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Eur.
511
m
1699.5
" Eur
5.11m
16995
Mercure
<36624505420018
<36624505420018
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
T
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MAY 1699.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure Galant
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin..
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCIX.
Avec Privilége du Roy..
Bayerische
Staatsolbliothek
München
AU LECTEUR.
Iplust 4 vis qui a eftemis depuis
Ly a lieu de croire qu'on nelit
tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mercure
puifque malgré les Prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en caractéres
lifiblesles nomspropres quife trouvent
dans les Memoires qu'on envoyepour
eftre employez on negli.
ge de le faire , ce qui eft caufe qu'il
y en a quantité de défigure
eftant impoffible de deviner le
nom d'une Terre , ou d'une Famil
AU LECTEUR.
le, s'il n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y
prendre garde, s'ils veulent que les
noms propres foient corr Ets . On
avertit encore qu'on ne prend au
cun argent pour ces Memoires ,
qu'on employera tous les bons ou ·
vrages à leur tour , pourvû qu'ils
ne defobligent perfonne , é que
ceux qui les envoyeront en affran
chiffent le port.
MERCVRE
GALANT
L
# 5 MAY 1699nob up
jon snuse puitul urovucn nu
A grandeur du Roy,
paroift en toutes cho
fes , mais fon attention
pour le bien de fes fujets, éclaq
te particulierement dans la
protection qu'il donne aux
beaux - Arts & aux Sciences ,
May 1699.
A
2 MERCURE
& dans l'établiffement des diverfes
Académies qui les font
fleurir. Celle des Sciences tint
fa premiere Affemblée publique
le Mécredy 29. du mois
paflé . Le nouveau Reglement
qu'elle a reçû du Roy au mois
de Février de cette année , &
qui donne à cette Compagnie
un nouveau luftre & une nouvelle
vigueur , foblige à ou
vrir les portes deux fois par an,
la premiere feance d'aprés
Pâques , & à la premiere d'aprés
la faint Martin. Sa Majefté
a voulu que le public pût
juger par les propres yeux de
GALANT.
3
la forme & de l'utilité de ces
Affemblées, perfuadée que les
miſteres qui s'y traitent s'atti
reroient d'autant plus d'eftimequ'ils
feroient plus expoſez
au grandjour.Une circonitan .
cefinguliere,une faveur enco-
Ire toute nouvelle que le Roy
avoit faite aux Sciences , rendoit
cette premiere Affem.
blée plus digne de curiofité.
Ce Prince avoit eu la bonté
de donner à cette Académie ,
qui auparavant fe tenoit à la
Bibliotheque , un logement
dans le Louvre , fans comparaifon
plus commode & plus
A ij
A
MERCURE
magnifique , & c'eſtoit à ce
premier jour d'aprés Pâques
qu'elle en prenoit poffeffion .
Ce lieu tout vafte qu'il eftoit
fe trouva entierement rempli
de fpectateurs & même il y
avoit en haut des tribunes fer
mées de jaloufies, où fe mirent
un petit nombre de Dames à
qui il appartenoit d'être cu
rieufes d'un ſpectacles qui auroit
fi peu touché toutes les
autres. M. l'Abbé Bignon ,
nommé par le Roy pour eftre
Prefident de cette Académie
ouvrit la feance . Il dit que
ceux qui eftoient venus dans
ji A
GALANT.
S
ce lieu fe feroient trompez , s'ils
s'eſtoient attendus a quelque
ouverture étudiée & à des dif
cours éloquens ; que l'Académie
Françoife avoit pour fon
partagé l'Art de laparole avec
tous les agrémens , mais que
l'Académie des Sciences n'af
piroit qu'à la verité, & fouvent
à la verité la plus feche & la
plus abftraite qu'il luy fuffi
foit que le vrai pût eftre utile ,
& qu'elle le difpenfoit d'eftre
agreable que cette féance ,
quoi qu'elle fût publique , ne
differeroit en rien d'une feance
particuliere , finon en ce
A iij
6 MERCURE
qu'elle feroit peut eftre moins
utile & moins curieuſe , parce
qu'ordinairement quand un
Académicien parloit on l'in
terrompoit , ou pour luy de
mander des éclairciffemens ,
ou pour luy faire des objections
, & que
fouvent
ces pen
fées nées fur le champ fe trou,
voient excellentes , mais qu'il
eftoit à craindre que le refpect
qu'impofe le public n'étouffât
toutes ces productions foudaines
; qu'en ce cas là ayane
l'honneur de prefider à la
Compagnie , iltâcheroit de
fuppléer à ce defaut , & qu'il
GALANT.
7
hazarderoit les penſées qui
luy viendroient à l'efprit .
Enfuite, comme on ne parle
dans cette Compagnie que
par écrit , parce que ce font
des matieres trop profondes
& d'une trop grande préci-
Lion pour pouvoir eftre traitées
autrement, on commença
à lire felon la forme ordinaire.
M. Caffini fit lire par M. fon
fils , membre de cette meſme
Compagnie , un Ecrit qui appuyoit
une opinion d'un ancien
Philofophe , trés- fingu
liere , & trés hardie en ce
temps- là , & d'autant plus in-
י
A iiij
8 MERCURE
genieufe qu'elle eſtoir moins
fondée , que les Cometes qui
paroiffent des productions
nouvelles ,ou tout au moins des
Aftres fort irreguliers , font de
veritables Planetes auffi an-
!
ciennes que toutes les autres,
& dont les retours font reglez.
5.2 . M.Homberg donna une
Methode pour reconnoiftre
exactementquelle eft la quantité
des Sels volatils acides
contenus dans les differens
Efprits acides . Les Efprits aci
des font des liqueurs où les
Sels qui en font feuls toute la
vertu , nagent dans une cau
GALANT. 9
ou phlegme inutile , &
par
1 confequent lorfqu'on veut re
gler bien jufte la dofe de ces
Efprits , foit pour des operations
delicates de Chimie,foit
pour la Medecine , il ne la
faut pas regler par la quantité
de la liqueur même , maïs par
ecelle des fels qu'elle renfer.
eme , &rien n'eft plus neceffarre
que de la connoiftre precifément.
Pour cela M.Homberg
fe fert d'un nouvel Areometre
ou Pefe liqueur qu'il
inventé ; & qu'il montra à
l'Affemblée.
a
Aprés luy , M. Varignon
10 MERCURE
"
parut fur les rangs . Il donna
une Regle Geometrique pour
faire des Clepfidres ou Horlo .
ges d'eau , quelque figure que
Ton voulût donner au vafe
qui contiendroit l'eau , par
quelque ouverture qu'elle s'écoulât
, quelque viteffe qu'elle
pût avoir. Ce probleme n'avoit
encore efté refolu que
dans quelque petite partie &
dans un cas particulier , mais
M. Varignon embraffa toute
l'étendue infinie qu'il pouvoit
avoir, & cela par l'Analife des
infinimens petits , Methode
nouvelle qui a donné à la GeoGALANT.
11
metrie une fublimité & une
fecondité qu'elle n'avoit ja
mais euës , mais qui veut eftré
maniée avec une circonfpec
tion & une delicateffe extre .
me.
La Chimie tint le Bureau
encore une fois. M. de Tournefort
entreprit de prouver
• que pour tirer les veritables
principes des Plantes , une A.
nalife compofée dont il fe fert,
eftoit preferable à l'Analife
fimple & ordinaire. Il fit pour
cela diverfes experiences qui
plurent beaucoup . On ne peut
guere voir fans étonnement,
12 MERCURE
cette
ou du moins fans plaifir , ces
changemens foudains de couleurs
par les acides ou par les
alcali , ces effervefcences de
liqueurs , & tous les autres
jeux fçavans de la Chimie.
Les autres fciences que
Académie embraffe , telles
que l'Anatomie ou la Mecha
nique , auroient eu leur tour,
fi les deux heures preſcrites
n'euffent pas efté remplies par
tout ce que je viens de vous
marquer. Comme ce que M.
l'Abbé Bignon avoit preveu
arriva , & que les Académi
ciens qui parlerent furent peu
GALANT.
13
interrompus par les autres , il
fit en leur place les queftions
ou les objections que demande
une conference , mais il les
fit avec toute la nobleffe qui
convenoit à fa place de Prefident
, & au rang qu'il tient
d'ailleurs dans le monde, avec
toute la jufteffe & la precifion
d'un homme à qui toutes ces
diverfes Sciences étoient fa
milieres , & avec le même
agrément que s'il avoit eu à
traiter des matieres plus fleu
ries. Tout ce qui fe paffa dans
cette feance fut fort applaudi.
Parmi ceux qui compofoient
a
14 MERCURE
ily la nombreuſe affemblée qui
s'y trouva , il y avoit des Refidens
, des Envoyez , quantité
d'Etrangers de diſtinction ,
& mefme des Princes. Il y a
prefentement cinqi Acadé,
mies qui tiennent leurs feances
au Louvre , l'Académie
Françoiſe , celle des Infcriptions
& des Medailles , l'Aca
démie Royale des Sciences ,
celle de Peinture & de Scul
pture , & celle des Architec
tes , ce qui fait voir la bonté
du Roy, & fon application
pour le progrez des Sciences.
Vous avez déja veu quelGALANT.
15
ques Differtations qui ont efte
données au Public touchant
le commencement du Siecle
prochain . Comme vous m'a-
3 vez marqué que vous ferez
bien aife de voir tout ce qui
s'écrit fur cette matiere , je
vous envoye une Lettre qui
vient de tomber entre mes
mains , fans que l'on ait pû
m'apprendre qui en eſt l'Auteur.
A MONSIEUR ***
V
m
Ous voulez avoir par écrit
monfentiment, Monfieur,
fur la question du commencement
16 MERCURE
2
du Siecle , & le pouvoir que
vous avez fur moy m'oblige à
vous obeir. Voici donc ce que
j'en pense enpeu de mots . Je ne
croi point qu'il foit neceffaire
pour decider cette question , de
s'enfoncer trop dans l Algebre
ou dans la Chronologie , ni de
faire un grand étalage d'érudi
tion il n'y a qu'à former des
idées nettes des chofes.
Ce qui fait la difficulté que
forment fur ce fujet quelques
perfonnes d'esprit , c'est qu'ils
ne confiderent l'année que came
me un nombre, parce que dans
les calculs on ne met en ligne de
compte
GALANT.
17
2
comptée
on .
compte que ce qui eftfait & confommé
, ils difent qu'on ne nomme
auffi& qu'on ne compte l'année
ée que quand elle eft expirée ;
d'ou ils concluent que comme o
comptera aupremier Janvier qui
Ivient mil fept cens , cette année
ptée fera donc achevée , &
le fiectefera fini. En ce fens
conçoivent tous les s'émors
qui
couleront depuis , comme ajoûtez
à l'année milfept cens , &
non pas comme la compofant
enforte que quand un Hiftorien
rapportera une action faite en
mil Sept cens vingt ou trente , ce
ne fera dire réellement autre
May 1699.
B
18 MERCURE
chofe felon eux ,fi ce n'est qu'elle
Se fera paffée vingt où trente
jours aprés milfept cens accomplis.
Enfin depuis le mois de
Fanvier prochain où l'on comptera
mil fept cens , jusqu'à la
fin de la même année , tout se
temps appartiendra au dix-buitiéme
fiecle. Voila comment s'expliquent
ceux qui pretendent
que le fiecle finit cette année mil
fix cens quatre vingt dix - neuf.
Mais cette question pour eftre
éclaircie & refoluë , doit eftre
traitée d'une toute autre maniere.
Il faut regarder l'année
, non pas comme un nombre,
2
D
GALANT. 19
mais comme un corps & une
vraye étendue phyfique. Il y a
- de deux fortes de corps , les uns
#permanens , dont les parties fe
trouvent, toutes enfemble ; les
autres fucceffifs , compofex de
I parties qui viennent les unes
aprés les autres. Or dés qu'un
corps nous paroît , fuit permanent,
foitfucceffif, nous luy d nnons
un nom qui le diftingue
pour en pouvoir parler dans la
fuitefans confufion. Ilfautfeu.
lement obferver , que comme ces
deux fortes de corps font tresdifferens
, les noms qu'on leur
, donne les fignifient auffi fort
T
C
Bij
20 MERCURE
7.
differemment. Les noms impofez
aux corps permanens marquent
qu'ilsfontparfaits. On ne
dit point par exemple d'un tableau
, voila leportrait du Roy,
ficon eft quand il est achevé. Au
contraire les noms dont nous defignons
les corpsfucceffifs , ne les
-fignifient jamais dans leur ac-
-compliffement , mais dans leur
fucceffion , que l'on diftingue dif
feremment par rapport au momentou
ils paroiffent. Ainfi dans
zun carouzel , dés que lepremier
Chevalier met le pied dans la
curriere, on dit voila la première
courfe ceft à dire le commence-
H
GALANT. 21
み
.
ment ; & s'il arrive quelque
accident qui arrefte en chemin le
coureur,on dit, lapremiere courfe
a efté interrompue , c'est à dire
Le milieu . On voit que cette étendue
de temps eft appellée courfe
dans tous les momens out elle
sparoift , & quece mot ne fignifie
point fon accompliffement , car
pour le marquer , ce terme de
courfe ne fuffiroit pas toutfeul,
il en faudroit ajouter un autre,
dire, la premiere courſe finie ;
marque evidente que le nom de
• premiere courfe eft donné à tout
le temps que le premier Chevalier
met à fournir fa carriere ,
S
22 MERCURE
1
la
& non pas à l'achevement.
Voyons encore un autre exemple.
Un homme qui va pour
feconde fois de Paris à Lyon ,
dit en partant de fa maison ,
voila mon fecond voyage de
Lyon , & s'il veut exprimer
quelques rencontres particulie
res qu'il ait euës en chemin , il
dira , il m'est arrivé une telle
affaire le premier , le fecond ,
Le troifiéme jour de mon voya
ge , ainfi du refte . Il est donc
certain que le nom précis de
voyage eft donné , non pas à la
confommation de tout le chemin,
mais à toute la fucceffion de
GALANT.
23
temps employé à le faire , diftin
guée feulement en parties diffe
rentesfelon les momens où elle
paroît. Cela eft general pour
toute forte de mouvemens , car
e quoique tous mouvement dife
le terme que l'on quite , e celuy
- que l'on acquiert , ce n'eft pas à
| l'acquifition du terme que l'on
attribue ce nom de mouvement,
mais au tranfport du mobile , &)
à l'espace de temps qu'il employe
à parcourir le milieu . Au
refte cette impofition des noms
que nous venons d'expliquer
n'estpoint arbitraire , mais fondée
dans la nature ; car les noms
24 MERCURE
doivent fignifier les chofes nommées
telles qu'elles font. Donc
puifque la nature des corps
permanens eft d'eftre parfaits
·quand ils paroiffent , leurs noms
Les doivent fignifier dans leur
accompliffement comme nous
l'avons auffi on dans les exemplés,
aucontraire la nature
des corps fucceffifs ne paroiffant
jamais qu'en partie , leurs noms
les doivent fignifier imparfaits ,
c'est à dire dans la voye de s'ac
complir, & nonpas dans l'accompliffement.
Vous ferez fans peine
Monfieur, l'application de ces
. ..
>
notions
GALANT 2295
J
notions clairement exposées , à
Pefpece particuliere de l'année
&dufiecle ; car l'année étant
un corps de douze mois qui eſt
5. fucceßif, elle n'eft jamais toute
enfemble ; c'est une course , c'est
S un woiages , dest un mouvement,
où les parties viennent
• les unes aprés les autres. Le
+ nom donc imposé pour defigner
sla nature de cette forte d'éten-
• due doit marquer la fucceßion
qui lui est effentielle , & dés le
moment qu'elle paroît , on lui
donne ce nom , parce que toutes
fes parties font conceuës
attachées à la premiere par le
May 1699.
C
26 MERCURE
lien de la fucceßion & du
temps. Ainfi quand on commencera
à compter au premier
Fanvier prochain mil fept cens,
on nommera ce corps fucceßif
de douze mois qui commencera
à paroître , dont on regardera
toutes les parties , non pas
comme prefentes mais comme
liées par une durée fucceßive.
Tout ce qui fe paffera depuis
pendant ce tems de douze mois,
devra eftre appellé, & fera ef
fectivement l'année mil sept
cens , puifque c'est à toute cette
fucceßion que ce nom est attri
bué, & ce qui arrivera en parGALANT.
27
ticulier dans cette fuite de
tems , lui appartiendra neceffairement
& la compofera. Seulement
cette étenduë fucceßive recevra
differens noms par rap
port aux divers momens dans
lefquels elle nous paroîtra ; de
Lorte que cette fucceßion paroiffant
dans fes premiers momens,
elle eft appellée , l'année commençante
, quand elle eſt portée
à la moitié de fes parties ,
c'est l'année dans fun milieus
mais quand la fucceffion eft fi
nie , on s'exprime par un autre
terme , qui eft celui d'unité ,
qui marque fa conſommation
C ij
28 MERCURE
›
4
car l'unité defigne l'eftre par
fait & accompli. On dit une
année deux années , trois
années , generalement dans
tous les calculs , ou aſtronomiques
ou hiftoriques , on compte
l'année finie , parce qu'on regarde
pour lors cette fucceßion
paffée comme une espece de corps
fixe & permanent , dont toutes
les parties font reünies enfemble
, au lieu que le terme d'année
fimplement eft imposé pour
exprimer la fucceßin même de
toute l'étendue.
Il est donc clair que quand
on nomme l'année mil Lept cens,
GALANT. 29
on entend neceffairement le cours
de douze mois , qui doivent fe
fucceder les uns aux autres ;
quand on dit une année ,
l'on entend les douze mois ačcomplis.
Vous estes affez phi-
- lofophe , Monfieur , quoique
fort éloigné de cette profef
fion , pour conclurre de tout ce
qui a efté dit , que noftre fiecle
ne fera point fini quand on
comptera l'année mil fept cens ;
mais quand il y aura une année
milfept cens entiere , c'eſt.
à dire , quand elle pourra eftre
énincée par un nombre parfait
qui marque fa consommation ,
8
C
C iij
30 MERCURE
ce qui ne pourra ſe faire qu'en
mil⋅fept cens un.
Voici une autre Lettre ou
l'opinion contraire eft foû.
tenue. Lifez , & vous juge,
rez enfuite à laquelle vous
devez vous attacher ,
A MONSIEUR ***
A Houdan , ce 15. Fev. 1699 .
LA
A lettre , Monfieur , que
jay Thonneur de recevoir
´de vous , pour çavoir monſentiment
fur plufieurs paris qui
GALANT.
31
:
S
fe font faits en vos quartiers
au fujet dufiecle prochain,m'au
roit fort furpris , fi un Gentil
homme de mes parens qui ar
rive de Paris , ne m'apprenoit
qu'il s'y en fait tous les jours ,
ainfi qu'à Versailles , fur ce
fujet. Vous me marquez que
les premiers foutiennent que te
fiecle ne doit commencer qu'au
premier Janvier mil fept cens
un , & que les autres au contraire
pretendent qu'il doit
commencer au premier Janvier
prochain. man
Les premiers , à ce que vous
me marquez , ont pour funde-
C iiij
32
MERCURE
ment de leur opinion l'exemple
d'un payement à faire de deuse
cens écus , que l'on doit compter
par un juſqu'à cent écus ;
que pour compter les autres
cent il faut encore recommencer
par un , & que les ficcles
qui font compofez de cent années
fe doivent compter de
mefme.
2. Vous dites que les autres
ent pour fondement le Jubilé
univerfel qui s'accorde au com
•mencement de tous les Siecles ,
& qui ouvrira au premier
Fanvier prochain à Rome , &
que par confequent ce fera le
GALANT. 33
commencement du fiecle. Quoi
que ces derniers ne faffent au
cune preuve que par l'exemple
du Jubilé univerfel, cependant
leur opinion eft la veritable.
Il est conftant qu'une année
ne fe peut compter qu'elle ne
foit revolue & accomplie. Pour
juftifier cette verité des années
qui compofent les Siecles , je
les compare à l'âge d'un hom
me. Par exemple , je fuis né
un Lundy quatriéme d'Avril
mil fix cens trente neuf, à fix
heures du matin. Je ne puis
pas compter avoir eu un an qu'
fix beures fonnantes du qua
34 MERCURE
triéme Avril 1640. mais un
moment aprés j'entre dans ma
feconde année qui ne fut accomplie
qu'au quatriéme Avril
1641. d'où s'enfuit que je cours
prefentement ma foixantiéme
année qui s'accomplira au qua
triéme Avril prochain.
Entre nous autres Chreftiens
nous commençons à compter notre
premier fiecle du jour de la
naiffance deJesus- Christ. Quoy
que nous en celebrions la Fefte
·le vingt- cinquiéme de Decembre
, l'on applique cette naif-
Jance au premierJanvier, pour
Le conformer à l'année civile.
GALANT. 35
Supposé que Noftre- Seigneur
eût demeuré fur la terre cent
• dix ans , n'eft- il pas vray par
cet exemple tout convainquant,
" qu'aiant eû quatre- vingt- dixneuf
ans accomplis , un moment
# aprés il feroit entré dans fa
centiéme année qui auroit efté
• accomplie à minuit du dernier
Decembre enfuivant , & qu'im
mediatement aprés il feroit entre
dansfa cent & uniéme an
née qui auroit efté le commencement
du fecond fiecle . Tous
les fiecles fuivans fe doivent
comprendre & compter de la
mefme forte d'où s'enfuit un
36 1
MERCURE
foutien que je fais & qui vous
paroistra un paradoxe , qui eft
qu'il n'est pas vray de dire
qu'aujourd'huy
quinziéme de
Février, nousfoyons dans l'année
mil fix cens quatre - vingtdix-
neuf, puifque cette année
1699. fut revolue & accomplie
"fi toft que minuit fonna la
nuit du trente- uniéme De-
-cembre à aller au premier Fanvier
dernier , mais qu'il faut
dire que nous fommes fur l'année
mil fept cens , qui fera accomplie
lors que minuit fon
nera le dernier Decembre prochain
& qu'immediatement
GALANT. 37
1
$
aprés on entrera fur l'année.
1701. qui eft cette année du
nouveau fiecle. Ainfi lors que
l'on dit le 15. Février 1699.
c'est- à- dire qu'il y a mil, fix
cens quatre - vingt · dix - neuf
ans que Noftre - Seigneur eft né,
un mois demi de plus. b.
Par ce principe que je tiens
incontestable , vous errez beaucoup
lorfque par ofte lettre
vous appellez le fiecle prochain
le dix feptiéme , puifque celuy
que nous courons depuis le pre
mier Janvier 1600. & que
nous allons finir eftade dix
feptième & qu'au premier
2838 MERCURE
Fanvier prochain nous entrerons
dans le dix- huitiéme : car
un fiecle prend son nom du
nombre centenaire auquel il fi
nit , tout ainsi qu'un homme
qui a cinquante - neuf ans eft
dans fa foixantieme année un
an durant juſqu'à ce qu'il les
ait accomplis.
Je fuis vôtre , & c,
Les Menageries eftant aujourd'huy
à la mode , & plufieurs
Princeffes en ayant où
elles vont fe divertir , le Roy
a donné celle de Verſailles à
GALANT. 39
Madame la Ducheffe de Bour.
gogne , & en a & en a fait en même
temps augmenter le baftiment.
Ce lieu plaift fort à cette
Princeffe ; elle y va fouvent fe
promener , & y regale les Da
#mes de fa fuite, Voici des Vers
qui ont eſté faits par M.Caffan
fur les Animaux de cette Mé
nagerie.
OD E.
HanterMufa, chanter enfai
veur MARIES
Et mêlez votre voix aux innocens
plaifirs
Qui s'offrent àl'envy dans la Ménagerie
,
Afes jeunes dèfirs.
40 MERCURE
N'oubliez pas auffi les foins qu'elle
fe donne,
Pour voir de tems en tems les Animaux
divers ,
Qui dans ce vafte enclos jouiffent de
Bautomne quila otorh¶
Au milieu des hivers.
Confiderez d'abord cette fiere Geniſſe,
Avecfon large front & fon dos marquétel;
b xominA zold
Fadis on en eût fait un digne facrifice
Pourfa grande beauté.
Voyezce jeune Dain qui bondit anprés
d'elle ,IAM
Ne craignant pas icy l'atteinte d'ancun
mal ;
La neige nous paroit & moins blan
che & moins belle ,
Que ce doux animal.
Ce
GALANT. 41
Ce Cerfqui craint Diane & fa meute
enfurie ,
Fut un jour fur le point de s'en voir
invefti ;
Mais trouvant un azile en la Minagerie
,
Il n'en eft plus forti..
Cette Chevre fans barbe & ce coin
écartée ,
Neconnoitplus icy l'ufage de brouter,
Jupiter la prendroit pour la Chevre
Amalthee
Qui venoit Palaiter! E
Regardez le Griffon au travers du
grillage ,
Obfervez le Sagoin , la Civete ,
l'Elan
y la Poule hupée, & le Canard
Sauvage
* L'Elan a la tête de Veau & le corps d'un Cerf.
May 1699.
D
42 MERCURE
Qu'on appelle Arquelan.
*
"Cet Animal guindé qu'on nomme
Demoiselle ,
Lors qu'il voit la Princeſſe admirer
fa beauté ,
Comme un fier Efpagnol s'en vient
au devant d'elle ,
Avecfa gravité.
Icy ce gros Oifeau que l'Inde nous
envoye ,
Paroit eftre formé fur un nouveau
deſſein ;
Il a le corps couvert. d'une espece de
Loye,
Qui reffemble à du crin.
La Cicogne qu'on voit une jambe
levée ,
* Le Cafuel
GALANT. 43
Repofe en cet état , & ne dort qu'à
demi ,
Afin d'eftre au befoin promptement
éveillée ,
S'il vient quelque Ennemy.
Le Paon de qui l'orgueil n'a rien que
d'agreable ,
Fait la roue au Soleil tout bouffi de
fiertés
Mais dés qu'il voit fes pieds , il eft
inconfolable
Et perdfa vanité.
Funon luyfait traifner dans la voute
azurée ,
Son char par des chemins aux mortels
inconnus
Et c'est d'elle qu'il tient la dépouille
dorée
De tous les yeux d'Argus .
Dij
44 MERCURE
Là , dans une autre cour , l'Oiseau
dont le plumage
Fait de nos Cavaliers le plus digne
ornément ,
Ayant quitté chez luy fon naturel
volage ,
Kit familierements wond
Dans fon Pays natal nul foin ne
l'embarraffe ,
•Il expofe fes oeufs aux fables Affriquains,
Et le Soleil prend foin pour conferver
Sa race
D'éclorre fes Pouffins
L'Aigle qui parfon vol va percer le
nuage ,
Pour regarder de prés le Dieu de la
clarté ,
L'Autruche.
GALANT
45
De prendre fon effor vient de perdre
Pufage ,
Avec la libertés
Le Dieu dont le courroux peut tout
reduire en poudre
A permis quelquefois par maniere
de
jeu ,
Que cet animal fut le porteur de fa
foudre,
Sans en craindre le feu.
Là , vers ces grands baſins mille
Oifeaux aquatiques ,
Au moindre bruit qu'onfait , s'élancent
dans les eaux ,
Ils aimeroient mieux être en des lieux
plus ruftiquesyaly od vocat of
A l'abry desrefeaux; wa
* Cet Oifeau qui nous chante un air
plaintif
Le Cigne
tendre
46 MERCURE
Au point quefon deftin luy vientfermes
lesyeux ,
Abandonnant pour nous les rives du
Meandre.
Habite dans ces lieux.
Al'aspect de MARIE il bat l'eau
defes ailes ,
Où brille la blancheur d'un éclatfans
pareil ,
Et ravi de plaifir en les voyant f
Sabelles, 203 33
Il s'admire au Soleil.
* Remarquezces Oiseau d'unefi rare
espece
Quife perce le flancpour nourrir,fes
petits samborist( UEA
On ne peut concevoir cet excezde ten
dreffe ,
Sans en eftre furpris
* Le Pelican
GALANT. 47
X
* Sous ces Dômes ouverts environnez
de grilles ,
Vole un nombre d'Oifeaux comme àu
milieu des airs
Nourriffant dans ce lieu leurs paifi
bles familles ,
Sans craindre les dangers .
bL'Oifeanqui de Venus a reçu pour
partage
De traifner fon beau char dans la
route des Cieux ,
Auſſi-toft qu'il paroift , l'éclat defon
plumage
Vient éblouir nosyeux.
Quel plaifir c'eft de voir la chafte
Tourterelle ,
Leplus digne portrait de lafidelité
Sa Compagne jamais ne fe fepare
d'elle ,
Et vole à fon cofté.
Les Volieres. b La Colombe,
48 MERCURE
Lors que par un deftin funefte à l'ear
tendrese
L'un d'euxfe trouve atteint du plomb
de l'Oifeleur,
L'autre du même coup penetré de
trifteffe
Va mourir de douleur.
Ces Oifeaux de bon goût que l'on fert
fur la table ,
Ne craignent pas icy que le bec du
Vautour ,
3.00
Qui les menace ailleurs d'un deftin
déplorable ,
Leur raviffe le jour.
Sortons de leurs enclos , de crainte que
MARIE,
Ne fe fatigue trop à voir tant d'A
sanimaux ,
La diverfitéplait & l'onfe defennuie
Par des objets nouveaux .
45know D AI & Entrons
GALANT.
49
16
Entrons dans ce parterre , &fuivons
·la Princeffe ,
Déja Flore s'avance un bouquet à la
main ,
Et fur toutes les fleurs l'Anemone
s'empresse
De border fon chemin.
La fleur dont la beauté n'a rien de
comparable ,
La vive Renoncule avecfon incarnat,
Qui va charmer les Dieux au deffert
de leurtable ,
Y brille avec éclat .
La Tulipe s'en vient émailler la
verdure
Avec mille couleurs qu'elle emprunte
d'Iris ;
Et la Rofe dans peu va joindre àfa
parure ,
Lesparfums de Cipris.
May 1699.
E
50 MERCURE
Lesfleurs qu'on voit ramper dans tout
autre parterre
S'efforcent à l'envy d'un & d'autre
cofté,
Devenir enfes mains s'élevant de la
terre ,
Pour fa commodité.
Aufond de ce jardin regne la fimetrie
De deux beaux pavillons , deftiner
pourlesjeux
Qui peuvent augmenter les plaifirs
de MARIE
Dans ces aimables lieux.
Princeffe , terminezune courfe fi belle:
On a mis le couvert dans voftre appartement
.
Amenez votre Cour, pourgoûter avec
elle ,
D'un autre amufement.
GALANT.
51
La Societé des belles Lertres
eftablie à Toulouſe ,
continuë de s'appliquer depuis
l'année 1688. à l'Eloquence
& à la Critique des Anciens
; mais elle ne fe borne
pas à ces feules connoiffances,
quoy qu'auffi utiles qu'agreables.
Elle s'attache auffi
aux découvertes de la Phyfi
que ; à quoy tout femble l'animer
plus fortement ' ; la
Paix que nous devons à la fageffe
& à la generofité de
Louis le Grand , fon attention
à faire fleurir les Sciences
& les beaux Arts , les re-
E ij
52 MERCURE
compenfes
magnifiques
dont
ce Prince honore les gens de
Lettres , le genie des Touloufains
, nez pour toute forte de
litterature
. De fi favorables
conjonctures
ne luy promettent
que d'heureux
fuccez. On
verra les Sçavans de la France
, que toutes les autres Nations
font gloire d'imiter ', ſe
ſignaler à l'envy par
de nouveaux
efforts , pour ſe dédommager
des pertes que les belles
Lettres ont faites pendant
ces années turbulentes
& fi
contraires
à l'accroiffement
des Sciences. La feule Ville
GALANT. 53
"
de Toulouſe va faire paroiſtre
deux excellens Traitez fur toutes
les matieres de Phyfique ;
l'un de Mr Bayle , Profeffeur
aux Arts , & l'autre du Pere
Saguens , Religieux Minime ..
Le premier , dont l'ouvrage
n'eft pas moins le fruit des
Conferences qu'il tenoit autrefois
luy mefme , avec tant
de fuccez , que de fon beau
genie , s'eft rendu recommandable
par d'autres productions
également admirées en
France & dans les païs Eftran.
gers. Le fecond , qui merita
le prix de Phyfique , que la
E iij
54 MERCURE
Societé des belles Lettres diftribua
l'année derniere , eft un
éleve de l'Illuftre Pere Maignan
; prejugé , ce ſemble ,
certain de cette reputation
que fon ouvrage établira encore
plus folidement. Ainfi
lors que tout femble aller de
concert pour perfectionner la
Phyfique , la Societé des belles
Lettres fe trouve plus engagée
que jamais à propoſer
un prix en faveur de celuy qui
traitera le mieux ce probleme
, pourquoy l'air eft , quel
quefois auffi froid dans le fort
de l'Efté , qu'il pourroit l'eftre
GALANT.
55
I
1
dans le fort de l'Hiver. Ce
prix fera un Medaillon d'argent
qui reprefente d'un côté
une Pallas , & de l'autre
une Ruche d'Abeilles renversée
, à travers laquelle paroiffent
des rayons de miel avec
ces paroles, condita labore, qui
en font l'ame. Ceux qui auront
travaillé envoieront leurs
pieces à Mr Martel qui loge
dans la Parroiffe faint Sernin,
derriere les Religieufes de la
Vifitation
. Ils
l'accompagneront
d'une Sentence écrite de
leur main & de leur paraphe.
S'ils ne peuvent affifter eux-
E
iiij
56 MERCURE
mefmes à la diftribution du
prix , ils commettront quelqu'un
à leur place , & luy
mettront en main une copie
de leur ouvrage avec la Sen
tence & leur paraphe écrits
du mefme caractere que celuy
de l'original. On ne re
cevra de pieces que jufqu'au
vingtiéme du mois d'Aouft.
La diftribution du prix fe fera
dans la maifon de Mr Malpeyre
, Doyen du Prefidial.
C'est ce Magiftrat, qui de concert
avec l'Illuftre Mr Pelif
fon avoit autrefois donné naiffance
à ces Conferences dans
པ་ སྒྲ་
GALANT. 57
ce mefme lieu où l'on couronnera
le Victorieux ..
Vous ne ferez pas fafchée
de voir l'Eloge de celles de
voſtre ſexe par comparaifon
avec les hommes. Voicy ce
qu'en dit Mr Morien .
Si tous les hommes eftoient
fages & vertueux , toutes les
femmes feroient fages & ver
tueufes.La raifon naturelle eft,
que la femme dans fa creation
ayant efté formée d'une partie
de l'homme , fon tempe
rament eft par confequent.
composé des qualitez natu
relles de l'homme , foit qu'el
58 MERCURE
les foient louables ou non ,
parfaites ou imparfaites ; a
proportion que l'homme participe
des qualitez naturelles
de la matiere dont il a efté formé
, telle qu'elle ait efté aus
temps de fa creation . Je laiffe
à tirer la confequence fur ce
principe à qui voudra le faire
judicieufement , pour fçavoir
fur lequel des deux fexes les
imperfections naturelles tombent
davantage, pour y avoir
plus de part. Les hommes
ont de tout temps reproché
aux femmes leurs foibleffes ,
& en parlant generalement ,
GALANT.
59
c'eſt cela mefme que je pretens
faire voir qu'on leurop .
pofe avec injuftice , puifque
ce font bien moins leurs foibleffes
propres qui fe découvrent
en elles , que celles de
leurs peres qu'on leur impute
eftant évident qu'elles y ont
moins de part que les hommes.
Ainfi je dis que l'homme
eftant comme le principe
de la generation
de fes
enfans , il s'enfuit que
les enfans
qui naiffent de luy font
naturellement
plus fon ouvrage
que celuy de la femme ,
avec cette difference
nean60
MERCURE
moins , qui fait beaucoup à
mon fujet , que les filles aufquelles
ils donnent la naiſſan
ce tiennent ordinairement.
plus de fa reffemblance , de
fon efprit , de fon humeur &
de fes inclinations, que les enfans
mafles , qui par un ordre:
de la Providence du Ciel , par- .
ticipent des meſmes qualitez
que je viens de dire , par rapport
à celles de leur mere. C'eft.
une verité dont nous nous appercevons
tous les jours , pour
peu que nous voulions y pren .
dre garde , d'où il s'enfuit
que ceux qui reprochent.ces
GALANT. ་
61
mefmes defauts aux femmes ,
font obligez de leur faire reparation
de ce qu'ils leur imputert
leurs propres foiblef
fes.
S'il eft neceffaire que la
femme foit foumise à l'hom
me , comme la Loy divine &
la Loy naturelle l'ont ordonné,
comment cela fe peut- il
faire autrement que par le
moyen de la foibleffe qui luy
eft fi propre , puifqu'elle eft
doüée d'un efprit raifonnable
comme luy ? Cette foibleſſe
de la femme eftant un avantage
au profit de tous les deux,
62 MERCURE
elle
contribue à leur repos ,
& à conferver entr'eux l'intelligence
, qui ſeroit troublée &
renversée par toute autre difpofition
, enforte que la focieté
entre l'un & l'autre ne pourroit
fubfifter d'une autre ma-.
niere. La beauté eft leur partage.
Cette beauté à laquel
le les plus grands heros ont
fait & feront toûjours gloire
de fe foumettre , eft quelque
chofe de divin , dont tout le
monde convient , & dont je
n'entreprens
pas de relever le
merite. Il eft donc neceffaire ,
utile & avantageux , que la
GALANT.
63
femme foit telle , & puifque
c'eſt un bien en elle pluftoft
qu'un défaut, ne foyons pas affez
injuftes pour l'en accufer.
Voicy une fuite du Journal
concernant l'Ambaffadeur de
Maroc . Ayant prié Mr de
Saint Olon de demander en
grace au Roy , qu'il puſt voir ,
baifer & mettre furfa tefte une
-lettre que les Maures pretendent
que Mahomet a écrite à
l'Empereur Heraclius ; des
mains duquel elle a paffé aux
Rois de France , qui l'ont toûjours
confervée avec grand
foin , & qui felon les Maures
64 MERCURE
eft la caufe de toutes les prof
peritez de la Monarchie Françoife
, le Roy répondit qu'il
ne sçavoit ce que c'étoit que
cette lettre , que jamais il n'en
avoit oui parler ; que cependant
il confentiroit volontiers
à la faire voir à l'Ambaſſadeur
fi on la trouvoit dans fa
Bibliotheque , ou dans les Archives
de la Chambre des Com
ptes. On n'y a trouvé qu'une
lettre de Soliman à François
Premier , qu'on dit eftre la
premiere lettre qui ait eſté
écrite à nos Rois , par les Em
pereurs Turcs.
"
Le
GALANT. 65:
Le 28. Mars fe trouvant le
vingt fixiéme jour du Rhamadan
des Maures , l'Ambaffadeur
&tous les gens fe mirent .
en devotion,& pafferent toute
= la nuit du 28. au 29. en prieres,
fur ce qu'ils diſent que ce
fut cette nuit là qu'ils appellent
la nuit de cadre , qui eft
toûjours celle du 26. au 27. de
leur Rhamadan , qu'une partie
de leur Alcoran eft defcendue
du Ciel.
La feconde fois que l'Am :
baffadeur vit fouper le Roy ,
S. M. luy parla deux ou trois
fois d'une maniere fort obli
May 1699.
F
66 MERCURE
geante. Il en fut fi charmé ,
que ne pouvant plus longtemps
s'empêcher de donner
des marques de fa joye , il dit
à M. de S. Olon en fe retournant
de fon cofté, qu'ilfentoit
bien qu'on ne pouvoit jamais
avoir de chagrins quand on
voyoit un Roy fi grand et fi bon,
& quefa prefence faifoit dans
Les coeurs ce que le Soleil faifoit
fur la terre ; que le Soleil diffi
poit les tenebres , & la vue du
Roy les chagrins. Cela avoit du
rapport à la fituation où il ſe
trouvoit alors , le Traité qu'il
eftoit venu conclure, n'eftant
GALANT. 67
• pas dans l'eftat
qu'il
le fouhai
.
toit.
Le lendemain M. de S. O
lon luy fit voir Trianon & les
caux de Verfailles, qui luy cau
ferent de fi frequents fujets
d'admiration & d'acclamations
, qu'il fut reduit à ne s'en
plus expliquer que par le filence
, en difant que la parole &
les expreffions luy manquoient
à mesure que la caufe augmen
toit.
Deux jours aprés , M. de S.
Olon le mena à S. Cloud , &
en paffant fur le Pont , il luy
raconta l'hiftoire qu'on fait
Fij
68 MERCURE
de l'Architecte , qui ne pou
vant l'achever, promit au Diaple
qui luy apparut, & s'engagea
de l'achever pour luy , la
premiere chofe qui pafferoit
deffus , & pour s'acquiter de
fa parole, il y fit paffer un chat
que le Diable prit , en mar ;
quant le defefpoir de ſe voir
ainfi trompé , fur quoy F'Ambaffadeur
fe recria. Comment
peut on esperer de gagner quelque
chofe fur les François , & de
vaincre des gens qui Sçavent
vaincre le Diable ?
Il prit beaucoup de plaifir
à voir S. Cloud & dit qu'il ne
GALANT. 69
༥
?
croyoit pas qu'à proportion de
fon étendue on pût rien voir de
plus beau. Enfuite fe reffouvenant
de ce que M. de S. Olon
luy avoit dit de la complaifance
que le Roy avoit euë
pour Monfieur, de ne vouloir
pas luy ofter cette maiſon qui
plaifoit beaucoup à S. M. &
où elle avoit refolu de faire
de magnifiques embelliſſemens,
il ſe récria deux ou trois
fois , ilfaut avouer que le Roy,
eft bon , & qu'il aime bien fon
Frere.
Au fortir de la Maifon de
S. A. R. on le mena dans le
70 MERCURE
lieu où l'on fait la porcelaine,
& où il en vit d'auffi belles
que celles de la Chine.
L'Ambaffadeur
fut d'autant
plus furpris qu'il n'avoit pû
croire ce qu'on luy avoit
dit de cette Manufacture
avant que de la luy faire
voir.
Deux jours aprés , s'eftant
trouvé accablé d'un rhume
qui commençoit à luy attaquer
la poitrine , on fut obligé
de le faigner. On luy propofa
de s'y preparer par quel
ques anodins , mais il les rejetta
comme contraires à la
GALANT. 71
Loy , & dit qu'il fe laifferoit
plutoft mourir que d'y confentir,
mais que fifa maladie augmentoit
, il vouloit qu'on le portát
dans le jardin , y coucherfur
la terre , afin d'eftre plus proche
de la matiere en laquelle il devoit
eftre converti.
Son indifpofition ayant
duré huit jours , il demanda ,.
lors qu'il commença à fe
mieux porter , à voir le Jardin
Royal, où M. de S. Olon le
mena. Il fut furpris du grand
nombre & de la diverfité des
plantes , & admira quantité
de coquilles differentes & trés
72- MERCURE
curieufes que Mr Tournet luy
fit voir.
Le 19. du mois paffé fur le
foir , Mr le Baron de Breteuil
le vint voir de la part du Roy ,
& aprés luy avoir expofé les
chofes dont ce Monarque avoit
à fe plaindre , il luy dit
que S. M. voulant bien neanmoins
luy faire connoiftre que
La grandeur & fa bonté efiant
encore au deffus des fujets de
plainte qu'il avoit contre le
Roy fon Maiftre , elle confentoit :
à luy en donner des marques
juſques à fa fortie de France ;
qu'elle luy feroit rendre tous
Les
.
GALANT.
73
les honneurs attachez à ſon caractere
, que pour cet effet elle luy
donneroit fon Audience de congé
de la même maniere qu'il avoit eu
lapremiere. Mile Baron de Breteüil
luy fit ce Compliment
affis dans un fauteuil comme
l'Ambaffadeur , & couvert.
M' de Saint Olon eftoit auffi
dans un fauteuil , affis & couvert.
Deux jours aprés l'Ambaffadeur
rendit une feconde vifite
au Roy d'Angleterre. M
le Marquis de Cargnies luy
avoit apporté la veille une Lettre
que Monfieur le Prince de
May 1699 .
G
74 MERCURE
Le Roy
Galles écrivoit au Roy de Ma .
roc , en réponse de celle que
l'Ambaffadeur luy avoit envoyée
de fa part , quelques
jours auparavant.
d'Angleterre le reçut . imme
diatement apres fon dîner ,
mais avec plus de ceremonie
qu'il n'avoit fait la premiere
fois. Outre qu'il l'envoya
prendre à l'Hôtellerie dans
fon caroffe ,il voulut que l'Officier
de fes Gardes inft le
recevoir a la porte de la Salle ,
oùles gardes eftoient en haye ;
mais fe repofant fur leurs ar
mes. Sa Majefte Britannique
7
GALANT: 75
eftoit dans la Chambre du lit ,
debout & nuë tefte , & avoit
la Reine à fon cofté. L'Am .
baffadeur leur fit un compliment
auffi fpirituel & cordial ,
que le premier , par lequel il
leur marqua qu'il n'avoit púfe
refoudre à retourner enfon Pays ,
fans venir assurer de nouveau Sa
Majefté defon éternelle & respectueuse
obéiffance ; qu'il s'avoüoit
toûjours ſon Eſclave affranchy ,
& qu'il fe glorifioit plus de ce
titre là que de tous les bonneurs
qui pourroient luy arriver. Il demanda
enfuite à Leurs Majef
tez de vouloir bien eftre en-
Gij
76 MERCURE
core aprés la mort , les Patrons
de fes enfans. Le Roy d'Angleterre
luy répondit avec
beaucoup de bonté , & la converſation
s'attendrit tellement
de part & d'autre , qu'elle ne
ſe termina , comme la premiere
fois , que par les larmes qui
fortirent des yeux de l'Ambaf
fadeur. Il embraſſa le Roy &
la Reine , par la foy du corps ,
& fut enfuite conduit dans
l'Appartement de Monſieur le
Prince de Galles , qui le reçut
debout & nuë tefte , ayant fon
Gouverneur auprés de luy.
L'Ambaffadeur alla enfuite
GALANT. 叫叫
chez Madame la Princeffe.
d'Angleterre , qui le reçut
auffi debout , aprés quoy il fut
conduit en cortege jufques au
Caroffe , par plufieurs Gentilshommes
Anglois de la fużte
du Roy.
-
Deux jours apres , cer Ambaffadeur
alla voir la Revûë
du Regiment des Gardes , qui
fe faifoit devant le Royfur la
hauteur de Meudon, Sa Majefté
luy fit l'honneur de le faluër
en paffant devant fon
Caroffe.
5
Le lendemain , l'Ambaffa
deur voulut aller à S. Eftienne
Gij
78 MERCURE
du Mont , voir la Ceremonie
des Epoufailles de M'Eftelle ,
Conful de France à Salé. Ce fut
M' d'Aquin , Evefque de Seeż,
qui en fit la Ceremonie , aprés
laquelle toute la Compagnie
alla dîner chez M' de S. Olon.
L'Ambaffadeur
fut du repas ,
& voulut figner au Contrat.
Le Roy ayant choiſi le 26 .
du mois paffé , pour luy don
ner fon Audience de congé ,
M ' de Breteuil ſe rendit dans
les Caroffes de Sa Majesté &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires.
GALANT. 79
Le Secretaire de l'Ambaffade
à la tefte des Domestiques de
l'Ambaladeur , vint le recevoir
au bas de l'Escalier , & cet
Ambaffadeur accompagné de
M' de Saint Olon , & de M
de la Croix , dont je vous ay
parlé pluſieurs fois , defcendit
trois marches pour aller au
devant de luy. On rentra enfuite
dans l'Appartement par
une grande Salle dont onvenoit
de fortir , & l'on paffa de
là dans la premiere Chambre
de l'Appartement , où il y
ayoit deux fauteuils devant.
la cheminée. L'Ambaffadeur
4
Giiij
80 MERCURE
s'affit dans celuy qui avoit le
dos tourné du cofté du lit , &
qui regardoit les feneftres , &
celuy où fe mit M ' de Breteuil ,
regardoit la porte , & avoit le
dos tourné aux feneftres. M'
de Breteuil dit à l'Ambaffadeur
, qu'il le venoit querir dans
les Caroffes du Roy de Madamela
Ducheffe de Bourgogne , pour
le conduire à l'Audience de Congé
du Roy. L'Ambaſſadeur luy repondit
, qu'il luy eftoit bien obligé
de luy procurer un fi grand hon .
neur. On partit enfuite , & M
de Breteuil eut la droite en
defcendant , mais l'Ambaffa
GALANT. 81
deur eut la premiere place
dans le Caroffe , & M ' de Breteüil
fe mit à la gauche , M
de Saint Olon vis - à - vis de
l'Ambaffadeur , & M ' Pétis de
la Croix vis . à vis de M de
Breteüil. On defcendit en
arrivant à Verfailles dans la
Salle des Ambaſſadeurs , & M
de Breteüil ayant efté prendre.
l'ordre du Roy , revint quelque
temps aprés pour condui
re l'Ambaffadeur à l'Audience.
Les gens de livrée de M ' de
Breteüil marchoient en tefte ,
& aprés eux le Secrétaire de
M'de Breteuil , & M ' Pétis de
82 MERCURE
la Croix, Secretaire, Interprete
du Roy en Langue Arabelque,
marchoient immediatement
devant l'Ambaffadeur , qui avoit
M'deBreteuil à fa gauche.
L'Ambaſſadeur étoit fuivy par
fon Lieutenant , & par fon Secretaire
, derriere leſquels étoit
le refte de fa fuite . Il trouva
le Roy affis dans un faureüil ,
ayant àfa droite Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , & àfa
gauche , Monfeigneur le Duc
d'Anjou. L'Ambaffadeur de
meura debout au pied de l'ef
trade. Il eftoit entre M' de
Breteuil , & M' de la Croix , &
GALANT. 83
fit le difcours qui fuit en Arabe
, que M' de la Croix interpreta
au Roy , en François .
TRes majestueux & tres grand
Empereur de France Louis
XIV.Je viens demander à Voſtre
Majefté Imperiale la permiſſion
1 de m'en retourner , & la remercier
en même temps లో des hon .
neurs que l'on m'a faits par fes ordres
, des bons traitemens que &
jay reçus de fa liberalité, qui furpaffe
celle de Salomon , de Cofroës ,
d'Alexandre ,
grands Empereurs de l'antiquité,
Je n'ay paßé aucun jour fans de
de tous les plus
84 MERCURE
/
nouveaux plaiſirs , oufans la vûë
de quelque merveille , capable de
me faire oublier ma Patrie & ma
Famille , & fi je l'ofe dire , les ordres
mêmes de l'Empereur
mon
Maifre
.
Fen ay fait un gros Journal,
maisj'avoue queje n'y ay pas dé.
crit la cent milliéme partie , ny
des
beautez de voltre Pays ny de la
grandeur de V. M.I. Je la prie
de donner fes ordres pour l'équipe
ment d'un Navire dans l'un defes
Ports , avec un Capitaine de fes
Officiers , qui me recondaife feurement
en mon Pays de Salé , avec
ordre de refter en rade juſqu'à ce
9
GALANT:
&
=
que j'aye eu le temps defaluërmon
Empereur en fa haute Cour de
Miquenez, & de luy rendre compre
, non feulement des auguftes
qualitez de V. M. 1. & des
grandeurs de fon Empire , par lef
quelles chofes elle furpaffe infiniment
tous les Potentats du monde,
mais auffi de ce qui s'est dit dans les
Conferences que j'ay cues avec
Meffieurs fes Commiffaires . Ouy,
Sire , je feray mes efforts auprés
de luy pour l'inviter à adherer à
leursfentimens ,
ce que je defire pour le fervice de
V.M. I. puis qu'elle m'a fait
l'honneur en ma premiere audience,
obtenir de lug
86 MERCURE
de me recevoir au nombre de fes
ferviteurs ; duquel honneur je tá
cherayde me rendre, en dépit des
·Nations envienfes, par l'exactisude
le zele que j'auray toute
ma vie dans mon obeïffance à fes
ordres , priant Dieu qu'il perpetuë
le regne les heureux jours de &
V.M. 1. & defon auguste Fa.
mille .
Ce Compliment finy , le
Roy fit monter M' de la Croix
fur l'eftrade , & luy fit affez
basfa réponſe pour l'Ambaf.
fadeur , que M' de la Croix re,
dit haut.
Au fortir de l'audience du
GALANT.
87
Roy , l'Ambaffadeur alla prendre
congé de Monfeigneur le
Dauphin , & offrit à ce Prince
les fervices de Mouley Zeidan,
Fils du Roy de Maroc , auquel
Monfeigneur promit ſon ami
tié. Cet Ambaffadeur alla voir
enfuite dîner Meffeigneurs
les Princes, Enfans de France.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
luy demanda combien
avoit vêcu Mahomet. Il répondit
, Soixante ¿ trois ans.
On parla de l'Egire..
Il alla enfuite prendre congé
de Monfieur le Comte de
Toulouſe où il fut conduit
88 MERCURE
par M de Saint Olon , parce
qu'il n'y alla que comme Amiral
, aprés quoy on le me.
na dîner. Le repas eftoit magnifique
, & avoit efté préparé
par les Officiers du Roy. Il
avoit à fa droite M de Bre.
teüil, M ' de Saint Olon , M ' de
la Croix , le Secretaire de M'
de Breteuil , M ' de Saint Olon
le Fils , M' Eftelle , Conſul à
Salé , & à la gauche M de
Francine , Maiftre d'Hoftel
du Roy de quartier , fon Lieu .
tenant & fon Secretaire. Il y
eut deux autres tables ; la premiere
pour les Domestiques de
•
GALANT. 892
l'Ambaffadeur , & l'autre pour
ceux des Officiers du Roy , mis
par S. M. auprés de l'Ambaf-s
fadeur. Il alla enfuite prendre
congé de Meffieurs les Mi
niftres , & revint à Paris dans
les mêmes Caroffes qui l'avoient
mené à Versailles .
Le lendemain de l'Audience
de congé , M ' le Baron de Bres
teuil porta de la part du Roy à
l'Ambaſſadeur , un Fuzil double
, & une paire de piſtolets
auffi doubles , un fimple , &
une paire de pistolets de même.
Ces ouvrages eftoient
d'une tres grande beauté , &
May 1699.
H
90 MERCURE
ornez de marqueterie. Il y
avoit aufli deux Montres d'or
avec leurs chaifnes ; un fuzil ,
une paire de piftolets , & deux
Montres pour le Lieutenant
& le Secrétaire de l'Ambaf
fade.
Deux jours aprés , il alla voir
l'Opera d'Amadis de Grece ,
& parut étonné d'avoir toujours
vû des chofes qui l'avoient
enchanté toutes les fois
qu'on l'avoit mené à l'Opera .
Ayant eu un demellé avec
M' de Saint Olon le jour de
fon audience de congé , il le
pria le lendemain qu'il n'en
GALANT. 91
fuſt plus parlé , & luy ' avoua
qu'il ne fe poßedois pas luy même
lors qu'il eftoit en colere , mais que
Idr's que fa colere eftoit paßée , il
a voit le coeur tendre comme la nege.
quife fond au Soleil , & qu'il n'y
fongeoir plus su des sa
Je dois ajoûter icy deux
choſes remarquables qui om
efté dites par l'Ambaſſadeur.
En regardant undes plus hauts
Jets d'eau de Verſailles , il dit :
Ilfuit la renommée de fon Mãiftre
, il voudroit aller jufqu'aux
Cieux. As is
En parlant de la Maifan de
Monfieur à S. Cloud, il enrexa.
Hij
92 MERCURE
gera tellement les beautez ,
que мr de la Croix luy dit ,
qu'il falloit qu'il ne fift pas
reflexion en ce moment qu'il
avoit vû Verſailles. Il répondit
: J'aime autant ce qui mefait
plaifir que ce qui m'étonne.
Il partit le 6. de ce mois
pour aller s'embarquer à Breſt,
toujours accompagné de Mr
de Saint Olon.
La Lettre qui fuit contient
un évenement des plus fingu.
liers , fur lequel tous les Sça,
vans font priez dire leur fen
timent.
GALANT 93
A MONSIEUR G ***
Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris.
J
E trouve tant de circonftances
remarquables dans une
Hiftoire que j'ai apprife depuis
peu , quej'ai conçu une forte curiofité
d'être éclairci par unhabile
homme , fur plufieurs particularitez
qui ont du rapport
à la Profeffion que vous exercez
, avec des fuccés qui vous
ont acquis la réputation d'un
fçavant Medecin. Je m'adreffe
donc à vous , Monfieur , pour
94 MERCURE
fçavoir voftre fentiment
fur
les queſtions que cette Hiſtoi.
re donne naturellement
lieu
de faire , aprés que je vous
l'auray racontée.
Madame la Comteffe Dan
ville , dont le Mary tenoit un
des premiers rangs parmy la
Nobleffe du bas Languedoc ,
n'eftant pas encore à demy.
terme d'une groffeffe qui l'in
commodoit beaucoup , fut
obligée de fe faire accoucher.
Soit qu'elle fe fuft bleffée , ou
autrement , ce fut une neceffie
té. Les Medecins ordonné?
rent tout ce qu'ils crurent cas
GALANT.
95 .
pable de la fecourir. La vigueur
de fon temperament
feconda fi bien leurs remedes ,
qu'elle mit au monde , quoy
qu'avec des douleurs qui la
menerent à deux doigts de la
mort , un garçon qui avoit
environ quatre mois , & qui
mourut fi toft qu'il fut né. Les
foins que l'on prit de cette
Dame la remirent un peu ;
mais elle demeura toûjours
fort incommodée. Elle jugea
même qu'elle n'eftoit pas enz
tierement delivrée , parce qu'il
luy fembla qu'elle fentoit en,
coreun enfant fe remuer dans
96. MERCURE
fes entrailles , ce qui ſe trouva
effectivement veritable , malgré
tous les raiſonnemens des
Medecins , & les experiences
des Sages Femmes, qui ne pu
rent jamais fe perfuader que la
chofe fuft poffible , attribuant
opiniâtrement la groffeffe de
Madame Danville , à quelque
maffe de chair qui fe formoit
dans fon corps , quoy qu'elle
les affuraft du contraire , par
les mouvemens qu'elle fen
toit en elle même.
Comme elle ne douta point
qu'elle ne fuft veritablement
groffe d'enfant , elle ſe ménagea
GALANT.
97
gea de fon mieux. Mais pendant
les cinq mois qui s'écoulérent
depuis la naiffance du
petit garçon de quatre mois,
elle ne vêcut que languiffamment
,fentant toûjours beaue
coup de douleur , & n'ayant
jamais un moment de fanté ;
en forte que te temps d'ace
coucher ,felon fafupputation,
eftant proche , M' le Comte
Danville ne pouvant tout àfait
s'en rapporter à Madame
fa femme,aprés avoir vû l'oppofition
du fentiment des
Medecins , affembla les plus
habiles d'entre- eux , pour fça-
May 1699.
1
I
98
MERCURE
voir ce qu'ils jugeroientàpro
pos de faire pour la foulager ,
& fur tout , pour fauver la
mere & l'enfant , s'il eftoit
vray qu'elle fuſt en eftat d'ac
coucherà l'ordinaire .
Aprés une longue confultation
bien débatue , les Medecins
perfiftant
dans leur
opinion , que c'eftoit une fauffegroffeffe,
il fut conclu qu'on
donneroit l'Emetique à Ma .
dame la Comteffe. On en
prepara , & on l'apporta. Dans
ce même temps des Amis de
Mr Danville luy dirent , qu'il
ne devoit pas fouffrir que l'on
GALANT.
99
"
donnaft
l'Emetique à Madame
fa
femme ,
parce que dans
l'eftat où elle eftoit , cet Emetique
luy feroit infailliblement
mortel , & à ſon enfant.
M'
Danville
partagé
entre
l'opinion
des
Medecins
& le
témoignage
de la Perfonne
fouffrante , &
apprehendant
Eles
funeftes
fuites
qu'on venoit
de luy
repreſenter , ne
voulut rien
hazarder , & défen.
dit que l'on
donnaſt ce
remede
à
Madame la
Comteffe, qui
cependant
avoit
befoin dun
prompt
fecours , & qui com
I ij
100 MERCURE
mençoit à fentir les douleurs
de l'enfantement
. Mais prenant
une refolution de defefperée
, & cherchant à ſe délivrer
ou à mourir , elle écarta
adroitement d'auprés d'elle ,
fes Femmes , fa Garde , la
Sage femme , aufque lles elle
donna exprés quelques ordres,
& fi toft qu'elle fut feule , elle
fit un effort furprenant. Elle
fe jetta en bas de fon lit , &
alla prendre fur la cheminée
un gobelet où eftoit l'Emetique
tout preparé , qu'elle avala
, aprés quoy elle fe remit
dans fon lic .
༡ མ འ ོ བ་ ོངས།་ ེ ཱ་ ཛི ཏྟ་འགས་
GALANT. fot
Quand tout fon mondefut
revenu , elle déclara ce qu'elle
venoit de faire , & voulut qu '
on avertiſt M le Comte fon
Mary , de faire prendre garde
à elle , plus qu'on n'avoit fait ,
à caufe des effets que devoit
produire le remede violent
qu'elle avoit pris. M ' Danvil
le fut au defefpoir quand on
luy apprit cette nouvelle , &
comptoir déjà Madame fa
femme morte. Le fuccés fut
plus favorable que l'on n'avoit
ofé l'efperer . Au grand
étonnement
des Medecins
,
elle accoucha heureuſement
I i
102 MERCURE
d'une Fille , & fut auffitoft dé
livrée de toutes les incommoditez
qu'elle avoit fi longtemps
endurées ; mais la petite
Fille herita dés lors des
maux de fa Mere . On luy
donna une bonne Nourrice ,
& l'on en eut tous les foins
imaginables.
·
Aprés que Madame Danville
fut affez bien rétablie
pour pouvoir fouffrir le Caroffe
, M le Comte fon Mary
crut que pour la fortifier toû
jours de plus en plus , il falloit
luy faire prendre l'air . Il la
mena à une Terre proche de
GALANT.
103
"
3
1
la Ville , & là on leur donnoit
tous les jours des nouvelles
de leur chere Fille , qui endu
roit tous les jours des maux
fans reláche , & qui tomboit
continuellement dans
des convulfions , dont on attendait
la mort à chaque mo
ment.
Enfin aprés quelques mois
de cette efpece de martyre ,
on alla dire à M Danville que
fal Fille eftoit à l'agonie . Il
eftoit trop tard pour partir. Il
differa jufqu'au lendemain
pour aller avec Madame fa
Femme , voir encore une
I iiij
104 MERCURE
♥
fois leur enfant . Comme ils
eftoient en chemin , ils rencontrerent
un autre Meſſager
qui les avertit qu'elle eftoit
morte le jour precedent , un
moment aprés qu'on eut envoyé
leur dire qu'elle eftoit à
l'agonie. M Danville crut
u'il eftoit inutile d'aller plus
loin , & voulant épargner à
Madame la Comteffe la douleur
que luy cauferoit la prefence
de fa Fille morte , il luy
propofa de s'en retourner ,
mais il luy fut impoffible de
l'obtenir. Elle ne confulta que
les mouvemensd'une affliction
qu
C
GALANT.
105
out rée qui la follicitoient d'ar
river fans délay au lieu , où elle
pourroit donner à ſon Enfant
les témoignages de fa tendreffe
de Mere. M' le Comte ne
voulut point la contraindre,
Il monta fur un cheval de
main, & s'en retourna à fa Terte
, avec un Valet de Chambre
, pendant qu'elle fit mar.
cher en diligence fon Caroffe
vers la Ville.
En arrivant , la premiere
choſe qu'elle apperçut, fut fa
Fille expofée dans la biere à la
porte de fon Hoftel. Cet afpect
luy ferra fi fort le coeur ,
106 MERCURE
qu'elle penfa en mourir.
Auffi toft qu'elle fut entrée
dans la maiſon , elle fit appor
ter la biere , décloua les ais ,
defenfevelit fa chere Fille , la
baifa & rebaifa plufieurs fois ,
& pouffée d'un inftinct qu'elle
ne comprenoit pas bien elle
même , elle commanda fans
fçavoir pourquoy , nyficequ'el
le alloit faire pouvoit rendre la
vie à fa Fille , qu'elle croyoit
effectivement morte , & qu'elle
pleuroit comme telle , elle
commanda ,dis je, qu'on apor
taft un chauderon dans lequel
elle fit mettre du vin. Enſuite
C
GALANT . 107
elle y mit fa fille toute nuë , fit
faire un grand feu , & pendre
le chauderon à la cremaillere.
Dans le temps que cette
innocente eftoit fur le feu
dans ce chauderon , le Curé
de laParoiffe arriva en habit de
Ceremonie , avec fon Clergé ,
pour faire l'enterrement.Onle
renvoya le plus honneftement
qu'on put , en luy difant que
la Mere de l'Enfant venoit
d'arriver , & qu'elle avoit vou
lu vifiter le corps de fa Fille ,
aà quoy eellllee eeffttooiitt pour fors
effectivement occupée. Le
Curé s'en retourną pour reve
108 MERCURE
nir quand on iroit l'avertir ;
mais on n'eut pas befoinde fon
miniſtere
; car
car dés que le vin
fut un peu échaufé dans le
chauderon , l'Enfant commença
à donner des fignes de
vie , en pouffant la langue fur
le bord de fes lévres , & fuçant
le vin . Auffi toft on la retira .
On prit de ce vin chaud dont
on luy lava doucement tout le
corps devant le feu , & enſuite
on la mit dans des maillots .
Madame Danville ravie
d'étonnement
& de joye de
voir reffufcitée celle qu'elle
venoit de pleurer morte , de
GALANT: 109
meura à la Ville deux ou
trois jours , & M' le Comte
voulut bien l'y laiffer , dans la
penſée que luy ayant donné
le temps de s'abandonner en
toute liberté aux premiers
mouvemens de fa douleur
elle en feroit plus capable de
recevoir de la confolation .
Aprés ces trois jours il partic
pour aller la requerir ; mais
il fut entierement furpris de
la trouver plus gaye & plus
contente que jamais . Il le
fut encore plus d'apprendre
la refurrection de fa chere
Fille , & la maniere dont elle
2
110 MERCURE
avoit efté operée . Ils s'en retournérent
enſemble à leur
Terre , & donnérent les or
dres neceffaires pour faire
nourrir leur Fille , avec toutes
les précautions imaginables ,
mais elles n'empêchérent pas
que cette innocente ne fuft
toûjours valetudinaire , & fujette
à des fyncopes , à des
convulfions , & à des foibleffes
, qui faifoient defefperer
de l'élever juſqu'à un âge rai.
fonnable.
R
Ce qu'il y a de remarqua .
ble , c'eft que l'unique remede
qui luy donnoit du foula,
GALANT. III
f
a
gement dans fes maux , eftoit
le vin. Sa Nourrice luy en
frottoit les lévres , les namines ,
les temples , & auffi toft elle
revenoit de fa pâmoifon
.
Même depuis qu'elle a efté
fevrée , jufques à l'âge d'envi
ron huit ans , fest incommodirez
durant toûjours
, comme
elle n'avoit jamais deux
jours de fanté , & qu'elle tomboit
tres - fouvent dans des
foibleffes qui luy faifoient mener
une vie toute languiffante
,
il n'y a eu que le vin qui luy
ait fait du bien , tout autre re
mede augmentant ſes maux ,
112 MERCURE
au lieu de les appaifer.
Enfin la nature fe fortifiant
peu à peu , cette reffufcitée
commença à l'âge de neuf
ou dix ans , à ſe mieux porter
, & elle a toûjours fi bien
continué , qu'elle eft à prefent
une Dame tres bien.
faite , belle , aimable , tout àfait
fpirituelle , joüiſſant d'un
embonpoint & d'une fanté
parfaite , agréable en Compagnie
, aimant les plaifirs honneftes
, & fur tout le bon vin,
auquel elle fe fouvient tresbien
qu'elle a obligation de
la vie & de la fanté. Auffi
GALANT. 12
croirois- je volontiers que c'eſt
par reconnoiffance que le verre
à la main ellle chante les
loüanges de Bacchus d'un air
fi charmant , qu'elle enchante
tous ceux qui ont l'honneur
de la voir dans les occafions
où la bienféance luy permet
de fe divertir avec fes Amis.
Comme c'est elle - même
I qui m'a conté fon Hiſtoire ,
quand vous voudrez , vousſe .
rez témoin de ce que jeviens
de vous mander. Mais auparavant
, il faut , s'il vous plaiſt .
Monfieur , que vous luy don
niez la fatisfaction qu'elle me
May 1699.
K
114 MERCURE
ว
par prie de vous demander ,
la réponſe que j'attens de
vous fur deux ou trois queftions
que vous pourrez propo.
fer à quelques Docteurs , afin
de fçavoir leurs fentimens &
le voltre. La curiofité de cette
Dame me paroiſt ſi raiſonnable
, que j'efpere que vous ne
me refuferez pas la grace de la
fatisfaire .
La premiere queftion eft de
luy apprendre les raifons pour
lefquelles elle eft reſtée dans
le fein de fa Mere , pendant
les cinq mois , avant lefquels
fon Frere âgé de quatre mois
GALANT. IN
3
eftoit venu au monde . Il luy
paroit étrange qu'elle n'ait
pase fuivi celuy qui luy avoit
frayé le chemin , & qui avoit
ouvert les conduits qui de
voient dés lors la metere au
jour. Elle convient qu'on a vû
quelquefois , qu'une femme
groffe de plus d'un enfant , les
metau monde quelquesheures
P'un prés de l'autre. Ikpeuemame
y avoir un jour ou plus en
tre ees naiffances ; mais elle
croit qu'on n'a jamais vû qu’-
un enfant naiffe à demi terme,
& que l'autre acheve les neuf
mois avant que de naiſtre .
Kij
い
216 MERCURE
La feconde queftion eſt ſur
l'effet de l'Emetique , auquel
on a toûjours attribué les incommoditez
qui l'ont canc
tourmentée jufques à l'âge de
huit ans , quoy que la Mere
n'en ait rien fouffert depuis
fes couches , ce qui eft d'autant
plus à obſerver, quedepuis
cet âge de huit ans, cette jeune
Fille ne s'eft plus reffentie des
maux de fa tendre jeuneffe.
Elle auroit pourtant dû les ref
fentir , fi l'Emetique en euft
efté la cauſe au commencement
, puifque cela feroit ap
paremment provenu de l'alte
GALANT. 117
fée
ration des parties nobles , caupar
la violence de ce remede
, lefquelles par confequent
auroient eſté hors d'état
de faire leurs fonctions
dans un âge plus avancé , auffíbien
que dans les premieres
années de l'Enfance.
La troifiéme enfin eft furla
vertu du Vin. Elle vous prie
de luy expliquer comment
cette agréable liqueur a pû la
rendre à la vie , & la foulager
propos dans les maux les
plus preffans , pendant que les
autres viandes ne faifoient
que les aigrir , fur tout dans
fià ſi à
18 MERCURE
un âge où les Medecins le dé
fendent , non feulement aux
Enfans , mais auffi à leurs
Nourrices .
Dans le temps que je veux
fermer ma Lettre , j'en reçois
une de cette Dame , par la
quelle elle me témoigne qu
elle fouhaite que je vous falle
une quatrième question . Voicy
les termes de fa Lettre . Je
voudrois bien , Monfieur , que les
Medecins vous fiffent fçavoir , f
en prenant de l'Emerique , cela m
me feroit pas revenir les convut,
frons que j'ay euës jufqu'à l'âge de
buit ans , car je fuis toujours
ne
GALANT. 119
perfuadée qu'il me feroit mal à
prefent , comme autrefois .
Si vous jugez que ces que
ftions meritent voſtre application
, & que la curiofité de
cette Dame foit bien fondée ,
obligez- moy de me mander
voftre fentiment , & ceux de
E quelques uns de Meffieurs vos
Confreres, fi vous voulez bien
4 leur faire part de nos doutes.
Je ſuis voftre , &c .
Mr le Commandeur de
Genlis , Maréchal de Camp ,
Inſpecteur , & cy devant Gouverneur
de Gironne , eft mort
120 MERCURE
à Montpellier , avec de grands
fentimens de Religion . Il a
commandé longtemps le Regiment
de la Couronne , & il
s'eftoit acquis l'approbation
du Roy & l'estime des Troupes.
La valeur dont il avoit
donné de fi grandes preu
ves en tant d'occafions d'éclat
, ne luy oftoit rien de
cette douceur & de cette mo .
deftie qui le rendoient fai
mable à tous ceux qui le connoiffoient.
Il eft mort avec
autant de Religion , qu'il avoit
eu d'intrepidité dans les occa
fions les plus hazardeuſes. Il
efoit
GALANT. 121
1
eftoit Neveu de feu M' de
Genlis , Lieutenant General ,
qui mourut il n'y a pas longtemps,
& Frere de M' l'Archevêque
d'Ambrun , & de feu
M' de Genlis, pere de madame
la Marquife d'Harcourt , Ambaffadrice
en Espagne.
M' l'Abbé de la Garde eft
mort à Paris fur la fin du mois
paffé. Il eftoit Frere de l'illuftre
Madame des Houlieres ,
& avoit toutes les vertus de fa
naiffance , & tous les avanta
ges de fon éducation . Jamais
genie n'a efté capable d'un
plus grand détail. Il n'igno
May 1609,
L
122 MERCURE
roit rien , & il parloit de tour
en homme qui auroit employé
toute fa vie à s'inftruire
de chacune des chofes dont il
parloit . Il eftoit également
habile dans les Sciences , &
Connoiffeur dans les Arts .
· Son gouſt eſtoit une regle à
fuivre , & fervoit en effet de
regle à beaucoup de gens. Son
efprit le diftinguoit encore
moins que fon coeur. Il eftoit
Ami vif, defintereffé , fidelle
à fes devoirs , exact dans fes
ufages , foutenu dans fes refo
lutions , modefte dans les avis,
regulier dans fa conduite ,
GALANT: 123
empreffé à fervir les malheu
reux , ne fe cherchant en rien ,
& cherchant la justice & la ve
rité en toutes choſes. Il eftoit
né pour eftre un grånd homme
& un grand Saint . Ila vêcu
& il eft mort d'une maniere
à laiffer de luy ces deux idées.
Ceux qui ont bien connu fa
religion , fon amitié , fes fentimens
& fa conduite , l'ont toujours
regardé comme un
homme fur qui les abus du
fiecle n'avoient pas fait de
grandes impreffions.
Le 20. du mois paffé , Ma
dame d'Eftiffac de la Roches
Lij
124 MERCURE
foucault , fut miſe en poffeffion
de l'Abbaye de Saint Sau
veur d'Evreux , par M du
Vaucel , Chanoine en l'Eglife.
Cathedrale de la même Ville ,
& Official de ce Dioceſe. Aprés
avoir fait affembler le
Chapitre , il dit d'abord en
s'adreffant aux Religieufes ,
qui font en grand nombre.
Vous etes affez prévenues ,
Mefdames , du motifqui m'a fait,
prendre la liberté de vous affem.
bler extraordinairement dans ce.
Chapitre , pour y mettre dans une
réelle , pleine & entiere poffeffion
de cette Abbaye , Me Henriette
GALANT. 125
Françoise d'Eftiffac de la Roche
foucault , nommée ily a déja longtemps
par Sa Maiefté. Voftre pre..
fence , Madame , me ferme la
bouche , eft caufe que ie me fais
violence , en paffant fous filence
beaucoup de choſes à voftre gloire ,
par lafeule raison qu'ellespourroient
vous faire peine & bleffer vostre
modeftie. Le nom de la Rochefou
cauls que vous portez , Suffit, &
me difpenfe heureusement de faire
vostre Eloge en cette occafion ,
auffi bien que celuy de la tres digne
défunte qui vous a précedée ,
dont la memoire fera éternellement .
précieuſe & en veneration à ces
L iij
126 MERCURE
Dames , l'élite & illuftre portion'
du Troupeau de Jefus - Christ , qui
va deformais , Madame , tomber
à votre charge, qu'elle a gouverné
pendant l'espace d'un demy fiecle
plus , avec tant d'habileté , de
fageße , d'onction , d'édification
dans un efprit , pour parler le langage
de l'Apoftre, dedouceur, animée
d'un zele difcret , éclairée de
la fcience des fciences , d'unefuréminente
charité. Lapieté, le meri
te&la valeur eftant un appanage
acquis& hereditaire àla Maifon
de la Rochefoucault , qu'on fait
affez avoirfourny un nombre infini
de grands hommes à l'Eglife
GALANT: 12.7
[
&à l'Etat , qui en ont fait , &
font encore de nos jours l'ornement
le foutien , il ne me reste plus
qu'à me feliciter moy même , de ce
que noftre incomparable * Prelat ,
autant diftingué par fa vertu ,fa
Science & fagenerofué, qu'il eft èle.
vé par sa naiffance, a bien voulu
jetter les yeuxfur moy,&fe fervir
de monfoible miniftere, pour infor
mer ces Dames des intentions de Sa
Sainteté , & leur fignifier les or
dres du plus puiffant & invinci
ble Monarque qui ait iamais paru
fur leTrône perfuadé que ie trouveray
chez vous, Meſdames , des
* C'eft Mr Pottier de Novion ,
Liiij
728 MERCURE
efprits & des coeurs égalementpréparez
àles écouterfavorablement,
les fuivre avec fidelité , après
que le Notaire qui eft icy prefent ,
par la permiffion & l'autorité de
Monfeigneur l'Evêque , aurafait
lecture de la Bulle où ilsfont plus
amplement exprimez.
,
Voicy encore un Ouvrage
de M' Caffan , Auteur de la
Menagerie employée au
commencement de cette Lettre.
Sa Majefté , à qui il eſt
adreffé par ces huit Vers , l'a
receu d'une maniere tres . favorable.
GALANT. 129
AU ROY.
LOUIS, reçois icy l'hommage
d'une Muſe ,
Qui chante les travaux où ton
efprit s'amufe ,
Quand tafoudre en repos arrefte
fon éclair ,
Et n'épouvante plus ny la terre ,
ny l'air.
S
Elle n'étale point ces termes
emphatiques,
Dont on pare aujourd buy les
Phraſes Poëtiques ,
130 MERCURE
Mais d'unftile plus fimple elle ex
pofe à tes yeux
Lafeule expreffion & des noms eg
des lieux.
LA NYMPHE
DE CHANCEAUX ,
00
L'arrivée de la Seine au Château
de Marly.
DAns
Ans la riche Contrée , où le
Dieu des Vendanges.
Voit toujours celebrer fes divines
louanges,
Pour les gros revenus qui revien❤
nent du fruit,
GALANT. 131%
Que dans ce beau Terroir fon Vignoble
produit ;
Là tout prés de Chanceaux , & non
loin de Saint Seine,
Du fond d'un petit bois l'on voit
fortir la Seine ,
Qui d'abord jailliffant par de petits
boüillons ,
S'en va de quelques champs arroſer
les fillons ;
Puis raffemblant fes eaux le long
d'une colline , [ fine,
Elle vient réjouir la campagne voi-
Et tombant dans un fond , commen、
ce à cet endroit
De fe former un lit par un canal
étroit.
De là , fuivant la pente en traver
fant les plaines,
Elle reçoit par tout le tribut des
Fontaines ,
132 MERCURE
Qui par des flors d'argent viennent
dans des ruiffeaux
S'émpreffer à l'envi pour augmenter
fes eaux.
La Nymphe qui réfide au fond
de cette fource ,
Admirant les progrés qu'elles font
dans leur courſe ,
Sent un inftin& fecret, qui luy fait
concevoir
[ les voir.
Une fois pour toujours
le deffein
de Elle fort à l'inftant
, & fous l'ombre
des Saules ,
Treffe fes long cheveux flotans fur
les épaules ,
Met fa robe , & de fruits prend un
bouquet en main ,
Et quitte fon fejour pour le mettre
en chemin.
De ces Saules enfin abandonnant
l'allée,
GALANT.
133
Elle vient à Bagneux , où dans une
vallée ,
Son canal s'élargit , & déjà ſur ſes
eaux
L'aviron fait voguer quelques legers
Bateaux ,
Alors de quelques flots élevant la
furface ,
La Nymphe en un inftant fe forme
un char de glace ,
Et montant fur ſon ſiege , elle va
lentement
- Suivre le fil de l'eau par un doux
1 La
mouvement .
Les Faunes qui n'ont vû rien d'é
gal dans le monde ,
prennent pour Thetis , la Déeffe
de l'onde
,
Mais le fort d'Acteon , dont ils font
informez , [ mez.
Les écarte bientoft de frayeur alar134
MERCURE
La Nymphe qui les voit rentrer
dans leur retraite ,
De leur vaine frayeur demeure fatisfaite
,
Et pour ne plus paroiftre à leurs
profanes yeux , [ cieux.
Se fait d'une vapeur un voile offi-
Ainfi tranquillement elle fait fon
voyage ,
Et remarque les lieux qui bordent
fon rivage
.
Elle voit Châtillon , dont l'antique
rempart
Eft le premier objet digne de fon
regard .
Muffy-l'Evêque , & Bar , & la Cité
de Troye ,
Font chacune à fon tour le fujet de
fa ioye.
Cette Cité n'eft pas celle où le feu
Gregeois
S
GALANT.
135
Vit fa flame meflée au fang de fes
Bourgeois.
Au deffous de Meri l'Aube augmente
fon onde ,
Puis la Nymphe voit Pont & fa plaine
feconde ,
Non loin de là Nogent , puis Bray ,
vers l'autre main
Montereau , Fautyonne au bord de
fon chemin ,
Où
par
le gros renfort d'une onde
auxiliaire , [ riviere .
On peut l'appeller fleuve auffitôt que
Melun avec fon Pont femble arrefter
fon cours ;
Plus loin paroift Corbeil avec les
vieilles Tours.
Surun penchant fe voit Villeneuve
Saint George ,
Et plus bas dans fon lit la Marne fe
dégorge.
136 MERCURE
Elle admire en paffant ces fuperbes
Maiſons
Où regne un doux Printemps dans
toutes les faifons.
A fa droite eft auffi le Chafteau de
Vincenne ,
Avec l'Arc de Triomphe érigé dans
la Plaine ,
Pour les exploits fameux & les faits
inoüis ,
Qui de mille Lauriers ont couronné
Louis .
Ala gauche , & plus loin , paroit
l'Obfervatoire ,
Où de l'ordre destemps Caffini fait
l'Hiftoire ,
Et par de longs Tuyaux voit d'un
oeil curieux
Au travers du cristal le mouvement
des Cieux.
• Choily , Conflans , Bercy , &c.
GALANT.
137
-
Enfin à la faveur de l'onde qui la
mene ,
Elle entre dans Paris fans détour &
fans peine ,
Et bientoft l'Arcenal, les Maiſons &
les Ponts
Sont par elle paffez en obfervant
leurs fronts ,
Mais entre les deux Ponts que re
garde le Louvre ,
Confiderant par tout ce que fon c
découvre ,
Elle admire au Pont-neuf le valeu
reux Henry Laguerry
Sur un cheval d'airain , qui d'un air
Semble encor commander au milieu
des Batailles ,
Ou forcer les Ligueurs couverts de
3
leurs murailles.
LeLouvre , à fa main droite , eſt
un fi bel objet ,
May1699.
M
128 MERCURE
Qu'elle a regret d'en voir fufpendre
le projet ,
Sur tout de ce Fronton d'ordonnance
correcte ,
Chef-d'oeuvre merveilleux de Perrault
l'Architecte .
Si de le voir finir ce n'eft pas la fai.
fon ,
C'eſt à d'autres qu'à nous d'en ſçavoir
la raifon .
D'un College fameux , * riche en
toute maniere ,
Elle voit tout à plein la face regu
liere .
Jule par ces bienfairs à voulu dans
ce lieu
Eternifer ton nom , imitant Richelieu
,
A qui la France doit la celebre Sorbonne
,
* Le College des Quatre Nations.
GALANT. 139
1
Et les fuccés heureux des ſujets qu'-
elle donne .
Plus bas le Pont Royal, baſti ſolidement
Eft encor deParis un utile ornement.
Elle apperçoit auffi le Parc des
Thuilleries ,
Où l'on voit étaler l'or & les brodederies,
Là tout ce que Paris ade riche & de
beau ,
S'en va durant l'Eté l'embellir de
nouveau ,
Et pendant ce concours fuivi de mil
le eſcortes ,
Les Caroffes dorez en affiegent les
portes.
Plus loin le Cours- la- Reine eft
ombragé d'ormeaux ,
Dont le branchage épais fait trois
rangs de berceaux,
Mij
140 MERCURE
Quelquefois dans ce Cours le Duc
& la Ducheffe
Des Caroffes Bourgeois font foulez
dans la preffe ,
Et fans leur Ecuffon , leur train ne
fçauroit pas
Les faire diftinguer parmy cet embaras,
De l'autre main paroiſt l'Hoſtel
des Invalides ,
Affermi fur un fond de revenus folides
:
Superbe monument , où la poftetité
Connoiftra de Louis le zele & la
bonté.
Au loin fe voit Meudon , qui fur
une éminence
Eft le lieu du repos de l'Aîné de la
France.
Louis y vient auffi dans la belle faifon
,
GALANT
14t
Refpirer quelquefois l'air de cette
maiſon ,
Et pour le délaffer des peines que luy
donne
Pout le bien de l'Etat , le poids de fa
Couronne.
Plus bas paroift Saint Clou , qui du
haut du cofteau
Voit rouler le criſtal dans les Caf
cades d'eau .
Philippe y tient fa Cour certain
temps de l'année ,
L
Et par de doux plaifirs partage la
journée ; [ faveur ,
Mais Paris quelquefois reçoit cette
Quand aux folemnitez, il vient luy
faire honneur,
La Nymphe voit encor l'Architecture
antique
Du Chateau de Madrid , ouvrage
magnifique ,
142 MERCURE
Puis le courant s'écarte , & va ver
Saint Denis ,
Où l'on garde en dépoft des trefors
infinis.
Ainfi par ce contour fon onde détournée
Serpente dans la plaine une demijournée
;
Il femble qu'elle craint de paffer par
l'endroir,
Où plus bas que Ruel fon lit devient
étroit .
Mais enfin fon penchant luy fai
fant violence ,
L'entraîne dans ce lieu malgré fa
réGiftance,
Et fait voir à la Nymphe au delà du
tournant
[ prenant,
Le formidable objet d'un travail fut
Comme on voit en hiver la fore
des Ardennes
GALANT. 143
"
Quand la bize a fait cheoir le feuillage
des chefnes,
Et chaffé les voleurs de tous les défi
lez.
Prefenter fes vieux troncs qui pa
1oiffent brûlez.
Ainfi le voit de loïn la Machine effroyable
,
Ouvrage de nos jours qui paroift
incroyable ,
Avec tout l'attirail de fon corps he
riffé , [ Ire exhauffé ,
De rouage & de Ponts l'un fur l'au.
Dont les bras s'étendant vers le haut
de la cofte ,
Meuvent les Balanciers comme on
voit une Flote ,
Que la vague entretient dans le ba ·
lancement ,
Incliner tous les mats à chaque mouvement.
144 MERCURE
Qoy,dit- elle en voyant la Machine
étonnanre ,
Seray-je donc contrainte à pourfuïvrè
ma pente ,
Et me faire rouër parmy tous les
refforts
,
Que je vois remuër par de fi grands
efforts !
Non, non, dit elle alors, la Nymphe
de la Seine
Se mêlera plûtoſt avec l'eau qui l'en.
traine ,
Et
par fon changement fçaura bien
éviter
[ ter.
Les outrages cruels qu'elle voit aptê-
Ainfi dit à l'Inftant elle fe rend
liquide ,
Son corps va le mêler avec l'onde
rapide ,
Et dans le fil de l'eau tâche de s'a
longe ,
Croyant
GALANT. 4 145
Croyant par ce moyen éviter le
danger.
Mais en vain , car aux Ponts cent
Pompes afpirantes
L'enlevent de fon lit à repriſes fte..
quentes ,
Er la livrent enfuite aux Pistons refoulans,
I violens.
Qui font pour l'enlever des efforts
Alors par ces efforts elle fent qu'-
elle monte
Vers le haut du cofteau dans des
tuyaux de fonte ,
Qui vont la revomir au prochain
réſervoir ,,
Où cent autres tuyaux viennent la
recevoir.
Là les Piftons changeant leur manière
ordinaire ,
Preffent de bas en haut par un effet
contraire.
May 1699.
N
146 MERCURE
Elle reçoit le jour pour la feconde
.
fois ,
Et reprend en ce lieu l'uſage de la
voix ,
Pour fe plaindre en paffant du Che.
valier de Ville ,
Qu'elle voit fur fa gauche avec fon
air tranquille...
Qui t'oblige , dit-elle , avec ton Art
maudit ,
Avenir malgré moy m'enlever de
mon lit ?
A ces mots les Piftons luy coupant
la parole , [ de rôlle ,
Le Clapet la retient s'ouvrant à cour
Et la fait parvenir aprés tant de détours
Sur le haut du regard pour luy don
ner fon cours,
De là fur l'Aqueduc , fa pente natus
relle
GALANT: 147°
T
"
A
-¿
Luy fait prendre bien- toft une route
nouvelle.
Enfin elle defcend par des tuyaux
de fer
Dans un long réservoir , appellé
Trou d'Enfer ' ;
Mais c'eſt là que le Ciel devenu favorable,
[ gréable.
Luy preleme par tout un afpect a-
Soleil , dit-elle alors , quibrilles dans
les Cieux ,
Aprés tant de tourmens , que vois je
dans ces lieux ?
Quel calme regne icy ? quelle eft
cette contrée ,
270791
Qui fans doute autre part doit avoir
fon entrée;
Cat je ne penſe pas que l'horrible
conduit
SMURAT SL
Parowjay fair themin au travert
de la nuit .
1063.
Nij
150 MERCURE
Qu'on faic communiquer par de
triples Berceaux ,
Artiftement formez de charmes &
d'ormeaux .
De ces douze Maiſons l'Aftre de
la contrée [ l'entrée ;
N'a jamais aux ennnuis vû profaner
Les innocens plaifirs viennent feuls
dans ces lieux,
Les rendre auffi charmans que le fejour
des Dieux .
La Nymphe s'avançant d'une démarche
lente ,
Reconnoift fon canal pratiqué dans
la pente ,
Qui defcend du Midy vers le front
du Chafteau ,
Et ſurpriſe elle admire un Ouvrage
fi beau .
C'est doncicy , dit- elle , où le deftin
m'amene ,
GALANT.
Pour
у
faire couler une nouvelle
Seine ?
Je ne m'attendois pas de trouver en
ces lieux ,
- Aprés mon infortune
glorieux.
un fort fi
Alors elle fe couche, & fon Urne
penchante
Fait couler à longs flots la Riviere
naiflante ,
Etendant fon criftal de l'un à l'autre
bord , [ & s'endort,
Et la Nymphe à l'inſtant ſe repoſe
Lesondes cependant par leur courle
bruyante
S'emparent du Canal , en occupent
la pente,
Et leur gazouillement attirant les
Oifeaux
,
Ils mêlent leur ramage au murmure
des eaux,
N iiij
152 MERCURE
Mufe , c'eft maintenant que vous
devez m'apprendre
L'agréable plaifir qu'on eut de les
entendre ,
Quand le bruit de leurs flots juf
qu'alors inouïs ,
Dans fon appartement éveillerent
Louïs .
Le Monarque à ce bruit , qui luy
charme l'oreille ,
Se leve promptement pour voir cette
merveille ,
Et fuivi d'une Cour dont il a fait le
choix [ miere fois.
Voit la Seine à Marly pour la pre-
Le Soleil éclairant l'un & l'autre
rivage ,
Il femble qu'en ce lieu coulent les
eaux du Tage .
Dont les fuperbes flots dans leur
cours diligent
GALANT. 153
W Font
parmy leur gravier rouler l'or
EX
& l'argent.
Louis , qui fur le bord confidere
leur courſe,
Monte infenfiblement , pour aller à
la fource ,
Et venant au fommet, voitla Nym
phe qui dort ,
Au bruit que font les eaux vers le
cofté du Nort
Nymphe, dit-il alors , dont l'onde
claire & pure
Coule dans ce Canal avec un doux
murmure ,
Et ranime les fleurs , que Flore dans
ces lieux
[ nos yeux,
Fait naiftrefous nos pas pour arrêter
Reconnoiffant
icy voftre abord fag
vorable,
Je feray que vos eaux , par un tras
vail durable ,
154 MERCURE
S'écoulant à travers des tuyaux de
metal ,
Eleveront en l'air mille objets de
cristal ,
Qui frayant vers le Ciel une route
inconnuë ,
Sembleront de nouveau remonter
dans la nuë.
Auffi-toft à Manfard il donne le
deffein
De faire odvrir la Terre , & foüiller
dans fon fein ,
Pour conduire avec art par cent rous
tes profondes
Le tribut qu'on reçoit de ces nou,
velles ondes .
L'Archite &e obéit , & par mille
jets d'cau
On voit briller Marly d'un orne
- ment nogycau.
GALANT .M
155
Voicy les Titres des Arrefts,
Edits & Declarations , qui ont
paru depuis quelques mois , &
que je n'ay pû vous envoyer
plûtoft.
Edit du Roy , portant création
de cinq cens mille livres
de rente au denier vingt , fur
5 l'Hoftel de Ville de Paris , &
de deux Payeurs , & de deux
O Contrôleurs defdites rentes .
Acte de Notorieté , donné
par M le Lieutenant Civil ,
concernant les Tutelles .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui proroge l'ouverture
du Bureau pour l'Annuel ,
156 MERCURE
44
des Sieges Préfidiaux , & Juſti.
ces reffortiffantes nuëment
aux Cours Superieures , pour
la prefente année 1699. aux
conditions portées par l'Arreft
du Confeil , du 25. Octo
bre 1698. juſqu'au dernier
Juin prochain .
Arreft de la Cour du Parlement
, portant défenſes de
faire venir ny debiter d'autres
Eaux de Vies que celles faites
de Vin , à peine de confifca.
tion , & de mille livres d'amende.
Déclaration du Roy pour
la recherche de ceux qui ont
the GALANT. 157
X
2
4
ufurpé les Titres de Noblehomme
, Ecuyer , Meffire ,
Chevalier , Illuftre , Eminent,
haut & puiſſant ‹ Seigneur
Marquis Comtes , Vicomtes
& Barons , & tous autres
Titres de Nobleffe , dans la
Province de Bourgogne.
*
Arreft du Confeil d'Etat ,
portant reglement pour la
confervation & entretien des
Canaux de l'Ile de Riez en
I
Poitou.b Pul femA
Declaration du Roy concernant
les Greffes.
Arreſt du Conseil d'Etat du
Roy , quicordonnex quentes
158 MERCUR E
7
Poffeffeurs des Greffes &
droits en dépendans , alienez
en vertu des Edits & Décla
rations des 25. Avril 1689. Février
1691. Avril & Decembre
1695. & Juillet 1696. feront
tenus de payer entre les mains
de François Fontaine , ou de
fes Commis prépofez , le fup.
plément de Finance porté par
la Déclaration de ce jourd'huy
to. Mars 1699.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui fait défenſes tresexpreffes
à tous fes! Officiers
comptables , foit. Receveurs
generaux des Finances , ReceGALANT.
159
C
veurs particuliers des Tailles ,
Subftitutions , Subventions ,
Fouages , Octrois des Char
ges allignées fur les Fermes
des Gabelles , Aides , & cinq
Groffes Fermes , qu'autres , de
quelque nature que ce foit,
d'exiger aucuns droits de quittances
pour les menuës parties
qu'ils recevront , ou qu'ils
payeront , au deffous de la
fomme de vingt livres , à peine
de concuffion .
Arreft de la Cour du Parle
ment concernant les Mariages
faits fans le confentement
des Peres & Meres.
160 MERCURE
C
Sentences de M ' le Lieutenant
Civil , fur les contraventions
aux Reglemens concernant
le Contrôle des Exploits.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui confirme le Privi.
lege de Nobleffe aux Secre
taires de la Chancellerie de
Dole , & à leurs Enfans .
a
M de Woolhoufe ( Oculifte
Anglois & Gentilhomme
Servant auprés du Roy d'An.
gleterre ) ayant achevé fon livre
, promis au Public dans
ma Lettre du mois de Mars de
GALANT. 161
E
l'année 1696. n'en commencera
l'impreffion qu'aprés que
l'on aura eu le temps d'examiner
en détail toutes les maladies
oculaires , qui y font nettément
traitées , dont il me
promet de nouveaux Articles
tous les mois. Les Sçavans qui
ne luy ont pas encore envoyé
leurs remarques particulieres ,
pourront le faire pendant ce
temps là, & ceux qui fouffrent
fans avoir efté foulagez ailleurs
peuvent toûjours voir
& confulter ce rare Oculifte ,
qui, vient d'avoir permiffion
expreffe du Roy fon Mailtre ,
May 1699.
O
162 MERCURE
F
de demeurer actuellement à
Paris , aux Benedictins Anglois
, de la rue du Fauxbourg
S. Jacques. Voicy le titre qu'il
doit donner à fon livre.
Abbregé Methodique de
de toutes les maladies des
Yeux , décrites amplement
dans le Gazophylacium Philo
phylacium Philopthalmicum , du
Sieur de Woolhouſe. :
Il y a 170. differens maux des
yeux , réduits en un Recueil de
trente Articles , qui font ,
I. Les diverfes indifpofi
tions du Bulbe Optique , ou
corps de lail en general ,
GALANT. 163 °
1
au
nombre de
quinze..
II. Les Maladies des Sour
cils & Cils , qui font fix,
III. Les indifpofitions des
Paupieres , font au nombre de
quarante & une , dont il y en
S a onze qui attaquent les parties
externes des deux Paupieres.
IV Celles qui occupent les
Parties internes des deux pau ,
pieres , au nombre de huit .
V Les maladies des Tarfes
Cartilages , Peignes ou Cillons
des paupieres. Il y en a fept yen
VI. Les maux de toute la
Pampiere fuperieure : Il y en a
J.
trois.
}
o ij
164 MERCURE
Ily VII. Il y a deux maux qui
regardent la Paupiere inferieure
en particulier.
VIII . Les Maladies qui
fe trouvent indifferemment
communes aux deux Paupieres
en general , font au nombre
de dix.
IX. Les affections des
Glandules oculaires , trois.
€
X. Les maux des Tremata
Galeni , vulgairement dits ,
puncta Lachrymalia , c'eſt à - 1
dire , points ou trous Lacry
maux , z.
XI. Les accidens des can
thons, ou angles & coins desyeux ,
4.
GALANT.
165
1
XII. Les indifpofitions
des excremens & ferofitez lym
phatiques des yeux , 4.
XIII. Les vicés des mem-
Ibranes ou tuniques en general.
10.
T
XIV. Les accidens de la
tunique adnate , conjoinctive ou
membrane blanche de l'oeil , 13 .
XV. Les accidens de la
tunique fclerotide ou fclerotique,
& cornée ou membrane lanserniere
de l'oeil , 20.7
Ces accidens , fe divifent
premierement en ceux quil
infeſtent la partie de la cor
née qui couvre l'iris feulement ;
166 MERCURE
en ceux qui affligent la pru.
nelle , ou la partie de la membrane
ceratoezde , qui couvre la
papille ou le miroir & vifiere de
l'oeil , & en ceux qui attaquent
toute la tunique reratoïde en
general.
XVI. Les accidens de la
tunique choroïde ou rhagoïde ,
communément dite , l'Uvée ,
ou membrane raifiniere des
yeux , 6 .
XVII. Les maux de la
membrane Iris , c'eft , à - dire ,
Lorbicule ou cercle riolé piolé,
ou diverfifié & picoté de plu
Lieurs couleurs , comme eft.
GALANT. 167 °
1
l'arc en ciel , faite du replis de
l'uvée autour du pertuis ou
ouverture de cette tunique
qui forme le noir ou pupille ,
nommée le miroir &feneftre de
l'oeil ou la vifiere , 10.
XVIII Les affections de
la tunique blepharoïde , c'eſt-àdire,
cil façonnée & entrecou
pée de petits filets , comme
les poils des paupieres ou mem .
brane ciliaire, vulgairement dite
en Latin ligamentum ciliare ; &
en François , les ligamens , tendons
& fibres ciliaires qui n'ont
que deux fortes de maux.
XIX. Les affections de la
168 MERCURE
65
tunique arachnoeide & Hyaloeide.
c'eſt- a - dire , aranée &.vitrée, 2.
XX. Les vices de la retine ,
ou membrane retiforme oureticu
laire , en laquelle ſe fait la vifion
, 3 .
XXI. Il n'y a qu'une maladie
qui offenfe les humeurs de
L'organ bleptique en general .
XXII. Les indifpofitions
de l'humeur orides , c'eft à - dire
allugineux , ou bien , d hydatosidés
, c'eſt à dire, aqueux. 64
XXI . Les vices de l'humeur
glaciale , ou cristallino &
lenticulaire , 6 or mulbe
XIV. Les vices de l'hu.
meur
GALANT. 169 ·
menr viré, les indifpofitions
de smuſcles &tendons de l'oeil . 3 .
XXVI.Les indifpofition sdes
nerfs oculaires , & du Porus opti.
cus Galeni. 6.
XXVII. Les accidens des
vaiffeaux coquillaires , des venules
& arterioles de l'oeil . 2 .
XXVIII. Les accidens des
conduirs aqueux , ou aqueducs de
Fail
.
xxix . Les maux des efprits ;
dits vulgairement vifuels ou
vififiques . 4.
xxx. Mal opprimant les
couches du nerfoptique , appellez
thalami nervorum opticorum.
May 1699.
P
170 MERCURE
Les maladies du globe de
Tail en general , qui fait le
premier de ces trenté articles,
font au nombre de quinze.
1. Les Ecthimates , c'eſt à dì.
re , petites puftules comme
rougcoles , ou piqueures de
Guelpes . Les Cranthemates ,
c eft à dire , petites veroles , ou
ulceres appellez Poquettes ;
comme auffi les Phymates, petites
tumeurs & abfcés qui
naiſſent d'eux , s'augmentent
bien vîte , & viennent auffitoft
à fuppurer. Galien femble en
appeller une efpece , Bulla 9.
de fimp. med.facultat .
t
GALANT. 171
II. Phlegmone , c'eft à dire ,
inflammation generale des
yeux & des parties aux environs
, faite avec tumeur , rougeur
, douleur , chaleur , ten-
Gion , pointure , mouvement
difficile , &c. Ce fang y fermentant
étend les vaiffeaux
rompt les plus petits , d'où il
s'épanche & rampe par les fibres
des membranes d'entre
çes vaiſſeaux , de telle forte
qu'il occupe tout ce qu'il y a
d'efpace fans veines.Nota que
tqute phlegmone peulaire eft
inflammation , mais non pas
1
vice
Ececuoitavalua 110 6
Pij
172 MERCURE
III. L'Anthrax , ou l'anıbra.
cofie , carbunculation , oeil roti ,
charbon aux yeux, eft un ulcere
opiniaftre , petit , qui n'admet
pas d'eftre cicatriſé , & qui
coule de l'humeur acre & fubtile
. La carbunculation eft plei
ne des veines livides & variceufes
, & elle occupe ordinai
rement la paupiere , ou le bulbe
de l'oeil.
zab
IV. & V. La Sepedone eſt ་ la
pourriture de tout l'oeil. Elle
comprend le cbancre , lagangre
ne , & l'ophthalmie ſpaceliZoufe,
avec cette difference , que le
Sphacelus ou fyderation propre
GALANT 173 ·
ད
ment appartient aux os de
l'orbite , & la gangrene attaque
la chair , précede le sphacelus,
& fuit l'ophthalmie.
VI. La Periodynia Diofcori.
idis , ou Ophthalmoponia Galeni,
c'eft à dire , douleur & élancement
interieur, principalement
autour des racines des yeux ,
vellication aiguë & tres fenfible,
Gal. 4. Topic. rapporte
-un remede fpecifique appellé
Lyfiponion , c'est à dire , qui diffipe
les douleurs ; & Hippocrate
dans fes Aphorifmes dit,
que boire le vin pur , les bains,
fomentations , ou la faignée ,
Püj
74 MERCURE
ou la purgation , guerit les
douleurs des yeux .
*
VII. L'Epiphore rheumâton,
la Rhufie , ou rhume ophthalmi .
que , item le libos , & rheumatif.
me , c'est à dire ,fluxion , défluxion
, diftillation , proprement
froide , aux yeux , la delacrymi
tion , ou illacrymation involon
taire.
VIII. La Selerophthalmie felon
Galien dans fon Ifagoge ,
eft quand les paupieres fom
dures , l'oeil rouge avec mou
vement difficile , & fans moi.
fture. On l'appelle ordinaire.
ment en François , chaffie dure,
121
GALANT. 175 .
,
à cauſe que l'oeil dans cette
maladie jette des ordures &
craffes arides comme des furfures
, ou petites écailles.
IX. La Xerophthalmie , lippitude
, ou chaffiefeche , quand les
yeux , fans eftre bouffis ny
pleureurs , ont rougeur legere,
douleur , cuiffon , pefanteur ,
demangeaiſon , & les paupieres
, fans eftre dures , font co
lées enſemble par une pituire
feche & falée.
X. L'Oedeme, tumeur,groſſiſſe
ment. L'oeil enfle , rehauffe , fe
remuant difficilement ; quand
l'enflure en eft fi molle , que
P iiij
· 176 MERCURE
fors qu'on la preffe , elle cede
aux doigts , & y laiffe un vefti .
ge. On rapporte icy l'Exoph.
thalmie, c'eft à dire , ail de boeuf,
ou de moruë qui fe fait par con .
formrtion naturelle plûtoft
que par accident . Mais ceux
qui ont les yeux ainfi façonnez,
ne voyent pas fi clair que
ceux qui les ont enfoncez,
Arift . de Gen. anim, lib.
XI . L'Ecpiefme , l'Echtblipfe ,
ou Proptofie de l'oeil, l'expreffion,
égreẞion , chute ou procidence du
bulbe oculaire , l'oeil fufpendu ,
quand l'oeil prend plus de
relief que du naturel ;
de ma-
5.
GALANT.
/
177
.
177
niere que les paupieres ue
peuvent pas le couvrir. Cela
a arrive par quelque coup , ou
autre violence , ou relaxation
des muſcles.
0
XH.L'Atrophie , la Macie ,
amoindriffement , extenuation &
confomption de l'ail. Oeil rapeißè
, & emmaigri. Item la Koilophthalmie
, c'est à dire , profondation
, ou cavité de l'oeil, qui
font ordinairement les effets
de l'Ophthalmie phtheinodes, par
laquelle la graiffe de l'oeil fe
fond , & le globe de l'oeil
vient en chartre , eſtant en
foncé dans la tefte bien en
178 MERCURE
avant , ce qu'on nomme les
yeux haves,
! XIII. L'atonia , ou l'astheneia
ophthalmôn , c'eſt à dire , la
debilitè , impuiffance , ou foibleffe
des yeux. Item l'arroftia , ou
malakia , c'eſt à dire , imbecillité,
langueur , &c. quand la veuë
ne peut fupporter l'éclat dela
blancheur , de la lueur, du feu,
ny d'autre choſe brillante. Elle
eft faite d'ordinaire
par un
affemblage de defauts ocu
laires .
XIV. L'Hémeralopie , la
vûe choüette,l'oeil de chat , quand
on voit mieux de nuit que de
GALANT.
179/
jour. Hippoctate » nomme
Nyctalopes ceux qui voyent
bien clair de nuit. La veuë
crepufculaire , comme celle
de Tibere eftoit felon Tran .
quille c. 68.
XV. Nyctalogie , ou Nyc.
talopiafie , cecité nocturne , aveuglement
de nuit . Quand on
voit affez bien de jour , le matin
& lefoir on voit plus difficilement
, mais la nuit on ne
voit rien du tout. Ariftote
en appellant nyctalopex celuy
qui ne voit pas de nuit , dit
que cette maladie arrive le
plus fouvent à de jeunes gens,
180 MERCURE
Hippocrate dit la meſme
choſe.
Dijon aprés Paris eſt une
des Villes du Royaume qui
produit le plus de Sçavans &
d'hommes de Lettres. Celt
ce que feu M Ménage difoit
fouvent dans fes Conferences .
On y regrette aujourd'hvy la
perte qu'on y a faite en la perfonne
de Meffire Eftienne
Moreau , Avocat General de
la Chambre des Comptes ,
décedé le 27. du mois paſſé.
C'eftoitun excellent Orateur,
comme il a paru par plufieurs
GALANT 181
Difcours qu'il a
prononcez
au Parlement
, eftant alors
Avocat , qu'à la Chambre
des
Comptes
en qualité d'Avocas
General , aux Audiences
publiques
, & aux ouvertures
de
la Saint Martin , où l'ufage des
Harangnes
, aprés avoir fubfifté
longtemps, a ceffé depuis
quelques
années . Il y a eu
quelques-unes de fes pieces
d'Eloquence
mifes au jour ,
entre autres le Difcours qu'il
fit au Parlement en 1676. à la
prefentation
des Lettres de
provifion
de M le Marqnis
d'Huxelles , pour la Charge
182 MERCURE
ว
de Lieutenant de Roy en
Bourgogne , un Difcours allegorique
fur la Paix , imprimé
la même année , deſtiné pour
la Chambre des Comptes ; un
autre fur l'établiſſement d'une
Academie des belles Lettres
à Dijon en 1693. un autre
adreffé au Roy la même année
, au fujet du rang des Of
ficiers de fon Royaume , & un
Eloge du feufçavant M' Boizot
, fon Ami , Abbé de Saint
Vincent de Befançon en 1694
llavoit un genie facile pour la
Poëſie , & il feroit à fouhaiter
qu'on euft un recueil de tout
GALANT. 183
ce qu'il a compofé dans ce
33 genre de Litterature , & de
toutes les Pieces détachées qui
ont paru de luy en divers
temps. Lors qu'il fit eftant
jeune , le voyage d'Italie , il
laiffa en paffant à Lyon , àun
de fes Amis , un recueil des
Poefies qu'il avoit faites alors ;
& au retour de fon voyage par
E la même Ville , il trouva que
fon Ami avoit pris le foin de
faire imprimer fes Vers fous
de titre desNouvellesFleurs du
Parnaffe.Il réuffiffoit parfaite-
Iment aux Deviſes & aux Emblêmes,
ainfi qu'il en a ſouvent
84 MERCURE
donne des marques dans les
Deffeins des réjouiflances publiques
que la Ville de Dijon
a produits pour les naiſſances
des Fils de France , les declarations
de Paix , les arrivées &
fejour des Gouverneurs dans
la Province , à la teuuë des
Etats, & en d'autres occafions.
La pluſpart de ces Deffeins accompagnez
de Deviles &
d'Inſcriptions de ſa compoſition
, ont efté imprimez. Il
avoit époufé en premieres
Noces Dame Marguerite Durand
, alliée aux meilleures Fa.
milles de la Ville , de laquelle
GALANT. 185
ב
ila eu M' Moreau de Brafey ,
cy-devant Capitaine au Regiment
de la Sarre , Auteur
des Journaux imprimez des
Campagnes de Piémont 1690 .
& 1691. & en fecondes Noces ,
Dame Marie Remond , d'une
Famille noble & ancienne ,
originaire de Chaſtillon fur
Seine , de laquelle il laiffe qua.
tre Filles. Au fujet des Devifes
& Emblêmes dont je viens de
vous parler, il en avoit fait une
pour luy- même , tirée des Armoiries
de cette feconde Fem >
me, portant trois roles , & des
fiennes , qui font trois teftes
May 1699. Q
86 MERCURE
de More , tortillées d'or en
champ d'argent ; fçavoir un
More qui tient une rofe , avec
ce Vers .
Ardor totus is eft , eft ea tota
pudor.
Autour de l'Ecuffon de fes
Armoiries , peint avec celles
de feuë Dame Catherine Ro.
fetot , fa Mere , qui font d'or à
deux roſes de gueules , coupé
d'azur à une roſe d'argent ,
ainfi que le portoit Philbert
Rofetot , Confeiller au Parle
ment de Dijon en 1616. de la
Famille duquel elle eſtoit , &
celles de Marie Rémond, fa
GALANT. 187
10
feconde Femme , qui font de
gueules à trois roſes d'argent,
il avoit mis ce Vers.
Eft meus in caftis , ortus amorque
rofis.
Il eft mort dans fa foixante &
uniéme année. Il eftoit Frere
du feu Chevalier Moreau , Cal
pitaine dans le premier Batail !
lon du Regiment Royal des
Vaiffeaux, n ort âgé de trentedeux
ans à Mons en Hainaut,
le 11. Aouft 1692. de la bleffure
qu'il avoir reçûë au combat de
Steinkerque. Ses autres Freres
qui restent , font , Dom Moreau
, Bachelier de Sorbonne,
Qij
88 MERCURE
Prieur de Cifteaux ; Mcl'Abbé
de Hautefeille en Lorraine ,
nommé par Sa Majesté en
1692. eſtant à ſon Camp devant
Namur , & Mr Moreau de
Mautour , Auditeur en la
Chambre des Comptes de
Paris , qui a beaucoup de talent
pour
la Poëfie Françoiſe ,
& d'inclination pour les belles
Lettres. J'ay crû devoir cet
article à la memoire de feu
M' Moreau , en reconnoiſſan.
ce de quantité de Poëfies excellentes
de fa façon , dont
les Lettres que je vous envoye
tous les mois ont efté plu
GALANT. 189
1 fieurs fois embellies.
La part que vous avez priſe
à la perte de l'illuftre M✩Racine
, m'engage à vous envoyer
ces Vers , que M' du
Tremblay a faits fur fa mort.
A M' DESPREAUX
L'Oracle de nos jours , le celebre
Racine ,
Dontles Vers infpirez d'une fureur
divine ,
Tant de fois de nos yeux ont exigé
des pleurs,
Nous laiffe par fa mort de plus
juftes douleurs.
190 MERCURE
Limpitoyable Parque en a fait fa
victime ,
Sansrefpecter en luy l'espris le plus
fublime,
Ce monftre aveugle & fourd , ce
cruel deftructeur.
Ne peut rienfur l'Ouvrage , &
peut tout furl Auteur.
Defes fameux Ecrits la memoire
immortelle
,
Rapellera toujours cette perte
cruelle,
Et nos derniers Neveux accuſe.
ront le fort
D'avoir foumis Racine au pou.
voir de la mort.
Illuftre & cher Amy de ce rare
genie,
GALANT. 19!
Defpreaux , 109 quifus le témoin
defa vie ,
Toy , qui connus fi bien fon coeur
&fon esprit , 199
• Fais nous de fes vertus un fidelle
récit
Perfonne comme toy n'anime une
peinture. Now th
Tu peux luy fairefeul un Eloge
qui dure.
Famais mortel ne fut plus digne
de tes Vers,
Son nom vivra comme eux autant
que l Univers.
Mais envain fa memoire à ce
devoir
t'engageind
En vain mafoible voix s'excite à
cet
ouvrage,
192 MERCURE
Juftement penetré des plus viv
douleurs ,
Tu ne peux luy donner d'Eloge
que tes pleurs.
Tu n'en peux trop verfer fur
cette illuftre cendre.
Mille autres comme toyfont for
cez d'en répandre,
Quoy qu'ils neperdent pas un ami
précieux ,
Le plus rare prefent de la faveur
des Cieux.
Pleure , & n'entreprens poin
u e loüange vaine ;
Tú prendrois pour fa gloire, un
inutile peine.
Ses Vers de l'avenir feront tou
jours cheris
Off
GALANT . 193
On lira fon Eloge en lifant fes
Ecrits.
Le Madrigal que vous allez
lire fur la mort de M' Moreau,
a efté envoyé à M' Moreau de
Maintour fon Frere , par M
I'Abbé Bofquillon , de l'Aca .
demie Royale de Soiffons
I 4probité l'honneur,les beaux
Vers l'éloquence ,
Les entretiens aifez , la profonde
fcience
Des fureurs de la mort n'ont pú
Sauver Moreau.
Mufes conføle vous defes fan!
glans outrages;
May 1699.
R
194 MERCURE
San Frere fes Amis, par d'immortels
Ouvrages ,
Scauront bien l'arracher à la nuit
du Tombeau, un aludo
Ces autres Vers ont efté
mis en Air par un habile Muficien
. Quiconque aura la for
ce de s'attacher à la maxime
quils renferment , peut s'aflurer
de vivre fans inquietude.
? idue
AIR NOUVEAU.
S1jamais
à l'amour
~
Je fuis fenfible un iour ,
On le fera de même .
9
6
to
19% MERCU
I
(
e
GALANT. 195
Le fecret important
efore toujours content ,
eft d'aimer qui nous aime.
(
Le Mardy 28.du mois paffé,
Meffire Antoine Portail , Avoat
General au Parlement de
Paris , & auparavant Avocat
lu Roy au Chaftelet , & enfuile
Confeiller au Parlement ,
Épouſa Demoiſelle Madeleine
Rofe. La ceremonie fut faite
par M'l'Evêque de Perpignan ,
qui parla avec toute l'élo
quence &broute la dignité que
fon miniftere demandoit dans
une pareille occafion M Por
Rij
196 MERCURE
sail , déja fi connu par la hau
te répuration qu'il s'eft acquife
, quoy que dans un âge peu
avancé , n'a befoin d'aucune
autre preuve pour perfuader
qu'il eft d'un merite diftin.
gué . Left Fils de Meffire Antoine
Portail Confeiller de
la Grand Chambre , & de
Dame Marie - Madeleine le
Nain , qui font deux Familles
confiderables dans la Robe
Mademoiſelle Roſe a toutes
les qualitez qui peuvent la
rendre recommandable , foit
pour l'agrément de fa perfon
ne , foit pour tout ce qui re
GALANT. 197
garde l'efprit & le coeur . Heft
aifé de s'appercevoir en la
voyant , qu'elle a efté élevée
de bonne main . Elle eft Peti
te - fille de Meffire Touffaine
Rofe , Prefident en la Chambre
des Comptes , Secretaire
du Cabinet , & l'un des qua
rante de l'Acadèmie Fran
çoiſe , & de Dame .... de Villiers
; & Fille de Meffire Louis
Rofe de Coye , Confeiller au
Parlement , & ayant la furvi
vance de la Charge de Secre
taire du Cabinet , & de Dame
Madeleine de Bailleul , aujour
d'huy Madame la Marquise de
Riij
188 MERCURE
abell
Varan , Soeur de Meffire Nicolas
Louis de Bailleul Marquis
de Chateau Gontier , Profident
à Mortier au Parle
ment de Paris.o
-Cefar Auguftelde Choiseul
du Pleffis Praflin , Duc de
Choifeul , Pair de France , Che
valier des Ordres du Roy,
Lieutenant General des Ar.
mées de Sa Majefté, s'eft auffi
marié depuis peu de jours. Ila
époulé Dame Marie Bouthillier
, Veuve de Nicolas Brulart
, Márquis de la Borde ,
premier Prefident du Parlement
de Dijon , & Fille de
;
GALANIM 199
Bouthillier , Meffire Leon ร
Comte de Chavigny , Mini,
- ftre & Secretaire d'Etat , Com .
mandeur & Grand Treforier
des Ordres de Sa Majefté , &
de Dame Anne Phelypeaux.
La nouvelle Mariée a pluſieurs
Freres & Soeurs , enrre autres
Jacques- Leon Bouthillier ,
Marquis de Beaujeu , Conſeil .
ler honoraire du Parlement ;
Denis François Bouthillier de
Chavigny, Evêque de Troyes,
Louis Bouthiller , Chevalier
de Malte Loüife . Françoiſe
Bouthillier , Veuve de Philip .
pes de Clerambault , Comte
:
R iiij
200 MERCURE
de Palluau , Chevalier des Or .
dres du Roy & Maréchal de
France , & Renée Bouthillier,
Epoufe de Meffire Jean de
Beuzzelin , Seigneur de Boil
melet , Preſident à Mortier au
Parlement de Rouen . ...
30
Voicy les noms de plufieurs
perfonnes confiderables de
l'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Meffite Pierre Gaillard ,
Sous Doyen des Docteurs en
Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maifon & Societé
de Sorbonne , & Doyen de
•
GALANT. 201
6
Eglife de Langres , où il eft
mort en fa foixante & dixfeptiéme
année . Il faifoit
beaucoup d'aumônes & de
charitez. Il a un Frere Cha
noine regulier , & il en avoit
un autre Contrôleur general
de feuëS. A. R. Mademoifelle
de Montpenfrer , qui eft mort
fans alliance. Ils eftoient tous
Fils de M Gaillard, auffi Contrôleur
general de feuë Mademoifelle.
aliously in
Dame Marie Vallery , Veuve
de M' Bourdon , l'un des
Confeillers du Roy en l'Hoſtel
de Ville de Paris. Elle eft mar.
102 MERCURE
te ágée de foixante & dix ans,
ayant vêcu dans une grander
pieré. Elle laiffe deux Enfans ,
Jacques Bourdon , Treforier
de France à Paris , & Gabrielle
Bourdon , Epoufe de Hardoüin
- Jacob , fieur Defplu
ches , auffi Treforier de Fran
ce à Paris. Elle a eu encore
une Fille , qui avoit époufé
défunt François Bellucheau ,
Confeiller Secretaire du Roy;
dont il reſte un Fils anique ,
François Bellucheau , us de
Villiers ,
Gentilhommé ordinaire
de la Maiſon du Roy .
Le Pere Mathias de la Bour
"
GALANT. 203 1
donnayd , Jefuité , Confeffeur
de Son Alteffe Royale Monfieur
, Frere unique du Roy. Il
eftoit d'une tres bonne Fa
mille de Bretagne , dont eft
M' de la Bourdonnaye
, S'de
Cotyon , Maistre des Requeftes.
dolabilao.bod
Meffire : Bernard Picquet !
Docteur en Theologie
de la
Societe Royale de Navarre ,
mort à foixante & quatre ans ,
& Meffire Louis Picquet, fon
Frere , Docteur en Theologie
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne
, cy devant Biblio
thequaire
de la Bibliotheque
204 MERCURE
publique du College des Qua .
tre . Nations . Ce dernier eft
mort à
foixante & deux ans ,
& eftoit tres
intelligent dans
les Langues du Levant , fort
connu & eftimé parmy les Etrangers.
Il avoit une Biblio .
theque
confiderable , particu
lierement pour les
Langues
Orientales, & pour les memoires
& les
remarques qu'il avoit
faites . Illa laiffe par fon tefta .
ment , avec tous les
papiers &
pieces
volantes , tant impri
mez que
manufcrits , à la Bibliotheque
des
Jacobins ré
formez de la rue Saint Hono
GALANT .
205
ré, dont le Pere Lequin , fon
Ami fort fçavant dans les
Langues Etrangeres , eft Bibliothequaire.
Ms Picquet
laiffent un Frere. & une Soeur ,
qui font François Picquet ,
Confeiller - Secretaire hono.
raire du Roy , Pere de défunt
M ' Picquer ,
Confeiller au
Chaftelet, & N. Picquet , Veuve
de M Lhuillier , Audien
0 cier en la petite Chancellerie ,
dont entre autres eft venu M'
Lhuillier , Chanoine de No-
-ftre- Dame du Vivier en Brie,
- réunie à la Sainte Chapelle de
Vincennes
206 MERCURE
Dame Marie Bourgoin , E.
poufe de Meffire Nicolas le
Vaffeur , Seigneur de Saint-
Vrain , Prefident en la Cour
des Aides. Elle eftoit Soeur de
Meffire Lambert Bourgoin ,
Confeiller en la premiere
Chambre des Enqueftes , &
Fille de défunt Louis Bourgoin
, maistre des Comptes ,
Seigneur de la Grange Baſteliere
, Fief fitué à Paris . M ' de
S.Vrain ,fon Epoux , eft Frere
de Pierre Jean le Vaffeur ,Con.
feiller en la premiere des Enqueftes
, de N. le Maffeur , Epouſe
de M' d'Argouges, mar
GALANT. 207
quis de Grator , & de N. le
Vafleur, Epoufe de Louis Bon-
= temps , receu en furvivance à
la Charge de premierValet de
Chambre du Roy , que poffe.
de M Bontemps fon pere.
--Mathurin le Jariel , Confeil
ler Secretaire du Roy , & l'un
des Fermiers Generaux de Sa
Majefté . Il laiffe un Fils Jean-
Baptifte le Pariel , 9 ' des Forges
, Confeiller en la Cour des
Aides .
Meffire François de Valles
Seigneur de Launay ,
Auditeur en la Chambre
des Comptes. Il eftoit d'une
208 MERCURE
ancienne Famille de Paris, qui
a donné plufieurs Officiers à la
Chambre des Comptes depuis
cent cinquante ans. Il laiffe
plufieurs Enfans dans l'Eglife
& dans l'Epée. M ' de Valles ,
fon Fils aîné , ſe va faire recevoir
à fa Charge d'Auditeur.
Meflire Henry de Barrillon,
Evêque & Baron de Luçon ,
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , mort dans fa
foixante & uniéme année Il
eftoit Fils de Jean - Jacques de
Barrillon , Seigneur de Cha
ſtillon fur Marne , Préfident
aux Enqueftes , & de Bonne
GALANT. 209
Fayet , petit- Fils de Jean de
Barrillon , Seigneur de мancy,
de morangis , & c . Confeiller
au Parlement , & de Judith de
Meſme , fa feconde Femme ,
& arriere - petit- Fils d'Antoine
de Barrillon , Seigneur de mancy
. Morangis , & autres lieux,
& de Loüife Billon . M'l'Evêque
de Luçon a eu deux Freres
& deux Soeurs ; fçavoir , Paul
de Barrillon, d'Amoncourt ,
Marquis de Branges, Seigneur
de Mancy & de Morangis ,
Maistre des Requeſtes , & Ambaffadeur
Extraordinaire en
Angleterre , qui a épousé мa-
May 1699.
६
S
210 MERCURE
deleine Mangot , Fille du
Mailtre des Requeſtes , dont
font venus Antoine de Barrillon
, Conſeiller en la feconde
des Enqueftes ; N. Barrillon ,
Epoufe de Jean - Denis Michel
Amelot de Chaillou , Maiſtre
des Requeſtes , & N. de Barrillon
, Epoufe d'Arnault de la
Briffe , Procureur General au
Parlement, Antoine de Barrillon
, Seigneur de morangis ,
autre Frere de M'Evêque de
Luçon, Maistre des Requeftes,
Intendant à Metz , Alençon
Caën & Orleans , a épouſé
Catherine - Marie Boucherat ,
*
*
GALANT. 201
Fille de Mile Chancelier, dont
eft venu Jean Jacques de Bar
Brillons Seigneur de morangis,
Avocat du Royau Chaftelet ,
puis Confeiller au Parlement
Anne Françoise de Barrillon ,
Soeur de M'de Luçon , a épousé
Antoine Cleriadus , Colonel
du Regiment d'Agenois , &
Judith de Barrillon , fon autre
Soeur avoit épousé . Cefar.
Philippes de Beauvoir , Comté
de Charelus , Vicomte d'Avalon.
omiT ob
f
Dame Françoise Défita ,
Veuvelde Michel Guchery, ancien
Avocat au Parlement ,
S ij
212 MERCURE
morte âgée de foixante & dix
ans. Elle eftoit Soeur de мeffire
Jacques Défita , Lieutenant
Criminel en la Prevofté & Vicomté
de Paris ; de Geneviève
Défita , Veuve de Philippes-
François ,fieur de Montbayen,
Auditeur des Comptes , & de
feu Denis Défita , Docteur de
Sorbonne , & Curé de Saint
Cofme. Elle laiffe plufieurs
Enfans , Garçons & Filles , entre
lesquelles eft , Marie Gue
hery , Epoufe de Timoleon
Chaliveau, Seigneur des Effars
& d'Auzans , Fils de feu M'
Chaliveau , Lieutenant GeneGALANT.
213
ral des Eaux & Forefts , & Genevieve
Guchery , Epoufe de
M' de Vitray , Treforier de
France à Caën .
En vous apprenant dans
l'une de mes dernieres Lettres.
la mort de Madame Auzanet ,
je me fuis trompé quand je
vous ay dit , que Meffire Barthelemy
Auzanet fon mary ,
Confeiller au Grand Confeil ,
eftoit Fils du celebre M' Auzanet
, Avocat au Parlement.
- J'ay fceu depuis ce temps là
qu'il en eftoit petit Fils , ayant
eu pour pere mellire Jean Auzanet
, Auditeur en la Cham214
MERCURE
bre des Compres , lequel eftoit
Fils de l'Avocat.
"
Jevous appris le mois paffe
la mort de Meffire Charles-
Claude African de Lhoftel ,
Marquis d'Efcots , Baron de
Cemoutier, Lieutenant Gene.
ral pour le Roy en la Province
de Brie & Champagne
. J'ajoûte
aujourd'huy à cet article ,
qu'il eftoit Frere de Henry-
Nicolas , Marquis d'Efcots ,
Colonel du Regiment d'Ar
tois , Lieutenant de Roy en la
Province de Brie , mott en
1682. des bleffures qu'il reqeut
à Huy , & Fils de FrançoisGALANT.
215
Gafton de Lhoſtel , Marquis
d'Efcots , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , Colonel
du Regiment d'Artois , & Lieu .
tenant General pour Sa Majefté
de la Province de Brie, tué
en Irlande en 1690. & d'Elizabeth
de Flecelles , laquelle
eftoit Fille de Nicolas de Flecelles
, Comte de Bregy , qui
aprés avoir efté Confeiller au
Parlement , prit le parti de
l'Epée , & fut Lieutenant General
des Armées du Roy , &
Ambaſſadeur Extraordinaire
en Pologne & en Sue de .
*
216 MERCURE
Ma
L'Ambaffadeur de Maroc
voulant témoigner fa reconnoiffance
des bons traitemens
qu'il a receus de M¹ & de мadame
de Saint Olon , a écrit
d'Orleans cette Lettre à Ma ..
dame de Saint Olon. La traduction
en a efté faite de l'Arabe
en noftre Langue , par M
Dipy le Jeune , Secretaire Interprete
du Roy pour les Langues
Orientales,
Louange à Dieu feul ;
il
ny
a point de force ny de puiffance.
qu'en lux , qui eft le Grand
le
Puiſſant.
De
GALANT . 217
Dela part de l'Admiral Abdalla
Ben Aycha , à noftre bienaimée
en Dieu , Madame de
Saint Olon.
MADAME,
Aprés vous avoir faluée , &
vous avoir donné des marques d'a
mitié perpetuelle , qui ne finirajamais
, je demande l'estat de voftre
fanté, & de celle de Mile de S.
Olon deM votre aimablefils.
Nous ne vous avons point quit .
tée de coeur , noftre éloignement
a allumé en luy unegrande ardeur.
May 1699.
T
28 MERCURE
Je prens Dicu à témoin de ce que
je dis. Nous le prions qu'il nous
conduife à bon pott , & que nous
puiffions entendre de vos nouvelles
toute noftre vie . Nous ne difcontinuerons
point de vous écrire ,
quand nous ferons arrivez en nofre
Pays, pour renouveller amitié,
Nous ne manquerons
pas de parler
de vous à nos Enfans , du bien
que vous nous avezfait , & du
bon fervice que vous nous avez
rendu . Nous vous en fommes infi.
niment redevables , & je prie
Dieu qu'ilpuiffe nous donner lieu
de vous rendre la pareille.
Le vendredy, qui eft lefeptiéme
GALANT. 219
jour du mois de Zielcodé , l'an de
l'Egire mil cent dix.
C'eft voftre bon ami , Abdalla
Ben- Aycha , Miniftre du lieu
élevé , qui a fon nom au haut ,
• qui vous écrit .
Voicy la fuite des Arreſts
& Declarations du Roy , dont
je vous ay déja fair part .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui ordonne que M de
Meufles jouira de tous les
droits honorifiques en la Paroiffe
de Saint Cir prés Oli
vet , immediatement aprés les
Seigneurs de cette Paroiffe ,
Tij
220 MERCURE
fe , à l'exclufion de toutes autres
perlonnes , & que le Curé
fera tenu de les luy deferer , à
peine de faifie de fon temporel
, attendu l'acquifition faite
par ledit fieur de Meuffes des
droits d'échange de ladite Paroiffe.
Quoy que cet Arreft foit
du 17. Mars , il ne vient que
d'eftre rendu public .
Arreft du Confeil d'Etat
Prive du Roy , du 3. Avril , qui
ordonne que les Reglemens
des Chancelleries feront executez
au Bailliage & Siege Préfidial
de Chasteau - Thierry, &
pour les contraventions com
GALANT. 221
miſes à iceux par plufieurs
Procureurs dudit Bailliage &
Siege Préfidial , les condamne
chacun en trois cens livres
d'amende envers les fleurs Secretaires
Roy , & Officiers de
la Chancellerie .
Arreft du Confeil d'Etat du
ناد
re- Roy , dudu 14. Avril , Avril ,
portant
r
glement pour les Compagnons
& Ouvriers travaillans
en Tapifferie de haute & de
baffe lice.
Declaration du Roy du s.
May , concernant ce qui doit
eftre obfervé dans la vente
& difpofition des biens de
"
Tiij
222 MERCURE
ceux qui ont fait profeffion
de la Religion pretenduë fé
formée.
Arreft du Confeil d'Etat
du Roy , du 9. May , portant
reglement pour le Commerce
des Laines.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 12. May, fervant de
nouveau reglement pour les
droits & fonctions des Contrôleurs
des Bans de mariage.
Acte de notorieté donné
par Mile Lieutenant Civil , en
faveur des Mineurs , concer
nant l'employ que les Tuteurs
font obligez de faire des deGALANT.
223
f
niers pupillaires , & le cas où
les interefts , & interests des
intereſts font dûs par les Tu
teurs .
Je viens à ce qui regarde
la fituation de chaque Etat.
Depuis ce que je vous en ay
écrit le mois paffé , la France
a joüy de la tranquillité qui
luy eft ordinaire , foit pendant
la Guerre , foit durant la Paix.
On efperoit que les foins que
l'on a pris de faire ouvrir dans
toutes lesProvinces du Royaume
, les greniers de ceux qui
les tiennent fermez quand la
Tiiij
224 MERCURE
récolte n'eft pas abondante ,
& que les blez étrangers qu'on
y a fait venir , commenceroientà
en faire diminuer le
prix ,fur tout à Paris , où ce
rabais paroiffoit le plus necef.
faire , à caufe de la quantité
de perfonnes qui y viennent
de toutes parts ; mais le grand
befoin où le font trouvées une
ou deux Provinces de France
qu'il a falu fecourir , a fait
differer encore pour un peu de
temps la diminution du prix
du blé. Jamais police n'a efté
fi bonne que celle qu'on a te
nuë depuis fix mois , pour en
GALANT. 225
A
empêcher l'augmentation.
Ainfi on peut dire que les Magiftrats
qui en ont foin , ont
bien répondu aux intentions
& aux ordres du Roy , qui s'eft
appliqué avec fon Conſeil à
chercher les moyens d'empê
cher la famine , & qui a eu le
bonheur d'y réüffir . Le Printemps
remuant plus les hu
meurs que ne font les autres
faifons , la mortalité a plus
regné ce mois cy , ce que
l'on peut auffi imputer à l'in .
temperie de l'air , qui s'eft
trouvé depuis quelques années
plus dérange qu'il n'avoit
efté depuis plufieurs ficcles
226 MERCURE
Le Scorbut a un peu regné
dans quelques Hôpitaux , mais
les malades ont efté fi bien
foignez , que l'on en voit
beaucoup moins prefentement
. Quant au réfte , le Roy
profitant de la Paix pour le
rétabliffement de fes affaires ,
fe prive d'une partie de fes
revenus , par l'ordre qu'il a
donné de rembourfer les augmentations
de gages dans les
Provinces , ce qui leur ferafort
avantageux , puis que c'eſt y
répandre de , l'argent en la
place de celuy qu'on en a tiré
pendant la guerre.
GALANT. 227
L'Affemblée provinciale du
Clergé s'eftant tenue à l'Archevêché
, conformement à
la Lettre du Roy , adreffée à
tous les Archevêques , pour la
reception de la Conftitution
du Pape , publiée à Rome touchant
le Livre de M ' de Cambray
, les Evêques de la Province,
aprés l'avoir examinée,
réfolurent de la recevoir , & de
la faire publier chacun dans
fon Dioceſe , par un Mandement
; & pour cet effet de fupplier
S. M. de faire expedier fes
Lettres petentes , afin qu'elle
fuft verifiée en la maniere or228
MERCURE
dinaire , fuivant l'ufage du
Royaume. On a imprimé le
Procés verbal de ce qui s'eft
paffé à cette Affemblée , &
l'on attend le réſultat de celles
des autres Provinces .
Il ne s'eft rien fait de confiderable
en Allemagne depuis
ma derniere Lettre , que la fatisfaction
qui a efté faite à Mª
le Marquis de Villars , celle
que la demandoit la Cour de
France. La chofe eftoit fi ju-
Ate , que les Ambaſſadeurs
& Envoycz Extraordinaires
d'Angleterre , de Savoye & dea
Hollande fe font employez à
GALANT, 229
luy faire avoir cette fatisfaction
. L'Empereur même étoit
porté à faire rendre cette
juſtice plûtoft à la France
mais fon Confeil a cru devoir
attendre jufqu'à la derniere
extremité, c'ell à dire , jufqu'au
moment du départ de M le
Marquis de Villars , efperant
toûjours qu'il relâcheroit quelque
chofe de fes prétentions .
Les limites, qui felon le Traité
de Paix fait avee les Turcs ,
devoient eftre reglées dans le
mois d'Avril , ne le font pas
pas encore , mais il Y a lieu
de croire que cette affaire fera
230 MERCURE
bientoft terminée. Les Etats
de Hongrie ont renouvellé
plufieurs fois leurs inſtances
pour obtenir une Diette generale
, afin de déliberer fur
les moyens de rétablir ce
Royaume , qui a beaucoup
fouffert pendant la guerre.
L'Espagne ne fournit rien
qui foit de remarque , que la
fedition arrivée à l'occafion .
du bled qui a manqué à Madrid
, mais elle a eſté apaiſée
en même temps de deux manieres
, puis que pendant que
DomRonquillo que le peuple
avoit demandé pour remplir
la place de Corregidor, dontil
GALANT. 231
avoit déja exercé la Charge ,
avant celuyqui la poffedeà prefent
exhortoit les Seditieux , le
Crucifix à la main , à fe foumettre
, le Marquis de Corfana
, ancien Gouverneur de
Barcelone , avançoit par l'autre
bout de la rue avec deux
mille hommes pour les mettre
à la raison . La fanté de Sa
Majefté Catholique eſt toujours
fort chancelante , & il
n'y a pas d'apparence dans la
fituation où ce Prince eft,
que les forces puiffent aifément
ſe rétablir. Le Siege de
Ceuta n'avance point. for
Il n'y a rien eu d'affez re232
MERCURE
marquable en Italie , pour le
rapporter comme une Nouvelle
d'Etat , hors la naiffance
du Prince de Piémont, Chaque
Souverain a les yeux ouverts
fur la maladie du Roy
d'Espagne , & chacun craint
de voir troubler la tranquillité
dont fes Etats jouiffent , fi ce
Monarque venoit à mourir.
Le Parlement d'Angleterre
a efté prorogé. Le Roy a donné
fon confentement à tout ce
qu'a voulu le Parlement, & n'a
pas obtenu tout ce qu'il a
fouhaité. Les Troupes auroient
auffi defiré plus qu'elles "
GALANT 233
n'ont obtenu , & le peuple eſt
content..
Les affaires de Portugal font
dans une affez bonne fituation
. Sa Marine eft en bon
eftat , & il en eft depuis peu
parti fept Vaiffeaux , fçavoir ,
quatre qui portent du ſecours
à Monbaça ,fur la cofte Orien-
Itale d'Afrique, que les Arabes
de Mafcate commencerent à
affieger l'année derniere ; deux
pour Angola , & un pour
- Goa,
Je n'ay rien à dire des Princes
du Nord. Quand ces Souverains
font en bonne intelli.
May 1699.
234 MERCURE
gence , leurs Etats jouiffent
d'une heureufe
tranquillité
.
Celle de la Pologne
ne fçauroit
eftre affermie
qu'aprés
lá
Diette qui fe tiendra
vers la
fin du mois prochain
. La Republique
travaille
d'un coſté
à preparer
les matieres
dont
on y doit parler , & le Roy
cherche
du fien les moyens
de
la fatisfaire
, & d'accorder
fes
intereſts
avec ceux de fes Sujets
, fur les chofes qui paroil
fent le plus incompatibles
. Il
ſera auffi habile qu'il a eſté en
fe faifant élire Roy , s'il peut
engager
à fouffrir les Alleles
A
GALANT: 235
mans. Le temps feul peut apprendre
fi ce Prince y réüffira.
La Hollande n'a rien avancé
pendant tout le mois pour la
Publication de fon Commerce
avec la France , & fes Provinces
n'ont pû s'accorder
pour faire augmenter l'état de
guerre pour cette année , en
forte que la Province de Hollande
& le Roy d'Angleterre ;
fe trouvent chargez des Troupes
qui font revenues de ce
Royaume. Les Etats de Hollande
ont refolu de faire un
emprunt de douze millions de
Vij
236 MERCURE
florins , afin de rembourfer
ceux qui ont des actions fur
l'Etat , exemptes du deux - centiéme
denier ; ce qui eft d'autant
plus à charge à l'Etat , que
cette exemption en diminuë
beaucoup le revenu , mais les
Etats balancent à executer leur
refolution depuis qu'ils ont
appris , que plufieurs vouloient
retirer leur argent du Com
merce pour le leur prefter.
Comme vous pourriez vous
plaindre qu'en vous apprenant
le mariage de M' Portail , je ne
vous aurois pas fait connoiftre
affez fa famille , j'ajoûte icy
GALANT. 237
qu'elle eft originaire du Mans ,
où ilyen a encore beaucoup de
ce nom. M' Portail , Confeiller
en la Grand' Chambre
auffi eftimé par fon fçavoir
que par fon integrité , a eu
= quatre enfans d'une Fille de
M' le Nain , Maistre des Requeftes
, mort depuis peu . Ces
quatre enfans font deux Garçons
& deux Filles . L'aîné des
Garçons eft M' Portail , Avocat
General , qui a toûjours joint
l'étude au commerce des hon.
neftes gens. Auffi n'en voit on
I guere de plus polis & de plus
fçavans que luy pour fon âge.
238 MERCURE
Quoy qu'il n'ait encore que
vingt-fix à vingt fept ans , il a
déjà rempli trois Charges ,
comme je vous l'ay marqué ,
& l'a fait avec éclat . Le Plaidoyé
de la Pivardiere , & l'ouverture
du Parlement qu'il fit
à la Saint Martin derniere , ont
fait connoiftre fon rare merite,
& luy ont attiré l'admiration
de tout le monde L'autre Garçon
qui a infiniment de l'efprit
, plaida une Caufe au
Chaftelet à dix - neuf ans , &
fit entrevoir dans ce Difcours
des étincelles d'un genie qui
doit un jour produire de grands
GALANT. 239
# effets . Au lieu de continuer
dans le Barreau , où il auroit fi
bien réüſſi , le dégouſt qu'il
prit pour le monde , le fit renoncer
aux avantages qu'ilen
pouvoit efperer , afin de conferver
à l'Eglife tous les talens
que Dieu luy avoit donnez . Il
le retira chez les Peres de l'O .
ratoire , où il eft depuis trois
ans. Il s'eft diftingué dans toutes
les études qu'il y a faites ,
& foûtint le 18. de ce mois à
Saumur , où il fait fa Theologie
, une Theſe dediée à M
l'Evêque d'Angers , qui y affifta.
Il fe fit admirer d'une
1
240 MERCURE
Affemblée auffi nombreuſe
qu'elle peut eftre dans une
Province , par la facilité & la
netteté de fes réponſes aux
Argumens qui luy furent pro
pofez. Il en avoit encore fou
tenu une l'année precedente ,
avec le même fucces. Cette
premiere eftoit dediée au Pere
de la Tour , General de l'Oratoire.
L'aînée des deux Filles
de M' Portail , eft Veuve de
M Charpentier , Confeiller
aux Requeſtes , mort depuis
quelques années. C'est une
Dame qui eft tout efprit . Elle
tient de fa Famille , qui a coû tou
jours
GALANT. 241
jours produit des perfonnes
d'un merite diftingué . Mademoiſelle
Portail , fa Soeur , fe
fait eftimer de tout le monde,
par une devotion & une piete
finguliere . Elle marche fur les
traces de Madame la mere, qui
mene vie tres - édifiante.
Il eft mort encore pendant
ce mois plufieurs perfonnes
de diftinction , dont voicy les
noms.
Meffire Louis d'Heriffy ,
Comte de
fierville , Seigneur
de Fontenil , Saint Ciforien ,
de la Balle , de Vieux & d'AMay
1699 .
X
242 MERCURE
venay , Capitaine de Cavalerie
au Regiment d'Uzez .
Melfire Pierre de Martin ,
ler
au Parlement de
Bordeaux , mort à Paris..
Ml'Abbé de Saint - Uffan.
3'avons de luy pluſieurs
pieces de Poëfie , Billets , Contes
, Fables & autres .
Nous
Dame Catherine de Ri
cofart , Veuve de Meffire
Pierre Benoife , Confeiller du
Roy enfon Grand Confeil. Je
vous ay parlé d'elle dans ma
Lettre du mois paffé , en vous
apprenant la mort de Mª Be;
noife , fon Mary.
90,91
GALANT. 243
5 François . Philippes Otto ,
Baron de Rdwitz, Gentilhomme
de Franconie , mort à Paris.
. 鼠
M Boucot , Secretaire du
Roy , Garde des Rôles des
Offices de France , l'un des
Administrateurs de l'Hôpital
General , & cy devant Lieutenant
Particulier des Eaux
& Forefts , mort fans alliance,
âgé d'environ foixante & cinq
ans. Il eftoit Fils de Claude
Boucot , Secretaire du Roy ,
& ancien Echevin de la Ville
de Paris . Hlavoit plufieurs Ne
veux & Nieces , entre lesquel
X ij
244 MERCURE
les eft Madame du Trouffet
d'Hericourt , Epouse de M
d'Hericourt , Maiftre des
Compres. Il avoit un Cabinet
fort confiderable , compoſe
d'un grand nombre de Livres,
de Tableaux , de Medailles ,
d'Eftampes , de Figures de
Bronze , de coquilles de differentes
efpeces, d'Optiques, &
de diverfes autres curiofitez.
La Lettre que vous allez lire
vous apprendra la perte
que l'on a faite à Bordeaux
d'un homme d'un fort grand
merite. Elle eft de M de CiGALANT
245
piere , dont vous avez vâ plufieurs
Ouvrages
.
A M L'ABBE DE F.
A Bordeaux le 14. May 1699.
LA
Amort des grands Hommes
eft au Corps civil ,
ce que font les dangereufes
maladies au corps humain. Il
faut du temps & de grands
ménagemens pour réparer les
forces naturelles de celuy cy ;
il faut beaucoup de foins &
beaucoup d'art pour réparer
les pertes de l'autre . C'eſt à
"
X iij
246 MERCURE
dire , Monfieur , que de longtemps
nous ne recouvrerons
un homme comme eftoit мef.
fire René de Pontac , Chanoine
de Saint André de Bordeaux
, qui mourut le Samedy
Saint de cette année. Ileftoit
de l'ancienne & illuftre Fafoitles
premille
qui
mieres Charges de la Provin
ce de Guienne , & de la Ville
de Bordeaux , lors que le Roy
y paffa pour fon Mariage. Le
premier Prefident du Parle
ment , le Procureur General ,
le Greffier en chef; le premier
Prefident de la Cour des Ai
GALANT. 247
10
des , le Prefident des Treloriers
de France , & le premier
Jurat de la Ville , & Pere de
M le Chanoine , portoient le
nom de Pontac, fans parler de
tant d'autres hommes illuftres
dont fait mention M'de Thou
dans ſon Hiſtoire ; & de plufeurs
Evêques , Abbez &
Doyens , qui ont efte de me.
me nom & de la méme Mai .
fon . Celuy dont je vous apprens
la mort , ne cedoit point
à fes
Predeceſſeurs en pieté,en
fçavoir , & en merite . Il avoit
étudié douze ans en Sorbon.
ne, & en avoit reçu le Bonnet
X iiij
248 MERCURE
2
de Docteur , avec les applaus
diffemens de toute cette fa
meufe Univerfité , qui s'eftima
fort honorée d'avoir un
tel Eléve , & un tel Affocié.
Sortant de cette Univerfité ,
& de la Maifon de Saint Sulpice
, ice , où il edifia par fes exemples
toute cette Sainte Congregation
, il donna au Seminaire
de Saintes , un Prieuré
qu'il avoir , du revenu de fix
mille francs , il ne fonda qu'une
place pour un pauvre Ecclefiaftique
, & fe reſerva une
mediocre penfion , qu'il ne
prit jamais. Il aïma mieux
GALANT . 249
garder un Canonicat de l'Eglife
Cathedrale de S. André
de Bordeaux , parce que le revenu
, quoy que beaucoup
moindre que celuy de fon
Prieuré , fuffifoit pour fon entretien.
Son humilité , vertu
qui eft le fondement du veritable
merite , luy faifoit croire
qu'il n'en avoit point affez
pour remplir les dignitez qu '
on luy offrit , ou dans le Dioceſe
, ou dans le Chapitre . Son
fçavoir qui élevoit fon efprit
au deffus de celuy des Doctes ,
élevoit auffi fon coeur dans la
plus haute vertu , & dans cette
250 MERCURE
00
élevation , il ne trouvoit pourtant
rien de bas dans l'exercice
de la Charité , & de la
miſericorde. Il avoit un talent
tout particulier pour diriger
les confciences dans le Tribunal
de la Penitence , où il paf
foit tout le temps que l'Office
Divin luy pouvoit permettre;
habile fans rebuter perfonne ;
charitable fans donner dans
une trop grande complaifan
ce ; patient fans rien negliger,
& fans rien oublier. Dans les
entretiens ou confultations
particulieres fur des points de
Doctrine & de Morale , il s'atGALANT
251
tachoit principalement à convaincre
l'efprit , & il eftoit fi
clair & fi fort dans fes raifonnemens
, qu'on ne pouvoit
s'empêcher de fuivre les fentimens
, quoy qu'il n'y paruft
luy même attaché , qu'autant
que la force de la verité l'obligeoit
de les foutenir. Je ne
vous parleray point , Monfieur
, des oeuvres de pieté &
de charité qu'il a cachées au
tant qu'il a pû , & que ceux
s qui s'en font reffentis ont
publiées. Les Familles qu'il a
foutenues de fes aumônes , les
pauvres Filles qu'il a dotées
252 MERCURE
duc
de fon bien , les Mendians qu'il
a entretenus pendant les années
où la difette eftoit gran.
de, font des témoins fidelles
de toutes les bonnes actions.
Il leur défendoit toujours d'en
parler, à l'exemple du Sauveur,
qui aprés avoir rendu la fanté
à quelques malades , ne vouloit
point qu'ils publiaffent
les bienfaits qu'ils avoient
receus. Ainfi , Monfieur , j'ay
bien euraifon de vous dire au
commencement de cette Lettre
, que de longtemps nous
ne réparerions la perte que
nous avons faite par la mort
GALANT 253
de ce grand homme , qui fe
trouvant dés l'âge de quaran
te. deux ans récompenfé dans
le Ciel, de toutes les peines &
de tous les travaux qu'il a confacrez
à la gloire de Dieu ,
nous eft un exemple que nous
devons imiter, quoy que difficilement
nous le puiflions faire.
Je ne fçay fi de tels hommes
doivent eſtre regretez.
D'un cofté , tout le monde
perd , & tout le monde , comme
vous fçavez , eſt ſenſible à
la perte. De l'autre , pourquoy
regreter un homme qui eft
plus heureux que nous ? Nous
254 MERCURE·
4
l'eftimions , nous l'aimions ,
nous luy fouhaitions à la fin
de fes jours , ce qu'il poffede
prefentement. Ce que nous
pouvons faire eft , ce me femble
, de demander à Dieu qu'il
nous donne de pareilles lumicmieres
; autrement il y auroit
de la contradiction dans nos
defirs ; de fouhaiter que cet
homme illuftre vêcuft encore,
& deluy fouhaiter un bonheur
qui devant toujours durer , ne
commence Jamais affez toft
pour celuy à qui il eſt deſtiné.
Je fuis , & de 1939 :
ગરમ
Depuis qu'ily a des Galeres.
་
a
GALANT. 255
à Bordeaux ; plufieurs Turcs y
ont receu le Baptême. M
l'Archevêque marquafon zele
le Lundy Saint , dans l'Eglife
de la Maiſon Profeffe des Jefuites
. M' le Prefident le Berton
d'Eguille fut Parrain , &
Madame la premiere Prefidente
fut Maraine . M'l'Abbé
Breche ,, fon Grand Vicaire ,
Doyen de l'Eglife de Bordeaux,
en baptifa un le 13.de ce
mois , dans l'Eglife de S. André.
M ' le Prefident de Gour
ges , Frere de M l'Evêque de
Bafas , eftoit le Parain , & Ma .
dame la Prefidente de la Cafe ,
256 MERCURE
de la Maifon de Segur , eftoit
la Maraine.
M Chevillard vient de
mettre au jour la troifiéme
Carte des Chevaliers des Ordres
du Saint Efprit , qui eft la
fuite des deux qu'il a eu l'honneur
de preſenter au Roy
dans le mois de Janvier dernier.
Celle cy contient tous
les Chevaliers que le Roy
Louis XIII. a faits durant
fon regne. Il travaille aux deux
du regne de Sa Majeſté , qui a
reçû celle cy tres- agreable.
ment. Il a fait auffi les addi .
tions de fon livre de la France
Chreftienne , qui font de onze
GALANT . 257
Planches. Elles vont juſques à
M' Evefque d'Avranche ,
que Sa Majesté a nommé à
Paſques dernier . M ' Chevil
lard demeure toujours fue
neuve Notre Dame , chez un
Notaire Apoftolique.
Le détail de la vie des grands
Hommes que chaque Siecle
produit , eft à rechercher par
tous ceux qui aiment les ac
tions heroiques. Il y en a peu
qui fe foient autant diſtinguez
par leur grandeur d'ame &
par leur courage , qu'a fait
Henry II. dernier Duc de
Montmorency , Fils du Con
May 1699. Y
258 MERCURE
neftable de ce mefme non .
C'est ce qui a obligé de ra
maffer tout ce qu'il a fait de
plus éclatant , pour en compo
fer un corps d'Hiftoire. Il eft
vray que fa fina efté tres malheureufe
, & que fa faute, que
beaucoup de circonftances
pouvoient rendre pardonnable
, n'eftoit pas d'une nature
à paroistre telle aux yeux des
Juges ,qui ne pouvoient ſe diſpenfer
de l'examiner , & de
prononcer avec rigueur. Cettel
Hiftoire qui contient
toute fa vie , eft divifée en
quatre livres , dont le dernier
GALANT. 259
$
fait connoiftre toutes lessparticularitez
du Combat où il
fut pris , & qui fut fuivi du funefte
Arreft que l'on rendit à
Toulouſe. La fermeté avec
laquelle le Duc de Montmo
rency regarda la mort depuis
qu'il eut efté conduit à Leictoure
, a quelque chofe de fi
heroïque , & en même temps
de fi touchant, qu'il eft malaifé
, quand on vient à cet endroit
, de ne pas donner des
Jarmes au malheur d'un homme
qui aprés avoir vécu avec
tant de gloire & tant d'hon,
fembloit ne devoir pas
neur,
Y ij
260 MERCURE
éprouver que nul n'eft heureux
avant la mort. Ce livre
fe vend chez le fieur Jean Guignard
, rue S. Jacques à l'Image
S. Jean.
On vient de donner au Public
un recueil d'Airs fpiri
tuels & nouveaux à une , deux,
& trois parties ; compoſez
dans le gouft des Airs de l'Opera
. Cet ouvrage eft dedié
à M l'Archevefque de Paris.
L'Auteur donnera au com.
mencement de chaque mois
un Recüeil femblable , & dans
chacun , il y aura deux Airs
choifis des Opera anciens &
GALANT 26
nouveaux , fur des paroles de
devotion . Ce recueil fe vend
chez Claude Rouffel , Graveur
, rue S. Jacques au Lion
d'argent , prés les Mathurins.
J'ay peu de chofes à vous
dire fur les modes. Comme
nous n'avons prefque point
eu de Printemps , on a peu
fait d'habits pour cette Saiſon.
Ceux qui ont paru ont pref
que tous efté de damas à tresgrandes
fleurs. On a auffi porté
beaucoup de fatins avec du
coton , rayez de toutes couleurs
. Ces étofes eftant à bon
marché , & paroiffant beau
262 MERCURE
coup au deffus de leur prix ,
l'empreffementa elte fi
grand pour en avoir , que les
Marchands n'en ont pû fournir
à tous ceux qui leur en ont
demandé. On voit en même
temps des habits de damas ,
de fatin & de Tafetas , & il
paroift que la couleur de ro
fe fera la plus à la mode eette
année . Les fatins de la Chine
font toûjours en vogue , mais
ils font auffi rares que chers.
Sur la fin de l'Eté dernier on
avoit commencéà porter des
habits adouble falbala fraifez,
ainfi que tout le tour du man
GALANT. 263
$
teau , & des manches. Il femble
qu'on ait deffein de renouveller
cette mode ; du
moins a - t - on vû déja beaucoup
d'habits de cette maniere.
Les rubans de couleur de
citron font fort en regne , & il
y a peude perfonne de diftinction
qui n'en portent. Cette
mode a pris naiffance d'un
fort beau ruban d'Angleterre
de cette couleur , dont il eft
arrivé beaucoup en France,
Les dentelles d'Angleterre
font beaucoup plus à la mode
que les autres , pour les coeffures
des Femmes . On y em254
MERCURE
ploye auffi de la mignonnette,
& l'on a trouvé moyen de la
perfectionner de maniere ,
que cette dentelle qui eftoit
peu de chofe dans fon commencement
, eft devenuë de
confequence , & même treschere?
jentens la plus fine , qu
on fait fur de beaux patrons.
Les hommes s'attachant
moins que les femmesà chan
ger d'habits toutes les faifons,
on en a tres peu vû de neufs
ce Printemps . If paroift que les
perfonnes de qualité porteront
des droguets d'or , & des
droguets d'argent. Leurs manches
GALANT.
265
ches font beaucoup moins
larges qu'elles n'ont efté , &
1 cette mode , qui eft demeurée
à la Ville , n'eft presque plus
connue à la Cour. Les habits
n'ont plus que deux plis par
derriere, au lieu de quatre que
l'on y faifoit auparavant. On
fait beaucoup plus de poches
en travers qu'en hauteur , c'eft
à dire en trompettes , c'eſt le
nom qu'on donne à ces dernieres.
On fait de trois fortes
de boutonnieres , de galon ,
de filé & de foye , & l'on fe
contente d'avoir de tres belles
Veftes , qui brillent beaucoup
May 1699.
Z
266 MERCURE
davantage avec un habit ſans
or ny argent. On continuë à
faire beaucoup de revers de
manches de la même étofe
que les Veftes. Les fouliers
fans paton ayant eſté trouvez
fort commodes , l'ufage s'en
établit de plus en plus .Je continuëray
tous les mois à vous
mander ce qu'il y aura de nouveau
dans les modes .
Le 17, de ce mois , M ' le
Marquis Ferrero , Ambaffadeur
Extraordinaire de Savoye
,fit faire un Feu d'artifice
dans le grand Jardin de l'Hoftel
de Soiffons
, pour marquer
GALANT. 267
lajoye qu'il a de là naïffance de Monfieur
le Prince de Piémont . Voicy
un Madrigal que Mr l'Abbé de Poifi
luy envoya furce Feu .
Ces feux que le Salpeſtre éleve
jufqu'aux Cieux ,
Annoncent dignement la Royale
naiſſance
D'un Prince iffu du Sang des
Dieux ,
Et montrent tamagnificence :
Maisfansflaterton Excellen
ce ,
Heureux & fagë Ambaſſadeur;
Ils ne font voir qu'une étincelle
Dufeu que pour ton Prince , un
jufte &facré Zele
Zij
268 MERCURE
Entretient aufond de ton coeur.
Ce même Abbé a envoyé ce Madrigal
à Madame la Ducheffe de
Nemours , & dans la Lettre qu'il a
écrite à cette Princeffe , & dont je
vous envoye une copie , il a fait la
defcription de la Fefte , donnée par
Mr le Marquis de Ferrero .
A SON ALTESSE SERENISSIME
MADAME DE NEMOURS.
ADAME.
M
Vous envoyer à Neuchatel mon
Madrigalfur le Feu , que
l'Ambaffadeurde Savoye a donné,
nepas vous apprendre en même
GALANT. 269
le
temps les particularitez d'unefefte,
où le Zele a en plus de part que
devoir , ce feroit fournir à votre
Alteffe, une occafion de former
quelquefortedeplainte contre moy.
Mon attachement refpestueux
pour voftre augafte Perfonne , &
l'honneur que j'ay de paffer une.
bonne partie de ma vie avec un
illuftre Ambassadeur , m'engagent
doublement à vous faire un détail
de ce qui m'a paru de plus remarquable.
Dimanche 17. Marsfur lesfixe
heures du matin , on commença
dans l'Hoftek de Soiffons , par une
décharge de Boeftes , qui annonça
Z iij
270 MERCURE
la naiffance du Prince Royal de
Piemont , & la magnificence de la
fefte qu'on devoit donner le foir.
Plufieurs tables furent dreßées
pour le dîné ; & lors que M.
l'Ambassadeur cut ordonné de
fervir , elles furent couvertes de
tout ce que l'abondance & la deli .
cateffepeuvent fournir de plus exquis.
Pendant le repas , onfit une
feconde décharge de boëftes . La
nuit ne fut pas plutoft venue , que
cette haute large colomne qu'on
voit dans la grande cour , fut en
un instant illuminée . Le Jardin ,
la Terraffe , le Balcon , en un mot,
l'Hostelfut éclairé d'unefigranGALANT.
275
de quantité de feux,
Que dans tous les lieux d'alentour
Ils faifoient l'office du jour.
L'air retentit de l'harmonie
D'une charmante fymphonic.
On avoit partagé en differens postes
, des Hautbois , des Timbales
des Trompettes , qui fe répondoient
tour à tour. A peine cut on
donné certainfignal , que du baut
de la Colomne , un nombre infini
de fusées remplirent l'air ,
merent une prodigieufe quantité
d'Etoiles , qui fembloient en tombant
entraîner celles du Ciel, L'ary
tifice ne ceffa fur le haut de la Colomne
, que pour donner lieu d'ad-
;
Z iiij
for272
MERCURE
mirer un autre Feu que l'on tira
dans le grand Fardın . Au milieu
d'un Theatre que
!
avoit élevé
on visbriller une infinité de petites
Lampes , qui toutes , comme autant
d'Etoiles , reprefentoient les Armes
de France & de Savoye.
Un Soleil lumineux environné d'é-
5.3at clairs ,
Vomiffoit dans les airs
Un gros de tourbillons de matiere
enflammée.
Mille petits Aftres volans ,
Mille petits Globes roulans
Se détachoient de fes rayons brûlans
Et mêloient la lumiere à l'épaiffe
fumée."
Tout le Peuple s'en retournoit
GALANT. 273
plein d'admiration , lorsque par
uneſurpriſe agreable , on vitparoître
fur le Baffin , des feux qui le
ramenérent enfoule.
Pour faire un spectacle plus beau ,
Mille fufées
A lafois embrasées ,
Frifoient en ferpentant la fur face de
leau .
Quantité de Globes de feufortoient
du Baffin , fe perdoient dans
les Airs , & venoient fe replonger
dans l'eau. Le Spectacle qui
dura trois beures , charma tout
Paris. Pour n'oublier rien de ce
qui peut rendre une Fefte des plus
éclatantes , on fervit unefomptueu-
Le collation aux Dames qui s'y
274 MERCURE
rencontrérent en grand nombre.
Cet heureux jourfut terminé par
un Soupé magnifique , où l'on
trouva ce qu'on peut imaginer de
rare & de délicat pour la Saifon.
Vous m'avouërez , Madame , que
cette Fefte eft bien digne de M³ le
Marquis Ferrero, On
On peut dire
fans laflatter, qu'illa donnée d'une
maniere qui répond bien à l'ar.
deur qu'ilfait toujours voir pour
la gloire de fon Augufte Prince
L'on fouhaite avec empreffement
le retour de Voftre Aliße. Il me
femble, Madame , que je në ver
ray jamais affez toft l'heureus
moment , où j'auray l'honneur de
7
GALANT. 275
vousdire à Paris que je fuis avec
aurant de zele que de respect.
Mr le Comte de Saint Remy eft
mort en Franche - Comté . Il eftoit
de la Maiſon de Vaudrey , & Pere
de Mr le Marquis de Vaudrey , & de
Mr le Comte de Vaudrey , Brigadier
d Infanterie , Inspecteur & Colonel
du Regiment de la Saaré. Je
vous ay déjà parlé de luy à l'occafion
du Siege de Conì , où il entra
luy dixième . Il y fut bleffé de trentetrois
coups , & fait prifonnier.
Vous aurez déja appris la mort déplorable
de M. l'Abbé de la Chaftre ,
Aumônier du Roy , qui en fe jettant
hors d'une chaife qu'entraînoient
des chevaux neufs , le bleffa d'une
telle forte, il y a huit ou dix jours ,
qu'il perdit toute connoiffance , &
276 MERCURE
mourut le lendemain. Ce qu'il y a
de particulier , c'eft qu'une heure
avant qu'il montaft dans cette chaiſe
on le fit fouvenir d'une prediction
qu'on luy avoit faite , que des chevaux
feroient caufe de fa mort. It
répondit en riant , qu'on luy avoit
prédit trois chofes dont deux eftoient
arrivées , & que cependant il n'avoit
aucune inquietude de cette troifiéme
, dont on l'avoit menacé . Sur
cela un homme tres - fage & d'un
grand merite , luy dit qu'en fa place
il n'iroit à cheval , ny en caroffe ,
qu'avec beaucoup de précaution.
Quoy que l'on ne doive pas ajoûter
foy aux prédictions , l'effet a fait
voir que Mr. l'Abbé de la Chaftre
euft fort bien fait de ne fe
pas confier
à des chevaux neufs.
L'Enigme du mois paffé eftoit
GALANT. 277
la Plume à écrire , & ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de la Tronche
de Rouen , Bardet de l'Hôpital
du Mans : Aubert , Benedict , & de
Malfillaftre de Caen ; Mr de Vaux :
Davril le Fils , Docteur en Medeci .
ne : de Goüey de Rouen : Berthier
Curé de Parfy , & Daniel le Chin ,
Procureer Filcalà Eglegny : Hugon
le jeune , de la rue Beaurepaire , &
le petit Bon - homme de la rue Saint
Martin : l'Auteur de la nouvelle
Phyfique de la rue du Coq , prés le
Louvre le petit la Porte de la rue
de la Verrerie : Maffei le Troyen :
Jumeau , & M. Coqueley : Capet de
la rue Bourtibourg , & le Maiſtre
Clerc de Me Jeannin : le Chevalier
Parilot de la rue des Saints Peres
le Solitaire de Chaillot Destoffez
de Brily du Chateau de Versailles;
:
278 MERCURE
l'Amant conftant de l'aimable Bru
ne du Quartier Saint Gervais , &
fon fidele Amy de la rue des petits-
Champs : le nouvel Officier Amant
de l'aimable Marguerite de la Ville
de Chartres : Martin Gautier & fon
Amy François & Dominique : le
petit Blondin de la rue S. Sauveur ?
Marquifion de la rue Saint Domini .
que du Fauxbourg Saint Germain :
le grand Chriftophe du Palais Gar
nier & l'Adonis de la rue de Beau
vais à Rennes , le petit Loup de la
rue Saint Blaiſe d'Angers , & M²
Purgon de la même Ville, Melde
moifelles Javotte Ogier , du coin de
la rue de Richelieu , Taillandier , dé
l'Hotel de la Monnoye ; la Rofe
de tous les mois , & fon aimable
Sur Armande L. de la rue des "
Noyers : Mars la Yeuve , Marchan
GALANT. 299
de à la Rochelle : Amiot & Farou
de Dijon : Freteau : Lory : Jeffeaume
: Picot: Corbillon : Dacier : la
Vigne ; Laurent : Louvain : du haut-
Chemin : Picoul : & les Bretonnes
nouvellement arrivées , de la rue
Percée. L'indifferente Blonde de la
Ville de Braque : la Blonde & charmante
Maiftrefle du fidele & tendre
Grifdelin , du quartier Saint Germain
de l'Auxerrois , & la belle
Mourette de la rue des Marmouzets
.
Je reſerve pour le mois prochain
faute de place , ce qu'on a fait dire à
un Berger des rives du Pô , fur la
naiffance de Mr le Prince de Piémont.
C'est par la même raifon que
j'ay choisi une nouvelle Enigme à
Vous envoyer , qui n'eſt que de quatre
Vers.
280 MERCURE
ENIG ME.
Ceux qui
viennent chez moy a
dans l'hiverprendre place.
Souffriroient du froid bienfoxvent
,
Etferoientgelez par le vent
Si l'on n'y trouvoitpoint de glace.
Je croy que vous ferez contente de
l'Air qu'un habile Muficien a fait fur
ces Vers que je vous envoye notez .
AIR NOUVEAU .
NE craignez vien dans l'amoureux
Empire.
Le maln eft pas , Iris ,figrand que
l'on le fait ,
Et lorfqu'on aime , & que le
coeur foupire,
81
471x propojepar la Societ
May 1699.
A
fa.
lité
éré
2C.
de
2.
nt
28
C
1
-S
PA
ces
17
P
ur
Joupire,
GALANT : 281
Son propré malfouvent lefatisfait.
Je viens d'apprendre que le Traité
de Commerce avec la Hollande a été
figné. Je luis , Madame , voſtre , & c.
A Paris , ce 31. May 1699.
P
TABLE.
Relude.
la
Détail de ce qui s'eftpassé à
• premiere Affemblée publique de
Academie des Sciences.
EST
2.
Lettre touchant le commencement
du
Siecle.
Autreſur
le même
ſujer.
Ode.
30
ņ 38
Prix proposé par la Societé des bel
May
1699.
A a
TABLE
les Lettres établie à Toulouſe . st
271
57
Eloge des Femmes.
Suite duJournal concernant l' Ambaſſadeur
de Maroc , avec là
Harangue qu'il a faite au Roy
lejour defon audience de congé.
63
Evenement qui peut tenir liew
d'hiftoire.
Morts.
*
gt
119
Compliment à Madame l' Abbeſſe
de S. Sauveur d'Evreux. 123
La Nymphe de Chanceaux , ou
l'arrivée de la Seine au Chareau
deMarlys van 128
Arrefts , Edits , Declarations, 155
Maladies oculaires. 160
TABLE.
Second article de Morts. 180
Vers adreffez à M.Depreauxfur
la mort de M. Racine.
Madrigal.
Mariages.
189
193
195
Troifiéme article de Morts. 200
Lettre del Ambaſſadeur deMaroc
à Madame de Saint Olon , 216
Suite des Arrefts, Edits
rations.
Decla-
219
Situation des affaires de l'Europe.
223
236
Addition à l'article du mariage de
de Mr Portail.
Quatrième article de Morts. 254
Turesbaptifez à Bordeaux. 254
Carte des Chevaliers de l'Ordre
TABLE.
}
du Saint Efprit.
310256
Histoire du Fils du Connestable
de
Montmorency.
277
Airs fpirituels donnez tous les
mois .
Modes nouvelles
*
260
0804260
266
Rejoinfancesfaites par M' l'Ambaffadeur
de Savoye .
Cinquiéme article des Morts . 275
Article des Enigmes , notin:276
Jl. Motto mi?
ab sl. m . KALL
L'Air qui commence par , Sijamais l'A
mour , page 194,
•
* .
L'Air qui commence par Ne craignez
ién , page 280
511
m
1699.5
" Eur
5.11m
16995
Mercure
<36624505420018
<36624505420018
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
T
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MAY 1699.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
Palais , au Mercure Galant
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin..
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCIX.
Avec Privilége du Roy..
Bayerische
Staatsolbliothek
München
AU LECTEUR.
Iplust 4 vis qui a eftemis depuis
Ly a lieu de croire qu'on nelit
tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mercure
puifque malgré les Prieres réiterées
qu'on a faites d'écrire en caractéres
lifiblesles nomspropres quife trouvent
dans les Memoires qu'on envoyepour
eftre employez on negli.
ge de le faire , ce qui eft caufe qu'il
y en a quantité de défigure
eftant impoffible de deviner le
nom d'une Terre , ou d'une Famil
AU LECTEUR.
le, s'il n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y
prendre garde, s'ils veulent que les
noms propres foient corr Ets . On
avertit encore qu'on ne prend au
cun argent pour ces Memoires ,
qu'on employera tous les bons ou ·
vrages à leur tour , pourvû qu'ils
ne defobligent perfonne , é que
ceux qui les envoyeront en affran
chiffent le port.
MERCVRE
GALANT
L
# 5 MAY 1699nob up
jon snuse puitul urovucn nu
A grandeur du Roy,
paroift en toutes cho
fes , mais fon attention
pour le bien de fes fujets, éclaq
te particulierement dans la
protection qu'il donne aux
beaux - Arts & aux Sciences ,
May 1699.
A
2 MERCURE
& dans l'établiffement des diverfes
Académies qui les font
fleurir. Celle des Sciences tint
fa premiere Affemblée publique
le Mécredy 29. du mois
paflé . Le nouveau Reglement
qu'elle a reçû du Roy au mois
de Février de cette année , &
qui donne à cette Compagnie
un nouveau luftre & une nouvelle
vigueur , foblige à ou
vrir les portes deux fois par an,
la premiere feance d'aprés
Pâques , & à la premiere d'aprés
la faint Martin. Sa Majefté
a voulu que le public pût
juger par les propres yeux de
GALANT.
3
la forme & de l'utilité de ces
Affemblées, perfuadée que les
miſteres qui s'y traitent s'atti
reroient d'autant plus d'eftimequ'ils
feroient plus expoſez
au grandjour.Une circonitan .
cefinguliere,une faveur enco-
Ire toute nouvelle que le Roy
avoit faite aux Sciences , rendoit
cette premiere Affem.
blée plus digne de curiofité.
Ce Prince avoit eu la bonté
de donner à cette Académie ,
qui auparavant fe tenoit à la
Bibliotheque , un logement
dans le Louvre , fans comparaifon
plus commode & plus
A ij
A
MERCURE
magnifique , & c'eſtoit à ce
premier jour d'aprés Pâques
qu'elle en prenoit poffeffion .
Ce lieu tout vafte qu'il eftoit
fe trouva entierement rempli
de fpectateurs & même il y
avoit en haut des tribunes fer
mées de jaloufies, où fe mirent
un petit nombre de Dames à
qui il appartenoit d'être cu
rieufes d'un ſpectacles qui auroit
fi peu touché toutes les
autres. M. l'Abbé Bignon ,
nommé par le Roy pour eftre
Prefident de cette Académie
ouvrit la feance . Il dit que
ceux qui eftoient venus dans
ji A
GALANT.
S
ce lieu fe feroient trompez , s'ils
s'eſtoient attendus a quelque
ouverture étudiée & à des dif
cours éloquens ; que l'Académie
Françoife avoit pour fon
partagé l'Art de laparole avec
tous les agrémens , mais que
l'Académie des Sciences n'af
piroit qu'à la verité, & fouvent
à la verité la plus feche & la
plus abftraite qu'il luy fuffi
foit que le vrai pût eftre utile ,
& qu'elle le difpenfoit d'eftre
agreable que cette féance ,
quoi qu'elle fût publique , ne
differeroit en rien d'une feance
particuliere , finon en ce
A iij
6 MERCURE
qu'elle feroit peut eftre moins
utile & moins curieuſe , parce
qu'ordinairement quand un
Académicien parloit on l'in
terrompoit , ou pour luy de
mander des éclairciffemens ,
ou pour luy faire des objections
, & que
fouvent
ces pen
fées nées fur le champ fe trou,
voient excellentes , mais qu'il
eftoit à craindre que le refpect
qu'impofe le public n'étouffât
toutes ces productions foudaines
; qu'en ce cas là ayane
l'honneur de prefider à la
Compagnie , iltâcheroit de
fuppléer à ce defaut , & qu'il
GALANT.
7
hazarderoit les penſées qui
luy viendroient à l'efprit .
Enfuite, comme on ne parle
dans cette Compagnie que
par écrit , parce que ce font
des matieres trop profondes
& d'une trop grande préci-
Lion pour pouvoir eftre traitées
autrement, on commença
à lire felon la forme ordinaire.
M. Caffini fit lire par M. fon
fils , membre de cette meſme
Compagnie , un Ecrit qui appuyoit
une opinion d'un ancien
Philofophe , trés- fingu
liere , & trés hardie en ce
temps- là , & d'autant plus in-
י
A iiij
8 MERCURE
genieufe qu'elle eſtoir moins
fondée , que les Cometes qui
paroiffent des productions
nouvelles ,ou tout au moins des
Aftres fort irreguliers , font de
veritables Planetes auffi an-
!
ciennes que toutes les autres,
& dont les retours font reglez.
5.2 . M.Homberg donna une
Methode pour reconnoiftre
exactementquelle eft la quantité
des Sels volatils acides
contenus dans les differens
Efprits acides . Les Efprits aci
des font des liqueurs où les
Sels qui en font feuls toute la
vertu , nagent dans une cau
GALANT. 9
ou phlegme inutile , &
par
1 confequent lorfqu'on veut re
gler bien jufte la dofe de ces
Efprits , foit pour des operations
delicates de Chimie,foit
pour la Medecine , il ne la
faut pas regler par la quantité
de la liqueur même , maïs par
ecelle des fels qu'elle renfer.
eme , &rien n'eft plus neceffarre
que de la connoiftre precifément.
Pour cela M.Homberg
fe fert d'un nouvel Areometre
ou Pefe liqueur qu'il
inventé ; & qu'il montra à
l'Affemblée.
a
Aprés luy , M. Varignon
10 MERCURE
"
parut fur les rangs . Il donna
une Regle Geometrique pour
faire des Clepfidres ou Horlo .
ges d'eau , quelque figure que
Ton voulût donner au vafe
qui contiendroit l'eau , par
quelque ouverture qu'elle s'écoulât
, quelque viteffe qu'elle
pût avoir. Ce probleme n'avoit
encore efté refolu que
dans quelque petite partie &
dans un cas particulier , mais
M. Varignon embraffa toute
l'étendue infinie qu'il pouvoit
avoir, & cela par l'Analife des
infinimens petits , Methode
nouvelle qui a donné à la GeoGALANT.
11
metrie une fublimité & une
fecondité qu'elle n'avoit ja
mais euës , mais qui veut eftré
maniée avec une circonfpec
tion & une delicateffe extre .
me.
La Chimie tint le Bureau
encore une fois. M. de Tournefort
entreprit de prouver
• que pour tirer les veritables
principes des Plantes , une A.
nalife compofée dont il fe fert,
eftoit preferable à l'Analife
fimple & ordinaire. Il fit pour
cela diverfes experiences qui
plurent beaucoup . On ne peut
guere voir fans étonnement,
12 MERCURE
cette
ou du moins fans plaifir , ces
changemens foudains de couleurs
par les acides ou par les
alcali , ces effervefcences de
liqueurs , & tous les autres
jeux fçavans de la Chimie.
Les autres fciences que
Académie embraffe , telles
que l'Anatomie ou la Mecha
nique , auroient eu leur tour,
fi les deux heures preſcrites
n'euffent pas efté remplies par
tout ce que je viens de vous
marquer. Comme ce que M.
l'Abbé Bignon avoit preveu
arriva , & que les Académi
ciens qui parlerent furent peu
GALANT.
13
interrompus par les autres , il
fit en leur place les queftions
ou les objections que demande
une conference , mais il les
fit avec toute la nobleffe qui
convenoit à fa place de Prefident
, & au rang qu'il tient
d'ailleurs dans le monde, avec
toute la jufteffe & la precifion
d'un homme à qui toutes ces
diverfes Sciences étoient fa
milieres , & avec le même
agrément que s'il avoit eu à
traiter des matieres plus fleu
ries. Tout ce qui fe paffa dans
cette feance fut fort applaudi.
Parmi ceux qui compofoient
a
14 MERCURE
ily la nombreuſe affemblée qui
s'y trouva , il y avoit des Refidens
, des Envoyez , quantité
d'Etrangers de diſtinction ,
& mefme des Princes. Il y a
prefentement cinqi Acadé,
mies qui tiennent leurs feances
au Louvre , l'Académie
Françoiſe , celle des Infcriptions
& des Medailles , l'Aca
démie Royale des Sciences ,
celle de Peinture & de Scul
pture , & celle des Architec
tes , ce qui fait voir la bonté
du Roy, & fon application
pour le progrez des Sciences.
Vous avez déja veu quelGALANT.
15
ques Differtations qui ont efte
données au Public touchant
le commencement du Siecle
prochain . Comme vous m'a-
3 vez marqué que vous ferez
bien aife de voir tout ce qui
s'écrit fur cette matiere , je
vous envoye une Lettre qui
vient de tomber entre mes
mains , fans que l'on ait pû
m'apprendre qui en eſt l'Auteur.
A MONSIEUR ***
V
m
Ous voulez avoir par écrit
monfentiment, Monfieur,
fur la question du commencement
16 MERCURE
2
du Siecle , & le pouvoir que
vous avez fur moy m'oblige à
vous obeir. Voici donc ce que
j'en pense enpeu de mots . Je ne
croi point qu'il foit neceffaire
pour decider cette question , de
s'enfoncer trop dans l Algebre
ou dans la Chronologie , ni de
faire un grand étalage d'érudi
tion il n'y a qu'à former des
idées nettes des chofes.
Ce qui fait la difficulté que
forment fur ce fujet quelques
perfonnes d'esprit , c'est qu'ils
ne confiderent l'année que came
me un nombre, parce que dans
les calculs on ne met en ligne de
compte
GALANT.
17
2
comptée
on .
compte que ce qui eftfait & confommé
, ils difent qu'on ne nomme
auffi& qu'on ne compte l'année
ée que quand elle eft expirée ;
d'ou ils concluent que comme o
comptera aupremier Janvier qui
Ivient mil fept cens , cette année
ptée fera donc achevée , &
le fiectefera fini. En ce fens
conçoivent tous les s'émors
qui
couleront depuis , comme ajoûtez
à l'année milfept cens , &
non pas comme la compofant
enforte que quand un Hiftorien
rapportera une action faite en
mil Sept cens vingt ou trente , ce
ne fera dire réellement autre
May 1699.
B
18 MERCURE
chofe felon eux ,fi ce n'est qu'elle
Se fera paffée vingt où trente
jours aprés milfept cens accomplis.
Enfin depuis le mois de
Fanvier prochain où l'on comptera
mil fept cens , jusqu'à la
fin de la même année , tout se
temps appartiendra au dix-buitiéme
fiecle. Voila comment s'expliquent
ceux qui pretendent
que le fiecle finit cette année mil
fix cens quatre vingt dix - neuf.
Mais cette question pour eftre
éclaircie & refoluë , doit eftre
traitée d'une toute autre maniere.
Il faut regarder l'année
, non pas comme un nombre,
2
D
GALANT. 19
mais comme un corps & une
vraye étendue phyfique. Il y a
- de deux fortes de corps , les uns
#permanens , dont les parties fe
trouvent, toutes enfemble ; les
autres fucceffifs , compofex de
I parties qui viennent les unes
aprés les autres. Or dés qu'un
corps nous paroît , fuit permanent,
foitfucceffif, nous luy d nnons
un nom qui le diftingue
pour en pouvoir parler dans la
fuitefans confufion. Ilfautfeu.
lement obferver , que comme ces
deux fortes de corps font tresdifferens
, les noms qu'on leur
, donne les fignifient auffi fort
T
C
Bij
20 MERCURE
7.
differemment. Les noms impofez
aux corps permanens marquent
qu'ilsfontparfaits. On ne
dit point par exemple d'un tableau
, voila leportrait du Roy,
ficon eft quand il est achevé. Au
contraire les noms dont nous defignons
les corpsfucceffifs , ne les
-fignifient jamais dans leur ac-
-compliffement , mais dans leur
fucceffion , que l'on diftingue dif
feremment par rapport au momentou
ils paroiffent. Ainfi dans
zun carouzel , dés que lepremier
Chevalier met le pied dans la
curriere, on dit voila la première
courfe ceft à dire le commence-
H
GALANT. 21
み
.
ment ; & s'il arrive quelque
accident qui arrefte en chemin le
coureur,on dit, lapremiere courfe
a efté interrompue , c'est à dire
Le milieu . On voit que cette étendue
de temps eft appellée courfe
dans tous les momens out elle
sparoift , & quece mot ne fignifie
point fon accompliffement , car
pour le marquer , ce terme de
courfe ne fuffiroit pas toutfeul,
il en faudroit ajouter un autre,
dire, la premiere courſe finie ;
marque evidente que le nom de
• premiere courfe eft donné à tout
le temps que le premier Chevalier
met à fournir fa carriere ,
S
22 MERCURE
1
la
& non pas à l'achevement.
Voyons encore un autre exemple.
Un homme qui va pour
feconde fois de Paris à Lyon ,
dit en partant de fa maison ,
voila mon fecond voyage de
Lyon , & s'il veut exprimer
quelques rencontres particulie
res qu'il ait euës en chemin , il
dira , il m'est arrivé une telle
affaire le premier , le fecond ,
Le troifiéme jour de mon voya
ge , ainfi du refte . Il est donc
certain que le nom précis de
voyage eft donné , non pas à la
confommation de tout le chemin,
mais à toute la fucceffion de
GALANT.
23
temps employé à le faire , diftin
guée feulement en parties diffe
rentesfelon les momens où elle
paroît. Cela eft general pour
toute forte de mouvemens , car
e quoique tous mouvement dife
le terme que l'on quite , e celuy
- que l'on acquiert , ce n'eft pas à
| l'acquifition du terme que l'on
attribue ce nom de mouvement,
mais au tranfport du mobile , &)
à l'espace de temps qu'il employe
à parcourir le milieu . Au
refte cette impofition des noms
que nous venons d'expliquer
n'estpoint arbitraire , mais fondée
dans la nature ; car les noms
24 MERCURE
doivent fignifier les chofes nommées
telles qu'elles font. Donc
puifque la nature des corps
permanens eft d'eftre parfaits
·quand ils paroiffent , leurs noms
Les doivent fignifier dans leur
accompliffement comme nous
l'avons auffi on dans les exemplés,
aucontraire la nature
des corps fucceffifs ne paroiffant
jamais qu'en partie , leurs noms
les doivent fignifier imparfaits ,
c'est à dire dans la voye de s'ac
complir, & nonpas dans l'accompliffement.
Vous ferez fans peine
Monfieur, l'application de ces
. ..
>
notions
GALANT 2295
J
notions clairement exposées , à
Pefpece particuliere de l'année
&dufiecle ; car l'année étant
un corps de douze mois qui eſt
5. fucceßif, elle n'eft jamais toute
enfemble ; c'est une course , c'est
S un woiages , dest un mouvement,
où les parties viennent
• les unes aprés les autres. Le
+ nom donc imposé pour defigner
sla nature de cette forte d'éten-
• due doit marquer la fucceßion
qui lui est effentielle , & dés le
moment qu'elle paroît , on lui
donne ce nom , parce que toutes
fes parties font conceuës
attachées à la premiere par le
May 1699.
C
26 MERCURE
lien de la fucceßion & du
temps. Ainfi quand on commencera
à compter au premier
Fanvier prochain mil fept cens,
on nommera ce corps fucceßif
de douze mois qui commencera
à paroître , dont on regardera
toutes les parties , non pas
comme prefentes mais comme
liées par une durée fucceßive.
Tout ce qui fe paffera depuis
pendant ce tems de douze mois,
devra eftre appellé, & fera ef
fectivement l'année mil sept
cens , puifque c'est à toute cette
fucceßion que ce nom est attri
bué, & ce qui arrivera en parGALANT.
27
ticulier dans cette fuite de
tems , lui appartiendra neceffairement
& la compofera. Seulement
cette étenduë fucceßive recevra
differens noms par rap
port aux divers momens dans
lefquels elle nous paroîtra ; de
Lorte que cette fucceßion paroiffant
dans fes premiers momens,
elle eft appellée , l'année commençante
, quand elle eſt portée
à la moitié de fes parties ,
c'est l'année dans fun milieus
mais quand la fucceffion eft fi
nie , on s'exprime par un autre
terme , qui eft celui d'unité ,
qui marque fa conſommation
C ij
28 MERCURE
›
4
car l'unité defigne l'eftre par
fait & accompli. On dit une
année deux années , trois
années , generalement dans
tous les calculs , ou aſtronomiques
ou hiftoriques , on compte
l'année finie , parce qu'on regarde
pour lors cette fucceßion
paffée comme une espece de corps
fixe & permanent , dont toutes
les parties font reünies enfemble
, au lieu que le terme d'année
fimplement eft imposé pour
exprimer la fucceßin même de
toute l'étendue.
Il est donc clair que quand
on nomme l'année mil Lept cens,
GALANT. 29
on entend neceffairement le cours
de douze mois , qui doivent fe
fucceder les uns aux autres ;
quand on dit une année ,
l'on entend les douze mois ačcomplis.
Vous estes affez phi-
- lofophe , Monfieur , quoique
fort éloigné de cette profef
fion , pour conclurre de tout ce
qui a efté dit , que noftre fiecle
ne fera point fini quand on
comptera l'année mil fept cens ;
mais quand il y aura une année
milfept cens entiere , c'eſt.
à dire , quand elle pourra eftre
énincée par un nombre parfait
qui marque fa consommation ,
8
C
C iij
30 MERCURE
ce qui ne pourra ſe faire qu'en
mil⋅fept cens un.
Voici une autre Lettre ou
l'opinion contraire eft foû.
tenue. Lifez , & vous juge,
rez enfuite à laquelle vous
devez vous attacher ,
A MONSIEUR ***
A Houdan , ce 15. Fev. 1699 .
LA
A lettre , Monfieur , que
jay Thonneur de recevoir
´de vous , pour çavoir monſentiment
fur plufieurs paris qui
GALANT.
31
:
S
fe font faits en vos quartiers
au fujet dufiecle prochain,m'au
roit fort furpris , fi un Gentil
homme de mes parens qui ar
rive de Paris , ne m'apprenoit
qu'il s'y en fait tous les jours ,
ainfi qu'à Versailles , fur ce
fujet. Vous me marquez que
les premiers foutiennent que te
fiecle ne doit commencer qu'au
premier Janvier mil fept cens
un , & que les autres au contraire
pretendent qu'il doit
commencer au premier Janvier
prochain. man
Les premiers , à ce que vous
me marquez , ont pour funde-
C iiij
32
MERCURE
ment de leur opinion l'exemple
d'un payement à faire de deuse
cens écus , que l'on doit compter
par un juſqu'à cent écus ;
que pour compter les autres
cent il faut encore recommencer
par un , & que les ficcles
qui font compofez de cent années
fe doivent compter de
mefme.
2. Vous dites que les autres
ent pour fondement le Jubilé
univerfel qui s'accorde au com
•mencement de tous les Siecles ,
& qui ouvrira au premier
Fanvier prochain à Rome , &
que par confequent ce fera le
GALANT. 33
commencement du fiecle. Quoi
que ces derniers ne faffent au
cune preuve que par l'exemple
du Jubilé univerfel, cependant
leur opinion eft la veritable.
Il est conftant qu'une année
ne fe peut compter qu'elle ne
foit revolue & accomplie. Pour
juftifier cette verité des années
qui compofent les Siecles , je
les compare à l'âge d'un hom
me. Par exemple , je fuis né
un Lundy quatriéme d'Avril
mil fix cens trente neuf, à fix
heures du matin. Je ne puis
pas compter avoir eu un an qu'
fix beures fonnantes du qua
34 MERCURE
triéme Avril 1640. mais un
moment aprés j'entre dans ma
feconde année qui ne fut accomplie
qu'au quatriéme Avril
1641. d'où s'enfuit que je cours
prefentement ma foixantiéme
année qui s'accomplira au qua
triéme Avril prochain.
Entre nous autres Chreftiens
nous commençons à compter notre
premier fiecle du jour de la
naiffance deJesus- Christ. Quoy
que nous en celebrions la Fefte
·le vingt- cinquiéme de Decembre
, l'on applique cette naif-
Jance au premierJanvier, pour
Le conformer à l'année civile.
GALANT. 35
Supposé que Noftre- Seigneur
eût demeuré fur la terre cent
• dix ans , n'eft- il pas vray par
cet exemple tout convainquant,
" qu'aiant eû quatre- vingt- dixneuf
ans accomplis , un moment
# aprés il feroit entré dans fa
centiéme année qui auroit efté
• accomplie à minuit du dernier
Decembre enfuivant , & qu'im
mediatement aprés il feroit entre
dansfa cent & uniéme an
née qui auroit efté le commencement
du fecond fiecle . Tous
les fiecles fuivans fe doivent
comprendre & compter de la
mefme forte d'où s'enfuit un
36 1
MERCURE
foutien que je fais & qui vous
paroistra un paradoxe , qui eft
qu'il n'est pas vray de dire
qu'aujourd'huy
quinziéme de
Février, nousfoyons dans l'année
mil fix cens quatre - vingtdix-
neuf, puifque cette année
1699. fut revolue & accomplie
"fi toft que minuit fonna la
nuit du trente- uniéme De-
-cembre à aller au premier Fanvier
dernier , mais qu'il faut
dire que nous fommes fur l'année
mil fept cens , qui fera accomplie
lors que minuit fon
nera le dernier Decembre prochain
& qu'immediatement
GALANT. 37
1
$
aprés on entrera fur l'année.
1701. qui eft cette année du
nouveau fiecle. Ainfi lors que
l'on dit le 15. Février 1699.
c'est- à- dire qu'il y a mil, fix
cens quatre - vingt · dix - neuf
ans que Noftre - Seigneur eft né,
un mois demi de plus. b.
Par ce principe que je tiens
incontestable , vous errez beaucoup
lorfque par ofte lettre
vous appellez le fiecle prochain
le dix feptiéme , puifque celuy
que nous courons depuis le pre
mier Janvier 1600. & que
nous allons finir eftade dix
feptième & qu'au premier
2838 MERCURE
Fanvier prochain nous entrerons
dans le dix- huitiéme : car
un fiecle prend son nom du
nombre centenaire auquel il fi
nit , tout ainsi qu'un homme
qui a cinquante - neuf ans eft
dans fa foixantieme année un
an durant juſqu'à ce qu'il les
ait accomplis.
Je fuis vôtre , & c,
Les Menageries eftant aujourd'huy
à la mode , & plufieurs
Princeffes en ayant où
elles vont fe divertir , le Roy
a donné celle de Verſailles à
GALANT. 39
Madame la Ducheffe de Bour.
gogne , & en a & en a fait en même
temps augmenter le baftiment.
Ce lieu plaift fort à cette
Princeffe ; elle y va fouvent fe
promener , & y regale les Da
#mes de fa fuite, Voici des Vers
qui ont eſté faits par M.Caffan
fur les Animaux de cette Mé
nagerie.
OD E.
HanterMufa, chanter enfai
veur MARIES
Et mêlez votre voix aux innocens
plaifirs
Qui s'offrent àl'envy dans la Ménagerie
,
Afes jeunes dèfirs.
40 MERCURE
N'oubliez pas auffi les foins qu'elle
fe donne,
Pour voir de tems en tems les Animaux
divers ,
Qui dans ce vafte enclos jouiffent de
Bautomne quila otorh¶
Au milieu des hivers.
Confiderez d'abord cette fiere Geniſſe,
Avecfon large front & fon dos marquétel;
b xominA zold
Fadis on en eût fait un digne facrifice
Pourfa grande beauté.
Voyezce jeune Dain qui bondit anprés
d'elle ,IAM
Ne craignant pas icy l'atteinte d'ancun
mal ;
La neige nous paroit & moins blan
che & moins belle ,
Que ce doux animal.
Ce
GALANT. 41
Ce Cerfqui craint Diane & fa meute
enfurie ,
Fut un jour fur le point de s'en voir
invefti ;
Mais trouvant un azile en la Minagerie
,
Il n'en eft plus forti..
Cette Chevre fans barbe & ce coin
écartée ,
Neconnoitplus icy l'ufage de brouter,
Jupiter la prendroit pour la Chevre
Amalthee
Qui venoit Palaiter! E
Regardez le Griffon au travers du
grillage ,
Obfervez le Sagoin , la Civete ,
l'Elan
y la Poule hupée, & le Canard
Sauvage
* L'Elan a la tête de Veau & le corps d'un Cerf.
May 1699.
D
42 MERCURE
Qu'on appelle Arquelan.
*
"Cet Animal guindé qu'on nomme
Demoiselle ,
Lors qu'il voit la Princeſſe admirer
fa beauté ,
Comme un fier Efpagnol s'en vient
au devant d'elle ,
Avecfa gravité.
Icy ce gros Oifeau que l'Inde nous
envoye ,
Paroit eftre formé fur un nouveau
deſſein ;
Il a le corps couvert. d'une espece de
Loye,
Qui reffemble à du crin.
La Cicogne qu'on voit une jambe
levée ,
* Le Cafuel
GALANT. 43
Repofe en cet état , & ne dort qu'à
demi ,
Afin d'eftre au befoin promptement
éveillée ,
S'il vient quelque Ennemy.
Le Paon de qui l'orgueil n'a rien que
d'agreable ,
Fait la roue au Soleil tout bouffi de
fiertés
Mais dés qu'il voit fes pieds , il eft
inconfolable
Et perdfa vanité.
Funon luyfait traifner dans la voute
azurée ,
Son char par des chemins aux mortels
inconnus
Et c'est d'elle qu'il tient la dépouille
dorée
De tous les yeux d'Argus .
Dij
44 MERCURE
Là , dans une autre cour , l'Oiseau
dont le plumage
Fait de nos Cavaliers le plus digne
ornément ,
Ayant quitté chez luy fon naturel
volage ,
Kit familierements wond
Dans fon Pays natal nul foin ne
l'embarraffe ,
•Il expofe fes oeufs aux fables Affriquains,
Et le Soleil prend foin pour conferver
Sa race
D'éclorre fes Pouffins
L'Aigle qui parfon vol va percer le
nuage ,
Pour regarder de prés le Dieu de la
clarté ,
L'Autruche.
GALANT
45
De prendre fon effor vient de perdre
Pufage ,
Avec la libertés
Le Dieu dont le courroux peut tout
reduire en poudre
A permis quelquefois par maniere
de
jeu ,
Que cet animal fut le porteur de fa
foudre,
Sans en craindre le feu.
Là , vers ces grands baſins mille
Oifeaux aquatiques ,
Au moindre bruit qu'onfait , s'élancent
dans les eaux ,
Ils aimeroient mieux être en des lieux
plus ruftiquesyaly od vocat of
A l'abry desrefeaux; wa
* Cet Oifeau qui nous chante un air
plaintif
Le Cigne
tendre
46 MERCURE
Au point quefon deftin luy vientfermes
lesyeux ,
Abandonnant pour nous les rives du
Meandre.
Habite dans ces lieux.
Al'aspect de MARIE il bat l'eau
defes ailes ,
Où brille la blancheur d'un éclatfans
pareil ,
Et ravi de plaifir en les voyant f
Sabelles, 203 33
Il s'admire au Soleil.
* Remarquezces Oiseau d'unefi rare
espece
Quife perce le flancpour nourrir,fes
petits samborist( UEA
On ne peut concevoir cet excezde ten
dreffe ,
Sans en eftre furpris
* Le Pelican
GALANT. 47
X
* Sous ces Dômes ouverts environnez
de grilles ,
Vole un nombre d'Oifeaux comme àu
milieu des airs
Nourriffant dans ce lieu leurs paifi
bles familles ,
Sans craindre les dangers .
bL'Oifeanqui de Venus a reçu pour
partage
De traifner fon beau char dans la
route des Cieux ,
Auſſi-toft qu'il paroift , l'éclat defon
plumage
Vient éblouir nosyeux.
Quel plaifir c'eft de voir la chafte
Tourterelle ,
Leplus digne portrait de lafidelité
Sa Compagne jamais ne fe fepare
d'elle ,
Et vole à fon cofté.
Les Volieres. b La Colombe,
48 MERCURE
Lors que par un deftin funefte à l'ear
tendrese
L'un d'euxfe trouve atteint du plomb
de l'Oifeleur,
L'autre du même coup penetré de
trifteffe
Va mourir de douleur.
Ces Oifeaux de bon goût que l'on fert
fur la table ,
Ne craignent pas icy que le bec du
Vautour ,
3.00
Qui les menace ailleurs d'un deftin
déplorable ,
Leur raviffe le jour.
Sortons de leurs enclos , de crainte que
MARIE,
Ne fe fatigue trop à voir tant d'A
sanimaux ,
La diverfitéplait & l'onfe defennuie
Par des objets nouveaux .
45know D AI & Entrons
GALANT.
49
16
Entrons dans ce parterre , &fuivons
·la Princeffe ,
Déja Flore s'avance un bouquet à la
main ,
Et fur toutes les fleurs l'Anemone
s'empresse
De border fon chemin.
La fleur dont la beauté n'a rien de
comparable ,
La vive Renoncule avecfon incarnat,
Qui va charmer les Dieux au deffert
de leurtable ,
Y brille avec éclat .
La Tulipe s'en vient émailler la
verdure
Avec mille couleurs qu'elle emprunte
d'Iris ;
Et la Rofe dans peu va joindre àfa
parure ,
Lesparfums de Cipris.
May 1699.
E
50 MERCURE
Lesfleurs qu'on voit ramper dans tout
autre parterre
S'efforcent à l'envy d'un & d'autre
cofté,
Devenir enfes mains s'élevant de la
terre ,
Pour fa commodité.
Aufond de ce jardin regne la fimetrie
De deux beaux pavillons , deftiner
pourlesjeux
Qui peuvent augmenter les plaifirs
de MARIE
Dans ces aimables lieux.
Princeffe , terminezune courfe fi belle:
On a mis le couvert dans voftre appartement
.
Amenez votre Cour, pourgoûter avec
elle ,
D'un autre amufement.
GALANT.
51
La Societé des belles Lertres
eftablie à Toulouſe ,
continuë de s'appliquer depuis
l'année 1688. à l'Eloquence
& à la Critique des Anciens
; mais elle ne fe borne
pas à ces feules connoiffances,
quoy qu'auffi utiles qu'agreables.
Elle s'attache auffi
aux découvertes de la Phyfi
que ; à quoy tout femble l'animer
plus fortement ' ; la
Paix que nous devons à la fageffe
& à la generofité de
Louis le Grand , fon attention
à faire fleurir les Sciences
& les beaux Arts , les re-
E ij
52 MERCURE
compenfes
magnifiques
dont
ce Prince honore les gens de
Lettres , le genie des Touloufains
, nez pour toute forte de
litterature
. De fi favorables
conjonctures
ne luy promettent
que d'heureux
fuccez. On
verra les Sçavans de la France
, que toutes les autres Nations
font gloire d'imiter ', ſe
ſignaler à l'envy par
de nouveaux
efforts , pour ſe dédommager
des pertes que les belles
Lettres ont faites pendant
ces années turbulentes
& fi
contraires
à l'accroiffement
des Sciences. La feule Ville
GALANT. 53
"
de Toulouſe va faire paroiſtre
deux excellens Traitez fur toutes
les matieres de Phyfique ;
l'un de Mr Bayle , Profeffeur
aux Arts , & l'autre du Pere
Saguens , Religieux Minime ..
Le premier , dont l'ouvrage
n'eft pas moins le fruit des
Conferences qu'il tenoit autrefois
luy mefme , avec tant
de fuccez , que de fon beau
genie , s'eft rendu recommandable
par d'autres productions
également admirées en
France & dans les païs Eftran.
gers. Le fecond , qui merita
le prix de Phyfique , que la
E iij
54 MERCURE
Societé des belles Lettres diftribua
l'année derniere , eft un
éleve de l'Illuftre Pere Maignan
; prejugé , ce ſemble ,
certain de cette reputation
que fon ouvrage établira encore
plus folidement. Ainfi
lors que tout femble aller de
concert pour perfectionner la
Phyfique , la Societé des belles
Lettres fe trouve plus engagée
que jamais à propoſer
un prix en faveur de celuy qui
traitera le mieux ce probleme
, pourquoy l'air eft , quel
quefois auffi froid dans le fort
de l'Efté , qu'il pourroit l'eftre
GALANT.
55
I
1
dans le fort de l'Hiver. Ce
prix fera un Medaillon d'argent
qui reprefente d'un côté
une Pallas , & de l'autre
une Ruche d'Abeilles renversée
, à travers laquelle paroiffent
des rayons de miel avec
ces paroles, condita labore, qui
en font l'ame. Ceux qui auront
travaillé envoieront leurs
pieces à Mr Martel qui loge
dans la Parroiffe faint Sernin,
derriere les Religieufes de la
Vifitation
. Ils
l'accompagneront
d'une Sentence écrite de
leur main & de leur paraphe.
S'ils ne peuvent affifter eux-
E
iiij
56 MERCURE
mefmes à la diftribution du
prix , ils commettront quelqu'un
à leur place , & luy
mettront en main une copie
de leur ouvrage avec la Sen
tence & leur paraphe écrits
du mefme caractere que celuy
de l'original. On ne re
cevra de pieces que jufqu'au
vingtiéme du mois d'Aouft.
La diftribution du prix fe fera
dans la maifon de Mr Malpeyre
, Doyen du Prefidial.
C'est ce Magiftrat, qui de concert
avec l'Illuftre Mr Pelif
fon avoit autrefois donné naiffance
à ces Conferences dans
པ་ སྒྲ་
GALANT. 57
ce mefme lieu où l'on couronnera
le Victorieux ..
Vous ne ferez pas fafchée
de voir l'Eloge de celles de
voſtre ſexe par comparaifon
avec les hommes. Voicy ce
qu'en dit Mr Morien .
Si tous les hommes eftoient
fages & vertueux , toutes les
femmes feroient fages & ver
tueufes.La raifon naturelle eft,
que la femme dans fa creation
ayant efté formée d'une partie
de l'homme , fon tempe
rament eft par confequent.
composé des qualitez natu
relles de l'homme , foit qu'el
58 MERCURE
les foient louables ou non ,
parfaites ou imparfaites ; a
proportion que l'homme participe
des qualitez naturelles
de la matiere dont il a efté formé
, telle qu'elle ait efté aus
temps de fa creation . Je laiffe
à tirer la confequence fur ce
principe à qui voudra le faire
judicieufement , pour fçavoir
fur lequel des deux fexes les
imperfections naturelles tombent
davantage, pour y avoir
plus de part. Les hommes
ont de tout temps reproché
aux femmes leurs foibleffes ,
& en parlant generalement ,
GALANT.
59
c'eſt cela mefme que je pretens
faire voir qu'on leurop .
pofe avec injuftice , puifque
ce font bien moins leurs foibleffes
propres qui fe découvrent
en elles , que celles de
leurs peres qu'on leur impute
eftant évident qu'elles y ont
moins de part que les hommes.
Ainfi je dis que l'homme
eftant comme le principe
de la generation
de fes
enfans , il s'enfuit que
les enfans
qui naiffent de luy font
naturellement
plus fon ouvrage
que celuy de la femme ,
avec cette difference
nean60
MERCURE
moins , qui fait beaucoup à
mon fujet , que les filles aufquelles
ils donnent la naiſſan
ce tiennent ordinairement.
plus de fa reffemblance , de
fon efprit , de fon humeur &
de fes inclinations, que les enfans
mafles , qui par un ordre:
de la Providence du Ciel , par- .
ticipent des meſmes qualitez
que je viens de dire , par rapport
à celles de leur mere. C'eft.
une verité dont nous nous appercevons
tous les jours , pour
peu que nous voulions y pren .
dre garde , d'où il s'enfuit
que ceux qui reprochent.ces
GALANT. ་
61
mefmes defauts aux femmes ,
font obligez de leur faire reparation
de ce qu'ils leur imputert
leurs propres foiblef
fes.
S'il eft neceffaire que la
femme foit foumise à l'hom
me , comme la Loy divine &
la Loy naturelle l'ont ordonné,
comment cela fe peut- il
faire autrement que par le
moyen de la foibleffe qui luy
eft fi propre , puifqu'elle eft
doüée d'un efprit raifonnable
comme luy ? Cette foibleſſe
de la femme eftant un avantage
au profit de tous les deux,
62 MERCURE
elle
contribue à leur repos ,
& à conferver entr'eux l'intelligence
, qui ſeroit troublée &
renversée par toute autre difpofition
, enforte que la focieté
entre l'un & l'autre ne pourroit
fubfifter d'une autre ma-.
niere. La beauté eft leur partage.
Cette beauté à laquel
le les plus grands heros ont
fait & feront toûjours gloire
de fe foumettre , eft quelque
chofe de divin , dont tout le
monde convient , & dont je
n'entreprens
pas de relever le
merite. Il eft donc neceffaire ,
utile & avantageux , que la
GALANT.
63
femme foit telle , & puifque
c'eſt un bien en elle pluftoft
qu'un défaut, ne foyons pas affez
injuftes pour l'en accufer.
Voicy une fuite du Journal
concernant l'Ambaffadeur de
Maroc . Ayant prié Mr de
Saint Olon de demander en
grace au Roy , qu'il puſt voir ,
baifer & mettre furfa tefte une
-lettre que les Maures pretendent
que Mahomet a écrite à
l'Empereur Heraclius ; des
mains duquel elle a paffé aux
Rois de France , qui l'ont toûjours
confervée avec grand
foin , & qui felon les Maures
64 MERCURE
eft la caufe de toutes les prof
peritez de la Monarchie Françoife
, le Roy répondit qu'il
ne sçavoit ce que c'étoit que
cette lettre , que jamais il n'en
avoit oui parler ; que cependant
il confentiroit volontiers
à la faire voir à l'Ambaſſadeur
fi on la trouvoit dans fa
Bibliotheque , ou dans les Archives
de la Chambre des Com
ptes. On n'y a trouvé qu'une
lettre de Soliman à François
Premier , qu'on dit eftre la
premiere lettre qui ait eſté
écrite à nos Rois , par les Em
pereurs Turcs.
"
Le
GALANT. 65:
Le 28. Mars fe trouvant le
vingt fixiéme jour du Rhamadan
des Maures , l'Ambaffadeur
&tous les gens fe mirent .
en devotion,& pafferent toute
= la nuit du 28. au 29. en prieres,
fur ce qu'ils diſent que ce
fut cette nuit là qu'ils appellent
la nuit de cadre , qui eft
toûjours celle du 26. au 27. de
leur Rhamadan , qu'une partie
de leur Alcoran eft defcendue
du Ciel.
La feconde fois que l'Am :
baffadeur vit fouper le Roy ,
S. M. luy parla deux ou trois
fois d'une maniere fort obli
May 1699.
F
66 MERCURE
geante. Il en fut fi charmé ,
que ne pouvant plus longtemps
s'empêcher de donner
des marques de fa joye , il dit
à M. de S. Olon en fe retournant
de fon cofté, qu'ilfentoit
bien qu'on ne pouvoit jamais
avoir de chagrins quand on
voyoit un Roy fi grand et fi bon,
& quefa prefence faifoit dans
Les coeurs ce que le Soleil faifoit
fur la terre ; que le Soleil diffi
poit les tenebres , & la vue du
Roy les chagrins. Cela avoit du
rapport à la fituation où il ſe
trouvoit alors , le Traité qu'il
eftoit venu conclure, n'eftant
GALANT. 67
• pas dans l'eftat
qu'il
le fouhai
.
toit.
Le lendemain M. de S. O
lon luy fit voir Trianon & les
caux de Verfailles, qui luy cau
ferent de fi frequents fujets
d'admiration & d'acclamations
, qu'il fut reduit à ne s'en
plus expliquer que par le filence
, en difant que la parole &
les expreffions luy manquoient
à mesure que la caufe augmen
toit.
Deux jours aprés , M. de S.
Olon le mena à S. Cloud , &
en paffant fur le Pont , il luy
raconta l'hiftoire qu'on fait
Fij
68 MERCURE
de l'Architecte , qui ne pou
vant l'achever, promit au Diaple
qui luy apparut, & s'engagea
de l'achever pour luy , la
premiere chofe qui pafferoit
deffus , & pour s'acquiter de
fa parole, il y fit paffer un chat
que le Diable prit , en mar ;
quant le defefpoir de ſe voir
ainfi trompé , fur quoy F'Ambaffadeur
fe recria. Comment
peut on esperer de gagner quelque
chofe fur les François , & de
vaincre des gens qui Sçavent
vaincre le Diable ?
Il prit beaucoup de plaifir
à voir S. Cloud & dit qu'il ne
GALANT. 69
༥
?
croyoit pas qu'à proportion de
fon étendue on pût rien voir de
plus beau. Enfuite fe reffouvenant
de ce que M. de S. Olon
luy avoit dit de la complaifance
que le Roy avoit euë
pour Monfieur, de ne vouloir
pas luy ofter cette maiſon qui
plaifoit beaucoup à S. M. &
où elle avoit refolu de faire
de magnifiques embelliſſemens,
il ſe récria deux ou trois
fois , ilfaut avouer que le Roy,
eft bon , & qu'il aime bien fon
Frere.
Au fortir de la Maifon de
S. A. R. on le mena dans le
70 MERCURE
lieu où l'on fait la porcelaine,
& où il en vit d'auffi belles
que celles de la Chine.
L'Ambaffadeur
fut d'autant
plus furpris qu'il n'avoit pû
croire ce qu'on luy avoit
dit de cette Manufacture
avant que de la luy faire
voir.
Deux jours aprés , s'eftant
trouvé accablé d'un rhume
qui commençoit à luy attaquer
la poitrine , on fut obligé
de le faigner. On luy propofa
de s'y preparer par quel
ques anodins , mais il les rejetta
comme contraires à la
GALANT. 71
Loy , & dit qu'il fe laifferoit
plutoft mourir que d'y confentir,
mais que fifa maladie augmentoit
, il vouloit qu'on le portát
dans le jardin , y coucherfur
la terre , afin d'eftre plus proche
de la matiere en laquelle il devoit
eftre converti.
Son indifpofition ayant
duré huit jours , il demanda ,.
lors qu'il commença à fe
mieux porter , à voir le Jardin
Royal, où M. de S. Olon le
mena. Il fut furpris du grand
nombre & de la diverfité des
plantes , & admira quantité
de coquilles differentes & trés
72- MERCURE
curieufes que Mr Tournet luy
fit voir.
Le 19. du mois paffé fur le
foir , Mr le Baron de Breteuil
le vint voir de la part du Roy ,
& aprés luy avoir expofé les
chofes dont ce Monarque avoit
à fe plaindre , il luy dit
que S. M. voulant bien neanmoins
luy faire connoiftre que
La grandeur & fa bonté efiant
encore au deffus des fujets de
plainte qu'il avoit contre le
Roy fon Maiftre , elle confentoit :
à luy en donner des marques
juſques à fa fortie de France ;
qu'elle luy feroit rendre tous
Les
.
GALANT.
73
les honneurs attachez à ſon caractere
, que pour cet effet elle luy
donneroit fon Audience de congé
de la même maniere qu'il avoit eu
lapremiere. Mile Baron de Breteüil
luy fit ce Compliment
affis dans un fauteuil comme
l'Ambaffadeur , & couvert.
M' de Saint Olon eftoit auffi
dans un fauteuil , affis & couvert.
Deux jours aprés l'Ambaffadeur
rendit une feconde vifite
au Roy d'Angleterre. M
le Marquis de Cargnies luy
avoit apporté la veille une Lettre
que Monfieur le Prince de
May 1699 .
G
74 MERCURE
Le Roy
Galles écrivoit au Roy de Ma .
roc , en réponse de celle que
l'Ambaffadeur luy avoit envoyée
de fa part , quelques
jours auparavant.
d'Angleterre le reçut . imme
diatement apres fon dîner ,
mais avec plus de ceremonie
qu'il n'avoit fait la premiere
fois. Outre qu'il l'envoya
prendre à l'Hôtellerie dans
fon caroffe ,il voulut que l'Officier
de fes Gardes inft le
recevoir a la porte de la Salle ,
oùles gardes eftoient en haye ;
mais fe repofant fur leurs ar
mes. Sa Majefte Britannique
7
GALANT: 75
eftoit dans la Chambre du lit ,
debout & nuë tefte , & avoit
la Reine à fon cofté. L'Am .
baffadeur leur fit un compliment
auffi fpirituel & cordial ,
que le premier , par lequel il
leur marqua qu'il n'avoit púfe
refoudre à retourner enfon Pays ,
fans venir assurer de nouveau Sa
Majefté defon éternelle & respectueuse
obéiffance ; qu'il s'avoüoit
toûjours ſon Eſclave affranchy ,
& qu'il fe glorifioit plus de ce
titre là que de tous les bonneurs
qui pourroient luy arriver. Il demanda
enfuite à Leurs Majef
tez de vouloir bien eftre en-
Gij
76 MERCURE
core aprés la mort , les Patrons
de fes enfans. Le Roy d'Angleterre
luy répondit avec
beaucoup de bonté , & la converſation
s'attendrit tellement
de part & d'autre , qu'elle ne
ſe termina , comme la premiere
fois , que par les larmes qui
fortirent des yeux de l'Ambaf
fadeur. Il embraſſa le Roy &
la Reine , par la foy du corps ,
& fut enfuite conduit dans
l'Appartement de Monſieur le
Prince de Galles , qui le reçut
debout & nuë tefte , ayant fon
Gouverneur auprés de luy.
L'Ambaffadeur alla enfuite
GALANT. 叫叫
chez Madame la Princeffe.
d'Angleterre , qui le reçut
auffi debout , aprés quoy il fut
conduit en cortege jufques au
Caroffe , par plufieurs Gentilshommes
Anglois de la fużte
du Roy.
-
Deux jours apres , cer Ambaffadeur
alla voir la Revûë
du Regiment des Gardes , qui
fe faifoit devant le Royfur la
hauteur de Meudon, Sa Majefté
luy fit l'honneur de le faluër
en paffant devant fon
Caroffe.
5
Le lendemain , l'Ambaffa
deur voulut aller à S. Eftienne
Gij
78 MERCURE
du Mont , voir la Ceremonie
des Epoufailles de M'Eftelle ,
Conful de France à Salé. Ce fut
M' d'Aquin , Evefque de Seeż,
qui en fit la Ceremonie , aprés
laquelle toute la Compagnie
alla dîner chez M' de S. Olon.
L'Ambaffadeur
fut du repas ,
& voulut figner au Contrat.
Le Roy ayant choiſi le 26 .
du mois paffé , pour luy don
ner fon Audience de congé ,
M ' de Breteuil ſe rendit dans
les Caroffes de Sa Majesté &
de Madame la Ducheffe de
Bourgogne , à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires.
GALANT. 79
Le Secretaire de l'Ambaffade
à la tefte des Domestiques de
l'Ambaladeur , vint le recevoir
au bas de l'Escalier , & cet
Ambaffadeur accompagné de
M' de Saint Olon , & de M
de la Croix , dont je vous ay
parlé pluſieurs fois , defcendit
trois marches pour aller au
devant de luy. On rentra enfuite
dans l'Appartement par
une grande Salle dont onvenoit
de fortir , & l'on paffa de
là dans la premiere Chambre
de l'Appartement , où il y
ayoit deux fauteuils devant.
la cheminée. L'Ambaffadeur
4
Giiij
80 MERCURE
s'affit dans celuy qui avoit le
dos tourné du cofté du lit , &
qui regardoit les feneftres , &
celuy où fe mit M ' de Breteuil ,
regardoit la porte , & avoit le
dos tourné aux feneftres. M'
de Breteuil dit à l'Ambaffadeur
, qu'il le venoit querir dans
les Caroffes du Roy de Madamela
Ducheffe de Bourgogne , pour
le conduire à l'Audience de Congé
du Roy. L'Ambaſſadeur luy repondit
, qu'il luy eftoit bien obligé
de luy procurer un fi grand hon .
neur. On partit enfuite , & M
de Breteuil eut la droite en
defcendant , mais l'Ambaffa
GALANT. 81
deur eut la premiere place
dans le Caroffe , & M ' de Breteüil
fe mit à la gauche , M
de Saint Olon vis - à - vis de
l'Ambaffadeur , & M ' Pétis de
la Croix vis . à vis de M de
Breteüil. On defcendit en
arrivant à Verfailles dans la
Salle des Ambaſſadeurs , & M
de Breteüil ayant efté prendre.
l'ordre du Roy , revint quelque
temps aprés pour condui
re l'Ambaffadeur à l'Audience.
Les gens de livrée de M ' de
Breteüil marchoient en tefte ,
& aprés eux le Secrétaire de
M'de Breteuil , & M ' Pétis de
82 MERCURE
la Croix, Secretaire, Interprete
du Roy en Langue Arabelque,
marchoient immediatement
devant l'Ambaffadeur , qui avoit
M'deBreteuil à fa gauche.
L'Ambaſſadeur étoit fuivy par
fon Lieutenant , & par fon Secretaire
, derriere leſquels étoit
le refte de fa fuite . Il trouva
le Roy affis dans un faureüil ,
ayant àfa droite Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , & àfa
gauche , Monfeigneur le Duc
d'Anjou. L'Ambaffadeur de
meura debout au pied de l'ef
trade. Il eftoit entre M' de
Breteuil , & M' de la Croix , &
GALANT. 83
fit le difcours qui fuit en Arabe
, que M' de la Croix interpreta
au Roy , en François .
TRes majestueux & tres grand
Empereur de France Louis
XIV.Je viens demander à Voſtre
Majefté Imperiale la permiſſion
1 de m'en retourner , & la remercier
en même temps లో des hon .
neurs que l'on m'a faits par fes ordres
, des bons traitemens que &
jay reçus de fa liberalité, qui furpaffe
celle de Salomon , de Cofroës ,
d'Alexandre ,
grands Empereurs de l'antiquité,
Je n'ay paßé aucun jour fans de
de tous les plus
84 MERCURE
/
nouveaux plaiſirs , oufans la vûë
de quelque merveille , capable de
me faire oublier ma Patrie & ma
Famille , & fi je l'ofe dire , les ordres
mêmes de l'Empereur
mon
Maifre
.
Fen ay fait un gros Journal,
maisj'avoue queje n'y ay pas dé.
crit la cent milliéme partie , ny
des
beautez de voltre Pays ny de la
grandeur de V. M.I. Je la prie
de donner fes ordres pour l'équipe
ment d'un Navire dans l'un defes
Ports , avec un Capitaine de fes
Officiers , qui me recondaife feurement
en mon Pays de Salé , avec
ordre de refter en rade juſqu'à ce
9
GALANT:
&
=
que j'aye eu le temps defaluërmon
Empereur en fa haute Cour de
Miquenez, & de luy rendre compre
, non feulement des auguftes
qualitez de V. M. 1. & des
grandeurs de fon Empire , par lef
quelles chofes elle furpaffe infiniment
tous les Potentats du monde,
mais auffi de ce qui s'est dit dans les
Conferences que j'ay cues avec
Meffieurs fes Commiffaires . Ouy,
Sire , je feray mes efforts auprés
de luy pour l'inviter à adherer à
leursfentimens ,
ce que je defire pour le fervice de
V.M. I. puis qu'elle m'a fait
l'honneur en ma premiere audience,
obtenir de lug
86 MERCURE
de me recevoir au nombre de fes
ferviteurs ; duquel honneur je tá
cherayde me rendre, en dépit des
·Nations envienfes, par l'exactisude
le zele que j'auray toute
ma vie dans mon obeïffance à fes
ordres , priant Dieu qu'il perpetuë
le regne les heureux jours de &
V.M. 1. & defon auguste Fa.
mille .
Ce Compliment finy , le
Roy fit monter M' de la Croix
fur l'eftrade , & luy fit affez
basfa réponſe pour l'Ambaf.
fadeur , que M' de la Croix re,
dit haut.
Au fortir de l'audience du
GALANT.
87
Roy , l'Ambaffadeur alla prendre
congé de Monfeigneur le
Dauphin , & offrit à ce Prince
les fervices de Mouley Zeidan,
Fils du Roy de Maroc , auquel
Monfeigneur promit ſon ami
tié. Cet Ambaffadeur alla voir
enfuite dîner Meffeigneurs
les Princes, Enfans de France.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
luy demanda combien
avoit vêcu Mahomet. Il répondit
, Soixante ¿ trois ans.
On parla de l'Egire..
Il alla enfuite prendre congé
de Monfieur le Comte de
Toulouſe où il fut conduit
88 MERCURE
par M de Saint Olon , parce
qu'il n'y alla que comme Amiral
, aprés quoy on le me.
na dîner. Le repas eftoit magnifique
, & avoit efté préparé
par les Officiers du Roy. Il
avoit à fa droite M de Bre.
teüil, M ' de Saint Olon , M ' de
la Croix , le Secretaire de M'
de Breteuil , M ' de Saint Olon
le Fils , M' Eftelle , Conſul à
Salé , & à la gauche M de
Francine , Maiftre d'Hoftel
du Roy de quartier , fon Lieu .
tenant & fon Secretaire. Il y
eut deux autres tables ; la premiere
pour les Domestiques de
•
GALANT. 892
l'Ambaffadeur , & l'autre pour
ceux des Officiers du Roy , mis
par S. M. auprés de l'Ambaf-s
fadeur. Il alla enfuite prendre
congé de Meffieurs les Mi
niftres , & revint à Paris dans
les mêmes Caroffes qui l'avoient
mené à Versailles .
Le lendemain de l'Audience
de congé , M ' le Baron de Bres
teuil porta de la part du Roy à
l'Ambaſſadeur , un Fuzil double
, & une paire de piſtolets
auffi doubles , un fimple , &
une paire de pistolets de même.
Ces ouvrages eftoient
d'une tres grande beauté , &
May 1699.
H
90 MERCURE
ornez de marqueterie. Il y
avoit aufli deux Montres d'or
avec leurs chaifnes ; un fuzil ,
une paire de piftolets , & deux
Montres pour le Lieutenant
& le Secrétaire de l'Ambaf
fade.
Deux jours aprés , il alla voir
l'Opera d'Amadis de Grece ,
& parut étonné d'avoir toujours
vû des chofes qui l'avoient
enchanté toutes les fois
qu'on l'avoit mené à l'Opera .
Ayant eu un demellé avec
M' de Saint Olon le jour de
fon audience de congé , il le
pria le lendemain qu'il n'en
GALANT. 91
fuſt plus parlé , & luy ' avoua
qu'il ne fe poßedois pas luy même
lors qu'il eftoit en colere , mais que
Idr's que fa colere eftoit paßée , il
a voit le coeur tendre comme la nege.
quife fond au Soleil , & qu'il n'y
fongeoir plus su des sa
Je dois ajoûter icy deux
choſes remarquables qui om
efté dites par l'Ambaſſadeur.
En regardant undes plus hauts
Jets d'eau de Verſailles , il dit :
Ilfuit la renommée de fon Mãiftre
, il voudroit aller jufqu'aux
Cieux. As is
En parlant de la Maifan de
Monfieur à S. Cloud, il enrexa.
Hij
92 MERCURE
gera tellement les beautez ,
que мr de la Croix luy dit ,
qu'il falloit qu'il ne fift pas
reflexion en ce moment qu'il
avoit vû Verſailles. Il répondit
: J'aime autant ce qui mefait
plaifir que ce qui m'étonne.
Il partit le 6. de ce mois
pour aller s'embarquer à Breſt,
toujours accompagné de Mr
de Saint Olon.
La Lettre qui fuit contient
un évenement des plus fingu.
liers , fur lequel tous les Sça,
vans font priez dire leur fen
timent.
GALANT 93
A MONSIEUR G ***
Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris.
J
E trouve tant de circonftances
remarquables dans une
Hiftoire que j'ai apprife depuis
peu , quej'ai conçu une forte curiofité
d'être éclairci par unhabile
homme , fur plufieurs particularitez
qui ont du rapport
à la Profeffion que vous exercez
, avec des fuccés qui vous
ont acquis la réputation d'un
fçavant Medecin. Je m'adreffe
donc à vous , Monfieur , pour
94 MERCURE
fçavoir voftre fentiment
fur
les queſtions que cette Hiſtoi.
re donne naturellement
lieu
de faire , aprés que je vous
l'auray racontée.
Madame la Comteffe Dan
ville , dont le Mary tenoit un
des premiers rangs parmy la
Nobleffe du bas Languedoc ,
n'eftant pas encore à demy.
terme d'une groffeffe qui l'in
commodoit beaucoup , fut
obligée de fe faire accoucher.
Soit qu'elle fe fuft bleffée , ou
autrement , ce fut une neceffie
té. Les Medecins ordonné?
rent tout ce qu'ils crurent cas
GALANT.
95 .
pable de la fecourir. La vigueur
de fon temperament
feconda fi bien leurs remedes ,
qu'elle mit au monde , quoy
qu'avec des douleurs qui la
menerent à deux doigts de la
mort , un garçon qui avoit
environ quatre mois , & qui
mourut fi toft qu'il fut né. Les
foins que l'on prit de cette
Dame la remirent un peu ;
mais elle demeura toûjours
fort incommodée. Elle jugea
même qu'elle n'eftoit pas enz
tierement delivrée , parce qu'il
luy fembla qu'elle fentoit en,
coreun enfant fe remuer dans
96. MERCURE
fes entrailles , ce qui ſe trouva
effectivement veritable , malgré
tous les raiſonnemens des
Medecins , & les experiences
des Sages Femmes, qui ne pu
rent jamais fe perfuader que la
chofe fuft poffible , attribuant
opiniâtrement la groffeffe de
Madame Danville , à quelque
maffe de chair qui fe formoit
dans fon corps , quoy qu'elle
les affuraft du contraire , par
les mouvemens qu'elle fen
toit en elle même.
Comme elle ne douta point
qu'elle ne fuft veritablement
groffe d'enfant , elle ſe ménagea
GALANT.
97
gea de fon mieux. Mais pendant
les cinq mois qui s'écoulérent
depuis la naiffance du
petit garçon de quatre mois,
elle ne vêcut que languiffamment
,fentant toûjours beaue
coup de douleur , & n'ayant
jamais un moment de fanté ;
en forte que te temps d'ace
coucher ,felon fafupputation,
eftant proche , M' le Comte
Danville ne pouvant tout àfait
s'en rapporter à Madame
fa femme,aprés avoir vû l'oppofition
du fentiment des
Medecins , affembla les plus
habiles d'entre- eux , pour fça-
May 1699.
1
I
98
MERCURE
voir ce qu'ils jugeroientàpro
pos de faire pour la foulager ,
& fur tout , pour fauver la
mere & l'enfant , s'il eftoit
vray qu'elle fuſt en eftat d'ac
coucherà l'ordinaire .
Aprés une longue confultation
bien débatue , les Medecins
perfiftant
dans leur
opinion , que c'eftoit une fauffegroffeffe,
il fut conclu qu'on
donneroit l'Emetique à Ma .
dame la Comteffe. On en
prepara , & on l'apporta. Dans
ce même temps des Amis de
Mr Danville luy dirent , qu'il
ne devoit pas fouffrir que l'on
GALANT.
99
"
donnaft
l'Emetique à Madame
fa
femme ,
parce que dans
l'eftat où elle eftoit , cet Emetique
luy feroit infailliblement
mortel , & à ſon enfant.
M'
Danville
partagé
entre
l'opinion
des
Medecins
& le
témoignage
de la Perfonne
fouffrante , &
apprehendant
Eles
funeftes
fuites
qu'on venoit
de luy
repreſenter , ne
voulut rien
hazarder , & défen.
dit que l'on
donnaſt ce
remede
à
Madame la
Comteffe, qui
cependant
avoit
befoin dun
prompt
fecours , & qui com
I ij
100 MERCURE
mençoit à fentir les douleurs
de l'enfantement
. Mais prenant
une refolution de defefperée
, & cherchant à ſe délivrer
ou à mourir , elle écarta
adroitement d'auprés d'elle ,
fes Femmes , fa Garde , la
Sage femme , aufque lles elle
donna exprés quelques ordres,
& fi toft qu'elle fut feule , elle
fit un effort furprenant. Elle
fe jetta en bas de fon lit , &
alla prendre fur la cheminée
un gobelet où eftoit l'Emetique
tout preparé , qu'elle avala
, aprés quoy elle fe remit
dans fon lic .
༡ མ འ ོ བ་ ོངས།་ ེ ཱ་ ཛི ཏྟ་འགས་
GALANT. fot
Quand tout fon mondefut
revenu , elle déclara ce qu'elle
venoit de faire , & voulut qu '
on avertiſt M le Comte fon
Mary , de faire prendre garde
à elle , plus qu'on n'avoit fait ,
à caufe des effets que devoit
produire le remede violent
qu'elle avoit pris. M ' Danvil
le fut au defefpoir quand on
luy apprit cette nouvelle , &
comptoir déjà Madame fa
femme morte. Le fuccés fut
plus favorable que l'on n'avoit
ofé l'efperer . Au grand
étonnement
des Medecins
,
elle accoucha heureuſement
I i
102 MERCURE
d'une Fille , & fut auffitoft dé
livrée de toutes les incommoditez
qu'elle avoit fi longtemps
endurées ; mais la petite
Fille herita dés lors des
maux de fa Mere . On luy
donna une bonne Nourrice ,
& l'on en eut tous les foins
imaginables.
·
Aprés que Madame Danville
fut affez bien rétablie
pour pouvoir fouffrir le Caroffe
, M le Comte fon Mary
crut que pour la fortifier toû
jours de plus en plus , il falloit
luy faire prendre l'air . Il la
mena à une Terre proche de
GALANT.
103
"
3
1
la Ville , & là on leur donnoit
tous les jours des nouvelles
de leur chere Fille , qui endu
roit tous les jours des maux
fans reláche , & qui tomboit
continuellement dans
des convulfions , dont on attendait
la mort à chaque mo
ment.
Enfin aprés quelques mois
de cette efpece de martyre ,
on alla dire à M Danville que
fal Fille eftoit à l'agonie . Il
eftoit trop tard pour partir. Il
differa jufqu'au lendemain
pour aller avec Madame fa
Femme , voir encore une
I iiij
104 MERCURE
♥
fois leur enfant . Comme ils
eftoient en chemin , ils rencontrerent
un autre Meſſager
qui les avertit qu'elle eftoit
morte le jour precedent , un
moment aprés qu'on eut envoyé
leur dire qu'elle eftoit à
l'agonie. M Danville crut
u'il eftoit inutile d'aller plus
loin , & voulant épargner à
Madame la Comteffe la douleur
que luy cauferoit la prefence
de fa Fille morte , il luy
propofa de s'en retourner ,
mais il luy fut impoffible de
l'obtenir. Elle ne confulta que
les mouvemensd'une affliction
qu
C
GALANT.
105
out rée qui la follicitoient d'ar
river fans délay au lieu , où elle
pourroit donner à ſon Enfant
les témoignages de fa tendreffe
de Mere. M' le Comte ne
voulut point la contraindre,
Il monta fur un cheval de
main, & s'en retourna à fa Terte
, avec un Valet de Chambre
, pendant qu'elle fit mar.
cher en diligence fon Caroffe
vers la Ville.
En arrivant , la premiere
choſe qu'elle apperçut, fut fa
Fille expofée dans la biere à la
porte de fon Hoftel. Cet afpect
luy ferra fi fort le coeur ,
106 MERCURE
qu'elle penfa en mourir.
Auffi toft qu'elle fut entrée
dans la maiſon , elle fit appor
ter la biere , décloua les ais ,
defenfevelit fa chere Fille , la
baifa & rebaifa plufieurs fois ,
& pouffée d'un inftinct qu'elle
ne comprenoit pas bien elle
même , elle commanda fans
fçavoir pourquoy , nyficequ'el
le alloit faire pouvoit rendre la
vie à fa Fille , qu'elle croyoit
effectivement morte , & qu'elle
pleuroit comme telle , elle
commanda ,dis je, qu'on apor
taft un chauderon dans lequel
elle fit mettre du vin. Enſuite
C
GALANT . 107
elle y mit fa fille toute nuë , fit
faire un grand feu , & pendre
le chauderon à la cremaillere.
Dans le temps que cette
innocente eftoit fur le feu
dans ce chauderon , le Curé
de laParoiffe arriva en habit de
Ceremonie , avec fon Clergé ,
pour faire l'enterrement.Onle
renvoya le plus honneftement
qu'on put , en luy difant que
la Mere de l'Enfant venoit
d'arriver , & qu'elle avoit vou
lu vifiter le corps de fa Fille ,
aà quoy eellllee eeffttooiitt pour fors
effectivement occupée. Le
Curé s'en retourną pour reve
108 MERCURE
nir quand on iroit l'avertir ;
mais on n'eut pas befoinde fon
miniſtere
; car
car dés que le vin
fut un peu échaufé dans le
chauderon , l'Enfant commença
à donner des fignes de
vie , en pouffant la langue fur
le bord de fes lévres , & fuçant
le vin . Auffi toft on la retira .
On prit de ce vin chaud dont
on luy lava doucement tout le
corps devant le feu , & enſuite
on la mit dans des maillots .
Madame Danville ravie
d'étonnement
& de joye de
voir reffufcitée celle qu'elle
venoit de pleurer morte , de
GALANT: 109
meura à la Ville deux ou
trois jours , & M' le Comte
voulut bien l'y laiffer , dans la
penſée que luy ayant donné
le temps de s'abandonner en
toute liberté aux premiers
mouvemens de fa douleur
elle en feroit plus capable de
recevoir de la confolation .
Aprés ces trois jours il partic
pour aller la requerir ; mais
il fut entierement furpris de
la trouver plus gaye & plus
contente que jamais . Il le
fut encore plus d'apprendre
la refurrection de fa chere
Fille , & la maniere dont elle
2
110 MERCURE
avoit efté operée . Ils s'en retournérent
enſemble à leur
Terre , & donnérent les or
dres neceffaires pour faire
nourrir leur Fille , avec toutes
les précautions imaginables ,
mais elles n'empêchérent pas
que cette innocente ne fuft
toûjours valetudinaire , & fujette
à des fyncopes , à des
convulfions , & à des foibleffes
, qui faifoient defefperer
de l'élever juſqu'à un âge rai.
fonnable.
R
Ce qu'il y a de remarqua .
ble , c'eft que l'unique remede
qui luy donnoit du foula,
GALANT. III
f
a
gement dans fes maux , eftoit
le vin. Sa Nourrice luy en
frottoit les lévres , les namines ,
les temples , & auffi toft elle
revenoit de fa pâmoifon
.
Même depuis qu'elle a efté
fevrée , jufques à l'âge d'envi
ron huit ans , fest incommodirez
durant toûjours
, comme
elle n'avoit jamais deux
jours de fanté , & qu'elle tomboit
tres - fouvent dans des
foibleffes qui luy faifoient mener
une vie toute languiffante
,
il n'y a eu que le vin qui luy
ait fait du bien , tout autre re
mede augmentant ſes maux ,
112 MERCURE
au lieu de les appaifer.
Enfin la nature fe fortifiant
peu à peu , cette reffufcitée
commença à l'âge de neuf
ou dix ans , à ſe mieux porter
, & elle a toûjours fi bien
continué , qu'elle eft à prefent
une Dame tres bien.
faite , belle , aimable , tout àfait
fpirituelle , joüiſſant d'un
embonpoint & d'une fanté
parfaite , agréable en Compagnie
, aimant les plaifirs honneftes
, & fur tout le bon vin,
auquel elle fe fouvient tresbien
qu'elle a obligation de
la vie & de la fanté. Auffi
GALANT. 12
croirois- je volontiers que c'eſt
par reconnoiffance que le verre
à la main ellle chante les
loüanges de Bacchus d'un air
fi charmant , qu'elle enchante
tous ceux qui ont l'honneur
de la voir dans les occafions
où la bienféance luy permet
de fe divertir avec fes Amis.
Comme c'est elle - même
I qui m'a conté fon Hiſtoire ,
quand vous voudrez , vousſe .
rez témoin de ce que jeviens
de vous mander. Mais auparavant
, il faut , s'il vous plaiſt .
Monfieur , que vous luy don
niez la fatisfaction qu'elle me
May 1699.
K
114 MERCURE
ว
par prie de vous demander ,
la réponſe que j'attens de
vous fur deux ou trois queftions
que vous pourrez propo.
fer à quelques Docteurs , afin
de fçavoir leurs fentimens &
le voltre. La curiofité de cette
Dame me paroiſt ſi raiſonnable
, que j'efpere que vous ne
me refuferez pas la grace de la
fatisfaire .
La premiere queftion eft de
luy apprendre les raifons pour
lefquelles elle eft reſtée dans
le fein de fa Mere , pendant
les cinq mois , avant lefquels
fon Frere âgé de quatre mois
GALANT. IN
3
eftoit venu au monde . Il luy
paroit étrange qu'elle n'ait
pase fuivi celuy qui luy avoit
frayé le chemin , & qui avoit
ouvert les conduits qui de
voient dés lors la metere au
jour. Elle convient qu'on a vû
quelquefois , qu'une femme
groffe de plus d'un enfant , les
metau monde quelquesheures
P'un prés de l'autre. Ikpeuemame
y avoir un jour ou plus en
tre ees naiffances ; mais elle
croit qu'on n'a jamais vû qu’-
un enfant naiffe à demi terme,
& que l'autre acheve les neuf
mois avant que de naiſtre .
Kij
い
216 MERCURE
La feconde queftion eſt ſur
l'effet de l'Emetique , auquel
on a toûjours attribué les incommoditez
qui l'ont canc
tourmentée jufques à l'âge de
huit ans , quoy que la Mere
n'en ait rien fouffert depuis
fes couches , ce qui eft d'autant
plus à obſerver, quedepuis
cet âge de huit ans, cette jeune
Fille ne s'eft plus reffentie des
maux de fa tendre jeuneffe.
Elle auroit pourtant dû les ref
fentir , fi l'Emetique en euft
efté la cauſe au commencement
, puifque cela feroit ap
paremment provenu de l'alte
GALANT. 117
fée
ration des parties nobles , caupar
la violence de ce remede
, lefquelles par confequent
auroient eſté hors d'état
de faire leurs fonctions
dans un âge plus avancé , auffíbien
que dans les premieres
années de l'Enfance.
La troifiéme enfin eft furla
vertu du Vin. Elle vous prie
de luy expliquer comment
cette agréable liqueur a pû la
rendre à la vie , & la foulager
propos dans les maux les
plus preffans , pendant que les
autres viandes ne faifoient
que les aigrir , fur tout dans
fià ſi à
18 MERCURE
un âge où les Medecins le dé
fendent , non feulement aux
Enfans , mais auffi à leurs
Nourrices .
Dans le temps que je veux
fermer ma Lettre , j'en reçois
une de cette Dame , par la
quelle elle me témoigne qu
elle fouhaite que je vous falle
une quatrième question . Voicy
les termes de fa Lettre . Je
voudrois bien , Monfieur , que les
Medecins vous fiffent fçavoir , f
en prenant de l'Emerique , cela m
me feroit pas revenir les convut,
frons que j'ay euës jufqu'à l'âge de
buit ans , car je fuis toujours
ne
GALANT. 119
perfuadée qu'il me feroit mal à
prefent , comme autrefois .
Si vous jugez que ces que
ftions meritent voſtre application
, & que la curiofité de
cette Dame foit bien fondée ,
obligez- moy de me mander
voftre fentiment , & ceux de
E quelques uns de Meffieurs vos
Confreres, fi vous voulez bien
4 leur faire part de nos doutes.
Je ſuis voftre , &c .
Mr le Commandeur de
Genlis , Maréchal de Camp ,
Inſpecteur , & cy devant Gouverneur
de Gironne , eft mort
120 MERCURE
à Montpellier , avec de grands
fentimens de Religion . Il a
commandé longtemps le Regiment
de la Couronne , & il
s'eftoit acquis l'approbation
du Roy & l'estime des Troupes.
La valeur dont il avoit
donné de fi grandes preu
ves en tant d'occafions d'éclat
, ne luy oftoit rien de
cette douceur & de cette mo .
deftie qui le rendoient fai
mable à tous ceux qui le connoiffoient.
Il eft mort avec
autant de Religion , qu'il avoit
eu d'intrepidité dans les occa
fions les plus hazardeuſes. Il
efoit
GALANT. 121
1
eftoit Neveu de feu M' de
Genlis , Lieutenant General ,
qui mourut il n'y a pas longtemps,
& Frere de M' l'Archevêque
d'Ambrun , & de feu
M' de Genlis, pere de madame
la Marquife d'Harcourt , Ambaffadrice
en Espagne.
M' l'Abbé de la Garde eft
mort à Paris fur la fin du mois
paffé. Il eftoit Frere de l'illuftre
Madame des Houlieres ,
& avoit toutes les vertus de fa
naiffance , & tous les avanta
ges de fon éducation . Jamais
genie n'a efté capable d'un
plus grand détail. Il n'igno
May 1609,
L
122 MERCURE
roit rien , & il parloit de tour
en homme qui auroit employé
toute fa vie à s'inftruire
de chacune des chofes dont il
parloit . Il eftoit également
habile dans les Sciences , &
Connoiffeur dans les Arts .
· Son gouſt eſtoit une regle à
fuivre , & fervoit en effet de
regle à beaucoup de gens. Son
efprit le diftinguoit encore
moins que fon coeur. Il eftoit
Ami vif, defintereffé , fidelle
à fes devoirs , exact dans fes
ufages , foutenu dans fes refo
lutions , modefte dans les avis,
regulier dans fa conduite ,
GALANT: 123
empreffé à fervir les malheu
reux , ne fe cherchant en rien ,
& cherchant la justice & la ve
rité en toutes choſes. Il eftoit
né pour eftre un grånd homme
& un grand Saint . Ila vêcu
& il eft mort d'une maniere
à laiffer de luy ces deux idées.
Ceux qui ont bien connu fa
religion , fon amitié , fes fentimens
& fa conduite , l'ont toujours
regardé comme un
homme fur qui les abus du
fiecle n'avoient pas fait de
grandes impreffions.
Le 20. du mois paffé , Ma
dame d'Eftiffac de la Roches
Lij
124 MERCURE
foucault , fut miſe en poffeffion
de l'Abbaye de Saint Sau
veur d'Evreux , par M du
Vaucel , Chanoine en l'Eglife.
Cathedrale de la même Ville ,
& Official de ce Dioceſe. Aprés
avoir fait affembler le
Chapitre , il dit d'abord en
s'adreffant aux Religieufes ,
qui font en grand nombre.
Vous etes affez prévenues ,
Mefdames , du motifqui m'a fait,
prendre la liberté de vous affem.
bler extraordinairement dans ce.
Chapitre , pour y mettre dans une
réelle , pleine & entiere poffeffion
de cette Abbaye , Me Henriette
GALANT. 125
Françoise d'Eftiffac de la Roche
foucault , nommée ily a déja longtemps
par Sa Maiefté. Voftre pre..
fence , Madame , me ferme la
bouche , eft caufe que ie me fais
violence , en paffant fous filence
beaucoup de choſes à voftre gloire ,
par lafeule raison qu'ellespourroient
vous faire peine & bleffer vostre
modeftie. Le nom de la Rochefou
cauls que vous portez , Suffit, &
me difpenfe heureusement de faire
vostre Eloge en cette occafion ,
auffi bien que celuy de la tres digne
défunte qui vous a précedée ,
dont la memoire fera éternellement .
précieuſe & en veneration à ces
L iij
126 MERCURE
Dames , l'élite & illuftre portion'
du Troupeau de Jefus - Christ , qui
va deformais , Madame , tomber
à votre charge, qu'elle a gouverné
pendant l'espace d'un demy fiecle
plus , avec tant d'habileté , de
fageße , d'onction , d'édification
dans un efprit , pour parler le langage
de l'Apoftre, dedouceur, animée
d'un zele difcret , éclairée de
la fcience des fciences , d'unefuréminente
charité. Lapieté, le meri
te&la valeur eftant un appanage
acquis& hereditaire àla Maifon
de la Rochefoucault , qu'on fait
affez avoirfourny un nombre infini
de grands hommes à l'Eglife
GALANT: 12.7
[
&à l'Etat , qui en ont fait , &
font encore de nos jours l'ornement
le foutien , il ne me reste plus
qu'à me feliciter moy même , de ce
que noftre incomparable * Prelat ,
autant diftingué par fa vertu ,fa
Science & fagenerofué, qu'il eft èle.
vé par sa naiffance, a bien voulu
jetter les yeuxfur moy,&fe fervir
de monfoible miniftere, pour infor
mer ces Dames des intentions de Sa
Sainteté , & leur fignifier les or
dres du plus puiffant & invinci
ble Monarque qui ait iamais paru
fur leTrône perfuadé que ie trouveray
chez vous, Meſdames , des
* C'eft Mr Pottier de Novion ,
Liiij
728 MERCURE
efprits & des coeurs égalementpréparez
àles écouterfavorablement,
les fuivre avec fidelité , après
que le Notaire qui eft icy prefent ,
par la permiffion & l'autorité de
Monfeigneur l'Evêque , aurafait
lecture de la Bulle où ilsfont plus
amplement exprimez.
,
Voicy encore un Ouvrage
de M' Caffan , Auteur de la
Menagerie employée au
commencement de cette Lettre.
Sa Majefté , à qui il eſt
adreffé par ces huit Vers , l'a
receu d'une maniere tres . favorable.
GALANT. 129
AU ROY.
LOUIS, reçois icy l'hommage
d'une Muſe ,
Qui chante les travaux où ton
efprit s'amufe ,
Quand tafoudre en repos arrefte
fon éclair ,
Et n'épouvante plus ny la terre ,
ny l'air.
S
Elle n'étale point ces termes
emphatiques,
Dont on pare aujourd buy les
Phraſes Poëtiques ,
130 MERCURE
Mais d'unftile plus fimple elle ex
pofe à tes yeux
Lafeule expreffion & des noms eg
des lieux.
LA NYMPHE
DE CHANCEAUX ,
00
L'arrivée de la Seine au Château
de Marly.
DAns
Ans la riche Contrée , où le
Dieu des Vendanges.
Voit toujours celebrer fes divines
louanges,
Pour les gros revenus qui revien❤
nent du fruit,
GALANT. 131%
Que dans ce beau Terroir fon Vignoble
produit ;
Là tout prés de Chanceaux , & non
loin de Saint Seine,
Du fond d'un petit bois l'on voit
fortir la Seine ,
Qui d'abord jailliffant par de petits
boüillons ,
S'en va de quelques champs arroſer
les fillons ;
Puis raffemblant fes eaux le long
d'une colline , [ fine,
Elle vient réjouir la campagne voi-
Et tombant dans un fond , commen、
ce à cet endroit
De fe former un lit par un canal
étroit.
De là , fuivant la pente en traver
fant les plaines,
Elle reçoit par tout le tribut des
Fontaines ,
132 MERCURE
Qui par des flors d'argent viennent
dans des ruiffeaux
S'émpreffer à l'envi pour augmenter
fes eaux.
La Nymphe qui réfide au fond
de cette fource ,
Admirant les progrés qu'elles font
dans leur courſe ,
Sent un inftin& fecret, qui luy fait
concevoir
[ les voir.
Une fois pour toujours
le deffein
de Elle fort à l'inftant
, & fous l'ombre
des Saules ,
Treffe fes long cheveux flotans fur
les épaules ,
Met fa robe , & de fruits prend un
bouquet en main ,
Et quitte fon fejour pour le mettre
en chemin.
De ces Saules enfin abandonnant
l'allée,
GALANT.
133
Elle vient à Bagneux , où dans une
vallée ,
Son canal s'élargit , & déjà ſur ſes
eaux
L'aviron fait voguer quelques legers
Bateaux ,
Alors de quelques flots élevant la
furface ,
La Nymphe en un inftant fe forme
un char de glace ,
Et montant fur ſon ſiege , elle va
lentement
- Suivre le fil de l'eau par un doux
1 La
mouvement .
Les Faunes qui n'ont vû rien d'é
gal dans le monde ,
prennent pour Thetis , la Déeffe
de l'onde
,
Mais le fort d'Acteon , dont ils font
informez , [ mez.
Les écarte bientoft de frayeur alar134
MERCURE
La Nymphe qui les voit rentrer
dans leur retraite ,
De leur vaine frayeur demeure fatisfaite
,
Et pour ne plus paroiftre à leurs
profanes yeux , [ cieux.
Se fait d'une vapeur un voile offi-
Ainfi tranquillement elle fait fon
voyage ,
Et remarque les lieux qui bordent
fon rivage
.
Elle voit Châtillon , dont l'antique
rempart
Eft le premier objet digne de fon
regard .
Muffy-l'Evêque , & Bar , & la Cité
de Troye ,
Font chacune à fon tour le fujet de
fa ioye.
Cette Cité n'eft pas celle où le feu
Gregeois
S
GALANT.
135
Vit fa flame meflée au fang de fes
Bourgeois.
Au deffous de Meri l'Aube augmente
fon onde ,
Puis la Nymphe voit Pont & fa plaine
feconde ,
Non loin de là Nogent , puis Bray ,
vers l'autre main
Montereau , Fautyonne au bord de
fon chemin ,
Où
par
le gros renfort d'une onde
auxiliaire , [ riviere .
On peut l'appeller fleuve auffitôt que
Melun avec fon Pont femble arrefter
fon cours ;
Plus loin paroift Corbeil avec les
vieilles Tours.
Surun penchant fe voit Villeneuve
Saint George ,
Et plus bas dans fon lit la Marne fe
dégorge.
136 MERCURE
Elle admire en paffant ces fuperbes
Maiſons
Où regne un doux Printemps dans
toutes les faifons.
A fa droite eft auffi le Chafteau de
Vincenne ,
Avec l'Arc de Triomphe érigé dans
la Plaine ,
Pour les exploits fameux & les faits
inoüis ,
Qui de mille Lauriers ont couronné
Louis .
Ala gauche , & plus loin , paroit
l'Obfervatoire ,
Où de l'ordre destemps Caffini fait
l'Hiftoire ,
Et par de longs Tuyaux voit d'un
oeil curieux
Au travers du cristal le mouvement
des Cieux.
• Choily , Conflans , Bercy , &c.
GALANT.
137
-
Enfin à la faveur de l'onde qui la
mene ,
Elle entre dans Paris fans détour &
fans peine ,
Et bientoft l'Arcenal, les Maiſons &
les Ponts
Sont par elle paffez en obfervant
leurs fronts ,
Mais entre les deux Ponts que re
garde le Louvre ,
Confiderant par tout ce que fon c
découvre ,
Elle admire au Pont-neuf le valeu
reux Henry Laguerry
Sur un cheval d'airain , qui d'un air
Semble encor commander au milieu
des Batailles ,
Ou forcer les Ligueurs couverts de
3
leurs murailles.
LeLouvre , à fa main droite , eſt
un fi bel objet ,
May1699.
M
128 MERCURE
Qu'elle a regret d'en voir fufpendre
le projet ,
Sur tout de ce Fronton d'ordonnance
correcte ,
Chef-d'oeuvre merveilleux de Perrault
l'Architecte .
Si de le voir finir ce n'eft pas la fai.
fon ,
C'eſt à d'autres qu'à nous d'en ſçavoir
la raifon .
D'un College fameux , * riche en
toute maniere ,
Elle voit tout à plein la face regu
liere .
Jule par ces bienfairs à voulu dans
ce lieu
Eternifer ton nom , imitant Richelieu
,
A qui la France doit la celebre Sorbonne
,
* Le College des Quatre Nations.
GALANT. 139
1
Et les fuccés heureux des ſujets qu'-
elle donne .
Plus bas le Pont Royal, baſti ſolidement
Eft encor deParis un utile ornement.
Elle apperçoit auffi le Parc des
Thuilleries ,
Où l'on voit étaler l'or & les brodederies,
Là tout ce que Paris ade riche & de
beau ,
S'en va durant l'Eté l'embellir de
nouveau ,
Et pendant ce concours fuivi de mil
le eſcortes ,
Les Caroffes dorez en affiegent les
portes.
Plus loin le Cours- la- Reine eft
ombragé d'ormeaux ,
Dont le branchage épais fait trois
rangs de berceaux,
Mij
140 MERCURE
Quelquefois dans ce Cours le Duc
& la Ducheffe
Des Caroffes Bourgeois font foulez
dans la preffe ,
Et fans leur Ecuffon , leur train ne
fçauroit pas
Les faire diftinguer parmy cet embaras,
De l'autre main paroiſt l'Hoſtel
des Invalides ,
Affermi fur un fond de revenus folides
:
Superbe monument , où la poftetité
Connoiftra de Louis le zele & la
bonté.
Au loin fe voit Meudon , qui fur
une éminence
Eft le lieu du repos de l'Aîné de la
France.
Louis y vient auffi dans la belle faifon
,
GALANT
14t
Refpirer quelquefois l'air de cette
maiſon ,
Et pour le délaffer des peines que luy
donne
Pout le bien de l'Etat , le poids de fa
Couronne.
Plus bas paroift Saint Clou , qui du
haut du cofteau
Voit rouler le criſtal dans les Caf
cades d'eau .
Philippe y tient fa Cour certain
temps de l'année ,
L
Et par de doux plaifirs partage la
journée ; [ faveur ,
Mais Paris quelquefois reçoit cette
Quand aux folemnitez, il vient luy
faire honneur,
La Nymphe voit encor l'Architecture
antique
Du Chateau de Madrid , ouvrage
magnifique ,
142 MERCURE
Puis le courant s'écarte , & va ver
Saint Denis ,
Où l'on garde en dépoft des trefors
infinis.
Ainfi par ce contour fon onde détournée
Serpente dans la plaine une demijournée
;
Il femble qu'elle craint de paffer par
l'endroir,
Où plus bas que Ruel fon lit devient
étroit .
Mais enfin fon penchant luy fai
fant violence ,
L'entraîne dans ce lieu malgré fa
réGiftance,
Et fait voir à la Nymphe au delà du
tournant
[ prenant,
Le formidable objet d'un travail fut
Comme on voit en hiver la fore
des Ardennes
GALANT. 143
"
Quand la bize a fait cheoir le feuillage
des chefnes,
Et chaffé les voleurs de tous les défi
lez.
Prefenter fes vieux troncs qui pa
1oiffent brûlez.
Ainfi le voit de loïn la Machine effroyable
,
Ouvrage de nos jours qui paroift
incroyable ,
Avec tout l'attirail de fon corps he
riffé , [ Ire exhauffé ,
De rouage & de Ponts l'un fur l'au.
Dont les bras s'étendant vers le haut
de la cofte ,
Meuvent les Balanciers comme on
voit une Flote ,
Que la vague entretient dans le ba ·
lancement ,
Incliner tous les mats à chaque mouvement.
144 MERCURE
Qoy,dit- elle en voyant la Machine
étonnanre ,
Seray-je donc contrainte à pourfuïvrè
ma pente ,
Et me faire rouër parmy tous les
refforts
,
Que je vois remuër par de fi grands
efforts !
Non, non, dit elle alors, la Nymphe
de la Seine
Se mêlera plûtoſt avec l'eau qui l'en.
traine ,
Et
par fon changement fçaura bien
éviter
[ ter.
Les outrages cruels qu'elle voit aptê-
Ainfi dit à l'Inftant elle fe rend
liquide ,
Son corps va le mêler avec l'onde
rapide ,
Et dans le fil de l'eau tâche de s'a
longe ,
Croyant
GALANT. 4 145
Croyant par ce moyen éviter le
danger.
Mais en vain , car aux Ponts cent
Pompes afpirantes
L'enlevent de fon lit à repriſes fte..
quentes ,
Er la livrent enfuite aux Pistons refoulans,
I violens.
Qui font pour l'enlever des efforts
Alors par ces efforts elle fent qu'-
elle monte
Vers le haut du cofteau dans des
tuyaux de fonte ,
Qui vont la revomir au prochain
réſervoir ,,
Où cent autres tuyaux viennent la
recevoir.
Là les Piftons changeant leur manière
ordinaire ,
Preffent de bas en haut par un effet
contraire.
May 1699.
N
146 MERCURE
Elle reçoit le jour pour la feconde
.
fois ,
Et reprend en ce lieu l'uſage de la
voix ,
Pour fe plaindre en paffant du Che.
valier de Ville ,
Qu'elle voit fur fa gauche avec fon
air tranquille...
Qui t'oblige , dit-elle , avec ton Art
maudit ,
Avenir malgré moy m'enlever de
mon lit ?
A ces mots les Piftons luy coupant
la parole , [ de rôlle ,
Le Clapet la retient s'ouvrant à cour
Et la fait parvenir aprés tant de détours
Sur le haut du regard pour luy don
ner fon cours,
De là fur l'Aqueduc , fa pente natus
relle
GALANT: 147°
T
"
A
-¿
Luy fait prendre bien- toft une route
nouvelle.
Enfin elle defcend par des tuyaux
de fer
Dans un long réservoir , appellé
Trou d'Enfer ' ;
Mais c'eſt là que le Ciel devenu favorable,
[ gréable.
Luy preleme par tout un afpect a-
Soleil , dit-elle alors , quibrilles dans
les Cieux ,
Aprés tant de tourmens , que vois je
dans ces lieux ?
Quel calme regne icy ? quelle eft
cette contrée ,
270791
Qui fans doute autre part doit avoir
fon entrée;
Cat je ne penſe pas que l'horrible
conduit
SMURAT SL
Parowjay fair themin au travert
de la nuit .
1063.
Nij
150 MERCURE
Qu'on faic communiquer par de
triples Berceaux ,
Artiftement formez de charmes &
d'ormeaux .
De ces douze Maiſons l'Aftre de
la contrée [ l'entrée ;
N'a jamais aux ennnuis vû profaner
Les innocens plaifirs viennent feuls
dans ces lieux,
Les rendre auffi charmans que le fejour
des Dieux .
La Nymphe s'avançant d'une démarche
lente ,
Reconnoift fon canal pratiqué dans
la pente ,
Qui defcend du Midy vers le front
du Chafteau ,
Et ſurpriſe elle admire un Ouvrage
fi beau .
C'est doncicy , dit- elle , où le deftin
m'amene ,
GALANT.
Pour
у
faire couler une nouvelle
Seine ?
Je ne m'attendois pas de trouver en
ces lieux ,
- Aprés mon infortune
glorieux.
un fort fi
Alors elle fe couche, & fon Urne
penchante
Fait couler à longs flots la Riviere
naiflante ,
Etendant fon criftal de l'un à l'autre
bord , [ & s'endort,
Et la Nymphe à l'inſtant ſe repoſe
Lesondes cependant par leur courle
bruyante
S'emparent du Canal , en occupent
la pente,
Et leur gazouillement attirant les
Oifeaux
,
Ils mêlent leur ramage au murmure
des eaux,
N iiij
152 MERCURE
Mufe , c'eft maintenant que vous
devez m'apprendre
L'agréable plaifir qu'on eut de les
entendre ,
Quand le bruit de leurs flots juf
qu'alors inouïs ,
Dans fon appartement éveillerent
Louïs .
Le Monarque à ce bruit , qui luy
charme l'oreille ,
Se leve promptement pour voir cette
merveille ,
Et fuivi d'une Cour dont il a fait le
choix [ miere fois.
Voit la Seine à Marly pour la pre-
Le Soleil éclairant l'un & l'autre
rivage ,
Il femble qu'en ce lieu coulent les
eaux du Tage .
Dont les fuperbes flots dans leur
cours diligent
GALANT. 153
W Font
parmy leur gravier rouler l'or
EX
& l'argent.
Louis , qui fur le bord confidere
leur courſe,
Monte infenfiblement , pour aller à
la fource ,
Et venant au fommet, voitla Nym
phe qui dort ,
Au bruit que font les eaux vers le
cofté du Nort
Nymphe, dit-il alors , dont l'onde
claire & pure
Coule dans ce Canal avec un doux
murmure ,
Et ranime les fleurs , que Flore dans
ces lieux
[ nos yeux,
Fait naiftrefous nos pas pour arrêter
Reconnoiffant
icy voftre abord fag
vorable,
Je feray que vos eaux , par un tras
vail durable ,
154 MERCURE
S'écoulant à travers des tuyaux de
metal ,
Eleveront en l'air mille objets de
cristal ,
Qui frayant vers le Ciel une route
inconnuë ,
Sembleront de nouveau remonter
dans la nuë.
Auffi-toft à Manfard il donne le
deffein
De faire odvrir la Terre , & foüiller
dans fon fein ,
Pour conduire avec art par cent rous
tes profondes
Le tribut qu'on reçoit de ces nou,
velles ondes .
L'Archite &e obéit , & par mille
jets d'cau
On voit briller Marly d'un orne
- ment nogycau.
GALANT .M
155
Voicy les Titres des Arrefts,
Edits & Declarations , qui ont
paru depuis quelques mois , &
que je n'ay pû vous envoyer
plûtoft.
Edit du Roy , portant création
de cinq cens mille livres
de rente au denier vingt , fur
5 l'Hoftel de Ville de Paris , &
de deux Payeurs , & de deux
O Contrôleurs defdites rentes .
Acte de Notorieté , donné
par M le Lieutenant Civil ,
concernant les Tutelles .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui proroge l'ouverture
du Bureau pour l'Annuel ,
156 MERCURE
44
des Sieges Préfidiaux , & Juſti.
ces reffortiffantes nuëment
aux Cours Superieures , pour
la prefente année 1699. aux
conditions portées par l'Arreft
du Confeil , du 25. Octo
bre 1698. juſqu'au dernier
Juin prochain .
Arreft de la Cour du Parlement
, portant défenſes de
faire venir ny debiter d'autres
Eaux de Vies que celles faites
de Vin , à peine de confifca.
tion , & de mille livres d'amende.
Déclaration du Roy pour
la recherche de ceux qui ont
the GALANT. 157
X
2
4
ufurpé les Titres de Noblehomme
, Ecuyer , Meffire ,
Chevalier , Illuftre , Eminent,
haut & puiſſant ‹ Seigneur
Marquis Comtes , Vicomtes
& Barons , & tous autres
Titres de Nobleffe , dans la
Province de Bourgogne.
*
Arreft du Confeil d'Etat ,
portant reglement pour la
confervation & entretien des
Canaux de l'Ile de Riez en
I
Poitou.b Pul femA
Declaration du Roy concernant
les Greffes.
Arreſt du Conseil d'Etat du
Roy , quicordonnex quentes
158 MERCUR E
7
Poffeffeurs des Greffes &
droits en dépendans , alienez
en vertu des Edits & Décla
rations des 25. Avril 1689. Février
1691. Avril & Decembre
1695. & Juillet 1696. feront
tenus de payer entre les mains
de François Fontaine , ou de
fes Commis prépofez , le fup.
plément de Finance porté par
la Déclaration de ce jourd'huy
to. Mars 1699.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui fait défenſes tresexpreffes
à tous fes! Officiers
comptables , foit. Receveurs
generaux des Finances , ReceGALANT.
159
C
veurs particuliers des Tailles ,
Subftitutions , Subventions ,
Fouages , Octrois des Char
ges allignées fur les Fermes
des Gabelles , Aides , & cinq
Groffes Fermes , qu'autres , de
quelque nature que ce foit,
d'exiger aucuns droits de quittances
pour les menuës parties
qu'ils recevront , ou qu'ils
payeront , au deffous de la
fomme de vingt livres , à peine
de concuffion .
Arreft de la Cour du Parle
ment concernant les Mariages
faits fans le confentement
des Peres & Meres.
160 MERCURE
C
Sentences de M ' le Lieutenant
Civil , fur les contraventions
aux Reglemens concernant
le Contrôle des Exploits.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui confirme le Privi.
lege de Nobleffe aux Secre
taires de la Chancellerie de
Dole , & à leurs Enfans .
a
M de Woolhoufe ( Oculifte
Anglois & Gentilhomme
Servant auprés du Roy d'An.
gleterre ) ayant achevé fon livre
, promis au Public dans
ma Lettre du mois de Mars de
GALANT. 161
E
l'année 1696. n'en commencera
l'impreffion qu'aprés que
l'on aura eu le temps d'examiner
en détail toutes les maladies
oculaires , qui y font nettément
traitées , dont il me
promet de nouveaux Articles
tous les mois. Les Sçavans qui
ne luy ont pas encore envoyé
leurs remarques particulieres ,
pourront le faire pendant ce
temps là, & ceux qui fouffrent
fans avoir efté foulagez ailleurs
peuvent toûjours voir
& confulter ce rare Oculifte ,
qui, vient d'avoir permiffion
expreffe du Roy fon Mailtre ,
May 1699.
O
162 MERCURE
F
de demeurer actuellement à
Paris , aux Benedictins Anglois
, de la rue du Fauxbourg
S. Jacques. Voicy le titre qu'il
doit donner à fon livre.
Abbregé Methodique de
de toutes les maladies des
Yeux , décrites amplement
dans le Gazophylacium Philo
phylacium Philopthalmicum , du
Sieur de Woolhouſe. :
Il y a 170. differens maux des
yeux , réduits en un Recueil de
trente Articles , qui font ,
I. Les diverfes indifpofi
tions du Bulbe Optique , ou
corps de lail en general ,
GALANT. 163 °
1
au
nombre de
quinze..
II. Les Maladies des Sour
cils & Cils , qui font fix,
III. Les indifpofitions des
Paupieres , font au nombre de
quarante & une , dont il y en
S a onze qui attaquent les parties
externes des deux Paupieres.
IV Celles qui occupent les
Parties internes des deux pau ,
pieres , au nombre de huit .
V Les maladies des Tarfes
Cartilages , Peignes ou Cillons
des paupieres. Il y en a fept yen
VI. Les maux de toute la
Pampiere fuperieure : Il y en a
J.
trois.
}
o ij
164 MERCURE
Ily VII. Il y a deux maux qui
regardent la Paupiere inferieure
en particulier.
VIII . Les Maladies qui
fe trouvent indifferemment
communes aux deux Paupieres
en general , font au nombre
de dix.
IX. Les affections des
Glandules oculaires , trois.
€
X. Les maux des Tremata
Galeni , vulgairement dits ,
puncta Lachrymalia , c'eſt à - 1
dire , points ou trous Lacry
maux , z.
XI. Les accidens des can
thons, ou angles & coins desyeux ,
4.
GALANT.
165
1
XII. Les indifpofitions
des excremens & ferofitez lym
phatiques des yeux , 4.
XIII. Les vicés des mem-
Ibranes ou tuniques en general.
10.
T
XIV. Les accidens de la
tunique adnate , conjoinctive ou
membrane blanche de l'oeil , 13 .
XV. Les accidens de la
tunique fclerotide ou fclerotique,
& cornée ou membrane lanserniere
de l'oeil , 20.7
Ces accidens , fe divifent
premierement en ceux quil
infeſtent la partie de la cor
née qui couvre l'iris feulement ;
166 MERCURE
en ceux qui affligent la pru.
nelle , ou la partie de la membrane
ceratoezde , qui couvre la
papille ou le miroir & vifiere de
l'oeil , & en ceux qui attaquent
toute la tunique reratoïde en
general.
XVI. Les accidens de la
tunique choroïde ou rhagoïde ,
communément dite , l'Uvée ,
ou membrane raifiniere des
yeux , 6 .
XVII. Les maux de la
membrane Iris , c'eft , à - dire ,
Lorbicule ou cercle riolé piolé,
ou diverfifié & picoté de plu
Lieurs couleurs , comme eft.
GALANT. 167 °
1
l'arc en ciel , faite du replis de
l'uvée autour du pertuis ou
ouverture de cette tunique
qui forme le noir ou pupille ,
nommée le miroir &feneftre de
l'oeil ou la vifiere , 10.
XVIII Les affections de
la tunique blepharoïde , c'eſt-àdire,
cil façonnée & entrecou
pée de petits filets , comme
les poils des paupieres ou mem .
brane ciliaire, vulgairement dite
en Latin ligamentum ciliare ; &
en François , les ligamens , tendons
& fibres ciliaires qui n'ont
que deux fortes de maux.
XIX. Les affections de la
168 MERCURE
65
tunique arachnoeide & Hyaloeide.
c'eſt- a - dire , aranée &.vitrée, 2.
XX. Les vices de la retine ,
ou membrane retiforme oureticu
laire , en laquelle ſe fait la vifion
, 3 .
XXI. Il n'y a qu'une maladie
qui offenfe les humeurs de
L'organ bleptique en general .
XXII. Les indifpofitions
de l'humeur orides , c'eft à - dire
allugineux , ou bien , d hydatosidés
, c'eſt à dire, aqueux. 64
XXI . Les vices de l'humeur
glaciale , ou cristallino &
lenticulaire , 6 or mulbe
XIV. Les vices de l'hu.
meur
GALANT. 169 ·
menr viré, les indifpofitions
de smuſcles &tendons de l'oeil . 3 .
XXVI.Les indifpofition sdes
nerfs oculaires , & du Porus opti.
cus Galeni. 6.
XXVII. Les accidens des
vaiffeaux coquillaires , des venules
& arterioles de l'oeil . 2 .
XXVIII. Les accidens des
conduirs aqueux , ou aqueducs de
Fail
.
xxix . Les maux des efprits ;
dits vulgairement vifuels ou
vififiques . 4.
xxx. Mal opprimant les
couches du nerfoptique , appellez
thalami nervorum opticorum.
May 1699.
P
170 MERCURE
Les maladies du globe de
Tail en general , qui fait le
premier de ces trenté articles,
font au nombre de quinze.
1. Les Ecthimates , c'eſt à dì.
re , petites puftules comme
rougcoles , ou piqueures de
Guelpes . Les Cranthemates ,
c eft à dire , petites veroles , ou
ulceres appellez Poquettes ;
comme auffi les Phymates, petites
tumeurs & abfcés qui
naiſſent d'eux , s'augmentent
bien vîte , & viennent auffitoft
à fuppurer. Galien femble en
appeller une efpece , Bulla 9.
de fimp. med.facultat .
t
GALANT. 171
II. Phlegmone , c'eft à dire ,
inflammation generale des
yeux & des parties aux environs
, faite avec tumeur , rougeur
, douleur , chaleur , ten-
Gion , pointure , mouvement
difficile , &c. Ce fang y fermentant
étend les vaiffeaux
rompt les plus petits , d'où il
s'épanche & rampe par les fibres
des membranes d'entre
çes vaiſſeaux , de telle forte
qu'il occupe tout ce qu'il y a
d'efpace fans veines.Nota que
tqute phlegmone peulaire eft
inflammation , mais non pas
1
vice
Ececuoitavalua 110 6
Pij
172 MERCURE
III. L'Anthrax , ou l'anıbra.
cofie , carbunculation , oeil roti ,
charbon aux yeux, eft un ulcere
opiniaftre , petit , qui n'admet
pas d'eftre cicatriſé , & qui
coule de l'humeur acre & fubtile
. La carbunculation eft plei
ne des veines livides & variceufes
, & elle occupe ordinai
rement la paupiere , ou le bulbe
de l'oeil.
zab
IV. & V. La Sepedone eſt ་ la
pourriture de tout l'oeil. Elle
comprend le cbancre , lagangre
ne , & l'ophthalmie ſpaceliZoufe,
avec cette difference , que le
Sphacelus ou fyderation propre
GALANT 173 ·
ད
ment appartient aux os de
l'orbite , & la gangrene attaque
la chair , précede le sphacelus,
& fuit l'ophthalmie.
VI. La Periodynia Diofcori.
idis , ou Ophthalmoponia Galeni,
c'eft à dire , douleur & élancement
interieur, principalement
autour des racines des yeux ,
vellication aiguë & tres fenfible,
Gal. 4. Topic. rapporte
-un remede fpecifique appellé
Lyfiponion , c'est à dire , qui diffipe
les douleurs ; & Hippocrate
dans fes Aphorifmes dit,
que boire le vin pur , les bains,
fomentations , ou la faignée ,
Püj
74 MERCURE
ou la purgation , guerit les
douleurs des yeux .
*
VII. L'Epiphore rheumâton,
la Rhufie , ou rhume ophthalmi .
que , item le libos , & rheumatif.
me , c'est à dire ,fluxion , défluxion
, diftillation , proprement
froide , aux yeux , la delacrymi
tion , ou illacrymation involon
taire.
VIII. La Selerophthalmie felon
Galien dans fon Ifagoge ,
eft quand les paupieres fom
dures , l'oeil rouge avec mou
vement difficile , & fans moi.
fture. On l'appelle ordinaire.
ment en François , chaffie dure,
121
GALANT. 175 .
,
à cauſe que l'oeil dans cette
maladie jette des ordures &
craffes arides comme des furfures
, ou petites écailles.
IX. La Xerophthalmie , lippitude
, ou chaffiefeche , quand les
yeux , fans eftre bouffis ny
pleureurs , ont rougeur legere,
douleur , cuiffon , pefanteur ,
demangeaiſon , & les paupieres
, fans eftre dures , font co
lées enſemble par une pituire
feche & falée.
X. L'Oedeme, tumeur,groſſiſſe
ment. L'oeil enfle , rehauffe , fe
remuant difficilement ; quand
l'enflure en eft fi molle , que
P iiij
· 176 MERCURE
fors qu'on la preffe , elle cede
aux doigts , & y laiffe un vefti .
ge. On rapporte icy l'Exoph.
thalmie, c'eft à dire , ail de boeuf,
ou de moruë qui fe fait par con .
formrtion naturelle plûtoft
que par accident . Mais ceux
qui ont les yeux ainfi façonnez,
ne voyent pas fi clair que
ceux qui les ont enfoncez,
Arift . de Gen. anim, lib.
XI . L'Ecpiefme , l'Echtblipfe ,
ou Proptofie de l'oeil, l'expreffion,
égreẞion , chute ou procidence du
bulbe oculaire , l'oeil fufpendu ,
quand l'oeil prend plus de
relief que du naturel ;
de ma-
5.
GALANT.
/
177
.
177
niere que les paupieres ue
peuvent pas le couvrir. Cela
a arrive par quelque coup , ou
autre violence , ou relaxation
des muſcles.
0
XH.L'Atrophie , la Macie ,
amoindriffement , extenuation &
confomption de l'ail. Oeil rapeißè
, & emmaigri. Item la Koilophthalmie
, c'est à dire , profondation
, ou cavité de l'oeil, qui
font ordinairement les effets
de l'Ophthalmie phtheinodes, par
laquelle la graiffe de l'oeil fe
fond , & le globe de l'oeil
vient en chartre , eſtant en
foncé dans la tefte bien en
178 MERCURE
avant , ce qu'on nomme les
yeux haves,
! XIII. L'atonia , ou l'astheneia
ophthalmôn , c'eſt à dire , la
debilitè , impuiffance , ou foibleffe
des yeux. Item l'arroftia , ou
malakia , c'eſt à dire , imbecillité,
langueur , &c. quand la veuë
ne peut fupporter l'éclat dela
blancheur , de la lueur, du feu,
ny d'autre choſe brillante. Elle
eft faite d'ordinaire
par un
affemblage de defauts ocu
laires .
XIV. L'Hémeralopie , la
vûe choüette,l'oeil de chat , quand
on voit mieux de nuit que de
GALANT.
179/
jour. Hippoctate » nomme
Nyctalopes ceux qui voyent
bien clair de nuit. La veuë
crepufculaire , comme celle
de Tibere eftoit felon Tran .
quille c. 68.
XV. Nyctalogie , ou Nyc.
talopiafie , cecité nocturne , aveuglement
de nuit . Quand on
voit affez bien de jour , le matin
& lefoir on voit plus difficilement
, mais la nuit on ne
voit rien du tout. Ariftote
en appellant nyctalopex celuy
qui ne voit pas de nuit , dit
que cette maladie arrive le
plus fouvent à de jeunes gens,
180 MERCURE
Hippocrate dit la meſme
choſe.
Dijon aprés Paris eſt une
des Villes du Royaume qui
produit le plus de Sçavans &
d'hommes de Lettres. Celt
ce que feu M Ménage difoit
fouvent dans fes Conferences .
On y regrette aujourd'hvy la
perte qu'on y a faite en la perfonne
de Meffire Eftienne
Moreau , Avocat General de
la Chambre des Comptes ,
décedé le 27. du mois paſſé.
C'eftoitun excellent Orateur,
comme il a paru par plufieurs
GALANT 181
Difcours qu'il a
prononcez
au Parlement
, eftant alors
Avocat , qu'à la Chambre
des
Comptes
en qualité d'Avocas
General , aux Audiences
publiques
, & aux ouvertures
de
la Saint Martin , où l'ufage des
Harangnes
, aprés avoir fubfifté
longtemps, a ceffé depuis
quelques
années . Il y a eu
quelques-unes de fes pieces
d'Eloquence
mifes au jour ,
entre autres le Difcours qu'il
fit au Parlement en 1676. à la
prefentation
des Lettres de
provifion
de M le Marqnis
d'Huxelles , pour la Charge
182 MERCURE
ว
de Lieutenant de Roy en
Bourgogne , un Difcours allegorique
fur la Paix , imprimé
la même année , deſtiné pour
la Chambre des Comptes ; un
autre fur l'établiſſement d'une
Academie des belles Lettres
à Dijon en 1693. un autre
adreffé au Roy la même année
, au fujet du rang des Of
ficiers de fon Royaume , & un
Eloge du feufçavant M' Boizot
, fon Ami , Abbé de Saint
Vincent de Befançon en 1694
llavoit un genie facile pour la
Poëſie , & il feroit à fouhaiter
qu'on euft un recueil de tout
GALANT. 183
ce qu'il a compofé dans ce
33 genre de Litterature , & de
toutes les Pieces détachées qui
ont paru de luy en divers
temps. Lors qu'il fit eftant
jeune , le voyage d'Italie , il
laiffa en paffant à Lyon , àun
de fes Amis , un recueil des
Poefies qu'il avoit faites alors ;
& au retour de fon voyage par
E la même Ville , il trouva que
fon Ami avoit pris le foin de
faire imprimer fes Vers fous
de titre desNouvellesFleurs du
Parnaffe.Il réuffiffoit parfaite-
Iment aux Deviſes & aux Emblêmes,
ainfi qu'il en a ſouvent
84 MERCURE
donne des marques dans les
Deffeins des réjouiflances publiques
que la Ville de Dijon
a produits pour les naiſſances
des Fils de France , les declarations
de Paix , les arrivées &
fejour des Gouverneurs dans
la Province , à la teuuë des
Etats, & en d'autres occafions.
La pluſpart de ces Deffeins accompagnez
de Deviles &
d'Inſcriptions de ſa compoſition
, ont efté imprimez. Il
avoit époufé en premieres
Noces Dame Marguerite Durand
, alliée aux meilleures Fa.
milles de la Ville , de laquelle
GALANT. 185
ב
ila eu M' Moreau de Brafey ,
cy-devant Capitaine au Regiment
de la Sarre , Auteur
des Journaux imprimez des
Campagnes de Piémont 1690 .
& 1691. & en fecondes Noces ,
Dame Marie Remond , d'une
Famille noble & ancienne ,
originaire de Chaſtillon fur
Seine , de laquelle il laiffe qua.
tre Filles. Au fujet des Devifes
& Emblêmes dont je viens de
vous parler, il en avoit fait une
pour luy- même , tirée des Armoiries
de cette feconde Fem >
me, portant trois roles , & des
fiennes , qui font trois teftes
May 1699. Q
86 MERCURE
de More , tortillées d'or en
champ d'argent ; fçavoir un
More qui tient une rofe , avec
ce Vers .
Ardor totus is eft , eft ea tota
pudor.
Autour de l'Ecuffon de fes
Armoiries , peint avec celles
de feuë Dame Catherine Ro.
fetot , fa Mere , qui font d'or à
deux roſes de gueules , coupé
d'azur à une roſe d'argent ,
ainfi que le portoit Philbert
Rofetot , Confeiller au Parle
ment de Dijon en 1616. de la
Famille duquel elle eſtoit , &
celles de Marie Rémond, fa
GALANT. 187
10
feconde Femme , qui font de
gueules à trois roſes d'argent,
il avoit mis ce Vers.
Eft meus in caftis , ortus amorque
rofis.
Il eft mort dans fa foixante &
uniéme année. Il eftoit Frere
du feu Chevalier Moreau , Cal
pitaine dans le premier Batail !
lon du Regiment Royal des
Vaiffeaux, n ort âgé de trentedeux
ans à Mons en Hainaut,
le 11. Aouft 1692. de la bleffure
qu'il avoir reçûë au combat de
Steinkerque. Ses autres Freres
qui restent , font , Dom Moreau
, Bachelier de Sorbonne,
Qij
88 MERCURE
Prieur de Cifteaux ; Mcl'Abbé
de Hautefeille en Lorraine ,
nommé par Sa Majesté en
1692. eſtant à ſon Camp devant
Namur , & Mr Moreau de
Mautour , Auditeur en la
Chambre des Comptes de
Paris , qui a beaucoup de talent
pour
la Poëfie Françoiſe ,
& d'inclination pour les belles
Lettres. J'ay crû devoir cet
article à la memoire de feu
M' Moreau , en reconnoiſſan.
ce de quantité de Poëfies excellentes
de fa façon , dont
les Lettres que je vous envoye
tous les mois ont efté plu
GALANT. 189
1 fieurs fois embellies.
La part que vous avez priſe
à la perte de l'illuftre M✩Racine
, m'engage à vous envoyer
ces Vers , que M' du
Tremblay a faits fur fa mort.
A M' DESPREAUX
L'Oracle de nos jours , le celebre
Racine ,
Dontles Vers infpirez d'une fureur
divine ,
Tant de fois de nos yeux ont exigé
des pleurs,
Nous laiffe par fa mort de plus
juftes douleurs.
190 MERCURE
Limpitoyable Parque en a fait fa
victime ,
Sansrefpecter en luy l'espris le plus
fublime,
Ce monftre aveugle & fourd , ce
cruel deftructeur.
Ne peut rienfur l'Ouvrage , &
peut tout furl Auteur.
Defes fameux Ecrits la memoire
immortelle
,
Rapellera toujours cette perte
cruelle,
Et nos derniers Neveux accuſe.
ront le fort
D'avoir foumis Racine au pou.
voir de la mort.
Illuftre & cher Amy de ce rare
genie,
GALANT. 19!
Defpreaux , 109 quifus le témoin
defa vie ,
Toy , qui connus fi bien fon coeur
&fon esprit , 199
• Fais nous de fes vertus un fidelle
récit
Perfonne comme toy n'anime une
peinture. Now th
Tu peux luy fairefeul un Eloge
qui dure.
Famais mortel ne fut plus digne
de tes Vers,
Son nom vivra comme eux autant
que l Univers.
Mais envain fa memoire à ce
devoir
t'engageind
En vain mafoible voix s'excite à
cet
ouvrage,
192 MERCURE
Juftement penetré des plus viv
douleurs ,
Tu ne peux luy donner d'Eloge
que tes pleurs.
Tu n'en peux trop verfer fur
cette illuftre cendre.
Mille autres comme toyfont for
cez d'en répandre,
Quoy qu'ils neperdent pas un ami
précieux ,
Le plus rare prefent de la faveur
des Cieux.
Pleure , & n'entreprens poin
u e loüange vaine ;
Tú prendrois pour fa gloire, un
inutile peine.
Ses Vers de l'avenir feront tou
jours cheris
Off
GALANT . 193
On lira fon Eloge en lifant fes
Ecrits.
Le Madrigal que vous allez
lire fur la mort de M' Moreau,
a efté envoyé à M' Moreau de
Maintour fon Frere , par M
I'Abbé Bofquillon , de l'Aca .
demie Royale de Soiffons
I 4probité l'honneur,les beaux
Vers l'éloquence ,
Les entretiens aifez , la profonde
fcience
Des fureurs de la mort n'ont pú
Sauver Moreau.
Mufes conføle vous defes fan!
glans outrages;
May 1699.
R
194 MERCURE
San Frere fes Amis, par d'immortels
Ouvrages ,
Scauront bien l'arracher à la nuit
du Tombeau, un aludo
Ces autres Vers ont efté
mis en Air par un habile Muficien
. Quiconque aura la for
ce de s'attacher à la maxime
quils renferment , peut s'aflurer
de vivre fans inquietude.
? idue
AIR NOUVEAU.
S1jamais
à l'amour
~
Je fuis fenfible un iour ,
On le fera de même .
9
6
to
19% MERCU
I
(
e
GALANT. 195
Le fecret important
efore toujours content ,
eft d'aimer qui nous aime.
(
Le Mardy 28.du mois paffé,
Meffire Antoine Portail , Avoat
General au Parlement de
Paris , & auparavant Avocat
lu Roy au Chaftelet , & enfuile
Confeiller au Parlement ,
Épouſa Demoiſelle Madeleine
Rofe. La ceremonie fut faite
par M'l'Evêque de Perpignan ,
qui parla avec toute l'élo
quence &broute la dignité que
fon miniftere demandoit dans
une pareille occafion M Por
Rij
196 MERCURE
sail , déja fi connu par la hau
te répuration qu'il s'eft acquife
, quoy que dans un âge peu
avancé , n'a befoin d'aucune
autre preuve pour perfuader
qu'il eft d'un merite diftin.
gué . Left Fils de Meffire Antoine
Portail Confeiller de
la Grand Chambre , & de
Dame Marie - Madeleine le
Nain , qui font deux Familles
confiderables dans la Robe
Mademoiſelle Roſe a toutes
les qualitez qui peuvent la
rendre recommandable , foit
pour l'agrément de fa perfon
ne , foit pour tout ce qui re
GALANT. 197
garde l'efprit & le coeur . Heft
aifé de s'appercevoir en la
voyant , qu'elle a efté élevée
de bonne main . Elle eft Peti
te - fille de Meffire Touffaine
Rofe , Prefident en la Chambre
des Comptes , Secretaire
du Cabinet , & l'un des qua
rante de l'Acadèmie Fran
çoiſe , & de Dame .... de Villiers
; & Fille de Meffire Louis
Rofe de Coye , Confeiller au
Parlement , & ayant la furvi
vance de la Charge de Secre
taire du Cabinet , & de Dame
Madeleine de Bailleul , aujour
d'huy Madame la Marquise de
Riij
188 MERCURE
abell
Varan , Soeur de Meffire Nicolas
Louis de Bailleul Marquis
de Chateau Gontier , Profident
à Mortier au Parle
ment de Paris.o
-Cefar Auguftelde Choiseul
du Pleffis Praflin , Duc de
Choifeul , Pair de France , Che
valier des Ordres du Roy,
Lieutenant General des Ar.
mées de Sa Majefté, s'eft auffi
marié depuis peu de jours. Ila
époulé Dame Marie Bouthillier
, Veuve de Nicolas Brulart
, Márquis de la Borde ,
premier Prefident du Parlement
de Dijon , & Fille de
;
GALANIM 199
Bouthillier , Meffire Leon ร
Comte de Chavigny , Mini,
- ftre & Secretaire d'Etat , Com .
mandeur & Grand Treforier
des Ordres de Sa Majefté , &
de Dame Anne Phelypeaux.
La nouvelle Mariée a pluſieurs
Freres & Soeurs , enrre autres
Jacques- Leon Bouthillier ,
Marquis de Beaujeu , Conſeil .
ler honoraire du Parlement ;
Denis François Bouthillier de
Chavigny, Evêque de Troyes,
Louis Bouthiller , Chevalier
de Malte Loüife . Françoiſe
Bouthillier , Veuve de Philip .
pes de Clerambault , Comte
:
R iiij
200 MERCURE
de Palluau , Chevalier des Or .
dres du Roy & Maréchal de
France , & Renée Bouthillier,
Epoufe de Meffire Jean de
Beuzzelin , Seigneur de Boil
melet , Preſident à Mortier au
Parlement de Rouen . ...
30
Voicy les noms de plufieurs
perfonnes confiderables de
l'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Meffite Pierre Gaillard ,
Sous Doyen des Docteurs en
Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maifon & Societé
de Sorbonne , & Doyen de
•
GALANT. 201
6
Eglife de Langres , où il eft
mort en fa foixante & dixfeptiéme
année . Il faifoit
beaucoup d'aumônes & de
charitez. Il a un Frere Cha
noine regulier , & il en avoit
un autre Contrôleur general
de feuëS. A. R. Mademoifelle
de Montpenfrer , qui eft mort
fans alliance. Ils eftoient tous
Fils de M Gaillard, auffi Contrôleur
general de feuë Mademoifelle.
aliously in
Dame Marie Vallery , Veuve
de M' Bourdon , l'un des
Confeillers du Roy en l'Hoſtel
de Ville de Paris. Elle eft mar.
102 MERCURE
te ágée de foixante & dix ans,
ayant vêcu dans une grander
pieré. Elle laiffe deux Enfans ,
Jacques Bourdon , Treforier
de France à Paris , & Gabrielle
Bourdon , Epoufe de Hardoüin
- Jacob , fieur Defplu
ches , auffi Treforier de Fran
ce à Paris. Elle a eu encore
une Fille , qui avoit époufé
défunt François Bellucheau ,
Confeiller Secretaire du Roy;
dont il reſte un Fils anique ,
François Bellucheau , us de
Villiers ,
Gentilhommé ordinaire
de la Maiſon du Roy .
Le Pere Mathias de la Bour
"
GALANT. 203 1
donnayd , Jefuité , Confeffeur
de Son Alteffe Royale Monfieur
, Frere unique du Roy. Il
eftoit d'une tres bonne Fa
mille de Bretagne , dont eft
M' de la Bourdonnaye
, S'de
Cotyon , Maistre des Requeftes.
dolabilao.bod
Meffire : Bernard Picquet !
Docteur en Theologie
de la
Societe Royale de Navarre ,
mort à foixante & quatre ans ,
& Meffire Louis Picquet, fon
Frere , Docteur en Theologie
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne
, cy devant Biblio
thequaire
de la Bibliotheque
204 MERCURE
publique du College des Qua .
tre . Nations . Ce dernier eft
mort à
foixante & deux ans ,
& eftoit tres
intelligent dans
les Langues du Levant , fort
connu & eftimé parmy les Etrangers.
Il avoit une Biblio .
theque
confiderable , particu
lierement pour les
Langues
Orientales, & pour les memoires
& les
remarques qu'il avoit
faites . Illa laiffe par fon tefta .
ment , avec tous les
papiers &
pieces
volantes , tant impri
mez que
manufcrits , à la Bibliotheque
des
Jacobins ré
formez de la rue Saint Hono
GALANT .
205
ré, dont le Pere Lequin , fon
Ami fort fçavant dans les
Langues Etrangeres , eft Bibliothequaire.
Ms Picquet
laiffent un Frere. & une Soeur ,
qui font François Picquet ,
Confeiller - Secretaire hono.
raire du Roy , Pere de défunt
M ' Picquer ,
Confeiller au
Chaftelet, & N. Picquet , Veuve
de M Lhuillier , Audien
0 cier en la petite Chancellerie ,
dont entre autres eft venu M'
Lhuillier , Chanoine de No-
-ftre- Dame du Vivier en Brie,
- réunie à la Sainte Chapelle de
Vincennes
206 MERCURE
Dame Marie Bourgoin , E.
poufe de Meffire Nicolas le
Vaffeur , Seigneur de Saint-
Vrain , Prefident en la Cour
des Aides. Elle eftoit Soeur de
Meffire Lambert Bourgoin ,
Confeiller en la premiere
Chambre des Enqueftes , &
Fille de défunt Louis Bourgoin
, maistre des Comptes ,
Seigneur de la Grange Baſteliere
, Fief fitué à Paris . M ' de
S.Vrain ,fon Epoux , eft Frere
de Pierre Jean le Vaffeur ,Con.
feiller en la premiere des Enqueftes
, de N. le Maffeur , Epouſe
de M' d'Argouges, mar
GALANT. 207
quis de Grator , & de N. le
Vafleur, Epoufe de Louis Bon-
= temps , receu en furvivance à
la Charge de premierValet de
Chambre du Roy , que poffe.
de M Bontemps fon pere.
--Mathurin le Jariel , Confeil
ler Secretaire du Roy , & l'un
des Fermiers Generaux de Sa
Majefté . Il laiffe un Fils Jean-
Baptifte le Pariel , 9 ' des Forges
, Confeiller en la Cour des
Aides .
Meffire François de Valles
Seigneur de Launay ,
Auditeur en la Chambre
des Comptes. Il eftoit d'une
208 MERCURE
ancienne Famille de Paris, qui
a donné plufieurs Officiers à la
Chambre des Comptes depuis
cent cinquante ans. Il laiffe
plufieurs Enfans dans l'Eglife
& dans l'Epée. M ' de Valles ,
fon Fils aîné , ſe va faire recevoir
à fa Charge d'Auditeur.
Meflire Henry de Barrillon,
Evêque & Baron de Luçon ,
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , mort dans fa
foixante & uniéme année Il
eftoit Fils de Jean - Jacques de
Barrillon , Seigneur de Cha
ſtillon fur Marne , Préfident
aux Enqueftes , & de Bonne
GALANT. 209
Fayet , petit- Fils de Jean de
Barrillon , Seigneur de мancy,
de morangis , & c . Confeiller
au Parlement , & de Judith de
Meſme , fa feconde Femme ,
& arriere - petit- Fils d'Antoine
de Barrillon , Seigneur de mancy
. Morangis , & autres lieux,
& de Loüife Billon . M'l'Evêque
de Luçon a eu deux Freres
& deux Soeurs ; fçavoir , Paul
de Barrillon, d'Amoncourt ,
Marquis de Branges, Seigneur
de Mancy & de Morangis ,
Maistre des Requeſtes , & Ambaffadeur
Extraordinaire en
Angleterre , qui a épousé мa-
May 1699.
६
S
210 MERCURE
deleine Mangot , Fille du
Mailtre des Requeſtes , dont
font venus Antoine de Barrillon
, Conſeiller en la feconde
des Enqueftes ; N. Barrillon ,
Epoufe de Jean - Denis Michel
Amelot de Chaillou , Maiſtre
des Requeſtes , & N. de Barrillon
, Epoufe d'Arnault de la
Briffe , Procureur General au
Parlement, Antoine de Barrillon
, Seigneur de morangis ,
autre Frere de M'Evêque de
Luçon, Maistre des Requeftes,
Intendant à Metz , Alençon
Caën & Orleans , a épouſé
Catherine - Marie Boucherat ,
*
*
GALANT. 201
Fille de Mile Chancelier, dont
eft venu Jean Jacques de Bar
Brillons Seigneur de morangis,
Avocat du Royau Chaftelet ,
puis Confeiller au Parlement
Anne Françoise de Barrillon ,
Soeur de M'de Luçon , a épousé
Antoine Cleriadus , Colonel
du Regiment d'Agenois , &
Judith de Barrillon , fon autre
Soeur avoit épousé . Cefar.
Philippes de Beauvoir , Comté
de Charelus , Vicomte d'Avalon.
omiT ob
f
Dame Françoise Défita ,
Veuvelde Michel Guchery, ancien
Avocat au Parlement ,
S ij
212 MERCURE
morte âgée de foixante & dix
ans. Elle eftoit Soeur de мeffire
Jacques Défita , Lieutenant
Criminel en la Prevofté & Vicomté
de Paris ; de Geneviève
Défita , Veuve de Philippes-
François ,fieur de Montbayen,
Auditeur des Comptes , & de
feu Denis Défita , Docteur de
Sorbonne , & Curé de Saint
Cofme. Elle laiffe plufieurs
Enfans , Garçons & Filles , entre
lesquelles eft , Marie Gue
hery , Epoufe de Timoleon
Chaliveau, Seigneur des Effars
& d'Auzans , Fils de feu M'
Chaliveau , Lieutenant GeneGALANT.
213
ral des Eaux & Forefts , & Genevieve
Guchery , Epoufe de
M' de Vitray , Treforier de
France à Caën .
En vous apprenant dans
l'une de mes dernieres Lettres.
la mort de Madame Auzanet ,
je me fuis trompé quand je
vous ay dit , que Meffire Barthelemy
Auzanet fon mary ,
Confeiller au Grand Confeil ,
eftoit Fils du celebre M' Auzanet
, Avocat au Parlement.
- J'ay fceu depuis ce temps là
qu'il en eftoit petit Fils , ayant
eu pour pere mellire Jean Auzanet
, Auditeur en la Cham214
MERCURE
bre des Compres , lequel eftoit
Fils de l'Avocat.
"
Jevous appris le mois paffe
la mort de Meffire Charles-
Claude African de Lhoftel ,
Marquis d'Efcots , Baron de
Cemoutier, Lieutenant Gene.
ral pour le Roy en la Province
de Brie & Champagne
. J'ajoûte
aujourd'huy à cet article ,
qu'il eftoit Frere de Henry-
Nicolas , Marquis d'Efcots ,
Colonel du Regiment d'Ar
tois , Lieutenant de Roy en la
Province de Brie , mott en
1682. des bleffures qu'il reqeut
à Huy , & Fils de FrançoisGALANT.
215
Gafton de Lhoſtel , Marquis
d'Efcots , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , Colonel
du Regiment d'Artois , & Lieu .
tenant General pour Sa Majefté
de la Province de Brie, tué
en Irlande en 1690. & d'Elizabeth
de Flecelles , laquelle
eftoit Fille de Nicolas de Flecelles
, Comte de Bregy , qui
aprés avoir efté Confeiller au
Parlement , prit le parti de
l'Epée , & fut Lieutenant General
des Armées du Roy , &
Ambaſſadeur Extraordinaire
en Pologne & en Sue de .
*
216 MERCURE
Ma
L'Ambaffadeur de Maroc
voulant témoigner fa reconnoiffance
des bons traitemens
qu'il a receus de M¹ & de мadame
de Saint Olon , a écrit
d'Orleans cette Lettre à Ma ..
dame de Saint Olon. La traduction
en a efté faite de l'Arabe
en noftre Langue , par M
Dipy le Jeune , Secretaire Interprete
du Roy pour les Langues
Orientales,
Louange à Dieu feul ;
il
ny
a point de force ny de puiffance.
qu'en lux , qui eft le Grand
le
Puiſſant.
De
GALANT . 217
Dela part de l'Admiral Abdalla
Ben Aycha , à noftre bienaimée
en Dieu , Madame de
Saint Olon.
MADAME,
Aprés vous avoir faluée , &
vous avoir donné des marques d'a
mitié perpetuelle , qui ne finirajamais
, je demande l'estat de voftre
fanté, & de celle de Mile de S.
Olon deM votre aimablefils.
Nous ne vous avons point quit .
tée de coeur , noftre éloignement
a allumé en luy unegrande ardeur.
May 1699.
T
28 MERCURE
Je prens Dicu à témoin de ce que
je dis. Nous le prions qu'il nous
conduife à bon pott , & que nous
puiffions entendre de vos nouvelles
toute noftre vie . Nous ne difcontinuerons
point de vous écrire ,
quand nous ferons arrivez en nofre
Pays, pour renouveller amitié,
Nous ne manquerons
pas de parler
de vous à nos Enfans , du bien
que vous nous avezfait , & du
bon fervice que vous nous avez
rendu . Nous vous en fommes infi.
niment redevables , & je prie
Dieu qu'ilpuiffe nous donner lieu
de vous rendre la pareille.
Le vendredy, qui eft lefeptiéme
GALANT. 219
jour du mois de Zielcodé , l'an de
l'Egire mil cent dix.
C'eft voftre bon ami , Abdalla
Ben- Aycha , Miniftre du lieu
élevé , qui a fon nom au haut ,
• qui vous écrit .
Voicy la fuite des Arreſts
& Declarations du Roy , dont
je vous ay déja fair part .
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , qui ordonne que M de
Meufles jouira de tous les
droits honorifiques en la Paroiffe
de Saint Cir prés Oli
vet , immediatement aprés les
Seigneurs de cette Paroiffe ,
Tij
220 MERCURE
fe , à l'exclufion de toutes autres
perlonnes , & que le Curé
fera tenu de les luy deferer , à
peine de faifie de fon temporel
, attendu l'acquifition faite
par ledit fieur de Meuffes des
droits d'échange de ladite Paroiffe.
Quoy que cet Arreft foit
du 17. Mars , il ne vient que
d'eftre rendu public .
Arreft du Confeil d'Etat
Prive du Roy , du 3. Avril , qui
ordonne que les Reglemens
des Chancelleries feront executez
au Bailliage & Siege Préfidial
de Chasteau - Thierry, &
pour les contraventions com
GALANT. 221
miſes à iceux par plufieurs
Procureurs dudit Bailliage &
Siege Préfidial , les condamne
chacun en trois cens livres
d'amende envers les fleurs Secretaires
Roy , & Officiers de
la Chancellerie .
Arreft du Confeil d'Etat du
ناد
re- Roy , dudu 14. Avril , Avril ,
portant
r
glement pour les Compagnons
& Ouvriers travaillans
en Tapifferie de haute & de
baffe lice.
Declaration du Roy du s.
May , concernant ce qui doit
eftre obfervé dans la vente
& difpofition des biens de
"
Tiij
222 MERCURE
ceux qui ont fait profeffion
de la Religion pretenduë fé
formée.
Arreft du Confeil d'Etat
du Roy , du 9. May , portant
reglement pour le Commerce
des Laines.
Arreft du Confeil d'Etat du
Roy , du 12. May, fervant de
nouveau reglement pour les
droits & fonctions des Contrôleurs
des Bans de mariage.
Acte de notorieté donné
par Mile Lieutenant Civil , en
faveur des Mineurs , concer
nant l'employ que les Tuteurs
font obligez de faire des deGALANT.
223
f
niers pupillaires , & le cas où
les interefts , & interests des
intereſts font dûs par les Tu
teurs .
Je viens à ce qui regarde
la fituation de chaque Etat.
Depuis ce que je vous en ay
écrit le mois paffé , la France
a joüy de la tranquillité qui
luy eft ordinaire , foit pendant
la Guerre , foit durant la Paix.
On efperoit que les foins que
l'on a pris de faire ouvrir dans
toutes lesProvinces du Royaume
, les greniers de ceux qui
les tiennent fermez quand la
Tiiij
224 MERCURE
récolte n'eft pas abondante ,
& que les blez étrangers qu'on
y a fait venir , commenceroientà
en faire diminuer le
prix ,fur tout à Paris , où ce
rabais paroiffoit le plus necef.
faire , à caufe de la quantité
de perfonnes qui y viennent
de toutes parts ; mais le grand
befoin où le font trouvées une
ou deux Provinces de France
qu'il a falu fecourir , a fait
differer encore pour un peu de
temps la diminution du prix
du blé. Jamais police n'a efté
fi bonne que celle qu'on a te
nuë depuis fix mois , pour en
GALANT. 225
A
empêcher l'augmentation.
Ainfi on peut dire que les Magiftrats
qui en ont foin , ont
bien répondu aux intentions
& aux ordres du Roy , qui s'eft
appliqué avec fon Conſeil à
chercher les moyens d'empê
cher la famine , & qui a eu le
bonheur d'y réüffir . Le Printemps
remuant plus les hu
meurs que ne font les autres
faifons , la mortalité a plus
regné ce mois cy , ce que
l'on peut auffi imputer à l'in .
temperie de l'air , qui s'eft
trouvé depuis quelques années
plus dérange qu'il n'avoit
efté depuis plufieurs ficcles
226 MERCURE
Le Scorbut a un peu regné
dans quelques Hôpitaux , mais
les malades ont efté fi bien
foignez , que l'on en voit
beaucoup moins prefentement
. Quant au réfte , le Roy
profitant de la Paix pour le
rétabliffement de fes affaires ,
fe prive d'une partie de fes
revenus , par l'ordre qu'il a
donné de rembourfer les augmentations
de gages dans les
Provinces , ce qui leur ferafort
avantageux , puis que c'eſt y
répandre de , l'argent en la
place de celuy qu'on en a tiré
pendant la guerre.
GALANT. 227
L'Affemblée provinciale du
Clergé s'eftant tenue à l'Archevêché
, conformement à
la Lettre du Roy , adreffée à
tous les Archevêques , pour la
reception de la Conftitution
du Pape , publiée à Rome touchant
le Livre de M ' de Cambray
, les Evêques de la Province,
aprés l'avoir examinée,
réfolurent de la recevoir , & de
la faire publier chacun dans
fon Dioceſe , par un Mandement
; & pour cet effet de fupplier
S. M. de faire expedier fes
Lettres petentes , afin qu'elle
fuft verifiée en la maniere or228
MERCURE
dinaire , fuivant l'ufage du
Royaume. On a imprimé le
Procés verbal de ce qui s'eft
paffé à cette Affemblée , &
l'on attend le réſultat de celles
des autres Provinces .
Il ne s'eft rien fait de confiderable
en Allemagne depuis
ma derniere Lettre , que la fatisfaction
qui a efté faite à Mª
le Marquis de Villars , celle
que la demandoit la Cour de
France. La chofe eftoit fi ju-
Ate , que les Ambaſſadeurs
& Envoycz Extraordinaires
d'Angleterre , de Savoye & dea
Hollande fe font employez à
GALANT, 229
luy faire avoir cette fatisfaction
. L'Empereur même étoit
porté à faire rendre cette
juſtice plûtoft à la France
mais fon Confeil a cru devoir
attendre jufqu'à la derniere
extremité, c'ell à dire , jufqu'au
moment du départ de M le
Marquis de Villars , efperant
toûjours qu'il relâcheroit quelque
chofe de fes prétentions .
Les limites, qui felon le Traité
de Paix fait avee les Turcs ,
devoient eftre reglées dans le
mois d'Avril , ne le font pas
pas encore , mais il Y a lieu
de croire que cette affaire fera
230 MERCURE
bientoft terminée. Les Etats
de Hongrie ont renouvellé
plufieurs fois leurs inſtances
pour obtenir une Diette generale
, afin de déliberer fur
les moyens de rétablir ce
Royaume , qui a beaucoup
fouffert pendant la guerre.
L'Espagne ne fournit rien
qui foit de remarque , que la
fedition arrivée à l'occafion .
du bled qui a manqué à Madrid
, mais elle a eſté apaiſée
en même temps de deux manieres
, puis que pendant que
DomRonquillo que le peuple
avoit demandé pour remplir
la place de Corregidor, dontil
GALANT. 231
avoit déja exercé la Charge ,
avant celuyqui la poffedeà prefent
exhortoit les Seditieux , le
Crucifix à la main , à fe foumettre
, le Marquis de Corfana
, ancien Gouverneur de
Barcelone , avançoit par l'autre
bout de la rue avec deux
mille hommes pour les mettre
à la raison . La fanté de Sa
Majefté Catholique eſt toujours
fort chancelante , & il
n'y a pas d'apparence dans la
fituation où ce Prince eft,
que les forces puiffent aifément
ſe rétablir. Le Siege de
Ceuta n'avance point. for
Il n'y a rien eu d'affez re232
MERCURE
marquable en Italie , pour le
rapporter comme une Nouvelle
d'Etat , hors la naiffance
du Prince de Piémont, Chaque
Souverain a les yeux ouverts
fur la maladie du Roy
d'Espagne , & chacun craint
de voir troubler la tranquillité
dont fes Etats jouiffent , fi ce
Monarque venoit à mourir.
Le Parlement d'Angleterre
a efté prorogé. Le Roy a donné
fon confentement à tout ce
qu'a voulu le Parlement, & n'a
pas obtenu tout ce qu'il a
fouhaité. Les Troupes auroient
auffi defiré plus qu'elles "
GALANT 233
n'ont obtenu , & le peuple eſt
content..
Les affaires de Portugal font
dans une affez bonne fituation
. Sa Marine eft en bon
eftat , & il en eft depuis peu
parti fept Vaiffeaux , fçavoir ,
quatre qui portent du ſecours
à Monbaça ,fur la cofte Orien-
Itale d'Afrique, que les Arabes
de Mafcate commencerent à
affieger l'année derniere ; deux
pour Angola , & un pour
- Goa,
Je n'ay rien à dire des Princes
du Nord. Quand ces Souverains
font en bonne intelli.
May 1699.
234 MERCURE
gence , leurs Etats jouiffent
d'une heureufe
tranquillité
.
Celle de la Pologne
ne fçauroit
eftre affermie
qu'aprés
lá
Diette qui fe tiendra
vers la
fin du mois prochain
. La Republique
travaille
d'un coſté
à preparer
les matieres
dont
on y doit parler , & le Roy
cherche
du fien les moyens
de
la fatisfaire
, & d'accorder
fes
intereſts
avec ceux de fes Sujets
, fur les chofes qui paroil
fent le plus incompatibles
. Il
ſera auffi habile qu'il a eſté en
fe faifant élire Roy , s'il peut
engager
à fouffrir les Alleles
A
GALANT: 235
mans. Le temps feul peut apprendre
fi ce Prince y réüffira.
La Hollande n'a rien avancé
pendant tout le mois pour la
Publication de fon Commerce
avec la France , & fes Provinces
n'ont pû s'accorder
pour faire augmenter l'état de
guerre pour cette année , en
forte que la Province de Hollande
& le Roy d'Angleterre ;
fe trouvent chargez des Troupes
qui font revenues de ce
Royaume. Les Etats de Hollande
ont refolu de faire un
emprunt de douze millions de
Vij
236 MERCURE
florins , afin de rembourfer
ceux qui ont des actions fur
l'Etat , exemptes du deux - centiéme
denier ; ce qui eft d'autant
plus à charge à l'Etat , que
cette exemption en diminuë
beaucoup le revenu , mais les
Etats balancent à executer leur
refolution depuis qu'ils ont
appris , que plufieurs vouloient
retirer leur argent du Com
merce pour le leur prefter.
Comme vous pourriez vous
plaindre qu'en vous apprenant
le mariage de M' Portail , je ne
vous aurois pas fait connoiftre
affez fa famille , j'ajoûte icy
GALANT. 237
qu'elle eft originaire du Mans ,
où ilyen a encore beaucoup de
ce nom. M' Portail , Confeiller
en la Grand' Chambre
auffi eftimé par fon fçavoir
que par fon integrité , a eu
= quatre enfans d'une Fille de
M' le Nain , Maistre des Requeftes
, mort depuis peu . Ces
quatre enfans font deux Garçons
& deux Filles . L'aîné des
Garçons eft M' Portail , Avocat
General , qui a toûjours joint
l'étude au commerce des hon.
neftes gens. Auffi n'en voit on
I guere de plus polis & de plus
fçavans que luy pour fon âge.
238 MERCURE
Quoy qu'il n'ait encore que
vingt-fix à vingt fept ans , il a
déjà rempli trois Charges ,
comme je vous l'ay marqué ,
& l'a fait avec éclat . Le Plaidoyé
de la Pivardiere , & l'ouverture
du Parlement qu'il fit
à la Saint Martin derniere , ont
fait connoiftre fon rare merite,
& luy ont attiré l'admiration
de tout le monde L'autre Garçon
qui a infiniment de l'efprit
, plaida une Caufe au
Chaftelet à dix - neuf ans , &
fit entrevoir dans ce Difcours
des étincelles d'un genie qui
doit un jour produire de grands
GALANT. 239
# effets . Au lieu de continuer
dans le Barreau , où il auroit fi
bien réüſſi , le dégouſt qu'il
prit pour le monde , le fit renoncer
aux avantages qu'ilen
pouvoit efperer , afin de conferver
à l'Eglife tous les talens
que Dieu luy avoit donnez . Il
le retira chez les Peres de l'O .
ratoire , où il eft depuis trois
ans. Il s'eft diftingué dans toutes
les études qu'il y a faites ,
& foûtint le 18. de ce mois à
Saumur , où il fait fa Theologie
, une Theſe dediée à M
l'Evêque d'Angers , qui y affifta.
Il fe fit admirer d'une
1
240 MERCURE
Affemblée auffi nombreuſe
qu'elle peut eftre dans une
Province , par la facilité & la
netteté de fes réponſes aux
Argumens qui luy furent pro
pofez. Il en avoit encore fou
tenu une l'année precedente ,
avec le même fucces. Cette
premiere eftoit dediée au Pere
de la Tour , General de l'Oratoire.
L'aînée des deux Filles
de M' Portail , eft Veuve de
M Charpentier , Confeiller
aux Requeſtes , mort depuis
quelques années. C'est une
Dame qui eft tout efprit . Elle
tient de fa Famille , qui a coû tou
jours
GALANT. 241
jours produit des perfonnes
d'un merite diftingué . Mademoiſelle
Portail , fa Soeur , fe
fait eftimer de tout le monde,
par une devotion & une piete
finguliere . Elle marche fur les
traces de Madame la mere, qui
mene vie tres - édifiante.
Il eft mort encore pendant
ce mois plufieurs perfonnes
de diftinction , dont voicy les
noms.
Meffire Louis d'Heriffy ,
Comte de
fierville , Seigneur
de Fontenil , Saint Ciforien ,
de la Balle , de Vieux & d'AMay
1699 .
X
242 MERCURE
venay , Capitaine de Cavalerie
au Regiment d'Uzez .
Melfire Pierre de Martin ,
ler
au Parlement de
Bordeaux , mort à Paris..
Ml'Abbé de Saint - Uffan.
3'avons de luy pluſieurs
pieces de Poëfie , Billets , Contes
, Fables & autres .
Nous
Dame Catherine de Ri
cofart , Veuve de Meffire
Pierre Benoife , Confeiller du
Roy enfon Grand Confeil. Je
vous ay parlé d'elle dans ma
Lettre du mois paffé , en vous
apprenant la mort de Mª Be;
noife , fon Mary.
90,91
GALANT. 243
5 François . Philippes Otto ,
Baron de Rdwitz, Gentilhomme
de Franconie , mort à Paris.
. 鼠
M Boucot , Secretaire du
Roy , Garde des Rôles des
Offices de France , l'un des
Administrateurs de l'Hôpital
General , & cy devant Lieutenant
Particulier des Eaux
& Forefts , mort fans alliance,
âgé d'environ foixante & cinq
ans. Il eftoit Fils de Claude
Boucot , Secretaire du Roy ,
& ancien Echevin de la Ville
de Paris . Hlavoit plufieurs Ne
veux & Nieces , entre lesquel
X ij
244 MERCURE
les eft Madame du Trouffet
d'Hericourt , Epouse de M
d'Hericourt , Maiftre des
Compres. Il avoit un Cabinet
fort confiderable , compoſe
d'un grand nombre de Livres,
de Tableaux , de Medailles ,
d'Eftampes , de Figures de
Bronze , de coquilles de differentes
efpeces, d'Optiques, &
de diverfes autres curiofitez.
La Lettre que vous allez lire
vous apprendra la perte
que l'on a faite à Bordeaux
d'un homme d'un fort grand
merite. Elle eft de M de CiGALANT
245
piere , dont vous avez vâ plufieurs
Ouvrages
.
A M L'ABBE DE F.
A Bordeaux le 14. May 1699.
LA
Amort des grands Hommes
eft au Corps civil ,
ce que font les dangereufes
maladies au corps humain. Il
faut du temps & de grands
ménagemens pour réparer les
forces naturelles de celuy cy ;
il faut beaucoup de foins &
beaucoup d'art pour réparer
les pertes de l'autre . C'eſt à
"
X iij
246 MERCURE
dire , Monfieur , que de longtemps
nous ne recouvrerons
un homme comme eftoit мef.
fire René de Pontac , Chanoine
de Saint André de Bordeaux
, qui mourut le Samedy
Saint de cette année. Ileftoit
de l'ancienne & illuftre Fafoitles
premille
qui
mieres Charges de la Provin
ce de Guienne , & de la Ville
de Bordeaux , lors que le Roy
y paffa pour fon Mariage. Le
premier Prefident du Parle
ment , le Procureur General ,
le Greffier en chef; le premier
Prefident de la Cour des Ai
GALANT. 247
10
des , le Prefident des Treloriers
de France , & le premier
Jurat de la Ville , & Pere de
M le Chanoine , portoient le
nom de Pontac, fans parler de
tant d'autres hommes illuftres
dont fait mention M'de Thou
dans ſon Hiſtoire ; & de plufeurs
Evêques , Abbez &
Doyens , qui ont efte de me.
me nom & de la méme Mai .
fon . Celuy dont je vous apprens
la mort , ne cedoit point
à fes
Predeceſſeurs en pieté,en
fçavoir , & en merite . Il avoit
étudié douze ans en Sorbon.
ne, & en avoit reçu le Bonnet
X iiij
248 MERCURE
2
de Docteur , avec les applaus
diffemens de toute cette fa
meufe Univerfité , qui s'eftima
fort honorée d'avoir un
tel Eléve , & un tel Affocié.
Sortant de cette Univerfité ,
& de la Maifon de Saint Sulpice
, ice , où il edifia par fes exemples
toute cette Sainte Congregation
, il donna au Seminaire
de Saintes , un Prieuré
qu'il avoir , du revenu de fix
mille francs , il ne fonda qu'une
place pour un pauvre Ecclefiaftique
, & fe reſerva une
mediocre penfion , qu'il ne
prit jamais. Il aïma mieux
GALANT . 249
garder un Canonicat de l'Eglife
Cathedrale de S. André
de Bordeaux , parce que le revenu
, quoy que beaucoup
moindre que celuy de fon
Prieuré , fuffifoit pour fon entretien.
Son humilité , vertu
qui eft le fondement du veritable
merite , luy faifoit croire
qu'il n'en avoit point affez
pour remplir les dignitez qu '
on luy offrit , ou dans le Dioceſe
, ou dans le Chapitre . Son
fçavoir qui élevoit fon efprit
au deffus de celuy des Doctes ,
élevoit auffi fon coeur dans la
plus haute vertu , & dans cette
250 MERCURE
00
élevation , il ne trouvoit pourtant
rien de bas dans l'exercice
de la Charité , & de la
miſericorde. Il avoit un talent
tout particulier pour diriger
les confciences dans le Tribunal
de la Penitence , où il paf
foit tout le temps que l'Office
Divin luy pouvoit permettre;
habile fans rebuter perfonne ;
charitable fans donner dans
une trop grande complaifan
ce ; patient fans rien negliger,
& fans rien oublier. Dans les
entretiens ou confultations
particulieres fur des points de
Doctrine & de Morale , il s'atGALANT
251
tachoit principalement à convaincre
l'efprit , & il eftoit fi
clair & fi fort dans fes raifonnemens
, qu'on ne pouvoit
s'empêcher de fuivre les fentimens
, quoy qu'il n'y paruft
luy même attaché , qu'autant
que la force de la verité l'obligeoit
de les foutenir. Je ne
vous parleray point , Monfieur
, des oeuvres de pieté &
de charité qu'il a cachées au
tant qu'il a pû , & que ceux
s qui s'en font reffentis ont
publiées. Les Familles qu'il a
foutenues de fes aumônes , les
pauvres Filles qu'il a dotées
252 MERCURE
duc
de fon bien , les Mendians qu'il
a entretenus pendant les années
où la difette eftoit gran.
de, font des témoins fidelles
de toutes les bonnes actions.
Il leur défendoit toujours d'en
parler, à l'exemple du Sauveur,
qui aprés avoir rendu la fanté
à quelques malades , ne vouloit
point qu'ils publiaffent
les bienfaits qu'ils avoient
receus. Ainfi , Monfieur , j'ay
bien euraifon de vous dire au
commencement de cette Lettre
, que de longtemps nous
ne réparerions la perte que
nous avons faite par la mort
GALANT 253
de ce grand homme , qui fe
trouvant dés l'âge de quaran
te. deux ans récompenfé dans
le Ciel, de toutes les peines &
de tous les travaux qu'il a confacrez
à la gloire de Dieu ,
nous eft un exemple que nous
devons imiter, quoy que difficilement
nous le puiflions faire.
Je ne fçay fi de tels hommes
doivent eſtre regretez.
D'un cofté , tout le monde
perd , & tout le monde , comme
vous fçavez , eſt ſenſible à
la perte. De l'autre , pourquoy
regreter un homme qui eft
plus heureux que nous ? Nous
254 MERCURE·
4
l'eftimions , nous l'aimions ,
nous luy fouhaitions à la fin
de fes jours , ce qu'il poffede
prefentement. Ce que nous
pouvons faire eft , ce me femble
, de demander à Dieu qu'il
nous donne de pareilles lumicmieres
; autrement il y auroit
de la contradiction dans nos
defirs ; de fouhaiter que cet
homme illuftre vêcuft encore,
& deluy fouhaiter un bonheur
qui devant toujours durer , ne
commence Jamais affez toft
pour celuy à qui il eſt deſtiné.
Je fuis , & de 1939 :
ગરમ
Depuis qu'ily a des Galeres.
་
a
GALANT. 255
à Bordeaux ; plufieurs Turcs y
ont receu le Baptême. M
l'Archevêque marquafon zele
le Lundy Saint , dans l'Eglife
de la Maiſon Profeffe des Jefuites
. M' le Prefident le Berton
d'Eguille fut Parrain , &
Madame la premiere Prefidente
fut Maraine . M'l'Abbé
Breche ,, fon Grand Vicaire ,
Doyen de l'Eglife de Bordeaux,
en baptifa un le 13.de ce
mois , dans l'Eglife de S. André.
M ' le Prefident de Gour
ges , Frere de M l'Evêque de
Bafas , eftoit le Parain , & Ma .
dame la Prefidente de la Cafe ,
256 MERCURE
de la Maifon de Segur , eftoit
la Maraine.
M Chevillard vient de
mettre au jour la troifiéme
Carte des Chevaliers des Ordres
du Saint Efprit , qui eft la
fuite des deux qu'il a eu l'honneur
de preſenter au Roy
dans le mois de Janvier dernier.
Celle cy contient tous
les Chevaliers que le Roy
Louis XIII. a faits durant
fon regne. Il travaille aux deux
du regne de Sa Majeſté , qui a
reçû celle cy tres- agreable.
ment. Il a fait auffi les addi .
tions de fon livre de la France
Chreftienne , qui font de onze
GALANT . 257
Planches. Elles vont juſques à
M' Evefque d'Avranche ,
que Sa Majesté a nommé à
Paſques dernier . M ' Chevil
lard demeure toujours fue
neuve Notre Dame , chez un
Notaire Apoftolique.
Le détail de la vie des grands
Hommes que chaque Siecle
produit , eft à rechercher par
tous ceux qui aiment les ac
tions heroiques. Il y en a peu
qui fe foient autant diſtinguez
par leur grandeur d'ame &
par leur courage , qu'a fait
Henry II. dernier Duc de
Montmorency , Fils du Con
May 1699. Y
258 MERCURE
neftable de ce mefme non .
C'est ce qui a obligé de ra
maffer tout ce qu'il a fait de
plus éclatant , pour en compo
fer un corps d'Hiftoire. Il eft
vray que fa fina efté tres malheureufe
, & que fa faute, que
beaucoup de circonftances
pouvoient rendre pardonnable
, n'eftoit pas d'une nature
à paroistre telle aux yeux des
Juges ,qui ne pouvoient ſe diſpenfer
de l'examiner , & de
prononcer avec rigueur. Cettel
Hiftoire qui contient
toute fa vie , eft divifée en
quatre livres , dont le dernier
GALANT. 259
$
fait connoiftre toutes lessparticularitez
du Combat où il
fut pris , & qui fut fuivi du funefte
Arreft que l'on rendit à
Toulouſe. La fermeté avec
laquelle le Duc de Montmo
rency regarda la mort depuis
qu'il eut efté conduit à Leictoure
, a quelque chofe de fi
heroïque , & en même temps
de fi touchant, qu'il eft malaifé
, quand on vient à cet endroit
, de ne pas donner des
Jarmes au malheur d'un homme
qui aprés avoir vécu avec
tant de gloire & tant d'hon,
fembloit ne devoir pas
neur,
Y ij
260 MERCURE
éprouver que nul n'eft heureux
avant la mort. Ce livre
fe vend chez le fieur Jean Guignard
, rue S. Jacques à l'Image
S. Jean.
On vient de donner au Public
un recueil d'Airs fpiri
tuels & nouveaux à une , deux,
& trois parties ; compoſez
dans le gouft des Airs de l'Opera
. Cet ouvrage eft dedié
à M l'Archevefque de Paris.
L'Auteur donnera au com.
mencement de chaque mois
un Recüeil femblable , & dans
chacun , il y aura deux Airs
choifis des Opera anciens &
GALANT 26
nouveaux , fur des paroles de
devotion . Ce recueil fe vend
chez Claude Rouffel , Graveur
, rue S. Jacques au Lion
d'argent , prés les Mathurins.
J'ay peu de chofes à vous
dire fur les modes. Comme
nous n'avons prefque point
eu de Printemps , on a peu
fait d'habits pour cette Saiſon.
Ceux qui ont paru ont pref
que tous efté de damas à tresgrandes
fleurs. On a auffi porté
beaucoup de fatins avec du
coton , rayez de toutes couleurs
. Ces étofes eftant à bon
marché , & paroiffant beau
262 MERCURE
coup au deffus de leur prix ,
l'empreffementa elte fi
grand pour en avoir , que les
Marchands n'en ont pû fournir
à tous ceux qui leur en ont
demandé. On voit en même
temps des habits de damas ,
de fatin & de Tafetas , & il
paroift que la couleur de ro
fe fera la plus à la mode eette
année . Les fatins de la Chine
font toûjours en vogue , mais
ils font auffi rares que chers.
Sur la fin de l'Eté dernier on
avoit commencéà porter des
habits adouble falbala fraifez,
ainfi que tout le tour du man
GALANT. 263
$
teau , & des manches. Il femble
qu'on ait deffein de renouveller
cette mode ; du
moins a - t - on vû déja beaucoup
d'habits de cette maniere.
Les rubans de couleur de
citron font fort en regne , & il
y a peude perfonne de diftinction
qui n'en portent. Cette
mode a pris naiffance d'un
fort beau ruban d'Angleterre
de cette couleur , dont il eft
arrivé beaucoup en France,
Les dentelles d'Angleterre
font beaucoup plus à la mode
que les autres , pour les coeffures
des Femmes . On y em254
MERCURE
ploye auffi de la mignonnette,
& l'on a trouvé moyen de la
perfectionner de maniere ,
que cette dentelle qui eftoit
peu de chofe dans fon commencement
, eft devenuë de
confequence , & même treschere?
jentens la plus fine , qu
on fait fur de beaux patrons.
Les hommes s'attachant
moins que les femmesà chan
ger d'habits toutes les faifons,
on en a tres peu vû de neufs
ce Printemps . If paroift que les
perfonnes de qualité porteront
des droguets d'or , & des
droguets d'argent. Leurs manches
GALANT.
265
ches font beaucoup moins
larges qu'elles n'ont efté , &
1 cette mode , qui eft demeurée
à la Ville , n'eft presque plus
connue à la Cour. Les habits
n'ont plus que deux plis par
derriere, au lieu de quatre que
l'on y faifoit auparavant. On
fait beaucoup plus de poches
en travers qu'en hauteur , c'eft
à dire en trompettes , c'eſt le
nom qu'on donne à ces dernieres.
On fait de trois fortes
de boutonnieres , de galon ,
de filé & de foye , & l'on fe
contente d'avoir de tres belles
Veftes , qui brillent beaucoup
May 1699.
Z
266 MERCURE
davantage avec un habit ſans
or ny argent. On continuë à
faire beaucoup de revers de
manches de la même étofe
que les Veftes. Les fouliers
fans paton ayant eſté trouvez
fort commodes , l'ufage s'en
établit de plus en plus .Je continuëray
tous les mois à vous
mander ce qu'il y aura de nouveau
dans les modes .
Le 17, de ce mois , M ' le
Marquis Ferrero , Ambaffadeur
Extraordinaire de Savoye
,fit faire un Feu d'artifice
dans le grand Jardin de l'Hoftel
de Soiffons
, pour marquer
GALANT. 267
lajoye qu'il a de là naïffance de Monfieur
le Prince de Piémont . Voicy
un Madrigal que Mr l'Abbé de Poifi
luy envoya furce Feu .
Ces feux que le Salpeſtre éleve
jufqu'aux Cieux ,
Annoncent dignement la Royale
naiſſance
D'un Prince iffu du Sang des
Dieux ,
Et montrent tamagnificence :
Maisfansflaterton Excellen
ce ,
Heureux & fagë Ambaſſadeur;
Ils ne font voir qu'une étincelle
Dufeu que pour ton Prince , un
jufte &facré Zele
Zij
268 MERCURE
Entretient aufond de ton coeur.
Ce même Abbé a envoyé ce Madrigal
à Madame la Ducheffe de
Nemours , & dans la Lettre qu'il a
écrite à cette Princeffe , & dont je
vous envoye une copie , il a fait la
defcription de la Fefte , donnée par
Mr le Marquis de Ferrero .
A SON ALTESSE SERENISSIME
MADAME DE NEMOURS.
ADAME.
M
Vous envoyer à Neuchatel mon
Madrigalfur le Feu , que
l'Ambaffadeurde Savoye a donné,
nepas vous apprendre en même
GALANT. 269
le
temps les particularitez d'unefefte,
où le Zele a en plus de part que
devoir , ce feroit fournir à votre
Alteffe, une occafion de former
quelquefortedeplainte contre moy.
Mon attachement refpestueux
pour voftre augafte Perfonne , &
l'honneur que j'ay de paffer une.
bonne partie de ma vie avec un
illuftre Ambassadeur , m'engagent
doublement à vous faire un détail
de ce qui m'a paru de plus remarquable.
Dimanche 17. Marsfur lesfixe
heures du matin , on commença
dans l'Hoftek de Soiffons , par une
décharge de Boeftes , qui annonça
Z iij
270 MERCURE
la naiffance du Prince Royal de
Piemont , & la magnificence de la
fefte qu'on devoit donner le foir.
Plufieurs tables furent dreßées
pour le dîné ; & lors que M.
l'Ambassadeur cut ordonné de
fervir , elles furent couvertes de
tout ce que l'abondance & la deli .
cateffepeuvent fournir de plus exquis.
Pendant le repas , onfit une
feconde décharge de boëftes . La
nuit ne fut pas plutoft venue , que
cette haute large colomne qu'on
voit dans la grande cour , fut en
un instant illuminée . Le Jardin ,
la Terraffe , le Balcon , en un mot,
l'Hostelfut éclairé d'unefigranGALANT.
275
de quantité de feux,
Que dans tous les lieux d'alentour
Ils faifoient l'office du jour.
L'air retentit de l'harmonie
D'une charmante fymphonic.
On avoit partagé en differens postes
, des Hautbois , des Timbales
des Trompettes , qui fe répondoient
tour à tour. A peine cut on
donné certainfignal , que du baut
de la Colomne , un nombre infini
de fusées remplirent l'air ,
merent une prodigieufe quantité
d'Etoiles , qui fembloient en tombant
entraîner celles du Ciel, L'ary
tifice ne ceffa fur le haut de la Colomne
, que pour donner lieu d'ad-
;
Z iiij
for272
MERCURE
mirer un autre Feu que l'on tira
dans le grand Fardın . Au milieu
d'un Theatre que
!
avoit élevé
on visbriller une infinité de petites
Lampes , qui toutes , comme autant
d'Etoiles , reprefentoient les Armes
de France & de Savoye.
Un Soleil lumineux environné d'é-
5.3at clairs ,
Vomiffoit dans les airs
Un gros de tourbillons de matiere
enflammée.
Mille petits Aftres volans ,
Mille petits Globes roulans
Se détachoient de fes rayons brûlans
Et mêloient la lumiere à l'épaiffe
fumée."
Tout le Peuple s'en retournoit
GALANT. 273
plein d'admiration , lorsque par
uneſurpriſe agreable , on vitparoître
fur le Baffin , des feux qui le
ramenérent enfoule.
Pour faire un spectacle plus beau ,
Mille fufées
A lafois embrasées ,
Frifoient en ferpentant la fur face de
leau .
Quantité de Globes de feufortoient
du Baffin , fe perdoient dans
les Airs , & venoient fe replonger
dans l'eau. Le Spectacle qui
dura trois beures , charma tout
Paris. Pour n'oublier rien de ce
qui peut rendre une Fefte des plus
éclatantes , on fervit unefomptueu-
Le collation aux Dames qui s'y
274 MERCURE
rencontrérent en grand nombre.
Cet heureux jourfut terminé par
un Soupé magnifique , où l'on
trouva ce qu'on peut imaginer de
rare & de délicat pour la Saifon.
Vous m'avouërez , Madame , que
cette Fefte eft bien digne de M³ le
Marquis Ferrero, On
On peut dire
fans laflatter, qu'illa donnée d'une
maniere qui répond bien à l'ar.
deur qu'ilfait toujours voir pour
la gloire de fon Augufte Prince
L'on fouhaite avec empreffement
le retour de Voftre Aliße. Il me
femble, Madame , que je në ver
ray jamais affez toft l'heureus
moment , où j'auray l'honneur de
7
GALANT. 275
vousdire à Paris que je fuis avec
aurant de zele que de respect.
Mr le Comte de Saint Remy eft
mort en Franche - Comté . Il eftoit
de la Maiſon de Vaudrey , & Pere
de Mr le Marquis de Vaudrey , & de
Mr le Comte de Vaudrey , Brigadier
d Infanterie , Inspecteur & Colonel
du Regiment de la Saaré. Je
vous ay déjà parlé de luy à l'occafion
du Siege de Conì , où il entra
luy dixième . Il y fut bleffé de trentetrois
coups , & fait prifonnier.
Vous aurez déja appris la mort déplorable
de M. l'Abbé de la Chaftre ,
Aumônier du Roy , qui en fe jettant
hors d'une chaife qu'entraînoient
des chevaux neufs , le bleffa d'une
telle forte, il y a huit ou dix jours ,
qu'il perdit toute connoiffance , &
276 MERCURE
mourut le lendemain. Ce qu'il y a
de particulier , c'eft qu'une heure
avant qu'il montaft dans cette chaiſe
on le fit fouvenir d'une prediction
qu'on luy avoit faite , que des chevaux
feroient caufe de fa mort. It
répondit en riant , qu'on luy avoit
prédit trois chofes dont deux eftoient
arrivées , & que cependant il n'avoit
aucune inquietude de cette troifiéme
, dont on l'avoit menacé . Sur
cela un homme tres - fage & d'un
grand merite , luy dit qu'en fa place
il n'iroit à cheval , ny en caroffe ,
qu'avec beaucoup de précaution.
Quoy que l'on ne doive pas ajoûter
foy aux prédictions , l'effet a fait
voir que Mr. l'Abbé de la Chaftre
euft fort bien fait de ne fe
pas confier
à des chevaux neufs.
L'Enigme du mois paffé eftoit
GALANT. 277
la Plume à écrire , & ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de la Tronche
de Rouen , Bardet de l'Hôpital
du Mans : Aubert , Benedict , & de
Malfillaftre de Caen ; Mr de Vaux :
Davril le Fils , Docteur en Medeci .
ne : de Goüey de Rouen : Berthier
Curé de Parfy , & Daniel le Chin ,
Procureer Filcalà Eglegny : Hugon
le jeune , de la rue Beaurepaire , &
le petit Bon - homme de la rue Saint
Martin : l'Auteur de la nouvelle
Phyfique de la rue du Coq , prés le
Louvre le petit la Porte de la rue
de la Verrerie : Maffei le Troyen :
Jumeau , & M. Coqueley : Capet de
la rue Bourtibourg , & le Maiſtre
Clerc de Me Jeannin : le Chevalier
Parilot de la rue des Saints Peres
le Solitaire de Chaillot Destoffez
de Brily du Chateau de Versailles;
:
278 MERCURE
l'Amant conftant de l'aimable Bru
ne du Quartier Saint Gervais , &
fon fidele Amy de la rue des petits-
Champs : le nouvel Officier Amant
de l'aimable Marguerite de la Ville
de Chartres : Martin Gautier & fon
Amy François & Dominique : le
petit Blondin de la rue S. Sauveur ?
Marquifion de la rue Saint Domini .
que du Fauxbourg Saint Germain :
le grand Chriftophe du Palais Gar
nier & l'Adonis de la rue de Beau
vais à Rennes , le petit Loup de la
rue Saint Blaiſe d'Angers , & M²
Purgon de la même Ville, Melde
moifelles Javotte Ogier , du coin de
la rue de Richelieu , Taillandier , dé
l'Hotel de la Monnoye ; la Rofe
de tous les mois , & fon aimable
Sur Armande L. de la rue des "
Noyers : Mars la Yeuve , Marchan
GALANT. 299
de à la Rochelle : Amiot & Farou
de Dijon : Freteau : Lory : Jeffeaume
: Picot: Corbillon : Dacier : la
Vigne ; Laurent : Louvain : du haut-
Chemin : Picoul : & les Bretonnes
nouvellement arrivées , de la rue
Percée. L'indifferente Blonde de la
Ville de Braque : la Blonde & charmante
Maiftrefle du fidele & tendre
Grifdelin , du quartier Saint Germain
de l'Auxerrois , & la belle
Mourette de la rue des Marmouzets
.
Je reſerve pour le mois prochain
faute de place , ce qu'on a fait dire à
un Berger des rives du Pô , fur la
naiffance de Mr le Prince de Piémont.
C'est par la même raifon que
j'ay choisi une nouvelle Enigme à
Vous envoyer , qui n'eſt que de quatre
Vers.
280 MERCURE
ENIG ME.
Ceux qui
viennent chez moy a
dans l'hiverprendre place.
Souffriroient du froid bienfoxvent
,
Etferoientgelez par le vent
Si l'on n'y trouvoitpoint de glace.
Je croy que vous ferez contente de
l'Air qu'un habile Muficien a fait fur
ces Vers que je vous envoye notez .
AIR NOUVEAU .
NE craignez vien dans l'amoureux
Empire.
Le maln eft pas , Iris ,figrand que
l'on le fait ,
Et lorfqu'on aime , & que le
coeur foupire,
81
471x propojepar la Societ
May 1699.
A
fa.
lité
éré
2C.
de
2.
nt
28
C
1
-S
PA
ces
17
P
ur
Joupire,
GALANT : 281
Son propré malfouvent lefatisfait.
Je viens d'apprendre que le Traité
de Commerce avec la Hollande a été
figné. Je luis , Madame , voſtre , & c.
A Paris , ce 31. May 1699.
P
TABLE.
Relude.
la
Détail de ce qui s'eftpassé à
• premiere Affemblée publique de
Academie des Sciences.
EST
2.
Lettre touchant le commencement
du
Siecle.
Autreſur
le même
ſujer.
Ode.
30
ņ 38
Prix proposé par la Societé des bel
May
1699.
A a
TABLE
les Lettres établie à Toulouſe . st
271
57
Eloge des Femmes.
Suite duJournal concernant l' Ambaſſadeur
de Maroc , avec là
Harangue qu'il a faite au Roy
lejour defon audience de congé.
63
Evenement qui peut tenir liew
d'hiftoire.
Morts.
*
gt
119
Compliment à Madame l' Abbeſſe
de S. Sauveur d'Evreux. 123
La Nymphe de Chanceaux , ou
l'arrivée de la Seine au Chareau
deMarlys van 128
Arrefts , Edits , Declarations, 155
Maladies oculaires. 160
TABLE.
Second article de Morts. 180
Vers adreffez à M.Depreauxfur
la mort de M. Racine.
Madrigal.
Mariages.
189
193
195
Troifiéme article de Morts. 200
Lettre del Ambaſſadeur deMaroc
à Madame de Saint Olon , 216
Suite des Arrefts, Edits
rations.
Decla-
219
Situation des affaires de l'Europe.
223
236
Addition à l'article du mariage de
de Mr Portail.
Quatrième article de Morts. 254
Turesbaptifez à Bordeaux. 254
Carte des Chevaliers de l'Ordre
TABLE.
}
du Saint Efprit.
310256
Histoire du Fils du Connestable
de
Montmorency.
277
Airs fpirituels donnez tous les
mois .
Modes nouvelles
*
260
0804260
266
Rejoinfancesfaites par M' l'Ambaffadeur
de Savoye .
Cinquiéme article des Morts . 275
Article des Enigmes , notin:276
Jl. Motto mi?
ab sl. m . KALL
L'Air qui commence par , Sijamais l'A
mour , page 194,
•
* .
L'Air qui commence par Ne craignez
ién , page 280
Qualité de la reconnaissance optique de caractères