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1698, 11
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Eur.
511
m
1698.11
Eur
511m
1698,14
Merrure
<36624505630012
<36624505630012
Bayer. Staatsbibliothek
33
2
f.
MERCTURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1698.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Gtan de Salle
du Palais, au Mercurc Galan ,
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
Ja Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XCVIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Q
se
RIVA
AVIS. it to
3
Velquesprieres qu'on ait fai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peus fervir. On reitere la mesme
priere de bien écrire ces noms , ens
forte qu'on ne s'y puille tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS .
priofeulement ceux qui les envoyen,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demandent.
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
ر ا ه
A
251 20GJ
Le Sieur Brunet qui debite pres
fentement le Mercure , a rétabli les
chefes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font ala Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
翼4
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auſſi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavani Ceux
qui fe le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledis Brunet , s'ex
poſens à le recevoir toûjours - fort
sard pardeux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre ficoft qu'il eft imprimè,
outre qu'il le fera toujours quelquer
jours avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lû eux & quel
ques autres à qui ils le prefent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
vente n'en a commencé que fore
avant dans le mois . On évitera ca
rerardement par voye dudit Sieur
Branet, puis qu'ilfe charge de faire
la
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme , & de les faire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nub intereft, tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires ; fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un meſme paquet.
Tout cela fera executè avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCYRE
CALANT
NOVEMBRE 1598.
A Paix eft un fi grand
bien , que l'on ne doit
pas eftre furpris
fi l'on
continue
toûjours
à la chanter.
On ne le peut faire fans
donner au Roy les
louanges
que merite le foin qu'il a pris
A iiij
8 MERCURE
de procurer le repos de toute
l'Europe ; & comme rien ne
vous plaift tant que les Ou
vrages où fa gloire eft élevée ,
ce ne feroit pas remplir ce
que je fçay que vous atten
dez de moy , que de ne vous
en pas envoyer une copie.
Lifez l'Eglogue qui fuit.
EGLOGUE.
SUR LA PAIX.
LYCIDAS DAPHNIS.
LYCIDA S.
N ne voit plus regner le tu
multe des armes
ON
GALANT. 9
Daphnis , on n'entend plus dans ces
aimables lieux ,
Que ruftiques concerts , que chants
melodieux .
D'où vient qu'un doux repos fuc
cede à tant d'allarmes ;'
Que fans eftre expofez à la fureur
dès Loups ,
Nos paisibles troupeaux errent par
tout fans , nous ;
Que le bruit effrayant des Tambours
, des Trompettes
Ne trouble plus le fon de nos
douces mufettes ?
DAPHNI S.
les foins d'un Berger , c'eſt par
Prince genereux
,
C'eft LOUIS , ce Heros , qui pour
nous rendre heureux
Vient de fufpendre encor le cours
de fes Conqueftes. ,
10 MERCURE
Et ramener icy les plaifirs & les
Festes.
Quand rien ne s'oppofoit à fa fiere
valeur
Quand tout reconnoiffoit les Loix
de ce Vainqueur ,
Qand de nouveauxLauriers , quand
des Palmes naifantes ,
Venoient s'offrir en foule à fes
mains triomphantes ;
Il borne tes Exploits , arrefte fes
Projets ,
Pour nous faire jouir des douceurs
de la Paix.
LYCIDAS.
Tandis que nos troupeaux paiffent
dans la prairie ,
Allons nous repofer fur cette herbe
Alearic ,
Ou fitu veux au pié de ces pins tous
jours verts ;
GALANT.
I
Là ,tu me conteras ces prediges divers.
DAPHNIS.
Aprés avoir foûmis des Provinces
entieres ,
Fait joindre les deux Mers , formé
d'autres Rivieres ,
Et remply Univers du bruit de fes
Exploits ,
Ce Roy , voyoit fleurir le commerce
, & les Loix :
Redonnoit l'abondance à nos terres
fteriles ,
Et faifoit le bonheur de fes peuples
tranquilles... !
Aimé de fes Sujets , craint de fes
Ennemis ,
Il voyoit à fes piés des Souverains
foûmis s
Aux volontez du Ciel fon coeur
toûjours fidelle ,
12 MERCURE
Travailloit à détruire uné Se &teres
belle ,
Extirpoit l'here fie & rendoit la
raifon
Aux peuples qu'infecta ce funefte
poiſon .
On voyoit ce Heros d'une main
triomphante ,
Donner le dernier coup à cette hydre
expirante ,
Lorfque l'Europe vit fes Princes envieux
S'ariner pour obfcurcir des faits fi
glorieux.
Son courage pour lors rendit leurs
ligues vaines
Du fang de leurs Soldats on vit fumer
les plaines ;
Et fous l'affreux débris de leurs Forts
démolis
,
Leurs nombreux Bataillons refter
enfevelis.
GALANT: 1
Ces Princes accablez du poids de fa
puiffance ,
Furent alors forcez d'implorer fa
clemence , mat
Et ce Roy méprisant leurs frivoles
projets , CO Jup
Touché de leurs malheurs , leur ac-
-corde la Paix.m
LYCIDAS,
Montrons à ce Heros noftre reconnoiffance.
Mille Chantres divers ont fignalé
leurs voix
A chapter fes Combats , à louer fes
exploits ,
C'eft à nous de chanter aujourd'huy
fa clemence ;
Que taidons- nous , Daphnis Sous
ces jeunes ormeaux ,
Contre mon flagcolet , enfle tes
chalumeaux .
14 MERCURE
DAPHNIS.D
Mille autres que LOUIS ont
gagné des Victoires ,
Remply de leurs hauts faits les an.
tiques Hiftoires ;
اود د
Mille autres que LOUIS affrontant
les hazards ,
Se font rendus fameux dans les tra-
ZI vaux de Mars ,
Ont gagné des Combats , ont fofcé
des murailles ,
Erremply l'Univers de triftes funé
railles ;
Mais LOUIS a luy feul arreſte
fes Exploits ,
Lorfqu'il pouvoit ranger cent peuples
fous fes Loix .
Luy feul , quand tout cedoit à fa
vafte puiffance ,
A foumis fa valeur aux Loix de fa
Clemence.
GALANT 15
LY CIDAS.
Si nous cueillons en paix nos fr
dans la faifon ,
Si nous voyons , tomber: fous nost
faulx la moiffon ,
Si nous ne voyons plus des Loups
pleins de furie
Fondre de tous coftez fur noftre
Bergerie ;
Si nos heureux Bergers fur le bord
des ruiff. aux ,
Enflent en leureté leurs plus doux
chalumeaux ;
Si nous n'entendons plus , le bruit
tonnant des armes ,
C'est à LOUIS qu'on doit ce repos
plein de charmes.
DAPHNI S.
Je veux par mes Chanlons faire
dire aux Echos
Mille fois chaque jour le nom del
ce Heros.
16 MERCURE
LYCIDAS .
On verra dans nos bois la trifte
Tourterelle ,
Pour fuivre le Hibou devenir infidelle
.
La Biche & l'Ours affreux quitteront
les Foreſts ,
Lorſque je cefferay de chanter fes
Bienfaits .
DAPHNIS,
Ce qu'est un doux fommeil fur
la verte prairie ,
Aux yeux de nos Bergers une rive
Aeurie ;
Ce qu'un faule pliant eft à voftre
troupeau ,
Ce qu'eft aux tendres coeurs le doux
bruit d'un ruiffeau ,"
La fertile moiffon au Lahoureur
avide
,
Une pluye abondante à la campagne
aride ,
GALANT. 17
L'haleine des Zephirs au laffé Moiffonneur

Aux abeilles le thin , LOUIS l'eft
à mon coeur .
LYCIDAS.
Du befl aftre du jour c'eſt la
plus cnoble image ,
Si cer aftre benin repare le dommage,
Que font à nos Vergers les frimats
, & les vents ;
Si de fleurs & de fruits il en bellic
nos champs ,
Si cet aftre vainqueur de l'extrêmes
froidure
Se plaiſt à ranimer la mourante natures
Si cet aftre fuffit au bien de l'Univers
,
S'il éclaire luy feul tous les climats
divers,
Novembre 1698.
B
18 MERCURE
La valeur de LOUIS , fa fageffe
profonde ,
Suffisent pour regir tout l'Empire
du monde.
Cette Eglogue eft de M
Caumette , Avocat au Prefidial
de Nifmes. Vous luy fçaurez
fans doute bon gré d'avoir
exprimé d'une maniere fi fine
le doux loifir que le Roy fait
goûter aux Muſes .
Vous aimez les nouvelles
qui viennent des lieux éloignez
, & cela m'engage à vous
faire part de plufieurs Lettres
dont la lecture vous fera plaifir
. Cette premiere eft du Pere
GALANT: 19
Verzeau , Superieur General
des Miffions de Syrie.
P
Du grand Caire le
M
bre
1697.
30. Octo
ON R. PERE ,
J'ay eu l'honneur de vous
écrire , pour vous rendre
compte de mon voyage
Rome , où la Providence
me conduific il y a fept mois ,
pour y recevoir la Benediction
du Pape & les pouvoirs
neceffaires aux deffeins qui
me menoient en Egypte & en
Bij
20 MERCURE
Etiopie . Je continuë d'obeïr
à vos ordres , en vous don
nant des nouvelles de mon
arrivée en cette Ville , & des
premiers pas que j'y ay faits
pour l'execution de nos projets
.
J'arrivay au grand Caire,
Capitale de l'Egypte , le 12
Aouft dernier , avec trois autres
de nos Miffionnaires.
Nous avons trouvé icy une
Chrêtienté tres- defolée ; car
les Idoles , qui tomberent autrefois
par terre , lorsque le
Sauveur du monde y vint
chercher un azile contre la

GALANT. 21
fureur d'Herode , ont eu des
temps favorables pour fe res
lever , particulierement depuis
que le Grand Seigneur
s'eft rendu Maistre de ce vafte
pays , qui estoit autrefois un
floriffant Royaume . Les Chrê
tiens qui l'habitent font Grecs
&Cophtes, & pour la plûparc
Eutichiens , quoique pour di
revray ils vivent tous icy dans
une fi profonde ignorance de ,
nos Saints Myſteres , que je
n'ay rien vû de femblable par
tout ailleurs . On peut dire
mefme qu'ils ne fçavent ni ce
qu'ils croyent ni ce que nous
22 MERCURE
croyons. Ils ne me paroiffent
pas neanmoins fi éloignez du
Royaume de Dieu par les bonnes
difpofitions que nous avons
déja remarquées dans
plufieurs. Il y a fi peu de
temps que nous fommes icy,
que nous ne pouvons pas en-
Core vous en dire beaucoup
de chofes avec certitude . L'E
gypte nous paroift tres peuplée
; auffi eft- ce un des meilleurs
pays qui foit dans tout
le refte du monde . Les Habitans
de la Campagne fe fient
fi fort à la bonté de leurs ter
res , qu'ils ne prennent pas
GALANT. 23
feulement la peine de les labourer.
D'abord que l'eau du
nil eft retirée dans fon lit, ils
fement leurs champs qui rapportent
avec ufure. Ils font
obligez de mettre de temps
en temps du fable dans leurs
terres pour empefcher que le
limon entraîné par les eaux
du Nil ne les engraiffe trop.
Ces eaux , toutes troubles &;
épaifles qu'elles font par ce
limon qui en eft continuel-3
lement abreuvé , oní cela de
particulier qu'elles ne font ja
mais mal , quelque quantité
que l'on en prenne. On nel
24 MERCURE
laiffe pas cependant de l'éclaicir
quand on le veut . On
la met alors dans un Vaſe ,
dont on frotte l'ouverture in
terieure d'un peu d'amandes
pilées , & un quart d'heure
aprés l'eau devient pure &
nette comme une cau de ro
che .
Les Egyptiens ont un autre
fecret pour la rafraîchir,
car le climat la rend prefque
toûjours chaude. Ils la mettent
dans des pots d'une terre
fubtile & tranfpirante ; & lors
qu'un certain vent du Nort
foufle , ils pendent ces pors
en
GALANT
25
en l'air , & les expofent aux
rayons du Soleil, L'eau ainfi
expofée contracte en peu de
temps une fraîcheur agrea
ble . J'en ay fait
l'experience,
& reconnu la verité. Les plus
grandes chaleurs de l'Egypte
fe font fentir pendant les mois
de Mars , Avril , May , & la
moitié de Juin.
Pour ce qui cette Ville eft du
Caire
,,
peut eſtre auffi
longue que Paris , mais beaucoup
moins large. Ileft vray.
que fi l'on confond l'ancien
Ĉaire avec le nouveau , quoy
qu'ils foient éloignez l'un de
Novembre 1698. icions
26 MERCURE
l'autre d une bonne demilieuë
, ces deux Villes feront
grandes comme cette capitale
de la France. Le nouveau
Caire , qui eft la principale
Ville , eft tres - peuplé. Les
maifons y font bafties de brique
à deux & trois étages. Le
Nilen eft éloigné d'une demilieuë.
Le vieux Caire eft fur
les bords de ce Fleuve , dont
le lit ordinaire n'eſt pas plus
large que celuy de la Seine.
Je n'ay vû que de loin ces fàmeufes
Piramides d'Egypte,
elles m'ont paru des malles
énormes de pierres , les unes
GALANT. 27
1
fur les autres , d'une grandeur
prodigieufe.
Je fuis honteux de vous
dire fi peu de chofe d'un pays
fertile en curiofitez ; j'elpere
que vous aurez la bonté de
le pardonner
à un Miſſionnaire
, qui a eu juſqu'à prefent
pour feul objet de s'inftruire
des moyens de pouvoir
porter les lumieres de la Foy
à des peuples qui font affis
à l'ombre de la mort.
Nous avons pris icy une
petite maifon de loüage jufqu'à
ce que la Providence
nous envoye des fecours de
C ij
28 MERCURE
, France pour en avoir une &
pour bâtir une petite Chapelle
où nous celebrions nos Saints
Myſteres , & où nous inftruifions
les Difciples qu'il
plaira à la bonté divine de
nous envoyer. Les benedictions
que Dieu accorde à
nos premieres tentatives , animent
noftre confiance en ſa
mifericorde. Il ne peut ou
blier un pays que le Sauveur
a honoré de fa prefence , &
qui eft encore aujourd'huy fi
celebre par le grand nombre
de Solitaires qui menoient
autrefois une vie Angelique
GALANT. 29
·
dans ces fameux Deſerts .
Cette Miffion que nous
eſtabliſſons au grand Caire,
fera un paffage tres avantageux
aux Miflionnaires deftinez
pour entrer en Ethiopie.
Un de mes premiers foins,
depuis que je fuis icy , a eſté
de m'informer exactement de
toutes les routes qui pou ..
voient nous conduire en ce
Royaume. Les meilleurs avis
que j'ay cus fur cela , me font
venus d'une perfonne qui a
beaucoup voyagé dans tous
ces pays. Elle fait fa refidence
ordinaire à Suës , Ville fituée
Ciij
30 MERCURE
fur la Mer- rouge à trois jour
nées d'icy. Voicy ce qu'elle
m'a écrit du 12 de ce mois.
Le paffage en Ethiopie par
terre eft abfolument impraticable
; mais il eft aifé de le
faire en s'embarquant à Suës
fur la Mer rouge. De Suës il
faut aller à Gedda , ce qui fe
peut faire en fix à fept jours.
Gedda eft une Ville d'un tresgrand
commerce , qui appar
tient au Grand Seigneur . Elle
eft fituée fur la Mer- rouge, à
un peu plus de deux journées
de la Mecque dans l'Arabie
Les Vaiffeaux qui reviennent
GALANT:
3r
:
des Indes Orientales , y vont
ordinairement moüiller.
De Gedda on paffe en cinq
jours à Mefua . Mefua eft une
petite Fortereffe qui eft de
Ï'autre coſté de la mer Rouge
fur les confins de l'Ethiopie.
Le Grand Seigneur qui
eſt le Mailtre de cette For.
tereffe , y entretient un Bacha
pour conferver une parfaite
intelligence entre les Etats
& ceux du Roy d'Ethiopie.
De Melua il y a enuiron cent
licues à Gonder , Capitale de
l'Ethiopie , que l'on nomme
encore Abiffinié. Ces cent
Ciiij
32 MERCURE
lieues fe font en vingt jours
de Caravanes ,
-
Les Arabes , les Turcs &
les Indiens font un libre commerce
avec les Ethiopiens . Le
Roy mefme a pluſieurs Indiens
à fon fervice . Le Pays
eft tres abondant , l'air en eft
affez temperé , à caufe des
hautes Montagnes qui le cou
vrent , & de la quantité des
pluyes qui tombent pendant
une bonne partie de l'année .
Ces pluyes font croiftre le
Nil qui prend la fource dan's
J'Ethiopie , & dont les eaux
inondent regulierement chaGALANT
33
que année les Campagnes,
fans leur faire aucun tort ;
elles engraiffent les terres , &
apportent la fertilité dans le
Pays . Les Ethiopiens ne font
point fi noirs qu'on nous les
dépeint. J'en ay vû icy plufieurs
;ils m'ont paru d'un naturel
doux & humain , bons
efprits , & qui eftant bien cultivez
dans la Foy , s'avanceront
dans le Royaume de
Dieu . Ils ont naturellement de
l'averfionpour tout ce qui s'ap
pelle franc . Elle leureft conti
nuellement infpirée par les
Ennemis de noftre Sainte Re
34 MERCURE
ligion qui fe fouviennent du
progrés qu'elle y a fait autrefois
, & qu'elle y peut fai
re encore par le fecours des
Miffionnaires
mais avec la
grace du Seigneur nous ferons
plus forts que tous ces enne;
mis de fon Eglife.
:
J'ay envoyé deux de nos
Peres à Gedda pour y pren .
dre toutes les inftructions
dont nous avons befoin ; mais
quelque précaution que nous
prenions , nous devons nous
préparer à effuyer des contra
dictions infeparables de la
Predication Evangelique . Les
GALANT:
35
Miffionnaires de noftre Com
pagnie qui travailloient il y a
environ foixante & dix ans à
la converfion de ces peuples,
en avoient déja reconcilié
un fi grand nombre à l'Eglife
Romaine , que le De
mon jaloux de leur fuccés ,
fufcita une violente perfecution
, contre noftre Sainte Rcligion
& fes Miniftres. Le
Pere Boucide, que le Pape avoit
honoré de la dignité de
Patriarche dans ce Royaume,
y mourut de mifere . D'autres
de fes compageons y furent
maffacrez , & ceux qui refte;
36 MERCURE
rent en furent bannis . Nous
allons faire aujourd'huy cous
nos efforts pour rentrer dan's
cet heritage de nos Peres , à la
faveur de la Reine Mere qui
nous appelle . Peut- eftre en
coûtera t- il encore du ſang à
quelques uns de nous . Je m'eftimerois
heureux , file fort
tomboit fur moy , & fi mon
fang répandu fur des Terres
incultes pouvoit faire germer
le bon grain. Demandez à
Dieu , je vous fupplic, que je
ne me rende point indigné
d'une fi grande grace . Priez
auffi trés- fouvent pour nos
GALANT.
37
Miffionnaires , & procurez
nous pareillement les voeux
des gens de bien . Si Dieu a
pour agreable ce que nous
tâcherons de faire pour fa
gloire , nous en partagerons
enfemble tout le merite. Je
fuis , &c.
La Lettre qui fuit celle.cy
eft du Pere Antoine- Marie
Naki, Jefuite Miffionnaire.
Lo
Du Caire le 20. Avril
1698.
Ors que nous femblions
eftre le plus éloignez
de noftre entrée en Ethiopie,
38 MERCURE
tant par la difficulté des chemins
& des paffages , & à
caufe des manieres extravagantes
dont les Ethiopiens en
ufent avec les Etrangers
, que
pour le bruit qui a couruicy,
quoyque fauffement , l'année
paffée , qu'on avoit fait mourir
en ce Pays- là deux Religieux
Miffionnaires , néanmoins
la main de Dieu facilite
viſiblement noftre entrepriſe
, car il vient d'arriver
au Caire un des premiers Offi
ciers d'Ethiopie, nommé Agy
Aly , avec ordre exprés d'emmener
du Caire avec luy un
GALANT:
39
Medecin Franc, c'eſt à dire Eu
ropéen, pour demeurer en Ethiopie
aufervice de fon Roy,
& aprés les diligences qu'il
a faites pour découvrir quel
qu'un, on a indiqué à cet Envoyé
un M Charles Poncet
Bourguignon , amy du
Docteur Antoine Piacenti ,
avec qui il a fait quelque fe
jour à Rome , pendant le
quel il a toujours eſté affectionné
à noftre Compagnie .
On ne luy eut pas pluftoft
fait cette propofition , que
comme il fçavoit le defir ar
dent que nous avions de paf
?
40 MERCURE
feren Ethiopie, il vint nous la
communiquer fans perdre de
temps , & pour n'en laiffer
point échaper l'occafion
nous le priâmes d'agréer
qu'un de nos Peres puft l'ac
compagner en fon voyage , en
qualité d'Affiftant ou Garçon de Boutique
, ce quifuron
toft conclu , & dans peu de
jours ils doivent ſe mettre en
chemin. Le voyage fe fera
prefque tout par terre , & durera
trois mois . Ils s'embarqueront
d'abord fur le Nil au
vieux Caire , d'où en cinq
jours ils arriveront au lieu , dic
GALANT 41
Mont Lobata , où eft à prefent
la Caravanne des Ethiopiens
, qui les y attendent
pour continuer leur route ,
partie fur le Nil , partie par
terre jufqu'à Damala , premiere
Place Frontiere d'Ethio .
pie , & delà en foixante & dix
journées à Amara , Capitale
de ce vafte Empire , où refide
ordinairement l'Empereur
d'Ethiopic.
Le Jefuite qui accompagne
ce м' François , comme Garçon
de Boutique , s'appelle le
P.Charles- François Xavier de
Bredevent , François de na-
Novembre 1698 . D
42 MERCURE
tion , homme de Dieu & in
fatigable , verſé en toutes fortes
de ſciences , & qui con .
noift par experience les manieres
Levantines , ayant fait
un long fejour dans prefque
toutes nos miffions de l'Archipel
, & particulierement
aux Iles de Naxia & Santo .
riny. Il demeurera enEthiopie
une ou plufieurs années , fuivant
les ordres qu'il en recevra
du Superieur de cette
Miffion du Caire , auquel il
envoyera une information la
plus particuliere qu'il pourra
de tout ce qui regarde la Cour
GALANT.
43
& l'Empereur d'Ethiopie
afin de prendre dans la fuite
des meſures juftes pour con.
tinuer cette miffion dans fon
temps . Nous n'avons pû envoyer
avec ce medecin que le
Pere Bredevent , ne s'en trouvant
point icy de propres
à cette miffion que luy , les
autres qui y ont efté deltinez
n'eftant point encore arrivez.
La providence l'a peut- eltre
permis ainfi afin d'éviter le
foupçon qu'un plus grand
nombre auroit pû caufer en
une entrepriſe où le fecret ,
qui eft fi neceffaire aux pre-
Dij
44 MERCURE
miers établiffemens de cette
nature , fera plus aifé à garder
par une que par plufieurs per
fonnes.
Le Seigneur Agy Aly eft
allé rendre vifite aujourd'huy
au Conful de la Nation Françoife
, pour le prier de trouver
bon qu'il puiffe conduire
en Ethiopie le medecin avec
fon Compagnon , ce qui luy
a efté accordé, à condition de
les laiffer revenir quand ils
voudront , parce qu'il n'eft
pas permis aux Etrangers qui
font une fois entrez dans cet
Empire d'en fortir , à moins
GALANT: 45
qu'ils n'en ayent la permiffion
expreffe
.
Voicy la copie d'une Lettre
dont le Conful de France
chargea le S Poncet pour le
Roy d'Ethiopie .
SIRE,
Au Grand Caire, le
·15. Avril 1698.
L'Envoyé de V. M. Agy Aly
eftant venu me trouver, & me
demander de la part de V. M.
un Medecin François , j'ay
chargé le S Charles Poncet
qui m'en fervoit icy, de fe ren
46 MERCURE
dre auprés d'Elle avec fon
Compagnon , afin quefil'un
d'eux fuccomboit aux fatigues
& aux chaleurs du voyage
, V. M. ne manquaft pas
du fecours qu'elle s'eft promis
de leur Art. Le S Poncet
a beaucoup de fçavoir &
d'experience , & eftoit icy fort
eftimé des Bachas & des
Puiffances d'Egipte . Je luy
ay promis fon retour dans
une année ou deux , fur la parole
que Agy Aly m'a donnée
de la part de Voltre Majefté,
qu'elle me le renvoyeroit aprés
ce temps . J'ay efté ravy
GALANT. 47
'de trouver cette occafion favorable
de témoigner à V.
M. comme j'en fuis chargé ,
l'inclination que mon Empereur
a pour elle , & la fingu
liere eſtime dont il eft penetré
pour la profonde pieté de
V. M. dont il a eſté informé ,
& s'il avoit pû prevoir cet
heureux rencontre , ces Medecins
ne feroient pas partis
vers la Porte de V. M. fans
des prefens dignes de la magnificence
de mon Empereur.
Je les ay feulement chargez
de quelques petites curio
fitez que je me fuis trouvées
48 MERCURE
par hazard , & que je fupplie
V. M. de ne point dédaigner.
Mon Empereur auroit fans
doute de la joye d'eftre uni
à V. M. par ane veritable &
fincere amitié , comme il eſt
déja par la Foy de Jefus Chriſt,
& par le Trone fublime où
il a plû à Dieu de le placer
dans l'Occident , comme V.
M. s'y trouve eftablie dans le
Midy. La grandeur des actions
de fon Regne , fa fa :
gefle qui ne peut eftre com
parée qu'à fa puiffance , ont
obligé les Rois de Siam , &
les Empereurs , & les Princes
les
GALANT. 49
les plus éloignez de fes Etats
de luy envoyer des Ambaffades
, & de rechercher fon alliance
V.M - apprendra à ce fu
jet de la bouche de fes Mede :
cins , des chofes qui ne peu
vent manquer de luy faire
plaifir. Ils l'informeront auffi
de fa grande devotion , & de
toutes les vertus Chreftiennes
, par lefquelles il eft fi
femblable à V. M. qu'elle ne
pourroit ne point aimer ce
grand Prince , quand les ac!
tions heroïques qui luy ont
acquis par tout le monde le
furnom de Grandne tou
Novembre 1698.
E
50 MERCURE
cheroient pas V. M. mais je
ne puis me difpenfer de luy
dire moy- mefme , que jamais
Prince n'a receu les Etrangers
avec plus de bonté & de
diftinction . Sa Majesté Imperiale
a mefme fondé des lieux
publics pour les y élever à ſes
dépens dans toutes fortes
d'Arrs & de Sciences qui
fleuriflent aujourd'huy dans
fon Empire , & j'oſe affeurer
V. M. que fi elle vouloit bien
l'éprouver , elle auroit lieu , en
reconnoiffant le grand coeur
de mon Empereur , de fatisfaire
dans la fuite pleinement
GALANT. 58
les nobles inclinations qu'elle
a pour les Baftimens &
pour la Peinture. Cependant
dans l'attente des nouvelles
favorables de la fanté de V.
M. je prie Dieu de la conferver
& de l'augmenter de
plus en plus. Je fuis , &c.
Peu de temps aprés , le Pere
Charles Xavier de Bredevent,
Miffionnaire Jefuite, écrivit la
Lettre fuivante.
JA
Du Caire le 4. May 1698.
Ay déja eu l'honneur de
vous écrire , mon Reverend
Pere , touchant le def-
E ij
52 MERCURE
fein que nous avons forme
d'entrer en Ethiopie . Nous
nous trouvons dans de tresheureuſes
conjonctures
, pour
executer ce grand projet ;
mais comme nous n'oferions
encore nous flater d'un entier
fuccés , atttendez nos
premieres Lettres qui vous
inftruiront plus feurement.
Voicy prefentement tout ce
que je vous en puis dire. Il
paroift que la Providence s'eft
voulu fervir pour l'execution
de notre entrepriſe du St
Charles Jacques Poncet . Ileft
natif de Saint Claude en
GALANT 53
Franche - Comté , & tres- eftimé
icy pour les grandes connoiffances
dans la Medecine.
Il traita autrefois un Armenien
, nommé Petros , & le
guerit d'une maladie tres-violente
& dangereule Cet Armenien
ayant toujours confervé
beaucoup de reconnoiffance
pour celuy qui l'avoit
guery, a voulu luy en
donner une marque dans
l'occafion qui vient de fe pre
fenter.
Un Marchand Ethiopien eft
venu en ce Pays - cy par ordre
du Roy fon Maistre, pour
E iij
54 MERCURE
chercher un habile Medecin .
qui puft le guérir de la Lepre
dont il fe trouvoit attaqué.
Ce Marchand qui avoit luymeſme
au bras une Lepre inveterée
, fut ravy de cette
commiffion; il en fit confiden.
ce à l'Armenien dont nous
venons de parler. L'Armenien
auffi-toft fe reffouvenant du
S' Charles Poncet , promit au
Marchand Ethiopien de luy
amener un homme qui le gueriroit
, & qui par la guerifon
l'affeureroit de celle du Roy
fon Maiftre. Il alla chercher
incontinent le St Charles
GALANT.
55
Poncet , & le mena chez le
Marchand Ethiopien . CeMarchand
fe mit entre les mains
du S' Charles. Il prit de fes
remedes , & il s'en trouva fi
bien , qu'il ne differa pas à luy
propofer de venir en Ethiopie
afin d'y traiter le Roy. Je fuis
auffi chargé d'aller travailler
à ce grand ouvrage, tout au
tre y auroit efté plus propre
que moy. Comme je quitte
la maifon du Caire ; elle demeure
dépourvûë d'ouvriers.
Il y a icy de grands biens à
faire , & il y en aura encore
davantage ſi Dieu benit les
E iiij
$6 MERCURE
deffeins qu'il nous inſpire :
Nous nous joignons donc à
vous pour prier nos Superieurs
d'envoyer icy des miffionnaires
, ils trouveront dequoy
fatisfaire abondamment
leur zele . Le temps ne me
permet pas de vous en dire
davantage . Je me recomman
de encore une fois à vos faintes
prieres , & fuis avec beaucoup
de refpect , Vostre , & c .
J'ajoûte à ma Lettre queiques
particularitez de l'Ethiopie
, tirées de divers Ethiopiens
qui viennent tous les
ans par Caravannes au Caire
GALANT. 57
pour y trafiquer .
CEB
E Pays eft abondant en
toutes fortes de fruits
de la Terre , du vin en quantité
qui ne fe conferve pas
longtemps , parce qu'ils ne
le Içavent pas faire . Îls man .
gent la chair cruë fur laquelle
ils mettent du fiel pour la
preferver , à ce qu'ils difene ,
de la corruption que fa crudité
leur pourroit caufer.
La chaleur du Climat eft
temperée par les pluyes con
tinuelles qui darent pendant
tout l'Efté.
58 MERCUR E
Outre le Nil qui vient de
ce Pays - là , ils y ont encore
le Fleuve Niger qui inonde
leurs terres une partie de
l'année .
:.La couleur des Habitans eft
olivâtre , & blanche en pluhieurs
, bien que fort noire
en ceux qui font plus voisins
de la Ligne Equinoxiale. Ils
n'ont qu'un feul Archevefque
qui s'appelle Abuna , c'eſt à
dire,noftre Pere. Il ne fe mefle
que des affaires de la Reli
gion. Il eſt ſervi uniquement
par deux Filles Vierges qui
prouvent ainfi fon integrité,
GALANT
$9
c'eſt à dire que s'il manque
le moins du monde contre la
chafteté à laquelle il eft voüé,
on le dépofe auffi - toft de fa
Charge pour l'enfermer dans
quelque monaftere, où il reste
jufqu'à la fin de ſes jours .
Leur Patriarche refide au
Caire. Il eft auffi Patriarche
des Cophies, avec lesquels ils
n'ont qu'une meſme Eglifs
commune & une mefme
croyance , qui eſt de n'admettre
point les deux natu
res en Jefus-Chrift . Ils ont la
Circoncifion ; mais ils ne la
pratiquent qu'envers les No60
MERCURE
·
bles , fans qu'elleait aucun raport
à leur Religion . Ils ne
veulent point de
commerce
avec les Etrangers
d'Europe,
& s'ils en font
quelqu'un avec
les Anglois , les Hollandois
& les Portugais , c'eſt à Moca ,
Port de l'Arabie heureuſe , le
plus proche de lameque fur la
Mer rouge , vis - à- vis le Suaguen,
Place force duGrandSeigneur
fur la colte d'Ethiopie,
& dans lequel il ſeroit avantageux
pour s'en approcher
davantage d'y avoir une refi
dence.
Nous avons à prefent au
GALANT: 61
Caire des chaleurs fi exceffi
ves que l'on a peine d'y vivre,
& la terre y brufle les pieds
de ceux qui marchent deflus,
Ces chaleurs dureront jufqu'à
la fin de Juillet que le Nil au
ra achevé d'inonder les Campagnes.
La cruë de les eaux
ne provient que des playes
qui tombent en Ethiopie au
commencement de may , &
qui ne finiffent qu'au mois de
Septembre. Ces eaux font
excellentes , legeres & tres
falubres , & tirent leur origis
ne du grand Lac de Zayelle ,
en que par le rapport que
62 MERCURE
m'en a fait un Ethiopien , avant
que le Nil tombe en ce
Lac , les eaux regorgent en
plufieurs endroits , & au for.
tir du Lac pour prendre fon
cours dans l'Egipte , il ſe divife
en plufieurs canaux qui
fe diſperſent dans l'Ethiopie
avant que de fe réunir , en
forte qu'il feroit ailé aux Ethiopiens,
en luy faiſant pren
dre un autre cours , de rui
ner l'Egipte , qui deviendroit
inhabitable , & fes terres fteriles
, fi ce grand Fleuve ceffoit
d'y paffer.
Vous ne ferez pas fachée
GALANT. 63
de voir des remarques tou
chant l'Ethiopie. Vous les
trouverez dans cette autre
tre Lettre qui eft encore du
Conful de France au Caire.
L

E Roy d'Ethiopie adg
met difficilement les E
trangers dans fesEtats , & les
en laiffe encore plus diffici
lement fortir. Le Bacha d'Abiffinic
, qui refide à mefua
fur la Mer- rouge, à dix ou
douze journées de Gondar ;
la principale demeure de ce
Roy , y cavoyoir autrefois
des Agas toutes les années ;
64 MERCURE
mais depuis que l'on recon-
Aut que l'un d'eux cherchoit
à découvrir des mines d'or ,
dont le Pays eft fort abondant
, le Roy d'Ethiopie n'a
plus voulu leur permettre l'entrée
de fes Etats. Comme
c'étoit une route pour four.
nir la Cour de ce & Prince
des Marchandifes étrangeres
dont elle avoit befoin , le Roy
a fupléé par l'envoy de fes Sujets
dans les Indes , la Perfe,
l'Arabie & l'Egipte . Celuy
qui fait le voyage de l'Egipte ,
s'appelle Agy-Aly, & eft Turc
de Religion , ou du moins il
GALANT: 65
én fait profeffion icy. Il y eft
venu en cette année 1698.
Opour la troifiéme fois , appor-
Irant avec luy , ainfi que di
verles perſonnes m'affeurent,
pour cinq cens mille écus en
poudre d'or , Civette & Am
bre gris , ce qu'ila employe
en toutes les fortes de inar.
chandiſes que le Roy luy a
voit demandées avant fondé
part de Gondar; & comme
il alloit prendre congé du
Roy , qui fe trouvoit dans fes
jardins avec fes Vifirs , ce
Prince les congedia entirane
Agy Aly à l'écart . Il luy de
Novembre 1698.
2
F-
.
66 MERCURE
couvrit un de les bras & une
cuiffe , tous deux travaillez
d'une espece de lepre , luy
deffendant d'en parler à perfonne
, & ille chargea de ne
rien oublier pour luy amener
du Caire un Medecin Franc ,
celuy dont il avoit accoutumé
de fe fervir , l'ayant traité
inutilement de ce mal. Cet
Agy-Aly qui avoit efté atteint
du mefme mal que fon Prince
, eftant arrivé ici , jugea
ne pouvoir fervir plus utilement
fon Maitre , qu'en éprouvant
fur luy. melme l'ha
bileté de quelque Medecin
GALANT.
67
Franc. Il s'adreffa au S'Charles
Poncet originaire de Franche-
Comté, qui le guerit en
peu de temps. Il luy propofa
alors det påffer avec luý en
Ethiopie auprés du Roy , avec
des promefles confiderables,
& de fortes affeurances del
fan retour. Le fieur Poncet
m'en donna avis , & aprés que
je l'eus difpofe d'entreprendre
ce voyage, nous convinmes
qu'il diroir à cet Envoyé qu'il
iroit volontiers ' aved luy , s'ib
pouvoit obtenir de moy , au
ſervice duquel il fe trouvoit , 3
que je luy en accordaſſe tas
Fij
68 MERCURE
permiffion , ce que je feroi.
beaucoup plus ailément , f
cet Envoyé venoit me la de
mander de la part du Roy
fon Maiftte. Celá fe fit deux
ou trois jours aprés , & cet
Envoyé eft depuis venu me
trouver & me remercier de.
la grace queje luy avois faite.
Je n'ay rien oublié pour
luy infinuer la difference qu'il
ye avoit des François aux Por
tugais , Hollandois & Danois ,
qui font les plus connus en
cette Cour , & que la fideli
té , l'amitié , & le defintereffement
eftoientle veritable caGALANT.
69**
racteré de noftre Nation , la
plus floriffante qui fuft fur
la terre , & gouvernée par le
pius puiffant des Rois . Je l'ay
regalé de diverfes curiofitez ,
& je luy en configne auffi un
affez grand nombre pour fon
Roy avec une Lettre . Il eft
vray que les Peres Jefuites
qui s'en trouvoient plus que
moy , en ont fourni la plus.
gaande partie , pour favorifer
d'autant plus le deffein concerté
entré nous , de faire paffer
avec cet Envoyé un de
leurs Peres fous la qualité de r
Compagnon du St Charles
70 MERCURE
Poncet. C'eſt un tres - digne
Sujet, ayant une grande con .
noiffance de plufieurs Arts ,
fçachant les langues , fort infinuant
, & perfuadé comme
moy de la neceffité de s'établir
fortement par ces en.
droits , avant que de parler de
Religion. Il eft vêtu en fecu .
lier , & fera profeffion de Medecine..
Le Prince qui regne aujour
d'huy en Ethiopie fe nomme
Jefus , fils de Jean . Il a commencé
à regner à vingt deux
ans , & il en aà preſent trente.
neuf. De fa femme legiti
GALANT: 71
me il n'a qu'une Fille' ; mais
il en a vingt , & dix Garçons
de diverfes Filles des Grands
de fon Royaume , ce mauvais
ufage de la pluralité des fem
mes , eftant univerfellement
eftabli dans ces contrées ,
quoyque Chreftiennes. Cela
n'empefche pas que ce Monarque
ne paffe pour un des
plus Religieux & des plus
pieux Princes qui ayent jamais
regné en Ethiopic. Il fe
retire deux ou trois mois avant
Paſques dans l'interieur
de fon Palais , remettant le
entre les Gouvernement
72 MERCURE
mains de fes Miniftres , &
paffant tout ce temps en jeûnes
& en oraifons. La Semaine
Sainte eftant arrivée , on
repreſente tous les actes de la
Paffion , où le Roy fait le premier
perfonnage , & ſe rend
aprés la Fefte au foin de fe
Eftats. Il a fait baftir une fu
perbe Eglife qui n'a eſté achevée
qu'aprés quinze ans . Les
Hollandois luy ont fourni la
principale des Cloches. It
aime paffionnément la chaffe,
& il s'occupe la plus grande
partie de l'année à cet exercice
, changeant de demeure
fuivant
GALANT.
73
fuivant les faifons. Il en a
trois ou quatre principales ,
dent la plus confiderable s'ap .
pelle Gondar . Elles font éloignées
les unes des autres de
huit à dix journées . Encore
que la Religion dominante de
Efes Etats foit la Chreftienne
il y a pourtant beaucoup de
Mahometans & de Juifs , &
il est permis aux Chreftiens
de changer de Religion , fans
encourir nulle peine
moins qu'ils ne foient d'un
rang fort elevé. Les Religieux
dont le nombre eft incroyable,
puifqu'il y a des Con-
Novembre 1698. G
C
à
74 MERCURE
vens qui en contiennent juf
qu'à dix mille , ont bonne
partau gouvernement. Tous
les Chreftiens ne font pas unis
d'nne mefme croyance ; mais
la principale eſt la Cophte. Il
y en a parmi eux qui vont
chaque année aux Feftes de
Pafques immoler à la fource
du Nil cent ou deux cens Mulets
, ayant retenu cette Ceremonie
Payenne qu'ils pratiquoient
avant leur converfion
à la Foy. Cet Envoyé
m'a affeuré avoir efté diver.
fes fois à la fource de ce Fleuve.
Je l'ay entretenu à fonds
fur fon cours & fur fon ac,
GALANT 75
croiffement , & il m'en a
parlé avec tant de rapport à
ce qui est écrit dans la def
cription de l'Afrique de Dap .
per , qu'il ne me reſte aucun
doute fur la certitude de ce
qu'il m'a rapporté. La fource
du Nil eft fur une terre
tremblante , & environnée de
diverſes montagnes . L'ouverture
par où il fort à
gros bouillons , & avec quel
que bruit , a huit ou dix pieds
de diametre. Il coule enfuite
avec rapidité entre diverfes
Montagnes pendant quinze
à vingt lieuës , fe groffit de
Gij
76 MERCURE
divers ruiffeaux , qui coulent
& defcendent de ces montagnes
, & ſe rend par un demi
Cercle , qui va du midy au
Septention , puis au Levant
dans un grand Lac qui a fix
à fept journées de circuit ,
d'où fortant d'un cofté de l'Orient
. il continue à fe courber
de plus en plus , & retourne
vers le Midy. Delà
continuant fa route vers l'Occident
, il enferme la propre
fource par un cercle , & reprend
enfuite fa premiere
pente vers le Nord , traverfant
diverfes Provinces du
Roy d'Ethiopie , aprés quoy
GALANT: 77
il entre dans le Pays du Roy
de Saannar , où aprés qu'il
s'eft joint au deffous de cette
Capitale à la diſtance de fix
journées , à un Fleuve plus
puiffant que luy , que l'on
appelle Mer Blanche , il entre
dans l'Egipte & porte fes eaux
dans la Mer. Ce gros Fleu
ve auquel il ſe joint du cofté
de la Libie & du Couchant , le
coftoye dés la fource , & l'ac .
compagne dans fa route àla
diſtance de douze , quinze &
vingt journées , fe groffit en
chemin des pluyes continuel
les qui tombent depuis la Li-
Gjij
78 MERCURE
gne jufqu'au vingtiéme degré
pendant l'efpace de cinq
à fix mois , c'est à dire de l'Equinoxe
du Printems à celuy
de l'Automne , & fe joint en
cet endroit au Nil qui s'en .
f : de la melme forte . Air fi
ce que j'ay avancé dans ma
Differtation fur l'accroiffement
du Nil , qui a efté le
fujet de tant de raiſonnement ,
fe trouve confirmé , & demeure
deformais fans doute.
J'ay fort recommandé au Pere
Jefuite de nous établir autant
qu'il pourra la poffeffion de la
premiere fource du Nil , & tout
GALANT. 79
1
ce qui concerne fon cours
Ce Fleuve n'eft pas navigable
jusqu'au deffous des derniers
cataractes qui fent à
huit ou dix journées d'Eile .
né, derniere Ville de l'Egipte .
Il eſt embaraffé dans fa route
de divers Rochers qui s'approchent
quelquefois telle
ment , que les Rois d'Ethiopie
font jetter des ponts fur
ces Roches , pour faire paffer
leurs Armées . Cet Envoyé
m'a affuré que pour arriver
à Gondar , où il fe rend par
caravanne depuis Manfelour ,
Ville de la haute Egipte , en
Giiij
80 MERCURE
quatre - vingt - dix jours de
marche , il eft obligé de le
paffer & repafferjuſqu'à
neuf
fois , ne s'en éloignant jamais
de plus de quatre journées ,
c'est à dire, le rejoignant feurement
apres ce temps pour
faire fes provifions d'eau dans
les faifone où il ne pleut pas,
c'est à dire , depuis Septem
brè jufqu'en Avril . C'eft là
la route ancienne d'Ethiopie
en Egipte , connuë , dit- il , en
fon pays depuis plufieurs milliers
d'années . Il fait moins
chaud en Ethiopie que dans
le Royaume de Saannar , qui
GALANT. 81
f
la fepare de l'Egipte . Auffiles
Habitans d'Ethiopie ne font
que de couleur olivâtre , & il
affeure mefme qu'il y a des
hommes & des femmes
blancs , pendant que les peuples
plus Septentrionnaux
font noirs. Les marchandiles
que cet Envoyé apporte
en Egipte & qu'il en rapporte
en Ethiopie , ne payent aucun
droit au Roy'de Saannar ,
aqui envoye au contraire cha
que année fix chevaux au Ne
gus , moins cependant par re
devance que par amitié. Je
ne rapporteray pas dans ce
1
82 MERCURE
>
Memoire tout ce que cet Envoyé
m'a dit de la puiffance
de fon Prince , de fa clemence
envers fes Freres qu'il ne
tient point dans les fers comme
fes Predeceffeurs de la
fertilité de les Etats , du gouvernement
des Provinces , de
l'ordre & de la Succeffion
Royale qui dépend des Miniftres
& des Religieux , des
arbres & des plantes , puifque
nous en aurons feurement des
Relations plus circonftanciées
au retour de nos François .
J'obferveray feulement que
l'arbre du Caffé elt pallé
GALANT 83
d'Ethiopie , où il y en a encore,
beaucoup à Phiemen qui
n'eft feparé que par le trajet
de Mer d'une journée . Cet
arbriffeau ne fe plante ny ne
fe feme. Il demande un terroir
montueux & fec , mais
continuellement arrofé de
pluyes , & quand elles manquent
, le fruit ne vient pas
en maturité. Il fe feche & fe
noircit . Je l'avois prié de m'apporter
un de ces arbres '; mais
il m'a fait connoistre , qu'ef
tant obligé de paffer pour
venir icy , fur le pays des
Turcs , ce feroit s'expofer à
84 MERCURE
une avanie conſiderable , &
leur donner de juftes fujets
de foupçons. Cet Envoyé ne
garde aucune fuite depuis fon
Entrée en Egipte. Il eftoit
veltu pour l'ordinaire affez
mal , & affecte cet air d'indigence
, pour le délivrer des
vexations que l'éclat & l'opinion
des riches attire toûjours
en Turquie. Il m'affure que
je le reverray bien - toft avec
de grands prefens pour le
Roy , & des Lettres de fon
Empereur , fuppofé qu'il n'en
voye pas d'Ambafladeur.Je ne
fuis pas affeuré que cela arrive,
GALANT 85
1
mais j'ay trouvé beaucoup de
folidité, de jugement, & mefme
d'apparence de verité
dans tout ce que cet Envoyé
m'a dit de fon Maiftte & de
fon
Pays.
Je ne fçay , Madame , fi
vous trouverez qu'il en faille
croire l'Auteur des Vers que
je vous envoye. Les fermens
qu'on fait de ne plus aimer
font fouvent fort inutiles , &
c'eft dans ce temps qu'on eft
quelquefois le plus amoureux,
Lifez cependant, cet ouvrage
le merite. Il eft de M Mahuer
de Reims,
86 MERCURE
RUPTURE.
J'Ay vaincu mon Vainqueur , j'ay
forcé ma prifon ,
J'ay dujoug de l'amour affranchy
ma raiſon
Et las de foupirer pour l'ingrate Climene
,
+
A moy-mefme à la fin mon defin
me ramene.
215
Affez , & trop long- temps , fon infenfible
coeur
A fait fentir au mien une injufte
rigueur.
Qu'un autre plus conftant aille adorer
fescharmes
Etaler fes langueurs, & répandre des
larmes ,
Qu'il tâche par fes pleurs d'attendrir
un Rocher,
GALANT. 87
Que tous les miens, helas ! n'ont
jamais pû toucher;
Que la comblant toujours de pompeufes
louanges ,
Ilavante fa beauté plus que celle des
Angest th
Ou qu'un amour preffant , animant
ſes diſcours;
Il trouve ce moment qui m'échapa
toujours;
Je n'en fuis point jaloux , & de cette
amourette !!
J'entendrois fans chagrin taiſonner.
fa Mufette ,
Que Climene le fouffres à l'ombre
d'un Ormeau ,
Pour chanter fes faveurs enfler fon
chalumeau ,
J'y confens , je puis voir deformais
fans envie ,
Climene avec Lycas paffer toute fa
vie ,
88 MERCURE
Et mon coeur libre enfin d'un noeud
qui l'a charmé ,
Croir dans ce calme heureux n'avoir
jamais aimé.
En vain pour renflamer ce cour
rout plein de glace ,
Tu voudrois dans le tien me donrer
une place ,
Il eft rrop inconftant
le mien
pour arrefter
Et quand on aime tout , l'on m'aime
jamais rien.
Autrefois , il eft vray
lante jeunefle ,
ma boüil .
Me fit avec ardeur rechercher ta
tendreffe.O
Helas ! trop éblouy de ta fiere beauté ,
Je perdis ma raifon , avec ma
liberté,
Quels charmes mon amour attastucchoit
à pra me peine
GALANT. 89
Jadorois mes liens , j'idolâtrois mes
chailnes
Er mes yeux fur les tiens fans relâche
attachez ,
J'expliquois de mon coeur les fentimens
cachez .
Je n'afpirois alors qu'au bonheur de
te plaire ;
Je te facrifiay mon aimable Bergere,
Mais l'injufte mépris dont tu fçais
'm'outrager ,
Ne me punit que top d'avoir ofé
changer,
Si quelquefois mes
yeux
s'éloi--
gnoient de tes charmes
Mes yeux , mes triftes yeux fe:
noyoient dans les larmes.
1 Témoins de mon amour , infortunez
Ruiffeaux ,
Combien de fois mes pleurs ont- ilss
groffy vos eaux ?
Novembre 1698.
H
90 MERCURE
Plus touchez de mes maux que
l'ingrate Climene ,
Daphnis , m'avez - vous dit , que ne
tomps tu ta chaifne
Trop malheureux Berger , va, ceffe
d'eftre amant ,
Le Sexe eft comme nous , & tourne
à tout moment .
Souvent le Roffignol fous un fombre
feü.llage ,
A joint à mes foupirs fon languif.
fant ramage ;
Et brulé d'un amour qu'il expri
moit trop bienosup
J'ay vû dans fon tourment la peinture
du mien .
Nonchalamment couchez dans de
fertiles plaines ,
Partageant avec moy le fardeau de
mes peines . [ miffemens ,
Helas ! petits Moatons , à mes geGALANT
90
Vous mêliez tout le jour vos triſtes
bêlemens.
Climene feule alors trop fiere , de
fes charmes ,
Dédaignoit mes foupits , triomphoit
de mes larmes .
Mais enfin je refpire , un genereux
effort.
Vient d'affranchir mon coeur d'un
fi rigoureux fort.
le vais vivre content & ma mous
rante vie
?
[ fuivie
De foupirs , & de pleurs ne fera plus
Vous, tendres Arbriffeaux, pardonnez
à ma main ,
Qui d'un fer trop pointu déchira
voftre fein ,
Vous ne vangez que trop vos pro›
fondes bleflures , 13
( D'un feu trop tard éteint les vi
vantes Peintures ):
Hij
92 MERCURE
Helas j'ay beau changer vous retracez
toujours ,
Ces Vers, fignes honteux de mes
triftes amours
L'infortuné Daphnis foupire pour
Climene ,
Dont le coeur eft plus dar que celuy
de ce Chefne .
Mias que m'inporte enfin qu'en
tant de lieux gravé
Son nom malgré le temps foit tou
jours confervé
Si ce nom, où ma flamme attacha
trop de gloire,
Va , pour n'y plus rentrer , fortir de
ma memoire ?
Tariffez donc , mes yeux , vous
ne pleurerez plus ,
Et toy , qui t'épuifant en regrets
fuperflus ,
Devenois du chagrin la victime &
[ la proye ,
GALANT. 93
Mon coeur , confacrons nous defor
mais à la joye.
Je vous envoye ce qui a esté
affiché depuis peu de temps
à Strasbourg . La grandeur du
Roy paroit toûjours dans
tout ce qu'il fait , aufli bien
que
la
prudente
précaution
qu'il
a toujours
cuë
pour
aſ
leurer
fes
Frontieres
.
LOUIS
par la Grace de Dieu
Roy de France de Navar .
re à tous prefens & à venir ,
Salut. Ayant jugé qu'il conve..
noit au bien de noftre fervice de
faire couftruire une nouvelle Ville
94 MERCURE
en Alface , à laquelle eu égard à
fa fituation , Nous avons donné
le nom de Neuf Brifack, Nous
avons en mefme temps dans la
vene de rendre cette Place plus
confiderable , fongé aux moyens.
qui peuvent contribuer à y atti .
rer un plus grand nombre d'Has
bitans , &à y faire davantage
fleurir le Commerce, & Nous
avons pour cet effet refolu d'ac
corder aufdits Habitans plufieurs
Privileges ,
Ville diverfes Foires dans l'année
avec deux jours de Marché par
chacune Semaine ; Sçavoir fai ,
fons , que pour ces cauſes ¿ª au-
1
d'eftablir en ladite
GALANT : 95
tres bonnes confiderations à ce
Nous mouvant , de noftre grace
: fpeciale , pleine puiſſance , & au-
" torité Royale , Nous avons par
f ces prefentes , fignées de noftre
main , dit , declaré , ſtatué&ordonné,
difons , declarons, ftatuons ,
& ordonnons , voulons & Nous
plaist , que tous , chacuns les
Bourgeois & Habitans de ladite
Ville de Neuf Brifack, de quel
que qualité e condition qu'ils
puiffent eftre , foient , & demeurent
exempts pendant vingt ans
de tousDroits d'entrées defortie
d'icelle, tant des vins que de toutes
autres Denrées neceſſaires à
1

96 MERCURE
.
de
la vie , avec pouvoir & faculté
de faire commerce de toutes fortes
Marchandifes & Manufacturesfans
payer auffi aucuns droits
d'entrée ny defortie de ladite Ville ,
dont nous les avons pareillement
exemptez & exemptons , com.
me auffi de la Taille ,fubvention,
quartier d'Hiver de nos Troupes ,
autres taxes , de quelque nature
qu'elles foient, le tout durant
·ledit temps espace de vingt ans,
à compter du jour dela publication
de ces prefentes. Voulons en outre
que tous & chacuns Etrangers ,
de quelque nation qu'ils foient ,
qui defireront bâtir dans la dite
Ville
GALANT. 97
Ville de Neuf Briffack , & s'y
eftablir poury faire Negoce &
Trafic de Marchandifes en Gros
on en Détail , foient & demeurent
cenfe & reputez , comme
Nous les tenons , cenfons & repu
tons pour nos vrais naturels
Sujets , du jourqu'ils commenceront
leur établißement en ladi.
te Ville , tout ainsi que s'ils efsoient
originaires de nostre Royaume
, & qu'ils jaüißent des mes
mes Privileges , Franchiſes ,
Exemptions ,
jouiffent nos naturels Sujets , &
dontjouiront les autres Habitans
de ladite Ville de Neuf.Briſack,
Novembre 1698.
immunitez dont
98 MERCURE
fans qu'ils foient pour cefujet obli
gez de prendre de nous d'autres
lettres de naturalité que ces pre-
Jentes , à la charge & condition
toutefois que lesdits Etrangers
qui viendront s'établir dans ladite
Ville de Neuf Brifack , donneront
des affeurances pardevant
l'Intendant d'Alface , de faire des
maiſons en ladite Ville dans le
temps dont ils feront convenus
avecluy; qu'ils fe conduiront comme
nos bons & vrais Sujets ,
& ne feront Facteurs ny Negociateurs
d'aucuns Etrangers
pour autres affaires que celles qui
concerneront le Negoce feulement
GALANT 9iği
de leurs Matchandifes , anfquels
Etrangers nous donnerons gratuitement
à l'effet dudit Etabliffement
les Fonds & Places qui
feront neceßaires pourfaire bâtir
leurs maiſons , fans qu'à prefent
ny à l'avenir il puiffe par qui que
cefoir , ny fous quelque pretexte
que ce puiffe eftre , leur eftre rien
demandé pour lefdits Fonds &
Places par nous ainfi données. Er
d'autant que Nous avons ordon
né que l'on conftruiſe en leding
Ville de Neuf Brifack nombre
fuffifans de Cazernes pour loger
les Gens de Guerre de nos Troupes
qui yferont enGarnison . Nous
mutte
I ij
100 MERCURE
entendons que
voulons & entendons que tous
les Bourgeois & Habitans de ladite
Ville foient ,
demeurent
exempts de nofdits Gens deGuerre,
Koulons auffi
lorfque nous aurons fait bâtir un
Hoftel de Ville audit Neuf Brif-
Jack , itfois eftabli des
Magißrats.
pour lafuftice & Police de ladite
Ville, e que pour cettefin , ilfoit
choifi entrefes Bourgeois & Habitans
un Maire des Echevin's
au nombre qu'il conviendra , lef
quels exerceront lesdites Charges
pendant le temps qui ferapar nous
rglé , lesquels Maire , & Eche
vins auront une Chambre partiGALANT:
for
3
culiere pour s'y assembler, lovfque
les affaires de ladite Ville le requerrons
pour traiter d'au .
tantplus favorablement les Bourgeois
Habitans dudit Neuf-
Brifack , nous avons establi
eftabliffons en ladire Ville à tonyours
par ces prefentes fignées de
noftre main , deux Marchez par
chacune Semaine , & fix Foires
·par chacune année, deux defquelles
Foires dureront chacune bair
jours , deux autres chacune qua -
tre jours , les deux autres chacune
deux jours , pour eſtre lefdi -
tes Foires Marchezienus
dans les semps , & aux jours
10 : MERCURE
14
quiferont jugez les plus conve
nables pour le plus grand bien
avantage
des Habitans de ladite
Ville , qui feront pourlapremierefois
defignez par l'Intendant
audit pais d'Alface . Entendons que
lorfqueparlafuite les termes arre :
Bez pour lefdites Foires wiendront
à écheoir aux jours de Dimanches
ou Feftesfolemnelles , ellesfoient remiſes
au lendemain , comme pareillement
lefdies Marche qui écherront
auxjours de Fêtesfolemnelles.
Voulons qu'aufdites Foires , tous
Marchands Negocians , & autres
perfonnesy puiffent venir , fejour
aner , achepier, vendre , debiter ,
sroquerefchanger toutes fortes
GALANT :
103
1.

de Grains , Denrées , Beftiaux
Marchandifes permifes & licites
, & qu'ils jouiffent des mef
mes Privileges & franchifes des
autres Foires du pays d'Alface.
Si Donnons en Mandenent à
nos ame & feaux les Gens tenans
nostre Confeil Superieur
d'Alface ,feant à Colmar , que ces
prefentes nos Lettres de Declara .
tion , ils ayent à faire lire , pu
blier & enregistrer ,
nu en icellesfairegarder, & obfer.
en jouir & ufer par les ver,
le conte
Bourgeois & Habitans de ladite
Ville de Neuf- Brifackpleinement
paisiblement , & perpetuellement
ceffant& faifant ceffer tous trou
104 MERCURE
l'an de
bles , & empefchemens an con
traire. Car iel eft noſtre plaiſir ;
Et afin que ce foit choſe ferme
Stable à toujours , Nous avons
fait mettre nofire Scel à cefdites
prefentes. Donné à Compiegne au
mois de Septembre , l'an grace
milfix cens quatre vingt-dix buit,
&de nofre Regne le cinquantefix.
Signé Louis , & plus bas
par le Roy le Tellier ,
grand Sceau de Cire verte,
Voicy un Arreft qui acſté
auffi affiché à Strasbourg
Les Habitans d'Alface voyant
es bontez du Roy, font charmez
d'eftre fous fa dominas
tion.
fcellédu
GALANT. 105
LE
7.
E Roy s'eftant fait reprefenter
enfon Confeil les Arrefts
rendus en iceluy les 15. Juin &
Decembre 1694. Par lesquels il
a efté ordonné qu'ilferoir impofe
&levé pendant la Guerre lafomme
de fix cens mille livres fur tou
tes fortes de perfonnes Ecclefiafti-
Nobles autres Habiques
,
ians contribuables de la haute&
baſſe Alface & pays en dépendans,
pour le rachapt ou abonnement
des affaires extraordinaires;
l'Arreft dudit Confeil du 17.
Septembre 1697. portant qu'outre
Laditefomme defix cens mille li
ures ilferoit impofé & levépens
106 MERCUREE
dite
dant la preſente Année 1698. fur
les habitans contribuables de la.
Province, celle de quaire.
vingt dix neufmille livres fçavoir
foixante fix mille livres pour l'im.
pofition ordinaire , trente trois
mille livres pour les Eftapes :
Sa Majesté confiderant que plu.
fieurs lieux qui eftoient cy devant
fujets aufdites impofitions ont efté
rendus aux Princes Etats
voifins en execution du Traité de
Paix conclu à Rifvvik , en for .
te que fi ces impofitions fubfiftoientfur
le mefmepied , elles feroient
trop à charge à fes Sujets
de ladite Province
; à quoy voua
GALANT: 107
lant pour voir , faire jouir le Cler
gé & la Nobleffe de la haute &
baffe Alface des Privileges dont
ils ont jouy de tout temps , faire
gouftèr à fes Sujets de ladite
Province le foulagement qu'ils
doivent attendre de la conclufion
de la Paix , Ony le rapport du
Sieur Phelypeaux de Pontchartrain
, Confeiller ordinaire an
Confeil Royal Controlleur General
des Finances, Sa Majesté
eftant en fon Confeil, a reduit &
moderé les impofitions de fix cens
mille livres d'unepart & quatres
vinge dix- neufmille livres d'autre
, ordonnées eftre faites pour
108 MERCURE
la prefente année 1698. fur la
•Province d' Alface par les Arrefts
du Confeil des is. Fuin 1694 &
17. Septembre 1697. à la fomme
de deux cens foixante mille neuf
cens livres , à laquelle monte tout
ce qui a efté receu juſqu'à prefent
defdites impofitions par les
Receveursparticuliers,ſuivant les
bordereaux qui en ont efté envoyez
le 26. Aouft dernier par
le Sr de la Fond , Intendant de
Juſtice , Police & Finances en
Alface En confequence fait Sa
Majefté deffenſes de faire aucunes
pourfuites & contraintes pour
recouvrement du Le
#
ment du furplus defGALANT
109.
dites impofitions dont elle faitre
mife à fes Sujets de ladite Province;
& attendu que plufients
des contribuables aufditès impofitions
ont payé entierement lesfom
mès aufquelles ils ont efté cortifez
Sur le pied defdits fix cens mille
quatre vingt.dix neufmille livres,
& que d'autres n'ont rien payé ,
ou que ce qu'ils ont payé , n'eft
pas fuffifant pour leur quote part
defdits deux cens foixante mille
neufcens livres , fa Majefte ordonne
que par ledit Sr de la Fond il
fera fait une repartition de ladite
ſomme de deux censfoixante mille
newfcenslivresfurles contribuables
110 MERCURE
les de.
des lieuxdemeure fous l'obeiffan
ce de Sa Majefté, & que
niers provenant des quotes de ceux
qui n'ont rien payé jusqu'à prefent
,ou qui n'ont pas fuffisamment
payéfurle pied de deux censfoixan
se mille neuf cens livres,foient employez
au remboursement deceux
qui auront payé leur quote entie
re fur le pied des fix cens quatrevingt
dix neuf mille livres , on
plus grande fomme qu'ils n'auroient
des payer fuivant ladite
repartition. A l'égard des Eccle
fiastiques & Nobles vent &
entend Sa Majeflé qu'ils foient
déchargez defdires'impofitions ,
GALANT :
que s'ils en ont payé quelque chofe
, les fommes par eux payées.
leur foient reftituees . Enjoint au
Sr de la Fond de tenir la main
à l'execution du prefent Arreft.
Le 18, du mois paffé jour de
Saint Luc , le Pere François ,
Lamy , de la Doctrine Chref
tienne , Profeffeur de Rhe
torique à Touloufe dans le
College de l'Efquille , fit l'ou
verture des Claffes par un
Difcours Latin touchant la
maniere de bien écrire . Il le:
prononça d'une maniere qui
fatisfit pleinement, toute l'Af
112 MERCURE
femblée qui fut tres auguſte.
La Chambre des Vacations ,
l'Univerfité , & M les Capitouls
s'y trouverent , avec
quantité de Gens de Lettres
& de diftinction qui avoient
efté attirez par le defir d'en .
tendre fon difcours , dans lequel
il fit paroiftre beaucoup
d'érudition & d'éloquence.
Comme ce Pere a eu l'honneur
de remporter le prix des
Sonnets en Bouts - rimez propofez
par l'Academie des
Lanterniftes l'année derniere ,
cette mefme Academie a
donné des marques publiques
SGALANT.
T
de la part qu'ellea prife àfon
glorieux fuccés 2Voicy puh
Madrigal qu'un Academicien
à fait à fon Eloge, 5Į 18,9nist
lize abnom sjob vs 200v el
Daste Lamyth fais , squieurs
merveilles
k
A tes
les nobles talens tout le monde
applaudit , JunoT M
Fentens en tous lieux que l'on
Udita VUOИ яÏА
Que tu geus enchanter l'efprit &
Mira les oreilles. ,SIIS
топ
nom eft abri du fatal
forkmat aacheron, tan mala
Erion beaudiſcouvy nòuk rümbhe
L'Eloquence de Ciceroni
Et les graces de Demofthene.
Jayfairgraver Ainqui fac
Novembre 1998:
.K.
'
( 4 MERCURE
chanté à ¿Glaye openqaricǝl
foupé de San Alteffe Royal
Madameda Ducheffe de Lor
raine , & je vous l'envoyenote
Je vous ay déja mandé qu'i
elt de la compofition de M
Pivain . Les paroles font do
M' Tonti.
AIR NOUVEAU.
ALLE
હવે હું જી
LLEZ , allez , belle Prin
fastival , f Men H
Allez repondreà la tendre
D'an Paxince fortuné qui devien
uefire Epoux mpole a
50 Cent Princes foupiroient pou
VORS;
Mais ils se font sharez d'une aspe
Lance vaing, ordmoto24
1
X
HS TUN
} }» \! ཏུ ཙ ,ཙ
GALANT. 115
Ah , quel bonheur pour la
Ler aine !
Ah › qu'elle fera de jaloux !
Le premier jour de ce mois ,
Meffice Pierre Charbonneau ,
Seigneur de Fortécuiere , de
la Roche Charbonneau , de la
Guionniere , Chaſtelain de
Saint Vincent & du Champ
Saint Péré en Poitou , épouſa
dans l'Eglife de Saint Euſtache
de Paris , Marie-Anne-
Roze de Gabaret . Ce maria
ge eft fort approuvé , tant à
caufe qu'il unit deux Familles
confiderables, que parce qu'il
joint de grands biens entem
Kij
116 MERCURE
$
ble. M' de Fortécuiere, quoi
qu'âgé feulement de vingttrois
à vingt- quatre ans, a eu
l'honneur de fervir pendant
toute cette derniere Guerre,
& eft un des premiers Capi.
taines du Regiment de Dra.
gons de Sennectere . Il fut
bleffé à la Bataille de la mar
faille. Il eft fils de Meffire Atmand-
Jean Charbonneau de
Fortécuiere, qui époufa Dame
Renée Buzaray , & qui fut
obligé de le retirer il y a environ
trente ans du fervice
du Regiment des Gardes où
il eftoit Liuteenant , pour une
GALANT: HT
101
action auffi glorieuſe que malheureuſe.
Il a vêcu depuis ce
temps la éloigné de la Cour,
avec toute la diftinction pof.
Gble dans fa Province, où il
eu l'honneur de commander
la Nobleffe , lors que le fervice
du Roy l'a demandé. Armand
Jean Charbonneau eſt
fils de Pierre Charbonneau de
Fortécuiere, qui a commandé
au Havre de Grace avec
une fidelité digne de memoi
re fous la fin du Regne de
Louis XIII . & pendant la mi
norité du Roy. Le nom de
Charbonneau eft un des vieux
118
MERCURE
noms du Royaume. On ne
peut douter que la Nobleffe
de cette Mailon ne foit des
211
#
plus anciennes
, puis qu'il paroift
par une notice
qui eft
dans le Prieuré
de Nogent
le
Rotrou
, rapportée
par Menage
dans l'Hiftoire
de Sibe
que Henry
, Foulque
& Regnaud
Charbonneau
en 1158.
furent
du nombre
des cent
Gentilshommes
quile croife.
rent avec le Prince
Geoffroy
de Mayenne
. La ceremonie
de cette
Croifade
fut faite
par l'Evefque
du Mans , & eſt
décrite
fort au long avec le
913
GALANT 119
pour
Catalogue des noms desCroi ,
fez , qui jurerent folemnellement
de fervir pendant trois
ans à leurs frais & at me²
ner avec eux leurs Sujets po
ta deffenfe de la Foy , & pour
Fachepter les Fidelles qui ge .
miffoient fous l'impitoyable
joug des Payens . Trente - cinq
feulement de ces cent Cropfez
retournerent en 1162, &
Foulque Charbonneau fut de
ce nombre . C'eft de loy que
font forties les differentes
, branches de Charbon-
Martial Charbonneau
,
neau
.
de ' Leſchafferie
fils &de Ga120
MERCURE
briel & de ... d'Avaugour, eft
te Chef du Nom & des Ar
mes. Cette branche aifnée
s'est toujours foutenuë avec
diftinction , tant à caufe des
biens confiderables qu'elle a
poffedez & qu'elle poffede
ave
encore , que par les bonnes
alliances qu'elle a toujours
contractées , de forte que M
de Lefchafferie prouve aujour
d'huy dix huit generations
fans aucune mefalliance. Ila
de
Thonneur
d'apparte
d'appartenir
aux
Familles
d'Avaugour
Ploüets , de Chabot , de Jarvare,
de Rochefort
& autres .
293
La
GALANT 121
La derniere branche cadette,
fortie de Leſchafferie , eft formée
par Alexis Charbonneau
de Saint Symphorien , qui a
époufé N. Defcoubleau de
Sourdis , delquels eft forti
Alexis , Seigneur de Cham !
brette. Les branches plus cloignées
font
font de Letang-
1
Charbonneau en Bretagne ,
dont l'un eft Capitaine de
Dragons dans le Regiment
du Roy. Il y a plus de deux
cens cinquante ans que la
branche des Charbonneaux
de Fortécuiere eft feparée de
celle de Leſchafferie , & qu'el
Novembre 1698. L
122 MERCURE
le a eu fes alliances particu
lieres dans les Mailons de Torigny
, Montorgueil , de Sa.
vary , de Blaye , & de Roche.
fort . Il y a eu en differens
temps plufieurs Chevaliers de
l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, appellé aujourd'huy
de Malthe. Charles Char
bonneau de Fortécuiere pof,
fede actuellement la Commanderie
d'Amboiſe . Gabriel
Charbonneau , Seigneur de
de Saint Vincent , fait une aus
tre branche avec fon fils
Pierre Charbonneau Seigneur
de la Poupliniere , Capitaine
GALANT. 123
de Dragons au Regiment
d'Avaray. M ' l'Abbé de Fortécuiere
, maistre de l'Oratoire
de S. A. R. Monfieur , eft
de cette Famille . Les Char.
bonneau portent pour Armes
d'Azur à trois Ecuffons d'ar-
• gent pofez 2. 1. que les trois
Croifez de ce nom prirent
dans leur Baniere pour marquer
l'union qui eftoit entre
ces trois Freres , & depuis ils
ont ajouté à ces trois Ecuffons
d'argent dix Fleurs de Lis
I d'or pofées 4. 3. 2. 1. par con .
ceffion de Philippe Augufte
en 1214. accordées à Raoul
Lij
124 MERCURE
Charbonneau aprés la Batail
le de Bovines , comme il paroift
par ce titre qui eft confervé
dans l'ancien Trefor de
Poitiers.
Marie Anne. Roze de Gabaret
, à prefent Madame la
Marquise de Fortécuiere , eſt
Fille de M' de Gabaret, cy- de.
vant Gouverneur de la Grenade
, & prelentement Gouverneur
de la Martinique,
Madame fa mere s'appelle
Marie-Anne de Graffineau,
Elle eft Fille de M de Graffineau
, dont la folide picté ,
le profond fçavoir & la
GALANT: 125
probité l'ont fait regarder
juſques à la mort comme un
des hommes illuftres de fon
Siecle. Le nom de Gabaret
eft fi connu , & j'ay cu occa
fion d'en parler fi fouvent,
que je n'en diray que tres peu
de chofe. Les actions de valeur
fur Mer & fur Terre , de
ceux qui ont porté ce nom
l'ont fort diftingué , & onle
voit en ce que nos Rois ont
confié les premiers commandemens
de la Marine & du
Nouveau Monde aux Gabarets.
Il y a eu parmi ux des
Lieutenans Generaux des Ar
Lilj
126 MERCURE
mées , des Chefs d'Efcadre ,
un grand Croix de l'Ordre
de Saint Louis , & aujourd'huy
M's de la Marine comptent
encore plufieurs Gabarets Capitaines
de Vaiffeaux, ou dans
les autres premiers emplois
de la Mer.
Je ne doute point que ce
ne foit vous faire plaifir , que
de vous envoyer une partie
d'un Difcours du Saint Sacrement
, qui a esté prononcé .
devant une Affemblée de
nouveaux Convertis ; en prefence
d'un grand nombre
d'Ecclefiaftiques , par M ' AuGALANT.
127
doüil , Bachelier en Theologie
, Prieur de Saint Sulpice
en bas Poitou . I prit fon
Texte de ce Verler de l'Apol
cre. Que chacun s'éprouvé¹¹al
vant que de manger de cé Pain,
de boire à ce Calice , & parla
du Saint Sacrement fous l'i
dée qu'en donne l'Evangile ,
d'un grand Feftin auquel le
Sauveur appelle & reçoit indifferemment
tout le monde .
Il dit en s'adreffant à trois
fortes de perſonnes , que la
Table du Seigneur eſtoit ors
dinairement remple , fçavoir
de nouveaux Convertis , deLi-
Liiij
128 MERCURE
bertins , & d'Ames devotes ,
& pria les nouveaux Convertis
de s'éprouver longtemps
& bien ferieuſement ,pour fça .
voir s'ils avoient allez de Foy
pour manger à la Table du
Seigneur , parce qu'il y en
faut apporter une grande. Il averticles
Libertins de s'éprou
ver avec beaucoup de foin.
pour fçavoir s'ils avoient la
Robbe Nuptiale , c'eſt à dire
la grace de Dieu , parce que
s'ils ne l'avoient pas , l'Epoux
ne manqueroit point de les
chaffer quand il feroit venu
& de les condamner aux Te
GALANT: 129
nebres éternelles ; & enfin il
conjura les Ames devotes qu'il
n'y euft qu'une vraye faim de
manger la Chair de l'Agneau
qui les amenaft à la Table
& non pas l'habitude , de
peur que cette Sainte nourriture
ne les étouffaft , ou ne
leur devinft inutile, Puis vers
la fin du difcours s'adreffant
à ces derniers , il leur parla
en ces termes.
Ne penfez pas , Ames devotes,
que fous pretexte d'une
grandeSaintetéje vous veuille
éloigner des Autels , ou que
je defaprouve la conduite de
130 MERCURE
ceux qui vous y appellent fou
vent . A Dieu ne plaiſe que
je blâme perſonne . Je crois
que tous font pour le mieux ,
& pour la gloire du Dieu qu'ils
fervent . N : croyez pas non
plus que je fois las de vous
rompre le Pain que Jeſus .
Chrift m'amis entre les mains
pour vous , ou que je craigne
qu'il vous manque. A quoy
me ferviroit l'Augufte Carac
teres que j'ay Phonneur de
porter ? Aurois je receu en
vain lá Livrée des Serviteurs
du Banquet ? Non , Meffieurs,
quoy que je fois le Miniftra
GALANT.
121
de la Table , je fuis pourtanc
toujours preft à vous fervir ;
& je vous affeure que rien ne
vous manquera
au Festin de
mon Maiftre , parce qu'il en
a fait un grand. Venez donc ,
Ames fidelles , venez avec af
feurance
manger fon Pain.
Venez manger fa Chair ; raffafiez-
vous en , engraiffezvous.
en. Venez , cheres Ames,
vous qui au deffus des autres
eftes alterées de la foifde voftre
falut , boire le vin qu'il
vous a mellé , ce vin délicieux
qui enfante les Vierges . Beuvez
à long traits à ce torrent
132 MERCURE
de plaifirs. Enyvrez vous y ;
mais prenez garde , cheres
Ames , d'eftre fobres en vol
tre boire & en vostre man ger.
Que la force ou la foiblefle
de vostre vertu en foit la regle
, de peur qu'en mangeant
trop , cette fainte nourriture
ne vous étouffe, ou ne vous
foit pour le moins inutile ,
ou que ne mangeant pas affez
vous ne tombiez en langueur ,
& ne foyez coupables d'avoir
meprifé le Festin de Jefus .
Chrift . Puis parlant aux nou
veaux Convertis ; & vous
mes chers Freres , dit- il , je
GALANT.
133
ne fçay fi je ne dois pas dire encore
, feparez de nous : Vous,
dis je, dont les peres eftoient
dans la melme Eglife que
nous , mais que le malheur
de voftre naiffance , ou qu'un
étrange aveuglement a arra
chez de fon fein , retournez,
& venez aufli , je vous en conjure,
au Festin de mon maiftre.
Je vous convie de la part ,
n'y manque plus que vous ,
tout y eft preft , luy à vous
recevoir , & nous à vous fervir.
Que le refpect humain
ne vous retienne plus , & que
le malheur de tant de vos
il
141 MERCURE
Freres qui ont fuy en des
Royaumes étrangers vous apprenne
à n'aller pas chercher
fi loin unenourriture que vous
arouverez fi prés de vous ; &
que vous ne pouvez trouver
que dans nos maifons , dans
nos Eglifes: Ils ont demandé
đu pain ; mais ce n'eftoitplus à
leurs peres ; auffi n'ont ils
trouvé perfonne qui leur en
rompift . Ils ont demandé à
boire , & quand on a voulu
leur en puifer , ç'a eſté dans
ces Cifternes crevées qui ne
tiennent plus d'eaux , ou qui
n'en tiennent que de fales &
GALANT
135
de puantes quiles ont empoi
ſonnez. Qu'une vaine, elperance
de rebâtir encore des
Temples , comme vous vous
flattiez toujours , ne vous ar
refte pas non plus . Sans dou
te que c'est à cette heure que
le temps de la Prophetic du
Seigneur eft accomplie , qui
dit qu'il ne restera pas pierre
fur pierre en cet endroit . Dieu
permettroit- il que la pureté
du Culte de fon peuple , fuft
fouillée plus longtemps par
la celebration de vos Mifte
res? Enfin que toutes ces rai
fons qui ne font fondées que
+36 MERCURE
fur le fable de l'imagination ,
& fur des conjectures , ne vous
empêchent plus de goufter
avec les vrais enfans , combien
leur Seigneur eft doux ,
combien le pain dont il les
nourrit eft agreable , combien
il eft delicieux .
Mais d'où vient , Miniftres
du Seigneur , qu'il ya fi longtemps
que nous les convions
& qu'ils s'excufent toujours?
D'où vient qu'il y a fi lòng.
temps que nous crions , &
qu'ils ne nous entendent pas?
Ne feroit- ce point noftre
faute , ou bien ne feroir- ce
GALANT. 137
point aveuglement , endurciffement
par la leur ? Si c'eft
noftre faute , pardon , ô mon
Dieu , pour nous tous, autang
que nous fommes , icy de Paf
teurs , mais fi c'eft opiniâtre
té , endurciffement de leur
part , les y abandonnerezvous
, & nirez vous poing
chercher les Etrangers d'Orient
& d Occident pour rem
plir leurs places à vostre Fel
tin , comme vous les en menacez
pour les punir ?
$
Non , Meffieurs , noftre
Dieu est trop bon , tes mifericordes
n'ont point de bor
M Novembre 1698 .
138 MERCURE
nes . Il fe fert de tout pouri
faire entrer les enfans dans
il
fa maiſon , & quand fa douceur
ne les a pû coucher ,
veut qu'on les force . Celt
ainfi qu'il s'en explique par
fa fainte parole ; compelle intra
re, Mais quoy ? Seroit il per
mis de forcer des hommes
d'entrer dans la maifon de l'Epoux
& de manger à la Table:
Ce font vos plaintes
mes Freres feparez , aufquel
les je ne puis rien répondre,
finon que Jelus- Chriſt a commandé
de le faire .
Mais qui eft ce, ô mon Dieu,
GALANT 19
A
qui feroit affez fort, affez puiffant
pour le faire? Louis connu
fous le nom de Grand , autafit
par la pieté & par fon zélé
pour la vraye Religion , que
par la valeur de les Armes ,
l'a entréprís , & il y a travail.
lé heureufement depuis plu
fieurs annees , perfuadé que
fon Regne , quelque glorieux
qu'il faft , ne feroit digne du
Fils aifné de l'Eglife , que
quand il l'autoit couronne de
la converfion de tous les Heretiques
, & de la réunion
de tous les Sujets dans une
mefme Foy, & dins un mefme
Culte.
MJ
140 MERCURE
a
En effet, fi ce grand Roy
n'avoit cherché que la gloire
du monde , ne feroit- il pas
à la fin de fes defirs ? Yeuril
jamais Regne plus heureux
, plus long , plus abſolu
que le fien , & depuis qu'il y
a des Rois , en eft il qui ayenc
efté plus connus ? N'en eft it
point venu de plus loin que
de Saba pour entendre fortir
les oracles de fa bouche ,
& eftre témoins de fa magnificence
? Y en eut-il de plus
aimé de les Sujets , de plus.
craint de fes voifins , de plus
Batté de la fortune ?
GALANT.
141
L'Europe l'a veu , elle en a
tremblé par dépit, & s'il le pouvoit
qu'on ramaſſaſt , tout le
fang qu'elle a repandu depuis
plus de foixante années pour
en marquer fon reffentiment,
ne feroit, il point une grande
Mer dont les flors plus irri
tez à certaines tempeftes fem
bloient devoir engloutir tout
le Royaume, qui cependant
fe font venus brifer aux pieds
de fon Roy comme aux pieds
d'un Rocher , fans qu'il en
ait efté ébranlé.
Cela contenteroit fans dou
te l'ambition d'un Prince
142 MERCURE
1
moins religieux ; mais celle
de ce grand Roy n'a eſté que
de faire regner encore plus la
vraye Eglile en fes Eltats que
luy mefme , & fi on en pou
voit douter , les Seminaires
fondez , les Millions eftablies ,
fes Trefors ouverts , les biens
dont il a comble ceux qui
ont voulu adorer Dieu , fes
foins , fa follicitude , fadou .
ceur dans un temps , la levefité
dans un autre , n'en feront-
ils pas des monumens
que le temps nefçauroit effacer,
& quand l'envie qui en
veut ordinairement aux plus
GALANT 143
grands hommes , fermeroit
la bouche à ceux qui le pou
roient raconter à la pofterité,
des monceaux de pierre aufquels
elle ne peut impoſer
une pareille loy, ne crierontils
pas de tous les coins de la
France , qu'ils eftoient autrefois
les Temples d'une fauffe
Religion , & que c'eſt Louis
le Grand qui les a renverfez?
En vain un monde d'ennemis
s'eft élevé pour les vanger,
le Dieu qui en avoit arrefte les
ruines eſtoit encore plus fort,
& nel'apas voulu fouffrir . Ausant
de fois qu'ils fe font effor144
MERCURE
cez d'y travailler , autant de
fois a ton veu tomber fureux
commefur les enfans des Juifs
quand ils ont voulu refaire
le Temple de Jerufalem , un
feu qui a embrasé en moins
de rien des Villes fuperbes ,
des Provinces entieres , des
millions d'hommes.
Ce feu auroit confumé tout le
refte lans doute , fi le grand
Roy qui le portoit ne s'eftoit
arrefte , & n'avoit fait la Paix,
touché de voir qu'une partie
de la gloire de l'Eglife
n'eftoit baſtie que fur les offemens
de fes propres enfans ,
&
GALANT . 149

1
& pour empefcher que la pol
terité n'apprift ce qu'elle au
roit eu de la peine à croire
que ceux qui auroient deu
eftre les peres & les protecteurs
de l'Eglife , & qui en
portoient les titres les plus
ambitieux , avoient efté les
premiers à répandre fon lang
& à la deshonorer .
Qu'on ne dife donc pas
que c'est épuisement d'hommes
& d'argent qui a obligé
ce grand Roy à faire la Paix ,
& non pas l'intereft de l'Eglife.
La France a - t - elle jamais
manqué? A t - elle dimi-
Novembre 1698. N
146 MERCURE

nué quelque chofe de fa ma
gnificence , au milieu de la
plus forre Guerre ? N'a - t - elle
pas des refources inépuifables
? Le Dieu des Armées ne
l'a- t- il pas toujours partagée
d'une maniere ſenſible dans
les grandes occafions ? Pour
moy , Mellieurs , j'ay cette
confiance en la protection
de l'Eternel , que quand il
feroit vray que la France auroit
manqué d'hommes &
d'argent , Diewauroit encore
comme autrefois , fait des
miracles en fa faveur , & auroit
envoyé les legions d'An.
GALANT. 147
ges combattre pour la gloire
de la nation , & pour une auffi
juſte cauſe.
Qu'on n'appelle pas haine
non plus la force que ce grand
Roy a employée & qu'il em .
ploye encore quelquefois
contrefon coeur pour ramener
tous fes Sujets au ſein d'une
même Eglife. Ce n'eft pas haine
, Meffieurs , quand on ne
nous force que pour notre
bien . C'eſt amour , c'est tendreffe,
& que ceux qui parlent
aufli injnſtement faffent reflexion
que s'il les frappe , c'eſt
doucement, que c'eft en pere,
Nij
148 MERCURE
& non pas en Roy , & que fi fa
bonté ne retenoit les coups,
leurs mutineries , leur opiniâtreté
, leurs affmblées devenues
publiques contre fes
Loix , contre les Ordonnances
, demanderoient de luy des
exemples de feverité & de
justice.
Ne blâmez donc plus fa
conduite , Nouveaux Convertis
. Si ce grand Roy vous
frappe quelquefois , c'eſt
pour voftre bien , c'eft qu'il
y eft forcé luy mefme , compelle
intrare , & demandez pluroft
avec nous , comme nous
GALANT. 149
vous le demandons tres- humblement
, ô mon Dieu , de
luy donner encore de plus
longues années pour achever
le grand ouvrage qu'il a commencé
, & un Regne toûjours
plus heureux .
Et vous, Miniftres des Autels
, au nom de qui j'ay
l'honneur
de parler, & à qui je
m'adreffe prefentement
, forcez
les auffi de votre cofté
d'entrer dans la Maifon de
voſtre Maiſtre ; car c'eſt à vous
encore plus qu'aux Princes de
la Terre à qui le Sauveur
commande de le faire . C'eft la
Niij
ISO MERCURE
nous qui fommes les vrais ferviteurs
du Feftin ; mais que
ce foit d'une maniere differente.
Dieu a mis l'Epée à la
main des Rois , ils doivent
l'employer à fon ſervice ; mais
pour nous, nos Armes , ce font
nos paroles , nos bons exemples
& nos prieres . Ite in vi
cos , plateafque Civitatis . Al
lons donc, chers Paſteurs , al
lons dans leurs maiſons , allons
par tout chercher ces
pauvres Brebis égarées pour
les ramener au troupeau
. Parlons
leur , follicitons-les fans
ceffe. S'ils ne nous entendent
GALANT ki
pas pour la premiere fois , ne
nous rebutons point ; peuteftre
nous entendront ils une
autre. Plantons toujours dans
la Vigne du Seigneur, peuteftre
qu'à quelque heure il y
donnera de l'accroiffement.
Semons toujours dans le
Champ du Seigneur , peureftre
nous donnera t - il du
fruit en fon temps . Mais fur
tout , chers Miniftres , beaucoup
de douceur , beaucoup
de patiende , & reffoprenons .
nous que la force fait des ef
claves , que la violence fait
des hypocrites , & que c'eſt

Niiij
152 MERCURE
douceur qui gagne les coeurs;
& fi voftre douceur ,finos fol.
licitations ne peuvent rien
faire fur eux , qu'ils ne fe
prennent qu'à eux meſmes de
leur perte, & non pas à nous,
Nous aurons obey au commandement
de nôtre Maiftre,
nous aurons efté fidelles à
noftre miniftere.
Mais quoy , à la fin les
abandonnerons
- nous à leur
fens reprouvé ? Non , chers
Pafteurs , puifque Dieu luymefme
ne le fait pas , & fi
voftre douceur , vos bons
exemples & vos foins ne les
GALANT. 153
ont pûtoucher ; fervons nous
des dernieres Armes que
Dieu nous a données , qui
font les larmes & la priere.
Répandons nos Ames & nos
coeurs devant la Majefté du
Tout-puiffant. Joignons nous
enfemble , peut eſtre écoute,
ra-t- il nos cris.
O grand Dieu , qui faites
tout ce qu'il vous plaiſt , qui
tournez à vostre gré l'efprit
& les coeurs des hommes ,
nous avons preſché , ils ne
nous ont pas entendu . Nous
avons crié , ils ont efté ſourds
â nos voix. Nous les avons
154 MERCURE
voulu forcer , ils nous ont
toujours refifté. Forcez les
donc vous meſme , ô mon
Dieu , d'entrer dans voſtre
fainte Maiſon par la douceur
& par la puiffance de voſtre
grace . Diffipez les épaiffes
tenebres de leur eſprit. Oftez
leur ce coeur dur , ce coeur
de pierre qui les rend infenfibles
à tour. Faites leur con .
noistre vous mefme la verité.
Faites qu'ils l'aiment , afin qu'il
n'y ait plus dans ce grand
Royaume, qu'un Dieu , qu'un
Roy , qu'une Foy , qu'un Paf
teur.
GALANT .
155
1
Le premier jour de ce mois,
Fefte de tous les Saints , le
Roy fit la diftribution des Be
nefices comme il a accoutu.
mé de la faire dans toutes les
Feſtes Solemnelles . M'l'Evelque
de Frejus fut nommé à
l'Evefché de Seez . Il a efté
Agent General du Clerge, &
il eft Fils de feu M' Daquin,
Premier Medecin de Sa Majeſté.
Il a demandé un Eveſché
moins confiderable que
celuy qu'il quitte , parce qu'il
a cru qu'il y vivroit plus en
repos . Je n'en dis point les
raifons , elles font affez con156
MERCURE
nuës . On trouve beaucoup
de prudence dans la demande
qu'il a faite de l'Evefché
de Seez , en abandonnant ce
luy de Frejus.
M ' l'Abbé Fleury , Aumof
nier du Roy ; aprés l'avoir efté
de la Reine , a fuccedé à м'
Daquin dans l'Eveſché de
Frejus . Il eft confideré , efti
mé , & aimé de toute la Cour,
qui a témoigné beaucoup de
joye de fa nomination .
L'Evefché d'Alet a efté
donné à M' Tafforeau , Grand
Vicaire & Official de l'Archevelché
de Sens , & Doyen de
GALANT. 157
ce Chapitre. Il eft Fils d'un
Confeiller au Prefidial de
Sens , & a fait voir par de
doctes & touchantes Predications
, qu'il excelle dans la
Chaire . Le Roy ayant entendu
parler de les grandes
qualitez , & voulant un homme
zelé & laborieux pour eftre
Evefque d'Alet , l'anommé
fans qu'il en fçeuft rien ,
& fans qu'il l'euft demandé.
M ' Tafforeau a eu mefme
de la peine à ferefoudre d'accepter
l'honneur qu'il a receu
par cette nomination . Cela
eft beau pour le Roy, & glọ-
158 MERCURE
rieux pour celuy qu'a choifi
fa Majesté . L'Evefché d'Alet
eftoit vacant par la démiſſion
volontaire de M'Melian , que
fa mauvaiſe fanté & fes incommeditez
ne laiffoïent pas
en eftat de bien remplir les
devoirs d'Evefqué
.
Sa Majefté a donné l'Abbaye
des Trois Fontaine à M'
l'Evefque de Toul . Vous fçavez
qu'il y a quelque temps
qu'il refufa l'Archevefché de
Bordeaux. Il eft Fils de M
le Marquis de Biffy , ancien
Lieutenant General des
Armées du Roy , Lieutenant

3
GALANT.
159
1
}

de Roy en Lorraine , & Gou
verneur de Nancy .
M ' l'Abbé de Livry a efte
pourveu de l'Abbaye de Saint
Sernin de Touloufe . Il eft encore
fort jeune , & Fils de M
le Marquis de Livry , Premier
Maistre d'Hoſtel du Roy,
qui a fuccedé dans cette Charge
à M.de Livry fon Pere,
Ifert avec beaucoup d'affi
duité , & rien n'échape à fon
application
.
Ml'Abbé
d'Annery , ancien
Curé de Saint Germain
en Laye , a obtenu l'Abbaye
de Chery , & celle de Marolle
160 MERCURE
en Flandres , a efté donnée au
Pere de la Barre, qui en eftoit
Prieur.
Madame de la Rochefoucault
a etté gratifiée de l'Ab
baye de Saint Sauveur d'Evreux.
Elle eft Niece de la
deffunte Abbeffe.
Madame Drouy , Soeur de
M' le Marquis d'Etampes ,
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , a eu
celle de Pacy .
Meffire Jofeph de Beaufort ,
Preftre de Paris , a efté pourvû
du Prieuré de Lonjumeau.
Ila eftéDirecteur de l'Hopital
GALANT. 161
des Incurables , Chanoine de,
la Cathedrale de Chalons , Archidiacre
de Joinville , puis
Theologal , & a fait pendant
plufieurs années les fonctions
de Grand Vicaire de M' l'E
vefque de Chalons , aujourd'huy
Archevelque de Paris
eftant auffi Superieur du Petit
Seminaire . Il eft homme de
TE
Lettres , tres - profond en l'intelligence
de l Ecriture & des
Peres de l'Eglife, & entend par
faitement laLangue Grecque.
C'eft luy qui a donné au Public
les Extraits de Platon qui
ont efté imprimez depuis
Novembre
1698 . O
162 MERCURE
quelque temps . Il a beaucoup
d'érudition , & eft d'ailleurs
grand homme de bien , fort
aifé à vivre dans le commerce
du monde, quov qu'il foit
tres retiré. Feu Madame de
Vandeüil , Femme de M' le
Marquis de Vandeüil , Lieutenant
des Gardes du Corps ,
& Maréchal des Camps &
Armées du Roy , eftoit fa
niece . I eft Frere de l'Abbé
Regulier de Seffons , Ordre de
Cilteaux, Abbaye fameuſe par
l'aufterité des Religieux qui
y vivent comme à la Trape.
On écrit de Rome que
GALANT 163
Sa Sainteté fait travailler à
des Fonts Baptifmaux qu'
elle place dans la premiere
Chapelle à gauche en entrant
dans Saint Pierre. Il n'y aura
rien de plus magnifique. La
Chapelle eft de haut en bas
incrustée de divers Marbres
d'une beauté furprenante ,
avec trois grands : Tableaux
de la main de Caolo Marat.
Ce qu'on appelle Fonts Baptimaux
et une ancienne
Urne de figure ovale , fort
grande , larger profɔnde ,
diun Porphire le plus beau ,
le plus éclatant , & le plus
O ij
164 MERCURE
uny que l'on puiffe voir. Cette
Urne eft fort ancienne , &
fut faite autrefois pour y mettre
les cendres de l'Empereur
Adrien , & placée dans le
Moles Adriani , enfermé dans
le Chasteau Saint Ange . On
la tira de là il y a prés de
fept cens ans pour y mettre
les Reliques de l'Empereur
Othon , grand Bienfaicteur
de la Sainté Eglife. Enfin le
Pape Innocent XH . s'en fert
aujourd'huy fort à propos
pour leBaptefme . Il la fait couvrir
d'une espece de Couronne
de Bronze , jetté d'un admiraGALANT.
165
ble travail , & dorépar intervalles
, qui coutera plus de trente
milleécus Romains , Voicy
l'Infcription que l'on gravera
en lettres d'or fur un Mar
bre noir , qui fera appliqué
au fond de la Chapelle en
face des Fonts.
INNOCENTIUS XII .
P. M.
REGENERANDIS FILIIS HOMINUM
ET IN DEI FILIOS ADOPTANDIS .
M. DC LXXXXVI11 .
On a eſtablià Dole un Ho
166 MERCURE
pital General d'une nouvel
le metode , avec laquelle par
des mesures certaines on y a
fait ceffer abfolument la mendicité
, & mefme la fainean .
tife . Le Roy a fecondé le zele
des Habitans par des marques
de fa liberalité . La Mailon où
font les pauvres qu'on appelle
la Charité , eft d'une propreté
achevée. Beaucoup d'Etrangers
vont la voir par curio
fité, & tout le monde en loue
le bel ordre. Ce que l'on admire
davantage dans cette
nouvelle metode de charité,
c'eſt que les Reglemens en
GALANT. 167
font fi beaux, que le magiftrat
eftant bien de concert
pour l'obſervation exacte de
toute la Police que l'on eftablic
par là , il arrive que nonfeulement
les pauvres font
merveilleufement ſecourus ;
mais qu'il n'eft point de particulier
qui n'en tire de l'avantage
, du moins par le repos
où l'on vit d'eftre délivré de
l'importunité des pauvres . On
eftablit dans cette Maifon
jufqu'à feize fortes de Manu
factures où l'on fait de tresbeaux
ouvrages , & les plus
neceflaires dans les deux
i
168 MERCURE
Bourgognes
. On voit tout le
Plan de cette metode de charité
dans deux petits Livres
qu'un Pere Jefuite a donnez au
Public , dont l'un a pour titre ,
Projet , & l'autre ; l'Eſtabliffe .
ment de la Charité de la Ville de
Dole , On trouve à la tefte du
Projet le nom de м de Vaubourg
, Intendant de la Fran .
che-Comté . C'eft auzele de ce
Miniftre que le Public eft obligé
de cette nouvelle metode,
qui eft certaine pour venir à
bout d'executer les Edits &
la volonté du Roy en cette
matiere , de faire ceffer par
tout
GALANT 169
tout la mendicité. Cet exem
ple pourra ettre fuivi dans le
Royaume, par ceux qui ont du
zele pour les Hôpitaux Generaux,
& de la tendreffe pour
les pauvres
.
Le 7. de Septembre dernier
jour de Dimanche , cet eftabliffement
de la Charité ayant
efté reglé à Dole , on diltribua
le pain aux Pauvres
de la Ville dans la Sainte Chapelle
, à huit heures du ma
tin , aprés la Melle , & aprés
l'Inftruction & les Prieres pú
bliques qu'on fit pour les
Bienfaicteurs de cette Mai.
Novembre 1698. P
170 MERCURE
à
fon. Les pauvres honteux fu
rent reglez ce jour - là , les ma
lades
qui n'eftoient pas
'Hoftel- Dieu furent fecou.
rus , & on mit l'ordre pour
les paffans. Le lendemain ,
on habilla cent trente pauvres
qui devoient entrer à la
Charité. Les Garçons font
veftus de rouge , les Filles
d'un gris minime , & les uns
& les autres d'une grande pro
preté. On fir ce jour- là , qui
eftoit celuy de la Nativité de
la Vierge , une Proceffion
folemnelle, où affifterent tous
les Corps Seculiers & Regu
1.
GALANT: 171
1 liers de la Ville . La Procef-
1 fion s'eftant terminée à lá
Charité , on y chanta le Tɛ
DEUM , pour rendre graces
à Dieu du fuccés de cette entrepriſe
. On fit enfuite aux
pauvres de la Charité un Fef.
tin où rien ne manquoit ! Les
Garçons furent fervis par les
principaux de la Ville , & les
Filles par les Dames les plus
diftinguées , La plupart de
ceux qui virentlafolemnité de
cette Proceffion en répandi-
1 rent des larmes de joye .
·
Ce fera fans doute faire
plaifir à tous ceux qui font
Pij
172 MERCURE
curieux d'Estampes , que de
leur donner avis que le S
Peroù , Concierge de l'Acade
mie Royale de Peinture & de
Sculpture , logé dans la meſme
Academie proche du Lou
vre , continuë de vendre differentes
Estampes , gravées
par les plus habiles hommes,
anciens & modernes .
Les vers que vous allez lire
font de M de la Cofte .
GALANT
173.
POUR UNE AIMABLE
perfonne qui vouloit que
fon Amant fçeuft faire des
Vers.
Pouffé d'une verve fecrette
Mon efprit chatouille mes fens
Plus je me tate , & mieux jefens
Que bientoft je feray Poëte.
S
O Dieux , quelle métamorphofe !
Moy qui nefis jamais de Vers ,
Emeu par cent tranſports divers
Je ne puis plus aimer la Profe.
Fadis Partifan de l'Epée ,
Le Dieu Mars faifoit mon plaifir;
ཙྪ
Piij
174 MERCURE
Aujourd'huy d'un nouveau defir,
Mon ame fe fent occupée.
Apollon vient prendre la place
Où regnoit ce Dieu des hazars.
Garde qui voudrales Rampars ,
Pour moy,je cours vers le Parnaſſe.
S
Heureux dans l'espoir qui m'en.
chante
Si m'animant parfes douceurs
Quelqu'une des charmantes Soeurs
Me tend une main bienfaiſante.
S
L'Amour est le Dieu qui m'in-
Spire:
C'est luyſeul qui reglemes pas :
GALANT. 175
Avec luy que ne peut on pas ¿
Et fans luy que peut on bien dire?,
S
Philis parfes dons fi charmante
Veutqu'en Verson peignefesfeux.
Pourluyfaire agréer les voeux
D'une Ame tendre & languif.
fante.
2
Ainfi banniffons les obftacles
Que la crainte vient m'oppofer.
Pour luy plaire , je puis ofer
Promettre faire des miracles ."
La Belle en doutera peut eftre
Mais pourtant quand on aime
-bien ,
Piiij
176 MERCURE
L'Amour ſçait trouver le moyen
D'un Apprenty d'en faire un
Maistre?
2
Que cette Mer ou je m'enbarque
Ait mille dangereux Rochers ,
me ris de tous les dangers
S'il daigne conduire ma Barque.
Je
&
La vive ardeur qui m'encos.
rage
Pourra par un puiffant effort ,
Lorsque j'auray quitté le Port,
Me faire éviter le naufrage.
Jirayfans crainte àpleine voile
GALANT. 177
7
Au gré desflots , au gré du vent,
Si la bourafque me furprend
Philis me fervira d'Etoile,
Il y a longtemps qu'on parle
du prefent que le Roy a
fait à l'Eglife Cathedrale de
Strasbourg. Il confifte en une
Croix d'argent de fept pieds
de haut , & en fix Chandeliers
d'environ cinq pieds &
demy chacun . La hauteur qui
fait juger du poids en marque
affez la richeffe , mais
quoy que la matiere en foit
precieuſe , cet ouvrage eft encore
beaucoup plus confide178
MERCURE
rable du cofté du travail . Si
toft qu'on fçeut que la Croix
& les Chandeliers eftoient à
Strasbourg , les plus habiles
Orfévres de ce Pays - là allerent
les voir , & furent fi fur.
pris , tant du deffein que de
l'execution , qu'ils demanderent
permiffion à M¹le Marquis
d'Uxelles de les faire def
figner , & graver enfuite ,
pour leur fervir de modele lors
qu'ils entreprendroient quelque
ouvrage de cette nature.
Vous jugez bien que les ouvrages
ddoonntt je vous parlefont
de M de Launay , & qu'ils ne
GALANT. 179
peuvent venir que de luy ,puif
que c'est le Roy qui les a fait
faire. Ce prefent eſtoit accom
gné de trois Ornemens d'Eglife
qui confiftent en deux'
Devans d'Autel pour chacun ,
en Chafubles , Chapes , Tuniques
, Etoles , Manipules ,
Couffins , Echarpes , Voiles ,
Burettes & Pales . Ces Or
nemens font , l'un de Velours
cramoify , l'autre de Velours
vert , & le troifiéme de Satin
blanc, Ils font tous trois bro
dez d'or. Il y a de plus un
Dais de Satin blanc auffi bro .
dé d'or. Le Service fut folem
180 MERCURE
nel le jour que ces Ornemens
furent benits par M'l'Archevefque
de Dublin , Grand-
Vicaire de Strasbourg. Il offi.
cia Pontificalement à la Proceſſion
, à la grande Meffe , &
à Vefpres. On fe fervit de
tout l'Ornement rouge , & de
toutes les Chapes des deux
autres. Il eft malaifé de s'imaginer
l'effet que produifirent
tant de richeffes enfemble.
L'Eglife eftoit remplie
jufqu'aux voutes , & on ne fe
laffoit point d'admirer la richeffe
du prefent du Roy. Ou
tre la Mufique du Choeur à
GALANT. 18t
laquelle on avoit travaillé
longtemps auparavant , il y a
voit aux Orguesdes Trompettes
& desTimballes . On fir
cette ceremonie en action de
graces du prefent , & on choifit
le 23. d'Octubre , en me
moire du jour que Sa Ma.
jelté avoit fait dire la pre
miere Meffe dans cette Cathedrale
apres la foumiſſion de
la Ville , il y avoit ce jour là
dix - huit ans. Le Chapitre a
fait faire une Oraifon particuliere
pour rendre
rendre grâces
à
Dieu de ce que le Roy a ref
abli le Culte dela vraye Re
182 MERCURE
ligion dans cette Eglife , & il
l'a fait imprimer dans fon
Breviaire. Quoy que je ne
mette pas ordinairemeut de
Latin dans mes Lettres ,
comme cette Oraifon eft
courte , & que le cas eſt nou.
veau, je ne puis m'empefcher
de vous l'envoyer.
DEus qui in veteri lege , templum
per Judam Machabamm
vero cultui reftituifti , &
templum hoc ,• per Ludovicum
Regem Christianiffimum , ma.
gnificè ornatum , Sacro cultui reddere
dignatus es , praſta quafuGALANT
183
mus , ut ejufdem reftitutionis
diem , annua devotioné recolen
res, quoties illud beneficiapetituri
ingredimur , cuncta nos impetraffe
latemur. Per Dominum
noftrum.
Il fe trouva ungrand nom
bre de Comtes à cette ceremonie.
Vous fçavez que c'est
la qualité des Chanoines de
Strasbourg. Ils ont deputé au
RoyM'leComte de Mourbac ,
Frere de Madame la Marquile
de Dangeau qui eft de leur
Corps pour remercier Sa Majefté.
184 MERCURE
L'Affem-
L'on mande deRenes enBre
tagne du 14 de ce mois, que
M Defplaces Poulart le Fils y
afoutenu une tres belle The
fe dédiée à Monfieur le Comte
de Thoulouſe, Gouverneur
de la Province.
blée fut tres illuſtre , tant à
cauſe de M¹ du Parlement qui
s'y trouverent , que d'un très.
grand nombre de perſonnes
de qualité , & autres Gens de
merite & de diftinction , qui
vinrent entendre avec une
joye extrême les louanges de
ce grand Prince. Le lieu choii
pour cette ceremonie efGALANT.
185
toit richemeut tapiffé , & on
y avoit élevé une Eftrade avec
un Dais magnifique de Velours
cramoily relevé en broderie
d'or . On y plaça un
Fauteuil avec un Carreau magnifique
fur lequel on pofa
la Thele qui eitoit de Satin ,
ornée d'un Cadre doré , enrichy
de plufieurs . Ornemens
qui marquoient la haute dignité
d'Amiral de France
dont Monfieur le Comte de
Thouloufe eft reyestu . L'ouverture
de cette Thefe fut
faite par M de Gu - rian , Confeiller
au Parlement , qui ha
Novembre 1698. Q
186 MERCURE
rangua avec un applaudiffement
general , aprés que le
Répondant l'eut fait d'une
maniere pleine d'efprit. Il fe
prefenta tant de perfonnes
pour argumenter, & pour faire
l'Eloge du Heros dont on
celebroit la Fefte, qu'il auroit
falu huit jours entiers au Soutenant
pour répondre à toutes
leurs objections . Mais on
peut dire à la louange de ce
jeune Philofophe , que s'il fut
bien attaqué , il fe deffendit
encore mieux . Ses folutions
parurent fi ingenieuſes, & il les
donna avec tant de grace , qu'il
GALANT 187
s'attira l'admiratione de tous
ceux qui l'entendirent.
Je vous avertis Madame ,
qué ce que vous fouhaitiez
eft arrivé. On ne peut jamais
traiter trop amplement cer
tamnesimatieres
heureufes
dont tout le monde rire de
Facilite & cete obli
gé M l'Abbé de Bellegarde
augmenter for livre inti
2
fulé , Madeles de converfations
pour les perfonnes polies . Le S
Guignard Libraire , qui de
meure rue Saint Jacquesàl'Image
Saint Jean , en debite
une feconde Edition , beau
Q ij
188 MERCURE
coup plus correcte que la premiere
, l'Auteur ayant bien.
voulu repaffer fur tour ſon
ouvrage , & prendre garde å
ce qui pouvoit s'y eſtre gliſ
fé contre la verité de l'Hiltoi
re & la pureté du Stile . L'augmentation
qu'il y a faite eft
d'ailleurs confiderable
. Elle
eft fur les vertus heroïques
depuis la page 206. juſqu'à la
page 289. Tout ce qu'il écrit eft
fort eftimé, & c'est avec beau
coup de Juftice .
Le mefme Libraire
debite
depuis quelques
jours un autre
Livre d'une grande utiliGALANT.
189
les
té , mais il eft d'une autre
nature. Il a pour titre , Sentiment
que la Retraite infpire fur
principales veritez de la Religion
, & il eft divité en trenre
& un articles , qui contiennent
autant de veritez dont
on tire le fujer de la Retraite ,
& qui font rangées fuivant la
metode de Saint Ignace . Ce
petit ouvrage, rempli par tour
d'onction , eft du Pere Louis
Doucin , Jefuite . Ce font de
fimples , mais de vives Reflexions
dontquelquesAmes s'é
tant fenties penétrées durant
une retraite de huit ou dixjours
190 MERCURE
ont voulu conferver l'impref
fion toute l'année . Pour cela ,
chaquejour du mois elles en
lifent un article , & en font
mefme quelquefois le fujet
de leur Medication. Les paro
les de l'Ecriture qui font au
bas de chacun de ces articles,
& la pratique de pieté conforme
aux Reflexions dont
elle eft precedée , doivent fervir
le long du jour d'occupa
tion aux perſonnes qui voudront
tirer quelque profit des
Reflexions.
Le S Michel Brunet , Libraire
au Palais , chez qui fe
GALANT. 191
debitent tous les Ouvrages
Galans, vient de nous en donner
un nouveau fous le titre
des Soeurs Rivales . L'Auteur
affeuré qu'il n'y a riend'inventé
dans les faits effentiels , &
que les deux Rivales dont il
rapporte les avantures , font
encore dans la plus belle faifon
de leur âge. Il feroit fort
malaifé de mieux réuffir qu'il
a fait à peindre dans la Cadette
le caractere d'une inclination
louable , & dans
l'Aifnée les
emportemens
d'une violente paffion.. Son
Stile eft net & fort pur , &
192 MERCURE
l'on
peut
dire
que
s'il
a mellé
quelques
fictions
au
corps
de
l'Hiftoire
,ellesy
font
infinuées
d'une
manierefi
naturelle
, que
bien
loin
d'en
bleffer
la verité
, elles
le
fervent
qu'à
luy
donner
du
brillant
.
On trouve chez le mefme
Libraire un autre Livre nouveau
intitulé. Le Puits de la
verité , Hiftoire Gauloife. Le
Stile n'en eft point du tout
Gaulois , au contraire , il fait
fouvent entendre beaucoup
en fort peu de mots , & d'une
maniere tres agreable . S'il ya
de la Satire , elle eft genera
le
GALANT.
193
le , & tout le monde en peur
profiter fans qu'on la puiffeappliquer
particulierement à
perfonae.Ce que l'on peut dire
de ce Livre fans entrer dans
le détails c'est qu'il eſt tout
plein de faillies d'eſprit, qui
parlent d'une imagination
très- vive .
2
Vous vous fouvenez , Madame
, que dans ma derniere
Lettre , je laiffay Madame
la Ducheffe de Lorraine à Vitry
où elle eftoit arrivée le 23,
d'Octobre. Avant que cette
Princefle en partiſt , M Lirot
, Doyen du Chapitre
Novembre 1698.
R
194 MERCURE
Royal de Vitry , la compli
menta, en ces termes à la tefte
de fon Corps.
MADAME,
NOUS voyons aujourd'huy
V. A. R. fortir de nos Fron
tieres à peu prés comme la Co
lombe fortit autrefois de l'Arche.
Le Deluge eftoit pour lors ceßé;
nos Guerres font auffi heureusement
terminées. Elle futla Mef
fagere de la reconciliation du Ciel
avec la Terre , & vnoftre étroite
alliance avec Monfeigneurle Duc
GALANT: 195
le
que
de Lorraine , eft le gage
Sceau inviolable de la Paix
noftre Grand Monarque vient
de donner à toute l'Europe. Tous
les Peuples en font fi fort convaincus
que V. A. R. s'apperçoit
fans doute de leur joye extraordinaire.
Dans tous les lieux
où elle paffe , on y accourt de toutes
parts . On pourroit mefme dire,
que les malades font des efforts
pour avoir la confolation de voir
une Princeffe en qui la grace &
la nature ont réuni tant de merveilles
, mais pour nous qui fommes
deſtinez au miniſtere des Au.
Bels nous nous contentons de re-
Rij
196 MERCURE
peter icy les paroles que les Pref.
tres dirent autrefois à Judith ,
en lafelicitant du repos qu'elle vonoit
de procurer à toute la nation ,
que vous eftes, Madame , la
gloire de Jerufalem , la joye d'Ifraëlle
bonheur de nos Provinces.
Penetrez de ces fentimens ,
nous conjurons le Ciel de vous
donner de longues heureuſes
années , de benir voftre mariage ,
de le recompenfer d'une pofte.
rité digne du noble Sang dont
vous eftes iffue. Cefont les voeux ,
Madame, du Chapitre Royal
de Vitry, qui vous affeure par
ma bouche de fes tres humbles
t
GALANT. 197
Loumiffions & de fon profond
respect.
M Lirot qui prononça ce
compliment , eft Frere de la
premiere Femme de Chambre
de Madame la Ducheffe
de Lorraine . Elle a efté choi
fie par Monfieur & par Madame
pour demeurer avec
cette Princeffe en Lorraine,
du mois paffe , Ma-
Le
24.
dame
la Ducheffe
de
Lorrai
ne
partit
de
Vitry
aprés
avoir
. entendu
la
Meffe
dans
l'Eglife
Collegiale
, où
M' l'Evefque
de
Chalons
luy
prez
P
Riij
198 MERCURE
"
fenta l'Eau- benite , & le foir
elle arriva à Sermoife , où elle
receut les complimens de
Monfieur le Duc de Lorrai
ne , par Milord Carlingford ,
Chef de fon Conſeil , & Colonel
du Regiment de fes
Gardes. Le lendemain , ce
Prince qui s'eftoit rendu le
matin aux environs de Sermoife
, ayant efté averty par
M le Comte de Couvonges ,
que Son Alteffe Royale avoit
difné , vint avec fes Carroffes
au logis où elle eftoit , accom
pagné de tous fes Officiers,
& d'un grand nombre de Gen.
GALANT: 199
tilshommes Lorrains . Alors
Mile Comte d'Armagnac prefenta
Monfieur le Duc de
Lorraine à la Princeffe , qui
alla fur le degré au devant de
Juy . Il la falua en la bailant
des deux jouës , & enfuite il
baifa les Dames qui l'accompagnoient.
Madame la Princelle
de Liflebonne luy prefenta
tous les Officiers du
Roy', qui le remercierent de
fes prefens. Les Pages de Sa
M. curent chacun une Bague .
On en avoit donné d'un plus
grandprix M Defgranges , à
M' du Sauffoy, & àM' deCam ;
Riiij
200 MERCURE
bray , Maiftre d'Hoſtel de Sa
Majefte. La Livrée cut cent
Louis , fans les prefens de Ma.
dame la Ducheffe de Lorraine.
Après cela les Caroffes
s'eftant rangez , Monfieurle
Duc de Lorraine conduific
par
la main Son Alteffe Roya
le dans le Caroffe , où il fe
mit à fa gauche . Le jeune
Prince fon Frere , nommé le
Prince François , fe mit fur le
devant avec Mademoiſelle de
Liflebonne , & aux Portietes,
Madame de Liflebonne
, &
Madame de Marré. A un
1
GALANT 201
quart de lieuë de là , M. l'E
vefque d'Olnabruk
, autre Frere
de Monfieur
le Duc de
Lorraine , fe preſenta , & ſe
mit en troifiéme au devant,
Là fe trouverent
auf les Gar
des & les Chevaux - Legers
de ce Prince qui releverent
les Gardes du Roy , M' de
Bulca , Exempt des Gardes
du Corps , ayant pris congé de
la Princeffe , qu'il avoit conduite
jufque là . Leurs Altef
fes eftanr arrivées à Bar en cet
équipage , trouverent
fous les
Armes dans les deux Avantcours
les Soldats des Gardes
202 MERCURE
qui eftoient en haye , & les
Suiffes dans la Cour & dans
la Chapelle , où elles defcendirent
pour recevoir la Benediction
Nuptiale qui leur
fut donnée par le grand Aumônier
en Mitre & en Croffe,
Privilege que luy donne la
Prevolté de Saint Dier. Il y
avoit un Prie- Dieu , & un autre
à droit pour › M² d'Ofna.
bruck avec des Fauteuils de
Velours rouge derriere . Deux
Abbez rinrent le Poifle . La
ceremonie eftant finie , l'on
monta dans l'Appartement ,
dont la premiere Chambre
GALANT. 203 .
eftoit tapiffée de Velours rou
ge à ramage & à fond d'or.
Il y avoit un grand Luftre
H
d'argent dans le milieu , un
Dais , des Plaques d'argent ,
& deux grands Miroirs. La
feconde Chambre avoit une
trés belle Tapiflerie qui reprefente
les douze mois de
Fannée. Plufieurs pieces de la
mefme Tapiflerie ornoient
encore la Chambre fuivante,
dans laquelle estoient deux
gros Luftres de Criſtal , des
Plaques , & fur la Table de
gros Vafes d'argent & des
Plaques avec un Dais de Ve.
204 MERCURE
lours rouge. Dans la Chambre
du Lit , il y avoit fur
la Cheminée
une grande ma
chine fur laquelle eftoit une
grande Glace dans le milieu ,
& aux coftez de grandes
Plaques d'argent élevées en
boffe. Dans le milieu de
la Chambre au pied du Lit ,
eftoit un gros Luftre d'argent,
avec fix Guéridons
grands Chenets , trois Miroirs à
bordure d'argent, & deux grof
fes Plaques à deux branches
aux coſtez du Lit, qui eftoit
d'un gros de Tours fond blanc
en broderie d'or & d'argent
deux
GALANT. 20
2018
façon de la Chine , doublé
d'une groffe Moire d'or à
Aeurs blanches. Mr le Duc
de Loraine préfenta à S. A. R.
Madame la marquife d'Herau
cour fa Dame d'honneur,Ma
dame la Marquife de Lenoncourt
fa Dame d'atour , & les
autres Dames & Officiers deftinez
pour la fervir. De là on
vint fouper dans une grande
Sale , où lon trouvoit d'abord
un grand Buffet avec des gra.
dins remplis de Baffins & de
Vafes d'argent & de vermeil
doré, deux gros Luftres d'argent
dans le milieu une tres206
MERCURE
belle Tapiflerie & des Plaques
d'argent tout autour,
"
Au bout de cette Sale étoit
une Eftrade élevée de deux
marches , fur laquelle eftoit la
Table couverte de Potages ,de
toutes façons. M' le Comte
d'Armagnac, M' le Chevalier
de Lorraine , M' le Comte de
Marfan, M le Prince Camille,
Madame & Mademoiſelle de
Lillebonne mangerent avec
L.A. & dans une autre grande
Sale à coté tendue d'une
Tapiflerie depoint deHongrie
éclairée par 26 Plaques façon
d'argent à deux Bougies , il y
GALANT 207
avoit quatre Tables de qua-
Lorze couverts chacune, où les
Seigneurs & les Dames mange,
rent Elles furent toutes fervies
enambigu. Aprés le fouper l'on
monta dans la Chambre où le
grand Aumônier benit le Lit ,
enfuire tout le monde for,
tir , & le coucher fut fait avant
dixheures . Leurs Alteffes ne ſe
leverent qu'a onze . On defcendit
à la meffe que celebra le
même Aumônier
. La Cour
eftoit tres groffe & tres-lefte ;
tant Hommes que Femmes,
Au fortir de la Chapelle L. A.
vinrent ſe mettre à cable , oùil
fer
208 MERCURE
n'y eut que m' d'Oſnabruk &
le Prince François . La Table
des Dames où eftoit Madame
de Liflebonne,fut fervie dans
la Salle où les quatre Tables
eftoient le jour precedent
.
Aprés le dîné Madame la Du.
cheffe de Lorraine remonta
dans fa Chambre pour recevoir
les Harangues & les pre
fens de tous les Corps de la
Lorraine . L.A. allerent enfuite
à la Comedie , d'où elles fe mirent
à table dans la Salle , avec
toutes les Dames & Filles
d'Honneur . C'eftoit uneTable
en long de vingt quatre Cou-
"
GALANT.
209
verts. Il n'y avoit que Madame
la Ducheffe de Lorraine au
bour , & aux deux coftez M
d'Ofnabruk à droite; & à gauche
, Monfieur le Duc de Lor
raine , Madame de Lillebonne
& Madame de Marré enfuite ;
& du cofte de M ' d'Ofnabruk,
le Prince François , Made ,
moiſelle de Liflebonne , &
aprés elle toutes les Dames.
La Table fut fervicen entremets
. Aprés le foupé qui dura
longtemps, S. A. vinrent dans
la grande Salle où le Bal.commença
. Perfonne ne s'aflit ,
on danfa , en fe prenant par les
Novembre 1698. S
&
210 MERCURE
mains , comme lors qu'on
tourne au menuer . Madame la
Ducheffe de Lorraine danfa
beaucoup , & de la meilleure
grace du monde . Elle avoit
un habit de drap d'or, & M' de
Lorraine un rouge avec une
Broderie d'or tres belle.Le Feu
d'artifice finit la journée .
Je paffe quelques jours de
marche pour vous dire que
Leurs Alteffes de Lorraine
eſtant arrivées à Pont - à-
Mouffon , en partirent le 8.
de ce mois , & vinrent coucher
à Jauville , petit Village
à une bonne demy lieue de
$
GALANT 211
2
Nancy , dans le deffein d'y
faire leur Entrée le lendemain
Dimanche , mais le mauvais
remps fit remettre juſqu'au
Lundy 10. cette pompeule
ceremonie . Elle commença
vers les onze hures doma. sles- ônze

ün à la Porte Samte Nieofas
par une Compagnie de Bourgeois
de Nancy appellee les
Buttiers Ce font des honmes
bienfaits , adroits , qui
rrent de temps en temps à la
Burte , ou au Blanc , à qui la
Ville donne le prix pour ce-
Fuy ' d'entr'eux qui réaffit le
mieux à tirer. Ils avoient tous
Sij
212 MERCURE
des habits d'une mefme pa
rure & affez propres . Ce jour
là les quatre Compagnies de
Chevaux Legers & les Gardes
du Corps de Monfieur le
Duc de Lorraine eftoient poftez
fur le chemin de Jauville,
La Bourgeoifie eftoit en haye
fous les Armes , depuis la
Porte Saint Nicolas de la Vil .
leneuve , jufqu'à la Porte
Royale de laVielle Ville, & de ,
puis cette derniere Porte juf
qu'à celle du Chateau , le Regiment
des Gardes s'eftoitauffi
mis en haye . A présces Buttiers
marchoient les Caroffes ordiGALANT.
213 21
naires du Prince accompagnez
de plufieurs Valets de pied &
de Heiduques , qui font des
Fantallins Hongrois , gros &
grands hommes , habillez à la
mode de leur pays , mais d'une
maniere plus magnifique , por
tant la Livrée du Prince qui
eft du vert , avec du Galon
d'argent. Leur bonnet à la
Hongroife eft deVelours vert,
& bordé d'un pareil Galon ,
Ils ont un gros Sabre au cofté,
& une Mafle d'Armes à la
main fort pefante , & portent
toujours la Bottine fans ge
nouilliere , avec un talon de
214 MERCURE
fer. Ceux- cy eftoient faivis
de neuf grands Chameaux
couverts de leurs Houfles ; &
enfuite de quinze ou feize
Mulets , avec des Houffes plus
Fiches que celles des Cha
meaux. Les Armes de Lor
raine y estoient brodées . Cha
cun de ces animaux eftoit
conduit par un Palfrenier ou
Muletier. Les vingt quatre
Pages avec leur Gouverneur
& Sous Gouverneurſuivoient,
montez fur de tres - beaux Che
vaux , marchant deux à deux ,
& aprés eux un crés grand
nombre de Chevaux de main ,
GALANT. 219
Furcs , Hongrois , Polonois ,
& d'autres pays , marchoient
au fon des Trompettes
& des Timballes de deux
Compagnies de Chevaux- Legers
, & de deux autres de
Gardes du Corps qui les fuivoient.
Les Compagnies font com
pofées d'hommes choifis tresbienfaits
& tres bien montez
. Les Chevauxlegersont
les
Juftaucorps d'Ecarlatte , couverts
de Galon d'or à la Brandebourg
, & des Plumets
blancs Les Gardes du Corps
font habillez de vert avec du
216 MERCURE
Ga'on d'argent auffi à la Brandebourg,
& les Boutons d'orfévrerie
, avec le Chapeau bordé
& la Bandouliere fort propre,
comme celle des Gardes
de Son Alteffe Royale mon.
fieur. Leurs Officiers ont des
habits tres- fuperbes , galon
nez d'or ou d'argent, & uniformes
felon les couleurs de leurs
Compagnies . Enfuite marchoient
le Grand Voyer , le
Bailly de Nancy & les autres
Baillis de la Province , avec
plufieurs Gentilhommes qui
reprefentoient le Corps de la
Nobleffe , & le Grand Maiftre
GALANT. 217
tre de l'Artillerie , tous en p
habits tres riches & tres bien
montez .
6
Aprés ceux cy on voyoir
paroiftre les Officiers de
la Maifon de Monfieur le
Duc de Lorraine , c'eft à
dire les Gentilhommes ordinaires
au nombre de
douze , les quatre Controlleurs
les quatre Maitres
d'Hoftel & les douze
Chambellans fuivis duGrand
Maiftre de la Garderobbe.
Tous ces Officiers ef
toient montez à l'avantage, &
fort fuperbement habillez.
Novembre 1698.
1
T
218 MERCURE
Les Mandians parurent enfuis
te felon l'ordre de reception
dins la Ville de Nancy ; les
plus anciens receus mâr.
choient aprés les autres , &tel
noient la place la plus hono.
rable. Ainfiles Auguftins ve
nus les derniers matchoient
les premiers , enſuite les Dominicains
, puis les Tiercelins
, les Capucins , les : Minimes
, & enfin les Cordeliers.
Aprés les Mandians fuivoient
à pied les Echevins & Confeillers
de Ville en Manteau
& en Habit noir , puis le Bail
davec la Robbe de Pa
liage
GALANT 29 .
laisenfaite la Chambre des
Compres, dont la Robe eftoir
de Velours noir avec une Sou .
tannesden Satinbrouge Ora
mbify ; & unet Ceinture d'on
pendant jufqu'à terrejs & en
fin le Parlement en Robbes "
d'Ecarlatte doubles de Veleurt
noirs & des Soutanes del
Satin noir.banoff > aileg
Le Clergé Scoubér & Resi
gulier marchoit aprés eux!
en Chapes , dont la plufpare
eftoient de Drap d'or & de
broderie. 1 gravoit prés de
quatre-vingt ; fant Benedic
tins que Premontrez , ceuk?
Tij
220 MERCURE
cy à gauche , & coux- là sâ
droite. Ils precedoient les
Corps de la Collegiale Sains
Georges , & de la Primatiale,
qui marchoient enſuite aufh
en Chapes , les premiers à
gauche , les autres à droite.
Les Abbcz Benedictins ,
Frémontrez Chanoines Reel
guliers & Benedictins , au
nombre de feize ou dix- fept,
tous en Mitre & en froſſe
chacun ayant deux Religieux
Affiftans de don Ordre, marchoient
comme eux en Cha
pes tres riches aprés le Cler
gé, felon l'ordre de leur Be.
GALANT: 3221
V
nediction Abbatiale , & M
l'Abbé de Begue , comme
Doyen de la Primatiale, officiant
dans cette ceremonie ,
fermoit toute la Marche du
eftoit accompa- Clergé
gné de quatre Chanoines de
fon Eglile. Les Trompettes.
& les Timballes du Prince,
tres bien montez , & ayant
des Juftaucorps verts tous
galonnez , & les Banderolles
de leurs Trompettes & Timballes
en broderie d'or dårgent
avec les Armes de Lorraine
, marchoient enſuite, puis
le Herault d'Armes monté à
Tij
222 MERCURE

l'avantage fur un Cheval ca
paraçonné de Velours vert
chargé de gros galóns & de
frange d'or. Il eftoit habillé
à Fantique , avec fa Cotte
-d'Armes de mefme Velours &
Galon , fur laquelle estoient
brodées d'or & d'argent les
Armes de Lorraine , & il a
voir une Tocque fur la tefte,
couverte d'un Plumet blanc,
& retrouflée d'une Rofe de
Diamans avec une aigrette
blanche, bombond na rolled
-Les Confeillers d'Eftat qui
font vingt - quatre , fuivoient
à Cheval deux à deux , puis
GALANT 223
les deux Maréchaux de Lor
raine & de Barrois , & enfin
le Grand Ecuyer feul , portage
l'Epéenue en main.55 1.07
Un Dais fort fuperbe & fore
riche pérté parfix Confeillérs
de Ville , paroiffoit devant la
perfonne de Monfieur le Duc
de Lorraine , quieftoit fur un
tres beau Cheval , & habillé
d'un Drap d'or relevé en broderie
ayant à fa gauche le
Prince François fon Frere,
fuperbement habillé puis un
Capitaine des Gardes , & enfaite
le Grand Maitre & le
Grand Chambellan .
Tiiij
324 MERCURE
*
La Caleche ouverte dont
le Roy des Romains a fait
prefent à ce Prince à fon départ
de Vienne , attellée de
huit beaux Chevaux de Naples
enharnachez à la Polonoife,
paroiffoit enſuite. Sur
cette Caleche eftoit montée
comme fur un Char de
Triomphe Madame la Ducheffe
Royale, ſeule , & plus
brillante par un certain air
de Grandeur & de Majesté
meflé de douceur qui l'accompagne,
que par les pierreries
, & par les broderies
d'or dontfon habit eftoit tout
GALANT. 225
couverte & chamarré. Elle
avoit fon Chevalier d'honneur
à Cheval à droit & un
Capitaine des Gardes à gay.
che. Douze Heiduques ha.
billez à la Hongroile , márchoient
à pied à coté de
cettes Princeffe avec quatre
Coureurs à pied, & plufieurs
Valets de pied , & la Compagnie
des Cent- Suiffes qui
faifoit une longue Haye de
part & d'autre , & tenoit depuis
le Herault d'Armes juf
qu'à une Compagnie des Gar.
des du Corps qui fuivoit. Ces
Suiffes eftoient magnifiqué226
MERCURE
meut veftus à leur mode . Le
fond de leurs habits eftoit
d'un gros Tafferas Cramoily
avec des Bandes de Drap
vert bordées de Galon d'argent
. Ils avoient au collune
Fraize à Dentelle ; ſur la tefte ,
une Toque de Velours noir
avec un Plumet rouge , &
une tres belle Hallebarde en
main. Aprés la Compagnie
dess Gardes du Corpsolfui-
-voient des Carroffes. Le pre-
-mier eftoit de Cartoffe du
Corps de Madame la Dpacbeffeo
Royale , remply par
Madame la Princeffe de Lif
GALANT. 227
8
1
lebonne , & par les Dames
d'Honneur & d'Atour de la
Princeffe. Dans le fecond Ca-
-roffe eftoit Mademoiſelle de
Lillebonne accompagnée de
-quelques Dames. Il y avoit encore
deux autres Caroffes dans
defquels étoientles Filles d'honneur.
Les Caroffes étoient fuivis
din grand nombre d'au
tres à fix chevaux. Une com
pagnie de Bourgeois de la Villelder
Nancy , tous tres bien
montez,fermoircette marche.
A l'entrée de la Porte Saint
Nicolas , on avoit preparé un
Autel magnifiquement orné
228 MERCURE
.
pour y recevoir le ferment
de Monfieur le Duc de LF.
raine. Meffieurs de Ville le
complimenterent
, & en mefme
temps M le Maréchal de
·Karlingfort,comme Gouverneur
, luy prefenta les clefs
de la Ville. Enfuite le Prince
& Madame
la Ducheffe Royale
-s'approcherent
de l'Autel ,
qui eftoit environné de Prelats
mitrez & croffez , & de
plufieurs Chanoines en Cha
pests M l'Abbé les Begue ,
commeOfficiant
, aprés avoir
prefenté l'Eau Benite à Letis
Alceffs, monta à l'Autel avec
GALANT ng
fes Chanoines Affiftans. Itfag
fuivi de Leurs Alteffes qui
fe mirent à genoux fur dest
Coullins preparez ſur la deriɔ
niere Marche , aprés quoy ceu
Abbéayant pris une Croix où
un gros morceau de la Vrayer
Croix eft enchaffé , la leur fit
baifer, & la tenant à la main,
le Prince & la Princeffe s'é :
tant relevoz , il leurs fit unt
complimenttres beau & treséloquent
ce qui fut fuivi du
ferment que prefta la Prince
felon que les Ducs del Lorraine
ont accoutumé , de le
prefter dans leur premiere
230: MERCURE
Entrée folemnelleen teur
Ville Capitalle. Il entra enfuite
dans Nancy , & mar
cha au milieu des acclamations
du peuple.sanam .
Les rues par lesquelles con
paffoit eftant larges , fpacieu
les & fort longues , › quop
qu'elles fuffent bordées d'un
monde prefque infiny , donnoient
un elpace affez large
pour la matcher& roomtribuoient
beaucoup à la beau
té de cette magnifique, Em
trée. Elles estoient toutes ca.
piffées , il y avoit des Foncaines
devin en plufiours fem
droits.
GALANT. 1 231 :
ધીરે A la Porte Royale qui eft
l'entrée de la vieille Ville
cftoit un Portique orné d'Em
blemes & de Deviles , & au
milieu on voyoit un grandl
Tableau qui reprefentoit la
ceremonie du Mariage. On
avoit auffi élevé un Arendel
Triomphe dans une grande )
Place de la vieille Ville proche
le Chateau , & dans le
haut eftoit le Portrait du feu ¹
Due Charles à Cheval , avec
feize Tableaux qui reprefenroient
toutes les Victoires
que ce Prince à remportées
fur les Tures, -1 92 MUIG ET
Y
ای
22 MERCURE
On alla defcendre à l'Eglife
de S. Georges , qui eft éloignée
de la Porte S. Nicolas de
plus d'un quart de lieuë , & le
TE DEUM yfut chanté , mais
parce qu'elle ne pouvoit contenir
tous ceux qui compofoient
cette Entrée pompeufe,
il n'y eut que le Corps de
Ville & de Juftice , les prin
cipaux Officiers de Leurs Al
teffes & les Abbez qui
y entrerent. Ce fut le Prevoft
de Saint Georges qui officia.
1l complimenta le Prince &
Ja Princeffe, qui aprés le
TE DEUM fe retirerent dans
}
GALANT. 233
A
Tours Appartemens, où ils receurent
de nouveaux complimens , tant du
Clergé que de la Justice . On alluma
le toir des Feux par toute la Ville ,
il y eur des Illuminations dans tou
tes les feneftres , & un beau Feu
d'artifice termina les réjouifances
publiques de cette Journée,

1 L'ouverture du Parlement fe ad
le Mécredy 12. dé ce mois , & com,
mença partine Meſſe folemnélls ques
celebra M B : thier premier Evêque
de Blois , dans laChapelle de la grande
Salle du Palais . Mrs du Parlement
y affifterent en la maniére ordinaire
les Prefidens en Robes rouges & en
fourures d'hermine , & les Confeillerrs
& Secretaires de la Cour em
Robes rouges. La Mufique qui eftoit
de la compofition de Mª Charpen-
Lier Maistre de Muſique de la Sainte
Novembre 1698. V
234 MERCURE
Chapelle , fut trouvée des plus ex
cellentes . Pas deqme , xu
Aprés la Meffe , Mrs du Parlement.
eftans entrez dans la Grande Cham
brey & M® Evefque dé Blois ayant
pris la place prês Male Premier Prefident
ducofté des Confeillers Laïcs ,
devant les Confeillers d'honneur &
les Maitres dés Requeftes , Mr le
Premier Prefident luy fit un compliment
de la part de la Compagnie ,
& dit à ce Prelat , que la Cour l'avoit
chargé de luy faire de tres humbles
remercimens de la peine qu'il
avoit bien voulu prendres de venir
exprés de fondDioceſe pour cette
Ceremonies! Il s'étendit enfuite fur
fa famille , en difant qu'elle avoit
donné de grands hommes à l'Eglife
& des Magitato illuftres aux Parleb
mens. Il patla dofon merite perſon
Peardmoto
Z& * %
GALANT
235
nel , de fa Pieté , de fa Doctrine,
des grandes liberalitez qu'il avoit é
pandues dans fon Diocefe , pendant
ces derniers temps de mifere ; de
l'autorité qu'il y avoit acquiſe avant
que d'eftre révétu du caractére Epifcopal
, & enfin il conclut qu'il ne falloit
pas s'étonner que l'aff mblage :
de ranide rates qualitez qu le trouveient
en luy , attiraft l'eltime & la³
veneration de tout le monde , ajoû--
tant que la Compagnie n'oublieroic
jamais l'obligation qu'elle luy avoit ,
& qu'elle fe feroit un plaifir de luy
Témoigner en toute forte d'occas
fions fon eftime & fa reconnoiflan.
се
:
Ml'Evefque de Blois répondit en
ces termes à ce Compliment.
5 slitness cooy iup ADA

Wiji
216 MERCURE
MONSIEUR.
રે
C'eſt à moy à vous faire des remercimens
plutoft que je n'en dois
recevoir de vous , de l'honneur que
vous m'avez fait de me choisir pour
Miniftre d'une Ceremonie , que la
pieté auffi bien que la digniré de cette
Augufte Compagnie rendent fi re
commandable. Rien n'eſt plus édifiant
que de voir le premier Parlement
du Royaume venir ainfi tous
les ans reprendre fes fonctions au
pied des Autels , comme à la fource
d'où découlent également le pou
voir du Juge , & la ſageffe qui luy ef
neceffaire pour le bien exercer .
C'eftoit , Meffieurs , pour cette
noble & importante fonction de la
Royauté qui vous eft confiée par
Yos Charges , & que Salomon avois
GALANT. 237
fi fort au coeur , qu'il faifoit à Dica
la même Priere que j'ay faite aujourd'huy
pour vous . Il demandoir avec
inftance d'eftre éclairé des lumiéres
de la Sageffe d'en haut , non pour
augmenter les richeffes , ou pour
étendre les limites de fon Royaume ,
ou pour fçavoir vaincre les Ennemis
qui oferoient l'attaquer , mais feulement
pour fçavoir juger fes Peuples
dans l'équité & dans la juſtice .
2 Il le demandoit au pied des Autels
comme nous , & il l'obtine , quoy.
qu'il n'euft encore que les victimes
de la loy ancienne à offrir en facri
fice. Combien plus devons - nous efperer
d'eftre exaucez , offapt pour
cela le Sacrifice de la nouvelle loy ,
dont la victime eft la Sageffe elle même
veritablement defcendue du Ciel
pour éclairer tous les hommes , &
238 MERCURE
pour le donner à eux felon la meſure
de leur foy , & le besoin des Emplois
qu'ils rempliffent.
* C'eft donc , Meffieurs , cette Sageffe
éternelle dont la noftre ne peut
eftre qu'un écoulement , c'est elle que
j'ay invoquée fur vous ; en m'excitant
par tout le zele avec lequel je
fuis perfuadé que vous la demandez
vous mêmes , & que vous defirez de
la poffeder inch 38 Singg vonas
Je luy ay demandé avec les mêmes
paroles du Sage , qu'elle ne ceffe
d'eftrevavec vous de travailler
avec vousi; qu'il plaite à Dieu de vous
-la donner pour votre inféparable
guide , pour voftre garde fidelle ; qu
elle continuë d'eftre toûjours voftre
-force , voftrelumiere voftre icon-
Ifeil , le principe blaregle fare de
Coutes vos decifions qu'elle voËS:
GALANT. 279°
rende enfin dignes de plus en plus
d'occupersicy les places de vos illuftres
Peress up coded but se
Fay caû , en pciant ainsi pour cette
premiere Compagnie , principale.
dépofitaire de l'autorité de nos Rois,
prier en même temps non feulement
pour tous les Magiftrats qui luy font
fubalternesi, & qui ſe trouvent par làv
obligez , de fe conformer en jugeant
à festſages Arreſts ; mais encore pour
tous ceux qui exerçant une autorité
pareille à la fienne dans le reste du
Royaume , le font honneurila pluf
part de fuivre ce qu'elle a decidé ,
& croyent ne pouvoir manquer en
marchant à la clarté de fes lumières .
J'ay crû encore prier pour tous ces
peuplesio innombrables renferniez
dans ce grand 8 vaftereffort. C'est
à vous , Meffieuds3qu'ils doivent le
P
240 MERCURE
repos & la tranquillité dont ils joüiffent
. Ils la doivent à cet efprit de ſagefle
& de juſtice qui regne parmy
vous , uniquement appliqué à conferver.
ou à faire rendre à un chacun
ce qui luy appartient , à mettre des
bornes aux paffions des hommes , à
les empêcher de fe nuire les uns aux
autres à faire prévaloir la raiſon
-parmy eux contre la force , la violence
, & les mauvais artifices de l'i
Eniquiré,
A
J'ay cru enfin prier principalement
pour l'Eglife, en priant pour les plus
zelez défenfeurs, Ceft ainfi , Meffieurs
, que vous eftes regardez par
le Clergé de France . Sous voftre
protection l'Epifcopat rentre peu à
peu dans fes premiers droits . Son
autorité prefque anéantie commence
à reprendre toute fon étendue , telle
que
GALANT
241
que J. C. la luy a laiffée , la fainte
difcipline eft remiſe en vigueur ,
Nous ne fçaurions trop rendre gra .
ces à Dieu , difoit autrefois un grand
Pape despremiers temps du bonheur
que nous avons de voir de nos jours
la puiffance Royale , accompagnée
dans ceux qui l'exercent , de la fcience
de nos regles & de noftre eftat ,
Quoniam Principibus temporis nofiri
nonfolum potentiam Regiam fed
etiam Sacerdotalem cognofcimus ineffe
doctrinam,
C'eft , Meffieurs , le bonheur dont
joüiffent principalement aujourd'hui
les Evefques de vostre reffort . C'est
parce que vous connoiffez parfaite .
ment la nature de leur autorit , & l'ufage
qu'ils font obligez d'en faire , que
vous leur êtes fi favorables . Bien éloignez
de la regarder cette autorité,
Novembre 1698.
X
242 MERCURE
comme préjudiciab '( à la vôtre , & d'en
craindre la plus gett atteinte , vous
fçavez auffibien que nous que cesdeux
puiffances, l'une toute fpirituelle ,l'aute
touté temporelle , ne sçauroient
parelles mêmes fetraverfer ayant des
-objets fi differens . Elles font faites
au contraire , dit Saint Bernard ;
pour marcher toutes deux de concert
, & comme elles viennent de la
mefme fource , elles doivent s'entr'-
aider mutuellement pour arriver chacune
à leur fin. Mais fur tout que
ons nous faire avec toute celle
qu : J. C. nous a confiée dépourvuë
de tout fecours humain , fi la voſtre
ne luy eftoit fecourable ?
"
ཙིཏིནུ ས
Il est vray qu'il a eftê un temps
qu'il a fallu que l'Eglife non feule.
ment fe foit paffée du fecours des
Rois & de leors Magiftrats , mais encore
qu'elle fe foit eftablie & multiGALANT.
243
pliée malgré tous leurs efforts contie
Elle , Dieu ayant voulu ainfi , avant
que d'employer leur puiffance pour
a fervir , leur montrer qu'il pourroit
ja former & la foutenir fans eux,
Mais depuis qu'il a plu à fa divine
mifericorde de les y appeller , dir
Saint Auguftin , c'est par eux qu'il
veut qu'elle foit fecourue. Ils viendront
les Rois de la terre , ils viendront
dans le fein de l'Eglife. El'e les
inftruira , & eux à leur tour ils la ferviront
de tout leur pouvoir . Elle les
é'evera au Royaume de Dieu , elle le
formera au dedans d'eux , & en ievanche
ils feront fervir le leur à la
proteger & à la défendre. Par là s'ac
compliront ces Propheties d'Ifaïe fur
Eglife , les Rois viendront à elle ,
ils la ferviront , ils feront fes Peres
nourriciers,& Reges eorum miniftra-
X ij
244 MERCURE
buni tibi , & erunt Reges nutritii iwi
Regine nutrices vuæ.
C'est ce que tous les Empereurs
Chreftiens ont fi parfaitement entendu
dés le premier pas qu'ils ont
fait vers l'Eglife. Ils ont regardé ce
devoir comme partie de leur vocation
,& le font empreffez à le remplir
à l'envy l'un de l'autre. Leurs premiers
Magiftrats ont fuivy leur
exemple , comme vous fuivez ,>
Meffieurs , dans ce que vous faites.
pour elle, l'exemple du grand & religieux
Prince dont vous exercez icy
le pouvoir & l'autorité.
Quel Prince a mieux entendu ce
devoir des Rois à l'égard de l'Eglife ?
Son zele pour l'extinction de l'Herefie
luy avoit fait oublier tous fes autres
interefts. Il fembloit d'abord
que
pour ne pas manquer à la Religion
GALANT 245
l'oferoit on dire ! ] il euft manqué
à cette prudence qui regle toujours fi
bien toutes les entreprifes , mais en expolant
tout, il avoit toutprévâ , comme
il l'a dit tant de fois luy.même , &
s'eftoit uniquement confié au Dieu
des Armées dont ilfoûtenoit la cauſe ,
Ce qui l'avoit fi juftement engagé
dans cette guerre , luy a fait faire la
Paix . Il n'a eu que la Religion en
vuë. Que n'auroit - il point donné
pour voir la veritable ſeule , exercée
dans tout fon Royaume ? Nous fçavons
tous les ſouhaits qu'il en avoit
faits autrefois. C'eftoit - là fa grande
oeuvre , cette oeuvre fi perilleuse, qu'il
entreprit avec tant de pieté & tant de
courage. Illa voit enfin , graces aut
Seigneur , il la voit affurée malgré
tout ce que le démon luy a pû fufci
ser . Faut- il s'étonner que fatisfait de
X iij
246 MERCURE
ce feul fruit de tant de conqueftes &
de victoires , fa grandeur d'ame luy
ait fait compter pour rien , & preferer
à tant d'avantages qu'il avoit en
main , & à tant d'autres que ceux-là
luy pourroient promettre ,le glorieux
plaifir de donner la Paix à fes Sujets
& à toute l'Europe ?
Mais au milieu des foins fi impor
tans aufquels l'Univers étonné l'a vû
fuffice luy feul , qui auroit cru qu'il
euft pû defcendre encore dans les be
foins particuliers des Diocefes , où
trop étendus feul Evefque pourun ,
ou chargez d'un trop grand nombre
de Réunis? On a vû fur cela combien
il a pris à coeur les deux dernieres
érections d'Evêché auffi - toft qu'il les
a cru neceffaires au bien de l'Eglife.
Ny les difficultez , ny les lenteurs
qu'il a fallu effuyer , ny les dotations
GALANT. 247
ny les édifices qui eftoient à faire
rien na eſté capable de le rebuter . Il
eft entré dans tout . Avec quelle bonté
Jele fçay , La nouvelle Eglife do
Blois portera des monumens éteṛ-
nels de fa liberalité , & de fa magnificence
Royale .
C'est ce même amour pour l'Eglife
& pour la pureté de fa foy , qui au
feul nom de nouveauté excite fon
zele . On voit fa pieté dans ces occafions
folliciter ceux par qui elle devroit,
eftre follicitée...
Puiffions nous , tous tant que nous
fommes d'Evêques , feconder dans
nos Dioceles les intentions fi pares
de ce grand Prince , pour le bien de
la Religion , & fur tout pour cene
oeuvre principale , à laquelle ila tant ૐ
facrifié , qui eftda de ftruction de l'herefie
...
X iiij
248 MERCURE
Que ne pouvons nous pas attendre
de nos travaux, eftant fecourus de fa
foy auffi bien que de fa puiffance ?
C'est ce que difoit le Pape Saint
-Leon d'un grand Empereur , dont il
Joüoit le zele pour une pareille cdvie
, & qu'il jugeoit digne d'eftie
imité par les Evêques mêmes .
Ce grand Pape écrivoit auffi à ce
melme Empereur [ c'eftoit l'Empereur
Marcien qu'il ne doutoit pas
que la paix & la tranquillité de fon
regne ne fuft une espece de juftice
que Dieu luy rendoit , en mettant
fon empire dans le meſme bon eſtat
qu'il defiroit , & tâchoit de fon coſté.
de procurer à la Religion ; Ut quem
fatum effe capitis religionis , eumdem
habeatis & regni .
Pouvons -nous douter que ce ne
foit de là que nous viennent tous ces
GALANT. 249
grands fuccés dont Dieu a favorifé fi
visiblement ce Royaume? Ne les
attribuons , ny à la valeur de nos
Troupes , ny à la conduite de nos
Generaux , ny à ces fonds immenfes
& inépuifables , fournis avec tant de
zele & de foumiffion , fi lagement
difpenfez employez fi à propos dans
tous les befoins. Ne les attribuons
pas mefme au genie vafte & fupe .
rieur du Maiftre par qui tout eftoit
conduit ; c'eſt à ſa Religion que nous
eu fommes redevables ,
C'eft à elle que nous devons encore
, ne parlons plus de ce qui eft
paffé , parlons de ce qui nous cft fi
prefent C'eft à fa Religion que nous
devons ces aimables Princes qui font
aujourd'huy noftre joye , noftre confolation
, les forces de l'Etat, On
vient déja de nous les montrer , on
a
}
250 MERCURE
vient de les montrer à toute l'Europe
à la tefte des Troupes. Les Ar.
mées , les Batailles , les Sieges des
Villes commencent à leur fervir de
jeux & de divertiffimens . C'eft ainſi
que ce Grand Roy prend foin de les
former luy mefme , & de preparer
en eux la plus grande reffource que
le Royaume puiffe avoir un jour.
Mais ne pouffons pas nos vûës fi
loin , laflons - les à la fage prévoyance
, & ne penfons qu'au temps auquel
luy feul nous fuffit . Qu'il vive
feulement , & nous n'aurons befoin
que de loy . Qu'il vive pour eftre le
Pere de fon Peuple , & le faire joüir
longtemps de cette Paix qu'il luy a
donnée en veritable Pere. Qu'il vive
Four proteger l'Eglife & la Réligion ,
pour eftre l'exemple de ce que le
Rois doivent faire pour elle, Qu
GALANT. 251
continue de former fes auguftes Enfans
, & les Enfans de fes Enfans.
Qu'il for me en eux des Rois pour les
Nations voisines. Qu'il vive enfin
pour faire regner avec luy la juftice ,
fecondé par tant de fages & habiles
Magistrats , qu'il anime de fon efpris.
Il le leur communique par leur Chef
illuftre. Il l'a choifi felon (on coeur
c'eſt tout dire en une feule parole,
Ce n'eft ny fa grande naiffance f
diftinguée dans tous les Etats , ny les
fervices fignalez de fes illufttes Anceftres
attachez depuis fi longtemps
à nos Rois. Ce ne font pas méme ,
on le peut dire , fes propres fervices
qu'il avoit rendus avec tant d'affiduité
, & d'application dans une impor.
tante place .
C'est le merite perfonnel , c'est la
vertu reconnuë de prés , éprouvée
252 MERCURE
en plufieurs rencontres , eflimée ,
aimée par un Prince au difcernement
duquel rien n'échape ; qui n'a pas
tant voulu recompenfer ce merite &
cette vertu , que rendre l'un & l'autre
plus utiles dans cette premiere &
importante place au Public , à l'Etat ,
à la Religion.
Tels font ces fujets d'un ordre fuperieur
qu'il plaift a Dieu de former
de temps en temps pour l'avantage
des Peuples & des Royaumes . On
peut dire qu'il n'y a point , à proprement
parler , de récompenfe pour
cux Les Rois qui en font fi bien fervis
, fongent moins en les élevant aux
plus hautes dignitez, à recompenfer
leurs fervices , quelque grands qu'ils
puiffent eftre , qu'à les mettre par là
en eftat d'en rendre encore de plus
grands. Ainfi leur récompenfe deGALANT.
255
vient le bien public pluroft que le
leur. Ils ne la reçoivent meſme & ne
s'en fervent que dans cet efprit, On
diroit qu'exempts de tout befoin
pour eux , ils ne font au monde que
pour veiller & s'intereffer continuellement
aux befoins des autres hommes.
Nous reconnoiffons tous ce caractere
fi rare de defintereffement , Dequoy
ne rend-il pas capable un premier
Magiftrat , en qui à un profond
fçavoir eft jointe une fi parfaite connoiffance
des affaires publiques , une
experience consommée , une probitê
veritablement Chreftienne , une mo.
deftie qui femble fouvent luy faire
oublier ce qu'il eft , & luy laiffer
ignorer à luy feul ce que tout le mon
de nepeut s'empêcher de voir & d'admirer
en luy.
216 MERCURE
Il ne faut rien de moins à la tefte
de cette augufte & celebre Compa
gnie pour en foutenir , comme il fait
i dignement , le grand nom & la
haute reputation .
Je la lupplie d'eftreperfuadée , que
de tous les Evefques de fon effort
qui luy font redevables , & qui doi
vent luy eftre fi reconnoiffans , il
n'en eft point qui foit plus templique
moy des grands fentimens qu'elle
merite qu'on ait pour elle.
J'ay tout lieu d'efperer que cette
meſme protection qu'elle accorde
tous les jours avec tant de juftice &
de religion aux plus anciennes Egli
fes de France , elle voudra bien l'ac
corder auffi à la derniere de toutes ,
confiée à mes foins ; Eglife toute
naiffante ,qui en cet eftat de foibleffe ,
& en d'auffi foibles inains que les
GALANT 257
miennes , peut avoir encore plus de
befoin que les autres d'eftre foute .
nue . Heureux , Meffieurs , fi dans
ce que je pourray jamais avoir l'honneur
de vous demander pour elle
outre les motifs principaux qui vous
font agir , je pouvois me flater d'y
eftre compté pour quelque chofe ,
fait par mes voeux & par mes prieres
que je ne cefferay de faire pour vous ,
loiri par le refpe &t & la veneration
que je vous dévoue dés ce jour-cy ,
pour toute ma vie.
La Ceremonie finit par les fermens
que les Procureurs & Avocats de la
Cour firent en tres grand nombre
fur les Evangiles , aux pieds de Mr le
Premier Prefident.
Le mefme jour l'on fit à la Cour
des Aides l'ouverture des Audiences
, aprés la lecture des Ordon258
MERCURE
nances & les Exhortations
ordinaires
que Mele Camus, premier Prefi
dent de cette Cour , fit à Mrs les
Avocats & Procureur
Generaux ,
& enfuite aux Greffiers & autres
Officiers de la mefme Cour, Cer
illuftre , Chef qui remplit cette premiere
place , avec tant d'habile
té , de douceur & de juftice , a
dreffa fa parole à M les Confeillers
& leur dit à peu prés ,
que files hommes eftant obligez
de s'aider les uns les autres ,
miniſtere de ceux qui eftoient confacrez
à rendre la justice , eftoit honorable
, il eftoit auffi des plus dan
gereux , que fi on en examinoit
tous les devoirs , on ne s'enga
geroit pas fi facilement
dans cette
profeffion ; que la crainte de ne
les pas remplir dans toute leur eften-

le
GALANT 259
due devoit faire faire des refle
xions ferieufes ; qu'un Juge eftant
obligé de paffer fouvent la meilleu
re partie de fa vie à fe partager entre
ton honneur & fa fortune , il
E ettoit fouvent dans le danger de
perdre fa reputation , & enfin qu'il
eftoit refponfable envers Dieu , envers
fon Prince , & envers le pu
blic de toutes les actions de la vie.
Il fit voir que comme c'eftoit une
neceffité qu'il y euft des Juges ,
ceux qui eftoient engagez dans cet
employ fi delicat , ne devoient poins
décider ny rendre legerement leurs
Jugemens, avec une confiance faf.
Lucule , & une prefomption décifive.
Il ajouta qu'il le trouvoit dans
tous les efprits autant de differenée
que dans les vilages , chacun
fant à la miniere , & felon les fens
Novembre 1698. Y
pen
260 MERCURE
qu'il concevoit ou vouloit conce
voir & décider les difficultez , chacun
fe faifant des principes & des
préjugez proportionnez aux fens qui
le preoccupoient felon la fituation
de fon efprit , entraifné fouvent
par une imagination pompeufe qui
ne railonne que par fes feules idées,
fans penetrer dans ces connoiflances
neceffaires pour tout ce qui pou.
voit contribuer à les éclairer , & à
les mettre en eftat de pouvoir décider
avec fuccez . Il montra avec
des termes vifs & patetiques , que
les Juges eftoient inexcufables s'ils
ne s'appliquotent à ſe garentir des
embufches qui leur eftoient préparées
, ou du cofté de l'ignorance ,
ou du cofté de la prefomption ,
lors qu'ils negligeoient la verité
que l'on ne connoiffoit jamais ,
tant que l'on ne s'attachoit pointà
A
5
GALANT. 261
concilier fon devoir avec la raifon
& avec les regles de la Loy &
des
Ordonnances ; que les forprifes
de la prevention faſcinoient les yeux ,
é'oignoient pluftoft que d'approcher
la verité , qu'elles groffiffoient les
apparences , & que rien n'eftoit fi
dangereux qu'un Juge préoccupé &
engagé, puifqu'il cedoit fans réfiftan-
Ice une place qu'il eftoir obligé de
diffendre jusqu'à la derniere extre
mité Il marqua de quelle manie
re on devoit éviter ces écueils en
fe renfermant à trouver fon devoit
dans l'obfervation de la Loy
arrefter la rapidité de fon efprit , &
ne point fe laiffer féduire
par des
présomptions qui ſouvent ont efte
caufe que l'innocence a efté oppri
mée & condamnée , & les Cri
minels abfous & déchargez. Il fir
les folingar di no bayippold
2
C
262 MERCURE
voir encore que l'homme ne pouvoit
reconnoiftre la foiblefle de fon
efptit , & les illufions de fa prevention
que par de ferieufes medita .
tions fur ce qu'il devoit penſer
fur ce qu'il eftoit obligé d'écouter
, & ſur ce qu'il devoit dire ,
ajoutant que fi la force d'une éloquence
victorieuſe avoit le pouvoir
d'enlever les efprits , & de leur faire
prendre un party , ces mefmes
efprits eftoient en droit d'examiner
les raifons contraires , & d'écouter
ce qui le prefentoit fur la pro.
babilité; que ce n'eftoit point à la legere
qu'il falloit fe déterminer ,
mais prendre les temps neceffaires
pour ne point tomber dans les ferm.
pules . Il finit en faisant des refle
xions fur la conduite neceffaire à
ceux qui estoient confacrez, au pu
blic , que quand on fe regardoit feul
GALANT. 263
en fon particulier , on ne fe défioit
point de foy- mefme par la prévention
que l'on avoit en la faveur , &
enfin que par cette heureule défian .
ce de les forces , on le trouveroit
en estat de remplir fes devoirs , &
de rendre les fervices au Roy &
au public , heureux au deffus des
autres par la fatisfaction de rendre
la Juftice dans fa pureté , dans une
crainte continuelle de ne la pas con
noiftre , mais accompagnée de fermeté
pour la foutenir , & fuivie d'une
modeftie tranquile dans les applau
diffemens.
* M5 Delaguais de Gueritot , fecond
Avocat General , prit enfuite la pa.
Bole, & fit un tres beau difcours dans
lequel par de riches expreffions &
remplies de cette vive Eloquence qui
luy eft fi naturelle , il s'étendit fur
264 MERCURE
la dignité & la neceffité , & dit que
quand on confideroit le bien que
l'eftabliffement des Loix a fait dans
le monde , le peu de foumiſſion des
hommes pour y déferer , les uns
traitans le Legiflateur de capricieux,
les autres de prefomptueux , il y a
voit à craindre que la Juftice ne devinft
méprifable , fi ceux à qui on
en commettoit le dépoft ne la foutenoient
avecvigueur , en faifant voir
qu'elle eft foutenue de la verité 3
qu'on ne devoit pas s'étonner files
Loix eftant l'ouvrage des hommes
avoient esté quelquefois changées
felon les interefts des peuples & des
Etats , qui font fouvent variables ,
puis qu'ils avoient toujours eu un
mefme principe fixe & refpectable
qui eft la raifon , qui part d'un mef.
me efptit , quoy que d'une matiere
GALANT
265
changeante . Il prouva que les Empires
les plus puffans s'aflujetrif
foient à la Loy par les alliances
qu'ils contratoient , & dans les
Guerres qu'ils declaroient , ou de
leur chef , ou en faveur de leurs
Alliez , & que les Armes mefme
avoient leur Jurifprudence ; que
cette inconfiance dans quelques uns
de fes partis eftoit neceffaire dans
des Etats changeans , & enfin que
les Souverains les plus juftes fe dépoüilloient
fouvent de leur puiffan
ce de Legiflateur , pour le foumete
tre eux melmes à ceux aufquels ils
donnoient le pouvoir de comman
der ou de deffendre ce qu'ils ju
geroient à propos pour l'intereft de
leurs peuples & de leurs Eftars . Il
fit voir que la Loy eftoit le fruit
de la raifon la plus exacte & que
t
<
266 MERCURE
les gens qui y ont travaillé raffem,
blezenfemble , avoient uny leurs lumieres,
& par des travaux laborieux
conciliant le paffé avec l'eftat pretent,
ils avoient fortifié les endroirs foi
bles de la Loy , & qui avoient écha
pé aux prévoyances des premiers
Legiſlateurs , & travaillé utilement
pour le public ; que l'intereft ny l'amour
propre n'avoient point eu de
part à leurs travaux , s'eftant uniquement
attachez à faire du bien à
leur Patric Il ajouta que par l'affu
jectiflement des hommes à la Loy,
on avoit veu-tracer les Plans des Vil
les , affembler des peuples difperfez,
changer les Sauvages en Citoyens ,
l'ordre eftably , & chacun confervé
dans la poffeffion des biens qui cftoient
les fruits de l'oeconomie ou
de l'induftrie ; que les foibles n'avoient
"
GALANT. 267
voient plus craint le plus fort ; que le
fimple , n'eftoit point trompé par
le plus fubtil; que l'on avoit mis des
barrieres aux artifices des plus habiles
qui ne s'eftoient dans la fuite rendus
ingenieux que pour faire du
bien ; que l'obeiffance à la Loy en
avoit efté le premier fondement, que ?
c'eftoit par cette obſervation exacte
que l'on avoit augmenté & confer
vé les Empires que les peuples qui
s'eftoient rendus les plus efclaves de
lears Loix avoient efté prefque les :
Maiftres du Monde , & que quand
ils les avoient negligées , ils eſtoient
déchus de leur puiffance, Il montra
avec beaucoup d'efprit , qu'obferver
la Loy , c'eft rendre hommage à lad
räifon , que dans la pratique de la
Loy on trouve la veritable gloire ,
& que quand on ne l'obferve plus ,
Novembre 1698. Z.
268 MERCUR £
on ouvre la porte à la violence , à
l'injuſtice & aux defordres qui font
perir les Etats les plus floriflans . Ik
dit encore que la Loy avoit une infinité
d'ennemis à combattre , que
ceux qui en eftoient fouvent les dépofitaires
la corrompoient par leurs
manieres, ſeveres fur les vices d'autuy
, complaifans pour les leurs ,
combattant les paffions des autres ,
applaudiffant à leurs égaremens ,
enforte que le plus jufte ne fe foamer
fouvent qu'à regret , n'obeït qu'en fe
plaignant & chargé d'un joug qu'il
croit deshonorer la vertu qu'il veut
plus libre & plus indépendante , afin
de pouvoir pour luy feul donner des
bornes à la Loy, il marque une impatience
& une repugnance contre Lout
ce qui ne luyplait point dans la loy.Il
fit connoiftre que ces fortes de gens,
loin d'affermir détruifent & anganGALANT.
1| 269.
;
tiffent la Loy ; que comptables au
Prince & au public , ils preferent les
idées de leur caprice ou leurs interefts
aux regles que cette incertitude
donne de la hardieffe aux injuftes
, eftant vray ddee ddiirree que de cette
jufte foumiffion jointe à un genic
capable d'une intelligence vaſte, &
à une application fans relâche , dépend
la perfection de l'eftat du Magiftrat
; que ce qui caule la plufpart
des defordres , c'eft le peu d'appli
cation que l'on a dans le choix des
Sujets ; que tel fe feroit diftingué
dans les Armes ou dans le commerce,
ou dans d'autres emplois , qui
fe deshonore dans la Magiftrature ;
- que leurs Familles , en les mettant
dans cet employ,, ne les avoient
point confultez eux-melmes , mais la
feule ambition & le plaifir de les
Zij
270 MERCURE
voir Magiftrats , fans avoir exami
né s'ils eftoient capables d'en remplir
tous les devoirs , enforte qu'ils
fe rendoient mépritables par leur
ignorance , & leurs Familles remplies
de honte & de confufion par les
endroits par où elles prétendoient
s'attirer des honneurs & de la confideration
; qu'il falloit prophetifer
avec les Prophetes , & fe diftinguer
par l'étude , l'application & le tram :
vail . Il s'étendit fur les Portraitsqu'il
fit de certains autres Magif.
trats , heureux par leur genie atlé
fages , vertueux , mais parefleux , à
qui leur railon feule fervoit de Loy
& d'ofage , & qui fans fe donner
la peine de chercher les maximes ,
s'imaginoient en avoir une entiere
connoiffance , & perdoient le defit
de's'en inftruire ; que de là venoient
$ fcrupule's , l'incertitude , & la va.
GALANT: 271
riation en s'abandonnant à tout ce
qui fe prefentoit à leur fens fans
en connoistre les confequences , &
jugeant d'eux feuls la Loy mefme
au lieu de s'y foumettre ; que quand
elle ne plaifoit pas , on la méprifoit,
on l'éloignoit par des pretextes vains
& intereflez,lans confiderer que fon
utilité compenfoit le mal neceflaire
du particulier avec le bien qu'elle
faifoit au public , que tout ce qui paroift
nous déplaire dans la Loy a
déplû au Legislateur que fa fage
prévoyance en a connu la neceffité
& les confequences ; la raiſon s'en
trouvant dans fon execution . It ficit
par une apoſtrophe qu'il fit à ces
peuples heureux qui avoient des
Princes qui faioient confifter leur autorité
à fuivre la Juftice , qui sy
foumettoient eux- mefmes , & qui
Zi
272 MERCURE
par leur exemple engageoient les
Magiſtrats à eftre fidelles obfervateurs
des Loix , qui puifant dans elles
* leurs lumieres & leurs décifions , ne
les interpretoient que par le fecours
de la raifon & de la verité .
Meffire Louis- Augufte de Harlay ,
Comte de Céli , Confeiller en la feconde
Chambre des Requeftes du
Parlement , a époufé Mademoiſelle
de la Vie , Fille de Mr de la Vie Maitre
des Requeſtes , & Petite- fille de
de Mrde la Vie , Premier Prefident
au Parlement de Pau. Il eft Fils de
Meffire Nicolas Augufte de Harlay ,
Comte de Céli , Confeiller d'Etat &
Plenipotentiaire pour la Paix , & de
Dame Françoife . Marie-Louife Boucherat
, Fille de Mr le Chancelier , &
defcend de Mr le défunt Premier
Prefident du Parlement Achilles de
GALANT. 273
Harlay , Seigneur de Beaumont
dont l'Illuftre Maiſon eft affez connue
par la grandeur & par fon merite.
La ceremonie des Epoufailles fur
faite à Paris le g . de ce mois à une
heure aprés minuit dans la Chapelle
de Mr le Chancelier , par le Pere
Dom Charles de la Vie , Prieur des
Benedi &ins de Pontoife , Oncle de
Ela Mariée , qui fit cette exhortation
aux jeunes Epoux.
Tout vous parle dans cette augufte
Ceremonie qui nous affemble ; le
heu où vous etes , la prefence de vo
ftre Pasteur , le filence mefme & le
repos de la nuit , cette Affemblée
nombreuſe de Parens , tous illuftres
par la fplendeur de leur naiffance ,
par la dignité de leurs emplois , &
= plus encore par l'éclat de leurs vertus .
Ces Ornemens tous myſterieux don?
Z iiij
274 MERCURE
je fuis aeveftu , ces cierges allumez ;
tous ces objets doivent vous inſpirer
du refpect , de l'attention & de la
pieté .Vous venez dans un lieu Saint,
dans le Temple du Dieu vivant , au
pied de fes Autels , fous l'autorité
de vos Parens , & celle de votre Palteur.
Vous venez celebrer un Sacrement
que l'Apoftre appelle grand par
excellence , & fi grand que le Fils de
Dieu a voulu en eftre la Figure &
l'Exemplaire ; la Figure, lorſqu'il s'eſt
reveſtu de noftre chair mortelle , &
qu'il a pris l'Eglife pour fon Epouſes
l'Exemplaire , par les marques fingulieres
& éclatantes qu'il a données
dans tous les temps de fon amour
pour cette Epoufe , laiffant aux Epoux
Chreftiens dans un amour fi tendre
& Gaffectif le modele de celuy qu'ils
doivent avoir reciproquement les
GALANT 275
uns pour les autres . Sacrement , enfin
, dont il renouvelle chaque jour
les Sacrez Myfteres , d'une maniere
toute pleine d'amour , & la plus miraculeuse
, lorsqu'il s'unit à nous dans
le Sacrement adorable de nos Autels
, nous donnant fon Corps & lon
Sang , afin de ne faire avec nous
qu'un même coeur & un mefme es
prit. En voilà fans doute affez pour
vous faire comprendre quel est
l'engagemeut que vous voulez aujourd'huy
contra&ter enſemble , quelle
en eft la grandeur & la fainteté , &
quelles en font auffi les obligations.
J'ajouteray feulement que la Providence
m'ayant donné beaucoup de
part dans ce Mariage , la nature auffi
me donnant quelque droit & quelque
avantage fur vous j'ay lieu de croire
que tout ce que je vous marque icy
276 MERCURE
pour voſtre inſtruction , demeurera
vivement & profondément gravé
dans vos coeurs , & que vous n'oubirez
jamais ny les foins , ny les pa
roles d'un Miniftre que tant de rai
fons intereflent dans votre falut ,
en forte que toujours penetrez & perfuadez
que le Mariage eft un estat de
perfection , vous n'en ayez jamais
cette fauffe idée que l'on en a communément
dans le monde , où il eft
regardé comme un estat purement
de plaifir & de divertiffiment , un
eftat où il eſt permis de s'abandon.
ner entêrement à les paffions , &
d'en foivre fans aucune melure le
penchant & le defordre . Loin de
vous ces idées mondaines , plus propres
à des Idolâtres qu'à des Chref
'tiens . Venez en des difpofitions plus
'convenables à la fainteté du lieu où
GALANT. 277
Vous eftes , du Sacrement que vous
voulez recevoir, & du Dieu que vous
adorez . Venez dans les fentimens
d'un amour chafte , dans le deffein
de vous aimer chreftiennement de
Vous unir ensemble de ce lien facré &
indiffoluble, que toutes les Puiffances
du monde ne fçauroient rompre,
dans la volonté de vous entr'aider
mutellement à ſupporter les miferes
de cette vie périffable , les incommoditez
de la vieilleffe , & celles de la
maladie , dans le defir encore d'avoir
des enfans qui s'appliquent à connof
tre , à aimer & à fervit Dieu , & qui
puiffent ainfi augmenter le nombre
des Saints , & faire le bonheur & la
gloire de l'Eglife , perpetuer dans le
monde , & illuftrer mefme s'il eft
poffible , ce beau nom , dont on vous
rend aujourd'huy les dépofitaires .
278 MERCURE
Un Mariage celebi é dans de fi faintes
difpofitions , eft le Mariage permis
aux Chreftiens , le Mariage que Jefus-
Chrift a inftitué , & auquel il a
attaché une infinité de graces , le
Mariage pour lequel l'Eglife nous
ordonne de faire des voeux & des
prieres , pour lequel je dois offtir en
facrifice l'Agneau fans tache ; le Ma.
riage enfin , dont je vais commencer
la Ceremonie.
Vous fçavez déjà , Madame , que
la Ville d'Evreux a faitune perte confiderable
en la perfonne de Madame
Marie Elizabeth de la Rochefou
cault , Abbefe de S. Sauveur , morte
fubitement le 22 du mois paffe , dans
fa quatre- vingt-uniéme année . Elle
eftoit Tante de Mr le Duc de la Rochefoucault
, Grand Veneur de France,
& Grand Maitre de la Gardero
GALANT. 279
be du Roy , & avoit gouverné cette
Abbaye , l'espace de quarante- neuf
ans Je vous ay dit au commencement
de cette Lettre , que le Roy
avoit nommé à cette même Abbaye
de Saint Sauveur , Madame Elizabeth
de la Rochefoucault fa Niéce . Elle
eft de cette Maiſon , mais non pas fa
Niéce , & on l'appelle Madame d'EG
tiffac . Il ne fe peut rien dire de plus
jufte ny de plus recherché à la
loüange de ces deux Dames , que ce
qu'en dit le Pere Dom Philâtre , Religieux
de la Congregation de Saint
Maur , dans un Sermon qu'il fit le
jour de la Fefte de tous les Saints de
l'Ordre de Saint Benoist . Le fujet de
fon premier point eftoit que les Saints
Benedictins avoient imité J. C , joignant
l'humilité à la grandeur pour
entrer dans le Ciel. Aprés avoir rap
%
280. MERCURE
porté l'exemple de plufieurs grandes
Princefles comme Cuncgonde ,
Hermingrade , & Mathilde , qui s'étoient
dépouillées de toute la pompe
feculiere qui les environnoit pour
fe couvrir d'un voile comme d'un
bouclier , qui les deffen dift contre les
attaques que le Demon pouvoit donner
à leur innocence , il dit enfin
s'adreffant aux Religieufes devant
lefquelles il paloir : Vous avezauffi,
Meldames remarqué cet ingenieux
artifice dans celle qui vient de vous
quitter , parce qu'une mort dure &
amerepour vous, mais officieuse pour
elle , vous la ravie . Sortie d'une illafre
famille, elle oublia dès fanaiffance
ce qu'elle eftoit felon le monde
pour penser à ce qu'elle devoit eftre
pourplaire uniquement à Dieu. L'ef
fay qu'ellefit defa liberténaiffante
t
GALANT. 281-
fat un facrifice volontaire d'elle - mime,
&les démarches qu'elle fit dans.
la voye de Dieu la conduifivent dans
la folitude pour s'entretenir avec luy
coeur à coeur. Pofée de fa mainfur le
chandelier pour éclairer crite
illuftre Maifon , elle n'a fait éclater
fa lumiere qu'autant qu'il falloit
pour vous édifier. Elevée fur vos
teftes , elle ne vous a jamais fait fen
tir le poids de fon autorité , mais la:
douceur, la prudence & l'égalité de
fon gouvernemens . Bien loin d'affecter
cet air dominant dont parle l' Am
phire , elle s'étudia feulement à fe
rendre laforme de celles que la Providence
lay avoit confiées pour les
conduire au Ciel. Attentive à en\
mediter lesvøyes , & fidelle à les fuir.
vre , elle a répandu jafqu'au dehors :
la bonne odeur de Jefus Chrift,
282 MERCURE
Chargée de merites plus qued'années
elle a efté furprife de la mort ,fans que
la mort l'ait pu ſurprendre tenant
toujoursfa lampe allumée pour aller
devant du divin Epoux: auffil'avezvous
vuëmourir dans le doux baifer
du Seigneur , qui avoit eftè l'anique
objede fon amour . Puis s'adreffant à
Madame d'Eftiffac qui eftoit prefente
, C'eft pour la faire revivre , ditparmy
vous que le Roy auſſi éclairé
pour connoiftre le merite , que juſte
pour le recompenfer , vient , Mada
me , de vous nommer Abbeße de
cette illuftre Maifen. Le plaifir que
vous avezpris à copier les vertus de.
noftre pieuse Deffunie , vous a attiré
le foin de les faire pratiquer àux ":
antres. Vous avez merité par vofire
regularité l'eftime de tout le monde ,
auſſi en avez-vous et tous les fuffra
il;
GALANT 283
ges , & on a de la joye de vous voin
remplir cette place , parce que cette
Maifon en changeant d'Abbeffe ne
changerapas de conduite. Vousy at→
tirerez , Madame , des Vierges
apres vous , qui apprendront à voiré
exemple à joindre l'humilité à lá
grandeur.
Meilire Alexandre de Rayniér
Seigneur de Boileau , Chevalier
de Saint Louis , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , Gouverneur de
Charletoy , cy - devant Capitaine
aux Gardes , eftoit mort en la Terre
de Boiffeleau , dés le huitiéme de ce
mêmemois d'Octobre.Il avoit épousé
FrançoiseChoart, Soeur de Mt Choart
Curé de Saint Germain le Vieil , &
d M. Ghoart - Surintendant de feuë
Madanela Dauphine , tous enfans
de Gabriel Choart des Broffes , Sci-
Novembre 1698. A a
284 MERCURE
gneur de Magny Saint Loup , & au
tres lieux , & de Dame Philippes de
Fenis , & Petits - enfans de Nicolas
Choare Correcteur des Compres ,
& de N, Miron . Mª de Boiffeleau
Jaifle plufieurs Filles. Il eftoit Fils de
Mr de Raynier de Boiffeleau , Capitaine
aux Gardes , puis Gouverneur
de la Mothe en Lorraine , & de Marguerite
de Longueval , & Petitfils de
Mr de Raynier de Boiffeleau , auffi
Capitaine aux Gardes , puis Gouverneur
de Royan , & de N. Molitart .
Meffie Jean- Baptifte de Bernard,
Seigneur de Forax , Panfou , & au .
tres lieux , mourut fur la fin du mê.
me mois. Il avoit époufé Dame
Françoife de Linthealer, qui eft mor.
te au commencement de ce mols
fans enfans. Als vivoient dans une
grande pieté , & faifoient des aumôGALANT..
285
nes confiderables aux Pauvres . Ils
eftoientde la famille des Fondateurs
de la Maifon & College de Buffy a
Paris Mr de Forax eftoit d'une an
cienne Famille , Fils de Guillaume de
Bernard , Seigneur de Forax , &
d'Anne le Beau , Fille de René le
Beau , Seigneur de Sinzelles , Maî
tre des Requelles , & de Catherine
dé Montholon Cette Anne le Beau, '
avoit époulé én premieres Noces
Jacques Billet Seigneur de Vau
grenant , dont eft venu Claude Bail
Jet deffunt , Seigneur de Vaugrenant ,
Chevalier de l'Ordre du Roy , &
Prefident en la premiere Chambret
des Requeftes du Parlement.
Madame de Forax eftoit Soeur
aifnée de Catherine- Claude de Lintholaer
, Veuve de Jacques Pianion ,
Confeiller Secretaire du Roy , &
A a ij
286 MERCURE
Greffier de fon Confeil .
On a eu nouvelles de Mâcon , que
Mr Baudron , Seigneur de Senecé , y
eftoit mort le 3c. Ottobre , âgé de
quatre-vingt-huit ans , aprés avoir
exercé pendant quarante années la
Charge de Lieutenant General au
Prefidial de cette Ville. Les Livres
qu'il a donnez au Public font des témoignages
affurez de fon merite &
de la capacité. Il eftoit profond dans
toutes fortes de Sciences , fur tout
dans la Jurifprudence , & avoit beaucoup
de talent pour la Poëfie Latine-
& Françoife. I eftoit Pere de M
de Senecé , premier Valet de Chambre
de la feuë Reine , dont les Ouvrages
Poëtiques font tant de plaifir
aux perfonnes qui ont veritablement
du gout pour les Vers , & qui demaudent
du genie & de l'invention
PZA
GALANT: 287
dáns les nouveautez qu'on leur expole.
Voicy les noms de quelques autres
perfonnes diftinguées , mortes pendant
ce mois-cy.
-Meffice Antoine le Bigot , Seigneur
de Gaftines , la Salle, la Cou
draye-Micouard , & autres lieux ,
Confeiller honoraire en la Cour
des Aides , d'une famille d'Epée ,
qui depuis plus de deux cens ans
s'eft mile dans la Robe. Il eftoit
Fils d'on Maiftre des Comptes , &
avoit époufé 1 .... Baibe de la Forterie
au Maine , dont il a eu entr'autres
enfans , Meffire Antoine - Re
nê le Bigot Seigneur de Gaſtines ,
Confeiller en la troifiéme Chambre
des Enquetes. Il a un Frere
Commiffaire General de la Marine
à Saint Malo. Li en avoit plufieurs
288 MERCURE
autres , Officiers dans le Regiment
des Gardes Françoiſes , & Chevaliers
de Malthe.
Dame Louile Gabrielle de la Baume
le Blanc , Epoufe de Meffice
Cefar . Augufte de Choifeul du Plef
fis Praflin , Duc & Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Lieutenant General des Armées
de Sa Majesté . Elle eftoir four de
Mr le Marquis de la Valiere , qui
époufa au mois de Juin dernier
Mademoiſelle de Noailles , tous
deux enfans de Jean - François de la
Baume le Blanc , Marquis de la
Valiere , Baron de la Mailon fort,
Gouverneur du Bourbonnois , Fre
re de Madame la Ducheffe de la
Valiere , à prefent Religieufe Carmelite
, & de Gabrielle le Glé ,
Dame du Palais de la Reine. M
GALANT: 289
!
le Duc de Choifeul eft Fils de Ce.
far de Choifeul , Duc , Pair & Maréchal
de France , Chevalier des
Ordres du Roy , & Gouverneur
de Monfieur , dont je vous ay par
lé dans ma Lettre du mois paffé ,
au fujet de la mort de Madame la
Comteffe de Montleans , où au
! commencement de l'article , l'on a
mis le mot de Pere par mégarde,
au lieu de celuy de Frere.
Dame Louife de Fieuber , Epoufe
de Mre Jean de Longueuil , Marquis
I de Mailons , Prefident à Mortier
en la Cour de Parlement , & Chan
celier de la fene Reine de Sa Majefté.
Elle eftoit Soeur d'Anne de Fieubet
, Seigneur de Launac , Maiftre
des Requeftes honoraire , Pere de
Paul de Fieubet, Seigneur de Reveil
290 MERCURE
lon , Maiftre des Requeftes . Elle
eftoit encore Soeur de défunt Gafpard
de Ficubet , Confeiller d'Etat &
Chancelier de la feue Reine , qui s'étoit
retiré aux Camaldules ; de M de
Fieubet, Premier Prefident au Parlement
de Touloufe ; d'Elifabeth de
Fiber, Epouse de мeffire Nicolas Nicolaï
, Seigneur de Gouflainville
Premier Prefident en la Chambre
des ompres , P ere & Mere de Jean-
Aimar Nicolai , Seigneur de Gouffainville
, aujourd'huy Premier Prefident
en la même Chambre , & de
Claude de Fieubet , Epoufe de Nicolas
Jeannin de Caftille , Confeil
ler d'Etat , & Treforier de l'Epar
gne , tous enfans de défunt Gafpard
de Fieubet , Confeiller d'Etat , & de
Dame Claude Ardier . Elle laiffe
pour enfans Claude de Longueïl ,
de
GALANT: 291
de Maifons , Seigneur de Poiffy
Confeiller en la Quatrième Cham;
bre des Enqueftes , & Prefident à
Mortier au Parlement en furvivance
de Mr fon Pere ; Midame de Lon .
gueil de Maifons , Abbefle des Dams
Religieufes de Sainte Perrine de
la Villette , prés Paris , & d'autres
Filles Religieutes . Elle eftoit encore
Mere de défunt Jean - René de Longueil-
de- Maifons , Seigneur de Poiffy
, mort Confeiller au Parlement en
la feconde Chambre des Requeftes ,
en l'année 1689. Elle eftoit de la Famille
des Fondateurs de la Mailon
& College de Boiffy à Paris.
Meffire Pierre Thomas , Seigneur
du Foffe , & autres lieux Il eftoit Fils
d'un Maitre des Comptes de Rouen
& continuoit la Vertion de la Bible
en François , que feu Mr de Sacy
Novembre 1698. Bb
292 MERCURE
avoit commencé à nous donner
avec de Sçavantes Notes , en plufieurs
Volumes in octavo. Il nous a
donné plufieurs Vies des Saints , 82
quelques ouvrages picux , qu'il a mis
fous d'autres noms que le fien , par
humilité.
Meffire Philippes Dufour , Prefident
& Treforier General de France
au Bureau des Finances , Grand-
Voyer en la Generalité de Paris . Il
eftoit Fils de François Dufour , Se-
Cretaire du Roy , & de Suzanne
Rouillé , & il a eu pour fon Ayeul
Jerolme Dufour mort en 1603. ſous
Doyen de la Grand'Chambre du
Parlement de Paris, Son Fils Michel
Dufour eut fa Charge , qu'il exerça
jufqu'à fon decés , arrivé en 1629. &
il fut Pere de Jerofme Dufour , qui
cut auffi la même Chatge , & qui
GALANT.
293
aprés l'avoir exercée quelque temps
le retira chez les Peres de la Doctri
ne Chreftienne , où il eft mort . Celuy
qui vient de mourir eftoit
Neveu de Meffire Claude Dufour
Aumofnier fervant du Roy Louis
XIII. & Frere de Meffire François
Dufour , auffi Aumofnier fervant du
feu Roy , & du Roy prefentement
regnant.
J'oubliois à vous dire que la Republique
des Lettres a fait une veri
table perte , en la perfonne d'Eftienne
Algay de Martignac , mort âgé
de foixante- & - dix - ans , Ilnous a donné
plufieursTraductions de Poetes en
François, & entre- autres celles d'Horace
deVirgile, de Juvenal, de Perfe,
& d'Ovide.Il avoit commencé laTraduction
de la Bible , & nous avoit
donné encore une Traduction de l'IB
bij
294 MERCUR
E
mitation de Jefus. Son dernier Ou²
vrage eft la Vie des Archevelques &
des derniers Evefques de Paris , im ↓
primée iu quarto au commencement
de cette année .
L'ovverture des Audiences du
Parlement fe fit le Lundy 17. de
ce mois dans la grande Chambre.
Elle commença par un difeours que
fit Mr Portail , Avocat General , qui
prit pour fujet , la bienfeance que les
Avocats doivent avoir dans l'exerci
ce de leur profeffion . Ille traita avec
ucoup d'éloquence , faifant admi-
3
beauté de les expreffions , la
richeffe de les pentées , & la grace de
Ta prononciation ! Il fit voir aux AVocats
importance de leurs em-
"plois , leur indépendance & les avantages
qui s'y réncontroient. Il
entra dans Texamen de toutes les
GALANT. 295
?
parties neceffaires pour parvenir à
la perfection de leur eftat & fic
une peinture des vices & des def
fauts qu'ils devoient éviter . Il s'é.
tendit fur beaucoup de chofes , qui
farent la difpofitiondu Cour l'application
à l'eftude & à l'éloquence
, les endicits où il falloit fe fervir
du fublime , & ceux où l'on devoit
être concis,le refpe &t que l'on devoit
avoir pour les Juges , la moderation
envers ceux par qui l'on eftoit employé
, la pureté du Difcours , &
T'amour pour la verité & la Juftice "
Il réunit toutes ces qualitez fr.neceffaires
pour la bienfeance , & les
plaça ingenieufement dans l'Eloge
qu'il fit du Roy , où il fit voir que
les actions de ce Grand Prince dans
le cours glorieux de fon Regne ,
eftoient accompagnées de bienfean-
-
Bb iij
296 MERCURE
ce , qui eftoit l'effet de fa fageffe
& de fa pieté. Il fit auffi l'Eloge
de Mr le premier Prefident , & de
Mile Prefident de la Moignon, &
finit par une exhortation aux Procureurs
de s'appliquer à parvenir à
cette bienfeance fi neceffaire à
l'homme dans l'exercice de toutes
les profeffions , dans lefquelles on
trouvoit de l'utile fans bienfeance ,
au lieu que dans la bienfeance on
y pouvoit trouver de l'utile .
Le difcours que Mr le premier
Prefident fit enfuite ne fut pas
moins admiré que le premier. Il
roula pareillement fur la bienfeance
fi neceffaire aux Avocats . Il la
compara aux Pierres precieufes que
l'on tire brutes du fein de la Terre
ou de la Mer , & qui n'ont d'éclat
que lors qu'elles ont efté polies par
GALANT. 297
la main d'un habile ouvrier , en faifant
voir que les anciens s'eftoient
contentez d'exciter les hommes à la
bienfeance , mais qu'ayant negligé
d'en tracer les routes & de donner
les moyens de l'acquerir, ils en
devoient avoir l'obligation à M
Portail , dont il fit l'Eloge , ainfi
que celuy des deux autres Avocats
Generaux de leur en avoir enfeigné
les principes, par
ples & par leurs diſcours.Il eft impoffible
de retenir tout ce que ce grand
Magiftrat dit fur cefujet , avec une
Eloquence qui luy eft particuliere ,
que tout le monde admire , & à la- -
quelle on ne peut atteindre .
leurs exem-
Le Mercredy fuivant on fit la
Mercuriale en la maniere ordinaire .
On la fait deux fois chaque année
, Pune , le premier Mercredy
Bb iiij
300 MERCURE
d'aprés l'ouverture des Audiences,
& l'autre le Mercredy d'aprés la
Quafimodo , & comme dans cette
action où Meffieurs du Parlement
fe trouvent tous , tant de la grand ,
Chambre , Tournelle ; que des Enqueftes
& Requeftes du Palais , &
que Mrs les premiers Prefidens avec
l'un de Mrs les Avocats Generaux
ou Procureur General , y font une
Cenfure des abus qui peuvent le
trouver parmy ces Meffieurs , cette
Affemblée & les difcours qui fe
prononcent , ces deux jours de Mercredy
font appellez Mercuriales ,
& ont donné lieu à ce terme qui
s'eft introduit , & qui marque que
faire une Mercuriale n'eft autre chofe.
que faire un difcours pour reprendre
& corriger .
La
Mercuriale
commença par
GALANT. ༢༠༣
une Exhortation que Mr le Premier
Prefident fit à Mrs les Avocats
& Procureur Generaux de continuer
de remplir , comme ils avoient
fi bien commencé , les fonctions
de leur miniftere avec le zele.
& l'application qu'ils avoient tou
jours euë pour la Juftice . Il fit voir
l'importance & la grandeur de leurs
fonctions par la comparaifon qu'il
fit de leur dignité avec celle des
Cenfeurs du Peuple Romain , 82
froit en les affeurant que la Cour
feroit toujours en eftat de les écouter
dans tout ce qui concerneroit le
fervice du Roy & le bien de les
Sujets.
Mrl'Avocat General Dagueffeau
ayant enfuite pris la parole , fit un
difcours des plus éloquens , & qui
luy attira l'admiration generale . Son
302 MERCURE
fujet fut l'amour qu'on devoit avoir
pour la profeffion qu'on embraffoit ,
& fur tout pour celle du Magiftrat.
H marqua l'importance & la grandeur
de la dignité , la jufte neceſſité
qu'il y avoit de confulter fon coeur ,
& fi l'on avoit les difpofitions necaffaires
, l'application que le Magiftrat
devoit avoir à l'étude des Loix , à la
pureté des Moeurs, à la recherche de
la verité & à la modeftiei jufque dans
les habis . Il s'éleva contre les abus
& les defordres qui en alteroient la
dignité , & fit des peintures vives
des jeunes gens que l'on tiroit des
Colleges où ils n'avoient tien appris
pour les placer fur le Trone de la
Juftice, où ils entroient fans les difpofitions
& les qualitez neceffaires pour
bien remplir un employ fi confidera
ble.Il entra dans le détail de tous ces
GALANT. 303
.
defordrs & de tous ces abus , blâmant
l'indécence des habits de ceux qu'on
voyoit paffer des Fleurs de - lis dans
les fpectacles publics , qui obligeoient
fouvent ceux qui devoient avoir du
respect pour leur dignité , de les regaider
avec mépris . Il parla enfuite
contre l'ambition demefurée d'une
autre forte de Magiſtrats qui n'eftoient
jamais contens de leur eftat ,
& qui ne cherchoient qu'à s'élever
dans des dignitez plus éminentes
aprés quoy il fit le portrait d'un veri.
table Magiftrat , qui content de fa
profeffion en rempliffoit tous les devoirs
avec une tranquillité d'ame &
une application continuelle à rendre
la Juftice . Il loüa ceux qui ne fe fen
tant plusaff zde forces & de vigueur,
faifoient de glorieufes retraites , où
ils eftoient regardez avec admiration
304 MERCURE
de ceux qui leur fuccedoient , & finit
par un bel Eloge de Mr le Premier
Perefident qui réunifoit en fa perfonne
& dans toutes les actions , les
rares & fublimes qualitez d'un grand
& fçavant Magiftrat .
Si ce difcours de м Dagueffeau
fut univerfellement admiré de ceux
qui eurent le plaifir de l'entendre ,
celuy que fit enfuite M le Premier
Prefident ne le fut pas moins . Il parla
fur le même fujet , avec une éléva,
tion & une éloquence des plus vives .
Chacun admira la force & la pureté
de fon difcours , & demeura perfuadé
, tant fon raifonnement eut de
poids , de la neceffité où l'on devoit
eftre de fuivre les exemples &
les Maximes qu'il propofa pout, ac→
querir la perfection neceffaire au
Magiftrat dans tout ce qui dépend
de les fonctions .
GALANT. 305
Le Roy a donné à Mª le Baron
de Breteuil l'agrément de la Charge
d'Introducteur des Ambaffadeurs
qui vacquoit par la mort de M de
Bonneuil Ily avoit plufieurs Prétendans
, mais comme ce Baron ayant
voulu en traiter avant le decés du
Défunt, S. M. a cru luy devoir donner
la preference . Comme il a demeuré
en plufieurs Cours d'Italie , en qualiré
d'Envoyé Extraordinaire de France
, qu'il a beaucoup d'efprit , & qu'il
fçait le monde , il y a tout lieu de
croire qu'il s'acquittera parfaitement
bien de la Charge dont il vien td'eftre
pourvû. MINI
F
L'Enigme du mois paffé e embaraffe
beaucoup de gens , & a fait le
divertiffement d'une augufte Compagnie
, qui en a trouvé le mot , ce
306 MERCURE
qu'ont fait peu de perfonnes. Cette
Fille née d'une Mere male , eftoit
Eve, venue d'une des coftes d'A
dam . Ceux qui l'ont expliquée dans
fon vray lens , font Mt de Brillancourt
;Mademoiſelle
Javotte Ogier,
du coin de la rue de Richelieu ; le
Solitaire Hilarion d'Abbeville
; le
beau Chevalier de la rue Charlot ,
& la Vertueufe de devant le petic
Saint Antoine.
Voicy uue Enigme nouvelle dont
l'explication paroiftra fans doute
plus aiféc à vos Amics.
ENIGME.
JE perfecute les Mortels ,
Et dans les Champs comme
la Ville :
GALANT. 307
Je fais pleurer mainte Famil.
femme & fafille.
ns
dit
306 MERCURE
qu'ont fair peu de perſonnes , Fette
F
C
d
S
bi
&
S
1
pl
1
Ville
GALANT.
307
SE
Je fais pleurer mainse Famil
le,
n me met cependantpar tout fur,
les Autels.
La Chanfon nouvelle que je joins
Y eft d'un fort bon Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
N'Allons plus chezColas , pour
manger
enfamille
,
ùfouvent pour tout mets nous
n'avons qu'un gigot,
ly faut admirer tout ce que dit
Fanor
Et l'on craint d'y choquer & fa
femme &fa fille.
308 MERCURE
Il estprévenu pour son vin
Qui ne vautpas le vin de Brie,
Et par unfurcroift de chagrin
Toutes les fois qu'il boit , il veut
qu'on fe récrie.
anioj
Il est arrivé à Breft un Ambaſſadeur
du Roy de Maroc. Mr de Saint
Olon , Gentilhomme ordinaire de la
Maifon du Roy , a efté nommé par
Sa Majefte pour l'accompagner .
J'ay beaucoup de choses à vous dire
fur cet article , que je referve pour le
mois prochain , avec plufieurs autres,
tels que font la mort de Madame la
Chanceliere le Tellier, celle de Medame
la Ducheffe de Lenti , trois
grands Baptêmes faits à la Cour , &
les avantages que la Flote Venitienne
GALANT.
༢༠9
a remportez fur celle des Turcs . Tous
cès grands Articles demandent
quelque détail, Jefuis , Madame, & c.
A Paris , ce 30. Novembre 1698.
TABLE I
P
Relude.
Eglogue fur la Paix.
8..
Lettre du Pere Veran , Superieur
General des Miffions de
Syrie , dattée du grand Caire
18.
Autres Lettres du meſme, lieu du
Novembre 1698, Cc
"
TABLE .
· Pere Marie Naki ' , Jeſuite
Miffionnaire. 378
Copie d'une Lettre
pour
le
Roy
d'Ethiopie
45.
Lettre du Pere Charles - Xavier
de Brevedent, Miſſionnaire
Jefuite. si.
ParticulariteZ touchant l'Ethiopie.
$6.
Autres remarques touchant l'E.
bethiopic.
636
Rupture.
85%
Travauxpourlafeureté des Fron
tieres.
93.
Arreft affiché à Strasbourg enfa
veur des Habitaus d'Alface.
104.
TABLE.
Difcours prononcé à Thon oufe .
Mariage,
117.
115.
Difcours prononcé en preſence
d'unes Affemblée de Nouveaux
Convertis
J
126.
Benefices donnezpar le Roy. 155.
Fonts Baptifmaux , aufguelt le
Papefait travailler
. 163.
Hopital General d'une nouvèlle
methode estably à Dole en
Franche-Comté. 10/165.
Vers pour une Dame qui vouloiɛ
que fon Amanifçeustfaire les
Vers. 163.
Prefent fait par le Roy à l'Eglife
Časbedrale de
Strasbourg.177.
Cc ₁
TABLE.
Thefe dédiée à Mr le Comte de
178
Thoulouſe.
Ce qui s'eft poffé à l'ouverture du
Parlement de la Cour des
Aides , le lendemain de la Saint
Martin avec les Harangues
quiy ont efté prononcées . 233
Mariagede M le Comte de Cely.
272
Mariage, 278
Ouverture des Audiences du Parlement.
"Article dss Enigmes
Livres nouveaux
294
305
184 .
Relation du mariage de Madame
la Ducheffe de Lorraine , &
tout ce quis efſt paſſe en Lorrai
TABLE.
ne depuis cette Ceremonie. 193.
Morts.
Enigme.
Articles réservez.
Fin de la Table.
293.
306.
308
Avis pour placer les Figures-
L'Air qui commence par ,
'Allez , allez, belle Princeſſe , doit
regarder la page 114.
La Chanson qui commence
par , N'allons plus chez Co
las ,doit regarder la page 324
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le