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1699, 02
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807156
MERCURE
CALANT
LYON
DEDIE' A MONSEIGNEUR 7803 **
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1699,
BB
Lad
VILLE»
OTA
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant,
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
wingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais, au Mercure Galant
M. DC . XCIX.
Aves Privilége du Royè
Q
A VIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
pu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prio feulement ceux qui lesenvoyezi,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer lears noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent .
C'eft fort peu de choſe pour chaque
particulier, & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Branet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de char
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
kailera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auſſi
ces Villes ne le receveront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavani Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé
outre qu'il le fera toujours quelquet
jours avant que l'on enfaffe le
debit , & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
venie n'en a commencé que for
avani dans le mois. On éviteia ce
rerardement par la voye duditSieur
Bruner, puis qu'ilfe charge defaire
by
A iij
AVIS.
H
les paquetsluy-mefme , & de lesfaire
porter à la Pofie ou aux Mellagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , fois
qu'il les debite , ou qu'ils appartienment
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront . Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
da mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executè avec
ane exactitude dont on aura lien
Lefore consens
MEREVRE
GALANT
I
TELAE
FEVRIER 1693 LYON
L n'y a point d'Etat qui
auffi- cost aprés une 1 n
gue & forte Guer e ,
puiffe jouir auffi pleinem.nt
des fruits de la Paix , que lors
que cette Paix a duré longtemps
, & fur tout , quand la
A
DE
K
8 MERCURE
terre manquant à eftre feconde
à fon ordinaire , les Saiſons
font la guerre aux hommes ,
& troublent par leur déreglement
le calme qu'ils venoient
de fe procurer par leurs
Traitez . On peut dire que le
Roy , pour mettre la France
en repos , a mis fin à l'une &
à l'autre guerre. Il a vaincules
hommes , & leur a impofé la
Paix ; & par la maniere dont
il est entré dans les befoins
de fon peuple , & par les
grands foins que ce Monarque
a pris de faire venir des
bleds de toutes parts , s'il n'a
GALANT: 9
pû empêcher le defordre
des Sailons , parce que c'eſt
une choſe qui eft au deffus
des forces humaines , il a du
moins empêché que fes Sujets
n'en ayent receu tout le
mal qu'ils auroient fouffert
fans la bonté genereuſe
, & ſa
judicieuſe prévoyance
.
Je vous envoye une Lettre
qui plaira fans doute à tous
les Sçavans de voſtre Province.
Elle eft de M' Martel ,
adreffée
à M Roubin
,

l'Academie Royale d'Arles.
de
10 MERCURE
Touloufe ce is Janvier 1699.
MONSI ONSIEUR .
Pour répondre aux engagemens
que nous avons pris
d'entretenir une mutuelle correfpondance
profitant du
loifir que mon retour de la
campagne commence à me
donner , je vous fais vous fais part de
la
diftribution
du Prix que
nos Meffieurs de la Societé
des belles Lettres avoient
propofé fur ce Problême de
Phyfique , Quelle est la caufe
GALANT.
de la chute des corps pefans. Mais
vous voulez bien que je réponde
auparavant aux obje .
&tions ingenieufes de voſtre
illuftre Ami , qui prétendoit
qu'on ne devoit pas compren
dre la Philofophie fous le nom
des belles Lettres. Je ne vous
citeray pas pour le convaincre
M' de Furetiere , qui embralle
un fentiment oppofé.
J'employeray plûtoft l'autori
té de Ciceron , qui n'a point
feparé la Philofophie de l'Eloquence
, l'une des plus nobles
parties des belles Lettres . J'avoue
qu'autrefois la Philofo
12 MERCURE
phie,de la maniere qu'on l'enfeignoit
, eftoit peu digne de
ce nom . Elle nous paroift en
core dans les Ecrits qui nous
reftent des anciens Philofophes
, fort feche, fort confuſe,
eftant plûtoft appuyée fur l'incertitude
des raiſonnemens
vuides , que fur l'experience &
fur les démonftrations. Il temble
aprés cela que les Anciens
avoient quelque raifon de
croire que la verité eftoit comme
enfevelie dans la profondeur
d'un puits ; mais ils pouvoient
prendre des voyes plus
nobles & plus feures pour l'en
GALANT.
13
Fetirer , & c'est ce qu'on a fait
heureuſement dans ce fiecle ,
où la Philofophie dégagée de
cette barbarie qui l'empê
choit de paroiftre dans le
grand jour , fe montre avec
tous les agrémens . Auffi elle
entre dans le commerce du
monde poli , pour y faire le
fujet des converſations , &
s'infinuant jufque dans les
Cercles & dans les Ruelles ,
elle merite d'eftre regardée
comme une des plus nobles
parties des belles Lettres,
L'on voit en effet la mêmedifference
entre l'une & l'autre
14 MERCURE
Philofophic , que l'on remar
que dans les Pierres précieufes
encore brutes , & celles qu'une
main induſtrieuſe a polies
& parées de toutes les gra.
ces qui en font le plus grand
prix. Voilà , Monfieur , le précis
des raifons qui ont engagé
noftre Societé à faire de la
Philofophic la matiere de fes
entretiens ; car je ne compte
prefque pour rien la paffion
qu'on a dans cette Province
pour cette fcience , ny les
merveilleux progrés qu'on y
fait tous les jours . Vous ferez
convaincu de l'un & de l'auGALANT.
15
tre par le recit que je continucray
à vous faire de ce qui
fe paffa de plus particulier le
jour de la diftribution du Prix ,
afin de fatisfaire voſtre loüable
curiofité pour tout ce qui
regarde les belles Lettres. Le
Prix dont on récompenfa le
Victorieux eftoit une medajlle
d'argent. Elle repreſentoit
d'un cofté une Pallas donnant
un Prix ,& de l'autre une ruche
d'Abeilles renversée , à travers
laquelle paroiffent la cire & le
miel, avec ces paroles autour,
Condita labore , que noftre Socicté
a prifes pour Deviles .J'ay
16 MERCURI
receu plufieurs Differtations
de divers endroits fur cette
matiere , toutes fçavantes , &
qui font connoiftre le bon
gouft de ce fiecle pour la
Phyfique ; mais celle qui a
efté jugée la meilleure , eft
l'ouvrage du Pere Sagens , Minime
, illuftre difciple du Pere
Maignant , dont il vient de
donner au Public la Vie en
Latin , digne de la curiofité
des Sçavans. La Philofophie
Scolaſtique qu'il a compofée ,
qui comprend les opinions
particulieres de ce grand
homme , & qu'il va faire im
GALANT: 17
primer , fera encore mieux
connoiftre fon genie heureux
pour la découverte
& pour,
l'explication des caufes Phyfiques.
Vous n'en ferez pas
furpris , Monfieur , vous qui
n'ignorez pas combien cetOr.
dre a donné dans ce fiecle de
grands Genies , nez pour toute
forte de ſciences ; vous , disje
, Monfieur , qui eftiez Ami
particulier du Pere Vinei , que
fon merite éminent vous engagea
de recevoir dans voſtre
illuftre Academie d'Arles . Cependant
vous agréerez que
je vous faffe en peu de mots
Février 1699: B
1.
18 MERCURE
l'analogie de cette belle Differtation,
où l'Auteur prétend
montrer que tous les Philofophes
Anciens & Modernes ,
fe font trompez , quand ils
ont crû que les mouvemens
de projection , de reflexion
de reffort , de tranſport , &c .
dépendoient également d'une
force agiffante
, car quoy que
ces derniers en dépendent , les
premiers dans fon opinion en
font abfolument indépendans
, & n'ont uniquement
befoin que de la privation de
cette force qui feroit neceffaie
aux corps pelans pour fe
GALANT. 19
foûtenir . Ainfi une pierre
pour tomber n'a befoin d'aucune
force agiflante, car cette
force feroit ou interieure, ou
exterieure. Elle n'eft pas , dit il,
interieure , parce qu'eftant interieure
elle prendroit fon origine
, ou du centre vers la cire
conference , ou de la circonference
vers le centre , auquel
cas la pierre ne tomberoit pas ,
ou bien elle feroit fon effort
le long des lignes tranfverfa
les , & alors cette pierre fituée
dans un certain fens tomberoit
, mais elle monteroit aufl
fon la fituoit dans un feas
Bij
20 MERCURE
contraire , comme il est aisé
de concevoir par l'exemple
d'un arc bandé , qui décoche
la fléche indifferemment en
haut ou en bas , à droit ou à
gauche , felon la direction de
la force. Sur ce principe une
pierre fituée horisontalement
dans le fens de la direction de
la force interieure qu'on veut
luy attribuer , le mouveroit
continuellement par elle- même
, ce qui eft contre l'experience.
Mais ce qui eft également
contre le bon fens , c'eft
que les Secateurs d'Ariftote
prétendent que cette force
GALANT. 21
interieure , qu'ils appellent
pefanteur , caufe le mouvement
de chute dans la pierre,'
& cauſe enfuite fon repos
aprés fa chute , comme fi deux
effets contraires pouvoient
dépendre d'un même principe.
Noftre Auteur fait voir
enfuite que la force agiffante
dont nous parlons ne fçauroit
eſtre exterieure , & pour le
prouver , il entre dans un détail
exact de tout ce que les
Philofophes ont dit fur la chute
des corps pefans , cauſée ;
ou par des corpufcules terreftres
qui les attirent , ou par
22 MERCURE
des corpufcules celeftes qui
les repouffent. Il montre au
long le ridicule de ces deux
anciennes opinions , & particulièrement
de celle que Gaf
fendia voulu renouveller dans
ce fiecle , touchant ces corpuf
cules crochus , aufquels il prétendoit
que la nature euft don
ne le foin de faire defcendre
les corps pefans ; mais voicy
une preuve demonſtrative qui
combat également ces deux
opinions. C'est que comme
felon les principes de l'une
& de l'autre , une Meule de
Moulin , par exemple , n'a de
GALANT:
23
foy aucune force pour tomber
, cftant libre au milieu de
l'air , comme on le fuppofe , il
ne feroit pasbesoin d'un moin
dre nombre de corpufcules de
la part de la terre pour l'attirer
, que pour la repouffer en
haut , ce qui n'eft pas croyable
, ou bien il en faudroit fuppoſer
davantage du cofté du
ciel pour precipiter en bas certe
Meule de Moulin , que pour
courber la feuille d'un arbre ;
ce qui eft contre toute vrayfemblance
. Mais il s'enfuit.
encore d'autres fauffetez de
cette opinion. Si deux corps
24 MERCURE
pefans , par exemple , eſtoient
dans une même ligne perpendiculaire
, ou celuy qui feroit
le plus prés de nous , ſeroit
attiré avec plus de force
par les corpufcules de la terre,
ou celuy qui feroit le plus
éloigné feroit repouffé avec
plus de viteffe par les corpufcules
du ciel , ce qui eft
contraire à l'experience. Il
attaque enfuite Descartes , &
prouve que fon opinion pour
eftre plus ingenieufe, n'eft pas
moins infoutenable , n'eftant
fondée que fur ce qu'il fuppofe
que la terre tournant autour
GALANT!
25
tour de fon centre , la matiere
qui l'environne tourne avec
plus de viceffe , en faiſant cffort
à s'éloigner du centre de
fon tourbillon par les fecan
tes , lequel effort eft commun ,
comme il prétend , à tous les
corps , terreftres ; mais parce
que cette matiere par ſa plus
grande fluidité fait plus d'ef
fort , c'est par ce plus grand
effort à s'éloigner du centre
de fon tourbillon qu'elle les
oblige à s'en approcher , &
cauſe ainfi leur chute . Or cette
fuppofition d'une matiere
qui tourne autour de la terre
Fevrier 1699. C
26 MERCURE
avec tant de viteffe , & qui
neanmoins dans un temps
calme ne fait pas voltiger une
plume , eft purement imagi
naire , & cet effort qu'on luy
attribue à s'éloigner du cen
tre de fon tourbillon par les
fecantes plûtoft que par les
tangentes , ne l'eft pas moins ,
eftant contraire à une infinité
d'experiences. Enfin quand
même tous ces pretendus efforts
feroient veritables, l'Au
teur foutient qu'ils feroient
abſolument oppoſez à la chute
des corps pefans ; car fi l'on
ne confidere pasinutilement
GALANT: 27
la matiere qui eſt aux coſtez
de la pierre qu'on ſuppoſe en
l'air , n'eft- il pas vray que celle
qui luy eſt au deſſous , en
s'efforçant à s'éloigner du
centre de la terre , doit auffi
plûtoft l'en éloigner que l'en
approcher , & à l'égard de
celle qui eft au deffus , il eft
évident que par ce même effort
elle ne peut luy faire la
moindre impreffion. Enfin il
conclut que les mouvemens
de chute ne doivent plus eftre
confiderez dans l'ordre de la
nature que comme des effets
privatifs , qui dépendent uni
Cij
42 MERCURE
quement de la privation de la
caufe , qui feroit neceffaire ,
afin que les corps pefans fe
pûffent foutenir d'eux - mêmes,
cequ'il explique par cette
comparaiſon. Si Dieu ceſſoir
un feul moment de concourir
à la confervation d'une crea
ture , cette creature feroit à
l'inſtant aneantie , c'eft à dire ,
qu'elle décherroit de ſon exi-
Atence par la feule privation
de la force qui luy eft neceffaire
pour eftre foutenue , &
de même une pierre , par cela
feul qu'elle eft privée de la
force qui luy eft neceffaire
GALANT: 29
pour eftre foutenue , elle doit
neceffairement tomber. Noftre
Auteur ajoûte plufieurs
autres éclairciffemens à fon
opinion. Il répond à des objections
tres fubtiles , & c'eſt
par des Réponses qui ne le
font pas moins , qu'il termine
fa Differtation . La diſtribution
du Prix fe fit la veille de
Saint Louis , dans le Salon du
fçavant M' de Malepeire , où
les Conferences Academiques
avoient autrefois commencé,
& où même M' Peliffon
s'eftoit diftingué par
des pieces d'Eloquence qu'il
C iij
1
N
30 MERCURE
y portoit , & fort fouvent fans
préparation. Il y eut un grand
concours de perfonnes de
merite , quife firent un plaific
d'afliſter à cette action . Quelques-
uns de nos Meffieurs y
firent des Difcours tres - polis
& tres folides fur cette matiere.
Enfin je lûs cette Differtation
, qui fut univerfellement
applaudie , & l'Auteur
fe trouva dans cette Affemblée
, où il receut avec fa
modeftie , des mains de M'de
Malepeire ,lePrix que meritoit
fon Ouvrage. Je fuis , Monfieur
, voftre , & c.
GALANT 31
Le 11 du mois paffe le
Chapitre de Saint André de
Bordeaux ayant appris que
M'de Befons , leur Archevêque
, devoit arriver , députa
M" Fournier , fecond Archidiacre
, Saintout , Gay, de Pontac
, Docteur de Sorbonne
Bentfman , & de Boucaud ,
Chanoines . Le Chapitre de
l'infigne Eglife Collegiale de
Saint Sevrin députa auffi
M's Defqueyrac , de Couderr ,
Montalier , Lamontaigne , de
Pontac , & d'Alon , Chanoi
nes , pour le complimenter
dans la Ville de Blaye , à
C iiij
32 MERCURE
l'entrée de fon Dioceſe. Le
Maire & les Jurats de la Ville
députérent pareillement
Mrs Borie , Avocat , fecond Jurat
, Ribal , Bourgeois , & Déjan
,
Procureur Syndic , qui
conduifirent ce Prelat dans
une maiſon navale , tapiffée
de Damas rouge , fous un Dais
de pareille étoffe , garni de
crêpines d'or ,
ainfi
que
chaiſes. Le fauteuil qu'on luy
avoit preparé eftoit de velours
cramoifi , garni de galon d'or,
& la tapifferie ornée de plufieurs
Emblêmes à fa louange.
Cent Matelots vêtus de
les
GALANT.
33
3
drap violet , galonné d'argent,
remorquoient cette maiſon
navale , dans laquelle les Ju .
rats donnerent un magnifique
dîner à M l'Archevêque ,
ayant diſpoſé quatre Chaloupes
avec quantité de Cuifiniers
. Plus de trois mille Bateaux
ou Brigantins ſuivoiens
la mailon navale , qui arriva
dans le Port fur les quatre
heures du foir. M' l'Arche .
vêque parut fur les Galeries ,
afin de voir la Ville d'un beau
point de veuë, & plus de vingt
mille perfonnes de toutes
conditions qui estoient fur
34 MERCURE
les bords de la Garonne. Il fut
falué par tout le Canon du
Charterons , qui eſt le Fauxbourg
du Port , par celuy de
plufieurs Vaiffeaux , & par la
Moulqueterie, & toute l'Artil
lerie du Chafteau Trompette.
M' de Mondenard , premier
Jurat , Gentilhomme , le com
plimenta ; & s'eftant mis dans
un de ſes Caroffes , les Jurats
précedez dé leurs trois Compagnies
de Hallebardiers , le
conduifirent avec un nom>
breux cortège d'autres Caroffes
, dans fon Palais Archies
pifcopal , où M' le Marquis de
GALANT.
35
Sourdis , Lieutenant General,
& Commandant de la Province
, l'attendoit . Auffi toft
aprés il fut falué par M ' le premier
Prefident , & par quan
tité de Nobleffe. Le peuple
courut en foule , & donna
foit
>
mille cris de joye par tout où
ce Prelat paffa . On n'en doit
pas eftre furpris. Quoy qu'il
tres-recommandable par
luy- même , fon nom eft devenu
fi cher en la perfonne
de M'l'Intendant , fon Frere,
qu'il feroit difficile d'exprimer
les applaudiſſemens & les témoignages
de refpect que
36 MERCURE
tout le monde fit paroistre à
fon arrivée .
Le lendemain au matin ,
M'l'Abbé d'Orche , ce digne
Chef de fon Chapitre , accompagné
de trois de fes
Chanoines en robes de Palais ,
luy fit un tres beau compli
ment : ainfi que M ' de Savail .
lant , Treforier du Chapitre
de Saint Sevrin , en l'abſence
de M' le Doyen. M¹ le Prefident
de Montefquiou le complimenta
de la part du Parle
ment , M'le Preſident Barbot
pour la Cour des Aides ; M'de
la Cheze , pour Meffieurs les
GALANT:
37
Treforiers de France ; M' l'Abbé
Denis , Confeiller Clerc au
Parlement , pour la Chambre
du Clergé , M' Tanelle , Re-
&teur de l'Univerſité , pour
tout le Corps ; M' de la Lande,
Lieutenant General , pour le
Prefidial , Mile Vaffeur , pour
les Avocats ; M l'Abbé Barré,
comme Principal du College
de Guienne, ou de Saint Louis ;
Mile Prefident Pipaut , pour
le Prefidial de Libourne , M
l'Abbé Lombard , pour le
Chapitre de Saint Emilion .
Tousles autres Chapitres , Prefidiaux
& Communautez des
28 MERCURE
Villes de fon Dioceſe , luy ont
envoyé des Députez , aufquels
M' l'Archevêque a répondu
avec une jufteffe d'efprit &
une capacité qui augmenta
l'eftime & les fentimens de
respect qu'on avoit déjaconceus
pour luy.
Le Dimanche 18. ce Prelat
en Camail & en Rocher, précedé
de fa Croix & de trente
Seminariftes Clercs & Sous-
Diacres , deſtinez pour fon
fervice , alla prendre poffeffion
de l'Eglife Cathedrale ,
où M l'Abbé d'Orche ,
Doyen , à la tefte de tour le
GALANT. 39
Chapitre , vint le recevoir en
Chape. L'ayant conduit dans
la Nef , & luy ayant donné la
Croix à baifer, il entonna le Te
Deum , aprés lequel ayant dir
les verfets & l'oraiſon , felon
la coutume qu'on obferve en
de femblables ceremonies , il
luy prefenta le Livre des Evangiles
, fur lequel M' l'Archevêque
préta le ferment,
Eftant enfuite monté fur fon
Trône , Mr le Doyen quitta
la Chape , & alla le premier
ad amplexum , fuivi des
Chanoines & des Jurats en
robes de Damas rouge &
40 MERCURE
blanc . Mr l'Archevêque dit
la мeffe , pendant laquelle une
nombreufe Mufique de la
compofition de M¹ Caſeneu ,
ve , chanta un мoter à l'honneur
de ce Prelat : Une multitude
de peuple affifta à certe
ceremonie pour recevoir fa
benediction . Le lendemain il
alla au Palais marquer à Mrs
du Parlement la reconnoiffance
des honorables empreffemens
que ces Meſſieurs avoient
cus pour luy. M'T'Archevêque
a choisi pout fon
premier Vicaire general M
d'Orche , Doyen , qui a cfté
GALANT.
41
Député en la derniere Affemblée
du Clergé de France , &
que fon rare merite fit élire
tout d'une voix pour Doyen,
aprés la mort de M ' de Volu
fan. Le ſecond eſt M' l'Abbé
de Pradillon , quatrième Archidiacre.
Je vous parlay de
luy lors qu'il fut élu Superieur
de l'ancien Seminaire de Saint
Raphaël. Il eftoit un des Vicaires
generaux de feu M de
Bourlemont , qui le fit fon
Executeur teftamentaire . Per
fonne ne joint plus de probité
à une grande connoiflance
des affaires du Diocefe.
Fevrier 1699. D
42 MERCURE
Mr Bentſman , Chanoine de
la Cathedrale , qui a esté Vicaire
general le Siege vacant ,
a efté choisi pour Official ,
M' de Coudere, Chanoine de
la Collegiale , pour Auditeur
general , & MrPreft , Curé de
Saint André , qui s'eft acquis
l'estime publique par fa pieté
& par fa prudence , a efté fait
Promoteur.
On a
demandé
pourquoy
on voit mourir tant de jeunes
perfonnes dans le temps qu'
elles font en eftat de fonger
au mariage , & qu'on voit au
contraire tant de vieilles gens
GALANT. 43
s'y engager , au lieu de fonger
à mourir. C'eſt là deffus que
M' du Mefnil , du Havre ,
fait ce qui fuit.
FICTION.
400
A jeune Alcidamie , auffi fpiri-
LA tuelle
Qu'on la voit agreable & belle ,
Eur deffein de fçavoir un jour
Pourquoy , l'on voit fouvent l'Amour
Ranimer d'un Veillard la vigueur
languiffante ,
Et
[ deftin
que de jeunes gens par un cruel
Au temps qu'on leur doit voir une
fanté conftante
Trouvent dans leurs beaux ans une
trop prompte fin.
Dij
44 MERCURE
S
Le Berger Alcidor voulant la fatisfaire
Sur cette grande queftion ,
Luy dit , preftez attention
Car cela n'eft pas fans myftere,
Et ce que je vais vous conter
Merite bien qu'on le veuille écouter,
S
Dans une agreable Contrée
Vivoit une feconde Aftrée ,
Dont tous les attraits précieux
Eftoient le chef - d'oeuvre des
Cieux .
Jamais une Beauté ne ſe vit tant de
charmes .
Les Graces à l'envy de leurs aimables
dons
La combloient en tant de façons
GALANT 45
Qu'on ne pouvoit la voir fans luy
rendre les armes .
Chaque jour des Adorateurs
Venoientfaire offre deleurscoeurs,
Sans que pas un trouvaft poffible
Le moyen de la voir ſenſible.
Auffi fiére que belle , on la vit mille
fois
S'affujettir d'illuftres teftes ,
Sans que ces nombreuſes con-
"
questes
L
Luy fiffent de l'Amour fuivre les
douces loix .
Offres , Plaintes , Soupirs , n'eurent
jamais la force
De porter dans fon coeur le deffein du
divorce
Avec l'infenfibilité,
Dont elle faifoit vanité.
Mais enfin , Cupidon mécontent de
l'outrage
46 MERCURE
Qu'elle faifoit à fon pouvoir ,
Crut qu'il eftoit de fon devoir
De faire quelque effort pour la rendre
plus fage ;
Et pour accomplir fon deffein
Il cherche fes meilleures fléches
Pour faire dans fon coeur mille pro
fondes bréches,
En les allant darder luy- même dans
ſon ſein .
Il quitte pour cela fon féjour ordinaire
,
S'éloignant de Venus fa mere,
Quile voit partir à regret ,
Sans avoir part à ſon fecret,
2
Prés de la belle indifferente ,
Logeoit la vieille Calinton ,
Autrefois belle , ce dit -on
Mais ayant desans deux fois tren .
C
GALANT. 47
Rendant la cire par les yeux ,
Qui gaftoit le miel précieux
Qui lortoit de la bouche encor fort
éloquente.
Au lieu dans cet eftat de fonger au
tombeau
Elle affectoit certain air tendre ;
Faifant en forte de reprendre
Nouveau teint , & nouvelle peau,
Prenant des agrémens dont fe fert la
jeuneffe ,
Afind'exciter la tendreffe
De quelqu'aimable adorateur
Pour avoir l'offre de fon coeur
Quand Atropos , impitoyable ,
S'ennuyant de la voir fi long-temps
icy bas ,
Cherche avec un foin incroyable
Des dards pour luy donner un
prompt & fûr trépas ,
Et de crainte de fe méprendre
48 MERCURE
De fon trifte féjour on l'apperçut
deſcendre ,
Pour venir de la propre main
Enfoncer ce dard inhumain .

Le jeune Cupidon preft d'entrer
chez Aftrée ,
Rencontre Atropos , penetrée
Du funefte defir de décocher fon
dard.
Tous deux également furpris de la
rencontre ,
Chole rare fans le hazard ,
Puifque l'un eft pour , l'autre contre
,
Et par un pouvoir oppoſé
L'un rend l'Homme détruit , l'autre
immortalifé.
Cependant bon accueil , & compli
ment fort tendre ,
Tel que fouvent en en voit rendre
·
Par
GALANT.
49
Par gens dont le venin empoisonne
le
coeur ,
Qui par une langue traiftreffe
Veulent perfuader qu'ils font avec
ardeur
Ce qui n'eft qu'une fauffe & criminelle
adreffe ,
Pour decevoir ou pour trahir
Selon qu'aux paffions on fe plaift d'obéïr.
Mais fans plus de détour , reprenons
noftre hiftoire.
Nos Voyageurs pour lier amitié
Font deffein enlemble de boire ,
Dûffent-ils payer par moitié.
Auffi - toft fait que dit ; vin blanc ,
vin de Champagne
Sont pour eux d'abord en campagne
,
Enfuite le Madere eft joint au Saint'
Laurens;
Fevrier 1699. E
so MERCURE
Puis afin de rincer les dents
On apporte de l'eau clairette ,
Et même de la fenouillette,
Qui les enyvra de façon
Que tous deux perdent la raifon
Mais en perdant la connoiffance ,
Ils n'abandonnent pas le deffein
qu'ils ont pris
Afin de vanger leur puiffance ,
Sans fe foucier à quel prix.
Tout decx en chancelant fe féparent
fur l'heure
Afin d'aller dans la demeure
Et d'Aftrée & de Calinton.
Comme plusieger, Cupidon
Arriva bien-toft chez la Belle
Et choififfant dans fon carquois
Une fléche qui puft la ranger fous
fes loix ,
la lance , & luy donne une atteinte
mortelle,
GALANT.
Donc tombant auffi - toſt inſenſible
& fans voix ,
Il s'apperçoit , helas , qu'il luy fait
rendre l'ame ,
Au lieu de la brûler d'une amoureuſe
flame.
Calinton , au contraire , ayant reçu
le dard
Qu'Atcopos luy lance avec art ,
Sent une ardeut inconcevable :
Elle croit fe revoir aimable,
Et capable dans ce grand jour
D'affujettir tout à l'Amour.

Mais enfin deux effets également
contraires
Ace que l'on s'eftoit promis ,
De grands railonnemens fe trouvérentfuivis,
Sans qu'on put penetrer quels étoient
ces Mifteres .
E ij
52
MERCURE
Cupidon
déplorant
fon fort
Vois qu'au lieu de l'amour
il a donné
la mort
Au plus aimable objet de toute la
nature ,
Et faifi de douleur d'avoir mal réüf
fi ,
Il fuit , trifte , pafle & tranfi
D'une fi trifte avanture.
La cruelle Atropos ne fent pas
dans
fon coeur
Une moins mortelle douleur
De voir Calinton vivre , & de la voir
contente ,
Faire l'agreable & l'Amante.
Nouvelle fléche alors contre elle fe
tira.
C'est à ce coup, elle en mourra,
Dit tout bas la funefte Archere
Mais furprife que toutes deux
GALANT.
Ne portent dans fon coeur que l'A
mour & les feux
Flle en cherche une meurtriere
Qui loin de luy donner la mort ,
La met dans un tendre tranfport .
Enfin mettant en vain fes fléches en
ufage ,
Elle quitte ce lieu fans pouvoir fe
vanger.
Son dépit eft extrême , & pour furcroift
de rage
Elle voit Calinton de nouveau s'engager
,
Avant la fin de la Journée,
Dans les liens de l'Himenée.
S
Curieux de fçavoir quels fâcheux
contre-temps
Faifoient perit ainfi tant de jeunes
Amans ,
Eij
54 MERCURE
Et fembloient ranimer la caduque
vieilleffe ,
Tous nos Bergers firent deffein
De s'aflembler un jour fur les bords
du Permeffe ,
Afin de rechercher dans un fecours
divin
D'où vient cette Metamorphofe,
Et quelle en peut eftre la caule.
S
Dés qu'ils furent dans le Valon ,
Ils apperçûrent Apollon
Suivi des Filles de Memoire.
Alors tout éblouis des rayons de fa
gloire
Ils fe profternent à genoux,
Et là , le plus fage de tous
Expofe leur humble priere.
Apollon ,pour les contenter,
Leur rapporte l'hiftoire entiere
Que je viens de vous raconter,
GALANT.
15
Leur failant à tous entendre
Que l'Amour voulant repten.
dre
See fléches & fon Carquois ,
Fit un plus funefte choix ,
Ne croyant pas fe méprendre.
C'eftoit celuy d'Atropos
Dont il fe chargea le dos ,
Luy laiffant le fien pour gage .
De là vient que l'Amour fait un cruel
carnage
Dans tant de jeunes coeursqu'il vou
droit enflamer ,
Et qu'Arropos par un effet contraire
Force des cheveux gris d'aimer,
Lors qu'elle veut nous en deffai-
FC.
Voicy les noms de plufieurs
pesfonnes mortes dans le
E iiij16
MERCURE
commencemeut de cette an
née , dont je devois vous pare
ler dés le mois paffé.
Meffire Claude Foucault ,
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire , eu la premiere ,
Chambre des Requeftes. Il
avoit époulé Marie Aubert de
Villelerin , Soeur du defunt
Evêque de Senés , dont entre
autres Enfans il laiffe un Fils
Confeiller au Chaftelet , qui
va eftre receu à la Charge &
Commiffion de M ' fon Pere .
Dame Marie Breüillet, Veuve
de мeffire François Roger,
Seigneur d'Ollé , d'Ouville ,
GALANT
57
& autres lieux , мaiftre ordinaire
en la Chambre des
Comptes . Elle eftoit mere de
défunt PierreRoger
, Seigneur
d'Ollé , d'Ouville , Cogné ,
Fourmelé , & autres lieux ,
Maistre de Comptes , & de
feue Elizabeth
- Marie Roger,
Epouſe de défunt François
du Fos , Seigneur de Taule ,
Mery & autres lieux , mort
Confeiller de la Grand'
Chambre.
Dame Jeanne Pantin de la
Guére , Epoufe de мeffire
Claude le Rebours
, Seigneur
de Saint Marc fur le mont
18 MERCURE
Confeiller au Parlement , Frere
de M' le Rebours , ancien Prefident
au Grand Confeil , & de
feu Mile Rebours, Maiftre des
Compres.
r
Meffire François Paparel ,
Secretaire honoraire de Sa
Majefté , & Treforier genetal
de l'Extraordinaire des
Guerres. Il laiffe un Fils qui
eft revestu de fa Charge , &
qui a époulé mademoiſelle de
Sauvion , & une Fille Religieufe
aux Hoſpitalieres de S.Gervais.
Meffire Gabriel Perlan , cy
devant Avocat General de Sa
GALANT:
59
Majefté en la Cour des Monnoyes.
Il avoit époufé madeleine
Cottereau , Fille de Jacques
Cottereau , Seigneur de
Villejuif, Intendant des Fortifications
de l'lfle de France
& Picardie , & Maistre d'Hoftel
ordinaire du Roy , & d'Anne
de Bragelongne , dont il
refte un Fils unique, Honoré-
Irenée Perlan , Chanoine de
l'Eglife de Paris.
Dame Loüife Martinet ,
Veuve de Jacques Guigou ,
Secretaire du Roy . Elle laiffe
entre autres Enfans Nicolas
Guigou , Confeiller au
60 MERCURE
Grand Confeil , & N. Guigou,
Epoule de Jean- Franç . Joifel ,
Side Juilly , M des Compres.
Meffire André de Witdmer,
Capitaine Suiffe , mort à qua
ranae.fix ans . Il laiffe une
Veuve & quatre Enfans , qui
font Pierre de Witdmer , Capitaine
Suifle au Regiment de
Gredder , Rodolphe Witdmer,
qui fait fes Etudes ; мarie
Anne Witdmer , Demoifelle
des plus accomplies , qui
joint à la jeuneffe & à la beau.
té un elprit des mieux tournez
, & Marie Perrine Witdmer
, fort jeune. Il avoit enGALANT.
61
core une Fille, qui avoit épou,
fé Meffire Prince de la Hire ,
Capitaine Suiffe dans le Regiment
de Stoppa , dont je vous
parlay dans ma Lettre du mois
de May de l'année 1696 .
Madame de Blemur, morte
en fon magnifique Chateau
de Blemur prés d'Eſcoüan. Elle
eftoit Fille de Jeanne de Fenis
, qui avoit époufé en premieres
Noces Meffire Louis.
de Piennes , Seigneur de Farol .
les , Boulever & Sarfy , d'une
ancienne maifon de Picardie,
Il eftoit resté de ce mariage
un Fils Louis de Piennes , qui
62 MERCURE
fut tué à la Bataille de Stein :
kerque , prés de la perfonne
de M ' le Chevalier de Soyecourt
, en combatant vaillamment.
Madame de Piennes fa
mere époula en ſecondes No.
cesMeffire Barnabé Gedoyen ,
Seigneur de Carnetin , dont
eftoit ifluë madame de Blemur
qui vient de mourir. Philippes
de Fenis , fa Tante , eftoit мere
de Madame la marquise de
Boifleleau , à prefent Veuve
de Meffire Alexandre du Renier
& Droué de Boiffeleau ,
Gouverneur de Charleroy . Le
Commandeur de Fenis eft de
GALANT:
63
la Maifon de Fenis de Tulle
en Limofin. On en connoiſt
peu en France de plus anciennes.
Les Illuftres d'Angleterre
qui portent le même nom , en
font defcendus. Le Commandeur
dont je parle eft fi confideré
dans fon Ordre , que le
Grand - Maiftre l'envoye au
Roy pour negocier des affaires
tres importantes . Auffi Sa
Majefté a-t- elle toûjours marqué
beaucoup d'eftime pour
luy & pour ceux qui luy ap
partiennent , & qui continuent
de rendre leurs fervices
à Şa Majeſté.
64 MERCURE
Enfin le Port de Cete , qui
a fait parler fi diverſement les
Connoiffeurs , a efté mis dans
fa derniere perfection , & on a
prefenté aux derniers Etats du
Languedoc.une Sonde de ce
Port , qui avoit efté faite le 30 .
Octobre dernier par M's de
Montaigu & d'Aſté , Inge .
nieurs du Roy , & par M' Dubois
, Capitaine de Port à Cette
, en prefence des Commiffaires
des Etats députez pour
ce fujet . Ils fe rendirent chez
Mi le Comte de Peyre , Prefident
pour Sa Majesté dans
cette augufte Affemblée, avee
:
GALANT. 65
M' de Bafville , Intendant de
la Province , & les autres Commiffaires
du Roy , pour exami
ner l'estat de ce Port , & ils
trouverent que Mr Marcha ,
qui s'eftoit chargé en 1690. de
mettre ce Port à la profondeur
de treize à quinze pieds , & de
Rentretenir en cet eftat pendant
plufieurs années , avoic
plus que fatisfait aux conditions
de fon Traité , puifqu'il
n'y a pas un feul endroit en
tout ce Portoù il n'en ait plus
de quinze , feize & jufqu à
dix- huit pieds d'eau , en forte
que ce Port, qui depuis qu'il
Février 1699. F
66 MERCURE
eft fait n'avoit efté pratiquable
qu'aux plus petits Baftimens
, eft à preſent en eftat
d'en recevoir d'un Port tresconfiderable.
Cet ouvrage
eft d'autant plus beau que ce
Port eft fituéau milieu du golfe
de Lyon , dans une Coſte
tres-orageufe , & qui eft pleis
ne de Bancs de fable , ce qui
rendoit l'entrepriſe tres.diffi- ·
cile. Cependant on peut dire
que la Medaille qui fut frapée
à l'honneur du Roy dans le
temps que l'on commença ce
Port , contient un fens tresveritable.
Elle repreſentoit le
GALANT. 67
Port qui eft fermé par un Mole
ou une Jettée de pierres , &
la Carte des environs , avec
ceite Infcription , Tutum in
importuofo littore Portum ftruxit.
Outre
l'afile
que ce
Port
don.
ne aux Galeres de Sa Majesté
lors qu'elles vont en Catalogne
, la Province y trouve fes
avantages , puis que tres-fouvent
il fert de retraite , & garantit
du naufrage tous les
Baftimens qui font furpris par
la tempefte dans ce golfe ,
comme on le voit prefque
tous les jours. D'ailleurs , ce
Port procure à fes Habitans
Fij
68 MERCURE
un debit extraordinaire des
vins dont elle abonde . Les
Hollandois & les Anglois qui
y ont déjà chargé s'en trouvent
fi bien , qu'il y a lieu
d'efperer que ce Commerce
fera dans peu tres confidera
ble. L'on voit par là avec plaifir
que les foins que l'on a pris
& les dépenfes qu'on a faites
pour ce Port , ne font pas inutiles
. La vigilance de M' de
Bafville a contribué plus que
toute autre choſe à la perfection
de cet ouvrage , qui eſt
la tefte du Canal de la jonction
des Mers , ce qui le rend
GALANT. 69
abſolument neceffaire , & d'u
ne tres- grande importance.
Mile Prince de Conti arriva
le 23. du mois paffé à Dole, où
Mr de Vaubourg , Intendant
de Befançon , l'alla recevoir.
Ce Prince vint de là à Befançon
, oùM ' le Prefident le Févre
le harangua en ces termes
de la part du Parlement.
La
MONSEIGNEUR ,
joye que l'heureuse
arrivée
de Voftre
Alteffe
Sereniffime
répand
de toutes parts , pénétre
fi vivement
tous les Officiers
de la premiere
Compagnie
de cette Provin
70 MERCURE
ce, qu'ils ne trouvent point de termes
affez forts pour l'exprimer
& que je crains moy même avec
Taifon de mal foutenir l'honneur
qu'ils m'ont fait de s'en expliquer
par ma bouche à celuy qui la
cauſe.
Le profond respect , que nous
avons pour un Prince du Sang,
fi chery & fi reveré de toute la
France , nous laiffe à peine la libertédefaire
unjufte difcernement
de tout ce qui contribuë le plus à
l'infpirer , & de pouvoir démêler
fr for Augufte naiffance , qui le
fait defcendre de tant de Grands
Rois de la premiere Monarchie de
GALANT:
71
l'Europe ,y a autant de part , que
fes qualitez perfonnelles , qui le
rendent an des Princes des plus ac
complis de noftre fiecle.
Ce font ces qualitez admirables
accompagnées d'une valeur
digne du Song de BOURBON ,
qui ont tellement fçû charmer les
Cours de tous les Officiers de guerre,
qu'ils ont publiépar tout que vous
eftiez les delices des Troupes Fran
goifes, & qu'elles n'avoientjamais
plus de joye , ný même plus d'ardeur
àfe fignaler , que lors qu'elles
combattoient à vostre veuë,
fûres de n'avoir qu'à marcher ſur
vos paspour arriverà la Victoire.
72 MERCURE
Ce triple Resranchement d'une
Armée entiere forcée à Nervvinde,
malgréla vigoureuse réfiftance
d'un Roy en perfonne , foutenu de
toutes les forces de fes Alliez,
ce Drapeau , qui décida fi heureufement
entre vos mains de la fa .
meuſe journée de Steenkerke ,fer.
viront d'un monument éternel à
vostre gloire.
Les grands avantages que les
'Armées du Roy ont toujours eus
fur celles de fes Ennemis aux
Païs Bas , dans toutes les Cam.
pagnes de la derniere guerre , ne
font dûs , aprés lafage conduite de
Sa Majefte , & les heureuſes influences
GALANT.
73
fluences defon étoile , qu'à la valeur
, que Voftre Alteffe Sereniffi
me a fçu infpirer parfon exemple
à tous ceux qui ont eu l'honneur de
combattre
àfes yeux.
Les prodiges qu'elle a faits dans
toutes les actions où elle s'est trou
vée, ont porté l'éclat de fon Nom
jufques aux climats les plus reculez,
& la plus fainepartie de cette
fiére Nation qui , aprés la Francoife
, paffe pour eftre la plus belli .
queufe de toute l'Europe , charmée
de vos grandes qualitez , & fur
tout de vostre Valeur extraordinaire
, vous a jugé fi digne de porter
une Couronne , qu'elle a même
}
Fevrier 1699.
G
74. MERCURE
voulu en honorer voftre merite ,
par un jufte & legitime choix.
Lafortune , toute ennemie qu'elle
paroift quelquefois de la verin des
Grands Hommes , par un effet de
fon caprice , n'a pu empeſcher que
ce choix fi jufte & fi glorieux ,
n'ait flatté les defirs de toutes les
Puiffances, qui n'avoient pas étou .
fé dans l'efprit de partialité , les
fentimens de la raison & de la
justice , & que l'on ne publie encore
aujourd buy par tout
à vostre
gloire immortelle , que fi les Couronnes
fontfouvent les prefens de
la fortunefeule , ces grands coups
d'éclat qui en font juger digne un
GALANT.
75
Heros comme vous , à la fage de
l'Univers , ne peuvent estre que
l'effet du merite , & l'ouvrage de
la vertu.
Souffrez , Monfeigneur , que
je m'impofe un filence respectueux
fur un fi grand fujet. Il ne m'eft
pas poffible de renfermer vost e
Eloge dans les bornes ésroites d'un
fimple Compliment , & je dois me
contenter de vous marquer avec
un tres-profond reſpect , la veneration
que le Parlement de Befan
çon a pour lerang pour la Per
fonne de Voftre Alteffe Sereniffi
The.
Monfieur le Prince de
Gij
76 MERCURE
Conti répondit à ce complic
ment d'une maniere tres. hon .
nefte & digne de luy , & le
foir , M' de Vaubourg qui
avoit eu l'honneur de l'ac
compagner , luy donna un
magnifique repas. Il y avoit
deux tables de dix huit cou
verts chacune , qui furent fervies
en même temps. L'une
eftoitpour les hommes , & l'au
tre pour les Dames. Monfieur.
le Prince de Conti mangea à
celle des Dames avec M
l'Archevefque de Befançon,
Ce Prelat donna à manger le
lendemainà ce Prince qui fue
GALANT: 77
fervi par M' le Comte de Gra
mont , fon Frere. Le loir , il
foupa encore chez M² de
Vaubourg , & le jour fuivant
il partit pour Neufchaftel ,
où il a efté reçu au bruit du
Canon.
Voicy une recherche cu
rieufe fur l'origine du mot
Redde, dont on fe fert au Par
lement de Bordeaux. Elle eft
d'un fort habile homme , dont
je vous ay déja envoyé differens
Traitez remplis d'éru
dition.
Giij
78 MERCURE
A MONSIEUR ***
Mc
Effieurs du Parlement
de Guienne ayanɩ tenu
leut derniere Seance de la
Tonrnelle avant Paſques , délivrerent
, dit on , à la Rhede
divers Prisonniers ; fur quoy
quelques perfonnes ce jourlà
s'eftant avifées dans une
converſation , de demander
d'où eftoit ce mot de Rhrde, ·
Rede , ou Redde , quibus & veniffet
ab oris , on ne fe trouva
point preft fur le fujet , & il
fut dit qu'à l'exemple de Paf
GALANT: 79
quier , qui avoit fait de fçavantes
& curieules Recherches
, non feulement de plufieurs
chofes , mais auffi de
plufieurs mots, il feroit bon de
penfer à celle de ce mot - là . Je
vous propoſe , Monfieur , mes
conjectures
, pour faire choix
de celle qu'il yous plaira.
On fçait d'où vient le mot
de Fournelle . Bodin l'enfeigne
dans fa Republique
, livre 4 .
chapitre 6. Quamobrem
majores
noftri pradeterCuriampublicorum
judiciorum
, quam noftri homines
Tornellam appellant , ita inftitue .
runt , ut finguli Curiarum Jadi-
Giij
80 MERCURE
ces velut in orbem ftatis temporibus
in ea judicarent, ne capitalium
judiciorum confuetudo , infitam
unicuique à natura clementiam
eriperet , & animos efficeret quàm
pro natura crudeliores. La Chambre
de la Tournelle eft donc
ainfi
nommée , parce que les
Officiers y vont fervir tour à
tour ; mais pour ce qui eft de
la Rhede, perfonne , que je fça .
che , n'en a écrit , non pas même
l'Auteur du Stile du Parlement
de
Bordeaux , & on nous
a laiffé ignorer la racine de
ce nom , qu'on donne à la derniere
Audience avant la Fefte ,
GALANT. 81
4.de
& dans laquelle on élargit des
Prifonniers. L'origine de cette
indulgence de la Cour eft
connue. Les Empereurs Chreftiens
l'ont ordonnée. Ubi
primus dies Pafchatis illuxerit ,
nullum teneat carcer inclufums
Cod. lib. 1. Tit. 4. de Epifcopali
Audientia. Ils ne devoient pas
moins faire , pour ne le pas
ceder aux Payens. Il y avoit
parmy les Romains un temps
où l'on délivroit des Prifonniers
à l'honneur des Dieux .
Vinctis quoque dempta in cos dies
vincula. T. Live Decad . 1. liv .
6. Cette Fefte fe nommoit Le82
MERCURE
Etifternium , parce que felon le
même Hiftorien il y avoit des
lits dreffez . Voilà donc la cho
fe,mais le mot de Rhede eft inconnu.
On ne fçait , pour ainfi
dire,de quelle race il defcend ,
& pourquoy on a ainfi nommé
cette douce Seance de la
Tournelle. Ubi mifericordia fu
per exaltat judicio,
Si l'on ne fe fert pas du mot
de Rhede dans quelques Parlemens
de Pays Coutumier , il
fuffit qu'on s'en ferve dans les
Parlemens de DroitEcrit , pour
en vouloir connoiſtre la fource
, d'autant plus que le ConGALANT.
83
feil s'eft luy - même ſervi du
terme deRhede, en faiſant il y a
quelques années un Reglement
à la requeſte du Procureur
General du Parlement de
Guienne . De plus , c'eft un
mot public , & confacré à
marquer une Seance finguliere
de la Tournelle , qui au lieu
de s'appliquer , felon fa coutume
, à découvrir les crimes
pour punir les coupables ,
laiffe , pour le dire ainfi , tomber
dee mains le glaive de la
Juftice , & ne s'occupe qu'à
chercher les moyens d'ouvrir
les Priſons.
84 MERCURE
-Ignofcitque Themis mitiſſima Il
faut donc faireu ne recherche
du mot de rhede, & de la convenance
qu'il peut avoir avec la
delivrance des Priſonniers qui
fe fait ce jour- là ; car enfin ,
Conveniuut rebus nomina quæquefuis.
Jufques icy la découverte
n'en a point efté faire , &
quelque foin qu'on ait pris
pour déterrer ce terme de
Rhede , en le demandant aux
Gens du Palais , on n'a pû en
rien apprendre ; ce qu'il faut
attribuer au temps. Il efface
les caracteres desInſcriptions
,
GALANT. 85
tellement qu'on ne peut plus
les lire. Il efface de même , fi
cela fe peut dire , l'origine des
vieux mots , à ne la pouvoir
plus reconnoiftre.Neanmoins
comme on s'attache à déchifrerces
Inſcriptions antiques,
& qu'on y fait des conjectures
, on peut effayer de même
à penetrer le mot de Rhede , &
par quel titre il convient à des
Prifonniers élargis.
On demeure d'accord qu'
autrefois on parloit Latin au
Palais , & que ce n'eft que depuis
François I. qu'on y a re.
noncé à cette Langue . Si cet
86 MERCURE
te Epoque de changement ſe
trouve fous le regne d'un
Prince fçavant , c'est que ce
Latin eftant une baffe Latinité
, bien differente du beau
Latin du Digefte , faifoit tort
à la majesté de Themis , laquelle
depuis ce temps- là eft
délivrée d'une Langue moins
Latine que Romaine , & dont
les termes n'eftoient pas urba.
na verba , mais verba ruftica, ou
comme les nomme le docte
Spelman , Latino-barbara.
Il faut donc chercher le mot
Rhode dans le Latin . Rheda fignifie
un char , un chariot.
GALANT: 87
Hane Epiftolam dictavi fedens in
rheda , dit Ciceron dans une
de fes Epiftres à Atticus . Il a
ennobli ce mor , qui origi
nairement eft Gaulois . Plurima
Gallica valuerunt , ut rheda &
petoridum quoque , quorum altero
Cicero tamen , altero Horatius,
utitur,ditQuintilienInft. Treb.
liv . 1. Quoy qu'il en soit , le
fens qu'il a , ne peut convenir à
la derniere Seance de la Tournelle
; car bien loin que les
Juges foient alors élevez com..
me fur un char, ils defcendent
de leur Tribunal ordinaire, & .
fe mettent dans les Sieges bas,
88 MERCURE
Le char auffi n'eft pas un fiege
de pardon. Lors que ceux
qui triomphoient , entroient
dans Rome
& que leur
Char commençoit à tourner
vers le Capitole , on en .
voyoit en priſon les Captifs ,
& on les y faifoit mourir . Cùm
de foro inCapitolium currum fle-
Etere incipiunt , illos duci in carcerem
jubent , qui dies , & victoribus
Imperii , victis vitæ finis
fuit. Cic . Verr. s . Enfin la charette
, comme tout le monde
fçait , n'eft destinée qu'à conduire
les criminels en ſpectacle
au peuple, non pour mani
GALANT. 89
fefter leur grace , mais pour
arriver à la potence ou à l'é
chaffaut , où ils font défaits .
Rheda donc ne convient icy
ny aux Juges , ny aux Priſonniers
à l'égard de la délivrance
du jour .
Rede approche de rete , un
filet de Pelcheur. Les Efpagnols
qui font frontiere au
reffort du Parlement de
Guienne , difent reda , mais
quelle application peut - on
faire icy de ce filet ? Seroit ce
parce que dans ce jour de
grace on tire des fers des Prifonniers
, quien eftoient arrê
H
Février 1699.
90 MERCURE
tez comme des poiffons enfer
mez dans des filets .
Autrefois dans le vieux langage
on difoit De pour Dieu ,
& par la même contraction
on a pû joignant le mot La ."
tin avec de mettre re pour rei ;
ce feront des coupables élar
gis pour l'amour de Dieu . Ce
n'eft pas
le caractere des Juges
de pardonner , mais c'eſt
Dieu qui pardonne alors par
leur miniftere . Ainfi , dit Tite
Live , c'eftoient les Dieux du ..
rant certains jours de l'année ,
jours de grace, qui fecouroient
ceux qui eftoient dans les
GALANT:
fers ; & cela même les mettoit
comme à l'abry de nouvelles
chailnes . Religioni deinde fuiffe,
quibus eam opem diftuliffent , vin
ciri.
f
Lors que la Tournelle dife
tingue les Prifonniers fur le
rapport qui luy en eft fait , elle
prononce contre celuy qui eft
excepté par la qualité de fon
crime , mancat, Peut - etre au
t on dit autrefois en faveur
de celuy qui fe trouvoit dans
le cas de remiffion, redeat , qu'il
retourne chez lu ; & depuis
par Syftole , rede; & quoy que
la Tournelle prononce aujour
Hij
92
MERCURE
d'huy autrement , le terme ſera
Demeure pour denommer,
à mitiori , toute l'action de la
Seance.
On lit dans l'Evangile de
Saint Luc , chap. 16. v. 2, Redde
rationem villicationis tuæ , Rens
compte de ton administration. Si
ce jour- là on interrogeoit les
Prifonniers avec ces paroles ,
on pourroit croire que le mot
Latin redde auroit fait naiftre
celuy de redde au Palais ; mais,
on ne les interroge point , & on
fe contente de Içavoir par la
bouche de leur Avocat ou de
leur Procureur,la caufe de leur
2
GALANT.
93
emprisonnement . De plus, ce
que dit le Pere de Famille à fon
Econome , Redde rationem , eſt
à deffein de le convaincre.
pour le condamner ; au con
traire de la Redde , où l'on a
intention de délivrer & d'ou
vrir les prifons .
On a dit autrefois dans la
baffe Latinité , fredde pour fi
des , comme l'a remarqué du
Cange dans fon Gloffaire. Or
c'eſt l'uſage dans le pays de la
Garonne d'ofter quelquefois,
If du commmencement des
mots. On dit ille pour fille , cu
pour feu ;le Chasteau du Ha
94 MERCURE
pour le Chasteau du Far . Il en
peut eftre arrivé icy de même ;
de fredda on aura fait redde ,
d'où l'on tire une idée qui
convient au fujet . Alors la Juftice
fait un acte de Religion
& de pieté en délivrant
des prifonniers ; ce qu'elle ne
feroit pas , fi elle s'en tenoit
aux Loix & aux Ordonnances ,
qui font leveres , Ce motif elt
tres bien expliqué par Grego .
rius Tolofanus lib. 31. cap. 32.
Inde non modicum beneficium
exiftimaverunt antiqui , pietatis
religionis caufa folvere vinctos
à carcere , veluti poenam illis
GALANT. 95.
levare remittere , fi gravium
criminum rei non fint , in die
Pafchatis , quo Dominus nofter
refurrexit ,folutis mortis viuculis .
De cette forte fredda par le
retranchement de l'f , avec le
fens qu'on vient de luy donner
, auroit fait le nom de
redde .
Mais fans le fecours de la
Critique , à laquelle il eft permis
de changer des lettres,,
d'en ajoûter , d'en retrancher,
& d'en faire une tranfpofition ,
voicy une voye toute unie &
fans aucun changement pour
le mot de redde, & le ſens qu'on
96 MERCURE
luy donne , c'est que dans la
baffe Latinité , qui eftoit le
ftile du Palais , redda fe difoit
pour reditus , rente . Ainfi la
redde feroit la rente que la Juftice
paye à la Fefte. Cette delivrance
de prifonniers , qui fe
fait alors , eft comme une redevance
dont la Cour s'acquitte
en leur faifant ofter les
fers avec lesquels ils eftoient
venus à l'Audience , & leur
donnant la liberté entière . "
La Juftice fatisfait donc à
la Pafque de ce qu'elle luy
doit , en mettant dehors
quelques orifonniers qu'elle
détenoit
GALANT:
97
détenoit avec un droit d'autorité&
de procedure , & dont
elle ne fe relâche , que parce
que laFefte exige d'elle de leur
accorder la liberté. Auffi lors
que l'Avocat ou le Procureur
parle pour quelqu'un, il en demande
l'élargiflement, moins
en infiftant fur la perfonne ,
qu'en confideration . de la
Fefte.
Enfin , fil'Allemand ou le
Flamand font Langues qui
puiffent en quelque occafion
particuliere eftre entrées au
Palais , il femble que par leur.
moyen on trouve formelle-
1
Fevrier
1699, I
98 MERCURE
ment & à la lettre ce que l'on
cherche. J'ay lû Redden, liberare
, delivrer. Radder , Servator
, fauver , dans un Dictionnaire
intitulé , Trium linguarnm
Dictionarium , Teutonica ,
Latina , Gallica , Loncardia apud
Raddeum 1619. Le fens de la
Redde eft dans le mot redden ,
un acte de bonté , de clemence
, une Delivrance , une Grace
, une Liberté. Peut eftre
que redens defignant la branche
de l'arbre , qui eft confervée
lors qu'on coupe les autres,
vient de la même fouche.
De cette forte, Redde feroit un
LYOR
7900
DE
LA
GALANT.
499
Etranger venu par mer en
l'Aquitaine , un terme que
Thetis auroit introduit chez
Themis un Outremer arrivé
autrefois à Bordeaux dans ces
Flores
marchandes qui viennent
depuis plufieurs Siecles
ancrer au fameux Port de la
Lune , quiy font leur cour au
Pouchus
Aquitanique , & qui
y chargent grand nombre de
vins de la Province. Voilà le
motde Redde cherché en bien
des endroits differens.
2 Una voce fuper wariant fic
P ... plurima fenfa.Vespa
On ne doit pas trouver étran
I ij
Too MERCURE
ge cette diverfité de conjectures
fur le mot de Redde ,
puis qu'il n'y en a guere moins
entre les Saxons fur l'Echiquier
d'Angleterre , qui fe
nomme en Latin vulgaire
Echicarium. Terrerius dit que
cette Chambre Fifcale fe
nomme ainfi , parce que dans
les procedures le Demandeur
matte le Défendeur ,ou le Dé
fendeur matte le Demandeur,
ce qu'il tire du mot des Echets,
où tantoft l'un , tantoft
l'autre eft fait mat . Nicodius
dit que l'Echiquier eft ainſi
nommé, parce qu'il y a di
GALANT: 101
vetfes perfonnes dans cette
Chambre , comme il y a diverfes
pieces dans le jeu des
Echets. Pithou & Chopin
veulent que la Cour de l'Echiquier
foit dénommée de la forte
d'un terme Allemand, dont
ils la dérivent , Schats , qui fignific
trefor; & d'autres veulent
qu'elle ait eu le nom d'Echiquier
à caufe d'un Tapis
que l'on met fur la Table , lequel
eftant marqué de plufieurs
rayes tirées en lon gueur
& en largeur , fait des quarrez
qui ont la figure de ceux d'un
Echiquier où l'on jouë . Quàm
I iij
102 MERCURE
funt incerti hominum animi , dit
Ciceron . Je fuis , & c.
Je vous envoyay dans ma
Lettre de Decembre plufieurs
Ouvrages de Mademoiſelle
l'Heritier , fur le Mariage de
Madame la Ducheffe de Lorraine
. Un celebre Sçavant de
Toulouſe , de l'Academie des
Lanternifles, charmédel'efprit
de cette admirable Fille , luy
a adreffé cette Ballade , dans
laquelle il luy donne le nom
de TELESILLE ) comme ont
déja fait quelques autres ; en
forte que ce nom luy eft de-
{
GALANT. föz
venu particulier dans ce qui
s'écrit en Vers , comme celuy
de Sapho l'eft à Mademoiſelle
de Scuderi.
A MADEMOISELLE
L'HERITJER .
Toy , dont le ftile agreable & fe→
cond !
Fait qu'on te nomme à bon droit
Telefille
Tes Vers paffant ceux que les autres
font ,
Quel
los
donner
à ta Mufe
gentillea
Courte
feroit
la
neuvaine
Quadrille
A
t'applaudir
&
louer
dignement
.
De
ton
efprit
par
tout
le feu
petillë
,
Onques
nefut
un
eſprit
fi charmant
.
iiij
104 MERCURE
Nombreux écrits , qui vrais modeles
font ,
Ta Plume enfante , & la Cour en
fourmille .
Que de beautez , que.de graces ils
ont !
En leur faveur envieux fe defille .
Faut qu'à mon tour là-deffus je babille
,
Ores , je veux dire mon fentiment
Et publier que de fil en aiguille
Onques ne fut an efpritfi charmant.
S
D'un tour galant , & dont Phebus
répond ;
Nous peins Himen & le divin Soudrille
,
Quand Lorrain Duc preux & feal à
fond ,
Epouſe prend de Royale Famille,
GALANT. 10 ད
Auprés de toy pafferoit pour vetille
L'ingenieux & naïf feu Clement .
Avec quel art ton adreffe s'habille
Onques nefaran efprit fi charmant
S
Louis fameux par fon zele pro
fond ,
Et par l'éclat dont fon courage brille,
Craint,adoré, d'où la glace morfond
Jufqu'aux climats où peuples Soleil
grille ,
Longtemps vivra dans tes Vers fans
cheville,
Qu'il peut luy feul guerdonner lar
gement.
Ils morgueront le noir monftre à
faucille
Onques ne fut un efpritfi charmant
ENVOY,
Soeur des neuf Soeurs , ſage & fçavante
Fille ,
106 MERCURE
Ton diſcours a maint & maint agrément
.
Si ne dis vray je veux bien qu'on
m'étrille ,
Onques nefut un eſprit ficharmant.
REPONSE
De Mademoiſelle l'Heritier
TAl
A M' L. A. L.
RONDEA Ü.
Alens heureux avez à tous propos,
Naiffent chez vous les énergiques
Emots
Quand déclamez un Diſcours magnifique
,
Vous triomphez en ftile Marotique
Sur tous les tons celebre eft voftre
los.
GALANTA 107
Dans le giron d'un gracieux repos,
Sans vous livrer à nonchalans pa-
Vots
Tres - doctement vous mettez en
pratique
& Talens heureux .
S
Que galamment me contez des
fagots !
Ah, pour chanter Louis , noftre Heros
,
Moult me duiroit voftre douce Mu
•fique.
Phebus , ce Dieu du noble Art Poëtique
,
Bien amplement mit chez vous en
dépoſta
Talens heureux.
Mademoiſelle l'Heritier
ayant eu chez Mademoiſelle
18

110 MERCURE
des Houlieres une converfation
fort vive & fort enjoüée
contre la coquetterie , receut
quelques jours après ce Rondeau
, que luy envoya cette
illuftre Fille , fidigne du nom
qu'elle porte.
Con
RONDEAV .
Öntre l'Amour qu'oſez a vous
entreprendre ?
Il a des feux prefts à reduire en cendre.
Les fiers Mortels qui mépriſent fes
loix,
De la raiſon n'écoutez point la voix ,
Elle ofe plus qu'elle ne peut préten
dre.
GALANT. 109
Dans tous les temps elle n'a pû
défendre
Un coeur charmé du plaifir de fe
A
rendre.
quoy vous fert de parler tant de
fois
Contre l'Amour ?
$
Tremblez , Philis , ah, tremblez de
répandre
Ces pleurs trop vains qu'exige une
ame tendre,
Craignez le fort qui fuit un fatal
choix ,
La trifte Echo dans le fond de nos
Bois ,
Souffre , languit , & ne fait rien ene
tedre
Contre l'Amour.
110 MERCURE
REPONSE
De Mademoiſelle l'Heritier
L
RONDEAU.
A liberté charme , ravit, enchanre
;
De tous les coeurs elle eft la douce
pente.
Le mien toujours fenfible à fes dou
ceurs ,
Du fol Amour méprisant les ardeurs,
Scut s'affranchir de fa chaine pefante.
2
Lors qu'il produit les tours d'une inconftante
,
Ou d'un jaloux la rage extravagante ,
Pourquoy vouloir m'ofter des tons
railleurs
La liberté ?
GALANT
Vous me vantez en vain fa main
puiffante ;
Ses traits, Iris , n'ont rien qui m'épouvante
,
Quand on bannit feftes , tabac , liqueurs
,
Et qu'on s'occupe au bel Art des
neuf Soeurs ,
[ tente
On fent toujours dans fon ame con-
La liberté.
Je ne vous dis rien de cer
autre Rondeau , dont vous
connoiſtrez la beauté en le
lifant. Il eft adreffé
A M, H.D.C. T. G. A. G. C.
A
La raifon qui ne fait réſiſtance ?
A nous
humeur , nature , accoutu
mance,
112 MERCURE
Plaifir , chagrin , mouvement , où
repos ,
Tout eft excés , & chacun en deux
mots ,
Toujours en tout va plus loin qu'il ne
penſe.
Vois-tu cet homme à farouche apparence
,
Maintien
fevere & cauftique
propos,
Il s'applaudit
de fa tare prudence
,
Mais c'eft abus , le fat tourne le dos
A la raifon,

Peu de Mortels font de fa connoif.
fance.
Pour toy , C .. qu'une heureuſc
naiffance ,
Un efprit droit ſauve de tous de
fauts ,
GALANT.
113
Qui mets entr'eux & toy tant de
diſtance ,
Comme à mes Vers , fers toujours
de Heros
A la raiſon .
On mande de Chalais en
Saintonge , que le Roy par fa
derniere Declaration ayant
ordonné aux Evêques d'établir
des Ecclefiaftiques , dans
les endroits où il y auroit
beaucoup de nouveaux Convertis
, afin de les pouvoir
inftruire dans la verité de la
Religion Carholique , par les
Prédications qu'ils feroient
obligez de faire tous les Di
Fevrier 1699. K
114 MERCURE
manches & les jours de Fêtes,
les nouveaux Convertis de
tout le Canton de Chalais ,
ont demandé à M¹ l'Evêque
de Saintes , Mr Mioule Curé
de Saint Laurent , M'Meu .
nier Curé de Saint Cyprien ,
& MF Daniaud Curé de Saint
Martial ; comme eftant des
perſonnes d'une grande eru
dition & d'un exemple fingu
ier.
L'efprit eft un avantage
qu'on ne peut trop eftimer-
Un jeune homme qui en avoit
infiniment , mais qui eftoit
né fans aucun bien , fe trouGALANT
21
de
vá pourvû d'une habileté de
genie , qui fupléa en fort pea
temps à tout ce qui luy
manquoir du côté de la for
tune. Il ettoit actif, vigilant ,
laborieux , & fecondé d'une
heureufe Etoile qui l'accom
pagna, dans toutes les entre
priles , à peine cut- il vingts
cinq ans , qu'il fe vit riche de
cent mille écus . Ses richeffes
s'augmentant toûjours par le
grand commerce qu'il trouva
moien de s'établir dans les païs
étrangers , il fut regardé comme
un party tres - avantageux
par quantité de perfonnes qui
Kij
116 MERCURE
lui firent offrir leur alliance. II
ne tenoit qu'à luy de choisir,
& la plufpart de ceux qu'il
voyoit voulant l'engager à
fe marier , une femme d'un
fort grand merite & de beaucoup
de vertu , luy en parla
comme tous les autres. Il luy
avoit obligation , & elle l'avoit
appuyé auprés des Puiffances
dont la protection ne
luy avoit pas efté inutile.
Auffi difoit-il toûjours , qu'il
luy devoit la plus grande par
tie de fon bien , puifqu'elle
l'avoit foutenu avec ardeur
"
contre ceux qui avoient voulu
GALANT. 117
Je traverſer dans plufieurs affai
res ,Un principe de reconnoiffance
fe mélant à l'eftime qu'il
avoit pour cette Dame , il luy
répondit qu'elle pouvoit dif
pofer de luy , & que puifque
tout le monde le preffoic de
prendre une femme , il en
vouloit une de fa main. La
Dame à qui ce choix fut laif.
fé , luy repartit , que ce fel
roit une affaire bientoft faite,
pourvuqu'il vouluft fuivre fes
confeils , & s'attacher moins
au bien qu'au vray merite &
à la fageffe. Elle ajoûta qu'il
luy paroiffoit que les grandes
118 MERCURE
affaires dont il avoit la conduite
, le comblant de biens
de jour en jour , il ne pouvoit
rien faire de mieux que
d'époufer une jolie fille , qui
luy devant toute la fortune ,
ne chercheroit qu'à luy plaire
pour reconnoiftre ce qu'il au
roit fait pour elle . Là deffus
elle luy propoſa une jeune
Demoiselle,belle & bien faite,
d'une humeur douce, & qui
eftoit estimée de tout le mon
de pour fon efprit & fes belles
qualitez. Il accepta le parti.
On luy fit voir la Demoiſelle
dés le lendemain . II
GALANT. 119
la trouva encore plus aimable
qu'elle ne luy avoit paru dans
le portrait , que luy en avoient
fait diverfes perfonnes , & le
mariage fut conclu en peu de
jours aux conditions qu'il plat
à la Dame de preferire. Jal
mais union ne fut plus ten
dre . La fympathie d'humeur fe
trouvoit entr'eux , & l'un &
l'autre las remercioit tous les
jours de les avoir rendus fi
heureux . Il ne leur manquoit
qu'une feule chofe. Il
y avoit déja fix années enticres
que le mariage s'estoit fait,
& ils n'avoient point d'enfans.
120 MERCURE
y
Le mary en fouhaitoit avec
paffion , & ils portoient envie
à la Dame , qui de fon côté
n'eftoit pas contente d'avoir
une nombreuſe famille . Il
avoit plus de nobleffe que de
bien dans ſa maiſon
, & trop
de fecondité n'eftoit pas pour
elle un avantage. Enfin la jeune
mariée s'apperçût qu'elle
eftoit groffe , & la Dame fon
amie la devint en même
temps , avec cette difference
fice
que ce fut un tres grand
fujet de joye pour l'une , l'autre
ne put s'empêcher de s'en
montrer affligée . Son Amie
l'en
GALANT 121
l'en confola en luy difant, que
s'il arrivoit qu'elle accouchaft
d'un Enfant d'un autre fexe
que celuy dont accoucheroit
fa Femme , elle n'en auroit
aucun embarras , pourvû qu'
elle vouluft bien qu'on en fift
un mariage. Cela fut promis
de part & d'autre , & ſon Amie
eftant accouchée la premiere
d'un garçon , la Dame l'appella
d'abord fon Gendre.
Elle accoucha peu de jours,
aprés , mais ce fut auffi d'un
garçon qui ne vêcut que fort
peu de temps. L'execution du
mariage arrefté fut remiſe à
Février 1699, L
Ĉ
122 MERCURE
la premiere Fille qu'elle auroit
, ce qui arriva cinq ou fix
années aprés . Cependant fon
Ami ravi de fe voir un heri.
tier, le faifoit élever avec tout
le foin poflible , & auroit efté
inconfolable s'il l'avoit perdu.
Il n'aimoit point fes Parens ,
qui n'avoient rien d'eftimas
ble, & fon Fils luy eftoit d'autant
plus cher, qu'il paroiffoir
que fa Femme n'auroit point
d'autres Enfans . Il luy donna
divers maiſtres ; & quoy qu'il
luy fift apprendre , il réuffif.
foit en tout d'une maniere
qui ne laiffoit rien à ſouhaiGALANTA
123
rer. Toutes les inclinations
eftoient nobles , & le pan
chant qu'il fit d'abord pa
roiftre pour les armes , donna
quelque chagrin à ſon Pere
, qui redoutant les perils
d'une profeffion fi dangereu
fe , auroit bien voulu qu'il en
euſt choiſi une autre. Il pria
la Dame , qui continuoit tou
jours à luy donner le nom de
fon Gendre , de l'en détourner
, & luy dit que c'eftoit fon
intereft de prendre des précautions
pour le conferver ]
puis que fon deffein eftoit de
le marier avec la Fille. Elle ré
Lij
14 MERCURE
pondit en plaifantant , que
peut-eftre il y fongeroit plus
d'une fois , lors qu'il faudroit
parler ferieufement , & que
quand il feroit un autre choix
pour ce Fils, qu'il vouloit bien
luy recommander , elle l'aimoit
affez tendrement pour
contribuer à tout ce qui luy
feroit avantageux fans aucun
rapport à elle. En effet , on
peut dire que la Dame eftoit
une autre mere pour luy. Son
application eftoit grande
Four luy infpirer
s les
lentimens
d'un
honnefte
hom me
, & elle
trouvoit
en
luy
de
GALANT: (125
fi favorables difpofitions ,
qu'elle n'avoit pas de peine
à y réuffir . Il avoit déja dou
ze ans lors qu'il luy vint une
Soeur. Ce fut un furcroift de
joye pour fon Pere , qui ne fe
put exprimer. Il commença
à ne plus tant craindre l'inclination
que fon Fils avoit marquée
pour l'épée. Au contraire
, fes Amis luy firent connoiftre
qu'il avoit à fouhaiter
qu'il prift ce party , puifque
pouvant luy donner abondamment
dequoy la faire paroîftre
, il repareroit par là , ce
qu'il n'avoit point par la naif-
$
Liij
126 MERCURE
fance. Convaincu par ces raîfons,
il luy fit apprendre à bien
monter à cheval , & les autres
exercices. Il y reüffit parfaite .
ment , & à dix. ſept ans il pric
party dans les Troupes. Son
Pere l'éloigna avec regret ,
mais la gloire qu'il s'acquir
dés fes premieres campagnes
le confoloit de ne le point
voir , & il avoit d'un autre
coſté un amuſement fort
agreable dans les careffes de
fa Fille , qui devenoit toute
belle , & dont l'éducation luy
donnoit un grand plaifir . La
Dame , intime Amie de cette
2
GALANT 127
maifon , n'eftoit pas moins ap
pliquée à tout ce qui pouvoir
luy former l'efprit , & luy donner
d'aimables manieres pour
le monde , qu'elle l'avoit efte
pour fon Frere , qui ayant eflé
trois ans fans la voir , la trouva
toute charmante , quand
il revint paffer quelques mois
dans fa famille. Il luy fit les
splus tendres amitiez , & elle
témoignoit eftre ravie de s'en
voir aimée , le faifant un honneur
d'avoir un Frere dont elle
entendoit dire beaucoup de
bien , & qu'elle trouvoit d'une
figure fort agreable , Ces fen-
1
Liiij
128 MERCURE
timens ne firent que s'augmenter
, & toutes les fois que
le Cavalier eftoit en pouvoir
de revenir chez fon Pere , il
trouvoit fa Soeur plus accomplie
, & témoignoit ne rien fou
haiter avec plus d'ardeur que
de la voir dans un établiffement
confiderable. Si.toft
qu'elle cut quatorze ans , il
preffa fon Pere de la marier ,
& il en eut pour réponſe qu'il
le vouloit marier auparavant .
Ce fut alors que ce Pere luy
parla tout de bon de la Fille
de la Dame , à qui il l'avoit
destiné dés fon bas âge. C'éGALANT:
129
toit une Demoiſelle qui meritoit
d'eftre aimée , & qui
avoit beaucoup d'agrément
dans fa perfonne. Il luy dit
que quoy qu'il ne fuft pas
jufte qu'il s'affujettiſt à ſuivre
fon choix , il avoit de ſi grandes
obligations à la famille ,
que s'il ne fe fentoit point de
repugnance à dégager fa paro
le , il luy feroit un veritable
plaifir de confentir à ce mariage
. Le Cavalier répondit qu'
ayant efté élevé en quelque
forte avec la Demoiſelle dont
il luy parloit , il avoit conçu
beaucoup d'eftime pour elle ,
;
130 MERCURE

& même de l'amitié, mais qu'il
le prioit de vouloit luy accorder
encore deux ou trois années
avant que de l'obliger à
aucun engagement. La demande
eftoit trop jufte pour
le refufer. Il partit pour la
campagne , & revint deux ans
aprés tout couvert de gloire.
Sa Soeur luy parut fi belle qu'il
en fut charmé , & plus encore
de fon efprit & de ſes manieres,
que defa beauté. Il ne pou
voit fe laffer de l'entretenir , &
les choles fines qu'elle luy difoit
le furprenoient tellement
qu'il la mettoit audeffus de
GALANT. 121
toutes les perfonnes de fon fexe
qu'il avoit connuës. Il voulut
fçavoir fi entre plufieurs
Amans qui fe prefentoient
pour elle , il ne s'en trouvoit
aucun dont elle eut le coeur
touché , & illa pria de luy par
ler fans déguifement. La Bel
qu'apparemment le le luy dit
temps où elle devoit aimer
n'eftoit point encore venu ,
mais qu'elle avoit le gouft af
fez bon pour lui avouer qu'un
Amant fait comme luy feroit
dangereux pour elle , s'il luy
pouvoit reffembler entiere
ment , non feulement pour la
132 MERCURE
bonne mine , la politeffe & le
fçavoir vivre ; mais pour la nobleffe
des fentimens , l'amour
de la gloire & l'exacte probité,
& qu'afin qu'elle ne fuft point
trompée , fi abfolument on
vouloit la marier , comme on
luy en parloit fort fouvent , il
faudroit qu'il prift le foin de
luy chercher un Mari , parce
qu'elle fçavoir qu'il l'aimoit
& que
fe connoiffant en merite
, elle avoit lieu de fe tenir
feure qu'il choifiroit bien . Des
choſes fi flareuſes , quoyque
d'une Soeur , ne laifferent pas
de faire plaifir au Cavalier qui
GALANT 133
prit pour elle toute l'amitié
qu'on peut avoir pour une
perſonne
tres - eſtimable de
toutes manieres. Il luy parut
mefme que cette ami
tié eftoit trop forte , & il
fe reprochoit
quelquefois
l'at
tachement
qu'il avoit à eftre
fans ceffe avec fa foeur , & fon
trop de fenfibilité pour les innocentes
marques de tendreffe
qu'il en recevoit . Ces fentimens
qu'il furprenoit
dans fon
coeur le faifoient réver. Cha
cun s'en appercevoit
, & fa
foeur plus que perfonne luy en
demandoit
ſouvent la cauſe,
134 MERCURE
Dans ce temps -là , fon pere
luy parla ferieufement de la
fille de la Dame qu'il avoit
promis qu'il lui feroit épouſer .
Hly confentit fans aucune repugnance
, & crut qu'un engagement
de cette nature le
déferoit de l'humeur réveufe
où il tomboit malgré luy . Ce
qu'il y eut d'extraordinaire
&
de ſurprenant , c'eſt que la
Dame voyant que le mariage
de fa fille devenoit une affaire
ſerieuſe , dit au père qui luy
demanda fon agrément, qu’elle
avoit d'autres deffeins pour
le Cavalier à qui il falloit une
GALANT: 135
те fortune plus avantageufe , &
que puifqu'elle avoit marié la
mere , elle le prioit de trouver
bon qu'elle mariât auffi le fils ,
Cette generofité engagea le
Pere à y répondre par la pro.
teftation qu'il fit de ne point
changer de fentiment , & de
rejetter tous les avantages que
fon Fils pourroit rencontrer
ailleurs. Le Cavalier pour qui
eftoit née cette conteftation,
crut de fon cofté qu'il ne pouvoit
faire moins pour reconnoiftre
l'honnefteté de la Dame
, que de fe plaindre du
refus qu'elle faifoit de l'acce
136 MERCURE
pter pour fon Gendre. Il ajoû
ta qu'il ne vouloit point penetrer
les raifons qui pouvoient
l'en empêcher , mais qu'il la
pripit , ffon alliance ne luy
plaifoit
pas , de le laiffer
vivre en liberté , fans chercher
à luy faire prendre au
cun autre engagement
, à qoy
il eftoit abfolument réfolu de
s'oppofer. La Dame luy de
manda en riant fi une perſonne
auffi belle que fa Soeur , &
qui auroit le même merite
feroit incapable de fe faire ai
mer de luy. Ces mots le mirent
dans un embarras terri
ا م ا ب
GALANT. 137
ble. Il rougit ; il fe troubla,
máisla Dame qui depuis long.
temps lifoit dans fon coeur ,
l'étonnar bien davantage en
luy difant que
olc
certe
Soeur
mefme
qu'elle
avoit
envie
qu'il
époufaft
.
Il
feroit
difficile
d'exprimer
les
diver
fes
agitations

il
fe
trouva
fur
une
propofition
donc
l'effer
luy
paroiffoit
impoſſible
.
La
Dame
les
finit
d'une
manié
.
re
bien
agreable
pour
luy
,
quand
elle
luy
die
qu'il
eftoic
fon
Fils
,
&
non
pas
de
celle
qu'il
avoit
cruë
jufque
-

fa
Mere
.
Ce
Fils
dont
cette
Me-
Février 1699. M
138 MERCURE
1
re avoit accouché en même
temps que la Dame , eftoit
mort dés le premier temps de
fa naiffance , pendant que fon
Mary eftoit éloigné , & cette
Femme affligée voulant épar
"gner à ſon Mary la douleur
quecette perte luy auroit caufée
, pria la Dame de vouloir
bien luy donner fon Fils, qu
elle éleveroit comme le fren.
La Dame qui eftoit chargée
d'enfans , confentit fans peine
à ce qu'elle fouhaita , ne doutant
point que quand il fau
droit découvrit la chofe à fon
Mary , il ne luy donnaſt une
GALANT 119
partie des grands biens qu'elle
t avoit contribué à luy faire
avoir par fon credit . Aprés
la naiffance de la Fille , les
deux Meres avoient proteſté
de les marier enfemble , &c
comme elles avoient toûjours
pris foin de les obferver , elles
avoient vû avec plaifir l'atrachement
d'eftime & d'amitié
tendre qu'ils avoient pris l'un
pour l'autre. Il ne fut, plus
queftion que d'apprendre
tout au Pere , qui n'ayant
jamais douté que le Cava,
lier ne fuft fon Fils , l'avoic
toujours aimé cherement
Mij
140 MERCURE
de forte qu'il vit avec une
joye inconcevable qu'il le
pouvoit marier avec la Fille.
Le fort penchant que le Cavalier
auoit toûjours marqué
pour les armes , luy fut une
confirmation de fa naiffance ,
outre que fa Nourrice que
l'on avoit fait entrer dans le
fecret , vivoit encore , & qu'elfut
un témoin irreprochable.
Le Cavalier & la Belle qui s'aimoient
peut eftre plus qu'un
Frere & uneSoeur n'ont accoûtumé
de faire , n'eurent pas
de peine à changer leur amitéen
amour , & l'on pourroit
GALANT. 141
dire qu'il ne s'eft jamais fait
de Mariage , dont toutes les
perfonnes intereffées ayent
reçu plus de fatisfaction que
de celuy- cy .
M l'Abbé de Choifeuil
Chanoine de Noftre- Dame de
Paris , eftant decedé fur la fin
du mois paffé , fa place a efté
remplie par M' Bombes ,à qui
le Roy accorda il y a quel
ques années , dans le temps
de la vacance du Siege Archiepifcopal
, le Canonicat , auquel
Sa Majefté nomme pour
le ferment de fidelité. Quoy
142 MERCURE
qu'il foit encore fort jeune ,
& qu'il ait eu peu d'occafions -
de paroiftre , on n'ignore pas
qu'il abeaucoup de fçavoir &
de pieté. Il eft Neveu de M
le Notre , dont je vous ay fou
yent entretenue à l'occafiɔn
de la perfection où il a porté
la magnificence & la propreté
des Jardins, pour lesquels tou
te l'Europe fçait qu'il a un
gouft exquis , & qui avoit efté
inconnu jufques à luy. Ce
Chanoine eft auffi Beau
frere de M.Mollet , Contrôleur
des Baftimens du Roy, &
Eleve de Mile Notre.
*
GALANT: £43
I
Il y a peu de mailons à Pas
ris auffi belles que celle que
M'le Comte de Marfan a ache
tée il y a quelque temps , de
Mile Prefident Tambonneau
,
Les Appartemens
hauts & bas
font doubles , & font de cinq
pieces.chacun
. Ils ont vûë fur
le Jardin , qui eft tres- beau, &
dont le Parterre eft du deffein
de M' le Notre. L'Escalier eft
des plus fpacieux , des plus ai
fez & des mieux entendus. La
premiere Salle où l'on entre a
cinq grandes croifées , qui
donnent toutes fur le Jardin
Cette Salle , & les quatre Pie144
MERCURE

ces qui fuivent , font tres.ma
gnifiquement meublées ; &
cependant le bon gouft s'y
fait encore plus diftinguer
que la richeffe des meubles .
On y voit deux lits , l'un de
Retaille, & l'autre nommé des
fix couleurs , qui ne furprennent
pas moins par la varieté
du deffein que par la richeffe.
On y voit une Tenture de tapifferie
de Jule Romain , qui
contient la Vie de l'Enfant
Prodigue , & une autre à fond
d'or, du deffein de M Berain,
qui reprefente les attributs
de Marine, Il n'y arien de plus
beau
GALANT 145
beau que les Miroirs , dont
plufieurs font voir beaucoup
de nouveauté dans leurs bordures
. Il y a des glaces dans
tous les trumaux . Entre plufieurs
belles Tables , il y en a
de pierres de rapport , dont
on ne peut trop admirer la
beauté. Son Alteffe Royale
Monfieur ayant réfolu d'aller
voir ces Appartemens , M le
Comte de Marfan le pria de
luy faire l'honneur de venir
dîner chez luy. Il y avoir à ta
ble , Monfieur , Madame de
Marfan , Madame d'Armagnac
, Madame la Ducheffe
Fevrier 1699. N
146 MERCURE
de Valentinois, Mademoiſelle
d'Armagnac , Madame la Ducheffe
de Vantadour, Madame
de Grancey , M ' le Chevalier
de Lorraine , M' le Maréchal
de Villeroy , & M ' le Marquis
d'Eftampes . Je ne dis rien du
Repas , qui fut grand, exquis
& bien entendu . M' le Comte
de Marfan a auffi regalé S. A.
S. Monfieur le Prince.
Le Mecredy 11. de ce mois ,
Mademoifelle de Villars , Fille
de feu Mile Marquis de Villars
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General deş
GALANT: 147.
Armées de Sa Majefté, Confeiller
d'Etat d'Epée , & cy
devant Ambaffadeur dans les
Cours d'Espagne , de Savoye
& de Dannemark . & d'Anne-
Marie de Belfond , épouſa M³
le Comte de Choifeuil. Le ma
riage fe fit aux Nouvelles Catholiques.
Je ne vous dis rien
dela naiſſance de ce Seigneur,
tout le monde fçait qu'elle
eft tres- illuftre.
Il s'eft fait un Livre noua
veau , qui doit eftre d'une
grande utilité pour ceux qui
veulent écrire des chofes qu'il
Nij
148 MERCURE
Leur eft important qu'on ne
puiffe déchifrer , fi leurs Lettres
eftoient furprifes. Ila pour
titre , Nouvelle Methode pour
écrire fecretement, & pour tra
duire en François toutes les Langues
étrangeres. Cette methode
eft fort ieure , pourvû qu'on
veüille bien fedonner la peine
dobferver toutes les regles
que l'Auteur y donne, & qu'on
ne fe rebute point par le long
temps qu'il y faut donner. il
વeિk vray que pour s'épargner
une partie de ce long travail ,.
on peut ne s'enfervir que pour
les chofes qui meritent le le,
ne
BLIF
LYON
*
1893
O
W
GALANT. 149
cret, fans l'employer dans la
Lettre entiere. Ce Livre fevend
au Palais , chez le S Nicolas
le Gras , au troifiéme
Pilier , à l'L couronnée .
ub son of swA HOV
Perloved ob 15 Bulg
Voicy des paroles qui ont
efté mises en air para un fort
habile Muficień.
AT
AIR NOUVEAU.
S1. toftque la cruelle cut vŵo naii
Are maflâmedia.o
Que ne m'oppofoit elle un devoir
A rigoureux !
Niij
150 MERCURE
Elle attendoit pour rebuter mes
feux,
Qu'ils fe fuffent rendus les maifiresde
mon ame.
Vous fçavez la mort du
Prince Electoral de Baviere ,
arrivée à Bruxelles le 6. de ce
mois , aprés quatorze jours
de maladie. Marguerite. Ma
rie-Therefe d'Autriche , Sour
puilnée de la feuë Reine , &
Fille de Philippe IV. Roy d'Efpagnes,
& de Marie Anne
d'Auftriche , fa feconde Femme,
ayant épousé l'Empereur
Leopold , il vint de ce maria,
GALANT.
geune Princeffe , que M' l'Electeur
de Baviete époufa en
premieres noces , & c'eſt de
ce mariage qu'eft venu le
Prince Electoral qui vient de
mourir. Rien n'approche de
la douleur que M' l'Electeur
de Baviere a fait voir de cette
mort.
Quelques perfonnes , ou mal
informées , ou envieuſes de la
gloire de Madame Daulnoy ,
à qui tant de beaux Ouvrages
pleins d'efprit ont acquis
une fi jufte réputation , luy
ayant imputé d'avoir fait un
Livre intitulé. Memoires fecrets.
Niiij
152 MERCURE
de M.LD.D.O ou , Les Avan.
tures Comiques de piuſieurr grands
Princes de la Cour de France, elle
a cru devoir faire connoiftre
qu'il luy eft fauffement attribué.
C'est ce qui l'a obligée
d'écrire ce qui fuit à une de
fes Amies . Elle a mis le titre
du Livre qu'elle defavouë au
commencement de fa Lettre,
qui eft conceuë en ces ter
mes.
16
A M. LA COMTESSE DE M:
Oicy Madame le titre d'un
Livre d'ant on me fait l'Autheur
fans avoir examiné tout ce
GALANT. 153
qui en prouve l'impoffibilité ;
mais foit par averfion pour moy
ou par l'esperance de le vendre
mieux , l'on a paffé legerement
fur les reflections qui devoient em
pefcher qu'on ne m'attribuaft un
ouvrage fi éloigné du caracter
re de tous les miens . Fe puis dis
re fans donner trop à mon amour
propre , que je n'en ayjamais fait
où je n'aye gardé toutes les meſus
res de modeftie & de bien feance
qui conviennent à noſtreſexe , &
mefme loze dire que comme la
naiffance donne des fentimens nobles
, l'on a remarqué dans mes
Ouvrages une certaine élevation
154 MERCURE
une retenuë , qui m'ont attiré
l'aprobation des plus féveres.
Malgré cela je n'ay pas voulu
metre mon nom à trente petirs
volumes dont le fort a efté affez
heureux pour me donner envie
de m'en faire bonneur. Penfez
vous , Madame , qu'aprés avoir
reſiſté à cette tentation , il pour.
roit m'en avoir pris une de me dire
l'autheur du plus mauvais
Livre qui ait jamis paru. Il eft
d'une infolence puniffable, parlant
temerairement
des plus grands
Princes des premieres Princeffes
de noftre Cour. C'est un
galimatias tiré de certains OuGALANT.
ASS
vrages fatyriques , dont le Roy
fit mettre l'Autheur à la Baftille
ily a trente ans. Mais de quelle
maniere celuy cys'explique ´t- il?
Ce ne fons que des.
des quolibets
,
des proverbes , des avantures ridicules
qui n'ont nulle apparen
ce de verité , des intrigues criminelles,
& des mots qu'un Soldat
ne voudroit pas prononcer. Lelans
gage des bales eft celuy qu'on fait
tenir aux Princes & aux Princhaque
page , ceffes du Sang,
ou plutoft chaque ligne , fournit de
nouvelles impertinences. Je vous
affeure , Madame que je n'ay
pú achever de les live. Bien qu'on
16 MERCURE
t
me les attribuë, je ne dois point
m'en juftifier auprés des perfonnes
qui me connoiffent. A l'égard de
celles qui ne me connoiffent point ,
elles auront lieu de me croire telle ,
fans que je puiffe mien offen
cer Fay fuplié M. d'Argenfon
de vouloir ordonner une exacte,
recherche parmy ces malheureux
qui vendent en cachette toutes
fortes de Livres defendus & de
me rendre juftice , fi on leur trous
ve celuy là. En effet , ne faudroit.
il pas les punir pour les corriger &
Qui eft la perfonne à l'abry des
plusfanglantes pieces , quand on
afe de ces fortes de détours ? Les
GALANT.
157
juftifications que l'on fait enfuisse
viennent presque toujours trop
tard , le Lecteur malévole fe
paye de fon argent déboursé par
le plaifir de croire mal defon prochain.
Pour vous , Madame ,
qui eftes mon amie , dont les
fentimens font remplis d'equité ,
je fuis bien certaine que vous n'ou
blirez rien pour perfuader vos amis
à mon avantage. C'eft la grace
que je vous demande , eftant plus
que perfonne , Voftre tres - humble
tres abeiffantefervante.
A Paris ce s Fevrier 1699.
Depuis vingt- trois années
158 MERCURE
que je vous adreffe mes Letz
tres , j'ay laiſſé paſſer une infinité
d'occaſions
de vous parler
dema Famille, touchant des
chofes peut- eftre auffi confiderables
que celles que je
vous apprens tous les mois
de plufieurs perfonnes diftinguées
. Je craignois de paffer
pour fufpect , mefme en difant
la verité , & qu'on ne m'accufaft
de me fervir de l'avantage
que j'ay de vous écrire,
pour impoſer à ceux qui lifent
mes Lettres ; mais enfin il eſt
temps que ce filence finiffe ,
& que j'obeiffe à ceux qui ont

GALANT. 139
droit de me commander , &
qui m'ont fait voir qu'une
modeftie plus longue paroi
ftroit trop affectée , & que je
ne dois pas faire plus long.
temps injuſtice à mon fang,
quand la verité me force de
parler. Je vais donc le faire,
en declarant que je n'avance.
ray rien dont je n'aye les certificats
en main. La mort de
Meffire Gafpard Donneau
Devizé , Meftre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie, Lieutenant
des Gardes du Corps ,
& Maiftre d'Hoftel de la feue
Reyne , donne lieu à l'article
160 MERCURE
que vous allez lire. Je vous
diray d'abord que peut eftre
auroit - on de la peine à trou
wer encore une Famille auffi
nombreuſe
, fans qu'aucun
cuſt jamais pris d'autre party
que celuy de fervir le Roy , &
les Rois fes Predeceffeurs
dans leurs Maiſons , & dans
leurs Armées , & qui ait répan
du plus de fang pour le fervi
ce de Sa Majesté . Gilles Donneau
Devizé , Ayeul de celuy
dont je vous apprens la
mort, fervit avec un attachement
inviolable quatre de
nos Rois; fçavoir Charles IX:
8
GALANT:
161
Henry III qu'il avoit fuivy en
Pologne , puis Henry IV. &
Louis XIIK Charles , Fils de
Gilles Paprés lavoir rendu de
grands fervices dont je ne
rapporteray point le détail ,
de crainte d'eftre trop long ,
& afin d'avoir plus de place
pour parler de les defcendans ,
qui approchent plus de noltre
Temps , fui pourveu en confideration
de fes fervices da
Gouvernement du Comté de
Dammartin , ainsi que de celuy
du Chateau , & de la Capitainerie
des Chaffes. Son
fils Gafpard qui vient de
Fevrier 1699.
162 MERCURE
4
mourir, futélevé Page du Ma
réchal de Vitry, & en 1643 il
fervit la Campagne en qualité
deCornette dans laCompagnie
de m' le Baron Darziliers
fon coufin , dans le Regiment
de Cavalerie de Menneville,
& fe trouva a la bataille de
Rocroy où il fut bleſſé à la
jambe . Il cut fon cheval tué
du mefme coup. Il fervit au
Liége de la Mothe en Lorrai
ne en 1645. & enfuite en Flandre
au Siége de Gravelines
dans l'armée commandée par
feu S. A. R. Monfieur , Duc
d'Orleans. Il fervit enfuite en
GALANT. 162
qualité de Lieutenant de Che
vaux Legers au fiege de Lens
fous Mr. le Marechal de
Gaffiony puisseny Catalogne
en 1647 & 1648. fous
Male Marechal de Schom.
berg. En 1649. il fut fair Ca
pitaine de Chevaux Legers
dans le Regiment de la Fare ?
En 1650. it fur bleffé au bras
d'un coup de Moufqueton &
au cofté d'un autre coup, auffi
de Moufqueton . Il fervit en
Catalogne en 161. & en 1652 .
il reçût au Siege de Barcelone
un coup de Moufquet au
ventre , & fix mois aprés au
17
O ij
164 MERCURE
mefmeSiege, commandant un
Escadron aux lignes de contrevalation
, fous M' le Comte
de Merinville , il fut bleffé en
divers endroits . L'occafion
fut fi chaude, que de tout l'Efcadron
qu'il commandoit il
ne refta que fept Cavaliers &
un Capitaine , tous les autres
ayant efté tuez ou bleffez,
Pour luy , il receut un coup
de moufquet dans la tefte ,
dont il perdit un oeil , un autre
à l'épaule & un dans le ventre.
Il eut auffi un cheval tué fousa
luy , & un autre bleffé , ce qui
marque qu'il ne quitta point
GALANT 165
C.
le combat , quoy qu'il ne fuft
refté que luy neuvième de fon
Escadron.. Il eut l'avantage
de retirer des mains des En
nemis M le Marechal de la .
Mothe que l'ardeur de fon
courage avoit emporté trop
avant , & de les pourſuivre
& de fe battre aprés que ce
Marechal fut rentré dans Bar
celone. En 1653. le Roy ayant
reduir le Regiment de M
le marquis de la Fare à trois
Compagnies , la fiennes fur
confervée par preference a
caufe de fes fervices , com
me il fe voit par une lettre
166 MERCURE
de S M. écrite a ce marquis.
L'an 1654 au combat de
Bourdeil avec cent hommes
qu'il commandoit , il fir pri.
fonniers de guerre cinquantehuit
hommes , entre lefquels
il y avoit trois Capitaines de
Cavalerie . Dans la mefme
année le Roy ayant refclu de
licentier le corp du Regiment
de la Fare aprés la mort de ce
Marquis , il conferva & incorpora
la Compagnie de Devizé
dans celuy de Thoiras , comme
on le voit par la Lettre de
Cachet , écrite par S. M. à cet
effet à Mr Devizé , & les TimGALANT:
167
bales du même Regiment de
la Fare luy furent adjugées ,
ainfi qu'il paroift par le jugement
que rendit le Confeil
de Guerre , fous l'autorité de
M ' le Duc de Joyeuſe , Pair &
Colonel general de la Cavalerie
Legere de France.Le meftre
de Camp general , tous les
Colonels & Commandans des
Corps , affifterent à ce juge.
ment , par lequel il fut permis
à M' Devizé & à fes Enfans, de
porter ces Timbales en guerre
dans toutes les occafions.
Monfieur le Prince de Conti
le demanda dans la même an168
MERCURE
née pour eftre dans fon Regiment.
Il y fervirau Siege de
Caftillon d'Ampurias , & il
y fur bleſſe d'un coup de
moufquer au travers du col.
En 1696. il fervit en qualité de
Maréchal des Logis General
de la Cavalerie fous Mile Duc
de Candale . En 1657. il eut un
bras caffé d'un coup de piſto
let au Siege d'Alexandrie , &
fut bleffé à Tortofe d'un coup
de faulx dans les reins. En
-1658. & 1659 il fervit encoreten
Italie de Maréchal des Logis
general de la Cavalerie , & en
cette qualité il comman da
toute
GALANT. 169
toute l'Armée pendant vingtquatreheures,
en l'abfence des
autres Officiers generaux. En
1661 aprés la Paix des Pirenées ,
le Roy pour conferver fa
Compagnie , en fit une Com
pagnie Franche. En 1664. on
forma un Elcadron de faCompagnie,
& de celles de Baradas ,
de Chazeron & de Fourbin. Il
eft à remarquer qu'il eftoit
plus ancien Officier que ces
deux derniers , qui furent de
puis Lieutenans generaux ,
& qu'il les avoit fouvent
commandez. Il fut envoyé
la même année en Allema
Fevrier 1699. P
170 MERCURE
gne,fous Meffieurs de Coligny
& de la Feuillade , & fe fignala
au paffage du Raab , où les
Turcs furent défaits . En 1665.
Son Alteffe Royale Monfieur
ayant fouvent ouy parler
de fa valeur & de fa probité ,
le demanda au Roy avec fa
Compagnie , pour le faire premier
Capitaine & Major de
fon Regiment d'Orleans de
Cavalerie , ce qui fut accordé
à ce Prince.LeRoy ayant vous
lu voir fa Compagnie dans la
plaine proche de Breteuil, luy
donna une gratification plus
confiderable que celle qu'il
GALANT. 171
accorda à fix autres Capitaines
dont il venoit de voir les
Compagnies , & dont il eftoit
fort content ; ce qui paroift
par une Lettre de M' le marquis
de Lovois , qui l'en felici .
ta. L'année fuivante eftant ve .
nu à Paris , pour prefenter au
Roy des Cavaliers de fa Com .
pagnie , que S. M. en avoit fait
tirer,pour les faire entrer dans
les Gardes du Corps , il receut
la Lettre fuivante de мr de
Louvois.
MONSIEUR,
Vous werrez parla Lettre que
be Roy vous écrit, ce que S. M.
Pij
172 MERCURE
fait prefentement pour vous . Vous
ne doutez pas que je n'aye beaucoup
de joye que vostre merite luy
foit connu , & qu'elle foit fatis ·
faite de vos fervices ,
croyez bien auffi qae je ferayiou .
jours bien aife de vous pouvoir
témoigner par les miens combien
je fuis,
MONSIEUR.
vous
Votre tres - humble & tres
affectionné ferviteur ,
DE LOUVOYS.
A Saint Germain ce 13 .
Janvier 1667 .
F Dans cette Lettre il y avoit
un Billet écrit de la main du
GALANT. 173
Roy , contenant ce qui fuit .
A S. Germain en Laye
le 13. de Janvier 1667.
Ce Biller n'eft que pour vous
faire fçavoir que je vous ay donné
la Charge d'Enfeigne de mes Gar .
des, qu'avoit le Chevalier de Forbin
, que je defire que vous veniez
icy pour en prendre poffeffion,
fervir voftre quartier.
LOUIS.
La fufcription de cette Lettre
eftoit , Monfieur Devizé,
Capitaine d'une Compagnie de
Chevaux , Legers pour mon fervice
Piij
174 MERCURE
Ce que le Roy fit alors pour
M' Devizé luy fut d'autant
plus avantageux que S. M.
venoit de refoudre de mettre
dans fes Gardes & dans fest
Moufquetaires les meilleurs
Officiers de tes Troupes , &
que par diftinction ilfutchoi
fi feul le premier aprés cente
refolution , pour remplir las
premiere place qui vacqua
dans fes Gardes du Corps. M
de Jauvelle par la mefme raifon
entra quelque temps aprés
dans les moufqueraires, &
plufieurs Officiers qui furent
fucceffivement nommez pour
GALANT. 175
entrer dans fes Gardes , ont
prefque tous cfté Lieuteuans
Generaux . Le Roy ne laiffa pas
long temps M' Devize Enfei
gne de fes Gardes , puifque
lept mois après l'avoir élevé à
ce pofte il le nomma Lieute.
nant , & luy fit expedier la
Commiffion de Mestre de
Camp d'un Regiment de Cas
valerie entretenu pour luy.
On eftoit alors au Siege de
Douay où il receut un coup
de canon qui emporta les
deux épaules de fon cheval &
Les deux pistolets. It com
mandoit alors larga de de
Piij
176 MERCURE
la Tranchée , & ib eftoic
fi prés des dehors , lors qu'il
entendit ceux qui les gardoient
, qui dirent le voilà à bas.
Il eut beaucoup de peine àregagner
le Camp à pied , & il
effuya en s'en retournant une
grefle de coups de moufquets
de tous les dehors de la Place,
dont il ne fut point bleffé . La
Roy luy fit donner à fon retour
un cheval de fon Ecurie.
Il fervit avec le mefme zele &
la meſme valeur , & prefque
toûjours fous les yeux du Roy
jufqu'en 1674. que le 15. de
Juin il fe trouva commander
GALANT. 177
C
la Maifon du Roy.Elle paffoit
alors en Allemagne avec un
gros Corps de Troupes qui
eftoit fous le Commandement
dumarquis de Renel, Maréchal
de Camp , lequel avoit eu or
dre de prendre fur la roure la
Ville & le Chafteau de Fauconier
fur les frontieres de la
Franche -Comté. Ce Marquis
y eftant arrivé , fit ſommer
la Place , & fur fon refus
ayant fait venir du canon , on
yific bréche , & l'affaut fut
donné , mais inutilement . M
Devizé, eftant de jour , refolut
de forcer la Place par
178 MERCURE
un endroit où il y avoit de
l'eau. Il s'informa de ceux
qui fçavoient nager parmy les
Gardes , & parmy tous les valets
de ce Corps , & en ayant
trouvé jufqu'à deux cens avec
quatre Exempts , il fe mit à
leur tefte , fon épée entre fes
dents & gagna la bréche ,
mais il receut trois coups de
moufquet , dont l'un luy per
ça l'épaule gauche , l'autre lui
entra dans le corps au coltés
droit , & le troifiéme luy ayant
caffé les
machoires , & em
porté quatre dents , luy perça
la langue. Cependant ilne
1
GALANT 179
eeffa point de combattre , &
de donner les ordres , qu'il
n'euft emporté la Place. Le
Royapprenant cette nouvelle,
dit tout haut devant toute la
Cour, il n'y avoit que Devize
qui fuft capable d'une telle action.
Ces trois dernieres bleffures ,
avec une infinité d'autres qu'il
avoit receuës, l'ayant mis hors
d'état de fervir, leRoy lui don
na la Charge demaître d'Hotel
ordinaire de la Reine. Il avoit
épousé en premieres noces la
Veuve de MrPichon Confeil
ler de la Cour. Sa feconde
Femme eftoit Louvancour,
180 MERCURE
d'une tres- bonne Famille de
Robe , dont il n'a point cu
d'Enfans. Il avoit épousé en
troifiémes noces Madeleine
Donneau Devizé ,fa Coufine.
germaine , Fille d'Antoine
Donneau- Devizé , fon Oncle
paternel. Cet Antoine , aprés
avoir efté Cadet au Regiment
des Gardes , fuivant l'ufage de
fon temps , fervit au Siege du
Chasteau de Caën & à la prife .
du Pont de Cé,ainsi qu'à ceux
de Saint- Jean d'Angely , de
Montauban , de Tonneines &
de Montpellier. En 1620.sik
eftoit au Siege de la Rochelle
GALANT: 180
སྙ་
en qualité d'Aide de Camp de
M' le Maréchal de Pralin , ou
il fut attaqué dans une embufcade
par les Ennemis , que
repouffèrent les Gardes de ce
Maréchal. Il fut bleſſé d'un
coup de moufquer à la jambe,
aux approches de la Ville de
Clerac,où commandoit M'de
Termes , Maréchal de Camp ,
qui y fut tué en forçant une
Baricade. Il fut bleffé au ventre
d'un coup de piqueà la pri
fe de la Ville du мonneur , en
montant à l'affaut. Il fervit en
qualité de Capitaine Exempt
des Gardes du Corps de dé
·
182 MERCURE
funtS. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans, Oncle de Sa Majefté,
durant les guerres de Flan
dre ,& il fe trouva aux Sieges
de Graveline , Dunkerque ,
Mardick , Courtray & Bethu
ne. Au Siege de Courtray à
T'attaque des Lignes , où les
Ennemis furent repouffez , il
cut le bras caffé d'un coup de
piftolet. Au Siege de mardick,
à la fortie que firent les Affiegez
, ilent un coup de moufquer
à l'épaule. Au Siege de
Bethune il fut bleffé d'un coup
de moufquet qui luy perça les
deux cuilles. Il fut envoyé
GALANT. 183
dans la Ville & Chafteau de
Richelieu , avec ordre au
Gouverneur , & aux Officiers
& Habitans de luy obéir.
Il defendit la place contre
les furprifes & les infultes de
l'armée des Princes , & conferva
la Ville & le Chasteau
dans l'obeiſſance du Roy. Il
cut l'honneur de conduire à
Florence Madame la Grande
Ducheffe , lorfqu'elle fut ma
riée , & de commander les
gardes qui l'accompagnoient.
Il rifqua fa vie pour le fervice
de la Reine Mere dans les
temps difficiles , & reprit en
184 MERCURE
s'expofant à une grefle de
moufquetades, toutes les pierreries,
qui luy avoient efté enlevées
dans une émotion populaire
, dans un Caroffe qui
fut pillé par la populace , dans
lequel étoient feuëм de Beauvais
& M' de Bartillat . Il receut
plufieurs coups en cette occa
fion, Il avoit époulé Claude
Gaboury , d'une famille attachée
aux fervice des Rois de
France depuis un tempsimmemorial.
Jacques Gaboury fon
frere , eftoit premier Valet de
Garderobe du Roy, & Contrô
Jeur general de l'argenterie.Ce
GALANT: 185
Jacques Gaboury eftoit dans
une fi grande faveur auprés
de la Reine Mere , qu'il donna
de l'ombrage au Cardinal
de Richelieu qui le fit éxiler.
Il fut rappellé aufh - toft aprés,
la mort de ce Miniftre , &
celle du Roy Louis XIII.
Le Cardinal de Richelieu,
en parle dans fes memoires .
Louis le Grand l'honora de
fon eftime en confideration
des fervices qu'il avoit rendus
à la Reine fa Mere . Ille ,
nomma à l'Intendance de S..
Venant , & luy donna outre
cela une groffe fomme qu'il
Fevrier 1699 .

186 MERCURE
toucha au Trefor Royal. And
toineDonneau Devizé, dont il
avoit épousé la Fille , eut pour
enfans Jean Donneau Devizé
, Hiſtoriographe de France,
Jacques , premier Valet
de Chambre de la feue Reine,
Henriete , premiere femme
de Chambre de Monſeigneur
le Duc d'Anjou , & Madelaine
qui avoit épousé Gafpard
Donneau Devizé dont je vous
apprens la mort. Jacques ,
premier Valet de Chambre
de la feue Reine avoit épousé
la Signora Philippa , qui des
l'âge de fept ans avoit efté éGALANT.
187
levée en Espagne dans le Pa
lais, en qualité de Menine ,
auprés de la Reine , qui
la confideroit l'eftimoit
& l'aimoir. On ne peut ê
tre dans une plus haute fa
veur qu'elle eftoit auprés de
cette Princeffe. Elle ne s'em
eft fervie que pour procu
rer du bien aux autres fans
fonger à fes interests , & le
Roy eftoit tellement perfuar
dé de fa fageffe , qu'il ne conferva
qu'elle auprés de la Reine,
de toutes les femmes Efpagnoles
qui eltoient venues
en France avec cette Pria:
Q ij
188 MERCURE
garçons ,
ceffe. Elle a laiffé quatre
dont laîné eft Abbé,
de , Lecterpt en Limofin
& licentié de Sorbonne , le
fecond Lieutenant aux Gardes
; il fut dangereuſement
bleffé au ſiege de Mons . Le
troifieme eft Enſeigne deVaif
feau , & le quatrième qui ek
encore fort jeune , eft Lieu .
renant dans le Regiment
d'Auvergne.
.
Je vous ay parlé de deux
enfans de Gilles & de Jacques
Donneau
Devizé & de
leurs enfans , & ne vous ay
rien dit d'un frere cadet nommé
Henry. Il eftoit GentilGALANT.
189
homme fervant le Roy , & Ca
pitaine -exempt des Gardes
du Corps de la Reine Mere.
Il avoit commencé à fervir
au Siege de la Rochelle , où
il reçût un coup de Mouf
quet à la cuiffe. Il fervit au
Siege de Bellegarde & desainte
Menehoud , & reçût à ce
dernier un coup de pierre à
la tefte. Il avoit pareillement
fervi aux Sieges de Mouzon
& de Stenay , & à l'attaque
des lignes, & à la levée du Sie,
ge d'Arras, où il paffades premiers
la ligne. Il eft mort en
Bretagne pour le fervice de
199 MERCURE
la Reineмere en executant fes
ordres, Ses enfans font Louis
Donneau Devizé , mort Ca.
pitaine de Chevaux Legers ,
laifnée de fes filles aépoulé ME
de Lucé.Receveur General des
Finances de Guienne, & la fes
conde M'Goujon , Secretaire
du Confeil. Si je ne m'aperce
vois qu'il y a déja trop long.
temps que je vous entretiens
de ma famille , je vous par
lerois encore d'un des enfans
de Gilles Donneau Devizé ,
qui n'a pas moins efté atras
ché à la Mailon Royalez que
fes freres , & qui eut l'hon
GALANT. 191
neur d'eftre du nombre des
Officiers quiet conduifirent
Henriete de France , Reine
de la Grand'Bretagne
en Angleterre.
Il n'avoit eu qu'u
ne fille qui a laiffé quatre
garçons , qui fe font tous difringuez
dans le fervice. L'ai
né qui eftoit Capitaine de
Fufiliers , & Contrôleur
de la
Maifon de la Reine , ſe retira
du fervice aprés la mort de
certe Princeffe , & il eft prefentement
Prieur de Boismorel
en Normandie. Le fe
cond nommé m² du Coudray,
auffi Capitaine de Fufiliers ,
192 MERCURE
eft mort en Italie dans la derniere
guerre, de fes blefleures
qui fe font rouvertes. Heftoiti
en eftat de parvenir au plusi
hauts emplois . Le troifiéme ,
connu lous le nom de M de :
Saint Maurice) , left des plus
avancez dans le Regiment:
des Fufiliers. Il eſt entré dans :
le fervice des fa plus grande
jeuneffe, & eft des plus anciens ,
Officiers de l'Armée . Il fut
bleſſé au Siege d'Ath; - Le
quatriéme eft Capitaine d'In..
fanterie.
Pour finir cet article par
où je l'ay commencé , je vais
Vous
GALANT
193
vous parler des enfans de
Gafpard Doneau Devizé donc
je viens de vous aprendre la
mort. Il n'en a point eu de
les deux premiers Femmes,
mais feulement de fa troifiéme
, fille d'Antoine Donneau
- Devizé dont il a trois
garçons & une fille. L'ainé
n'eft âgé que de vingt ans. Il
a l'honneur d'eftre Filleul du
du Roy & de la Reine, & afte
élevé Page de S. M dans la
Grande Ecurie , où l'on n'en
reçoit aucun qu'après avoir
fait de tres rigoureuſes preu
ves de Nobleffe . Le fecond
Février
1699. R
194 MERCURE
*
a pris le party de l'Egliſe. Le
troifiéme elt encore fort jeune
, ainfi que des deux filles,
On peut dire que leur Pere
eftoit le Doyen de tous les
Officiers de Cavalerie de France
, puiſqu'il avoit ſoixante
ans de Service lorfqu'il eft
more , & que s'il n'avoit pas
efte obligé de le quitter aprés
avoir receu plus de vingt bleffures,
ilauron efté Lieutenant
General il y a pluſieurs an
nées , tous ceux qui ont fervi
aprés luy dans les Gardes étant
parvenus à cette dignité.
Si toute cette Famille, qui n'a
GALANT. 195
jamais pris d'autre party que
de fervir le Roy , a répandu
fon fang pour le Service de Sa
Majefté, elle a bien lieu d'eftre
fatisfaite des bontez de cé
Prince , qui par les penfions
qu'il luy a plu d'accorder , recompenfe
dans les enfans les
fervices des Peres.
Cet article m'ayant mené
plus loin queje ne croyois ;
quoyque j'en aye retranché
beaucoup d'actions confiderables
, il ne merefte plus de
place pour vous parler ce mois
cy des Morts dont j'ay encore
à vous entretenir ; mais quand
Rij
196 MERCURE
je n'aurois point d'autres nou.
velles à vous apprendre , ma
Lettre renfermeroit trop de
matieres triftes , fi j'en ajoûtois
à celles dont elle eft
déja remplic.
Le Roy ayant efté au commencement
de ce mois
Marly ,on y a pris les divertif
femens de la faifon . La Cour
y eftoit affez groffe pour le
lieu , mais ceux qui n'avoient
pas efté nommez n'ont point
eu la liberté d'y paroiftre,
Monfeigneur le Duc & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, & les deux Princes s'y
GALANT. 197
font rendus tous les foirs fur
les fept heures. La Cour y foupa
les deux premiers jours à
neuf heures , & le Bal y commença
à dix , & dura jufqu'à
plus d'une heure . Le Vendredy,
qui fut le premier jour des
deux Voyages dont j'ay à vous
parler, le Roy& la Reine d'An
gleterre y vinrent , & le Bal
ayant commencé avant huit
heures , finit à dix & demie,
aprés quoy le Roy, & Leurs Majeftez
Britanniques fouperent.
Il y eut pendant ces trois jours
trois tables à fouper . Le Bal fe
fit dans le grand Salon , fort
R iij
198 MERCURE
éclairé de Luftres , & de deux
rangs de Girandoles rout autour.
Les hommes qui, danfe
rent furent tous les Princes
M' le Comte de Brionne , M
le Prince Camille , Mrs les
Ducs deVilleroy & de Guiche,
Mrs les Comtes d'Eftrées &
d'Ayen , & Mile Marquis de
la Chaftres. Les Dames qui
danferent, furent les Princeffes
, Mademoiſelle d'Arma
gnac , Madame de Valenti
nois , Madame la Ducheffe de
Villeroy , Madame de Chaftil
lon , Mademoiſelle de Tour :
bes , mademoiſelle de melun ,
ᎠᎬ. ΠΕ
LA
VILLE
GALANT
,
THEQUE
399
& Madame de Mongon . Fett
dangle Bab les dang urs dís
paroiffoient par troupes , &c
s'alloient maſquer dans les
apartemens hauts tous remplis
d'habis il y en eut
plufieurs qui malquerent juf
qu'à quatre & cing fois cha ,
que foir.
Pq
Le Roy & Madame la Ducheffe
de Bougogne ont tenu
fur les Fonts Male Duc de
Fronfac, Fils de M le Duc de
Richelieu àgé de deux ans
dix mois S. M. l'a nommé
Louis François Armand.
Mi Mandard preſta fer-
R M
200 MERCURE
ment à la Chambre des Comptés
au commencement
de
ee mois en qualité de
Surintendant des Baftimens ,
avec les mefmes honneurs
qu'on avoit faits à Mrs Col.
bert, de Louvoys & de Villa .
cerf. Il eftoit accompagne
de M's les Ducs de Richelieu ,
& de Charoft , de м les
Prefidens
de la Moignon
, &
de Menards , ainfi que de
plufieurs autres perfonnes de
diftinction , & des principaux
Officiers des Baftimens. Aprés
le ferment prefté , il
prit place audeffus du Doyen
GALANT. 201
de la Chambre.
Quelques jours aprés мef.
fieurs de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture
s'étant affemblez , refolurent
tout d'une voix de le choifir
pour leur Protecteur , & de
le faire fucceder par cette
nomination â M' le Cardinal
Mazarin , à m' le Chancelier
Seguier , à M² Colbert , à M
de Louvoys , & à M' de Villacerf,
qui ont efté fucceffivement
Protecteurs de cette
mefme Academie depuis
fon érection . Aprés que ce
choix cut efté fait , on nom,
202 MERCURE
ma des Deputez pour l'aller
prier d'accepter cette digni.
té. Ils accompagnerent M
Coipel le pere , Directeur de
l'Academie
, qui porta la parole.
Il luy parla en ces
termes.
MONSIEUR ,
1. Nous fommes déja venus de
la part de l'Academie , vous fe
liciter & vous reconnoistre pour
noftre Superieur en qualité de Sur.
intendant des Baftimens dans
toutes celles qu'il a plís à S. M.
de vous donner , & nous venons
aujourd buy , Monfieur , vous
prier d'agréer celle de noftre pro
1
GALANT. 203
secteur qu'avoit cy devant Mª
le Marquis de Villacerf. Nous
efperons que vous ne le ferez pas
feulement de la compagnie en ge.
neral, mais que vous leferez encore
en particulier de chacun de ceux
qui la compofens.
M' Coipel eftoit accompa
gné de quatre Recteurs de
l'Academie & des Deputez
de chaque Claffe . м ' мanfard
les reconduific jufqu'au
bout de fon appartement , &
marqua beaucoup de reconnoiffance
& beaucoup d'efti
me pour un corps fi diftingue
, & fi rempty des plus
excellens hommes de l'Euro204
MERCURE
pe. Il vint quelque temps aprés
prendre Seance à l'Academie
, dont ces Meffieurs
luy eftoient venus offrir la
protection. Il fut reçû au bas
de l'efcalier par les principaux
de ce Corps . Il eftoit accompagné
de m ' le Prefident
de Meis , de plufieurs perſon .
nes de diftinction , & des Inrendans
& principaux Officiers
des Baftimens . Il pric
Seance à la premiere place
qui eft celle du Directeur ,
remplie par M Coipelle pere
qui fe mit à cofté de luy
& luy fit le compliment que
vous allez lire.
GALANT: 205
MONS
ONSIEUR ,
Aprés que le Roy a fait con
noiftre à toute l'Europe , tant de
grandeur & de majesté dans le
Cours d'un Regne auffi glorieux
que le fien , & tant d'excellentes
& éclatantes qualitez dans le
Gouvernement de la Monarchie ,
l'on peut dire avec juftice , que ce
grand Prince 4 remply en general
toutes celles que les Rois fes
Predeceffeurs ne poffedoient qu'en
particulier ; car fi l'on regarde la
Politique dans le Gouvernement
´de l'Etat , on n'y verra rien que
206 MERCURE
de Grand , de Sage , & l'on
trouvera en Sa Majesté toutes les
qualitez des plus Grands Heros ,
de la Justice & de l'Equité pour
fes Sujets ; le zele pour la Religion
, que ce Grand Prince a por
sé auſuprême degré , en facrifiant
comme il nous paroift ; une partie
de fes conqueftes pour augmenter ,
non feulement dansfon Royaume ,
mais encore chez les Princes fes
voifins , le culte qui est dei au
Chriftianifme , dont Sa Majesté
foûtient fi dignement les titres
glorieux de Roy Tres Chreftien,
de Fils aifnéde l'Eglife . Mais
quelle grandeur d'ame & de ge-
.
GALANT.
207
ncrofité Sa Majesté n'a - t - elle
point fait paroiftre , dans la Paix
qu'elle vient de traitter avec fes
Ennemis , leur abandonnant genereufement
quelque partie de ce
que le droit de la Guerre lny avoir
legitimement acquis , pour donner
une Paix tranquille àfes Sujets ,
Gà toute l'Europe .
Aprés doncla
connoiffance que
nous avons des éminentes qualitez
de ce Grand
Monarque , que
´ne devons nous point efperer de cette
Paix , dont Sa Majesté vient
de jetter de fi profondes racines ,
de la grandeur du
difeernement
qu'elle a fait paroiftre , en vous é208
MERCURE
levant, Monfieur, par une diftin-
Etion finguliere de vostre merite, à
cette importante charge dont elle
vous a honnoré? N'est - ce pas un
puiffant prejugé,pourfaire croire
que le Roy ne veut dorefnavant
s'occuper qu'au bien de fes Sujets ,
&à faire fleurir fes Eftats par
les beaux Arts , & fe faire cherir
&admirer dans la Paix , aprés
s'eftre rendu redoutable dans la
Guerre? Sa Majesté pouvoir elle
choisir un fujet plus digne que
vous, Monfieur, pour unfi grand
deffein, & plus capable de donner
une veritable émulation à ceux
qui profeffent les Arts pour les
GALANT. 206
porter au plus baut point de perfection
, particulierement , à l'Academie
de l'Art du Deffein , que
lon peut dire en eftre la fource ?
Le Roy , en vous mettant à leur
tefte , ne les a - t il pas couronnez
d'une gloire inmortelle , e cette
Compagnie , que vous honorez
de voftre Protection , puifqu'il
femble que Sa Majesté , connoif
fant le merite de ces beaux Arts ,
les difficultez qu'il y a pour
parvenir à l'éminent degré auquel
vous les poffedez, les recompenfe
auffi dignement en voftre perfonne?
Noussommes attentif‹, M', àre.
Fevrier 1699.
210 MERCURE
cevoir les rayons de cette éclatante
Gloire qui vous environne , &
de ce Soleil Augufte , que les Aigles
feulsfont capables d'aprocher,
mais que nous e/perons que vous
fere defcendre jusques à nous.
Cette Academie vous voit asjourd
buy avec une joye extrê
me, remplir la place de vos Illuftres
Predeceffeurs, d'autantplus qu'el.
le efpere encore de vous une plus
puiffante Protection , par legrand
credit que vostre mérite, es l'élevation
de vostre genie vous ont
acquis auprés de Sa Majeſté ,
la grande confiance qu'elle a
en vostre capacité. C'est l'esperan
par
GALANT 211
ce dont elle fa flatte , eg ce qu'elle
attend de waſtre generofité con de
l'eftime que vous devez faire des
beaux Ares , par les grandes lumieres
que vous en guez , vous
fouhaitant , Monfieur , dans le
cours d'une vie auffs glorienfe
qu'est la vofire , une continuation
parfaite de cette grande profpe
ruté, e felicité dons vous jouif.
fac G
M Manfard répondit à ce
compliment , qu'il tenoit à hom.
neur d'effre Protecteur d'uneCom
pagnie fi celebre , & ft remplie
d'habiles gens , qu'il cherchevoir
toujours les occafions de luy faire
Sij
212 MERCURE
plaifer , & qu'il y avoitpuife les
connoiffances qu'il avoit dans les
beaux Arts . Le Secretaire de
l'Academie lut enfuite les Statuts
de ce Corps , aprés quoy
on lut une Differtation faite
par M' Coipel le Pere , fur les
parties effentielles de l'art du Def
fein , ou Peinture & Sculpture ,
mile aux Etudians aux Amateurs
de ces Arts. Cette Differ
tation eftoit divifée en trois
parties. On n'en pur
lire
que
deux , à caufe que la lecture
des Statuts avoit efté fort
longue , & que la nuit eftoit
furvenue Il y a lieu d'efperer
GALANT. 213
que Mr Coipel la rendrap us
blique , pour fatisfaire aux
inftances de ceux qui l'en
preffent .
Il s'eft fait depuis quelques
jours dans la plaine de Saint
Denis une chaffe à l'Oifeau ,
où tous les Ambaffadeurs qui
font en France fe trouverent
avec toute leur fuire , à l'exception
de celuy de Venife , ce
qui attira dans cette Plaine
une affluence de Peuple extraordinaire.
Les Oiseaux firent
beaucoup au- delà de ce qu'on
cnattendoit , & l'un d'eux s'é.
214 MERCURE
Leva ft haut qu'on le perdie
de veuë pendant plus d'une
heure , en forte qu'on le
cruc perdu long - temps .
Enfin on le vit defcendre en
combattant un Corbeau , qui
fe deffendit contre luy , juſqu'à
ce qu'il fut forcé de ceder aux
autres oifeaux qui le feconde
rent. Ainfi le Corbe , une fuc
comba qu'aprés un combar
d'une heure dans la moyenne
Region . On vola force lie,
vres & quantité de perdrix ,
ce qui fit dire à tous les Etrangers
que cette Chaffe eftoit
veritablement Royale. · Les
GALANT: 215
Milans & les Bufes ne te .
noient point contre les oifeaux
, quoy que la deffenſe en
fuft des plus opiniâtres .
Je viens à l'article qui re
garde l'Ambaffadeur de l'Em,
pereur de Maroc, Abdalla.
Ben- Aifcha , Amiral & Surintendant
de toutes les affaires
de la Mer de cet Empereur ,
ayant efté rencontré en mer
dés le mois de May 1698. par
un Vaiffeau du Roy , qui l'au
roit pris , aprés l'avoir canonné&
mis en eftat de ne fe pouvoir
plus deffendre , fans un
216 MERCURE
calme qui ſurvint , perſuada à
FEmpereur fon Maiftre qu'il
ſay eſtoit important de faire
la paix avec l'Empereur de
France, dont la puiffance étoit
auffi redoutable fur mer que
fur terre . Ce Prince n'eut pas
de peine à le croire , & comme
il y avoit alors une Efcadre
de Vaiffeaux François de
vant Salé , il écrivit au Com .
mandant de ces Vaiffeaux .
Cette Lettre portoit , qu'il per
mettoit à fon General de la mer,
Abdalla Ben Aifcha, de conferer
avec luy , & qu'il luy ordonnoit
de luy en venir enfuite donner
69.434
GALANT
217
connoiffance afin qu'en eftant informe
, il difpofaft ce qui luy
conviendroit le mieux. M. le
Marquis de Rouffi avoit eſté
laiffé devant Salé avec deux
Fregates, par M. le Chevalier
de Coetlogon qui commandoit
l'Eſcadre ,de maniere que
ce fut ce Marquis , qui réçut
cette Lettre. Voicy la réponſe
qu'il yfit.
GENERAL ABDALA
BEN-AISCH A.
L'Empereur de Maroc m'a
fait fçavoir qu'il vous avoit
donné permiffion de communiquer
avec may fur les moyens
Fevrier 1699 . T
218 MERCURE
d'un accord.Instruifez- vousparfaitement
des fes intentions , &
quand vous voudrez venir à
mon Navire pour m'en faire
part , je vous donnerai toutes
·les furetez juftes que vous demanderez
pour votreperfonne.
F'envoirai à notre General qui
eft à Cadis le Memoire de ce que
wvous m'aurez apris. Je n'ay pas
le pouvoir de conclure aucun
Traité : mais jepuis vous affu
rer que l'Empereur de France
mon Maitre acceptera volon
tiers des propofitions raifonnables
.Je ne me donnepoint l'honneur
d'écrire à l'Empereur de
GALANT 219
Maroc,parce qu'il ne me demande
point de reponse , &je croy que
ce que je vous écris fuffit la- def
fus. Jeprie Dieu , General Ab
dala Ben Aifcha , qu'il vous ait
en fafainte garde. Signé
LE MARQUIS DE ROUSSY.
On propofa une Treve en
attendant que l'on pût faire
la Paix , pour la conclufion
de laquelle Ben- Aifcha dic
qu'il viendroit en France.
M. le Marquis de Château-
Renaud alla à Cadis rendre
Compte de cette propofition
à M. le Comte d'Eftrées qui y
eftoit , & qui la croyant con-
Tij
220 MERCURE
venable au fervice de S. M.
& au bien de ſes ſujets, l'accepta
, & en confequence figna
une Treve pour huit Mois .
Il envoya enfuite M. le Marquis
de Château - Renaud à
Salé avec ordre de recevoir
cet Ambaffadeur & de l'amcner
en France , aprés que le
Roy de Maroc auroit figné
cette Treve. Il debarqua
Breft le 11.Novembre dernier,
& alla loger chez M. Defcloufeaux
Intendant, où il fut reçû
par M. le Comte de Château-
Renaud , Lieutenant General,
par Mrs. de Coetlogon, &
GALANT 221
de Denots Chefs d'Efcadres, &
par plufieurs Officiers de Marine.
Cet Ambaſſadeur avoit
une fuite de18.perfonnes. Deux
de les Officiers portoient à
cofté de luy fur leurs épaules
deux Sabres dans leurs Foureaux,&
deux autres, deux trésgrands
Fufils pareillement envelopez
dans des Foureaux
de Maroquin rouge. Il eftoit
au milieu de ces quatre perfonnes
, & on portoit derriere
luy un Pavillon de toille blan
che , dont le bafton eftoit fort
haut , c'eft fon Pavillon d'Amiral.
Il fut reçû avec les hon-
Tiij
222 MERCURE
neurs accouftumez & dûs à
fon caractere.
Pendant tout le temps qu'il a
demeuré à Breft où l'empreffement
a été grand pour le voir,
toutes les reparties ont paru
fort fpirituelles. Quelques Dames
luy ont demandé pour
quoi ils prenoient chez eux
pluſieurs femmes . Il leur répondit
que c'eftoit afin qu'ils
puffent trouver en plufieurs.ce
qu'on rencontre assemblé abondamment
en France dans chacune
enparticulier.
Une Demoiſelle Irlandoife
eftant venue le vifiter, comGALANT
223
me il fçavoit la langue Angloiſe
, il tâcha de la confoler
fur ce qu'elle a été obligée d'a
bandonner fa patrie . Elle avoir
avec elle une Fille de is.
ans , & il dit à la Mère qu'elle
devoit confiderer qu'elleavoit un
charbon ardent entre les mains ,
& qu'à moins qu'elle n'y prift
biengarde il la brûleroit , voulant
dire qu'une Mere doit avoir.
grandfin de la conduiter
defa fille & la veillerdeprés.
Quelqu'un luy ayant rapporté
que M. le Marquis de
Château - Renaud avoit dit
beaucoup de bien de luyà fon
Tiiij
224 MERCURE
arrivée à la Cour , il repondit
que cela ne le furprenoit
point , que ce Marquis eftoit le
mefme à Versailles qu'il avoit
efté dans fon Bord , c'est-à- dire
tousjours bon , tousjours bonnefte
, & trés - obligeant. Il ajouf.
ta que le Roy ne pouvoit avoir
de ferviteurs plus affectionnés
que luy , plus capables de l'emploi
qu'il a , & plus dignes d'en
avoir de plus confiderables. Il
apprit , eftant encore à Breft ,
que quelques perfonnes avoient
parlé à Paris à fon defavantage
, & pour dire que le
Public feroit detrompé de ce.
GALANT 225
qu'on pouvoit avoir dit contre
luy , il fe fervit des paroles
fuivantes . Lorfque le Soleilparoîtra,
les Grenouilles ceßeront
de criailler & chercheront à se
cacher. Cependant le Royayant
pris la refolution de ne
point entrer en negotiation avec
cet Ambaffadeur qu'on
ne fçût s'il avoit pouvoir
de convenir des conditions
que M. de S. Olon avoit eu
ordre de propofer au Roy de
Maroc lorfqu'il y alla en Ambaffade
, & mefme de faire faire
le Traité à Breft par M. le
Comte de Château- Renaud
226 MERCURE
qui s'y trouvoit , & par M. de
S. Olon , S. M. donna ordre
à M. de S. Olon de s'y rendre
, & leur fit' expedier un
plein pouvoir pour conclure
le Traité
. On envoya cependant
des ordres pour empef.
cher l'Ambaffadeur de venir
à Paris jufqu'à nouvel ordre ,
& pour luyfaire fournir toutes
les chofes neceffaires pour fa
'fubfiftance. Il avoit amené
avec luy M. Fabre , Marchand
François , negociant à
Salé , pour luy fervir d'Interprete
en Langue Epagnole
que cet Ambaffadeur entend
GALANT
227
& parle affez bien. La Cour
jugea à propos d'envoyer avec
M. de S. Olon M. Eftelle ,
Conful François à Salé, qui fe
trouvoit alors à Paris. M. Petits
de la Croix , Secretaire Interprete
du Royaux Langues
Orientales , fut auffi nommé
par S. M. pour fe rendre à
Breft afin de fervir d'Interprete
dans le Traité qu'on fe
propofoit d'y conclure . M. de
S. Olon ayant reçû fes inftructions
partit le 9. Decembre
, & ne fut pas plûtoft arrivé
à Breſt qu'il y eut plufieurs
conferences dans lef
228 MERCURE
quelles l'Ambaffadeur ſe renferma
tousjours dans l'ordre
precis & capital , qu'il diſoit
avoir du Roy fon Maiftre , de
n'entamer aucune negocia
tion avec perfonne , qu'aupa
ravant il n'eût efté admis en la
préſence de S. M. & ne luy
euft remis fa Lettre en main
propre. Il ajoûta qu'on agiffoit
chez eux de cette maniere ,
que M. le Baron de Saint Amant
M. de Saint Olon qui y avoient
efté en qualité d'Ambaf
Jadeurs, l'avoient éprouvé ; que
Hadgy Thumin, dernier Ambaffadeurde
Maroc enFrance, avoit
"
GALANT 229
fait la même chofe , & que puif
qu'il étoit revétu dumême cara-
Elere , & qu'ilfe trouvoit deplus
avec des dignitez , & dans une
élevation fi confiderable , où il
tenoit le premier rang aprésfon
Roy , on ne luy devoit pas refufer
les honneurs qu'il deman
doit , & qui avoient été accor-
• dez àfun predeceẞeur en Fran-
& aux Ambasadeurs
ce
de France auprés du Roy fon
Maistre. On répondit fi folidement
à tout cela , & on luy
fitfibien comprendre que fon
caractere ne pouvoit être honoré
qu'il ne fuft connu , qu'il
230 MERCURE
confentit à faire voir fes pou
voirs , ce qu'il avoit jufqu'a
lors refufé avec beaucoup d'opiniâtreté.
Ils parurent en
bonne forme , & munis du
Sceau ordinaire du Roy de
Maroc. Ils portoient en termes
expres que ce Prince envoyoit
Abdala Ben- Aiſcha en
qualité d'Ambaffadeur
, vers le
plusgrand Empereur des Chref
tiens , le Roy de France Louis ,
avec pouvoir de lier , délier ,
traiter , & negocier avec les
François, &fouspromeffe d'approuver
, ratifier, & executer
tout ce qu'il auroit arreſté, con
·
?
GALANT
231
proclu&
figné ; aprés neantmoins
qu'il auroit remis en main
pre dudit Empereur la Lettre
dont il l'avoit chargé. L'Ambaffadeur
aprés avoir montré
les pouvoirs, adjouſta que fes
ordres eftoient fi precis , quefa
tefte en eftoit le garant , & qu'
il eftoit reduit au point de n'avoitplus
d'autre party à écouter
ny àfuivre que celuy d'aller à La
Cour, ou de s'en retourner ;
;quil
ofoit efperer de la bonté du
Roy qu'on auroit égard à toutes
ces raifons , & qu'enfin ne pouvant
que fuivre les ordres de
fon Prince, fi on ne luy per
232 MERCURE
mettoit pas deprefenter fa Lettre
avant que de traiter , il ne
pouvoit que s'en retourner fur
fes pas. Le Roy ayant efté informé
de toutes ces chofes
jugea à propos de donner les
ordres pour faire conduire cet
Ambaffadeur à Paris. Je ne
vous ferai point un Journal
de fon voyage : mais je vous
parlerai feulement de ce qui
s'eft fait aux principaux endroits
où il a paffé.
*

M. de Nointel , Intendant
de la Province de Bretagne
, avoit envoyé fon
Carroffe à une lieuë de Rennes
,
GALANT 233
nes. Il y monta avec M. de S.
Olon , M. de laCroix , & l'Ecri
vain ouSecretaire de l'Ambaf
fade.LaMarefchauffée eftoit à
quelque diftance de là avec
fon Grand Prevoft à la tefte .
On marcha en cet ordre juf
qu'à la Ville, où l'on trouva la
Bourgeoifie fous les Armes .
L'Ambaffadeur fut logé dans
la Maifon de M. de Lavardin.
Il eut tousjours une Compagnie
de Bourgeois en garde .
Peu de temps aprés que l'Ambaffadeur
fut entré dans fon
appartement , Mrs. de Ville
le vinrent haranguer. Le
V Fevrier 1699 .
234 MERCURE
Maire porta la parole & luy
dit.
MONSEIGNEUR.
Il ne manquoit au triomphe
que noftre Invincible Monar
que a remportéfurſes Ennemis ,
que la gloire de voir le plus
grand Prince de l Affrique re
chercher fon amitié , & fi nous
femmes affezheureuxpourgoufter
les delices d'une Paix profonde
, qu'il a bien voulu accor
der à toute l'Europe, en preferant
à fapropregloire le plaifir
de foulager fes Ennemis vaincus,
nous avons encore l'efperance
de voirbien-toftréunisfousun
GALANT 235
fiagréable lien leplusgrand Roy
de l'Affrique , le plus grand
Roy de l'Univers.
nous
Lechoix que S. M. de Maroc
a fait de V. E. pour manier
une affairefi importante , & fi
glorieuse à ce Prince ,
marque affez l'eftimé particuliere
qu'ilfait de vostre perfonne,
& de voftre merite , & nous
fait efperer un bonheurque nous
Souhaitons avec autant d'ar
deur que nousfommes avec réſpect
, vos trés-bumbles , &
trés - obéiffansferviteurs.
Voicy la réponſe de l'Ambaffadeur.
V ij
236 MERCURE
La haute reputation de Louis
le Grand , eft fi generalement
établie dans le monde , que
Mouley Ifmael mon Maistre qui
eftfans contredit le plus grand
le plus redoutable Empereur
d'Affrique , a regardé comme un
bonheur d'avoir la paix , & de
contracter amitié avec celuy
qu'ilrccanoiftpour leplusgrand ,
le pus redoutable Empereur
de l'Europe
.
Pour moy, Meffieurs , qui me
fenspenetré d'une profonde ve
neration pour ses vertus incomparables
, j'avoue que j'ay cherché
avec empreſſement l'honneur
GALANT 237
L
deftre chargé d'un miniftere fi
utile à l'un à l'autre Empire ,
tantparce qu'il doit procurer la
liberté d'un grand nombre de
pauvres fujets des deux parts
qui gemiffentfous lejoug d'une
dure fervitude , que pour voir
un Prince qui depuis tant d'années
conduit le fort de tous les
Potentats de l'Europe. Je vous
prie, Meffieurs , de vouloir bien
contribuer de vosfoins & de vos
voeux , à l'accompliffement de
cette grande affaire , & d'eftre
affurez queje ne manqueray pas
de rendre compte à l'Empereur,
mon Maître , des honneurs
que
Viij
238 MERCURE
je reçois de la Province de Bretagne.
On luy aporta enfuite les prefens
de la Ville , confiftant en
confitures, & bouteilles de vin
d'Espagne.M.l'Intendant vint
auffi- toft le vifiter, & l'invita à
fouper chez lui. L'Ambaffadeur
l'accepta , & le repas fur
tres-magnifique , fa vifite fut
fuivie de celle de M.de Molac,
& de celle deM. de la Faluere,
Premier Preſident , accompagné
de M. fon Fils , de M.
fe Prefident de Brecquigny ,
& de M. le Procureur General
. On fejourna à Rennes ,
GALANT 239
& l'Ambaffadeur alla voir le
Palais , dont le deffein des
Peintures eft de feu M. le
Brun . Il rendit à fon retour la
vifite à M. le Premier Prefident.
Il eftoit avec fa fuite
dans deux Carroffes de M.
l'intendant. Il alla l'apredinée
voir M. le Marquis de
Molac qui l'invita à la Come
die, à fouper , & au Bal qu'il
donna exprés chez luy.
Ce Marquis le pria de luy
donner quelque part en fon
amitié . L'Ambaffadeur luy repondit
que ceux qui avoient
celle du Roy comme luy
voientplutoft luy offrir leurprode240
MERCURE
tection que luyfaire une deman
de defi peud'importance.
+
Il rendit auffi vifite à M.
l'Intendant , & affifta enfuite
à tous ces regales , dont il fut
furpris & charmé de cette magnificence.
Cet Ambaſſadeur
nereçût pas de moindres honneurs
à Nantes. La Maref
chauffée alla audevant de luy,
& il entra dans la Ville au
bruit du Canon , & des Tam
bours de la Bourgeoifie,qui étoit
fous les Armes en trésgrand
nombre. Le Maire , &
les Echevins le vinrent complimenter.
Voicy la reponfe
qu'il leur fit. Je
GALANT 241
Je viens, Meffieurs, de la part
du plus grand Empereur d'Af
frique , demander l'amitié du
plus grand Empereur de l'Europe.
Cet heureux lien doit
tre également defiré par les fujets
de l'un de l'autre Empi
re , & ils font reciproquement
obligez de faireleurs efforts pour
en eftreindre les noeuds. Ouy ,
Meffieurs , cette amitié doit étre
lefondement d'une Paix indif
foluble. C'eft cette amitié qui
procurera le repos , & la tranquilité
aux peuples aprés une fi
longue Guerre. C'est cette mé
me amitié qui donnera aux
X
242 MERCURE
1
Marchands la fureté de teur
Commercepar Mer & par Terre.
C'est cette amitié qui fera paiftre
la Gazelle avec le Lion
Kans crainte d'en eftre devorée.
Ceft cette amitié qui rendra les
Maures François , & les Fran-
Gois Maures. Ceft cette amitié
qui de l'arbre Zaccoum de l'En
fer qui eft lefimbole de la Guer
re , en doitfaire l' Alifier du Paradis
qui eft le fimbole de la
Paix . C'eſt cette amitié qui doit
metamorphoferle Coloquinte de
la haine au doux Nectar de l'ar
mour. C'est enfin cette amitié qui
dait brifer les Fers infupportaGALANT.
243
bles de tant de pauvres fujets
des deux partis , qui gemiffent
dans l'efclavage.
Combien de fruits nous premet
cet Arbre de benediction
!
C'est auffi, Meffieurs , lefujet de
ma Miffion & la caufe de mon
Ambaffade
, pour l'heureux fac
cez de laquelle vous devezjoindre
vos voeux aux miens
puifquefon accomplissement doit
caufer une joye reciproque.
Cet Ambaffadeur fut auffi
receu à Saumur par la Bourgeoifie
fous les Armes , & au
bruit du Canon. La Maref
X ij
244 MERCURE
chauffée vint au devant de lui,
& le Senechal luy fit compli
ment. Voicy la reponfe que
luy fit l'Ambaſſadeur.
La puiffance de Louis le Grand
eftant la plus haute qui ait ja
mais efté en aucun Empereur de
la Loy de Jefus , il eftoit conve
nable que Mouley Ifmael,qui eft
aujourd buy le plus puiſſant de
tous les Princes,& Rois Mufulmans
, fuft uni avec luy par
les liens d'une amitié , & d'une
Paix indiffoluble. Je benis le
Ciel d'avoir efté choisi pour la
negociation d'unprojet fi bonoGALANT.
245
rable. Mais , Meffieurs , ce n'eft
pas la gloire feule de mon Em-
-pereur quifait le motif de mon
Ambaſſade , l'utilité publique
desfujets des deux Empires y a
une part confiderable car non
feulementles Marchandsy trouveront
la feureté de leur Commerce
par Mer & par Terre ,
mais auffi les pauvres esclaves
des deux Nations luy auront lobligation
de leur liberté. Foignez
donc , Meffieurs , vos voeux
aux miens pourle bon fuccez de
mon Ambaffadefiglorieuse, fi
remplie d'utilité.
Il reçût de pareils compli-
X iij
246 MERCURE
mensà Angers , & à Langeſt ,
où le Lieutenant General le
complimenta, Il fut aufli harangué
par celuy de Tours ,
& par Meffieurs les Treforiers
de France , &
vifité
parM. de
Miromenil Intendant. On fejourna
à Tours , où quelqu'un
luy ayant dit que la Touraine
& l'Anjou eftoient le Jardin
de France , il répondit que
Bretagne en eftoit le Paradis ,
puifqu'ony voyoit tant d'Anges,
Le grand nombre de peuple ,
& de Villes qu'il venoit de
voir fur la route lui fit dire qu
il s'étonnoit comment il y avoit
La
GALANT. 247
un Prince au monde affez temeraire
pour attaquer Louis le
Grand , qui pouvoit mettre un
million d'hommesfurpied quand
il voudroit. M. de S. Olon luy
répondit que c'eftoit pour cela
que tant de Souverains s'efftoient
unis enfemble , & qu'ils
n'avoientpú y réaffir.
"
En allant a Amboife on fejourna
dans la plaine de Saint
Martin le Beau , où les Sarrazins
furent défaits en fi
grand nombre par Charles
Martel. L'Ambaffadeur parut
fort touché d'un endroit où
on luy dit qu'il y en avoit plu248
MERCURE
fieurs Tombeaux . Il y fit fa
priere , & en fit prendre dix
ou douze poignées de terre
pour emporter en fon Pays.
On luy fit voir en paffant le
Chateau de Chambor , & il
dit qu'il n'y avoit qu'un Grand
Empereur qui puft faire aſſem
bler autant de Pierres enfem-.
ble. Le fejour qu'on fit le ma.
tin au Bourg - la - Reine , donna
lieu à M. de S. Olon de le
mener au Chafteau de Sceaux .
Il parut enchanté de la beauté
des appartemens , & des Jardins
; quoique la Maiſon ne
fût point meublée , que les
GALANT. 249
eaux ne jouaffent point, & que
les Arbres fuffent dépouillez
de leur verdure . Il dit qu'il ne
voyoit rien dans cette Maifon
qui ne luy marquaft que celuy
qui l'avoit fait conftruire , devoit
avoir de l'efprit . Il arriva
les . Février à Paris à dix heu
res du foir. M. le Baron de
Breteüil, Introducteur des Ambaffadeurs
,fe trouva à l'Hoſtel
des Ambaffadeurs , le reçût
à la defcente de fon Carroffe ,
le conduifit dans fon Appartement
, & luy fit compliment
de la part du Roy , & quand
ce Baron prit congé de luy ,
250 MERCURE
l'Ambaffadeur le reconduifit
jufqu'à fon Carroffe. Il y avoit
quatre des cent Suifſſes du Roy
pour garder la Porte de l'Ho
ftel des Ambaffadeurs . L'Au
dience ayant efté reglée pour
le 16. M. le Baron de Breteüil
le vint prendre de grand
matin avec les Carroffes du
Roy , & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Cet Introducteur
fut reçû à la def
cente de fon Carroffe , par le
Lieutenant & le Secretaire de
FAmbaffade , & l'Ambaſſadeur
defcendit jufqu'à la moitié de
L'Escalier pour le recevoir. Ils
GALANT
251
monterent enfuite dans la
Chambre , & s'affirent dans
des Fauteuils & aprés un
compliment fort court , ils
partirent pour fe rendre àVer
failles. L'Ambaffadeur
, & M.
le Baron de Breteüil ſe placerent
dans le fond du Carrof
fe du Roy , & M. Petits de la
Croix fur le devant. Le Carroffe
de Madame la Duchef
fe de Bourgogne fut remply
par le Lieutenant , & le Secretaire
de l'Ambaffade M.
de S. Olon le Fils , & M. Ef
telle Conful à Salé. Quatorze
Vålers de l'Ambaſſadeur mar
252 MERCURE
choient à cheval devant le
Carroffe . Les Laquais de M.
le Baron de Breteuil bor
doient la portiere droite , &
ceux de M. de S. Olon la gauche.
En traverfant la premiere
Cour , on trouva les Gar
des Françoiſes , & Suiffes en
haye mais fe repoſant fur leur
Armes & fur leurs Tambours.
Les Officiers eftoicnt à la tefte
fans armes. On defcendit à
la Salle des Ambaſſadeurs
d'où aprés y avoir demeuré
quelque temps , on fortit pour
aller à l'Audience . Quand ils
furent au pied de l'Escalier
a
GALANT 253
des Nations par où on les fit
monter ; parce que le Roy
eftoit dans fon grand Appar
tement , ils ne purent s'empêcher
de
marquer leur furprife
, quoy qu'ils ne fuffent
alors occupez que du Roy &
de l'Audience qu'ils eftoient
prefts d'en avoir ; mais ils furent
frapez de l'éclat de la dorure
de cet Efcalier, des Marbres
de diverſes couleurs, & du
Jet - d'eau qui en forme plufieurs
napes fur ce fuperbe Efcalier
, où il leur parut un
monde infiny. Il eftoit remply
de quantité de perſonnes
254 MERCURE
de diftinction , dont la foule
jointe au grand nombre de
Figures peintes qui remplif
fent les murailles de ce degré
, reprefentoit un brillant
amas de toutes fortes de Figu
res. Les cent Suiffes du Roy
y eftoient en haye , mais ils
avoient leurs hallebardes derriere
eux. Les Gardes du
Corps eftoient auſſi en haye
dans leur Salle : mais fans Armes.
L'Ambaffadeur marchoit
à la tefte de tout , ayant
M. le Baron de Breteuilà fa
droite , & M. de S. Olon à fa
gauche. M. Petits de la Croix
GALANT
255
le fuivoit , & eftoit entre le
Lieutenant & le Secretaire de
l'Ambaffade . M. Eftelle, Con
ful à Salé , & le fils de M. de
S. Olon marchoient aprés , &
precedoient la fuite de l'Am
baffadeur dont fept portoient
les prefens , qui confiftoient
en une Selle brodée à la mode
de Barbarie affez finguliere ,
une peau de Tygre , huie
Heyques , cinq peaux de
Lion , & quatre douzaines
de peaux de Maroquin rouge .
Ils traverferent tout le grand
Appartement jufqu'à la Salle
du Trofne où le Roy eftoit
256 MERCURE
affis fur une Eftrade fous un
Dais fuperbe. Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry
eftoient aux coftez du Roy.
Monfeigneur leDuc de Bourgogne
ne s'y trouva point, par
ce qu'il eftoit indifpofé ce jourlà.
Le premier Gentil - homme
de la Chambre , & le Mai,
ftre de la Garde Robe eftoient
derriere. L'Ambaffadeur ne
monta point fur l'Eftrade , &
le Roy ne le leva point. Sa
Majefté ofta feulement fon
Chapeau , & le remit pendant
la Harangue. L'Ambaſſadeur
entra d'un pas affez grave. 11
avoit
GALANT
257
avoit la main droite fur fon
eftomac , & le col un peu panché
fur l'épaule. Cette pofture
eſt la plus ſoumiſe & la plus
refpectueufe, & marque qu'ils
offrent leur tefte à ceux devant
leſquels ils ſe preſentent
de cette maniere , & qu'ils la
peuvent couper. L'Ambaffadeur
fit fon compliment d'un
ton affez ferme , & M. de la
Croix le lut en François. Il
fut admiré de toute la Cour .
Le voicy.
3
Tres haut , tres - excellent
tres-puiffant , tres -magnanime
toujours invincible Empe-
Y
258 MERCURE
*
reur de France Louis XIV,
Diem beniffe àjamais le regne
de V. M. I. Aprés avoir ren,
di à Dieu les louanges qui
Luy font deuës , fe diray , Sire
, que l'Empereur Muley If
・maël mon Mistre , fils de
Cherif, qui defcend des Prin
2

ces de la tres haute Mrifon de
Hachem , qui eft Empereur des
deux Mauritanies , Roy des
deux vastes campagnes de l'impenetrable
Affrique , Prince de
Biledulgerid , & Souverain
d'une grande partie du pais
des Negres , ayant par une
grace fpeciale de Dieu rétably
GALANT. 259
3
? la Religion Mufulmane dans
E les onze Royaumés qu'il a conquis
, & étendu fon pouvoir
fouverain fur tous les Peuples
qui refident dans ce grand
Continent , il a fait confifter
Le comble de fa gloire à acquerir
l'amitié du plus grand
1 & du plus puiffant Empereur
de l'Europe. Il m'a étably
dans le Port de Salé , pour y
avoir la conduite de fa Marine
& de fes Vaiffeaux , &
jay efté assez heureux pour
profiter de l'occafion qui m'a
efté fournie par l'arrivée de
vos Navires de guerre , de
Yij
260 MERCURE
donner à V. M. I. des preuves
du profond refpect que j'ay to
jours eu pour elle. Je me fuis
transporté à leur Bord, & de
concert avec d'os Officiers , jay
negocié un Traité , dans l'in
tention de contracter enfuite
avec V. M. L. wne Paix g
une amitié indiffoluble , & d'éteindre
les feux de la guerre.
Sur l'avis que j'en donnay d
l'Empereur mon Maiftre , il me
permit de le figner , & il m'a
donné depuis les pouvoirs neceffaires
pour y mettre la derniere
main. Cette amitié , Si--
re, fera toute pure & defin
GALANT 261

tereßée. Les conqueſtes de V.
M. I. ne sçauroient donner
de jalousie à Muley Ifmael ,
puis qu'il fait des voeux pour
la profperité de fes Armes ;
mais il fait en mefme temps
fes efforts pour imiter fes Vertus
heroïques ; car lors que V.
M. I. chaftioit fes ennemis
par Mer & par Terre , mon
Maiftre faifoit la guerre aux.
Turcs & aux Negres , & il
leur a accordé la Paix dans
le mefme temps que V. M. I.
La donnée à l'Europe. C'eft
dans l'intention de meriter cette
amitié que ce grand Prin
"
Y iij
262 MERCURE
ce m'envoye aujourd'huy au
prés de voftre trone Imperial
en qualité de fon Ambaſſadeur
, pour preſenter à V. M.
toûjours Augufte une Lettre de
fa part , qui contient des expreffions
pleines de veneration
pour le premier ) le plus
grand Empereur de la Chref
tienté, lequel à l'exemple de
Les illustres Anceftres , dont il
tientfon Sceptre a étendu bien
loin par fa valeur les Frontieres
de fon vafte Empire.
Quoy que je fois chargé de
paroles très fecretes & tresimportantes
pour V. M. I. je
GALANT 263
ne l'entretiendray jamais que
de ce qui fera également utile
& agreable aux Maistres &
aux sujets de l'une & de l'au
tre Nation . Je finis , Sire , en
felicitant V. M. de la part de
mon Maistre de l'heureuxfuc
cés d'une guerre fi fanglante
& fi longue , dans laquelle aprés
avoir vaincu un nombre innombrable
d'ennemis , elle afait
paroiftre une moderationjufques
alors inouie , enfacrifiant les avantages
que luy promettoit la
continuation de la guerre àla
gloire de donner la Paix à
tant de Nations vaincuës
M
م
264 MERCURE
que
Muley Ifmaël n'a ceẞé de mediter
fur une grandeur d'ame
fi digne du Heros de l'Europe,
dans l'idée auguste qu'il
s'en forme , il dit fouvent ,
lon connoift bien que
V. M. foûtient la bonne caufe
puifque Dieu couronne
toûjours fes projets de la vi-
&toire & du fuccés qu'elle en
attend. Il ne doute point que
puifque V. M. I. a étably la
tranquilité le repos parmy
tant de Peuples , elle ne donne
les mains à ce
ce que les pauvres
captifs des deux parts , qui
font les feuls qui n'en jouif
fent
GALANT 265
fent point, reffentent auſſi l'effet
de fa clemence. Ce fera le
fondement d'une éternelle paix
de l'amitié parfaite que
mon Maistre defire , & comme
il est le Prince de toute l'Affrique
le plus puiffant , leplus
grand & le plus redoutable ,
il ne peut faire une plus digne
offrande que de donner la fienne
au plus puiffant , au plus
grand , & au plus redoutable,
Empereur de l'Europe.
*
Le Roy luy répondit qu'il
eftoitfort aife de le voir , & des
nouvelles qu'il lui apportoit de
l'Empereur Son Maiftre ; qu'il
Février. 1699 . Z
266 MERCURE
nammeroit desCommiffairespour
entendre ſes propofitions, & qu'-
il ratifieroit les choſes dont ils
conviendroient enfemble , afin
de luy donner des marques de
L'estime qu'il faifuit de l'Empereur
fon Maistre , & qu'il luy
feroit pour fa perfonne tous les
plaifirs qu'ilpourroit.
L'Ambaffadeur repliqua
qu'il demandoit à S. M. I. ba
grace de vouloir le recevoir an
nombre defes fujets en Barbarie,
&qu'il ne manqueroit pas de
s'en acquiter avec autant de fidelité
qu'il faifoitenvers l'Empereur
fon Maistre. Il donna
1
GALANT 267
luy mefme fa Lettre de créan
ce au Roy , qui la remit entre
les mains de M. le Marquis
de Torcy , Miniftre & Secre
taire d'État , ayant le departement
des affaires Etrangeres.
Le Roy ofta fon chapeau lorf
que l'Ambaffadeur fe retira ,
comme S.M.avoit fait à fon ar
rivée. L'Ambaffadeur s'en retourna
par la Galerie, & par le
petit Appartement , & trouva
dans la Salle desGardes, & fur
l'Escalierles Gardes & les Suiffes
dans la même poſture que for
l'autre degré. Il y avoit plu .
fieurs Tables preparées pour
Z ij
268 MERCURE
}
fon dîner &pour fa fuite. Quoiqu'il
ne dût point manger parce
qu'il jeûnoit , & que felon
leur Loy ils ne mangent qu'-
aprés le Soleil couché les jours
de jeûne , il ne laiffa pas de fe
mettre à Table pour l'honneur
, en difant qu'il fervirait
la Compagnie. M. le Baron
de Breteuil étoit à fa droite
, & le Maiftre d'Hoftel du
Roy qui tenoit la Table , àfa
gauche. M. de S. Olon eftoit
aprés M. le Baron de Breteuil,
& M. de la Croix aprés le Maiftre
d'Hoftel .
Cet Ambaſſadeur dit, quand
GALANT 269
il cut vu le Roy , que s'il avoit
aporté furfon dos les Montagnes
lesplus pefantes , elles luy
auroient paru auffi legeres que
des rofes pour parvenir à voir
un Empereur, dont la reputation
eftoitfibien eftablie dans le monde
, & dont l'amour eftoit depuis
fi long - temps gravé dans fon
coeur , & qu'ilfaloit marcherfür
la tefte commefurles pieds, fi cela
pouvoit aider à faire jouir
pluftoft defa veuë.Il ajoûta que
la Majefté du Roy reffembloit
à la lumiere du Soleil qui donnoit
de l'éclat à la grandeur de
fesfujets , et à la magnificence
Ziij
270 MERCURE
defa Cour , mais que tout cela
n'avoit de lumiere qu'autant
qu'ilplaifoit à cet Aftre de leur
en prefter , & qu'il faloit bien
qu'il fut dans une grande élevation
, puifque les rayons defa
gloire s'eftendoientjuſques dans
fon Pays s'yfaifoient voir avec
admiration . Il dit en par-
`lant de fes prefens , qu'il fça-
·voit bien que c'eftoit tres pèn de
chofe mais qu'on ne pouvoit
rien prefenter à unfigrand Empereur
quifuft digne de luy ; quune
chambrepleine de Diamans
`feroit encore au dessous de fa
grandeur , qu'ainfi il nefa
GALANT 271
Loit pas regarder la qualité de
Fes prefens , ny la quantité
mais l'impreffion qu'ils portoient
de fon hommage , & defes profonds
reffects.
ہ ق
Le jour qu'il eut Audience
du Roy , il rendit vifite à Mrs
les Miniftres , & leur parla à
chacun d'une maniere differente
felon la qualité de leur
Miniftere , & comme le miniftere
de la Mer luy eft le
plus connu,à caufe que les demelez
qu'on a avec le Roy de
Maroc , ne regardent que des
affaires de Mer , il dit à M. de
Pont Chartrain que fa repu-
Z
iiij
272 MERCURE
6
7
tation eftoit connue enfon Pays ,
£ que toutes les Nations qui
avoient affaire à luy , fe loüoient
de fes manieres bonneftes.
Il me refte encore beaucoup
de chofes à vous apprendre,
touchant ce que cet Ambaffadeur
a dit dans les lieux les
plus confiderables de Paris ,
où il a efté conduit , & je les
referve pour le mois prochain .
Vous ne devez point douter
de la verité de tout ce que je
viens de rapporter , puifque je
le tiens de M. Petits de la
Croix , Secretaire Interprete
du Roy aux Langues OrientaGALANT.
273
les. Il a efté envoyé en Orient
avec penfion de S. M. pen .
dant dix années , & il y a appris
les Langues Arabesque ,
Turquefque , Perfienne & autres.
Eftant de retour en 168 .
il mit en Arabe le Traité de
Paix des Ambaffadeurs de
Maroc , & le Roy le fit fon Secretaire
Interprete aux Langues
Arabefque, Turquefque,
& Perfienne par un Brevet de
1682.aprés quoy il fut envoyé à
Maroc en qualité de Secretaire
de l'Ambaffade de M.le Ba
ron de S. Amand , & il haran ,
gua en Arabe le Roy de Ma
1
274 MERCURE
roc en trois occafions differentes.
En 1683. il fut envoyé
à Alger fur les Vaiffeaux du
Roy , avec M. Duquesne ,
quand il retira cinq cens
cinquante Efclaves François ,
& il y fervit de Secretaire Interprete.
En 1684. il alla avec
M. le Marefchal de Tourville
à Alger , où il fervit encore
d'Interprete en là negotia
tion de la Paix avec Mezomorto.
Il traduifit le Traité
de François en Turc , & le lut
en plein Divan à Alger. 11
accompagna l'Ambaffadeur
d'Alger à la Cour , & interGALANT.
275
preta fa Harangue , qui fut
trouvée fi belle qu'elle a efté
imprimée dans toutes les
Cours d'Europe . Il accompa
gna auffi cet Ambaſſadeur à
Alger , & en ramena un autre
qui offrit au Roy des
Chevaux en prefent , avec des
habits de Chaffe . En 1685. il
fut envoyé avec M. le Marefchal
d'Eftrées à Tripoli de
Barbarie , où il fervit d'Interprete
à la negotiation de la
Paix. Il mit le Traité en Turc,
& le leut en plein Divan . Par
ce Traité les Tripolins s'obligerent
à payer fix cens mille
276 MERCURE
livres , pour le dédommagement
de noftre Armement
Ils en payerent la plus grande
partie comptant , & rendirent
tous les Efclaves François
, & autres pris fous le
Pavillon de France . Il alla
faire la mefme chofe à Soufa ,
puis à Monafter , & enfuite à
Tunis. En 1687. il alla encore
à Alger avec M. le Duc de
Mortemar. En 1688. il alla à
Tanger pour declarer la
guerre
au Roy de Maroc , en cas
de refus fur la reftitution des
efclaves ; & en 1689. il alla à
Alger avec M. le Marefchal
GALANT 277
1
d'Eftrées lors qu'il ruina la
Ville d'Alger par les bombes,
En 1690. il fervit d'Interprete
à un Ambaffadeur d'Alger
qui vint à la Cour , & il mit le
Traité de Paix en Turc. En
1691. il mit en Turc un autre
Traité de Paix avec Alger. En
la meſme année leRoy l'honora
de la furvivance de fon Pere
à la charge ancienne de Secretaire
Interprete du Roy aux
Langues Arabefque , & Tur
quelque. Il en prefta le ferment
, & fut receu par M. le
Chancelier. En 1692. le Roy
l'honora d'une charge, & chai278
MERCURE
re de Lecteur , & Profeffeur
au College Royal en Langue
Arabefque , dont il prefta ferment
entre les mains de Mr.
le Cardinal de Bouillon . En
1693. il miten Arabe le Traité
de Paix avec Maroc porté par
M. de S. Olon , Ambaffadeur
de France vers ce Prince . En
1694. il fut honoré par M. l'Amiral
de France de la commif
fion d'Interprete de l'Amirauté
de France pour toutes les
Langues Orientales , En 1695.
il fervit de Secretaire Interprete
à l'Ambaffadeur d'Alger
Soliman, En 1696. il eut le mê-
2
GALANT 279
me honneur avec le même qui
vint une feconde fois, En
1697 , il fervit de Secretaire In ,
terprete à l'Ambaffadeur de
'Tripoli qui vint à la Cour ; &
en cette derniere Ambaffade ,
il a esté envoyé à Brest au de
vant de l'Ambaffadeur de Ma
roc , & il luy fert d'Interprete
dans fes Difcours & affaires
auprés de Sa Majefté , dequoy
il s'eft tousjours acquité avec
un applaudiſſement general ,
& à la fatisfaction de Sa Mar
jefté , de Mrs les Miniftres , &
du Public.
M. le Marquis de la Važ
280 MERCURE
renne , Lieutenant de Roy
de la Province d'Anjou , &
Gouverneur de la Fleche >
efant mort depuis peu , S
M. a donné fa Lieutenance
de Roy à fon Fils , quoy qu'il
n'euft encore que onze jours.
Cela s'eft fait en confidera
tion de M. le Comte deTeffé,
dont ce Marquis avoit époufé
fa Fille .
Mre Antoine des Rioux
Confeiller au Parlement de
Dombes , Seigneur de Mel
fini dans cette Souveraineté ,
vient d'époufer Elizabeth de
Malezieu , Fille de Mre Nicolas
GALANT 281
colas de Malezieu Chancelier
de Dombes , & de Françoife
Faudel , Gouvernante
des Enfans de Monfieur le
Duc du Maine. Le Roy, Monfeigneur
, & tous les Princes
ont fait l'honneur aux Mariez
de figner leur Contract. Monfieur
le Duc du Maine voulant
donner à la poſterité un
témoignage éclatant de l'eſtime
qu'il fait de la perfonne
& des fervices de fon Chancelier
, a fait à Mademoiſelle
de Malezieu la Fille un prefent
de Souverain. Il a érigé
par Lettres Patentes , la Ter
Février. 1699.
A a
282 MERCURE
re de Meffini en Comté , & a
donné à la branche de Meſſini
qui defcendra de cette Demoifelle
, le Privilege d'annoblir
à perpetuité par les Femmes.
Madame la Ducheffe du
Maine luy a fait un magnifique
prefent de pierreries . Cette
jeune Mariée est belle &
bien faite , & ceux qui la connoiffent
luy fouhaitent avec
juftice toute forte de bunheur.
M. de S.Mars , Capitaine de
Dragons dans le Colonel General
, & dont le frere aifné fut
tué à Nervvinde, Colonel du
GALANT 283
tre
même Regiment , eft preft d'époufer
la Fille de M.des Granges
, M des Ceremonies de
France , & qui n'eſt pas moins
connu par fes manieres hon
neftes , & obligeantes que par
fes Charges , & par fes emplois
Mademoifelle des Granges
eft encore fort jeûne , &
pour eftre un grand modele
de vertu elle n'a qu'à fe pro
pofer l'exemple de Madame
fa Mere. M. de S. Mars eft fils
unique de M. de S.Mars , cydevant
Gouverneur de la Cita
delle de Pignerol , & des lfles
de Sainte Marguerite & de
A ij
284 MERCURE
S. Honorat , & prefentement
Gouverneur de la Baftille. H
a fervy le Roy avec beaucoup
de zele , & de fidelité dans les
emplois de confiance .
La Cour s'eft fort divertie à
Marly pendant les trois der
niers Voyages qu'elle y a fairs
ce , Carnaval. Les divertiffemens
y ont toûjours efté en
augmentant , & fort magnifi.
ques , quoy qu'en particulier,
fans qu'il ait efté permis à
perſonne de s'y trouver , de
forte que ceux qui estoient
nommez ont feuls été ſpectateurs,
& acteurs. Mais on ne
GALANT 285
"
peutrien faire que de tres- eclatant
à la Cour de France ,
lorsmême qu'on fe propofe de
nefaire qu'une depenfe moderée.
Il y a eu pendant les trois
jours qu'a duré chaque vo
yage , plufieurs Mafcarades
chaque jour , qui toutes a
voient un nom & un fujet.
Ainfi elles pouvoient paffer
pour de petites Comedies tresingenieufes
& repreſentées
feulement par des actions &
par des pas. Il y en a eu de toutes
fortes de caracteres , & ce
divertiffement a efté complet
puis qu'outre ces Mafcarades ,
A a iij
286 MERCURE
il y a eu bal tous les jours , &
que rien n'a manqué de tout
ce qui peut plaire aux yeux ,
flater l'oreille , & fatisfaire le
gouft.
Mardy 24. de ce Mois , S.
A. R. Monfieur donna à fouperà
Monfeigneur le Dau
·∙phin. Il
eut grand Jeu enfuite
, & aprés le Jeu , grand
Bal. Il y avoit des Violons ,
& des Haut- bois dans la Galerie
, & dans les deux premieres
pieces du grand Ap
partement de Monfieur. On
y fervit une grande Colla
tion entre minuit & une heuGALANT.
287
re, & on y vit plus de trois
mille Mafques. Il doit y avoir
Lundy à Versailles un grand
Bal , où les Dames feront pa
rées. !
·
Le mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit le Buſc
Ceux qui l'ont trouvé font,
Ideline Avocat , Gafpary de
l'lfle Noftre Dame , l'Abbé
Gautier , Preaudeau Avocat
au Confeil , Pontus Commis
aux Fontaines Royales , la
Tronche de Rouen , le petit
Nouette & le petit Girard de
la rue du Mouton , Pierre
Tartarin Imprimeur , Goilet
288 MERCURE
dela Pofte d'Orleans, Bonard,
de l'Eyefché d'Angouleſme ,
Garnier Libraire à Rennes ,
Deé Thomas , Bardet du
Pleffis Chirurgien de l'Hof
pital du Mans , de la Chine
de la rue Dauphine , de la
Cöfte , Pinot de Troyes , Tamirifte
de la rue de la Cerifaye
, Melles Javote Ogier du
coin de la rue de Richelieu ,
Jordanis , Picot , de la Porte,
Rouffeau de l'lfle Noftre - Dame
, du Verger de Berfuire,
Loillon de Guinemont , Tiquet,
les Amans defolez de la
rue Caffette , les deux Aimables
GALANT. 289.
1
bles Soeurs , la brune & la
blonde de la rue S. Jean de
Beauvais , la plus charmante,
& indifferente brune de la
ruë S. Jacques , Lamy Content
de Verſailles , le Compere
& fon aimable Comme
re du coin de la rue de la Harpe
, les deux aimables Brunes
du quartier S. Landry , & les
deux Mignonnes du Parvis ,
la jeune & charmante brune
de l'image S. Louis quartier
des Sciences , fa bonne Amie
du Fauxbourg S. Germain , &
fon petit Voifin , la Nimphe
replette , la fpirituelle cour-
Février
. 1699. Bb
290 MERCURE
noifie , la blonde le Noir ,
Galant Mathematicien à
toillette de fa Comteffe , &
Nimphe à la chevelure no
L'Enigme nouvelle que
vous envoye merite l'atters
tion de vos Amies.
ENIGME .
Tous les matins dans la maiso
Je me promene en compagnie ,
Tout autre paffe temps enfu
on me dénie.
Ceux qui m'ont promené quel
quefoisfans raifon ,
A me tenir caché tout le jour m
contraignent.
Ce qui confolema prifon ,
W
II

ez
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ere
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fuis
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OANG ? { { {RS GW ད་ ་ ་
TO'S
142
ཎཱ
we move byrra uçsuesi { $ _hit

THE
GALANT. 291
C'est que les chiens , les chats &
Les enfans me craignent.
Les paroles que vous allez
lire , ont efté mises en air par
un fort habile Muficien .
AIR NOUVEAU.
L'ingrate Iris me. fuit , & ne
veut plus m'entendre ,
Elle feint d'écouter un fevere
devoir ;
S'il la condamne à m'ofter tout
espoir ,
N'eftoit- ce qu'aujourd'huy qu'il
falloit me l'apprendre.
Depuis vingt- deux ans que
je vous efcris , je ne me fuis
Bb ij
292 MERCURE
point encore trouvé fi accablé
par l'abondance de la matiere
que je le fuis aujourd'hui .
Il m'en refte dequoy remplir
encore deux lettres entieres ;
ainfi vous devez me pardonner
fi je ne . vous entretiens
point encore ce mois - cy de
tout ce que je vous ai promis
dans mes deux precedentes
,
& dont je ne vous ay encore
parlé que d'une partie .
A Paris ce 28. Février 1699.
TABLE
2
PR Relude.
Lettre fur la caufe de la chute
des corps pefans.
و
Entrée de M. l'Archevefque de
Bordeaux à Bordeaux. 31
Réponse à une question ferieufe.
42
·Morts.
ss
Le Port de Cete eft mis dans fa
64.
derniere perfection .
Reception faite à Besançon à M.
le Prince de Conty.
Recherche curieuſe.
Ballade.
Rondeaux.
69
77
102
106
Demandes faites par les NouTABLE.
veaux Convertis de Chalais
en Saintonge.
Hiftoire.
113
114
M. l'Abbé Bombes eft pourveu
d'un Canonicat de Noftre - Dame.
141
Regale donné par M. le Comte
de Marfan.
Mariage.
143
147
Nouvelle Methode pour écrire
Secretement & pour traduire
en François toutes les lettres
eftrangeres.
149
Mort de M. le Prince Electoral
de Baviere.
ISO
Lettre de Madame la Comteße
Daunoy.
ISI
TABLE.
Mort de M. Devife.
Divertiffement du Carnaval.196
Baptefme
... 199
Sermentprefté par M. Manſart
à la Chambre des Comptes, t
•Sa reception à l'Académie de
Peinture & de Sculpture . 199
Chaffe.
*
213
Journal concernant tout ce qui
s'eftpaẞé touchant l' Ambaſſadeur
de Maroc depuis fon arrivée
en France , & le détail
de la premiere Audience qu'il
a euè du Roy . 215
Lieutenance de Roy donnée par
S. M. 279
Mariage.
280
TABLE.
Suite des divertiffemens du
Carnaval.
Article des Enigmes.
284
287
Avis pour placer les Figures
L'air qui commence par Sitoft
que la cruelle eut vû naiftre
ma flamme , doit regarder la
page 149.
L'air qui commence par
I' Ingrate Iris , doit regarder la
page 291 .
car
CATALOGUE DES LIVRES
Nouveaux qui fe vendent chez MICHEL
BRUNET , au Palais , à l'enſeigne du Mercure
Galant. 1699.
'Honnefte homme & le Scelerat , 12. 1.1 . 16. f.
Les Soeurs Rivales , Hiftoire galante , 12.1.1 . 16.f.
Converfations fur l'excellence du beau fexe ,
dédiées aux Dames , 12. 2. vol . 3. 4. 12. f.
Les differens Caracteres des femmes du Siecle,
avec la defcription de l'amour propre , 12. 1.1. 16.f.
L'Idée ou le Caractere de l'honnête homme,
dédié au Roy, 12. 11. 16.f.
La Promenade de Verſaille , ou Celanire , Nouvelle
hiftorique , par Mlle Scudery, 12. 1. 1. 16. f.
La Vie du Taffe, 12.
Extrait de Platon, 12 .
I.l. 16 f.
1.l.s.f.
Granicus , ou l'Ile Galante , Nouvelle hiftorique,
12 . 1.1. 16.f.
Les Poëfies de Malherbe , avec les obfervations
de Ménage , nouvelle édition , 12 . 3.1.
Les plus belles Lettres Françoifes fur toutes
fortes de fujets , par Pierre Richelet , 12. 2. vol.
Hiftoire des Princes illuftres , 12.
4.1. 10.f.
1 l. 16. f.
Pratique curieufe , ou les Oracles des Sibylles ,
pour le divertir en Compagnie , troifiéme édition
augmentée d'une feconde Partie , fur de nouvel-
Les Questions, qui n'ont point encore paru , 12.
2. L
4.1
.
Les Chanfons de Mr de Coulange , 12. 2. vol.
Les Contes des Contes par Mademoif. de la
Force , 12. 2. vol. 3. l . 12 , f.
Le Degoût du monde , par M... 12. 1. l. 16 f.
Les Mémoires de Madame la Comteffe D.....
dans lefquels on verra , que tres-fouvent il y a
beaucoup plus de malheur que de déreglement dans
la conduite des femmes , 12. 2. vol . 3. 12, f.
Les malades
de belle humeur
, ou Lettres
divertiffantes
écrites
de Chaudray
, 12.
2. 1. La Vie de Scaramouche , où font fes bons mots,
fes Hiftoires plaifantes & agreables, 12. 1. 1. 16.f.
Converſations nouvelles fur divers fujets , par
Mademoiſelle Scudery , 2. vol . 4. l.
4.10. f.
La Reine de Lufitanie , 12. 3. vol.
Syroés & Mirame, Hiftoire Perfane , 12. 2. vol.
3.1.12. f.
Les Mots â la mode , & des nouvelles façons de -parler , avec des Obfervations
fur diverfes manieres
de s'exprimer, par M. Cailler de l'Academie
Françoife
, 12. 1. l. 16. f.
Du bon & du mauvais Ufage dans les manieres de s'exprimer , des façons de parler Bourgeoifes
, & en quoy elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des Mots à la mode, par le même , 12-
1. l. 16. f.
Converfations
Academiques
, titées de l'Acade mie de M. l'Abbé Bourdelot , par le fieur le Gal- lois , 12. 2. vol.
3.1.
Le Comte d'Amboiſe , par Mademoiſelle Bermard
, 12. 2. vol.
3. 1.
Lettres nouvelles & curieufes de M. B. 12. 2.
Vol.
3. l. 12.f.
Hiftoire de Hollande depuis la Tréve de 1609.
ou finit Grotius , jufqu'à nôtre temps , par Mon
1
S
8.1.
fieur de la Neuville , 12. 4. vol.
Hiftoire de la Monarchie Françoiſe fous le Regue
de Louis LE GRAND , contenant ce qui s'y
eft paffé de plus remarquable depuis 1643. juf
qu'à prefent , par M. de Corneille de l' Academie
Françoife , in 12. 3. vol.
5. 1. 8. f..
Les Memoires de M. de Saint -Evre mont , contenant
diverſes avantures qui peuvent fervir d'inf
truction à ceux qui ont à vivre dans le grand
monde , in 12. 4. vol . 8.1.
Les Contes & Fables de M. le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille - douces , 12. 2.
vol.
4. 1 .
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des premieres
Amours d'Elifabet d'Angleterre , par M. le
Noble , in 12. 1. l. 16. f.
12.
L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde , 12. 3. vol . 3.1 12 f.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante
1. 1. s . f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Induſtrie
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille-douces, 12. 3. vol . 6.4 .
Hiftoire des Revolutions de Suede , aù l'on
voit les changemens qui fon arrivez dans ce Royaumé,
au fujet de la Religion & du Gouvernement
12. 2. vol. 3. 1. 12. f.
Metamorphofe d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures ,
12. 3. vol. 9.1.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires,
plaifantes & agreables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , 12. Seconde Edition augmentée
,
£
Nom , 12 .
1. 1. 16 .
Tome 2. fous le titre de Livres fans
1. L. 16.f
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , 12.
12 .
1, l. 16. f.
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré
1. 1.16.f.
L'Ambaffade de M. de Saint-Olon en Maroc ,
enrichi de figures , 12. 1. l . 16. f.
La découverte des Myfteres du Palais , où il eſt
traité des Parties en general , des Intendans des
Grandes Maifons , des Procureurs , Avocats , Notaires
& Huiffiers , 12. 1. 1. 10. f.
Hiftoire de France , depuis Pharamond juſqu'à
prefent. 12. 10. vol .
12 .
Portraits Serieux , Galands &
Memoires de M. d'Angouleſme 10. f. >
18. 1.
Critiques
,
Traduction de M. de Martignac.
1. l. 16. f.
12. 1. l.
Les Oeuvres de Virgile , latin-françois , 12.
3. vol.
6.1.
4.1.
Les Oeuvres d'Horace , 12. 2. vol.
Les Satyres de Juvenal & de Perſe , 12. 2.1 .
De M. Felibien
10. f.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des plus
excellens Peintres , Anciens & Modernes , 4. 2 .
vol.
12. 1. Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvrages
des plus celebres Architectes , 4. 3. 1. 10. f.
Defcription des Peintures faites pour le Roy,
avec une Deſcription fommaire du Chateau de
Verſailles , 12. 2. 1.
Dictionnaire des Arts & Sciences , ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4 .
12. I. Oeuvres d'Ettmuller.
Pratique generale de la Medecine de tout le
corps humain , 8. 2. vol. 6. 1.
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'épilepfie , l'yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la corpulence
, & la morfure de la Vipere , 8. 3.1.
Les Inftituts de Medecine , 8 .
3.1
.
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raiſonnée
; avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiffeaux , 12 . I. 1. ΙΟ . f.
La Pharmacopée Raifonnée de Schroder , commentée
par Ettmuller. 8. 2. vol . 7.1..
Methode de confulter & de prefcrire les formules
de Medecine , 8.. 3.
Ouvrages de M. l'Abbé Gouffaul , Conſeiller au
Parlement.
Le Portrait de l'honnefte Homme , 12. 1. 1,
10. f.
-De l'honnefte Femme , 12. 1. 1. 10. f.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans fur les divers
états de la vie , 12 . 1. 1. 10. f.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie Franfoifes,
nouvellemens rimprimées & augmentées.
Nouveaux Dialogues des Morts , 12. 2. vol.
3.1. 12, L
Jugement de Pluton fur les deux Parties des
nouveaux Dialogues des Morts , in 12. 1. l. 16. f.
Entretien fur la pluralité des Mondes , in 12 .
1. l. 16. f.
Hiftoire des Oracles , in 12. 1. 1. 16.f.
Poëfies Paftorales , avec un Traité de la Nature
, de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les Modernes , augmentées d'un Recueil
de Poëfies diverfes & galantes , in 12 .
2.1.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her...
in 12.
2.1.5.f.
De Mademoiselle de la Force.
Hiftoire fecrete de la Maifon de Bourgogne ,
12. 2. vol .
3. l. 12. f.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , foeur de François Premier , 12. 2. vol.
Guſtave Vaſa , 12. 2 , vol.
Livres d'Affortimens,
3.1 . 12. f.
3. 1. 12. f.
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8. vol. 15. 1.
de Racine , nouvelle édition , 12. 2 .
vol.
de Corneille , 12. 10. vol.
de Scarron , 12. 10. vol.
6. l.
20.1.
IS. 1. L'Arithmeticien Familier , enfeignant la maniere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique en fa perfection
, 12 . 1. l . 16. f.
Nouvelle Methode du Blafon , du Pere Menef
trier , enrichi de figures , 12 .

Les Satyres de Perfe , avec des
M. le Prefident de Silvecane , 12 .
çois.
2.1. 10.f.
Remarques de
Latin - Fran-
1. l. 10. f
Journal du Voyage de Siam , de M.
Choify , 12 .
l'Abbé de
1. 1. 10. f.
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux , 12.
4. vol.
6. 1.
Hiftoire de la feuë Reine d'Angleterre , 8.
2. 1. 10. f.
3.1. Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Memoires de la Reine Marguerite, 12.1 . l . 10. f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife , de M.
Amelot de la Houffaye , 8. 2 . vol. 5.1.
On trouve chez le mê ne Libraire , toutes les
nouveautez qui s'impriment à Paris. 1699-

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