
victorieuſes. La belle main
met en mouvement toutes
Juillet 1699.
P
170 MERCURE
les puiffances de l'ame , elle
réveille , ou calme comme il
luy plait toute l'harmonie des
Paflions. Il n'eft point de
coeur fi ferme qui ne tremble,
quand elle menace , il n'en eft
point de fi dur qui ne s'amolliffe
quand elle careffe ; il n'eft
point de larmes dont la fource
ne tariffe quand elle fe donne
la peine de les effuyer; point
de défiance , point de jaloufie
qu'elle ne faffe évanouir par
une legere étreinte. Déguiſez
la beauté fous les habillemens.
les plus bizarres , pour effayer
de la rendre inconnue , fi la 1
GALANT. 171
belle main fe découvre par
hazard , on connoiftra par elle
sune charmante perſonne , ainſi
que par l'ongle on connoift
un Lion . Les Poëtes n'ont pas
jugé pouvoir mieux caracterifer
une de leurs plus aima .
bles Déeffes , qu'en la nom .
emant l'Aurore aux doigts de
rofes , & quand Homere fait
bleffer Venus par Diomede ,
eil la fait bleifer à la main afin
r de redoubler l'atrocité de l'injure
, par le merite de la partie
offenfée. Toute la neige dont
les belles mains font couvertes
, n'empefche pas que leurs
58
Pij
$ 72 MERCURE
moindres attouchemens ne
foient tout de flames , & l'on
peut affurer que l'inſenſibilité
qui leur réfifte , eft une maladie
déplorée. Il femble mefme
que la belle main foit unapa
nage de la qualité. Vous trou
verez aisément des Femmes
du bas Peuple qui auront de
beux yeux , & une belle bouche
, rarement pourrez-vous
en rencontrer qui confervent
de belles mains. Enfin , fil'on
peut dire que les yeux portent
les armes de l'Amour , on ne
difconviendra pas qu'il n'appartienne
aux belles mains de
GALANT
porter le Scepre de fon Empire.
Ce font vos belles mains ,
Mademoiselle, qui m'ont infpiré
toutes ces pensées , & qui
• m'ont en même temps fait
a naiſtre le deffein de vous en-
› voyer - quelques paires de
gants de Grenoble ,pour m'acquitter
de la difcretion que je
vous dois. En contribuant de
quelque choſe à la confervation
de ces belles mains ,je me
figure que je contribue à celle
de l'Empire de l'Amour , dont
elles font le plus folide aappuy .
C'eft de ces gants fortunez
Piij
174 MERCURE
que v
·
vos belles mains fortiront
quelquefois avec leur blancheur
ébloüiffante. comme
la lumiere fort d'un nuage , &
malheur pour lors aux libertez
qui en feront frapées . Je
fçay que je prépare des armes
contre moy même , & vous
avez bien l'air, fi je vous revois
quelque jour , de faire paffer
mon coeur parvos mains, mais
je ne m'en plaindray point ,
quoy qu'il en puiffe arriver , &
je fuis accoutumé de longue
main à trouver des charmes
aux bleffures , quelque cuifantes
qu'elles puiffent eftre,
UGALANT. 175
22
il
quand c'est une belle main
qui les a faites. Permettezmoy
de finir en baifant vos
belles mains. Pourquoy fautque
ce ne foit qu'une formule
de compliment , & non
pas une chole reelle ! Souveenez
vous de moy, je vous prie ,
&dans ce petit Cabinet de verdure,
où l'on ne peut tenir que
& quatre; crop heureux qui pourroit
vous faire fouhaiter quelque
jour qu'on n'y fuft
deux je fuis voltre , &c .
que
A Mafcon le 30. Fuin.
P iiij
176 MERCURE
Vous me demandez le Bref
qu'a écrit le Pape à M¹l'Archevêque
de Cambray , & je vous
l'envoye.
INNOCENT PAPE XIE
$ 13.
Enerable Frere. Nous avons
reſſenti une extrême joye lors
que nous avons receu les Lettres
de voftre Fraternité, datées du
moisd Avril dernier, & avec elles
un exemplaire du Mandement,
par lequel vous foumettant avec
bumilié à la condamnation Apoftolique
que nous avons faite de
voſtre Livre , & des wings - trois
GALANT. 197
&
Propofitions qui en ont efté extrai
tes vous avezpris foin de la publier
vous même dans voftre Diosefe
, avec une prompte & reſpe
Auenfe obeiffance. Cette nouvelle
preuve de vofire exactefoumiffion,
de voftre fincere pieté à l'égard
de nous , & de ce Siege Apoftolique,
confirmé abondamment la bonne
opinion que nous avions conceuëde
vous depuis longtemps . A la verité
nous ne nous promettions pas autre
chose de vous , puis que vous
aviez affezfait connoiftre la pu
reté de vos intentions , lors
demandant humblement d'eftre in.
fruit & corrigé par cette Eglife,
que
178 MERCURE
&
qui eft la Mere &la Maistreffe
de toutes les autres , vous teniez
vos oreilles ouvertespour recevoir
la verité , jufqu'à ce que par un
jugement folemnel nous décidaffions
ce que vous les autres
deviez penfer de voſtre Livre &
de la doctrine qu'il renferme. Apsprouvant
done extrémement ,
loüant voftrefollicitude , & le zele
qui vous a fait obeïr avec joye à
noftre Décision Apostolique , Nous
prions de tout noftre coeur le Dieu
Tout puiffant qu'il vous aide dins
les travaux de voftre Charge
Paftorale , vous accorde l'effet
de vos defirs ; & nous vous don.
GALANT. 179
Yes
P₁
nons , venerable Freve , noftre be
é à
ir,
›is,
ye
qui
bus
Videda
le a
178 MERCURE
wa
qui eft la Mere & la Maiſtreſſe
ji
18
Pi
T
โล
P
d
pro:
GALANT. 179
nons , venerable Freve , noftre be
nediction Apoftolique. Donné à
·Romefoust' Anneau du Peſcheur,
le douzième de May , & le hui.
tieme de nostre Pontificat 1699- į
Au venerable Frere , François,
Archevêque de Cambray .
Les Vers que je vous envoye
gravez , font fur . un fujet qui
ne fçauroit manquer de vous
plaire.
AIR NOUVEAU.
CEZ , Peuples heureux , de
parler de la
guerre,
Oubliez tous les maux qu'elle a
faits icy bas.
180 MERCURE
L'invincible Louis a defarmé la
terre,
komb
En defarmant pour vous fon
coeur & fon bras
Dans le calmeprofond d'une Paix
aſſurée ,
Vous pouvez à langs traits en
goûter lesdouceurs;
A vosplus tendres voeux Louis l'a
mesurée.
En eft ce affez pour meriter
vos coeurs?
Je ne vous parleray point
de la Proceffion qui fe fit à
Verſailles , le jour de la Fefte.
Dieu, parce que vous en ayanc
2
GALANT. 181
déja fait la defcription dans
deux ou trois de mes Lettres ,
je ne pourrois que vous répeter
la même chofe. La Cour
feule & la Maiſon du Roy fuffi
fent
pour rendre cette Proceffion
la plus belle de l'Europe:
Sa Majefté y affifta le mois
paffé le jour de l'une & de l'au
tre Feſte , avec la pieté ordi
naire. Rien ne sçauroit égaler
la beauté & le grand nombre
de Tentures differentes de la
Couronne , qui s'y virent , &
qui attirerent grand nombre
de Curieux-
Cette même Fefte fut celet
182 MERCURE
brée à Nancy,avec une folem
nité extraordinaire . Monfieur
le Duc de Lorraine , pour éviter
tout inconvenient & tout
prétexte , avoit donné ordreà
La Cour Souveraine de donner
un Arreft , qui reglaft la for
me , l'ordre & le rang de la
Proceffion , & qui obligeaft
tous les Corps, Ecclefiaftiques
& Laïques , Seculiers & Reguliers
, de s'y trouver. Ainfi le
Jeudy 18. S. A. R. fe rendit à
l'Eglife Primatiale dés fept
heures du matin, On y celebra
une grande Meffe , qui fut
chantée en Mufique , & dixGALANT.
183
huit Abbez y affifterent en
Croffe & en Mitre. Le Prince
l'entendit à deux genoux ; ika
avoit à fa fuite fes principaux
Officiers , fon Confeil , & les
Perfonnes les plus diftinguées
de la Cour, La Cour Souveraine,
la Chambre des Comptes, &
tous les autres Corps y étoient
à leur place ordinaire , & en
habit de ceremonie. La Meffe
eftant achevée , la Proceffion
commença
à marcher en cet
ordre. Toutes les Communautez
fubalternes
eftoient déja
rangées le long des premieres
rues , par où la Proceffion.comi
C
184 MERCURE
mençoit le grand circuit qu'el
le avoit à faire , & tout eftoit
preft à marcher au premier fi
gnal. Les Pauvres de l'Hopital
precedoient le Corps des Me
ftiers qui eftoit au nombre de
trente avec leurs Bannieres &
leurs Officiers. On voyoit en
fuite la livrée de leurs Altéffes
Royales ; le College & les Re
gens ; les Confreres du faint
Sacrement avec lesquels mar
choient lesMedecins , les Apo
ticaires , les Chirurgiens & Tabellions;
les Penitens, les Her
mites , les Auguftins , les Do
miniquains , les Tiercelins ,
GALANT. τες 185
fes Capucins , les Minimes, les
Cordeliers , les Curez & leurs
Preftres , huit Trompettes &
une Timbale , le Corps de
le
' Hoftel de Ville , les Avocats
& Confeillers , avec le Lieurenant
Particulier du Bailliage
les Gruyer , Prevoft & Lieutenant
General du même Bait .
hage , les Auditeurs & Prefi-
Ident de la Chambre des Com-
- ptes ; les Confeillers & Prefident
de la Cour Souveraine ,
les Trompettes & les Timbal
les des plaifirs de Son Alteffe
Royale , les Chanoines Regu
liers , Premontiés en Chappes
Fuillet 1699.
Q
186 MERCURE
au
les Benedictins auffi en Chap !
pes ; ceux- cy marchoient à la
adroite , & ceux- là tenoient la
gauche , les uns & les autres en
grand nombre; les Chanoines
de S. George à la gauche, & les
Chanoines de la Primatie à la
droite,lamufique, lesAbbez
nombre de 18. ayant chacun
3. Affiftans tous enChappes, &
marchant avec leurs Croffes,
un de leurs Affiftans portant
la Mitre , plufieurs Enfans ha,
billez en Anges , jettant des
fleurs , le Dais porté par fix
Chambellans de S. A. R. fous
lequel eftoit le Saint Sacrement
dans une niche d'argent,
E GALANT: 187
porté par quatre Diacres , &
fuivi par M l'Abé le Begue ,
Miniltre d'Etat , & Doyen de
la Primatie , Celebrant.
Aprés le Dais marchoic
Monfieur le Duc de Lorraine-
M' de Salins , Capitaine des
Cent Suiffes le précedoit, & M'
le Marquis de Beauveau, Capitaine
des Gardes de Semetre
,M' le Comté Couvonge,
Grand Chambellan , & M le
Marquis de Lenoncourt Serre,
Grand Ecuyer,venoient aprés.
Le Confeil d'Etat fuivoit immediatement
, & un grand
nombre de Courtisans , plus
1
Qij
188
MERCURE
magnifiques l'un que l'autre .
Deux Compagnies de Chevaux
legers marchoient en
haye des deux coſtez , commençant
à la Croix des deux
Chapitres de Saint George &
de la Primatiale, Aprés eux
marchoient auffi en haye les
Cent Suiffes en habits de ceremonie.
Ils eftoient fuivis
d'une Compagnie des Gardes .
du Corps , qui marchoit auffi
en haye:
La Proceffion trouva fur fas
route deux magnifiques Repofoirs
, l'un devant l'Hoftel
de Ville , Fautre à la Cour. Les
premier s'élevoit en Dâme.
GALANT. 189
octogone au milieu d'une
grande Place , & fe terminoit
par une piramide . L'architecture
en eftoit reguliere , exate
, bien imitée , & de bon
gouft. Un Autel Ifolé s'élevoit
au milieu , il avoit quatre faces
, & ileftoit richement orné
des quatre coftez. On y mon
toit par dix marches , ou
eftoient diftribuez des chandeliers
avec leurs cietges dans
un nombre bien proportionné
, & feparez par des vafes de
fleurs: Le Dôme eftoit ouverc
par huit portiques cintrez,
du milieu de chaque cintre
190 MERCURE
pendoit une lampe d'argent.
L'autre Repofoir eftoit dans
le Palais du Souverain , qu'on
appelle icy la Cour . C'eftoit
un Autel fort regulier fous un
double dais d'une richeffe extrême
. Aux deux coftez de
l'Autel s'étendoient des gtadins
fort élevez , au nombre
de neuf ou dix , où eftoient
diftribuez avec beaucoup de
fymetrie & de proportion , des
Plaques , des Vafes , des Bui
res , des Baffins & des Cuvertes
d'argent & de Vermeil.
Une bonne partie de la grande
quantité d'argenterie qu'a
GALANT 191
C
le Prince ,y eftoit placée avec
beaucoup de gouft . On y
voyoit des vafes cifelez avec
grand art , & d'autres pieces
fort curieules. Au milieu de
l'Autel en forme de Tabernacle
, eftoit une niche haute de
quatre pieds &demi , d'une largeur
proportionnée , & terminée
par une couronne royale,
Le fond en eftoit de velours
noir, qui ne paroiffoit que par
de petits vuides que
laiffoient
les Perles,les Diamans ,les Rubis
& les Emeraudes qui le
couvroient Madame la Ducheffe
Royale revinc exprés
#9: MERCURE
de Luneville deux jours aupa
ravant , pour en donner les
ordres , & pour en faire ellemême
l'arrangement. Il eftoit
auffi d'un goult digne du fiens
I eft malaité d'imaginer quelque
chofe d'auffi beau & de
plus riche le feul Diamant
qui faifoit le milieu du front
de la couronne, vaut cent mil .
le écus. Toute cette grande
quantité de Pierreries eft d'u
ne beauté furprenante. 94
Madame la Ducheffe Roya
le eft fi avancée dans fa grof
feffe , qu'elle ne put fuivre la
Proceffion. Elle attendit le
Saint
GALANT. 193
ר
Saint Sacrement au Repofoir,
& elle le fuivit , un cierge à la
main , avec toutes les Dames
de fa Cour , jufque hors la
porte de ce Palais . Il y fut receu
& reconduit au bruit des
Tambours , des Violons , des
Timbales , & des Trompettes
des plaifirs de S. A. R. Le
Prince , qui dans l'ardeur exceffive
du Soleil avoit déja fait
un fi grand tour nuë tefte ,
fans fe ménager aucune ombre
, fe vit obligé pendant le
Motet qu'on chanta en Mufi ."
que au Repofoir , de quitter
un jufte au corps tout broché
Fuillet 1699 .
R
194 MERCURE
dor & d'argent, pour en preadre
un plus leger . M' le мarquis
de Beauveau luy ayant
reprefenté que le chaud eftoit
trop grand , & que fa fanté
pourroit estre intereffée dans
le chemin que la Proceffion
avoit encore à faire , il luy
répondit d'un air gracieux ,
qu'il en fouffroit moins que
d'aller à la chaffe , ce qu'il faifoit
prefque tous les jours .
Jamais concours de peuple ne
s'eft vû fi grand en Lorraine ,
& jamais les rues de Nancy
n'avoient efté ſi bien parées .
Il eftoit jufte que les Sujets
GALANT.
195
s'empreffaffent à répondre aux
intentions d'un Prince dont
les fentimens font leur repos ,
& dont la conduite eft leur
exemple continuel.
Je vous envoye le Sonnet
en Bouts- rimez , qui a remporté
le Prix cette année , par
= lejugement de l'Academie des
Lanternistes de Toulouſe.
FLOuisqui de Janus vient de fér- mer le
Temple ,
a
Des fureurs de la guerre à terminé
le CORTS
Il n'aura plus beſoin d'armes , ny de
fecours,
Rij
106 MERCURE
Tout l'Univers calmé l'admire & le
contemple.
Il a fait de Lautiers une moiffon
plus ample ,
Que n'ont fait les Cefars dans tous
leurs plus beaux jours,
La gloire & la vertu font fes feules
Amours
Et des Heros parfaits il eft le grana ,
ន
exemple.
Nous voyons des troupeaux au lieu
de
Bataillons,
Embellir la campagne , & couvrir les
fillons ,
L'abondance renaift , tout rit , tour
fe
répare.
Peuple,de quiles voeux fecondoient
fon Pouvoir,
GALANT. 197
Si pour les Ennemis fa bonté fe declare-
Que ne doit d'un tel Maiftre atten?
dre ton efpoir
Priere à Dieu pour le Roy.
ARbitre fouverain du Ciel & de
la terre ,
Confervez- nous le plus grand des ,
humains ,
Qui vient de remettre en vos
mains
Les foudres de la guerre.
Ce Sonnet eft de Mr de Be.
lebat, connu par plufieurs Ou
vrages galans , qui luy ont attiré
beaucoup d'eftime. Il eſt
Fils de M' Lucas , qui s'eft ac-
R iij
198 MERCURE
quis pour amis la plupart des
gens de Lettres , & dont les
décifions fur les ouvrages d'ef
prit , ont toujours eftéfi juftes,
qui faut eftre difficile à con .
tenter , pour refufet d'applau
dir à ce qu'il approuve
.
L'attention particuliere
que
Mrs les Lanterniſtes ont à cul .
tiver les belles Lettres , les a
engagez , pour animer les Auteurs
par une noble émulation
, à mettre dans la Salle
de leurs Affemblées , le Portrait
de tous ceux qui ont rem .
porté le Prix , qu'ils y donnent
tous les ans le jour de S. Jean.
GALANT. 199
Ainfi , Mademoiſelle Lheritier
l'ayant remporté en 1695. l'année
ſuivante on vit fon Portrait
dans cette Salle. Il y a
quelques mois qu'on y mit
auffi celuy de M' de Grangeron
, celebre par les talens en
Poëfie , & par fes lumieres en
Phyfique , qui le remporta
l'année derniere. La joye qu'il
eut de le voir placé auprés de
celuy de Mademoiſelle Lheritier
, l'obligea de luy envoyer
la Lettre en Vers que
vous allez lire.
DEs Nymphes du Permifle aimable
Favorite ,
R iiij
200 MERCURE
"
Sçavante Lheritier , fouffre que je
m'acquitte
Du devoir où m'engage un Laurier
précieux ,
Qiprés de toy m'éleve au rang des
Demi dieux.
Admirateur zelé de ton Portrait fidelle
,
J'oſe mettre à tes pieds ma conquefle
nouvelle,
Ft confacrer ina Lyre à tes charmes
divers
Ils feront deformais le fujet de mes
Vers .
Novice , & convaincu de mon infuffilance
,
J'implore le fecours de ta vive Eloquence
;
Sois fenfible à ma voix , comble mes
voeux preffans ,
Tu peux feule polir mes barbares
accens ,
GALANT. 201
Pour louer tes Ecrits , & ta vertu
fublime ,
Il faut eftreou toy- même , ou le Dieu
de la Rime .
Et quipeut mieux que toy chanter
du Grand Louis ,
Et l'immenfe fageffe , & les faits
inouis ?
De ce puiflant Guerrier les celebres
merveilles :
Dés mes plus jeunes ans ont enrichi
mes veilles ;
Mais le nouveau tranſport qui vient
de me faifir ,
Interrompt malgré moy ce glorieux
loifir.
Le feu que tes regards allument dans
ma veine
Sur le haut Helicon pour toy feule
m'entraîne.
Ouy , de tant de trefors l'amas prodigieux
,
202 MERCURE
Qui fçait ravir en toy nofte efprit.
& nos yeux,
A mon noble panchant ouvre une
ample carriere ,
Et fournit à ma Plume une illuftre
matiere ,
Quand je vois fur ton front là Ro
maine Grandeur.
Eclater vivement dans toute fa
fplendeur ,
Quand je vois dans lestraits de ton
rare genie ,
Les traits les plus brillans de la docte
Uranie ,
Quand je vois au travers d'un mélange
Divin *
Tout ce que le Parnaffe a de grand
thum , &de fin.
* Le Livre d'Oevres mêlées de
Mademoiselle Lheritier.
GALANT. 203
Mais où vais-je , infenlé je fens que
que je m'égare ,
Ne dois - je point icy craindre le fort
d'Icare ?
Quel est donc mon deffein & mon
aveuglement !
Où me vois -je emporté par un beau
mouvement ?
Cette mer oùje cours me prépare un
naufrage,
Mufe , pour noftre houneur regagnons
le rivage .
Voicy la réponſe que fit
Mademoiſelle Lheritier à M
de Grangeron .
Ous,qu'une éclatante victoire
Sur des Favoris d'Apollon,
Couvre d'une immortelle gloire
204 MERCURE
Au milieu du facré Vallon ;
Que je dois rendre grace à voftre
politeffe ,
Er de vos doces aits applaudir la
justeffe !
Vous paroiffez encor digne d'un
nouveau Prix ,
En daignant chanter mes Ecrits
Avec tant d'élegance & de delicateffe.
Je fçay que je ne dois cet encens
gracieux
Qu'à voftre obligeant caractere.
Quoy qu'il me fuſt plus glorieux ,
Qu'il fuft moins galant que fincere
,
Il m'eft toujours très - ptétieux,
Ouy , de bonne foy je l'avouë ,
Lors qu'à l'art des neuf Soeurs l'efprit
s'eſt dévoué ,
Il est bien doux d'eftre loué
GALANT dun 205
De ceux que tout le monde loue,
On ne peut affez le dire ,
Monfieur , combien il y a de
gloire & de plaifir à eftre
loüangé d'un fçavant homme
tel que vous , qui non -feule-
- ment s'eft attiré par fes lumiel'approbation
publique ,
mais encore qui a vû couron
ner fa Poëfie par une Affemblée
auffi docte & auffi judicicufe
qu'eft celle de Meffieurs
les Lanterniftes.
res
En chantant du plus grand des
Rois ,
Et la fageffe & les explons ,
Vous fçavez nous faire connoi.
ftre
206 MERCURE
Que voftre Mufe a des talens heu
reux,
Propres à vous rendre fameux,
Le zele que je fens pour noftre augufte
Maistre ,
Eft charmé quand je voy fes triom.
phes divers,
Si noblement peints dans vos
Vers.
Certain Sonnet tout plein de grace
,
Où vous chantez ce Heros dignement,
Vous peut donner facilement
Un celebre
rang au Parnaffe.
L'ingenieuſe
& obligeante
Epiftre que vous venez de
m'écrire, ne marque pas moins
combien vous etes habile
dans ce bel Art des Vers ,
GALANT. 207
que je cheris avec tant de
paffion. J'ay rendu de nouvelles
graces à mon heureufe
Etoile , du Prix qu'elle me fit
remporter il y a quelques années
, par le jugement de la
même Compagnie illuftre qui
vient de vous le donner , puis
que c'est à l'occafion de cette
conformité de victoire que .
vous m'écrivez de fi belles
chofes en Profe & ners .
Je ne répondray rien ,Mon .
fieur , aux douceurs trop flateufes
dont vous encenſez
mon Portrait ; je vous diray
feulement que s'il avoit quel-
2
208 MERCURE
que fenfibilité , je luy adrefferois
une longue Epiftre,pour le
feliciter fur le bonheur qu'il
aura d'eſtre toujours accompagné
de l'image d'un fçavant
auffi profond que vous , & qui
fe diftingue fi heureuſement
dans les beaux Arts qu'Apol
lon favoriſe de ſes plus précieufes
graces ; mais cette
toile colorée ne peut goûter
cet avantage , c'eft fur moy
feule qu'en rejaillit la fatisfa
ction . Vous jugez bien qu'el
le eft tres grande , puis que
perfonne n'eftime plus que
moy vos doctes talens , &
GALANT. 209.
n'eft plus fincerement , Monfieur
, voftre , & c .
Le Sieur Moreau , Libraire
ruë Galande , à l'image de
Saint Jean l'Evangelifte , vend
un Livre intitulé , La question
décidée fur le sujet de la fin du
Siecle . Si l'année 1700. eft la
derniere du dix-feptieme Siecle ,
ou la premiere du dix . buitiéme.
1 Ce Livre eft dédié à M'le
Comte d'Ayen , & M' Mallement
de Meffange en eft
l'Auteur. Il y en a peu qui
foient plus generalement approuvez
que celuy là . Il eſt
Fuillet 1699.
S
210 MERCUR £
écrit naturellement , & avec
une facilité , & une netteté
qui font plaifir ; de forte qu'il
a rendu fenfible une matiere
affez difficile à concevoir à
ceux qui n'ayant pas naturel.
lement l'efprit ouvert , le doivent
avoir encore moins pour
la queftion dont il s'agit . Ilyeft
fi bien entré, quon ne sçauroit
lire fon ouvrage, fans le faire
un plaifir de la lecture . Tout
ce qu'il avance eſt bien prouvé,
les comparaisons font juftes
& naturelles : la plûpart de
ceux qui n'ont pas été d'abord
de fon fentiment , demeurent
d'acord que cet ouvrage a
GALANT 211
merité le titre qu'il luy donne.
J'ay à vous parler encore
d'un Livre dont je vous parlay
il n'y a que deux ou trois ans
& je vous le donne toûjours
pour nouveau ; quoi qu'il s'en
foit fait plus de trente editions.
C'elt Eftar de la
France en trois Volumes. Les
Etrangers ont efté fi curieux
de fçavoir en quoy confifte
la Maifon du Roy , & celle de
la plupart de nos Princes ,
que les exemplaires qu'on
avoit tires , ne fuffilant pas ,
il a fallu fe hâter d'en faire
a
212 MERCURE
une autre impreffion , qui
rend ce Livre encore nouveau;
puifque la Maifon de Mad .
me la Ducheffe de Bourgogne
y eft ajoûtée . D'ailleurs on a
toûjours à y employer quantité
de Noms nouveaux
caufe qu'il ne fe paffe point
d'année , pendant laquelle il
ne mure plufieurs Officiers
du Roy & des Princes , dont
d'autres rempliffent la place :
Ce Livre fe trouve chez le
S ' de Luynes , Libraire au Palais
, à la justice .
J'ay n'ay point douté que le
Livre intitulé , Differtation fur
GALANT. 213
Sainte Marie Magdelaine , ne
vous deuft faire autant de
plaifir que vous me marquez
qu'il vous en a fait . Il eſt trop
digne d'eftre lû , pour vous
laiffer ignorer le nom de l'Auteur
, qu'on a tout defiguré
dans ma Lettre du mois de
Juin: on l'a nommé M'l'Abbé
Auguftin , Curé de Lyon , &
on a dû ecrire M. l'Abbé
Anquetin , Curé de Lyons ,
proche de Roüen . Je ne vous
dis rien de fon erudition ,fon
Livre vous en a rendu un bon
témoignage .
Voicy la copie d'une Lettre
214 MERCURE
où eft contenuë une Fefte
dont vous ne ferez pas fachée
de voir le detail.
A Nancy ce 14. Juillet 1699
L
dans
E Dimanche 12. de ce mois,
Mr le Duc & Madame
la Ducheffe de Lorraine , firent
Ihonneur à Mile Marquis , &
à Madamela Marquife de Moy,
de venir fouper chez eux ,
leur Hôtel, Leurs Aließ's Royales
syrendivent fur les buit heures
du foir , & furent reçûës dans
la Cour , au bruit des Timbales
des Trompettes , par M &
Madame de Moy qui les atten
GALANT
215
doient , pour ſe trouver à laportiere
de leur Caroffe , avec un
grand nombre de perfonnes diftin
guées . Leurs Alteffes Royales voulurent
voir les Appartemens de
I Hôtel de Moy , qu'ils trouverent
meublez d'une maniere qui
répond au gouſt à la naiſſanse
de ceux qui l'habitent . Elles
fe rendirent enfuite avec leur
Cour fur la terraffe decouverte
qui eft au diffus du Periftile qui
fepare les deux Cours : c'eſt- là qu'-
on leur prefentaleurs portraits en
vers françois , travaillez avec
beaucoup defoin Ceft une Epitre
de trois cens vers , dediée à Ma216
MERCURE
dame la Marquise de Villequier,
qui en revenant des Eaux de
Bourbon , a fait un petit féjour
à la Cour de Lorraine , avec
Madame de Châtillon , & avec
M de Villequier. Ils avoient
paru charmez de cette Cour , ils
témoignerent leur goût pour cet
ouvrage, & on avou promis à
Madame de Villequier de luy en
faire part. Leurs Alteffes Royales
voulurent bien en entendre la
lecture ; & l'on fit pour cela ceffer
les Violons & les Haut bois.
Il n'eft pas aisé de feparer leur
portrait , de leur eloge , mais la
moleftic queleurs Alteffes Roya
les
GALANT. 217
ouvrales
oppofent toûjours à ceux qui
les loüent , ceda fans repugnance
au plaifir que l'on avoit d'entendre
louer l'autre . Jamais
ge n'a efté plus applaudy. Leurs
Alteffes Royales cherchoient ày
louer tout ce qui ne les regardoit
pas, toute leur Cour s'écrioit
fur cette resemblance qui frapoit
en general . Ony trouvales expreffions
vives & nouvelles , &
les traits hardis , & reffemblans .
Leurs Alteffes Royalespafferent
de là à la grandefalle del Hôtel,
Elles trouverent leurs deux couvertsfeulsfur
une Table , où quatorzeperfonnes
pouvoient estrefort
Juillet 1699. T
218 MERCURE
àlaife . Elles demanderent douze
autres couverts, & nommerent
ceux de lun & de l'autre fexe
qui devoient avoir l'honneur d'ê.
ire reçus à leur Table. Mo
Madame de Moy furent nommez
les premiers , & c'eſt un
honneur que leurs Alteffes Roya.
les leur ont faitfouvent à Nan
cy & à Luneville ; on leurfervit
un magnifique foupé , quatre fer.
vices de trois grands plats , fix
mediocres, & quatre hors d'oeuvre
chacun : Le buffet eftoit riche ,&
tout l'appartement fort éclairé.
Unefeconde Table pour quantité
d'autres Courtifans , fut fervie
GALANT. 219
dans le même lieu , & avec la
même magnificence Le Vin de
Champagne , de Bourgogne &
du Rhin , y eftoient des plusexquis
, les Hautbois & les Vio
lons firent pendant le fo spé¸une
agreable Symphonie . Onfortit de
Table , on revintfur la terraffe
, où l'on crouva une nouvel .
le Table couverte des plus excellentes
glaces , & on y fervit rou
tes fortes de liqueurs . Leurs Alteffes
Royales furent furprifes de
voir dans les deux Cours une
magnifique illumination , dons à
peine auroient elles pû remarquer
les apprefts, Toute la premiere
Tij
220 MERCURE
Cour eftoit illuminée dans fon
ordre d'architecture , & ily avoit
àchaquefeneftrefix Flambeaux .
Les baluftres de pierre de taille ,
qui bordent les terraffes , avoient
prés de trois cens Flambeaux
d'argent , qui portoient autant de
bougies . Le plus beau jour n'eft
pas plus clair que l'eftoit la nuit
en ce lieu là . Le fond de lafeconde
Cour avoit une illumination
en peinture , bien defignée ; au milieu
, estoient les Armes de leurs
Alteffes Royales , avec tous leurs
ornements . Sur les Aigles qui en
font lesfuporis, on lifoit cette infeription
latine,fervant , & duGALANT.
221
cunt . A la droite on voyoit comme
en plein jour, une devise pour fon
Alteffe , dont le corps eftoit une
Aigle quifend les nuës , fuivie
de trois alerions de fes armes , awec
ce mot , Quò Patres , & fur
lepiedestal , on lifois pour l'explication
de la devife , ces quatre
Vers .
Mon vol n'eft pas audacieux ,
Ny pour moy , ny pour mes trois
freres.
Si je m'éleve jufqu'aux Cieux ,
Je fuis l'exemple de mes Peres.
A la gauche eftoit une devife
fur l'heureuse groffeffe de Mada-
Tiij
222 MERCURE
me la Ducheße Royale . Une gre
nade qui laißoit voir fon fruit ,
en faifoit le corps , avec ce mot ,
je couronne mon fruit , &
pour l'explication au piedestal, ces
quatre vers.
En moy tout brille , tout reluit ,
Et dans l'éclat qui m'environne,
Si ma naiffance me couronne ,
On voit bien qu'à mon tour je couronne
mon fruit.
Un feu d'artifice eftoit prepa .
ré dans unpetit Lointain . On
trouva àpropos de lefaire tranfporterfur
la grande terraffe du
jardin de leurs Alteffes Royales ,
GALANT. 223
&l'on y alla pour le voir tirer.
Il eftoit bien entendu , & fut
bien executé. Ce fut par là que fi.
nit ctee belle Fefte . Lears Alteffes
Royales en témoignereni une
entiere fatisfaction à M². & à
Madame de Moy . Elles s'apper.
çûrent bien que M' de Moy avoit
repondu àl'honneur qu'il recevoit
en vraiPrince de la maison de Li
gne , qui apour mere une Na Jau,
&pour grande Mere une Prin.
ceffe de Lorraine, & que Mada:
me de Moy avoit fait voir tout
le goust , & tout l'esprit qu'on
luy trouve en France , tout ce
caractere diftingué qui la fait ho
Tij
224 MERCURE
norer partout . L'approbation que
leurs Alteffes Royales donnerent
hautement à cette Fefte , futfuivie
des applaudiffemens de la Cour
& de la Ville ; il ne s'eftoit enco
re rien vûde pareil en Lorraine.
On a eu avis que Madame
la Ducheffe Mazarin , qui
eftoit depuis fort long temps
en Angletetre , y eftoit mor
te le 2. de ce mois au village
de Chelzer , prés de Londres.
Elle eftoit Soeur de Madame
la Ducheffe de Bouillon , toutes
deux Nieces de M' le Cardinal
Mazarin , & s'apelloit
Hortenfe Mancini . Sa beauté
GALANT.
225
& fon efprit faifoient grand
bruit à la Cour , quand elle
époufa Armand Charles de
la Porte , Duc de Rhetelois ,
de la meilleraye & de Mayenne
, Pair de France , Prince de
Chasteau Porcién , Comte de
la Fere & de marle, grand Bailli
d'Hagueneau , Gouverneur
d'Alface & de Brifac , Chevalier
des Ordres du Roy, cydevant
grand Maître de l'artil
lerie. Ce Mariage fe fit le 28.
Fév.1661 . & il fut ftipulé par le
Contrat , que M ' le Duc de la
Meilleraye prendroit le nom
de Mazarin &les armes . De ce
Mariage,font venus quatre en.
226 MERCURE
fans , qui font M le Duc de
la Meilleraye, qui a épousé une
Fille de M' le Maréchal Duc
de Duras ; une Fille mariée à
M' le Marquis de Richelieu ;
une autre , qui eft Veuve de
M ' le marquis de Bellefond ,
& une troifiéme qui s'est faite
Religieufe. M ' le Duc Mazarin
, que le Cardinal de ce
nom fit fon heritier , eft Fils
de Charles de la Porte , Duc
de la meilleraye , Pair , maréchal
, & Grand- Maiftre de l'Artillerie
de France , Chevalier
desOrdres du Roy, Lieutenant
General de la haute & baffe
GALANT. 227
Bretagne , & Gouverneur de
Nantes & de Breft, qui en 1630 .
époufa en premieres Noces
Marie de Buzé , Fille d'Antoi .
ne , marquis d'Effiar , maréchal
de France , & мere de Mile
Duc Mazarin .
Meffire Enemond de Montigny.
Servien mourut le 16, de
ce mois , âgé de quatre- vingt
5 ans. Il avoit efté Secretaire du
C Cabinet de la Reine mere ,
n'en ayant encote que trente.
Il fe retira de la Cour peu
d'années après , & ila juſqu'au
jour de fon décés mené une
vie Apoftolique , ayant em,
228 MERCURE
ployé fon bien , fa vie , & fon
temps pour le foulagement .
des Pauvres , & pour foutenir
l'Inftitution des Maiftreffes
des Ecoles de Charité , qu'on
dit luy avoir couté plus de
deux cens mille livres à entretenir.
Ileftoit Oncle de M'le
Duc de Beauvilliers .
Le 30. du mois paffé , le Vaiffeau
nommé la Sainte Anne ,
appartenant à un Particulier ,
arriva de Limeric en Irlande:
au Conquet , à quatre lieuës
de Breft . Il débarqua fix jeunes
hommes bien faits , dont
le plus âgé n'a pas trente
GALANT. 229
ans . Ils eftoient Soldats dans
le Regiment des. Refugiez ,
commandé par M ' le Marquis
de Miremont , & s'estoient
trouvez comme de vrais déterminez
pour leur Religion ,
dans la plufpart des combats ,
des Sieger de Places , & autres
affaires de guerre , tant en
Flandre qu'en Piémont , fans
qu'ils fe fuffent apperçus que
leur Regiment , ny les Liguez ,
y euffent remporté de l'avan-
Stage , ce qui les a fait réfoudre
de paffer en France pour fe
convertir . Ils arriverent à Breft
le premier Juillet , & vinrent
230 MERCUR
E
trouver M' Defclouzeaux , à
qui ils déclarerent le deffein
qu'ils avoient d'abjurer leur
fauffe Religion. Cet Intendant
, aprés les y avoir affermis,
les envoya au Pere Fortet,
Recteur du Seminaire des Jefuites
, établi à Breft il y a quatorze
années Ces Peres s'employerent
avec toute l'appli
cation poffible à leur donner
les Inftructions qui leur étoient
neceffaires . Le Diman .
che 12. de ce mois , ils firent
abjuration de leurs erreurs en
prefence de Mr l'Intendant ,
& de plufieurs Officiers de la
GALANT.
231
"
Marine. Les Jefuites affiftez
des Aumôniers de Vaiffeau ,
chanterent d'abord le Veni
Creators aprés quoyle Recteur
ayant exhorté ces fix nouveaux
Convertis à répondre
fincerement à la grace que
Dieu leur faifoit , leur fit faire
à tous féparément une confeffion
de foy , dans la maniere
accoutumée ; ce qu'ils firent
´d'une maniere toute édifiante.
· On chanta enfuite le Miferere
& le Te Deum , par où finit la
Ceremonie .
Les Jefuites ne furent établis
à Breft qu'en 1685. Dans le
232 MERCUR
E
temps de leur inſtallation ils
firent fraper une medaille , gra
vée par l'un des meilleurs Ouvriers
de France , où d'un cofté
eft la figure en buſte de Sa
Majefté , & de l'autre il y a ces
mots. Ludovicus Magnus , ut
maris Imperium virtute partum,
Relegione tueretur , Seminarium
Breftenfe extruxit , & Patribus
Societ.Jefu adminiftrandum
commifit
. AN. M. DC . LXXXV.
La legende eft . Tu dominaris
poteftati maris.
M' l'Abbé de Pradillon ,
Vicaire General de Bordeaux ,
baptifa il ya quelque temps,
GALANT 233
dans l'Eglife des Grandes Carmelites
de cette Ville-là , un
More âgé de vingt ans , M¹ le
Marquis de Segur , Lieutenant
Gen.duRoy, de Champagne &
de Brie , fut le Parrain , & Me la
#Baronne de Rafac la Marrai
ne. Quantité de perfonnes de
qualité affifterent à cette Ceremonie
, aprés laquelle maadame
la marquise de Ponchac,
de la Maifon de Barriere , qui
en faifoit les honneurs avec
Madame la Marquife de La .
douze , & Madame la Capelle-
Biron , donna à toutes les Da
mes une magnifique colation.
Juillet 1699 .
V
234 MERCURE
Voicy une Lettté de M
l'Abbé de Poiffi à Mademoifelle
de Scuderi , avec la réponſe.
Faut il quelque chofe
de plus que ces deux noms
pour vous engager à lire ? Le
Sonnet eft fur des rimes de feu
M'de Benferade .
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY
A lecture de vos beaux
Mademoi-
LA
Ouvrages
fele , me dédommage de l'ennuy
que me cauſe l'entretien
de certains Provinciaux , que
GALANT 235
mon étoile me contraint de
voir. Il m'a pris envie ce matin
de relire les oeuvres de Benfcrade.
A peine ay je ouvert le
premier Tome , que je fuis
tombé fur un Sonnet en bouts
rimez ; mais n'en déplaiſe à
M'de Benlerade , tout Benſerade
qu'il eft , Pater në rima
jamais avec difputer. Encore fi
c'eftoit un Normanilme , on
le pardonneroit volontiers à
un homme , qui comme luy ,
feroit né prés de Rouën . Je
me perfuade que ce mot eſt
fort étonné de le voir à la fuite
de Jupiter , & en la compagnie
Vij
236 MERCURE
d'un Frater (
compagnie par
parentheſe qui ne fent guere
le Dieu ) . Parlons un autre
langage-
Feu voftre petit Perroquet
a donné ce matin , Mademoi,
felle , un peu d'exercice à ma
Muſe.
Par un Sonnetj'ofe entreprendre
De confoler Sapho d'un fi rude
trépas .
•
Mon Sonnet eft il bon ? a t il
quelques appas ?
Vousplaira til? ne vous plaira
til pas ?
C'est ce qu un Billet doit m'ap
prendre.
GALANT. 237
SUR LA MORT
Du Perroquet de Sapho .
SONNET.
Lus fameux que l'oileau que
P Lus
monte,
Jupiter,
Perroquet aujourd'huy meurt fans
Pharmacopole
Il avoit plus d'efprit que n'a certain
Frater ,
Qui pretend égaler & Pafchal &
S
Nicole ,
Il faifoit mille fauts dans le têms
d'un
de &
Pater ,
C'eftoit toujours pour moy gambacaracole
Il cur ( j'en fois témoin ) des amis
du grand air,
238 MERCURE
Gens de Plume , d'Epée , & gens
même à
3.
Bouffole ,
La mort qui ne veut point que l'on
foit immortel ,
Pour luy ravir le jour , luy depêche
un Cartel's
Il faut que Perroquet fuccombe en
cette
affaire.
2
Il combat , elle rit de les efforts
diversi
Si la mort terrafla les Rois de l'
Univers,
Qu'est-ce qu'un foible Oifeau contr'elle
auroit pû
faire?
GALANT 239
Réponse de Mademoiſelle
de Scudery.
Que c'est une
agreable choſe !
D'écrire bien en vers , d'écrire bien
en profe,
Et qu'il eft chagrinant de n'y répondre
pas ,
Avec le mefme efprir & les mesmes
appas !
Mais dans la peur de me confondre
,
Je vais en deux mots vous répondre
:
De Poifly , je vous dis tout
net •
Que mon aimable Perroquet
S'en tient au premier vers de voftre
beau fonnet ,
240 MERCURE
Et qu'il eft content de la gloire
Dont ce précieux vers honore ſa
memoire
Il pourroit bien mourir quelques
Rois aujourd'huy
Qu'on celebreroit moins que luy:
Cat foit fur la Terre, ou fur l'Onde
,
Il n'eft qu'un feul LOUIS au
monde.
11 eft furprenant que l'illuftre
Mademoiſelle de Scu .
deri , dans un age auffi avancé
que le fien , conſerve tou
jours le feu d'efprit qui brille
dans les moindres productions
qui luy échapent. Le
Madrigal que j'ajoute à cette
GALANT. 241
te réponſe eft encor deM
l'Abbé de Poiffy.
Sur ce qui estneceffaire pour faire
un bon Juge.
Lorsqu'on reçoit un Juge , il faut
qu'il faffe voir
Une fcience peu
commune ,
Mais fur tout que fon bien réponde
à fon fçavoir,
Qu'il foit comblé des dons de la
fortune ,
Afin que l'or , ce metal plein d'ap.
pas ,
Neale
feduife pas ;
Et c'est ce qu'on exige ,
Car, pour parler avec fincerité,
La pauvreté corrompt plûtoft l'integrité,
Fuillet 1699. X
242 MERCURE
Que l'integrité ne corrige
Les vices de la pauvreté,
J'efpere que vous ferez contente
de l'Air nouveau dont
Vous allez lire les paroles.-
AIR NOUVEAU.
Q Ve voſtre abſence, adorable
Silvie,
Me fait pouffer defoupirs nuit
& jour!
Mais quand je penfe au repos
de ma vie,
Ab que je crains de voir vos
beauxyeux de retour !
Pese { po3as « ས་ t, ་
9 *
43
on
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7raruit
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Mai tre
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lu's
ce
nt
242
Qu
Less
J'e
tent
you!
A
1
GALANT. 243
Depuis plus d'un mois on
ne parle icy que de la Caſcade
de Saint Cloud , & cet Ouvrage
n'a jamais fait tant de bruit
dans fa nouveauté
. Le temps
l'ayant fait déperir , on a reftauré
le haut, & l'on a changé
le bas , qu'on a augmenté &
refait tout à neuf für les deffeins
de M' Manfard . Cette
augmentation l'a fait paroiſtre
fi beau , que le jardin de Saint
Cloud eft tous les foirs rempli
de tout ce que Paris a de plus
diftingué , ceux qui ont vû ce
merveilleux Onvrage excitant
les autres à y venir fur le rap.
X ij
244 MERCURE
port qu'ils leur en font. Cette
Caſcade , qui joüoit aupara
vant tous les foirs pour le feul
plaifir de Leurs Alteffes Royales
, ne laiffe pas de jouër par
l'ordre de Monfieur , les jours
même que ce Prince ne s'y
trouve pas ; ce qui fait donner
mille louanges à la bonté de
Son Alteffe Royale.
Il paroift depuis peu un Livre
, intitulé , Le Cabinet des
Tableaux , des Statuës & des
Estampes ou Introduction
la connofance des Aris
d'Architecture , de Peinture , de
Sculpture , & de graveure: : Il
GALANT. 245
contient un Sommaire hilto
rique des Sur Intendans des
Baftimens du Roy , & des Architectes
qui ont conduit les
Baftimens de S. M.
Un abregé de ce que l'on
trouve dans les Anciens , &
dans les modernes, fur les Vies
& les Ouvrages des Peintres &
des Graveurs.
Les Jugemen's que les plus
habiles en ces Arts ont faits.
für les Ouvrages des uns &
des autres.
ae
DesCatalogues de tout ce qui
efté gravé par les meilleurs
Maiftres , & de ceux qui ont
X iij
246 MERCURE
peint fur le verre.
Cet Ouvrage eft fort curieux
, & doit épargner beau
coup de temps à ceux qui s'apliquent
à faire de ces fortes
de recherches. Il cft dédié à
M' Manfard , & fe vend chez
Eftienne Picard , Libraire-
Graveur du Roy , rue S. Jac.
ques au Bufte de Monfeigneur
le Dauphin , chez
Nicolas le Clerc , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Laurbert
, & chez l'Auteur , ruë
S. Jacques , au Chifre Royal.
Le 30. May dernier , deux
Voleurs , Mary & Femme,.
a
GALANT . 247
commirent un horrible facrilege
dans l'Eglife . Paroiffiale
de Mouffonvilliers , Dioceſe
de Chartres. Ces malheureux,
convaincus déja de plufieurs
autres crimes , fe fervirent
d'un jeune garçon âgé de tres
ze ans , pour venir à bout
de leur deffein. Les vitres
eftant baffes , ils le monterent
jufqu'à un panneau qu'it ou
vrit facilement , & le defcen .
dirent dans l'Eglife par une
corde , avec laquelle ils le tenoient
attaché fous les épau
les . Ce jeune garçon eftant
dedans , leur ouvrit une porte
Xiij.
348 MERCURE
2
qui n'eftoit fermée qu'avec
un verrouil . Ils y entrerent ,
& commencerent par voler
des Aubes & des Surplis dans
la Sacriftie , d'où ils enleve
rent tout ce qui tomba fous
leurs mains. Scachant qu'il y
avoit fous le Tabernacle une
petite layette qui en enfer
moit la clef, ils l'ouvrirent ,
& le Mary fe faifit d'abord du
Saint Ciboire , & renverfa les
Saintes Hofties dans le Tabernacle.
Il prit auffi le Soleil
& le Calice , & aprés cette deteſtable
profanation , ils fe
retirerent en un endroit écar
GALANT. 249
翎
・
ré, où ils arracherent la Croix
du Saint Ciboire , qu'ils mirent
en pieces , auffi bien que le
Soleil & le Calice . M'l'Evêque
de Chartres , faifi d'horreur
pour l'énormité du crime ; en
ordonna une réparation publique
, par fon Mandement
donné le s. du mois paffé ,
dans fon Chafteau de Pontgoing.
Il l'adreffe en ces termes
au Clergé & au Peuple
des Paroiffes de Mouffonvilliers
, & des lieux circonvoifins.
Le crime qu'on vient de commertre
dans l'Eglife de Mouffonvil
250 MERCURE
liers eftfi énorme, que nous aurions
fujet de craindre la colere de Diew
contre vous mêmes , fi vousy eftiez
infenfibles , & fi vous ne vous
mettiez en devoir de le reparer.
Nous n'avons pu apprendre cette
nouvellefans eftre faifisd horreur.
Nous cavons l'indignation que
Dieu fit éclater contre les impietez
des Donatiftes . S. Optat rapporte
que des chiens enragez le tournerent
contre leurs maistres ficrile.
ges , les déchirerent comme des
voleurs des meurtriers du Corps
de F. C. Peut- ily avoir unfacris
lege plus déreftable que de dépouiller
la maison de Dieu même , que
GALANT. 251
de brifer d'enlever les Vafes
faerez de l'Autel Saint , où les
vaux des Fidelles font tous les
jours offerts , où le Dieu tout puif-
Jant eft invoqué , où les membres
de Fefus Chrift ont repofé , où le
Saint Efprit eft defcendu pouroperer
les myfleres ineffables de noftre
Religion , où tant de Fidelles ont
reçu l'Euchariftie, ce précieuxgage
duſalut éternel , ce ferme appuy
de la Foy, & cette efperance.
de la Refurrection ? Quel attentat
horrible d'avoir ofé porter des
mainsfacrileges fur F. C même,
le Dieu des Anges , dans le Sacrement
adorable de nos Autels ! Ofa:
252 MERCURE
la
qui fans avoir purifiéſa conſcience
avoit eu la hardieffe de porter
main fur l'Arche d'alliance , qui
n'eftoit qu'une figure de l'Eucha -
riftie, fut à l'inftant mefme puni de
mort, quoy qu'iln'y euftpas touché
pour en rien prendre , maisfeulement
pour empêcher qu'elle ne com.
baft. L'Apoftre déclare que celuy
qui reçoit dans un coeur impur le
Corps de J. C. mange fon juge.
ment , eft coupable de la profanation
du Corps & du Sang de
J.C.quand mefmefa faute feroir
cachée fans fcandale , quandfon
crime ne viendroit pas d'un deffein
forme, mais de ce qu'il ne difcerne
GALANT: 253
1
A
voit pas comme il devroit le Corps
du Seigneur. Ces paroles terribles
ne doivent elles pas faire trembler
les coupables d'un attentat impie
medité contre la perfonnefacrée
de noftre Souverain Seigneur &
Maistre ? Si le meurtrier d'un
bomme ne peut pas éviter d'eftre
condamné , quelle fera lapunition
Dieu fera éclater au jour de fa que
vangeance ,fur les profanations du
Corps du Sang de noftre Sei,
gneur ? La frayeur d'un tel jugement
devroit nous penetrer juf
qu'aux entrailles. Travaillons ,
mes chers Freres , à réparer i borrible
crime qu'on vient de commet
254 MERCURE
treparmy vous ; & afin de ne rien
omettre de ce qui eft de noftre de
voir , pour vous éclairer & vous
conduire dans cette
importante
action. Nous ordonnons qu'on fera
dans l'Eglife de Mouffonvilliers
un Office folemnel au jour qui
fera indiqué par celuy que nous
avons commis à cet effet , avec une
Proceffionfolemnelle , où l'Officiant
portera le Saint Sacrement
corde au col & les pieds nuds en
réparation. Nous voulons que tou
tes les Paroiffes à deux lienës à la
ronde, s'y rendent en ceremonie,
accompagnent
ladite Proceffion,
que pendant troisjours defuite
3
>
la
GALANT. 255.
tout
t
le jour de l'Octave , on dife une
Meffe folemnelle , & que quelque
Paroiffe voisine y faſſe une Proceffion.
On y chantera les Jept
Pfeaumes Penitentiaux ,
le monde fe profternera la face en
terre lors donnera la benediction
du Saint Sacrement.
M'l'Evêque de Chartre ayant
commis le Pere Mefpolier miffionnaire
Dominiquain de la
Province de Toulouſe qui fe
trouvoit fur les lieux , pour regler
l'ordre de cette ceremo
nie , les Paroiffes furent convoquées
au 5. de ce mois , &
on vir venir à Mouffonvil
256 MERCURE
liers jufqu'à vingt - huit Pro .
ceffions avec une foule in
croiable de peuple . Les Offi
ciers de Juftice des terres de
M' le Duc de S. Simon , s'y
trouverent avec les Gardes
pour empêcher que la confufion
ne caufaft quelque defordre.
Le Pere Mefpolier por
ta le S. Sacrement à la Pro
ceffion , la corde au col & les
pieds nuds , & prêcha au milieu
d'un champà cause de la
grande foule , aprés quoy il
fit amande honorable la torche
au poing en prefence du
S. Sacrement. Le Clergé cria
GALANT
257
plufieurs fois Mifericorde avec
une voix entre coupée de fanglots
, & la ferveur du peuple
für telle que l'on jugea à propos
de faire durer la Ceremonie
huit jours que l'on emplova
en chants lugubres &
en prieres publiques , la plufpart
ayant la face proſternée
contre terre, Le Pere Mef.
polier prêchoit deux fois cha .
que jour , & quantité de Pa
roiffes y ont fait des Proceffrons
pendant l'octave. On
chantoit une Meffe folemnel
le fi tôt qu'elles eftoient ar--
rivées , & le matin & le foir
Fuillet 1699.
2
Y
218 MERCURE
1
on portoit le S. Sacrement
en Proceffion autour de l'Eglife
. A une heure on chan
toit les Pfeaumes Penitentiaux
, & à deux les Vefpres &
les Complies. La devotion y
eftoit fi grande, qu'il n'y avoit
point d'heure dans tout le
tour , où il n'y euft des Communions.
La clôture de cette
folemnité fut précedée d'un
jeûne des Habitans de Mouf
fonvilliers & des environs . Ce
jour la le Pere Mefpolier por
ta encore le Saint Sacrement,
les pieds nuds & la corde au
cou , & eftant arrivé en un lieu
GALANT. 259
où l'on avoit dreffé un Repofoir
magnifique , il fit un nouveau
Difcours tres patheti
que fur la réparation qui étoit
deue pour un crime aulli énor
me que celuy du vol des Vafes
& des Ornemens facrez . Les
Voleurs , qu'on prit quelques ›
jours aprés , ont efté condam .
nez à l'expier par le feu ; & le
jeune Garçon , qui avoit paffé
par les vitres pour ouvrir la¹
porte de l'Eglife , à eftre pendu
fous les aiffelles pendant
deux heures , aprésavoir eu le
fouet & la fleur de lis. Son peu
d'âge la garantide la morti
$
Yij
260 MERCURE
N
Le Jeudy 16. de ce mois
fonAlteffe Royale , Monfieur,
vint de S. Clou à l'Abaye de
S. Germain des Prez , ou les
Chevaliers de l'Ordre de nôtre
Dame de Montcarmel &
de S. Lazaré , celebroient la
Fête de nôtre Dame de Montcarmel
. Monfieur qui avoit
refolu d'honorer cette Ceremonie
de fa prefence , vint
defcendre dans la Cour du
Palais Abbatial , ou Mile Marquis
de Dangeau , grand Maître
de l'Ordre de S. Lazare ,
accompagné de quelques uns
des Chevaliers , le reçut à la
•
GALANT 261
defcente de fon Caroffe , & luy
demanda permiffion de fe retirer
au Chapitre , où le refte
des Chevaliers eftoient affemblez
pour aller à l'Eglife :Mon
fieur monta dans les appartemens
de l'Abaye , avec toutes
les perfonnes de qualité de fa
fuite , & quelque temps aprés
il vint à l'Eglife precedé par M
de Sauleux, Commandeur de
la Commanderie de Pignerol,
Prévôt & Maistre des Ceremonies
de l'ordre de S Lazare, qui
étoit demeuré prés de S. A R.
pour la conduire . Eny entrant
Monfieur trouva le P. Gen.qui
le receut à la tefte de fes Keli .
>
262 MERCURE
gicux. Ce Prince voulut eftte
incognito à cette Ceremonie
& ordonna qu'elle fe filtà l'or.
dinaire , comme s'il n'y avoit
pas été prefent. Il fut placé
dans une Tribune qu'on
lui avoit preparée à la droite
de l'Autel , & il y fit entrer
les perfonnes de diftinction
de fa fuite , & M l'Am .
baffadeur de Portugal. L'E
glife eftoit toute tenduë de ri
ches Tapifleries
& le parterre
couvert de tapis de Turquie.
Le faureüil du Grand Maiftre
& fon prie Dieu eftoient au
milieu de la Nef , & depuis:
GALANT. 263:
Fe fauteuil jufqu'aux trois mar
ches qui feparent le Chour
d'avec la Nef ily avoit de chaque
colté deux rangs de fieges
couverts de drap vert & amarante
pour les Chevaliers. Les
deuxcoftez de l'Eglife eftoient
en amphitheatre en face , &
dans la mefme difpofition.Si
tôt que Monfieur fut dans
fa Tribune , le maistre des Ceremonies
ayant pris les ordres ,
alla avertir dans le Chapitre
le grand Maiftre & les Chevaliers
. La marche commença
par les Huiffiers de l'Ore
dre, enfuite vinrent les› Elevess
264 MERCURE
de l'Ordre de S. Lazare , qui
font huit jeunes Gentils hommes
des plus illuftres maiſons
du Royaume,le Herault qui
marchoit feul aprés eux , eftoit
fuivy par les Freres Servants
tous habillez de drap ama.
rante , avec des boutonnieres'
d'or & d'argent. Après les
Freres Servants venoient les
Novices qui devoient eftre
reçûs dans l'Ordre ; aprés les
Novices les Chevaliers mar
choient deux à deux , au nom !
bre de prés de foixante ' , leś
moins anciens marchant les
premiers , tous vêtus de l'ha
A
1
bit
GALANT. 265
bir uni forme de l'Ordre , de
velours amarante , enrichy
d'or & d'argent.
Le Grand Maistre marchoit
feul , revêtu du grand manteau
de Ceremonie de l'Or.
dre. Quand il fut à la place ,
ayant deux Ecclefiaftiques de
l'Ordre à les coftez , & les
Chevaliers eftant affis , le maître
des Ceremonies vint au
milieu du parterre , & apres
avoir fait la reverence à l'Autel
, au Grand Maistre & aux
Chevaliers à droit & à gauche,
il fit figne aux Novices qui
entrerent dans le parterre
Fuiller 1699.
Z
a
266 MERCUR £
deux à deux , & aprés les reverencesfaites
, ils mirent kurs
épées & leurs Croix fur une
table qui avoit efté preparée
pour cela , & retournerent
leurs places.
La Meffe commença . Le
grand Maiftre & les Chevaliers
mirent l'épée à la main
pendant l'Evangile , le grand
Maitre alla à l'Offrande, precedé
du Herault , ayant à fes
coftez le Maitre des Ceremonies
à droite , & M ' de Breget
Treforier de l'Ordre , à
gauche il fit la reverence à
T'Autel & aux Chevaliers , &
;
GALANT . 267
comme Monfieur avoit défendu
qu'on le faluaft , le grand
Mailtre & les Chevaliers en
paffant devant S. A. R. firent
feulement une profonde
inclination.
Aprés quele G. M. fut retourné
à ſon fauteuil , les Chevaliers
allerent à l'Offrande ,
deux à deux , les anciens marchant
les premiers. Au bas
des marches qui feparent la
Nef d'avec le Sanctuaire
ils firent leurs reverences
monterent les marches , allerent
à l'Offrande
, & rerournerent
à leurs places , par der-
Z ij
268 MERCURE
riere leurs bancs , afin de laif,
fer le parterre libre.
L'on continua la Meffe , qui
fut celebrée par les Religieux
de l'Abbaye de Saint Ger
main. Les Officians eftoient
reveftus des Ornemens de
l'Ordre , de velours amarante
& vert , enrichi d'or. La Meffe
finie , le Grand Maistre alla
au Fauteuil qui luy eftoit pré.
préparé prés de l'Autel , du
cofté de l'Evangile , où it re
çut dans l'Ordre fix Cheva
liers , un Chapelain , & un
Frere fervant. Du nombre des
Chevaliers eftoient M' de
GALANT. 269
Granoski , d'une des plus illuftres
Maifons de Pologne ,
M'de Caftelane , de la Maifon
' des anciens Souverains de Caftelane
en Provence , & le plus
agé des Eleves de l'Ordre , M
de Vitenval , & M ' le Marquis
de Paneville , tous deux
de tres Nobles & anciennes
mailons de Normandie .
Je ne vous diray point la
maniere dont on reçoit les
Chevaliers , parce que je vous
en ay parlé dans ma Lettre
de Janvier 1696 il n'y eut aucune
difference fi ce n'eft que
M. de Guenegaud , Chance-
Z iij
270 MERCURE
lier de l'Ordre affifta à cette
reception à la gauche du grand
Maiftre , M ' le Marquis de Ru
mont qui y eftoit le Doyen
eftant à la droite .
La reception des Chevaliers
eftant finie , fon A. R.
fortit de la Tribune , repaſſa
par la même porte par où
elle eftoit entrée , monta en
Caroffe , & s'en retourna à
S Clou , le grand maiftre qui
l'eftoit allé conduire juſqu'à
la portiere de fon Caroffe s'en
revint à l'Eglife , d'où les Chevaliers
retournerent au Cha ,
pitre dans le même ordre qu'-
GALANT. 271
7
i's eftoient venus. De là ils
allerent dans la grande Salle
de l'appartement de M le
Cardinal de Fuftemberg , au
Palais abbatial ; où ils dinerent
en refectoire , aprés di
ner ilaffifterent à Vêpres dans
le même ordre qu'à la meffe,
& le lendemain matin ils al-
Lerent à l'Eglife des Carmes
des Billertes , où l'on celebra
la meffe pour les Chevaliers
morts , comme ils ont accou .
tumé de faire deux fois l'an .
née , le lendemain de leurs
Ceremonies.
"
M' le Prince d'Amfbac
Ziiij
272 MERCURE
Mr le Prince Vaini Romain
Chevalier des Ordres du Roy,
Meffieurs les trois Princes de
Zamoiski Polonois , & M le
Comte de Rivaire , affifterent
à celle cy.
Il y a peu de modes nouvelles
depuis ce que je vous ay
mandé le mois paffé . Les éto
fes les plus à la mode , font
des Taffetas , appellez Teas
en perspective
, parce que les
rayes vont en diminuant . On
voit beaucoup de taffetas glacez
d'or , ou d'argent . La plus
grande partie de ce que les
Femmes appellent Pieces , &
GALANT
273
qui font attachées fur leurs
corps à l'endroit de l'ouverrure
des manteaux , font prefentement
d'étofes glacéest
d'or & d'argent . Il y a auffi
beaucoup d'habits de Femmes
de Mouffeline , couverts
de petits bouquets brodez.
On avoit voulu introduire la
mode de certaines coëffures
nouvelles , appellées Coeffures
en bateau , mais cette mode n'a
que tres peu de cours. Les
bonnets venoient fort fur le
devant , & il fortoit du derriere
du bonnet des cheveux
qui tomboient fur le cou
274 MERCURE
Au lieu de boutonnieres
faites avec du filé , ou du
cordonnet , dont les hommes,
fe fervoient , on voit prelentement
beaucoup de boutonnieres
à jour , faites fur diffe .
rens defleins fort agréables ,
& qu'on attache for Thabit ,,
comme les Femmes ont fait
fur leurs manteaux Quoy que
le Sieur du Long , quia fait les
chapeaux f fins , fi legers &
éſtimez pour la pluye , air
ceffé de travailler, On en
trouvera toujours chez le sieur
Thierar , Marchand, Chape
lier , au Moufquetaire ; dans
GALANT. 275
le rue Saint Honoré.
Il y a prés d'un mois qu'il
arriva au Havre de Grace un
Baftiment du Roy , commandé
par M du Coudray- Guimon.
Ila apporté pour Marly
les Plantes dont je vous envoye
le Memoire . M' de Li.
gnon, Jardinier du Roy, eftoit
allé luy même les chercher
en
l'Amerique
.
2. Laramiers en deux futailles.
2. ***
8. Franchipaniers rouges en 7. futailles
4. Franchipaniers blancs .
2. Corroffolliers en deux futailles..
6. pieds de bois d'Inde dans une fu
taille
276 MERCURE
3. Arbres de Gagaviers dans une futaille.
12. Pieds de Magnoc.
4. Pommiers de Pommes de fer.
Ricinus d'Amerique de la troifiéme
elpece .
6. Mirthes Americains dans une futaille.
2. Palmiers de la grande efpece en deux
futailles.
1. Palmier epineux dans une futaille .
6. Pieds de la Cardinal dans une fu-
4.
taille.
2. Pieds de Figuiers Banamers en deux
futailles.
2. Pieds de Figuiers ordinaire d'Amerique
en deux futailles.
1. Caracas de la grande cfpece.
8. Pieds d'Ananas .
5. Mclecardua..
& Graines Plantes diverfes
dans une barrique N. så..
Des Ignames.
GALANT. 277
Des Lis blancs d'Amerique.
Des Lis rouges.
Des Cayeux de dictame d'Amerique.
Un pied de Madrepere , plante marine
des Cayeux.
Balizier à fleurs jaunes.
Des Patates d
3. Choux Carraibe à feuilles , couleur de
gorge de pigeon .
Des Courbary.
4. Cocos.
Diverfes autres graines.
t . cart de noix de cayeux.
1. caiffe de Madrepere.
1. caffe de canne de fucre.
1. Caffe remplie de Panaches de mer.
Voicy un Memoire d'autres
Plantes , que le même M' Li.
gnon a laiffées pour le Roy à
y
278 MERCURE
la Guadelouppe , au mois de
Février dernier , & qui doivent
eftre tranfportées en France .
1. Quatre Arbres de bois à ennivrer
les poiffons , 20, pieds de manicque.
2. Trois Arbres de Pommes de fer.
3. Un pied de Franchipanier rouge.
4. Un gros pied de Franchipanier rouge.
5 Un Franchipanier rouge..
6. Deux Franchipaniers rouges .
7. Un Franchipanier blanc & un rouge.
8. Deux Franchipaniers , & un Pommier
9. Deux Arbres de Franchipaniers rouges
, un Cerifier d'Amerique.
SI
10. Un Franchipanierb lanc, un rouge .
si Un gros Franchipanier rouge.
12. Un Franch panier blanc, & un Poirier
d'Amerique à fleurs,
13. Un gros Cocoyer de la grande efpece:
Deux Cocoyers de la grande efpece,
15. Un Palmier épineux,
GALANT. 279
16. Un Palmier épineux.
17. Un La amier fans épines .
18. Un Latamier fans épines & un Calbaffié
de Guinée. ? Thes
19, Uu Corroffolier & un Calbafié de
Guinée,
20. Deux pieds de Franchipaniers blancs.
21. Trois pieds d'Ananas.
22. Trois pieds d'Ananas.
23. Deux pieds d'Ananas .
24. Deux pieds de bois immortel..
25. Deux pieds de Franchipaniers blancs,
26. Quatre pieds de Mirthe d'Amerique
& un pied de Lilianne triangulaire .
27. Un Oranger.
28. Un Oranger
29. Un Oranger doux .
30. Un Oranger de la Chines
31. Un Oranger doux.
32. Trois Orangers de Chadge .
33. Six pieds de Poinfillade.
34. Trois pieds de chadée .
35. Un flambeau & un Oranger.
36. Trois Ananas dans une barriques
280 MERCURE
37. Quatre pieds cerufes .
38. Six pieds de chadée & un petit
Grenadier du Brefil .
39. Deux pieds de cerufes.
40, Six pieds de la plante dediée a Mr.
Fagon.
41. Trois pieds de la Dalignon Arbre
à fleur , trois pieds du chapelet .
42. Trois pieds de Figuiers d'Inde.
43. Trois pieds de Figuiers d'Inde.
44. Trois pieds de Figuiers d'Inde .
45. Trois pieds de Bananiers , autre Figuier
d'Inde.
46. Quatre pieds d'amourette.
47. Trois teftes d'Anglois.
48. Trois Melocardus.
49. Trois Melocardus.
50. La Cardinal.
51. Trois pieds de Genipa.
52. Des Cannes de fucre.
53. Trois Chaftaigniers d'Amerique.
54.Quatre pieds de bois d'Inde.
55. Un Oranger doux .
16 Trois pieds de carratas des deux
efpeces.
GALANT. 281
Trois pieds de
Göyaviers.
$8. Une barrique d'oignons de fleurs
d'Amerique. 12
59. Une caiffe de plantes feiches .
60. Un quart de Noix d'Acajoux,
61. Une boête d'Oranges de chadée.
62. Une boête longue , templie de can-
Ones de fucre.
ه ل ا
63. Une boête pleine de
Madrepore, de
quelques graines & d'oignons de
Lis rouges
d'Amerique.
1
64. Un paquet de plantes diverfes .
65. Un paquet de Palmes des quatre pres
mieres elpeces
Le mot de
l'Enigme du mois
paffé eltoit une Mauche à Femmes:
Il a elté trouvé par Mrs
Cothenot ,
Alain &
Habert ,
Chanoines de
Chaftellerauf Dumont de Dijon : la
Tronche de Rouen
Chailes de la
fue de l'Arbre- ec : Mouflu de Bar
fur- Aube : la Hanne Fils de Per
Fuillet 1699. A a
282 MERCURE
nay :Trebuchet , Lieutenant Gene.
sal au Bailliage d'Egligny le Chin,
Procureur Fifcalau même Bailliage:
l'Abbé de Perois : Caffiot Avocat
rue Saint Germain : Fouré Commis
de la Direction de la Monnoye de
Paris : Mademoifelle Javotte Ogier :
Mefdemoiſelles Taillandier de l'Ho
Stel de la Monnoye : Rafile de Cha
ftelleraut : Panetier , & Soucelier fa
compagne. Ces deux dernieres de
Dijon.
་
"
Vos Amies font apparemment du
caractere de l'Iris qui eft peinte en
cette nouvelle Enigme. J'efpere que
vous me ferez ſçavoir ce qui en est .
ENIGME.
Ris cruelle &fiore autant qu'elle,
eft charmante ,
GALANT. 283
Ne diffimale point l'amour qu'elle
apour moy.
Elle fe pique fort de conferver fa
Ja foy
De n'avoir point l'humeur chan.
geante.
Cependant tout ce grand amour
Durepour moy rarement plus d'un
jour.
Son inégalité n'eft -elle pas exire-
A\me?
Quoy que jamais fon few ne puiffe
m'enflâmer
Za bizarre qu'elle eft fait gloire de
maimer; 800 21 E
Elle fe fait honneur de me changer
de même ,
Mais comme rongiffant defon 'efprit
Leger,
Elle fe cache en me voulant changer.
A a
284 MERCURE
Je vous envoyeray le mois prochain
ce que vous m'avez demandé
plufieurs fois , je veux dire la ſuite
des affets de la Tarentole , par Mr
de la Fêvrerie . Voftre impatience
auroit etté plutoft fatisfaite , fans
divers obftacles qui ont caufé ce retardement.
Je remets aufli ce que
j'ay à vous apprendre touchant la
mort de Mr le Marquis de Mirepoix
& de plufieurs autres, le fuis ;
Madame , voftre, Bc .
A Paris ce31 . Juillet 1699-
-in
た
222525525 :25252555
TABLE
P
Relaide.
Sonnet
Confiderations fur la vanité & fur
fur les differens caracteres des
hommes, gi..
Propofition de M Morien , que
la Lune ne reçoit pas fa lumiere”
du Soleil. ' 10
269
Defcription des charmes de la vie
cruftique.
Dialogue fur Hiver & fur l'Estè.
36. Agrefts , Edits & Declarations du
SS
Confeil d'Etat du Roy,
Elegie.
These foutenue par M²l Abbe de
7
TABLE.
Zouvois.
Morts.
Lestve far le Sacrifice
68
101
Eclairciſſement fur la Place de
Louis le Grand. 122
Ce qui s'eft pallé à l'Academie le
jour de la Reception de M³ de Va
lincour.
Eloge de la belle main.
131
158.
176
180
Bref du Pape à Mr de Cambray.
Proceffion faite à Nancy
Prix remporté à l'Academie des
Lanternifies de Toulonfe.
Epiftre en Vers.
Reponse à cette Epifre.
198
199
$203
Decifion de la queftion fur la fin du
siecle.
Nouvel Etat de la France.
Feßte donnée à Nańcy
Morts
209
211
213
224 .
TABLE.
Converfions.
Baptême.
228
232
Lettre à Mademoiselle de Scudery.
234
Réponse de Mademoifelle de Scudery
Madrigal,
Cafcade de S. Cloud.
239
241
243
Cabinet des Tableaux , des Statues,
& des Estampes.
Profanation reparée.
244
246
Fefte de Moftre- Dame de Montcarmel
& de S. Lazare , celebrée par
les Chevaliers de cet Ordre . 260
Modes nouvelles . 272
Plantes d'Amerique pour le Châteam
de
Marly.
Enigmes.
Articles referver:
275
281
284
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Ceffez , Peuples heureux , de
parler de la guerre, doit regarder
la page 179.
L'Air , qui commence par ,
chaQue vostre abfence adorable ,
doit regarder la page 242.
511
m
1699.7
Eur: 51122
1
16997
Meruire
<36616463060012
<36616463060012
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1699.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant. A
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
Avec Privilége du Roy.
Bayerische
StaatsbibBothek
München
I
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on ne lit
plus l'Avis qui a eftemis depuis
tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mercure
puifque malgré les Prieres réïterées
qu'on afaites d'écrire en caractéres
lifibles les nomspropres quife trouvent
dans les Memoires qu'on envoyepour
eftre employeZon negli .
ge de le faire , ce qui eft caufe qu'il
y en a quantité de défigure ,
eftant impoffible de deviner le
nom d'une Terre , ou d'une Famil
A ij
AU LECTEUR .
les
pe
le, s'il n'eft bien ´écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y
prendre garde, s'ils veulent que
noms propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend au.
cun argent pour ces Memoires , &
qu'on employera tous les bons ou
vrages à leur tour , pourvû qu'ils
ne defobligent perfonne , & que
ceux qui les envoyeront en affrånchiffent
le port.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1699 .
OUS fçavez , Madame
, vous qui aimez
tant la gloire
du Roy , combien luy même
il aime la Gloire . Son attachement
pour elle ne doit
point vous étonner , puis
A j
6 MERCURE
qu'elle femble n'avoir d'application
que pour ce qui peut
faire mieux briller les quali
tez merveilleuſes de ce grand
Monarque. Voulez -vous l'entendre
parler ? Elle fe declare
affez fortement dans les Vers
qui fuivent.
SONNET.
Vy , je cede à LOUIS &
mon Trône & monTemple.
De fes travaux guerriers là j'ay
tracé le cours .
On voit icy les Rois implorerſon
Secours
GALANT. 7
Couronné des vertus chacun d'eux
le contemple.
L'honneur fait fon Hiftoire, & le
champ eft trop ample.
C'est à moy de compterfes Exploits
parfes jours;
Je fus désfon berceau
amours,
l'objet defes
Des Heros à venir il doit eftre
l'exemple.
$
Vainqueur , dans la conqueste il
rompt fes Bataillons ,
Il produit l'abondance au defaut
des fillons :
A iiij
8 MERCURE
Le temps ne détruit rien que fa
main ne répare .
S
Sur le bonheur public il a lesyeux
ouverts
En faveur de la Paix fa bonié fe
declare
,
Quand il peut efperer de vaincre
l'Univers
Je ne vous puis dire qui eft
l'Auteur du petit Ouvrage .
que vous allez lire ; mais je
fuis perfuadé qu'il vous plaira
par les chofes fenfées dont il
eft rempli.
GALANT. 9
CONSIDERATION
Sur la vanité& fur les differens
caracteres des hommes ,
Jaume
Aime le Payfan innocent ,
ou le Laboureur foigneux ,
qui travaille journellement
pour nous nourrir. Je veux du
bien au Marchand fidelle , &
à l'Artiſan induſtrieux , qui
prennent peine pour nous lo .
ger & pour nous veftir, J'honore
le bon Soldat , qui répand
genereufement fon fang
pour nous , & le Gentilhom,
me bien né , preft à combattre
pour le falut de la Patrie,
10 MERCURE
Je refpecte le Paſteur difcret,
qui paift fon troupeau dans
l'amour du Seigneur , & felon
l'efprit de charité ; & le faint
Religieux , qui prie humbleblement
& avec ardeur pour
les pechez du peuple mais
l'homme vulgaire & vain me
déplaift , qui ofe s'ériger en
Juge , pour dominer fur plus
grand que luy, ou qui ne fait
pas fcrupule d'acheter à deniers
comptez , le droit de regler
la fortune , ou de décider
dr fort de nos vies & de nos
biens felon fon caprice. Je
n'ay pas moins de mépris pour
GALANT. 11
, ا
le Faquin opulent , qui me
barre en ruë le paffage , ou
qui m'éclabouffe avec fon
char ; pour l'homme d'Egliſe
dépravé , & pour le Jouvenceau
à petit colet , qui ſe donne
des airs de petit Maiſtre.
J'eftime vraiment l'honneſte
homme, qui fait route en la
droite voye , dans la fimplicité
de fon coeur , qui aide volontiers
les foibles & qui
compatit & s'intereffe à la neceffité
des malheureux ; mais
je ne fçaurois fouffrir le mé
chant , le vain , le dur , le
délicat , & le mauvais plai
>
12 MERCURE
fant ; & felon moy , celuy là
feul eft raifonnable , qui fe
confidere , comme il l'eft en
effet, Pelerin , ouEnvoyé fur la
terre; qui dans l'incertitude de
la vie en envifage à toutes fins
le terme ordinaire , ou naturel,
& y conforme , fous le bon
plaifir de la Providence , ſes
loüables entrepriſes , ou fes
innocens projets ; qui fe reduit
aux ufages legitimes de
ce bien commun qu'il a plû à
Dieu de nous donner , & qui
fait en même temps une juſte
attention aux vrais devoirs de
fa miffion . Mais je ne puis
"
GALANT.
13
affez m'étonner de la dureté
de coeur , de l'extravagance ,
ou de l'aveuglement de celuy
qui fe paffionne à l'excés &
fans mefure pour ce qu'on
apppelle les faux biens , ou
pour les chofes , viſiblement
periffables , dont la poffeffion ,
loin de nous pouvoir remplir,
ne nous eft pas certaine un
moment; qui confume incon .
fiderément le temps fi cher &
fi précieux , le plus fouvent
en chofes vaines , frivoles &
abufives , qui ne nous touchent
, ou ne nous conviennent
point ; qui s'attachent
14 MERCURE
avec opiniâtreté à la pourfuite
d'un Procés , ou de quelque
autre intereſt temporel , lors
qu'il devroit par raiſon & par
neceffité ne plus fonger qu'à
mourir ; ou enfin qui par une
autre espece de caprice , ou
de for enteftement , fe réduit
au milieu de fon plus bel âge,,
à donner la gêne à fon imagination
, pour former à fa
maniere un ouvrage pretendu
de fon crû , ou fouvent un
mauvais Livre , non dans la
veuë d'eſtre utile au public ,
& de meriter du prochain ,
mais par le feul & ridicule
GALANT.
15
motif de laiffer une vaine
idée de fon nom à la poſteg
rité , & d'échaper , s'il pouvoit
, au commun deftin des
hommes , qui eft la mortalité.
Toute cette conduite eft
fans doute affez bizarre , & peu
digne de l'homme ſenſe , par
rapport à fa nature & à fa fin;
cependant c'est ce qui fe trou .
ve continuellement preſent à
nos yeux , & tel le blâme ou
l'improuve en autruy, qui dans
le momentou un peu aprés, ne
s'apperçoit pas qu'il tombe à
fon tour dans le meſme égarement
. On ne doit donc pas
16 MERCURE
s'eftonner fi le plus fage des
hommes à prononcé en fes
jours cette notable ſentence ,
Que le nombre des four on des
extravagans eft infini , & le Philofophe
a penlé jufte , qui en
trant dans la confideration de
A
luy- mefme nous a laiffé ces
paroles, Magna vitæ pars elabi.
turmalè agentibus , maxima nihil
agentibus , tota aliud agentibus.
Voicy une propofition nouvelle
de M' Morien , qui prétend
que la Lune ne reçoit pas
fa lumiere du Soleil . Souvenez
vous , s'il vous plaiſt , que
c'eft luy qui parle.
GALANT. 17
C
Hacun fçait , & c'est une
verité établie , que la
caufe du Flux & du Reflux de
la Mer , eſt un effet des vertus
& des proprietez de la Lune ,
Cela pofé,je dis qu'elle agit par
fympathie & par domination ,
nonfeulement fur laMerOccane
& fur les autres Mers qui
ont Flux &Reflux ,pour en être
la caufe , fans le secours du Soleil
: mais encore fur toutes les
eaux qui n'ont point de Flux
ny de Reflux qui nous appa .
roiffe, & qui nous foit fenfible .
N'eft ce pas un Flux & un Re-
Flux à leur maniere , que le dé.
Fuillet 1699.
B
t
18 MERCURE
bordement des Rivieres dont
on cherche tant la cauſe? Et
qu'eft- ce que celuy du Nil qui
eft fi reglé ? Je dis donc que la
Lune eft une Planete qui agit
en faiſant ſon impreffion fur
les eaux en general par toute
la terre, par la ſympathie , l'afcendant,
& par la vertu de l'influence
qu'elle a fur elles , les
dominant,gouvernant & mouvant
entierement , les purifiant
auffi , les nettoyant & les confondant
les unes avec les autres
, celles de la Mer avec
celles des Rivieres , celles de
l'Orient avec celles de l'Oc.
GALANT. 19
cident, celles duMidyavec celles
du Septentrion , fans que
le Soleil y ait part. Je remarque
dans le Soleil trois principales
qualitez ; la premiere
eft fon açimité : les autres font
d'éclairer & d'échauffer par la
preſence , & c'eſt par ces deux
dernieres qualitez , qu'il affoiblit,
pendant qu'il éclaire, les
effets & les proprietez de la
Lune , bien loin de les feconder
, comme il feroit vray
de dire s'il communiquoit fa
lumiere , & par confequentfa
chaleur à la Lune ; car la chaleur
du Soleil eft infeparable
t
Bii
20
MERCURE
de fa
lumiere. La
prefence ou
l'aſpect de la Lune
rafraîchit ,
humecte ,
refferre ,
provoque
la
mélancolie , de
même que
les eaux , foit
qu'on fe
prome.
ne
deffus , ou
qu'on les confidere
en
repos, Au
contraire
le
Soleil
épanouit ,
échauffe ,
réjoüit , anime , &
engendre
toutes
chofes
pendant
qu'il
éclaire , & c'est ce que la
Lune
humecte &
fomente
pendant
la nuit , pour
conduire & mener
ces
creatures ,
productions
du
Soleil , a leur
perfection ,
en lui
prétant
fon
fecours
pour la leur
donner. Ces
GALANT 21
deux effets differens , les uns
du Soleil , & les autres de la
Lune , procedant de deux caufes
differentes & diſtinctes , il
eft vray de dire que la Lune
ne reçoit pas fa lumiere du
Soleil , fans qu'il ſoit beſoin
que je cite le paffage de l'Ecriture
, fecit duo luminaria ma .
gna. Suivant cette opinion
qui eft tres faine , on concilie
toutes les contradictions qui
peuvent naître fur la differen .
ce des lieux & des climats ,
où le Flux & Reflux eft plus
ou moins réglé ou heteroclite
, & même dans les endroits
22 MERCURE
où l'on s'étonne qu'il n'y en
paroiffe point du tout , par le
rapport qu'il devroit y avoir
des uns aux autres Climats.
Le corps de la Lune n'eft pas
rond , mais il a la forme d'un
Globe qui feroit partagé en
deux , plus ou moins également
, dont une moitié eft
le corps de la Lune . Cette moitié
eft concave du côté qu'elle
eft partagée. Ce corps ainfi
formé , elt volubile de fa naenforte
que, depuis le
ture ,
commencement de fon Croif
ſant juſqu'à ſon plein¸il ſe tourne
infenfiblement du côté de
GALANT.
23
fon ouverture vers nous , & lors
qu'il eft dans fon plein , il eſt
fur fa Platte -forme à nôtre
égard; & puis pendant le cours
de fon déclin , il fe retourne
par les mêmes degrez d'intervalles
, jufqu'à ce qu'étant par.
venu au dernier point de fon
déclin , il nous montre à plein
en cette poſture le côté de fon
Corps demy rond , pendant
qu'il reçoit de l'autre, l'influence
des Aftres qui fervent à luy
communiquer la vertu pour
nous la faire ſentir à fon premier
retour.
Le corps de la Lune a les
24 MERCURE
qualitez d'une éponge par rappott
à la matiere dont il eſt
compofé. Dans fon declin , il
s'éleve en haut, pour mieux recevoir
l'influence qui luy eft
propre , & depuis fon croiffant
jufqu'à fon plein , il s'abaiffe
comme pour nous mieux
faire fentir la vertu .
La Lune eft la nature d'un
corps , dont les differentes parties
font les Etoiles & les Planetes
. C'est pour cela qu'elle eſt
la plus baffe de toutes . Le So.
leil eft la tête de ce corps , le
coeur l'ame , l'intelligence
pour ainfi dire. Le corps de la
>
GALANT.
25
Lune eft impenetrable à la lumiere
du Soleil , de fa nature ,
mais encore par cette raiſon
qu'il eft une partie interne de
ce corps , dont le Soleil eft la
tête; d'où je conclus que la Lune
pendant la nuit , eft entierement
cachée à la lumiere du
Soleil , bien loin de la pouvoir
penetrer, qui eft une autre im.
poffibilité,parce que fon corps
eft de luy- même
impenetrable
à cette lumiere. La terre &
ſes creatures , font l'objet des
fonctions & de l'economie de
la Structure , & du
mouvement
des Cieux, & c'eft dans ce fens
Juillet 1699..
C
26 MERCURE
qu'ils font faits pour ceux qui
l'habitent .
Quoy que vous ayez pû
voir quantité de traductions
de la feconde Epode d'Horace
, qui commence par , Bea .
tus ille qui procul negotiis , je ne
laiffe pas de vous envoyer celle
cy avec confiance , ne doutant
point que vous n'y trouviez
des beautez nouvelles par
la netteté & par la douceur de
1. Poëfie. Je rens juſtice à
l'Auteur , dont on m'a laiffé
ignorer le nom .
GALANT. 27
DESCRIPTION
Des charmes de la Vie Rustique.
H Eureux , qui dégagé du monde
& des affaires ,
Dans un fage repos met fes plus doux
plaifirs ,
Et qui fans rien devoir , borne, tous
fes defirs
A cultiver les champs que labouroient
les Pere :
Heureux celuy qui fait fon unique
bonheur
D'aimer la probité , de cherir la
candeur.
Il n'eft point effrayé par le bruit des
Trompettes ,
Mais il dort au doux fon des champeftres
Mufettes .
Cij
28 MERCURE
Ses yeux n'ont jamais vû les flors ,
Enflez par un cruel orage ,
Faite defirer le rivage
Aux plus affurez Matelots .
Content d'un fertile heritage ,
Il ne va point aux Grands rendre
un fervile hommage.
Senfible aux plaifirs feule ment,
Que procure une vie innocente &
rustique ,
On le voit tantoft qui s'applique
A marier adroitement
Aux plus hauts Peupliers les bran◄
ches de fa Vigne ,
Et retranchant l'inutile farment ,
Conferver le meilleur , afin qu'elle
provigne .
Tantoft dans des vallons chat .
mans
Il voit errer fes boeufs parmy les pâ
turages ,
GALANT 29
Qui de leurs longs mugiffemens
Font retentir les bois & les antres
fauvages
Tantoft dans la belle faifon
Il preffe dans fa main le miel qui fort
des ruches ,
Dont il remplit de larges cruches ,
Et tantoft des brebis il coupe la toi
fon.
Mais à quels does plaifirs fon ame
s'abandonne !
Qu'il refleut de charmes divers ,
Quand il voit arriver l'Autom.
nc ,
Le chef orné de
pampres verts!
A cueillir des raifins lors que fa main
s'aprefte ,
C'eft pour vous les offrir au beau
jour d'une fefte ,
Grandes Divinitez , dont les foins
bienfaifans
C iij
30 MERCURE
Confervent fes Jardins , &protegent
les champs.
Couché fur le gazon , affis fous de
vieux chefnes .
Il goûte des zephits les flateuſes ha .
leines ,
Pendant que cent petits ruiffeaux ,
Qui tombent des rochers pour arrofer
les plaines ,
Le chant plaintifde mille oiſeaux,
Et le murmure des fontaines ,
Par un mélange fans pareil
L'invitent à goûter les charmes du
fommeil.
Mais lors que les frimats & l'extrê
me froidure
Font gemir les Mortels , & languic
La nature
Il voit avec plaisir fes genereux Limiers
Faire la guerre aux Sangliers.
GALANT.
31
Tantoft il tend des rets à la Grive
gouluë ,
Tantoft à la facile Gruë.
Quelquefois il s'eftime heureux ,
Quand d'un lacet le piege inévita
ble.
Luy fait prendre un Liévre peureux
,
Comme le fruit d'une Chaffe a
greable.
Parmy des plaifirs fi charmans ,
Qui pourroit reffentir les amoureux
tourmens ?
Que fi les loix d'un heureux hymenée
,
L'ont uni pour jamais ,
Avec une Epoufe bien née ,
Et de qui les vertus furpaffent les
attraits,
Si cette Epouſe, auffi douce
gc ,
que fa-
C iiij
32 MERCURE
Prend foin de fes Enfans , & veille
Si
à fon ménage ,
pour luy fignaler l'excés de fon
amour ,
Et foulager fa laffitude ,
Elle allume un grand feu quand il
eft de retour ;
Si par un rare effet de fon exactitude
Elle renferme fon troupeau
,
Et luy tire du vin agreable & nouveau
:
Si d'ailleurs , fans fe mettre en aucune
dépense
Elle apprefte un repas
bondance ,
cù
regne l'a-
Non , tout ce que le luxe , & l'amour
des plaifirs ,
Peut inventer de propre à flater les
defirs ,
Ny tout ce que des Rois la fuprême
puiffance
GALANT.
33
Peut étaler de fafte & de magnificence
,
Rempliroient beaucoup moins mes
voeux & mes fouhaits ,
Que des plaifirs fi doux , fi grands &
Gi parfaits .
Il eft vray que l'on voit la pompe &
l'opulence
Regner avec éclat dans la Maifon
des Rois ,
Mais on voit regner dans les bois ,
Et la droiture & l'innocence.
Ouy, tout ce qu'ont d'exquis la Perdrix
, Ortolan ,
La Gelinore & le Faiſan ,
Me plairoit moins que l'ozeille
fauvage ,
Que l'olive, qu'un tendre agneau ,
Que la chair d'un jeune chevreau
Qu'un Berger rempli de courage
A garanti des dents des Loups.
34
MERCURE
Reffent-on des plaiſirs plus doux
Que de voir les brebis repuës ,
Le foir à leur bercail revenir lente ,
ment ,
Et les boeufs haraffez trailner languiffamment
Le foc renversé des charuës ;
De voir à ſon foyer de robuſtes Valets
,
[ Signes certains de fa richeffe ]
Raconter à l'envi les travaux qu'ils
ont faits ,
Pendant que leur foupé fe dreffe
?
Quand l'ufurier Damon eut tenu ce
difcours ,
Réfolu de quitter le tumulte des
Villes ,
Et de paffer le reste de fes jours
Parmy des plaifirs fi tranquilles ,
Il ramaffa tout fon argent ;
GALANT .
35
Mais ne pouvant forcer le malheu
reux panchant
Qu'il avoit cu de la nature ,
Il fe repentit de fon choix ,
Et plaça fon argent une feconde fois,
Pour en tirer encore une plus groffe
ufure .
Je vous envoye une piece
d'un genre particulier . Il me
femble quel'Hiver ne doit a.
voir aucun Partifan contre
l'Efté. Cependant vous allez
voir que cette faifon ne laiffe
pas d'avoir les commoditez &
Les avantages.
36 MERCURE
DIALOGUE
SUR L'HIVER ET L'ESTE.
L
'Hiver n'eft pas toûjours
également rigoureux ;
l'on y voit des jours , où les
ardeurs du Soleil nous font dire
que ce font des jours d'Efté.
Ce fut en l'un de ces jours que
l'Efté & l'Hiver s'étant rencontrez
, s'entre- choquerent
rudement, l'un prétendant dé
truire les chaleurs de l'autre ,
qui ne voulant point ceder à
fon Adverfaire , s'efforçoit à
fon tour de diminuer les riGALANT.
37
S
gueurs; Ce trifte combat du
rajufqu'à ce que le Soleil , Pere
de l'Efté, eftant à fon Midy
accorda leur different en les
I obligeant tous deux de re .
gner enſemble pour ce joura.
L'Efté dont la faifon n'e
ftoit plus , fut ravi de cet accommodement
, & l'hiver , ▲
qui c'étoit le tour de regner, y
foufcrivit malgré lay. Cerac
cord invita Arcas & Leandre
à fortir de la Ville encore gla
cée , pour profiter d'un fi char
mant demy jour. Ils fe promenerent
le long des murs , &
aprés avoir avoué l'un &l'au
38 MERCURE
tre , que le chaud de l'Eſté
temperé par le froid de l'Hiver
forme des jours tres agréa
bles , ils voulurent
fçavoir lequel
desdeux eftoitpreferable
àl'autre. Arcas prit le party de
l'hiver , & Leandre
qui fut pour
l'Eté , luy parla de cette forte .
LEANDR
E.
Il faut demeurer d'accord
que de toutes les fatfous , le
Printemps eft celle qu'on doit
le plus fouhaiter.Tant de fleurs
qu'elle fait paroître , tant de
plaifirs qu'on y goûte , font
dire avec beaucoup de Juftice
, que tout y rit , que tout
GALANT.
39
#y enchante , jufque- là même
que pour exprimer que la Parque
a ravy Lycas , nôtre ami
O commun , dans fa verte jeuneffe
, qui eft le plus bel âge
de la vie , nous difons avec
douleur qu'il eft mort au
Printemps de fes jours . On
n'eft pas moins obligé d'avoüer
.....
ARCA S.
Laiffons,je vous prie , mon
cher Leandre , une fi triſte
comparaiſon , & dans un lieu
où nous ne venons cher
cher que la joye , ne renouvellez
point le déplaifir que
40 MERCURE
nous caufe cette fatale feparation
. Je fçais que le Printemps
eft la plus aimable des
Sailons , ou l'unique qui le
ſoit , fi vous voulez , mais pré.
ferer l'Eté à l'Hiver , c'eft ce
que je ne feray jamais .
LEANDRE.
Quels plaifirs peut- on trouver
dans l'Hiver ?
ARCAS.
Quels charmes fi grands
peut avoir l'Eté ?
LEANDREMille
charmes , mille plaifirs
, mille douceurs .A la Campague
les Vallons font émail ,
GALANT . 41
lez de fleurs , dont Tircis orne
- fa chere Lyfette. Les Prezy
font verds , & nous font part
de leur frais & delicieux gazon
pour nousrepofer .Les Bois
y font toufus , & y offrent de
feurs aziles a des amoureux
myfteres. Les arbres y font
chargez de fruits , qui pour fe
laiffer prendre , pendent fur
nos têtes. Les Moiffons y font
abondantes , & fourniſſent au
Laboureur dequoy femer à
pleine main dans l'Autonne .
les Bergers plus attentifs à
LeursBergeres ,qu'occupez du
foin de leurs Troupeaux,y font
Fuillet 1699.
D
42 MERCURE
retentir fans ceffe les Echos
de leurs tendres concerts.
Enfin tout y excite à la joye
pendant l'Eté.
ARCAS.
N'eft- ce pas mal foûtenir le
party que vous prenez que de
le vanter par de fi méchans endroits
? Si les Bois alors épais
font impenetrables au Soleil ,
ne luy cachent - ils pas mille
forfaits?Si l'on voit des Arbres
& des Moiffons , les uns font
fans fruits , les autres trompent
les efperances du Moiffonneur
qui en fe plaignant de l'infertilité
de les Champs , gemit
GALANT: 43
3
1
fous le poids d'une chaleur fatigante.
LEANDRE.
Vous me fourniſſez des ar
mes pour vous battre , Arcas .
Si nous avons le malheur de
voir aprés une longue attente
nos Arbres infructueux , & nos
Moiflons tres peu abondantes
, n'eft ce pas au perfide
Hiver que nous devons nous
en prendre , qui non content
de porter par tout la defola.
tion , pendant la faifon , fait
fouvent au milieu de l'Eté ,
avant le lever du Soleil , fentir
les rigueurs à nos Arbres
Dij
44 MERCURE
& à nos Moiffons ? Combien
de fois jaloux des loüanges
que nous donnions à l'Eté ,
qui nous promettoit dequoy
fatisfaire pleinement à nos befo
ns , en a-t'il troublé le regne
paiſible , & détruit par là nos
legitimes efperances ?
ARCAS.
L'Hiver n'eft pas toûjours
coupable des maux dont vous
le faites l'Auteur. Les trop
exceffives chaleurs de l'Eté en
font toûjours la cauſe, & s'il eſt
vray de dire que quelquefois
l'Hiver' produit ces malheurs,
il n'eft pas moins vray qu'en
revanche, il couvre & engraif5
Le
to
45
GALANT.
ûjours nos Terres de fes
neiges , peu different de ce
Fleu
've admirable , dont le li
mon fertiliſe les Campagnes
d'Egypte .
LEANDRE .
Je le veux , Arcas , mais enfin
quel autre avantage a l'af
freux Hiver , qui foit comparable
à ceux que nous procure
inceffamment à la Campagne
l'agreable Eté ?
ARCAS.
De plus grands que vous
ne penfez , Leandre. Le fidelle
Berger , dont le Troupeau ne
fort plus , s'y occupe unique .
ment de fon aimable Bergere ,
46 MERCURE
& le feu de ſes innocentes
amours qui le fuffoquoit, joine
au chaud de l'Eté , temperé
alors par le froid du favorable
Hiver , luy rend cette faifon
douce,ou fi déguifant fes chaftes
flammes , il feint d'avoir
befoin d'un autre feu , moins
puiffant fur luy mille fois que
celuy de fes amours , n'eft ce
pas pour s'y trouver auprés de
Cloris , à qui fans être interrompu
, il conte à loiſir ſon
tendre martyre , qu'il s'en
approche tremblottant ? Le
Payfany eft parfaitement fain
fans être fujet à une infinité
GALANT. 47
de maladies qui font les fuites
fâcheutes des chaleurs de l'E
té. Le Laboureur , qui s'eft
long temps occupé à de peni
bles exercices , y goûre une
douce tranquilité . Semblable
à la prudente fourmy , il confume
dans le repos & avec
plaifir , ce qu'il a cueilly avec
tant de peine & de travail
pendant l'Efté , fi bien qu'il
femble que cette faiſon n'eſt
faite que pour fervir aux ufages
, & contribuer aux delices
de l'Hiver.
LEANDRE.
Voftre rafonnement , Ar
48 MERCURE
cas eft plus fpecieux quefoli .
de. Les amours de l'Hiver
font toûjours froides ( bien que
je jure le contraire à Sylvic )
& vous ne sçauriez me perfuader
que l'Hiver foit fupportable
, fur tout à la Campagne
?Nos bois qui en fai
foient tout l'ornement , n'ont
rien conſervé de leur beauté
qu'un frais incommode . Les
arbres y font generalement
dépouillez de leurs feuilles ,
& le prefentent à nos yeux , demy
morts , & maudits comme
le Figuier de l'Evangile . Nos
prez y ont perdu leur verdure
2
GALANT. 49
y
re , nos champs enfin font
fecs & arides , & ne nous laiffent
que le déplaifir de les avoir
veus parfemez de mille fleurs
odoriferantes
que l'on n'y voit
plus. Mais quittons la Campagne
, Arcas. Le Bourgeois ,
le Comte , le Marquis
, qui
aprés avoir congedié leur
Train, s'y étoient refugiez pen ,
dant neufmois , pour y épargner
dequoy entretenir pendant
les trois autres , ce miferable
Train qui fe raffemble
,
la quittent, tant elle eft affreufe.
Suivons les à la Ville , &
yoyons fi l'Hiver eft à préfe-
Fuiller 1699.
E
1
50 MERCURE
ferer à l'Efté.
ARCAS .
Il me fera fans doute plus
facile de triompher par cet en
droit que par l'autre.
LEANDRE .
J'en doute, Arcas , & il me
femble que la Ville eft plus
riante l'Eté que l'Hiver , ou
pour mieux dire , qu'elle
l'eft uniquement l'Efté. Elle
n'offre alors à nos yeux ,
que plaifir ; beauté , magnificence
, l'ami eft continuellement
à fe divertir avec fon
amy , l'Amant ne peut quitter
d'un pas fon ainante , & la lon ,
GALANT.
7
S
gueur des jours prolonge fes
doux plaifirs , qu'une courte
nuit ne peut interrompre pour
long- temps
.
ARCAS.
Enfin vous faites fans y penfer
le Portrait fidelle de l'Hi .
ver. Quelle faifon enfante plus
de plaifirs ? Ce ne fontque jeux,.
Bals , Feftins , repas , Aſſemblées
, occafions où la magnificence
eft abfolument necef
faire .
LEANDRE.
Je le veux croire fi c'est vous
faire plaifir, mais tombez d'accord
avec moy que nous avons
"
E ij
12$ 2 MERCURE
mille remedes contrecesmaug
prétendus ; fi la trop exceflive
chaleur nous incommode , le
frais d'une Chambre hors des
atteintes du Soleil nous en ga.
rantit ; fi la foif nous preffe ,
la glace nous defaltere , &
l'ufage de l'éventail , qui ne fut
inventé que pour faire naître
des Zephirs capables de rafraîchir
Sylvie , & de luy rendre
en un inftant la beauté que
la chaleur tâchoit de luy ravir
pourun temps, ne nous eft pas
inconnu. Au refte,fi la chaleur
du midy nous arrefte , que
de douces matinées , que d'aGALANT.
53
18
3.
gréables foirees en révanche ,
mais fi.toft que le trop exac
Hiver revient à nous , helas ,
que de déplorables changemens
! Tout eft trifte , tout
languit, tout eft dans une confufion
étrange . L'Ami con
noift à peine fon Ami métamorphofé.
Le teint décharné
& verdaftre d'Ifabelle rend
Damon parjure . Nos rives
autrefois bordées de peuple ,
font défertes , nos Places autrefois
theatres de Nouvelliftes
, font abandonnées ; nos
champs de promenades autrefois
fi frequentez , ceffent
"
E iij
54 MERCURE
de l'eftre. Hé , pourquoy s'en
étonner ? A peine le Soleil
nous éclaire - t - il de loin . Le
jour nous quitte prefque auffitoft
qu'il paroift ; vents , gelées
, frimats , glaces , broüillards
, pluyes , tout enfin nous
menace & nous accable.
Arcas fe préparoit à répon
dre; mais le pafle Soleil s'eftant
perdu dans le fein de Thetis ,
aprés avoir chancelé quelque
moment ; l'obligea de rentrer
dans la Ville avec Leandre , &
d'avouer que la nuit qui venoit
fitoft pendant l'Hiver ,
donnoit lieu de
regreter la
GALANT.
55
ز ا
Saifon qu'il ne trouvoit pas
digne de luy eftre préfetée .
Voicy le contenu de quelques
Arrefts du Conſeil d'Etat
du Roy , qu'il faut joindre à
l'arricle de ma Lettre du mois
paffé , qui eft fur cette matiere
.
Arreft du Conseil d'Etat, du
5 May , qui fait defenſes aux
Commiffaires des Saifies réelles
, & Commis prépofez pour
faire les fonctions defdits Of
fices , de délivrer ny figner à
l'avenir aucunes quittances
pour les fonctions de leurs
E iiij
56 MERCURE
Charges & Commiſſions , qu'
elles n'ayent efté préalablement
contrôlées par les pourvûs
des Offices de Contrôleurs
des Saifies réelles , ou
Commis prépofez pour en
faire les fonctions , & les droits
de contrôle payez , à peine de
nullité , & de cent livres d'amende
pour chacune contravention
; fait auffi defenſes
fous les mêmes peines aux
mêmes Commiffaires des Saifies
réelles , & Commis prépofez
pourfaire les fonctions
defdits Offices , de recevoir ny
faire comprendre dans une
GALANT: $7
1
1
5
. même quittance , delivrée à
leur décharge par les Fermiers
Judiciaires, les femmes payées
à differens Ouvriers pour les
reparations par eux faites dans
les maifons & biens faifis réellement
, finon & à faute de ce
faire , ordonne que les droits
de quittances en feront payez
de la mefme maniere , que s'il
y avoit autant de quittances
qu'il y aura de diffetens Ou
vrages & Ouvriers mentionnez
enicelle .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 26. May , qui ordonne
que l'Arreft du 16. Mars
58 MERCURE
1669 fera executé , & que les
particuliers recherchez pour
l'ufurpation des titres de Nobleffe
, qui rapporteront des
titres faux , feront condamnez
en cent livres d'amende .
Arreft du Confeil d'Etat du
même jour 26. May , qui ordonne
que les Officiers des
Greniers à Sel de Cofne, Gien ,
la Charité , Montargis , &
Saint Fargeau , & pareillement
tous les Officiers des
autres Greniers à Sel de l'étenduë
de la Ferme des Gabelles
de France , feront tenus
de fe charger des Sels proceGALANT.
59
Er
J.
es
Z
dans du Regratage des facs ,
de mettre lefdits Sels dans les
maſſes,à peine d'interdiction ,
& des pertes , dêpens , dommages
& intereſts du Fermier.
Declaration du Roy , donnée
à Verſailles le 8. Juin , en
interpretation de l'Edir du
mois de Septembre 1696 portant
creation dans la Province
& Comté de Bourgogne , d'un
Siege Prefidial dans chacune
des Villes de Befançon , Ve
zoul , Gray , Salins , & Lousle-
Saunier , avec le nombre
d'Officiers dont ils doivent
eftre compofez.
60 MERCURE
Le 22. May fe fit la conver
fion d'un Turc , qui ayant réfifté
plus de vingt ans à la
voix de Dieu qui l'appelloit ,
fe fentit enfin touché des
exemples de vertu que M
Bouchu , premier Prefident du
Parlement de Dijon , & Madame
la premiere Prefidente ,
fa Femme , donnent à toute la
Province, & les fupplia de voufoir
bien luy fervir de Parrain
& de Marraine , pour la ceremonie
du Baptême qu'il eftoit
dilpofé de recevoir. Ils y confentirent
avec plaifir . Elle fe
fit par M le Doyen de Saint
GALANT. 61
Jean , dans cette Eglife , en
prefence de toutes les perfonnes
de qualité de Dijon. On
luy donna le nom de Pierre &
Paul , & le Te Deum fut chanté
folemnellement en action de
graces.
Le petit Ouvrage que vous
allez lire , cft de M² Teffon , de
Toulouſe.
ELEGI E.
M Illefleurs qu'on voyoit de toutes
parts éclorre,
Annoncent le retour de la brillante
Flore.
62 MERCURE
Du bel Aftre du jour les
naiffans
,
rayons
re-
De leur divin éclat venoient dorer
nos champs ,
Et le chant des oiſeaux ranimant la
nature ,
Des ruiffeaux pour un temps étouffoit
le murmure :
Tandis que dans fon coeur le timide
Tircis
Renfermant à tegret fes plus fecrets
foucis ,
Dans des lieux écarrez , les yeux
baignez de larmis
Détefte de l'amour les invincibles
charmes ,
Et les triftes accens de fa mourante
voix ,
Font gemir les vallons & refonner
les bois,
Lieux tranquilles , dit- il , où mon
coeur infenfible
GALANT. 63
Jouiffoit d'un repos fi charmanr , li
pailible ,
Vous qui jufqu'à ce jour occupant
mes defirs .
Partagez avec moy mes innocens
plaifirs ,
Ne fongez deformais qu'à partager
ma peine ,
L'amour m'a fait fentir tout le poids
de fa chaine .
Ce fuperbe Tiran , jaloux de mon
bonheur ,
Epuife enfin fur moy fa plus dure
rigueur ,
Ou plutoft c'eft iris qui me aend
miferable.
Ce Dieu fans fes appas n'a r'en de
redoutable ,
C'eft d'elle , de fes yeux qu'il emprunte
les traits ,
Qui le vengent d'un coeur qui crut
n'aimer jamais.
64 MERCURE
Helas! aimable Iris , dont l'ame indifferente
Ignore encor l'ardeur de ma flâme
naiffante
,
Que ne me cachiez -vousces charmes
dangereux ,
Que l'amour n'a formez que pour
les malheureux ?
Et toy , cruel deftin , auteur de mon
martyre ,
Sans qui j'aurois toujours rejetté fon
Empire ,
Falloir.il me livrer dans un moment
foudain
Atout ce que fes Loix ont de plus
inhumain ?
Ah! ne nourriffons plus le poiſon qui
me tuë.
Cachons mon triſte amour pour jamais
à fa veuë ,
Et forçons , s'il fe peut , mes rrop
iimides fens
GALANT. 65
Avaincre des tranfporrs fi doux '&
fi preffans.
Vains efforts , vain fecours , que vous
fert de m'inftruire
Des foibleffes d'un coeur qui s'eſt
laiffé feduire ?
Pourriez- vous réfifter à des attraits
fi doux ?
Non ; les beaux yeux d'Iris font plus
puifans que vous .
Brulons plutoft , brulons d'une fâme
fi belle ,
Sacrifions mes jours à fa fierté rebelle
,
Aimons,& fans former d'inutiles regrets
; [beauté m'a faits,
Découvrons. luy les maux que fa
Mais que dis -je ? Je lens ma reifon
inflexible ,
Me la reprefenter encor plus infenfible.
Juillet 1699.
66 MERCURE
C'est
trop , c'eft rrop languir
fous
fes injuftes loix ,
Etouffons mes foupirs pour la derniere
fois.
Quoy ! pourrois-je ceffer d'adorer
tant de charmes ?
Non , non , aimable Iris , Tircis vous
rend les armes ,
Et toy, fors de mon coeur , importune
raiſon ,
Tes feveres confeils ne font plus de
faifon.
Le 3. du mois paffé , M'
l'Abbé de Louvois foutint en
Sorbonne, une des trois Thefes
de Licence , qui s'appelle
Mineure ordinaire , compofée
des Sacremens. Il répondit
GALANT.
6%%
OU
e
QUA
ان
d'une maniere tres vive , qui
luy attira l'applaudiſſement
de tout ce qu'il y a en France
de diftingué dans l'Eglife ,
dans l'Epée & dans la Robe.
M' l'Archevêque de Tours
eftoit Preſident de l'Acte. M'
le Nonce , Mrs les Cardinaux
d Eftrées , de Furftemberg &
Coiflin ,M'l'Archevêque de
Paris , & plufieurs autres Prelats
s'y trouverent . M'l'Abbé
de Louvois a beaucoup d'érv.
dition , & non feulement il
aime l'étude , mais auffi tous
les Sçavans ; auffi en reçoivent-
ils de grandes marques
d'eftime.
de
Fij
68
MERCURE
On a eu nouvelles que
Meffire Roger de Villemur
de Paithus , Seigneur & Baron
de
Beaufort , eftoit mort à
Foix , Diocefe de Pamiers. Il
eftoit âgé de quatre vingtdix
- neuf ans , & Fils de мe flire
Georges de Villemur , Comte
dǝ Paithus , Chevalier des Ordres
du Roy , & de Dame Catherine
'd'Eftein . Il avoit eflê
fait Capitaine en l'année 1632-
dans le Regiment de M' le
Maréchal de la Mothe , & ille
commanda enfuite avec dif.
tinction , ayant receu plufieurs
bleffures, qui ne luy caufoienr
GALANT 69
2 aucune incommodité &
r n'empêchoient point qu'il ne
montaft fouvent à cheval. Ila
àlaiffé trois Filles , dont l'aînée
eft mariée àM' de Seyre , qui
commandoit les Milices de
Foix , fur la Frontiere d'Efpagne
, pendant la dernière
guerre .
Meffire Jacques Picques ,
Seigneur & Baron de Ver ,
Maistre d'Hoftel ordinaire da
Roy, mourut icy le 4. de ce
mois.
Chacun fe dit malheureux,
& tout le mond : temble avoir
70 MERCURE
raifon , tant il y a de fatalité
marquée dans la plupart des
chofes qui nous arrivent. Un
Cavalier des plus accomplis
en a fait l'épreuve depuis peu
de temps . Une fort jolie perfonne
chez qui le voisinage
luy donnoit un libre accés , eut
tant de charmes pour luy ,
qu'infenfiblement il en fut
piqué. Il eftoit vif dans ſes
paffions , & l'amour qu'il eut
pour elle à force de voir , ne
le laiffa pas longtemps balancer
fur le parti qu'il avoit à
prendre. Elle eftoit dans une
grande jeuneffe , mais d'un
GALANT, ΤΙ
3
efprit meur , qui luy donnoit
naturellement ce que les autres
n'ont accoutumé d'aquerir
qu'avec beaucoup de foins
& d'étude . Sa douceur , fa modeftie
, & un caractere honnefte
& infinuant qu'elle faifoit
remarquer en toutes chofes ,
ད eftoient des agrémens trop
fenfibles, pour ne pas produire
un prompt effet fur l'efprit du
Cavalier.Il luy déclara les fentimens
que fon merite luy avoit
fait prendre , & il en eut pour
réponſe ce qu'une Fille bien
née peut fe permettre de dire
dans une pareille occaſion ;
1
72 ZERCURE
beaucoup de marques de res
connoiffance , accompagnées
de certe aimable rougeur, qui
plaift tant à ceux qui la font
naiftre , & qui laiffe deviner ce
qu'on ne dit pas. Elle dépen
doit de fes Parens , qui devoient
regler fa deſtinée , &
ce fut àeux qu'elle le pria de
s'adreffer , s'il vouloit que fa
déclaration euft quelque fuite.
Quoy qu'il ne puft l'obliger à
dire qu'elle fe fentoit touchée
pourluy, c'en eftoit affez pour
luy faire voir qu'il ne feroit pas
haï , fi elle avoit la liberté de
l'aimer. Auffi s'expliqua til
dés
GALANT.
73
dés le
lendemain avec ſa мere,
es qui trouvant en luy des qualitez
eftimables , & affez de
bien
10 pour
rendre fa Fille heureufe
, receut la propofition
fans aucune repugnance , luy
promettant de n'oublier rien
pour la faire agréerà fon Mary,
qui eftoit abfent pour quel
ques affaires , qui le devoient
encore occuper trois ou quatre
mois. Le terme eftoit long.
pour le Cavalier, qui euſt bien
voulu eftre feur de fon bonheur
, afin que la Belle fuft
moins refervée dans fes fentimens
, mais il euft efté dange-
Fuilles 1699.
G
74 MERCURE
reux de luy écrire . C'eſtoit un
homme entier dans fes volontez
, qui peſoit longtemps les
choles avant que de les conclurre
, & auprés de qui il y
avoit de grandes meſures à
prendre pour l'amener à ce
qu'on pouvoit fouhaiter de
luy. La Belle , qui avoit ob .
fervé fon caractere , ſe tint
fur fes gardes pour ne point s'a
bandonner à toute la reconnoiffance
, qu'elle ſe ſentoit capable
d'avoir pour l'amour du
Cavalier. Ce n'eft pas qu'elle
n'eût pour lui des manieres tres
obligeantes, mais fon coeur de
GALANT.
75
meuroit libre , ou du moins
l'engagement qu'il prenoit ,
n'étoit point fi fort , qu'il dût
luy en coûter fon repos s'il le
falloit rompre. Le Cavalier
eût été heureux s'il eût retenu
le fien dans une pareille difpofition,
mais plus il eut fujet
d'efperer , plus il s'enflama , &
il ne fut plusen état de croire
qu'il pût y avoir un autre bonheur
pour luy que celuy de
paffer fa vie avec la Belle. Certe
idée le ren pliffoit tout entier
, & comme il l'avoit fans
ceffe devant les yeux , il devint
le plus amoureux de tous les
Gij
76 MERCURE
hommes . Le Pere revint , &
apprit à fon retour le deſſein
du Cavalier, qui luy fit prefque
auffi toft la même Déclaration
qu'il avoit faite à la Mere,
Il la reçût comme luy faifant
honneur , mais il le pria de luy
donner quelque temps pour
deliberer avant que de luy repondre
, & l'incertitude où il
le laiffa , commença à l'alarmer.
Il eut recours à la Mere
qu'il conjura inftamment de
prendre les intereſts. Ce fut
peut eftre ce qui leur nuifit.
Le trop d'empreffement
qu'el
le témoigna pour faire réüffir
le Mariage, la rendit ſuſpecte à
GALANT. 77
fon Mari , qui trouvant maúvais
qu'elle vouluſt agir en
- maîtreffe , fe mit en tefte
de faire valoir fon autorité de
Pere.Il avoit eu quelque veuë,
avant que de s'éloigner , pour
l'alliance d'un homme encore
plus riche que le Cavalier
& qui n'avoit pas moins de
naiffance. Il luy fit parler fous
main , & les perfonnes qu'il
interpofa , agirent fi adroitement
, que l'ayant mené en
lieu où il paroiffoit que le hazard
l'eût conduit , its luy donnerent
moyen de voir & d'en
tretenic la Belle , fans qu'elle
Gj
78 MERCURE
pût foupçonner que l'on cuſt
formé aucun deffein. Il la trouva
toute aimable , & n'eut pas
pluftoft donné fon confentement
à ce qu'on luy propoſoit,
que le Pere déclara au Cavalier
qu'il ne pouvoit luy donner
få Fille. Ce fut un coup
de foudre pour luy . Il'employa
tout pour en détourner l'effet,
mais toutes fes plaintes auffi
bien que fes prieres demeurerent
inutiles . La Mere s'emporta
pour luy avec hauteur ,
& cette hauteur ne fervit qu'à
avancer ce qu'elle croyoit empêcher
en s'emportant. Il ne
GALANT. 79
S
ג
fe peut rien imaginer , ny de
plus tendre ny de plus touchant
, que ce qu'il dit a la
Belle , mais elle étoit jeune , &
incapable de réfiſter à ſon Pere
qu'elle connoiffoit inebranlable
dans fes réfolutions . Ainfi
aprés l'avoir affeuré que s'il
l'avoit laiffée libre , elle l'auroit
preferé à tout autre a vec
plaifir , elle le pria de ne luy
point imputer l'injufte refus
dont fes foins étoient payez.
Le Mariage fe fit , & le Cava
lier qui nevoulut point en eftre
témoin, alla chercher dans une
Cour étrangere des amuſe-
G iiij
80
MERCURE
mens qui
diffipaffentlechagrin
qui l'accabloit. La Belle trouva
fon Mary fort amoureux
pendant quelque tems , mais
il avoit une paffion qui l'emportoit
fur l'amour. La fureur
du jeu le poffedoit , & el
le augmenta en luy aprés
qu'il fut marié. Il perdic
des fommes fi
confiderables
que le defordre qui fe mit dans
fes affaires , paffa juſqu'à ſon
efprit. Cene fut plus cet hom
me obligeant , honnête , qui
meritoit d'être aimé par fes
complaifances. La mauvaiſe
humeur le prit ; il devint rude
GALANT. 81
n
S
I
fâcheux , & intraitable dans
fon domestique. Sa femme à
qui il cachoit une partie de fes
grandes pertes , eut beau luy
faire de ces douces remon
trances qui gagnent les plus
obftinez dans leurs paffions .
De petits gains qu'il lui arrivoit
quelquefois de faire , le flatant
de l'efperance de ſe rétablir ,
il le roidiffoit avec aigreur
contre les confeils qu'elle
luy donnoit , & la patience fut
le feul remede , dont elle
put fe fervir dans un fi grand
mal . Il
s'abîmoit , cepen ?
dant de plus en plus , &
82 MERCURE
continuant toujours à jouër, il
continuoit toûjours à perdre ,
foit par l'Etoile ,foit parce qu'il
ne fe poffedoit pas affez en
joüant. Il rêvoit fans ceffe à fou
malheur , & aprés divers emprunts
, il ſe trouva fi fort à l'é.
troit, qu'il avoit peine à fournir
aux dépenfes qu'il étoit neceffairement
obligé de faire. Sa
femme qui le plaignoit , & qui
étoit encore plus à plaindre ,
offrit pour le loulager , de fe
retirer avec luyà la Campagne ,
où ils pouvoient vivre plus
commodement , & avec moins
d'embarras. Il refufa ce parti ,
GALANT:
83
&toûjours plongé dans le chagrin
, il la réduifit à l'abandon ,
ner à fa conduite , quelques
malheurs qu'elle en pût pré-
1 voir. Ce fut alors qu'elle cut
fujet de fe repentir d'avoir
deferé trop aveuglement aux
volontez de fon Pere. L'image
de la douce vie qu'elle au
roit menée , fielle euft épousé
le Cavalier qui l'avoit aimée fi
tendrement , ne ſe preſentoit
à fon efprit que pour fon fuplice.
Il y avoit trois ans qu'il
étoit parti , & comme elle s'é
toit plufieurs fois ſouvenuë de
luy avec un trop fenfible res
84 MERCURE
gret de n'avoir pas répondu
à fon amour , la nouvelle
qu'on luy vint donner de fon
retour , luy caufa quelque chagrin
. Elle fut fâchée qu'il vinft
eftre fpectateur de fa mauvaife
fortune ; & quand il auroit
encore efté capable d'entrer
affez vivement dans fes
interefts pour l'en vouloir
confoler il luy paroiffoit
qu'ayant fi peu de fujet d'aimer
fon Mary , elle ne devoit
point fouhaiter la veuë d'un
homme pour qui elle s'eftoit
fenti du panchant. Elle n'en
put refufer quelques vifites ;
GALANT. 85
mais elle eut beau fe tenir dans
une grande réſerve , le Cavalier
qui fe croyoit affermi par
1 trois ans d'abfence contre
les charmes de cette aimable
perfonne , ne put la revoir
fans laiffer renaiftre fon premier
amour.Ses regards pleins
de langueur en furent les marques
, & même il luy échapa
quelques paroles , dont elle
fut obligée d'arreſter la ſuite .
Elle luy reprefenta l'inutilité
d'une paffion qui la rendroit
criminelle , fi elle contribuoit
à l'entretenir , & fe fervant du
pouvoir qu'elle avoit encore
86 MERCURE
fur luy , elle l'obligea de luy
promettre , ou qu'il ne laverroit
plus , ou qu'au moins ce
feroit tres rarement. Le Cavaş
lier connoiffant qu'il y alloit
de fes interefts de luy obeïr ,
& que plus il la verroit , plus
fes fentimens pour elle reprendroient
de force , réſolut
de facrifier à fon repos uno
veuë qui le troubloit. Il fe repandit
en diverſes compagnies
, & comme une paffion
s'éteint par un autre engagement
, il crut enfin fes Amis ,
qui luy confeillerent de fe
marier. On luy propoſa un
GALANT. 87
"
patti avantageux . La perfon .
ne eftoit bien faite , de bonne
Famille ; &avoit de la beauté.
C'en eftoit affez pour luy faire
croire, que quoy qu'il ne fentift
pas fon coeur fortement
touché pour elle , il vivroit
heureux en l'époulant. Il eftoit
tres- honnefte homme , & fe
tenoit affuré que le temps &
"la raiſon y feroient naiftre les
fentimens de tendreffe qui
luy feroient dûs. Ainfi il ne
voulut point laiffer traîner
cette affaire , & s'areſtant au
dehors , fans rien approfondir
par luy-même , il fe mar3i7a. La
88 MERCURE
Dame qu'il avoit aimée avec
tant de paffion , l'apprit avec
joye ; mais cette joye fut bien
moderée , quand elle fceut
quelque temps aprés qu'il n'avoit
pas lieu d'eftre content
de fa Femme. C'eftoit une
perſonne bizarte , dont l'humeur
capricieuſe ne s'accommodoit
de rien . Elle vouloit
ce qu'elle vouloit par un pur
enteftement , & non par raifon
, & ce qu'elle avoit ſouhaité
d'abord ceffoit de luy plaire
un moment aprés . Ce caratere
fi different de celuy du
Cavalier , le rendit tres malGALANT:
89
heureux . Comme il en fouf.
froit beaucoup , il alla s'en
confoler avec la Dame , qu'il
voyoit de temps entemps , &
à qui il avoua qu'il ne s'eftoit
marié que pour tâcher d'affoi .
blir la trop forte paffion qui
Favoit obligée à luy défendre
1 de la voir fouvent Hs ne purent
s'empêcher de comparer
leurs malheurs ; mais ceux de
la Dame finirent bien . toft
aprés , du moins d'une certai
ne maniere, Son Mary ayant
diſparu pendant un mois , fans
qu'elle puft apprendre ce qu'il
eftoit devenu , elle en receut
Juillet 1699.
H
go MERCURE
enfin une Lettre qu'il luy écri
vit de la Rochelle. La Lettre
portoit , que ne pouvant plus
paroiftre dans le defordre ou
Les affaires eftoient , il al
loit voit dans les Pays étran
gers fila fortune ne luy feroit
point plus favorable. Il luy
nommoit le Vaiffeau où il
devoit s'embarquer dés ce mê
me jour avec deux perfonnes
qu'elle connoiffoit , & par
quelque relation qu'elle avoit
avec ceux de leur Famille, elle
fceut fix mois aprés que ce
Vaiffeau avoit fait naufrage ,
fans qu'il s'en fuft échapé que
GALANT. 91
M
C
peu de gens qui s'eftoient fauvez
dans la Chaloupe. Un des
deux avec qui fon Mary luy
avoit mandé qu'il faifoit voya
ge , eftoit de ce nombre , &
il ne fut pas plus d'un an
revenir
. Il luy rapporta
que
le Vaiffeau s'eftant entre ouvert
prefque auffi - coſt qu'il
s'eftoit jetté dans la Chalous
epe , il avoit vû les flots l'engloutir
, & qu'elle pouvoit fe
compter pour Veuve. Elle fit
faise d'exactes perquifitions
dans tous les endroits où l'on
pouvoit avoir eu des nouvelles
de ce naufrage , & par tout ce
Hij
92 MERCURE
qu'on apprit , la perte de fon
Mary demeura conftante . Ce
fut alors que le Cavalier fut au
defeſpoir de ne fe pouvoir
dédire de l'engagement
qu'il
avoit pris . Il offrit fes foins &
fon credit à la Dame , pour
bien établir fes droits contre
les prétentions des créanciers ,
& il la fervit tres utilement ;
mais elle refufa de luy tout
autre fecours , & conduifit fi
bien fes affaires , qu'elle vêcut
en repos , fi ce ne fut pas dans
l'abondance . Son merite ne
laiffa pas de luy attirer encore
des partis avantageux , fi elle
GALANT: 93
e
C
eaſt voulu fe remarier. On
l'en preffa inutilement . Elle
trouvoit trop de charmes dans
la vie tranquille qu'elle menoit
, pour le réfoudre à changer
d'eftat Dix ans le pafferent
de cette forte , tres longs
pour le Cavalier , qu'une fièvre
continue délivra enfin de fon
incommode Femme. Il n'eut
plus alors de penſées que pour
la Dame , qui commença à ſe
repentir de s'eftre déclarée
trop hautement contre un
fecond mariage. Elleluy avoit
obligation , & l'amour ardent
qu'il avoit toujours fenti pour
94 MERCURE
elle , fe montra fi tendre & fi
fi empreffé , qu'elle eftoit fachée
de la réſiſtance qu'elle
apportoit malgré elle à ce qui
pouvoit le rendre heureux. Il
eut befoin de temps & de patience
pour furmonter les obftaclesque
luyfufcita le trop de
delicateffe de la Dame , & ce
ne fut pas fans employer toutes
fortes de moyens qu'il vint
à bout de les vaincre . Il les
vainquit cependant . Tout fut
arrefté ; on fixa le jour du ma
riage , & la joye qu'il en fentir
alla dans un tel excés , qu'il
tomba dangereufement maGALANT.
95 n
lade. Aprés quinze jours d'une
-fiévre violente , on defefpera
e de le fauver. Il le connut
& on ne peut rien ajoûter
à tout ce qu'il dit de tendre
fur le regret qu'il avoit
: de quitter la Dame. Il s'écria
mille fois , qu'il voyoit
bien qu'il eftoit de fon deſtin
de n'avoir jamais que des efperances
, puis que fur le point
d'eftre pleinement heureux , il
falloit qu'il renonçaft à ce qui
luy avoit toujours efté le plus
cher. La Dame répondit à fa
tendreffe , en luy cachant fa
douleur , pour ne le pas ef96
MERCURE
frayer , & en tâchant de luy
faire croire qu'il pouvoit encore
tout efperer . Elle luy dit
vray fans l'avoir cru . Sa fiévre
diminua , & les remedes luy
furent donnez fi à propos ,
qu'aprés avoir demeuré longtemps
entre la mort & la vie ,
il fe vit enfin hors de peril.
On eut grand ſoin de ména
ger fa fanté , & il luy fallur
plus de deux mois pour la rétablirentierement
, aprés quoy
on arreſta de nouveau le jour
heureux , aprés lequel il foupiroit
depuis fi long - temps .
Dame donnoit ordre à
t
reGALANT
97
1
quelque chofe qui regardoit
la Ceremonie que l'on devoit
faire le lendemain , lorsqu'on
la vint avertir que l'on demandoit
à luy parler. Un peu
aprés , elle vit entrer un homme
qu'elle ne put connoître
d'abord , mais dont la voix la
jetta prefque auffi toft dans
une furpriſe qui luy fit faire un
grand cri. C'étoit fon Mary
ce Mary qu'elle croyoit mort
depuis dix ans , & qui s'étant
fauvé fur une planche du Vaiffeau
dont elle avoit appris le
naufrage , étoit paffé dans les
Pays les plus éloignez , où il
Juillet 1699 .
1
98 MERCURE
avoit pris un autre nom.
Le
defir de vaincre fa mauvaiſe
Etoile l'avoit obligé de s'affocier
avec des Flibuftiers fort
déterminez , & cette focieté
qu'il avoit continuée fix ou
fept ans , luy avoit fait amaffer
de grandes richeſſes . Il les raportoit
, & ne doutoit point
qu'il ne meritât par- là qu'on
perdift le fouvenir de fa cónduite
paffée. La Dame l'auroit
oubliée tres aisément , fi
les affurances qu'on luy avoit
données de fa mort ne l'eufſent
pas engagée à des ſentimens
d'amour, qu'elle ne pou
GALANT.
99
I voit plus conferver fans crime.
Elle éprouvoit des peines terribles
fur le facrifice qu'il en
o falloit faire , & l'état où elle fe
reprefentoit qu'alloit être le
0. Cavalier qui l'aimoit veritablement
, & qui étoit fi digne
a de fa tendreffe , la faifoit fouf.
frir cruellement
. Cependant
il falloit ſe vaincre , & ne s'attacher
qu'à fon devoir . Elle le
fit avec des fentimens de ver.
tu que tout le monde admira ,
aprés avoir inftruit ſon Mary ,
de l'engagement que fa fauffe
mort luy avoit fait prendre.
Rien ne fçauroit être compa-
I ij
100 MERCURE
ré aux marques
de defef
poir que donna le Cavalier,
Il s'abandonna
à la plus vive
douleur,& ne pouvant en mou.
rir , il voulut au moins mou.
rir au monde , & alla s'enfermer
dans un Monaftere
, où
le temps & la raifon lui ont fait
ouvrir les yeux fur le peu que
font les chofes qui nous acta.
chent le plus. Il prit l'Habit
de Religieux
quelque temps
aprés , & les voeux qu'il a faits :
enfuite avec une entiere réfi
gnation , l'ont misà couvert des
paffions dont il s'eft veu agité
durant tant d'années.
GALANT . rồi
La Lettre dont je vous en-
Le voye une copie , merite que
en faffiez part à vos
Vous
Amis.
A M' L'ABBE' DE F ...
с A Bordeaux 27 Juin 1699 .
"'b
Oftre curiofité , Monfieur
, & les queſtions
O que vous me faites lur le Sa.
crifice , font dignes de vô -
tre efprit & de vôtre pieté. Ce
n'eft lans doute qu'une fuite
de vos meditations
fur le myftere
que nous avons celebré
pendant
cette Octave.
J02 MERCURE
Pour vous
fatisfaire je répon
dray à vôtre premiere deman.
de , qu'il ne me femble pas que
la raiſon
naturelle ait
enfeigné
aux hommes d'offrir à Dieu
le Sacrifice ou la
deftruction
d'une Victime , pour reconnoître
fa
fouveraineté fur toutes
les
creatures. On a pu naturellement
reconnoître l'Auteur
de toutes choſes , & luy
offrir les biens que nous avons
reçûs , mais détruire ces biens
par le fer , le feu , en reconnoiffance
de la grace que Dieu
nous avoit faite lorſqu'il nous
les a donnez , c'eft ce que la
GALANT: 103
1
raifon demeurant dans fes bor.
nes naturelles , n'a pû enfeigner
ni commander. Elle nou's
auroit bien plûtôt commandé
le facrifice de nous- mêmes ,
1 quoi qu'on ait regardé avec
horreur les Victimes humaines
qu'ont immolé autrefois
les Egyptiens , les Atheniens ,
les Gaulois , les Maffiliens , les
Carthaginois , & les Idolâtres
du Royaume d'Ifraël , quiadoroient
l'Idole de Moloch. En
effet , le Sacrifice d'une Brebis,
ou des fruits , n'eft il point un
figne de celuy que nous devons
faire de nous mêmes ,
I iiil
104 MERCURE
ainfi que dit S. Auguſtin liv
io . de la cité de Dieu p . 19. &
aprés luy Bellarmin l . 1. de la
Meffe , chap. 2 ?
Jecrois donc,
Monfieur, qu'à
l'exemple d'Abel , de Caïn ,
& de leur Pere qui fut inftruic
& infpiré de Dieu , & qui enfeigna
à fes enfans le culte exterieur
qu'on devoit au Createur,
les hommes ont offert en
Sacrifice des animaux & des
fruits avec certaines
Ceremonies,
lefquelles
femblent avoit
commencé au temps d'Enoch
avantle
deluge.Al'exemple des
GALANT 105
4
Fidelles , les Payens immole-
Rrent des animaux aux fauffes
1 Divinitez , c'est à dire que les
hommes ayant reconnu d'au
tres Dieux que le Createur du
Ciel & de la Terre , ils leurs oft
frirent les mêmes Sacrifices
qu'ils venoient de preſenter au
vray Dieu , ce qui fe peut entendre
du commencement de
l'Idolatrie avant & aprés le
Deluge.
Au refte , je ne fçache point
que des Auteurs celebres ayent
foûtenu le contraire , ni que
leur opinion ou la mienne foit
heterodoxe, l'Eglife n'ayant
106 MERCURE
rien defini là- deffus , & laiffant
aux fçavans la liberté de propofer
leurs conjectures.
Sur l'opiniou de M' Grotius
, ce fçavant critique de
nôtre Siecle , touchant les vitimes
offertes par Abel &
par Caïn , qui n'offrirent felon
luy , que du lait & de la laine
de leurs Brebis , ( il pouvoit y
ajoûter des fruits de la terte ,
qui ne font pas moins propres
à noftre nourriture & à noftre
veftement ) je crois fa conjeature
mal fondée , fur ce que
Dieu ne fe plaift point au carnage
des animaux , & que les
GALANT:
107
·
hommes n'ont
mangé de la
viande
qu'aprés le
Deluge . Or
fi cela eftoit , Dieu
n'auroit
point
commandé à Moyſe de
luy
immoler des
animaux , &
Noë n'en auroit pas mis dans
l'Arche
quelques paires pour
fa
nourriture , & pour le Sacrifice
; outre que l'Ecriture dit
clairement
qu'Abel offrit ce
qu'il avoit de meilleur
dans fes
Troupeaux. Jofephe dit à la
verité, que Cain
n'offrit que
des fruits , qui font des biens
cultivez par le
travail , & par
l'avarice des
hommes , & que
ce fut pour cela , que fon Sa108
MERCURE
crifice ne fut pas agréable à
Dieu ; mais c'eft là le rafinement
d'un Juif; car quelle ap .
parence que Caïn cuſt plûcoſt
offert ce que l'avarice lui auroit
fait conferver, que desanimaux
qui viennent fans aucun foin ,
& fans autre travail que celuy
de les garder. Ce que dit Saint
Cyrille dans Salien , eft peuteftre
plus vray- femblable, que
le facrifice de Caïn ne fut defagréable
à Dieu, que parce qu'il
n'avoit offert que les plus méchans
fruits , le réfervant les
meilleurs. Quoy qu'il en foit, il
eft conftant qu'on offrit au
GALANT: 109
Commencement du monde ,
des animaux & des fruits , ce
qui fe prouve par le comman
dement que Dieu fit àMoyſe.
A la feconde queftion que
vous me faites , Monfieur, lur
le Sacrifice de Melchifedech ,
Roy de Salem , aujourd'huy
Jerufalem , il eft vray auffi que
le Souverain Preftre a efté inf
piré de Dieur pour luy offrir
du pain & du vin , en quoy il
a efté imité dans la fuite par
quelques peuples Gentils ,
comme par les Egyptiens, qui
avoient peut eftre lû les Livres
de Moyfe ; car avant ce faint
11. MERCURE
Preftre , ny même de fon
temps
, nous ne trouvons
point que perſonne ſacrifiaft
en pain & en vin . Abraham
même qui vivoit pour lors ,
& qui le connoiffoit, ne l'imita
point, quoy qu'il fceuft que de
telles victimes eftoient agréables
au Tres- haut ; & certes
elles l'eftoient bien autant que
les victimes des animaux , puis
que Dieu les avoit demandées
à Melchifedech
, & qu'elles avoient
une égale force de fignifier
que Dieu eft le maiſtre
de nos vies ; car s'il nous nourrit
& nous entretient , n'eft il
10
GALANT. III
1
1
pas l'Auteur de noftre confervation
, & par confequent
de noftre eftre ? Comme Melchifedech
eftoit different des
autres Preſtres , en cè que fa
Victime eftoit differente de
celle d'Abraham & d'Aaron ,
fon Sacerdoce differoit auffi
de celuy des autres Sacrificateurs,
en ce qu'il avoit receu
le fien de Dieu immediatement
, au lieu qu'Aaron avoit
efté oint & confacré par
main des hommes . La bene.
diction qu'il donna à Abraham
regardoit la Loy de
grace , dit Saint Cyprien à
la
12 MERCURE
Cecilius , & on peut ajoûter
que fon Sacrifice regardoit
encore la même Loy, puis qu'il
a efté la figure de celuy qu'of
frit J. C.un jour avant la mort,
& par le Sacrifice de l'Euchariftie
, & celuy que le Sauveur
"offrit fur la Croix , il accomplit
les figures de la Loy de nature,
& celles de la Loy écrite , &
ainfi il a efté Preftre felon
l'Ordre de Melchifedech , &
felon l'Ordre d'Aaron en
quelque maniere , avec cette
difference , que le premier
Ordre devoit toujours durer ,
au lieu que le fecond devoit
?
GALANT.
13
finir par le Sacrifice de la
Croix, quiavoit efté figuré par
l'immolation de l'AgneauPaf
chal. Voila pourquoy le Sauveur
a pris plûtoft le pain &
le vin pour en faire le Sacrifice
de fonCorps & de fon Sang,
que l'Agneau qu'il mangea
luy même à la derniere Pafque
qu'il fit avec fes Difciples ,
parce que , comme j'ay dit ,
Eil devoit eftre Preftre éternellement
felon l'Ordre de Mel
chifedech. Ce Souverain Sacrificateur
poffedoit la puiſfance
Royale , ainfi que j'ay
remarqué , & en cela même il
Fuillet 1699.
K
14 MERCURE
a efté la figure de J. C. noftre
Souverain Pontife , comme
parle Saint Paul , & Roy par
natute & par naiffance , felon
quelques Peres , entre lefquels
on met , bien on mal , Saint
Epiphane. Il a efté le Meffie
même qui a apparu fur la terre
dans la Loy de nature , & en,
fuite dans la Loy de grace ,
comme fi le Meffie cuft dû
paroiftre dans les trois Loix ;
car il eft venu fous la Loy de
Moyfe , & a commencé la Loy
de grace . Il doit encore venir
aux derniers jours ; & ainſi ,
fuivant l'opinion des Melchi,
GALANT. 115
3
fedechiftes , il devroit appa
roiftre dans tous les temps .
C'eſt de là qu'eft venuë l'erreur
des Millenaires , qui en
feignoient que le Mefie devoit
regner fur la terre mille
ans avec les Saints , ainſi que
l'a entendu encore de nos
1 jours M' Jurieu , Miniftre Proteftant
, qui n'a pas eſté avoüê
en cela par ceux de fon parti.
Pour les aurres rapports qui
font enttre cet ancien Pteftre
& J. C. il eft facile de les trou.
ver. Ainfi je paffe à la derniere
queſtion que vous m'avez faite
; fçavoir fi la Sacrificature
K if
116
MERCURE
-
appartenoit de droit au Pere
de Famille à l'exclufion des
Enfans , ou à l'Aîné des Enfans
à
l'exclufion des autres.
Cela ne me paroift fondé
fur aucun endroit de l'Ecriture
- Sainte ; car dans la Loy
de nature , Cain & Abel facrifierent
du vivant d'Adam : &
Abel plus jeune que fon Ftere,
facrifia auffi bien que luy , ce
qui fut fans doute obiervé
dans la fuite : du moins ne
trouve- t on rien de contraire,
ny dans les Hiſtoires ſacrées ,
ny dans les profanes ; car il ne
me fouvient point d'avoir lû
GALANT. Try
enaucun endroit que les Pontifes
chez les Grecs , chez les
Egyptiens, chez les Romains,
& ailleurs , fuffent les Aînez
des Familles. Je fçay bien que
quelques Auteurs ont eftédu
fentiment contraire. Ils ont
même crû que les Hebreux
n'attacherent la Souveraine
Sacrificature à l'Aîné des Enfans
, qu'en memoire de ce
que Dieu avoit fait mourir
tous les premiers nez des Egyptiens
; mais nous fçavons
que Moyfe & Aaron , tous
deux Freres , ont facrifié , &
que les deux Enfans de ce
118 MERCURE
dernier en furent punis. Ce ne
fut pas à caufe qu'ils avoient
facrifié , mais parce qu'ils s'e .
ſtoient ſervis d'un feu éranger
& profane, Autre choſe feroit
la Souveraine Sacrificature ,
qui n'a efté en ufage que chez
les Juifs , eftant commune par
tout ailleurs , comme eftoit
la fimple Sacrificature , c'eft
à dire le Sacerdoce fimplement
fans cette jurifdiction ,
& ces fouctions réservées aux
Souverains Pontifes ; mais
quand on le diroit , cela net
feroit pas moins faux ; car
nous ne trouvons pas que cela
GALANT. 119.
་
I
4
fuft ainfi. Au contraire , les
Souverains Pontifes eftant
dépofez , leurs Freres cftoient
fouvent mis à leur place ,
fans que les Juifs fe foient
jamais oppoſez à cette nouveauté,
fi c'en eftoit une.
Enfin , pour répondre à voftre
derniere queſtion , bien
differente des premieres que
nous avons traitées , laquelle
confifte à fçavoir , s'il vaut
mieux écrire que n'écrire pas,
dans un fiecle auffi fçavant &
auffi cenfeur que le noſtre , je
vous diray mon avis fort libre .
ment, fi vous le voulez ainfi.
126 MERCURE
·
Ily a certaines gens fi chagrins
& fi difficiles à contenter , qu'
ils ne fçauroient fouffrir qu'on
écrive fur aucune matiere ,
faus fe plaindre de la peine
qu'ils ont à lire , comme ſi
on leur faifoit perdre du
temps , ou qu'on les cuſt priez
de lire les ouvrages d'efprit
qu'on donne au public. Ils ont
grand tort de lire rien ; on ne
les prie point de le faire , & on
ne les oblige point à cela.
D'autres n'approuvent pas
tout ce qui s'éloigne de leur
érudition , ou de l'art qu'ils
ne fçavent pas. Les autres ena
fin
GALANT: 121
fin envieux , jaloux , critiques
d'humeur & de naturel , voudroient
des livres qui ne par
laffent de rien , pour ainfi parler
, & font fachez de ne trqu
ver tien à redire fur un Ou-
1 vrage. Ce n'eft point pour ces
troisfortesde critiquesque l'on
écrit. Lès uns écrivent pour
s'éclaircir, les autres pour com .
batre des ertrurs , ceux - cy pour
faire plaifir au public ; ceuxla
pour s'entretenir avec leurs
Amis , pour le divertir l'efprit ,
comme nous faifons prefentement
. Si l'on n'a qu'un de ces
deffeins dans la compofition
Juillet 1699 .
L
t
122 MERCURE
d'un Ouvrage , ou qu'on les
ait tous enſemble , je croy qu'ii'
eft bon & loüable d'écrire , &
qu'il ne faut pas le mettre en
pehe d'une critique chagrine.
Ainfi , Monfieur
, fans me foucier
beaucoup
de ce que les
Cenfeurs
difent , je ne laifferay
pas de vous écrire quel .
quefois , & fur tout, lorfque
vous me ferez des questions
auffi cutieufes
que celles , fur
leſquelles
vous avez voulu ſçavoir
mon ſentiment
. Je fuis ,
Monfieur
, voftre , & c.
Je ne fçay , Madame
; fi
GALANT. 123
ES vous fçavez que Paris eft preſt
à recevoir un embelliffement
tres confiderable
par la Statuë
Equeftre du Roy , qui doit
être pofée ce mois - cy , ou bien
toft aprés au milieu de la Place,
qu'on a nommée juſqu'à pre.
fentPlace de Vendôme
, & que
l'on nomme aujourd'huy
, La
Place de Louis le Grand Avant
la mort de M'de Louvois , on
avoit fait commencer
la conftruction
des murs de face
qui devoient former cette
grande Place , fuivant le Plan
qu'on en avoit arreſté ; mais
Sa Majesté ayant trouvé que
Lij
124 MERCURE
ees Murs , quoyque convena
bles à fa grandeur par leur éle
vation , & par leur Architectu
re, étoient incommodes & im,
praticables pour l'habitation
& pour l'ufage des particuliers
qui auroient voulu y faire conftruire
des maiſons , avoit for.
me un nouveau deſſein , ce qui
avoit empêché la perfection
de cet ouvrage , Sa Majefté
ayant enfuite confideré l'avantage
dont joüiffent les
Moufquetaires
de la premiere
Compagnie de fa Garde ordinaire
, par le Logement , qui
leur a été donné dans un
GALANT. 125
1
même Hôtel,où ils font réunis
au quartier de S. Germain des
Prez à Paris , & par ce moyen
plus prefts aux ordres de leurs
Commandans felon le befoin
י
1 de fon ſervice , & d'ailleurs le
foulagement que les Proprietaires
des maiſons & les Habitans
de ce quartier en reçoi .
vent , elle réfolut de procurer
le même avantage aux Mouf
quetaires de la feconde Compagnie
de fa Garde , & le même
foulagement aux Proprietaires
& Habitans des Mailons du
Faux - Bourg S. Antoine , où
leurs Logemens fant diftri-
Liij
126
MERCURE
buez , en faisant conftruire un
pareil Hôtel dans ce Faux-
Bourg , avec les Ecuries , Lo
gemens & lieux qui conviennent.
Ainfi Elle a donné
, delaiffé & abandonné à
Meffieurs les Prevoft desMarchands
& Echevins de Paris ,
l'emplacement reftant, tant de
l'Hôtel de Vendôme que de
l'ancien Convent des Capucines
, Places & Terres qui en
dépendent , avec les édifices
qui ont été commencez fur
ces emplacemens , pour for
mer la Place en l'état quelle
eft , & les materiaux qui font
GALANT . 127
actuellement deffus , & aux en,
virons , deſtinez à cet effet , à
condition par eux d'acquerir
l'emplacement qui ſera n÷ceſfaire
pour la conftruction d'un
Hôtel qu'ils feront bâtir , &
qui fervira au Logement des
Moufquetaires de la feconde
Compagnie,au lieu qu'on trou
vera le plus propre dans le
Faux Bourg S. Antoine. M
le Prevoft des Marchands , &
Mrs les Echevins ont accepté
la condition avec de treshumbles
remercimens à SaMajeſté
du don qu'il luy a plû de
leur faire , & fuivant le pou
Liiij
128 MERCURE
voir qui leur a efté donné de
difpofer de toutes les places
& de tous les bâtimens , tant
en fond qu'en fuperficie, qui
reftent de l'emplacement
de
l'Hoſtel de Vendôme , & de
l'ancien Convent des Capucines
, appartenances & dépendances
, ils ont tranſporté
, délaiffé & abandonné au
Sieur Maſneuf, Bourgeois de
Paris , à forfait & à fes rifques
, perils & fortunes , toutes
les fommes , à quoy qu'elles
pniffent monter , qui proviendront
des ventes & adju ,
dications de ces places à bâtir,
GALANT. 129
& de ces
materiaux , moyeng
nant la fo mme de fix cens
vingt mille livres , qu'il s'eft
obligé de payer en divers termes.
Les autres conditions
aufquelles il s'eft foumis , font
de faire démolir, tant enfond
que fuperficie , tous les bâtimens
qui ont efté commen
cez fur les emplacemens qu'-
on luy a abandonnez , & qui
forment l'ancienne Place , &
d'y faire conftruire à fes frais,
ou aux frais des Acqueréurs ,
les édifices
neceffaires pour
former la façade de la nouvel
le Place, avec les rues d'entrée
130 MERCURE
& d'iffuë , fuivant les plan , fi .
gure & élevation qu'on en a
dreffez par les ordres de Sa
Majefté. Tout l'exterieur de
cette façade , & des rues d'entrée
& de fortie doit eftre entierement
achevé , élevé & mis
en oeuvre juſques aux premieres
Plinthes , dans le premier
Juillet de l'année prochaine ;
& le furplus jufqu'au haut ,
dans le premier Octobre 1701.
pour tout delay , à peine de
tous dépens , dommages & in .
terefts , & de la fomme de
trente mille livres de peine.
convenuë, & de rigueur. Ainfi
•
GALANT:
131
la premiere année du Siecle
a prochain , fera celle où l'on
pourra voir ce grand Ouvrage
parfait.
Le Samedy 27. du mois paſ
fé, M de Valincour, Secretaire
General de la Marine , & des
Commandemens de S. A. S.
Monfieur le Comte de Tou
louſe que Mrs. de l'Aca
demie Françoife avoient élû
pour remplir la place de feu
M' Racine , y vint prendre
feance , & fit un tres beau dif
cours . Il dit , en les remerciant
d'avoir fait tomber leur choix
fur luy , que le befoin qu'il a
132 MERCURE
yoit de leurs inftructions leur
avoit fait croire qu'ils les luy
devoient , & qu'ayant eu l'hon.
neur d'eftre affocié à l'un de
leurs plus Illuftres Ecrivains ,
dans l'employ le plus noble
qui puiffe jamais occuper des
gens de Lettres , il eftoit de
leur zele pour la gloire de Sa
Majefté, de faireau moins tout
ce qui dépendroit d'eux pour
le mettre en eftat de s'en ac
quiter dignément. I paffa
de là à l'Eloge de Mr. Raci
ne , & employa des couleurs
fort vives à peindre l'heureux
genie avec lequel il eſtoit venu
GALANT. 133
au monde-Desfon enfance , dit il,
charme des beautez qu'il trouvoit
dans les anciens , & qu'ilafibien
imitées depuis , il s'enfonçoit tour
feul dans la folitude où il eftoit éles
vé. Il y paffoit les journées entie,
res avec Homere , Sophocle
Euripide, dont la langue luy eftoit
= déja auffi familiere que la fienne
I propre , & bientoſt mettant enprá-
Etique ce qu'il avoit apris de ces ex
cellens Maiſtres , il produifitfon
premier chef d'oeuvre dans un age
où l'on compte encore pour un me.
rite , de fçavoir feulement reciter
les ouvrages des autres , Lefameux
Corneille eftoit alors dans fa plus.
134 MERCURE
ن و م
haute reputation . On traduifoitfes
pieces en toutesles Langues de l'Eu.
rope : on les reprefentoitfur tous les
Theatres ; fes Vers eftoient dansla
bouche de tout le monde , & cela
eft beau comme le Cid , eftoit
une louange qui avoit pafféen Proverbe,
La France , avant luy,n'avoit
rien vú fur la Scene de fublime
, ny mefme pour ainfi dire ,
deraisonnable , transportée pour
fes premiers Ouvrages , d'une ad .
miration qui alloit prefquejufques
à l'Idolatrie , ellefembloit pour l'en
recompenfer eftre engagée en
quelquefaçon à n'en jamais admirer
d'autres que ceux qu'il produi.
GALANT. 135
い
voit à l'avenir. Ainfi l'on regar
da d'abord avec quelque forte de
Echagrin l'audace d'un jeune homme,
qui entroit dans la même carriere,
aqui ofoit demanderpartage dans
des applaudiffemens
, dont un au-
• tre fembloit pour toujours avoir
été mis en poffeffion . Mais Mr
Racine conduit parfon feul genie ,
fanss'amufer àfuivre ny mef
me àimiter un homme , que tout le
monde regardoit comme inimitable,
ne fongea qu'à fefaire des routes
nouvelles ; & tandis que Corneille
peignant les caracteres d'aprés l'idée
de cette grandeur Romaine ,
qu'il a le premier miſe en oeuvre
136 MERCURE
avec tant de fuccés , formoit fes
figuresplus grandes que le naturel ,
mais nobles , hardies , admirables
dans toutes leurs proportions ; tandis
que les fpectateurs entraînez
bors d'eux - mêmes ,fembloient n'avoir
plus d'ame , quepour admirer
la richeffe defes expreſſions , la nobleffe
de fes fentimens , & lamaniere
imperieufe dont il manioit la
raifon humaine Mr Racine
antra, pour ainfi dire , dans leur
coeur, & s'en rendit le maistre, Il
y excita ce trouble agreable , qui
nous fait prendre un veritable in
terest à tous les évenemens d'une
fable que l'on reprefente devant
GALANT. 137
ن م
E nous ; il les remplit de cette terreur.
& de cette puié , qui ſelòn Ari.
flore , font les veritables
paffions
que doit produire
la Tragedie
. Il
leur arracha
ces larmes qui font
le plaifir de ceux qui les répandent
,
peignant
la nature,moins fuperbe,
peut eftre moins magnifique
,
mais auffi plus vive & plusfenfible
, il leur apprit à plaindre leurs
• propres
paffions
& leurs propres
foibleffes
, dans celles des Perfonmages
qu'il fit paroistre
à leurs
yeux. Alors le Public équitable
,
fans ceffer d'admirer
la grandeur
majestueuse
du fameux
Corneille
, commença
d'admirer
auffi
Juillet 1699 .
M
138 MERCURE
les graces fublimes & touchantes
de l'illuftre Racine. Alors le Thea
tre François fe vit au comble de
fa gloire , & n'eut plus de fujet de
porter envie au fameux Theatre
d'Athenes floriffante. C'est ainfi
que Sophocle & Euripide , tous
deux incomparables , tous deux
tres differens dans leur genre d'écrire
, firent en leur temps l'honneur
l'admiration de la fçavante
Greee. Quelle foule de Spe-
Etateurs , quelles acclamations ne
fuivirent pas les repreſentations
d'Andromaque , de Mitridate , de
Britannicus ,&Iphigenie de Phedre?
Avec quel transport neles reGALANT.
39
voit- on pas tous les jours, & combien
ont ellesproduit d'Imitateurs,
mêmefort estimables ,mais quitou
jours fort inferieurs à leur Origi
nal , en font encore mieux conce
voir le merite? Mais lors que
renonçant aux Mufes profanes , il
confacrafes Vers àdes objets plus
dignes de luy , guidé par des confeils
& par des ordres que lafageffe
même avoueroit pour les fiens ,
quels miracles ne produifit il pas
encore , & quelle fublimité dans
fes Cantiques , quelle magnificence
dans Athalie , dans Efther
Pieces égales , ou même fuperieures
à tout ce qu'il a fait de plus ache-
Mij
140 MERCURE
que peu
vè, & dignes par tout , autant
des paroles humaines le
vent eftre, de la majesté du Dien
dont il parle , & dont il eftoit fi
penetré.
M' de Valincour coutinua
I Eloge de M' Racine , & parla
de fa pieté folide , du foin qu'il
prenoit de mediter longtemps
fes Ouvrages , & de les retoucher
à differentes repriſes
des charmes de fa converfa
tion , où il faifoit éclater une
imagination brillante , qui
rendoit les chofes les plus
fimples admirables dans fa
bouche. Il vint enfuite aux
GALANT: 14t
2
grandes conqueftes qui font
admirer le regne du Roy, &
aprés avoir fait voir qu'il n'appartenoit
qu'à lui feul de foutenir
la France, contre l'effroya
ble deluge d'Ennen.is qui s'eſtoient
liguez pour la détruire ,
il dit , que voyant enfin qu'elle
commençoit à acheter trop
cher les avantages qu'elle
remportoit tous les ans fur des
Ennemis aguerris par leurs
propres défaites , il avoit offert
plus d'une fois , pour épargner
le fang de fes Sujets , de renouveler
la Paix de Nimegue, mais
que les Ennemis avoient re142
MERCURE
gardé cette propofition com
me un outrage , & que les Efpagnols
fur tour ayant repris
Îeur ancienne audace pour un
peu de temps , avoient preten .
du que nous n'avions plus à
efperer d'autres conditions
que celles de la Paix de Vervins
, ce qui avoit obligé Sa
Majefté à les forcer de defirer
eux mémes cette Paix qu'ils
rejettoient avec tant de hauteur
Alors ( ce font les termes
dontille forvit en cet endroit )
le Roy fait attaquer Barcelonne
par mer par terre , & a VEC
Barcelonne toutes les forces de lEfGALANT
143
pagne , ou renfermées dans cette
Ville pour la défendre, ou campées
afes portes pour la foutenirl L'ancienne
jaloufie de valenr, plus forte
• encore que la haine , ſe réveille en ·
tre les deux Nations. Toute l'Europefufpendue
attend avecfrayeur
le fuccés d'unefi grande entreprise .
La Ville eft emportée aprés la plus
terrible & la plus opiniâtre réfif
tance dont on ait jamais entendu
parler. Alors ceux qui nous redemandoient
l'Ifle & Tournay,
tremblent
pour Madrid &pour
Tolede. Ils font les premiers à
preffer nos Plenipotentiaires, Tous
|_les "Alliez changez en un inftant,
144 MERCURE
de
confentent à figner un Traité
que l'unique fondement de ce
Traitéferoit le renouvellement
la Paix de Nimegue . Le Roy cede
les Places qu'il avoit déja offertes ,
& qu'il n'avoit jamais en effet
regardées que comme des gages &
des conditions certaines de cette
Paix qui devenoit fi neceſſaire à
toute la terres mais il oblige en
même temps l'Empire à luy faire
une juftice qu'on luy refufoit de
puis tant d'années , demeure
pleinement maiftre de Strasbourg
& de toute l'Alface , c'eſt à dire ,
d'une Ville d'une Province, qui
valentfoules un tres grand Roy
ii u.
me.
GALANT.
145
1
me. C'est ainsi que toute la Chrétienté
voit fucceder un calme heureux
à cette guerre effroyable ,
dont les plus habiles Politiques ne
E pouvoient prévoir la fin , & c'eft
pour offrir à Dieu des fruits di-
T gnes d'une Paix , qui eft elle même
lefruit de tant de miracles , que le
Roy n'eft occupé jour & nuit que
- du foin d'augmenter le culte des
Autels , de procurer le repos &
dance
à fes Peuples , o
d'affermir deplus en plus la veri:
table Religion dans fon Royaume;
par fon exemple & par fon auro,
rité.
M' de la
Chapelle , Rece-
Fuillet 1699.
N
146 MERCUR
E
veur General des Finances de
la Rochelle , Directeur alors
de l'Academie , répondit à ce
Difcours avec beaucoup d'éloquence.
Comme M ' de Valincour
avoit parlé du Grand
Corneille en faifant l'Eloge de
M' Racine , il parla auffi de
l'un & de l'autre SouffrezMonfeur,
luy dit- il , que je vous dife
que c'eft meriter defucceder aufa.
meux Racine , que de l'avoir ſçeu
louer auffi éloquemment que vous
awez fait . Vous l'avez dépeint
avec de fi vives & de fi belles
couleurs , que même en vous ad
mirant , même en nous applaw
GALANT.
147
I
rien
diffant de vous avoir acquis , nous
avonsfenti un regret plus violent de
l'avoirperdu , & en même temps ce
nom celebre auprés duquel vous
• avez placé le fien , a renouvelé
dans nos coeurs une playe que
ne peut plus fermer , car enfin tant
que Racine a vécu , tant que nous
avons veu parmi nous le Compagnon
, le Rival , le Succeffeur de ce
Genie divin , qui né pour la gloire
defaNation, a difputé l Empire du
Theatre aux Grecs & aux Romains
, l'a remporté fur tous
Les autres Peuples de la Terre
nous avons penfe le voir encore
lui même . Celuy que nouspoſſedions
Nij
148 MERCURE
nous confoloit de celuy que nous
n'avions plus , & ce n'est qu'en
perdant Racine , que nous croyons
les perdre tous deux , & que noas
commençons àpleurerle grand Cora
meille. Jfee ne veux imiter icy ny
condamner ceux qui les ont comparez.
Si l'un afuivi de plus
prés la nature , & fi l'autre l'afur .
paßie , fi l'un a frapé davantage
l'efprit , fi l'autre a mieux touché
le coeur , ou bien fi tous deux ont
fçú égalementfaifir ,& enlever le
coeur & l'efprit , les Siecles à ve
nir encore mieux que nous , libres
& affranchis de toutes préventions,
en decideront : mais dans ce
GALANT . 149
luy cila fortune met entr'eux après
leur mort une extrême difference.
Lorfque le grand Corneille mourut ,
l'Illuftre Racine occupoit icy lapla
ce que je remplis aujourdhuy , &
Ide même qu'aprés la mort d'Au
gufte , celuy qui fur l'heritier defa
gloire defa puiffance , fit dans
Romel OraifonFunebre du premier.
Empereur du monde , Racine, cette
autre lumiere duTheatre François,
fut le Panegyrifte de celuy que nous
en regarderons toûjours comme
·le Fondateur & le Maître . Ce
fut luy qui recueillit , pour ainfi
dire , qui enferma dans l'urne les
cendres de Corneille. Il ſembla à
Niij
150 MERCURE
la fortune qu'il n'y avoit qu'un
grand Poëte tragique qui pût ren.
dre dignement ce trifte devoir an
grand Poëte tragique que nous perdions
alors. Cette même fortune ,
trompée peut êtrepar quelque aceueil
favorable que le Public
fait à des ouvrages que j'ay ha-
Zardez fur le Theatre , effaye au
jourd'huy defaire en quelqueforte
le même honneur à Racine ; mais
qu'en cette occafion , ellefignale bien
bien fon aveuglement , & la diffe.
rence qu'elle met entre ces deux il.
luftres Confreres.
Qu'il fur glorieux pour Gorneille
d'être loué par Racine ! qu'il
GALANT. 151
4.
neft malheureuxpour Racine, qu'entre
tant de Poëtes & d'Orateurs
excellens dont le nom cut faithon-
1¸neur àſa memoire , lefort ait choift
celuy qui étoit le moins capable de
c. célebrer tant de vertus ! Quelle
ie grandeur , quelle Majefté , quelle
4. fublimité de penſées & de file
'é
claterent dans ces Eloge magnifi.
Je que dont vous nous avezfaisfou
svenir ! Il eft tel que quand tous
les Ouvrages de ces deux Auteurs
incomparables feroient perdus
échapé de l'injare des temps , feul
il pourroit rendre leurs deux noms
immortels. Si celuy que je confacre
aujourd'huy à la gloire d'un homme
N iiij
52 MERCURE
n
qui fçavoit fi bien louer & qui eft
filouable luy même , n'eft pas fortenu
de toute cetteforce & de tou
te cette éloquence digne de la Compagnie
au nom de qui je parle ,
j'efpere au moins qu'ilfe fera diftin- i
guer par un fujet de douleur le plus
jufte co le plus grand qui puiffe af
flager lesgens deLettres , carà prefent
que ces deux Poëtes celebres ne font
one
plus la Mufe
point de le dire , la Mufe tragique
eft enfevelie elle mêmefous la tombe
qui les couvre . Vous connoiſſe
Monfieur toute la grandeur de cette
perte, vous quifçavezque la trage
die donnée aux hommes par les Phitragique,
necraignons
GALANT. 153
1
peu
àà
pess
lofophes comme un remedefalutaire
contre leurs defordres , fut autrefois
une Ecole de verts , où les ef-
• prits corrompus par les paffions
déréglées , trouvoient un plaifir
innocent qui les retiroit, des plus
seriminels , où detournez de leurs
Fvices , ils devenoient
capables de goûter les plaifirs purs
folides de la fageffer enfin , où
les Firans les plus barbares eftoient
contraints quelquefois defe détefter
eux mêmes, & defuir unspectacle,
quien leur infpirant trop d'hor
reur de leur propre cruauté , les
dégoûtoit de leur tyrannie . Je ne
parle point icy de cette Tragedie
et
154 MERCURE
lache & effeminée, qui n'a'd'autre
art ny d'autre but . que celuy de
peindre d infpirer les amoureufes
foibleffes , Fille de l'ignorance,
& dela verve indiferete des jeunes
Ecrivains , quifans étude &fans
connoiffance , apportent fur nos
Theatres les productions cruës &
indigeftes d'ungenie qu'ils n'ont pas
nourri des principes de la lectu .
que
M Racine
redes Anciens . Jeparle de la Tragedie
digne des foins d'Ariſtote&
de Platon , telle
l'envifageoit , lors qu'il ne defefperoit
pas de la réconcilier avec fes
illuftres Ennemis . Qui eft ce qui
entreprendra deformais cette récoms
GALANT.
155
·
ciliation ? Qui eft ce qui aura la
force, qui eft cequi aura le courage
de guerir le gouft corrompu des
• hommes , & de dépouiller cesse
Reine des efprits de ces ornemens
indignes , de ces paffions frivoles ,
qui la défigurent au lieu de la parer
? Qui eft ce qui , pour parler la
Langue des Poëtes ,ferafortir des
Enfers les Ombres des Perfonna .
ges heroïques , &ranimera tansoft
Mitridate , pour nous faire
admirer une vertu feroce & barbare,
mais pure & grande ; tam.
toft I hedremefme , pour faire entrer
dans nos coeurs, avecla com
paffion defon malheur , l'horreur,
156 MERCURE
la haine defon crime.
M de la Chapelle finit en
difant, que l'ordre de la Providence
fixe dans tous les Arts
chex tous les Peuples du mon .
de , un point d'excellence qui
ne s'avance ny ne s'étend jamais
; que cet ordre détermi
ne un nombre certain d'hommes
illuftres , qui naiffent ,
fleuriffent, fe trouvent enfemble
dans un court eſpace de
temps où ils font feparez du
refte des hommes communs ,
que les autres temps produifent
; qu'ainfi Efchyle, Sophocle
, & Euripide, qui porterent
GALANT. 137
3
la TragedieGrecque à fon plus
haut degré de ſplendeur , furent
prefque contemporains
& n'eurent point de Succef
feurs dignes d'eux , & que toutes
les autres Sciences ayant
eu une deftinée femblable
dans Athenes & à Rome, nous
aurions beaucoup à craindre
à la fin d'un Siecle fi beau &
fi fertile en grands Perſonnages
, que nous avons prefque
tous perdus,fi nous ne devions
pas tout efperer en confiderant
celuy qui fait le plus digne
& le plus noble ornement
du beau temps de la Monar
158 MERCURE
chie Françoiſe , ce Roy qui
dans un regne déja de plus
d'un demi -Siecle, compteplus
de fuccés éclatans , & plus de
victoires que d'années. Ce
Difcours receut de grands ap
plaudiffemens.
La Lettre que vous allez
lire , eft de M' de Senecé, premier
Valetde Chambre de la
feuë Reine. Il n'eft pas befoin
que je vous dife rien de plus
en vous l'envoyant Vous fça.
vez que tous ſes Ouvrages
font d'un tres bon gouft , &
qu'ils meritent l'approbation
que tout le monde leur donne.
GALANT. 159
ELOGE
DE LA BELLE MAIN
A Mademoiselle de Chevigny,
It
Left jufte , Mademoiſelle;
de rendre hommage à voftre
merite , dés que l'on a eu l'honneur
de vous voir , & ce feroit
pure felonnic que d'ofer s'èn
difpenfer. L'ancien ufage des
hommages , veut que le Vaffal
mette les mains dans celles de
fon Seigneur , pour luy témoi
gner fa foûmiffion &ſa fidelité,
& le Ciel m'eft témoin que
1
160 MERCURE
je fouhaiterois avec paffion ;
de pouvoir accomplir cette Cé.
rémonie dans toute fon étendue
; mais puifque ma mauvaife
fortune ne mele permet pas,
trouvez bon , je vous prie , que
pour y fupléer en quelque ma
niere , je vous faffe part de certaines
Réflexions que j'ay fai.
tes fur la dignité de la main.
De toutes les parties dont
la merveilleufe machine du
corps humain eft composée ,
il n'en eft aucune qui foit comparable
à la main , pour faire
concevoir une idée fublime ,
de la fuprême intelligence de
GALANT. 161
a
fon Auteur. C'eſt par elle qu'il
a voulu ennoblir & diftinguer
fon plus parfait ouvrage. C'eft
par elle feule qu'il a compenfé
tous les avantages qu'il fembloit
avoir accordez fur l'hom .
me, au refte des animaux . Avec
la main , l'homme furmonte la
er ferocité des Tygres & desLions,
affujettit la maffe énorme des
Elephans , contraint les Chedvaux
indomptez , & les farouches
Taureaux de fervir à fes
ufages. C'eft en vain que pour
dérobet les Oifeaux à fon empire
, la nature leur a donné le
fecours des ailes & les a fait
Juillet 1699.
O
162 MERCURE
habiter dans un élement Superieur
; la main leur difpofe
des filets , & leur lance der
traits qu'ils ne peuvent éviter .
La main forme les plus coura
geux de leur efpece a déclarer
la guerre aux autres , pour fervir
à la nourriture , ou au divertiffement
des hommes.
C'eſtà la main qu'il apartient
d'executer tout cequepeut ima
giner la fecondité de l'efprit , &
il ſemble par là , toute bornée
qu'elle paroît , qu'en quelque
maniere elle participe a l'immenfité
de l'ame raisonnable.
Ses idées ne font , pour ainf
GALANT: 163
dire , que le berceau des Arts.
C'eſt la main qui les porte à
cet accroiffement, & les éleve
à cette perfection qui nous les
fait admirer . Sans le fecours de
la main , l'Architecture ne conrftruiroit
point ces Superbes
Palais, ny ces fomptueux Maufolées
,qui font l'ornement des
Citez , & le dernier effort de la
magnificence des Rois. C'eſt
l'ouvrage de la main qui char.
4 me nos yeux dans la peinture,
& qui dans la Mufique inftru .
mentale nous enchante par les
oreilles. Les fciences , toutes
immaterielles qu'elles fe pic.
Q ij
164 MERCURE
quent d'être , ne luy font pas
moins redevables de leurs progrés
& de leurs accroiffemens.
Par le fecours de la main , l'efprit
forme les caracteres de
l'Ecriture , & trouve le fecret
de peindre , & de communiquer
les penfées. La main par
fon induftrie accomplit les falutaires
operations de cette
partie de la Medecine la plus infaillible
, à qui les Grecs ont
onné par excellence le nom
de Chirurgie , ce qui fignific
Ouvrage de la main . C'eſt la
main qui trace les figures de
la Geometrie , & qui en établit
दे
GALANT 165
les démonſtrations ; c'eſt la
main qui nous reprefente dans
Aftronomie , les pofitions &
les mouvemens des Corps celeftes
, & qui par des fyllêmes
ingenieux , expofe à nos yeux
toute la miraculeufe ,difpofition
de l'Univers . Mais s'il eft
queftion d'envisager la gloire ,
cette paffion dominante des
belles ames , dans fa plus bril
lante fphere , qui confifte dans
les actions Militaires , ne trou ,
verons - nous pas que c'eft de la
main qu'elle emprunte cet
éclat , qui efface tons les au .
tres ?
24
166 WERCURE
Faut-il forcer des Murailles,
renverser des Eſcadrons , ga
gner des Batailles & rempor.
terdes Victoires , c'eft à la main
qu'il apartient d'executér tout
ce qu'infpire le courage . Fautil
graver des Infcriptions , fraper
des Medailles , plier des
Couronnes , élever des Statuës
& des Arcs de triomphe à l'hon
neur immortel des vainqueurs,
la feule induftrie de la maia
peut ſuffice à la validité de la
gloire. En un mot ,
fi c'eft la
main qui fait les Conquerans ,
c'eft auffi la main qui leur di
ftribue les récompenfes .
Je pourrois encore ajoûter ,
GALANT. 167
que les vertus qui paroiffent
les plus intellectuelles , ne luy
font pas moins redevables. La
main chez les Rois eft le Symbole
de leur Juftice, comme le
Sceptre l'eft de leur autorité.
C'est par la main que la valeur
délivre les foibles de l'oppreffion
desplus puiffans ; c'eft
par la main que la Charité foulage
les befoins des malheu-
La Foy , cette Reine
reux.
•
des vertus , fe fert elle même
de la main dans les merveilles
qu'elle opere. L'impofition des
mains fait defcendre les graces
du Ciel , & donne aux Chefs
de laReligion leur caractere
168 MERCURE
le plus augufte. L'élevation
des mains et le ftratagême
innocent dont la Pieté le fert
dans la Priere pour defarmer
le couroux du Seigneur , &
pour en attirer les fecours dans
le befoin le plus preffant, Jamais
le Peuple de Dieu ne put
eftre vaincu par les Amalecites
, tandis que Moyfe eut la
force de tenir fes mains éle
vées .
Je ferois un Livre plûtoft
qu'une Lettre , fi j'entrepre
nois d'épuifer les Eloges de la
main. Tout ce que j'ajoûteray
, Mademoiselle , c'eft que
la
GALANT. 169
la même fuperiorité que la
main exerce fur les autres parties
, la belle Main l'obtient
fans difficulté fur toutes les
autres mains . Les mains les
plus fortes & les plus induftrieufes
rendent hommage à
la belle main , & fe prefentent
d'elles mêmes pour recevoir
les fers qu'il luy plaiſt de leur
faire porter. A la preſence des
belles mains de Dalila ou de
Cleopatre , les mains de Samfon
ne font plus robuftes ,
celles d'Antoine ne font plus
victorieuſes. La belle main
met en mouvement toutes
Juillet 1699.
P
170 MERCURE
les puiffances de l'ame , elle
réveille , ou calme comme il
luy plait toute l'harmonie des
Paflions. Il n'eft point de
coeur fi ferme qui ne tremble,
quand elle menace , il n'en eft
point de fi dur qui ne s'amolliffe
quand elle careffe ; il n'eft
point de larmes dont la fource
ne tariffe quand elle fe donne
la peine de les effuyer; point
de défiance , point de jaloufie
qu'elle ne faffe évanouir par
une legere étreinte. Déguiſez
la beauté fous les habillemens.
les plus bizarres , pour effayer
de la rendre inconnue , fi la 1
GALANT. 171
belle main fe découvre par
hazard , on connoiftra par elle
sune charmante perſonne , ainſi
que par l'ongle on connoift
un Lion . Les Poëtes n'ont pas
jugé pouvoir mieux caracterifer
une de leurs plus aima .
bles Déeffes , qu'en la nom .
emant l'Aurore aux doigts de
rofes , & quand Homere fait
bleffer Venus par Diomede ,
eil la fait bleifer à la main afin
r de redoubler l'atrocité de l'injure
, par le merite de la partie
offenfée. Toute la neige dont
les belles mains font couvertes
, n'empefche pas que leurs
58
Pij
$ 72 MERCURE
moindres attouchemens ne
foient tout de flames , & l'on
peut affurer que l'inſenſibilité
qui leur réfifte , eft une maladie
déplorée. Il femble mefme
que la belle main foit unapa
nage de la qualité. Vous trou
verez aisément des Femmes
du bas Peuple qui auront de
beux yeux , & une belle bouche
, rarement pourrez-vous
en rencontrer qui confervent
de belles mains. Enfin , fil'on
peut dire que les yeux portent
les armes de l'Amour , on ne
difconviendra pas qu'il n'appartienne
aux belles mains de
GALANT
porter le Scepre de fon Empire.
Ce font vos belles mains ,
Mademoiselle, qui m'ont infpiré
toutes ces pensées , & qui
• m'ont en même temps fait
a naiſtre le deffein de vous en-
› voyer - quelques paires de
gants de Grenoble ,pour m'acquitter
de la difcretion que je
vous dois. En contribuant de
quelque choſe à la confervation
de ces belles mains ,je me
figure que je contribue à celle
de l'Empire de l'Amour , dont
elles font le plus folide aappuy .
C'eft de ces gants fortunez
Piij
174 MERCURE
que v
·
vos belles mains fortiront
quelquefois avec leur blancheur
ébloüiffante. comme
la lumiere fort d'un nuage , &
malheur pour lors aux libertez
qui en feront frapées . Je
fçay que je prépare des armes
contre moy même , & vous
avez bien l'air, fi je vous revois
quelque jour , de faire paffer
mon coeur parvos mains, mais
je ne m'en plaindray point ,
quoy qu'il en puiffe arriver , &
je fuis accoutumé de longue
main à trouver des charmes
aux bleffures , quelque cuifantes
qu'elles puiffent eftre,
UGALANT. 175
22
il
quand c'est une belle main
qui les a faites. Permettezmoy
de finir en baifant vos
belles mains. Pourquoy fautque
ce ne foit qu'une formule
de compliment , & non
pas une chole reelle ! Souveenez
vous de moy, je vous prie ,
&dans ce petit Cabinet de verdure,
où l'on ne peut tenir que
& quatre; crop heureux qui pourroit
vous faire fouhaiter quelque
jour qu'on n'y fuft
deux je fuis voltre , &c .
que
A Mafcon le 30. Fuin.
P iiij
176 MERCURE
Vous me demandez le Bref
qu'a écrit le Pape à M¹l'Archevêque
de Cambray , & je vous
l'envoye.
INNOCENT PAPE XIE
$ 13.
Enerable Frere. Nous avons
reſſenti une extrême joye lors
que nous avons receu les Lettres
de voftre Fraternité, datées du
moisd Avril dernier, & avec elles
un exemplaire du Mandement,
par lequel vous foumettant avec
bumilié à la condamnation Apoftolique
que nous avons faite de
voſtre Livre , & des wings - trois
GALANT. 197
&
Propofitions qui en ont efté extrai
tes vous avezpris foin de la publier
vous même dans voftre Diosefe
, avec une prompte & reſpe
Auenfe obeiffance. Cette nouvelle
preuve de vofire exactefoumiffion,
de voftre fincere pieté à l'égard
de nous , & de ce Siege Apoftolique,
confirmé abondamment la bonne
opinion que nous avions conceuëde
vous depuis longtemps . A la verité
nous ne nous promettions pas autre
chose de vous , puis que vous
aviez affezfait connoiftre la pu
reté de vos intentions , lors
demandant humblement d'eftre in.
fruit & corrigé par cette Eglife,
que
178 MERCURE
&
qui eft la Mere &la Maistreffe
de toutes les autres , vous teniez
vos oreilles ouvertespour recevoir
la verité , jufqu'à ce que par un
jugement folemnel nous décidaffions
ce que vous les autres
deviez penfer de voſtre Livre &
de la doctrine qu'il renferme. Apsprouvant
done extrémement ,
loüant voftrefollicitude , & le zele
qui vous a fait obeïr avec joye à
noftre Décision Apostolique , Nous
prions de tout noftre coeur le Dieu
Tout puiffant qu'il vous aide dins
les travaux de voftre Charge
Paftorale , vous accorde l'effet
de vos defirs ; & nous vous don.
GALANT. 179
Yes
P₁
nons , venerable Freve , noftre be
é à
ir,
›is,
ye
qui
bus
Videda
le a
178 MERCURE
wa
qui eft la Mere & la Maiſtreſſe
ji
18
Pi
T
โล
P
d
pro:
GALANT. 179
nons , venerable Freve , noftre be
nediction Apoftolique. Donné à
·Romefoust' Anneau du Peſcheur,
le douzième de May , & le hui.
tieme de nostre Pontificat 1699- į
Au venerable Frere , François,
Archevêque de Cambray .
Les Vers que je vous envoye
gravez , font fur . un fujet qui
ne fçauroit manquer de vous
plaire.
AIR NOUVEAU.
CEZ , Peuples heureux , de
parler de la
guerre,
Oubliez tous les maux qu'elle a
faits icy bas.
180 MERCURE
L'invincible Louis a defarmé la
terre,
komb
En defarmant pour vous fon
coeur & fon bras
Dans le calmeprofond d'une Paix
aſſurée ,
Vous pouvez à langs traits en
goûter lesdouceurs;
A vosplus tendres voeux Louis l'a
mesurée.
En eft ce affez pour meriter
vos coeurs?
Je ne vous parleray point
de la Proceffion qui fe fit à
Verſailles , le jour de la Fefte.
Dieu, parce que vous en ayanc
2
GALANT. 181
déja fait la defcription dans
deux ou trois de mes Lettres ,
je ne pourrois que vous répeter
la même chofe. La Cour
feule & la Maiſon du Roy fuffi
fent
pour rendre cette Proceffion
la plus belle de l'Europe:
Sa Majefté y affifta le mois
paffé le jour de l'une & de l'au
tre Feſte , avec la pieté ordi
naire. Rien ne sçauroit égaler
la beauté & le grand nombre
de Tentures differentes de la
Couronne , qui s'y virent , &
qui attirerent grand nombre
de Curieux-
Cette même Fefte fut celet
182 MERCURE
brée à Nancy,avec une folem
nité extraordinaire . Monfieur
le Duc de Lorraine , pour éviter
tout inconvenient & tout
prétexte , avoit donné ordreà
La Cour Souveraine de donner
un Arreft , qui reglaft la for
me , l'ordre & le rang de la
Proceffion , & qui obligeaft
tous les Corps, Ecclefiaftiques
& Laïques , Seculiers & Reguliers
, de s'y trouver. Ainfi le
Jeudy 18. S. A. R. fe rendit à
l'Eglife Primatiale dés fept
heures du matin, On y celebra
une grande Meffe , qui fut
chantée en Mufique , & dixGALANT.
183
huit Abbez y affifterent en
Croffe & en Mitre. Le Prince
l'entendit à deux genoux ; ika
avoit à fa fuite fes principaux
Officiers , fon Confeil , & les
Perfonnes les plus diftinguées
de la Cour, La Cour Souveraine,
la Chambre des Comptes, &
tous les autres Corps y étoient
à leur place ordinaire , & en
habit de ceremonie. La Meffe
eftant achevée , la Proceffion
commença
à marcher en cet
ordre. Toutes les Communautez
fubalternes
eftoient déja
rangées le long des premieres
rues , par où la Proceffion.comi
C
184 MERCURE
mençoit le grand circuit qu'el
le avoit à faire , & tout eftoit
preft à marcher au premier fi
gnal. Les Pauvres de l'Hopital
precedoient le Corps des Me
ftiers qui eftoit au nombre de
trente avec leurs Bannieres &
leurs Officiers. On voyoit en
fuite la livrée de leurs Altéffes
Royales ; le College & les Re
gens ; les Confreres du faint
Sacrement avec lesquels mar
choient lesMedecins , les Apo
ticaires , les Chirurgiens & Tabellions;
les Penitens, les Her
mites , les Auguftins , les Do
miniquains , les Tiercelins ,
GALANT. τες 185
fes Capucins , les Minimes, les
Cordeliers , les Curez & leurs
Preftres , huit Trompettes &
une Timbale , le Corps de
le
' Hoftel de Ville , les Avocats
& Confeillers , avec le Lieurenant
Particulier du Bailliage
les Gruyer , Prevoft & Lieutenant
General du même Bait .
hage , les Auditeurs & Prefi-
Ident de la Chambre des Com-
- ptes ; les Confeillers & Prefident
de la Cour Souveraine ,
les Trompettes & les Timbal
les des plaifirs de Son Alteffe
Royale , les Chanoines Regu
liers , Premontiés en Chappes
Fuillet 1699.
Q
186 MERCURE
au
les Benedictins auffi en Chap !
pes ; ceux- cy marchoient à la
adroite , & ceux- là tenoient la
gauche , les uns & les autres en
grand nombre; les Chanoines
de S. George à la gauche, & les
Chanoines de la Primatie à la
droite,lamufique, lesAbbez
nombre de 18. ayant chacun
3. Affiftans tous enChappes, &
marchant avec leurs Croffes,
un de leurs Affiftans portant
la Mitre , plufieurs Enfans ha,
billez en Anges , jettant des
fleurs , le Dais porté par fix
Chambellans de S. A. R. fous
lequel eftoit le Saint Sacrement
dans une niche d'argent,
E GALANT: 187
porté par quatre Diacres , &
fuivi par M l'Abé le Begue ,
Miniltre d'Etat , & Doyen de
la Primatie , Celebrant.
Aprés le Dais marchoic
Monfieur le Duc de Lorraine-
M' de Salins , Capitaine des
Cent Suiffes le précedoit, & M'
le Marquis de Beauveau, Capitaine
des Gardes de Semetre
,M' le Comté Couvonge,
Grand Chambellan , & M le
Marquis de Lenoncourt Serre,
Grand Ecuyer,venoient aprés.
Le Confeil d'Etat fuivoit immediatement
, & un grand
nombre de Courtisans , plus
1
Qij
188
MERCURE
magnifiques l'un que l'autre .
Deux Compagnies de Chevaux
legers marchoient en
haye des deux coſtez , commençant
à la Croix des deux
Chapitres de Saint George &
de la Primatiale, Aprés eux
marchoient auffi en haye les
Cent Suiffes en habits de ceremonie.
Ils eftoient fuivis
d'une Compagnie des Gardes .
du Corps , qui marchoit auffi
en haye:
La Proceffion trouva fur fas
route deux magnifiques Repofoirs
, l'un devant l'Hoftel
de Ville , Fautre à la Cour. Les
premier s'élevoit en Dâme.
GALANT. 189
octogone au milieu d'une
grande Place , & fe terminoit
par une piramide . L'architecture
en eftoit reguliere , exate
, bien imitée , & de bon
gouft. Un Autel Ifolé s'élevoit
au milieu , il avoit quatre faces
, & ileftoit richement orné
des quatre coftez. On y mon
toit par dix marches , ou
eftoient diftribuez des chandeliers
avec leurs cietges dans
un nombre bien proportionné
, & feparez par des vafes de
fleurs: Le Dôme eftoit ouverc
par huit portiques cintrez,
du milieu de chaque cintre
190 MERCURE
pendoit une lampe d'argent.
L'autre Repofoir eftoit dans
le Palais du Souverain , qu'on
appelle icy la Cour . C'eftoit
un Autel fort regulier fous un
double dais d'une richeffe extrême
. Aux deux coftez de
l'Autel s'étendoient des gtadins
fort élevez , au nombre
de neuf ou dix , où eftoient
diftribuez avec beaucoup de
fymetrie & de proportion , des
Plaques , des Vafes , des Bui
res , des Baffins & des Cuvertes
d'argent & de Vermeil.
Une bonne partie de la grande
quantité d'argenterie qu'a
GALANT 191
C
le Prince ,y eftoit placée avec
beaucoup de gouft . On y
voyoit des vafes cifelez avec
grand art , & d'autres pieces
fort curieules. Au milieu de
l'Autel en forme de Tabernacle
, eftoit une niche haute de
quatre pieds &demi , d'une largeur
proportionnée , & terminée
par une couronne royale,
Le fond en eftoit de velours
noir, qui ne paroiffoit que par
de petits vuides que
laiffoient
les Perles,les Diamans ,les Rubis
& les Emeraudes qui le
couvroient Madame la Ducheffe
Royale revinc exprés
#9: MERCURE
de Luneville deux jours aupa
ravant , pour en donner les
ordres , & pour en faire ellemême
l'arrangement. Il eftoit
auffi d'un goult digne du fiens
I eft malaité d'imaginer quelque
chofe d'auffi beau & de
plus riche le feul Diamant
qui faifoit le milieu du front
de la couronne, vaut cent mil .
le écus. Toute cette grande
quantité de Pierreries eft d'u
ne beauté furprenante. 94
Madame la Ducheffe Roya
le eft fi avancée dans fa grof
feffe , qu'elle ne put fuivre la
Proceffion. Elle attendit le
Saint
GALANT. 193
ר
Saint Sacrement au Repofoir,
& elle le fuivit , un cierge à la
main , avec toutes les Dames
de fa Cour , jufque hors la
porte de ce Palais . Il y fut receu
& reconduit au bruit des
Tambours , des Violons , des
Timbales , & des Trompettes
des plaifirs de S. A. R. Le
Prince , qui dans l'ardeur exceffive
du Soleil avoit déja fait
un fi grand tour nuë tefte ,
fans fe ménager aucune ombre
, fe vit obligé pendant le
Motet qu'on chanta en Mufi ."
que au Repofoir , de quitter
un jufte au corps tout broché
Fuillet 1699 .
R
194 MERCURE
dor & d'argent, pour en preadre
un plus leger . M' le мarquis
de Beauveau luy ayant
reprefenté que le chaud eftoit
trop grand , & que fa fanté
pourroit estre intereffée dans
le chemin que la Proceffion
avoit encore à faire , il luy
répondit d'un air gracieux ,
qu'il en fouffroit moins que
d'aller à la chaffe , ce qu'il faifoit
prefque tous les jours .
Jamais concours de peuple ne
s'eft vû fi grand en Lorraine ,
& jamais les rues de Nancy
n'avoient efté ſi bien parées .
Il eftoit jufte que les Sujets
GALANT.
195
s'empreffaffent à répondre aux
intentions d'un Prince dont
les fentimens font leur repos ,
& dont la conduite eft leur
exemple continuel.
Je vous envoye le Sonnet
en Bouts- rimez , qui a remporté
le Prix cette année , par
= lejugement de l'Academie des
Lanternistes de Toulouſe.
FLOuisqui de Janus vient de fér- mer le
Temple ,
a
Des fureurs de la guerre à terminé
le CORTS
Il n'aura plus beſoin d'armes , ny de
fecours,
Rij
106 MERCURE
Tout l'Univers calmé l'admire & le
contemple.
Il a fait de Lautiers une moiffon
plus ample ,
Que n'ont fait les Cefars dans tous
leurs plus beaux jours,
La gloire & la vertu font fes feules
Amours
Et des Heros parfaits il eft le grana ,
ន
exemple.
Nous voyons des troupeaux au lieu
de
Bataillons,
Embellir la campagne , & couvrir les
fillons ,
L'abondance renaift , tout rit , tour
fe
répare.
Peuple,de quiles voeux fecondoient
fon Pouvoir,
GALANT. 197
Si pour les Ennemis fa bonté fe declare-
Que ne doit d'un tel Maiftre atten?
dre ton efpoir
Priere à Dieu pour le Roy.
ARbitre fouverain du Ciel & de
la terre ,
Confervez- nous le plus grand des ,
humains ,
Qui vient de remettre en vos
mains
Les foudres de la guerre.
Ce Sonnet eft de Mr de Be.
lebat, connu par plufieurs Ou
vrages galans , qui luy ont attiré
beaucoup d'eftime. Il eſt
Fils de M' Lucas , qui s'eft ac-
R iij
198 MERCURE
quis pour amis la plupart des
gens de Lettres , & dont les
décifions fur les ouvrages d'ef
prit , ont toujours eftéfi juftes,
qui faut eftre difficile à con .
tenter , pour refufet d'applau
dir à ce qu'il approuve
.
L'attention particuliere
que
Mrs les Lanterniſtes ont à cul .
tiver les belles Lettres , les a
engagez , pour animer les Auteurs
par une noble émulation
, à mettre dans la Salle
de leurs Affemblées , le Portrait
de tous ceux qui ont rem .
porté le Prix , qu'ils y donnent
tous les ans le jour de S. Jean.
GALANT. 199
Ainfi , Mademoiſelle Lheritier
l'ayant remporté en 1695. l'année
ſuivante on vit fon Portrait
dans cette Salle. Il y a
quelques mois qu'on y mit
auffi celuy de M' de Grangeron
, celebre par les talens en
Poëfie , & par fes lumieres en
Phyfique , qui le remporta
l'année derniere. La joye qu'il
eut de le voir placé auprés de
celuy de Mademoiſelle Lheritier
, l'obligea de luy envoyer
la Lettre en Vers que
vous allez lire.
DEs Nymphes du Permifle aimable
Favorite ,
R iiij
200 MERCURE
"
Sçavante Lheritier , fouffre que je
m'acquitte
Du devoir où m'engage un Laurier
précieux ,
Qiprés de toy m'éleve au rang des
Demi dieux.
Admirateur zelé de ton Portrait fidelle
,
J'oſe mettre à tes pieds ma conquefle
nouvelle,
Ft confacrer ina Lyre à tes charmes
divers
Ils feront deformais le fujet de mes
Vers .
Novice , & convaincu de mon infuffilance
,
J'implore le fecours de ta vive Eloquence
;
Sois fenfible à ma voix , comble mes
voeux preffans ,
Tu peux feule polir mes barbares
accens ,
GALANT. 201
Pour louer tes Ecrits , & ta vertu
fublime ,
Il faut eftreou toy- même , ou le Dieu
de la Rime .
Et quipeut mieux que toy chanter
du Grand Louis ,
Et l'immenfe fageffe , & les faits
inouis ?
De ce puiflant Guerrier les celebres
merveilles :
Dés mes plus jeunes ans ont enrichi
mes veilles ;
Mais le nouveau tranſport qui vient
de me faifir ,
Interrompt malgré moy ce glorieux
loifir.
Le feu que tes regards allument dans
ma veine
Sur le haut Helicon pour toy feule
m'entraîne.
Ouy , de tant de trefors l'amas prodigieux
,
202 MERCURE
Qui fçait ravir en toy nofte efprit.
& nos yeux,
A mon noble panchant ouvre une
ample carriere ,
Et fournit à ma Plume une illuftre
matiere ,
Quand je vois fur ton front là Ro
maine Grandeur.
Eclater vivement dans toute fa
fplendeur ,
Quand je vois dans lestraits de ton
rare genie ,
Les traits les plus brillans de la docte
Uranie ,
Quand je vois au travers d'un mélange
Divin *
Tout ce que le Parnaffe a de grand
thum , &de fin.
* Le Livre d'Oevres mêlées de
Mademoiselle Lheritier.
GALANT. 203
Mais où vais-je , infenlé je fens que
que je m'égare ,
Ne dois - je point icy craindre le fort
d'Icare ?
Quel est donc mon deffein & mon
aveuglement !
Où me vois -je emporté par un beau
mouvement ?
Cette mer oùje cours me prépare un
naufrage,
Mufe , pour noftre houneur regagnons
le rivage .
Voicy la réponſe que fit
Mademoiſelle Lheritier à M
de Grangeron .
Ous,qu'une éclatante victoire
Sur des Favoris d'Apollon,
Couvre d'une immortelle gloire
204 MERCURE
Au milieu du facré Vallon ;
Que je dois rendre grace à voftre
politeffe ,
Er de vos doces aits applaudir la
justeffe !
Vous paroiffez encor digne d'un
nouveau Prix ,
En daignant chanter mes Ecrits
Avec tant d'élegance & de delicateffe.
Je fçay que je ne dois cet encens
gracieux
Qu'à voftre obligeant caractere.
Quoy qu'il me fuſt plus glorieux ,
Qu'il fuft moins galant que fincere
,
Il m'eft toujours très - ptétieux,
Ouy , de bonne foy je l'avouë ,
Lors qu'à l'art des neuf Soeurs l'efprit
s'eſt dévoué ,
Il est bien doux d'eftre loué
GALANT dun 205
De ceux que tout le monde loue,
On ne peut affez le dire ,
Monfieur , combien il y a de
gloire & de plaifir à eftre
loüangé d'un fçavant homme
tel que vous , qui non -feule-
- ment s'eft attiré par fes lumiel'approbation
publique ,
mais encore qui a vû couron
ner fa Poëfie par une Affemblée
auffi docte & auffi judicicufe
qu'eft celle de Meffieurs
les Lanterniftes.
res
En chantant du plus grand des
Rois ,
Et la fageffe & les explons ,
Vous fçavez nous faire connoi.
ftre
206 MERCURE
Que voftre Mufe a des talens heu
reux,
Propres à vous rendre fameux,
Le zele que je fens pour noftre augufte
Maistre ,
Eft charmé quand je voy fes triom.
phes divers,
Si noblement peints dans vos
Vers.
Certain Sonnet tout plein de grace
,
Où vous chantez ce Heros dignement,
Vous peut donner facilement
Un celebre
rang au Parnaffe.
L'ingenieuſe
& obligeante
Epiftre que vous venez de
m'écrire, ne marque pas moins
combien vous etes habile
dans ce bel Art des Vers ,
GALANT. 207
que je cheris avec tant de
paffion. J'ay rendu de nouvelles
graces à mon heureufe
Etoile , du Prix qu'elle me fit
remporter il y a quelques années
, par le jugement de la
même Compagnie illuftre qui
vient de vous le donner , puis
que c'est à l'occafion de cette
conformité de victoire que .
vous m'écrivez de fi belles
chofes en Profe & ners .
Je ne répondray rien ,Mon .
fieur , aux douceurs trop flateufes
dont vous encenſez
mon Portrait ; je vous diray
feulement que s'il avoit quel-
2
208 MERCURE
que fenfibilité , je luy adrefferois
une longue Epiftre,pour le
feliciter fur le bonheur qu'il
aura d'eſtre toujours accompagné
de l'image d'un fçavant
auffi profond que vous , & qui
fe diftingue fi heureuſement
dans les beaux Arts qu'Apol
lon favoriſe de ſes plus précieufes
graces ; mais cette
toile colorée ne peut goûter
cet avantage , c'eft fur moy
feule qu'en rejaillit la fatisfa
ction . Vous jugez bien qu'el
le eft tres grande , puis que
perfonne n'eftime plus que
moy vos doctes talens , &
GALANT. 209.
n'eft plus fincerement , Monfieur
, voftre , & c .
Le Sieur Moreau , Libraire
ruë Galande , à l'image de
Saint Jean l'Evangelifte , vend
un Livre intitulé , La question
décidée fur le sujet de la fin du
Siecle . Si l'année 1700. eft la
derniere du dix-feptieme Siecle ,
ou la premiere du dix . buitiéme.
1 Ce Livre eft dédié à M'le
Comte d'Ayen , & M' Mallement
de Meffange en eft
l'Auteur. Il y en a peu qui
foient plus generalement approuvez
que celuy là . Il eſt
Fuillet 1699.
S
210 MERCUR £
écrit naturellement , & avec
une facilité , & une netteté
qui font plaifir ; de forte qu'il
a rendu fenfible une matiere
affez difficile à concevoir à
ceux qui n'ayant pas naturel.
lement l'efprit ouvert , le doivent
avoir encore moins pour
la queftion dont il s'agit . Ilyeft
fi bien entré, quon ne sçauroit
lire fon ouvrage, fans le faire
un plaifir de la lecture . Tout
ce qu'il avance eſt bien prouvé,
les comparaisons font juftes
& naturelles : la plûpart de
ceux qui n'ont pas été d'abord
de fon fentiment , demeurent
d'acord que cet ouvrage a
GALANT 211
merité le titre qu'il luy donne.
J'ay à vous parler encore
d'un Livre dont je vous parlay
il n'y a que deux ou trois ans
& je vous le donne toûjours
pour nouveau ; quoi qu'il s'en
foit fait plus de trente editions.
C'elt Eftar de la
France en trois Volumes. Les
Etrangers ont efté fi curieux
de fçavoir en quoy confifte
la Maifon du Roy , & celle de
la plupart de nos Princes ,
que les exemplaires qu'on
avoit tires , ne fuffilant pas ,
il a fallu fe hâter d'en faire
a
212 MERCURE
une autre impreffion , qui
rend ce Livre encore nouveau;
puifque la Maifon de Mad .
me la Ducheffe de Bourgogne
y eft ajoûtée . D'ailleurs on a
toûjours à y employer quantité
de Noms nouveaux
caufe qu'il ne fe paffe point
d'année , pendant laquelle il
ne mure plufieurs Officiers
du Roy & des Princes , dont
d'autres rempliffent la place :
Ce Livre fe trouve chez le
S ' de Luynes , Libraire au Palais
, à la justice .
J'ay n'ay point douté que le
Livre intitulé , Differtation fur
GALANT. 213
Sainte Marie Magdelaine , ne
vous deuft faire autant de
plaifir que vous me marquez
qu'il vous en a fait . Il eſt trop
digne d'eftre lû , pour vous
laiffer ignorer le nom de l'Auteur
, qu'on a tout defiguré
dans ma Lettre du mois de
Juin: on l'a nommé M'l'Abbé
Auguftin , Curé de Lyon , &
on a dû ecrire M. l'Abbé
Anquetin , Curé de Lyons ,
proche de Roüen . Je ne vous
dis rien de fon erudition ,fon
Livre vous en a rendu un bon
témoignage .
Voicy la copie d'une Lettre
214 MERCURE
où eft contenuë une Fefte
dont vous ne ferez pas fachée
de voir le detail.
A Nancy ce 14. Juillet 1699
L
dans
E Dimanche 12. de ce mois,
Mr le Duc & Madame
la Ducheffe de Lorraine , firent
Ihonneur à Mile Marquis , &
à Madamela Marquife de Moy,
de venir fouper chez eux ,
leur Hôtel, Leurs Aließ's Royales
syrendivent fur les buit heures
du foir , & furent reçûës dans
la Cour , au bruit des Timbales
des Trompettes , par M &
Madame de Moy qui les atten
GALANT
215
doient , pour ſe trouver à laportiere
de leur Caroffe , avec un
grand nombre de perfonnes diftin
guées . Leurs Alteffes Royales voulurent
voir les Appartemens de
I Hôtel de Moy , qu'ils trouverent
meublez d'une maniere qui
répond au gouſt à la naiſſanse
de ceux qui l'habitent . Elles
fe rendirent enfuite avec leur
Cour fur la terraffe decouverte
qui eft au diffus du Periftile qui
fepare les deux Cours : c'eſt- là qu'-
on leur prefentaleurs portraits en
vers françois , travaillez avec
beaucoup defoin Ceft une Epitre
de trois cens vers , dediée à Ma216
MERCURE
dame la Marquise de Villequier,
qui en revenant des Eaux de
Bourbon , a fait un petit féjour
à la Cour de Lorraine , avec
Madame de Châtillon , & avec
M de Villequier. Ils avoient
paru charmez de cette Cour , ils
témoignerent leur goût pour cet
ouvrage, & on avou promis à
Madame de Villequier de luy en
faire part. Leurs Alteffes Royales
voulurent bien en entendre la
lecture ; & l'on fit pour cela ceffer
les Violons & les Haut bois.
Il n'eft pas aisé de feparer leur
portrait , de leur eloge , mais la
moleftic queleurs Alteffes Roya
les
GALANT. 217
ouvrales
oppofent toûjours à ceux qui
les loüent , ceda fans repugnance
au plaifir que l'on avoit d'entendre
louer l'autre . Jamais
ge n'a efté plus applaudy. Leurs
Alteffes Royales cherchoient ày
louer tout ce qui ne les regardoit
pas, toute leur Cour s'écrioit
fur cette resemblance qui frapoit
en general . Ony trouvales expreffions
vives & nouvelles , &
les traits hardis , & reffemblans .
Leurs Alteffes Royalespafferent
de là à la grandefalle del Hôtel,
Elles trouverent leurs deux couvertsfeulsfur
une Table , où quatorzeperfonnes
pouvoient estrefort
Juillet 1699. T
218 MERCURE
àlaife . Elles demanderent douze
autres couverts, & nommerent
ceux de lun & de l'autre fexe
qui devoient avoir l'honneur d'ê.
ire reçus à leur Table. Mo
Madame de Moy furent nommez
les premiers , & c'eſt un
honneur que leurs Alteffes Roya.
les leur ont faitfouvent à Nan
cy & à Luneville ; on leurfervit
un magnifique foupé , quatre fer.
vices de trois grands plats , fix
mediocres, & quatre hors d'oeuvre
chacun : Le buffet eftoit riche ,&
tout l'appartement fort éclairé.
Unefeconde Table pour quantité
d'autres Courtifans , fut fervie
GALANT. 219
dans le même lieu , & avec la
même magnificence Le Vin de
Champagne , de Bourgogne &
du Rhin , y eftoient des plusexquis
, les Hautbois & les Vio
lons firent pendant le fo spé¸une
agreable Symphonie . Onfortit de
Table , on revintfur la terraffe
, où l'on crouva une nouvel .
le Table couverte des plus excellentes
glaces , & on y fervit rou
tes fortes de liqueurs . Leurs Alteffes
Royales furent furprifes de
voir dans les deux Cours une
magnifique illumination , dons à
peine auroient elles pû remarquer
les apprefts, Toute la premiere
Tij
220 MERCURE
Cour eftoit illuminée dans fon
ordre d'architecture , & ily avoit
àchaquefeneftrefix Flambeaux .
Les baluftres de pierre de taille ,
qui bordent les terraffes , avoient
prés de trois cens Flambeaux
d'argent , qui portoient autant de
bougies . Le plus beau jour n'eft
pas plus clair que l'eftoit la nuit
en ce lieu là . Le fond de lafeconde
Cour avoit une illumination
en peinture , bien defignée ; au milieu
, estoient les Armes de leurs
Alteffes Royales , avec tous leurs
ornements . Sur les Aigles qui en
font lesfuporis, on lifoit cette infeription
latine,fervant , & duGALANT.
221
cunt . A la droite on voyoit comme
en plein jour, une devise pour fon
Alteffe , dont le corps eftoit une
Aigle quifend les nuës , fuivie
de trois alerions de fes armes , awec
ce mot , Quò Patres , & fur
lepiedestal , on lifois pour l'explication
de la devife , ces quatre
Vers .
Mon vol n'eft pas audacieux ,
Ny pour moy , ny pour mes trois
freres.
Si je m'éleve jufqu'aux Cieux ,
Je fuis l'exemple de mes Peres.
A la gauche eftoit une devife
fur l'heureuse groffeffe de Mada-
Tiij
222 MERCURE
me la Ducheße Royale . Une gre
nade qui laißoit voir fon fruit ,
en faifoit le corps , avec ce mot ,
je couronne mon fruit , &
pour l'explication au piedestal, ces
quatre vers.
En moy tout brille , tout reluit ,
Et dans l'éclat qui m'environne,
Si ma naiffance me couronne ,
On voit bien qu'à mon tour je couronne
mon fruit.
Un feu d'artifice eftoit prepa .
ré dans unpetit Lointain . On
trouva àpropos de lefaire tranfporterfur
la grande terraffe du
jardin de leurs Alteffes Royales ,
GALANT. 223
&l'on y alla pour le voir tirer.
Il eftoit bien entendu , & fut
bien executé. Ce fut par là que fi.
nit ctee belle Fefte . Lears Alteffes
Royales en témoignereni une
entiere fatisfaction à M². & à
Madame de Moy . Elles s'apper.
çûrent bien que M' de Moy avoit
repondu àl'honneur qu'il recevoit
en vraiPrince de la maison de Li
gne , qui apour mere une Na Jau,
&pour grande Mere une Prin.
ceffe de Lorraine, & que Mada:
me de Moy avoit fait voir tout
le goust , & tout l'esprit qu'on
luy trouve en France , tout ce
caractere diftingué qui la fait ho
Tij
224 MERCURE
norer partout . L'approbation que
leurs Alteffes Royales donnerent
hautement à cette Fefte , futfuivie
des applaudiffemens de la Cour
& de la Ville ; il ne s'eftoit enco
re rien vûde pareil en Lorraine.
On a eu avis que Madame
la Ducheffe Mazarin , qui
eftoit depuis fort long temps
en Angletetre , y eftoit mor
te le 2. de ce mois au village
de Chelzer , prés de Londres.
Elle eftoit Soeur de Madame
la Ducheffe de Bouillon , toutes
deux Nieces de M' le Cardinal
Mazarin , & s'apelloit
Hortenfe Mancini . Sa beauté
GALANT.
225
& fon efprit faifoient grand
bruit à la Cour , quand elle
époufa Armand Charles de
la Porte , Duc de Rhetelois ,
de la meilleraye & de Mayenne
, Pair de France , Prince de
Chasteau Porcién , Comte de
la Fere & de marle, grand Bailli
d'Hagueneau , Gouverneur
d'Alface & de Brifac , Chevalier
des Ordres du Roy, cydevant
grand Maître de l'artil
lerie. Ce Mariage fe fit le 28.
Fév.1661 . & il fut ftipulé par le
Contrat , que M ' le Duc de la
Meilleraye prendroit le nom
de Mazarin &les armes . De ce
Mariage,font venus quatre en.
226 MERCURE
fans , qui font M le Duc de
la Meilleraye, qui a épousé une
Fille de M' le Maréchal Duc
de Duras ; une Fille mariée à
M' le Marquis de Richelieu ;
une autre , qui eft Veuve de
M ' le marquis de Bellefond ,
& une troifiéme qui s'est faite
Religieufe. M ' le Duc Mazarin
, que le Cardinal de ce
nom fit fon heritier , eft Fils
de Charles de la Porte , Duc
de la meilleraye , Pair , maréchal
, & Grand- Maiftre de l'Artillerie
de France , Chevalier
desOrdres du Roy, Lieutenant
General de la haute & baffe
GALANT. 227
Bretagne , & Gouverneur de
Nantes & de Breft, qui en 1630 .
époufa en premieres Noces
Marie de Buzé , Fille d'Antoi .
ne , marquis d'Effiar , maréchal
de France , & мere de Mile
Duc Mazarin .
Meffire Enemond de Montigny.
Servien mourut le 16, de
ce mois , âgé de quatre- vingt
5 ans. Il avoit efté Secretaire du
C Cabinet de la Reine mere ,
n'en ayant encote que trente.
Il fe retira de la Cour peu
d'années après , & ila juſqu'au
jour de fon décés mené une
vie Apoftolique , ayant em,
228 MERCURE
ployé fon bien , fa vie , & fon
temps pour le foulagement .
des Pauvres , & pour foutenir
l'Inftitution des Maiftreffes
des Ecoles de Charité , qu'on
dit luy avoir couté plus de
deux cens mille livres à entretenir.
Ileftoit Oncle de M'le
Duc de Beauvilliers .
Le 30. du mois paffé , le Vaiffeau
nommé la Sainte Anne ,
appartenant à un Particulier ,
arriva de Limeric en Irlande:
au Conquet , à quatre lieuës
de Breft . Il débarqua fix jeunes
hommes bien faits , dont
le plus âgé n'a pas trente
GALANT. 229
ans . Ils eftoient Soldats dans
le Regiment des. Refugiez ,
commandé par M ' le Marquis
de Miremont , & s'estoient
trouvez comme de vrais déterminez
pour leur Religion ,
dans la plufpart des combats ,
des Sieger de Places , & autres
affaires de guerre , tant en
Flandre qu'en Piémont , fans
qu'ils fe fuffent apperçus que
leur Regiment , ny les Liguez ,
y euffent remporté de l'avan-
Stage , ce qui les a fait réfoudre
de paffer en France pour fe
convertir . Ils arriverent à Breft
le premier Juillet , & vinrent
230 MERCUR
E
trouver M' Defclouzeaux , à
qui ils déclarerent le deffein
qu'ils avoient d'abjurer leur
fauffe Religion. Cet Intendant
, aprés les y avoir affermis,
les envoya au Pere Fortet,
Recteur du Seminaire des Jefuites
, établi à Breft il y a quatorze
années Ces Peres s'employerent
avec toute l'appli
cation poffible à leur donner
les Inftructions qui leur étoient
neceffaires . Le Diman .
che 12. de ce mois , ils firent
abjuration de leurs erreurs en
prefence de Mr l'Intendant ,
& de plufieurs Officiers de la
GALANT.
231
"
Marine. Les Jefuites affiftez
des Aumôniers de Vaiffeau ,
chanterent d'abord le Veni
Creators aprés quoyle Recteur
ayant exhorté ces fix nouveaux
Convertis à répondre
fincerement à la grace que
Dieu leur faifoit , leur fit faire
à tous féparément une confeffion
de foy , dans la maniere
accoutumée ; ce qu'ils firent
´d'une maniere toute édifiante.
· On chanta enfuite le Miferere
& le Te Deum , par où finit la
Ceremonie .
Les Jefuites ne furent établis
à Breft qu'en 1685. Dans le
232 MERCUR
E
temps de leur inſtallation ils
firent fraper une medaille , gra
vée par l'un des meilleurs Ouvriers
de France , où d'un cofté
eft la figure en buſte de Sa
Majefté , & de l'autre il y a ces
mots. Ludovicus Magnus , ut
maris Imperium virtute partum,
Relegione tueretur , Seminarium
Breftenfe extruxit , & Patribus
Societ.Jefu adminiftrandum
commifit
. AN. M. DC . LXXXV.
La legende eft . Tu dominaris
poteftati maris.
M' l'Abbé de Pradillon ,
Vicaire General de Bordeaux ,
baptifa il ya quelque temps,
GALANT 233
dans l'Eglife des Grandes Carmelites
de cette Ville-là , un
More âgé de vingt ans , M¹ le
Marquis de Segur , Lieutenant
Gen.duRoy, de Champagne &
de Brie , fut le Parrain , & Me la
#Baronne de Rafac la Marrai
ne. Quantité de perfonnes de
qualité affifterent à cette Ceremonie
, aprés laquelle maadame
la marquise de Ponchac,
de la Maifon de Barriere , qui
en faifoit les honneurs avec
Madame la Marquife de La .
douze , & Madame la Capelle-
Biron , donna à toutes les Da
mes une magnifique colation.
Juillet 1699 .
V
234 MERCURE
Voicy une Lettté de M
l'Abbé de Poiffi à Mademoifelle
de Scuderi , avec la réponſe.
Faut il quelque chofe
de plus que ces deux noms
pour vous engager à lire ? Le
Sonnet eft fur des rimes de feu
M'de Benferade .
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY
A lecture de vos beaux
Mademoi-
LA
Ouvrages
fele , me dédommage de l'ennuy
que me cauſe l'entretien
de certains Provinciaux , que
GALANT 235
mon étoile me contraint de
voir. Il m'a pris envie ce matin
de relire les oeuvres de Benfcrade.
A peine ay je ouvert le
premier Tome , que je fuis
tombé fur un Sonnet en bouts
rimez ; mais n'en déplaiſe à
M'de Benlerade , tout Benſerade
qu'il eft , Pater në rima
jamais avec difputer. Encore fi
c'eftoit un Normanilme , on
le pardonneroit volontiers à
un homme , qui comme luy ,
feroit né prés de Rouën . Je
me perfuade que ce mot eſt
fort étonné de le voir à la fuite
de Jupiter , & en la compagnie
Vij
236 MERCURE
d'un Frater (
compagnie par
parentheſe qui ne fent guere
le Dieu ) . Parlons un autre
langage-
Feu voftre petit Perroquet
a donné ce matin , Mademoi,
felle , un peu d'exercice à ma
Muſe.
Par un Sonnetj'ofe entreprendre
De confoler Sapho d'un fi rude
trépas .
•
Mon Sonnet eft il bon ? a t il
quelques appas ?
Vousplaira til? ne vous plaira
til pas ?
C'est ce qu un Billet doit m'ap
prendre.
GALANT. 237
SUR LA MORT
Du Perroquet de Sapho .
SONNET.
Lus fameux que l'oileau que
P Lus
monte,
Jupiter,
Perroquet aujourd'huy meurt fans
Pharmacopole
Il avoit plus d'efprit que n'a certain
Frater ,
Qui pretend égaler & Pafchal &
S
Nicole ,
Il faifoit mille fauts dans le têms
d'un
de &
Pater ,
C'eftoit toujours pour moy gambacaracole
Il cur ( j'en fois témoin ) des amis
du grand air,
238 MERCURE
Gens de Plume , d'Epée , & gens
même à
3.
Bouffole ,
La mort qui ne veut point que l'on
foit immortel ,
Pour luy ravir le jour , luy depêche
un Cartel's
Il faut que Perroquet fuccombe en
cette
affaire.
2
Il combat , elle rit de les efforts
diversi
Si la mort terrafla les Rois de l'
Univers,
Qu'est-ce qu'un foible Oifeau contr'elle
auroit pû
faire?
GALANT 239
Réponse de Mademoiſelle
de Scudery.
Que c'est une
agreable choſe !
D'écrire bien en vers , d'écrire bien
en profe,
Et qu'il eft chagrinant de n'y répondre
pas ,
Avec le mefme efprir & les mesmes
appas !
Mais dans la peur de me confondre
,
Je vais en deux mots vous répondre
:
De Poifly , je vous dis tout
net •
Que mon aimable Perroquet
S'en tient au premier vers de voftre
beau fonnet ,
240 MERCURE
Et qu'il eft content de la gloire
Dont ce précieux vers honore ſa
memoire
Il pourroit bien mourir quelques
Rois aujourd'huy
Qu'on celebreroit moins que luy:
Cat foit fur la Terre, ou fur l'Onde
,
Il n'eft qu'un feul LOUIS au
monde.
11 eft furprenant que l'illuftre
Mademoiſelle de Scu .
deri , dans un age auffi avancé
que le fien , conſerve tou
jours le feu d'efprit qui brille
dans les moindres productions
qui luy échapent. Le
Madrigal que j'ajoute à cette
GALANT. 241
te réponſe eft encor deM
l'Abbé de Poiffy.
Sur ce qui estneceffaire pour faire
un bon Juge.
Lorsqu'on reçoit un Juge , il faut
qu'il faffe voir
Une fcience peu
commune ,
Mais fur tout que fon bien réponde
à fon fçavoir,
Qu'il foit comblé des dons de la
fortune ,
Afin que l'or , ce metal plein d'ap.
pas ,
Neale
feduife pas ;
Et c'est ce qu'on exige ,
Car, pour parler avec fincerité,
La pauvreté corrompt plûtoft l'integrité,
Fuillet 1699. X
242 MERCURE
Que l'integrité ne corrige
Les vices de la pauvreté,
J'efpere que vous ferez contente
de l'Air nouveau dont
Vous allez lire les paroles.-
AIR NOUVEAU.
Q Ve voſtre abſence, adorable
Silvie,
Me fait pouffer defoupirs nuit
& jour!
Mais quand je penfe au repos
de ma vie,
Ab que je crains de voir vos
beauxyeux de retour !
Pese { po3as « ས་ t, ་
9 *
43
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ce
nt
242
Qu
Less
J'e
tent
you!
A
1
GALANT. 243
Depuis plus d'un mois on
ne parle icy que de la Caſcade
de Saint Cloud , & cet Ouvrage
n'a jamais fait tant de bruit
dans fa nouveauté
. Le temps
l'ayant fait déperir , on a reftauré
le haut, & l'on a changé
le bas , qu'on a augmenté &
refait tout à neuf für les deffeins
de M' Manfard . Cette
augmentation l'a fait paroiſtre
fi beau , que le jardin de Saint
Cloud eft tous les foirs rempli
de tout ce que Paris a de plus
diftingué , ceux qui ont vû ce
merveilleux Onvrage excitant
les autres à y venir fur le rap.
X ij
244 MERCURE
port qu'ils leur en font. Cette
Caſcade , qui joüoit aupara
vant tous les foirs pour le feul
plaifir de Leurs Alteffes Royales
, ne laiffe pas de jouër par
l'ordre de Monfieur , les jours
même que ce Prince ne s'y
trouve pas ; ce qui fait donner
mille louanges à la bonté de
Son Alteffe Royale.
Il paroift depuis peu un Livre
, intitulé , Le Cabinet des
Tableaux , des Statuës & des
Estampes ou Introduction
la connofance des Aris
d'Architecture , de Peinture , de
Sculpture , & de graveure: : Il
GALANT. 245
contient un Sommaire hilto
rique des Sur Intendans des
Baftimens du Roy , & des Architectes
qui ont conduit les
Baftimens de S. M.
Un abregé de ce que l'on
trouve dans les Anciens , &
dans les modernes, fur les Vies
& les Ouvrages des Peintres &
des Graveurs.
Les Jugemen's que les plus
habiles en ces Arts ont faits.
für les Ouvrages des uns &
des autres.
ae
DesCatalogues de tout ce qui
efté gravé par les meilleurs
Maiftres , & de ceux qui ont
X iij
246 MERCURE
peint fur le verre.
Cet Ouvrage eft fort curieux
, & doit épargner beau
coup de temps à ceux qui s'apliquent
à faire de ces fortes
de recherches. Il cft dédié à
M' Manfard , & fe vend chez
Eftienne Picard , Libraire-
Graveur du Roy , rue S. Jac.
ques au Bufte de Monfeigneur
le Dauphin , chez
Nicolas le Clerc , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Laurbert
, & chez l'Auteur , ruë
S. Jacques , au Chifre Royal.
Le 30. May dernier , deux
Voleurs , Mary & Femme,.
a
GALANT . 247
commirent un horrible facrilege
dans l'Eglife . Paroiffiale
de Mouffonvilliers , Dioceſe
de Chartres. Ces malheureux,
convaincus déja de plufieurs
autres crimes , fe fervirent
d'un jeune garçon âgé de tres
ze ans , pour venir à bout
de leur deffein. Les vitres
eftant baffes , ils le monterent
jufqu'à un panneau qu'it ou
vrit facilement , & le defcen .
dirent dans l'Eglife par une
corde , avec laquelle ils le tenoient
attaché fous les épau
les . Ce jeune garçon eftant
dedans , leur ouvrit une porte
Xiij.
348 MERCURE
2
qui n'eftoit fermée qu'avec
un verrouil . Ils y entrerent ,
& commencerent par voler
des Aubes & des Surplis dans
la Sacriftie , d'où ils enleve
rent tout ce qui tomba fous
leurs mains. Scachant qu'il y
avoit fous le Tabernacle une
petite layette qui en enfer
moit la clef, ils l'ouvrirent ,
& le Mary fe faifit d'abord du
Saint Ciboire , & renverfa les
Saintes Hofties dans le Tabernacle.
Il prit auffi le Soleil
& le Calice , & aprés cette deteſtable
profanation , ils fe
retirerent en un endroit écar
GALANT. 249
翎
・
ré, où ils arracherent la Croix
du Saint Ciboire , qu'ils mirent
en pieces , auffi bien que le
Soleil & le Calice . M'l'Evêque
de Chartres , faifi d'horreur
pour l'énormité du crime ; en
ordonna une réparation publique
, par fon Mandement
donné le s. du mois paffé ,
dans fon Chafteau de Pontgoing.
Il l'adreffe en ces termes
au Clergé & au Peuple
des Paroiffes de Mouffonvilliers
, & des lieux circonvoifins.
Le crime qu'on vient de commertre
dans l'Eglife de Mouffonvil
250 MERCURE
liers eftfi énorme, que nous aurions
fujet de craindre la colere de Diew
contre vous mêmes , fi vousy eftiez
infenfibles , & fi vous ne vous
mettiez en devoir de le reparer.
Nous n'avons pu apprendre cette
nouvellefans eftre faifisd horreur.
Nous cavons l'indignation que
Dieu fit éclater contre les impietez
des Donatiftes . S. Optat rapporte
que des chiens enragez le tournerent
contre leurs maistres ficrile.
ges , les déchirerent comme des
voleurs des meurtriers du Corps
de F. C. Peut- ily avoir unfacris
lege plus déreftable que de dépouiller
la maison de Dieu même , que
GALANT. 251
de brifer d'enlever les Vafes
faerez de l'Autel Saint , où les
vaux des Fidelles font tous les
jours offerts , où le Dieu tout puif-
Jant eft invoqué , où les membres
de Fefus Chrift ont repofé , où le
Saint Efprit eft defcendu pouroperer
les myfleres ineffables de noftre
Religion , où tant de Fidelles ont
reçu l'Euchariftie, ce précieuxgage
duſalut éternel , ce ferme appuy
de la Foy, & cette efperance.
de la Refurrection ? Quel attentat
horrible d'avoir ofé porter des
mainsfacrileges fur F. C même,
le Dieu des Anges , dans le Sacrement
adorable de nos Autels ! Ofa:
252 MERCURE
la
qui fans avoir purifiéſa conſcience
avoit eu la hardieffe de porter
main fur l'Arche d'alliance , qui
n'eftoit qu'une figure de l'Eucha -
riftie, fut à l'inftant mefme puni de
mort, quoy qu'iln'y euftpas touché
pour en rien prendre , maisfeulement
pour empêcher qu'elle ne com.
baft. L'Apoftre déclare que celuy
qui reçoit dans un coeur impur le
Corps de J. C. mange fon juge.
ment , eft coupable de la profanation
du Corps & du Sang de
J.C.quand mefmefa faute feroir
cachée fans fcandale , quandfon
crime ne viendroit pas d'un deffein
forme, mais de ce qu'il ne difcerne
GALANT: 253
1
A
voit pas comme il devroit le Corps
du Seigneur. Ces paroles terribles
ne doivent elles pas faire trembler
les coupables d'un attentat impie
medité contre la perfonnefacrée
de noftre Souverain Seigneur &
Maistre ? Si le meurtrier d'un
bomme ne peut pas éviter d'eftre
condamné , quelle fera lapunition
Dieu fera éclater au jour de fa que
vangeance ,fur les profanations du
Corps du Sang de noftre Sei,
gneur ? La frayeur d'un tel jugement
devroit nous penetrer juf
qu'aux entrailles. Travaillons ,
mes chers Freres , à réparer i borrible
crime qu'on vient de commet
254 MERCURE
treparmy vous ; & afin de ne rien
omettre de ce qui eft de noftre de
voir , pour vous éclairer & vous
conduire dans cette
importante
action. Nous ordonnons qu'on fera
dans l'Eglife de Mouffonvilliers
un Office folemnel au jour qui
fera indiqué par celuy que nous
avons commis à cet effet , avec une
Proceffionfolemnelle , où l'Officiant
portera le Saint Sacrement
corde au col & les pieds nuds en
réparation. Nous voulons que tou
tes les Paroiffes à deux lienës à la
ronde, s'y rendent en ceremonie,
accompagnent
ladite Proceffion,
que pendant troisjours defuite
3
>
la
GALANT. 255.
tout
t
le jour de l'Octave , on dife une
Meffe folemnelle , & que quelque
Paroiffe voisine y faſſe une Proceffion.
On y chantera les Jept
Pfeaumes Penitentiaux ,
le monde fe profternera la face en
terre lors donnera la benediction
du Saint Sacrement.
M'l'Evêque de Chartre ayant
commis le Pere Mefpolier miffionnaire
Dominiquain de la
Province de Toulouſe qui fe
trouvoit fur les lieux , pour regler
l'ordre de cette ceremo
nie , les Paroiffes furent convoquées
au 5. de ce mois , &
on vir venir à Mouffonvil
256 MERCURE
liers jufqu'à vingt - huit Pro .
ceffions avec une foule in
croiable de peuple . Les Offi
ciers de Juftice des terres de
M' le Duc de S. Simon , s'y
trouverent avec les Gardes
pour empêcher que la confufion
ne caufaft quelque defordre.
Le Pere Mefpolier por
ta le S. Sacrement à la Pro
ceffion , la corde au col & les
pieds nuds , & prêcha au milieu
d'un champà cause de la
grande foule , aprés quoy il
fit amande honorable la torche
au poing en prefence du
S. Sacrement. Le Clergé cria
GALANT
257
plufieurs fois Mifericorde avec
une voix entre coupée de fanglots
, & la ferveur du peuple
für telle que l'on jugea à propos
de faire durer la Ceremonie
huit jours que l'on emplova
en chants lugubres &
en prieres publiques , la plufpart
ayant la face proſternée
contre terre, Le Pere Mef.
polier prêchoit deux fois cha .
que jour , & quantité de Pa
roiffes y ont fait des Proceffrons
pendant l'octave. On
chantoit une Meffe folemnel
le fi tôt qu'elles eftoient ar--
rivées , & le matin & le foir
Fuillet 1699.
2
Y
218 MERCURE
1
on portoit le S. Sacrement
en Proceffion autour de l'Eglife
. A une heure on chan
toit les Pfeaumes Penitentiaux
, & à deux les Vefpres &
les Complies. La devotion y
eftoit fi grande, qu'il n'y avoit
point d'heure dans tout le
tour , où il n'y euft des Communions.
La clôture de cette
folemnité fut précedée d'un
jeûne des Habitans de Mouf
fonvilliers & des environs . Ce
jour la le Pere Mefpolier por
ta encore le Saint Sacrement,
les pieds nuds & la corde au
cou , & eftant arrivé en un lieu
GALANT. 259
où l'on avoit dreffé un Repofoir
magnifique , il fit un nouveau
Difcours tres patheti
que fur la réparation qui étoit
deue pour un crime aulli énor
me que celuy du vol des Vafes
& des Ornemens facrez . Les
Voleurs , qu'on prit quelques ›
jours aprés , ont efté condam .
nez à l'expier par le feu ; & le
jeune Garçon , qui avoit paffé
par les vitres pour ouvrir la¹
porte de l'Eglife , à eftre pendu
fous les aiffelles pendant
deux heures , aprésavoir eu le
fouet & la fleur de lis. Son peu
d'âge la garantide la morti
$
Yij
260 MERCURE
N
Le Jeudy 16. de ce mois
fonAlteffe Royale , Monfieur,
vint de S. Clou à l'Abaye de
S. Germain des Prez , ou les
Chevaliers de l'Ordre de nôtre
Dame de Montcarmel &
de S. Lazaré , celebroient la
Fête de nôtre Dame de Montcarmel
. Monfieur qui avoit
refolu d'honorer cette Ceremonie
de fa prefence , vint
defcendre dans la Cour du
Palais Abbatial , ou Mile Marquis
de Dangeau , grand Maître
de l'Ordre de S. Lazare ,
accompagné de quelques uns
des Chevaliers , le reçut à la
•
GALANT 261
defcente de fon Caroffe , & luy
demanda permiffion de fe retirer
au Chapitre , où le refte
des Chevaliers eftoient affemblez
pour aller à l'Eglife :Mon
fieur monta dans les appartemens
de l'Abaye , avec toutes
les perfonnes de qualité de fa
fuite , & quelque temps aprés
il vint à l'Eglife precedé par M
de Sauleux, Commandeur de
la Commanderie de Pignerol,
Prévôt & Maistre des Ceremonies
de l'ordre de S Lazare, qui
étoit demeuré prés de S. A R.
pour la conduire . Eny entrant
Monfieur trouva le P. Gen.qui
le receut à la tefte de fes Keli .
>
262 MERCURE
gicux. Ce Prince voulut eftte
incognito à cette Ceremonie
& ordonna qu'elle fe filtà l'or.
dinaire , comme s'il n'y avoit
pas été prefent. Il fut placé
dans une Tribune qu'on
lui avoit preparée à la droite
de l'Autel , & il y fit entrer
les perfonnes de diftinction
de fa fuite , & M l'Am .
baffadeur de Portugal. L'E
glife eftoit toute tenduë de ri
ches Tapifleries
& le parterre
couvert de tapis de Turquie.
Le faureüil du Grand Maiftre
& fon prie Dieu eftoient au
milieu de la Nef , & depuis:
GALANT. 263:
Fe fauteuil jufqu'aux trois mar
ches qui feparent le Chour
d'avec la Nef ily avoit de chaque
colté deux rangs de fieges
couverts de drap vert & amarante
pour les Chevaliers. Les
deuxcoftez de l'Eglife eftoient
en amphitheatre en face , &
dans la mefme difpofition.Si
tôt que Monfieur fut dans
fa Tribune , le maistre des Ceremonies
ayant pris les ordres ,
alla avertir dans le Chapitre
le grand Maiftre & les Chevaliers
. La marche commença
par les Huiffiers de l'Ore
dre, enfuite vinrent les› Elevess
264 MERCURE
de l'Ordre de S. Lazare , qui
font huit jeunes Gentils hommes
des plus illuftres maiſons
du Royaume,le Herault qui
marchoit feul aprés eux , eftoit
fuivy par les Freres Servants
tous habillez de drap ama.
rante , avec des boutonnieres'
d'or & d'argent. Après les
Freres Servants venoient les
Novices qui devoient eftre
reçûs dans l'Ordre ; aprés les
Novices les Chevaliers mar
choient deux à deux , au nom !
bre de prés de foixante ' , leś
moins anciens marchant les
premiers , tous vêtus de l'ha
A
1
bit
GALANT. 265
bir uni forme de l'Ordre , de
velours amarante , enrichy
d'or & d'argent.
Le Grand Maistre marchoit
feul , revêtu du grand manteau
de Ceremonie de l'Or.
dre. Quand il fut à la place ,
ayant deux Ecclefiaftiques de
l'Ordre à les coftez , & les
Chevaliers eftant affis , le maître
des Ceremonies vint au
milieu du parterre , & apres
avoir fait la reverence à l'Autel
, au Grand Maistre & aux
Chevaliers à droit & à gauche,
il fit figne aux Novices qui
entrerent dans le parterre
Fuiller 1699.
Z
a
266 MERCUR £
deux à deux , & aprés les reverencesfaites
, ils mirent kurs
épées & leurs Croix fur une
table qui avoit efté preparée
pour cela , & retournerent
leurs places.
La Meffe commença . Le
grand Maiftre & les Chevaliers
mirent l'épée à la main
pendant l'Evangile , le grand
Maitre alla à l'Offrande, precedé
du Herault , ayant à fes
coftez le Maitre des Ceremonies
à droite , & M ' de Breget
Treforier de l'Ordre , à
gauche il fit la reverence à
T'Autel & aux Chevaliers , &
;
GALANT . 267
comme Monfieur avoit défendu
qu'on le faluaft , le grand
Mailtre & les Chevaliers en
paffant devant S. A. R. firent
feulement une profonde
inclination.
Aprés quele G. M. fut retourné
à ſon fauteuil , les Chevaliers
allerent à l'Offrande ,
deux à deux , les anciens marchant
les premiers. Au bas
des marches qui feparent la
Nef d'avec le Sanctuaire
ils firent leurs reverences
monterent les marches , allerent
à l'Offrande
, & rerournerent
à leurs places , par der-
Z ij
268 MERCURE
riere leurs bancs , afin de laif,
fer le parterre libre.
L'on continua la Meffe , qui
fut celebrée par les Religieux
de l'Abbaye de Saint Ger
main. Les Officians eftoient
reveftus des Ornemens de
l'Ordre , de velours amarante
& vert , enrichi d'or. La Meffe
finie , le Grand Maistre alla
au Fauteuil qui luy eftoit pré.
préparé prés de l'Autel , du
cofté de l'Evangile , où it re
çut dans l'Ordre fix Cheva
liers , un Chapelain , & un
Frere fervant. Du nombre des
Chevaliers eftoient M' de
GALANT. 269
Granoski , d'une des plus illuftres
Maifons de Pologne ,
M'de Caftelane , de la Maifon
' des anciens Souverains de Caftelane
en Provence , & le plus
agé des Eleves de l'Ordre , M
de Vitenval , & M ' le Marquis
de Paneville , tous deux
de tres Nobles & anciennes
mailons de Normandie .
Je ne vous diray point la
maniere dont on reçoit les
Chevaliers , parce que je vous
en ay parlé dans ma Lettre
de Janvier 1696 il n'y eut aucune
difference fi ce n'eft que
M. de Guenegaud , Chance-
Z iij
270 MERCURE
lier de l'Ordre affifta à cette
reception à la gauche du grand
Maiftre , M ' le Marquis de Ru
mont qui y eftoit le Doyen
eftant à la droite .
La reception des Chevaliers
eftant finie , fon A. R.
fortit de la Tribune , repaſſa
par la même porte par où
elle eftoit entrée , monta en
Caroffe , & s'en retourna à
S Clou , le grand maiftre qui
l'eftoit allé conduire juſqu'à
la portiere de fon Caroffe s'en
revint à l'Eglife , d'où les Chevaliers
retournerent au Cha ,
pitre dans le même ordre qu'-
GALANT. 271
7
i's eftoient venus. De là ils
allerent dans la grande Salle
de l'appartement de M le
Cardinal de Fuftemberg , au
Palais abbatial ; où ils dinerent
en refectoire , aprés di
ner ilaffifterent à Vêpres dans
le même ordre qu'à la meffe,
& le lendemain matin ils al-
Lerent à l'Eglife des Carmes
des Billertes , où l'on celebra
la meffe pour les Chevaliers
morts , comme ils ont accou .
tumé de faire deux fois l'an .
née , le lendemain de leurs
Ceremonies.
"
M' le Prince d'Amfbac
Ziiij
272 MERCURE
Mr le Prince Vaini Romain
Chevalier des Ordres du Roy,
Meffieurs les trois Princes de
Zamoiski Polonois , & M le
Comte de Rivaire , affifterent
à celle cy.
Il y a peu de modes nouvelles
depuis ce que je vous ay
mandé le mois paffé . Les éto
fes les plus à la mode , font
des Taffetas , appellez Teas
en perspective
, parce que les
rayes vont en diminuant . On
voit beaucoup de taffetas glacez
d'or , ou d'argent . La plus
grande partie de ce que les
Femmes appellent Pieces , &
GALANT
273
qui font attachées fur leurs
corps à l'endroit de l'ouverrure
des manteaux , font prefentement
d'étofes glacéest
d'or & d'argent . Il y a auffi
beaucoup d'habits de Femmes
de Mouffeline , couverts
de petits bouquets brodez.
On avoit voulu introduire la
mode de certaines coëffures
nouvelles , appellées Coeffures
en bateau , mais cette mode n'a
que tres peu de cours. Les
bonnets venoient fort fur le
devant , & il fortoit du derriere
du bonnet des cheveux
qui tomboient fur le cou
274 MERCURE
Au lieu de boutonnieres
faites avec du filé , ou du
cordonnet , dont les hommes,
fe fervoient , on voit prelentement
beaucoup de boutonnieres
à jour , faites fur diffe .
rens defleins fort agréables ,
& qu'on attache for Thabit ,,
comme les Femmes ont fait
fur leurs manteaux Quoy que
le Sieur du Long , quia fait les
chapeaux f fins , fi legers &
éſtimez pour la pluye , air
ceffé de travailler, On en
trouvera toujours chez le sieur
Thierar , Marchand, Chape
lier , au Moufquetaire ; dans
GALANT. 275
le rue Saint Honoré.
Il y a prés d'un mois qu'il
arriva au Havre de Grace un
Baftiment du Roy , commandé
par M du Coudray- Guimon.
Ila apporté pour Marly
les Plantes dont je vous envoye
le Memoire . M' de Li.
gnon, Jardinier du Roy, eftoit
allé luy même les chercher
en
l'Amerique
.
2. Laramiers en deux futailles.
2. ***
8. Franchipaniers rouges en 7. futailles
4. Franchipaniers blancs .
2. Corroffolliers en deux futailles..
6. pieds de bois d'Inde dans une fu
taille
276 MERCURE
3. Arbres de Gagaviers dans une futaille.
12. Pieds de Magnoc.
4. Pommiers de Pommes de fer.
Ricinus d'Amerique de la troifiéme
elpece .
6. Mirthes Americains dans une futaille.
2. Palmiers de la grande efpece en deux
futailles.
1. Palmier epineux dans une futaille .
6. Pieds de la Cardinal dans une fu-
4.
taille.
2. Pieds de Figuiers Banamers en deux
futailles.
2. Pieds de Figuiers ordinaire d'Amerique
en deux futailles.
1. Caracas de la grande cfpece.
8. Pieds d'Ananas .
5. Mclecardua..
& Graines Plantes diverfes
dans une barrique N. så..
Des Ignames.
GALANT. 277
Des Lis blancs d'Amerique.
Des Lis rouges.
Des Cayeux de dictame d'Amerique.
Un pied de Madrepere , plante marine
des Cayeux.
Balizier à fleurs jaunes.
Des Patates d
3. Choux Carraibe à feuilles , couleur de
gorge de pigeon .
Des Courbary.
4. Cocos.
Diverfes autres graines.
t . cart de noix de cayeux.
1. caiffe de Madrepere.
1. caffe de canne de fucre.
1. Caffe remplie de Panaches de mer.
Voicy un Memoire d'autres
Plantes , que le même M' Li.
gnon a laiffées pour le Roy à
y
278 MERCURE
la Guadelouppe , au mois de
Février dernier , & qui doivent
eftre tranfportées en France .
1. Quatre Arbres de bois à ennivrer
les poiffons , 20, pieds de manicque.
2. Trois Arbres de Pommes de fer.
3. Un pied de Franchipanier rouge.
4. Un gros pied de Franchipanier rouge.
5 Un Franchipanier rouge..
6. Deux Franchipaniers rouges .
7. Un Franchipanier blanc & un rouge.
8. Deux Franchipaniers , & un Pommier
9. Deux Arbres de Franchipaniers rouges
, un Cerifier d'Amerique.
SI
10. Un Franchipanierb lanc, un rouge .
si Un gros Franchipanier rouge.
12. Un Franch panier blanc, & un Poirier
d'Amerique à fleurs,
13. Un gros Cocoyer de la grande efpece:
Deux Cocoyers de la grande efpece,
15. Un Palmier épineux,
GALANT. 279
16. Un Palmier épineux.
17. Un La amier fans épines .
18. Un Latamier fans épines & un Calbaffié
de Guinée. ? Thes
19, Uu Corroffolier & un Calbafié de
Guinée,
20. Deux pieds de Franchipaniers blancs.
21. Trois pieds d'Ananas.
22. Trois pieds d'Ananas.
23. Deux pieds d'Ananas .
24. Deux pieds de bois immortel..
25. Deux pieds de Franchipaniers blancs,
26. Quatre pieds de Mirthe d'Amerique
& un pied de Lilianne triangulaire .
27. Un Oranger.
28. Un Oranger
29. Un Oranger doux .
30. Un Oranger de la Chines
31. Un Oranger doux.
32. Trois Orangers de Chadge .
33. Six pieds de Poinfillade.
34. Trois pieds de chadée .
35. Un flambeau & un Oranger.
36. Trois Ananas dans une barriques
280 MERCURE
37. Quatre pieds cerufes .
38. Six pieds de chadée & un petit
Grenadier du Brefil .
39. Deux pieds de cerufes.
40, Six pieds de la plante dediée a Mr.
Fagon.
41. Trois pieds de la Dalignon Arbre
à fleur , trois pieds du chapelet .
42. Trois pieds de Figuiers d'Inde.
43. Trois pieds de Figuiers d'Inde.
44. Trois pieds de Figuiers d'Inde .
45. Trois pieds de Bananiers , autre Figuier
d'Inde.
46. Quatre pieds d'amourette.
47. Trois teftes d'Anglois.
48. Trois Melocardus.
49. Trois Melocardus.
50. La Cardinal.
51. Trois pieds de Genipa.
52. Des Cannes de fucre.
53. Trois Chaftaigniers d'Amerique.
54.Quatre pieds de bois d'Inde.
55. Un Oranger doux .
16 Trois pieds de carratas des deux
efpeces.
GALANT. 281
Trois pieds de
Göyaviers.
$8. Une barrique d'oignons de fleurs
d'Amerique. 12
59. Une caiffe de plantes feiches .
60. Un quart de Noix d'Acajoux,
61. Une boête d'Oranges de chadée.
62. Une boête longue , templie de can-
Ones de fucre.
ه ل ا
63. Une boête pleine de
Madrepore, de
quelques graines & d'oignons de
Lis rouges
d'Amerique.
1
64. Un paquet de plantes diverfes .
65. Un paquet de Palmes des quatre pres
mieres elpeces
Le mot de
l'Enigme du mois
paffé eltoit une Mauche à Femmes:
Il a elté trouvé par Mrs
Cothenot ,
Alain &
Habert ,
Chanoines de
Chaftellerauf Dumont de Dijon : la
Tronche de Rouen
Chailes de la
fue de l'Arbre- ec : Mouflu de Bar
fur- Aube : la Hanne Fils de Per
Fuillet 1699. A a
282 MERCURE
nay :Trebuchet , Lieutenant Gene.
sal au Bailliage d'Egligny le Chin,
Procureur Fifcalau même Bailliage:
l'Abbé de Perois : Caffiot Avocat
rue Saint Germain : Fouré Commis
de la Direction de la Monnoye de
Paris : Mademoifelle Javotte Ogier :
Mefdemoiſelles Taillandier de l'Ho
Stel de la Monnoye : Rafile de Cha
ftelleraut : Panetier , & Soucelier fa
compagne. Ces deux dernieres de
Dijon.
་
"
Vos Amies font apparemment du
caractere de l'Iris qui eft peinte en
cette nouvelle Enigme. J'efpere que
vous me ferez ſçavoir ce qui en est .
ENIGME.
Ris cruelle &fiore autant qu'elle,
eft charmante ,
GALANT. 283
Ne diffimale point l'amour qu'elle
apour moy.
Elle fe pique fort de conferver fa
Ja foy
De n'avoir point l'humeur chan.
geante.
Cependant tout ce grand amour
Durepour moy rarement plus d'un
jour.
Son inégalité n'eft -elle pas exire-
A\me?
Quoy que jamais fon few ne puiffe
m'enflâmer
Za bizarre qu'elle eft fait gloire de
maimer; 800 21 E
Elle fe fait honneur de me changer
de même ,
Mais comme rongiffant defon 'efprit
Leger,
Elle fe cache en me voulant changer.
A a
284 MERCURE
Je vous envoyeray le mois prochain
ce que vous m'avez demandé
plufieurs fois , je veux dire la ſuite
des affets de la Tarentole , par Mr
de la Fêvrerie . Voftre impatience
auroit etté plutoft fatisfaite , fans
divers obftacles qui ont caufé ce retardement.
Je remets aufli ce que
j'ay à vous apprendre touchant la
mort de Mr le Marquis de Mirepoix
& de plufieurs autres, le fuis ;
Madame , voftre, Bc .
A Paris ce31 . Juillet 1699-
-in
た
222525525 :25252555
TABLE
P
Relaide.
Sonnet
Confiderations fur la vanité & fur
fur les differens caracteres des
hommes, gi..
Propofition de M Morien , que
la Lune ne reçoit pas fa lumiere”
du Soleil. ' 10
269
Defcription des charmes de la vie
cruftique.
Dialogue fur Hiver & fur l'Estè.
36. Agrefts , Edits & Declarations du
SS
Confeil d'Etat du Roy,
Elegie.
These foutenue par M²l Abbe de
7
TABLE.
Zouvois.
Morts.
Lestve far le Sacrifice
68
101
Eclairciſſement fur la Place de
Louis le Grand. 122
Ce qui s'eft pallé à l'Academie le
jour de la Reception de M³ de Va
lincour.
Eloge de la belle main.
131
158.
176
180
Bref du Pape à Mr de Cambray.
Proceffion faite à Nancy
Prix remporté à l'Academie des
Lanternifies de Toulonfe.
Epiftre en Vers.
Reponse à cette Epifre.
198
199
$203
Decifion de la queftion fur la fin du
siecle.
Nouvel Etat de la France.
Feßte donnée à Nańcy
Morts
209
211
213
224 .
TABLE.
Converfions.
Baptême.
228
232
Lettre à Mademoiselle de Scudery.
234
Réponse de Mademoifelle de Scudery
Madrigal,
Cafcade de S. Cloud.
239
241
243
Cabinet des Tableaux , des Statues,
& des Estampes.
Profanation reparée.
244
246
Fefte de Moftre- Dame de Montcarmel
& de S. Lazare , celebrée par
les Chevaliers de cet Ordre . 260
Modes nouvelles . 272
Plantes d'Amerique pour le Châteam
de
Marly.
Enigmes.
Articles referver:
275
281
284
Avis pourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Ceffez , Peuples heureux , de
parler de la guerre, doit regarder
la page 179.
L'Air , qui commence par ,
chaQue vostre abfence adorable ,
doit regarder la page 242.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères