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Eur.
511
m
1699.4
Eur: 511
m
16994
Mercure
e's
<36624505450014
<36624505450014
Bayer. Staatsbibliothek
23
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AVRIL 1699 .
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
du Palais , au Mercure Galant.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Justice
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
AvecPrivilege du Royi
Bayerische
Staziabibbothek
München
4XXLLSL
I
AU LECTEUR:
Ly a lieu de croire qu'on ne lit
plus l'Avis qui a efté mis de
puis tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mere
cure , puis que malgré les prieres
réiterées qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les noms propres
qui fe trouvent dans les Memoires
qu'on envoyepour eftre employez,
on neglige de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité de dé .
figurez , eftant impoffible de deviner
le nom d'une Terre, ou d'une
AU LECTEUR.
ne
Famille , s'il n'eft bien écrit: On
en pourra voir une preuve en ce
Volume , dans l'article qui regar.
de M de Bouffols. Le Memoire
eftoir fi mal écrit qu'on ne doute
point qu'il ne s'y foit gliffe bien.
des fautes. On prie de nouveau
ceux qui en envoy nt , d'y prendre
garde , s'ils veulent que les noms
•propres foient' corrects . On aver
tit encore qu'on neprend aucun ar
gent pour ces Memoires , & qu'on
employera tous les bons ouvrages à
leur tour , pourvuqu'ils ne defobli- "
gent perfonne & que ceux qui
les envoyeront en affranchiffent le
pört.
MERCVRE
GALANT
AVRIL 1699 .
OUS les
Ouvrages
qui paroiffent
fur la
Paix que fa Majeſté
a bien voulu procurer à toute
l'Europe , font trop à l'avantage
de ce Grand Monarque,
pour ne vous en pas envoyer
Avril 1699.
A
2 MERCURE
une copie, à meſure que le hazard
me les fait tomber entre
les mains. C'eſt ce qui m'oblige
à vous faire de ce
Sonnet.
இ
part
V'à l'honneur de la Paix
on ordonne des Fêtes ,
Goutons avec plaifir ce doux
prefent des Cieux.
Louis ne le rend pas moins
grand , moins precieux ,
Pour l'avoir achetté de fes propres
Conquêtes.
Content d'avoirpar là diſſipé
no les tempêtes
GALANT. }
e
Qu'excita contre luy fon Regne
glorieux
Content d'avoir paré les coups
audacieux.
Dont l'orgueil menaçoit & nos
biens &nos têtes ;
Comme un autre Abraham
heureux, comblé d'honneur ,
Ce magnanime Roy jure par le
Seigneur ,
Le Maître fouverain du Çiel
de la terre ,
Que de tout le Butin il ne
veut rien pour luy ,
De peur d'être accusé de n'avoir.
fait la guerre
4- MERCURE
Qu'afin de s'enrichir des dépouilles
d'autruy.
Ce Sonnet a été preſenté
au Roy par M. Ranchin
Maître des Comptes à Montpellier
, Auteur de la traduc
tion en vers des 150. Pleaumes
de David , dediez à Sa Majeſté.
Vous ne ferez pas fâchée
d'apprendre , ce qui s'eft paffé
à la premiere vifite que M.
l'Evêque de Poitiers a faite en
la Ville de Niort , & pendant
les quinze jours qu'il y a fejourné.
Ce Prelaty arriva le
11. Février dernier , fuivant ce
GALANT.
é
qu'il avoit arrêté avec M. le
Maréchal d'Eftrées, qui y fait
fa refidence ordinaire
, & qui
commande pour le Roy aux
Provinces de Poitiers & de
Xaintonge. S'étant rendu d'abord
à l'Hôtel de ce Maréchal
, il alla enfuite loger en
la maifon des Prêtres de l'O
ratoire , où il fut reçû par le
Pere Courtion Superieur , à la
tête de fa Communauté . Le
Clergé Seculier & Regulier
& les Corps de Juftice l'y vinrent
complimenter , & il répondit
à tous d'une maniere
qui confirma dans tous les ef
A iij
6 MERCURE
prits les hautes idées qu'on
avoit conceues de fes grandes
qualitez. Il fut traité ce ſoir
la à fouper par les Prêtres de
l'Oratoire , qui luy avoient
preparé un appartement fort
commode dans leur maison ,
où il a toûjours continué de
manger pendant fon fejour ,
à l'exception des jours qu'il a
dîné chez M. le Maréchal.
Comme la Ville de Niort eft
extrêmement peuplée , & qu'il
y a peu de Clergé à proportion
de fon étendue & du
grand nombre de ſes habitans,
qu'il y a long- temps mef
GALANT. 7
1
E
me qu'ils n'avoient reç û dans
leur Ville une telle Vifite de
leurs Evêques , les in difpofitions
continuelles du dernier
ne luy permettant pas de faire
ce que fon zele luy infpiroit
, il y eut toûjours une
foule extraordinaire
de peuple
pour voir cet illuftre Prelat
dans tous les lieux où il
parut, & à lavûë d'un ſi grand
peuple , il commença d'être
perfuadé , de ce qu'il avoit
déja appris par avance , que
la moiffon étoit grande , qu'il
avoit peu y: & d'Ouvriers
que cette Ville avoit un be-
A iiij
8 MERCURE
foin extrême de fecours fpirituels
; c'eft pourquoy s'étant
refolu d'y faire un fejour
confiderable , il penfa déslors
à travailler luy- même à la
confolation & à l'inftruction
de tout ce peuple , & pour
cela , huit jours avant fon
arrivée il avoit fait préparer
les peuples à ces inftructions,
& à la reception des Sacremens
de Confirmation , de
Penitence & de l'Euchariftie ,
par des exercices qui furent
faits matin & foir par le Pere
Courtiou , Superieur de l'Ora
toire, & par M.l'Abbé Maboul
GALANT. 9the
2
qui demeure en cette maifon.
Le merite , le zele , & la capacité
de l'un & de l'autre
font generalement connus
& fur tout le grand talent
qu'ils ont pour la Chaire
qui leur a acquis beaucoup
de reputation. Ils précherent
pendant la huitaine qui pre
ceda l'arrivée de M. l'Evêque
de Poitiers dans l'Eglife de
Nôtre Dame , & pendant fon
fejour ils prêcherent dans cel
le de S. André, Le Pere Cour
tiou faifoit les exercices du
་
matin , & M. l'Abbé Maboul
ceux du foir , qu'ils accompa10
MERCURE
gnoient l'un & l'autre de doce
tes exhortations ; de forte que
ce Prélat à fon arrivée à Niort
trouva tous les peuples dif
pofez à la Reception des Sa
cremens , ce qui luy fit prendre
la refolution de celebrer
Ja Meffe chaque jour dans
quelques Eglifes de la Ville.
Il commença le Jeudy par
celle de l'Oratoire , & le foir
ily donna la benediction du
faint Sacrement. Le Vendredy
il alla celebrer la Meffe
dans l'Eglife des Benedictines
dites de la Sainte Trinité. Le
Samedy il la celebra en celle
GALANT. Π
des Carmelites , & fortit extraordinairement
édifié de ces
deux Monafteres .
Le Dimanche de la Sexagefime
fut deftiné pour faire
toutes les fonctions Epifcopa-
·les dans l'Eglife de Nôtre Dame
, l'une des plus belles du
Royaume , & on prepara toutes
chofes pour cela . A fon entrée
le Dais luy fut prefenté ;
il étoit porté par M. Chargé,
Lieutenant Particulier du Siege
, par M. de la Terraudiere
, Procureur du Roy aux
Traittes , Subdelegué de M.
l'Intendant, & ppaarr MrsRou
12 MERCURE
get Lieutenant General , &
de S. Ovenne Confeiller ; &
aprés que M. le Curé de Nôtre
Dame à la tête de fon
Clergé luy eut prefenté la
Croix & fait fon compliment ,
l'ayant déja harangué dans
les formes le jour de fon arrivée
à l'Oratoire , M. de la Terraudiere,
Marguillier en exercice
, luy fit la Harangue qui
fuit.
MONSEIG
ONSEIGNEUR ,
S'il eft vray , comme il n'en
faut pas douter felon le fenti.
GALANT. 13
ment des Peres de l'Eglife , que
Dieu nefait jamais mieux éclater
fa bonté & Sa mifericorde
1 envers fonpeuple que lors qu'il
a commet de bons Pafteurs a fa
conduite , quel bonheur ne doit
pas attendre ce Diocefe , & quel
le felicité en effet ne goûte- t- il
pas déja par le judicieux
choix
que notre incomparable
Monarque
vient de faire de votre
illuftre Perfonne pour remplir
fi dignement le Siege du grand
Saint Hilaire , puifque vous
poffedez eminemment
toutes les
grandes qualitez de ce Saint
Docteur , & toutes les vertus
14 MERCURE
Chreftiennes & Morales qui le
rendoient l'ornement & l'admi
ration defonfiecle , le bouclier.
de la Foy , & lefleau des Heretiques?
Vous etes , Monfeigneur,
comme l'étoit ce grand Homme
dansfon temps, l'un de ces Princes
établis de la main de Dieu
fur la terre , l'un de ces Oingts
& de ces Prophetes du Seigneur,
l'un de ces Vicaires de l'amour
de Fefus- Chrift. C'est ainsi
que faint Ambroise appelle les
Pafteurs Evangeliques. Vous ef
tes l'un de ces Anges du Dicu
des armées qui tiennent les clefs
des Cieux en leurs mains pour
GALANT. 15
个
ouvrir fermer le Throne de la
Majesté infinie. Vous exercez
cet art des arts , c'est ainsi que
Saint Gregoire nomme le foin
des ames ; cette charge impor
Lante qui felon ce faint Docteur,
eft redoutable aux Anges mémes.
Mais , Monfeigneur , l'on
peut direfans flatterie , &fans
exageration , que vous reffemblez
encore bien mieux à cet Illuftre
Predeceffeur par les admirablesqualitez
de vôtre perfonne
, que par les titres auguftes
de votre Miniftere ; carn'y voiton
pas briller cette fublimité ,
16 MERCURE
& cette clarté de genie , cette
vigilance merveilleuse fur vótre
troupeau , ce zele apoftoli
que , qui dans une faifon rigoureuse,
& fans aucun ménage
ment de votrefanté , vous fait
tout entreprendre pour le falut
des ames que le Seigneur a commiles
à votre conduite? Sur tout ,
Monfeigneur, vous imitez par
faitement ce grand Docteur de la
primitive Eglife , par votre ap
plication à extirper jufqu'à la
racine les reftes de l'Herefie ,
comme autrefois il foudroia LA
rianifme , fecundant ainfi les .
pienfes intentions du Roy , le
quet
GALANT. 17
"
quel n'a rien plus à coeur que
d'étouffer entierement ce monf
tre qui a regné fi infolemment
pendant prés de deux fiecles ,
- dans votre Diocefe d'ou nous
avons lieu d'efperer de le voir
bientôt tout à fait banni.
Oui , Monfeigneur , ce fera
fans doute par vos foins que
nous verrons dans peu les anciens
, les nouveaux Catholi
ques réunis dans un même corps ,
fans qu'il y refte les moindres
veftiges de cette fatale divifion
qui les feparoit auparavant ,
& qu'enfin nous verrons une
entiere execution de cette impor-
Avril 1699. B
18 MERCURE
tante &judicieuſe Declaration
que Sa Majesté vient de rendre
avec tant de pieté pour regler
la conduite des uns et des autres
. Faurois icy , Monfeigneur,
un champ bien vaste pour faire
au moins une légere peinture de
tant de trefors , que la nature
& lagrace , comme à l'envy, ont
raßemblez en vous ; mais cette
grandeur d'ame qui vous rend
fi liberal à donner des loüanges
à ceux que vous en jugez dignes
, vous inspire en même
temps une modeftie fi delicate à
écouter celles que vous meritez
fijuftement, que la crainte de la
ar
GALANT. 19
1
bleffer mefait rentrer dans un
filence plein de respect , & d'admiration
, & je me contente de
dire en un mot que l'eftime du
plus grand , & du plus fage
des Rois , que vous poffedez avec
tant de diftinction , vous met au
deffus de tous les éloges.
".
Il ne me reste aprés cela ,
Monfeigneur , qu'à vous de
mander vostre Protection pour
cette grande Paroiffe , & à
vous ſupplier tres humblement
de luy procurer les eftabliffemens
que la beauté de ce Temple
femble meriter , & que le
grand nombre d'ames qui la
4
Bij
20 MERCURE
compoſent , demande neceffairement.
Leurs befoins vontfans
doute eftre beaucoup augmentez
par la reunion entiere des nou
veaux Convertis , aprés laquelle
nous n'aurons tous plus qu'un
Dieu , un Roy , un Paſteur &
un feul troupeau.
M. l'Evefque répondit à
cette Harangue avec la douceur
, & fon éloquence ordinaire
, & fut enfuite conduit
fous le dais au grand Autel ,
où on le reveftit de fes habits
pontificaux . Comme dans
les nombreuſes affemblées il
eft difficile que le filence foit
T
GALANT. 21
?
bien gardé,& qu'il ne s'y commette
quelques indecences
elles exciterent d'abord le ze
le de ce Prelat , & il com
mença les fonctions par un
difcours pathetique fur le ref
pect qui eft deu aux Eglifes ,
parlant fur ce fujet avec tant
de force pendant plus d'une
demi -heure , qu'on vit à l'inftant
couler des larmes de
toutes parts.
L'on prepara enfuite toutes
chofes pour la Confirmation
qu'il donna à plus de douze
cens perfonnes , aprés avoir
fait un fecond difcours fur le
22 MERCURE
fujet de ce Sacrement dont
il expliqua l'inftitution , la
pratique , & toutes les ceremonies
d'une maniere qui édifia
& qui inftruiſit également
les anciens & les nouveaux
Catholiques, aprés quoy
il donna la Tonfure à une
douzaine de jeunes Clercs , &
en expliqua auffi toutes les ceremonies.
Celle - cy eftant achevée,
il commença la grand
Meffe qu'il celebra in Pontificalibus
, & qui fut chantée
au Choeur avec l'Orgue . Aprés
l'Evangile , il fit un troiſième
difcours en forme d'Homelie
GALANT. 23
qui acheva de jetter tout le
monde dans l'admiration . Ce
ne fut
pas tout ; il en fit un
quatrième
à la Communion
dont il expliqua
le myftere
avec autant d'éloquence
que
d'onction , & il communia
de fa main plus de deux mille
perfonnes , fi bien qu'il eftoit
plus de
quatre heures du foir
quand la Meffe fut achevée.
Il n'en demeura
pas là ; à
peine eut- il le temps de refpirer
à l'Oratoire où il eftoit allé
prendre quelque chofe , qu'il
retourna à Noftre - Dame , &
comme c'eftoit le troifiéme
24 MERCURE
Dimanche du mois de Février
auquel on a accouftumé de
faire la Proceffion du S. Sacrement
au dedans de l'Eglife,
ce Prélat infatigable , animé
d'un zele Apoftolique l'y porta
fous un dais fouftenu par
les mefmes Marguilliers. I
officia enfuite aux Vefpres &
à Complies , & finit cette
grande journée par la bene ,
diction du S. Sacrement qu'il
donna.
Le lendemain Lundy il alla
celebrer la Meffe à l'Hospital
general & fit l'honneur aux
Directeurs de prefider à leur
affemblée
GALANT. 25
.
affemblée ou furent prifes
& plufieurs reſolutions utiles aux
pauvres , & à l'augmentation
de cet eſtabliſſement. Il y
laiffa en fortant des marques
d'une charitable liberalité.
Comme M. le Marefchal d'Eftrées
avoit ordonné aux principaux
des nouveaux Conyertis
, d'aller recevoir de la bou
che de leur Paſteur les inf
tructions dont ils ont encore
befoin , ce charitable Prelat
eut la patience d'en entendre
plufieurs feparément dans ſa
chambre aufquels il fit promettre
qu'ils continueroient
Avril 1699 . C
26 MERCURE
' b
à fe faire inftruire , solic
Le Mardy il alla celebrer
à l'Eglife des Religieufes Hofpitalieres
, & fur fort édifié du
bon ordre & de la charité de
ces bonnes Religieuſes
- Le Mercredy il celebra Pa
Meſſe chez les Religieux de
la Charité & en remporta la
mefme édification.ollab
, zir
Le Jeudy il alla aub Couvent
des Urfulines où il receut
la Profeffion deMademoiſelle
de la Grillere , & dans cette
fonction faite pendant la ce
lebration des faints Myſteres ,
il demeura dans l'Eglife juf
Ο
"
GALANT. 27
ques
aitemen
$
es à deux heures aprés midy
& difna enfuite dans l'exrerieur
du Couvent . Le foir il
donna de nouveau la benediction
du S. Sacrementà
l'Oratoire.
Le Vendredy il alla cele
brer la Meffe au Couvent des
Filles de S. François , & l'aprefdinée
il eut la charité
d'aller à la conciergerie vifiter
les prifonniers , & entra en
conference avec quatre ou
cinq detenus par les ordres :
de M. le Marefchal d'Eftrées
pour quelque mauvaiſe conduite
qu'ils avoient tenuë à
Cij
28 MERCURE
Fégard de la Religion. Il fes
prepara à changer de fentimens
& de conduite , & il y
en eut deux entr'autres qui
prirent le party de faire une
nouvelle abjuration entre fes
mains.
T
Le Samedy il alla celebrer
la Meffe au Couvent des Capucins
& fut extraordinairement
édifié de la pieté de ces
faints Religieux
.
Le Dimanche 22. fut deftiné
pour faire en l'Eglife Pa
roiffiale de S. André les mê
mes fonctions qu'il avoit faites
en celle de Noftre Dame. I
GALANT. 29
"
s'y rendit des fept heures du
matin , & commença par une
docte exhortation à huit nou
veaux Catholiques , du nombre
defquels eftoit l'un des pri
e fonniers dont on vient de
parler, aufquels il donna l'abfolution
de l'herefie . M. le
Marefchal d'Eftrées , dont le
zele pour la Religion & pour
le fervice du Roy eft incom
parable , avoit luy même preparé
ces converfions , & voulut
y affifter.
Ce Prélat donna enſuite la
Confirmation à plus de huir
cens perfonnes , & la Tonfure
C iij
30 MERCURE
à dix jeunes Clercs , faifant
toûjours de nouveaux difcours
fur chacune de ces fonctions
Il y celebra la Meffe en habirs
Pontificaux , & fit à l'Evangile
& à la Communion
des difcours , commeil en avoit
fait à Noftre Dame. Ces difcours
furent fuivis de la Com
munion qu'il donna encore
de fa main à plus de feize
cens perfonnes , de forte
la Meffe ne finit qu'à plus
de cinq heures du foir.
que
Le Lundy il alla celebrer
en l'Eglife des Cordeliers , &
fit l'honneur au Pere le Blanc
GALANT. 31
1
11
qui en eft le Gardien , d'avoir
une longue conference avec
luy dont il parut tres- content,
ce Gardien eftant en effet
d'un merite de diftinction ,
& l'un des plus éloquens
Predicateurs de fon Ordre.
C'eft à les Predications que les
nouveaux Convertis de Niort;
ont témoigné prendre plus,
de gouft , lorsqu'il y fut en-,
voyé pour les prefcher par
ordre du Roy en 1687.
Le Mardy , fefte de S. Mathias
, jour de fon départ, ayant
affemblé dans la falle de l'Oratoire
les Dames de la Miſe-
C iiij
32 MERCURE
ricorde qui compofent une
Confrairie de charité pour le
fecours des pauvres malades ,
& qui font des plus confiderables
perfonnes de la Ville , à la
tefte defquelles , en qualité de
Superieure,eft Madame dePurelence
Lieutenante de Roy ,
il leur fit une pieufe & tou
chante exhortation , & leur
donna fa Benediction . Il ter
mina tous ces travaux Apoftoliques
par la Meffe qu'il
celebra dans l'Eglife de l'O.
ratoire avant laquelle il avoit
encore donné l'abfolution de
l'herefie à un particulier en
GALANT.
33
.
prefence de M. le Marefchal
d'Eftrées , aprés quoy il difna
en communauté avec les Preftres
de l'Oratoire & monta
d'exema
en caroffe pour s'en retourner
e à Poitiers. Il y a peu
Il y a peu
ples depuis le fiecle des Apofres
, du zele qu'il a fait paroiftre
pendant ces quatorze
jours qu'il a paſſez à Niort,
d'où il a remporté les applaudiffemens
& les voeux de
tous les peuples.
Tout le monde a efté charmé
de fe douceur , de fon affabilité
, de la beauté , & de la
netteté de fes difcours tant
34 MERCURE
<
publics que particuliers , le
tout accompagné d'une pru
dence admirable. Il a fait des
reconciliations dans des Fa--
milles, terminé des Procés, &
l'on ne peut oublier qu'il a
engagé M. de la Terraudiere
à confentir que la plus jeune
de fes filles allaft joindre fon
aifnée dans le Couvent des
Carmelites , où cette aifnée a
fait Profeffion depuis trois ou
quatre ans , & où cette ca
dette defiroit depuis longtemps
de la fuivre , c Prelat
ayant eu la bonté de la prefenter
luy mefme dans ce
GALANT. 35
,
Couvent. Le bien fpirituel que
fa prefence a caufé à Niort , eft
inconcevable puifqu'il y apeu
de perfonnes en cette Ville
parmy les anciens Catholiques
qui n'ayent approché des Sacremens
, plufieurs des nouveaux
ayant eu le bonheur de
recevoir la Confirmation &
la Communion de fa main ,
parmy lefquels l'on remarqua
M. le Lieutenant General ,
M. le Prefident de l'Election ,
& M, Sacher gentilhomme.
Vous aimez trop le Café
pour ne pas prendre plaifir à
lire l'Epiftre qui fuit.
36 MERCURE
AMONSIEUR DE NESDE
CH
Medecin .
HER´ami , divin Efculape
Au pouvoir duquel rien n'échape,
Quigueris les langueurs du corps &
de l'esprit ,
Qui fçais chaßer lafièvre , & donner
l'appetit ;
Toy dont la figure agréable ,
Au malheureux martel qu'une colique
accable
Du plus amer breuvage ofte toute
P'horreur;
Dont le doux entretien , dont la feule
prefence
Du mal le plus aigu calme la violence
,
Bien loin de porter la terreur
Comme certains atrabilaires ,
GALANT. 37
Qui parleur airfauvage , & leur
front ténébreux
De la dure Cloto lugubres émiſfaires
Meme en nous guériffant nous pa
roiffent affreux ,
Etfeuvent prefenter tous les maux
à nos yeux
3
Dans des remedes falutaires ;
Enfin toy (je te le disfansfarde
Qui m'es plus qu'à tout autr )-
utile ,
Et quipour diffiper ma bile
N'as pas befoin du fecours de
ton arti
Au bout de ces douceurs que te doit
• mon eftime ,
Et par où ma prudente rime
A voulu ( comme pour dorer
La pillule ) te préparer
Arecevoir ici ma plainte legitime,
Souffre que d'un ton moinsflate
teur
38 MERCURE
A toyfe décharge mon coeur
De ce qu'au Caffé dans la
France
Tu vas mettre l'enchere , & tariv.
l'abondance
De cette charmante liqueur.
Deja la legere Déeſſe,
Qui court& quijazefans ceffe,
Au plus lointains climats
depuis huitjours
a fçie
Porter cet excellent difcours ;
Par où ta dofte bouche , & ta plume
immortelle ,
Avec fonfidelle fecours ,
Arendu les Marchands à Brest , à
La Rochelle
Intraittables comme des Juifs
Et fera plus de mal à notre Republique,
Que n'en peut reparer le butin magnifique
GALANT.
39
De quarante vaiffeaux captifs,
Fufqu'icy l'on voyoit dans l'efprit du
vulgaire
Et même chez le noble , & l'homme
Regner cette erreurpopulaire ;
Que ce Caffefifort vanté
P Eftoit pure inutilite
On en ignoroit l'origine ,
L'ufage , l'application ;
Ergens pleins d'indifcretion
ADamon partifan de fa vertu divine,
Souvent difoient avec dérifion ,
Ol'excellent remede à quoy qu'on
le deftine ,
!
Il eſt propre , pourvû qu'on ait l'intention.
Il abbat les vapeurs , foulage la
Poitrine ,
40 MERCURE
Il aide à la digeftion
Pour l'Eftomac, les Reins , le Pontmon
, &la Têtey
N'eft-ilpas vrai qu'il eſt trésbon
?
Oui , fans doute & d'eftêtre
Svet bêtes beteers, 1195 Yong
Que debadiner comme vous ,
Leur répondoit tout en couroux
De ce chaud défenſeur la bile toû–
jours prête. , e p
Son plusferme raiſonugment ,
Appuye de experience ,
Les bourroit inutilement:
C
Il falloit pour guerir l'indocile ignorance
!
Prononcerjuridiquement.
Mais toy, de qui le caractère ,
La reputation , la fcience , l'efprit ,
Pourdévelopper avecfruit
Quelque
GALANT. 41
Quelque medicinal miftere
Taffurent un fi jufte , un ſi puiſſant
credit ;
Dece ton toujoursfeur de convaincre ,
& de plaire,
Apeine as-tuparlé, que ta bouche a
fait taire
Tout le peuple qu'avcit feduit
Unpréjugéfi temeraire.
Fonde fur ta decifion ,
De cette manne raviffante ,
Chacunfait fa proviſion ,
Et provifion abondante.
On ne balance pas , & dėjafur tafoy,
On s'en explique comme toy.
Le Caffe , c'eft , dit.on , cet arbre où
Pinnocence
Fit un naufrage fi fatal ,
Cet arbre où du bien , ou du mat,
Fadis le Createur attacha la fcience ,
Avril 1699 . D
42 MERCURE
Et qui par notre decadence
Aujourd'huy moins paiffant , mais
bien moins feducteur,
Eclaire notre esprit, fansfoüillernå -
tre coeur.
C'eft une plante incomparable ,
C'est une boiffon admirable
Bien plus que tous les vins les plus
delicieux,
Plus que ces bouillons precieux ,
Où fe diffout la perle , où Por devient
potable ,
Comme ces merveilleux , ces rares
élixirs
Propres à contenter tous les mortels
defirs ,
Il encourage les timides ,
Il reveille les plusftupides
Les plusfoibles il les rendforts.
Par fon divin pouvoir reviennent
la vie ,
GALANT 43
Ceux qu'une affreuſe létargie
Rangeoit prefque parmi les morts.
Cen'eftpas, au refte,un langage
Que l'onrepete en fimple écho ;
Unpanegyrique fi beau
Eſt juſtifié par l'ufage.
De l'homme au cabinet conftamment
engage,
Epuisé par l'effort d'une étudepénible,
Soudain par le Caffè le cerveau de-
J
gagés
Trouve unfoulagementfenfible
Dans ce remede exquis , jufqu'alors
negligé.
• L'Orateux , quefanfeu , faforce , fa
memoire
Souvent en chaire abandonnoit
Et quipar un diſcours,on { le pourroit_
on croire ? )
La jufteffe,'l'ofprit, le bon fens dominoit,
Dij
44 MERCURE
Se futiguant foy - même , ennayoit
Panditoire ,
De ce Caffé qu'il condamnoit
Pourfe mettre en baleine a toûjours
foin de boire E
Du Poëte defefperé ,
Par les brulans accés de l'ardeur quti
Le mine ,
La frenetique foifd'une rime mutine
Dans ce breuvage prepare ,
Trouve une fource Caballine.
Enfin dans le Caffé chacun cherche
aujourd'hui
Dequoy diffiper fon ennui ,
Oufaire noblement brillerfa politeffe.
Aux amis raffemblez , il donne une ·
allegreffe
Que permet la fobrieté ;
Du folitaire obfcur il charme la trif
teffei
Pour augmenter fa cour le Grand en
fait largeffe ,
GALANT.1 45
!
L'Homme d'efprit s'en fert pour la
focieté,
Le Courtisan pargentilleffe ,
Les Damespar delicateffe ,
Et les Devots par volupté.
Cependant au moyen de grosir fa
fortune
Le Marchand toujours attentif,
D'une aviditéfi commune
Profite , & chaque jouraugmentefon
tarif.
Celuy que nagueres à Nantes
Le fort d'abord me prefenta ,
Fort adroitement debuta
Par vanter du Caffé les vertus excellentes.
Pour m'en faire approuver le prix
immoderé ,
Jusqu'ici,me dit-il, vous l'avez ignoré.
Ce precieux Caffé redoutable à la
Parque ,
46 MERCURE
Que dans le Fleuve de l'Oubli
Avoit long-temps enseveli
L'inflexible Nocher de la funefte
Barque ,
Et qu'offre maintenant au fortuné
Mortel
Un tendre & bienfaifant Genie ,
Eft pour tous les maux de la vie
Prefervatif certain , Remede univerfet.
Je loüaydu Marchandle-jargan Poë
tique ,
Et l'efprit des plus deliaz ,
Talens rarement allier
A la Nation Britanniques
·F'efperoisfur lepayements UNT
Par mon gracieux compliment
Adoucir unBreton fi plein de politeffex
Maisje vis bien que fon métier
Etoit d'eftre habile Ufarter,
NonparHomme à faire largeſſe.
GALANT.
47
1
Peu fenfible à la gloire , afpre fur
l'intereft ,
Cet impitoiable Corfaire
Ne me dit plus qu'un mot , & ce fut
un Arreft ;
On ne peut trop payer un bien fi new
ceffaire ...
Le Cafféfeul rendl'Homme heureux.
Ainfi l'aprononcé ceMedecin fameux,
Dont la decifion eft regle plus certaine
Que l'Ecole Salernitaine.
Voilà ce que nous vaut le bruit-
De ta merveilleufe éloquence ;
Et tel en eft le triftefruit ,
D'avoir de ce trefor ofte la jouiffance
A tes amis, gens delicats ,
C
Quifçavoient en ufer , & ne le vantoientpas.
48 MERCURE
·
Mais pourquoy ma Mufe alarmée
Se plaint- elle aujourd'huy de l'abfolu
pouvoir ,
Que donne à ton rarefçavoir
L'officienfe Renommée ?
Etfi ton zele pur qui prefera toûjou?S
A tonpropre interet l'utilitépublique,
Pour nous prolonger d'heureux
jours , [que
T'oblige à découvrir la vertu ſpecifi-
D'un remede , que plus difcres
L'Avare auroit tenu fecret ,
Par quel enteftement bizarre
Ofai-je ici te reprocher
Que , graces à tes foins , le Caffé devient
cher?
M'aperçois-je qu'ilfoit trop rarer`
Et quand chez toy fi largement ,
Sçait l'offrirta magnificence ,
Un fi feur dédommagement
Nevaut- ilpasbien l'abondance ?
Propofition
GALANT. 49
20
EPropofition
nouvelle fur la caufe
L
des Vents.
A caufe des Vents font
les airs fubtils recens &
comme animez, qui font emanez
& produits par un écoulement
& une continuelle viciffitude
naturelle des aftres ,
lefquels ſe voulant répandre
dans la region qui leur eft
propre , trouvent de l'oppofi
tion de la part des airs plus
groffiers, qui occupent les regions
& les espaces inferieurs
desja remplis , jufqu'à ce que
seftant ouvert le paffage par
Avril 1699. E
50 MERCURE
les
leur activité naturelle , & s'e- 10
ftant confondus avec ceux-cy
par divers combats & agitations
, il ne fe forme de ces
deux parties qu'un mefme air
tensperé , & c'est pour lors que
fe fait le calme , & que
Vents ne foufflent plus. J'eftime
donc que c'eſt la caufe des
Vents ordinaires & extraordinaires
que nous voyons ,
felon que ces airs fubtils &
recens , font plus ou moins abondans
par une continuelle
viciffitude, comme je viens de
le dire , & par une même ſui
te continuelle. C'eft de l'air
GALANT. 5t
L
Ji
!
que fe forment les eaux , &
c'eft l'immenfité des airs qui
produit & entretient l'immen
fité des eaux , & aquæ omnes
i quefuper cælos funt , &c. Elles
font dans les Aftres par la vertu
qu'ils ont de les produire
par les airs dont elles tirent
leur origines d'où je conclus
que l'air & l'eau ne font qu'un
même Element , puifque l'eau
eft de la nature de l'air , comme
la lie dans le tonneau eft
de la nature du vin.
Je remarque dans les Elemensdeux
parties qui les compofent
, dont l'une eſt l'eſprit
E ij
52 MERCURE
"
& l'autre le corps. Exemple.
Dans le feu il y a la matiero
combuſtible qui eſt le corps,
& le feu qui en eſt l'eſprit ; &
ces deux parties compoſent
cet Element. La terre produit
les arbres, les plantés, les
fruits , & tout ce qui fert à la
nourriture de l'homme & desi
animaux , & cette production,
eft fa fubftance ou bien fon
efprit, Le corps eft ce qu'elle
contienten foy d'infipide & der
terreftre, ou bien, fi vous voulez,
la terre confiderée comme
terre eft fon corps , & ce :
compoſéeſt auffi un Element
GALANT 33
L'air eft l'efprit de cet Element
dont le corps eft l'eau?
&tout ce qu'elle produit dans
foy , qui participe de la nature
de l'eau. L'affinité , les conve
nances : & les rapports fe
trouvent entre l'une & l'autre
de ces deux parties . L'eau
entre dans l'ufage des mefmes
utilitez que l'air , elle tiene
la partie inférieure comme
plus materielle , & ce compor
fé eft encore un élement. Je
Fay mis le dernier, parce que
c'eſt cela mefme que j'ay you.
lu prouver par l'exemple des
autres.
E iij
54 MERCURE
•
Ce qui nous a trompez ju
qu'à prefent, croyant que l'air
& l'eau eftoient deux élemens
differens , c'eft que l'on s'eft
fondé fur l'experience qui
montre que le poiffon ne peut
vivre hors de l'eau commer
eftant hors de fon élement
ce qui eft tres vray. De plus
on a raiſonne fur ce principe:
qu'on ne pouvoit fe paffer de
refpirer l'air , c'eft pourquoy
on en faifoit un autre Element
, mais c'est par cela même
que je prouve ce que j'avance
, & puifque le poiffon
refpire dans l'eau , il faut que
GALANT. 55
l'eau foit de la nature de l'air ,
& ainfi dire comme la
pour
lie ou le corps de l'air. Mais je
n'en demeure pas là , & pour
répondre encore à ce qu'on
dit que le poiffon meurt auffitoft
qu'il eft hors de l'eau , ce
qui ne prouve rien puifqu'il
y refpire , je dis que Thirondelle
ne peut vivre fans voler
dans Fair , & qu'elle ne mangera
rien, eftant retenue , quoy
que vous luy prefentiez . Elle
ne marchera point , non plus
qu'un poiffon hors de l'eau , &
mourra peu de temps aprés ,
étant comme hors de fon Ele-
E iiij
56 MERCURE
ment, ce qui fait voir les convenances
& les rapports qui
fe trouvent entre l'air & l'eau
qui produifent les mêmes effets
naturels. J'ay lû dans un
Auteur de reputation que l'on
a trouvé en pefchant dans le
Rhin des hirondelles au fond
de l'eau qui s'y retirent pour
y paffer l'hiver , parce qu'il
fait chaud en cet endroit, ce
qui eft probable puifqu'elles
aiment, les rivieres & les é
tangs où elles fe moüillent
en volant continuellement
fur la furface durant l'Eté , &
comme eftant auffi bien que
GALANT.
57
l'air une partie dont cet Ele-
7ment eft compofé. L'air eft
Auide , l'eau l'eft auffi . Ceft
pourquoy l'hirondelle qui ap
paremment aime beaucoup
fon air natal en cette contrée,
fe trouve mieux d'y demeu .
rer en cet eftat, en attendant
Printemps, que d'entrepren
dre de paffer les mers pour
trouver un païs chaud .
le
"
}
Vous me demandez avec
trop d'empreffement la fuite
de ce que l'Ambaffadeur de
Maroc a dit fur tout ce qu'on
luy a fait voir depuis qu'il
eft arrivé en France 2 pour
18 MERCURE
ne pas fatisfaire vostre curio
fité.
Ayant efté voir Madame
de S. Olon , il y trouva beaucoup
de Dames qu'elle avoit
fait affembler pour groffir ,
orner la compagnie. Son ap
partement eftoit magnifique
& bien éclairé. Quoique le
Ramadan de l'Ambaffadeur
fuft paffe , il ne mangeoit encore
alors que le foir , parce
qu'il avoit prolongé fon jeune
de deux mois par devotion , &
comme on doit avoir befoin
de manger , quand le foleil
eft couché , & qu'on n'a rien
GALANT.
59
pris de la journée , Madame
de S. Olon avoit eu foin de
faire tenir preſt du chocolat ,
& du caffé , ainfi que quantité
d'autres liqueurs . On danfa
aufon des Hautbois , & la
compagnie fut nombreuſe ,
quoique choifie. Une Dame
demanda à l'Ambaffadeur s'il
n'avoit point trop chaud à
caufe de la quantité de mon
de qui l'entouroit , & il répon!
dit que dans le Paradis les éle
mens eftoient égaux , t) que le
nombre d'Anges qu'il voyoit le
reprefentoit parfaitement. II
prit tant de plaifir chez M. de
60 MERCURE
S. Olon qu'il y demeura juf
qu'à dix heures du foir , & dit
en s'en allant qu'il fe faifoit
violence d'en fortir pour aller
fouper à fon Hoftel , où beau
coupde monde l'attendoit à l'or
dinaire.
Il regarda avec beaucoup
d'étonnement la grandeur &
l'élevation de l'Eglife de Nôtre
Dame. On le mena dans
le trefor de cette Eglife , où on
luy fit voir une chafuble qu'on
afſura avoir efté miſe par faint
Denis il y a quinze cens ans .
Il dit en la regardant . Voila
une marque certaine de l'invin
GALANT. 61
01
cibilité des Empereurs de Fran-
¿e , & que cet Empire n'a jamais
eftéfubjugue.
Ayant efté rendre vifite à
M. le Baron de Breteuil , il y
vit un cabinet rempli de tresbeaux
tableaux , ce qui luy
donna lieu de dire , que dans
I tous les Arts la France eftoit
parvenue au Jupreme degré ,
mais qu'elle tenoit des autres
L'origine de quelques fciences
fur tefquelles elle avoit rencheri.
coul
Ayant efté conduit chez
M. Benoift , du Cercle ,
font quantité de Portraits en
62 MERCURE
cire , il dit , en voyant ceux
de quelques Mufulmans qui
s'eftoient laiffé tirer en cire ,
qu'il falloit qu'ils fuffent bien
maudits , & que fi fuivant la
Loy de Mahomet la portraita
re eftoit un crime , celuy defaire
des portraits en cire eftoit une
abomination , & que M. Benoist.
feroit encore plus damné que
tous les autres Peintres. Il ne
laiſſa pas de louer beaucoup
fes ouvrages qu'il trouva tresbeaux.
Ayant veu faire l'exercice à
l'Elephant qui eftoit à la foire
de faint Germain , il dit qu'il
GALANT. 63
4
P
avoit quantité d'hommes qui
eftoient plus beftes que cet animal,
& que les Negres eftant de
ce nombre, le Roy fon maistre ne
les regardoit pas comme des
bommes, Il dit aprés avoir vû la
Comedie de la Devinereffe ,
- qu'il avoit vu dans cette Piece
tout ce que peut une méchante
femme ; que la femme furpaffe
l'homme en malice comme elle le
furpaffe en vertu, & que la femme
eft Ange ou diable , n'y ayant
point de milieu.
Aprés avoir vû l'Opera du
Carnaval de Venife , il dit ,
que ce fpectacle eftoit Royal,
64 MERCURE
que le Roy eftoit dans les jeux
& dans les plaifirs , le même
que dans les affairesferienfes.
Ayant été, non pas pour ren
dre vifite , mais pour voir les
appartemens de Monfieur, un
jour que ce Prince tenoit Appartement,
il s'écria . Ab , voila
le monde veritablement. Tout
te qu'il y a dans le refte de l'Univers
n'eft que l'ombre de ce
que je vois. Monfeigneur le
Dauphin y eftoit ce jour- là.
L'Ambaffadeur l'examina a
vec attention , & dit que l'air
majestueux de ce Princes eftoit
rayment Royal. il dit auffi
que
GALANT. 65
que la bonté de Monfieur luy
devoit donner fur les autres
Princes l'avantage que la puif
fance ou la majesté de Louis le
c. Grand luy donnoit fur tous les
shind on OINDY
Empereurs.
S'étant trouvé à un bal chez
Monfieur, ou eftoit Madame
la Princeffe de Conty Douairiere
, il parut charme de la
beauté de cetre Princeffe &
de ſon air doux & majeſtueux,
& die qu'ilne faloit que la cort
pourfçavoir de qui elle eftoi
file. Comme les marques avoient
eu permiffion d'entrer
à ce bal , & que rien n'eftoit
Avril 1699. F ;
66 MERCURE
plus furprenant que la richeſ
fe & la diverfité des habits
qui reprefentoient toutes les
Nations du monde, fans compter
ceux qui avoient efté inventez
pour faire briller davantage
les perfonnes qui les
portoient , l'Ambaſſadeur dit
en fortant à M. de faint Olon ,
qu'il avoit vú trois chofes en
France qui ne pouvoient eftre
furpaffées ny même égalées fçavoir
le Roy , l'Opera , & le Bal
de Monfieur.
Cet Ambaffadeur ayant eu
audience de Monfeigneur le
Dauphin,voicile compliment
GALANT. 67
2
qu'il fit à ce Prince, de la part
du fils du Roy de Maroc .
A
Renommée en
parcourant.
les quatre parties du monde ,
a informé
l'Empereur
de Maroe
+ mon maistre & le Prince Mou
ley- Zeydan fon fils , & heritier
de fon Empire , de la valeur &
des faits heroiques
du tres
• magnanime
Dauphin
de France ,
fils duplusgrand Empereur
des
Chreftiens.
Mouley Zeydan vous demande
, Monſeigneur , l'honneur de
vous prie d'a- vostre eftime ,
gréer l'offre qu'il vous fait de
Fij
68 MERCURE
lafienne , avectous les fervices
qui dépendent de luy , mais il
Jeroit au comble de fes defirs , fi
àl'exemple des deux majestueux
Empereurs vos Peres , vousjettiez
aujourd'huy les fondemens
d'une union dont les fruits cau
Laffentunjour l'envie des autres
Princes, & l'admiration de l'Univers.
Heureux & mille fois heu
reux , fi également éclairé des
rayons de ces deux Soleils , je
m'aquittois avec fuccés d'une
commißion fi glorieuse , unifant
d'un lien indiffoluble les deux
coeurs des tres dignes fils desplus
GALANT. 69
grands Empereurs de la terre.
Comme cet Ambaffadeur
prend la qualité d'Amiral de
l'Empire de Maroc , il demanda
à voir l'Amiral de France ,
& ayant efté conduit chez ce
Prince , il luy dit , Ayant apris
le baut merite de Voftre Alteffe
Sereniffime qui répond parfaitement
au Sang illuftre dont
vois fortez & lagrande dignité
dont vous avez esté jugé digne
par le plusgrand Empereur
du monde , fay defire , Monfetgneur,
de vous faire la reverence,
& de vous demander l'honneurde
vostre eftime , & fija
70 MERCURE
mais le Dien de la terre & de la
mer me donne l'occifion de vous
rencontrer fur cet element fujet
à tant de diverfes avantures , je
feray mon poffible pour meriter
L'honneur que vous demande
aujourd'huy , Monseigneur , le
tres humbleferviteur de V.A.S.
BEN AISCHA Amiral
de l'Empereur de Maroe
Ces complimens ont été tra
duits par M.Petits de la Croix,
fi intelligent dans la langue
Arabefque,qu'on luy en a fou
vent vû traduire en les lifant,'
L'Ambaffadeur ayant eſté
GALANT: 7!
voir M.le Duc de Beauvilliers,
comme Miniftre d'Etat , il dit
aprés en eſtre ſorti , que pour
l'éducation des grands Princes
dont il avoit la conduite , l'Empereur
de France nepouvoitjetter
les yeuxfur un Miniftre qui
s'en acquitaft plus dignement ,
&que cette feule converfation
le perfuadoit des belles qualitez
des Princes , petits -fils de Louis
Le Grand.
M. le Marquis de Torfy étant
un des Commiffaires
nommez pour traiter avec
cet Ambaſſadeur , il dit que
la fageffe & la douceur de ce
72 MERCURE
Miniftre enchantoient tous les
Ambaffadeurs , & qu'elles feroient
capables de leur faire
faire les plus grandes fautes ;
qu'ainfi il leur devroit eftre
redoutable sils fçavoient le
connoiftre comme luy.
A l'égard de M. le Comte
de Maurepas , qui eft auffi du
nombre de fes Commiffaires
a la place de M. de Pontchar
train , il dit qu'aprés avoir con
ru les mers pendant quarante
années il prendroit encore des
leçons de luy fur ce qui regarde
l'execution de la marine, & qu'il
n'en avoit jamais ony parler
avec
GALANT:
73
avec un fi grand fonds de connoiffance
, ny un détail fi précis , &
qu'il ne s'étonnoit plus de ce qu'il
avoit vû à Breft, & dans les Vaiffeaux
du Roy , ny du bon ordre des
Magafins des Arfenaux, ny de
la belle fubordination des Officiers
de la Marine , puifqu'ils avoient
un Ordonnateur tel que celuy là.
Une Dame luy ayant demandé
chez Madame la Com
teffe de Maurepas , ce qu'il
penfoit de voir les Femmes &
Les Filles en France , pelle .
melle avec les hommes , le
viſage découvert : il répondit ,
que lesfemmes eftant vertuenfes,
Avril 1699.
G
74 MERCURE
leshommes parfaits , ilsfaifoiens
un mélange de mufc & d'ambre ,
qui nepouvoit rendre qu'une bonne
odeur.
les
Les effets du Miroir ardent
le furprirent extrêmement à
l'Obfervatoire. Il pria M de
Caffini d'écrire une Lettre
aux Aftronomes de Maroc ,
& l'affura qu'il luy en feroit
avoir la réponſe. Il dit
Rois élevoient autant leur gloire
par l'amour pour les Lettres que
par celuy de la Guerre ; que quelques
uns aimoient la Guerre , &
les autres les Lettres ;
LOUIS LE GRAND aimoit
que
mais
que
GALANT. 75
la Guerre les Lettres en mefme
temps.
On le mena voir les Plans
des Places de guerre , qui font
dans l'un des Appartemens
J du Palais des Tuilleries , &
qui luy furent montrez par
M' de Lapara. Il répondit
aprés qu'on luy fit examiner
les fortifications de tant de
Places , que la France n'avoit pas
befoin de ces Ramparts , ayant
LOUIS LE GRANDà fa tefte .
Il admira l'adreffe des Ingenieurs
qui avoient levé ces
Plans.
Il fut fi furpris de voir la Bi-
G ij
76 MERCURE ·
bliotheque du Roy , qu'il dit ,
que LOUIS LE GRAND
eftoit le Pere des Lettres , ayant
un auffi beau trefor ; que les Fran
çois eftoient bienheureux ; mais
qu'ils ne connoiẞoient pas fi bien
leur bonheur que les Etranger's
qui ne le poffedoient pas , & qu'il
ne s'étonnoit plus fi le Roy-faifoit
des François ce qu'il vouloit , &
s'il en eftoit adoré.
Les Ouvrages de la Savonnerie
qu'on avoit déjà fait voir
à cet Ambaffadeur, luy avoient
fait tant de plaifir , qu'il de
manda à y retourner. On le
fit paffer par la Place des VicGALANT:
97
%
toires, qu'il regarda avec beau
coup d'attention . Il voulut en
faire le tour jufqu'à trois fois ,
& quand on luy eut expliqué
le fujet de la construction de
cette Place , & qu'on luy eut
nommé celuy qui avoit fait
élever le grand Monument
qu'il y voyoit , il fe récria beaucoup
fur un amour & fur une
reconnoiſſance
fi magnifique,
& dit que s'il s'eftoit trouvé icy
lors de cet établiffement , il aurois
ambitionné l'honneur de contribuer ·
à une dépenfe fi digne d'eftre éterni-
Jée par fon objet , & par le bon
coeur de celuy qui l'avoit faire.
Gij
78 MERCURE
Il fut auffi tellement furpris
en voyant la grande Salle du
Palais , qu'il en fit meſurer
deux fois la largeur , & enfuite
la longueur. Il dit , qu'il n'avoie
jamais vu une fi grande voûte ,
maus qu'aprés la réputation du
Parlement de Paris , cette magnificence
qui eft extrême , eftoit encore
au deßous , & qu'il fçavoit que ce
Parlement est le Moderateur des
Loix de toute la Chreftienté ancienne
& nouvelle.
Ayant efté voir l'Arſenal
& la Salle des Armes de M
Titon , il dit que les mousquets
des François eftoient bien courts,
GALANT.
79 .
mais que les François avoient les
bras bien longs. Comme il y a
plufieurs Machines de guerre
dans cette Salle , il répondit à
ceux qui luy expliquoient leurs
ulages , qu'il ne s'étonnoit plusfi
la France n'avoit jamais pú estre
Subjuguée par un fi grand nombre
d'Ennemis , puifqu'elle joignoit
l'adreße à laforce.
Comme il eftoit à la Samaritaine
, il vit en moins d'un
moment une prodigieufe
quantité de Peuple amaffé ,
ce qui luy fit dire , que fi le
monde fe defempliffoit , la France
feroit capable de le remplacer.
G iiij
80
MERCURE
-
C'eft une penfée que l'affluen
ce du Peuple qu'il trouve en
France luy a quelquefois fair
repeter.
?
Ayant efté voir Madame
le Camus Melſon , l'entretien
fut tres. vif, & tres- fpirituel de
part & d'autre. Cette Dame
le regala d'un tres - beau Porte
lettres , & d'une Tabatiere
d'or , garnie de Diamans & de
Turquoiſes. Il alla enfuite à
l'Opera de Thefée , où il fe
récria encore plus qu'il n'avoit
fait la premiere fois , toutes
les parties de ce ſpectacle
l'ayant enchanté.
GALANT. 81
2
Le Bâtiment & les Peintu
tres de l'Hôtel des Fermes luy
parurent d'une grande beauté
, & quand il eut efté infor
t mé de l'uſage de ce lieu , & de
l'employ de M's les Fermiers
Generaux ; il dit , qu'avec des
gens auffi avisez que ces Mrs il
ne s'étonneit pas que l'Empereur
de France fuft le plus riche Prince
de l'Univers : & fur ce que M
de Saint Olon luy dit que ce
lieu là pouvoit eftre regardé
comme le fondement de la
puiffance & de la gloire du
Roy, par rapport aux mouvemens
qu'il procuroit à fes Ar
82 MERCURE
mées de terre & de mer , itrépondit
, qu'ilfçavoit bien que l'or.
& l'argent eftoient le reffort univerfel
de la guerre , & de tousfes
fuccés ; mais qu'ilfalloit qu'il convinft
avec toute la terre , que la
refte &
le coeur de LOUIS LE
GRAND eftoient le fondement
unique , & le mobile imman .
quable de fa gloire
deur.
vit
de fa gran
En allant aux Invalides , il
par
hazard dans la Plaine
de Grenelle une Revûë du Regiment
des Gardes Françoiſes.
Mi le Comte d'Avejan en fit
les honneurs , comme LieuteGALANT:
83
nant Colonel , avec M' de
Traverfonne , qui en eft Major
, & qui fit faire l'exercice
au Regiment avec le tambour.
On le fit enfuite défiler
devant fon Caroffe. Il dit , que
des Troupes comme celles là ne
trouveroient jamais rien qui leur
refiftaft , e qu'elles eftoient capa
bles de rafer les montagnes , & de
creufer les rochers.
·
il alla enfuite aux Invalides
qu'il vifita par tout , montant
jufqu'au haut du Dôme , qui
eft plus élevé de vingt toiles
que les Tours de nôtre Dame.
Il fut reçu par M¹ Desroches ,
84 MERCURE
qui en eft Gouverneur. Onluy
demanda fi cet édifice n'eftoir
point trop fuperbe pour des
Invalides. Il répondit , Non ,
car cefont eux qui l'ont fait , es
rien ne peut eftre digne du moindre
d'entre eux , &l'on voit bien que
leur Maiftre a connu comme moy,
leur merite. Il fouhaita d'avoir
un Plan de ce grand Edifice,
M' de Saint Olon le dit à M
de Barbefieux , qui luy en fit
donner un .. M' de Saint Olon
dit au Roy que cet Ambaffadeur
ayant vu la Venerie , il
avoit fouhaité d'en avoir deux
chiens , pour en faire prefent
GALANT.
8
1
de la
au Roy ſon Maiftre ; ce qui
luy fut accordé , auffi - bien que
de voir fouper Sa Majesté .
Il fut furpris de la beauté du
Bâtiment de la grande Ecurie
de Verfailles , ainfi que
quantité & de la beauté des
Chevaux qu'on luy fit voir. Il
n'approuva ny les queues courtes
ny le pavé ; mais on luy fit
connoiftre qu'il y avoit beaucoup
de bois en ce Pays - cy ,
dans lefquels les longues
queues s'embaraffoient , &
que le fable eftant trop humide
pour les jambes des chevaux
, il falloit neceffairement
86 MERCURE
du pavé , ou du bois , dans les
Ecuries , & qu'on avoit eu des
raifons qui avoient fait juger
à propos d'y employer du
pavé.
Il alla enfuite aux Appartemens
que l'on tenoit ce jourlà
. M' de Saint Olon luy fit remarquer
la bonté de nos Rois,
& de nos Princes , qui fe dépoüilloient
, pour ainfi dire
de leur majesté & de leur grandeur,
pour le familiarifer avec
leurs Sujets & leurs inferieurs ,
& que cela , fans rien alterer
du refpect qu'on leur conferyoit
toûjours , contribuoit
GALANT.
87
merveilleufement à fe conci.
lier leurs coeurs. Il répondit ,
qu'il trouvoit cet usage admirable.
BONA UZANCA . C'eft le
terme dont il fe fervit , & qu'il
a devroit estre étably par tout le
O monde.
כ
Il vit ce jour - là fouper le
Roy , & Monfieur luy fit beaucoup
de queftions , aufquelles
il répondit avec beaucoup
d'efprit & de politeſſe . S. A, R.
luy demanda à quel âge ceux
de leur loy eftoient obligez de
jeufner ; & il répondit , à quatorze
ans . Monfieur luy demanda
auffi fon fentiment
88 MERCURE
touchant les beautez de France
; & il repliqua , qu'il en avoit
vû de fort grandes.
Il alla le lendemain à la pe
tite Ecurie , & retourna le jour
fuivant à la grande , où il vit
monter à cheval Monſeigneur
le Duc de Bourgogne . Il dit ,
que fi le Sauteur fçavoit qui le
montoit , il deviendroit doux com
me un mouton.
Ayant obtenu permiſſion
du Roy d'aller voir le Roy
d'Angleterre , il y alla , mais
fans ceremonie , aprés que M
de Saint Olon eut pris jour de
Sa Majesté Britannique , qui
GALANT. 89
ne laiſſa pas de l'envoyer prendre
à l'Hôtellerie dans un de
fes Caroffes pour le mener au
Chafteau . Il y alla fur les deux
heures , & trouva dans une
même Chambre le Roy , la
Reine , Monfieur le Prince de
Galles , & Madame la Princefſe
d'Angleterre. Dés qu'il fuc
proche du Roy , aprés le premier
falut , il fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , qu'il em .
brafla. Il fe jetta auffi aux genoux
de la Reine , & leur fit
un compliment fi plein de ref
pect , & de témoignages de reconnoiffance
des bons traite-
Avril 1699.
H
G
90 MERCURE
mens qu'il en avoit reçus
eftant leur Efclave , qu'il ne
put s'empêcher de verfer des
larmes en abondance. Ces larmes
rendirent le difcours de
fes yeux encore plus éloquent
& plus pathetique que celuy
de fa bouche , & en tirérent
également de la plus grande
partie de ceux qui estoient
prefens. Tout ce qu'il put dire
fut , qu'il n'oubliroit jamais la
grace qu'il avoit reçûë de Leurs
Majeftez , & que fi fa vie ¿
celle de toutefa famille pouvoient
luy eftre utiles en quelque chofe , il
la leur offroit de tout fon coeurs
GALANT: 91
Leurs Majeftez Britanniques
répondirent fort obligeamment
à ces demonftrations de
reconnoiffance , & aux offres
que cet Ambaffadeur leur fit .
de la part du Roy fon Maiftre.
La vifite fe termina par des
enbraffades qu'il fit encore à
Monfieur le Prince de Galles ,
& à Madame la Princeffe.
d'Angleterre , aufquels il fit
preſent de deux facs de dates ,
& de deux douzaines de peaux .
de maroquin. Il eſt à remarquer
que le Roy d'Angleterre
luy avoit donné la liberté
aprés trois ans d'efclavage à
Londres.
Hij
92´MERCURE
On luy fit voir en s'en rec
tournant la Machine de Marly
, ce qui renouvella fes ad.
-mirations , & luy fit dire , qu'il
n'y avoit que le Roy feul capable
d'entreprendre
d'executer une
pareille chofe , & qu'il la croyoit
dans le paffé & dans l'avenir auffi
unique que Dieu , le Soleil , le
Roy. La belle vûë qu'il découvrit
de deffus la hauteur de
cette Machine luy donna lieu
auffi de fe récrier fur la multitude
de Villes , Bourgs , Villages
& Bâtimens qu'il avoit
vûs depuis qu'il eftoit dans le
Royaume
ajoûtant que
la
GALANT. 93 .
France n'estoit qu'une Ville ; mais
fi remplie de Peuple , qu'il croyoie
qu'elle faffiroit à remplacer le refte
du monde , fi le refte du monde fe
defempliffoir. Quoy que cette
penfée ait du rapport à ce qu'il
dit eftant à la Samaritaine , ce
n'eft pas néanmoins tout à fait
la même , puifqu'il s'agiffoit
la premiere fois du Peuple
Equ'il voyoit fur le Pont- neuf,
& la feconde des Bourgs & des
Villages qu'il voyoit de la haureur
de la Machine de Marly ,
& de ceux qu'il avoit vûs de .
puis qu'il eftoit en France.
Il fit de grandes exclama94
MERCURE
•
tions à Saint Denis fur la beau
té des Tombeaux & fur la richeffe
du Trefor. Il admira le
vitrage de cette Eglife , qu'il
examina avec attention , &
dont il ne pouvoit retirer fa
vûë. Le Pere Prieur le reçut
à la porte de l'Eglife , avec
plufieurs de fes Religieux , &
fit jouer les Orgues lorſqu'il
fortit
.
Rien ne l'a plus ſurpris à
Paris que la Manufacture des
Glaces du Faubourg Saint Antoine
, où la quantité de Travailleurs
, dont le nombre eft
de plus de huit cens , ne l'é
GALANT: 95
tonna pas moins que la maniére
de perfectionner leur
travail . Il voit quelquefois
M Jourdan , Secretaire du
Roy , qui eft un homme d'ef
prit & de merite , & qui a la
conduite de cette Manufactu
re . M' Jourdan luy a même
donné à fouper , & ils ont travaillé
enfemble à trouver des
moyens pour établir le Commerce
des Glaces à Maroc .
En fortant de cette Manufac
ture des Glaces , l'Ambaffadeur
fut reconduit chez luy
pardeffus les ramparts. Il n'y
a point de promenade plus
96 MERCURE
belle , puifqu'en marchant entre
plufieurs rangs d'arbres ,
on voit du cofté de Paris une
infinité de maiſons qui font
autant de Palais , & du coſté
de la Campagne , plufieurs
gros Villages , des Côteaux
admirables , & de tres belles
Maifons de plaifance , & fur
tout celle du Pere de la Chaife
, & l'Hôpital de S. Louis.
Lors que l'Ambaſſadeur alla
à l'Academie de M' d'He
ricourt , il eut non -feulement
le plaifir de voir le manege or
dinaire des chevaux , mais encore
celuy de voir coure la
Lance
GALANT
:
97
J
U
I
Lance & les Teftes . Il dit qu'il
në falloit plus demander pourquoy
les François vainquoient toutes
les Nations du monde , ayant des
Ecoles comme celle là .
L'apréſdînée du même jour
il alla voir les Manufactures
des Gobelins. Je ne vous rapporte
pointce qu'il y dit , s'etant
fervien plufieurs endroits
des mêmes termes pour marquer
fa furpriſe & fon admiration
. Il paffa par le Val de
Grace au fortir des Gobelins;
les Religieufes luy firent voir
leur Choeur , & le lieu du dépoft
du coeur de la Reine-
T
Avril
1699.
I
9398 MERCURE
mere , & de ceux des Enfans
de France . Il fe recommanda
aux prieres des Religieufes,
& dit , Ceux qui ont ainfi abandonné
le monde , ne regardent plus
nyla Couronne , ny l'Empire , &
on doit les redouter, car leurs voeux
leurs fouhaits font exaucez
Jur le champ , foit pour le bien ,
foit pour le mal.
Il dit aprés avoir vû les
Danfeurs de corde qui font à
la Foire , Que fi ces gens- là vou
loient aller en fon Pays , ils enzreroient
dans le Serail du Roy
fon Maiftre , & qu'ils n'en fortiroient
que riches , parce quele Roy
GALANT. 99
>
3 toutes les Dames de fon Serail
leur feroient des prefens.
Aprés avoir vu jouer au
Jeu de Paume de la sphere,
une partie de Paume des deux
Jourdains contre Clergé,
Couval , & Crucau , il dit que
les Françoisfurpaffoient toutes les
1 Nations auffi bien dans leurs
Feux , que dans leurs affaires ferienfes
, & qu'il vouloit introduire
Ice Jeu enfon Pays.
La maifon de M le Comte
de Marfan eftant une des plus
belles , & des mieux meublées
-de Paris , cet Ambaffadeur y
fut mené. Ilvit d'abord le Jar
I ij
100 MERCURE
A
din , dont le Parterre eft de M
le Noftre & regarda la face
du Jardin qui donne fur ce
Parterre , qui luy parut tresbelle
; mais lors qu'il fut queftion
de monter aux apparte.
mens , il s'informa fi M² le
Comte de Marfan y eftoit ; &
ayant appris qu'il eftoit à Ver.
failles, il ne voulut point monter
, & dit que la coutume des A
rabes eftoit de ne jamais entrer
dans la maison d'un homme pendant
qu'il n'y eftoit pas.
Aprés avoir regardé avec
beaucoup d'attention & d'étonnement
les meubles qui
GALANT. 100
font au Gardemeuble du Roy ,
il dit , Quefi quelque Monarque
pouvoit en avoir de pareils , il
eftoit impoffible qu'il en puft avoir
de plus beaux. Eftant enfuite
paffé fur le Balcon du Gardemeuble
qui regarde la Riviere ,
il dit en la regardant , Que
quand elle feroit toute d'encre , elle
Juffiroit à peine pour écrire tout ce
que M de Saint Olon luy faifoir
voir tous les jours , de la richiffe ,
de lapuiffance , & de la magnificence
du Roy.
Il ne s'eft point paffé de
jour qu'il n'ait répondu quelque
chofe de fpirituel & d'o-
I iij
102' MERCURE
bligeant à ceux qui l'ont en
tretenu pendant fes repas .
Une Dame luy ayant dit qu'-
elle luy trouvoit plus de politeffe
& plus de galanterie , qu'
on n'en croyoit aux gens de
fon pays, il luy répondit, qu'un
homme ne pouvoit entrer chez un
Parfumeur , & refter quelque
temps , fans en remporter quelque
odeur , & qu'il en eftoit de même
de ceux de fon Pays , qui ne pouvoient
eftrelongtemps avecles Dames
de France ,fans prendre quelque
chofe deleur politeffe.
Vous ferez peut- eftre bien .
aiſe d'apprendre de quelle maGALANT.
103
niere parle le Roy de Maroc
dans les Provifions qu'il donne.
Je vous en envoye une qui
regarde l'Ambaffadeur dont
je viens de vous parler . Elle
eft traduite de l'Arabe en
François par M Petits de la
= Croix.
I iiij
104 MERCURE
•
TRADUCTION DES PATENTES
ACCORD E'ES A FIDI ABDALLA
BEN AYCHA , PAR
MULEY ISMAEL , EMPEREUR
DE MAURITANIE
POUR SA CHARGE D'AMIRAL
ET SURINTENDANT
DES AFFAIRES DE MA.
RINE.
A
U nom de Dieu clement &
mifericordieux, & fes benedictionsfoieni
fur notre Seigneur,
Prophete & Legiflaseur Maho.
met ,furfa Famille & fes Amis
en la maniere la plus excellente .
DE
re
to
GALANT.
10%
De l'ordre du Serviteur de
Dieu , qui fe confie en Dieu , qui
remet fes affaires au Seigneur en
tout ce qu'il a de plus fecret & de
plus intime , le Miralmoumelin ,
ou Empereur des vrais Croyans ,
qui combat pour le fervice , & en
la voye du Maistre du Ciel
la Terre, Dieu le protege & le
faffe triompher, & étendre fa jurifdiction
depuis l'Orient juſqu'à
l'Occident , par fa grace
Ja bonié
de
par
Icy eft le Scel d'or du Roy
de Maroc ,contenant ces mots
en lettres d'or.
ISMAEL FILS DE CHERIF ,
106 MERCURE
DE LA LIGNE'E DE HASAN ,
QUE DIEU FASSE TRIOMPHER.
Autour du Scel font ces
mots en lettres d'or.
Dieu veut feulement vous-nettoyer
de toute foüillure¸ ô Princes
de la maifon du Prophete , & vous
purifier entierement.
Commencement de la Patente.
Cette Patente de noftre part,
que Dieu tres haut éleve, & faffe
refpecter, & perpetue fon Éloge
dans les Livres de gloire , où font
décrits les faits des hommes illu
fres , exaltefon pouvoir juf
GALANT. 107
tez
ques au Cieldans les hautes digniles
bonnes oeuvres , & rende
heureux fon ficcle , fon regne
toujours augufte ) foit mife entre
les mains du Porteur , noftre trescher
bien amé feal & bien ves
nu Confeiller en nos Confeils , le
plus grand de nos Reys , le Capis
taine general & Amiral Abdalla
Ben Aycha , que Dieu conduife
maintienne dans la bonne voye,
luy infpire ce qui eft de fa fainte
volonté, & le dirige parfa grace.
Par lefquelles Lettres Patentesfçavoirfaifons
que moyennant
laforce& puiffance du Seigneur
Dieu, nous avons remis entre les
108 MERCURE
mains dudit S Ben Aycha l'Ami
raulé , Surintendance & comman.
dement de toutes les affaires de la
mer , dont nous l'avons rendu le.
maistre abfolu aprés Dien tresbaut
; que nous nous repofons en.
tierementfur luy, avec la grace de
Dieu , pour tout ce qui eft de cette
Jurifdiction , tant aux chofes fecretes
, que dans les publiques , lug.
donnant les pouvoirs neceffaires.
fuivant les loix les coutumes de
mer , lesquelles il entend parfaite .
ment , qui luyfontfamilieres ,
& conformement aux regles &
maximes qui fe pratiquent ordinairement
en la Marine , obferGALANT
. 109
vant toujours la route qui convient
à la Loy Musulmane , au
bon fens , à la raison , àla verité ,
à la justice au droit chemins
fuivant auffi la conjoncture des
temps des lieux qu'il trouvera
efire de la droite raifon , pourle
bien de l'Etat , ne doutant point
qu'il n'ait unefincere &ferme in
tention de fe donner les pèines ,
fains labeurs neceffaires à l'exe
cution des affaires & des projets
avec bon& meur confeil , précaution
& vigilance dans tous les
momens , mais principalemeut lors
qu'il traitera , negociera & terminera
des affaires avec toutes les
110 MERCURE
Nations Chreftiennes , pour lefquelles
chofes nous nous repofons
furDieu & puisfur luy , comme
il est neceffaire , & nous nous confions
entierement en luy , les luy
remettant és mains , luy mettant
au col le Collier de ladite Surintendance
de la Marine , & cela
àcauſe de ce que nous avons connu
en luy , & de ce que nous avons
éprouvé de luy de probité , fuffifance
,bonne intention , vigilance la
beur infatigable , bon confeil pru.
dence &Sageſſe envers Dieu &
Lageffe
envers celuy que Dieu a fait fon
Vicaire au commandement de fes
Peuples , dans toutes les affaires
GALANT . III
&
& évenemens qui
furviennent ,
auffi à cause de l'attache , bonne
• amitié & fidelité inviolable
inébranlable qu'il a pour noftre
Perfonne , dont il a depuis tres-
· longtemps l'approche & l'accés ,
pour raison de fes anciens fer.
vices , eftant le plus habile & car
• pable de commander lamer & fur
la Marine, & parce qu'il en a un
plus long uſage ✔ pratique , &
qu'il poffede une plus parfaite connoiffance
de ce qui regardeles gens
de mer , Officiers , Matelots ,
autres Marins ; confiderant qu'il
entend mieux que qui que ce foit
ce qui convient à lafonction d 4-
112 MERCURE
miral de Surintendant de la
Navigation & à toutes leurs cir.
conftances,étant bien perfuadé qu'il
obfervera & executera ponctuelle.
ment exactement tout ce qui
regarde lagrande Charge que nous
lay avons mise en main, & qu'il
s'y comportera avec toute l'affiduité
,fincerité religion requifes
en ces fortes d'occafions ; qu'il regardera
Dien tres haut dans toutes
les affaires qui furviendront ,
tant fecretes que publiques , qu'il
marchera dans les voyes de l'inge
nuité, & qu'ilfuivra la route de
la droiture & finceritéqui dirigent
à bons accés envers Dieu envers
GALANT . 113
•
1
fon bienheureux Prophete , & les
Musulmans à tout moment & en
tout temps Voulons & ordonnons
qu'il foit obey de tous en l'exercice
fonction de fa Charge de
i fondit Miniftere d' Amirauté, &
Surintendance generale de noftre
Marine. Défendons tres expreffement
à toutes perſonnes , de quelque
qualité & condition qu'ils
puiſſent être, de luydefobéir enſejdi.
tes fonctions ny de réſiſter aucunement
à fes ordres,ny de luy.conteſter
ry disputer aucune choſe de ce qui
regarde l'exercice abfola de fa fom.
ction & de fon Miniftere à peine
de defobéiffance au Souverain ,
Avril 1699 . K
112 MERCURE
miral de Surintendant de la
Navigation & à toutes leurs circonftances,
étant bien perfuadé qu'il
obfervera & executera ponctuelle.
ment exactement tout ce qui
regarde lagrande Charge que nous
lay avons mise en main, & qu'il
s'y comportera avec toute l'affiduité
,fincerité & religion requifes
en ces fortes d'occafions ; qu'il regardéra
Dieu tres haut dans toutes
les affaires qui furviendront ,
tant fecretes que publiques , qu'il
marchera dans les voyes de l'inge
nuité , & qu'il fuivra la route de
la droiture &finceritequi dirigent.
à bons accés envers Dieu envers
GALANT. 113
ས
fon bienheureux Prophete , & les
Musulmans à tout moment & en
tout temps Voulons & ordonnons
qu'il foit obey de tous en l'exercice
& fonction de fa Charge & de
fondit Miniftere d' Amirauté, &
Surintendance generale de noftre
Marine. Défendons tres expreffement
à toutes perſonnes de quelque
qualité & condition qu'ils
puiffent être, deluydefobéir enſejdi.
tes fonctions ny de réfifter aucunement
à fes ordres,ny de luy.conteſter
ry disputer aucune choſe de ce qui
regarde l'exercice abfolu de ſa fon .
ction & de fon Miniftere à peine
de defobéiffance au Souverain ,
Avril 1699 . K
114 MERCURE
priant le Seigneur de concourir
avec nous avec luy à l'accompliffement
de fa divine volonté en
coeur en confcience. Enjoignons
au furplus à toutes perſonnes qui
ces prefentes Lettres verront , de
mettre leur teneur à entiere e
parfaite execution ,fans y contrarier
ny sy oppofer en aucune maniere
, & fous quelque prétexte
que ce puiffe eftre & cela abfo.
lument. Car telle eft noftre inten
tion e volonté fouveraine & le
falut. Ecrit le 15 de la Lune de
Rabyaulevel , l'an de l'Egire du
grand Prophete Mahomet 1110 ,
•
GALANT. FIF
画
Il paroift depuis peu une
Lettre Paftorale de M' l'Ar
chevêque de Paris , adreffée
aux nouveaux Réunis de fon
Diocefe , par laquelle ce Pres
lac fait connoiftre qu'il avoin
toujours defiré de leur mar-
« quer en particulier l'affection
fmcere que Dieu luya donnée
pour eux ; mais qu'il attendoit
pour cela une occafion favora
ble. Il fait voir enſuite que le
temps de la guerre n'y eftois
· pas propre , parce que des
efprits dangereux les trou
blant alors par de vaines ef
perances , ou par de fauffes
Kij
116 MERCURE
craintes , ne leur laiffoient pas
la liberté neceffaire pour l'écouter
avec fruit.
Par la mifericorde de Dieu la
guerre eft finie , ajoûte ce Prelat,
La Paix affermie dans l'Europe
vous met en eftat d'écouter tran
quillement la voix des Pafteurs
que 7. C a donnez à ſon Eglife ,
met les Pasteurs dans l'obligation
de vous parler. C'est mainte
nant qu'animez par la parole de
Dieu, e par les vives exhorta .
tions de noftre religieux Monar.
que , nous devons redoubler nos
foins à votre égard Tour nous
preffe à travailler fans relâche à
GALANT: 117
1.
ramaffer , felon l'expreffion dis
Prophete , les brebis difpersées fur
la face de la terre Nous tâcherons
deramener ces brebis rachetées
du Sang de Jefus Chrift qui s'étoient
égarées en fuivant un Etranger
Nous effayerons deguerir
celles qui fe font bleẞées dans leur
faite , de fortifier les foibles , de
4 fauver celles qui s'eftoient per-
! duës.
·Nous eperons tout , nonobftant
noftre foibleffe , de la force de la
grace du Sauveur , & de voſtre
docilité. Nous pouvons tout attendre
de la promeffe inviolable
que fit JESUS- CHRIST AUX
118 MERCURE
Apôtres en leur perfonne , ause
Pafteurs qui leurfuccederoient fous
Pierre leur Chef ,jufqu'àla fin du
monde. L'Eglife erablie fur la
pierre demeurera ferme Tous les
efforts de l'Enfer fe briferont contre
cette pierre ,fans l'ébranler.
Ce qui augmente nos eſperances ,
c'est la protection finguliere que
JESUS CHRIST a donnée au
Roy, qu'il vouloit rendre le Pro
tecteur de fon Eglife . Cette Reli
gion fondée d'abord , pour ainfi
parler ,furla foibleffe des Apôtres,
&combatue par toutes les Puif
fances du fiècle , afin de faire paroiftre
le pouvoir fouverain de
GALANT.. 119
JESUS - CHRIST devoit eftre
foutenue dans la fuite par la Ma.
jesté des Rois , pour faire paroiftre
fonpouvoir bienfaifant . Il est écriv
que les Rois feroient les Nourri.
ciers & lesfoûtiens de l'Eglife . Ils
doivent fervir aux deßeins de
Dieu en y faifant entrer les Peuples
qu'ils gouvernent. Dieufair
regner les Rois fur la terre , afin
qu'ilsy faßent regner Dieu. Lors
que de nouvelles Sectes oZant
prendre le nom d'Eglife , engagent
des Princes à faire des loix pour
favorifer l'erreur c'est pour les
vrais Enfans de l'Eglife , dit Saint
Auguſtin , un temps d'épreuve ,
120 MERCURE
&de merite , lors que des Rois
Catholiques font des loix juftes
pour la verité contre l'erreur ; c'est
un temps de grace à l'égard de ceux
qui fefont égarez& que l'on ra
méne.
Lezele du Roypour maintenir
la Religion que fes Peuples ont regüëpreſque
dés le temps des Apó:
tres , remplit de joye les veritables
enfans de l'Eglife , en remplira
un jour ceux qui le deviendront.
Qne nepeut on pas fe promettre de
fon autorité de fa bonté?
Vousfçavez mes Freres , qu'il
donne tous les jours mille marques'
defa bonté Royale , à ceux d'ense
7
ous
GALANT: 121
a
vous dont la converfion eftfincere,
& quand il fe voirforcé de vepri
mer les mauvais fentimens que la
reformation a inspirez dés fon origine
aux efprits les mieux faits
on connoist quefafageſſe ne luy
fait ufer qu à regret de fon autorite.
Ilne veut employer cette autorité
que pour empêcher fes Sujets
de fe perdre , &pour les contrain
dre , s'il eft poffible , de fe fauver.
Le reste de l'Ouvrage eft fi
honnefte , fi perfuafif , & fi
touchant , qu'il y a lieu de croire
, que ceux qui ne fuivront
pas l'avis de leurs Miniftres ,
qui eft de ne point écouter &
Avril 1699 . L
122 MERCURE
de ne point lire , profiteront
de la lecture d'un Ouvrage
qui ne pourroit manquer de
les convaincre de la verité..
Les Vers que vous allez lire
ont efté mis en air par un fort
habile Muficien.
AIR NOUVEAU.
L
'Ingrate Iris mefuit , &ne
peutplus m'entendre:
Elle feint d'écouter un feverè devoir;
S'il la condamne à m'oter tout
Spoir
,
t
CWeb 11 led
GALANT: 123
N'eftoit ce qu'aujourd'huy qu'il
falloit me l'apprendre ?
$
Ah, dés que lacruelle cut vû naît
stre maflâme,
Que ne m'oppofoit - elle un devoir
rigoureux?
Elle attendoit pour rebuter mes
feux,
Qu'ils fefuffent rendus les maitres
de mon ame.
Je vous envoye une Rela
tion qui vient de Copenhague,
Capitale du Royaume de
Danemarc. Vous la trouverez
fort curieufe
. Il s'y pourra
Lij
124 MERCURE
trouver quelques noms pro
pres qui ne feront pas corrects,
par le peu de foin qu'on
prend à les bien écrire dans
les Memoires qui font « en.
voyezaa olla judu
M' le Comte de Chamilly ,
Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy Tres Chreftien à la
Cour de Danemarc , fit fon
Entrée publique dans Copengue
, Samedy 28. Février der.
nier . Cette ceremonie avoit
efté differée d'abord par l'ab.
fence de la Cour , qui a paffe
' Efté & l'Automne à la campagne
; & depuis fon retour
GALANT 129
en cette Ville , par l'indifpofi
tion du Roy de Danemarc ,
qui ne luy permit pas de fe
tenir debour pour l'Audience
publique. C'elt par cette confi .
deration que ce Prince a bien
voulu
confentir que l'Entrée
Ife fift fans eftre fuivie d'une
Audience publique , à condition
neanmoins que ce relâchement
, qui ne regarde que
la commodité du Roy de Danemarc
, ne tireroit point à
confequence. Quoy que le
défaut de formalité euſt empêché
jufques à preſent M
Ambaffadeur de paroiftre
Liij
#26 MERCURE
avec tout l'éclat digne de fa
magnificence & de ſon cara-
&tere, il n'avoit pas laiffé de fe
communiquer , & d'établir
dans fon Hoftel des plaifirs
reglez , qui y attirent les pre
miers Seigneurs de la Court
Tous les Mercredis il tient
Appartement. On y trouve
plufieurs tables de Jeux , on
Y fait des concerts , & on y
fert toutes fortes de rafrai
chiffemens. La Reine même,
accompagnée de la Princeſſe
Royale de Danemarc , de la
Princeffe de Hombourg , de
Madame la Vice- reine de
GALANT: 127
Nortwege , & d'autres Dames
de la Cour , fit l'honneur à
Madame l'Ambaffadrice de
la venir voir le Mereredy 18 .
Février . Quoy que cette vift
te fuft imprévûë , la Reine
trouva le grand Appartement
tres bien illuminé , & M
Ambaffadeur
luy prefents
une collation fort propre ,
portée par les Gentilshommes
& autres Officiers de Son
Excellence.
L'Audience ayant efté re
mile à un temps plus conve
nable , l'Entrée fe fit de la maniere
fuivante. Après qu'on
4
Liiij
128 MERCURE
fut convenu de tous les points
du Ceremonial , qui estoient
en conteftation , M' l'Ambaffadeur
ſe rendit avec toute fa d
fuite & fes équipages , entre
une & deux heures aprés midy
dans une maifon de Campagne
, à un quart de lieuë de la
Ville. M' Viben faiſant la fonction
de Maiftre des Ceremo .
nies en l'abſence de M Lerek
, y vint quelque temps
aprés. Son Excellence le reçut
dans l'antichambre , & l'ayant
mené dans la chambre , M
Viben luy donna avis que le
Roy de Danemarck envoyoit
GALANT.
129
M Gabel , Chevalier de l'Or
dre de Danebroc , Confeiller
Privé , & M' Lyntk , Chevalier
edu même Ordre , & Grand.
Maiftre des Ceremonies , pour
le complimenter, für ſon arriễ
Dvée, & le conduire dans le cala
roffe de ce Prince & dans ceux
de la Maiſon Royale , à l'Hôtel
qu'il luy avoit fait prepa
2. rer dans la Ville . Prefque auffi
toft ces deux Seigneurs arrivérent
avec les caroffes du
Roy , de la Reine , & de la
Maiſon Royale , le premier
caroffe du Roy entra feul dans
la cour qui eft petite. Le
130 MERCURE
Maitre des Ceremonies en
avertit M'l'Ambaffadeur , qui
faiſant les bonneurs de fa mali
fon , alla les recevoir à la paran
tiere du caroffe du Roy de (a
Danemarck , leur donnant le
pas & la main ufques dans la
chambre , où il oüit debout
le compliment que luy fit M5
Gabel de la part de ce Prince.
En fortant , M l'Ambaffadeur
luy donna encore le pas & la
main jufques dans la cour.
Enfuite fon Excellence monta
le premier dans le caroffe du
Roy de Danemarck. M ' Ga
bel fe mit à la gauche , & M
GALANT. 121
MLinck , Grand Maiftre des
Ceremonies , fur le devant.
Le premier caroffe de la Rei
a ne demeura vuide. Ces deux
dcaroffes eftoient tres magnifi-
Iques , & couverts de houffes
de velours cloüées. Dans le
fecond caroffe du Roy , fepla,
cérent le Maistre des Ceremo
nies , & M' du Mouliner , Offi
cier de Vaiffeaux François ,
commandant les prifes de
Dantzick. Dans le fecond ca.
roffe de la Reine eftoit M de
Malorty , Secretaire de l'Am
baffadeur , & M'Arnaud, Oru
dinaire de chez le Roy , &
130 MERCURE
mier Gentilhomme de Son
Excellence . Dans les caroffes
du Prince Royal de la Prin
ceffe don Epoutes & de la
Maiſon Royale , fe placérent
MELElvent , Gentilhomme
dé Son Excellence Delicky
Officier de Vaiff au François ,
Mauricet ,Marttre d'Hoftel de
Son Excellence , & Hauſſen ,
Conful François, Lorique tour
fut difpofe , là marche com
mença en ordre renversé par
ceux qui ont le moindre rang ,
les plus élevez en dignité ve
noient les derniers.
BỤn Maréchal , des Logis
d
GALANT: 433
[
marchoit à la tefte à cheval
fuivi de dix-fept caroffes à fix
chevaux des premiers Sei,
gneursde la Cour Le premier
-de M Lerek , Confeiller d'E
tat , Maitre des Ceremonies.
Le fecond, de M' Ettan , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de
Brandebourg , Maréchal de la
Cour. Cette Charge eft com
me celle de premier Maiftre
d'Hoftel. Le troiſieme de Mi
Linck , Chevalier de l'Ordre
de Danebroc , Grand Maitre
de l'Academie Royale , &
Grand Maitre des Ceremo
nies. Le quatrième de M³
134 MERCURE
Keragk , Confeiller de la Haurr
te Juſtice. Cette Jurisdiction
eft comme le Confeil Souve
rain des Royaumes de Danemarck
& de Nortwegue
. Le
Roy y prefide aux premieres
Séances. Les Actes s'y adref
fent à ce Prince , & même en
fon abfence Yes Jugemens
fe
rendent en fon nom. Le cin
quiémé , de M' Harboë , Con
feiller de la Haute Juftice , &
Premier Secretaire de Gevres.
Le fixieme , dé Mª Jëffen ,
Grand Secretaire des Affaires
Etrangeres. Le feptiéme , de M
Elbort , Confeiller de la Haute
GALANT. 235
EL
i
Juftice , & premier Secretaire
des affaires de l'interieur del'E
tac. Le huitiéme , de M'Krab ,
Confeiller de la Haute Juftice,
Gouverneur de lle de Ze
land. Le neuviéine , de M
Brandt , Confeiller de la Hau
e te justice , & Commiflaire de
la Marine. Le dixième , de M
Pleffen , General Lieutenant.
Le onzieme , de M' Schak
Gouverneur de Copenhague ,
les fix derniers Seigneurs portant
le cordon blanc bordé de
rouge , comme Chevalier de
l'Ordre de Danebrock. Ils
font auffi Confeillers Privez ,
136 MERCURE
qui eft la plus haute dignité
où l'on puiffe parvenir , &
avant laquelle il faut eftre
Chevalier de Danebroc. Elle
ne donne cependant qu'un
Titre & les honneurs , & n'admet
dans le Confeil que ceux
que leurs emplois y appellent.
Avant que la Couronne fuft,
hereditaire , les Confeillers
Privez eftoient les Senateurs .
du Royaume , & partageoient
fautoriteràida apluralité des
voix avec le Roy Electif Le
douzicme , de M Pleffens, Mi
niftred Etat , & Directeur general
des Finances. Le creizige
GALANT.
me de Mle Baron Foule, Cont
feiller de la Haute Juſtice , Miniftre
d'Etat , Prefident du
Commerce, & cy- devant Ama
bafladeur en Hollande & en
Suede. Le quatorziéme toda
Mile Comte Reveňklau , Con
feiller de la Haute Juftices
prémier Miniftred d'Etat y
Grandi Maiftre de la Venerid.
Le quinzieme , de la Hame
Excellence M'de Guldenley ,
Confeiller de la Haute Juftice ,
Viceroy de Nortwogue , Frere
naturel du Roy de Danne ,
marck. Le (diziéme , de M'le
General Amiral Lieutenant
Avril 1699.
M
128 MERCURE
de Guldenlew , Fils Cader na
turel du Roy de Dannemarck,
& le dix feptiéme de la Haute
Excellence M le General Fildr
Maréchal de Guldenlew , Fils
Aîné naturel du Royde Dannemarck.
Les derniers Seigneurs
font Confeillers Pri
vez , & Chevaliers de l'Ordre
de l'Elephant , portant le cor
don bleu. Tous les caroffes
eftoient precedez des Pages
& Valets de pied de leurs
Maidres, qui , cómme Con
feillers Privez Sifeulement q
avoient envoyé leurs équipa
ges au Cortége. M Dumenil ,
GALANT: 139
Ecuyer de Son Excellence
venoit enfuite à la tefte de fes
équipages. leftoit richement
Ivetu , auffi bien que toute la
fuite de Son Excellence . I
montoit un beau cheval cou
vert d'une felle & d'une houffe
i de velours cramoily , avec les
chaperons de même , le tour
garny de larges galons d'or.
leftoit fuivy de quatre Pages
à cheval deux à deux ; leurs
- chevaux couverts de houffes à
fond de drap d'écarlate , avec
une grande frange d'argent ,
& un molet auffi d'argent , fe
paré par un velouté vers . La
14
Mij
140 MERCURE
livrée eftoit des plus riches &
des plus brillantes. Les juftaucorps
des Pages eftoient d'un
drap d'écarlate, chamarrez par
toutes les coûtures d'un galon
d'argent large de trois doigts ,
accompagné de chaque cofté
d'un velouté vert d'un demy
doigt , & d'un galon d'argent
de deux doigts , les manches
pleines de même. Tous ces
galons d'argent couvroient
tellement l'habi , qu'on dêmêloit
à peine le fond de l'é
tofe ; les veftes & paremens
du juftaucorps , de velours
yert , auffi garnis d'argent ,
GALANT: 141
le chapeau bordé d'argent ,
E garni de plumes blanches , &
le refte de l'ajustement pro
portionné à la richeffe de la
livrée. M de la Terviniere ,
l'un des Gentilshommes de
fon Excellence , faifant la fonc
tion de Sous - Ecuyer , fuivoit ,
monté fur un cheval couvert
d'une felle & d'une houffe de
velours bleu avec les chape ,
rons garnis magnifiquement.
Douze Valets de pied mar
choient enfuite deux à deux.
Leurs juftau- corps eoient
d'un drap d'écarlate , couvert
fur toutes les coûtures d'un
い
•
142 MERCURE
galon de là livrée , dụn vert
velouté large de trois doigts
un filet blanc en zigzag au milieu.
Le galon accompagné
de chaque cofté d'un galon
d'argent de même largeur
couvrant prefque entiérement
les juftaucorps , les veftes de
de drap vert , avec de l'argent.
Les chapeaux bordez d'or &
garnis de plumes vertes &
blanches , le refte de l'ajufte .
ment affortis. Deux Suiffes à
·
cheval , portant même livrée
que les Valets de pied , avec
de grands baudriers chamari
rez de même , marchoient à la
GALANT 143
tefte des caroffes. Le premier
caroffe eftoit une caléche ti
rée par fix chevaux noirs , tous
les crins nattez de rubans
verts & blancs , le train & le
corps du caroffe à fond noir .
Toutes les moulures & autres
dornemens dorez , les dedans
doublé de velours cramoify à
ramages , la campane & autres
ornemens garnis de grands ga
lons & franges d'or . Le ſecond
étoit auffrune caléche tirée par
fix chevaux noirs tous les crins
nattez d'un ruban cramoily
& blanc , les harnois prefque
entiérement couverts de bout
344 MERCURE
cles en or , les guides , refnes ,
aigrettes , & glands d'or & de
foye cramoily , le train rout
en or juſques aux moyeux , de
corps du caroffe d'und fculptu
re tres delicate , en trophée
d'armes à fond d'or doré , portant
les armes de Son Excellen
ce aux paneaux , accompagnez
auffi de trophées d'armes d'u
ne peinture fine , l'imperiale
couverte de cinq plaques do ?
rées , ouvragées aux chiffres de
Son Excellence , le deffus or
né de pareils chiffres figurez
par de gros clous dorez &
les perles de la Couronne de
Comte
GALANT
145
tu
COL
er
Comte
par de gros
clouds
d'argent
; le dedans
de la Caleche
doublé
de velours
plein
cramoifi
, garni
de rideaux
à
fond
de drap
d'or
rebroché
de
fleurs
d'argent
, la
campane
,
le milieu
, les coins
& le couffin
garnis
d'un
grand
Point
d'Elpagne
d'or
, le fiege
du
Cocher
du même
velours
cra
moifi
, auffibien
que
les houf
fes des
chevaux
, le tout
garny
d'un
riche
Point
d'Eſpagne
d'or
, haut
d'un
pied
, & d'une
frangel
d'or
au deffous
haute
de neuf
pouces
. Le troifiéme
caroffe
à deux
fonds
, eftoit
Avril
1699.
N
146 MERCURE
tiré par fix chevaux noirs auffi ,
les crims natez de rubans
bleus , les harnois entiere
ment couvers de grands or
nemens dorez plus riches que
les premiers , les guides , re
nes , aigrettes & glands d'or
& de foye bleuë , le train
doré plein , les roues de fcul
pture, tournées & dorées , ainfi
que les moyeux le corps du casoffe
d'une fculpture tres fine
& tres delicate, dorée en plein
par tout avec les Armes de
S. E. peintes à la Chinoiſe
tres - finement dans les pan
neaux , l'Imperiale couverte
GALANT. 147
C
d'une houffe de velours bleu ,
garnie tant plein que vuide ,
de larges galons d'or , & bor.
dée d'une grande frange d'or,
de dedans du caroffe doublé
de velours bleu plein , garni
de rideaux de damas bleu , entrichis
d'un large galon par
demi lez & de grandes franges
d'or , la campane de Point
d'Efpagne d'or , & de grandes
franges auffi d'or , le milieu ,
tes couffins & les coins , le fiege
du Cocher & les houffes
des chevaux auffi de velours
bleu, garnies de larges galons
dor. Les Danois fort avares
Nij
148 MERCURE
?
de louanges , n'ont pû s'em
pêcher de fe recrier fur la magnificence
de ces Equipages ,
& d'avouer qu'ils n'en avoient
point encore vû de fi riches
ny de fi beaux d'aucun Am
baffadeur. La Reine l'a dit
elle même au Soupé en ter
mes encore plus forts , & le
Roy de Dannemarck en con
vint. Ce Prince , & toute la
Maifon Royale, avoient vû M.
l'Ambaffadeur des feneftres
du Chateau , quoy qu'un peu
éloignez de la route. Les ca
roffes du Roy & de la maiſon
Royale venoient aprés , rem
H
GALANT. 149
plis , comme on l'a déja marqué.
Le premier eftoit celuy
de Madame la Princeffe So.
phie de Dannemarck ; le fecond
de M'le Prince Guillau
me de Dannemarck ; le troifiéme
, de Madame la Prin- '
ceffe: Louife , Epouſe du Prince
Royal ; le quatrième , de
M' le Prince Royal ; le cin
quiéme , le fecond du corps
de la Reine ; le fixiéme , le fecond
du corps du Roy de
Dannemarck ; le feptiéme ,
le premier du corps de la Reinele
huitième , le premier du
corps du Roy de Danemarck,
Niij
iko MERCURE
où eftoit M' l'Ambaffadeur:
La marche eftoit fermée par
un autre caroffe de S. E. rem.
pli de fes quatre Valets de
chambre.
Cela eftant vû de la Rade,
un Vaiffeau de guerre armé
devoit falüer S. E. de neuf
coups de canon', mais les gla
ces ayant empêché de le dif
poſer à cet effet , S. E. entra
dans la Ville par la Porte de
l'Oüeft, & fut falüée de vingtfept
coups de canon des ramparts.
Auffi - toft deux Pages
du Roy de Dannemarck , à
pied , fe rangerent aux portie
GALANT. igi
e
גי
tes du caroffe , & douze Va.
lets de ce Prince marcherent
devant. Hy en avoit aufli anx
portieres des caroffes de la
Maiſon Royale. La Garde de
Ja Porte fe trouva double.
Dans la première Place de la
route , S. E. rencontra un Baraillon
d'environ fix cens
hommes formé reguliere.
ment , à cauſe de la petiteffe
de la Place , tambours bacranr
, Enſeignes déployées ,
prefentant les armes , & elle
fut faluée du chapeau par les
Officiers , qui ne faluënt pas
le Roy leur Maistre autre-
Niiij
152 MERCURE
ment , quand ils font de pied
ferme dans la Ville. Dans une
feconde Place fe trouva un pareil
Bataillon en mème poſtu
re , dont les Officiers faluerent
Son Excellence comme les
premiers. Enfin , aprés une
heure & demie de marche , &
avoir traverfé la meilleure partie
de la Ville , Son Excellence D
arriva dans une grande mai.
fon meublée des meubles du
Roy de Dannemarck . A la
defcente du caroffe fe trouverent
Mrs de Scarbiat , Mery
& Boint , Gentilshommes de
la Cour , nommez par le Roy
GALANT: 153
es
de Dannnemarck pour faire
auprés de S. E. les fonctions
de Maréchal , d Echanfon &
d'Ecuyer tranchant , pendant
les trois jours qu'elle devoit
demeurer dans cette maifon .
Durant ce temps elle y
7
fui
auffi fervie par les Pages &
EX Valers de pied du Roy de
Dannemarck. La porte de
l'appartement de S. E. fut toujours
gardée par deux Trabans
la pertuifane à la main , &
la porte de la maifon par vingt
Grenadiers , commandez par
deux bas Officiers. En arrivant
dans cette maiſon , M Gabel,
154 MERCURE
avec le Grand Maiftre des Ce
remonies , prenant toujours
la gauche , accompagna M'
l'Ambaffadeur dans fon appartement
, qui fe trouva tresbien
illuminé ; & aprés luy
avoir fait un fecond compli
ment de la part du Roy fon
Maiftre , pour le mettre en
poffeffion de cette maiſon ,
Son Excellence , pour en faire
les honneurs à fon tour , prit
la gauche en le reconduifant
jufques au caroffe . Peu de
temps aprés, Son Excellence
fut complimentée de la part
du Roy de Dannemarck par
GALANT 155
M' le Comte de Ravezan ,
Chevalier de l'Ordre de Danebroc
, fon premier Cham
bellan ; de la part de la Reine,
Spar M le Comte de Schaiz ,
Chevalier du même Ordre ,
fon premier Chambellan ; de
n la part du Prince Royal , par
MI Kaim , fon Maréchal , de la
part de la Princeffe Loüife ,fon
Epoufe , par M. Berkintin
Gouverneur de fa maiſon ; de
la part du Prince Guillaume ,
par M. Pleffet, premier Gentil
homme de fa Chambre , & de
la part de la Princeffe Roya
le, Sophie de Danemark , par
156 MERCURE
le
pas
1
M. de Roſenkrans , premier
Gentilhomme de fa Chambre.
Son Excellence alla les
recevoir au haut du degré ,
defcendant une marche au
devant des quatre premiers
feulement,il leur donna à tous
& la main , & reconduifit
les quatre premiers au caroffe
, & les deux autres au bas
de l'escalier . Depuis cette ceremonie
, M. l'Ambaſſadeur ,
qui leur avoit fait cet hon
neur par rapport aux Princes
de la Maiſon Royale qui les
envoyoient , ne leur donna
plus la main , non plus qu'aux
GALANT. 157
TS
SE
Confeillers Privez qui vinrent
manger avec S. E. Il ne fut en
voyé aucun caroffe au Cortege,
ny fait aucun compliment
de la part du Prince Charles ,
parce qu'il eft en Voyage.
Quand les Seigneurs qui devoient
manger avec м . l'Ambaffadeur,
qui furent ce jour- là
les mêmes qui l'eftoientvenus
recevoir , & complimenter ,
furent arrivez, M. de Scorbiat,
Maréchal , fit fervir , & avertir
Son E. La table eftoit de
quatorze couverts , placée à
moitié fous un Dais de velours
rouge à franges d'or. Au mis
18 MERCURE
lieu eftoit un fauteuil pour
S. E. ayant une place vuide de
chaque cofté . Elle fut fervien
comme le Roy de Danne
marck . Un Page de ce Prince
tenoit l'éguiere & le baffin , &
M. Eftens, Echanfon, preſenta
la ferviette. S.E. toucha feule.
ment du doigt l'éguiere & la
ferviette pour maintenir la
poffeffion , & s'eftant placée
dans le fauteuil au milieu du
Dais , le Maréchal indiqua les
places aux perfonnes nommées
felon leur tang , & alla
tenir une feconde table de
vingt- quatre couverts pour le
GALANT. 199
Secrétaire de l'Ambaffade
Ecuyer & les Gentilshom
mes de S. E. L'Echanfon reſta
derrierele fauteuil de M. l'Ambaffadeur
jufqu'à ce qu'il luy
cult donne , & qu'il euſt repris
de luy le premier verre, &
elaiffant cette fonction dans la
faite du repas aux Pages du
Roy de Dannemarck , il alla
prendre place à la table da
Maréchal. M. Bovine , E
cuyer tranchant , au milieu de
la table , debout vis a vis de
Son Excellence , coupoit &
fervoit les viandes. Ce repas
fut accompagné de Trom,
*
J
"
160 MERCURE
pettes , Timbales , Violons ;
Flutes & Hautbois , & de quel,
ques airs Italiens , par la Mufique
du Roy de Dannemarck,
& par celle du Prince Royal.
On y but en ceremonie de
bout , & au fon des Trompettes
& Timbales , la fanté des
deux Rois & des Maifons
Royales , en cette forte. Le
Grand Maistre des Ceremonies
fe leva , & prit un Villo
cum , ou grand verre plein ,
qu'il vuida à la ſanté du Roy
Tres- Chreftien , & il la porta,
à S. E. qui cependant eftoit,
debout , & tenoit le couver
I
GALANT 1611
cle du Villocum qui luy avoit
efté preſenté par le Grand
Maiftre des Geremonies. On
apporta enfuite deux Villocum
pleins, dont les deux premiers
Seigneurs qui estoient ,
à la droite , prirent chacun un
couvercle . S. E. but à la fanté,
du Roy de Dannemarck , & la
porta au premier , & enfuite
celle du Roy , qu'il porta au
fecond. Les autres firent ainfi
la ronde , pendant laquelle
on fe tint debout ,
fignaux qu'un Officier fit par,
les feneftres avec une bougie
aux Trompettes & aux Tim.
Avril 1699 .
&
par
les
[
5
I
二
162 MERCURE
bales , les Inftrumens fonnez
rent la charge à chaque coup,
autant qu'il dura , & juſqu'à
ce que la bougie fuft retirée.
Au premier repas on y ajoûta
celle de la Reine , & onvuida
trois Villocum de fuite. On
fervit une troifiéme table
pour les Pages de Son Excel.
lence , qui y furent traitez
aprés le foupé avec ceux du
Roy de Dannemarck. On en
fervit une quatrième pour les
Officiers de S. E. une cinquiéme
pour les Valets de
pied , & une fixiéme enſuite
pour les gens de fon Ecurie.
e
GALANT. 163
di
PAY
}
Aprés le foupé on prefenta à
laver à S. Excellence avec les
mêmes ceremonies, & enfuite
elle fut conduite par le Grand
Maiſtre & le maistre des Ceremonies
, & par trois Gentilshommes
deftinez à la fervir ,
dans la chambre du Lit , ta
piffée d'un farin blanc imprimé
de figures noires. Il y
avoit un grand lit de velours
rouge à crefpine d'or, doublé
de moire d'argent; mais l'Ho
ftel de S. E. eftant voifin , elle
yalla coucher les deux jours
fuivans. Son Excellence fe
rendit le matin dans la même
O ij
164 MERCURE
maiſon , & y fut traitée avec
toute fa fuite à dîner & à fouper
avec les mêmes ceremo
nies. Le Maistre des ceremo
nies , & les trois Gentilshom
mes de la Cour l'alloient recevoir
à fon caroffe , & l'y re
conduifoient , marchant confufément
devant M' l'Ambaf
fadeur , meflez avec ſes Gentilshommes.
Il y avoit tou
jours à la table de S. Excel. le
Grand - Maistre & le Maiftre
des Ceremonies , & plufieuts
Cordons blancs, avec les premiers
Seigneurs & des Officiers
de la Cour , & la Salle
2
1
GALANT: 165
AI
eftoit toujours pleine de fpectateurs
, que la curiofité y
attiroit. Le Maréchal & l'E
chanfon firent parfaitement
mbien les honneurs du Roy
leur maiſtre , à l'égard de la
maifon de M' l'Ambaffadeur,
dont quelques Gentilshommes
furent obligez de s'écha
per par les feneftres , pour évi .
terun trop bon traitement.
Le 3. Mars , dernier jour du
Carnaval , Son Excell. traita
à dîner & à fouper les Seigneurs
qui l'avoient efté recevoir
& complimenter , le
Grand Maistre & le maiſtre des
166 MERCURE
Ceremonies , les trois Gen
tilshommes de la Cour , leurs
Hautes Excellences Mrs de
Guldenlew , General & Amiral
; la haute Grace madame
la Generale , & les principaux
Seigneurs & Dames de la
Cour. Il y eut Bal toute la
nuit , & des Appartemens
extraordinairement
éclairez
pour le Jeu. On y fervit tou
tes fortes de rafraîchiffemens ,
& pour éviter la contrainte &
la ceremonie , on s'y trouva
en Maſque . Madame la Generale,
Madame l'Ambaffadrice ,
Meldemoiſelles Foffart & мaGALANT:
167
forty , fes deux Filles d'hon
neur , fe déguiferent en Espaz
gnoles , avec des habits tres
propres , & faits exprés. Cette
Mafcarade parut fort galante.
Les nouvelles de Madrid
du s . du mois paffé , portent
que Sa Majesté Catholique
avoit fait Grand d'Efpagne
le Pere Jean Navarro , Arra.
gonnois de Nation , General
de l'Ordre de la Mercy de la
Redemption des Captifs ,
tant pour luy que pour les
Succeffeurs à l'avenir , & qu'il
lui avoit fait rendre les hon-
1
168 MERCURE
neurs de la Grandeffe. Ce
Pere devoit prêcher le 6. devant
Sa Majesté Catholique ,
comme ayant l'honneur d'être
depuis long- temps lon
Prédicateur ordinaire.
...
left
outre cela Baron des Baronnies
d'Algar , & Eſcales , au
Royaume de Valence luy , &
fes Succceffeeurs
, depuis.
l'année 1309 & en cette qualité
, il tient rang immediatement
aprés les Evêques dans
les Eftars Generaux de la
Province.
M de Seve de Laval ,
ayant remis à S. A. S. Monfieur
GALANT: 169
Of
Monfieur le Duc du Maine ,
la Charge de premier Prefi
dent au Parlement de Dombes
, qu'il exerçoit depuis
vingt ans , ce Prince luy a
accordé des Lettres de Prefident
d'honneur en confide
aration de fes fervices & de
ceux de fa famille , qui tient
cette Charge depuis longtemps
, à condition d'avoir
fcance aprés les Prefidens à
Mortier titulaires . Monfieur
le Duc du Maine a nommé
pour premier Prefident de
fon Parlement Meffire Benoît
Cachet de Montefan , fils de
Avril 1699. P
}
170 MERCURE
•
Meffice Claude Cachet , Comte
de Garnerants , Doyen du
Parlement de Dombes , &
Intendant de la Souveraineté.
Mr de Montefan fut receu
Confeiller au Parlement il y
a vingt & un an ; & pourvû
il y a trois ans d'une Charge
de Prefident à Mortier . L'attachement
de la famille au
fervice des Souverains de
Dombes, & fon merite perfonnel
, ont déterminé Monfieur
le Duc du Maine à le
mettre à la tête de főn Pár.
lement. Il prefta ferment entre
les mains de ce Prince le
"
.
GALANT: · 171
9
. de ce mois. Monfieur le
Duc du Maine affis dans fon
fauteuil avoit à fes pieds un
carreau , fur lequel ur de
Montefan s'étant agenoüillé
, & ayant mis fes mains
jointes entre celles du Pringece
, мr de мaleficu , Chancelier
de Dombes luy dit :
Monfieur Cachet de Montefan,
vous jurez & promettez à Monfeigneur
, outre la fidelité qu'un
Sujet doit à fon Souverain Seigneur
, en qualité de premier Prefident
du Parlement de Dombes ,
- obferver exactement les Ordonwances
de S. A. S, de ne vous
Pij
172 MERCURE
jamais départir de fes interefts ;
à quoy mr de Montefan
répondit : Ony, Monseigneur ,
je vous le jure & promets. Enfuite
s'étant relevé , il remer
cia Monfieur le Duc du Maine
par un petit difcours , dont
S. A. S. parut tres . fatisfaite.
La Charge de Preſident àмor
tier , que poffedcit мr de
Montefan , fut accordée en
même temps à Mмr Deſrioux,
Comte de Meffirmy, qui vient
d'époufer Mademoiſelle de
Maleficu.
Le Dimanche cinquième
de ce mois , le Pere Jacques
GALANT: 173.
"
de la Cour , Religieux Profés
de l'Abbaye du Pin , Ordre
de Cifteaux , prit poffeffion
Ede l'Abbaye de la Trape , au
grand contentement de tous
les Religieux de cette fainte
Maiſon.
On a appris que Meffire
Laurent de Laube , Gentilhomme
du Mâconnois , àgé
de cent ans ou environ , étoit
mort à Cluny en odeur de
Lainteté le 13. Février dernier.
Il étoit Capitaine commandant
un baraillon à la bataille
de Caftelnaudary , où мon-
Piij
174 MERCURE
fieur de Montmorency fut ar
refté. Il fut fait enfuite Lieutenant
Colonel du Regiment
de Rébé , où il a fervi avec
honneur & diftinction . Il
avoit efté Gouverneur du
Chasteau de Boular avant la
prife de Thionville , & a
commandé en plufieurs autres
places , & même l'Infanterie
Françoise en l'armée de Monfieur
le Duc de Wimar à la
retraite de Mayence , & autres
Campagnes. Il étoit fils
& petit-fils de Loüis & Gaſpar
de Laube de Bron , qui
ont eu auffi l'honneur de ferGALANT.
175
C
vir dans des emplois confiderables
, fous les regnes d'Henry
III . & d'Henry IV. qui
leur ont donné des marques
de leur bienveillance
par plufieurs bienfaits . Mr
de Laube , Baron de Corcelle
fon fils , eft actuellement Ca
pitaine de Cavalerie au Regiment
de Barentin , & André
de Laube fon petit fils ,
a efté fait Cornette de la
Compagnie de m' fon pere
dés l'âge de douze ans , où il
a fervi jufqu'à la réforme der.
niere. Les Armoiries de la
Maifon de Laube font d'azur
Piiij
176 MERCURE
au Cerf d'or rampant fut uð
rocher
d'argent .
Louiſe le Peletier ; Reli
gieufe du Monaftere de Nôtre
Dame de Grace de la Villel'Evêque
, qui aprés avoir efté
Abbeffe de Notre- Dame de
Troyes durant plufieurs an
nées , avoit remis cette Abbaye
au Roy , & s'eftoit retirée
par humilité en fon premier
Monaftere de la Villel'Evêque
, comme ſimple Re
ligieufe , y mourut âgée de
foixante & trois ans le 16. du
mois paffé. Elle a laiffé une
GALANT. angry
foeur & deux niéces dans ce
Monaftere de la Ville-l'Evê
que. Elle eftoit foeur de Mef
fire Claude le Peletier , Seigneur
d'Ablon , de Villeneuve
le Roy , &c. Miniftré
d'Etat , Prefident au Mortier
I honoraire , & cy- devant Con
trôleur General des Finances
Mr le Tellier de Bellefons,
Docteur & Profeffeur en
Theologie , Chevalier de la
Croix , & Prieur de Gafficour
de l'Ordre de Cluny , vient
de donner au public quatre
Tomes in- douze de Panegy
978 MERCURE
riques des Saints , dédiez à
S. A. S. Madame la Princeffe.
On va imprimer tout de fuite
du même Auteur les Octa.
vés du S. Sacrement & de
l'Affomption , les Myfteres de
Nôtre Seigneur , & de h
Vierge féparément , l'Avent ,
le Carême , les Dominicales ,
le tout prefché dans les meilleures
Chaires du Royaume.
Ses Panegyriques fe vendent
à Paris chez Jean muſier , ruë
du Petit-Pont , à l'image de
S. Antoine , proche la Fon;
taine de S. Severin.
GALANT.
179
I
Je vous ay déja fait voir en
quelle fituation ſe trouve aujourd'huy
la France , & vous
artendez que je vous parle de
celle du reste de l'Europe. La
difficulté n'eft pas petite , par
: ce qu'il eft malaifé de dire des
veritez fans offenfer ceux
dont on parle, quoy que fort
fouvent ces veritez n'ayent
- rien d'offençant ; mais les intereffez
font quelquefois fi
delicats , qu'ils ne fçauroient
fouffrir que l'on parle d'eux ,'
quoyqu'ils ne laiffent échaper
aucune occafion de parler des
autres. En effet , il n'y a point
180 MERCURE
d'Etat où l'on ſoit fi moderé
qu'en France , fur l'article des
Nouvelles publiques. On n'y
voit jamais le moindre mot
qui puiffe chagriner perſon .
ne , quoy que par tout ailleurs
on cherche à la déchirer;
mais c'eſt ce qui marque la
glorieufe fituation où elle ſe
trouve ; fielle eftoit malheu .
reuſe ,on la plaindroit. L'Empereur
fe voit aujourd'huy
dans un eftat tranquille , par
la Paix qu'il vient de faire avec
les Turcs ; mais cette tranquil.
lité eft due à la France , qui
depuis le regne du Roy , cal
GALANT: 181
I
84
S
me , ou fait remuër toutes les
Puiffances de l'Europe . Ce
Monarque eft fi redoutable,
quand il a les armes à lamain,
que toute l'Europe croit fe
devoir tenir fur les gardes ; &
quand il luy plaift de faire la
Paix , elle ne manque jamais
de l'imiter. C'eſt par cette
raifon que l'Empereur
a accepté
celle que le Roy a bien
voulu donner à tous les Princes
liguez contre luy Ce
Prince ne femêloit point des
affaires des Turcs , & la guerre
que S. M. I. avoit avec eux ;
eftoit en quelque façon re
182 MERCURE
gardée comme une guerre
qui eftoit hors de l'Europe ,
& qu'il eftoit libre à l'Empe
reur de continuër. Puis qu'il
ne l'a pas fait dans le temps
que les Turcs s'eftoient affoi.o
blis eux- mêmes par les troubles
qui ont fi longtemps regné
chez eux , & que l'Allemagne
n'avoit plus de guerre
à foutenir contre la France ,
il faut que l'Empereur fe foit
fenty bien foible , pour n'a .
voir pas profité de tant de
conjonctures favorables , ce
qui fait connoiftre la fitua
tion où il fe trouve aujour,
e
GALANT: 183
d'huy , fans qu'il foit befoin
d'en rien dire davantage. Ileft
certain qu'il a beaucoup ven
du & engagé de Terres & de
Principautez , qu'il ne fçaus
roit retirer. Il n'eft au deffus
des autres Princes que par le
etitre qu'il porte , les Pays he
reditaires font peu de chofe ,
& fes revenus ne font pas confiderables.
Ainfi il n'eſt puiffant
qu'avec les fecours des
Princes de l'Empire. Ces fe
- cours ne font qu'en Troupes,
ou en argent pour en entretenir
feulement pendant la
guerre ; ils n'augmentent
184 MERCURE
point ſes Finances , qui font
tres-mediocres, parce qu'il ne
joüit que du revenu de quelques
Païs Hereditaires , fa
qualité d'Empereur ne luy
donnant qu'un titre auffi one,
reux que glorieux . Ses Etats
ne peuvent lay fournir , comme
aux autres Souverains ,
dequoy acquitter les dettes
qu'il contracte fouvent pendant
la guerre , & dans
lefquelles l'Empire n'entre
point , de forte que pour être
puiffant , mais en Troupes
feulement , il faut qu'il foir
en guerre , & qu'il tienne
2
cetre
GALANT. 185
cette puiffance des Princes de
l'Empire , qui non feulement
font tous Souverains dans
leurs Etats mais qui tous en
femble compofent une espece
or de Jurifdiction Souveraine ,
formée de leurs Députez ; ce
que l'on appelle Diette . C'est
où l'on décide des Affaires
generales de l'Empire , dont
l'Empereur eft veritablement
le Chef ; mais un Chef qui
fe trouveroit fans Etats , s'il
n'avoit point de Païs Hereditaires.
Ainfi tout l'avantage
des Empereurs eft d'avoir le
pas fur les autres Souverains ,
Avril
1699
.
$
Q
186 MERCURE
& de commander pendant
guerre toutes les Troupes
de
l'Empire.
la
Iln'eft pas befoin d'un long
difcours , pour faire voir la
fituation où se trouve aujour
d'huy l'Espagne . Elle joüit de
la Paix que la France a bien
voulu luy donner , & fa
politique pour les affaires du
dehors n'eft guere en mouvement.
Chacun eft plus atten
tif à la fanté du monarque
,
qu'aux affaires de la Monarchie
, & penfe plus à l'avenir
qu'au prefent. Les uns prennent
des mefures pour eftre
GALANT: 187
maintenus dans leurs poftes ,
quand la mort de leur monar
que arrivera ; & pendant que
lesuns craignent de tomber ,
les autres travaillent pour s'é
lever lors que ce malheur arrivera,
Chacun fe nomme en
foy même un Succeffeur à la
Couronne , non pas felon le
droit des prétendans , mais
felon les interefts , & ils fe
préparent fecretement à foutenir
le choix que leur ambition
leur fait faire dans le fond
de leur coeur. Quoy qu'il pa
roiffe que la Reine gouverne
abfolument l'efprit du Roy , il
Qij
188 MERCURE
•
y a des momens, où ce Princè
paroift trop abfolu , ce qui
malgré fon autorité ne laiffe
pas de l'inquieter. Ceмonarque
fonge à bien mourir , &
cette Princeffe penfe à vivre
toujours avec la même autorité
. Elle a des Créatures &
des Ennemis ; elle a de l'efprit
& de la fermeté , la plufpart
des Grands ne luy difent pas
ce qu'ils penfent, & elle voudroit
bien le deviner. Le peu
ple eft le même qu'il eft par
tout ailleurs . On luy fait voulior
un jour une chofe , & un
autre jourune autre ,
de ma
GALANT. 189
O
niere qu'il nefçait ny ce qu'il
veut , ny ce qui luy convient;
& de quelques beaux jours
dont on jouiffe aujourd'huy
en Efpagne , ils font comme
ces beauxjours de l'Efté , qui
lors que les chaleurs font exceffives
, voyent ſouvent obfcurcir
l'air le plus ferein, par
de prompts orages qui s'y forment
en un moment.
Quant à l'Angleterre , fon
Parlement travaille à la mettre
dans une meilleure fituation
que celle où elle fe trou
ve prefentement . Tant que
la France & la Hollande ont
190 MERCURE
efté en guerre , & qu'elle eft
demeurée en Paix , l'argent eft
entré chez elle en abondan - a
ce, fans qu'il en foit forti. Son
commerce a fleury , & elle a
fait celuy que devoieut faire
les Nations en guerre ; mais
fitoft qu'elle a cru devoir
prendre les armes , elle a commencé
à travailler à fa ruine .
Il ne s'eft plus trouvé de Souverains
en Europe qui luy
ayent donné de l'argent pour
refter neutre , ou pour l'enga
ger à prendre party ; & loin
de faire le commerce pour les
autres Nations , tout le fien a
GALANT: 197
ceffé entierement , ou fi elle
a voulu le continuer en quelques
endroits, elle a perdu par
la prife de fes Vaiffeaux , qui
font tombez entre les mains
des François , la plus grande
partie des richeffes qui luy ve
noient desIndes , & ces mêmes
François ont pris fur les Anglois
une fi grande quantité
de toutes fortes d'autres Baftimens,
qu'ils ont eu pour rien
pendant la guerre tout ce qu'
ils eftoient obligez de leur acheter
pendant la Paix . Ou
tre cela , ces François ont
rançonné beaucoup d'autres
192 MERCURE
petits Baftimens , dontils ont
tiré de l'argent en efpece.
Les Anglois n'ont pû , pour c
deux raiſons , avoir que tres c
rarement le même avantage
fur les François ; premierement,
parce qu'à forces éga
les , il eft rare que les François
ne demeurent pas vainqueurs
de leurs Ennemis ; &
en fecond lieu , parce que la
France ayant beaucoup moins
befoin des autres Nations ,
que les autres Nations n'ont
befoin d'elle , avoit en mer
plus de Vaiffeaux de guerre ,
que de Baltimens chargez
de
GALANT. 193
de marchandiſes . Ce n'eft pas
tout ce qu'il y avoit de fâ .
cheux pour l'Angleterre dans
cette guerre- Ilparoiffoitque la
France avoit beaucoup d'Ennemis,
parce que les Troupes
de plufieurs Puiffances combattoient
contre elle ; mais
la plus grande partie de leurs
Souverains n'avoit rien à démefler
avec elle ; ils ne luy
demandoient rien , & la France
ne vouloit rien d'eux ; & fi
leurs Troupes groffiffoient les
Armées d'Angleterre & de
Hollande , ce n'eftoit que parce
qu'elles eftoient payées
Avril 1699. R
194 MERCURE
Par
ces deux Puiflances, en
forte qu'il en coutoic extré
mement à l'Angleterre , & ce
qu'il y avoit encore de plus
fàcheux pour cet: Etat , cleft
qu'il ne fe dépenfoit pas un
fal en Angleterre , de tout
Kargent qu'elle donnoit, tant
aux Troupes Etrangeres , qu
aux fiennes propres . Toutes
ces chofes font caufe qu'elle
s'eft trouvée tellement accablée
de dettes depuis la conclufion
de la Paix , qu'il n'y a
pas d'apparence qu'elle puiffé
de plufieurs ficcles redevenir
aufli floriffance qu'elle eftoit.
GALANT: 195.
La plus grande partie de l'ef
pece eft fortie de ce Royaume.
L'Angleterre a emprunté
, & emprunte encore tous
les jours ; elle doit la plus
grande partie des interefts de
afes vieilles dettes , & il faut
qu'elle trouve de l'argent pour
remplacer les non valeurs de
plufieurs fonds , que le Parlement
avoit donnez pendant
la¹® guerre , & qui n'ont pas
produit les fommes pour lefquelles
ils ont efté reçus.
Voilà l'eftat où fe trouve ce
Royaume , fans avoir profité
d'un pouce de terre pendant
-
Rij
• 196⋅ MERCURE
toute la derniere guerre . Elle
cherche prefentement à s'acquitter,
& ayant befoin pour
cela de toute l'economie
imaginable , elle caffe toutes
les Troupes qn'elle croit ne
luy pouvoir eftre d'aucune
utilité. Elle reconnoift fort
prudemment qu'une Ifle n'a
befoin que de Vaiffeaux pour
fe garder , & qu'il n'y a point
d'apparence, fuivant la fituation
des affaires de l'Europe
d'aujourd'huy , & la puiſſance
des Princes qui la gouvernent,
qu'une guerre heureuſe ou
malheureuſe puft finir autre.
GALANT: 197
C
ment qu'en la réduifant dans
les bornes ordinaires ; c'eft à
dire , que comme il feroit
tres- difficile de la fubjuguer,
il luy teroit également difficile
de conferver des conqueftes
au delà de la mer qui
l'environne
. Ainfi elle ne peut
jamais tirer de fruit d'aucune
guerre; mais il eft feur qu'elle
n'en peut jamais faire fans fe
ruiner , puis qu'il faudroit
neceffairement
que fon ar
gent paffaft au-delà de la mei
& cela eftant , il ne rentreroit
point chez elle . Elle a fait
la faute de le laiffer fortir tang
Riij
198 MERCURE
qu'a duré la dernière guerre;
& elle tâche à rétablir fes affaires
par fon economic . Elle
ne veut point garder de Trou
pes qui luy feroient inutiles ,
& luy couteroient beaucoup ;
mais comme elle n'apprehende
rien tant que le pouvoir
arbitraire , & que fes Souve
rains ne peuvent l'acquerir
que par là , elle trouve qu'il
eft de fa politique de n'en
avoir jamais un grand nombre
fur pied dans le Royau
me.
**
L'Angleterre a ofté trop
unie dans la derniere guerre
GALANT 199
avec la Hollande , pour mer
tre ici de l'espace entre les
Anticles qui doivent les regarder.
Quoy que leur union
ne foit pas aujourd'huy fi entiere
, jamais fi petit Erat n'a
fait dans le monde une fi
-belle figure mais auffi jamais
Etat ne s'eft il tenu fur
fes gardes avec tant de foin ,
my avec tant d'attention .
Tout luy faic ombrage , tout
l'inquiete ; & dés que la Fortune
rit cant foit peu aux
Princes qui peuvent y avoir
entrée , il croit aufli- toft qu'il
a juré fa perte ou celle de fon
R iiij
198 MERCURE
qu'a duré la derniere guerre;
& elle tâche à rétablir fes affaires
par fon economic . Elle
ne veut point garder de Trou
pes qui luy feroient inutiles
& luy couteroient beaucoup,
mais comme elle n'apprehende
rien tant que le pouvoir
arbitraire , & que fes Souve
rains ne peuvent l'acquerir
que par là elle trouve qu'il
eft de fa politique de n'en
avoir jamaisun grand nombre
fur pied dans le Royau
me.
L'Angleterre as ofté trop
unie dans la derniere guerre
GALANT. 199
avec la Hollande , pour mer
tre ici de l'espace entre les
Amicles qui doivent les regarder.
Quoy que leur union
ne foit pas aujourd'huy fi entiece
, jamais fi petit Etat n'a
fait dans le monde une fi
belle figure mais auffi jamais
Erat ne s'eft il tenu fur '
fes gardes avec tant de foin ,
my avec tant d'attention .
Tout luy faic ombrage , tout
l'inquiete ; & dés que la Fortune
rit tant foit peu aux
Princes qui peuvent y avoir
entrée , il croit auíli- toit qu'il
a juré fa perte ou celle de fon
R iiij
200 MERCURE
Commerce. Comme il s'eft
fouftrait de la Puiffance d'Ef
pagne , il craint de lui voir
un jour affez de force en main
pour fe reflaifir de fon bien.
Il craint que la France n'at
tente fur fa liberté , ou parce
que le voisinage rend les Provinces
à fa bien- féance ,
parce que fi le Roy d'Efpagne
venoit à mourir , cette .
même France , fi on rend
juftice aux droits de Mon.
feigneur le Dauphin , feroit
en droit , de redemander un
jour cette portion de la Couronne
d'Efpagne , & qu'il eft
ou
GALANT. 201
dangereux d'avoir un ennemy
auffi
redoutable que la France
, qui eft feure de réüffir
dans tout ce qu'elle entre
prend . C'eft ce qui fait que
la
Hollande
apprehende telle
ment
aujourd'huy la mort dư
Roy
d'Espagne , que fes actions
hauffent & baiffent tous
'les jours dans cet Etat , felon
qu'on y apprend de bonnes
ou de mauvaiſes
nouvelles
de la fanté de ce
Monarque.
Cette
Republique , toûjours
inquiete pour le maintien
de
fa liberté, fe
perſuade que la
France
conferve trop de trous
202 MERCURE
10
pes dans un temps de paix ,
& que l'Angleterre n'en laiffe
pas affez à fon Roy pour
fecours des Provinces de le
Hollande en cas de befoin
Elle s'en referve elle- même . I
plus qu'elle ne doit pendant
la paix , quoy qu'elle foit tel
lement enderrée , que quel
ques unes de fes Provinces
refufent par impoffibilité , de
contribuer à fes dépenses.
Elle voit avec beaucoup de
chagrin les troupes Hollandoiles
nouvellement arrivées
d'Angleterre , fans avoir efté
payées des arrerages qui leur
GALANT 203
font dûs , parce qu'elle fe
trouve obligée de les entre
tenir , quoy que fon Etat
de Dépenie pour la guerre
foit reglé pour cette année.
Enfin fon agitation eft fi
grande pour ce qui regarde
la confervation de la liberté ,
qu'on s'y forme fouvent des
chimeres dont on apprehens
de les fuites , avec autang
d'inquietude , que l'on pour
roit en avoir far les veritez
les plus conftantes. Quoy
que l'Etat de Hollande foit
fort petit , il y a plus de gens
qui difent & qui écrivent des
204 MERCURE
nouvelles , que dans le reste
du monde . Il ne faut pas
s'en étonner , puis qu'on y
écrit plus librement qu'ail
leurs , même en temps de
paix. Quand la même liberté
feroit permife en France , je
ne vous en dirois pas davantage
, puiſque depuis vingttrois
années je n'ai cherché
à dire du mal de perfonne ,
& que fi jay chagriné quel
qu'un , ce n'a jamais efté de
deffein formé. Je içay qu'un
peu de felcontribue beaucoup
au débit d'un Livre : cepen .
dant j'ai lieu de me louer du
GALANT. 205
public, qui a fouffert fi longtemps
les miens .
Quoique la Pologne n'ait
point de Guerre à foutenir
prefentement , elle n'est pas
dans une fituation plus tran--
quille. Les Polonois ont eu
de tout temps une antipatie
furieuſe pour les Allemands ,
& ceux qui font aujourd'huy
en Pologne ne contribuent
pas peu à l'entretenir par les
defordres qu'ils y commertent.
D'ailleurs , ces Peuples
ont toûjours aprehendé que
s'ils avoient un Roy Allemand
, il n'eftablift chez206
MERCURE
eux la Puiffance Arbitraire.
Ils en ont un dont les Trou.
pes trop nombreuſes dans le
Royaume leur donnent de
l'ombrage ils voudroient
qu'elles en fortiffent , & le
Roy fe fert de toute la pru
dence imaginable pour lesy
faire demeurer. On attend
une Diettegeneralle , où cha
cun fera connoiftre fes rai
fons , & agir fa politique.
Monfieur le Duc de Sa
voye cftant un Prince vif ;
penetrant , & toûjours occu
pé des foins de fon Eftat , a
retably en tres peu de temps
GALANT: 207
J
A
le defordre que la Guerre
avoit mis dans les affaires , &
rangé à leur devoir des Peu
ples qu'il paroiffoit impoffible
d'y reduire , enforte qu'il
eft en eftat de fe faire crain
dre de les voifins , dont quelques
uns , dit-on , l'aprehen
dent,
La Republique de Venife,
aprez avoir foûtenu glorieu
fement la Guerre contre les
Turcs , vient de faire voir fa
fageffe , & la moderation , en
fignant la Paix , je ne crois
pas qu'il foit befoin d'en di
re davantage pour me faire
entendre.
•
208 MERCURE
Je ne parle point des Puiffances
qui n'ont point eu de
part à la derniere Guerre , ou
qui n'en ont eu que par les
Troupes qu'elles ont louées.
Comme rien n'a efte dérangé
dans leurs affaires , & que le
calme eft demeuré chez eux , il
ne s'y paſſe rien d'aflez extraordinaire
pour donner lieu
d'en parler , mais je puis
vous affurer que prefentement
que je fuis quitte de
ma promeffe , je vous appren
dray tous les mois en trespeu
de paroles , ce qui fe fea
ra paffé dans les principaux
GALANT. 209
Etats de l'Europe .
Jay oublié à vous mander
la mort d'une perfonne
auffi confiderable par la naiffance
que par fon grand âge,
arrivée dés le mois de Fevrier
edernier. C'eft celle de Meffire
Joachim de Montaigu Vicom.
te de Beaune , Marquis de
Bouzols , Comte d'Aps Ilant ,
Seigneur de la Ville de Pradelle
, Seigneur de Saint Mar.
cel d'Ardeffe , Framigeres ,
Domylac , Plaufac , la Mothe
Bremont , Baron de Montglandin
& autres Places , decedé
à Saint Cravat des Arde-
Avril 1699 .
4
S
}
208 MERCURE
ou
le
Je ne parle point des Puilfances
qui n'ont point eu de
part à la derniere Guerre ,
qui n'en ont eu que par les
Troupes qu'elles ont louées.
Comme rien n'a efté dérangé
dans leurs affaires , & que
calme eft demeuré chez eux , il
nes'y paffe rien d'aflez extraordinaire
pour donner lieu
d'en parler , mais je puis
vous affurer que prefente.
ment que je fuis quitte de
ma promeffe
, je vous apprendray
tous les mois en trespeu
de paroles , ce qui ſe ſera
paffé dans les principaux
•
GALANT. 209
Etats de l'Europe.
1
Jay oublié à vous mander
la mort d'une perfonne
auffi confiderable par la naiffance
que par fon grand âge,
arrivée dés le mois de Fevrier
dernier. C'est celle de Meffire
Joachim de Montaigu Vicom .
te de Beaune , Marquis de
Bouzols , Comte d'Aps Ilant ,
Seigneur de la Ville de Pradelle
, Seigneur de Saint Mar.
cel d'Ardeffe , Framigeres ,
Domylac , Plaufac , la Mothe
Bremont , Baron de Montglandin
& autres Places , decedé
à Saint Cravat des Arde--
Avril 1699 .
3
S
210 MERCURE
ches à deux lieues du Pont
Saint Eſprit dans fa quatrevingt
-dix - feptième année.
C'eft l'ayeul de M' le Marquis
de Bouzols , Mestre de Camp
du Regiment Royal - Piedmond
, qui époula comme
vous fçavez le 15. May 1696.
Mademoiſelle de Croiffy,foeur
de M' le Marquis de Torcy ,
Miniftre , Secretaire d'Etat &
grand Treforier des Ordres
du Roy. Sa Maiſon eft orinaire
de Languedoc où elle
poffede encore beaucoup de
grandes Terres , & entre autres
la Comté d'Aps qui lui
C
GALANT. 214
I donne le droit de Seance aux
Eftas, comme Baron par tour.
Elle a donné un Grand Maiftre
à l'Ordre de Malte il y a
plus de trois ficcles nommé
Guerin de Montaigu , Le def
funt avoit un oncle Paternel ,
Grand Prieur de Touloufe,
Ambaſſadeur de l'Ordre de
Malte en France , Lieutenant
de Roy de la Ville & Citadel.
le de Cuis fous M' le Duc d'Epernon
. Chriftophe , Vicomte
de Beaune , fon oncle mater
nel, Lieutenant General pour
le Roy en la Baffe Auvergne,
mourant fans enfans , l'infti
Sij
212 MERCURE
tua fon heritier univerfel à la
charge du Nom & des Armes
de Beaune qu'il écartelle avec
celles de Montaigu . M le
Vicomte de Beaune dont je
vous apprens la mort , a efté
marié deux fois ; la premiere
avec Dame Marie de la Baume
de Suze , & laſeconde avec
Dame M. d'Avezune de Caderouffe
. Il n'a eu des enfans
que de la premiere , qui eftoit
fille de François de la Baume
Comte de Suze , Lieutenant
General pour le Roy en Provence
, Chevalier de fes Or
dres de la quatriéme création
GALANT: 213
faite par Henry III . le dernier
= jour de l'an 1581. & de Cathe
rine de Cuvillon Breffieux fa
feconde femme , foeur du .
Comte de Rochefort , du dé
funt Evêque de Viviers , mort
le plus ancien Prélat de la
Chrétienté , & des Marquifes
de Guelandes , de Chambonas
, & de Taillades . De ce
mariage il ne refte qu'un fils
unique , Meffire Remy - Antoine
de Montaigu , Vicomté
de Beaune par la mort de fon
pere ,Marquis de Bouzols , &
autres Places , qui a épousé
Dame Anne Gabrielle ed
214 MERCURE
Beaufort Canilhac- Montra
ver , fille aînée de Maximi
lien de Beaufort - Canilhac
Montravet , Comte d'Autel
rive , & de deffunte Dame
Felicité d'Auzon , heritiere
de Montravet , fon époule.
Mr le Vicomte de Beaune
d'aujourd'hui a trois enfans
de fon mariage , qui fontJoa
chim de Montaigu , marquis
de Bouzols , meftre de Camp
du Regiment Royal Piemont,
Maximilien de Montaigu
dit le Comte de Bouzols ,
Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoifes , & Mr le
GALANT. 215
ма- Chevalier de Bouzols , major
du Regiment Royal Pie
mont. Mr le Marquis de Bouzols
, qui a époufé Mademoifelle
de Torcy , s'eft diftingué
à la bataille de Fleurus , ou
il fut bleffé à la tefte de fon
Regiment dans la même année
qu'il en avoit eſté pourvû
apar la démiffion de Mr le
Marquis de Rivarollés . Il eut
l'honneur au mois de Juillet
1696. d'eftre choisi pour oftage
de la Tréve de Savoye
avec мr le Comte de Teffé ,
dont il eft parent tres - proche
; & l'année derniere il
#
216 MERCURE
alla en Lorraine en quali
té d'Envoyé extraordinaire ,
complimenter Monfieur le
Duc de Lorraine fur fon retour
dans fes Eftats ; il en fut
regalé d'une Boëte à Portrait
enrichie de Diamans ,
Meffire Pierre Benoife eft
mort au commencement de
ce mois âgé de prés de qua,
tre -vingt - trois ans. Il n'en
avoit que vingt & un quand
il fut reçû Confeiller au Grand
Confeil. Aprés avoir exercé
cette Charge pendant feize
années avec l'integrité & l'application
d'un bon magiftrat,
il
GALANT. 217
1
ilfongea à une vie retirée, qui
l'a rendu eftimable par les exercices
de charité qu'il a pras
tiquez en toures occafions, &
par fa grande modeftie . Il
eftoit le dernier des Enfans de
Charles Benoife , Secretaire
du Cabinet de Henry III.
connu dans l'Histoire par fa fidelité
& par l'attachement inviolable
qu'il a eu pendant les
temps les plus difficiles à la
perfonne de ce Prince , qui
avoit créé cette Charges de
confiance en fa faveur &
qui l'honora de Commiffions
des plus importantes & tress
Auril 16996 Τ
218 MERCURE
fecretes. Jamais Sujet & Do
meftique n'a plus marqué de
reconnoiffance envers fon
Roy & fon Bienfaicteur , par
les dépenfes extraordinaires
qu'il fit pour les Funerailles
de ce Prince , par les Services.
qu'il a fondez à Saint Cloud,
& aux Feuillans de Paris , &
par les Medailles qu'il fit fraper.
Aprés la mort de Henry
III. il fe retira de la Cour,
& fut Maistre des Comptes ,
avec Lettres de Confeiller
d'Etat. Il eftoit petit - Fils de
Jean Benoife , procureur . du
Roy à l'Hoftel de Ville de
paris en 1526. Il paroiſt parles
GALANT. 219
Regiftres de la Ville de ce
temps- là , qu'il avoit plufieurs
Commiffions
importantes.
Charles Benoife , Secretaire
du Cabinet , & Maistre des
Compres à Paris , avoit épou
fé Helene Paffart , Fille de
Pierre Paffart , Notaire & Secretaire
de la Cour de Parlement
de Paris , & il en avoit
eu cinq Fils & deux Filles . Les
Fils font, Henry Benoife, mai.
ftre des Comptes , Pere de
Charles Benoite , & d'Helene
Benoife , qui a épousé François
Menardeau , Maistre des
Requeftes ; Charles Benoife,
Tij
2020 MERCURE
Confeiller de la Gran a'Chambre
, François Benoife , Saigneur
de Tachainville ; Au
bin Benoife, de Germenon.
ville , Confeiller, an Grand
Confeil , & Pierre Benoife
qui vient de mourir . Adrienne
Benoiſe , Laînée des filles,
époufa Pierre Hallé , Com
feiller au Parlement , & Mar
rie Bonoife fut marida avec
Pierre. Brifnac , mort Sous-
Doyen de la Grand Chambrer
Ces deux foeurs ont laiſſé à
Pierre Benoife , pour neveux
aujourd'huy vivans , le Com
mandeur & l'Abbé de Brif
"
GALANT: 201
hac pour petits - neveux
de Pontcarré Confeillar
-d'honneur , & Mrs de Brif
mac, de Bragelogne , de Bullion
, de Demain , & Confillers
au Parlement , de Brif
-nac Capitaine au Regiment
des Gardes , le Marquis de
Buffy , de Merval , & le Comte
de Morans , Megrignya &
pour sarriere petits meveux ,
Mde Pontcarré Maitre des
Requeftes , & Mrs de Pont-
Canré Durant , & Bochant de
Saron , Confeillers au Parle
meat , Pierre Benoife doni je
vous apprens la mort , laiffe
Tiij
222 MERCURE
huit enfans de Catherine de
Ricouart , quatre fi's , quatre
filles Religieufes . Charles Benoiſe
l'aîné , qui a efté Confeiller
en la premiere des Enqueftes
, & qui eft à prefent
Confeiller d'honneur au Par-
ร
lement , a épousé Marguerite
Pichon petite fille de Denis
Pichon Secretaire du Roy ,
qui eftoit de la famille de ce
nom, qui a poffedé des Charges
confiderables au Parlement
de Bordeaux . Ils n'ont
qu'un fils encore jeune. L'aî
née de leurs filles a épousé
M Grüin Garde du Trefor
GALANT . 223
Royal , dont la famille eft alliée
à celles de Montbron
de Mouy , de Riberpré , Brû
lard Bragelogne , & de
. Choify. Le fecond fils de
Pierre Benoife , eft François
Abbé. de S. Faune de Montreüil
fur mer , & Catherine
d'Amiens . Le troifiéme , cft
Philippe Benoife Chevalier.
de Malthe , qui eftant Lieu
tenant de Vaiffeau , & Capitaine
d'une Compagnie
de la
Marine en 1694. attaqua fi à
propos & avec tant d'intre
pidité les Anglois , qui vouloient
faire une defcente à.
Т
Tiiij
224 MERCUR
Camaret prés de Breft , qu'il
les força de fe retirer avec
une tres-grande perte de leur
part. Le Roy le fit Capitainel
de Vailfeau dans le moment
que la nouvelle en fut arri
vée. Le quatriéme fils eft
Charles Pierre Benoiſe , auffi
Chevalier de l'Ordre de Mal
the & Profés. Depuis longtemps
il n'a manqué aucunes
occafions de fervir fa Reli
gion. Catherine de Ricoüart
leur mere , eft fille de Jacques
de Ricoüart Sr de S. Georges
& de Catherine le Peultre ,
& petite niece & heritiere
GALANT
225
d'Antoine de Ricouart Con.
feiller au Parlement de Paris
en 1584. conjointement avec
fes deux freres Antoine de
Ricouart Maistre des
ftes , & Jacques de Ricouart
de Reque
1 Seigneur d'Herouville Mai
I tre d'Hoftel du Roy , dont
le fils eft auffi Maître d'Ho.
tel du Roy. Les enfans d'An.
toine Maître des Requeſtes )
il y en a un Colonel du Re
giment de Hainaut , & deux
Lieutenans de Vaiffeau. La
famille de Ricouart eft aliée
à celles de Pinon , de la
Prince de la Bretonniere , de
226 MERCURE·
&
t
Camus & Bonnes , de Doujat ,
de Charpentier , Rouillier ,
d'Arbaletre Vicomte de Melun
, de Somenville , du
Royer , & de Gaumont.
Voicy les noms de plus
fieurs autres personnes diſtinguées
mortes pendant les mois
de Mars & d'Avril .
Meffire Nicolas Boitet
Chanoine de l'Eglife de Paris,
Prieur & Seigneur de Ceffe ,
mort âgé de foixante ans .
Dame Marie de Boylefve ,
veuve de Meffire Louis Guibert
, Seigneur de Buffy , de
Couilly , de Gagný & autres
lieux.
GALANT. 227
Dame Anne Foucher, épou
fe de Meffire Guillaume Jaf
faud , Seigneur de la Borde
Vernou , Dugué & autres lieux,
Confeiller du Roy en la Cour
de Parlement .
Meffire Jean de Francs Seigneur
d'Anglure en Mafconnois
; il eftoit fils puifné de
Jacques de Francs Vicomte
des Sertaux , Seigneur d'Anglure
, мoffi & autres lieux , &
de Dame Jeanne de Rougemont
de Pierreclos fon épous
fe. Son Aycul eftoit de la Maifon
d'Albon , Saint Forgeux ,
puifnée de celle des Dauphins
228 MERCURE
de Viennois qui ont donné le
Dauphiné aux Roys de France.
Celuy dont je vous ap
prend la mort avoit époulé
Dame Anne Charreton , veuve
d'un Gentilhomme de la
Maifon de Rolin fi connûe
en Bourgogne par un Chan
celier & un Cardinal de ce
nom. Il ne laiffe point d'en
fans d'elle , la Maifon de
Franos eft une des plus an
ciennes & des plus confidera
bles du Mafconnais & fort
renommée dans l'Histoire &
les Antiquitez de certe Pro .
vince : Elle eft alliée à celles
GALANT. 229
de Fouldras , Sainte Colom
be , de Thalaru , du Thil
Buffeuil , Saint Cernin , Al
bon , de Cremeau , Rouge
mono & plufieurs autres des
premieres du Royaume.
Dame Jeanne Angelique le
Roux, Epouſe d'Aymé Server.
Ecuyer Seigneur du Pin & de
& de Vramaye , Confeiller
Secretaire du Roy & du Parle
ment , ancien Avocat Baronnier
, & Receveur des Config
gnations des Requeſtes du
Palais IN
Jacques Menant, Sousdayen
des Auditeursordinaires en la
230 MERCURE
Chambre des Comptes. Il n'a
point laiffé d'Enfans.
Baptifte Monnoyer , Pein
tre ordinaire du Roy , Confeiller
enfon AcademieRoya
le de Peinture & Sculpture ,
mort à Londres en Angleter
re , où il eftoit allé avec permiffion
du Roy. Il eftoit con
nu fous le nom du Sieur Baptifte
, & eftoit un des plus habiles
Peintres pour les fleurs.
Il laiffe entre autre Enfans
une Fille , qui la épousé Mª de
Fontenay , auffi Peintre pour
les fleurs , des plus eftimez &
des plus fameux de la même
GALANT: 237
1
A
Academie Royale de Peinture
& Sculpture.
M Burer , Sculpteur du Roy,
ancien Profeffeur de l'Acade.
mie Royale de Peinture &
Sculpture. Ileftoit tres- habile,
& auroit efté un des premiers
Sculpteurs de fon temps ,fans
fans la perte de la vûë qui luy
arriva lors qu'il eftoit le plus
employé. Auffi le Roy le con
fidera particulierement , & le
gratifia d'une penfion , dont
il a jouy jufqu'à la fin de fa
vie.
Louis Ferrand , ancien Avo
cat au Parlement, Cenfeur des
232 MERCURE
Livres , principalement de la
Langue Grecque , pour M' le
Chancelier. Il eftoit de Toulon,
&a donné plufieurs ouvra
ges fçavans d'Hiftoire fainte ,
de Theologie , d Hiftoire Ec.
clefiaftique , eftant fort verſé
dans ces Sciences , & ayant
penfion du Clergé pour fa
grande capacité. Ha laiffé
quelques manufcrits , dont il
yaa
licu de croire qu'on fera
part au Public.
*
Maffire Jean Gerbais , Dos
cteur en Theologie de la mai
fon & Societé de Sorbonne ,
Profeffeur du Roy en Elog
GALANT 233
"
quence au College : Royal ;
• Čenleur des Livres pour M'le
Chancelier , & ancien Princi
pal du College de Reims , fon !
dé en l'Univerfité de Paris.
Il eftoit de Reims , & a donné
au Public pluſieurs Ouvrages
de : Theologie & de Droit Canon
, dans lesquels il a fou
ténu fortement des Libertez
de l'Eglife Gallicane.
2
Dame Marie Bruflard, Veu,
ve de mellire Nicolas Louis
de l'Hospital , Marquis de Vi,
try, Ambaſſadeur pour le Roy .
en Pologne. Elle eftoit âgée
de foixante & quatre ans , &
Avril 1699. V
234 MERCURE
Fille de Nicolas Bruflard , Sei
gneur du Boullay , Chambel-
Ian de Monfieur le Duc d'Or.
leans , & de Marie Cerifier , &
Petite- fille de Pierre Bruflard,
Seigneur de Crofne & de Genlis
, Secretaire d'Etat.
Meffire Arnault Marin ,
Chevalier , Seigneur de la
Chaftaigneraye , Conſeiller du
en fes Confeils d'Etat & Privé,
& direction de fes Finances ,
cy devant premier Prefident
au Parlement de Provencè , &
Maistre des Requeſtes hono
raire. Il eftoit Fils aîné de M
Marin , Intendant des Finan
es.c
GALANT: 235
Meffire André Bazin , Curé
de l'Eglife Paroiffiale de Saint,
Pierre des Arcis de Paris , Il a
mené une vie exemplaire ,
édifiante , & toute fainte. M
l'Archevêque de Paris a nom
mé à cette Cure M' Morand ,
Docteur de Sorbonne ,Vicaire,
de Saint Jacques de la Boucherie
, & ancien Vicaire de
Saint Germain de l'Auxer
rois.
Meffire Mathieu Arundell,
Anglois de Nation , mort à
Paris âgé de dix - fept ans. Il
eftoit Fils de Milord Arundell,
Comte du Saint Empire , Ba
Vij
236 MERCURE
ron de Wardour , Pair d'An
gleterre .
Dame Françoife Briçonnet
, Veuve de Meffire Henry
Thibault , & Seigneur de
Beaurain , Maiftre ordinaire
en la Chambre des Comptes
de Paris. Elle eftoit de l'illuftre
Famille des Briçonner , &
Soeur de Clemence Briçonner,
qui a épouſé Denis Maréchal,
Seigneur patron de Vaugirard
prés paris , Confeiller en la
Cour des Aides.
Le 4. de ce mois , Jofeph-
François de Ponteves , heritier
de la Maifon de Buotes , épouſa
GALANT. 237
1
Loüife Alexandrine Dupuy ,
heritiere de la Maiſon de
Montbrun. La Maifon de
Ponteves eft fi ancienne ,
e qu'on ne fçauroit remonter
jufqu'à fon origine ; mais on
fçait qu'un des Cadets de la
Maifon du Gouft , prit autre,
fois le nom de Ponteves.
Quant à celle Dupuy , ou de
Podio , il fuffit de dire que le
premier Grand maistre des
Hofpitaliers de Saint Jean de
Jerufalem en eft . Cette Genealogie
vient d'eftrè mife au
jour par l'Auteur de l'hiftoire
du Marquis de Saint André.
238 MERCURE
Le Roy a nommé Meffire
François Kerchent de Coëttenfoà
l'Evêchéd'Avranches
,
fur la démiffion volontaire de
Mt Huct , cy devant Sousprécepteur
de Monſeigneur le
Dauphin , à qui le Roy a don
né l'Abbaye de Fontenay prés
de Caen , que poffedoit auparavant
feu M' de Chamarande
. M' l'Abbé de Coëttenfo
eft Frere du Marquis de ce
nom , Lieutenant des Che .
vaux - legers de la Garde : qui
a épousé la Fille unique de
M Bertaud de Freauville ,
Confeiller au Parlement.
GALANT. 239
La Treforerie de la Sainte
Chapelle de Paris aefté donnée
à M l'Abbé de Champi
gny , Doyen de l'Eglife Ca
thedrale de Chartres. Il eft
Fils de M' Bochard de Champigny
, maiftre des Requeſtes,
Intendant de Normandie &
de Bourbonnois , & Petit fils
de M Bochard de Champi
gny , Prefident au Parlement
de Paris. Ilaun Frere Evêque
deValence,un autre Intendant
en Canada , & un autre Prevoft
de l'Eglife de l'Ifle .
Mr l'Abbé de Montmorel ,
Aumônier de Madame la Du240
MERCURE
cheffe de Bourgogne , & Frere
de M. l'Abbé Delaleurs , fi fameux
par fes Prédications , a
efté pourvû de l'Abbaye de
Launoy , ainsi que M' Anfel
me , du Prieuré de Saint Pier
re Saint Paul de Bouteville en
Saintonge. Il y a longtemps
qu'il prêche avec de grands
applaudiffemens à la Cour , &
dans les meilleures Chaires de
Paris , & le Roy de fon propre
mouvement a recompenfé fon
merite , & la vie exemplaire
qu'il mene , en luy donnant
ce Benefice.
Il eſt arrivé une grande ré
volution
GALANT. 241
volution à Thunis , au mois
de Decembre , & la nouvelle
n'en est arrivée que depuis
fort peu de jours , par des Bâtimens
de la Compagnie du
Cap- Negre. Rumadan Bey ,
aprés la mort de fon Frere
Haly Bey , arrivée il y a environ
trois ans , fe faifit de la
Charge de Bey , fous prétexte
de la minorité de fon Neveu
Fils d'Haly . Cette Charge eft
la premiere du Royaume ,parce
que le Bey commande toujours
les Armées , qu'il eft
Maure de Nation , qu'il leve
le Carache, &paye les Trou
Avril 1699. X
242 MERCURE
T
4
pes. Rumadan l'exerçoit depues
trois ans avec affez de
tranquillité. L'envie qu'il eut
de fe l'affurer , l'engagea à
faire crever les yeux à fon
Neveu , qu'il tenoit enfermé
dans un Chateau de campagne.
Ceux qui furent commis
à cetre cruelle execution , ne
s'en acquitterent pas bien . Il
s'eſt trouvé dans la fuire qu'il
luy eft resté un oeil , dont il
voit fort clair , ce qu'il a caché
adroitement à fon Gardien
. Ce jeune homme en cet
eftat a eu le bonheur de ga-
-gner des Soldats de la Garde,
2
GALANT 243
jufqu'à les porter à étrangler
fon Geolier , ce qui luy ayant
procuré la liberté , il le retira
chez une Nation de Maures
montagnards , qui ont pris les
armes pour luy. Il fit courir
quelques Billets dans l'Armée
de Rumadan fon Oncle , qui
fetrouva fi abandonné de tou .
te la Nation , qu'ayant eſté
obligé de fuir du cofté de la
Marine , il a esté pris , & fur le
champ on luy a coupé la tefte .
Le Neveu a efté remis dans la
Charge de Bey de feu fon Pere
; & tout cela s'eſt paſſé fi
heureufement , & en fi peu de
X ij
244 MERCURE
temps , qu'il n'eſt arrivé aucun
dérangement
au commerce.
Je vous ay dit dans le Jour.
nal qui regarde l'Ambaſſadeur
de Maroc , & qui eft au commencement
de ma Lettre ,
que cet Ambaffadeur avoit
prié M de Caffini d'écrire
aux Aftronomes de Maroc .
Voicy en quels termes il l'a
fait.
GALANT: 245
-
LETTRE
DE M DE CASSINI ,
Aftronome de l'Obfervatoire
Royal , aux Aftronomes
de Fez & de Maroc.
I
Ambaffadeur de vostre
grand Roy , qui pendant le
temps de fon fejour en France , a
donne des marques d'efprit & de
fageffe , eftant venu à l'Obfervatoire
Royal , a confideré la magnificence
de ce Baftiment , deftiné
aux Obfervations Aftronomiques ,
comme un monument éternel de la
protection que noftre grand Mo
2
*
X iiij
246 MERCURE
narque Louis le Grand , donne aux
Sciences les plus fublimes , & les
plus utiles à la focieté humaine.
Il a admiré fa constructionfinguliere
, & confideré attentive.
ment les Inftrumens & les Machines
dont il est fourny , & en a
voulu fçavoir diftinctement les
ufages. Il auroit fouhaite que vous
euffiez les mêmes commoditez d'exercer
les talens que vous avez
pour l'Aftronomie. Il nous affurez
que vous en avez des Ecoles
nombreuses , & que vous vous
affemblez en certain temps de l'année
pour conferer vos Obfervations,
en tirer des confequences
. Vous
GALANT 247
êtes dans un climat tout propre pour
les obfervations
du Ciel , où elles
ont eftécultivées parles plus celebres
Aftronomes de toute l'Antiquité.
Nous ne confiderons pas comme
de fimples fables les découvertes
d³ Atlas , Roy de Mauritanie , qui)
ayant inventéla Sphere arcficielle,
donnafujet aux Poëtes de dire ”
qu'ilfoutenoit le Ciel, & que dans
ce travail , ilfur foulagé par Her.
cules , qui fut fon Difciple dans
l'Aftronomie
. Le plus celebre de
nos anciens Poètes heroïques , éleve
magnifiquement
ce qu ' Atlas enfei
gna des Eclipfes du Soleil
la Lune , des conftellations di
de
X iiij
248 MERCURE
Ciel , qu'ilfait le fujet des Cantiques
qui fe chantoient fur les
inftrumens en Afrique aux Feftins
des Princes , avant l'Empire des
Cartaginois.
5
Les plus anciens Poëtes dela
Grece , en reconnoiffance de fes
belles Inventions , ont porte au
Ciel les noms de toute la famille
d'Ailas , les donnant aux Etoiles
de la plus petite , mais de la plus
remarquable conftellation , qui est
celle des Pleyades , dont chaque
Etoile porte le nom propre defes
Filles telle
qu'on le lit encore au- .
jourd'huy dans nos Catalogues
modernes. On les comptoit ancien ,
GALANT. 249
ils
nement au nombre de fept ; mais
rapportent qu'il y en eut une
qui fe cacha dans l'embrasement
de Troye ; ce qui peut eftre pris
pour une Epoque de l'obfervation
de quelques Etoiles fixes , quife
voyent pendant quelque temps
fe rendent enfuite invifibles .
Nous en avons obfervéplufieurs
de nos jours , &je croy que vous.
en avez obfervé auffi ; car M.
l'Ambassadeur m'affure qu'il ya
parmy vous un Aftronome qui
découvrit il y a trente ans une
nouvelle Etoile , qui s'eft depuis
vûë tous les ans. Je ne sçay fi elle
ne feroit point une des trois qui
250 MERCURE
Sefont wie's diverfes fois en cefieele
difparoiftre , dans la paroiftre
constellation du Cigne , ou une dans
le cou de la Baleine , qui depuisuns
fircle a esté prife icy plufieurs fois
pour nouvelle , & qu'on a depuis
trouvé qu'elle fe cache tousles ans
&retourne au même degré declar
sé d'onze mois en onZe mois , avec
quelque irregularité.
Je donneraya Ml'Ambaßs.
deur quelques exemplaires d'une
Carte qui comprend toutes les
Constellations visibles dans ce cli
mar de Paris , où cette Etoile eft
décrites
"
•Fy ay auſſi marqué deux obe
GALANT. 251°
minsparoùfont rétournées des Co.
metes que j'ay obfervées . CeT
e font
des endroits du Ciel qui méritent
d'eſtre regardez attentivement de
temps en temps , pour voir s'il n'y
paße pas d'autres Cometes . Les
dernieres qu'on a vuës icy eſtoient
fi petites , qu'elles n'ont efté apperçues
que des Aftronomes dans les
Obfervations. Nous ne fçavons
pas fi elles ont estévûës ailleurs.
Les Obfervations qu'on auroit
faites , tant de ces Comeres , que
des autres apparences celeftes , me
feroient tres agreables.
Je prie Mrde la Croix , Interprète
du Roy, & Profeffeur Royal
252 MERCURE
de la Langue arabe , d'ajouter à
la Carte que j'envoye , les éclair.
ciffemens qui feront neceffaires
dans voftre Langue. Je prie Dieu
de tout mon coeur de vous donner
les plus hautes & les plus impor
tantesconnoiffances du Ciel,
?
Le 21. de ce mois , M' le
Comte de Jerzey , Ambaffa
deur Extraordinaire d'Angleterre
,eut Audience de congé
du Roy, où il fut conduit avec
les ceremonies accoutumées ,
par M le Comre de Marfan
& par мr le Comte de Brereüil
, Introducteur des AmGALANT
293
baffadeurs. Il retourne en Angleterre,
parce qu'il y eft nom.
mé Secretaire d'Etat . C'eft un
homme d'érudition , qui aime
les Sciences & les belles Letrres
.M' le Comte de Manchefter
luy doit fucceder.
Les Lettres venuës de Quebec
par les derniers Vaiffeaux
nous ont appris que мeffire
Louis de Buade , Comte de
Frontenac &de Palluau , Gou
verneur General de la Nouvel
le France de l'Acadie , de
l'Ile de Terre-acuve & Terres
qui en dépendent , y mourut
le 28. Novembre dernier,
254 MERCURE
2
en la foixante & dix- huitième
année. C'eftoit un homme
d'un fort grand merite, qui
aimoit les gens de Lettres, &
qui par les manieres honneftes
s'eftoit toujours fait un
fort grand nombre d'Amis.
Il foutenoit fa naiffance par
toutes fortes de qualirez efti
mables. Son Aycul Antoine
de Buade , S de Frontenac,
Baron de Palluau , Capitaine
des Chateaux de S. Germain
en Laye premier maiſtre
d'Hofel du Roy épouſa Anne
de Secondar , de Jaquelle
il cutentre autres Roger, Ab-
1
GALANT. 255
8
bé d'Obazine , & Henry, de
-Buade , Comte de Palluau
& de Frontenac , qui d'Anne
Phelypeaux , Fille de Re-
#mond Phelypeaux , Seigneur
d'Herbaud , Treforier de l'Epargne
, puis Secretaire d'Estat
, & de Claude Gobelina
laiffé Louis de Buade , Comic
de Frontenac, dont je vous apprens
la mort. Anne , Veuve
de François d'Efſpinay , Marquis
de Saint Luc , Chevalier
du Saint Elprit , & Lieutenant
General au Gouvernementde
[Guienne , [ & Henriettel.de
Buade , Femme de Henry-
..
256 MERCURE
Louis Habert, Sieur de Montmort
, de l'Académie Françoife
, mort Doyen des maiftres
des Requeftes .
Le Gouvernement General
de la Nouvelle France , qu'avoit
feu Mr le Comte de Frontenac
, a efté donné à Mr le
Chevalier de Callieres , Frere
de мr de Callieres , de l'Academie
Françoife , Secretaire
du Cabinet , & qui a efté Am .
bafladeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roy pour
la Paix generale concluë au
Chafteau Rifwick en 1697. Il
- eftoit déja dans le Pays , &
GALANT 25%
Gouverneur de Montréal , &
avoit efté nommé Gouverneur
per interim , pour fucceder
à Mr de Frontenac , en cas
de mort , en attendant que le
Roy cuft pourvû à ce Gouver
nement.
Meffire Louis Comte de
Mailly , Maréchal de Camp
des Armées du Roy , menin
de Monfeigneur le Dauphin ,
cy devant meftre de Camp
general des Dragons, Seigneur
de Rieux , Aubenbray , & autres
lieux , eft mort icy depuis.
quelques jours en fa trentehuitième
année . Son corps a
Avril 1699. Y
258 MERCURE
efté porté à Nefle en Picar.
die. Il eftoit fecond Fils de
Loüis - Charles , Marquis de
Mailly , & de Marguerite' de'
Monchi , Marquife de Nefle,
& avoit époufé Mademoiſelle
de Sainte Hermine , qui eft
maintenant Dame d'Atour de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Mr de mailly a deux
Freres , dont l'un eft Archevê.
que d'Arles , & l'autre Evêque
de Lavaur.
Nous avons perdu l'un des
plus excellens hommes de ce
fiecle, & qui meritoit de vivre
auffi longtemps que fon nom ,
GALANT.
259
qu'il a renda immortel par fest
beaux Ouvrages . Je parle de
M Racine , Secretaire du
Roy , Gentilhomme ordinaire
de la Mailon de Sa Majefté ;
& l'un des quarante de l'Aca?
demie Françoiſe , mort le 27.
de ce mois , âgé de cinquante
neuf ans. Ses premieres Pie
ces de Théatre , qui furent les
Freres Ennemis , & Alexandre ,
firent connoiftre la beauté de
fon genie , & attendre les
Chef- d'oeuvres qui les ont fuic
vies . Andromaque & Iphigenie
oat tiré des larmes d'un nom .
bre infin de
Spectateurs
, par
Y ij
252 MERCURE
de la Langue arabe , d'ajouter à
la Carte que j'envoye , les éclair.
ciffemens qui feront neceffaires
dans voftre Langue . Je prie Dieu
de tout mon coeur , de vous donner
les plus hautes & les plus impor
tantes connoiffances du Ciel.
?
Le 21 de ce mois , M' le
Comte de Jerzey , Ambaſſadeur
Extraordinaire d'Angleterre
, eut Audience de congé
du Roy, où il fut conduit avec
les ceremonies accoutumées ,
par M le Comre de Marfan ,
& par мr le Comte de Brereüil
, Introducteur des AmGALANT
293
baffadeurs . Il retourne en Angleterre,
parce qu'il y eft nom .
mé Secretaire d'Etat . C'eft un
homme d'érudition , qui aime
les Sciences & les belles Letrres
.M' le Comte de Manchefter
luy doit fucceder.
Les Lettres venues de Quebec
par les derniers Vaiſſeaux
nous ont appris que мeffire
Louis de Buade , Comte de
Frontenac & de Palluau , Gouverneur
General de la Nouvelle
France , de l'Acadie , de
l'Ile de Terre- neuve & Terres
qui en dépendent , y mourut
le 28. Novembre dernier,
254 MERCURE
2
en la foixante & dix- huitième
année. C'eftoit un homme
d'un fort grand merite, qui
aimoit les gens de Lettres, &
qui par les manieres honneftes
s'eftoit toujours fait un
fort grand nombre d'Amis .
Il foutenoit fa naiffance par
toutes fortes de qualirez eſti
mables . Son Aycul Antoine
de Buade , S de Frontenac ,
Baron de Palluau , Capitaine
des Chateaux de S. Germain
en Laye premier Maiſtre
d'Hoftel du Roy épousa Anne
de Secondat , de laquelle
il cutentre autres Roger, AbGALANT.
255
bé d'Obazine , & Henry, de
Buade , Comte de Palluau
& des Frontenac , qui, d'Anne
Phelypeaux , Fille de Remond
Phelypeaux , Seigneur
d'Herbaud , Treforier de l'E-
-pargne , puis Secretaire d'Estat
, & de Claude Gobelina
Jaiffé Louis de Buade , Comic
de Frontenac ,dont je vous apprens
la mort. Anne , Veuve
de François d'Elpinay , mar-
>quis de Saint Luc , Chevalier
du Saint Elprit , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Guienne , & Henrietten.de
Buade , Femme de Henry256
MERCURE
Louis Habert, Sieur de Montmort
, de l'Academie Françoiſe
, mort Doyen des maiftres
des Requeftes .
*
Le Gouvernement General
de la Nouvelle France , qu'avoit
feu Mr le Comte de Frontenac
, a efté donné à Mr le
Chevalier de Callieres , Frere
de мr de Callieres , de l'Academie
Françoife , Secretaire
du Cabinet , & qui a efté Am .
bafladeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roy pour
la Paix generale concluë au
Chafteau Rifwick en 1697. Il
eftoit déja dans le Pays , &
GALANT 257
Gouverneur de Montréal , &
avoit efté nommé Gouverneur
per interim , pour fucceder
à Mr de Frontenac , en cas
de mort , en attendant que le
Roy cuft pourvû à ce Gouver
nement.
Mefire Louis Comte de,
Mailly , Maréchal de Camp
des Armées du Roy , menin
de Monſeigneur le Dauphin ,
cy devant meftre de Camp
general des Dragons , Seigneur
de Rieux , Aubenbray , & au .
tres lieux , eft mort icy depuis.
quelques jours en fa trentehuitième
année . Son corps a
Avril 1699. Y
258 MERCURE
efté porté à Nefle en Picar.
die. Il eftoit fecond Fils de
Loüis - Charles , Marquis de
Mailly , & de Marguerite' de'
Monchi , Marquife de Nefle,
& avoit époufé Mademoiſelle
de Sainte Hermine , qui eft
maintenant Dame d'Atour de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Mr de mailly a deux
Freres , dont l'un eft Archevê.
que d'Arles , & l'autre Evêque
de Lavaur.
Nous avons perdu l'un des
plus excellens hommes de ce
fiecle, & qui méritoir de vivre
auffi longtemps que fon nom,
GALANT. 259
qu'il a renda immortel par fest
beaux Ouvrages. Je parle de
M Racine , Secretaire du
Roy, Gentilhomme ordinaire
de la Mailon de Sa Majefté ,
& l'un des quarante de l'Aca ?
demie Françoiſe , mort le 211
de ce mois , âgé de cinquantes
neuf ans. Ses premieres Pie
ces de Théatre , qui furent les
Freres Ennemis , & Alexandre ,
firent connoiftre la beauté de
fon genie , & attendre les
Chef- d'oeuvres qui les ont fuic
vies. Andromaque & Iphigenie
oat tiré des larmes d'un nom .
bre infin de
Spectateurs
, par
Y ij
260 MERCURE
que
le caractere noble & tendre
qui s'y trouve , & qu'il eft pref.
impoffible de pouffer plus
loin. M'Racine a fini fa carriere
pour le Theatre, par la Tragedie
de Phedre , dont il a dé
peint la honteufe paffion avec
des couleurs fi vives , que toute
criminelle qu'elle fe dic
elle même , il la fait paroiftre
digne de pitié , tant il a fçû
mêler d'art à la force de fes
vers , qui font d'une grande
netteté dans tous fes Ouvrages.
Il n'a pas moins bien
réülli dans deux Pieces faintes
qu'il nous a données
GALANT: 261
avec des Choeurs , fous les
noms d'Efther & d'Athalie . La
place qu'il avoit dans l'Academie
des Infcriptions , a eſté
remplie par M Pavillon , de
l'Academie Françoife .
M' le Duc de la Force eft
mort auffi depuis peu de temps
avec tous les fentimens d'un
bon Catholique , quoy qu'il
foit né dans la Religion pretenduë
reformée , & qu'il ait
efté des derniers à fe conver
tir. Il eftoit petit Neveu du
Maréchal de la Force , & laiffe
pour Fils M' le Duc de Caumont
, qui a épousé la fille
261 MERCURE
unique de M de Boiſmelet
,
Prefident
à Mortier au Parle
ment de Rouen ; Mª le Mar..
quis de la Force & Mile Mari
quis de Caftelnau
, avec un
quatrième
Fils & plufieurs
Fil.
les , tant du premier
que du
fecond -lit.
A
époufé
Mune
des Filles a
Comte du Roure.
Cette mort a efté ſuivie de
celle de M² le Marquis d'Efeau
, Lieutenant
de Roy en
Champagne
& en Brie , Colo
nel d'un Regiment d'infante .
rie , & Petit Fils de Madame la
Comteffe de Bregi.-
GALANT. 263
Je vous envoye le Mandement
de M ' l'Archevefque de
Cambray , fur la condamna .
tion de fon Livre. Si tous ceuxqui
depuis la naiffance de
la Foy ont voulu introduire
des nouveautez dans l'Eglife
avoient eu la même foumif.
ſion , l'Egliſe auroit eſté moins
troublée par un nombre infini '
de Novateurs , dont on fe fou
vient à peine des noms de la
plus grande partie . Ce que mé
de Cambray vient de faire de'
fi bonne grace , luy doit tenir
lieu de merite , & fon humilité
doir eftre exaltée . Voicy les
264 MERCURE
ermes de ce Mandement.
F
1
RANÇOIS , par la mifericorde
de Dieu
la grace
1
du Saint Siege Apoftolique , Archevefque
Duc de Cambray
Prince du S. Empire , Comte du
Cambrefis : Au Clergé Seculier
Regulierde noftre Diocese , Sa.
lut & Benediction en noftre Sei.
gneur. Nous nous devons à vous ,
mes tres chers Freres ,fans refer
ve , puifque nous ne sommes pas
nous , mais au Troupeau qui nous
4 efté confié: Nos autem fervos
veftros per Jefum . C'est dans cet
efprit que nous nous fentons oblià
g༢
GALANT. 265
gez de vous ouvrir noftre coeur , &
de continuer à vous faire part de
ce qui nous touche , fur le Livre
intitulé , Explication des Maximes
desSaints, &c . qui'en ont effé
extraites , par un Bref daté du 12 .
Mars qui eft maintenant répandu
partout, & que vous avez vù
Nous adherons à ce Bref, mes
tres chers Freres , tant pour le tex
te du Livre , que pour les vingt-
Trois Propofitions fimplement , aðfolument
, fans ombre de reftriction.
Ainfi nous condamnons
tant le Livre que les vingt- trois
Prapofitions , dans la mêmeforme,
avec les mêmes qualifications
,
Z Avril
1699.
266 MERCURE
fimplement , abfolument , & fans
reftriction . De plus , nous défendons
fous la même peine à tous les
Fidelles de ce Dioceſe , de lire &
de garder ce Livre.
Nous nous confolerons , mes
tres chers Freres , de ce qui nous
humilie , pourvû que le Ministere
de la Parole que nous avons reçû
du Seigneur , n'enfoit point affoi.
bli, & que nonobftant l'humilia
tion du Pafteur, le Troupeau croiffe
engrace devant Dieu
C'est donc de tout noftre coeur
que nous vous exhortons à une
foumiffionfincere, & à une docilité
fansreferve,depeur qu'on n'altere
GALANT. 267
infenfiblement la fimplicité de l'obéiffance
au . S. Siege , dont nous
voulons moyennant la grace de
Dieu , vous donner l'exemple juf
qu'au dernierfoupir de noftre vie.
A Dien ne playfe qu'il foit ja
mais parlé de nous , fi ce n'estpour
Se fouvenir qu'un Paſteur à cru
devoir eftre plus docile que
la der
niere Brebis du Troupeau & qu'il
n'a mis aucune borne à fa foumif
fion Fe fouhaite , mes ires chers
Freres que la grace de nostre SeigneurFC.
l'amourde Dieu , la
comusunication du S. Efprit demeure
avec vous .
FRANÇOIS , Archev. Duc des
Cambray. Z ij
268 MERCURE
*
1
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Corbil
lon d'Oublies . Ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de
Luffon , Seigneur de Chenevieres
, ancien Auditeur de la
Chambre des Comptes , &
M'de Beloy fon Fils : le petit
Comte d'Argence , Seigneur.
de Saint Berdumont en Nivernois
le Marquis d'Aubais
de Nifmes : Edme Pinot , Imprimeur
de Troyes ; Henin
de Fremecour: la Cofte : Louis
Heraut la Ville du College
de Louis le Grand : Dumef
nil Commis aux Aides : BarGALANT
269
8
det de l'Hospital du mans : le
Marquis Bahutier : le marquis
de Paflavofté , & fon Amy le
Solitaire de Ponthieu le Pi
card de Centule : Gabrion
Coulon de Bourgogne , & du
Chefne de Picardie : la Tron
che de Rouen ? Lucas de la
fue des Noyers : le Capitaine
du coin de la rue des Bbu
cheries au Fauxbourg §. Germain
le Prince & l'Officier
du Roy de l'Hotel des Ur
fins
Mademoiſelle Jávore
Ogier , du coin de la rue de
Richelieu: Ms F ... & fes deux
aimables , attenant la rue MP
Z
iij
270 MERCURE
chel le Comte : Mademoiſelle
de Vaurouge ; & M' du Patis
d'Argentan : la charmante du
petit Poulet des Galeries du
Louvre : Armande de tous
mois , & fa foeur de la ruë des
Noyers la charmante Mignonne
du Cloiftre Noftre,
Dame : la belle Danfeufe de
la rue Michelle Comte , & fon
Amant aux cheveux blonds :
la jeune & charmante Brune
de la rue Saint Louis , quartier
des Sciences , & fon fidelle
Voifin : l'aimable Brune habitante
de Marly : la belle Brune
de larue Saint Honoré , & fon
GALANT. 271
fidelle Amant : la Commere
Brunette du pays de Franchiſe
en Artois : la belle & charmante
de Javignac de Bor
deaux : le Spirituel & enjoué
du quartier de la Viſitation de
la même Ville , & fon Frere
l'Abbé à Paris : l'Abbé des
Hamardieres de Tours , &
l'Abbé Zacharie de Soiffons
. La Nimphe de Frigalle :
Marchand du Cloiftre Saint
Benoift les trois aimables
foeurs en deuil de la même
ruë devant la ruë du Foin : les ,
plus beaux yeux de la ruë de
Saint Lean de Beauvais ; les
:
Z iiij
261 MERCURE
unique de M de Boifmelet ,
Prefident à Mortier au Parle
ment de Rouen ; M le Mar
quis de la Force & M le Mari
quis de Caftelnau , avec un
quatriéme Fils & plufieurs Fil .
les , tant du premier que du
fecond lit. L'une des Filles a
époufé M le Comte du Roure.
Cette mort a efté fuivie de
celle de M² le Marquis d'Efcau
, Lieutenant de Roy en
Champagne & en Brie , Colo .
nel d'un Regiment d'infante .
rie , & Petit Fils de Madame la
Comteffe de Bregi.-
GALANT 263
Je vous envoye le Mandement
de M' l'Archevefque de
Cambray , fur la condamna .
tion de fon Livre . Si tous ceuxqui
depuis la naiffance de
la Foy ont voulu introduire
des nouveautez dans l'Eglife
avoient eu la même foumif.
fion , l'Eglife auroit efté moins
troublée par un nombre infini '
de Novateurs , dont on fe fou
vient à peine des noms de la
plus grande partie . Ce que мr
de Cambray vient de faire de'
fi bonne grace , luy doit tenir
lieu de merite , & fon humilité
doir eftre exaltée . Voicy les
264 MERCURE
termes de ce Mandement . -
F
RANÇOIS , par la miſericorde
de Dieu & la grace
du Saint Siege Apoftolique , Archevefque
Duc de Cambray ,
Prince du S. Empire , Comte du
Cambrefis : Au Clergé Seculier
Regulierde noftre Diocese , Sa.
lut & Benediction en noftre Sei.
gneur. Nous nous devons à vous ,
mes tres chers Freres , fans refer
ve , puifque nous ne sommes pas à
nous , mais an Troupeau qui nous
a efté confié: Nos autem fervos
veftros per Jefum . C'eſt dans cet
efprit que nous nous fentons obli .
gez
GALANT. 265
gez de vous ouvrir noftre coeur , &
de continuer à vous faire part de
ce qui nous touche , fur le Livre
intitulé , Explication des Maximes
desSaints , & c . qui'en ont effé
extraites , par un Bref daté du 12 .
Mars qui eft maintenant répandu
partout, & que vous avez vie.
Nous adherons à ce Bref, mes
tres chers Freres , tant pour le tex
te du Livre , que pour les vingt-
Trois Propofitions fimplement , a
folument , &fans ombre de reftriction
. Ainfi nous condamnóns
tant le Livre que les vingt- trois
Propofitions , dans la mêmeforme,
avec les mêmes qualifications ,
Z Avril
1699.
266 MERCURE
fimplement , abſolument , &fans
reftriction. De plus , nous défendonsfous
la même peine à tous les
Fidelles de ce Diucefe , de lire &
de garder ce Livre.
V
Nous nous confolerons , mes
tres chers Freres , de ce qui nous
humilie , pourvu que le Ministere
de la Parole que nous avons reçû
du Seigneur , n'enfoit point affoi.
bli, & que nonobftant l'humilia
tion du Pafteur, le Troupeau croiffe
en grace devant Dieu
C'est donc de tout noftre coeur
"que nous vous exhortons à une
foumiffionfincere , & à une docilité
fansreferve, depeur qu'on n'altere
GALANT. 267
qu'au
infenfiblement la fimplicité de l'obeiffance
au . S. Siege , dont nous
voulons moyennant
·la grace de
Dieu, vous donner l'exemple juf
au dernierfoupir de noftre vie.
A Dieu ne playfe qu'il foit ja.
= mais parlé de nous , fi ce n'est pour
fe fouvenir qu'un Paſteur à cru
devoir eftre plus docile
niere Brebis du Troupeau & qu'il
n'a mis aucune borne à fa foumif
fion Fe fouhaite , mes ires chers
Freres que la grace de nostre SeigneurFC
. l'amourde Dieu , la
comusunication du S. Efprit demeure
avec vous.«
que
la der
FRANÇOIS , Archev. Duc des
Cambray. Z ij
268 MERCURE
L'Enigme du mois paffe
avoit efté faite fur un Corbil
lon d'Oublies. Ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de
Luffon , Seigneur de Chenevieres
, ancien Auditeur de la
Chambre des Comptes , &
Mi de Beloy fon Fils : le petit
Comte d'Argence , Seigneur.
de Saint Berdumont en Nivernois
le Marquis d'Aubais
de Nifmes : Edme Pinot, Im
primeur de Troyes ; Henin
de Fremecour: la Cofte: Louis
Heraut la Ville du College
de Louis le Grand : Dumef
nil Commis aux Aides : BarGALANT.
269
det de l'Hoſpital du mans : le
Marquis Bahutier : le Marquis
de Paffavofté , & fon Amy le
Solitaire de Ponthieu : le Pi
card de Centule : Gabrion
Coulon de Bourgogne , & du
Chefne de Picardie : la Tronche
de Rouen ? Lucas de la
rue des Noyers : le Capitaine
du coin de la rue des Bbucheries
au Fauxbourg S. Germain
le Prince & l'Officier
du Roy de l'Hotel des Ur
Mademoiſelle Jávore fins
Ogier du coin de la ruë dë
Richelieu : Ms F ... & fes deux
aimables attenant la rue MP
Z iij
270 MERCURE
chel le Comte : Mademoiſelle
de Vaurouge ; & M' du Patis
d'Argentan : la charmante du
petit Poulet des Galeries du
Louvre : Armande de tous
mois , & fa foeur de la rue des
Noyers la charmante Mignonne
du Cloiftre Noftre
Dame : la belle Danfeufe de
la rue Michelle Comte, & fon
Amant aux cheveux blonds :
la jeune & charmante Brune
de la rue Saint Louis , quartier
des Sciences , & fon fidelle
voifin: l'aimable Brune habitante
de Marly : la belle Brune
de laruë Saint Honoré , &fon
GALANT. 271
J
&
fidelle Amant : la Commere
Brunette du pays de Franchiſe
en Artois : la belle & charmante
de Javignac de Bor
deaux : le Spirituel & enjoué
du quartier de la Vifitation de
la même Ville , & fon Frere
l'Abbé à Paris : l'Abbé des
Hamardieres de Tours ,
l'Abbé Zacharie de Soiffons.
La Nimphe de Frigalle :
Marchand du Cloiftre Saint
Benoift les trois aimabies
foeurs en deuil de la même
ruë devant la ruë du Foin : les ,
plus beaux yeux de la ruë de
Saint Lean de Beauvais les
:
Z iiij
27% MERCURE
yeur mouran's de la rue de la
Harpe , & fes deux aimables
Soeurs de la rue Saint Severin:
Nanon la Bretonne : la Bonté:
trahie : la belle Hofteffe de
Vernil; le Confeiller Jaloux :.
le Prefident Medard : le bon
Ami de Mademoiſelle Bar
bette.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , tervira de divers
tiffement à vos Amies.
ENIGM E ;
Eleway jufques aux Cieux
Celle qui me donna l'eftre.
Je fers à prefent un maistre
Que je rendrois glorieux
GALANT
273
ན་
L'Air que je vous envoye doit
avoir dequoy vous plaire.
AIR NOUVEAU.
Imez, aimez , Iris , vous
nesçauriez mieuxfaire , A
ةلتحم
276
MARC
yeur
Harp
Sour
Narc
trahi
Vern
le
Pri
Ami
berre
-
L1
YOUSE
tiffen
-
ui
me
donna
l'eftre
.
at
un
maistre
Ljufques
and
tase
prefent
je
rendrois
glorieux
» av
GALANT. 273
"mmortel , incomparable ,
S'ilfçavoitfaire valoir
Monincroyablepouvoir.
Quand je vins àfon fervice
Fe n'avois tache ny vice.
Dés l'abord il m'arracha
La grand barbe que jeportë.
H'faut voir de quelle forse
De me noircir il tâcha,
Mais admirezfon caprice ,
Mayant maltraitée ainsi ,
Il veut tout de même auſſiz
Que les autres je noirciſſe.
L'Air que je vous envoye doit
avoir dequoy vous plaire.
AIR NOUVEAU
.
Imez , aimez ,Iris , vous
nefçauriez mieuxfaire ,
A
274 MERCURE
Profitez du Printemps , c'eſt le
temps des amours :
Qu'attendez vous , puiſque vous
fçavez plaire
Aimez , aimez , în ne plaift pás
toujours.
Comme tous les habits de
Printemps doivent paroiftre.
au premier jour , il feroit.
inutile de vous parler des.
modes qu'on ne verroit plus.
quand vous commencerez à
lire ma Lettre. Ainfi je vous
apprendray le mois prochain
quelles feront les étofes qu'
on portera jufques aux granGALANT
275
?
des chaleurs de l'Efté, de quel
le maniere feront les habits ,
& fur tout les écharpes qui
font aujourd'huy
un fecond
habillement pour les Dames ,
& generalement tout ce qui
regarde leur ajuſtement
auffi
bien que celuy des hommes
Cet Article ne ſe bornera pas
la parure des hommes , & des
femmes , mais il s'étendra ge
neralement fur tout ce qui
eft fujet à l'Empire de la mode.
Ilme reste à vous
envoyer
la fuite de ce que l'Ambaffadeur
de Maroc a fait pendan
276 MERCURE
4
tout ce mois , avec tout ce qui
s'eft paffé à fon Audience de
congé , dont je ne fuis pas
encore affez bien inftruitpuis
que cette Audience ne
vient que d'eftre donnée . Le
détail que je vous en donnemay
, ne fera pas moins curieux
que les précedens ; mais com
me il y a déja beaucoup de
chofes dans cette Lettre fur
dette matiere , j'ay cru devoir
réferver le refte pour le mois
prochain. Je fuis , Madame ,
voltre , & c.
N
Paris ce for Avril 16999
222525525:2525E555
P
TABLE) A
Relude:
Sonnet.
Vifuesfaites par M. l'Evefque de
Poutiers. C vpr
4
Epiftre enVersfurle Café. 35
Propofition nouvelle fur la cauſe
des Vents. T 49
Suite du Journal concernant
l'Ambaſſadeur de Maroc. 57
Patentes données par le Roy de
Maroca
102
Lettre Paftorale de M² l' ArcheTABLE.
vefque de Paris. 116
Relation exacte de l'Entrée de M²
le Comte de Chamilly , Am.
baffadeur Extraordinaire de
France à Copenhague.
Grandeffe donnée parle Royd Ef
pagne.
123
167
Honneurs accordez , & Charges
données par S. A. S. Monfieur
le Duc du Maine 168
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
Ola Trape,
Morts
49272
173
Panegyriques des Saints donnez
au Public.
177
Situation des affaires de l'Europe...
179
TABLE
Autre Article de Morts.
209
236
Mariage.
Benefices donnez par le Roy. 238
Revolution arrivée à Tunis. 240
Lettre de M¹ de Caffini , aux Aftronomes
de Fez de Maroc.
Audiance de congé de
l'Ambaſſa
deur
d'Angleterre.
245
252
253
263
268
Dernier article de Morts.
Mandement de M.
l'Archeveſque
de Cambray.
Enigmes.
Article touchant les Modes nouvelles
.
273
Article
curieux
reſervé.
275
Avis pour placer les Figures.¨¸
L'Air qui commence par ;
L'Ingrate Iris me fuit & ne
veut plus m'entendre , doit
regarder la page 122.
L'Air , qui commence par ,
Aimez, aimez , Iris , doit
regarder la page 273.
511
m
1699.4
Eur: 511
m
16994
Mercure
e's
<36624505450014
<36624505450014
Bayer. Staatsbibliothek
23
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AVRIL 1699 .
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle du
du Palais , au Mercure Galant.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Justice
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIX.
AvecPrivilege du Royi
Bayerische
Staziabibbothek
München
4XXLLSL
I
AU LECTEUR:
Ly a lieu de croire qu'on ne lit
plus l'Avis qui a efté mis de
puis tant d'années , au commencement
de chaque Volume du Mere
cure , puis que malgré les prieres
réiterées qu'on a faites d'écrire en
caracteres lifibles les noms propres
qui fe trouvent dans les Memoires
qu'on envoyepour eftre employez,
on neglige de le faire , ce qui eft
caufe qu'ily en a quantité de dé .
figurez , eftant impoffible de deviner
le nom d'une Terre, ou d'une
AU LECTEUR.
ne
Famille , s'il n'eft bien écrit: On
en pourra voir une preuve en ce
Volume , dans l'article qui regar.
de M de Bouffols. Le Memoire
eftoir fi mal écrit qu'on ne doute
point qu'il ne s'y foit gliffe bien.
des fautes. On prie de nouveau
ceux qui en envoy nt , d'y prendre
garde , s'ils veulent que les noms
•propres foient' corrects . On aver
tit encore qu'on neprend aucun ar
gent pour ces Memoires , & qu'on
employera tous les bons ouvrages à
leur tour , pourvuqu'ils ne defobli- "
gent perfonne & que ceux qui
les envoyeront en affranchiffent le
pört.
MERCVRE
GALANT
AVRIL 1699 .
OUS les
Ouvrages
qui paroiffent
fur la
Paix que fa Majeſté
a bien voulu procurer à toute
l'Europe , font trop à l'avantage
de ce Grand Monarque,
pour ne vous en pas envoyer
Avril 1699.
A
2 MERCURE
une copie, à meſure que le hazard
me les fait tomber entre
les mains. C'eſt ce qui m'oblige
à vous faire de ce
Sonnet.
இ
part
V'à l'honneur de la Paix
on ordonne des Fêtes ,
Goutons avec plaifir ce doux
prefent des Cieux.
Louis ne le rend pas moins
grand , moins precieux ,
Pour l'avoir achetté de fes propres
Conquêtes.
Content d'avoirpar là diſſipé
no les tempêtes
GALANT. }
e
Qu'excita contre luy fon Regne
glorieux
Content d'avoir paré les coups
audacieux.
Dont l'orgueil menaçoit & nos
biens &nos têtes ;
Comme un autre Abraham
heureux, comblé d'honneur ,
Ce magnanime Roy jure par le
Seigneur ,
Le Maître fouverain du Çiel
de la terre ,
Que de tout le Butin il ne
veut rien pour luy ,
De peur d'être accusé de n'avoir.
fait la guerre
4- MERCURE
Qu'afin de s'enrichir des dépouilles
d'autruy.
Ce Sonnet a été preſenté
au Roy par M. Ranchin
Maître des Comptes à Montpellier
, Auteur de la traduc
tion en vers des 150. Pleaumes
de David , dediez à Sa Majeſté.
Vous ne ferez pas fâchée
d'apprendre , ce qui s'eft paffé
à la premiere vifite que M.
l'Evêque de Poitiers a faite en
la Ville de Niort , & pendant
les quinze jours qu'il y a fejourné.
Ce Prelaty arriva le
11. Février dernier , fuivant ce
GALANT.
é
qu'il avoit arrêté avec M. le
Maréchal d'Eftrées, qui y fait
fa refidence ordinaire
, & qui
commande pour le Roy aux
Provinces de Poitiers & de
Xaintonge. S'étant rendu d'abord
à l'Hôtel de ce Maréchal
, il alla enfuite loger en
la maifon des Prêtres de l'O
ratoire , où il fut reçû par le
Pere Courtion Superieur , à la
tête de fa Communauté . Le
Clergé Seculier & Regulier
& les Corps de Juftice l'y vinrent
complimenter , & il répondit
à tous d'une maniere
qui confirma dans tous les ef
A iij
6 MERCURE
prits les hautes idées qu'on
avoit conceues de fes grandes
qualitez. Il fut traité ce ſoir
la à fouper par les Prêtres de
l'Oratoire , qui luy avoient
preparé un appartement fort
commode dans leur maison ,
où il a toûjours continué de
manger pendant fon fejour ,
à l'exception des jours qu'il a
dîné chez M. le Maréchal.
Comme la Ville de Niort eft
extrêmement peuplée , & qu'il
y a peu de Clergé à proportion
de fon étendue & du
grand nombre de ſes habitans,
qu'il y a long- temps mef
GALANT. 7
1
E
me qu'ils n'avoient reç û dans
leur Ville une telle Vifite de
leurs Evêques , les in difpofitions
continuelles du dernier
ne luy permettant pas de faire
ce que fon zele luy infpiroit
, il y eut toûjours une
foule extraordinaire
de peuple
pour voir cet illuftre Prelat
dans tous les lieux où il
parut, & à lavûë d'un ſi grand
peuple , il commença d'être
perfuadé , de ce qu'il avoit
déja appris par avance , que
la moiffon étoit grande , qu'il
avoit peu y: & d'Ouvriers
que cette Ville avoit un be-
A iiij
8 MERCURE
foin extrême de fecours fpirituels
; c'eft pourquoy s'étant
refolu d'y faire un fejour
confiderable , il penfa déslors
à travailler luy- même à la
confolation & à l'inftruction
de tout ce peuple , & pour
cela , huit jours avant fon
arrivée il avoit fait préparer
les peuples à ces inftructions,
& à la reception des Sacremens
de Confirmation , de
Penitence & de l'Euchariftie ,
par des exercices qui furent
faits matin & foir par le Pere
Courtiou , Superieur de l'Ora
toire, & par M.l'Abbé Maboul
GALANT. 9the
2
qui demeure en cette maifon.
Le merite , le zele , & la capacité
de l'un & de l'autre
font generalement connus
& fur tout le grand talent
qu'ils ont pour la Chaire
qui leur a acquis beaucoup
de reputation. Ils précherent
pendant la huitaine qui pre
ceda l'arrivée de M. l'Evêque
de Poitiers dans l'Eglife de
Nôtre Dame , & pendant fon
fejour ils prêcherent dans cel
le de S. André, Le Pere Cour
tiou faifoit les exercices du
་
matin , & M. l'Abbé Maboul
ceux du foir , qu'ils accompa10
MERCURE
gnoient l'un & l'autre de doce
tes exhortations ; de forte que
ce Prélat à fon arrivée à Niort
trouva tous les peuples dif
pofez à la Reception des Sa
cremens , ce qui luy fit prendre
la refolution de celebrer
Ja Meffe chaque jour dans
quelques Eglifes de la Ville.
Il commença le Jeudy par
celle de l'Oratoire , & le foir
ily donna la benediction du
faint Sacrement. Le Vendredy
il alla celebrer la Meffe
dans l'Eglife des Benedictines
dites de la Sainte Trinité. Le
Samedy il la celebra en celle
GALANT. Π
des Carmelites , & fortit extraordinairement
édifié de ces
deux Monafteres .
Le Dimanche de la Sexagefime
fut deftiné pour faire
toutes les fonctions Epifcopa-
·les dans l'Eglife de Nôtre Dame
, l'une des plus belles du
Royaume , & on prepara toutes
chofes pour cela . A fon entrée
le Dais luy fut prefenté ;
il étoit porté par M. Chargé,
Lieutenant Particulier du Siege
, par M. de la Terraudiere
, Procureur du Roy aux
Traittes , Subdelegué de M.
l'Intendant, & ppaarr MrsRou
12 MERCURE
get Lieutenant General , &
de S. Ovenne Confeiller ; &
aprés que M. le Curé de Nôtre
Dame à la tête de fon
Clergé luy eut prefenté la
Croix & fait fon compliment ,
l'ayant déja harangué dans
les formes le jour de fon arrivée
à l'Oratoire , M. de la Terraudiere,
Marguillier en exercice
, luy fit la Harangue qui
fuit.
MONSEIG
ONSEIGNEUR ,
S'il eft vray , comme il n'en
faut pas douter felon le fenti.
GALANT. 13
ment des Peres de l'Eglife , que
Dieu nefait jamais mieux éclater
fa bonté & Sa mifericorde
1 envers fonpeuple que lors qu'il
a commet de bons Pafteurs a fa
conduite , quel bonheur ne doit
pas attendre ce Diocefe , & quel
le felicité en effet ne goûte- t- il
pas déja par le judicieux
choix
que notre incomparable
Monarque
vient de faire de votre
illuftre Perfonne pour remplir
fi dignement le Siege du grand
Saint Hilaire , puifque vous
poffedez eminemment
toutes les
grandes qualitez de ce Saint
Docteur , & toutes les vertus
14 MERCURE
Chreftiennes & Morales qui le
rendoient l'ornement & l'admi
ration defonfiecle , le bouclier.
de la Foy , & lefleau des Heretiques?
Vous etes , Monfeigneur,
comme l'étoit ce grand Homme
dansfon temps, l'un de ces Princes
établis de la main de Dieu
fur la terre , l'un de ces Oingts
& de ces Prophetes du Seigneur,
l'un de ces Vicaires de l'amour
de Fefus- Chrift. C'est ainsi
que faint Ambroise appelle les
Pafteurs Evangeliques. Vous ef
tes l'un de ces Anges du Dicu
des armées qui tiennent les clefs
des Cieux en leurs mains pour
GALANT. 15
个
ouvrir fermer le Throne de la
Majesté infinie. Vous exercez
cet art des arts , c'est ainsi que
Saint Gregoire nomme le foin
des ames ; cette charge impor
Lante qui felon ce faint Docteur,
eft redoutable aux Anges mémes.
Mais , Monfeigneur , l'on
peut direfans flatterie , &fans
exageration , que vous reffemblez
encore bien mieux à cet Illuftre
Predeceffeur par les admirablesqualitez
de vôtre perfonne
, que par les titres auguftes
de votre Miniftere ; carn'y voiton
pas briller cette fublimité ,
16 MERCURE
& cette clarté de genie , cette
vigilance merveilleuse fur vótre
troupeau , ce zele apoftoli
que , qui dans une faifon rigoureuse,
& fans aucun ménage
ment de votrefanté , vous fait
tout entreprendre pour le falut
des ames que le Seigneur a commiles
à votre conduite? Sur tout ,
Monfeigneur, vous imitez par
faitement ce grand Docteur de la
primitive Eglife , par votre ap
plication à extirper jufqu'à la
racine les reftes de l'Herefie ,
comme autrefois il foudroia LA
rianifme , fecundant ainfi les .
pienfes intentions du Roy , le
quet
GALANT. 17
"
quel n'a rien plus à coeur que
d'étouffer entierement ce monf
tre qui a regné fi infolemment
pendant prés de deux fiecles ,
- dans votre Diocefe d'ou nous
avons lieu d'efperer de le voir
bientôt tout à fait banni.
Oui , Monfeigneur , ce fera
fans doute par vos foins que
nous verrons dans peu les anciens
, les nouveaux Catholi
ques réunis dans un même corps ,
fans qu'il y refte les moindres
veftiges de cette fatale divifion
qui les feparoit auparavant ,
& qu'enfin nous verrons une
entiere execution de cette impor-
Avril 1699. B
18 MERCURE
tante &judicieuſe Declaration
que Sa Majesté vient de rendre
avec tant de pieté pour regler
la conduite des uns et des autres
. Faurois icy , Monfeigneur,
un champ bien vaste pour faire
au moins une légere peinture de
tant de trefors , que la nature
& lagrace , comme à l'envy, ont
raßemblez en vous ; mais cette
grandeur d'ame qui vous rend
fi liberal à donner des loüanges
à ceux que vous en jugez dignes
, vous inspire en même
temps une modeftie fi delicate à
écouter celles que vous meritez
fijuftement, que la crainte de la
ar
GALANT. 19
1
bleffer mefait rentrer dans un
filence plein de respect , & d'admiration
, & je me contente de
dire en un mot que l'eftime du
plus grand , & du plus fage
des Rois , que vous poffedez avec
tant de diftinction , vous met au
deffus de tous les éloges.
".
Il ne me reste aprés cela ,
Monfeigneur , qu'à vous de
mander vostre Protection pour
cette grande Paroiffe , & à
vous ſupplier tres humblement
de luy procurer les eftabliffemens
que la beauté de ce Temple
femble meriter , & que le
grand nombre d'ames qui la
4
Bij
20 MERCURE
compoſent , demande neceffairement.
Leurs befoins vontfans
doute eftre beaucoup augmentez
par la reunion entiere des nou
veaux Convertis , aprés laquelle
nous n'aurons tous plus qu'un
Dieu , un Roy , un Paſteur &
un feul troupeau.
M. l'Evefque répondit à
cette Harangue avec la douceur
, & fon éloquence ordinaire
, & fut enfuite conduit
fous le dais au grand Autel ,
où on le reveftit de fes habits
pontificaux . Comme dans
les nombreuſes affemblées il
eft difficile que le filence foit
T
GALANT. 21
?
bien gardé,& qu'il ne s'y commette
quelques indecences
elles exciterent d'abord le ze
le de ce Prelat , & il com
mença les fonctions par un
difcours pathetique fur le ref
pect qui eft deu aux Eglifes ,
parlant fur ce fujet avec tant
de force pendant plus d'une
demi -heure , qu'on vit à l'inftant
couler des larmes de
toutes parts.
L'on prepara enfuite toutes
chofes pour la Confirmation
qu'il donna à plus de douze
cens perfonnes , aprés avoir
fait un fecond difcours fur le
22 MERCURE
fujet de ce Sacrement dont
il expliqua l'inftitution , la
pratique , & toutes les ceremonies
d'une maniere qui édifia
& qui inftruiſit également
les anciens & les nouveaux
Catholiques, aprés quoy
il donna la Tonfure à une
douzaine de jeunes Clercs , &
en expliqua auffi toutes les ceremonies.
Celle - cy eftant achevée,
il commença la grand
Meffe qu'il celebra in Pontificalibus
, & qui fut chantée
au Choeur avec l'Orgue . Aprés
l'Evangile , il fit un troiſième
difcours en forme d'Homelie
GALANT. 23
qui acheva de jetter tout le
monde dans l'admiration . Ce
ne fut
pas tout ; il en fit un
quatrième
à la Communion
dont il expliqua
le myftere
avec autant d'éloquence
que
d'onction , & il communia
de fa main plus de deux mille
perfonnes , fi bien qu'il eftoit
plus de
quatre heures du foir
quand la Meffe fut achevée.
Il n'en demeura
pas là ; à
peine eut- il le temps de refpirer
à l'Oratoire où il eftoit allé
prendre quelque chofe , qu'il
retourna à Noftre - Dame , &
comme c'eftoit le troifiéme
24 MERCURE
Dimanche du mois de Février
auquel on a accouftumé de
faire la Proceffion du S. Sacrement
au dedans de l'Eglife,
ce Prélat infatigable , animé
d'un zele Apoftolique l'y porta
fous un dais fouftenu par
les mefmes Marguilliers. I
officia enfuite aux Vefpres &
à Complies , & finit cette
grande journée par la bene ,
diction du S. Sacrement qu'il
donna.
Le lendemain Lundy il alla
celebrer la Meffe à l'Hospital
general & fit l'honneur aux
Directeurs de prefider à leur
affemblée
GALANT. 25
.
affemblée ou furent prifes
& plufieurs reſolutions utiles aux
pauvres , & à l'augmentation
de cet eſtabliſſement. Il y
laiffa en fortant des marques
d'une charitable liberalité.
Comme M. le Marefchal d'Eftrées
avoit ordonné aux principaux
des nouveaux Conyertis
, d'aller recevoir de la bou
che de leur Paſteur les inf
tructions dont ils ont encore
befoin , ce charitable Prelat
eut la patience d'en entendre
plufieurs feparément dans ſa
chambre aufquels il fit promettre
qu'ils continueroient
Avril 1699 . C
26 MERCURE
' b
à fe faire inftruire , solic
Le Mardy il alla celebrer
à l'Eglife des Religieufes Hofpitalieres
, & fur fort édifié du
bon ordre & de la charité de
ces bonnes Religieuſes
- Le Mercredy il celebra Pa
Meſſe chez les Religieux de
la Charité & en remporta la
mefme édification.ollab
, zir
Le Jeudy il alla aub Couvent
des Urfulines où il receut
la Profeffion deMademoiſelle
de la Grillere , & dans cette
fonction faite pendant la ce
lebration des faints Myſteres ,
il demeura dans l'Eglife juf
Ο
"
GALANT. 27
ques
aitemen
$
es à deux heures aprés midy
& difna enfuite dans l'exrerieur
du Couvent . Le foir il
donna de nouveau la benediction
du S. Sacrementà
l'Oratoire.
Le Vendredy il alla cele
brer la Meffe au Couvent des
Filles de S. François , & l'aprefdinée
il eut la charité
d'aller à la conciergerie vifiter
les prifonniers , & entra en
conference avec quatre ou
cinq detenus par les ordres :
de M. le Marefchal d'Eftrées
pour quelque mauvaiſe conduite
qu'ils avoient tenuë à
Cij
28 MERCURE
Fégard de la Religion. Il fes
prepara à changer de fentimens
& de conduite , & il y
en eut deux entr'autres qui
prirent le party de faire une
nouvelle abjuration entre fes
mains.
T
Le Samedy il alla celebrer
la Meffe au Couvent des Capucins
& fut extraordinairement
édifié de la pieté de ces
faints Religieux
.
Le Dimanche 22. fut deftiné
pour faire en l'Eglife Pa
roiffiale de S. André les mê
mes fonctions qu'il avoit faites
en celle de Noftre Dame. I
GALANT. 29
"
s'y rendit des fept heures du
matin , & commença par une
docte exhortation à huit nou
veaux Catholiques , du nombre
defquels eftoit l'un des pri
e fonniers dont on vient de
parler, aufquels il donna l'abfolution
de l'herefie . M. le
Marefchal d'Eftrées , dont le
zele pour la Religion & pour
le fervice du Roy eft incom
parable , avoit luy même preparé
ces converfions , & voulut
y affifter.
Ce Prélat donna enſuite la
Confirmation à plus de huir
cens perfonnes , & la Tonfure
C iij
30 MERCURE
à dix jeunes Clercs , faifant
toûjours de nouveaux difcours
fur chacune de ces fonctions
Il y celebra la Meffe en habirs
Pontificaux , & fit à l'Evangile
& à la Communion
des difcours , commeil en avoit
fait à Noftre Dame. Ces difcours
furent fuivis de la Com
munion qu'il donna encore
de fa main à plus de feize
cens perfonnes , de forte
la Meffe ne finit qu'à plus
de cinq heures du foir.
que
Le Lundy il alla celebrer
en l'Eglife des Cordeliers , &
fit l'honneur au Pere le Blanc
GALANT. 31
1
11
qui en eft le Gardien , d'avoir
une longue conference avec
luy dont il parut tres- content,
ce Gardien eftant en effet
d'un merite de diftinction ,
& l'un des plus éloquens
Predicateurs de fon Ordre.
C'eft à les Predications que les
nouveaux Convertis de Niort;
ont témoigné prendre plus,
de gouft , lorsqu'il y fut en-,
voyé pour les prefcher par
ordre du Roy en 1687.
Le Mardy , fefte de S. Mathias
, jour de fon départ, ayant
affemblé dans la falle de l'Oratoire
les Dames de la Miſe-
C iiij
32 MERCURE
ricorde qui compofent une
Confrairie de charité pour le
fecours des pauvres malades ,
& qui font des plus confiderables
perfonnes de la Ville , à la
tefte defquelles , en qualité de
Superieure,eft Madame dePurelence
Lieutenante de Roy ,
il leur fit une pieufe & tou
chante exhortation , & leur
donna fa Benediction . Il ter
mina tous ces travaux Apoftoliques
par la Meffe qu'il
celebra dans l'Eglife de l'O.
ratoire avant laquelle il avoit
encore donné l'abfolution de
l'herefie à un particulier en
GALANT.
33
.
prefence de M. le Marefchal
d'Eftrées , aprés quoy il difna
en communauté avec les Preftres
de l'Oratoire & monta
d'exema
en caroffe pour s'en retourner
e à Poitiers. Il y a peu
Il y a peu
ples depuis le fiecle des Apofres
, du zele qu'il a fait paroiftre
pendant ces quatorze
jours qu'il a paſſez à Niort,
d'où il a remporté les applaudiffemens
& les voeux de
tous les peuples.
Tout le monde a efté charmé
de fe douceur , de fon affabilité
, de la beauté , & de la
netteté de fes difcours tant
34 MERCURE
<
publics que particuliers , le
tout accompagné d'une pru
dence admirable. Il a fait des
reconciliations dans des Fa--
milles, terminé des Procés, &
l'on ne peut oublier qu'il a
engagé M. de la Terraudiere
à confentir que la plus jeune
de fes filles allaft joindre fon
aifnée dans le Couvent des
Carmelites , où cette aifnée a
fait Profeffion depuis trois ou
quatre ans , & où cette ca
dette defiroit depuis longtemps
de la fuivre , c Prelat
ayant eu la bonté de la prefenter
luy mefme dans ce
GALANT. 35
,
Couvent. Le bien fpirituel que
fa prefence a caufé à Niort , eft
inconcevable puifqu'il y apeu
de perfonnes en cette Ville
parmy les anciens Catholiques
qui n'ayent approché des Sacremens
, plufieurs des nouveaux
ayant eu le bonheur de
recevoir la Confirmation &
la Communion de fa main ,
parmy lefquels l'on remarqua
M. le Lieutenant General ,
M. le Prefident de l'Election ,
& M, Sacher gentilhomme.
Vous aimez trop le Café
pour ne pas prendre plaifir à
lire l'Epiftre qui fuit.
36 MERCURE
AMONSIEUR DE NESDE
CH
Medecin .
HER´ami , divin Efculape
Au pouvoir duquel rien n'échape,
Quigueris les langueurs du corps &
de l'esprit ,
Qui fçais chaßer lafièvre , & donner
l'appetit ;
Toy dont la figure agréable ,
Au malheureux martel qu'une colique
accable
Du plus amer breuvage ofte toute
P'horreur;
Dont le doux entretien , dont la feule
prefence
Du mal le plus aigu calme la violence
,
Bien loin de porter la terreur
Comme certains atrabilaires ,
GALANT. 37
Qui parleur airfauvage , & leur
front ténébreux
De la dure Cloto lugubres émiſfaires
Meme en nous guériffant nous pa
roiffent affreux ,
Etfeuvent prefenter tous les maux
à nos yeux
3
Dans des remedes falutaires ;
Enfin toy (je te le disfansfarde
Qui m'es plus qu'à tout autr )-
utile ,
Et quipour diffiper ma bile
N'as pas befoin du fecours de
ton arti
Au bout de ces douceurs que te doit
• mon eftime ,
Et par où ma prudente rime
A voulu ( comme pour dorer
La pillule ) te préparer
Arecevoir ici ma plainte legitime,
Souffre que d'un ton moinsflate
teur
38 MERCURE
A toyfe décharge mon coeur
De ce qu'au Caffé dans la
France
Tu vas mettre l'enchere , & tariv.
l'abondance
De cette charmante liqueur.
Deja la legere Déeſſe,
Qui court& quijazefans ceffe,
Au plus lointains climats
depuis huitjours
a fçie
Porter cet excellent difcours ;
Par où ta dofte bouche , & ta plume
immortelle ,
Avec fonfidelle fecours ,
Arendu les Marchands à Brest , à
La Rochelle
Intraittables comme des Juifs
Et fera plus de mal à notre Republique,
Que n'en peut reparer le butin magnifique
GALANT.
39
De quarante vaiffeaux captifs,
Fufqu'icy l'on voyoit dans l'efprit du
vulgaire
Et même chez le noble , & l'homme
Regner cette erreurpopulaire ;
Que ce Caffefifort vanté
P Eftoit pure inutilite
On en ignoroit l'origine ,
L'ufage , l'application ;
Ergens pleins d'indifcretion
ADamon partifan de fa vertu divine,
Souvent difoient avec dérifion ,
Ol'excellent remede à quoy qu'on
le deftine ,
!
Il eſt propre , pourvû qu'on ait l'intention.
Il abbat les vapeurs , foulage la
Poitrine ,
40 MERCURE
Il aide à la digeftion
Pour l'Eftomac, les Reins , le Pontmon
, &la Têtey
N'eft-ilpas vrai qu'il eſt trésbon
?
Oui , fans doute & d'eftêtre
Svet bêtes beteers, 1195 Yong
Que debadiner comme vous ,
Leur répondoit tout en couroux
De ce chaud défenſeur la bile toû–
jours prête. , e p
Son plusferme raiſonugment ,
Appuye de experience ,
Les bourroit inutilement:
C
Il falloit pour guerir l'indocile ignorance
!
Prononcerjuridiquement.
Mais toy, de qui le caractère ,
La reputation , la fcience , l'efprit ,
Pourdévelopper avecfruit
Quelque
GALANT. 41
Quelque medicinal miftere
Taffurent un fi jufte , un ſi puiſſant
credit ;
Dece ton toujoursfeur de convaincre ,
& de plaire,
Apeine as-tuparlé, que ta bouche a
fait taire
Tout le peuple qu'avcit feduit
Unpréjugéfi temeraire.
Fonde fur ta decifion ,
De cette manne raviffante ,
Chacunfait fa proviſion ,
Et provifion abondante.
On ne balance pas , & dėjafur tafoy,
On s'en explique comme toy.
Le Caffe , c'eft , dit.on , cet arbre où
Pinnocence
Fit un naufrage fi fatal ,
Cet arbre où du bien , ou du mat,
Fadis le Createur attacha la fcience ,
Avril 1699 . D
42 MERCURE
Et qui par notre decadence
Aujourd'huy moins paiffant , mais
bien moins feducteur,
Eclaire notre esprit, fansfoüillernå -
tre coeur.
C'eft une plante incomparable ,
C'est une boiffon admirable
Bien plus que tous les vins les plus
delicieux,
Plus que ces bouillons precieux ,
Où fe diffout la perle , où Por devient
potable ,
Comme ces merveilleux , ces rares
élixirs
Propres à contenter tous les mortels
defirs ,
Il encourage les timides ,
Il reveille les plusftupides
Les plusfoibles il les rendforts.
Par fon divin pouvoir reviennent
la vie ,
GALANT 43
Ceux qu'une affreuſe létargie
Rangeoit prefque parmi les morts.
Cen'eftpas, au refte,un langage
Que l'onrepete en fimple écho ;
Unpanegyrique fi beau
Eſt juſtifié par l'ufage.
De l'homme au cabinet conftamment
engage,
Epuisé par l'effort d'une étudepénible,
Soudain par le Caffè le cerveau de-
J
gagés
Trouve unfoulagementfenfible
Dans ce remede exquis , jufqu'alors
negligé.
• L'Orateux , quefanfeu , faforce , fa
memoire
Souvent en chaire abandonnoit
Et quipar un diſcours,on { le pourroit_
on croire ? )
La jufteffe,'l'ofprit, le bon fens dominoit,
Dij
44 MERCURE
Se futiguant foy - même , ennayoit
Panditoire ,
De ce Caffé qu'il condamnoit
Pourfe mettre en baleine a toûjours
foin de boire E
Du Poëte defefperé ,
Par les brulans accés de l'ardeur quti
Le mine ,
La frenetique foifd'une rime mutine
Dans ce breuvage prepare ,
Trouve une fource Caballine.
Enfin dans le Caffé chacun cherche
aujourd'hui
Dequoy diffiper fon ennui ,
Oufaire noblement brillerfa politeffe.
Aux amis raffemblez , il donne une ·
allegreffe
Que permet la fobrieté ;
Du folitaire obfcur il charme la trif
teffei
Pour augmenter fa cour le Grand en
fait largeffe ,
GALANT.1 45
!
L'Homme d'efprit s'en fert pour la
focieté,
Le Courtisan pargentilleffe ,
Les Damespar delicateffe ,
Et les Devots par volupté.
Cependant au moyen de grosir fa
fortune
Le Marchand toujours attentif,
D'une aviditéfi commune
Profite , & chaque jouraugmentefon
tarif.
Celuy que nagueres à Nantes
Le fort d'abord me prefenta ,
Fort adroitement debuta
Par vanter du Caffé les vertus excellentes.
Pour m'en faire approuver le prix
immoderé ,
Jusqu'ici,me dit-il, vous l'avez ignoré.
Ce precieux Caffé redoutable à la
Parque ,
46 MERCURE
Que dans le Fleuve de l'Oubli
Avoit long-temps enseveli
L'inflexible Nocher de la funefte
Barque ,
Et qu'offre maintenant au fortuné
Mortel
Un tendre & bienfaifant Genie ,
Eft pour tous les maux de la vie
Prefervatif certain , Remede univerfet.
Je loüaydu Marchandle-jargan Poë
tique ,
Et l'efprit des plus deliaz ,
Talens rarement allier
A la Nation Britanniques
·F'efperoisfur lepayements UNT
Par mon gracieux compliment
Adoucir unBreton fi plein de politeffex
Maisje vis bien que fon métier
Etoit d'eftre habile Ufarter,
NonparHomme à faire largeſſe.
GALANT.
47
1
Peu fenfible à la gloire , afpre fur
l'intereft ,
Cet impitoiable Corfaire
Ne me dit plus qu'un mot , & ce fut
un Arreft ;
On ne peut trop payer un bien fi new
ceffaire ...
Le Cafféfeul rendl'Homme heureux.
Ainfi l'aprononcé ceMedecin fameux,
Dont la decifion eft regle plus certaine
Que l'Ecole Salernitaine.
Voilà ce que nous vaut le bruit-
De ta merveilleufe éloquence ;
Et tel en eft le triftefruit ,
D'avoir de ce trefor ofte la jouiffance
A tes amis, gens delicats ,
C
Quifçavoient en ufer , & ne le vantoientpas.
48 MERCURE
·
Mais pourquoy ma Mufe alarmée
Se plaint- elle aujourd'huy de l'abfolu
pouvoir ,
Que donne à ton rarefçavoir
L'officienfe Renommée ?
Etfi ton zele pur qui prefera toûjou?S
A tonpropre interet l'utilitépublique,
Pour nous prolonger d'heureux
jours , [que
T'oblige à découvrir la vertu ſpecifi-
D'un remede , que plus difcres
L'Avare auroit tenu fecret ,
Par quel enteftement bizarre
Ofai-je ici te reprocher
Que , graces à tes foins , le Caffé devient
cher?
M'aperçois-je qu'ilfoit trop rarer`
Et quand chez toy fi largement ,
Sçait l'offrirta magnificence ,
Un fi feur dédommagement
Nevaut- ilpasbien l'abondance ?
Propofition
GALANT. 49
20
EPropofition
nouvelle fur la caufe
L
des Vents.
A caufe des Vents font
les airs fubtils recens &
comme animez, qui font emanez
& produits par un écoulement
& une continuelle viciffitude
naturelle des aftres ,
lefquels ſe voulant répandre
dans la region qui leur eft
propre , trouvent de l'oppofi
tion de la part des airs plus
groffiers, qui occupent les regions
& les espaces inferieurs
desja remplis , jufqu'à ce que
seftant ouvert le paffage par
Avril 1699. E
50 MERCURE
les
leur activité naturelle , & s'e- 10
ftant confondus avec ceux-cy
par divers combats & agitations
, il ne fe forme de ces
deux parties qu'un mefme air
tensperé , & c'est pour lors que
fe fait le calme , & que
Vents ne foufflent plus. J'eftime
donc que c'eſt la caufe des
Vents ordinaires & extraordinaires
que nous voyons ,
felon que ces airs fubtils &
recens , font plus ou moins abondans
par une continuelle
viciffitude, comme je viens de
le dire , & par une même ſui
te continuelle. C'eft de l'air
GALANT. 5t
L
Ji
!
que fe forment les eaux , &
c'eft l'immenfité des airs qui
produit & entretient l'immen
fité des eaux , & aquæ omnes
i quefuper cælos funt , &c. Elles
font dans les Aftres par la vertu
qu'ils ont de les produire
par les airs dont elles tirent
leur origines d'où je conclus
que l'air & l'eau ne font qu'un
même Element , puifque l'eau
eft de la nature de l'air , comme
la lie dans le tonneau eft
de la nature du vin.
Je remarque dans les Elemensdeux
parties qui les compofent
, dont l'une eſt l'eſprit
E ij
52 MERCURE
"
& l'autre le corps. Exemple.
Dans le feu il y a la matiero
combuſtible qui eſt le corps,
& le feu qui en eſt l'eſprit ; &
ces deux parties compoſent
cet Element. La terre produit
les arbres, les plantés, les
fruits , & tout ce qui fert à la
nourriture de l'homme & desi
animaux , & cette production,
eft fa fubftance ou bien fon
efprit, Le corps eft ce qu'elle
contienten foy d'infipide & der
terreftre, ou bien, fi vous voulez,
la terre confiderée comme
terre eft fon corps , & ce :
compoſéeſt auffi un Element
GALANT 33
L'air eft l'efprit de cet Element
dont le corps eft l'eau?
&tout ce qu'elle produit dans
foy , qui participe de la nature
de l'eau. L'affinité , les conve
nances : & les rapports fe
trouvent entre l'une & l'autre
de ces deux parties . L'eau
entre dans l'ufage des mefmes
utilitez que l'air , elle tiene
la partie inférieure comme
plus materielle , & ce compor
fé eft encore un élement. Je
Fay mis le dernier, parce que
c'eſt cela mefme que j'ay you.
lu prouver par l'exemple des
autres.
E iij
54 MERCURE
•
Ce qui nous a trompez ju
qu'à prefent, croyant que l'air
& l'eau eftoient deux élemens
differens , c'eft que l'on s'eft
fondé fur l'experience qui
montre que le poiffon ne peut
vivre hors de l'eau commer
eftant hors de fon élement
ce qui eft tres vray. De plus
on a raiſonne fur ce principe:
qu'on ne pouvoit fe paffer de
refpirer l'air , c'eft pourquoy
on en faifoit un autre Element
, mais c'est par cela même
que je prouve ce que j'avance
, & puifque le poiffon
refpire dans l'eau , il faut que
GALANT. 55
l'eau foit de la nature de l'air ,
& ainfi dire comme la
pour
lie ou le corps de l'air. Mais je
n'en demeure pas là , & pour
répondre encore à ce qu'on
dit que le poiffon meurt auffitoft
qu'il eft hors de l'eau , ce
qui ne prouve rien puifqu'il
y refpire , je dis que Thirondelle
ne peut vivre fans voler
dans Fair , & qu'elle ne mangera
rien, eftant retenue , quoy
que vous luy prefentiez . Elle
ne marchera point , non plus
qu'un poiffon hors de l'eau , &
mourra peu de temps aprés ,
étant comme hors de fon Ele-
E iiij
56 MERCURE
ment, ce qui fait voir les convenances
& les rapports qui
fe trouvent entre l'air & l'eau
qui produifent les mêmes effets
naturels. J'ay lû dans un
Auteur de reputation que l'on
a trouvé en pefchant dans le
Rhin des hirondelles au fond
de l'eau qui s'y retirent pour
y paffer l'hiver , parce qu'il
fait chaud en cet endroit, ce
qui eft probable puifqu'elles
aiment, les rivieres & les é
tangs où elles fe moüillent
en volant continuellement
fur la furface durant l'Eté , &
comme eftant auffi bien que
GALANT.
57
l'air une partie dont cet Ele-
7ment eft compofé. L'air eft
Auide , l'eau l'eft auffi . Ceft
pourquoy l'hirondelle qui ap
paremment aime beaucoup
fon air natal en cette contrée,
fe trouve mieux d'y demeu .
rer en cet eftat, en attendant
Printemps, que d'entrepren
dre de paffer les mers pour
trouver un païs chaud .
le
"
}
Vous me demandez avec
trop d'empreffement la fuite
de ce que l'Ambaffadeur de
Maroc a dit fur tout ce qu'on
luy a fait voir depuis qu'il
eft arrivé en France 2 pour
18 MERCURE
ne pas fatisfaire vostre curio
fité.
Ayant efté voir Madame
de S. Olon , il y trouva beaucoup
de Dames qu'elle avoit
fait affembler pour groffir ,
orner la compagnie. Son ap
partement eftoit magnifique
& bien éclairé. Quoique le
Ramadan de l'Ambaffadeur
fuft paffe , il ne mangeoit encore
alors que le foir , parce
qu'il avoit prolongé fon jeune
de deux mois par devotion , &
comme on doit avoir befoin
de manger , quand le foleil
eft couché , & qu'on n'a rien
GALANT.
59
pris de la journée , Madame
de S. Olon avoit eu foin de
faire tenir preſt du chocolat ,
& du caffé , ainfi que quantité
d'autres liqueurs . On danfa
aufon des Hautbois , & la
compagnie fut nombreuſe ,
quoique choifie. Une Dame
demanda à l'Ambaffadeur s'il
n'avoit point trop chaud à
caufe de la quantité de mon
de qui l'entouroit , & il répon!
dit que dans le Paradis les éle
mens eftoient égaux , t) que le
nombre d'Anges qu'il voyoit le
reprefentoit parfaitement. II
prit tant de plaifir chez M. de
60 MERCURE
S. Olon qu'il y demeura juf
qu'à dix heures du foir , & dit
en s'en allant qu'il fe faifoit
violence d'en fortir pour aller
fouper à fon Hoftel , où beau
coupde monde l'attendoit à l'or
dinaire.
Il regarda avec beaucoup
d'étonnement la grandeur &
l'élevation de l'Eglife de Nôtre
Dame. On le mena dans
le trefor de cette Eglife , où on
luy fit voir une chafuble qu'on
afſura avoir efté miſe par faint
Denis il y a quinze cens ans .
Il dit en la regardant . Voila
une marque certaine de l'invin
GALANT. 61
01
cibilité des Empereurs de Fran-
¿e , & que cet Empire n'a jamais
eftéfubjugue.
Ayant efté rendre vifite à
M. le Baron de Breteuil , il y
vit un cabinet rempli de tresbeaux
tableaux , ce qui luy
donna lieu de dire , que dans
I tous les Arts la France eftoit
parvenue au Jupreme degré ,
mais qu'elle tenoit des autres
L'origine de quelques fciences
fur tefquelles elle avoit rencheri.
coul
Ayant efté conduit chez
M. Benoift , du Cercle ,
font quantité de Portraits en
62 MERCURE
cire , il dit , en voyant ceux
de quelques Mufulmans qui
s'eftoient laiffé tirer en cire ,
qu'il falloit qu'ils fuffent bien
maudits , & que fi fuivant la
Loy de Mahomet la portraita
re eftoit un crime , celuy defaire
des portraits en cire eftoit une
abomination , & que M. Benoist.
feroit encore plus damné que
tous les autres Peintres. Il ne
laiſſa pas de louer beaucoup
fes ouvrages qu'il trouva tresbeaux.
Ayant veu faire l'exercice à
l'Elephant qui eftoit à la foire
de faint Germain , il dit qu'il
GALANT. 63
4
P
avoit quantité d'hommes qui
eftoient plus beftes que cet animal,
& que les Negres eftant de
ce nombre, le Roy fon maistre ne
les regardoit pas comme des
bommes, Il dit aprés avoir vû la
Comedie de la Devinereffe ,
- qu'il avoit vu dans cette Piece
tout ce que peut une méchante
femme ; que la femme furpaffe
l'homme en malice comme elle le
furpaffe en vertu, & que la femme
eft Ange ou diable , n'y ayant
point de milieu.
Aprés avoir vû l'Opera du
Carnaval de Venife , il dit ,
que ce fpectacle eftoit Royal,
64 MERCURE
que le Roy eftoit dans les jeux
& dans les plaifirs , le même
que dans les affairesferienfes.
Ayant été, non pas pour ren
dre vifite , mais pour voir les
appartemens de Monfieur, un
jour que ce Prince tenoit Appartement,
il s'écria . Ab , voila
le monde veritablement. Tout
te qu'il y a dans le refte de l'Univers
n'eft que l'ombre de ce
que je vois. Monfeigneur le
Dauphin y eftoit ce jour- là.
L'Ambaffadeur l'examina a
vec attention , & dit que l'air
majestueux de ce Princes eftoit
rayment Royal. il dit auffi
que
GALANT. 65
que la bonté de Monfieur luy
devoit donner fur les autres
Princes l'avantage que la puif
fance ou la majesté de Louis le
c. Grand luy donnoit fur tous les
shind on OINDY
Empereurs.
S'étant trouvé à un bal chez
Monfieur, ou eftoit Madame
la Princeffe de Conty Douairiere
, il parut charme de la
beauté de cetre Princeffe &
de ſon air doux & majeſtueux,
& die qu'ilne faloit que la cort
pourfçavoir de qui elle eftoi
file. Comme les marques avoient
eu permiffion d'entrer
à ce bal , & que rien n'eftoit
Avril 1699. F ;
66 MERCURE
plus furprenant que la richeſ
fe & la diverfité des habits
qui reprefentoient toutes les
Nations du monde, fans compter
ceux qui avoient efté inventez
pour faire briller davantage
les perfonnes qui les
portoient , l'Ambaſſadeur dit
en fortant à M. de faint Olon ,
qu'il avoit vú trois chofes en
France qui ne pouvoient eftre
furpaffées ny même égalées fçavoir
le Roy , l'Opera , & le Bal
de Monfieur.
Cet Ambaffadeur ayant eu
audience de Monfeigneur le
Dauphin,voicile compliment
GALANT. 67
2
qu'il fit à ce Prince, de la part
du fils du Roy de Maroc .
A
Renommée en
parcourant.
les quatre parties du monde ,
a informé
l'Empereur
de Maroe
+ mon maistre & le Prince Mou
ley- Zeydan fon fils , & heritier
de fon Empire , de la valeur &
des faits heroiques
du tres
• magnanime
Dauphin
de France ,
fils duplusgrand Empereur
des
Chreftiens.
Mouley Zeydan vous demande
, Monſeigneur , l'honneur de
vous prie d'a- vostre eftime ,
gréer l'offre qu'il vous fait de
Fij
68 MERCURE
lafienne , avectous les fervices
qui dépendent de luy , mais il
Jeroit au comble de fes defirs , fi
àl'exemple des deux majestueux
Empereurs vos Peres , vousjettiez
aujourd'huy les fondemens
d'une union dont les fruits cau
Laffentunjour l'envie des autres
Princes, & l'admiration de l'Univers.
Heureux & mille fois heu
reux , fi également éclairé des
rayons de ces deux Soleils , je
m'aquittois avec fuccés d'une
commißion fi glorieuse , unifant
d'un lien indiffoluble les deux
coeurs des tres dignes fils desplus
GALANT. 69
grands Empereurs de la terre.
Comme cet Ambaffadeur
prend la qualité d'Amiral de
l'Empire de Maroc , il demanda
à voir l'Amiral de France ,
& ayant efté conduit chez ce
Prince , il luy dit , Ayant apris
le baut merite de Voftre Alteffe
Sereniffime qui répond parfaitement
au Sang illuftre dont
vois fortez & lagrande dignité
dont vous avez esté jugé digne
par le plusgrand Empereur
du monde , fay defire , Monfetgneur,
de vous faire la reverence,
& de vous demander l'honneurde
vostre eftime , & fija
70 MERCURE
mais le Dien de la terre & de la
mer me donne l'occifion de vous
rencontrer fur cet element fujet
à tant de diverfes avantures , je
feray mon poffible pour meriter
L'honneur que vous demande
aujourd'huy , Monseigneur , le
tres humbleferviteur de V.A.S.
BEN AISCHA Amiral
de l'Empereur de Maroe
Ces complimens ont été tra
duits par M.Petits de la Croix,
fi intelligent dans la langue
Arabefque,qu'on luy en a fou
vent vû traduire en les lifant,'
L'Ambaffadeur ayant eſté
GALANT: 7!
voir M.le Duc de Beauvilliers,
comme Miniftre d'Etat , il dit
aprés en eſtre ſorti , que pour
l'éducation des grands Princes
dont il avoit la conduite , l'Empereur
de France nepouvoitjetter
les yeuxfur un Miniftre qui
s'en acquitaft plus dignement ,
&que cette feule converfation
le perfuadoit des belles qualitez
des Princes , petits -fils de Louis
Le Grand.
M. le Marquis de Torfy étant
un des Commiffaires
nommez pour traiter avec
cet Ambaſſadeur , il dit que
la fageffe & la douceur de ce
72 MERCURE
Miniftre enchantoient tous les
Ambaffadeurs , & qu'elles feroient
capables de leur faire
faire les plus grandes fautes ;
qu'ainfi il leur devroit eftre
redoutable sils fçavoient le
connoiftre comme luy.
A l'égard de M. le Comte
de Maurepas , qui eft auffi du
nombre de fes Commiffaires
a la place de M. de Pontchar
train , il dit qu'aprés avoir con
ru les mers pendant quarante
années il prendroit encore des
leçons de luy fur ce qui regarde
l'execution de la marine, & qu'il
n'en avoit jamais ony parler
avec
GALANT:
73
avec un fi grand fonds de connoiffance
, ny un détail fi précis , &
qu'il ne s'étonnoit plus de ce qu'il
avoit vû à Breft, & dans les Vaiffeaux
du Roy , ny du bon ordre des
Magafins des Arfenaux, ny de
la belle fubordination des Officiers
de la Marine , puifqu'ils avoient
un Ordonnateur tel que celuy là.
Une Dame luy ayant demandé
chez Madame la Com
teffe de Maurepas , ce qu'il
penfoit de voir les Femmes &
Les Filles en France , pelle .
melle avec les hommes , le
viſage découvert : il répondit ,
que lesfemmes eftant vertuenfes,
Avril 1699.
G
74 MERCURE
leshommes parfaits , ilsfaifoiens
un mélange de mufc & d'ambre ,
qui nepouvoit rendre qu'une bonne
odeur.
les
Les effets du Miroir ardent
le furprirent extrêmement à
l'Obfervatoire. Il pria M de
Caffini d'écrire une Lettre
aux Aftronomes de Maroc ,
& l'affura qu'il luy en feroit
avoir la réponſe. Il dit
Rois élevoient autant leur gloire
par l'amour pour les Lettres que
par celuy de la Guerre ; que quelques
uns aimoient la Guerre , &
les autres les Lettres ;
LOUIS LE GRAND aimoit
que
mais
que
GALANT. 75
la Guerre les Lettres en mefme
temps.
On le mena voir les Plans
des Places de guerre , qui font
dans l'un des Appartemens
J du Palais des Tuilleries , &
qui luy furent montrez par
M' de Lapara. Il répondit
aprés qu'on luy fit examiner
les fortifications de tant de
Places , que la France n'avoit pas
befoin de ces Ramparts , ayant
LOUIS LE GRANDà fa tefte .
Il admira l'adreffe des Ingenieurs
qui avoient levé ces
Plans.
Il fut fi furpris de voir la Bi-
G ij
76 MERCURE ·
bliotheque du Roy , qu'il dit ,
que LOUIS LE GRAND
eftoit le Pere des Lettres , ayant
un auffi beau trefor ; que les Fran
çois eftoient bienheureux ; mais
qu'ils ne connoiẞoient pas fi bien
leur bonheur que les Etranger's
qui ne le poffedoient pas , & qu'il
ne s'étonnoit plus fi le Roy-faifoit
des François ce qu'il vouloit , &
s'il en eftoit adoré.
Les Ouvrages de la Savonnerie
qu'on avoit déjà fait voir
à cet Ambaffadeur, luy avoient
fait tant de plaifir , qu'il de
manda à y retourner. On le
fit paffer par la Place des VicGALANT:
97
%
toires, qu'il regarda avec beau
coup d'attention . Il voulut en
faire le tour jufqu'à trois fois ,
& quand on luy eut expliqué
le fujet de la construction de
cette Place , & qu'on luy eut
nommé celuy qui avoit fait
élever le grand Monument
qu'il y voyoit , il fe récria beaucoup
fur un amour & fur une
reconnoiſſance
fi magnifique,
& dit que s'il s'eftoit trouvé icy
lors de cet établiffement , il aurois
ambitionné l'honneur de contribuer ·
à une dépenfe fi digne d'eftre éterni-
Jée par fon objet , & par le bon
coeur de celuy qui l'avoit faire.
Gij
78 MERCURE
Il fut auffi tellement furpris
en voyant la grande Salle du
Palais , qu'il en fit meſurer
deux fois la largeur , & enfuite
la longueur. Il dit , qu'il n'avoie
jamais vu une fi grande voûte ,
maus qu'aprés la réputation du
Parlement de Paris , cette magnificence
qui eft extrême , eftoit encore
au deßous , & qu'il fçavoit que ce
Parlement est le Moderateur des
Loix de toute la Chreftienté ancienne
& nouvelle.
Ayant efté voir l'Arſenal
& la Salle des Armes de M
Titon , il dit que les mousquets
des François eftoient bien courts,
GALANT.
79 .
mais que les François avoient les
bras bien longs. Comme il y a
plufieurs Machines de guerre
dans cette Salle , il répondit à
ceux qui luy expliquoient leurs
ulages , qu'il ne s'étonnoit plusfi
la France n'avoit jamais pú estre
Subjuguée par un fi grand nombre
d'Ennemis , puifqu'elle joignoit
l'adreße à laforce.
Comme il eftoit à la Samaritaine
, il vit en moins d'un
moment une prodigieufe
quantité de Peuple amaffé ,
ce qui luy fit dire , que fi le
monde fe defempliffoit , la France
feroit capable de le remplacer.
G iiij
80
MERCURE
-
C'eft une penfée que l'affluen
ce du Peuple qu'il trouve en
France luy a quelquefois fair
repeter.
?
Ayant efté voir Madame
le Camus Melſon , l'entretien
fut tres. vif, & tres- fpirituel de
part & d'autre. Cette Dame
le regala d'un tres - beau Porte
lettres , & d'une Tabatiere
d'or , garnie de Diamans & de
Turquoiſes. Il alla enfuite à
l'Opera de Thefée , où il fe
récria encore plus qu'il n'avoit
fait la premiere fois , toutes
les parties de ce ſpectacle
l'ayant enchanté.
GALANT. 81
2
Le Bâtiment & les Peintu
tres de l'Hôtel des Fermes luy
parurent d'une grande beauté
, & quand il eut efté infor
t mé de l'uſage de ce lieu , & de
l'employ de M's les Fermiers
Generaux ; il dit , qu'avec des
gens auffi avisez que ces Mrs il
ne s'étonneit pas que l'Empereur
de France fuft le plus riche Prince
de l'Univers : & fur ce que M
de Saint Olon luy dit que ce
lieu là pouvoit eftre regardé
comme le fondement de la
puiffance & de la gloire du
Roy, par rapport aux mouvemens
qu'il procuroit à fes Ar
82 MERCURE
mées de terre & de mer , itrépondit
, qu'ilfçavoit bien que l'or.
& l'argent eftoient le reffort univerfel
de la guerre , & de tousfes
fuccés ; mais qu'ilfalloit qu'il convinft
avec toute la terre , que la
refte &
le coeur de LOUIS LE
GRAND eftoient le fondement
unique , & le mobile imman .
quable de fa gloire
deur.
vit
de fa gran
En allant aux Invalides , il
par
hazard dans la Plaine
de Grenelle une Revûë du Regiment
des Gardes Françoiſes.
Mi le Comte d'Avejan en fit
les honneurs , comme LieuteGALANT:
83
nant Colonel , avec M' de
Traverfonne , qui en eft Major
, & qui fit faire l'exercice
au Regiment avec le tambour.
On le fit enfuite défiler
devant fon Caroffe. Il dit , que
des Troupes comme celles là ne
trouveroient jamais rien qui leur
refiftaft , e qu'elles eftoient capa
bles de rafer les montagnes , & de
creufer les rochers.
·
il alla enfuite aux Invalides
qu'il vifita par tout , montant
jufqu'au haut du Dôme , qui
eft plus élevé de vingt toiles
que les Tours de nôtre Dame.
Il fut reçu par M¹ Desroches ,
84 MERCURE
qui en eft Gouverneur. Onluy
demanda fi cet édifice n'eftoir
point trop fuperbe pour des
Invalides. Il répondit , Non ,
car cefont eux qui l'ont fait , es
rien ne peut eftre digne du moindre
d'entre eux , &l'on voit bien que
leur Maiftre a connu comme moy,
leur merite. Il fouhaita d'avoir
un Plan de ce grand Edifice,
M' de Saint Olon le dit à M
de Barbefieux , qui luy en fit
donner un .. M' de Saint Olon
dit au Roy que cet Ambaffadeur
ayant vu la Venerie , il
avoit fouhaité d'en avoir deux
chiens , pour en faire prefent
GALANT.
8
1
de la
au Roy ſon Maiftre ; ce qui
luy fut accordé , auffi - bien que
de voir fouper Sa Majesté .
Il fut furpris de la beauté du
Bâtiment de la grande Ecurie
de Verfailles , ainfi que
quantité & de la beauté des
Chevaux qu'on luy fit voir. Il
n'approuva ny les queues courtes
ny le pavé ; mais on luy fit
connoiftre qu'il y avoit beaucoup
de bois en ce Pays - cy ,
dans lefquels les longues
queues s'embaraffoient , &
que le fable eftant trop humide
pour les jambes des chevaux
, il falloit neceffairement
86 MERCURE
du pavé , ou du bois , dans les
Ecuries , & qu'on avoit eu des
raifons qui avoient fait juger
à propos d'y employer du
pavé.
Il alla enfuite aux Appartemens
que l'on tenoit ce jourlà
. M' de Saint Olon luy fit remarquer
la bonté de nos Rois,
& de nos Princes , qui fe dépoüilloient
, pour ainfi dire
de leur majesté & de leur grandeur,
pour le familiarifer avec
leurs Sujets & leurs inferieurs ,
& que cela , fans rien alterer
du refpect qu'on leur conferyoit
toûjours , contribuoit
GALANT.
87
merveilleufement à fe conci.
lier leurs coeurs. Il répondit ,
qu'il trouvoit cet usage admirable.
BONA UZANCA . C'eft le
terme dont il fe fervit , & qu'il
a devroit estre étably par tout le
O monde.
כ
Il vit ce jour - là fouper le
Roy , & Monfieur luy fit beaucoup
de queftions , aufquelles
il répondit avec beaucoup
d'efprit & de politeſſe . S. A, R.
luy demanda à quel âge ceux
de leur loy eftoient obligez de
jeufner ; & il répondit , à quatorze
ans . Monfieur luy demanda
auffi fon fentiment
88 MERCURE
touchant les beautez de France
; & il repliqua , qu'il en avoit
vû de fort grandes.
Il alla le lendemain à la pe
tite Ecurie , & retourna le jour
fuivant à la grande , où il vit
monter à cheval Monſeigneur
le Duc de Bourgogne . Il dit ,
que fi le Sauteur fçavoit qui le
montoit , il deviendroit doux com
me un mouton.
Ayant obtenu permiſſion
du Roy d'aller voir le Roy
d'Angleterre , il y alla , mais
fans ceremonie , aprés que M
de Saint Olon eut pris jour de
Sa Majesté Britannique , qui
GALANT. 89
ne laiſſa pas de l'envoyer prendre
à l'Hôtellerie dans un de
fes Caroffes pour le mener au
Chafteau . Il y alla fur les deux
heures , & trouva dans une
même Chambre le Roy , la
Reine , Monfieur le Prince de
Galles , & Madame la Princefſe
d'Angleterre. Dés qu'il fuc
proche du Roy , aprés le premier
falut , il fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , qu'il em .
brafla. Il fe jetta auffi aux genoux
de la Reine , & leur fit
un compliment fi plein de ref
pect , & de témoignages de reconnoiffance
des bons traite-
Avril 1699.
H
G
90 MERCURE
mens qu'il en avoit reçus
eftant leur Efclave , qu'il ne
put s'empêcher de verfer des
larmes en abondance. Ces larmes
rendirent le difcours de
fes yeux encore plus éloquent
& plus pathetique que celuy
de fa bouche , & en tirérent
également de la plus grande
partie de ceux qui estoient
prefens. Tout ce qu'il put dire
fut , qu'il n'oubliroit jamais la
grace qu'il avoit reçûë de Leurs
Majeftez , & que fi fa vie ¿
celle de toutefa famille pouvoient
luy eftre utiles en quelque chofe , il
la leur offroit de tout fon coeurs
GALANT: 91
Leurs Majeftez Britanniques
répondirent fort obligeamment
à ces demonftrations de
reconnoiffance , & aux offres
que cet Ambaffadeur leur fit .
de la part du Roy fon Maiftre.
La vifite fe termina par des
enbraffades qu'il fit encore à
Monfieur le Prince de Galles ,
& à Madame la Princeffe.
d'Angleterre , aufquels il fit
preſent de deux facs de dates ,
& de deux douzaines de peaux .
de maroquin. Il eſt à remarquer
que le Roy d'Angleterre
luy avoit donné la liberté
aprés trois ans d'efclavage à
Londres.
Hij
92´MERCURE
On luy fit voir en s'en rec
tournant la Machine de Marly
, ce qui renouvella fes ad.
-mirations , & luy fit dire , qu'il
n'y avoit que le Roy feul capable
d'entreprendre
d'executer une
pareille chofe , & qu'il la croyoit
dans le paffé & dans l'avenir auffi
unique que Dieu , le Soleil , le
Roy. La belle vûë qu'il découvrit
de deffus la hauteur de
cette Machine luy donna lieu
auffi de fe récrier fur la multitude
de Villes , Bourgs , Villages
& Bâtimens qu'il avoit
vûs depuis qu'il eftoit dans le
Royaume
ajoûtant que
la
GALANT. 93 .
France n'estoit qu'une Ville ; mais
fi remplie de Peuple , qu'il croyoie
qu'elle faffiroit à remplacer le refte
du monde , fi le refte du monde fe
defempliffoir. Quoy que cette
penfée ait du rapport à ce qu'il
dit eftant à la Samaritaine , ce
n'eft pas néanmoins tout à fait
la même , puifqu'il s'agiffoit
la premiere fois du Peuple
Equ'il voyoit fur le Pont- neuf,
& la feconde des Bourgs & des
Villages qu'il voyoit de la haureur
de la Machine de Marly ,
& de ceux qu'il avoit vûs de .
puis qu'il eftoit en France.
Il fit de grandes exclama94
MERCURE
•
tions à Saint Denis fur la beau
té des Tombeaux & fur la richeffe
du Trefor. Il admira le
vitrage de cette Eglife , qu'il
examina avec attention , &
dont il ne pouvoit retirer fa
vûë. Le Pere Prieur le reçut
à la porte de l'Eglife , avec
plufieurs de fes Religieux , &
fit jouer les Orgues lorſqu'il
fortit
.
Rien ne l'a plus ſurpris à
Paris que la Manufacture des
Glaces du Faubourg Saint Antoine
, où la quantité de Travailleurs
, dont le nombre eft
de plus de huit cens , ne l'é
GALANT: 95
tonna pas moins que la maniére
de perfectionner leur
travail . Il voit quelquefois
M Jourdan , Secretaire du
Roy , qui eft un homme d'ef
prit & de merite , & qui a la
conduite de cette Manufactu
re . M' Jourdan luy a même
donné à fouper , & ils ont travaillé
enfemble à trouver des
moyens pour établir le Commerce
des Glaces à Maroc .
En fortant de cette Manufac
ture des Glaces , l'Ambaffadeur
fut reconduit chez luy
pardeffus les ramparts. Il n'y
a point de promenade plus
96 MERCURE
belle , puifqu'en marchant entre
plufieurs rangs d'arbres ,
on voit du cofté de Paris une
infinité de maiſons qui font
autant de Palais , & du coſté
de la Campagne , plufieurs
gros Villages , des Côteaux
admirables , & de tres belles
Maifons de plaifance , & fur
tout celle du Pere de la Chaife
, & l'Hôpital de S. Louis.
Lors que l'Ambaſſadeur alla
à l'Academie de M' d'He
ricourt , il eut non -feulement
le plaifir de voir le manege or
dinaire des chevaux , mais encore
celuy de voir coure la
Lance
GALANT
:
97
J
U
I
Lance & les Teftes . Il dit qu'il
në falloit plus demander pourquoy
les François vainquoient toutes
les Nations du monde , ayant des
Ecoles comme celle là .
L'apréſdînée du même jour
il alla voir les Manufactures
des Gobelins. Je ne vous rapporte
pointce qu'il y dit , s'etant
fervien plufieurs endroits
des mêmes termes pour marquer
fa furpriſe & fon admiration
. Il paffa par le Val de
Grace au fortir des Gobelins;
les Religieufes luy firent voir
leur Choeur , & le lieu du dépoft
du coeur de la Reine-
T
Avril
1699.
I
9398 MERCURE
mere , & de ceux des Enfans
de France . Il fe recommanda
aux prieres des Religieufes,
& dit , Ceux qui ont ainfi abandonné
le monde , ne regardent plus
nyla Couronne , ny l'Empire , &
on doit les redouter, car leurs voeux
leurs fouhaits font exaucez
Jur le champ , foit pour le bien ,
foit pour le mal.
Il dit aprés avoir vû les
Danfeurs de corde qui font à
la Foire , Que fi ces gens- là vou
loient aller en fon Pays , ils enzreroient
dans le Serail du Roy
fon Maiftre , & qu'ils n'en fortiroient
que riches , parce quele Roy
GALANT. 99
>
3 toutes les Dames de fon Serail
leur feroient des prefens.
Aprés avoir vu jouer au
Jeu de Paume de la sphere,
une partie de Paume des deux
Jourdains contre Clergé,
Couval , & Crucau , il dit que
les Françoisfurpaffoient toutes les
1 Nations auffi bien dans leurs
Feux , que dans leurs affaires ferienfes
, & qu'il vouloit introduire
Ice Jeu enfon Pays.
La maifon de M le Comte
de Marfan eftant une des plus
belles , & des mieux meublées
-de Paris , cet Ambaffadeur y
fut mené. Ilvit d'abord le Jar
I ij
100 MERCURE
A
din , dont le Parterre eft de M
le Noftre & regarda la face
du Jardin qui donne fur ce
Parterre , qui luy parut tresbelle
; mais lors qu'il fut queftion
de monter aux apparte.
mens , il s'informa fi M² le
Comte de Marfan y eftoit ; &
ayant appris qu'il eftoit à Ver.
failles, il ne voulut point monter
, & dit que la coutume des A
rabes eftoit de ne jamais entrer
dans la maison d'un homme pendant
qu'il n'y eftoit pas.
Aprés avoir regardé avec
beaucoup d'attention & d'étonnement
les meubles qui
GALANT. 100
font au Gardemeuble du Roy ,
il dit , Quefi quelque Monarque
pouvoit en avoir de pareils , il
eftoit impoffible qu'il en puft avoir
de plus beaux. Eftant enfuite
paffé fur le Balcon du Gardemeuble
qui regarde la Riviere ,
il dit en la regardant , Que
quand elle feroit toute d'encre , elle
Juffiroit à peine pour écrire tout ce
que M de Saint Olon luy faifoir
voir tous les jours , de la richiffe ,
de lapuiffance , & de la magnificence
du Roy.
Il ne s'eft point paffé de
jour qu'il n'ait répondu quelque
chofe de fpirituel & d'o-
I iij
102' MERCURE
bligeant à ceux qui l'ont en
tretenu pendant fes repas .
Une Dame luy ayant dit qu'-
elle luy trouvoit plus de politeffe
& plus de galanterie , qu'
on n'en croyoit aux gens de
fon pays, il luy répondit, qu'un
homme ne pouvoit entrer chez un
Parfumeur , & refter quelque
temps , fans en remporter quelque
odeur , & qu'il en eftoit de même
de ceux de fon Pays , qui ne pouvoient
eftrelongtemps avecles Dames
de France ,fans prendre quelque
chofe deleur politeffe.
Vous ferez peut- eftre bien .
aiſe d'apprendre de quelle maGALANT.
103
niere parle le Roy de Maroc
dans les Provifions qu'il donne.
Je vous en envoye une qui
regarde l'Ambaffadeur dont
je viens de vous parler . Elle
eft traduite de l'Arabe en
François par M Petits de la
= Croix.
I iiij
104 MERCURE
•
TRADUCTION DES PATENTES
ACCORD E'ES A FIDI ABDALLA
BEN AYCHA , PAR
MULEY ISMAEL , EMPEREUR
DE MAURITANIE
POUR SA CHARGE D'AMIRAL
ET SURINTENDANT
DES AFFAIRES DE MA.
RINE.
A
U nom de Dieu clement &
mifericordieux, & fes benedictionsfoieni
fur notre Seigneur,
Prophete & Legiflaseur Maho.
met ,furfa Famille & fes Amis
en la maniere la plus excellente .
DE
re
to
GALANT.
10%
De l'ordre du Serviteur de
Dieu , qui fe confie en Dieu , qui
remet fes affaires au Seigneur en
tout ce qu'il a de plus fecret & de
plus intime , le Miralmoumelin ,
ou Empereur des vrais Croyans ,
qui combat pour le fervice , & en
la voye du Maistre du Ciel
la Terre, Dieu le protege & le
faffe triompher, & étendre fa jurifdiction
depuis l'Orient juſqu'à
l'Occident , par fa grace
Ja bonié
de
par
Icy eft le Scel d'or du Roy
de Maroc ,contenant ces mots
en lettres d'or.
ISMAEL FILS DE CHERIF ,
106 MERCURE
DE LA LIGNE'E DE HASAN ,
QUE DIEU FASSE TRIOMPHER.
Autour du Scel font ces
mots en lettres d'or.
Dieu veut feulement vous-nettoyer
de toute foüillure¸ ô Princes
de la maifon du Prophete , & vous
purifier entierement.
Commencement de la Patente.
Cette Patente de noftre part,
que Dieu tres haut éleve, & faffe
refpecter, & perpetue fon Éloge
dans les Livres de gloire , où font
décrits les faits des hommes illu
fres , exaltefon pouvoir juf
GALANT. 107
tez
ques au Cieldans les hautes digniles
bonnes oeuvres , & rende
heureux fon ficcle , fon regne
toujours augufte ) foit mife entre
les mains du Porteur , noftre trescher
bien amé feal & bien ves
nu Confeiller en nos Confeils , le
plus grand de nos Reys , le Capis
taine general & Amiral Abdalla
Ben Aycha , que Dieu conduife
maintienne dans la bonne voye,
luy infpire ce qui eft de fa fainte
volonté, & le dirige parfa grace.
Par lefquelles Lettres Patentesfçavoirfaifons
que moyennant
laforce& puiffance du Seigneur
Dieu, nous avons remis entre les
108 MERCURE
mains dudit S Ben Aycha l'Ami
raulé , Surintendance & comman.
dement de toutes les affaires de la
mer , dont nous l'avons rendu le.
maistre abfolu aprés Dien tresbaut
; que nous nous repofons en.
tierementfur luy, avec la grace de
Dieu , pour tout ce qui eft de cette
Jurifdiction , tant aux chofes fecretes
, que dans les publiques , lug.
donnant les pouvoirs neceffaires.
fuivant les loix les coutumes de
mer , lesquelles il entend parfaite .
ment , qui luyfontfamilieres ,
& conformement aux regles &
maximes qui fe pratiquent ordinairement
en la Marine , obferGALANT
. 109
vant toujours la route qui convient
à la Loy Musulmane , au
bon fens , à la raison , àla verité ,
à la justice au droit chemins
fuivant auffi la conjoncture des
temps des lieux qu'il trouvera
efire de la droite raifon , pourle
bien de l'Etat , ne doutant point
qu'il n'ait unefincere &ferme in
tention de fe donner les pèines ,
fains labeurs neceffaires à l'exe
cution des affaires & des projets
avec bon& meur confeil , précaution
& vigilance dans tous les
momens , mais principalemeut lors
qu'il traitera , negociera & terminera
des affaires avec toutes les
110 MERCURE
Nations Chreftiennes , pour lefquelles
chofes nous nous repofons
furDieu & puisfur luy , comme
il est neceffaire , & nous nous confions
entierement en luy , les luy
remettant és mains , luy mettant
au col le Collier de ladite Surintendance
de la Marine , & cela
àcauſe de ce que nous avons connu
en luy , & de ce que nous avons
éprouvé de luy de probité , fuffifance
,bonne intention , vigilance la
beur infatigable , bon confeil pru.
dence &Sageſſe envers Dieu &
Lageffe
envers celuy que Dieu a fait fon
Vicaire au commandement de fes
Peuples , dans toutes les affaires
GALANT . III
&
& évenemens qui
furviennent ,
auffi à cause de l'attache , bonne
• amitié & fidelité inviolable
inébranlable qu'il a pour noftre
Perfonne , dont il a depuis tres-
· longtemps l'approche & l'accés ,
pour raison de fes anciens fer.
vices , eftant le plus habile & car
• pable de commander lamer & fur
la Marine, & parce qu'il en a un
plus long uſage ✔ pratique , &
qu'il poffede une plus parfaite connoiffance
de ce qui regardeles gens
de mer , Officiers , Matelots ,
autres Marins ; confiderant qu'il
entend mieux que qui que ce foit
ce qui convient à lafonction d 4-
112 MERCURE
miral de Surintendant de la
Navigation & à toutes leurs cir.
conftances,étant bien perfuadé qu'il
obfervera & executera ponctuelle.
ment exactement tout ce qui
regarde lagrande Charge que nous
lay avons mise en main, & qu'il
s'y comportera avec toute l'affiduité
,fincerité religion requifes
en ces fortes d'occafions ; qu'il regardera
Dien tres haut dans toutes
les affaires qui furviendront ,
tant fecretes que publiques , qu'il
marchera dans les voyes de l'inge
nuité, & qu'ilfuivra la route de
la droiture & finceritéqui dirigent
à bons accés envers Dieu envers
GALANT . 113
•
1
fon bienheureux Prophete , & les
Musulmans à tout moment & en
tout temps Voulons & ordonnons
qu'il foit obey de tous en l'exercice
fonction de fa Charge de
i fondit Miniftere d' Amirauté, &
Surintendance generale de noftre
Marine. Défendons tres expreffement
à toutes perſonnes , de quelque
qualité & condition qu'ils
puiſſent être, de luydefobéir enſejdi.
tes fonctions ny de réſiſter aucunement
à fes ordres,ny de luy.conteſter
ry disputer aucune choſe de ce qui
regarde l'exercice abfola de fa fom.
ction & de fon Miniftere à peine
de defobéiffance au Souverain ,
Avril 1699 . K
112 MERCURE
miral de Surintendant de la
Navigation & à toutes leurs circonftances,
étant bien perfuadé qu'il
obfervera & executera ponctuelle.
ment exactement tout ce qui
regarde lagrande Charge que nous
lay avons mise en main, & qu'il
s'y comportera avec toute l'affiduité
,fincerité & religion requifes
en ces fortes d'occafions ; qu'il regardéra
Dieu tres haut dans toutes
les affaires qui furviendront ,
tant fecretes que publiques , qu'il
marchera dans les voyes de l'inge
nuité , & qu'il fuivra la route de
la droiture &finceritequi dirigent.
à bons accés envers Dieu envers
GALANT. 113
ས
fon bienheureux Prophete , & les
Musulmans à tout moment & en
tout temps Voulons & ordonnons
qu'il foit obey de tous en l'exercice
& fonction de fa Charge & de
fondit Miniftere d' Amirauté, &
Surintendance generale de noftre
Marine. Défendons tres expreffement
à toutes perſonnes de quelque
qualité & condition qu'ils
puiffent être, deluydefobéir enſejdi.
tes fonctions ny de réfifter aucunement
à fes ordres,ny de luy.conteſter
ry disputer aucune choſe de ce qui
regarde l'exercice abfolu de ſa fon .
ction & de fon Miniftere à peine
de defobéiffance au Souverain ,
Avril 1699 . K
114 MERCURE
priant le Seigneur de concourir
avec nous avec luy à l'accompliffement
de fa divine volonté en
coeur en confcience. Enjoignons
au furplus à toutes perſonnes qui
ces prefentes Lettres verront , de
mettre leur teneur à entiere e
parfaite execution ,fans y contrarier
ny sy oppofer en aucune maniere
, & fous quelque prétexte
que ce puiffe eftre & cela abfo.
lument. Car telle eft noftre inten
tion e volonté fouveraine & le
falut. Ecrit le 15 de la Lune de
Rabyaulevel , l'an de l'Egire du
grand Prophete Mahomet 1110 ,
•
GALANT. FIF
画
Il paroift depuis peu une
Lettre Paftorale de M' l'Ar
chevêque de Paris , adreffée
aux nouveaux Réunis de fon
Diocefe , par laquelle ce Pres
lac fait connoiftre qu'il avoin
toujours defiré de leur mar-
« quer en particulier l'affection
fmcere que Dieu luya donnée
pour eux ; mais qu'il attendoit
pour cela une occafion favora
ble. Il fait voir enſuite que le
temps de la guerre n'y eftois
· pas propre , parce que des
efprits dangereux les trou
blant alors par de vaines ef
perances , ou par de fauffes
Kij
116 MERCURE
craintes , ne leur laiffoient pas
la liberté neceffaire pour l'écouter
avec fruit.
Par la mifericorde de Dieu la
guerre eft finie , ajoûte ce Prelat,
La Paix affermie dans l'Europe
vous met en eftat d'écouter tran
quillement la voix des Pafteurs
que 7. C a donnez à ſon Eglife ,
met les Pasteurs dans l'obligation
de vous parler. C'est mainte
nant qu'animez par la parole de
Dieu, e par les vives exhorta .
tions de noftre religieux Monar.
que , nous devons redoubler nos
foins à votre égard Tour nous
preffe à travailler fans relâche à
GALANT: 117
1.
ramaffer , felon l'expreffion dis
Prophete , les brebis difpersées fur
la face de la terre Nous tâcherons
deramener ces brebis rachetées
du Sang de Jefus Chrift qui s'étoient
égarées en fuivant un Etranger
Nous effayerons deguerir
celles qui fe font bleẞées dans leur
faite , de fortifier les foibles , de
4 fauver celles qui s'eftoient per-
! duës.
·Nous eperons tout , nonobftant
noftre foibleffe , de la force de la
grace du Sauveur , & de voſtre
docilité. Nous pouvons tout attendre
de la promeffe inviolable
que fit JESUS- CHRIST AUX
118 MERCURE
Apôtres en leur perfonne , ause
Pafteurs qui leurfuccederoient fous
Pierre leur Chef ,jufqu'àla fin du
monde. L'Eglife erablie fur la
pierre demeurera ferme Tous les
efforts de l'Enfer fe briferont contre
cette pierre ,fans l'ébranler.
Ce qui augmente nos eſperances ,
c'est la protection finguliere que
JESUS CHRIST a donnée au
Roy, qu'il vouloit rendre le Pro
tecteur de fon Eglife . Cette Reli
gion fondée d'abord , pour ainfi
parler ,furla foibleffe des Apôtres,
&combatue par toutes les Puif
fances du fiècle , afin de faire paroiftre
le pouvoir fouverain de
GALANT.. 119
JESUS - CHRIST devoit eftre
foutenue dans la fuite par la Ma.
jesté des Rois , pour faire paroiftre
fonpouvoir bienfaifant . Il est écriv
que les Rois feroient les Nourri.
ciers & lesfoûtiens de l'Eglife . Ils
doivent fervir aux deßeins de
Dieu en y faifant entrer les Peuples
qu'ils gouvernent. Dieufair
regner les Rois fur la terre , afin
qu'ilsy faßent regner Dieu. Lors
que de nouvelles Sectes oZant
prendre le nom d'Eglife , engagent
des Princes à faire des loix pour
favorifer l'erreur c'est pour les
vrais Enfans de l'Eglife , dit Saint
Auguſtin , un temps d'épreuve ,
120 MERCURE
&de merite , lors que des Rois
Catholiques font des loix juftes
pour la verité contre l'erreur ; c'est
un temps de grace à l'égard de ceux
qui fefont égarez& que l'on ra
méne.
Lezele du Roypour maintenir
la Religion que fes Peuples ont regüëpreſque
dés le temps des Apó:
tres , remplit de joye les veritables
enfans de l'Eglife , en remplira
un jour ceux qui le deviendront.
Qne nepeut on pas fe promettre de
fon autorité de fa bonté?
Vousfçavez mes Freres , qu'il
donne tous les jours mille marques'
defa bonté Royale , à ceux d'ense
7
ous
GALANT: 121
a
vous dont la converfion eftfincere,
& quand il fe voirforcé de vepri
mer les mauvais fentimens que la
reformation a inspirez dés fon origine
aux efprits les mieux faits
on connoist quefafageſſe ne luy
fait ufer qu à regret de fon autorite.
Ilne veut employer cette autorité
que pour empêcher fes Sujets
de fe perdre , &pour les contrain
dre , s'il eft poffible , de fe fauver.
Le reste de l'Ouvrage eft fi
honnefte , fi perfuafif , & fi
touchant , qu'il y a lieu de croire
, que ceux qui ne fuivront
pas l'avis de leurs Miniftres ,
qui eft de ne point écouter &
Avril 1699 . L
122 MERCURE
de ne point lire , profiteront
de la lecture d'un Ouvrage
qui ne pourroit manquer de
les convaincre de la verité..
Les Vers que vous allez lire
ont efté mis en air par un fort
habile Muficien.
AIR NOUVEAU.
L
'Ingrate Iris mefuit , &ne
peutplus m'entendre:
Elle feint d'écouter un feverè devoir;
S'il la condamne à m'oter tout
Spoir
,
t
CWeb 11 led
GALANT: 123
N'eftoit ce qu'aujourd'huy qu'il
falloit me l'apprendre ?
$
Ah, dés que lacruelle cut vû naît
stre maflâme,
Que ne m'oppofoit - elle un devoir
rigoureux?
Elle attendoit pour rebuter mes
feux,
Qu'ils fefuffent rendus les maitres
de mon ame.
Je vous envoye une Rela
tion qui vient de Copenhague,
Capitale du Royaume de
Danemarc. Vous la trouverez
fort curieufe
. Il s'y pourra
Lij
124 MERCURE
trouver quelques noms pro
pres qui ne feront pas corrects,
par le peu de foin qu'on
prend à les bien écrire dans
les Memoires qui font « en.
voyezaa olla judu
M' le Comte de Chamilly ,
Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy Tres Chreftien à la
Cour de Danemarc , fit fon
Entrée publique dans Copengue
, Samedy 28. Février der.
nier . Cette ceremonie avoit
efté differée d'abord par l'ab.
fence de la Cour , qui a paffe
' Efté & l'Automne à la campagne
; & depuis fon retour
GALANT 129
en cette Ville , par l'indifpofi
tion du Roy de Danemarc ,
qui ne luy permit pas de fe
tenir debour pour l'Audience
publique. C'elt par cette confi .
deration que ce Prince a bien
voulu
confentir que l'Entrée
Ife fift fans eftre fuivie d'une
Audience publique , à condition
neanmoins que ce relâchement
, qui ne regarde que
la commodité du Roy de Danemarc
, ne tireroit point à
confequence. Quoy que le
défaut de formalité euſt empêché
jufques à preſent M
Ambaffadeur de paroiftre
Liij
#26 MERCURE
avec tout l'éclat digne de fa
magnificence & de ſon cara-
&tere, il n'avoit pas laiffé de fe
communiquer , & d'établir
dans fon Hoftel des plaifirs
reglez , qui y attirent les pre
miers Seigneurs de la Court
Tous les Mercredis il tient
Appartement. On y trouve
plufieurs tables de Jeux , on
Y fait des concerts , & on y
fert toutes fortes de rafrai
chiffemens. La Reine même,
accompagnée de la Princeſſe
Royale de Danemarc , de la
Princeffe de Hombourg , de
Madame la Vice- reine de
GALANT: 127
Nortwege , & d'autres Dames
de la Cour , fit l'honneur à
Madame l'Ambaffadrice de
la venir voir le Mereredy 18 .
Février . Quoy que cette vift
te fuft imprévûë , la Reine
trouva le grand Appartement
tres bien illuminé , & M
Ambaffadeur
luy prefents
une collation fort propre ,
portée par les Gentilshommes
& autres Officiers de Son
Excellence.
L'Audience ayant efté re
mile à un temps plus conve
nable , l'Entrée fe fit de la maniere
fuivante. Après qu'on
4
Liiij
128 MERCURE
fut convenu de tous les points
du Ceremonial , qui estoient
en conteftation , M' l'Ambaffadeur
ſe rendit avec toute fa d
fuite & fes équipages , entre
une & deux heures aprés midy
dans une maifon de Campagne
, à un quart de lieuë de la
Ville. M' Viben faiſant la fonction
de Maiftre des Ceremo .
nies en l'abſence de M Lerek
, y vint quelque temps
aprés. Son Excellence le reçut
dans l'antichambre , & l'ayant
mené dans la chambre , M
Viben luy donna avis que le
Roy de Danemarck envoyoit
GALANT.
129
M Gabel , Chevalier de l'Or
dre de Danebroc , Confeiller
Privé , & M' Lyntk , Chevalier
edu même Ordre , & Grand.
Maiftre des Ceremonies , pour
le complimenter, für ſon arriễ
Dvée, & le conduire dans le cala
roffe de ce Prince & dans ceux
de la Maiſon Royale , à l'Hôtel
qu'il luy avoit fait prepa
2. rer dans la Ville . Prefque auffi
toft ces deux Seigneurs arrivérent
avec les caroffes du
Roy , de la Reine , & de la
Maiſon Royale , le premier
caroffe du Roy entra feul dans
la cour qui eft petite. Le
130 MERCURE
Maitre des Ceremonies en
avertit M'l'Ambaffadeur , qui
faiſant les bonneurs de fa mali
fon , alla les recevoir à la paran
tiere du caroffe du Roy de (a
Danemarck , leur donnant le
pas & la main ufques dans la
chambre , où il oüit debout
le compliment que luy fit M5
Gabel de la part de ce Prince.
En fortant , M l'Ambaffadeur
luy donna encore le pas & la
main jufques dans la cour.
Enfuite fon Excellence monta
le premier dans le caroffe du
Roy de Danemarck. M ' Ga
bel fe mit à la gauche , & M
GALANT. 121
MLinck , Grand Maiftre des
Ceremonies , fur le devant.
Le premier caroffe de la Rei
a ne demeura vuide. Ces deux
dcaroffes eftoient tres magnifi-
Iques , & couverts de houffes
de velours cloüées. Dans le
fecond caroffe du Roy , fepla,
cérent le Maistre des Ceremo
nies , & M' du Mouliner , Offi
cier de Vaiffeaux François ,
commandant les prifes de
Dantzick. Dans le fecond ca.
roffe de la Reine eftoit M de
Malorty , Secretaire de l'Am
baffadeur , & M'Arnaud, Oru
dinaire de chez le Roy , &
130 MERCURE
mier Gentilhomme de Son
Excellence . Dans les caroffes
du Prince Royal de la Prin
ceffe don Epoutes & de la
Maiſon Royale , fe placérent
MELElvent , Gentilhomme
dé Son Excellence Delicky
Officier de Vaiff au François ,
Mauricet ,Marttre d'Hoftel de
Son Excellence , & Hauſſen ,
Conful François, Lorique tour
fut difpofe , là marche com
mença en ordre renversé par
ceux qui ont le moindre rang ,
les plus élevez en dignité ve
noient les derniers.
BỤn Maréchal , des Logis
d
GALANT: 433
[
marchoit à la tefte à cheval
fuivi de dix-fept caroffes à fix
chevaux des premiers Sei,
gneursde la Cour Le premier
-de M Lerek , Confeiller d'E
tat , Maitre des Ceremonies.
Le fecond, de M' Ettan , Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de
Brandebourg , Maréchal de la
Cour. Cette Charge eft com
me celle de premier Maiftre
d'Hoftel. Le troiſieme de Mi
Linck , Chevalier de l'Ordre
de Danebroc , Grand Maitre
de l'Academie Royale , &
Grand Maitre des Ceremo
nies. Le quatrième de M³
134 MERCURE
Keragk , Confeiller de la Haurr
te Juſtice. Cette Jurisdiction
eft comme le Confeil Souve
rain des Royaumes de Danemarck
& de Nortwegue
. Le
Roy y prefide aux premieres
Séances. Les Actes s'y adref
fent à ce Prince , & même en
fon abfence Yes Jugemens
fe
rendent en fon nom. Le cin
quiémé , de M' Harboë , Con
feiller de la Haute Juftice , &
Premier Secretaire de Gevres.
Le fixieme , dé Mª Jëffen ,
Grand Secretaire des Affaires
Etrangeres. Le feptiéme , de M
Elbort , Confeiller de la Haute
GALANT. 235
EL
i
Juftice , & premier Secretaire
des affaires de l'interieur del'E
tac. Le huitiéme , de M'Krab ,
Confeiller de la Haute Juftice,
Gouverneur de lle de Ze
land. Le neuviéine , de M
Brandt , Confeiller de la Hau
e te justice , & Commiflaire de
la Marine. Le dixième , de M
Pleffen , General Lieutenant.
Le onzieme , de M' Schak
Gouverneur de Copenhague ,
les fix derniers Seigneurs portant
le cordon blanc bordé de
rouge , comme Chevalier de
l'Ordre de Danebrock. Ils
font auffi Confeillers Privez ,
136 MERCURE
qui eft la plus haute dignité
où l'on puiffe parvenir , &
avant laquelle il faut eftre
Chevalier de Danebroc. Elle
ne donne cependant qu'un
Titre & les honneurs , & n'admet
dans le Confeil que ceux
que leurs emplois y appellent.
Avant que la Couronne fuft,
hereditaire , les Confeillers
Privez eftoient les Senateurs .
du Royaume , & partageoient
fautoriteràida apluralité des
voix avec le Roy Electif Le
douzicme , de M Pleffens, Mi
niftred Etat , & Directeur general
des Finances. Le creizige
GALANT.
me de Mle Baron Foule, Cont
feiller de la Haute Juſtice , Miniftre
d'Etat , Prefident du
Commerce, & cy- devant Ama
bafladeur en Hollande & en
Suede. Le quatorziéme toda
Mile Comte Reveňklau , Con
feiller de la Haute Juftices
prémier Miniftred d'Etat y
Grandi Maiftre de la Venerid.
Le quinzieme , de la Hame
Excellence M'de Guldenley ,
Confeiller de la Haute Juftice ,
Viceroy de Nortwogue , Frere
naturel du Roy de Danne ,
marck. Le (diziéme , de M'le
General Amiral Lieutenant
Avril 1699.
M
128 MERCURE
de Guldenlew , Fils Cader na
turel du Roy de Dannemarck,
& le dix feptiéme de la Haute
Excellence M le General Fildr
Maréchal de Guldenlew , Fils
Aîné naturel du Royde Dannemarck.
Les derniers Seigneurs
font Confeillers Pri
vez , & Chevaliers de l'Ordre
de l'Elephant , portant le cor
don bleu. Tous les caroffes
eftoient precedez des Pages
& Valets de pied de leurs
Maidres, qui , cómme Con
feillers Privez Sifeulement q
avoient envoyé leurs équipa
ges au Cortége. M Dumenil ,
GALANT: 139
Ecuyer de Son Excellence
venoit enfuite à la tefte de fes
équipages. leftoit richement
Ivetu , auffi bien que toute la
fuite de Son Excellence . I
montoit un beau cheval cou
vert d'une felle & d'une houffe
i de velours cramoily , avec les
chaperons de même , le tour
garny de larges galons d'or.
leftoit fuivy de quatre Pages
à cheval deux à deux ; leurs
- chevaux couverts de houffes à
fond de drap d'écarlate , avec
une grande frange d'argent ,
& un molet auffi d'argent , fe
paré par un velouté vers . La
14
Mij
140 MERCURE
livrée eftoit des plus riches &
des plus brillantes. Les juftaucorps
des Pages eftoient d'un
drap d'écarlate, chamarrez par
toutes les coûtures d'un galon
d'argent large de trois doigts ,
accompagné de chaque cofté
d'un velouté vert d'un demy
doigt , & d'un galon d'argent
de deux doigts , les manches
pleines de même. Tous ces
galons d'argent couvroient
tellement l'habi , qu'on dêmêloit
à peine le fond de l'é
tofe ; les veftes & paremens
du juftaucorps , de velours
yert , auffi garnis d'argent ,
GALANT: 141
le chapeau bordé d'argent ,
E garni de plumes blanches , &
le refte de l'ajustement pro
portionné à la richeffe de la
livrée. M de la Terviniere ,
l'un des Gentilshommes de
fon Excellence , faifant la fonc
tion de Sous - Ecuyer , fuivoit ,
monté fur un cheval couvert
d'une felle & d'une houffe de
velours bleu avec les chape ,
rons garnis magnifiquement.
Douze Valets de pied mar
choient enfuite deux à deux.
Leurs juftau- corps eoient
d'un drap d'écarlate , couvert
fur toutes les coûtures d'un
い
•
142 MERCURE
galon de là livrée , dụn vert
velouté large de trois doigts
un filet blanc en zigzag au milieu.
Le galon accompagné
de chaque cofté d'un galon
d'argent de même largeur
couvrant prefque entiérement
les juftaucorps , les veftes de
de drap vert , avec de l'argent.
Les chapeaux bordez d'or &
garnis de plumes vertes &
blanches , le refte de l'ajufte .
ment affortis. Deux Suiffes à
·
cheval , portant même livrée
que les Valets de pied , avec
de grands baudriers chamari
rez de même , marchoient à la
GALANT 143
tefte des caroffes. Le premier
caroffe eftoit une caléche ti
rée par fix chevaux noirs , tous
les crins nattez de rubans
verts & blancs , le train & le
corps du caroffe à fond noir .
Toutes les moulures & autres
dornemens dorez , les dedans
doublé de velours cramoify à
ramages , la campane & autres
ornemens garnis de grands ga
lons & franges d'or . Le ſecond
étoit auffrune caléche tirée par
fix chevaux noirs tous les crins
nattez d'un ruban cramoily
& blanc , les harnois prefque
entiérement couverts de bout
344 MERCURE
cles en or , les guides , refnes ,
aigrettes , & glands d'or & de
foye cramoily , le train rout
en or juſques aux moyeux , de
corps du caroffe d'und fculptu
re tres delicate , en trophée
d'armes à fond d'or doré , portant
les armes de Son Excellen
ce aux paneaux , accompagnez
auffi de trophées d'armes d'u
ne peinture fine , l'imperiale
couverte de cinq plaques do ?
rées , ouvragées aux chiffres de
Son Excellence , le deffus or
né de pareils chiffres figurez
par de gros clous dorez &
les perles de la Couronne de
Comte
GALANT
145
tu
COL
er
Comte
par de gros
clouds
d'argent
; le dedans
de la Caleche
doublé
de velours
plein
cramoifi
, garni
de rideaux
à
fond
de drap
d'or
rebroché
de
fleurs
d'argent
, la
campane
,
le milieu
, les coins
& le couffin
garnis
d'un
grand
Point
d'Elpagne
d'or
, le fiege
du
Cocher
du même
velours
cra
moifi
, auffibien
que
les houf
fes des
chevaux
, le tout
garny
d'un
riche
Point
d'Eſpagne
d'or
, haut
d'un
pied
, & d'une
frangel
d'or
au deffous
haute
de neuf
pouces
. Le troifiéme
caroffe
à deux
fonds
, eftoit
Avril
1699.
N
146 MERCURE
tiré par fix chevaux noirs auffi ,
les crims natez de rubans
bleus , les harnois entiere
ment couvers de grands or
nemens dorez plus riches que
les premiers , les guides , re
nes , aigrettes & glands d'or
& de foye bleuë , le train
doré plein , les roues de fcul
pture, tournées & dorées , ainfi
que les moyeux le corps du casoffe
d'une fculpture tres fine
& tres delicate, dorée en plein
par tout avec les Armes de
S. E. peintes à la Chinoiſe
tres - finement dans les pan
neaux , l'Imperiale couverte
GALANT. 147
C
d'une houffe de velours bleu ,
garnie tant plein que vuide ,
de larges galons d'or , & bor.
dée d'une grande frange d'or,
de dedans du caroffe doublé
de velours bleu plein , garni
de rideaux de damas bleu , entrichis
d'un large galon par
demi lez & de grandes franges
d'or , la campane de Point
d'Efpagne d'or , & de grandes
franges auffi d'or , le milieu ,
tes couffins & les coins , le fiege
du Cocher & les houffes
des chevaux auffi de velours
bleu, garnies de larges galons
dor. Les Danois fort avares
Nij
148 MERCURE
?
de louanges , n'ont pû s'em
pêcher de fe recrier fur la magnificence
de ces Equipages ,
& d'avouer qu'ils n'en avoient
point encore vû de fi riches
ny de fi beaux d'aucun Am
baffadeur. La Reine l'a dit
elle même au Soupé en ter
mes encore plus forts , & le
Roy de Dannemarck en con
vint. Ce Prince , & toute la
Maifon Royale, avoient vû M.
l'Ambaffadeur des feneftres
du Chateau , quoy qu'un peu
éloignez de la route. Les ca
roffes du Roy & de la maiſon
Royale venoient aprés , rem
H
GALANT. 149
plis , comme on l'a déja marqué.
Le premier eftoit celuy
de Madame la Princeffe So.
phie de Dannemarck ; le fecond
de M'le Prince Guillau
me de Dannemarck ; le troifiéme
, de Madame la Prin- '
ceffe: Louife , Epouſe du Prince
Royal ; le quatrième , de
M' le Prince Royal ; le cin
quiéme , le fecond du corps
de la Reine ; le fixiéme , le fecond
du corps du Roy de
Dannemarck ; le feptiéme ,
le premier du corps de la Reinele
huitième , le premier du
corps du Roy de Danemarck,
Niij
iko MERCURE
où eftoit M' l'Ambaffadeur:
La marche eftoit fermée par
un autre caroffe de S. E. rem.
pli de fes quatre Valets de
chambre.
Cela eftant vû de la Rade,
un Vaiffeau de guerre armé
devoit falüer S. E. de neuf
coups de canon', mais les gla
ces ayant empêché de le dif
poſer à cet effet , S. E. entra
dans la Ville par la Porte de
l'Oüeft, & fut falüée de vingtfept
coups de canon des ramparts.
Auffi - toft deux Pages
du Roy de Dannemarck , à
pied , fe rangerent aux portie
GALANT. igi
e
גי
tes du caroffe , & douze Va.
lets de ce Prince marcherent
devant. Hy en avoit aufli anx
portieres des caroffes de la
Maiſon Royale. La Garde de
Ja Porte fe trouva double.
Dans la première Place de la
route , S. E. rencontra un Baraillon
d'environ fix cens
hommes formé reguliere.
ment , à cauſe de la petiteffe
de la Place , tambours bacranr
, Enſeignes déployées ,
prefentant les armes , & elle
fut faluée du chapeau par les
Officiers , qui ne faluënt pas
le Roy leur Maistre autre-
Niiij
152 MERCURE
ment , quand ils font de pied
ferme dans la Ville. Dans une
feconde Place fe trouva un pareil
Bataillon en mème poſtu
re , dont les Officiers faluerent
Son Excellence comme les
premiers. Enfin , aprés une
heure & demie de marche , &
avoir traverfé la meilleure partie
de la Ville , Son Excellence D
arriva dans une grande mai.
fon meublée des meubles du
Roy de Dannemarck . A la
defcente du caroffe fe trouverent
Mrs de Scarbiat , Mery
& Boint , Gentilshommes de
la Cour , nommez par le Roy
GALANT: 153
es
de Dannnemarck pour faire
auprés de S. E. les fonctions
de Maréchal , d Echanfon &
d'Ecuyer tranchant , pendant
les trois jours qu'elle devoit
demeurer dans cette maifon .
Durant ce temps elle y
7
fui
auffi fervie par les Pages &
EX Valers de pied du Roy de
Dannemarck. La porte de
l'appartement de S. E. fut toujours
gardée par deux Trabans
la pertuifane à la main , &
la porte de la maifon par vingt
Grenadiers , commandez par
deux bas Officiers. En arrivant
dans cette maiſon , M Gabel,
154 MERCURE
avec le Grand Maiftre des Ce
remonies , prenant toujours
la gauche , accompagna M'
l'Ambaffadeur dans fon appartement
, qui fe trouva tresbien
illuminé ; & aprés luy
avoir fait un fecond compli
ment de la part du Roy fon
Maiftre , pour le mettre en
poffeffion de cette maiſon ,
Son Excellence , pour en faire
les honneurs à fon tour , prit
la gauche en le reconduifant
jufques au caroffe . Peu de
temps aprés, Son Excellence
fut complimentée de la part
du Roy de Dannemarck par
GALANT 155
M' le Comte de Ravezan ,
Chevalier de l'Ordre de Danebroc
, fon premier Cham
bellan ; de la part de la Reine,
Spar M le Comte de Schaiz ,
Chevalier du même Ordre ,
fon premier Chambellan ; de
n la part du Prince Royal , par
MI Kaim , fon Maréchal , de la
part de la Princeffe Loüife ,fon
Epoufe , par M. Berkintin
Gouverneur de fa maiſon ; de
la part du Prince Guillaume ,
par M. Pleffet, premier Gentil
homme de fa Chambre , & de
la part de la Princeffe Roya
le, Sophie de Danemark , par
156 MERCURE
le
pas
1
M. de Roſenkrans , premier
Gentilhomme de fa Chambre.
Son Excellence alla les
recevoir au haut du degré ,
defcendant une marche au
devant des quatre premiers
feulement,il leur donna à tous
& la main , & reconduifit
les quatre premiers au caroffe
, & les deux autres au bas
de l'escalier . Depuis cette ceremonie
, M. l'Ambaſſadeur ,
qui leur avoit fait cet hon
neur par rapport aux Princes
de la Maiſon Royale qui les
envoyoient , ne leur donna
plus la main , non plus qu'aux
GALANT. 157
TS
SE
Confeillers Privez qui vinrent
manger avec S. E. Il ne fut en
voyé aucun caroffe au Cortege,
ny fait aucun compliment
de la part du Prince Charles ,
parce qu'il eft en Voyage.
Quand les Seigneurs qui devoient
manger avec м . l'Ambaffadeur,
qui furent ce jour- là
les mêmes qui l'eftoientvenus
recevoir , & complimenter ,
furent arrivez, M. de Scorbiat,
Maréchal , fit fervir , & avertir
Son E. La table eftoit de
quatorze couverts , placée à
moitié fous un Dais de velours
rouge à franges d'or. Au mis
18 MERCURE
lieu eftoit un fauteuil pour
S. E. ayant une place vuide de
chaque cofté . Elle fut fervien
comme le Roy de Danne
marck . Un Page de ce Prince
tenoit l'éguiere & le baffin , &
M. Eftens, Echanfon, preſenta
la ferviette. S.E. toucha feule.
ment du doigt l'éguiere & la
ferviette pour maintenir la
poffeffion , & s'eftant placée
dans le fauteuil au milieu du
Dais , le Maréchal indiqua les
places aux perfonnes nommées
felon leur tang , & alla
tenir une feconde table de
vingt- quatre couverts pour le
GALANT. 199
Secrétaire de l'Ambaffade
Ecuyer & les Gentilshom
mes de S. E. L'Echanfon reſta
derrierele fauteuil de M. l'Ambaffadeur
jufqu'à ce qu'il luy
cult donne , & qu'il euſt repris
de luy le premier verre, &
elaiffant cette fonction dans la
faite du repas aux Pages du
Roy de Dannemarck , il alla
prendre place à la table da
Maréchal. M. Bovine , E
cuyer tranchant , au milieu de
la table , debout vis a vis de
Son Excellence , coupoit &
fervoit les viandes. Ce repas
fut accompagné de Trom,
*
J
"
160 MERCURE
pettes , Timbales , Violons ;
Flutes & Hautbois , & de quel,
ques airs Italiens , par la Mufique
du Roy de Dannemarck,
& par celle du Prince Royal.
On y but en ceremonie de
bout , & au fon des Trompettes
& Timbales , la fanté des
deux Rois & des Maifons
Royales , en cette forte. Le
Grand Maistre des Ceremonies
fe leva , & prit un Villo
cum , ou grand verre plein ,
qu'il vuida à la ſanté du Roy
Tres- Chreftien , & il la porta,
à S. E. qui cependant eftoit,
debout , & tenoit le couver
I
GALANT 1611
cle du Villocum qui luy avoit
efté preſenté par le Grand
Maiftre des Geremonies. On
apporta enfuite deux Villocum
pleins, dont les deux premiers
Seigneurs qui estoient ,
à la droite , prirent chacun un
couvercle . S. E. but à la fanté,
du Roy de Dannemarck , & la
porta au premier , & enfuite
celle du Roy , qu'il porta au
fecond. Les autres firent ainfi
la ronde , pendant laquelle
on fe tint debout ,
fignaux qu'un Officier fit par,
les feneftres avec une bougie
aux Trompettes & aux Tim.
Avril 1699 .
&
par
les
[
5
I
二
162 MERCURE
bales , les Inftrumens fonnez
rent la charge à chaque coup,
autant qu'il dura , & juſqu'à
ce que la bougie fuft retirée.
Au premier repas on y ajoûta
celle de la Reine , & onvuida
trois Villocum de fuite. On
fervit une troifiéme table
pour les Pages de Son Excel.
lence , qui y furent traitez
aprés le foupé avec ceux du
Roy de Dannemarck. On en
fervit une quatrième pour les
Officiers de S. E. une cinquiéme
pour les Valets de
pied , & une fixiéme enſuite
pour les gens de fon Ecurie.
e
GALANT. 163
di
PAY
}
Aprés le foupé on prefenta à
laver à S. Excellence avec les
mêmes ceremonies, & enfuite
elle fut conduite par le Grand
Maiſtre & le maistre des Ceremonies
, & par trois Gentilshommes
deftinez à la fervir ,
dans la chambre du Lit , ta
piffée d'un farin blanc imprimé
de figures noires. Il y
avoit un grand lit de velours
rouge à crefpine d'or, doublé
de moire d'argent; mais l'Ho
ftel de S. E. eftant voifin , elle
yalla coucher les deux jours
fuivans. Son Excellence fe
rendit le matin dans la même
O ij
164 MERCURE
maiſon , & y fut traitée avec
toute fa fuite à dîner & à fouper
avec les mêmes ceremo
nies. Le Maistre des ceremo
nies , & les trois Gentilshom
mes de la Cour l'alloient recevoir
à fon caroffe , & l'y re
conduifoient , marchant confufément
devant M' l'Ambaf
fadeur , meflez avec ſes Gentilshommes.
Il y avoit tou
jours à la table de S. Excel. le
Grand - Maistre & le Maiftre
des Ceremonies , & plufieuts
Cordons blancs, avec les premiers
Seigneurs & des Officiers
de la Cour , & la Salle
2
1
GALANT: 165
AI
eftoit toujours pleine de fpectateurs
, que la curiofité y
attiroit. Le Maréchal & l'E
chanfon firent parfaitement
mbien les honneurs du Roy
leur maiſtre , à l'égard de la
maifon de M' l'Ambaffadeur,
dont quelques Gentilshommes
furent obligez de s'écha
per par les feneftres , pour évi .
terun trop bon traitement.
Le 3. Mars , dernier jour du
Carnaval , Son Excell. traita
à dîner & à fouper les Seigneurs
qui l'avoient efté recevoir
& complimenter , le
Grand Maistre & le maiſtre des
166 MERCURE
Ceremonies , les trois Gen
tilshommes de la Cour , leurs
Hautes Excellences Mrs de
Guldenlew , General & Amiral
; la haute Grace madame
la Generale , & les principaux
Seigneurs & Dames de la
Cour. Il y eut Bal toute la
nuit , & des Appartemens
extraordinairement
éclairez
pour le Jeu. On y fervit tou
tes fortes de rafraîchiffemens ,
& pour éviter la contrainte &
la ceremonie , on s'y trouva
en Maſque . Madame la Generale,
Madame l'Ambaffadrice ,
Meldemoiſelles Foffart & мaGALANT:
167
forty , fes deux Filles d'hon
neur , fe déguiferent en Espaz
gnoles , avec des habits tres
propres , & faits exprés. Cette
Mafcarade parut fort galante.
Les nouvelles de Madrid
du s . du mois paffé , portent
que Sa Majesté Catholique
avoit fait Grand d'Efpagne
le Pere Jean Navarro , Arra.
gonnois de Nation , General
de l'Ordre de la Mercy de la
Redemption des Captifs ,
tant pour luy que pour les
Succeffeurs à l'avenir , & qu'il
lui avoit fait rendre les hon-
1
168 MERCURE
neurs de la Grandeffe. Ce
Pere devoit prêcher le 6. devant
Sa Majesté Catholique ,
comme ayant l'honneur d'être
depuis long- temps lon
Prédicateur ordinaire.
...
left
outre cela Baron des Baronnies
d'Algar , & Eſcales , au
Royaume de Valence luy , &
fes Succceffeeurs
, depuis.
l'année 1309 & en cette qualité
, il tient rang immediatement
aprés les Evêques dans
les Eftars Generaux de la
Province.
M de Seve de Laval ,
ayant remis à S. A. S. Monfieur
GALANT: 169
Of
Monfieur le Duc du Maine ,
la Charge de premier Prefi
dent au Parlement de Dombes
, qu'il exerçoit depuis
vingt ans , ce Prince luy a
accordé des Lettres de Prefident
d'honneur en confide
aration de fes fervices & de
ceux de fa famille , qui tient
cette Charge depuis longtemps
, à condition d'avoir
fcance aprés les Prefidens à
Mortier titulaires . Monfieur
le Duc du Maine a nommé
pour premier Prefident de
fon Parlement Meffire Benoît
Cachet de Montefan , fils de
Avril 1699. P
}
170 MERCURE
•
Meffice Claude Cachet , Comte
de Garnerants , Doyen du
Parlement de Dombes , &
Intendant de la Souveraineté.
Mr de Montefan fut receu
Confeiller au Parlement il y
a vingt & un an ; & pourvû
il y a trois ans d'une Charge
de Prefident à Mortier . L'attachement
de la famille au
fervice des Souverains de
Dombes, & fon merite perfonnel
, ont déterminé Monfieur
le Duc du Maine à le
mettre à la tête de főn Pár.
lement. Il prefta ferment entre
les mains de ce Prince le
"
.
GALANT: · 171
9
. de ce mois. Monfieur le
Duc du Maine affis dans fon
fauteuil avoit à fes pieds un
carreau , fur lequel ur de
Montefan s'étant agenoüillé
, & ayant mis fes mains
jointes entre celles du Pringece
, мr de мaleficu , Chancelier
de Dombes luy dit :
Monfieur Cachet de Montefan,
vous jurez & promettez à Monfeigneur
, outre la fidelité qu'un
Sujet doit à fon Souverain Seigneur
, en qualité de premier Prefident
du Parlement de Dombes ,
- obferver exactement les Ordonwances
de S. A. S, de ne vous
Pij
172 MERCURE
jamais départir de fes interefts ;
à quoy mr de Montefan
répondit : Ony, Monseigneur ,
je vous le jure & promets. Enfuite
s'étant relevé , il remer
cia Monfieur le Duc du Maine
par un petit difcours , dont
S. A. S. parut tres . fatisfaite.
La Charge de Preſident àмor
tier , que poffedcit мr de
Montefan , fut accordée en
même temps à Mмr Deſrioux,
Comte de Meffirmy, qui vient
d'époufer Mademoiſelle de
Maleficu.
Le Dimanche cinquième
de ce mois , le Pere Jacques
GALANT: 173.
"
de la Cour , Religieux Profés
de l'Abbaye du Pin , Ordre
de Cifteaux , prit poffeffion
Ede l'Abbaye de la Trape , au
grand contentement de tous
les Religieux de cette fainte
Maiſon.
On a appris que Meffire
Laurent de Laube , Gentilhomme
du Mâconnois , àgé
de cent ans ou environ , étoit
mort à Cluny en odeur de
Lainteté le 13. Février dernier.
Il étoit Capitaine commandant
un baraillon à la bataille
de Caftelnaudary , où мon-
Piij
174 MERCURE
fieur de Montmorency fut ar
refté. Il fut fait enfuite Lieutenant
Colonel du Regiment
de Rébé , où il a fervi avec
honneur & diftinction . Il
avoit efté Gouverneur du
Chasteau de Boular avant la
prife de Thionville , & a
commandé en plufieurs autres
places , & même l'Infanterie
Françoise en l'armée de Monfieur
le Duc de Wimar à la
retraite de Mayence , & autres
Campagnes. Il étoit fils
& petit-fils de Loüis & Gaſpar
de Laube de Bron , qui
ont eu auffi l'honneur de ferGALANT.
175
C
vir dans des emplois confiderables
, fous les regnes d'Henry
III . & d'Henry IV. qui
leur ont donné des marques
de leur bienveillance
par plufieurs bienfaits . Mr
de Laube , Baron de Corcelle
fon fils , eft actuellement Ca
pitaine de Cavalerie au Regiment
de Barentin , & André
de Laube fon petit fils ,
a efté fait Cornette de la
Compagnie de m' fon pere
dés l'âge de douze ans , où il
a fervi jufqu'à la réforme der.
niere. Les Armoiries de la
Maifon de Laube font d'azur
Piiij
176 MERCURE
au Cerf d'or rampant fut uð
rocher
d'argent .
Louiſe le Peletier ; Reli
gieufe du Monaftere de Nôtre
Dame de Grace de la Villel'Evêque
, qui aprés avoir efté
Abbeffe de Notre- Dame de
Troyes durant plufieurs an
nées , avoit remis cette Abbaye
au Roy , & s'eftoit retirée
par humilité en fon premier
Monaftere de la Villel'Evêque
, comme ſimple Re
ligieufe , y mourut âgée de
foixante & trois ans le 16. du
mois paffé. Elle a laiffé une
GALANT. angry
foeur & deux niéces dans ce
Monaftere de la Ville-l'Evê
que. Elle eftoit foeur de Mef
fire Claude le Peletier , Seigneur
d'Ablon , de Villeneuve
le Roy , &c. Miniftré
d'Etat , Prefident au Mortier
I honoraire , & cy- devant Con
trôleur General des Finances
Mr le Tellier de Bellefons,
Docteur & Profeffeur en
Theologie , Chevalier de la
Croix , & Prieur de Gafficour
de l'Ordre de Cluny , vient
de donner au public quatre
Tomes in- douze de Panegy
978 MERCURE
riques des Saints , dédiez à
S. A. S. Madame la Princeffe.
On va imprimer tout de fuite
du même Auteur les Octa.
vés du S. Sacrement & de
l'Affomption , les Myfteres de
Nôtre Seigneur , & de h
Vierge féparément , l'Avent ,
le Carême , les Dominicales ,
le tout prefché dans les meilleures
Chaires du Royaume.
Ses Panegyriques fe vendent
à Paris chez Jean muſier , ruë
du Petit-Pont , à l'image de
S. Antoine , proche la Fon;
taine de S. Severin.
GALANT.
179
I
Je vous ay déja fait voir en
quelle fituation ſe trouve aujourd'huy
la France , & vous
artendez que je vous parle de
celle du reste de l'Europe. La
difficulté n'eft pas petite , par
: ce qu'il eft malaifé de dire des
veritez fans offenfer ceux
dont on parle, quoy que fort
fouvent ces veritez n'ayent
- rien d'offençant ; mais les intereffez
font quelquefois fi
delicats , qu'ils ne fçauroient
fouffrir que l'on parle d'eux ,'
quoyqu'ils ne laiffent échaper
aucune occafion de parler des
autres. En effet , il n'y a point
180 MERCURE
d'Etat où l'on ſoit fi moderé
qu'en France , fur l'article des
Nouvelles publiques. On n'y
voit jamais le moindre mot
qui puiffe chagriner perſon .
ne , quoy que par tout ailleurs
on cherche à la déchirer;
mais c'eſt ce qui marque la
glorieufe fituation où elle ſe
trouve ; fielle eftoit malheu .
reuſe ,on la plaindroit. L'Empereur
fe voit aujourd'huy
dans un eftat tranquille , par
la Paix qu'il vient de faire avec
les Turcs ; mais cette tranquil.
lité eft due à la France , qui
depuis le regne du Roy , cal
GALANT: 181
I
84
S
me , ou fait remuër toutes les
Puiffances de l'Europe . Ce
Monarque eft fi redoutable,
quand il a les armes à lamain,
que toute l'Europe croit fe
devoir tenir fur les gardes ; &
quand il luy plaift de faire la
Paix , elle ne manque jamais
de l'imiter. C'eſt par cette
raifon que l'Empereur
a accepté
celle que le Roy a bien
voulu donner à tous les Princes
liguez contre luy Ce
Prince ne femêloit point des
affaires des Turcs , & la guerre
que S. M. I. avoit avec eux ;
eftoit en quelque façon re
182 MERCURE
gardée comme une guerre
qui eftoit hors de l'Europe ,
& qu'il eftoit libre à l'Empe
reur de continuër. Puis qu'il
ne l'a pas fait dans le temps
que les Turcs s'eftoient affoi.o
blis eux- mêmes par les troubles
qui ont fi longtemps regné
chez eux , & que l'Allemagne
n'avoit plus de guerre
à foutenir contre la France ,
il faut que l'Empereur fe foit
fenty bien foible , pour n'a .
voir pas profité de tant de
conjonctures favorables , ce
qui fait connoiftre la fitua
tion où il fe trouve aujour,
e
GALANT: 183
d'huy , fans qu'il foit befoin
d'en rien dire davantage. Ileft
certain qu'il a beaucoup ven
du & engagé de Terres & de
Principautez , qu'il ne fçaus
roit retirer. Il n'eft au deffus
des autres Princes que par le
etitre qu'il porte , les Pays he
reditaires font peu de chofe ,
& fes revenus ne font pas confiderables.
Ainfi il n'eſt puiffant
qu'avec les fecours des
Princes de l'Empire. Ces fe
- cours ne font qu'en Troupes,
ou en argent pour en entretenir
feulement pendant la
guerre ; ils n'augmentent
184 MERCURE
point ſes Finances , qui font
tres-mediocres, parce qu'il ne
joüit que du revenu de quelques
Païs Hereditaires , fa
qualité d'Empereur ne luy
donnant qu'un titre auffi one,
reux que glorieux . Ses Etats
ne peuvent lay fournir , comme
aux autres Souverains ,
dequoy acquitter les dettes
qu'il contracte fouvent pendant
la guerre , & dans
lefquelles l'Empire n'entre
point , de forte que pour être
puiffant , mais en Troupes
feulement , il faut qu'il foir
en guerre , & qu'il tienne
2
cetre
GALANT. 185
cette puiffance des Princes de
l'Empire , qui non feulement
font tous Souverains dans
leurs Etats mais qui tous en
femble compofent une espece
or de Jurifdiction Souveraine ,
formée de leurs Députez ; ce
que l'on appelle Diette . C'est
où l'on décide des Affaires
generales de l'Empire , dont
l'Empereur eft veritablement
le Chef ; mais un Chef qui
fe trouveroit fans Etats , s'il
n'avoit point de Païs Hereditaires.
Ainfi tout l'avantage
des Empereurs eft d'avoir le
pas fur les autres Souverains ,
Avril
1699
.
$
Q
186 MERCURE
& de commander pendant
guerre toutes les Troupes
de
l'Empire.
la
Iln'eft pas befoin d'un long
difcours , pour faire voir la
fituation où se trouve aujour
d'huy l'Espagne . Elle joüit de
la Paix que la France a bien
voulu luy donner , & fa
politique pour les affaires du
dehors n'eft guere en mouvement.
Chacun eft plus atten
tif à la fanté du monarque
,
qu'aux affaires de la Monarchie
, & penfe plus à l'avenir
qu'au prefent. Les uns prennent
des mefures pour eftre
GALANT: 187
maintenus dans leurs poftes ,
quand la mort de leur monar
que arrivera ; & pendant que
lesuns craignent de tomber ,
les autres travaillent pour s'é
lever lors que ce malheur arrivera,
Chacun fe nomme en
foy même un Succeffeur à la
Couronne , non pas felon le
droit des prétendans , mais
felon les interefts , & ils fe
préparent fecretement à foutenir
le choix que leur ambition
leur fait faire dans le fond
de leur coeur. Quoy qu'il pa
roiffe que la Reine gouverne
abfolument l'efprit du Roy , il
Qij
188 MERCURE
•
y a des momens, où ce Princè
paroift trop abfolu , ce qui
malgré fon autorité ne laiffe
pas de l'inquieter. Ceмonarque
fonge à bien mourir , &
cette Princeffe penfe à vivre
toujours avec la même autorité
. Elle a des Créatures &
des Ennemis ; elle a de l'efprit
& de la fermeté , la plufpart
des Grands ne luy difent pas
ce qu'ils penfent, & elle voudroit
bien le deviner. Le peu
ple eft le même qu'il eft par
tout ailleurs . On luy fait voulior
un jour une chofe , & un
autre jourune autre ,
de ma
GALANT. 189
O
niere qu'il nefçait ny ce qu'il
veut , ny ce qui luy convient;
& de quelques beaux jours
dont on jouiffe aujourd'huy
en Efpagne , ils font comme
ces beauxjours de l'Efté , qui
lors que les chaleurs font exceffives
, voyent ſouvent obfcurcir
l'air le plus ferein, par
de prompts orages qui s'y forment
en un moment.
Quant à l'Angleterre , fon
Parlement travaille à la mettre
dans une meilleure fituation
que celle où elle fe trou
ve prefentement . Tant que
la France & la Hollande ont
190 MERCURE
efté en guerre , & qu'elle eft
demeurée en Paix , l'argent eft
entré chez elle en abondan - a
ce, fans qu'il en foit forti. Son
commerce a fleury , & elle a
fait celuy que devoieut faire
les Nations en guerre ; mais
fitoft qu'elle a cru devoir
prendre les armes , elle a commencé
à travailler à fa ruine .
Il ne s'eft plus trouvé de Souverains
en Europe qui luy
ayent donné de l'argent pour
refter neutre , ou pour l'enga
ger à prendre party ; & loin
de faire le commerce pour les
autres Nations , tout le fien a
GALANT: 197
ceffé entierement , ou fi elle
a voulu le continuer en quelques
endroits, elle a perdu par
la prife de fes Vaiffeaux , qui
font tombez entre les mains
des François , la plus grande
partie des richeffes qui luy ve
noient desIndes , & ces mêmes
François ont pris fur les Anglois
une fi grande quantité
de toutes fortes d'autres Baftimens,
qu'ils ont eu pour rien
pendant la guerre tout ce qu'
ils eftoient obligez de leur acheter
pendant la Paix . Ou
tre cela , ces François ont
rançonné beaucoup d'autres
192 MERCURE
petits Baftimens , dontils ont
tiré de l'argent en efpece.
Les Anglois n'ont pû , pour c
deux raiſons , avoir que tres c
rarement le même avantage
fur les François ; premierement,
parce qu'à forces éga
les , il eft rare que les François
ne demeurent pas vainqueurs
de leurs Ennemis ; &
en fecond lieu , parce que la
France ayant beaucoup moins
befoin des autres Nations ,
que les autres Nations n'ont
befoin d'elle , avoit en mer
plus de Vaiffeaux de guerre ,
que de Baltimens chargez
de
GALANT. 193
de marchandiſes . Ce n'eft pas
tout ce qu'il y avoit de fâ .
cheux pour l'Angleterre dans
cette guerre- Ilparoiffoitque la
France avoit beaucoup d'Ennemis,
parce que les Troupes
de plufieurs Puiffances combattoient
contre elle ; mais
la plus grande partie de leurs
Souverains n'avoit rien à démefler
avec elle ; ils ne luy
demandoient rien , & la France
ne vouloit rien d'eux ; & fi
leurs Troupes groffiffoient les
Armées d'Angleterre & de
Hollande , ce n'eftoit que parce
qu'elles eftoient payées
Avril 1699. R
194 MERCURE
Par
ces deux Puiflances, en
forte qu'il en coutoic extré
mement à l'Angleterre , & ce
qu'il y avoit encore de plus
fàcheux pour cet: Etat , cleft
qu'il ne fe dépenfoit pas un
fal en Angleterre , de tout
Kargent qu'elle donnoit, tant
aux Troupes Etrangeres , qu
aux fiennes propres . Toutes
ces chofes font caufe qu'elle
s'eft trouvée tellement accablée
de dettes depuis la conclufion
de la Paix , qu'il n'y a
pas d'apparence qu'elle puiffé
de plufieurs ficcles redevenir
aufli floriffance qu'elle eftoit.
GALANT: 195.
La plus grande partie de l'ef
pece eft fortie de ce Royaume.
L'Angleterre a emprunté
, & emprunte encore tous
les jours ; elle doit la plus
grande partie des interefts de
afes vieilles dettes , & il faut
qu'elle trouve de l'argent pour
remplacer les non valeurs de
plufieurs fonds , que le Parlement
avoit donnez pendant
la¹® guerre , & qui n'ont pas
produit les fommes pour lefquelles
ils ont efté reçus.
Voilà l'eftat où fe trouve ce
Royaume , fans avoir profité
d'un pouce de terre pendant
-
Rij
• 196⋅ MERCURE
toute la derniere guerre . Elle
cherche prefentement à s'acquitter,
& ayant befoin pour
cela de toute l'economie
imaginable , elle caffe toutes
les Troupes qn'elle croit ne
luy pouvoir eftre d'aucune
utilité. Elle reconnoift fort
prudemment qu'une Ifle n'a
befoin que de Vaiffeaux pour
fe garder , & qu'il n'y a point
d'apparence, fuivant la fituation
des affaires de l'Europe
d'aujourd'huy , & la puiſſance
des Princes qui la gouvernent,
qu'une guerre heureuſe ou
malheureuſe puft finir autre.
GALANT: 197
C
ment qu'en la réduifant dans
les bornes ordinaires ; c'eft à
dire , que comme il feroit
tres- difficile de la fubjuguer,
il luy teroit également difficile
de conferver des conqueftes
au delà de la mer qui
l'environne
. Ainfi elle ne peut
jamais tirer de fruit d'aucune
guerre; mais il eft feur qu'elle
n'en peut jamais faire fans fe
ruiner , puis qu'il faudroit
neceffairement
que fon ar
gent paffaft au-delà de la mei
& cela eftant , il ne rentreroit
point chez elle . Elle a fait
la faute de le laiffer fortir tang
Riij
198 MERCURE
qu'a duré la dernière guerre;
& elle tâche à rétablir fes affaires
par fon economic . Elle
ne veut point garder de Trou
pes qui luy feroient inutiles ,
& luy couteroient beaucoup ;
mais comme elle n'apprehende
rien tant que le pouvoir
arbitraire , & que fes Souve
rains ne peuvent l'acquerir
que par là , elle trouve qu'il
eft de fa politique de n'en
avoir jamais un grand nombre
fur pied dans le Royau
me.
**
L'Angleterre a ofté trop
unie dans la derniere guerre
GALANT 199
avec la Hollande , pour mer
tre ici de l'espace entre les
Anticles qui doivent les regarder.
Quoy que leur union
ne foit pas aujourd'huy fi entiere
, jamais fi petit Erat n'a
fait dans le monde une fi
-belle figure mais auffi jamais
Etat ne s'eft il tenu fur
fes gardes avec tant de foin ,
my avec tant d'attention .
Tout luy faic ombrage , tout
l'inquiete ; & dés que la Fortune
rit cant foit peu aux
Princes qui peuvent y avoir
entrée , il croit aufli- toft qu'il
a juré fa perte ou celle de fon
R iiij
198 MERCURE
qu'a duré la derniere guerre;
& elle tâche à rétablir fes affaires
par fon economic . Elle
ne veut point garder de Trou
pes qui luy feroient inutiles
& luy couteroient beaucoup,
mais comme elle n'apprehende
rien tant que le pouvoir
arbitraire , & que fes Souve
rains ne peuvent l'acquerir
que par là elle trouve qu'il
eft de fa politique de n'en
avoir jamaisun grand nombre
fur pied dans le Royau
me.
L'Angleterre as ofté trop
unie dans la derniere guerre
GALANT. 199
avec la Hollande , pour mer
tre ici de l'espace entre les
Amicles qui doivent les regarder.
Quoy que leur union
ne foit pas aujourd'huy fi entiece
, jamais fi petit Etat n'a
fait dans le monde une fi
belle figure mais auffi jamais
Erat ne s'eft il tenu fur '
fes gardes avec tant de foin ,
my avec tant d'attention .
Tout luy faic ombrage , tout
l'inquiete ; & dés que la Fortune
rit tant foit peu aux
Princes qui peuvent y avoir
entrée , il croit auíli- toit qu'il
a juré fa perte ou celle de fon
R iiij
200 MERCURE
Commerce. Comme il s'eft
fouftrait de la Puiffance d'Ef
pagne , il craint de lui voir
un jour affez de force en main
pour fe reflaifir de fon bien.
Il craint que la France n'at
tente fur fa liberté , ou parce
que le voisinage rend les Provinces
à fa bien- féance ,
parce que fi le Roy d'Efpagne
venoit à mourir , cette .
même France , fi on rend
juftice aux droits de Mon.
feigneur le Dauphin , feroit
en droit , de redemander un
jour cette portion de la Couronne
d'Efpagne , & qu'il eft
ou
GALANT. 201
dangereux d'avoir un ennemy
auffi
redoutable que la France
, qui eft feure de réüffir
dans tout ce qu'elle entre
prend . C'eft ce qui fait que
la
Hollande
apprehende telle
ment
aujourd'huy la mort dư
Roy
d'Espagne , que fes actions
hauffent & baiffent tous
'les jours dans cet Etat , felon
qu'on y apprend de bonnes
ou de mauvaiſes
nouvelles
de la fanté de ce
Monarque.
Cette
Republique , toûjours
inquiete pour le maintien
de
fa liberté, fe
perſuade que la
France
conferve trop de trous
202 MERCURE
10
pes dans un temps de paix ,
& que l'Angleterre n'en laiffe
pas affez à fon Roy pour
fecours des Provinces de le
Hollande en cas de befoin
Elle s'en referve elle- même . I
plus qu'elle ne doit pendant
la paix , quoy qu'elle foit tel
lement enderrée , que quel
ques unes de fes Provinces
refufent par impoffibilité , de
contribuer à fes dépenses.
Elle voit avec beaucoup de
chagrin les troupes Hollandoiles
nouvellement arrivées
d'Angleterre , fans avoir efté
payées des arrerages qui leur
GALANT 203
font dûs , parce qu'elle fe
trouve obligée de les entre
tenir , quoy que fon Etat
de Dépenie pour la guerre
foit reglé pour cette année.
Enfin fon agitation eft fi
grande pour ce qui regarde
la confervation de la liberté ,
qu'on s'y forme fouvent des
chimeres dont on apprehens
de les fuites , avec autang
d'inquietude , que l'on pour
roit en avoir far les veritez
les plus conftantes. Quoy
que l'Etat de Hollande foit
fort petit , il y a plus de gens
qui difent & qui écrivent des
204 MERCURE
nouvelles , que dans le reste
du monde . Il ne faut pas
s'en étonner , puis qu'on y
écrit plus librement qu'ail
leurs , même en temps de
paix. Quand la même liberté
feroit permife en France , je
ne vous en dirois pas davantage
, puiſque depuis vingttrois
années je n'ai cherché
à dire du mal de perfonne ,
& que fi jay chagriné quel
qu'un , ce n'a jamais efté de
deffein formé. Je içay qu'un
peu de felcontribue beaucoup
au débit d'un Livre : cepen .
dant j'ai lieu de me louer du
GALANT. 205
public, qui a fouffert fi longtemps
les miens .
Quoique la Pologne n'ait
point de Guerre à foutenir
prefentement , elle n'est pas
dans une fituation plus tran--
quille. Les Polonois ont eu
de tout temps une antipatie
furieuſe pour les Allemands ,
& ceux qui font aujourd'huy
en Pologne ne contribuent
pas peu à l'entretenir par les
defordres qu'ils y commertent.
D'ailleurs , ces Peuples
ont toûjours aprehendé que
s'ils avoient un Roy Allemand
, il n'eftablift chez206
MERCURE
eux la Puiffance Arbitraire.
Ils en ont un dont les Trou.
pes trop nombreuſes dans le
Royaume leur donnent de
l'ombrage ils voudroient
qu'elles en fortiffent , & le
Roy fe fert de toute la pru
dence imaginable pour lesy
faire demeurer. On attend
une Diettegeneralle , où cha
cun fera connoiftre fes rai
fons , & agir fa politique.
Monfieur le Duc de Sa
voye cftant un Prince vif ;
penetrant , & toûjours occu
pé des foins de fon Eftat , a
retably en tres peu de temps
GALANT: 207
J
A
le defordre que la Guerre
avoit mis dans les affaires , &
rangé à leur devoir des Peu
ples qu'il paroiffoit impoffible
d'y reduire , enforte qu'il
eft en eftat de fe faire crain
dre de les voifins , dont quelques
uns , dit-on , l'aprehen
dent,
La Republique de Venife,
aprez avoir foûtenu glorieu
fement la Guerre contre les
Turcs , vient de faire voir fa
fageffe , & la moderation , en
fignant la Paix , je ne crois
pas qu'il foit befoin d'en di
re davantage pour me faire
entendre.
•
208 MERCURE
Je ne parle point des Puiffances
qui n'ont point eu de
part à la derniere Guerre , ou
qui n'en ont eu que par les
Troupes qu'elles ont louées.
Comme rien n'a efte dérangé
dans leurs affaires , & que le
calme eft demeuré chez eux , il
ne s'y paſſe rien d'aflez extraordinaire
pour donner lieu
d'en parler , mais je puis
vous affurer que prefentement
que je fuis quitte de
ma promeffe , je vous appren
dray tous les mois en trespeu
de paroles , ce qui fe fea
ra paffé dans les principaux
GALANT. 209
Etats de l'Europe .
Jay oublié à vous mander
la mort d'une perfonne
auffi confiderable par la naiffance
que par fon grand âge,
arrivée dés le mois de Fevrier
edernier. C'eft celle de Meffire
Joachim de Montaigu Vicom.
te de Beaune , Marquis de
Bouzols , Comte d'Aps Ilant ,
Seigneur de la Ville de Pradelle
, Seigneur de Saint Mar.
cel d'Ardeffe , Framigeres ,
Domylac , Plaufac , la Mothe
Bremont , Baron de Montglandin
& autres Places , decedé
à Saint Cravat des Arde-
Avril 1699 .
4
S
}
208 MERCURE
ou
le
Je ne parle point des Puilfances
qui n'ont point eu de
part à la derniere Guerre ,
qui n'en ont eu que par les
Troupes qu'elles ont louées.
Comme rien n'a efté dérangé
dans leurs affaires , & que
calme eft demeuré chez eux , il
nes'y paffe rien d'aflez extraordinaire
pour donner lieu
d'en parler , mais je puis
vous affurer que prefente.
ment que je fuis quitte de
ma promeffe
, je vous apprendray
tous les mois en trespeu
de paroles , ce qui ſe ſera
paffé dans les principaux
•
GALANT. 209
Etats de l'Europe.
1
Jay oublié à vous mander
la mort d'une perfonne
auffi confiderable par la naiffance
que par fon grand âge,
arrivée dés le mois de Fevrier
dernier. C'est celle de Meffire
Joachim de Montaigu Vicom .
te de Beaune , Marquis de
Bouzols , Comte d'Aps Ilant ,
Seigneur de la Ville de Pradelle
, Seigneur de Saint Mar.
cel d'Ardeffe , Framigeres ,
Domylac , Plaufac , la Mothe
Bremont , Baron de Montglandin
& autres Places , decedé
à Saint Cravat des Arde--
Avril 1699 .
3
S
210 MERCURE
ches à deux lieues du Pont
Saint Eſprit dans fa quatrevingt
-dix - feptième année.
C'eft l'ayeul de M' le Marquis
de Bouzols , Mestre de Camp
du Regiment Royal - Piedmond
, qui époula comme
vous fçavez le 15. May 1696.
Mademoiſelle de Croiffy,foeur
de M' le Marquis de Torcy ,
Miniftre , Secretaire d'Etat &
grand Treforier des Ordres
du Roy. Sa Maiſon eft orinaire
de Languedoc où elle
poffede encore beaucoup de
grandes Terres , & entre autres
la Comté d'Aps qui lui
C
GALANT. 214
I donne le droit de Seance aux
Eftas, comme Baron par tour.
Elle a donné un Grand Maiftre
à l'Ordre de Malte il y a
plus de trois ficcles nommé
Guerin de Montaigu , Le def
funt avoit un oncle Paternel ,
Grand Prieur de Touloufe,
Ambaſſadeur de l'Ordre de
Malte en France , Lieutenant
de Roy de la Ville & Citadel.
le de Cuis fous M' le Duc d'Epernon
. Chriftophe , Vicomte
de Beaune , fon oncle mater
nel, Lieutenant General pour
le Roy en la Baffe Auvergne,
mourant fans enfans , l'infti
Sij
212 MERCURE
tua fon heritier univerfel à la
charge du Nom & des Armes
de Beaune qu'il écartelle avec
celles de Montaigu . M le
Vicomte de Beaune dont je
vous apprens la mort , a efté
marié deux fois ; la premiere
avec Dame Marie de la Baume
de Suze , & laſeconde avec
Dame M. d'Avezune de Caderouffe
. Il n'a eu des enfans
que de la premiere , qui eftoit
fille de François de la Baume
Comte de Suze , Lieutenant
General pour le Roy en Provence
, Chevalier de fes Or
dres de la quatriéme création
GALANT: 213
faite par Henry III . le dernier
= jour de l'an 1581. & de Cathe
rine de Cuvillon Breffieux fa
feconde femme , foeur du .
Comte de Rochefort , du dé
funt Evêque de Viviers , mort
le plus ancien Prélat de la
Chrétienté , & des Marquifes
de Guelandes , de Chambonas
, & de Taillades . De ce
mariage il ne refte qu'un fils
unique , Meffire Remy - Antoine
de Montaigu , Vicomté
de Beaune par la mort de fon
pere ,Marquis de Bouzols , &
autres Places , qui a épousé
Dame Anne Gabrielle ed
214 MERCURE
Beaufort Canilhac- Montra
ver , fille aînée de Maximi
lien de Beaufort - Canilhac
Montravet , Comte d'Autel
rive , & de deffunte Dame
Felicité d'Auzon , heritiere
de Montravet , fon époule.
Mr le Vicomte de Beaune
d'aujourd'hui a trois enfans
de fon mariage , qui fontJoa
chim de Montaigu , marquis
de Bouzols , meftre de Camp
du Regiment Royal Piemont,
Maximilien de Montaigu
dit le Comte de Bouzols ,
Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoifes , & Mr le
GALANT. 215
ма- Chevalier de Bouzols , major
du Regiment Royal Pie
mont. Mr le Marquis de Bouzols
, qui a époufé Mademoifelle
de Torcy , s'eft diftingué
à la bataille de Fleurus , ou
il fut bleffé à la tefte de fon
Regiment dans la même année
qu'il en avoit eſté pourvû
apar la démiffion de Mr le
Marquis de Rivarollés . Il eut
l'honneur au mois de Juillet
1696. d'eftre choisi pour oftage
de la Tréve de Savoye
avec мr le Comte de Teffé ,
dont il eft parent tres - proche
; & l'année derniere il
#
216 MERCURE
alla en Lorraine en quali
té d'Envoyé extraordinaire ,
complimenter Monfieur le
Duc de Lorraine fur fon retour
dans fes Eftats ; il en fut
regalé d'une Boëte à Portrait
enrichie de Diamans ,
Meffire Pierre Benoife eft
mort au commencement de
ce mois âgé de prés de qua,
tre -vingt - trois ans. Il n'en
avoit que vingt & un quand
il fut reçû Confeiller au Grand
Confeil. Aprés avoir exercé
cette Charge pendant feize
années avec l'integrité & l'application
d'un bon magiftrat,
il
GALANT. 217
1
ilfongea à une vie retirée, qui
l'a rendu eftimable par les exercices
de charité qu'il a pras
tiquez en toures occafions, &
par fa grande modeftie . Il
eftoit le dernier des Enfans de
Charles Benoife , Secretaire
du Cabinet de Henry III.
connu dans l'Histoire par fa fidelité
& par l'attachement inviolable
qu'il a eu pendant les
temps les plus difficiles à la
perfonne de ce Prince , qui
avoit créé cette Charges de
confiance en fa faveur &
qui l'honora de Commiffions
des plus importantes & tress
Auril 16996 Τ
218 MERCURE
fecretes. Jamais Sujet & Do
meftique n'a plus marqué de
reconnoiffance envers fon
Roy & fon Bienfaicteur , par
les dépenfes extraordinaires
qu'il fit pour les Funerailles
de ce Prince , par les Services.
qu'il a fondez à Saint Cloud,
& aux Feuillans de Paris , &
par les Medailles qu'il fit fraper.
Aprés la mort de Henry
III. il fe retira de la Cour,
& fut Maistre des Comptes ,
avec Lettres de Confeiller
d'Etat. Il eftoit petit - Fils de
Jean Benoife , procureur . du
Roy à l'Hoftel de Ville de
paris en 1526. Il paroiſt parles
GALANT. 219
Regiftres de la Ville de ce
temps- là , qu'il avoit plufieurs
Commiffions
importantes.
Charles Benoife , Secretaire
du Cabinet , & Maistre des
Compres à Paris , avoit épou
fé Helene Paffart , Fille de
Pierre Paffart , Notaire & Secretaire
de la Cour de Parlement
de Paris , & il en avoit
eu cinq Fils & deux Filles . Les
Fils font, Henry Benoife, mai.
ftre des Comptes , Pere de
Charles Benoite , & d'Helene
Benoife , qui a épousé François
Menardeau , Maistre des
Requeftes ; Charles Benoife,
Tij
2020 MERCURE
Confeiller de la Gran a'Chambre
, François Benoife , Saigneur
de Tachainville ; Au
bin Benoife, de Germenon.
ville , Confeiller, an Grand
Confeil , & Pierre Benoife
qui vient de mourir . Adrienne
Benoiſe , Laînée des filles,
époufa Pierre Hallé , Com
feiller au Parlement , & Mar
rie Bonoife fut marida avec
Pierre. Brifnac , mort Sous-
Doyen de la Grand Chambrer
Ces deux foeurs ont laiſſé à
Pierre Benoife , pour neveux
aujourd'huy vivans , le Com
mandeur & l'Abbé de Brif
"
GALANT: 201
hac pour petits - neveux
de Pontcarré Confeillar
-d'honneur , & Mrs de Brif
mac, de Bragelogne , de Bullion
, de Demain , & Confillers
au Parlement , de Brif
-nac Capitaine au Regiment
des Gardes , le Marquis de
Buffy , de Merval , & le Comte
de Morans , Megrignya &
pour sarriere petits meveux ,
Mde Pontcarré Maitre des
Requeftes , & Mrs de Pont-
Canré Durant , & Bochant de
Saron , Confeillers au Parle
meat , Pierre Benoife doni je
vous apprens la mort , laiffe
Tiij
222 MERCURE
huit enfans de Catherine de
Ricouart , quatre fi's , quatre
filles Religieufes . Charles Benoiſe
l'aîné , qui a efté Confeiller
en la premiere des Enqueftes
, & qui eft à prefent
Confeiller d'honneur au Par-
ร
lement , a épousé Marguerite
Pichon petite fille de Denis
Pichon Secretaire du Roy ,
qui eftoit de la famille de ce
nom, qui a poffedé des Charges
confiderables au Parlement
de Bordeaux . Ils n'ont
qu'un fils encore jeune. L'aî
née de leurs filles a épousé
M Grüin Garde du Trefor
GALANT . 223
Royal , dont la famille eft alliée
à celles de Montbron
de Mouy , de Riberpré , Brû
lard Bragelogne , & de
. Choify. Le fecond fils de
Pierre Benoife , eft François
Abbé. de S. Faune de Montreüil
fur mer , & Catherine
d'Amiens . Le troifiéme , cft
Philippe Benoife Chevalier.
de Malthe , qui eftant Lieu
tenant de Vaiffeau , & Capitaine
d'une Compagnie
de la
Marine en 1694. attaqua fi à
propos & avec tant d'intre
pidité les Anglois , qui vouloient
faire une defcente à.
Т
Tiiij
224 MERCUR
Camaret prés de Breft , qu'il
les força de fe retirer avec
une tres-grande perte de leur
part. Le Roy le fit Capitainel
de Vailfeau dans le moment
que la nouvelle en fut arri
vée. Le quatriéme fils eft
Charles Pierre Benoiſe , auffi
Chevalier de l'Ordre de Mal
the & Profés. Depuis longtemps
il n'a manqué aucunes
occafions de fervir fa Reli
gion. Catherine de Ricoüart
leur mere , eft fille de Jacques
de Ricoüart Sr de S. Georges
& de Catherine le Peultre ,
& petite niece & heritiere
GALANT
225
d'Antoine de Ricouart Con.
feiller au Parlement de Paris
en 1584. conjointement avec
fes deux freres Antoine de
Ricouart Maistre des
ftes , & Jacques de Ricouart
de Reque
1 Seigneur d'Herouville Mai
I tre d'Hoftel du Roy , dont
le fils eft auffi Maître d'Ho.
tel du Roy. Les enfans d'An.
toine Maître des Requeſtes )
il y en a un Colonel du Re
giment de Hainaut , & deux
Lieutenans de Vaiffeau. La
famille de Ricouart eft aliée
à celles de Pinon , de la
Prince de la Bretonniere , de
226 MERCURE·
&
t
Camus & Bonnes , de Doujat ,
de Charpentier , Rouillier ,
d'Arbaletre Vicomte de Melun
, de Somenville , du
Royer , & de Gaumont.
Voicy les noms de plus
fieurs autres personnes diſtinguées
mortes pendant les mois
de Mars & d'Avril .
Meffire Nicolas Boitet
Chanoine de l'Eglife de Paris,
Prieur & Seigneur de Ceffe ,
mort âgé de foixante ans .
Dame Marie de Boylefve ,
veuve de Meffire Louis Guibert
, Seigneur de Buffy , de
Couilly , de Gagný & autres
lieux.
GALANT. 227
Dame Anne Foucher, épou
fe de Meffire Guillaume Jaf
faud , Seigneur de la Borde
Vernou , Dugué & autres lieux,
Confeiller du Roy en la Cour
de Parlement .
Meffire Jean de Francs Seigneur
d'Anglure en Mafconnois
; il eftoit fils puifné de
Jacques de Francs Vicomte
des Sertaux , Seigneur d'Anglure
, мoffi & autres lieux , &
de Dame Jeanne de Rougemont
de Pierreclos fon épous
fe. Son Aycul eftoit de la Maifon
d'Albon , Saint Forgeux ,
puifnée de celle des Dauphins
228 MERCURE
de Viennois qui ont donné le
Dauphiné aux Roys de France.
Celuy dont je vous ap
prend la mort avoit époulé
Dame Anne Charreton , veuve
d'un Gentilhomme de la
Maifon de Rolin fi connûe
en Bourgogne par un Chan
celier & un Cardinal de ce
nom. Il ne laiffe point d'en
fans d'elle , la Maifon de
Franos eft une des plus an
ciennes & des plus confidera
bles du Mafconnais & fort
renommée dans l'Histoire &
les Antiquitez de certe Pro .
vince : Elle eft alliée à celles
GALANT. 229
de Fouldras , Sainte Colom
be , de Thalaru , du Thil
Buffeuil , Saint Cernin , Al
bon , de Cremeau , Rouge
mono & plufieurs autres des
premieres du Royaume.
Dame Jeanne Angelique le
Roux, Epouſe d'Aymé Server.
Ecuyer Seigneur du Pin & de
& de Vramaye , Confeiller
Secretaire du Roy & du Parle
ment , ancien Avocat Baronnier
, & Receveur des Config
gnations des Requeſtes du
Palais IN
Jacques Menant, Sousdayen
des Auditeursordinaires en la
230 MERCURE
Chambre des Comptes. Il n'a
point laiffé d'Enfans.
Baptifte Monnoyer , Pein
tre ordinaire du Roy , Confeiller
enfon AcademieRoya
le de Peinture & Sculpture ,
mort à Londres en Angleter
re , où il eftoit allé avec permiffion
du Roy. Il eftoit con
nu fous le nom du Sieur Baptifte
, & eftoit un des plus habiles
Peintres pour les fleurs.
Il laiffe entre autre Enfans
une Fille , qui la épousé Mª de
Fontenay , auffi Peintre pour
les fleurs , des plus eftimez &
des plus fameux de la même
GALANT: 237
1
A
Academie Royale de Peinture
& Sculpture.
M Burer , Sculpteur du Roy,
ancien Profeffeur de l'Acade.
mie Royale de Peinture &
Sculpture. Ileftoit tres- habile,
& auroit efté un des premiers
Sculpteurs de fon temps ,fans
fans la perte de la vûë qui luy
arriva lors qu'il eftoit le plus
employé. Auffi le Roy le con
fidera particulierement , & le
gratifia d'une penfion , dont
il a jouy jufqu'à la fin de fa
vie.
Louis Ferrand , ancien Avo
cat au Parlement, Cenfeur des
232 MERCURE
Livres , principalement de la
Langue Grecque , pour M' le
Chancelier. Il eftoit de Toulon,
&a donné plufieurs ouvra
ges fçavans d'Hiftoire fainte ,
de Theologie , d Hiftoire Ec.
clefiaftique , eftant fort verſé
dans ces Sciences , & ayant
penfion du Clergé pour fa
grande capacité. Ha laiffé
quelques manufcrits , dont il
yaa
licu de croire qu'on fera
part au Public.
*
Maffire Jean Gerbais , Dos
cteur en Theologie de la mai
fon & Societé de Sorbonne ,
Profeffeur du Roy en Elog
GALANT 233
"
quence au College : Royal ;
• Čenleur des Livres pour M'le
Chancelier , & ancien Princi
pal du College de Reims , fon !
dé en l'Univerfité de Paris.
Il eftoit de Reims , & a donné
au Public pluſieurs Ouvrages
de : Theologie & de Droit Canon
, dans lesquels il a fou
ténu fortement des Libertez
de l'Eglife Gallicane.
2
Dame Marie Bruflard, Veu,
ve de mellire Nicolas Louis
de l'Hospital , Marquis de Vi,
try, Ambaſſadeur pour le Roy .
en Pologne. Elle eftoit âgée
de foixante & quatre ans , &
Avril 1699. V
234 MERCURE
Fille de Nicolas Bruflard , Sei
gneur du Boullay , Chambel-
Ian de Monfieur le Duc d'Or.
leans , & de Marie Cerifier , &
Petite- fille de Pierre Bruflard,
Seigneur de Crofne & de Genlis
, Secretaire d'Etat.
Meffire Arnault Marin ,
Chevalier , Seigneur de la
Chaftaigneraye , Conſeiller du
en fes Confeils d'Etat & Privé,
& direction de fes Finances ,
cy devant premier Prefident
au Parlement de Provencè , &
Maistre des Requeſtes hono
raire. Il eftoit Fils aîné de M
Marin , Intendant des Finan
es.c
GALANT: 235
Meffire André Bazin , Curé
de l'Eglife Paroiffiale de Saint,
Pierre des Arcis de Paris , Il a
mené une vie exemplaire ,
édifiante , & toute fainte. M
l'Archevêque de Paris a nom
mé à cette Cure M' Morand ,
Docteur de Sorbonne ,Vicaire,
de Saint Jacques de la Boucherie
, & ancien Vicaire de
Saint Germain de l'Auxer
rois.
Meffire Mathieu Arundell,
Anglois de Nation , mort à
Paris âgé de dix - fept ans. Il
eftoit Fils de Milord Arundell,
Comte du Saint Empire , Ba
Vij
236 MERCURE
ron de Wardour , Pair d'An
gleterre .
Dame Françoife Briçonnet
, Veuve de Meffire Henry
Thibault , & Seigneur de
Beaurain , Maiftre ordinaire
en la Chambre des Comptes
de Paris. Elle eftoit de l'illuftre
Famille des Briçonner , &
Soeur de Clemence Briçonner,
qui a épouſé Denis Maréchal,
Seigneur patron de Vaugirard
prés paris , Confeiller en la
Cour des Aides.
Le 4. de ce mois , Jofeph-
François de Ponteves , heritier
de la Maifon de Buotes , épouſa
GALANT. 237
1
Loüife Alexandrine Dupuy ,
heritiere de la Maiſon de
Montbrun. La Maifon de
Ponteves eft fi ancienne ,
e qu'on ne fçauroit remonter
jufqu'à fon origine ; mais on
fçait qu'un des Cadets de la
Maifon du Gouft , prit autre,
fois le nom de Ponteves.
Quant à celle Dupuy , ou de
Podio , il fuffit de dire que le
premier Grand maistre des
Hofpitaliers de Saint Jean de
Jerufalem en eft . Cette Genealogie
vient d'eftrè mife au
jour par l'Auteur de l'hiftoire
du Marquis de Saint André.
238 MERCURE
Le Roy a nommé Meffire
François Kerchent de Coëttenfoà
l'Evêchéd'Avranches
,
fur la démiffion volontaire de
Mt Huct , cy devant Sousprécepteur
de Monſeigneur le
Dauphin , à qui le Roy a don
né l'Abbaye de Fontenay prés
de Caen , que poffedoit auparavant
feu M' de Chamarande
. M' l'Abbé de Coëttenfo
eft Frere du Marquis de ce
nom , Lieutenant des Che .
vaux - legers de la Garde : qui
a épousé la Fille unique de
M Bertaud de Freauville ,
Confeiller au Parlement.
GALANT. 239
La Treforerie de la Sainte
Chapelle de Paris aefté donnée
à M l'Abbé de Champi
gny , Doyen de l'Eglife Ca
thedrale de Chartres. Il eft
Fils de M' Bochard de Champigny
, maiftre des Requeſtes,
Intendant de Normandie &
de Bourbonnois , & Petit fils
de M Bochard de Champi
gny , Prefident au Parlement
de Paris. Ilaun Frere Evêque
deValence,un autre Intendant
en Canada , & un autre Prevoft
de l'Eglife de l'Ifle .
Mr l'Abbé de Montmorel ,
Aumônier de Madame la Du240
MERCURE
cheffe de Bourgogne , & Frere
de M. l'Abbé Delaleurs , fi fameux
par fes Prédications , a
efté pourvû de l'Abbaye de
Launoy , ainsi que M' Anfel
me , du Prieuré de Saint Pier
re Saint Paul de Bouteville en
Saintonge. Il y a longtemps
qu'il prêche avec de grands
applaudiffemens à la Cour , &
dans les meilleures Chaires de
Paris , & le Roy de fon propre
mouvement a recompenfé fon
merite , & la vie exemplaire
qu'il mene , en luy donnant
ce Benefice.
Il eſt arrivé une grande ré
volution
GALANT. 241
volution à Thunis , au mois
de Decembre , & la nouvelle
n'en est arrivée que depuis
fort peu de jours , par des Bâtimens
de la Compagnie du
Cap- Negre. Rumadan Bey ,
aprés la mort de fon Frere
Haly Bey , arrivée il y a environ
trois ans , fe faifit de la
Charge de Bey , fous prétexte
de la minorité de fon Neveu
Fils d'Haly . Cette Charge eft
la premiere du Royaume ,parce
que le Bey commande toujours
les Armées , qu'il eft
Maure de Nation , qu'il leve
le Carache, &paye les Trou
Avril 1699. X
242 MERCURE
T
4
pes. Rumadan l'exerçoit depues
trois ans avec affez de
tranquillité. L'envie qu'il eut
de fe l'affurer , l'engagea à
faire crever les yeux à fon
Neveu , qu'il tenoit enfermé
dans un Chateau de campagne.
Ceux qui furent commis
à cetre cruelle execution , ne
s'en acquitterent pas bien . Il
s'eſt trouvé dans la fuire qu'il
luy eft resté un oeil , dont il
voit fort clair , ce qu'il a caché
adroitement à fon Gardien
. Ce jeune homme en cet
eftat a eu le bonheur de ga-
-gner des Soldats de la Garde,
2
GALANT 243
jufqu'à les porter à étrangler
fon Geolier , ce qui luy ayant
procuré la liberté , il le retira
chez une Nation de Maures
montagnards , qui ont pris les
armes pour luy. Il fit courir
quelques Billets dans l'Armée
de Rumadan fon Oncle , qui
fetrouva fi abandonné de tou .
te la Nation , qu'ayant eſté
obligé de fuir du cofté de la
Marine , il a esté pris , & fur le
champ on luy a coupé la tefte .
Le Neveu a efté remis dans la
Charge de Bey de feu fon Pere
; & tout cela s'eſt paſſé fi
heureufement , & en fi peu de
X ij
244 MERCURE
temps , qu'il n'eſt arrivé aucun
dérangement
au commerce.
Je vous ay dit dans le Jour.
nal qui regarde l'Ambaſſadeur
de Maroc , & qui eft au commencement
de ma Lettre ,
que cet Ambaffadeur avoit
prié M de Caffini d'écrire
aux Aftronomes de Maroc .
Voicy en quels termes il l'a
fait.
GALANT: 245
-
LETTRE
DE M DE CASSINI ,
Aftronome de l'Obfervatoire
Royal , aux Aftronomes
de Fez & de Maroc.
I
Ambaffadeur de vostre
grand Roy , qui pendant le
temps de fon fejour en France , a
donne des marques d'efprit & de
fageffe , eftant venu à l'Obfervatoire
Royal , a confideré la magnificence
de ce Baftiment , deftiné
aux Obfervations Aftronomiques ,
comme un monument éternel de la
protection que noftre grand Mo
2
*
X iiij
246 MERCURE
narque Louis le Grand , donne aux
Sciences les plus fublimes , & les
plus utiles à la focieté humaine.
Il a admiré fa constructionfinguliere
, & confideré attentive.
ment les Inftrumens & les Machines
dont il est fourny , & en a
voulu fçavoir diftinctement les
ufages. Il auroit fouhaite que vous
euffiez les mêmes commoditez d'exercer
les talens que vous avez
pour l'Aftronomie. Il nous affurez
que vous en avez des Ecoles
nombreuses , & que vous vous
affemblez en certain temps de l'année
pour conferer vos Obfervations,
en tirer des confequences
. Vous
GALANT 247
êtes dans un climat tout propre pour
les obfervations
du Ciel , où elles
ont eftécultivées parles plus celebres
Aftronomes de toute l'Antiquité.
Nous ne confiderons pas comme
de fimples fables les découvertes
d³ Atlas , Roy de Mauritanie , qui)
ayant inventéla Sphere arcficielle,
donnafujet aux Poëtes de dire ”
qu'ilfoutenoit le Ciel, & que dans
ce travail , ilfur foulagé par Her.
cules , qui fut fon Difciple dans
l'Aftronomie
. Le plus celebre de
nos anciens Poètes heroïques , éleve
magnifiquement
ce qu ' Atlas enfei
gna des Eclipfes du Soleil
la Lune , des conftellations di
de
X iiij
248 MERCURE
Ciel , qu'ilfait le fujet des Cantiques
qui fe chantoient fur les
inftrumens en Afrique aux Feftins
des Princes , avant l'Empire des
Cartaginois.
5
Les plus anciens Poëtes dela
Grece , en reconnoiffance de fes
belles Inventions , ont porte au
Ciel les noms de toute la famille
d'Ailas , les donnant aux Etoiles
de la plus petite , mais de la plus
remarquable conftellation , qui est
celle des Pleyades , dont chaque
Etoile porte le nom propre defes
Filles telle
qu'on le lit encore au- .
jourd'huy dans nos Catalogues
modernes. On les comptoit ancien ,
GALANT. 249
ils
nement au nombre de fept ; mais
rapportent qu'il y en eut une
qui fe cacha dans l'embrasement
de Troye ; ce qui peut eftre pris
pour une Epoque de l'obfervation
de quelques Etoiles fixes , quife
voyent pendant quelque temps
fe rendent enfuite invifibles .
Nous en avons obfervéplufieurs
de nos jours , &je croy que vous.
en avez obfervé auffi ; car M.
l'Ambassadeur m'affure qu'il ya
parmy vous un Aftronome qui
découvrit il y a trente ans une
nouvelle Etoile , qui s'eft depuis
vûë tous les ans. Je ne sçay fi elle
ne feroit point une des trois qui
250 MERCURE
Sefont wie's diverfes fois en cefieele
difparoiftre , dans la paroiftre
constellation du Cigne , ou une dans
le cou de la Baleine , qui depuisuns
fircle a esté prife icy plufieurs fois
pour nouvelle , & qu'on a depuis
trouvé qu'elle fe cache tousles ans
&retourne au même degré declar
sé d'onze mois en onZe mois , avec
quelque irregularité.
Je donneraya Ml'Ambaßs.
deur quelques exemplaires d'une
Carte qui comprend toutes les
Constellations visibles dans ce cli
mar de Paris , où cette Etoile eft
décrites
"
•Fy ay auſſi marqué deux obe
GALANT. 251°
minsparoùfont rétournées des Co.
metes que j'ay obfervées . CeT
e font
des endroits du Ciel qui méritent
d'eſtre regardez attentivement de
temps en temps , pour voir s'il n'y
paße pas d'autres Cometes . Les
dernieres qu'on a vuës icy eſtoient
fi petites , qu'elles n'ont efté apperçues
que des Aftronomes dans les
Obfervations. Nous ne fçavons
pas fi elles ont estévûës ailleurs.
Les Obfervations qu'on auroit
faites , tant de ces Comeres , que
des autres apparences celeftes , me
feroient tres agreables.
Je prie Mrde la Croix , Interprète
du Roy, & Profeffeur Royal
252 MERCURE
de la Langue arabe , d'ajouter à
la Carte que j'envoye , les éclair.
ciffemens qui feront neceffaires
dans voftre Langue. Je prie Dieu
de tout mon coeur de vous donner
les plus hautes & les plus impor
tantesconnoiffances du Ciel,
?
Le 21. de ce mois , M' le
Comte de Jerzey , Ambaffa
deur Extraordinaire d'Angleterre
,eut Audience de congé
du Roy, où il fut conduit avec
les ceremonies accoutumées ,
par M le Comre de Marfan
& par мr le Comte de Brereüil
, Introducteur des AmGALANT
293
baffadeurs. Il retourne en Angleterre,
parce qu'il y eft nom.
mé Secretaire d'Etat . C'eft un
homme d'érudition , qui aime
les Sciences & les belles Letrres
.M' le Comte de Manchefter
luy doit fucceder.
Les Lettres venuës de Quebec
par les derniers Vaiffeaux
nous ont appris que мeffire
Louis de Buade , Comte de
Frontenac &de Palluau , Gou
verneur General de la Nouvel
le France de l'Acadie , de
l'Ile de Terre-acuve & Terres
qui en dépendent , y mourut
le 28. Novembre dernier,
254 MERCURE
2
en la foixante & dix- huitième
année. C'eftoit un homme
d'un fort grand merite, qui
aimoit les gens de Lettres, &
qui par les manieres honneftes
s'eftoit toujours fait un
fort grand nombre d'Amis.
Il foutenoit fa naiffance par
toutes fortes de qualirez efti
mables. Son Aycul Antoine
de Buade , S de Frontenac,
Baron de Palluau , Capitaine
des Chateaux de S. Germain
en Laye premier maiſtre
d'Hofel du Roy épouſa Anne
de Secondar , de Jaquelle
il cutentre autres Roger, Ab-
1
GALANT. 255
8
bé d'Obazine , & Henry, de
-Buade , Comte de Palluau
& de Frontenac , qui d'Anne
Phelypeaux , Fille de Re-
#mond Phelypeaux , Seigneur
d'Herbaud , Treforier de l'Epargne
, puis Secretaire d'Estat
, & de Claude Gobelina
laiffé Louis de Buade , Comic
de Frontenac, dont je vous apprens
la mort. Anne , Veuve
de François d'Efſpinay , Marquis
de Saint Luc , Chevalier
du Saint Elprit , & Lieutenant
General au Gouvernementde
[Guienne , [ & Henriettel.de
Buade , Femme de Henry-
..
256 MERCURE
Louis Habert, Sieur de Montmort
, de l'Académie Françoife
, mort Doyen des maiftres
des Requeftes .
Le Gouvernement General
de la Nouvelle France , qu'avoit
feu Mr le Comte de Frontenac
, a efté donné à Mr le
Chevalier de Callieres , Frere
de мr de Callieres , de l'Academie
Françoife , Secretaire
du Cabinet , & qui a efté Am .
bafladeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roy pour
la Paix generale concluë au
Chafteau Rifwick en 1697. Il
- eftoit déja dans le Pays , &
GALANT 25%
Gouverneur de Montréal , &
avoit efté nommé Gouverneur
per interim , pour fucceder
à Mr de Frontenac , en cas
de mort , en attendant que le
Roy cuft pourvû à ce Gouver
nement.
Meffire Louis Comte de
Mailly , Maréchal de Camp
des Armées du Roy , menin
de Monfeigneur le Dauphin ,
cy devant meftre de Camp
general des Dragons, Seigneur
de Rieux , Aubenbray , & autres
lieux , eft mort icy depuis.
quelques jours en fa trentehuitième
année . Son corps a
Avril 1699. Y
258 MERCURE
efté porté à Nefle en Picar.
die. Il eftoit fecond Fils de
Loüis - Charles , Marquis de
Mailly , & de Marguerite' de'
Monchi , Marquife de Nefle,
& avoit époufé Mademoiſelle
de Sainte Hermine , qui eft
maintenant Dame d'Atour de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Mr de mailly a deux
Freres , dont l'un eft Archevê.
que d'Arles , & l'autre Evêque
de Lavaur.
Nous avons perdu l'un des
plus excellens hommes de ce
fiecle, & qui meritoit de vivre
auffi longtemps que fon nom ,
GALANT.
259
qu'il a renda immortel par fest
beaux Ouvrages . Je parle de
M Racine , Secretaire du
Roy , Gentilhomme ordinaire
de la Mailon de Sa Majefté ;
& l'un des quarante de l'Aca?
demie Françoiſe , mort le 27.
de ce mois , âgé de cinquante
neuf ans. Ses premieres Pie
ces de Théatre , qui furent les
Freres Ennemis , & Alexandre ,
firent connoiftre la beauté de
fon genie , & attendre les
Chef- d'oeuvres qui les ont fuic
vies . Andromaque & Iphigenie
oat tiré des larmes d'un nom .
bre infin de
Spectateurs
, par
Y ij
252 MERCURE
de la Langue arabe , d'ajouter à
la Carte que j'envoye , les éclair.
ciffemens qui feront neceffaires
dans voftre Langue . Je prie Dieu
de tout mon coeur , de vous donner
les plus hautes & les plus impor
tantes connoiffances du Ciel.
?
Le 21 de ce mois , M' le
Comte de Jerzey , Ambaſſadeur
Extraordinaire d'Angleterre
, eut Audience de congé
du Roy, où il fut conduit avec
les ceremonies accoutumées ,
par M le Comre de Marfan ,
& par мr le Comte de Brereüil
, Introducteur des AmGALANT
293
baffadeurs . Il retourne en Angleterre,
parce qu'il y eft nom .
mé Secretaire d'Etat . C'eft un
homme d'érudition , qui aime
les Sciences & les belles Letrres
.M' le Comte de Manchefter
luy doit fucceder.
Les Lettres venues de Quebec
par les derniers Vaiſſeaux
nous ont appris que мeffire
Louis de Buade , Comte de
Frontenac & de Palluau , Gouverneur
General de la Nouvelle
France , de l'Acadie , de
l'Ile de Terre- neuve & Terres
qui en dépendent , y mourut
le 28. Novembre dernier,
254 MERCURE
2
en la foixante & dix- huitième
année. C'eftoit un homme
d'un fort grand merite, qui
aimoit les gens de Lettres, &
qui par les manieres honneftes
s'eftoit toujours fait un
fort grand nombre d'Amis .
Il foutenoit fa naiffance par
toutes fortes de qualirez eſti
mables . Son Aycul Antoine
de Buade , S de Frontenac ,
Baron de Palluau , Capitaine
des Chateaux de S. Germain
en Laye premier Maiſtre
d'Hoftel du Roy épousa Anne
de Secondat , de laquelle
il cutentre autres Roger, AbGALANT.
255
bé d'Obazine , & Henry, de
Buade , Comte de Palluau
& des Frontenac , qui, d'Anne
Phelypeaux , Fille de Remond
Phelypeaux , Seigneur
d'Herbaud , Treforier de l'E-
-pargne , puis Secretaire d'Estat
, & de Claude Gobelina
Jaiffé Louis de Buade , Comic
de Frontenac ,dont je vous apprens
la mort. Anne , Veuve
de François d'Elpinay , mar-
>quis de Saint Luc , Chevalier
du Saint Elprit , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Guienne , & Henrietten.de
Buade , Femme de Henry256
MERCURE
Louis Habert, Sieur de Montmort
, de l'Academie Françoiſe
, mort Doyen des maiftres
des Requeftes .
*
Le Gouvernement General
de la Nouvelle France , qu'avoit
feu Mr le Comte de Frontenac
, a efté donné à Mr le
Chevalier de Callieres , Frere
de мr de Callieres , de l'Academie
Françoife , Secretaire
du Cabinet , & qui a efté Am .
bafladeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire du Roy pour
la Paix generale concluë au
Chafteau Rifwick en 1697. Il
eftoit déja dans le Pays , &
GALANT 257
Gouverneur de Montréal , &
avoit efté nommé Gouverneur
per interim , pour fucceder
à Mr de Frontenac , en cas
de mort , en attendant que le
Roy cuft pourvû à ce Gouver
nement.
Mefire Louis Comte de,
Mailly , Maréchal de Camp
des Armées du Roy , menin
de Monſeigneur le Dauphin ,
cy devant meftre de Camp
general des Dragons , Seigneur
de Rieux , Aubenbray , & au .
tres lieux , eft mort icy depuis.
quelques jours en fa trentehuitième
année . Son corps a
Avril 1699. Y
258 MERCURE
efté porté à Nefle en Picar.
die. Il eftoit fecond Fils de
Loüis - Charles , Marquis de
Mailly , & de Marguerite' de'
Monchi , Marquife de Nefle,
& avoit époufé Mademoiſelle
de Sainte Hermine , qui eft
maintenant Dame d'Atour de
Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Mr de mailly a deux
Freres , dont l'un eft Archevê.
que d'Arles , & l'autre Evêque
de Lavaur.
Nous avons perdu l'un des
plus excellens hommes de ce
fiecle, & qui méritoir de vivre
auffi longtemps que fon nom,
GALANT. 259
qu'il a renda immortel par fest
beaux Ouvrages. Je parle de
M Racine , Secretaire du
Roy, Gentilhomme ordinaire
de la Mailon de Sa Majefté ,
& l'un des quarante de l'Aca ?
demie Françoiſe , mort le 211
de ce mois , âgé de cinquantes
neuf ans. Ses premieres Pie
ces de Théatre , qui furent les
Freres Ennemis , & Alexandre ,
firent connoiftre la beauté de
fon genie , & attendre les
Chef- d'oeuvres qui les ont fuic
vies. Andromaque & Iphigenie
oat tiré des larmes d'un nom .
bre infin de
Spectateurs
, par
Y ij
260 MERCURE
que
le caractere noble & tendre
qui s'y trouve , & qu'il eft pref.
impoffible de pouffer plus
loin. M'Racine a fini fa carriere
pour le Theatre, par la Tragedie
de Phedre , dont il a dé
peint la honteufe paffion avec
des couleurs fi vives , que toute
criminelle qu'elle fe dic
elle même , il la fait paroiftre
digne de pitié , tant il a fçû
mêler d'art à la force de fes
vers , qui font d'une grande
netteté dans tous fes Ouvrages.
Il n'a pas moins bien
réülli dans deux Pieces faintes
qu'il nous a données
GALANT: 261
avec des Choeurs , fous les
noms d'Efther & d'Athalie . La
place qu'il avoit dans l'Academie
des Infcriptions , a eſté
remplie par M Pavillon , de
l'Academie Françoife .
M' le Duc de la Force eft
mort auffi depuis peu de temps
avec tous les fentimens d'un
bon Catholique , quoy qu'il
foit né dans la Religion pretenduë
reformée , & qu'il ait
efté des derniers à fe conver
tir. Il eftoit petit Neveu du
Maréchal de la Force , & laiffe
pour Fils M' le Duc de Caumont
, qui a épousé la fille
261 MERCURE
unique de M de Boiſmelet
,
Prefident
à Mortier au Parle
ment de Rouen ; Mª le Mar..
quis de la Force & Mile Mari
quis de Caftelnau
, avec un
quatrième
Fils & plufieurs
Fil.
les , tant du premier
que du
fecond -lit.
A
époufé
Mune
des Filles a
Comte du Roure.
Cette mort a efté ſuivie de
celle de M² le Marquis d'Efeau
, Lieutenant
de Roy en
Champagne
& en Brie , Colo
nel d'un Regiment d'infante .
rie , & Petit Fils de Madame la
Comteffe de Bregi.-
GALANT. 263
Je vous envoye le Mandement
de M ' l'Archevefque de
Cambray , fur la condamna .
tion de fon Livre. Si tous ceuxqui
depuis la naiffance de
la Foy ont voulu introduire
des nouveautez dans l'Eglife
avoient eu la même foumif.
ſion , l'Egliſe auroit eſté moins
troublée par un nombre infini '
de Novateurs , dont on fe fou
vient à peine des noms de la
plus grande partie . Ce que mé
de Cambray vient de faire de'
fi bonne grace , luy doit tenir
lieu de merite , & fon humilité
doir eftre exaltée . Voicy les
264 MERCURE
ermes de ce Mandement.
F
1
RANÇOIS , par la mifericorde
de Dieu
la grace
1
du Saint Siege Apoftolique , Archevefque
Duc de Cambray
Prince du S. Empire , Comte du
Cambrefis : Au Clergé Seculier
Regulierde noftre Diocese , Sa.
lut & Benediction en noftre Sei.
gneur. Nous nous devons à vous ,
mes tres chers Freres ,fans refer
ve , puifque nous ne sommes pas
nous , mais au Troupeau qui nous
4 efté confié: Nos autem fervos
veftros per Jefum . C'est dans cet
efprit que nous nous fentons oblià
g༢
GALANT. 265
gez de vous ouvrir noftre coeur , &
de continuer à vous faire part de
ce qui nous touche , fur le Livre
intitulé , Explication des Maximes
desSaints, &c . qui'en ont effé
extraites , par un Bref daté du 12 .
Mars qui eft maintenant répandu
partout, & que vous avez vù
Nous adherons à ce Bref, mes
tres chers Freres , tant pour le tex
te du Livre , que pour les vingt-
Trois Propofitions fimplement , aðfolument
, fans ombre de reftriction.
Ainfi nous condamnons
tant le Livre que les vingt- trois
Prapofitions , dans la mêmeforme,
avec les mêmes qualifications
,
Z Avril
1699.
266 MERCURE
fimplement , abfolument , & fans
reftriction . De plus , nous défendons
fous la même peine à tous les
Fidelles de ce Dioceſe , de lire &
de garder ce Livre.
Nous nous confolerons , mes
tres chers Freres , de ce qui nous
humilie , pourvû que le Ministere
de la Parole que nous avons reçû
du Seigneur , n'enfoit point affoi.
bli, & que nonobftant l'humilia
tion du Pafteur, le Troupeau croiffe
engrace devant Dieu
C'est donc de tout noftre coeur
que nous vous exhortons à une
foumiffionfincere, & à une docilité
fansreferve,depeur qu'on n'altere
GALANT. 267
infenfiblement la fimplicité de l'obéiffance
au . S. Siege , dont nous
voulons moyennant la grace de
Dieu , vous donner l'exemple juf
qu'au dernierfoupir de noftre vie.
A Dien ne playfe qu'il foit ja
mais parlé de nous , fi ce n'estpour
Se fouvenir qu'un Paſteur à cru
devoir eftre plus docile que
la der
niere Brebis du Troupeau & qu'il
n'a mis aucune borne à fa foumif
fion Fe fouhaite , mes ires chers
Freres que la grace de nostre SeigneurFC.
l'amourde Dieu , la
comusunication du S. Efprit demeure
avec vous .
FRANÇOIS , Archev. Duc des
Cambray. Z ij
268 MERCURE
*
1
L'Enigme du mois paffé
avoit efté faite fur un Corbil
lon d'Oublies . Ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de
Luffon , Seigneur de Chenevieres
, ancien Auditeur de la
Chambre des Comptes , &
M'de Beloy fon Fils : le petit
Comte d'Argence , Seigneur.
de Saint Berdumont en Nivernois
le Marquis d'Aubais
de Nifmes : Edme Pinot , Imprimeur
de Troyes ; Henin
de Fremecour: la Cofte : Louis
Heraut la Ville du College
de Louis le Grand : Dumef
nil Commis aux Aides : BarGALANT
269
8
det de l'Hospital du mans : le
Marquis Bahutier : le marquis
de Paflavofté , & fon Amy le
Solitaire de Ponthieu le Pi
card de Centule : Gabrion
Coulon de Bourgogne , & du
Chefne de Picardie : la Tron
che de Rouen ? Lucas de la
fue des Noyers : le Capitaine
du coin de la rue des Bbu
cheries au Fauxbourg §. Germain
le Prince & l'Officier
du Roy de l'Hotel des Ur
fins
Mademoiſelle Jávore
Ogier , du coin de la rue de
Richelieu: Ms F ... & fes deux
aimables , attenant la rue MP
Z
iij
270 MERCURE
chel le Comte : Mademoiſelle
de Vaurouge ; & M' du Patis
d'Argentan : la charmante du
petit Poulet des Galeries du
Louvre : Armande de tous
mois , & fa foeur de la ruë des
Noyers la charmante Mignonne
du Cloiftre Noftre,
Dame : la belle Danfeufe de
la rue Michelle Comte , & fon
Amant aux cheveux blonds :
la jeune & charmante Brune
de la rue Saint Louis , quartier
des Sciences , & fon fidelle
Voifin : l'aimable Brune habitante
de Marly : la belle Brune
de larue Saint Honoré , & fon
GALANT. 271
fidelle Amant : la Commere
Brunette du pays de Franchiſe
en Artois : la belle & charmante
de Javignac de Bor
deaux : le Spirituel & enjoué
du quartier de la Viſitation de
la même Ville , & fon Frere
l'Abbé à Paris : l'Abbé des
Hamardieres de Tours , &
l'Abbé Zacharie de Soiffons
. La Nimphe de Frigalle :
Marchand du Cloiftre Saint
Benoift les trois aimables
foeurs en deuil de la même
ruë devant la ruë du Foin : les ,
plus beaux yeux de la ruë de
Saint Lean de Beauvais ; les
:
Z iiij
261 MERCURE
unique de M de Boifmelet ,
Prefident à Mortier au Parle
ment de Rouen ; M le Mar
quis de la Force & M le Mari
quis de Caftelnau , avec un
quatriéme Fils & plufieurs Fil .
les , tant du premier que du
fecond lit. L'une des Filles a
époufé M le Comte du Roure.
Cette mort a efté fuivie de
celle de M² le Marquis d'Efcau
, Lieutenant de Roy en
Champagne & en Brie , Colo .
nel d'un Regiment d'infante .
rie , & Petit Fils de Madame la
Comteffe de Bregi.-
GALANT 263
Je vous envoye le Mandement
de M' l'Archevefque de
Cambray , fur la condamna .
tion de fon Livre . Si tous ceuxqui
depuis la naiffance de
la Foy ont voulu introduire
des nouveautez dans l'Eglife
avoient eu la même foumif.
fion , l'Eglife auroit efté moins
troublée par un nombre infini '
de Novateurs , dont on fe fou
vient à peine des noms de la
plus grande partie . Ce que мr
de Cambray vient de faire de'
fi bonne grace , luy doit tenir
lieu de merite , & fon humilité
doir eftre exaltée . Voicy les
264 MERCURE
termes de ce Mandement . -
F
RANÇOIS , par la miſericorde
de Dieu & la grace
du Saint Siege Apoftolique , Archevefque
Duc de Cambray ,
Prince du S. Empire , Comte du
Cambrefis : Au Clergé Seculier
Regulierde noftre Diocese , Sa.
lut & Benediction en noftre Sei.
gneur. Nous nous devons à vous ,
mes tres chers Freres , fans refer
ve , puifque nous ne sommes pas à
nous , mais an Troupeau qui nous
a efté confié: Nos autem fervos
veftros per Jefum . C'eſt dans cet
efprit que nous nous fentons obli .
gez
GALANT. 265
gez de vous ouvrir noftre coeur , &
de continuer à vous faire part de
ce qui nous touche , fur le Livre
intitulé , Explication des Maximes
desSaints , & c . qui'en ont effé
extraites , par un Bref daté du 12 .
Mars qui eft maintenant répandu
partout, & que vous avez vie.
Nous adherons à ce Bref, mes
tres chers Freres , tant pour le tex
te du Livre , que pour les vingt-
Trois Propofitions fimplement , a
folument , &fans ombre de reftriction
. Ainfi nous condamnóns
tant le Livre que les vingt- trois
Propofitions , dans la mêmeforme,
avec les mêmes qualifications ,
Z Avril
1699.
266 MERCURE
fimplement , abſolument , &fans
reftriction. De plus , nous défendonsfous
la même peine à tous les
Fidelles de ce Diucefe , de lire &
de garder ce Livre.
V
Nous nous confolerons , mes
tres chers Freres , de ce qui nous
humilie , pourvu que le Ministere
de la Parole que nous avons reçû
du Seigneur , n'enfoit point affoi.
bli, & que nonobftant l'humilia
tion du Pafteur, le Troupeau croiffe
en grace devant Dieu
C'est donc de tout noftre coeur
"que nous vous exhortons à une
foumiffionfincere , & à une docilité
fansreferve, depeur qu'on n'altere
GALANT. 267
qu'au
infenfiblement la fimplicité de l'obeiffance
au . S. Siege , dont nous
voulons moyennant
·la grace de
Dieu, vous donner l'exemple juf
au dernierfoupir de noftre vie.
A Dieu ne playfe qu'il foit ja.
= mais parlé de nous , fi ce n'est pour
fe fouvenir qu'un Paſteur à cru
devoir eftre plus docile
niere Brebis du Troupeau & qu'il
n'a mis aucune borne à fa foumif
fion Fe fouhaite , mes ires chers
Freres que la grace de nostre SeigneurFC
. l'amourde Dieu , la
comusunication du S. Efprit demeure
avec vous.«
que
la der
FRANÇOIS , Archev. Duc des
Cambray. Z ij
268 MERCURE
L'Enigme du mois paffe
avoit efté faite fur un Corbil
lon d'Oublies. Ceux qui ont
trouvé ce mot , font Mrs de
Luffon , Seigneur de Chenevieres
, ancien Auditeur de la
Chambre des Comptes , &
Mi de Beloy fon Fils : le petit
Comte d'Argence , Seigneur.
de Saint Berdumont en Nivernois
le Marquis d'Aubais
de Nifmes : Edme Pinot, Im
primeur de Troyes ; Henin
de Fremecour: la Cofte: Louis
Heraut la Ville du College
de Louis le Grand : Dumef
nil Commis aux Aides : BarGALANT.
269
det de l'Hoſpital du mans : le
Marquis Bahutier : le Marquis
de Paffavofté , & fon Amy le
Solitaire de Ponthieu : le Pi
card de Centule : Gabrion
Coulon de Bourgogne , & du
Chefne de Picardie : la Tronche
de Rouen ? Lucas de la
rue des Noyers : le Capitaine
du coin de la rue des Bbucheries
au Fauxbourg S. Germain
le Prince & l'Officier
du Roy de l'Hotel des Ur
Mademoiſelle Jávore fins
Ogier du coin de la ruë dë
Richelieu : Ms F ... & fes deux
aimables attenant la rue MP
Z iij
270 MERCURE
chel le Comte : Mademoiſelle
de Vaurouge ; & M' du Patis
d'Argentan : la charmante du
petit Poulet des Galeries du
Louvre : Armande de tous
mois , & fa foeur de la rue des
Noyers la charmante Mignonne
du Cloiftre Noftre
Dame : la belle Danfeufe de
la rue Michelle Comte, & fon
Amant aux cheveux blonds :
la jeune & charmante Brune
de la rue Saint Louis , quartier
des Sciences , & fon fidelle
voifin: l'aimable Brune habitante
de Marly : la belle Brune
de laruë Saint Honoré , &fon
GALANT. 271
J
&
fidelle Amant : la Commere
Brunette du pays de Franchiſe
en Artois : la belle & charmante
de Javignac de Bor
deaux : le Spirituel & enjoué
du quartier de la Vifitation de
la même Ville , & fon Frere
l'Abbé à Paris : l'Abbé des
Hamardieres de Tours ,
l'Abbé Zacharie de Soiffons.
La Nimphe de Frigalle :
Marchand du Cloiftre Saint
Benoift les trois aimabies
foeurs en deuil de la même
ruë devant la ruë du Foin : les ,
plus beaux yeux de la ruë de
Saint Lean de Beauvais les
:
Z iiij
27% MERCURE
yeur mouran's de la rue de la
Harpe , & fes deux aimables
Soeurs de la rue Saint Severin:
Nanon la Bretonne : la Bonté:
trahie : la belle Hofteffe de
Vernil; le Confeiller Jaloux :.
le Prefident Medard : le bon
Ami de Mademoiſelle Bar
bette.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , tervira de divers
tiffement à vos Amies.
ENIGM E ;
Eleway jufques aux Cieux
Celle qui me donna l'eftre.
Je fers à prefent un maistre
Que je rendrois glorieux
GALANT
273
ན་
L'Air que je vous envoye doit
avoir dequoy vous plaire.
AIR NOUVEAU.
Imez, aimez , Iris , vous
nesçauriez mieuxfaire , A
ةلتحم
276
MARC
yeur
Harp
Sour
Narc
trahi
Vern
le
Pri
Ami
berre
-
L1
YOUSE
tiffen
-
ui
me
donna
l'eftre
.
at
un
maistre
Ljufques
and
tase
prefent
je
rendrois
glorieux
» av
GALANT. 273
"mmortel , incomparable ,
S'ilfçavoitfaire valoir
Monincroyablepouvoir.
Quand je vins àfon fervice
Fe n'avois tache ny vice.
Dés l'abord il m'arracha
La grand barbe que jeportë.
H'faut voir de quelle forse
De me noircir il tâcha,
Mais admirezfon caprice ,
Mayant maltraitée ainsi ,
Il veut tout de même auſſiz
Que les autres je noirciſſe.
L'Air que je vous envoye doit
avoir dequoy vous plaire.
AIR NOUVEAU
.
Imez , aimez ,Iris , vous
nefçauriez mieuxfaire ,
A
274 MERCURE
Profitez du Printemps , c'eſt le
temps des amours :
Qu'attendez vous , puiſque vous
fçavez plaire
Aimez , aimez , în ne plaift pás
toujours.
Comme tous les habits de
Printemps doivent paroiftre.
au premier jour , il feroit.
inutile de vous parler des.
modes qu'on ne verroit plus.
quand vous commencerez à
lire ma Lettre. Ainfi je vous
apprendray le mois prochain
quelles feront les étofes qu'
on portera jufques aux granGALANT
275
?
des chaleurs de l'Efté, de quel
le maniere feront les habits ,
& fur tout les écharpes qui
font aujourd'huy
un fecond
habillement pour les Dames ,
& generalement tout ce qui
regarde leur ajuſtement
auffi
bien que celuy des hommes
Cet Article ne ſe bornera pas
la parure des hommes , & des
femmes , mais il s'étendra ge
neralement fur tout ce qui
eft fujet à l'Empire de la mode.
Ilme reste à vous
envoyer
la fuite de ce que l'Ambaffadeur
de Maroc a fait pendan
276 MERCURE
4
tout ce mois , avec tout ce qui
s'eft paffé à fon Audience de
congé , dont je ne fuis pas
encore affez bien inftruitpuis
que cette Audience ne
vient que d'eftre donnée . Le
détail que je vous en donnemay
, ne fera pas moins curieux
que les précedens ; mais com
me il y a déja beaucoup de
chofes dans cette Lettre fur
dette matiere , j'ay cru devoir
réferver le refte pour le mois
prochain. Je fuis , Madame ,
voltre , & c.
N
Paris ce for Avril 16999
222525525:2525E555
P
TABLE) A
Relude:
Sonnet.
Vifuesfaites par M. l'Evefque de
Poutiers. C vpr
4
Epiftre enVersfurle Café. 35
Propofition nouvelle fur la cauſe
des Vents. T 49
Suite du Journal concernant
l'Ambaſſadeur de Maroc. 57
Patentes données par le Roy de
Maroca
102
Lettre Paftorale de M² l' ArcheTABLE.
vefque de Paris. 116
Relation exacte de l'Entrée de M²
le Comte de Chamilly , Am.
baffadeur Extraordinaire de
France à Copenhague.
Grandeffe donnée parle Royd Ef
pagne.
123
167
Honneurs accordez , & Charges
données par S. A. S. Monfieur
le Duc du Maine 168
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
Ola Trape,
Morts
49272
173
Panegyriques des Saints donnez
au Public.
177
Situation des affaires de l'Europe...
179
TABLE
Autre Article de Morts.
209
236
Mariage.
Benefices donnez par le Roy. 238
Revolution arrivée à Tunis. 240
Lettre de M¹ de Caffini , aux Aftronomes
de Fez de Maroc.
Audiance de congé de
l'Ambaſſa
deur
d'Angleterre.
245
252
253
263
268
Dernier article de Morts.
Mandement de M.
l'Archeveſque
de Cambray.
Enigmes.
Article touchant les Modes nouvelles
.
273
Article
curieux
reſervé.
275
Avis pour placer les Figures.¨¸
L'Air qui commence par ;
L'Ingrate Iris me fuit & ne
veut plus m'entendre , doit
regarder la page 122.
L'Air , qui commence par ,
Aimez, aimez , Iris , doit
regarder la page 273.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères