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Eur.
511
m
1699.69
m
Eur. 5112
1699,6
Mercure
<36616463070014
<36616463070014
Bayer. Staatsbibliothek
17
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
1699.
Su
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais au Mercure Galant .
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XCIX.
Avec Privilége du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AU LECTEUR.
Ly a lieu de croire qu'on ne lit
IllustAvis quia eftémis depuis
tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mercure ,
puifque malgré les Prieres réïterées
qu'on a faites d'écrire en caractéres
lifibles les nomspropres quife trouvent
dans les Memoires qu'on envoyepour
eftre employez, on negli
ge de le faire , ce qui eft caufe qu'il
y en a quantité de défigure ,
eftant impoffible de deviner le
nom d'une Terre ou d'une FamilAU
LECTEUR .
les
le, s'il n'eft bien écrit . On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y
prendre garde, s'ils veulent que
noms propres foient corrects . On
avertit encore qu'on ne prend aucun
argent pour ces Memoires ,&
qu'on employera tous les bons ouvrages
à , à leur tour , pourvû qu'ils
ne defobligent perfonne , e que
ceux qui les envoyeront en affran
chiffent le port.
L
MERCVRE
GALANT
JUIN 1699.
OUS fçavez , Madame
, que Mef-

fieurs de Ville ayant
fondé un Panegyrique
du Roy , le Recteur de l'Univerfité
le doit prononcer tous
les ans le 15. jour de May. C'eſt
Juin 1699.
A
2
MRRCURE
ce qu'a fait cette année M.
Billet , au College du Pleffis.
Il reçut de grands applaudiffemens
du Corps de Ville , &
d'une nombreuſe Affemblée ,
qui admirerent non feulement
l'éloge qu'il fit de ce
Monarque , mais encore fa
belle latinité. Il fit voir que
tous les Rois qui eftoient felon
le coeur de Dieu , avoient
eu beaucoup d'Enfans , & que
cette longue pofterité avoit
toûjours efté un don du Ciel ,
qui avoit marqué combien
leur conduite luy eftoit agrea
ble . Il fit entrer dans ce PaneGALANT.
3
gyrique les Portraits des Princes
Enfans de France , & connoiſtre
avec combien d'application
ils s'attachent à imiter
leur Augufte Ayeul.
Il faut vous parler d'une fondation
plus nouvelle à la gloire
de S. M. Vous la connoiftrez
par le Difcours que je vous envoye,
fait par M.l'Evêque Comte
de Noyon , Pair de France ,
Confeiller ordinaire du Roy
en fon Confeil d'Eftat , & l'un
des Quarante de l'Académie.
Françoife , le prononça fur la
fin du mois paffé dans cette
celebre Compagnie,à laquelle
il dit : A ij]
4 MERCURE
MESS
ESSIEURS ,
Je ne prétens pas me diftinguer
de nos illuftres Confreres ,
par l'affectation d'un zele fingulier
pour la gloire de noftre
Augufte Protecteur. Fe Sçay que
cejufte fentiment eft commun , &
que le principal objet de l'Académie
Françoife , eft de confacrer
le nom de l'incomparable
LOUIS à l'Immortalité.
Cependant , Meffieurs , ayant
appris que la coustume eftoit de
donner tous les deux ans la
GALANT.
5
fomme de trois cens livres , pour
le Prix de Poefie à la loüange
de Sa Majefté , & que cefonds
n'eftant point affuré , il falloit
le prendre fur les contributions
de Meffieurs les Académiciens ,
permettez quej'aye l'honneur de
le fixer à jamais , pour rendre
vos intentions plus effectives.
Accordez- moy , je vous ſupplie
, la preference que je vous
demande & agréez que je
délivre actuellement entre les
mains de laperfonne qu'il vous
plaira de commettre , la fomme
de trois mille livres , qu'on m'a
dit eftre fuffifante , & qui pro-
A iij
6 MERCURE
duira la rente de trois cens livres
en deux ans.
Fy ajouteray encore volontiers
celle de trois cens livres ,
pour le Prix de l'année prefente
au jour & Fefte ordinaire
de faint Louis , le vingt - cinquiéme
jour d'Aouft , afin de
donner toute l'étendue poffible
à noftre zele.
Les conditions feront telles
d'ailleurs que vous lejugerez à
propos , n'ayant point d'autre
veuë , que celle de laiffer à la
pofterité , de concert avec vous ,
un monument perpetuel & public
de mon profond respect , de
GALANT. . 7
mon inviolable attachement , &
de ma parfaite reconnoiffance
pour le plus grand de tous les
Rois.
Mais comme j'apprens avec
une extréme joye que mes voeux
font heureusement exaucez , il
ne me reste plus , Meffieurs , qu'à
vous en rendre de tres humbles
actions de graces .
SA MAJESTE' a fait
Thonneur à ce Prélat , & luy
a meſme témoigné avec beaucoup
de bonté , qu'Elle approuvoit
fon deffein . M. de
Pontchartrain , Miniftre d'EA
iiij
8 MERCURE
tat , l'a beaucoup loüé ; le public
l'a fort bien reçû ; l'Académie
Françoiſe l'en a fait remercier
par M. le Directeur ;
& le Contract de cette Fondation
a efté paffé & figné par
ce Prélat , & par Ms les Directeur
, Chancelier , & Secretaire
de l'Académie Françoife
, au nom & comme ayant
pouvoir de la Compagnie , le
29. de May de cette année
1699
Mr. l'Evefque de Noyon ne
pouvoit répondre avec plus
d'éclat aux avantages de fon
illuftre naiffance , que par la
GALANT.
9
Fondation de ce Prix , qui
marque une ame toute noble
& genereuſe ; mais rien ne luy
coufte quand il s'agit d'élever
la gloire du Roy. Il embraffe
avec chaleur toutes les occafions
qui s'en préſentent , &
il n'y a rien qu'il ne foit capable
d'imaginer pour faire parler
de cet augufte Monarque
dans la pofterité la plus éloignée.
Rien n'eftant plus propre à
animer ceux qui ont du talent
pour l'Eloquence & pour la
Poëfie , que les prix que l'on
diftribue fur les fujets que les
ΙΟ MERCURE
Académies propofent , il ne
faut pas s'étonner fi l'on travaille
à l'envy pour les remporter.
Le Pere Lami , Preftre
de la Doctrine Chreftienne ,
& Profeſſeur de Rhetorique
au College de Toulouſe , a eu
cette année le plus confiderable
de l'Académie des Jeux
Floraux. Il avoit remporté
l'année precedente celuy de
l'Académie des Lanterniftes ..
C'eſt un homme d'un merite
diftingué , & qui s'eft acquis
l'eftime de tous ceux qui le
connoiffent. Voicy fon dernier
Ouvrage .
GALANT. H
A LA LOUANGE
de la Poëfie.
O D E.
Velfeu, quels tranſports,quelle
audace
Saiffent mes fens & mon coeur,
Et quel Dieu fur un char vainqueur
Meleve au fommet du Parnaſſe !
Déja le beaufon de ma voix
Charme les échos de ces bois .
Où Malherbe encor nous enchante.
Pour m'en decouvrir les détours ,
O Mufes , qu'en mes vers je chante
Veneztoutes à mon fecours.
Delicieufe frenefie ,
Noble amusement des efprits
Beauté dont les coeurs font épris »
12 MERCURE
Incomparable Poësie ,
Tes ailes peuvent tout ofer:
C'est au Ciel que tu vas puifer
La rapidité de tes flames.
Que ton art eft ingenieux !
Il meut , il transporte les ames ,
Et des hommes ilfait des Dieux.
Fadis les rochers fe fendirent
Touchez par de tendres regrets.
On vit les monts & les forefts
Suivre la voix qu'ils entendirent.
Les pierres dans le mouvement
Vont fe placer artiftement
Au gré dufon qui les attire :
Tous ces fpectacles plus qu'humains
Font voir ce que peut une Lyre ·
Qu'animent de fçavantes mains .
Testraits, auffi puiſſans qu'aimables,
Ouvrent unpaffage aux amours
GALANT.
13
=
En des lieux quifurent toûjours
Au Soleil même impenetrables.
Tes accens vifs & douloureux
Percent le fejour tenebreux
De l'inacceffible Tenare ;
Ta voix y reveille les morts
Cet empire dur & barbare
Devientfenfible à tes accords.
Parcourons les Champs Elifees.
Oùfuis -je Quel est mon effroy !
Ah! quels grands hommes j'entrevoy
Qu'icy leurs ombres font prifees !
Homere ,le Dieu des Auteurs
Pindare , & fes imitateurs ,
Y brillent par leurs harmonies ;
Et parmi ces divinitez
Se mêlent ces fameux genies
Que l'Orne & la Seine ont portez.
On vante ces ames hautaines ,
14 MERCURE
Qui bravant l'horreur du trepas
Alloient aux plus lointains climats
Arborer les Aigles Romaines.
Que defiecles ont applaudi
Ace Heros jeune & hardi ,
Qui de tantde Rois eut l'hommage !
Mais ces Vainqueurs de l'Univers
Eclatent moinspar leur courage ,
Queparla puiẞance des vers .
Malgré lesfieres deftinées ,
Cesgrands noms exempts du cercueil
Surmonteront avec orgueil
La longuefuite des années.
Mufes , quel triomphe pour vous !
Un Roy , qui les efface tous ,
Et vous cultive , & vous honore ;
Vouscharmezfes foins éclatans ,
Lors qu'il eft tout poudreux encore
De la défaite des Titans .
Chantezfes grandes avantures ,
GALANT.
15
Chantezfes immenfes bienfaits ,
Et du torrent de fes hauts-faits
Inondez les races futures.
L'éclat de tant d'exploits guerriers
Rendra plus brillans les Lauriers
Dont votre tefte eft embelie.
Jamais l'étonnante grandeur
De la Grece & de l'Italie
Ne vous combla de tant d'honneur.
Quel fiecle offrit une matière
Plus digne du facré Valon ?
Est - ilpour les foeurs d'Appollon
Une plus illuftre carriere ?
Quoy ! foibles Muſes , vous tremblez
Non : Que vos efforts redoublez
Confacrent fon heureufe hiftoire ,
LOUIS fçaura vous foûtenir ;
Et du feul recit de fa gloire
Vous furprendrez tout l'avenir.
}
16 MERCURE
Perfonne n'ignore que la
Ville de Toulouſe a toûjours
efté feconde en hommes fçavans.
On y acheve l'impreſ
fion d'un Livre qui a pour titre
Traité de Peinture , pour
en apprendre
la Theorie , &
fe perfectionner
dans la pratique.
Il n'y a point d'Epiſtre
dedicatoire
; mais la Preface
fait voir qu'on peut écrire fur
cet Art fans eftre Peintre de
profeffion . On y voit auffi le
plan , l'économie
de l'ouvrage
, & la fin que l'Auteur s'y
propoſe. Il y a des emblêmes
à chaque partie , & plufieurs
figures
GALANT.
17
figures à la fin du Livre , pour
l'intelligence d'un nouveau
fifteme d'optique , qui fait la
derniere partie de l'ouvrage.
Voicy la copie de cette Preface.
Elle vous donnera l'é .
clairciffement entier du def
fein qu'a eu l'Auteur.
O
N fera furpris, fans doute
, que j'aye voulu traiter
de la Peinture , n'eftant
pas Peintre de profeffion , &
que je ne me fois pas rebuté ,
aprés que deux excellens hommes
de ce fiecle ont écrit fur
le mefme fujet dans toute la
Juin 1699.
B
18 MERCURE
18
pureté de la Langue Françoiſe
, & avec une approbation
univerfelle ..
Mais on fçait que tous ceux
qui ont parlé de ce bel Art
dans l'Antiquité , & mefme
parmi les Modernes, n'eſtoient
pas. Peintres non plus que
moy ; & à l'égard de nos Auteurs
François , ils font en fi
petit nombre , & la matiere
eft fi vafte , qu'on peut ailément
comprendre , qu'ils ne
L'ont pas épuilée..
Ce n'eft pas que je donne
mon Traité au public pour
oſter quelque choſe à leur reGALANT.•:
19
putation. Je fuis tres - éloigné
de cette penfée , puifque fi
mon Ouvrage doit eftre connu
hors de noftre Province ,
ce ne fera qu'un effet du hazard
; & je ferois content de
mon travail , s'il pouvoit procurer
quelque utilité à nos vilfes
du Languedoc, & quelque
latisfaction à leurs habitans .

Comme nous
remarquons
dans ce Climat des perfonnes
qui ont l'efprit tres - folide, pour
bien juger de la Peinture , &
encore un tres -grand nombre
qui ont la main excellente ,
s'ils vouloient s'y exercer , jay
B.ij
20 MERCURE
crû que je ne déplairois pas
tout-à-fait , fi je leur faifois
part de ce que j'en ay écrit.
Je me fuis auffi flaté que plufieurs
s'y arreſteront pour le
feul plaifir de la Theorie , &
que quelques autres y trouve-
Tont des maximes tres- utiles
pour la pratique.
La Theorie mefme fuffit , pour
écrire fur la Peinture , puis
qu'il y a très - peu
d'Auteurs
parmi ceux qui en ont traité ,
qui ayent tiré leurs connoif
fances de leur propre experience:
Ils ont frequenté longtemps
dans l'Atelier de pluGALANT.
21
fieurs habiles Peintres , avec
qui ils fe font éclaircis curieufement
de tout ce qui dépend
de la pratique ; mais ils ont
fçu mettre toutes ces chofes
dans leur ordre , & ils y ont
ajoûté l'élocution & le ftile ,
quoy les plus excellens ouvriers
ne fçauroient réüffir
que par l'étude de la Rhetorique,
que
‚ à
En effet , ce n'eft pas la fin
les Peintres fe propofent,
que d'apprendre à bien parler
& à bien écrire de leur Art.
Ils tâchent d'accoûtumer leur
main , plûtoft que leur langue
22 MERCURE
& leur plume , à copier fidel.
lement toutes les images, qu'ils
forment dans leur imagination.
Il eft vray qu'ils en perfectionnent
les idées , à force
de voir plufieurs beaux ouvrages
,
à force de les comparer
les uns avec les autres..
Mais aprés tour , fi vous exigez
du Peintre des raiſonnemens
fur fa pratique , il vous
répondra , qu'il luy feroit impoffible
d'exprimer , par fes
paroles, les fecrettes regles, qui
font que fa main obeït à fon
genie. Il vous avoüera que
c'eſt une habitude , quife forGALANT.
23

me par le feul exercice , &
laquelle on ne peut faire comprendre
que par l'ouvrage
meſme...
Enfin s'il faut qu'il s'expli
que au long, ce fera d'une maniere,
qui ne vous fera pas plus .
fenfible , que s'il n'avoit jamais
manié le pinceau , de
forte que vous jugerez bientoft,
que la pratique ne rend
pas le Peintre fort habile à dif
courir de fon Art , quelque
neceffaire qu'elle puiffe eftre
à ceux qui le veulent exer
& vous ferez convaincu ,
cer ,
qu'il ne faut pas eftre Pein
24 MERCURE
tre de profeffion , pour écrire
fur la Peinture.
Si j'ay dit plufieurs chofes
que d'autres ont touchées auparavant
, je les ay tirées des
Auteurs Latins & des Italiens ,
principalement de Vazari &
de Lomaffe , qui font des plus
remarquables. J'ay appris le
refte de plufieurs Peintres habiles
, avec qui j'avois formé
quelque liaifon d'amitié , & de
la lecture de nos Ecrivains
François, l'Auteur des Remar
ques fur le Poëme Latin de
Dufrenoy , Felibien , & le petit
Anonime fur la Miniature.
Mais
GALANT.
25
Mais quoique ces excellens
Hommes ayent écrit fur le
mefme Art ; qu'ils fe foient aidez
fouvent des écrits de ceux
qui avoient auparavant parlé
de la Peinture ; qu'ils foient
quelquefois conformes dans
leurs fentimens , ils n'en font
pas moins charmans & moins
agreables , & ils font toujours
differens par leur methode.
C'eſt auffi dans l'ordre
dans la methode que j'ay fuivie
,& dans un foin exact d'expliquer
toutes chofes , qu'on
peut remarquer de la nouveauté
: principalement dans
Juin 1699 .
C
26 MRRCURE
le petit Traité d'Optique que
j'ay ajoûté à mon ouvrage , &
qui eft entierement de mon
invention , ne connoiffant
point d'Auteur qui en ait é
crit de cette maniere.
Et afin que vous fçachiez
d'abord l'ordre que j'ay fuivi
dans mon Traité , je l'ay divifé
en quatre Differtations,
Dans la premiere , je donne
des idées affez précifes de la
Peinture , par fa définition ,
& par fa divifion , traitant cette
matiere , comme fi je parlois
de la Rhetorique , où de
l'Art Poëtique , ou mesme
GALANT. 27
d'une veritable Science. Je
fais enfuite le parallele de la
Peinture & de la Sculpture ,
& je tache de faire comprendre
par les difficultez del'une
& de l'autre , combien elles
fe diftinguent des profeffions
vulgaires. Enfin puifque l'excellence
de ces Arts ne paroiſt
jamais mieux que dans
la beauté des ouvrages qu'ils
produifent , j'ay crû que je ne
me pouvois difpenfer de parler
de ceux de Nicolas Bachelier
, qui font à Toulouſe
la Sculpture , ce que les ouvrages
de Donatelle font à
Florence . Cij
pour
28 MRRCURE
Mais n'ayant pû comprendre
, dans les bornes d'une
feule Differtation , tout ce qui
peut eſtre avantageux à la
gloire de l'Art que je traite ,
jay ajoûtéun Supplement qui
contient ce que Quintilien a
dit en faveur de la Peinture ,
pour la mettre au nombre des
Arts Liberaux du premier ordre.
On y voit un abregé curieux
de l'Hiftoire des Peintres
de l'Antiquité , aprés ce
que Pline & quelques autres
en ont écrit . Puis venant aux
Reftaurateurs
de ce bel Art
dans les derniers ficcles , je
GALANT. 29
fais pareillement l'Hiftoire de
toutes les Ecoles modernes
de Peinture , où je parle fuccinctement
de ceux qui en
ont foûtenu la reputation ,
depuis qu'elles ont eſté formées.
Ma deuxième Differtation
eft fur le Deffein , qui fert de
baſe & de regle à plufieurs
autres Arts. J'explique ce
qu'on entend proprement par
le Deffein , & en fuite j'enleigne
une methode aifée & naturelle
pour s'y avancer. Je
parle encore des Maiſtres qu'il
faut tâcher d'imiter , & d'un
C iij
30 MERCURE
moyen tres - facile , pour faire
une Ecole dans Toulouſe , &
ailleurs où il fera jugé neceffaire
, afin que le public foit
toûjours pourvû de bons
Peintres , Sculpteurs & Architectes.
Et comme l'unique but du
Deffein eft , à mon avis , la
fcience de la Proportion , cet .
te Differtation eft de mefme
fuivie d'un fupplément , où je
parle de la ſtructure du corps
humain
, & où je rapporte
le
fentiment de ceux qui ont le
micux enfeigné les proportions.
Je commence par l'oGALANT:
31
pinion de Vitruve , puis j'explique
celle d'Albert Durer ,
laquelle j'ay taché d'abreger
& de rendre intelligible ; celles
de Philander, de Pompodius
Gauricus , du Seigneur
Barbaro Patriarche d'Aquilée
, de Jean Paul Lomaffe
Milanois, & enfin de quelques
autres plus modernes.
La troifiéme Differtation
traite du Coloris. J'explique
en premier lieu ce que c'eſt
que le Coloris parmi les Peintres.
J'y parle de la lumière
& des ombres. Je fais voir ce
qui en appartient au Deffein,
.

C iiij
32 MERCURE
& ce qui dépend de la couleur.
Je m'arrête quelques momens
fur la diftribution qu'on doit
faire des lumieres fuivant l'ordonnance
& le fond du Tableau.
J'explique ce que c'eft
que la rupture des couleurs
,
leurs effets & leurs tons. Je
propoſe les qualitez d'un bon
Coloris , & je touche comme
en paffant quelque chofe des
plus fameux Coloriſtes . Enfin
je fais remarquer les differentes
manieres de colorier qui
fe trouvent dans les meilleurs
Tableaux que nous voyons
expofez dans Toulouſe , fur
GALANT.
33
lefquels on peut faire choix
d'un bon Coloris.
Mais comme c'eft la partie
la plus pratiquée de la Peinture
, j'ay pareillement ajoûté
à cette Differtation un Supplément
, où aprés avoir parlé
de diverfes manieres de peindre
de l'Antiquité , & remar
qué celles qui fe font confervées
, & celles dont l'ufage
s'eft perdu , j'en propoſe d'autres
qui eftoient inconnuës
aux Anciens , & que nous avons
inventées. J'entre dans
l'Atelier du Peintre , où j'en.
feigne aprés ceux qui en ont
34 MERCURE
écrit , & fuivant ce que j'en ay
appris dans la converfation ,
plufieurs chofes qu'il faut obferver
dans l'ufage des couleurs.
J'indique celles qui font
propres à la Fraiſque, àªla Détrempe,
à Huile , & à la Miniature.
Je donne enfuite quelques
preceptes pour l'application
des couleurs dans la Miniature
, lefquels peuvent fervir
de regle dans toutes les
autres manieres de peindre.
La quatriéme Diſſertation
comprend tout ce qui concerne
la Compofition
que
j'explique avec ordre , comme
GALANT.
35
les autres parties de mon fujet.
Celle - ci renferme l'Invention
, l'Ordonnance , ou la
Difpofition , & la Convenance
, fur lesquelles je raiſonne
affez au long , en touchant
toutes leurs circonftances &
toutes leurs difficultez . En un
mot j'ai ramaffé dans cette
Differtation toutes les maximes
d'une parfaite Compofition
, & remarqué tous les vices
qui font oppoſez à cette
perfection . Aprés cela je tâche
d'infinuer des preceptes , pour
la conduite des jeunes Pein
tres par l'exemple de pluficurs
36 MERCURE
grands hommes , que je propofe
à imiter. J'ajoûte encore
un Catalogue de certains Auteurs
qu'on peut appeller la
Biblioteque des Peintres.
Mais parce qu'il eft impoffible
de bien compofer un
Tableau d'Hiftoire , fans entendre
l'Optique , j'en ay
donné quelques regles d'une
nouvelle façon dans un traité
feparé , aprés avoir obſervé
que celles qui font fondées fur
la proportion des angles aboutiffans
àun point de l'Horifon
, & fur les lignes Diagonales
, ne contentent pas toûGALANT.
37
jours la delicateffe des yeux ;
ce qui vient , peut- eſtre , de
ce que ces angles n'ont pas
la même proportion que le
rayon viſuel a avec les objets.
Que fi ma methode n'a rien
de furprenant par fon artifice ,
elle eft du moins remarquable
la feureté de ſa pratique ,
& par fa fimplicité, eftant toute
conforme à la nature . Ainfi
on en voit la demonftration
& l'effet à même- temps .
Outre l'infaillibilité de cette
methode , il y a beaucoup de
facilité dans fon execution ;
car il ne faut que mefurer la
par
38 MERCURE
grandeur du lieu où l'ouvrage
doit eftre peint ou appliqué ,
la diftance qu'il faut à l'oeil
pour le voir , & rapporter ces
mefures fur le papier , où aprés
avoir établi la grandeur des
figures de la premiere ligne ,
on trouve affez facilement
celles de la feconde & de la
troifiéme , pour faire un def
fein correct.
Au refte on comprendra
fans peine que j'ay eu principalement
en vûë les grandes
ordonnances , c'est- à - dire , les
grands Tableaux , qui ne ſe
peuvent accommoder qu'à de
GALANT.
39
vaftes lieux , pour fervir d'or
nement aux édifices publics ,
tenir lieu de lecture , même
aux plus ignorans , pour di
vertir , & pour inftruire également
toute forte de perſonnes.
En effet ne feroit - ce pas une
injuftice , de pretendre que la
Peinture ne puiffe fervir uniquement,
qu'à l'ufage des plus
opulens , qui s'imaginent
avoir
le droit de tenir les Tableaux
dans l'esclavage ? C'eſt pour
cela que nous voyons rarement
de beaux ouvrages expoſez
à la vûë de tout le mon
40 MERCURE
de , les particuliers les renfermant
dans leurs cabinets ,
comme dans des cachots , à la
maniere des trefors ; fi bien
que la pluſpart des habiles
Peintres fe font retranchez à
travailler en petit : ce qui eſt
une decadence de la Peinture ;
car comme elle n'eft qu'une
imitation , cette imitation eft
defectueufe , fi elle n'a pas du
rapport à la grandeur naturelle
des chofes qu'elle reprefente.
La neceffité qu'il y a d'em
bellir les lieux publics , afin
qu'ils en foient plus agreables
&
GALANT. 41
& plus rians , paroît aſſez par
le foin que nous prenons d'orner
nos Temples de plufieurs
manieres , pour inviter tout le
monde à les frequenter. Ce
font des fpectacles dans nôtre
fiecle , également propres à
plaire au peuple , & à l'attirer
à la pieté.
Il feroit à fouhaiter qu'il
n'y euft eu que de bons ouvriers
, qui euffent touché à
tant d'ornemens que nous
voyons dans nos Eglifes ; car
les connoiffeurs les regarderoient
avec une entiere fatisfaction
, au lieu qu'ils en con-
Juin 1699. Ꭰ
42 MERCURE
çoivent fouvent du dégoût ,
& le vulgaire même ſe feroit
une habitude de bien juger
des beaux ouvrages . Il en naîtroit
deux autres avantages ,
car les plus habiles ouvriers
feroient employez preferablement
aux ignorans , & nos
villes attireroient la curiofité
des étrangers , à l'exemple de
plufieurs villes d'Italie , qui
l'attirent aujourd'huy , comme
autrefois celles de la Grece
, qui fe difputoient entr'elles
la gloire d'eftre les mieux
ornées.
Si mon traité fur la Peintu
GALANT. 43
reſemble frayer le chemin à
cette grande politeſſe , ceux
qui aiment les beaux Arts ne
fçauroient defaprouver un
deffein qui touche leur inclination
, & dont le fuccés feroit
agreable & avantageux à
toute forte de perſonnes. Il
s'agit donc de la gloire & de
l'avancement des beaux Arts ,
plûtoft que de la reputation
de mon traité , & on ne trou
vera pas mauvais , que je prie
ceux qui connoiffent à fond
la Peinture , d'ajoûter ce qui
peut manquer à mon ouvrage,
d'en faire même une rigou-
Dij
44 MERCURE
reufe critique , de la donner
genereuſement au public , &
d'embraffer cette occafion ,
pour travailler de concert
avec moy , au progrez de ce
bel Art , puifque je n'auray
pas moins de joye , de voir
qu'il arrive à fa perfection
dans noftre Province, plutoft
par l'adreffe d'un autre que
par la mienne .
Les Arts , particulierement
la Peinture , qui eft le plus
beau de tous ne fe
> peuvent
perfectionner que par le foin
de plufieurs perfonnes,& dans
le cours de plufieurs années.
GALANT.
45
Quelque heureux que foit

le fuccez de la nation Italienne
dans les beaux Arts , on
convient que leurs Peintres
& leurs Sculpteurs ne font
pas arrivez au point de la perfection
où les ouvrages des
plus excellens hommes de
l'ancienne Grece eftoient parvenus.
On en juge de la forte
par les pieces de Sculpture
qui fe voyent encore parmy
les reftes de l'Antiquité.
Animons donc nos jeunes
Peintres à cette entrepriſe
par l'efperance d'égaler , &
mefme de furpaffer les plus
་་་ས་
46 MERCURE
habiles qui ont paru , puifque
nous voyons dans ces Provinres
beaucoup de feu & de jugement
en mefme temps , &
enfin toutes les qualitez neceffaires
pour y bien reüffir.
Pour moy , je me verrois
au comble de mes fouhaits ,
fi je pouvois me perfuader
d'avoir merité l'approbation
particuliere de ceux qui connoiffent
, qui pratiquent , ou
qui aiment la Peinture ; &
fi quelques autres eftoient
pouffez par mon exemple à
travailler fur la mefme matiere
.
GALANT.
47
Meffire Claude Cachet ,
Comte de Garnerans , Seigneur
de Balmon , Doyen
des Confeillers du Parlement
de Dombes , & Intendant de
la Souveraineté , mourut le
premier du mois paffé . Sa famille
eft l'une des plus diftinguées
de la Souveraineté de
Dombes , & devouée depuis
long - temps au ſervice des
Princes fouverains de ce payslà.
M. Cachet , qui vient de
mourir, a efté prés de cinquan
te ans en charge , & a rempli
fes devoirs avec tant de
diftinction,qu'il a efté regret
48 MERCURE
té non feulement dans fa Province
, mais encore dans les
Provinces voifines. Feu Son
Alteffe Royale Mademoiſelle
de Montpenfier en faifoit une
eftime particuliere , & l'avoit
honoré de fa confiance , auffi
bien que Son A.S.M.le Duc du
Maine. Il eftoit pere de Meffire
Benoift Cachet de Montezan
, premier Preſident au
Parlement de Dombes , dont
la reputation eft tres- connuë,
& duquel je vous ay parlé dans
d'autres lettres.
Je vous envoye une nouvelle
Propofition de M. Morien
GALANT. 49
rien fur la caufe du Tonnerre .
Il la traite fur le même principe
dont il s'eft fervi pour etablir
celle qui eft dans ma
lettre du mois de Mars tou
chant la caufe des Vents , ou
il eft auffi traité de l'air & de
l'eau, ne compofant qu'un feul
Element. Voici en quels ter
mes s'explique BAuteur fur
cette Propofition.
Les Airs eftant comme affou
pis & endormis quelque temps
avant, & lors qu'il tonne , cela
posé , je dis que cette fubftance
ou écoulemens des Aftres qui
fert de matiere a former & a
May 1699.
E
3
50 MERCURE
entretenir les Airs , defa nature
froide , lumineuse , active, ini
quiete , fluide & Spirituelle am
dernier degré , fe trouvant retenue
& envelopée des Airs qui
l'environnent jufqu'd kertaine
profondeur qu'elle a penetrée si
les Airs , dis je , étant pour lors
en repos dans cette region ,
cette matiere ne pouvant s'oun
vrir le paffagepourfe répandre,
Se mesler & fe confundra axec
les Airs , comme elle feroit par
des Vents qu'elle exciterait a
cette fin , fi les Airs n'étoient
point affoupis , par un effort de
fon activité naturelle , defroide
९ M
GALANT.
51
qu'elle étoit elle commence peu à
peu à s'échauffer , à fe cuire & à
s'enflamer de telle forte & juf
qu'à un tel degré de vehemence
, qu'elle contraint les airs de
s'ouvrir , premierement par des
éclairs fouvent reiterez , & à
force de les percer par differen
tes reprifes , elle ouvre un paffa
ge qui fe referme auffi toft, &
fort enfin avecfureur lors que la
matiere enflamée étant bien cuite
a pris fon degré de perfection.
Comme ce feu fpirituel & actif
eft environné de toutes parts des
Airs qui font froids , ilfait encore
des efforts extraordinaires
E ij
52
MRRCURE
pour fortir & pour s'étendre au
large. Enfin il fe dégage par de
nouveaux efforts , percant les
Airs
par
l'endroit où il trouve
moins de refiftance en faisant le
grand bruit que nous entendons ,
deforte que fes grondemens continuent
à fe faire entendre , tant
qu'il refte de cette matiere ardente
où elle s'eft formée , laquelle
fe confumant , s'ufant &
diminuant peu à peu par tous
ces coups reiterez que nous entendons
, & la matiere venant
à manquer , le Ciel reprend pou
à peu ſon premier état. Il faut
dire encore ce mot. Le nuage
GALANT.
53
obfcur qui paroift avant qu'il
tonne , où cette matiere fe prepare
; ce nuage, dis je, dont nous
ne voyons que lafuperficie , n'eft
pas plus un nuage que
L'autre
partie du Ciel qui n'eft pas fom
bre. Ilne paroift tel que parce
que cet endroit est échauffé dis
feu qu'ilrenferme , & c'est ce qui
Fobfcurcit , & enfuite le plus
groffierde cet Air obfcurci fe refout
en pluye , à cause qu'il a
efté échauffé de ce feu qui hafte
fon cours. fe conclus par tout ce
raiſonnement & je dis que la
caufe des Vents eft la même caufe
quecelle qui excite le Tonnerre ,
E iij
54 MERCURE
par rapport aux differentes difpofitions
des Airs, qui eftantplus
ou moins émeus , donnent plus
ou moins deprife à ces differents
effets de la nature, & lespluyes
qui tombent ordinairement
du
Ciel , font des Airs meuris que
Le Soleil a préparez
:
Quant à la caufe du bruit du
Tonnerre , ce n'eftpoint le chaud
& le froid qui l'excitent en fe
combattant l'un l'autre , comme
quelques uns l'ont cru, d'eft
que cette matiere & fubftance
recuite enflâmée parfon activitépropre
impatiente d'agir,
ayant efté retenue comme en priGALANT
. 55
fon entre les Airs tranquilles
alors & venant à rompre la pri-
Lon par degrands efforts , éclate
fait bruit en rendant & jettant
fon ame , lors que cette
matiere eft parvenuë juſque
fous les Airs duCiel , en deve
nant libre par les efforts qu'elle
4faits ,femblable en cela à quel
que furieux animal, lequel en
mourant poufferoit de grands
cris enfe debattant, mordant &)
égratignant tout ce qu'il rencontre.
Ces termes font hazardez
mais ils font entrer dans ma
penfee. Ce qui caufe les coups de
tonnerre reiterez c'est que cha
E iiij
56 MERCURE
que coup est une partie de cette
fubftance quifort avecfurie defa
prifon ne lepouvantfaire autrement
que par des efforts redou
blez Ellefe confume ainfi peu à
peujufqu'à ce que tout foitforti,
· tant cette matiere eft violente
impetucufe incapable de repos.
Si la region du Ciel où eft cette
matiere , pouvoit s'abaiſſer vers
nousjusqu'à une portée proportionnée
à fa vertu , & que de
tous les feux du monde l'on n'en
fift qu'un bien allumé de toutes
parts au deffous de cette region,
cet Air étoufferoit ce grand feu
avec autant defacilité , que nous
J
GALANT. 57
éteignons une petite bougie al-
Lumée. Cependant l'eau que nous
buvons tire fon origine de cette
fubftance, & de cet écoulement
des aftres , qui eft la matiere des
Vents , femblable à celle dont
Le Tonnerre s'eft formé, & enfuite
fert de matiere à former
à entretenir les Airs dont les
eaux feforment.
Quand j'ay écrit que cette matiere
dont les Ventsfe forment &
qui eft la même que celle dontfe
forme le Tonnerre, eftoit une fub-
Stance & écoulement des Aftres,
il faut entendre les Etoiles &
Les Planetes..
58 MERCURE
Je vous tiens parole en vous
envoyant les Vers qui ont efte
faits fur la naiffance de Monfieur
le Prince de Piemont.
Ils font de M.l'Abbé de Poiffi,
qui fait parler un Berger des
bords du Po.
SUR LA NAISSANCE
Ade Monfieur le Prince
de Piémont
Ο
UE tout celebre la naiffarce
D'unPrince auffi beau que l'Amour
;
Par des voeux immortels èternifons
jour
Qui vient remplir nôtre esperance.
Hoteffes ou fucré coupeau ,
Quiprefidez aux grundes chofes,
GALANT.
59
3 Kenézfemerfurfon berceau
Des Oeillets , des Lys , & des
Rafes.
Venez luy prefenter vos Lauriers les
plus verds
Un jour il aimera vos chanfons , &
vos vers .
Que n'ay -je d'Apollon , & le Luth
& la Lyre
Pour en tirer des fons harmonieux !
chanterois un Prince iſſu du fang
des Dieux
Et plein de cette ardeur que le Parnaffe
infpire ,
En termes plus pompeux on m'entendroitluy
dire
Croiffez , Prince , croiffez pour
nous donner des loix ,
Faites briller en vous les charmes
d'une Mere ,
60 MERCURE
Qui furpaffe en beauté la Reine
de Cythere,
Et par de rapides exploits
Montrez- vous digne Fils de vôtre
augufte Pere,
Que ce jour fortuné flatte bien nos
defirs !
Qu'ila d'inexprimables charmes !
Ce n'eft plus le temps des allarmes,
C'est celuy des plaifirs.
Le tranquille Piémont, & l'heureufe
Savoye
Font voir les vifs transports d'une
éclatante joye.
Tout retentit dans ces aimables
lieux
Du fon de nos Mufette
Et les zephirs officieux ,
Aux oreilles des Dieux
Portent pos chanfonnettes.
GALANT GI
Pan , le Dieu des forefts , à l'ombre
d'un ormeau,
Animant un doux chalumeau,
·Invente une danfe champêtre,
Où les Ris , les Amours & les Jeux
vontparoître.
Deja fur leurs Hautbois
Les Bergers affemblez rediſent mille
fois,
Croiffez , Prince , croiffez pour
nous donner des loix , 40
Faites briller en vous les charmes
d'une Mere ,
Qui furpaffe en beauté la Reine.de
Cythereseor
80
Et par de rapides exploits
Montrez-vous digne Fils de voftre
augufte Pere. A wa kubainik
Sur ces riants côteaux
Où nous conduifons nos troupeaux,
62 MERCURE
PRINCE, chacun fe livre aupenchant
qui l'entraine.
Mirtile & Corydon.
Ontgravé voftre nom
Sur l'écorce d'un chefne
Et l'entourent de fleurs
De diverfes couleurs.
Pour vous rendre en ces lieux un folemnel
hommage
Turcis, de verds gafons, vous éleve un
Hautet
Où doit fumer pour vous un encens
દ éternel : 9. ¿ 07 63 1lly
Dans un temple rustique ilplace vô-
Stre Image.
Chaque Pafteur
2 ! A fon exemple
sifov Vous dreffe un Temple o
Mais c'eft au milieu de fon coeur. 20
Voici une nouvelle DifferGALANT.
63
tation de M. l'Abbé Deflan
des , premier Archidiacre &
Chanoine de Treguier. Elle
eft fur le Purgatoire , & renferme
d'excellentes chofes fur
cette matière. 2o1 globtamati
of trahang on & oefiniti
A MÒN SIEUR
Sle Marquis de Langeron, Com
mandant les Galères du Po
nantiomi 291 yg roflidumur add
Ly a eu de touttemps des gens
de guerre qui ont fait profes
fion des belles lettres , c'est fe
tromper de croire que la piete,
la fcience , le gele pour la Reli64
MERCURE
gion , l'application pourfoutenir
défendre la verité, neſe troyventpas
à la Cour & à l'armée.
Saint Auguftin nousparle avec
éloge d'un Miniftre d'Etat qui
commandoit les armées. Cefage
Miniftre & ce prudent General
s'appelloit Boniface . Il eut ordre
del
e l'Empereur d'examiner fi on
pouvoit & fi on devoit reduire
les Donatiftes & les Ariens par
la force des Loix Imperiales ;
& comment on devoitfe compor
ter dans une circonstance fi deli
cate. Boniface avoit commerce
avec tous les Sçavans de fon
fiecle , mais il refpectoit faint
Auguſtin
GALANT. 65
Auguſtin commefon pere ; il le
confulta. Voicy comme il commence
fa lettre. Laudo & gratulor
& admiror, fili dilectiffime
Bonifaci , quod inter
curas bellorum & armorum
vehementer defideras noſſe
ea quæ Dei funt. Il luy dit enfuite
qu'il n'y a aucune liaifon
entre les Donatiftes & les
Ariens , qu'ils doivent eftre reduits
par les loix Imperiales ;
mais que cela fe doit executer
avec beaucoup de moderation ,
de douceur & de charité.
Ceferoit ici un bel endroit de
parler du zele , de la bonté, de
May 1699 ,
F
66 MERCURE
La charité , de la moderation de
Louis le Grand, l'Empereur des
François , quipar un zele digne
de l'admiration de tous les fiecles
, aprés avoir fait trembler
toute l'Europe ; aprés avoir reduit
tous les ennemis ou les ja
loux defa gloire , malgré toute
leur fierté , à luy demander la
paix , eft tout occupé à reduire
nos chersfreres feparez ; mais à
les reduire de la même maniere
dont Dieufe fert pour convertir
ceux qui fe revoltent contre la
fainteté de fes loix , en les pre
venant , en les recherchant, & en
les comblant de bienfaits.
GALANT. 67
Quellespourroient eftre les raifons
de nos freresfeparez de ne
fe pasfoumettre auxfaintes loix
de l'Eglife Romaine ? Ce n'eft
pas le culte des Images , ce n'est
pas l'invocation des saints , ce
n'est pas non plus l'article de
L'Euchariftie. F'ay justifié que
Eglife Romaine n'ordonne &
n'obferve rien qui ne foit conforme
à l'Ecriture & à la Tra
dition Apoftolique.
Vous me dites , Monfieur, qu'é
tant en Angleterre , vous y avez
vú dès Refugiez de France à qui
L'article du Purgatoire faifoit
de lapeine . Peut on avoir dë la
Fij
68 MERCURE
peine de penser à ce que l'on:
aime , de prier pour ses amis ,
pour ſes proches ? Il faut de
meurer d'accord que de tous les
plaifirs de la vie celuy d'aimer
d'eftre aimé eft le plus agreable,
leplus doux & le plus innocent.
Saint Paul dont le coeur étoit
fi dégagé, ne s'est jamais fervi
de termes plus pompeux que lors
qu'il s'eft expliqué fur la joye
qu'il reffentoit d'apprendre que·
Les anciens amis luy donnoient
de nouvelles marques de leur a
mitié. Gavifus fum vehementer
, quoniam refloruiftis pro
GALANT. 69
4
me fentire. Cet Apoftre eftoit
un ami tout penetré de reconnoiffance.
Dans le recit qu'il fait.
à Timothée de fes travaux apo
ftoliques , il fe fait un plaifir de
luy parler des fervices qu'il a
reçûs d'Onuphrius .Il m'a cherché
& trouvé à Rome ;que la miferi
corde du Seigneurfoit fur toute
Lafamille, quia fæpe me refrige
ravit ; maisfur toutje prie Dieu
de luy faire mifericorde aprés.
fa mort. Det illi Dominus in
venire mifericordiam à Domino
in die illa. L'Apoftre prie
Dieu de pardonner à Onuphrius
aprésfa mort. Ne doit- on pas de
70 MERCURE
là conclure deux chofes , l'une
que l'on doit prier pour les dés
funts , l'autre qu'il y a des pe
chez qui font pardonnez dan's
l'autre vie. Le même Apoftre
voulant prouver aux Corinthiens
la refurrection de nos
corps , fe fert d'un argument
qu'il tire de l'usage de certains
Chrétiens, qui voyant que leurs
amis ou parens eftuient morts
fans baptême,fe faifoientbapti
fer en leur nom , ſe perſuadant
que le Baptême devoit avoir la
même vertupour le foulagement
des défunts , qu'en a lejeune,
Laumône & la priere ; & d'eft
GALANT. 71
Dexplication de Tertullien au L,
de la Refurrection & au L. 5,
contre Marcion , qua ratione
alii etiam carni ut vicarium
baptifma profuturum exiftimarent
ad fpem Reſurrectio
nis:
C'étoit une erreur que l' Apoftre
n'approuvepas , probat tamen
intentionem quam habebant
juvandi defunctos , dit le docte
Bellarmin , d'oùje tire ma preuve
que du temps de faint Paul
l'onprioitpour les défunts.
Ce grand Apoftre qui eftoit f
fçavant dans la tradition de
LAncien Teftament , avoit vú au
72 MERCURE
chap. dernier du premier Livre
des Rois , qu'un malheureux
Prince ayant efte defait par les
ennemis , fon corps fut expofe
avec ignominie. Ses fidelles fujets
allerent enlever ce corps e)
pafferent fept jours dans lejeu
ne , la douleur & l'affliction ,
& jejunaverunt feptem diebus.
Le venerable Bede , qui eftoit au
buitiéme fiecle l'Oracle de l'Eglife
Anglicane , fe fert de cette
Hiftoire pour prouver le Purgatoire.
Il explique le jeune pro
mortuis ut ad requiem pervenire
valeant. C'eftoit la couftu
me des Fuifs de donner aux
pauvres
GALANT.
73
"
ce
Pauvres du pain & du vin au
jour de leur décés , ou à certains
jours deftinez ; mais ce pain
vin eftoient portez auparavant
fur les Tombeaux ; & c'est ce que
Tobie ordonne à fon Enfant : d'où
Luther prend occafion de conclure,
que les aumônes foulagent les Dé.
funts. C'est dans fa Conference
intitulée , Difputatio Lipfica ,
où il dir , Ego qui credo fortiter
, imo aufim dicere , fcio
effe Purgatorium , quod facile
probare poffum ex Scriptura.
Nous avons dans l'Hiftoire
des Machabées une preuve inconteſtable
de la Priere pour les
Juin 1699.
G
74 MERCURE
Défunts. Il ne s'agit pas joy
de difputer fi ces Livres font
canoniques , ou non , il me feroit
facile de le prouver. Ayons du
moins , dit Bellarmin , la mefme
confideration pour cette hiftoire ,
que nous avons pour l'hiftoire rap .
portée par Tacite , ou par Tite.
Live. Il eft constant qu'en l'an
163 avant l'Incarnation , il ༡
avoit un fameux Capitaine nomsné
fudas Machabée ; que ce Capitaine
ayant efté averti de la
marche de Gorgias , General de
l'Armée ennemie , l'attaqua ge
nereufement . Aprés la Bataille il
retourna pour faire enlever les
GALANT .
༡s
Morts, dont quelques uns avoiens
une certaine monnoye qui avoit
efté prefentée aux Idoles . Ce faze
Commandant attribua cetie faute
, non au mépris de la Loy , mais
à l'imprudence , à la legercté, à la
mifere à l'ignorance du So’das .
Ilfçavoit que la priere pour les
Défunts eftoit ordonnée par la
Loy; c'est ce qui lengagea
voyer en Feruſalem Jerufalem une fomme
pouroffrir des Sacrifices en faveur
de ces Soldats. La fomme eftoit
confiderable , puis que douze mille
drachmes d'argent de la monnoye
Judaïque font de noftre monnnoye
neuf mille deux cens cinquante,
d'en.
Gij
76 MERCURE
quatre livres cinqfols dix deniers
& demy & un huitiéme. Je n'ay
jamais vû que l'on ait conteftéaux
Fuifs lapoffeffion où ils eftoient de
ab
prier pour les Défunts. Comment
eust.on pú la leur contester , puis
que l'Auteur de l'Ecclefiaftique
,
qui vivoit prefqu'au même temps
queJudas Machabée ,
nous dit
c. 7. & mortuo ne prohibeas
gratiam ; vous qui avez obligation
à vos Proches à vos amis
qui vous ont élevez , ne refuſez
pas quelques aemones , quelques
prieres pour les foulager . Mortuo
per eleemofynas præfta mife .
ricordiam , dit S. Chryfoftome.
GALANT. 81
dangereux Ennemi demanda
estre reçu Chreftien : Ilfut refufé.
Il protesta qu'il eftoit charmé d'une
Religion qu'il avoit perfecutée. Il
donna des preuves de fa foy , il
compofa fon Commentaire fur les
Pfeaumes de David , par l'ordre
de deux Evêques & huit livres
qu'il intitula , Difputes contre
les Gentils . Nous voyonsfur la
fin du quarriéme livre , l'ufage de
la Priere pour les Défunts ; ilfe
plaint hautement de la dureté des
Magiftrats Payens . Si vous aviez,
leur dit il , quelque fentimens
de Religion , pourquoy ne
brûlez vous pas vos Livres , vos
82 MERCURE
Teatres , où on ne lit on ne
voit que defolation ; nam no.
ftra quidem feripta cut ignibus
meruerint dari ? Cur immaniter
conventicula dirui?
in quibus fummus Orator
Deus , pax cunctis & venia
poftulatur, Magiftratibus , exercitibus
, Regibus , familiaribus
, inimicis. Pourquoy avez.
vous la cruauté de nous chaffer de
nos affemblées, où nous prionspour
les Rois , pour les Magiftrats,
pourles Generaux d'arméees , pour
nos amis , pour nos ennemis ? Voicy
l'article de la priere pour les Défunts:
nous prions pour ceux qui
GALANT. 83
wivent , & pour ceux qui font
delivrez des miferes de cette vie:
adhuc vitam degentibus , &
refolutis corporum vinctione,
Si vous me demande pourquoy
je viens de dire qu ' Arnobe
n'a pas efté fufpest d'eftre Montanifte
, en voicy la raison . Les Proteftans
d'Allemagneſe voyant ac
cablez comme d'un coup de maffue
de l'autorité de Tertullien , qui détruifoit
leur nouveau fiftême , s'a
viferent de publier qu'il eftoit
Montanifte , c'est à dire , dans l'er
rear de ceux qui avoient efté les
premiers àprier pour les Défunts.
Il n'y avoit pas debonne foy dans
84 MERCURE
que
ce procedé , car il efſt tres.conſtant
Tertullien compofa fon livre
de la Couronne du Soldat pour
l'Eglife , Schulterus , le plusfça :
vant des Docteurs Lutheriens ,
dans l'examen des Ouvrages de
Tertullien , Librum hunc de
Corona militis , pro Ecclefia
fcripfit , & in ulum Ecclefiæ.
Pour peu que l'on ait de fami.
liarité avec Tertullien , I on fçait
le motifqu'il eut de défendre la
caufe d'un Soldat Chreftien, quiau
jour deftiné par l'Empereur pour
faire des largeffes publiques dans
toute l'étendue de fon Empire , fe
prefenta ayant fa couronne militaire
GALANT. &
taire dans la main , & nonfur
la
tefte, comme les autres Soldats Le
Tribunfurpris de cettefingularité,
ayans fceu qu'il eftoit Chre.
ftien lefit dans l'inftant conduire en
prifon. Ce mouvementfit du bruit,
Tergullien fe crut obligé d'en
reprendre ladéfenfe de ce Soldat.
Il intitula fon Livre , De la
Couronne du Soldat. Ilfe pro .
pofe d'abord cet argument , Ubi
fcriptum eft ne coronemur ?
Où eft il écrit qu'un Chreftien ne
doive pas estre en public la Cou .
ronnefurla tefte ? Et il répond en
meſme remps , ubi fcriptum fit
ut coronemur ? Je vous deman.
Juin 1699.
H
86 MERCURE
c'eft
de , où eft ce qu'il eft écrit qu'un
Chrestien doive eſtre couronné ?
Mais puis qu'il n'y arien d'écrit,
que ferons- nous , &àquoy nous
déterminer ?« Il faut s'attacher à
la tradition. Ce feul Türe fuffic
pour prouver noftre créance ; Solius
traditionis titulo ,
ce qu'il prouve. Où trouvons .
nous qu'ilfaut recevoir l'Eucha ·
riftie à jeun , & des mains de nos
Prefidens ? Où lifons- nous quepar
respect pour l'Euchariftie al nous
eft défendu de laiffer tomber àterre
aucunfragment depain, ny aucune
goutte de win ? Où est il écrit que
dans toutes nos actions nous des

GALANT 87
vons faire le figne de la Croixfur
lefront ? Mais enfin où voyonsnous
cette pratique obfervée fi
exactement , qui est d'offrir des
Sacrifices , & de faire des Prieres
en certains jours destinez pour les
Défunts : Oblationes pro de
functis annua die facimus.
Voilà un terrible coup de maffuë
, que terraffe les Protestans ,
fans qu'ils puißent s'en relever.
Les Proteftans d'Allemagne
antpourtant voulu répondre mais
inutilement. La fincerité de Selul
terus, & la bonnefoy deCalvine
de Pierre Martyr les ont defolez
Le premier dans fa Theologie L. 1.
Hij
88 MERCURE
1
c. 1. Calvin au l. 3. defes Insti
tutions c 5. § . 10. & Pierre Mar.
tyr in 1. Cor c. 3.
Calvin reconnoit que
de tout
temps on a prié pour les deffunts.
Ulu receptum fuit ut precationes
fierent pro defunctis.
Pierre Martyr fait le même
aven. Solet nobis ob ici Ecclefiam
femper oraffe pro de.
functis , quod quidem non
inficior.
Je ne dois pas m'arrester à
prouver que Eglife Grecque a
toûjours cru , & croit encore qu'il
fautprier pour les defunts . Ilfuffic
de lire Gennadius dont j'ay parlé,
GALANT. 89
qui cite Saint Damaſcene , & le
grand S. Bafile. Si on en doutoit,
il feroit facile de rapporter l'hif.
toire du Concile de Florence . Trois
Evefques deputez declarerent an
Pape Eugene IV. que cet article
n'avoit jamais donné lieu à la
Separation. L'article du Purgatoi .
re eft fort amplement décidé dans
ce Concile , du confentement de
l'Eglife Grecque.
Je trouve mefme , en lifant les
Synodes de Constantinople , que
quelques Grecs porterent la chofe
trop loin. Ilsfe perfuaderent qu'il
estoit important de mettre l'Eu .
charistie dans la bouche de leurs
H iij
90 MERCURE
-
amis qui eftoient morts fans avoir
pú la recevoir , afin que dans le
Purgatoire leurs ames fuffentfoulagées.
Cet abusfut corrigé au fi
xiéme Synode, Canon 83. Nemo
mortuorum corporibus Euchariftiam
communicet ; &
nous voyons dans le Rituel des
Grecs , que tous les Samedis , fine
gulis fabbatis , estoient destinez
à la Priere pour les Défunts. Il
y avoit de plus, deux grandes So
lemnitez , le Samedy avant le
Carefme , & le Samedy avant la
Pentecofte.
Jay eftéfurpris de voir que le s
*plus fçavans hommes de nostre
GALANT gr
fiecle , ne fe font pas empreße de
répondre , lors que Mrs de la Religion
Pretendue Reformée ont
oppofe l'article du Purgatoire ,
comme un fujet legitime de feparation
.
En l'an 1628. M du Pleffis
Mornay publia un gros Livre
contre l'Eglife Romaine , où ilfit
grand bruit en parlant du Purga.
toire. Il pretend que Pelage a esté
le premier qui a introduit dans
1 Office la Priere pour les Morts,
que le Pape S. Gregoire a fortifié
cette coutume en l'an 1623 .
M'Coiffeteau & M Deflandes
eurent ordre de la Cour de répondre
92 MERCURE
Ace Livre, qui avoit pour titre ,
Miftere d'iniquité . F'ay lú l'o
riginal de la réponſe. A la page
372. ces deux Prelats renvoyent
M' du Pleffis à Calvin & à
Pierre Martyr , qui ont reconnu
la Priere pour les Défunts d'un
temps immemorial . Ils luy difent
quefesbons amis d'Allemagne l'ont
trompé. Eft ce que Pelagius n'eft
pas venu longtemps aprés Saint
Auguftin , qui parle fi diftincte.
ment de la Priere pour les Défunts,
& qu'ily a des peche qui feront
remis dans l'autre vie ? Ces deux
Prelats paffent à un autre sujet.
·Lifant les Ouvrages de S. AuguGALANT,
93
30
"
ftin,j'ay trouveheureusement lendroit
, où il fontient par l'autorité
de l Ecriture , qu'ily a des pechaz
qui feroat remis en l'autre vie.
Ceftaul. 27 de la Cité de Dien ,
c. 24 où il difpute contre ceux qui
attribuoient un fi grand pouvoir
aux prieres des Saints , qu'ils
croyoient que les plus borribles
crimes feroient pardonnez au fu
gement dernier. Il prend occafion
de parler de la Priere que l'onfait,
non pourtous ceux qui font morts,
nam pro quibufdam defunctis
, vel ipfius Ecclefiæ , vel
quorumdam piorum exauditur
oratio. Et un peu aprés , ne94
MERCURE
que enim de quibuſdam veraciter
diceretur , quod non eis
remittatur , neque in hoc faculo
, neque in futuro , nifi
effent quibus, & fi non in ifto ,
tamen remittetur in futuro.
En 1617. les quatre Miniftres de
Charentonprefenterent au feu Roy.
une fuplique , qui contenoit dixneufarticles
de leur créance. A la
quatriéme fection ces Meffieurs
difent , Sire , nous ne reconpoiffons
autre Purgatoire de
nos péchez , que le Sang de
Jeſus - Chrift.
M de Richelieu, qui eftoit pour
lors Evefque de Luçon , dans fa
GALANT. 95
Replique , dic d'abord àces Meffieurs
? Ne difputons plus,nous
voilà d'accord ; car fi par le
mot de Purgatoire vous enrendez
, non le lieu , mais la
caufe parlaquelle nos pechez
font purgez , nous fommes
d'accord , puis qu'en ce fens
nous enſeignons qu'il n'y a
point d'autre Purgatoire que
celuy du Sang de J.C.
Nous difons bien avec S. Auguftin
, qu'ily a d'autres chofes
comme le Baptême , la parole de
verité , le ſacrifice d'un coeur contrit
, les aumônes qui nettoyent les
hommes , mais d'autant qu'ils ne
96 MERCURE
purgent point par leur propre for.
ce , mais par la vertu du Sang de
Jefus Chrift , on ne peut pas dire
qu'ily ait un autre Purgatoire ,
puis qu'ils ne purgent que par
dérivation de la vertu du Sang
de 7. C.
Je nepuis me despenser , en finisant
, de me plaindre de Calvin
& de Pierre Martyr , qui ne crai
gnent point de fe contredire en
avançant qu'il n'y a eu que le com
mun des Chreftiens qui ait crû le
Purgatoire. Vulgus Chriſtianorum
coepiffe orare pro
mortuis .
Lactance eftoit il du commun
du
`GALANT. 97
Peuple Cet éloquent Difciple
d'Arnobe , aul . 7. c. 23. de Divino
Præmio , nous parle diftin .
Etement du feu du Purgatoire.
Tum quorum peccata pondere
vel numero prævaluerint,
perftringentur igni , atque)
comburentur. Saint Hilaire
eftoit - il unhommede la lie du Peu
ple ? Il nous dit : In igne fubeunda
funt gravia illa fupplicia ,
expiandæ à peccatis animæ,
L'Empereur Conftantin , au
rapport d'Euſebe , coulut eftre
enterré dans une Eglife , où il
avoit remarqué que l'on faifoit
merveilleufement bien l'Office di
Juin 1699
I
98 MERCURE
vin , ut fieret particeps orationum.
Eufebe , qui eftoit prefent
aux abfeques de cet Empe.
reur , nous dit que les Enfans fuivoient
fon corps avec tous le Cler
rapporte les ceremonies de
ge,
ret au
337.
ces Funerailles l'an Theodo .
u 1. s . de fon Hiftoire , c . 36 .
nous apprend que Theodofe le feu.
ne fe profterna jufqu'à terre en
prefence des Reliques de S. Chry.
foftome , & pria pourfon Pere Atcadius,
pourfa Mere Eudoxia ,
qui eftoient décedez Pourroit on
en parlant de la pieté de cet Em .
pereur , fe dispenser de parler du
Zele de l'Empereur des Françou?
GALANT. 99
Louis le Grand n'oublie rien pour
attirer nos chers Freres feparez.
Caffiodore confeille à fon Prince
d'imiter cette Mere , qui voyant
fon Enfant fur le bord d'un précipice
, fe donna bien de garde de
l'épouvanter , elle l'appelle , elle luy
montre fon fein , pour l'engager à
revenir. Peut on voir une conduite
plus charmante , plus douce , plus
charitable que celle de noftre grand
Monarque, pour gagner nos Fre.
res feparez ?
Revenez donc , nos tres chers
Freres , venez hardiment. L'a.
mour paternel que Louis le Grand
conferve pour vous , eft un élo-
I ij
100 MERCURE
?

quent Avocat qui plaide pour
vous. Que l'éclat majestueux que
chacun revere fur le front de no .
fire Souverain, que cefacré vefti .
ge du doigt de Dieu que l'on
admire , que toute cette majesté ne
vous éloigne pas . C'est un Pere qui
va au devant de vous ; c'est un bon
Pafteur qui vous cherche ; c'eſt le
Fils Aifné de l'Eglife qui vo
follicite qui vous appelle qui v
tend les bras . Votre retour fera
la joye de fon coeur . Cet income
parable Monarque fait la joye de
Eglife. Matrem filiorum læ
tantem. Il faut une cloquence di.
vine pour parler du zele , de la
vous
vous
GALANT.
ioi
pieté, de la charité de Louis le
Grand,
La Pofterité pourra t elle croire
ce que nous voyons ? Les Souve
rains Pontifes , les Princes qui
regneront , s'accorderont touspour
reconnoiftre que Louis le Grand
eft digne de l'admiration de toutes
les Nations .
Magnificentiam
gloriæ fanctitatis tuæ loquen .
tur , & mirabilia tua narra²
bunt. Pfal. 144.
a
La Piece que vous allez lire
aefté prefentée à l'Academie
des Jeux Floraux de Toulouse .
Elle eft fort à l'avantage de
I isj
102 MERCURE
celles de voſtre Sexe , dont le
beau genie rend nos meilleurs
Poëtes jaloux de leur plaire.
APOLLON
Sur la création des nouvelles
Muſes.
FI's
I's du grand Jupiter , toy que le
Pinde adore ,
Apollon , embrase mon coeur ;
Si dans les jeux d'efprit je n'ay pu
vaincre encore ,
Fais qu'aujourd'huy je fois vainqueur.
20
Ah , j'ay beau madreffer à l'ardeut
qui t'enflame ,
Tu me refules ton fecours !
GALANT : 103
Le Ciel m'a fait naiftre homme , & fi
l'on n'eft point femme ,
Vous autres Dieux faites les
fourds .
$
Le Sexe en tes Eratstrouve one libre
entrée ,
Sans crainte il erre en res forefts,
Et maitre du wrefor de ta fource facrée
,
Avide il y boit à longs traits,
20
Ne fuffit-il donc pas qu'il ait pour
fon partage
Une beauté feure du prix ?
Triomphant de nos coeurs , aura- t - i
l'avantage
De triompher de nos efprits ?

Rome vit autrefois l'infortuné Ti
bulle
I iiij
104 MERCURE
Par N.rée accablé de fers ;
Mais Rome ne vit point Lesbie avec
Catulle
Difputer l'Empire des Vers .
S
Fremiffant au feul nom de l'affreufe
Satyre,
Les Femmes des Siecles paffez
Sçavoient coudie , filer , & peutestre
, un peu lite ,
E : c'etoit bien fans doute affez .
23
Une feule jadis foigneufe de te
plaire,
Sir le Pinde voulut monter .
La Grece l'admira , mais quel fut fon
falaire ?
L'Amour vint l'en précipiter.
2
Tour a changé de face , autant que
dans Versailles
GALANT. 105
On voit aujourd'huy de Heros ,
Autant que les Bourbons ont gagné
de Batailles ,
La France compte de Saphos .
2
Ah, crois -tu , Dieu des Vers , qu'icy
l'on s'accommode
De voir le Sexe à tes genoux ?
Non , Fille , & Femme , Auteurs , font
une étrange mode
Quichoque l'Amant & l'Epoux,
2
Les Mufes du vieux temps, tes Compagnes
fidelles ,
Ne grondent pas moins à leur
tour ,
Quand tu viens entouré de ces Mufes
nouvelles
Groffir leur nombre chaque jouri
S
N'entendras-tu jamais les fçavantes
injures
106 MERCURE
Qu'elles vomiffent contre toy ?
Leurs foupirs redoublez , leurs menaçans
murmures
Ne te rempliffent pas d'effoy ?
$
Calliope fe plaint qu'aux bords de
THippocrene
La Camus tient le même rang,
Que parmy nos grands noms aux
rives de la Seine
Occupe fon illuftre Sang .
2
Que de Mortaing y
trop d'empire ,
brille
avecque
Que l'aimable Bataille & la fçavante
Itier
Touchent fi galamment la Lyre,
Qu'elles ont les encens de tout le
monde entier.
S
Que nous fort dit Clio , que Suze
& des Houlieres
GALANT.
107
Se taifent au fejour des Morts ,
Si d'Encauffe en dépit des Parques
mutinées,
Les fait vivre en les doux accords .
2
Scudery, Lheritier regnent dans ton
Empire ,
Thalie en murmure à l'écart ,
Ett'accufe en pleurant d'avoir donné
ta Lyre
A l'ingenieule Bernard .
S
Si ton coeur infenfible à tant de
juftes plaintes ,
Laiffe aux vents emporter leurs
cris ,
Ah , du moins , fois touché des legitimes
craintes
Qui tourmentent tes Favoris.
2
Nos François, Succeffeurs de Virgile
& d'Horace ,
108 MERCURE
Craignent que le peuple coiffé
Ne vienne les chaffer du fommet du
Parnaffe ,
Aprés en avoir trionrphé.
S
Si jadis les attraits de l'ignorante Helene
Mirent le troublé en l'Univers ,
Ah , que ne fera point la cohorte
hautaine
Des beautez Faifeufes de Vers?
Ouy , toy. mefme bien -toft n'ayant
que ta Muzette ,
Tu leur cederas ces cofteaux .
Oh, qu'on va rire alors de te voir
chez Admette ,
Pour vivre , garder des troupeaux.
S
Préviens un deshonneur qui menace
ta gloire;
GALANT. 109
Ata honte le Sexe eft né.
Veux- tu bien le hair Rappelle la
-
mémoire
}
De l'affront que luy fit Daphné,
S
4 93
Maisje te T parle en vain , déja tu te
prépares
A couronner quelque autre Iris.
Et bien , que de tes dons tes mains
me foient avares ,
Je fçay méprifer tes mépris.
S
Bien toft fier du fuccés de mes nou
velles rimes ,
Je vais dans le facré Vallon ,
Me voir vangé de toy par ces efprits
fublimes ,
Dont chacun vaut un Apollon .
13
110 MERCURE
Tout ce qui peut eſtre utile
à la fanté , mérite qu'on le recherche.
C'eſt ce qui m'obli .
ge à vous envoyer une copie
de ce qu'a écrit M' Pujol ,
Medecin de Saint- Ibars & de
la Baftide , fur la frequente
Saignée.
2515
A MONSIEUR
***
J'a
'Apprens , Monfieur , avec
beaucoup de plaifir , que les
autoritez & les raifons dont
je me fuis fervi dans ma der-
})
I
niere Lettre , pour prouver
** qu'il ne falloit pas purger dans
GALANT. III
le commencement des Fiévres
continuës ( à moins que les
humeurs ne fuffent turgentes )
ont efté de voftre gouft , &
comme vous defirez que je
vous diſe ma penfée fur le
frequent ufage de la Saignée,
qui fait aujourd'huy la prati
que ordinaire de la plufpart
des Medecins , j'entre d'abord
en matiere , & dépouillé de
toute préoccupation , je vous
diray que la frequente Saignée
eft un pur abus , & qu'elle
eft plus nuifible aux malades
, qu'avantageufe , puis qu'
elle les expofe à des miferes
fans fin.
112 MERCURE

Vous ferez convaincu de
cette verité, fi vous lifez atten
tivement les reflexions que je
vais faire fur cette matiere, qui
eſt de la derniere conſequence
, puis que toute la Medecine
roule particulierement
fur la Saignée &fur la Purgation
, qui font les deux grands
Remedes directement oppofez
à la Plethore & à la Cacochymie
, que nous pouvons
avec jufte raiſon appeller les
deux fources de toutes les infirmitez
de l'homme.
Il eft conftant , Monfieur ,
que la Saignée eft le plus
GALANT.
prompt , le plus efficace , & le
plus falutaire remede de la
Medecine, fielle eft ordonnée
à propos , & reïterée avec mó .
deration ; mais il faut auffi
avouer que lors qu'elle eft fai
te à contre temps , frequem.
m nt & fans mefure , elle procure
aux malades mille defor
dres , & les jette dans un pi
royable eftar.
Je trouve qu'il y a dans le
monde deux fortes de Medecins.
Les uns font extréme .
ment prodigues du fang , &
les autres en font extrémement
avares , & comme les
K
Juin 1699.
114 MERCURE
derniers perdent leurs mala
des , pour ne leur faire pas tirer
fuffisamment du fang, les premiers
au contraire les perdent
pour les faire faigner , ou trop,
ou trop frequemment .
On ne peut douter qu'il n'y
ait des occafions dans lesquel
les la frequente Saignée eft
fort dangereuse , fur tour ,
quand elle eft faite dans les
indifpofitions qui n'en ont pas
befoin , & c'eft l'erreur ordinaire
de la plupart des Chirurgiens
de la campagne , qui
pouffez par un intereſt fordide,
faignent indifferemment
P
GALANT.
Is
& frequemment dans toutes
fortes de maux , les perfonnes
qui les appellent . Ils ne le
contentent pas d'épuiter leur
fang, ils épuifent encore leur
bourſe , & leur oftent fouvent
la vie avant l'ordre établi par
la nature , puis que fans ces
frequentes Saignées ils au
roient fans doute vêcu plus
longtemps. Je veux cependant
aujourd'huy leur apprendre ,
pour mettre leur confcience
en repos , qu'ils ne devroient
jamais s'ingerer de faire au
cune Saignée fans l'avis d'un
fage & habile Medecin ,à qui
Kij
116 MERCURE
feul il appartient de connois
ftre à fond , & de raiſonner
jufte fur la nature & les caufes
des maladies , d'en prévoir
toutes les fuites , & d'en choisir
tous les remedes propres &
convenables pour les détruire.
Jene nieray pas que la Saignée
ne foit utile & d'un grand
fecours dans de certaines ma .
ladies;mais fon frequent ufage
la rend fi préjudiciable aux
malades , qu'elle les conduit
infenfiblement au tombeau.
Or comme une longue expe
rience ma fait connoiftre les
terribles accidens qui ont dé
GALANT.
117
concerté ceux qui ont em
braffe l'une ou l'autre de ces
deux opinions fi oppofées , je
ne fais pas de difficulté de
prendre le milieu , qui eft la
voye la plus feure & la plus
raisonnable , qu'on doit ſuivre
pour le conduire heureufe
ment dans l'ufage de ce grand
remede , Medium tenuere beati,
& medio tutiffimus ibo .
Cela fuppofe , je dis fans
hefiter , que la frequente Saignée
eft un pur abus . Premie
rement, parce qu'elle empê
che les crifes dans les Fiévres
continues & malignes , dans
118 MERCURE
lefquelles la nature fait éclôre
fes miracles , fi elle n'eft pas
troublée dans fes deffeins. Se .
condement, parce qu'elle jette
la plufpart des malades dans
des Hydropifies incurables .
Pour avoir une juſte idée &une
claire intelligence
de ma pre
miere propofition , il faut ſçavoir
qu'il n'y apoint de remede
plus leur & plus puiſſant pour
tirer d'affaires un homme qui
eft attaqué d'une Fiévre continue
ou maligne , qu'une parfaite
crife. C'est le lentiment
de Galien , cap. 3. lib. 3. de crif.
où il dit que les Fiévres conti
GALANT. 119
nuës fe terminent , ou par les
fueurs , ou par les urines , ou
par les diarrhées , ou par le
vomiffement. Or afin qu'une
crife foit bonne & loüable ,
elle a beſoin de trois chofes ,
fçavoir de la coction des humeurs
morbifiques
, de la ſeparation
des utiles , & enfuite
de
l'évacuation . Ad crifim perfectam
tria requiruntur , coctio
humoris morbifici ,fecretio & expulfio
, comme enfeigne le même
Galien , Com. Aph. 22 .
fect . 4. La coction eft abfolument
neceffaire , puis qu'elle
marque la viteffe & la fecurite
J
122 MERCURE
rapide , formée de la plus pure
& de la plus fubtile partie du
fang ,font les principaux inftrumens
donc la nature fe
fert pour faire heureuſement
fes fonctions ; & fices parties
fpiritueufes du fang , qui donnent
le mouvement à tout le
corps , ont efté épuisées &
diflipees par le frequent ufage
des Saignées , comme il n'en
faut pas douter , la nature ,
qui ne fubfilte que par leur
fecours, nefera jamais en eftat
de fe debarafler de ces humeurs
corrompues par une
¡criſe avantageuſe! C'est pour
J
GALANT. 133
.
* cela que M' de la Chambre dit
fort fçavamment, que le mouvement
des efprits ne le fait
que pour communiquer la
chaleur vitale à toutes les par
ties , pour leur porter le fang
dont elles fe doivent nourrir ,
& pour tranfporter les hu
meurs d'un endroit à l'autre.
Or comme le frequent uſage
des Saignées qu'on employe
dans les Fiévres continues &
malignes , affoiblit extrémement
la nature , & luy ofte les
forces qui confiftent dans le
fang , & dans les parties actites
, & volatiles , elle tombe
Lij
124 MERCURE
dans l'impuiffance de cuire
les matieres vitieufes qui cau .
fent la Fiévre , de les feparer ,
& de les vuider pour la gueri
fon ou pour le foulagement du
malade. Quelle crife, de grace,
peut on fe promettre d'une
nature affoiblie , & comme
mourante , puis que les efprits
ont efté épuifez & comme
aneantis ; & fi la nature ne
peut agir fans l'aide du ſang ,
des efprits & de la chaleur naturelle,
qui font, comme nous
avons déja dit , les inftrumens
dont elle fe fert pour arriver à
fes fins, que peut- on attendre
GALANT
125
de cette frequente effufion de
fang en faveur des malades
que le defefpoir de leur rétabliffement
, puis qu'on luy a
ofté les armes avec lesquelles
elle auroit puiffamment com .
battu la maladie ?
Que diriez-vous d'un convalefcent
, qui eftant revenu
de fa maladie , & ayant de la
peine encore à fe foutenir ,
voudroit fe battre contre un
homme gay , frais & robuſte ?
Vous diriez fans doute , qu'il
auroit perdu le ſens , puis que
fa grande foibleſſe ne luy per.
mettroit , ny de l'attaquer , ny
Liij
126 MERCURE
de fe défendre. Voilà , Monfieur,
le veritable portrait de la
nature affoiblie & épuiſée par
le frequent ufage des faignées,
qui ont efté faites dans une
Fiévre continue ou maligne.
Les mauvaiſes humeurs l'emportent
ſur elle , & nous voyons ~
tous les jours , que tant s'en
faut qu'elle ait affez de force
pour livrer bataille contre fes
ennemis , & pour ſe titer d'af.
faires , qu'au contraire elle
n'eft pas ene
dre,fi ce n'eft rres foiblement,
& par là elle eft obligée de fuc denc
comber par la violence de la
en eftat de fe défenGALANT
127
maladie , & par la furie de fest
ſymptomes. Il eſt à préfumer
que fi on avoir ménagé lel
nombre des faignées , elle feroit
revenuë du combat route
garoun vicquicufe : 0190p
On nepeut pas ehɓn révoi:
quer en doute quela chaleuri
naturelle ,& les forces.ne foient
foutenues par les fabgn Auffit
eft ils appella destrafor udenla
nature , le baume de la vies
le foutien des foibles , le fiegei
de la chaleur naturelle , & da
baze de tous les esprits / de
forte que fillon slattachésaux
Singst sl aneb tup Lipos:4
128 MERCURE
frequentes évacuations du
fang.comme le corps ne ſubfifte
que par la chaleur & par les
efprits , il arrivera à coupleur,
que les facultez vitales dimi
nueront , & que toutes les parties
s'affoibliront
d'une maniere
extraordinaire. Ainfi it
eft à croire que la grande diffipation
de ces efprits & la
diminution confiderable de
cette chaleur naturelle , feront
infailliblement fuivies de lai
mort. , allavesen twɔledɔ el ɔb
Mais ce qu'il ya de plus de
plorable, cielt devoir certains
Medecins , qui dans le feptiéGALANT.
* 129.
me jour d'une Fiévre continuë
, qui eft critique , à caufe
du delire , de la difficulté de
refpirer , des groffes douleurs
de tefte, & des grandes inquie
tudes qu'ils remarqueront
dans le malade , ordonneront
hardiment une faignée , qui
fera peut eftre la huit ou dixiéme
qui aura efté faite, pour
diffiper, difent ils , ces funeftes
accidens , qui font les avancoureurs
de la mort. Cependant
ils fe trompent dans leur
raiſonnement , puis que ce ne
font que les ſymptomes de la
prochaine crife comme dit
130 MERCURE
Hippocrate Aph, 13 fect. 1. &
comme declare Galien Com
Aph 71. fect. 4 de forte que ,
comme remarque un illuftre
Auteur , par cette pernicieuſe ,
Saignée ils réduifent la nature ,
à fuccomber dans le combat ,
où elle auroit triomphe , fi ont
ne luy avoit pas ofté les forces,
& fi on l'avoit laiffé agir fans
l'accabler. C'eft auffi le fenti
ment du même Vuillis , cap de
Phleb. où il défend la Saignée
dans l'eftat de la maladie , parce
que comme la nature eft
uniquement occupée dans ce
temps - là à procurer au maGALANT.
131
lade une bonne crife , elle ne
doit pas eftre détournée de
fon entrepriſe par la Saignée.
Quippe in illo , dum natura erifin
moliens maximè occupatur , adeo
us spiritus fummè laborent,
fanguis valde fermentefcat , iſte
Supremus ejus nixus, perturbari
non deber
Galien voulant donner du
coeur à un jeune Medecin qui
tremble à la vûë de ces Symprômes
, luy parle en ces ter
mes , in his , ne perterrearis
etiamfidelirare autfubfilire hominem
videas, c'est- à- dire , ne tén
pouvante pas dans ces defor
132 MERCURC
2
dres , quoy que ton malade
tombe dans le delire , ou qu'il
falle fes efforts pour fe lever
& fe jetter du lit en bas . Un
grand genie de ce Siecle en
donne la raifon . Ideo , dit il
fuccrefcentibus
procellis vergente
natura ad crifim per fymptomatum
ingravefcentiam
, inftar vulgi
nonperterreatur Medicus cumfa .
pe fæpius ab ipfis faufta fuperve.
niente vacuatione , fanttas in´tuto
brevi conftituatur : c'eſt à - dire
, fi de nouveaux orages furviennent
dans le temps que la
nature travaille à la crife par
rengregement
des fympto le
GALANT. 133
mes , que le Medecin ne s'étonne
pas , comme fait le vulgaire
, parce que ces tempêtes
font tres fouvent fuivies d'un
heureuſe évacuation qui met
le malade à l'abry du naufrage
dont il étoit menacé , & le
guerit parfaitement. Que de
fuites funeftes ai je remarqué
par le frequent ufage de la faignée
danslesFievresmalignes,
qui font accompagnées d une
Fievre legere d'un Poux petit ,
d'un grand abattement de forces
, & cependant par ces frequentes
faignees , on a attiré
l'humeur maligne dans le
34 MERCURE
*
*
coeur , & en diminuant le fang,
en épuifant les efprits & les
forces, cette noble partie a été
dans l'impuiflance de repouf
fer l'ennemi, ou de le dompter
& le pouffer au dehors . N'eftil
pas de nôtre devoir dans
cette occafion , fans avoir recours
a de fi frequentes faignées
, qui font ordinairement
mortelles , de fuivre le mou
vement de la nature , dont le
propre eft d'expulfer la malignité
par les pores , comme
dit Hippocrate, quoʻnatura vergit
, eo ducere oportet per loca conferentia
, c'eltà dire , il faut
1
GALANT 35

vulder les humeurs qui ont
befoin d'être mifes dehors par
les lieux commodes , où principalement
la nature rend , &
fion en ufe autrement , on pervertit
l'ordre de la nature , on
violente les forces , & on met
le malade en danger de perir.
Ainfi à fon imitation , nous
fommes obligez de mettre en
uage , les Cardiaques , les Diaphoreriques
, & les fudorifi
ques , qui font chargez de fels
volatiles , fans pourtant trop
agiter la maffe du fang , pour
rendre fes parties plus ailées
à fe feparer les unes des au .
136 MERCURE
tres , & pour tenir les pores de
la peau plus ouverts , afin qu'
ayant facilité par cette voye , la
tranfpiration , la nature eftant
aidée par l'infinuation de leurs
parties fpiritueuſes , ſe décharge
des humeurs corrompues
,
qu'elle renferme dans fon fein
& par cette abondante évacuation
le fang fe purifie , &
fe fpiritualife, la fiévre diminue
fenfiblement , & le malade ſe
rétablit
peu à peu,
Les defordres
de la frequente
faignée ne fe remarquent
pas feulement dans les fievres
continues & malignes , mais
p
GALANT. 137
encore dansles pleurefies, dans
lefquelles on faigne bien fou
vent jufques dans l'excés , puif.
qu'on ne fait pas difficultér
d'ordonner quatorze , dix - huit
&vingt faignées, qui font ordi
nairement fuivies d'un funefte
fuccés , comme l'experiences
le demontre tous les jours. La
raifon de ces terrible evene
ment fe tire de ce que la na
ture eftant épuisée par ces frequentes
& copieufes faignées,
devient fi foible & fi languiffante
, qu'elle tombe dans
L'impuiffance de cuire les ma
tieres extravafées pour les ren
Juin 1699.
M
138 MERCURE
dre capables d'être rejertées ,
& de procurer aux malades
quelque favorable crife , d'où
vient que fila Pleurefie ne ſe
guerit pas par ces endroits, elle
degenere en empyeme,auquel
la Phthifie fuccede prefque
toûjours , à moins que le malade
ne les jette par la bouchel
dans l'espace de quarante
jours , comme enfeigne Hypocrate
art. 8. & us fencs.cer
qui arrive fort rarementsoup
Jene fçaurois aprouver Fo
pinion derSylvius , Vanhel
mont & Vanhaddin qui rejet.
cent la faignée dans la Pleures
.?gear nist
GALANT
Byr
139
fie puiſqu'dle a plus de ve
gue Haris cette occafiong &
qu'elle erent to premier rang
parthi, tesoremedes les plus
focfique corn on so fere
pour prevenir le progrés de
- toutes lessinflammations in
ternes , & parpicalierement des
parties de la Policente , quand
ellebeft faite avec enconfper
gion zirénérée alec moderal
tronzi & wûjouts propdrtiona
riée à l'estar des forces ; comp
mevdir deɔmêmeĮ Willis cap de
pluritide, omnis vontuario oniums
¿ no colerantie proporcionan
indebbochaft pour cela que
Mij
140 MERCURE
8
Galien casalib to. Met , aſſu
re que lavie de tous les Pleuretiques
eft uniquement renfermée
dans les forces , plurie
ticis omnibus falus una eſt virium
robur. En effet , c'eft par
fon fecours qu'on arrête l'inflammation
, & qu'on fait revulſion
des humeurs qui ſe
jettent avec impetuofité dans
la plevre. Je groffirois trop
cette Lettre , fi je voulois ra .
porter les autoritez , les rais
fons & les experiences invincibles
des Anciens , & même
deobeaucoup de Modernes ,
contre cette methode , qui
M
GALANT 141
prouvent avec une évidence
parfaite la neceffité de la faignée
dans la Pleurefie , les curieux
fe donneront la peine de
les lire chez eux . Cependant
on ne doit pas oublier les alterans
pour rafraîchir la maſſe
du fang & diminuer fon mouvement
, les Bechiques pour
faciliter l'expulfion des cra .
chats , & enfin les fudorifiques
pourfaire tranfpirer leslevains .
étrangers , qui font contenus
dans le fang & qui entretien
nent la fievre & la Pleurefie,
C'eſt la voye la plus propre
& la plus convenable que la
14 MERCURE
A
nature choifit pour terminer
heureuſement cette maladie fi
dangereule. C'eſtun fait d'expérience
quinous append que
la plupart des Paths quifd
trouvent attaquez de quelque
Pleurefie , fe tirent d'affaire
apres quatre ou cinqlaignées,
au moyen des feufs , dont la
nature , qui ell en eux förtvil
goureuse , les favorite Yes fold
vene dand le ſeparateistinog
21Prouvons mainpenang dom
me des hydrophiesincatables
fuccedent ordinairement aux -
frequemes; falignées ! ɔɔ
al Pour donneryouaulà , okres
โอ
GALANT 1434
importante matiere , on doit
fçavoir avec les modernes ,
que pour faire une bonnel &
louable coction yil faut parp
ticulierement que les glang
des de l'eftomac verfent con
tinuellement dans fa cavité
une liqueur aciderqui ferdes
levain pour faire fermentere
les alimens & les bien diffous
dre , aprés avoir efté machez
& peftris dans la bouche au
moyen de la falive qui coule
des falivaires fuperieures & ins
ferieures , des glandes fublin
gnales & de celles de la bous
che. C'eſt pour cela que este
144 MERCURE
alimens mal mâchez ne fe di-i
gerent pas bien.
D'ailleurs , l'efprit animal ,
que nous pouvons appeller le
principal diffolvant des alimens
& l'ame de la fermen .
tation , y contribuë beaucoup ,
& nous remarquons que plus
il abonde , plus facilement
auffi leur diſtribution s'en fair.
C'eſt par cette raiſon que l'eftomacha
receu rant de nerfs,
qui marquent la néceffité des
efprits animaux pour faire ala
digeſtion . Difons enfin , que
commé cette liqueur aride eft
la partie du fang la plus pe
7
netrante
GALANT 145
netrante , le bon fang eft une
des principales caules d'une
parfaite digeftion. Auffi
voyons nous , que les jeunes
gens digerent plus facilement
les alimens que les vieillards,
les fanguins que les pituiteux ,
parce que leur fang fournit à
l'eftomac de meilleurs acides ,
beaucoup plus d'efprits & de
chaleur , comme a tres - bien
remarqué le celebre M ' Duncan
. Ces chofes eſtant ainfi
établies , je dis que comme le
fang a efté épuilé par le frequent
ufage de la faignée , il
ne fçauroit fournir à l'efto-
Juin 1699. N
146 MERCURE
mac que de mauvais levains
qui font incapables de divifer
les alin.ens & de rompre la tiffu.
re qui tient leurs principes liez
enfemble. Difons encore que
les acides ne font pas répan .
dus dans le ventricule en une
fuffifante quantité pour brifer
les alimens , & les bien diffoudre.
Ils font même fi fortembaraffez
dans les matieres he.
terogenes qui y croupiffent,
qu'ils ne peuvent agir que fort
foiblement fur eux
D'ailleurs , la chaleur naturelle
a efté fi debilitée , les
efprits fi épuifez , & leur mou
GALANT 147
vement fiaffoibly , qu'ils font
dans l'impuiffance de reduire
les alimens en un bon chyle ,
d'où s'enfuivent des indigetions
& des cruditez fort
confiderables , de forte que
les alimens fe trouvant mal
digerez dans l'eftomac, & mal
fermentez dans le fang , ils
donnent lieuàune continnelle
generation d'humeurs cruës ,
pituiteuſes &fereuſes , quicaufent
une infinité d'obftructions
dans les glandes &
dans les vaiffeaux , ce qui fait
que la lymphe eft contrainte
de fe dégager & d'inonder
quelque partie.
Nij
148 MERCURE
Ajoûtons que ces obftructions
groffiffent fi confiderablement
dans les premieres
voyes , qu'elles éoreciffent
le paffage au fang, qui doit en
tretenir la chaleur naturelle ,
fournir la matiere aux efprits ,
& vivifier les parties . Cela eft
caufe qu'il circule lentement
faute d'efprits & de diffolvant ,
de maniere que s'arreftant facilement
dans les parties , il
oblige la ferofité de s'en feparer,
& de fejetter dans quelque
capacité , pour y engendrer
l'une ou l'autre hydropific.
GALANT: 149
En effet , comme le fang ne
circule pas avec vîteſſe , il n'eſt
pas en état de fe décharger de
fes impuretez , lefquelles venant
à infecter tous les jours
de plus en plus toute la maſſe ,
elles la chargent de beaucoup
de cruditez & de ferofitez , &
comme ces ferofitez en fonc
la partie la plus tenue , elles
exudent fans aucune peine à
travers les membranes de ces
vaifleaux, & ſe precipitent en
diverſes parties du corps , fuivant
les differentes difpofitions
qu'elles y rencontrent
pour y former l'hydropifie.
N iij
150 MERCURE
Concluons enfin , que com
me par ces frequentes faignées
la chaleur naturelle &
les efprits ont efté épuiſez , le
fang devient une maffe indi
gefte , languiffante & comme
morte , laquelle étant dénuée
de les parties ſpiritueufes &
nourricieres , bien loin de
reparer les brêches & la perte
que les partles ont foufferte
pendant tout le cours de la
maladie , elle fert au contraire
de matiere pour former
l'hydropifie , puifqu'elle eft
prefque incapable d'aucune
fermentation C'eſt à caufe
GALANT.
de cela que les malades reftent
pâles , foibles , languiffans,
& fans appetit. Les pieds
même & les jambes s'enflene
peu à peu , & cette enflure
prouve évidemment la pauvreté
& la diffolution du fang,
auffi bien que le commencement
de l'hydropifie.
Paffons , Monfieur , s'il
vous plaît , des modernes aux
Grands Hommes de l'Antiquité
, & difons que le fçavant
Galien 3. de fac . nat . &
4 de uf. part. veut que le
ventricule faffe la premiere
coction , qu'il cuife les ali-
Niiij
152 MERCURE
mens & les convertiffe en chyle
par une vertu & proprieté
fpecifique , comme auffi par
fa chaleur & par celle quiluy
eft communiquée des vifceres
qui font placez auprés de
luy , & qui font autant de
charbons , qui font bouillir
la marmite naturelle. Enfuite
cette matiere butyreufe , ou
cette liqueur laiteufe, fort de
l'eftomac par fon ouverture
inferieure , & eft chaffée dans
les inteftins , & portée par
les veines mezaraïques dans
le parenchyme du foye , dans
lequel la portion la plus pure
GALANT 153
& la plus temperée du chyle
acquiert une parfaite couleur
rouge & un temperament.
chaud & humide & eft appellée
fang . C'est pour cela qu'on
le nomme la boutique de la
fanguification , le magazin du
fang , & l'architecte de l'ef
prit naturel. En effet , la grandeur
du foye , le grand nom
bre des veines qui font dans
fon parenchyme , & tant d'a.
naftomoſes qu'a la veine por
te avec la veine cave , prouvent
viſiblement que le foye
a la vertu de convertir ent
fang le chyle , qui a efté éla,
154 MERCURE
bouré dans le ventricule &
de le teindre de fa couleur
rouge : de forte que fi les by.
dropiques font un mauvais
fang , c'est parce que leur foye
eft extremementalteré , done
le propre eft , non ſeulement
de donner la rougeur , la for
me & la perfection au fang ,
mais encore de nourrir à fes
propres dépens toute la famille
du corps , comme dit
M' Duret par ce texte. He.
par principatum obtinet oeconomiæ
naturalis , partiumque nutric
tiarum , penes quod eft ipfa nutritio
in commoda ejus valetudine ,
GALANT.
155
nutricatus de- ficut atrophia
pravatio in adverfa.
Sur ce fondement , je dis
que la chaleur de l'eftomac ,
dont l'excellence , la dignité
& la neceffité font connues de
tout le monde , ayant eſté
prefque diffipée par les frequentes
faignées , & ſa vertu
propre renversée & comme
abolie , elles ne font plus en
citat de cuire les alimens , dont
on uſe aprés qu'on croit eftre
revenu de la maladie , ny de
fournir une matiere loüable
pour la production des humeurs.
Ainfi à la place d'une
4
156 MERCURE
bonne coction nous ne remar
quons que de grandes indigetions
, & des amas confiderables
, qui produiſent de ſenfibles
alterations à toutes les
parties du corps , & forment
infenfiblement l'Hydropifie ,
parce que , comme le foye a
efté refroidi par ces frequentes
faignées , & qu'il ne reçoit
que des chiles cruds & indige,
ftes , qui ne fe peuvent plus
bien digerer , il eft neceffaire
qu'à la place du fang il engendre
de l'eau , puis qu'on ne
fçauroit efperer un bon fang
que d'un bon chyle , dont la
GALANT.
457
bonté dépend de la bonne
conftitution de l'eftomac , &
des autres parties voifines ; de
forte que nous pouvons dire
que la mauvaife coction de
l'eftomac eft la fource d'une
infinité de maux , & que fes
defauts font portez jufqu'aux
parties les plus éloignées ,
comme dit Hippocrate 6. E
pid . fect . 3. Ventrisfegnities , vaï
forum impuritas , omnium confu
fio , c'eft à dire , la pareffe du
ventre eft la confufion du
corps , & rend les vaiffeaux
impurs ; de maniere que comme
le foye ne peut plus corri158
MERCURE
ger les vices de la premiere
coction , ny donner aux alimens
, qui n'ont pas eſté affez
ouverts & attenuez , la cuite
& la diffolution qui leur manque
, il ne produit qu'un fang
plein de ferofitez & de phlegme
, & il eft à même temps
fruftré de la fanguification ,
qui n'est jamais bleffée qu'il
ne foit refroidi. Il eft affez facile
d'en comprendre la raifon,
parce que comme le foye ,
aidé de la chaleur naturelle ,
eſt , ſelon Galien , le principal
inftrument de la generation
du fang, & qu'il arirve que dans
GALANT, 159
1'Hydropifie, cette generation
du fang , ou ne fe fait pas , ou
qu'elle fe fait mal , il faut neceffairement
conclurre que le
foye eft offenſé , & même at
taqué d'une intemperie froi
de.
Le même Galien lib.de fang.
miff, cl 19 & 2 de fac . nat . c.8.
aflure quefi les hémorroïdes ,
c.
ou les mois coulent dans l'ex
cés, & pendant longtemps , le
foye ne fe refroidit pas feule
ment , mais encore tout le
corps. Je dis qu'il en arrive
tout autant à ceux qui ont efté
faignez frequemment dans
160 MERCURE
une Fièvre continue ou maliligne,
parce que les frequentes
faignées ont tellement affoibli
& épuisé la chaleur naturelle
du foyé , & ruiné ſon eftat to
nique , qu'il en contracte une
intemperie froide , par laquel
le il eft incapable de changer
en fang le chile qui luy oft
envoyé. Ainfi nous pouvons
conclurre avec ce grand He
ros de la Medecine , que toute
forte d'hydropifie
eft engendrée
par un grand refroidiffement
de foye , foit qu'il ait
premierement commence là,
ou qu'il foit furvenu par la
GALANT: 161
communication du vice des
autres parties.
Le fçavant Oribafius eft de
ce fentiment, quand il dit que
l'Hydropifie fe fait , ou par
une exceffive froideur du foye ,
ou par la furabondance d'un
fang froid qui eft dans tout le
corps , ou parce que quelques
autres parties le trouvant extrémement
froides , communiquent
la même froideur au
foye . L'Hydropifie ne ſe for.
meroit jamais , conclut ce
grand genie, fi le foye ne tom.
boit dans le refroidiffement.
C'eft pour cela que 1 Hydro.
Fuin 1699.
162 MERCURE
pifie eft définie une tumeur
contre nature , ou de tout le
corps , ou de l'abdomen , caufée
par une intemperie froide
du foye , en veuë de laquelle il
ne peut pas faire du fang felon
le deffein de la nature .
Mon intention n'eft pas
Monfieur , de condamner la
faignée , ny de la bannir de la
Medecine , puifquelle nous
paroît d'un grand fecours en
plufieurs occafions , & que
nous recevons tous les jours
de grands avantages quand:
elle ett ordonnée à propos ,
& reïterée avec moderation ;.
GALANT 163
je n'en veux qu'à fon frequenc
ufage ,par lequel les forces du
malade , font épuifées , les cri
fes empêchées ; la coction des
alimens renversée , le foyere .
froidi, les fonctions naturelles
affoiblies ; & par une fuite necellaire
& à même temps fata
le , l'Hydropifie eft engendrée.
Heft donc bien facile de comprendre
prefentement , qu'il
eft de la prudence d'un habile
Medecin de conferver le
fang d'un pauvre affligé , qui'
eft le premier mobile de fon
corps , & le principe de fa vie ,
fin que la nature n'étant pas
O.ij
164 MERCURE
troublée par ces frequentes
faignées, puiffe critiquer avan
tageufement pour luy , puifque
la crife n'eft autre chofe
qu'un effort que la nature fait
pour dompter la maladie , &
les évacuations qui arrivent ,
n'en font qu'une fuite favoble.
Ainfi 3. de cris . c. 1 .
il eft dit que Crifis exquifitè
perficitur , à natura , ea quæ præter
naturamfunt fuperante : mais
les malades font bien fouvent
privez de cet avantage , parce
que les frequentes faignées
diffipent entierement le peu
d'efprits , qui restent dans le
GALANT ? 165
fang , & qui luy donnent le
mouvement de l'effervefcence
, d'où s'enfuit l'extinction
de la chaleur naturelle avec
la mort , qui n'arrive que par
fon deffaut , comme remar
que le Prince des Philofophes
lib. de vit. & mor . Omnibus cor.
ruptio fit propter calidi defectum ,
& ailleurs il dit , que l'ame ne.
fçauroit fubfifter , ny faire fes
fonctions fans fon miniftere.
Anima igne omnia in corpore operatur.
Soyons de grace , Monfieur
, bons oeconomes de cet.
te liqueur fi précieuſe , fans
laquelle il eft impoffible de
1661 MERCURE
vivre. Eloignons - nous de la
pratique de certains Medecins
qui ordonnent les frequentes
faignées ,parce, difent
ils , que le fang eſt tout pourri,
mais l'experience combat
puiffamment cette raison
puisqu'on n'a jamais vû, que le
vin gâté fe raccommode à force
d'en tirer au tonneau. N'a
vons-nous pas la Chymie qui
nous fournit beaucoup de remedes
, qui font d'une grande
efficacitépour de purer la maffe
du fang , lans avoir de fi gran
tes attaches pour les frequentes
faignées ', par lesquelles il
GALANT shiny
eft plus depravé à cauſe du
continue l'épuisement qu'el
les font des efprits ?
J'avoue qu'on doit meſurer
les faignées par la grandeur de
la maladie , mais ie fçay auffi
qu'on doit avoir inceffamment
devant les yeux , les forces du
malade , & les prefentes & les
futures , afin que la nature ſoir
toûjous en état de combattre
vigoureuſement contre le mat
& le furmonter. L'état des for.
ces eft de la derniere conſequence,
puifque fans elles tout
eft perdu fans aucune reffource,
& comme l'on dit ordinai
168 MERCURR
rement touchant les montres
folaires , fine fole nihil , nous
pouvons auffi dire avec juſtice
fine viribus nihil , touchant la
cure des maladies . Appellons
enfin nos experiences au fecours
de la raison , puiſque la
fcience fans l'experience
ap .
partient plûtôt aux autres, qu'à
nous même , comme dit Ariftote
lib. 2. met. cap 1. Scientia
fine experientia aliorum potius
quam noftra confinda eft. "C'eſt
pour cela que nous pouvons
dire que le raifonnement n'eft
qu'un enchanteur , s'il n'est
foûtenu de l'experience , fan
la .
GALANT 169
laquelle bien loin de parvenir
à la connoillance de la verité
qu'on recherche, on se trouve
rempli de vieilles erreurs , &
on tombe dans des abîmes
de confufion & de defordre ,
où bien fouvent les plus éclairez
le perdent. Experientia eft
rerum omnium magiſtra . Cela eſt
tellement vray que Galien , ce
grand genie d'Hippocrate.appelle
fort judicieuſement la
fcience & l'experience , les
deux jambes fur lesquelles la
Medecine eft appuyée , & marche
par touravec promptitude,
avec affurance & avec plaj-
Juin 1699.
P
170 MERCURE
fir , cito , tuto jucundê
Je pourrois vous alleguer
d'autres raifons pour justifier
la verité de mes Hypotetes ,
mais je les obmets pour ne
point paffer les juftes bornes
d'une Lettre ;Jefuis , mon cher
Confrere , vôtre tres , &c.
Voicy une addition que
M'l'Abbé desLandes a trouvé
à propos de faire à ſa Diſſertation
fur le Purgatoire .
Unde mes Amis m'engage de
faire quelques additions à la
Differtation du Purgatoire ,
d'imiterla fage conduite de Saint
GALANT. 171
·
Auguſtin , lors qu'il difputoit con
tre les Pelagiens Convenons ,
leur dit.il, des armes dont nous
nous fervirons. Vous voulez ! E.
criture , c'est justement ce que
je veux. Vous voulez la Tradi.
tion , c'est ce queje veux ; vous
voulez enfin le commun confentement
de l'Eglife , nous voilà d'accord,
Ego hæc arma Ecclefiæ
quæ vincunt non dimitto.
Ne change pas d armes , ne me
propofez pas des argumens , qui
n'ont de fondement que dans la
fubtilité de vostre efprit . Argumenta
quæ profertis humana
funt. Versla fin du ch. `s. du l. 6.
P ij
172 MERCURE
1
contre Julien , & au commence :
ment de ce chapitre il luy dit;foyez
fincere , & ne faites pas comme le
ferpent , qui fe gliffe d'un cafte
d'autre , ou pour fuir , ou pour fe
défendre. Ce n'est pas à moy à qui
vous faites la guerre , c'eſt à l'Eglife
, noftrefainte Mere : Fruftra
te intorquens vanis argumen
tationibus , non contra me ,
fed adverfus commuuem matrem
fpiritalem.
Si les plus fçavans Proteftans
ont cru que l'article du Purgatoire
n'eftoit pas un motifdefeparation,
nos Freres feparez, qui ne font
pas Docteurs & tres éclairez
GALANT. 173
comme ces Meffieurs , ne doivent
avoir aucune peine dereconnoift , e
cet article, Fay juftifié que
ther , Calvin & Pierre Martyr,
avoient parlé du Purgatoire avec
autant de netteté
que
Lules
Peres ;
ils ont voulu à la verité chicaner
fur quelques circonstances : mais
Jean Hus ne laiffe aucun doute.
Voicy en deux mots l'éluge de Jean
Hus: Teftis & martyr veritatis
Les Proteftans l'admirent
comme le martyr de la verité. Il a
fait un Livre qui a pour titre , De
fidei fuæ elucidatione , T. 1.
fol. 11. Fideles juvant fuis orationibus
, jejuniis atque elee-
Piij
174 MERCURE
mofinis , & aliis fanctis operibus
, fanctos dormientes Ecclefiæ
, ut à poenis Purgatorii
રે
exeant , & in patria citius collocentur
, mais au T. 2.fol. 50.
il rapporte fort au long le paffage
de Saint Paul: Quafi per ignem,
celuyde Saint Matthieu qu'il
Ja des pechez qui ne font remis,
ny dans ce monde, ny dans l'autre,
doù il conclut qu'il y a certains
pechez qui feront remus Il s'étend
enfuitefur les louanges qu'il donne
à Saint Thomas , dont il repete les
termes Profunt autem eis , fecuudum
fanctum Doctorem ,
non ad meritum vitæ æternæ ,
GALANT.
179
quia illud meruerunt dum viverent
, fed profunt ad mitiga
tionem poenæ , ad gloriæ ac.
celerationem
. Il ajoute que la
Sainte Hoftie , falutaris hoftia ,
qui eft Chriftus, eftproximam
defunctorum fuffragium :
il conclut par une preffante &
forte morale , en difant que c'eſt
auffi par une fainie vie , que les
Enfans foulagent leurs Peres ,
bene vivendo. Le fçavant Calixius
, fi connu par fes doctes
Ecrits : Nous n'avons jamais
nié, dit il, noftre Eglife demeure
d'accord que l'ancienne Eglife ,
antiquam Ecclefiam pro de-
Piiij
176 MERCURE
functis deprecari folitam, Cat.
Num. 1. 20 de l'eftat du Purgatoire
. Jay bien ciéé Pierre Martyr
fur l'Ep. aux Corinthiens. Il
s'explique encore tres - nettement
dans l'Apologie Scimus veteres
loqui de oratione pro mortuis,
quod nos non prohibemus.
Le docte & éloquent Chemni
cius s'explique avec finceriié . Il
tache d'excufer cette Confeffion de
Foy , mais d'une maniere fi tran
quille & fi moderée , qu'il eftfacile
de juger qu'il eft du même fenti .
ment que Luther, & il conclut en
difant ce qu'il en penfe . Exiftimo
non effe peccatum , ex libera
GALANT. 177
devotione ita orare , ut Deus
animæ , fi in tali ftatu fit , mifereatur.
Calixtus rapporte fort au long
le paffage de Saint Paul , & il
m'a appris une circonstance , que
Tertullien & S Ambroise avoient
oubliée. Il dit que dans l'Eglife de
Corinthe ily avoit une erreur, qui
eftoir qu'un Ami fe faifoit bapti.
fer lors que fon Ami eftoit mort
fans Baptême, le Baptême fe
faifoit fur le tombeau & au nom
de cet Ami : d'où Saint Paulprend
occafion de prouver la Réfurrection
; car inutilement vous vous
fouvenez, vous vousfaites bapti
178 MERCURE
ferfur les tombeaux de vos Amis,
files Amis ne refufcitent pas .Voi
cyl'erreur des Corinthiens ; ils attri ·
buoient au Baptême la même vertu
qu'à la Priere & à l'Aumône ,
qui foulagent les Défunts.
Il n'y a donc plus lieu de douter
de l'article du Purgatoire
, puis que
les plus fçavans Proteftans en conviennent
; & je puis dire de ces
Meffieurs , ce qu'Homere a dit
de la Lance d' Achille , qu'ellegue .
riffoit les playes qu'elle avoit fai.
tes.
Le Roy a donné la Charge
d'Aumônier de Sa Majesté,
GALANT. 179
vacante par la mort de M'
l'Abbé de la Chaftres , à M'
l'Abbé de Sourches , Docteur
de Sorbonne , auffi diftingué
par fa doctrine que par une
pieté & une conduite exemplaire.
Il eſt Fils de M le
Marquis de Sourches , Grand
Prevoft de l'Hoftel . La conduite
d'un Pere fi fage qu'il
toûjours euë devant les yeux ,
auffi bien que celle de Mada .
me fa Mere , dont la haute
vertu eft fi connuë , ne laiffe
aucun fujer de douter , qu'il
ne rempliffe parfaitement fes
devoirs en les imitant.
180 MERCURE
Je vous envoye la fuite des
Arrefts , Edits & Declarations
que vous avez demane
dée , & je continueray
tous
les mois à le faire , puifque
vous le fouhaitez ; mais ne
foyez pas furpriſe fi la plufpart
des dattes ne font pas du
mois que je vous fais part de
ces Edits. Je vous ay déja
mandé qu'on ne les imprime
pas dans le temps qu'ils font
donnez.
Arreft du Conseil d'Etat
du Roy du s . May , qui ordonne
que les Arrests des 10.
Avril & 12. Juin 1683. rendus
GALANT. 181
au fujet des ufurpateurs de la No.
bleffe ,feront executezfelon leur
forme & teneur ; & qu'il fera
ajouré foy aux expeditions & autres
Actes qui feront delivre par
le Sieur Clerambault.'
Arreft du Confeil d'Eſtat
du Roy du même jour , qui
ordonne entre autres chofes,
queles Matriculaires au nom def
quels il a esté ou fera expedié des
quittances de Finance en execu.
tion des Rolles arreftez au Confeil
,feront tenus de retirer inceffamment
lefdites quittances , d'en
figner les ampliations d'obte.
10
nir des Lettres de Provifions on
182 MERCURE
de Ratifications en la grande
Chancellerie , conformement aux
Edits , Declarations & Arrefts
rendusfur ce fujet . Sinon , & à
faute de cefaire, ordonne Sa Ma
jefté qu'ils demeureront déchûs
de la faculié à eux accordée par
l'Arreſt du Confeil du a . Fuillet
1689. & en confeqnence que leurs
Officesferont & demeureront acquis
à S. M. & vacans en fes
revenus cafuels.
Arreft du Confeil d'Eftat
du Roy du 12. May qui regle
le droit de marc d'or , & au
tres frais & expeditions des
Provifions qui feront expeGALANT.
183
diées pour les Offices de
Greffiers , fixe les droits du
Sceau pour les Commiffions
defdits Offices, & la reception
des pourvûs ou commis , &
modere à quatre fols le droit
du Controlle des Exploits
qui feront faits à la Requeſte
de Mr François Fontaine.
Arreft du Confeil d'Eftat
du Roy du 26. May portant
que les Officiers ou Acquereur's
qui n'ont reprefentépardevant les
Sieurs Intendans & Commißaires
de Paris leurs quittances de
Finances & Titres en execu.
184 MERCURE
tion des Declarations du 4 Octo
bre 1698. feront tenus de les reprefenter
dans le mois de Juin prochain
; à faute dequoy le fonds de
leurs gages , & augmentations de
gagesfera porie au Trefor Royal
commencer du premier Juillet
1699.
Arreft du Confeil d'Eftat
du Roy du 2. Juin en interpretation
de ceux du 9. May
dernier , portant Reglement
pour le commerce des laines ,
Les remarques que vous allez
lire , ont été faites pour fatisfaire
une Dame , qui en -lifant
l'Hiftoire de Charles
GALANT. 185
Quint , demanda quelqueséclairciffemens
fur des faits
particuliers.
A MADAME DE ***
O
Uoyque je convienne
avec vous , Madame, que
les moindres circonstances
,
qui regardent la vie des grands
hommes , demandent de l'attention
, je vous avouë cependant
que j'ai de la peine à vous
faire part des remarques
qu'on a faites concernant l'Hiftoire
de Charles Quint.
Quand on écrit à des per-
Juin 1699.
Q
186 MERCURE
fonnes qui ont comme vous
ungenie naturellement folide,
éclairé par les belles Lettres ,
& poly par le commerce du
monde le plus délicat & le
plus rafiné , il n'eft pas aité de
leur dire des chofes qui puiffent
les inftruire, & moins encore
les divertir.
Je n'ay rien lû de bien po
Litif fur la question que vous
me faites touchant laMere du
fameux Dom Jean d'Autriche
,fi ce n'eft que ce Prince
nâquit àRatisbonne , le 14 de
Février 1545 , qu'une Demoifelle
de cette Ville , appellée
GALANT: 187
Barbe Blomberg, voulut bien
préter fon nom , &paffer pour
fa mere. Avouëz Madame ,
que c'est une charité dont les
Dames ne s'avifene guere ,&
dont on trouve à peine des
exemples dans les livres . D'au
tres ont crû que Catherine de
Cardonne , Gouvernantes de
Dom Carlos , étoit la mere de
Dom Juan , mais tous ces fous
pçons font folidement refutez
dans une Differtationfur
l'Hemine p. 182. & ce qu'ily
a de conftant , c'est que la meré
de ce Prince étoit une perfonne
de qualité dont on a
Q ij
188 MERCURE
pris grand foin de cacher le
nom . On a publié dans un
Livre imprimé à Paris , que
Dom Juan étoit Fils d'une
Soeur de Charles Quint. Ma
joye auroit été complete files
Auteurs avoient bien voulu
indiquer l'endroit où ils ont
pris un trait d'Histoire auffi
curieux, & peut eftre auffi Romanefque
.
Quant à Conftance Ponce,
il me fera plus facile de vous
fatisfaire , & je
commenceray
par vous dire que ce n'eſt pas
là fon veritable nom . Il s'apeloit,
commel'a remarquéun
GALANT. 189
bel efprit ,ConftantinusFontius.
Quelque copiſte a mis un P.
au lieu d'une F , & a fait , Pontius,
Ponce. A cette erreur, qui
n'a été remarquée ni par Mezeray
, tout exact qu'il étoit ,
ny par S. Real , dans l'Hiftoire
de Dom- Carlos , ces Meffieurs
en ont ajoûté quelques autres
dans le peu qu'ils en ont dit.
Voicy les termes dont le fert
Mezeray , fur l'année 1559.
fon arrivée en Espagne ( il parle de
Philipes fecond ) il fit brüler en
fa prefence le Fantôme de Conftance
Ponce , qui avoit été Confeffeur
de Charles Quint , & l'avoit af-
A
19% MERCURE
fiftéjusqu'à la mort. Cependant
les
Hiftoriens Efpagnols di
fent qu'il étoit Prédicateur , &
non pas Directeur de Charles
Quint.Enz.lieu , il ne peut avoir
affifté à la mort de cet Empereur
, puifque quelque temps
auparavant il avoit été mis
dans les Priſons de
l'Inquifition
, où il ſe tua luy - même.
Tout ce que j'ay l'honneur de
vous écrire , Madame , eft en
propres termes dans l Hiftoi
re de Charles Quint , par let
Comte de la Roca & dans Herrera
16. c . 16 S. Real ajoûte
aux negligences précedentes
GALANT 191
"
que Conftance Ponce étoit
Evêque de Droffe , Evêché
qui n'a jamais exiſté que dans
fa tête. S'il n'avoit pas été plus
heureux en quelque autre
choſe que fur cet endroit de
Geographie, fes Livres ne meriteroient
pas l'approbation
que vous leur avez fi fouvent
donnée.
Les Vers que vous allez li
re , & que je vous envoye , -
notez , font connoître qu'on
trouve parmi les Bergeres , la
fincere correfpondance
qui
fait le veritable plaifir de l'amour
, & qu'il eft fi difficile de
192 MERCURE
rencontrer parmi les perfon
nés qui fe laiffent entraîner
dans le tumulte du monde.
AIR NOUVEAU.
FUyez de nous , Bergers volages
,
Ne vous mêle point à nos Jeux.
Dans ces
charmans.boccages ,
Il n'eft point d'Amans malheu.
reux
Faye de nous , Bergers volages ,
Ne vous mêlez point à nos Feux.
Sivous voulez une plus vive
peinture des plaifits que fair
goûter la vie Paſtorale , vous
n'avez
GALANT.
193
u'à lire ce qu'à écrric
Funes de
Tone
mans
income
6
Lacer
9
trouverez
e , & fort
BERGERS ,
E.
du fracas de
poisune paix
sPalais ,
ir & le Jafpe
ins d'attraits
le la mouffe
irs ,
R
192 MERCURE
rencontrer parmi les perfon
nés qui fe laiffent entraîner
dans le tumulte du monde.
AIR NOUVEAU.
FVyez de nous ,Bergers volages,
Ne vous mêle point à nos Jeux.
Dans ces charmans.boccages ,
Il n'eft point d'Amans malheu.
reux
Faye de nous , Bergers volages ,
Ne vous mêlez point à nos Feux.
Si vous voulez une plus vive
peinture des plaifits que fait
goûter la vie Paftorale , vous
n'avez
GALANT. 193
Fuies de nous Bergers vc
9
mans boccages , Il n'est poi

lages , ne vous mèles po
6
192 MERCURE
rencontres
nt
HHISI
9
GALANT. 193
n'avez qu'à lire ce qu'à écrric ·
Mr Mahuet. Vous trouverez
fa verfification aiſée , & fort
naturelle.
LES HEUREUX BERGERS,
EPITRE.
DEgagez pour jamais du fracas de
Nous
la Ville.
goutons dans les bois une paix
fi tranquille ,
Que vos plus fuperbes Palais ,
Dont les toits font gemir & le Jafpe
& le Ma : bre
Ont pour nous moins d'attraits
Qu'un gazon reveſtu de la mouffe
d'un arbre .
Brutez de vains defirs ,
Juin 1699.
R
174 MERCURE
Dont le fuccés douteux toujouts
Vousinquiete
,
V
Jamais chez vous , Damon , malgré
tous vos plaiſirs,
Vit on une ame fatisfaite ?
Lors qu'en venant dans nos Ver .
-gers ?
Vifiter de fimples Bergers .
Vous lifez bien gravé fur l'écorce
d'un hêtre
Qu'une vile houlette en main,
A l'ombre des forelts nous bravons
le deftin ,
Ah , qu'il vous eft aiſé , Damon , de
reconnoiſtre
La caufe de nos biens & celle de nos
maux !
Tous vos plaifirs font faux ,
L'amour , le tendre amour n'a pour
vous que des peines ,.
Et fous le faix honteux de vos indignes
chaines ,
GALANT :51 195
Vous foupirez le jour , & vous plourez
la nuit.
Pournous , parmy nos Bellespu
Nous n'en trouvons point de
cruelles.
L'amour, qui n'eſt chez vous qu'un
dangereux poifon ,
Bleffe chez nous la coeur fans troubler
la raison .
A jamais affranchis de fes triftes
alarmes
,
Sans en fentir les maux , nous en
gouftons les charmes .
Vous cftes , vieux Echos , témoins
de nos plaifirs.
Parlez , le fuftes- vous jamais de nos
foupirs ?
Nous avez-vous jamais ouïs fous
vos fougeres,
Accufer de rigueur nos faciles Ber.
geres,
Rij
106 MERCURE
Et pour nous plaindre de nos
maux ,
Sur un ton languiffant enfler nos
cha umeaux ?;
Jaloux de nos amours , aimables Philomeles
,
Allez , volez à tire d'ailes ,
De nos tendres plaifirs publiez les
appas ;
Dites combien de fois du fommet de
vos chefnes ,
Vous avez vû Climene , Amarillis,
Laiffer , même au milieu des plai.
A la
+
nes ,
des loups leurs aimables mercy
brebis ,
Pour venir dans nos bois joindre
leurs chanfonnettes
Aux doux accens de nos Mufetres.
Je plaindrois moins voftre malheur
,
GALANT. 197
Siles Nymphes chez vous n'eſtoient
qu'un peu cruelles;
Mais du Sexe , on le fçait , le vifage
& le coeur
Fut de tout temps diffimulé ,
trompeur ,
D'anteim fardé les charmes infidelles
Ne vous font jamais voir
Que de fades beautez nouvellement
éclofes ,
Qui brulant à midy pour s'éclipfer
le foir ,
Ne doivent qu'à leursdoigts & leurs
lis & leurs roſes;
Mais chez nous la beauté
Tire tout fon éclat de la fimplicité.
La lexagenaire Amarante ,
Qui fçait tous les matins réparer
avec art ,
Les reftes furanez de ſa beauté mou •
Riij
rante ,
198 MERCURE
En vivant dans nos bois n'uferoit
point de fard ,
Et pourroit s'épargner deux mille
écus de rente,
Quoy que nos jours foient tous filez
d'or & de foye , h .
De nos larmes pourtant , clairs &
bruyans ruiffeaux ,
Mille fois chaque jour nous groffilfons
vos eaux ,
Mais verfons-nous jamais que des
Blomlarmes de joye ?
Non, il n'eft rien icy qui trouble nos
plaiſirs ,
Et fi dans noftre folitude
Nous formons des defirs
C'eft de vous voir bien- toft libre
d'inquietude ,
Habiter un fejour ſi doux ,
Et devenir , Damon , un Berger
comme nous..
GALANT 199
.
Meffire Mathurin Terrier
Prêtre , Docteur & Doyen
de Sorbonne , Grand-
Vicaire , Official & Vice-
Chancelier de l'Univerfité
de Nantes , Superieur des Car
melites , mourut à Nantes en
odeur de Sainteté le 4º de ce
mois , dans fa quatre - vingtonzième
année. Il étoit Docteur
de Sorbonnel dés l'an
1627. M ' l'Abbé de faint Au
bin d'Angers qui connoifſoit
fon merite , luy donna en 1841
la Cure d'Oudon , fituée dans
le Dioceſe de Nantes. Hy
paſſa quelques années , & M
Riij.
200 MERCURE
de la Baume le Blanc , ayant
été nommé à l'Evêché de
Nantes en 1669. l'appella au,
prés de luy , & le fit ſon premier
Grand - Vicaire & Offcial.
Il a vécu avec une telle
édification , & donné de fi
grandes marques de ſainteté
pendant la vie , qu'aufli tôt
aprés la mort , ce fut un concours
perpetuel du Peuple autour
de fon corps . Lesuns luy
baifoient les mains , les autres
luy coupoient quelques cheveux
, & tous le regardoient
comme un Saint. Il fut enterré
dans l'Eglife des CarmeliGALANT.
201
tes , dont il étoit le Superieur
depuis quarante ans , & fon
coeur qu'elles avoient demandé
fut mis dans leur Cloître ,
aprés avoir été embaumé &
enchaffé dans un coeur de
plomb. Il y avoit ſept à huit
ans qu'il étoit Doyen de Sorbonne
. Trois femaines avant
qu'il mouruſt,il aſſiſta en qualité
de Vice- Chancelier de
l'Univerfité de Nantes , à
la Thefe d'un Docteur au
Droit qui le Harangua . Il y
argumenta , & fit un compliment
latin au Soûtenant avec
une éloquence admirable .
202 MERCURE
2
Commè il a vécu d'une maniere
route Apoftolique , il a
été regreté generalement de
toutes le perfonnes de vertu .
M Manfard , Surintendant
& Ordonnateur general des
Bâtimens , Jardins , Arts &
Manufactures de Sa Majeſté ,
fe rendit au Louvre à l'Aca
demie Royale d'Architecture ,
le 16. du mois paffé Il eftoit
accompagné de Meffieurs les
Officiers des Bâtimens , & fut
complimenté au nom de la
Compagnie par M Buller ,
qui fit voir l'excellence de
l'Architecture
, & l'estime que
GALANT 201
le Roy fait de cet Art par le
choix qu'il lui a plû de faire de
cet habile & digne Surintendant
, qui declara enfuite que
Sa Majefté , pour perfection,
ner de plus en plus l'Architecture
, vouloit que l'Acade
mic fuft compofée de deux
Claffes. Ceux de la premiere
font ,
M' de Cotte , Architecte
ordinaire , Controlleur des
Bâtimens du Roy , & Directeur
de ladite Academic
Royale d'Architecture.
Mr Bullet.
P
204 MERCURE
M' de l'Ifle.
M' Gabriel , Controlleur
General des Bâtimens .
M' Gobert , cy-devant Intendant
des Bâtimens.
M' Lambert , Controlleur
des Bâtimens.
M' le Maiſtre.
M. de La Hire Profeffeur.
14 Calibion Secretaire
.
SVA. AC
Ceux qui compofent la feconde
Claffe , font
M. de Laffurance.
M. de L'Efpine.
M. de Corte le jeune !
M. Defgodets .
M. Mathieu.
GALANT. 205
M. Bullet le Fils.
M. Cochery.
M. le Maiftre le jeune .
M. Bruant.
M. Gittard .
M. Moler.
M. Deſgotz.
Le 18. du même mois , Ma
demoiſelle de Chavannes , feconde
fille de Monfieur Delrieu
, Maiftre d'Hôtel ordinaire
du Roy , fit profeffion dans
le Monaftere des Urfulines
dit Sainte Avoye. M. l'Evê
que de Chartres luy donna
le voile. Le merite de cet illuftre
Prelat , qui fait revivre
206 MERCURE
dans nos jours les vertus des
premiers fiécles , eſt affez connu
, fans qu'il ſoit beſoin de
vous en rien dire davantage.
MK l'Abbé Anfelme , à
qui Sa Majesté vient de donner
l'Abbaye de feu M. l'Abbé
de la Chaftre , fit la predication
avec fon zele , & fon éloquence
ordinaire , qui luy atti
rerent un aplaudiffement uni
verfel . L'Aſſemblée étoit com.
pofée de plufieurs Evêques, &
de beaucoup de perfonnes de
grande diftinction . Aprés la
ceremonie , il y eut chez M
Delricu un magnifique
reGALANT
207
pas. La jeune Profeffes a
beaucoup d'efprit & de meri.
te , & a remply tous les devoirs
de fon Noviciat avec
une application fingulière.
Du cofté de Madame fa Mere,
elle eft petite fille de M. de
Montmort , qui estoit Doyen
des Maîtres des Requeftes
,
& l'un des quarante de l'Aca
demie Françoife. Je vous ay
pluſieurs fois de
cette Maiſon , tant au fujer
de la de M'l'Evêque de
Perpignan , arrivée le 23. de
Juillet 1695. que de celle
de M. le Comte de Fronteentretenue
mort
208 MERCURE
nac, grandOncle de cettejeune
Profeffe . Elle a encore deux
Soeurs dans le monde , qui ne
font pas moins recommandables
par les agrémens de
leurs perfonnes , que par les
qualitez de leur eſprit.
Je vous ay fait un détail
trop fidelle & trop exact de
tout ce que l'Ambaſſadeur
de
Maroc a fait , & dit en France
depuis le jour de fon débar
quement à Breft , jufqu'à celuy
de fon départ de Paris ,
pour ne pas continuer
à vous
faire part de fon voyage de
GALANT. 209
puis Paris jufqu'à Breft. Je me
croy d'autant plus obligé de
vous en parler , que prefque
tout ce qu'on a publié de luy,
depuis fon Audience de congé
jufques au jour qu'il s'eft rembarqué
, eft abfolument faux.
Cependant j'auray tres- pet
de chofes à vous en dire , puis
qu'eftant venu de Breft à Paris
en trente jours , il s'en estrel
tourné de Paris à Breft en
quinze ; & qu'ayant fait la
plus grande partie de ce voya
ge par eau , il s'eft arrefté en
tres peu d'endroits , pour y
Juin 1699.
S
210 MERCURE
recevoir les honneurs dûs à
fon caractere . D'ailleurs , il
avoit prié qu'on ne le mon
traft à perſonne ; ce ſont ſes
propres paroles. Il eftoit fi
accablé de la foule qui l'avoit
environné depuis fon arrivée
en France , qu'il ne faut pas
s'étonner s'il cherchoit à éviter
le monde , fur tout dans
une route , où les fatigues de
la journée incommodent aflez
pour faire fouhaiter du repos
le foir , lors qu'on arrive dans
les lieux où l'on doit coucher.
Cet Ambaffadeur n'a pas laiffe
de recevoir des honneurs en
GALANT. § 215
quelques endroits ; ce qui fair
voir qu'on n'avoit point dé-,
fendu de luy en rendre, & que,
le Roy , toujours jufte & egal,
fçait que les Ambaffadeurs ne
perdent rien de leur caractere,
quand ils ne réuffiroient pas,
dans leurs Negociations .
Il partit de Paris dans une
Chaiſe de Pofte , & M de Saint,
Olon dans la fienne. Ceux de
fa fuite eftoient dans deux
Caroffes. Ils allerent jufqu'à
Orleans dans ces voitures , où
ils prirent trois Barques, pour
les mener par caujufqu'à
Nantes. L'Ambafladeur ne
"
s ij
212 MERCURE
receut à Orleans que la vifite
de M' de Bouville , Intendant ,
& il employa le temps qu'il y
demeura à écrire à Meffieurs
les Miniftres qui luy avoient
efté donnez pour Commiſſaires
à Madame de Saint Olon ,
à Madame le Camus Meflon ,
à Mr Eftelle , Conful à Salé ,
& pour lors à Paris , & à M
Jourdan , dont je vous ay déja
parlé. Je ne vous dis rien de
fa route depuis Orleans juf
qu'à Nantes , qui fut toujours
par cau , & pendant laquelle
il ne fe paffa rien de confiderable.
Le Maire de Nantes
2
GALANT: 213
luy envoya des Caroffes à la
defcente du Bateau , & vint
luy rendre viſite. Cet Ambaffadeur
y fejourna pour fe repofer.
Il ne fe paffa rien jufqu'à
Vannes, où le Maire luy vint
offrir fes fervices de la part de
M le Marquis de Lavardin ,
& l'affura que ce Marquis luy
avoit écrit pour le charger de
luy rendre ce devoir .
r
L'Officier de Marine qui
commande à Hennebon , fit
mettre un Corps de garde devant
la porte de l'Ambaſſadeur
, & vint lny demander le
mot. Celuy qu'il donna à cet
214 MERCURE
Officier , fut Ben- Aiſcha. On
trouva à Lanvaux une Tarta
tane bien armée , pour tranf
porter l'Ambaffadeur à Bréft.
Ce paffage le fit en trois heu
res . Il y avoit deux Galeres, à
la rade, dont le
Coma
vo
falua l'Ambaffadeur de la voix
lors qu'il fut proche de luys
Le Patron y répondit de trois
cris de Vivele Roy. En entrant
dans le Port , la Patache falua
l'Ambaffadeur de onze coups
de Canon. On defcendit chez
Mi l'Incendant , où d'Ambaff
fes deux Compagnons , quarre
de fes gens , & M' de S. Olon
GALANT. 215
allerent loger.On logea lerefte
dans la ville . Le Vaiffeau qui
devoit tranfporter l'Ambafladeur
étoit en rade & tout preft
à faire voile. M'de Chamelin
qui le devoit commander ,
trouva le vent tres favorable
pour partir , c'étoit le zo du
mois paffé , mais comme la
Lettre duRoy n'étoit point encore
reçûë, l'Ambaffadeur demanda
jufqu'au lundy 25 pour
voir fi le Courier qui devoit
arriver le Dimanche 24. ne
l'aporteroit point . On n'en re
ceût aucunes nouvelles par ce
Courier , ce qui fit que
Ï'Am216
MERCURE
JAD
baffadeur demanda lui-même
à partir. Il partit en effet le 24.
à fix heures du matin avec un
vent d'Eft tres- favorable. On
le perdit en un inftant de vûë,
& fi le vent a continué , com ??
me il y avoit apparence , il l'au
ra rendu à Salé en moins de fix
jours. Il étoit fur la Fregate la
Dauphine . M' de Saint Olon
alla le conduire à fon bord ,
où leurs adieux fe firent
avec une fi grande effu
fion de larmes de l'Ambaffa.
deur , que tous les Officiers &
l'équipage en furent également
témoins & touchez....
La
GALANT. 217
La Patache falüa l'Ambaffa
deur en fortant du Port , de
onze coups de Canon , & il
fut falué de quinze par la Fregate
en y entrant. Trois rai.
fons le firent partir fans attendre
la Lettre du Roy. Le
Capitaine qui le devoit conduire
, luy fit de fortes inftan .
ces pour l'engager à profiter
du beau temps . Il fçavoir
qu'on avoit fait partir deux
Fregates deftinées contre les
Şaletins , & il avoit de l'impatience
d'arriver à Salé , pour
avertir que n'ayant point con .
clu de Paix , on devoit s'y tenir
Fúin 1699.
T
218 MERCURE
fur fes gardes . D'ailleurs , M
de Saint Olon luy avoit promis
de luy envoyer la Lettre
du Roy par M' de Relingue ,
ou par celuy des Vaiſſeaux deftinez
pour la Croifiere , qui
partiroit le premier. La Lettre
eft venue , accompagnée d'une
autre de M le Marquis de
Torcy, M'de Saint Olon luy
a tenu parole , & voicy ce qu'il
luy a écrit en les luy envoyant.
Illuftre & magnifique Seigneur.
Si voftre Excellence eust differé
tantfoit peufon départ, elle auroit
connu la verité de mes afſurances,
fur la Lettre que je luy avois proGALANT
219
mife , &
qu'effectivement on n'a
pas manqué d'envoyer. Je vous
avonë , Seigneur , que le déplaifir
de vous voir partir fans cette
Lettre, n'apas efté unfarcroift mediocre
à la douleur de noftre fepavation
, qui s'eft encore augmentée
par les témoignages d'eftime &
d'amitié que vous
tu m'y donner.
~ Feregarde cependant l'occafion
que l'envoy de ces Lettres me don .
ne de pouvoir de bonue heure vous.
exprimer mon reffentiment , comme
un fujet de confolation , qui
m'eft d'autant plus agreable , que
je fuis perfuadé que ce qu'elles
vous
avez
bien
von.
Tij
220 MERCURR
contiennent vous le fera
beaucoup. Vousy verrez les mar .
ques d'eftime dont l'Empereur mon
Maiftre vous bonore , & les dif
pofitions toujours favorables, tant
de Sa Majesté Imperiale , que
fon principal Miniftre, nonfeule.
ment pour la Paix , que vous
avez tant deraifons de fouhaiter,
mais pour vous procurer perſonnellement
la gloire de fa conclu
fion. Profitez en , fi vous me
croyez, & foyez feur d'y voir
employer de ma part tout ce qui
dependra de mes foins & de mon
credit poury contribuer , & pour
vous faire connoiftre que je fuis
·
GALANT. 221
veritablement de vos Amis .Jay
une grande impatience d'apprendre
des nouvelles de vostre arrivée à
bon Port , & que voue ayez
trouvé toute vostre Famille en
bonne fanté. Ne manquez pas , je
vous prie, de m en informer promprement
, ainsi que vous mel'avez
promis , & croyez, illuftre & ma
gnifiqne Seigneur , que voftre Excellence
n'aura jamais d'Ami plus
cordial plus fincere , ny de ferviteur
plus acquis que le Cheva·
lier de Saint Olon .
L'Ambaffadeur eftant fur le
point de s'embarquer , témoi
gna bien du déplaifir de n'a .
Tiij
222 MERCURE
voir pû conclure le Traitén&
un extrême defir de le voir
renouër. Il conjura M'de Saint
Ölon d'obtenir de Mile Mar
quis de Torcy , en fon nom ,
que la porte de la Negocia
tion ne fuft pas fermée entietement
, & que le Vaiffeau qui
le portoit demeuraft à la Rade
jufqu'à ce qu'il euft efté à Mi
quenez informer fon Roy de
toutes chofes , & qu'il l'euft
rendu capable des bonnes rai
fons qu'il prétendoit luy alleguer
en faveur de ce Traité
ce qu'il efperoit ne pas devoir
durer plus de trois femaines ,
Y
GALANT 223
pendant lefquelles il demandoit
une fufpenfion de toutes
les hoftilitez . Cet Ambaffadeur
écrivit , avant que de
partir de Breft , la Lettre fuivante
à Madame de S. Olon ...
Louange à Dieu feul , il n'y a
point deforce e depuiffance qu'en
luy, qui est le haut & lepuffant.
De la part de l'Esclave de
Dieu , le Capitaine & Serviteur
du Lieu Liberal , Imperial &
élevé en Dieu ,, qис Dieu l'exalte.
Anoftre bien aimée; & l'Epoufe
de noftre bon Ami , que nous
regardons comme nostre Soeur , la
plus honorable perfonne que nous
Tiiij
224 MERCURE
3
ayons dans noftre coeur , & qui
eft prefentée à nostre efprit jour&
nuit , Madame de Saint Olon ,
Mademoiſelle , & M* fon aima .
ble Fils , la paix foit fur celle qui
afuivi la direction.
F'ay rece avec beaucoup de
joye voftre Lettre ; & je l'ay portée
à ma tefte & à mesyeux. La ·
douleur de noftrefeparation a angmenté
en moy un grand defir d'a
voir l'honneur de vous voir ; en
forte
que
les
larmes
m'ont
coulé
des
yeux
, parce
que nous
fommes
éloignez
l'un de l'autre
, & toat
cela
c'est
dans
l'obeiffance
de Dieu
.
Il n'y a point
de doute
, comme
GALANT 225
ینار
هب
et
won le fçaurez lors que M de
Saint Olon , voftre Epoux, resour
mera. Il vous dira que nous faifons
mention de vous jour & nuit,
toutes les fois que nous mangeons
. Je prie Dieu qu'il nousjoi
gne enfemble dans noftre Pays.
Nousfommes toujours perfeverans
conftans dans l'amitié, e l'ac
que nous avons fait , & qui
ne fe rompra jamais tant que
monde durera. Ce que nous vous
recommandonspar noftre amitié,
qui ne veut point d'excufe , eft que
vous ayez la bonté de faire cher
cher diligemment le Chien que
nous avons perdu , & que vous
indiquiez l'endroit à celuy qui le
cord
le
226 MERCURE
?
cherchera. Je ferois fâché de le
perdre , parce qu'il m'a effe donné
parl Augufte Empereur des Fran
çois. Si vous le trouvez ,
vous , oule Conful Eftelle , man,
dez le moy, & envoyez le à
Marſeille , à la Soeur de ce Conful,
qui trouvera quelque occafion de
nous l'envoyer à Salé. Toute la
dépense qu'ony fera , nous la ren,
drons à celuy qui nous conduirale
Chien en outre nous luy page.
ronsfa peine . Voilà la plus grande
grace que j'aye à vous demander
la plus parfaire, Salus fur celle
qui le merite le mieux au monde ,
Je finis. Dien voit ce que nous
difons. Nous l'avons écrit le FenGALANT
217
dy au foir , de Breft le 20. aprés la
Lune de Zelcadé. Voftre Ami
Abdalla Ben Aifcha .
Madame de Saint Olon , Benhamon
auffibien que Abdalla , &
Haly vous affurent de leurs treshumbles
refpects . Mon Compa
gnon , & celuy qui a écrit cette
Lettre, vous faluent beaucoup.
On a eu nouvelles que la
Princeffe Douairiere d'Ooft .
frife , eft morte depuis peu de
temps. Elle s'appelloit Chri
ftine Charlotte , & étoit Fille
d'Everard III. Duc de Wirtem .
berg. Elle avoit épousé Geor
ge Chriftian , Prince d'Ooft
228 MERCURE
friſe , & un peu aprés fa mort
qui arriva en 1665. elle aceous
cha de Chriſtian Everard , aujourd'huy
Prince d'Ooftfrife.
Elle avoit cinquante ans ou
environ , & étoit plus belle
qu'on n'a coûtume de l'être à
cet âge. Il eft vray que la pro
preté & fa magnificence contribuoient
fort à donner à fa
beauté un certain éclat qui në
brille point dans celles qui
negligent la parure. Elle y
eftoit fi fort attachée , qu'elle
avoit toûjours cent paires
d'habits. C'eftoit pour elle un
plaifir d'en changer fouvent ,
GALANT 229
& de pouvoir chaque jour ti
rer de cette diverfité quelque
nouvel agrément pour la perfonne.
Sa propreté eftoit admirée
de tout le monde , & elle
a voulu la conferver jufque
dans les derniers momens de
fa vie . Cette Princeffe eftant
allée voir le Duc de Zell , dans
une de ſes maiſons de Campagne
, nommée Bruckhaufen ,
elle y fut furprife tout à coup
d'une Pleurefie qu'on jugea
d'abord mortelle. Comme on
luy connoiffoit de la fermeté
& du courage , il fur jugé à
propos de luy declarer qu'il
230 MERCURE
n'y avoit aucune efperance de
la tirer du peril où elle eftoit.
Elle ne s'ébranla point , & envoya
querir auffi- toft un мiniftre
Lutherien . Elle fe con
feffa & communia à la manie.
re de ceux de cette Religion ,
& dit enfuite au miniftre qu'-
elle n'avoit plus befoin de luy ,
& qu'elle croyoit qu'il n'avoit
plus rien à faire auprés d'elle.
Le miniftre fe retira aprés luy
avoir fait de nouvelles exhor
tations pour la diſpoſer à bienmourir.
Lors qu'il fut party
elle fit entrer toutes fes Femmes
de Chambre , & leur or
GALANT. 231

donna d'aller chercher dans
fa garderobe un habit particulier
qu'elle voulut qu'on luy
apportaft . Il eftoit blanc , &
meflé d'un peu de noir. Ses
Femmes eftant revenues elle
fe fit habiller , & choifit fon
plus beau linge & fa plus belle
coiffure. Elle mit des bas
blancs , & des gands de même ;
aprés quoy elle leur diſtribua
fa garderobe. Elle ajoûta à cela
une fomme confiderable qu'
elle donna à chacune , & leur
fit promettre qu'aprés fa mort,
elles feroient les feules perfonnes
qui luy toucheroient.
232 MERCURE
Elle défendit fur tour qu'au
cun Chirurgien ne mift la
main fur fon corps . Ses foins
s'eftoient étendus juſqu'à ordonner
qu'on luy fift une biere
, & elle l'avoit fait doubler
de fatin blanc. On l'apporta ,
& l'ayant remiſe entre les
mains de fes Femmes , elle leur
dit que lors qu'elle feroit mor
te , elles priffent bien garde de
l'y placer de telle maniere ,
qu'elley fuft ferrée affez , pour
empêcher que les cahots que
fon corps auroit à effuyer juf
qu'en fon Pays où l'on devoit
le porter , ne puffent déranger
·
GALANT:
233
fon
ajnftement. Peu de temps
aprés elle commença à ſentir
du froid au bout des doigts &
au bout des pieds , &
ſçachant
bien que ce froid eftoit l'avantcoureur
de la mort , elle
leur dit le dernier adieu , & expira.
J'ay oublié de vous dire que
le Roy a donné l'Evêché de
Luçon à M'I'Abbé de Leſcu
re. Il eft Docteur de Sorbonne
, ce qui marqué fon érudi
tion , Il a
demeuré
longtemps
au
Seminaire de Saint Sulpice ,
ce qui fait voir fa pieté , & il
eft Grand Vicaire de M' l'Ar.
Fuin 1699 . V
234 MERCURE
chevêque d'Alby , ce qui faiti
connoiftre qu'il s'acquittera
tres bien des fonctions Epif
copales , puis que rien n'enfeigne
mieux le devoir des
Evefques , que l'employ de
Grand . Vicaire .
1
Le Prieuré de Bouteville
ayant efté donné à M ' l'Abbé
Anfelme , qui l'avoit remis
entre les mainsdu Roy , parce
qu'il s'eftoit trouvé liti
gieux , & Sa Majesté ayant
confideré que cet Abbé eftoir
d'autant moins en eftat de
pourſuivre un procés , que
nonobftant fon peu de bien,
GALANT
235
il donnoit aux Pauvres la moitié
de ce qu'il recevoit pour fes
Sermons , Elle l'a nommé à
l'Abbaye de S. Sever, qu'avoit
feu M l'Abbé de la Chaſtre ,
qui vaut plus d'une fois autant
que le Prieuré de Bouteville-
Ainfi le Roy en récompenfant
fon mèrite & la vertu , luy a
donné de quoy exercer fes
charitez .
M
l'Abbé
d'Aquin , cydevant
Agent
General
du
Clergé , & Evêque de Frejus ,
ayant efté nommé
Evêque de
Sez , aprés la démiffion
volon .
taire de l'Evêchè de Frejus ,
Vij
236 MERCURE
quoy qu'il fuft beaucoup plus
confiderable par fon revenu
que celuy de Sez , a prêté ferment
de fidelité entre les
mains de Sa Majefté , pour ce
dernier Evefché, dont il a reçu
les Bulles du Pape gratis , ce qui
eft une grace finguliere , & que
Sa Sainteté accorde aujourd'huy
a peu de perſonnes. Ce
Prelat eftant allé à Sez poury
prendre poffeffion de fon Eveſché
, a tout mis en ufage
pour éviter les honneurs qu'-
on fe preparoit à luy rendre.
Voicy les noms de quelques
perfonnes de diftinction morGALANT
237
tes depuis ma derniere Lettre.
"
·
Meffire Claude . Alexis ;
Comte de Bailleul , Brigadier ,
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment de S. A.
R. Monfieur. Il eftoit Frere
de Meffire Nicolas Louis
de Bailleul , Marquis de Chafleaugontier
, Prefident au
Mortier tous deux Fils de
Louis de Bailleul , Seigneur de
Soify & d'Eftiolle fur Seine ,
Marquis de Chateaugontier ,
Prefident au mortier & de
Marie le Ragois de Bretonvilliers
, & petit fils de Nicolas
238 MERCURE
de Bailleul , Prefident au Mor
tier , Surintendant des Finan
ces, Chancelier de la feue Rei
ne мere , & Ambaffadeur en
Savoye , & de Elizabeth Mal
lier du Houffay .
Dame Marie Oger , Dame
de Villers , Ons en Bray , &
de Saint - Aubin . Elle eftoit
Veuve de Leon Pajot , Secre
taire du Roy , & laiffe entreautres
enfans , meffire Nicolas
Pajot , Confeiller Clerc au
Parlement en la feconde
Chambre des Enqueftes , &
N. Pajor , époule de m le
Gendre , Maistre des Reque
ftes.
GALANT 239
Meffire Nicolas Fardoil
Confeiller en la Cour des Aides.
Il eftoit Fils de Meflire Ni
colas Fardoil , Avocat General
en la Cour des Aides , puis
Prefident au Parlement de
Rouen , qui nous a laiffé un
livre de Difcours , de Harangues
, & de Lettres , imprimées
à Paris en 1665.
Dame Suzanne Bazin de Befons
,Epoufe de Meffire Louis
le Blanc , Confeiller du Roy
en fes Confeils , Maitre des
Requeftes Ordinaires de lon
Holtel . Elle eftoit dans fa cinquante-
uniéme année, & foeur
240 MERCURE
8
de Louis Bazin de Befons ,
Confeiller d'Etat Ordinaire ,
& d'Armand Bazin de Befon's
Archevêque de Bordeaux ,
tous enfans de Claude Bazin
Seigneur de Befons , Confeiller
d'Eftat , & de Marie Tar.
ger,
Meffire Jacques Piquet ,
Seigneur & Baron de Ver ,
Maistre d'Hoftel Ordinaire du
Roy. Ileft mort à foixante &
onze ans , & avoit une soeur ,
Anne Piquet , Epoufe de M'
de la Porte , Maistre des Com
ptes.Il eftoitFils deM'Piquét,
Secretaire duRoy , & de N. '
Tubeuf,
GALANT 241
Tubeuf, Soeur de Meffire Jacques
Tubeuf, Barón de Ver &
de Blanzac , Preſident en la
Chambre des Comptes , &
Surintendant de la Maiſon de
la Reine .
Il paroift depuis peu un li .
vre intitulé , le Parfumur
Royal , ou l'Art de parfumer avec
les fleurs , & de compofer toutes
Jortes de parfums , tant pour l'odeur
, que pour le gouft . Ce Livre
eft divifé en 9 traitez , fçavoir ,
Les Gands parfumez .
Les Poudres de Violetres .
Les Eaux de fenteurs .
Le Tabac.
Juin 1699.
X
242 MERCURE
Les Effences. ou but today
Les Pomades .
LesPoudres pour les cheveux,
Les Savonettes.
Les Liqueurs & parfums bons
àla bouche.
Le tout pour le divertiffement
des perfonnes de quali .
té , & pour l'utilité de celles
qui receüillent des fleurs . Ce
Livre eft utile aux Gantiers ,
Perruquiers , & Marchands
de Liqueurs , & l'on y trouve un
fort beau difcours fur l'odo .
rat & fur l'origine des parfums.
On y voit auffi la maniere de
faire le lait virginal
, les pommades
pour les levres & pour
2
GALANT 243
rafraîchir & conferver le teint,
les éponges & les racines pour
les dents , les eaux pour les
nettoyer & pour fortifier les
gencives , toutes fortes d'o
piats & de pâtes pour laver les
mains fans eau , & enfin toutes
fortes de fecrets pour faire
les Ratafia , Pouplo , Perfico ,
Hypocras , Eau de Cette , Eaux
clairettes , Roffolis , & de toutes
fortes de Paftilles à brûler
& à manger . lly a dans ce livre
une infinité d'autresfecretsqui
peuvent agreablement & innocemment
occuper le loifir des
perfonnes qui ont affez de
Xij
244 MERCURE
temps de refte pour ſe diver
tir àcompoſer de toutes ces for
tes de chofes , & l'Auteur eft
M' Barbe Parfumeur. Ill'a dediéà
Monfeigneur le Dauphin
qui l'a reçû tres agreablement.
Il fe vend au Palais chez
Auguſtin Simon Brunet , dans
la grande Salle , au quatriéme
Pilier devant les Requeftes
,
au Loüis couronné.
Il y a peu de modes nouvel
velles depuis le mois paffé ,
que je vous ay mandé ce que
jen fçavois alors , Le commencement
de l'Efté s'eftant
trouvé un peu plus chaud qu'il
"
GALANT
245
n'a efté depuis plufieurs an
nées , quelques hommes ont
quitté le drap qu'on portoit
pendant l'Efté , de même que
durant l'hiver depuis le déreglement
des faifons , ils ont
pris des habits plus legers ,
mais le nombre n'en eft pas
grand . Ces habits font d'écor
ces d'arbres , la pluſpart aurore
, ou couleur d'or . On en
voit auffi de petites ferges ,
mais en moindre quantité.
La plufpart de ces habits font
unis & garnis de boutons &
de boutonnieres de la même
couleur. Ils font affez courts ,
X iij
246 MERCURE
& la plufpart de ceux qui en
portent , n'ont que des veftes
destoille. los'en voit pour
tant quelques - unes d'étofes
d'or & d'argent , mais avec de
tres grandes fleurs , qui font
aujourd'huy fordà la mode
generalement furo toutes des
érofes , j'entends fur cellesson
iky a des fleurs. On voit aux
hommes quelques cours de
Plumes de la même couleur
que l'étofe de leurs habirsi
Ceux qui fes mettento bien,
n'ont point de ces manches
d'une grandeur énorme , qu'
on ne connoiſt points à la
81 %
GALANT 247-
Cour , qui embaraffent ceux
qui les portent , & qui choquent
ceux qui les voyent.
J'oubliois de vous dire qu'il
a paru deux ou trois habits.
d'hommes avec des falbala , à
peu prés de la maniere de ceux
que quelques femmes commencerent
à porter dés I
née paffée , mais vous n'aurez
pas de peine à croire que ceux
qui ont voulu introduire cette
mode , n'ont pas efté fuivis ,
quoy qu'ils fe, foient attiré les
regards de tous ceux qui les
ont vus.
l'ani
La plupart des habits de
X iiij
248 MERCURE
Femmes font de taffetas rayé,
dont beaucoup font glacez , &
fort legers. On en porte de
toutes couleurs , mais les plus
douces font les plus à la mode.
On voit auffi des habits de
gaze , mais peu. Ilyaapparen
ce qu'ils font réfervez pour
les plus grandes chaleurs, que
nous n'avons ordinairement
que dans les mois de juillet &
& d'Aouft .
On voit aufli beaucoup de
Moires d'argent , rayées de
couleur , avec des bouquets
auffi de couleur fur les rayes .
Il ya quelques habits chaGALANT.
249
marrez de raiſeau d'or & d'argent
, mais en petit nombre.
Les Tabliers de raiſeau d'or
& d'argent font fort à la mo .
de , & on voit peu de Femmes
qui n'en portent ; quelquesunes
fe fervent encore de ru
bans dentelez , dont la mode
commençoit à ſe paffer . On
voit auffi des échelles de rubans
. C'eſt une mode que l'on
quitte quelquefois , & que
fon reprend toujours , parce
que cet ajustement pare beaucoup.
On voit quelques jupes , la
plufpart blanches , brodées à
250 MERCURE
plein d'une broderie tres lege
re , dans laquelle il entre un
peu de couleur.
Quoy que les taffetas rayez
foient les plus à la mode pour
les Femmes , elles ne laiffent,
pas d'en porter de pleins
Ceux qui font de couleur de
rofe , font les plus en voguev
pour les jeunes perfonnes , &
les violets pour les plus âgées!
Le mois paffé je vous parlay
au long des Echarpes Il n'y a
rien de change. On ne vois
point de Femmes qui n'en
portent lors qu'elles font habillées
en manteau,
GALANT , 251.
4.
On
a elte
fi content
en
France
& en Savoye
, de l'E- glogue
que
M'T'Abbé
de Poif
. a faite
fur
la naiffance
du
Prince
Royal
de Piémont
, & de fon
Madrigal
pour
M ' le Marquis
Ferrero
, Ambaffadeur
Extraordinaire
de
Sa
voye
, que
plufieurs
perfonnes
de diſtinction
l'en
ont
congre
tulé
en Vers
& en proſe
. L'il- luftre
mademoifelle
de Scuderi
eft du nombre
, & voicy
le Madrigal
qu'il
en
a reccu
Vos Bergers du Pô font aimables,
252 MERCURE
Leurs concerts font tres. agrea-
·bles, Sate
Et dignes du Royal ſujet
Que vous leur donnez pour
objec ;
Mais cette petite étincelle
( En parlant de l'Ambaſſadeur)
Me paroift fi vive & fi
belle
,
Que vous ne pouviez mieux celebrerfon
bon coeur.
Voicy d'autres paroles notées,
que vous prendrez plaifir
à chanter.
ner constament, La peine cru
te nest pas toujours rebel - le
6
it d'aimer constament.
11
Tuin 1699

GALANT. 2 253
AIR NOUVEAU.
CEft un bonheur charmant
D'eftre fidelle ,
C'est un bonheur charmant
D'aimer conftamment .
Lapeine cruelle
D'un parfait Amant
Redouble fon empreffement.
Unefiere Beauté n'eſtpas toujours
rebelle.
C'eft un bonheur charmant
D'eftre fidelle,
C'est un bonheur charmant
Ď'aimer conftamment
.
254 MERCURE
Il paroift un livre fort curieux,
qui a pour titre , Differ.
tation fur Sainte Marie Madeleine.
Il eft de M' l'Abbé Auguftin
, Curé de Lyon , & il l'a
fait pour prouver que Marie
Madeleine , Marie , Soeur de
Marthe , & la Femme Pechereffe,
font trois Femmes differentes
, ce qui eft plutoft le renouvellement
d'une ancienne
opinion , que l'établiſſement
d'une nouvelle, puifque les Peres
Grecs & la plupart des Peres
Latins , dans les premiers
fiecles du Chriftianiſme , ont
cru la même chofe que luy; en
GALANT 255
forte que fi l'opinion contraire
a depuis prévalu dans l'Eglife
d'Occident , on peut dire que
c'eftplutôt l'effet del'ignorancǝ
des ficcles fuivans , que le fruit
d'une plus ample connoiffance.
C'est ce qu'il fait voir dans
fa Preface , où il dit qu'il efpere
de la vertu de quatre illuftres
perfonnes dont il combat les
fentimens dans fon livre, qu'ils
ne regarderont pas cette oppofition
comme une difpute
perfonnelle , puifqu'il les ref
pecte & qu'il envie l'erudition
qu'ils ont fait paroiftre
dans les grands & beaux ou
256 MERCURE
vrages qu'ils ont donnez au
public. La queftion qui luy a
mis la plume à la main a efté
renouvellée
le fiecle paffé avec
beaucoup de chaleur entre de
tres - habiles gens ; & quoyque
la Sorbonne ne parut pas alors
favorable au fentiment qui
diſtingue Marie Magdelaine ,
Marie Soeur de Marthe & la
femme pechereffſe , il s'eſt ſi
bien établi depuis ce temps- là
qu'il a trouvé entrée dans les
Offices des Eglifes de Paris ,
d'Orleans , de Vienne , de
l'Ordre de Cluni , & de quelques
autres Dioceſes. Quoy
GALANT
217
que ces autoritez dûffent dé.
cider la queftion , au moins
parmi les François , le Pere
Noel Alexandre Jacobin , fameux
par fes Differtations fur
l'Hiftoire Ecclefiaftique , qui
a imprimé depuis la reformation
de l'Eglife de Paris , aprés
avoir balancé les autoritez &
lesraifons des deux partis dans
une Differtation qu'il a faite
fur ce fujer , ne laiffe pas de
conclure en faveur de l'opinion
qui n'en fait qu'une feule
perfonne. Depuis encore ,
Pere Lamy , Preftre de 1 Oratoire
qui n'eft pas moins cele-
Juin 1699.
Y
le
259 MERCURE
bre par les études de Mathe
matique , & par fes Ouvrages
fur l'Ecriture Sainte , non content
d'avoir travaillé à réta
blir cette opinion dansfa nou
velle Concorde ou Harmonie
Evangelique , en a fait une
Differtation particuliere dans
un Traité en forme de lettre
imprimée en 1691. dans lequel
il ne diffimule point que les
raifons pour lesquelles on a
quitté fur cette Fefte , le fentiment
que fuit l'Eglife Ro
maine dans fes Offices ne luy
paroiffent point affez fortes.
Le Pere Mauduit , auffi Preftre
T
GALANT, 259
de l'Oratoire , & le Pere Don
Pezron , tous deux fi connus ,
le premier par fon Analyfe des
Epiftres de Saint Paul ; l'autre
par fa défenſe de l'Antiquité
des temps , ont fait plus recemment
chacun une Differtation
dans un ouvrage qu'ils
ont donné en François fur l'Evangile
, & ils y défendent la
commune opinion . Voila les
quatre fameux adverfaires
contre lefquels M l'Abbé
Auguftin apporte des preuves.
Elles font folides & fortes , &
fon ftile aiſé & rempli , fait
fouhaiter qu'il ne s'en tienne
Y ij
260 MERCURE
pas à ce feul ouvrage. Il ſe
trouve chez le S Anniffon ,
Directeur de l'Imprimerie
Royale , rue de la Harpe.
Le fieur Jean Guignard Libraire
, ruë S. Jacques , debite
un autre livre nouveau , qui ne
peut manquer de plaire ,étant
de la nature de ceux qui font
bons pour tout le monde. Il
a pour titre Nouveau Voyage
d'Italie , & contient une defcription
exacte de toutes fes
Provinces , Villes & lieux confiderables
, & des Ifles qui en
dépendent , avec les routes &
chemins publics qu'il faut
GALANT 261
tenir pour y arriver . Quoique
nous ayons quantité de Livres
sintitulez Voyage d'Italie, il n'y
en a point de fi ample que ce
luy cy , ny qui inftruiſe ſi pareticulierement
les curieux. On
any voit la fondation & l'origine
andes Villes , les raretez qui fe
3peuvent remarquer dans les
II Eglifes , Convens , Colléges ,
sy Hôpitaux , Palais publics &
particuliers , Cabinets , Biblio .
es) theques , Trefors , le Gouver-
Donement Politique des differens
Etats,& les noms des hommes
Illuftres nez dans chaque lieu ,
& des familles principales qui
262 MERCURE
ydemeurent,lesfrequensvoya
ges que l'Auteur qui ne fe faitol
connoître que par ces trois
lettres E. D. R. a fait en Italie,
joints à un fejour de plufieurs
années , luy ont procuré des
avantages, que les autres voya .
geurs n'ont pas cus. Ainfi il
doit avoir réüffi mieuxque per
fonne , à décrire ce qu'ils n'ont i
vû qu'en paſſant , & fouvent
avec beaucoup de negligence.
M'Galland vient de donner .
au Public un petic Traité De
T'origine du progrés du Caffé , lur
un manufcrit Arabe , tiré de la
Bibliotheque du Roy . Aprés
GALANT: 263
·
avoir rendu raifon de l'étimo,
logie de ce mot : voicy en fub
Atance ce qu'il rapporte de
cetté boiffon , qui eft devenue
d'un fi grand uſage parmi
nous. Vers le milieu du quinzieme
Siecle , Gemaleddin ,
Abovabdalla Mohammond
Benfaid demeuroit à Aden ,
Port fameux de l'Arabie heureufe,
fitué fur l'Ocean à l'O
rient de la Mer rouge. Ilyte.
noit le rang de Moufti fous
l'autorité du Prince , & quel.
ques affaires l'ayant appellé en
Perfe. Il y rencontra des gens
de fon Pays qui prenoient du
264 MERCURE
Caffe,cequ'il obferva fans leur
demander ny pourquoy ils le
faifoient, ny quel avantage ils
en poutoient retirer , fa fante
s'étant un peu alterée à ſon re.
tour a Aden , il fe fouvint du
Caffé qu'il avoit vû prendre en
Perfe , & s'imagina que ce leroit
un remede pour faire paf
fer fon mal . Le fuccés justifia
ce qu'il avoit crû ; mais ou
tre qu'il repara fa fanté par
ce remede , il remarqua des
proprietez tres particulieres
dans le Caffé , comme de dilliper
la pefanteur, caulée par les
fumées qui montent à la tète,
dégager
SGALANT. 265
dégager l'efprit , de rendre les
entrailles libres , fur tout
d'empêcher que l'on ne dorme
fans que l'on en foit incommodé.
Il profita de cette
derniere proprieté , s'eftant
mis dans la devotion & affocié
avec des Derviches , ils prenoient
du café enfemble lors
que la nuit commençoir, & ils
la paffoient jufqu'au jour en
prieres & en autres actes de
devotion , à laquelle ceux qui
faifoient avant eux de tembla.
bles exercices n'avoient pû
parvenir jufques alors . Leur
exemple donna un grand cre
Juin 1699.

256 MERCURE
dit au café en peu de temps
,
Ils furent fuivis par les gens de
Loy qui aimoient la lecture ,
par les Artifans qui avoient
befoin de gagner du temps
pour avancer leur befogne ;
parles Voyageurs quietoient
obligez de marcher la nuit ,
pour éviter les grandes chaleurs
du jour , & enfin par tou
te la ville d'Aden , ceux qui
n'avoient pas befoin de veiller,
fe contentant d'en prendre le
jour pour joüir des autres avantages
que l'on en tiroit.
Cet ufage du café , ayant paſ
fé en differens lieux voifins ,
GALANT.
267
on s'en fervit bientoft à la
Mecque , où les Devots com.
mencerent à s'en fervir pour
pour ne point dormir dans le
Temple , que vont vifiter les
Mahometans de tous les endroits
du monde . Plufieurs
Habitans de cette Ville fuivirent
l'exemple de ces Devots,
& infeufiblement le Cafe Y
devint fi commun , qu'on le
vendoit publiquement dans
des maifons où l'on s'affembloit
pour en prendre. Comme
il acqueroit de la reputa
tion de jour en jour , il fortit
enfin de l'Arabie , & vint en
Zij
168 MERCURE
&
Egypte jufqu'au
Caire , & la
Couftume
d'en prendre
s'augmentant
fans que perfonne
sy fut oppofé fous aucun pretextejufqu'en
l'année Isi que
Khair- Beg, Gouverneur
de la
Mecque
pour le Sultan d'E
gypte voulant un our fortir
du Temple aprés la priere du
foir , y apperçût
un cercle de
gens affis avec de la lumiere
dans une lanterne
, prenant
du Caffé pour ſe preparer
à
veiller toute la nuit . L'affurance
qu'on luy donna que
cerre boiffon eftoit permiſe ,
& qu'on la vendoit publique
,
GALANT. 469
ment , ne fut point pour luy
une raiſon . I affembla tous
les Docteurs de la Loy , qui
répondirent que les defordres
que l'on commettoit dans les
maiſons de Café n'eftoient pas
fupportables dans la Loy Ma
hometane , & qu'il falloit
s'opposer à cet abus . Le Café
fut défendu fous des peines
rigoureufes , mais bien.toft
aprés , le Sultan d'Egipte , qui
n'approuva pas la feverité du
Gouverneur de la Mecque, fic
lever cette défenfe . Le voifina
ge du Caire porta le Café en
Syrie , où il fut reçû dans les
Z iij
270 MERCURE
grandes Villes , comme Damas
, & Alep , & de là il fut apporté
àConftantinople. Il y eur
un grand nombre de maifons
établies pour y en prendre ,
& les grands Vizirs qui s'attribuerent
de l'autorité fur ces
maiſons, en tirerent un revenu
tres confiderable . Cependant
elles furent toutes fupprimées
pendant la guerre de Candie
mais le Caffé n'y eut point de
part , la bonté & fon utilité
étoient trop connuës , pour en
vouloir empêcher l'uſage . Ce
fut feulement à caufe des nouvelliftes
qui s'y affembloient,
GALANT 271
& qui parloient trop librement
des affaires . Cette fuppreffion
que le grand Vifir Coproli fit
lui même fous la minorité de
Mahomet IV. fubfifte encore
aujourd'huy àConftantinople,
ou le Café eft porté publiquement
dans les marchez , & par
les rues les plus frequentées ,
dans de grandes Cafetieres
avec du feu par deffous , & on
le diftribue dans des taffes à
tous ceux qui en veulent prendre.
On s'affied pour cela à la .
premiere boutique qui fe prefente
, & le Mailtre ne refufe
Ziiij
272 MERCURE
point la place, M'Galand ras
conte beaucoup plus au long
dans fon traité du Caffé , tout
ce que je viens de vous dire
de fon origine & de fon progrez
en Levant & à Conftantinople
, d'où il s'eft répandu
enfuite dans tout l'Empire
Othoman. Il n'a été reçû en
France & à Paris que fort tard,
& Mr Thevenot
, le Voyageur
en Levant a été le premier qui
en ait apporté à Paris , au retour
de fon premier Voyage.
Des Armeniens
y en aporte.
rent aprés luy, & le mirent peu
peu dans la réputation oùil
à
GALANT. 273
eft prefentement. Ce petit
Livre de l'Origine du Caffé ,
qui eft rempli de quantité de
chofes tres curieuſes , ſe vend
chez les feurs Florentin &
Pierre de Laulne , ruë S. Jacqnes
à l'Empereur & au Lyon
d'Or.
M' de Ferriol nommé par
Sa Majefté à l'Ambaffade extraordinaire
de Conftantinople
, eft parti de Paris le 10. de
ce mois , pour fe rendre à Tou
lon, où deux Vaiffeaux du Roy
commandez par M's Bidault &
le Bagneux l'attendent pour
le porter à Conftantinople.
274 MERCURE
7
Il a déjà fait fix Campa
gnes avec le Grand Seigneur
& les Grands Vifirs , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de Sa
Majefté. Ces Vaiffeaux dois
vent ramener M' de Chafteauneuf
de Caftagnieres que M
de Ferriol va relever.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit un Caroße . Ceux qui
l'ont trouvé, font M's la Tron!
che de Rouen ; Charles , de la
ruë de l'Arbre fec ; Bonnart de
l'Evêché d'Angouleme ; Cha
ftre , Curé d'Egligny , prés
d'Auxerre ; Daniel le Chien ,
Procureur Fifcal du même
1
GALANT : 375
lieu ; Deloge , de la ruë des
Francs - Bourgeois. Bardet ;
Chaumont , Chirurgien ; le
Frere qui fe croit mal- jugé ;
Du Pleffis , Chirurgien de
l'Hôpital du Mans ; Bauffen ,
de la ruë de la Sourdiere , le
Prefident Medar ; le Marquis
du Quay d'Alençon ; le Che
valier Pouffineau , le Confeil.
ler jaloux ; l'Amy content de
Verſailles ; le Galant de la ne
ceffité de Rouen ; le Chevalier
de l'Indifference ; la bonté tra
Mademoiſelle Javotte hie
;
Ogier, du coin de la ruë de Ri
chelieu , l'aimable Hofteffe de
SJAD 300
276 MERCURE
Verneuil ; Marie de Grand.
Champ , de Rouen ; l'Aima
ble Ambaffadrice des feux de
joye ; la jeune Veuve de la rue
de la Clefde Reims ; Paimable
de la ruë Bayette ; la jeune &
charmante Brune , du quar.
tier des Sciences , & fon fidelle
voifin.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ,dont vous ferez part
à vos amies,
ENIG ME
D
E deux grands Meurtriers
on me fait la complice,
GALANT .
277
On dit que ma noire malice
Canfe tous les jours bien des
maux ,
Voye fi l'on mefait justice;
Je cache toujours les défauts ,
Et fais valoir les avantages
De ceux qui me donnent employ
Et tous ces malheureux quise plai
gnent de moy,
Tok
Ne font reputezguere fages .
M' de Valincourt fut reçû
le 27. de ce mois à l'Academie
Françoife , en la place de м²
Racine ce ne fera que dans
ma premiere Lettre que je
vous parlerai de ce qui fe pafla
278 MERCURE
dans cette Affemblée ; je remetsauffi
jufque là la fituation
des affaires de l'Europe pendant
ce mois , & le fuivant.
Je fuis , Madame , Vôtre tres
& c.
A Paris , ce 30. Juin 1699.
222525525 : 25252555
TABLE.
Prelu Relude.
Difcours prononcé par M² de
Noyon àl' Academie Françoife.
Ode qui a remportéle Prix de l'Academie
desJeux Floraux,
Traitéde Peinture.
Mort.
3
10
47.
Nouvelle propofitionfur la caufe
du Tonnerre.
49
Vers fut la naiſſance de Mile
Prince de Piemont.
Nouvelle Differtation fur le Pur-
58
TABLE .
gatoire.
63
Apollonfur la creation des nouvelles
Mufes.
ΙΟΙ
Ouvrage utile aux amateurs de
leurfanté.
ΠΙΟ
Addition à la Differtation fur le
170 Purgatoire.
Charge d'Aumonier
du Roy don.
néepar Sa Majesté.. 178
Arrefts , Edits , & Declarations .
180
Remarquesfur l'Hiftoire de Charles
quint.
Les heureux Bergers.
Mort.
184
193
199
Academie Royale d'Architecture,
& ce qui s'y eftpaffé.
202
"..
TABLE .
of
110
le
Profeffion 205
Suite duJournal concernant l'Ambaffadeurde
Maroc.
Mort qui peut fervir d'Hiftoire.
208
227
Benefices donnez par le Roy 233
Serment de fidelite prefté entre les
mains de S. M. 235
Morts.
237
80%
Le Parfumeur Royal.
248
Modes nouvelles .
244
Madrigal
251
99
Differtation fur Sainte Marie
Madeleine.
Nouveau Voyage d'Italie .
234
260
Traité de l'Origine & du progrés
du Café.
Juin 1699.
262
A a
TABLE.
Départ de M. Ferriolpour Conf
tantinople.
Enigmes
273
274
Reception de M' de Valincourt à
l'Academie Françoiſe. 277
{ ..
Avis pour placer les Figures .
doit
regar-
L'Air qui
commence par >
Fuyez de nous ,
der la page 191.
L'Air , qui
commence par
• C'est un bonheur , doit regarder
la page 233.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le